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| author | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-04-06 06:21:02 -0700 |
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Toujours dirigées vers un but unique, invariables +dans leur marche, constantes dans leurs résultats, l’expérience n’a fait +qu’ajouter aux avantages qu’elles promettaient aux peuples chez lesquels +elles se sont successivement introduites. C’est par elles encore, comme +à leur origine, que les princes veillent au maintien de leur puissance, +les individus à la conservation de leurs droits, et les nations à +l’accroissement de leur prospérité. Tout ce qui se passe sur les points +les plus opposés du globe ne peut échapper à la connaissance des +monarques, aux vastes conceptions de l’homme d’état, et aux combinaisons +multipliées du négociant: la pensée franchit en peu de tems des espaces +immenses; et, rapportée avec la même vîtesse des extrémités de la terre, +elle vient instruire les rois au sein de leurs cours, éclairer les +ministres dans le silence du cabinet, enflammer le génie dans la paix de +la retraite, et seconder les entreprises hardies que dirige, de son +comptoir, l’actif et habile spéculateur. + +Il n’est plus un seul lieu où l’on ne puisse former et entretenir des +relations. A peine voyons-nous paraître une société, ou s’élever une +colonie, que des correspondances aussitôt entamées, se répandent avec +une étonnante rapidité. L’intérêt qui d’abord lie les individus, fait +naître ensuite des sentimens d’amitié, de famille, d’affections et de +convenances, dont l’absence semble accroître la force et présager la +durée. + +L’amour de la patrie, si touchant chez tous les êtres, nous rend le +bienfait des postes encore plus précieux. Nous résoudrions-nous à +quitter le sol natal et les objets si chers que nous y laissons, sans +l’espoir si consolant d’adoucir, par un commerce réciproque de pensées, +cet exil commandé par la nécessité. + +_Je sçais_, a dit Montaigne, _que l’amitié a les bras assez longs pour +se tenir et se joindre d’un coing de monde à l’aultre_. C’est aussi par +le charme que nous inspire ce sentiment, que nous nous livrons à +l’illusion qui nous rapproche de ceux dont nous sommes séparés par des +distances incommensurables. + +Mais, si l’action des postes, momentanément suspendue par l’effet de ces +crises politiques qui agitent les nations, a suffi pour jeter parfois +l’épouvante, de quelle stupeur les peuples ne seraient-ils pas frappés +si cet état se prolongeait, si, enfin, les relations arrêtées +tout-à-coup, cessaient pour ne plus exister? + +Le renversement d’une institution qui facilite si admirablement les +moyens de correspondre comme par enchantement, ne tarderait pas +long-tems à faire disparaître toutes les traces de prospérité dont elle +est une des sources les plus fécondes, et à rompre l’harmonie qu’elle +établit entre les états et qu’elle entretient entre les individus. Le +corps social, menacé d’une entière dissolution, rentrerait bientôt dans +les ténèbres de la barbarie commune à l’origine du plus grand nombre des +nations. + +Heureusement que cette marche rétrograde de l’esprit humain est +désormais impossible par l’état actuel de la civilisation, et les moyens +continuels que les postes fournissent de la reproduire et de la +répandre. Les empires, fatigués des grandes secousses qu’ils ont +éprouvées, sentent de plus en plus le besoin de consolider les +institutions bienfaisantes qui assurent leur stabilité, et les hommes, +celui de se communiquer leurs pensées pour s’éclairer et chercher à se +rendre réciproquement plus heureux. + +Ces considérations générales, qui nous démontrent et l’utilité des +postes dans l’intérêt privé, et leur importance dans l’ordre moral et +politique, nécessitaient néanmoins quelques développemens pour prouver +l’influence directe que cette institution exerce sur nos besoins, nos +mœurs et nos affections. C’est ce que nous nous sommes proposé dans +l’aperçu rapide des faits qui s’y rattachent. + +Découvrir l’origine des postes dans l’antiquité; indiquer l’époque de +leur introduction chez les modernes, et particulièrement en France; +exposer les diverses modifications qu’elles ont subies chez tous les +peuples; enfin, chercher à en rendre la pratique plus utile par la +connaissance des règles générales auxquelles elles sont assujetties: tel +est le plan que nous nous sommes tracé. Si nous ne l’avons pas embrassé +avec un égal succès dans toutes ses parties, nous pensons qu’on nous +saura du moins quelque gré d’en avoir tenté l’exécution, après nous être +livré à de longues recherches pour donner à notre travail l’ordre, la +clarté et l’intérêt dont il est susceptible. + +En conséquence, la division en quatre parties, que nous établissons, +nous a paru la plus naturelle, et en même tems la plus favorable pour +soulager la mémoire dans une succession de faits dont la multiplicité +n’est peut-être pas rachetée par tous les charmes de la variété. + +La première partie traite de l’origine des postes; la deuxième des +postes en France; la troisième, des postes chez tous les peuples; la +quatrième, enfin, de la pratique des postes. + +Nous nous sommes abstenu de citer minutieusement les sources auxquelles +nous avons été obligé de recourir en composant cet essai; mais, en le +dégageant de tout appareil scientifique, nous avons pensé, néanmoins, +que nous devions indiquer les principales autorités sur lesquelles nous +nous appuyons, afin que l’authenticité des faits que nous rapportons ne +pût être rangée au nombre de ces assertions vagues et dénuées de vérité +qu’enfante malheureusement trop souvent l’esprit de système. + + + + +DES POSTES + +EN GÉNÉRAL, + +ET PARTICULIÈREMENT EN FRANCE. + + + + +PREMIÈRE PARTIE. + +ORIGINE DES POSTES. + + +Il faut remonter à l’antiquité la plus reculée pour découvrir l’origine +des postes. Que de recherches inutiles, d’expériences insuffisantes, de +tentatives infructueuses ont dû être employées avant que d’en rendre +l’usage général? Il serait difficile d’indiquer, parmi ces premiers +essais, celui auquel il faudrait accorder la priorité. De vaines +conjectures ne peuvent ici tenir lieu de la vérité. Cependant, au milieu +de tant d’incertitudes, nous remarquerons les moyens dont on s’est servi +primitivement pour transmettre la pensée par le langage des signes, et +quels sont ceux qui l’ont fait triompher des distances. + +Les premières familles, en se dispersant, formèrent autant de sociétés +indépendantes les unes des autres. Occupées du soin de leur propre +conservation, elles se suffirent pendant long-tems, parce que leurs +goûts simples rendaient leurs besoins extrêmement bornés. Partout où les +mœurs patriarcales régnèrent dans toute leur plénitude, les hommes ne +pensèrent pas à établir de communications avec les peuplades étrangères. +Ce n’est donc point chez ces nations pacifiques que nous devons espérer +de trouver les premières traces des postes, ou, pour mieux dire, des +moyens qui y suppléèrent jusqu’à leur organisation régulière. Nous +pensons que ceux, sans doute très-imparfaits, qui l’ont précédée, n’ont +pu être imaginés que par les tribus dont le caractère belliqueux des +sujets servait les projets d’usurpation des chefs. + +On conçoit qu’il n’était pas besoin pour cela que la civilisation eût +fait de grands progrès; car, dès qu’on eût commencé à envahir, il fallut +chercher à connaître tout ce qui pouvait assurer ou compromettre la +puissance du vainqueur. + +L’ambition rendit soupçonneux; et, de la défiance, compagne inséparable +de la tyrannie, naquit cette impatiente curiosité de tout savoir, soit +pour prévenir des revers, former de nouveaux projets de conquêtes, +comprimer des soulèvemens, déjouer les conspirations; soit, enfin, pour +consolider une domination à peine établie. + +Les obstacles disparurent devant la volonté d’un maître. Bientôt la +pensée se communiqua rapidement et fut transmise au loin par des +interprètes fidèles. Un état continuel de contrainte dut exercer +l’imagination active des peuples de l’Orient, chez lesquels les postes +ont pris naissance. De là, ces ruses ingénieuses par lesquelles ils +cherchaient à s’entendre sans être compris de ceux dont ils voulaient +mettre la surveillance en défaut. Tout prenait pour eux un langage à +volonté; et, changeant sans cesse de signes, ils préparaient de loin, +par d’heureuses tentatives, ces résultats dont on devait apprécier plus +tard les avantages. + +Sous le ciel si pur de l’Asie, les couleurs et les fleurs[1], variées à +l’infini, ont été sans doute les premiers interprètes de la pensée. +Attachant à chacune une idée, un sentiment, on formait, par la réunion +de ces divers emblêmes, une correspondance oculaire où l’ame trouvait un +langage énergique comme les passions, et multiplié comme elles. _La +langue épistolaire des Salams[2]_, dit Rousseau, _transmettait, sans +crainte des jaloux, les secrets de la galanterie orientale à travers les +harems[3] les mieux gardés_. + + [1] Les femmes de l’Orient trouvent dans leurs jardins de quoi + exprimer toutes leurs passions avec des roses, des soucis, des + tulipes au cœur brûlé... En effet, les fleurs sont une des analogies + avec les caractères; les unes étant gaies, d’autres mélancoliques; + il y en a même qui en ont avec les traits du visage: les bluets avec + les yeux; les roses avec la bouche; la rose de Gueldres avec le + sein; la digitale avec les doigts, etc... [_Harmonies de la + Nature._] + + [2] Une multitude de choses les plus communes, comme une orange, du + charbon, un ruban dont l’envoi forme un sens connu de tous les amans + où cette langue est en usage. + + [3] Les muets du grand seigneur s’entendent entr’eux, et entendent ce + qu’on leur dit par signes, tout aussi bien qu’on pourrait l’exprimer + par les discours. Chardin dit qu’aux Indes les facteurs se prenant + la main, et modifiant, leurs attouchemens d’une manière que personne + ne peut apercevoir, traitent ainsi publiquement, mais en secret, + toutes leurs affaires, sans avoir proféré un seul mot. + +Mais ces moyens, appliqués avec succès à certaines localités, ne +pouvaient triompher des distances. + +Parmi les signaux[4] primitifs employés à la transmission au loin d’avis +importans, les feux et la fumée tenaient le premier rang. Les lieux +élevés, où la vue, embrassant un horizon immense, ne trouvait point +d’obstacles, étaient très-favorables à cette manière de correspondre. +Des branches de bois résineux enflammées que des hommes, commis à ce +soin et placés à des distances convenables, agitaient diversement dans +l’air; des feux, dont ils augmentaient ou diminuaient la clarté, et dont +ils variaient la disposition; des flambeaux et des fanaux entretenus sur +des tours[5] très-élevées, dont la lueur vacillante était modifiée avec +un art qu’on a si bien perfectionné de nos jours; la fumée qui, +s’élevant tantôt comme une vapeur légère, se changeait tout-à-coup en un +nuage épais, pour se dissiper et reparaître sous un autre aspect; tant +d’autres moyens, diversifiés à l’infini, ne pouvaient avoir qu’une +signification extrêmement bornée. La nécessité de multiplier les +relations entraînait celle de multiplier les pensées, ou, pour mieux +dire, les signes qui en sont l’expression. + + [4] Dans l’antiquité, Hérodote, Homère, Eschyle, Pausanias, Jules + Africain, Enée le Tacticien, etc.; et, dans les tems modernes, + Porta, Kircher, Robert, Hooke, Schot, Guyot, Amontons, Linguet, + Chappe, etc., ont fait mention de moyens que nos télégraphes ont + remplacés. L’usage des feux paraît commun même aux nations les plus + sauvages. César dit que les Gaulois étaient très-experts dans l’art + de les disposer. Les Grecs modernes l’ont renouvelé en établissant + encore de nos jours, sur des lieux élevés, de ces sortes de signaux, + pour s’avertir, en cas de besoin, des dispositions de leurs ennemis. + D’autres moyens étaient également employés dans le but de + correspondre. Du tems de nos discordes civiles, les moulins dont les + ailes se plaçaient dans certaines directions, servaient à entretenir + des relations très-actives. On profitait, dans d’autres + circonstances, des avantages qu’offraient les localités pour + parvenir à ce but. On conçoit jusqu’à quel point on pouvait + multiplier ces ressources. + + [5] On trouve par escrit, dit Bergier, que la tour du phare, que + Ptolémée fit construire sur la mer d’Egypte, coûta 800 talens. Le + Père F. Baugrand, _dans son voyage en Syrie, rapporte que + Sainte-Hélène avoit fait bâtir, sur le bord de la mer, des tours, + que l’on voit encore, depuis Constantinople jusqu’à Jérusalem, par + le moyen desquelles, avec un nombre et différentes dispositions de + flambeaux ardens, elle faisoit savoir ou recevoit des nouvelles, en + moins de vingt-quatre heures, de ce qui se passoit dans l’une ou + l’autre de ces deux villes. Ces tours sont presque encore toutes + entières: on les voit sur le bord de la mer_. + +La correspondance par le langage articulé remplaça cette poste oculaire. +Mais une première expérience ne devait pas être sans fruit: on avait +établi des lieux fixes pour les feux, et l’on construisit également des +édifices très-élevés et disposés convenablement pour que la voix[6] +d’individus forts et vigoureux, placés sur ces points apparens, pût se +communiquer facilement de l’un à l’autre, en transmettant ainsi +réciproquement, et avec une promptitude dont on ne peut se faire d’idée, +les avis qu’ils recevaient. + + [6] _Les anciens Gaulois_, dit Mezeray, _envoyoient leurs commandemens + par des cris, qui estant receus en un lieu, se portoient en l’autre, + avec telle disposition et diligence, que ce qui fut sceu à Genève à + soleil levant, fut sceu en Auvergne à soleil couchant_. + +On ne tarda pas à sentir les inconvéniens d’une correspondance orale, +dont le moindre était de faire connaître les projets que les +gouvernemens ont toujours soin de couvrir du mystère le plus +impénétrable. Il fallait trouver les moyens de rendre l’agent lui-même +étranger à la correspondance, afin de pouvoir s’entendre, à des +distances illimitées, aussi secrétement qu’un ami peut le faire en +parlant à l’oreille d’un ami. + +C’est alors que s’introduisit l’usage d’envoyer des messagers pris parmi +les personnages les plus importans de l’état: ils étaient chargés par +les princes de porter les ordres aux gouverneurs des provinces, et de +rendre compte, à leur retour, des opérations dont ils surveillaient en +même tems l’exécution. L’histoire fournit de nombreux exemples à l’appui +de cette assertion. Homère dit que Bellérophon porta des lettres de +Prœtus à Jobatès. L’Ecriture Sainte nous apprend que David en envoya à +Joab; que Jézabel en fit parvenir à Acham; et que Rapsacès vint près +d’Ezéchias, de la part de Sennachérib, remplir un semblable message. + +Ce mode, convenable dans des tems ordinaires, devenait insuffisant et +même impraticable, lorsque des circonstances impérieuses contrariaient +l’ordre établi dans l’état. Les correspondances devaient être, en ce +cas, non-seulement plus multipliées, mais recevoir encore un nouveau +degré d’accélération. Les monarques, qui d’ailleurs ne pouvaient se +priver des conseils de leurs favoris, sentirent la nécessité de les +remplacer, dans ces fonctions, par des officiers, sous le nom de +coureurs, dignes aussi de toute leur confiance. L’expérience qui avait +fait rejeter l’usage de communiquer par la voix, conduisit à envoyer des +messagers exercés aux plus rudes fatigues: ils fournirent d’abord la +course entière; et bientôt, établis de station en station, ils portaient +à la plus voisine et en rapportaient les ordres, et par suite les +missives, avec une rapidité telle, qu’elles parvenaient ainsi du point +de départ au point de destination comme par enchantement. + +Le nombre des coureurs fut très-étendu sous Salomon: ils habitaient son +palais; et le lieu qui leur était destiné sous ses successeurs, +s’appelait salle des coureurs. + +Les dispositions de plusieurs courriers, placés à des distances égales +et à des points fixes, indique assez une amélioration due à +l’expérience. En effet, s’il avait paru plus simple d’abord qu’un +message fût rempli par le même individu, on remarqua que, quelque +diligence qu’on y eût apportée, ce moyen entraînait non-seulement trop +de tems, mais nécessitait encore l’expédition d’autant de courriers que +les circonstances exigeaient qu’on renouvelât les ordres. + +La promptitude avec laquelle on correspondait de cette manière n’était +rien encore comparée à la vitesse du vol des oiseaux[7], qu’on devait +employer dans le même but. + + [7] Les plus gros, selon Buffon, parcourent plus de 700 toises par + minute, et peuvent se transporter à 20 lieues dans une heure. On + sait l’histoire du Faucon de Henri II, qui s’étant emporté après une + canepetière à Fontainebleau, fut pris le lendemain à Malte, et + reconnu à l’anneau qu’il portait. + + Adanson a vu et tenu à la côte du Sénégal des hirondelles arrivées + en moins de neuf jours d’Europe. + +Un peuple observateur avait dû remarquer les habitudes de certains +volatiles à revenir aux lieux qui les ont vus naître, et où ils laissent +leurs petits; celles des hirondelles et des pigeons, qui fourmillent +dans l’orient, ne purent lui échapper. Parmi ces derniers on distingua +le pigeon[8] connu depuis sous le nom de pigeon-messager. Il était plus +fréquemment employé que l’hirondelle[9], dont les anciens peignaient le +plumage, en donnant à chaque couleur une signification particulière. +L’oiseau, lâché d’un lieu élevé, ne mettait à profit sa liberté que pour +remplir son message, en regagnant avec une vîtesse incroyable l’endroit +où, retrouvant ses petits, il était reçu par les personnes intéressées à +veiller l’époque de son retour, qui s’effectuait toujours avec une +grande régularité. + + [8] Selon Villughby, Columba-Tabellaria, il ressemble beaucoup au + pigeon turc, tant par son plumage que par ses yeux entourés d’une + peau nue, et les narines couvertes d’une membrane épaisse. On s’est + servi de ces pigeons pour porter les nouvelles au loin, ce qui leur + a fait donner le nom de messager. + + Ces pigeons, dit Valmont de Bomare, font leurs nids dans de vieilles + tours; ils sont très-timides, et volent avec une rapidité + extraordinaire. Ils s’attachent aux lieux qui les ont vus naître. + Ils est difficile de les dépayser en les laissant libres; ils aiment + à retourner dans les contrées où ils ont été nourris, élevés et bien + traités. + + Pietro della Valle rapporte qu’en Perse, le pigeon-messager fait, en + un jour, plus de chemin qu’un homme de pied n’en peut faire en six. + + [9] Cœcina Volaterranus, chevalier romain et intendant des chariots du + Cirque, avait coutume de porter à Rome des hirondelles prises dans + les maisons de ses amis où elles faisaient des nids, et quand les + chevaux des personnes qui l’intéressaient avaient remporté le prix + de la course, il peignait les hirondelles de la couleur du parti + victorieux, et les laissait aller, sachant que chacune retournerait + à son nid, et que, par ce moyen, ses amis seraient instruits de leur + victoire. + + Fabius Pictor raconte, dans ses annales, que lorsque les Liguriens + assiégeaient un fort où était une garnison romaine, on lui apporta + une hirondelle prise sur ses petits, afin que, lui attachant un fil + à la patte et faisant à ce fil un certain nombre de nœuds, il pût + donner à connaître, par ce moyen, aux assiégés, quel jour il leur + enverrait des secours, pour que ce jour même ils puissent faire une + sortie sur l’ennemi. + +Les pigeons[10] servaient au même usage. On les expédiait par bandes, en +leur attachant, au cou ou sous les ailes, la missive qu’ils devaient +rendre à sa destination, ou un fil dont les nœuds et les contextures +avaient une signification convenue entre ceux qui correspondaient ainsi. + + [10] _Au théâtre, à Rome, les maistres de famille avoient_, dit + Montaigne, _des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachoient des + lettres quand ils vouloient mander quelque chose à leurs gents au + logis; ils estoient dressés à en rapporter les responses. D. Brutus + en usa assiégé à Modène, et aultres, ailleurs_. + + Ces faits, renouvelés de nos jours, ont cessé de paraître + merveilleux. Le prince d’Orange employa ces messagers volans, en + 1774 et 1775, aux siéges d’Harlem et de Leyde; et, pour reconnaître + les services de ces oiseaux, le prince voulut qu’ils fussent nourris + aux dépens de l’état, dans une volière faite exprès, et que, + lorsqu’ils seraient morts, on les embaumât pour être gardés à + l’hôtel de ville. + + En 1803, on établit à Liége une poste aux pigeons: 22 de ces oiseaux + revinrent de Paris dans cette ville, ayant fait 72 lieues en 4 + heures, ce qui donne 18 lieues par heure. D’autres furent expédiés + de Francfort à Liége avec le même succès. Un troisième essai fut + fait en même tems à Coblentz, pour renvoyer à Liége un grand nombre + de ces messagers; deux d’entre eux y arrivèrent en deux heures et + demie: ce trajet est de 30 lieues. + + En juillet, 1824, on lança sur le pont neuf, à Paris, 32 pigeons + envoyés de Maestricht. L’heure du départ avait été marquée sur une + plume de leur aile. La même année un convoi de 100 pigeons avait été + expédié de Liége à Lyon: 40 furent lâchés, de cette dernière ville, + à 6 heures du matin. L’un d’eux était de retour à Liége, le même + jour, à 11 heures aussi du matin: ainsi, en 5 heures de tems, il + avait fait un trajet de 125 lieues. Le retour de ce pigeon devait + faire gagner un pari de cent mille francs à son maître. + + Une semblable expérience a eu lieu avec le même succès, en 1825, de + Liége à Valenciennes, où le maire de cette dernière ville, après + avoir contre-marqué les pigeons, leur fit donner la volée: ils + étaient au nombre de 115. + + Ce sont ordinairement des sociétés qui font élever des pigeons à cet + exercice en leur plaçant des marques distinctives à l’aile, afin + d’éviter toute méprise. On les transporte ordinairement, à dos + d’homme, dans des hottes. C’est toujours par un acte de notoriété + publique, que l’on constate leur départ des villes. Ces exemples, + qu’il serait facile de multiplier, ne laissent pas de doute et sur + l’instinct des pigeons et sur la rapidité de leur vol. + +Lorsqu’anciennement on évaluait le terme moyen de la vitesse de leur vol +à dix lieues par heure, c’est qu’on avait égard aux lieux qui opposaient +plus ou moins d’obstacles. Un pays découvert et coupé par des rivières +ne laissait aucune incertitude à l’oiseau pour le retour, tandis que des +forêts, un sol inégal, multipliant les remarques qu’il était obligé de +faire, l’embarrassaient lorsqu’il fallait parcourir la même route. Nous +croyons expliquer par là les raisons du retard qu’éprouvent les pigeons +expédiés par bandes. Il est rare qu’ils arrivent tous en même tems à +leur destination, leur instinct ne les servant pas tous également. Quoi +qu’il en soit, ce moyen ne peut rien offrir de régulier, tant à cause +des fatigues auxquelles l’oiseau succombe quelquefois, que des dangers +auxquels l’exposent, et la flèche du chasseur et les serres des animaux +de proie. + +Cet usage, qui s’est conservé en Asie[11], n’a pu ni s’y répandre, ni +même s’y maintenir d’une manière utile à la correspondance régulière. + + [11] Prokoke dit que les pigeons d’Alep servent de courriers pour + Alexandrette et Bagdad: ce fait, qui n’est point une fable, cesse + d’avoir lieu moins fréquemment, depuis que les voleurs kurdis se + sont avisés de tuer les pigeons. On prend pour cette espèce de poste + des couples qui ont des petits, et on les porte à cheval au lieu + d’où l’on veut qu’ils reviennent, avec l’attention de leur laisser + la vue libre. Lorsque les nouvelles arrivent, le correspondant + attache un billet à la patte des pigeons, et il les lâche. L’oiseau, + impatient de revoir ses petits, part comme l’éclair, et arrive en 10 + heures d’Alexandrette et en deux jours de Bagdad: le retour est + d’autant plus facile qu’il peut découvrir Alep à une très-grande + distance. + +Tels sont sans doute les principaux essais qu’on a dû tenter pour +s’entendre malgré les distances, se parler sans le secours de la voix, +et transmettre la pensée sous des formes si diversifiées. + +Tous les signes conventionnels, qu’on peut considérer comme autant de +langues particulières, ont précédé, avec succès, pour correspondre, +l’invention de l’écriture. La découverte de cet art a donné naissance +aux lettres, aux épîtres, aux missives, aux dépêches enfin, qui, selon +Cicéron, servaient à marquer à la personne à laquelle on les adressait, +les choses qu’elle ignorait. D’après cette définition, on doit regarder +comme lettres, les tablettes ou ais enduites de cire, sur lesquelles on +écrivait, avec des stylets de fer, de cuivre ou d’os, dont l’un des +bouts était pointu pour graver les caractères et l’autre plat pour les +effacer. Ces tablettes, rassemblées et attachées ensemble pour former un +livre[12], avaient beaucoup de ressemblance à un tronc d’arbre scié en +plusieurs planches. Les lettres que les particuliers s’écrivaient +étaient sur ces tablettes, qu’on enveloppait de lin, et qu’on cachetait +ensuite d’une espèce de craie ou cire d’asie. On les remplaça par les +feuilles de palmier, et, plus tard, par l’écorce la plus mince de +certains arbres (tels que le frêne, le tilleul, le peuplier blanc et +l’orme) appelée _liber_, en latin, d’ou vient le mot livre. On se +servait, pour écrire dessus, de roseaux imbibés d’encre[13], comme on le +pratique encore en Orient. Diverses compositions, entre autres la peau +préparée et le papyrus, précédèrent l’invention du papier en usage +aujourd’hui[14]. + + [12] Quand les anciens avaient des sujets un peu étendus à traiter, + ils se servaient plus commodément de feuilles ou de peaux cousues + les unes au bout des autres, qu’on nommait rouleaux; coutume que les + Juifs, les Grecs, les Romains, les Perses, et même les Indiens ont + suivie, et qui a continué quelques siècles après Jésus-Christ. Ces + livres en rouleaux étaient fixés sur un bâton qu’on nommait + umbilicus, lequel servait de centre à la colonne ou cylindre. Le + côté extérieur des feuilles s’appelait frons, les extrémités du + bâton se nommaient cornes, et étaient ordinairement décorées de + petits morceaux d’ivoire, d’argent, d’or et même de pierres + précieuses. Dans l’origine, on se servait de différentes matières + pour faire les livres. Les caractères furent d’abord tracés sur de + la pierre, témoins les tables de la loi donnée par Moyse, qui sont + le plus ancien livre que l’on connaisse. + + La forme actuelle des livres a été inventée par Attale, roi de + Pergame. On employait des préparations aromatiques pour les + préserver de toute destruction. + + Avant l’invention de l’imprimerie, les livres étaient d’un prix sans + bornes. Cette découverte a eu lieu vers l’an 1440, à Mayence. On la + doit à Jean Guttemberg, qui s’associa Faust et Schoëffer. Le premier + livre imprimé est la cité de Dieu, de Saint-Augustin. + + En 1471, Louis XI, désirant avoir dans sa bibliothèque une copie du + livre du médecin Rasi, emprunta l’original de la faculté de médecine + de Paris, et donna pour sûreté de ce manuscrit 12 marcs d’argent, 20 + livres sterlings, l’obligation d’un bourgeois pour la somme de cent + écus d’or. + + On prétend que vingt mille personnes en France, vivaient de la vente + des livres qu’elles copiaient. + + Jean Faust, qui s’établit à Paris en 1470, dédia, à Louis XI, le + premier livre qu’il y imprima. + + [13] La première encre dont on s’est servi fut tiré d’un poisson nommé + zibius; le suc des mûres sauvages le remplaça; ensuite, la suie; + puis, le cinabre, le vert de gris et enfin les compositions + actuelles. + + [14] Vers le commencement du VIII.e siècle on se servit du papier fait + de coton, et ce ne fut que 600 ans après qu’on employa les chiffons + pour sa fabrication. + +Si les tribus d’Israël communiquaient entr’elles par le moyen des +messagers, comme nous l’apprend l’Ecriture; si d’autres nations de +l’Asie entretenaient des relations en suivant le même usage, nous +serions tenté de croire que l’origine des postes, telles que nous les +concevons, remonte très-haut. Des traces de cet utile établissement +semblent se découvrir plus positivement sous le règne d’Assuérus[15], +roi des Mèdes, qui fit expédier des courriers pour porter l’édit[16] de +proscription des Juifs aux gouverneurs et aux magistrats des cent +vingt-sept provinces qui s’étendaient depuis l’Inde jusqu’à l’Ethiopie. +Deux mois après l’expédition des premiers courriers, de nouveaux +reçurent l’ordre de faire une extrême diligence pour prévenir, par de +nouvelles dispositions dont ils étaient chargés, l’effet des mesures +qu’Aman avait prises précédemment. Les courriers eurent de plus +commission expresse, de la part du roi, d’aller trouver les Juifs dans +toutes les villes et de leur ordonner de se rassembler. Les lettres dont +ils étaient porteurs, envoyées au nom d’Assuérus, étaient scellées de +son sceau. + + [15] Nom que les Hébreux donnaient à Artaxerxès, grand-oncle de Cyrus. + + [16] Il fut traduit dans toutes les langues que parlaient les peuples + répandus dans tout l’empire. Lysimaque le traduisit à Jérusalem, et + Doristhée en Egypte. + +Le même moyen fut employé par Esther et Mardochée, pour inviter les +juifs, répandus sur ce vaste état, à célébrer le jour solennel de leur +délivrance. + +Ainsi, nous voyons des courriers expédiés, à diverses reprises, sur tous +les points d’un grand empire, sans pouvoir connaître s’il existait un +service régulier de poste, et quel pouvait être son mode d’organisation. +L’incertitude qui nous reste, malgré ces exemples, ne peut encore nous +en faire attribuer l’établissement à Assuérus. Le témoignage d’Hérodote, +de Xénophon et de tous les historiens, ne permet plus de douter que +Cyrus n’en soit le véritable fondateur. + +_Ce fut_, dit Bergier, _en l’expédition que Cyrus entreprit à l’encontre +des Schytes, qu’il établit les postes de son royaume, environ 500 ans +avant la naissance de J.-C.; afin que les messagers, comme ravis par +l’air, pussent porter sa volonté aux gouverneurs de ses provinces, en +cas d’affaires précipitées, et qui ne pussent souffrir de délais_. + +Ce prince, dont les expéditions ont été si mémorables et si multipliées, +reconnut bientôt que les moyens de correspondre, employés avant lui, +devenaient insuffisans par la nécessité dans laquelle il se trouvait +d’entretenir de fréquentes relations avec les satrapes ou gouverneurs de +ses nombreuses provinces. + +Des signaux, des ordres transmis par la voix, des courriers sans cesse +en mouvement, établis de station en station, ne remplissant +qu’imparfaitement ce but, avaient préparé néanmoins l’heureuse +révolution qu’il devait opérer dans l’art de correspondre. + +En perfectionnant les chars[17], auxquels les Phrygiens étaient parvenus +à atteler deux chevaux, et Erectonius[18] quatre, Cyrus avait pu +apprécier, de nouveau, l’agilité et la force de ces animaux; mais ce +n’était que dans les courses dont les peuples anciens se montraient si +admirateurs. Ce prince chercha bientôt à déterminer l’espace qu’ils +pourraient parcourir, en galopant sans fatigue, pendant un certain laps +de tems. Il expédia, à cet effet, des courriers de sa capitale aux +confins de son empire, avec ordre de lui rendre au retour un compte +exact de leur course. La comparaison de ces divers rapports paraît +l’avoir conduit à une connaissance positive de la rapidité de la marche +du cheval, qui fut jugée égale à celle du vol de l’oiseau; et, _disent +aulcuns que cette vîtesse d’aller vient à la mesure du vol des +grues_[19]. + + [17] Les Gaulois étaient également renommés pour la conduite des chars + et l’art avec lequel ils dressaient les chevaux, qu’ils arrêtaient + tout à coup dans les descentes les plus rudes et les pentes les plus + difficiles. + + [18] Il était fils de Vulcain, et se servait d’un char à cause de la + difformité de ses jambes qu’il y tenait cachées. + + [19] Montaigne. + +Nous n’examinons pas s’il peut exister quelque parité entre ces deux +vîtesses[20], et jusqu’à quel point on a porté la rigueur de ce calcul; +pour que la durée de chaque course, lorsqu’elle était d’une certaine +étendue, fût toujours, non-seulement égale, mais toujours parcourue avec +la même promptitude, il fallait connaître, par des expériences répétées +et par une longue suite d’observations, tout ce que la nature opposerait +de difficultés ou offrirait d’avantages, afin de fixer les distances à +parcourir par les chevaux, en raison du sol et de l’état des routes. +C’est en quoi la sagacité de Cyrus est remarquable; car il s’agissait +moins ici de se rendre en diligence d’un point à un autre, lorsque +quelques circonstances impérieuses l’exigeraient, que d’assurer en tout +tems la régularité et la célérité du service par les soins et les +ménagemens qu’on prendrait des chevaux, en évitant de les fatiguer par +des marches trop prolongées. + + [20] On a vu des chevaux faire 60 lieues en 12 heures et d’une seule + traite. En 1754, on dit que milord Poscool fit la gageure de se + rendre de Fontainebleau à Paris en 2 heures: il y a 14 lieues de + distance. Le roi ordonna à la maréchaussée de lever sur la route les + obstacles qui pourraient opposer au courrier le moindre + inconvénient. Milord Poscool ne se servit point de jockey; il partit + de Fontainebleau à 7 heures du matin, et arriva à Paris à 8 heures + 48 minutes. + + Le fameux Filho-da-puta, cheval de course anglais, égale presqu’en + vîtesse celle de Childers, le plus rapide des coursiers connus. Ce + dernier parcourut une fois, en 7 minutes, l’espace de New-Market + [4320 toises]. Il n’y a pas long-tems qu’en Russie deux chevaux + anglais ont remporté le prix de la course sur deux chevaux cosaques. + L’espace à parcourir sur la route de Moscou était de 70 werstes. + L’étalon anglais arriva le 1.er au but, et ne mit, pour y parvenir, + que 2 heures 8 minutes 4 secondes. + + Les chevaux de course anglais embrassent, à chaque élan, une étendue + de terrain de près de 20 pieds. + + Les chevaux de course français franchissent communément 4000 mètres + en 4 minutes 13 secondes. Ils parcourent la circonférence du + Champ-de-Mars en 2 minutes 30 secondes, et deux fois le même espace + en 5 minutes 32 secondes, deux cinquièmes. La double circonférence + est à peu près d’une lieue de poste; la circonférence intérieure de + 1026 toises; ce qui donne, dans les proportions ci-dessus 41 pieds + par seconde, ou par minute 2462 pieds 5 pouces. On remarque que les + jumens ont toujours la supériorité dans les courses, les jockeys qui + montent les chevaux ont 300 francs par course. Il en coûte 500 + francs pour faire dresser les chevaux qu’on y destine. + +On ne peut donc méconnaître, dans cette expérience mémorable faite par +Cyrus, l’idée primitive et fondamentale des postes. Il a donc tout +l’avantage de cette invention qu’on fait remonter à son expédition +contre les Scythes. + +Ce prince ne s’arrêta pas à cet essai, et il perfectionna l’institution +des postes, en faisant construire sur les grands chemins, à des +distances égales, des bâtimens sous la dénomination de stations, pour +les courriers et les chevaux qui y étaient entretenus en nombre +suffisant, et soignés par des individus qui n’avaient que cet unique +emploi. _De la mer Grecque ou Egée_, dit Bergier, _jusqu’à la ville de +Suze, capitale du royaume, des Perses, il y avoit pour cent onze gistes +ou mansions de distances; de l’une desquelles à l’autre, il y avoit une +journée de chemin_. + +Ces édifices étaient tellement vastes, commodes et magnifiques, que le +prince ne logeait presque jamais ailleurs lorsqu’il voyageait avec sa +suite. Les courriers transportaient de l’un à l’autre, le jour, la nuit +et à toute heure, les dépêches qui intéressaient le service public. Leur +exactitude et leur discrétion[21] étaient si grandes, qu’on n’eut jamais +à se repentir de la confiance que de pareilles missions commandent. + + [21] Il faut dire aussi, que, de leur côté, les peuples anciens + conservaient un respect religieux pour la correspondance. L’histoire + rapporte que les Athéniens on donnèrent un exemple en laissant + parvenir les lettres que Philippe écrivait à Olympie. Après une + grande fermentation dans sa patrie et une guerre civile, Pompée eut + la générosité et la magnanimité de livrer au feu toutes les lettres + qui auraient pu entretenir le souvenir d’événemens si funestes. + Quand on voit les nations modernes les imiter si scrupuleusement, on + ne sait ce qui surprend le plus, ou de la discrétion des courriers, + ou de la confiance de ceux qui les rendent dépositaires de leurs + secrets, en n’opposant à la curiosité que d’aussi faibles obstacles. + Cette réserve d’un côté, et cet abandon de l’autre, ne nous étonnent + plus. L’habitude a pu seule nous familiariser avec une semblable + merveille. Mais l’inviolabilité des lettres, à laquelle les postes + doivent leur prospérité, est la base inébranlable sur laquelle elles + reposent. Fondées sur le mystère, maintenues par le respect pour la + pensée, elles ne sont point au nombre de ces institutions éphémères, + dont la durée est si fragile: leur existence n’a de bornes que + celles de la société. + +Il paraît, néanmoins, que, dès le commencement, on cachetait les lettres +en les fermant avec différens nœuds. Cette coutume avait lieu du tems de +la guerre de Troie. Isaïe dit aux Juifs que ses prophéties seront à leur +égard comme des lettres cachetées. Ces exemples prouveraient, s’il en +était besoin, que, dès qu’on écrivit des missives, on reconnut +l’avantage de pouvoir en laisser ignorer le contenu aux agens +intermédiaires, chargés de les transmettre par les moyens usités dans +tous les tems. + +On juge par les soins que Cyrus mit à consolider cette institution +politique, de l’importance qu’il y attachait. Ses conquêtes, en étendant +les bornes de sa puissance, exigeaient qu’il s’occupât de donner toute +la perfection désirable à cet établissement naissant. + +Parmi ses successeurs, Xerxès fut un de ceux qui profitèrent le plus de +cette découverte. On dit, qu’après avoir été défait par Thémistocle, il +se sauva au moyen des relais, qu’il avait fait préparer au cas que la +fortune lui devînt contraire. + +Les révolutions que les empires de l’Asie éprouvèrent, firent +disparaître les traces de cette utile institution. Nous ne les +retrouvons que chez les Romains, auxquels rien de ce qui était grand ne +pouvait échapper. Ils jugèrent que le seul moyen de faire revivre les +postes, était de tracer des routes, de les paver et de les entretenir +avec soin; de construire des chaussées et d’élever des ponts. Imitateurs +des Grecs, qui, les premiers, ouvrirent des grands chemins, et des +Carthaginois[22], qui, les premiers, imaginèrent de les paver: ils les +surpassèrent bientôt dans ces travaux importons. + + [22] Isidore, dit Bergier, _nous apprend que les Carthaginois ont esté + les premiers qui se sont advisez de munir, affermir, et consolider + les chemins de pierres et cailloux alliez avec sable, et comme + maçonnez sur la superficie de la terre, ce que nous appelons paver, + et que c’est à leur imitation que les Romains se sont mis à paver + les grands chemins quasi partout le monde_. + +La première route dont il soit fait mention, est la voie Appiène, +regardée comme le plus bel ouvrage en ce genre: deux chariots pouvaient +y rouler de front. La voie Auréliène fut la seconde. La voie Flaminiène +la troisième. Puis, l’on vit successivement les voies Domitiène, +Emiliène, Trajane, etc. + +_Soit[23] que l’on porte les yeux à la magnificence qui les continuoit_ +(les chemins), _du port qui les finissoit, aux bastiments des postes et +des gistes qui les accompagnoient, aux colonnes inscrites qui les +mesuroient, à la façon qui les affermissoit contre les siècles, et les +rendoit durables contre les efforts du charroy de quinze à seize cents +ans; soit que l’on regarde l’utilité publique en la conduite des armées +et des armes, au charroy des marchandises, à la facilité d’envoyer des +nouvelles en peu de tems de la ville de Rome jusques aux confins de +l’empire, et d’en recevoir avec même commodité par le moyen des postes +établies sur iceux; à la police excellente qui régloit ces postes, à la +dignité des auteurs des grands chemins, et des commissaires établis pour +leur entretenement et réparation; aux sommes d’argent sans nombre, et à +la multitude des hommes qui ont esté employez aux ouvrages d’iceux; +certes, on trouvera que l’esprit humain ne conçut et la main n’acheva +jamais une plus grande œuvre; de laquelle entreprise le seul empire +romain estoit capable; et à laquelle il a fait paraître l’extrémité de +sa puissance._ + + [23] Bergier, auteur cité. + +On s’accorde généralement[24] à dire que c’est sous Auguste que les +Romains ont connu les postes. L’exemple qu’on cite, du tems de la +république, du consul Gracchus qui, étant en Grèce, pour se rendre +d’Amphise à Pella, parcourut près de 40 lieues en un jour, n’est qu’un +fait isolé qui ne peut prouver l’établissement de ce service dans une +contrée où, au rapport de Socrate l’historien, on ne s’occupa pendant +long-tems que des courses en char, seulement pour les jeux publics. + + [24] Suétone. + +Il est des époques tellement remarquables dans l’histoire, qu’il ne peut +rester d’incertitude, lorsqu’il est question de leur attribuer quelques +institutions qui tendent encore à les illustrer. Les postes étaient +dignes d’être comptées au nombre de celles qu’on doit au grand siècle +d’Auguste. + +Les principales villes de l’empire communiquaient déjà avec la capitale +par des chemins pavés. Les routes commençaient à s’étendre dans les +provinces conquises. Auguste perfectionna ces entreprises. Il fit aussi +percer des grands chemins dans les Alpes, et en ordonna une infinité +d’autres en Espagne. Ce fut à Lyon qu’il fit travailler à la +distribution des grands chemins dans les Gaules. _Là où[25] il parle de +son passages de la rivière de Rhône, vers l’Allemaigne, il veit qu’il +estoit indigne de l’honneur du peuple romain, qu’il passast son armée à +navire, il fit dresser un pont, afin qu’il passast à pied ferme. Ce fut +là qu’il bastit ce pont admirable de quoi il déchiffre particulièrement +la fabrique; car il ne s’arrête si volontiers en nul endroict de ces +faicts, qu’à nous représenter la subtilité de ses inventions en telles +sortes d’ouvrages._ + + [25] Montaigne. + +Il divisa aussi les routes en espaces uniformes appelés milles, et +indiqués sur des colonnes de pierres[26] qui portaient le nom de +milliaires. On commençait à compter de celle connue sous la dénomination +de milliaire dorée, qu’Auguste fit élever au milieu du marché de Rome, +près le temple de Saturne. _Sa figure est ronde, et si grossière_, dit +Bergier, _qu’elle ne touche en pas un ordre d’architecture. Elle est +assise sur un piédestal corinthien; et porte une boule au-dessus de son +chapiteau, comme pour représenter le rond de la terre, sur laquelle les +Romains ont estendu leur seigneurie et leur puissance_. + + [26] Il y avait aussi d’autres pierres plantées de distance en + distance pour suppléer aux étriers, lesquelles aidaient le cavalier + à monter à cheval. Jusqu’au règne de Théodose, on ne se servit ni + d’étriers ni de selle. Cette dernière était remplacée par une simple + housse. Il fut également défendu en tout tems de se servir de bâton + pour exciter les chevaux; le fouet, employé à cet usage, a toujours + été maintenu. On ne s’est servi d’éperons que très-tard. + +Auguste ne négligea donc aucun moyen d’accroître la prospérité des +postes, soit comme nous l’avons remarqué, par les grands chemins qu’il +fit faire, les bâtimens qu’il y éleva sous la dénomination de stations +ou positions, origine sans doute du nom qu’elles portent; soit par les +mesures qu’il ordonna d’employer pour qu’aucune prérogative n’exemptât +de fournir des chevaux pour ce service, appelé course publique; soit +enfin par les dépenses considérables dans lesquelles il s’engagea, et +qui furent à la charge des peuples. + +_Il nous[27] faut parler des moyens que les empereurs avaient d’envoyer +de Rome leurs lettres si promptement jusques aux confins de leur empire, +et d’avoir la réponse avec pareille promptitude et célérité. Cela se +faisoit par la voie des postes assises sur les routes militaires, si +bien réglées et policées, qu’il n’estoit déjà besoin au prince souverain +de courir avec peine et travail par les parties de son empire, pour +sçavoir ce qui s’y passoit; veu que, sans partir de la ville de Rome, il +pouvoit gouverner la terre par ses lettres missives, édits, ordonnances +et mandements, lesquels n’estoient plus tost écrits, qu’ils estoient par +la voie des postes, portées aussi promptement_, que si quelques oiseaux +en _eussent esté les messagers_. + + [27] Bergier, auteur cité. + +Des courriers et ensuite des voitures furent disposées sur toutes les +grandes routes et à peu de distance l’une de l’autre, afin que l’on eût +des nouvelles plus promptes de ce qui se passait dans les provinces; et +les courriers[28] auxquels on confiait les missives étaient appelés +_viatores_ ou _veredarii_ sous les empereurs d’Occident, et, sous les +empereurs d’Orient, _cursores_, mot d’où ils tirent leurs noms. Ils ne +marchaient jamais sans être munis d’un diplôme ou lettre d’évection. +Elle différait de la missive en ce que celle-ci était scellée et pliée +de plusieurs façons, et que l’autre n’avait qu’un simple pli +uniforme[29]. Le sceau[30] qu’Auguste appliquait sur ses lettres et sur +ses actes, fut d’abord un sphinx, ensuite la tête d’Alexandre, et, +enfin, son propre portrait, gravé par Dioscoïde. Ce dernier fut celui en +usage sous ses successeurs. Il marquait toujours sur ses lettres l’heure +à laquelle il les écrivait, soit le jour, soit la nuit[31]. + + [28] Le cheval de poste Veredus. + + [29] _Depuis la première institution des postes romaines jusqu’au + siècle de Constantin, les lettres de poste se donnoient en papier ou + parchemin; et on les appeloit diplomata. Et quoique Servius escrive + que sous ce nom sont comprises toutes les écritures envoyées à + quelqu’un: c’est ce qu’il appartient proprement à celles qui ne sont + pliées qu’en double. Quelques-uns assurent que ces lettres estoient + semblables aux patentes de nos rois, qui n’ont qu’un simple ply, que + nous appellons reply, et non plusieurs plys_, comme les missives que + l’on appelle lettres closes ou de cachet. [BERGIER.] + + [30] Sceau doit être pris ici dans une signification différente de + cachet qui, pour nous, dérive de cacher. Ce cachet que nous + appliquons sur nos lettres sert à empêcher que le contenu n’en soit + connu de tout autre individu que celui auquel on l’adresse. Le + sceau, chez les anciens, dont l’écriture cursive n’était pas aussi + variée que la nôtre, devenait la marque authentique à laquelle on + reconnaissait celui qui nous communiquait sa pensée, et non la main + qui la traçait; car le nom n’y était pas apposé à la fin, comme nous + le pratiquons. + + L’usage introduit autrefois d’écrire au nom d’une personne absente + ne peut étonner, puisqu’il ne s’agissait que d’être muni de son + sceau. On en trouve mille exemples, soit dans Cicéron et d’autres + auteurs, soit même dans les pères de l’église qui, employant la main + de leurs amis ou de leurs secrétaires, ne manquaient jamais, quand + ils voulaient ajouter quelque chose eux-mêmes à leurs lettres, de + dire: Ceci est de ma main. + + Le signe ou sceau était seul reconnu, puisque la loi romaine + refusait d’accepter un écrit autographe comme pièce de comparaison, + si le témoignage de personnes présentes à la rédaction n’en + attestait l’authenticité. + + Au reste, cette empreinte ou sceau était d’une telle importance, que + le fabricateur d’un cachet faux ne pouvait échapper à la punition + prononcée par la loi Cornélia. + + Ainsi, lorsque anciennement on disait: J’ai signé cette lettre, on + exprimait par là qu’on y avait apposé son sceau. La même expression + aujourd’hui signifie littéralement qu’on y a mis son nom, ce qui lui + donne le caractère d’authenticité. Elle est distinguée par là d’une + autre espèce de lettres appelées anonymes qui, quoique cachetées, ne + portent pas de signatures. + + Chardin dit qu’en Orient on appose seulement son sceau et celui des + témoins sur les contrats. + + [31] Suétone. + +La surveillance des postes romaines était confiée aux premiers +personnages de l’empire. Aucune personne, quel que fût son rang, ne +pouvait voyager sans être muni d’une permission de se servir des chevaux +de la course publique. _Conformément à cette loi_, dit Bergier, _nous +lisons dans l’histoire de Capitolinus que Publius Helvius Pertinax, qui +fut empereur romain sur ses vieux jours, estant pourvu en son âge +florissoit de la charge de sergent de bandes, qu’ils appelloient +Præfectum Cohortiis, sous l’empire de Titus, fut condamné par le +président de Syrie à aller à pied à Antioche jusqu’à certain lieu où il +estoit envoyé en qualité de légat, en punition de ce qu’il s’estoit +servi des chevaux publics, sans avoir de lettres de poste._ + +Les postes établies sur tous les points où s’étendait la puissance +romaine, malgré les revenus qu’elles rendaient aux empereurs, étaient +loin de les dédommager des frais énormes qu’elles occasionnaient. Tant +de sacrifices et de précautions, par suite de mesures extraordinaires, +ne les mirent pas à l’abri d’une destruction, totale. Il n’est pas +inutile de remarquer que toute innovation ou tentative brusque a +toujours nui à la prospérité des postes, et qu’on ne doit procéder +qu’avec prudence dans tous les changemens que les circonstances +permettent d’y introduire. Nous aurons occasion plus d’une fois de nous +en convaincre. + +Lorsque Constantin fit assembler un concile à Rimini, il exigea tant de +célérité des prélats qu’il y appelait des points les plus éloignés, +qu’ayant ordonné à cet effet de leur procurer tous les moyens de voyager +avec diligence, la plus grande partie des chevaux succomba aux fatigues +de ce service. + +Le soin que l’on mettait à cette époque à l’entretien des routes, +explique la promptitude avec laquelle on franchissait les plus grandes +distances dans les chars légers que nos voitures ont remplacés. + +Auguste se rendait avec une grande rapidité, par le moyen des postes, +dans les lieux les plus éloignés où il ne pouvait être attendu, afin de +connaître par lui-même tout ce qui s’y passait. On rapporte qu’il +faisait alors plus de cent milles par jour[32]. + + [32] A peu près 25 lieues. + +_La première fois[33] qu’il sortit de Rome avecques charges publiques, +il arriva en huit jours à la rivière de Rhône, ayant dans son coche, +devant lui, un secrétaire ou deux qui écrivoient sans cesse, et derrière +luy, celuy qui portait son épée._ + + [33] Montaigne. + +Rufus, envoyé vers Pompée, marcha nuit et jour avec la même vitesse, en +changeant de chevaux à chaque poste. Constantin-le-Grand, retenu +prisonnier à Nicomédie, se sauva en Angleterre par le moyen de relais, +et s’y fit proclamer empereur. Pour mieux assurer sa fuite, il faisait +couper les jarrets aux chevaux qu’il laissait après lui, afin que ceux +qui le poursuivaient sur la route ne pussent faire la même diligence. +Tibère, dans une circonstance pressante, fit, dit-on, 200 milles en 24 +heures, et ne changea que trois fois de voiture. Dioclétien et Maximien, +suivant les historiens, parcouraient de très-grandes distances avec la +même célérité. Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre, +qui ne sont remarquables que par l’époque à laquelle ils nous reportent. + +_C’est encore ainsi_, dit Bergier, _que les empereurs se faisoient +porter le long des fleuves navigables, avec une merveilleuse promptitude +et célérité. Ce qu’ils exécutoient à l’aide de certains vaisseaux faits +exprès comme pour servir de chevaux de poste sur les eaux. Car les +anciens avoient deux sortes de vaisseaux pour naviger, tant sur la mer +que sur les fleuves navigables. Ils appeloient les uns _onerarias +naves_, qui servoient à porter toutes sortes de fardeaux et +marchandises; et les autres _fugaces sive cursorias_, et d’un mot grec +_dromones_, comme qui diroit des courriers, à cause de la vîtesse de +leur course_. + +Les chevaux n’étaient pas seuls employés, soit pour établir des +correspondances entre tous les points d’un état et les nations +entr’elles, soit pour voyager avec plus de sûreté, de commodité et même +d’agrément. + +Les Romains avaient dressé divers animaux à traîner leurs chars. Celui +de Marc-Antoine était conduit par des lions. Héliogabale l’imita, et y +substitua des tigres, qu’il remplaça par des cerfs et des chiens. +L’empereur Firmus se servit d’autruches[34] dans le même but. Elles +étaient, dit-on, d’une grandeur remarquable. + + [34] Les Arabes appellent l’autruche l’oiseau-chameau. + +Ces éclaircissemens suffisent pour donner une juste idée des moyens +employés primitivement pour correspondre, et du grand degré de +perfection auquel les Romains avaient porté l’institution des postes. En +les élevant au premier rang, ils en avaient assuré la prospérité par la +considération, et la confiance, sur laquelle ils les faisaient reposer, +était devenue pour eux le seul garant de leur stabilité. + + + + +DEUXIÈME PARTIE. + +DES POSTES EN FRANCE. + + +La décadence de la puissance romaine fit négliger une institution qui ne +reparaît qu’en France, sous Charlemagne, digne héritier des conquêtes de +cette nation célèbre. La domination de ce prince, qui s’étendait en +Allemagne, en Italie et en Espagne, lui rendait l’usage des postes d’une +grande nécessité; mais, si elles ne paraissent avoir servi d’abord +qu’aux affaires publiques, les Français, dit Mezeray, les employèrent +bientôt à satisfaire l’impatience curiosité qui leur était si naturelle. +César, qui l’avait observée comme un trait distinctif de leur caractère, +dit encore qu’ils aimaient si fort les nouvelles, qu’ils se tenaient sur +les grands chemins pour arrêter les passans et surtout les étrangers, +afin de savoir ce qu’il y avait de nouveau hors de leur pays. + +On donnait aux courriers le nom de Veredarii, comme sous les empereurs +Romains. La même considération avait été conservée aux officiers commis +à la direction de cette importante branche administrative, toujours sous +la surveillance des premiers dignitaires ou des hommes les plus +recommandables de l’état. + +Ce fut encore Charlemagne qui, le premier de nos rois, fit travailler +aux grands chemins. Il releva d’abord les voies militaires romaines; et, +à l’exemple d’Auguste, il employa à ce travail, et ses troupes et ses +sujets. + +Louis-le-Débonnaire et quelques-uns de ses successeurs rendirent aussi +des ordonnances sur cette matière; mais les troubles des X.e et XI.e +siècles firent perdre de vue la police des grands chemins. On s’en tint +à quelques réparations de ponts, de chaussées et de cours d’eau, qui +pouvaient offrir des obstacles à l’entrée des villes. + +Philippe-Auguste s’occupa aussi des grands chemins, et fut le premier +qui entreprit de paver la capitale. Il était très-jeune lorsqu’il fit +exécuter ce projet. L’odeur des boues qui encombraient les rues de +Paris, parvenant jusqu’à son palais, le déterminèrent à une opération +qui joignait l’agrément à la salubrité. + +Un financier, nommé Gérard de Boissy, fit à cette occasion, une action +bien rare, et qui a prouvé l’amour qu’il portait à son pays. Ce citoyen, +en voyant que son roi n’épargnait ni soins, ni dépenses, pour embellir +Paris, contribua de la moitié de son bien, évaluée 11,000 marcs +d’argent[35], pour en faire paver les rues. + + [35] Ce qui équivaut à peu près à 559,000 fr. de notre monnaie + actuelle. + +Philippe-Auguste confia l’inspection des routes, comme du tems de +Charlemagne, à des commissaires-généraux appelés Missi: ils ne +dépendaient que du Roi. Henri II et Henri IV rendirent des édits à ce +sujet. Henri IV créa, en 1579, un office de grand-voyer, auquel il +attribua la surintendance des grands chemins. Louis XIII supprima cette +charge et en fit rentrer les attributions dans celles des trésoriers de +France. Il en reconnut bientôt l’importance, et la rétablit sous la +dénomination de direction générale des ponts-et-chaussées, à laquelle il +attacha des inspecteurs et des ingénieurs. Cette administration, à +quelques modifications près, est restée la même depuis cette époque[36]. + + [36] Ces courtes observations, quoique interrompant la suite des + faits, ne nous ont point semblé déplacées ici. Nous aurons encore + l’occasion de présenter diverses considérations qui se rattachent, + d’une manière plus ou moins directe, au sujet que nous traitons. + Nous croyons cette méthode plus convenable: elle a l’avantage de + réunir des faits, qui n’offriraient pas le même intérêt, isolés et + classés d’après l’ordre des dates que nous cherchons à suivre, avec + exactitude, dans cet ouvrage. + +Nous n’entrerons pas dans les considérations qui ont retardé, pendant si +long-tems, l’établissement régulier des postes en France; mais nous +arriverons à cette heureuse époque après avoir cherché à saisir +quelques-unes des traces légères qu’elles ont laissées de loin en loin. + +Charlemagne, dont le nom est attaché aux entreprises les plus +remarquables de la monarchie, acquit, en fondant l’Université, de +nouveaux droits à l’immortalité. Cette institution, destinée à conserver +le germe des sciences, ne pouvait se propager qu’à l’aide d’une autre +non moins importante; aussi les Postes, qui ne servaient qu’aux affaires +du Roi, prirent-elles un grand degré d’intérêt par la nouvelle direction +qu’elles reçurent. C’est donc avec raison qu’un des premiers génies du +siècle[37] a dit que les postes et messageries, perfectionnées par Louis +XI, furent d’abord établies par l’Université de Paris. + + [37] M. le vicomte de Châteaubriand. + +Ce fut, en effet, le moyen que le public employa pour la correspondance, +et le seul même dont il se servit, pendant long-tems. Les nombreux +élèves, que l’Université attirait des provinces pour les former à +l’étude des belles-lettres, multipliaient de plus en plus les relations +qu’elle y entretenait, en expédiant, à des époques indéterminées à la +vérité, pour les principales villes de France, des messagers qui +marchaient à ses frais. + +C’est ainsi qu’à son exemple, sous le titre de messagers-royaux, des +courriers portèrent, plus tard, les dépêches, des principaux +fonctionnaires de l’état, relatives au service du Roi, dont les grands +courriers du royaume ne pouvaient être chargés. + +Quoique les communications ne fussent pas encore très-fréquentes entre +les particuliers, parmi lesquels l’écriture était fort peu répandue et +dont les liaisons d’intérêt ou de famille, avec les diverses provinces, +ne devaient pas être multipliées, on profita des facilités qui se +présentaient de les entretenir ou de les étendre. Les messagers durent +les favoriser de tout leur pouvoir par les avantages qu’ils en +retiraient. + +Mais combien cette ressource était insuffisante. D’abord il fallait +connaître l’époque de leur passage, toujours indéterminée; borner +ensuite sa correspondance aux lieux seuls qu’ils fréquentaient; enfin, +compter sur les lenteurs incalculables qu’entraînait ce mode de +relations. Ainsi, pour une lettre qu’on écrit aujourd’hui et dont on +reçoit une réponse en quatre jours, on mettait alors plus de deux mois. +Que de raisons, d’un autre côté, s’opposaient à ce que ces divers +services eussent un mouvement régulier, et à ce qu’ils prissent un +accroissement rapide. La France était divisée en petites souverainetés +dont les princes, souvent en opposition d’intérêt, ne devaient +multiplier les communications entr’elles que lorsque leur sûreté le +commandait. Il y avait, en général, peu de grandes routes dans toute +l’étendue du royaume, et la plupart encore mal entretenues. Les guerres +civiles, les invasions retenaient les citoyens dans les villes: les +relations commerciales étaient sans activité; elles se bornaient, le +plus ordinairement, aux localités: un voyage d’une province à une autre +présentait tant de difficultés, qu’il fallait des circonstances +impérieuses pour le réaliser. On remonterait très-loin dans les siècles +passés pour voir combien ces déplacemens offraient d’obstacles. Les +historiens rapportent qu’on faisait des vœux avant de les entreprendre, +et qu’on prenait les mêmes dispositions que pour les voyages +d’outre-mer. + +Il est donc incontestable que l’Université avait acquis le droit +exclusif de transporter les lettres des particuliers; et qu’un service, +établi primitivement dans ses intérêts privés et indépendant de celui de +l’état, devint, presqu’en même tems, aussi avantageux pour la société. + +Voilà, du moins le pensons-nous, les seuls élémens de correspondance que +présente une suite de plusieurs siècles. On se contentait d’un mode que +l’instruction bornée de ces tems-là ne forçait pas à perfectionner; mais +la découverte de l’imprimerie et les lumières que l’université avait +répandues peu à peu, en firent connaître l’insuffisance. + +Nos rois, en maintenant les postes dans l’état où Charlemagne les avait +laissées, les négligeaient ou les rétablissaient sur le même pied, selon +que les circonstances l’exigeaient; mais ils conservaient toujours, près +de leur personne, un grand maître des postes, titre qu’on voit reproduit +sous tous les règnes, entr’autres sous celui de Louis VI. + +Cependant, tout incomplets que sont ces documens, ils nous prouvent +non-seulement l’utilité des postes à toutes les époques, mais encore +l’importance qu’on y attachait, en les entourant d’une grande +considération. + +Louis XI est regardé, à juste titre, comme le fondateur des postes en +France[38]: l’histoire est là pour appuyer un fait de cette importance. +Quant à la cause qui y donna lieu, il serait difficile de se rendre au +témoignage de quelques auteurs qui prétendent l’attribuer à la +sollicitude paternelle. Louis XI, disent-ils, inquiet de la maladie +grave du Dauphin, duquel il était éloigné, établit les postes afin de +connaître, presqu’à chaque instant, l’espoir ou la crainte que son état +pouvait inspirer. Cette assertion est d’un bien faible poids, lorsqu’il +s’agit d’un prince de ce caractère. Habitué à la dissimulation, Louis XI +fit naître ce bruit ou l’accrédita, afin de détourner l’attention du but +qu’il se proposait. Ce ne serait pas la première fois que le prétexte le +plus respectable eût servi à déguiser la vérité. + + [38] Les postes, disent MM. Saur et Saint-Geniès, dans leur ouvrage + sur les aventures de Faust et sa descente aux enfers, la machine + pneumatique, d’autres inventions non moins importantes et dont la + première idée appartient à Faust, attestent la fécondité inépuisable + de son imagination: il a surtout consacré son nom à l’immortalité + par la découverte de l’imprimerie. Les mêmes auteurs prétendent + qu’un jeune Suisse, à qui il avait communiqué ses idées sur les + moyens de rétablir en France les postes telles qu’elles étaient du + tems des Romains, en fit part à Louis XI, qui les suivit et l’en + récompensa. Ils ajoutent que Faust, dans l’entretien qu’il eut avec + le monarque, auquel il fut présenté comme inventeur de l’imprimerie, + n’était pas moins frappé de la supériorité de son esprit, de + l’étendue de ses connaissances, que touché de son langage doux, + caressant et presque flatteur. Louis XI, en instituant les postes, + dut s’entourer de tous les moyens propres à faire réussir son + entreprise; et, parmi les nombreux projets qui sans doute lui furent + soumis, il est possible que celui de Faust ait eu l’avantage d’être + préféré. + + Nous ne doutons point que les auteurs cités n’aient eu de fortes + raisons pour adopter ce sentiment, et pour attribuer également à + Faust des faits que les biographes modernes regardent comme devant + concerner deux individus, Faust et Fust. + +La vie agitée de ce monarque; ses démêlés avec les grands vassaux de la +couronne, et particulièrement avec le duc de Bourgogne; ses intrigues +dans les principales cours de l’Europe; tout explique assez le besoin +qu’il avait d’un moyen qui pût satisfaire à la fois, et son esprit +ombrageux et rusé, et ses vues ambitieuses et perfides. + +Mais écoutons les historiens sur l’origine de cette institution. _Le +Roi_, dit Commines[39], _qui avoit jà ordonné postes en ce royaume, et +par n’y en avoit jamais eu, fut bientôt adverty de cette déconfiture du +duc de Bourgogne, et à chaque heure en attendoit des nouvelles, pour les +advertissements qu’il avoit eu par avant de l’arrivée des Allemands, et +de toute autre choses qui en dépendoient; et y avait beaucoup de gens +qui avoient les oreilles bien ouvertes pour les ouïr le premier et les +luy aller dire; car il donnoit volontiers quelque chose à celuy qui le +premier luy apportoit quelques grandes nouvelles, sans oublier les +messagers; et si prenoit plaisir à en parler, avant qu’elles fussent +venues, disant: je donneray à celui qui m’apportera des nouvelles. M. +Dubouchage et moy eusmes (estant ensemble) le premier message de la +bataille de Morat, et ensemble le dismes au Roy, lequel nous donna à +chacun 200 marcs d’argent. Monseigneur du Lude, qui couchoit hors du +plessis, sceut le premier l’arrivée du chevaucheur qui apporta les +lettres de cette bataille de Nancy, dont j’ai parlé; il demanda au +chevaucheur qui apporta les lettres, qui ne lui osa refuser, pourquoi il +estoit en grande autorité avec le Roy. Ledit seigneur du Lude vint fort +matin (il estoit à grande peine jour) heurter à l’huis plus prochain du +Roy: on lui ouvrit; il bailla les dites lettres qu’envoyoit monseigneur +de Craon et autres; mais aucuns disoient qu’on l’avait veu fuir, et +qu’ils s’estoit sauvé._ + + [39] Dans ses Mémoires. + +Varillas[40] ajoute: _Les intrigues du duc de Bretagne n’auraient pu +être découvertes à point nommé, si Louis XI ne se fut avisé d’une +invention qui dure encore, tant elle a été trouvée convenable à la +commodité du public. Comme il changeoit souvent les ordres qu’il avoit +donnés, et qu’il prétendoit qu’on les exécutât avec une extrême +promptitude, il se trouvoit sujet à des inconvéniens où ses +prédécesseurs n’avoient point été exposés. Il n’avoit point un assez +grand nombre de courriers, et ses courriers ne faisoient point assez de +diligence, et ils ne trouvoient point à propos les hôtelleries et les +choses propres à leur rafraîchissement. On n’y pouvoit remédier par les +voies ordinaires sans qu’il en coûtât beaucoup; et Louis entreprenait +tant d’affaires en même tems, que, s’il n’eût ménagé sa bourse, elle +n’aurait pas suffi pour toutes. Il lui vint en pensée d’établir des +postes dans son royaume, et les règlements qu’il fit là-dessus les +garantirent à l’avenir de la meilleure partie des frais qu’il faisait +auparavant, et lui attirèrent de plus un avantage qu’il n’avait pas +prévu, et qui consistait à ce que ses intriques s’acheminoient avec plus +de secret._ + + [40] Histoire de Louis XI. + +_Son activité_, dit Lenguet[41], _alloit au-delà de tout ce qu’on peut +dire: on voit par ses lettres écrites de presque tous les endroits du +royaume, qu’il doit en avoir fait le tour deux ou trois fois. Il +vouloit, avance encore le même auteur, tout connoître par lui-même, et +il exigeoit souvent que les particuliers lui écrivissent; c’est le moyen +qu’il avoit trouvé pour éviter les tromperies que lui auroient pu faire +ses ministres. Malgré ses précautions, il ne laissoit pas d’être quelque +fois trompé_. + + [41] Préface des Mémoires de Commines. + +_Il employa_, suivant Varillas[42], _la plupart des quatre millions sept +cent mille livres qu’il exigeoit tous les ans de ses sujets, à acheter +des espions et des créatures dans les états voisins du sien, et dans les +cours de ses principaux feudataires_. + + [42] Histoire citée. + +_Le duc de Lorraine_, dit Hainaut[43], _accompagné des Suisses, vint au +secours de la place (Nancy), le 5 janvier, attaque et défait le duc +Charles qui y perdit la vie, ayant été trahi par Campobosso, Napolitain. +Il ne laissa d’autre héritier que Marie, sa fille unique. En lui finit +la deuxième maison de Bourgogne, qui avoit duré cent vingt ans sous +quatre princes. Le roi Louis XI qui, le premier, avoit établi l’usage +des postes, jusqu’alors inconnu en France, est bientôt informé de cet +événement, et en profite pour reprendre plusieurs villes en Picardie, en +Artois et en Bourgogne_. + + [43] Histoire chronologique de France. + +Ainsi que dans l’antiquité, la guerre, fruit si funeste de l’ambition de +quelques souverains, devint la cause d’une institution tellement utile +aux peuples, qu’ils n’ont pas cessé depuis de la faire tourner au profit +de la société. + +Pour perpétuer le souvenir d’un événement si remarquable, on frappa une +médaille destinée à le rappeler[44]. Nous voyons, dans Mezeray, qu’elle +était en bronze. Cet établissement de la poste _Decursio_[45], dit-il, +_est désigné par deux courriers bien montés (dont l’un porte une malle +en croupe) avec cette legende: _qui pedibus volucres ante irent cursibus +auras_, afin que, pour ainsi dire, ils passent les oiseaux et les vents +à la course_. + + [44] Ce n’est pas la seule fois qu’on ait consacré des médailles à + rappeler des événemens remarquables dans les postes. Nous voyons + entr’autres exemples, dans une histoire d’Ecosse, que lorsque + Wallace combattait pour conserver ses anciens souverains à son pays, + Bruce ayant reçu de lui un avis important apporté par un messager + fidèle, donna à l’envoyé une médaille où l’on voyait une colombe + avec cette légende, _fidèle comme ce premier messager_, faisant + allusion à la colombe envoyée par Noë hors de l’arche. + + [45] Au bas de l’exergue. + +Louis XI rendit cette institution authentique par son édit en date du 19 +juin 1464[46]. + + [46] Nous le rapportons à la fin de cet essai. + +C’est dans cette pièce importante que nous trouvons la preuve évidente +que les postes ont été établies pour servir à la politique de Louis XI, +et que leur usage, étendu presqu’en même tems aux besoins de la société, +n’en étant que la conséquence, n’a pas eu pour but d’accroître les +revenus de l’état en imposant la pensée, comme on semble le croire dans +ce siècle calculateur. + +Ce prince était si loin d’en considérer la création comme une ressource +que, pour la consolider, il se vit dans l’impérieuse nécessité +d’augmenter les charges qui pesaient sur ses peuples, et d’accorder des +_gages_ et de grands priviléges aux maîtres de poste auxquels il +confiait ce service. + +Il paraît que son édit fut mis de suite à exécution, puisqu’on comptait +déjà jusqu’à deux cent trente courriers à ses gages qui portaient ses +ordres sur tous les points du royaume, ainsi que les lettres des +particuliers, quoiqu’il n’en fut pas fait mention lors de la création +des postes. + +Ces messagers couraient à cheval et changeaient de chevaux à chaque +relais, à l’instar des anciens, qui employaient aussi des courriers à +pied comme nous le pratiquons[47]. Ces derniers étaient appelés +hémérodromes par les Grecs, c’est-à-dire, courriers de jour. + + [47] En France, partout où il n’y a pas de bureau de poste, il se + trouve des courriers sous diverses dénominations; les uns desservent + les communes dépendantes de chaque bureau de poste, les autres sont + employés à la correspondance réciproque des préfets et des maires. + Ces messagers font régulièrement deux courses par semaine dans leurs + arrondissemens respectifs. On peut évaluer le nombre de lieues + qu’ils parcourent ainsi pendant la durée de l’année à plus de 2500; + ce qui équivaut à une marche moyenne de 7 lieues par jour. Il est à + remarquer que ces individus résistent long-tems à un exercice aussi + soutenu, qui n’est interrompu ni par les obstacles qu’opposent les + localités, ni par l’intempérie des saisons. + + On pourrait citer beaucoup d’exemples de courses extraordinaires. Il + est même certaines provinces du royaume dont les habitans se + distinguent par leur agilité à la marche. + + La mode des coureurs était très en usage autrefois, surtout à Paris. + Ils précédaient ordinairement les coursiers de la voiture des + personnes de distinction. On a renoncé à ce luxe dangereux, en + employant à leur place des postillons à cheval. + + Les coureurs, chez les anciens, faisaient 20, à 30 lieues par jour, + et même 40 dans le cirque pour remporter les prix. On lit dans + Pline, qu’Autiste et Félonide, coureurs d’Alexandre, parcoururent un + espace de 1200 stades, à peu près 44 lieues, en 24 heures. Il ajoute + qu’un jeune homme, nommé Mathias-Athas, fit 75 milles, 25 lieues, de + midi jusqu’à la nuit. Plutarque dit qu’un certain Anchide fit 1000 + stades, 37 lieues de 2000 toises, en un jour. + + On a vu, de nos jours, des courses aussi remarquables. En 1767, un + coureur de la duchesse de Weymar fit 76 lieues en 24 heures, et ne + se reposa que le tems nécessaire à la réponse des dépêches dont il + était porteur. + + M.r Cochrane, capitaine de la marine anglaise, exécute une + entreprise des plus périlleuses et des plus étonnantes, celle de + traverser à pied toute l’Asie. Il se propose ensuite de parcourir + ainsi l’Amérique. + + Un anglais, nommé Aberthemy, vient de faire tout récemment à pied, + malgré un tems constamment mauvais, 560 milles en 8 jours, ce qui + fait 37 lieues par jour. + + Il existe en Irlande un homme âgé de 142 ans qui, après avoir voyagé + dans toutes les parties du monde, a continué de s’exercer à faire de + longues marches en parcourant régulièrement chaque jour un espace de + 10 lieues. + + Un autre individu, nommé Wert, a parcouru, en 4 jours et 4 heures, + pour un pari de 7200 fr., 320 milles, environ 150 lieues de France. + + Le coureur Charles Quize vient de faire, en 7 quarts d’heure, le + trajet de Bruxelles à Volvurde, sans paraître fatigué ni même + échauffé. Il est maigre et de petite stature. Sa manière accoutumée + de courir est de tenir d’une main un mouchoir dont un des coins est + dans ses dents, et de l’autre il agite sans cesse un petit fouet. + + Le nommé Rumel, âgé de 16 ans, est remarquable par sa force et son + agilité. Il a fait à pied le chemin de Francfort à Hanau et retour, + qui est de 8 lieues, en 2 heures 15 minutes: des cavaliers qui le + suivaient ne purent faire la même diligence et restèrent en arrière. + + M.r Danwers paria dernièrement 5000 fr. de se rendre de Chettenham à + Bayswaters, 94 milles, en 22 heures. Il mit 10 minutes de moins que + le tems convenu, et fit sa course avec des souliers très-épais. + + Aux courses de Montrose, qui ont eu lieu il y a peu de tems, après + que les chevaux eurent fourni leurs courses, il se présenta deux + coureurs à pied, l’un appartenant à lord Kennedey, et l’autre au + major Hay. L’espace à parcourir était d’un demi-mille. Le premier + atteignit le but en 2 minutes 5 secondes; l’autre en une minute de + plus. Un montagnard écossais, dans le costume de son pays, et + quoique revêtu de ses armes et de tout son équipage, arriva au terme + de la course en même tems que le vainqueur. + + Nous bornerons là ces exemples, qu’il serait facile de multiplier. + +Louis XI, disent les historiens, fit payer bien chèrement le bienfait +des postes, en augmentant considérablement les tailles. + +La dépense était le moindre des obstacles[48] à surmonter dans une +entreprise de cette nature; mais on prévoit tout ce que pouvait la +volonté ferme d’un monarque qui avait _mis tous les rois hors de page_, +et _dont tout le conseil_, suivant Commines, _était dans sa tête_. Le +code qu’on lui doit sur l’institution des postes, montre assez combien +cette vaste conception avait été l’objet de ses profondes méditations, +par l’éclat dont elles brillèrent dès leur origine. + + [48] Delandine rapporte qu’un prédicateur, nommé Maillard, ayant + avancé quelque chose de choquant contre Louis XI, ce monarque lui + fit dire qu’il le ferait jeter dans la rivière. Le roi est le + maître, reprit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en paradis par + eau, qu’il n’y arrivera par ses chevaux de poste. + +C’est de cette époque, ainsi que le porte l’édit déjà cité, que date la +création de la charge de conseiller, grand-maître des coureurs du Roi. +Elle fut donnée à l’un des conseillers de la cour. Il se tenait près de +la personne du monarque, comme investi de toute sa confiance. Les +officiers qui dépendaient de lui, étaient appelés chevaucheurs de +l’écurie du Roi: leur emploi était de surveiller ce service naissant. +Des agens, sous le titre de maîtres coureurs, furent établis de traite +en traite sur les grandes routes, désignées par les édits. Ils +conduisaient, ou faisaient conduire par leurs chevaux et leurs +postillons, les voyageurs et les dépêches du roi. + +La distance d’une traite à l’autre, dénomination remplacée plus tard par +celle de relais ou poste, était de quatre lieues ou environ, suivant les +localités. Le prix de chaque cheval[49], fourni et entretenu par le +maître de la traite, ne s’élevait qu’à 10 sous, y compris le guide. + + [49] Le nombre en était fixé; mais il ne pouvait pas être moindre de + quatre. + +Les maîtres coureurs et les autres agens des postes jouissaient de +priviléges, dont nous parlerons plus tard. + +Louis XI, pour donner à cette organisation plus de force et de +régularité, créa, en 1479, une charge de contrôleur des chevaucheurs, +cette mesure était devenue nécessaire par les abus qui s’introduisaient +dans ce service, et auxquels les chevaucheurs du Roi n’avaient pu +remédier autant par négligence que par ignorance de leurs attributions. + +L’intermédiaire d’un agent spécial fut déjà reconnue indispensable entre +l’administration supérieure et les nombreux emplois qui en complétaient +le système: on l’a maintenue comme la seule mesure conservatrice de +toute bonne institution. + +On s’occupa, pendant tout le règne de Louis XI, des moyens propres à +régulariser un établissement qui prospérait au-delà des espérances de +son fondateur. + +Les bases en étaient jetées, il ne s’agissait plus que de les modifier +suivant les tems, les besoins et les lieux. + +Charles VIII consolida l’ouvrage de son père. La correspondance +paraissait déjà si bien établie, que les lettres mêmes de l’étranger +parvenaient par la voie des Postes. Il est vrai de dire que l’édit +autorisait le Pape et les princes avec lesquels Louis XI était en bonne +intelligence d’expédier des courriers, à la condition de se servir des +chevaux de la poste. Mais, dans la crainte que quelques lettres ne +continssent des principes contraires à la pragmatique sanction, que +Charles VIII soutenait de tout son pouvoir, il fut défendu aux +courriers, pendant quelque tems, sous peine de la hart, de se charger +des missives que les particuliers leur confiaient sans doute, puisque +les postes n’avaient été créées originairement que pour le service d’un +Roi qui n’avait pas cru que l’état de la société en réclamât en même +tems les avantages. + +Depuis cette époque et pendant près d’un demi-siècle les postes +n’offrent rien de remarquable. Louis XII, François I.er, Henri II et +François II les maintinrent telles que Louis XI les avait créées. + +L’agitation qui se manifesta sous ces derniers règnes, fut un obstacle à +l’introduction de toute mesure utile; car nous ne considérerons pas +comme améliorations quelques arrêts rendus en faveur des maîtres de +poste, auxquels on contestait des droits si bien établis. + +Charles IX, dès 1563, remit en vigueur l’édit de Louis XI, et défendit +surtout de fournir des chevaux pour les routes de traverse. Les +peines[50] les plus graves étaient portées contre les agens des postes +qui changeraient les directions des dépêches, lesquelles ne pourraient +être transportées que sur les routes où les postes étaient en activité. + + [50] Entr’autres une amende de 100 livres tournois et la dépossession + des charges. + +On sentait que, pour conserver à ce service toute sa prééminence et sa +sécurité, il fallait repousser, dès leur naissance, les mesures +arbitraires introduites sans doute par un zèle très-louable, mais que +l’expérience n’éclairait pas encore. + +Les noms des conseillers grands-maîtres des courriers de France et des +contrôleurs généraux, depuis Robert Paon, qui le premier porta ce titre, +jusqu’à Jean Dumas, qui remplit cette charge en 1565, ont échappé à nos +recherches. Ces deux emplois, d’abord distincts, ne tardèrent pas à être +réunis en un seul. La dénomination de contrôleur général des Postes, qui +prévalut, varia bientôt après comme nous aurons occasion de le +remarquer. + +La juridiction des contrôleurs généraux, quoique bien établie par les +édits, devenait l’objet de contestations sans cesse renaissantes: le Roi +rendit divers arrêts à ce sujet, qui tous maintenaient l’indépendance +des postes, dont les contrôleurs généraux plaidaient la cause avec +autant de force que de succès. + +Les routes sur lesquelles les postes n’étaient pas établies se trouvant +privées des avantages de correspondre avec régularité, il fut décidé, en +1576, qu’on emploierait des messagers-royaux, à l’instar de ceux de +l’université. Le nombre en fut successivement étendu à toutes les villes +où il y avait un parlement. Ils faisaient le service des dépêches dont +les entrepreneurs des routes d’embranchement sont chargés aujourd’hui. + +Hugues Dumas, qui succéda en 1585, à son frère, est confirmé dans les +mêmes prérogatives par Henri III. Il fut remplacé, en 1595, par +Guillaume Fouquet[51]. + + [51] Sieur de la Varenne, commissaire ordinaire des guerres et + capitaine de la ville et du château de la Flèche. + +Henri IV, toujours guidé par l’amour du bien public, ordonna, en 1597, +l’établissement des chevaux de louage de traite en traite sur les grands +chemins, traverses et bords de rivières, comme un nouveau moyen +d’adoucissement à la misère de son peuple. _Considérant_, disait-il, _la +pauvreté et nécessité à laquelle tous nos sujets sont réduits à +l’accroissement des troubles passés, que la plupart d’iceux sont +destituez de chevaux, non-seulement pour le labourage, mais aussi pour +voyager et vacquer à leurs négoces accoutumez, n’ayant moyen d’en +achepter, ni de supporter la despense nécessaire pour la nourriture et +entretien d’iceux; pour raison de quoi, et pour la crainte que nos dits +sujets ont des courses et ravages de gens de guerre, comme aussi les +commerces accoustumez cessent et sont discontinuez en beaucoup +d’endroicts, et ne peuvent nos dits sujets librement vacquer à leurs +affaires, sinon en prenant la poste, qui leur vient en grande cherté et +excessive despense etc. A quoi désirant pourvoir, et donner moyen à nos +dits sujets de voyager, et commodément continuer le labourage, etc., +avons ordonné et ordonnons que par toutes les villes, bourgs et +bourgades de ce dit royaume, et lieux qui seront jugez nécessaires +seront establis des maistres particuliers pour chacune traite et +journée. Déclarant_, ajoute ce prince, _n’avoir entendu préjudicier aux +droits, priviléges et immunitez des postes_. + +Ce nouveau service donna lieu à la création de deux offices de généraux +des chevaux de relais et de louage. + +La distance entre chaque relais fut calculée sur la journée commune de +15 à 16 lieues, et portée à 7 ou 8 lieues. Le prix de ferme fut basé sur +le nombre de chevaux de chaque relais et fixé à 10 francs par tête. On +arrêta celui de la journée de chaque cheval, tant pour l’aller que le +retour, à 20 sous tournois et 25 sous pour chaque bête d’amble, malliers +et chevaux de courbes, c’est-à-dire, employés au tirage des voitures par +eau. + +Le Roi, pour soutenir cet établissement et prévenir tous les abus, +ordonna en outre que les chevaux des relais seraient considérés comme +lui appartenant et marqués à cet effet sur la cuisse droite d’un H +surmonté d’une fleur de lys; et sur la cuisse gauche, de la lettre +initiale du lieu où ils seraient entretenus. + +Les voyageurs ne pouvaient faire galoper les chevaux sous peine de dix +écus d’amende; _Ains, était-il ordonné, d’en user et s’en servir ainsi +que l’on a accoustumé de faire des chevaux louez à la journée[52]._ + + [52] M. de la Varenne, dit Sully, ne voulait pas introduire de chevaux + de louage au préjudice des relais et des postes. + +Telles sont à peu près les dispositions fondamentales d’un établissement +que Henri IV crut utile à ses sujets. Mais les postes ne tardèrent pas à +se ressentir des funestes effets que leur causait une semblable +concurrence. Menacées d’une destruction prochaine, elles n’échappèrent à +leur ruine totale que par une mesure qui concilia à la fois, et la +sollicitude paternelle du prince, et l’intérêt public. + +Les relais furent réunis aux postes, et firent dès lors partie des +attributions du contrôleur général des postes. Le roi releva par là une +institution dont il aurait entraîné la perte par des vues de +bienfaisance, et satisfit aussi son cœur en conservant à son peuple une +plus grande facilité de voyager, quoique forcé, par un sentiment de +justice, de la restreindre. A cet effet, le contrôleur général des +postes fut tenu de fournir des chevaux de relais à ceux qui ne +voudraient pas courir la poste, en ne payant que demi-poste par chaque +cheval, et se conformant à ce qui avait été ordonné pour les relais, +entr’autres obligations, de ne mener les chevaux qu’au pas ou au trot. + +Henri IV, en élevant les postes au rang des institutions les plus +notables de son royaume, crut y ajouter un nouvel éclat par le titre de +général qui remplaça, en 1603, celui de conseiller contrôleur général +des Postes. _Le soin_, dit ce Prince, _que nous avons voulu prendre +depuis un certain tems de savoir bien au vrai en quoy consiste la charge +de contrôleur des postes de nostre royaume, nous a fait entrer dans une +fort particulière connaissance du mérite d’icelle, et juger de quelle +façon elle importe au bien de nos affaires. Et aprez avoir mûrement +considéré jusqu’où elle s’estend, combien elle est honorable et avec +quelle authorité elle se peut dignement exercer par un homme qui s’en +acquittera fidellement, comme nous avons toute occasion de recevoir un +entier contentement de nostre ami féal sieur de la Varenne, conseiller +en nostre conseil d’estat, sans qu’au changement que nous n’apportions +autre prix qu’une marque d’honneur que nous entendons être faite à la +dite charge._ + +Sully dit _qu’il fut fait, en 1608, un règlement général, adressé aux +trésoriers de l’épargne des menus, des lignes suisses, de l’artillerie, +de l’extraordinaire des guerres, de l’extraordinaire de deçà les monts, +et autres, qui leur prescrivait une forme plus exacte pour leurs +comptes_. + +Il ajoute _que, parmi d’autres règlemens généraux, il en avait proposé +un sur les postes, dans lequel étaient compris les maîtres et +contrôleurs des postes, les chevaucheurs d’écurie du Roi, les courtiers +et banquiers, et leurs commis, les coches, les messagers à pied et à +cheval, et tous chariots et voitures par eau et par terre. Lorsque je +lisais cet article au Roi, il me dit: je vous recommande à la Varenne et +à tous les chevaucheurs; je vous les enverrai tous_. + +Ce ministre, toujours occupé du bien public, sous un Roi qui lui +accordait une confiance si entière, dit encore dans ses mémoires: _Je +médite sur la manière de rétablir et de recommencer les ouvrages publics +comme chemins[53], ponts, levées et autres bâtimens qui ne font pas +moins d’honneur au souverain que la magnificence de ses propres maisons, +et qui sont d’une utilité générale._ + + [53] Une somme de 4,855,000 y fut destinée. + +Si tous les actes qui ont signalé le règne de Henri IV, sont empreints, +en quelque sorte, de l’amour que son peuple lui inspirait, on ne peut +s’empêcher d’y reconnaître aussi cet esprit de justice et cette sagacité +qui le portaient à élever ce qui était grand et à honorer tout ce qui +était digne d’être respecté. Nos rois ont toujours reconnu l’importance +des postes; mais il est un de ceux qui ont le plus contribué à les +affermir. + +Le règne de Louis XIII apporta de nouvelles améliorations à cette +institution. La vigueur avec laquelle les prérogatives en furent encore +maintenues, et les heureux changemens qui s’y opérèrent, en rendirent +l’organisation plus fixe et plus régulière. + +Pierre d’Alméras[54], nouveau général des postes, soutient la cause des +maîtres des courriers envers lesquels, dans ces tems de guerre civile et +de désordre, on avait exercé de grandes violences. + + [54] Seigneur de St-Remy et de Saussaye, conseiller du Roi en ses + conseils. + +C’est dans cette vue que divers arrêts sont rendus, en 1612, pour les +mettre à l’abri du retour de pareils excès, et que le prix de la ferme +des relais porté à 10 francs par cheval et par an, est réduit à 6 +francs. + +Nos Rois, en abandonnant au général des postes les produits de la taxe +des lettres pour le dédommager des frais qu’entraînait ce transport et +le droit exigé pour en exercer le privilége exclusif, n’avaient pris +aucune mesure propre à régler les bases sur lesquelles le port devait en +être perçu, en raison du poids et des distances à parcourir. Les +généraux eux-mêmes, trop occupés d’une organisation qui réclamait toute +leur surveillance, négligeaient de porter leur attention sur un point +qui touchait de si près à leurs intérêts. Les particuliers, profitant de +la facilité qu’on leur laissait, s’étaient attribués seuls le droit de +taxer leurs lettres. Il est à croire que, primitivement, un grand esprit +de justice présidait à cette opération, puisqu’on ne leur en avait pas +contesté la liberté. Mais ils le firent plus tard avec si peu de +réserve, que le général des postes s’en plaignit en _les engageant à le +faire plus libéralement et n’abusant pas d’une facilité qui les portoit +à ne mettre que demi-port de ce qu’ils souloient faire ci-devant_. + +La plainte était d’autant plus juste, que les dépenses augmentaient en +raison de la régularité qui avait lieu dans le service des postes. Les +courriers arrivaient et partaient à des jours fixes de la semaine; et le +public comptait déjà assez sur l’exactitude de leur marche pour +entretenir des relations suivies, dont il faisait dépendre les intérêts +de sa fortune. + +Afin de mettre un terme à des mesures arbitraires, tout-à-fait contraire +à la prospérité des postes, le général avait autorisé les commis à +surtaxer les lettres et paquets pour les remettre au taux originel. +Mais, craignant de faire naître d’injustes réclamations qui eussent +porté atteinte à l’honneur des officiers des postes, il établit un tarif +qui fut rendu public et qui servit de base à la taxe des lettres, _sauf +que le plus grand port y fut volontairement apposé par ceux qui les +enverraient, est-il dit à cette occasion_. Ce furent ces raisons de +délicatesse et de justice qui, en 1627, 163 ans après l’établissement +des postes, donnèrent lieu au premier tarif connu. + +A cette époque où la police intérieure du royaume ne pouvait remédier à +tous les brigandages qu’enfantent toujours les dissentions intestines, +les routes étaient peu sûres. La poste, comme tenant au service du Roi, +semblait être à l’abri des tentatives les plus coupables. La sécurité +que le public trouvait à correspondre par cette voie, le porta à +l’étendre à l’envoi de l’argent, des bijoux, des pierreries et aux +autres objets précieux, en les insérant dans les lettres. Ces abus +éveillèrent l’attention du général des Postes: comme ils tendaient à +compromettre la sûreté des dépêches en servant d’appât aux malfaiteurs, +il fut fait défense expresse de rien introduire de semblable dans les +missives. L’argent monnoyé, par un sentiment de bienveillance, fut seul +excepté de cette mesure, soit pour en favoriser la circulation, soit +afin de soustraire le peuple à la dépendance d’individus qui se +chargeaient de ces transports à un taux usuraire. On permit de recevoir +l’argent ayant cours à _découvert_ jusqu’à la concurrence de cent +francs, moyennant un prix calculé sur les distances à parcourir. Le +montant de ces sommes était inscrit sur des livres tenus à cet effet +dans chaque bureau de poste. + +Telle fut l’origine des articles d’argent déposés, connus encore +aujourd’hui sous ce titre. + +L’expérience avait assez fait connaître la confiance que les postes +devaient inspirer, tant par la célérité que par la sécurité qu’elles +offraient. L’époque était venue de faire cesser les expéditions +extraordinaires de courriers que multipliaient les gouverneurs des +provinces ou autres personnages titrés, afin de correspondre d’une +manière plus éclatante avec la cour. Cet usage, non-seulement onéreux +pour la poste, par les frais qu’il occasionnait, pouvait nuire à la +sécurité qu’elle inspirait. Le général, pour remédier aux abus que ces +exceptions n’auraient pas manqué d’entraîner par la suite, obtint du +Roi, qu’à dater de 1629, tous les paquets adressés à sa majesté, au +chancelier et au surintendant des finances, ne parviendraient plus que +par son intermédiaire, et seraient remis aux officiers des postes qui +les enregistreraient sur des livres destinés à cet effet, en marquant +toujours sur l’enveloppe le jour et l’heure du départ des courriers, +afin d’établir leur responsabilité. Cette formalité reçut le nom de +chargement de lettres de service. On l’a étendue depuis aux +particuliers, mais à des conditions dont nous parlerons plus tard. + +Ou reconnut cependant qu’il était des circonstances où la gravité des +affaires ne permettrait pas d’attendre le départ plus ou moins prochain +des courriers; dans ce cas seulement, les frais qu’occasionnait l’envoi +de ces dépêches tombaient à la charge des ministres auxquels elles +étaient destinées. Ces expéditions instantanées ont été appelées +estafettes. Elles conservent encore ce nom, et on y a souvent recours +dans le même but. + +René d’Alméras, frère du précédent, occupe le dernier la charge +de général des postes, que Louis XIII supprima; celle de +surintendant-général des postes la remplaça en 1630. Nous voyons dans +cette nouvelle dénomination, sinon de plus grandes prérogatives +attachées aux postes, du moins une organisation particulière qui tendait +dès-lors à leur donner une forme plus régulière, et qui a servi de base +au système administratif adopté généralement de nos jours. En effet, +cette charge, exercée annuellement par chacun des trois conseillers[55] +nommés par le Roi, rentre absolument dans les attributions actuelles des +directeurs-généraux, dont les fonctions sont partagées par les +administrateurs qui forment leur conseil. Les modifications apportées +par la suite, dans le nom ou dans le nombre de ces emplois supérieurs, +sont subordonnées à des causes accidentelles qui n’ont rien changé au +principe. + + [55] Il en était ainsi, dit Sully, des offices des finances possédés + par trois personnes, sous le titre d’ancien, d’alternatif et de + triennal. + +On étendit l’utilité de cette mesure en établissant en même tems des +charges de conseillers, maîtres des courriers, contrôleurs provinciaux +des postes. L’activité et la surveillance directe et continue de ces +nouveaux agens, sur toutes les parties de ce service, devaient en hâter +l’amélioration. Elle fut rapide: leurs attributions étaient +très-étendues. Ils présentaient les sujets pour les places dont le +surintendant disposait seul, et dans lesquelles ils n’étaient confirmés +qu’après avoir prêté le serment de fidélité au roi. Ils indiquaient +aussi les changemens à opérer, soit dans le départ ou la marche des +courriers. Ainsi, ceux de Paris partirent plus régulièrement deux fois +la semaine; et il fut réglé qu’ils feraient nuit et jour, pendant les +sept mois de la belle saison, une poste par heure; et, pendant les cinq +mois d’hiver, il leur fut accordé une heure et demie, pour parcourir la +même distance. + +Les contrôleurs provinciaux jouissaient encore du revenu de la taxe des +lettres. Tant d’avantages firent craindre que leur influence ne +détruisît en partie celle du surintendant-général, et ne les rendît +indépendans. Louis XIII mit des bornes à leur pouvoir en faisant rentrer +dans les attributions de celui-ci une partie des prérogatives qu’il +avait accordées aux premiers, sans diminuer l’heureuse impulsion qu’ils +avaient communiquée et qui devait produire les résultats les plus +satisfaisans. Les priviléges qu’avait déjà M. de Nouveau[56], +surintendant-général des postes, s’accrurent de tous les droits dont les +contrôleurs furent privés. «_Confirmons_, dit le roi, _aux +surintendans-généraux, tous les gages, les appointemens, plats et +ordinaires en notre cour et suite, logement près de notre personne, +extraordinaire gratification, récompenses, estrennes, revenus desdits +relais et chevaux de louage, avec pouvoir de changer, augmenter et +diminuer lesdites postes, contraindre les maistres d’icelle, d’observer +les édits, ordonnances et règlemens cy-devant faits, et ceux qui seront +ou pourront être à l’avenir; ensemble muleter lesdits maistres de poste +par retranchement de leur charge, etc.; disposer d’icelles et de toutes +les autres qui dépendent d’eux, desquelles choses ils ne seront +responsables qu’à notre personne_.» + + [56] Conseiller, commandeur, grand trésorier des ordres, revêtu des + trois charges d’ancien, alternatif et triennal. + +Certes, c’était une charge éminente que celle qui donnait de telles +prérogatives. Nouvelle preuve de l’importance que nos rois attachaient +aux postes, en élevant ceux auxquels ils en confiaient le soin au rang +de ministres de leur maison. + +Les contrôleurs, rendus plus dépendans du surintendant-général, n’en +contribuèrent pas moins à la prospérité d’un établissement auquel ils +devaient apporter de si utiles et de si nombreuses améliorations. + +Le public continuait d’introduire dans les missives, malgré toutes les +défenses faites à ce sujet, des objets étrangers à la correspondance. Le +surintendant-général représenta au Roi l’impossibilité de s’opposer aux +transports de ce genre. Il fut décidé, d’après cela, que les envois +auraient lieu suivant le mode établi pour l’argent monnoyé. Cette +nouvelle partie du service reçut la dénomination de _valeurs cotées_, +parce qu’on en percevait le port sur le prix que l’envoyeur était obligé +de déclarer aux officiers des postes, en leur présentant l’objet à +découvert, afin d’en justifier l’estimation. + +Les particuliers trouvèrent dans cette mesure un moyen de faire +parvenir, sur tous les points de la France, les matières d’un grand prix +dont la circulation n’aurait pu s’étendre par le peu de relations +établies encore entre les provinces. Le commerce et l’industrie durent +en recevoir une nouvelle activité. Aujourd’hui, par les raisons +contraires, ce mode est loin d’être aussi productif pour les postes. +C’est une facilité dont le public n’use que rarement. + +Les intérêts des maîtres des relais furent un instant compromis par la +concurrence des messagers royaux. Les avantages apparens qu’elle +semblait offrir aux particuliers pouvaient entraîner des résultats +funestes au bien de l’état. Dès 1634, les remontrances du +surintendant-général des postes furent accueillies, et les messagers +royaux furent forcés de s’en tenir à l’édit de leur création, qui les +obligeait à marquer leurs chevaux d’un signe particulier, à ne conduire +par leurs voitures les voyageurs d’une ville à l’autre du royaume +qu’avec les mêmes chevaux, et à n’employer, en cas d’insuffisance, que +ceux des maîtres de poste; il leur était interdit en outre de recevoir +les étrangers, ainsi que les personnes qui partaient de la cour, soit +pour voyager dans l’intérieur du royaume, soit même pour en sortir. + +La politique de ces tems n’était pas parvenue au point de mettre +obstacle à la correspondance entre les individus, lorsque les grands +débats qui s’élevaient entre les puissances étaient reglés par les +chances de la guerre: le Roi ne voulut pas que les intérêts privés en +souffrissent, et que les relations fussent interrompues. En conséquence, +les courriers, pendant la guerre qui eut lieu en 1637 transportèrent les +lettres comme à l’ordinaire. + +Ce principe généreux n’a pas été toujours reconnu; et nous verrons, dans +la suite, qu’on a souvent usé d’une grande rigueur à cet égard. + +Le droit de franchise ou d’exemption de taxe, qui n’avait pas reçu +d’extension, et qu’on avait accordé par une faveur toute spéciale, aux +ambassadeurs, leur fut bientôt retiré. L’abus qui s’était introduit, +sans doute à leur insçu, de faire parvenir la correspondance des +particuliers sous leur couvert, avait causé une diminution considérable +sur la recette des lettres provenant de l’étranger. Il cessa en partie +par cette mesure; mais il paraît difficile de remédier à un pareil +inconvénient, qui s’est renouvelé tant de fois depuis. + +Le service des postes prenant de plus en plus de l’accroissement, la +surveillance active des contrôleurs provinciaux ne pouvait s’exercer +avec le même succès sur tous les points. Les relais et les bureaux de +poste se multipliaient chaque jour; le nombre des fermiers et des +messagers, tant royaux que de l’université, augmentait en proportion; il +fallait aussi que celui des commis s’accrût pour le travail des lettres. +Les contrôleurs provinciaux jugèrent donc convenable d’établir un nouvel +agent, dont les attributions, en opposition avec celle des fermiers et +des employés, concourussent néanmoins à faciliter tant d’opérations, +avec la même régularité. Le roi créa, à cet effet, en 1643, des offices +de contrôleurs, _taxeurs_ et _peseurs_ de lettres et paquets. L’emploi +de ces contrôleurs était de taxer les lettres à l’arrivée des courriers, +en suivant les poids en usage dans les villes; de tenir des registres de +celles qu’ils expédiaient; de recevoir les plaintes relatives au +service; enfin de faire observer les réglemens. L’achat de ces charges +leur donnait aussi l’avantage de jouir du quart en sus de tous les ports +des lettres et paquets allant par la voie des postes. + +Ces charges furent supprimées en 1655. On les remplaça par celles +d’intendans (au nombre de quatre), dont les attributions furent plus +étendues, et on leur adjoignit toutefois des commis pour remplir les +fonctions des contrôleurs. + +Il est facile de voir que, si le gouvernement trouvait quelque profit +dans les fréquentes mutations des charges, il y était également porté +par l’accroissement que les postes prenaient chaque jour. La nécessité +de multiplier les moyens de surveillance entraînait la création de +nouveaux emplois, parmi lesquels la hiérarchie, observée déjà avec +rigueur, établissait les droits réels à l’avancement. + +Les messagers de l’université, à l’exemple des messagers royaux, ayant +empiété sur les droits des postes, échouèrent également, en 1661, dans +leurs prétentions exagérées. Ils ne partirent plus que, comme par le +passé à certains jours, des villes où ils étaient établis, en ne +marchant qu’à journées réglées entre deux soleils, sans pouvoir aller en +poste, ni se servir de courriers pendant la nuit, ni même de chevaux de +relais de traite en traite sur les routes. La contravention à ces +défenses emportait la confiscation des chevaux, une amende de 1000 fr., +et la prison à l’égard des courriers. + +Les postes fixèrent l’attention de Louis XIV, qui devait leur +communiquer, comme à toutes les institutions de son règne, ce caractère +de grandeur et de stabilité qui l’a immortalisé. + +Elles furent cependant encore menacées d’une ruine totale. Plusieurs +voyages de la cour, dans les provinces, causèrent la perte de plus d’un +quart des chevaux. La rareté qui s’en suivit, et, par conséquent, le +prix auquel on portait ces animaux, joints à la disette des fourrages, +laissait peu d’espoir de remonter cet établissement. Le découragement +était à son comble; et les maîtres de poste, dont les relais n’étaient +pas entièrement démontés, menaçaient de les abandonner. + +Le roi, vivement touché de leur sort, s’empressa de remettre en vigueur +les arrêts qui leur accordaient les priviléges qu’on n’avait cessé de +leur contester, et qu’ils tenaient de Louis XI et de ses successeurs. +Ils consistaient dans l’exemption de la taille sur 60 arpens de terre +(non compris les héritages qui leur appartenaient); de milice pour +l’aîné de leurs enfans et le premier de leurs postillons; de logement de +gens de guerre; de contributions au guet, garde, subsistances et autres +impositions; des charges de ville, de tutelle, curatelle, établissemens +de séquestres et saisies réelles, etc.; enfin, de droits aussi onéreux +qu’assujettissans, dont on ne les déchargeait que pour les distinguer +plus spécialement, en raison de l’utilité et du genre de leur service. +Ils étaient, en outre, commensaux de la maison du roi, et jouissaient +des _gages_ attachés à leurs titres. Leurs brevets étaient signés par le +prince. + +Louis XIV ne se contenta pas de cet acte de justice: il ordonna +qu’aucune charge du royaume ne serait acquittée avant celles dues pour +indemniser les maîtres de poste de leurs pertes, voulant réparer, par +une mesure prompte et préservatrice, un mal dont les suites pouvaient +devenir si funestes à l’état. + +L’exemple de ces révolutions désastreuses dans les postes, tant chez les +anciens que chez les modernes, aurait dû mettre en garde contre de +pareils retours, si le flambeau de l’expérience servait de guide aux +novateurs. + +La seule protection de nos rois a soutenu cet établissement contre leurs +mesures inconsidérées: elle est encore la cause de leur prospérité. Mais +n’est-il donc aucun moyen de consolider cette institution, en l’asseyant +sur des bases solides et à l’abri de tout ébranlement? L’agriculture, +sur laquelle les maîtres de poste devraient porter toutes leurs vues, +nous semble celui qui y conduirait le plus infailliblement, surtout s’il +était soutenu par les encouragemens qui font naître l’émulation, sans +laquelle tout languit. Ils serviraient doublement leurs intérêts et ceux +de l’état, en y rattachant leur industrie qui s’y lie si étroitement. +L’exploitation d’une grande ferme ferait la sécurité du gouvernement, et +la richesse du maître de poste. En effet, ce dernier redouterait-il le +ravage des épizooties, la disette des fourrages, la rareté des +chevaux[57], la cherté qui s’en suit, lorsque les siens, forts et +vigoureux, seraient entretenus avec soin, nourris sainement et exercés +avec discernement. En les élevant sur son domaine, il en améliorerait la +race et l’approprierait au besoin de son relais; leur nombre, toujours +en raison de l’importance de sa culture et de la nature des produits de +sa terre, ne serait pas limité à celui des réglemens. Verrait-il, +d’après cela, la cause de sa ruine dans un événement passager, la forme +d’une voiture, son poids, sa surcharge; des voyages multipliés; des +guerres, des invasions, où des circonstances imprévues ne pourraient +mettre sa prévoyance en défaut; et, toujours prêt à seconder les vues du +gouvernement auquel il devrait sa considération, il trouverait dans ses +propres ressources les moyens d’assurer, en tout tems, un service que +des sacrifices incalculables ne pourraient souvent préserver d’une +entière destruction. + + [57] Les chevaux français sont très-estimés, surtout ceux que fournit + la Normandie, qui sont préférés pour l’attelage. On porte à + 1,650,000 le nombre de ceux de toute espèce qu’on élève en France. + L’Angleterre en compte à peu près le même nombre. + +C’est surtout par l’entretien des routes royales[58] que l’on +concourrait efficacement à soutenir les maîtres de poste. Celles qui +traversent la France, dans tous les sens, sont bien coupées et +parfaitement alignées. Les ponts, les chaussées et toutes les +constructions en ce genre, fixent, par leur perfection, l’attention des +étrangers. Sous le règne de Louis XV, un nombre considérable de routes +ont été ouvertes des portes de la capitale aux extrémités du royaume. +Quelques entreprises semblables ont eu lieu depuis; mais ce n’est pas +assez de créer, il faut entretenir. Tous les états de l’Europe sentent +aujourd’hui la nécessité de tracer des grands chemins ou de les réparer. +L’Angleterre nous en donne l’exemple en les multipliant au point d’en +compter trois fois plus qu’en France[59], et plusieurs autres nations +rivalisent d’émulation à cet égard. Il y aurait peu à faire si +l’attention du gouvernement se portait sur ce point. Déjà, quelques +heureux essais font pressentir le désir qu’il aurait d’améliorer une +partie si importante de l’administration intérieure de l’état. Des +compagnies entreprennent d’établir une route en fer, de Lyon à +Saint-Etienne, et proposent d’en exécuter une semblable de Paris au +Hâvre. Un pont suspendu à des chaînes de fer s’achève sur le Rhône. On +en construit un de ce genre, à Paris, entre l’esplanade des Invalides et +les Champs-Elysées; et bientôt, sans doute, tous les passages où l’on +n’avait pu vaincre, jusqu’à ce jour, les difficultés que la nature +oppose, deviendront praticables, ou cesseront d’être un objet continuel +de crainte pour les voyageurs qui traverseront, en tout tems et avec +sécurité, ces gorges profondes et ces fleuves rapides auxquels +l’obscurité des nuits et l’inclémence des saisons ajoutent de nouveaux +dangers. + + [58] Quant aux routes départementales et vicinales, elles sont en + général fort dégradées. + + [59] La longueur des routes en France n’excède pas 10,000 lieues + tandis que l’étendue des chemins de la Grande-Bretagne dépasse une + longueur de 30,000 lieues. + +Nous n’aurions pas la moindre incertitude sur le sort des grandes +routes, en France, si on assignait sur les revenus des postes, un fonds +suffisant à leur entretien; car, tout en admirant les ouvrages des +anciens, nous nous condamnons à ne pas les imiter, en réprouvant les +moyens qu’ils employaient pour en assurer la durée. Charlemagne, à +l’exemple des Romains, faisait travailler ses troupes[60] et ses sujets +aux grandes entreprises de l’empire, parmi lesquelles la construction +des routes tenait un rang si important. Nous ne pensons pas qu’en +suivant le système actuel il y fût parvenu. + + [60] Le roi de Suède a fait faire par ses troupes près des six + septièmes des grands travaux effectués en canaux et en routes. + +Il n’est pas douteux que le mauvais état des routes n’ait été pendant +long-tems le motif du peu de perfection qu’on remarquait dans nos +voitures. C’étaient des chariots attelés de bœufs dont se servaient les +rois de la première race. On ne fait pas remonter l’invention des +voitures, qui est due aux Français, au-delà du règne de Charles VII. +_Malgré le luxe et l’extravagance de ces tems-là_, dit Millot, _on +ignoroit tellement las commodités de la vie, que, durant l’hiver +rigoureux de 1457, les seigneurs et les dames de qualité, n’osant monter +à cheval, se faisoient traîner dans des tonneaux en guise de carrosses_. +Le char[61] suspendu que Ladislas, roi de Bohême, envoya à la reine +mère, Marie d’Anjou, surpassa bientôt tous les essais en ce genre. _Il +estoit_, disent les chroniques, _branlant et moult riche_. + + [61] 1475. + +Avant cette époque les reines, comme toutes les dames de la cour, +allaient en litière ou à cheval. Sous François I.er, les princesses +parurent, à diverses cérémonies, montées sur des haquenées blanches. + +Il n’y eut d’abord, en France, que le carrosse de la reine Eléonore, +celui de la duchesse d’Angoulême, mère de François I.er, et celui de +Diane, fille de Henri II. Ces voitures, rondes et petites, ne pouvaient +contenir que deux personnes. Elles furent agrandies, et devinrent si +incommodes, que le parlement pria Charles IX d’en défendre l’usage dans +Paris: il ne fut plus maintenu que pour les voyages. Le bon Henri +n’avait cependant qu’une seule voiture, et elle était de cette espèce. +_Je ne pourrai vous aller trouver d’aujourd’hui_, écrivait-il à Sully, +_ma femme m’ayant pris mon coche_. Le défaut de glaces à sa voiture, +disent les historiens, a peut-être été la cause de sa mort. + +Les courtisans allaient au Louvre à cheval, et les dames montaient en +croupe ou en litière. Les conseillers se rendaient au palais sur des +mules. + +Un seigneur de la cour, nommé Jean de Laval de Bois-Dauphin, paraît être +le premier qui se soit servi de voitures à l’exemple des princes. Sa +grosseur excessive, qui l’empêchait de marcher et de monter à cheval, en +devint le motif. On remarqua ensuite celle du président de Thou. +Bassompière, sous le règne de Louis XIII, essaya, le premier, de faire +placer des glaces à son carrosse. Ce ne fut qu’en 1515 qu’il parut des +voitures à Vienne, et en 1580 à Londres. + +On conçoit, d’après cela, que cette invention, attribuée aux Français, +n’est point une assertion vague et dénuée de preuves. Mais il est juste +d’avouer aussi que les imitateurs les ont surpassés pendant long-tems +dans la construction élégante et commode des voitures. + +Jusqu’en 1650, l’usage ne s’en était répandu que parmi les particuliers +très-riches. Elles se multiplièrent tellement depuis, que, vers la fin +du règne de Louis XV, on comptait plus de 15,000 voitures de toute +espèce à Paris seulement. + +C’est à un nommé Sauvage qu’on doit, vers le milieu du XVII.e siècle, +l’établissement des voitures publiques. Messieurs de Villermé et de +Givry obtinrent le privilége exclusif de louer, à Paris, les carrosses, +les grandes et petites carrioles, dans lesquelles on ne payait que cinq +sous; d’où leur vient le nom de carrosses à cinq sous. Ceux à un prix +déterminé par heure ou par course leur succédèrent en 1662. Le carrabas +ou char-à-banc, et les voitures connues sous une dénomination si +triviale, allaient de Paris à Versailles. Le carrabas était d’osier, +d’une forme longue et propre à contenir vingt personnes; attelé de huit +chevaux, il mettait six heures pour faire quatre lieues et demie. Les +autres carrosses paraissaient moins incommodes quoique ouverts à tous +les vents. + +Plus tard, en 1766, le nombre des coches avait beaucoup augmenté; il en +partait chaque jour 27 de Paris, contenant 270 personnes. Aujourd’hui, +il part habituellement de la capitale 300 voitures et 3000 voyageurs. A +la même époque on comptait 14 établissemens de roulage: ce nombre +s’élève à présent à 70. + +Quant au nombre des voitures, il s’est considérablement accru, tant dans +les provinces qu’à Paris où on en remarque de toutes les formes. Celui +des fiacres[62] ou voitures de place est de 3000, et l’on porte à 2000 +celui de cabriolets. Il serait inutile de détailler ici les facilités +offertes au public pour voyager sur tous les points du royaume. Paris +est le centre où viennent aboutir les entreprises multipliées qui +s’élèvent chaque jour dans toutes les villes des provinces. Les voitures +qu’on emploie à ces divers services, rivalisent entr’elles de goût et de +commodité: elles contiennent assez ordinairement 18 ou 20 voyageurs. +Quant à leur marche, elle acquiert chaque jour plus d’accélération. Les +prix varient en raison de la concurrence. + + [62] Ce mot vient du nom d’un moine du couvent des Petits-Pères, qui + s’appelait Fiacre, mort en odeur de sainteté. La vénération qu’on + lui portait allait si loin, que chacun voulait avoir son effigie et + qu’on la peignait même sur les portières des carrosses de place, + d’où leur est venu le nom du fiacre. + +Les malles-postes et les messageries[63] royales se distinguent +particulièrement entre toutes ces entreprises. + + [63] On appelle aussi, dans la capitale, messagerie à cheval, les + chevaux qu’on fournit aux voyageurs, et que le messager en chef de + la cavalcade, suit dans un chariot chargé de leur bagage, en leur + indiquant les lieux de la dînée et de la couchée. On fait à peu près + 16 ou 18 lieues par jour, en trouvant à chaque lieu de repos les + repas préparés. Cette manière de voyager est peu dispendieuse. + +La première chaise de poste parut en 1664. On en attribue l’invention à +un nommé Grugère. Le privilége exclusif en fut accordé au marquis de +Crenan, dont le nom, pour cette raison, fut donné à ces sortes de +voitures. Elles ne furent pas long-tems en usage à cause de leur +pesanteur, et on les remplaça par celles construites sur le modèle des +chaises allemandes. + +Jusqu’en 1663, la poste n’avait rapporté aucun revenu au roi, car on ne +pouvait considérer comme tel la vente des charges et du privilége +accordé depuis peu d’années aux officiers des postes, de percevoir les +ports de lettres à leur bénéfice. Cet avantage s’était considérablement +accru par les améliorations successives qu’on ne cessait d’introduire +dans un service si favorable aux intérêts des particuliers. Le marquis +de Louvois, ministre de la guerre dès 1654, venait d’être élevé[64] à la +charge de surintendant général des postes. Ce ministre jugea qu’il était +tems de faire tourner, au profit du Roi, les produits d’une institution +entretenue à ses dépens, sans, pour cela, en changer la nature. Et parce +que les postes augmenteraient les revenus du trésor royal, il n’entra +pas dans les vues d’un ministre de Louis XIV, appelé à les diriger, de +les considérer à l’avenir comme créées dans ce but. + + [64] 1668. + +Loin de subir les suites funestes d’un pareil systême, nous voyons les +postes au contraire s’élever davantage, s’il est possible, par le +caractère de stabilité et d’indépendance que leur imprime le marquis de +Louvois, sous la direction duquel tous les élémens qui les +constituaient, liés avec plus d’ordre, en ont formé cette administration +importante, l’objet encore de l’admiration de toute l’Europe. + +Le nouveau mode introduit dans les postes s’opéra sans secousse par +l’esprit de justice qui en prépara la transition; et les intérêts des +titulaires furent réglés avec sagesse et discernement. Comme on ne +pouvait encore subir les chances d’une gestion compliquée, le marquis de +Louvois pensa que l’expérience était le seul moyen de s’éclairer dans +ces grandes mesures que le tems amène; et, pour y parvenir, il proposa +au Roi de mettre les postes en ferme[65]: ce projet ayant été approuvé, +Lazare Patin fut reconnu, par le premier bail de 11 ans montant à +1,200,000 fr., fermier général des postes de France. + + [65] Le systême des fermes, tant décrié de nos jours, ne devait + cependant diminuer en rien la confiance dont les postes jouissaient. + Elles tenaient ce précieux avantage de l’esprit de paternité avec + lequel elles étaient constamment dirigées. Ce régime attachait + tellement les officiers des postes à leurs emplois, qu’ils + semblaient les regarder comme un héritage de famille. On en + trouverait encore qui pourraient puiser, dans de vieux souvenirs, de + nouveaux titres à l’estime générale. Certes, l’intérêt n’était pas + le seul mobile qui faisait tenir à ces places, la plupart peu + lucratives: la considération qui ne manque jamais d’être la + récompense d’une conduite honorable, explique assez le prix que + mettaient même des personnes de distinction à gérer un bureau de + poste qui rendait à peine trois cents francs, ou un relais de peu de + valeur. + +_Les courriers n’étoient chargés_, dit Mezeray[66], _que des affaires du +Roi, aussi couroient-ils à ses dépends_. On ne prétendait, et cela est +positif, retirer d’autre avantage des postes que celui de correspondre +avec célérité, et de voyager rapidement. + + [66] Histoire de France. + +_Maintenant_, ajoute le même auteur, _les courriers portent aussi les +paquets des particuliers, si bien que, par l’impatience et la curiosité +des François, il s’en est fait un avantage encore plus grand pour les +coffres du prince que pour la commodité publique_. + +Une telle conséquence, maigre l’erreur évidente qu’elle renferme, serait +encore loin de porter la moindre atteinte au principe qui régit les +postes! La société réclamait une institution; elle est établie et mise +en harmonie avec ses besoins. Tout s’anime par elle: les relations se +multiplient; le commerce est vivifié; les sciences et les arts sont +répandus; et bientôt l’agriculture, qui ne fructifierait que sur +quelques points favorisés par leur position géographique, porte, dans +les lieux destinés peut-être à n’en jouir que tardivement, les procédés +les plus utiles éprouvés par l’expérience. + +Semblables à ces sources bienfaisantes qui donnent naissance aux fleuves +auxquels le sol doit sa fécondité, les postes sont ce germe précieux de +prospérité qui, en se développant, multiplie ses trésors avec une +étonnante profusion. Leur influence est telle qu’on ne pourrait la +comprimer sans danger. Elles existaient en entraînant de grandes +dépenses: elles existeraient encore indépendamment des produits qu’on en +retire, et que les bienfaits qu’elles répandent depuis leur existence +ont successivement accrus. On ne reconnaît point un impôt à ce +caractère; quoique créé, annulé ou modifié sous une dénomination +quelconque, son but est de produire: son action cesse dès que cette +seule condition n’est pas remplie; tandis que les postes, dont les +attributions n’ont d’analogie avec aucune autre institution, privées de +ce résultat, continuent d’imprimer le même mouvement au corps social. Il +est naturel de faire retourner à l’avantage du trésor l’excédant des +recettes qu’elles produisent, après avoir épuisé toutefois les moyens +d’améliorations directs ou indirects qui s’y rattachent: il était juste +même que le fisc fût à l’abri de toute malversation. Mais où est la +garantie de la société, en admettant comme possible la soustraction de +quelques missives? L’argent remplace l’argent; les marchandises et tous +les objets industriels en circulation dans le commerce, ont une valeur +appréciable! quelle compensation offrirait-on pour la perte de titres +importans, de pièces dont dépendent l’honneur et la fortune des +individus; pour la violation du secret des familles, de l’état même? Les +postes ont donc un caractère moral qui constitue leur indépendance. +Elles semblent être une exception dans l’ensemble du grand système +social. Ce principe reconnu par le prince qui les a instituées, et +consacré par nos rois qui les ont conservées sous leur protection, en +communiquant sans intermédiaire avec les hommes d’état auxquels ils en +confient spécialement la direction, a seul contribué à leur maintien et +les préservera de toute décadence. + +A peine le fermier fut-il en jouissance de son privilége que le +transport frauduleux des lettres et paquets qui avait lieu par +l’entremise des personnes étrangères aux postes, le contraignit de +demander la résiliation de son bail ou la répression d’abus qui le +mettaient dans l’impossibilité de remplir les engagemens qu’il avait +contractés. On fit droit, en 1673, à une si juste réclamation dans les +termes suivans, qui rappelaient ceux de l’édit de 1630: + +_Très expresses inhibitions et défenses à tous maistres et fermiers de +carrosses, cochers, muletiers, rouliers, voituriers, cocquetiers, +poullailliers, beurriers, piétons et autres, tant par eau que par terre, +de porter aucunes lettres de quelque sorte et nature que ce soit, à +l’exception seulement des lettres de voiture, des marchandises et hardes +dont ils seront chargés, malles non fermées, ni cachetées; et à tous +messagers d’avoir aucuns bureaux, tenir aucune boëte, recevoir, porter +aucunes lettres et paquets etc.; contre chacun des contrevenants de 1500 +livres d’amende payables franc de port, en vertu du présent arrest, sans +qu’il en soit besoin d’autre, et confiscation des chevaux, mulets et +équipages, dépens, dommages et intérêts._ + +On apporte, en 1676, quelques modifications au tarif établi pour la taxe +des lettres. + +Le 2.e bail[67] des postes est porté à 1,800,000 fr. + + [67] 1683. + +Le 3.e bail[68] des postes est porté à 1,400,000 fr. + + [68] 1688. + +L’ordre que le marquis de Louvois avait établi dans les postes, fit +réduire, à sa mort[69], l’office de la surintendance générale des Postes +à une simple commission. + + [69] 1699. + +M. le Pelletier, conseiller d’état, lui succède. + +Le 4.e bail[70] des Postes s’élève à 2,820,000 fr. Cette augmentation +provient des adjudications faites partiellement, et de la ferme des +messageries étrangères qu’avait possédées le marquis de Louvois. + + [70] 1695. + +M. Arnaud de Pompone, ministre secrétaire d’état, remplace, en 1698, M. +le Pelletier. + +Le 5.e bail des Postes est au même prix que le précédent. + +En 1699, M. de Colbert, marquis de Torcy[71], secrétaire d’état au +département de la guerre, est nommé surintendant-général des Postes. Il +devait en conserver pendant long-tems la direction; aussi reçurent-elles +sous lui de nombreuses améliorations. Il continuait le systême de M. de +Louvois; il faisait plus, il le consolidait, en se montrant digne +d’occuper une place aussi importante. + + [71] Commandeur et grand trésorier des ordres. C’est de lui dont parle + Duclos, lorsqu’il rapporte la réponse pleine de fermeté qui fut + faite à lord Stairs, ambassadeur d’Angleterre à la cour de France. + _Le Roi (Louis XIV), dit-il, refusa de donner audience à ce dernier + et le renvoya, pour les affaires, au marquis de Torcy, dont Stairs_ + reçut une leçon assez vive. + + _Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il + s’échappa un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit + froidement: M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé + que moi, je les ai passées pour le bien de la paix; mais si jamais + en me parlant vous vous écartez du respect qui est dû au roi, je + vous ferai jeter par les fenêtres. Stairs se tut, et de ce moment + fut plus réservé._ + +Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance des Postes, en +faveur du marquis de Torcy, et celle des bâtimens en faveur du duc +d’Antin, qui avait succédé à Mansard, surintendant-général des bâtimens, +en qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit beaucoup de +difficultés, parce que l’édit de suppression portait qu’elles ne +pourraient être rétablies; les _gages_ qui étaient attachés à chacune +montaient à près de 50,000 fr. + +Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création, toutes les parties +qui entrent dans l’organisation des Postes. L’affranchissement des +lettres, c’est-à-dire la liberté et souvent l’obligation d’en acquitter +le port d’avance, existait depuis long-tems, et même avait été toujours +en usage pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme. Il en +résultait un préjudice notable pour les négocians dont les avantages +réciproques ne pouvaient être balancés en ce cas. Les députés du +commerce firent, en 1701, des représentations au roi, qui, en les +conciliant avec les intérêts du fermier général des Postes, supprima +l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties dans le +royaume, et ordonna que les lettres et paquets seraient taxés d’après le +dernier tarif. Cette mesure ne s’étendit pas à celles destinées pour +l’étranger. + +Le 6.e bail[72], fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr. + + [72] 1703. + +Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant plus dans la +proportion des frais qu’exigeaient les améliorations nouvellement +introduites dans le service, tant à cause des distances, que du poids de +l’once qui était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que sur +le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut plus conforme aux +intérêts des postes, et portait, entr’autres articles, que les lettres +et paquets seraient payés suivant le poids des villes où existaient les +bureaux, et que les distances[73] des lieux seraient comptées d’après le +nombre des postes établies sur les routes que devaient suivre les +courriers: la franchise n’avait pas reçu d’extension. + + [73] Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau + triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à + compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à + Paris. + +Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les valeurs cotées +n’était pas réglé sur une base fixe; il fut porté à un sou pour livre, +taux auquel il est resté jusqu’à ce jour. + +Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles, est fixé par les +réglemens à 7 liv. 10 sous. + +L’usage de voyager en poste par les voitures dites berlines, inventées +par Philippe Chieze, premier architecte de Fréderick Guillaume, électeur +de Brandebourg, fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures avait +démonté la plus grande partie des relais. Cette sage mesure suspendit +l’effet d’un mal que le tems et de grandes précautions pouvaient seuls +réparer. + +Le 7.e bail[74] a lieu pour 3 millions. + + [74] 1709. + +Le 8.e bail[75], quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr. + + [75] 1713. + +L’état florissant auquel les postes étaient parvenues pendant le siècle +de Louis XIV, laissait peu de changemens à y introduire sous celui de +son successeur. Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup de +mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en améliorations, le +comte d’Argenson, ministre et secrétaire d’état au département de la +guerre, grand-maître et surintendant-général des postes et relais, ne +contribua pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses +prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des chevaux aux +courriers pour les lieux où le Roi fixe sa résidence: il est à remarquer +que, par la dénomination de courrier, on entend tout voyageur qui se +sert de la poste. + +L’Université de Paris avait joui de tout tems, par un privilége +particulier, du droit de messageries et de poste; le Roi, en le lui +retirant, en 1719, lui accorda pour indemnité le 28.e du bail général +des postes, montant à 120,000 fr.: cette somme était destinée à subvenir +aux frais de l’instruction que l’Université faisait gratuitement. + +Tant que les postes ne furent pas établies de manière à satisfaire tous +les besoins, il était naturel de tolérer un moyen qui favorisait à la +fois l’intérêt de l’Université et celui de la société. Mais il eût été +impolitique de laisser subsister plus long-tems une entreprise de cette +nature, en opposition avec le service de l’état. Il est évident que, +dans ce cas, toute concurrence en entraverait la marche et en +compromettrait même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en +ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice, en +l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver. Etait-il +convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à propager le goût des +sciences et des belles-lettres, continuât une exploitation si peu en +rapport avec ses attributions et son indépendance. Si l’Université +s’était soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité des +successeurs de Charlemagne et de François I.er de la protéger et d’être +leur seul appui à l’avenir. + +Le 9.e bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv. + +On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports. + +Le 10.e bail est porté, en 1729, à 3,946,042. + +Le 11.e ne subit pas d’augmentation en 1735. + +Une ordonnance règle le service des courriers, leur marche sur les +routes, et les droits et frais à leur charge. + +Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient être servis aux +relais avant les courriers et les messageries, et que, pour y parvenir, +ils employaient la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné aux +maîtres de poste de ne céder à aucune menace, et on leur renouvela +l’assurance d’une protection spéciale contre toutes les prétentions qui +pourraient s’élever à l’avenir à cet égard. + +Le 12.e bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte du Roi, dans +l’intention d’avoir une connaissance exacte des produits des postes et +messageries. Des lettres patentes augmentèrent ce bail de 1500 fr., +parce qu’on réunit aux postes le privilége qu’avait le prince de +Lorraine, de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume, +excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva la jouissance. + +Le 13.e bail est passé pour six années, à Carlier, en 1739, moyennant la +somme de 4,521,400 fr. + +La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon, Versailles et +Brest, est considérée comme poste royale et doublée par ce motif. + +Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne conduire aux relais +étrangers qu’en se faisant payer d’avance et sur le pied de monnaie +étrangère. Ils sont également autorisés, plus tard, à fournir des +chevaux pour les routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra +d’exiger, sans pouvoir y être contraints dans aucun cas. + +Le 14.e bail, de la durée de 10 années, est renouvelé en 1744, au même +prix que le précédent. + +Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées, il fut réglé, +en 1749, que toutes celles qui ne pourraient pas parvenir à leur +destination, seraient renvoyées au bout de trois mois dans les villes +d’où elles étaient parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en +recevant pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles qu’ils +auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner une meilleure +adresse. + +Le 15.e bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr. + +La publication du premier dictionnaire des Postes connu, a lieu en 1754. +Il est dédié par M. Guyot, son auteur[76], au comte d’Argenson, +surintendant-général des Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile, +qu’on n’avait encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document +propre à guider les officiers des Postes dans la direction à donner aux +lettres. + + [76] Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux + volumes, sous le titre de dictionnaire géographique et universel des + Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition, + par M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage + est trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges. + Le second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre + pour le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens + précieux, et qui devient indispensable pour toute personne qui veut + profiter des avantages de la poste, pour la correspondance + journalière. + + L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est + exclusivement destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux + chevaux. Il convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les + indications précises et le réglement qu’il renferme. + + M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique + sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter + un pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration + dans la longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble + et loyale conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles + politiques, l’avaient mis à même de juger sainement tous les + événemens et les variations qui s’y rattachent. L’apparition de son + ouvrage à l’instant où nous achevions le nôtre, commencé depuis + plusieurs années, nous eût imposé l’obligation de le suspendre, + malgré le travail qu’il nous a coûté et les recherches longues et + souvent fastidieuses auxquelles nous nous sommes livré, s’il fût + entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser l’histoire générale des + postes. Mais son essai, plus particulièrement destiné à faire + connaître les améliorations successives survenues dans les produits + des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine royal, et + l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner plus + d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous + sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui + devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous + regrettons que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet + qui eût pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt. + + Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance, + au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont + nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il + nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en + recueillant tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de + correspondre dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur + la manière de voyager, en usage dans toutes les contrées connues: le + motif seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise. + +Le 16.e bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr. + +Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons, provoquent +une ordonnance relative aux peines qu’encourront ceux qui se rendront +coupables, à l’avenir, de mauvais traitemens à leur égard. + +La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en vigueur tous les +édits rendus sur le service des Postes. On y remarque, entr’autres +articles, ceux concernant les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif +pour la perception du port des lettres établi sur des bases nouvelles, +et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la sécurité que +la correspondance retire de ces améliorations rangeront cette époque au +nombre de celles auxquelles les Postes sont redevables de quelque +perfectionnement. + +L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré tant de projets utiles +à M. Charles Humbert Pierron de Chamousset[77], lui fit naître l’idée de +la petite-poste. Le service, devenu de jour en jour plus actif et plus +régulier, et la multiplicité des relations dont Paris était le point +central, exigeaient un mode nouveau et prompt de recevoir et d’expédier +les missives de la capitale. La difficulté de se rencontrer dans une +ville si populeuse, le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait +sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens d’y +correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui avait mûri cette idée, +fit part de ses vues. On en reconnut les avantages, et le projet d’un +homme de bien fut accueilli favorablement: on fit plus, on le réalisa. +La petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur de +Paris, où cent dix-sept facteurs[78] faisaient journellement ce service. +Elle fut d’abord en régie, et on la réunit par la suite à la ferme +générale. Cette organisation, comme toutes les institutions naissantes, +a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus notables ont été +introduits par M. le duc de Doudeauville. Sept distributions ont lieu en +été et six en hiver. Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées +par les affiches, on peut obtenir la réponse et même la réponse de la +réponse aux lettres écrites dans la journée. + + [77] Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né à Limoges, + ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de Houssays. On + y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux chevaux, les + roulages et les messageries. + + [78] Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence + et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces. + Le trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste, + nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux + bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il + passa l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher + lui-même, sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux + galeries du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale; + et, dans la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de + vin dont il était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi + de ceux qui tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition. + +Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert[79], une +petite-poste d’un genre différent, qui avait aussi ses messagers d’une +espèce toute particulière et non moins d’activité. C’étaient les +vendeurs de poulets qui portaient les billets doux aux femmes. Ils +glissaient ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie, ne +manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais le tems aux argus de se +saisir du courrier innocemment contrebandier. Ce manége ayant été +découvert, le premier messager d’amour qui fut pris, fut puni de +l’estrapade, avec des poulets vivans attachés aux pieds. Telle est +l’origine du nom de poulet donné aux billets doux. + + [79] Auteur des curieuses recherches sur l’Italie. + +L’établissement de la petite-poste aux lettres, en France, a donné, dans +ces derniers tems (1824), l’idée des petites messageries[80] dans Paris, +pour les effets et les marchandises. Il y a long-tems que plusieurs +capitales de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de la +poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé sur les mêmes +bases, n’en est aucunement dépendant. Les motifs qui ont rendu l’usage +de la petite-poste si nécessaire, ont sollicité celui des petites +messageries dans le but d’établir un service régulier, célère, +économique et responsable, dont l’objet est de transporter, d’un +quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et commissions de +toute espèce; et les marchandises de gros poids déplacées et mises en +circulation par le commerce. + + [80] La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain, n.º 12, + Hôtel-de-la-Rochefoucauld. + +Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans les rues et les +places les plus fréquentées, ainsi que les boîtes pour la petite-poste, +reçoivent continuellement, contre des récépissés imprimés et à talons, +tous les paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont +remis avec des adresses attachées aux articles. + +Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent aussi, contre +de semblables récépissés, les articles jusqu’à 25 livres pesant, qu’on +leur donne de la main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par +le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font par le son d’une +cloche. + +Les articles de poids sont recueillis à domicile. + +Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois par jour la levée +des dépôts et pareil nombre de distributions. Dans la belle saison, ce +nombre est porté à quatre. + +Il y a en même tems un service de _gamionage_ pour le transport des +marchandises de volume et de gros poids. + +Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes; de 25 à 100, 45 +centimes; de 100 à 200, 55 centimes, etc. On a la facilité d’affranchir +les envois. + +En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas été déclarée, la +compagnie remboursera 20 francs pour chaque article qu’on ne pourra +représenter; elle répondra de la valeur entière, lorsqu’elle aura été +déclarée, mais alors le prix de transport y sera proportionné. + +Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il y a entre les +petites messageries et la petite-poste. Ce rapprochement suffira pour +motiver les raisons qui nous ont fait entrer dans des détails que nous +ne croyons pas sans intérêt pour le lecteur. + +En 1761, les postes sont mises en régie pour le compte du roi. On règle +aussi les prix que doivent payer les courriers de cabinets et de +dépêches. + +En 1764, le 18.e bail, toujours avec les messageries en litière, monte à +7,113,000 francs. + +Malgré l’augmentation successive survenue dans la ferme des postes, +depuis la cession faite par l’université, à raison du 28.e sur les +produits qui en proviendraient, l’indemnité primitive n’avait point subi +de changemens. Ce corps, en 1765, exposa, par une requête au roi, les +droits et les priviléges sur lesquels cette réclamation était si +justement fondée. + +Le 19.e bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans, s’élève à 7,700,000. Les +fermiers sont tenus de faire un cautionnement. Cet usage, introduit pour +assurer les droits du gouvernement, est devenu depuis une clause +obligatoire de tous les engagemens de ce genre. + +L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement des courriers, a +lieu en 1772. Elle est formée de la retenue du tiers du prix qui leur +revient par course. Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un +sentiment bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes employés à un +service toujours fatigant et souvent périlleux[81]. + + [81] La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse + et n’a d’autre habitation que sa voiture: c’est dans cette mobile + machine que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe + nulle part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il + retourne aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en + repartir de nouveau avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il, + il ne peut s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est + un relais où il change de chevaux; ici, un bureau de poste où il + remet et reçoit des dépêches. Ces interruptions sont tellement + répétées, que, dans un trajet de cent lieues, par exemple, qui doit + être fait en moins de quarante heures, il trouve souvent dix bureaux + de poste et vingt-cinq relais. Combien de circonstances encore ne + contribuent-elles pas à multiplier ces incidens. Tout ce que la + nature oppose d’obstacles doit être vaincu: il brave l’intempérie + des saisons et les ténèbres de la nuit ne l’arrêtent pas dans sa + marche. Sa prévoyance ne peut être en défaut pour remédier même aux + événemens indépendans de sa volonté. + + Sa surveillance tient à sa responsabilité; son activité, à la + célérité de son service; son extrême probité s’explique par la + confiance qu’on lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un + devoir. Non-seulement il remet avec un soin scrupuleux les dépêches + qu’il a reçues, il les défend, même au péril de sa vie, s’il est + attaqué. C’est dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui + le fait souvent triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié + à sa fidélité, par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que + d’actions éclatantes attesteraient qu’il n’est aucun dévouement dont + il ne soit capable, et que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun + devoir dont il n’observe l’accomplissement avec une religieuse + exactitude. + +On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en étendre les avantages +à tous les agens des postes auxquels on fait subir des retenues qui ont +varie, et qui sont fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des +appointemens. + +Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux voit sans +crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une carrière longue et +honorable. Si elle ne lui a pas offert des chances de fortune, du moins, +lorsque le tems du repos, souvent pour lui celui des infirmités, est +arrivé, il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure dictée +par une prévoyance toute paternelle. + +La place de surintendant-général des postes, après la mort du marquis de +Torcy (1746), qui avait sous lui un contrôleur-général, avait été donnée +au comte de Voyer d’Argenson, ministre de la guerre. + +Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui succéda. Il avait +également sous lui un intendant-général, dont les attributions étaient +les mêmes que celles de contrôleur-général. Il n’y avait de changement +que dans la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le fait, +toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait le droit de +travailler seul avec le Roi, et d’entrer chez Sa Majesté à toute heure +du jour ou de la nuit. M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs +circonstances, occupait cette place sous le duc de Choiseul. Voici comme +Duclos s’exprime à son égard: _M. le Duc_ (c’est ainsi qu’on désignait +le duc de Bourbon, ministre sous le régent), _pleinement rassuré, oublia +que c’était aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu une +sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir eu et surtout +montré de la peur. Il ne sut pas distinguer un malheur prévenu d’un +malheur imaginaire. Ses affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils +avaient faits pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une +lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en fut bientôt +révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice, et on avertit Jannel d’être +plus discret, au hasard d’être moins utile._ + +Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot, ministre d’état +au département des finances, devint, en septembre 1775, +surintendant-général des postes, et refusa les émolumens attachés à +cette place. + +Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la guerre avaient +été seuls en possession de cette charge; ce qui prouverait, s’il en +était besoin, qu’on la considérait comme tout-à-fait étrangère aux +finances, puisqu’on n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M. +Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter aux prérogatives +des postes, chercha, en les amenant sous son influence, à les rendre +favorables à ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries +royales, par les édits des 7 et 14 août 1775. + +En combinant ces deux services, il espérait pouvoir parvenir à faire +transporter les lettres par les messageries, en un seul jour, au moins à +30 lieues à la ronde de Paris, terme où les courriers de la malle les +auraient reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume. +L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que le ministre +avait particulièrement en vue, ne compensait aucun des graves +inconvéniens qu’elle entraînait. Où elle existait réellement, c’était +dans les avantages que les messageries procureraient de conduire les +fonds avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières +au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou des provinces à Paris, ou +même, enfin, de Paris aux provinces, comme cela se pratique encore +aujourd’hui. + +M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la construction et +l’entretien des routes, qui se rattachent si essentiellement aux postes, +y aurait porté, sans doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec +les ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité. Tout en +cédant à cette idée si louable qui le dominait, il favorisait les postes +sur quelques points, en se proposant de faire observer rigoureusement +les distances de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on les eût +négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées par des considérations +locales difficiles à surmonter dans l’origine. Il devait, en outre, +donner l’inspection des routes aux maîtres de poste intéressés, à leur +entretien. Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché à +cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux qui résultaient +nécessairement d’une surveillance qui eût contribué si puissamment à la +prospérité des relais. + +Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des postes aux messageries +qu’une considération secondaire, celle d’une augmentation de recettes, +ou, plus exactement, une diminution dans les dépenses qu’il évaluait +devoir être, par la suite, de quatre millions. + +Quant aux priviléges accordés précédemment pour droits de carrosses, de +diligences et de messageries, le roi, en y rentrant exclusivement, ne +fit qu’user de la faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les +fermiers qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec justice dans +tous les réglemens qu’entraînait cette mesure, ne la trouvèrent pas +moins très-rigoureuse, par la privation soudaine d’avantages qu’elle +leur enlevait et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent, +pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la ferme des +messageries. Le soin des gouvernemens, dans les changemens qu’amènent +les circonstances pour les rendre favorables à la société, doit être de +les opérer doucement, afin de concilier tous les intérêts. + +L’établissement de voitures[82] à 4, 6 ou 8 places, commodes, légères et +bien suspendues, pour partir à jours et heures réglés, fut ordonné sur +toutes les grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait la +marche à suivre pour l’administration des diligences et messageries, et +le tarif des ports à payer, soit pour les places dans les diligences, +soit pour le transport des _hardes_, de l’_argent_ et autres _effets_. + + [82] M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent + appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit + le portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes. + +Le baron d’Ogny, intendant-général des postes, jouissait, comme M. +Jannel, son prédécesseur, des mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M. +Turgot dans la surintendance des postes. + +Le 20.e bail, pour un an, pendant 1776, monte à 8,790,000. Cette +augmentation est fondée sur la réunion des divers priviléges des +carrosses, coches d’eau et messageries, à la ferme des postes. + +Le 21.e bail est en régie pour compte du roi, moyennant 10,400,000 fr. +Les six administrateurs qui en sont chargés fournissent un cautionnement +de 4,800,000. + +Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente la masse des retenues du +produit du livre de poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un +étranger. + +Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées, il fut réglé, en +1781, qu’elles seraient renvoyées dans les bureaux dont elles portaient +le timbre, pour faciliter les réclamations. Cette mesure eut lieu en +même-tems pour les lettres refusées faute d’affranchissement. Dans le +premier cas elles devaient séjourner trois mois dans les bureaux, et +quatre mois dans le second. + +En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux, soumit au +jugement de l’Académie des Sciences un moyen qu’il avait imaginé pour +correspondre au loin par l’emploi de signaux. Le rapport fait par le +marquis de Condorcet et le comte de Milly, annonçait que _ce secret leur +paraissait praticable, ingénieux et nouveau, qu’il ne rappelait aucun +procédé connu et destiné à remplir le même objet; qu’il pouvait +s’étendre jusqu’à la distance de trente lieues, sans stations +intermédiaires et sans préparatifs très-considérables. Quant à la +célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un signe à l’autre; +que ces signes[83] pouvaient répondre du cabinet d’un prince à celui de +ses ministres, et que l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni +très-incommode._ + + [83] Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour + l’établissement de télégraphes en Angleterre. + +Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire dans lequel il +prétendait avoir trouvé le moyen de transmettre les avis avec +promptitude, et celui d’établir un idiome constant et réglé, dont la vue +seule était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à tous ceux +connus dans cette poste oculaire, qui joignait à la facilité, la sûreté, +la simplicité et l’économie. + +Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires, aussi +étrangers à ce qui se passerait que les courriers à l’égard des dépêches +qu’ils transportent. Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme +volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et de recevoir les +avis. + +L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète, de Paris à +Saint-Germain, en 4 minutes. + +Vers la fin du XVII.e siècle, _Amontons, fameux mécanicien, avait +inventé_, dit Fontenelle dans le rapport qu’il fut chargé de faire de ce +procédé ingénieux, _un moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à +une très-grande distance; par exemple, de Paris à Rome, en très-peu de +tems, comme trois ou quatre heures, et même sans que la nouvelle fut +connue dans tout l’espace qui sépare ces deux villes._ + +Ces théories, qu’on regardait comme des chimères, devaient cependant +conduire, quelques années plus tard, à des découvertes[84] et des +procédés de la plus haute importance. Quelques essais infructueux, ou +qui ont manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de l’invention +à leurs auteurs. + + [84] Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris, de + construire des voitures mises en mouvement par la vapeur. + + Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille + royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait + très-rapidement sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la + suite, de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à + voyager sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction + par les détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le + timon, était un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient + attachées les guides, à l’aide desquelles la personne placée dans la + voiture en dirigeait la marche. Derrière était un homme qui + imprimait à la voiture un mouvement plus ou moins rapide, en + pressant alternativement les deux pieds, ce qui ne lui causait + aucune fatigue, et ce qui n’exigerait, à la rigueur, qu’un relais + d’hommes. Il se tenait debout ou assis, les jambes en partie cachées + dans une sorte de malle ou coffre, où les ressorts paraissaient + établis. + + On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau, + canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que quelques + minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce bateau + avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur; il allait par le moyen + d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait, par + cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement + aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf, prétendait + que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse, et se + proposait même de la doubler en établissant sur les grandes roues un + engrenage. + + M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une + construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le + mouvement faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères, + dont la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une. + + Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux un + éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les + confondre avec les autres feux. + +L’année 1783, le 22.e bail en régie, de 11,600,000 fr., fut confié à six +régisseurs, qui donnèrent un cautionnement de 6 millions. Il leur fut +accordé pour remise, droit de présence, étrennes, frais de bureaux et +secrétaires, 216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour chacun. +Outre cela, il leur était alloué le cinquième de tout ce qui excéderait +11,600,000 fr. de produit net, et l’intérêt du cautionnement à cinq pour +cent. + +En 1785, le duc de Polignac[85] est nommé directeur-général des postes +aux chevaux, relais et messageries. La place d’intendant-général est +accordée à M. de Veymerange[86]. + + [85] Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier écuyer + de la reine et directeur-général des haras. + + Le marquis de Polignac; chevalier des ordres du roi, premier écuyer + de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de + Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de + la poste au chevaux. + + [86] Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi. + +Cette même année, l’uniforme des officiers des postes est réglé par une +ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui que pour les employés des +postes militaires, les postillons et les courriers. La couleur en est +bleue pour tous, mais avec des marques distinctives qui varient suivant +les emplois. Les postillons, par exemple, ont des revers rouges, des +boutons fleurdelisés et des galons d’argent: ils portent sur le bras +gauche un écusson aux armes royales. Cet écusson est placé sur la +poitrine des courriers; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré +d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées également en +argent. + +Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées par les +armoiries de la couronne. + +Le 23.e bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à 12,000,000), est +passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon. + +L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais sont réunis à la +poste aux lettres, le duc de Polignac, qui en était directeur-général, +ayant donné sa démission. La place d’intendant-général, créée en même +tems, fut supprimée. + +L’université conservait encore, en 1789, comme un privilége qu’elle +s’était réservé, des messagers dont les charges étaient à la nomination +des quatre nations qui composent la faculté des arts. Ces charges ne se +vendaient point; il n’en coûtait que les frais de réception, montant +environ à 500 francs. Les messagers étaient appelés aux processions du +recteur, et avaient leur salle d’audience au collége de Louis-le-Grand. + +Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général des postes, +depuis M. de Clugny, le baron d’Ogny était resté seul chargé de la +direction de cette importante administration, sous le titre +d’intendant-général des courriers, postes, relais et messageries de +France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard, de la Reignière, +Richard d’Aubigny, de Richebourg, Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de +la Ferté, Delaage, de Vallogué et de Longchamp. + +Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois +inspecteurs-généraux. + +Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui précède, les divers +changemens survenus dans les postes depuis leur origine jusqu’en 1789. +Objets, pendant plus de trois siècles d’existence, de la protection +spéciale de nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles à +la fois au peuple dont elles multipliaient les relations, et à l’état +dont elles augmentaient les revenus. Les recettes des lettres et +paquets, abandonnées pendant près de deux cents ans aux agens des +postes, à titre d’émolumens, devinrent si productives par la suite, +entre les mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un taux +qu’on devait à peine dépasser de nos jours. + +Mais les institutions les plus sages, consacrées par le tems et les +besoins des peuples, ne pouvaient survivre au renversement de la +monarchie. C’est sous cette ère fatale, signalée par un crime inouï dans +nos fastes, que nous allons suivre les variations que les postes ont +subies jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon. + +Dès 1790, un décret supprime les priviléges des maîtres de poste qui +avaient été créés par Louis XI, et rigoureusement maintenus par ses +successeurs. Une indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu +pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut être moindre de +250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que soit l’importance des relais. + +Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux de +l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers, etc., sont +également supprimés. + +M. de Richebourg est nommé commissaire du roi près les postes, place qui +répondait à celles de surintendant et d’intendant-général. Il réunit, +dans ses attributions, la poste aux lettres, la poste aux chevaux et les +messageries, quoique séparées pour l’exploitation. + +Le serment d’observer la foi due au secret des lettres, est exigé de +tous les agens des postes. + +Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du conseil des +postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux, auxquels il est +accordé un traitement de 6000 fr. + +Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon, est maintenu. + +Les réformateurs, dans cette désorganisation totale, se voient forcés, +pour ne pas entraver la marche d’un service si important, de conserver +les anciens réglemens et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et +1786, subissent seulement quelques changemens relatifs au contre-seing +et au brûlement des lettres inconnues, refusées et non-réclamées. + +Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion des messageries à +la poste aux chevaux. + +Le privilége exclusif des carrosses de place et des voitures des +environs de Paris, accordé à la compagnie Perreau, est résilié. + +M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier des messageries, +coches et voitures d’eau, par bail de la durée de six ans neuf mois. + +Les administrateurs des postes font remise au roi du 5.e des produits +nets qui excèdent les onze millions du bail expiré le 31 décembre. + +A cette époque où, sous prétexte du bien public, on ne respectait plus +rien, le désordre était à son comble. L’assemblée nationale[87], +elle-même, parut effrayée des abus qu’entraînait le zèle des corps +administratifs et des municipalités. La correspondance des particuliers +n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations; les courriers +qui refusaient de remettre les dépêches, dont ils étaient responsables, +s’exposaient aux mauvais traitemens d’individus livrés à la licence la +plus effrénée; et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs +criminelles perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever par la +force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde. Cependant, par une +concession bien digne de ces tems désastreux, cette même assemblée, en +cherchant à réprimer une telle conduite, crut devoir l’excuser en disant +qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme universelle et de péril +imminent. + + [87] Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin, pour + avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des postes, et + plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre des affaires + étrangères et au ministre de la cour d’Espagne; et chargea son + président de se retirer de vers le roi, pour le prier de donner des + ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût mis en + liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner à M. + l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture de + ses paquets. + +Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire composé d’un +président et de cinq administrateurs. M. de Richebourg est nommé, à ce +premier emploi, avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à +tous un logement à l’Hôtel-des-Postes[88]. + + [88] Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait, dès + la fin du XIII.e siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII le + donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par + Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et + passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des + finances, qui le fit reconstruire en entier; puis en suite à M. + Fleuriau d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet + hôtel portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du + comte Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il + fut réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté + de la rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes. + +Pour établir les bases du nouveau tarif[89] sur le prix du transport des +lettres et paquets, on fixe un point central dans chacun des 83 +départemens, et les distances entr’eux sont calculées d’un point central +à un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises par lieue. +Le quart de l’once détermine le poids de la lettre, dite simple ou non +pesante, dont le port, fixé à quatre sous dans l’intérieur de chaque +département, augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à vingt +lieues inclusivement. Une progression d’un sou par dix lieues est réglée +jusqu’à cent, et subit quelques modifications au-delà de cette distance. + + [89] Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue, et + on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues. + +Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu lieu sur les +grandes routes et sur les petites, à cheval, en brouettes ou voitures +non-suspendues, la plupart découvertes, attelées d’un seul cheval et +conduites par le courrier, devient l’objet d’une mesure générale et +uniforme. Des courriers de poste aux lettres sont établis sur quatorze +routes, dites de première section, et sur vingt-six de deuxième section +en voitures suspendues, couvertes, montées sur deux roues et attelées de +trois chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste, au prix +de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de 25 sous auquel il était +précédemment fixé. + +Le droit de franchise et de contre-seing des lettres, étendu chaque jour +dans une proposition nuisible à la recette des postes, est limité par un +nouveau réglement. + +Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles d’argent +déposés, qui, de tout tems, avait été perçue au profit des directeurs +des postes. Ce n’est que plus tard que le trésor s’est attribué cette +recette. + +Une instruction générale, sur le service des postes, devenait +indispensable. Elle comprend toutes les bases sur lesquelles repose +cette institution; mais les modifications qui pourraient y être +apportées, seront réglées par des circulaires imprimées. + +On abolit le privilége de poste royale ou double, dont jouissaient les +maîtres de poste de Versailles, de Paris, de Lyon et de Brest. + +Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes, qui avaient échappé +à la réforme totale de ce qui tenait à l’ancienne organisation, +disparaissent à leur tour. On y supplée par des inspecteurs auxquels la +surveillance générale des bureaux de poste et des relais est confiée +dans les départemens. + +Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les directeurs et les +contrôleurs des postes sont nommés par le peuple. Les fonctions des +premiers comprennent toutes les parties du service. Les directions sont +simples ou composées: dans le premier cas, le directeur suffit à toutes +les opérations; mais, dans le second, l’importance des bureaux nécessite +un nombre d’agens proportionné aux besoins des localités. Alors, il y a +un contrôleur dont les attributions sont en opposition avec celles du +directeur, comme exerçant sur lui une surveillance continue dans +l’intérêt de l’administration. + +On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement en biens fonds de la +valeur du cinquième du produit net de l’année commune de chaque bureau. + +Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et les courriers +extraordinaires, à raison de 40 sous par cheval et par poste, et 15 sous +de guide au postillon. + +Le bail des messageries est résilié. + +On réunit la poste aux lettres, les messageries et la poste aux chevaux, +sous une seule et même administration, spécialement chargée de la +surveillance et du maintien de l’exécution des trois services. Elle est +composée de neuf administrateurs[90] élus par la convention, sur la +présentation du directoire exécutif. Ces nominations n’ont lieu que pour +3 ans. + + [90] Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière, Legendre, + Mouret, Ruteau. + +Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus ou moins ingénieux, +de communiquer au loin, par des signaux, des phrases convenues. Ces +procédés, tentés par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient +pas eu assez de succès pour être adoptés; des pavillons, hissés au +sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement sur nos côtes, à +signaler ce qui pouvait intéresser le service maritime. On y a substitué +depuis une machine mobile, sous le nom de cémaphore[91], destinée au +même usage. + + [91] Porte signe. + +Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux. Le duc +d’Yorck a acquis une grande célébrité en les perfectionnant. Dom +Gauthey, Linguet, Amontons, semblent plus particulièrement avoir +approché de la solution d’un problême tant de fois proposé; mais aucune +expérience notable n’était venue à l’appui de leur théorie. La question +restait donc à résoudre, lorsque Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763, +fit connaître son importante découverte du télégraphe[92]. On prétend +que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce résultat par suite +d’un amusement. Le désir de communiquer par signes avec quelques amis +qui résidaient à la campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans +des recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir, en 1792, +soumettre son projet à l’assemblée législative, en lui présentant sa +machine à signaux[93]. L’établissement[94] d’une ligne télégraphique fut +ordonné un an après et signala une victoire[95]. La convention reçut la +nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses séances, rendit un +décret qui déclarait que Condé[96] changeait de nom, et le télégraphe +annonça, pendant cette même séance, que le décret était déjà parvenu à +sa destination, et que déjà aussi il circulait dans l’armée. + + [92] J’écris au loin. + + [93] M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les + appointemens de lieutenant du génie. + + [94] De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les avis + en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique + nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et qu’il + serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard + [1797], MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe. + Les Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient + déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres. + + [_Moniteur_.] + + [95] La prise de Condé. + + [96] On l’appela _Nord-Libre_. + +Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un procédé si +merveilleux. Il serait même difficile de décrire la sensation que +produisit, non-seulement en France, mais par toute l’Europe, la +découverte d’une machine dont les formes sont visibles, les mouvemens +simples et faciles, qui peut être transportée et placée partout, qui +résiste aux plus grandes tempêtes, donne assez de signaux primitifs pour +faire de ces signes une application exacte aux idées, qui les transmet +dans tous les lieux et à quelque distance que ce soit. + +_Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de deux; ce qui est +très-remarquable_, dit le rapport décennal (1810), _comme ayant donné +naissance à une langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression +d’une phrase par un seul signe_. + +La poste télégraphique, qui se compose de toutes les lignes qui, partant +de Paris[97], vont aboutir aux points extrêmes du royaume, est dirigée +par trois administrateurs qui sont: MM. le comte de Keresperts, Chappe +Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur et un inspecteur à +chaque point principal, et des employés à chaque station pour exécuter, +sans les comprendre, tous les mouvemens ordonnés d’une direction à +l’autre. + + [97] L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris + compte cinq télégraphes: l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre + au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères, + les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de + Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes; de + Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes; de Strasbourg, en 6 + minutes, par 46 télégraphes; et de Brest, en 8 minutes, par 80 + télégraphes. + +Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo, par exemple, +sont au nombre de sept[98] du côté de Paris, et de trois[99] du côté de +Brest. De l’instant où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à +l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15 minutes. + + [98] Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel, Avranches, + la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux, la + Chapelle-Riche, Landigère. + + [99] Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve. + +On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes télégraphiques, et +avec quelle facilité on applique ce moyen suivant les lieux et les +circonstances. A toute heure, à toute minute, des points les plus +importans du royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir +instantanément les avis les plus intéressans. + +La ligne télégraphique[100] de Paris à Lille fut établie en 1794. + + [100] Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque, + des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue, Brest + et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec + Bruxelles; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809; et, un an + plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec Paris + par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur Venise et + Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation avec + Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita + l’établissement d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne. + [_Moniteur_.] + +Le port[101] des lettres est augmenté et porté, en 1795, pour celles +dites simples, ne pesant pas un quart d’once, à cinq sous dans +l’intérieur du même département; extérieurement jusqu’à 20 lieues, à six +sous; et, pour les autres distances, dans une progression réglée par le +tarif. + + [101] Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la + France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes; savoir: + dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du point + de départ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante, + vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues. + +Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est fixé à trois sous. + +Une administration générale[102], composée de douze membres, est établie +pour remplacer les trois agences supprimées de la poste aux lettres, de +la poste aux chevaux, des messageries. Elle nécessite la création d’une +place de caissier-général des postes. + + [102] MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin, Boulanger, + Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et Catherine + Saint-Georges. + +Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux éprouvent +des changemens provoqués par la dépréciation du papier-monnaie. On paie +pour la lettre simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues, deux +livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit cent cinquante livres en +assignats par poste et par cheval, et chaque postillon cinquante francs. + +La taxe[103] des lettres varie encore en 1796. + + [103] Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes + dans la distance de cinquante lieues et au-dessous; cinq décimes + jusqu’à cent; sept décimes jusqu’à cent cinquante; et neuf décimes + au-dessus de cent cinquante lieues de distance. + +_Afin_, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté, _d’encourager la +libre communication des pensées entre les citoyens, et d’augmenter les +revenus publics_, le prix des journaux présentés à l’affranchissement ne +sera que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres brochés de +cinq centimes. + +Le tarif[104] du port des lettres subit encore des modifications: il +rappelle plusieurs articles de celui de 1759. + + [104] Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once, est + de deux décimes dans l’intérieur du même département; d’un + département à un département, de vingt-cinq centimes. + +Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux, par une +exception bien entendue, ne paient que quinze centimes, quelles que +soient les distances. + +La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger leurs lettres +et paquets, à la condition d’en payer le double du port ordinaire, +imposait l’obligation à l’administration responsable de fixer +l’indemnité due en cas de perte des lettres: elle était précédemment de +trois cents francs, et se trouve réduite à cinquante. + +Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de franchise des lettres +par contre-seing. Il est accordé une indemnité de 68 mille francs par +mois au conseil des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer ce +privilége. + +Une société anonyme est formée, à Paris[105], pour l’entreprise générale +des messageries. + + [105] Rue Notre-Dame-des-Victoires. + +Les frais d’administration des postes pour la présente année s’élèvent à +neuf millions, dans lesquels la taxe d’entretien des routes figure pour +600,000 fr. + +Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans les colonies, +porte que le produit de la ferme des bacs des passages des rivières et +des postes, sera versé au trésor public de chaque colonie. + +Les fonctions du commissaire du directoire exécutif, près +l’administration des postes, sont déterminées, en 1798, par des +instructions. + +Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des lettres +reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas la première fois +qu’après avoir tout détruit on se voit forcé d’édifier sur les bases +anciennes. + +Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui de la poste aux +chevaux fût authentiquement reconnu par une loi dans toute l’étendue de +la France. Il est suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service. + +La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail, est administrée +par une régie intéressée, à laquelle il est accordé huit millions pour +les dépenses d’exploitation. Les cinq membres qui la composent sont MM. +Anson, Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.r La Forêt est +placé comme commissaire du gouvernement. + +M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration des +postes, au lieu des deux substituts du commissaire du gouvernement, qui +avaient été précédemment établis. + +Les lettres sont taxées[106] en francs et en décimes, et il ne doit être +fait usage que des nouveaux poids. + + [106] A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous; de + Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13. + +La taxe[107] des lettres est fixée en raison des distances à parcourir +par la voie la plus courte, d’après les services des postes aux lettres +existans. + + [107] Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes + jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes, + etc. + +Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége de nommer à +tous les emplois: les inspecteurs ne peuvent être choisis que parmi les +employés des postes et sur la présentation du commissaire. + +Le ministre des finances arrête tous les états de dépense. + +Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport frauduleux des +lettres, provoquent encore, en 1801, la mise en vigueur des anciens +réglemens. + +On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer dans la voie +régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter; la licence était réprimée; +et on sentait, en 1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie +d’où il semblait être banni par les changemens successifs qu’on y avait +opérés dans l’espace de quelques années. + +Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que la poste aux lettres +semble avoir été dans une dépendance plus directe du ministère des +finances. + +Le poids des lettres est modifié: elles ne sont plus considérées comme +simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes, et la progression relative est +établie par des tarifs. + +M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur général près +l’administration des postes. + +On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement dans +les ports de mer, des établissemens sous la dénomination de petite-poste +destinés aux correspondances locales et à celles d’outre-mer. Le public +y déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin par chaque +bâtiment partant. Les capitaines à leur retour transmettaient par la +même voie celles qu’ils rapportaient des colonies. + +Cette poste maritime, si active et si utile avant les jours orageux de +notre révolution, devait nécessairement rentrer dans les attributions +d’une administration qui seule pouvait exploiter un service de cette +nature avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait pour +cela que d’user exclusivement du privilége dont on ne pouvait contester +la légitimité à une institution toute royale, et d’en régulariser +l’organisation. On rappela de nouveau la défense faite de tout tems aux +personnes étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des +lettres et paquets; et on obligea les capitaines de faire connaître aux +directeurs des postes, dans les ports où leurs bâtimens seraient en +chargement, au moins un mois à l’avance, l’époque présumée de leur +départ, afin de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de cet +agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées pour les +lieux où ils déclaraient devoir se rendre. Les mêmes formalités exigées +au retour ont suffi pour donner depuis plus de garantie à cette nouvelle +branche de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité +accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux bureaux de +poste, et le port, toujours perçu d’avance, auquel le public est +assujetti. On sent que la régularité et l’accélération d’un pareil +service dépendent de l’activité du commerce d’une nation. Elles sont +telles, en ce moment pour la France, que les relations des colonies avec +la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption; et il arrive +fréquemment que des distances[108] de plus de 2400 lieues sont franchies +en moins de trois mois. + + [108] Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate + française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en 86 + jours. + +La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle. Elle avait eu +lieu de tout tems avec l’Angleterre, par le moyen de paquebots[109] +destinés à transporter les dépêches. Les communications avec les +diverses îles de la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être +entretenues que d’après ce mode. + + [109] En anglais packet boot qui signifie bateau à paquets. Chacune + des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre, + par la suite, en fut chargée exclusivement; mais Louis XVI rétablit + le mode de transport comme dans l’origine. + +Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique, appelé poste par eau, +nous ne prévoyions pas qu’on verrait plus tard des bâtimens, mis en +mouvement par le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus +rapides, et multiplier les communications avec une régularité +surprenante. + +Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais. Les entreprises +de ce genre se répandent chaque jour, soit pour le transport des +voyageurs, soit pour celui des marchandises sur la Garonne, la Loire, la +Charente, l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal des +Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue derrière substitués aux +bateaux de poste, qui feront le trajet de Toulouse à Agde en moins de 36 +heures. Un service de transport pour les marchandises rendra +régulièrement celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire en moins de +six jours. On organise également un service de ce genre de Lyon à +Beaucaire. Bientôt on communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer +par ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de l’état, la +Caroline, primitivement le Galibi, est destiné à naviguer de Cayenne à +Lamana. + +L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette découverte, _parce +qu’un nommé Jonathas Hulls_, dit M. Marestier, auteur d’un mémoire sur +les bateaux à vapeur, _prit, en 1736, un brevet pour l’application de ce +moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que rien n’était préparé +pour un essai, et que l’inventeur et l’invention tombèrent dans l’oubli. +Les droits des Français, à la même découverte, sont plus authentiques; +ce sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux, mais qui +mettaient sur la voie et qui promettaient déjà quelques succès_. + +James Watt en Angleterre, et Robert Fulton[110] aux Etats-Unis, ont les +premiers perfectionné ce procédé. Mais la supériorité, dont l’Angleterre +est si fière de nos jours, est encore due à un ingénieur français, M. +Brunel. + + [110] En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit + manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une + vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure. + +L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays conquis, est +réglé, en 1803, par divers arrêtés. + +Les produits de l’administration des postes, jusqu’à la concurrence de +10 millions, seront versés directement à la caisse d’amortissement pour +être employés aux opérations dont cette caisse est chargée, et +l’excédant au trésor public. + +M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement près les postes, +place que MM. La Forêt et Gaudin avaient remplie avant lui. + +L’uniforme des postillons et autres employés des relais, se distingue +par une broderie ou galons or et argent, suivant les grades: la veste +bleue, la culotte chamois et les boutons blancs sont exigés pour tous. + +Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement des rebuts, +ainsi que du dépôt, au trésor public, des objets de valeur[111]. + + [111] Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite + et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous + seront brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde + pour les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste, + n’excéderont pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor + royal, ceux qui auront de la valeur. + +Le produit des postes, en 1804, est évalué 10 millions. + +Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance d’un commissaire +du gouvernement, prennent une forme nouvelle par la suppression de cette +place et la création de celle de directeur-général, dont les +attributions, plus étendues, rappellent davantage l’ancienne +organisation du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette +importante direction est confiée. + +Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient eu d’autre but +que de maintenir un établissement tant de fois compromis par des mesures +inconsidérées. On est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits, +si anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux entreprises +multipliées qui s’élèvent de toutes parts. C’est encore d’après +l’expérience qu’il est décidé, en 1805, que tout entrepreneur de +voitures publiques et de messageries, qui ne se servira pas des chevaux +de la poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à chacune de +ses voitures, vingt-cinq centimes au maître du relais dont il +n’emploiera pas les chevaux. + +Il paraît un réglement sur les relais. + +Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont chargés du transport +des malles, tant à l’aller qu’au retour, sont déterminées par un décret. + +En 1806, il est établi une nouvelle progression pour la taxe des lettres +et paquets, calculée par tableaux qui remplacent l’ancien tarif, +intitulé Copie de Nomenclature Matrice. + +Après les désordres introduits par suite des événemens politiques, il +n’est peut-être pas indifférent de faire remarquer la décision +ministérielle qui attribue, en 1807, la franchise aux mandemens que +nosseigneurs les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques de +leurs diocèses. + +Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles aucun voyageur, s’il +ne s’est conformé au décret qui change le papier fabriqué spécialement +pour les passeports. + +Les divers changemens survenus dans l’organisation des postes +nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent lieu à la rédaction de la +deuxième instruction générale sur ce service[112]. + + [112] Après une nouvelle période de seize ans, une troisième + instruction deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à + l’interprétation des nombreuses circulaires qui ont modifié la + deuxième. La stabilité qui semble attachée aux mesures récemment + adoptées dans toutes les parties du système administratif des + postes, ne laisserait plus la moindre incertitude sur l’application + de tant d’élémens épars. + +La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires, pour +l’entreprise des messageries, est autorisée, en 1809, à continuer +d’exister jusqu’au 31 décembre 1840. Cet établissement est spécialement +chargé du transport des fonds du gouvernement. + +Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante francs, sont +payés à vue aux militaires et autres personnes attachées aux armées. + +Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs versemens d’espèces +dans les caisses des receveurs du trésor, et la permission, en outre, de +les faire en traites à deux usances. + +L’affranchissement des lettres simples destinées aux militaires de tous +grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à ce jour, à quinze centimes, est +élevé, en 1810, à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour +celles adressées aux sous-officiers et soldats. + +Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en France sans la +permission du directeur-général de la librairie et de l’imprimerie. + +Le tarif subit de nouvelles modifications. + +La correspondance entre la France et la colonie de Batavia, est établie +régulièrement deux fois par mois. + +Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en 1811, et le brûlement +des lettres est ordonné, tant pour celles qui en proviennent, que pour +celles qu’on y expédie. + +Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée avec restriction. +Cette facilité dura peu, et toute communication fut encore suspendue. + +L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les postes. En 1813, on +établit un service régulier de postes françaises en Turquie. + +L’invasion du territoire français, par les puissances alliées de +l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des correspondances avec les +pays conquis, et provoque des dispositions relatives à l’évacuation des +bureaux de poste à leur approche. + +M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède à M. Lavalette dans +la place de directeur-général des postes. + +Il règne une grande confusion dans cette administration. Les employés +qui avaient été forcés de suspendre leurs fonctions, sont prévenus de +les reprendre. + +Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans, par suite des +événemens, sont expédiées pour leur destination. Le service ne souffre +pas d’interruption pendant l’invasion de la France. Le baron de Saken, +gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des puissances alliées, +une protection spéciale aux relais et aux bureaux de poste. + +Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité légitime en +France. + +Les relations interrompues avec les diverses nations reprennent peu à +peu leur ancienne activité. + +M. de Bourienne, nommé directeur-général des postes sous le gouvernement +provisoire, est remplacé par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est +la première nomination faite aux postes depuis le rétablissement de la +maison de Bourbon. + +M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux inspecteurs des postes +et relais. + +Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires, n’a plus lieu. + +Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815, la courte +administration de M. le comte Ferrand. Une catastrophe inouïe devait +ramener M. Lavalette à la tête des postes, en même tems que le trône de +nos rois était usurpé une seconde fois. + +Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion dans les +postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le comte Beugnot, +ministre-d’état, appelé à leur tête, s’exprime ainsi: + +_C’est dans son sein_ (du souverain légitime) _qu’il faudrait se +réfugier quand la providence n’y aurait pas placé le cœur d’un père_. Il +parle ensuite de l’ancienne sagesse, de la probité, et surtout de +l’attachement au roi qui a signalé de tout tems l’administration des +postes. _Cet établissement_, ajoute-t-il, _dont la France a l’honneur +d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe, est tout royal. C’est à la +protection spéciale de nos souverains qu’il est redevable des +développemens et de l’espèce de perfection qu’il semble avoir obtenue_. + +Tels sont les principes rassurans que professent les hommes d’état +chargés de diriger une des branches les plus importantes de +l’administration publique sous le règne doux et paternel des Bourbons. + +Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des postes à Paris, les +fonds provenant de leurs recettes: ce mode est remplacé par celui des +versemens de ces produits aux caisses des receveurs particuliers du +trésor. + +Sur la fin de 1815[113], M. le marquis d’Herbouville, pair de France, +est élevé à la place de directeur-général des postes. Il se montre +pénétré de l’importance de l’administration qu’il est appelé à diriger, +en cherchant à l’entourer d’une grande considération. + + [113] Octobre. + +Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés par deux +invasions si rapprochées; et son premier soin est de régulariser toutes +les mesures temporaires, nécessitées par des circonstances si +impérieuses. + +Il établit, en 1816, une division de comptabilité centrale, chargée de +décrire, d’une manière précise, la situation de tous les agens de +l’administration sur toutes les parties du service, et de pouvoir la +faire connaître tous les jours, ainsi que celle de l’administration +elle-même. + +C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien de la caisse des +pensions, qui avait éprouvé un déficit considérable par suite des +désordres passés. Il y parvient au moyen d’une augmentation sur la +retenue des appointemens, qui, de 3 francs 50 centimes, devait être +portée temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore perçue +aujourd’hui. + +Si l’établissement de la caisse des pensions fut un bienfait, cette +mesure conservatrice inspirera une reconnaissance égale à celle attachée +à sa création. + +Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce jour par les directeurs +des postes, est exigé en numéraire. + +Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait d’atteindre +par la marche juste, ferme, et indépendante qu’il suivait avec +persévérance, ne devaient pas avoir lieu sous son administration. + +M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer[114]. + + [114] Novembre 1816. + +Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent, qui circulaient +de bureau à bureau pour être remises dans les mêmes espèces aux +destinataires, sont expédiées directement à Paris. Cette amélioration +remédiait en partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par +l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des malfaiteurs. +Ces paiemens sont effectuées avec les recettes ordinaires du produit des +postes, ou, en cas d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention, +c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés à toucher chez +les receveurs du trésor. + +Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches et des voyageurs de +Calais à Douvres. Ils sont, comme les anciens paquebots, pour le compte +de l’administration des postes, et sous la surveillance du directeur des +postes de Calais. + +Les administrateurs des postes sont supprimés. Un conseil, auquel on +attribue les mêmes pouvoirs, les remplace. Il est composé de trois +membres qui sont: MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs de +divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de supplément de +traitement. Celui du directeur-général est réduit à 60,000 fr. + +Les réglemens sur les franchises et contre-seings, que de nombreuses +circulaires avaient modifiés au point d’en rendre l’usage nuisible aux +produits des postes, sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des +basses plus conformes à l’administration actuelle du royaume. + +Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement 800,000 fr., +sont réunis aux postes. On supprime les inspecteurs chargés de ce +service, connus anciennement sous la dénomination de visiteurs des +relais, et les inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces +nouvelles fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction, est de +trente[115]; ils ont chacun, à quelques exceptions près, trois +départemens dans leurs divisions. + + [115] Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes + par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à toutes + les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger, + apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés + entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour exercer + une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La + perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât + pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des + inspecteurs, devenue alors plus directe, serait par conséquent plus + rapide, et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à + un rayon dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court + espace de tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour + ajourner indéfiniment des déplacemens toujours utiles et souvent + urgens. A la tournée annuelle, à laquelle ils sont tenus, se + joindraient les vérifications extraordinaires propres à rectifier, à + l’instant même, des erreurs qui peuvent se reproduire quelquefois + pendant tout le cours d’une année. + + L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque + à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France; mais les + inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie que + tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque + désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen + puissant de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère + de gravité avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y + apporter un remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards? + Mais l’inspecteur, sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se + porter sur tous les points où sa présence l’exige, pour constater la + situation des caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la + tenue des écritures et la régularité des opérations. Les + instructions sont-elles mal interprétées, il en éclaircit le sens, + il décide les questions douteuses, intervient dans les plaintes et + les contestations du public, dont il repousse ou accueille les + réclamations; justifie les employés que l’on taxe d’exigeance + lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent injustes + et toujours exagérées. Cette intervention donne un caractère plus + légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure des intérêts + froissés en apparence, et conserve à l’administration et à ses agens + la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur ne + borne pas là sa surveillance: il doit s’étudier à connaître les + améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité + des communications, les changemens, la suppression d’anciennes + correspondances que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou + l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce + ou les progrès de l’industrie locale; soit enfin dans l’entretien et + la réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut + mieux que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus + positifs pour conserver avec avantage un moyen si puissant de + prospérité. + + Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples + formalités d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de + chevaux qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il + s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités; qu’il + encourage les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur + soumette des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux + relais ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et + l’avantage du maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation + soutenue suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable, + que l’on remarque sur certaines lignes, et qu’on est loin de + retrouver sur tant de points. L’inspecteur qui éclairerait + constamment le maître de poste sur ses propres intérêts, si + intimement liés avec ceux du gouvernement, en lui portant le fruit + de ses lumières et en le guidant avec prudence dans l’exploitation + de cette branche si féconde d’industrie, atteindrait ce but en peu + d’années. + + Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient + encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation; il + réprime les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses + investigations. Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce + haut degré d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance + approfondie des lieux et des choses propres à éclairer + l’administration sur ses véritables intérêts, sur la conduite de ses + agens et sur les vœux de la société. + + Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner un + surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever + successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de + certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de + confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni + aux avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle + s’obtiendrait par extinction. + + Dans toute amélioration, la première considération à observer, c’est + d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse, des + intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas trop + facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage + général. + + Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité + des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse + sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience. + Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni + s’abandonner à ses préventions. La justice est son guide. Le sort + des employés est dans ses mains. Pénétré de l’importance de + fonctions aussi délicates, on sent que l’expérience n’est pas la + moindre qualité qu’on soit en droit d’exiger de lui. + + Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en + partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services + serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que + l’impérieuse nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est + encore consacrée par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables + attributions, tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon + système administratif; et si, par cas fortuit, une seule raison + pouvait être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient + en leur faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits. + +Il est accordé à chaque directeur une remise de sept huitièmes pour cent +sur le deuxième net de sa recette, et celle de demi pour cent sur les +articles d’argent acquittés avec les fonds de sa recette, ou par le +moyen de ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle de +deux et demi pour cent sur la recette des produits des places des +voyageurs dans les malles-postes. + +La nécessité d’améliorer le sort des employés des postes a toujours été +reconnue; et les mesures temporaires qu’on a prises à diverses époques +semblent faire espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on +l’atteindra. Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à ce jour +pour les directeurs[116]. + + [116] Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des + produits, celle des localités, serviraient, entr’autres + considérations, à établir la progression convenable pour chaque + direction. D’ailleurs, n’aurait-on pas égard à la responsabilité à + laquelle est soumis l’employé des postes dans un travail de cette + nature, et à l’assiduité si constante qu’il exige et qui devient + telle, qu’elle ne lui laisse aucun jour, aucun moment même dans le + jour dont il puisse disposer. N’est-il pas, en outre, des + obligations sociales auxquelles assujettit naturellement une + administration dont le rang élevé doit être soutenu dignement. + Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe à l’égard des agens des + postes la proportion établie pour ceux des autres parties. Par + exemple, le directeur d’un bureau placé dans une ville dont la + population est de 80,000 ames, et celui où elle n’est que de 5000 + habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr., et le second 1200 fr., + ont-ils un traitement comparativement égal à celui des autres + fonctionnaires. Une question de cette importance, que nous ne + faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner lieu à d’utiles + réflexions. + + Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses + améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore, + l’administration qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses + nombreux agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin + leur traitement éprouver une augmentation proportionnelle. + +Le service du transport des dépêches et des voyageurs a lieu, en 1818, +par le moyen de malles-postes d’une construction élégante et commode. +Cette mesure, tout entière dans l’intérêt des maîtres de poste, +très-coûteuse dans son principe, est provoquée par la diminution +successive des voyageurs, qui préféraient aux malles établies en 1791 +les voitures publiques perfectionnées de plus en plus. + +Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens successifs opérés +dans toutes les branches de l’administration y apportent d’heureuses +améliorations. Elles sont tout à la fois dans l’intérêt du trésor, +auquel elles offrent plus de garantie; et, dans celui des comptables, +dont elles tendent encore à accroître la sécurité. + +La poste aux lettres, par la nature de ses produits, avait un système de +comptabilité qui n’était nullement en rapport avec celui des +administrations financières. Les directeurs n’arrêtaient leurs comptes +mensuels et d’années, qu’après la réception des dernières dépêches[117] +expédiées par leurs correspondans pendant le cours de la même période +mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus ordinairement que +dans les premiers jours qui suivaient le mois auquel elles se +rapportaient. On avait tenté infructueusement divers moyens pour +remplacer ce mode peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans +les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems cherchée, y +conduisit. Elle consista à substituer tout simplement la date de +réception des envois à celle d’expédition. Alors l’irrégularité +apparente, qu’on ne considérait comme telle que parce qu’elle consistait +dans une exception (conséquence de l’exception que forment elles-mêmes +les postes à l’égard des autres administrations), disparut. Mais +l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux dans son ensemble, +puisqu’il avait lieu par le moyen du contrôle réciproque des états tenus +contradictoirement dans chaque bureau, était également très-satisfaisant +dans ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant la +même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre +l’interprétation des écritures plus facile aux personnes étrangères aux +postes ou peu familiarisées avec leur pratique. + + [117] On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un bureau + pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir que le 2.e + jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause de retard), et + qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant ce terme. + +Il y a loin de cette théorie, que donne la science des chiffres, à ces +connaissances positives qui sont le fruit de l’expérience, qui seule +peut servir de guide au milieu des nombreux détails d’une administration +si compliquée[118]. + + [118] Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent + spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte à + l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez + multipliées pour exiger une surveillance active et continue. La + vérification des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même + surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le + comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration + supérieure qui pourrait connaître la situation journalière de ses + agens par les contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux + mensuels ne l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude. + + Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des + postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes + résultats. + +On comptera parmi les mesures utiles introduites par M. de Mezy, +l’établissement des malles-postes à 4 places (dont nous avons parlé plus +haut), montées sur ressorts et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux. +C’est avec ces malles que s’exécute le service des postes sur les +principales routes du royaume. Le public trouve à la fois les moyens de +voyager avec rapidité et sans fatigue dans ces voitures de nouvelle +construction, qui, sans avoir aucun des inconvéniens des anciennes, +réunissent des avantages inappréciables. + +Des réglemens ont fixé l’organisation du service des voyageurs dans les +malles-postes. + +Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel nous avons déjà eu +recours pour le prix des baux des postes, un des motifs qui ont amené +ces heureux changemens dans la forme des voitures en activité +aujourd’hui. + +_Frappé_, dit-il[119], _des inconvéniens toujours renaissans de la +construction vicieuse des malles, en 1791, l’administration des postes, +dont M. de Mezy était directeur-général, s’occupa avec lui, en 1818, du +soin de faire construire d’autres malles: une considération de la plus +haute importance les y engagea: c’était le désir de remplir les +intentions du Roi à cet égard_. + + [119] Auteur cité. + +_Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur la route de Calais +la malle du courrier, et la comparant aux malles-postes d’Angleterre, +elle fut frappée du mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et +parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour M. de Mezy, qui +s’empressa de faire faire le dessin d’un nouveau modèle de malle, et le +présenta au Roi, qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut +exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son relais de +Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté en témoigna sa +satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait de meilleur goût que les +malles anglaises, et surtout plus commode pour les voyageurs. J’étais au +nombre des personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je fus +l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet._ + +La retenue proportionnelle sur les appointemens des employés des postes +cesse d’avoir lieu. + +M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de France, succède, en +1822[120], à M. de Mezy, dans la place de directeur-général des postes. + + [120] 1.er janvier. + +Les attributions de cet emploi sont définies ainsi: Le directeur-général +dirige et surveille, sous les ordres du ministre des finances, toutes +les opérations relatives au service. Il travaille, seul, avec le +ministre des finances. Il correspond, seul, avec les autorités +militaires, administratives et judiciaires. + +Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance. Il +signe, seul, les ordres généraux de service. + +Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa Majesté, dont +ont joui de toute ancienneté les conseillers grands-maîtres des coureurs +de France, les contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans +et les intendans-généraux des postes, a été conservé aux +directeurs-généraux des postes. + +Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et remplacées par +celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent MM. le marquis de +Bouthillier, Gouin et le vicomte de Rancogne. + +Le ministre des finances assigne à chacun le travail qu’il doit diriger +sous l’autorité et la surveillance du directeur-général. + +Les agens supérieurs des finances sont spécialement chargés de vérifier +la comptabilité et la caisse des directeurs des postes. + +L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux de poste, qui, +après avoir eu lieu de bureau à bureau, avait été restreint à Paris +seulement, cesse également d’avoir ce cours; les directeurs restent +chargés de cette recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des +produits accrus par cette mesure continue à être versé dans les caisses +des receveurs particuliers des finances. + +Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux Anglais +résidant en France, d’expédier leurs lettres par l’intermédiaire de +leurs ambassadeurs. Nous avons déjà remarqué combien un abus de cette +nature avait nui aux recettes des postes. + +Une convention est conclue, par la médiation de M. le duc de +Doudeauville, entre les maîtres de poste et les entrepreneurs des +messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris[121]. Elle a pour +objet de rendre ces derniers exempts du droit de 25 centimes envers les +premiers, à la condition d’employer les chevaux de la poste à la +conduite de leurs voitures. + + [121] Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des + avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On a dû + chercher à compenser la privation des priviléges qui leur avaient + été accordés originairement, et qui leur ont été retirés en 1790. + Les exemples passés, et celui plus récent de la perte de trois cents + chevaux occasionnée par le poids des voitures établies en 1791; + l’état des routes; les ressources présumées des maîtres de poste + pour conduire avec un égal succès les nouvelles malles et les + messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur que par leur + surcharge; la réduction (au moins d’un tiers) des recettes sur les + voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout au désavantage de + l’administration, causée par l’infériorité des prix des messageries; + tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une expérience de plus de + trois siècles, pour assurer à ce nouveau mode d’organisation la + stabilité qui réalisera les espérances tant de fois déçues des + maîtres de poste. + + En établissant les malles-postes sur les principales routes du + royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute, + d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin + des relais le commande si impérieusement. + + Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour les + maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés à + leur véritable destination, pour le public qui verrait plus de + sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens de + l’administration; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces + services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail + qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage, + aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient + dès l’instant que l’administration userait de son privilége + exclusif, et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent + sur quelle branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée + par l’effet de cette mesure aussi politique que morale. + +La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de l’Espagne, exige de +nouveau que le paiement à vue des reconnaissances adressées aux +militaires de terre et de mer soit rétabli. + +Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur l’organisation des +postes d’armée, dont le service ne pouvait être assujetti aux mêmes +mesures que celui des postes civiles. De tout tems, dans des +circonstances semblables, elles subirent diverses modifications; mais +elles furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration +générale. + +Leur composition est réglée d’après les bases suivantes: Un agent +supérieur, sous le titre de commissaire[122], est chargé de les diriger. +Il réside au grand quartier-général, travaille ou correspond seul avec +l’intendant-général, pour tout ce qui concerne le service des postes +militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, des +contrôleurs, des employés et sous-employés: on comprend sous cette +dénomination les courriers et les postillons. + + [122] M. le marquis de Regnon. + +Il était facile de prévoir les dépenses[123] que devait occasionner la +création d’un service de cette importance dans un pays où les +libérateurs faisaient eux-mêmes les frais de leurs victoires; elles se +sont élevées à 2,422,167 fr. Les estafettes journalières ont beaucoup +contribué à l’augmentation de ces frais. + + [123] L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne a + coûté 300,000 francs. + +En 1824, ce service a subi des modifications qui ont été reglées par les +conventions faites, au nom des deux puissances, par le marquis de +Talaru, ambassadeur de France, et le comte Ofalia, premier +secrétaire-d’état, surintendant-général des courriers et postes +d’Espagne et des Indes. + +On y remarque, entr’autres articles, que toutes les lettres de service +de l’armée française, qui seront contresignées, seront reçues aux +bureaux ordinaires de poste, et remises franches de port; + +Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires paieront les +chevaux et autres rétributions de poste sur le même pied que les +courriers espagnols: ils seront, ainsi que les convois militaires, +transports de vivres, équipemens et munitions, exempts des droits de +chaîne établis pour l’entretien des routes; + +Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, le +gouvernement espagnol fera placer des postes qui seront disposées de +manière à pourvoir au service des escortes, pour les convois, +expéditions d’effets ou approvisionnemens, officiers en mission et +courriers de l’armée française; + +Que les employés des postes de l’armée française seront chargés de +l’expédition et de la réception de la correspondance française; le +transport des dépêches closes sera exécuté par les courriers ordinaires +du service espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point de malle +française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement pour constater +la remise qui sera faite des dépêches, tant pour le départ que pour +l’arrivée, entre les deux offices français et espagnol; + +Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens où il n’y aurait +pas d’employés de la poste française, la correspondance pour le service +arrivera contresignée, et elle sera remise, franche de port, par le +directeur de la poste civile. + +Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement réduite, le +service des postes françaises en Espagne a été supprimé. Le transport +des dépêches a lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les +payeurs de l’armée française sont chargés de les expédier et de les +recevoir. + +M. le comte de Kerespert est nommé administrateur des lignes +télégraphiques. + +Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux était devenue +indispensable, tant pour éclairer les maîtres de poste sur leurs +obligations, que les voyageurs sur leurs droits. Les nombreuses +modifications apportées par les circulaires en rendaient +l’interprétation sujette à des contestations sans cesse renaissantes et +auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous ces élémens rassemblés +dans un nouvel ordre ne laisseront plus d’incertitude sur l’application +des mesures réglementaires relatives à la poste aux chevaux. + +On voit combien les heureuses réformes introduites par M. le marquis +d’Herbouville, continuées avec le même succès par M. de Mezy, ont reçu +de développemens par les soins de M. le duc de Doudeauville[124], sous +la direction duquel l’organisation des Postes a atteint un grand degré +de perfection. + + [124] Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé, + dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et + l’expérience de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, + administrateurs des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à + en assurer le succès. + +Tout prouve que l’administration de M. le marquis de Vaulchier[125], +appelé à succéder à M. le duc de Doudeauville, nommé ministre de la +maison du Roi, dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera pas +moins remarquable que celle de ses prédécesseurs. + + [125] 18 août 1824. + +M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même époque, M. de +Bouthillier, nommé directeur général des eaux-forêts. + +On a pu juger, au milieu des variations que les Postes ont subies depuis +leur création, que les bases sur lesquelles elles reposent n’ont pu être +renversées. + +D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient établis de quatre +lieues en quatre lieues sur les grands chemins, où on entretenait des +chevaux propres à courir le galop pendant leur traite; chaque relais +était dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire les +courriers porteurs des dépêches et munis d’un ordre du grand-maître, +ainsi que les voyageurs ayant des passeports: tous les courriers +devaient suivre les routes où les relais étaient montés, afin de faire +constater leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets qui +leur étaient confiés. + +Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible de ne pas reconnaître +l’organisation actuelle des postes. Les maîtres ont conservé leur +dénomination primitive, les relais leurs distances, les courriers la +même responsabilité constatée par le port d’aujourd’hui[126]. + + [126] Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le nombre + des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur les divers + points de la route qu’il doit parcourir. + +Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de cette institution +toute politique? Il ne fallait qu’établir les relais suivant les +localités, et multiplier le nombre des bureaux de poste à mesure que les +relations augmentaient. Les progrès furent si rapides, qu’en moins de +deux siècles on comptait plus de mille relais occupés par des maîtres de +Poste, qui entretenaient des chevaux pour le service public des dépêches +et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures; neuf cents bureaux, où +le travail des lettres dirigées avec ordre sur tous les points de la +France se faisait, sous la surveillance d’inspecteurs, par des +directeurs, des contrôleurs, des commis, des facteurs et des +distributeurs. Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes +géographiques indiquaient la position des bureaux sur lesquels les +lettres devaient être acheminées; que des tarifs en fixaient la taxe, et +que la marche des courriers n’éprouvait aucun retard, même dans la +saison la plus rigoureuse de l’année. + +Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui? Une augmentation dans les +relais, qu’on peut porter à 1463; dans le nombre des bureaux de +poste[127], qui est de 1371, non compris les distributions; un +accroissement dans les produits; une activité aussi merveilleuse dans le +travail, mais facilitée par des moyens plus perfectionnés. Quelques +variations dans les dénominations attachées aux emplois supérieurs, +auxquels les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles une +création? Ces légères modifications ne peuvent en avoir le caractère. +Mais tout ce qui tient à l’organisation des Postes se reproduit ici +comme il y a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs +conseils sont remplacés par les directeurs généraux et les +administrateurs; les inspecteurs remplissent les mêmes fonctions; les +directeurs chargés des mêmes opérations, ont la même responsabilité; les +contrôleurs exercent encore la même surveillance sur ce travail auquel +les commis participent comme par le passé; les facteurs, les +distributeurs portent et remettent les missives de la même manière; les +courriers employés au transport des dépêches sont toujours responsables +de celles qu’ils reçoivent; les maîtres de Poste fournissent +exclusivement des chevaux au terme des réglemens; et les postillons +conduisent, comme dans l’origine, les voitures, ou accompagnent les +voyageurs qui courent à cheval. + + [127] Il était de 1541; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs + années. + +Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre Paris et les +provinces, peut donner une idée du travail et des opérations des Postes. + +Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement par la Poste, +est de 60 millions; celles expédiées en franchise peuvent être portées à +pareil nombre; ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou +paquets transportés par la Poste. + +La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement, quatre millions +et demi environ[128], à peu près le sixième des produits que rendent les +Postes. Le maximum des recettes a lieu en janvier, et le minimum, en +septembre. On jette tous les jours dans les boîtes de la capitale 25 ou +30 mille lettres, dont 8 ou 10 mille pour la petite-poste, et 35 mille +feuilles périodiques ou prospectus. On met en rebut, chaque année, près +de 144,000 paquets pour Paris seulement. + + [128] 1815, 3,802,343. + 1816, 4,179,507. + 1817, 4,269,074. + 1818, 4,376,267. + 1819, 4,375,300. + 1820, 4,353,025. + +Les registres, états et autres imprimés[129] destinés spécialement aux +opérations, soit journalières, soit mensuelles, sont multipliés à +l’infini. Les réglemens, les circulaires, les ordonnances, modifiés sans +cesse par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux; et, +malgré tous ces détails, le travail doit être d’une célérité extrême et +d’une exactitude rigoureuse dans les calculs. + + [129] Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives aux + Postes, s’élèvent à plus de 1200. + +Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de l’ordre, du soin, de +la scrupuleuse attention des agens des Postes à classer, taxer et +diriger ces innombrables missives, afin de leur faire suivre la seule +direction convenable pour éviter le moindre retard dans la réception; de +l’intelligence nécessaire pour interpréter le code si étendu qui leur +sert de guide dans ces opérations aussi délicates que rapides. Nous ne +parlerons point des états et des pièces qui servent à établir une +comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la science des +chiffres si familière. Il y a dans tout cela plus qu’une simple +manipulation de lettres, et moins que de la routine. + +L’accroissement du produit des Postes a été prompt dans l’espace d’un +siècle; mais on n’y remarque plus d’amélioration dans les époques +suivantes. La comparaison des trois périodes des Postes, qui embrassent +le tems où elles sont devenues profitables aux revenus du Roi, fera +naître les réflexions de l’observateur. + + En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la + première fois 1,200,000 fr. + En 1788, 12,000,000 + En 1825, _régies pour le compte du Roi_ 12,690,000[130]. + + [130] Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000 + fr., et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La + dépense est de 12,660,000 fr.; la taxe fictive des paquets qui + circulent en franchise, peut être portée à 18,000,000. + +La progression de la première à la deuxième offre une amélioration +sensible, et dans l’organisation et dans les produits; mais aucune +différence notable ne paraît exister de la deuxième à la troisième, +malgré les innovations qu’on a introduites dans les Postes, la +surveillance qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent, le +système de comptabilité opposé à la gestion des fermiers-généraux, +enfin, l’augmentation du port des lettres qu’on peut évaluer à moitié. + +Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait peut-être dans +les moyens de correspondre qui n’ont pas multiplié les relations en les +rendant plus fréquentes; dans les frais pour faire parvenir les lettres +sur les points les plus reculés du royaume, soit trois fois la semaine, +soit même tous les jours, et avec une accélération telle, qu’elles +mettent à peine 40 heures pour parcourir une distance de 100 lieues et +être remises aux destinataires; dans la facilité de voyager plus +promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart des négocians et +des fabricans à expédier des commis qui entretiennent ainsi les liaisons +ou en forment de nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement +d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on mettait autrefois +dix jours, il ne faut plus aujourd’hui que soixante-dix heures. Il en +est de même des distances qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et +qui le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme on le voit, +économie de tems et de dépense, et par conséquent, diminution de +correspondance. Ne doit-on pas aussi conclure de là que le transport +frauduleux des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par +la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste. + +Mais la principale raison, n’en doutons nullement, est dans l’état +actuel de la société dont les postes ont étendu successivement les +relations, satisfait les besoins, multiplié les ressorts, et établi, par +un concours réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa +conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les avantages +qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion de la perfection vers +laquelle tendait cet établissement. Il y semble parvenu, et on ne doit +pas raisonnablement espérer de voir les produits des postes subir +d’augmentation notable. + +Ce qui appartient essentiellement à notre époque, c’est l’ordre +introduit dans les recettes et les dépenses par des hommes habiles qui +ont perfectionné les nouveaux systèmes de comptabilité; c’est cet +ensemble de tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et +ramenées, avec un art surprenant, au point central d’où tout émane; ce +sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles repose une administration +tellement importante que rien ne peut en entraver la marche rapide et +régulière, ni en suspendre, sans danger pour la société, le mouvement +continu. + +Cette institution, n’en doutons point, reprendra toute son influence +primitive sous un Roi qui, à l’exemple de ses prédécesseurs, est si +digne de la faire fleurir dans l’intérêt de la morale publique; et les +postes, enfin, seront moins considérées par leurs produits que par leurs +rapports politiques et sociaux. + + + + +TROISIÈME PARTIE. + +DES POSTES CHEZ TOUS LES PEUPLES. + + +Nous avons vu de quelle manière les postes, après avoir été établies en +Orient, se sont répandues chez quelques nations de l’Occident, et plus +particulièrement en France. Nous désirerions compléter notre travail en +suivant leur histoire chez tous les peuples du monde. Mais, si elle se +réduit pour le plus grand nombre à quelques notions générales, du moins +est-elle susceptible d’offrir plus d’intérêt en Europe, où les Français +ont été les premiers à introduire ce moyen rapide de correspondre avec +régularité. A la gloire d’avoir été les créateurs de cette institution +chez les modernes, se joint, pour eux, celle de l’avoir portée à un +point de perfection auquel leurs imitateurs ont vainement cherché à +arriver jusqu’à ce jour. + + +ALLEMAGNE. + +Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des postes en France, +que l’Allemagne suivit, la première, cette heureuse impulsion, qui +devait se communiquer insensiblement à toute l’Europe. + +Le comte François de Taxis les établit vers la fin du règne de +Maximilien I.er, et en eut la direction générale, après avoir été +autorisé à faire les avances qu’exigeait une institution de cette +importance. L’empereur, qui avait toujours de grands intérêts à ménager +avec son petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas, voulut +que les premières postes fussent mises en activité, de Bruxelles à +Vienne, avec l’agrément des états dont cette route traversait le +territoire. + +Cet établissement reçut de grandes améliorations sous le règne de +Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste de Taxis; et Philippe II +prolongea un embranchement de sa poste d’Italie, pour joindre celle des +Pays-Bas à Augsbourg. + +L’empereur Mathias, en récompense des services importans que ne +cessaient de lui rendre les princes de la maison de Taxis, dans la +conduite de cette entreprise déjà si répandue, érigea la surintendance +générale des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de +Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme les successeurs +de Charles-Quint possédaient l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et une +partie de l’Italie, le titre de grand-maître des postes de tous ces +états y fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la +dénomination de postes espagnoles. + +Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche ont restreint les +priviléges accordés aux princes de la maison de Taxis. Ils n’ont +conservé que la direction des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et +de quelques autres parties de l’empire[131]. C’est là aussi qu’on +remarque la régularité et la célérité qui contribuent à donner à ce +service une supériorité que les princes de Taxis tiennent sans doute à +honneur de transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de +leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent cette institution. + + [131] M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés + autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel + elles s’élevaient à un million de rixdalers; selon d’autres, à un + million de florins. + +M. le comte de Nadardy, président de la Chambre aulique, est +directeur-général des postes et des messageries impériales et royales. + +L’administration des postes de chaque province est confiée à un +directeur principal, dont dépendent des directeurs particuliers. Le +directeur des postes à Vienne, par exemple, est administrateur des +bureaux de toute la province de la Basse-Autriche. + +M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan de l’empereur, +intendant-général des postes étrangères, est chargé, conjointement avec +M. le prince de Metternich, de tout ce qui est relatif aux offices +étrangers. + +Le transport des dépêches se fait, généralement, dans les provinces, par +des charrettes[132] ou carrioles légères, découvertes, à quatre roues, +attelées d’un cheval; et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on +est forcé d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant, on +ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture, le postillon assis +dans le fond. + + [132] Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces + voitures offrent plus de commodité et de perfection. + +Les postillons, distingués autrefois par une petite trompe brodée sur +leur habit de drap jaune, en portaient une autre en argent qui servait à +annoncer leur départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des +villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson sur lequel +était gravé le nom du lieu d’où ils étaient expédiés. Ces postillons +conservent encore ces divers attributs. + +De semblables distinctions varient suivant les états. En France, par +exemple, les postillons se servent, comme dans l’antiquité, seulement +d’un fouet, dont le bruit, habilement modifié, suffit pour faire +connaître l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur +passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard, ou d’éviter +tout accident. + +Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité. Il arrive +souvent de faire sept milles avant de trouver un relais; ce qui a lieu +entre Wismar et Rostock. + +Quant aux routes[133], il y a peu d’années encore qu’on se plaignait de +leur état d’abandon. On trouvait aussi que les postillons[134] +s’occupaient plus de soigner leurs chevaux[135] que de contenter les +voyageurs. Il existait un impôt sous le nom de shimrr[136], qui +consistait à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à cet +effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer de chevaux en +cherchant à se soustraire à ce tribut onéreux. + + [133] M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur + ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême. + Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux + préparatoires pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu. + + [134] Ils portent le nom de phwager, c’est-à-dire beau-frère, + dénomination dont on ignore l’origine. + + [135] Les chevaux d’Allemagne sont forts et bons pour le trait; mais + ils le cèdent en légèreté et en vitesse à ceux d’Angleterre. La + Bavière, la Franconie, la Poméranie et le Mecklembourg, sont les + provinces où l’on nourrit les meilleurs chevaux. + + [136] Graisse. + +S’il en est ainsi, c’est à juste titre qu’on a prétendu que la police, à +l’égard des maîtres de poste, n’était pas très-sévère en Allemagne[137]. +On sait qu’en France il en est autrement. + + [137] Dans le pays de Brunswick on trouve affiché, à chaque bureau de + poste, les noms des commissaires désignés par le prince pour + terminer les différends entre les voyageurs et les maîtres de poste. + +Ou y trouverait aussi très-gênante l’obligation de ne se servir que de +la poste une fois qu’on a commencé à prendre cette voie, ou de ne +pouvoir, dans le cas contraire, employer les chevaux de louage qu’avec +l’autorisation des maîtres de poste, qui, sans doute, ne l’accordent que +difficilement. + +Dans l’Empire (nom qu’on donne aux provinces méridionales) le prix des +postes est d’un florin trente kreutzers par cheval et par mille[138]. +Mais ce prix varie considérablement suivant les lieux, soit à cause de +la diversité des états, soit aussi en raison de la cherté des fourrages. +A Lubeck, on ne trouve point de chevaux de poste. + + [138] En Hesse, 10 gros par mille; en Saxe, 10; 12 dans le pays de + Brunswick et le Hanovre, et 8 dans le duché de Mecklembourg. En + 1789, il en coûtait un florin par poste simple, excepté dans les + états héréditaires où ce prix était réduit à trois quarts de florin. + +Si l’on est exposé à perdre beaucoup de tems par le péage des barrières +établies sur les routes d’Allemagne et du Tyrol, on peut facilement +aussi éviter ces retards en payant d’avance aux postillons tous les +droits auxquels on est assujetti, et qu’ils se chargent d’acquitter. + +Le service de la poste aux lettres se fait avec assez de régularité en +Allemagne. On y a apporté dernièrement quelques changemens, soit dans le +travail des lettres, soit dans la marche des courriers qui parcourent +actuellement une poste en une heure et demie. + +Le port des lettres est réglé par des tarifs[139] établis sur des bases +moins fortes que celles adoptées par les autres nations de l’Europe, et +calculé sur la population, les relations commerciales de l’intérieur et +de l’extérieur, et sur le cours de l’argent. + + [139] En Bavière, dans le duché de Bade et les postes féodales, la + lettre cesse d’être simple dès qu’elle pèse 7 grammes et demi. + +A Vienne, l’établissement de la petite-poste a commencé en 1772. Il est +dû à M. Schotten, qui suivit l’exemple donné en France, douze ans +auparavant, par M. Chamousset. Le port de la lettre est d’un kreutzer, +et de 3, 5, 17 kreutzers et plus, au-delà des lignes, en proportion de +la distance à parcourir. Cette superbe capitale compte plus de 3,000 +carrosses de personnes de marque, 500 fiacres et au moins 80 chaises à +porteurs. Le nombre des voitures publiques y est très-considérable. Il y +a même des points sur lesquels il en est expédié 15 ou 20 par jour. + +On trouve à Hambourg des bureaux de poste pour divers états; tels que +l’Empire, le Hanovre, le duché de Brunswick, la Suède, le Dannemarck, le +Mecklembourg-Schwerin, la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis, etc. +La petite-poste a son bureau particulier et ses messagers qui parcourent +les rues six fois par jour, en annonçant leur présence par une sonnette. + +L’usage des télégraphes, dont les premières expériences remontent à +1799, est peu répandu. Ces machines sont loin d’être aussi +perfectionnées qu’en France: elles ne sont employées que pour des avis +maritimes, sur quelques points seulement. + +Les grands fleuves qui arrosent l’Allemagne, facilitent beaucoup les +voyages par eau. Il y a sur plusieurs de ces fleuves un marktscheff ou +coche d’eau, qui va à tems réglé d’un lieu à un autre. L’introduction +des bateaux à vapeur rendra cette navigation et plus régulière et plus +commode. Le premier a été lancé en Bavière[140], près de Frédéricshafen, +sur le lac de Constance. Il y en a eu trois de construits dans les +duchés de Bade et Wurtemberg[141]. + + [140] Le Max-Joseph. + + [141] Le Guillaume entr’autres. Les rouages de ces bâtimens, destinés + à un service continuel, ont été confectionnés à Liverpool. + +On voyage sans danger sur les routes généralement étroites, qui coupent +ces divers duchés, par l’adresse des cochers allemands. On ne peut aussi +éprouver d’incertitude sur les lieux où l’on se rend, puisqu’à tous les +carrefours des routes un poteau indique, non seulement le nom du canton +ou du district, mais encore la direction des chemins et la distance de +chaque point aux villes de quelque importance. Cet usage a lieu dans +plusieurs autres parties de l’Allemagne, où l’on a établi des colonnes +milliaires qui marquent, avec la même précision, les distances entre +chaque endroit. + +L’art de dresser toute espèce d’animaux n’offre plus rien de surprenant +depuis qu’on voit, à Munich, deux énormes loups traîner une calèche. Ils +appartiennent à un ancien négociant russe qui les a trouvés très-petits +dans un bois près de Wilna, et qui a si bien réussi à les apprivoiser, +que loin d’avoir conservé quelque chose de leur instinct féroce, ils ont +toute la docilité du cheval le mieux dompté. La police exige seulement +qu’il soient muselés, afin de prévenir tout accident; car, quoique cette +calèche traverse la ville habituellement trois fois par jour, la foule +n’en montre pas moins d’empressement à considérer ce singulier +spectacle. + +Par arrangement conclu dès 1819, entre le roi de Wurtemberg et le prince +de la Tour et Taxis, les postes de ce royaume ont été conférées de +nouveau, à ce dernier, comme fief héréditaire et masculin de la +couronne. Ce prince, en sa qualité de grand-maître des postes de +l’empire, s’est fait représenter dans leur direction pas M. le baron +Wrintz Barberick, conseiller privé, directeur-général des postes. + +Si cet exemple avait des imitateurs parmi les divers princes de +l’Allemagne, il est à croire que les postes de l’empire, sous les +descendans de celui qui les a instituées dans le nord de l’Europe, +parviendraient à un plus haut point de prospérité. + +La Hongrie manque non-seulement de routes bien entretenues, mais aussi +de canaux pour multiplier les communications par le moyen des rivières. +Les chariots de poste dont on se sert sont très-mauvais, découverts, +sans ressorts et construits de la manière la plus grossière. Quant aux +chevaux, ils sont très-estimés, surtout ceux élevés par les Arméniens. + +Les postes, dont plusieurs appartiennent au prince Estherhazy, font +partie des revenus de ce royaume; et, quoiqu’elles soient assez bien +entretenues, les voyageurs, munis d’un ordre du gouvernement, ne peuvent +manquer ni de chevaux, ni d’aucun moyen de transport, que tout paysan +est tenu de leur procurer. + +Les loups qui habitent les forêts qui couvrent une partie de la Hongrie, +rendent les voyages quelquefois dangereux. Il n’est pas sans exemple que +des courriers, dont plusieurs font le service à cheval, aient été +dévorés par ces animaux. Ils y sont tellement multipliés, qu’en 1803 ils +détruisirent plus de 1500 têtes de bétail dans une seule province[142]. + + [142] Les mêmes ravages ont eu lieu en Livonie, en 1823. D’après le + rapport de la régence, 1841 chevaux, 1243 poulains, 1807 bêtes à + cornes, 733 veaux, 15182 moutons, 726 agneaux, 3545 chèvres, 183 + chevreaux, 4190 cochons, 701 chiens, etc., ont été dévorés.--Le + gouvernement prend des mesures efficaces pour mettre fin à ces + ravages. + +On serait porté à croire que dans les divers états dépendans de +l’empire, les maîtres de poste sont tous d’anciens militaires auxquels +ces places offrent d’honorables retraites. Leur costume paraîtrait +confirmer cette assertion: il consiste en un dolman bleu clair, bordé de +fourrures et orné de boutons et de galons de soie; un pantalon bleu +galonné de la même manière, et des demi-bottes. Ils portent tous de +longues moustaches. + +Parmi les édifices destinés aux postes, dans les états dépendans de +l’empire d’Allemagne, celui de Prague est très-remarquable. + +On est forcé d’affranchir les lettres pour tous ces états, le duché de +Bade excepté. + + +PRUSSE. + +Le service des postes se fait régulièrement en Prusse. Il ne diffère pas +sensiblement de celui employé dans les autres états du nord. Le +directeur-général actuel est M. le baron de Nagler. + +Le tarif n’est pas dans la proportion de celui de France: la lettre est +considérée comme simple au-dessous de quinze grammes ou un loth. + +Le directeur-général des postes a fixé la taxe des ports de lettres pour +les papiers d’état ayant cours, de manière que, d’après le 37.e article +du réglement du 18 décembre 1824, on paie, suivant le cours du jour en +Prusse, pour les papiers monnaie de l’étranger et de tous les papiers +d’état ayant cours, non un quart, mais un sixième du port fixé pour +l’argent par le 32.e article dudit réglement. Quant aux papiers ayant +cours, ils pourront être envoyés par la poste à cheval, en lettres +recommandées, moyennant le port fixé par les articles 7 et 20 du +réglement, sous la condition que le contenu des lettres sera déclaré +exactement; mais sans que la poste le garantisse en aucune manière. + +Berlin est la seule capitale de l’Allemagne où il soit question de poste +royale ou double. + +Quant aux routes de ce royaume, elles sont moins bien entretenues que +dans les autres parties du continent. Il faut croire que la nature +humide du sol contribue seule à leur donner si peu de consistance, ou +que le gouvernement n’a pas encore porté son attention sur cette branche +administrative qui devient l’objet des soins de presque tous les +potentats de l’Europe. Les relais ne sont établis ni à des distances +rapprochées, ni même à des espaces égaux. Il n’est pas étonnant aussi +que, vu l’état des routes et les haltes fréquentes des postillons pour +reposer leurs chevaux et leur donner de l’eau, on ne voyage pas avec +célérité. Il y a tel relais, par exemple de Berlin à Rhemsberg[143], +pour lequel 24 heures suffisent à peine. Dans les chemins ordinaires le +postillon ne devrait mettre tout au plus qu’une heure et quart par +mille. On paie par cheval et par mille 10 gros. + + [143] Dix milles. + +Les malles des voyageurs qui arrivent aux frontières de la Prusse, par +la poste ou avec leurs chevaux, doivent être plombées par les commis de +la douane, à moins qu’on ne veuille souffrir qu’elles soient ouvertes et +visitées; ce qui est constaté par un certificat. + +Les voitures construites en Prusse se sont répandues par toute l’Europe. +On sait que celles appelées berlines ont été inventées par un architecte +de ce royaume. + +L’Affranchissement des lettres est forcé pour la Prusse. + + +RUSSIE. + +Anciennement en Russie, au lieu de se servir de chevaux pour les +voitures, on y attelait des cerfs. L’usage des traîneaux était plus +répandu pour courir la poste. Ces animaux les tiraient avec une telle +rapidité, qu’ils faisaient plus de quatre milles par heure. + +On a regardé pendant long-tems dans ce pays, comme un crime +capital[144], de prendre la voie des voitures publiques, sans en avoir +obtenu l’autorisation. + + [144] En France, on punissait de mort celui qui se servait des chevaux + de poste sans un ordre du grand-maître des postes. + +Dans la Finlande et dans la Laponie on employait les cerfs avec beaucoup +de succès. Un seigneur allemand, du tems de Charles-Quint, en avait +dressé un qui surpassait les chevaux les plus légers en vîtesse. Il le +montait lui-même, et en fit l’expérience dans plusieurs courses +publiques. + +Au reste, ces exemples nous paraîtront d’autant moins étonnans, que nous +avons eu beaucoup d’occasions de remarquer en France l’instinct, +l’adresse, l’agilité et la docilité de cet animal. Mais il est +très-douteux que dans les lieux mêmes où les cerfs sont les plus +communs, on les assujettisse à un service régulier comme celui des +postes. + +Les rennes et les chiens sont également dressés, dans ces contrées +glaciales, à tirer les traîneaux destinés aux voyageurs et au transport +des dépêches. Il serait difficile de donner une juste idée de la +rapidité avec laquelle ils les conduisent. + +La poste aux lettres est administrée par un directeur-général ou +grand-maître[145]. Le prince Alexandre Galitzin, ministre des cultes +étrangers et de l’instruction publique, est le directeur-général actuel +des postes de l’empire Russe. + + [145] En Livonie, les postes sont sous la direction du corps de la + noblesse, et on trouve à chaque relais un commis des postes qui a + sous lui un autre employé. + +Il y a beaucoup d’exactitude dans le service de la correspondance; mais +le port des lettres est très-élevé, quoique la lettre, d’après le tarif, +ne soit considérée comme simple que jusqu’à 15 grammes ou un loth. Ce +prix a même augmenté, depuis quelques années, pour subvenir aux frais de +la construction d’un nouvel hôtel des postes et d’un autre destiné au +grand-maître. Ces édifices, très-remarquables, sont terminés, et la taxe +n’a pas encore éprouvé de diminution. Il est à remarquer néanmoins que +les postes ne produisent de profit que dans quelques provinces où leur +entretien ne coûte rien à la couronne. + +Nous pensons que l’obligation de jeter les lettres à la boîte au moins +seize heures avant le départ du courrier, est toute au désavantage du +public. Ce délai annoncerait que le travail des lettres ne serait pas +aussi perfectionné qu’en France, où l’administration se réserve à peine +une heure pour le même objet. + +La poste se charge des assignations de la banque, et en répond moyennant +demi pour cent. + +A Saint Pétersbourg, le nombre des voitures de tout genre est plus +considérable qu’il ne l’est dans les autres capitales de l’Europe. On +distingue surtout le _droschky_ si élégant par son vernis et ses +moulures. Il n’est cependant formé que d’une planche sur quatre roues, +ce qui lui donne quelque ressemblance aux chars-à-banc de la Suisse. + +Parmi les voitures de voyage on remarque le kibitka, espèce de charrette +qui a rapport, pour la forme, à un berceau. Elle est ronde en dedans et +a cinq pieds de large: on n’emploie pas un morceau de fer dans sa +construction. + +Le traînage ajoute encore à la facilité de voyager: on fait placer et +attacher sa chaise de poste sur les flasques du traîneau; et, comme les +fleuves sont gelés et les routes très-larges, ou avance sans obstacle +avec une vîtesse extrême. Ainsi, il n’est pas rare que, sans être arrêté +par les distances, on aille dîner à 5 ou 6 milles (10 ou 12 lieues) de +chez soi, pour revenir le soir à son habitation. + +On compte les distances par werstes. Des bornes élevées, placées d’un +côté des routes et peintes de noir et de blanc, font connaître au +voyageur la route qu’il parcourt: de l’autre, sont des poteaux plus +petits, ordinairement établis deux à deux, sur lesquels se trouve écrit +le nom des terres chargées de l’entretien des chemins et des bornes de +chaque district. On ne paie nulle part de droits de route. Si l’on ne +veut pas attendre aux postes, il faut, dit-on, se faire accompagner d’un +bas officier, qui trouve toujours dans sa canne les moyens de stimuler +les postillons: il est fort aisé de les obtenir des chefs de corps. + +Les chevaux se paient deux copecs par werste, et il n’est rien dû au +postillon[146], auquel cependant on donne quelque rétribution. Une +voiture ou un traîneau qui contient deux ou trois places, n’est attelé +que de trois chevaux. On n’en paie jamais plus qu’on n’en a; et, même, +si l’on est peu chargé, on n’en paie que deux. Cela dépend du +podaroschna ou permis que l’on prend en partant, et sur lequel est +désigné le nombre de chevaux qu’on emploiera. Il arrive souvent que, +malgré les ordres du grand-maître des postes, les maîtres des relais +vous rançonnent, surtout aux environs de Saint-Pétersbourg. + + [146] Ils ne conduisent pas à cheval, mais ils ne sont pas difficiles + sur les moyens de se faire un siége. + +Mais, en général, on voyage très-rapidement en Russie, soit en hiver, +soit en été; surtout en Finlande, qui passe pour la partie de l’empire +où l’on est le mieux servi par les postes[147]. La vîtesse des chevaux +russes est incroyable. Ces animaux sont communément courts; leur +poitrail est large, leur cou, long et maigre, et leur tête est +ordinairement moutonnée; ils supportent bien la fatigue. Les petits +chevaux de Livonie sont fameux par leur durée et leur légèreté à la +course. Parmi ces différentes espèces de coursiers, il en est une +très-renommée dont la vîtesse est passée en proverbe chez les Mongols. + + [147] Il y a 4 ou 5 ans que les établissemens de poste ont été + construits à neuf dans certaines parties de l’empire. On trouve dans + chaque maison trois chambres: une pour les voyageurs, une pour les + maîtres de postes et l’autre pour les postillons. Une cour + très-propre et entourée de haies, est placée devant chaque maison. + Il y a dans chaque station 10 chevaux (autrefois 15 ou 20), et 5 ou + 6 postillons russes ou tartares, suivant les lieux. + +Les chemins entre les principales villes sont très-beaux, et il n’est +pas extraordinaire de courir 250 werstes[148] en 24 heures. On a +introduit en Russie, sur certaines routes, entr’autres sur celle de +Kamenoi à Ostrow, des ornières (fahrbahoun) en bois, dans lesquelles les +voitures roulent doucement et sans bruit. L’entreprise se fait aux frais +de l’empereur; mais les propriétaires seront chargés à l’avenir des +réparations, surtout dans les rues des villes. + + [148] 36 milles d’Allemagne. + +Si l’on voyage à bon compte en Russie par la voie des postes, c’est que +le gouvernement supporte, en grande partie, les frais qu’elles +occasionnent; mais la nécessité dans laquelle on se trouve de porter ses +provisions et ses équipages, diminue beaucoup cet avantage, parce que +les aubergistes ne fournissent que le logement. + +Quelques voyageurs préfèrent se servir, au lieu de la poste, des +jamtschtschikis ou voiturins russes, qui marchent avec la même +diligence, en changeant quelquefois de chevaux de slobode en slobode, +chez les voituriers de leur connaissance. + +La première classe des paysans serfs, ou paie l’obrok à l’empereur, ou +est employée à divers travaux, dans lesquels le service de la poste est +compris. + +Tout voyageur qui veut obtenir son passeport doit préalablement annoncer +son départ, au moins trois fois, dans la gazette du pays. Cet usage, +établi en Russie, est commun à plusieurs contrées, et particulièrement +aux colonies. + +Quant à la facilité de se faire précéder par un courrier pour avoir des +chevaux, elle n’a plus lieu. + +Les tentatives employées pour multiplier les moyens de correspondre par +le télégraphe, se sont bornées à quelques essais infructueux. Il n’en +est pas ainsi des établissemens destinés à faciliter les transports de +toute espèce entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Outre la poste +ordinaire, on vient d’en organiser une accélérée entre ces deux villes. +Un pont suspendu à des chaînes de fer a été construit sur le canal de la +Moïka[149]. La Russie participe, connue le reste de l’Europe, à +l’avantage que procure la navigation par les bateaux à vapeur. Il y en a +même en pleine activité jusqu’en Sibérie. + + [149] Il sera construit sur les dessins du général Dufour, de Genève. + +Chez les Ostyacks, nombreuse peuplade répandue sur les bords de l’Oby, +les chiens sont établis par relais comme les chevaux dans les postes. + +Les chevaux sont peu communs au Kamtchatka. Ils ne servent que l’été, +pour le transport des marchandises et effets de la couronne, ainsi que +pour la commodité des voyageurs. Les chiens, en revanche, y abondent, et +suffisent à tous ces travaux. L’été est le tems de leur inaction. Ces +chiens sont attelés deux à deux à un traîneau; un seul est à la tête et +sert de guide. Leur nombre est proportionné à la charge du traîneau; il +est ordinairement de cinq pour une personne, et se trouve porté +quelquefois jusqu’à 45 par suite du luxe de certains voyageurs. Ces +traîneaux prennent divers noms, selon qu’ils servent aux voyageurs ou +aux marchandises. Ils ont la forme d’une corbeille de trois pieds de +long sur un pied de large. On étend une peau d’ours sur le siége. La +légèreté de ces voitures est telle, qu’elles pèsent à peine six livres. + +On emploie aussi les rennes qu’on attèle deux à deux. Ces animaux sont +dressés à courir nuit et jour pendant trois heures consécutives, puis on +les détèle, pendant une heure, pour les faire reposer et les laisser +paître. Au bout de ce tems elles repartent avec la même ardeur, et +achèvent ainsi leur route avec une extrême diligence. + +Près de la Léna, les postes se comptent par stations. Celles-ci sont de +30, 40, 50 et même de 80 werstes. Les frais de poste n’en sont pas pour +cela plus considérables; un homme se paie comme un cheval. Qu’on juge de +la peine des malheureux condamnés à faire le service de la poste, +c’est-à-dire, à traîner les bateaux d’une station à l’autre, dans +l’espace de 1200 werstes. Cette terrible corvée fait la punition des +exilés et des malfaiteurs; ils partagent ce travail avec des chevaux. Le +seul soulagement que cet affreux métier vaille à ces forçats, se réduit +à quelques mesures de farine que le gouvernement leur accorde. + +Les Russes qui voyageaient par ordre de la cour, sur les frontières de +la Sibérie, où les maîtres de poste le plus souvent ne savent pas lire, +étaient munis, autrefois, d’un passeport tout particulier. Il consistait +en cordes passées au travers d’un sceau, auxquelles on faisait des +nœuds, de sorte que les maîtres de poste, pour connaître le nombre de +chevaux qu’ils devaient fournir, n’avaient qu’à compter les cordes et +les nœuds. + +La poste ne sert en Pologne que pour les lettres et paquets. Elle fut +établie par ordre de la république, sous le règne de Ladislas IV. Avant +ce tems, les ordres du roi étaient portés par les gentilshommes de la +cour, qui se faisaient donner des voitures par les Starostes. + +Il faut porter tout avec soi, quand on voyage dans ce pays, soit en +chaises ou en chariots. C’est dans ces derniers que les grands seigneurs +font placer leurs effets. La construction de routes ferrées y est +achevée sur un espace de plus de 66 milles d’Allemagne. Celle des routes +de Varsovie aux frontières de la Prusse le sera incessamment, et offrira +sur cette ligne, qui traverse toute la largeur du royaume depuis Kalish +jusqu’à Brzesc, 60 milles d’une communication non interrompue, ce qui +rendra les relations plus faciles et moins coûteuses, puisque les relais +de poste et de roulage emploient déjà moitié moins de chevaux +qu’auparavant. Il y a eu des constructions semblables dans les +palatinats de Cracovie, de Lublin, de Ploclk et d’Augustow; on remarque +encore celle de 523 ponts, parmi lesquels celui de Z’lotorya, réunissant +sur la Narew les limites de l’empire et du royaume, a été fait aux frais +communs des deux gouvernemens. + +Les lettres pour la Russie et les provinces qui en dépendent, expédiées +de France, peuvent être affranchies, mais non pas jusqu’à destination, +tandis que celles de l’intérieur de l’empire ne peuvent y circuler sans +être soumises à l’affranchissement. + + +TURQUIE D’EUROPE ET AUTRES PROVINCES MÉRIDIONALES. + +Dans la Turquie d’Europe, en Valachie et en Moldavie, les voitures le +plus en usage parmi les personnes riches, sont les calèches allemandes, +qu’on fait venir à grands frais de Vienne. + +La manière de voyager dans ces contrées est tellement expéditive, que +celle d’aucune autre nation ne peut lui être comparée. L’organisation +des postes y est assez bonne: ceci ne doit s’entendre que des chevaux, +car, pour le reste, il n’y a rien de pire. Au lieu de chaises on ne +trouve que des chariots incommodes auxquels on attèle avec des cordes +quatre chevaux guidés par un postillon, lesquels partent au grand galop, +et ne s’arrêtent ni ne ralentissent le pas qu’à la poste suivante; +quelque tems avant d’y arriver, le postillon s’annonce par les +claquemens de son fouet, et aussitôt un nouveau chariot, conduit par +d’autres chevaux, se trouve prêt et ne cause aucun retard aux voyageurs. + +Les préposés pour l’entretien des routes se nomment _sermiens_: celle de +Vienne à Constantinople est bien ferrée. + +Les maîtres de poste fournissent les chevaux et les hommes assujettis à +cette corvée qui leur tient lieu d’impôt. On trouve souvent un pandour à +la tête des relais. Lorsque le maître de poste ne peut fournir les +chevaux nécessaires à la course, les habitans sont tenus d’y suppléer à +leurs frais, car on a, dans la Moldavie, la barbare coutume de +s’emparer, pour le service public, de tout ce qui se rencontre, bœufs, +chariots, chevaux, etc., sans rien payer. On les enlève aux paysans dans +les villages, aux voyageurs sur les grands chemins, aux étrangers même +qui se trouvent sur la route, et on ne les leur rend que lorsqu’on n’en +a plus besoin, en supposant que les voitures ne soient pas brisées et +les chevaux crevés de fatigue. + +Sous la dénomination commune de tartares, sans distinction d’origine, on +comprend les courriers de ces contrées, où le service de la poste aux +lettres se fait assez régulièrement. Celui de la poste aux chevaux cesse +à Andrinople. On ne peut continuer sa route jusqu’à Constantinople, +qu’au moyen de marchés particuliers avec les propriétaires de chevaux; +ce qui devient arbitraire et coûteux. Les courriers sont ordinairement +accompagnés de janissaires. Les postes ne se comptent plus aussi par +milles, mais par la distance de chemin qu’un chameau peut parcourir en +une heure. + +A Constantinople, on loue un bateau comme ailleurs on louerait une +voiture. Ces embarcations élégantes, ornées de sculpture et de dorures, +sont conduites avec une adresse remarquable par les matelots turcs. + +L’affranchissement est de rigueur pour tous ces lieux. + + +PAYS-BAS. + +L’organisation des postes y a varié souvent depuis l’époque où ces +provinces ont cessé d’être régies par les princes de la maison de Taxis. +En 1807, la Hollande était divisée en cinq arrondissemens. Les cinq +directeurs particuliers qu’on y avait placés, dépendaient d’un +directeur-général des postes, auquel étaient adjoints trois conseillers +et un secrétaire-général. Le tarif de France, qu’on avait adopté pour la +taxe des lettres, y est encore en usage. + +Les bâtimens destinés au transport des dépêches, des marchandises et des +voyageurs, se nomment _treckschuyten de Beurtschipen_: ils font quatre +milles à l’heure. Les Hollandais calculent la route de leurs +embarcations, non par le nombre de milles parcourus, mais par celui +d’heures écoulées. Des chevaux les tirent le long des canaux, et sont +conduits par des jeunes gens appelés chasseurs (_hitjagertje_), qui +portent, au lieu d’un cornet de poste, une corne de bœuf pendue à +l’épaule, dont ils se servent, soit pour donner le signal du départ, +soit pour faire lever les ponts qui se trouvent sur les canaux, soit, +enfin, pour avertir les bateaux qui pourraient se trouver sur leur +passage de se tenir sur le côté opposé du canal. Ce moyen rend les +communications de l’intérieur très-faciles. Le gouvernement, aux frais +duquel ces bâtimens sont entretenus, exige qu’ils marchent avec une +ponctualité extraordinaire. + +S’il en coûte peu pour voyager de cette manière, il n’en est pas ainsi +des chaises de poste[150]. + + [150] On paie ordinairement 36 florins pour sept chevaux, depuis Breda + jusqu’à Gorcum, et trois florins et demi par cheval, de Gorcum à + Utreck. + +Cette sorte de voiture a la forme d’une calèche couverte et très-courte, +ayant, au lieu de timon, une pièce de bois semblable à une corne ou à un +arc, placée entre les roues de devant, et sur laquelle le conducteur +s’appuie les pieds pour donner à la voiture, par cette pression, la +direction nécessaire dans les chemins plats. Les chevaux ne sont attelés +qu’avec des cordes, et l’on en met souvent trois de front. Si l’on +descend un pont dont la pente est rapide, le voiturier place les pieds +sur la croupe de l’un des chevaux, et retient ainsi la voiture tout le +tems convenable. + +Les voitures, dont on fait usage à Amsterdam, sont, ou des carrosses de +louage à 4 roues, ou des cabriolets à deux roues et à deux chevaux, ou, +enfin, des _schleen_, c’est-à-dire des caisses de voitures posées sur un +traîneau et tirées par un cheval. + +Le service des postes, qui se fait en grande partie par eau[151], ne +peut que devenir plus régulier par l’établissement des bateaux à +vapeur[152]. + + [151] Beaucoup de maisons de campagne ont une petite boîte en bois, + placée près des canaux, où l’on jette en passant les lettres et + paquets adressés à ceux qui y résident. + + [152] C’est en 1824 que la société des bateaux à vapeur a été + installée à Rotterdam. Peu de tems après, le bateau destiné à la + correspondance, entre Amsterdam et Utreck, a commencé son service. + La distance de l’une de ces villes à l’autre est de huit lieues, et + le trajet se fait, dit-on, en trois heures et demie. Plusieurs + bateaux ont été employés successivement depuis aux communications + intérieures, et à naviguer entre la Hollande et Hambourg. Celui + établi sur le Rhin, s’appelle le Colonais. Il est en fer; sa force + est égale à celle de cent chevaux, sa capacité a celle de 60 à 80 + lastes, et sa profondeur dans l’eau est de trois pieds et demi. Il + met 4 ou 5 jours pour se rendre à Cologne. Le Zeew, autre bateau à + vapeur, est destiné pour les relations entre Anvers et Cologne. + + Peu de tems après, cette même société tint une assemblée générale + d’actionnaires, et nomma l’administration qui doit régir cette + nouvelle association. Elle a déjà donné beaucoup d’extension à son + entreprise, et augmenté son capital d’un million de florins. + +Si les canaux facilitent si utilement les moyens de correspondre, les +routes de la Hollande n’y contribuent pas moins. Elles sont superbes, +plantées de plusieurs rangées d’ormeaux et couvertes de voitures de +toute espèce. Le produit des taxes prélevées aux barrières, qui y sont +établies, sert à les entretenir. La surface plane de la Hollande +contribue beaucoup à leur solidité et à leur propreté. Il n’en est pas +ainsi des chemins vicinaux, à peine praticables dans la plus belle +saison. + +On raconte, comme un trait de la simplicité des mœurs des habitans de la +Haye, que, lorsque Louise de Coligny vint épouser le prince Guillaume, +les magistrats de la ville lui envoyèrent un chariot de poste ouvert, +dans lequel elle fit son entrée, croyant sans doute remplacer, par +l’accent du cœur, les vaines solennités d’une froide étiquette. + +Ou emploie fréquemment les chiens à traîner des charrettes chargées de +provisions et de marchandises. Les chèvres, attelées à de petites +voitures, transportent aussi de très-lourds fardeaux. On est étonné du +poids que ces animaux font mouvoir, et de la docilité qu’ils montrent +dans un exercice qui semble si peu approprié à leur force et à leur +conformation. + +L’affranchissement pour ce royaume est volontaire. + + +DE LA SUÈDE, DE LA NORWÈGE, DU DANNEMARCK ET DE QUELQUES AUTRES PARTIES +DU NORD. + +Dans le Holstein on a un soin extrême des chevaux. Les voituriers et les +cochers sont toujours pourvus de deux couvertures dont ils s’enveloppent +eux-mêmes pendant la route, et dont ils couvrent leurs chevaux lorsqu’on +s’arrête, quoique ce soit la partie de l’Allemagne où on les charge le +moins. + +Le péage du Sund est une des branches du revenu du Dannemarck. Il y a +des fanaux établis pour les endroits dangereux; d’autres feux brillent +en divers lieux de la côte pour guider les voyageurs dans les nuits +obscures et orageuses. + +Le passage du Belt est d’un demi-mille; on le fait en très-peu de tems. +Il y a dans le grand Belt deux postes télégraphiques, et il est permis +aux voyageurs de s’en servir, pour accélérer leur marche, en faisant +préparer les relais d’avance. Dans ce cas, ils paient 24 schellings lubs +pour chacun des deux inspecteurs. C’est à ce seul usage que s’est réduit +l’emploi de ce genre de télégraphe, qui n’a pu être étendu à cause de +son imperfection. + +En Dannemarck, comme en Prusse, les routes sont assez mauvaises; il n’y +a d’autre différence que celle du droit de barrière qui n’y est pas +introduit. Mais les paysans ont à leur charge la réparation des chemins, +des ponts, et doivent fournir des chevaux et des voitures au roi, à ses +ministres ou à ses grands officiers lorsqu’ils voyagent. + +Il est accordé, par le réglement, une heure au maître de poste pour +apprêter ses chevaux: on n’attend jamais au-delà. Les postillons sont +très-actifs. Ils ont une feuille qu’ils doivent présenter aux maîtres de +poste, lorsque ceux-ci l’exigent, où l’heure du départ est indiquée +ainsi que les plaintes qu’on a pu porter contr’eux. + +Le prix des chevaux[153] varie quelquefois. Il est communément de 16 +schellings par mille et par cheval. + + [153] Ceux de Seeland sont très-renommés. Dans l’île de Fionie, en + été, on ne paie que 10 shellings par cheval; mais, en hiver, on + donne quelques schellings de plus. Il y a en outre les droits de + barrières de 2 schellings par mille. + +Le revenu des postes qui, depuis le roi Frédéric VI, entre dans la +caisse du roi, monte à 200,000 rixdalers et même au-delà. + +La poste, en Norwège, est une institution qui ne remonte pas plus haut +que 1783. Les bureaux de poste étaient communément chez les pasteurs, +qui ouvraient les paquets et prenaient les lettres appartenant à leurs +districts: ils en tenaient note sur des registres destinés à cet usage. + +Les cabriolets, dans cette partie, sont dans le genre italien et +très-jolis: les femmes les conduisent elles-mêmes avec beaucoup de grâce +et de facilité sur les routes généralement très-belles. + +En Suède, tout paysan est postillon; il n’est pas même un enfant qui ne +soit en état de mener une voiture. La nécessité lui en fait une loi, +puisqu’il n’existe pas de relais, et que, obligé de fournir les chevaux +pour le transport des dépêches et des voyageurs, il est contraint, par +la même raison, de les conduire. + +Quand un voyageur arrive à une station de poste, on prévient le paysan +dont le tour est venu de marcher. Celui-ci le conduit à un mille ou deux +milles (3 ou 6 lieues), d’après la distance où il se trouve lui-même de +son habitation. Un autre le remplace; c’est ainsi qu’il parvient à sa +destination. Pour éviter les retards qu’entraînerait naturellement cette +manière de voyager, il est d’usage de se faire précéder 5 ou 6 heures +d’avance par un messager. En prenant cette précaution, on peut parcourir +de grandes distances sur les routes de la Suède, comparables à celles de +l’Angleterre par leur solidité et leur agrément. + +Il est peu de pays où l’on voyage à meilleur marché qu’en Suède. Mais, +pour prévenir les inconvéniens causés par les cordes qui servent à +attacher les chevaux, et qui ont besoin d’être renouvelées souvent, il +faut se précautionner de harnois. On n’a pas d’ailleurs le choix des +moyens de transport, puisque le royaume est encore privé de la ressource +des voitures publiques. + +Le gouvernement est instruit très-exactement de tout ce qui concerne les +voyageurs, qui sont tenus d’inscrire sur le dagbok, qu’on leur présente +à chaque station, leurs noms, leurs professions, le lieu d’où ils +viennent, celui où ils se rendent, le nombre de chevaux qu’ils prennent, +et les plaintes qu’ils ont à faire du postillon. Ce livre est remis tous +les mois aux gouverneurs de chaque province. + +Tous les passages des rivières sont servis, en été, par des bateaux +courriers; en hiver, par des traîneaux et des chevaux. Il y a des +espèces de télégraphes établis pour ces divers services. + +Le service de la poste se fait aussi en Suède par deux bateaux à vapeur, +l’un établi entre Christiana et Christiansand, et l’autre entre +Fredericsvaern et l’île de Suland. + +En 1796, on augmenta le prix des chevaux. Ils coûtaient 4 schellings: ce +prix fut doublé. Du reste, il varie suivant les lieux[154]. Les chevaux +suédois, quoique petits et maigres, courent avec vîtesse et font un +mille à l’heure. + + [154] On paie 16 schellings à Stockholm, et 12 sch. dans quelques + autres villes. + +On compte déjà plusieurs bateaux à vapeur[155] dans ce royaume, où de +grands travaux[156], entrepris dernièrement, ont contribué à multiplier +les relations intérieures. + + [155] M. Owen vient d’inviter le public à un voyage de plaisir dans + son bateau qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il abordera à + Penlenhost et y restera 6 jours pour jouir des fêtes qui s’y + célèbrent tous les ans pour l’impératrice mère. Ce voyage durera + trois semaines. Chaque passager paiera cent écus de banque de Suède; + il pourra demeurer tout le tems du voyage dans le bateau. + + [156] Le total des journées pour ces divers ouvrages d’utilité + publique, dont les six septièmes ont été faits par l’armée, s’est + élevé à 7,758,899 journées. + +Les chemins établis à travers les Fjalls (montagnes qui séparent la +Suède de la Norwège), les routes, l’une par le Jutland, l’autre par la +province de Daulwand, et la troisième par celle de Wermland, qui +facilitent de nouvelles communications, ont été achevées en 1823; et un +grand pont de bateaux a été jeté sur un bras de mer nommé le Semsund, +situé sur les frontières de la Norwège et de la Suède. + +On évalue à peu près à 418,000 francs le revenu que les postes rendent +au roi. + +Ce service recevra une grande amélioration, si le projet proposé par M. +Kemner, négociant à Stockholm, et adopté par le gouvernement, d’établir +une petite-poste à l’exemple des principales capitales de l’Europe, se +réalise. + +L’affranchissement pour ces états est libre. + + +ANGLETERRE. + +Les postes en Angleterre, en Irlande et en Ecosse, dépendent du roi. Un +acte du parlement, par une exception unique, en avait attribué les +produits au duc d’York, qui, depuis, occupa le trône sous le nom de +Jacques II. + +Au commencement du siècle dernier elles étaient régies par un +administrateur sous le titre de député. Il résidait à Londres, et avait +sous lui près de quatre-vingts officiers, dont les fonctions étaient, ou +de participer au travail des lettres, ou d’en avoir la surveillance. Il +n’existait alors que cent vingt-deux bureaux de poste. Le bureau +principal de l’Irlande était à Dublin. A la fin du même siècle, la même +administration entretenait 170 malles-postes, 4500 chevaux, et comptait +3000 employés chargés de la distribution des lettres dans l’intérieur, +outre celles qui étaient transportées par de nombreux paquebots expédiés +pour les principaux points du continent. + +Comme le service extérieur ne pouvait avoir lieu que par mer, ce député, +ou grand-maître des postes, entretenait six bâtimens appelés paquebots, +pour les relations établies, deux fois la semaine, avec la France, la +Hollande et l’Irlande. + +Les améliorations survenues dans l’état des postes de ce royaume, +s’expliquent par l’activité du peuple le plus industrieux et le plus +commerçant de l’Europe, et surtout par le bon état des routes dont cette +île est parfaitement coupée en tous sens, quoique aucune ne soit +pavée[157]. + + [157] Les rues des grandes villes sont seules pavées; mais les routes + sont bien ferrées et particulièrement bien entretenues. + +Il paraîtrait, d’après l’ouvrage de M. J.-L.-M. Adam[158], qu’il se +serait introduit quelques abus dans cette partie. + + [158] Publié en France, en 1824, sous le titre de Remarques sur le + Systême des Chemins. + +_Une des causes du mauvais état des routes_, dit-il, _vient du défaut de +surveillance d’où résulte le mauvais emploi et le gaspillage des fonds +destinés à les entretenir, la nécessité d’augmenter la taxe des péages, +ce qui n’empêche pas que les commis aux barrières_ (turn-pikes) _ne +soient chargés de l’énorme dette de sept millions de livres +sterlings[159], quoique le compte rendu annuellement au parlement +présente, pour les péages, une somme de recette qui excède le revenu de +l’administration des postes_. + + [159] 170 millions environ. + +Dès 1811, le même auteur avait présenté des considérations sur l’état de +quelques routes abandonnées par les malles-postes. _L’ancienne méthode_, +dit-il encore, _fut reconnue vicieuse par les savans, les ingénieurs, +les hommes les plus intéressés aux succès de leurs recherches, tels que +les entrepreneurs de roulage, de malles-postes, consultés sur cette +matière délicate et importante_. + +Ces vérités, clairement démontrées, ont fixé l’attention du gouvernement +anglais, toujours prêt à seconder efficacement les mesures qui offrent +quelque utilité[160]. Le systême de M. Adam (déjà connu en France et +appliqué à quelques routes du Languedoc et du Simplon) a été adopté, et +les routes[161], devenues plus solides, conservent une surface toujours +unie, sur laquelle les diligences roulent sans obstacles et font quatre +lieues à l’heure, même dans les montagnes de l’Ecosse et du pays de +Galles. + + [160] M. de Chambert vient d’obtenir un brevet d’invention pour une + nouvelle méthode propre à donner au pavé des rues et des grandes + routes une solidité, une propreté à laquelle on n’avait pu + atteindre. + + [161] Depuis le bill provoqué par M. Frenuk, celles de l’Irlande sont + dans un état très-florissant. On croit qu’il a été dépensé en + constructions et en réparations, en conséquence de ce bill, la somme + énorme de plus d’un million sterling. La taxe des routes n’y est que + la moitié de celle d’Angleterre. + +C’est sous le règne de la reine Elisabeth que l’usage des voitures a +commencé en Angleterre, et que celui des courses de chevaux y a été +introduit. Ce goût s’y est tellement répandu depuis, qu’en 1767 le +nombre des chevaux, qui était de 500 mille (Londres seulement y entrait +pour un cinquième), peut être évalué au triple aujourd’hui[162]. + + [162] On compte 148,788 personnes entretenant un cheval de luxe; + 23,493 en entretenant deux; 15,000 de 3 à 8 et 1168 qui en + entretiennent plus de huit. + +En Irlande, dit Arthur Young, on porte le nombre des chevaux jusqu’à la +folie. + +Il n’est pas de contrée où les voitures publiques soient plus commodes, +plus propres et plus multipliées qu’en Angleterre. Elles ne sont +destinées que pour les voyageurs; les marchandises et les effets étant +transportés à part. On sait qu’en France on suit un autre usage. Aussi, +nos diligences, dont le poids est énorme, quoique plus perfectionnées +dans ces derniers tems, sont exposées à verser plus facilement, eu +raison de la surcharge qui détruit l’équilibre qu’on tenterait vainement +de maintenir dès que le plus léger obstacle se rencontre. + +A toute heure du jour il part de Londres, dans toutes les directions, +pour les extrémités du royaume, deux cents voitures publiques, sans +compter celles qui ne dépassent pas la distance de quinze ou vingt +milles. Un même nombre y arrive dans le même espace de tems. On a été +jusqu’à calculer que 1100 voitures de toute espèce passaient +journellement par le bourg de _Southwark_, qu’on peut regarder comme un +des faubourgs de Londres. La Tamise est couverte de bateaux de louage +qui servent à communiquer plus facilement sur tous les points de cette +capitale. On en fait monter le nombre à plus de mille. Celui des fiacres +est aussi considérable[163], et l’on compte plus de quatre cents chaises +à porteurs. + + [163] En 1765, le nombre des voitures à 4 roues était de 12,904. En ce + moment, il est de 26,799, indépendamment de celles à deux roues, qui + sont de 45,856. A la première de ces époques les carrossiers de + Londres étaient au nombre de 36 et employaient 4000 ouvriers; + aujourd’hui, 135 emploient 14,000 ouvriers. On compte 1000 fiacres à + Londres. + +Les Anglais, toujours habiles à profiter des inventions des Français et +à se les approprier même, parce qu’ils les ont perfectionnées, +prétendent qu’on leur doit l’usage des fiacres et des chaises à +porteurs; et que ces dernières ont été apportées en France par un nommé +Montbrun, bâtard du duc de Bellegarde. + +Le transport des dépêches se fait par des voitures publiques ou +malles-postes qu’on peut regarder comme la première entreprise en ce +genre. Elles sont formées d’une caisse commode à quatre places. Une +caisse suspendue, qui fait le prolongement de la première, sert de siége +au cocher et contient sur le devant une partie des lettres et paquets +destinés pour les points intermédiaires de la route; le reste est déposé +dans une troisième caisse, prolongée sur le derrière et sur laquelle est +assis un gardien-armé. Le courrier et le gardien peuvent placer, chacun, +deux personnes à leur côté. Huit personnes montent sur l’impériale, ce +qui, donnant un total de dix-huit voyageurs, ne nuit en rien à la +vîtesse de cette voiture qui fait trois lieues par heure. Elle est +attelée de quatre chevaux très-beaux et très-vigoureux. Le service a +lieu avec tant de régularité, qu’on peut calculer, presque à la minute, +l’arrivée de la malle-poste[164]. A la disposition de l’impériale près, +nos malles-postes ont beaucoup de rapport avec ces voitures. + + [164] La malle-poste de Londres à Edimbourg fait ce trajet en 36 + heures, c’est-à-dire, plus de 10 milles à l’heure. En 1712, il + fallait 13 jours pour faire ce voyage. + +L’organisation actuelle du service est due à M. Palmer. Avant lui, le +transport des dépêches et des fonds, qui avait lieu, par le moyen de +carrioles en osier, n’offrait ni la sécurité ni la régularité et ni +l’activité qu’on y trouve généralement aujourd’hui. + +Les changemens qu’il proposa en 1782, et qui furent adoptés par le +célèbre Pitt, remédièrent à tous les inconvéniens[165] et n’ont point +subi de modifications notables depuis. Il en résulta autant d’avantages +pour le gouvernement anglais que pour M. Palmer, qui obtint en outre la +place importante de secrétaire-général de l’administration à laquelle il +avait donné une si heureuse impulsion. + + [165] _Il est bon d’observer, pour ne pas accuser les correspondans de + négligence, qu’à cette époque la poste était beaucoup plus tardive + qu’elle ne l’est depuis l’ingénieuse invention de M. Palmer. Quant à + l’honnête Dinmont, comme il recevait à peine une lettre tous les + trois mois, à moins qu’il n’eût quelques procès (car alors il + envoyait régulièrement une fois par semaine à la poste), les paquets + à son adresse demeuraient un mois ou deux sur la fenêtre du + directeur de la poste, au milieu des pamphlets, des chansons, et des + morceaux de pain d’épice, suivant l’état qu’il exerçait. D’ailleurs, + on avait alors l’usage, et il n’est pas encore entièrement perdu, de + faire voyager les lettres d’un bureau à l’autre, quelquefois à la + distance de 30 ou 40 milles, avant de les délivrer, ce qui avait + l’avantage de mettre les lettres sous les yeux des curieux, + d’augmenter la recette des directeurs, et de mettre la patience des + correspondans à l’épreuve. Il n’est donc pas surprenant que Brown + attendit, et inutilement pendant plusieurs jours, une réponse; et, + malgré son économie, sa bourse était vide, lorsque le jeune pêcheur + lui rendit la lettre qui suit._ + + (Guy Mannering, Walter-Scott.) + +Lord Chichester est directeur-général des postes anglaises, et sir +Francis Ycelin secrétaire-général. L’hôtel où cette administration est +établie à Londres, est un bâtiment remarquable. La petite-poste, ou peny +post, fait parvenir avec célérité, dans l’étendue de la banlieue, tout +paquet n’excédant pas le poids d’une livre, et jusqu’à la valeur de dix +livres sterlings en argent, pour lesquels l’envoyeur payait un +pence[166]. C’est de là que venait le nom de peny post, ou poste d’un +sou. Le bureau général répond de la perte des paquets. Ce service se +fait huit fois par jour par six bureaux principaux, et plus de quatre +cents petits qui leur sont subordonnés. + + [166] Aujourd’hui deux pences. + +La nation est redevable de cette invention à un négociant nommé +_Docwra_, qui, en 1680, l’exécuta à ses frais. Mais, lorsqu’il espérait +retirer le fruit de son industrie, le duc d’York, à qui Charles II, +comme nous l’avons observé, avait attribué le produit des postes, lui +fit un procès pour avoir usurpé ses droits, et lui ôta le peny post. +C’est aujourd’hui un revenu de l’état qui peut être porté à 40 mille +livres sterlings environ. + +Une lettre est simple lorsqu’elle est composée d’une feuille de papier, +quel qu’en soit le poids ou la dimension; mais le port en est doublé par +la plus légère addition[167]. On ne suit plus, comme en France, de +progression calculée, en raison du poids et de la distance, avec un +grand esprit de justice. + + [167] Une lettre sous enveloppe, au lieu d’un schelling, en paie deux, + ne contînt-elle qu’un quart de feuille. C’est sans doute le taux + élevé du port des lettres qui a valu à la pairie la prérogative + remarquable d’exempter de la taxe toute lettre revêtue sur sa + suscription de la signature d’un pair anglais. + +Un paquebot, venu dernièrement des mers du Levant en Angleterre, apporta +quelques numéros de la gazette grecque de Missolunghi. Le paquet ayant +été taxé aux bureaux des postes comme lettre, le port de ces +gazettes[168] s’est élevé à soixante-dix-sept livres sterlings[169]. On +juge, d’après cela, le revenu que le gouvernement anglais retire des +postes. Il est d’autant plus considérable, que les dépenses qu’elles +occasionnent sont couvertes par les recettes des voyageurs. Ce produit a +reçu des améliorations importantes dans l’intervalle d’un siècle. En +1644[170], elles rapportèrent 3,000 livres sterlings; et, en 1764, le +parlement les afferma 432,048 livres sterlings. Depuis ce tems, elles +ont monté successivement à 700,000 livres sterlings. On prétend qu’elles +s’élèveront à 1,500,000 livres sterlings en 1825. + + [168] Un compte rendu à la chambre des communes de 1815, apprend qu’il + se distribue chaque jour à Londres 20,000 exemplaires de journaux du + matin; 15 à 20 mille de ceux du soir; 22 mille autres de deux jours + l’un; et 70,000 le dimanche. + + [169] 1912 francs 50 centimes environ. + + [170] 1644, 3,000 livres sterlings. + 1654, 10,000 + 1664, 21,500 + 1674, 43,000 + 1685, 65,000 + 1688, 76,318 + 1697, 90,505 + 1710, 111,461 + 1715, 145,227 + 1744, 295,432 + 1764, 432,048 + +La poste aux chevaux n’est pas établie, comme en France, à des distances +marquées, et les relais ne sont pas tenus par des maîtres de poste +spécialement chargés de ce service. Tout aubergiste qui a une grande +maison est maître de poste, moyennant un droit de licence annuel calculé +sur le nombre de chevaux et de voitures qui lui appartiennent. Il loge +et transporte à la fois les voyageurs. Les postillons sont ordinairement +des jeunes-gens de 16 à 18 ans; leur costume est élégant, et leur +équipage est leste et d’une propreté remarquable. Ils sont, dit-on, +généralement polis: cette qualité les distingue encore de leurs +semblables chez lesquels on la rencontre rarement ailleurs. + +Des bornes milliaires sont établies sur les routes pour en marquer +exactement la division. Les frais de poste se paient selon la quantité +de milles parcourus[171], dont trois font à peu près une lieue de +France. + + [171] En 1755 on payait 9 sous d’Angleterre, par chaque mille, pour + une chaise de poste et deux chevaux; et l’on donnait 6 sous + d’Angleterre au palefrenier qui attelait les chevaux à la chaise, et + un schelling au postillon. Ces voitures sont légères, à 2 places, et + suspendues sur ressorts avec des portières à glaces. Aujourd’hui, le + prix le plus modique, pour cette manière de voyager, est d’un + schelling par mille, par couple de chevaux, et même de 15 à 18 + pences. Qu’on ait une voiture, ou qu’on en prenne une à la poste, + cela n’influe en rien sur le prix. On paie communément, d’une poste + à l’autre, plus de milles anglais que n’en porte le livre de poste. + Cette différence provient de la colonne milliaire qui n’est pas + toujours placée au relais. + +Quelles ressources l’Angleterre n’a-t-elle pas retirées des machines à +vapeur perfectionnées par James Watt, qui en fit la première expérience +en 1790. Elles représentent aujourd’hui une puissance de 320,000 +chevaux, égale à celle de 1,834,000 hommes, d’où il suit que, si l’on +n’employait pas en Angleterre ce moteur, et que l’on voulût produire une +quantité d’objets manufacturés égale à celle qu’on obtient, il faudrait +non-seulement augmenter la population de 2 millions d’hommes environ, +mais il faudrait encore dépenser en fabrication, outre les dépenses +actuelles, une somme effrayante de plus de 6 milliards. Ce procédé a été +appliqué à la navigation, et les bâtimens qui transportent les dépêches +sont des bateaux à vapeur. Le trajet de Douvres à Calais[172] se fait +ordinairement en trois heures. Les paquebots à vapeur sont de jolis +bâtimens, du port de 60 à 80 tonneaux, qui abordent en France, à Calais, +à Boulogne et à Dieppe; en Allemagne, à Emden et Cuxhaven; et, en +Hollande, à Ostende[173] et à Hellevoetsluys. + + [172] 25,633 pas géométriques. + + [173] Ce trajet se fait en 16 heures. Celui de Londres à Cuxhaven a + été fait, par le bateau à vapeur le Hylton Joliffe, en 82 heures. La + distance est de 160 lieues. + +M. Harisson Wilkinson est auteur d’un projet qui, s’il réussit, promet +des avantages incalculables pour la grande navigation, en employant la +machine à vapeur perfectionnée par Perkins, qui n’exige qu’une +très-petite quantité de charbon. Il pense qu’on pourrait communiquer +facilement avec les Indes Orientales par le Cap-Bonne-Espérance, où l’on +établirait un dépôt de combustibles. Mais son principal but est d’y +arriver en trente et un jour par la Méditerranée, et de donner à ses +paquebots la régularité du courrier. Voici le chemin qu’il trace et les +calculs qu’il forme sur la durée du trajet: + + De Falmouth à Gibraltar, 1200 milles, 5 jours. + De Gibraltar à Rosette, 2170 id., 9 id. + De Rosette à Bulac ou au Caire, 110 id., 1 id. + Du Caire à Suez par terre, 70 id., 2 id. + De Suez à Bombay par la mer rouge, 3300 id., 14 id. + ----- --- + 6850 id., 31 id. + +Cette idée a pris de nouveaux développemens, et l’on pense sérieusement +à la réaliser[174] pour établir, par un moyen si commode et si rapide, +une communication entre l’Angleterre et ses colonies de l’Inde. + + [174] Une compagnie s’est formée à Londres dans cette vue, et fait + déjà un fonds de 300 mille livres sterlings dans lequel les + négocians de Calcutta participent pour 10 mille livres sterlings. + Ces derniers sont d’autant plus intéressés à la réussite de cette + entreprise, que leurs essais dans ce genre ont eu d’heureux + résultats. + +Presqu’en même tems une autre compagnie, à Londres, s’occupait de +correspondre ainsi avec les Etats-Unis. On présume que le trajet +pourrait avoir lieu en moins de quinze jours. Enfin, le service des +paquebots, entre Buenos-Ayres et l’Angleterre, est en activité. Il a été +autorise par un décret rendu sur la proposition du consul-général de sa +majesté britannique. + +La voiture mécanique dont nous avons parlé dans le cours de cet essai, +comme étant mise en mouvement sans le secours des chevaux, cessera +d’être une merveille à nos yeux lorsqu’on y aura adopté le feu comme +moteur. Ce n’est encore, comme nous l’avons vu, que l’imitation d’un +procédé tenté en France en 1763. La machine à vapeur appliquée, par M. +Gough, aux voitures, produira l’effet de ces vaisseaux qui parcourent +les mers comme par enchantement. Cette voiture fera, par ce moyen, deux +lieues à l’heure[175], et recevra plus de vîtesse quand on se sera +assuré de la solidité du mécanisme. Un enfant suffira pour lui donner +toutes les directions possibles. + + [175] Il se forme à Londres une compagnie pour la distribution du gaz + locomotif, dont l’expérience, faite sur la diligence d’Yorck, a eu + pour but de diminuer le poids des voitures occasionné par le + charbon, et de donner plus d’accélération à ces voitures. M. Brown, + l’inventeur, se regarde comme sûr de la faire rouler, tant en + montant qu’en descendant, sur le pied de dix milles par heure, 3 + lieues et demie. Cette méthode présente une économie de moitié sur + les moyens employés actuellement. Il doit donc en résulter une + diminution égale sur les places. On prétend même que chaque voyageur + ne paiera qu’un pence [2 sous] par mille. + +Dans ce siècle, si fécond en inventions de tous genres, on vient encore +de proposer, en Angleterre, de remplacer l’usage des routes ordinaires +par celui des chemins à ornières en fer, et d’employer la machine à +vapeur au lieu de ces immenses attelages qui servent à transporter les +hommes et les marchandises[176]. A peine une idée nouvelle est-elle mise +au jour, qu’elle ne tarde pas à subir des développemens considérables; +et l’on voit que cette invention, bornée d’abord à de simples voitures +va s’étendre à celles destinées à toute espèce de transports[177]. La +distance de Londres, aux principales villes de l’Angleterre, serait +réduite d’un quart et même d’un tiers, par des chemins en fer dans une +ligne directe, et dégagée des nombreuses sinuosités qu’il faut suivre. +La poste de la capitale à Manchester, Liverpool et Leeds, arriverait en +12 heures, et il ne lui faudrait pas 24 heures pour atteindre Glascow et +Edimbourg. Combien n’abrégerait-on pas encore ces voyages par les ponts +suspendus à des chaînes en fer, tel que celui de la vallée de Tewd. + + [176] On peut juger de la supériorité de ces routes sur les autres, + par le tableau des efforts que doivent faire les chevaux, suivant la + nature de chacune d’elles. On suppose une voiture à 4 roues, chargée + de 8000 livres pesant, sur une route bien entretenue, que 3 chevaux + traîneraient lorsqu’il en faudrait 25 sur une route dégradée. + + Route en fonte coulée, 1/4 de cheval. + + _Id._ en pavés de dalles très-unies, 2 chevaux et 1/2. + + _Id._ en pavé de grès, 3 chevaux. + + _Id._ en blocaille raboteuse, 6 chevaux. + + _Id._ En terrain naturel crayeux, 15 chevaux. + + _Id._ en terrain argileux, 25 chevaux. + + [177] Tous les journaux [oct. 1825] s’accordent à dire que l’ouverture + de la route en fer de Darlington à Stockton [comté de Durham] vient + d’avoir lieu un grande pompe. Une grande quantité de chariots + chargés, les uns de houille, les autres de farine, d’autres enfin + d’ouvriers et de curieux, sont arrivés, traînés par des chevaux, au + bas du plan incliné que forme la première portion de la route. Là, + les chevaux ont été dételés. Au haut du plan incliné, dont la + longueur est d’une demi-lieue, on a établi, à poste fixe, deux + machines à vapeur, chacune de la force de 30 chevaux, destinées à + faire monter les chariots. 12 chariots, chargés chacun de deux + tonneaux [quatre milliers] de houille, et un treizième portant une + grande quantité de sacs de farine, et tous les 13, en outre, + couverts d’autant d’hommes qu’on avait pu en placer, atteignirent le + sommet de la route en 8 minutes. Arrivés là, ils furent attachés, à + la queue les uns des autres, à la machine à vapeur locomotive, qui + devait les tirer dans la descente. D’autres chariots, montés de la + même manière, furent attachés à la suite de ceux-ci; et, dans le + milieu de la file, on plaça la voiture du comité de l’entreprise, + nommée l’_Expérience_, destinée par la suite à transporter des + voyageurs; elle est de l’espèce de celle qu’on appelle longcoach, où + les voyageurs sont assis face à face sur les deux côtés. Elle en + peut contenir 18. Le nombre total des voitures que devait tirer la + machine à vapeur locomotive, était de 34, sur l’une desquelles était + un corps de musiciens. Toutes étaient couvertes d’hommes et décorées + de drapeaux portant diverses devises, et principalement celle de la + compagnie: _periculum privatum utilitas publica_. A un signal donné, + cette file de voitures se mit en mouvement aux acclamations de la + multitude assemblée pour être témoin de ce spectacle aussi nouveau + qu’étonnant, et parcourut d’abord la route jusqu’à Darlington, où + l’on remit de la houille dans les fourneaux et de l’eau dans les + bouilloires, et ensuite jusqu’à Stockton, avec une vîtesse moyenne + de 10 à 12 milles [de 2 lieues et demie à 3 lieues] à l’heure. + + Des cavaliers, montés sur d’excellens chevaux de chasse, et courant + par dessus haies, et fossés des deux côtés de la route, ne purent + suivre le convoi. La charge des chariots traînés par la machine + locomotive était d’environ 80 tonneaux [160 milliers], et l’on pense + qu’il y avait au moins 700 personnes sur ces voitures quand elles + arrivèrent à Stockton. Au plus fort de la descente, la vîtesse alla + jusqu’à 15 ou 16 milles [plus de 5 lieues] à l’heure. La fête se + termina par un grand banquet. + +Puisse cette nouvelle conquête de l’esprit humain dans l’emploi d’un +moteur devenu si puissant par l’action du feu contenue dans de justes +bornes, ne pas s’étendre indéfiniment à toutes les branches de +l’industrie, et ne pas nuire à la population de certains états qui +s’accroît dans une proportion si forte. + +Une nouvelle preuve de l’instinct des pigeons[178] viendrait, s’il en +était besoin, à l’appui des exemples que nous avons cités dans plusieurs +passages de cet essai. + + [178] L’introduction clandestine des bijoux fabriqués en France, + auxquels les Anglais accordent une préférence marquée, tant à cause + de leur perfection que de leur prix modéré, éveillait inutilement la + surveillance de la douane. L’usage s’en répandait de plus en plus, + malgré une sévère prohibition. On reconnut enfin, dit-on, et non + sans peine, que ces fraudeurs si long-tems à l’abri de toute + recherche étaient des pigeons. On les lançait des côtes de France + vers celles d’Angleterre; en leur attachant au cou les objets + destinés à être recueillis par les personnes instruites de leur + message. Cette ruse en fit naître une nouvelle. Les commis, + désespérés de pouvoir atteindre dans l’air ces oiseaux maraudeurs, + s’avisèrent de dresser des faucons à les poursuivre et à s’en + emparer. Une fauconnerie fut bientôt autorisée pour mettre fin à + cette introduction nuisible à l’industrie anglaise, ou pour en + diminuer considérablement les inconvéniens. + + On prétend qu’un bon fauconnier doit dresser un oiseau dans un mois. + On y parvient en faisant veiller et jeûner le faucon, en lui + couvrant les yeux, et en ne lui rendant le jour que lorsqu’on lui + montre l’appât, en lui vidant l’estomac pour augmenter sa faim, en + lui plongeant la tête dans l’eau lorsqu’il est trop revêche. + +En France, comme en Angleterre et dans tous les pays, il est des époques +de l’année où les recettes des postes subissent des modifications. Cela +tient à des considérations locales. En Angleterre, par exemple, à la +fête de Saint-Valentin, qui répond à notre premier de l’an, on prétend +que l’administration des postes, à Londres, est forcée d’augmenter le +nombre de ses facteurs. On en attribue la cause à la multitude de +lettres qui parviennent par la petite-poste, dont les produits sont +immenses à cette époque. + +Les Anglais se servent, pour leurs avis maritimes, d’une machine à +signaux très-perfectionnée. C’est à Jacques II qu’ils doivent les +améliorations les plus importantes qui y ont été apportées. Ce prince, +par suite d’une longue expérience, rendit l’utilité de cette espèce de +télégraphe incontestable. Mais cette machine ne peut entrer en aucune +comparaison avec celle qu’on emploie en France. + +L’Ecosse, qui conserve toujours les traces de ses mœurs et de ses +coutumes antiques, nous offre une nouvelle occasion de parler des +signaux par le feu. On les emploie avec beaucoup d’efficacité dans ces +montagnes si propres à favoriser cette manière de s’entendre et de +communiquer au loin, en peu d’instans, les avis de la plus haute +importance. + +Quand un chef voulait convoquer son clan ou tribu dans un pressant +danger, il tuait une chèvre, et, taillant une croix de bois, en brûlait +les extrémités pour les éteindre dans le sang de l’animal. C’était ce +qu’on appelait la croix du feu, et aussi crean tarigh, ou croix de la +honte, parce qu’on ne pouvait refuser de se rendre à l’invitation +qu’exprimait ce symbole, sans être voué à l’infamie. La croix était +confiée à un messager fidèle et agile à la course, qui la portait sans +s’arrêter jusqu’au village voisin, où un autre courrier le remplaçait +aussitôt: par ce moyen, elle circulait dans la contrée avec une célérité +incroyable. + +A la vue de la croix du feu[179], hommes, enfans, vieillards, depuis +l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 60 ans, étaient obligés de se trouver, +à l’instant, armés au lieu du rendez-vous: celui qui y manquait +souffrait le double supplice du fer et du feu; sa désobéissance était +marquée par les signes emblématiques de la croix. + + [179] La croix du feu est un usage commun aux montagnards et aux + anciens Scandinaves. + +Pendant les guerres civiles de 1745 et 1746, la croix du feu parcourait +fréquemment l’Ecosse, et elle traversa un jour, en trois heures, tout le +district de Breadalbane, c’est-à-dire une étendue de pays de 32 milles. + +_Feu Alexandre Stuart, écuyer, m’a raconté_, dit Walter-Scott, _qu’il +envoya lui-même la croix du feu à cette époque. La côte était menacée +par des frégates anglaises, et l’élite de notre jeunesse était en +Angleterre avec le prince Charles Edouard. Cependant, cette convocation +fut si efficace, qu’au bout de quelques heures on vit sous les armes une +troupe très-nombreuse et pleine d’enthousiasme. Dès ce moment, le projet +de faire diversion dans la contrée fut abandonné par les Anglais comme +une entreprise désespérée_. + +Les carrosses et chaises de poste fabriqués à Edimbourg sont renommés; +on en exporte beaucoup pour Saint-Pétersbourg. + +Les lettres pour les trois royaumes et les colonies qui en dépendent, +doivent être affranchies. + + +ESPAGNE. + +L’organisation des postes espagnoles changea lorsqu’un petit-fils de +Louis-le-Grand, Philippe V, fut appelé à la couronne, et le titre de +grand-maître, dont jouissaient les princes de Taxis, fut transmis par la +réunion de cette charge au domaine royal, au comte d’Ognate, qui la +posséda à titre d’office. Mais les postes, mises à ferme à-peu-près à la +même époque qu’en France, passèrent sous la direction du marquis de +Monte-Sacro. + +Elles étaient entretenues alors avec plus de soin de Madrid à Bayonne, +et sur tous les points qui communiquent avec la France, que dans tout le +reste du royaume. On leur a donné depuis une forme plus régulière, et le +service actuel se fait avec assez d’activité entre la capitale et les +provinces les plus reculées. + +C’est dom Narcisse de Heredia[180], comte d’Ofalia, qui est +surintendant-général des courriers et postes d’Espagne et des Indes, et +M. Melgar directeur-général. + + [180] Regines de los Reos, chevalier grand-croix de l’ordre américain + d’Isabelle la catholique, numéraire de l’ordre royal et distingué de + Charles III, grand’croix de l’ordre royal de la légion-d’honneur de + France, conseiller-d’état et premier secrétaire-d’état. + +Chaque province a un directeur ou un administrateur particulier pour +tout ce qui concerne le service des postes. Cet agent supérieur dépend +du surintendant-général. + +La surintendance-générale[181], direction et tribunal des courriers, +postes, chemins, auberges, et canaux, s’occupe des causes relatives à +ces différentes parties. _La real y suprema junta de apelaciones de los +juzgado de correos y postas_[182], a l’attribution des mêmes objets en +cas d’appel. + + [181] Elle est composée d’un surintendant-général, de quatre + directeurs-généraux, de deux contadors-généraux, d’un assesseur et + d’un fiscal. Il n’y a que les deux derniers qui soient en robe + rouge. + + [182] Se compose d’un président, de neuf membres, d’un secrétaire, + d’un contador-général et de deux fiscaux. + +Les postes sont comprises dans les recettes générales, et leur produit +entre dans des caisses particulières: elles doivent rapporter beaucoup, +si l’on en juge par le port des lettres qui est très-élevé en Espagne. + +_La Casa de Correos_, ou Hôtel des Postes à Madrid, est construite +depuis très-peu de tems, à la _Puerta del sol_. C’est un grand édifice +carré, absolument isolé, d’une très-belle composition, et d’un ensemble +assez majestueux: la cour qui en dépend est entourée d’un portique +soutenu par des colonnes. Ce bâtiment est très-élevé au-dessus du sol, +ce qui cause une irrégularité, commandée sans doute par le terrain, mais +d’un effet désagréable. Cet édifice est néanmoins le plus bel ornement +de la place. + +Madrid n’a pas de fiacres: ils sont remplacés par des carrosses de +remise, et par des caléches ou brouettes traînées par des hommes. On y +trouve cependant des cabriolets attelés de mules; ils contiennent deux +personnes, que le cocher mène assis sur l’un des brancards. + +Le transport des dépêches se fait en carrioles tirées par quatre mules; +les paquets sont renfermés dans une valise: on en ajoute une seconde +quand la correspondance l’exige. + +C’est au comte d’Aranda qu’on doit l’amélioration des routes et des +chaussées, _caminos reales_. Les chemins sont superbes, bien percés, +soutenus dans les ravins par des murs et traversés par des ponts +très-beaux et très-solides: il y en a même qu’on peut comparer aux +routes d’Angleterre. Sur quelques-uns, par exemple, en Catalogne, on +voit des colonnes milliaires. + +On se sert, pour voyager en Catalogne, comme dans le reste de l’Espagne, +de carrosses traînés par six mules, qu’on appelle coches de calleras; de +caléches, espèces de cabriolets traînés par deux mules, et de volantes, +autre espèce de cabriolets un peu plus petits, auxquels on n’attèle +qu’une mule: ces voitures font à-peu-près huit lieues par jour. On court +la poste à cheval en Catalogne; mais on n’y trouve pas de chevaux pour +les voitures. Les chevaux espagnols sont très-estimés, surtout les +Andalous; ils sont plus convenables à la selle qu’au carrosse: aussi ne +voyage-t-on le plus communément qu’avec des attelages de mules. Celles +de la Catalogne sont très-belles, et dirigées avec une rare +intelligence. Les voituriers de cette province l’emportent sur ceux des +autres parties de l’Espagne, par l’adresse et l’art avec lesquels ils +guident quatre ou cinq mules, placées à la file l’une de l’autre. Le +royaume de Valence est aussi très-renommé pour la beauté et la bonté de +ces animaux. Les carrosses, les calèches et tous les moyens de +transports y sont très-multipliés. + +Il n’y a de poste pour les voitures que de Madrid à Cadix, et de Madrid +aux différentes maisons royales, elles ont été établies par le comte +Florida Blanca qui se proposait de faire participer les principales +routes de ce royaume à ce précieux avantage[183]. Il en est de même des +diligences qu’il avait également établies de Bayonne à Madrid, dans +lesquelles on payait douze piastres. Cette entreprise ayant entraîné des +dépenses onéreuses pour le trésor royal, on s’en tint à cet essai. Mais, +depuis la guerre de la délivrance, des compagnies ont formé des +entreprises de ce genre sur plusieurs points. S. M. C. a fait +l’acquisition d’une partie des malles-postes françaises employées pour +faire le service des postes militaires. Ces voitures serviront sans +doute de modèles à celles qu’on se propose de construire, pour rendre +non-seulement la communication intérieure de l’Espagne plus facile, mais +pour multiplier les relations entre les deux royaumes unis plus que +jamais par les nœuds de l’amitié, plus forts encore, s’il est possible, +que ceux de l’intérêt. + + [183] Toutes les cartes d’Espagne, entr’autres celles de M. Lapie, + indiquent les routes de poste montées avec voitures, celles montées + avec chevaux, et celles non montées. + +Quant aux postes, elles sont passablement servies par des mules. Les +voitures établies sur les routes de poste sont à deux et à quatre roues; +il y en a à une place qu’on appelle solitaires, ou cabriolets. Parmi ces +voitures, il en est de plus propres sous la dénomination _de +distinguées_, dont le prix, par conséquent, est plus élevé. + +Les postes ne sont point établies à des distances égales sur les routes, +aussi, ne paie-t-on qu’en raison du nombre de _leguas_ parcourues; elles +sont plus grandes que celles de France. Il faut une permission des +directeurs ou administrateurs des postes pour avoir des chevaux, sans +quoi les maîtres de poste, qui sont ordinairement des _venteros_, n’en +fourniraient pas. Cette autorisation coûte 37 réaux et demi par +personne. Les postes de deux _leguas_ doivent être parcourues en trois +heures; les frais, selon le tarif, pour deux chevaux, compris le +voyageur et le postillon[184], vont à 4 réaux par poste. + + [184] L’uniforme des postillons est bleu avec collet rouge. + +En voiture[185], la poste est obligée de mener deux personnes dont le +bagage n’excède pas deux cents livres, avec deux chevaux: le prix est le +même que pour un seul cheval. On paie 4 réaux pour une chaise de poste. +La taxe des postillons est de 2 réaux. La _legua_ revient à 12 réaux, +mais on ne va pas très-vîte, et on fait, par exemple, les cent milles de +Madrid à Cadix dans 4 jours et 4 nuits. + + [185] Chaque voyageur qui mène avec lui sa propre voiture, doit, à son + entrée dans le royaume, en déposer au bureau des douanes, d’après + une estimation d’experts, le 10.e et même les trois quarts de la + valeur. Il reçoit un certificat, et la somme qu’il a comptée lui est + remise à la sortie, lorsqu’il quitte l’Espagne avec la même voiture. + Cette loi est très-ancienne. + +Si la facilité de voyager en voiture par la poste est restreinte à +quelques routes, elle a lieu à cheval sur toutes sans exception. Ou +prend souvent de préférence des chemins de traverse, quand on court à +franc étrier. La première poste se paie double en sortant de Madrid ou +des résidences royales. Le prix des chevaux varie. Il est de 3 réaux 4 +quartillos par lieue, pour chaque cheval, en Castille; mais, dans la +Navarre, la Catalogne et le royaume de Valence, il en coûte 5 réaux et +demi. + +L’âne ou borico sert pour les courses de peu d’étendue: c’est une +monture incommode. + +Les voitures généralement en usage sont les _volantes_ ou _calechinas_, +espèces de cabriolets à deux roues, et menées par un cheval ou une mule; +les _calechas_ conduites par deux mules, dans lesquelles on est plus à +l’aise, quoiqu’elles soient mal suspendues, et les coches de _calleras_ +ou carrosses à 4 places, plus solides qu’élégans. L’allure de ces +voitures, disent les voyageurs, est singulière, amusante, effrayante +quelquefois, mais toujours sans danger par l’habileté des conducteurs. +Les mules qui en forment l’attelage ne sont retenues que par des traits +extrêmement longs, qui leur laissent la facilité de s’éloigner, de se +rapprocher, et de parcourir la route sans ordre, au point de faire +craindre à chaque instant que la voiture ne se brise dans les descentes +ou les endroits escarpés, ou qu’elle ne verse dans les précipices. La +voix seule du _mayoral_ suffit pour prévenir les accidens, et ces +animaux, dociles au commandement du guide qui les dirige, reprennent de +suite et avec ordre le sentier dont ils s’étaient écartés. + +L’affranchissement pour ce royaume et ses colonies est forcé. + + +PORTUGAL. + +Philippe II abandonna la propriété des postes de Portugal à la maison +Gomez de Mata, dont les descendans possédèrent la charge de grand-maître +avec tous les priviléges qui y étaient attachés. L’organisation de ce +service était la même qu’en Espagne. Le transport des lettres s’y fait +encore avec la même régularité, et c’est par l’intermédiaire de ce +royaume que le Portugal reçoit les dépêches du continent. On trouve à +Lisbonne des paquebots qui partent à époques fixes pour la Hollande, +l’Angleterre, le Brésil, les îles des Açores, de Madère, et les colonies +dépendantes du Portugal où les postes sont établies sur les bases +adoptées dans la métropole. + +On voyage en Portugal dans des chaises de postes assez incommodes et +toujours mal entretenues. Ce sont des calèches attelées de deux mulets, +à 2 roues et à 2 places. On se sert à Lisbonne de ce genre de voitures; +mais on y remarque plus communément des équipages à quatre places et à +quatre mulets. Il est encore une autre voie qu’on peut prendre, celle +des messagers qui conduisent à dos de mulets, monture la plus ordinaire, +les dépêches ou les marchandises. + +Il faut affranchir toutes les lettres destinées pour le Portugal et ses +colonies. + + +ITALIE. + +Les postes des états de Sa Sainteté sont régies par un +directeur-général, et le transport des lettres se fait à cheval et en +voiture[186]. On a introduit depuis peu de tems de nouvelles +améliorations dans ce service, surtout dans la forme des voitures, qui +ont été construites en Allemagne, avec un soin tout particulier. + + [186] Le tarif des postes italiennes pour le port des lettres est de 7 + gram. 1/2 en 7 gram. 1/2. Où il n’y pas de bureau de poste on en + trouve un d’estafette. + +Mais les voituriers sont généralement préférés dans toute l’Italie, +malgré les établissemens de messageries dont les Français avaient donné +l’exemple pendant leur domination, et ceux de malles qui contenaient +deux places, une pour le courrier et l’autre pour un voyageur. + +Rome, comme quelques autres capitales de l’Europe, n’a pas de fiacres; +ils sont remplacés par les carrosses de remise. Mais un usage, commun à +toutes les principales villes de l’Italie, c’est de payer la poste de +sortie, qui est considérée comme poste et demie. + +Le nombre des voyageurs qui parcourent l’Europe, contribue partout aux +changemens heureux introduits, soit dans la forme des voitures, soit +dans l’accélération de leur marche, soit enfin dans tout ce qui se +rapporte à la facilité et à la commodité des moyens de transport. Parmi +les travaux importans que Sa Sainteté fait exécuter en ce moment, pour y +parvenir, on remarque la route de Rome à Naples par Valmontone, Formone, +Ceprano et Capone. Cette route est de 25 milles plus courte que celle de +Poste, qui traverse les marais Pontins. + +A Gênes, en Toscane et dans les états de l’Eglise, le prix pour deux +chevaux de chaise de poste est de neuf livres de Gênes, et pour un +cheval en courrier de trois livres. + +Les postillons sont généralement très-alertes en Italie; leur service se +rapproche beaucoup de celui des guides français et anglais. + +L’affranchissement est libre pour cette partie de l’Italie. + +Tout le pays dépendant de l’empire autrichien est soumis au mode de +régie de l’Allemagne. Le service pour le transport des lettres a lieu +comme en France, par des courriers en voiture ou à cheval. Les voitures +dont on se sert, ressemblent à celles d’Allemagne; elles n’ont que deux +roues et se nomment _sedia_. + +Il y a deux manières de courir la poste en Italie, l’une est la poste +ordinaire, plus coûteuse dans le Milanais, les états de Venise, le +Piémont, la Lombardie, que dans la Toscane et l’Etat pontifical; +l’autre, la cambiatura[187], plus économique, mais moins expéditive, +parce qu’on ne peut voyager que pendant le jour, et qu’il est défendu de +faire galoper les chevaux. On n’éprouvait jamais de grandes difficultés +de la part des maîtres de poste, lorsqu’on voulait prendre cette voie. + + [187] Cambiatura, voiture à deux personnes et à prix fixe. + +Dans les états de Venise, si l’on courait la cambiatura, on ne payait +que cinq livres et demie par cheval d’attelage ou de selle. Dans le +Milanais, deux chevaux de chaise payaient un demi-sequin par poste, et +un cheval en courrier quatre livres. + +On compte, à Venise, 9000 gondoles en activité: elles ont ordinairement +25 pieds de long sur 4 de large, et sont toutes peintes et garnies de +drap de même couleur; celles des personnes riches, se distinguent par +une plus grande dimension et des ornemens plus recherchés; mais, toutes +se ressemblent par la forme de leur couverture, qui est une espèce de +toit. + +L’Italie offre en général plus d’agrément et de facilité pour voyager +que l’Allemagne. Les routes sont excellentes, mais les postillons +importuns. + +L’affranchissement est forcé pour le pays Lombard-Venitien. + + +SARDAIGNE. + +Les postes sont régies en Sardaigne, en Savoie et en Piémont, à peu près +comme en France, avec laquelle ces états correspondent trois fois par +semaine. Le service a lieu par entreprise, et le systême décimal y a été +adopté pour la comptabilité. C’est par la Savoie[188] que parviennent +presque toutes les dépêches de l’Italie, destinées pour la France. + + [188] Le roi de Sardaigne comptait, en 1789, en Piémont, 30 grandes + routes. + +Autrefois on courait la cambiatura en Piémont, mais cette coutume est +abolie, et le prix de la poste est fixé ainsi qu’il suit: une voiture à +quatre roues, attelée de trois chevaux, paie six livres; lorsqu’il y a +quatre chevaux, huit livres; deux chevaux de voiture, paient 4 livres +10, et le prix pour un cheval de selle est de deux livres. + +Turin n’a pas de fiacres, mais des voitures de louage dans lesquelles +même on voyage. Les conducteurs s’appellent voiturins ou veturini. La +carretino est une espèce de voiture à une seule place, ou plutôt un +fauteuil: elle est attelée d’un seul cheval. Sa forme est celle d’un +vase, dont le pied tient à un essieu de bois. Il est rare qu’on puisse +courir la poste partout ce pays: on se sert quelquefois d’une voiture à +deux roues, bien légère. Il faut dans ce cas, consulter les maîtres de +Poste. Avant la route du mont Cenis, les voitures étaient démontées et +transportées à dos de mulets, et les voyageurs étaient portés dans des +chaises ou ramassés en traîneaux. Aujourd’hui on trouve, au pied du +mont, un grand nombre de petites voitures, dans lesquelles on fait ce +trajet, sans les inconvéniens d’autrefois. + +Pour correspondre avec la Sardaigne, on emploie des goëlettes armées. +C’est une précaution très-sage pour résister aux attaques des pirates. +Il serait à désirer qu’une semblable mesure fût adoptée par toutes les +nations, dont le transport des dépêches a lieu par mer, et surtout par +la Méditerranée. + +L’affranchissement pour ces pays est libre. + + +SUISSE. + +Le service des postes, en Suisse, soit en régie ou à forfait, est pour +le compte de chaque canton et sous la dénomination générale d’office des +Postes, ou sous celle de régie et de direction, selon les localités. Les +cantons qui n’exploitent pas leurs services, et cela arrive quelquefois, +en confient l’administration aux cantons voisins. Les voitures employées +au transport des dépêches servent également aux voyageurs et aux +marchandises. Le service ne s’en fait pas moins avec une grande +régularité, et ne laisse rien à désirer sous le rapport de la sûreté. Le +prix des postes françaises est maintenu jusqu’à Gênes, et sur divers +autres points. + +La manière dont la duchesse de Némours voyageait chaque fois qu’elle +partait de Paris pour se rendre en Suisse, dans sa principauté de +Neuchatel, a eu, sans doute, beaucoup d’approbateurs, sans trouver un +grand nombre d’imitateurs, par les frais que ce moyen entraînait. Elle +se faisait porter en chaise par des porteurs qui, au nombre de quarante, +la suivaient en chariots, et se relayaient alternativement. Avec cette +précaution, elle faisait tous les jours douze à quinze lieues, sans +fatigue, et plus agréablement que dans la voiture la plus douce et la +plus commode. Cet usage, si répandu dans l’Inde, où l’on établit les +hommes par relais, comme nous le pratiquons pour les chevaux, ne +pourrait être aisément introduit en Europe, tant à cause de nos mœurs +que des moyens de transports actuels, si économiques et si rapides. Les +signaux par les feux se sont toujours conservés en Suisse. Il est peu de +contrées plus propres à ce genre de correspondance. + +L’affranchissement est forcé pour cet état. + + +NAPLES. + +Le royaume de Naples, tout le reste de l’Italie et les îles du Levant, +ont à peu près le même mode de transport. + +Les postes napolitaines sont servies par les chevaux que les seigneurs +voisins des routes fournissent de leurs haras, et dont ils retirent le +profit. Ces chevaux, élevés avec soin, sont très-estimés et +très-convenables pour ce service. + +Les bateaux à vapeur vont donner une nouvelle activité à la +correspondance de toutes les îles de la Méditerranée. Ils sont employés +avec succès à Venise; et bientôt, tous les retards qu’on éprouvait dans +les relations maritimes disparaîtront. + +On voyage dans le royaume de Naples, en chaises qui, avec deux chevaux, +paient onze carolins par poste. Un cheval, à franc étrier, coûte cinq +carolins et demi. La calèche napolitaine n’est qu’une espèce de coquille +à une place, sur un piédestal, supportée par des brancards très-légers +et très-élastiques, et traînée par un seul cheval. Son poids est de dix +à quinze livres. Elle roule avec une vitesse extrême. Le voyageur dirige +le cheval; et, le conducteur placé derrière, tient le fouet. Il y a +d’autres calèches, ou _curriculi_, qu’on loue 10 ou 12 fr. par jour. La +nouvelle route[189] qui a été construite pour traverser le mont +Pausilippe, est superbe, et on peut la parcourir très-commodément en +voiture. + + [189] Elle a coûté 30,000 ducats, et les troupes autrichiennes y ont + travaillé sous la direction de M. Mulhlwerth, capitaine du génie + autrichien. + +Nous avons remarqué que la partie de l’Italie dépendante de l’Autriche +était seule soumise à l’affranchissement forcé. + + +AFRIQUE. + +Ce n’est pas dans cette partie du monde où nous devons chercher quelque +régularité dans l’organisation des divers moyens substitués aux postes. +Il y a cependant, dans les états de Tunis et d’Alger, des relations +établies; et ce sont les Maures de la campagne habitués à supporter les +plus rudes fatigues, qui servent de messagers; mais ils sont d’une +stupidité sans exemple[190]. + + [190] _M. de Chénier rapporte que l’un d’eux, qui attendait ses + dépêches dans un appartement où il y avait une glace, crut, en + voyant son image réfléchie que c’était un autre courrier qui + attendait, comme lui, d’autres dépêches dans une chambre voisine. Il + demanda où allait ce courrier, et on lui répondit, en plaisantant, + qu’il se rendait à Mogadore. Et bien, dit-il, nous irons ensemble; + et il en fit aussitôt la proposition au camarade qui gesticulait, + comme lui, dans le miroir, et ne répondait pas. Il était près de se + fâcher, lorsqu’il vit, dans la même glace, une personne qui entrait + dans l’appartement. Etonné de son erreur, il eut bien de la peine à + se persuader, malgré ses yeux et ses doigts, qu’il pût se voir, + disait-il, à travers une pierre._ + + On pourrait citer des traits d’une pareille stupidité, au sein même + des nations les plus civilisées, et le recueil des anas pourrait + être facilement grossi d’exemples de ce genre. + +M. Le Vaillant a remarqué que les Hottentots avaient un sûr moyen de +s’entendre, par la manière dont ils disposaient des feux sur certains +lieux élevés. _Les feux de nuit_, dit-il, _sont un langage particulier +que connaissent et pratiquent la plupart des nations sauvages, mais +aucun n’a porté cet art si loin que les Houzouanas, parce qu’aucun n’a +autant besoin de l’étendre et de le perfectionner. Faut-il annoncer une +victoire ou une défaite, une arrivée ou un départ, une maraude heureuse +ou un besoin de secours, en un mot une nouvelle quelconque, ils savent, +en un instant, notifier tout cela, soit par le nombre de leurs feux, +soit par la manière dont ils les disposent. Ils ont même l’industrie de +varier leurs feux de tems en tems, de peur que les nations ennemies +venant à les reconnaître, elles ne les emploient par surprise et par +trahison. J’ignore en quoi consiste cette langue si habilement inventée, +tout ce que je puis dire, c’est que les feux allumés à vingt pas l’un de +l’autre, de manière à former un triangle équilatéral, annoncent un +ralliement_. + +Nous retrouvons chez ces peuplades, les mêmes procédés que nous avons +observés en parlant des premiers essais tentés avant l’institution des +postes. En se reproduisant encore, ils seront une nouvelle preuve, que +parmi les tribus qui n’ont fait aucun pas vers la civilisation, les +mêmes besoins, les mêmes causes, font naître les mêmes pratiques. Si, +chez les Hottentots, on remarque ce procédé porté à un plus grand degré +de perfection, cela tient à l’organe de la vue, qui rend ces insulaires +capables de découvrir, à des distances incroyables, des objets +imperceptibles pour des yeux moins exercés que les leurs[191]. De là cet +avantage qui les distingue dans les dispositions multipliées de leurs +feux. + + [191] Bernardin de Saint-Pierre parle d’un homme qui prétendait avoir + trouvé le secret d’annoncer l’arrivée des vaisseaux, lorsqu’ils + étaient à 60 ou 80 lieues des ports et même plus loin. Il en avait + fait, ajoutait-il encore, l’expérience plusieurs fois à l’Ile de + France, devant divers témoins, qui avaient signé le mémoire qu’il + présenta au ministre de la marine, en France. En effet, l’expérience + eut lieu à Brest, devant des commissaires, et elle ne réussit pas. + + _J’ai pensé_, dit l’auteur des Etudes de la Nature, _que cet + observateur avait pu, dans quelque circonstance favorable et commune + dans le ciel des tropiques, avoir la vue des vaisseaux par la + réflexion des nuages. Ce qui me confirme dans cette idée, c’est un + phénomène très-singulier qui m’a été raconté par notre célèbre + peintre Vernet, mon ami. Etant dans sa jeunesse en Italie, il se + livrait particulièrement à l’étude du ciel, plus intéressante, sans + doute, que celle de l’antique, puisque c’est des sources de la + lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui + font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vernet, pour en + fixer les variations, avait imaginé de peindre sur les feuillets + d’un livre toutes les nuances de chaque couleur principale, et de + les marquer de différens numéros. Lorsqu’il dessinait un ciel, après + avoir esquissé les plans et les formes des nuages, il en notait + rapidement les teintes fugitives sur son tableau, avec des chiffres + correspondant à ceux de son livre, et il les coloriait ensuite à + loisir. Un jour, il fut bien surpris d’apercevoir dans les cieux la + forme d’une ville renversée; il en distinguait parfaitement les + clochers, les tours, les maisons. Il se hâta de dessiner ce + phénomène, et, résolu d’en connaître la cause, il s’achemine, + suivant le rumb de vent, dans les montagnes. Mais quelle fut sa + surprise de trouver, à 7 lieues de là, la ville dont il avait vu le + spectre dans les cieux, et dont il avait le dessin dans son + portefeuille_. + +Au Congo, les missionnaires rapportent qu’on voyage dans des hamacs +portés par des nègres. Quand on veut faire diligence, on les établit par +relais, et ils avancent avec la rapidité des meilleurs chevaux. C’est +aussi la manière de voyager dans d’autres contrées de l’Afrique, +entr’autres dans le royaume d’Ardra, où les chemins sont très-commodes; +et, quoiqu’il y ait beaucoup de chevaux, les nègres, de ces contrées, ne +montent que des bœufs pour parcourir les plus grandes distances et se +trouvent très-bien de cette façon d’aller. + +Moore assure avoir vu un Africain qui montait une autruche, et se +rendait ainsi, avec rapidité, d’un lieu à un autre très-éloigné. _J’ai +vu des autruches apprivoisées_, dit M. de la Caille, _que des nègres +employaient en place de chevaux. Elles n’avaient pas plutôt senti le +poids du cavalier, qu’elles se mettaient à courir de toutes leurs +forces, et leur faisaient faire le tour de l’habitation, sans qu’il fût +possible de les arrêter, autrement qu’en leur barrant le chemin. La +charge de deux hommes n’est pas disproportionnée à leur force, et +lorsqu’on les excite, elles étendent leurs aîles, comme pour prendre le +vent, et s’abandonnent à une telle vitesse, qu’elles semblent perdre +terre. Je suis persuadé qu’elles laisseraient bien loin derrière elles +les plus forts chevaux anglais. Elles ne fournissent pas une course +aussi longue; mais, à-coup-sûr, elles la feraient plus promptement. On +voit, par-là, de quelle utilité serait cet animal, si l’on trouvait +moyen de le maîtriser et de l’instruire, comme on dresse les chevaux_. + +Nous avons dit, au commencement de cet essai, que l’Egypte avait donné +l’exemple de la poste aux pigeons, et qu’on les y employait à cet usage, +depuis un tems immémorial. On nous pardonnera d’ajouter encore quelques +détails à ceux que nous avons donnés, à propos d’un pays si fécond en +cette sorte d’oiseaux. + +De Rosette au Grand-Caire, Norden dit qu’on distingue partout des +colombiers de forme pyramidale, où se rassemblent d’innombrables +pigeons. On prétend même qu’aujourd’hui les mariniers d’Egypte, de +Chypre et de Candie, nourrissent sur leurs navires de ces sortes de +pigeons. C’est, dit Belon, pour les lâcher quand ils s’approchent de +terre, afin de faire annoncer chez eux leur arrivée. Le consul +d’Alexandrie s’en sert pour envoyer promptement de ses nouvelles à Alep, +et pour donner avis des bâtimens qui entrent dans le port. Ce trajet, +qui est de trente lieues, est parcouru par les pigeons en moins de trois +heures. + +Toutes les caravanes qui voyagent en Arabie, font savoir, par le même +moyen, leur marche aux souverains arabes avec qui elles sont alliées. Au +reste, il paraît que cet usage est très-répandu en Orient, où l’on +dresse les pigeons à porter et à rapporter les lettres dans les +occasions qui exigent une extrême diligence[192]. + + [192] On remarque les mêmes habitudes chez certains oiseaux. Ceux du + tropique annoncent, dit-on, l’arrivée des vaisseaux d’Europe, on les + devançant de fort loin, et en venant aborder avant eux. + + _O combien de marins_, s’écrie l’auteur des Harmonies de la Nature, + _ont péri sur des écueils inconnus, qui auraient pu revoir leurs + compagnons, s’ils avaient pensé à les instruire de leur sort par les + oiseaux! Vous leur devriez peut-être la vie, vous et vos compagnons, + ô infortuné la Peyrouse!_ + +Mahomed-Ali, pacha d’Egypte, a fait établir, par M. Abro, de Smyrne, qui +a habité Paris pendant long-tems, une ligne télégraphique d’Alexandrie +au Caire, sur le modèle des machines en usage en France. Elle a dix-sept +stations; et les signaux, faits avec précision, transmettent les avis en +40 minutes de l’une à l’autre de ces villes. Cette mesure doit être +commune à toute l’Egypte. Il y a, en outre, des relais à chacune des +stations télégraphiques, pour correspondre d’Alexandrie au Caire. + +La présence des Romains se fait remarquer encore dans ces contrées par +des restes d’antiquités, des chemins, des chaussées, des ponts et des +bornes militaires. + +Les colonies françaises, en Afrique, ne pouvaient être privées de +l’avantage des bateaux à vapeur. Deux de ces bateaux, d’une force de 32 +chevaux, naviguent sur le Sénégal et remontent le fleuve jusqu’à 350 +lieues de son embouchure. Ainsi, on pourra pénétrer dans des lieux où il +eût été impossible de s’ouvrir des communications par terre, tant à +cause des obstacles naturels, que des dangers auxquels on se trouve +exposé en traversant le territoire de certaines castes africaines +livrées aux habitudes les plus féroces et les plus sanguinaires. +Peut-être qu’un jour l’intérieur de cette partie du monde, qui a échappé +à toutes les investigations, sera explorée avec succès par le moyen de +ces bâtimens qu’un moteur si puissant rend si propres aux navigations +des grands fleuves. + + +ASIE. + +Les messages se font en Turquie par le moyen des coureurs. C’est une +coutume commune à tous les peuples dont les relations habituelles sont +moins multipliées qu’en Europe. Si on voulait ajouter foi à certains +récits, les individus que le Grand-Seigneur emploie à ce service ne +devraient leur agilité qu’à l’extirpation de la rate qu’ils seraient +forcés de subir. C’est sans doute de cette croyance populaire qu’est +venue la façon de parler: courir comme un ératé. Mais, sans nous arrêter +à cette absurde supposition, nous ajouterons que ces courriers du +Grand-Seigneur, appelés valachi, vont avec une diligence incroyable. +Pour éprouver moins de fatigue, _ils se serrent_, dit Montaigne, _à +travers le corps, bien estroitement, d’une bande large, comme font assez +d’aultres_. Ils ont le singulier privilége de démonter le premier +cavalier qu’ils rencontrent, et de n’éprouver aucun refus dans cet acte +arbitraire. Ils se servent de ce cheval jusqu’à ce qu’il se présente une +nouvelle occasion d’en changer. Ils achèvent ainsi leur course, sans +dépense pour le Sultan, sans charges pour le peuple, et sans fatigue +pour eux-mêmes. Quelques individus, de tems à autre, sont victimes de +cette mesure despotique; car il est rare que ces messagers ne profitent +pas de leurs droits ou manquent d’occasion d’en user. Mais l’empire +absolu du Sultan sur ses sujets les rend peu sensibles à ces +contre-tems. + +Les lettres qu’on expédie de Londres pour l’Inde, se rendent à Vienne +par Hambourg en 10 jours; la distance est de 806 milles; de Vienne à +Constantinople, dont le trajet est du 800 milles, quelquefois en 16 +jours. Cette différence est causée par la fonte des neiges et l’état des +routes; enfin, de Constantinople à Bassora, qui en est éloignée de 1800 +milles (600 lieues), par l’Arménie et le Diarberk. Les Tartares, qui +font le service de courriers en Turquie, et qui jouissent du singulier +privilége de démonter les cavaliers qu’ils rencontrent, font +ordinairement à présent ce long voyage sur des chevaux entretenus par le +gouvernement. Ils s’embarquent sur le Tigre pour faire les 400 milles +qui restent de Bagdad à Bassora: ce trajet, qu’ils effectuent en 4 +jours, en prend seize lorsqu’ils reviennent et remontent l’Euphrate, +moins rapide que le Tigre. + +Le service des dépêches a lieu aussi d’Alep à Bassora par les Tartares, +qui mettent seize jours à faire ce trajet sur leurs dromadaires[193]. + + [193] Chaque journée est de 16 à 18 lieues. + +On voyage dans le désert de l’Inde à cheval ou en mohaffa, espèce de +petites voitures placées comme des paniers sur le dos d’un chameau, et +couvertes de rideaux supportés par un piquet établi comme un mât sur la +selle. + +En Tartarie, ce sont les chevaux entretenus aux dépens du grand cham qui +font le service de la poste. Parmi ces chevaux aussi vigoureux +qu’endurcis à la fatigue, on choisit les mieux exercés à la course pour +les courriers du prince. Les clochettes que l’on place en France au cou +des chevaux, sont attachées à la ceinture des courriers tartares. Le +bruit qu’elles produisent d’assez loin, suffit pour donner le tems à +celui qui doit continuer la course de se tenir prêt à recevoir les +dépêches pour les transporter à son tour à la station suivante. + +Lorsque la distance à parcourir n’est pas très-considérable, on emploie +des coureurs à ce service: cette coutume était usitée chez les Romains, +où des messagers à pied transmettaient les lettres de certaines villes +de l’empire. + +Une autre manière de voyager se remarque parmi les Tartares anguris: ils +ne montent que des buffles[194]. + + [194] Il en est ainsi du roi de Baly et des seigneurs de sa cour. + +Pendant que le capitaine Sarris était à Moka, il reçut la visite du Roi +de Rahaïta, sur la côte l’Abyssinie, qui montait une vache. + +_Aux Indes de deçà_, dit Montaigne, _c’estoit anciennement le principal +et royal honneur de chevaucher un éléphant; le second, d’aller en coche +traîné à quatre chevaux; le tiers, de monter un chameau; le dernier et +plus vil degré, d’être porté par un cheval seul. Quelqu’un de nostre +temps escrit avoir veu, en ce climat là, des pays où on chevauche les +bœufs avecques bastines, estriers et brides, et s’estre bien trouvé de +leur posture_. + +Mais la manière la plus usitée de voyager, c’est de se faire porter en +palanquin, espèce de pavillon sur un brancard plus ou moins élégant, +selon la condition des particuliers. Sa forme ordinaire est celle d’un +coffre, de 6 pieds de haut, sur trois et demi de large: il est entouré +de persiennes. On peut s’y coucher facilement en reposant sa tête sur +une planche en pente; mais il faut se tenir dans le milieu pour être +bien porté. + +Le palanquin est soutenu par un bambou qui avance de trois ou quatre +pieds de chaque bout et qui est fixé très-solidement dans le milieu; +c’est là que les boës ou porteurs y placent leurs épaules de manière à +se croiser: ils sont toujours au nombre de six, trois sur le devant et +autant sur le derrière. Ces boës n’ont pas d’autre métier. Ils font +ordinairement deux lieues par heure, courent plus qu’ils ne marchent, et +se relayent sans qu’on s’en aperçoive. S’ils trouvent un étang, ils s’y +mouillent les pieds et le visage, pour reprendre des forces. La journée +d’un boës est de douze ou quatorze lieues. On en prend toujours une +douzaine, et on les établit par relais: c’est la poste du pays. Le prix +d’un palanquin à Madras est de deux roupies et demie par jour. + +Les grands et les femmes de qualité, lorsqu’ils voyagent, choisissent de +préférence des éléphans, sur le des desquels on dispose de larges +pavillons richement ornés. On les emploie aussi à traîner les +voitures[195]. La charge d’un éléphant est de trois ou quatre mille +livres. Ces animaux, lorsqu’on les monte, ne bronchent jamais; mais, en +revanche, leurs mouvemens ne sont pas très-doux. Ils font au pas +ordinaire autant de chemin qu’un cheval au petit trot, et autant que les +chevaux au galop, lorsqu’ils accélèrent leur marche. La journée d’un +éléphant est de 20 lieues; quand on le presse, il peut en faire 30 et +même 40[196]. + + [195] La voiture de cérémonie de l’empereur des Birmans, prise par les + troupes anglaises au commencement de la campagne [1825], est arrivée + en Angleterre. Tout est extraordinaire dans cette voiture dont l’or + forme la base, et qui est couverte de milliers de diamans et des + pierres les plus précieuses. Elle a 25 à 30 pieds de hauteur; elle + est traînée par des éléphans. C’est un chef-d’œuvre qu’il eût été + difficile de surpasser en Europe. + + [196] Chardin prétend que l’éléphant en marchant ne fait pas plus de + bruit qu’une souris, qu’il va fort vîte, et que, s’il vient derrière + vous, il est sur vos talons avant que vous vous en aperceviez. + (_Bernardin de Saint-Pierre._) + +Les routes dans l’Inde sont assez belles et formées d’une espèce de +brique. Elles sont très-fréquentées par les habitans qui visitent sans +cesse les pagodes qu’on y trouve en très-grand nombre, soit à pied, à +cheval, ou en gadi, espèce de voiture attelée de bœufs. Les grandes +routes, anciennement tracées, étaient divisées par stades de dix en dix, +pour guider les voyageurs et marquer les distances. On avait construit +des lieux de repos pour les caravanes, auprès desquels on creusait des +étangs et des puits, afin de remédier, autant que possible, à la disette +d’eau. Un passeport, toujours écrit en malabare, en persan, et en +talinga, est indispensable pour parcourir ces contrées: les pions +l’exigent strictement des voyageurs. + +A Madras, la plupart des routes sont spacieuses, bien entretenues et +bordées, de distance en distance de rangées d’arbres, soit de bamboues, +de cocotiers, de palmiers ou autres plantes élevées. La route qui +conduit au fort Grammont, éloigné de 4 lieues de la ville, est surtout +très-remarquable. On est étonné de la quantité de voitures, cabriolets, +de palanquins qui circulent au déclin du jour; de la beauté et de la +parure des chevaux arabes que montent les Anglais; et de l’attelage de +certaines voitures indiennes conduites par des bœufs superbes, richement +caparaçonnés et dont les cornes sont peintes et souvent dorées. + +L’industrie et le commerce si actif de l’Inde exigeaient des moyens +faciles de correspondre. Les Anglais qui en sentaient la nécessité, les +établirent ou les perfectionnèrent. Les présidences de Calcutta, de +Madras et de Bombay firent, à cet effet, des réglemens de poste, en +1793, sous la surintendance générale de Charles Elphinstone. Des relais +de tapals furent établis à 7 ou 8 milles de distance l’un de l’autre, et +leur diligence surpassa toute attente. + +Cette organisation régulière a servi au Nabab d’Arcate pour entretenir +des relations avec les provinces méridionales: ses lettres ont +généralement parcouru cent milles en vingt-quatre heures[197]. Les +coureurs employés à ce service, toujours au nombre de deux, portent +chacun un sac de cuir placé sur le dos comme le havresac d’un soldat. +Ils ont aussi une torche allumée pendant la nuit, et le jour un bassin +en cuivre, sur lequel ils frappent continuellement pour effrayer les +animaux féroces, très-redoutables dans ces climats. + + [197] La facilité des communications entre les diverses parties de + l’Inde est si grande aujourd’hui, qu’un courrier du gouvernement qui + part de Calcutta pour Ceylan, par la voie de Madras, arrive à sa + destination en 8 jours et 3/4 d’heure. La distance est de 1044 + milles: la poste fait ordinairement cette route en onze jours. Un + courrier extraordinaire, expédié de Bombay à Calcutta par terre, se + rend dans cette dernière ville en 18 jours et demi: la distance + entre les deux villes est de 1308 milles. + +Dans les provinces qui appartiennent à la Compagnie, le produit des +lettres lui rend, comme en Angleterre, un bénéfice considérable. On +paie, par exemple, de Bombay à Pouna 50 reas pour une lettre simple. Le +port augmente en raison du poids[198]. + + [198] De Bombay à Tajala pour Roupies 1 quartz 50 reas. + Id. à Hyderabad, » 2 » + Id. à Mazulipatan, » 3 » + Id. à Madras, 1 50 + Id. à Calcutta, 1 2 25 + +Il avait été question de correspondre par terre avec l’Angleterre, mais +les frais de cette entreprise en firent rejeter l’exécution. On y +trouvait cependant un avantage réel, puisque les dépêches seraient +parvenues par cette voie en 49 jours au Bengale, et en cinquante et un +jour à Madras ou à Bombay, tandis qu’il faut par mer quatre mois pour +arriver au Bengale, cent jours pour aller à Madras et trois mois vingt +jours pour se rendre à Bombay. + +L’entreprise des bateaux à vapeur, qui sera bientôt en activité, offre +des résultats autrement avantageux. Elle ne peut manquer de trouver +auprès des capitalistes des colonies de l’Angleterre aux Indes, la +protection que la métropole accorde à toutes les découvertes utiles à la +prospérité nationale. Nous avons vu que déjà les négocians de Calcutta +avaient répondu à cet appel par des souscriptions. Les tentatives qu’ils +ont faites dans ce genre et qui ont été couronnées du plus heureux +succès, ne laissent plus d’incertitude sur la stabilité de ce nouveau +moyen de correspondance. Le premier bateau à vapeur, qui ait été +construit aux Indes, se nomme la Diana[199]. Il a exécuté, de la manière +la plus satisfaisante, le trajet de Calcutta à Chinsarab. + + [199] Il a été lancé à l’eau le 12 juillet 1823, à Kidderpon, près de + Calcutta. + +Le voyage à travers l’Isthme de Suez est regardé de plus en plus comme +un faible obstacle à tout projet de communication avec la Méditerranée. +Dans tous les cas, le trajet par le cap de Bonne-Espérance deviendrait +et moins long et plus régulier que la navigation actuelle, par la voie +des bâtimens à vapeur, si surtout on pouvait en améliorer la +construction, comme tout semble le présager[200]. + + [200] M. Brown, anglais, se propose d’introduire, au lieu de vapeur + dans le cylindre, du gaz hydrogène qui, étant détruit par la + combustion, produirait un vide complet dans lequel le piston se + plongerait avec une force irrésistible. On introduirait de nouveau + du gaz, ce qui produirait l’effet d’élever le piston, et ensuite le + gaz serait détruit comme la première fois. La machine ne pèserait + que 25 à 30 quintaux. Un petit fourneau tiendrait lieu de la + chaudière à vapeur, et l’on calcule que 5 barils d’huile seraient + suffisans pour conduire un vaisseau dans l’Inde. + +Au Mogol il n’y a que les princes ou les grands personnages qui puissent +se faire suivre par des chevaux, des bœufs ou des chameaux. Les palekis, +voitures du pays, sont à deux roues, tirés par des bœufs, ayant une +impériale en forme de toit incliné. Ces voitures servent pour les grands +voyages. + +C’est une profession assez commune au Mogol que celle de louer des bœufs +et de les conduire pour toute espèce de transport. Il y a aux Indes des +castes entières qui n’embrassent point d’autre métier. + + +CHINE. + +Les postes sont établies d’une manière très-régulière dans tout l’empire +de la Chine. L’empereur seul en fait les frais, et entretient à cet +effet une infinité de chevaux. Les courriers partent de Pékin pour les +capitales des provinces; le vice-roi[201] qui reçoit les dépêches de la +cour d’un kougtou ou gouverneur, les communique par d’autres courriers +aux villes du premier ordre, celles-ci aux cités d’un ordre inférieur. + + [201] Il est toujours assisté par province d’un trésorier général, + d’un juge criminel, d’un conservateur des impôts et d’un intendant + des postes. + +Quoique ces postes ne soient pas entretenues pour les particuliers, il +est rare qu’il ne s’en servent pas. Les missionnaires en usaient avec +autant de sûreté, et beaucoup moins de dépense qu’ils ne faisaient en +Europe. + +Comme il est très-important que les courriers arrivent avec régularité, +les mandarins ont soin de faire tenir les chemins en bon état; et +l’empereur, pour les y obliger plus efficacement, fait souvent courir le +bruit qu’il parcourt ses provinces. C’est ainsi qu’Auguste et quelques +empereurs romains en agissaient. La moindre négligence est punie avec +sévérité. Un de ces officiers n’ayant pas mis assez d’activité à faire +réparer une route par laquelle l’empereur devait passer, aima mieux se +donner la mort que de s’exposer à un châtiment inévitable. + +Les Chinois n’ont pu parvenir à remédier à l’inconvénient causé par la +poussière qui couvre leurs routes[202]. Les voyageurs qui les parcourent +soit à pied, à cheval, sur des chameaux, soit en litière ou en chariot, +se précautionnent inutilement de masques ou de voiles pour éviter cette +incommodité; cependant, ces chemins sont larges, unis et bien pavés; +dans plusieurs provinces on a pratiqué des passages sur les plus hautes +montagnes, en applatissant leur sommet, en coupant les rochers, en +comblant les vallées et les précipices, en établissant des ponts +suspendus sur des cordages ainsi que sur les fleuves et les rivières et +tous les endroits difficiles où l’on n’aurait pu parvenir sans ce moyen. +Un des plus connus est celui de la rivière de Kein cha yan, dans le +canton de Lolo. Il y a aussi de distance en distance sur les routes, +tantôt des grottes, des hospices ou d’autres établissemens commodes et +agréables, bâtis pour l’utilité des voyageurs: ils sont dus le plus +ordinairement à la bienfaisance de quelques mandarins. + + [202] Bernardin de Saint-Pierre attribue aux tempêtes sablonneuses la + poussière qui couvre les routes de la Chine et qui oblige d’aller + toute l’année à cheval avec un voile sur les yeux. + +Avec le permis ou billet de poste dont on a soin de se munir, on trouve +tous les secours nécessaires sur la route. Ce permis consiste en une +feuille de papier, imprimée en caractères tartares et chinois, et +scellée par le tribunal souverain de la milice. Il est ordonné au bureau +de fournir, sans délai, un certain nombre de chevaux ou de barques +lorsqu’on est oblige de voyager par eau; enfin tout ce qui est +nécessaire à la vie. Le sceau imprimé sur ce permis a trois pouces de +largeur en carré, sans autre figure ou caractère que le nom du tribunal +et des principaux officiers. + +On se fait porter en chaise par des porteurs qui ont leur chef, auquel +on s’adresse pour ce service. C’est d’après l’état des malles et des +paquets que le prix est fixé et payé d’avance, et l’on reçoit autant de +billets qu’on veut d’hommes. Rien n’égale la légèreté de ces porteurs, +ils ne s’arrêtent que trois fois par jour et font deux lieues par heure. + +C’est à l’empereur Hoang-Ty que les Chinois attribuent l’invention des +chars attelés d’animaux pour conduire avec rapidité les hommes et +transporter les fardeaux. Si la nécessité de multiplier les relations +dans un état est en raison de sa population, on doit juger des avantages +qui en ont résulté dans cet empire, où 15,000 mandarins lettrés sont +chargés de l’administration. + +Outre leurs postes, les Chinois ont établi sur les routes des tours ou +stations de cinq lieues en cinq lieues destinées aux signaux qu’ils +emploient comme un autre moyen de communication. Il suit de là qu’aux +yeux de quelques personnes, l’invention du télégraphe français serait +attribuée à ce peuple. Cette supposition, injurieuse pour un savant de +notre nation, n’a pas besoin d’être combattue: elle est du nombre de ces +assertions dont le tems fait justice. D’ailleurs ce moyen si rapide de +communiquer par signes dans une langue nouvelle, eût-il été négligé par +les nations de l’Europe et particulièrement par les Anglais qui ont +apporté tant d’étude dans l’établissement de leurs signaux. Cette +correspondance oculaire, si imparfaite en tous lieux, n’a de perfection +et de résultats importans qu’en France. Le profit d’une si précieuse +découverte est donc resté seul à cette nation, et la gloire de l’avoir +faite à un français. Nous sommes loin de penser que les Chinois, aussi +grands calculateurs que profonds dans la connaissance des sciences +exactes, n’aient pas des méthodes utiles et ingénieuses dans l’art de +s’entendre par signes: tout porte à croire même qu’ils les possèdent; +mais c’est un secret qu’ils conservent avec tant d’autres qu’on pourrait +leur envier. + +Il n’est pas rare de voyager en Chine dans des espèces de voitures +attelées de chiens. Les missionnaires disent avoir vu une femme tartare +qui revenait de Pékin, et qui avait un équipage de cent chiens à ses +traînaux. + +Parmi les moyens qu’employèrent les maîtresses de Tien-ou-ti, empereur +chinois, qui se laissait entièrement captiver par elles, on rapporte +qu’elles avaient fait construire un char d’une grande magnificence, et +d’une légèreté telle, que des moutons le traînaient dans un parc +immense, où tout lui retraçait les goûts voluptueux qui lui faisaient +négliger les soins de son empire. Cet exemple ne tarda pas à trouver des +imitateurs parmi les courtisans qui, pour plaire à leur maître, ne se +présentaient plus à la cour qu’avec des attelages de cette espèce +d’animaux. + + +SIAM. + +On voyage dans ce royaume sur des chevaux assez généralement mauvais. +Les éléphans sont la monture la plus usitée, quoi qu’on se serve souvent +de buffles et de bœufs. Les chaises à porteurs ne ressemblent pas aux +nôtres. Elles sont découvertes et entourées d’une balustrade, dont la +richesse des décorations dépend de la qualité des personnes. Les +palanquins sont comme les hamacs ou filets de Goa. + +Les voitures pour voyager par terre sont moins communes que les barques +appelées ballons, employées sur les fleuves, si nombreux de ce pays. Les +Siamois sont renommés par leurs courses sur l’eau dans ces sortes de +bateaux. A certaines époques on adjuge des prix aux rameurs qui les +conduisent avec une vîtesse incroyable. Ils ont aussi des courses de +bœufs et de buffles. Ces animaux, que les grands seigneurs font dresser +pour cet exercice, courent avec la même rapidité que les chevaux. + + +BOUTAN. + +Il y a des chemins si étroits et si difficiles dans le royaume de +Boutan, qu’on y trouve à peine la place du pied. Les précipices que l’on +voit à droite et à gauche rendent les voyages très-dangereux. Une +coutume singulière et bizarre a lieu dans ces contrées montagneuses; ce +sont les femmes qu’on assujettit à la cruelle corvée de porter les +voyageurs, au-devant desquels elles viennent à cet effet avec des boucs +pour le transport des bagages. + +Le coussin sur lequel les voyageurs se placent, et qui sert de siége, +est retenu par des courroies fixées aux épaules. Ces femmes sont +disposées par relais de distance en distance, et se reposent ainsi d’un +service aussi abject que pénible. Elles ne gagnent qu’une roupie en cinq +jours. On donne le même prix pour un bouc, quelle idée peut-on concevoir +d’un peuple qui s’avilit à ce point. Heureusement qu’un usage aussi +révoltant ne s’est point reproduit ailleurs. N’est-ce pas déjà trop de +ce triste exemple? + + +JAPON. + +Les postes au Japon sont appelées _sinka_; elles sont placées +quelquefois à un mille de distance l’une de l’autre, et souvent à quatre +milles. Tout ce qui peut convenir à la commodité et à l’agrément se +trouve réuni à ces stations, où l’on remarque toujours des cours +spacieuses pour les chevaux. Le prix de tout ce qu’on peut se procurer à +ces postes est réglé par tout l’empire. Il règne dans ces tarifs un +grand esprit du justice. Les distances, l’état des chemins et le prix +des vivres et des fourrages, contribuent à les modifier suivant les +localités. Les ponts, dans cet empire, sont magnifiques; les chemins +unis et plantés comme nos promenades en Europe. Ils sont divisés en +milles géométriques, qui commencent au pont de Jedo, placé, croit-on, au +centre de l’empire. Les milles sont marqués par des buttes élevées l’une +vis-à-vis de l’autre, au sommet desquelles on plante des arbres. Chaque +canton est distingué par un pilier qui indique le nom du seigneur dont +il dépend et les limites qui le circonscrivent. On a coutume de porter, +lorsqu’on voyage, un éventail sur lequel les routes sont marquées, ainsi +que les distances des lieux, le prix des postes, celui des vivres et des +hôtelleries. Cette idée est ingénieuse, surtout dans un pays où la +chaleur du climat rend par là l’usage de l’éventail aussi agréable +qu’utile. + +Chaque station a un certain nombre de messagers chargés de porter, à la +plus voisine, les lettres, les édits, les déclarations; enfin tout ce +qui intéresse le service de l’empereur. Ces dépêches sont renfermées +dans une boîte ou coffre verni de noir, sur lequel on voit les armes du +prince, et que les messagers portent sur leurs épaules, au moyen d’un +bâton auquel elles sont fixées. On a toujours soin de faire marcher deux +courriers ensemble, en cas d’accident. Ils portent une cloche à la main +et l’agitent de tems en tems, afin d’avertir de leur approche. Cette +précaution a pour but de prévenir tous les obstacles qui pourraient +s’opposer à leur marche. Les voyageurs, à ce signal, s’arrêtent ou +changent la direction de leur route. L’empereur même se soumettrait à +cette loi, s’il se trouvait sur leur passage et qu’il pût les retarder +dans leur course. + + +AMÉRIQUE. + +Les postes sont très-bien servies au Canada, surtout de Québec à +Montréal; et, pour rendre praticables, en hiver, les routes si +généralement belles dans les autres saisons, on y plante des perches, +lorsque la neige commence à tomber, afin d’en conserver la direction: +dès qu’elles ont pris assez de consistance pour être favorables au +traînage, les communications reprennent avec plus d’activité et on fait, +par ce moyen, 15 à 20 milles par heure. Les traîneaux, les berlines et +les carrioles servent l’hiver: l’été, on voyage en calèche. Ces voitures +contiennent trois personnes et sont traînées le plus ordinairement par +un seul cheval. + +Dépendant autrefois de l’Angleterre, les Etats-Unis ont dû en recevoir +les institutions. Les postes aussi n’ont rien changé à l’organisation +qu’elles lui doivent. Elles sont toujours remarquables par leur +activité, qui ne peut que se conserver et même s’accroître par la +prospérité vers laquelle ces contrées tendent de plus en plus. On y +compte aujourd’hui plus de six mille bureaux de poste, qui font parvenir +les lettres avec une étonnante célérité. Les courriers parcourent +1,500,000 milles de routes de plus qu’ils ne faisaient il y a cinq ans; +malgré tant d’améliorations, les recettes, cette année, égalent les +dépenses. Les communications sont favorisées par la beauté des +routes[203], les canaux et les ponts suspendus sur des chaînes de +fer[204]. Combien les voitures publiques ont dû se multiplier dans un +pays où l’on voyage si fréquemment. Les fiacres y sont devenus +très-communs. Il y a 15 ans on n’en comptait pas 25 à Philadelphie, il +s’en trouve aujourd’hui plus de 600; les chevaux, généralement +très-beaux et très-robustes, sont dressés à aller l’amble et font cinq +milles par heure et 15 lieues par jour. Il est à remarquer que les +postillons ne manquent jamais de s’arrêter, après avoir parcouru 4 +milles, pour faire abreuver leurs chevaux. Ces haltes fréquentes, dont +ils profitent eux-mêmes pour leur compte, très-désagréables en hiver +pour les voyageurs, ont un but d’utilité pour les chevaux, auxquels +elles redonnent une nouvelle vigueur. Il serait impossible d’en agir +autrement, vu la rapidité avec laquelle on leur fait parcourir la +distance qui se trouve entre chaque relais. Du reste, les routes sont +généralement commodes. + + [203] On s’occupe, aux Etats-Unis, du projet d’une grande route qui + doit aller de Washington à Mexico pendant 3300 milles [1100]. Le + gouvernement mexicain doit coopérer à cette dépense. + + [204] Il n’en existait que 8 en 1820, et on en compte aujourd’hui plus + de 40. + +On cite parmi les hommes remarquables qui ont dirigé les postes de +l’Amérique septentrionale, le célèbre Benjamin Franklin[205]. Il fut +d’abord directeur des postes de la Pensylvanie, et il s’acquitta si bien +de cet honorable emploi, que le gouvernement le nomma, en 1753, à celui +plus important et plus lucratif de directeur-général des postes de +l’Amérique. + + [205] Il occupait encore cette place, en 1766, lorsqu’il parut à la + chambre des communes de Londres, au sujet de la révocation de + l’accise du timbre. + +Jamais contrées ne furent plus favorablement partagées pour jouir +pleinement de l’avantage de la navigation par le moyen des bâtimens à +vapeur. On sait combien les beaux fleuves qui les traversent sont +convenables à ces entreprises maritimes, et combien la correspondance a +acquis de célérité et de régularité depuis cette découverte. En 1787, +Fitch parvint à naviguer sur la Delaware, avec une assez grande vîtesse, +mais à l’aide d’un mécanisme trop peu solide pour être employé avec un +succès soutenu. C’est à Robert Fulton que les Etats-Unis doivent le +précieux avantage d’avoir donné l’exemple de cette navigation aussi +utile que merveilleuse. Le premier bateau que cet ingénieur a construit +en Amérique, fit, en 1807, le trajet d’Albanie à New-Yorck (57 lieues) +en 32 heures, et revint en 30 heures. Depuis ce tems, l’usage des +bateaux à vapeur s’est répandu avec une étonnante rapidité. M. +Marestier, déjà cité, estime qu’il y en a plus de 60 sur le Mississipi, +40 au moins sur le Canal de l’île longue, le Hudson, etc., outre ceux du +fleuve Saint-Laurent et des grands lacs au nord des Etats-Unis. + +Autrefois, le trajet de la Nouvelle-Orléans à Louisville, qui est de 150 +lieues de poste en suivant le cours des rivières, ne durait pas moins de +trois mois; aujourd’hui, quelques bateaux de la Nouvelle-Orléans se +rendent en 14 jours jusqu’à Cincinnati, c’est-à-dire 54 lieues plus haut +que Louisville. A la Louisiane, ces bateaux[206] font la navigation du +fleuve et des rivières qui y affluent et jaugent 40 ou 50 tonneaux. Ou +en voit même de 900 tonneaux, qui portent un nombre considérable de +passagers. + + [206] On en compte sur une seule rivière plus de 100 et plus de 50 + dans un seul port. Ils jaugent ensemble plus de 14 mille tonneaux. + +Nul doute que dans dix ans on ne parvienne à communiquer aux grands lacs +du nord-ouest, à la mer Atlantique, de là à l’Isthme de Panama, et +peut-être à travers cet Isthme, à la Chine et à la Nouvelle-Hollande, +par le moyen de ces bâtimens; ils servent actuellement aux voyages de +New-Yorck à Pensacola, à la Nouvelle-Orléans et à la Havane. On y trouve +les commodités, les avantages et les agrémens, des voitures et des +hôtelleries les meilleures de l’Europe. + +On remarque encore chez les esquimaux de la baie de Baffin l’usage des +attelages de chiens aux traîneaux. + + +PÉROU. + +On courait la poste au Pérou sur les épaules d’hommes destinés à ce +service. Leur diligence à parcourir une distance qui ne devait pas +excéder un mille, était si étonnante, qu’elle égalait la vîtesse d’un +cheval. Ce qui surprenait davantage, c’était leur adresse à décharger +sans s’arrêter le voyageur qu’ils portaient, pour le jeter sur les +épaules du courrier qui les remplaçait. + +Lors de la conquête que les Espagnols firent de cet empire en 1527, les +chemins étaient magnifiques. Ils remarquèrent surtout que celui qui +conduisait de Cusco à Quito, dans une étendue de près de cinq cents +lieues, était aligné avec soin, pavé avec solidité, bordé d’arbres +appelés _molly_, aux pieds desquels coulaient deux ruisseaux. Ce chemin +était aussi revêtu de chaque côté de murailles parfaitement construites +pour retenir les terres. L’imagination est surprise des travaux qu’il a +fallu entreprendre pour venir à bout d’un projet aussi vaste, soit en +perçant des montagnes ou comblant des précipices, d’autant plus que les +Péruviens étaient privés de machines propres à transporter les +pierres[207] pour la construction des édifices établis de distance en +distance sur les routes. L’étonnement redouble en considérant la +hardiesse de ces ponts suspendus par des cordages avec lesquels la +communication entre Lima et Quito fut rendue si facile. L’Europe peut +imiter ces entreprises gigantesques avec la supériorité que donne +l’industrie aux peuples civilisés, sans rien ôter à la gloire de ces +nations qui, n’ayant pas les mêmes avantages, ne trouvaient aucun +obstacle pour se frayer un passage à travers les montagnes les plus +élevées et les plus inaccessibles du globe. + + [207] Les moindres avaient dix pieds carrés. + +Quant aux courriers appelés chasqui, leur emploi consistait à porter les +ordres de l’Inca aux gouverneurs des provinces. Placés au nombre de six +dans de petites cabanes distantes l’une de l’autre d’un quart de lieue, +les uns veillaient constamment pour être prêts à porter sans délai, à la +station voisine, le message qu’ils recevaient de vive voix d’aussi loin +qu’ils pouvaient l’entendre, afin de le transmettre de la même manière; +les autres, pendant ce tems se livraient au repos que ce service +fatigant et continu leur rendait si nécessaire. On conçoit avec quelle +rapidité les volontés du monarque parvenaient sur tous les points de +l’empire. + +Quelle ressource offrait encore aux Péruviens leurs nœuds ou quipos. La +différence des couleurs, la variété des contextures, avaient une +signification très-multipliée, qui donnait les moyens de correspondre +plus secrétement. Les quipos étaient composés de petits cordons de laine +de toutes couleurs arrangés et contournés en divers sens. On attachait à +chacune de ces formes, de ces couleurs, la signification des choses les +plus essentielles. Ainsi, un rond fait avec de la laine blanche ou jaune +représentait la lune ou le soleil. Les Péruviens correspondaient par la +voix; mais, lorsque la commission devait être secrète, ils se donnaient +l’un l’autre une espèce de quipos; c’était alors un chiffre convenu +entre l’Inca et le gouverneur auquel il était adressé. + +La maîtresse de Pizarre trouvait les nœuds pour exprimer la pensée bien +insuffisans auprès des caractères européens. _Ce langage_, disait-elle, +_était trop borné pour rendre ce que je ressentais pour mon amant_. + + +MEXIQUE. + +La nouvelle de la présence de Cortez au Mexique jeta l’effroi dans tout +l’empire de Montezuma. Ce prince, qui régnait alors, ne tarda pas à en +être instruit; car, selon la coutume de cet état, il avait des courriers +qui l’entretenaient de tout ce qui s’y passait. On choisissait les +jeunes gens les plus dispos qu’on exerçait dès le premier âge. La +principale école était le grand temple de la ville de Mexico. Il y avait +des prix tirés du trésor public pour celui qui arriverait le premier au +pied de l’idole. Dans ces courses, qu’ils faisaient d’une extrémité de +l’empire à l’autre, ils se relevaient de distance en distance avec une +mesure si proportionnée à leur force, qu’ils se succédaient avant d’être +las. Les dépêches qu’ils apportaient à l’Empereur consistaient en des +pièces de toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les +différentes circonstances des affaires dont ils devaient être instruits. +Les figures étaient entremêlées de caractères qui suppléaient à ce que +la peinture n’avait pu exprimer. + +Dans les circonstances extraordinaires, les Péruviens et les Mexicains, +comme les peuples anciens, employaient la fumée et les feux pour +transmettre au loin les avis qui intéressaient le salut de l’état. + +Non-seulement on avait reconnu les chiens propres aux attelages, mais +encore à servir de courriers. On leur attachait au cou les dépêches +qu’on voulait qu’ils transportassent, et l’instinct dont ce précieux +animal est doué, le conduisait à fournir sa course avec rapidité, et +même encore à défendre le paquet qui lui était confié contre toute +entreprise indiscrète. Les Portugais, dit-on, les ont employés à cet +usage lors de leurs conquêtes aux Indes. + +Dans l’intérieur de l’Amérique du sud, pour les communications, soit du +Brésil, de Buenos-Ayres, soit des provinces de l’ouest situées aux pieds +des Andes, les marchandises d’un grand poids sont transportées +quelquefois sur des chars traînés par des bœufs; mais le mauvais état +des routes, les ruisseaux bourbeux et les étangs, rendent ce mode +excessivement long: on se sert plus communément de mules et de chevaux +de bât. Les maisons de poste, qu’on trouve de distance en distance, sont +de misérables chaumières presque abandonnées et très-incommodes par les +insectes qui s’y rassemblent. + +Il n’y a que quatre passages dans la partie de la cordillière +méridionale, dont un seul est assez large pour que les chars y passent +avec facilité. + +Nous ne porterons pas plus loin l’énumération, peut-être déjà trop +prolongée dans un essai de ce genre, des moyens de correspondre et de +voyager chez tous les peuples du monde. Nous nous bornerons à observer +que le séjour des Européens dans leurs possessions d’outre-mer[208] et +les relations non interrompues que celles-ci entretiennent avec les +métropoles, ne laissent plus d’incertitude sur la possibilité de +communiquer avec les diverses contrées répandues sur tous les points du +globe. + + [208] Une compagnie anglaise a déjà rassemblé de très-grands capitaux + destinés à la construction de routes, de canaux, de bâtimens à + vapeur, de chemins en fer et de tous les ouvrages propres à établir, + dans l’Amérique méridionale, les moyens rapides et perfectionnés + employés en Europe pour multiplier les communications. Parmi les + singularités que nous avons remarquées dans le cours de cet essai + sur la docilité de certains animaux, nous citerons encore les + tigres, dressés à conduire le chariot de M. Carneiro, procureur à + Bogota. Ils sont tellement apprivoisés, qu’il s’en sert + habituellement pour se rendre au palais de justice. + +Et quoiqu’il n’existe pas en France de bâtimens[209] spécialement +destinés au transport des lettres, le service des postes maritimes n’en +a pas moins lieu avec toute la régularité qu’on remarque sur le +continent. Aucun vaisseau n’y est attaché; tous y coopèrent; et le +nombre considérable de ceux que le commerce emploie à faciliter ses +échanges, sert aussi à multiplier ceux de la pensée. + + [209] Le bateau à vapeur le _Galibi_, nommé la _Caroline_ depuis le + voyage de S. A. R. Madame duchesse de Berri en Normandie, parti du + Havre, est arrivé sur la côte de la Guyanne en 36 jours de + traversée. Ce bâtiment est destiné à naviguer entre les divers + points de cette intéressante colonie, coupée par de nombreuses + rivières, qui deviendra bien plus importante, lorsqu’on aura mis à + exécution les divers projets de canalisation. + + + + +QUATRIÈME PARTIE. + +PRATIQUE DES POSTES. + + +Les postes, après avoir éprouvé tant de variations, semblent établies +sur des bases fixes et durables. Une longue expérience a fait rectifier +peu à peu tout ce que la théorie n’offrait pas d’assez régulier dans la +pratique. + +Il serait sans doute insuffisant d’en suivre l’histoire, si l’on ne +cherchait dans le code qui les régit les moyens sûrs de profiter +pleinement des avantages qui en résultent pour la société. En effet, +quelle administration est d’un usage plus répandu? Quel est l’individu, +quelque puissant ou quelque obscur qu’il soit dans l’Etat, dont elles ne +servent les relations d’intérêt, de famille, d’amitié et de bienséance. +On est cependant frappé de l’insouciance qu’on rencontre généralement +dans le monde à cet égard, et surpris d’y voir ignorer jusqu’aux plus +simples notions d’un service dont le besoin se fait sentir presque à +chaque instant. + +Nous ne croirions donc pas avoir rempli la tâche que nous nous sommes +imposée, si, à la suite de ces considérations générales sur les postes, +nous n’entrions pas dans quelques détails indispensables propres à +servir de guide dans la pratique. + +La direction générale des postes comprend actuellement, sous ce titre, +la poste aux lettres et la poste aux chevaux: elle est administrée par +un directeur-général, M. le marquis de Vaulchier, grand-officier de la +Légion-d’Honneur, conseiller-d’Etat et membre de la chambre des députés, +sous l’autorité et la surveillance duquel le travail est réparti entre +les trois administrateurs qui lui sont adjoints. + +M. N., administrateur de la 1.re division, est chargé des relais[210], +des correspondances[211] et du bureau[212] des malles et estafettes; + + [210] M. Forgeot [LH], chef de division. Création et suppression des + relais, fixation des distances, gages et indemnités aux maîtres de + poste; secours et pensions aux postillons. + + [211] M. de Raucogne [Henri], chef de division. Etablissement et + suppression des bureaux de poste, distribution, entrepôts, services + de nuit, coïncidence des courriers, fixation des dépenses dans les + départemens, inspecteurs, offices étrangers. + + [212] M. Pierrot, chef. + +M. le comte de Raucogne [LH], administrateur de la 2.e division, +s’occupe de ce qui est relatif à la vérification[213] des droits et +produits, et du personnel[214]; + + [213] M. Mahon, chef de division. Vérification des bordereaux des + droits et produits établis par les comptables.--M. Gachet, agent + comptable. Recette et dépense faite pour le service intérieur à + l’hôtel des postes. + + [214] M. Tenant de la Tour [LH], chef de division. Notes + d’informations et rapports sur le personnel des employés, + présentation aux emplois vacans.--M. de Richoux, chef de division + des services. + +M. Barthe-la-Bastide [LH], membre de la chambre des députés, +administrateur de la 3.e division, dirige le départ[215], +l’arrivée[216], la division[217] de Paris, les articles[218] et le +bureau des voyageurs[219]. + + [215] M. Bousquet, chef de division. Taxe des lettres, + affranchissemens, chargemens, expédition des estafettes, courriers + extraordinaires pour les départemens et l’étranger. + + [216] M. Jaqueson de Vauvignol, [Croix] [LH], chef de division. + Réception et vérification des dépêches, tri et remise des lettres et + paquets pour le Roi et les ministres. + + [217] M. Ginisly [LH], chef de division. Paris, bureau de + distribution, affranch. des p. p. Paris: tri, distribution générale. + + [218] M. Itasse [LH], chef de division. Mouvement, surveillance et + comptabilité des articles d’argent et valeurs cotées qui sont + déposés à Paris et dans les départemens. + + [219] M. , chef. + +Le secrétaire-général, M. le baron Roger (O. [LH]), membre de la chambre +des députes, a dans ses attributions le bureau d’enregistrement des +dépêches, le bureau d’ordre ou 1.er bureau (franchises et +contre-seings), le bureau du budget, le bureau du matériel, le bureau du +dépôt et des derniers rebuts, et tout ce qui a rapport aux transports +frauduleux. + +On compte douze bureaux de poste à Paris, en y comprenant ceux de la +cour, de la chambre des pairs et de la chambre des députés, desquels +dépendent des boîtes en très-grand nombre, placées dans les lieux les +plus apparens. Ces boîtes sont levées, deux heures en deux heures, sept +fois en été et six en hiver. Le terme moyen de chaque distribution est +de trois heures. Les distributions, pour les bureaux établis dans la +banlieue se font deux fois par jour. + +Toutes les lettres de réclamations relatives au service doivent être +adressées à M. le directeur-général des postes. + +Les inspecteurs des postes sont les agens supérieurs dans les +départemens. Ils sont au nombre de trente, et leurs divisions +comprennent, à quelques exceptions près, trois départemens. + +Le nombre des bureaux de poste, en France, est de 1371[220], non compris +les distributions. Ils sont administrés par des directeurs; mais tous +n’ont pas de contrôleurs, de commis, de distributeurs, de garçons de +bureau et de facteurs. Cette organisation, plus ou moins modifiée, +dépend de l’importance des localités: on distingue, par cette raison, +les bureaux en simples et composés. + + [220] 1825. + +Chaque bureau de poste a une boîte dont l’ouverture, placée +extérieurement, est destinée à recevoir les lettres qu’on y jette tant +le jour que la nuit. Dans les grandes villes, ces boîtes, appelées +_petite-poste_, sont établies dans les divers quartiers, d’où les +lettres sont retirées plusieurs fois dans la journée pour être +transportées au bureau appelé _grande-poste_. + +On entend par lettre, épître ou missive, la feuille de papier écrite +d’une dimension déterminée, dont la forme, après avoir été repliée sur +elle-même, est celle d’un carré long. Le côté où les plis se rejoignent +pour recevoir le cachet qui la clot, s’appelle le dos; l’autre, qui est +le dessus, est destiné à l’adresse ou suscription. + +L’adresse doit être claire, précise, lisiblement écrite et dégagée de +toute explication surabondante. + +Il est essentiel de s’informer des heures d’ouverture des bureaux de +poste de chaque lieu où l’on se trouve, de celles des levées de boîtes +pour le départ des courriers de chaque route, ainsi que des jours où +s’expédient ces courriers: les retards dans l’expédition, et par +conséquent la réception des lettres proviennent toujours de +l’incertitude du public à cet égard. Il est facile de le démontrer. Les +courriers expédiés de Paris pour les provinces, et réciproquement de +celles-ci pour la capitale et les villes du royaume, partent tous les +jours et le plus généralement trois fois la semaine. Il est clair que, +si, se trompant d’heure, on jette une lettre à la boîte, le lundi par +exemple, après le départ d’un courrier qui ne doit plus avoir lieu que +le jeudi suivant, elle éprouve, en séjournant dans le bureau +d’expédition, un retard de 72 heures. Supposons la même erreur de la +personne qui doit y répondre, et on aura la solution d’un problème qui +étonne tout le monde, excepté les agens des postes qui ont tant +d’occasions de gémir sur une insouciance si préjudiciable aux intérêts +du public. + +Il n’est peut-être pas hors de propos de donner ici une idée générale +des opérations qui ont lieu pour les lettres depuis l’instant où elles +sont jetées à la boîte jusqu’à celui où elles sont remises aux +destinataires. + +Les lettres retirées de la boîte sont portées sur une table pour être +timbrées; puis on les trie pour les placer dans les cases destinées à +chaque correspondance; on les taxe ensuite, après les avoir pesées, s’il +y a lieu, en suivant les progressions du tarif; on les compte, et le +montant contenu dans chaque case est porté sur une lettre d’avis jointe +au paquet qu’on en forme, en le ficelant, le couvrant de plusieurs +feuilles d’un papier très-fort, le reficelant et fixant les bouts de la +ficelle avec de la cire sur laquelle on applique le cachet du bureau. La +couverture porte encore, écrit à la main, le nom du bureau auquel on +expédie le paquet, et le timbre du bureau expéditeur. On inscrit aussi +sur un registre le montant des lettres contenues dans cette dépêche; et, +après avoir rempli les mêmes formalités pour chaque correspondance (il y +a des bureaux qui en ont jusqu’à cent), on les classe par route, et on +en porte le nombre sur une feuille ou part qui sert à établir la +responsabilité des courriers auxquels ces paquets sont confiés. + +Voilà pour l’expédition. Cette opération, pour laquelle les instructions +accordent une heure, depuis la dernière levée de la boîte, se fait +ordinairement dans une demi-heure, tant l’intelligence et la promptitude +des officiers des postes sont remarquables. + +A la réception des dépêches, qui a lieu immédiatement après l’arrivée du +courrier, on en constate le nombre, et on en fait l’ouverture pour +s’assurer si le montant des lettres qu’elles contiennent est conforme à +celui indiqué sur les feuilles d’avis qui les accompagnent; on les remet +aux facteurs ou distributeurs, qui les trient, reconnaissent +l’exactitude des sommes auxquelles elles montent, et s’acheminent, sans +délai, vers leurs quartiers respectifs, pour en faire la distribution. + +Il est facile de juger, d’après ces diverses opérations, du travail +auquel une lettre donne lieu, et combien il est minutieux, puisque nous +avons vu que Paris en reçoit et en expédie plus de 30,000 par jour, sans +compter 35,000 feuilles périodiques. + +La lettre est _simple_, lorsqu’elle ne pèse pas six grammes, et non +parce qu’elle est formée d’une simple feuille de papier et même d’une +demi-feuille. Le poids seul détermine cette dénomination, toujours mal +interprétée par le public. Lettre simple, dans ce cas, est synonime de +non _pesante_. Il faut, pour éviter toute méprise, n’employer que le +papier dit papier à lettre et choisir le plus fin. On y trouvera un +grand avantage, puisque la plus légère différence dans le poids fait une +augmentation qui ne peut être moindre d’un décime. + +La lettre taxée est celle dont le prix exprimé en décimes se place sur +le dessus ou suscription. Les chiffres dont on se sert à cet effet ont +une forme particulière. Dès que la lettre n’est plus simple, +l’application du tarif, qui a lieu d’après son poids, est indiquée par +les chiffres 7, 8, 11, 15, etc., inscrits dans l’angle supérieur gauche +de la suscription. + +La lettre est _surtaxée_ lorsque diverses causes ont concouru à une +fausse application du tarif. Dans ce cas, les destinataires sont +toujours admis à réclamer la réduction de la taxe au taux légal, et, par +conséquent, le remboursement de cet excédant, qui ne peut être alloué +que d’après l’ordre du directeur-général des postes, et sur la +représentation de la lettre recachetée, de l’enveloppe, de la +suscription même (lorsqu’on peut l’en détacher sans inconvénient), qui +lui est transmise par l’intermédiaire des directeurs des postes. Cette +pièce est renvoyée de Paris avec l’autorisation de paiement. + +Tout particulier a le droit de refuser les lettres qui lui sont +présentées. Le principe de justice qui guide l’administration dans cette +mesure, la porte à le retirer dès l’instant que la lettre a été reçue et +à plus forte raison décachetée sciemment. Dans le cas de refus d’une +lettre, elle est conservée pendant trois mois dans le bureau de poste ou +elle est arrivée, pour être remise au destinataire, s’il croyait devoir +la retirer dans cet intervalle. Passé ce délai, les réclamations n’ont +plus lieu qu’à Paris. + +L’expéditeur de lettres _mal cachetées, recachetées, ou dont le cachet +porte des traces d’altération_, doit toujours faire mention dans sa +lettre, ou sur la suscription même, des raisons qui l’ont causée, pour +éviter les soupçons qui pourraient être dirigés contre les officiers des +postes. + +Il y a des lettres _blanches_, et d’autres dont l’adresse est vicieuse +ou imparfaite: ce cas se présente fréquemment. On appelle blanches, +celles auxquelles l’adresse manque entièrement. Les autres, ou portent +le nom du lieu sans celui du destinataire, ou le nom de celui-ci, en +ayant omis la désignation du lieu, ou sont privées des indications +propres à fixer l’incertitude de l’agent des postes sur la direction +qu’il doit leur faire suivre. + +Ces lettres sont immédiatement envoyées à Paris, afin d’obtenir les +renseignemens convenables pour leur donner cours; dans ce cas, celui qui +reçoit la lettre qu’il a écrite, ne peut mettre en doute l’erreur qu’il +a commise; mais, le défaut de réflexion, quelquefois une injuste +prévention, et presque toujours l’ignorance des lois, donnent occasion +de croire que les directeurs des postes s’arrogent arbitrairement la +faculté d’ouvrir les missives. Cette formalité, commandée par la +nécessité, n’est jamais remplie que par le directeur-général et les +administrateurs des postes, dans l’intérêt des particuliers, et en vertu +des lois du royaume[221]. + + [221] La loi du 7 nivose an 10 règle les époques d’ouverture, de + brûlement et de garde: elle fixe à cinq ans la garde des objets + importans et de valeur: ces derniers sont alors transmis au trésor + royal. + +Les lettres ne doivent contenir aucun objet étranger à la +correspondance. + +On peut réclamer les lettres mises à la boîte avant le départ du +courrier, soit pour les retirer, soit pour en rectifier l’adresse, +seulement quand on les a écrites et signées, et en remplissant certaines +formalités exigées rigoureusement. + +Dans cette circonstance, et comme dans toutes celles où les officiers +des postes opposent la sévérité des règlemens, le public croit voir des +entraves. Mais qu’il se persuade bien que toutes ces mesures sont dans +son intérêt et qu’elles ajoutent une nouvelle garantie à l’inviolabilité +du secret des lettres. + +La similitude de noms, et la briéveté de l’adresse qui ne contient que +le nom du destinataire et du lieu de destination, causent souvent des +méprises sur l’ouverture des lettres. Dans ce cas, la personne qui a +ouvert la lettre qu’elle reconnaît ne pas lui appartenir, doit +l’attester sur le dos, en signant qu’elle a été, ouverte _par conformité +de nom_. Les employés des postes font les recherches nécessaires pour +trouver le véritable destinataire; car le but n’est pas tant de placer +la lettre pour en toucher le prix du port, que de la remettre à la +personne à laquelle elle est véritablement destinée; d’où il suit que +l’intérêt du Trésor dans la perception du port n’est que secondaire, +puisque la lettre est moins une denrée, une marchandise qu’on débite +indifféremment, qu’une propriété qui ne peut être détournée des mains de +son possesseur. + +Les lettres sous un nom supposé ne peuvent être remises aux personnes +qui les réclameraient. + +Il n’est pas nécessaire de faire sentir les dangers que ce mode de +correspondance entraînerait. + +On entend par _lettres à poste restante_ celles qui ne sont remises aux +destinataires que sur leur réclamation et qui ne peuvent être comprises +dans les distributions faites par les facteurs. + +Les lettres _franches_ sont celles qui par certaines formalités, telles +que le contre-seing, ne sont point assujetties à la taxe. Elles +intéressent le service du Roi, pour lequel l’administration des postes a +été établie originairement. + +On peut s’adresser aux directeurs des postes afin de connaître les +fonctionnaires de l’état qui jouissent de la franchise sans restriction. + +Les lettres _affranchies_ sont celles dont le port est payé d’avance par +l’envoyeur, pour que le destinataire n’ait aucun prétexte de la refuser. + +Les lettres affranchies sont taxées devant la personne qui les présente +d’après les mêmes règles que celles jetées à la boîte. Ce qui les +distingue de celles-ci, c’est que la taxe est placée sur le dos, et que +le timbre porte deux PP. + +L’affranchissement est volontaire ou forcé. Il est libre, par exemple, +pour tout le royaume: on entend par ce mot, la faculté d’affranchir ou +de ne pas affranchir. Il est essentiel d’affranchir toutes les lettres +pour les personnes chargées de fonctions publiques, telles que ces +curés, préfets, sous-préfets, juges, maires, députés, agens-d’affaires, +etc., et même les particuliers avec lesquels on n’a pas de relations +habituelles, parce que ces lettres sont ordinairement refusées, lorsque +le port n’en est pas payé d’avance. Dans ce cas, comme dans beaucoup +d’autres, le public chercherait en vain à rejeter sur la poste toute +responsabilité. Les détails qui précèdent et ceux qui suivent, +suffiront, croyons-nous, pour détruire d’injustes préventions, et pour +prouver que les erreurs qui se modifient de tant de manières, ne peuvent +jamais lui être imputées. + +Nous avons indiqué, dans la troisième partie, les principaux lieux pour +lesquels l’affranchissement est forcé ou volontaire: on pourra y +recourir à l’occasion. Mais comme les arrangemens entre l’office général +de France et les offices étrangers peuvent subir des modifications, nous +engageons à consulter à cet égard le livre de poste que nous avons cité +dans le cours de cet ouvrage. + +Les lettres des colonies sont celles transportées par les bâtimens du +commerce destinées pour les provenances d’outre-mer. Elles doivent être +affranchies. + +Les lettres simples pour les militaires en activité, jusqu’au grade +d’officier, jouissent, lorsqu’on les affranchit, d’une modération de +taxe qui est fixée à vingt-cinq centimes. + +Les imprimés présentés sous bandes à l’affranchissement, qui ne +contiennent aucune écriture à la main (excepté la date et la signature +pour les circulaires), paient cinq centimes par feuille d’impression; et +quatre centimes seulement lorsque ce sont des journaux. Le plus grand +nombre est assujetti au droit du timbre[222]. + + [222] Les lettres de faire part de naissances, de mariages et de décès + en sont exemptes. + +Par lettres _chargées_ on entend celles qui sont présentées au directeur +et pour lesquelles il perçoit le double du port ordinaire de la lettre +affranchie ou jetée à la boîte. Ces lettres doivent être sous enveloppe +et cachetées de 3 ou 5 cachets en cire avec empreinte: elles sont +enregistrées et frappées du timbre du bureau et de celui portant le mot +chargé. L’administration ne répond que de ces sortes de missives, pour +lesquelles elle accorde cinquante francs, lorsqu’elles ne parviennent +pas à leur destination. Afin de faciliter les recherches, en cas de +réclamation, il est délivré un bulletin à l’envoyeur. + +Le destinataire est toujours prévenu de l’arrivée de la lettre (que lui +seul peut retirer), pour laquelle il donne son reçu sur les registres +tenus à cet usage. Il peut néanmoins, en cas d’absence, se faire +représenter pour remplir ces formalités. Mais une procuration quelque +générale et quelqu’étendue qu’on pût la supposer, qui ne contiendrait +pas la clause spéciale de retirer les lettres de la poste, serait sans +valeur près des directeurs. Cette omission, qui peut entraîner de graves +inconvéniens, devrait éveiller l’attention des hommes publics auxquels +la rédaction de pareils actes est confiée. + +Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que les lettres, même +décachetées, destinées pour un lieu où se trouve un bureau de poste, ne +peuvent être transportées que par les courriers de l’administration. +Toute autre voie, qui constate un délit de fraude[223], serait d’autant +moins excusable que les moyens de correspondre, multipliés à grands +frais chaque jour, entretiennent une activité admirable dans les +relations. + + [223] Dans ce cas, le destinataire qui réclame sa lettre, en paie le + double port; et le contrevenant est condamné à une amende qui ne + peut être moindre de 150 francs. + +On comprend sous le titre d’articles, les espèces d’or et d’argent, +ayant cours, présentées à découvert pour être acquittées dans tous les +bureaux de poste du royaume seulement, et pour lesquelles on paie un +droit fixe de 5 centimes par franc et 65 centimes pour le timbre de la +reconnaissance[224]. Cette pièce est détachée d’un talon ou lettre +d’avis que le directeur envoie à son correspondant; d’un bulletin qui +reste aux mains de l’envoyeur et d’une souche envoyée à la direction +générale. On voit par là qu’il ne faut altérer en rien la dimension de +la reconnaissance expédiée par le déposant au destinataire, puisqu’à +l’instant du paiement elle est rapprochée de la lettre d’avis. S’il +restait quelqu’incertitude après cette comparaison, le directeur se +refuserait à faire droit à toute réclamation jusqu’à plus ample +information. + + [224] Les sommes au-dessous de 10 francs, adressées aux militaires en + activité de service, n’y sont point assujetties. + +Les articles ne sont payables qu’au destinataire ou à un fondé de +pouvoirs spéciaux. + +Les _valeurs cotées_ se composent des bijoux, pierreries ou autres +objets précieux qui sont déposés à découvert, afin que le directeur +puisse en apprécier la valeur, sur l’estimation de laquelle il perçoit +le même droit que pour les articles d’argent, en se conformant à peu +près aux mêmes formalités. Les objets sont renfermés, en présence du +directeur, dans une boîte ficelée et cachetée en cire du cachet de +l’envoyeur. + +Les malles-postes sont ces voitures élégantes, à quatre places, montées +sur ressorts, ayant quatre roues, attelées de quatre chevaux et +destinées au transport des dépêches et des voyageurs. La régularité dans +les heures de départ et d’arrivée, et la célérité avec laquelle on peut +parcourir l’étendue du royaume, ne sont pas les seuls avantages qu’offre +cette manière de voyager. + +Le prix des places, sans distinction d’âge, est d’un franc cinquante +centimes par poste. + +Les directeurs sont chargés de l’enregistrement des voyageurs et de la +recette des places, dont le prix doit être acquitté avant le départ. + +Tout voyageur qui ne se serait pas muni d’un passeport ne pourrait être +admis dans ces voitures. + +La poste[225] aux chevaux dépend de la direction générale de la poste +aux lettres et elle est sous la surveillance immédiate des inspecteurs +des postes. + + [225] Le maître de la poste aux chevaux à Paris, M. Dailly, a son + relais rue Saint-Germain-aux-Prés, n.º 10. + + M. Davrauge de Montville, préposé à la distribution des permis, a + son bureau à la poste aux chevaux. + +On compte 1463 relais, composés chacun d’un nombre de chevaux +nécessaires[226], qui varie suivant l’importance des lieux, mais qui ne +peut être moindre de quatre. + + [226] Dénomination donnée aux chevaux fixés par le réglement. + +Ils sont fournis et entretenus par des agens, sous le nom de maîtres de +poste, pour transporter les dépêches du Roi et des particuliers, et +conduire les voyageurs d’après les réglemens. Outre le prix qu’ils +retirent de la course des chevaux employés à ce service, ils reçoivent +des _gages_ qui ne peuvent s’élever au-dessus de 450 fr., ni être +au-dessous de 250 fr. + +Par arrangement conclu en 1822, les maîtres de poste conduisent les +messageries: celles-ci sont exemptes par là du droit de 25 centimes par +cheval à leurs voitures, créé au profit des premiers. + +Chaque relais, à la tête duquel est un maître de poste, a un nombre +déterminé de postillons, comme lui, à la nomination du directeur-général +des postes. + +Chaque poste doit être parcourue dans une heure; et le maître du relais +est tenu de présenter son registre d’ordre, sur la demande de tout +voyageur qui croit devoir y consigner ses plaintes. + +Le livre de poste qui paraît annuellement, nous dispense d’entrer dans +d’autres détails: ils seraient encore insuffisans pour celui qui +entreprendrait de voyager par la poste sans en être muni. + +On appelle estafette[227] le courrier chargé de porter d’une poste à +l’autre les dépêches extraordinaires renfermées dans un portefeuille, +dont la clef reste aux mains des directeurs. Ce moyen est tellement +prompt, qu’une distance de cent lieues peut être parcourue en moins de +25 heures. + + [227] Cette dénomination n’est pas applicable aux courriers + extraordinaires qui transmettent avec diligence la dépêche qu’ils + ont reçue jusqu’à sa destination. Ces sortes d’expéditions sont + assujetties à des règles particulières. + +Le gouvernement l’emploie dans les circonstances importantes et sur les +points où il n’existe pas de lignes télégraphiques. + +Les particuliers ne peuvent participer à cet avantage qu’avec +l’autorisation des directeurs de la poste aux lettres. + +Nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans de nouvelles +explications sur l’usage des postes, surtout après y avoir été conduit +si naturellement par nos recherches sur leur origine, leur but, leur +importance, leurs progrès et leurs résultats. La pratique vient ici à +l’appui de la théorie. + +Il nous semble donc qu’il ne peut rester d’incertitude sur l’utilité +d’une institution si généralement répandue et sur les avantages +inappréciables que la société en retire. + +C’est une vérité prouvée par les faits, proclamée par l’histoire, et +confirmée chaque jour par l’expérience. + + +FIN. + + +ERRATA. + +Page 12 ligne 5. Retranchez mais. + +Page 38 ligne 5. Une virgule après mesure, et ligne 8 un point après +usuraire. + +Page 41 ligne 30. Une virgule après individus, et deux points, ligne 32, +après guerre. + +Page 95 ligne 20. Port: lisez: part. + +Page 170 ligne 12. Ces: lisez: les. + + + + +Note de la page 28. + +ÉDIT SUR LES POSTES. + + +Le seigneur et Roy (Louis XI) ayant mis en délibération avec les +seigneurs de son conseil, qu’il est moult nécessaire et important à ses +affaires et à son estat de sçavoir diligemment nouvelles de tous costez, +et y faire, quand bon luy semblera, sçavoir des siennes; d’instituer et +d’establir en toutes les villes, bourgs, bourgades, et lieux que besoin +sera jugé plus commodes, un nombre de chevaux courants de traitte en +traitte, par le moyen desquels ses commandements puissent estre +promtement exécutez, et qu’il puisse avoir nouvelles de ses voisins +quand il voudra, veut et ordonne ce qui en suit. + +Que sa volonté et plaisir est que dèz à présent et doresnavant, il soit +mis et establi spécialement sur les grands chemins de son dit royaume, +de quatre en quatre lieues, personnes séables, et qui feront serment de +bien et loyaument servir le Roy, pour tenir et entretenir quatre ou cinq +chevaux de légère taille, bien enharnachez et propres à courir le galop +durant le chemin de leur traitte, lequel nombre se pourra augmenter, +s’il est besoin. + +Le Roy nostre seigneur veut et ordonne qu’il y ait en la dite +institution et establissement et générale observation, et pour en faire +l’establissement un office intitulé _conseiller grand-maistre des +coureurs de France_; qui se tiendra près de sa personne, après qu’il +aura esté faire le dit establissement, pour ce faire luy sera baillé +bonne commission. + +Et les autres personnes qui seront ainsi par luy establies de traitte en +traitte, seront appelées _maistres_, tenant les chevaux courans pour le +service du Roy. + +Les dits maistres seront tenus, et leur est enjoint de monter sans aucun +délay ni retardement, et conduire en personne, s’il leur est commandé, +tous et chacuns les courriers et personnes envoyées de la part du dit +seigneur ayant son passeport et attache du _grand-maistre des coureurs +de France_, en payant le prix raisonnable, qui sera dit ci-après. + +Porteront aussi lesdits maistres coureurs toutes despêches et lettres de +sa majesté qui leur seront envoyées de sa part et des gouverneurs et +lieutenans de ses provinces et autres officiers, pourveu qu’il y ait +certificat ou passeport dudit _grand-maistre des coureurs de France_, +pour les choses qui partiront de la cour et hors d’icelle, des dits +gouverneurs, lieutenans et officiers, que c’est pour le service du Roy, +lequel certificat sera attaché au dit paquet, et envoyé avec un +mandement du commis du dit _grand-maistre des coureurs de France_, qui +sera par luy establi en chacune ville frontière de ce royaume, et autre +bonnes villes de passage que besoin sera; le dit mandement addressant +audit _maistre des coureurs_, pour porter sans retardement lesdits +paquets, ou monter ceux qui seront envoyés pour les affaires du Roy. + +Et afin qu’on puisse savoir s’il y aura eu retardement, et d’où il sera +procédé, le dit seigneur veut et ordonne que le dit _grand-maistre des +coureurs_, et ses dits commis cottent le jour et l’heure qu’ils auront +délivré lesdits paquets au premier _maistre-coureur_, et le premier au +second, et aussi semblablement pour tous les autres _maistres-coureurs_ +à peine d’estre privez de leurs charges, et des gages, priviléges et +exemptions qui leur seront donnés par la présente institution. + +Ausquels _maistres coureurs_ est prohibé et deffendu de bailler aucuns +chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu’il puisse estre sans +le mandement du Roy et du dit _grand-maistre des coureurs de France_, à +peine de la vie. D’autant que le dit seigneur ne veut et n’entend que la +commodité du dit establissement ne soit pour autre que pour son service, +considéré les inconvéniens qui peuvent survenir à ses affaires, si les +dits chevaux servent à toutes personnes indifféremment sans son sçeu, ou +du dit _grand-maistre des coureurs de France_. + +Et afin que nostre très-saint père le pape et princes estrangers, avec +lesquels sa majesté a amitié et alliance, par le moyen desquels le +passage de France est libre à leurs courriers et messagers, n’ayent +sujet de se plaindre du présent réglement, sa majesté entend leur +conserver la liberté du passage, suivant et ainsi qu’il est porté par +ses ordonnances, leur permettant si bon leur semble, d’user de la +liberté du dit establissement, en payant raisonnablement et obéissant +aux ordonnances contenues. + +Mais pour éviter les fraudes que pourraient commettre les courriers et +messagers allants et venants en ce royaume, lesquels pour ne se vouloir +manifester aux bureaux du dit grand-maistre des coureurs de France, et à +ses commis qui y résideront en chacune ville frontière, et autres de ce +royaume, passeraient par chemins obliques et destournez pour oster la +connaissance de leur voyage et entrée en ce dit royaume prenant pour ce +faire autres chevaux et guides. + +Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands chemins et +villes frontières pour se manifester aux bureaux dudit _grand-maistre +des coureurs_, et prendre passeport et mandement tel que sera dit, à +peine de confiscation de corps et de biens. + +Et d’autant que la charge du dit _grand-maistre des coureurs de France_, +est moult d’importance, et requiert avoir fidélité, soigneuse discrétion +et sçavoir; et qu’au moyen du dit office et de sa dite charge les +articles de l’institution et establissements dessus dit, doivent estre +gardez, entretenues, et observez et estant iceluy establissement moult +utile au service et à l’intention du Roy, il y requiert y avoir bien +notables personnes pour le tenir. + +Veut et ordonne que celui qui sera pourveu de la dite charge, soit +compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires, compté en +enrollé en l’estat de son hostel, tout ainsi que l’un de ses conseillers +et maistres d’hostel ordinaires. + +Veut et ordonne que le dit _grand-maistre des coureurs de France_, ait +l’entière disposition de mettre et establir par-tout où besoin sera les +dits maistres coureurs, les déposséder si leur devoir ne font, et +pourvoir en leur place tel que bon luy semblera, mesme advenant vacation +par mort, résignation ou autrement de leurs charges, luy a donné pouvoir +d’y pourvoir et instituer d’autres en leur place, et en délivrer +_lettres_, les faisant faire serment de fidélité, et leur en donner acte +sur les dites _lettres_. + +Veut et ordonne que le dit conseiller _grand-maistre des coureurs de +France_ pour l’entretenement de son estat, après avoir fait serment au +Roy ès mains de son chancelier, de bien loyaument servir, ait pour gages +ordinaires la somme de huit cents livres parisis, lesquels seront pris +sur les plus clairs deniers et revenus du dit seigneur, outre et par +dessus les droits et émolumens ordinaires qu’il prendra comme officier +de l’hostel et maison du dit seigneur, qui par autres ses lettres lui +seront ordonnez et payez. + +Et en outre il aura pension de mille livres par autres lettres du dit +seigneur pour son dit office, qui luy sera assigné et donné chacune +année. + +Veut et ordonne que tous maistres coureurs qui seront par le dit +grand-maistre establis, ayent aussi pour leur entretenement en leurs +estats, pour gages ordinaires, chacun cinquante livres tournois, et +chacun des commis qu’il aura près de sa personne et autres lieux que +besoin sera; chacun cent livres pour leur entretenement, et veut que les +uns et les autres pendant qu’ils serviront, jouissent des mesmes +exemtions et priviléges que les officiers et commensaux de sa maison. + +Et, à ce que les maistres ayant moyen d’entretenir et nourrir leurs +personnes et leurs chevaux, et qu’ils puissent servir commodement le +Roy. + +Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part, ou +autrement, avec son passeport et attache du _grand-maistre des coureurs +de France_ ou de ses commis, payent pour chacun cheval qu’ils auront +besoin de mener, y compris celui de la guide qui les conduira, la somme +de dix sols, pour chacune course de cheval, durant quatre lieues, fors +et excepté ledit _grand-maistre des coureurs_, qu’ils seront tenus de +monter sans rien prendre de luy ni de ses gens, qu’il menera pour son +service, allant faire ses chevauchées et son establissement et pour les +affaires de Sa Majesté; ensemble ne prendront rien de ses commis qui +voudront courir pour les affaires pressées du Roy, au moins trois ou +quatre fois l’an. + +Et quant aux paquets envoyés par le dit seigneur, ou qui lui seront +adressez, les dits _maistres-coureurs_ seront tenus de les porter en +personne, sans aucun délay, de l’un à l’autre, avec la cotte +ci-mentionnée, sans en prétendre aucun payement, ains se contenteront +des droits et gages qui leur seront attribuez. + +Veut et ordonne les susdits articles et institution dudit grand office +de _conseiller grand-maistre des coureurs de France_, et autres choses +des susdites, soient à toujours observez et gardez sans enfreindre. + +Fait et donné à Luxies, près de Doulens, le dix-neufviéme jour de juin +mil quatre cent soixante et quatre. + +_Signé_, LOUIS. + +Par le Roy, en son conseil de la Loërre. + +Plus bas: + +CHEVETEAU. + + + + +TABLE + +DES PRINCIPALES MATIÈRES. + + +ADMINISTRATEURS.--Leur création, 70; 72.--Supprimés, 85; 91; 164. + +Administration.--Perfectionnée par le marquis de Louvois, 49; 75; 76. + +Amontons, inventeur d’un secret pour communiquer au loin, 65. + +Artaxerxès employait des courriers, 10. + +Affranchissement, 53; 80; 82; 170. + +Articles d’argent, 38; 54, 80; 171. + +Auguste voyageait rapidement, 19. + +Autruches traînent un char, 20.--Montées par des hommes, 143. + +Bateaux à vapeur, 79; 85; 104; 105; 112; 116; 119; 145; 150; 158; 162. + +Bœufs montés par des hommes, 143.--Attelage de luxe dans l’Inde, 149. + +Buffles montés par les Tartares, 147. + +Bureaux de poste.--Leur nombre, 164; 165.--Simples ou composés, 165. + +Caisse des pensions. Sa création, 60.--Conservée, 84. + +Cerfs.--On en fait des attelages, 108. + +Chameau. Voiture placée sur leur dos, 147. + +Chargement, 38. + +Chappe, inventeur du télégraphe, 72. + +Chevaucheurs, 31. + +Chevaux.--Employés par Cyrus, 11.--Leur vitesse, 12; 44; 102; 105; 110; +119; 122; 134; 147. + +Chèvres.--Sont attelées aux voitures, 117. + +Chiens.--Etablis par relais, 108; 112; 117; 154.--Portent les dépêches, +161. + +Comptabilité, 84; 88; 89. + +Contrôleurs généraux, 33; 69.--Provinciaux, 39; 71.--Des bureaux, 42; +71; 96; 165. + +Conseil des postes, 85. + +Commis, 88; 96; 97; 165. + +Commissaires du Roi, 68; 80; 93.--Du directoire, 76.--Du gouvernement, +76. + +Coureurs, 5; 17.--Traits remarquables, 29.--En Turquie, 146; 147.--Dans +l’Inde, 150.--Au Mexique, 160. + +Courriers.--Leur discrétion, 13; 60; 61; 69; 71; 96.--S’emparent des +chevaux des voyageurs, 146. + +Cyrus.--Fonde les postes dans l’antiquité, 11. + +Couleurs.--Moyen de correspondre, 2; 6. + +Direction générale des postes, 80; 91; 163. + +Directeurs généraux, 80; 82; 83; 84; 90; 95; 66; 67.--particuliers, 71; +96. + +Directoire des postes.--Son établissement, 70. + +Distributeurs, 96; 167. + +Dromadaires.--Servent au transport des dépêches, 147. + +Edit des postes, 175. + +Eléphans.--Portent les voyageurs, dans l’Inde, 148. + +Estafette, 38; 173. + +Eventail.--Sert de livre de poste au Japon, 156. + +Facteurs, 58; 96; 167. + +Fiacre.--D’où vient ce nom donné aux voitures, 48. + +Fleurs.--Moyen de correspondre en Asie, 2. + +Franchises, 42; 71.--Supprimées; 76, 85. + +Gondoles.--Leur nombre à Venise, 139. + +Général des postes, 35; 36; 39. + +Grand maître des coureurs, 30; 32; 33. + +Hôtel des postes, 70. + +Hottentots.--Connaissant les signaux par le feu, 142. + +Imprimerie.--Sa découverte, 9.--Hâte les progrès des postes, 24. + +Imprimés, 75; 170. + +Inspecteurs généraux, 71; 76; 77.--Supprimés, 91.--De divisions, +77.--Leurs attributions, 85; 96. Leur nombre, 165. + +Intendans généraux, 42.--Leurs noms, 62; 64; 67. + +Instruction sur le service des postes aux lettres, 71.--Modifiée, +81.--Militaires, 92.--Aux chevaux, 94. + +Lettres, 8; 9.--Cachetées dès l’origine, 14; 17.--Anonymes, 18; 64.--De +réclamation, 165.--Opération qui les concerne, 166.--Nombre qu’on en +expédie par an, 97.--Simple, 167.--Taxée, _id._--Surtaxée, +_id._--Refusées, 168.--Altérées, 168.--Blanches, 168.--Ouvertes, +169.--Sous un nom supposé, 169.--Poste restante, _id._--Franches, +169.--Affranchies, 170.--Colonies, 170.--Militaires, 170.--Chargées, +171. + +Lions attachés à une voiture, 20. + +Linguet propose d’établir une machine à signaux, 65. + +Louis XI institue les postes en France, 30. + +Loups dressés à traîner une voiture, 105. + +Maîtres des coureurs, 31.--Leurs priviléges, 43; 44.--Abolition des +priviléges, 68.--Droit de 25 centimes en leur faveur, 81.--Conduisent +les messageries, 92; 96; 173. + +Médailles sur les postes, 28. + +Milliaires.--Colonnes sur les routes, 15; 105; 134. + +Messagers, 5.--Royaux, 33.--Empiètemens reprimés, 41.--De l’université, +43.--A Alger, leur stupidité, 142.--Au Japon, 156. + +Moutons dressés à traîner un char, en Chine, 154. + +Mules.--Usage qu’on en fait en Espagne, 134. + +Oiseaux.--Vitesse de leur vol, 6.--Pigeons servent de courriers, _id._; +12.--Fraudeurs, 130; 144.--Hirondelles portent les missives, 6; +7.--Oiseaux des Tropiques annoncent l’arrivée des vaisseaux, 145. + +Palanquins.--Leur usage dans l’Inde, 148. + +Papier.--Sa composition, 10. + +Paquebots, 78; 121; 127; 172. + +Passeports, 81; 111; 113; 149. + +Phare, 3.--Feux d’un éclat particulier, 66. + +Ponts suspendus, 45; 111; 130; 153; 157; 159. + +Poste télégraphique, 73. + +Poste (petite) établie à Paris par M. de Chamousset, 58.--Supprimée dans +les provinces, 77.--Son produit à Paris, 97.--En Allemagne, 104.--En +Suède, 120.--Appelée peny post en Angleterre, 125; 165. + +Poste maritime supprimée, 77. + +Poste aux chevaux, 16; 72; 76; 172. + +Poste aux lettres, 164. + +Postes militaires, 93. + +Postes.--Fondées par Cyrus, 11.--Rétablies chez les Romains par Auguste, +15.--Conservées chez les modernes par Charlemagne, 21.--Instituées en +France par Louis XI, 25.--Améliorées par Charles VIII, 31.--Charles IX, +32.--Henri IV, 33.--Louis XIII, 36.--Louis XIV, 43.--Considérations sur +leur importance, 50 et suivantes.--Leur état sous Louis XV, 54.--Louis +XVI, 62.--Changemens qu’elles ont éprouvés jusqu’à ce jour, 68 à +100.--En Allemagne, 100 à 106.--A Alger 143--En Amérique, 156; 159.--En +Angleterre, 120 à 132.--Au Boutan, 155.--Au Congo, 143.--En Chine, 153 à +154.--En Dannemarck, 117 à 120.--En Espagne, 132 à 136.--En Egypte, +144.--En France, 21 à 100.--En Hongrie, 106.--Aux Indes, 148 à 152.--En +Italie, 130 à 139.--Au Japon, 155 à 156.--Au Mexique, 160.--A Naples, +141.--En Norwège, 117 à 120.--Dans les Pays-Bas, 115 à 117.--En Prusse, +106 à 107.--Au Pérou, 159.--En Portugal, 36 à 137.--En Russie, 108 à +113. En Suède, 117 à 120. En Sardaigne, 139 à 140.--En Suisse, 140 à +141.--Au Sénégal, 143.--A Siam, 154 à 155.--En Turquie, 114 à 115; +148.--En Tartarie, 147. + +Postillons, 96; 103; 138; 173. + +Produits, 50; 52; 53; 54; 55; 56; 57; 60; 64; 66; 67; 76; 80; 98. + +Quipos.--Sont employés pour correspondre, 160. + +Routes.--Chez les anciens, 14.--Chez les modernes, 22.--Leur +amélioration, 45; 104; 107; 111; 115; 119; 121; 128; 134; 138; 141; 149; +152; 157; 161. + +Relais établis par Henri IV, 33; 35.--Réunis aux postes, 67.--Leur +nombre, 96; 173. + +Rennes.--Font le service des postes et des voitures, 108; 112. + +Sceau, chez les anciens, 17. + +Signaux employés pour correspondre, 3; 4; 131; 141; 142; 161. + +Surintendant Général.--Création de cette charge, 39.--Attributions, 40. + +Tarif.--Le public taxait ses lettres, 37; 53; 57; 70; 72; 74; 75; 77; +104. + +Télégraphe.--Son établissement, 72 et suivantes; 104; 111; 117; 119; +145; 154. + +Tigres attelés à une voiture, 162. + +Transport frauduleux, 51; 171. + +Troupes.--Travaillent aux grandes routes chez les anciens, 46.--chez les +modernes, 120; 141. + +Université.--Facilite les relations, 23.--Cession de son privilége de +poste, 54.--Réclamation, 67. + +Uniforme, 67; 80; 102; 106. + +Valeurs cotées, 40; 172. + +Voix.--Moyen de correspondre, 4; 160. + +Voitures.--Invention des Français, 46 et suivantes; 54; 64.--A vapeur, +65.--Mécanique, 66; 71; 88; 90; 104; 105; 107; 109; 115; 117; 122; 128; +133; 136; 139; 141; 148.--Malles-postes, 172. + + + + +NOTES DU TRANSCRIPTEUR + + +Les errata ont été corrigés. On a conservé l’orthographe de l’original, +en rectifiant certaines erreurs manifestement dues au typographe. + +On transcrit par [LH] le symbole typographique de la Légion d’honneur, +et par [Croix] un symbole en forme de croix pattée. + + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 *** diff --git a/75801-h/75801-h.htm b/75801-h/75801-h.htm new file mode 100644 index 0000000..5f86845 --- /dev/null +++ b/75801-h/75801-h.htm @@ -0,0 +1,8983 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> + <meta charset="UTF-8"> + <title>Des postes | Project Gutenberg</title> + <link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> + <style> + +p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; + margin: .3em 0;} + +h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } +h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } +h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; } + +div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; + margin: 1em 0; } + +.large { font-size: 130%; } +.xlarge {font-size: 150%; } +.small { font-size: 90%; } +.xsmall, small { font-size: 80%; letter-spacing: .05em; } + +.b { font-weight: bold; } +.rm { font-style: normal; } + +.sc { font-variant: small-caps; } + +.cc { text-indent: 0; text-align: center; } +.offl { text-indent: 0; text-align: center; margin-right: 40%; } +.offr { text-indent: 0; text-align: center; margin-left: 40%; } + +span.digit3 { display: inline-block; text-indent: 0; text-align: right; + width: 1.8em; } +span.digit2 { display: inline-block; text-indent: 0; text-align: right; + width: 1.2em; } + +.sign { margin: 0 5% 1em 20%; text-align: right; } + +hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } + +.pagenum { position: absolute; right: 1%; font-size: small; font-style: normal; + text-align: right; color: #333; text-indent: 0; +} + +sup { font-size: smaller; vertical-align: 30%; line-height: 1em; } + +ul { margin: 1em 0; padding: 0; } +li { list-style: none; text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; text-align: justify; } + +div.flex { display: flex; justify-content: center; } +table { margin: 1em auto; } +td { vertical-align: top; padding-left: .15em; padding-right: .15em; } +td.bot { vertical-align: bottom; } +td.c div { text-align: center; } +td.r div { text-align: right; } +td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; text-align: left; } +td.bb { border-bottom: 1px solid; } + +.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%; padding: .5em; + margin: 3em 1.5em 1em 1.5em; border: thin dotted; background: #f7f7f7; } +.trnote h2 { margin: .5em 0; } + +a { text-decoration: none; } + +.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em; + text-decoration: none; font-style: normal; line-height: 1em; +} +.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; } +.footnote .label { } +.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; } + +div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } +.break, .chapter { margin-top: 4em; } + +img { max-width: 100%; } +img.w15 { max-width: 15em; } +img.h1em { height: 1em; } + +@media screen { + body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } + img { max-height: 800px; } +} + +.x-ebookmaker .break, .x-ebookmaker .chapter { page-break-before: always; } +.top2em { padding-top: 2em; } +.top4em { padding-top: 4em; } +.nobreak { page-break-before: avoid; } + + </style> +</head> +<body> +<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***</div> +<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div> +<div class="x-ebookmaker-drop break"></div> + +<h1 class="top2em">DES POSTES</h1> + +<p class="c">EN GÉNÉRAL,<br> +<span class="xsmall">ET</span><br> +<span class="large b">PARTICULIÈREMENT EN FRANCE,</span></p> + +<p class="c large">PAR CHARLES BERNEDE.</p> + +<p class="c gap"><img src="images/decursio.jpg" class="w15" alt=""><br> +<span class="xsmall" lang="la" xml:lang="la">QUI PEDIBUS VOLUCRES ANTE IRENT CURCIBUS AURAS.<br> +DECURSIO.</span></p> + + +<p class="c gap"><span class="large b">PARIS,</span><br> +A LA LIBRAIRIE DE RAYNAL,<br> +<span class="xsmall">RUE PAVÉE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS</span>, <span class="xsmall">N</span>.<sup>o</sup> 13.</p> + +<p class="c">1826.</p> + +<div class="break"></div> + +<p class="c top4em">IMPRIMERIE DE MELLINET-MALASSIS, +<span class="small">A NANTES</span>.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span id="pi" class="pagenum">-i-</span></p> + +<h2 class="nobreak">AVANT-PROPOS.</h2> + + +<p>Les postes, créées dans l’intérêt général, n’ont point +cessé, depuis leur fondation, de faire partie des institutions +sur lesquelles la société est établie. Toujours +dirigées vers un but unique, invariables dans leur marche, +constantes dans leurs résultats, l’expérience n’a +fait qu’ajouter aux avantages qu’elles promettaient aux +peuples chez lesquels elles se sont successivement introduites. +C’est par elles encore, comme à leur origine, que +les princes veillent au maintien de leur puissance, les +individus à la conservation de leurs droits, et les nations +à l’accroissement de leur prospérité. Tout ce qui +se passe sur les points les plus opposés du globe ne peut +échapper à la connaissance des monarques, aux vastes +conceptions de l’homme d’état, et aux combinaisons +multipliées du négociant : la pensée franchit en peu de +tems des espaces immenses ; et, rapportée avec la même +vîtesse des extrémités de la terre, elle vient instruire les +rois au sein de leurs cours, éclairer les ministres dans +le silence du cabinet, enflammer le génie dans la paix +de la retraite, et seconder les entreprises hardies que +dirige, de son comptoir, l’actif et habile spéculateur.</p> + +<p>Il n’est plus un seul lieu où l’on ne puisse former et +entretenir des relations. A peine voyons-nous paraître +une société, ou s’élever une colonie, que des correspondances +aussitôt entamées, se répandent avec une +<span id="pii" class="pagenum">-ii-</span> étonnante rapidité. L’intérêt qui d’abord lie les individus, +fait naître ensuite des sentimens d’amitié, de +famille, d’affections et de convenances, dont l’absence +semble accroître la force et présager la durée.</p> + +<p>L’amour de la patrie, si touchant chez tous les êtres, +nous rend le bienfait des postes encore plus précieux. +Nous résoudrions-nous à quitter le sol natal et les objets +si chers que nous y laissons, sans l’espoir si consolant +d’adoucir, par un commerce réciproque de pensées, +cet exil commandé par la nécessité.</p> + +<p><i>Je sçais</i>, a dit Montaigne, <i>que l’amitié a les bras +assez longs pour se tenir et se joindre d’un coing de +monde à l’aultre</i>. C’est aussi par le charme que nous +inspire ce sentiment, que nous nous livrons à l’illusion +qui nous rapproche de ceux dont nous sommes séparés +par des distances incommensurables.</p> + +<p>Mais, si l’action des postes, momentanément suspendue +par l’effet de ces crises politiques qui agitent les +nations, a suffi pour jeter parfois l’épouvante, de quelle +stupeur les peuples ne seraient-ils pas frappés si cet +état se prolongeait, si, enfin, les relations arrêtées tout-à-coup, +cessaient pour ne plus exister ?</p> + +<p>Le renversement d’une institution qui facilite si admirablement +les moyens de correspondre comme par enchantement, +ne tarderait pas long-tems à faire disparaître +toutes les traces de prospérité dont elle est une +des sources les plus fécondes, et à rompre l’harmonie +qu’elle établit entre les états et qu’elle entretient entre +les individus. Le corps social, menacé d’une entière dissolution, +rentrerait bientôt dans les ténèbres de la barbarie +commune à l’origine du plus grand nombre des +nations.</p> + +<p><span id="piii" class="pagenum">-iii-</span> Heureusement que cette marche rétrograde de l’esprit +humain est désormais impossible par l’état actuel de la +civilisation, et les moyens continuels que les postes +fournissent de la reproduire et de la répandre. Les +empires, fatigués des grandes secousses qu’ils ont éprouvées, +sentent de plus en plus le besoin de consolider les +institutions bienfaisantes qui assurent leur stabilité, et +les hommes, celui de se communiquer leurs pensées pour +s’éclairer et chercher à se rendre réciproquement plus +heureux.</p> + +<p>Ces considérations générales, qui nous démontrent et +l’utilité des postes dans l’intérêt privé, et leur importance +dans l’ordre moral et politique, nécessitaient +néanmoins quelques développemens pour prouver l’influence +directe que cette institution exerce sur nos besoins, +nos mœurs et nos affections. C’est ce que nous nous +sommes proposé dans l’aperçu rapide des faits qui s’y +rattachent.</p> + +<p>Découvrir l’origine des postes dans l’antiquité ; indiquer +l’époque de leur introduction chez les modernes, +et particulièrement en France ; exposer les diverses +modifications qu’elles ont subies chez tous les peuples ; +enfin, chercher à en rendre la pratique plus utile par +la connaissance des règles générales auxquelles elles sont +assujetties : tel est le plan que nous nous sommes tracé. +Si nous ne l’avons pas embrassé avec un égal succès dans +toutes ses parties, nous pensons qu’on nous saura du +moins quelque gré d’en avoir tenté l’exécution, après +nous être livré à de longues recherches pour donner à +notre travail l’ordre, la clarté et l’intérêt dont il est +susceptible.</p> + +<p>En conséquence, la division en quatre parties, que +<span id="piv" class="pagenum">-iv-</span> nous établissons, nous a paru la plus naturelle, et en +même tems la plus favorable pour soulager la mémoire +dans une succession de faits dont la multiplicité n’est +peut-être pas rachetée par tous les charmes de la variété.</p> + +<p>La première partie traite de l’origine des postes ; la +deuxième des postes en France ; la troisième, des postes +chez tous les peuples ; la quatrième, enfin, de la pratique +des postes.</p> + +<p>Nous nous sommes abstenu de citer minutieusement +les sources auxquelles nous avons été obligé de recourir +en composant cet essai ; mais, en le dégageant de tout +appareil scientifique, nous avons pensé, néanmoins, que +nous devions indiquer les principales autorités sur lesquelles +nous nous appuyons, afin que l’authenticité des +faits que nous rapportons ne pût être rangée au nombre +de ces assertions vagues et dénuées de vérité qu’enfante +malheureusement trop souvent l’esprit de système.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span id="p1" class="pagenum">-1-</span></p> + +<p class="c"><span class="xlarge b">DES POSTES</span><br> +<span class="small">EN GÉNÉRAL,</span><br> +ET PARTICULIÈREMENT EN FRANCE.</p> + + + + +<h2 class="nobreak">PREMIÈRE PARTIE.<br> +ORIGINE DES POSTES.</h2> + + +<p>Il faut remonter à l’antiquité la plus reculée pour découvrir +l’origine des postes. Que de recherches inutiles, +d’expériences insuffisantes, de tentatives infructueuses ont +dû être employées avant que d’en rendre l’usage général ? +Il serait difficile d’indiquer, parmi ces premiers +essais, celui auquel il faudrait accorder la priorité. De +vaines conjectures ne peuvent ici tenir lieu de la vérité. +Cependant, au milieu de tant d’incertitudes, nous remarquerons +les moyens dont on s’est servi primitivement +pour transmettre la pensée par le langage des signes, +et quels sont ceux qui l’ont fait triompher des distances.</p> + +<p>Les premières familles, en se dispersant, formèrent +autant de sociétés indépendantes les unes des autres. +Occupées du soin de leur propre conservation, elles se +suffirent pendant long-tems, parce que leurs goûts +simples rendaient leurs besoins extrêmement bornés. +Partout où les mœurs patriarcales régnèrent dans toute +leur plénitude, les hommes ne pensèrent pas à établir +de communications avec les peuplades étrangères. Ce +n’est donc point chez ces nations pacifiques que nous devons +<span id="p2" class="pagenum">-2-</span> espérer de trouver les premières traces des postes, +ou, pour mieux dire, des moyens qui y suppléèrent +jusqu’à leur organisation régulière. Nous pensons que +ceux, sans doute très-imparfaits, qui l’ont précédée, +n’ont pu être imaginés que par les tribus dont le caractère +belliqueux des sujets servait les projets d’usurpation +des chefs.</p> + +<p>On conçoit qu’il n’était pas besoin pour cela que la +civilisation eût fait de grands progrès ; car, dès qu’on +eût commencé à envahir, il fallut chercher à connaître +tout ce qui pouvait assurer ou compromettre la +puissance du vainqueur.</p> + +<p>L’ambition rendit soupçonneux ; et, de la défiance, +compagne inséparable de la tyrannie, naquit cette impatiente +curiosité de tout savoir, soit pour prévenir +des revers, former de nouveaux projets de conquêtes, +comprimer des soulèvemens, déjouer les conspirations ; +soit, enfin, pour consolider une domination à peine +établie.</p> + +<p>Les obstacles disparurent devant la volonté d’un +maître. Bientôt la pensée se communiqua rapidement et +fut transmise au loin par des interprètes fidèles. Un état +continuel de contrainte dut exercer l’imagination active +des peuples de l’Orient, chez lesquels les postes ont pris +naissance. De là, ces ruses ingénieuses par lesquelles ils +cherchaient à s’entendre sans être compris de ceux dont +ils voulaient mettre la surveillance en défaut. Tout prenait +pour eux un langage à volonté ; et, changeant sans +cesse de signes, ils préparaient de loin, par d’heureuses +tentatives, ces résultats dont on devait apprécier +plus tard les avantages.</p> + +<p>Sous le ciel si pur de l’Asie, les couleurs et les +fleurs<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, variées à l’infini, ont été sans doute les +premiers interprètes de la pensée. Attachant à chacune +une idée, un sentiment, on formait, par la réunion de +<span id="p3" class="pagenum">-3-</span> ces divers emblêmes, une correspondance oculaire où +l’ame trouvait un langage énergique comme les passions, +et multiplié comme elles. <i>La langue épistolaire des Salams<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a></i>, +dit Rousseau, <i>transmettait, sans crainte des +jaloux, les secrets de la galanterie orientale à travers +les harems<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> les mieux gardés</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Les femmes de l’Orient trouvent dans leurs jardins de quoi exprimer +toutes leurs passions avec des roses, des soucis, des tulipes au cœur +brûlé… En effet, les fleurs sont une des analogies avec les caractères ; +les unes étant gaies, d’autres mélancoliques ; il y en a même qui en +ont avec les traits du visage : les bluets avec les yeux ; les roses +avec la bouche ; la rose de Gueldres avec le sein ; la digitale avec +les doigts, etc… [<i>Harmonies de la Nature.</i>]</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Une multitude de choses les plus communes, comme une +orange, du charbon, un ruban dont l’envoi forme un sens connu de +tous les amans où cette langue est en usage.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Les muets du grand seigneur s’entendent entr’eux, et entendent +ce qu’on leur dit par signes, tout aussi bien qu’on pourrait +l’exprimer par les discours. Chardin dit qu’aux Indes les facteurs se +prenant la main, et modifiant, leurs attouchemens d’une manière que +personne ne peut apercevoir, traitent ainsi publiquement, mais en +secret, toutes leurs affaires, sans avoir proféré un seul mot.</p> +</div> +<p>Mais ces moyens, appliqués avec succès à certaines +localités, ne pouvaient triompher des distances.</p> + +<p>Parmi les signaux<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> primitifs employés à la transmission +au loin d’avis importans, les feux et la fumée +tenaient le premier rang. Les lieux élevés, où la vue, +embrassant un horizon immense, ne trouvait point +d’obstacles, étaient très-favorables à cette manière de +correspondre. Des branches de bois résineux enflammées +que des hommes, commis à ce soin et placés +à des distances convenables, agitaient diversement dans +l’air ; des feux, dont ils augmentaient ou diminuaient +la clarté, et dont ils variaient la disposition ; des +flambeaux et des fanaux entretenus sur des tours<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> très-élevées, +<span id="p4" class="pagenum">-4-</span> dont la lueur vacillante était modifiée avec +un art qu’on a si bien perfectionné de nos jours ; la +fumée qui, s’élevant tantôt comme une vapeur légère, +se changeait tout-à-coup en un nuage épais, pour se +dissiper et reparaître sous un autre aspect ; tant d’autres +moyens, diversifiés à l’infini, ne pouvaient avoir +qu’une signification extrêmement bornée. La nécessité +de multiplier les relations entraînait celle de multiplier +les pensées, ou, pour mieux dire, les signes qui +en sont l’expression.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Dans l’antiquité, Hérodote, Homère, Eschyle, Pausanias, +Jules Africain, Enée le Tacticien, etc. ; et, dans les tems modernes, +Porta, Kircher, Robert, Hooke, Schot, Guyot, Amontons, +Linguet, Chappe, etc., ont fait mention de moyens que nos télégraphes +ont remplacés. L’usage des feux paraît commun même aux +nations les plus sauvages. César dit que les Gaulois étaient très-experts +dans l’art de les disposer. Les Grecs modernes l’ont renouvelé +en établissant encore de nos jours, sur des lieux élevés, de +ces sortes de signaux, pour s’avertir, en cas de besoin, des dispositions +de leurs ennemis. D’autres moyens étaient également employés +dans le but de correspondre. Du tems de nos discordes +civiles, les moulins dont les ailes se plaçaient dans certaines directions, +servaient à entretenir des relations très-actives. On profitait, +dans d’autres circonstances, des avantages qu’offraient les +localités pour parvenir à ce but. On conçoit jusqu’à quel point on +pouvait multiplier ces ressources.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> On trouve par escrit, dit Bergier, que la tour du phare, que +Ptolémée fit construire sur la mer d’Egypte, coûta 800 talens. +Le Père F. Baugrand, <i>dans son voyage en Syrie, rapporte que +Sainte-Hélène avoit fait bâtir, sur le bord de la mer, des tours, que +l’on voit encore, depuis Constantinople jusqu’à Jérusalem, par le +moyen desquelles, avec un nombre et différentes dispositions de flambeaux +ardens, elle faisoit savoir ou recevoit des nouvelles, en moins +de vingt-quatre heures, de ce qui se passoit dans l’une ou l’autre +de ces deux villes. Ces tours sont presque encore toutes entières : on les +voit sur le bord de la mer</i>.</p> +</div> +<p>La correspondance par le langage articulé remplaça +cette poste oculaire. Mais une première expérience ne +devait pas être sans fruit : on avait établi des lieux +fixes pour les feux, et l’on construisit également des +édifices très-élevés et disposés convenablement pour +que la voix<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> d’individus forts et vigoureux, placés +sur ces points apparens, pût se communiquer facilement +de l’un à l’autre, en transmettant ainsi réciproquement, +et avec une promptitude dont on ne peut +se faire d’idée, les avis qu’ils recevaient.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>Les anciens Gaulois</i>, dit Mezeray, <i>envoyoient leurs commandemens +par des cris, qui estant receus en un lieu, se portoient en +l’autre, avec telle disposition et diligence, que ce qui fut sceu à +Genève à soleil levant, fut sceu en Auvergne à soleil couchant</i>.</p> +</div> +<p>On ne tarda pas à sentir les inconvéniens d’une +correspondance orale, dont le moindre était de faire +connaître les projets que les gouvernemens ont toujours +soin de couvrir du mystère le plus impénétrable. +Il fallait trouver les moyens de rendre l’agent +lui-même étranger à la correspondance, afin de pouvoir +s’entendre, à des distances illimitées, aussi secrétement +qu’un ami peut le faire en parlant à l’oreille +d’un ami.</p> + +<p>C’est alors que s’introduisit l’usage d’envoyer des +<span id="p5" class="pagenum">-5-</span> messagers pris parmi les personnages les plus importans +de l’état : ils étaient chargés par les princes de +porter les ordres aux gouverneurs des provinces, et +de rendre compte, à leur retour, des opérations dont +ils surveillaient en même tems l’exécution. L’histoire +fournit de nombreux exemples à l’appui de cette assertion. +Homère dit que Bellérophon porta des lettres +de Prœtus à Jobatès. L’Ecriture Sainte nous apprend +que David en envoya à Joab ; que Jézabel en fit parvenir +à Acham ; et que Rapsacès vint près d’Ezéchias, +de la part de Sennachérib, remplir un semblable +message.</p> + +<p>Ce mode, convenable dans des tems ordinaires, +devenait insuffisant et même impraticable, lorsque des +circonstances impérieuses contrariaient l’ordre établi +dans l’état. Les correspondances devaient être, en ce +cas, non-seulement plus multipliées, mais recevoir +encore un nouveau degré d’accélération. Les monarques, +qui d’ailleurs ne pouvaient se priver des conseils de +leurs favoris, sentirent la nécessité de les remplacer, +dans ces fonctions, par des officiers, sous le nom de +coureurs, dignes aussi de toute leur confiance. L’expérience +qui avait fait rejeter l’usage de communiquer +par la voix, conduisit à envoyer des messagers exercés +aux plus rudes fatigues : ils fournirent d’abord la course +entière ; et bientôt, établis de station en station, ils +portaient à la plus voisine et en rapportaient les ordres, +et par suite les missives, avec une rapidité telle, qu’elles +parvenaient ainsi du point de départ au point de destination +comme par enchantement.</p> + +<p>Le nombre des coureurs fut très-étendu sous Salomon : +ils habitaient son palais ; et le lieu qui leur +était destiné sous ses successeurs, s’appelait salle des +coureurs.</p> + +<p>Les dispositions de plusieurs courriers, placés à des +distances égales et à des points fixes, indique assez +une amélioration due à l’expérience. En effet, s’il avait +paru plus simple d’abord qu’un message fût rempli par +le même individu, on remarqua que, quelque diligence +qu’on y eût apportée, ce moyen entraînait non-seulement +trop de tems, mais nécessitait encore l’expédition +d’autant de courriers que les circonstances +exigeaient qu’on renouvelât les ordres.</p> + +<p><span id="p6" class="pagenum">-6-</span> La promptitude avec laquelle on correspondait de +cette manière n’était rien encore comparée à la vitesse +du vol des oiseaux<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, qu’on devait employer dans le +même but.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Les plus gros, selon Buffon, parcourent plus de 700 toises par +minute, et peuvent se transporter à 20 lieues dans une heure. On +sait l’histoire du Faucon de Henri II, qui s’étant emporté après une +canepetière à Fontainebleau, fut pris le lendemain à Malte, et reconnu +à l’anneau qu’il portait.</p> + +<p>Adanson a vu et tenu à la côte du Sénégal des hirondelles arrivées +en moins de neuf jours d’Europe.</p> +</div> +<p>Un peuple observateur avait dû remarquer les habitudes +de certains volatiles à revenir aux lieux qui les +ont vus naître, et où ils laissent leurs petits ; celles des +hirondelles et des pigeons, qui fourmillent dans l’orient, +ne purent lui échapper. Parmi ces derniers on distingua +le pigeon<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> connu depuis sous le nom de pigeon-messager. +Il était plus fréquemment employé que l’hirondelle<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, dont +les anciens peignaient le plumage, en donnant à chaque +couleur une signification particulière. L’oiseau, lâché d’un +lieu élevé, ne mettait à profit sa liberté que pour remplir +<span id="p7" class="pagenum">-7-</span> son message, en regagnant avec une vîtesse incroyable +l’endroit où, retrouvant ses petits, il était reçu +par les personnes intéressées à veiller l’époque de son +retour, qui s’effectuait toujours avec une grande régularité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Selon Villughby, <span lang="la" xml:lang="la">Columba-Tabellaria</span>, il ressemble beaucoup +au pigeon turc, tant par son plumage que par ses yeux entourés d’une +peau nue, et les narines couvertes d’une membrane épaisse. On s’est +servi de ces pigeons pour porter les nouvelles au loin, ce qui leur a fait +donner le nom de messager.</p> + +<p>Ces pigeons, dit Valmont de Bomare, font leurs nids dans de vieilles +tours ; ils sont très-timides, et volent avec une rapidité extraordinaire. +Ils s’attachent aux lieux qui les ont vus naître. Ils est difficile de les +dépayser en les laissant libres ; ils aiment à retourner dans les contrées +où ils ont été nourris, élevés et bien traités.</p> + +<p>Pietro della Valle rapporte qu’en Perse, le pigeon-messager fait, en +un jour, plus de chemin qu’un homme de pied n’en peut faire en six.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Cœcina Volaterranus, chevalier romain et intendant des chariots +du Cirque, avait coutume de porter à Rome des hirondelles +prises dans les maisons de ses amis où elles faisaient des nids, et quand +les chevaux des personnes qui l’intéressaient avaient remporté le prix +de la course, il peignait les hirondelles de la couleur du parti victorieux, +et les laissait aller, sachant que chacune retournerait à son +nid, et que, par ce moyen, ses amis seraient instruits de leur victoire.</p> + +<p>Fabius Pictor raconte, dans ses annales, que lorsque les Liguriens +assiégeaient un fort où était une garnison romaine, on lui apporta une +hirondelle prise sur ses petits, afin que, lui attachant un fil à la +patte et faisant à ce fil un certain nombre de nœuds, il pût donner +à connaître, par ce moyen, aux assiégés, quel jour il leur enverrait +des secours, pour que ce jour même ils puissent faire une sortie +sur l’ennemi.</p> +</div> +<p>Les pigeons<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> servaient au même usage. On les expédiait +par bandes, en leur attachant, au cou ou sous +les ailes, la missive qu’ils devaient rendre à sa destination, +ou un fil dont les nœuds et les contextures +avaient une signification convenue entre ceux qui correspondaient +ainsi.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Au théâtre, à Rome, les maistres de famille avoient</i>, dit Montaigne, +<i>des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachoient des lettres quand ils +vouloient mander quelque chose à leurs gents au logis ; ils estoient dressés +à en rapporter les responses. D. Brutus en usa assiégé à Modène, et aultres, +ailleurs</i>.</p> + +<p>Ces faits, renouvelés de nos jours, ont cessé de paraître merveilleux. +Le prince d’Orange employa ces messagers volans, en 1774 et 1775, +aux siéges d’Harlem et de Leyde ; et, pour reconnaître les services de +ces oiseaux, le prince voulut qu’ils fussent nourris aux dépens de +l’état, dans une volière faite exprès, et que, lorsqu’ils seraient morts, +on les embaumât pour être gardés à l’hôtel de ville.</p> + +<p>En 1803, on établit à Liége une poste aux pigeons : 22 de ces oiseaux +revinrent de Paris dans cette ville, ayant fait 72 lieues en 4 heures, +ce qui donne 18 lieues par heure. D’autres furent expédiés de Francfort +à Liége avec le même succès. Un troisième essai fut fait en même +tems à Coblentz, pour renvoyer à Liége un grand nombre de ces messagers ; +deux d’entre eux y arrivèrent en deux heures et demie : ce +trajet est de 30 lieues.</p> + +<p>En juillet, 1824, on lança sur le pont neuf, à Paris, 32 pigeons envoyés +de Maestricht. L’heure du départ avait été marquée sur une +plume de leur aile. La même année un convoi de 100 pigeons avait été +expédié de Liége à Lyon : 40 furent lâchés, de cette dernière ville, à +6 heures du matin. L’un d’eux était de retour à Liége, le même jour, +à 11 heures aussi du matin : ainsi, en 5 heures de tems, il avait fait un +trajet de 125 lieues. Le retour de ce pigeon devait faire gagner un pari +de cent mille francs à son maître.</p> + +<p>Une semblable expérience a eu lieu avec le même succès, en 1825, +de Liége à Valenciennes, où le maire de cette dernière ville, après +avoir contre-marqué les pigeons, leur fit donner la volée : ils étaient +au nombre de 115.</p> + +<p>Ce sont ordinairement des sociétés qui font élever des pigeons à cet +exercice en leur plaçant des marques distinctives à l’aile, afin d’éviter +toute méprise. On les transporte ordinairement, à dos d’homme, dans des +hottes. C’est toujours par un acte de notoriété publique, que l’on constate +leur départ des villes. Ces exemples, qu’il serait facile de multiplier, +ne laissent pas de doute et sur l’instinct des pigeons et sur la +rapidité de leur vol.</p> +</div> +<p><span id="p8" class="pagenum">-8-</span> Lorsqu’anciennement on évaluait le terme moyen de +la vitesse de leur vol à dix lieues par heure, c’est qu’on +avait égard aux lieux qui opposaient plus ou moins d’obstacles. +Un pays découvert et coupé par des rivières ne +laissait aucune incertitude à l’oiseau pour le retour, +tandis que des forêts, un sol inégal, multipliant les +remarques qu’il était obligé de faire, l’embarrassaient +lorsqu’il fallait parcourir la même route. Nous croyons +expliquer par là les raisons du retard qu’éprouvent les +pigeons expédiés par bandes. Il est rare qu’ils arrivent +tous en même tems à leur destination, leur instinct ne +les servant pas tous également. Quoi qu’il en soit, ce +moyen ne peut rien offrir de régulier, tant à cause des +fatigues auxquelles l’oiseau succombe quelquefois, que +des dangers auxquels l’exposent, et la flèche du chasseur +et les serres des animaux de proie.</p> + +<p>Cet usage, qui s’est conservé en Asie<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, n’a pu ni s’y +répandre, ni même s’y maintenir d’une manière utile à +la correspondance régulière.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Prokoke dit que les pigeons d’Alep servent de courriers pour +Alexandrette et Bagdad : ce fait, qui n’est point une fable, cesse +d’avoir lieu moins fréquemment, depuis que les voleurs kurdis se sont +avisés de tuer les pigeons. On prend pour cette espèce de poste des +couples qui ont des petits, et on les porte à cheval au lieu d’où l’on +veut qu’ils reviennent, avec l’attention de leur laisser la vue libre. +Lorsque les nouvelles arrivent, le correspondant attache un billet à +la patte des pigeons, et il les lâche. L’oiseau, impatient de revoir ses +petits, part comme l’éclair, et arrive en 10 heures d’Alexandrette et +en deux jours de Bagdad : le retour est d’autant plus facile qu’il +peut découvrir Alep à une très-grande distance.</p> +</div> +<p>Tels sont sans doute les principaux essais qu’on a dû +tenter pour s’entendre malgré les distances, se parler +sans le secours de la voix, et transmettre la pensée sous +des formes si diversifiées.</p> + +<p>Tous les signes conventionnels, qu’on peut considérer +comme autant de langues particulières, ont précédé, avec +succès, pour correspondre, l’invention de l’écriture. La +découverte de cet art a donné naissance aux lettres, aux +épîtres, aux missives, aux dépêches enfin, qui, selon +Cicéron, servaient à marquer à la personne à laquelle +on les adressait, les choses qu’elle ignorait. D’après cette +définition, on doit regarder comme lettres, les tablettes +<span id="p9" class="pagenum">-9-</span> ou ais enduites de cire, sur lesquelles on écrivait, avec des +stylets de fer, de cuivre ou d’os, dont l’un des bouts +était pointu pour graver les caractères et l’autre plat +pour les effacer. Ces tablettes, rassemblées et attachées +ensemble pour former un livre<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, avaient beaucoup de +ressemblance à un tronc d’arbre scié en plusieurs planches. +Les lettres que les particuliers s’écrivaient étaient +sur ces tablettes, qu’on enveloppait de lin, et qu’on cachetait +ensuite d’une espèce de craie ou cire d’asie. On +les remplaça par les feuilles de palmier, et, plus tard, par +l’écorce la plus mince de certains arbres (tels que le +frêne, le tilleul, le peuplier blanc et l’orme) appelée +<i lang="la" xml:lang="la">liber</i>, en latin, d’ou vient le mot livre. On se servait, +pour écrire dessus, de roseaux imbibés d’encre<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>, +<span id="p10" class="pagenum">-10-</span> comme on le pratique encore en Orient. Diverses compositions, +entre autres la peau préparée et le papyrus, +précédèrent l’invention du papier en usage aujourd’hui<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Quand les anciens avaient des sujets un peu étendus à traiter, +ils se servaient plus commodément de feuilles ou de peaux cousues les +unes au bout des autres, qu’on nommait rouleaux ; coutume que les +Juifs, les Grecs, les Romains, les Perses, et même les Indiens ont +suivie, et qui a continué quelques siècles après Jésus-Christ. Ces livres +en rouleaux étaient fixés sur un bâton qu’on nommait <span lang="la" xml:lang="la">umbilicus</span>, +lequel servait de centre à la colonne ou cylindre. Le côté extérieur +des feuilles s’appelait frons, les extrémités du bâton se nommaient +cornes, et étaient ordinairement décorées de petits morceaux d’ivoire, +d’argent, d’or et même de pierres précieuses. Dans l’origine, on se +servait de différentes matières pour faire les livres. Les caractères +furent d’abord tracés sur de la pierre, témoins les tables de la loi +donnée par Moyse, qui sont le plus ancien livre que l’on connaisse.</p> + +<p>La forme actuelle des livres a été inventée par Attale, roi de Pergame. +On employait des préparations aromatiques pour les préserver +de toute destruction.</p> + +<p>Avant l’invention de l’imprimerie, les livres étaient d’un prix sans +bornes. Cette découverte a eu lieu vers l’an 1440, à Mayence. On la +doit à Jean Guttemberg, qui s’associa Faust et Schoëffer. Le premier +livre imprimé est la cité de Dieu, de Saint-Augustin.</p> + +<p>En 1471, Louis XI, désirant avoir dans sa bibliothèque une copie +du livre du médecin Rasi, emprunta l’original de la faculté de médecine +de Paris, et donna pour sûreté de ce manuscrit 12 marcs +d’argent, 20 livres sterlings, l’obligation d’un bourgeois pour la somme +de cent écus d’or.</p> + +<p>On prétend que vingt mille personnes en France, vivaient de la +vente des livres qu’elles copiaient.</p> + +<p>Jean Faust, qui s’établit à Paris en 1470, dédia, à Louis XI, le +premier livre qu’il y imprima.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> La première encre dont on s’est servi fut tiré d’un poisson nommé +zibius ; le suc des mûres sauvages le remplaça ; ensuite, la suie ; +puis, le cinabre, le vert de gris et enfin les compositions actuelles.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Vers le commencement du VIII.<sup>e</sup> siècle on se servit du papier fait +de coton, et ce ne fut que 600 ans après qu’on employa les chiffons +pour sa fabrication.</p> +</div> +<p>Si les tribus d’Israël communiquaient entr’elles par +le moyen des messagers, comme nous l’apprend l’Ecriture ; +si d’autres nations de l’Asie entretenaient des +relations en suivant le même usage, nous serions tenté +de croire que l’origine des postes, telles que nous les +concevons, remonte très-haut. Des traces de cet utile +établissement semblent se découvrir plus positivement +sous le règne d’Assuérus<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, roi des Mèdes, qui fit +expédier des courriers pour porter l’édit<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> de proscription +des Juifs aux gouverneurs et aux magistrats des cent +vingt-sept provinces qui s’étendaient depuis l’Inde jusqu’à +l’Ethiopie. Deux mois après l’expédition des premiers +courriers, de nouveaux reçurent l’ordre de faire +une extrême diligence pour prévenir, par de nouvelles +dispositions dont ils étaient chargés, l’effet des mesures +qu’Aman avait prises précédemment. Les courriers eurent +de plus commission expresse, de la part du roi, d’aller +trouver les Juifs dans toutes les villes et de leur ordonner +de se rassembler. Les lettres dont ils étaient porteurs, +envoyées au nom d’Assuérus, étaient scellées de +son sceau.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Nom que les Hébreux donnaient à Artaxerxès, grand-oncle +de Cyrus.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Il fut traduit dans toutes les langues que parlaient les peuples +répandus dans tout l’empire. Lysimaque le traduisit à Jérusalem, et +Doristhée en Egypte.</p> +</div> +<p>Le même moyen fut employé par Esther et Mardochée, +pour inviter les juifs, répandus sur ce vaste état, +à célébrer le jour solennel de leur délivrance.</p> + +<p>Ainsi, nous voyons des courriers expédiés, à diverses +reprises, sur tous les points d’un grand empire, sans +pouvoir connaître s’il existait un service régulier de +poste, et quel pouvait être son mode d’organisation. +L’incertitude qui nous reste, malgré ces exemples, ne +peut encore nous en faire attribuer l’établissement à +<span id="p11" class="pagenum">-11-</span> Assuérus. Le témoignage d’Hérodote, de Xénophon et +de tous les historiens, ne permet plus de douter que +Cyrus n’en soit le véritable fondateur.</p> + +<p><i>Ce fut</i>, dit Bergier, <i>en l’expédition que Cyrus entreprit +à l’encontre des Schytes, qu’il établit les postes +de son royaume, environ 500 ans avant la naissance +de J.-C. ; afin que les messagers, comme ravis par l’air, +pussent porter sa volonté aux gouverneurs de ses provinces, +en cas d’affaires précipitées, et qui ne pussent +souffrir de délais</i>.</p> + +<p>Ce prince, dont les expéditions ont été si mémorables +et si multipliées, reconnut bientôt que les moyens de +correspondre, employés avant lui, devenaient insuffisans +par la nécessité dans laquelle il se trouvait d’entretenir +de fréquentes relations avec les satrapes ou +gouverneurs de ses nombreuses provinces.</p> + +<p>Des signaux, des ordres transmis par la voix, des +courriers sans cesse en mouvement, établis de station +en station, ne remplissant qu’imparfaitement ce but, +avaient préparé néanmoins l’heureuse révolution qu’il +devait opérer dans l’art de correspondre.</p> + +<p>En perfectionnant les chars<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, auxquels les Phrygiens +étaient parvenus à atteler deux chevaux, et Erectonius<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a> +quatre, Cyrus avait pu apprécier, de nouveau, +l’agilité et la force de ces animaux ; mais ce n’était +que dans les courses dont les peuples anciens se montraient +si admirateurs. Ce prince chercha bientôt à déterminer +l’espace qu’ils pourraient parcourir, en galopant +sans fatigue, pendant un certain laps de tems. Il +expédia, à cet effet, des courriers de sa capitale aux +confins de son empire, avec ordre de lui rendre au +retour un compte exact de leur course. La comparaison +de ces divers rapports paraît l’avoir conduit à une connaissance +positive de la rapidité de la marche du cheval, +qui fut jugée égale à celle du vol de l’oiseau ; et, <i>disent +<span id="p12" class="pagenum">-12-</span> aulcuns que cette vîtesse d’aller vient à la mesure du vol +des grues</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Les Gaulois étaient également renommés pour la conduite des +chars et l’art avec lequel ils dressaient les chevaux, qu’ils arrêtaient +tout à coup dans les descentes les plus rudes et les pentes les plus +difficiles.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Il était fils de Vulcain, et se servait d’un char à cause de la +difformité de ses jambes qu’il y tenait cachées.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Montaigne.</p> +</div> +<p>Nous n’examinons pas s’il peut exister quelque parité +entre ces deux vîtesses<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>, et jusqu’à quel point on a +porté la rigueur de ce calcul ; pour que la durée de +chaque course, lorsqu’elle était d’une certaine étendue, +fût toujours, non-seulement égale, mais toujours parcourue +avec la même promptitude, il fallait connaître, +par des expériences répétées et par une longue suite +d’observations, tout ce que la nature opposerait de +difficultés ou offrirait d’avantages, afin de fixer les distances +à parcourir par les chevaux, en raison du sol et +de l’état des routes. C’est en quoi la sagacité de Cyrus +est remarquable ; car il s’agissait moins ici de se rendre +en diligence d’un point à un autre, lorsque quelques +circonstances impérieuses l’exigeraient, que d’assurer en +tout tems la régularité et la célérité du service par les +soins et les ménagemens qu’on prendrait des chevaux, +<span id="p13" class="pagenum">-13-</span> en évitant de les fatiguer par des marches trop prolongées.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> On a vu des chevaux faire 60 lieues en 12 heures et d’une +seule traite. En 1754, on dit que milord Poscool fit la gageure de se +rendre de Fontainebleau à Paris en 2 heures : il y a 14 lieues de +distance. Le roi ordonna à la maréchaussée de lever sur la route les +obstacles qui pourraient opposer au courrier le moindre inconvénient. +Milord Poscool ne se servit point de jockey ; il partit de Fontainebleau +à 7 heures du matin, et arriva à Paris à 8 heures 48 minutes.</p> + +<p>Le fameux <span lang="pt" xml:lang="pt">Filho-da-puta</span>, cheval de course anglais, égale presqu’en +vîtesse celle de Childers, le plus rapide des coursiers connus. +Ce dernier parcourut une fois, en 7 minutes, l’espace de New-Market +[4320 toises]. Il n’y a pas long-tems qu’en Russie deux chevaux +anglais ont remporté le prix de la course sur deux chevaux cosaques. +L’espace à parcourir sur la route de Moscou était de 70 +werstes. L’étalon anglais arriva le 1.<sup>er</sup> au but, et ne mit, pour y parvenir, +que 2 heures 8 minutes 4 secondes.</p> + +<p>Les chevaux de course anglais embrassent, à chaque élan, une +étendue de terrain de près de 20 pieds.</p> + +<p>Les chevaux de course français franchissent communément 4000 +mètres en 4 minutes 13 secondes. Ils parcourent la circonférence du +Champ-de-Mars en 2 minutes 30 secondes, et deux fois le même espace +en 5 minutes 32 secondes, deux cinquièmes. La double circonférence +est à peu près d’une lieue de poste ; la circonférence intérieure +de 1026 toises ; ce qui donne, dans les proportions ci-dessus +41 pieds par seconde, ou par minute 2462 pieds 5 pouces. +On remarque que les jumens ont toujours la supériorité dans les courses, +les jockeys qui montent les chevaux ont 300 francs par course. Il en +coûte 500 francs pour faire dresser les chevaux qu’on y destine.</p> +</div> +<p>On ne peut donc méconnaître, dans cette expérience +mémorable faite par Cyrus, l’idée primitive et fondamentale +des postes. Il a donc tout l’avantage de cette invention +qu’on fait remonter à son expédition contre les Scythes.</p> + +<p>Ce prince ne s’arrêta pas à cet essai, et il perfectionna +l’institution des postes, en faisant construire sur +les grands chemins, à des distances égales, des bâtimens +sous la dénomination de stations, pour les courriers +et les chevaux qui y étaient entretenus en nombre +suffisant, et soignés par des individus qui n’avaient que +cet unique emploi. <i>De la mer Grecque ou Egée</i>, dit +Bergier, <i>jusqu’à la ville de Suze, capitale du royaume, +des Perses, il y avoit pour cent onze gistes ou mansions +de distances ; de l’une desquelles à l’autre, il y +avoit une journée de chemin</i>.</p> + +<p>Ces édifices étaient tellement vastes, commodes et +magnifiques, que le prince ne logeait presque jamais +ailleurs lorsqu’il voyageait avec sa suite. Les courriers +transportaient de l’un à l’autre, le jour, la nuit et à +toute heure, les dépêches qui intéressaient le service +public. Leur exactitude et leur discrétion<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> étaient si +grandes, qu’on n’eut jamais à se repentir de la confiance +que de pareilles missions commandent.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Il faut dire aussi, que, de leur côté, les peuples anciens +conservaient un respect religieux pour la correspondance. L’histoire +rapporte que les Athéniens on donnèrent un exemple en laissant +parvenir les lettres que Philippe écrivait à Olympie. Après +une grande fermentation dans sa patrie et une guerre civile, Pompée +eut la générosité et la magnanimité de livrer au feu toutes les lettres +qui auraient pu entretenir le souvenir d’événemens si funestes. Quand +on voit les nations modernes les imiter si scrupuleusement, on ne +sait ce qui surprend le plus, ou de la discrétion des courriers, ou +de la confiance de ceux qui les rendent dépositaires de leurs secrets, +en n’opposant à la curiosité que d’aussi faibles obstacles. +Cette réserve d’un côté, et cet abandon de l’autre, ne nous étonnent +plus. L’habitude a pu seule nous familiariser avec une semblable +merveille. Mais l’inviolabilité des lettres, à laquelle les postes doivent +leur prospérité, est la base inébranlable sur laquelle elles reposent. +Fondées sur le mystère, maintenues par le respect pour la pensée, +elles ne sont point au nombre de ces institutions éphémères, dont +la durée est si fragile : leur existence n’a de bornes que celles +de la société.</p> +</div> +<p><span id="p14" class="pagenum">-14-</span> Il paraît, néanmoins, que, dès le commencement, on +cachetait les lettres en les fermant avec différens nœuds. +Cette coutume avait lieu du tems de la guerre de Troie. +Isaïe dit aux Juifs que ses prophéties seront à leur égard +comme des lettres cachetées. Ces exemples prouveraient, +s’il en était besoin, que, dès qu’on écrivit des missives, +on reconnut l’avantage de pouvoir en laisser ignorer +le contenu aux agens intermédiaires, chargés de les +transmettre par les moyens usités dans tous les tems.</p> + +<p>On juge par les soins que Cyrus mit à consolider +cette institution politique, de l’importance qu’il y attachait. +Ses conquêtes, en étendant les bornes de sa +puissance, exigeaient qu’il s’occupât de donner toute la +perfection désirable à cet établissement naissant.</p> + +<p>Parmi ses successeurs, Xerxès fut un de ceux qui +profitèrent le plus de cette découverte. On dit, qu’après +avoir été défait par Thémistocle, il se sauva au moyen +des relais, qu’il avait fait préparer au cas que la fortune +lui devînt contraire.</p> + +<p>Les révolutions que les empires de l’Asie éprouvèrent, +firent disparaître les traces de cette utile institution. +Nous ne les retrouvons que chez les Romains, auxquels +rien de ce qui était grand ne pouvait échapper. Ils +jugèrent que le seul moyen de faire revivre les postes, +était de tracer des routes, de les paver et de les entretenir +avec soin ; de construire des chaussées et d’élever +des ponts. Imitateurs des Grecs, qui, les premiers, ouvrirent +des grands chemins, et des Carthaginois<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, qui, +les premiers, imaginèrent de les paver : ils les surpassèrent +bientôt dans ces travaux importons.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Isidore, dit Bergier, <i>nous apprend que les Carthaginois ont +esté les premiers qui se sont advisez de munir, affermir, et consolider +les chemins de pierres et cailloux alliez avec sable, et comme +maçonnez sur la superficie de la terre, ce que nous appelons paver, +et que c’est à leur imitation que les Romains se sont mis à paver +les grands chemins quasi partout le monde</i>.</p> +</div> +<p>La première route dont il soit fait mention, est la +voie Appiène, regardée comme le plus bel ouvrage en +ce genre : deux chariots pouvaient y rouler de front. +La voie Auréliène fut la seconde. La voie Flaminiène la +troisième. Puis, l’on vit successivement les voies Domitiène, +Emiliène, Trajane, etc.</p> + +<p><span id="p15" class="pagenum">-15-</span> <i>Soit<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a> que l’on porte les yeux à la magnificence +qui les continuoit</i> (les chemins), <i>du port qui les finissoit, +aux bastiments des postes et des gistes qui les +accompagnoient, aux colonnes inscrites qui les mesuroient, +à la façon qui les affermissoit contre les siècles, +et les rendoit durables contre les efforts du charroy de +quinze à seize cents ans ; soit que l’on regarde l’utilité +publique en la conduite des armées et des armes, au +charroy des marchandises, à la facilité d’envoyer des +nouvelles en peu de tems de la ville de Rome jusques +aux confins de l’empire, et d’en recevoir avec même +commodité par le moyen des postes établies sur iceux ; +à la police excellente qui régloit ces postes, à la dignité +des auteurs des grands chemins, et des commissaires +établis pour leur entretenement et réparation ; aux +sommes d’argent sans nombre, et à la multitude des +hommes qui ont esté employez aux ouvrages d’iceux ; +certes, on trouvera que l’esprit humain ne conçut et la +main n’acheva jamais une plus grande œuvre ; de laquelle +entreprise le seul empire romain estoit capable ; +et à laquelle il a fait paraître l’extrémité de sa puissance.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Bergier, auteur cité.</p> +</div> +<p>On s’accorde généralement<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> à dire que c’est sous +Auguste que les Romains ont connu les postes. L’exemple +qu’on cite, du tems de la république, du consul Gracchus +qui, étant en Grèce, pour se rendre d’Amphise +à Pella, parcourut près de 40 lieues en un jour, n’est +qu’un fait isolé qui ne peut prouver l’établissement de ce +service dans une contrée où, au rapport de Socrate +l’historien, on ne s’occupa pendant long-tems que des +courses en char, seulement pour les jeux publics.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Suétone.</p> +</div> +<p>Il est des époques tellement remarquables dans l’histoire, +qu’il ne peut rester d’incertitude, lorsqu’il est +question de leur attribuer quelques institutions qui +tendent encore à les illustrer. Les postes étaient dignes +d’être comptées au nombre de celles qu’on doit au grand +siècle d’Auguste.</p> + +<p>Les principales villes de l’empire communiquaient +<span id="p16" class="pagenum">-16-</span> déjà avec la capitale par des chemins pavés. Les routes +commençaient à s’étendre dans les provinces conquises. +Auguste perfectionna ces entreprises. Il fit aussi percer +des grands chemins dans les Alpes, et en ordonna une +infinité d’autres en Espagne. Ce fut à Lyon qu’il fit +travailler à la distribution des grands chemins dans les +Gaules. <i>Là où<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> il parle de son passages de la rivière +de Rhône, vers l’Allemaigne, il veit qu’il estoit indigne +de l’honneur du peuple romain, qu’il passast son +armée à navire, il fit dresser un pont, afin qu’il +passast à pied ferme. Ce fut là qu’il bastit ce pont +admirable de quoi il déchiffre particulièrement la fabrique ; +car il ne s’arrête si volontiers en nul endroict +de ces faicts, qu’à nous représenter la subtilité de ses +inventions en telles sortes d’ouvrages.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Montaigne.</p> +</div> +<p>Il divisa aussi les routes en espaces uniformes appelés +milles, et indiqués sur des colonnes de pierres<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> qui +portaient le nom de milliaires. On commençait à compter +de celle connue sous la dénomination de milliaire dorée, +qu’Auguste fit élever au milieu du marché de Rome, +près le temple de Saturne. <i>Sa figure est ronde, et si +grossière</i>, dit Bergier, <i>qu’elle ne touche en pas un +ordre d’architecture. Elle est assise sur un piédestal +corinthien ; et porte une boule au-dessus de son chapiteau, +comme pour représenter le rond de la terre, +sur laquelle les Romains ont estendu leur seigneurie +et leur puissance</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Il y avait aussi d’autres pierres plantées de distance en distance +pour suppléer aux étriers, lesquelles aidaient le cavalier à +monter à cheval. Jusqu’au règne de Théodose, on ne se servit ni +d’étriers ni de selle. Cette dernière était remplacée par une simple +housse. Il fut également défendu en tout tems de se servir de bâton +pour exciter les chevaux ; le fouet, employé à cet usage, a toujours +été maintenu. On ne s’est servi d’éperons que très-tard.</p> +</div> +<p>Auguste ne négligea donc aucun moyen d’accroître +la prospérité des postes, soit comme nous l’avons remarqué, +par les grands chemins qu’il fit faire, les +bâtimens qu’il y éleva sous la dénomination de stations +ou positions, origine sans doute du nom qu’elles +portent ; soit par les mesures qu’il ordonna d’employer +pour qu’aucune prérogative n’exemptât de fournir des chevaux +<span id="p17" class="pagenum">-17-</span> pour ce service, appelé course publique ; soit enfin +par les dépenses considérables dans lesquelles il s’engagea, +et qui furent à la charge des peuples.</p> + +<p><i>Il nous<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> faut parler des moyens que les empereurs +avaient d’envoyer de Rome leurs lettres si promptement +jusques aux confins de leur empire, et d’avoir la +réponse avec pareille promptitude et célérité. Cela se +faisoit par la voie des postes assises sur les routes militaires, +si bien réglées et policées, qu’il n’estoit déjà +besoin au prince souverain de courir avec peine et travail +par les parties de son empire, pour sçavoir ce qui +s’y passoit ; veu que, sans partir de la ville de Rome, +il pouvoit gouverner la terre par ses lettres missives, +édits, ordonnances et mandements, lesquels n’estoient +plus tost écrits, qu’ils estoient par la voie des postes, +portées aussi promptement</i>, que si quelques oiseaux en +<i>eussent esté les messagers</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Bergier, auteur cité.</p> +</div> +<p>Des courriers et ensuite des voitures furent disposées +sur toutes les grandes routes et à peu de distance l’une +de l’autre, afin que l’on eût des nouvelles plus promptes +de ce qui se passait dans les provinces ; et les courriers<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a> +auxquels on confiait les missives étaient +appelés <i lang="la" xml:lang="la">viatores</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">veredarii</i> sous les empereurs d’Occident, +et, sous les empereurs d’Orient, <i lang="la" xml:lang="la">cursores</i>, mot +d’où ils tirent leurs noms. Ils ne marchaient jamais +sans être munis d’un diplôme ou lettre d’évection. Elle +différait de la missive en ce que celle-ci était scellée et +pliée de plusieurs façons, et que l’autre n’avait qu’un +simple pli uniforme<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. Le sceau<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> qu’Auguste appliquait +<span id="p18" class="pagenum">-18-</span> sur ses lettres et sur ses actes, fut d’abord un +sphinx, ensuite la tête d’Alexandre, et, enfin, son +propre portrait, gravé par Dioscoïde. Ce dernier fut +celui en usage sous ses successeurs. Il marquait toujours +sur ses lettres l’heure à laquelle il les écrivait, soit le +jour, soit la nuit<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Le cheval de poste Veredus.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Depuis la première institution des postes romaines jusqu’au siècle +de Constantin, les lettres de poste se donnoient en papier ou parchemin ; +et on les appeloit <span lang="la" xml:lang="la">diplomata</span>. Et quoique Servius escrive que +sous ce nom sont comprises toutes les écritures envoyées à quelqu’un : +c’est ce qu’il appartient proprement à celles qui ne sont pliées qu’en +double. Quelques-uns assurent que ces lettres estoient semblables aux +patentes de nos rois, qui n’ont qu’un simple ply, que nous appellons +reply, et non plusieurs plys</i>, comme les missives que l’on appelle +lettres closes ou de cachet. [<span class="sc">Bergier.</span>]</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Sceau doit être pris ici dans une signification différente de +cachet qui, pour nous, dérive de cacher. Ce cachet que nous +appliquons sur nos lettres sert à empêcher que le contenu n’en soit +connu de tout autre individu que celui auquel on l’adresse. Le +sceau, chez les anciens, dont l’écriture cursive n’était pas aussi +variée que la nôtre, devenait la marque authentique à laquelle +on reconnaissait celui qui nous communiquait sa pensée, et non +la main qui la traçait ; car le nom n’y était pas apposé à la fin, +comme nous le pratiquons.</p> + +<p>L’usage introduit autrefois d’écrire au nom d’une personne absente +ne peut étonner, puisqu’il ne s’agissait que d’être muni de son +sceau. On en trouve mille exemples, soit dans Cicéron et d’autres +auteurs, soit même dans les pères de l’église qui, employant la +main de leurs amis ou de leurs secrétaires, ne manquaient jamais, +quand ils voulaient ajouter quelque chose eux-mêmes à leurs lettres, +de dire : Ceci est de ma main.</p> + +<p>Le signe ou sceau était seul reconnu, puisque la loi romaine +refusait d’accepter un écrit autographe comme pièce de comparaison, +si le témoignage de personnes présentes à la rédaction n’en +attestait l’authenticité.</p> + +<p>Au reste, cette empreinte ou sceau était d’une telle importance, +que le fabricateur d’un cachet faux ne pouvait échapper à la punition +prononcée par la loi Cornélia.</p> + +<p>Ainsi, lorsque anciennement on disait : J’ai signé cette lettre, on +exprimait par là qu’on y avait apposé son sceau. La même expression +aujourd’hui signifie littéralement qu’on y a mis son nom, +ce qui lui donne le caractère d’authenticité. Elle est distinguée +par là d’une autre espèce de lettres appelées anonymes qui, quoique +cachetées, ne portent pas de signatures.</p> + +<p>Chardin dit qu’en Orient on appose seulement son sceau et celui +des témoins sur les contrats.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Suétone.</p> +</div> +<p>La surveillance des postes romaines était confiée +aux premiers personnages de l’empire. Aucune personne, +quel que fût son rang, ne pouvait voyager sans +être muni d’une permission de se servir des chevaux +de la course publique. <i>Conformément à cette loi</i>, dit +Bergier, <i>nous lisons dans l’histoire de Capitolinus +que Publius Helvius Pertinax, qui fut empereur +romain sur ses vieux jours, estant pourvu en son âge +florissoit de la charge de sergent de bandes, qu’ils +appelloient <span lang="la" xml:lang="la">Præfectum Cohortiis</span>, sous l’empire de +Titus, fut condamné par le président de Syrie à aller +<span id="p19" class="pagenum">-19-</span> à pied à Antioche jusqu’à certain lieu où il estoit envoyé +en qualité de légat, en punition de ce qu’il s’estoit +servi des chevaux publics, sans avoir de lettres de poste.</i></p> + +<p>Les postes établies sur tous les points où s’étendait +la puissance romaine, malgré les revenus qu’elles rendaient +aux empereurs, étaient loin de les dédommager +des frais énormes qu’elles occasionnaient. Tant de sacrifices +et de précautions, par suite de mesures extraordinaires, +ne les mirent pas à l’abri d’une destruction, +totale. Il n’est pas inutile de remarquer que +toute innovation ou tentative brusque a toujours nui +à la prospérité des postes, et qu’on ne doit procéder +qu’avec prudence dans tous les changemens que les +circonstances permettent d’y introduire. Nous aurons +occasion plus d’une fois de nous en convaincre.</p> + +<p>Lorsque Constantin fit assembler un concile à Rimini, +il exigea tant de célérité des prélats qu’il y appelait +des points les plus éloignés, qu’ayant ordonné à cet +effet de leur procurer tous les moyens de voyager +avec diligence, la plus grande partie des chevaux succomba +aux fatigues de ce service.</p> + +<p>Le soin que l’on mettait à cette époque à l’entretien +des routes, explique la promptitude avec laquelle on +franchissait les plus grandes distances dans les chars +légers que nos voitures ont remplacés.</p> + +<p>Auguste se rendait avec une grande rapidité, par +le moyen des postes, dans les lieux les plus éloignés +où il ne pouvait être attendu, afin de connaître par +lui-même tout ce qui s’y passait. On rapporte qu’il +faisait alors plus de cent milles par jour<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> A peu près 25 lieues.</p> +</div> +<p><i>La première fois<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> qu’il sortit de Rome avecques +charges publiques, il arriva en huit jours à la rivière +de Rhône, ayant dans son coche, devant lui, +un secrétaire ou deux qui écrivoient sans cesse, et +derrière luy, celuy qui portait son épée.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Montaigne.</p> +</div> +<p>Rufus, envoyé vers Pompée, marcha nuit et jour +avec la même vitesse, en changeant de chevaux à chaque +poste. Constantin-le-Grand, retenu prisonnier à Nicomédie, +se sauva en Angleterre par le moyen de relais, +<span id="p20" class="pagenum">-20-</span> et s’y fit proclamer empereur. Pour mieux assurer sa +fuite, il faisait couper les jarrets aux chevaux qu’il +laissait après lui, afin que ceux qui le poursuivaient +sur la route ne pussent faire la même diligence. Tibère, +dans une circonstance pressante, fit, dit-on, 200 milles +en 24 heures, et ne changea que trois fois de voiture. +Dioclétien et Maximien, suivant les historiens, parcouraient +de très-grandes distances avec la même célérité. +Il serait facile de multiplier les exemples de ce +genre, qui ne sont remarquables que par l’époque à +laquelle ils nous reportent.</p> + +<p><i>C’est encore ainsi</i>, dit Bergier, <i>que les empereurs se +faisoient porter le long des fleuves navigables, avec une +merveilleuse promptitude et célérité. Ce qu’ils exécutoient +à l’aide de certains vaisseaux faits exprès comme pour +servir de chevaux de poste sur les eaux. Car les anciens +avoient deux sortes de vaisseaux pour naviger, tant +sur la mer que sur les fleuves navigables. Ils appeloient +les uns <span lang="la" class="rm">onerarias naves</span>, +qui servoient à porter toutes +sortes de fardeaux et marchandises ; et les autres +<span lang="la" class="rm">fugaces +sive cursorias</span>, et d’un mot grec +<span class="rm">dromones</span>, comme qui +diroit des courriers, à cause de la vîtesse de leur course</i>.</p> + +<p>Les chevaux n’étaient pas seuls employés, soit pour +établir des correspondances entre tous les points d’un +état et les nations entr’elles, soit pour voyager avec plus +de sûreté, de commodité et même d’agrément.</p> + +<p>Les Romains avaient dressé divers animaux à traîner +leurs chars. Celui de Marc-Antoine était conduit par des +lions. Héliogabale l’imita, et y substitua des tigres, qu’il +remplaça par des cerfs et des chiens. L’empereur Firmus +se servit d’autruches<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> dans le même but. Elles étaient, +dit-on, d’une grandeur remarquable.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Les Arabes appellent l’autruche l’oiseau-chameau.</p> +</div> +<p>Ces éclaircissemens suffisent pour donner une juste +idée des moyens employés primitivement pour correspondre, +et du grand degré de perfection auquel les +Romains avaient porté l’institution des postes. En les +élevant au premier rang, ils en avaient assuré la prospérité +par la considération, et la confiance, sur laquelle +ils les faisaient reposer, était devenue pour eux le seul +garant de leur stabilité.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span id="p21" class="pagenum">-21-</span></p> + +<h2 class="nobreak">DEUXIÈME PARTIE.<br> +DES POSTES EN FRANCE.</h2> + + +<p>La décadence de la puissance romaine fit négliger une +institution qui ne reparaît qu’en France, sous Charlemagne, +digne héritier des conquêtes de cette nation +célèbre. La domination de ce prince, qui s’étendait en +Allemagne, en Italie et en Espagne, lui rendait l’usage +des postes d’une grande nécessité ; mais, si elles ne +paraissent avoir servi d’abord qu’aux affaires publiques, +les Français, dit Mezeray, les employèrent bientôt à +satisfaire l’impatience curiosité qui leur était si naturelle. +César, qui l’avait observée comme un trait distinctif +de leur caractère, dit encore qu’ils aimaient si fort +les nouvelles, qu’ils se tenaient sur les grands chemins +pour arrêter les passans et surtout les étrangers, afin de +savoir ce qu’il y avait de nouveau hors de leur pays.</p> + +<p>On donnait aux courriers le nom de Veredarii, comme +sous les empereurs Romains. La même considération avait +été conservée aux officiers commis à la direction de +cette importante branche administrative, toujours sous +la surveillance des premiers dignitaires ou des hommes +les plus recommandables de l’état.</p> + +<p>Ce fut encore Charlemagne qui, le premier de nos +rois, fit travailler aux grands chemins. Il releva +d’abord les voies militaires romaines ; et, à l’exemple +d’Auguste, il employa à ce travail, et ses troupes et +ses sujets.</p> + +<p>Louis-le-Débonnaire et quelques-uns de ses successeurs +rendirent aussi des ordonnances sur cette matière ; +mais les troubles des X.<sup>e</sup> et XI.<sup>e</sup> siècles firent perdre +de vue la police des grands chemins. On s’en tint +à quelques réparations de ponts, de chaussées et de +cours d’eau, qui pouvaient offrir des obstacles à l’entrée +des villes.</p> + +<p><span id="p22" class="pagenum">-22-</span> Philippe-Auguste s’occupa aussi des grands chemins, +et fut le premier qui entreprit de paver la capitale. Il +était très-jeune lorsqu’il fit exécuter ce projet. L’odeur +des boues qui encombraient les rues de Paris, parvenant +jusqu’à son palais, le déterminèrent à une opération +qui joignait l’agrément à la salubrité.</p> + +<p>Un financier, nommé Gérard de Boissy, fit à cette +occasion, une action bien rare, et qui a prouvé l’amour +qu’il portait à son pays. Ce citoyen, en voyant que son +roi n’épargnait ni soins, ni dépenses, pour embellir +Paris, contribua de la moitié de son bien, évaluée +11,000 marcs d’argent<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, pour en faire paver les rues.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Ce qui équivaut à peu près à 559,000 fr. +de notre monnaie actuelle.</p> +</div> +<p>Philippe-Auguste confia l’inspection des routes, +comme du tems de Charlemagne, à des commissaires-généraux +appelés Missi : ils ne dépendaient que du Roi. +Henri II et Henri IV rendirent des édits à ce sujet. +Henri IV créa, en 1579, un office de grand-voyer, +auquel il attribua la surintendance des grands chemins. +Louis XIII supprima cette charge et en fit rentrer les +attributions dans celles des trésoriers de France. Il en +reconnut bientôt l’importance, et la rétablit sous la dénomination +de direction générale des ponts-et-chaussées, +à laquelle il attacha des inspecteurs et des ingénieurs. +Cette administration, à quelques modifications près, est +restée la même depuis cette époque<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Ces courtes observations, quoique interrompant la suite des +faits, ne nous ont point semblé déplacées ici. Nous aurons encore +l’occasion de présenter diverses considérations qui se rattachent, +d’une manière plus ou moins directe, au sujet que nous traitons. +Nous croyons cette méthode plus convenable : elle a l’avantage de +réunir des faits, qui n’offriraient pas le même intérêt, isolés et +classés d’après l’ordre des dates que nous cherchons à suivre, avec +exactitude, dans cet ouvrage.</p> +</div> +<p>Nous n’entrerons pas dans les considérations qui ont +retardé, pendant si long-tems, l’établissement régulier +des postes en France ; mais nous arriverons à cette +heureuse époque après avoir cherché à saisir quelques-unes +des traces légères qu’elles ont laissées de loin en loin.</p> + +<p>Charlemagne, dont le nom est attaché aux entreprises +les plus remarquables de la monarchie, acquit, en +fondant l’Université, de nouveaux droits à l’immortalité. +<span id="p23" class="pagenum">-23-</span> Cette institution, destinée à conserver le germe des +sciences, ne pouvait se propager qu’à l’aide d’une autre +non moins importante ; aussi les Postes, qui ne servaient +qu’aux affaires du Roi, prirent-elles un grand degré +d’intérêt par la nouvelle direction qu’elles reçurent. +C’est donc avec raison qu’un des premiers génies du +siècle<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> a dit que les postes et messageries, perfectionnées +par Louis XI, furent d’abord établies par +l’Université de Paris.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> M. le vicomte de Châteaubriand.</p> +</div> +<p>Ce fut, en effet, le moyen que le public employa +pour la correspondance, et le seul même dont il se +servit, pendant long-tems. Les nombreux élèves, que +l’Université attirait des provinces pour les former à +l’étude des belles-lettres, multipliaient de plus en plus +les relations qu’elle y entretenait, en expédiant, à des +époques indéterminées à la vérité, pour les principales +villes de France, des messagers qui marchaient à ses +frais.</p> + +<p>C’est ainsi qu’à son exemple, sous le titre de messagers-royaux, +des courriers portèrent, plus tard, les +dépêches, des principaux fonctionnaires de l’état, relatives +au service du Roi, dont les grands courriers +du royaume ne pouvaient être chargés.</p> + +<p>Quoique les communications ne fussent pas encore +très-fréquentes entre les particuliers, parmi lesquels +l’écriture était fort peu répandue et dont les liaisons +d’intérêt ou de famille, avec les diverses provinces, +ne devaient pas être multipliées, on profita des facilités +qui se présentaient de les entretenir ou de les étendre. +Les messagers durent les favoriser de tout leur pouvoir +par les avantages qu’ils en retiraient.</p> + +<p>Mais combien cette ressource était insuffisante. D’abord +il fallait connaître l’époque de leur passage, toujours +indéterminée ; borner ensuite sa correspondance aux +lieux seuls qu’ils fréquentaient ; enfin, compter sur les +lenteurs incalculables qu’entraînait ce mode de relations. +Ainsi, pour une lettre qu’on écrit aujourd’hui et dont +on reçoit une réponse en quatre jours, on mettait alors +plus de deux mois. Que de raisons, d’un autre côté, +<span id="p24" class="pagenum">-24-</span> s’opposaient à ce que ces divers services eussent un +mouvement régulier, et à ce qu’ils prissent un accroissement +rapide. La France était divisée en petites souverainetés +dont les princes, souvent en opposition d’intérêt, +ne devaient multiplier les communications entr’elles que +lorsque leur sûreté le commandait. Il y avait, en général, +peu de grandes routes dans toute l’étendue du royaume, +et la plupart encore mal entretenues. Les guerres civiles, +les invasions retenaient les citoyens dans les villes : les +relations commerciales étaient sans activité ; elles se +bornaient, le plus ordinairement, aux localités : un +voyage d’une province à une autre présentait tant de +difficultés, qu’il fallait des circonstances impérieuses pour +le réaliser. On remonterait très-loin dans les siècles +passés pour voir combien ces déplacemens offraient +d’obstacles. Les historiens rapportent qu’on faisait des +vœux avant de les entreprendre, et qu’on prenait les +mêmes dispositions que pour les voyages d’outre-mer.</p> + +<p>Il est donc incontestable que l’Université avait acquis +le droit exclusif de transporter les lettres des particuliers ; +et qu’un service, établi primitivement dans +ses intérêts privés et indépendant de celui de l’état, +devint, presqu’en même tems, aussi avantageux pour +la société.</p> + +<p>Voilà, du moins le pensons-nous, les seuls élémens +de correspondance que présente une suite de plusieurs +siècles. On se contentait d’un mode que l’instruction +bornée de ces tems-là ne forçait pas à perfectionner ; +mais la découverte de l’imprimerie et les lumières que +l’université avait répandues peu à peu, en firent connaître +l’insuffisance.</p> + +<p>Nos rois, en maintenant les postes dans l’état où +Charlemagne les avait laissées, les négligeaient ou les +rétablissaient sur le même pied, selon que les circonstances +l’exigeaient ; mais ils conservaient toujours, +près de leur personne, un grand maître des postes, +titre qu’on voit reproduit sous tous les règnes, entr’autres +sous celui de Louis VI.</p> + +<p>Cependant, tout incomplets que sont ces documens, +ils nous prouvent non-seulement l’utilité des postes à +toutes les époques, mais encore l’importance qu’on y +attachait, en les entourant d’une grande considération.</p> + +<p><span id="p25" class="pagenum">-25-</span> Louis XI est regardé, à juste titre, comme le fondateur +des postes en France<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a> : l’histoire est là pour +appuyer un fait de cette importance. Quant à la cause +qui y donna lieu, il serait difficile de se rendre au +témoignage de quelques auteurs qui prétendent l’attribuer +à la sollicitude paternelle. Louis XI, disent-ils, +inquiet de la maladie grave du Dauphin, duquel il +était éloigné, établit les postes afin de connaître, +presqu’à chaque instant, l’espoir ou la crainte que son +état pouvait inspirer. Cette assertion est d’un bien faible +poids, lorsqu’il s’agit d’un prince de ce caractère. Habitué +à la dissimulation, Louis XI fit naître ce +bruit ou l’accrédita, afin de détourner l’attention du +but qu’il se proposait. Ce ne serait pas la première +fois que le prétexte le plus respectable eût servi à +déguiser la vérité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Les postes, disent MM. Saur et Saint-Geniès, dans leur ouvrage +sur les aventures de Faust et sa descente aux enfers, la +machine pneumatique, d’autres inventions non moins importantes +et dont la première idée appartient à Faust, attestent la fécondité +inépuisable de son imagination : il a surtout consacré son nom à +l’immortalité par la découverte de l’imprimerie. Les mêmes auteurs +prétendent qu’un jeune Suisse, à qui il avait communiqué ses idées +sur les moyens de rétablir en France les postes telles qu’elles étaient +du tems des Romains, en fit part à Louis XI, qui les suivit et l’en +récompensa. Ils ajoutent que Faust, dans l’entretien qu’il eut avec +le monarque, auquel il fut présenté comme inventeur de l’imprimerie, +n’était pas moins frappé de la supériorité de son esprit, +de l’étendue de ses connaissances, que touché de son langage doux, +caressant et presque flatteur. Louis XI, en instituant les postes, +dut s’entourer de tous les moyens propres à faire réussir son entreprise ; +et, parmi les nombreux projets qui sans doute lui furent +soumis, il est possible que celui de Faust ait eu l’avantage d’être +préféré.</p> + +<p>Nous ne doutons point que les auteurs cités n’aient eu de fortes +raisons pour adopter ce sentiment, et pour attribuer également +à Faust des faits que les biographes modernes regardent comme +devant concerner deux individus, Faust et Fust.</p> +</div> +<p>La vie agitée de ce monarque ; ses démêlés avec +les grands vassaux de la couronne, et particulièrement +avec le duc de Bourgogne ; ses intrigues dans les +principales cours de l’Europe ; tout explique assez le +besoin qu’il avait d’un moyen qui pût satisfaire à la +fois, et son esprit ombrageux et rusé, et ses vues +ambitieuses et perfides.</p> + +<p><span id="p26" class="pagenum">-26-</span> Mais écoutons les historiens sur l’origine de cette +institution. <i>Le Roi</i>, dit Commines<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, <i>qui avoit jà ordonné +postes en ce royaume, et par n’y en avoit +jamais eu, fut bientôt adverty de cette déconfiture du +duc de Bourgogne, et à chaque heure en attendoit des +nouvelles, pour les advertissements qu’il avoit eu par +avant de l’arrivée des Allemands, et de toute autre +choses qui en dépendoient ; et y avait beaucoup de +gens qui avoient les oreilles bien ouvertes pour les ouïr +le premier et les luy aller dire ; car il donnoit volontiers +quelque chose à celuy qui le premier luy apportoit +quelques grandes nouvelles, sans oublier les messagers ; +et si prenoit plaisir à en parler, avant qu’elles +fussent venues, disant : je donneray à celui qui m’apportera +des nouvelles. M. Dubouchage et moy eusmes +(estant ensemble) le premier message de la bataille +de Morat, et ensemble le dismes au Roy, lequel nous +donna à chacun 200 marcs d’argent. Monseigneur du +Lude, qui couchoit hors du plessis, sceut le premier +l’arrivée du chevaucheur qui apporta les lettres de cette +bataille de Nancy, dont j’ai parlé ; il demanda au +chevaucheur qui apporta les lettres, qui ne lui osa +refuser, pourquoi il estoit en grande autorité avec le +Roy. Ledit seigneur du Lude vint fort matin (il estoit +à grande peine jour) heurter à l’huis plus prochain du +Roy : on lui ouvrit ; il bailla les dites lettres qu’envoyoit +monseigneur de Craon et autres ; mais aucuns disoient +qu’on l’avait veu fuir, et qu’ils s’estoit sauvé.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Dans ses Mémoires.</p> +</div> +<p>Varillas<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> ajoute : <i>Les intrigues du duc de Bretagne +n’auraient pu être découvertes à point nommé, si +Louis XI ne se fut avisé d’une invention qui dure encore, +tant elle a été trouvée convenable à la commodité +du public. Comme il changeoit souvent les ordres qu’il +avoit donnés, et qu’il prétendoit qu’on les exécutât avec +une extrême promptitude, il se trouvoit sujet à des +inconvéniens où ses prédécesseurs n’avoient point été +exposés. Il n’avoit point un assez grand nombre de +courriers, et ses courriers ne faisoient point assez de +<span id="p27" class="pagenum">-27-</span> diligence, et ils ne trouvoient point à propos les hôtelleries +et les choses propres à leur rafraîchissement. On +n’y pouvoit remédier par les voies ordinaires sans qu’il +en coûtât beaucoup ; et Louis entreprenait tant d’affaires +en même tems, que, s’il n’eût ménagé sa bourse, +elle n’aurait pas suffi pour toutes. Il lui vint en pensée +d’établir des postes dans son royaume, et les règlements +qu’il fit là-dessus les garantirent à l’avenir de la meilleure +partie des frais qu’il faisait auparavant, et lui +attirèrent de plus un avantage qu’il n’avait pas prévu, +et qui consistait à ce que ses intriques s’acheminoient +avec plus de secret.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Histoire de Louis XI.</p> +</div> +<p><i>Son activité</i>, dit Lenguet<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>, <i>alloit au-delà de +tout ce qu’on peut dire : on voit par ses lettres écrites +de presque tous les endroits du royaume, qu’il doit +en avoir fait le tour deux ou trois fois. Il vouloit, +avance encore le même auteur, tout connoître par lui-même, +et il exigeoit souvent que les particuliers lui +écrivissent ; c’est le moyen qu’il avoit trouvé pour éviter +les tromperies que lui auroient pu faire ses ministres. +Malgré ses précautions, il ne laissoit pas d’être quelque +fois trompé</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> Préface des Mémoires de Commines.</p> +</div> +<p><i>Il employa</i>, suivant Varillas<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>, <i>la plupart des +quatre millions sept cent mille livres qu’il exigeoit +tous les ans de ses sujets, à acheter des espions et +des créatures dans les états voisins du sien, et dans +les cours de ses principaux feudataires</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Histoire citée.</p> +</div> +<p><i>Le duc de Lorraine</i>, dit Hainaut<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>, <i>accompagné +des Suisses, vint au secours de la place (Nancy), le +5 janvier, attaque et défait le duc Charles qui y perdit +la vie, ayant été trahi par Campobosso, Napolitain. +Il ne laissa d’autre héritier que Marie, sa +fille unique. En lui finit la deuxième maison de Bourgogne, +qui avoit duré cent vingt ans sous quatre +princes. Le roi Louis XI qui, le premier, avoit établi +l’usage des postes, jusqu’alors inconnu en France, est +bientôt informé de cet événement, et en profite pour +<span id="p28" class="pagenum">-28-</span> reprendre plusieurs villes en Picardie, en Artois et en +Bourgogne</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Histoire chronologique de France.</p> +</div> +<p>Ainsi que dans l’antiquité, la guerre, fruit si funeste +de l’ambition de quelques souverains, devint la cause +d’une institution tellement utile aux peuples, qu’ils +n’ont pas cessé depuis de la faire tourner au profit de +la société.</p> + +<p>Pour perpétuer le souvenir d’un événement si remarquable, +on frappa une médaille destinée à le rappeler<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>. +Nous voyons, dans Mezeray, qu’elle était +en bronze. Cet établissement de la poste <i lang="la" xml:lang="la">Decursio</i><a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>, +dit-il, <i>est désigné par deux courriers bien montés +(dont l’un porte une malle en croupe) avec cette legende : +<span class="rm" lang="la" xml:lang="la">qui pedibus volucres ante irent cursibus auras</span>, +afin que, pour ainsi dire, ils passent les oiseaux et les +vents à la course</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Ce n’est pas la seule fois qu’on ait consacré des médailles à +rappeler des événemens remarquables dans les postes. Nous voyons +entr’autres exemples, dans une histoire d’Ecosse, que lorsque +Wallace combattait pour conserver ses anciens souverains à son pays, +Bruce ayant reçu de lui un avis important apporté par un messager +fidèle, donna à l’envoyé une médaille où l’on voyait une colombe +avec cette légende, <i>fidèle comme ce premier messager</i>, faisant allusion +à la colombe envoyée par Noë hors de l’arche.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Au bas de l’exergue.</p> +</div> +<p>Louis XI rendit cette institution authentique par +son édit en date du 19 juin 1464<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Nous le rapportons <a href="#edit">à la fin de cet essai</a>.</p> +</div> +<p>C’est dans cette pièce importante que nous trouvons +la preuve évidente que les postes ont été établies pour +servir à la politique de Louis XI, et que leur usage, +étendu presqu’en même tems aux besoins de la société, +n’en étant que la conséquence, n’a pas eu pour but d’accroître +les revenus de l’état en imposant la pensée, +comme on semble le croire dans ce siècle calculateur.</p> + +<p>Ce prince était si loin d’en considérer la création +comme une ressource que, pour la consolider, il se +vit dans l’impérieuse nécessité d’augmenter les charges +qui pesaient sur ses peuples, et d’accorder des <i>gages</i> +et de grands priviléges aux maîtres de poste auxquels +il confiait ce service.</p> + +<p>Il paraît que son édit fut mis de suite à exécution, +<span id="p29" class="pagenum">-29-</span> puisqu’on comptait déjà jusqu’à deux cent trente courriers +à ses gages qui portaient ses ordres sur tous les +points du royaume, ainsi que les lettres des particuliers, +quoiqu’il n’en fut pas fait mention lors de la création +des postes.</p> + +<p>Ces messagers couraient à cheval et changeaient de +chevaux à chaque relais, à l’instar des anciens, qui employaient +aussi des courriers à pied comme nous le pratiquons<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>. +Ces derniers étaient appelés hémérodromes +par les Grecs, c’est-à-dire, courriers de jour.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> En France, partout où il n’y a pas de bureau de poste, il se +trouve des courriers sous diverses dénominations ; les uns desservent +les communes dépendantes de chaque bureau de poste, les autres +sont employés à la correspondance réciproque des préfets et des +maires. Ces messagers font régulièrement deux courses par semaine +dans leurs arrondissemens respectifs. On peut évaluer le nombre de +lieues qu’ils parcourent ainsi pendant la durée de l’année à plus de +2500 ; ce qui équivaut à une marche moyenne de 7 lieues par jour. +Il est à remarquer que ces individus résistent long-tems à un exercice +aussi soutenu, qui n’est interrompu ni par les obstacles qu’opposent +les localités, ni par l’intempérie des saisons.</p> + +<p>On pourrait citer beaucoup d’exemples de courses extraordinaires. +Il est même certaines provinces du royaume dont les habitans se distinguent +par leur agilité à la marche.</p> + +<p>La mode des coureurs était très en usage autrefois, surtout à Paris. +Ils précédaient ordinairement les coursiers de la voiture des personnes +de distinction. On a renoncé à ce luxe dangereux, en employant +à leur place des postillons à cheval.</p> + +<p>Les coureurs, chez les anciens, faisaient 20, à 30 lieues par jour, +et même 40 dans le cirque pour remporter les prix. On lit dans +Pline, qu’Autiste et Félonide, coureurs d’Alexandre, parcoururent +un espace de 1200 stades, à peu près 44 lieues, en 24 heures. Il +ajoute qu’un jeune homme, nommé Mathias-Athas, fit 75 milles, +25 lieues, de midi jusqu’à la nuit. Plutarque dit qu’un certain Anchide +fit 1000 stades, 37 lieues de 2000 toises, en un jour.</p> + +<p>On a vu, de nos jours, des courses aussi remarquables. En 1767, +un coureur de la duchesse de Weymar fit 76 lieues en 24 heures, et +ne se reposa que le tems nécessaire à la réponse des dépêches dont il +était porteur.</p> + +<p>M.<sup>r</sup> Cochrane, capitaine de la marine anglaise, exécute une entreprise +des plus périlleuses et des plus étonnantes, celle de traverser à +pied toute l’Asie. Il se propose ensuite de parcourir ainsi l’Amérique.</p> + +<p>Un anglais, nommé Aberthemy, vient de faire tout récemment +à pied, malgré un tems constamment mauvais, 560 milles en 8 jours, +ce qui fait 37 lieues par jour.</p> + +<p>Il existe en Irlande un homme âgé de 142 ans qui, après avoir +voyagé dans toutes les parties du monde, a continué de s’exercer à +faire de longues marches en parcourant régulièrement chaque jour un +espace de 10 lieues.</p> + +<p>Un autre individu, nommé Wert, a parcouru, en 4 jours et 4 +heures, pour un pari de 7200 fr., 320 milles, environ 150 lieues de +France.</p> + +<p>Le coureur Charles Quize vient de faire, en 7 quarts d’heure, le +trajet de Bruxelles à Volvurde, sans paraître fatigué ni même échauffé. +Il est maigre et de petite stature. Sa manière accoutumée de courir +est de tenir d’une main un mouchoir dont un des coins est dans ses +dents, et de l’autre il agite sans cesse un petit fouet.</p> + +<p>Le nommé Rumel, âgé de 16 ans, est remarquable par sa force et +son agilité. Il a fait à pied le chemin de Francfort à Hanau et retour, +qui est de 8 lieues, en 2 heures 15 minutes : des cavaliers qui le +suivaient ne purent faire la même diligence et restèrent en arrière.</p> + +<p>M.<sup>r</sup> Danwers paria dernièrement 5000 fr. de se rendre de Chettenham +à Bayswaters, 94 milles, en 22 heures. Il mit 10 minutes de +moins que le tems convenu, et fit sa course avec des souliers très-épais.</p> + +<p>Aux courses de Montrose, qui ont eu lieu il y a peu de tems, après +que les chevaux eurent fourni leurs courses, il se présenta deux coureurs +à pied, l’un appartenant à lord Kennedey, et l’autre au major +Hay. L’espace à parcourir était d’un demi-mille. Le premier atteignit +le but en 2 minutes 5 secondes ; l’autre en une minute de plus. +Un montagnard écossais, dans le costume de son pays, et quoique +revêtu de ses armes et de tout son équipage, arriva au terme de la +course en même tems que le vainqueur.</p> + +<p>Nous bornerons là ces exemples, qu’il serait facile de multiplier.</p> +</div> +<p><span id="p30" class="pagenum">-30-</span> Louis XI, disent les historiens, fit payer bien chèrement +le bienfait des postes, en augmentant considérablement +les tailles.</p> + +<p>La dépense était le moindre des obstacles<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> à surmonter +dans une entreprise de cette nature ; mais on prévoit +tout ce que pouvait la volonté ferme d’un monarque +qui avait <i>mis tous les rois hors de page</i>, et <i>dont tout +le conseil</i>, suivant Commines, <i>était dans sa tête</i>. Le +code qu’on lui doit sur l’institution des postes, montre +assez combien cette vaste conception avait été l’objet de +ses profondes méditations, par l’éclat dont elles brillèrent +dès leur origine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Delandine rapporte qu’un prédicateur, nommé Maillard, ayant +avancé quelque chose de choquant contre Louis XI, ce monarque lui +fit dire qu’il le ferait jeter dans la rivière. Le roi est le maître, +reprit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en paradis par eau, qu’il +n’y arrivera par ses chevaux de poste.</p> +</div> +<p>C’est de cette époque, ainsi que le porte l’édit déjà +cité, que date la création de la charge de conseiller, grand-maître +des coureurs du Roi. Elle fut donnée à l’un des +<span id="p31" class="pagenum">-31-</span> conseillers de la cour. Il se tenait près de la personne +du monarque, comme investi de toute sa confiance. Les +officiers qui dépendaient de lui, étaient appelés chevaucheurs +de l’écurie du Roi : leur emploi était de surveiller +ce service naissant. Des agens, sous le titre de maîtres +coureurs, furent établis de traite en traite sur les grandes +routes, désignées par les édits. Ils conduisaient, ou faisaient +conduire par leurs chevaux et leurs postillons, les +voyageurs et les dépêches du roi.</p> + +<p>La distance d’une traite à l’autre, dénomination remplacée +plus tard par celle de relais ou poste, était de +quatre lieues ou environ, suivant les localités. Le prix de +chaque cheval<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>, fourni et entretenu par le maître de la +traite, ne s’élevait qu’à 10 sous, y compris le guide.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Le nombre en était fixé ; mais il ne pouvait pas être moindre de +quatre.</p> +</div> +<p>Les maîtres coureurs et les autres agens des postes +jouissaient de priviléges, dont nous parlerons plus tard.</p> + +<p>Louis XI, pour donner à cette organisation plus +de force et de régularité, créa, en 1479, une charge +de contrôleur des chevaucheurs, cette mesure était devenue +nécessaire par les abus qui s’introduisaient dans +ce service, et auxquels les chevaucheurs du Roi n’avaient +pu remédier autant par négligence que par +ignorance de leurs attributions.</p> + +<p>L’intermédiaire d’un agent spécial fut déjà reconnue +indispensable entre l’administration supérieure et les +nombreux emplois qui en complétaient le système : +on l’a maintenue comme la seule mesure conservatrice +de toute bonne institution.</p> + +<p>On s’occupa, pendant tout le règne de Louis XI, +des moyens propres à régulariser un établissement qui +prospérait au-delà des espérances de son fondateur.</p> + +<p>Les bases en étaient jetées, il ne s’agissait plus que +de les modifier suivant les tems, les besoins et les +lieux.</p> + +<p>Charles VIII consolida l’ouvrage de son père. La +correspondance paraissait déjà si bien établie, que les +lettres mêmes de l’étranger parvenaient par la voie des +Postes. Il est vrai de dire que l’édit autorisait le Pape +<span id="p32" class="pagenum">-32-</span> et les princes avec lesquels Louis XI était en bonne +intelligence d’expédier des courriers, à la condition de +se servir des chevaux de la poste. Mais, dans la crainte +que quelques lettres ne continssent des principes +contraires à la pragmatique sanction, que Charles +VIII soutenait de tout son pouvoir, il fut défendu +aux courriers, pendant quelque tems, sous peine de +la hart, de se charger des missives que les particuliers +leur confiaient sans doute, puisque les postes n’avaient +été créées originairement que pour le service d’un Roi qui +n’avait pas cru que l’état de la société en réclamât +en même tems les avantages.</p> + +<p>Depuis cette époque et pendant près d’un demi-siècle +les postes n’offrent rien de remarquable. Louis +XII, François I.<sup>er</sup>, Henri II et François II les maintinrent +telles que Louis XI les avait créées.</p> + +<p>L’agitation qui se manifesta sous ces derniers +règnes, fut un obstacle à l’introduction de toute mesure +utile ; car nous ne considérerons pas comme +améliorations quelques arrêts rendus en faveur des +maîtres de poste, auxquels on contestait des droits si +bien établis.</p> + +<p>Charles IX, dès 1563, remit en vigueur l’édit de +Louis XI, et défendit surtout de fournir des chevaux +pour les routes de traverse. Les peines<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> les plus +graves étaient portées contre les agens des postes qui +changeraient les directions des dépêches, lesquelles ne +pourraient être transportées que sur les routes où les +postes étaient en activité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Entr’autres une amende de 100 livres tournois et la dépossession +des charges.</p> +</div> +<p>On sentait que, pour conserver à ce service toute +sa prééminence et sa sécurité, il fallait repousser, +dès leur naissance, les mesures arbitraires introduites +sans doute par un zèle très-louable, mais que l’expérience +n’éclairait pas encore.</p> + +<p>Les noms des conseillers grands-maîtres des courriers +de France et des contrôleurs généraux, depuis Robert +Paon, qui le premier porta ce titre, jusqu’à Jean +Dumas, qui remplit cette charge en 1565, ont échappé +à nos recherches. Ces deux emplois, d’abord distincts, +<span id="p33" class="pagenum">-33-</span> ne tardèrent pas à être réunis en un seul. La dénomination +de contrôleur général des Postes, qui prévalut, +varia bientôt après comme nous aurons occasion +de le remarquer.</p> + +<p>La juridiction des contrôleurs généraux, quoique bien +établie par les édits, devenait l’objet de contestations +sans cesse renaissantes : le Roi rendit divers arrêts à +ce sujet, qui tous maintenaient l’indépendance des postes, +dont les contrôleurs généraux plaidaient la cause +avec autant de force que de succès.</p> + +<p>Les routes sur lesquelles les postes n’étaient pas établies +se trouvant privées des avantages de correspondre avec +régularité, il fut décidé, en 1576, qu’on emploierait des +messagers-royaux, à l’instar de ceux de l’université. +Le nombre en fut successivement étendu à toutes les +villes où il y avait un parlement. Ils faisaient le service +des dépêches dont les entrepreneurs des routes +d’embranchement sont chargés aujourd’hui.</p> + +<p>Hugues Dumas, qui succéda en 1585, à son frère, +est confirmé dans les mêmes prérogatives par Henri +III. Il fut remplacé, en 1595, par Guillaume Fouquet<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Sieur de la Varenne, commissaire ordinaire des guerres et +capitaine de la ville et du château de la Flèche.</p> +</div> +<p>Henri IV, toujours guidé par l’amour du bien public, +ordonna, en 1597, l’établissement des chevaux de +louage de traite en traite sur les grands chemins, traverses +et bords de rivières, comme un nouveau moyen +d’adoucissement à la misère de son peuple. <i>Considérant</i>, +disait-il, <i>la pauvreté et nécessité à laquelle tous nos +sujets sont réduits à l’accroissement des troubles passés, +que la plupart d’iceux sont destituez de chevaux, non-seulement +pour le labourage, mais aussi pour voyager +et vacquer à leurs négoces accoutumez, n’ayant moyen +d’en achepter, ni de supporter la despense nécessaire +pour la nourriture et entretien d’iceux ; pour raison de +quoi, et pour la crainte que nos dits sujets ont des +courses et ravages de gens de guerre, comme aussi les +commerces accoustumez cessent et sont discontinuez en +beaucoup d’endroicts, et ne peuvent nos dits sujets librement +vacquer à leurs affaires, sinon en prenant la +<span id="p34" class="pagenum">-34-</span> poste, qui leur vient en grande cherté et excessive despense +etc. A quoi désirant pourvoir, et donner moyen +à nos dits sujets de voyager, et commodément continuer +le labourage, etc., avons ordonné et ordonnons que par +toutes les villes, bourgs et bourgades de ce dit royaume, +et lieux qui seront jugez nécessaires seront establis des +maistres particuliers pour chacune traite et journée. +Déclarant</i>, ajoute ce prince, <i>n’avoir entendu préjudicier +aux droits, priviléges et immunitez des postes</i>.</p> + +<p>Ce nouveau service donna lieu à la création de deux +offices de généraux des chevaux de relais et de louage.</p> + +<p>La distance entre chaque relais fut calculée sur la journée +commune de 15 à 16 lieues, et portée à 7 ou 8 lieues. Le +prix de ferme fut basé sur le nombre de chevaux de +chaque relais et fixé à 10 francs par tête. On arrêta +celui de la journée de chaque cheval, tant pour l’aller +que le retour, à 20 sous tournois et 25 sous pour chaque +bête d’amble, malliers et chevaux de courbes, c’est-à-dire, +employés au tirage des voitures par eau.</p> + +<p>Le Roi, pour soutenir cet établissement et prévenir +tous les abus, ordonna en outre que les chevaux des +relais seraient considérés comme lui appartenant et marqués +à cet effet sur la cuisse droite d’un H surmonté +d’une fleur de lys ; et sur la cuisse gauche, de la lettre +initiale du lieu où ils seraient entretenus.</p> + +<p>Les voyageurs ne pouvaient faire galoper les chevaux +sous peine de dix écus d’amende ; <i>Ains, était-il ordonné, +d’en user et s’en servir ainsi que l’on a accoustumé +de faire des chevaux louez à la journée<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> M. de la Varenne, dit Sully, ne voulait pas introduire de chevaux +de louage au préjudice des relais et des postes.</p> +</div> +<p>Telles sont à peu près les dispositions fondamentales +d’un établissement que Henri IV crut utile à ses sujets. +Mais les postes ne tardèrent pas à se ressentir des funestes +effets que leur causait une semblable concurrence. +Menacées d’une destruction prochaine, elles n’échappèrent +à leur ruine totale que par une mesure qui concilia +à la fois, et la sollicitude paternelle du prince, et l’intérêt +public.</p> + +<p>Les relais furent réunis aux postes, et firent dès lors +<span id="p35" class="pagenum">-35-</span> partie des attributions du contrôleur général des postes. +Le roi releva par là une institution dont il aurait entraîné +la perte par des vues de bienfaisance, et satisfit +aussi son cœur en conservant à son peuple une plus +grande facilité de voyager, quoique forcé, par un sentiment +de justice, de la restreindre. A cet effet, le contrôleur +général des postes fut tenu de fournir des chevaux +de relais à ceux qui ne voudraient pas courir la +poste, en ne payant que demi-poste par chaque cheval, +et se conformant à ce qui avait été ordonné pour les relais, +entr’autres obligations, de ne mener les chevaux +qu’au pas ou au trot.</p> + +<p>Henri IV, en élevant les postes au rang des institutions +les plus notables de son royaume, crut y ajouter un nouvel +éclat par le titre de général qui remplaça, en 1603, +celui de conseiller contrôleur général des Postes. <i>Le soin</i>, +dit ce Prince, <i>que nous avons voulu prendre depuis un +certain tems de savoir bien au vrai en quoy consiste la +charge de contrôleur des postes de nostre royaume, +nous a fait entrer dans une fort particulière connaissance +du mérite d’icelle, et juger de quelle façon elle importe au +bien de nos affaires. Et aprez avoir mûrement considéré +jusqu’où elle s’estend, combien elle est honorable et avec +quelle authorité elle se peut dignement exercer par un +homme qui s’en acquittera fidellement, comme nous avons +toute occasion de recevoir un entier contentement de +nostre ami féal sieur de la Varenne, conseiller en +nostre conseil d’estat, sans qu’au changement que nous +n’apportions autre prix qu’une marque d’honneur que +nous entendons être faite à la dite charge.</i></p> + +<p>Sully dit <i>qu’il fut fait, en 1608, un règlement général, +adressé aux trésoriers de l’épargne des menus, +des lignes suisses, de l’artillerie, de l’extraordinaire des +guerres, de l’extraordinaire de deçà les monts, et +autres, qui leur prescrivait une forme plus exacte pour +leurs comptes</i>.</p> + +<p>Il ajoute <i>que, parmi d’autres règlemens généraux, il +en avait proposé un sur les postes, dans lequel étaient +compris les maîtres et contrôleurs des postes, les chevaucheurs +d’écurie du Roi, les courtiers et banquiers, +et leurs commis, les coches, les messagers à pied et à +cheval, et tous chariots et voitures par eau et par terre. +<span id="p36" class="pagenum">-36-</span> Lorsque je lisais cet article au Roi, il me dit : je vous +recommande à la Varenne et à tous les chevaucheurs ; +je vous les enverrai tous</i>.</p> + +<p>Ce ministre, toujours occupé du bien public, sous un +Roi qui lui accordait une confiance si entière, dit encore +dans ses mémoires : <i>Je médite sur la manière de +rétablir et de recommencer les ouvrages publics comme +chemins<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>, ponts, levées et autres bâtimens qui ne +font pas moins d’honneur au souverain que la magnificence +de ses propres maisons, et qui sont d’une utilité +générale.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> Une somme de 4,855,000 y fut destinée.</p> +</div> +<p>Si tous les actes qui ont signalé le règne de Henri +IV, sont empreints, en quelque sorte, de l’amour que +son peuple lui inspirait, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître +aussi cet esprit de justice et cette sagacité qui +le portaient à élever ce qui était grand et à honorer tout +ce qui était digne d’être respecté. Nos rois ont toujours +reconnu l’importance des postes ; mais il est un de +ceux qui ont le plus contribué à les affermir.</p> + +<p>Le règne de Louis XIII apporta de nouvelles améliorations +à cette institution. La vigueur avec laquelle les +prérogatives en furent encore maintenues, et les heureux +changemens qui s’y opérèrent, en rendirent l’organisation +plus fixe et plus régulière.</p> + +<p>Pierre d’Alméras<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, nouveau général des postes, +soutient la cause des maîtres des courriers envers lesquels, +dans ces tems de guerre civile et de désordre, on avait +exercé de grandes violences.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Seigneur de St-Remy et de Saussaye, conseiller du Roi en ses +conseils.</p> +</div> +<p>C’est dans cette vue que divers arrêts sont rendus, en +1612, pour les mettre à l’abri du retour de pareils excès, +et que le prix de la ferme des relais porté à 10 +francs par cheval et par an, est réduit à 6 francs.</p> + +<p>Nos Rois, en abandonnant au général des postes les +produits de la taxe des lettres pour le dédommager des +frais qu’entraînait ce transport et le droit exigé pour +en exercer le privilége exclusif, n’avaient pris aucune +mesure propre à régler les bases sur lesquelles le port devait +en être perçu, en raison du poids et des distances à +<span id="p37" class="pagenum">-37-</span> parcourir. Les généraux eux-mêmes, trop occupés d’une +organisation qui réclamait toute leur surveillance, négligeaient +de porter leur attention sur un point qui touchait +de si près à leurs intérêts. Les particuliers, profitant +de la facilité qu’on leur laissait, s’étaient attribués +seuls le droit de taxer leurs lettres. Il est à croire que, primitivement, +un grand esprit de justice présidait à cette +opération, puisqu’on ne leur en avait pas contesté la +liberté. Mais ils le firent plus tard avec si peu de réserve, +que le général des postes s’en plaignit en <i>les engageant +à le faire plus libéralement et n’abusant pas d’une facilité +qui les portoit à ne mettre que demi-port de ce +qu’ils souloient faire ci-devant</i>.</p> + +<p>La plainte était d’autant plus juste, que les dépenses +augmentaient en raison de la régularité qui avait lieu +dans le service des postes. Les courriers arrivaient et +partaient à des jours fixes de la semaine ; et le public +comptait déjà assez sur l’exactitude de leur marche +pour entretenir des relations suivies, dont il faisait dépendre +les intérêts de sa fortune.</p> + +<p>Afin de mettre un terme à des mesures arbitraires, +tout-à-fait contraire à la prospérité des postes, le général +avait autorisé les commis à surtaxer les lettres et +paquets pour les remettre au taux originel. Mais, craignant +de faire naître d’injustes réclamations qui eussent porté +atteinte à l’honneur des officiers des postes, il établit un +tarif qui fut rendu public et qui servit de base à la taxe +des lettres, <i>sauf que le plus grand port y fut volontairement +apposé par ceux qui les enverraient, est-il +dit à cette occasion</i>. Ce furent ces raisons de délicatesse +et de justice qui, en 1627, 163 ans après l’établissement +des postes, donnèrent lieu au premier tarif connu.</p> + +<p>A cette époque où la police intérieure du royaume ne +pouvait remédier à tous les brigandages qu’enfantent +toujours les dissentions intestines, les routes étaient +peu sûres. La poste, comme tenant au service du Roi, +semblait être à l’abri des tentatives les plus coupables. +La sécurité que le public trouvait à correspondre par +cette voie, le porta à l’étendre à l’envoi de l’argent, +des bijoux, des pierreries et aux autres objets précieux, +en les insérant dans les lettres. Ces abus éveillèrent l’attention +du général des Postes : comme ils tendaient à +<span id="p38" class="pagenum">-38-</span> compromettre la sûreté des dépêches en servant d’appât +aux malfaiteurs, il fut fait défense expresse de rien introduire +de semblable dans les missives. L’argent monnoyé, +par un sentiment de bienveillance, fut seul excepté +de cette mesure, soit pour en favoriser la circulation, +soit afin de soustraire le peuple à la dépendance +d’individus qui se chargeaient de ces transports à un taux +usuraire. On permit de recevoir l’argent ayant cours à +<i>découvert</i> jusqu’à la concurrence de cent francs, moyennant +un prix calculé sur les distances à parcourir. Le +montant de ces sommes était inscrit sur des livres tenus +à cet effet dans chaque bureau de poste.</p> + +<p>Telle fut l’origine des articles d’argent déposés, connus +encore aujourd’hui sous ce titre.</p> + +<p>L’expérience avait assez fait connaître la confiance que +les postes devaient inspirer, tant par la célérité que par +la sécurité qu’elles offraient. L’époque était venue de +faire cesser les expéditions extraordinaires de courriers +que multipliaient les gouverneurs des provinces ou autres +personnages titrés, afin de correspondre d’une manière +plus éclatante avec la cour. Cet usage, non-seulement +onéreux pour la poste, par les frais qu’il occasionnait, +pouvait nuire à la sécurité qu’elle inspirait. Le général, +pour remédier aux abus que ces exceptions n’auraient pas +manqué d’entraîner par la suite, obtint du Roi, qu’à +dater de 1629, tous les paquets adressés à sa majesté, +au chancelier et au surintendant des finances, ne parviendraient +plus que par son intermédiaire, et seraient +remis aux officiers des postes qui les enregistreraient +sur des livres destinés à cet effet, en marquant toujours +sur l’enveloppe le jour et l’heure du départ des courriers, +afin d’établir leur responsabilité. Cette formalité reçut +le nom de chargement de lettres de service. On l’a étendue +depuis aux particuliers, mais à des conditions dont nous +parlerons plus tard.</p> + +<p>Ou reconnut cependant qu’il était des circonstances +où la gravité des affaires ne permettrait pas d’attendre +le départ plus ou moins prochain des courriers ; dans +ce cas seulement, les frais qu’occasionnait l’envoi de +ces dépêches tombaient à la charge des ministres auxquels +elles étaient destinées. Ces expéditions instantanées ont +été appelées estafettes. Elles conservent encore ce nom, +et on y a souvent recours dans le même but.</p> + +<p><span id="p39" class="pagenum">-39-</span> René d’Alméras, frère du précédent, occupe le dernier +la charge de général des postes, que Louis XIII +supprima ; celle de surintendant-général des postes la +remplaça en 1630. Nous voyons dans cette nouvelle +dénomination, sinon de plus grandes prérogatives attachées +aux postes, du moins une organisation particulière +qui tendait dès-lors à leur donner une forme +plus régulière, et qui a servi de base au système administratif +adopté généralement de nos jours. En effet, +cette charge, exercée annuellement par chacun des trois +conseillers<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a> nommés par le Roi, rentre absolument dans +les attributions actuelles des directeurs-généraux, dont +les fonctions sont partagées par les administrateurs qui +forment leur conseil. Les modifications apportées par +la suite, dans le nom ou dans le nombre de ces emplois +supérieurs, sont subordonnées à des causes accidentelles +qui n’ont rien changé au principe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> Il en était ainsi, dit Sully, des offices des finances possédés +par trois personnes, sous le titre d’ancien, d’alternatif et de triennal.</p> +</div> +<p>On étendit l’utilité de cette mesure en établissant en +même tems des charges de conseillers, maîtres des courriers, +contrôleurs provinciaux des postes. L’activité et +la surveillance directe et continue de ces nouveaux +agens, sur toutes les parties de ce service, devaient en hâter +l’amélioration. Elle fut rapide : leurs attributions +étaient très-étendues. Ils présentaient les sujets pour les +places dont le surintendant disposait seul, et dans lesquelles +ils n’étaient confirmés qu’après avoir prêté le serment +de fidélité au roi. Ils indiquaient aussi les changemens +à opérer, soit dans le départ ou la marche des +courriers. Ainsi, ceux de Paris partirent plus régulièrement +deux fois la semaine ; et il fut réglé qu’ils feraient +nuit et jour, pendant les sept mois de la belle saison, +une poste par heure ; et, pendant les cinq mois d’hiver, +il leur fut accordé une heure et demie, pour parcourir +la même distance.</p> + +<p>Les contrôleurs provinciaux jouissaient encore du revenu +de la taxe des lettres. Tant d’avantages firent +craindre que leur influence ne détruisît en partie celle +du surintendant-général, et ne les rendît indépendans. +<span id="p40" class="pagenum">-40-</span> Louis XIII mit des bornes à leur pouvoir en faisant +rentrer dans les attributions de celui-ci une partie des +prérogatives qu’il avait accordées aux premiers, sans +diminuer l’heureuse impulsion qu’ils avaient communiquée +et qui devait produire les résultats les plus satisfaisans. +Les priviléges qu’avait déjà M. de Nouveau<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>, +surintendant-général des postes, s’accrurent de tous +les droits dont les contrôleurs furent privés. « <i>Confirmons</i>, +dit le roi, <i>aux surintendans-généraux, tous les gages, +les appointemens, plats et ordinaires en notre cour et +suite, logement près de notre personne, extraordinaire +gratification, récompenses, estrennes, revenus desdits +relais et chevaux de louage, avec pouvoir de changer, +augmenter et diminuer lesdites postes, contraindre les +maistres d’icelle, d’observer les édits, ordonnances et +règlemens cy-devant faits, et ceux qui seront ou pourront +être à l’avenir ; ensemble muleter lesdits maistres +de poste par retranchement de leur charge, etc. ; disposer +d’icelles et de toutes les autres qui dépendent d’eux, +desquelles choses ils ne seront responsables qu’à notre +personne</i>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Conseiller, commandeur, grand trésorier des ordres, revêtu des +trois charges d’ancien, alternatif et triennal.</p> +</div> +<p>Certes, c’était une charge éminente que celle qui donnait +de telles prérogatives. Nouvelle preuve de l’importance +que nos rois attachaient aux postes, en élevant +ceux auxquels ils en confiaient le soin au rang de ministres +de leur maison.</p> + +<p>Les contrôleurs, rendus plus dépendans du surintendant-général, +n’en contribuèrent pas moins à la prospérité +d’un établissement auquel ils devaient apporter de +si utiles et de si nombreuses améliorations.</p> + +<p>Le public continuait d’introduire dans les missives, +malgré toutes les défenses faites à ce sujet, des objets +étrangers à la correspondance. Le surintendant-général +représenta au Roi l’impossibilité de s’opposer aux transports +de ce genre. Il fut décidé, d’après cela, que les +envois auraient lieu suivant le mode établi pour l’argent +monnoyé. Cette nouvelle partie du service reçut la dénomination +de <i>valeurs cotées</i>, parce qu’on en percevait +<span id="p41" class="pagenum">-41-</span> le port sur le prix que l’envoyeur était obligé de déclarer +aux officiers des postes, en leur présentant l’objet à découvert, +afin d’en justifier l’estimation.</p> + +<p>Les particuliers trouvèrent dans cette mesure un moyen de +faire parvenir, sur tous les points de la France, les matières +d’un grand prix dont la circulation n’aurait pu s’étendre +par le peu de relations établies encore entre les provinces. +Le commerce et l’industrie durent en recevoir +une nouvelle activité. Aujourd’hui, par les raisons contraires, +ce mode est loin d’être aussi productif pour les +postes. C’est une facilité dont le public n’use que rarement.</p> + +<p>Les intérêts des maîtres des relais furent un instant +compromis par la concurrence des messagers royaux. Les +avantages apparens qu’elle semblait offrir aux particuliers +pouvaient entraîner des résultats funestes au bien de +l’état. Dès 1634, les remontrances du surintendant-général +des postes furent accueillies, et les messagers +royaux furent forcés de s’en tenir à l’édit de leur création, +qui les obligeait à marquer leurs chevaux d’un +signe particulier, à ne conduire par leurs voitures les +voyageurs d’une ville à l’autre du royaume qu’avec les +mêmes chevaux, et à n’employer, en cas d’insuffisance, +que ceux des maîtres de poste ; il leur était interdit en +outre de recevoir les étrangers, ainsi que les personnes +qui partaient de la cour, soit pour voyager dans l’intérieur +du royaume, soit même pour en sortir.</p> + +<p>La politique de ces tems n’était pas parvenue au point +de mettre obstacle à la correspondance entre les individus, +lorsque les grands débats qui s’élevaient entre +les puissances étaient reglés par les chances de la guerre : +le Roi ne voulut pas que les intérêts privés en souffrissent, +et que les relations fussent interrompues. En +conséquence, les courriers, pendant la guerre qui eut +lieu en 1637 transportèrent les lettres comme à l’ordinaire.</p> + +<p>Ce principe généreux n’a pas été toujours reconnu ; et +nous verrons, dans la suite, qu’on a souvent usé d’une +grande rigueur à cet égard.</p> + +<p>Le droit de franchise ou d’exemption de taxe, qui +n’avait pas reçu d’extension, et qu’on avait accordé par +une faveur toute spéciale, aux ambassadeurs, leur fut +<span id="p42" class="pagenum">-42-</span> bientôt retiré. L’abus qui s’était introduit, sans doute +à leur insçu, de faire parvenir la correspondance des +particuliers sous leur couvert, avait causé une diminution +considérable sur la recette des lettres provenant +de l’étranger. Il cessa en partie par cette mesure ; mais +il paraît difficile de remédier à un pareil inconvénient, +qui s’est renouvelé tant de fois depuis.</p> + +<p>Le service des postes prenant de plus en plus de l’accroissement, +la surveillance active des contrôleurs provinciaux +ne pouvait s’exercer avec le même succès sur +tous les points. Les relais et les bureaux de poste se +multipliaient chaque jour ; le nombre des fermiers et +des messagers, tant royaux que de l’université, augmentait +en proportion ; il fallait aussi que celui des +commis s’accrût pour le travail des lettres. Les contrôleurs +provinciaux jugèrent donc convenable d’établir +un nouvel agent, dont les attributions, en opposition +avec celle des fermiers et des employés, concourussent +néanmoins à faciliter tant d’opérations, avec la même +régularité. Le roi créa, à cet effet, en 1643, des offices +de contrôleurs, <i>taxeurs</i> et <i>peseurs</i> de lettres et paquets. +L’emploi de ces contrôleurs était de taxer les lettres à +l’arrivée des courriers, en suivant les poids en usage +dans les villes ; de tenir des registres de celles qu’ils expédiaient ; +de recevoir les plaintes relatives au service ; +enfin de faire observer les réglemens. L’achat de ces +charges leur donnait aussi l’avantage de jouir du quart +en sus de tous les ports des lettres et paquets allant par +la voie des postes.</p> + +<p>Ces charges furent supprimées en 1655. On les remplaça +par celles d’intendans (au nombre de quatre), dont +les attributions furent plus étendues, et on leur adjoignit +toutefois des commis pour remplir les fonctions des +contrôleurs.</p> + +<p>Il est facile de voir que, si le gouvernement trouvait +quelque profit dans les fréquentes mutations des charges, +il y était également porté par l’accroissement que les postes +prenaient chaque jour. La nécessité de multiplier les +moyens de surveillance entraînait la création de nouveaux +emplois, parmi lesquels la hiérarchie, observée déjà +avec rigueur, établissait les droits réels à l’avancement.</p> + +<p>Les messagers de l’université, à l’exemple des messagers +<span id="p43" class="pagenum">-43-</span> royaux, ayant empiété sur les droits des postes, +échouèrent également, en 1661, dans leurs prétentions +exagérées. Ils ne partirent plus que, comme par le passé à +certains jours, des villes où ils étaient établis, en ne +marchant qu’à journées réglées entre deux soleils, +sans pouvoir aller en poste, ni se servir de courriers +pendant la nuit, ni même de chevaux de relais +de traite en traite sur les routes. La contravention à ces +défenses emportait la confiscation des chevaux, une +amende de 1000 fr., et la prison à l’égard des courriers.</p> + +<p>Les postes fixèrent l’attention de Louis XIV, qui devait +leur communiquer, comme à toutes les institutions +de son règne, ce caractère de grandeur et de stabilité +qui l’a immortalisé.</p> + +<p>Elles furent cependant encore menacées d’une ruine +totale. Plusieurs voyages de la cour, dans les provinces, +causèrent la perte de plus d’un quart des chevaux. La +rareté qui s’en suivit, et, par conséquent, le prix +auquel on portait ces animaux, joints à la disette des +fourrages, laissait peu d’espoir de remonter cet établissement. +Le découragement était à son comble ; et les +maîtres de poste, dont les relais n’étaient pas entièrement +démontés, menaçaient de les abandonner.</p> + +<p>Le roi, vivement touché de leur sort, s’empressa +de remettre en vigueur les arrêts qui leur accordaient +les priviléges qu’on n’avait cessé de leur contester, et +qu’ils tenaient de Louis XI et de ses successeurs. Ils +consistaient dans l’exemption de la taille sur 60 arpens +de terre (non compris les héritages qui leur appartenaient) ; +de milice pour l’aîné de leurs enfans et le +premier de leurs postillons ; de logement de gens de +guerre ; de contributions au guet, garde, subsistances +et autres impositions ; des charges de ville, de tutelle, +curatelle, établissemens de séquestres et saisies réelles, +etc. ; enfin, de droits aussi onéreux qu’assujettissans, dont +on ne les déchargeait que pour les distinguer plus spécialement, +en raison de l’utilité et du genre de leur +service. Ils étaient, en outre, commensaux de la maison +du roi, et jouissaient des <i>gages</i> attachés à leurs titres. +Leurs brevets étaient signés par le prince.</p> + +<p>Louis XIV ne se contenta pas de cet acte de justice : +il ordonna qu’aucune charge du royaume ne serait acquittée +<span id="p44" class="pagenum">-44-</span> avant celles dues pour indemniser les maîtres +de poste de leurs pertes, voulant réparer, par une +mesure prompte et préservatrice, un mal dont les suites +pouvaient devenir si funestes à l’état.</p> + +<p>L’exemple de ces révolutions désastreuses dans les +postes, tant chez les anciens que chez les modernes, +aurait dû mettre en garde contre de pareils retours, +si le flambeau de l’expérience servait de guide aux +novateurs.</p> + +<p>La seule protection de nos rois a soutenu cet établissement +contre leurs mesures inconsidérées : elle est +encore la cause de leur prospérité. Mais n’est-il donc +aucun moyen de consolider cette institution, en l’asseyant +sur des bases solides et à l’abri de tout ébranlement ? +L’agriculture, sur laquelle les maîtres de poste devraient +porter toutes leurs vues, nous semble celui qui y +conduirait le plus infailliblement, surtout s’il était +soutenu par les encouragemens qui font naître l’émulation, +sans laquelle tout languit. Ils serviraient doublement +leurs intérêts et ceux de l’état, en y rattachant +leur industrie qui s’y lie si étroitement. L’exploitation +d’une grande ferme ferait la sécurité du gouvernement, +et la richesse du maître de poste. En effet, ce dernier redouterait-il +le ravage des épizooties, la disette des fourrages, +la rareté des chevaux<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, la cherté qui s’en suit, +lorsque les siens, forts et vigoureux, seraient entretenus +avec soin, nourris sainement et exercés avec discernement. +En les élevant sur son domaine, il en améliorerait +la race et l’approprierait au besoin de son relais ; +leur nombre, toujours en raison de l’importance de sa +culture et de la nature des produits de sa terre, ne +serait pas limité à celui des réglemens. Verrait-il, +d’après cela, la cause de sa ruine dans un événement +passager, la forme d’une voiture, son poids, sa surcharge ; +des voyages multipliés ; des guerres, des invasions, +où des circonstances imprévues ne pourraient +mettre sa prévoyance en défaut ; et, toujours prêt à +<span id="p45" class="pagenum">-45-</span> seconder les vues du gouvernement auquel il devrait +sa considération, il trouverait dans ses propres ressources +les moyens d’assurer, en tout tems, un service que des +sacrifices incalculables ne pourraient souvent préserver +d’une entière destruction.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> Les chevaux français sont très-estimés, surtout ceux que +fournit la Normandie, qui sont préférés pour l’attelage. On porte à +1,650,000 le nombre de ceux de toute espèce qu’on élève en France. +L’Angleterre en compte à peu près le même nombre.</p> +</div> +<p>C’est surtout par l’entretien des routes royales<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a> que +l’on concourrait efficacement à soutenir les maîtres +de poste. Celles qui traversent la France, dans tous les +sens, sont bien coupées et parfaitement alignées. Les +ponts, les chaussées et toutes les constructions en ce +genre, fixent, par leur perfection, l’attention des +étrangers. Sous le règne de Louis XV, un nombre +considérable de routes ont été ouvertes des portes de +la capitale aux extrémités du royaume. Quelques entreprises +semblables ont eu lieu depuis ; mais ce n’est +pas assez de créer, il faut entretenir. Tous les états de +l’Europe sentent aujourd’hui la nécessité de tracer des +grands chemins ou de les réparer. L’Angleterre nous en +donne l’exemple en les multipliant au point d’en compter +trois fois plus qu’en France<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, et plusieurs autres nations +rivalisent d’émulation à cet égard. Il y aurait peu +à faire si l’attention du gouvernement se portait sur ce +point. Déjà, quelques heureux essais font pressentir le +désir qu’il aurait d’améliorer une partie si importante de +l’administration intérieure de l’état. Des compagnies entreprennent +d’établir une route en fer, de Lyon à Saint-Etienne, +et proposent d’en exécuter une semblable de +Paris au Hâvre. Un pont suspendu à des chaînes de +fer s’achève sur le Rhône. On en construit un de ce +genre, à Paris, entre l’esplanade des Invalides et les +Champs-Elysées ; et bientôt, sans doute, tous les passages +où l’on n’avait pu vaincre, jusqu’à ce jour, les difficultés +que la nature oppose, deviendront praticables, +ou cesseront d’être un objet continuel de crainte pour +les voyageurs qui traverseront, en tout tems et avec +<span id="p46" class="pagenum">-46-</span> sécurité, ces gorges profondes et ces fleuves rapides +auxquels l’obscurité des nuits et l’inclémence des saisons +ajoutent de nouveaux dangers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> Quant aux routes départementales et vicinales, elles sont en +général fort dégradées.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> La longueur des routes en France n’excède pas 10,000 lieues +tandis que l’étendue des chemins de la Grande-Bretagne dépasse une +longueur de 30,000 lieues.</p> +</div> +<p>Nous n’aurions pas la moindre incertitude sur le sort +des grandes routes, en France, si on assignait sur les +revenus des postes, un fonds suffisant à leur entretien ; +car, tout en admirant les ouvrages des anciens, nous +nous condamnons à ne pas les imiter, en réprouvant +les moyens qu’ils employaient pour en assurer la durée. +Charlemagne, à l’exemple des Romains, faisait travailler +ses troupes<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> et ses sujets aux grandes entreprises +de l’empire, parmi lesquelles la construction des routes +tenait un rang si important. Nous ne pensons pas qu’en +suivant le système actuel il y fût parvenu.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> Le roi de Suède a fait faire par ses troupes près des six septièmes +des grands travaux effectués en canaux et en routes.</p> +</div> +<p>Il n’est pas douteux que le mauvais état des routes +n’ait été pendant long-tems le motif du peu de perfection +qu’on remarquait dans nos voitures. C’étaient +des chariots attelés de bœufs dont se servaient les rois +de la première race. On ne fait pas remonter l’invention +des voitures, qui est due aux Français, au-delà du +règne de Charles VII. <i>Malgré le luxe et l’extravagance +de ces tems-là</i>, dit Millot, <i>on ignoroit tellement +las commodités de la vie, que, durant l’hiver rigoureux +de 1457, les seigneurs et les dames de qualité, n’osant +monter à cheval, se faisoient traîner dans des tonneaux +en guise de carrosses</i>. Le char<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a> suspendu que Ladislas, +roi de Bohême, envoya à la reine mère, Marie d’Anjou, +surpassa bientôt tous les essais en ce genre. <i>Il estoit</i>, +disent les chroniques, <i>branlant et moult riche</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> 1475.</p> +</div> +<p>Avant cette époque les reines, comme toutes les +dames de la cour, allaient en litière ou à cheval. Sous +François I.<sup>er</sup>, les princesses parurent, à diverses cérémonies, +montées sur des haquenées blanches.</p> + +<p>Il n’y eut d’abord, en France, que le carrosse de +la reine Eléonore, celui de la duchesse d’Angoulême, +mère de François I.<sup>er</sup>, et celui de Diane, fille de +Henri II. Ces voitures, rondes et petites, ne pouvaient +<span id="p47" class="pagenum">-47-</span> contenir que deux personnes. Elles furent agrandies, et +devinrent si incommodes, que le parlement pria +Charles IX d’en défendre l’usage dans Paris : il ne fut +plus maintenu que pour les voyages. Le bon Henri n’avait +cependant qu’une seule voiture, et elle était de cette +espèce. <i>Je ne pourrai vous aller trouver d’aujourd’hui</i>, +écrivait-il à Sully, <i>ma femme m’ayant pris mon +coche</i>. Le défaut de glaces à sa voiture, disent les historiens, +a peut-être été la cause de sa mort.</p> + +<p>Les courtisans allaient au Louvre à cheval, et les +dames montaient en croupe ou en litière. Les conseillers +se rendaient au palais sur des mules.</p> + +<p>Un seigneur de la cour, nommé Jean de Laval +de Bois-Dauphin, paraît être le premier qui se soit servi +de voitures à l’exemple des princes. Sa grosseur excessive, +qui l’empêchait de marcher et de monter à cheval, en +devint le motif. On remarqua ensuite celle du président +de Thou. Bassompière, sous le règne de Louis XIII, +essaya, le premier, de faire placer des glaces à son +carrosse. Ce ne fut qu’en 1515 qu’il parut des voitures +à Vienne, et en 1580 à Londres.</p> + +<p>On conçoit, d’après cela, que cette invention, attribuée +aux Français, n’est point une assertion vague +et dénuée de preuves. Mais il est juste d’avouer aussi +que les imitateurs les ont surpassés pendant long-tems +dans la construction élégante et commode des voitures.</p> + +<p>Jusqu’en 1650, l’usage ne s’en était répandu que +parmi les particuliers très-riches. Elles se multiplièrent +tellement depuis, que, vers la fin du règne de Louis XV, +on comptait plus de 15,000 voitures de toute espèce à +Paris seulement.</p> + +<p>C’est à un nommé Sauvage qu’on doit, vers le milieu +du XVII.<sup>e</sup> siècle, l’établissement des voitures publiques. +Messieurs de Villermé et de Givry obtinrent le privilége +exclusif de louer, à Paris, les carrosses, les grandes et +petites carrioles, dans lesquelles on ne payait que cinq +sous ; d’où leur vient le nom de carrosses à cinq sous. +Ceux à un prix déterminé par heure ou par course leur +succédèrent en 1662. Le carrabas ou char-à-banc, et +les voitures connues sous une dénomination si triviale, +allaient de Paris à Versailles. Le carrabas était d’osier, +d’une forme longue et propre à contenir vingt personnes ; +<span id="p48" class="pagenum">-48-</span> attelé de huit chevaux, il mettait six heures pour faire +quatre lieues et demie. Les autres carrosses paraissaient +moins incommodes quoique ouverts à tous les vents.</p> + +<p>Plus tard, en 1766, le nombre des coches avait beaucoup +augmenté ; il en partait chaque jour 27 de Paris, +contenant 270 personnes. Aujourd’hui, il part habituellement +de la capitale 300 voitures et 3000 voyageurs. +A la même époque on comptait 14 établissemens de +roulage : ce nombre s’élève à présent à 70.</p> + +<p>Quant au nombre des voitures, il s’est considérablement +accru, tant dans les provinces qu’à Paris où +on en remarque de toutes les formes. Celui des fiacres<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a> +ou voitures de place est de 3000, et l’on porte à 2000 +celui de cabriolets. Il serait inutile de détailler ici les +facilités offertes au public pour voyager sur tous les +points du royaume. Paris est le centre où viennent +aboutir les entreprises multipliées qui s’élèvent chaque +jour dans toutes les villes des provinces. Les voitures +qu’on emploie à ces divers services, rivalisent entr’elles +de goût et de commodité : elles contiennent assez ordinairement +18 ou 20 voyageurs. Quant à leur marche, +elle acquiert chaque jour plus d’accélération. Les prix +varient en raison de la concurrence.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Ce mot vient du nom d’un moine du couvent des Petits-Pères, +qui s’appelait Fiacre, mort en odeur de sainteté. La vénération +qu’on lui portait allait si loin, que chacun voulait avoir son effigie +et qu’on la peignait même sur les portières des carrosses de place, +d’où leur est venu le nom du fiacre.</p> +</div> +<p>Les malles-postes et les messageries<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> royales se distinguent +particulièrement entre toutes ces entreprises.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> On appelle aussi, dans la capitale, messagerie à cheval, les +chevaux qu’on fournit aux voyageurs, et que le messager en chef +de la cavalcade, suit dans un chariot chargé de leur bagage, en leur +indiquant les lieux de la dînée et de la couchée. On fait à peu près +16 ou 18 lieues par jour, en trouvant à chaque lieu de repos les +repas préparés. Cette manière de voyager est peu dispendieuse.</p> +</div> +<p>La première chaise de poste parut en 1664. On en +attribue l’invention à un nommé Grugère. Le privilége +exclusif en fut accordé au marquis de Crenan, dont le +nom, pour cette raison, fut donné à ces sortes de +voitures. Elles ne furent pas long-tems en usage à +cause de leur pesanteur, et on les remplaça par celles +construites sur le modèle des chaises allemandes.</p> + +<p><span id="p49" class="pagenum">-49-</span> Jusqu’en 1663, la poste n’avait rapporté aucun revenu +au roi, car on ne pouvait considérer comme tel la vente +des charges et du privilége accordé depuis peu d’années +aux officiers des postes, de percevoir les ports de lettres +à leur bénéfice. Cet avantage s’était considérablement +accru par les améliorations successives qu’on ne cessait +d’introduire dans un service si favorable aux intérêts des +particuliers. Le marquis de Louvois, ministre de la +guerre dès 1654, venait d’être élevé<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a> à la charge de +surintendant général des postes. Ce ministre jugea qu’il +était tems de faire tourner, au profit du Roi, les produits +d’une institution entretenue à ses dépens, sans, +pour cela, en changer la nature. Et parce que les postes +augmenteraient les revenus du trésor royal, il n’entra +pas dans les vues d’un ministre de Louis XIV, appelé +à les diriger, de les considérer à l’avenir comme créées +dans ce but.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> 1668.</p> +</div> +<p>Loin de subir les suites funestes d’un pareil systême, +nous voyons les postes au contraire s’élever davantage, +s’il est possible, par le caractère de stabilité et d’indépendance +que leur imprime le marquis de Louvois, +sous la direction duquel tous les élémens qui les constituaient, +liés avec plus d’ordre, en ont formé cette +administration importante, l’objet encore de l’admiration +de toute l’Europe.</p> + +<p>Le nouveau mode introduit dans les postes s’opéra +sans secousse par l’esprit de justice qui en prépara la +transition ; et les intérêts des titulaires furent réglés +avec sagesse et discernement. Comme on ne pouvait encore +subir les chances d’une gestion compliquée, le +marquis de Louvois pensa que l’expérience était le seul +moyen de s’éclairer dans ces grandes mesures que le +tems amène ; et, pour y parvenir, il proposa au Roi +de mettre les postes en ferme<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a> : ce projet ayant été +<span id="p50" class="pagenum">-50-</span> approuvé, Lazare Patin fut reconnu, par le premier +bail de 11 ans montant à 1,200,000 fr., fermier général +des postes de France.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Le systême des fermes, tant décrié de nos jours, ne devait +cependant diminuer en rien la confiance dont les postes jouissaient. +Elles tenaient ce précieux avantage de l’esprit de paternité avec lequel +elles étaient constamment dirigées. Ce régime attachait tellement +les officiers des postes à leurs emplois, qu’ils semblaient les regarder +comme un héritage de famille. On en trouverait encore qui +pourraient puiser, dans de vieux souvenirs, de nouveaux titres à +l’estime générale. Certes, l’intérêt n’était pas le seul mobile qui faisait +tenir à ces places, la plupart peu lucratives : la considération +qui ne manque jamais d’être la récompense d’une conduite honorable, +explique assez le prix que mettaient même des personnes de distinction +à gérer un bureau de poste qui rendait à peine trois cents +francs, ou un relais de peu de valeur.</p> +</div> +<p><i>Les courriers n’étoient chargés</i>, dit Mezeray<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, <i>que +des affaires du Roi, aussi couroient-ils à ses dépends</i>. +On ne prétendait, et cela est positif, retirer d’autre +avantage des postes que celui de correspondre avec +célérité, et de voyager rapidement.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Histoire de France.</p> +</div> +<p><i>Maintenant</i>, ajoute le même auteur, <i>les courriers +portent aussi les paquets des particuliers, si bien que, +par l’impatience et la curiosité des François, il s’en est +fait un avantage encore plus grand pour les coffres du +prince que pour la commodité publique</i>.</p> + +<p>Une telle conséquence, maigre l’erreur évidente +qu’elle renferme, serait encore loin de porter la moindre +atteinte au principe qui régit les postes ! La société réclamait +une institution ; elle est établie et mise en harmonie +avec ses besoins. Tout s’anime par elle : les relations +se multiplient ; le commerce est vivifié ; les sciences +et les arts sont répandus ; et bientôt l’agriculture, qui +ne fructifierait que sur quelques points favorisés par +leur position géographique, porte, dans les lieux destinés +peut-être à n’en jouir que tardivement, les procédés +les plus utiles éprouvés par l’expérience.</p> + +<p>Semblables à ces sources bienfaisantes qui donnent +naissance aux fleuves auxquels le sol doit sa fécondité, +les postes sont ce germe précieux de prospérité qui, en +se développant, multiplie ses trésors avec une étonnante +profusion. Leur influence est telle qu’on ne pourrait +la comprimer sans danger. Elles existaient en entraînant +de grandes dépenses : elles existeraient encore indépendamment +des produits qu’on en retire, et que +les bienfaits qu’elles répandent depuis leur existence +ont successivement accrus. On ne reconnaît point un +<span id="p51" class="pagenum">-51-</span> impôt à ce caractère ; quoique créé, annulé ou modifié +sous une dénomination quelconque, son but est de +produire : son action cesse dès que cette seule condition +n’est pas remplie ; tandis que les postes, dont les attributions +n’ont d’analogie avec aucune autre institution, +privées de ce résultat, continuent d’imprimer le même +mouvement au corps social. Il est naturel de faire retourner +à l’avantage du trésor l’excédant des recettes +qu’elles produisent, après avoir épuisé toutefois les +moyens d’améliorations directs ou indirects qui s’y rattachent : +il était juste même que le fisc fût à l’abri de +toute malversation. Mais où est la garantie de la société, +en admettant comme possible la soustraction de quelques +missives ? L’argent remplace l’argent ; les marchandises +et tous les objets industriels en circulation dans le commerce, +ont une valeur appréciable ! quelle compensation +offrirait-on pour la perte de titres importans, de +pièces dont dépendent l’honneur et la fortune des individus ; +pour la violation du secret des familles, de l’état +même ? Les postes ont donc un caractère moral qui +constitue leur indépendance. Elles semblent être une +exception dans l’ensemble du grand système social. Ce +principe reconnu par le prince qui les a instituées, et +consacré par nos rois qui les ont conservées sous leur +protection, en communiquant sans intermédiaire avec +les hommes d’état auxquels ils en confient spécialement +la direction, a seul contribué à leur maintien et +les préservera de toute décadence.</p> + +<p>A peine le fermier fut-il en jouissance de son privilége +que le transport frauduleux des lettres et paquets qui +avait lieu par l’entremise des personnes étrangères aux +postes, le contraignit de demander la résiliation de son +bail ou la répression d’abus qui le mettaient dans l’impossibilité +de remplir les engagemens qu’il avait contractés. +On fit droit, en 1673, à une si juste réclamation +dans les termes suivans, qui rappelaient ceux de l’édit +de 1630 :</p> + +<p><i>Très expresses inhibitions et défenses à tous maistres +et fermiers de carrosses, cochers, muletiers, rouliers, +voituriers, cocquetiers, poullailliers, beurriers, piétons +et autres, tant par eau que par terre, de porter +aucunes lettres de quelque sorte et nature que ce soit, +<span id="p52" class="pagenum">-52-</span> à l’exception seulement des lettres de voiture, des marchandises +et hardes dont ils seront chargés, malles non +fermées, ni cachetées ; et à tous messagers d’avoir +aucuns bureaux, tenir aucune boëte, recevoir, porter +aucunes lettres et paquets etc. ; contre chacun des contrevenants +de 1500 livres d’amende payables franc de +port, en vertu du présent arrest, sans qu’il en soit +besoin d’autre, et confiscation des chevaux, mulets et +équipages, dépens, dommages et intérêts.</i></p> + +<p>On apporte, en 1676, quelques modifications au tarif +établi pour la taxe des lettres.</p> + +<p>Le 2.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> des postes est porté à 1,800,000 fr.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> 1683.</p> +</div> +<p>Le 3.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a> des postes est porté à 1,400,000 fr.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> 1688.</p> +</div> +<p>L’ordre que le marquis de Louvois avait établi dans +les postes, fit réduire, à sa mort<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>, l’office de la +surintendance générale des Postes à une simple commission.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> 1699.</p> +</div> +<p>M. le Pelletier, conseiller d’état, lui succède.</p> + +<p>Le 4.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> des Postes s’élève à 2,820,000 fr. Cette +augmentation provient des adjudications faites partiellement, +et de la ferme des messageries étrangères qu’avait +possédées le marquis de Louvois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> 1695.</p> +</div> +<p>M. Arnaud de Pompone, ministre secrétaire d’état, +remplace, en 1698, M. le Pelletier.</p> + +<p>Le 5.<sup>e</sup> bail des Postes est au même prix que le précédent.</p> + +<p>En 1699, M. de Colbert, marquis de Torcy<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, secrétaire +<span id="p53" class="pagenum">-53-</span> d’état au département de la guerre, est nommé +surintendant-général des Postes. Il devait en conserver +pendant long-tems la direction ; aussi reçurent-elles sous +lui de nombreuses améliorations. Il continuait le systême +de M. de Louvois ; il faisait plus, il le consolidait, en se +montrant digne d’occuper une place aussi importante.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Commandeur et grand trésorier des ordres. C’est de lui dont +parle Duclos, lorsqu’il rapporte la réponse pleine de fermeté qui fut +faite à lord Stairs, ambassadeur d’Angleterre à la cour de France. <i>Le +Roi (Louis XIV), dit-il, refusa de donner audience à ce dernier et +le renvoya, pour les affaires, au marquis de Torcy, dont Stairs</i> reçut +une leçon assez vive.</p> + +<p><i>Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il s’échappa +un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit froidement : +M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé que moi, je les +ai passées pour le bien de la paix ; mais si jamais en me parlant vous +vous écartez du respect qui est dû au roi, je vous ferai jeter par les fenêtres. +Stairs se tut, et de ce moment fut plus réservé.</i></p> +</div> +<p>Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance +des Postes, en faveur du marquis de Torcy, et celle +des bâtimens en faveur du duc d’Antin, qui avait succédé +à Mansard, surintendant-général des bâtimens, en +qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit +beaucoup de difficultés, parce que l’édit de suppression +portait qu’elles ne pourraient être rétablies ; les <i>gages</i> qui +étaient attachés à chacune montaient à près de 50,000 fr.</p> + +<p>Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création, +toutes les parties qui entrent dans l’organisation des Postes. +L’affranchissement des lettres, c’est-à-dire la liberté et +souvent l’obligation d’en acquitter le port d’avance, existait +depuis long-tems, et même avait été toujours en usage +pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme. +Il en résultait un préjudice notable pour les négocians +dont les avantages réciproques ne pouvaient être balancés +en ce cas. Les députés du commerce firent, en 1701, +des représentations au roi, qui, en les conciliant avec +les intérêts du fermier général des Postes, supprima +l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties +dans le royaume, et ordonna que les lettres et paquets +seraient taxés d’après le dernier tarif. Cette mesure ne +s’étendit pas à celles destinées pour l’étranger.</p> + +<p>Le 6.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>, fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> 1703.</p> +</div> +<p>Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant +plus dans la proportion des frais qu’exigeaient les +améliorations nouvellement introduites dans le service, +tant à cause des distances, que du poids de l’once qui +était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que +sur le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut +plus conforme aux intérêts des postes, et portait, entr’autres +articles, que les lettres et paquets seraient +payés suivant le poids des villes où existaient les bureaux, +<span id="p54" class="pagenum">-54-</span> et que les distances<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> des lieux seraient comptées +d’après le nombre des postes établies sur les routes +que devaient suivre les courriers : la franchise n’avait +pas reçu d’extension.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau +triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à +compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à Paris.</p> +</div> +<p>Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les +valeurs cotées n’était pas réglé sur une base fixe ; il +fut porté à un sou pour livre, taux auquel il est resté +jusqu’à ce jour.</p> + +<p>Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles, +est fixé par les réglemens à 7 liv. 10 sous.</p> + +<p>L’usage de voyager en poste par les voitures dites +berlines, inventées par Philippe Chieze, premier architecte +de Fréderick Guillaume, électeur de Brandebourg, +fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures +avait démonté la plus grande partie des relais. +Cette sage mesure suspendit l’effet d’un mal que le +tems et de grandes précautions pouvaient seuls réparer.</p> + +<p>Le 7.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> a lieu pour 3 millions.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> 1709.</p> +</div> +<p>Le 8.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> 1713.</p> +</div> +<p>L’état florissant auquel les postes étaient parvenues +pendant le siècle de Louis XIV, laissait peu de changemens +à y introduire sous celui de son successeur. +Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup +de mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en +améliorations, le comte d’Argenson, ministre et secrétaire +d’état au département de la guerre, grand-maître et +surintendant-général des postes et relais, ne contribua +pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses +prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des +chevaux aux courriers pour les lieux où le Roi fixe sa +résidence : il est à remarquer que, par la dénomination +de courrier, on entend tout voyageur qui se sert de +la poste.</p> + +<p>L’Université de Paris avait joui de tout tems, par +un privilége particulier, du droit de messageries et de +poste ; le Roi, en le lui retirant, en 1719, lui accorda +<span id="p55" class="pagenum">-55-</span> pour indemnité le 28.<sup>e</sup> du bail général des postes, +montant à 120,000 fr. : cette somme était destinée à subvenir +aux frais de l’instruction que l’Université faisait +gratuitement.</p> + +<p>Tant que les postes ne furent pas établies de manière +à satisfaire tous les besoins, il était naturel de +tolérer un moyen qui favorisait à la fois l’intérêt de +l’Université et celui de la société. Mais il eût été impolitique +de laisser subsister plus long-tems une entreprise +de cette nature, en opposition avec le service +de l’état. Il est évident que, dans ce cas, toute concurrence +en entraverait la marche et en compromettrait +même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en +ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice, +en l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver. +Etait-il convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à +propager le goût des sciences et des belles-lettres, +continuât une exploitation si peu en rapport avec ses +attributions et son indépendance. Si l’Université s’était +soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité +des successeurs de Charlemagne et de François I.<sup>er</sup> de +la protéger et d’être leur seul appui à l’avenir.</p> + +<p>Le 9.<sup>e</sup> bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv.</p> + +<p>On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports.</p> + +<p>Le 10.<sup>e</sup> bail est porté, en 1729, à 3,946,042.</p> + +<p>Le 11.<sup>e</sup> ne subit pas d’augmentation en 1735.</p> + +<p>Une ordonnance règle le service des courriers, leur +marche sur les routes, et les droits et frais à leur +charge.</p> + +<p>Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient +être servis aux relais avant les courriers et +les messageries, et que, pour y parvenir, ils employaient +la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné +aux maîtres de poste de ne céder à aucune +menace, et on leur renouvela l’assurance d’une protection +spéciale contre toutes les prétentions qui pourraient +s’élever à l’avenir à cet égard.</p> + +<p>Le 12.<sup>e</sup> bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte +du Roi, dans l’intention d’avoir une connaissance exacte +des produits des postes et messageries. Des lettres patentes +augmentèrent ce bail de 1500 fr., parce qu’on réunit +<span id="p56" class="pagenum">-56-</span> aux postes le privilége qu’avait le prince de Lorraine, +de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume, +excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva +la jouissance.</p> + +<p>Le 13.<sup>e</sup> bail est passé pour six années, à Carlier, en +1739, moyennant la somme de 4,521,400 fr.</p> + +<p>La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon, +Versailles et Brest, est considérée comme poste royale et +doublée par ce motif.</p> + +<p>Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne +conduire aux relais étrangers qu’en se faisant payer d’avance +et sur le pied de monnaie étrangère. Ils sont également +autorisés, plus tard, à fournir des chevaux pour les +routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra d’exiger, +sans pouvoir y être contraints dans aucun cas.</p> + +<p>Le 14.<sup>e</sup> bail, de la durée de 10 années, est renouvelé +en 1744, au même prix que le précédent.</p> + +<p>Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées, +il fut réglé, en 1749, que toutes celles qui ne pourraient +pas parvenir à leur destination, seraient renvoyées au +bout de trois mois dans les villes d’où elles étaient +parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en recevant +pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles +qu’ils auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner +une meilleure adresse.</p> + +<p>Le 15.<sup>e</sup> bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr.</p> + +<p>La publication du premier dictionnaire des Postes +connu, a lieu en 1754. Il est dédié par M. Guyot, son auteur<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>, +au comte d’Argenson, surintendant-général des +<span id="p57" class="pagenum">-57-</span> Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile, qu’on n’avait +encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document +propre à guider les officiers des Postes dans la direction +à donner aux lettres.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux volumes, +sous le titre de dictionnaire géographique et universel des +Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition, par +M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage est +trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges. Le +second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre pour +le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens précieux, +et qui devient indispensable pour toute personne qui veut profiter des +avantages de la poste, pour la correspondance journalière.</p> + +<p>L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est exclusivement +destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux chevaux. Il +convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les indications précises +et le réglement qu’il renferme.</p> + +<p>M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique +sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter un +pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration dans la +longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble et loyale +conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles politiques, l’avaient +mis à même de juger sainement tous les événemens et les variations +qui s’y rattachent. L’apparition de son ouvrage à l’instant où nous +achevions le nôtre, commencé depuis plusieurs années, nous eût imposé +l’obligation de le suspendre, malgré le travail qu’il nous a +coûté et les recherches longues et souvent fastidieuses auxquelles nous +nous sommes livré, s’il fût entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser +l’histoire générale des postes. Mais son essai, plus particulièrement +destiné à faire connaître les améliorations successives survenues +dans les produits des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine +royal, et l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner +plus d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous +sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui +devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous regrettons +que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet qui eût +pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.</p> + +<p>Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance, +au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont +nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il +nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en recueillant +tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de correspondre +dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur la manière +de voyager, en usage dans toutes les contrées connues : le motif +seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.</p> +</div> +<p>Le 16.<sup>e</sup> bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.</p> + +<p>Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons, +provoquent une ordonnance relative aux peines +qu’encourront ceux qui se rendront coupables, à l’avenir, +de mauvais traitemens à leur égard.</p> + +<p>La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en +vigueur tous les édits rendus sur le service des Postes. +On y remarque, entr’autres articles, ceux concernant +les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif pour la perception +du port des lettres établi sur des bases nouvelles, +et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la +sécurité que la correspondance retire de ces améliorations +rangeront cette époque au nombre de celles auxquelles +les Postes sont redevables de quelque perfectionnement.</p> + +<p><span id="p58" class="pagenum">-58-</span> L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré +tant de projets utiles à M. Charles Humbert Pierron de +Chamousset<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>, lui fit naître l’idée de la petite-poste. Le +service, devenu de jour en jour plus actif et plus régulier, +et la multiplicité des relations dont Paris était +le point central, exigeaient un mode nouveau et prompt +de recevoir et d’expédier les missives de la capitale. La +difficulté de se rencontrer dans une ville si populeuse, +le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait +sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens +d’y correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui +avait mûri cette idée, fit part de ses vues. On en reconnut +les avantages, et le projet d’un homme de bien fut accueilli +favorablement : on fit plus, on le réalisa. La +petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur +de Paris, où cent dix-sept facteurs<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a> faisaient +journellement ce service. Elle fut d’abord en régie, +et on la réunit par la suite à la ferme générale. Cette organisation, +comme toutes les institutions naissantes, +a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus +notables ont été introduits par M. le duc de Doudeauville. +Sept distributions ont lieu en été et six en hiver. +Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées par +les affiches, on peut obtenir la réponse et même la +réponse de la réponse aux lettres écrites dans la journée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né +à Limoges, ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de +Houssays. On y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux +chevaux, les roulages et les messageries.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence +et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces. Le +trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste, +nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux +bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il passa +l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher lui-même, +sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux galeries +du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale ; et, dans +la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de vin dont il +était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi de ceux qui +tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.</p> +</div> +<p>Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>, +une petite-poste d’un genre différent, qui avait +<span id="p59" class="pagenum">-59-</span> aussi ses messagers d’une espèce toute particulière et +non moins d’activité. C’étaient les vendeurs de poulets +qui portaient les billets doux aux femmes. Ils glissaient +ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie, +ne manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais +le tems aux argus de se saisir du courrier innocemment +contrebandier. Ce manége ayant été découvert, le premier +messager d’amour qui fut pris, fut puni de l’estrapade, +avec des poulets vivans attachés aux pieds. +Telle est l’origine du nom de poulet donné aux billets +doux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.</p> +</div> +<p>L’établissement de la petite-poste aux lettres, en +France, a donné, dans ces derniers tems (1824), l’idée +des petites messageries<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> dans Paris, pour les effets et les +marchandises. Il y a long-tems que plusieurs capitales +de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de +la poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé +sur les mêmes bases, n’en est aucunement dépendant. +Les motifs qui ont rendu l’usage de la petite-poste +si nécessaire, ont sollicité celui des petites messageries +dans le but d’établir un service régulier, célère, économique +et responsable, dont l’objet est de transporter, +d’un quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et +commissions de toute espèce ; et les marchandises de gros +poids déplacées et mises en circulation par le commerce.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain, +n.<sup>o</sup> 12, Hôtel-de-la-Rochefoucauld.</p> +</div> +<p>Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans +les rues et les places les plus fréquentées, ainsi que les +boîtes pour la petite-poste, reçoivent continuellement, +contre des récépissés imprimés et à talons, tous les +paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont +remis avec des adresses attachées aux articles.</p> + +<p>Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent +aussi, contre de semblables récépissés, les articles +jusqu’à 25 livres pesant, qu’on leur donne de la +main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par +le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font +par le son d’une cloche.</p> + +<p>Les articles de poids sont recueillis à domicile.</p> + +<p><span id="p60" class="pagenum">-60-</span> Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois +par jour la levée des dépôts et pareil nombre de distributions. +Dans la belle saison, ce nombre est porté +à quatre.</p> + +<p>Il y a en même tems un service de <i>gamionage</i> pour +le transport des marchandises de volume et de gros +poids.</p> + +<p>Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes ; +de 25 à 100, 45 centimes ; de 100 à 200, 55 centimes, +etc. On a la facilité d’affranchir les envois.</p> + +<p>En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas +été déclarée, la compagnie remboursera 20 francs pour +chaque article qu’on ne pourra représenter ; elle répondra +de la valeur entière, lorsqu’elle aura été déclarée, mais +alors le prix de transport y sera proportionné.</p> + +<p>Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il +y a entre les petites messageries et la petite-poste. Ce +rapprochement suffira pour motiver les raisons qui nous +ont fait entrer dans des détails que nous ne croyons +pas sans intérêt pour le lecteur.</p> + +<p>En 1761, les postes sont mises en régie pour le +compte du roi. On règle aussi les prix que doivent +payer les courriers de cabinets et de dépêches.</p> + +<p>En 1764, le 18.<sup>e</sup> bail, toujours avec les messageries +en litière, monte à 7,113,000 francs.</p> + +<p>Malgré l’augmentation successive survenue dans la +ferme des postes, depuis la cession faite par l’université, +à raison du 28.<sup>e</sup> sur les produits qui en proviendraient, +l’indemnité primitive n’avait point subi de changemens. +Ce corps, en 1765, exposa, par une requête +au roi, les droits et les priviléges sur lesquels cette +réclamation était si justement fondée.</p> + +<p>Le 19.<sup>e</sup> bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans, +s’élève à 7,700,000. Les fermiers sont tenus de faire un +cautionnement. Cet usage, introduit pour assurer les +droits du gouvernement, est devenu depuis une clause +obligatoire de tous les engagemens de ce genre.</p> + +<p>L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement +des courriers, a lieu en 1772. Elle est formée de la +retenue du tiers du prix qui leur revient par course. +Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un sentiment +bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes +<span id="p61" class="pagenum">-61-</span> employés à un service toujours fatigant et souvent +périlleux<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse +et n’a d’autre habitation que sa voiture : c’est dans cette mobile machine +que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe nulle +part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il retourne +aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en repartir de nouveau +avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il, il ne peut +s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est un relais où +il change de chevaux ; ici, un bureau de poste où il remet et reçoit +des dépêches. Ces interruptions sont tellement répétées, que, dans un +trajet de cent lieues, par exemple, qui doit être fait en moins de +quarante heures, il trouve souvent dix bureaux de poste et vingt-cinq +relais. Combien de circonstances encore ne contribuent-elles pas +à multiplier ces incidens. Tout ce que la nature oppose d’obstacles +doit être vaincu : il brave l’intempérie des saisons et les ténèbres de +la nuit ne l’arrêtent pas dans sa marche. Sa prévoyance ne peut être +en défaut pour remédier même aux événemens indépendans de sa +volonté.</p> + +<p>Sa surveillance tient à sa responsabilité ; son activité, à la célérité +de son service ; son extrême probité s’explique par la confiance qu’on +lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un devoir. Non-seulement +il remet avec un soin scrupuleux les dépêches qu’il a reçues, +il les défend, même au péril de sa vie, s’il est attaqué. C’est +dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui le fait souvent +triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié à sa fidélité, par +tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que d’actions éclatantes attesteraient +qu’il n’est aucun dévouement dont il ne soit capable, et +que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun devoir dont il n’observe +l’accomplissement avec une religieuse exactitude.</p> +</div> +<p>On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en +étendre les avantages à tous les agens des postes auxquels +on fait subir des retenues qui ont varie, et qui sont +fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des appointemens.</p> + +<p>Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux +voit sans crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une +carrière longue et honorable. Si elle ne lui a pas offert +des chances de fortune, du moins, lorsque le tems du +repos, souvent pour lui celui des infirmités, est arrivé, +il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure +dictée par une prévoyance toute paternelle.</p> + +<p>La place de surintendant-général des postes, après la +mort du marquis de Torcy (1746), qui avait sous lui un +contrôleur-général, avait été donnée au comte de Voyer +d’Argenson, ministre de la guerre.</p> + +<p><span id="p62" class="pagenum">-62-</span> Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui +succéda. Il avait également sous lui un intendant-général, +dont les attributions étaient les mêmes que celles de +contrôleur-général. Il n’y avait de changement que dans +la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le +fait, toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait +le droit de travailler seul avec le Roi, et d’entrer +chez Sa Majesté à toute heure du jour ou de la nuit. +M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs circonstances, +occupait cette place sous le duc de Choiseul. +Voici comme Duclos s’exprime à son égard : <i>M. le Duc</i> +(c’est ainsi qu’on désignait le duc de Bourbon, ministre +sous le régent), <i>pleinement rassuré, oublia que c’était +aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu +une sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir +eu et surtout montré de la peur. Il ne sut pas distinguer +un malheur prévenu d’un malheur imaginaire. Ses +affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils avaient faits +pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une +lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en +fut bientôt révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice, +et on avertit Jannel d’être plus discret, au hasard d’être +moins utile.</i></p> + +<p>Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot, +ministre d’état au département des finances, devint, +en septembre 1775, surintendant-général des postes, et +refusa les émolumens attachés à cette place.</p> + +<p>Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la +guerre avaient été seuls en possession de cette charge ; +ce qui prouverait, s’il en était besoin, qu’on la considérait +comme tout-à-fait étrangère aux finances, puisqu’on +n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M. +Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter +aux prérogatives des postes, chercha, en les +amenant sous son influence, à les rendre favorables à +ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries +royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.</p> + +<p>En combinant ces deux services, il espérait pouvoir +parvenir à faire transporter les lettres par les messageries, +en un seul jour, au moins à 30 lieues à la ronde de +Paris, terme où les courriers de la malle les auraient +reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume. +<span id="p63" class="pagenum">-63-</span> L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que +le ministre avait particulièrement en vue, ne compensait +aucun des graves inconvéniens qu’elle entraînait. +Où elle existait réellement, c’était dans les avantages +que les messageries procureraient de conduire les fonds +avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières +au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou +des provinces à Paris, ou même, enfin, de Paris aux +provinces, comme cela se pratique encore aujourd’hui.</p> + +<p>M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la +construction et l’entretien des routes, qui se rattachent +si essentiellement aux postes, y aurait porté, sans +doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec les +ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité. +Tout en cédant à cette idée si louable qui le dominait, +il favorisait les postes sur quelques points, en +se proposant de faire observer rigoureusement les distances +de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on +les eût négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées +par des considérations locales difficiles à surmonter dans +l’origine. Il devait, en outre, donner l’inspection des +routes aux maîtres de poste intéressés, à leur entretien. +Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché +à cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux +qui résultaient nécessairement d’une surveillance qui eût +contribué si puissamment à la prospérité des relais.</p> + +<p>Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des +postes aux messageries qu’une considération secondaire, +celle d’une augmentation de recettes, ou, plus exactement, +une diminution dans les dépenses qu’il évaluait +devoir être, par la suite, de quatre millions.</p> + +<p>Quant aux priviléges accordés précédemment pour +droits de carrosses, de diligences et de messageries, le +roi, en y rentrant exclusivement, ne fit qu’user de la +faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les fermiers +qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec +justice dans tous les réglemens qu’entraînait cette mesure, +ne la trouvèrent pas moins très-rigoureuse, par +la privation soudaine d’avantages qu’elle leur enlevait +et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent, +pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la +ferme des messageries. Le soin des gouvernemens, dans +<span id="p64" class="pagenum">-64-</span> les changemens qu’amènent les circonstances pour les +rendre favorables à la société, doit être de les opérer +doucement, afin de concilier tous les intérêts.</p> + +<p>L’établissement de voitures<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a> à 4, 6 ou 8 places, +commodes, légères et bien suspendues, pour partir à +jours et heures réglés, fut ordonné sur toutes les +grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait +la marche à suivre pour l’administration des diligences +et messageries, et le tarif des ports à payer, soit pour +les places dans les diligences, soit pour le transport des +<i>hardes</i>, de l’<i>argent</i> et autres <i>effets</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent +appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit le +portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes.</p> +</div> +<p>Le baron d’Ogny, intendant-général des postes, +jouissait, comme M. Jannel, son prédécesseur, des +mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M. Turgot +dans la surintendance des postes.</p> + +<p>Le 20.<sup>e</sup> bail, pour un an, pendant 1776, monte à +8,790,000. Cette augmentation est fondée sur la réunion +des divers priviléges des carrosses, coches d’eau et messageries, +à la ferme des postes.</p> + +<p>Le 21.<sup>e</sup> bail est en régie pour compte du roi, moyennant +10,400,000 fr. Les six administrateurs qui en sont +chargés fournissent un cautionnement de 4,800,000.</p> + +<p>Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente +la masse des retenues du produit du livre de +poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un étranger.</p> + +<p>Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées, +il fut réglé, en 1781, qu’elles seraient renvoyées dans +les bureaux dont elles portaient le timbre, pour faciliter +les réclamations. Cette mesure eut lieu en même-tems +pour les lettres refusées faute d’affranchissement. +Dans le premier cas elles devaient séjourner trois mois +dans les bureaux, et quatre mois dans le second.</p> + +<p>En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux, +soumit au jugement de l’Académie des Sciences un moyen +qu’il avait imaginé pour correspondre au loin par l’emploi +de signaux. Le rapport fait par le marquis de +Condorcet et le comte de Milly, annonçait que <i>ce secret +<span id="p65" class="pagenum">-65-</span> leur paraissait praticable, ingénieux et nouveau, +qu’il ne rappelait aucun procédé connu et destiné à +remplir le même objet ; qu’il pouvait s’étendre jusqu’à +la distance de trente lieues, sans stations intermédiaires +et sans préparatifs très-considérables. Quant à +la célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un +signe à l’autre ; que ces signes<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a> pouvaient répondre +du cabinet d’un prince à celui de ses ministres, et que +l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni très-incommode.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour +l’établissement de télégraphes en Angleterre.</p> +</div> +<p>Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire +dans lequel il prétendait avoir trouvé le moyen +de transmettre les avis avec promptitude, et celui d’établir +un idiome constant et réglé, dont la vue seule +était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à +tous ceux connus dans cette poste oculaire, qui joignait +à la facilité, la sûreté, la simplicité et l’économie.</p> + +<p>Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires, +aussi étrangers à ce qui se passerait que +les courriers à l’égard des dépêches qu’ils transportent. +Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme +volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et +de recevoir les avis.</p> + +<p>L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète, +de Paris à Saint-Germain, en 4 minutes.</p> + +<p>Vers la fin du XVII.<sup>e</sup> siècle, <i>Amontons, fameux mécanicien, +avait inventé</i>, dit Fontenelle dans le rapport +qu’il fut chargé de faire de ce procédé ingénieux, <i>un +moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à une +très-grande distance ; par exemple, de Paris à Rome, +en très-peu de tems, comme trois ou quatre heures, et +même sans que la nouvelle fut connue dans tout l’espace +qui sépare ces deux villes.</i></p> + +<p>Ces théories, qu’on regardait comme des chimères, +devaient cependant conduire, quelques années plus tard, +à des découvertes<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a> et des procédés de la plus haute +<span id="p66" class="pagenum">-66-</span> importance. Quelques essais infructueux, ou qui ont +manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de +l’invention à leurs auteurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris, +de construire des voitures mises en mouvement par la vapeur.</p> + +<p>Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille +royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait très-rapidement +sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la suite, +de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à voyager +sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction par les +détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le timon, était +un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient attachées les guides, +à l’aide desquelles la personne placée dans la voiture en dirigeait la +marche. Derrière était un homme qui imprimait à la voiture un +mouvement plus ou moins rapide, en pressant alternativement les +deux pieds, ce qui ne lui causait aucune fatigue, et ce qui n’exigerait, +à la rigueur, qu’un relais d’hommes. Il se tenait debout +ou assis, les jambes en partie cachées dans une sorte de malle ou +coffre, où les ressorts paraissaient établis.</p> + +<p>On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau, +canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que +quelques minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce +bateau avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur ; il allait par le +moyen d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait, +par cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement +aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf, +prétendait que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse, +et se proposait même de la doubler en établissant sur les +grandes roues un engrenage.</p> + +<p>M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une +construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le mouvement +faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères, dont +la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une.</p> + +<p>Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux +un éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les +confondre avec les autres feux.</p> +</div> +<p>L’année 1783, le 22.<sup>e</sup> bail en régie, de 11,600,000 fr., +fut confié à six régisseurs, qui donnèrent un cautionnement +de 6 millions. Il leur fut accordé pour remise, +droit de présence, étrennes, frais de bureaux et secrétaires, +216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour +chacun. Outre cela, il leur était alloué le cinquième de +tout ce qui excéderait 11,600,000 fr. de produit net, et +l’intérêt du cautionnement à cinq pour cent.</p> + +<p>En 1785, le duc de Polignac<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a> est nommé directeur-général +<span id="p67" class="pagenum">-67-</span> des postes aux chevaux, relais et messageries. +La place d’intendant-général est accordée à M. de +Veymerange<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier +écuyer de la reine et directeur-général des haras.</p> + +<p>Le marquis de Polignac ; chevalier des ordres du roi, premier écuyer +de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de +Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de +la poste au chevaux.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi.</p> +</div> +<p>Cette même année, l’uniforme des officiers des postes +est réglé par une ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui +que pour les employés des postes militaires, les +postillons et les courriers. La couleur en est bleue pour +tous, mais avec des marques distinctives qui varient +suivant les emplois. Les postillons, par exemple, ont +des revers rouges, des boutons fleurdelisés et des galons +d’argent : ils portent sur le bras gauche un écusson +aux armes royales. Cet écusson est placé sur la poitrine +des courriers ; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré +d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées +également en argent.</p> + +<p>Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées +par les armoiries de la couronne.</p> + +<p>Le 23.<sup>e</sup> bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à +12,000,000), est passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon.</p> + +<p>L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais +sont réunis à la poste aux lettres, le duc de Polignac, +qui en était directeur-général, ayant donné sa démission. +La place d’intendant-général, créée en même +tems, fut supprimée.</p> + +<p>L’université conservait encore, en 1789, comme un +privilége qu’elle s’était réservé, des messagers dont les +charges étaient à la nomination des quatre nations qui +composent la faculté des arts. Ces charges ne se vendaient +point ; il n’en coûtait que les frais de réception, +montant environ à 500 francs. Les messagers étaient +appelés aux processions du recteur, et avaient leur +salle d’audience au collége de Louis-le-Grand.</p> + +<p>Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général +des postes, depuis M. de Clugny, le baron +d’Ogny était resté seul chargé de la direction de cette +importante administration, sous le titre d’intendant-général +des courriers, postes, relais et messageries de +<span id="p68" class="pagenum">-68-</span> France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard, +de la Reignière, Richard d’Aubigny, de Richebourg, +Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de la Ferté, +Delaage, de Vallogué et de Longchamp.</p> + +<p>Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois +inspecteurs-généraux.</p> + +<p>Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui +précède, les divers changemens survenus dans les postes +depuis leur origine jusqu’en 1789. Objets, pendant plus +de trois siècles d’existence, de la protection spéciale de +nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles +à la fois au peuple dont elles multipliaient les relations, +et à l’état dont elles augmentaient les revenus. Les recettes +des lettres et paquets, abandonnées pendant près +de deux cents ans aux agens des postes, à titre d’émolumens, +devinrent si productives par la suite, entre les +mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un +taux qu’on devait à peine dépasser de nos jours.</p> + +<p>Mais les institutions les plus sages, consacrées par le +tems et les besoins des peuples, ne pouvaient survivre +au renversement de la monarchie. C’est sous cette ère +fatale, signalée par un crime inouï dans nos fastes, que +nous allons suivre les variations que les postes ont subies +jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon.</p> + +<p>Dès 1790, un décret supprime les priviléges des +maîtres de poste qui avaient été créés par Louis XI, +et rigoureusement maintenus par ses successeurs. Une +indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu +pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut +être moindre de 250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que +soit l’importance des relais.</p> + +<p>Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux +de l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers, +etc., sont également supprimés.</p> + +<p>M. de Richebourg est nommé commissaire du roi +près les postes, place qui répondait à celles de surintendant +et d’intendant-général. Il réunit, dans ses attributions, +la poste aux lettres, la poste aux chevaux +et les messageries, quoique séparées pour l’exploitation.</p> + +<p>Le serment d’observer la foi due au secret des lettres, +est exigé de tous les agens des postes.</p> + +<p>Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du +<span id="p69" class="pagenum">-69-</span> conseil des postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux, +auxquels il est accordé un traitement de +6000 fr.</p> + +<p>Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon, +est maintenu.</p> + +<p>Les réformateurs, dans cette désorganisation totale, +se voient forcés, pour ne pas entraver la marche d’un +service si important, de conserver les anciens réglemens +et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et 1786, +subissent seulement quelques changemens relatifs au +contre-seing et au brûlement des lettres inconnues, refusées +et non-réclamées.</p> + +<p>Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion +des messageries à la poste aux chevaux.</p> + +<p>Le privilége exclusif des carrosses de place et des +voitures des environs de Paris, accordé à la compagnie +Perreau, est résilié.</p> + +<p>M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier +des messageries, coches et voitures d’eau, par +bail de la durée de six ans neuf mois.</p> + +<p>Les administrateurs des postes font remise au roi du +5.<sup>e</sup> des produits nets qui excèdent les onze millions du +bail expiré le 31 décembre.</p> + +<p>A cette époque où, sous prétexte du bien public, on +ne respectait plus rien, le désordre était à son comble. +L’assemblée nationale<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>, elle-même, parut effrayée des +abus qu’entraînait le zèle des corps administratifs et +des municipalités. La correspondance des particuliers +n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations ; les +courriers qui refusaient de remettre les dépêches, dont +ils étaient responsables, s’exposaient aux mauvais traitemens +d’individus livrés à la licence la plus effrénée ; +<span id="p70" class="pagenum">-70-</span> et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs criminelles +perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever +par la force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde. +Cependant, par une concession bien digne de ces tems +désastreux, cette même assemblée, en cherchant à réprimer +une telle conduite, crut devoir l’excuser en +disant qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme +universelle et de péril imminent.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin, +pour avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des +postes, et plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre +des affaires étrangères et au ministre de la cour d’Espagne ; et +chargea son président de se retirer de vers le roi, pour le prier de +donner des ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût +mis en liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner +à M. l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture +de ses paquets.</p> +</div> +<p>Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire +composé d’un président et de cinq administrateurs. +M. de Richebourg est nommé, à ce premier emploi, +avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à tous +un logement à l’Hôtel-des-Postes<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait, +dès la fin du XIII.<sup>e</sup> siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII +le donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par +Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et +passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des finances, +qui le fit reconstruire en entier ; puis en suite à M. Fleuriau +d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet hôtel +portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du comte +Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il fut +réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté de la +rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes.</p> +</div> +<p>Pour établir les bases du nouveau tarif<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> sur le +prix du transport des lettres et paquets, on fixe un +point central dans chacun des 83 départemens, et les +distances entr’eux sont calculées d’un point central à +un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises +par lieue. Le quart de l’once détermine le poids de +la lettre, dite simple ou non pesante, dont le port, fixé +à quatre sous dans l’intérieur de chaque département, +augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à +vingt lieues inclusivement. Une progression d’un sou par +dix lieues est réglée jusqu’à cent, et subit quelques modifications +au-delà de cette distance.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue, +et on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues.</p> +</div> +<p>Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu +lieu sur les grandes routes et sur les petites, à cheval, en +brouettes ou voitures non-suspendues, la plupart découvertes, +attelées d’un seul cheval et conduites par le +<span id="p71" class="pagenum">-71-</span> courrier, devient l’objet d’une mesure générale et uniforme. +Des courriers de poste aux lettres sont établis +sur quatorze routes, dites de première section, et sur +vingt-six de deuxième section en voitures suspendues, +couvertes, montées sur deux roues et attelées de trois +chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste, +au prix de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de +25 sous auquel il était précédemment fixé.</p> + +<p>Le droit de franchise et de contre-seing des lettres, +étendu chaque jour dans une proposition nuisible à la +recette des postes, est limité par un nouveau réglement.</p> + +<p>Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles +d’argent déposés, qui, de tout tems, avait été perçue +au profit des directeurs des postes. Ce n’est que plus +tard que le trésor s’est attribué cette recette.</p> + +<p>Une instruction générale, sur le service des postes, +devenait indispensable. Elle comprend toutes les bases +sur lesquelles repose cette institution ; mais les modifications +qui pourraient y être apportées, seront réglées +par des circulaires imprimées.</p> + +<p>On abolit le privilége de poste royale ou double, +dont jouissaient les maîtres de poste de Versailles, de +Paris, de Lyon et de Brest.</p> + +<p>Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes, +qui avaient échappé à la réforme totale de ce qui tenait +à l’ancienne organisation, disparaissent à leur tour. +On y supplée par des inspecteurs auxquels la surveillance +générale des bureaux de poste et des relais est confiée +dans les départemens.</p> + +<p>Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les +directeurs et les contrôleurs des postes sont nommés +par le peuple. Les fonctions des premiers comprennent +toutes les parties du service. Les directions sont simples +ou composées : dans le premier cas, le directeur suffit +à toutes les opérations ; mais, dans le second, l’importance +des bureaux nécessite un nombre d’agens proportionné +aux besoins des localités. Alors, il y a un contrôleur +dont les attributions sont en opposition avec celles +du directeur, comme exerçant sur lui une surveillance +continue dans l’intérêt de l’administration.</p> + +<p>On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement +en biens fonds de la valeur du cinquième du produit net +de l’année commune de chaque bureau.</p> + +<p><span id="p72" class="pagenum">-72-</span> Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et +les courriers extraordinaires, à raison de 40 sous +par cheval et par poste, et 15 sous de guide au postillon.</p> + +<p>Le bail des messageries est résilié.</p> + +<p>On réunit la poste aux lettres, les messageries et la +poste aux chevaux, sous une seule et même administration, +spécialement chargée de la surveillance et du +maintien de l’exécution des trois services. Elle est composée +de neuf administrateurs<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a> élus par la convention, +sur la présentation du directoire exécutif. Ces +nominations n’ont lieu que pour 3 ans.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière, +Legendre, Mouret, Ruteau.</p> +</div> +<p>Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus +ou moins ingénieux, de communiquer au loin, par des +signaux, des phrases convenues. Ces procédés, tentés +par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient +pas eu assez de succès pour être adoptés ; des pavillons, +hissés au sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement +sur nos côtes, à signaler ce qui pouvait intéresser le service +maritime. On y a substitué depuis une machine mobile, +sous le nom de cémaphore<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>, destinée au même usage.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Porte signe.</p> +</div> +<p>Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux. +Le duc d’Yorck a acquis une grande célébrité en les +perfectionnant. Dom Gauthey, Linguet, Amontons, +semblent plus particulièrement avoir approché de la solution +d’un problême tant de fois proposé ; mais aucune +expérience notable n’était venue à l’appui de leur +théorie. La question restait donc à résoudre, lorsque +Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763, fit connaître +son importante découverte du télégraphe<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>. On prétend +que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce +résultat par suite d’un amusement. Le désir de communiquer +par signes avec quelques amis qui résidaient à la +campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans des +recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir, +en 1792, soumettre son projet à l’assemblée législative, +en lui présentant sa machine à signaux<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>. L’établissement<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a> +<span id="p73" class="pagenum">-73-</span> d’une ligne télégraphique fut ordonné un an +après et signala une victoire<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>. La convention reçut +la nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses +séances, rendit un décret qui déclarait que Condé<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a> +changeait de nom, et le télégraphe annonça, pendant +cette même séance, que le décret était déjà parvenu +à sa destination, et que déjà aussi il circulait dans +l’armée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> J’écris au loin.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les appointemens +de lieutenant du génie.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les +avis en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique +nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et +qu’il serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard [1797], +MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe. Les +Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient +déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres.</p> + +<p class="sign">[<i>Moniteur</i>.]</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> La prise de Condé.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> On l’appela <i>Nord-Libre</i>.</p> +</div> +<p>Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un +procédé si merveilleux. Il serait même difficile de décrire +la sensation que produisit, non-seulement en +France, mais par toute l’Europe, la découverte d’une +machine dont les formes sont visibles, les mouvemens +simples et faciles, qui peut être transportée et placée +partout, qui résiste aux plus grandes tempêtes, donne +assez de signaux primitifs pour faire de ces signes une +application exacte aux idées, qui les transmet dans tous +les lieux et à quelque distance que ce soit.</p> + +<p><i>Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de +deux ; ce qui est très-remarquable</i>, dit le rapport décennal +(1810), <i>comme ayant donné naissance à une +langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression +d’une phrase par un seul signe</i>.</p> + +<p>La poste télégraphique, qui se compose de toutes les +lignes qui, partant de Paris<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>, vont aboutir aux +<span id="p74" class="pagenum">-74-</span> points extrêmes du royaume, est dirigée par trois administrateurs +qui sont : MM. le comte de Keresperts, +Chappe Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur +et un inspecteur à chaque point principal, et des +employés à chaque station pour exécuter, sans les comprendre, +tous les mouvemens ordonnés d’une direction +à l’autre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris +compte cinq télégraphes : l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre +au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères, +les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de +Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes ; de +Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes ; de Strasbourg, +en 6 minutes, par 46 télégraphes ; et de Brest, en 8 minutes, par +80 télégraphes.</p> +</div> +<p>Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo, +par exemple, sont au nombre de sept<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a> du +côté de Paris, et de trois<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a> du côté de Brest. De l’instant +où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à +l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15 +minutes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel, +Avranches, la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux, +la Chapelle-Riche, Landigère.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve.</p> +</div> +<p>On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes +télégraphiques, et avec quelle facilité on applique ce +moyen suivant les lieux et les circonstances. A toute +heure, à toute minute, des points les plus importans du +royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir +instantanément les avis les plus intéressans.</p> + +<p>La ligne télégraphique<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a> de Paris à Lille fut établie +en 1794.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque, +des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue, +Brest et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec +Bruxelles ; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809 ; et, un +an plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec +Paris par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur +Venise et Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation +avec Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita l’établissement +d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne. [<i>Moniteur</i>.]</p> +</div> +<p>Le port<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> des lettres est augmenté et porté, en 1795, +pour celles dites simples, ne pesant pas un quart d’once, +à cinq sous dans l’intérieur du même département ; extérieurement +jusqu’à 20 lieues, à six sous ; et, pour les +<span id="p75" class="pagenum">-75-</span> autres distances, dans une progression réglée par le +tarif.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la +France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes ; savoir : +dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du +point de départ ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante, +vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues.</p> +</div> +<p>Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est +fixé à trois sous.</p> + +<p>Une administration générale<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>, composée de douze +membres, est établie pour remplacer les trois agences supprimées +de la poste aux lettres, de la poste aux chevaux, +des messageries. Elle nécessite la création d’une place +de caissier-général des postes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin, +Boulanger, Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et +Catherine Saint-Georges.</p> +</div> +<p>Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux +chevaux éprouvent des changemens provoqués par la +dépréciation du papier-monnaie. On paie pour la lettre +simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues, +deux livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit +cent cinquante livres en assignats par poste et par cheval, +et chaque postillon cinquante francs.</p> + +<p>La taxe<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> des lettres varie encore en 1796.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes +dans la distance de cinquante lieues et au-dessous ; cinq décimes +jusqu’à cent ; sept décimes jusqu’à cent cinquante ; et neuf décimes +au-dessus de cent cinquante lieues de distance.</p> +</div> +<p><i>Afin</i>, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté, +<i>d’encourager la libre communication des pensées entre +les citoyens, et d’augmenter les revenus publics</i>, le +prix des journaux présentés à l’affranchissement ne sera +que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres +brochés de cinq centimes.</p> + +<p>Le tarif<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a> du port des lettres subit encore des modifications : +il rappelle plusieurs articles de celui de 1759.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once, +est de deux décimes dans l’intérieur du même département ; d’un +département à un département, de vingt-cinq centimes.</p> +</div> +<p>Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux, +par une exception bien entendue, ne paient que quinze +centimes, quelles que soient les distances.</p> + +<p>La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger +leurs lettres et paquets, à la condition d’en payer le +double du port ordinaire, imposait l’obligation à l’administration +<span id="p76" class="pagenum">-76-</span> responsable de fixer l’indemnité due en cas +de perte des lettres : elle était précédemment de trois +cents francs, et se trouve réduite à cinquante.</p> + +<p>Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de +franchise des lettres par contre-seing. Il est accordé +une indemnité de 68 mille francs par mois au conseil +des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer +ce privilége.</p> + +<p>Une société anonyme est formée, à Paris<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>, pour +l’entreprise générale des messageries.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> Rue Notre-Dame-des-Victoires.</p> +</div> +<p>Les frais d’administration des postes pour la présente +année s’élèvent à neuf millions, dans lesquels la taxe +d’entretien des routes figure pour 600,000 fr.</p> + +<p>Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans +les colonies, porte que le produit de la ferme des bacs +des passages des rivières et des postes, sera versé au +trésor public de chaque colonie.</p> + +<p>Les fonctions du commissaire du directoire exécutif, +près l’administration des postes, sont déterminées, en +1798, par des instructions.</p> + +<p>Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des +lettres reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas +la première fois qu’après avoir tout détruit on se voit +forcé d’édifier sur les bases anciennes.</p> + +<p>Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui +de la poste aux chevaux fût authentiquement reconnu +par une loi dans toute l’étendue de la France. Il est +suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service.</p> + +<p>La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail, +est administrée par une régie intéressée, à laquelle il est +accordé huit millions pour les dépenses d’exploitation. +Les cinq membres qui la composent sont MM. Anson, +Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.<sup>r</sup> +La Forêt est placé comme commissaire du gouvernement.</p> + +<p>M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration +des postes, au lieu des deux substituts du +commissaire du gouvernement, qui avaient été précédemment +établis.</p> + +<p><span id="p77" class="pagenum">-77-</span> Les lettres sont taxées<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a> en francs et en décimes, +et il ne doit être fait usage que des nouveaux poids.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous ; de +Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13.</p> +</div> +<p>La taxe<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a> des lettres est fixée en raison des distances +à parcourir par la voie la plus courte, d’après +les services des postes aux lettres existans.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes +jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes, +etc.</p> +</div> +<p>Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége +de nommer à tous les emplois : les inspecteurs ne +peuvent être choisis que parmi les employés des postes +et sur la présentation du commissaire.</p> + +<p>Le ministre des finances arrête tous les états de dépense.</p> + +<p>Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport +frauduleux des lettres, provoquent encore, en +1801, la mise en vigueur des anciens réglemens.</p> + +<p>On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer +dans la voie régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter ; +la licence était réprimée ; et on sentait, en +1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie d’où +il semblait être banni par les changemens successifs +qu’on y avait opérés dans l’espace de quelques années.</p> + +<p>Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que +la poste aux lettres semble avoir été dans une dépendance +plus directe du ministère des finances.</p> + +<p>Le poids des lettres est modifié : elles ne sont plus considérées +comme simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes, +et la progression relative est établie par des tarifs.</p> + +<p>M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur +général près l’administration des postes.</p> + +<p>On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement +dans les ports de mer, des établissemens +sous la dénomination de petite-poste destinés aux correspondances +locales et à celles d’outre-mer. Le public y +déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin +par chaque bâtiment partant. Les capitaines à leur retour +transmettaient par la même voie celles qu’ils rapportaient +des colonies.</p> + +<p><span id="p78" class="pagenum">-78-</span> Cette poste maritime, si active et si utile avant les +jours orageux de notre révolution, devait nécessairement +rentrer dans les attributions d’une administration +qui seule pouvait exploiter un service de cette nature +avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait +pour cela que d’user exclusivement du privilége dont on +ne pouvait contester la légitimité à une institution toute +royale, et d’en régulariser l’organisation. On rappela de +nouveau la défense faite de tout tems aux personnes +étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des +lettres et paquets ; et on obligea les capitaines de faire +connaître aux directeurs des postes, dans les ports où +leurs bâtimens seraient en chargement, au moins un +mois à l’avance, l’époque présumée de leur départ, afin +de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de +cet agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées +pour les lieux où ils déclaraient devoir se rendre. +Les mêmes formalités exigées au retour ont suffi pour +donner depuis plus de garantie à cette nouvelle branche +de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité +accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux +bureaux de poste, et le port, toujours perçu d’avance, +auquel le public est assujetti. On sent que la régularité +et l’accélération d’un pareil service dépendent de l’activité +du commerce d’une nation. Elles sont telles, en ce +moment pour la France, que les relations des colonies +avec la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption ; +et il arrive fréquemment que des distances<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a> de +plus de 2400 lieues sont franchies en moins de trois mois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate +française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en +86 jours.</p> +</div> +<p>La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle. +Elle avait eu lieu de tout tems avec l’Angleterre, +par le moyen de paquebots<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a> destinés à transporter les +dépêches. Les communications avec les diverses îles de +la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être entretenues +que d’après ce mode.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> En anglais <span lang="en" xml:lang="en">packet boot</span> qui signifie bateau à paquets. Chacune +des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre, par +la suite, en fut chargée exclusivement ; mais Louis XVI rétablit le +mode de transport comme dans l’origine.</p> +</div> +<p><span id="p79" class="pagenum">-79-</span> Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique, +appelé poste par eau, nous ne prévoyions pas qu’on +verrait plus tard des bâtimens, mis en mouvement par +le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus rapides, +et multiplier les communications avec une régularité +surprenante.</p> + +<p>Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais. +Les entreprises de ce genre se répandent chaque jour, +soit pour le transport des voyageurs, soit pour celui des +marchandises sur la Garonne, la Loire, la Charente, +l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal +des Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue +derrière substitués aux bateaux de poste, qui feront le +trajet de Toulouse à Agde en moins de 36 heures. Un +service de transport pour les marchandises rendra régulièrement +celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire +en moins de six jours. On organise également un +service de ce genre de Lyon à Beaucaire. Bientôt on +communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer par +ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de +l’état, la Caroline, primitivement le Galibi, est destiné +à naviguer de Cayenne à Lamana.</p> + +<p>L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette +découverte, <i>parce qu’un nommé Jonathas Hulls</i>, dit +M. Marestier, auteur d’un mémoire sur les bateaux à +vapeur, <i>prit, en 1736, un brevet pour l’application de +ce moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que +rien n’était préparé pour un essai, et que l’inventeur +et l’invention tombèrent dans l’oubli. Les droits des Français, +à la même découverte, sont plus authentiques ; ce +sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux, +mais qui mettaient sur la voie et qui promettaient +déjà quelques succès</i>.</p> + +<p>James Watt en Angleterre, et Robert Fulton<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a> aux +Etats-Unis, ont les premiers perfectionné ce procédé. +Mais la supériorité, dont l’Angleterre est si fière de nos +jours, est encore due à un ingénieur français, M. Brunel.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit +manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une +vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure.</p> +</div> +<p><span id="p80" class="pagenum">-80-</span> L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays +conquis, est réglé, en 1803, par divers arrêtés.</p> + +<p>Les produits de l’administration des postes, jusqu’à +la concurrence de 10 millions, seront versés directement +à la caisse d’amortissement pour être employés aux opérations +dont cette caisse est chargée, et l’excédant au +trésor public.</p> + +<p>M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement +près les postes, place que MM. La Forêt et Gaudin +avaient remplie avant lui.</p> + +<p>L’uniforme des postillons et autres employés des relais, +se distingue par une broderie ou galons or et argent, +suivant les grades : la veste bleue, la culotte chamois et les +boutons blancs sont exigés pour tous.</p> + +<p>Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement +des rebuts, ainsi que du dépôt, au trésor public, +des objets de valeur<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite +et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous seront +brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde pour +les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste, n’excéderont +pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor royal, +ceux qui auront de la valeur.</p> +</div> +<p>Le produit des postes, en 1804, est évalué 10 +millions.</p> + +<p>Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance +d’un commissaire du gouvernement, prennent une forme +nouvelle par la suppression de cette place et la création +de celle de directeur-général, dont les attributions, +plus étendues, rappellent davantage l’ancienne organisation +du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette +importante direction est confiée.</p> + +<p>Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient +eu d’autre but que de maintenir un établissement tant +de fois compromis par des mesures inconsidérées. On +est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits, si +anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux +entreprises multipliées qui s’élèvent de toutes parts. +C’est encore d’après l’expérience qu’il est décidé, en +1805, que tout entrepreneur de voitures publiques et +de messageries, qui ne se servira pas des chevaux de la +<span id="p81" class="pagenum">-81-</span> poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à +chacune de ses voitures, vingt-cinq centimes au +maître du relais dont il n’emploiera pas les chevaux.</p> + +<p>Il paraît un réglement sur les relais.</p> + +<p>Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont +chargés du transport des malles, tant à l’aller qu’au +retour, sont déterminées par un décret.</p> + +<p>En 1806, il est établi une nouvelle progression pour +la taxe des lettres et paquets, calculée par tableaux qui +remplacent l’ancien tarif, intitulé Copie de Nomenclature +Matrice.</p> + +<p>Après les désordres introduits par suite des événemens +politiques, il n’est peut-être pas indifférent de faire +remarquer la décision ministérielle qui attribue, en +1807, la franchise aux mandemens que nosseigneurs +les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques +de leurs diocèses.</p> + +<p>Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles +aucun voyageur, s’il ne s’est conformé au décret qui +change le papier fabriqué spécialement pour les passeports.</p> + +<p>Les divers changemens survenus dans l’organisation +des postes nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent +lieu à la rédaction de la deuxième instruction générale +sur ce service<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> Après une nouvelle période de seize ans, une troisième instruction +deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à l’interprétation +des nombreuses circulaires qui ont modifié la deuxième. La +stabilité qui semble attachée aux mesures récemment adoptées dans +toutes les parties du système administratif des postes, ne laisserait plus +la moindre incertitude sur l’application de tant d’élémens épars.</p> +</div> +<p>La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires, +pour l’entreprise des messageries, est +autorisée, en 1809, à continuer d’exister jusqu’au 31 +décembre 1840. Cet établissement est spécialement +chargé du transport des fonds du gouvernement.</p> + +<p>Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante +francs, sont payés à vue aux militaires et autres +personnes attachées aux armées.</p> + +<p>Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs +versemens d’espèces dans les caisses des receveurs du +<span id="p82" class="pagenum">-82-</span> trésor, et la permission, en outre, de les faire en traites +à deux usances.</p> + +<p>L’affranchissement des lettres simples destinées aux +militaires de tous grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à +ce jour, à quinze centimes, est élevé, en 1810, +à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour +celles adressées aux sous-officiers et soldats.</p> + +<p>Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en +France sans la permission du directeur-général de la +librairie et de l’imprimerie.</p> + +<p>Le tarif subit de nouvelles modifications.</p> + +<p>La correspondance entre la France et la colonie de +Batavia, est établie régulièrement deux fois par mois.</p> + +<p>Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en +1811, et le brûlement des lettres est ordonné, tant +pour celles qui en proviennent, que pour celles qu’on y +expédie.</p> + +<p>Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée +avec restriction. Cette facilité dura peu, et toute communication +fut encore suspendue.</p> + +<p>L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les +postes. En 1813, on établit un service régulier de postes +françaises en Turquie.</p> + +<p>L’invasion du territoire français, par les puissances +alliées de l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des +correspondances avec les pays conquis, et provoque des +dispositions relatives à l’évacuation des bureaux de poste +à leur approche.</p> + +<p>M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède +à M. Lavalette dans la place de directeur-général des +postes.</p> + +<p>Il règne une grande confusion dans cette administration. +Les employés qui avaient été forcés de suspendre +leurs fonctions, sont prévenus de les reprendre.</p> + +<p>Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans, +par suite des événemens, sont expédiées pour leur destination. +Le service ne souffre pas d’interruption pendant +l’invasion de la France. Le baron de Saken, +gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des +puissances alliées, une protection spéciale aux relais et +aux bureaux de poste.</p> + +<p>Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité +légitime en France.</p> + +<p><span id="p83" class="pagenum">-83-</span> Les relations interrompues avec les diverses nations +reprennent peu à peu leur ancienne activité.</p> + +<p>M. de Bourienne, nommé directeur-général des +postes sous le gouvernement provisoire, est remplacé +par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est la première +nomination faite aux postes depuis le rétablissement +de la maison de Bourbon.</p> + +<p>M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux +inspecteurs des postes et relais.</p> + +<p>Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires, +n’a plus lieu.</p> + +<p>Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815, +la courte administration de M. le comte Ferrand. Une +catastrophe inouïe devait ramener M. Lavalette à la tête +des postes, en même tems que le trône de nos rois était +usurpé une seconde fois.</p> + +<p>Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion +dans les postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le +comte Beugnot, ministre-d’état, appelé à leur tête, +s’exprime ainsi :</p> + +<p><i>C’est dans son sein</i> (du souverain légitime) <i>qu’il faudrait +se réfugier quand la providence n’y aurait pas +placé le cœur d’un père</i>. Il parle ensuite de l’ancienne +sagesse, de la probité, et surtout de l’attachement au +roi qui a signalé de tout tems l’administration des +postes. <i>Cet établissement</i>, ajoute-t-il, <i>dont la France a +l’honneur d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe, +est tout royal. C’est à la protection spéciale de nos souverains +qu’il est redevable des développemens et de l’espèce +de perfection qu’il semble avoir obtenue</i>.</p> + +<p>Tels sont les principes rassurans que professent les +hommes d’état chargés de diriger une des branches les +plus importantes de l’administration publique sous le +règne doux et paternel des Bourbons.</p> + +<p>Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des +postes à Paris, les fonds provenant de leurs recettes : ce +mode est remplacé par celui des versemens de ces produits +aux caisses des receveurs particuliers du trésor.</p> + +<p>Sur la fin de 1815<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>, M. le marquis d’Herbouville, +<span id="p84" class="pagenum">-84-</span> pair de France, est élevé à la place de directeur-général +des postes. Il se montre pénétré de l’importance de l’administration +qu’il est appelé à diriger, en cherchant à +l’entourer d’une grande considération.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Octobre.</p> +</div> +<p>Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés +par deux invasions si rapprochées ; et son premier +soin est de régulariser toutes les mesures temporaires, +nécessitées par des circonstances si impérieuses.</p> + +<p>Il établit, en 1816, une division de comptabilité +centrale, chargée de décrire, d’une manière précise, la +situation de tous les agens de l’administration sur toutes +les parties du service, et de pouvoir la faire connaître +tous les jours, ainsi que celle de l’administration elle-même.</p> + +<p>C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien +de la caisse des pensions, qui avait éprouvé un déficit +considérable par suite des désordres passés. Il y parvient +au moyen d’une augmentation sur la retenue des appointemens, +qui, de 3 francs 50 centimes, devait être portée +temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore +perçue aujourd’hui.</p> + +<p>Si l’établissement de la caisse des pensions fut un +bienfait, cette mesure conservatrice inspirera une reconnaissance +égale à celle attachée à sa création.</p> + +<p>Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce +jour par les directeurs des postes, est exigé en numéraire.</p> + +<p>Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait +d’atteindre par la marche juste, ferme, et indépendante +qu’il suivait avec persévérance, ne devaient +pas avoir lieu sous son administration.</p> + +<p>M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> Novembre 1816.</p> +</div> +<p>Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent, +qui circulaient de bureau à bureau pour être remises +dans les mêmes espèces aux destinataires, sont expédiées +directement à Paris. Cette amélioration remédiait en +partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par +l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des +malfaiteurs. Ces paiemens sont effectuées avec les recettes +<span id="p85" class="pagenum">-85-</span> ordinaires du produit des postes, ou, en cas +d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention, +c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés +à toucher chez les receveurs du trésor.</p> + +<p>Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches +et des voyageurs de Calais à Douvres. Ils sont, comme +les anciens paquebots, pour le compte de l’administration +des postes, et sous la surveillance du directeur des +postes de Calais.</p> + +<p>Les administrateurs des postes sont supprimés. Un +conseil, auquel on attribue les mêmes pouvoirs, les remplace. +Il est composé de trois membres qui sont : +MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs +de divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de +supplément de traitement. Celui du directeur-général +est réduit à 60,000 fr.</p> + +<p>Les réglemens sur les franchises et contre-seings, +que de nombreuses circulaires avaient modifiés au point +d’en rendre l’usage nuisible aux produits des postes, +sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des basses +plus conformes à l’administration actuelle du royaume.</p> + +<p>Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement +800,000 fr., sont réunis aux postes. On supprime +les inspecteurs chargés de ce service, connus anciennement +sous la dénomination de visiteurs des relais, et les +inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces nouvelles +fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction, +est de trente<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a> ; ils ont chacun, à quelques +exceptions près, trois départemens dans leurs divisions.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes +par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à +toutes les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger, +apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés +entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour +exercer une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La +perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât +pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des inspecteurs, +devenue alors plus directe, serait par conséquent plus rapide, +et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à un rayon +dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court espace de +tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour ajourner indéfiniment +des déplacemens toujours utiles et souvent urgens. A la tournée +annuelle, à laquelle ils sont tenus, se joindraient les vérifications +extraordinaires propres à rectifier, à l’instant même, des erreurs qui +peuvent se reproduire quelquefois pendant tout le cours d’une année.</p> + +<p>L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque +à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France ; +mais les inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie +que tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque +désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen puissant +de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère de gravité +avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y apporter un +remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards ? Mais l’inspecteur, +sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se porter sur tous +les points où sa présence l’exige, pour constater la situation des +caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la tenue des écritures +et la régularité des opérations. Les instructions sont-elles mal interprétées, +il en éclaircit le sens, il décide les questions douteuses, +intervient dans les plaintes et les contestations du public, dont il +repousse ou accueille les réclamations ; justifie les employés que +l’on taxe d’exigeance lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent +injustes et toujours exagérées. Cette intervention donne +un caractère plus légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure +des intérêts froissés en apparence, et conserve à l’administration +et à ses agens la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur +ne borne pas là sa surveillance : il doit s’étudier à connaître les +améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité des +communications, les changemens, la suppression d’anciennes correspondances +que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou +l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce +ou les progrès de l’industrie locale ; soit enfin dans l’entretien et la +réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut mieux +que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus positifs +pour conserver avec avantage un moyen si puissant de prospérité.</p> + +<p>Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples formalités +d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de chevaux +qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il +s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités ; qu’il encourage +les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur soumette +des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux relais +ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et l’avantage du +maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation soutenue +suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable, que l’on remarque +sur certaines lignes, et qu’on est loin de retrouver sur tant de +points. L’inspecteur qui éclairerait constamment le maître de poste +sur ses propres intérêts, si intimement liés avec ceux du gouvernement, +en lui portant le fruit de ses lumières et en le guidant avec +prudence dans l’exploitation de cette branche si féconde d’industrie, +atteindrait ce but en peu d’années.</p> + +<p>Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient +encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation ; il réprime +les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses investigations. +Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce haut degré +d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance approfondie +des lieux et des choses propres à éclairer l’administration sur ses véritables +intérêts, sur la conduite de ses agens et sur les vœux de la +société.</p> + +<p>Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner +un surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever +successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de +certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de +confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni aux +avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle s’obtiendrait par +extinction.</p> + +<p>Dans toute amélioration, la première considération à observer, +c’est d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse, +des intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas +trop facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage +général.</p> + +<p>Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité +des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse +sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience. +Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni s’abandonner +à ses préventions. La justice est son guide. Le sort des employés est +dans ses mains. Pénétré de l’importance de fonctions aussi délicates, +on sent que l’expérience n’est pas la moindre qualité qu’on soit en +droit d’exiger de lui.</p> + +<p>Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en +partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services +serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que l’impérieuse +nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est encore consacrée +par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables attributions, +tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon système +administratif ; et si, par cas fortuit, une seule raison pouvait +être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient en leur +faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.</p> +</div> +<p><span id="p86" class="pagenum">-86-</span> Il est accordé à chaque directeur une remise de sept +huitièmes pour cent sur le deuxième net de sa recette, +et celle de demi pour cent sur les articles d’argent acquittés +avec les fonds de sa recette, ou par le moyen de +ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle +<span id="p87" class="pagenum">-87-</span> de deux et demi pour cent sur la recette des produits +des places des voyageurs dans les malles-postes.</p> + +<p>La nécessité d’améliorer le sort des employés des +postes a toujours été reconnue ; et les mesures temporaires +qu’on a prises à diverses époques semblent faire +espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on l’atteindra. +Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à +ce jour pour les directeurs<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des +produits, celle des localités, serviraient, entr’autres considérations, +à établir la progression convenable pour chaque direction. D’ailleurs, +n’aurait-on pas égard à la responsabilité à laquelle est soumis l’employé +des postes dans un travail de cette nature, et à l’assiduité +si constante qu’il exige et qui devient telle, qu’elle ne lui laisse +aucun jour, aucun moment même dans le jour dont il puisse +disposer. N’est-il pas, en outre, des obligations sociales auxquelles +assujettit naturellement une administration dont le rang élevé doit +être soutenu dignement. Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe +à l’égard des agens des postes la proportion établie pour ceux des +autres parties. Par exemple, le directeur d’un bureau placé dans +une ville dont la population est de 80,000 ames, et celui où elle +n’est que de 5000 habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr., +et le second 1200 fr., ont-ils un traitement comparativement égal +à celui des autres fonctionnaires. Une question de cette importance, +que nous ne faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner +lieu à d’utiles réflexions.</p> + +<p>Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses +améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore, l’administration +qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses nombreux +agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin leur traitement +éprouver une augmentation proportionnelle.</p> +</div> +<p><span id="p88" class="pagenum">-88-</span> Le service du transport des dépêches et des voyageurs +a lieu, en 1818, par le moyen de malles-postes d’une +construction élégante et commode. Cette mesure, tout +entière dans l’intérêt des maîtres de poste, très-coûteuse +dans son principe, est provoquée par la diminution +successive des voyageurs, qui préféraient aux malles +établies en 1791 les voitures publiques perfectionnées +de plus en plus.</p> + +<p>Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens +successifs opérés dans toutes les branches de l’administration +y apportent d’heureuses améliorations. Elles sont +tout à la fois dans l’intérêt du trésor, auquel elles offrent +plus de garantie ; et, dans celui des comptables, dont elles +tendent encore à accroître la sécurité.</p> + +<p>La poste aux lettres, par la nature de ses produits, +avait un système de comptabilité qui n’était nullement en +rapport avec celui des administrations financières. Les +directeurs n’arrêtaient leurs comptes mensuels et d’années, +qu’après la réception des dernières dépêches<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a> expédiées +par leurs correspondans pendant le cours de la même période +<span id="p89" class="pagenum">-89-</span> mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus +ordinairement que dans les premiers jours qui suivaient +le mois auquel elles se rapportaient. On avait tenté infructueusement +divers moyens pour remplacer ce mode +peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans +les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems +cherchée, y conduisit. Elle consista à substituer +tout simplement la date de réception des envois à celle +d’expédition. Alors l’irrégularité apparente, qu’on ne +considérait comme telle que parce qu’elle consistait dans +une exception (conséquence de l’exception que forment +elles-mêmes les postes à l’égard des autres administrations), +disparut. Mais l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux +dans son ensemble, puisqu’il avait lieu par le moyen +du contrôle réciproque des états tenus contradictoirement +dans chaque bureau, était également très-satisfaisant dans +ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant +la même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre +l’interprétation des écritures plus facile aux personnes +étrangères aux postes ou peu familiarisées avec leur pratique.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un +bureau pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir +que le 2.<sup>e</sup> jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause +de retard), et qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant +ce terme.</p> +</div> +<p>Il y a loin de cette théorie, que donne la science des +chiffres, à ces connaissances positives qui sont le fruit de +l’expérience, qui seule peut servir de guide au milieu des +nombreux détails d’une administration si compliquée<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent +spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte +à l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez multipliées +pour exiger une surveillance active et continue. La vérification +des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même +surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le +comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration supérieure +qui pourrait connaître la situation journalière de ses agens par les +contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux mensuels ne +l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.</p> + +<p>Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des +postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes +résultats.</p> +</div> +<p>On comptera parmi les mesures utiles introduites par +M. de Mezy, l’établissement des malles-postes à 4 places +<span id="p90" class="pagenum">-90-</span> (dont nous avons parlé plus haut), montées sur ressorts +et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux. C’est avec ces +malles que s’exécute le service des postes sur les principales +routes du royaume. Le public trouve à la fois les +moyens de voyager avec rapidité et sans fatigue dans +ces voitures de nouvelle construction, qui, sans avoir +aucun des inconvéniens des anciennes, réunissent des +avantages inappréciables.</p> + +<p>Des réglemens ont fixé l’organisation du service des +voyageurs dans les malles-postes.</p> + +<p>Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel +nous avons déjà eu recours pour le prix des baux des +postes, un des motifs qui ont amené ces heureux changemens +dans la forme des voitures en activité aujourd’hui.</p> + +<p><i>Frappé</i>, dit-il<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>, <i>des inconvéniens toujours renaissans +de la construction vicieuse des malles, en 1791, +l’administration des postes, dont M. de Mezy était directeur-général, +s’occupa avec lui, en 1818, du soin de +faire construire d’autres malles : une considération de la +plus haute importance les y engagea : c’était le désir de +remplir les intentions du Roi à cet égard</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> Auteur cité.</p> +</div> +<p><i>Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur +la route de Calais la malle du courrier, et la comparant +aux malles-postes d’Angleterre, elle fut frappée du +mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et +parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour +M. de Mezy, qui s’empressa de faire faire le dessin +d’un nouveau modèle de malle, et le présenta au Roi, +qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut +exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son +relais de Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté +en témoigna sa satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait +de meilleur goût que les malles anglaises, et surtout plus +commode pour les voyageurs. J’étais au nombre des +personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je +fus l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet.</i></p> + +<p>La retenue proportionnelle sur les appointemens des +employés des postes cesse d’avoir lieu.</p> + +<p>M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de +<span id="p91" class="pagenum">-91-</span> France, succède, en 1822<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>, à M. de Mezy, dans la +place de directeur-général des postes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> 1.<sup>er</sup> janvier.</p> +</div> +<p>Les attributions de cet emploi sont définies ainsi : Le +directeur-général dirige et surveille, sous les ordres du +ministre des finances, toutes les opérations relatives au +service. Il travaille, seul, avec le ministre des finances. +Il correspond, seul, avec les autorités militaires, administratives +et judiciaires.</p> + +<p>Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance. +Il signe, seul, les ordres généraux de service.</p> + +<p>Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa +Majesté, dont ont joui de toute ancienneté les conseillers +grands-maîtres des coureurs de France, les +contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans et +les intendans-généraux des postes, a été conservé aux +directeurs-généraux des postes.</p> + +<p>Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et +remplacées par celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent +MM. le marquis de Bouthillier, Gouin et le +vicomte de Rancogne.</p> + +<p>Le ministre des finances assigne à chacun le travail +qu’il doit diriger sous l’autorité et la surveillance du +directeur-général.</p> + +<p>Les agens supérieurs des finances sont spécialement +chargés de vérifier la comptabilité et la caisse des directeurs +des postes.</p> + +<p>L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux +de poste, qui, après avoir eu lieu de bureau à bureau, +avait été restreint à Paris seulement, cesse également +d’avoir ce cours ; les directeurs restent chargés de cette +recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des +produits accrus par cette mesure continue à être versé +dans les caisses des receveurs particuliers des finances.</p> + +<p>Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux +Anglais résidant en France, d’expédier leurs lettres par +l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. Nous avons déjà +remarqué combien un abus de cette nature avait nui aux +recettes des postes.</p> + +<p>Une convention est conclue, par la médiation de +M. le duc de Doudeauville, entre les maîtres de poste +<span id="p92" class="pagenum">-92-</span> et les entrepreneurs des messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, +à Paris<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. Elle a pour objet de rendre ces +derniers exempts du droit de 25 centimes envers les +premiers, à la condition d’employer les chevaux de la +poste à la conduite de leurs voitures.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des +avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On +a dû chercher à compenser la privation des priviléges qui leur +avaient été accordés originairement, et qui leur ont été retirés +en 1790. Les exemples passés, et celui plus récent de la perte +de trois cents chevaux occasionnée par le poids des voitures établies +en 1791 ; l’état des routes ; les ressources présumées des +maîtres de poste pour conduire avec un égal succès les nouvelles +malles et les messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur +que par leur surcharge ; la réduction (au moins d’un tiers) des +recettes sur les voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout +au désavantage de l’administration, causée par l’infériorité des prix +des messageries ; tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une +expérience de plus de trois siècles, pour assurer à ce nouveau +mode d’organisation la stabilité qui réalisera les espérances tant +de fois déçues des maîtres de poste.</p> + +<p>En établissant les malles-postes sur les principales routes du +royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute, +d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin +des relais le commande si impérieusement.</p> + +<p>Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour +les maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés +à leur véritable destination, pour le public qui verrait plus +de sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens +de l’administration ; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces +services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail +qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage, +aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient +dès l’instant que l’administration userait de son privilége exclusif, +et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent sur quelle +branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée par l’effet +de cette mesure aussi politique que morale.</p> +</div> +<p>La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de +l’Espagne, exige de nouveau que le paiement à vue des +reconnaissances adressées aux militaires de terre et de +mer soit rétabli.</p> + +<p>Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur +l’organisation des postes d’armée, dont le service ne +pouvait être assujetti aux mêmes mesures que celui des +postes civiles. De tout tems, dans des circonstances semblables, +elles subirent diverses modifications ; mais elles +<span id="p93" class="pagenum">-93-</span> furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration +générale.</p> + +<p>Leur composition est réglée d’après les bases suivantes : +Un agent supérieur, sous le titre de commissaire<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>, +est chargé de les diriger. Il réside au grand quartier-général, +travaille ou correspond seul avec l’intendant-général, +pour tout ce qui concerne le service des postes +militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, +des contrôleurs, des employés et sous-employés : +on comprend sous cette dénomination les courriers et +les postillons.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> M. le marquis de Regnon.</p> +</div> +<p>Il était facile de prévoir les dépenses<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a> que devait +occasionner la création d’un service de cette importance +dans un pays où les libérateurs faisaient eux-mêmes les +frais de leurs victoires ; elles se sont élevées à 2,422,167 fr. +Les estafettes journalières ont beaucoup contribué à l’augmentation +de ces frais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne +a coûté 300,000 francs.</p> +</div> +<p>En 1824, ce service a subi des modifications qui ont +été reglées par les conventions faites, au nom des deux +puissances, par le marquis de Talaru, ambassadeur de +France, et le comte Ofalia, premier secrétaire-d’état, +surintendant-général des courriers et postes d’Espagne +et des Indes.</p> + +<p>On y remarque, entr’autres articles, que toutes les +lettres de service de l’armée française, qui seront contresignées, +seront reçues aux bureaux ordinaires de +poste, et remises franches de port ;</p> + +<p>Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires +paieront les chevaux et autres rétributions de poste sur +le même pied que les courriers espagnols : ils seront, +ainsi que les convois militaires, transports de vivres, +équipemens et munitions, exempts des droits de chaîne +établis pour l’entretien des routes ;</p> + +<p>Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, +le gouvernement espagnol fera placer des +postes qui seront disposées de manière à pourvoir au +service des escortes, pour les convois, expéditions d’effets +<span id="p94" class="pagenum">-94-</span> ou approvisionnemens, officiers en mission et courriers +de l’armée française ;</p> + +<p>Que les employés des postes de l’armée française +seront chargés de l’expédition et de la réception de la +correspondance française ; le transport des dépêches +closes sera exécuté par les courriers ordinaires du service +espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point +de malle française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement +pour constater la remise qui sera faite des +dépêches, tant pour le départ que pour l’arrivée, entre +les deux offices français et espagnol ;</p> + +<p>Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens +où il n’y aurait pas d’employés de la poste française, la +correspondance pour le service arrivera contresignée, +et elle sera remise, franche de port, par le directeur +de la poste civile.</p> + +<p>Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement +réduite, le service des postes françaises en +Espagne a été supprimé. Le transport des dépêches a +lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les payeurs +de l’armée française sont chargés de les expédier et de +les recevoir.</p> + +<p>M. le comte de Kerespert est nommé administrateur +des lignes télégraphiques.</p> + +<p>Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux +était devenue indispensable, tant pour éclairer les +maîtres de poste sur leurs obligations, que les voyageurs +sur leurs droits. Les nombreuses modifications +apportées par les circulaires en rendaient l’interprétation +sujette à des contestations sans cesse renaissantes +et auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous +ces élémens rassemblés dans un nouvel ordre ne laisseront +plus d’incertitude sur l’application des mesures +réglementaires relatives à la poste aux chevaux.</p> + +<p>On voit combien les heureuses réformes introduites +par M. le marquis d’Herbouville, continuées avec le +même succès par M. de Mezy, ont reçu de développemens +par les soins de M. le duc de Doudeauville<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>, +<span id="p95" class="pagenum">-95-</span> sous la direction duquel l’organisation des Postes a +atteint un grand degré de perfection.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé, +dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et l’expérience +de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, administrateurs +des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à en +assurer le succès.</p> +</div> +<p>Tout prouve que l’administration de M. le marquis +de Vaulchier<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>, appelé à succéder à M. le duc de +Doudeauville, nommé ministre de la maison du Roi, +dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera +pas moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> 18 août 1824.</p> +</div> +<p>M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même +époque, M. de Bouthillier, nommé directeur général +des eaux-forêts.</p> + +<p>On a pu juger, au milieu des variations que les +Postes ont subies depuis leur création, que les bases +sur lesquelles elles reposent n’ont pu être renversées.</p> + +<p>D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient +établis de quatre lieues en quatre lieues sur les grands +chemins, où on entretenait des chevaux propres à +courir le galop pendant leur traite ; chaque relais était +dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire +les courriers porteurs des dépêches et munis d’un +ordre du grand-maître, ainsi que les voyageurs ayant +des passeports : tous les courriers devaient suivre les +routes où les relais étaient montés, afin de faire constater +leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets +qui leur étaient confiés.</p> + +<p>Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible +de ne pas reconnaître l’organisation actuelle des postes. +Les maîtres ont conservé leur dénomination primitive, +les relais leurs distances, les courriers la même responsabilité +constatée par le port d’aujourd’hui<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le +nombre des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur +les divers points de la route qu’il doit parcourir.</p> +</div> +<p>Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de +cette institution toute politique ? Il ne fallait qu’établir +les relais suivant les localités, et multiplier le +nombre des bureaux de poste à mesure que les relations +augmentaient. Les progrès furent si rapides, +<span id="p96" class="pagenum">-96-</span> qu’en moins de deux siècles on comptait plus de mille +relais occupés par des maîtres de Poste, qui entretenaient +des chevaux pour le service public des dépêches +et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures ; neuf +cents bureaux, où le travail des lettres dirigées avec +ordre sur tous les points de la France se faisait, sous +la surveillance d’inspecteurs, par des directeurs, des +contrôleurs, des commis, des facteurs et des distributeurs. +Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes +géographiques indiquaient la position des bureaux sur +lesquels les lettres devaient être acheminées ; que des +tarifs en fixaient la taxe, et que la marche des courriers +n’éprouvait aucun retard, même dans la saison la plus +rigoureuse de l’année.</p> + +<p>Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui ? Une +augmentation dans les relais, qu’on peut porter à 1463 ; +dans le nombre des bureaux de poste<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>, qui est +de 1371, non compris les distributions ; un accroissement +dans les produits ; une activité aussi merveilleuse +dans le travail, mais facilitée par des moyens +plus perfectionnés. Quelques variations dans les dénominations +attachées aux emplois supérieurs, auxquels +les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles +une création ? Ces légères modifications ne peuvent +en avoir le caractère. Mais tout ce qui tient à +l’organisation des Postes se reproduit ici comme il y +a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs +conseils sont remplacés par les directeurs généraux et +les administrateurs ; les inspecteurs remplissent les +mêmes fonctions ; les directeurs chargés des mêmes opérations, +ont la même responsabilité ; les contrôleurs +exercent encore la même surveillance sur ce travail +auquel les commis participent comme par le passé ; les +facteurs, les distributeurs portent et remettent les missives +de la même manière ; les courriers employés au +transport des dépêches sont toujours responsables de +celles qu’ils reçoivent ; les maîtres de Poste fournissent +exclusivement des chevaux au terme des réglemens ; et +<span id="p97" class="pagenum">-97-</span> les postillons conduisent, comme dans l’origine, les +voitures, ou accompagnent les voyageurs qui courent +à cheval.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> Il était de 1541 ; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs +années.</p> +</div> +<p>Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre +Paris et les provinces, peut donner une idée du travail +et des opérations des Postes.</p> + +<p>Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement +par la Poste, est de 60 millions ; celles expédiées +en franchise peuvent être portées à pareil nombre ; +ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou +paquets transportés par la Poste.</p> + +<p>La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement, +quatre millions et demi environ<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, à peu près +le sixième des produits que rendent les Postes. Le maximum +des recettes a lieu en janvier, et le minimum, +en septembre. On jette tous les jours dans les boîtes +de la capitale 25 ou 30 mille lettres, dont 8 ou 10 +mille pour la petite-poste, et 35 mille feuilles périodiques +ou prospectus. On met en rebut, chaque année, +près de 144,000 paquets pour Paris seulement.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a></p> + +<ul><li>1815, 3,802,343.</li> +<li>1816, 4,179,507.</li> +<li>1817, 4,269,074.</li> +<li>1818, 4,376,267.</li> +<li>1819, 4,375,300.</li> +<li>1820, 4,353,025.</li></ul></div> +<p>Les registres, états et autres imprimés<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a> destinés +spécialement aux opérations, soit journalières, soit +mensuelles, sont multipliés à l’infini. Les réglemens, +les circulaires, les ordonnances, modifiés sans cesse +par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux ; +et, malgré tous ces détails, le travail doit être +d’une célérité extrême et d’une exactitude rigoureuse +dans les calculs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives +aux Postes, s’élèvent à plus de 1200.</p> +</div> +<p>Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de +l’ordre, du soin, de la scrupuleuse attention des agens +des Postes à classer, taxer et diriger ces innombrables +missives, afin de leur faire suivre la seule direction +convenable pour éviter le moindre retard dans la réception ; +de l’intelligence nécessaire pour interpréter +<span id="p98" class="pagenum">-98-</span> le code si étendu qui leur sert de guide dans ces opérations +aussi délicates que rapides. Nous ne parlerons +point des états et des pièces qui servent à établir une +comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la +science des chiffres si familière. Il y a dans tout cela +plus qu’une simple manipulation de lettres, et moins +que de la routine.</p> + +<p>L’accroissement du produit des Postes a été prompt +dans l’espace d’un siècle ; mais on n’y remarque plus +d’amélioration dans les époques suivantes. La comparaison +des trois périodes des Postes, qui embrassent le +tems où elles sont devenues profitables aux revenus du +Roi, fera naître les réflexions de l’observateur.</p> + +<table> +<tr><td class="drap">En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la première +fois</td> +<td class="bot r"><div>1,200,000</div></td> <td>fr.</td></tr> +<tr><td class="drap">En 1788,</td> +<td class="bot r"><div>12,000,000</div></td> <td> </td></tr> +<tr><td class="drap">En 1825, <i>régies pour le compte du Roi</i></td> +<td class="bot r"><div>12,690,000</div></td> <td><a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>.</td></tr> +</table> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000 fr., +et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La +dépense est de 12,660,000 fr. ; la taxe fictive des paquets qui circulent +en franchise, peut être portée à 18,000,000.</p> +</div> +<p>La progression de la première à la deuxième offre +une amélioration sensible, et dans l’organisation et dans +les produits ; mais aucune différence notable ne paraît +exister de la deuxième à la troisième, malgré les innovations +qu’on a introduites dans les Postes, la surveillance +qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent, +le système de comptabilité opposé à la gestion +des fermiers-généraux, enfin, l’augmentation du port +des lettres qu’on peut évaluer à moitié.</p> + +<p>Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait +peut-être dans les moyens de correspondre qui +n’ont pas multiplié les relations en les rendant plus +fréquentes ; dans les frais pour faire parvenir les lettres +sur les points les plus reculés du royaume, soit trois +fois la semaine, soit même tous les jours, et avec une +accélération telle, qu’elles mettent à peine 40 heures +pour parcourir une distance de 100 lieues et être remises +aux destinataires ; dans la facilité de voyager plus +promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart +des négocians et des fabricans à expédier des commis +<span id="p99" class="pagenum">-99-</span> qui entretiennent ainsi les liaisons ou en forment de +nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement +d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on +mettait autrefois dix jours, il ne faut plus aujourd’hui +que soixante-dix heures. Il en est de même des distances +qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et qui +le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme +on le voit, économie de tems et de dépense, et par +conséquent, diminution de correspondance. Ne doit-on +pas aussi conclure de là que le transport frauduleux +des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par +la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.</p> + +<p>Mais la principale raison, n’en doutons nullement, +est dans l’état actuel de la société dont les postes ont +étendu successivement les relations, satisfait les besoins, +multiplié les ressorts, et établi, par un concours +réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa +conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les +avantages qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion +de la perfection vers laquelle tendait cet établissement. +Il y semble parvenu, et on ne doit pas +raisonnablement espérer de voir les produits des postes +subir d’augmentation notable.</p> + +<p>Ce qui appartient essentiellement à notre époque, +c’est l’ordre introduit dans les recettes et les dépenses +par des hommes habiles qui ont perfectionné les nouveaux +systèmes de comptabilité ; c’est cet ensemble de +tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et ramenées, +avec un art surprenant, au point central d’où +tout émane ; ce sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles +repose une administration tellement importante +que rien ne peut en entraver la marche rapide et régulière, +ni en suspendre, sans danger pour la société, +le mouvement continu.</p> + +<p>Cette institution, n’en doutons point, reprendra +toute son influence primitive sous un Roi qui, à l’exemple +de ses prédécesseurs, est si digne de la faire fleurir +dans l’intérêt de la morale publique ; et les postes, enfin, +seront moins considérées par leurs produits que par +leurs rapports politiques et sociaux.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span id="p100" class="pagenum">-100-</span></p> + +<h2 class="nobreak">TROISIÈME PARTIE.<br> +DES POSTES CHEZ TOUS LES PEUPLES.</h2> + + +<p>Nous avons vu de quelle manière les postes, après +avoir été établies en Orient, se sont répandues chez +quelques nations de l’Occident, et plus particulièrement +en France. Nous désirerions compléter notre travail en +suivant leur histoire chez tous les peuples du monde. +Mais, si elle se réduit pour le plus grand nombre à +quelques notions générales, du moins est-elle susceptible +d’offrir plus d’intérêt en Europe, où les Français +ont été les premiers à introduire ce moyen rapide de +correspondre avec régularité. A la gloire d’avoir été les +créateurs de cette institution chez les modernes, se +joint, pour eux, celle de l’avoir portée à un point de +perfection auquel leurs imitateurs ont vainement cherché +à arriver jusqu’à ce jour.</p> + + +<h3>ALLEMAGNE.</h3> + +<p>Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des +postes en France, que l’Allemagne suivit, la première, +cette heureuse impulsion, qui devait se communiquer +insensiblement à toute l’Europe.</p> + +<p>Le comte François de Taxis les établit vers la fin du +règne de Maximilien I.<sup>er</sup>, et en eut la direction générale, +après avoir été autorisé à faire les avances qu’exigeait +une institution de cette importance. L’empereur, +qui avait toujours de grands intérêts à ménager avec son +petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas, +voulut que les premières postes fussent mises en activité, +de Bruxelles à Vienne, avec l’agrément des états dont +cette route traversait le territoire.</p> + +<p>Cet établissement reçut de grandes améliorations sous +le règne de Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste +<span id="p101" class="pagenum">-101-</span> de Taxis ; et Philippe II prolongea un embranchement +de sa poste d’Italie, pour joindre celle des +Pays-Bas à Augsbourg.</p> + +<p>L’empereur Mathias, en récompense des services +importans que ne cessaient de lui rendre les princes +de la maison de Taxis, dans la conduite de cette entreprise +déjà si répandue, érigea la surintendance générale +des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de +Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme +les successeurs de Charles-Quint possédaient l’Allemagne, +l’Espagne, les Pays-Bas et une partie de l’Italie, +le titre de grand-maître des postes de tous ces états y +fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la +dénomination de postes espagnoles.</p> + +<p>Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche +ont restreint les priviléges accordés aux princes de la +maison de Taxis. Ils n’ont conservé que la direction +des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et de +quelques autres parties de l’empire<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>. C’est là aussi +qu’on remarque la régularité et la célérité qui contribuent +à donner à ce service une supériorité que les +princes de Taxis tiennent sans doute à honneur de +transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de +leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent +cette institution.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés +autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel elles +s’élevaient à un million de rixdalers ; selon d’autres, à un million de +florins.</p> +</div> +<p>M. le comte de Nadardy, président de la Chambre +aulique, est directeur-général des postes et des messageries +impériales et royales.</p> + +<p>L’administration des postes de chaque province est +confiée à un directeur principal, dont dépendent des +directeurs particuliers. Le directeur des postes à Vienne, +par exemple, est administrateur des bureaux de toute +la province de la Basse-Autriche.</p> + +<p>M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan +de l’empereur, intendant-général des postes étrangères, +est chargé, conjointement avec M. le prince de Metternich, +de tout ce qui est relatif aux offices étrangers.</p> + +<p><span id="p102" class="pagenum">-102-</span> Le transport des dépêches se fait, généralement, dans +les provinces, par des charrettes<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a> ou carrioles légères, +découvertes, à quatre roues, attelées d’un cheval ; +et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on est forcé +d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant, +on ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture, +le postillon assis dans le fond.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces +voitures offrent plus de commodité et de perfection.</p> +</div> +<p>Les postillons, distingués autrefois par une petite +trompe brodée sur leur habit de drap jaune, en portaient +une autre en argent qui servait à annoncer leur +départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des +villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson +sur lequel était gravé le nom du lieu d’où ils étaient +expédiés. Ces postillons conservent encore ces divers +attributs.</p> + +<p>De semblables distinctions varient suivant les états. +En France, par exemple, les postillons se servent, +comme dans l’antiquité, seulement d’un fouet, dont le +bruit, habilement modifié, suffit pour faire connaître +l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur +passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard, +ou d’éviter tout accident.</p> + +<p>Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité. +Il arrive souvent de faire sept milles avant de trouver +un relais ; ce qui a lieu entre Wismar et Rostock.</p> + +<p>Quant aux routes<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>, il y a peu d’années encore +qu’on se plaignait de leur état d’abandon. On trouvait +aussi que les postillons<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> s’occupaient plus de soigner +leurs chevaux<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a> que de contenter les voyageurs. Il +existait un impôt sous le nom de shimrr<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>, qui consistait +<span id="p103" class="pagenum">-103-</span> à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à +cet effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer +de chevaux en cherchant à se soustraire à ce tribut +onéreux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur +ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême. +Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux préparatoires +pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> Ils portent le nom de phwager, c’est-à-dire beau-frère, dénomination +dont on ignore l’origine.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Les chevaux d’Allemagne sont forts et bons pour le trait ; mais +ils le cèdent en légèreté et en vitesse à ceux d’Angleterre. La Bavière, +la Franconie, la Poméranie et le Mecklembourg, sont les provinces +où l’on nourrit les meilleurs chevaux.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> Graisse.</p> +</div> +<p>S’il en est ainsi, c’est à juste titre qu’on a prétendu +que la police, à l’égard des maîtres de poste, n’était pas +très-sévère en Allemagne<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. On sait qu’en France il +en est autrement.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> Dans le pays de Brunswick on trouve affiché, à chaque bureau +de poste, les noms des commissaires désignés par le prince pour terminer +les différends entre les voyageurs et les maîtres de poste.</p> +</div> +<p>Ou y trouverait aussi très-gênante l’obligation de ne +se servir que de la poste une fois qu’on a commencé à +prendre cette voie, ou de ne pouvoir, dans le cas contraire, +employer les chevaux de louage qu’avec l’autorisation +des maîtres de poste, qui, sans doute, ne l’accordent +que difficilement.</p> + +<p>Dans l’Empire (nom qu’on donne aux provinces méridionales) +le prix des postes est d’un florin trente +kreutzers par cheval et par mille<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>. Mais ce prix varie +considérablement suivant les lieux, soit à cause de la +diversité des états, soit aussi en raison de la cherté +des fourrages. A Lubeck, on ne trouve point de chevaux +de poste.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> En Hesse, 10 gros par mille ; en Saxe, 10 ; 12 dans le pays +de Brunswick et le Hanovre, et 8 dans le duché de Mecklembourg. En +1789, il en coûtait un florin par poste simple, excepté dans les +états héréditaires où ce prix était réduit à trois quarts de florin.</p> +</div> +<p>Si l’on est exposé à perdre beaucoup de tems par +le péage des barrières établies sur les routes d’Allemagne +et du Tyrol, on peut facilement aussi éviter ces retards +en payant d’avance aux postillons tous les droits +auxquels on est assujetti, et qu’ils se chargent d’acquitter.</p> + +<p>Le service de la poste aux lettres se fait avec assez +de régularité en Allemagne. On y a apporté dernièrement +quelques changemens, soit dans le travail des +lettres, soit dans la marche des courriers qui parcourent +actuellement une poste en une heure et demie.</p> + +<p>Le port des lettres est réglé par des tarifs<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a> établis +<span id="p104" class="pagenum">-104-</span> sur des bases moins fortes que celles adoptées par les +autres nations de l’Europe, et calculé sur la population, +les relations commerciales de l’intérieur et de l’extérieur, +et sur le cours de l’argent.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> En Bavière, dans le duché de Bade et les postes féodales, la +lettre cesse d’être simple dès qu’elle pèse 7 grammes et demi.</p> +</div> +<p>A Vienne, l’établissement de la petite-poste a commencé +en 1772. Il est dû à M. Schotten, qui suivit +l’exemple donné en France, douze ans auparavant, +par M. Chamousset. Le port de la lettre est d’un kreutzer, +et de 3, 5, 17 kreutzers et plus, au-delà des lignes, +en proportion de la distance à parcourir. Cette superbe +capitale compte plus de 3,000 carrosses de personnes de +marque, 500 fiacres et au moins 80 chaises à porteurs. +Le nombre des voitures publiques y est très-considérable. +Il y a même des points sur lesquels il en est expédié 15 +ou 20 par jour.</p> + +<p>On trouve à Hambourg des bureaux de poste pour +divers états ; tels que l’Empire, le Hanovre, le duché +de Brunswick, la Suède, le Dannemarck, le Mecklembourg-Schwerin, +la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis, +etc. La petite-poste a son bureau particulier et +ses messagers qui parcourent les rues six fois par jour, +en annonçant leur présence par une sonnette.</p> + +<p>L’usage des télégraphes, dont les premières expériences +remontent à 1799, est peu répandu. Ces machines +sont loin d’être aussi perfectionnées qu’en France : +elles ne sont employées que pour des avis maritimes, +sur quelques points seulement.</p> + +<p>Les grands fleuves qui arrosent l’Allemagne, facilitent +beaucoup les voyages par eau. Il y a sur plusieurs +de ces fleuves un marktscheff ou coche d’eau, qui va +à tems réglé d’un lieu à un autre. L’introduction des +bateaux à vapeur rendra cette navigation et plus régulière +et plus commode. Le premier a été lancé en Bavière<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>, +près de Frédéricshafen, sur le lac de Constance. +Il y en a eu trois de construits dans les duchés de +Bade et Wurtemberg<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> Le Max-Joseph.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Le Guillaume entr’autres. Les rouages de ces bâtimens, destinés +à un service continuel, ont été confectionnés à Liverpool.</p> +</div> +<p>On voyage sans danger sur les routes généralement +étroites, qui coupent ces divers duchés, par l’adresse +<span id="p105" class="pagenum">-105-</span> des cochers allemands. On ne peut aussi éprouver d’incertitude +sur les lieux où l’on se rend, puisqu’à tous +les carrefours des routes un poteau indique, non seulement +le nom du canton ou du district, mais encore la +direction des chemins et la distance de chaque point +aux villes de quelque importance. Cet usage a lieu dans +plusieurs autres parties de l’Allemagne, où l’on a établi +des colonnes milliaires qui marquent, avec la même +précision, les distances entre chaque endroit.</p> + +<p>L’art de dresser toute espèce d’animaux n’offre plus +rien de surprenant depuis qu’on voit, à Munich, deux +énormes loups traîner une calèche. Ils appartiennent à +un ancien négociant russe qui les a trouvés très-petits +dans un bois près de Wilna, et qui a si bien réussi à +les apprivoiser, que loin d’avoir conservé quelque +chose de leur instinct féroce, ils ont toute la docilité +du cheval le mieux dompté. La police exige seulement +qu’il soient muselés, afin de prévenir tout accident ; +car, quoique cette calèche traverse la ville habituellement +trois fois par jour, la foule n’en montre pas moins +d’empressement à considérer ce singulier spectacle.</p> + +<p>Par arrangement conclu dès 1819, entre le roi de +Wurtemberg et le prince de la Tour et Taxis, les postes +de ce royaume ont été conférées de nouveau, à ce dernier, +comme fief héréditaire et masculin de la couronne. +Ce prince, en sa qualité de grand-maître des +postes de l’empire, s’est fait représenter dans leur direction +pas M. le baron Wrintz Barberick, conseiller +privé, directeur-général des postes.</p> + +<p>Si cet exemple avait des imitateurs parmi les divers +princes de l’Allemagne, il est à croire que les postes de +l’empire, sous les descendans de celui qui les a instituées +dans le nord de l’Europe, parviendraient à un +plus haut point de prospérité.</p> + +<p>La Hongrie manque non-seulement de routes bien +entretenues, mais aussi de canaux pour multiplier les +communications par le moyen des rivières. Les chariots +de poste dont on se sert sont très-mauvais, découverts, +sans ressorts et construits de la manière la +plus grossière. Quant aux chevaux, ils sont très-estimés, +surtout ceux élevés par les Arméniens.</p> + +<p>Les postes, dont plusieurs appartiennent au prince +<span id="p106" class="pagenum">-106-</span> Estherhazy, font partie des revenus de ce royaume ; +et, quoiqu’elles soient assez bien entretenues, les voyageurs, +munis d’un ordre du gouvernement, ne peuvent +manquer ni de chevaux, ni d’aucun moyen de transport, +que tout paysan est tenu de leur procurer.</p> + +<p>Les loups qui habitent les forêts qui couvrent une +partie de la Hongrie, rendent les voyages quelquefois +dangereux. Il n’est pas sans exemple que des courriers, +dont plusieurs font le service à cheval, aient été dévorés +par ces animaux. Ils y sont tellement multipliés, +qu’en 1803 ils détruisirent plus de 1500 têtes de bétail +dans une seule province<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Les mêmes ravages ont eu lieu en Livonie, en 1823. D’après +le rapport de la régence, 1841 chevaux, 1243 poulains, 1807 bêtes +à cornes, 733 veaux, 15182 moutons, 726 agneaux, 3545 chèvres, +183 chevreaux, 4190 cochons, 701 chiens, etc., ont été dévorés. — Le +gouvernement prend des mesures efficaces pour mettre fin à ces +ravages.</p> +</div> +<p>On serait porté à croire que dans les divers états dépendans +de l’empire, les maîtres de poste sont tous +d’anciens militaires auxquels ces places offrent d’honorables +retraites. Leur costume paraîtrait confirmer cette +assertion : il consiste en un dolman bleu clair, bordé +de fourrures et orné de boutons et de galons de soie ; +un pantalon bleu galonné de la même manière, et des +demi-bottes. Ils portent tous de longues moustaches.</p> + +<p>Parmi les édifices destinés aux postes, dans les états +dépendans de l’empire d’Allemagne, celui de Prague +est très-remarquable.</p> + +<p>On est forcé d’affranchir les lettres pour tous ces états, +le duché de Bade excepté.</p> + + +<h3>PRUSSE.</h3> + +<p>Le service des postes se fait régulièrement en Prusse. +Il ne diffère pas sensiblement de celui employé dans les +autres états du nord. Le directeur-général actuel est +M. le baron de Nagler.</p> + +<p>Le tarif n’est pas dans la proportion de celui de +France : la lettre est considérée comme simple au-dessous +de quinze grammes ou un loth.</p> + +<p>Le directeur-général des postes a fixé la taxe des +<span id="p107" class="pagenum">-107-</span> ports de lettres pour les papiers d’état ayant cours, de +manière que, d’après le 37.<sup>e</sup> article du réglement du 18 +décembre 1824, on paie, suivant le cours du jour en +Prusse, pour les papiers monnaie de l’étranger et de tous +les papiers d’état ayant cours, non un quart, mais un +sixième du port fixé pour l’argent par le 32.<sup>e</sup> article dudit +réglement. Quant aux papiers ayant cours, ils pourront +être envoyés par la poste à cheval, en lettres recommandées, +moyennant le port fixé par les articles 7 et 20 +du réglement, sous la condition que le contenu des lettres +sera déclaré exactement ; mais sans que la poste le garantisse +en aucune manière.</p> + +<p>Berlin est la seule capitale de l’Allemagne où il soit +question de poste royale ou double.</p> + +<p>Quant aux routes de ce royaume, elles sont moins bien +entretenues que dans les autres parties du continent. +Il faut croire que la nature humide du sol contribue +seule à leur donner si peu de consistance, ou que le +gouvernement n’a pas encore porté son attention sur +cette branche administrative qui devient l’objet des soins +de presque tous les potentats de l’Europe. Les relais ne +sont établis ni à des distances rapprochées, ni même à +des espaces égaux. Il n’est pas étonnant aussi que, vu +l’état des routes et les haltes fréquentes des postillons pour +reposer leurs chevaux et leur donner de l’eau, on ne +voyage pas avec célérité. Il y a tel relais, par exemple +de Berlin à Rhemsberg<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, pour lequel 24 heures suffisent +à peine. Dans les chemins ordinaires le postillon ne +devrait mettre tout au plus qu’une heure et quart par +mille. On paie par cheval et par mille 10 gros.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> Dix milles.</p> +</div> +<p>Les malles des voyageurs qui arrivent aux frontières +de la Prusse, par la poste ou avec leurs chevaux, doivent +être plombées par les commis de la douane, à moins +qu’on ne veuille souffrir qu’elles soient ouvertes et visitées ; +ce qui est constaté par un certificat.</p> + +<p>Les voitures construites en Prusse se sont répandues +par toute l’Europe. On sait que celles appelées berlines +ont été inventées par un architecte de ce royaume.</p> + +<p>L’Affranchissement des lettres est forcé pour la +Prusse.</p> + +<p><span id="p108" class="pagenum">-108-</span></p> + +<h3>RUSSIE.</h3> + +<p>Anciennement en Russie, au lieu de se servir de +chevaux pour les voitures, on y attelait des cerfs. +L’usage des traîneaux était plus répandu pour courir la +poste. Ces animaux les tiraient avec une telle rapidité, +qu’ils faisaient plus de quatre milles par heure.</p> + +<p>On a regardé pendant long-tems dans ce pays, comme +un crime capital<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, de prendre la voie des voitures +publiques, sans en avoir obtenu l’autorisation.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> En France, on punissait de mort celui qui se servait des chevaux +de poste sans un ordre du grand-maître des postes.</p> +</div> +<p>Dans la Finlande et dans la Laponie on employait les +cerfs avec beaucoup de succès. Un seigneur allemand, +du tems de Charles-Quint, en avait dressé un qui surpassait +les chevaux les plus légers en vîtesse. Il le montait +lui-même, et en fit l’expérience dans plusieurs +courses publiques.</p> + +<p>Au reste, ces exemples nous paraîtront d’autant moins +étonnans, que nous avons eu beaucoup d’occasions de +remarquer en France l’instinct, l’adresse, l’agilité et +la docilité de cet animal. Mais il est très-douteux que +dans les lieux mêmes où les cerfs sont les plus communs, +on les assujettisse à un service régulier comme celui des +postes.</p> + +<p>Les rennes et les chiens sont également dressés, +dans ces contrées glaciales, à tirer les traîneaux destinés +aux voyageurs et au transport des dépêches. Il serait difficile +de donner une juste idée de la rapidité avec laquelle +ils les conduisent.</p> + +<p>La poste aux lettres est administrée par un directeur-général +ou grand-maître<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>. Le prince Alexandre Galitzin, +ministre des cultes étrangers et de l’instruction +publique, est le directeur-général actuel des postes de +l’empire Russe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> En Livonie, les postes sont sous la direction du corps de la +noblesse, et on trouve à chaque relais un commis des postes qui a +sous lui un autre employé.</p> +</div> +<p>Il y a beaucoup d’exactitude dans le service de la correspondance ; +mais le port des lettres est très-élevé, +quoique la lettre, d’après le tarif, ne soit considérée +<span id="p109" class="pagenum">-109-</span> comme simple que jusqu’à 15 grammes ou un loth. Ce +prix a même augmenté, depuis quelques années, pour +subvenir aux frais de la construction d’un nouvel hôtel +des postes et d’un autre destiné au grand-maître. Ces +édifices, très-remarquables, sont terminés, et la taxe +n’a pas encore éprouvé de diminution. Il est à remarquer +néanmoins que les postes ne produisent de profit que +dans quelques provinces où leur entretien ne coûte rien +à la couronne.</p> + +<p>Nous pensons que l’obligation de jeter les lettres à la +boîte au moins seize heures avant le départ du courrier, +est toute au désavantage du public. Ce délai annoncerait +que le travail des lettres ne serait pas aussi perfectionné +qu’en France, où l’administration se réserve à +peine une heure pour le même objet.</p> + +<p>La poste se charge des assignations de la banque, et +en répond moyennant demi pour cent.</p> + +<p>A Saint Pétersbourg, le nombre des voitures de tout +genre est plus considérable qu’il ne l’est dans les autres capitales +de l’Europe. On distingue surtout le <i>droschky</i> +si élégant par son vernis et ses moulures. Il n’est cependant +formé que d’une planche sur quatre roues, ce +qui lui donne quelque ressemblance aux chars-à-banc +de la Suisse.</p> + +<p>Parmi les voitures de voyage on remarque le kibitka, +espèce de charrette qui a rapport, pour la forme, à un +berceau. Elle est ronde en dedans et a cinq pieds de +large : on n’emploie pas un morceau de fer dans sa +construction.</p> + +<p>Le traînage ajoute encore à la facilité de voyager : on +fait placer et attacher sa chaise de poste sur les flasques +du traîneau ; et, comme les fleuves sont gelés et les +routes très-larges, ou avance sans obstacle avec une +vîtesse extrême. Ainsi, il n’est pas rare que, sans +être arrêté par les distances, on aille dîner à 5 ou 6 +milles (10 ou 12 lieues) de chez soi, pour revenir le +soir à son habitation.</p> + +<p>On compte les distances par werstes. Des bornes +élevées, placées d’un côté des routes et peintes de noir +et de blanc, font connaître au voyageur la route qu’il +parcourt : de l’autre, sont des poteaux plus petits, ordinairement +établis deux à deux, sur lesquels se trouve +<span id="p110" class="pagenum">-110-</span> écrit le nom des terres chargées de l’entretien des chemins +et des bornes de chaque district. On ne paie nulle +part de droits de route. Si l’on ne veut pas attendre aux +postes, il faut, dit-on, se faire accompagner d’un bas +officier, qui trouve toujours dans sa canne les moyens +de stimuler les postillons : il est fort aisé de les obtenir +des chefs de corps.</p> + +<p>Les chevaux se paient deux copecs par werste, et il +n’est rien dû au postillon<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>, auquel cependant on donne +quelque rétribution. Une voiture ou un traîneau qui +contient deux ou trois places, n’est attelé que de trois +chevaux. On n’en paie jamais plus qu’on n’en a ; et, +même, si l’on est peu chargé, on n’en paie que deux. +Cela dépend du podaroschna ou permis que l’on prend +en partant, et sur lequel est désigné le nombre de +chevaux qu’on emploiera. Il arrive souvent que, malgré +les ordres du grand-maître des postes, les maîtres des +relais vous rançonnent, surtout aux environs de Saint-Pétersbourg.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> Ils ne conduisent pas à cheval, mais ils ne sont pas difficiles +sur les moyens de se faire un siége.</p> +</div> +<p>Mais, en général, on voyage très-rapidement en +Russie, soit en hiver, soit en été ; surtout en Finlande, +qui passe pour la partie de l’empire où l’on est le mieux +servi par les postes<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>. La vîtesse des chevaux russes est +incroyable. Ces animaux sont communément courts ; +leur poitrail est large, leur cou, long et maigre, et leur +tête est ordinairement moutonnée ; ils supportent bien +la fatigue. Les petits chevaux de Livonie sont fameux +par leur durée et leur légèreté à la course. Parmi ces différentes +espèces de coursiers, il en est une très-renommée +dont la vîtesse est passée en proverbe chez les +Mongols.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> Il y a 4 ou 5 ans que les établissemens de poste ont été construits +à neuf dans certaines parties de l’empire. On trouve dans +chaque maison trois chambres : une pour les voyageurs, une pour +les maîtres de postes et l’autre pour les postillons. Une cour très-propre +et entourée de haies, est placée devant chaque maison. Il y +a dans chaque station 10 chevaux (autrefois 15 ou 20), et 5 ou 6 +postillons russes ou tartares, suivant les lieux.</p> +</div> +<p>Les chemins entre les principales villes sont très-beaux, +<span id="p111" class="pagenum">-111-</span> et il n’est pas extraordinaire de courir 250 +werstes<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a> en 24 heures. On a introduit en Russie, sur +certaines routes, entr’autres sur celle de Kamenoi à +Ostrow, des ornières (fahrbahoun) en bois, dans lesquelles +les voitures roulent doucement et sans bruit. +L’entreprise se fait aux frais de l’empereur ; mais les propriétaires +seront chargés à l’avenir des réparations, surtout +dans les rues des villes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> 36 milles d’Allemagne.</p> +</div> +<p>Si l’on voyage à bon compte en Russie par la voie des +postes, c’est que le gouvernement supporte, en grande +partie, les frais qu’elles occasionnent ; mais la nécessité +dans laquelle on se trouve de porter ses provisions et ses +équipages, diminue beaucoup cet avantage, parce que +les aubergistes ne fournissent que le logement.</p> + +<p>Quelques voyageurs préfèrent se servir, au lieu de la +poste, des jamtschtschikis ou voiturins russes, qui +marchent avec la même diligence, en changeant quelquefois +de chevaux de slobode en slobode, chez les voituriers +de leur connaissance.</p> + +<p>La première classe des paysans serfs, ou paie l’obrok +à l’empereur, ou est employée à divers travaux, dans +lesquels le service de la poste est compris.</p> + +<p>Tout voyageur qui veut obtenir son passeport doit +préalablement annoncer son départ, au moins trois fois, +dans la gazette du pays. Cet usage, établi en Russie, +est commun à plusieurs contrées, et particulièrement +aux colonies.</p> + +<p>Quant à la facilité de se faire précéder par un courrier +pour avoir des chevaux, elle n’a plus lieu.</p> + +<p>Les tentatives employées pour multiplier les moyens +de correspondre par le télégraphe, se sont bornées à +quelques essais infructueux. Il n’en est pas ainsi des +établissemens destinés à faciliter les transports de toute +espèce entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Outre la +poste ordinaire, on vient d’en organiser une accélérée +entre ces deux villes. Un pont suspendu à des chaînes +de fer a été construit sur le canal de la Moïka<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>. La Russie +participe, connue le reste de l’Europe, à l’avantage +<span id="p112" class="pagenum">-112-</span> que procure la navigation par les bateaux à vapeur. Il y +en a même en pleine activité jusqu’en Sibérie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Il sera construit sur les dessins du général Dufour, de Genève.</p> +</div> +<p>Chez les Ostyacks, nombreuse peuplade répandue sur +les bords de l’Oby, les chiens sont établis par relais +comme les chevaux dans les postes.</p> + +<p>Les chevaux sont peu communs au Kamtchatka. Ils +ne servent que l’été, pour le transport des marchandises +et effets de la couronne, ainsi que pour la commodité +des voyageurs. Les chiens, en revanche, y +abondent, et suffisent à tous ces travaux. L’été est le +tems de leur inaction. Ces chiens sont attelés deux à +deux à un traîneau ; un seul est à la tête et sert de +guide. Leur nombre est proportionné à la charge du +traîneau ; il est ordinairement de cinq pour une personne, +et se trouve porté quelquefois jusqu’à 45 +par suite du luxe de certains voyageurs. Ces traîneaux +prennent divers noms, selon qu’ils servent aux voyageurs +ou aux marchandises. Ils ont la forme d’une corbeille de +trois pieds de long sur un pied de large. On étend +une peau d’ours sur le siége. La légèreté de ces voitures +est telle, qu’elles pèsent à peine six livres.</p> + +<p>On emploie aussi les rennes qu’on attèle deux à deux. +Ces animaux sont dressés à courir nuit et jour pendant +trois heures consécutives, puis on les détèle, pendant +une heure, pour les faire reposer et les laisser paître. +Au bout de ce tems elles repartent avec la même ardeur, +et achèvent ainsi leur route avec une extrême +diligence.</p> + +<p>Près de la Léna, les postes se comptent par stations. +Celles-ci sont de 30, 40, 50 et même de 80 werstes. +Les frais de poste n’en sont pas pour cela plus considérables ; +un homme se paie comme un cheval. Qu’on juge +de la peine des malheureux condamnés à faire le service +de la poste, c’est-à-dire, à traîner les bateaux +d’une station à l’autre, dans l’espace de 1200 werstes. +Cette terrible corvée fait la punition des exilés et des +malfaiteurs ; ils partagent ce travail avec des chevaux. +Le seul soulagement que cet affreux métier vaille à ces +forçats, se réduit à quelques mesures de farine que le +gouvernement leur accorde.</p> + +<p>Les Russes qui voyageaient par ordre de la cour, sur +les frontières de la Sibérie, où les maîtres de poste le +<span id="p113" class="pagenum">-113-</span> plus souvent ne savent pas lire, étaient munis, autrefois, +d’un passeport tout particulier. Il consistait en +cordes passées au travers d’un sceau, auxquelles on +faisait des nœuds, de sorte que les maîtres de poste, +pour connaître le nombre de chevaux qu’ils devaient +fournir, n’avaient qu’à compter les cordes et les nœuds.</p> + +<p>La poste ne sert en Pologne que pour les lettres et +paquets. Elle fut établie par ordre de la république, +sous le règne de Ladislas IV. Avant ce tems, les ordres +du roi étaient portés par les gentilshommes de +la cour, qui se faisaient donner des voitures par les +Starostes.</p> + +<p>Il faut porter tout avec soi, quand on voyage dans +ce pays, soit en chaises ou en chariots. C’est dans ces +derniers que les grands seigneurs font placer leurs effets. +La construction de routes ferrées y est achevée sur un +espace de plus de 66 milles d’Allemagne. Celle des +routes de Varsovie aux frontières de la Prusse le sera +incessamment, et offrira sur cette ligne, qui traverse +toute la largeur du royaume depuis Kalish jusqu’à Brzesc, +60 milles d’une communication non interrompue, ce +qui rendra les relations plus faciles et moins coûteuses, +puisque les relais de poste et de roulage emploient déjà +moitié moins de chevaux qu’auparavant. Il y a eu des +constructions semblables dans les palatinats de Cracovie, +de Lublin, de Ploclk et d’Augustow ; on remarque +encore celle de 523 ponts, parmi lesquels celui de Z’lotorya, +réunissant sur la Narew les limites de l’empire et +du royaume, a été fait aux frais communs des deux +gouvernemens.</p> + +<p>Les lettres pour la Russie et les provinces qui en dépendent, +expédiées de France, peuvent être affranchies, +mais non pas jusqu’à destination, tandis que celles de +l’intérieur de l’empire ne peuvent y circuler sans être +soumises à l’affranchissement.</p> + + +<h3>TURQUIE D’EUROPE ET AUTRES PROVINCES +MÉRIDIONALES.</h3> + +<p>Dans la Turquie d’Europe, en Valachie et en Moldavie, +les voitures le plus en usage parmi les personnes +riches, sont les calèches allemandes, qu’on fait venir à +grands frais de Vienne.</p> + +<p><span id="p114" class="pagenum">-114-</span> La manière de voyager dans ces contrées est tellement +expéditive, que celle d’aucune autre nation ne +peut lui être comparée. L’organisation des postes y est +assez bonne : ceci ne doit s’entendre que des chevaux, +car, pour le reste, il n’y a rien de pire. Au lieu de chaises +on ne trouve que des chariots incommodes auxquels on +attèle avec des cordes quatre chevaux guidés par un +postillon, lesquels partent au grand galop, et ne s’arrêtent +ni ne ralentissent le pas qu’à la poste suivante ; +quelque tems avant d’y arriver, le postillon s’annonce +par les claquemens de son fouet, et aussitôt un nouveau +chariot, conduit par d’autres chevaux, se trouve +prêt et ne cause aucun retard aux voyageurs.</p> + +<p>Les préposés pour l’entretien des routes se nomment +<i>sermiens</i> : celle de Vienne à Constantinople est bien +ferrée.</p> + +<p>Les maîtres de poste fournissent les chevaux et les +hommes assujettis à cette corvée qui leur tient lieu d’impôt. +On trouve souvent un pandour à la tête des relais. +Lorsque le maître de poste ne peut fournir les chevaux +nécessaires à la course, les habitans sont tenus d’y suppléer +à leurs frais, car on a, dans la Moldavie, la barbare +coutume de s’emparer, pour le service public, de +tout ce qui se rencontre, bœufs, chariots, chevaux, etc., +sans rien payer. On les enlève aux paysans dans les villages, +aux voyageurs sur les grands chemins, aux +étrangers même qui se trouvent sur la route, et on ne +les leur rend que lorsqu’on n’en a plus besoin, en supposant +que les voitures ne soient pas brisées et les chevaux +crevés de fatigue.</p> + +<p>Sous la dénomination commune de tartares, sans distinction +d’origine, on comprend les courriers de ces +contrées, où le service de la poste aux lettres se fait +assez régulièrement. Celui de la poste aux chevaux cesse +à Andrinople. On ne peut continuer sa route jusqu’à +Constantinople, qu’au moyen de marchés particuliers +avec les propriétaires de chevaux ; ce qui devient arbitraire +et coûteux. Les courriers sont ordinairement accompagnés +de janissaires. Les postes ne se comptent +plus aussi par milles, mais par la distance de chemin +qu’un chameau peut parcourir en une heure.</p> + +<p>A Constantinople, on loue un bateau comme ailleurs +<span id="p115" class="pagenum">-115-</span> on louerait une voiture. Ces embarcations élégantes, +ornées de sculpture et de dorures, sont conduites avec +une adresse remarquable par les matelots turcs.</p> + +<p>L’affranchissement est de rigueur pour tous ces lieux.</p> + + +<h3>PAYS-BAS.</h3> + +<p>L’organisation des postes y a varié souvent depuis +l’époque où ces provinces ont cessé d’être régies par les +princes de la maison de Taxis. En 1807, la Hollande +était divisée en cinq arrondissemens. Les cinq directeurs +particuliers qu’on y avait placés, dépendaient d’un directeur-général +des postes, auquel étaient adjoints trois +conseillers et un secrétaire-général. Le tarif de France, +qu’on avait adopté pour la taxe des lettres, y est encore +en usage.</p> + +<p>Les bâtimens destinés au transport des dépêches, +des marchandises et des voyageurs, se nomment <i>treckschuyten +de Beurtschipen</i> : ils font quatre milles à l’heure. +Les Hollandais calculent la route de leurs embarcations, +non par le nombre de milles parcourus, mais par celui +d’heures écoulées. Des chevaux les tirent le long des +canaux, et sont conduits par des jeunes gens appelés +chasseurs (<i>hitjagertje</i>), qui portent, au lieu d’un cornet +de poste, une corne de bœuf pendue à l’épaule, dont +ils se servent, soit pour donner le signal du départ, +soit pour faire lever les ponts qui se trouvent sur les +canaux, soit, enfin, pour avertir les bateaux qui pourraient +se trouver sur leur passage de se tenir sur le +côté opposé du canal. Ce moyen rend les communications +de l’intérieur très-faciles. Le gouvernement, aux +frais duquel ces bâtimens sont entretenus, exige qu’ils +marchent avec une ponctualité extraordinaire.</p> + +<p>S’il en coûte peu pour voyager de cette manière, il +n’en est pas ainsi des chaises de poste<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> On paie ordinairement 36 florins pour sept chevaux, depuis +Breda jusqu’à Gorcum, et trois florins et demi par cheval, de +Gorcum à Utreck.</p> +</div> +<p>Cette sorte de voiture a la forme d’une calèche couverte +et très-courte, ayant, au lieu de timon, une +pièce de bois semblable à une corne ou à un arc, placée +entre les roues de devant, et sur laquelle le conducteur +s’appuie les pieds pour donner à la voiture, par cette +<span id="p116" class="pagenum">-116-</span> pression, la direction nécessaire dans les chemins plats. +Les chevaux ne sont attelés qu’avec des cordes, et l’on +en met souvent trois de front. Si l’on descend un pont +dont la pente est rapide, le voiturier place les pieds +sur la croupe de l’un des chevaux, et retient ainsi la +voiture tout le tems convenable.</p> + +<p>Les voitures, dont on fait usage à Amsterdam, sont, +ou des carrosses de louage à 4 roues, ou des cabriolets +à deux roues et à deux chevaux, ou, enfin, des <i>schleen</i>, +c’est-à-dire des caisses de voitures posées sur un traîneau +et tirées par un cheval.</p> + +<p>Le service des postes, qui se fait en grande partie par +eau<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>, ne peut que devenir plus régulier par l’établissement +des bateaux à vapeur<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> Beaucoup de maisons de campagne ont une petite boîte en +bois, placée près des canaux, où l’on jette en passant les lettres et +paquets adressés à ceux qui y résident.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> C’est en 1824 que la société des bateaux à vapeur a été installée à +Rotterdam. Peu de tems après, le bateau destiné à la correspondance, +entre Amsterdam et Utreck, a commencé son service. La +distance de l’une de ces villes à l’autre est de huit lieues, et le trajet +se fait, dit-on, en trois heures et demie. Plusieurs bateaux ont été +employés successivement depuis aux communications intérieures, et +à naviguer entre la Hollande et Hambourg. Celui établi sur le Rhin, +s’appelle le Colonais. Il est en fer ; sa force est égale à celle de cent +chevaux, sa capacité a celle de 60 à 80 lastes, et sa profondeur dans +l’eau est de trois pieds et demi. Il met 4 ou 5 jours pour se rendre +à Cologne. Le Zeew, autre bateau à vapeur, est destiné pour les relations +entre Anvers et Cologne.</p> + +<p>Peu de tems après, cette même société tint une assemblée générale +d’actionnaires, et nomma l’administration qui doit régir cette nouvelle +association. Elle a déjà donné beaucoup d’extension à son entreprise, +et augmenté son capital d’un million de florins.</p> +</div> +<p>Si les canaux facilitent si utilement les moyens de +correspondre, les routes de la Hollande n’y contribuent +pas moins. Elles sont superbes, plantées de plusieurs +rangées d’ormeaux et couvertes de voitures de toute espèce. +Le produit des taxes prélevées aux barrières, qui +y sont établies, sert à les entretenir. La surface +plane de la Hollande contribue beaucoup à leur solidité +et à leur propreté. Il n’en est pas ainsi des chemins vicinaux, +à peine praticables dans la plus belle saison.</p> + +<p><span id="p117" class="pagenum">-117-</span> On raconte, comme un trait de la simplicité des +mœurs des habitans de la Haye, que, lorsque Louise de +Coligny vint épouser le prince Guillaume, les magistrats +de la ville lui envoyèrent un chariot de poste ouvert, +dans lequel elle fit son entrée, croyant sans doute remplacer, +par l’accent du cœur, les vaines solennités d’une +froide étiquette.</p> + +<p>Ou emploie fréquemment les chiens à traîner des +charrettes chargées de provisions et de marchandises. +Les chèvres, attelées à de petites voitures, transportent +aussi de très-lourds fardeaux. On est étonné du poids +que ces animaux font mouvoir, et de la docilité qu’ils +montrent dans un exercice qui semble si peu approprié +à leur force et à leur conformation.</p> + +<p>L’affranchissement pour ce royaume est volontaire.</p> + + +<h3>DE LA SUÈDE, DE LA NORWÈGE, DU DANNEMARCK +ET DE QUELQUES AUTRES PARTIES +DU NORD.</h3> + +<p>Dans le Holstein on a un soin extrême des chevaux. +Les voituriers et les cochers sont toujours pourvus de +deux couvertures dont ils s’enveloppent eux-mêmes +pendant la route, et dont ils couvrent leurs chevaux +lorsqu’on s’arrête, quoique ce soit la partie de l’Allemagne +où on les charge le moins.</p> + +<p>Le péage du Sund est une des branches du revenu du +Dannemarck. Il y a des fanaux établis pour les endroits +dangereux ; d’autres feux brillent en divers lieux de la +côte pour guider les voyageurs dans les nuits obscures et +orageuses.</p> + +<p>Le passage du Belt est d’un demi-mille ; on le fait en +très-peu de tems. Il y a dans le grand Belt deux postes +télégraphiques, et il est permis aux voyageurs de s’en +servir, pour accélérer leur marche, en faisant préparer +les relais d’avance. Dans ce cas, ils paient 24 schellings +lubs pour chacun des deux inspecteurs. C’est à ce seul +usage que s’est réduit l’emploi de ce genre de télégraphe, +qui n’a pu être étendu à cause de son imperfection.</p> + +<p>En Dannemarck, comme en Prusse, les routes sont +assez mauvaises ; il n’y a d’autre différence que celle du +droit de barrière qui n’y est pas introduit. Mais les +<span id="p118" class="pagenum">-118-</span> paysans ont à leur charge la réparation des chemins, +des ponts, et doivent fournir des chevaux et des voitures +au roi, à ses ministres ou à ses grands officiers +lorsqu’ils voyagent.</p> + +<p>Il est accordé, par le réglement, une heure au maître +de poste pour apprêter ses chevaux : on n’attend jamais +au-delà. Les postillons sont très-actifs. Ils ont une feuille +qu’ils doivent présenter aux maîtres de poste, lorsque +ceux-ci l’exigent, où l’heure du départ est indiquée +ainsi que les plaintes qu’on a pu porter contr’eux.</p> + +<p>Le prix des chevaux<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a> varie quelquefois. Il est communément +de 16 schellings par mille et par cheval.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> Ceux de Seeland sont très-renommés. Dans l’île de Fionie, +en été, on ne paie que 10 shellings par cheval ; mais, en hiver, on +donne quelques schellings de plus. Il y a en outre les droits de barrières +de 2 schellings par mille.</p> +</div> +<p>Le revenu des postes qui, depuis le roi Frédéric VI, +entre dans la caisse du roi, monte à 200,000 rixdalers +et même au-delà.</p> + +<p>La poste, en Norwège, est une institution qui ne +remonte pas plus haut que 1783. Les bureaux de poste +étaient communément chez les pasteurs, qui ouvraient +les paquets et prenaient les lettres appartenant à leurs +districts : ils en tenaient note sur des registres destinés +à cet usage.</p> + +<p>Les cabriolets, dans cette partie, sont dans le genre +italien et très-jolis : les femmes les conduisent elles-mêmes +avec beaucoup de grâce et de facilité sur les +routes généralement très-belles.</p> + +<p>En Suède, tout paysan est postillon ; il n’est pas +même un enfant qui ne soit en état de mener une voiture. +La nécessité lui en fait une loi, puisqu’il n’existe +pas de relais, et que, obligé de fournir les chevaux +pour le transport des dépêches et des voyageurs, il est +contraint, par la même raison, de les conduire.</p> + +<p>Quand un voyageur arrive à une station de poste, on +prévient le paysan dont le tour est venu de marcher. Celui-ci +le conduit à un mille ou deux milles (3 ou 6 lieues), +d’après la distance où il se trouve lui-même de son habitation. +Un autre le remplace ; c’est ainsi qu’il parvient +à sa destination. Pour éviter les retards qu’entraînerait +<span id="p119" class="pagenum">-119-</span> naturellement cette manière de voyager, il est d’usage +de se faire précéder 5 ou 6 heures d’avance par un +messager. En prenant cette précaution, on peut parcourir +de grandes distances sur les routes de la Suède, comparables +à celles de l’Angleterre par leur solidité et leur +agrément.</p> + +<p>Il est peu de pays où l’on voyage à meilleur marché +qu’en Suède. Mais, pour prévenir les inconvéniens causés +par les cordes qui servent à attacher les chevaux, et +qui ont besoin d’être renouvelées souvent, il faut se précautionner +de harnois. On n’a pas d’ailleurs le choix +des moyens de transport, puisque le royaume est encore +privé de la ressource des voitures publiques.</p> + +<p>Le gouvernement est instruit très-exactement de tout +ce qui concerne les voyageurs, qui sont tenus d’inscrire +sur le dagbok, qu’on leur présente à chaque station, +leurs noms, leurs professions, le lieu d’où ils viennent, +celui où ils se rendent, le nombre de chevaux qu’ils +prennent, et les plaintes qu’ils ont à faire du postillon. +Ce livre est remis tous les mois aux gouverneurs de +chaque province.</p> + +<p>Tous les passages des rivières sont servis, en été, +par des bateaux courriers ; en hiver, par des traîneaux +et des chevaux. Il y a des espèces de télégraphes établis +pour ces divers services.</p> + +<p>Le service de la poste se fait aussi en Suède par deux +bateaux à vapeur, l’un établi entre Christiana et Christiansand, +et l’autre entre Fredericsvaern et l’île de +Suland.</p> + +<p>En 1796, on augmenta le prix des chevaux. Ils coûtaient +4 schellings : ce prix fut doublé. Du reste, il +varie suivant les lieux<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>. Les chevaux suédois, quoique +petits et maigres, courent avec vîtesse et font un mille +à l’heure.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> On paie 16 schellings à Stockholm, et 12 sch. dans quelques +autres villes.</p> +</div> +<p>On compte déjà plusieurs bateaux à vapeur<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a> dans +<span id="p120" class="pagenum">-120-</span> ce royaume, où de grands travaux<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>, entrepris dernièrement, +ont contribué à multiplier les relations intérieures.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> M. Owen vient d’inviter le public à un voyage de plaisir dans +son bateau qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il abordera à Penlenhost +et y restera 6 jours pour jouir des fêtes qui s’y célèbrent tous +les ans pour l’impératrice mère. Ce voyage durera trois semaines. +Chaque passager paiera cent écus de banque de Suède ; il pourra demeurer +tout le tems du voyage dans le bateau.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> Le total des journées pour ces divers ouvrages d’utilité publique, +dont les six septièmes ont été faits par l’armée, s’est élevé +à 7,758,899 journées.</p> +</div> +<p>Les chemins établis à travers les Fjalls (montagnes +qui séparent la Suède de la Norwège), les routes, l’une +par le Jutland, l’autre par la province de Daulwand, +et la troisième par celle de Wermland, qui facilitent +de nouvelles communications, ont été achevées en 1823 ; +et un grand pont de bateaux a été jeté sur un bras de +mer nommé le Semsund, situé sur les frontières de la +Norwège et de la Suède.</p> + +<p>On évalue à peu près à 418,000 francs le revenu que +les postes rendent au roi.</p> + +<p>Ce service recevra une grande amélioration, si le +projet proposé par M. Kemner, négociant à Stockholm, +et adopté par le gouvernement, d’établir une petite-poste +à l’exemple des principales capitales de l’Europe, se +réalise.</p> + +<p>L’affranchissement pour ces états est libre.</p> + + +<h3>ANGLETERRE.</h3> + +<p>Les postes en Angleterre, en Irlande et en Ecosse, dépendent +du roi. Un acte du parlement, par une exception +unique, en avait attribué les produits au duc +d’York, qui, depuis, occupa le trône sous le nom de +Jacques II.</p> + +<p>Au commencement du siècle dernier elles étaient régies +par un administrateur sous le titre de député. Il +résidait à Londres, et avait sous lui près de quatre-vingts +officiers, dont les fonctions étaient, ou de participer +au travail des lettres, ou d’en avoir la surveillance. +Il n’existait alors que cent vingt-deux bureaux de +poste. Le bureau principal de l’Irlande était à Dublin. +A la fin du même siècle, la même administration entretenait +170 malles-postes, 4500 chevaux, et comptait +3000 employés chargés de la distribution des lettres +<span id="p121" class="pagenum">-121-</span> dans l’intérieur, outre celles qui étaient transportées +par de nombreux paquebots expédiés pour les principaux +points du continent.</p> + +<p>Comme le service extérieur ne pouvait avoir lieu +que par mer, ce député, ou grand-maître des postes, +entretenait six bâtimens appelés paquebots, pour les +relations établies, deux fois la semaine, avec la France, +la Hollande et l’Irlande.</p> + +<p>Les améliorations survenues dans l’état des postes de +ce royaume, s’expliquent par l’activité du peuple le plus +industrieux et le plus commerçant de l’Europe, et surtout +par le bon état des routes dont cette île est parfaitement +coupée en tous sens, quoique aucune ne soit pavée<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> Les rues des grandes villes sont seules pavées ; mais les routes +sont bien ferrées et particulièrement bien entretenues.</p> +</div> +<p>Il paraîtrait, d’après l’ouvrage de M. J.-L.-M. +Adam<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>, qu’il se serait introduit quelques abus dans +cette partie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> Publié en France, en 1824, sous le titre de Remarques sur le +Systême des Chemins.</p> +</div> +<p><i>Une des causes du mauvais état des routes</i>, dit-il, +<i>vient du défaut de surveillance d’où résulte le mauvais +emploi et le gaspillage des fonds destinés à les entretenir, +la nécessité d’augmenter la taxe des péages, ce +qui n’empêche pas que les commis aux barrières</i> (<span lang="en" xml:lang="en">turn-pikes</span>) +<i>ne soient chargés de l’énorme dette de sept millions +de livres sterlings<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>, quoique le compte rendu +annuellement au parlement présente, pour les péages, +une somme de recette qui excède le revenu de l’administration +des postes</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> 170 millions environ.</p> +</div> +<p>Dès 1811, le même auteur avait présenté des considérations +sur l’état de quelques routes abandonnées par +les malles-postes. <i>L’ancienne méthode</i>, dit-il encore, <i>fut +reconnue vicieuse par les savans, les ingénieurs, les +hommes les plus intéressés aux succès de leurs recherches, +tels que les entrepreneurs de roulage, de malles-postes, +consultés sur cette matière délicate et importante</i>.</p> + +<p>Ces vérités, clairement démontrées, ont fixé l’attention +du gouvernement anglais, toujours prêt à seconder efficacement +<span id="p122" class="pagenum">-122-</span> les mesures qui offrent quelque utilité<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>. Le +systême de M. Adam (déjà connu en France et appliqué +à quelques routes du Languedoc et du Simplon) a été +adopté, et les routes<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>, devenues plus solides, conservent +une surface toujours unie, sur laquelle les diligences +roulent sans obstacles et font quatre lieues à l’heure, +même dans les montagnes de l’Ecosse et du pays de +Galles.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> M. de Chambert vient d’obtenir un brevet d’invention pour +une nouvelle méthode propre à donner au pavé des rues et des grandes +routes une solidité, une propreté à laquelle on n’avait pu atteindre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> Depuis le bill provoqué par M. Frenuk, celles de l’Irlande +sont dans un état très-florissant. On croit qu’il a été dépensé en constructions +et en réparations, en conséquence de ce bill, la somme +énorme de plus d’un million sterling. La taxe des routes n’y est que +la moitié de celle d’Angleterre.</p> +</div> +<p>C’est sous le règne de la reine Elisabeth que l’usage +des voitures a commencé en Angleterre, et que celui des +courses de chevaux y a été introduit. Ce goût s’y est tellement +répandu depuis, qu’en 1767 le nombre des chevaux, +qui était de 500 mille (Londres seulement y +entrait pour un cinquième), peut être évalué au triple +aujourd’hui<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> On compte 148,788 personnes entretenant un cheval de luxe ; +23,493 en entretenant deux ; 15,000 de 3 à 8 et 1168 qui en entretiennent +plus de huit.</p> +</div> +<p>En Irlande, dit Arthur Young, on porte le nombre +des chevaux jusqu’à la folie.</p> + +<p>Il n’est pas de contrée où les voitures publiques soient +plus commodes, plus propres et plus multipliées qu’en +Angleterre. Elles ne sont destinées que pour les voyageurs ; +les marchandises et les effets étant transportés +à part. On sait qu’en France on suit un autre usage. +Aussi, nos diligences, dont le poids est énorme, quoique +plus perfectionnées dans ces derniers tems, sont exposées +à verser plus facilement, eu raison de la surcharge +qui détruit l’équilibre qu’on tenterait vainement de maintenir +dès que le plus léger obstacle se rencontre.</p> + +<p>A toute heure du jour il part de Londres, dans toutes +les directions, pour les extrémités du royaume, deux +cents voitures publiques, sans compter celles qui ne dépassent +<span id="p123" class="pagenum">-123-</span> pas la distance de quinze ou vingt milles. Un +même nombre y arrive dans le même espace de tems. +On a été jusqu’à calculer que 1100 voitures de toute +espèce passaient journellement par le bourg de <i>Southwark</i>, +qu’on peut regarder comme un des faubourgs de +Londres. La Tamise est couverte de bateaux de louage +qui servent à communiquer plus facilement sur tous les +points de cette capitale. On en fait monter le nombre à +plus de mille. Celui des fiacres est aussi considérable<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>, +et l’on compte plus de quatre cents chaises à porteurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> En 1765, le nombre des voitures à 4 roues était de 12,904. En +ce moment, il est de 26,799, indépendamment de celles à deux roues, +qui sont de 45,856. A la première de ces époques les carrossiers de +Londres étaient au nombre de 36 et employaient 4000 ouvriers ; +aujourd’hui, 135 emploient 14,000 ouvriers. On compte 1000 fiacres +à Londres.</p> +</div> +<p>Les Anglais, toujours habiles à profiter des inventions +des Français et à se les approprier même, parce qu’ils les +ont perfectionnées, prétendent qu’on leur doit l’usage +des fiacres et des chaises à porteurs ; et que ces dernières +ont été apportées en France par un nommé Montbrun, +bâtard du duc de Bellegarde.</p> + +<p>Le transport des dépêches se fait par des voitures publiques +ou malles-postes qu’on peut regarder comme la +première entreprise en ce genre. Elles sont formées +d’une caisse commode à quatre places. Une caisse suspendue, +qui fait le prolongement de la première, sert +de siége au cocher et contient sur le devant une partie +des lettres et paquets destinés pour les points intermédiaires +de la route ; le reste est déposé dans une troisième +caisse, prolongée sur le derrière et sur laquelle est +assis un gardien-armé. Le courrier et le gardien peuvent +placer, chacun, deux personnes à leur côté. Huit personnes +montent sur l’impériale, ce qui, donnant un +total de dix-huit voyageurs, ne nuit en rien à la vîtesse +de cette voiture qui fait trois lieues par heure. Elle est +attelée de quatre chevaux très-beaux et très-vigoureux. +Le service a lieu avec tant de régularité, qu’on peut +calculer, presque à la minute, l’arrivée de la malle-poste<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>. +A la disposition de l’impériale près, nos malles-postes +ont beaucoup de rapport avec ces voitures.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> La malle-poste de Londres à Edimbourg fait ce trajet en 36 +heures, c’est-à-dire, plus de 10 milles à l’heure. En 1712, il fallait +13 jours pour faire ce voyage.</p> +</div> +<p><span id="p124" class="pagenum">-124-</span> L’organisation actuelle du service est due à M. Palmer. +Avant lui, le transport des dépêches et des fonds, qui +avait lieu, par le moyen de carrioles en osier, n’offrait ni +la sécurité ni la régularité et ni l’activité qu’on y trouve +généralement aujourd’hui.</p> + +<p>Les changemens qu’il proposa en 1782, et qui furent +adoptés par le célèbre Pitt, remédièrent à tous les inconvéniens<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a> +et n’ont point subi de modifications notables +depuis. Il en résulta autant d’avantages pour le +gouvernement anglais que pour M. Palmer, qui obtint +en outre la place importante de secrétaire-général +de l’administration à laquelle il avait donné une si heureuse +impulsion.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> <i>Il est bon d’observer, pour ne pas accuser les correspondans de +négligence, qu’à cette époque la poste était beaucoup plus tardive qu’elle +ne l’est depuis l’ingénieuse invention de M. Palmer. Quant à l’honnête +Dinmont, comme il recevait à peine une lettre tous les trois mois, à +moins qu’il n’eût quelques procès (car alors il envoyait régulièrement +une fois par semaine à la poste), les paquets à son adresse demeuraient +un mois ou deux sur la fenêtre du directeur de la poste, au milieu des +pamphlets, des chansons, et des morceaux de pain d’épice, suivant +l’état qu’il exerçait. D’ailleurs, on avait alors l’usage, et il n’est pas +encore entièrement perdu, de faire voyager les lettres d’un bureau à +l’autre, quelquefois à la distance de 30 ou 40 milles, avant de les délivrer, +ce qui avait l’avantage de mettre les lettres sous les yeux des curieux, +d’augmenter la recette des directeurs, et de mettre la patience +des correspondans à l’épreuve. Il n’est donc pas surprenant que Brown +attendit, et inutilement pendant plusieurs jours, une réponse ; et, +malgré son économie, sa bourse était vide, lorsque le jeune pêcheur lui +rendit la lettre qui suit.</i></p> + +<p class="sign">(Guy Mannering, Walter-Scott.)</p> +</div> +<p>Lord Chichester est directeur-général des postes anglaises, +et sir Francis Ycelin secrétaire-général. L’hôtel +où cette administration est établie à Londres, est un +bâtiment remarquable. La petite-poste, ou <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>, +fait parvenir avec célérité, dans l’étendue de la banlieue, +tout paquet n’excédant pas le poids d’une livre, et jusqu’à +la valeur de dix livres sterlings en argent, pour +lesquels l’envoyeur payait un pence<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>. C’est de là que +venait le nom de <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>, ou poste d’un sou. Le +bureau général répond de la perte des paquets. Ce service +<span id="p125" class="pagenum">-125-</span> se fait huit fois par jour par six bureaux principaux, +et plus de quatre cents petits qui leur sont +subordonnés.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> Aujourd’hui deux pences.</p> +</div> +<p>La nation est redevable de cette invention à un négociant +nommé <i>Docwra</i>, qui, en 1680, l’exécuta à ses +frais. Mais, lorsqu’il espérait retirer le fruit de son industrie, +le duc d’York, à qui Charles II, comme nous +l’avons observé, avait attribué le produit des postes, +lui fit un procès pour avoir usurpé ses droits, et lui +ôta le <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>. C’est aujourd’hui un revenu de l’état +qui peut être porté à 40 mille livres sterlings environ.</p> + +<p>Une lettre est simple lorsqu’elle est composée d’une +feuille de papier, quel qu’en soit le poids ou la dimension ; +mais le port en est doublé par la plus légère addition<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>. +On ne suit plus, comme en France, de progression +calculée, en raison du poids et de la distance, +avec un grand esprit de justice.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> Une lettre sous enveloppe, au lieu d’un schelling, en paie deux, +ne contînt-elle qu’un quart de feuille. C’est sans doute le taux élevé +du port des lettres qui a valu à la pairie la prérogative remarquable +d’exempter de la taxe toute lettre revêtue sur sa suscription de la signature +d’un pair anglais.</p> +</div> +<p>Un paquebot, venu dernièrement des mers du Levant +en Angleterre, apporta quelques numéros de la gazette +grecque de Missolunghi. Le paquet ayant été taxé aux +bureaux des postes comme lettre, le port de ces gazettes<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a> +s’est élevé à soixante-dix-sept livres sterlings<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>. +On juge, d’après cela, le revenu que le gouvernement anglais +retire des postes. Il est d’autant plus considérable, +que les dépenses qu’elles occasionnent sont couvertes +par les recettes des voyageurs. Ce produit a reçu des +améliorations importantes dans l’intervalle d’un siècle. +En 1644<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>, elles rapportèrent 3,000 livres sterlings ; +<span id="p126" class="pagenum">-126-</span> et, en 1764, le parlement les afferma 432,048 livres +sterlings. Depuis ce tems, elles ont monté successivement +à 700,000 livres sterlings. On prétend qu’elles +s’élèveront à 1,500,000 livres sterlings en 1825.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> Un compte rendu à la chambre des communes de 1815, apprend +qu’il se distribue chaque jour à Londres 20,000 exemplaires de +journaux du matin ; 15 à 20 mille de ceux du soir ; 22 mille autres de +deux jours l’un ; et 70,000 le dimanche.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> 1912 francs 50 centimes environ.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a></p> + +<ul><li>1644, <span class="digit3">3</span>,000 livres sterlings.</li> +<li>1654, <span class="digit3">10</span>,000</li> +<li>1664, <span class="digit3">21</span>,500</li> +<li>1674, <span class="digit3">43</span>,000</li> +<li>1685, <span class="digit3">65</span>,000</li> +<li>1688, <span class="digit3">76</span>,318</li> +<li>1697, <span class="digit3">90</span>,505</li> +<li>1710, <span class="digit3">111</span>,461</li> +<li>1715, <span class="digit3">145</span>,227</li> +<li>1744, <span class="digit3">295</span>,432</li> +<li>1764, <span class="digit3">432</span>,048</li></ul></div> +<p>La poste aux chevaux n’est pas établie, comme en +France, à des distances marquées, et les relais ne sont +pas tenus par des maîtres de poste spécialement chargés +de ce service. Tout aubergiste qui a une grande maison +est maître de poste, moyennant un droit de licence annuel +calculé sur le nombre de chevaux et de voitures +qui lui appartiennent. Il loge et transporte à la fois les +voyageurs. Les postillons sont ordinairement des jeunes-gens +de 16 à 18 ans ; leur costume est élégant, et leur +équipage est leste et d’une propreté remarquable. Ils +sont, dit-on, généralement polis : cette qualité les distingue +encore de leurs semblables chez lesquels on la rencontre +rarement ailleurs.</p> + +<p>Des bornes milliaires sont établies sur les routes pour +en marquer exactement la division. Les frais de poste +se paient selon la quantité de milles parcourus<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a>, dont +trois font à peu près une lieue de France.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> En 1755 on payait 9 sous d’Angleterre, par chaque mille, pour +une chaise de poste et deux chevaux ; et l’on donnait 6 sous d’Angleterre +au palefrenier qui attelait les chevaux à la chaise, et un +schelling au postillon. Ces voitures sont légères, à 2 places, et suspendues +sur ressorts avec des portières à glaces. Aujourd’hui, le prix +le plus modique, pour cette manière de voyager, est d’un schelling +par mille, par couple de chevaux, et même de 15 à 18 pences. Qu’on +ait une voiture, ou qu’on en prenne une à la poste, cela n’influe en +rien sur le prix. On paie communément, d’une poste à l’autre, plus +de milles anglais que n’en porte le livre de poste. Cette différence +provient de la colonne milliaire qui n’est pas toujours placée au relais.</p> +</div> +<p>Quelles ressources l’Angleterre n’a-t-elle pas retirées +des machines à vapeur perfectionnées par James Watt, +qui en fit la première expérience en 1790. Elles représentent +aujourd’hui une puissance de 320,000 chevaux, +égale à celle de 1,834,000 hommes, d’où il suit que, si +<span id="p127" class="pagenum">-127-</span> l’on n’employait pas en Angleterre ce moteur, et que l’on +voulût produire une quantité d’objets manufacturés égale +à celle qu’on obtient, il faudrait non-seulement augmenter +la population de 2 millions d’hommes environ, +mais il faudrait encore dépenser en fabrication, outre +les dépenses actuelles, une somme effrayante de plus de +6 milliards. Ce procédé a été appliqué à la navigation, +et les bâtimens qui transportent les dépêches sont des +bateaux à vapeur. Le trajet de Douvres à Calais<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> se +fait ordinairement en trois heures. Les paquebots à vapeur +sont de jolis bâtimens, du port de 60 à 80 tonneaux, +qui abordent en France, à Calais, à Boulogne +et à Dieppe ; en Allemagne, à Emden et Cuxhaven ; et, +en Hollande, à Ostende<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a> et à Hellevoetsluys.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> 25,633 pas géométriques.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> Ce trajet se fait en 16 heures. Celui de Londres à Cuxhaven a +été fait, par le bateau à vapeur le Hylton Joliffe, en 82 heures. La +distance est de 160 lieues.</p> +</div> +<p>M. Harisson Wilkinson est auteur d’un projet qui, +s’il réussit, promet des avantages incalculables pour la +grande navigation, en employant la machine à vapeur +perfectionnée par Perkins, qui n’exige qu’une très-petite +quantité de charbon. Il pense qu’on pourrait communiquer +facilement avec les Indes Orientales par le Cap-Bonne-Espérance, +où l’on établirait un dépôt de combustibles. +Mais son principal but est d’y arriver en +trente et un jour par la Méditerranée, et de donner à ses +paquebots la régularité du courrier. Voici le chemin +qu’il trace et les calculs qu’il forme sur la durée du +trajet :</p> + +<div class="flex"> +<table> +<tr><td class="drap">De Falmouth à Gibraltar,</td> +<td class="bot r"><div>1200</div></td> +<td class="bot">milles,</td> +<td class="bot r"><div>5</div></td> +<td class="bot">jours.</td></tr> +<tr><td class="drap">De Gibraltar à Rosette,</td> +<td class="bot r"><div>2170</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i>,</td> +<td class="bot r"><div>9</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr> +<tr><td class="drap">De Rosette à Bulac ou au Caire,</td> +<td class="bot r"><div>110</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i>,</td> +<td class="bot r"><div>1</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr> +<tr><td class="drap">Du Caire à Suez par terre,</td> +<td class="bot r"><div>70</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i>,</td> +<td class="bot r"><div>2</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr> +<tr><td class="drap">De Suez à Bombay par la mer rouge,</td> +<td class="bot r bb"><div>3300</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i>,</td> +<td class="bot r bb"><div>14</div></td> +<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr> +<tr><td> </td> +<td class="r"><div>6850</div></td> +<td> <i>id.</i>,</td> +<td class="r"><div>31</div></td> +<td> <i>id.</i></td></tr> +</table> +</div> +<p>Cette idée a pris de nouveaux développemens, et l’on +pense sérieusement à la réaliser<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a> pour établir, par un +<span id="p128" class="pagenum">-128-</span> moyen si commode et si rapide, une communication +entre l’Angleterre et ses colonies de l’Inde.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> Une compagnie s’est formée à Londres dans cette vue, et fait +déjà un fonds de 300 mille livres sterlings dans lequel les négocians +de Calcutta participent pour 10 mille livres sterlings. Ces derniers +sont d’autant plus intéressés à la réussite de cette entreprise, +que leurs essais dans ce genre ont eu d’heureux résultats.</p> +</div> +<p>Presqu’en même tems une autre compagnie, à Londres, +s’occupait de correspondre ainsi avec les Etats-Unis. +On présume que le trajet pourrait avoir lieu en +moins de quinze jours. Enfin, le service des paquebots, +entre Buenos-Ayres et l’Angleterre, est en activité. +Il a été autorise par un décret rendu sur la proposition +du consul-général de sa majesté britannique.</p> + +<p>La voiture mécanique dont nous avons parlé dans le +cours de cet essai, comme étant mise en mouvement +sans le secours des chevaux, cessera d’être une merveille +à nos yeux lorsqu’on y aura adopté le feu comme +moteur. Ce n’est encore, comme nous l’avons vu, que +l’imitation d’un procédé tenté en France en 1763. La +machine à vapeur appliquée, par M. Gough, aux voitures, +produira l’effet de ces vaisseaux qui parcourent +les mers comme par enchantement. Cette voiture fera, +par ce moyen, deux lieues à l’heure<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>, et recevra +plus de vîtesse quand on se sera assuré de la solidité +du mécanisme. Un enfant suffira pour lui donner toutes +les directions possibles.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> Il se forme à Londres une compagnie pour la distribution du +gaz locomotif, dont l’expérience, faite sur la diligence d’Yorck, a eu +pour but de diminuer le poids des voitures occasionné par le charbon, +et de donner plus d’accélération à ces voitures. M. Brown, l’inventeur, +se regarde comme sûr de la faire rouler, tant en montant +qu’en descendant, sur le pied de dix milles par heure, 3 lieues et +demie. Cette méthode présente une économie de moitié sur les +moyens employés actuellement. Il doit donc en résulter une diminution +égale sur les places. On prétend même que chaque voyageur +ne paiera qu’un pence [2 sous] par mille.</p> +</div> +<p>Dans ce siècle, si fécond en inventions de tous genres, +on vient encore de proposer, en Angleterre, de remplacer +l’usage des routes ordinaires par celui des chemins +à ornières en fer, et d’employer la machine à +vapeur au lieu de ces immenses attelages qui servent à +transporter les hommes et les marchandises<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>. A peine +<span id="p129" class="pagenum">-129-</span> une idée nouvelle est-elle mise au jour, qu’elle ne tarde +pas à subir des développemens considérables ; et l’on voit +que cette invention, bornée d’abord à de simples voitures +va s’étendre à celles destinées à toute espèce de +transports<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>. La distance de Londres, aux principales +villes de l’Angleterre, serait réduite d’un quart et même +d’un tiers, par des chemins en fer dans une ligne directe, +et dégagée des nombreuses sinuosités qu’il faut +<span id="p130" class="pagenum">-130-</span> suivre. La poste de la capitale à Manchester, Liverpool +et Leeds, arriverait en 12 heures, et il ne lui faudrait +pas 24 heures pour atteindre Glascow et Edimbourg. +Combien n’abrégerait-on pas encore ces voyages par +les ponts suspendus à des chaînes en fer, tel que celui +de la vallée de Tewd.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> On peut juger de la supériorité de ces routes sur les autres, +par le tableau des efforts que doivent faire les chevaux, suivant la +nature de chacune d’elles. On suppose une voiture à 4 roues, chargée +de 8000 livres pesant, sur une route bien entretenue, que 3 chevaux +traîneraient lorsqu’il en faudrait 25 sur une route dégradée.</p> + +<p>Route en fonte coulée, 1/4 de cheval.</p> + +<p><i>Id.</i> en pavés de dalles très-unies, 2 chevaux et 1/2.</p> + +<p><i>Id.</i> en pavé de grès, 3 chevaux.</p> + +<p><i>Id.</i> en blocaille raboteuse, 6 chevaux.</p> + +<p><i>Id.</i> En terrain naturel crayeux, 15 chevaux.</p> + +<p><i>Id.</i> en terrain argileux, 25 chevaux.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> Tous les journaux [oct. 1825] s’accordent à dire que l’ouverture +de la route en fer de Darlington à Stockton [comté de Durham] vient +d’avoir lieu un grande pompe. Une grande quantité de chariots +chargés, les uns de houille, les autres de farine, d’autres enfin +d’ouvriers et de curieux, sont arrivés, traînés par des chevaux, au +bas du plan incliné que forme la première portion de la route. Là, +les chevaux ont été dételés. Au haut du plan incliné, dont la longueur +est d’une demi-lieue, on a établi, à poste fixe, deux machines +à vapeur, chacune de la force de 30 chevaux, destinées à +faire monter les chariots. 12 chariots, chargés chacun de deux +tonneaux [quatre milliers] de houille, et un treizième portant une +grande quantité de sacs de farine, et tous les 13, en outre, couverts +d’autant d’hommes qu’on avait pu en placer, atteignirent le sommet +de la route en 8 minutes. Arrivés là, ils furent attachés, à la queue +les uns des autres, à la machine à vapeur locomotive, qui devait les +tirer dans la descente. D’autres chariots, montés de la même manière, +furent attachés à la suite de ceux-ci ; et, dans le milieu de la +file, on plaça la voiture du comité de l’entreprise, nommée l’<i>Expérience</i>, +destinée par la suite à transporter des voyageurs ; elle est de +l’espèce de celle qu’on appelle <span lang="en" xml:lang="en">longcoach</span>, où les voyageurs sont +assis face à face sur les deux côtés. Elle en peut contenir 18. Le +nombre total des voitures que devait tirer la machine à vapeur locomotive, +était de 34, sur l’une desquelles était un corps de musiciens. +Toutes étaient couvertes d’hommes et décorées de drapeaux portant +diverses devises, et principalement celle de la compagnie : <i lang="la" xml:lang="la">periculum +privatum utilitas publica</i>. A un signal donné, cette file de voitures se +mit en mouvement aux acclamations de la multitude assemblée pour +être témoin de ce spectacle aussi nouveau qu’étonnant, et parcourut +d’abord la route jusqu’à Darlington, où l’on remit de la houille dans +les fourneaux et de l’eau dans les bouilloires, et ensuite jusqu’à +Stockton, avec une vîtesse moyenne de 10 à 12 milles [de 2 lieues +et demie à 3 lieues] à l’heure.</p> + +<p>Des cavaliers, montés sur d’excellens chevaux de chasse, et courant +par dessus haies, et fossés des deux côtés de la route, ne purent +suivre le convoi. La charge des chariots traînés par la machine locomotive +était d’environ 80 tonneaux [160 milliers], et l’on pense +qu’il y avait au moins 700 personnes sur ces voitures quand elles arrivèrent +à Stockton. Au plus fort de la descente, la vîtesse alla jusqu’à +15 ou 16 milles [plus de 5 lieues] à l’heure. La fête se termina +par un grand banquet.</p> +</div> +<p>Puisse cette nouvelle conquête de l’esprit humain dans +l’emploi d’un moteur devenu si puissant par l’action +du feu contenue dans de justes bornes, ne pas s’étendre +indéfiniment à toutes les branches de l’industrie, et ne +pas nuire à la population de certains états qui s’accroît +dans une proportion si forte.</p> + +<p>Une nouvelle preuve de l’instinct des pigeons<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a> +viendrait, s’il en était besoin, à l’appui des exemples +que nous avons cités dans plusieurs passages de cet essai.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> L’introduction clandestine des bijoux fabriqués en France, +auxquels les Anglais accordent une préférence marquée, tant à +cause de leur perfection que de leur prix modéré, éveillait inutilement +la surveillance de la douane. L’usage s’en répandait de +plus en plus, malgré une sévère prohibition. On reconnut enfin, +dit-on, et non sans peine, que ces fraudeurs si long-tems à l’abri +de toute recherche étaient des pigeons. On les lançait des côtes +de France vers celles d’Angleterre ; en leur attachant au cou les +objets destinés à être recueillis par les personnes instruites de leur +message. Cette ruse en fit naître une nouvelle. Les commis, désespérés +de pouvoir atteindre dans l’air ces oiseaux maraudeurs, s’avisèrent +de dresser des faucons à les poursuivre et à s’en emparer. Une +fauconnerie fut bientôt autorisée pour mettre fin à cette introduction +nuisible à l’industrie anglaise, ou pour en diminuer considérablement +les inconvéniens.</p> + +<p>On prétend qu’un bon fauconnier doit dresser un oiseau dans +un mois. On y parvient en faisant veiller et jeûner le faucon, +en lui couvrant les yeux, et en ne lui rendant le jour que lorsqu’on +lui montre l’appât, en lui vidant l’estomac pour augmenter sa +faim, en lui plongeant la tête dans l’eau lorsqu’il est trop revêche.</p> +</div> +<p>En France, comme en Angleterre et dans tous les +<span id="p131" class="pagenum">-131-</span> pays, il est des époques de l’année où les recettes des +postes subissent des modifications. Cela tient à des considérations +locales. En Angleterre, par exemple, à la +fête de Saint-Valentin, qui répond à notre premier +de l’an, on prétend que l’administration des postes, à +Londres, est forcée d’augmenter le nombre de ses facteurs. +On en attribue la cause à la multitude de lettres +qui parviennent par la petite-poste, dont les produits +sont immenses à cette époque.</p> + +<p>Les Anglais se servent, pour leurs avis maritimes, +d’une machine à signaux très-perfectionnée. C’est à +Jacques II qu’ils doivent les améliorations les plus importantes +qui y ont été apportées. Ce prince, par suite +d’une longue expérience, rendit l’utilité de cette espèce +de télégraphe incontestable. Mais cette machine ne peut +entrer en aucune comparaison avec celle qu’on emploie +en France.</p> + +<p>L’Ecosse, qui conserve toujours les traces de ses mœurs +et de ses coutumes antiques, nous offre une nouvelle +occasion de parler des signaux par le feu. On les emploie +avec beaucoup d’efficacité dans ces montagnes si propres +à favoriser cette manière de s’entendre et de communiquer +au loin, en peu d’instans, les avis de la plus +haute importance.</p> + +<p>Quand un chef voulait convoquer son clan ou tribu +dans un pressant danger, il tuait une chèvre, et, taillant +une croix de bois, en brûlait les extrémités pour +les éteindre dans le sang de l’animal. C’était ce qu’on +appelait la croix du feu, et aussi crean tarigh, ou croix +de la honte, parce qu’on ne pouvait refuser de se rendre +à l’invitation qu’exprimait ce symbole, sans être voué à +l’infamie. La croix était confiée à un messager fidèle et +agile à la course, qui la portait sans s’arrêter jusqu’au +village voisin, où un autre courrier le remplaçait aussitôt : +par ce moyen, elle circulait dans la contrée avec +une célérité incroyable.</p> + +<p>A la vue de la croix du feu<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>, hommes, enfans, +vieillards, depuis l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 60 ans, +<span id="p132" class="pagenum">-132-</span> étaient obligés de se trouver, à l’instant, armés au lieu du +rendez-vous : celui qui y manquait souffrait le double +supplice du fer et du feu ; sa désobéissance était marquée +par les signes emblématiques de la croix.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> La croix du feu est un usage commun aux montagnards et +aux anciens Scandinaves.</p> +</div> +<p>Pendant les guerres civiles de 1745 et 1746, la croix +du feu parcourait fréquemment l’Ecosse, et elle traversa +un jour, en trois heures, tout le district de Breadalbane, +c’est-à-dire une étendue de pays de 32 milles.</p> + +<p><i>Feu Alexandre Stuart, écuyer, m’a raconté</i>, dit +Walter-Scott, <i>qu’il envoya lui-même la croix du feu à +cette époque. La côte était menacée par des frégates +anglaises, et l’élite de notre jeunesse était en Angleterre +avec le prince Charles Edouard. Cependant, cette convocation +fut si efficace, qu’au bout de quelques heures +on vit sous les armes une troupe très-nombreuse et pleine +d’enthousiasme. Dès ce moment, le projet de faire diversion +dans la contrée fut abandonné par les Anglais +comme une entreprise désespérée</i>.</p> + +<p>Les carrosses et chaises de poste fabriqués à Edimbourg +sont renommés ; on en exporte beaucoup pour +Saint-Pétersbourg.</p> + +<p>Les lettres pour les trois royaumes et les colonies qui +en dépendent, doivent être affranchies.</p> + + +<h3>ESPAGNE.</h3> + +<p>L’organisation des postes espagnoles changea lorsqu’un +petit-fils de Louis-le-Grand, Philippe V, fut appelé à +la couronne, et le titre de grand-maître, dont jouissaient +les princes de Taxis, fut transmis par la réunion de +cette charge au domaine royal, au comte d’Ognate, +qui la posséda à titre d’office. Mais les postes, mises à +ferme à-peu-près à la même époque qu’en France, +passèrent sous la direction du marquis de Monte-Sacro.</p> + +<p>Elles étaient entretenues alors avec plus de soin de +Madrid à Bayonne, et sur tous les points qui communiquent +avec la France, que dans tout le reste du +royaume. On leur a donné depuis une forme plus régulière, +et le service actuel se fait avec assez d’activité +entre la capitale et les provinces les plus reculées.</p> + +<p>C’est dom Narcisse de Heredia<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>, comte d’Ofalia, +<span id="p133" class="pagenum">-133-</span> qui est surintendant-général des courriers et postes d’Espagne +et des Indes, et M. Melgar directeur-général.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> Regines de los Reos, chevalier grand-croix de l’ordre américain +d’Isabelle la catholique, numéraire de l’ordre royal et distingué +de Charles III, grand’croix de l’ordre royal de la légion-d’honneur +de France, conseiller-d’état et premier secrétaire-d’état.</p> +</div> +<p>Chaque province a un directeur ou un administrateur +particulier pour tout ce qui concerne le service des +postes. Cet agent supérieur dépend du surintendant-général.</p> + +<p>La surintendance-générale<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>, direction et tribunal des +courriers, postes, chemins, auberges, et canaux, s’occupe +des causes relatives à ces différentes parties. <i lang="es" xml:lang="es">La real +y suprema junta de apelaciones de los juzgado de +correos y postas</i><a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>, a l’attribution des mêmes objets +en cas d’appel.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Elle est composée d’un surintendant-général, de quatre directeurs-généraux, +de deux contadors-généraux, d’un assesseur et d’un +fiscal. Il n’y a que les deux derniers qui soient en robe rouge.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> Se compose d’un président, de neuf membres, d’un secrétaire, +d’un contador-général et de deux fiscaux.</p> +</div> +<p>Les postes sont comprises dans les recettes générales, +et leur produit entre dans des caisses particulières : elles +doivent rapporter beaucoup, si l’on en juge par le port +des lettres qui est très-élevé en Espagne.</p> + +<p><i>La Casa de Correos</i>, ou Hôtel des Postes à Madrid, +est construite depuis très-peu de tems, à la <i lang="es" xml:lang="es">Puerta del +sol</i>. C’est un grand édifice carré, absolument isolé, +d’une très-belle composition, et d’un ensemble assez +majestueux : la cour qui en dépend est entourée d’un +portique soutenu par des colonnes. Ce bâtiment est +très-élevé au-dessus du sol, ce qui cause une irrégularité, +commandée sans doute par le terrain, mais d’un +effet désagréable. Cet édifice est néanmoins le plus bel +ornement de la place.</p> + +<p>Madrid n’a pas de fiacres : ils sont remplacés par +des carrosses de remise, et par des caléches ou brouettes +traînées par des hommes. On y trouve cependant des +cabriolets attelés de mules ; ils contiennent deux +personnes, que le cocher mène assis sur l’un des brancards.</p> + +<p>Le transport des dépêches se fait en carrioles tirées +par quatre mules ; les paquets sont renfermés dans +<span id="p134" class="pagenum">-134-</span> une valise : on en ajoute une seconde quand la correspondance +l’exige.</p> + +<p>C’est au comte d’Aranda qu’on doit l’amélioration des +routes et des chaussées, <i lang="es" xml:lang="es">caminos reales</i>. Les chemins +sont superbes, bien percés, soutenus dans les ravins +par des murs et traversés par des ponts très-beaux et très-solides : +il y en a même qu’on peut comparer aux +routes d’Angleterre. Sur quelques-uns, par exemple, +en Catalogne, on voit des colonnes milliaires.</p> + +<p>On se sert, pour voyager en Catalogne, comme dans +le reste de l’Espagne, de carrosses traînés par six +mules, qu’on appelle coches <span lang="es" xml:lang="es">de calleras</span> ; de caléches, +espèces de cabriolets traînés par deux mules, et de +volantes, autre espèce de cabriolets un peu plus +petits, auxquels on n’attèle qu’une mule : ces voitures +font à-peu-près huit lieues par jour. On court la poste +à cheval en Catalogne ; mais on n’y trouve pas de +chevaux pour les voitures. Les chevaux espagnols sont +très-estimés, surtout les Andalous ; ils sont plus convenables +à la selle qu’au carrosse : aussi ne voyage-t-on +le plus communément qu’avec des attelages de mules. +Celles de la Catalogne sont très-belles, et dirigées avec +une rare intelligence. Les voituriers de cette province +l’emportent sur ceux des autres parties de l’Espagne, +par l’adresse et l’art avec lesquels ils guident quatre +ou cinq mules, placées à la file l’une de l’autre. Le +royaume de Valence est aussi très-renommé pour la beauté +et la bonté de ces animaux. Les carrosses, les calèches +et tous les moyens de transports y sont très-multipliés.</p> + +<p>Il n’y a de poste pour les voitures que de Madrid à +Cadix, et de Madrid aux différentes maisons royales, +elles ont été établies par le comte Florida Blanca qui +se proposait de faire participer les principales routes de +ce royaume à ce précieux avantage<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>. Il en est de +même des diligences qu’il avait également établies de +Bayonne à Madrid, dans lesquelles on payait douze +piastres. Cette entreprise ayant entraîné des dépenses +<span id="p135" class="pagenum">-135-</span> onéreuses pour le trésor royal, on s’en tint à cet +essai. Mais, depuis la guerre de la délivrance, des compagnies +ont formé des entreprises de ce genre sur plusieurs +points. S. M. C. a fait l’acquisition d’une partie des +malles-postes françaises employées pour faire le service +des postes militaires. Ces voitures serviront sans doute de +modèles à celles qu’on se propose de construire, pour rendre +non-seulement la communication intérieure de l’Espagne +plus facile, mais pour multiplier les relations entre les +deux royaumes unis plus que jamais par les nœuds de +l’amitié, plus forts encore, s’il est possible, que ceux +de l’intérêt.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> Toutes les cartes d’Espagne, entr’autres celles de M. Lapie, +indiquent les routes de poste montées avec voitures, celles montées +avec chevaux, et celles non montées.</p> +</div> +<p>Quant aux postes, elles sont passablement servies par +des mules. Les voitures établies sur les routes de poste +sont à deux et à quatre roues ; il y en a à une place qu’on +appelle solitaires, ou cabriolets. Parmi ces voitures, il +en est de plus propres sous la dénomination <i>de distinguées</i>, +dont le prix, par conséquent, est plus élevé.</p> + +<p>Les postes ne sont point établies à des distances +égales sur les routes, aussi, ne paie-t-on qu’en raison +du nombre de <i lang="es" xml:lang="es">leguas</i> parcourues ; elles sont plus grandes +que celles de France. Il faut une permission des directeurs +ou administrateurs des postes pour avoir des chevaux, +sans quoi les maîtres de poste, qui sont ordinairement +des <i lang="es" xml:lang="es">venteros</i>, n’en fourniraient pas. Cette +autorisation coûte 37 réaux et demi par personne. Les +postes de deux <i lang="es" xml:lang="es">leguas</i> doivent être parcourues en trois +heures ; les frais, selon le tarif, pour deux chevaux, +compris le voyageur et le postillon<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, vont à 4 réaux +par poste.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> L’uniforme des postillons est bleu avec collet rouge.</p> +</div> +<p>En voiture<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>, la poste est obligée de mener deux +personnes dont le bagage n’excède pas deux cents livres, +avec deux chevaux : le prix est le même que pour un +seul cheval. On paie 4 réaux pour une chaise de poste. +<span id="p136" class="pagenum">-136-</span> La taxe des postillons est de 2 réaux. La <i lang="es" xml:lang="es">legua</i> revient +à 12 réaux, mais on ne va pas très-vîte, et on fait, +par exemple, les cent milles de Madrid à Cadix dans +4 jours et 4 nuits.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> Chaque voyageur qui mène avec lui sa propre voiture, doit, +à son entrée dans le royaume, en déposer au bureau des douanes, +d’après une estimation d’experts, le 10.<sup>e</sup> et même les trois quarts +de la valeur. Il reçoit un certificat, et la somme qu’il a comptée +lui est remise à la sortie, lorsqu’il quitte l’Espagne avec la même +voiture. Cette loi est très-ancienne.</p> +</div> +<p>Si la facilité de voyager en voiture par la poste est +restreinte à quelques routes, elle a lieu à cheval sur +toutes sans exception. Ou prend souvent de préférence +des chemins de traverse, quand on court à franc étrier. +La première poste se paie double en sortant de Madrid +ou des résidences royales. Le prix des chevaux varie. +Il est de 3 réaux 4 quartillos par lieue, pour chaque +cheval, en Castille ; mais, dans la Navarre, la Catalogne +et le royaume de Valence, il en coûte 5 réaux +et demi.</p> + +<p>L’âne ou borico sert pour les courses de peu d’étendue : +c’est une monture incommode.</p> + +<p>Les voitures généralement en usage sont les <i lang="es" xml:lang="es">volantes</i> +ou <i lang="es" xml:lang="es">calechinas</i>, espèces de cabriolets à deux roues, et +menées par un cheval ou une mule ; les <i lang="es" xml:lang="es">calechas</i> conduites +par deux mules, dans lesquelles on est plus à +l’aise, quoiqu’elles soient mal suspendues, et les coches +de <i lang="es" xml:lang="es">calleras</i> ou carrosses à 4 places, plus solides qu’élégans. +L’allure de ces voitures, disent les voyageurs, +est singulière, amusante, effrayante quelquefois, mais +toujours sans danger par l’habileté des conducteurs. Les +mules qui en forment l’attelage ne sont retenues que +par des traits extrêmement longs, qui leur laissent la +facilité de s’éloigner, de se rapprocher, et de parcourir +la route sans ordre, au point de faire craindre +à chaque instant que la voiture ne se brise dans les +descentes ou les endroits escarpés, ou qu’elle ne verse +dans les précipices. La voix seule du <i lang="es" xml:lang="es">mayoral</i> suffit pour +prévenir les accidens, et ces animaux, dociles au commandement +du guide qui les dirige, reprennent de +suite et avec ordre le sentier dont ils s’étaient écartés.</p> + +<p>L’affranchissement pour ce royaume et ses colonies +est forcé.</p> + + +<h3>PORTUGAL.</h3> + +<p>Philippe II abandonna la propriété des postes de Portugal +à la maison Gomez de Mata, dont les descendans +possédèrent la charge de grand-maître avec tous +<span id="p137" class="pagenum">-137-</span> les priviléges qui y étaient attachés. L’organisation de +ce service était la même qu’en Espagne. Le transport +des lettres s’y fait encore avec la même régularité, et +c’est par l’intermédiaire de ce royaume que le Portugal +reçoit les dépêches du continent. On trouve à Lisbonne +des paquebots qui partent à époques fixes pour la +Hollande, l’Angleterre, le Brésil, les îles des Açores, +de Madère, et les colonies dépendantes du Portugal +où les postes sont établies sur les bases adoptées dans +la métropole.</p> + +<p>On voyage en Portugal dans des chaises de postes +assez incommodes et toujours mal entretenues. Ce sont +des calèches attelées de deux mulets, à 2 roues et à 2 +places. On se sert à Lisbonne de ce genre de voitures ; +mais on y remarque plus communément des équipages +à quatre places et à quatre mulets. Il est encore une +autre voie qu’on peut prendre, celle des messagers qui +conduisent à dos de mulets, monture la plus ordinaire, +les dépêches ou les marchandises.</p> + +<p>Il faut affranchir toutes les lettres destinées pour le +Portugal et ses colonies.</p> + + +<h3>ITALIE.</h3> + +<p>Les postes des états de Sa Sainteté sont régies par +un directeur-général, et le transport des lettres se fait +à cheval et en voiture<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>. On a introduit depuis peu de +tems de nouvelles améliorations dans ce service, surtout +dans la forme des voitures, qui ont été construites en +Allemagne, avec un soin tout particulier.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> Le tarif des postes italiennes pour le port des lettres est de +7 gram. 1/2 en 7 gram. 1/2. Où il n’y pas de bureau de poste +on en trouve un d’estafette.</p> +</div> +<p>Mais les voituriers sont généralement préférés dans +toute l’Italie, malgré les établissemens de messageries +dont les Français avaient donné l’exemple pendant leur +domination, et ceux de malles qui contenaient deux +places, une pour le courrier et l’autre pour un voyageur.</p> + +<p>Rome, comme quelques autres capitales de l’Europe, +n’a pas de fiacres ; ils sont remplacés par les carrosses +de remise. Mais un usage, commun à toutes les principales +<span id="p138" class="pagenum">-138-</span> villes de l’Italie, c’est de payer la poste de sortie, +qui est considérée comme poste et demie.</p> + +<p>Le nombre des voyageurs qui parcourent l’Europe, +contribue partout aux changemens heureux introduits, +soit dans la forme des voitures, soit dans l’accélération +de leur marche, soit enfin dans tout ce qui se rapporte +à la facilité et à la commodité des moyens de transport. +Parmi les travaux importans que Sa Sainteté fait exécuter +en ce moment, pour y parvenir, on remarque la route de +Rome à Naples par Valmontone, Formone, Ceprano et +Capone. Cette route est de 25 milles plus courte que +celle de Poste, qui traverse les marais Pontins.</p> + +<p>A Gênes, en Toscane et dans les états de l’Eglise, le +prix pour deux chevaux de chaise de poste est de neuf +livres de Gênes, et pour un cheval en courrier de trois +livres.</p> + +<p>Les postillons sont généralement très-alertes en Italie ; +leur service se rapproche beaucoup de celui des guides +français et anglais.</p> + +<p>L’affranchissement est libre pour cette partie de +l’Italie.</p> + +<p>Tout le pays dépendant de l’empire autrichien est +soumis au mode de régie de l’Allemagne. Le service pour +le transport des lettres a lieu comme en France, par +des courriers en voiture ou à cheval. Les voitures dont +on se sert, ressemblent à celles d’Allemagne ; elles n’ont +que deux roues et se nomment <i lang="it" xml:lang="it">sedia</i>.</p> + +<p>Il y a deux manières de courir la poste en Italie, l’une +est la poste ordinaire, plus coûteuse dans le Milanais, +les états de Venise, le Piémont, la Lombardie, que +dans la Toscane et l’Etat pontifical ; l’autre, la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span><a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>, +plus économique, mais moins expéditive, +parce qu’on ne peut voyager que pendant le jour, et +qu’il est défendu de faire galoper les chevaux. On n’éprouvait +jamais de grandes difficultés de la part des +maîtres de poste, lorsqu’on voulait prendre cette voie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> <span lang="it" xml:lang="it">Cambiatura</span>, voiture à deux personnes et à prix fixe.</p> +</div> +<p>Dans les états de Venise, si l’on courait la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span>, +on ne payait que cinq livres et demie par cheval d’attelage +ou de selle. Dans le Milanais, deux chevaux de +<span id="p139" class="pagenum">-139-</span> chaise payaient un demi-sequin par poste, et un cheval +en courrier quatre livres.</p> + +<p>On compte, à Venise, 9000 gondoles en activité : +elles ont ordinairement 25 pieds de long sur 4 de large, +et sont toutes peintes et garnies de drap de même couleur ; +celles des personnes riches, se distinguent par une +plus grande dimension et des ornemens plus recherchés ; +mais, toutes se ressemblent par la forme de leur couverture, +qui est une espèce de toit.</p> + +<p>L’Italie offre en général plus d’agrément et de facilité +pour voyager que l’Allemagne. Les routes sont excellentes, +mais les postillons importuns.</p> + +<p>L’affranchissement est forcé pour le pays Lombard-Venitien.</p> + + +<h3>SARDAIGNE.</h3> + +<p>Les postes sont régies en Sardaigne, en Savoie et en +Piémont, à peu près comme en France, avec laquelle +ces états correspondent trois fois par semaine. Le service +a lieu par entreprise, et le systême décimal y a été +adopté pour la comptabilité. C’est par la Savoie<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a> que +parviennent presque toutes les dépêches de l’Italie, destinées +pour la France.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> Le roi de Sardaigne comptait, en 1789, en Piémont, 30 +grandes routes.</p> +</div> +<p>Autrefois on courait la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span> en Piémont, mais +cette coutume est abolie, et le prix de la poste est fixé +ainsi qu’il suit : une voiture à quatre roues, attelée de +trois chevaux, paie six livres ; lorsqu’il y a quatre chevaux, +huit livres ; deux chevaux de voiture, paient +4 livres 10, et le prix pour un cheval de selle est de +deux livres.</p> + +<p>Turin n’a pas de fiacres, mais des voitures de louage +dans lesquelles même on voyage. Les conducteurs s’appellent +voiturins ou <span lang="it" xml:lang="it">veturini</span>. La <span lang="it" xml:lang="it">carretino</span> est une espèce +de voiture à une seule place, ou plutôt un fauteuil : +elle est attelée d’un seul cheval. Sa forme est celle d’un +vase, dont le pied tient à un essieu de bois. Il est rare +qu’on puisse courir la poste partout ce pays : on se +sert quelquefois d’une voiture à deux roues, bien légère. +<span id="p140" class="pagenum">-140-</span> Il faut dans ce cas, consulter les maîtres de Poste. +Avant la route du mont Cenis, les voitures étaient démontées +et transportées à dos de mulets, et les voyageurs +étaient portés dans des chaises ou ramassés en traîneaux. +Aujourd’hui on trouve, au pied du mont, un grand +nombre de petites voitures, dans lesquelles on fait ce +trajet, sans les inconvéniens d’autrefois.</p> + +<p>Pour correspondre avec la Sardaigne, on emploie des +goëlettes armées. C’est une précaution très-sage pour +résister aux attaques des pirates. Il serait à désirer qu’une +semblable mesure fût adoptée par toutes les nations, +dont le transport des dépêches a lieu par mer, et surtout +par la Méditerranée.</p> + +<p>L’affranchissement pour ces pays est libre.</p> + + +<h3>SUISSE.</h3> + +<p>Le service des postes, en Suisse, soit en régie ou à +forfait, est pour le compte de chaque canton et sous la +dénomination générale d’office des Postes, ou sous celle +de régie et de direction, selon les localités. Les cantons +qui n’exploitent pas leurs services, et cela arrive quelquefois, +en confient l’administration aux cantons voisins. +Les voitures employées au transport des dépêches +servent également aux voyageurs et aux marchandises. +Le service ne s’en fait pas moins avec une grande régularité, +et ne laisse rien à désirer sous le rapport de +la sûreté. Le prix des postes françaises est maintenu +jusqu’à Gênes, et sur divers autres points.</p> + +<p>La manière dont la duchesse de Némours voyageait +chaque fois qu’elle partait de Paris pour se rendre en +Suisse, dans sa principauté de Neuchatel, a eu, sans +doute, beaucoup d’approbateurs, sans trouver un +grand nombre d’imitateurs, par les frais que ce moyen +entraînait. Elle se faisait porter en chaise par des porteurs +qui, au nombre de quarante, la suivaient en +chariots, et se relayaient alternativement. Avec cette +précaution, elle faisait tous les jours douze à quinze +lieues, sans fatigue, et plus agréablement que dans la +voiture la plus douce et la plus commode. Cet usage, +si répandu dans l’Inde, où l’on établit les hommes par +relais, comme nous le pratiquons pour les chevaux, ne +pourrait être aisément introduit en Europe, tant à +<span id="p141" class="pagenum">-141-</span> cause de nos mœurs que des moyens de transports actuels, +si économiques et si rapides. Les signaux par les +feux se sont toujours conservés en Suisse. Il est peu de +contrées plus propres à ce genre de correspondance.</p> + +<p>L’affranchissement est forcé pour cet état.</p> + + +<h3>NAPLES.</h3> + +<p>Le royaume de Naples, tout le reste de l’Italie et les +îles du Levant, ont à peu près le même mode de transport.</p> + +<p>Les postes napolitaines sont servies par les chevaux +que les seigneurs voisins des routes fournissent de +leurs haras, et dont ils retirent le profit. Ces chevaux, +élevés avec soin, sont très-estimés et très-convenables +pour ce service.</p> + +<p>Les bateaux à vapeur vont donner une nouvelle activité +à la correspondance de toutes les îles de la Méditerranée. +Ils sont employés avec succès à Venise ; et +bientôt, tous les retards qu’on éprouvait dans les relations +maritimes disparaîtront.</p> + +<p>On voyage dans le royaume de Naples, en chaises +qui, avec deux chevaux, paient onze carolins par poste. +Un cheval, à franc étrier, coûte cinq carolins et demi. +La calèche napolitaine n’est qu’une espèce de coquille +à une place, sur un piédestal, supportée par des +brancards très-légers et très-élastiques, et traînée par +un seul cheval. Son poids est de dix à quinze livres. +Elle roule avec une vitesse extrême. Le voyageur dirige +le cheval ; et, le conducteur placé derrière, tient +le fouet. Il y a d’autres calèches, ou <i lang="it" xml:lang="it">curriculi</i>, qu’on +loue 10 ou 12 fr. par jour. La nouvelle route<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a> qui +a été construite pour traverser le mont Pausilippe, est +superbe, et on peut la parcourir très-commodément +en voiture.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> Elle a coûté 30,000 ducats, et les troupes autrichiennes y ont +travaillé sous la direction de M. Mulhlwerth, capitaine du génie +autrichien.</p> +</div> +<p>Nous avons remarqué que la partie de l’Italie dépendante +de l’Autriche était seule soumise à l’affranchissement +forcé.</p> + +<p><span id="p142" class="pagenum">-142-</span></p> + +<h3>AFRIQUE.</h3> + +<p>Ce n’est pas dans cette partie du monde où nous devons +chercher quelque régularité dans l’organisation des +divers moyens substitués aux postes. Il y a cependant, +dans les états de Tunis et d’Alger, des relations établies ; +et ce sont les Maures de la campagne habitués à supporter +les plus rudes fatigues, qui servent de messagers ; mais +ils sont d’une stupidité sans exemple<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> <i>M. de Chénier rapporte que l’un d’eux, qui attendait ses dépêches +dans un appartement où il y avait une glace, crut, en voyant son +image réfléchie que c’était un autre courrier qui attendait, comme lui, +d’autres dépêches dans une chambre voisine. Il demanda où allait ce +courrier, et on lui répondit, en plaisantant, qu’il se rendait à Mogadore. +Et bien, dit-il, nous irons ensemble ; et il en fit aussitôt la proposition +au camarade qui gesticulait, comme lui, dans le miroir, et ne répondait +pas. Il était près de se fâcher, lorsqu’il vit, dans la même glace, +une personne qui entrait dans l’appartement. Etonné de son erreur, il +eut bien de la peine à se persuader, malgré ses yeux et ses doigts, qu’il +pût se voir, disait-il, à travers une pierre.</i></p> + +<p>On pourrait citer des traits d’une pareille stupidité, au sein même +des nations les plus civilisées, et le recueil des anas pourrait être facilement +grossi d’exemples de ce genre.</p> +</div> +<p>M. Le Vaillant a remarqué que les Hottentots avaient +un sûr moyen de s’entendre, par la manière dont ils disposaient +des feux sur certains lieux élevés. <i>Les feux de +nuit</i>, dit-il, <i>sont un langage particulier que connaissent +et pratiquent la plupart des nations sauvages, mais +aucun n’a porté cet art si loin que les Houzouanas, +parce qu’aucun n’a autant besoin de l’étendre et de le +perfectionner. Faut-il annoncer une victoire ou une défaite, +une arrivée ou un départ, une maraude heureuse +ou un besoin de secours, en un mot une nouvelle quelconque, +ils savent, en un instant, notifier tout cela, +soit par le nombre de leurs feux, soit par la manière +dont ils les disposent. Ils ont même l’industrie de varier +leurs feux de tems en tems, de peur que les nations ennemies +venant à les reconnaître, elles ne les emploient +par surprise et par trahison. J’ignore en quoi consiste +cette langue si habilement inventée, tout ce que je puis +dire, c’est que les feux allumés à vingt pas l’un de l’autre, +de manière à former un triangle équilatéral, annoncent +un ralliement</i>.</p> + +<p><span id="p143" class="pagenum">-143-</span> Nous retrouvons chez ces peuplades, les mêmes procédés +que nous avons observés en parlant des premiers +essais tentés avant l’institution des postes. En se reproduisant +encore, ils seront une nouvelle preuve, que +parmi les tribus qui n’ont fait aucun pas vers la civilisation, +les mêmes besoins, les mêmes causes, font naître +les mêmes pratiques. Si, chez les Hottentots, on remarque +ce procédé porté à un plus grand degré de perfection, +cela tient à l’organe de la vue, qui rend ces +insulaires capables de découvrir, à des distances incroyables, +des objets imperceptibles pour des yeux moins +exercés que les leurs<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>. De là cet avantage qui les distingue +dans les dispositions multipliées de leurs feux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> Bernardin de Saint-Pierre parle d’un homme qui prétendait avoir +trouvé le secret d’annoncer l’arrivée des vaisseaux, lorsqu’ils étaient +à 60 ou 80 lieues des ports et même plus loin. Il en avait fait, ajoutait-il +encore, l’expérience plusieurs fois à l’Ile de France, devant +divers témoins, qui avaient signé le mémoire qu’il présenta au ministre +de la marine, en France. En effet, l’expérience eut lieu à Brest, +devant des commissaires, et elle ne réussit pas.</p> + +<p><i>J’ai pensé</i>, dit l’auteur des Etudes de la Nature, <i>que cet observateur +avait pu, dans quelque circonstance favorable et commune dans le ciel des +tropiques, avoir la vue des vaisseaux par la réflexion des nuages. Ce +qui me confirme dans cette idée, c’est un phénomène très-singulier qui m’a +été raconté par notre célèbre peintre Vernet, mon ami. Etant dans sa +jeunesse en Italie, il se livrait particulièrement à l’étude du ciel, plus +intéressante, sans doute, que celle de l’antique, puisque c’est des sources +de la lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui +font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vernet, pour en fixer +les variations, avait imaginé de peindre sur les feuillets d’un livre toutes +les nuances de chaque couleur principale, et de les marquer de différens +numéros. Lorsqu’il dessinait un ciel, après avoir esquissé les plans et les +formes des nuages, il en notait rapidement les teintes fugitives sur son +tableau, avec des chiffres correspondant à ceux de son livre, et il les coloriait +ensuite à loisir. Un jour, il fut bien surpris d’apercevoir dans les +cieux la forme d’une ville renversée ; il en distinguait parfaitement les +clochers, les tours, les maisons. Il se hâta de dessiner ce phénomène, et, +résolu d’en connaître la cause, il s’achemine, suivant le rumb de vent, +dans les montagnes. Mais quelle fut sa surprise de trouver, à 7 lieues de +là, la ville dont il avait vu le spectre dans les cieux, et dont il avait le +dessin dans son portefeuille</i>.</p> +</div> +<p>Au Congo, les missionnaires rapportent qu’on voyage +dans des hamacs portés par des nègres. Quand on veut +faire diligence, on les établit par relais, et ils avancent +avec la rapidité des meilleurs chevaux. C’est aussi la manière +de voyager dans d’autres contrées de l’Afrique, +entr’autres dans le royaume d’Ardra, où les chemins +sont très-commodes ; et, quoiqu’il y ait beaucoup de +chevaux, les nègres, de ces contrées, ne montent que des +bœufs pour parcourir les plus grandes distances et se +trouvent très-bien de cette façon d’aller.</p> + +<p>Moore assure avoir vu un Africain qui montait une +autruche, et se rendait ainsi, avec rapidité, d’un lieu à +un autre très-éloigné. <i>J’ai vu des autruches apprivoisées</i>, +dit M. de la Caille, <i>que des nègres employaient +<span id="p144" class="pagenum">-144-</span> en place de chevaux. Elles n’avaient pas plutôt senti le +poids du cavalier, qu’elles se mettaient à courir de +toutes leurs forces, et leur faisaient faire le tour de +l’habitation, sans qu’il fût possible de les arrêter, +autrement qu’en leur barrant le chemin. La charge de +deux hommes n’est pas disproportionnée à leur force, +et lorsqu’on les excite, elles étendent leurs aîles, comme +pour prendre le vent, et s’abandonnent à une telle vitesse, +qu’elles semblent perdre terre. Je suis persuadé +qu’elles laisseraient bien loin derrière elles les plus +forts chevaux anglais. Elles ne fournissent pas une +course aussi longue ; mais, à-coup-sûr, elles la feraient +plus promptement. On voit, par-là, de quelle utilité serait +cet animal, si l’on trouvait moyen de le maîtriser +et de l’instruire, comme on dresse les chevaux</i>.</p> + +<p>Nous avons dit, au commencement de cet essai, que +l’Egypte avait donné l’exemple de la poste aux pigeons, +et qu’on les y employait à cet usage, depuis un tems +immémorial. On nous pardonnera d’ajouter encore quelques +détails à ceux que nous avons donnés, à propos +d’un pays si fécond en cette sorte d’oiseaux.</p> + +<p>De Rosette au Grand-Caire, Norden dit qu’on distingue +partout des colombiers de forme pyramidale, +où se rassemblent d’innombrables pigeons. On prétend +même qu’aujourd’hui les mariniers d’Egypte, de Chypre +et de Candie, nourrissent sur leurs navires de ces sortes +de pigeons. C’est, dit Belon, pour les lâcher quand ils +s’approchent de terre, afin de faire annoncer chez eux +leur arrivée. Le consul d’Alexandrie s’en sert pour envoyer +promptement de ses nouvelles à Alep, et pour +<span id="p145" class="pagenum">-145-</span> donner avis des bâtimens qui entrent dans le port. Ce +trajet, qui est de trente lieues, est parcouru par les +pigeons en moins de trois heures.</p> + +<p>Toutes les caravanes qui voyagent en Arabie, font +savoir, par le même moyen, leur marche aux souverains +arabes avec qui elles sont alliées. Au reste, il paraît +que cet usage est très-répandu en Orient, où l’on dresse +les pigeons à porter et à rapporter les lettres dans les +occasions qui exigent une extrême diligence<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> On remarque les mêmes habitudes chez certains oiseaux. +Ceux du tropique annoncent, dit-on, l’arrivée des vaisseaux d’Europe, +on les devançant de fort loin, et en venant aborder avant +eux.</p> + +<p><i>O combien de marins</i>, s’écrie l’auteur des Harmonies de la Nature, +<i>ont péri sur des écueils inconnus, qui auraient pu revoir leurs compagnons, +s’ils avaient pensé à les instruire de leur sort par les oiseaux ! +Vous leur devriez peut-être la vie, vous et vos compagnons, ô infortuné +la Peyrouse !</i></p> +</div> +<p>Mahomed-Ali, pacha d’Egypte, a fait établir, par +M. Abro, de Smyrne, qui a habité Paris pendant long-tems, +une ligne télégraphique d’Alexandrie au Caire, +sur le modèle des machines en usage en France. Elle a +dix-sept stations ; et les signaux, faits avec précision, +transmettent les avis en 40 minutes de l’une à l’autre de +ces villes. Cette mesure doit être commune à toute +l’Egypte. Il y a, en outre, des relais à chacune des stations +télégraphiques, pour correspondre d’Alexandrie au +Caire.</p> + +<p>La présence des Romains se fait remarquer encore +dans ces contrées par des restes d’antiquités, des chemins, +des chaussées, des ponts et des bornes militaires.</p> + +<p>Les colonies françaises, en Afrique, ne pouvaient être +privées de l’avantage des bateaux à vapeur. Deux de ces +bateaux, d’une force de 32 chevaux, naviguent sur le +Sénégal et remontent le fleuve jusqu’à 350 lieues de son +embouchure. Ainsi, on pourra pénétrer dans des lieux +où il eût été impossible de s’ouvrir des communications +par terre, tant à cause des obstacles naturels, que des +dangers auxquels on se trouve exposé en traversant le +<span id="p146" class="pagenum">-146-</span> territoire de certaines castes africaines livrées aux habitudes +les plus féroces et les plus sanguinaires. Peut-être +qu’un jour l’intérieur de cette partie du monde, qui a +échappé à toutes les investigations, sera explorée avec +succès par le moyen de ces bâtimens qu’un moteur si +puissant rend si propres aux navigations des grands +fleuves.</p> + + +<h3>ASIE.</h3> + +<p>Les messages se font en Turquie par le moyen des +coureurs. C’est une coutume commune à tous les peuples +dont les relations habituelles sont moins multipliées qu’en +Europe. Si on voulait ajouter foi à certains récits, les +individus que le Grand-Seigneur emploie à ce service +ne devraient leur agilité qu’à l’extirpation de la rate +qu’ils seraient forcés de subir. C’est sans doute de cette +croyance populaire qu’est venue la façon de parler : +courir comme un ératé. Mais, sans nous arrêter à cette +absurde supposition, nous ajouterons que ces courriers +du Grand-Seigneur, appelés valachi, vont avec une +diligence incroyable. Pour éprouver moins de fatigue, +<i>ils se serrent</i>, dit Montaigne, <i>à travers le corps, bien +estroitement, d’une bande large, comme font assez +d’aultres</i>. Ils ont le singulier privilége de démonter le +premier cavalier qu’ils rencontrent, et de n’éprouver +aucun refus dans cet acte arbitraire. Ils se servent de +ce cheval jusqu’à ce qu’il se présente une nouvelle occasion +d’en changer. Ils achèvent ainsi leur course, sans +dépense pour le Sultan, sans charges pour le peuple, +et sans fatigue pour eux-mêmes. Quelques individus, +de tems à autre, sont victimes de cette mesure despotique ; +car il est rare que ces messagers ne profitent +pas de leurs droits ou manquent d’occasion d’en user. +Mais l’empire absolu du Sultan sur ses sujets les rend +peu sensibles à ces contre-tems.</p> + +<p>Les lettres qu’on expédie de Londres pour l’Inde, se +rendent à Vienne par Hambourg en 10 jours ; la distance +est de 806 milles ; de Vienne à Constantinople, +dont le trajet est du 800 milles, quelquefois en 16 jours. +Cette différence est causée par la fonte des neiges et +<span id="p147" class="pagenum">-147-</span> l’état des routes ; enfin, de Constantinople à Bassora, +qui en est éloignée de 1800 milles (600 lieues), par +l’Arménie et le Diarberk. Les Tartares, qui font le +service de courriers en Turquie, et qui jouissent du +singulier privilége de démonter les cavaliers qu’ils rencontrent, +font ordinairement à présent ce long voyage +sur des chevaux entretenus par le gouvernement. Ils +s’embarquent sur le Tigre pour faire les 400 milles qui +restent de Bagdad à Bassora : ce trajet, qu’ils effectuent +en 4 jours, en prend seize lorsqu’ils reviennent et +remontent l’Euphrate, moins rapide que le Tigre.</p> + +<p>Le service des dépêches a lieu aussi d’Alep à Bassora +par les Tartares, qui mettent seize jours à faire ce +trajet sur leurs dromadaires<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> Chaque journée est de 16 à 18 lieues.</p> +</div> +<p>On voyage dans le désert de l’Inde à cheval ou en +mohaffa, espèce de petites voitures placées comme des +paniers sur le dos d’un chameau, et couvertes de rideaux +supportés par un piquet établi comme un mât sur +la selle.</p> + +<p>En Tartarie, ce sont les chevaux entretenus aux dépens +du grand cham qui font le service de la poste. Parmi ces +chevaux aussi vigoureux qu’endurcis à la fatigue, on +choisit les mieux exercés à la course pour les courriers +du prince. Les clochettes que l’on place en France au +cou des chevaux, sont attachées à la ceinture des courriers +tartares. Le bruit qu’elles produisent d’assez loin, +suffit pour donner le tems à celui qui doit continuer la +course de se tenir prêt à recevoir les dépêches pour les +transporter à son tour à la station suivante.</p> + +<p>Lorsque la distance à parcourir n’est pas très-considérable, +on emploie des coureurs à ce service : cette +coutume était usitée chez les Romains, où des messagers +à pied transmettaient les lettres de certaines villes de +l’empire.</p> + +<p>Une autre manière de voyager se remarque parmi les +Tartares anguris : ils ne montent que des buffles<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> Il en est ainsi du roi de Baly et des seigneurs de sa cour.</p> +</div> +<p>Pendant que le capitaine Sarris était à Moka, il reçut +<span id="p148" class="pagenum">-148-</span> la visite du Roi de Rahaïta, sur la côte l’Abyssinie, qui +montait une vache.</p> + +<p><i>Aux Indes de deçà</i>, dit Montaigne, <i>c’estoit anciennement +le principal et royal honneur de chevaucher un +éléphant ; le second, d’aller en coche traîné à quatre +chevaux ; le tiers, de monter un chameau ; le dernier et +plus vil degré, d’être porté par un cheval seul. Quelqu’un +de nostre temps escrit avoir veu, en ce climat là, +des pays où on chevauche les bœufs avecques bastines, +estriers et brides, et s’estre bien trouvé de leur posture</i>.</p> + +<p>Mais la manière la plus usitée de voyager, c’est de se +faire porter en palanquin, espèce de pavillon sur un +brancard plus ou moins élégant, selon la condition des +particuliers. Sa forme ordinaire est celle d’un coffre, +de 6 pieds de haut, sur trois et demi de large : il +est entouré de persiennes. On peut s’y coucher facilement +en reposant sa tête sur une planche en pente ; +mais il faut se tenir dans le milieu pour être bien porté.</p> + +<p>Le palanquin est soutenu par un bambou qui avance +de trois ou quatre pieds de chaque bout et qui est fixé +très-solidement dans le milieu ; c’est là que les boës +ou porteurs y placent leurs épaules de manière à se +croiser : ils sont toujours au nombre de six, trois sur +le devant et autant sur le derrière. Ces boës n’ont pas +d’autre métier. Ils font ordinairement deux lieues par +heure, courent plus qu’ils ne marchent, et se relayent +sans qu’on s’en aperçoive. S’ils trouvent un étang, +ils s’y mouillent les pieds et le visage, pour reprendre +des forces. La journée d’un boës est de douze ou quatorze +lieues. On en prend toujours une douzaine, et on +les établit par relais : c’est la poste du pays. Le prix +d’un palanquin à Madras est de deux roupies et demie +par jour.</p> + +<p>Les grands et les femmes de qualité, lorsqu’ils +voyagent, choisissent de préférence des éléphans, sur le +des desquels on dispose de larges pavillons richement +ornés. On les emploie aussi à traîner les voitures<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>. +<span id="p149" class="pagenum">-149-</span> La charge d’un éléphant est de trois ou quatre mille +livres. Ces animaux, lorsqu’on les monte, ne bronchent +jamais ; mais, en revanche, leurs mouvemens ne sont +pas très-doux. Ils font au pas ordinaire autant de chemin +qu’un cheval au petit trot, et autant que les +chevaux au galop, lorsqu’ils accélèrent leur marche. La +journée d’un éléphant est de 20 lieues ; quand on le +presse, il peut en faire 30 et même 40<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> La voiture de cérémonie de l’empereur des Birmans, prise par +les troupes anglaises au commencement de la campagne [1825], +est arrivée en Angleterre. Tout est extraordinaire dans cette voiture +dont l’or forme la base, et qui est couverte de milliers de diamans +et des pierres les plus précieuses. Elle a 25 à 30 pieds de hauteur ; +elle est traînée par des éléphans. C’est un chef-d’œuvre qu’il eût été +difficile de surpasser en Europe.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> Chardin prétend que l’éléphant en marchant ne fait pas plus +de bruit qu’une souris, qu’il va fort vîte, et que, s’il vient derrière +vous, il est sur vos talons avant que vous vous en aperceviez. +(<i>Bernardin de Saint-Pierre.</i>)</p> +</div> +<p>Les routes dans l’Inde sont assez belles et formées +d’une espèce de brique. Elles sont très-fréquentées par +les habitans qui visitent sans cesse les pagodes qu’on +y trouve en très-grand nombre, soit à pied, à cheval, +ou en gadi, espèce de voiture attelée de bœufs. Les +grandes routes, anciennement tracées, étaient divisées +par stades de dix en dix, pour guider les voyageurs +et marquer les distances. On avait construit des lieux +de repos pour les caravanes, auprès desquels on creusait +des étangs et des puits, afin de remédier, autant que +possible, à la disette d’eau. Un passeport, toujours écrit +en malabare, en persan, et en talinga, est indispensable +pour parcourir ces contrées : les pions l’exigent +strictement des voyageurs.</p> + +<p>A Madras, la plupart des routes sont spacieuses, +bien entretenues et bordées, de distance en distance de +rangées d’arbres, soit de bamboues, de cocotiers, de +palmiers ou autres plantes élevées. La route qui conduit +au fort Grammont, éloigné de 4 lieues de la ville, +est surtout très-remarquable. On est étonné de la quantité +de voitures, cabriolets, de palanquins qui circulent +au déclin du jour ; de la beauté et de la parure des +chevaux arabes que montent les Anglais ; et de l’attelage +de certaines voitures indiennes conduites par des +bœufs superbes, richement caparaçonnés et dont les +cornes sont peintes et souvent dorées.</p> + +<p><span id="p150" class="pagenum">-150-</span> L’industrie et le commerce si actif de l’Inde exigeaient +des moyens faciles de correspondre. Les Anglais +qui en sentaient la nécessité, les établirent ou les perfectionnèrent. +Les présidences de Calcutta, de Madras et +de Bombay firent, à cet effet, des réglemens de poste, +en 1793, sous la surintendance générale de Charles +Elphinstone. Des relais de tapals furent établis à 7 ou +8 milles de distance l’un de l’autre, et leur diligence +surpassa toute attente.</p> + +<p>Cette organisation régulière a servi au Nabab d’Arcate +pour entretenir des relations avec les provinces méridionales : +ses lettres ont généralement parcouru cent +milles en vingt-quatre heures<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>. Les coureurs employés +à ce service, toujours au nombre de deux, +portent chacun un sac de cuir placé sur le dos comme +le havresac d’un soldat. Ils ont aussi une torche allumée +pendant la nuit, et le jour un bassin en cuivre, sur lequel +ils frappent continuellement pour effrayer les animaux +féroces, très-redoutables dans ces climats.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> La facilité des communications entre les diverses parties de +l’Inde est si grande aujourd’hui, qu’un courrier du gouvernement +qui part de Calcutta pour Ceylan, par la voie de Madras, arrive à +sa destination en 8 jours et 3/4 d’heure. La distance est de 1044 +milles : la poste fait ordinairement cette route en onze jours. Un +courrier extraordinaire, expédié de Bombay à Calcutta par terre, +se rend dans cette dernière ville en 18 jours et demi : la distance +entre les deux villes est de 1308 milles.</p> +</div> +<p>Dans les provinces qui appartiennent à la Compagnie, +le produit des lettres lui rend, comme en Angleterre, +un bénéfice considérable. On paie, par exemple, de +Bombay à Pouna 50 reas pour une lettre simple. Le port +augmente en raison du poids<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a></p> + +<table> +<tr><td>De Bombay</td> +<td>à Tajala pour</td> +<td>Roupies</td> +<td>1 quartz</td> +<td><span class="digit2">50</span> reas.</td></tr> +<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td> +<td>à Hyderabad,</td> +<td class="c"><div>»</div></td> +<td>2</td> +<td><span class="digit2">»</span></td></tr> +<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td> +<td>à Mazulipatan,</td> +<td class="c"><div>»</div></td> +<td>3</td> +<td><span class="digit2">»</span></td></tr> +<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td> +<td>à Madras,</td> +<td class="c"><div>1</div></td> +<td> </td> +<td><span class="digit2">50</span></td></tr> +<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td> +<td>à Calcutta,</td> +<td class="c"><div>1</div></td> +<td>2</td> +<td><span class="digit2">25</span></td></tr> +</table></div> +<p>Il avait été question de correspondre par terre avec +l’Angleterre, mais les frais de cette entreprise en firent +rejeter l’exécution. On y trouvait cependant un avantage +réel, puisque les dépêches seraient parvenues par +cette voie en 49 jours au Bengale, et en cinquante et un +jour à Madras ou à Bombay, tandis qu’il faut par mer +<span id="p151" class="pagenum">-151-</span> quatre mois pour arriver au Bengale, cent jours pour +aller à Madras et trois mois vingt jours pour se rendre +à Bombay.</p> + +<p>L’entreprise des bateaux à vapeur, qui sera bientôt +en activité, offre des résultats autrement avantageux. +Elle ne peut manquer de trouver auprès des capitalistes +des colonies de l’Angleterre aux Indes, la protection +que la métropole accorde à toutes les découvertes utiles +à la prospérité nationale. Nous avons vu que déjà les +négocians de Calcutta avaient répondu à cet appel par +des souscriptions. Les tentatives qu’ils ont faites dans +ce genre et qui ont été couronnées du plus heureux succès, +ne laissent plus d’incertitude sur la stabilité de ce +nouveau moyen de correspondance. Le premier bateau +à vapeur, qui ait été construit aux Indes, se +nomme la Diana<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>. Il a exécuté, de la manière la plus +satisfaisante, le trajet de Calcutta à Chinsarab.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> Il a été lancé à l’eau le 12 juillet 1823, à Kidderpon, près +de Calcutta.</p> +</div> +<p>Le voyage à travers l’Isthme de Suez est regardé de +plus en plus comme un faible obstacle à tout projet de +communication avec la Méditerranée. Dans tous les cas, +le trajet par le cap de Bonne-Espérance deviendrait et +moins long et plus régulier que la navigation actuelle, +par la voie des bâtimens à vapeur, si surtout on pouvait +en améliorer la construction, comme tout semble +le présager<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> M. Brown, anglais, se propose d’introduire, au lieu de vapeur +dans le cylindre, du gaz hydrogène qui, étant détruit par la +combustion, produirait un vide complet dans lequel le piston se plongerait +avec une force irrésistible. On introduirait de nouveau du +gaz, ce qui produirait l’effet d’élever le piston, et ensuite le gaz +serait détruit comme la première fois. La machine ne pèserait que +25 à 30 quintaux. Un petit fourneau tiendrait lieu de la chaudière +à vapeur, et l’on calcule que 5 barils d’huile seraient suffisans pour +conduire un vaisseau dans l’Inde.</p> +</div> +<p>Au Mogol il n’y a que les princes ou les grands personnages +qui puissent se faire suivre par des chevaux, +des bœufs ou des chameaux. Les palekis, voitures du +pays, sont à deux roues, tirés par des bœufs, ayant +une impériale en forme de toit incliné. Ces voitures +servent pour les grands voyages.</p> + +<p><span id="p152" class="pagenum">-152-</span> C’est une profession assez commune au Mogol que +celle de louer des bœufs et de les conduire pour toute espèce +de transport. Il y a aux Indes des castes entières +qui n’embrassent point d’autre métier.</p> + + +<h3>CHINE.</h3> + +<p>Les postes sont établies d’une manière très-régulière +dans tout l’empire de la Chine. L’empereur seul en fait +les frais, et entretient à cet effet une infinité de chevaux. +Les courriers partent de Pékin pour les capitales +des provinces ; le vice-roi<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a> qui reçoit les dépêches de +la cour d’un kougtou ou gouverneur, les communique +par d’autres courriers aux villes du premier ordre, +celles-ci aux cités d’un ordre inférieur.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> Il est toujours assisté par province d’un trésorier général, d’un +juge criminel, d’un conservateur des impôts et d’un intendant des postes.</p> +</div> +<p>Quoique ces postes ne soient pas entretenues pour les +particuliers, il est rare qu’il ne s’en servent pas. Les +missionnaires en usaient avec autant de sûreté, et +beaucoup moins de dépense qu’ils ne faisaient en Europe.</p> + +<p>Comme il est très-important que les courriers arrivent +avec régularité, les mandarins ont soin de faire tenir +les chemins en bon état ; et l’empereur, pour les y +obliger plus efficacement, fait souvent courir le bruit +qu’il parcourt ses provinces. C’est ainsi qu’Auguste et +quelques empereurs romains en agissaient. La moindre +négligence est punie avec sévérité. Un de ces officiers +n’ayant pas mis assez d’activité à faire réparer une +route par laquelle l’empereur devait passer, aima +mieux se donner la mort que de s’exposer à un châtiment +inévitable.</p> + +<p>Les Chinois n’ont pu parvenir à remédier à l’inconvénient +causé par la poussière qui couvre leurs routes<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>. +Les voyageurs qui les parcourent soit à pied, à +cheval, sur des chameaux, soit en litière ou en chariot, +se précautionnent inutilement de masques ou de +voiles pour éviter cette incommodité ; cependant, ces +chemins sont larges, unis et bien pavés ; dans plusieurs +<span id="p153" class="pagenum">-153-</span> provinces on a pratiqué des passages sur les plus hautes +montagnes, en applatissant leur sommet, en coupant +les rochers, en comblant les vallées et les précipices, +en établissant des ponts suspendus sur des cordages +ainsi que sur les fleuves et les rivières et tous les endroits +difficiles où l’on n’aurait pu parvenir sans ce +moyen. Un des plus connus est celui de la rivière de +Kein cha yan, dans le canton de Lolo. Il y a aussi de +distance en distance sur les routes, tantôt des grottes, +des hospices ou d’autres établissemens commodes et agréables, +bâtis pour l’utilité des voyageurs : ils sont dus le plus +ordinairement à la bienfaisance de quelques mandarins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Bernardin de Saint-Pierre attribue aux tempêtes sablonneuses la +poussière qui couvre les routes de la Chine et qui oblige d’aller +toute l’année à cheval avec un voile sur les yeux.</p> +</div> +<p>Avec le permis ou billet de poste dont on a soin +de se munir, on trouve tous les secours nécessaires sur la +route. Ce permis consiste en une feuille de papier, imprimée +en caractères tartares et chinois, et scellée par le +tribunal souverain de la milice. Il est ordonné au bureau +de fournir, sans délai, un certain nombre de +chevaux ou de barques lorsqu’on est oblige de voyager par +eau ; enfin tout ce qui est nécessaire à la vie. Le sceau +imprimé sur ce permis a trois pouces de largeur en +carré, sans autre figure ou caractère que le nom du +tribunal et des principaux officiers.</p> + +<p>On se fait porter en chaise par des porteurs qui ont +leur chef, auquel on s’adresse pour ce service. C’est +d’après l’état des malles et des paquets que le prix est +fixé et payé d’avance, et l’on reçoit autant de billets +qu’on veut d’hommes. Rien n’égale la légèreté de ces +porteurs, ils ne s’arrêtent que trois fois par jour et +font deux lieues par heure.</p> + +<p>C’est à l’empereur Hoang-Ty que les Chinois attribuent +l’invention des chars attelés d’animaux pour conduire +avec rapidité les hommes et transporter les fardeaux. +Si la nécessité de multiplier les relations dans +un état est en raison de sa population, on doit juger +des avantages qui en ont résulté dans cet empire, où +15,000 mandarins lettrés sont chargés de l’administration.</p> + +<p>Outre leurs postes, les Chinois ont établi sur les +routes des tours ou stations de cinq lieues en cinq lieues +destinées aux signaux qu’ils emploient comme un autre +moyen de communication. Il suit de là qu’aux yeux +<span id="p154" class="pagenum">-154-</span> de quelques personnes, l’invention du télégraphe français +serait attribuée à ce peuple. Cette supposition, injurieuse +pour un savant de notre nation, n’a pas besoin +d’être combattue : elle est du nombre de ces assertions +dont le tems fait justice. D’ailleurs ce moyen si rapide +de communiquer par signes dans une langue nouvelle, +eût-il été négligé par les nations de l’Europe et particulièrement +par les Anglais qui ont apporté tant d’étude +dans l’établissement de leurs signaux. Cette correspondance +oculaire, si imparfaite en tous lieux, n’a de perfection +et de résultats importans qu’en France. Le profit d’une si +précieuse découverte est donc resté seul à cette nation, +et la gloire de l’avoir faite à un français. Nous sommes +loin de penser que les Chinois, aussi grands calculateurs +que profonds dans la connaissance des sciences +exactes, n’aient pas des méthodes utiles et ingénieuses +dans l’art de s’entendre par signes : tout porte à croire +même qu’ils les possèdent ; mais c’est un secret qu’ils +conservent avec tant d’autres qu’on pourrait leur envier.</p> + +<p>Il n’est pas rare de voyager en Chine dans des espèces +de voitures attelées de chiens. Les missionnaires disent +avoir vu une femme tartare qui revenait de Pékin, et +qui avait un équipage de cent chiens à ses traînaux.</p> + +<p>Parmi les moyens qu’employèrent les maîtresses de +Tien-ou-ti, empereur chinois, qui se laissait entièrement +captiver par elles, on rapporte qu’elles avaient +fait construire un char d’une grande magnificence, et +d’une légèreté telle, que des moutons le traînaient +dans un parc immense, où tout lui retraçait les goûts +voluptueux qui lui faisaient négliger les soins de son +empire. Cet exemple ne tarda pas à trouver des imitateurs +parmi les courtisans qui, pour plaire à leur +maître, ne se présentaient plus à la cour qu’avec des +attelages de cette espèce d’animaux.</p> + + +<h3>SIAM.</h3> + +<p>On voyage dans ce royaume sur des chevaux assez généralement +mauvais. Les éléphans sont la monture la +plus usitée, quoi qu’on se serve souvent de buffles +et de bœufs. Les chaises à porteurs ne ressemblent pas +aux nôtres. Elles sont découvertes et entourées d’une +balustrade, dont la richesse des décorations dépend de +<span id="p155" class="pagenum">-155-</span> la qualité des personnes. Les palanquins sont comme les +hamacs ou filets de Goa.</p> + +<p>Les voitures pour voyager par terre sont moins communes +que les barques appelées ballons, employées sur +les fleuves, si nombreux de ce pays. Les Siamois +sont renommés par leurs courses sur l’eau dans ces sortes +de bateaux. A certaines époques on adjuge des prix aux +rameurs qui les conduisent avec une vîtesse incroyable. +Ils ont aussi des courses de bœufs et de buffles. Ces animaux, +que les grands seigneurs font dresser pour cet +exercice, courent avec la même rapidité que les chevaux.</p> + + +<h3>BOUTAN.</h3> + +<p>Il y a des chemins si étroits et si difficiles dans le +royaume de Boutan, qu’on y trouve à peine la place du +pied. Les précipices que l’on voit à droite et à gauche +rendent les voyages très-dangereux. Une coutume singulière +et bizarre a lieu dans ces contrées montagneuses ; +ce sont les femmes qu’on assujettit à la cruelle corvée +de porter les voyageurs, au-devant desquels elles +viennent à cet effet avec des boucs pour le transport des +bagages.</p> + +<p>Le coussin sur lequel les voyageurs se placent, et +qui sert de siége, est retenu par des courroies fixées aux +épaules. Ces femmes sont disposées par relais de distance +en distance, et se reposent ainsi d’un service aussi +abject que pénible. Elles ne gagnent qu’une roupie en +cinq jours. On donne le même prix pour un bouc, +quelle idée peut-on concevoir d’un peuple qui s’avilit à +ce point. Heureusement qu’un usage aussi révoltant ne +s’est point reproduit ailleurs. N’est-ce pas déjà trop de +ce triste exemple ?</p> + + +<h3>JAPON.</h3> + +<p>Les postes au Japon sont appelées <i>sinka</i> ; elles sont +placées quelquefois à un mille de distance l’une de l’autre, +et souvent à quatre milles. Tout ce qui peut convenir à +la commodité et à l’agrément se trouve réuni à ces +stations, où l’on remarque toujours des cours spacieuses +pour les chevaux. Le prix de tout ce qu’on peut se procurer +à ces postes est réglé par tout l’empire. Il règne +dans ces tarifs un grand esprit du justice. Les distances, +<span id="p156" class="pagenum">-156-</span> l’état des chemins et le prix des vivres et des fourrages, +contribuent à les modifier suivant les localités. Les ponts, +dans cet empire, sont magnifiques ; les chemins unis et +plantés comme nos promenades en Europe. Ils sont divisés +en milles géométriques, qui commencent au pont +de Jedo, placé, croit-on, au centre de l’empire. Les +milles sont marqués par des buttes élevées l’une vis-à-vis +de l’autre, au sommet desquelles on plante des +arbres. Chaque canton est distingué par un pilier qui +indique le nom du seigneur dont il dépend et les limites +qui le circonscrivent. On a coutume de porter, lorsqu’on +voyage, un éventail sur lequel les routes sont +marquées, ainsi que les distances des lieux, le prix +des postes, celui des vivres et des hôtelleries. Cette +idée est ingénieuse, surtout dans un pays où la chaleur +du climat rend par là l’usage de l’éventail aussi agréable +qu’utile.</p> + +<p>Chaque station a un certain nombre de messagers +chargés de porter, à la plus voisine, les lettres, les +édits, les déclarations ; enfin tout ce qui intéresse le +service de l’empereur. Ces dépêches sont renfermées +dans une boîte ou coffre verni de noir, sur lequel on +voit les armes du prince, et que les messagers portent +sur leurs épaules, au moyen d’un bâton auquel elles +sont fixées. On a toujours soin de faire marcher deux courriers +ensemble, en cas d’accident. Ils portent une +cloche à la main et l’agitent de tems en tems, afin +d’avertir de leur approche. Cette précaution a pour but de +prévenir tous les obstacles qui pourraient s’opposer à +leur marche. Les voyageurs, à ce signal, s’arrêtent ou +changent la direction de leur route. L’empereur même +se soumettrait à cette loi, s’il se trouvait sur leur passage +et qu’il pût les retarder dans leur course.</p> + + +<h3>AMÉRIQUE.</h3> + +<p>Les postes sont très-bien servies au Canada, surtout +de Québec à Montréal ; et, pour rendre praticables, en +hiver, les routes si généralement belles dans les autres +saisons, on y plante des perches, lorsque la neige commence +à tomber, afin d’en conserver la direction : +dès qu’elles ont pris assez de consistance pour être favorables +au traînage, les communications reprennent +<span id="p157" class="pagenum">-157-</span> avec plus d’activité et on fait, par ce moyen, 15 à +20 milles par heure. Les traîneaux, les berlines et les +carrioles servent l’hiver : l’été, on voyage en calèche. +Ces voitures contiennent trois personnes et sont traînées +le plus ordinairement par un seul cheval.</p> + +<p>Dépendant autrefois de l’Angleterre, les Etats-Unis +ont dû en recevoir les institutions. Les postes aussi +n’ont rien changé à l’organisation qu’elles lui doivent. +Elles sont toujours remarquables par leur activité, qui +ne peut que se conserver et même s’accroître par la prospérité +vers laquelle ces contrées tendent de plus en plus. +On y compte aujourd’hui plus de six mille bureaux de +poste, qui font parvenir les lettres avec une étonnante +célérité. Les courriers parcourent 1,500,000 milles de +routes de plus qu’ils ne faisaient il y a cinq ans ; malgré +tant d’améliorations, les recettes, cette année, +égalent les dépenses. Les communications sont favorisées +par la beauté des routes<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>, les canaux et les ponts suspendus +sur des chaînes de fer<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>. Combien les voitures +publiques ont dû se multiplier dans un pays où l’on +voyage si fréquemment. Les fiacres y sont devenus très-communs. +Il y a 15 ans on n’en comptait pas 25 à Philadelphie, +il s’en trouve aujourd’hui plus de 600 ; les +chevaux, généralement très-beaux et très-robustes, +sont dressés à aller l’amble et font cinq milles par heure +et 15 lieues par jour. Il est à remarquer que les postillons +ne manquent jamais de s’arrêter, après avoir parcouru 4 +milles, pour faire abreuver leurs chevaux. Ces haltes fréquentes, +dont ils profitent eux-mêmes pour leur compte, +très-désagréables en hiver pour les voyageurs, ont un +but d’utilité pour les chevaux, auxquels elles redonnent +une nouvelle vigueur. Il serait impossible d’en agir +autrement, vu la rapidité avec laquelle on leur fait +parcourir la distance qui se trouve entre chaque relais. +Du reste, les routes sont généralement commodes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> On s’occupe, aux Etats-Unis, du projet d’une grande route qui +doit aller de Washington à Mexico pendant 3300 milles [1100]. Le +gouvernement mexicain doit coopérer à cette dépense.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> Il n’en existait que 8 en 1820, et on en compte aujourd’hui plus +de 40.</p> +</div> +<p>On cite parmi les hommes remarquables qui ont dirigé +<span id="p158" class="pagenum">-158-</span> les postes de l’Amérique septentrionale, le célèbre +Benjamin Franklin<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>. Il fut d’abord directeur des +postes de la Pensylvanie, et il s’acquitta si bien de cet +honorable emploi, que le gouvernement le nomma, en +1753, à celui plus important et plus lucratif de directeur-général +des postes de l’Amérique.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Il occupait encore cette place, en 1766, lorsqu’il parut à la +chambre des communes de Londres, au sujet de la révocation de +l’accise du timbre.</p> +</div> +<p>Jamais contrées ne furent plus favorablement partagées +pour jouir pleinement de l’avantage de la navigation +par le moyen des bâtimens à vapeur. On sait combien +les beaux fleuves qui les traversent sont convenables +à ces entreprises maritimes, et combien la correspondance +a acquis de célérité et de régularité depuis cette +découverte. En 1787, Fitch parvint à naviguer sur la +Delaware, avec une assez grande vîtesse, mais à l’aide +d’un mécanisme trop peu solide pour être employé +avec un succès soutenu. C’est à Robert Fulton que les +Etats-Unis doivent le précieux avantage d’avoir donné +l’exemple de cette navigation aussi utile que merveilleuse. +Le premier bateau que cet ingénieur a construit +en Amérique, fit, en 1807, le trajet d’Albanie à New-Yorck +(57 lieues) en 32 heures, et revint en 30 heures. +Depuis ce tems, l’usage des bateaux à vapeur s’est répandu +avec une étonnante rapidité. M. Marestier, déjà +cité, estime qu’il y en a plus de 60 sur le Mississipi, +40 au moins sur le Canal de l’île longue, le Hudson, etc., +outre ceux du fleuve Saint-Laurent et des grands lacs au +nord des Etats-Unis.</p> + +<p>Autrefois, le trajet de la Nouvelle-Orléans à Louisville, +qui est de 150 lieues de poste en suivant le cours des +rivières, ne durait pas moins de trois mois ; aujourd’hui, +quelques bateaux de la Nouvelle-Orléans se rendent +en 14 jours jusqu’à Cincinnati, c’est-à-dire 54 lieues plus +haut que Louisville. A la Louisiane, ces bateaux<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a> font +la navigation du fleuve et des rivières qui y affluent et +jaugent 40 ou 50 tonneaux. Ou en voit même de 900 tonneaux, +qui portent un nombre considérable de passagers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> On en compte sur une seule rivière plus de 100 et plus de 50 +dans un seul port. Ils jaugent ensemble plus de 14 mille tonneaux.</p> +</div> +<p><span id="p159" class="pagenum">-159-</span> Nul doute que dans dix ans on ne parvienne à communiquer +aux grands lacs du nord-ouest, à la mer +Atlantique, de là à l’Isthme de Panama, et peut-être à +travers cet Isthme, à la Chine et à la Nouvelle-Hollande, +par le moyen de ces bâtimens ; ils servent actuellement +aux voyages de New-Yorck à Pensacola, à la Nouvelle-Orléans +et à la Havane. On y trouve les commodités, +les avantages et les agrémens, des voitures et des hôtelleries +les meilleures de l’Europe.</p> + +<p>On remarque encore chez les esquimaux de la baie +de Baffin l’usage des attelages de chiens aux traîneaux.</p> + + +<h3>PÉROU.</h3> + +<p>On courait la poste au Pérou sur les épaules d’hommes +destinés à ce service. Leur diligence à parcourir une +distance qui ne devait pas excéder un mille, était si +étonnante, qu’elle égalait la vîtesse d’un cheval. Ce qui +surprenait davantage, c’était leur adresse à décharger +sans s’arrêter le voyageur qu’ils portaient, pour le jeter +sur les épaules du courrier qui les remplaçait.</p> + +<p>Lors de la conquête que les Espagnols firent de cet +empire en 1527, les chemins étaient magnifiques. Ils +remarquèrent surtout que celui qui conduisait de Cusco à +Quito, dans une étendue de près de cinq cents lieues, était +aligné avec soin, pavé avec solidité, bordé d’arbres appelés +<i>molly</i>, aux pieds desquels coulaient deux ruisseaux. +Ce chemin était aussi revêtu de chaque côté de murailles +parfaitement construites pour retenir les terres. L’imagination +est surprise des travaux qu’il a fallu entreprendre +pour venir à bout d’un projet aussi vaste, soit en perçant +des montagnes ou comblant des précipices, d’autant +plus que les Péruviens étaient privés de machines +propres à transporter les pierres<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a> pour la construction +des édifices établis de distance en distance sur les +routes. L’étonnement redouble en considérant la hardiesse +de ces ponts suspendus par des cordages avec lesquels +la communication entre Lima et Quito fut rendue +si facile. L’Europe peut imiter ces entreprises gigantesques +avec la supériorité que donne l’industrie aux +<span id="p160" class="pagenum">-160-</span> peuples civilisés, sans rien ôter à la gloire de ces nations +qui, n’ayant pas les mêmes avantages, ne trouvaient +aucun obstacle pour se frayer un passage à travers +les montagnes les plus élevées et les plus inaccessibles du +globe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> Les moindres avaient dix pieds carrés.</p> +</div> +<p>Quant aux courriers appelés chasqui, leur emploi +consistait à porter les ordres de l’Inca aux gouverneurs +des provinces. Placés au nombre de six dans de petites +cabanes distantes l’une de l’autre d’un quart de lieue, +les uns veillaient constamment pour être prêts à porter sans +délai, à la station voisine, le message qu’ils recevaient +de vive voix d’aussi loin qu’ils pouvaient l’entendre, afin +de le transmettre de la même manière ; les autres, pendant +ce tems se livraient au repos que ce service fatigant +et continu leur rendait si nécessaire. On conçoit +avec quelle rapidité les volontés du monarque parvenaient +sur tous les points de l’empire.</p> + +<p>Quelle ressource offrait encore aux Péruviens leurs +nœuds ou quipos. La différence des couleurs, la variété +des contextures, avaient une signification très-multipliée, +qui donnait les moyens de correspondre plus secrétement. +Les quipos étaient composés de petits cordons +de laine de toutes couleurs arrangés et contournés en +divers sens. On attachait à chacune de ces formes, de +ces couleurs, la signification des choses les plus essentielles. +Ainsi, un rond fait avec de la laine blanche ou +jaune représentait la lune ou le soleil. Les Péruviens +correspondaient par la voix ; mais, lorsque la commission +devait être secrète, ils se donnaient l’un l’autre une +espèce de quipos ; c’était alors un chiffre convenu entre +l’Inca et le gouverneur auquel il était adressé.</p> + +<p>La maîtresse de Pizarre trouvait les nœuds pour exprimer +la pensée bien insuffisans auprès des caractères +européens. <i>Ce langage</i>, disait-elle, <i>était trop borné +pour rendre ce que je ressentais pour mon amant</i>.</p> + + +<h3>MEXIQUE.</h3> + +<p>La nouvelle de la présence de Cortez au Mexique jeta +l’effroi dans tout l’empire de Montezuma. Ce prince, +qui régnait alors, ne tarda pas à en être instruit ; car, +selon la coutume de cet état, il avait des courriers qui +l’entretenaient de tout ce qui s’y passait. On choisissait +<span id="p161" class="pagenum">-161-</span> les jeunes gens les plus dispos qu’on exerçait dès le premier +âge. La principale école était le grand temple de +la ville de Mexico. Il y avait des prix tirés du trésor public +pour celui qui arriverait le premier au pied de +l’idole. Dans ces courses, qu’ils faisaient d’une extrémité +de l’empire à l’autre, ils se relevaient de distance en +distance avec une mesure si proportionnée à leur force, +qu’ils se succédaient avant d’être las. Les dépêches qu’ils +apportaient à l’Empereur consistaient en des pièces de +toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les différentes +circonstances des affaires dont ils devaient être +instruits. Les figures étaient entremêlées de caractères +qui suppléaient à ce que la peinture n’avait pu exprimer.</p> + +<p>Dans les circonstances extraordinaires, les Péruviens +et les Mexicains, comme les peuples anciens, employaient +la fumée et les feux pour transmettre au loin les avis qui +intéressaient le salut de l’état.</p> + +<p>Non-seulement on avait reconnu les chiens propres +aux attelages, mais encore à servir de courriers. On +leur attachait au cou les dépêches qu’on voulait qu’ils +transportassent, et l’instinct dont ce précieux animal +est doué, le conduisait à fournir sa course avec rapidité, +et même encore à défendre le paquet qui lui était confié +contre toute entreprise indiscrète. Les Portugais, dit-on, +les ont employés à cet usage lors de leurs conquêtes aux +Indes.</p> + +<p>Dans l’intérieur de l’Amérique du sud, pour les communications, +soit du Brésil, de Buenos-Ayres, soit +des provinces de l’ouest situées aux pieds des Andes, +les marchandises d’un grand poids sont transportées +quelquefois sur des chars traînés par des bœufs ; mais +le mauvais état des routes, les ruisseaux bourbeux et +les étangs, rendent ce mode excessivement long : on se +sert plus communément de mules et de chevaux de bât. +Les maisons de poste, qu’on trouve de distance en distance, +sont de misérables chaumières presque abandonnées +et très-incommodes par les insectes qui s’y rassemblent.</p> + +<p>Il n’y a que quatre passages dans la partie de la cordillière +méridionale, dont un seul est assez large pour +que les chars y passent avec facilité.</p> + +<p><span id="p162" class="pagenum">-162-</span> Nous ne porterons pas plus loin l’énumération, peut-être +déjà trop prolongée dans un essai de ce genre, des +moyens de correspondre et de voyager chez tous les +peuples du monde. Nous nous bornerons à observer +que le séjour des Européens dans leurs possessions d’outre-mer<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a> +et les relations non interrompues que celles-ci +entretiennent avec les métropoles, ne laissent plus d’incertitude +sur la possibilité de communiquer avec les diverses +contrées répandues sur tous les points du globe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Une compagnie anglaise a déjà rassemblé de très-grands capitaux +destinés à la construction de routes, de canaux, de bâtimens à +vapeur, de chemins en fer et de tous les ouvrages propres à établir, +dans l’Amérique méridionale, les moyens rapides et perfectionnés +employés en Europe pour multiplier les communications. Parmi les +singularités que nous avons remarquées dans le cours de cet essai sur +la docilité de certains animaux, nous citerons encore les tigres, +dressés à conduire le chariot de M. Carneiro, procureur à Bogota. +Ils sont tellement apprivoisés, qu’il s’en sert habituellement pour se +rendre au palais de justice.</p> +</div> +<p>Et quoiqu’il n’existe pas en France de bâtimens<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a> +spécialement destinés au transport des lettres, le service +des postes maritimes n’en a pas moins lieu avec toute la +régularité qu’on remarque sur le continent. Aucun +vaisseau n’y est attaché ; tous y coopèrent ; et le nombre +considérable de ceux que le commerce emploie à faciliter +ses échanges, sert aussi à multiplier ceux de la +pensée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> Le bateau à vapeur le <i>Galibi</i>, nommé la <i>Caroline</i> depuis le +voyage de S. A. R. Madame duchesse de Berri en Normandie, parti +du Havre, est arrivé sur la côte de la Guyanne en 36 jours de traversée. +Ce bâtiment est destiné à naviguer entre les divers points +de cette intéressante colonie, coupée par de nombreuses rivières, +qui deviendra bien plus importante, lorsqu’on aura mis à exécution +les divers projets de canalisation.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span id="p163" class="pagenum">-163-</span></p> + +<h2 class="nobreak">QUATRIÈME PARTIE.<br> +PRATIQUE DES POSTES.</h2> + + +<p>Les postes, après avoir éprouvé tant de variations, +semblent établies sur des bases fixes et durables. Une +longue expérience a fait rectifier peu à peu tout ce +que la théorie n’offrait pas d’assez régulier dans la +pratique.</p> + +<p>Il serait sans doute insuffisant d’en suivre l’histoire, +si l’on ne cherchait dans le code qui les régit les moyens +sûrs de profiter pleinement des avantages qui en résultent +pour la société. En effet, quelle administration est d’un +usage plus répandu ? Quel est l’individu, quelque puissant +ou quelque obscur qu’il soit dans l’Etat, dont elles +ne servent les relations d’intérêt, de famille, d’amitié +et de bienséance. On est cependant frappé de l’insouciance +qu’on rencontre généralement dans le monde à +cet égard, et surpris d’y voir ignorer jusqu’aux plus +simples notions d’un service dont le besoin se fait sentir +presque à chaque instant.</p> + +<p>Nous ne croirions donc pas avoir rempli la tâche que +nous nous sommes imposée, si, à la suite de ces considérations +générales sur les postes, nous n’entrions pas +dans quelques détails indispensables propres à servir +de guide dans la pratique.</p> + +<p>La direction générale des postes comprend actuellement, +sous ce titre, la poste aux lettres et la poste aux chevaux : +elle est administrée par un directeur-général, M. le +marquis de Vaulchier, grand-officier de la Légion-d’Honneur, +conseiller-d’Etat et membre de la chambre +des députés, sous l’autorité et la surveillance duquel +le travail est réparti entre les trois administrateurs qui +lui sont adjoints.</p> + +<p>M. N., administrateur de la 1.<sup>re</sup> division, est chargé +<span id="p164" class="pagenum">-164-</span> des relais<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>, des correspondances<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a> et du bureau<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a> +des malles et estafettes ;</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> M. Forgeot <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Création et suppression +des relais, fixation des distances, gages et indemnités aux maîtres +de poste ; secours et pensions aux postillons.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> M. de Raucogne [Henri], chef de division. Etablissement +et suppression des bureaux de poste, distribution, entrepôts, +services de nuit, coïncidence des courriers, fixation des dépenses +dans les départemens, inspecteurs, offices étrangers.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> M. Pierrot, chef.</p> +</div> +<p>M. le comte de Raucogne <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, administrateur de la +2.<sup>e</sup> division, s’occupe de ce qui est relatif à la vérification<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a> +des droits et produits, et du personnel<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a> ;</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> M. Mahon, chef de division. Vérification des bordereaux +des droits et produits établis par les comptables. — M. Gachet, +agent comptable. Recette et dépense faite pour le service intérieur +à l’hôtel des postes.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> M. Tenant de la Tour <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Notes d’informations +et rapports sur le personnel des employés, présentation +aux emplois vacans. — M. de Richoux, chef de division des services.</p> +</div> +<p>M. Barthe-la-Bastide <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, membre de la chambre des +députés, administrateur de la 3.<sup>e</sup> division, dirige le +départ<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>, l’arrivée<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>, la division<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a> de Paris, +les articles<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> et le bureau des voyageurs<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> M. Bousquet, chef de division. Taxe des lettres, affranchissemens, +chargemens, expédition des estafettes, courriers extraordinaires +pour les départemens et l’étranger.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> M. Jaqueson de Vauvignol, <img src="images/croix.svg" class="h1em" alt="croix"> <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Réception +et vérification des dépêches, tri et remise des lettres et paquets +pour le Roi et les ministres.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> M. Ginisly <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Paris, bureau de distribution, +affranch. des p. p. Paris : tri, distribution générale.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> M. Itasse <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Mouvement, surveillance +et comptabilité des articles d’argent et valeurs cotées qui sont déposés +à Paris et dans les départemens.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> M. , chef.</p> +</div> +<p>Le secrétaire-général, M. le baron Roger (O. <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">), +membre de la chambre des députes, a dans ses attributions +le bureau d’enregistrement des dépêches, le +bureau d’ordre ou 1.<sup>er</sup> bureau (franchises et contre-seings), +le bureau du budget, le bureau du matériel, +le bureau du dépôt et des derniers rebuts, et tout ce +qui a rapport aux transports frauduleux.</p> + +<p>On compte douze bureaux de poste à Paris, en y +comprenant ceux de la cour, de la chambre des pairs +et de la chambre des députés, desquels dépendent des +<span id="p165" class="pagenum">-165-</span> boîtes en très-grand nombre, placées dans les lieux les +plus apparens. Ces boîtes sont levées, deux heures +en deux heures, sept fois en été et six en hiver. Le +terme moyen de chaque distribution est de trois heures. +Les distributions, pour les bureaux établis dans la banlieue +se font deux fois par jour.</p> + +<p>Toutes les lettres de réclamations relatives au service +doivent être adressées à M. le directeur-général des postes.</p> + +<p>Les inspecteurs des postes sont les agens supérieurs +dans les départemens. Ils sont au nombre de trente, et +leurs divisions comprennent, à quelques exceptions près, +trois départemens.</p> + +<p>Le nombre des bureaux de poste, en France, est de +1371<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>, non compris les distributions. Ils sont administrés +par des directeurs ; mais tous n’ont pas de contrôleurs, +de commis, de distributeurs, de garçons de bureau +et de facteurs. Cette organisation, plus ou moins +modifiée, dépend de l’importance des localités : on distingue, +par cette raison, les bureaux en simples et composés.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> 1825.</p> +</div> +<p>Chaque bureau de poste a une boîte dont l’ouverture, +placée extérieurement, est destinée à recevoir les +lettres qu’on y jette tant le jour que la nuit. Dans les +grandes villes, ces boîtes, appelées <i>petite-poste</i>, sont établies +dans les divers quartiers, d’où les lettres sont +retirées plusieurs fois dans la journée pour être transportées +au bureau appelé <i>grande-poste</i>.</p> + +<p>On entend par lettre, épître ou missive, la feuille +de papier écrite d’une dimension déterminée, dont la +forme, après avoir été repliée sur elle-même, est celle +d’un carré long. Le côté où les plis se rejoignent pour +recevoir le cachet qui la clot, s’appelle le dos ; l’autre, +qui est le dessus, est destiné à l’adresse ou suscription.</p> + +<p>L’adresse doit être claire, précise, lisiblement écrite +et dégagée de toute explication surabondante.</p> + +<p>Il est essentiel de s’informer des heures d’ouverture +des bureaux de poste de chaque lieu où l’on se trouve, +de celles des levées de boîtes pour le départ des courriers +de chaque route, ainsi que des jours où s’expédient +ces courriers : les retards dans l’expédition, et +par conséquent la réception des lettres proviennent toujours +<span id="p166" class="pagenum">-166-</span> de l’incertitude du public à cet égard. Il est facile +de le démontrer. Les courriers expédiés de Paris pour +les provinces, et réciproquement de celles-ci pour la +capitale et les villes du royaume, partent tous les jours +et le plus généralement trois fois la semaine. Il est +clair que, si, se trompant d’heure, on jette une lettre à +la boîte, le lundi par exemple, après le départ d’un +courrier qui ne doit plus avoir lieu que le jeudi suivant, +elle éprouve, en séjournant dans le bureau d’expédition, +un retard de 72 heures. Supposons la même erreur de +la personne qui doit y répondre, et on aura la solution +d’un problème qui étonne tout le monde, excepté +les agens des postes qui ont tant d’occasions de gémir +sur une insouciance si préjudiciable aux intérêts du public.</p> + +<p>Il n’est peut-être pas hors de propos de donner ici +une idée générale des opérations qui ont lieu pour les lettres +depuis l’instant où elles sont jetées à la boîte jusqu’à +celui où elles sont remises aux destinataires.</p> + +<p>Les lettres retirées de la boîte sont portées sur une +table pour être timbrées ; puis on les trie pour les placer +dans les cases destinées à chaque correspondance ; on +les taxe ensuite, après les avoir pesées, s’il y a lieu, en +suivant les progressions du tarif ; on les compte, et le +montant contenu dans chaque case est porté sur une +lettre d’avis jointe au paquet qu’on en forme, en le ficelant, +le couvrant de plusieurs feuilles d’un papier +très-fort, le reficelant et fixant les bouts de la ficelle +avec de la cire sur laquelle on applique le cachet du bureau. +La couverture porte encore, écrit à la main, le +nom du bureau auquel on expédie le paquet, et le timbre +du bureau expéditeur. On inscrit aussi sur un registre +le montant des lettres contenues dans cette dépêche ; +et, après avoir rempli les mêmes formalités pour +chaque correspondance (il y a des bureaux qui en ont +jusqu’à cent), on les classe par route, et on en porte +le nombre sur une feuille ou part qui sert à établir la responsabilité +des courriers auxquels ces paquets sont confiés.</p> + +<p>Voilà pour l’expédition. Cette opération, pour laquelle +les instructions accordent une heure, depuis la +dernière levée de la boîte, se fait ordinairement dans +une demi-heure, tant l’intelligence et la promptitude +des officiers des postes sont remarquables.</p> + +<p><span id="p167" class="pagenum">-167-</span> A la réception des dépêches, qui a lieu immédiatement +après l’arrivée du courrier, on en constate le +nombre, et on en fait l’ouverture pour s’assurer si le +montant des lettres qu’elles contiennent est conforme +à celui indiqué sur les feuilles d’avis qui les accompagnent ; +on les remet aux facteurs ou distributeurs, +qui les trient, reconnaissent l’exactitude des sommes +auxquelles elles montent, et s’acheminent, sans délai, vers +leurs quartiers respectifs, pour en faire la distribution.</p> + +<p>Il est facile de juger, d’après ces diverses opérations, +du travail auquel une lettre donne lieu, et combien +il est minutieux, puisque nous avons vu que Paris +en reçoit et en expédie plus de 30,000 par jour, sans +compter 35,000 feuilles périodiques.</p> + +<p>La lettre est <i>simple</i>, lorsqu’elle ne pèse pas six grammes, +et non parce qu’elle est formée d’une simple feuille +de papier et même d’une demi-feuille. Le poids seul +détermine cette dénomination, toujours mal interprétée +par le public. Lettre simple, dans ce cas, est synonime +de non <i>pesante</i>. Il faut, pour éviter toute méprise, +n’employer que le papier dit papier à lettre +et choisir le plus fin. On y trouvera un grand avantage, +puisque la plus légère différence dans le poids fait +une augmentation qui ne peut être moindre d’un décime.</p> + +<p>La lettre taxée est celle dont le prix exprimé en décimes +se place sur le dessus ou suscription. Les chiffres +dont on se sert à cet effet ont une forme particulière. +Dès que la lettre n’est plus simple, l’application du +tarif, qui a lieu d’après son poids, est indiquée +par les chiffres 7, 8, 11, 15, etc., inscrits dans l’angle +supérieur gauche de la suscription.</p> + +<p>La lettre est <i>surtaxée</i> lorsque diverses causes ont +concouru à une fausse application du tarif. Dans ce +cas, les destinataires sont toujours admis à réclamer +la réduction de la taxe au taux légal, et, par conséquent, +le remboursement de cet excédant, qui ne +peut être alloué que d’après l’ordre du directeur-général +des postes, et sur la représentation de la lettre recachetée, +de l’enveloppe, de la suscription même (lorsqu’on peut +l’en détacher sans inconvénient), qui lui est transmise +par l’intermédiaire des directeurs des postes. Cette pièce +est renvoyée de Paris avec l’autorisation de paiement.</p> + +<p><span id="p168" class="pagenum">-168-</span> Tout particulier a le droit de refuser les lettres qui +lui sont présentées. Le principe de justice qui guide +l’administration dans cette mesure, la porte à le retirer +dès l’instant que la lettre a été reçue et à plus forte +raison décachetée sciemment. Dans le cas de refus d’une +lettre, elle est conservée pendant trois mois dans le +bureau de poste ou elle est arrivée, pour être remise +au destinataire, s’il croyait devoir la retirer dans cet +intervalle. Passé ce délai, les réclamations n’ont plus +lieu qu’à Paris.</p> + +<p>L’expéditeur de lettres <i>mal cachetées, recachetées, +ou dont le cachet porte des traces d’altération</i>, doit +toujours faire mention dans sa lettre, ou sur la suscription +même, des raisons qui l’ont causée, pour +éviter les soupçons qui pourraient être dirigés contre +les officiers des postes.</p> + +<p>Il y a des lettres <i>blanches</i>, et d’autres dont l’adresse +est vicieuse ou imparfaite : ce cas se présente fréquemment. +On appelle blanches, celles auxquelles l’adresse +manque entièrement. Les autres, ou portent le nom du +lieu sans celui du destinataire, ou le nom de celui-ci, +en ayant omis la désignation du lieu, ou sont privées +des indications propres à fixer l’incertitude de l’agent des +postes sur la direction qu’il doit leur faire suivre.</p> + +<p>Ces lettres sont immédiatement envoyées à Paris, afin +d’obtenir les renseignemens convenables pour leur donner +cours ; dans ce cas, celui qui reçoit la lettre qu’il a +écrite, ne peut mettre en doute l’erreur qu’il a commise ; +mais, le défaut de réflexion, quelquefois une injuste +prévention, et presque toujours l’ignorance des lois, +donnent occasion de croire que les directeurs des postes +s’arrogent arbitrairement la faculté d’ouvrir les missives. +Cette formalité, commandée par la nécessité, n’est +jamais remplie que par le directeur-général et les administrateurs +des postes, dans l’intérêt des particuliers, et +en vertu des lois du royaume<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> La loi du 7 nivose an 10 règle les époques d’ouverture, de brûlement +et de garde : elle fixe à cinq ans la garde des objets importans +et de valeur : ces derniers sont alors transmis au trésor royal.</p> +</div> +<p>Les lettres ne doivent contenir aucun objet étranger à +la correspondance.</p> + +<p><span id="p169" class="pagenum">-169-</span> On peut réclamer les lettres mises à la boîte avant le +départ du courrier, soit pour les retirer, soit pour en +rectifier l’adresse, seulement quand on les a écrites et +signées, et en remplissant certaines formalités exigées +rigoureusement.</p> + +<p>Dans cette circonstance, et comme dans toutes celles où +les officiers des postes opposent la sévérité des règlemens, +le public croit voir des entraves. Mais qu’il se persuade +bien que toutes ces mesures sont dans son intérêt et +qu’elles ajoutent une nouvelle garantie à l’inviolabilité +du secret des lettres.</p> + +<p>La similitude de noms, et la briéveté de l’adresse qui ne +contient que le nom du destinataire et du lieu de destination, +causent souvent des méprises sur l’ouverture +des lettres. Dans ce cas, la personne qui a ouvert +la lettre qu’elle reconnaît ne pas lui appartenir, doit l’attester +sur le dos, en signant qu’elle a été, ouverte <i>par +conformité de nom</i>. Les employés des postes font les recherches +nécessaires pour trouver le véritable destinataire ; +car le but n’est pas tant de placer la lettre pour en +toucher le prix du port, que de la remettre à la personne +à laquelle elle est véritablement destinée ; d’où il suit +que l’intérêt du Trésor dans la perception du port n’est +que secondaire, puisque la lettre est moins une denrée, +une marchandise qu’on débite indifféremment, qu’une +propriété qui ne peut être détournée des mains de son +possesseur.</p> + +<p>Les lettres sous un nom supposé ne peuvent être remises +aux personnes qui les réclameraient.</p> + +<p>Il n’est pas nécessaire de faire sentir les dangers que +ce mode de correspondance entraînerait.</p> + +<p>On entend par <i>lettres à poste restante</i> celles qui ne +sont remises aux destinataires que sur leur réclamation +et qui ne peuvent être comprises dans les distributions +faites par les facteurs.</p> + +<p>Les lettres <i>franches</i> sont celles qui par certaines formalités, +telles que le contre-seing, ne sont point assujetties +à la taxe. Elles intéressent le service du Roi, pour lequel +l’administration des postes a été établie originairement.</p> + +<p>On peut s’adresser aux directeurs des postes afin de +connaître les fonctionnaires de l’état qui jouissent de +la franchise sans restriction.</p> + +<p><span id="p170" class="pagenum">-170-</span> Les lettres <i>affranchies</i> sont celles dont le port est payé +d’avance par l’envoyeur, pour que le destinataire n’ait +aucun prétexte de la refuser.</p> + +<p>Les lettres affranchies sont taxées devant la personne +qui les présente d’après les mêmes règles que celles jetées +à la boîte. Ce qui les distingue de celles-ci, c’est que la +taxe est placée sur le dos, et que le timbre porte deux PP.</p> + +<p>L’affranchissement est volontaire ou forcé. Il est libre, +par exemple, pour tout le royaume : on entend par ce +mot, la faculté d’affranchir ou de ne pas affranchir. Il +est essentiel d’affranchir toutes les lettres pour les personnes +chargées de fonctions publiques, telles que ces +curés, préfets, sous-préfets, juges, maires, députés, +agens-d’affaires, etc., et même les particuliers avec lesquels +on n’a pas de relations habituelles, parce que ces +lettres sont ordinairement refusées, lorsque le port n’en est +pas payé d’avance. Dans ce cas, comme dans beaucoup +d’autres, le public chercherait en vain à rejeter sur la +poste toute responsabilité. Les détails qui précèdent et ceux +qui suivent, suffiront, croyons-nous, pour détruire d’injustes +préventions, et pour prouver que les erreurs qui +se modifient de tant de manières, ne peuvent jamais lui +être imputées.</p> + +<p>Nous avons indiqué, dans la troisième partie, les principaux +lieux pour lesquels l’affranchissement est forcé +ou volontaire : on pourra y recourir à l’occasion. Mais +comme les arrangemens entre l’office général de France +et les offices étrangers peuvent subir des modifications, +nous engageons à consulter à cet égard le livre de poste +que nous avons cité dans le cours de cet ouvrage.</p> + +<p>Les lettres des colonies sont celles transportées par les +bâtimens du commerce destinées pour les provenances +d’outre-mer. Elles doivent être affranchies.</p> + +<p>Les lettres simples pour les militaires en activité, +jusqu’au grade d’officier, jouissent, lorsqu’on les affranchit, +d’une modération de taxe qui est fixée à vingt-cinq +centimes.</p> + +<p>Les imprimés présentés sous bandes à l’affranchissement, +qui ne contiennent aucune écriture à la main +(excepté la date et la signature pour les circulaires), +paient cinq centimes par feuille d’impression ; et quatre +centimes seulement lorsque ce sont des journaux. +<span id="p171" class="pagenum">-171-</span> Le plus grand nombre est assujetti au droit du timbre<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> Les lettres de faire part de naissances, de mariages et de décès +en sont exemptes.</p> +</div> +<p>Par lettres <i>chargées</i> on entend celles qui sont présentées +au directeur et pour lesquelles il perçoit le double +du port ordinaire de la lettre affranchie ou jetée à la +boîte. Ces lettres doivent être sous enveloppe et cachetées +de 3 ou 5 cachets en cire avec empreinte : elles +sont enregistrées et frappées du timbre du bureau et +de celui portant le mot chargé. L’administration ne répond +que de ces sortes de missives, pour lesquelles elle +accorde cinquante francs, lorsqu’elles ne parviennent pas +à leur destination. Afin de faciliter les recherches, en +cas de réclamation, il est délivré un bulletin à l’envoyeur.</p> + +<p>Le destinataire est toujours prévenu de l’arrivée de +la lettre (que lui seul peut retirer), pour laquelle il +donne son reçu sur les registres tenus à cet usage. Il +peut néanmoins, en cas d’absence, se faire représenter +pour remplir ces formalités. Mais une procuration +quelque générale et quelqu’étendue qu’on pût la supposer, +qui ne contiendrait pas la clause spéciale de +retirer les lettres de la poste, serait sans valeur près des +directeurs. Cette omission, qui peut entraîner de graves +inconvéniens, devrait éveiller l’attention des hommes +publics auxquels la rédaction de pareils actes est confiée.</p> + +<p>Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que les +lettres, même décachetées, destinées pour un lieu où se +trouve un bureau de poste, ne peuvent être transportées +que par les courriers de l’administration. Toute autre voie, +qui constate un délit de fraude<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>, serait d’autant moins +excusable que les moyens de correspondre, multipliés à +grands frais chaque jour, entretiennent une activité admirable +dans les relations.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> Dans ce cas, le destinataire qui réclame sa lettre, en paie le +double port ; et le contrevenant est condamné à une amende qui ne +peut être moindre de 150 francs.</p> +</div> +<p>On comprend sous le titre d’articles, les espèces d’or +et d’argent, ayant cours, présentées à découvert pour +être acquittées dans tous les bureaux de poste du royaume +<span id="p172" class="pagenum">-172-</span> seulement, et pour lesquelles on paie un droit fixe de +5 centimes par franc et 65 centimes pour le timbre de la +reconnaissance<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>. Cette pièce est détachée d’un talon +ou lettre d’avis que le directeur envoie à son correspondant ; +d’un bulletin qui reste aux mains de l’envoyeur +et d’une souche envoyée à la direction générale. On voit +par là qu’il ne faut altérer en rien la dimension de la +reconnaissance expédiée par le déposant au destinataire, +puisqu’à l’instant du paiement elle est rapprochée de la +lettre d’avis. S’il restait quelqu’incertitude après cette +comparaison, le directeur se refuserait à faire droit à +toute réclamation jusqu’à plus ample information.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> Les sommes au-dessous de 10 francs, adressées aux militaires +en activité de service, n’y sont point assujetties.</p> +</div> +<p>Les articles ne sont payables qu’au destinataire ou à +un fondé de pouvoirs spéciaux.</p> + +<p>Les <i>valeurs cotées</i> se composent des bijoux, pierreries +ou autres objets précieux qui sont déposés à découvert, +afin que le directeur puisse en apprécier la valeur, sur +l’estimation de laquelle il perçoit le même droit que +pour les articles d’argent, en se conformant à peu près +aux mêmes formalités. Les objets sont renfermés, en présence +du directeur, dans une boîte ficelée et cachetée +en cire du cachet de l’envoyeur.</p> + +<p>Les malles-postes sont ces voitures élégantes, à quatre +places, montées sur ressorts, ayant quatre roues, attelées +de quatre chevaux et destinées au transport des dépêches +et des voyageurs. La régularité dans les heures +de départ et d’arrivée, et la célérité avec laquelle on +peut parcourir l’étendue du royaume, ne sont pas +les seuls avantages qu’offre cette manière de voyager.</p> + +<p>Le prix des places, sans distinction d’âge, est d’un +franc cinquante centimes par poste.</p> + +<p>Les directeurs sont chargés de l’enregistrement des +voyageurs et de la recette des places, dont le prix +doit être acquitté avant le départ.</p> + +<p>Tout voyageur qui ne se serait pas muni d’un passeport +ne pourrait être admis dans ces voitures.</p> + +<p>La poste<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a> aux chevaux dépend de la direction +<span id="p173" class="pagenum">-173-</span> générale de la poste aux lettres et elle est sous la surveillance +immédiate des inspecteurs des postes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> Le maître de la poste aux chevaux à Paris, M. Dailly, +a son relais rue Saint-Germain-aux-Prés, n.<sup>o</sup> 10.</p> + +<p>M. Davrauge de Montville, préposé à la distribution des permis, +a son bureau à la poste aux chevaux.</p> +</div> +<p>On compte 1463 relais, composés chacun d’un nombre +de chevaux nécessaires<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>, qui varie suivant +l’importance des lieux, mais qui ne peut être moindre +de quatre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Dénomination donnée aux chevaux fixés par le réglement.</p> +</div> +<p>Ils sont fournis et entretenus par des agens, sous le +nom de maîtres de poste, pour transporter les dépêches +du Roi et des particuliers, et conduire les +voyageurs d’après les réglemens. Outre le prix qu’ils +retirent de la course des chevaux employés à ce service, +ils reçoivent des <i>gages</i> qui ne peuvent s’élever au-dessus +de 450 fr., ni être au-dessous de 250 fr.</p> + +<p>Par arrangement conclu en 1822, les maîtres de +poste conduisent les messageries : celles-ci sont exemptes +par là du droit de 25 centimes par cheval à leurs +voitures, créé au profit des premiers.</p> + +<p>Chaque relais, à la tête duquel est un maître de +poste, a un nombre déterminé de postillons, comme +lui, à la nomination du directeur-général des postes.</p> + +<p>Chaque poste doit être parcourue dans une heure ; +et le maître du relais est tenu de présenter son registre +d’ordre, sur la demande de tout voyageur qui croit +devoir y consigner ses plaintes.</p> + +<p>Le livre de poste qui paraît annuellement, nous dispense +d’entrer dans d’autres détails : ils seraient encore +insuffisans pour celui qui entreprendrait de voyager +par la poste sans en être muni.</p> + +<p>On appelle estafette<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a> le courrier chargé de porter +d’une poste à l’autre les dépêches extraordinaires +renfermées dans un portefeuille, dont la clef reste +aux mains des directeurs. Ce moyen est tellement +prompt, qu’une distance de cent lieues peut être parcourue +en moins de 25 heures.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> Cette dénomination n’est pas applicable aux courriers extraordinaires +qui transmettent avec diligence la dépêche qu’ils ont +reçue jusqu’à sa destination. Ces sortes d’expéditions sont assujetties +à des règles particulières.</p> +</div> +<p>Le gouvernement l’emploie dans les circonstances +<span id="p174" class="pagenum">-174-</span> importantes et sur les points où il n’existe pas de +lignes télégraphiques.</p> + +<p>Les particuliers ne peuvent participer à cet avantage +qu’avec l’autorisation des directeurs de la poste aux +lettres.</p> + +<p>Nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans +de nouvelles explications sur l’usage des postes, surtout +après y avoir été conduit si naturellement par nos +recherches sur leur origine, leur but, leur importance, +leurs progrès et leurs résultats. La pratique vient ici +à l’appui de la théorie.</p> + +<p>Il nous semble donc qu’il ne peut rester d’incertitude +sur l’utilité d’une institution si généralement répandue +et sur les avantages inappréciables que la société en +retire.</p> + +<p>C’est une vérité prouvée par les faits, proclamée +par l’histoire, et confirmée chaque jour par l’expérience.</p> + + +<p class="c gap">FIN.</p> + + +<p class="c gap">ERRATA.</p> + +<p>Page 12 ligne 5. Retranchez mais.</p> + +<p>Page 38 ligne 5. Une virgule après mesure, et ligne 8 un point +après usuraire.</p> + +<p>Page 41 ligne 30. Une virgule après individus, et deux points, +ligne 32, après guerre.</p> + +<p>Page 95 ligne 20. Port : lisez : part.</p> + +<p>Page 170 ligne 12. Ces : lisez : les.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span id="p175" class="pagenum">-175-</span></p> + +<h2 class="nobreak" id="edit">Note de la page 28.<br> +ÉDIT SUR LES POSTES.</h2> + + +<p>Le seigneur et Roy (Louis XI) ayant mis en délibération avec les +seigneurs de son conseil, qu’il est moult nécessaire et important à ses +affaires et à son estat de sçavoir diligemment nouvelles de tous costez, +et y faire, quand bon luy semblera, sçavoir des siennes ; d’instituer +et d’establir en toutes les villes, bourgs, bourgades, et lieux +que besoin sera jugé plus commodes, un nombre de chevaux courants +de traitte en traitte, par le moyen desquels ses commandements +puissent estre promtement exécutez, et qu’il puisse avoir +nouvelles de ses voisins quand il voudra, veut et ordonne ce qui en +suit.</p> + +<p>Que sa volonté et plaisir est que dèz à présent et doresnavant, il +soit mis et establi spécialement sur les grands chemins de son dit +royaume, de quatre en quatre lieues, personnes séables, et qui +feront serment de bien et loyaument servir le Roy, pour tenir +et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille, bien enharnachez +et propres à courir le galop durant le chemin de leur traitte, +lequel nombre se pourra augmenter, s’il est besoin.</p> + +<p>Le Roy nostre seigneur veut et ordonne qu’il y ait en la dite institution +et establissement et générale observation, et pour en faire +l’establissement un office intitulé <i>conseiller grand-maistre des coureurs +de France</i> ; qui se tiendra près de sa personne, après qu’il aura esté +faire le dit establissement, pour ce faire luy sera baillé bonne commission.</p> + +<p>Et les autres personnes qui seront ainsi par luy establies de traitte +en traitte, seront appelées <i>maistres</i>, tenant les chevaux courans pour +le service du Roy.</p> + +<p>Les dits maistres seront tenus, et leur est enjoint de monter sans +aucun délay ni retardement, et conduire en personne, s’il leur est +commandé, tous et chacuns les courriers et personnes envoyées de +la part du dit seigneur ayant son passeport et attache du <i>grand-maistre +des coureurs de France</i>, en payant le prix raisonnable, qui +sera dit ci-après.</p> + +<p>Porteront aussi lesdits maistres coureurs toutes despêches et lettres +de sa majesté qui leur seront envoyées de sa part et des gouverneurs +et lieutenans de ses provinces et autres officiers, pourveu qu’il +y ait certificat ou passeport dudit <i>grand-maistre des coureurs de +France</i>, pour les choses qui partiront de la cour et hors d’icelle, +des dits gouverneurs, lieutenans et officiers, que c’est pour le service +du Roy, lequel certificat sera attaché au dit paquet, et envoyé avec +un mandement du commis du dit <i>grand-maistre des coureurs de France</i>, +qui sera par luy establi en chacune ville frontière de ce royaume, et +<span id="p176" class="pagenum">-176-</span> autre bonnes villes de passage que besoin sera ; le dit mandement +addressant audit <i>maistre des coureurs</i>, pour porter sans retardement +lesdits paquets, ou monter ceux qui seront envoyés pour les affaires +du Roy.</p> + +<p>Et afin qu’on puisse savoir s’il y aura eu retardement, et d’où il +sera procédé, le dit seigneur veut et ordonne que le dit <i>grand-maistre +des coureurs</i>, et ses dits commis cottent le jour et l’heure qu’ils auront +délivré lesdits paquets au premier <i>maistre-coureur</i>, et le premier au +second, et aussi semblablement pour tous les autres <i>maistres-coureurs</i> +à peine d’estre privez de leurs charges, et des gages, priviléges et +exemptions qui leur seront donnés par la présente institution.</p> + +<p>Ausquels <i>maistres coureurs</i> est prohibé et deffendu de bailler aucuns +chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu’il puisse +estre sans le mandement du Roy et du dit <i>grand-maistre des coureurs +de France</i>, à peine de la vie. D’autant que le dit seigneur ne +veut et n’entend que la commodité du dit establissement ne soit +pour autre que pour son service, considéré les inconvéniens qui +peuvent survenir à ses affaires, si les dits chevaux servent à toutes +personnes indifféremment sans son sçeu, ou du dit <i>grand-maistre +des coureurs de France</i>.</p> + +<p>Et afin que nostre très-saint père le pape et princes estrangers, +avec lesquels sa majesté a amitié et alliance, par le moyen desquels +le passage de France est libre à leurs courriers et messagers, n’ayent +sujet de se plaindre du présent réglement, sa majesté entend leur +conserver la liberté du passage, suivant et ainsi qu’il est porté par +ses ordonnances, leur permettant si bon leur semble, d’user de la +liberté du dit establissement, en payant raisonnablement et obéissant +aux ordonnances contenues.</p> + +<p>Mais pour éviter les fraudes que pourraient commettre les courriers +et messagers allants et venants en ce royaume, lesquels pour +ne se vouloir manifester aux bureaux du dit grand-maistre des coureurs +de France, et à ses commis qui y résideront en chacune ville +frontière, et autres de ce royaume, passeraient par chemins obliques +et destournez pour oster la connaissance de leur voyage et entrée +en ce dit royaume prenant pour ce faire autres chevaux et guides.</p> + +<p>Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands chemins +et villes frontières pour se manifester aux bureaux dudit <i>grand-maistre +des coureurs</i>, et prendre passeport et mandement tel que +sera dit, à peine de confiscation de corps et de biens.</p> + +<p>Et d’autant que la charge du dit <i>grand-maistre des coureurs de +France</i>, est moult d’importance, et requiert avoir fidélité, soigneuse +discrétion et sçavoir ; et qu’au moyen du dit office et de +sa dite charge les articles de l’institution et establissements dessus +dit, doivent estre gardez, entretenues, et observez et estant iceluy +establissement moult utile au service et à l’intention du Roy, il +y requiert y avoir bien notables personnes pour le tenir.</p> + +<p>Veut et ordonne que celui qui sera pourveu de la dite charge, +soit compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires, compté +en enrollé en l’estat de son hostel, tout ainsi que l’un de ses +conseillers et maistres d’hostel ordinaires.</p> + +<p>Veut et ordonne que le dit <i>grand-maistre des coureurs de France</i>, +ait l’entière disposition de mettre et establir par-tout où besoin +<span id="p177" class="pagenum">-177-</span> sera les dits maistres coureurs, les déposséder si leur devoir ne +font, et pourvoir en leur place tel que bon luy semblera, mesme +advenant vacation par mort, résignation ou autrement de leurs +charges, luy a donné pouvoir d’y pourvoir et instituer d’autres en +leur place, et en délivrer <i>lettres</i>, les faisant faire serment de fidélité, +et leur en donner acte sur les dites <i>lettres</i>.</p> + +<p>Veut et ordonne que le dit conseiller <i>grand-maistre des coureurs de +France</i> pour l’entretenement de son estat, après avoir fait serment +au Roy ès mains de son chancelier, de bien loyaument servir, ait +pour gages ordinaires la somme de huit cents livres parisis, lesquels +seront pris sur les plus clairs deniers et revenus du dit seigneur, +outre et par dessus les droits et émolumens ordinaires qu’il prendra +comme officier de l’hostel et maison du dit seigneur, qui par autres +ses lettres lui seront ordonnez et payez.</p> + +<p>Et en outre il aura pension de mille livres par autres lettres du +dit seigneur pour son dit office, qui luy sera assigné et donné +chacune année.</p> + +<p>Veut et ordonne que tous maistres coureurs qui seront par le dit +grand-maistre establis, ayent aussi pour leur entretenement en leurs +estats, pour gages ordinaires, chacun cinquante livres tournois, et +chacun des commis qu’il aura près de sa personne et autres lieux que +besoin sera ; chacun cent livres pour leur entretenement, et veut que les +uns et les autres pendant qu’ils serviront, jouissent des mesmes exemtions +et priviléges que les officiers et commensaux de sa maison.</p> + +<p>Et, à ce que les maistres ayant moyen d’entretenir et nourrir leurs +personnes et leurs chevaux, et qu’ils puissent servir commodement +le Roy.</p> + +<p>Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part, +ou autrement, avec son passeport et attache du <i>grand-maistre des +coureurs de France</i> ou de ses commis, payent pour chacun cheval +qu’ils auront besoin de mener, y compris celui de la guide qui les +conduira, la somme de dix sols, pour chacune course de cheval, +durant quatre lieues, fors et excepté ledit <i>grand-maistre des coureurs</i>, +qu’ils seront tenus de monter sans rien prendre de luy ni de ses gens, +qu’il menera pour son service, allant faire ses chevauchées et son +establissement et pour les affaires de Sa Majesté ; ensemble ne prendront +rien de ses commis qui voudront courir pour les affaires pressées +du Roy, au moins trois ou quatre fois l’an.</p> + +<p>Et quant aux paquets envoyés par le dit seigneur, ou qui lui +seront adressez, les dits <i>maistres-coureurs</i> seront tenus de les porter +en personne, sans aucun délay, de l’un à l’autre, avec la cotte +ci-mentionnée, sans en prétendre aucun payement, ains se contenteront +des droits et gages qui leur seront attribuez.</p> + +<p>Veut et ordonne les susdits articles et institution dudit grand +office de <i>conseiller grand-maistre des coureurs de France</i>, et autres +choses des susdites, soient à toujours observez et gardez sans +enfreindre.</p> + +<p>Fait et donné à Luxies, près de Doulens, le dix-neufviéme jour +de juin mil quatre cent soixante et quatre.</p> + +<p class="offr"><i>Signé</i>, LOUIS.</p> + +<p class="cc">Par le Roy, en son conseil de la Loërre.</p> + +<p class="offl">Plus bas :</p> + +<p class="offr"><span class="sc">Cheveteau.</span></p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">TABLE<br> +DES PRINCIPALES MATIÈRES.</h2> + + +<ul><li><span class="sc">Administrateurs.</span> — Leur création, <a href="#p70">70</a> ; <a href="#p72">72</a>. — Supprimés, +<a href="#p85">85</a> ; <a href="#p91">91</a> ; <a href="#p164">164</a>.</li> +<li>Administration. — Perfectionnée par le marquis de Louvois, <a href="#p49">49</a> ; +<a href="#p75">75</a> ; <a href="#p76">76</a>.</li> +<li>Amontons, inventeur d’un secret pour communiquer au loin, <a href="#p65">65</a>.</li> +<li>Artaxerxès employait des courriers, <a href="#p10">10</a>.</li> +<li>Affranchissement, <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p82">82</a> ; <a href="#p170">170</a>.</li> +<li>Articles d’argent, <a href="#p38">38</a> ; <a href="#p54">54</a>, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p171">171</a>.</li> +<li>Auguste voyageait rapidement, <a href="#p19">19</a>.</li> +<li>Autruches traînent un char, <a href="#p20">20</a>. — Montées par des hommes, <a href="#p143">143</a>.</li> +<li>Bateaux à vapeur, <a href="#p79">79</a> ; <a href="#p85">85</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p112">112</a> ; <a href="#p116">116</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p145">145</a> ; +<a href="#p150">150</a> ; <a href="#p158">158</a> ; <a href="#p162">162</a>.</li> +<li>Bœufs montés par des hommes, <a href="#p143">143</a>. — Attelage de luxe dans +l’Inde, <a href="#p149">149</a>.</li> +<li>Buffles montés par les Tartares, <a href="#p147">147</a>.</li> +<li>Bureaux de poste. — Leur nombre, <a href="#p164">164</a> ; <a href="#p165">165</a>. — Simples ou +composés, <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Caisse des pensions. Sa création, <a href="#p60">60</a>. — Conservée, <a href="#p84">84</a>.</li> +<li>Cerfs. — On en fait des attelages, <a href="#p108">108</a>.</li> +<li>Chameau. Voiture placée sur leur dos, <a href="#p147">147</a>.</li> +<li>Chargement, <a href="#p38">38</a>.</li> +<li>Chappe, inventeur du télégraphe, <a href="#p72">72</a>.</li> +<li>Chevaucheurs, <a href="#p31">31</a>.</li> +<li>Chevaux. — Employés par Cyrus, <a href="#p11">11</a>. — Leur vitesse, <a href="#p12">12</a> ; <a href="#p44">44</a> ; +<a href="#p102">102</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p110">110</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p122">122</a> ; <a href="#p134">134</a> ; <a href="#p147">147</a>.</li> +<li>Chèvres. — Sont attelées aux voitures, <a href="#p117">117</a>.</li> +<li>Chiens. — Etablis par relais, <a href="#p108">108</a> ; <a href="#p112">112</a> ; <a href="#p117">117</a> ; <a href="#p154">154</a>. — Portent +les dépêches, <a href="#p161">161</a>.</li> +<li>Comptabilité, <a href="#p84">84</a> ; <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p89">89</a>.</li> +<li>Contrôleurs généraux, <a href="#p33">33</a> ; <a href="#p69">69</a>. — Provinciaux, <a href="#p39">39</a> ; <a href="#p71">71</a>. — Des +bureaux, <a href="#p42">42</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Conseil des postes, <a href="#p85">85</a>.</li> +<li>Commis, <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p97">97</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Commissaires du Roi, <a href="#p68">68</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p93">93</a>. — Du directoire, <a href="#p76">76</a>. — Du +gouvernement, <a href="#p76">76</a>.</li> +<li>Coureurs, <a href="#p5">5</a> ; <a href="#p17">17</a>. — Traits remarquables, <a href="#p29">29</a>. — En Turquie, +<a href="#p146">146</a> ; <a href="#p147">147</a>. — Dans l’Inde, <a href="#p150">150</a>. — Au Mexique, <a href="#p160">160</a>.</li> +<li>Courriers. — Leur discrétion, <a href="#p13">13</a> ; <a href="#p60">60</a> ; <a href="#p61">61</a> ; <a href="#p69">69</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a>. — S’emparent +des chevaux des voyageurs, <a href="#p146">146</a>.</li> +<li>Cyrus. — Fonde les postes dans l’antiquité, <a href="#p11">11</a>.</li> +<li>Couleurs. — Moyen de correspondre, <a href="#p2">2</a> ; <a href="#p6">6</a>.</li> +<li>Direction générale des postes, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p91">91</a> ; <a href="#p163">163</a>.</li> +<li>Directeurs généraux, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p82">82</a> ; <a href="#p83">83</a> ; <a href="#p84">84</a> ; <a href="#p90">90</a> ; <a href="#p95">95</a> ; <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p67">67</a>. — particuliers, +<a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a>.</li> +<li>Directoire des postes. — Son établissement, <a href="#p70">70</a>.</li> +<li>Distributeurs, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p167">167</a>.</li> +<li>Dromadaires. — Servent au transport des dépêches, <a href="#p147">147</a>.</li> +<li>Edit des postes, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Eléphans. — Portent les voyageurs, dans l’Inde, <a href="#p148">148</a>.</li> +<li>Estafette, <a href="#p38">38</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li> +<li>Eventail. — Sert de livre de poste au Japon, <a href="#p156">156</a>.</li> +<li>Facteurs, <a href="#p58">58</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p167">167</a>.</li> +<li>Fiacre. — D’où vient ce nom donné aux voitures, <a href="#p48">48</a>.</li> +<li>Fleurs. — Moyen de correspondre en Asie, <a href="#p2">2</a>.</li> +<li>Franchises, <a href="#p42">42</a> ; <a href="#p71">71</a>. — Supprimées ; <a href="#p76">76</a>, <a href="#p85">85</a>.</li> +<li>Gondoles. — Leur nombre à Venise, <a href="#p139">139</a>.</li> +<li>Général des postes, <a href="#p35">35</a> ; <a href="#p36">36</a> ; <a href="#p39">39</a>.</li> +<li>Grand maître des coureurs, <a href="#p30">30</a> ; <a href="#p32">32</a> ; <a href="#p33">33</a>.</li> +<li>Hôtel des postes, <a href="#p70">70</a>.</li> +<li>Hottentots. — Connaissant les signaux par le feu, <a href="#p142">142</a>.</li> +<li>Imprimerie. — Sa découverte, <a href="#p9">9</a>. — Hâte les progrès des postes, <a href="#p24">24</a>.</li> +<li>Imprimés, <a href="#p75">75</a> ; <a href="#p170">170</a>.</li> +<li>Inspecteurs généraux, <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p76">76</a> ; <a href="#p77">77</a>. — Supprimés, <a href="#p91">91</a>. — De +divisions, <a href="#p77">77</a>. — Leurs attributions, <a href="#p85">85</a> ; <a href="#p96">96</a>. Leur nombre, <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Intendans généraux, <a href="#p42">42</a>. — Leurs noms, <a href="#p62">62</a> ; <a href="#p64">64</a> ; <a href="#p67">67</a>.</li> +<li>Instruction sur le service des postes aux lettres, <a href="#p71">71</a>. — Modifiée, +<a href="#p81">81</a>. — Militaires, <a href="#p92">92</a>. — Aux chevaux, <a href="#p94">94</a>.</li> +<li>Lettres, <a href="#p8">8</a> ; <a href="#p9">9</a>. — Cachetées dès l’origine, <a href="#p14">14</a> ; <a href="#p17">17</a>. — Anonymes, +<a href="#p18">18</a> ; <a href="#p64">64</a>. — De réclamation, <a href="#p165">165</a>. — Opération qui les concerne, +<a href="#p166">166</a>. — Nombre qu’on en expédie par an, <a href="#p97">97</a>. — Simple, +<a href="#p167">167</a>. — Taxée, <i>id.</i> — Surtaxée, <i>id.</i> — Refusées, <a href="#p168">168</a>. — Altérées, +<a href="#p168">168</a>. — Blanches, <a href="#p168">168</a>. — Ouvertes, <a href="#p169">169</a>. — Sous un nom supposé, +<a href="#p169">169</a>. — Poste restante, <i>id.</i> — Franches, <a href="#p169">169</a>. — Affranchies, +<a href="#p170">170</a>. — Colonies, <a href="#p170">170</a>. — Militaires, <a href="#p170">170</a>. — Chargées, <a href="#p171">171</a>.</li> +<li>Lions attachés à une voiture, <a href="#p20">20</a>.</li> +<li>Linguet propose d’établir une machine à signaux, <a href="#p65">65</a>.</li> +<li>Louis XI institue les postes en France, <a href="#p30">30</a>.</li> +<li>Loups dressés à traîner une voiture, <a href="#p105">105</a>.</li> +<li>Maîtres des coureurs, <a href="#p31">31</a>. — Leurs priviléges, <a href="#p43">43</a> ; <a href="#p44">44</a>. — Abolition +des priviléges, <a href="#p68">68</a>. — Droit de <a href="#p25">25</a> centimes en leur faveur, +<a href="#p81">81</a>. — Conduisent les messageries, <a href="#p92">92</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li> +<li>Médailles sur les postes, <a href="#p28">28</a>.</li> +<li>Milliaires. — Colonnes sur les routes, <a href="#p15">15</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p134">134</a>.</li> +<li>Messagers, <a href="#p5">5</a>. — Royaux, <a href="#p33">33</a>. — Empiètemens reprimés, <a href="#p41">41</a>. — De +l’université, <a href="#p43">43</a>. — A Alger, leur stupidité, <a href="#p142">142</a>. — Au +Japon, <a href="#p156">156</a>.</li> +<li>Moutons dressés à traîner un char, en Chine, <a href="#p154">154</a>.</li> +<li>Mules. — Usage qu’on en fait en Espagne, <a href="#p134">134</a>.</li> +<li>Oiseaux. — Vitesse de leur vol, <a href="#p6">6</a>. — Pigeons servent de courriers, +<i>id.</i> ; <a href="#p12">12</a>. — Fraudeurs, <a href="#p130">130</a> ; <a href="#p144">144</a>. — Hirondelles portent +les missives, <a href="#p6">6</a> ; <a href="#p7">7</a>. — Oiseaux des Tropiques annoncent l’arrivée +des vaisseaux, <a href="#p145">145</a>.</li> +<li>Palanquins. — Leur usage dans l’Inde, <a href="#p148">148</a>.</li> +<li>Papier. — Sa composition, <a href="#p10">10</a>.</li> +<li>Paquebots, <a href="#p78">78</a> ; <a href="#p121">121</a> ; <a href="#p127">127</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li> +<li>Passeports, <a href="#p81">81</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p113">113</a> ; <a href="#p149">149</a>.</li> +<li>Phare, <a href="#p3">3</a>. — Feux d’un éclat particulier, <a href="#p66">66</a>.</li> +<li>Ponts suspendus, <a href="#p45">45</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p130">130</a> ; <a href="#p153">153</a> ; <a href="#p157">157</a> ; <a href="#p159">159</a>.</li> +<li>Poste télégraphique, <a href="#p73">73</a>.</li> +<li>Poste (petite) établie à Paris par M. de Chamousset, <a href="#p58">58</a>. — Supprimée +dans les provinces, <a href="#p77">77</a>. — Son produit à Paris, <a href="#p97">97</a>. — En +Allemagne, <a href="#p104">104</a>. — En Suède, <a href="#p120">120</a>. — Appelée <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span> +en Angleterre, <a href="#p125">125</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Poste maritime supprimée, <a href="#p77">77</a>.</li> +<li>Poste aux chevaux, <a href="#p16">16</a> ; <a href="#p72">72</a> ; <a href="#p76">76</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li> +<li>Poste aux lettres, <a href="#p164">164</a>.</li> +<li>Postes militaires, <a href="#p93">93</a>.</li> +<li>Postes. — Fondées par Cyrus, <a href="#p11">11</a>. — Rétablies chez les Romains par +Auguste, <a href="#p15">15</a>. — Conservées chez les modernes par Charlemagne, +<a href="#p21">21</a>. — Instituées en France par Louis XI, <a href="#p25">25</a>. — Améliorées par +Charles VIII, <a href="#p31">31</a>. — Charles IX, <a href="#p32">32</a>. — Henri IV, <a href="#p33">33</a>. — Louis +XIII, <a href="#p36">36</a>. — Louis XIV, <a href="#p43">43</a>. — Considérations sur leur +importance, <a href="#p50">50</a> et suivantes. — Leur état sous Louis XV, <a href="#p54">54</a>. — Louis +XVI, <a href="#p62">62</a>. — Changemens qu’elles ont éprouvés jusqu’à ce +jour, <a href="#p68">68</a> à <a href="#p100">100</a>. — En Allemagne, <a href="#p100">100</a> à <a href="#p106">106</a>. — A Alger <a href="#p143">143</a> — En +Amérique, <a href="#p156">156</a> ; <a href="#p159">159</a>. — En Angleterre, <a href="#p120">120</a> à <a href="#p132">132</a>. — Au +Boutan, <a href="#p155">155</a>. — Au Congo, <a href="#p143">143</a>. — En Chine, <a href="#p153">153</a> à <a href="#p154">154</a>. — En +Dannemarck, <a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. — En Espagne, <a href="#p132">132</a> à <a href="#p136">136</a>. — En +Egypte, <a href="#p144">144</a>. — En France, <a href="#p21">21</a> à <a href="#p100">100</a>. — En Hongrie, <a href="#p106">106</a>. — Aux +Indes, <a href="#p148">148</a> à <a href="#p152">152</a>. — En Italie, <a href="#p130">130</a> à <a href="#p139">139</a>. — Au Japon, <a href="#p155">155</a> +à <a href="#p156">156</a>. — Au Mexique, <a href="#p160">160</a>. — A Naples, <a href="#p141">141</a>. — En Norwège, +<a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. — Dans les Pays-Bas, <a href="#p115">115</a> à <a href="#p117">117</a>. — En Prusse, +<a href="#p106">106</a> à <a href="#p107">107</a>. — Au Pérou, <a href="#p159">159</a>. — En Portugal, <a href="#p36">36</a> à <a href="#p137">137</a>. — En +Russie, <a href="#p108">108</a> à <a href="#p113">113</a>. En Suède, <a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. En Sardaigne, +<a href="#p139">139</a> à <a href="#p140">140</a>. — En Suisse, <a href="#p140">140</a> à <a href="#p141">141</a>. — Au Sénégal, <a href="#p143">143</a>. — A +Siam, <a href="#p154">154</a> à <a href="#p155">155</a>. — En Turquie, <a href="#p114">114</a> à <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p148">148</a>. — En Tartarie, +<a href="#p147">147</a>.</li> +<li>Postillons, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p103">103</a> ; <a href="#p138">138</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li> +<li>Produits, <a href="#p50">50</a> ; <a href="#p52">52</a> ; <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p54">54</a> ; <a href="#p55">55</a> ; <a href="#p56">56</a> ; <a href="#p57">57</a> ; <a href="#p60">60</a> ; <a href="#p64">64</a> ; <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p67">67</a> ; <a href="#p76">76</a> ; +<a href="#p80">80</a> ; <a href="#p98">98</a>.</li> +<li>Quipos. — Sont employés pour correspondre, <a href="#p160">160</a>.</li> +<li>Routes. — Chez les anciens, <a href="#p14">14</a>. — Chez les modernes, <a href="#p22">22</a>. — Leur +amélioration, <a href="#p45">45</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p107">107</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p121">121</a> ; <a href="#p128">128</a> ; <a href="#p134">134</a> ; +<a href="#p138">138</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p149">149</a> ; <a href="#p152">152</a> ; <a href="#p157">157</a> ; <a href="#p161">161</a>.</li> +<li>Relais établis par Henri IV, <a href="#p33">33</a> ; <a href="#p35">35</a>. — Réunis aux postes, <a href="#p67">67</a>. — Leur +nombre, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li> +<li>Rennes. — Font le service des postes et des voitures, <a href="#p108">108</a> ; <a href="#p112">112</a>.</li> +<li>Sceau, chez les anciens, <a href="#p17">17</a>.</li> +<li>Signaux employés pour correspondre, <a href="#p3">3</a> ; <a href="#p4">4</a> ; <a href="#p131">131</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p142">142</a> ; <a href="#p161">161</a>.</li> +<li>Surintendant Général. — Création de cette charge, <a href="#p39">39</a>. — Attributions, +<a href="#p40">40</a>.</li> +<li>Tarif. — Le public taxait ses lettres, <a href="#p37">37</a> ; <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p57">57</a> ; <a href="#p70">70</a> ; <a href="#p72">72</a> ; <a href="#p74">74</a> ; +<a href="#p75">75</a> ; <a href="#p77">77</a> ; <a href="#p104">104</a>.</li> +<li>Télégraphe. — Son établissement, <a href="#p72">72</a> et suivantes ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p117">117</a> ; +<a href="#p119">119</a> ; <a href="#p145">145</a> ; <a href="#p154">154</a>.</li> +<li>Tigres attelés à une voiture, <a href="#p162">162</a>.</li> +<li>Transport frauduleux, <a href="#p51">51</a> ; <a href="#p171">171</a>.</li> +<li>Troupes. — Travaillent aux grandes routes chez les anciens, <a href="#p46">46</a>. — chez +les modernes, <a href="#p120">120</a> ; <a href="#p141">141</a>.</li> +<li>Université. — Facilite les relations, <a href="#p23">23</a>. — Cession de son privilége +de poste, <a href="#p54">54</a>. — Réclamation, <a href="#p67">67</a>.</li> +<li>Uniforme, <a href="#p67">67</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p102">102</a> ; <a href="#p106">106</a>.</li> +<li>Valeurs cotées, <a href="#p40">40</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li> +<li>Voix. — Moyen de correspondre, <a href="#p4">4</a> ; <a href="#p160">160</a>.</li> +<li>Voitures. — Invention des Français, <a href="#p46">46</a> et suivantes ; <a href="#p54">54</a> ; <a href="#p64">64</a>. — A +vapeur, <a href="#p65">65</a>. — Mécanique, <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p90">90</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p107">107</a> ; +<a href="#p109">109</a> ; <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p117">117</a> ; <a href="#p122">122</a> ; <a href="#p128">128</a> ; <a href="#p133">133</a> ; <a href="#p136">136</a> ; <a href="#p139">139</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p148">148</a>. — Malles-postes, +<a href="#p172">172</a>.</li></ul> +<div class="break"></div> +<div class="trnote"> +<h2 class="nobreak">NOTES DU TRANSCRIPTEUR</h2> + + +<p>Les errata ont été corrigés. On a conservé l’orthographe de l’original, +en rectifiant certaines erreurs manifestement dues au typographe.</p> + +</div> + +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***</div> +</body> +</html> + diff --git a/75801-h/images/cover.jpg b/75801-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d6dfada --- /dev/null +++ b/75801-h/images/cover.jpg diff --git a/75801-h/images/croix.svg b/75801-h/images/croix.svg new file mode 100644 index 0000000..59148a4 --- /dev/null +++ b/75801-h/images/croix.svg @@ -0,0 +1,46 @@ +<?xml version="1.0" standalone="no"?> +<!DOCTYPE svg PUBLIC "-//W3C//DTD SVG 1.1//EN" + "http://www.w3.org/Graphics/SVG/1.1/DTD/svg11.dtd"> +<svg xmlns="http://www.w3.org/2000/svg" + width="256pt" height="256pt" viewBox="0 0 256 256" + preserveAspectRatio="xMidYMid meet"> +<metadata> +Public domain +</metadata> +<g transform="translate(0,256) scale(0.1,-0.1)" +fill="#000" stroke="none"> +<path d="M772 2448 c-17 -17 -15 -103 5 -146 9 -20 17 -40 18 -44 2 -5 4 -10 +5 -13 1 -3 3 -8 5 -12 1 -5 9 -24 17 -43 19 -43 58 -150 143 -390 36 -102 74 +-208 84 -235 l18 -50 -23 -18 c-21 -16 -26 -16 -46 -3 -13 8 -105 44 -204 79 +-100 36 -197 72 -215 81 -19 8 -113 45 -209 81 -150 57 -182 65 -230 63 l-55 +-3 0 -505 0 -505 55 -3 c46 -2 78 6 203 53 81 30 155 60 165 65 19 11 115 47 +324 120 75 27 145 53 157 59 18 10 25 7 49 -20 l29 -32 -48 -136 c-133 -380 +-197 -551 -212 -570 -7 -8 -11 -16 -9 -18 1 -2 -5 -20 -14 -41 -22 -50 -30 +-147 -14 -167 11 -13 79 -15 494 -15 362 0 485 3 494 12 13 13 17 100 5 112 +-5 4 -8 11 -9 14 0 4 -6 18 -12 32 -6 14 -41 108 -77 210 -36 102 -84 232 +-105 290 -22 58 -53 144 -68 191 l-29 86 29 32 c22 25 32 30 46 22 17 -9 98 +-39 362 -133 63 -23 120 -45 125 -49 6 -4 78 -33 160 -64 127 -47 158 -55 205 +-53 l55 3 0 505 0 505 -55 3 c-48 2 -80 -6 -230 -63 -96 -36 -190 -73 -209 +-81 -18 -9 -65 -27 -105 -41 -164 -57 -292 -105 -314 -119 -20 -13 -25 -13 +-45 3 l-24 17 43 121 c23 66 72 203 109 305 37 102 82 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PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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