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+
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***
+
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+
+
+ DES POSTES
+
+ EN GÉNÉRAL,
+ ET
+ PARTICULIÈREMENT EN FRANCE,
+
+ PAR CHARLES BERNEDE.
+
+ [Illustration: QUI PEDIBUS VOLUCRES ANTE IRENT CURCIBUS AURAS.
+ DECURSIO.]
+
+
+ PARIS,
+ A LA LIBRAIRIE DE RAYNAL,
+ RUE PAVÉE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS, N.º 13.
+ 1826.
+
+
+
+
+IMPRIMERIE DE MELLINET-MALASSIS, A NANTES.
+
+
+
+
+AVANT-PROPOS.
+
+
+Les postes, créées dans l’intérêt général, n’ont point cessé, depuis
+leur fondation, de faire partie des institutions sur lesquelles la
+société est établie. Toujours dirigées vers un but unique, invariables
+dans leur marche, constantes dans leurs résultats, l’expérience n’a fait
+qu’ajouter aux avantages qu’elles promettaient aux peuples chez lesquels
+elles se sont successivement introduites. C’est par elles encore, comme
+à leur origine, que les princes veillent au maintien de leur puissance,
+les individus à la conservation de leurs droits, et les nations à
+l’accroissement de leur prospérité. Tout ce qui se passe sur les points
+les plus opposés du globe ne peut échapper à la connaissance des
+monarques, aux vastes conceptions de l’homme d’état, et aux combinaisons
+multipliées du négociant: la pensée franchit en peu de tems des espaces
+immenses; et, rapportée avec la même vîtesse des extrémités de la terre,
+elle vient instruire les rois au sein de leurs cours, éclairer les
+ministres dans le silence du cabinet, enflammer le génie dans la paix de
+la retraite, et seconder les entreprises hardies que dirige, de son
+comptoir, l’actif et habile spéculateur.
+
+Il n’est plus un seul lieu où l’on ne puisse former et entretenir des
+relations. A peine voyons-nous paraître une société, ou s’élever une
+colonie, que des correspondances aussitôt entamées, se répandent avec
+une étonnante rapidité. L’intérêt qui d’abord lie les individus, fait
+naître ensuite des sentimens d’amitié, de famille, d’affections et de
+convenances, dont l’absence semble accroître la force et présager la
+durée.
+
+L’amour de la patrie, si touchant chez tous les êtres, nous rend le
+bienfait des postes encore plus précieux. Nous résoudrions-nous à
+quitter le sol natal et les objets si chers que nous y laissons, sans
+l’espoir si consolant d’adoucir, par un commerce réciproque de pensées,
+cet exil commandé par la nécessité.
+
+_Je sçais_, a dit Montaigne, _que l’amitié a les bras assez longs pour
+se tenir et se joindre d’un coing de monde à l’aultre_. C’est aussi par
+le charme que nous inspire ce sentiment, que nous nous livrons à
+l’illusion qui nous rapproche de ceux dont nous sommes séparés par des
+distances incommensurables.
+
+Mais, si l’action des postes, momentanément suspendue par l’effet de ces
+crises politiques qui agitent les nations, a suffi pour jeter parfois
+l’épouvante, de quelle stupeur les peuples ne seraient-ils pas frappés
+si cet état se prolongeait, si, enfin, les relations arrêtées
+tout-à-coup, cessaient pour ne plus exister?
+
+Le renversement d’une institution qui facilite si admirablement les
+moyens de correspondre comme par enchantement, ne tarderait pas
+long-tems à faire disparaître toutes les traces de prospérité dont elle
+est une des sources les plus fécondes, et à rompre l’harmonie qu’elle
+établit entre les états et qu’elle entretient entre les individus. Le
+corps social, menacé d’une entière dissolution, rentrerait bientôt dans
+les ténèbres de la barbarie commune à l’origine du plus grand nombre des
+nations.
+
+Heureusement que cette marche rétrograde de l’esprit humain est
+désormais impossible par l’état actuel de la civilisation, et les moyens
+continuels que les postes fournissent de la reproduire et de la
+répandre. Les empires, fatigués des grandes secousses qu’ils ont
+éprouvées, sentent de plus en plus le besoin de consolider les
+institutions bienfaisantes qui assurent leur stabilité, et les hommes,
+celui de se communiquer leurs pensées pour s’éclairer et chercher à se
+rendre réciproquement plus heureux.
+
+Ces considérations générales, qui nous démontrent et l’utilité des
+postes dans l’intérêt privé, et leur importance dans l’ordre moral et
+politique, nécessitaient néanmoins quelques développemens pour prouver
+l’influence directe que cette institution exerce sur nos besoins, nos
+mœurs et nos affections. C’est ce que nous nous sommes proposé dans
+l’aperçu rapide des faits qui s’y rattachent.
+
+Découvrir l’origine des postes dans l’antiquité; indiquer l’époque de
+leur introduction chez les modernes, et particulièrement en France;
+exposer les diverses modifications qu’elles ont subies chez tous les
+peuples; enfin, chercher à en rendre la pratique plus utile par la
+connaissance des règles générales auxquelles elles sont assujetties: tel
+est le plan que nous nous sommes tracé. Si nous ne l’avons pas embrassé
+avec un égal succès dans toutes ses parties, nous pensons qu’on nous
+saura du moins quelque gré d’en avoir tenté l’exécution, après nous être
+livré à de longues recherches pour donner à notre travail l’ordre, la
+clarté et l’intérêt dont il est susceptible.
+
+En conséquence, la division en quatre parties, que nous établissons,
+nous a paru la plus naturelle, et en même tems la plus favorable pour
+soulager la mémoire dans une succession de faits dont la multiplicité
+n’est peut-être pas rachetée par tous les charmes de la variété.
+
+La première partie traite de l’origine des postes; la deuxième des
+postes en France; la troisième, des postes chez tous les peuples; la
+quatrième, enfin, de la pratique des postes.
+
+Nous nous sommes abstenu de citer minutieusement les sources auxquelles
+nous avons été obligé de recourir en composant cet essai; mais, en le
+dégageant de tout appareil scientifique, nous avons pensé, néanmoins,
+que nous devions indiquer les principales autorités sur lesquelles nous
+nous appuyons, afin que l’authenticité des faits que nous rapportons ne
+pût être rangée au nombre de ces assertions vagues et dénuées de vérité
+qu’enfante malheureusement trop souvent l’esprit de système.
+
+
+
+
+DES POSTES
+
+EN GÉNÉRAL,
+
+ET PARTICULIÈREMENT EN FRANCE.
+
+
+
+
+PREMIÈRE PARTIE.
+
+ORIGINE DES POSTES.
+
+
+Il faut remonter à l’antiquité la plus reculée pour découvrir l’origine
+des postes. Que de recherches inutiles, d’expériences insuffisantes, de
+tentatives infructueuses ont dû être employées avant que d’en rendre
+l’usage général? Il serait difficile d’indiquer, parmi ces premiers
+essais, celui auquel il faudrait accorder la priorité. De vaines
+conjectures ne peuvent ici tenir lieu de la vérité. Cependant, au milieu
+de tant d’incertitudes, nous remarquerons les moyens dont on s’est servi
+primitivement pour transmettre la pensée par le langage des signes, et
+quels sont ceux qui l’ont fait triompher des distances.
+
+Les premières familles, en se dispersant, formèrent autant de sociétés
+indépendantes les unes des autres. Occupées du soin de leur propre
+conservation, elles se suffirent pendant long-tems, parce que leurs
+goûts simples rendaient leurs besoins extrêmement bornés. Partout où les
+mœurs patriarcales régnèrent dans toute leur plénitude, les hommes ne
+pensèrent pas à établir de communications avec les peuplades étrangères.
+Ce n’est donc point chez ces nations pacifiques que nous devons espérer
+de trouver les premières traces des postes, ou, pour mieux dire, des
+moyens qui y suppléèrent jusqu’à leur organisation régulière. Nous
+pensons que ceux, sans doute très-imparfaits, qui l’ont précédée, n’ont
+pu être imaginés que par les tribus dont le caractère belliqueux des
+sujets servait les projets d’usurpation des chefs.
+
+On conçoit qu’il n’était pas besoin pour cela que la civilisation eût
+fait de grands progrès; car, dès qu’on eût commencé à envahir, il fallut
+chercher à connaître tout ce qui pouvait assurer ou compromettre la
+puissance du vainqueur.
+
+L’ambition rendit soupçonneux; et, de la défiance, compagne inséparable
+de la tyrannie, naquit cette impatiente curiosité de tout savoir, soit
+pour prévenir des revers, former de nouveaux projets de conquêtes,
+comprimer des soulèvemens, déjouer les conspirations; soit, enfin, pour
+consolider une domination à peine établie.
+
+Les obstacles disparurent devant la volonté d’un maître. Bientôt la
+pensée se communiqua rapidement et fut transmise au loin par des
+interprètes fidèles. Un état continuel de contrainte dut exercer
+l’imagination active des peuples de l’Orient, chez lesquels les postes
+ont pris naissance. De là, ces ruses ingénieuses par lesquelles ils
+cherchaient à s’entendre sans être compris de ceux dont ils voulaient
+mettre la surveillance en défaut. Tout prenait pour eux un langage à
+volonté; et, changeant sans cesse de signes, ils préparaient de loin,
+par d’heureuses tentatives, ces résultats dont on devait apprécier plus
+tard les avantages.
+
+Sous le ciel si pur de l’Asie, les couleurs et les fleurs[1], variées à
+l’infini, ont été sans doute les premiers interprètes de la pensée.
+Attachant à chacune une idée, un sentiment, on formait, par la réunion
+de ces divers emblêmes, une correspondance oculaire où l’ame trouvait un
+langage énergique comme les passions, et multiplié comme elles. _La
+langue épistolaire des Salams[2]_, dit Rousseau, _transmettait, sans
+crainte des jaloux, les secrets de la galanterie orientale à travers les
+harems[3] les mieux gardés_.
+
+ [1] Les femmes de l’Orient trouvent dans leurs jardins de quoi
+ exprimer toutes leurs passions avec des roses, des soucis, des
+ tulipes au cœur brûlé... En effet, les fleurs sont une des analogies
+ avec les caractères; les unes étant gaies, d’autres mélancoliques;
+ il y en a même qui en ont avec les traits du visage: les bluets avec
+ les yeux; les roses avec la bouche; la rose de Gueldres avec le
+ sein; la digitale avec les doigts, etc... [_Harmonies de la
+ Nature._]
+
+ [2] Une multitude de choses les plus communes, comme une orange, du
+ charbon, un ruban dont l’envoi forme un sens connu de tous les amans
+ où cette langue est en usage.
+
+ [3] Les muets du grand seigneur s’entendent entr’eux, et entendent ce
+ qu’on leur dit par signes, tout aussi bien qu’on pourrait l’exprimer
+ par les discours. Chardin dit qu’aux Indes les facteurs se prenant
+ la main, et modifiant, leurs attouchemens d’une manière que personne
+ ne peut apercevoir, traitent ainsi publiquement, mais en secret,
+ toutes leurs affaires, sans avoir proféré un seul mot.
+
+Mais ces moyens, appliqués avec succès à certaines localités, ne
+pouvaient triompher des distances.
+
+Parmi les signaux[4] primitifs employés à la transmission au loin d’avis
+importans, les feux et la fumée tenaient le premier rang. Les lieux
+élevés, où la vue, embrassant un horizon immense, ne trouvait point
+d’obstacles, étaient très-favorables à cette manière de correspondre.
+Des branches de bois résineux enflammées que des hommes, commis à ce
+soin et placés à des distances convenables, agitaient diversement dans
+l’air; des feux, dont ils augmentaient ou diminuaient la clarté, et dont
+ils variaient la disposition; des flambeaux et des fanaux entretenus sur
+des tours[5] très-élevées, dont la lueur vacillante était modifiée avec
+un art qu’on a si bien perfectionné de nos jours; la fumée qui,
+s’élevant tantôt comme une vapeur légère, se changeait tout-à-coup en un
+nuage épais, pour se dissiper et reparaître sous un autre aspect; tant
+d’autres moyens, diversifiés à l’infini, ne pouvaient avoir qu’une
+signification extrêmement bornée. La nécessité de multiplier les
+relations entraînait celle de multiplier les pensées, ou, pour mieux
+dire, les signes qui en sont l’expression.
+
+ [4] Dans l’antiquité, Hérodote, Homère, Eschyle, Pausanias, Jules
+ Africain, Enée le Tacticien, etc.; et, dans les tems modernes,
+ Porta, Kircher, Robert, Hooke, Schot, Guyot, Amontons, Linguet,
+ Chappe, etc., ont fait mention de moyens que nos télégraphes ont
+ remplacés. L’usage des feux paraît commun même aux nations les plus
+ sauvages. César dit que les Gaulois étaient très-experts dans l’art
+ de les disposer. Les Grecs modernes l’ont renouvelé en établissant
+ encore de nos jours, sur des lieux élevés, de ces sortes de signaux,
+ pour s’avertir, en cas de besoin, des dispositions de leurs ennemis.
+ D’autres moyens étaient également employés dans le but de
+ correspondre. Du tems de nos discordes civiles, les moulins dont les
+ ailes se plaçaient dans certaines directions, servaient à entretenir
+ des relations très-actives. On profitait, dans d’autres
+ circonstances, des avantages qu’offraient les localités pour
+ parvenir à ce but. On conçoit jusqu’à quel point on pouvait
+ multiplier ces ressources.
+
+ [5] On trouve par escrit, dit Bergier, que la tour du phare, que
+ Ptolémée fit construire sur la mer d’Egypte, coûta 800 talens. Le
+ Père F. Baugrand, _dans son voyage en Syrie, rapporte que
+ Sainte-Hélène avoit fait bâtir, sur le bord de la mer, des tours,
+ que l’on voit encore, depuis Constantinople jusqu’à Jérusalem, par
+ le moyen desquelles, avec un nombre et différentes dispositions de
+ flambeaux ardens, elle faisoit savoir ou recevoit des nouvelles, en
+ moins de vingt-quatre heures, de ce qui se passoit dans l’une ou
+ l’autre de ces deux villes. Ces tours sont presque encore toutes
+ entières: on les voit sur le bord de la mer_.
+
+La correspondance par le langage articulé remplaça cette poste oculaire.
+Mais une première expérience ne devait pas être sans fruit: on avait
+établi des lieux fixes pour les feux, et l’on construisit également des
+édifices très-élevés et disposés convenablement pour que la voix[6]
+d’individus forts et vigoureux, placés sur ces points apparens, pût se
+communiquer facilement de l’un à l’autre, en transmettant ainsi
+réciproquement, et avec une promptitude dont on ne peut se faire d’idée,
+les avis qu’ils recevaient.
+
+ [6] _Les anciens Gaulois_, dit Mezeray, _envoyoient leurs commandemens
+ par des cris, qui estant receus en un lieu, se portoient en l’autre,
+ avec telle disposition et diligence, que ce qui fut sceu à Genève à
+ soleil levant, fut sceu en Auvergne à soleil couchant_.
+
+On ne tarda pas à sentir les inconvéniens d’une correspondance orale,
+dont le moindre était de faire connaître les projets que les
+gouvernemens ont toujours soin de couvrir du mystère le plus
+impénétrable. Il fallait trouver les moyens de rendre l’agent lui-même
+étranger à la correspondance, afin de pouvoir s’entendre, à des
+distances illimitées, aussi secrétement qu’un ami peut le faire en
+parlant à l’oreille d’un ami.
+
+C’est alors que s’introduisit l’usage d’envoyer des messagers pris parmi
+les personnages les plus importans de l’état: ils étaient chargés par
+les princes de porter les ordres aux gouverneurs des provinces, et de
+rendre compte, à leur retour, des opérations dont ils surveillaient en
+même tems l’exécution. L’histoire fournit de nombreux exemples à l’appui
+de cette assertion. Homère dit que Bellérophon porta des lettres de
+Prœtus à Jobatès. L’Ecriture Sainte nous apprend que David en envoya à
+Joab; que Jézabel en fit parvenir à Acham; et que Rapsacès vint près
+d’Ezéchias, de la part de Sennachérib, remplir un semblable message.
+
+Ce mode, convenable dans des tems ordinaires, devenait insuffisant et
+même impraticable, lorsque des circonstances impérieuses contrariaient
+l’ordre établi dans l’état. Les correspondances devaient être, en ce
+cas, non-seulement plus multipliées, mais recevoir encore un nouveau
+degré d’accélération. Les monarques, qui d’ailleurs ne pouvaient se
+priver des conseils de leurs favoris, sentirent la nécessité de les
+remplacer, dans ces fonctions, par des officiers, sous le nom de
+coureurs, dignes aussi de toute leur confiance. L’expérience qui avait
+fait rejeter l’usage de communiquer par la voix, conduisit à envoyer des
+messagers exercés aux plus rudes fatigues: ils fournirent d’abord la
+course entière; et bientôt, établis de station en station, ils portaient
+à la plus voisine et en rapportaient les ordres, et par suite les
+missives, avec une rapidité telle, qu’elles parvenaient ainsi du point
+de départ au point de destination comme par enchantement.
+
+Le nombre des coureurs fut très-étendu sous Salomon: ils habitaient son
+palais; et le lieu qui leur était destiné sous ses successeurs,
+s’appelait salle des coureurs.
+
+Les dispositions de plusieurs courriers, placés à des distances égales
+et à des points fixes, indique assez une amélioration due à
+l’expérience. En effet, s’il avait paru plus simple d’abord qu’un
+message fût rempli par le même individu, on remarqua que, quelque
+diligence qu’on y eût apportée, ce moyen entraînait non-seulement trop
+de tems, mais nécessitait encore l’expédition d’autant de courriers que
+les circonstances exigeaient qu’on renouvelât les ordres.
+
+La promptitude avec laquelle on correspondait de cette manière n’était
+rien encore comparée à la vitesse du vol des oiseaux[7], qu’on devait
+employer dans le même but.
+
+ [7] Les plus gros, selon Buffon, parcourent plus de 700 toises par
+ minute, et peuvent se transporter à 20 lieues dans une heure. On
+ sait l’histoire du Faucon de Henri II, qui s’étant emporté après une
+ canepetière à Fontainebleau, fut pris le lendemain à Malte, et
+ reconnu à l’anneau qu’il portait.
+
+ Adanson a vu et tenu à la côte du Sénégal des hirondelles arrivées
+ en moins de neuf jours d’Europe.
+
+Un peuple observateur avait dû remarquer les habitudes de certains
+volatiles à revenir aux lieux qui les ont vus naître, et où ils laissent
+leurs petits; celles des hirondelles et des pigeons, qui fourmillent
+dans l’orient, ne purent lui échapper. Parmi ces derniers on distingua
+le pigeon[8] connu depuis sous le nom de pigeon-messager. Il était plus
+fréquemment employé que l’hirondelle[9], dont les anciens peignaient le
+plumage, en donnant à chaque couleur une signification particulière.
+L’oiseau, lâché d’un lieu élevé, ne mettait à profit sa liberté que pour
+remplir son message, en regagnant avec une vîtesse incroyable l’endroit
+où, retrouvant ses petits, il était reçu par les personnes intéressées à
+veiller l’époque de son retour, qui s’effectuait toujours avec une
+grande régularité.
+
+ [8] Selon Villughby, Columba-Tabellaria, il ressemble beaucoup au
+ pigeon turc, tant par son plumage que par ses yeux entourés d’une
+ peau nue, et les narines couvertes d’une membrane épaisse. On s’est
+ servi de ces pigeons pour porter les nouvelles au loin, ce qui leur
+ a fait donner le nom de messager.
+
+ Ces pigeons, dit Valmont de Bomare, font leurs nids dans de vieilles
+ tours; ils sont très-timides, et volent avec une rapidité
+ extraordinaire. Ils s’attachent aux lieux qui les ont vus naître.
+ Ils est difficile de les dépayser en les laissant libres; ils aiment
+ à retourner dans les contrées où ils ont été nourris, élevés et bien
+ traités.
+
+ Pietro della Valle rapporte qu’en Perse, le pigeon-messager fait, en
+ un jour, plus de chemin qu’un homme de pied n’en peut faire en six.
+
+ [9] Cœcina Volaterranus, chevalier romain et intendant des chariots du
+ Cirque, avait coutume de porter à Rome des hirondelles prises dans
+ les maisons de ses amis où elles faisaient des nids, et quand les
+ chevaux des personnes qui l’intéressaient avaient remporté le prix
+ de la course, il peignait les hirondelles de la couleur du parti
+ victorieux, et les laissait aller, sachant que chacune retournerait
+ à son nid, et que, par ce moyen, ses amis seraient instruits de leur
+ victoire.
+
+ Fabius Pictor raconte, dans ses annales, que lorsque les Liguriens
+ assiégeaient un fort où était une garnison romaine, on lui apporta
+ une hirondelle prise sur ses petits, afin que, lui attachant un fil
+ à la patte et faisant à ce fil un certain nombre de nœuds, il pût
+ donner à connaître, par ce moyen, aux assiégés, quel jour il leur
+ enverrait des secours, pour que ce jour même ils puissent faire une
+ sortie sur l’ennemi.
+
+Les pigeons[10] servaient au même usage. On les expédiait par bandes, en
+leur attachant, au cou ou sous les ailes, la missive qu’ils devaient
+rendre à sa destination, ou un fil dont les nœuds et les contextures
+avaient une signification convenue entre ceux qui correspondaient ainsi.
+
+ [10] _Au théâtre, à Rome, les maistres de famille avoient_, dit
+ Montaigne, _des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachoient des
+ lettres quand ils vouloient mander quelque chose à leurs gents au
+ logis; ils estoient dressés à en rapporter les responses. D. Brutus
+ en usa assiégé à Modène, et aultres, ailleurs_.
+
+ Ces faits, renouvelés de nos jours, ont cessé de paraître
+ merveilleux. Le prince d’Orange employa ces messagers volans, en
+ 1774 et 1775, aux siéges d’Harlem et de Leyde; et, pour reconnaître
+ les services de ces oiseaux, le prince voulut qu’ils fussent nourris
+ aux dépens de l’état, dans une volière faite exprès, et que,
+ lorsqu’ils seraient morts, on les embaumât pour être gardés à
+ l’hôtel de ville.
+
+ En 1803, on établit à Liége une poste aux pigeons: 22 de ces oiseaux
+ revinrent de Paris dans cette ville, ayant fait 72 lieues en 4
+ heures, ce qui donne 18 lieues par heure. D’autres furent expédiés
+ de Francfort à Liége avec le même succès. Un troisième essai fut
+ fait en même tems à Coblentz, pour renvoyer à Liége un grand nombre
+ de ces messagers; deux d’entre eux y arrivèrent en deux heures et
+ demie: ce trajet est de 30 lieues.
+
+ En juillet, 1824, on lança sur le pont neuf, à Paris, 32 pigeons
+ envoyés de Maestricht. L’heure du départ avait été marquée sur une
+ plume de leur aile. La même année un convoi de 100 pigeons avait été
+ expédié de Liége à Lyon: 40 furent lâchés, de cette dernière ville,
+ à 6 heures du matin. L’un d’eux était de retour à Liége, le même
+ jour, à 11 heures aussi du matin: ainsi, en 5 heures de tems, il
+ avait fait un trajet de 125 lieues. Le retour de ce pigeon devait
+ faire gagner un pari de cent mille francs à son maître.
+
+ Une semblable expérience a eu lieu avec le même succès, en 1825, de
+ Liége à Valenciennes, où le maire de cette dernière ville, après
+ avoir contre-marqué les pigeons, leur fit donner la volée: ils
+ étaient au nombre de 115.
+
+ Ce sont ordinairement des sociétés qui font élever des pigeons à cet
+ exercice en leur plaçant des marques distinctives à l’aile, afin
+ d’éviter toute méprise. On les transporte ordinairement, à dos
+ d’homme, dans des hottes. C’est toujours par un acte de notoriété
+ publique, que l’on constate leur départ des villes. Ces exemples,
+ qu’il serait facile de multiplier, ne laissent pas de doute et sur
+ l’instinct des pigeons et sur la rapidité de leur vol.
+
+Lorsqu’anciennement on évaluait le terme moyen de la vitesse de leur vol
+à dix lieues par heure, c’est qu’on avait égard aux lieux qui opposaient
+plus ou moins d’obstacles. Un pays découvert et coupé par des rivières
+ne laissait aucune incertitude à l’oiseau pour le retour, tandis que des
+forêts, un sol inégal, multipliant les remarques qu’il était obligé de
+faire, l’embarrassaient lorsqu’il fallait parcourir la même route. Nous
+croyons expliquer par là les raisons du retard qu’éprouvent les pigeons
+expédiés par bandes. Il est rare qu’ils arrivent tous en même tems à
+leur destination, leur instinct ne les servant pas tous également. Quoi
+qu’il en soit, ce moyen ne peut rien offrir de régulier, tant à cause
+des fatigues auxquelles l’oiseau succombe quelquefois, que des dangers
+auxquels l’exposent, et la flèche du chasseur et les serres des animaux
+de proie.
+
+Cet usage, qui s’est conservé en Asie[11], n’a pu ni s’y répandre, ni
+même s’y maintenir d’une manière utile à la correspondance régulière.
+
+ [11] Prokoke dit que les pigeons d’Alep servent de courriers pour
+ Alexandrette et Bagdad: ce fait, qui n’est point une fable, cesse
+ d’avoir lieu moins fréquemment, depuis que les voleurs kurdis se
+ sont avisés de tuer les pigeons. On prend pour cette espèce de poste
+ des couples qui ont des petits, et on les porte à cheval au lieu
+ d’où l’on veut qu’ils reviennent, avec l’attention de leur laisser
+ la vue libre. Lorsque les nouvelles arrivent, le correspondant
+ attache un billet à la patte des pigeons, et il les lâche. L’oiseau,
+ impatient de revoir ses petits, part comme l’éclair, et arrive en 10
+ heures d’Alexandrette et en deux jours de Bagdad: le retour est
+ d’autant plus facile qu’il peut découvrir Alep à une très-grande
+ distance.
+
+Tels sont sans doute les principaux essais qu’on a dû tenter pour
+s’entendre malgré les distances, se parler sans le secours de la voix,
+et transmettre la pensée sous des formes si diversifiées.
+
+Tous les signes conventionnels, qu’on peut considérer comme autant de
+langues particulières, ont précédé, avec succès, pour correspondre,
+l’invention de l’écriture. La découverte de cet art a donné naissance
+aux lettres, aux épîtres, aux missives, aux dépêches enfin, qui, selon
+Cicéron, servaient à marquer à la personne à laquelle on les adressait,
+les choses qu’elle ignorait. D’après cette définition, on doit regarder
+comme lettres, les tablettes ou ais enduites de cire, sur lesquelles on
+écrivait, avec des stylets de fer, de cuivre ou d’os, dont l’un des
+bouts était pointu pour graver les caractères et l’autre plat pour les
+effacer. Ces tablettes, rassemblées et attachées ensemble pour former un
+livre[12], avaient beaucoup de ressemblance à un tronc d’arbre scié en
+plusieurs planches. Les lettres que les particuliers s’écrivaient
+étaient sur ces tablettes, qu’on enveloppait de lin, et qu’on cachetait
+ensuite d’une espèce de craie ou cire d’asie. On les remplaça par les
+feuilles de palmier, et, plus tard, par l’écorce la plus mince de
+certains arbres (tels que le frêne, le tilleul, le peuplier blanc et
+l’orme) appelée _liber_, en latin, d’ou vient le mot livre. On se
+servait, pour écrire dessus, de roseaux imbibés d’encre[13], comme on le
+pratique encore en Orient. Diverses compositions, entre autres la peau
+préparée et le papyrus, précédèrent l’invention du papier en usage
+aujourd’hui[14].
+
+ [12] Quand les anciens avaient des sujets un peu étendus à traiter,
+ ils se servaient plus commodément de feuilles ou de peaux cousues
+ les unes au bout des autres, qu’on nommait rouleaux; coutume que les
+ Juifs, les Grecs, les Romains, les Perses, et même les Indiens ont
+ suivie, et qui a continué quelques siècles après Jésus-Christ. Ces
+ livres en rouleaux étaient fixés sur un bâton qu’on nommait
+ umbilicus, lequel servait de centre à la colonne ou cylindre. Le
+ côté extérieur des feuilles s’appelait frons, les extrémités du
+ bâton se nommaient cornes, et étaient ordinairement décorées de
+ petits morceaux d’ivoire, d’argent, d’or et même de pierres
+ précieuses. Dans l’origine, on se servait de différentes matières
+ pour faire les livres. Les caractères furent d’abord tracés sur de
+ la pierre, témoins les tables de la loi donnée par Moyse, qui sont
+ le plus ancien livre que l’on connaisse.
+
+ La forme actuelle des livres a été inventée par Attale, roi de
+ Pergame. On employait des préparations aromatiques pour les
+ préserver de toute destruction.
+
+ Avant l’invention de l’imprimerie, les livres étaient d’un prix sans
+ bornes. Cette découverte a eu lieu vers l’an 1440, à Mayence. On la
+ doit à Jean Guttemberg, qui s’associa Faust et Schoëffer. Le premier
+ livre imprimé est la cité de Dieu, de Saint-Augustin.
+
+ En 1471, Louis XI, désirant avoir dans sa bibliothèque une copie du
+ livre du médecin Rasi, emprunta l’original de la faculté de médecine
+ de Paris, et donna pour sûreté de ce manuscrit 12 marcs d’argent, 20
+ livres sterlings, l’obligation d’un bourgeois pour la somme de cent
+ écus d’or.
+
+ On prétend que vingt mille personnes en France, vivaient de la vente
+ des livres qu’elles copiaient.
+
+ Jean Faust, qui s’établit à Paris en 1470, dédia, à Louis XI, le
+ premier livre qu’il y imprima.
+
+ [13] La première encre dont on s’est servi fut tiré d’un poisson nommé
+ zibius; le suc des mûres sauvages le remplaça; ensuite, la suie;
+ puis, le cinabre, le vert de gris et enfin les compositions
+ actuelles.
+
+ [14] Vers le commencement du VIII.e siècle on se servit du papier fait
+ de coton, et ce ne fut que 600 ans après qu’on employa les chiffons
+ pour sa fabrication.
+
+Si les tribus d’Israël communiquaient entr’elles par le moyen des
+messagers, comme nous l’apprend l’Ecriture; si d’autres nations de
+l’Asie entretenaient des relations en suivant le même usage, nous
+serions tenté de croire que l’origine des postes, telles que nous les
+concevons, remonte très-haut. Des traces de cet utile établissement
+semblent se découvrir plus positivement sous le règne d’Assuérus[15],
+roi des Mèdes, qui fit expédier des courriers pour porter l’édit[16] de
+proscription des Juifs aux gouverneurs et aux magistrats des cent
+vingt-sept provinces qui s’étendaient depuis l’Inde jusqu’à l’Ethiopie.
+Deux mois après l’expédition des premiers courriers, de nouveaux
+reçurent l’ordre de faire une extrême diligence pour prévenir, par de
+nouvelles dispositions dont ils étaient chargés, l’effet des mesures
+qu’Aman avait prises précédemment. Les courriers eurent de plus
+commission expresse, de la part du roi, d’aller trouver les Juifs dans
+toutes les villes et de leur ordonner de se rassembler. Les lettres dont
+ils étaient porteurs, envoyées au nom d’Assuérus, étaient scellées de
+son sceau.
+
+ [15] Nom que les Hébreux donnaient à Artaxerxès, grand-oncle de Cyrus.
+
+ [16] Il fut traduit dans toutes les langues que parlaient les peuples
+ répandus dans tout l’empire. Lysimaque le traduisit à Jérusalem, et
+ Doristhée en Egypte.
+
+Le même moyen fut employé par Esther et Mardochée, pour inviter les
+juifs, répandus sur ce vaste état, à célébrer le jour solennel de leur
+délivrance.
+
+Ainsi, nous voyons des courriers expédiés, à diverses reprises, sur tous
+les points d’un grand empire, sans pouvoir connaître s’il existait un
+service régulier de poste, et quel pouvait être son mode d’organisation.
+L’incertitude qui nous reste, malgré ces exemples, ne peut encore nous
+en faire attribuer l’établissement à Assuérus. Le témoignage d’Hérodote,
+de Xénophon et de tous les historiens, ne permet plus de douter que
+Cyrus n’en soit le véritable fondateur.
+
+_Ce fut_, dit Bergier, _en l’expédition que Cyrus entreprit à l’encontre
+des Schytes, qu’il établit les postes de son royaume, environ 500 ans
+avant la naissance de J.-C.; afin que les messagers, comme ravis par
+l’air, pussent porter sa volonté aux gouverneurs de ses provinces, en
+cas d’affaires précipitées, et qui ne pussent souffrir de délais_.
+
+Ce prince, dont les expéditions ont été si mémorables et si multipliées,
+reconnut bientôt que les moyens de correspondre, employés avant lui,
+devenaient insuffisans par la nécessité dans laquelle il se trouvait
+d’entretenir de fréquentes relations avec les satrapes ou gouverneurs de
+ses nombreuses provinces.
+
+Des signaux, des ordres transmis par la voix, des courriers sans cesse
+en mouvement, établis de station en station, ne remplissant
+qu’imparfaitement ce but, avaient préparé néanmoins l’heureuse
+révolution qu’il devait opérer dans l’art de correspondre.
+
+En perfectionnant les chars[17], auxquels les Phrygiens étaient parvenus
+à atteler deux chevaux, et Erectonius[18] quatre, Cyrus avait pu
+apprécier, de nouveau, l’agilité et la force de ces animaux; mais ce
+n’était que dans les courses dont les peuples anciens se montraient si
+admirateurs. Ce prince chercha bientôt à déterminer l’espace qu’ils
+pourraient parcourir, en galopant sans fatigue, pendant un certain laps
+de tems. Il expédia, à cet effet, des courriers de sa capitale aux
+confins de son empire, avec ordre de lui rendre au retour un compte
+exact de leur course. La comparaison de ces divers rapports paraît
+l’avoir conduit à une connaissance positive de la rapidité de la marche
+du cheval, qui fut jugée égale à celle du vol de l’oiseau; et, _disent
+aulcuns que cette vîtesse d’aller vient à la mesure du vol des
+grues_[19].
+
+ [17] Les Gaulois étaient également renommés pour la conduite des chars
+ et l’art avec lequel ils dressaient les chevaux, qu’ils arrêtaient
+ tout à coup dans les descentes les plus rudes et les pentes les plus
+ difficiles.
+
+ [18] Il était fils de Vulcain, et se servait d’un char à cause de la
+ difformité de ses jambes qu’il y tenait cachées.
+
+ [19] Montaigne.
+
+Nous n’examinons pas s’il peut exister quelque parité entre ces deux
+vîtesses[20], et jusqu’à quel point on a porté la rigueur de ce calcul;
+pour que la durée de chaque course, lorsqu’elle était d’une certaine
+étendue, fût toujours, non-seulement égale, mais toujours parcourue avec
+la même promptitude, il fallait connaître, par des expériences répétées
+et par une longue suite d’observations, tout ce que la nature opposerait
+de difficultés ou offrirait d’avantages, afin de fixer les distances à
+parcourir par les chevaux, en raison du sol et de l’état des routes.
+C’est en quoi la sagacité de Cyrus est remarquable; car il s’agissait
+moins ici de se rendre en diligence d’un point à un autre, lorsque
+quelques circonstances impérieuses l’exigeraient, que d’assurer en tout
+tems la régularité et la célérité du service par les soins et les
+ménagemens qu’on prendrait des chevaux, en évitant de les fatiguer par
+des marches trop prolongées.
+
+ [20] On a vu des chevaux faire 60 lieues en 12 heures et d’une seule
+ traite. En 1754, on dit que milord Poscool fit la gageure de se
+ rendre de Fontainebleau à Paris en 2 heures: il y a 14 lieues de
+ distance. Le roi ordonna à la maréchaussée de lever sur la route les
+ obstacles qui pourraient opposer au courrier le moindre
+ inconvénient. Milord Poscool ne se servit point de jockey; il partit
+ de Fontainebleau à 7 heures du matin, et arriva à Paris à 8 heures
+ 48 minutes.
+
+ Le fameux Filho-da-puta, cheval de course anglais, égale presqu’en
+ vîtesse celle de Childers, le plus rapide des coursiers connus. Ce
+ dernier parcourut une fois, en 7 minutes, l’espace de New-Market
+ [4320 toises]. Il n’y a pas long-tems qu’en Russie deux chevaux
+ anglais ont remporté le prix de la course sur deux chevaux cosaques.
+ L’espace à parcourir sur la route de Moscou était de 70 werstes.
+ L’étalon anglais arriva le 1.er au but, et ne mit, pour y parvenir,
+ que 2 heures 8 minutes 4 secondes.
+
+ Les chevaux de course anglais embrassent, à chaque élan, une étendue
+ de terrain de près de 20 pieds.
+
+ Les chevaux de course français franchissent communément 4000 mètres
+ en 4 minutes 13 secondes. Ils parcourent la circonférence du
+ Champ-de-Mars en 2 minutes 30 secondes, et deux fois le même espace
+ en 5 minutes 32 secondes, deux cinquièmes. La double circonférence
+ est à peu près d’une lieue de poste; la circonférence intérieure de
+ 1026 toises; ce qui donne, dans les proportions ci-dessus 41 pieds
+ par seconde, ou par minute 2462 pieds 5 pouces. On remarque que les
+ jumens ont toujours la supériorité dans les courses, les jockeys qui
+ montent les chevaux ont 300 francs par course. Il en coûte 500
+ francs pour faire dresser les chevaux qu’on y destine.
+
+On ne peut donc méconnaître, dans cette expérience mémorable faite par
+Cyrus, l’idée primitive et fondamentale des postes. Il a donc tout
+l’avantage de cette invention qu’on fait remonter à son expédition
+contre les Scythes.
+
+Ce prince ne s’arrêta pas à cet essai, et il perfectionna l’institution
+des postes, en faisant construire sur les grands chemins, à des
+distances égales, des bâtimens sous la dénomination de stations, pour
+les courriers et les chevaux qui y étaient entretenus en nombre
+suffisant, et soignés par des individus qui n’avaient que cet unique
+emploi. _De la mer Grecque ou Egée_, dit Bergier, _jusqu’à la ville de
+Suze, capitale du royaume, des Perses, il y avoit pour cent onze gistes
+ou mansions de distances; de l’une desquelles à l’autre, il y avoit une
+journée de chemin_.
+
+Ces édifices étaient tellement vastes, commodes et magnifiques, que le
+prince ne logeait presque jamais ailleurs lorsqu’il voyageait avec sa
+suite. Les courriers transportaient de l’un à l’autre, le jour, la nuit
+et à toute heure, les dépêches qui intéressaient le service public. Leur
+exactitude et leur discrétion[21] étaient si grandes, qu’on n’eut jamais
+à se repentir de la confiance que de pareilles missions commandent.
+
+ [21] Il faut dire aussi, que, de leur côté, les peuples anciens
+ conservaient un respect religieux pour la correspondance. L’histoire
+ rapporte que les Athéniens on donnèrent un exemple en laissant
+ parvenir les lettres que Philippe écrivait à Olympie. Après une
+ grande fermentation dans sa patrie et une guerre civile, Pompée eut
+ la générosité et la magnanimité de livrer au feu toutes les lettres
+ qui auraient pu entretenir le souvenir d’événemens si funestes.
+ Quand on voit les nations modernes les imiter si scrupuleusement, on
+ ne sait ce qui surprend le plus, ou de la discrétion des courriers,
+ ou de la confiance de ceux qui les rendent dépositaires de leurs
+ secrets, en n’opposant à la curiosité que d’aussi faibles obstacles.
+ Cette réserve d’un côté, et cet abandon de l’autre, ne nous étonnent
+ plus. L’habitude a pu seule nous familiariser avec une semblable
+ merveille. Mais l’inviolabilité des lettres, à laquelle les postes
+ doivent leur prospérité, est la base inébranlable sur laquelle elles
+ reposent. Fondées sur le mystère, maintenues par le respect pour la
+ pensée, elles ne sont point au nombre de ces institutions éphémères,
+ dont la durée est si fragile: leur existence n’a de bornes que
+ celles de la société.
+
+Il paraît, néanmoins, que, dès le commencement, on cachetait les lettres
+en les fermant avec différens nœuds. Cette coutume avait lieu du tems de
+la guerre de Troie. Isaïe dit aux Juifs que ses prophéties seront à leur
+égard comme des lettres cachetées. Ces exemples prouveraient, s’il en
+était besoin, que, dès qu’on écrivit des missives, on reconnut
+l’avantage de pouvoir en laisser ignorer le contenu aux agens
+intermédiaires, chargés de les transmettre par les moyens usités dans
+tous les tems.
+
+On juge par les soins que Cyrus mit à consolider cette institution
+politique, de l’importance qu’il y attachait. Ses conquêtes, en étendant
+les bornes de sa puissance, exigeaient qu’il s’occupât de donner toute
+la perfection désirable à cet établissement naissant.
+
+Parmi ses successeurs, Xerxès fut un de ceux qui profitèrent le plus de
+cette découverte. On dit, qu’après avoir été défait par Thémistocle, il
+se sauva au moyen des relais, qu’il avait fait préparer au cas que la
+fortune lui devînt contraire.
+
+Les révolutions que les empires de l’Asie éprouvèrent, firent
+disparaître les traces de cette utile institution. Nous ne les
+retrouvons que chez les Romains, auxquels rien de ce qui était grand ne
+pouvait échapper. Ils jugèrent que le seul moyen de faire revivre les
+postes, était de tracer des routes, de les paver et de les entretenir
+avec soin; de construire des chaussées et d’élever des ponts. Imitateurs
+des Grecs, qui, les premiers, ouvrirent des grands chemins, et des
+Carthaginois[22], qui, les premiers, imaginèrent de les paver: ils les
+surpassèrent bientôt dans ces travaux importons.
+
+ [22] Isidore, dit Bergier, _nous apprend que les Carthaginois ont esté
+ les premiers qui se sont advisez de munir, affermir, et consolider
+ les chemins de pierres et cailloux alliez avec sable, et comme
+ maçonnez sur la superficie de la terre, ce que nous appelons paver,
+ et que c’est à leur imitation que les Romains se sont mis à paver
+ les grands chemins quasi partout le monde_.
+
+La première route dont il soit fait mention, est la voie Appiène,
+regardée comme le plus bel ouvrage en ce genre: deux chariots pouvaient
+y rouler de front. La voie Auréliène fut la seconde. La voie Flaminiène
+la troisième. Puis, l’on vit successivement les voies Domitiène,
+Emiliène, Trajane, etc.
+
+_Soit[23] que l’on porte les yeux à la magnificence qui les continuoit_
+(les chemins), _du port qui les finissoit, aux bastiments des postes et
+des gistes qui les accompagnoient, aux colonnes inscrites qui les
+mesuroient, à la façon qui les affermissoit contre les siècles, et les
+rendoit durables contre les efforts du charroy de quinze à seize cents
+ans; soit que l’on regarde l’utilité publique en la conduite des armées
+et des armes, au charroy des marchandises, à la facilité d’envoyer des
+nouvelles en peu de tems de la ville de Rome jusques aux confins de
+l’empire, et d’en recevoir avec même commodité par le moyen des postes
+établies sur iceux; à la police excellente qui régloit ces postes, à la
+dignité des auteurs des grands chemins, et des commissaires établis pour
+leur entretenement et réparation; aux sommes d’argent sans nombre, et à
+la multitude des hommes qui ont esté employez aux ouvrages d’iceux;
+certes, on trouvera que l’esprit humain ne conçut et la main n’acheva
+jamais une plus grande œuvre; de laquelle entreprise le seul empire
+romain estoit capable; et à laquelle il a fait paraître l’extrémité de
+sa puissance._
+
+ [23] Bergier, auteur cité.
+
+On s’accorde généralement[24] à dire que c’est sous Auguste que les
+Romains ont connu les postes. L’exemple qu’on cite, du tems de la
+république, du consul Gracchus qui, étant en Grèce, pour se rendre
+d’Amphise à Pella, parcourut près de 40 lieues en un jour, n’est qu’un
+fait isolé qui ne peut prouver l’établissement de ce service dans une
+contrée où, au rapport de Socrate l’historien, on ne s’occupa pendant
+long-tems que des courses en char, seulement pour les jeux publics.
+
+ [24] Suétone.
+
+Il est des époques tellement remarquables dans l’histoire, qu’il ne peut
+rester d’incertitude, lorsqu’il est question de leur attribuer quelques
+institutions qui tendent encore à les illustrer. Les postes étaient
+dignes d’être comptées au nombre de celles qu’on doit au grand siècle
+d’Auguste.
+
+Les principales villes de l’empire communiquaient déjà avec la capitale
+par des chemins pavés. Les routes commençaient à s’étendre dans les
+provinces conquises. Auguste perfectionna ces entreprises. Il fit aussi
+percer des grands chemins dans les Alpes, et en ordonna une infinité
+d’autres en Espagne. Ce fut à Lyon qu’il fit travailler à la
+distribution des grands chemins dans les Gaules. _Là où[25] il parle de
+son passages de la rivière de Rhône, vers l’Allemaigne, il veit qu’il
+estoit indigne de l’honneur du peuple romain, qu’il passast son armée à
+navire, il fit dresser un pont, afin qu’il passast à pied ferme. Ce fut
+là qu’il bastit ce pont admirable de quoi il déchiffre particulièrement
+la fabrique; car il ne s’arrête si volontiers en nul endroict de ces
+faicts, qu’à nous représenter la subtilité de ses inventions en telles
+sortes d’ouvrages._
+
+ [25] Montaigne.
+
+Il divisa aussi les routes en espaces uniformes appelés milles, et
+indiqués sur des colonnes de pierres[26] qui portaient le nom de
+milliaires. On commençait à compter de celle connue sous la dénomination
+de milliaire dorée, qu’Auguste fit élever au milieu du marché de Rome,
+près le temple de Saturne. _Sa figure est ronde, et si grossière_, dit
+Bergier, _qu’elle ne touche en pas un ordre d’architecture. Elle est
+assise sur un piédestal corinthien; et porte une boule au-dessus de son
+chapiteau, comme pour représenter le rond de la terre, sur laquelle les
+Romains ont estendu leur seigneurie et leur puissance_.
+
+ [26] Il y avait aussi d’autres pierres plantées de distance en
+ distance pour suppléer aux étriers, lesquelles aidaient le cavalier
+ à monter à cheval. Jusqu’au règne de Théodose, on ne se servit ni
+ d’étriers ni de selle. Cette dernière était remplacée par une simple
+ housse. Il fut également défendu en tout tems de se servir de bâton
+ pour exciter les chevaux; le fouet, employé à cet usage, a toujours
+ été maintenu. On ne s’est servi d’éperons que très-tard.
+
+Auguste ne négligea donc aucun moyen d’accroître la prospérité des
+postes, soit comme nous l’avons remarqué, par les grands chemins qu’il
+fit faire, les bâtimens qu’il y éleva sous la dénomination de stations
+ou positions, origine sans doute du nom qu’elles portent; soit par les
+mesures qu’il ordonna d’employer pour qu’aucune prérogative n’exemptât
+de fournir des chevaux pour ce service, appelé course publique; soit
+enfin par les dépenses considérables dans lesquelles il s’engagea, et
+qui furent à la charge des peuples.
+
+_Il nous[27] faut parler des moyens que les empereurs avaient d’envoyer
+de Rome leurs lettres si promptement jusques aux confins de leur empire,
+et d’avoir la réponse avec pareille promptitude et célérité. Cela se
+faisoit par la voie des postes assises sur les routes militaires, si
+bien réglées et policées, qu’il n’estoit déjà besoin au prince souverain
+de courir avec peine et travail par les parties de son empire, pour
+sçavoir ce qui s’y passoit; veu que, sans partir de la ville de Rome, il
+pouvoit gouverner la terre par ses lettres missives, édits, ordonnances
+et mandements, lesquels n’estoient plus tost écrits, qu’ils estoient par
+la voie des postes, portées aussi promptement_, que si quelques oiseaux
+en _eussent esté les messagers_.
+
+ [27] Bergier, auteur cité.
+
+Des courriers et ensuite des voitures furent disposées sur toutes les
+grandes routes et à peu de distance l’une de l’autre, afin que l’on eût
+des nouvelles plus promptes de ce qui se passait dans les provinces; et
+les courriers[28] auxquels on confiait les missives étaient appelés
+_viatores_ ou _veredarii_ sous les empereurs d’Occident, et, sous les
+empereurs d’Orient, _cursores_, mot d’où ils tirent leurs noms. Ils ne
+marchaient jamais sans être munis d’un diplôme ou lettre d’évection.
+Elle différait de la missive en ce que celle-ci était scellée et pliée
+de plusieurs façons, et que l’autre n’avait qu’un simple pli
+uniforme[29]. Le sceau[30] qu’Auguste appliquait sur ses lettres et sur
+ses actes, fut d’abord un sphinx, ensuite la tête d’Alexandre, et,
+enfin, son propre portrait, gravé par Dioscoïde. Ce dernier fut celui en
+usage sous ses successeurs. Il marquait toujours sur ses lettres l’heure
+à laquelle il les écrivait, soit le jour, soit la nuit[31].
+
+ [28] Le cheval de poste Veredus.
+
+ [29] _Depuis la première institution des postes romaines jusqu’au
+ siècle de Constantin, les lettres de poste se donnoient en papier ou
+ parchemin; et on les appeloit diplomata. Et quoique Servius escrive
+ que sous ce nom sont comprises toutes les écritures envoyées à
+ quelqu’un: c’est ce qu’il appartient proprement à celles qui ne sont
+ pliées qu’en double. Quelques-uns assurent que ces lettres estoient
+ semblables aux patentes de nos rois, qui n’ont qu’un simple ply, que
+ nous appellons reply, et non plusieurs plys_, comme les missives que
+ l’on appelle lettres closes ou de cachet. [BERGIER.]
+
+ [30] Sceau doit être pris ici dans une signification différente de
+ cachet qui, pour nous, dérive de cacher. Ce cachet que nous
+ appliquons sur nos lettres sert à empêcher que le contenu n’en soit
+ connu de tout autre individu que celui auquel on l’adresse. Le
+ sceau, chez les anciens, dont l’écriture cursive n’était pas aussi
+ variée que la nôtre, devenait la marque authentique à laquelle on
+ reconnaissait celui qui nous communiquait sa pensée, et non la main
+ qui la traçait; car le nom n’y était pas apposé à la fin, comme nous
+ le pratiquons.
+
+ L’usage introduit autrefois d’écrire au nom d’une personne absente
+ ne peut étonner, puisqu’il ne s’agissait que d’être muni de son
+ sceau. On en trouve mille exemples, soit dans Cicéron et d’autres
+ auteurs, soit même dans les pères de l’église qui, employant la main
+ de leurs amis ou de leurs secrétaires, ne manquaient jamais, quand
+ ils voulaient ajouter quelque chose eux-mêmes à leurs lettres, de
+ dire: Ceci est de ma main.
+
+ Le signe ou sceau était seul reconnu, puisque la loi romaine
+ refusait d’accepter un écrit autographe comme pièce de comparaison,
+ si le témoignage de personnes présentes à la rédaction n’en
+ attestait l’authenticité.
+
+ Au reste, cette empreinte ou sceau était d’une telle importance, que
+ le fabricateur d’un cachet faux ne pouvait échapper à la punition
+ prononcée par la loi Cornélia.
+
+ Ainsi, lorsque anciennement on disait: J’ai signé cette lettre, on
+ exprimait par là qu’on y avait apposé son sceau. La même expression
+ aujourd’hui signifie littéralement qu’on y a mis son nom, ce qui lui
+ donne le caractère d’authenticité. Elle est distinguée par là d’une
+ autre espèce de lettres appelées anonymes qui, quoique cachetées, ne
+ portent pas de signatures.
+
+ Chardin dit qu’en Orient on appose seulement son sceau et celui des
+ témoins sur les contrats.
+
+ [31] Suétone.
+
+La surveillance des postes romaines était confiée aux premiers
+personnages de l’empire. Aucune personne, quel que fût son rang, ne
+pouvait voyager sans être muni d’une permission de se servir des chevaux
+de la course publique. _Conformément à cette loi_, dit Bergier, _nous
+lisons dans l’histoire de Capitolinus que Publius Helvius Pertinax, qui
+fut empereur romain sur ses vieux jours, estant pourvu en son âge
+florissoit de la charge de sergent de bandes, qu’ils appelloient
+Præfectum Cohortiis, sous l’empire de Titus, fut condamné par le
+président de Syrie à aller à pied à Antioche jusqu’à certain lieu où il
+estoit envoyé en qualité de légat, en punition de ce qu’il s’estoit
+servi des chevaux publics, sans avoir de lettres de poste._
+
+Les postes établies sur tous les points où s’étendait la puissance
+romaine, malgré les revenus qu’elles rendaient aux empereurs, étaient
+loin de les dédommager des frais énormes qu’elles occasionnaient. Tant
+de sacrifices et de précautions, par suite de mesures extraordinaires,
+ne les mirent pas à l’abri d’une destruction, totale. Il n’est pas
+inutile de remarquer que toute innovation ou tentative brusque a
+toujours nui à la prospérité des postes, et qu’on ne doit procéder
+qu’avec prudence dans tous les changemens que les circonstances
+permettent d’y introduire. Nous aurons occasion plus d’une fois de nous
+en convaincre.
+
+Lorsque Constantin fit assembler un concile à Rimini, il exigea tant de
+célérité des prélats qu’il y appelait des points les plus éloignés,
+qu’ayant ordonné à cet effet de leur procurer tous les moyens de voyager
+avec diligence, la plus grande partie des chevaux succomba aux fatigues
+de ce service.
+
+Le soin que l’on mettait à cette époque à l’entretien des routes,
+explique la promptitude avec laquelle on franchissait les plus grandes
+distances dans les chars légers que nos voitures ont remplacés.
+
+Auguste se rendait avec une grande rapidité, par le moyen des postes,
+dans les lieux les plus éloignés où il ne pouvait être attendu, afin de
+connaître par lui-même tout ce qui s’y passait. On rapporte qu’il
+faisait alors plus de cent milles par jour[32].
+
+ [32] A peu près 25 lieues.
+
+_La première fois[33] qu’il sortit de Rome avecques charges publiques,
+il arriva en huit jours à la rivière de Rhône, ayant dans son coche,
+devant lui, un secrétaire ou deux qui écrivoient sans cesse, et derrière
+luy, celuy qui portait son épée._
+
+ [33] Montaigne.
+
+Rufus, envoyé vers Pompée, marcha nuit et jour avec la même vitesse, en
+changeant de chevaux à chaque poste. Constantin-le-Grand, retenu
+prisonnier à Nicomédie, se sauva en Angleterre par le moyen de relais,
+et s’y fit proclamer empereur. Pour mieux assurer sa fuite, il faisait
+couper les jarrets aux chevaux qu’il laissait après lui, afin que ceux
+qui le poursuivaient sur la route ne pussent faire la même diligence.
+Tibère, dans une circonstance pressante, fit, dit-on, 200 milles en 24
+heures, et ne changea que trois fois de voiture. Dioclétien et Maximien,
+suivant les historiens, parcouraient de très-grandes distances avec la
+même célérité. Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre,
+qui ne sont remarquables que par l’époque à laquelle ils nous reportent.
+
+_C’est encore ainsi_, dit Bergier, _que les empereurs se faisoient
+porter le long des fleuves navigables, avec une merveilleuse promptitude
+et célérité. Ce qu’ils exécutoient à l’aide de certains vaisseaux faits
+exprès comme pour servir de chevaux de poste sur les eaux. Car les
+anciens avoient deux sortes de vaisseaux pour naviger, tant sur la mer
+que sur les fleuves navigables. Ils appeloient les uns _onerarias
+naves_, qui servoient à porter toutes sortes de fardeaux et
+marchandises; et les autres _fugaces sive cursorias_, et d’un mot grec
+_dromones_, comme qui diroit des courriers, à cause de la vîtesse de
+leur course_.
+
+Les chevaux n’étaient pas seuls employés, soit pour établir des
+correspondances entre tous les points d’un état et les nations
+entr’elles, soit pour voyager avec plus de sûreté, de commodité et même
+d’agrément.
+
+Les Romains avaient dressé divers animaux à traîner leurs chars. Celui
+de Marc-Antoine était conduit par des lions. Héliogabale l’imita, et y
+substitua des tigres, qu’il remplaça par des cerfs et des chiens.
+L’empereur Firmus se servit d’autruches[34] dans le même but. Elles
+étaient, dit-on, d’une grandeur remarquable.
+
+ [34] Les Arabes appellent l’autruche l’oiseau-chameau.
+
+Ces éclaircissemens suffisent pour donner une juste idée des moyens
+employés primitivement pour correspondre, et du grand degré de
+perfection auquel les Romains avaient porté l’institution des postes. En
+les élevant au premier rang, ils en avaient assuré la prospérité par la
+considération, et la confiance, sur laquelle ils les faisaient reposer,
+était devenue pour eux le seul garant de leur stabilité.
+
+
+
+
+DEUXIÈME PARTIE.
+
+DES POSTES EN FRANCE.
+
+
+La décadence de la puissance romaine fit négliger une institution qui ne
+reparaît qu’en France, sous Charlemagne, digne héritier des conquêtes de
+cette nation célèbre. La domination de ce prince, qui s’étendait en
+Allemagne, en Italie et en Espagne, lui rendait l’usage des postes d’une
+grande nécessité; mais, si elles ne paraissent avoir servi d’abord
+qu’aux affaires publiques, les Français, dit Mezeray, les employèrent
+bientôt à satisfaire l’impatience curiosité qui leur était si naturelle.
+César, qui l’avait observée comme un trait distinctif de leur caractère,
+dit encore qu’ils aimaient si fort les nouvelles, qu’ils se tenaient sur
+les grands chemins pour arrêter les passans et surtout les étrangers,
+afin de savoir ce qu’il y avait de nouveau hors de leur pays.
+
+On donnait aux courriers le nom de Veredarii, comme sous les empereurs
+Romains. La même considération avait été conservée aux officiers commis
+à la direction de cette importante branche administrative, toujours sous
+la surveillance des premiers dignitaires ou des hommes les plus
+recommandables de l’état.
+
+Ce fut encore Charlemagne qui, le premier de nos rois, fit travailler
+aux grands chemins. Il releva d’abord les voies militaires romaines; et,
+à l’exemple d’Auguste, il employa à ce travail, et ses troupes et ses
+sujets.
+
+Louis-le-Débonnaire et quelques-uns de ses successeurs rendirent aussi
+des ordonnances sur cette matière; mais les troubles des X.e et XI.e
+siècles firent perdre de vue la police des grands chemins. On s’en tint
+à quelques réparations de ponts, de chaussées et de cours d’eau, qui
+pouvaient offrir des obstacles à l’entrée des villes.
+
+Philippe-Auguste s’occupa aussi des grands chemins, et fut le premier
+qui entreprit de paver la capitale. Il était très-jeune lorsqu’il fit
+exécuter ce projet. L’odeur des boues qui encombraient les rues de
+Paris, parvenant jusqu’à son palais, le déterminèrent à une opération
+qui joignait l’agrément à la salubrité.
+
+Un financier, nommé Gérard de Boissy, fit à cette occasion, une action
+bien rare, et qui a prouvé l’amour qu’il portait à son pays. Ce citoyen,
+en voyant que son roi n’épargnait ni soins, ni dépenses, pour embellir
+Paris, contribua de la moitié de son bien, évaluée 11,000 marcs
+d’argent[35], pour en faire paver les rues.
+
+ [35] Ce qui équivaut à peu près à 559,000 fr. de notre monnaie
+ actuelle.
+
+Philippe-Auguste confia l’inspection des routes, comme du tems de
+Charlemagne, à des commissaires-généraux appelés Missi: ils ne
+dépendaient que du Roi. Henri II et Henri IV rendirent des édits à ce
+sujet. Henri IV créa, en 1579, un office de grand-voyer, auquel il
+attribua la surintendance des grands chemins. Louis XIII supprima cette
+charge et en fit rentrer les attributions dans celles des trésoriers de
+France. Il en reconnut bientôt l’importance, et la rétablit sous la
+dénomination de direction générale des ponts-et-chaussées, à laquelle il
+attacha des inspecteurs et des ingénieurs. Cette administration, à
+quelques modifications près, est restée la même depuis cette époque[36].
+
+ [36] Ces courtes observations, quoique interrompant la suite des
+ faits, ne nous ont point semblé déplacées ici. Nous aurons encore
+ l’occasion de présenter diverses considérations qui se rattachent,
+ d’une manière plus ou moins directe, au sujet que nous traitons.
+ Nous croyons cette méthode plus convenable: elle a l’avantage de
+ réunir des faits, qui n’offriraient pas le même intérêt, isolés et
+ classés d’après l’ordre des dates que nous cherchons à suivre, avec
+ exactitude, dans cet ouvrage.
+
+Nous n’entrerons pas dans les considérations qui ont retardé, pendant si
+long-tems, l’établissement régulier des postes en France; mais nous
+arriverons à cette heureuse époque après avoir cherché à saisir
+quelques-unes des traces légères qu’elles ont laissées de loin en loin.
+
+Charlemagne, dont le nom est attaché aux entreprises les plus
+remarquables de la monarchie, acquit, en fondant l’Université, de
+nouveaux droits à l’immortalité. Cette institution, destinée à conserver
+le germe des sciences, ne pouvait se propager qu’à l’aide d’une autre
+non moins importante; aussi les Postes, qui ne servaient qu’aux affaires
+du Roi, prirent-elles un grand degré d’intérêt par la nouvelle direction
+qu’elles reçurent. C’est donc avec raison qu’un des premiers génies du
+siècle[37] a dit que les postes et messageries, perfectionnées par Louis
+XI, furent d’abord établies par l’Université de Paris.
+
+ [37] M. le vicomte de Châteaubriand.
+
+Ce fut, en effet, le moyen que le public employa pour la correspondance,
+et le seul même dont il se servit, pendant long-tems. Les nombreux
+élèves, que l’Université attirait des provinces pour les former à
+l’étude des belles-lettres, multipliaient de plus en plus les relations
+qu’elle y entretenait, en expédiant, à des époques indéterminées à la
+vérité, pour les principales villes de France, des messagers qui
+marchaient à ses frais.
+
+C’est ainsi qu’à son exemple, sous le titre de messagers-royaux, des
+courriers portèrent, plus tard, les dépêches, des principaux
+fonctionnaires de l’état, relatives au service du Roi, dont les grands
+courriers du royaume ne pouvaient être chargés.
+
+Quoique les communications ne fussent pas encore très-fréquentes entre
+les particuliers, parmi lesquels l’écriture était fort peu répandue et
+dont les liaisons d’intérêt ou de famille, avec les diverses provinces,
+ne devaient pas être multipliées, on profita des facilités qui se
+présentaient de les entretenir ou de les étendre. Les messagers durent
+les favoriser de tout leur pouvoir par les avantages qu’ils en
+retiraient.
+
+Mais combien cette ressource était insuffisante. D’abord il fallait
+connaître l’époque de leur passage, toujours indéterminée; borner
+ensuite sa correspondance aux lieux seuls qu’ils fréquentaient; enfin,
+compter sur les lenteurs incalculables qu’entraînait ce mode de
+relations. Ainsi, pour une lettre qu’on écrit aujourd’hui et dont on
+reçoit une réponse en quatre jours, on mettait alors plus de deux mois.
+Que de raisons, d’un autre côté, s’opposaient à ce que ces divers
+services eussent un mouvement régulier, et à ce qu’ils prissent un
+accroissement rapide. La France était divisée en petites souverainetés
+dont les princes, souvent en opposition d’intérêt, ne devaient
+multiplier les communications entr’elles que lorsque leur sûreté le
+commandait. Il y avait, en général, peu de grandes routes dans toute
+l’étendue du royaume, et la plupart encore mal entretenues. Les guerres
+civiles, les invasions retenaient les citoyens dans les villes: les
+relations commerciales étaient sans activité; elles se bornaient, le
+plus ordinairement, aux localités: un voyage d’une province à une autre
+présentait tant de difficultés, qu’il fallait des circonstances
+impérieuses pour le réaliser. On remonterait très-loin dans les siècles
+passés pour voir combien ces déplacemens offraient d’obstacles. Les
+historiens rapportent qu’on faisait des vœux avant de les entreprendre,
+et qu’on prenait les mêmes dispositions que pour les voyages
+d’outre-mer.
+
+Il est donc incontestable que l’Université avait acquis le droit
+exclusif de transporter les lettres des particuliers; et qu’un service,
+établi primitivement dans ses intérêts privés et indépendant de celui de
+l’état, devint, presqu’en même tems, aussi avantageux pour la société.
+
+Voilà, du moins le pensons-nous, les seuls élémens de correspondance que
+présente une suite de plusieurs siècles. On se contentait d’un mode que
+l’instruction bornée de ces tems-là ne forçait pas à perfectionner; mais
+la découverte de l’imprimerie et les lumières que l’université avait
+répandues peu à peu, en firent connaître l’insuffisance.
+
+Nos rois, en maintenant les postes dans l’état où Charlemagne les avait
+laissées, les négligeaient ou les rétablissaient sur le même pied, selon
+que les circonstances l’exigeaient; mais ils conservaient toujours, près
+de leur personne, un grand maître des postes, titre qu’on voit reproduit
+sous tous les règnes, entr’autres sous celui de Louis VI.
+
+Cependant, tout incomplets que sont ces documens, ils nous prouvent
+non-seulement l’utilité des postes à toutes les époques, mais encore
+l’importance qu’on y attachait, en les entourant d’une grande
+considération.
+
+Louis XI est regardé, à juste titre, comme le fondateur des postes en
+France[38]: l’histoire est là pour appuyer un fait de cette importance.
+Quant à la cause qui y donna lieu, il serait difficile de se rendre au
+témoignage de quelques auteurs qui prétendent l’attribuer à la
+sollicitude paternelle. Louis XI, disent-ils, inquiet de la maladie
+grave du Dauphin, duquel il était éloigné, établit les postes afin de
+connaître, presqu’à chaque instant, l’espoir ou la crainte que son état
+pouvait inspirer. Cette assertion est d’un bien faible poids, lorsqu’il
+s’agit d’un prince de ce caractère. Habitué à la dissimulation, Louis XI
+fit naître ce bruit ou l’accrédita, afin de détourner l’attention du but
+qu’il se proposait. Ce ne serait pas la première fois que le prétexte le
+plus respectable eût servi à déguiser la vérité.
+
+ [38] Les postes, disent MM. Saur et Saint-Geniès, dans leur ouvrage
+ sur les aventures de Faust et sa descente aux enfers, la machine
+ pneumatique, d’autres inventions non moins importantes et dont la
+ première idée appartient à Faust, attestent la fécondité inépuisable
+ de son imagination: il a surtout consacré son nom à l’immortalité
+ par la découverte de l’imprimerie. Les mêmes auteurs prétendent
+ qu’un jeune Suisse, à qui il avait communiqué ses idées sur les
+ moyens de rétablir en France les postes telles qu’elles étaient du
+ tems des Romains, en fit part à Louis XI, qui les suivit et l’en
+ récompensa. Ils ajoutent que Faust, dans l’entretien qu’il eut avec
+ le monarque, auquel il fut présenté comme inventeur de l’imprimerie,
+ n’était pas moins frappé de la supériorité de son esprit, de
+ l’étendue de ses connaissances, que touché de son langage doux,
+ caressant et presque flatteur. Louis XI, en instituant les postes,
+ dut s’entourer de tous les moyens propres à faire réussir son
+ entreprise; et, parmi les nombreux projets qui sans doute lui furent
+ soumis, il est possible que celui de Faust ait eu l’avantage d’être
+ préféré.
+
+ Nous ne doutons point que les auteurs cités n’aient eu de fortes
+ raisons pour adopter ce sentiment, et pour attribuer également à
+ Faust des faits que les biographes modernes regardent comme devant
+ concerner deux individus, Faust et Fust.
+
+La vie agitée de ce monarque; ses démêlés avec les grands vassaux de la
+couronne, et particulièrement avec le duc de Bourgogne; ses intrigues
+dans les principales cours de l’Europe; tout explique assez le besoin
+qu’il avait d’un moyen qui pût satisfaire à la fois, et son esprit
+ombrageux et rusé, et ses vues ambitieuses et perfides.
+
+Mais écoutons les historiens sur l’origine de cette institution. _Le
+Roi_, dit Commines[39], _qui avoit jà ordonné postes en ce royaume, et
+par n’y en avoit jamais eu, fut bientôt adverty de cette déconfiture du
+duc de Bourgogne, et à chaque heure en attendoit des nouvelles, pour les
+advertissements qu’il avoit eu par avant de l’arrivée des Allemands, et
+de toute autre choses qui en dépendoient; et y avait beaucoup de gens
+qui avoient les oreilles bien ouvertes pour les ouïr le premier et les
+luy aller dire; car il donnoit volontiers quelque chose à celuy qui le
+premier luy apportoit quelques grandes nouvelles, sans oublier les
+messagers; et si prenoit plaisir à en parler, avant qu’elles fussent
+venues, disant: je donneray à celui qui m’apportera des nouvelles. M.
+Dubouchage et moy eusmes (estant ensemble) le premier message de la
+bataille de Morat, et ensemble le dismes au Roy, lequel nous donna à
+chacun 200 marcs d’argent. Monseigneur du Lude, qui couchoit hors du
+plessis, sceut le premier l’arrivée du chevaucheur qui apporta les
+lettres de cette bataille de Nancy, dont j’ai parlé; il demanda au
+chevaucheur qui apporta les lettres, qui ne lui osa refuser, pourquoi il
+estoit en grande autorité avec le Roy. Ledit seigneur du Lude vint fort
+matin (il estoit à grande peine jour) heurter à l’huis plus prochain du
+Roy: on lui ouvrit; il bailla les dites lettres qu’envoyoit monseigneur
+de Craon et autres; mais aucuns disoient qu’on l’avait veu fuir, et
+qu’ils s’estoit sauvé._
+
+ [39] Dans ses Mémoires.
+
+Varillas[40] ajoute: _Les intrigues du duc de Bretagne n’auraient pu
+être découvertes à point nommé, si Louis XI ne se fut avisé d’une
+invention qui dure encore, tant elle a été trouvée convenable à la
+commodité du public. Comme il changeoit souvent les ordres qu’il avoit
+donnés, et qu’il prétendoit qu’on les exécutât avec une extrême
+promptitude, il se trouvoit sujet à des inconvéniens où ses
+prédécesseurs n’avoient point été exposés. Il n’avoit point un assez
+grand nombre de courriers, et ses courriers ne faisoient point assez de
+diligence, et ils ne trouvoient point à propos les hôtelleries et les
+choses propres à leur rafraîchissement. On n’y pouvoit remédier par les
+voies ordinaires sans qu’il en coûtât beaucoup; et Louis entreprenait
+tant d’affaires en même tems, que, s’il n’eût ménagé sa bourse, elle
+n’aurait pas suffi pour toutes. Il lui vint en pensée d’établir des
+postes dans son royaume, et les règlements qu’il fit là-dessus les
+garantirent à l’avenir de la meilleure partie des frais qu’il faisait
+auparavant, et lui attirèrent de plus un avantage qu’il n’avait pas
+prévu, et qui consistait à ce que ses intriques s’acheminoient avec plus
+de secret._
+
+ [40] Histoire de Louis XI.
+
+_Son activité_, dit Lenguet[41], _alloit au-delà de tout ce qu’on peut
+dire: on voit par ses lettres écrites de presque tous les endroits du
+royaume, qu’il doit en avoir fait le tour deux ou trois fois. Il
+vouloit, avance encore le même auteur, tout connoître par lui-même, et
+il exigeoit souvent que les particuliers lui écrivissent; c’est le moyen
+qu’il avoit trouvé pour éviter les tromperies que lui auroient pu faire
+ses ministres. Malgré ses précautions, il ne laissoit pas d’être quelque
+fois trompé_.
+
+ [41] Préface des Mémoires de Commines.
+
+_Il employa_, suivant Varillas[42], _la plupart des quatre millions sept
+cent mille livres qu’il exigeoit tous les ans de ses sujets, à acheter
+des espions et des créatures dans les états voisins du sien, et dans les
+cours de ses principaux feudataires_.
+
+ [42] Histoire citée.
+
+_Le duc de Lorraine_, dit Hainaut[43], _accompagné des Suisses, vint au
+secours de la place (Nancy), le 5 janvier, attaque et défait le duc
+Charles qui y perdit la vie, ayant été trahi par Campobosso, Napolitain.
+Il ne laissa d’autre héritier que Marie, sa fille unique. En lui finit
+la deuxième maison de Bourgogne, qui avoit duré cent vingt ans sous
+quatre princes. Le roi Louis XI qui, le premier, avoit établi l’usage
+des postes, jusqu’alors inconnu en France, est bientôt informé de cet
+événement, et en profite pour reprendre plusieurs villes en Picardie, en
+Artois et en Bourgogne_.
+
+ [43] Histoire chronologique de France.
+
+Ainsi que dans l’antiquité, la guerre, fruit si funeste de l’ambition de
+quelques souverains, devint la cause d’une institution tellement utile
+aux peuples, qu’ils n’ont pas cessé depuis de la faire tourner au profit
+de la société.
+
+Pour perpétuer le souvenir d’un événement si remarquable, on frappa une
+médaille destinée à le rappeler[44]. Nous voyons, dans Mezeray, qu’elle
+était en bronze. Cet établissement de la poste _Decursio_[45], dit-il,
+_est désigné par deux courriers bien montés (dont l’un porte une malle
+en croupe) avec cette legende: _qui pedibus volucres ante irent cursibus
+auras_, afin que, pour ainsi dire, ils passent les oiseaux et les vents
+à la course_.
+
+ [44] Ce n’est pas la seule fois qu’on ait consacré des médailles à
+ rappeler des événemens remarquables dans les postes. Nous voyons
+ entr’autres exemples, dans une histoire d’Ecosse, que lorsque
+ Wallace combattait pour conserver ses anciens souverains à son pays,
+ Bruce ayant reçu de lui un avis important apporté par un messager
+ fidèle, donna à l’envoyé une médaille où l’on voyait une colombe
+ avec cette légende, _fidèle comme ce premier messager_, faisant
+ allusion à la colombe envoyée par Noë hors de l’arche.
+
+ [45] Au bas de l’exergue.
+
+Louis XI rendit cette institution authentique par son édit en date du 19
+juin 1464[46].
+
+ [46] Nous le rapportons à la fin de cet essai.
+
+C’est dans cette pièce importante que nous trouvons la preuve évidente
+que les postes ont été établies pour servir à la politique de Louis XI,
+et que leur usage, étendu presqu’en même tems aux besoins de la société,
+n’en étant que la conséquence, n’a pas eu pour but d’accroître les
+revenus de l’état en imposant la pensée, comme on semble le croire dans
+ce siècle calculateur.
+
+Ce prince était si loin d’en considérer la création comme une ressource
+que, pour la consolider, il se vit dans l’impérieuse nécessité
+d’augmenter les charges qui pesaient sur ses peuples, et d’accorder des
+_gages_ et de grands priviléges aux maîtres de poste auxquels il
+confiait ce service.
+
+Il paraît que son édit fut mis de suite à exécution, puisqu’on comptait
+déjà jusqu’à deux cent trente courriers à ses gages qui portaient ses
+ordres sur tous les points du royaume, ainsi que les lettres des
+particuliers, quoiqu’il n’en fut pas fait mention lors de la création
+des postes.
+
+Ces messagers couraient à cheval et changeaient de chevaux à chaque
+relais, à l’instar des anciens, qui employaient aussi des courriers à
+pied comme nous le pratiquons[47]. Ces derniers étaient appelés
+hémérodromes par les Grecs, c’est-à-dire, courriers de jour.
+
+ [47] En France, partout où il n’y a pas de bureau de poste, il se
+ trouve des courriers sous diverses dénominations; les uns desservent
+ les communes dépendantes de chaque bureau de poste, les autres sont
+ employés à la correspondance réciproque des préfets et des maires.
+ Ces messagers font régulièrement deux courses par semaine dans leurs
+ arrondissemens respectifs. On peut évaluer le nombre de lieues
+ qu’ils parcourent ainsi pendant la durée de l’année à plus de 2500;
+ ce qui équivaut à une marche moyenne de 7 lieues par jour. Il est à
+ remarquer que ces individus résistent long-tems à un exercice aussi
+ soutenu, qui n’est interrompu ni par les obstacles qu’opposent les
+ localités, ni par l’intempérie des saisons.
+
+ On pourrait citer beaucoup d’exemples de courses extraordinaires. Il
+ est même certaines provinces du royaume dont les habitans se
+ distinguent par leur agilité à la marche.
+
+ La mode des coureurs était très en usage autrefois, surtout à Paris.
+ Ils précédaient ordinairement les coursiers de la voiture des
+ personnes de distinction. On a renoncé à ce luxe dangereux, en
+ employant à leur place des postillons à cheval.
+
+ Les coureurs, chez les anciens, faisaient 20, à 30 lieues par jour,
+ et même 40 dans le cirque pour remporter les prix. On lit dans
+ Pline, qu’Autiste et Félonide, coureurs d’Alexandre, parcoururent un
+ espace de 1200 stades, à peu près 44 lieues, en 24 heures. Il ajoute
+ qu’un jeune homme, nommé Mathias-Athas, fit 75 milles, 25 lieues, de
+ midi jusqu’à la nuit. Plutarque dit qu’un certain Anchide fit 1000
+ stades, 37 lieues de 2000 toises, en un jour.
+
+ On a vu, de nos jours, des courses aussi remarquables. En 1767, un
+ coureur de la duchesse de Weymar fit 76 lieues en 24 heures, et ne
+ se reposa que le tems nécessaire à la réponse des dépêches dont il
+ était porteur.
+
+ M.r Cochrane, capitaine de la marine anglaise, exécute une
+ entreprise des plus périlleuses et des plus étonnantes, celle de
+ traverser à pied toute l’Asie. Il se propose ensuite de parcourir
+ ainsi l’Amérique.
+
+ Un anglais, nommé Aberthemy, vient de faire tout récemment à pied,
+ malgré un tems constamment mauvais, 560 milles en 8 jours, ce qui
+ fait 37 lieues par jour.
+
+ Il existe en Irlande un homme âgé de 142 ans qui, après avoir voyagé
+ dans toutes les parties du monde, a continué de s’exercer à faire de
+ longues marches en parcourant régulièrement chaque jour un espace de
+ 10 lieues.
+
+ Un autre individu, nommé Wert, a parcouru, en 4 jours et 4 heures,
+ pour un pari de 7200 fr., 320 milles, environ 150 lieues de France.
+
+ Le coureur Charles Quize vient de faire, en 7 quarts d’heure, le
+ trajet de Bruxelles à Volvurde, sans paraître fatigué ni même
+ échauffé. Il est maigre et de petite stature. Sa manière accoutumée
+ de courir est de tenir d’une main un mouchoir dont un des coins est
+ dans ses dents, et de l’autre il agite sans cesse un petit fouet.
+
+ Le nommé Rumel, âgé de 16 ans, est remarquable par sa force et son
+ agilité. Il a fait à pied le chemin de Francfort à Hanau et retour,
+ qui est de 8 lieues, en 2 heures 15 minutes: des cavaliers qui le
+ suivaient ne purent faire la même diligence et restèrent en arrière.
+
+ M.r Danwers paria dernièrement 5000 fr. de se rendre de Chettenham à
+ Bayswaters, 94 milles, en 22 heures. Il mit 10 minutes de moins que
+ le tems convenu, et fit sa course avec des souliers très-épais.
+
+ Aux courses de Montrose, qui ont eu lieu il y a peu de tems, après
+ que les chevaux eurent fourni leurs courses, il se présenta deux
+ coureurs à pied, l’un appartenant à lord Kennedey, et l’autre au
+ major Hay. L’espace à parcourir était d’un demi-mille. Le premier
+ atteignit le but en 2 minutes 5 secondes; l’autre en une minute de
+ plus. Un montagnard écossais, dans le costume de son pays, et
+ quoique revêtu de ses armes et de tout son équipage, arriva au terme
+ de la course en même tems que le vainqueur.
+
+ Nous bornerons là ces exemples, qu’il serait facile de multiplier.
+
+Louis XI, disent les historiens, fit payer bien chèrement le bienfait
+des postes, en augmentant considérablement les tailles.
+
+La dépense était le moindre des obstacles[48] à surmonter dans une
+entreprise de cette nature; mais on prévoit tout ce que pouvait la
+volonté ferme d’un monarque qui avait _mis tous les rois hors de page_,
+et _dont tout le conseil_, suivant Commines, _était dans sa tête_. Le
+code qu’on lui doit sur l’institution des postes, montre assez combien
+cette vaste conception avait été l’objet de ses profondes méditations,
+par l’éclat dont elles brillèrent dès leur origine.
+
+ [48] Delandine rapporte qu’un prédicateur, nommé Maillard, ayant
+ avancé quelque chose de choquant contre Louis XI, ce monarque lui
+ fit dire qu’il le ferait jeter dans la rivière. Le roi est le
+ maître, reprit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en paradis par
+ eau, qu’il n’y arrivera par ses chevaux de poste.
+
+C’est de cette époque, ainsi que le porte l’édit déjà cité, que date la
+création de la charge de conseiller, grand-maître des coureurs du Roi.
+Elle fut donnée à l’un des conseillers de la cour. Il se tenait près de
+la personne du monarque, comme investi de toute sa confiance. Les
+officiers qui dépendaient de lui, étaient appelés chevaucheurs de
+l’écurie du Roi: leur emploi était de surveiller ce service naissant.
+Des agens, sous le titre de maîtres coureurs, furent établis de traite
+en traite sur les grandes routes, désignées par les édits. Ils
+conduisaient, ou faisaient conduire par leurs chevaux et leurs
+postillons, les voyageurs et les dépêches du roi.
+
+La distance d’une traite à l’autre, dénomination remplacée plus tard par
+celle de relais ou poste, était de quatre lieues ou environ, suivant les
+localités. Le prix de chaque cheval[49], fourni et entretenu par le
+maître de la traite, ne s’élevait qu’à 10 sous, y compris le guide.
+
+ [49] Le nombre en était fixé; mais il ne pouvait pas être moindre de
+ quatre.
+
+Les maîtres coureurs et les autres agens des postes jouissaient de
+priviléges, dont nous parlerons plus tard.
+
+Louis XI, pour donner à cette organisation plus de force et de
+régularité, créa, en 1479, une charge de contrôleur des chevaucheurs,
+cette mesure était devenue nécessaire par les abus qui s’introduisaient
+dans ce service, et auxquels les chevaucheurs du Roi n’avaient pu
+remédier autant par négligence que par ignorance de leurs attributions.
+
+L’intermédiaire d’un agent spécial fut déjà reconnue indispensable entre
+l’administration supérieure et les nombreux emplois qui en complétaient
+le système: on l’a maintenue comme la seule mesure conservatrice de
+toute bonne institution.
+
+On s’occupa, pendant tout le règne de Louis XI, des moyens propres à
+régulariser un établissement qui prospérait au-delà des espérances de
+son fondateur.
+
+Les bases en étaient jetées, il ne s’agissait plus que de les modifier
+suivant les tems, les besoins et les lieux.
+
+Charles VIII consolida l’ouvrage de son père. La correspondance
+paraissait déjà si bien établie, que les lettres mêmes de l’étranger
+parvenaient par la voie des Postes. Il est vrai de dire que l’édit
+autorisait le Pape et les princes avec lesquels Louis XI était en bonne
+intelligence d’expédier des courriers, à la condition de se servir des
+chevaux de la poste. Mais, dans la crainte que quelques lettres ne
+continssent des principes contraires à la pragmatique sanction, que
+Charles VIII soutenait de tout son pouvoir, il fut défendu aux
+courriers, pendant quelque tems, sous peine de la hart, de se charger
+des missives que les particuliers leur confiaient sans doute, puisque
+les postes n’avaient été créées originairement que pour le service d’un
+Roi qui n’avait pas cru que l’état de la société en réclamât en même
+tems les avantages.
+
+Depuis cette époque et pendant près d’un demi-siècle les postes
+n’offrent rien de remarquable. Louis XII, François I.er, Henri II et
+François II les maintinrent telles que Louis XI les avait créées.
+
+L’agitation qui se manifesta sous ces derniers règnes, fut un obstacle à
+l’introduction de toute mesure utile; car nous ne considérerons pas
+comme améliorations quelques arrêts rendus en faveur des maîtres de
+poste, auxquels on contestait des droits si bien établis.
+
+Charles IX, dès 1563, remit en vigueur l’édit de Louis XI, et défendit
+surtout de fournir des chevaux pour les routes de traverse. Les
+peines[50] les plus graves étaient portées contre les agens des postes
+qui changeraient les directions des dépêches, lesquelles ne pourraient
+être transportées que sur les routes où les postes étaient en activité.
+
+ [50] Entr’autres une amende de 100 livres tournois et la dépossession
+ des charges.
+
+On sentait que, pour conserver à ce service toute sa prééminence et sa
+sécurité, il fallait repousser, dès leur naissance, les mesures
+arbitraires introduites sans doute par un zèle très-louable, mais que
+l’expérience n’éclairait pas encore.
+
+Les noms des conseillers grands-maîtres des courriers de France et des
+contrôleurs généraux, depuis Robert Paon, qui le premier porta ce titre,
+jusqu’à Jean Dumas, qui remplit cette charge en 1565, ont échappé à nos
+recherches. Ces deux emplois, d’abord distincts, ne tardèrent pas à être
+réunis en un seul. La dénomination de contrôleur général des Postes, qui
+prévalut, varia bientôt après comme nous aurons occasion de le
+remarquer.
+
+La juridiction des contrôleurs généraux, quoique bien établie par les
+édits, devenait l’objet de contestations sans cesse renaissantes: le Roi
+rendit divers arrêts à ce sujet, qui tous maintenaient l’indépendance
+des postes, dont les contrôleurs généraux plaidaient la cause avec
+autant de force que de succès.
+
+Les routes sur lesquelles les postes n’étaient pas établies se trouvant
+privées des avantages de correspondre avec régularité, il fut décidé, en
+1576, qu’on emploierait des messagers-royaux, à l’instar de ceux de
+l’université. Le nombre en fut successivement étendu à toutes les villes
+où il y avait un parlement. Ils faisaient le service des dépêches dont
+les entrepreneurs des routes d’embranchement sont chargés aujourd’hui.
+
+Hugues Dumas, qui succéda en 1585, à son frère, est confirmé dans les
+mêmes prérogatives par Henri III. Il fut remplacé, en 1595, par
+Guillaume Fouquet[51].
+
+ [51] Sieur de la Varenne, commissaire ordinaire des guerres et
+ capitaine de la ville et du château de la Flèche.
+
+Henri IV, toujours guidé par l’amour du bien public, ordonna, en 1597,
+l’établissement des chevaux de louage de traite en traite sur les grands
+chemins, traverses et bords de rivières, comme un nouveau moyen
+d’adoucissement à la misère de son peuple. _Considérant_, disait-il, _la
+pauvreté et nécessité à laquelle tous nos sujets sont réduits à
+l’accroissement des troubles passés, que la plupart d’iceux sont
+destituez de chevaux, non-seulement pour le labourage, mais aussi pour
+voyager et vacquer à leurs négoces accoutumez, n’ayant moyen d’en
+achepter, ni de supporter la despense nécessaire pour la nourriture et
+entretien d’iceux; pour raison de quoi, et pour la crainte que nos dits
+sujets ont des courses et ravages de gens de guerre, comme aussi les
+commerces accoustumez cessent et sont discontinuez en beaucoup
+d’endroicts, et ne peuvent nos dits sujets librement vacquer à leurs
+affaires, sinon en prenant la poste, qui leur vient en grande cherté et
+excessive despense etc. A quoi désirant pourvoir, et donner moyen à nos
+dits sujets de voyager, et commodément continuer le labourage, etc.,
+avons ordonné et ordonnons que par toutes les villes, bourgs et
+bourgades de ce dit royaume, et lieux qui seront jugez nécessaires
+seront establis des maistres particuliers pour chacune traite et
+journée. Déclarant_, ajoute ce prince, _n’avoir entendu préjudicier aux
+droits, priviléges et immunitez des postes_.
+
+Ce nouveau service donna lieu à la création de deux offices de généraux
+des chevaux de relais et de louage.
+
+La distance entre chaque relais fut calculée sur la journée commune de
+15 à 16 lieues, et portée à 7 ou 8 lieues. Le prix de ferme fut basé sur
+le nombre de chevaux de chaque relais et fixé à 10 francs par tête. On
+arrêta celui de la journée de chaque cheval, tant pour l’aller que le
+retour, à 20 sous tournois et 25 sous pour chaque bête d’amble, malliers
+et chevaux de courbes, c’est-à-dire, employés au tirage des voitures par
+eau.
+
+Le Roi, pour soutenir cet établissement et prévenir tous les abus,
+ordonna en outre que les chevaux des relais seraient considérés comme
+lui appartenant et marqués à cet effet sur la cuisse droite d’un H
+surmonté d’une fleur de lys; et sur la cuisse gauche, de la lettre
+initiale du lieu où ils seraient entretenus.
+
+Les voyageurs ne pouvaient faire galoper les chevaux sous peine de dix
+écus d’amende; _Ains, était-il ordonné, d’en user et s’en servir ainsi
+que l’on a accoustumé de faire des chevaux louez à la journée[52]._
+
+ [52] M. de la Varenne, dit Sully, ne voulait pas introduire de chevaux
+ de louage au préjudice des relais et des postes.
+
+Telles sont à peu près les dispositions fondamentales d’un établissement
+que Henri IV crut utile à ses sujets. Mais les postes ne tardèrent pas à
+se ressentir des funestes effets que leur causait une semblable
+concurrence. Menacées d’une destruction prochaine, elles n’échappèrent à
+leur ruine totale que par une mesure qui concilia à la fois, et la
+sollicitude paternelle du prince, et l’intérêt public.
+
+Les relais furent réunis aux postes, et firent dès lors partie des
+attributions du contrôleur général des postes. Le roi releva par là une
+institution dont il aurait entraîné la perte par des vues de
+bienfaisance, et satisfit aussi son cœur en conservant à son peuple une
+plus grande facilité de voyager, quoique forcé, par un sentiment de
+justice, de la restreindre. A cet effet, le contrôleur général des
+postes fut tenu de fournir des chevaux de relais à ceux qui ne
+voudraient pas courir la poste, en ne payant que demi-poste par chaque
+cheval, et se conformant à ce qui avait été ordonné pour les relais,
+entr’autres obligations, de ne mener les chevaux qu’au pas ou au trot.
+
+Henri IV, en élevant les postes au rang des institutions les plus
+notables de son royaume, crut y ajouter un nouvel éclat par le titre de
+général qui remplaça, en 1603, celui de conseiller contrôleur général
+des Postes. _Le soin_, dit ce Prince, _que nous avons voulu prendre
+depuis un certain tems de savoir bien au vrai en quoy consiste la charge
+de contrôleur des postes de nostre royaume, nous a fait entrer dans une
+fort particulière connaissance du mérite d’icelle, et juger de quelle
+façon elle importe au bien de nos affaires. Et aprez avoir mûrement
+considéré jusqu’où elle s’estend, combien elle est honorable et avec
+quelle authorité elle se peut dignement exercer par un homme qui s’en
+acquittera fidellement, comme nous avons toute occasion de recevoir un
+entier contentement de nostre ami féal sieur de la Varenne, conseiller
+en nostre conseil d’estat, sans qu’au changement que nous n’apportions
+autre prix qu’une marque d’honneur que nous entendons être faite à la
+dite charge._
+
+Sully dit _qu’il fut fait, en 1608, un règlement général, adressé aux
+trésoriers de l’épargne des menus, des lignes suisses, de l’artillerie,
+de l’extraordinaire des guerres, de l’extraordinaire de deçà les monts,
+et autres, qui leur prescrivait une forme plus exacte pour leurs
+comptes_.
+
+Il ajoute _que, parmi d’autres règlemens généraux, il en avait proposé
+un sur les postes, dans lequel étaient compris les maîtres et
+contrôleurs des postes, les chevaucheurs d’écurie du Roi, les courtiers
+et banquiers, et leurs commis, les coches, les messagers à pied et à
+cheval, et tous chariots et voitures par eau et par terre. Lorsque je
+lisais cet article au Roi, il me dit: je vous recommande à la Varenne et
+à tous les chevaucheurs; je vous les enverrai tous_.
+
+Ce ministre, toujours occupé du bien public, sous un Roi qui lui
+accordait une confiance si entière, dit encore dans ses mémoires: _Je
+médite sur la manière de rétablir et de recommencer les ouvrages publics
+comme chemins[53], ponts, levées et autres bâtimens qui ne font pas
+moins d’honneur au souverain que la magnificence de ses propres maisons,
+et qui sont d’une utilité générale._
+
+ [53] Une somme de 4,855,000 y fut destinée.
+
+Si tous les actes qui ont signalé le règne de Henri IV, sont empreints,
+en quelque sorte, de l’amour que son peuple lui inspirait, on ne peut
+s’empêcher d’y reconnaître aussi cet esprit de justice et cette sagacité
+qui le portaient à élever ce qui était grand et à honorer tout ce qui
+était digne d’être respecté. Nos rois ont toujours reconnu l’importance
+des postes; mais il est un de ceux qui ont le plus contribué à les
+affermir.
+
+Le règne de Louis XIII apporta de nouvelles améliorations à cette
+institution. La vigueur avec laquelle les prérogatives en furent encore
+maintenues, et les heureux changemens qui s’y opérèrent, en rendirent
+l’organisation plus fixe et plus régulière.
+
+Pierre d’Alméras[54], nouveau général des postes, soutient la cause des
+maîtres des courriers envers lesquels, dans ces tems de guerre civile et
+de désordre, on avait exercé de grandes violences.
+
+ [54] Seigneur de St-Remy et de Saussaye, conseiller du Roi en ses
+ conseils.
+
+C’est dans cette vue que divers arrêts sont rendus, en 1612, pour les
+mettre à l’abri du retour de pareils excès, et que le prix de la ferme
+des relais porté à 10 francs par cheval et par an, est réduit à 6
+francs.
+
+Nos Rois, en abandonnant au général des postes les produits de la taxe
+des lettres pour le dédommager des frais qu’entraînait ce transport et
+le droit exigé pour en exercer le privilége exclusif, n’avaient pris
+aucune mesure propre à régler les bases sur lesquelles le port devait en
+être perçu, en raison du poids et des distances à parcourir. Les
+généraux eux-mêmes, trop occupés d’une organisation qui réclamait toute
+leur surveillance, négligeaient de porter leur attention sur un point
+qui touchait de si près à leurs intérêts. Les particuliers, profitant de
+la facilité qu’on leur laissait, s’étaient attribués seuls le droit de
+taxer leurs lettres. Il est à croire que, primitivement, un grand esprit
+de justice présidait à cette opération, puisqu’on ne leur en avait pas
+contesté la liberté. Mais ils le firent plus tard avec si peu de
+réserve, que le général des postes s’en plaignit en _les engageant à le
+faire plus libéralement et n’abusant pas d’une facilité qui les portoit
+à ne mettre que demi-port de ce qu’ils souloient faire ci-devant_.
+
+La plainte était d’autant plus juste, que les dépenses augmentaient en
+raison de la régularité qui avait lieu dans le service des postes. Les
+courriers arrivaient et partaient à des jours fixes de la semaine; et le
+public comptait déjà assez sur l’exactitude de leur marche pour
+entretenir des relations suivies, dont il faisait dépendre les intérêts
+de sa fortune.
+
+Afin de mettre un terme à des mesures arbitraires, tout-à-fait contraire
+à la prospérité des postes, le général avait autorisé les commis à
+surtaxer les lettres et paquets pour les remettre au taux originel.
+Mais, craignant de faire naître d’injustes réclamations qui eussent
+porté atteinte à l’honneur des officiers des postes, il établit un tarif
+qui fut rendu public et qui servit de base à la taxe des lettres, _sauf
+que le plus grand port y fut volontairement apposé par ceux qui les
+enverraient, est-il dit à cette occasion_. Ce furent ces raisons de
+délicatesse et de justice qui, en 1627, 163 ans après l’établissement
+des postes, donnèrent lieu au premier tarif connu.
+
+A cette époque où la police intérieure du royaume ne pouvait remédier à
+tous les brigandages qu’enfantent toujours les dissentions intestines,
+les routes étaient peu sûres. La poste, comme tenant au service du Roi,
+semblait être à l’abri des tentatives les plus coupables. La sécurité
+que le public trouvait à correspondre par cette voie, le porta à
+l’étendre à l’envoi de l’argent, des bijoux, des pierreries et aux
+autres objets précieux, en les insérant dans les lettres. Ces abus
+éveillèrent l’attention du général des Postes: comme ils tendaient à
+compromettre la sûreté des dépêches en servant d’appât aux malfaiteurs,
+il fut fait défense expresse de rien introduire de semblable dans les
+missives. L’argent monnoyé, par un sentiment de bienveillance, fut seul
+excepté de cette mesure, soit pour en favoriser la circulation, soit
+afin de soustraire le peuple à la dépendance d’individus qui se
+chargeaient de ces transports à un taux usuraire. On permit de recevoir
+l’argent ayant cours à _découvert_ jusqu’à la concurrence de cent
+francs, moyennant un prix calculé sur les distances à parcourir. Le
+montant de ces sommes était inscrit sur des livres tenus à cet effet
+dans chaque bureau de poste.
+
+Telle fut l’origine des articles d’argent déposés, connus encore
+aujourd’hui sous ce titre.
+
+L’expérience avait assez fait connaître la confiance que les postes
+devaient inspirer, tant par la célérité que par la sécurité qu’elles
+offraient. L’époque était venue de faire cesser les expéditions
+extraordinaires de courriers que multipliaient les gouverneurs des
+provinces ou autres personnages titrés, afin de correspondre d’une
+manière plus éclatante avec la cour. Cet usage, non-seulement onéreux
+pour la poste, par les frais qu’il occasionnait, pouvait nuire à la
+sécurité qu’elle inspirait. Le général, pour remédier aux abus que ces
+exceptions n’auraient pas manqué d’entraîner par la suite, obtint du
+Roi, qu’à dater de 1629, tous les paquets adressés à sa majesté, au
+chancelier et au surintendant des finances, ne parviendraient plus que
+par son intermédiaire, et seraient remis aux officiers des postes qui
+les enregistreraient sur des livres destinés à cet effet, en marquant
+toujours sur l’enveloppe le jour et l’heure du départ des courriers,
+afin d’établir leur responsabilité. Cette formalité reçut le nom de
+chargement de lettres de service. On l’a étendue depuis aux
+particuliers, mais à des conditions dont nous parlerons plus tard.
+
+Ou reconnut cependant qu’il était des circonstances où la gravité des
+affaires ne permettrait pas d’attendre le départ plus ou moins prochain
+des courriers; dans ce cas seulement, les frais qu’occasionnait l’envoi
+de ces dépêches tombaient à la charge des ministres auxquels elles
+étaient destinées. Ces expéditions instantanées ont été appelées
+estafettes. Elles conservent encore ce nom, et on y a souvent recours
+dans le même but.
+
+René d’Alméras, frère du précédent, occupe le dernier la charge
+de général des postes, que Louis XIII supprima; celle de
+surintendant-général des postes la remplaça en 1630. Nous voyons dans
+cette nouvelle dénomination, sinon de plus grandes prérogatives
+attachées aux postes, du moins une organisation particulière qui tendait
+dès-lors à leur donner une forme plus régulière, et qui a servi de base
+au système administratif adopté généralement de nos jours. En effet,
+cette charge, exercée annuellement par chacun des trois conseillers[55]
+nommés par le Roi, rentre absolument dans les attributions actuelles des
+directeurs-généraux, dont les fonctions sont partagées par les
+administrateurs qui forment leur conseil. Les modifications apportées
+par la suite, dans le nom ou dans le nombre de ces emplois supérieurs,
+sont subordonnées à des causes accidentelles qui n’ont rien changé au
+principe.
+
+ [55] Il en était ainsi, dit Sully, des offices des finances possédés
+ par trois personnes, sous le titre d’ancien, d’alternatif et de
+ triennal.
+
+On étendit l’utilité de cette mesure en établissant en même tems des
+charges de conseillers, maîtres des courriers, contrôleurs provinciaux
+des postes. L’activité et la surveillance directe et continue de ces
+nouveaux agens, sur toutes les parties de ce service, devaient en hâter
+l’amélioration. Elle fut rapide: leurs attributions étaient
+très-étendues. Ils présentaient les sujets pour les places dont le
+surintendant disposait seul, et dans lesquelles ils n’étaient confirmés
+qu’après avoir prêté le serment de fidélité au roi. Ils indiquaient
+aussi les changemens à opérer, soit dans le départ ou la marche des
+courriers. Ainsi, ceux de Paris partirent plus régulièrement deux fois
+la semaine; et il fut réglé qu’ils feraient nuit et jour, pendant les
+sept mois de la belle saison, une poste par heure; et, pendant les cinq
+mois d’hiver, il leur fut accordé une heure et demie, pour parcourir la
+même distance.
+
+Les contrôleurs provinciaux jouissaient encore du revenu de la taxe des
+lettres. Tant d’avantages firent craindre que leur influence ne
+détruisît en partie celle du surintendant-général, et ne les rendît
+indépendans. Louis XIII mit des bornes à leur pouvoir en faisant rentrer
+dans les attributions de celui-ci une partie des prérogatives qu’il
+avait accordées aux premiers, sans diminuer l’heureuse impulsion qu’ils
+avaient communiquée et qui devait produire les résultats les plus
+satisfaisans. Les priviléges qu’avait déjà M. de Nouveau[56],
+surintendant-général des postes, s’accrurent de tous les droits dont les
+contrôleurs furent privés. «_Confirmons_, dit le roi, _aux
+surintendans-généraux, tous les gages, les appointemens, plats et
+ordinaires en notre cour et suite, logement près de notre personne,
+extraordinaire gratification, récompenses, estrennes, revenus desdits
+relais et chevaux de louage, avec pouvoir de changer, augmenter et
+diminuer lesdites postes, contraindre les maistres d’icelle, d’observer
+les édits, ordonnances et règlemens cy-devant faits, et ceux qui seront
+ou pourront être à l’avenir; ensemble muleter lesdits maistres de poste
+par retranchement de leur charge, etc.; disposer d’icelles et de toutes
+les autres qui dépendent d’eux, desquelles choses ils ne seront
+responsables qu’à notre personne_.»
+
+ [56] Conseiller, commandeur, grand trésorier des ordres, revêtu des
+ trois charges d’ancien, alternatif et triennal.
+
+Certes, c’était une charge éminente que celle qui donnait de telles
+prérogatives. Nouvelle preuve de l’importance que nos rois attachaient
+aux postes, en élevant ceux auxquels ils en confiaient le soin au rang
+de ministres de leur maison.
+
+Les contrôleurs, rendus plus dépendans du surintendant-général, n’en
+contribuèrent pas moins à la prospérité d’un établissement auquel ils
+devaient apporter de si utiles et de si nombreuses améliorations.
+
+Le public continuait d’introduire dans les missives, malgré toutes les
+défenses faites à ce sujet, des objets étrangers à la correspondance. Le
+surintendant-général représenta au Roi l’impossibilité de s’opposer aux
+transports de ce genre. Il fut décidé, d’après cela, que les envois
+auraient lieu suivant le mode établi pour l’argent monnoyé. Cette
+nouvelle partie du service reçut la dénomination de _valeurs cotées_,
+parce qu’on en percevait le port sur le prix que l’envoyeur était obligé
+de déclarer aux officiers des postes, en leur présentant l’objet à
+découvert, afin d’en justifier l’estimation.
+
+Les particuliers trouvèrent dans cette mesure un moyen de faire
+parvenir, sur tous les points de la France, les matières d’un grand prix
+dont la circulation n’aurait pu s’étendre par le peu de relations
+établies encore entre les provinces. Le commerce et l’industrie durent
+en recevoir une nouvelle activité. Aujourd’hui, par les raisons
+contraires, ce mode est loin d’être aussi productif pour les postes.
+C’est une facilité dont le public n’use que rarement.
+
+Les intérêts des maîtres des relais furent un instant compromis par la
+concurrence des messagers royaux. Les avantages apparens qu’elle
+semblait offrir aux particuliers pouvaient entraîner des résultats
+funestes au bien de l’état. Dès 1634, les remontrances du
+surintendant-général des postes furent accueillies, et les messagers
+royaux furent forcés de s’en tenir à l’édit de leur création, qui les
+obligeait à marquer leurs chevaux d’un signe particulier, à ne conduire
+par leurs voitures les voyageurs d’une ville à l’autre du royaume
+qu’avec les mêmes chevaux, et à n’employer, en cas d’insuffisance, que
+ceux des maîtres de poste; il leur était interdit en outre de recevoir
+les étrangers, ainsi que les personnes qui partaient de la cour, soit
+pour voyager dans l’intérieur du royaume, soit même pour en sortir.
+
+La politique de ces tems n’était pas parvenue au point de mettre
+obstacle à la correspondance entre les individus, lorsque les grands
+débats qui s’élevaient entre les puissances étaient reglés par les
+chances de la guerre: le Roi ne voulut pas que les intérêts privés en
+souffrissent, et que les relations fussent interrompues. En conséquence,
+les courriers, pendant la guerre qui eut lieu en 1637 transportèrent les
+lettres comme à l’ordinaire.
+
+Ce principe généreux n’a pas été toujours reconnu; et nous verrons, dans
+la suite, qu’on a souvent usé d’une grande rigueur à cet égard.
+
+Le droit de franchise ou d’exemption de taxe, qui n’avait pas reçu
+d’extension, et qu’on avait accordé par une faveur toute spéciale, aux
+ambassadeurs, leur fut bientôt retiré. L’abus qui s’était introduit,
+sans doute à leur insçu, de faire parvenir la correspondance des
+particuliers sous leur couvert, avait causé une diminution considérable
+sur la recette des lettres provenant de l’étranger. Il cessa en partie
+par cette mesure; mais il paraît difficile de remédier à un pareil
+inconvénient, qui s’est renouvelé tant de fois depuis.
+
+Le service des postes prenant de plus en plus de l’accroissement, la
+surveillance active des contrôleurs provinciaux ne pouvait s’exercer
+avec le même succès sur tous les points. Les relais et les bureaux de
+poste se multipliaient chaque jour; le nombre des fermiers et des
+messagers, tant royaux que de l’université, augmentait en proportion; il
+fallait aussi que celui des commis s’accrût pour le travail des lettres.
+Les contrôleurs provinciaux jugèrent donc convenable d’établir un nouvel
+agent, dont les attributions, en opposition avec celle des fermiers et
+des employés, concourussent néanmoins à faciliter tant d’opérations,
+avec la même régularité. Le roi créa, à cet effet, en 1643, des offices
+de contrôleurs, _taxeurs_ et _peseurs_ de lettres et paquets. L’emploi
+de ces contrôleurs était de taxer les lettres à l’arrivée des courriers,
+en suivant les poids en usage dans les villes; de tenir des registres de
+celles qu’ils expédiaient; de recevoir les plaintes relatives au
+service; enfin de faire observer les réglemens. L’achat de ces charges
+leur donnait aussi l’avantage de jouir du quart en sus de tous les ports
+des lettres et paquets allant par la voie des postes.
+
+Ces charges furent supprimées en 1655. On les remplaça par celles
+d’intendans (au nombre de quatre), dont les attributions furent plus
+étendues, et on leur adjoignit toutefois des commis pour remplir les
+fonctions des contrôleurs.
+
+Il est facile de voir que, si le gouvernement trouvait quelque profit
+dans les fréquentes mutations des charges, il y était également porté
+par l’accroissement que les postes prenaient chaque jour. La nécessité
+de multiplier les moyens de surveillance entraînait la création de
+nouveaux emplois, parmi lesquels la hiérarchie, observée déjà avec
+rigueur, établissait les droits réels à l’avancement.
+
+Les messagers de l’université, à l’exemple des messagers royaux, ayant
+empiété sur les droits des postes, échouèrent également, en 1661, dans
+leurs prétentions exagérées. Ils ne partirent plus que, comme par le
+passé à certains jours, des villes où ils étaient établis, en ne
+marchant qu’à journées réglées entre deux soleils, sans pouvoir aller en
+poste, ni se servir de courriers pendant la nuit, ni même de chevaux de
+relais de traite en traite sur les routes. La contravention à ces
+défenses emportait la confiscation des chevaux, une amende de 1000 fr.,
+et la prison à l’égard des courriers.
+
+Les postes fixèrent l’attention de Louis XIV, qui devait leur
+communiquer, comme à toutes les institutions de son règne, ce caractère
+de grandeur et de stabilité qui l’a immortalisé.
+
+Elles furent cependant encore menacées d’une ruine totale. Plusieurs
+voyages de la cour, dans les provinces, causèrent la perte de plus d’un
+quart des chevaux. La rareté qui s’en suivit, et, par conséquent, le
+prix auquel on portait ces animaux, joints à la disette des fourrages,
+laissait peu d’espoir de remonter cet établissement. Le découragement
+était à son comble; et les maîtres de poste, dont les relais n’étaient
+pas entièrement démontés, menaçaient de les abandonner.
+
+Le roi, vivement touché de leur sort, s’empressa de remettre en vigueur
+les arrêts qui leur accordaient les priviléges qu’on n’avait cessé de
+leur contester, et qu’ils tenaient de Louis XI et de ses successeurs.
+Ils consistaient dans l’exemption de la taille sur 60 arpens de terre
+(non compris les héritages qui leur appartenaient); de milice pour
+l’aîné de leurs enfans et le premier de leurs postillons; de logement de
+gens de guerre; de contributions au guet, garde, subsistances et autres
+impositions; des charges de ville, de tutelle, curatelle, établissemens
+de séquestres et saisies réelles, etc.; enfin, de droits aussi onéreux
+qu’assujettissans, dont on ne les déchargeait que pour les distinguer
+plus spécialement, en raison de l’utilité et du genre de leur service.
+Ils étaient, en outre, commensaux de la maison du roi, et jouissaient
+des _gages_ attachés à leurs titres. Leurs brevets étaient signés par le
+prince.
+
+Louis XIV ne se contenta pas de cet acte de justice: il ordonna
+qu’aucune charge du royaume ne serait acquittée avant celles dues pour
+indemniser les maîtres de poste de leurs pertes, voulant réparer, par
+une mesure prompte et préservatrice, un mal dont les suites pouvaient
+devenir si funestes à l’état.
+
+L’exemple de ces révolutions désastreuses dans les postes, tant chez les
+anciens que chez les modernes, aurait dû mettre en garde contre de
+pareils retours, si le flambeau de l’expérience servait de guide aux
+novateurs.
+
+La seule protection de nos rois a soutenu cet établissement contre leurs
+mesures inconsidérées: elle est encore la cause de leur prospérité. Mais
+n’est-il donc aucun moyen de consolider cette institution, en l’asseyant
+sur des bases solides et à l’abri de tout ébranlement? L’agriculture,
+sur laquelle les maîtres de poste devraient porter toutes leurs vues,
+nous semble celui qui y conduirait le plus infailliblement, surtout s’il
+était soutenu par les encouragemens qui font naître l’émulation, sans
+laquelle tout languit. Ils serviraient doublement leurs intérêts et ceux
+de l’état, en y rattachant leur industrie qui s’y lie si étroitement.
+L’exploitation d’une grande ferme ferait la sécurité du gouvernement, et
+la richesse du maître de poste. En effet, ce dernier redouterait-il le
+ravage des épizooties, la disette des fourrages, la rareté des
+chevaux[57], la cherté qui s’en suit, lorsque les siens, forts et
+vigoureux, seraient entretenus avec soin, nourris sainement et exercés
+avec discernement. En les élevant sur son domaine, il en améliorerait la
+race et l’approprierait au besoin de son relais; leur nombre, toujours
+en raison de l’importance de sa culture et de la nature des produits de
+sa terre, ne serait pas limité à celui des réglemens. Verrait-il,
+d’après cela, la cause de sa ruine dans un événement passager, la forme
+d’une voiture, son poids, sa surcharge; des voyages multipliés; des
+guerres, des invasions, où des circonstances imprévues ne pourraient
+mettre sa prévoyance en défaut; et, toujours prêt à seconder les vues du
+gouvernement auquel il devrait sa considération, il trouverait dans ses
+propres ressources les moyens d’assurer, en tout tems, un service que
+des sacrifices incalculables ne pourraient souvent préserver d’une
+entière destruction.
+
+ [57] Les chevaux français sont très-estimés, surtout ceux que fournit
+ la Normandie, qui sont préférés pour l’attelage. On porte à
+ 1,650,000 le nombre de ceux de toute espèce qu’on élève en France.
+ L’Angleterre en compte à peu près le même nombre.
+
+C’est surtout par l’entretien des routes royales[58] que l’on
+concourrait efficacement à soutenir les maîtres de poste. Celles qui
+traversent la France, dans tous les sens, sont bien coupées et
+parfaitement alignées. Les ponts, les chaussées et toutes les
+constructions en ce genre, fixent, par leur perfection, l’attention des
+étrangers. Sous le règne de Louis XV, un nombre considérable de routes
+ont été ouvertes des portes de la capitale aux extrémités du royaume.
+Quelques entreprises semblables ont eu lieu depuis; mais ce n’est pas
+assez de créer, il faut entretenir. Tous les états de l’Europe sentent
+aujourd’hui la nécessité de tracer des grands chemins ou de les réparer.
+L’Angleterre nous en donne l’exemple en les multipliant au point d’en
+compter trois fois plus qu’en France[59], et plusieurs autres nations
+rivalisent d’émulation à cet égard. Il y aurait peu à faire si
+l’attention du gouvernement se portait sur ce point. Déjà, quelques
+heureux essais font pressentir le désir qu’il aurait d’améliorer une
+partie si importante de l’administration intérieure de l’état. Des
+compagnies entreprennent d’établir une route en fer, de Lyon à
+Saint-Etienne, et proposent d’en exécuter une semblable de Paris au
+Hâvre. Un pont suspendu à des chaînes de fer s’achève sur le Rhône. On
+en construit un de ce genre, à Paris, entre l’esplanade des Invalides et
+les Champs-Elysées; et bientôt, sans doute, tous les passages où l’on
+n’avait pu vaincre, jusqu’à ce jour, les difficultés que la nature
+oppose, deviendront praticables, ou cesseront d’être un objet continuel
+de crainte pour les voyageurs qui traverseront, en tout tems et avec
+sécurité, ces gorges profondes et ces fleuves rapides auxquels
+l’obscurité des nuits et l’inclémence des saisons ajoutent de nouveaux
+dangers.
+
+ [58] Quant aux routes départementales et vicinales, elles sont en
+ général fort dégradées.
+
+ [59] La longueur des routes en France n’excède pas 10,000 lieues
+ tandis que l’étendue des chemins de la Grande-Bretagne dépasse une
+ longueur de 30,000 lieues.
+
+Nous n’aurions pas la moindre incertitude sur le sort des grandes
+routes, en France, si on assignait sur les revenus des postes, un fonds
+suffisant à leur entretien; car, tout en admirant les ouvrages des
+anciens, nous nous condamnons à ne pas les imiter, en réprouvant les
+moyens qu’ils employaient pour en assurer la durée. Charlemagne, à
+l’exemple des Romains, faisait travailler ses troupes[60] et ses sujets
+aux grandes entreprises de l’empire, parmi lesquelles la construction
+des routes tenait un rang si important. Nous ne pensons pas qu’en
+suivant le système actuel il y fût parvenu.
+
+ [60] Le roi de Suède a fait faire par ses troupes près des six
+ septièmes des grands travaux effectués en canaux et en routes.
+
+Il n’est pas douteux que le mauvais état des routes n’ait été pendant
+long-tems le motif du peu de perfection qu’on remarquait dans nos
+voitures. C’étaient des chariots attelés de bœufs dont se servaient les
+rois de la première race. On ne fait pas remonter l’invention des
+voitures, qui est due aux Français, au-delà du règne de Charles VII.
+_Malgré le luxe et l’extravagance de ces tems-là_, dit Millot, _on
+ignoroit tellement las commodités de la vie, que, durant l’hiver
+rigoureux de 1457, les seigneurs et les dames de qualité, n’osant monter
+à cheval, se faisoient traîner dans des tonneaux en guise de carrosses_.
+Le char[61] suspendu que Ladislas, roi de Bohême, envoya à la reine
+mère, Marie d’Anjou, surpassa bientôt tous les essais en ce genre. _Il
+estoit_, disent les chroniques, _branlant et moult riche_.
+
+ [61] 1475.
+
+Avant cette époque les reines, comme toutes les dames de la cour,
+allaient en litière ou à cheval. Sous François I.er, les princesses
+parurent, à diverses cérémonies, montées sur des haquenées blanches.
+
+Il n’y eut d’abord, en France, que le carrosse de la reine Eléonore,
+celui de la duchesse d’Angoulême, mère de François I.er, et celui de
+Diane, fille de Henri II. Ces voitures, rondes et petites, ne pouvaient
+contenir que deux personnes. Elles furent agrandies, et devinrent si
+incommodes, que le parlement pria Charles IX d’en défendre l’usage dans
+Paris: il ne fut plus maintenu que pour les voyages. Le bon Henri
+n’avait cependant qu’une seule voiture, et elle était de cette espèce.
+_Je ne pourrai vous aller trouver d’aujourd’hui_, écrivait-il à Sully,
+_ma femme m’ayant pris mon coche_. Le défaut de glaces à sa voiture,
+disent les historiens, a peut-être été la cause de sa mort.
+
+Les courtisans allaient au Louvre à cheval, et les dames montaient en
+croupe ou en litière. Les conseillers se rendaient au palais sur des
+mules.
+
+Un seigneur de la cour, nommé Jean de Laval de Bois-Dauphin, paraît être
+le premier qui se soit servi de voitures à l’exemple des princes. Sa
+grosseur excessive, qui l’empêchait de marcher et de monter à cheval, en
+devint le motif. On remarqua ensuite celle du président de Thou.
+Bassompière, sous le règne de Louis XIII, essaya, le premier, de faire
+placer des glaces à son carrosse. Ce ne fut qu’en 1515 qu’il parut des
+voitures à Vienne, et en 1580 à Londres.
+
+On conçoit, d’après cela, que cette invention, attribuée aux Français,
+n’est point une assertion vague et dénuée de preuves. Mais il est juste
+d’avouer aussi que les imitateurs les ont surpassés pendant long-tems
+dans la construction élégante et commode des voitures.
+
+Jusqu’en 1650, l’usage ne s’en était répandu que parmi les particuliers
+très-riches. Elles se multiplièrent tellement depuis, que, vers la fin
+du règne de Louis XV, on comptait plus de 15,000 voitures de toute
+espèce à Paris seulement.
+
+C’est à un nommé Sauvage qu’on doit, vers le milieu du XVII.e siècle,
+l’établissement des voitures publiques. Messieurs de Villermé et de
+Givry obtinrent le privilége exclusif de louer, à Paris, les carrosses,
+les grandes et petites carrioles, dans lesquelles on ne payait que cinq
+sous; d’où leur vient le nom de carrosses à cinq sous. Ceux à un prix
+déterminé par heure ou par course leur succédèrent en 1662. Le carrabas
+ou char-à-banc, et les voitures connues sous une dénomination si
+triviale, allaient de Paris à Versailles. Le carrabas était d’osier,
+d’une forme longue et propre à contenir vingt personnes; attelé de huit
+chevaux, il mettait six heures pour faire quatre lieues et demie. Les
+autres carrosses paraissaient moins incommodes quoique ouverts à tous
+les vents.
+
+Plus tard, en 1766, le nombre des coches avait beaucoup augmenté; il en
+partait chaque jour 27 de Paris, contenant 270 personnes. Aujourd’hui,
+il part habituellement de la capitale 300 voitures et 3000 voyageurs. A
+la même époque on comptait 14 établissemens de roulage: ce nombre
+s’élève à présent à 70.
+
+Quant au nombre des voitures, il s’est considérablement accru, tant dans
+les provinces qu’à Paris où on en remarque de toutes les formes. Celui
+des fiacres[62] ou voitures de place est de 3000, et l’on porte à 2000
+celui de cabriolets. Il serait inutile de détailler ici les facilités
+offertes au public pour voyager sur tous les points du royaume. Paris
+est le centre où viennent aboutir les entreprises multipliées qui
+s’élèvent chaque jour dans toutes les villes des provinces. Les voitures
+qu’on emploie à ces divers services, rivalisent entr’elles de goût et de
+commodité: elles contiennent assez ordinairement 18 ou 20 voyageurs.
+Quant à leur marche, elle acquiert chaque jour plus d’accélération. Les
+prix varient en raison de la concurrence.
+
+ [62] Ce mot vient du nom d’un moine du couvent des Petits-Pères, qui
+ s’appelait Fiacre, mort en odeur de sainteté. La vénération qu’on
+ lui portait allait si loin, que chacun voulait avoir son effigie et
+ qu’on la peignait même sur les portières des carrosses de place,
+ d’où leur est venu le nom du fiacre.
+
+Les malles-postes et les messageries[63] royales se distinguent
+particulièrement entre toutes ces entreprises.
+
+ [63] On appelle aussi, dans la capitale, messagerie à cheval, les
+ chevaux qu’on fournit aux voyageurs, et que le messager en chef de
+ la cavalcade, suit dans un chariot chargé de leur bagage, en leur
+ indiquant les lieux de la dînée et de la couchée. On fait à peu près
+ 16 ou 18 lieues par jour, en trouvant à chaque lieu de repos les
+ repas préparés. Cette manière de voyager est peu dispendieuse.
+
+La première chaise de poste parut en 1664. On en attribue l’invention à
+un nommé Grugère. Le privilége exclusif en fut accordé au marquis de
+Crenan, dont le nom, pour cette raison, fut donné à ces sortes de
+voitures. Elles ne furent pas long-tems en usage à cause de leur
+pesanteur, et on les remplaça par celles construites sur le modèle des
+chaises allemandes.
+
+Jusqu’en 1663, la poste n’avait rapporté aucun revenu au roi, car on ne
+pouvait considérer comme tel la vente des charges et du privilége
+accordé depuis peu d’années aux officiers des postes, de percevoir les
+ports de lettres à leur bénéfice. Cet avantage s’était considérablement
+accru par les améliorations successives qu’on ne cessait d’introduire
+dans un service si favorable aux intérêts des particuliers. Le marquis
+de Louvois, ministre de la guerre dès 1654, venait d’être élevé[64] à la
+charge de surintendant général des postes. Ce ministre jugea qu’il était
+tems de faire tourner, au profit du Roi, les produits d’une institution
+entretenue à ses dépens, sans, pour cela, en changer la nature. Et parce
+que les postes augmenteraient les revenus du trésor royal, il n’entra
+pas dans les vues d’un ministre de Louis XIV, appelé à les diriger, de
+les considérer à l’avenir comme créées dans ce but.
+
+ [64] 1668.
+
+Loin de subir les suites funestes d’un pareil systême, nous voyons les
+postes au contraire s’élever davantage, s’il est possible, par le
+caractère de stabilité et d’indépendance que leur imprime le marquis de
+Louvois, sous la direction duquel tous les élémens qui les
+constituaient, liés avec plus d’ordre, en ont formé cette administration
+importante, l’objet encore de l’admiration de toute l’Europe.
+
+Le nouveau mode introduit dans les postes s’opéra sans secousse par
+l’esprit de justice qui en prépara la transition; et les intérêts des
+titulaires furent réglés avec sagesse et discernement. Comme on ne
+pouvait encore subir les chances d’une gestion compliquée, le marquis de
+Louvois pensa que l’expérience était le seul moyen de s’éclairer dans
+ces grandes mesures que le tems amène; et, pour y parvenir, il proposa
+au Roi de mettre les postes en ferme[65]: ce projet ayant été approuvé,
+Lazare Patin fut reconnu, par le premier bail de 11 ans montant à
+1,200,000 fr., fermier général des postes de France.
+
+ [65] Le systême des fermes, tant décrié de nos jours, ne devait
+ cependant diminuer en rien la confiance dont les postes jouissaient.
+ Elles tenaient ce précieux avantage de l’esprit de paternité avec
+ lequel elles étaient constamment dirigées. Ce régime attachait
+ tellement les officiers des postes à leurs emplois, qu’ils
+ semblaient les regarder comme un héritage de famille. On en
+ trouverait encore qui pourraient puiser, dans de vieux souvenirs, de
+ nouveaux titres à l’estime générale. Certes, l’intérêt n’était pas
+ le seul mobile qui faisait tenir à ces places, la plupart peu
+ lucratives: la considération qui ne manque jamais d’être la
+ récompense d’une conduite honorable, explique assez le prix que
+ mettaient même des personnes de distinction à gérer un bureau de
+ poste qui rendait à peine trois cents francs, ou un relais de peu de
+ valeur.
+
+_Les courriers n’étoient chargés_, dit Mezeray[66], _que des affaires du
+Roi, aussi couroient-ils à ses dépends_. On ne prétendait, et cela est
+positif, retirer d’autre avantage des postes que celui de correspondre
+avec célérité, et de voyager rapidement.
+
+ [66] Histoire de France.
+
+_Maintenant_, ajoute le même auteur, _les courriers portent aussi les
+paquets des particuliers, si bien que, par l’impatience et la curiosité
+des François, il s’en est fait un avantage encore plus grand pour les
+coffres du prince que pour la commodité publique_.
+
+Une telle conséquence, maigre l’erreur évidente qu’elle renferme, serait
+encore loin de porter la moindre atteinte au principe qui régit les
+postes! La société réclamait une institution; elle est établie et mise
+en harmonie avec ses besoins. Tout s’anime par elle: les relations se
+multiplient; le commerce est vivifié; les sciences et les arts sont
+répandus; et bientôt l’agriculture, qui ne fructifierait que sur
+quelques points favorisés par leur position géographique, porte, dans
+les lieux destinés peut-être à n’en jouir que tardivement, les procédés
+les plus utiles éprouvés par l’expérience.
+
+Semblables à ces sources bienfaisantes qui donnent naissance aux fleuves
+auxquels le sol doit sa fécondité, les postes sont ce germe précieux de
+prospérité qui, en se développant, multiplie ses trésors avec une
+étonnante profusion. Leur influence est telle qu’on ne pourrait la
+comprimer sans danger. Elles existaient en entraînant de grandes
+dépenses: elles existeraient encore indépendamment des produits qu’on en
+retire, et que les bienfaits qu’elles répandent depuis leur existence
+ont successivement accrus. On ne reconnaît point un impôt à ce
+caractère; quoique créé, annulé ou modifié sous une dénomination
+quelconque, son but est de produire: son action cesse dès que cette
+seule condition n’est pas remplie; tandis que les postes, dont les
+attributions n’ont d’analogie avec aucune autre institution, privées de
+ce résultat, continuent d’imprimer le même mouvement au corps social. Il
+est naturel de faire retourner à l’avantage du trésor l’excédant des
+recettes qu’elles produisent, après avoir épuisé toutefois les moyens
+d’améliorations directs ou indirects qui s’y rattachent: il était juste
+même que le fisc fût à l’abri de toute malversation. Mais où est la
+garantie de la société, en admettant comme possible la soustraction de
+quelques missives? L’argent remplace l’argent; les marchandises et tous
+les objets industriels en circulation dans le commerce, ont une valeur
+appréciable! quelle compensation offrirait-on pour la perte de titres
+importans, de pièces dont dépendent l’honneur et la fortune des
+individus; pour la violation du secret des familles, de l’état même? Les
+postes ont donc un caractère moral qui constitue leur indépendance.
+Elles semblent être une exception dans l’ensemble du grand système
+social. Ce principe reconnu par le prince qui les a instituées, et
+consacré par nos rois qui les ont conservées sous leur protection, en
+communiquant sans intermédiaire avec les hommes d’état auxquels ils en
+confient spécialement la direction, a seul contribué à leur maintien et
+les préservera de toute décadence.
+
+A peine le fermier fut-il en jouissance de son privilége que le
+transport frauduleux des lettres et paquets qui avait lieu par
+l’entremise des personnes étrangères aux postes, le contraignit de
+demander la résiliation de son bail ou la répression d’abus qui le
+mettaient dans l’impossibilité de remplir les engagemens qu’il avait
+contractés. On fit droit, en 1673, à une si juste réclamation dans les
+termes suivans, qui rappelaient ceux de l’édit de 1630:
+
+_Très expresses inhibitions et défenses à tous maistres et fermiers de
+carrosses, cochers, muletiers, rouliers, voituriers, cocquetiers,
+poullailliers, beurriers, piétons et autres, tant par eau que par terre,
+de porter aucunes lettres de quelque sorte et nature que ce soit, à
+l’exception seulement des lettres de voiture, des marchandises et hardes
+dont ils seront chargés, malles non fermées, ni cachetées; et à tous
+messagers d’avoir aucuns bureaux, tenir aucune boëte, recevoir, porter
+aucunes lettres et paquets etc.; contre chacun des contrevenants de 1500
+livres d’amende payables franc de port, en vertu du présent arrest, sans
+qu’il en soit besoin d’autre, et confiscation des chevaux, mulets et
+équipages, dépens, dommages et intérêts._
+
+On apporte, en 1676, quelques modifications au tarif établi pour la taxe
+des lettres.
+
+Le 2.e bail[67] des postes est porté à 1,800,000 fr.
+
+ [67] 1683.
+
+Le 3.e bail[68] des postes est porté à 1,400,000 fr.
+
+ [68] 1688.
+
+L’ordre que le marquis de Louvois avait établi dans les postes, fit
+réduire, à sa mort[69], l’office de la surintendance générale des Postes
+à une simple commission.
+
+ [69] 1699.
+
+M. le Pelletier, conseiller d’état, lui succède.
+
+Le 4.e bail[70] des Postes s’élève à 2,820,000 fr. Cette augmentation
+provient des adjudications faites partiellement, et de la ferme des
+messageries étrangères qu’avait possédées le marquis de Louvois.
+
+ [70] 1695.
+
+M. Arnaud de Pompone, ministre secrétaire d’état, remplace, en 1698, M.
+le Pelletier.
+
+Le 5.e bail des Postes est au même prix que le précédent.
+
+En 1699, M. de Colbert, marquis de Torcy[71], secrétaire d’état au
+département de la guerre, est nommé surintendant-général des Postes. Il
+devait en conserver pendant long-tems la direction; aussi reçurent-elles
+sous lui de nombreuses améliorations. Il continuait le systême de M. de
+Louvois; il faisait plus, il le consolidait, en se montrant digne
+d’occuper une place aussi importante.
+
+ [71] Commandeur et grand trésorier des ordres. C’est de lui dont parle
+ Duclos, lorsqu’il rapporte la réponse pleine de fermeté qui fut
+ faite à lord Stairs, ambassadeur d’Angleterre à la cour de France.
+ _Le Roi (Louis XIV), dit-il, refusa de donner audience à ce dernier
+ et le renvoya, pour les affaires, au marquis de Torcy, dont Stairs_
+ reçut une leçon assez vive.
+
+ _Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il
+ s’échappa un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit
+ froidement: M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé
+ que moi, je les ai passées pour le bien de la paix; mais si jamais
+ en me parlant vous vous écartez du respect qui est dû au roi, je
+ vous ferai jeter par les fenêtres. Stairs se tut, et de ce moment
+ fut plus réservé._
+
+Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance des Postes, en
+faveur du marquis de Torcy, et celle des bâtimens en faveur du duc
+d’Antin, qui avait succédé à Mansard, surintendant-général des bâtimens,
+en qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit beaucoup de
+difficultés, parce que l’édit de suppression portait qu’elles ne
+pourraient être rétablies; les _gages_ qui étaient attachés à chacune
+montaient à près de 50,000 fr.
+
+Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création, toutes les parties
+qui entrent dans l’organisation des Postes. L’affranchissement des
+lettres, c’est-à-dire la liberté et souvent l’obligation d’en acquitter
+le port d’avance, existait depuis long-tems, et même avait été toujours
+en usage pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme. Il en
+résultait un préjudice notable pour les négocians dont les avantages
+réciproques ne pouvaient être balancés en ce cas. Les députés du
+commerce firent, en 1701, des représentations au roi, qui, en les
+conciliant avec les intérêts du fermier général des Postes, supprima
+l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties dans le
+royaume, et ordonna que les lettres et paquets seraient taxés d’après le
+dernier tarif. Cette mesure ne s’étendit pas à celles destinées pour
+l’étranger.
+
+Le 6.e bail[72], fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr.
+
+ [72] 1703.
+
+Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant plus dans la
+proportion des frais qu’exigeaient les améliorations nouvellement
+introduites dans le service, tant à cause des distances, que du poids de
+l’once qui était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que sur
+le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut plus conforme aux
+intérêts des postes, et portait, entr’autres articles, que les lettres
+et paquets seraient payés suivant le poids des villes où existaient les
+bureaux, et que les distances[73] des lieux seraient comptées d’après le
+nombre des postes établies sur les routes que devaient suivre les
+courriers: la franchise n’avait pas reçu d’extension.
+
+ [73] Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau
+ triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à
+ compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à
+ Paris.
+
+Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les valeurs cotées
+n’était pas réglé sur une base fixe; il fut porté à un sou pour livre,
+taux auquel il est resté jusqu’à ce jour.
+
+Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles, est fixé par les
+réglemens à 7 liv. 10 sous.
+
+L’usage de voyager en poste par les voitures dites berlines, inventées
+par Philippe Chieze, premier architecte de Fréderick Guillaume, électeur
+de Brandebourg, fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures avait
+démonté la plus grande partie des relais. Cette sage mesure suspendit
+l’effet d’un mal que le tems et de grandes précautions pouvaient seuls
+réparer.
+
+Le 7.e bail[74] a lieu pour 3 millions.
+
+ [74] 1709.
+
+Le 8.e bail[75], quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr.
+
+ [75] 1713.
+
+L’état florissant auquel les postes étaient parvenues pendant le siècle
+de Louis XIV, laissait peu de changemens à y introduire sous celui de
+son successeur. Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup de
+mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en améliorations, le
+comte d’Argenson, ministre et secrétaire d’état au département de la
+guerre, grand-maître et surintendant-général des postes et relais, ne
+contribua pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses
+prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des chevaux aux
+courriers pour les lieux où le Roi fixe sa résidence: il est à remarquer
+que, par la dénomination de courrier, on entend tout voyageur qui se
+sert de la poste.
+
+L’Université de Paris avait joui de tout tems, par un privilége
+particulier, du droit de messageries et de poste; le Roi, en le lui
+retirant, en 1719, lui accorda pour indemnité le 28.e du bail général
+des postes, montant à 120,000 fr.: cette somme était destinée à subvenir
+aux frais de l’instruction que l’Université faisait gratuitement.
+
+Tant que les postes ne furent pas établies de manière à satisfaire tous
+les besoins, il était naturel de tolérer un moyen qui favorisait à la
+fois l’intérêt de l’Université et celui de la société. Mais il eût été
+impolitique de laisser subsister plus long-tems une entreprise de cette
+nature, en opposition avec le service de l’état. Il est évident que,
+dans ce cas, toute concurrence en entraverait la marche et en
+compromettrait même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en
+ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice, en
+l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver. Etait-il
+convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à propager le goût des
+sciences et des belles-lettres, continuât une exploitation si peu en
+rapport avec ses attributions et son indépendance. Si l’Université
+s’était soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité des
+successeurs de Charlemagne et de François I.er de la protéger et d’être
+leur seul appui à l’avenir.
+
+Le 9.e bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv.
+
+On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports.
+
+Le 10.e bail est porté, en 1729, à 3,946,042.
+
+Le 11.e ne subit pas d’augmentation en 1735.
+
+Une ordonnance règle le service des courriers, leur marche sur les
+routes, et les droits et frais à leur charge.
+
+Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient être servis aux
+relais avant les courriers et les messageries, et que, pour y parvenir,
+ils employaient la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné aux
+maîtres de poste de ne céder à aucune menace, et on leur renouvela
+l’assurance d’une protection spéciale contre toutes les prétentions qui
+pourraient s’élever à l’avenir à cet égard.
+
+Le 12.e bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte du Roi, dans
+l’intention d’avoir une connaissance exacte des produits des postes et
+messageries. Des lettres patentes augmentèrent ce bail de 1500 fr.,
+parce qu’on réunit aux postes le privilége qu’avait le prince de
+Lorraine, de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume,
+excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva la jouissance.
+
+Le 13.e bail est passé pour six années, à Carlier, en 1739, moyennant la
+somme de 4,521,400 fr.
+
+La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon, Versailles et
+Brest, est considérée comme poste royale et doublée par ce motif.
+
+Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne conduire aux relais
+étrangers qu’en se faisant payer d’avance et sur le pied de monnaie
+étrangère. Ils sont également autorisés, plus tard, à fournir des
+chevaux pour les routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra
+d’exiger, sans pouvoir y être contraints dans aucun cas.
+
+Le 14.e bail, de la durée de 10 années, est renouvelé en 1744, au même
+prix que le précédent.
+
+Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées, il fut réglé,
+en 1749, que toutes celles qui ne pourraient pas parvenir à leur
+destination, seraient renvoyées au bout de trois mois dans les villes
+d’où elles étaient parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en
+recevant pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles qu’ils
+auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner une meilleure
+adresse.
+
+Le 15.e bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr.
+
+La publication du premier dictionnaire des Postes connu, a lieu en 1754.
+Il est dédié par M. Guyot, son auteur[76], au comte d’Argenson,
+surintendant-général des Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile,
+qu’on n’avait encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document
+propre à guider les officiers des Postes dans la direction à donner aux
+lettres.
+
+ [76] Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux
+ volumes, sous le titre de dictionnaire géographique et universel des
+ Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition,
+ par M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage
+ est trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges.
+ Le second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre
+ pour le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens
+ précieux, et qui devient indispensable pour toute personne qui veut
+ profiter des avantages de la poste, pour la correspondance
+ journalière.
+
+ L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est
+ exclusivement destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux
+ chevaux. Il convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les
+ indications précises et le réglement qu’il renferme.
+
+ M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique
+ sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter
+ un pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration
+ dans la longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble
+ et loyale conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles
+ politiques, l’avaient mis à même de juger sainement tous les
+ événemens et les variations qui s’y rattachent. L’apparition de son
+ ouvrage à l’instant où nous achevions le nôtre, commencé depuis
+ plusieurs années, nous eût imposé l’obligation de le suspendre,
+ malgré le travail qu’il nous a coûté et les recherches longues et
+ souvent fastidieuses auxquelles nous nous sommes livré, s’il fût
+ entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser l’histoire générale des
+ postes. Mais son essai, plus particulièrement destiné à faire
+ connaître les améliorations successives survenues dans les produits
+ des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine royal, et
+ l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner plus
+ d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous
+ sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui
+ devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous
+ regrettons que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet
+ qui eût pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.
+
+ Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance,
+ au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont
+ nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il
+ nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en
+ recueillant tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de
+ correspondre dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur
+ la manière de voyager, en usage dans toutes les contrées connues: le
+ motif seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.
+
+Le 16.e bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.
+
+Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons, provoquent
+une ordonnance relative aux peines qu’encourront ceux qui se rendront
+coupables, à l’avenir, de mauvais traitemens à leur égard.
+
+La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en vigueur tous les
+édits rendus sur le service des Postes. On y remarque, entr’autres
+articles, ceux concernant les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif
+pour la perception du port des lettres établi sur des bases nouvelles,
+et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la sécurité que
+la correspondance retire de ces améliorations rangeront cette époque au
+nombre de celles auxquelles les Postes sont redevables de quelque
+perfectionnement.
+
+L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré tant de projets utiles
+à M. Charles Humbert Pierron de Chamousset[77], lui fit naître l’idée de
+la petite-poste. Le service, devenu de jour en jour plus actif et plus
+régulier, et la multiplicité des relations dont Paris était le point
+central, exigeaient un mode nouveau et prompt de recevoir et d’expédier
+les missives de la capitale. La difficulté de se rencontrer dans une
+ville si populeuse, le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait
+sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens d’y
+correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui avait mûri cette idée,
+fit part de ses vues. On en reconnut les avantages, et le projet d’un
+homme de bien fut accueilli favorablement: on fit plus, on le réalisa.
+La petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur de
+Paris, où cent dix-sept facteurs[78] faisaient journellement ce service.
+Elle fut d’abord en régie, et on la réunit par la suite à la ferme
+générale. Cette organisation, comme toutes les institutions naissantes,
+a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus notables ont été
+introduits par M. le duc de Doudeauville. Sept distributions ont lieu en
+été et six en hiver. Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées
+par les affiches, on peut obtenir la réponse et même la réponse de la
+réponse aux lettres écrites dans la journée.
+
+ [77] Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né à Limoges,
+ ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de Houssays. On
+ y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux chevaux, les
+ roulages et les messageries.
+
+ [78] Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence
+ et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces.
+ Le trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste,
+ nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux
+ bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il
+ passa l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher
+ lui-même, sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux
+ galeries du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale;
+ et, dans la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de
+ vin dont il était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi
+ de ceux qui tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.
+
+Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert[79], une
+petite-poste d’un genre différent, qui avait aussi ses messagers d’une
+espèce toute particulière et non moins d’activité. C’étaient les
+vendeurs de poulets qui portaient les billets doux aux femmes. Ils
+glissaient ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie, ne
+manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais le tems aux argus de se
+saisir du courrier innocemment contrebandier. Ce manége ayant été
+découvert, le premier messager d’amour qui fut pris, fut puni de
+l’estrapade, avec des poulets vivans attachés aux pieds. Telle est
+l’origine du nom de poulet donné aux billets doux.
+
+ [79] Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.
+
+L’établissement de la petite-poste aux lettres, en France, a donné, dans
+ces derniers tems (1824), l’idée des petites messageries[80] dans Paris,
+pour les effets et les marchandises. Il y a long-tems que plusieurs
+capitales de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de la
+poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé sur les mêmes
+bases, n’en est aucunement dépendant. Les motifs qui ont rendu l’usage
+de la petite-poste si nécessaire, ont sollicité celui des petites
+messageries dans le but d’établir un service régulier, célère,
+économique et responsable, dont l’objet est de transporter, d’un
+quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et commissions de
+toute espèce; et les marchandises de gros poids déplacées et mises en
+circulation par le commerce.
+
+ [80] La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain, n.º 12,
+ Hôtel-de-la-Rochefoucauld.
+
+Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans les rues et les
+places les plus fréquentées, ainsi que les boîtes pour la petite-poste,
+reçoivent continuellement, contre des récépissés imprimés et à talons,
+tous les paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont
+remis avec des adresses attachées aux articles.
+
+Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent aussi, contre
+de semblables récépissés, les articles jusqu’à 25 livres pesant, qu’on
+leur donne de la main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par
+le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font par le son d’une
+cloche.
+
+Les articles de poids sont recueillis à domicile.
+
+Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois par jour la levée
+des dépôts et pareil nombre de distributions. Dans la belle saison, ce
+nombre est porté à quatre.
+
+Il y a en même tems un service de _gamionage_ pour le transport des
+marchandises de volume et de gros poids.
+
+Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes; de 25 à 100, 45
+centimes; de 100 à 200, 55 centimes, etc. On a la facilité d’affranchir
+les envois.
+
+En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas été déclarée, la
+compagnie remboursera 20 francs pour chaque article qu’on ne pourra
+représenter; elle répondra de la valeur entière, lorsqu’elle aura été
+déclarée, mais alors le prix de transport y sera proportionné.
+
+Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il y a entre les
+petites messageries et la petite-poste. Ce rapprochement suffira pour
+motiver les raisons qui nous ont fait entrer dans des détails que nous
+ne croyons pas sans intérêt pour le lecteur.
+
+En 1761, les postes sont mises en régie pour le compte du roi. On règle
+aussi les prix que doivent payer les courriers de cabinets et de
+dépêches.
+
+En 1764, le 18.e bail, toujours avec les messageries en litière, monte à
+7,113,000 francs.
+
+Malgré l’augmentation successive survenue dans la ferme des postes,
+depuis la cession faite par l’université, à raison du 28.e sur les
+produits qui en proviendraient, l’indemnité primitive n’avait point subi
+de changemens. Ce corps, en 1765, exposa, par une requête au roi, les
+droits et les priviléges sur lesquels cette réclamation était si
+justement fondée.
+
+Le 19.e bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans, s’élève à 7,700,000. Les
+fermiers sont tenus de faire un cautionnement. Cet usage, introduit pour
+assurer les droits du gouvernement, est devenu depuis une clause
+obligatoire de tous les engagemens de ce genre.
+
+L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement des courriers, a
+lieu en 1772. Elle est formée de la retenue du tiers du prix qui leur
+revient par course. Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un
+sentiment bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes employés à un
+service toujours fatigant et souvent périlleux[81].
+
+ [81] La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse
+ et n’a d’autre habitation que sa voiture: c’est dans cette mobile
+ machine que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe
+ nulle part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il
+ retourne aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en
+ repartir de nouveau avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il,
+ il ne peut s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est
+ un relais où il change de chevaux; ici, un bureau de poste où il
+ remet et reçoit des dépêches. Ces interruptions sont tellement
+ répétées, que, dans un trajet de cent lieues, par exemple, qui doit
+ être fait en moins de quarante heures, il trouve souvent dix bureaux
+ de poste et vingt-cinq relais. Combien de circonstances encore ne
+ contribuent-elles pas à multiplier ces incidens. Tout ce que la
+ nature oppose d’obstacles doit être vaincu: il brave l’intempérie
+ des saisons et les ténèbres de la nuit ne l’arrêtent pas dans sa
+ marche. Sa prévoyance ne peut être en défaut pour remédier même aux
+ événemens indépendans de sa volonté.
+
+ Sa surveillance tient à sa responsabilité; son activité, à la
+ célérité de son service; son extrême probité s’explique par la
+ confiance qu’on lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un
+ devoir. Non-seulement il remet avec un soin scrupuleux les dépêches
+ qu’il a reçues, il les défend, même au péril de sa vie, s’il est
+ attaqué. C’est dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui
+ le fait souvent triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié
+ à sa fidélité, par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que
+ d’actions éclatantes attesteraient qu’il n’est aucun dévouement dont
+ il ne soit capable, et que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun
+ devoir dont il n’observe l’accomplissement avec une religieuse
+ exactitude.
+
+On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en étendre les avantages
+à tous les agens des postes auxquels on fait subir des retenues qui ont
+varie, et qui sont fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des
+appointemens.
+
+Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux voit sans
+crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une carrière longue et
+honorable. Si elle ne lui a pas offert des chances de fortune, du moins,
+lorsque le tems du repos, souvent pour lui celui des infirmités, est
+arrivé, il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure dictée
+par une prévoyance toute paternelle.
+
+La place de surintendant-général des postes, après la mort du marquis de
+Torcy (1746), qui avait sous lui un contrôleur-général, avait été donnée
+au comte de Voyer d’Argenson, ministre de la guerre.
+
+Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui succéda. Il avait
+également sous lui un intendant-général, dont les attributions étaient
+les mêmes que celles de contrôleur-général. Il n’y avait de changement
+que dans la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le fait,
+toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait le droit de
+travailler seul avec le Roi, et d’entrer chez Sa Majesté à toute heure
+du jour ou de la nuit. M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs
+circonstances, occupait cette place sous le duc de Choiseul. Voici comme
+Duclos s’exprime à son égard: _M. le Duc_ (c’est ainsi qu’on désignait
+le duc de Bourbon, ministre sous le régent), _pleinement rassuré, oublia
+que c’était aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu une
+sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir eu et surtout
+montré de la peur. Il ne sut pas distinguer un malheur prévenu d’un
+malheur imaginaire. Ses affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils
+avaient faits pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une
+lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en fut bientôt
+révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice, et on avertit Jannel d’être
+plus discret, au hasard d’être moins utile._
+
+Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot, ministre d’état
+au département des finances, devint, en septembre 1775,
+surintendant-général des postes, et refusa les émolumens attachés à
+cette place.
+
+Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la guerre avaient
+été seuls en possession de cette charge; ce qui prouverait, s’il en
+était besoin, qu’on la considérait comme tout-à-fait étrangère aux
+finances, puisqu’on n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M.
+Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter aux prérogatives
+des postes, chercha, en les amenant sous son influence, à les rendre
+favorables à ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries
+royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.
+
+En combinant ces deux services, il espérait pouvoir parvenir à faire
+transporter les lettres par les messageries, en un seul jour, au moins à
+30 lieues à la ronde de Paris, terme où les courriers de la malle les
+auraient reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume.
+L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que le ministre
+avait particulièrement en vue, ne compensait aucun des graves
+inconvéniens qu’elle entraînait. Où elle existait réellement, c’était
+dans les avantages que les messageries procureraient de conduire les
+fonds avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières
+au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou des provinces à Paris, ou
+même, enfin, de Paris aux provinces, comme cela se pratique encore
+aujourd’hui.
+
+M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la construction et
+l’entretien des routes, qui se rattachent si essentiellement aux postes,
+y aurait porté, sans doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec
+les ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité. Tout en
+cédant à cette idée si louable qui le dominait, il favorisait les postes
+sur quelques points, en se proposant de faire observer rigoureusement
+les distances de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on les eût
+négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées par des considérations
+locales difficiles à surmonter dans l’origine. Il devait, en outre,
+donner l’inspection des routes aux maîtres de poste intéressés, à leur
+entretien. Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché à
+cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux qui résultaient
+nécessairement d’une surveillance qui eût contribué si puissamment à la
+prospérité des relais.
+
+Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des postes aux messageries
+qu’une considération secondaire, celle d’une augmentation de recettes,
+ou, plus exactement, une diminution dans les dépenses qu’il évaluait
+devoir être, par la suite, de quatre millions.
+
+Quant aux priviléges accordés précédemment pour droits de carrosses, de
+diligences et de messageries, le roi, en y rentrant exclusivement, ne
+fit qu’user de la faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les
+fermiers qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec justice dans
+tous les réglemens qu’entraînait cette mesure, ne la trouvèrent pas
+moins très-rigoureuse, par la privation soudaine d’avantages qu’elle
+leur enlevait et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent,
+pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la ferme des
+messageries. Le soin des gouvernemens, dans les changemens qu’amènent
+les circonstances pour les rendre favorables à la société, doit être de
+les opérer doucement, afin de concilier tous les intérêts.
+
+L’établissement de voitures[82] à 4, 6 ou 8 places, commodes, légères et
+bien suspendues, pour partir à jours et heures réglés, fut ordonné sur
+toutes les grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait la
+marche à suivre pour l’administration des diligences et messageries, et
+le tarif des ports à payer, soit pour les places dans les diligences,
+soit pour le transport des _hardes_, de l’_argent_ et autres _effets_.
+
+ [82] M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent
+ appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit
+ le portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes.
+
+Le baron d’Ogny, intendant-général des postes, jouissait, comme M.
+Jannel, son prédécesseur, des mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M.
+Turgot dans la surintendance des postes.
+
+Le 20.e bail, pour un an, pendant 1776, monte à 8,790,000. Cette
+augmentation est fondée sur la réunion des divers priviléges des
+carrosses, coches d’eau et messageries, à la ferme des postes.
+
+Le 21.e bail est en régie pour compte du roi, moyennant 10,400,000 fr.
+Les six administrateurs qui en sont chargés fournissent un cautionnement
+de 4,800,000.
+
+Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente la masse des retenues du
+produit du livre de poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un
+étranger.
+
+Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées, il fut réglé, en
+1781, qu’elles seraient renvoyées dans les bureaux dont elles portaient
+le timbre, pour faciliter les réclamations. Cette mesure eut lieu en
+même-tems pour les lettres refusées faute d’affranchissement. Dans le
+premier cas elles devaient séjourner trois mois dans les bureaux, et
+quatre mois dans le second.
+
+En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux, soumit au
+jugement de l’Académie des Sciences un moyen qu’il avait imaginé pour
+correspondre au loin par l’emploi de signaux. Le rapport fait par le
+marquis de Condorcet et le comte de Milly, annonçait que _ce secret leur
+paraissait praticable, ingénieux et nouveau, qu’il ne rappelait aucun
+procédé connu et destiné à remplir le même objet; qu’il pouvait
+s’étendre jusqu’à la distance de trente lieues, sans stations
+intermédiaires et sans préparatifs très-considérables. Quant à la
+célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un signe à l’autre;
+que ces signes[83] pouvaient répondre du cabinet d’un prince à celui de
+ses ministres, et que l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni
+très-incommode._
+
+ [83] Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour
+ l’établissement de télégraphes en Angleterre.
+
+Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire dans lequel il
+prétendait avoir trouvé le moyen de transmettre les avis avec
+promptitude, et celui d’établir un idiome constant et réglé, dont la vue
+seule était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à tous ceux
+connus dans cette poste oculaire, qui joignait à la facilité, la sûreté,
+la simplicité et l’économie.
+
+Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires, aussi
+étrangers à ce qui se passerait que les courriers à l’égard des dépêches
+qu’ils transportent. Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme
+volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et de recevoir les
+avis.
+
+L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète, de Paris à
+Saint-Germain, en 4 minutes.
+
+Vers la fin du XVII.e siècle, _Amontons, fameux mécanicien, avait
+inventé_, dit Fontenelle dans le rapport qu’il fut chargé de faire de ce
+procédé ingénieux, _un moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à
+une très-grande distance; par exemple, de Paris à Rome, en très-peu de
+tems, comme trois ou quatre heures, et même sans que la nouvelle fut
+connue dans tout l’espace qui sépare ces deux villes._
+
+Ces théories, qu’on regardait comme des chimères, devaient cependant
+conduire, quelques années plus tard, à des découvertes[84] et des
+procédés de la plus haute importance. Quelques essais infructueux, ou
+qui ont manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de l’invention
+à leurs auteurs.
+
+ [84] Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris, de
+ construire des voitures mises en mouvement par la vapeur.
+
+ Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille
+ royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait
+ très-rapidement sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la
+ suite, de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à
+ voyager sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction
+ par les détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le
+ timon, était un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient
+ attachées les guides, à l’aide desquelles la personne placée dans la
+ voiture en dirigeait la marche. Derrière était un homme qui
+ imprimait à la voiture un mouvement plus ou moins rapide, en
+ pressant alternativement les deux pieds, ce qui ne lui causait
+ aucune fatigue, et ce qui n’exigerait, à la rigueur, qu’un relais
+ d’hommes. Il se tenait debout ou assis, les jambes en partie cachées
+ dans une sorte de malle ou coffre, où les ressorts paraissaient
+ établis.
+
+ On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau,
+ canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que quelques
+ minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce bateau
+ avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur; il allait par le moyen
+ d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait, par
+ cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement
+ aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf, prétendait
+ que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse, et se
+ proposait même de la doubler en établissant sur les grandes roues un
+ engrenage.
+
+ M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une
+ construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le
+ mouvement faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères,
+ dont la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une.
+
+ Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux un
+ éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les
+ confondre avec les autres feux.
+
+L’année 1783, le 22.e bail en régie, de 11,600,000 fr., fut confié à six
+régisseurs, qui donnèrent un cautionnement de 6 millions. Il leur fut
+accordé pour remise, droit de présence, étrennes, frais de bureaux et
+secrétaires, 216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour chacun.
+Outre cela, il leur était alloué le cinquième de tout ce qui excéderait
+11,600,000 fr. de produit net, et l’intérêt du cautionnement à cinq pour
+cent.
+
+En 1785, le duc de Polignac[85] est nommé directeur-général des postes
+aux chevaux, relais et messageries. La place d’intendant-général est
+accordée à M. de Veymerange[86].
+
+ [85] Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier écuyer
+ de la reine et directeur-général des haras.
+
+ Le marquis de Polignac; chevalier des ordres du roi, premier écuyer
+ de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de
+ Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de
+ la poste au chevaux.
+
+ [86] Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi.
+
+Cette même année, l’uniforme des officiers des postes est réglé par une
+ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui que pour les employés des
+postes militaires, les postillons et les courriers. La couleur en est
+bleue pour tous, mais avec des marques distinctives qui varient suivant
+les emplois. Les postillons, par exemple, ont des revers rouges, des
+boutons fleurdelisés et des galons d’argent: ils portent sur le bras
+gauche un écusson aux armes royales. Cet écusson est placé sur la
+poitrine des courriers; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré
+d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées également en
+argent.
+
+Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées par les
+armoiries de la couronne.
+
+Le 23.e bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à 12,000,000), est
+passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon.
+
+L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais sont réunis à la
+poste aux lettres, le duc de Polignac, qui en était directeur-général,
+ayant donné sa démission. La place d’intendant-général, créée en même
+tems, fut supprimée.
+
+L’université conservait encore, en 1789, comme un privilége qu’elle
+s’était réservé, des messagers dont les charges étaient à la nomination
+des quatre nations qui composent la faculté des arts. Ces charges ne se
+vendaient point; il n’en coûtait que les frais de réception, montant
+environ à 500 francs. Les messagers étaient appelés aux processions du
+recteur, et avaient leur salle d’audience au collége de Louis-le-Grand.
+
+Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général des postes,
+depuis M. de Clugny, le baron d’Ogny était resté seul chargé de la
+direction de cette importante administration, sous le titre
+d’intendant-général des courriers, postes, relais et messageries de
+France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard, de la Reignière,
+Richard d’Aubigny, de Richebourg, Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de
+la Ferté, Delaage, de Vallogué et de Longchamp.
+
+Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois
+inspecteurs-généraux.
+
+Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui précède, les divers
+changemens survenus dans les postes depuis leur origine jusqu’en 1789.
+Objets, pendant plus de trois siècles d’existence, de la protection
+spéciale de nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles à
+la fois au peuple dont elles multipliaient les relations, et à l’état
+dont elles augmentaient les revenus. Les recettes des lettres et
+paquets, abandonnées pendant près de deux cents ans aux agens des
+postes, à titre d’émolumens, devinrent si productives par la suite,
+entre les mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un taux
+qu’on devait à peine dépasser de nos jours.
+
+Mais les institutions les plus sages, consacrées par le tems et les
+besoins des peuples, ne pouvaient survivre au renversement de la
+monarchie. C’est sous cette ère fatale, signalée par un crime inouï dans
+nos fastes, que nous allons suivre les variations que les postes ont
+subies jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon.
+
+Dès 1790, un décret supprime les priviléges des maîtres de poste qui
+avaient été créés par Louis XI, et rigoureusement maintenus par ses
+successeurs. Une indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu
+pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut être moindre de
+250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que soit l’importance des relais.
+
+Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux de
+l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers, etc., sont
+également supprimés.
+
+M. de Richebourg est nommé commissaire du roi près les postes, place qui
+répondait à celles de surintendant et d’intendant-général. Il réunit,
+dans ses attributions, la poste aux lettres, la poste aux chevaux et les
+messageries, quoique séparées pour l’exploitation.
+
+Le serment d’observer la foi due au secret des lettres, est exigé de
+tous les agens des postes.
+
+Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du conseil des
+postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux, auxquels il est
+accordé un traitement de 6000 fr.
+
+Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon, est maintenu.
+
+Les réformateurs, dans cette désorganisation totale, se voient forcés,
+pour ne pas entraver la marche d’un service si important, de conserver
+les anciens réglemens et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et
+1786, subissent seulement quelques changemens relatifs au contre-seing
+et au brûlement des lettres inconnues, refusées et non-réclamées.
+
+Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion des messageries à
+la poste aux chevaux.
+
+Le privilége exclusif des carrosses de place et des voitures des
+environs de Paris, accordé à la compagnie Perreau, est résilié.
+
+M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier des messageries,
+coches et voitures d’eau, par bail de la durée de six ans neuf mois.
+
+Les administrateurs des postes font remise au roi du 5.e des produits
+nets qui excèdent les onze millions du bail expiré le 31 décembre.
+
+A cette époque où, sous prétexte du bien public, on ne respectait plus
+rien, le désordre était à son comble. L’assemblée nationale[87],
+elle-même, parut effrayée des abus qu’entraînait le zèle des corps
+administratifs et des municipalités. La correspondance des particuliers
+n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations; les courriers
+qui refusaient de remettre les dépêches, dont ils étaient responsables,
+s’exposaient aux mauvais traitemens d’individus livrés à la licence la
+plus effrénée; et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs
+criminelles perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever par la
+force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde. Cependant, par une
+concession bien digne de ces tems désastreux, cette même assemblée, en
+cherchant à réprimer une telle conduite, crut devoir l’excuser en disant
+qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme universelle et de péril
+imminent.
+
+ [87] Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin, pour
+ avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des postes, et
+ plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre des affaires
+ étrangères et au ministre de la cour d’Espagne; et chargea son
+ président de se retirer de vers le roi, pour le prier de donner des
+ ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût mis en
+ liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner à M.
+ l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture de
+ ses paquets.
+
+Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire composé d’un
+président et de cinq administrateurs. M. de Richebourg est nommé, à ce
+premier emploi, avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à
+tous un logement à l’Hôtel-des-Postes[88].
+
+ [88] Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait, dès
+ la fin du XIII.e siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII le
+ donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par
+ Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et
+ passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des
+ finances, qui le fit reconstruire en entier; puis en suite à M.
+ Fleuriau d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet
+ hôtel portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du
+ comte Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il
+ fut réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté
+ de la rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes.
+
+Pour établir les bases du nouveau tarif[89] sur le prix du transport des
+lettres et paquets, on fixe un point central dans chacun des 83
+départemens, et les distances entr’eux sont calculées d’un point central
+à un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises par lieue.
+Le quart de l’once détermine le poids de la lettre, dite simple ou non
+pesante, dont le port, fixé à quatre sous dans l’intérieur de chaque
+département, augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à vingt
+lieues inclusivement. Une progression d’un sou par dix lieues est réglée
+jusqu’à cent, et subit quelques modifications au-delà de cette distance.
+
+ [89] Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue, et
+ on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues.
+
+Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu lieu sur les
+grandes routes et sur les petites, à cheval, en brouettes ou voitures
+non-suspendues, la plupart découvertes, attelées d’un seul cheval et
+conduites par le courrier, devient l’objet d’une mesure générale et
+uniforme. Des courriers de poste aux lettres sont établis sur quatorze
+routes, dites de première section, et sur vingt-six de deuxième section
+en voitures suspendues, couvertes, montées sur deux roues et attelées de
+trois chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste, au prix
+de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de 25 sous auquel il était
+précédemment fixé.
+
+Le droit de franchise et de contre-seing des lettres, étendu chaque jour
+dans une proposition nuisible à la recette des postes, est limité par un
+nouveau réglement.
+
+Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles d’argent
+déposés, qui, de tout tems, avait été perçue au profit des directeurs
+des postes. Ce n’est que plus tard que le trésor s’est attribué cette
+recette.
+
+Une instruction générale, sur le service des postes, devenait
+indispensable. Elle comprend toutes les bases sur lesquelles repose
+cette institution; mais les modifications qui pourraient y être
+apportées, seront réglées par des circulaires imprimées.
+
+On abolit le privilége de poste royale ou double, dont jouissaient les
+maîtres de poste de Versailles, de Paris, de Lyon et de Brest.
+
+Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes, qui avaient échappé
+à la réforme totale de ce qui tenait à l’ancienne organisation,
+disparaissent à leur tour. On y supplée par des inspecteurs auxquels la
+surveillance générale des bureaux de poste et des relais est confiée
+dans les départemens.
+
+Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les directeurs et les
+contrôleurs des postes sont nommés par le peuple. Les fonctions des
+premiers comprennent toutes les parties du service. Les directions sont
+simples ou composées: dans le premier cas, le directeur suffit à toutes
+les opérations; mais, dans le second, l’importance des bureaux nécessite
+un nombre d’agens proportionné aux besoins des localités. Alors, il y a
+un contrôleur dont les attributions sont en opposition avec celles du
+directeur, comme exerçant sur lui une surveillance continue dans
+l’intérêt de l’administration.
+
+On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement en biens fonds de la
+valeur du cinquième du produit net de l’année commune de chaque bureau.
+
+Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et les courriers
+extraordinaires, à raison de 40 sous par cheval et par poste, et 15 sous
+de guide au postillon.
+
+Le bail des messageries est résilié.
+
+On réunit la poste aux lettres, les messageries et la poste aux chevaux,
+sous une seule et même administration, spécialement chargée de la
+surveillance et du maintien de l’exécution des trois services. Elle est
+composée de neuf administrateurs[90] élus par la convention, sur la
+présentation du directoire exécutif. Ces nominations n’ont lieu que pour
+3 ans.
+
+ [90] Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière, Legendre,
+ Mouret, Ruteau.
+
+Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus ou moins ingénieux,
+de communiquer au loin, par des signaux, des phrases convenues. Ces
+procédés, tentés par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient
+pas eu assez de succès pour être adoptés; des pavillons, hissés au
+sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement sur nos côtes, à
+signaler ce qui pouvait intéresser le service maritime. On y a substitué
+depuis une machine mobile, sous le nom de cémaphore[91], destinée au
+même usage.
+
+ [91] Porte signe.
+
+Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux. Le duc
+d’Yorck a acquis une grande célébrité en les perfectionnant. Dom
+Gauthey, Linguet, Amontons, semblent plus particulièrement avoir
+approché de la solution d’un problême tant de fois proposé; mais aucune
+expérience notable n’était venue à l’appui de leur théorie. La question
+restait donc à résoudre, lorsque Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763,
+fit connaître son importante découverte du télégraphe[92]. On prétend
+que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce résultat par suite
+d’un amusement. Le désir de communiquer par signes avec quelques amis
+qui résidaient à la campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans
+des recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir, en 1792,
+soumettre son projet à l’assemblée législative, en lui présentant sa
+machine à signaux[93]. L’établissement[94] d’une ligne télégraphique fut
+ordonné un an après et signala une victoire[95]. La convention reçut la
+nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses séances, rendit un
+décret qui déclarait que Condé[96] changeait de nom, et le télégraphe
+annonça, pendant cette même séance, que le décret était déjà parvenu à
+sa destination, et que déjà aussi il circulait dans l’armée.
+
+ [92] J’écris au loin.
+
+ [93] M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les
+ appointemens de lieutenant du génie.
+
+ [94] De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les avis
+ en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique
+ nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et qu’il
+ serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard
+ [1797], MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe.
+ Les Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient
+ déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres.
+
+ [_Moniteur_.]
+
+ [95] La prise de Condé.
+
+ [96] On l’appela _Nord-Libre_.
+
+Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un procédé si
+merveilleux. Il serait même difficile de décrire la sensation que
+produisit, non-seulement en France, mais par toute l’Europe, la
+découverte d’une machine dont les formes sont visibles, les mouvemens
+simples et faciles, qui peut être transportée et placée partout, qui
+résiste aux plus grandes tempêtes, donne assez de signaux primitifs pour
+faire de ces signes une application exacte aux idées, qui les transmet
+dans tous les lieux et à quelque distance que ce soit.
+
+_Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de deux; ce qui est
+très-remarquable_, dit le rapport décennal (1810), _comme ayant donné
+naissance à une langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression
+d’une phrase par un seul signe_.
+
+La poste télégraphique, qui se compose de toutes les lignes qui, partant
+de Paris[97], vont aboutir aux points extrêmes du royaume, est dirigée
+par trois administrateurs qui sont: MM. le comte de Keresperts, Chappe
+Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur et un inspecteur à
+chaque point principal, et des employés à chaque station pour exécuter,
+sans les comprendre, tous les mouvemens ordonnés d’une direction à
+l’autre.
+
+ [97] L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris
+ compte cinq télégraphes: l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre
+ au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères,
+ les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de
+ Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes; de
+ Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes; de Strasbourg, en 6
+ minutes, par 46 télégraphes; et de Brest, en 8 minutes, par 80
+ télégraphes.
+
+Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo, par exemple,
+sont au nombre de sept[98] du côté de Paris, et de trois[99] du côté de
+Brest. De l’instant où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à
+l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15 minutes.
+
+ [98] Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel, Avranches,
+ la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux, la
+ Chapelle-Riche, Landigère.
+
+ [99] Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve.
+
+On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes télégraphiques, et
+avec quelle facilité on applique ce moyen suivant les lieux et les
+circonstances. A toute heure, à toute minute, des points les plus
+importans du royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir
+instantanément les avis les plus intéressans.
+
+La ligne télégraphique[100] de Paris à Lille fut établie en 1794.
+
+ [100] Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque,
+ des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue, Brest
+ et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec
+ Bruxelles; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809; et, un an
+ plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec Paris
+ par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur Venise et
+ Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation avec
+ Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita
+ l’établissement d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne.
+ [_Moniteur_.]
+
+Le port[101] des lettres est augmenté et porté, en 1795, pour celles
+dites simples, ne pesant pas un quart d’once, à cinq sous dans
+l’intérieur du même département; extérieurement jusqu’à 20 lieues, à six
+sous; et, pour les autres distances, dans une progression réglée par le
+tarif.
+
+ [101] Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la
+ France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes; savoir:
+ dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du point
+ de départ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante,
+ vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues.
+
+Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est fixé à trois sous.
+
+Une administration générale[102], composée de douze membres, est établie
+pour remplacer les trois agences supprimées de la poste aux lettres, de
+la poste aux chevaux, des messageries. Elle nécessite la création d’une
+place de caissier-général des postes.
+
+ [102] MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin, Boulanger,
+ Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et Catherine
+ Saint-Georges.
+
+Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux éprouvent
+des changemens provoqués par la dépréciation du papier-monnaie. On paie
+pour la lettre simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues, deux
+livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit cent cinquante livres en
+assignats par poste et par cheval, et chaque postillon cinquante francs.
+
+La taxe[103] des lettres varie encore en 1796.
+
+ [103] Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes
+ dans la distance de cinquante lieues et au-dessous; cinq décimes
+ jusqu’à cent; sept décimes jusqu’à cent cinquante; et neuf décimes
+ au-dessus de cent cinquante lieues de distance.
+
+_Afin_, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté, _d’encourager la
+libre communication des pensées entre les citoyens, et d’augmenter les
+revenus publics_, le prix des journaux présentés à l’affranchissement ne
+sera que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres brochés de
+cinq centimes.
+
+Le tarif[104] du port des lettres subit encore des modifications: il
+rappelle plusieurs articles de celui de 1759.
+
+ [104] Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once, est
+ de deux décimes dans l’intérieur du même département; d’un
+ département à un département, de vingt-cinq centimes.
+
+Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux, par une
+exception bien entendue, ne paient que quinze centimes, quelles que
+soient les distances.
+
+La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger leurs lettres
+et paquets, à la condition d’en payer le double du port ordinaire,
+imposait l’obligation à l’administration responsable de fixer
+l’indemnité due en cas de perte des lettres: elle était précédemment de
+trois cents francs, et se trouve réduite à cinquante.
+
+Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de franchise des lettres
+par contre-seing. Il est accordé une indemnité de 68 mille francs par
+mois au conseil des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer ce
+privilége.
+
+Une société anonyme est formée, à Paris[105], pour l’entreprise générale
+des messageries.
+
+ [105] Rue Notre-Dame-des-Victoires.
+
+Les frais d’administration des postes pour la présente année s’élèvent à
+neuf millions, dans lesquels la taxe d’entretien des routes figure pour
+600,000 fr.
+
+Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans les colonies,
+porte que le produit de la ferme des bacs des passages des rivières et
+des postes, sera versé au trésor public de chaque colonie.
+
+Les fonctions du commissaire du directoire exécutif, près
+l’administration des postes, sont déterminées, en 1798, par des
+instructions.
+
+Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des lettres
+reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas la première fois
+qu’après avoir tout détruit on se voit forcé d’édifier sur les bases
+anciennes.
+
+Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui de la poste aux
+chevaux fût authentiquement reconnu par une loi dans toute l’étendue de
+la France. Il est suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service.
+
+La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail, est administrée
+par une régie intéressée, à laquelle il est accordé huit millions pour
+les dépenses d’exploitation. Les cinq membres qui la composent sont MM.
+Anson, Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.r La Forêt est
+placé comme commissaire du gouvernement.
+
+M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration des
+postes, au lieu des deux substituts du commissaire du gouvernement, qui
+avaient été précédemment établis.
+
+Les lettres sont taxées[106] en francs et en décimes, et il ne doit être
+fait usage que des nouveaux poids.
+
+ [106] A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous; de
+ Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13.
+
+La taxe[107] des lettres est fixée en raison des distances à parcourir
+par la voie la plus courte, d’après les services des postes aux lettres
+existans.
+
+ [107] Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes
+ jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes,
+ etc.
+
+Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége de nommer à
+tous les emplois: les inspecteurs ne peuvent être choisis que parmi les
+employés des postes et sur la présentation du commissaire.
+
+Le ministre des finances arrête tous les états de dépense.
+
+Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport frauduleux des
+lettres, provoquent encore, en 1801, la mise en vigueur des anciens
+réglemens.
+
+On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer dans la voie
+régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter; la licence était réprimée;
+et on sentait, en 1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie
+d’où il semblait être banni par les changemens successifs qu’on y avait
+opérés dans l’espace de quelques années.
+
+Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que la poste aux lettres
+semble avoir été dans une dépendance plus directe du ministère des
+finances.
+
+Le poids des lettres est modifié: elles ne sont plus considérées comme
+simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes, et la progression relative est
+établie par des tarifs.
+
+M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur général près
+l’administration des postes.
+
+On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement dans
+les ports de mer, des établissemens sous la dénomination de petite-poste
+destinés aux correspondances locales et à celles d’outre-mer. Le public
+y déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin par chaque
+bâtiment partant. Les capitaines à leur retour transmettaient par la
+même voie celles qu’ils rapportaient des colonies.
+
+Cette poste maritime, si active et si utile avant les jours orageux de
+notre révolution, devait nécessairement rentrer dans les attributions
+d’une administration qui seule pouvait exploiter un service de cette
+nature avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait pour
+cela que d’user exclusivement du privilége dont on ne pouvait contester
+la légitimité à une institution toute royale, et d’en régulariser
+l’organisation. On rappela de nouveau la défense faite de tout tems aux
+personnes étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des
+lettres et paquets; et on obligea les capitaines de faire connaître aux
+directeurs des postes, dans les ports où leurs bâtimens seraient en
+chargement, au moins un mois à l’avance, l’époque présumée de leur
+départ, afin de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de cet
+agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées pour les
+lieux où ils déclaraient devoir se rendre. Les mêmes formalités exigées
+au retour ont suffi pour donner depuis plus de garantie à cette nouvelle
+branche de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité
+accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux bureaux de
+poste, et le port, toujours perçu d’avance, auquel le public est
+assujetti. On sent que la régularité et l’accélération d’un pareil
+service dépendent de l’activité du commerce d’une nation. Elles sont
+telles, en ce moment pour la France, que les relations des colonies avec
+la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption; et il arrive
+fréquemment que des distances[108] de plus de 2400 lieues sont franchies
+en moins de trois mois.
+
+ [108] Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate
+ française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en 86
+ jours.
+
+La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle. Elle avait eu
+lieu de tout tems avec l’Angleterre, par le moyen de paquebots[109]
+destinés à transporter les dépêches. Les communications avec les
+diverses îles de la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être
+entretenues que d’après ce mode.
+
+ [109] En anglais packet boot qui signifie bateau à paquets. Chacune
+ des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre,
+ par la suite, en fut chargée exclusivement; mais Louis XVI rétablit
+ le mode de transport comme dans l’origine.
+
+Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique, appelé poste par eau,
+nous ne prévoyions pas qu’on verrait plus tard des bâtimens, mis en
+mouvement par le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus
+rapides, et multiplier les communications avec une régularité
+surprenante.
+
+Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais. Les entreprises
+de ce genre se répandent chaque jour, soit pour le transport des
+voyageurs, soit pour celui des marchandises sur la Garonne, la Loire, la
+Charente, l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal des
+Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue derrière substitués aux
+bateaux de poste, qui feront le trajet de Toulouse à Agde en moins de 36
+heures. Un service de transport pour les marchandises rendra
+régulièrement celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire en moins de
+six jours. On organise également un service de ce genre de Lyon à
+Beaucaire. Bientôt on communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer
+par ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de l’état, la
+Caroline, primitivement le Galibi, est destiné à naviguer de Cayenne à
+Lamana.
+
+L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette découverte, _parce
+qu’un nommé Jonathas Hulls_, dit M. Marestier, auteur d’un mémoire sur
+les bateaux à vapeur, _prit, en 1736, un brevet pour l’application de ce
+moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que rien n’était préparé
+pour un essai, et que l’inventeur et l’invention tombèrent dans l’oubli.
+Les droits des Français, à la même découverte, sont plus authentiques;
+ce sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux, mais qui
+mettaient sur la voie et qui promettaient déjà quelques succès_.
+
+James Watt en Angleterre, et Robert Fulton[110] aux Etats-Unis, ont les
+premiers perfectionné ce procédé. Mais la supériorité, dont l’Angleterre
+est si fière de nos jours, est encore due à un ingénieur français, M.
+Brunel.
+
+ [110] En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit
+ manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une
+ vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure.
+
+L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays conquis, est
+réglé, en 1803, par divers arrêtés.
+
+Les produits de l’administration des postes, jusqu’à la concurrence de
+10 millions, seront versés directement à la caisse d’amortissement pour
+être employés aux opérations dont cette caisse est chargée, et
+l’excédant au trésor public.
+
+M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement près les postes,
+place que MM. La Forêt et Gaudin avaient remplie avant lui.
+
+L’uniforme des postillons et autres employés des relais, se distingue
+par une broderie ou galons or et argent, suivant les grades: la veste
+bleue, la culotte chamois et les boutons blancs sont exigés pour tous.
+
+Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement des rebuts,
+ainsi que du dépôt, au trésor public, des objets de valeur[111].
+
+ [111] Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite
+ et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous
+ seront brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde
+ pour les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste,
+ n’excéderont pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor
+ royal, ceux qui auront de la valeur.
+
+Le produit des postes, en 1804, est évalué 10 millions.
+
+Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance d’un commissaire
+du gouvernement, prennent une forme nouvelle par la suppression de cette
+place et la création de celle de directeur-général, dont les
+attributions, plus étendues, rappellent davantage l’ancienne
+organisation du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette
+importante direction est confiée.
+
+Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient eu d’autre but
+que de maintenir un établissement tant de fois compromis par des mesures
+inconsidérées. On est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits,
+si anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux entreprises
+multipliées qui s’élèvent de toutes parts. C’est encore d’après
+l’expérience qu’il est décidé, en 1805, que tout entrepreneur de
+voitures publiques et de messageries, qui ne se servira pas des chevaux
+de la poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à chacune de
+ses voitures, vingt-cinq centimes au maître du relais dont il
+n’emploiera pas les chevaux.
+
+Il paraît un réglement sur les relais.
+
+Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont chargés du transport
+des malles, tant à l’aller qu’au retour, sont déterminées par un décret.
+
+En 1806, il est établi une nouvelle progression pour la taxe des lettres
+et paquets, calculée par tableaux qui remplacent l’ancien tarif,
+intitulé Copie de Nomenclature Matrice.
+
+Après les désordres introduits par suite des événemens politiques, il
+n’est peut-être pas indifférent de faire remarquer la décision
+ministérielle qui attribue, en 1807, la franchise aux mandemens que
+nosseigneurs les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques de
+leurs diocèses.
+
+Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles aucun voyageur, s’il
+ne s’est conformé au décret qui change le papier fabriqué spécialement
+pour les passeports.
+
+Les divers changemens survenus dans l’organisation des postes
+nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent lieu à la rédaction de la
+deuxième instruction générale sur ce service[112].
+
+ [112] Après une nouvelle période de seize ans, une troisième
+ instruction deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à
+ l’interprétation des nombreuses circulaires qui ont modifié la
+ deuxième. La stabilité qui semble attachée aux mesures récemment
+ adoptées dans toutes les parties du système administratif des
+ postes, ne laisserait plus la moindre incertitude sur l’application
+ de tant d’élémens épars.
+
+La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires, pour
+l’entreprise des messageries, est autorisée, en 1809, à continuer
+d’exister jusqu’au 31 décembre 1840. Cet établissement est spécialement
+chargé du transport des fonds du gouvernement.
+
+Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante francs, sont
+payés à vue aux militaires et autres personnes attachées aux armées.
+
+Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs versemens d’espèces
+dans les caisses des receveurs du trésor, et la permission, en outre, de
+les faire en traites à deux usances.
+
+L’affranchissement des lettres simples destinées aux militaires de tous
+grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à ce jour, à quinze centimes, est
+élevé, en 1810, à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour
+celles adressées aux sous-officiers et soldats.
+
+Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en France sans la
+permission du directeur-général de la librairie et de l’imprimerie.
+
+Le tarif subit de nouvelles modifications.
+
+La correspondance entre la France et la colonie de Batavia, est établie
+régulièrement deux fois par mois.
+
+Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en 1811, et le brûlement
+des lettres est ordonné, tant pour celles qui en proviennent, que pour
+celles qu’on y expédie.
+
+Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée avec restriction.
+Cette facilité dura peu, et toute communication fut encore suspendue.
+
+L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les postes. En 1813, on
+établit un service régulier de postes françaises en Turquie.
+
+L’invasion du territoire français, par les puissances alliées de
+l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des correspondances avec les
+pays conquis, et provoque des dispositions relatives à l’évacuation des
+bureaux de poste à leur approche.
+
+M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède à M. Lavalette dans
+la place de directeur-général des postes.
+
+Il règne une grande confusion dans cette administration. Les employés
+qui avaient été forcés de suspendre leurs fonctions, sont prévenus de
+les reprendre.
+
+Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans, par suite des
+événemens, sont expédiées pour leur destination. Le service ne souffre
+pas d’interruption pendant l’invasion de la France. Le baron de Saken,
+gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des puissances alliées,
+une protection spéciale aux relais et aux bureaux de poste.
+
+Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité légitime en
+France.
+
+Les relations interrompues avec les diverses nations reprennent peu à
+peu leur ancienne activité.
+
+M. de Bourienne, nommé directeur-général des postes sous le gouvernement
+provisoire, est remplacé par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est
+la première nomination faite aux postes depuis le rétablissement de la
+maison de Bourbon.
+
+M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux inspecteurs des postes
+et relais.
+
+Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires, n’a plus lieu.
+
+Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815, la courte
+administration de M. le comte Ferrand. Une catastrophe inouïe devait
+ramener M. Lavalette à la tête des postes, en même tems que le trône de
+nos rois était usurpé une seconde fois.
+
+Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion dans les
+postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le comte Beugnot,
+ministre-d’état, appelé à leur tête, s’exprime ainsi:
+
+_C’est dans son sein_ (du souverain légitime) _qu’il faudrait se
+réfugier quand la providence n’y aurait pas placé le cœur d’un père_. Il
+parle ensuite de l’ancienne sagesse, de la probité, et surtout de
+l’attachement au roi qui a signalé de tout tems l’administration des
+postes. _Cet établissement_, ajoute-t-il, _dont la France a l’honneur
+d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe, est tout royal. C’est à la
+protection spéciale de nos souverains qu’il est redevable des
+développemens et de l’espèce de perfection qu’il semble avoir obtenue_.
+
+Tels sont les principes rassurans que professent les hommes d’état
+chargés de diriger une des branches les plus importantes de
+l’administration publique sous le règne doux et paternel des Bourbons.
+
+Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des postes à Paris, les
+fonds provenant de leurs recettes: ce mode est remplacé par celui des
+versemens de ces produits aux caisses des receveurs particuliers du
+trésor.
+
+Sur la fin de 1815[113], M. le marquis d’Herbouville, pair de France,
+est élevé à la place de directeur-général des postes. Il se montre
+pénétré de l’importance de l’administration qu’il est appelé à diriger,
+en cherchant à l’entourer d’une grande considération.
+
+ [113] Octobre.
+
+Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés par deux
+invasions si rapprochées; et son premier soin est de régulariser toutes
+les mesures temporaires, nécessitées par des circonstances si
+impérieuses.
+
+Il établit, en 1816, une division de comptabilité centrale, chargée de
+décrire, d’une manière précise, la situation de tous les agens de
+l’administration sur toutes les parties du service, et de pouvoir la
+faire connaître tous les jours, ainsi que celle de l’administration
+elle-même.
+
+C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien de la caisse des
+pensions, qui avait éprouvé un déficit considérable par suite des
+désordres passés. Il y parvient au moyen d’une augmentation sur la
+retenue des appointemens, qui, de 3 francs 50 centimes, devait être
+portée temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore perçue
+aujourd’hui.
+
+Si l’établissement de la caisse des pensions fut un bienfait, cette
+mesure conservatrice inspirera une reconnaissance égale à celle attachée
+à sa création.
+
+Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce jour par les directeurs
+des postes, est exigé en numéraire.
+
+Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait d’atteindre
+par la marche juste, ferme, et indépendante qu’il suivait avec
+persévérance, ne devaient pas avoir lieu sous son administration.
+
+M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer[114].
+
+ [114] Novembre 1816.
+
+Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent, qui circulaient
+de bureau à bureau pour être remises dans les mêmes espèces aux
+destinataires, sont expédiées directement à Paris. Cette amélioration
+remédiait en partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par
+l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des malfaiteurs.
+Ces paiemens sont effectuées avec les recettes ordinaires du produit des
+postes, ou, en cas d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention,
+c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés à toucher chez
+les receveurs du trésor.
+
+Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches et des voyageurs de
+Calais à Douvres. Ils sont, comme les anciens paquebots, pour le compte
+de l’administration des postes, et sous la surveillance du directeur des
+postes de Calais.
+
+Les administrateurs des postes sont supprimés. Un conseil, auquel on
+attribue les mêmes pouvoirs, les remplace. Il est composé de trois
+membres qui sont: MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs de
+divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de supplément de
+traitement. Celui du directeur-général est réduit à 60,000 fr.
+
+Les réglemens sur les franchises et contre-seings, que de nombreuses
+circulaires avaient modifiés au point d’en rendre l’usage nuisible aux
+produits des postes, sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des
+basses plus conformes à l’administration actuelle du royaume.
+
+Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement 800,000 fr.,
+sont réunis aux postes. On supprime les inspecteurs chargés de ce
+service, connus anciennement sous la dénomination de visiteurs des
+relais, et les inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces
+nouvelles fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction, est de
+trente[115]; ils ont chacun, à quelques exceptions près, trois
+départemens dans leurs divisions.
+
+ [115] Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes
+ par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à toutes
+ les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger,
+ apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés
+ entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour exercer
+ une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La
+ perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât
+ pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des
+ inspecteurs, devenue alors plus directe, serait par conséquent plus
+ rapide, et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à
+ un rayon dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court
+ espace de tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour
+ ajourner indéfiniment des déplacemens toujours utiles et souvent
+ urgens. A la tournée annuelle, à laquelle ils sont tenus, se
+ joindraient les vérifications extraordinaires propres à rectifier, à
+ l’instant même, des erreurs qui peuvent se reproduire quelquefois
+ pendant tout le cours d’une année.
+
+ L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque
+ à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France; mais les
+ inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie que
+ tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque
+ désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen
+ puissant de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère
+ de gravité avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y
+ apporter un remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards?
+ Mais l’inspecteur, sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se
+ porter sur tous les points où sa présence l’exige, pour constater la
+ situation des caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la
+ tenue des écritures et la régularité des opérations. Les
+ instructions sont-elles mal interprétées, il en éclaircit le sens,
+ il décide les questions douteuses, intervient dans les plaintes et
+ les contestations du public, dont il repousse ou accueille les
+ réclamations; justifie les employés que l’on taxe d’exigeance
+ lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent injustes
+ et toujours exagérées. Cette intervention donne un caractère plus
+ légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure des intérêts
+ froissés en apparence, et conserve à l’administration et à ses agens
+ la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur ne
+ borne pas là sa surveillance: il doit s’étudier à connaître les
+ améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité
+ des communications, les changemens, la suppression d’anciennes
+ correspondances que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou
+ l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce
+ ou les progrès de l’industrie locale; soit enfin dans l’entretien et
+ la réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut
+ mieux que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus
+ positifs pour conserver avec avantage un moyen si puissant de
+ prospérité.
+
+ Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples
+ formalités d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de
+ chevaux qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il
+ s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités; qu’il
+ encourage les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur
+ soumette des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux
+ relais ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et
+ l’avantage du maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation
+ soutenue suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable,
+ que l’on remarque sur certaines lignes, et qu’on est loin de
+ retrouver sur tant de points. L’inspecteur qui éclairerait
+ constamment le maître de poste sur ses propres intérêts, si
+ intimement liés avec ceux du gouvernement, en lui portant le fruit
+ de ses lumières et en le guidant avec prudence dans l’exploitation
+ de cette branche si féconde d’industrie, atteindrait ce but en peu
+ d’années.
+
+ Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient
+ encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation; il
+ réprime les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses
+ investigations. Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce
+ haut degré d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance
+ approfondie des lieux et des choses propres à éclairer
+ l’administration sur ses véritables intérêts, sur la conduite de ses
+ agens et sur les vœux de la société.
+
+ Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner un
+ surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever
+ successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de
+ certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de
+ confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni
+ aux avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle
+ s’obtiendrait par extinction.
+
+ Dans toute amélioration, la première considération à observer, c’est
+ d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse, des
+ intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas trop
+ facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage
+ général.
+
+ Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité
+ des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse
+ sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience.
+ Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni
+ s’abandonner à ses préventions. La justice est son guide. Le sort
+ des employés est dans ses mains. Pénétré de l’importance de
+ fonctions aussi délicates, on sent que l’expérience n’est pas la
+ moindre qualité qu’on soit en droit d’exiger de lui.
+
+ Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en
+ partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services
+ serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que
+ l’impérieuse nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est
+ encore consacrée par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables
+ attributions, tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon
+ système administratif; et si, par cas fortuit, une seule raison
+ pouvait être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient
+ en leur faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.
+
+Il est accordé à chaque directeur une remise de sept huitièmes pour cent
+sur le deuxième net de sa recette, et celle de demi pour cent sur les
+articles d’argent acquittés avec les fonds de sa recette, ou par le
+moyen de ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle de
+deux et demi pour cent sur la recette des produits des places des
+voyageurs dans les malles-postes.
+
+La nécessité d’améliorer le sort des employés des postes a toujours été
+reconnue; et les mesures temporaires qu’on a prises à diverses époques
+semblent faire espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on
+l’atteindra. Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à ce jour
+pour les directeurs[116].
+
+ [116] Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des
+ produits, celle des localités, serviraient, entr’autres
+ considérations, à établir la progression convenable pour chaque
+ direction. D’ailleurs, n’aurait-on pas égard à la responsabilité à
+ laquelle est soumis l’employé des postes dans un travail de cette
+ nature, et à l’assiduité si constante qu’il exige et qui devient
+ telle, qu’elle ne lui laisse aucun jour, aucun moment même dans le
+ jour dont il puisse disposer. N’est-il pas, en outre, des
+ obligations sociales auxquelles assujettit naturellement une
+ administration dont le rang élevé doit être soutenu dignement.
+ Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe à l’égard des agens des
+ postes la proportion établie pour ceux des autres parties. Par
+ exemple, le directeur d’un bureau placé dans une ville dont la
+ population est de 80,000 ames, et celui où elle n’est que de 5000
+ habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr., et le second 1200 fr.,
+ ont-ils un traitement comparativement égal à celui des autres
+ fonctionnaires. Une question de cette importance, que nous ne
+ faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner lieu à d’utiles
+ réflexions.
+
+ Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses
+ améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore,
+ l’administration qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses
+ nombreux agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin
+ leur traitement éprouver une augmentation proportionnelle.
+
+Le service du transport des dépêches et des voyageurs a lieu, en 1818,
+par le moyen de malles-postes d’une construction élégante et commode.
+Cette mesure, tout entière dans l’intérêt des maîtres de poste,
+très-coûteuse dans son principe, est provoquée par la diminution
+successive des voyageurs, qui préféraient aux malles établies en 1791
+les voitures publiques perfectionnées de plus en plus.
+
+Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens successifs opérés
+dans toutes les branches de l’administration y apportent d’heureuses
+améliorations. Elles sont tout à la fois dans l’intérêt du trésor,
+auquel elles offrent plus de garantie; et, dans celui des comptables,
+dont elles tendent encore à accroître la sécurité.
+
+La poste aux lettres, par la nature de ses produits, avait un système de
+comptabilité qui n’était nullement en rapport avec celui des
+administrations financières. Les directeurs n’arrêtaient leurs comptes
+mensuels et d’années, qu’après la réception des dernières dépêches[117]
+expédiées par leurs correspondans pendant le cours de la même période
+mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus ordinairement que
+dans les premiers jours qui suivaient le mois auquel elles se
+rapportaient. On avait tenté infructueusement divers moyens pour
+remplacer ce mode peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans
+les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems cherchée, y
+conduisit. Elle consista à substituer tout simplement la date de
+réception des envois à celle d’expédition. Alors l’irrégularité
+apparente, qu’on ne considérait comme telle que parce qu’elle consistait
+dans une exception (conséquence de l’exception que forment elles-mêmes
+les postes à l’égard des autres administrations), disparut. Mais
+l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux dans son ensemble,
+puisqu’il avait lieu par le moyen du contrôle réciproque des états tenus
+contradictoirement dans chaque bureau, était également très-satisfaisant
+dans ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant la
+même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre
+l’interprétation des écritures plus facile aux personnes étrangères aux
+postes ou peu familiarisées avec leur pratique.
+
+ [117] On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un bureau
+ pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir que le 2.e
+ jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause de retard), et
+ qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant ce terme.
+
+Il y a loin de cette théorie, que donne la science des chiffres, à ces
+connaissances positives qui sont le fruit de l’expérience, qui seule
+peut servir de guide au milieu des nombreux détails d’une administration
+si compliquée[118].
+
+ [118] Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent
+ spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte à
+ l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez
+ multipliées pour exiger une surveillance active et continue. La
+ vérification des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même
+ surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le
+ comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration
+ supérieure qui pourrait connaître la situation journalière de ses
+ agens par les contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux
+ mensuels ne l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.
+
+ Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des
+ postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes
+ résultats.
+
+On comptera parmi les mesures utiles introduites par M. de Mezy,
+l’établissement des malles-postes à 4 places (dont nous avons parlé plus
+haut), montées sur ressorts et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux.
+C’est avec ces malles que s’exécute le service des postes sur les
+principales routes du royaume. Le public trouve à la fois les moyens de
+voyager avec rapidité et sans fatigue dans ces voitures de nouvelle
+construction, qui, sans avoir aucun des inconvéniens des anciennes,
+réunissent des avantages inappréciables.
+
+Des réglemens ont fixé l’organisation du service des voyageurs dans les
+malles-postes.
+
+Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel nous avons déjà eu
+recours pour le prix des baux des postes, un des motifs qui ont amené
+ces heureux changemens dans la forme des voitures en activité
+aujourd’hui.
+
+_Frappé_, dit-il[119], _des inconvéniens toujours renaissans de la
+construction vicieuse des malles, en 1791, l’administration des postes,
+dont M. de Mezy était directeur-général, s’occupa avec lui, en 1818, du
+soin de faire construire d’autres malles: une considération de la plus
+haute importance les y engagea: c’était le désir de remplir les
+intentions du Roi à cet égard_.
+
+ [119] Auteur cité.
+
+_Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur la route de Calais
+la malle du courrier, et la comparant aux malles-postes d’Angleterre,
+elle fut frappée du mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et
+parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour M. de Mezy, qui
+s’empressa de faire faire le dessin d’un nouveau modèle de malle, et le
+présenta au Roi, qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut
+exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son relais de
+Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté en témoigna sa
+satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait de meilleur goût que les
+malles anglaises, et surtout plus commode pour les voyageurs. J’étais au
+nombre des personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je fus
+l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet._
+
+La retenue proportionnelle sur les appointemens des employés des postes
+cesse d’avoir lieu.
+
+M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de France, succède, en
+1822[120], à M. de Mezy, dans la place de directeur-général des postes.
+
+ [120] 1.er janvier.
+
+Les attributions de cet emploi sont définies ainsi: Le directeur-général
+dirige et surveille, sous les ordres du ministre des finances, toutes
+les opérations relatives au service. Il travaille, seul, avec le
+ministre des finances. Il correspond, seul, avec les autorités
+militaires, administratives et judiciaires.
+
+Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance. Il
+signe, seul, les ordres généraux de service.
+
+Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa Majesté, dont
+ont joui de toute ancienneté les conseillers grands-maîtres des coureurs
+de France, les contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans
+et les intendans-généraux des postes, a été conservé aux
+directeurs-généraux des postes.
+
+Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et remplacées par
+celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent MM. le marquis de
+Bouthillier, Gouin et le vicomte de Rancogne.
+
+Le ministre des finances assigne à chacun le travail qu’il doit diriger
+sous l’autorité et la surveillance du directeur-général.
+
+Les agens supérieurs des finances sont spécialement chargés de vérifier
+la comptabilité et la caisse des directeurs des postes.
+
+L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux de poste, qui,
+après avoir eu lieu de bureau à bureau, avait été restreint à Paris
+seulement, cesse également d’avoir ce cours; les directeurs restent
+chargés de cette recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des
+produits accrus par cette mesure continue à être versé dans les caisses
+des receveurs particuliers des finances.
+
+Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux Anglais
+résidant en France, d’expédier leurs lettres par l’intermédiaire de
+leurs ambassadeurs. Nous avons déjà remarqué combien un abus de cette
+nature avait nui aux recettes des postes.
+
+Une convention est conclue, par la médiation de M. le duc de
+Doudeauville, entre les maîtres de poste et les entrepreneurs des
+messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris[121]. Elle a pour
+objet de rendre ces derniers exempts du droit de 25 centimes envers les
+premiers, à la condition d’employer les chevaux de la poste à la
+conduite de leurs voitures.
+
+ [121] Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des
+ avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On a dû
+ chercher à compenser la privation des priviléges qui leur avaient
+ été accordés originairement, et qui leur ont été retirés en 1790.
+ Les exemples passés, et celui plus récent de la perte de trois cents
+ chevaux occasionnée par le poids des voitures établies en 1791;
+ l’état des routes; les ressources présumées des maîtres de poste
+ pour conduire avec un égal succès les nouvelles malles et les
+ messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur que par leur
+ surcharge; la réduction (au moins d’un tiers) des recettes sur les
+ voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout au désavantage de
+ l’administration, causée par l’infériorité des prix des messageries;
+ tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une expérience de plus de
+ trois siècles, pour assurer à ce nouveau mode d’organisation la
+ stabilité qui réalisera les espérances tant de fois déçues des
+ maîtres de poste.
+
+ En établissant les malles-postes sur les principales routes du
+ royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute,
+ d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin
+ des relais le commande si impérieusement.
+
+ Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour les
+ maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés à
+ leur véritable destination, pour le public qui verrait plus de
+ sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens de
+ l’administration; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces
+ services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail
+ qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage,
+ aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient
+ dès l’instant que l’administration userait de son privilége
+ exclusif, et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent
+ sur quelle branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée
+ par l’effet de cette mesure aussi politique que morale.
+
+La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de l’Espagne, exige de
+nouveau que le paiement à vue des reconnaissances adressées aux
+militaires de terre et de mer soit rétabli.
+
+Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur l’organisation des
+postes d’armée, dont le service ne pouvait être assujetti aux mêmes
+mesures que celui des postes civiles. De tout tems, dans des
+circonstances semblables, elles subirent diverses modifications; mais
+elles furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration
+générale.
+
+Leur composition est réglée d’après les bases suivantes: Un agent
+supérieur, sous le titre de commissaire[122], est chargé de les diriger.
+Il réside au grand quartier-général, travaille ou correspond seul avec
+l’intendant-général, pour tout ce qui concerne le service des postes
+militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, des
+contrôleurs, des employés et sous-employés: on comprend sous cette
+dénomination les courriers et les postillons.
+
+ [122] M. le marquis de Regnon.
+
+Il était facile de prévoir les dépenses[123] que devait occasionner la
+création d’un service de cette importance dans un pays où les
+libérateurs faisaient eux-mêmes les frais de leurs victoires; elles se
+sont élevées à 2,422,167 fr. Les estafettes journalières ont beaucoup
+contribué à l’augmentation de ces frais.
+
+ [123] L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne a
+ coûté 300,000 francs.
+
+En 1824, ce service a subi des modifications qui ont été reglées par les
+conventions faites, au nom des deux puissances, par le marquis de
+Talaru, ambassadeur de France, et le comte Ofalia, premier
+secrétaire-d’état, surintendant-général des courriers et postes
+d’Espagne et des Indes.
+
+On y remarque, entr’autres articles, que toutes les lettres de service
+de l’armée française, qui seront contresignées, seront reçues aux
+bureaux ordinaires de poste, et remises franches de port;
+
+Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires paieront les
+chevaux et autres rétributions de poste sur le même pied que les
+courriers espagnols: ils seront, ainsi que les convois militaires,
+transports de vivres, équipemens et munitions, exempts des droits de
+chaîne établis pour l’entretien des routes;
+
+Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, le
+gouvernement espagnol fera placer des postes qui seront disposées de
+manière à pourvoir au service des escortes, pour les convois,
+expéditions d’effets ou approvisionnemens, officiers en mission et
+courriers de l’armée française;
+
+Que les employés des postes de l’armée française seront chargés de
+l’expédition et de la réception de la correspondance française; le
+transport des dépêches closes sera exécuté par les courriers ordinaires
+du service espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point de malle
+française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement pour constater
+la remise qui sera faite des dépêches, tant pour le départ que pour
+l’arrivée, entre les deux offices français et espagnol;
+
+Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens où il n’y aurait
+pas d’employés de la poste française, la correspondance pour le service
+arrivera contresignée, et elle sera remise, franche de port, par le
+directeur de la poste civile.
+
+Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement réduite, le
+service des postes françaises en Espagne a été supprimé. Le transport
+des dépêches a lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les
+payeurs de l’armée française sont chargés de les expédier et de les
+recevoir.
+
+M. le comte de Kerespert est nommé administrateur des lignes
+télégraphiques.
+
+Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux était devenue
+indispensable, tant pour éclairer les maîtres de poste sur leurs
+obligations, que les voyageurs sur leurs droits. Les nombreuses
+modifications apportées par les circulaires en rendaient
+l’interprétation sujette à des contestations sans cesse renaissantes et
+auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous ces élémens rassemblés
+dans un nouvel ordre ne laisseront plus d’incertitude sur l’application
+des mesures réglementaires relatives à la poste aux chevaux.
+
+On voit combien les heureuses réformes introduites par M. le marquis
+d’Herbouville, continuées avec le même succès par M. de Mezy, ont reçu
+de développemens par les soins de M. le duc de Doudeauville[124], sous
+la direction duquel l’organisation des Postes a atteint un grand degré
+de perfection.
+
+ [124] Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé,
+ dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et
+ l’expérience de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne,
+ administrateurs des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à
+ en assurer le succès.
+
+Tout prouve que l’administration de M. le marquis de Vaulchier[125],
+appelé à succéder à M. le duc de Doudeauville, nommé ministre de la
+maison du Roi, dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera pas
+moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.
+
+ [125] 18 août 1824.
+
+M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même époque, M. de
+Bouthillier, nommé directeur général des eaux-forêts.
+
+On a pu juger, au milieu des variations que les Postes ont subies depuis
+leur création, que les bases sur lesquelles elles reposent n’ont pu être
+renversées.
+
+D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient établis de quatre
+lieues en quatre lieues sur les grands chemins, où on entretenait des
+chevaux propres à courir le galop pendant leur traite; chaque relais
+était dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire les
+courriers porteurs des dépêches et munis d’un ordre du grand-maître,
+ainsi que les voyageurs ayant des passeports: tous les courriers
+devaient suivre les routes où les relais étaient montés, afin de faire
+constater leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets qui
+leur étaient confiés.
+
+Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible de ne pas reconnaître
+l’organisation actuelle des postes. Les maîtres ont conservé leur
+dénomination primitive, les relais leurs distances, les courriers la
+même responsabilité constatée par le port d’aujourd’hui[126].
+
+ [126] Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le nombre
+ des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur les divers
+ points de la route qu’il doit parcourir.
+
+Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de cette institution
+toute politique? Il ne fallait qu’établir les relais suivant les
+localités, et multiplier le nombre des bureaux de poste à mesure que les
+relations augmentaient. Les progrès furent si rapides, qu’en moins de
+deux siècles on comptait plus de mille relais occupés par des maîtres de
+Poste, qui entretenaient des chevaux pour le service public des dépêches
+et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures; neuf cents bureaux, où
+le travail des lettres dirigées avec ordre sur tous les points de la
+France se faisait, sous la surveillance d’inspecteurs, par des
+directeurs, des contrôleurs, des commis, des facteurs et des
+distributeurs. Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes
+géographiques indiquaient la position des bureaux sur lesquels les
+lettres devaient être acheminées; que des tarifs en fixaient la taxe, et
+que la marche des courriers n’éprouvait aucun retard, même dans la
+saison la plus rigoureuse de l’année.
+
+Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui? Une augmentation dans les
+relais, qu’on peut porter à 1463; dans le nombre des bureaux de
+poste[127], qui est de 1371, non compris les distributions; un
+accroissement dans les produits; une activité aussi merveilleuse dans le
+travail, mais facilitée par des moyens plus perfectionnés. Quelques
+variations dans les dénominations attachées aux emplois supérieurs,
+auxquels les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles une
+création? Ces légères modifications ne peuvent en avoir le caractère.
+Mais tout ce qui tient à l’organisation des Postes se reproduit ici
+comme il y a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs
+conseils sont remplacés par les directeurs généraux et les
+administrateurs; les inspecteurs remplissent les mêmes fonctions; les
+directeurs chargés des mêmes opérations, ont la même responsabilité; les
+contrôleurs exercent encore la même surveillance sur ce travail auquel
+les commis participent comme par le passé; les facteurs, les
+distributeurs portent et remettent les missives de la même manière; les
+courriers employés au transport des dépêches sont toujours responsables
+de celles qu’ils reçoivent; les maîtres de Poste fournissent
+exclusivement des chevaux au terme des réglemens; et les postillons
+conduisent, comme dans l’origine, les voitures, ou accompagnent les
+voyageurs qui courent à cheval.
+
+ [127] Il était de 1541; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs
+ années.
+
+Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre Paris et les
+provinces, peut donner une idée du travail et des opérations des Postes.
+
+Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement par la Poste,
+est de 60 millions; celles expédiées en franchise peuvent être portées à
+pareil nombre; ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou
+paquets transportés par la Poste.
+
+La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement, quatre millions
+et demi environ[128], à peu près le sixième des produits que rendent les
+Postes. Le maximum des recettes a lieu en janvier, et le minimum, en
+septembre. On jette tous les jours dans les boîtes de la capitale 25 ou
+30 mille lettres, dont 8 ou 10 mille pour la petite-poste, et 35 mille
+feuilles périodiques ou prospectus. On met en rebut, chaque année, près
+de 144,000 paquets pour Paris seulement.
+
+ [128] 1815, 3,802,343.
+ 1816, 4,179,507.
+ 1817, 4,269,074.
+ 1818, 4,376,267.
+ 1819, 4,375,300.
+ 1820, 4,353,025.
+
+Les registres, états et autres imprimés[129] destinés spécialement aux
+opérations, soit journalières, soit mensuelles, sont multipliés à
+l’infini. Les réglemens, les circulaires, les ordonnances, modifiés sans
+cesse par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux; et,
+malgré tous ces détails, le travail doit être d’une célérité extrême et
+d’une exactitude rigoureuse dans les calculs.
+
+ [129] Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives aux
+ Postes, s’élèvent à plus de 1200.
+
+Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de l’ordre, du soin, de
+la scrupuleuse attention des agens des Postes à classer, taxer et
+diriger ces innombrables missives, afin de leur faire suivre la seule
+direction convenable pour éviter le moindre retard dans la réception; de
+l’intelligence nécessaire pour interpréter le code si étendu qui leur
+sert de guide dans ces opérations aussi délicates que rapides. Nous ne
+parlerons point des états et des pièces qui servent à établir une
+comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la science des
+chiffres si familière. Il y a dans tout cela plus qu’une simple
+manipulation de lettres, et moins que de la routine.
+
+L’accroissement du produit des Postes a été prompt dans l’espace d’un
+siècle; mais on n’y remarque plus d’amélioration dans les époques
+suivantes. La comparaison des trois périodes des Postes, qui embrassent
+le tems où elles sont devenues profitables aux revenus du Roi, fera
+naître les réflexions de l’observateur.
+
+ En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la
+ première fois 1,200,000 fr.
+ En 1788, 12,000,000
+ En 1825, _régies pour le compte du Roi_ 12,690,000[130].
+
+ [130] Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000
+ fr., et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La
+ dépense est de 12,660,000 fr.; la taxe fictive des paquets qui
+ circulent en franchise, peut être portée à 18,000,000.
+
+La progression de la première à la deuxième offre une amélioration
+sensible, et dans l’organisation et dans les produits; mais aucune
+différence notable ne paraît exister de la deuxième à la troisième,
+malgré les innovations qu’on a introduites dans les Postes, la
+surveillance qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent, le
+système de comptabilité opposé à la gestion des fermiers-généraux,
+enfin, l’augmentation du port des lettres qu’on peut évaluer à moitié.
+
+Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait peut-être dans
+les moyens de correspondre qui n’ont pas multiplié les relations en les
+rendant plus fréquentes; dans les frais pour faire parvenir les lettres
+sur les points les plus reculés du royaume, soit trois fois la semaine,
+soit même tous les jours, et avec une accélération telle, qu’elles
+mettent à peine 40 heures pour parcourir une distance de 100 lieues et
+être remises aux destinataires; dans la facilité de voyager plus
+promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart des négocians et
+des fabricans à expédier des commis qui entretiennent ainsi les liaisons
+ou en forment de nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement
+d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on mettait autrefois
+dix jours, il ne faut plus aujourd’hui que soixante-dix heures. Il en
+est de même des distances qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et
+qui le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme on le voit,
+économie de tems et de dépense, et par conséquent, diminution de
+correspondance. Ne doit-on pas aussi conclure de là que le transport
+frauduleux des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par
+la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.
+
+Mais la principale raison, n’en doutons nullement, est dans l’état
+actuel de la société dont les postes ont étendu successivement les
+relations, satisfait les besoins, multiplié les ressorts, et établi, par
+un concours réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa
+conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les avantages
+qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion de la perfection vers
+laquelle tendait cet établissement. Il y semble parvenu, et on ne doit
+pas raisonnablement espérer de voir les produits des postes subir
+d’augmentation notable.
+
+Ce qui appartient essentiellement à notre époque, c’est l’ordre
+introduit dans les recettes et les dépenses par des hommes habiles qui
+ont perfectionné les nouveaux systèmes de comptabilité; c’est cet
+ensemble de tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et
+ramenées, avec un art surprenant, au point central d’où tout émane; ce
+sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles repose une administration
+tellement importante que rien ne peut en entraver la marche rapide et
+régulière, ni en suspendre, sans danger pour la société, le mouvement
+continu.
+
+Cette institution, n’en doutons point, reprendra toute son influence
+primitive sous un Roi qui, à l’exemple de ses prédécesseurs, est si
+digne de la faire fleurir dans l’intérêt de la morale publique; et les
+postes, enfin, seront moins considérées par leurs produits que par leurs
+rapports politiques et sociaux.
+
+
+
+
+TROISIÈME PARTIE.
+
+DES POSTES CHEZ TOUS LES PEUPLES.
+
+
+Nous avons vu de quelle manière les postes, après avoir été établies en
+Orient, se sont répandues chez quelques nations de l’Occident, et plus
+particulièrement en France. Nous désirerions compléter notre travail en
+suivant leur histoire chez tous les peuples du monde. Mais, si elle se
+réduit pour le plus grand nombre à quelques notions générales, du moins
+est-elle susceptible d’offrir plus d’intérêt en Europe, où les Français
+ont été les premiers à introduire ce moyen rapide de correspondre avec
+régularité. A la gloire d’avoir été les créateurs de cette institution
+chez les modernes, se joint, pour eux, celle de l’avoir portée à un
+point de perfection auquel leurs imitateurs ont vainement cherché à
+arriver jusqu’à ce jour.
+
+
+ALLEMAGNE.
+
+Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des postes en France,
+que l’Allemagne suivit, la première, cette heureuse impulsion, qui
+devait se communiquer insensiblement à toute l’Europe.
+
+Le comte François de Taxis les établit vers la fin du règne de
+Maximilien I.er, et en eut la direction générale, après avoir été
+autorisé à faire les avances qu’exigeait une institution de cette
+importance. L’empereur, qui avait toujours de grands intérêts à ménager
+avec son petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas, voulut
+que les premières postes fussent mises en activité, de Bruxelles à
+Vienne, avec l’agrément des états dont cette route traversait le
+territoire.
+
+Cet établissement reçut de grandes améliorations sous le règne de
+Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste de Taxis; et Philippe II
+prolongea un embranchement de sa poste d’Italie, pour joindre celle des
+Pays-Bas à Augsbourg.
+
+L’empereur Mathias, en récompense des services importans que ne
+cessaient de lui rendre les princes de la maison de Taxis, dans la
+conduite de cette entreprise déjà si répandue, érigea la surintendance
+générale des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de
+Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme les successeurs
+de Charles-Quint possédaient l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas et une
+partie de l’Italie, le titre de grand-maître des postes de tous ces
+états y fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la
+dénomination de postes espagnoles.
+
+Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche ont restreint les
+priviléges accordés aux princes de la maison de Taxis. Ils n’ont
+conservé que la direction des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et
+de quelques autres parties de l’empire[131]. C’est là aussi qu’on
+remarque la régularité et la célérité qui contribuent à donner à ce
+service une supériorité que les princes de Taxis tiennent sans doute à
+honneur de transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de
+leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent cette institution.
+
+ [131] M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés
+ autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel
+ elles s’élevaient à un million de rixdalers; selon d’autres, à un
+ million de florins.
+
+M. le comte de Nadardy, président de la Chambre aulique, est
+directeur-général des postes et des messageries impériales et royales.
+
+L’administration des postes de chaque province est confiée à un
+directeur principal, dont dépendent des directeurs particuliers. Le
+directeur des postes à Vienne, par exemple, est administrateur des
+bureaux de toute la province de la Basse-Autriche.
+
+M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan de l’empereur,
+intendant-général des postes étrangères, est chargé, conjointement avec
+M. le prince de Metternich, de tout ce qui est relatif aux offices
+étrangers.
+
+Le transport des dépêches se fait, généralement, dans les provinces, par
+des charrettes[132] ou carrioles légères, découvertes, à quatre roues,
+attelées d’un cheval; et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on
+est forcé d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant, on
+ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture, le postillon assis
+dans le fond.
+
+ [132] Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces
+ voitures offrent plus de commodité et de perfection.
+
+Les postillons, distingués autrefois par une petite trompe brodée sur
+leur habit de drap jaune, en portaient une autre en argent qui servait à
+annoncer leur départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des
+villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson sur lequel
+était gravé le nom du lieu d’où ils étaient expédiés. Ces postillons
+conservent encore ces divers attributs.
+
+De semblables distinctions varient suivant les états. En France, par
+exemple, les postillons se servent, comme dans l’antiquité, seulement
+d’un fouet, dont le bruit, habilement modifié, suffit pour faire
+connaître l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur
+passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard, ou d’éviter
+tout accident.
+
+Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité. Il arrive
+souvent de faire sept milles avant de trouver un relais; ce qui a lieu
+entre Wismar et Rostock.
+
+Quant aux routes[133], il y a peu d’années encore qu’on se plaignait de
+leur état d’abandon. On trouvait aussi que les postillons[134]
+s’occupaient plus de soigner leurs chevaux[135] que de contenter les
+voyageurs. Il existait un impôt sous le nom de shimrr[136], qui
+consistait à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à cet
+effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer de chevaux en
+cherchant à se soustraire à ce tribut onéreux.
+
+ [133] M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur
+ ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême.
+ Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux
+ préparatoires pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu.
+
+ [134] Ils portent le nom de phwager, c’est-à-dire beau-frère,
+ dénomination dont on ignore l’origine.
+
+ [135] Les chevaux d’Allemagne sont forts et bons pour le trait; mais
+ ils le cèdent en légèreté et en vitesse à ceux d’Angleterre. La
+ Bavière, la Franconie, la Poméranie et le Mecklembourg, sont les
+ provinces où l’on nourrit les meilleurs chevaux.
+
+ [136] Graisse.
+
+S’il en est ainsi, c’est à juste titre qu’on a prétendu que la police, à
+l’égard des maîtres de poste, n’était pas très-sévère en Allemagne[137].
+On sait qu’en France il en est autrement.
+
+ [137] Dans le pays de Brunswick on trouve affiché, à chaque bureau de
+ poste, les noms des commissaires désignés par le prince pour
+ terminer les différends entre les voyageurs et les maîtres de poste.
+
+Ou y trouverait aussi très-gênante l’obligation de ne se servir que de
+la poste une fois qu’on a commencé à prendre cette voie, ou de ne
+pouvoir, dans le cas contraire, employer les chevaux de louage qu’avec
+l’autorisation des maîtres de poste, qui, sans doute, ne l’accordent que
+difficilement.
+
+Dans l’Empire (nom qu’on donne aux provinces méridionales) le prix des
+postes est d’un florin trente kreutzers par cheval et par mille[138].
+Mais ce prix varie considérablement suivant les lieux, soit à cause de
+la diversité des états, soit aussi en raison de la cherté des fourrages.
+A Lubeck, on ne trouve point de chevaux de poste.
+
+ [138] En Hesse, 10 gros par mille; en Saxe, 10; 12 dans le pays de
+ Brunswick et le Hanovre, et 8 dans le duché de Mecklembourg. En
+ 1789, il en coûtait un florin par poste simple, excepté dans les
+ états héréditaires où ce prix était réduit à trois quarts de florin.
+
+Si l’on est exposé à perdre beaucoup de tems par le péage des barrières
+établies sur les routes d’Allemagne et du Tyrol, on peut facilement
+aussi éviter ces retards en payant d’avance aux postillons tous les
+droits auxquels on est assujetti, et qu’ils se chargent d’acquitter.
+
+Le service de la poste aux lettres se fait avec assez de régularité en
+Allemagne. On y a apporté dernièrement quelques changemens, soit dans le
+travail des lettres, soit dans la marche des courriers qui parcourent
+actuellement une poste en une heure et demie.
+
+Le port des lettres est réglé par des tarifs[139] établis sur des bases
+moins fortes que celles adoptées par les autres nations de l’Europe, et
+calculé sur la population, les relations commerciales de l’intérieur et
+de l’extérieur, et sur le cours de l’argent.
+
+ [139] En Bavière, dans le duché de Bade et les postes féodales, la
+ lettre cesse d’être simple dès qu’elle pèse 7 grammes et demi.
+
+A Vienne, l’établissement de la petite-poste a commencé en 1772. Il est
+dû à M. Schotten, qui suivit l’exemple donné en France, douze ans
+auparavant, par M. Chamousset. Le port de la lettre est d’un kreutzer,
+et de 3, 5, 17 kreutzers et plus, au-delà des lignes, en proportion de
+la distance à parcourir. Cette superbe capitale compte plus de 3,000
+carrosses de personnes de marque, 500 fiacres et au moins 80 chaises à
+porteurs. Le nombre des voitures publiques y est très-considérable. Il y
+a même des points sur lesquels il en est expédié 15 ou 20 par jour.
+
+On trouve à Hambourg des bureaux de poste pour divers états; tels que
+l’Empire, le Hanovre, le duché de Brunswick, la Suède, le Dannemarck, le
+Mecklembourg-Schwerin, la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis, etc.
+La petite-poste a son bureau particulier et ses messagers qui parcourent
+les rues six fois par jour, en annonçant leur présence par une sonnette.
+
+L’usage des télégraphes, dont les premières expériences remontent à
+1799, est peu répandu. Ces machines sont loin d’être aussi
+perfectionnées qu’en France: elles ne sont employées que pour des avis
+maritimes, sur quelques points seulement.
+
+Les grands fleuves qui arrosent l’Allemagne, facilitent beaucoup les
+voyages par eau. Il y a sur plusieurs de ces fleuves un marktscheff ou
+coche d’eau, qui va à tems réglé d’un lieu à un autre. L’introduction
+des bateaux à vapeur rendra cette navigation et plus régulière et plus
+commode. Le premier a été lancé en Bavière[140], près de Frédéricshafen,
+sur le lac de Constance. Il y en a eu trois de construits dans les
+duchés de Bade et Wurtemberg[141].
+
+ [140] Le Max-Joseph.
+
+ [141] Le Guillaume entr’autres. Les rouages de ces bâtimens, destinés
+ à un service continuel, ont été confectionnés à Liverpool.
+
+On voyage sans danger sur les routes généralement étroites, qui coupent
+ces divers duchés, par l’adresse des cochers allemands. On ne peut aussi
+éprouver d’incertitude sur les lieux où l’on se rend, puisqu’à tous les
+carrefours des routes un poteau indique, non seulement le nom du canton
+ou du district, mais encore la direction des chemins et la distance de
+chaque point aux villes de quelque importance. Cet usage a lieu dans
+plusieurs autres parties de l’Allemagne, où l’on a établi des colonnes
+milliaires qui marquent, avec la même précision, les distances entre
+chaque endroit.
+
+L’art de dresser toute espèce d’animaux n’offre plus rien de surprenant
+depuis qu’on voit, à Munich, deux énormes loups traîner une calèche. Ils
+appartiennent à un ancien négociant russe qui les a trouvés très-petits
+dans un bois près de Wilna, et qui a si bien réussi à les apprivoiser,
+que loin d’avoir conservé quelque chose de leur instinct féroce, ils ont
+toute la docilité du cheval le mieux dompté. La police exige seulement
+qu’il soient muselés, afin de prévenir tout accident; car, quoique cette
+calèche traverse la ville habituellement trois fois par jour, la foule
+n’en montre pas moins d’empressement à considérer ce singulier
+spectacle.
+
+Par arrangement conclu dès 1819, entre le roi de Wurtemberg et le prince
+de la Tour et Taxis, les postes de ce royaume ont été conférées de
+nouveau, à ce dernier, comme fief héréditaire et masculin de la
+couronne. Ce prince, en sa qualité de grand-maître des postes de
+l’empire, s’est fait représenter dans leur direction pas M. le baron
+Wrintz Barberick, conseiller privé, directeur-général des postes.
+
+Si cet exemple avait des imitateurs parmi les divers princes de
+l’Allemagne, il est à croire que les postes de l’empire, sous les
+descendans de celui qui les a instituées dans le nord de l’Europe,
+parviendraient à un plus haut point de prospérité.
+
+La Hongrie manque non-seulement de routes bien entretenues, mais aussi
+de canaux pour multiplier les communications par le moyen des rivières.
+Les chariots de poste dont on se sert sont très-mauvais, découverts,
+sans ressorts et construits de la manière la plus grossière. Quant aux
+chevaux, ils sont très-estimés, surtout ceux élevés par les Arméniens.
+
+Les postes, dont plusieurs appartiennent au prince Estherhazy, font
+partie des revenus de ce royaume; et, quoiqu’elles soient assez bien
+entretenues, les voyageurs, munis d’un ordre du gouvernement, ne peuvent
+manquer ni de chevaux, ni d’aucun moyen de transport, que tout paysan
+est tenu de leur procurer.
+
+Les loups qui habitent les forêts qui couvrent une partie de la Hongrie,
+rendent les voyages quelquefois dangereux. Il n’est pas sans exemple que
+des courriers, dont plusieurs font le service à cheval, aient été
+dévorés par ces animaux. Ils y sont tellement multipliés, qu’en 1803 ils
+détruisirent plus de 1500 têtes de bétail dans une seule province[142].
+
+ [142] Les mêmes ravages ont eu lieu en Livonie, en 1823. D’après le
+ rapport de la régence, 1841 chevaux, 1243 poulains, 1807 bêtes à
+ cornes, 733 veaux, 15182 moutons, 726 agneaux, 3545 chèvres, 183
+ chevreaux, 4190 cochons, 701 chiens, etc., ont été dévorés.--Le
+ gouvernement prend des mesures efficaces pour mettre fin à ces
+ ravages.
+
+On serait porté à croire que dans les divers états dépendans de
+l’empire, les maîtres de poste sont tous d’anciens militaires auxquels
+ces places offrent d’honorables retraites. Leur costume paraîtrait
+confirmer cette assertion: il consiste en un dolman bleu clair, bordé de
+fourrures et orné de boutons et de galons de soie; un pantalon bleu
+galonné de la même manière, et des demi-bottes. Ils portent tous de
+longues moustaches.
+
+Parmi les édifices destinés aux postes, dans les états dépendans de
+l’empire d’Allemagne, celui de Prague est très-remarquable.
+
+On est forcé d’affranchir les lettres pour tous ces états, le duché de
+Bade excepté.
+
+
+PRUSSE.
+
+Le service des postes se fait régulièrement en Prusse. Il ne diffère pas
+sensiblement de celui employé dans les autres états du nord. Le
+directeur-général actuel est M. le baron de Nagler.
+
+Le tarif n’est pas dans la proportion de celui de France: la lettre est
+considérée comme simple au-dessous de quinze grammes ou un loth.
+
+Le directeur-général des postes a fixé la taxe des ports de lettres pour
+les papiers d’état ayant cours, de manière que, d’après le 37.e article
+du réglement du 18 décembre 1824, on paie, suivant le cours du jour en
+Prusse, pour les papiers monnaie de l’étranger et de tous les papiers
+d’état ayant cours, non un quart, mais un sixième du port fixé pour
+l’argent par le 32.e article dudit réglement. Quant aux papiers ayant
+cours, ils pourront être envoyés par la poste à cheval, en lettres
+recommandées, moyennant le port fixé par les articles 7 et 20 du
+réglement, sous la condition que le contenu des lettres sera déclaré
+exactement; mais sans que la poste le garantisse en aucune manière.
+
+Berlin est la seule capitale de l’Allemagne où il soit question de poste
+royale ou double.
+
+Quant aux routes de ce royaume, elles sont moins bien entretenues que
+dans les autres parties du continent. Il faut croire que la nature
+humide du sol contribue seule à leur donner si peu de consistance, ou
+que le gouvernement n’a pas encore porté son attention sur cette branche
+administrative qui devient l’objet des soins de presque tous les
+potentats de l’Europe. Les relais ne sont établis ni à des distances
+rapprochées, ni même à des espaces égaux. Il n’est pas étonnant aussi
+que, vu l’état des routes et les haltes fréquentes des postillons pour
+reposer leurs chevaux et leur donner de l’eau, on ne voyage pas avec
+célérité. Il y a tel relais, par exemple de Berlin à Rhemsberg[143],
+pour lequel 24 heures suffisent à peine. Dans les chemins ordinaires le
+postillon ne devrait mettre tout au plus qu’une heure et quart par
+mille. On paie par cheval et par mille 10 gros.
+
+ [143] Dix milles.
+
+Les malles des voyageurs qui arrivent aux frontières de la Prusse, par
+la poste ou avec leurs chevaux, doivent être plombées par les commis de
+la douane, à moins qu’on ne veuille souffrir qu’elles soient ouvertes et
+visitées; ce qui est constaté par un certificat.
+
+Les voitures construites en Prusse se sont répandues par toute l’Europe.
+On sait que celles appelées berlines ont été inventées par un architecte
+de ce royaume.
+
+L’Affranchissement des lettres est forcé pour la Prusse.
+
+
+RUSSIE.
+
+Anciennement en Russie, au lieu de se servir de chevaux pour les
+voitures, on y attelait des cerfs. L’usage des traîneaux était plus
+répandu pour courir la poste. Ces animaux les tiraient avec une telle
+rapidité, qu’ils faisaient plus de quatre milles par heure.
+
+On a regardé pendant long-tems dans ce pays, comme un crime
+capital[144], de prendre la voie des voitures publiques, sans en avoir
+obtenu l’autorisation.
+
+ [144] En France, on punissait de mort celui qui se servait des chevaux
+ de poste sans un ordre du grand-maître des postes.
+
+Dans la Finlande et dans la Laponie on employait les cerfs avec beaucoup
+de succès. Un seigneur allemand, du tems de Charles-Quint, en avait
+dressé un qui surpassait les chevaux les plus légers en vîtesse. Il le
+montait lui-même, et en fit l’expérience dans plusieurs courses
+publiques.
+
+Au reste, ces exemples nous paraîtront d’autant moins étonnans, que nous
+avons eu beaucoup d’occasions de remarquer en France l’instinct,
+l’adresse, l’agilité et la docilité de cet animal. Mais il est
+très-douteux que dans les lieux mêmes où les cerfs sont les plus
+communs, on les assujettisse à un service régulier comme celui des
+postes.
+
+Les rennes et les chiens sont également dressés, dans ces contrées
+glaciales, à tirer les traîneaux destinés aux voyageurs et au transport
+des dépêches. Il serait difficile de donner une juste idée de la
+rapidité avec laquelle ils les conduisent.
+
+La poste aux lettres est administrée par un directeur-général ou
+grand-maître[145]. Le prince Alexandre Galitzin, ministre des cultes
+étrangers et de l’instruction publique, est le directeur-général actuel
+des postes de l’empire Russe.
+
+ [145] En Livonie, les postes sont sous la direction du corps de la
+ noblesse, et on trouve à chaque relais un commis des postes qui a
+ sous lui un autre employé.
+
+Il y a beaucoup d’exactitude dans le service de la correspondance; mais
+le port des lettres est très-élevé, quoique la lettre, d’après le tarif,
+ne soit considérée comme simple que jusqu’à 15 grammes ou un loth. Ce
+prix a même augmenté, depuis quelques années, pour subvenir aux frais de
+la construction d’un nouvel hôtel des postes et d’un autre destiné au
+grand-maître. Ces édifices, très-remarquables, sont terminés, et la taxe
+n’a pas encore éprouvé de diminution. Il est à remarquer néanmoins que
+les postes ne produisent de profit que dans quelques provinces où leur
+entretien ne coûte rien à la couronne.
+
+Nous pensons que l’obligation de jeter les lettres à la boîte au moins
+seize heures avant le départ du courrier, est toute au désavantage du
+public. Ce délai annoncerait que le travail des lettres ne serait pas
+aussi perfectionné qu’en France, où l’administration se réserve à peine
+une heure pour le même objet.
+
+La poste se charge des assignations de la banque, et en répond moyennant
+demi pour cent.
+
+A Saint Pétersbourg, le nombre des voitures de tout genre est plus
+considérable qu’il ne l’est dans les autres capitales de l’Europe. On
+distingue surtout le _droschky_ si élégant par son vernis et ses
+moulures. Il n’est cependant formé que d’une planche sur quatre roues,
+ce qui lui donne quelque ressemblance aux chars-à-banc de la Suisse.
+
+Parmi les voitures de voyage on remarque le kibitka, espèce de charrette
+qui a rapport, pour la forme, à un berceau. Elle est ronde en dedans et
+a cinq pieds de large: on n’emploie pas un morceau de fer dans sa
+construction.
+
+Le traînage ajoute encore à la facilité de voyager: on fait placer et
+attacher sa chaise de poste sur les flasques du traîneau; et, comme les
+fleuves sont gelés et les routes très-larges, ou avance sans obstacle
+avec une vîtesse extrême. Ainsi, il n’est pas rare que, sans être arrêté
+par les distances, on aille dîner à 5 ou 6 milles (10 ou 12 lieues) de
+chez soi, pour revenir le soir à son habitation.
+
+On compte les distances par werstes. Des bornes élevées, placées d’un
+côté des routes et peintes de noir et de blanc, font connaître au
+voyageur la route qu’il parcourt: de l’autre, sont des poteaux plus
+petits, ordinairement établis deux à deux, sur lesquels se trouve écrit
+le nom des terres chargées de l’entretien des chemins et des bornes de
+chaque district. On ne paie nulle part de droits de route. Si l’on ne
+veut pas attendre aux postes, il faut, dit-on, se faire accompagner d’un
+bas officier, qui trouve toujours dans sa canne les moyens de stimuler
+les postillons: il est fort aisé de les obtenir des chefs de corps.
+
+Les chevaux se paient deux copecs par werste, et il n’est rien dû au
+postillon[146], auquel cependant on donne quelque rétribution. Une
+voiture ou un traîneau qui contient deux ou trois places, n’est attelé
+que de trois chevaux. On n’en paie jamais plus qu’on n’en a; et, même,
+si l’on est peu chargé, on n’en paie que deux. Cela dépend du
+podaroschna ou permis que l’on prend en partant, et sur lequel est
+désigné le nombre de chevaux qu’on emploiera. Il arrive souvent que,
+malgré les ordres du grand-maître des postes, les maîtres des relais
+vous rançonnent, surtout aux environs de Saint-Pétersbourg.
+
+ [146] Ils ne conduisent pas à cheval, mais ils ne sont pas difficiles
+ sur les moyens de se faire un siége.
+
+Mais, en général, on voyage très-rapidement en Russie, soit en hiver,
+soit en été; surtout en Finlande, qui passe pour la partie de l’empire
+où l’on est le mieux servi par les postes[147]. La vîtesse des chevaux
+russes est incroyable. Ces animaux sont communément courts; leur
+poitrail est large, leur cou, long et maigre, et leur tête est
+ordinairement moutonnée; ils supportent bien la fatigue. Les petits
+chevaux de Livonie sont fameux par leur durée et leur légèreté à la
+course. Parmi ces différentes espèces de coursiers, il en est une
+très-renommée dont la vîtesse est passée en proverbe chez les Mongols.
+
+ [147] Il y a 4 ou 5 ans que les établissemens de poste ont été
+ construits à neuf dans certaines parties de l’empire. On trouve dans
+ chaque maison trois chambres: une pour les voyageurs, une pour les
+ maîtres de postes et l’autre pour les postillons. Une cour
+ très-propre et entourée de haies, est placée devant chaque maison.
+ Il y a dans chaque station 10 chevaux (autrefois 15 ou 20), et 5 ou
+ 6 postillons russes ou tartares, suivant les lieux.
+
+Les chemins entre les principales villes sont très-beaux, et il n’est
+pas extraordinaire de courir 250 werstes[148] en 24 heures. On a
+introduit en Russie, sur certaines routes, entr’autres sur celle de
+Kamenoi à Ostrow, des ornières (fahrbahoun) en bois, dans lesquelles les
+voitures roulent doucement et sans bruit. L’entreprise se fait aux frais
+de l’empereur; mais les propriétaires seront chargés à l’avenir des
+réparations, surtout dans les rues des villes.
+
+ [148] 36 milles d’Allemagne.
+
+Si l’on voyage à bon compte en Russie par la voie des postes, c’est que
+le gouvernement supporte, en grande partie, les frais qu’elles
+occasionnent; mais la nécessité dans laquelle on se trouve de porter ses
+provisions et ses équipages, diminue beaucoup cet avantage, parce que
+les aubergistes ne fournissent que le logement.
+
+Quelques voyageurs préfèrent se servir, au lieu de la poste, des
+jamtschtschikis ou voiturins russes, qui marchent avec la même
+diligence, en changeant quelquefois de chevaux de slobode en slobode,
+chez les voituriers de leur connaissance.
+
+La première classe des paysans serfs, ou paie l’obrok à l’empereur, ou
+est employée à divers travaux, dans lesquels le service de la poste est
+compris.
+
+Tout voyageur qui veut obtenir son passeport doit préalablement annoncer
+son départ, au moins trois fois, dans la gazette du pays. Cet usage,
+établi en Russie, est commun à plusieurs contrées, et particulièrement
+aux colonies.
+
+Quant à la facilité de se faire précéder par un courrier pour avoir des
+chevaux, elle n’a plus lieu.
+
+Les tentatives employées pour multiplier les moyens de correspondre par
+le télégraphe, se sont bornées à quelques essais infructueux. Il n’en
+est pas ainsi des établissemens destinés à faciliter les transports de
+toute espèce entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Outre la poste
+ordinaire, on vient d’en organiser une accélérée entre ces deux villes.
+Un pont suspendu à des chaînes de fer a été construit sur le canal de la
+Moïka[149]. La Russie participe, connue le reste de l’Europe, à
+l’avantage que procure la navigation par les bateaux à vapeur. Il y en a
+même en pleine activité jusqu’en Sibérie.
+
+ [149] Il sera construit sur les dessins du général Dufour, de Genève.
+
+Chez les Ostyacks, nombreuse peuplade répandue sur les bords de l’Oby,
+les chiens sont établis par relais comme les chevaux dans les postes.
+
+Les chevaux sont peu communs au Kamtchatka. Ils ne servent que l’été,
+pour le transport des marchandises et effets de la couronne, ainsi que
+pour la commodité des voyageurs. Les chiens, en revanche, y abondent, et
+suffisent à tous ces travaux. L’été est le tems de leur inaction. Ces
+chiens sont attelés deux à deux à un traîneau; un seul est à la tête et
+sert de guide. Leur nombre est proportionné à la charge du traîneau; il
+est ordinairement de cinq pour une personne, et se trouve porté
+quelquefois jusqu’à 45 par suite du luxe de certains voyageurs. Ces
+traîneaux prennent divers noms, selon qu’ils servent aux voyageurs ou
+aux marchandises. Ils ont la forme d’une corbeille de trois pieds de
+long sur un pied de large. On étend une peau d’ours sur le siége. La
+légèreté de ces voitures est telle, qu’elles pèsent à peine six livres.
+
+On emploie aussi les rennes qu’on attèle deux à deux. Ces animaux sont
+dressés à courir nuit et jour pendant trois heures consécutives, puis on
+les détèle, pendant une heure, pour les faire reposer et les laisser
+paître. Au bout de ce tems elles repartent avec la même ardeur, et
+achèvent ainsi leur route avec une extrême diligence.
+
+Près de la Léna, les postes se comptent par stations. Celles-ci sont de
+30, 40, 50 et même de 80 werstes. Les frais de poste n’en sont pas pour
+cela plus considérables; un homme se paie comme un cheval. Qu’on juge de
+la peine des malheureux condamnés à faire le service de la poste,
+c’est-à-dire, à traîner les bateaux d’une station à l’autre, dans
+l’espace de 1200 werstes. Cette terrible corvée fait la punition des
+exilés et des malfaiteurs; ils partagent ce travail avec des chevaux. Le
+seul soulagement que cet affreux métier vaille à ces forçats, se réduit
+à quelques mesures de farine que le gouvernement leur accorde.
+
+Les Russes qui voyageaient par ordre de la cour, sur les frontières de
+la Sibérie, où les maîtres de poste le plus souvent ne savent pas lire,
+étaient munis, autrefois, d’un passeport tout particulier. Il consistait
+en cordes passées au travers d’un sceau, auxquelles on faisait des
+nœuds, de sorte que les maîtres de poste, pour connaître le nombre de
+chevaux qu’ils devaient fournir, n’avaient qu’à compter les cordes et
+les nœuds.
+
+La poste ne sert en Pologne que pour les lettres et paquets. Elle fut
+établie par ordre de la république, sous le règne de Ladislas IV. Avant
+ce tems, les ordres du roi étaient portés par les gentilshommes de la
+cour, qui se faisaient donner des voitures par les Starostes.
+
+Il faut porter tout avec soi, quand on voyage dans ce pays, soit en
+chaises ou en chariots. C’est dans ces derniers que les grands seigneurs
+font placer leurs effets. La construction de routes ferrées y est
+achevée sur un espace de plus de 66 milles d’Allemagne. Celle des routes
+de Varsovie aux frontières de la Prusse le sera incessamment, et offrira
+sur cette ligne, qui traverse toute la largeur du royaume depuis Kalish
+jusqu’à Brzesc, 60 milles d’une communication non interrompue, ce qui
+rendra les relations plus faciles et moins coûteuses, puisque les relais
+de poste et de roulage emploient déjà moitié moins de chevaux
+qu’auparavant. Il y a eu des constructions semblables dans les
+palatinats de Cracovie, de Lublin, de Ploclk et d’Augustow; on remarque
+encore celle de 523 ponts, parmi lesquels celui de Z’lotorya, réunissant
+sur la Narew les limites de l’empire et du royaume, a été fait aux frais
+communs des deux gouvernemens.
+
+Les lettres pour la Russie et les provinces qui en dépendent, expédiées
+de France, peuvent être affranchies, mais non pas jusqu’à destination,
+tandis que celles de l’intérieur de l’empire ne peuvent y circuler sans
+être soumises à l’affranchissement.
+
+
+TURQUIE D’EUROPE ET AUTRES PROVINCES MÉRIDIONALES.
+
+Dans la Turquie d’Europe, en Valachie et en Moldavie, les voitures le
+plus en usage parmi les personnes riches, sont les calèches allemandes,
+qu’on fait venir à grands frais de Vienne.
+
+La manière de voyager dans ces contrées est tellement expéditive, que
+celle d’aucune autre nation ne peut lui être comparée. L’organisation
+des postes y est assez bonne: ceci ne doit s’entendre que des chevaux,
+car, pour le reste, il n’y a rien de pire. Au lieu de chaises on ne
+trouve que des chariots incommodes auxquels on attèle avec des cordes
+quatre chevaux guidés par un postillon, lesquels partent au grand galop,
+et ne s’arrêtent ni ne ralentissent le pas qu’à la poste suivante;
+quelque tems avant d’y arriver, le postillon s’annonce par les
+claquemens de son fouet, et aussitôt un nouveau chariot, conduit par
+d’autres chevaux, se trouve prêt et ne cause aucun retard aux voyageurs.
+
+Les préposés pour l’entretien des routes se nomment _sermiens_: celle de
+Vienne à Constantinople est bien ferrée.
+
+Les maîtres de poste fournissent les chevaux et les hommes assujettis à
+cette corvée qui leur tient lieu d’impôt. On trouve souvent un pandour à
+la tête des relais. Lorsque le maître de poste ne peut fournir les
+chevaux nécessaires à la course, les habitans sont tenus d’y suppléer à
+leurs frais, car on a, dans la Moldavie, la barbare coutume de
+s’emparer, pour le service public, de tout ce qui se rencontre, bœufs,
+chariots, chevaux, etc., sans rien payer. On les enlève aux paysans dans
+les villages, aux voyageurs sur les grands chemins, aux étrangers même
+qui se trouvent sur la route, et on ne les leur rend que lorsqu’on n’en
+a plus besoin, en supposant que les voitures ne soient pas brisées et
+les chevaux crevés de fatigue.
+
+Sous la dénomination commune de tartares, sans distinction d’origine, on
+comprend les courriers de ces contrées, où le service de la poste aux
+lettres se fait assez régulièrement. Celui de la poste aux chevaux cesse
+à Andrinople. On ne peut continuer sa route jusqu’à Constantinople,
+qu’au moyen de marchés particuliers avec les propriétaires de chevaux;
+ce qui devient arbitraire et coûteux. Les courriers sont ordinairement
+accompagnés de janissaires. Les postes ne se comptent plus aussi par
+milles, mais par la distance de chemin qu’un chameau peut parcourir en
+une heure.
+
+A Constantinople, on loue un bateau comme ailleurs on louerait une
+voiture. Ces embarcations élégantes, ornées de sculpture et de dorures,
+sont conduites avec une adresse remarquable par les matelots turcs.
+
+L’affranchissement est de rigueur pour tous ces lieux.
+
+
+PAYS-BAS.
+
+L’organisation des postes y a varié souvent depuis l’époque où ces
+provinces ont cessé d’être régies par les princes de la maison de Taxis.
+En 1807, la Hollande était divisée en cinq arrondissemens. Les cinq
+directeurs particuliers qu’on y avait placés, dépendaient d’un
+directeur-général des postes, auquel étaient adjoints trois conseillers
+et un secrétaire-général. Le tarif de France, qu’on avait adopté pour la
+taxe des lettres, y est encore en usage.
+
+Les bâtimens destinés au transport des dépêches, des marchandises et des
+voyageurs, se nomment _treckschuyten de Beurtschipen_: ils font quatre
+milles à l’heure. Les Hollandais calculent la route de leurs
+embarcations, non par le nombre de milles parcourus, mais par celui
+d’heures écoulées. Des chevaux les tirent le long des canaux, et sont
+conduits par des jeunes gens appelés chasseurs (_hitjagertje_), qui
+portent, au lieu d’un cornet de poste, une corne de bœuf pendue à
+l’épaule, dont ils se servent, soit pour donner le signal du départ,
+soit pour faire lever les ponts qui se trouvent sur les canaux, soit,
+enfin, pour avertir les bateaux qui pourraient se trouver sur leur
+passage de se tenir sur le côté opposé du canal. Ce moyen rend les
+communications de l’intérieur très-faciles. Le gouvernement, aux frais
+duquel ces bâtimens sont entretenus, exige qu’ils marchent avec une
+ponctualité extraordinaire.
+
+S’il en coûte peu pour voyager de cette manière, il n’en est pas ainsi
+des chaises de poste[150].
+
+ [150] On paie ordinairement 36 florins pour sept chevaux, depuis Breda
+ jusqu’à Gorcum, et trois florins et demi par cheval, de Gorcum à
+ Utreck.
+
+Cette sorte de voiture a la forme d’une calèche couverte et très-courte,
+ayant, au lieu de timon, une pièce de bois semblable à une corne ou à un
+arc, placée entre les roues de devant, et sur laquelle le conducteur
+s’appuie les pieds pour donner à la voiture, par cette pression, la
+direction nécessaire dans les chemins plats. Les chevaux ne sont attelés
+qu’avec des cordes, et l’on en met souvent trois de front. Si l’on
+descend un pont dont la pente est rapide, le voiturier place les pieds
+sur la croupe de l’un des chevaux, et retient ainsi la voiture tout le
+tems convenable.
+
+Les voitures, dont on fait usage à Amsterdam, sont, ou des carrosses de
+louage à 4 roues, ou des cabriolets à deux roues et à deux chevaux, ou,
+enfin, des _schleen_, c’est-à-dire des caisses de voitures posées sur un
+traîneau et tirées par un cheval.
+
+Le service des postes, qui se fait en grande partie par eau[151], ne
+peut que devenir plus régulier par l’établissement des bateaux à
+vapeur[152].
+
+ [151] Beaucoup de maisons de campagne ont une petite boîte en bois,
+ placée près des canaux, où l’on jette en passant les lettres et
+ paquets adressés à ceux qui y résident.
+
+ [152] C’est en 1824 que la société des bateaux à vapeur a été
+ installée à Rotterdam. Peu de tems après, le bateau destiné à la
+ correspondance, entre Amsterdam et Utreck, a commencé son service.
+ La distance de l’une de ces villes à l’autre est de huit lieues, et
+ le trajet se fait, dit-on, en trois heures et demie. Plusieurs
+ bateaux ont été employés successivement depuis aux communications
+ intérieures, et à naviguer entre la Hollande et Hambourg. Celui
+ établi sur le Rhin, s’appelle le Colonais. Il est en fer; sa force
+ est égale à celle de cent chevaux, sa capacité a celle de 60 à 80
+ lastes, et sa profondeur dans l’eau est de trois pieds et demi. Il
+ met 4 ou 5 jours pour se rendre à Cologne. Le Zeew, autre bateau à
+ vapeur, est destiné pour les relations entre Anvers et Cologne.
+
+ Peu de tems après, cette même société tint une assemblée générale
+ d’actionnaires, et nomma l’administration qui doit régir cette
+ nouvelle association. Elle a déjà donné beaucoup d’extension à son
+ entreprise, et augmenté son capital d’un million de florins.
+
+Si les canaux facilitent si utilement les moyens de correspondre, les
+routes de la Hollande n’y contribuent pas moins. Elles sont superbes,
+plantées de plusieurs rangées d’ormeaux et couvertes de voitures de
+toute espèce. Le produit des taxes prélevées aux barrières, qui y sont
+établies, sert à les entretenir. La surface plane de la Hollande
+contribue beaucoup à leur solidité et à leur propreté. Il n’en est pas
+ainsi des chemins vicinaux, à peine praticables dans la plus belle
+saison.
+
+On raconte, comme un trait de la simplicité des mœurs des habitans de la
+Haye, que, lorsque Louise de Coligny vint épouser le prince Guillaume,
+les magistrats de la ville lui envoyèrent un chariot de poste ouvert,
+dans lequel elle fit son entrée, croyant sans doute remplacer, par
+l’accent du cœur, les vaines solennités d’une froide étiquette.
+
+Ou emploie fréquemment les chiens à traîner des charrettes chargées de
+provisions et de marchandises. Les chèvres, attelées à de petites
+voitures, transportent aussi de très-lourds fardeaux. On est étonné du
+poids que ces animaux font mouvoir, et de la docilité qu’ils montrent
+dans un exercice qui semble si peu approprié à leur force et à leur
+conformation.
+
+L’affranchissement pour ce royaume est volontaire.
+
+
+DE LA SUÈDE, DE LA NORWÈGE, DU DANNEMARCK ET DE QUELQUES AUTRES PARTIES
+DU NORD.
+
+Dans le Holstein on a un soin extrême des chevaux. Les voituriers et les
+cochers sont toujours pourvus de deux couvertures dont ils s’enveloppent
+eux-mêmes pendant la route, et dont ils couvrent leurs chevaux lorsqu’on
+s’arrête, quoique ce soit la partie de l’Allemagne où on les charge le
+moins.
+
+Le péage du Sund est une des branches du revenu du Dannemarck. Il y a
+des fanaux établis pour les endroits dangereux; d’autres feux brillent
+en divers lieux de la côte pour guider les voyageurs dans les nuits
+obscures et orageuses.
+
+Le passage du Belt est d’un demi-mille; on le fait en très-peu de tems.
+Il y a dans le grand Belt deux postes télégraphiques, et il est permis
+aux voyageurs de s’en servir, pour accélérer leur marche, en faisant
+préparer les relais d’avance. Dans ce cas, ils paient 24 schellings lubs
+pour chacun des deux inspecteurs. C’est à ce seul usage que s’est réduit
+l’emploi de ce genre de télégraphe, qui n’a pu être étendu à cause de
+son imperfection.
+
+En Dannemarck, comme en Prusse, les routes sont assez mauvaises; il n’y
+a d’autre différence que celle du droit de barrière qui n’y est pas
+introduit. Mais les paysans ont à leur charge la réparation des chemins,
+des ponts, et doivent fournir des chevaux et des voitures au roi, à ses
+ministres ou à ses grands officiers lorsqu’ils voyagent.
+
+Il est accordé, par le réglement, une heure au maître de poste pour
+apprêter ses chevaux: on n’attend jamais au-delà. Les postillons sont
+très-actifs. Ils ont une feuille qu’ils doivent présenter aux maîtres de
+poste, lorsque ceux-ci l’exigent, où l’heure du départ est indiquée
+ainsi que les plaintes qu’on a pu porter contr’eux.
+
+Le prix des chevaux[153] varie quelquefois. Il est communément de 16
+schellings par mille et par cheval.
+
+ [153] Ceux de Seeland sont très-renommés. Dans l’île de Fionie, en
+ été, on ne paie que 10 shellings par cheval; mais, en hiver, on
+ donne quelques schellings de plus. Il y a en outre les droits de
+ barrières de 2 schellings par mille.
+
+Le revenu des postes qui, depuis le roi Frédéric VI, entre dans la
+caisse du roi, monte à 200,000 rixdalers et même au-delà.
+
+La poste, en Norwège, est une institution qui ne remonte pas plus haut
+que 1783. Les bureaux de poste étaient communément chez les pasteurs,
+qui ouvraient les paquets et prenaient les lettres appartenant à leurs
+districts: ils en tenaient note sur des registres destinés à cet usage.
+
+Les cabriolets, dans cette partie, sont dans le genre italien et
+très-jolis: les femmes les conduisent elles-mêmes avec beaucoup de grâce
+et de facilité sur les routes généralement très-belles.
+
+En Suède, tout paysan est postillon; il n’est pas même un enfant qui ne
+soit en état de mener une voiture. La nécessité lui en fait une loi,
+puisqu’il n’existe pas de relais, et que, obligé de fournir les chevaux
+pour le transport des dépêches et des voyageurs, il est contraint, par
+la même raison, de les conduire.
+
+Quand un voyageur arrive à une station de poste, on prévient le paysan
+dont le tour est venu de marcher. Celui-ci le conduit à un mille ou deux
+milles (3 ou 6 lieues), d’après la distance où il se trouve lui-même de
+son habitation. Un autre le remplace; c’est ainsi qu’il parvient à sa
+destination. Pour éviter les retards qu’entraînerait naturellement cette
+manière de voyager, il est d’usage de se faire précéder 5 ou 6 heures
+d’avance par un messager. En prenant cette précaution, on peut parcourir
+de grandes distances sur les routes de la Suède, comparables à celles de
+l’Angleterre par leur solidité et leur agrément.
+
+Il est peu de pays où l’on voyage à meilleur marché qu’en Suède. Mais,
+pour prévenir les inconvéniens causés par les cordes qui servent à
+attacher les chevaux, et qui ont besoin d’être renouvelées souvent, il
+faut se précautionner de harnois. On n’a pas d’ailleurs le choix des
+moyens de transport, puisque le royaume est encore privé de la ressource
+des voitures publiques.
+
+Le gouvernement est instruit très-exactement de tout ce qui concerne les
+voyageurs, qui sont tenus d’inscrire sur le dagbok, qu’on leur présente
+à chaque station, leurs noms, leurs professions, le lieu d’où ils
+viennent, celui où ils se rendent, le nombre de chevaux qu’ils prennent,
+et les plaintes qu’ils ont à faire du postillon. Ce livre est remis tous
+les mois aux gouverneurs de chaque province.
+
+Tous les passages des rivières sont servis, en été, par des bateaux
+courriers; en hiver, par des traîneaux et des chevaux. Il y a des
+espèces de télégraphes établis pour ces divers services.
+
+Le service de la poste se fait aussi en Suède par deux bateaux à vapeur,
+l’un établi entre Christiana et Christiansand, et l’autre entre
+Fredericsvaern et l’île de Suland.
+
+En 1796, on augmenta le prix des chevaux. Ils coûtaient 4 schellings: ce
+prix fut doublé. Du reste, il varie suivant les lieux[154]. Les chevaux
+suédois, quoique petits et maigres, courent avec vîtesse et font un
+mille à l’heure.
+
+ [154] On paie 16 schellings à Stockholm, et 12 sch. dans quelques
+ autres villes.
+
+On compte déjà plusieurs bateaux à vapeur[155] dans ce royaume, où de
+grands travaux[156], entrepris dernièrement, ont contribué à multiplier
+les relations intérieures.
+
+ [155] M. Owen vient d’inviter le public à un voyage de plaisir dans
+ son bateau qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il abordera à
+ Penlenhost et y restera 6 jours pour jouir des fêtes qui s’y
+ célèbrent tous les ans pour l’impératrice mère. Ce voyage durera
+ trois semaines. Chaque passager paiera cent écus de banque de Suède;
+ il pourra demeurer tout le tems du voyage dans le bateau.
+
+ [156] Le total des journées pour ces divers ouvrages d’utilité
+ publique, dont les six septièmes ont été faits par l’armée, s’est
+ élevé à 7,758,899 journées.
+
+Les chemins établis à travers les Fjalls (montagnes qui séparent la
+Suède de la Norwège), les routes, l’une par le Jutland, l’autre par la
+province de Daulwand, et la troisième par celle de Wermland, qui
+facilitent de nouvelles communications, ont été achevées en 1823; et un
+grand pont de bateaux a été jeté sur un bras de mer nommé le Semsund,
+situé sur les frontières de la Norwège et de la Suède.
+
+On évalue à peu près à 418,000 francs le revenu que les postes rendent
+au roi.
+
+Ce service recevra une grande amélioration, si le projet proposé par M.
+Kemner, négociant à Stockholm, et adopté par le gouvernement, d’établir
+une petite-poste à l’exemple des principales capitales de l’Europe, se
+réalise.
+
+L’affranchissement pour ces états est libre.
+
+
+ANGLETERRE.
+
+Les postes en Angleterre, en Irlande et en Ecosse, dépendent du roi. Un
+acte du parlement, par une exception unique, en avait attribué les
+produits au duc d’York, qui, depuis, occupa le trône sous le nom de
+Jacques II.
+
+Au commencement du siècle dernier elles étaient régies par un
+administrateur sous le titre de député. Il résidait à Londres, et avait
+sous lui près de quatre-vingts officiers, dont les fonctions étaient, ou
+de participer au travail des lettres, ou d’en avoir la surveillance. Il
+n’existait alors que cent vingt-deux bureaux de poste. Le bureau
+principal de l’Irlande était à Dublin. A la fin du même siècle, la même
+administration entretenait 170 malles-postes, 4500 chevaux, et comptait
+3000 employés chargés de la distribution des lettres dans l’intérieur,
+outre celles qui étaient transportées par de nombreux paquebots expédiés
+pour les principaux points du continent.
+
+Comme le service extérieur ne pouvait avoir lieu que par mer, ce député,
+ou grand-maître des postes, entretenait six bâtimens appelés paquebots,
+pour les relations établies, deux fois la semaine, avec la France, la
+Hollande et l’Irlande.
+
+Les améliorations survenues dans l’état des postes de ce royaume,
+s’expliquent par l’activité du peuple le plus industrieux et le plus
+commerçant de l’Europe, et surtout par le bon état des routes dont cette
+île est parfaitement coupée en tous sens, quoique aucune ne soit
+pavée[157].
+
+ [157] Les rues des grandes villes sont seules pavées; mais les routes
+ sont bien ferrées et particulièrement bien entretenues.
+
+Il paraîtrait, d’après l’ouvrage de M. J.-L.-M. Adam[158], qu’il se
+serait introduit quelques abus dans cette partie.
+
+ [158] Publié en France, en 1824, sous le titre de Remarques sur le
+ Systême des Chemins.
+
+_Une des causes du mauvais état des routes_, dit-il, _vient du défaut de
+surveillance d’où résulte le mauvais emploi et le gaspillage des fonds
+destinés à les entretenir, la nécessité d’augmenter la taxe des péages,
+ce qui n’empêche pas que les commis aux barrières_ (turn-pikes) _ne
+soient chargés de l’énorme dette de sept millions de livres
+sterlings[159], quoique le compte rendu annuellement au parlement
+présente, pour les péages, une somme de recette qui excède le revenu de
+l’administration des postes_.
+
+ [159] 170 millions environ.
+
+Dès 1811, le même auteur avait présenté des considérations sur l’état de
+quelques routes abandonnées par les malles-postes. _L’ancienne méthode_,
+dit-il encore, _fut reconnue vicieuse par les savans, les ingénieurs,
+les hommes les plus intéressés aux succès de leurs recherches, tels que
+les entrepreneurs de roulage, de malles-postes, consultés sur cette
+matière délicate et importante_.
+
+Ces vérités, clairement démontrées, ont fixé l’attention du gouvernement
+anglais, toujours prêt à seconder efficacement les mesures qui offrent
+quelque utilité[160]. Le systême de M. Adam (déjà connu en France et
+appliqué à quelques routes du Languedoc et du Simplon) a été adopté, et
+les routes[161], devenues plus solides, conservent une surface toujours
+unie, sur laquelle les diligences roulent sans obstacles et font quatre
+lieues à l’heure, même dans les montagnes de l’Ecosse et du pays de
+Galles.
+
+ [160] M. de Chambert vient d’obtenir un brevet d’invention pour une
+ nouvelle méthode propre à donner au pavé des rues et des grandes
+ routes une solidité, une propreté à laquelle on n’avait pu
+ atteindre.
+
+ [161] Depuis le bill provoqué par M. Frenuk, celles de l’Irlande sont
+ dans un état très-florissant. On croit qu’il a été dépensé en
+ constructions et en réparations, en conséquence de ce bill, la somme
+ énorme de plus d’un million sterling. La taxe des routes n’y est que
+ la moitié de celle d’Angleterre.
+
+C’est sous le règne de la reine Elisabeth que l’usage des voitures a
+commencé en Angleterre, et que celui des courses de chevaux y a été
+introduit. Ce goût s’y est tellement répandu depuis, qu’en 1767 le
+nombre des chevaux, qui était de 500 mille (Londres seulement y entrait
+pour un cinquième), peut être évalué au triple aujourd’hui[162].
+
+ [162] On compte 148,788 personnes entretenant un cheval de luxe;
+ 23,493 en entretenant deux; 15,000 de 3 à 8 et 1168 qui en
+ entretiennent plus de huit.
+
+En Irlande, dit Arthur Young, on porte le nombre des chevaux jusqu’à la
+folie.
+
+Il n’est pas de contrée où les voitures publiques soient plus commodes,
+plus propres et plus multipliées qu’en Angleterre. Elles ne sont
+destinées que pour les voyageurs; les marchandises et les effets étant
+transportés à part. On sait qu’en France on suit un autre usage. Aussi,
+nos diligences, dont le poids est énorme, quoique plus perfectionnées
+dans ces derniers tems, sont exposées à verser plus facilement, eu
+raison de la surcharge qui détruit l’équilibre qu’on tenterait vainement
+de maintenir dès que le plus léger obstacle se rencontre.
+
+A toute heure du jour il part de Londres, dans toutes les directions,
+pour les extrémités du royaume, deux cents voitures publiques, sans
+compter celles qui ne dépassent pas la distance de quinze ou vingt
+milles. Un même nombre y arrive dans le même espace de tems. On a été
+jusqu’à calculer que 1100 voitures de toute espèce passaient
+journellement par le bourg de _Southwark_, qu’on peut regarder comme un
+des faubourgs de Londres. La Tamise est couverte de bateaux de louage
+qui servent à communiquer plus facilement sur tous les points de cette
+capitale. On en fait monter le nombre à plus de mille. Celui des fiacres
+est aussi considérable[163], et l’on compte plus de quatre cents chaises
+à porteurs.
+
+ [163] En 1765, le nombre des voitures à 4 roues était de 12,904. En ce
+ moment, il est de 26,799, indépendamment de celles à deux roues, qui
+ sont de 45,856. A la première de ces époques les carrossiers de
+ Londres étaient au nombre de 36 et employaient 4000 ouvriers;
+ aujourd’hui, 135 emploient 14,000 ouvriers. On compte 1000 fiacres à
+ Londres.
+
+Les Anglais, toujours habiles à profiter des inventions des Français et
+à se les approprier même, parce qu’ils les ont perfectionnées,
+prétendent qu’on leur doit l’usage des fiacres et des chaises à
+porteurs; et que ces dernières ont été apportées en France par un nommé
+Montbrun, bâtard du duc de Bellegarde.
+
+Le transport des dépêches se fait par des voitures publiques ou
+malles-postes qu’on peut regarder comme la première entreprise en ce
+genre. Elles sont formées d’une caisse commode à quatre places. Une
+caisse suspendue, qui fait le prolongement de la première, sert de siége
+au cocher et contient sur le devant une partie des lettres et paquets
+destinés pour les points intermédiaires de la route; le reste est déposé
+dans une troisième caisse, prolongée sur le derrière et sur laquelle est
+assis un gardien-armé. Le courrier et le gardien peuvent placer, chacun,
+deux personnes à leur côté. Huit personnes montent sur l’impériale, ce
+qui, donnant un total de dix-huit voyageurs, ne nuit en rien à la
+vîtesse de cette voiture qui fait trois lieues par heure. Elle est
+attelée de quatre chevaux très-beaux et très-vigoureux. Le service a
+lieu avec tant de régularité, qu’on peut calculer, presque à la minute,
+l’arrivée de la malle-poste[164]. A la disposition de l’impériale près,
+nos malles-postes ont beaucoup de rapport avec ces voitures.
+
+ [164] La malle-poste de Londres à Edimbourg fait ce trajet en 36
+ heures, c’est-à-dire, plus de 10 milles à l’heure. En 1712, il
+ fallait 13 jours pour faire ce voyage.
+
+L’organisation actuelle du service est due à M. Palmer. Avant lui, le
+transport des dépêches et des fonds, qui avait lieu, par le moyen de
+carrioles en osier, n’offrait ni la sécurité ni la régularité et ni
+l’activité qu’on y trouve généralement aujourd’hui.
+
+Les changemens qu’il proposa en 1782, et qui furent adoptés par le
+célèbre Pitt, remédièrent à tous les inconvéniens[165] et n’ont point
+subi de modifications notables depuis. Il en résulta autant d’avantages
+pour le gouvernement anglais que pour M. Palmer, qui obtint en outre la
+place importante de secrétaire-général de l’administration à laquelle il
+avait donné une si heureuse impulsion.
+
+ [165] _Il est bon d’observer, pour ne pas accuser les correspondans de
+ négligence, qu’à cette époque la poste était beaucoup plus tardive
+ qu’elle ne l’est depuis l’ingénieuse invention de M. Palmer. Quant à
+ l’honnête Dinmont, comme il recevait à peine une lettre tous les
+ trois mois, à moins qu’il n’eût quelques procès (car alors il
+ envoyait régulièrement une fois par semaine à la poste), les paquets
+ à son adresse demeuraient un mois ou deux sur la fenêtre du
+ directeur de la poste, au milieu des pamphlets, des chansons, et des
+ morceaux de pain d’épice, suivant l’état qu’il exerçait. D’ailleurs,
+ on avait alors l’usage, et il n’est pas encore entièrement perdu, de
+ faire voyager les lettres d’un bureau à l’autre, quelquefois à la
+ distance de 30 ou 40 milles, avant de les délivrer, ce qui avait
+ l’avantage de mettre les lettres sous les yeux des curieux,
+ d’augmenter la recette des directeurs, et de mettre la patience des
+ correspondans à l’épreuve. Il n’est donc pas surprenant que Brown
+ attendit, et inutilement pendant plusieurs jours, une réponse; et,
+ malgré son économie, sa bourse était vide, lorsque le jeune pêcheur
+ lui rendit la lettre qui suit._
+
+ (Guy Mannering, Walter-Scott.)
+
+Lord Chichester est directeur-général des postes anglaises, et sir
+Francis Ycelin secrétaire-général. L’hôtel où cette administration est
+établie à Londres, est un bâtiment remarquable. La petite-poste, ou peny
+post, fait parvenir avec célérité, dans l’étendue de la banlieue, tout
+paquet n’excédant pas le poids d’une livre, et jusqu’à la valeur de dix
+livres sterlings en argent, pour lesquels l’envoyeur payait un
+pence[166]. C’est de là que venait le nom de peny post, ou poste d’un
+sou. Le bureau général répond de la perte des paquets. Ce service se
+fait huit fois par jour par six bureaux principaux, et plus de quatre
+cents petits qui leur sont subordonnés.
+
+ [166] Aujourd’hui deux pences.
+
+La nation est redevable de cette invention à un négociant nommé
+_Docwra_, qui, en 1680, l’exécuta à ses frais. Mais, lorsqu’il espérait
+retirer le fruit de son industrie, le duc d’York, à qui Charles II,
+comme nous l’avons observé, avait attribué le produit des postes, lui
+fit un procès pour avoir usurpé ses droits, et lui ôta le peny post.
+C’est aujourd’hui un revenu de l’état qui peut être porté à 40 mille
+livres sterlings environ.
+
+Une lettre est simple lorsqu’elle est composée d’une feuille de papier,
+quel qu’en soit le poids ou la dimension; mais le port en est doublé par
+la plus légère addition[167]. On ne suit plus, comme en France, de
+progression calculée, en raison du poids et de la distance, avec un
+grand esprit de justice.
+
+ [167] Une lettre sous enveloppe, au lieu d’un schelling, en paie deux,
+ ne contînt-elle qu’un quart de feuille. C’est sans doute le taux
+ élevé du port des lettres qui a valu à la pairie la prérogative
+ remarquable d’exempter de la taxe toute lettre revêtue sur sa
+ suscription de la signature d’un pair anglais.
+
+Un paquebot, venu dernièrement des mers du Levant en Angleterre, apporta
+quelques numéros de la gazette grecque de Missolunghi. Le paquet ayant
+été taxé aux bureaux des postes comme lettre, le port de ces
+gazettes[168] s’est élevé à soixante-dix-sept livres sterlings[169]. On
+juge, d’après cela, le revenu que le gouvernement anglais retire des
+postes. Il est d’autant plus considérable, que les dépenses qu’elles
+occasionnent sont couvertes par les recettes des voyageurs. Ce produit a
+reçu des améliorations importantes dans l’intervalle d’un siècle. En
+1644[170], elles rapportèrent 3,000 livres sterlings; et, en 1764, le
+parlement les afferma 432,048 livres sterlings. Depuis ce tems, elles
+ont monté successivement à 700,000 livres sterlings. On prétend qu’elles
+s’élèveront à 1,500,000 livres sterlings en 1825.
+
+ [168] Un compte rendu à la chambre des communes de 1815, apprend qu’il
+ se distribue chaque jour à Londres 20,000 exemplaires de journaux du
+ matin; 15 à 20 mille de ceux du soir; 22 mille autres de deux jours
+ l’un; et 70,000 le dimanche.
+
+ [169] 1912 francs 50 centimes environ.
+
+ [170] 1644, 3,000 livres sterlings.
+ 1654, 10,000
+ 1664, 21,500
+ 1674, 43,000
+ 1685, 65,000
+ 1688, 76,318
+ 1697, 90,505
+ 1710, 111,461
+ 1715, 145,227
+ 1744, 295,432
+ 1764, 432,048
+
+La poste aux chevaux n’est pas établie, comme en France, à des distances
+marquées, et les relais ne sont pas tenus par des maîtres de poste
+spécialement chargés de ce service. Tout aubergiste qui a une grande
+maison est maître de poste, moyennant un droit de licence annuel calculé
+sur le nombre de chevaux et de voitures qui lui appartiennent. Il loge
+et transporte à la fois les voyageurs. Les postillons sont ordinairement
+des jeunes-gens de 16 à 18 ans; leur costume est élégant, et leur
+équipage est leste et d’une propreté remarquable. Ils sont, dit-on,
+généralement polis: cette qualité les distingue encore de leurs
+semblables chez lesquels on la rencontre rarement ailleurs.
+
+Des bornes milliaires sont établies sur les routes pour en marquer
+exactement la division. Les frais de poste se paient selon la quantité
+de milles parcourus[171], dont trois font à peu près une lieue de
+France.
+
+ [171] En 1755 on payait 9 sous d’Angleterre, par chaque mille, pour
+ une chaise de poste et deux chevaux; et l’on donnait 6 sous
+ d’Angleterre au palefrenier qui attelait les chevaux à la chaise, et
+ un schelling au postillon. Ces voitures sont légères, à 2 places, et
+ suspendues sur ressorts avec des portières à glaces. Aujourd’hui, le
+ prix le plus modique, pour cette manière de voyager, est d’un
+ schelling par mille, par couple de chevaux, et même de 15 à 18
+ pences. Qu’on ait une voiture, ou qu’on en prenne une à la poste,
+ cela n’influe en rien sur le prix. On paie communément, d’une poste
+ à l’autre, plus de milles anglais que n’en porte le livre de poste.
+ Cette différence provient de la colonne milliaire qui n’est pas
+ toujours placée au relais.
+
+Quelles ressources l’Angleterre n’a-t-elle pas retirées des machines à
+vapeur perfectionnées par James Watt, qui en fit la première expérience
+en 1790. Elles représentent aujourd’hui une puissance de 320,000
+chevaux, égale à celle de 1,834,000 hommes, d’où il suit que, si l’on
+n’employait pas en Angleterre ce moteur, et que l’on voulût produire une
+quantité d’objets manufacturés égale à celle qu’on obtient, il faudrait
+non-seulement augmenter la population de 2 millions d’hommes environ,
+mais il faudrait encore dépenser en fabrication, outre les dépenses
+actuelles, une somme effrayante de plus de 6 milliards. Ce procédé a été
+appliqué à la navigation, et les bâtimens qui transportent les dépêches
+sont des bateaux à vapeur. Le trajet de Douvres à Calais[172] se fait
+ordinairement en trois heures. Les paquebots à vapeur sont de jolis
+bâtimens, du port de 60 à 80 tonneaux, qui abordent en France, à Calais,
+à Boulogne et à Dieppe; en Allemagne, à Emden et Cuxhaven; et, en
+Hollande, à Ostende[173] et à Hellevoetsluys.
+
+ [172] 25,633 pas géométriques.
+
+ [173] Ce trajet se fait en 16 heures. Celui de Londres à Cuxhaven a
+ été fait, par le bateau à vapeur le Hylton Joliffe, en 82 heures. La
+ distance est de 160 lieues.
+
+M. Harisson Wilkinson est auteur d’un projet qui, s’il réussit, promet
+des avantages incalculables pour la grande navigation, en employant la
+machine à vapeur perfectionnée par Perkins, qui n’exige qu’une
+très-petite quantité de charbon. Il pense qu’on pourrait communiquer
+facilement avec les Indes Orientales par le Cap-Bonne-Espérance, où l’on
+établirait un dépôt de combustibles. Mais son principal but est d’y
+arriver en trente et un jour par la Méditerranée, et de donner à ses
+paquebots la régularité du courrier. Voici le chemin qu’il trace et les
+calculs qu’il forme sur la durée du trajet:
+
+ De Falmouth à Gibraltar, 1200 milles, 5 jours.
+ De Gibraltar à Rosette, 2170 id., 9 id.
+ De Rosette à Bulac ou au Caire, 110 id., 1 id.
+ Du Caire à Suez par terre, 70 id., 2 id.
+ De Suez à Bombay par la mer rouge, 3300 id., 14 id.
+ ----- ---
+ 6850 id., 31 id.
+
+Cette idée a pris de nouveaux développemens, et l’on pense sérieusement
+à la réaliser[174] pour établir, par un moyen si commode et si rapide,
+une communication entre l’Angleterre et ses colonies de l’Inde.
+
+ [174] Une compagnie s’est formée à Londres dans cette vue, et fait
+ déjà un fonds de 300 mille livres sterlings dans lequel les
+ négocians de Calcutta participent pour 10 mille livres sterlings.
+ Ces derniers sont d’autant plus intéressés à la réussite de cette
+ entreprise, que leurs essais dans ce genre ont eu d’heureux
+ résultats.
+
+Presqu’en même tems une autre compagnie, à Londres, s’occupait de
+correspondre ainsi avec les Etats-Unis. On présume que le trajet
+pourrait avoir lieu en moins de quinze jours. Enfin, le service des
+paquebots, entre Buenos-Ayres et l’Angleterre, est en activité. Il a été
+autorise par un décret rendu sur la proposition du consul-général de sa
+majesté britannique.
+
+La voiture mécanique dont nous avons parlé dans le cours de cet essai,
+comme étant mise en mouvement sans le secours des chevaux, cessera
+d’être une merveille à nos yeux lorsqu’on y aura adopté le feu comme
+moteur. Ce n’est encore, comme nous l’avons vu, que l’imitation d’un
+procédé tenté en France en 1763. La machine à vapeur appliquée, par M.
+Gough, aux voitures, produira l’effet de ces vaisseaux qui parcourent
+les mers comme par enchantement. Cette voiture fera, par ce moyen, deux
+lieues à l’heure[175], et recevra plus de vîtesse quand on se sera
+assuré de la solidité du mécanisme. Un enfant suffira pour lui donner
+toutes les directions possibles.
+
+ [175] Il se forme à Londres une compagnie pour la distribution du gaz
+ locomotif, dont l’expérience, faite sur la diligence d’Yorck, a eu
+ pour but de diminuer le poids des voitures occasionné par le
+ charbon, et de donner plus d’accélération à ces voitures. M. Brown,
+ l’inventeur, se regarde comme sûr de la faire rouler, tant en
+ montant qu’en descendant, sur le pied de dix milles par heure, 3
+ lieues et demie. Cette méthode présente une économie de moitié sur
+ les moyens employés actuellement. Il doit donc en résulter une
+ diminution égale sur les places. On prétend même que chaque voyageur
+ ne paiera qu’un pence [2 sous] par mille.
+
+Dans ce siècle, si fécond en inventions de tous genres, on vient encore
+de proposer, en Angleterre, de remplacer l’usage des routes ordinaires
+par celui des chemins à ornières en fer, et d’employer la machine à
+vapeur au lieu de ces immenses attelages qui servent à transporter les
+hommes et les marchandises[176]. A peine une idée nouvelle est-elle mise
+au jour, qu’elle ne tarde pas à subir des développemens considérables;
+et l’on voit que cette invention, bornée d’abord à de simples voitures
+va s’étendre à celles destinées à toute espèce de transports[177]. La
+distance de Londres, aux principales villes de l’Angleterre, serait
+réduite d’un quart et même d’un tiers, par des chemins en fer dans une
+ligne directe, et dégagée des nombreuses sinuosités qu’il faut suivre.
+La poste de la capitale à Manchester, Liverpool et Leeds, arriverait en
+12 heures, et il ne lui faudrait pas 24 heures pour atteindre Glascow et
+Edimbourg. Combien n’abrégerait-on pas encore ces voyages par les ponts
+suspendus à des chaînes en fer, tel que celui de la vallée de Tewd.
+
+ [176] On peut juger de la supériorité de ces routes sur les autres,
+ par le tableau des efforts que doivent faire les chevaux, suivant la
+ nature de chacune d’elles. On suppose une voiture à 4 roues, chargée
+ de 8000 livres pesant, sur une route bien entretenue, que 3 chevaux
+ traîneraient lorsqu’il en faudrait 25 sur une route dégradée.
+
+ Route en fonte coulée, 1/4 de cheval.
+
+ _Id._ en pavés de dalles très-unies, 2 chevaux et 1/2.
+
+ _Id._ en pavé de grès, 3 chevaux.
+
+ _Id._ en blocaille raboteuse, 6 chevaux.
+
+ _Id._ En terrain naturel crayeux, 15 chevaux.
+
+ _Id._ en terrain argileux, 25 chevaux.
+
+ [177] Tous les journaux [oct. 1825] s’accordent à dire que l’ouverture
+ de la route en fer de Darlington à Stockton [comté de Durham] vient
+ d’avoir lieu un grande pompe. Une grande quantité de chariots
+ chargés, les uns de houille, les autres de farine, d’autres enfin
+ d’ouvriers et de curieux, sont arrivés, traînés par des chevaux, au
+ bas du plan incliné que forme la première portion de la route. Là,
+ les chevaux ont été dételés. Au haut du plan incliné, dont la
+ longueur est d’une demi-lieue, on a établi, à poste fixe, deux
+ machines à vapeur, chacune de la force de 30 chevaux, destinées à
+ faire monter les chariots. 12 chariots, chargés chacun de deux
+ tonneaux [quatre milliers] de houille, et un treizième portant une
+ grande quantité de sacs de farine, et tous les 13, en outre,
+ couverts d’autant d’hommes qu’on avait pu en placer, atteignirent le
+ sommet de la route en 8 minutes. Arrivés là, ils furent attachés, à
+ la queue les uns des autres, à la machine à vapeur locomotive, qui
+ devait les tirer dans la descente. D’autres chariots, montés de la
+ même manière, furent attachés à la suite de ceux-ci; et, dans le
+ milieu de la file, on plaça la voiture du comité de l’entreprise,
+ nommée l’_Expérience_, destinée par la suite à transporter des
+ voyageurs; elle est de l’espèce de celle qu’on appelle longcoach, où
+ les voyageurs sont assis face à face sur les deux côtés. Elle en
+ peut contenir 18. Le nombre total des voitures que devait tirer la
+ machine à vapeur locomotive, était de 34, sur l’une desquelles était
+ un corps de musiciens. Toutes étaient couvertes d’hommes et décorées
+ de drapeaux portant diverses devises, et principalement celle de la
+ compagnie: _periculum privatum utilitas publica_. A un signal donné,
+ cette file de voitures se mit en mouvement aux acclamations de la
+ multitude assemblée pour être témoin de ce spectacle aussi nouveau
+ qu’étonnant, et parcourut d’abord la route jusqu’à Darlington, où
+ l’on remit de la houille dans les fourneaux et de l’eau dans les
+ bouilloires, et ensuite jusqu’à Stockton, avec une vîtesse moyenne
+ de 10 à 12 milles [de 2 lieues et demie à 3 lieues] à l’heure.
+
+ Des cavaliers, montés sur d’excellens chevaux de chasse, et courant
+ par dessus haies, et fossés des deux côtés de la route, ne purent
+ suivre le convoi. La charge des chariots traînés par la machine
+ locomotive était d’environ 80 tonneaux [160 milliers], et l’on pense
+ qu’il y avait au moins 700 personnes sur ces voitures quand elles
+ arrivèrent à Stockton. Au plus fort de la descente, la vîtesse alla
+ jusqu’à 15 ou 16 milles [plus de 5 lieues] à l’heure. La fête se
+ termina par un grand banquet.
+
+Puisse cette nouvelle conquête de l’esprit humain dans l’emploi d’un
+moteur devenu si puissant par l’action du feu contenue dans de justes
+bornes, ne pas s’étendre indéfiniment à toutes les branches de
+l’industrie, et ne pas nuire à la population de certains états qui
+s’accroît dans une proportion si forte.
+
+Une nouvelle preuve de l’instinct des pigeons[178] viendrait, s’il en
+était besoin, à l’appui des exemples que nous avons cités dans plusieurs
+passages de cet essai.
+
+ [178] L’introduction clandestine des bijoux fabriqués en France,
+ auxquels les Anglais accordent une préférence marquée, tant à cause
+ de leur perfection que de leur prix modéré, éveillait inutilement la
+ surveillance de la douane. L’usage s’en répandait de plus en plus,
+ malgré une sévère prohibition. On reconnut enfin, dit-on, et non
+ sans peine, que ces fraudeurs si long-tems à l’abri de toute
+ recherche étaient des pigeons. On les lançait des côtes de France
+ vers celles d’Angleterre; en leur attachant au cou les objets
+ destinés à être recueillis par les personnes instruites de leur
+ message. Cette ruse en fit naître une nouvelle. Les commis,
+ désespérés de pouvoir atteindre dans l’air ces oiseaux maraudeurs,
+ s’avisèrent de dresser des faucons à les poursuivre et à s’en
+ emparer. Une fauconnerie fut bientôt autorisée pour mettre fin à
+ cette introduction nuisible à l’industrie anglaise, ou pour en
+ diminuer considérablement les inconvéniens.
+
+ On prétend qu’un bon fauconnier doit dresser un oiseau dans un mois.
+ On y parvient en faisant veiller et jeûner le faucon, en lui
+ couvrant les yeux, et en ne lui rendant le jour que lorsqu’on lui
+ montre l’appât, en lui vidant l’estomac pour augmenter sa faim, en
+ lui plongeant la tête dans l’eau lorsqu’il est trop revêche.
+
+En France, comme en Angleterre et dans tous les pays, il est des époques
+de l’année où les recettes des postes subissent des modifications. Cela
+tient à des considérations locales. En Angleterre, par exemple, à la
+fête de Saint-Valentin, qui répond à notre premier de l’an, on prétend
+que l’administration des postes, à Londres, est forcée d’augmenter le
+nombre de ses facteurs. On en attribue la cause à la multitude de
+lettres qui parviennent par la petite-poste, dont les produits sont
+immenses à cette époque.
+
+Les Anglais se servent, pour leurs avis maritimes, d’une machine à
+signaux très-perfectionnée. C’est à Jacques II qu’ils doivent les
+améliorations les plus importantes qui y ont été apportées. Ce prince,
+par suite d’une longue expérience, rendit l’utilité de cette espèce de
+télégraphe incontestable. Mais cette machine ne peut entrer en aucune
+comparaison avec celle qu’on emploie en France.
+
+L’Ecosse, qui conserve toujours les traces de ses mœurs et de ses
+coutumes antiques, nous offre une nouvelle occasion de parler des
+signaux par le feu. On les emploie avec beaucoup d’efficacité dans ces
+montagnes si propres à favoriser cette manière de s’entendre et de
+communiquer au loin, en peu d’instans, les avis de la plus haute
+importance.
+
+Quand un chef voulait convoquer son clan ou tribu dans un pressant
+danger, il tuait une chèvre, et, taillant une croix de bois, en brûlait
+les extrémités pour les éteindre dans le sang de l’animal. C’était ce
+qu’on appelait la croix du feu, et aussi crean tarigh, ou croix de la
+honte, parce qu’on ne pouvait refuser de se rendre à l’invitation
+qu’exprimait ce symbole, sans être voué à l’infamie. La croix était
+confiée à un messager fidèle et agile à la course, qui la portait sans
+s’arrêter jusqu’au village voisin, où un autre courrier le remplaçait
+aussitôt: par ce moyen, elle circulait dans la contrée avec une célérité
+incroyable.
+
+A la vue de la croix du feu[179], hommes, enfans, vieillards, depuis
+l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 60 ans, étaient obligés de se trouver,
+à l’instant, armés au lieu du rendez-vous: celui qui y manquait
+souffrait le double supplice du fer et du feu; sa désobéissance était
+marquée par les signes emblématiques de la croix.
+
+ [179] La croix du feu est un usage commun aux montagnards et aux
+ anciens Scandinaves.
+
+Pendant les guerres civiles de 1745 et 1746, la croix du feu parcourait
+fréquemment l’Ecosse, et elle traversa un jour, en trois heures, tout le
+district de Breadalbane, c’est-à-dire une étendue de pays de 32 milles.
+
+_Feu Alexandre Stuart, écuyer, m’a raconté_, dit Walter-Scott, _qu’il
+envoya lui-même la croix du feu à cette époque. La côte était menacée
+par des frégates anglaises, et l’élite de notre jeunesse était en
+Angleterre avec le prince Charles Edouard. Cependant, cette convocation
+fut si efficace, qu’au bout de quelques heures on vit sous les armes une
+troupe très-nombreuse et pleine d’enthousiasme. Dès ce moment, le projet
+de faire diversion dans la contrée fut abandonné par les Anglais comme
+une entreprise désespérée_.
+
+Les carrosses et chaises de poste fabriqués à Edimbourg sont renommés;
+on en exporte beaucoup pour Saint-Pétersbourg.
+
+Les lettres pour les trois royaumes et les colonies qui en dépendent,
+doivent être affranchies.
+
+
+ESPAGNE.
+
+L’organisation des postes espagnoles changea lorsqu’un petit-fils de
+Louis-le-Grand, Philippe V, fut appelé à la couronne, et le titre de
+grand-maître, dont jouissaient les princes de Taxis, fut transmis par la
+réunion de cette charge au domaine royal, au comte d’Ognate, qui la
+posséda à titre d’office. Mais les postes, mises à ferme à-peu-près à la
+même époque qu’en France, passèrent sous la direction du marquis de
+Monte-Sacro.
+
+Elles étaient entretenues alors avec plus de soin de Madrid à Bayonne,
+et sur tous les points qui communiquent avec la France, que dans tout le
+reste du royaume. On leur a donné depuis une forme plus régulière, et le
+service actuel se fait avec assez d’activité entre la capitale et les
+provinces les plus reculées.
+
+C’est dom Narcisse de Heredia[180], comte d’Ofalia, qui est
+surintendant-général des courriers et postes d’Espagne et des Indes, et
+M. Melgar directeur-général.
+
+ [180] Regines de los Reos, chevalier grand-croix de l’ordre américain
+ d’Isabelle la catholique, numéraire de l’ordre royal et distingué de
+ Charles III, grand’croix de l’ordre royal de la légion-d’honneur de
+ France, conseiller-d’état et premier secrétaire-d’état.
+
+Chaque province a un directeur ou un administrateur particulier pour
+tout ce qui concerne le service des postes. Cet agent supérieur dépend
+du surintendant-général.
+
+La surintendance-générale[181], direction et tribunal des courriers,
+postes, chemins, auberges, et canaux, s’occupe des causes relatives à
+ces différentes parties. _La real y suprema junta de apelaciones de los
+juzgado de correos y postas_[182], a l’attribution des mêmes objets en
+cas d’appel.
+
+ [181] Elle est composée d’un surintendant-général, de quatre
+ directeurs-généraux, de deux contadors-généraux, d’un assesseur et
+ d’un fiscal. Il n’y a que les deux derniers qui soient en robe
+ rouge.
+
+ [182] Se compose d’un président, de neuf membres, d’un secrétaire,
+ d’un contador-général et de deux fiscaux.
+
+Les postes sont comprises dans les recettes générales, et leur produit
+entre dans des caisses particulières: elles doivent rapporter beaucoup,
+si l’on en juge par le port des lettres qui est très-élevé en Espagne.
+
+_La Casa de Correos_, ou Hôtel des Postes à Madrid, est construite
+depuis très-peu de tems, à la _Puerta del sol_. C’est un grand édifice
+carré, absolument isolé, d’une très-belle composition, et d’un ensemble
+assez majestueux: la cour qui en dépend est entourée d’un portique
+soutenu par des colonnes. Ce bâtiment est très-élevé au-dessus du sol,
+ce qui cause une irrégularité, commandée sans doute par le terrain, mais
+d’un effet désagréable. Cet édifice est néanmoins le plus bel ornement
+de la place.
+
+Madrid n’a pas de fiacres: ils sont remplacés par des carrosses de
+remise, et par des caléches ou brouettes traînées par des hommes. On y
+trouve cependant des cabriolets attelés de mules; ils contiennent deux
+personnes, que le cocher mène assis sur l’un des brancards.
+
+Le transport des dépêches se fait en carrioles tirées par quatre mules;
+les paquets sont renfermés dans une valise: on en ajoute une seconde
+quand la correspondance l’exige.
+
+C’est au comte d’Aranda qu’on doit l’amélioration des routes et des
+chaussées, _caminos reales_. Les chemins sont superbes, bien percés,
+soutenus dans les ravins par des murs et traversés par des ponts
+très-beaux et très-solides: il y en a même qu’on peut comparer aux
+routes d’Angleterre. Sur quelques-uns, par exemple, en Catalogne, on
+voit des colonnes milliaires.
+
+On se sert, pour voyager en Catalogne, comme dans le reste de l’Espagne,
+de carrosses traînés par six mules, qu’on appelle coches de calleras; de
+caléches, espèces de cabriolets traînés par deux mules, et de volantes,
+autre espèce de cabriolets un peu plus petits, auxquels on n’attèle
+qu’une mule: ces voitures font à-peu-près huit lieues par jour. On court
+la poste à cheval en Catalogne; mais on n’y trouve pas de chevaux pour
+les voitures. Les chevaux espagnols sont très-estimés, surtout les
+Andalous; ils sont plus convenables à la selle qu’au carrosse: aussi ne
+voyage-t-on le plus communément qu’avec des attelages de mules. Celles
+de la Catalogne sont très-belles, et dirigées avec une rare
+intelligence. Les voituriers de cette province l’emportent sur ceux des
+autres parties de l’Espagne, par l’adresse et l’art avec lesquels ils
+guident quatre ou cinq mules, placées à la file l’une de l’autre. Le
+royaume de Valence est aussi très-renommé pour la beauté et la bonté de
+ces animaux. Les carrosses, les calèches et tous les moyens de
+transports y sont très-multipliés.
+
+Il n’y a de poste pour les voitures que de Madrid à Cadix, et de Madrid
+aux différentes maisons royales, elles ont été établies par le comte
+Florida Blanca qui se proposait de faire participer les principales
+routes de ce royaume à ce précieux avantage[183]. Il en est de même des
+diligences qu’il avait également établies de Bayonne à Madrid, dans
+lesquelles on payait douze piastres. Cette entreprise ayant entraîné des
+dépenses onéreuses pour le trésor royal, on s’en tint à cet essai. Mais,
+depuis la guerre de la délivrance, des compagnies ont formé des
+entreprises de ce genre sur plusieurs points. S. M. C. a fait
+l’acquisition d’une partie des malles-postes françaises employées pour
+faire le service des postes militaires. Ces voitures serviront sans
+doute de modèles à celles qu’on se propose de construire, pour rendre
+non-seulement la communication intérieure de l’Espagne plus facile, mais
+pour multiplier les relations entre les deux royaumes unis plus que
+jamais par les nœuds de l’amitié, plus forts encore, s’il est possible,
+que ceux de l’intérêt.
+
+ [183] Toutes les cartes d’Espagne, entr’autres celles de M. Lapie,
+ indiquent les routes de poste montées avec voitures, celles montées
+ avec chevaux, et celles non montées.
+
+Quant aux postes, elles sont passablement servies par des mules. Les
+voitures établies sur les routes de poste sont à deux et à quatre roues;
+il y en a à une place qu’on appelle solitaires, ou cabriolets. Parmi ces
+voitures, il en est de plus propres sous la dénomination _de
+distinguées_, dont le prix, par conséquent, est plus élevé.
+
+Les postes ne sont point établies à des distances égales sur les routes,
+aussi, ne paie-t-on qu’en raison du nombre de _leguas_ parcourues; elles
+sont plus grandes que celles de France. Il faut une permission des
+directeurs ou administrateurs des postes pour avoir des chevaux, sans
+quoi les maîtres de poste, qui sont ordinairement des _venteros_, n’en
+fourniraient pas. Cette autorisation coûte 37 réaux et demi par
+personne. Les postes de deux _leguas_ doivent être parcourues en trois
+heures; les frais, selon le tarif, pour deux chevaux, compris le
+voyageur et le postillon[184], vont à 4 réaux par poste.
+
+ [184] L’uniforme des postillons est bleu avec collet rouge.
+
+En voiture[185], la poste est obligée de mener deux personnes dont le
+bagage n’excède pas deux cents livres, avec deux chevaux: le prix est le
+même que pour un seul cheval. On paie 4 réaux pour une chaise de poste.
+La taxe des postillons est de 2 réaux. La _legua_ revient à 12 réaux,
+mais on ne va pas très-vîte, et on fait, par exemple, les cent milles de
+Madrid à Cadix dans 4 jours et 4 nuits.
+
+ [185] Chaque voyageur qui mène avec lui sa propre voiture, doit, à son
+ entrée dans le royaume, en déposer au bureau des douanes, d’après
+ une estimation d’experts, le 10.e et même les trois quarts de la
+ valeur. Il reçoit un certificat, et la somme qu’il a comptée lui est
+ remise à la sortie, lorsqu’il quitte l’Espagne avec la même voiture.
+ Cette loi est très-ancienne.
+
+Si la facilité de voyager en voiture par la poste est restreinte à
+quelques routes, elle a lieu à cheval sur toutes sans exception. Ou
+prend souvent de préférence des chemins de traverse, quand on court à
+franc étrier. La première poste se paie double en sortant de Madrid ou
+des résidences royales. Le prix des chevaux varie. Il est de 3 réaux 4
+quartillos par lieue, pour chaque cheval, en Castille; mais, dans la
+Navarre, la Catalogne et le royaume de Valence, il en coûte 5 réaux et
+demi.
+
+L’âne ou borico sert pour les courses de peu d’étendue: c’est une
+monture incommode.
+
+Les voitures généralement en usage sont les _volantes_ ou _calechinas_,
+espèces de cabriolets à deux roues, et menées par un cheval ou une mule;
+les _calechas_ conduites par deux mules, dans lesquelles on est plus à
+l’aise, quoiqu’elles soient mal suspendues, et les coches de _calleras_
+ou carrosses à 4 places, plus solides qu’élégans. L’allure de ces
+voitures, disent les voyageurs, est singulière, amusante, effrayante
+quelquefois, mais toujours sans danger par l’habileté des conducteurs.
+Les mules qui en forment l’attelage ne sont retenues que par des traits
+extrêmement longs, qui leur laissent la facilité de s’éloigner, de se
+rapprocher, et de parcourir la route sans ordre, au point de faire
+craindre à chaque instant que la voiture ne se brise dans les descentes
+ou les endroits escarpés, ou qu’elle ne verse dans les précipices. La
+voix seule du _mayoral_ suffit pour prévenir les accidens, et ces
+animaux, dociles au commandement du guide qui les dirige, reprennent de
+suite et avec ordre le sentier dont ils s’étaient écartés.
+
+L’affranchissement pour ce royaume et ses colonies est forcé.
+
+
+PORTUGAL.
+
+Philippe II abandonna la propriété des postes de Portugal à la maison
+Gomez de Mata, dont les descendans possédèrent la charge de grand-maître
+avec tous les priviléges qui y étaient attachés. L’organisation de ce
+service était la même qu’en Espagne. Le transport des lettres s’y fait
+encore avec la même régularité, et c’est par l’intermédiaire de ce
+royaume que le Portugal reçoit les dépêches du continent. On trouve à
+Lisbonne des paquebots qui partent à époques fixes pour la Hollande,
+l’Angleterre, le Brésil, les îles des Açores, de Madère, et les colonies
+dépendantes du Portugal où les postes sont établies sur les bases
+adoptées dans la métropole.
+
+On voyage en Portugal dans des chaises de postes assez incommodes et
+toujours mal entretenues. Ce sont des calèches attelées de deux mulets,
+à 2 roues et à 2 places. On se sert à Lisbonne de ce genre de voitures;
+mais on y remarque plus communément des équipages à quatre places et à
+quatre mulets. Il est encore une autre voie qu’on peut prendre, celle
+des messagers qui conduisent à dos de mulets, monture la plus ordinaire,
+les dépêches ou les marchandises.
+
+Il faut affranchir toutes les lettres destinées pour le Portugal et ses
+colonies.
+
+
+ITALIE.
+
+Les postes des états de Sa Sainteté sont régies par un
+directeur-général, et le transport des lettres se fait à cheval et en
+voiture[186]. On a introduit depuis peu de tems de nouvelles
+améliorations dans ce service, surtout dans la forme des voitures, qui
+ont été construites en Allemagne, avec un soin tout particulier.
+
+ [186] Le tarif des postes italiennes pour le port des lettres est de 7
+ gram. 1/2 en 7 gram. 1/2. Où il n’y pas de bureau de poste on en
+ trouve un d’estafette.
+
+Mais les voituriers sont généralement préférés dans toute l’Italie,
+malgré les établissemens de messageries dont les Français avaient donné
+l’exemple pendant leur domination, et ceux de malles qui contenaient
+deux places, une pour le courrier et l’autre pour un voyageur.
+
+Rome, comme quelques autres capitales de l’Europe, n’a pas de fiacres;
+ils sont remplacés par les carrosses de remise. Mais un usage, commun à
+toutes les principales villes de l’Italie, c’est de payer la poste de
+sortie, qui est considérée comme poste et demie.
+
+Le nombre des voyageurs qui parcourent l’Europe, contribue partout aux
+changemens heureux introduits, soit dans la forme des voitures, soit
+dans l’accélération de leur marche, soit enfin dans tout ce qui se
+rapporte à la facilité et à la commodité des moyens de transport. Parmi
+les travaux importans que Sa Sainteté fait exécuter en ce moment, pour y
+parvenir, on remarque la route de Rome à Naples par Valmontone, Formone,
+Ceprano et Capone. Cette route est de 25 milles plus courte que celle de
+Poste, qui traverse les marais Pontins.
+
+A Gênes, en Toscane et dans les états de l’Eglise, le prix pour deux
+chevaux de chaise de poste est de neuf livres de Gênes, et pour un
+cheval en courrier de trois livres.
+
+Les postillons sont généralement très-alertes en Italie; leur service se
+rapproche beaucoup de celui des guides français et anglais.
+
+L’affranchissement est libre pour cette partie de l’Italie.
+
+Tout le pays dépendant de l’empire autrichien est soumis au mode de
+régie de l’Allemagne. Le service pour le transport des lettres a lieu
+comme en France, par des courriers en voiture ou à cheval. Les voitures
+dont on se sert, ressemblent à celles d’Allemagne; elles n’ont que deux
+roues et se nomment _sedia_.
+
+Il y a deux manières de courir la poste en Italie, l’une est la poste
+ordinaire, plus coûteuse dans le Milanais, les états de Venise, le
+Piémont, la Lombardie, que dans la Toscane et l’Etat pontifical;
+l’autre, la cambiatura[187], plus économique, mais moins expéditive,
+parce qu’on ne peut voyager que pendant le jour, et qu’il est défendu de
+faire galoper les chevaux. On n’éprouvait jamais de grandes difficultés
+de la part des maîtres de poste, lorsqu’on voulait prendre cette voie.
+
+ [187] Cambiatura, voiture à deux personnes et à prix fixe.
+
+Dans les états de Venise, si l’on courait la cambiatura, on ne payait
+que cinq livres et demie par cheval d’attelage ou de selle. Dans le
+Milanais, deux chevaux de chaise payaient un demi-sequin par poste, et
+un cheval en courrier quatre livres.
+
+On compte, à Venise, 9000 gondoles en activité: elles ont ordinairement
+25 pieds de long sur 4 de large, et sont toutes peintes et garnies de
+drap de même couleur; celles des personnes riches, se distinguent par
+une plus grande dimension et des ornemens plus recherchés; mais, toutes
+se ressemblent par la forme de leur couverture, qui est une espèce de
+toit.
+
+L’Italie offre en général plus d’agrément et de facilité pour voyager
+que l’Allemagne. Les routes sont excellentes, mais les postillons
+importuns.
+
+L’affranchissement est forcé pour le pays Lombard-Venitien.
+
+
+SARDAIGNE.
+
+Les postes sont régies en Sardaigne, en Savoie et en Piémont, à peu près
+comme en France, avec laquelle ces états correspondent trois fois par
+semaine. Le service a lieu par entreprise, et le systême décimal y a été
+adopté pour la comptabilité. C’est par la Savoie[188] que parviennent
+presque toutes les dépêches de l’Italie, destinées pour la France.
+
+ [188] Le roi de Sardaigne comptait, en 1789, en Piémont, 30 grandes
+ routes.
+
+Autrefois on courait la cambiatura en Piémont, mais cette coutume est
+abolie, et le prix de la poste est fixé ainsi qu’il suit: une voiture à
+quatre roues, attelée de trois chevaux, paie six livres; lorsqu’il y a
+quatre chevaux, huit livres; deux chevaux de voiture, paient 4 livres
+10, et le prix pour un cheval de selle est de deux livres.
+
+Turin n’a pas de fiacres, mais des voitures de louage dans lesquelles
+même on voyage. Les conducteurs s’appellent voiturins ou veturini. La
+carretino est une espèce de voiture à une seule place, ou plutôt un
+fauteuil: elle est attelée d’un seul cheval. Sa forme est celle d’un
+vase, dont le pied tient à un essieu de bois. Il est rare qu’on puisse
+courir la poste partout ce pays: on se sert quelquefois d’une voiture à
+deux roues, bien légère. Il faut dans ce cas, consulter les maîtres de
+Poste. Avant la route du mont Cenis, les voitures étaient démontées et
+transportées à dos de mulets, et les voyageurs étaient portés dans des
+chaises ou ramassés en traîneaux. Aujourd’hui on trouve, au pied du
+mont, un grand nombre de petites voitures, dans lesquelles on fait ce
+trajet, sans les inconvéniens d’autrefois.
+
+Pour correspondre avec la Sardaigne, on emploie des goëlettes armées.
+C’est une précaution très-sage pour résister aux attaques des pirates.
+Il serait à désirer qu’une semblable mesure fût adoptée par toutes les
+nations, dont le transport des dépêches a lieu par mer, et surtout par
+la Méditerranée.
+
+L’affranchissement pour ces pays est libre.
+
+
+SUISSE.
+
+Le service des postes, en Suisse, soit en régie ou à forfait, est pour
+le compte de chaque canton et sous la dénomination générale d’office des
+Postes, ou sous celle de régie et de direction, selon les localités. Les
+cantons qui n’exploitent pas leurs services, et cela arrive quelquefois,
+en confient l’administration aux cantons voisins. Les voitures employées
+au transport des dépêches servent également aux voyageurs et aux
+marchandises. Le service ne s’en fait pas moins avec une grande
+régularité, et ne laisse rien à désirer sous le rapport de la sûreté. Le
+prix des postes françaises est maintenu jusqu’à Gênes, et sur divers
+autres points.
+
+La manière dont la duchesse de Némours voyageait chaque fois qu’elle
+partait de Paris pour se rendre en Suisse, dans sa principauté de
+Neuchatel, a eu, sans doute, beaucoup d’approbateurs, sans trouver un
+grand nombre d’imitateurs, par les frais que ce moyen entraînait. Elle
+se faisait porter en chaise par des porteurs qui, au nombre de quarante,
+la suivaient en chariots, et se relayaient alternativement. Avec cette
+précaution, elle faisait tous les jours douze à quinze lieues, sans
+fatigue, et plus agréablement que dans la voiture la plus douce et la
+plus commode. Cet usage, si répandu dans l’Inde, où l’on établit les
+hommes par relais, comme nous le pratiquons pour les chevaux, ne
+pourrait être aisément introduit en Europe, tant à cause de nos mœurs
+que des moyens de transports actuels, si économiques et si rapides. Les
+signaux par les feux se sont toujours conservés en Suisse. Il est peu de
+contrées plus propres à ce genre de correspondance.
+
+L’affranchissement est forcé pour cet état.
+
+
+NAPLES.
+
+Le royaume de Naples, tout le reste de l’Italie et les îles du Levant,
+ont à peu près le même mode de transport.
+
+Les postes napolitaines sont servies par les chevaux que les seigneurs
+voisins des routes fournissent de leurs haras, et dont ils retirent le
+profit. Ces chevaux, élevés avec soin, sont très-estimés et
+très-convenables pour ce service.
+
+Les bateaux à vapeur vont donner une nouvelle activité à la
+correspondance de toutes les îles de la Méditerranée. Ils sont employés
+avec succès à Venise; et bientôt, tous les retards qu’on éprouvait dans
+les relations maritimes disparaîtront.
+
+On voyage dans le royaume de Naples, en chaises qui, avec deux chevaux,
+paient onze carolins par poste. Un cheval, à franc étrier, coûte cinq
+carolins et demi. La calèche napolitaine n’est qu’une espèce de coquille
+à une place, sur un piédestal, supportée par des brancards très-légers
+et très-élastiques, et traînée par un seul cheval. Son poids est de dix
+à quinze livres. Elle roule avec une vitesse extrême. Le voyageur dirige
+le cheval; et, le conducteur placé derrière, tient le fouet. Il y a
+d’autres calèches, ou _curriculi_, qu’on loue 10 ou 12 fr. par jour. La
+nouvelle route[189] qui a été construite pour traverser le mont
+Pausilippe, est superbe, et on peut la parcourir très-commodément en
+voiture.
+
+ [189] Elle a coûté 30,000 ducats, et les troupes autrichiennes y ont
+ travaillé sous la direction de M. Mulhlwerth, capitaine du génie
+ autrichien.
+
+Nous avons remarqué que la partie de l’Italie dépendante de l’Autriche
+était seule soumise à l’affranchissement forcé.
+
+
+AFRIQUE.
+
+Ce n’est pas dans cette partie du monde où nous devons chercher quelque
+régularité dans l’organisation des divers moyens substitués aux postes.
+Il y a cependant, dans les états de Tunis et d’Alger, des relations
+établies; et ce sont les Maures de la campagne habitués à supporter les
+plus rudes fatigues, qui servent de messagers; mais ils sont d’une
+stupidité sans exemple[190].
+
+ [190] _M. de Chénier rapporte que l’un d’eux, qui attendait ses
+ dépêches dans un appartement où il y avait une glace, crut, en
+ voyant son image réfléchie que c’était un autre courrier qui
+ attendait, comme lui, d’autres dépêches dans une chambre voisine. Il
+ demanda où allait ce courrier, et on lui répondit, en plaisantant,
+ qu’il se rendait à Mogadore. Et bien, dit-il, nous irons ensemble;
+ et il en fit aussitôt la proposition au camarade qui gesticulait,
+ comme lui, dans le miroir, et ne répondait pas. Il était près de se
+ fâcher, lorsqu’il vit, dans la même glace, une personne qui entrait
+ dans l’appartement. Etonné de son erreur, il eut bien de la peine à
+ se persuader, malgré ses yeux et ses doigts, qu’il pût se voir,
+ disait-il, à travers une pierre._
+
+ On pourrait citer des traits d’une pareille stupidité, au sein même
+ des nations les plus civilisées, et le recueil des anas pourrait
+ être facilement grossi d’exemples de ce genre.
+
+M. Le Vaillant a remarqué que les Hottentots avaient un sûr moyen de
+s’entendre, par la manière dont ils disposaient des feux sur certains
+lieux élevés. _Les feux de nuit_, dit-il, _sont un langage particulier
+que connaissent et pratiquent la plupart des nations sauvages, mais
+aucun n’a porté cet art si loin que les Houzouanas, parce qu’aucun n’a
+autant besoin de l’étendre et de le perfectionner. Faut-il annoncer une
+victoire ou une défaite, une arrivée ou un départ, une maraude heureuse
+ou un besoin de secours, en un mot une nouvelle quelconque, ils savent,
+en un instant, notifier tout cela, soit par le nombre de leurs feux,
+soit par la manière dont ils les disposent. Ils ont même l’industrie de
+varier leurs feux de tems en tems, de peur que les nations ennemies
+venant à les reconnaître, elles ne les emploient par surprise et par
+trahison. J’ignore en quoi consiste cette langue si habilement inventée,
+tout ce que je puis dire, c’est que les feux allumés à vingt pas l’un de
+l’autre, de manière à former un triangle équilatéral, annoncent un
+ralliement_.
+
+Nous retrouvons chez ces peuplades, les mêmes procédés que nous avons
+observés en parlant des premiers essais tentés avant l’institution des
+postes. En se reproduisant encore, ils seront une nouvelle preuve, que
+parmi les tribus qui n’ont fait aucun pas vers la civilisation, les
+mêmes besoins, les mêmes causes, font naître les mêmes pratiques. Si,
+chez les Hottentots, on remarque ce procédé porté à un plus grand degré
+de perfection, cela tient à l’organe de la vue, qui rend ces insulaires
+capables de découvrir, à des distances incroyables, des objets
+imperceptibles pour des yeux moins exercés que les leurs[191]. De là cet
+avantage qui les distingue dans les dispositions multipliées de leurs
+feux.
+
+ [191] Bernardin de Saint-Pierre parle d’un homme qui prétendait avoir
+ trouvé le secret d’annoncer l’arrivée des vaisseaux, lorsqu’ils
+ étaient à 60 ou 80 lieues des ports et même plus loin. Il en avait
+ fait, ajoutait-il encore, l’expérience plusieurs fois à l’Ile de
+ France, devant divers témoins, qui avaient signé le mémoire qu’il
+ présenta au ministre de la marine, en France. En effet, l’expérience
+ eut lieu à Brest, devant des commissaires, et elle ne réussit pas.
+
+ _J’ai pensé_, dit l’auteur des Etudes de la Nature, _que cet
+ observateur avait pu, dans quelque circonstance favorable et commune
+ dans le ciel des tropiques, avoir la vue des vaisseaux par la
+ réflexion des nuages. Ce qui me confirme dans cette idée, c’est un
+ phénomène très-singulier qui m’a été raconté par notre célèbre
+ peintre Vernet, mon ami. Etant dans sa jeunesse en Italie, il se
+ livrait particulièrement à l’étude du ciel, plus intéressante, sans
+ doute, que celle de l’antique, puisque c’est des sources de la
+ lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui
+ font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vernet, pour en
+ fixer les variations, avait imaginé de peindre sur les feuillets
+ d’un livre toutes les nuances de chaque couleur principale, et de
+ les marquer de différens numéros. Lorsqu’il dessinait un ciel, après
+ avoir esquissé les plans et les formes des nuages, il en notait
+ rapidement les teintes fugitives sur son tableau, avec des chiffres
+ correspondant à ceux de son livre, et il les coloriait ensuite à
+ loisir. Un jour, il fut bien surpris d’apercevoir dans les cieux la
+ forme d’une ville renversée; il en distinguait parfaitement les
+ clochers, les tours, les maisons. Il se hâta de dessiner ce
+ phénomène, et, résolu d’en connaître la cause, il s’achemine,
+ suivant le rumb de vent, dans les montagnes. Mais quelle fut sa
+ surprise de trouver, à 7 lieues de là, la ville dont il avait vu le
+ spectre dans les cieux, et dont il avait le dessin dans son
+ portefeuille_.
+
+Au Congo, les missionnaires rapportent qu’on voyage dans des hamacs
+portés par des nègres. Quand on veut faire diligence, on les établit par
+relais, et ils avancent avec la rapidité des meilleurs chevaux. C’est
+aussi la manière de voyager dans d’autres contrées de l’Afrique,
+entr’autres dans le royaume d’Ardra, où les chemins sont très-commodes;
+et, quoiqu’il y ait beaucoup de chevaux, les nègres, de ces contrées, ne
+montent que des bœufs pour parcourir les plus grandes distances et se
+trouvent très-bien de cette façon d’aller.
+
+Moore assure avoir vu un Africain qui montait une autruche, et se
+rendait ainsi, avec rapidité, d’un lieu à un autre très-éloigné. _J’ai
+vu des autruches apprivoisées_, dit M. de la Caille, _que des nègres
+employaient en place de chevaux. Elles n’avaient pas plutôt senti le
+poids du cavalier, qu’elles se mettaient à courir de toutes leurs
+forces, et leur faisaient faire le tour de l’habitation, sans qu’il fût
+possible de les arrêter, autrement qu’en leur barrant le chemin. La
+charge de deux hommes n’est pas disproportionnée à leur force, et
+lorsqu’on les excite, elles étendent leurs aîles, comme pour prendre le
+vent, et s’abandonnent à une telle vitesse, qu’elles semblent perdre
+terre. Je suis persuadé qu’elles laisseraient bien loin derrière elles
+les plus forts chevaux anglais. Elles ne fournissent pas une course
+aussi longue; mais, à-coup-sûr, elles la feraient plus promptement. On
+voit, par-là, de quelle utilité serait cet animal, si l’on trouvait
+moyen de le maîtriser et de l’instruire, comme on dresse les chevaux_.
+
+Nous avons dit, au commencement de cet essai, que l’Egypte avait donné
+l’exemple de la poste aux pigeons, et qu’on les y employait à cet usage,
+depuis un tems immémorial. On nous pardonnera d’ajouter encore quelques
+détails à ceux que nous avons donnés, à propos d’un pays si fécond en
+cette sorte d’oiseaux.
+
+De Rosette au Grand-Caire, Norden dit qu’on distingue partout des
+colombiers de forme pyramidale, où se rassemblent d’innombrables
+pigeons. On prétend même qu’aujourd’hui les mariniers d’Egypte, de
+Chypre et de Candie, nourrissent sur leurs navires de ces sortes de
+pigeons. C’est, dit Belon, pour les lâcher quand ils s’approchent de
+terre, afin de faire annoncer chez eux leur arrivée. Le consul
+d’Alexandrie s’en sert pour envoyer promptement de ses nouvelles à Alep,
+et pour donner avis des bâtimens qui entrent dans le port. Ce trajet,
+qui est de trente lieues, est parcouru par les pigeons en moins de trois
+heures.
+
+Toutes les caravanes qui voyagent en Arabie, font savoir, par le même
+moyen, leur marche aux souverains arabes avec qui elles sont alliées. Au
+reste, il paraît que cet usage est très-répandu en Orient, où l’on
+dresse les pigeons à porter et à rapporter les lettres dans les
+occasions qui exigent une extrême diligence[192].
+
+ [192] On remarque les mêmes habitudes chez certains oiseaux. Ceux du
+ tropique annoncent, dit-on, l’arrivée des vaisseaux d’Europe, on les
+ devançant de fort loin, et en venant aborder avant eux.
+
+ _O combien de marins_, s’écrie l’auteur des Harmonies de la Nature,
+ _ont péri sur des écueils inconnus, qui auraient pu revoir leurs
+ compagnons, s’ils avaient pensé à les instruire de leur sort par les
+ oiseaux! Vous leur devriez peut-être la vie, vous et vos compagnons,
+ ô infortuné la Peyrouse!_
+
+Mahomed-Ali, pacha d’Egypte, a fait établir, par M. Abro, de Smyrne, qui
+a habité Paris pendant long-tems, une ligne télégraphique d’Alexandrie
+au Caire, sur le modèle des machines en usage en France. Elle a dix-sept
+stations; et les signaux, faits avec précision, transmettent les avis en
+40 minutes de l’une à l’autre de ces villes. Cette mesure doit être
+commune à toute l’Egypte. Il y a, en outre, des relais à chacune des
+stations télégraphiques, pour correspondre d’Alexandrie au Caire.
+
+La présence des Romains se fait remarquer encore dans ces contrées par
+des restes d’antiquités, des chemins, des chaussées, des ponts et des
+bornes militaires.
+
+Les colonies françaises, en Afrique, ne pouvaient être privées de
+l’avantage des bateaux à vapeur. Deux de ces bateaux, d’une force de 32
+chevaux, naviguent sur le Sénégal et remontent le fleuve jusqu’à 350
+lieues de son embouchure. Ainsi, on pourra pénétrer dans des lieux où il
+eût été impossible de s’ouvrir des communications par terre, tant à
+cause des obstacles naturels, que des dangers auxquels on se trouve
+exposé en traversant le territoire de certaines castes africaines
+livrées aux habitudes les plus féroces et les plus sanguinaires.
+Peut-être qu’un jour l’intérieur de cette partie du monde, qui a échappé
+à toutes les investigations, sera explorée avec succès par le moyen de
+ces bâtimens qu’un moteur si puissant rend si propres aux navigations
+des grands fleuves.
+
+
+ASIE.
+
+Les messages se font en Turquie par le moyen des coureurs. C’est une
+coutume commune à tous les peuples dont les relations habituelles sont
+moins multipliées qu’en Europe. Si on voulait ajouter foi à certains
+récits, les individus que le Grand-Seigneur emploie à ce service ne
+devraient leur agilité qu’à l’extirpation de la rate qu’ils seraient
+forcés de subir. C’est sans doute de cette croyance populaire qu’est
+venue la façon de parler: courir comme un ératé. Mais, sans nous arrêter
+à cette absurde supposition, nous ajouterons que ces courriers du
+Grand-Seigneur, appelés valachi, vont avec une diligence incroyable.
+Pour éprouver moins de fatigue, _ils se serrent_, dit Montaigne, _à
+travers le corps, bien estroitement, d’une bande large, comme font assez
+d’aultres_. Ils ont le singulier privilége de démonter le premier
+cavalier qu’ils rencontrent, et de n’éprouver aucun refus dans cet acte
+arbitraire. Ils se servent de ce cheval jusqu’à ce qu’il se présente une
+nouvelle occasion d’en changer. Ils achèvent ainsi leur course, sans
+dépense pour le Sultan, sans charges pour le peuple, et sans fatigue
+pour eux-mêmes. Quelques individus, de tems à autre, sont victimes de
+cette mesure despotique; car il est rare que ces messagers ne profitent
+pas de leurs droits ou manquent d’occasion d’en user. Mais l’empire
+absolu du Sultan sur ses sujets les rend peu sensibles à ces
+contre-tems.
+
+Les lettres qu’on expédie de Londres pour l’Inde, se rendent à Vienne
+par Hambourg en 10 jours; la distance est de 806 milles; de Vienne à
+Constantinople, dont le trajet est du 800 milles, quelquefois en 16
+jours. Cette différence est causée par la fonte des neiges et l’état des
+routes; enfin, de Constantinople à Bassora, qui en est éloignée de 1800
+milles (600 lieues), par l’Arménie et le Diarberk. Les Tartares, qui
+font le service de courriers en Turquie, et qui jouissent du singulier
+privilége de démonter les cavaliers qu’ils rencontrent, font
+ordinairement à présent ce long voyage sur des chevaux entretenus par le
+gouvernement. Ils s’embarquent sur le Tigre pour faire les 400 milles
+qui restent de Bagdad à Bassora: ce trajet, qu’ils effectuent en 4
+jours, en prend seize lorsqu’ils reviennent et remontent l’Euphrate,
+moins rapide que le Tigre.
+
+Le service des dépêches a lieu aussi d’Alep à Bassora par les Tartares,
+qui mettent seize jours à faire ce trajet sur leurs dromadaires[193].
+
+ [193] Chaque journée est de 16 à 18 lieues.
+
+On voyage dans le désert de l’Inde à cheval ou en mohaffa, espèce de
+petites voitures placées comme des paniers sur le dos d’un chameau, et
+couvertes de rideaux supportés par un piquet établi comme un mât sur la
+selle.
+
+En Tartarie, ce sont les chevaux entretenus aux dépens du grand cham qui
+font le service de la poste. Parmi ces chevaux aussi vigoureux
+qu’endurcis à la fatigue, on choisit les mieux exercés à la course pour
+les courriers du prince. Les clochettes que l’on place en France au cou
+des chevaux, sont attachées à la ceinture des courriers tartares. Le
+bruit qu’elles produisent d’assez loin, suffit pour donner le tems à
+celui qui doit continuer la course de se tenir prêt à recevoir les
+dépêches pour les transporter à son tour à la station suivante.
+
+Lorsque la distance à parcourir n’est pas très-considérable, on emploie
+des coureurs à ce service: cette coutume était usitée chez les Romains,
+où des messagers à pied transmettaient les lettres de certaines villes
+de l’empire.
+
+Une autre manière de voyager se remarque parmi les Tartares anguris: ils
+ne montent que des buffles[194].
+
+ [194] Il en est ainsi du roi de Baly et des seigneurs de sa cour.
+
+Pendant que le capitaine Sarris était à Moka, il reçut la visite du Roi
+de Rahaïta, sur la côte l’Abyssinie, qui montait une vache.
+
+_Aux Indes de deçà_, dit Montaigne, _c’estoit anciennement le principal
+et royal honneur de chevaucher un éléphant; le second, d’aller en coche
+traîné à quatre chevaux; le tiers, de monter un chameau; le dernier et
+plus vil degré, d’être porté par un cheval seul. Quelqu’un de nostre
+temps escrit avoir veu, en ce climat là, des pays où on chevauche les
+bœufs avecques bastines, estriers et brides, et s’estre bien trouvé de
+leur posture_.
+
+Mais la manière la plus usitée de voyager, c’est de se faire porter en
+palanquin, espèce de pavillon sur un brancard plus ou moins élégant,
+selon la condition des particuliers. Sa forme ordinaire est celle d’un
+coffre, de 6 pieds de haut, sur trois et demi de large: il est entouré
+de persiennes. On peut s’y coucher facilement en reposant sa tête sur
+une planche en pente; mais il faut se tenir dans le milieu pour être
+bien porté.
+
+Le palanquin est soutenu par un bambou qui avance de trois ou quatre
+pieds de chaque bout et qui est fixé très-solidement dans le milieu;
+c’est là que les boës ou porteurs y placent leurs épaules de manière à
+se croiser: ils sont toujours au nombre de six, trois sur le devant et
+autant sur le derrière. Ces boës n’ont pas d’autre métier. Ils font
+ordinairement deux lieues par heure, courent plus qu’ils ne marchent, et
+se relayent sans qu’on s’en aperçoive. S’ils trouvent un étang, ils s’y
+mouillent les pieds et le visage, pour reprendre des forces. La journée
+d’un boës est de douze ou quatorze lieues. On en prend toujours une
+douzaine, et on les établit par relais: c’est la poste du pays. Le prix
+d’un palanquin à Madras est de deux roupies et demie par jour.
+
+Les grands et les femmes de qualité, lorsqu’ils voyagent, choisissent de
+préférence des éléphans, sur le des desquels on dispose de larges
+pavillons richement ornés. On les emploie aussi à traîner les
+voitures[195]. La charge d’un éléphant est de trois ou quatre mille
+livres. Ces animaux, lorsqu’on les monte, ne bronchent jamais; mais, en
+revanche, leurs mouvemens ne sont pas très-doux. Ils font au pas
+ordinaire autant de chemin qu’un cheval au petit trot, et autant que les
+chevaux au galop, lorsqu’ils accélèrent leur marche. La journée d’un
+éléphant est de 20 lieues; quand on le presse, il peut en faire 30 et
+même 40[196].
+
+ [195] La voiture de cérémonie de l’empereur des Birmans, prise par les
+ troupes anglaises au commencement de la campagne [1825], est arrivée
+ en Angleterre. Tout est extraordinaire dans cette voiture dont l’or
+ forme la base, et qui est couverte de milliers de diamans et des
+ pierres les plus précieuses. Elle a 25 à 30 pieds de hauteur; elle
+ est traînée par des éléphans. C’est un chef-d’œuvre qu’il eût été
+ difficile de surpasser en Europe.
+
+ [196] Chardin prétend que l’éléphant en marchant ne fait pas plus de
+ bruit qu’une souris, qu’il va fort vîte, et que, s’il vient derrière
+ vous, il est sur vos talons avant que vous vous en aperceviez.
+ (_Bernardin de Saint-Pierre._)
+
+Les routes dans l’Inde sont assez belles et formées d’une espèce de
+brique. Elles sont très-fréquentées par les habitans qui visitent sans
+cesse les pagodes qu’on y trouve en très-grand nombre, soit à pied, à
+cheval, ou en gadi, espèce de voiture attelée de bœufs. Les grandes
+routes, anciennement tracées, étaient divisées par stades de dix en dix,
+pour guider les voyageurs et marquer les distances. On avait construit
+des lieux de repos pour les caravanes, auprès desquels on creusait des
+étangs et des puits, afin de remédier, autant que possible, à la disette
+d’eau. Un passeport, toujours écrit en malabare, en persan, et en
+talinga, est indispensable pour parcourir ces contrées: les pions
+l’exigent strictement des voyageurs.
+
+A Madras, la plupart des routes sont spacieuses, bien entretenues et
+bordées, de distance en distance de rangées d’arbres, soit de bamboues,
+de cocotiers, de palmiers ou autres plantes élevées. La route qui
+conduit au fort Grammont, éloigné de 4 lieues de la ville, est surtout
+très-remarquable. On est étonné de la quantité de voitures, cabriolets,
+de palanquins qui circulent au déclin du jour; de la beauté et de la
+parure des chevaux arabes que montent les Anglais; et de l’attelage de
+certaines voitures indiennes conduites par des bœufs superbes, richement
+caparaçonnés et dont les cornes sont peintes et souvent dorées.
+
+L’industrie et le commerce si actif de l’Inde exigeaient des moyens
+faciles de correspondre. Les Anglais qui en sentaient la nécessité, les
+établirent ou les perfectionnèrent. Les présidences de Calcutta, de
+Madras et de Bombay firent, à cet effet, des réglemens de poste, en
+1793, sous la surintendance générale de Charles Elphinstone. Des relais
+de tapals furent établis à 7 ou 8 milles de distance l’un de l’autre, et
+leur diligence surpassa toute attente.
+
+Cette organisation régulière a servi au Nabab d’Arcate pour entretenir
+des relations avec les provinces méridionales: ses lettres ont
+généralement parcouru cent milles en vingt-quatre heures[197]. Les
+coureurs employés à ce service, toujours au nombre de deux, portent
+chacun un sac de cuir placé sur le dos comme le havresac d’un soldat.
+Ils ont aussi une torche allumée pendant la nuit, et le jour un bassin
+en cuivre, sur lequel ils frappent continuellement pour effrayer les
+animaux féroces, très-redoutables dans ces climats.
+
+ [197] La facilité des communications entre les diverses parties de
+ l’Inde est si grande aujourd’hui, qu’un courrier du gouvernement qui
+ part de Calcutta pour Ceylan, par la voie de Madras, arrive à sa
+ destination en 8 jours et 3/4 d’heure. La distance est de 1044
+ milles: la poste fait ordinairement cette route en onze jours. Un
+ courrier extraordinaire, expédié de Bombay à Calcutta par terre, se
+ rend dans cette dernière ville en 18 jours et demi: la distance
+ entre les deux villes est de 1308 milles.
+
+Dans les provinces qui appartiennent à la Compagnie, le produit des
+lettres lui rend, comme en Angleterre, un bénéfice considérable. On
+paie, par exemple, de Bombay à Pouna 50 reas pour une lettre simple. Le
+port augmente en raison du poids[198].
+
+ [198] De Bombay à Tajala pour Roupies 1 quartz 50 reas.
+ Id. à Hyderabad, » 2 »
+ Id. à Mazulipatan, » 3 »
+ Id. à Madras, 1 50
+ Id. à Calcutta, 1 2 25
+
+Il avait été question de correspondre par terre avec l’Angleterre, mais
+les frais de cette entreprise en firent rejeter l’exécution. On y
+trouvait cependant un avantage réel, puisque les dépêches seraient
+parvenues par cette voie en 49 jours au Bengale, et en cinquante et un
+jour à Madras ou à Bombay, tandis qu’il faut par mer quatre mois pour
+arriver au Bengale, cent jours pour aller à Madras et trois mois vingt
+jours pour se rendre à Bombay.
+
+L’entreprise des bateaux à vapeur, qui sera bientôt en activité, offre
+des résultats autrement avantageux. Elle ne peut manquer de trouver
+auprès des capitalistes des colonies de l’Angleterre aux Indes, la
+protection que la métropole accorde à toutes les découvertes utiles à la
+prospérité nationale. Nous avons vu que déjà les négocians de Calcutta
+avaient répondu à cet appel par des souscriptions. Les tentatives qu’ils
+ont faites dans ce genre et qui ont été couronnées du plus heureux
+succès, ne laissent plus d’incertitude sur la stabilité de ce nouveau
+moyen de correspondance. Le premier bateau à vapeur, qui ait été
+construit aux Indes, se nomme la Diana[199]. Il a exécuté, de la manière
+la plus satisfaisante, le trajet de Calcutta à Chinsarab.
+
+ [199] Il a été lancé à l’eau le 12 juillet 1823, à Kidderpon, près de
+ Calcutta.
+
+Le voyage à travers l’Isthme de Suez est regardé de plus en plus comme
+un faible obstacle à tout projet de communication avec la Méditerranée.
+Dans tous les cas, le trajet par le cap de Bonne-Espérance deviendrait
+et moins long et plus régulier que la navigation actuelle, par la voie
+des bâtimens à vapeur, si surtout on pouvait en améliorer la
+construction, comme tout semble le présager[200].
+
+ [200] M. Brown, anglais, se propose d’introduire, au lieu de vapeur
+ dans le cylindre, du gaz hydrogène qui, étant détruit par la
+ combustion, produirait un vide complet dans lequel le piston se
+ plongerait avec une force irrésistible. On introduirait de nouveau
+ du gaz, ce qui produirait l’effet d’élever le piston, et ensuite le
+ gaz serait détruit comme la première fois. La machine ne pèserait
+ que 25 à 30 quintaux. Un petit fourneau tiendrait lieu de la
+ chaudière à vapeur, et l’on calcule que 5 barils d’huile seraient
+ suffisans pour conduire un vaisseau dans l’Inde.
+
+Au Mogol il n’y a que les princes ou les grands personnages qui puissent
+se faire suivre par des chevaux, des bœufs ou des chameaux. Les palekis,
+voitures du pays, sont à deux roues, tirés par des bœufs, ayant une
+impériale en forme de toit incliné. Ces voitures servent pour les grands
+voyages.
+
+C’est une profession assez commune au Mogol que celle de louer des bœufs
+et de les conduire pour toute espèce de transport. Il y a aux Indes des
+castes entières qui n’embrassent point d’autre métier.
+
+
+CHINE.
+
+Les postes sont établies d’une manière très-régulière dans tout l’empire
+de la Chine. L’empereur seul en fait les frais, et entretient à cet
+effet une infinité de chevaux. Les courriers partent de Pékin pour les
+capitales des provinces; le vice-roi[201] qui reçoit les dépêches de la
+cour d’un kougtou ou gouverneur, les communique par d’autres courriers
+aux villes du premier ordre, celles-ci aux cités d’un ordre inférieur.
+
+ [201] Il est toujours assisté par province d’un trésorier général,
+ d’un juge criminel, d’un conservateur des impôts et d’un intendant
+ des postes.
+
+Quoique ces postes ne soient pas entretenues pour les particuliers, il
+est rare qu’il ne s’en servent pas. Les missionnaires en usaient avec
+autant de sûreté, et beaucoup moins de dépense qu’ils ne faisaient en
+Europe.
+
+Comme il est très-important que les courriers arrivent avec régularité,
+les mandarins ont soin de faire tenir les chemins en bon état; et
+l’empereur, pour les y obliger plus efficacement, fait souvent courir le
+bruit qu’il parcourt ses provinces. C’est ainsi qu’Auguste et quelques
+empereurs romains en agissaient. La moindre négligence est punie avec
+sévérité. Un de ces officiers n’ayant pas mis assez d’activité à faire
+réparer une route par laquelle l’empereur devait passer, aima mieux se
+donner la mort que de s’exposer à un châtiment inévitable.
+
+Les Chinois n’ont pu parvenir à remédier à l’inconvénient causé par la
+poussière qui couvre leurs routes[202]. Les voyageurs qui les parcourent
+soit à pied, à cheval, sur des chameaux, soit en litière ou en chariot,
+se précautionnent inutilement de masques ou de voiles pour éviter cette
+incommodité; cependant, ces chemins sont larges, unis et bien pavés;
+dans plusieurs provinces on a pratiqué des passages sur les plus hautes
+montagnes, en applatissant leur sommet, en coupant les rochers, en
+comblant les vallées et les précipices, en établissant des ponts
+suspendus sur des cordages ainsi que sur les fleuves et les rivières et
+tous les endroits difficiles où l’on n’aurait pu parvenir sans ce moyen.
+Un des plus connus est celui de la rivière de Kein cha yan, dans le
+canton de Lolo. Il y a aussi de distance en distance sur les routes,
+tantôt des grottes, des hospices ou d’autres établissemens commodes et
+agréables, bâtis pour l’utilité des voyageurs: ils sont dus le plus
+ordinairement à la bienfaisance de quelques mandarins.
+
+ [202] Bernardin de Saint-Pierre attribue aux tempêtes sablonneuses la
+ poussière qui couvre les routes de la Chine et qui oblige d’aller
+ toute l’année à cheval avec un voile sur les yeux.
+
+Avec le permis ou billet de poste dont on a soin de se munir, on trouve
+tous les secours nécessaires sur la route. Ce permis consiste en une
+feuille de papier, imprimée en caractères tartares et chinois, et
+scellée par le tribunal souverain de la milice. Il est ordonné au bureau
+de fournir, sans délai, un certain nombre de chevaux ou de barques
+lorsqu’on est oblige de voyager par eau; enfin tout ce qui est
+nécessaire à la vie. Le sceau imprimé sur ce permis a trois pouces de
+largeur en carré, sans autre figure ou caractère que le nom du tribunal
+et des principaux officiers.
+
+On se fait porter en chaise par des porteurs qui ont leur chef, auquel
+on s’adresse pour ce service. C’est d’après l’état des malles et des
+paquets que le prix est fixé et payé d’avance, et l’on reçoit autant de
+billets qu’on veut d’hommes. Rien n’égale la légèreté de ces porteurs,
+ils ne s’arrêtent que trois fois par jour et font deux lieues par heure.
+
+C’est à l’empereur Hoang-Ty que les Chinois attribuent l’invention des
+chars attelés d’animaux pour conduire avec rapidité les hommes et
+transporter les fardeaux. Si la nécessité de multiplier les relations
+dans un état est en raison de sa population, on doit juger des avantages
+qui en ont résulté dans cet empire, où 15,000 mandarins lettrés sont
+chargés de l’administration.
+
+Outre leurs postes, les Chinois ont établi sur les routes des tours ou
+stations de cinq lieues en cinq lieues destinées aux signaux qu’ils
+emploient comme un autre moyen de communication. Il suit de là qu’aux
+yeux de quelques personnes, l’invention du télégraphe français serait
+attribuée à ce peuple. Cette supposition, injurieuse pour un savant de
+notre nation, n’a pas besoin d’être combattue: elle est du nombre de ces
+assertions dont le tems fait justice. D’ailleurs ce moyen si rapide de
+communiquer par signes dans une langue nouvelle, eût-il été négligé par
+les nations de l’Europe et particulièrement par les Anglais qui ont
+apporté tant d’étude dans l’établissement de leurs signaux. Cette
+correspondance oculaire, si imparfaite en tous lieux, n’a de perfection
+et de résultats importans qu’en France. Le profit d’une si précieuse
+découverte est donc resté seul à cette nation, et la gloire de l’avoir
+faite à un français. Nous sommes loin de penser que les Chinois, aussi
+grands calculateurs que profonds dans la connaissance des sciences
+exactes, n’aient pas des méthodes utiles et ingénieuses dans l’art de
+s’entendre par signes: tout porte à croire même qu’ils les possèdent;
+mais c’est un secret qu’ils conservent avec tant d’autres qu’on pourrait
+leur envier.
+
+Il n’est pas rare de voyager en Chine dans des espèces de voitures
+attelées de chiens. Les missionnaires disent avoir vu une femme tartare
+qui revenait de Pékin, et qui avait un équipage de cent chiens à ses
+traînaux.
+
+Parmi les moyens qu’employèrent les maîtresses de Tien-ou-ti, empereur
+chinois, qui se laissait entièrement captiver par elles, on rapporte
+qu’elles avaient fait construire un char d’une grande magnificence, et
+d’une légèreté telle, que des moutons le traînaient dans un parc
+immense, où tout lui retraçait les goûts voluptueux qui lui faisaient
+négliger les soins de son empire. Cet exemple ne tarda pas à trouver des
+imitateurs parmi les courtisans qui, pour plaire à leur maître, ne se
+présentaient plus à la cour qu’avec des attelages de cette espèce
+d’animaux.
+
+
+SIAM.
+
+On voyage dans ce royaume sur des chevaux assez généralement mauvais.
+Les éléphans sont la monture la plus usitée, quoi qu’on se serve souvent
+de buffles et de bœufs. Les chaises à porteurs ne ressemblent pas aux
+nôtres. Elles sont découvertes et entourées d’une balustrade, dont la
+richesse des décorations dépend de la qualité des personnes. Les
+palanquins sont comme les hamacs ou filets de Goa.
+
+Les voitures pour voyager par terre sont moins communes que les barques
+appelées ballons, employées sur les fleuves, si nombreux de ce pays. Les
+Siamois sont renommés par leurs courses sur l’eau dans ces sortes de
+bateaux. A certaines époques on adjuge des prix aux rameurs qui les
+conduisent avec une vîtesse incroyable. Ils ont aussi des courses de
+bœufs et de buffles. Ces animaux, que les grands seigneurs font dresser
+pour cet exercice, courent avec la même rapidité que les chevaux.
+
+
+BOUTAN.
+
+Il y a des chemins si étroits et si difficiles dans le royaume de
+Boutan, qu’on y trouve à peine la place du pied. Les précipices que l’on
+voit à droite et à gauche rendent les voyages très-dangereux. Une
+coutume singulière et bizarre a lieu dans ces contrées montagneuses; ce
+sont les femmes qu’on assujettit à la cruelle corvée de porter les
+voyageurs, au-devant desquels elles viennent à cet effet avec des boucs
+pour le transport des bagages.
+
+Le coussin sur lequel les voyageurs se placent, et qui sert de siége,
+est retenu par des courroies fixées aux épaules. Ces femmes sont
+disposées par relais de distance en distance, et se reposent ainsi d’un
+service aussi abject que pénible. Elles ne gagnent qu’une roupie en cinq
+jours. On donne le même prix pour un bouc, quelle idée peut-on concevoir
+d’un peuple qui s’avilit à ce point. Heureusement qu’un usage aussi
+révoltant ne s’est point reproduit ailleurs. N’est-ce pas déjà trop de
+ce triste exemple?
+
+
+JAPON.
+
+Les postes au Japon sont appelées _sinka_; elles sont placées
+quelquefois à un mille de distance l’une de l’autre, et souvent à quatre
+milles. Tout ce qui peut convenir à la commodité et à l’agrément se
+trouve réuni à ces stations, où l’on remarque toujours des cours
+spacieuses pour les chevaux. Le prix de tout ce qu’on peut se procurer à
+ces postes est réglé par tout l’empire. Il règne dans ces tarifs un
+grand esprit du justice. Les distances, l’état des chemins et le prix
+des vivres et des fourrages, contribuent à les modifier suivant les
+localités. Les ponts, dans cet empire, sont magnifiques; les chemins
+unis et plantés comme nos promenades en Europe. Ils sont divisés en
+milles géométriques, qui commencent au pont de Jedo, placé, croit-on, au
+centre de l’empire. Les milles sont marqués par des buttes élevées l’une
+vis-à-vis de l’autre, au sommet desquelles on plante des arbres. Chaque
+canton est distingué par un pilier qui indique le nom du seigneur dont
+il dépend et les limites qui le circonscrivent. On a coutume de porter,
+lorsqu’on voyage, un éventail sur lequel les routes sont marquées, ainsi
+que les distances des lieux, le prix des postes, celui des vivres et des
+hôtelleries. Cette idée est ingénieuse, surtout dans un pays où la
+chaleur du climat rend par là l’usage de l’éventail aussi agréable
+qu’utile.
+
+Chaque station a un certain nombre de messagers chargés de porter, à la
+plus voisine, les lettres, les édits, les déclarations; enfin tout ce
+qui intéresse le service de l’empereur. Ces dépêches sont renfermées
+dans une boîte ou coffre verni de noir, sur lequel on voit les armes du
+prince, et que les messagers portent sur leurs épaules, au moyen d’un
+bâton auquel elles sont fixées. On a toujours soin de faire marcher deux
+courriers ensemble, en cas d’accident. Ils portent une cloche à la main
+et l’agitent de tems en tems, afin d’avertir de leur approche. Cette
+précaution a pour but de prévenir tous les obstacles qui pourraient
+s’opposer à leur marche. Les voyageurs, à ce signal, s’arrêtent ou
+changent la direction de leur route. L’empereur même se soumettrait à
+cette loi, s’il se trouvait sur leur passage et qu’il pût les retarder
+dans leur course.
+
+
+AMÉRIQUE.
+
+Les postes sont très-bien servies au Canada, surtout de Québec à
+Montréal; et, pour rendre praticables, en hiver, les routes si
+généralement belles dans les autres saisons, on y plante des perches,
+lorsque la neige commence à tomber, afin d’en conserver la direction:
+dès qu’elles ont pris assez de consistance pour être favorables au
+traînage, les communications reprennent avec plus d’activité et on fait,
+par ce moyen, 15 à 20 milles par heure. Les traîneaux, les berlines et
+les carrioles servent l’hiver: l’été, on voyage en calèche. Ces voitures
+contiennent trois personnes et sont traînées le plus ordinairement par
+un seul cheval.
+
+Dépendant autrefois de l’Angleterre, les Etats-Unis ont dû en recevoir
+les institutions. Les postes aussi n’ont rien changé à l’organisation
+qu’elles lui doivent. Elles sont toujours remarquables par leur
+activité, qui ne peut que se conserver et même s’accroître par la
+prospérité vers laquelle ces contrées tendent de plus en plus. On y
+compte aujourd’hui plus de six mille bureaux de poste, qui font parvenir
+les lettres avec une étonnante célérité. Les courriers parcourent
+1,500,000 milles de routes de plus qu’ils ne faisaient il y a cinq ans;
+malgré tant d’améliorations, les recettes, cette année, égalent les
+dépenses. Les communications sont favorisées par la beauté des
+routes[203], les canaux et les ponts suspendus sur des chaînes de
+fer[204]. Combien les voitures publiques ont dû se multiplier dans un
+pays où l’on voyage si fréquemment. Les fiacres y sont devenus
+très-communs. Il y a 15 ans on n’en comptait pas 25 à Philadelphie, il
+s’en trouve aujourd’hui plus de 600; les chevaux, généralement
+très-beaux et très-robustes, sont dressés à aller l’amble et font cinq
+milles par heure et 15 lieues par jour. Il est à remarquer que les
+postillons ne manquent jamais de s’arrêter, après avoir parcouru 4
+milles, pour faire abreuver leurs chevaux. Ces haltes fréquentes, dont
+ils profitent eux-mêmes pour leur compte, très-désagréables en hiver
+pour les voyageurs, ont un but d’utilité pour les chevaux, auxquels
+elles redonnent une nouvelle vigueur. Il serait impossible d’en agir
+autrement, vu la rapidité avec laquelle on leur fait parcourir la
+distance qui se trouve entre chaque relais. Du reste, les routes sont
+généralement commodes.
+
+ [203] On s’occupe, aux Etats-Unis, du projet d’une grande route qui
+ doit aller de Washington à Mexico pendant 3300 milles [1100]. Le
+ gouvernement mexicain doit coopérer à cette dépense.
+
+ [204] Il n’en existait que 8 en 1820, et on en compte aujourd’hui plus
+ de 40.
+
+On cite parmi les hommes remarquables qui ont dirigé les postes de
+l’Amérique septentrionale, le célèbre Benjamin Franklin[205]. Il fut
+d’abord directeur des postes de la Pensylvanie, et il s’acquitta si bien
+de cet honorable emploi, que le gouvernement le nomma, en 1753, à celui
+plus important et plus lucratif de directeur-général des postes de
+l’Amérique.
+
+ [205] Il occupait encore cette place, en 1766, lorsqu’il parut à la
+ chambre des communes de Londres, au sujet de la révocation de
+ l’accise du timbre.
+
+Jamais contrées ne furent plus favorablement partagées pour jouir
+pleinement de l’avantage de la navigation par le moyen des bâtimens à
+vapeur. On sait combien les beaux fleuves qui les traversent sont
+convenables à ces entreprises maritimes, et combien la correspondance a
+acquis de célérité et de régularité depuis cette découverte. En 1787,
+Fitch parvint à naviguer sur la Delaware, avec une assez grande vîtesse,
+mais à l’aide d’un mécanisme trop peu solide pour être employé avec un
+succès soutenu. C’est à Robert Fulton que les Etats-Unis doivent le
+précieux avantage d’avoir donné l’exemple de cette navigation aussi
+utile que merveilleuse. Le premier bateau que cet ingénieur a construit
+en Amérique, fit, en 1807, le trajet d’Albanie à New-Yorck (57 lieues)
+en 32 heures, et revint en 30 heures. Depuis ce tems, l’usage des
+bateaux à vapeur s’est répandu avec une étonnante rapidité. M.
+Marestier, déjà cité, estime qu’il y en a plus de 60 sur le Mississipi,
+40 au moins sur le Canal de l’île longue, le Hudson, etc., outre ceux du
+fleuve Saint-Laurent et des grands lacs au nord des Etats-Unis.
+
+Autrefois, le trajet de la Nouvelle-Orléans à Louisville, qui est de 150
+lieues de poste en suivant le cours des rivières, ne durait pas moins de
+trois mois; aujourd’hui, quelques bateaux de la Nouvelle-Orléans se
+rendent en 14 jours jusqu’à Cincinnati, c’est-à-dire 54 lieues plus haut
+que Louisville. A la Louisiane, ces bateaux[206] font la navigation du
+fleuve et des rivières qui y affluent et jaugent 40 ou 50 tonneaux. Ou
+en voit même de 900 tonneaux, qui portent un nombre considérable de
+passagers.
+
+ [206] On en compte sur une seule rivière plus de 100 et plus de 50
+ dans un seul port. Ils jaugent ensemble plus de 14 mille tonneaux.
+
+Nul doute que dans dix ans on ne parvienne à communiquer aux grands lacs
+du nord-ouest, à la mer Atlantique, de là à l’Isthme de Panama, et
+peut-être à travers cet Isthme, à la Chine et à la Nouvelle-Hollande,
+par le moyen de ces bâtimens; ils servent actuellement aux voyages de
+New-Yorck à Pensacola, à la Nouvelle-Orléans et à la Havane. On y trouve
+les commodités, les avantages et les agrémens, des voitures et des
+hôtelleries les meilleures de l’Europe.
+
+On remarque encore chez les esquimaux de la baie de Baffin l’usage des
+attelages de chiens aux traîneaux.
+
+
+PÉROU.
+
+On courait la poste au Pérou sur les épaules d’hommes destinés à ce
+service. Leur diligence à parcourir une distance qui ne devait pas
+excéder un mille, était si étonnante, qu’elle égalait la vîtesse d’un
+cheval. Ce qui surprenait davantage, c’était leur adresse à décharger
+sans s’arrêter le voyageur qu’ils portaient, pour le jeter sur les
+épaules du courrier qui les remplaçait.
+
+Lors de la conquête que les Espagnols firent de cet empire en 1527, les
+chemins étaient magnifiques. Ils remarquèrent surtout que celui qui
+conduisait de Cusco à Quito, dans une étendue de près de cinq cents
+lieues, était aligné avec soin, pavé avec solidité, bordé d’arbres
+appelés _molly_, aux pieds desquels coulaient deux ruisseaux. Ce chemin
+était aussi revêtu de chaque côté de murailles parfaitement construites
+pour retenir les terres. L’imagination est surprise des travaux qu’il a
+fallu entreprendre pour venir à bout d’un projet aussi vaste, soit en
+perçant des montagnes ou comblant des précipices, d’autant plus que les
+Péruviens étaient privés de machines propres à transporter les
+pierres[207] pour la construction des édifices établis de distance en
+distance sur les routes. L’étonnement redouble en considérant la
+hardiesse de ces ponts suspendus par des cordages avec lesquels la
+communication entre Lima et Quito fut rendue si facile. L’Europe peut
+imiter ces entreprises gigantesques avec la supériorité que donne
+l’industrie aux peuples civilisés, sans rien ôter à la gloire de ces
+nations qui, n’ayant pas les mêmes avantages, ne trouvaient aucun
+obstacle pour se frayer un passage à travers les montagnes les plus
+élevées et les plus inaccessibles du globe.
+
+ [207] Les moindres avaient dix pieds carrés.
+
+Quant aux courriers appelés chasqui, leur emploi consistait à porter les
+ordres de l’Inca aux gouverneurs des provinces. Placés au nombre de six
+dans de petites cabanes distantes l’une de l’autre d’un quart de lieue,
+les uns veillaient constamment pour être prêts à porter sans délai, à la
+station voisine, le message qu’ils recevaient de vive voix d’aussi loin
+qu’ils pouvaient l’entendre, afin de le transmettre de la même manière;
+les autres, pendant ce tems se livraient au repos que ce service
+fatigant et continu leur rendait si nécessaire. On conçoit avec quelle
+rapidité les volontés du monarque parvenaient sur tous les points de
+l’empire.
+
+Quelle ressource offrait encore aux Péruviens leurs nœuds ou quipos. La
+différence des couleurs, la variété des contextures, avaient une
+signification très-multipliée, qui donnait les moyens de correspondre
+plus secrétement. Les quipos étaient composés de petits cordons de laine
+de toutes couleurs arrangés et contournés en divers sens. On attachait à
+chacune de ces formes, de ces couleurs, la signification des choses les
+plus essentielles. Ainsi, un rond fait avec de la laine blanche ou jaune
+représentait la lune ou le soleil. Les Péruviens correspondaient par la
+voix; mais, lorsque la commission devait être secrète, ils se donnaient
+l’un l’autre une espèce de quipos; c’était alors un chiffre convenu
+entre l’Inca et le gouverneur auquel il était adressé.
+
+La maîtresse de Pizarre trouvait les nœuds pour exprimer la pensée bien
+insuffisans auprès des caractères européens. _Ce langage_, disait-elle,
+_était trop borné pour rendre ce que je ressentais pour mon amant_.
+
+
+MEXIQUE.
+
+La nouvelle de la présence de Cortez au Mexique jeta l’effroi dans tout
+l’empire de Montezuma. Ce prince, qui régnait alors, ne tarda pas à en
+être instruit; car, selon la coutume de cet état, il avait des courriers
+qui l’entretenaient de tout ce qui s’y passait. On choisissait les
+jeunes gens les plus dispos qu’on exerçait dès le premier âge. La
+principale école était le grand temple de la ville de Mexico. Il y avait
+des prix tirés du trésor public pour celui qui arriverait le premier au
+pied de l’idole. Dans ces courses, qu’ils faisaient d’une extrémité de
+l’empire à l’autre, ils se relevaient de distance en distance avec une
+mesure si proportionnée à leur force, qu’ils se succédaient avant d’être
+las. Les dépêches qu’ils apportaient à l’Empereur consistaient en des
+pièces de toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les
+différentes circonstances des affaires dont ils devaient être instruits.
+Les figures étaient entremêlées de caractères qui suppléaient à ce que
+la peinture n’avait pu exprimer.
+
+Dans les circonstances extraordinaires, les Péruviens et les Mexicains,
+comme les peuples anciens, employaient la fumée et les feux pour
+transmettre au loin les avis qui intéressaient le salut de l’état.
+
+Non-seulement on avait reconnu les chiens propres aux attelages, mais
+encore à servir de courriers. On leur attachait au cou les dépêches
+qu’on voulait qu’ils transportassent, et l’instinct dont ce précieux
+animal est doué, le conduisait à fournir sa course avec rapidité, et
+même encore à défendre le paquet qui lui était confié contre toute
+entreprise indiscrète. Les Portugais, dit-on, les ont employés à cet
+usage lors de leurs conquêtes aux Indes.
+
+Dans l’intérieur de l’Amérique du sud, pour les communications, soit du
+Brésil, de Buenos-Ayres, soit des provinces de l’ouest situées aux pieds
+des Andes, les marchandises d’un grand poids sont transportées
+quelquefois sur des chars traînés par des bœufs; mais le mauvais état
+des routes, les ruisseaux bourbeux et les étangs, rendent ce mode
+excessivement long: on se sert plus communément de mules et de chevaux
+de bât. Les maisons de poste, qu’on trouve de distance en distance, sont
+de misérables chaumières presque abandonnées et très-incommodes par les
+insectes qui s’y rassemblent.
+
+Il n’y a que quatre passages dans la partie de la cordillière
+méridionale, dont un seul est assez large pour que les chars y passent
+avec facilité.
+
+Nous ne porterons pas plus loin l’énumération, peut-être déjà trop
+prolongée dans un essai de ce genre, des moyens de correspondre et de
+voyager chez tous les peuples du monde. Nous nous bornerons à observer
+que le séjour des Européens dans leurs possessions d’outre-mer[208] et
+les relations non interrompues que celles-ci entretiennent avec les
+métropoles, ne laissent plus d’incertitude sur la possibilité de
+communiquer avec les diverses contrées répandues sur tous les points du
+globe.
+
+ [208] Une compagnie anglaise a déjà rassemblé de très-grands capitaux
+ destinés à la construction de routes, de canaux, de bâtimens à
+ vapeur, de chemins en fer et de tous les ouvrages propres à établir,
+ dans l’Amérique méridionale, les moyens rapides et perfectionnés
+ employés en Europe pour multiplier les communications. Parmi les
+ singularités que nous avons remarquées dans le cours de cet essai
+ sur la docilité de certains animaux, nous citerons encore les
+ tigres, dressés à conduire le chariot de M. Carneiro, procureur à
+ Bogota. Ils sont tellement apprivoisés, qu’il s’en sert
+ habituellement pour se rendre au palais de justice.
+
+Et quoiqu’il n’existe pas en France de bâtimens[209] spécialement
+destinés au transport des lettres, le service des postes maritimes n’en
+a pas moins lieu avec toute la régularité qu’on remarque sur le
+continent. Aucun vaisseau n’y est attaché; tous y coopèrent; et le
+nombre considérable de ceux que le commerce emploie à faciliter ses
+échanges, sert aussi à multiplier ceux de la pensée.
+
+ [209] Le bateau à vapeur le _Galibi_, nommé la _Caroline_ depuis le
+ voyage de S. A. R. Madame duchesse de Berri en Normandie, parti du
+ Havre, est arrivé sur la côte de la Guyanne en 36 jours de
+ traversée. Ce bâtiment est destiné à naviguer entre les divers
+ points de cette intéressante colonie, coupée par de nombreuses
+ rivières, qui deviendra bien plus importante, lorsqu’on aura mis à
+ exécution les divers projets de canalisation.
+
+
+
+
+QUATRIÈME PARTIE.
+
+PRATIQUE DES POSTES.
+
+
+Les postes, après avoir éprouvé tant de variations, semblent établies
+sur des bases fixes et durables. Une longue expérience a fait rectifier
+peu à peu tout ce que la théorie n’offrait pas d’assez régulier dans la
+pratique.
+
+Il serait sans doute insuffisant d’en suivre l’histoire, si l’on ne
+cherchait dans le code qui les régit les moyens sûrs de profiter
+pleinement des avantages qui en résultent pour la société. En effet,
+quelle administration est d’un usage plus répandu? Quel est l’individu,
+quelque puissant ou quelque obscur qu’il soit dans l’Etat, dont elles ne
+servent les relations d’intérêt, de famille, d’amitié et de bienséance.
+On est cependant frappé de l’insouciance qu’on rencontre généralement
+dans le monde à cet égard, et surpris d’y voir ignorer jusqu’aux plus
+simples notions d’un service dont le besoin se fait sentir presque à
+chaque instant.
+
+Nous ne croirions donc pas avoir rempli la tâche que nous nous sommes
+imposée, si, à la suite de ces considérations générales sur les postes,
+nous n’entrions pas dans quelques détails indispensables propres à
+servir de guide dans la pratique.
+
+La direction générale des postes comprend actuellement, sous ce titre,
+la poste aux lettres et la poste aux chevaux: elle est administrée par
+un directeur-général, M. le marquis de Vaulchier, grand-officier de la
+Légion-d’Honneur, conseiller-d’Etat et membre de la chambre des députés,
+sous l’autorité et la surveillance duquel le travail est réparti entre
+les trois administrateurs qui lui sont adjoints.
+
+M. N., administrateur de la 1.re division, est chargé des relais[210],
+des correspondances[211] et du bureau[212] des malles et estafettes;
+
+ [210] M. Forgeot [LH], chef de division. Création et suppression des
+ relais, fixation des distances, gages et indemnités aux maîtres de
+ poste; secours et pensions aux postillons.
+
+ [211] M. de Raucogne [Henri], chef de division. Etablissement et
+ suppression des bureaux de poste, distribution, entrepôts, services
+ de nuit, coïncidence des courriers, fixation des dépenses dans les
+ départemens, inspecteurs, offices étrangers.
+
+ [212] M. Pierrot, chef.
+
+M. le comte de Raucogne [LH], administrateur de la 2.e division,
+s’occupe de ce qui est relatif à la vérification[213] des droits et
+produits, et du personnel[214];
+
+ [213] M. Mahon, chef de division. Vérification des bordereaux des
+ droits et produits établis par les comptables.--M. Gachet, agent
+ comptable. Recette et dépense faite pour le service intérieur à
+ l’hôtel des postes.
+
+ [214] M. Tenant de la Tour [LH], chef de division. Notes
+ d’informations et rapports sur le personnel des employés,
+ présentation aux emplois vacans.--M. de Richoux, chef de division
+ des services.
+
+M. Barthe-la-Bastide [LH], membre de la chambre des députés,
+administrateur de la 3.e division, dirige le départ[215],
+l’arrivée[216], la division[217] de Paris, les articles[218] et le
+bureau des voyageurs[219].
+
+ [215] M. Bousquet, chef de division. Taxe des lettres,
+ affranchissemens, chargemens, expédition des estafettes, courriers
+ extraordinaires pour les départemens et l’étranger.
+
+ [216] M. Jaqueson de Vauvignol, [Croix] [LH], chef de division.
+ Réception et vérification des dépêches, tri et remise des lettres et
+ paquets pour le Roi et les ministres.
+
+ [217] M. Ginisly [LH], chef de division. Paris, bureau de
+ distribution, affranch. des p. p. Paris: tri, distribution générale.
+
+ [218] M. Itasse [LH], chef de division. Mouvement, surveillance et
+ comptabilité des articles d’argent et valeurs cotées qui sont
+ déposés à Paris et dans les départemens.
+
+ [219] M. , chef.
+
+Le secrétaire-général, M. le baron Roger (O. [LH]), membre de la chambre
+des députes, a dans ses attributions le bureau d’enregistrement des
+dépêches, le bureau d’ordre ou 1.er bureau (franchises et
+contre-seings), le bureau du budget, le bureau du matériel, le bureau du
+dépôt et des derniers rebuts, et tout ce qui a rapport aux transports
+frauduleux.
+
+On compte douze bureaux de poste à Paris, en y comprenant ceux de la
+cour, de la chambre des pairs et de la chambre des députés, desquels
+dépendent des boîtes en très-grand nombre, placées dans les lieux les
+plus apparens. Ces boîtes sont levées, deux heures en deux heures, sept
+fois en été et six en hiver. Le terme moyen de chaque distribution est
+de trois heures. Les distributions, pour les bureaux établis dans la
+banlieue se font deux fois par jour.
+
+Toutes les lettres de réclamations relatives au service doivent être
+adressées à M. le directeur-général des postes.
+
+Les inspecteurs des postes sont les agens supérieurs dans les
+départemens. Ils sont au nombre de trente, et leurs divisions
+comprennent, à quelques exceptions près, trois départemens.
+
+Le nombre des bureaux de poste, en France, est de 1371[220], non compris
+les distributions. Ils sont administrés par des directeurs; mais tous
+n’ont pas de contrôleurs, de commis, de distributeurs, de garçons de
+bureau et de facteurs. Cette organisation, plus ou moins modifiée,
+dépend de l’importance des localités: on distingue, par cette raison,
+les bureaux en simples et composés.
+
+ [220] 1825.
+
+Chaque bureau de poste a une boîte dont l’ouverture, placée
+extérieurement, est destinée à recevoir les lettres qu’on y jette tant
+le jour que la nuit. Dans les grandes villes, ces boîtes, appelées
+_petite-poste_, sont établies dans les divers quartiers, d’où les
+lettres sont retirées plusieurs fois dans la journée pour être
+transportées au bureau appelé _grande-poste_.
+
+On entend par lettre, épître ou missive, la feuille de papier écrite
+d’une dimension déterminée, dont la forme, après avoir été repliée sur
+elle-même, est celle d’un carré long. Le côté où les plis se rejoignent
+pour recevoir le cachet qui la clot, s’appelle le dos; l’autre, qui est
+le dessus, est destiné à l’adresse ou suscription.
+
+L’adresse doit être claire, précise, lisiblement écrite et dégagée de
+toute explication surabondante.
+
+Il est essentiel de s’informer des heures d’ouverture des bureaux de
+poste de chaque lieu où l’on se trouve, de celles des levées de boîtes
+pour le départ des courriers de chaque route, ainsi que des jours où
+s’expédient ces courriers: les retards dans l’expédition, et par
+conséquent la réception des lettres proviennent toujours de
+l’incertitude du public à cet égard. Il est facile de le démontrer. Les
+courriers expédiés de Paris pour les provinces, et réciproquement de
+celles-ci pour la capitale et les villes du royaume, partent tous les
+jours et le plus généralement trois fois la semaine. Il est clair que,
+si, se trompant d’heure, on jette une lettre à la boîte, le lundi par
+exemple, après le départ d’un courrier qui ne doit plus avoir lieu que
+le jeudi suivant, elle éprouve, en séjournant dans le bureau
+d’expédition, un retard de 72 heures. Supposons la même erreur de la
+personne qui doit y répondre, et on aura la solution d’un problème qui
+étonne tout le monde, excepté les agens des postes qui ont tant
+d’occasions de gémir sur une insouciance si préjudiciable aux intérêts
+du public.
+
+Il n’est peut-être pas hors de propos de donner ici une idée générale
+des opérations qui ont lieu pour les lettres depuis l’instant où elles
+sont jetées à la boîte jusqu’à celui où elles sont remises aux
+destinataires.
+
+Les lettres retirées de la boîte sont portées sur une table pour être
+timbrées; puis on les trie pour les placer dans les cases destinées à
+chaque correspondance; on les taxe ensuite, après les avoir pesées, s’il
+y a lieu, en suivant les progressions du tarif; on les compte, et le
+montant contenu dans chaque case est porté sur une lettre d’avis jointe
+au paquet qu’on en forme, en le ficelant, le couvrant de plusieurs
+feuilles d’un papier très-fort, le reficelant et fixant les bouts de la
+ficelle avec de la cire sur laquelle on applique le cachet du bureau. La
+couverture porte encore, écrit à la main, le nom du bureau auquel on
+expédie le paquet, et le timbre du bureau expéditeur. On inscrit aussi
+sur un registre le montant des lettres contenues dans cette dépêche; et,
+après avoir rempli les mêmes formalités pour chaque correspondance (il y
+a des bureaux qui en ont jusqu’à cent), on les classe par route, et on
+en porte le nombre sur une feuille ou part qui sert à établir la
+responsabilité des courriers auxquels ces paquets sont confiés.
+
+Voilà pour l’expédition. Cette opération, pour laquelle les instructions
+accordent une heure, depuis la dernière levée de la boîte, se fait
+ordinairement dans une demi-heure, tant l’intelligence et la promptitude
+des officiers des postes sont remarquables.
+
+A la réception des dépêches, qui a lieu immédiatement après l’arrivée du
+courrier, on en constate le nombre, et on en fait l’ouverture pour
+s’assurer si le montant des lettres qu’elles contiennent est conforme à
+celui indiqué sur les feuilles d’avis qui les accompagnent; on les remet
+aux facteurs ou distributeurs, qui les trient, reconnaissent
+l’exactitude des sommes auxquelles elles montent, et s’acheminent, sans
+délai, vers leurs quartiers respectifs, pour en faire la distribution.
+
+Il est facile de juger, d’après ces diverses opérations, du travail
+auquel une lettre donne lieu, et combien il est minutieux, puisque nous
+avons vu que Paris en reçoit et en expédie plus de 30,000 par jour, sans
+compter 35,000 feuilles périodiques.
+
+La lettre est _simple_, lorsqu’elle ne pèse pas six grammes, et non
+parce qu’elle est formée d’une simple feuille de papier et même d’une
+demi-feuille. Le poids seul détermine cette dénomination, toujours mal
+interprétée par le public. Lettre simple, dans ce cas, est synonime de
+non _pesante_. Il faut, pour éviter toute méprise, n’employer que le
+papier dit papier à lettre et choisir le plus fin. On y trouvera un
+grand avantage, puisque la plus légère différence dans le poids fait une
+augmentation qui ne peut être moindre d’un décime.
+
+La lettre taxée est celle dont le prix exprimé en décimes se place sur
+le dessus ou suscription. Les chiffres dont on se sert à cet effet ont
+une forme particulière. Dès que la lettre n’est plus simple,
+l’application du tarif, qui a lieu d’après son poids, est indiquée par
+les chiffres 7, 8, 11, 15, etc., inscrits dans l’angle supérieur gauche
+de la suscription.
+
+La lettre est _surtaxée_ lorsque diverses causes ont concouru à une
+fausse application du tarif. Dans ce cas, les destinataires sont
+toujours admis à réclamer la réduction de la taxe au taux légal, et, par
+conséquent, le remboursement de cet excédant, qui ne peut être alloué
+que d’après l’ordre du directeur-général des postes, et sur la
+représentation de la lettre recachetée, de l’enveloppe, de la
+suscription même (lorsqu’on peut l’en détacher sans inconvénient), qui
+lui est transmise par l’intermédiaire des directeurs des postes. Cette
+pièce est renvoyée de Paris avec l’autorisation de paiement.
+
+Tout particulier a le droit de refuser les lettres qui lui sont
+présentées. Le principe de justice qui guide l’administration dans cette
+mesure, la porte à le retirer dès l’instant que la lettre a été reçue et
+à plus forte raison décachetée sciemment. Dans le cas de refus d’une
+lettre, elle est conservée pendant trois mois dans le bureau de poste ou
+elle est arrivée, pour être remise au destinataire, s’il croyait devoir
+la retirer dans cet intervalle. Passé ce délai, les réclamations n’ont
+plus lieu qu’à Paris.
+
+L’expéditeur de lettres _mal cachetées, recachetées, ou dont le cachet
+porte des traces d’altération_, doit toujours faire mention dans sa
+lettre, ou sur la suscription même, des raisons qui l’ont causée, pour
+éviter les soupçons qui pourraient être dirigés contre les officiers des
+postes.
+
+Il y a des lettres _blanches_, et d’autres dont l’adresse est vicieuse
+ou imparfaite: ce cas se présente fréquemment. On appelle blanches,
+celles auxquelles l’adresse manque entièrement. Les autres, ou portent
+le nom du lieu sans celui du destinataire, ou le nom de celui-ci, en
+ayant omis la désignation du lieu, ou sont privées des indications
+propres à fixer l’incertitude de l’agent des postes sur la direction
+qu’il doit leur faire suivre.
+
+Ces lettres sont immédiatement envoyées à Paris, afin d’obtenir les
+renseignemens convenables pour leur donner cours; dans ce cas, celui qui
+reçoit la lettre qu’il a écrite, ne peut mettre en doute l’erreur qu’il
+a commise; mais, le défaut de réflexion, quelquefois une injuste
+prévention, et presque toujours l’ignorance des lois, donnent occasion
+de croire que les directeurs des postes s’arrogent arbitrairement la
+faculté d’ouvrir les missives. Cette formalité, commandée par la
+nécessité, n’est jamais remplie que par le directeur-général et les
+administrateurs des postes, dans l’intérêt des particuliers, et en vertu
+des lois du royaume[221].
+
+ [221] La loi du 7 nivose an 10 règle les époques d’ouverture, de
+ brûlement et de garde: elle fixe à cinq ans la garde des objets
+ importans et de valeur: ces derniers sont alors transmis au trésor
+ royal.
+
+Les lettres ne doivent contenir aucun objet étranger à la
+correspondance.
+
+On peut réclamer les lettres mises à la boîte avant le départ du
+courrier, soit pour les retirer, soit pour en rectifier l’adresse,
+seulement quand on les a écrites et signées, et en remplissant certaines
+formalités exigées rigoureusement.
+
+Dans cette circonstance, et comme dans toutes celles où les officiers
+des postes opposent la sévérité des règlemens, le public croit voir des
+entraves. Mais qu’il se persuade bien que toutes ces mesures sont dans
+son intérêt et qu’elles ajoutent une nouvelle garantie à l’inviolabilité
+du secret des lettres.
+
+La similitude de noms, et la briéveté de l’adresse qui ne contient que
+le nom du destinataire et du lieu de destination, causent souvent des
+méprises sur l’ouverture des lettres. Dans ce cas, la personne qui a
+ouvert la lettre qu’elle reconnaît ne pas lui appartenir, doit
+l’attester sur le dos, en signant qu’elle a été, ouverte _par conformité
+de nom_. Les employés des postes font les recherches nécessaires pour
+trouver le véritable destinataire; car le but n’est pas tant de placer
+la lettre pour en toucher le prix du port, que de la remettre à la
+personne à laquelle elle est véritablement destinée; d’où il suit que
+l’intérêt du Trésor dans la perception du port n’est que secondaire,
+puisque la lettre est moins une denrée, une marchandise qu’on débite
+indifféremment, qu’une propriété qui ne peut être détournée des mains de
+son possesseur.
+
+Les lettres sous un nom supposé ne peuvent être remises aux personnes
+qui les réclameraient.
+
+Il n’est pas nécessaire de faire sentir les dangers que ce mode de
+correspondance entraînerait.
+
+On entend par _lettres à poste restante_ celles qui ne sont remises aux
+destinataires que sur leur réclamation et qui ne peuvent être comprises
+dans les distributions faites par les facteurs.
+
+Les lettres _franches_ sont celles qui par certaines formalités, telles
+que le contre-seing, ne sont point assujetties à la taxe. Elles
+intéressent le service du Roi, pour lequel l’administration des postes a
+été établie originairement.
+
+On peut s’adresser aux directeurs des postes afin de connaître les
+fonctionnaires de l’état qui jouissent de la franchise sans restriction.
+
+Les lettres _affranchies_ sont celles dont le port est payé d’avance par
+l’envoyeur, pour que le destinataire n’ait aucun prétexte de la refuser.
+
+Les lettres affranchies sont taxées devant la personne qui les présente
+d’après les mêmes règles que celles jetées à la boîte. Ce qui les
+distingue de celles-ci, c’est que la taxe est placée sur le dos, et que
+le timbre porte deux PP.
+
+L’affranchissement est volontaire ou forcé. Il est libre, par exemple,
+pour tout le royaume: on entend par ce mot, la faculté d’affranchir ou
+de ne pas affranchir. Il est essentiel d’affranchir toutes les lettres
+pour les personnes chargées de fonctions publiques, telles que ces
+curés, préfets, sous-préfets, juges, maires, députés, agens-d’affaires,
+etc., et même les particuliers avec lesquels on n’a pas de relations
+habituelles, parce que ces lettres sont ordinairement refusées, lorsque
+le port n’en est pas payé d’avance. Dans ce cas, comme dans beaucoup
+d’autres, le public chercherait en vain à rejeter sur la poste toute
+responsabilité. Les détails qui précèdent et ceux qui suivent,
+suffiront, croyons-nous, pour détruire d’injustes préventions, et pour
+prouver que les erreurs qui se modifient de tant de manières, ne peuvent
+jamais lui être imputées.
+
+Nous avons indiqué, dans la troisième partie, les principaux lieux pour
+lesquels l’affranchissement est forcé ou volontaire: on pourra y
+recourir à l’occasion. Mais comme les arrangemens entre l’office général
+de France et les offices étrangers peuvent subir des modifications, nous
+engageons à consulter à cet égard le livre de poste que nous avons cité
+dans le cours de cet ouvrage.
+
+Les lettres des colonies sont celles transportées par les bâtimens du
+commerce destinées pour les provenances d’outre-mer. Elles doivent être
+affranchies.
+
+Les lettres simples pour les militaires en activité, jusqu’au grade
+d’officier, jouissent, lorsqu’on les affranchit, d’une modération de
+taxe qui est fixée à vingt-cinq centimes.
+
+Les imprimés présentés sous bandes à l’affranchissement, qui ne
+contiennent aucune écriture à la main (excepté la date et la signature
+pour les circulaires), paient cinq centimes par feuille d’impression; et
+quatre centimes seulement lorsque ce sont des journaux. Le plus grand
+nombre est assujetti au droit du timbre[222].
+
+ [222] Les lettres de faire part de naissances, de mariages et de décès
+ en sont exemptes.
+
+Par lettres _chargées_ on entend celles qui sont présentées au directeur
+et pour lesquelles il perçoit le double du port ordinaire de la lettre
+affranchie ou jetée à la boîte. Ces lettres doivent être sous enveloppe
+et cachetées de 3 ou 5 cachets en cire avec empreinte: elles sont
+enregistrées et frappées du timbre du bureau et de celui portant le mot
+chargé. L’administration ne répond que de ces sortes de missives, pour
+lesquelles elle accorde cinquante francs, lorsqu’elles ne parviennent
+pas à leur destination. Afin de faciliter les recherches, en cas de
+réclamation, il est délivré un bulletin à l’envoyeur.
+
+Le destinataire est toujours prévenu de l’arrivée de la lettre (que lui
+seul peut retirer), pour laquelle il donne son reçu sur les registres
+tenus à cet usage. Il peut néanmoins, en cas d’absence, se faire
+représenter pour remplir ces formalités. Mais une procuration quelque
+générale et quelqu’étendue qu’on pût la supposer, qui ne contiendrait
+pas la clause spéciale de retirer les lettres de la poste, serait sans
+valeur près des directeurs. Cette omission, qui peut entraîner de graves
+inconvéniens, devrait éveiller l’attention des hommes publics auxquels
+la rédaction de pareils actes est confiée.
+
+Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que les lettres, même
+décachetées, destinées pour un lieu où se trouve un bureau de poste, ne
+peuvent être transportées que par les courriers de l’administration.
+Toute autre voie, qui constate un délit de fraude[223], serait d’autant
+moins excusable que les moyens de correspondre, multipliés à grands
+frais chaque jour, entretiennent une activité admirable dans les
+relations.
+
+ [223] Dans ce cas, le destinataire qui réclame sa lettre, en paie le
+ double port; et le contrevenant est condamné à une amende qui ne
+ peut être moindre de 150 francs.
+
+On comprend sous le titre d’articles, les espèces d’or et d’argent,
+ayant cours, présentées à découvert pour être acquittées dans tous les
+bureaux de poste du royaume seulement, et pour lesquelles on paie un
+droit fixe de 5 centimes par franc et 65 centimes pour le timbre de la
+reconnaissance[224]. Cette pièce est détachée d’un talon ou lettre
+d’avis que le directeur envoie à son correspondant; d’un bulletin qui
+reste aux mains de l’envoyeur et d’une souche envoyée à la direction
+générale. On voit par là qu’il ne faut altérer en rien la dimension de
+la reconnaissance expédiée par le déposant au destinataire, puisqu’à
+l’instant du paiement elle est rapprochée de la lettre d’avis. S’il
+restait quelqu’incertitude après cette comparaison, le directeur se
+refuserait à faire droit à toute réclamation jusqu’à plus ample
+information.
+
+ [224] Les sommes au-dessous de 10 francs, adressées aux militaires en
+ activité de service, n’y sont point assujetties.
+
+Les articles ne sont payables qu’au destinataire ou à un fondé de
+pouvoirs spéciaux.
+
+Les _valeurs cotées_ se composent des bijoux, pierreries ou autres
+objets précieux qui sont déposés à découvert, afin que le directeur
+puisse en apprécier la valeur, sur l’estimation de laquelle il perçoit
+le même droit que pour les articles d’argent, en se conformant à peu
+près aux mêmes formalités. Les objets sont renfermés, en présence du
+directeur, dans une boîte ficelée et cachetée en cire du cachet de
+l’envoyeur.
+
+Les malles-postes sont ces voitures élégantes, à quatre places, montées
+sur ressorts, ayant quatre roues, attelées de quatre chevaux et
+destinées au transport des dépêches et des voyageurs. La régularité dans
+les heures de départ et d’arrivée, et la célérité avec laquelle on peut
+parcourir l’étendue du royaume, ne sont pas les seuls avantages qu’offre
+cette manière de voyager.
+
+Le prix des places, sans distinction d’âge, est d’un franc cinquante
+centimes par poste.
+
+Les directeurs sont chargés de l’enregistrement des voyageurs et de la
+recette des places, dont le prix doit être acquitté avant le départ.
+
+Tout voyageur qui ne se serait pas muni d’un passeport ne pourrait être
+admis dans ces voitures.
+
+La poste[225] aux chevaux dépend de la direction générale de la poste
+aux lettres et elle est sous la surveillance immédiate des inspecteurs
+des postes.
+
+ [225] Le maître de la poste aux chevaux à Paris, M. Dailly, a son
+ relais rue Saint-Germain-aux-Prés, n.º 10.
+
+ M. Davrauge de Montville, préposé à la distribution des permis, a
+ son bureau à la poste aux chevaux.
+
+On compte 1463 relais, composés chacun d’un nombre de chevaux
+nécessaires[226], qui varie suivant l’importance des lieux, mais qui ne
+peut être moindre de quatre.
+
+ [226] Dénomination donnée aux chevaux fixés par le réglement.
+
+Ils sont fournis et entretenus par des agens, sous le nom de maîtres de
+poste, pour transporter les dépêches du Roi et des particuliers, et
+conduire les voyageurs d’après les réglemens. Outre le prix qu’ils
+retirent de la course des chevaux employés à ce service, ils reçoivent
+des _gages_ qui ne peuvent s’élever au-dessus de 450 fr., ni être
+au-dessous de 250 fr.
+
+Par arrangement conclu en 1822, les maîtres de poste conduisent les
+messageries: celles-ci sont exemptes par là du droit de 25 centimes par
+cheval à leurs voitures, créé au profit des premiers.
+
+Chaque relais, à la tête duquel est un maître de poste, a un nombre
+déterminé de postillons, comme lui, à la nomination du directeur-général
+des postes.
+
+Chaque poste doit être parcourue dans une heure; et le maître du relais
+est tenu de présenter son registre d’ordre, sur la demande de tout
+voyageur qui croit devoir y consigner ses plaintes.
+
+Le livre de poste qui paraît annuellement, nous dispense d’entrer dans
+d’autres détails: ils seraient encore insuffisans pour celui qui
+entreprendrait de voyager par la poste sans en être muni.
+
+On appelle estafette[227] le courrier chargé de porter d’une poste à
+l’autre les dépêches extraordinaires renfermées dans un portefeuille,
+dont la clef reste aux mains des directeurs. Ce moyen est tellement
+prompt, qu’une distance de cent lieues peut être parcourue en moins de
+25 heures.
+
+ [227] Cette dénomination n’est pas applicable aux courriers
+ extraordinaires qui transmettent avec diligence la dépêche qu’ils
+ ont reçue jusqu’à sa destination. Ces sortes d’expéditions sont
+ assujetties à des règles particulières.
+
+Le gouvernement l’emploie dans les circonstances importantes et sur les
+points où il n’existe pas de lignes télégraphiques.
+
+Les particuliers ne peuvent participer à cet avantage qu’avec
+l’autorisation des directeurs de la poste aux lettres.
+
+Nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans de nouvelles
+explications sur l’usage des postes, surtout après y avoir été conduit
+si naturellement par nos recherches sur leur origine, leur but, leur
+importance, leurs progrès et leurs résultats. La pratique vient ici à
+l’appui de la théorie.
+
+Il nous semble donc qu’il ne peut rester d’incertitude sur l’utilité
+d’une institution si généralement répandue et sur les avantages
+inappréciables que la société en retire.
+
+C’est une vérité prouvée par les faits, proclamée par l’histoire, et
+confirmée chaque jour par l’expérience.
+
+
+FIN.
+
+
+ERRATA.
+
+Page 12 ligne 5. Retranchez mais.
+
+Page 38 ligne 5. Une virgule après mesure, et ligne 8 un point après
+usuraire.
+
+Page 41 ligne 30. Une virgule après individus, et deux points, ligne 32,
+après guerre.
+
+Page 95 ligne 20. Port: lisez: part.
+
+Page 170 ligne 12. Ces: lisez: les.
+
+
+
+
+Note de la page 28.
+
+ÉDIT SUR LES POSTES.
+
+
+Le seigneur et Roy (Louis XI) ayant mis en délibération avec les
+seigneurs de son conseil, qu’il est moult nécessaire et important à ses
+affaires et à son estat de sçavoir diligemment nouvelles de tous costez,
+et y faire, quand bon luy semblera, sçavoir des siennes; d’instituer et
+d’establir en toutes les villes, bourgs, bourgades, et lieux que besoin
+sera jugé plus commodes, un nombre de chevaux courants de traitte en
+traitte, par le moyen desquels ses commandements puissent estre
+promtement exécutez, et qu’il puisse avoir nouvelles de ses voisins
+quand il voudra, veut et ordonne ce qui en suit.
+
+Que sa volonté et plaisir est que dèz à présent et doresnavant, il soit
+mis et establi spécialement sur les grands chemins de son dit royaume,
+de quatre en quatre lieues, personnes séables, et qui feront serment de
+bien et loyaument servir le Roy, pour tenir et entretenir quatre ou cinq
+chevaux de légère taille, bien enharnachez et propres à courir le galop
+durant le chemin de leur traitte, lequel nombre se pourra augmenter,
+s’il est besoin.
+
+Le Roy nostre seigneur veut et ordonne qu’il y ait en la dite
+institution et establissement et générale observation, et pour en faire
+l’establissement un office intitulé _conseiller grand-maistre des
+coureurs de France_; qui se tiendra près de sa personne, après qu’il
+aura esté faire le dit establissement, pour ce faire luy sera baillé
+bonne commission.
+
+Et les autres personnes qui seront ainsi par luy establies de traitte en
+traitte, seront appelées _maistres_, tenant les chevaux courans pour le
+service du Roy.
+
+Les dits maistres seront tenus, et leur est enjoint de monter sans aucun
+délay ni retardement, et conduire en personne, s’il leur est commandé,
+tous et chacuns les courriers et personnes envoyées de la part du dit
+seigneur ayant son passeport et attache du _grand-maistre des coureurs
+de France_, en payant le prix raisonnable, qui sera dit ci-après.
+
+Porteront aussi lesdits maistres coureurs toutes despêches et lettres de
+sa majesté qui leur seront envoyées de sa part et des gouverneurs et
+lieutenans de ses provinces et autres officiers, pourveu qu’il y ait
+certificat ou passeport dudit _grand-maistre des coureurs de France_,
+pour les choses qui partiront de la cour et hors d’icelle, des dits
+gouverneurs, lieutenans et officiers, que c’est pour le service du Roy,
+lequel certificat sera attaché au dit paquet, et envoyé avec un
+mandement du commis du dit _grand-maistre des coureurs de France_, qui
+sera par luy establi en chacune ville frontière de ce royaume, et autre
+bonnes villes de passage que besoin sera; le dit mandement addressant
+audit _maistre des coureurs_, pour porter sans retardement lesdits
+paquets, ou monter ceux qui seront envoyés pour les affaires du Roy.
+
+Et afin qu’on puisse savoir s’il y aura eu retardement, et d’où il sera
+procédé, le dit seigneur veut et ordonne que le dit _grand-maistre des
+coureurs_, et ses dits commis cottent le jour et l’heure qu’ils auront
+délivré lesdits paquets au premier _maistre-coureur_, et le premier au
+second, et aussi semblablement pour tous les autres _maistres-coureurs_
+à peine d’estre privez de leurs charges, et des gages, priviléges et
+exemptions qui leur seront donnés par la présente institution.
+
+Ausquels _maistres coureurs_ est prohibé et deffendu de bailler aucuns
+chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu’il puisse estre sans
+le mandement du Roy et du dit _grand-maistre des coureurs de France_, à
+peine de la vie. D’autant que le dit seigneur ne veut et n’entend que la
+commodité du dit establissement ne soit pour autre que pour son service,
+considéré les inconvéniens qui peuvent survenir à ses affaires, si les
+dits chevaux servent à toutes personnes indifféremment sans son sçeu, ou
+du dit _grand-maistre des coureurs de France_.
+
+Et afin que nostre très-saint père le pape et princes estrangers, avec
+lesquels sa majesté a amitié et alliance, par le moyen desquels le
+passage de France est libre à leurs courriers et messagers, n’ayent
+sujet de se plaindre du présent réglement, sa majesté entend leur
+conserver la liberté du passage, suivant et ainsi qu’il est porté par
+ses ordonnances, leur permettant si bon leur semble, d’user de la
+liberté du dit establissement, en payant raisonnablement et obéissant
+aux ordonnances contenues.
+
+Mais pour éviter les fraudes que pourraient commettre les courriers et
+messagers allants et venants en ce royaume, lesquels pour ne se vouloir
+manifester aux bureaux du dit grand-maistre des coureurs de France, et à
+ses commis qui y résideront en chacune ville frontière, et autres de ce
+royaume, passeraient par chemins obliques et destournez pour oster la
+connaissance de leur voyage et entrée en ce dit royaume prenant pour ce
+faire autres chevaux et guides.
+
+Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands chemins et
+villes frontières pour se manifester aux bureaux dudit _grand-maistre
+des coureurs_, et prendre passeport et mandement tel que sera dit, à
+peine de confiscation de corps et de biens.
+
+Et d’autant que la charge du dit _grand-maistre des coureurs de France_,
+est moult d’importance, et requiert avoir fidélité, soigneuse discrétion
+et sçavoir; et qu’au moyen du dit office et de sa dite charge les
+articles de l’institution et establissements dessus dit, doivent estre
+gardez, entretenues, et observez et estant iceluy establissement moult
+utile au service et à l’intention du Roy, il y requiert y avoir bien
+notables personnes pour le tenir.
+
+Veut et ordonne que celui qui sera pourveu de la dite charge, soit
+compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires, compté en
+enrollé en l’estat de son hostel, tout ainsi que l’un de ses conseillers
+et maistres d’hostel ordinaires.
+
+Veut et ordonne que le dit _grand-maistre des coureurs de France_, ait
+l’entière disposition de mettre et establir par-tout où besoin sera les
+dits maistres coureurs, les déposséder si leur devoir ne font, et
+pourvoir en leur place tel que bon luy semblera, mesme advenant vacation
+par mort, résignation ou autrement de leurs charges, luy a donné pouvoir
+d’y pourvoir et instituer d’autres en leur place, et en délivrer
+_lettres_, les faisant faire serment de fidélité, et leur en donner acte
+sur les dites _lettres_.
+
+Veut et ordonne que le dit conseiller _grand-maistre des coureurs de
+France_ pour l’entretenement de son estat, après avoir fait serment au
+Roy ès mains de son chancelier, de bien loyaument servir, ait pour gages
+ordinaires la somme de huit cents livres parisis, lesquels seront pris
+sur les plus clairs deniers et revenus du dit seigneur, outre et par
+dessus les droits et émolumens ordinaires qu’il prendra comme officier
+de l’hostel et maison du dit seigneur, qui par autres ses lettres lui
+seront ordonnez et payez.
+
+Et en outre il aura pension de mille livres par autres lettres du dit
+seigneur pour son dit office, qui luy sera assigné et donné chacune
+année.
+
+Veut et ordonne que tous maistres coureurs qui seront par le dit
+grand-maistre establis, ayent aussi pour leur entretenement en leurs
+estats, pour gages ordinaires, chacun cinquante livres tournois, et
+chacun des commis qu’il aura près de sa personne et autres lieux que
+besoin sera; chacun cent livres pour leur entretenement, et veut que les
+uns et les autres pendant qu’ils serviront, jouissent des mesmes
+exemtions et priviléges que les officiers et commensaux de sa maison.
+
+Et, à ce que les maistres ayant moyen d’entretenir et nourrir leurs
+personnes et leurs chevaux, et qu’ils puissent servir commodement le
+Roy.
+
+Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part, ou
+autrement, avec son passeport et attache du _grand-maistre des coureurs
+de France_ ou de ses commis, payent pour chacun cheval qu’ils auront
+besoin de mener, y compris celui de la guide qui les conduira, la somme
+de dix sols, pour chacune course de cheval, durant quatre lieues, fors
+et excepté ledit _grand-maistre des coureurs_, qu’ils seront tenus de
+monter sans rien prendre de luy ni de ses gens, qu’il menera pour son
+service, allant faire ses chevauchées et son establissement et pour les
+affaires de Sa Majesté; ensemble ne prendront rien de ses commis qui
+voudront courir pour les affaires pressées du Roy, au moins trois ou
+quatre fois l’an.
+
+Et quant aux paquets envoyés par le dit seigneur, ou qui lui seront
+adressez, les dits _maistres-coureurs_ seront tenus de les porter en
+personne, sans aucun délay, de l’un à l’autre, avec la cotte
+ci-mentionnée, sans en prétendre aucun payement, ains se contenteront
+des droits et gages qui leur seront attribuez.
+
+Veut et ordonne les susdits articles et institution dudit grand office
+de _conseiller grand-maistre des coureurs de France_, et autres choses
+des susdites, soient à toujours observez et gardez sans enfreindre.
+
+Fait et donné à Luxies, près de Doulens, le dix-neufviéme jour de juin
+mil quatre cent soixante et quatre.
+
+_Signé_, LOUIS.
+
+Par le Roy, en son conseil de la Loërre.
+
+Plus bas:
+
+CHEVETEAU.
+
+
+
+
+TABLE
+
+DES PRINCIPALES MATIÈRES.
+
+
+ADMINISTRATEURS.--Leur création, 70; 72.--Supprimés, 85; 91; 164.
+
+Administration.--Perfectionnée par le marquis de Louvois, 49; 75; 76.
+
+Amontons, inventeur d’un secret pour communiquer au loin, 65.
+
+Artaxerxès employait des courriers, 10.
+
+Affranchissement, 53; 80; 82; 170.
+
+Articles d’argent, 38; 54, 80; 171.
+
+Auguste voyageait rapidement, 19.
+
+Autruches traînent un char, 20.--Montées par des hommes, 143.
+
+Bateaux à vapeur, 79; 85; 104; 105; 112; 116; 119; 145; 150; 158; 162.
+
+Bœufs montés par des hommes, 143.--Attelage de luxe dans l’Inde, 149.
+
+Buffles montés par les Tartares, 147.
+
+Bureaux de poste.--Leur nombre, 164; 165.--Simples ou composés, 165.
+
+Caisse des pensions. Sa création, 60.--Conservée, 84.
+
+Cerfs.--On en fait des attelages, 108.
+
+Chameau. Voiture placée sur leur dos, 147.
+
+Chargement, 38.
+
+Chappe, inventeur du télégraphe, 72.
+
+Chevaucheurs, 31.
+
+Chevaux.--Employés par Cyrus, 11.--Leur vitesse, 12; 44; 102; 105; 110;
+119; 122; 134; 147.
+
+Chèvres.--Sont attelées aux voitures, 117.
+
+Chiens.--Etablis par relais, 108; 112; 117; 154.--Portent les dépêches,
+161.
+
+Comptabilité, 84; 88; 89.
+
+Contrôleurs généraux, 33; 69.--Provinciaux, 39; 71.--Des bureaux, 42;
+71; 96; 165.
+
+Conseil des postes, 85.
+
+Commis, 88; 96; 97; 165.
+
+Commissaires du Roi, 68; 80; 93.--Du directoire, 76.--Du gouvernement,
+76.
+
+Coureurs, 5; 17.--Traits remarquables, 29.--En Turquie, 146; 147.--Dans
+l’Inde, 150.--Au Mexique, 160.
+
+Courriers.--Leur discrétion, 13; 60; 61; 69; 71; 96.--S’emparent des
+chevaux des voyageurs, 146.
+
+Cyrus.--Fonde les postes dans l’antiquité, 11.
+
+Couleurs.--Moyen de correspondre, 2; 6.
+
+Direction générale des postes, 80; 91; 163.
+
+Directeurs généraux, 80; 82; 83; 84; 90; 95; 66; 67.--particuliers, 71;
+96.
+
+Directoire des postes.--Son établissement, 70.
+
+Distributeurs, 96; 167.
+
+Dromadaires.--Servent au transport des dépêches, 147.
+
+Edit des postes, 175.
+
+Eléphans.--Portent les voyageurs, dans l’Inde, 148.
+
+Estafette, 38; 173.
+
+Eventail.--Sert de livre de poste au Japon, 156.
+
+Facteurs, 58; 96; 167.
+
+Fiacre.--D’où vient ce nom donné aux voitures, 48.
+
+Fleurs.--Moyen de correspondre en Asie, 2.
+
+Franchises, 42; 71.--Supprimées; 76, 85.
+
+Gondoles.--Leur nombre à Venise, 139.
+
+Général des postes, 35; 36; 39.
+
+Grand maître des coureurs, 30; 32; 33.
+
+Hôtel des postes, 70.
+
+Hottentots.--Connaissant les signaux par le feu, 142.
+
+Imprimerie.--Sa découverte, 9.--Hâte les progrès des postes, 24.
+
+Imprimés, 75; 170.
+
+Inspecteurs généraux, 71; 76; 77.--Supprimés, 91.--De divisions,
+77.--Leurs attributions, 85; 96. Leur nombre, 165.
+
+Intendans généraux, 42.--Leurs noms, 62; 64; 67.
+
+Instruction sur le service des postes aux lettres, 71.--Modifiée,
+81.--Militaires, 92.--Aux chevaux, 94.
+
+Lettres, 8; 9.--Cachetées dès l’origine, 14; 17.--Anonymes, 18; 64.--De
+réclamation, 165.--Opération qui les concerne, 166.--Nombre qu’on en
+expédie par an, 97.--Simple, 167.--Taxée, _id._--Surtaxée,
+_id._--Refusées, 168.--Altérées, 168.--Blanches, 168.--Ouvertes,
+169.--Sous un nom supposé, 169.--Poste restante, _id._--Franches,
+169.--Affranchies, 170.--Colonies, 170.--Militaires, 170.--Chargées,
+171.
+
+Lions attachés à une voiture, 20.
+
+Linguet propose d’établir une machine à signaux, 65.
+
+Louis XI institue les postes en France, 30.
+
+Loups dressés à traîner une voiture, 105.
+
+Maîtres des coureurs, 31.--Leurs priviléges, 43; 44.--Abolition des
+priviléges, 68.--Droit de 25 centimes en leur faveur, 81.--Conduisent
+les messageries, 92; 96; 173.
+
+Médailles sur les postes, 28.
+
+Milliaires.--Colonnes sur les routes, 15; 105; 134.
+
+Messagers, 5.--Royaux, 33.--Empiètemens reprimés, 41.--De l’université,
+43.--A Alger, leur stupidité, 142.--Au Japon, 156.
+
+Moutons dressés à traîner un char, en Chine, 154.
+
+Mules.--Usage qu’on en fait en Espagne, 134.
+
+Oiseaux.--Vitesse de leur vol, 6.--Pigeons servent de courriers, _id._;
+12.--Fraudeurs, 130; 144.--Hirondelles portent les missives, 6;
+7.--Oiseaux des Tropiques annoncent l’arrivée des vaisseaux, 145.
+
+Palanquins.--Leur usage dans l’Inde, 148.
+
+Papier.--Sa composition, 10.
+
+Paquebots, 78; 121; 127; 172.
+
+Passeports, 81; 111; 113; 149.
+
+Phare, 3.--Feux d’un éclat particulier, 66.
+
+Ponts suspendus, 45; 111; 130; 153; 157; 159.
+
+Poste télégraphique, 73.
+
+Poste (petite) établie à Paris par M. de Chamousset, 58.--Supprimée dans
+les provinces, 77.--Son produit à Paris, 97.--En Allemagne, 104.--En
+Suède, 120.--Appelée peny post en Angleterre, 125; 165.
+
+Poste maritime supprimée, 77.
+
+Poste aux chevaux, 16; 72; 76; 172.
+
+Poste aux lettres, 164.
+
+Postes militaires, 93.
+
+Postes.--Fondées par Cyrus, 11.--Rétablies chez les Romains par Auguste,
+15.--Conservées chez les modernes par Charlemagne, 21.--Instituées en
+France par Louis XI, 25.--Améliorées par Charles VIII, 31.--Charles IX,
+32.--Henri IV, 33.--Louis XIII, 36.--Louis XIV, 43.--Considérations sur
+leur importance, 50 et suivantes.--Leur état sous Louis XV, 54.--Louis
+XVI, 62.--Changemens qu’elles ont éprouvés jusqu’à ce jour, 68 à
+100.--En Allemagne, 100 à 106.--A Alger 143--En Amérique, 156; 159.--En
+Angleterre, 120 à 132.--Au Boutan, 155.--Au Congo, 143.--En Chine, 153 à
+154.--En Dannemarck, 117 à 120.--En Espagne, 132 à 136.--En Egypte,
+144.--En France, 21 à 100.--En Hongrie, 106.--Aux Indes, 148 à 152.--En
+Italie, 130 à 139.--Au Japon, 155 à 156.--Au Mexique, 160.--A Naples,
+141.--En Norwège, 117 à 120.--Dans les Pays-Bas, 115 à 117.--En Prusse,
+106 à 107.--Au Pérou, 159.--En Portugal, 36 à 137.--En Russie, 108 à
+113. En Suède, 117 à 120. En Sardaigne, 139 à 140.--En Suisse, 140 à
+141.--Au Sénégal, 143.--A Siam, 154 à 155.--En Turquie, 114 à 115;
+148.--En Tartarie, 147.
+
+Postillons, 96; 103; 138; 173.
+
+Produits, 50; 52; 53; 54; 55; 56; 57; 60; 64; 66; 67; 76; 80; 98.
+
+Quipos.--Sont employés pour correspondre, 160.
+
+Routes.--Chez les anciens, 14.--Chez les modernes, 22.--Leur
+amélioration, 45; 104; 107; 111; 115; 119; 121; 128; 134; 138; 141; 149;
+152; 157; 161.
+
+Relais établis par Henri IV, 33; 35.--Réunis aux postes, 67.--Leur
+nombre, 96; 173.
+
+Rennes.--Font le service des postes et des voitures, 108; 112.
+
+Sceau, chez les anciens, 17.
+
+Signaux employés pour correspondre, 3; 4; 131; 141; 142; 161.
+
+Surintendant Général.--Création de cette charge, 39.--Attributions, 40.
+
+Tarif.--Le public taxait ses lettres, 37; 53; 57; 70; 72; 74; 75; 77;
+104.
+
+Télégraphe.--Son établissement, 72 et suivantes; 104; 111; 117; 119;
+145; 154.
+
+Tigres attelés à une voiture, 162.
+
+Transport frauduleux, 51; 171.
+
+Troupes.--Travaillent aux grandes routes chez les anciens, 46.--chez les
+modernes, 120; 141.
+
+Université.--Facilite les relations, 23.--Cession de son privilége de
+poste, 54.--Réclamation, 67.
+
+Uniforme, 67; 80; 102; 106.
+
+Valeurs cotées, 40; 172.
+
+Voix.--Moyen de correspondre, 4; 160.
+
+Voitures.--Invention des Français, 46 et suivantes; 54; 64.--A vapeur,
+65.--Mécanique, 66; 71; 88; 90; 104; 105; 107; 109; 115; 117; 122; 128;
+133; 136; 139; 141; 148.--Malles-postes, 172.
+
+
+
+
+NOTES DU TRANSCRIPTEUR
+
+
+Les errata ont été corrigés. On a conservé l’orthographe de l’original,
+en rectifiant certaines erreurs manifestement dues au typographe.
+
+On transcrit par [LH] le symbole typographique de la Légion d’honneur,
+et par [Croix] un symbole en forme de croix pattée.
+
+
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***
diff --git a/75801-h/75801-h.htm b/75801-h/75801-h.htm
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+ <title>Des postes | Project Gutenberg</title>
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+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***</div>
+<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div>
+<div class="x-ebookmaker-drop break"></div>
+
+<h1 class="top2em">DES POSTES</h1>
+
+<p class="c">EN GÉNÉRAL,<br>
+<span class="xsmall">ET</span><br>
+<span class="large b">PARTICULIÈREMENT EN FRANCE,</span></p>
+
+<p class="c large">PAR CHARLES BERNEDE.</p>
+
+<p class="c gap"><img src="images/decursio.jpg" class="w15" alt=""><br>
+<span class="xsmall" lang="la" xml:lang="la">QUI PEDIBUS VOLUCRES ANTE IRENT CURCIBUS AURAS.<br>
+DECURSIO.</span></p>
+
+
+<p class="c gap"><span class="large b">PARIS,</span><br>
+A LA LIBRAIRIE DE RAYNAL,<br>
+<span class="xsmall">RUE PAVÉE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS</span>, <span class="xsmall">N</span>.<sup>o</sup> 13.</p>
+
+<p class="c">1826.</p>
+
+<div class="break"></div>
+
+<p class="c top4em">IMPRIMERIE DE MELLINET-MALASSIS,
+<span class="small">A NANTES</span>.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="pi" class="pagenum">-i-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">AVANT-PROPOS.</h2>
+
+
+<p>Les postes, créées dans l’intérêt général, n’ont point
+cessé, depuis leur fondation, de faire partie des institutions
+sur lesquelles la société est établie. Toujours
+dirigées vers un but unique, invariables dans leur marche,
+constantes dans leurs résultats, l’expérience n’a
+fait qu’ajouter aux avantages qu’elles promettaient aux
+peuples chez lesquels elles se sont successivement introduites.
+C’est par elles encore, comme à leur origine, que
+les princes veillent au maintien de leur puissance, les
+individus à la conservation de leurs droits, et les nations
+à l’accroissement de leur prospérité. Tout ce qui
+se passe sur les points les plus opposés du globe ne peut
+échapper à la connaissance des monarques, aux vastes
+conceptions de l’homme d’état, et aux combinaisons
+multipliées du négociant : la pensée franchit en peu de
+tems des espaces immenses ; et, rapportée avec la même
+vîtesse des extrémités de la terre, elle vient instruire les
+rois au sein de leurs cours, éclairer les ministres dans
+le silence du cabinet, enflammer le génie dans la paix
+de la retraite, et seconder les entreprises hardies que
+dirige, de son comptoir, l’actif et habile spéculateur.</p>
+
+<p>Il n’est plus un seul lieu où l’on ne puisse former et
+entretenir des relations. A peine voyons-nous paraître
+une société, ou s’élever une colonie, que des correspondances
+aussitôt entamées, se répandent avec une
+<span id="pii" class="pagenum">-ii-</span> étonnante rapidité. L’intérêt qui d’abord lie les individus,
+fait naître ensuite des sentimens d’amitié, de
+famille, d’affections et de convenances, dont l’absence
+semble accroître la force et présager la durée.</p>
+
+<p>L’amour de la patrie, si touchant chez tous les êtres,
+nous rend le bienfait des postes encore plus précieux.
+Nous résoudrions-nous à quitter le sol natal et les objets
+si chers que nous y laissons, sans l’espoir si consolant
+d’adoucir, par un commerce réciproque de pensées,
+cet exil commandé par la nécessité.</p>
+
+<p><i>Je sçais</i>, a dit Montaigne, <i>que l’amitié a les bras
+assez longs pour se tenir et se joindre d’un coing de
+monde à l’aultre</i>. C’est aussi par le charme que nous
+inspire ce sentiment, que nous nous livrons à l’illusion
+qui nous rapproche de ceux dont nous sommes séparés
+par des distances incommensurables.</p>
+
+<p>Mais, si l’action des postes, momentanément suspendue
+par l’effet de ces crises politiques qui agitent les
+nations, a suffi pour jeter parfois l’épouvante, de quelle
+stupeur les peuples ne seraient-ils pas frappés si cet
+état se prolongeait, si, enfin, les relations arrêtées tout-à-coup,
+cessaient pour ne plus exister ?</p>
+
+<p>Le renversement d’une institution qui facilite si admirablement
+les moyens de correspondre comme par enchantement,
+ne tarderait pas long-tems à faire disparaître
+toutes les traces de prospérité dont elle est une
+des sources les plus fécondes, et à rompre l’harmonie
+qu’elle établit entre les états et qu’elle entretient entre
+les individus. Le corps social, menacé d’une entière dissolution,
+rentrerait bientôt dans les ténèbres de la barbarie
+commune à l’origine du plus grand nombre des
+nations.</p>
+
+<p><span id="piii" class="pagenum">-iii-</span> Heureusement que cette marche rétrograde de l’esprit
+humain est désormais impossible par l’état actuel de la
+civilisation, et les moyens continuels que les postes
+fournissent de la reproduire et de la répandre. Les
+empires, fatigués des grandes secousses qu’ils ont éprouvées,
+sentent de plus en plus le besoin de consolider les
+institutions bienfaisantes qui assurent leur stabilité, et
+les hommes, celui de se communiquer leurs pensées pour
+s’éclairer et chercher à se rendre réciproquement plus
+heureux.</p>
+
+<p>Ces considérations générales, qui nous démontrent et
+l’utilité des postes dans l’intérêt privé, et leur importance
+dans l’ordre moral et politique, nécessitaient
+néanmoins quelques développemens pour prouver l’influence
+directe que cette institution exerce sur nos besoins,
+nos mœurs et nos affections. C’est ce que nous nous
+sommes proposé dans l’aperçu rapide des faits qui s’y
+rattachent.</p>
+
+<p>Découvrir l’origine des postes dans l’antiquité ; indiquer
+l’époque de leur introduction chez les modernes,
+et particulièrement en France ; exposer les diverses
+modifications qu’elles ont subies chez tous les peuples ;
+enfin, chercher à en rendre la pratique plus utile par
+la connaissance des règles générales auxquelles elles sont
+assujetties : tel est le plan que nous nous sommes tracé.
+Si nous ne l’avons pas embrassé avec un égal succès dans
+toutes ses parties, nous pensons qu’on nous saura du
+moins quelque gré d’en avoir tenté l’exécution, après
+nous être livré à de longues recherches pour donner à
+notre travail l’ordre, la clarté et l’intérêt dont il est
+susceptible.</p>
+
+<p>En conséquence, la division en quatre parties, que
+<span id="piv" class="pagenum">-iv-</span> nous établissons, nous a paru la plus naturelle, et en
+même tems la plus favorable pour soulager la mémoire
+dans une succession de faits dont la multiplicité n’est
+peut-être pas rachetée par tous les charmes de la variété.</p>
+
+<p>La première partie traite de l’origine des postes ; la
+deuxième des postes en France ; la troisième, des postes
+chez tous les peuples ; la quatrième, enfin, de la pratique
+des postes.</p>
+
+<p>Nous nous sommes abstenu de citer minutieusement
+les sources auxquelles nous avons été obligé de recourir
+en composant cet essai ; mais, en le dégageant de tout
+appareil scientifique, nous avons pensé, néanmoins, que
+nous devions indiquer les principales autorités sur lesquelles
+nous nous appuyons, afin que l’authenticité des
+faits que nous rapportons ne pût être rangée au nombre
+de ces assertions vagues et dénuées de vérité qu’enfante
+malheureusement trop souvent l’esprit de système.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p1" class="pagenum">-1-</span></p>
+
+<p class="c"><span class="xlarge b">DES POSTES</span><br>
+<span class="small">EN GÉNÉRAL,</span><br>
+ET PARTICULIÈREMENT EN FRANCE.</p>
+
+
+
+
+<h2 class="nobreak">PREMIÈRE PARTIE.<br>
+ORIGINE DES POSTES.</h2>
+
+
+<p>Il faut remonter à l’antiquité la plus reculée pour découvrir
+l’origine des postes. Que de recherches inutiles,
+d’expériences insuffisantes, de tentatives infructueuses ont
+dû être employées avant que d’en rendre l’usage général ?
+Il serait difficile d’indiquer, parmi ces premiers
+essais, celui auquel il faudrait accorder la priorité. De
+vaines conjectures ne peuvent ici tenir lieu de la vérité.
+Cependant, au milieu de tant d’incertitudes, nous remarquerons
+les moyens dont on s’est servi primitivement
+pour transmettre la pensée par le langage des signes,
+et quels sont ceux qui l’ont fait triompher des distances.</p>
+
+<p>Les premières familles, en se dispersant, formèrent
+autant de sociétés indépendantes les unes des autres.
+Occupées du soin de leur propre conservation, elles se
+suffirent pendant long-tems, parce que leurs goûts
+simples rendaient leurs besoins extrêmement bornés.
+Partout où les mœurs patriarcales régnèrent dans toute
+leur plénitude, les hommes ne pensèrent pas à établir
+de communications avec les peuplades étrangères. Ce
+n’est donc point chez ces nations pacifiques que nous devons
+<span id="p2" class="pagenum">-2-</span> espérer de trouver les premières traces des postes,
+ou, pour mieux dire, des moyens qui y suppléèrent
+jusqu’à leur organisation régulière. Nous pensons que
+ceux, sans doute très-imparfaits, qui l’ont précédée,
+n’ont pu être imaginés que par les tribus dont le caractère
+belliqueux des sujets servait les projets d’usurpation
+des chefs.</p>
+
+<p>On conçoit qu’il n’était pas besoin pour cela que la
+civilisation eût fait de grands progrès ; car, dès qu’on
+eût commencé à envahir, il fallut chercher à connaître
+tout ce qui pouvait assurer ou compromettre la
+puissance du vainqueur.</p>
+
+<p>L’ambition rendit soupçonneux ; et, de la défiance,
+compagne inséparable de la tyrannie, naquit cette impatiente
+curiosité de tout savoir, soit pour prévenir
+des revers, former de nouveaux projets de conquêtes,
+comprimer des soulèvemens, déjouer les conspirations ;
+soit, enfin, pour consolider une domination à peine
+établie.</p>
+
+<p>Les obstacles disparurent devant la volonté d’un
+maître. Bientôt la pensée se communiqua rapidement et
+fut transmise au loin par des interprètes fidèles. Un état
+continuel de contrainte dut exercer l’imagination active
+des peuples de l’Orient, chez lesquels les postes ont pris
+naissance. De là, ces ruses ingénieuses par lesquelles ils
+cherchaient à s’entendre sans être compris de ceux dont
+ils voulaient mettre la surveillance en défaut. Tout prenait
+pour eux un langage à volonté ; et, changeant sans
+cesse de signes, ils préparaient de loin, par d’heureuses
+tentatives, ces résultats dont on devait apprécier
+plus tard les avantages.</p>
+
+<p>Sous le ciel si pur de l’Asie, les couleurs et les
+fleurs<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, variées à l’infini, ont été sans doute les
+premiers interprètes de la pensée. Attachant à chacune
+une idée, un sentiment, on formait, par la réunion de
+<span id="p3" class="pagenum">-3-</span> ces divers emblêmes, une correspondance oculaire où
+l’ame trouvait un langage énergique comme les passions,
+et multiplié comme elles. <i>La langue épistolaire des Salams<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a></i>,
+dit Rousseau, <i>transmettait, sans crainte des
+jaloux, les secrets de la galanterie orientale à travers
+les harems<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> les mieux gardés</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> Les femmes de l’Orient trouvent dans leurs jardins de quoi exprimer
+toutes leurs passions avec des roses, des soucis, des tulipes au cœur
+brûlé… En effet, les fleurs sont une des analogies avec les caractères ;
+les unes étant gaies, d’autres mélancoliques ; il y en a même qui en
+ont avec les traits du visage : les bluets avec les yeux ; les roses
+avec la bouche ; la rose de Gueldres avec le sein ; la digitale avec
+les doigts, etc… [<i>Harmonies de la Nature.</i>]</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Une multitude de choses les plus communes, comme une
+orange, du charbon, un ruban dont l’envoi forme un sens connu de
+tous les amans où cette langue est en usage.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Les muets du grand seigneur s’entendent entr’eux, et entendent
+ce qu’on leur dit par signes, tout aussi bien qu’on pourrait
+l’exprimer par les discours. Chardin dit qu’aux Indes les facteurs se
+prenant la main, et modifiant, leurs attouchemens d’une manière que
+personne ne peut apercevoir, traitent ainsi publiquement, mais en
+secret, toutes leurs affaires, sans avoir proféré un seul mot.</p>
+</div>
+<p>Mais ces moyens, appliqués avec succès à certaines
+localités, ne pouvaient triompher des distances.</p>
+
+<p>Parmi les signaux<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> primitifs employés à la transmission
+au loin d’avis importans, les feux et la fumée
+tenaient le premier rang. Les lieux élevés, où la vue,
+embrassant un horizon immense, ne trouvait point
+d’obstacles, étaient très-favorables à cette manière de
+correspondre. Des branches de bois résineux enflammées
+que des hommes, commis à ce soin et placés
+à des distances convenables, agitaient diversement dans
+l’air ; des feux, dont ils augmentaient ou diminuaient
+la clarté, et dont ils variaient la disposition ; des
+flambeaux et des fanaux entretenus sur des tours<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> très-élevées,
+<span id="p4" class="pagenum">-4-</span> dont la lueur vacillante était modifiée avec
+un art qu’on a si bien perfectionné de nos jours ; la
+fumée qui, s’élevant tantôt comme une vapeur légère,
+se changeait tout-à-coup en un nuage épais, pour se
+dissiper et reparaître sous un autre aspect ; tant d’autres
+moyens, diversifiés à l’infini, ne pouvaient avoir
+qu’une signification extrêmement bornée. La nécessité
+de multiplier les relations entraînait celle de multiplier
+les pensées, ou, pour mieux dire, les signes qui
+en sont l’expression.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Dans l’antiquité, Hérodote, Homère, Eschyle, Pausanias,
+Jules Africain, Enée le Tacticien, etc. ; et, dans les tems modernes,
+Porta, Kircher, Robert, Hooke, Schot, Guyot, Amontons,
+Linguet, Chappe, etc., ont fait mention de moyens que nos télégraphes
+ont remplacés. L’usage des feux paraît commun même aux
+nations les plus sauvages. César dit que les Gaulois étaient très-experts
+dans l’art de les disposer. Les Grecs modernes l’ont renouvelé
+en établissant encore de nos jours, sur des lieux élevés, de
+ces sortes de signaux, pour s’avertir, en cas de besoin, des dispositions
+de leurs ennemis. D’autres moyens étaient également employés
+dans le but de correspondre. Du tems de nos discordes
+civiles, les moulins dont les ailes se plaçaient dans certaines directions,
+servaient à entretenir des relations très-actives. On profitait,
+dans d’autres circonstances, des avantages qu’offraient les
+localités pour parvenir à ce but. On conçoit jusqu’à quel point on
+pouvait multiplier ces ressources.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> On trouve par escrit, dit Bergier, que la tour du phare, que
+Ptolémée fit construire sur la mer d’Egypte, coûta 800 talens.
+Le Père F. Baugrand, <i>dans son voyage en Syrie, rapporte que
+Sainte-Hélène avoit fait bâtir, sur le bord de la mer, des tours, que
+l’on voit encore, depuis Constantinople jusqu’à Jérusalem, par le
+moyen desquelles, avec un nombre et différentes dispositions de flambeaux
+ardens, elle faisoit savoir ou recevoit des nouvelles, en moins
+de vingt-quatre heures, de ce qui se passoit dans l’une ou l’autre
+de ces deux villes. Ces tours sont presque encore toutes entières : on les
+voit sur le bord de la mer</i>.</p>
+</div>
+<p>La correspondance par le langage articulé remplaça
+cette poste oculaire. Mais une première expérience ne
+devait pas être sans fruit : on avait établi des lieux
+fixes pour les feux, et l’on construisit également des
+édifices très-élevés et disposés convenablement pour
+que la voix<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> d’individus forts et vigoureux, placés
+sur ces points apparens, pût se communiquer facilement
+de l’un à l’autre, en transmettant ainsi réciproquement,
+et avec une promptitude dont on ne peut
+se faire d’idée, les avis qu’ils recevaient.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> <i>Les anciens Gaulois</i>, dit Mezeray, <i>envoyoient leurs commandemens
+par des cris, qui estant receus en un lieu, se portoient en
+l’autre, avec telle disposition et diligence, que ce qui fut sceu à
+Genève à soleil levant, fut sceu en Auvergne à soleil couchant</i>.</p>
+</div>
+<p>On ne tarda pas à sentir les inconvéniens d’une
+correspondance orale, dont le moindre était de faire
+connaître les projets que les gouvernemens ont toujours
+soin de couvrir du mystère le plus impénétrable.
+Il fallait trouver les moyens de rendre l’agent
+lui-même étranger à la correspondance, afin de pouvoir
+s’entendre, à des distances illimitées, aussi secrétement
+qu’un ami peut le faire en parlant à l’oreille
+d’un ami.</p>
+
+<p>C’est alors que s’introduisit l’usage d’envoyer des
+<span id="p5" class="pagenum">-5-</span> messagers pris parmi les personnages les plus importans
+de l’état : ils étaient chargés par les princes de
+porter les ordres aux gouverneurs des provinces, et
+de rendre compte, à leur retour, des opérations dont
+ils surveillaient en même tems l’exécution. L’histoire
+fournit de nombreux exemples à l’appui de cette assertion.
+Homère dit que Bellérophon porta des lettres
+de Prœtus à Jobatès. L’Ecriture Sainte nous apprend
+que David en envoya à Joab ; que Jézabel en fit parvenir
+à Acham ; et que Rapsacès vint près d’Ezéchias,
+de la part de Sennachérib, remplir un semblable
+message.</p>
+
+<p>Ce mode, convenable dans des tems ordinaires,
+devenait insuffisant et même impraticable, lorsque des
+circonstances impérieuses contrariaient l’ordre établi
+dans l’état. Les correspondances devaient être, en ce
+cas, non-seulement plus multipliées, mais recevoir
+encore un nouveau degré d’accélération. Les monarques,
+qui d’ailleurs ne pouvaient se priver des conseils de
+leurs favoris, sentirent la nécessité de les remplacer,
+dans ces fonctions, par des officiers, sous le nom de
+coureurs, dignes aussi de toute leur confiance. L’expérience
+qui avait fait rejeter l’usage de communiquer
+par la voix, conduisit à envoyer des messagers exercés
+aux plus rudes fatigues : ils fournirent d’abord la course
+entière ; et bientôt, établis de station en station, ils
+portaient à la plus voisine et en rapportaient les ordres,
+et par suite les missives, avec une rapidité telle, qu’elles
+parvenaient ainsi du point de départ au point de destination
+comme par enchantement.</p>
+
+<p>Le nombre des coureurs fut très-étendu sous Salomon :
+ils habitaient son palais ; et le lieu qui leur
+était destiné sous ses successeurs, s’appelait salle des
+coureurs.</p>
+
+<p>Les dispositions de plusieurs courriers, placés à des
+distances égales et à des points fixes, indique assez
+une amélioration due à l’expérience. En effet, s’il avait
+paru plus simple d’abord qu’un message fût rempli par
+le même individu, on remarqua que, quelque diligence
+qu’on y eût apportée, ce moyen entraînait non-seulement
+trop de tems, mais nécessitait encore l’expédition
+d’autant de courriers que les circonstances
+exigeaient qu’on renouvelât les ordres.</p>
+
+<p><span id="p6" class="pagenum">-6-</span> La promptitude avec laquelle on correspondait de
+cette manière n’était rien encore comparée à la vitesse
+du vol des oiseaux<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>, qu’on devait employer dans le
+même but.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Les plus gros, selon Buffon, parcourent plus de 700 toises par
+minute, et peuvent se transporter à 20 lieues dans une heure. On
+sait l’histoire du Faucon de Henri II, qui s’étant emporté après une
+canepetière à Fontainebleau, fut pris le lendemain à Malte, et reconnu
+à l’anneau qu’il portait.</p>
+
+<p>Adanson a vu et tenu à la côte du Sénégal des hirondelles arrivées
+en moins de neuf jours d’Europe.</p>
+</div>
+<p>Un peuple observateur avait dû remarquer les habitudes
+de certains volatiles à revenir aux lieux qui les
+ont vus naître, et où ils laissent leurs petits ; celles des
+hirondelles et des pigeons, qui fourmillent dans l’orient,
+ne purent lui échapper. Parmi ces derniers on distingua
+le pigeon<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a> connu depuis sous le nom de pigeon-messager.
+Il était plus fréquemment employé que l’hirondelle<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, dont
+les anciens peignaient le plumage, en donnant à chaque
+couleur une signification particulière. L’oiseau, lâché d’un
+lieu élevé, ne mettait à profit sa liberté que pour remplir
+<span id="p7" class="pagenum">-7-</span> son message, en regagnant avec une vîtesse incroyable
+l’endroit où, retrouvant ses petits, il était reçu
+par les personnes intéressées à veiller l’époque de son
+retour, qui s’effectuait toujours avec une grande régularité.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Selon Villughby, <span lang="la" xml:lang="la">Columba-Tabellaria</span>, il ressemble beaucoup
+au pigeon turc, tant par son plumage que par ses yeux entourés d’une
+peau nue, et les narines couvertes d’une membrane épaisse. On s’est
+servi de ces pigeons pour porter les nouvelles au loin, ce qui leur a fait
+donner le nom de messager.</p>
+
+<p>Ces pigeons, dit Valmont de Bomare, font leurs nids dans de vieilles
+tours ; ils sont très-timides, et volent avec une rapidité extraordinaire.
+Ils s’attachent aux lieux qui les ont vus naître. Ils est difficile de les
+dépayser en les laissant libres ; ils aiment à retourner dans les contrées
+où ils ont été nourris, élevés et bien traités.</p>
+
+<p>Pietro della Valle rapporte qu’en Perse, le pigeon-messager fait, en
+un jour, plus de chemin qu’un homme de pied n’en peut faire en six.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Cœcina Volaterranus, chevalier romain et intendant des chariots
+du Cirque, avait coutume de porter à Rome des hirondelles
+prises dans les maisons de ses amis où elles faisaient des nids, et quand
+les chevaux des personnes qui l’intéressaient avaient remporté le prix
+de la course, il peignait les hirondelles de la couleur du parti victorieux,
+et les laissait aller, sachant que chacune retournerait à son
+nid, et que, par ce moyen, ses amis seraient instruits de leur victoire.</p>
+
+<p>Fabius Pictor raconte, dans ses annales, que lorsque les Liguriens
+assiégeaient un fort où était une garnison romaine, on lui apporta une
+hirondelle prise sur ses petits, afin que, lui attachant un fil à la
+patte et faisant à ce fil un certain nombre de nœuds, il pût donner
+à connaître, par ce moyen, aux assiégés, quel jour il leur enverrait
+des secours, pour que ce jour même ils puissent faire une sortie
+sur l’ennemi.</p>
+</div>
+<p>Les pigeons<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> servaient au même usage. On les expédiait
+par bandes, en leur attachant, au cou ou sous
+les ailes, la missive qu’ils devaient rendre à sa destination,
+ou un fil dont les nœuds et les contextures
+avaient une signification convenue entre ceux qui correspondaient
+ainsi.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Au théâtre, à Rome, les maistres de famille avoient</i>, dit Montaigne,
+<i>des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachoient des lettres quand ils
+vouloient mander quelque chose à leurs gents au logis ; ils estoient dressés
+à en rapporter les responses. D. Brutus en usa assiégé à Modène, et aultres,
+ailleurs</i>.</p>
+
+<p>Ces faits, renouvelés de nos jours, ont cessé de paraître merveilleux.
+Le prince d’Orange employa ces messagers volans, en 1774 et 1775,
+aux siéges d’Harlem et de Leyde ; et, pour reconnaître les services de
+ces oiseaux, le prince voulut qu’ils fussent nourris aux dépens de
+l’état, dans une volière faite exprès, et que, lorsqu’ils seraient morts,
+on les embaumât pour être gardés à l’hôtel de ville.</p>
+
+<p>En 1803, on établit à Liége une poste aux pigeons : 22 de ces oiseaux
+revinrent de Paris dans cette ville, ayant fait 72 lieues en 4 heures,
+ce qui donne 18 lieues par heure. D’autres furent expédiés de Francfort
+à Liége avec le même succès. Un troisième essai fut fait en même
+tems à Coblentz, pour renvoyer à Liége un grand nombre de ces messagers ;
+deux d’entre eux y arrivèrent en deux heures et demie : ce
+trajet est de 30 lieues.</p>
+
+<p>En juillet, 1824, on lança sur le pont neuf, à Paris, 32 pigeons envoyés
+de Maestricht. L’heure du départ avait été marquée sur une
+plume de leur aile. La même année un convoi de 100 pigeons avait été
+expédié de Liége à Lyon : 40 furent lâchés, de cette dernière ville, à
+6 heures du matin. L’un d’eux était de retour à Liége, le même jour,
+à 11 heures aussi du matin : ainsi, en 5 heures de tems, il avait fait un
+trajet de 125 lieues. Le retour de ce pigeon devait faire gagner un pari
+de cent mille francs à son maître.</p>
+
+<p>Une semblable expérience a eu lieu avec le même succès, en 1825,
+de Liége à Valenciennes, où le maire de cette dernière ville, après
+avoir contre-marqué les pigeons, leur fit donner la volée : ils étaient
+au nombre de 115.</p>
+
+<p>Ce sont ordinairement des sociétés qui font élever des pigeons à cet
+exercice en leur plaçant des marques distinctives à l’aile, afin d’éviter
+toute méprise. On les transporte ordinairement, à dos d’homme, dans des
+hottes. C’est toujours par un acte de notoriété publique, que l’on constate
+leur départ des villes. Ces exemples, qu’il serait facile de multiplier,
+ne laissent pas de doute et sur l’instinct des pigeons et sur la
+rapidité de leur vol.</p>
+</div>
+<p><span id="p8" class="pagenum">-8-</span> Lorsqu’anciennement on évaluait le terme moyen de
+la vitesse de leur vol à dix lieues par heure, c’est qu’on
+avait égard aux lieux qui opposaient plus ou moins d’obstacles.
+Un pays découvert et coupé par des rivières ne
+laissait aucune incertitude à l’oiseau pour le retour,
+tandis que des forêts, un sol inégal, multipliant les
+remarques qu’il était obligé de faire, l’embarrassaient
+lorsqu’il fallait parcourir la même route. Nous croyons
+expliquer par là les raisons du retard qu’éprouvent les
+pigeons expédiés par bandes. Il est rare qu’ils arrivent
+tous en même tems à leur destination, leur instinct ne
+les servant pas tous également. Quoi qu’il en soit, ce
+moyen ne peut rien offrir de régulier, tant à cause des
+fatigues auxquelles l’oiseau succombe quelquefois, que
+des dangers auxquels l’exposent, et la flèche du chasseur
+et les serres des animaux de proie.</p>
+
+<p>Cet usage, qui s’est conservé en Asie<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, n’a pu ni s’y
+répandre, ni même s’y maintenir d’une manière utile à
+la correspondance régulière.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Prokoke dit que les pigeons d’Alep servent de courriers pour
+Alexandrette et Bagdad : ce fait, qui n’est point une fable, cesse
+d’avoir lieu moins fréquemment, depuis que les voleurs kurdis se sont
+avisés de tuer les pigeons. On prend pour cette espèce de poste des
+couples qui ont des petits, et on les porte à cheval au lieu d’où l’on
+veut qu’ils reviennent, avec l’attention de leur laisser la vue libre.
+Lorsque les nouvelles arrivent, le correspondant attache un billet à
+la patte des pigeons, et il les lâche. L’oiseau, impatient de revoir ses
+petits, part comme l’éclair, et arrive en 10 heures d’Alexandrette et
+en deux jours de Bagdad : le retour est d’autant plus facile qu’il
+peut découvrir Alep à une très-grande distance.</p>
+</div>
+<p>Tels sont sans doute les principaux essais qu’on a dû
+tenter pour s’entendre malgré les distances, se parler
+sans le secours de la voix, et transmettre la pensée sous
+des formes si diversifiées.</p>
+
+<p>Tous les signes conventionnels, qu’on peut considérer
+comme autant de langues particulières, ont précédé, avec
+succès, pour correspondre, l’invention de l’écriture. La
+découverte de cet art a donné naissance aux lettres, aux
+épîtres, aux missives, aux dépêches enfin, qui, selon
+Cicéron, servaient à marquer à la personne à laquelle
+on les adressait, les choses qu’elle ignorait. D’après cette
+définition, on doit regarder comme lettres, les tablettes
+<span id="p9" class="pagenum">-9-</span> ou ais enduites de cire, sur lesquelles on écrivait, avec des
+stylets de fer, de cuivre ou d’os, dont l’un des bouts
+était pointu pour graver les caractères et l’autre plat
+pour les effacer. Ces tablettes, rassemblées et attachées
+ensemble pour former un livre<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>, avaient beaucoup de
+ressemblance à un tronc d’arbre scié en plusieurs planches.
+Les lettres que les particuliers s’écrivaient étaient
+sur ces tablettes, qu’on enveloppait de lin, et qu’on cachetait
+ensuite d’une espèce de craie ou cire d’asie. On
+les remplaça par les feuilles de palmier, et, plus tard, par
+l’écorce la plus mince de certains arbres (tels que le
+frêne, le tilleul, le peuplier blanc et l’orme) appelée
+<i lang="la" xml:lang="la">liber</i>, en latin, d’ou vient le mot livre. On se servait,
+pour écrire dessus, de roseaux imbibés d’encre<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>,
+<span id="p10" class="pagenum">-10-</span> comme on le pratique encore en Orient. Diverses compositions,
+entre autres la peau préparée et le papyrus,
+précédèrent l’invention du papier en usage aujourd’hui<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Quand les anciens avaient des sujets un peu étendus à traiter,
+ils se servaient plus commodément de feuilles ou de peaux cousues les
+unes au bout des autres, qu’on nommait rouleaux ; coutume que les
+Juifs, les Grecs, les Romains, les Perses, et même les Indiens ont
+suivie, et qui a continué quelques siècles après Jésus-Christ. Ces livres
+en rouleaux étaient fixés sur un bâton qu’on nommait <span lang="la" xml:lang="la">umbilicus</span>,
+lequel servait de centre à la colonne ou cylindre. Le côté extérieur
+des feuilles s’appelait frons, les extrémités du bâton se nommaient
+cornes, et étaient ordinairement décorées de petits morceaux d’ivoire,
+d’argent, d’or et même de pierres précieuses. Dans l’origine, on se
+servait de différentes matières pour faire les livres. Les caractères
+furent d’abord tracés sur de la pierre, témoins les tables de la loi
+donnée par Moyse, qui sont le plus ancien livre que l’on connaisse.</p>
+
+<p>La forme actuelle des livres a été inventée par Attale, roi de Pergame.
+On employait des préparations aromatiques pour les préserver
+de toute destruction.</p>
+
+<p>Avant l’invention de l’imprimerie, les livres étaient d’un prix sans
+bornes. Cette découverte a eu lieu vers l’an 1440, à Mayence. On la
+doit à Jean Guttemberg, qui s’associa Faust et Schoëffer. Le premier
+livre imprimé est la cité de Dieu, de Saint-Augustin.</p>
+
+<p>En 1471, Louis XI, désirant avoir dans sa bibliothèque une copie
+du livre du médecin Rasi, emprunta l’original de la faculté de médecine
+de Paris, et donna pour sûreté de ce manuscrit 12 marcs
+d’argent, 20 livres sterlings, l’obligation d’un bourgeois pour la somme
+de cent écus d’or.</p>
+
+<p>On prétend que vingt mille personnes en France, vivaient de la
+vente des livres qu’elles copiaient.</p>
+
+<p>Jean Faust, qui s’établit à Paris en 1470, dédia, à Louis XI, le
+premier livre qu’il y imprima.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> La première encre dont on s’est servi fut tiré d’un poisson nommé
+zibius ; le suc des mûres sauvages le remplaça ; ensuite, la suie ;
+puis, le cinabre, le vert de gris et enfin les compositions actuelles.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Vers le commencement du VIII.<sup>e</sup> siècle on se servit du papier fait
+de coton, et ce ne fut que 600 ans après qu’on employa les chiffons
+pour sa fabrication.</p>
+</div>
+<p>Si les tribus d’Israël communiquaient entr’elles par
+le moyen des messagers, comme nous l’apprend l’Ecriture ;
+si d’autres nations de l’Asie entretenaient des
+relations en suivant le même usage, nous serions tenté
+de croire que l’origine des postes, telles que nous les
+concevons, remonte très-haut. Des traces de cet utile
+établissement semblent se découvrir plus positivement
+sous le règne d’Assuérus<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>, roi des Mèdes, qui fit
+expédier des courriers pour porter l’édit<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> de proscription
+des Juifs aux gouverneurs et aux magistrats des cent
+vingt-sept provinces qui s’étendaient depuis l’Inde jusqu’à
+l’Ethiopie. Deux mois après l’expédition des premiers
+courriers, de nouveaux reçurent l’ordre de faire
+une extrême diligence pour prévenir, par de nouvelles
+dispositions dont ils étaient chargés, l’effet des mesures
+qu’Aman avait prises précédemment. Les courriers eurent
+de plus commission expresse, de la part du roi, d’aller
+trouver les Juifs dans toutes les villes et de leur ordonner
+de se rassembler. Les lettres dont ils étaient porteurs,
+envoyées au nom d’Assuérus, étaient scellées de
+son sceau.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Nom que les Hébreux donnaient à Artaxerxès, grand-oncle
+de Cyrus.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Il fut traduit dans toutes les langues que parlaient les peuples
+répandus dans tout l’empire. Lysimaque le traduisit à Jérusalem, et
+Doristhée en Egypte.</p>
+</div>
+<p>Le même moyen fut employé par Esther et Mardochée,
+pour inviter les juifs, répandus sur ce vaste état,
+à célébrer le jour solennel de leur délivrance.</p>
+
+<p>Ainsi, nous voyons des courriers expédiés, à diverses
+reprises, sur tous les points d’un grand empire, sans
+pouvoir connaître s’il existait un service régulier de
+poste, et quel pouvait être son mode d’organisation.
+L’incertitude qui nous reste, malgré ces exemples, ne
+peut encore nous en faire attribuer l’établissement à
+<span id="p11" class="pagenum">-11-</span> Assuérus. Le témoignage d’Hérodote, de Xénophon et
+de tous les historiens, ne permet plus de douter que
+Cyrus n’en soit le véritable fondateur.</p>
+
+<p><i>Ce fut</i>, dit Bergier, <i>en l’expédition que Cyrus entreprit
+à l’encontre des Schytes, qu’il établit les postes
+de son royaume, environ 500 ans avant la naissance
+de J.-C. ; afin que les messagers, comme ravis par l’air,
+pussent porter sa volonté aux gouverneurs de ses provinces,
+en cas d’affaires précipitées, et qui ne pussent
+souffrir de délais</i>.</p>
+
+<p>Ce prince, dont les expéditions ont été si mémorables
+et si multipliées, reconnut bientôt que les moyens de
+correspondre, employés avant lui, devenaient insuffisans
+par la nécessité dans laquelle il se trouvait d’entretenir
+de fréquentes relations avec les satrapes ou
+gouverneurs de ses nombreuses provinces.</p>
+
+<p>Des signaux, des ordres transmis par la voix, des
+courriers sans cesse en mouvement, établis de station
+en station, ne remplissant qu’imparfaitement ce but,
+avaient préparé néanmoins l’heureuse révolution qu’il
+devait opérer dans l’art de correspondre.</p>
+
+<p>En perfectionnant les chars<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, auxquels les Phrygiens
+étaient parvenus à atteler deux chevaux, et Erectonius<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>
+quatre, Cyrus avait pu apprécier, de nouveau,
+l’agilité et la force de ces animaux ; mais ce n’était
+que dans les courses dont les peuples anciens se montraient
+si admirateurs. Ce prince chercha bientôt à déterminer
+l’espace qu’ils pourraient parcourir, en galopant
+sans fatigue, pendant un certain laps de tems. Il
+expédia, à cet effet, des courriers de sa capitale aux
+confins de son empire, avec ordre de lui rendre au
+retour un compte exact de leur course. La comparaison
+de ces divers rapports paraît l’avoir conduit à une connaissance
+positive de la rapidité de la marche du cheval,
+qui fut jugée égale à celle du vol de l’oiseau ; et, <i>disent
+<span id="p12" class="pagenum">-12-</span> aulcuns que cette vîtesse d’aller vient à la mesure du vol
+des grues</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Les Gaulois étaient également renommés pour la conduite des
+chars et l’art avec lequel ils dressaient les chevaux, qu’ils arrêtaient
+tout à coup dans les descentes les plus rudes et les pentes les plus
+difficiles.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Il était fils de Vulcain, et se servait d’un char à cause de la
+difformité de ses jambes qu’il y tenait cachées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Montaigne.</p>
+</div>
+<p>Nous n’examinons pas s’il peut exister quelque parité
+entre ces deux vîtesses<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>, et jusqu’à quel point on a
+porté la rigueur de ce calcul ; pour que la durée de
+chaque course, lorsqu’elle était d’une certaine étendue,
+fût toujours, non-seulement égale, mais toujours parcourue
+avec la même promptitude, il fallait connaître,
+par des expériences répétées et par une longue suite
+d’observations, tout ce que la nature opposerait de
+difficultés ou offrirait d’avantages, afin de fixer les distances
+à parcourir par les chevaux, en raison du sol et
+de l’état des routes. C’est en quoi la sagacité de Cyrus
+est remarquable ; car il s’agissait moins ici de se rendre
+en diligence d’un point à un autre, lorsque quelques
+circonstances impérieuses l’exigeraient, que d’assurer en
+tout tems la régularité et la célérité du service par les
+soins et les ménagemens qu’on prendrait des chevaux,
+<span id="p13" class="pagenum">-13-</span> en évitant de les fatiguer par des marches trop prolongées.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> On a vu des chevaux faire 60 lieues en 12 heures et d’une
+seule traite. En 1754, on dit que milord Poscool fit la gageure de se
+rendre de Fontainebleau à Paris en 2 heures : il y a 14 lieues de
+distance. Le roi ordonna à la maréchaussée de lever sur la route les
+obstacles qui pourraient opposer au courrier le moindre inconvénient.
+Milord Poscool ne se servit point de jockey ; il partit de Fontainebleau
+à 7 heures du matin, et arriva à Paris à 8 heures 48 minutes.</p>
+
+<p>Le fameux <span lang="pt" xml:lang="pt">Filho-da-puta</span>, cheval de course anglais, égale presqu’en
+vîtesse celle de Childers, le plus rapide des coursiers connus.
+Ce dernier parcourut une fois, en 7 minutes, l’espace de New-Market
+[4320 toises]. Il n’y a pas long-tems qu’en Russie deux chevaux
+anglais ont remporté le prix de la course sur deux chevaux cosaques.
+L’espace à parcourir sur la route de Moscou était de 70
+werstes. L’étalon anglais arriva le 1.<sup>er</sup> au but, et ne mit, pour y parvenir,
+que 2 heures 8 minutes 4 secondes.</p>
+
+<p>Les chevaux de course anglais embrassent, à chaque élan, une
+étendue de terrain de près de 20 pieds.</p>
+
+<p>Les chevaux de course français franchissent communément 4000
+mètres en 4 minutes 13 secondes. Ils parcourent la circonférence du
+Champ-de-Mars en 2 minutes 30 secondes, et deux fois le même espace
+en 5 minutes 32 secondes, deux cinquièmes. La double circonférence
+est à peu près d’une lieue de poste ; la circonférence intérieure
+de 1026 toises ; ce qui donne, dans les proportions ci-dessus
+41 pieds par seconde, ou par minute 2462 pieds 5 pouces.
+On remarque que les jumens ont toujours la supériorité dans les courses,
+les jockeys qui montent les chevaux ont 300 francs par course. Il en
+coûte 500 francs pour faire dresser les chevaux qu’on y destine.</p>
+</div>
+<p>On ne peut donc méconnaître, dans cette expérience
+mémorable faite par Cyrus, l’idée primitive et fondamentale
+des postes. Il a donc tout l’avantage de cette invention
+qu’on fait remonter à son expédition contre les Scythes.</p>
+
+<p>Ce prince ne s’arrêta pas à cet essai, et il perfectionna
+l’institution des postes, en faisant construire sur
+les grands chemins, à des distances égales, des bâtimens
+sous la dénomination de stations, pour les courriers
+et les chevaux qui y étaient entretenus en nombre
+suffisant, et soignés par des individus qui n’avaient que
+cet unique emploi. <i>De la mer Grecque ou Egée</i>, dit
+Bergier, <i>jusqu’à la ville de Suze, capitale du royaume,
+des Perses, il y avoit pour cent onze gistes ou mansions
+de distances ; de l’une desquelles à l’autre, il y
+avoit une journée de chemin</i>.</p>
+
+<p>Ces édifices étaient tellement vastes, commodes et
+magnifiques, que le prince ne logeait presque jamais
+ailleurs lorsqu’il voyageait avec sa suite. Les courriers
+transportaient de l’un à l’autre, le jour, la nuit et à
+toute heure, les dépêches qui intéressaient le service
+public. Leur exactitude et leur discrétion<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a> étaient si
+grandes, qu’on n’eut jamais à se repentir de la confiance
+que de pareilles missions commandent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> Il faut dire aussi, que, de leur côté, les peuples anciens
+conservaient un respect religieux pour la correspondance. L’histoire
+rapporte que les Athéniens on donnèrent un exemple en laissant
+parvenir les lettres que Philippe écrivait à Olympie. Après
+une grande fermentation dans sa patrie et une guerre civile, Pompée
+eut la générosité et la magnanimité de livrer au feu toutes les lettres
+qui auraient pu entretenir le souvenir d’événemens si funestes. Quand
+on voit les nations modernes les imiter si scrupuleusement, on ne
+sait ce qui surprend le plus, ou de la discrétion des courriers, ou
+de la confiance de ceux qui les rendent dépositaires de leurs secrets,
+en n’opposant à la curiosité que d’aussi faibles obstacles.
+Cette réserve d’un côté, et cet abandon de l’autre, ne nous étonnent
+plus. L’habitude a pu seule nous familiariser avec une semblable
+merveille. Mais l’inviolabilité des lettres, à laquelle les postes doivent
+leur prospérité, est la base inébranlable sur laquelle elles reposent.
+Fondées sur le mystère, maintenues par le respect pour la pensée,
+elles ne sont point au nombre de ces institutions éphémères, dont
+la durée est si fragile : leur existence n’a de bornes que celles
+de la société.</p>
+</div>
+<p><span id="p14" class="pagenum">-14-</span> Il paraît, néanmoins, que, dès le commencement, on
+cachetait les lettres en les fermant avec différens nœuds.
+Cette coutume avait lieu du tems de la guerre de Troie.
+Isaïe dit aux Juifs que ses prophéties seront à leur égard
+comme des lettres cachetées. Ces exemples prouveraient,
+s’il en était besoin, que, dès qu’on écrivit des missives,
+on reconnut l’avantage de pouvoir en laisser ignorer
+le contenu aux agens intermédiaires, chargés de les
+transmettre par les moyens usités dans tous les tems.</p>
+
+<p>On juge par les soins que Cyrus mit à consolider
+cette institution politique, de l’importance qu’il y attachait.
+Ses conquêtes, en étendant les bornes de sa
+puissance, exigeaient qu’il s’occupât de donner toute la
+perfection désirable à cet établissement naissant.</p>
+
+<p>Parmi ses successeurs, Xerxès fut un de ceux qui
+profitèrent le plus de cette découverte. On dit, qu’après
+avoir été défait par Thémistocle, il se sauva au moyen
+des relais, qu’il avait fait préparer au cas que la fortune
+lui devînt contraire.</p>
+
+<p>Les révolutions que les empires de l’Asie éprouvèrent,
+firent disparaître les traces de cette utile institution.
+Nous ne les retrouvons que chez les Romains, auxquels
+rien de ce qui était grand ne pouvait échapper. Ils
+jugèrent que le seul moyen de faire revivre les postes,
+était de tracer des routes, de les paver et de les entretenir
+avec soin ; de construire des chaussées et d’élever
+des ponts. Imitateurs des Grecs, qui, les premiers, ouvrirent
+des grands chemins, et des Carthaginois<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, qui,
+les premiers, imaginèrent de les paver : ils les surpassèrent
+bientôt dans ces travaux importons.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> Isidore, dit Bergier, <i>nous apprend que les Carthaginois ont
+esté les premiers qui se sont advisez de munir, affermir, et consolider
+les chemins de pierres et cailloux alliez avec sable, et comme
+maçonnez sur la superficie de la terre, ce que nous appelons paver,
+et que c’est à leur imitation que les Romains se sont mis à paver
+les grands chemins quasi partout le monde</i>.</p>
+</div>
+<p>La première route dont il soit fait mention, est la
+voie Appiène, regardée comme le plus bel ouvrage en
+ce genre : deux chariots pouvaient y rouler de front.
+La voie Auréliène fut la seconde. La voie Flaminiène la
+troisième. Puis, l’on vit successivement les voies Domitiène,
+Emiliène, Trajane, etc.</p>
+
+<p><span id="p15" class="pagenum">-15-</span> <i>Soit<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a> que l’on porte les yeux à la magnificence
+qui les continuoit</i> (les chemins), <i>du port qui les finissoit,
+aux bastiments des postes et des gistes qui les
+accompagnoient, aux colonnes inscrites qui les mesuroient,
+à la façon qui les affermissoit contre les siècles,
+et les rendoit durables contre les efforts du charroy de
+quinze à seize cents ans ; soit que l’on regarde l’utilité
+publique en la conduite des armées et des armes, au
+charroy des marchandises, à la facilité d’envoyer des
+nouvelles en peu de tems de la ville de Rome jusques
+aux confins de l’empire, et d’en recevoir avec même
+commodité par le moyen des postes établies sur iceux ;
+à la police excellente qui régloit ces postes, à la dignité
+des auteurs des grands chemins, et des commissaires
+établis pour leur entretenement et réparation ; aux
+sommes d’argent sans nombre, et à la multitude des
+hommes qui ont esté employez aux ouvrages d’iceux ;
+certes, on trouvera que l’esprit humain ne conçut et la
+main n’acheva jamais une plus grande œuvre ; de laquelle
+entreprise le seul empire romain estoit capable ;
+et à laquelle il a fait paraître l’extrémité de sa puissance.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Bergier, auteur cité.</p>
+</div>
+<p>On s’accorde généralement<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> à dire que c’est sous
+Auguste que les Romains ont connu les postes. L’exemple
+qu’on cite, du tems de la république, du consul Gracchus
+qui, étant en Grèce, pour se rendre d’Amphise
+à Pella, parcourut près de 40 lieues en un jour, n’est
+qu’un fait isolé qui ne peut prouver l’établissement de ce
+service dans une contrée où, au rapport de Socrate
+l’historien, on ne s’occupa pendant long-tems que des
+courses en char, seulement pour les jeux publics.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> Suétone.</p>
+</div>
+<p>Il est des époques tellement remarquables dans l’histoire,
+qu’il ne peut rester d’incertitude, lorsqu’il est
+question de leur attribuer quelques institutions qui
+tendent encore à les illustrer. Les postes étaient dignes
+d’être comptées au nombre de celles qu’on doit au grand
+siècle d’Auguste.</p>
+
+<p>Les principales villes de l’empire communiquaient
+<span id="p16" class="pagenum">-16-</span> déjà avec la capitale par des chemins pavés. Les routes
+commençaient à s’étendre dans les provinces conquises.
+Auguste perfectionna ces entreprises. Il fit aussi percer
+des grands chemins dans les Alpes, et en ordonna une
+infinité d’autres en Espagne. Ce fut à Lyon qu’il fit
+travailler à la distribution des grands chemins dans les
+Gaules. <i>Là où<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a> il parle de son passages de la rivière
+de Rhône, vers l’Allemaigne, il veit qu’il estoit indigne
+de l’honneur du peuple romain, qu’il passast son
+armée à navire, il fit dresser un pont, afin qu’il
+passast à pied ferme. Ce fut là qu’il bastit ce pont
+admirable de quoi il déchiffre particulièrement la fabrique ;
+car il ne s’arrête si volontiers en nul endroict
+de ces faicts, qu’à nous représenter la subtilité de ses
+inventions en telles sortes d’ouvrages.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> Montaigne.</p>
+</div>
+<p>Il divisa aussi les routes en espaces uniformes appelés
+milles, et indiqués sur des colonnes de pierres<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a> qui
+portaient le nom de milliaires. On commençait à compter
+de celle connue sous la dénomination de milliaire dorée,
+qu’Auguste fit élever au milieu du marché de Rome,
+près le temple de Saturne. <i>Sa figure est ronde, et si
+grossière</i>, dit Bergier, <i>qu’elle ne touche en pas un
+ordre d’architecture. Elle est assise sur un piédestal
+corinthien ; et porte une boule au-dessus de son chapiteau,
+comme pour représenter le rond de la terre,
+sur laquelle les Romains ont estendu leur seigneurie
+et leur puissance</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Il y avait aussi d’autres pierres plantées de distance en distance
+pour suppléer aux étriers, lesquelles aidaient le cavalier à
+monter à cheval. Jusqu’au règne de Théodose, on ne se servit ni
+d’étriers ni de selle. Cette dernière était remplacée par une simple
+housse. Il fut également défendu en tout tems de se servir de bâton
+pour exciter les chevaux ; le fouet, employé à cet usage, a toujours
+été maintenu. On ne s’est servi d’éperons que très-tard.</p>
+</div>
+<p>Auguste ne négligea donc aucun moyen d’accroître
+la prospérité des postes, soit comme nous l’avons remarqué,
+par les grands chemins qu’il fit faire, les
+bâtimens qu’il y éleva sous la dénomination de stations
+ou positions, origine sans doute du nom qu’elles
+portent ; soit par les mesures qu’il ordonna d’employer
+pour qu’aucune prérogative n’exemptât de fournir des chevaux
+<span id="p17" class="pagenum">-17-</span> pour ce service, appelé course publique ; soit enfin
+par les dépenses considérables dans lesquelles il s’engagea,
+et qui furent à la charge des peuples.</p>
+
+<p><i>Il nous<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a> faut parler des moyens que les empereurs
+avaient d’envoyer de Rome leurs lettres si promptement
+jusques aux confins de leur empire, et d’avoir la
+réponse avec pareille promptitude et célérité. Cela se
+faisoit par la voie des postes assises sur les routes militaires,
+si bien réglées et policées, qu’il n’estoit déjà
+besoin au prince souverain de courir avec peine et travail
+par les parties de son empire, pour sçavoir ce qui
+s’y passoit ; veu que, sans partir de la ville de Rome,
+il pouvoit gouverner la terre par ses lettres missives,
+édits, ordonnances et mandements, lesquels n’estoient
+plus tost écrits, qu’ils estoient par la voie des postes,
+portées aussi promptement</i>, que si quelques oiseaux en
+<i>eussent esté les messagers</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> Bergier, auteur cité.</p>
+</div>
+<p>Des courriers et ensuite des voitures furent disposées
+sur toutes les grandes routes et à peu de distance l’une
+de l’autre, afin que l’on eût des nouvelles plus promptes
+de ce qui se passait dans les provinces ; et les courriers<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>
+auxquels on confiait les missives étaient
+appelés <i lang="la" xml:lang="la">viatores</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">veredarii</i> sous les empereurs d’Occident,
+et, sous les empereurs d’Orient, <i lang="la" xml:lang="la">cursores</i>, mot
+d’où ils tirent leurs noms. Ils ne marchaient jamais
+sans être munis d’un diplôme ou lettre d’évection. Elle
+différait de la missive en ce que celle-ci était scellée et
+pliée de plusieurs façons, et que l’autre n’avait qu’un
+simple pli uniforme<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. Le sceau<a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> qu’Auguste appliquait
+<span id="p18" class="pagenum">-18-</span> sur ses lettres et sur ses actes, fut d’abord un
+sphinx, ensuite la tête d’Alexandre, et, enfin, son
+propre portrait, gravé par Dioscoïde. Ce dernier fut
+celui en usage sous ses successeurs. Il marquait toujours
+sur ses lettres l’heure à laquelle il les écrivait, soit le
+jour, soit la nuit<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> Le cheval de poste Veredus.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Depuis la première institution des postes romaines jusqu’au siècle
+de Constantin, les lettres de poste se donnoient en papier ou parchemin ;
+et on les appeloit <span lang="la" xml:lang="la">diplomata</span>. Et quoique Servius escrive que
+sous ce nom sont comprises toutes les écritures envoyées à quelqu’un :
+c’est ce qu’il appartient proprement à celles qui ne sont pliées qu’en
+double. Quelques-uns assurent que ces lettres estoient semblables aux
+patentes de nos rois, qui n’ont qu’un simple ply, que nous appellons
+reply, et non plusieurs plys</i>, comme les missives que l’on appelle
+lettres closes ou de cachet. [<span class="sc">Bergier.</span>]</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Sceau doit être pris ici dans une signification différente de
+cachet qui, pour nous, dérive de cacher. Ce cachet que nous
+appliquons sur nos lettres sert à empêcher que le contenu n’en soit
+connu de tout autre individu que celui auquel on l’adresse. Le
+sceau, chez les anciens, dont l’écriture cursive n’était pas aussi
+variée que la nôtre, devenait la marque authentique à laquelle
+on reconnaissait celui qui nous communiquait sa pensée, et non
+la main qui la traçait ; car le nom n’y était pas apposé à la fin,
+comme nous le pratiquons.</p>
+
+<p>L’usage introduit autrefois d’écrire au nom d’une personne absente
+ne peut étonner, puisqu’il ne s’agissait que d’être muni de son
+sceau. On en trouve mille exemples, soit dans Cicéron et d’autres
+auteurs, soit même dans les pères de l’église qui, employant la
+main de leurs amis ou de leurs secrétaires, ne manquaient jamais,
+quand ils voulaient ajouter quelque chose eux-mêmes à leurs lettres,
+de dire : Ceci est de ma main.</p>
+
+<p>Le signe ou sceau était seul reconnu, puisque la loi romaine
+refusait d’accepter un écrit autographe comme pièce de comparaison,
+si le témoignage de personnes présentes à la rédaction n’en
+attestait l’authenticité.</p>
+
+<p>Au reste, cette empreinte ou sceau était d’une telle importance,
+que le fabricateur d’un cachet faux ne pouvait échapper à la punition
+prononcée par la loi Cornélia.</p>
+
+<p>Ainsi, lorsque anciennement on disait : J’ai signé cette lettre, on
+exprimait par là qu’on y avait apposé son sceau. La même expression
+aujourd’hui signifie littéralement qu’on y a mis son nom,
+ce qui lui donne le caractère d’authenticité. Elle est distinguée
+par là d’une autre espèce de lettres appelées anonymes qui, quoique
+cachetées, ne portent pas de signatures.</p>
+
+<p>Chardin dit qu’en Orient on appose seulement son sceau et celui
+des témoins sur les contrats.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Suétone.</p>
+</div>
+<p>La surveillance des postes romaines était confiée
+aux premiers personnages de l’empire. Aucune personne,
+quel que fût son rang, ne pouvait voyager sans
+être muni d’une permission de se servir des chevaux
+de la course publique. <i>Conformément à cette loi</i>, dit
+Bergier, <i>nous lisons dans l’histoire de Capitolinus
+que Publius Helvius Pertinax, qui fut empereur
+romain sur ses vieux jours, estant pourvu en son âge
+florissoit de la charge de sergent de bandes, qu’ils
+appelloient <span lang="la" xml:lang="la">Præfectum Cohortiis</span>, sous l’empire de
+Titus, fut condamné par le président de Syrie à aller
+<span id="p19" class="pagenum">-19-</span> à pied à Antioche jusqu’à certain lieu où il estoit envoyé
+en qualité de légat, en punition de ce qu’il s’estoit
+servi des chevaux publics, sans avoir de lettres de poste.</i></p>
+
+<p>Les postes établies sur tous les points où s’étendait
+la puissance romaine, malgré les revenus qu’elles rendaient
+aux empereurs, étaient loin de les dédommager
+des frais énormes qu’elles occasionnaient. Tant de sacrifices
+et de précautions, par suite de mesures extraordinaires,
+ne les mirent pas à l’abri d’une destruction,
+totale. Il n’est pas inutile de remarquer que
+toute innovation ou tentative brusque a toujours nui
+à la prospérité des postes, et qu’on ne doit procéder
+qu’avec prudence dans tous les changemens que les
+circonstances permettent d’y introduire. Nous aurons
+occasion plus d’une fois de nous en convaincre.</p>
+
+<p>Lorsque Constantin fit assembler un concile à Rimini,
+il exigea tant de célérité des prélats qu’il y appelait
+des points les plus éloignés, qu’ayant ordonné à cet
+effet de leur procurer tous les moyens de voyager
+avec diligence, la plus grande partie des chevaux succomba
+aux fatigues de ce service.</p>
+
+<p>Le soin que l’on mettait à cette époque à l’entretien
+des routes, explique la promptitude avec laquelle on
+franchissait les plus grandes distances dans les chars
+légers que nos voitures ont remplacés.</p>
+
+<p>Auguste se rendait avec une grande rapidité, par
+le moyen des postes, dans les lieux les plus éloignés
+où il ne pouvait être attendu, afin de connaître par
+lui-même tout ce qui s’y passait. On rapporte qu’il
+faisait alors plus de cent milles par jour<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> A peu près 25 lieues.</p>
+</div>
+<p><i>La première fois<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> qu’il sortit de Rome avecques
+charges publiques, il arriva en huit jours à la rivière
+de Rhône, ayant dans son coche, devant lui,
+un secrétaire ou deux qui écrivoient sans cesse, et
+derrière luy, celuy qui portait son épée.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> Montaigne.</p>
+</div>
+<p>Rufus, envoyé vers Pompée, marcha nuit et jour
+avec la même vitesse, en changeant de chevaux à chaque
+poste. Constantin-le-Grand, retenu prisonnier à Nicomédie,
+se sauva en Angleterre par le moyen de relais,
+<span id="p20" class="pagenum">-20-</span> et s’y fit proclamer empereur. Pour mieux assurer sa
+fuite, il faisait couper les jarrets aux chevaux qu’il
+laissait après lui, afin que ceux qui le poursuivaient
+sur la route ne pussent faire la même diligence. Tibère,
+dans une circonstance pressante, fit, dit-on, 200 milles
+en 24 heures, et ne changea que trois fois de voiture.
+Dioclétien et Maximien, suivant les historiens, parcouraient
+de très-grandes distances avec la même célérité.
+Il serait facile de multiplier les exemples de ce
+genre, qui ne sont remarquables que par l’époque à
+laquelle ils nous reportent.</p>
+
+<p><i>C’est encore ainsi</i>, dit Bergier, <i>que les empereurs se
+faisoient porter le long des fleuves navigables, avec une
+merveilleuse promptitude et célérité. Ce qu’ils exécutoient
+à l’aide de certains vaisseaux faits exprès comme pour
+servir de chevaux de poste sur les eaux. Car les anciens
+avoient deux sortes de vaisseaux pour naviger, tant
+sur la mer que sur les fleuves navigables. Ils appeloient
+les uns <span lang="la" class="rm">onerarias naves</span>,
+qui servoient à porter toutes
+sortes de fardeaux et marchandises ; et les autres
+<span lang="la" class="rm">fugaces
+sive cursorias</span>, et d’un mot grec
+<span class="rm">dromones</span>, comme qui
+diroit des courriers, à cause de la vîtesse de leur course</i>.</p>
+
+<p>Les chevaux n’étaient pas seuls employés, soit pour
+établir des correspondances entre tous les points d’un
+état et les nations entr’elles, soit pour voyager avec plus
+de sûreté, de commodité et même d’agrément.</p>
+
+<p>Les Romains avaient dressé divers animaux à traîner
+leurs chars. Celui de Marc-Antoine était conduit par des
+lions. Héliogabale l’imita, et y substitua des tigres, qu’il
+remplaça par des cerfs et des chiens. L’empereur Firmus
+se servit d’autruches<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> dans le même but. Elles étaient,
+dit-on, d’une grandeur remarquable.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Les Arabes appellent l’autruche l’oiseau-chameau.</p>
+</div>
+<p>Ces éclaircissemens suffisent pour donner une juste
+idée des moyens employés primitivement pour correspondre,
+et du grand degré de perfection auquel les
+Romains avaient porté l’institution des postes. En les
+élevant au premier rang, ils en avaient assuré la prospérité
+par la considération, et la confiance, sur laquelle
+ils les faisaient reposer, était devenue pour eux le seul
+garant de leur stabilité.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p21" class="pagenum">-21-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">DEUXIÈME PARTIE.<br>
+DES POSTES EN FRANCE.</h2>
+
+
+<p>La décadence de la puissance romaine fit négliger une
+institution qui ne reparaît qu’en France, sous Charlemagne,
+digne héritier des conquêtes de cette nation
+célèbre. La domination de ce prince, qui s’étendait en
+Allemagne, en Italie et en Espagne, lui rendait l’usage
+des postes d’une grande nécessité ; mais, si elles ne
+paraissent avoir servi d’abord qu’aux affaires publiques,
+les Français, dit Mezeray, les employèrent bientôt à
+satisfaire l’impatience curiosité qui leur était si naturelle.
+César, qui l’avait observée comme un trait distinctif
+de leur caractère, dit encore qu’ils aimaient si fort
+les nouvelles, qu’ils se tenaient sur les grands chemins
+pour arrêter les passans et surtout les étrangers, afin de
+savoir ce qu’il y avait de nouveau hors de leur pays.</p>
+
+<p>On donnait aux courriers le nom de Veredarii, comme
+sous les empereurs Romains. La même considération avait
+été conservée aux officiers commis à la direction de
+cette importante branche administrative, toujours sous
+la surveillance des premiers dignitaires ou des hommes
+les plus recommandables de l’état.</p>
+
+<p>Ce fut encore Charlemagne qui, le premier de nos
+rois, fit travailler aux grands chemins. Il releva
+d’abord les voies militaires romaines ; et, à l’exemple
+d’Auguste, il employa à ce travail, et ses troupes et
+ses sujets.</p>
+
+<p>Louis-le-Débonnaire et quelques-uns de ses successeurs
+rendirent aussi des ordonnances sur cette matière ;
+mais les troubles des X.<sup>e</sup> et XI.<sup>e</sup> siècles firent perdre
+de vue la police des grands chemins. On s’en tint
+à quelques réparations de ponts, de chaussées et de
+cours d’eau, qui pouvaient offrir des obstacles à l’entrée
+des villes.</p>
+
+<p><span id="p22" class="pagenum">-22-</span> Philippe-Auguste s’occupa aussi des grands chemins,
+et fut le premier qui entreprit de paver la capitale. Il
+était très-jeune lorsqu’il fit exécuter ce projet. L’odeur
+des boues qui encombraient les rues de Paris, parvenant
+jusqu’à son palais, le déterminèrent à une opération
+qui joignait l’agrément à la salubrité.</p>
+
+<p>Un financier, nommé Gérard de Boissy, fit à cette
+occasion, une action bien rare, et qui a prouvé l’amour
+qu’il portait à son pays. Ce citoyen, en voyant que son
+roi n’épargnait ni soins, ni dépenses, pour embellir
+Paris, contribua de la moitié de son bien, évaluée
+11,000 marcs d’argent<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, pour en faire paver les rues.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Ce qui équivaut à peu près à 559,000 fr.
+de notre monnaie actuelle.</p>
+</div>
+<p>Philippe-Auguste confia l’inspection des routes,
+comme du tems de Charlemagne, à des commissaires-généraux
+appelés Missi : ils ne dépendaient que du Roi.
+Henri II et Henri IV rendirent des édits à ce sujet.
+Henri IV créa, en 1579, un office de grand-voyer,
+auquel il attribua la surintendance des grands chemins.
+Louis XIII supprima cette charge et en fit rentrer les
+attributions dans celles des trésoriers de France. Il en
+reconnut bientôt l’importance, et la rétablit sous la dénomination
+de direction générale des ponts-et-chaussées,
+à laquelle il attacha des inspecteurs et des ingénieurs.
+Cette administration, à quelques modifications près, est
+restée la même depuis cette époque<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> Ces courtes observations, quoique interrompant la suite des
+faits, ne nous ont point semblé déplacées ici. Nous aurons encore
+l’occasion de présenter diverses considérations qui se rattachent,
+d’une manière plus ou moins directe, au sujet que nous traitons.
+Nous croyons cette méthode plus convenable : elle a l’avantage de
+réunir des faits, qui n’offriraient pas le même intérêt, isolés et
+classés d’après l’ordre des dates que nous cherchons à suivre, avec
+exactitude, dans cet ouvrage.</p>
+</div>
+<p>Nous n’entrerons pas dans les considérations qui ont
+retardé, pendant si long-tems, l’établissement régulier
+des postes en France ; mais nous arriverons à cette
+heureuse époque après avoir cherché à saisir quelques-unes
+des traces légères qu’elles ont laissées de loin en loin.</p>
+
+<p>Charlemagne, dont le nom est attaché aux entreprises
+les plus remarquables de la monarchie, acquit, en
+fondant l’Université, de nouveaux droits à l’immortalité.
+<span id="p23" class="pagenum">-23-</span> Cette institution, destinée à conserver le germe des
+sciences, ne pouvait se propager qu’à l’aide d’une autre
+non moins importante ; aussi les Postes, qui ne servaient
+qu’aux affaires du Roi, prirent-elles un grand degré
+d’intérêt par la nouvelle direction qu’elles reçurent.
+C’est donc avec raison qu’un des premiers génies du
+siècle<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a> a dit que les postes et messageries, perfectionnées
+par Louis XI, furent d’abord établies par
+l’Université de Paris.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> M. le vicomte de Châteaubriand.</p>
+</div>
+<p>Ce fut, en effet, le moyen que le public employa
+pour la correspondance, et le seul même dont il se
+servit, pendant long-tems. Les nombreux élèves, que
+l’Université attirait des provinces pour les former à
+l’étude des belles-lettres, multipliaient de plus en plus
+les relations qu’elle y entretenait, en expédiant, à des
+époques indéterminées à la vérité, pour les principales
+villes de France, des messagers qui marchaient à ses
+frais.</p>
+
+<p>C’est ainsi qu’à son exemple, sous le titre de messagers-royaux,
+des courriers portèrent, plus tard, les
+dépêches, des principaux fonctionnaires de l’état, relatives
+au service du Roi, dont les grands courriers
+du royaume ne pouvaient être chargés.</p>
+
+<p>Quoique les communications ne fussent pas encore
+très-fréquentes entre les particuliers, parmi lesquels
+l’écriture était fort peu répandue et dont les liaisons
+d’intérêt ou de famille, avec les diverses provinces,
+ne devaient pas être multipliées, on profita des facilités
+qui se présentaient de les entretenir ou de les étendre.
+Les messagers durent les favoriser de tout leur pouvoir
+par les avantages qu’ils en retiraient.</p>
+
+<p>Mais combien cette ressource était insuffisante. D’abord
+il fallait connaître l’époque de leur passage, toujours
+indéterminée ; borner ensuite sa correspondance aux
+lieux seuls qu’ils fréquentaient ; enfin, compter sur les
+lenteurs incalculables qu’entraînait ce mode de relations.
+Ainsi, pour une lettre qu’on écrit aujourd’hui et dont
+on reçoit une réponse en quatre jours, on mettait alors
+plus de deux mois. Que de raisons, d’un autre côté,
+<span id="p24" class="pagenum">-24-</span> s’opposaient à ce que ces divers services eussent un
+mouvement régulier, et à ce qu’ils prissent un accroissement
+rapide. La France était divisée en petites souverainetés
+dont les princes, souvent en opposition d’intérêt,
+ne devaient multiplier les communications entr’elles que
+lorsque leur sûreté le commandait. Il y avait, en général,
+peu de grandes routes dans toute l’étendue du royaume,
+et la plupart encore mal entretenues. Les guerres civiles,
+les invasions retenaient les citoyens dans les villes : les
+relations commerciales étaient sans activité ; elles se
+bornaient, le plus ordinairement, aux localités : un
+voyage d’une province à une autre présentait tant de
+difficultés, qu’il fallait des circonstances impérieuses pour
+le réaliser. On remonterait très-loin dans les siècles
+passés pour voir combien ces déplacemens offraient
+d’obstacles. Les historiens rapportent qu’on faisait des
+vœux avant de les entreprendre, et qu’on prenait les
+mêmes dispositions que pour les voyages d’outre-mer.</p>
+
+<p>Il est donc incontestable que l’Université avait acquis
+le droit exclusif de transporter les lettres des particuliers ;
+et qu’un service, établi primitivement dans
+ses intérêts privés et indépendant de celui de l’état,
+devint, presqu’en même tems, aussi avantageux pour
+la société.</p>
+
+<p>Voilà, du moins le pensons-nous, les seuls élémens
+de correspondance que présente une suite de plusieurs
+siècles. On se contentait d’un mode que l’instruction
+bornée de ces tems-là ne forçait pas à perfectionner ;
+mais la découverte de l’imprimerie et les lumières que
+l’université avait répandues peu à peu, en firent connaître
+l’insuffisance.</p>
+
+<p>Nos rois, en maintenant les postes dans l’état où
+Charlemagne les avait laissées, les négligeaient ou les
+rétablissaient sur le même pied, selon que les circonstances
+l’exigeaient ; mais ils conservaient toujours,
+près de leur personne, un grand maître des postes,
+titre qu’on voit reproduit sous tous les règnes, entr’autres
+sous celui de Louis VI.</p>
+
+<p>Cependant, tout incomplets que sont ces documens,
+ils nous prouvent non-seulement l’utilité des postes à
+toutes les époques, mais encore l’importance qu’on y
+attachait, en les entourant d’une grande considération.</p>
+
+<p><span id="p25" class="pagenum">-25-</span> Louis XI est regardé, à juste titre, comme le fondateur
+des postes en France<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a> : l’histoire est là pour
+appuyer un fait de cette importance. Quant à la cause
+qui y donna lieu, il serait difficile de se rendre au
+témoignage de quelques auteurs qui prétendent l’attribuer
+à la sollicitude paternelle. Louis XI, disent-ils,
+inquiet de la maladie grave du Dauphin, duquel il
+était éloigné, établit les postes afin de connaître,
+presqu’à chaque instant, l’espoir ou la crainte que son
+état pouvait inspirer. Cette assertion est d’un bien faible
+poids, lorsqu’il s’agit d’un prince de ce caractère. Habitué
+à la dissimulation, Louis XI fit naître ce
+bruit ou l’accrédita, afin de détourner l’attention du
+but qu’il se proposait. Ce ne serait pas la première
+fois que le prétexte le plus respectable eût servi à
+déguiser la vérité.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> Les postes, disent MM. Saur et Saint-Geniès, dans leur ouvrage
+sur les aventures de Faust et sa descente aux enfers, la
+machine pneumatique, d’autres inventions non moins importantes
+et dont la première idée appartient à Faust, attestent la fécondité
+inépuisable de son imagination : il a surtout consacré son nom à
+l’immortalité par la découverte de l’imprimerie. Les mêmes auteurs
+prétendent qu’un jeune Suisse, à qui il avait communiqué ses idées
+sur les moyens de rétablir en France les postes telles qu’elles étaient
+du tems des Romains, en fit part à Louis XI, qui les suivit et l’en
+récompensa. Ils ajoutent que Faust, dans l’entretien qu’il eut avec
+le monarque, auquel il fut présenté comme inventeur de l’imprimerie,
+n’était pas moins frappé de la supériorité de son esprit,
+de l’étendue de ses connaissances, que touché de son langage doux,
+caressant et presque flatteur. Louis XI, en instituant les postes,
+dut s’entourer de tous les moyens propres à faire réussir son entreprise ;
+et, parmi les nombreux projets qui sans doute lui furent
+soumis, il est possible que celui de Faust ait eu l’avantage d’être
+préféré.</p>
+
+<p>Nous ne doutons point que les auteurs cités n’aient eu de fortes
+raisons pour adopter ce sentiment, et pour attribuer également
+à Faust des faits que les biographes modernes regardent comme
+devant concerner deux individus, Faust et Fust.</p>
+</div>
+<p>La vie agitée de ce monarque ; ses démêlés avec
+les grands vassaux de la couronne, et particulièrement
+avec le duc de Bourgogne ; ses intrigues dans les
+principales cours de l’Europe ; tout explique assez le
+besoin qu’il avait d’un moyen qui pût satisfaire à la
+fois, et son esprit ombrageux et rusé, et ses vues
+ambitieuses et perfides.</p>
+
+<p><span id="p26" class="pagenum">-26-</span> Mais écoutons les historiens sur l’origine de cette
+institution. <i>Le Roi</i>, dit Commines<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, <i>qui avoit jà ordonné
+postes en ce royaume, et par n’y en avoit
+jamais eu, fut bientôt adverty de cette déconfiture du
+duc de Bourgogne, et à chaque heure en attendoit des
+nouvelles, pour les advertissements qu’il avoit eu par
+avant de l’arrivée des Allemands, et de toute autre
+choses qui en dépendoient ; et y avait beaucoup de
+gens qui avoient les oreilles bien ouvertes pour les ouïr
+le premier et les luy aller dire ; car il donnoit volontiers
+quelque chose à celuy qui le premier luy apportoit
+quelques grandes nouvelles, sans oublier les messagers ;
+et si prenoit plaisir à en parler, avant qu’elles
+fussent venues, disant : je donneray à celui qui m’apportera
+des nouvelles. M. Dubouchage et moy eusmes
+(estant ensemble) le premier message de la bataille
+de Morat, et ensemble le dismes au Roy, lequel nous
+donna à chacun 200 marcs d’argent. Monseigneur du
+Lude, qui couchoit hors du plessis, sceut le premier
+l’arrivée du chevaucheur qui apporta les lettres de cette
+bataille de Nancy, dont j’ai parlé ; il demanda au
+chevaucheur qui apporta les lettres, qui ne lui osa
+refuser, pourquoi il estoit en grande autorité avec le
+Roy. Ledit seigneur du Lude vint fort matin (il estoit
+à grande peine jour) heurter à l’huis plus prochain du
+Roy : on lui ouvrit ; il bailla les dites lettres qu’envoyoit
+monseigneur de Craon et autres ; mais aucuns disoient
+qu’on l’avait veu fuir, et qu’ils s’estoit sauvé.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> Dans ses Mémoires.</p>
+</div>
+<p>Varillas<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> ajoute : <i>Les intrigues du duc de Bretagne
+n’auraient pu être découvertes à point nommé, si
+Louis XI ne se fut avisé d’une invention qui dure encore,
+tant elle a été trouvée convenable à la commodité
+du public. Comme il changeoit souvent les ordres qu’il
+avoit donnés, et qu’il prétendoit qu’on les exécutât avec
+une extrême promptitude, il se trouvoit sujet à des
+inconvéniens où ses prédécesseurs n’avoient point été
+exposés. Il n’avoit point un assez grand nombre de
+courriers, et ses courriers ne faisoient point assez de
+<span id="p27" class="pagenum">-27-</span> diligence, et ils ne trouvoient point à propos les hôtelleries
+et les choses propres à leur rafraîchissement. On
+n’y pouvoit remédier par les voies ordinaires sans qu’il
+en coûtât beaucoup ; et Louis entreprenait tant d’affaires
+en même tems, que, s’il n’eût ménagé sa bourse,
+elle n’aurait pas suffi pour toutes. Il lui vint en pensée
+d’établir des postes dans son royaume, et les règlements
+qu’il fit là-dessus les garantirent à l’avenir de la meilleure
+partie des frais qu’il faisait auparavant, et lui
+attirèrent de plus un avantage qu’il n’avait pas prévu,
+et qui consistait à ce que ses intriques s’acheminoient
+avec plus de secret.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Histoire de Louis XI.</p>
+</div>
+<p><i>Son activité</i>, dit Lenguet<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>, <i>alloit au-delà de
+tout ce qu’on peut dire : on voit par ses lettres écrites
+de presque tous les endroits du royaume, qu’il doit
+en avoir fait le tour deux ou trois fois. Il vouloit,
+avance encore le même auteur, tout connoître par lui-même,
+et il exigeoit souvent que les particuliers lui
+écrivissent ; c’est le moyen qu’il avoit trouvé pour éviter
+les tromperies que lui auroient pu faire ses ministres.
+Malgré ses précautions, il ne laissoit pas d’être quelque
+fois trompé</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> Préface des Mémoires de Commines.</p>
+</div>
+<p><i>Il employa</i>, suivant Varillas<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>, <i>la plupart des
+quatre millions sept cent mille livres qu’il exigeoit
+tous les ans de ses sujets, à acheter des espions et
+des créatures dans les états voisins du sien, et dans
+les cours de ses principaux feudataires</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Histoire citée.</p>
+</div>
+<p><i>Le duc de Lorraine</i>, dit Hainaut<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>, <i>accompagné
+des Suisses, vint au secours de la place (Nancy), le
+5 janvier, attaque et défait le duc Charles qui y perdit
+la vie, ayant été trahi par Campobosso, Napolitain.
+Il ne laissa d’autre héritier que Marie, sa
+fille unique. En lui finit la deuxième maison de Bourgogne,
+qui avoit duré cent vingt ans sous quatre
+princes. Le roi Louis XI qui, le premier, avoit établi
+l’usage des postes, jusqu’alors inconnu en France, est
+bientôt informé de cet événement, et en profite pour
+<span id="p28" class="pagenum">-28-</span> reprendre plusieurs villes en Picardie, en Artois et en
+Bourgogne</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> Histoire chronologique de France.</p>
+</div>
+<p>Ainsi que dans l’antiquité, la guerre, fruit si funeste
+de l’ambition de quelques souverains, devint la cause
+d’une institution tellement utile aux peuples, qu’ils
+n’ont pas cessé depuis de la faire tourner au profit de
+la société.</p>
+
+<p>Pour perpétuer le souvenir d’un événement si remarquable,
+on frappa une médaille destinée à le rappeler<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.
+Nous voyons, dans Mezeray, qu’elle était
+en bronze. Cet établissement de la poste <i lang="la" xml:lang="la">Decursio</i><a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>,
+dit-il, <i>est désigné par deux courriers bien montés
+(dont l’un porte une malle en croupe) avec cette legende :
+<span class="rm" lang="la" xml:lang="la">qui pedibus volucres ante irent cursibus auras</span>,
+afin que, pour ainsi dire, ils passent les oiseaux et les
+vents à la course</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> Ce n’est pas la seule fois qu’on ait consacré des médailles à
+rappeler des événemens remarquables dans les postes. Nous voyons
+entr’autres exemples, dans une histoire d’Ecosse, que lorsque
+Wallace combattait pour conserver ses anciens souverains à son pays,
+Bruce ayant reçu de lui un avis important apporté par un messager
+fidèle, donna à l’envoyé une médaille où l’on voyait une colombe
+avec cette légende, <i>fidèle comme ce premier messager</i>, faisant allusion
+à la colombe envoyée par Noë hors de l’arche.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> Au bas de l’exergue.</p>
+</div>
+<p>Louis XI rendit cette institution authentique par
+son édit en date du 19 juin 1464<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> Nous le rapportons <a href="#edit">à la fin de cet essai</a>.</p>
+</div>
+<p>C’est dans cette pièce importante que nous trouvons
+la preuve évidente que les postes ont été établies pour
+servir à la politique de Louis XI, et que leur usage,
+étendu presqu’en même tems aux besoins de la société,
+n’en étant que la conséquence, n’a pas eu pour but d’accroître
+les revenus de l’état en imposant la pensée,
+comme on semble le croire dans ce siècle calculateur.</p>
+
+<p>Ce prince était si loin d’en considérer la création
+comme une ressource que, pour la consolider, il se
+vit dans l’impérieuse nécessité d’augmenter les charges
+qui pesaient sur ses peuples, et d’accorder des <i>gages</i>
+et de grands priviléges aux maîtres de poste auxquels
+il confiait ce service.</p>
+
+<p>Il paraît que son édit fut mis de suite à exécution,
+<span id="p29" class="pagenum">-29-</span> puisqu’on comptait déjà jusqu’à deux cent trente courriers
+à ses gages qui portaient ses ordres sur tous les
+points du royaume, ainsi que les lettres des particuliers,
+quoiqu’il n’en fut pas fait mention lors de la création
+des postes.</p>
+
+<p>Ces messagers couraient à cheval et changeaient de
+chevaux à chaque relais, à l’instar des anciens, qui employaient
+aussi des courriers à pied comme nous le pratiquons<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>.
+Ces derniers étaient appelés hémérodromes
+par les Grecs, c’est-à-dire, courriers de jour.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> En France, partout où il n’y a pas de bureau de poste, il se
+trouve des courriers sous diverses dénominations ; les uns desservent
+les communes dépendantes de chaque bureau de poste, les autres
+sont employés à la correspondance réciproque des préfets et des
+maires. Ces messagers font régulièrement deux courses par semaine
+dans leurs arrondissemens respectifs. On peut évaluer le nombre de
+lieues qu’ils parcourent ainsi pendant la durée de l’année à plus de
+2500 ; ce qui équivaut à une marche moyenne de 7 lieues par jour.
+Il est à remarquer que ces individus résistent long-tems à un exercice
+aussi soutenu, qui n’est interrompu ni par les obstacles qu’opposent
+les localités, ni par l’intempérie des saisons.</p>
+
+<p>On pourrait citer beaucoup d’exemples de courses extraordinaires.
+Il est même certaines provinces du royaume dont les habitans se distinguent
+par leur agilité à la marche.</p>
+
+<p>La mode des coureurs était très en usage autrefois, surtout à Paris.
+Ils précédaient ordinairement les coursiers de la voiture des personnes
+de distinction. On a renoncé à ce luxe dangereux, en employant
+à leur place des postillons à cheval.</p>
+
+<p>Les coureurs, chez les anciens, faisaient 20, à 30 lieues par jour,
+et même 40 dans le cirque pour remporter les prix. On lit dans
+Pline, qu’Autiste et Félonide, coureurs d’Alexandre, parcoururent
+un espace de 1200 stades, à peu près 44 lieues, en 24 heures. Il
+ajoute qu’un jeune homme, nommé Mathias-Athas, fit 75 milles,
+25 lieues, de midi jusqu’à la nuit. Plutarque dit qu’un certain Anchide
+fit 1000 stades, 37 lieues de 2000 toises, en un jour.</p>
+
+<p>On a vu, de nos jours, des courses aussi remarquables. En 1767,
+un coureur de la duchesse de Weymar fit 76 lieues en 24 heures, et
+ne se reposa que le tems nécessaire à la réponse des dépêches dont il
+était porteur.</p>
+
+<p>M.<sup>r</sup> Cochrane, capitaine de la marine anglaise, exécute une entreprise
+des plus périlleuses et des plus étonnantes, celle de traverser à
+pied toute l’Asie. Il se propose ensuite de parcourir ainsi l’Amérique.</p>
+
+<p>Un anglais, nommé Aberthemy, vient de faire tout récemment
+à pied, malgré un tems constamment mauvais, 560 milles en 8 jours,
+ce qui fait 37 lieues par jour.</p>
+
+<p>Il existe en Irlande un homme âgé de 142 ans qui, après avoir
+voyagé dans toutes les parties du monde, a continué de s’exercer à
+faire de longues marches en parcourant régulièrement chaque jour un
+espace de 10 lieues.</p>
+
+<p>Un autre individu, nommé Wert, a parcouru, en 4 jours et 4
+heures, pour un pari de 7200 fr., 320 milles, environ 150 lieues de
+France.</p>
+
+<p>Le coureur Charles Quize vient de faire, en 7 quarts d’heure, le
+trajet de Bruxelles à Volvurde, sans paraître fatigué ni même échauffé.
+Il est maigre et de petite stature. Sa manière accoutumée de courir
+est de tenir d’une main un mouchoir dont un des coins est dans ses
+dents, et de l’autre il agite sans cesse un petit fouet.</p>
+
+<p>Le nommé Rumel, âgé de 16 ans, est remarquable par sa force et
+son agilité. Il a fait à pied le chemin de Francfort à Hanau et retour,
+qui est de 8 lieues, en 2 heures 15 minutes : des cavaliers qui le
+suivaient ne purent faire la même diligence et restèrent en arrière.</p>
+
+<p>M.<sup>r</sup> Danwers paria dernièrement 5000 fr. de se rendre de Chettenham
+à Bayswaters, 94 milles, en 22 heures. Il mit 10 minutes de
+moins que le tems convenu, et fit sa course avec des souliers très-épais.</p>
+
+<p>Aux courses de Montrose, qui ont eu lieu il y a peu de tems, après
+que les chevaux eurent fourni leurs courses, il se présenta deux coureurs
+à pied, l’un appartenant à lord Kennedey, et l’autre au major
+Hay. L’espace à parcourir était d’un demi-mille. Le premier atteignit
+le but en 2 minutes 5 secondes ; l’autre en une minute de plus.
+Un montagnard écossais, dans le costume de son pays, et quoique
+revêtu de ses armes et de tout son équipage, arriva au terme de la
+course en même tems que le vainqueur.</p>
+
+<p>Nous bornerons là ces exemples, qu’il serait facile de multiplier.</p>
+</div>
+<p><span id="p30" class="pagenum">-30-</span> Louis XI, disent les historiens, fit payer bien chèrement
+le bienfait des postes, en augmentant considérablement
+les tailles.</p>
+
+<p>La dépense était le moindre des obstacles<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> à surmonter
+dans une entreprise de cette nature ; mais on prévoit
+tout ce que pouvait la volonté ferme d’un monarque
+qui avait <i>mis tous les rois hors de page</i>, et <i>dont tout
+le conseil</i>, suivant Commines, <i>était dans sa tête</i>. Le
+code qu’on lui doit sur l’institution des postes, montre
+assez combien cette vaste conception avait été l’objet de
+ses profondes méditations, par l’éclat dont elles brillèrent
+dès leur origine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> Delandine rapporte qu’un prédicateur, nommé Maillard, ayant
+avancé quelque chose de choquant contre Louis XI, ce monarque lui
+fit dire qu’il le ferait jeter dans la rivière. Le roi est le maître,
+reprit-il, mais dites-lui que je serai plutôt en paradis par eau, qu’il
+n’y arrivera par ses chevaux de poste.</p>
+</div>
+<p>C’est de cette époque, ainsi que le porte l’édit déjà
+cité, que date la création de la charge de conseiller, grand-maître
+des coureurs du Roi. Elle fut donnée à l’un des
+<span id="p31" class="pagenum">-31-</span> conseillers de la cour. Il se tenait près de la personne
+du monarque, comme investi de toute sa confiance. Les
+officiers qui dépendaient de lui, étaient appelés chevaucheurs
+de l’écurie du Roi : leur emploi était de surveiller
+ce service naissant. Des agens, sous le titre de maîtres
+coureurs, furent établis de traite en traite sur les grandes
+routes, désignées par les édits. Ils conduisaient, ou faisaient
+conduire par leurs chevaux et leurs postillons, les
+voyageurs et les dépêches du roi.</p>
+
+<p>La distance d’une traite à l’autre, dénomination remplacée
+plus tard par celle de relais ou poste, était de
+quatre lieues ou environ, suivant les localités. Le prix de
+chaque cheval<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>, fourni et entretenu par le maître de la
+traite, ne s’élevait qu’à 10 sous, y compris le guide.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> Le nombre en était fixé ; mais il ne pouvait pas être moindre de
+quatre.</p>
+</div>
+<p>Les maîtres coureurs et les autres agens des postes
+jouissaient de priviléges, dont nous parlerons plus tard.</p>
+
+<p>Louis XI, pour donner à cette organisation plus
+de force et de régularité, créa, en 1479, une charge
+de contrôleur des chevaucheurs, cette mesure était devenue
+nécessaire par les abus qui s’introduisaient dans
+ce service, et auxquels les chevaucheurs du Roi n’avaient
+pu remédier autant par négligence que par
+ignorance de leurs attributions.</p>
+
+<p>L’intermédiaire d’un agent spécial fut déjà reconnue
+indispensable entre l’administration supérieure et les
+nombreux emplois qui en complétaient le système :
+on l’a maintenue comme la seule mesure conservatrice
+de toute bonne institution.</p>
+
+<p>On s’occupa, pendant tout le règne de Louis XI,
+des moyens propres à régulariser un établissement qui
+prospérait au-delà des espérances de son fondateur.</p>
+
+<p>Les bases en étaient jetées, il ne s’agissait plus que
+de les modifier suivant les tems, les besoins et les
+lieux.</p>
+
+<p>Charles VIII consolida l’ouvrage de son père. La
+correspondance paraissait déjà si bien établie, que les
+lettres mêmes de l’étranger parvenaient par la voie des
+Postes. Il est vrai de dire que l’édit autorisait le Pape
+<span id="p32" class="pagenum">-32-</span> et les princes avec lesquels Louis XI était en bonne
+intelligence d’expédier des courriers, à la condition de
+se servir des chevaux de la poste. Mais, dans la crainte
+que quelques lettres ne continssent des principes
+contraires à la pragmatique sanction, que Charles
+VIII soutenait de tout son pouvoir, il fut défendu
+aux courriers, pendant quelque tems, sous peine de
+la hart, de se charger des missives que les particuliers
+leur confiaient sans doute, puisque les postes n’avaient
+été créées originairement que pour le service d’un Roi qui
+n’avait pas cru que l’état de la société en réclamât
+en même tems les avantages.</p>
+
+<p>Depuis cette époque et pendant près d’un demi-siècle
+les postes n’offrent rien de remarquable. Louis
+XII, François I.<sup>er</sup>, Henri II et François II les maintinrent
+telles que Louis XI les avait créées.</p>
+
+<p>L’agitation qui se manifesta sous ces derniers
+règnes, fut un obstacle à l’introduction de toute mesure
+utile ; car nous ne considérerons pas comme
+améliorations quelques arrêts rendus en faveur des
+maîtres de poste, auxquels on contestait des droits si
+bien établis.</p>
+
+<p>Charles IX, dès 1563, remit en vigueur l’édit de
+Louis XI, et défendit surtout de fournir des chevaux
+pour les routes de traverse. Les peines<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> les plus
+graves étaient portées contre les agens des postes qui
+changeraient les directions des dépêches, lesquelles ne
+pourraient être transportées que sur les routes où les
+postes étaient en activité.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> Entr’autres une amende de 100 livres tournois et la dépossession
+des charges.</p>
+</div>
+<p>On sentait que, pour conserver à ce service toute
+sa prééminence et sa sécurité, il fallait repousser,
+dès leur naissance, les mesures arbitraires introduites
+sans doute par un zèle très-louable, mais que l’expérience
+n’éclairait pas encore.</p>
+
+<p>Les noms des conseillers grands-maîtres des courriers
+de France et des contrôleurs généraux, depuis Robert
+Paon, qui le premier porta ce titre, jusqu’à Jean
+Dumas, qui remplit cette charge en 1565, ont échappé
+à nos recherches. Ces deux emplois, d’abord distincts,
+<span id="p33" class="pagenum">-33-</span> ne tardèrent pas à être réunis en un seul. La dénomination
+de contrôleur général des Postes, qui prévalut,
+varia bientôt après comme nous aurons occasion
+de le remarquer.</p>
+
+<p>La juridiction des contrôleurs généraux, quoique bien
+établie par les édits, devenait l’objet de contestations
+sans cesse renaissantes : le Roi rendit divers arrêts à
+ce sujet, qui tous maintenaient l’indépendance des postes,
+dont les contrôleurs généraux plaidaient la cause
+avec autant de force que de succès.</p>
+
+<p>Les routes sur lesquelles les postes n’étaient pas établies
+se trouvant privées des avantages de correspondre avec
+régularité, il fut décidé, en 1576, qu’on emploierait des
+messagers-royaux, à l’instar de ceux de l’université.
+Le nombre en fut successivement étendu à toutes les
+villes où il y avait un parlement. Ils faisaient le service
+des dépêches dont les entrepreneurs des routes
+d’embranchement sont chargés aujourd’hui.</p>
+
+<p>Hugues Dumas, qui succéda en 1585, à son frère,
+est confirmé dans les mêmes prérogatives par Henri
+III. Il fut remplacé, en 1595, par Guillaume Fouquet<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> Sieur de la Varenne, commissaire ordinaire des guerres et
+capitaine de la ville et du château de la Flèche.</p>
+</div>
+<p>Henri IV, toujours guidé par l’amour du bien public,
+ordonna, en 1597, l’établissement des chevaux de
+louage de traite en traite sur les grands chemins, traverses
+et bords de rivières, comme un nouveau moyen
+d’adoucissement à la misère de son peuple. <i>Considérant</i>,
+disait-il, <i>la pauvreté et nécessité à laquelle tous nos
+sujets sont réduits à l’accroissement des troubles passés,
+que la plupart d’iceux sont destituez de chevaux, non-seulement
+pour le labourage, mais aussi pour voyager
+et vacquer à leurs négoces accoutumez, n’ayant moyen
+d’en achepter, ni de supporter la despense nécessaire
+pour la nourriture et entretien d’iceux ; pour raison de
+quoi, et pour la crainte que nos dits sujets ont des
+courses et ravages de gens de guerre, comme aussi les
+commerces accoustumez cessent et sont discontinuez en
+beaucoup d’endroicts, et ne peuvent nos dits sujets librement
+vacquer à leurs affaires, sinon en prenant la
+<span id="p34" class="pagenum">-34-</span> poste, qui leur vient en grande cherté et excessive despense
+etc. A quoi désirant pourvoir, et donner moyen
+à nos dits sujets de voyager, et commodément continuer
+le labourage, etc., avons ordonné et ordonnons que par
+toutes les villes, bourgs et bourgades de ce dit royaume,
+et lieux qui seront jugez nécessaires seront establis des
+maistres particuliers pour chacune traite et journée.
+Déclarant</i>, ajoute ce prince, <i>n’avoir entendu préjudicier
+aux droits, priviléges et immunitez des postes</i>.</p>
+
+<p>Ce nouveau service donna lieu à la création de deux
+offices de généraux des chevaux de relais et de louage.</p>
+
+<p>La distance entre chaque relais fut calculée sur la journée
+commune de 15 à 16 lieues, et portée à 7 ou 8 lieues. Le
+prix de ferme fut basé sur le nombre de chevaux de
+chaque relais et fixé à 10 francs par tête. On arrêta
+celui de la journée de chaque cheval, tant pour l’aller
+que le retour, à 20 sous tournois et 25 sous pour chaque
+bête d’amble, malliers et chevaux de courbes, c’est-à-dire,
+employés au tirage des voitures par eau.</p>
+
+<p>Le Roi, pour soutenir cet établissement et prévenir
+tous les abus, ordonna en outre que les chevaux des
+relais seraient considérés comme lui appartenant et marqués
+à cet effet sur la cuisse droite d’un H surmonté
+d’une fleur de lys ; et sur la cuisse gauche, de la lettre
+initiale du lieu où ils seraient entretenus.</p>
+
+<p>Les voyageurs ne pouvaient faire galoper les chevaux
+sous peine de dix écus d’amende ; <i>Ains, était-il ordonné,
+d’en user et s’en servir ainsi que l’on a accoustumé
+de faire des chevaux louez à la journée<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> M. de la Varenne, dit Sully, ne voulait pas introduire de chevaux
+de louage au préjudice des relais et des postes.</p>
+</div>
+<p>Telles sont à peu près les dispositions fondamentales
+d’un établissement que Henri IV crut utile à ses sujets.
+Mais les postes ne tardèrent pas à se ressentir des funestes
+effets que leur causait une semblable concurrence.
+Menacées d’une destruction prochaine, elles n’échappèrent
+à leur ruine totale que par une mesure qui concilia
+à la fois, et la sollicitude paternelle du prince, et l’intérêt
+public.</p>
+
+<p>Les relais furent réunis aux postes, et firent dès lors
+<span id="p35" class="pagenum">-35-</span> partie des attributions du contrôleur général des postes.
+Le roi releva par là une institution dont il aurait entraîné
+la perte par des vues de bienfaisance, et satisfit
+aussi son cœur en conservant à son peuple une plus
+grande facilité de voyager, quoique forcé, par un sentiment
+de justice, de la restreindre. A cet effet, le contrôleur
+général des postes fut tenu de fournir des chevaux
+de relais à ceux qui ne voudraient pas courir la
+poste, en ne payant que demi-poste par chaque cheval,
+et se conformant à ce qui avait été ordonné pour les relais,
+entr’autres obligations, de ne mener les chevaux
+qu’au pas ou au trot.</p>
+
+<p>Henri IV, en élevant les postes au rang des institutions
+les plus notables de son royaume, crut y ajouter un nouvel
+éclat par le titre de général qui remplaça, en 1603,
+celui de conseiller contrôleur général des Postes. <i>Le soin</i>,
+dit ce Prince, <i>que nous avons voulu prendre depuis un
+certain tems de savoir bien au vrai en quoy consiste la
+charge de contrôleur des postes de nostre royaume,
+nous a fait entrer dans une fort particulière connaissance
+du mérite d’icelle, et juger de quelle façon elle importe au
+bien de nos affaires. Et aprez avoir mûrement considéré
+jusqu’où elle s’estend, combien elle est honorable et avec
+quelle authorité elle se peut dignement exercer par un
+homme qui s’en acquittera fidellement, comme nous avons
+toute occasion de recevoir un entier contentement de
+nostre ami féal sieur de la Varenne, conseiller en
+nostre conseil d’estat, sans qu’au changement que nous
+n’apportions autre prix qu’une marque d’honneur que
+nous entendons être faite à la dite charge.</i></p>
+
+<p>Sully dit <i>qu’il fut fait, en 1608, un règlement général,
+adressé aux trésoriers de l’épargne des menus,
+des lignes suisses, de l’artillerie, de l’extraordinaire des
+guerres, de l’extraordinaire de deçà les monts, et
+autres, qui leur prescrivait une forme plus exacte pour
+leurs comptes</i>.</p>
+
+<p>Il ajoute <i>que, parmi d’autres règlemens généraux, il
+en avait proposé un sur les postes, dans lequel étaient
+compris les maîtres et contrôleurs des postes, les chevaucheurs
+d’écurie du Roi, les courtiers et banquiers,
+et leurs commis, les coches, les messagers à pied et à
+cheval, et tous chariots et voitures par eau et par terre.
+<span id="p36" class="pagenum">-36-</span> Lorsque je lisais cet article au Roi, il me dit : je vous
+recommande à la Varenne et à tous les chevaucheurs ;
+je vous les enverrai tous</i>.</p>
+
+<p>Ce ministre, toujours occupé du bien public, sous un
+Roi qui lui accordait une confiance si entière, dit encore
+dans ses mémoires : <i>Je médite sur la manière de
+rétablir et de recommencer les ouvrages publics comme
+chemins<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>, ponts, levées et autres bâtimens qui ne
+font pas moins d’honneur au souverain que la magnificence
+de ses propres maisons, et qui sont d’une utilité
+générale.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> Une somme de 4,855,000 y fut destinée.</p>
+</div>
+<p>Si tous les actes qui ont signalé le règne de Henri
+IV, sont empreints, en quelque sorte, de l’amour que
+son peuple lui inspirait, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître
+aussi cet esprit de justice et cette sagacité qui
+le portaient à élever ce qui était grand et à honorer tout
+ce qui était digne d’être respecté. Nos rois ont toujours
+reconnu l’importance des postes ; mais il est un de
+ceux qui ont le plus contribué à les affermir.</p>
+
+<p>Le règne de Louis XIII apporta de nouvelles améliorations
+à cette institution. La vigueur avec laquelle les
+prérogatives en furent encore maintenues, et les heureux
+changemens qui s’y opérèrent, en rendirent l’organisation
+plus fixe et plus régulière.</p>
+
+<p>Pierre d’Alméras<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, nouveau général des postes,
+soutient la cause des maîtres des courriers envers lesquels,
+dans ces tems de guerre civile et de désordre, on avait
+exercé de grandes violences.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Seigneur de St-Remy et de Saussaye, conseiller du Roi en ses
+conseils.</p>
+</div>
+<p>C’est dans cette vue que divers arrêts sont rendus, en
+1612, pour les mettre à l’abri du retour de pareils excès,
+et que le prix de la ferme des relais porté à 10
+francs par cheval et par an, est réduit à 6 francs.</p>
+
+<p>Nos Rois, en abandonnant au général des postes les
+produits de la taxe des lettres pour le dédommager des
+frais qu’entraînait ce transport et le droit exigé pour
+en exercer le privilége exclusif, n’avaient pris aucune
+mesure propre à régler les bases sur lesquelles le port devait
+en être perçu, en raison du poids et des distances à
+<span id="p37" class="pagenum">-37-</span> parcourir. Les généraux eux-mêmes, trop occupés d’une
+organisation qui réclamait toute leur surveillance, négligeaient
+de porter leur attention sur un point qui touchait
+de si près à leurs intérêts. Les particuliers, profitant
+de la facilité qu’on leur laissait, s’étaient attribués
+seuls le droit de taxer leurs lettres. Il est à croire que, primitivement,
+un grand esprit de justice présidait à cette
+opération, puisqu’on ne leur en avait pas contesté la
+liberté. Mais ils le firent plus tard avec si peu de réserve,
+que le général des postes s’en plaignit en <i>les engageant
+à le faire plus libéralement et n’abusant pas d’une facilité
+qui les portoit à ne mettre que demi-port de ce
+qu’ils souloient faire ci-devant</i>.</p>
+
+<p>La plainte était d’autant plus juste, que les dépenses
+augmentaient en raison de la régularité qui avait lieu
+dans le service des postes. Les courriers arrivaient et
+partaient à des jours fixes de la semaine ; et le public
+comptait déjà assez sur l’exactitude de leur marche
+pour entretenir des relations suivies, dont il faisait dépendre
+les intérêts de sa fortune.</p>
+
+<p>Afin de mettre un terme à des mesures arbitraires,
+tout-à-fait contraire à la prospérité des postes, le général
+avait autorisé les commis à surtaxer les lettres et
+paquets pour les remettre au taux originel. Mais, craignant
+de faire naître d’injustes réclamations qui eussent porté
+atteinte à l’honneur des officiers des postes, il établit un
+tarif qui fut rendu public et qui servit de base à la taxe
+des lettres, <i>sauf que le plus grand port y fut volontairement
+apposé par ceux qui les enverraient, est-il
+dit à cette occasion</i>. Ce furent ces raisons de délicatesse
+et de justice qui, en 1627, 163 ans après l’établissement
+des postes, donnèrent lieu au premier tarif connu.</p>
+
+<p>A cette époque où la police intérieure du royaume ne
+pouvait remédier à tous les brigandages qu’enfantent
+toujours les dissentions intestines, les routes étaient
+peu sûres. La poste, comme tenant au service du Roi,
+semblait être à l’abri des tentatives les plus coupables.
+La sécurité que le public trouvait à correspondre par
+cette voie, le porta à l’étendre à l’envoi de l’argent,
+des bijoux, des pierreries et aux autres objets précieux,
+en les insérant dans les lettres. Ces abus éveillèrent l’attention
+du général des Postes : comme ils tendaient à
+<span id="p38" class="pagenum">-38-</span> compromettre la sûreté des dépêches en servant d’appât
+aux malfaiteurs, il fut fait défense expresse de rien introduire
+de semblable dans les missives. L’argent monnoyé,
+par un sentiment de bienveillance, fut seul excepté
+de cette mesure, soit pour en favoriser la circulation,
+soit afin de soustraire le peuple à la dépendance
+d’individus qui se chargeaient de ces transports à un taux
+usuraire. On permit de recevoir l’argent ayant cours à
+<i>découvert</i> jusqu’à la concurrence de cent francs, moyennant
+un prix calculé sur les distances à parcourir. Le
+montant de ces sommes était inscrit sur des livres tenus
+à cet effet dans chaque bureau de poste.</p>
+
+<p>Telle fut l’origine des articles d’argent déposés, connus
+encore aujourd’hui sous ce titre.</p>
+
+<p>L’expérience avait assez fait connaître la confiance que
+les postes devaient inspirer, tant par la célérité que par
+la sécurité qu’elles offraient. L’époque était venue de
+faire cesser les expéditions extraordinaires de courriers
+que multipliaient les gouverneurs des provinces ou autres
+personnages titrés, afin de correspondre d’une manière
+plus éclatante avec la cour. Cet usage, non-seulement
+onéreux pour la poste, par les frais qu’il occasionnait,
+pouvait nuire à la sécurité qu’elle inspirait. Le général,
+pour remédier aux abus que ces exceptions n’auraient pas
+manqué d’entraîner par la suite, obtint du Roi, qu’à
+dater de 1629, tous les paquets adressés à sa majesté,
+au chancelier et au surintendant des finances, ne parviendraient
+plus que par son intermédiaire, et seraient
+remis aux officiers des postes qui les enregistreraient
+sur des livres destinés à cet effet, en marquant toujours
+sur l’enveloppe le jour et l’heure du départ des courriers,
+afin d’établir leur responsabilité. Cette formalité reçut
+le nom de chargement de lettres de service. On l’a étendue
+depuis aux particuliers, mais à des conditions dont nous
+parlerons plus tard.</p>
+
+<p>Ou reconnut cependant qu’il était des circonstances
+où la gravité des affaires ne permettrait pas d’attendre
+le départ plus ou moins prochain des courriers ; dans
+ce cas seulement, les frais qu’occasionnait l’envoi de
+ces dépêches tombaient à la charge des ministres auxquels
+elles étaient destinées. Ces expéditions instantanées ont
+été appelées estafettes. Elles conservent encore ce nom,
+et on y a souvent recours dans le même but.</p>
+
+<p><span id="p39" class="pagenum">-39-</span> René d’Alméras, frère du précédent, occupe le dernier
+la charge de général des postes, que Louis XIII
+supprima ; celle de surintendant-général des postes la
+remplaça en 1630. Nous voyons dans cette nouvelle
+dénomination, sinon de plus grandes prérogatives attachées
+aux postes, du moins une organisation particulière
+qui tendait dès-lors à leur donner une forme
+plus régulière, et qui a servi de base au système administratif
+adopté généralement de nos jours. En effet,
+cette charge, exercée annuellement par chacun des trois
+conseillers<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a> nommés par le Roi, rentre absolument dans
+les attributions actuelles des directeurs-généraux, dont
+les fonctions sont partagées par les administrateurs qui
+forment leur conseil. Les modifications apportées par
+la suite, dans le nom ou dans le nombre de ces emplois
+supérieurs, sont subordonnées à des causes accidentelles
+qui n’ont rien changé au principe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> Il en était ainsi, dit Sully, des offices des finances possédés
+par trois personnes, sous le titre d’ancien, d’alternatif et de triennal.</p>
+</div>
+<p>On étendit l’utilité de cette mesure en établissant en
+même tems des charges de conseillers, maîtres des courriers,
+contrôleurs provinciaux des postes. L’activité et
+la surveillance directe et continue de ces nouveaux
+agens, sur toutes les parties de ce service, devaient en hâter
+l’amélioration. Elle fut rapide : leurs attributions
+étaient très-étendues. Ils présentaient les sujets pour les
+places dont le surintendant disposait seul, et dans lesquelles
+ils n’étaient confirmés qu’après avoir prêté le serment
+de fidélité au roi. Ils indiquaient aussi les changemens
+à opérer, soit dans le départ ou la marche des
+courriers. Ainsi, ceux de Paris partirent plus régulièrement
+deux fois la semaine ; et il fut réglé qu’ils feraient
+nuit et jour, pendant les sept mois de la belle saison,
+une poste par heure ; et, pendant les cinq mois d’hiver,
+il leur fut accordé une heure et demie, pour parcourir
+la même distance.</p>
+
+<p>Les contrôleurs provinciaux jouissaient encore du revenu
+de la taxe des lettres. Tant d’avantages firent
+craindre que leur influence ne détruisît en partie celle
+du surintendant-général, et ne les rendît indépendans.
+<span id="p40" class="pagenum">-40-</span> Louis XIII mit des bornes à leur pouvoir en faisant
+rentrer dans les attributions de celui-ci une partie des
+prérogatives qu’il avait accordées aux premiers, sans
+diminuer l’heureuse impulsion qu’ils avaient communiquée
+et qui devait produire les résultats les plus satisfaisans.
+Les priviléges qu’avait déjà M. de Nouveau<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>,
+surintendant-général des postes, s’accrurent de tous
+les droits dont les contrôleurs furent privés. « <i>Confirmons</i>,
+dit le roi, <i>aux surintendans-généraux, tous les gages,
+les appointemens, plats et ordinaires en notre cour et
+suite, logement près de notre personne, extraordinaire
+gratification, récompenses, estrennes, revenus desdits
+relais et chevaux de louage, avec pouvoir de changer,
+augmenter et diminuer lesdites postes, contraindre les
+maistres d’icelle, d’observer les édits, ordonnances et
+règlemens cy-devant faits, et ceux qui seront ou pourront
+être à l’avenir ; ensemble muleter lesdits maistres
+de poste par retranchement de leur charge, etc. ; disposer
+d’icelles et de toutes les autres qui dépendent d’eux,
+desquelles choses ils ne seront responsables qu’à notre
+personne</i>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Conseiller, commandeur, grand trésorier des ordres, revêtu des
+trois charges d’ancien, alternatif et triennal.</p>
+</div>
+<p>Certes, c’était une charge éminente que celle qui donnait
+de telles prérogatives. Nouvelle preuve de l’importance
+que nos rois attachaient aux postes, en élevant
+ceux auxquels ils en confiaient le soin au rang de ministres
+de leur maison.</p>
+
+<p>Les contrôleurs, rendus plus dépendans du surintendant-général,
+n’en contribuèrent pas moins à la prospérité
+d’un établissement auquel ils devaient apporter de
+si utiles et de si nombreuses améliorations.</p>
+
+<p>Le public continuait d’introduire dans les missives,
+malgré toutes les défenses faites à ce sujet, des objets
+étrangers à la correspondance. Le surintendant-général
+représenta au Roi l’impossibilité de s’opposer aux transports
+de ce genre. Il fut décidé, d’après cela, que les
+envois auraient lieu suivant le mode établi pour l’argent
+monnoyé. Cette nouvelle partie du service reçut la dénomination
+de <i>valeurs cotées</i>, parce qu’on en percevait
+<span id="p41" class="pagenum">-41-</span> le port sur le prix que l’envoyeur était obligé de déclarer
+aux officiers des postes, en leur présentant l’objet à découvert,
+afin d’en justifier l’estimation.</p>
+
+<p>Les particuliers trouvèrent dans cette mesure un moyen de
+faire parvenir, sur tous les points de la France, les matières
+d’un grand prix dont la circulation n’aurait pu s’étendre
+par le peu de relations établies encore entre les provinces.
+Le commerce et l’industrie durent en recevoir
+une nouvelle activité. Aujourd’hui, par les raisons contraires,
+ce mode est loin d’être aussi productif pour les
+postes. C’est une facilité dont le public n’use que rarement.</p>
+
+<p>Les intérêts des maîtres des relais furent un instant
+compromis par la concurrence des messagers royaux. Les
+avantages apparens qu’elle semblait offrir aux particuliers
+pouvaient entraîner des résultats funestes au bien de
+l’état. Dès 1634, les remontrances du surintendant-général
+des postes furent accueillies, et les messagers
+royaux furent forcés de s’en tenir à l’édit de leur création,
+qui les obligeait à marquer leurs chevaux d’un
+signe particulier, à ne conduire par leurs voitures les
+voyageurs d’une ville à l’autre du royaume qu’avec les
+mêmes chevaux, et à n’employer, en cas d’insuffisance,
+que ceux des maîtres de poste ; il leur était interdit en
+outre de recevoir les étrangers, ainsi que les personnes
+qui partaient de la cour, soit pour voyager dans l’intérieur
+du royaume, soit même pour en sortir.</p>
+
+<p>La politique de ces tems n’était pas parvenue au point
+de mettre obstacle à la correspondance entre les individus,
+lorsque les grands débats qui s’élevaient entre
+les puissances étaient reglés par les chances de la guerre :
+le Roi ne voulut pas que les intérêts privés en souffrissent,
+et que les relations fussent interrompues. En
+conséquence, les courriers, pendant la guerre qui eut
+lieu en 1637 transportèrent les lettres comme à l’ordinaire.</p>
+
+<p>Ce principe généreux n’a pas été toujours reconnu ; et
+nous verrons, dans la suite, qu’on a souvent usé d’une
+grande rigueur à cet égard.</p>
+
+<p>Le droit de franchise ou d’exemption de taxe, qui
+n’avait pas reçu d’extension, et qu’on avait accordé par
+une faveur toute spéciale, aux ambassadeurs, leur fut
+<span id="p42" class="pagenum">-42-</span> bientôt retiré. L’abus qui s’était introduit, sans doute
+à leur insçu, de faire parvenir la correspondance des
+particuliers sous leur couvert, avait causé une diminution
+considérable sur la recette des lettres provenant
+de l’étranger. Il cessa en partie par cette mesure ; mais
+il paraît difficile de remédier à un pareil inconvénient,
+qui s’est renouvelé tant de fois depuis.</p>
+
+<p>Le service des postes prenant de plus en plus de l’accroissement,
+la surveillance active des contrôleurs provinciaux
+ne pouvait s’exercer avec le même succès sur
+tous les points. Les relais et les bureaux de poste se
+multipliaient chaque jour ; le nombre des fermiers et
+des messagers, tant royaux que de l’université, augmentait
+en proportion ; il fallait aussi que celui des
+commis s’accrût pour le travail des lettres. Les contrôleurs
+provinciaux jugèrent donc convenable d’établir
+un nouvel agent, dont les attributions, en opposition
+avec celle des fermiers et des employés, concourussent
+néanmoins à faciliter tant d’opérations, avec la même
+régularité. Le roi créa, à cet effet, en 1643, des offices
+de contrôleurs, <i>taxeurs</i> et <i>peseurs</i> de lettres et paquets.
+L’emploi de ces contrôleurs était de taxer les lettres à
+l’arrivée des courriers, en suivant les poids en usage
+dans les villes ; de tenir des registres de celles qu’ils expédiaient ;
+de recevoir les plaintes relatives au service ;
+enfin de faire observer les réglemens. L’achat de ces
+charges leur donnait aussi l’avantage de jouir du quart
+en sus de tous les ports des lettres et paquets allant par
+la voie des postes.</p>
+
+<p>Ces charges furent supprimées en 1655. On les remplaça
+par celles d’intendans (au nombre de quatre), dont
+les attributions furent plus étendues, et on leur adjoignit
+toutefois des commis pour remplir les fonctions des
+contrôleurs.</p>
+
+<p>Il est facile de voir que, si le gouvernement trouvait
+quelque profit dans les fréquentes mutations des charges,
+il y était également porté par l’accroissement que les postes
+prenaient chaque jour. La nécessité de multiplier les
+moyens de surveillance entraînait la création de nouveaux
+emplois, parmi lesquels la hiérarchie, observée déjà
+avec rigueur, établissait les droits réels à l’avancement.</p>
+
+<p>Les messagers de l’université, à l’exemple des messagers
+<span id="p43" class="pagenum">-43-</span> royaux, ayant empiété sur les droits des postes,
+échouèrent également, en 1661, dans leurs prétentions
+exagérées. Ils ne partirent plus que, comme par le passé à
+certains jours, des villes où ils étaient établis, en ne
+marchant qu’à journées réglées entre deux soleils,
+sans pouvoir aller en poste, ni se servir de courriers
+pendant la nuit, ni même de chevaux de relais
+de traite en traite sur les routes. La contravention à ces
+défenses emportait la confiscation des chevaux, une
+amende de 1000 fr., et la prison à l’égard des courriers.</p>
+
+<p>Les postes fixèrent l’attention de Louis XIV, qui devait
+leur communiquer, comme à toutes les institutions
+de son règne, ce caractère de grandeur et de stabilité
+qui l’a immortalisé.</p>
+
+<p>Elles furent cependant encore menacées d’une ruine
+totale. Plusieurs voyages de la cour, dans les provinces,
+causèrent la perte de plus d’un quart des chevaux. La
+rareté qui s’en suivit, et, par conséquent, le prix
+auquel on portait ces animaux, joints à la disette des
+fourrages, laissait peu d’espoir de remonter cet établissement.
+Le découragement était à son comble ; et les
+maîtres de poste, dont les relais n’étaient pas entièrement
+démontés, menaçaient de les abandonner.</p>
+
+<p>Le roi, vivement touché de leur sort, s’empressa
+de remettre en vigueur les arrêts qui leur accordaient
+les priviléges qu’on n’avait cessé de leur contester, et
+qu’ils tenaient de Louis XI et de ses successeurs. Ils
+consistaient dans l’exemption de la taille sur 60 arpens
+de terre (non compris les héritages qui leur appartenaient) ;
+de milice pour l’aîné de leurs enfans et le
+premier de leurs postillons ; de logement de gens de
+guerre ; de contributions au guet, garde, subsistances
+et autres impositions ; des charges de ville, de tutelle,
+curatelle, établissemens de séquestres et saisies réelles,
+etc. ; enfin, de droits aussi onéreux qu’assujettissans, dont
+on ne les déchargeait que pour les distinguer plus spécialement,
+en raison de l’utilité et du genre de leur
+service. Ils étaient, en outre, commensaux de la maison
+du roi, et jouissaient des <i>gages</i> attachés à leurs titres.
+Leurs brevets étaient signés par le prince.</p>
+
+<p>Louis XIV ne se contenta pas de cet acte de justice :
+il ordonna qu’aucune charge du royaume ne serait acquittée
+<span id="p44" class="pagenum">-44-</span> avant celles dues pour indemniser les maîtres
+de poste de leurs pertes, voulant réparer, par une
+mesure prompte et préservatrice, un mal dont les suites
+pouvaient devenir si funestes à l’état.</p>
+
+<p>L’exemple de ces révolutions désastreuses dans les
+postes, tant chez les anciens que chez les modernes,
+aurait dû mettre en garde contre de pareils retours,
+si le flambeau de l’expérience servait de guide aux
+novateurs.</p>
+
+<p>La seule protection de nos rois a soutenu cet établissement
+contre leurs mesures inconsidérées : elle est
+encore la cause de leur prospérité. Mais n’est-il donc
+aucun moyen de consolider cette institution, en l’asseyant
+sur des bases solides et à l’abri de tout ébranlement ?
+L’agriculture, sur laquelle les maîtres de poste devraient
+porter toutes leurs vues, nous semble celui qui y
+conduirait le plus infailliblement, surtout s’il était
+soutenu par les encouragemens qui font naître l’émulation,
+sans laquelle tout languit. Ils serviraient doublement
+leurs intérêts et ceux de l’état, en y rattachant
+leur industrie qui s’y lie si étroitement. L’exploitation
+d’une grande ferme ferait la sécurité du gouvernement,
+et la richesse du maître de poste. En effet, ce dernier redouterait-il
+le ravage des épizooties, la disette des fourrages,
+la rareté des chevaux<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, la cherté qui s’en suit,
+lorsque les siens, forts et vigoureux, seraient entretenus
+avec soin, nourris sainement et exercés avec discernement.
+En les élevant sur son domaine, il en améliorerait
+la race et l’approprierait au besoin de son relais ;
+leur nombre, toujours en raison de l’importance de sa
+culture et de la nature des produits de sa terre, ne
+serait pas limité à celui des réglemens. Verrait-il,
+d’après cela, la cause de sa ruine dans un événement
+passager, la forme d’une voiture, son poids, sa surcharge ;
+des voyages multipliés ; des guerres, des invasions,
+où des circonstances imprévues ne pourraient
+mettre sa prévoyance en défaut ; et, toujours prêt à
+<span id="p45" class="pagenum">-45-</span> seconder les vues du gouvernement auquel il devrait
+sa considération, il trouverait dans ses propres ressources
+les moyens d’assurer, en tout tems, un service que des
+sacrifices incalculables ne pourraient souvent préserver
+d’une entière destruction.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> Les chevaux français sont très-estimés, surtout ceux que
+fournit la Normandie, qui sont préférés pour l’attelage. On porte à
+1,650,000 le nombre de ceux de toute espèce qu’on élève en France.
+L’Angleterre en compte à peu près le même nombre.</p>
+</div>
+<p>C’est surtout par l’entretien des routes royales<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a> que
+l’on concourrait efficacement à soutenir les maîtres
+de poste. Celles qui traversent la France, dans tous les
+sens, sont bien coupées et parfaitement alignées. Les
+ponts, les chaussées et toutes les constructions en ce
+genre, fixent, par leur perfection, l’attention des
+étrangers. Sous le règne de Louis XV, un nombre
+considérable de routes ont été ouvertes des portes de
+la capitale aux extrémités du royaume. Quelques entreprises
+semblables ont eu lieu depuis ; mais ce n’est
+pas assez de créer, il faut entretenir. Tous les états de
+l’Europe sentent aujourd’hui la nécessité de tracer des
+grands chemins ou de les réparer. L’Angleterre nous en
+donne l’exemple en les multipliant au point d’en compter
+trois fois plus qu’en France<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>, et plusieurs autres nations
+rivalisent d’émulation à cet égard. Il y aurait peu
+à faire si l’attention du gouvernement se portait sur ce
+point. Déjà, quelques heureux essais font pressentir le
+désir qu’il aurait d’améliorer une partie si importante de
+l’administration intérieure de l’état. Des compagnies entreprennent
+d’établir une route en fer, de Lyon à Saint-Etienne,
+et proposent d’en exécuter une semblable de
+Paris au Hâvre. Un pont suspendu à des chaînes de
+fer s’achève sur le Rhône. On en construit un de ce
+genre, à Paris, entre l’esplanade des Invalides et les
+Champs-Elysées ; et bientôt, sans doute, tous les passages
+où l’on n’avait pu vaincre, jusqu’à ce jour, les difficultés
+que la nature oppose, deviendront praticables,
+ou cesseront d’être un objet continuel de crainte pour
+les voyageurs qui traverseront, en tout tems et avec
+<span id="p46" class="pagenum">-46-</span> sécurité, ces gorges profondes et ces fleuves rapides
+auxquels l’obscurité des nuits et l’inclémence des saisons
+ajoutent de nouveaux dangers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> Quant aux routes départementales et vicinales, elles sont en
+général fort dégradées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> La longueur des routes en France n’excède pas 10,000 lieues
+tandis que l’étendue des chemins de la Grande-Bretagne dépasse une
+longueur de 30,000 lieues.</p>
+</div>
+<p>Nous n’aurions pas la moindre incertitude sur le sort
+des grandes routes, en France, si on assignait sur les
+revenus des postes, un fonds suffisant à leur entretien ;
+car, tout en admirant les ouvrages des anciens, nous
+nous condamnons à ne pas les imiter, en réprouvant
+les moyens qu’ils employaient pour en assurer la durée.
+Charlemagne, à l’exemple des Romains, faisait travailler
+ses troupes<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> et ses sujets aux grandes entreprises
+de l’empire, parmi lesquelles la construction des routes
+tenait un rang si important. Nous ne pensons pas qu’en
+suivant le système actuel il y fût parvenu.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> Le roi de Suède a fait faire par ses troupes près des six septièmes
+des grands travaux effectués en canaux et en routes.</p>
+</div>
+<p>Il n’est pas douteux que le mauvais état des routes
+n’ait été pendant long-tems le motif du peu de perfection
+qu’on remarquait dans nos voitures. C’étaient
+des chariots attelés de bœufs dont se servaient les rois
+de la première race. On ne fait pas remonter l’invention
+des voitures, qui est due aux Français, au-delà du
+règne de Charles VII. <i>Malgré le luxe et l’extravagance
+de ces tems-là</i>, dit Millot, <i>on ignoroit tellement
+las commodités de la vie, que, durant l’hiver rigoureux
+de 1457, les seigneurs et les dames de qualité, n’osant
+monter à cheval, se faisoient traîner dans des tonneaux
+en guise de carrosses</i>. Le char<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a> suspendu que Ladislas,
+roi de Bohême, envoya à la reine mère, Marie d’Anjou,
+surpassa bientôt tous les essais en ce genre. <i>Il estoit</i>,
+disent les chroniques, <i>branlant et moult riche</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> 1475.</p>
+</div>
+<p>Avant cette époque les reines, comme toutes les
+dames de la cour, allaient en litière ou à cheval. Sous
+François I.<sup>er</sup>, les princesses parurent, à diverses cérémonies,
+montées sur des haquenées blanches.</p>
+
+<p>Il n’y eut d’abord, en France, que le carrosse de
+la reine Eléonore, celui de la duchesse d’Angoulême,
+mère de François I.<sup>er</sup>, et celui de Diane, fille de
+Henri II. Ces voitures, rondes et petites, ne pouvaient
+<span id="p47" class="pagenum">-47-</span> contenir que deux personnes. Elles furent agrandies, et
+devinrent si incommodes, que le parlement pria
+Charles IX d’en défendre l’usage dans Paris : il ne fut
+plus maintenu que pour les voyages. Le bon Henri n’avait
+cependant qu’une seule voiture, et elle était de cette
+espèce. <i>Je ne pourrai vous aller trouver d’aujourd’hui</i>,
+écrivait-il à Sully, <i>ma femme m’ayant pris mon
+coche</i>. Le défaut de glaces à sa voiture, disent les historiens,
+a peut-être été la cause de sa mort.</p>
+
+<p>Les courtisans allaient au Louvre à cheval, et les
+dames montaient en croupe ou en litière. Les conseillers
+se rendaient au palais sur des mules.</p>
+
+<p>Un seigneur de la cour, nommé Jean de Laval
+de Bois-Dauphin, paraît être le premier qui se soit servi
+de voitures à l’exemple des princes. Sa grosseur excessive,
+qui l’empêchait de marcher et de monter à cheval, en
+devint le motif. On remarqua ensuite celle du président
+de Thou. Bassompière, sous le règne de Louis XIII,
+essaya, le premier, de faire placer des glaces à son
+carrosse. Ce ne fut qu’en 1515 qu’il parut des voitures
+à Vienne, et en 1580 à Londres.</p>
+
+<p>On conçoit, d’après cela, que cette invention, attribuée
+aux Français, n’est point une assertion vague
+et dénuée de preuves. Mais il est juste d’avouer aussi
+que les imitateurs les ont surpassés pendant long-tems
+dans la construction élégante et commode des voitures.</p>
+
+<p>Jusqu’en 1650, l’usage ne s’en était répandu que
+parmi les particuliers très-riches. Elles se multiplièrent
+tellement depuis, que, vers la fin du règne de Louis XV,
+on comptait plus de 15,000 voitures de toute espèce à
+Paris seulement.</p>
+
+<p>C’est à un nommé Sauvage qu’on doit, vers le milieu
+du XVII.<sup>e</sup> siècle, l’établissement des voitures publiques.
+Messieurs de Villermé et de Givry obtinrent le privilége
+exclusif de louer, à Paris, les carrosses, les grandes et
+petites carrioles, dans lesquelles on ne payait que cinq
+sous ; d’où leur vient le nom de carrosses à cinq sous.
+Ceux à un prix déterminé par heure ou par course leur
+succédèrent en 1662. Le carrabas ou char-à-banc, et
+les voitures connues sous une dénomination si triviale,
+allaient de Paris à Versailles. Le carrabas était d’osier,
+d’une forme longue et propre à contenir vingt personnes ;
+<span id="p48" class="pagenum">-48-</span> attelé de huit chevaux, il mettait six heures pour faire
+quatre lieues et demie. Les autres carrosses paraissaient
+moins incommodes quoique ouverts à tous les vents.</p>
+
+<p>Plus tard, en 1766, le nombre des coches avait beaucoup
+augmenté ; il en partait chaque jour 27 de Paris,
+contenant 270 personnes. Aujourd’hui, il part habituellement
+de la capitale 300 voitures et 3000 voyageurs.
+A la même époque on comptait 14 établissemens de
+roulage : ce nombre s’élève à présent à 70.</p>
+
+<p>Quant au nombre des voitures, il s’est considérablement
+accru, tant dans les provinces qu’à Paris où
+on en remarque de toutes les formes. Celui des fiacres<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>
+ou voitures de place est de 3000, et l’on porte à 2000
+celui de cabriolets. Il serait inutile de détailler ici les
+facilités offertes au public pour voyager sur tous les
+points du royaume. Paris est le centre où viennent
+aboutir les entreprises multipliées qui s’élèvent chaque
+jour dans toutes les villes des provinces. Les voitures
+qu’on emploie à ces divers services, rivalisent entr’elles
+de goût et de commodité : elles contiennent assez ordinairement
+18 ou 20 voyageurs. Quant à leur marche,
+elle acquiert chaque jour plus d’accélération. Les prix
+varient en raison de la concurrence.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> Ce mot vient du nom d’un moine du couvent des Petits-Pères,
+qui s’appelait Fiacre, mort en odeur de sainteté. La vénération
+qu’on lui portait allait si loin, que chacun voulait avoir son effigie
+et qu’on la peignait même sur les portières des carrosses de place,
+d’où leur est venu le nom du fiacre.</p>
+</div>
+<p>Les malles-postes et les messageries<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> royales se distinguent
+particulièrement entre toutes ces entreprises.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> On appelle aussi, dans la capitale, messagerie à cheval, les
+chevaux qu’on fournit aux voyageurs, et que le messager en chef
+de la cavalcade, suit dans un chariot chargé de leur bagage, en leur
+indiquant les lieux de la dînée et de la couchée. On fait à peu près
+16 ou 18 lieues par jour, en trouvant à chaque lieu de repos les
+repas préparés. Cette manière de voyager est peu dispendieuse.</p>
+</div>
+<p>La première chaise de poste parut en 1664. On en
+attribue l’invention à un nommé Grugère. Le privilége
+exclusif en fut accordé au marquis de Crenan, dont le
+nom, pour cette raison, fut donné à ces sortes de
+voitures. Elles ne furent pas long-tems en usage à
+cause de leur pesanteur, et on les remplaça par celles
+construites sur le modèle des chaises allemandes.</p>
+
+<p><span id="p49" class="pagenum">-49-</span> Jusqu’en 1663, la poste n’avait rapporté aucun revenu
+au roi, car on ne pouvait considérer comme tel la vente
+des charges et du privilége accordé depuis peu d’années
+aux officiers des postes, de percevoir les ports de lettres
+à leur bénéfice. Cet avantage s’était considérablement
+accru par les améliorations successives qu’on ne cessait
+d’introduire dans un service si favorable aux intérêts des
+particuliers. Le marquis de Louvois, ministre de la
+guerre dès 1654, venait d’être élevé<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a> à la charge de
+surintendant général des postes. Ce ministre jugea qu’il
+était tems de faire tourner, au profit du Roi, les produits
+d’une institution entretenue à ses dépens, sans,
+pour cela, en changer la nature. Et parce que les postes
+augmenteraient les revenus du trésor royal, il n’entra
+pas dans les vues d’un ministre de Louis XIV, appelé
+à les diriger, de les considérer à l’avenir comme créées
+dans ce but.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> 1668.</p>
+</div>
+<p>Loin de subir les suites funestes d’un pareil systême,
+nous voyons les postes au contraire s’élever davantage,
+s’il est possible, par le caractère de stabilité et d’indépendance
+que leur imprime le marquis de Louvois,
+sous la direction duquel tous les élémens qui les constituaient,
+liés avec plus d’ordre, en ont formé cette
+administration importante, l’objet encore de l’admiration
+de toute l’Europe.</p>
+
+<p>Le nouveau mode introduit dans les postes s’opéra
+sans secousse par l’esprit de justice qui en prépara la
+transition ; et les intérêts des titulaires furent réglés
+avec sagesse et discernement. Comme on ne pouvait encore
+subir les chances d’une gestion compliquée, le
+marquis de Louvois pensa que l’expérience était le seul
+moyen de s’éclairer dans ces grandes mesures que le
+tems amène ; et, pour y parvenir, il proposa au Roi
+de mettre les postes en ferme<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a> : ce projet ayant été
+<span id="p50" class="pagenum">-50-</span> approuvé, Lazare Patin fut reconnu, par le premier
+bail de 11 ans montant à 1,200,000 fr., fermier général
+des postes de France.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> Le systême des fermes, tant décrié de nos jours, ne devait
+cependant diminuer en rien la confiance dont les postes jouissaient.
+Elles tenaient ce précieux avantage de l’esprit de paternité avec lequel
+elles étaient constamment dirigées. Ce régime attachait tellement
+les officiers des postes à leurs emplois, qu’ils semblaient les regarder
+comme un héritage de famille. On en trouverait encore qui
+pourraient puiser, dans de vieux souvenirs, de nouveaux titres à
+l’estime générale. Certes, l’intérêt n’était pas le seul mobile qui faisait
+tenir à ces places, la plupart peu lucratives : la considération
+qui ne manque jamais d’être la récompense d’une conduite honorable,
+explique assez le prix que mettaient même des personnes de distinction
+à gérer un bureau de poste qui rendait à peine trois cents
+francs, ou un relais de peu de valeur.</p>
+</div>
+<p><i>Les courriers n’étoient chargés</i>, dit Mezeray<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, <i>que
+des affaires du Roi, aussi couroient-ils à ses dépends</i>.
+On ne prétendait, et cela est positif, retirer d’autre
+avantage des postes que celui de correspondre avec
+célérité, et de voyager rapidement.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Histoire de France.</p>
+</div>
+<p><i>Maintenant</i>, ajoute le même auteur, <i>les courriers
+portent aussi les paquets des particuliers, si bien que,
+par l’impatience et la curiosité des François, il s’en est
+fait un avantage encore plus grand pour les coffres du
+prince que pour la commodité publique</i>.</p>
+
+<p>Une telle conséquence, maigre l’erreur évidente
+qu’elle renferme, serait encore loin de porter la moindre
+atteinte au principe qui régit les postes ! La société réclamait
+une institution ; elle est établie et mise en harmonie
+avec ses besoins. Tout s’anime par elle : les relations
+se multiplient ; le commerce est vivifié ; les sciences
+et les arts sont répandus ; et bientôt l’agriculture, qui
+ne fructifierait que sur quelques points favorisés par
+leur position géographique, porte, dans les lieux destinés
+peut-être à n’en jouir que tardivement, les procédés
+les plus utiles éprouvés par l’expérience.</p>
+
+<p>Semblables à ces sources bienfaisantes qui donnent
+naissance aux fleuves auxquels le sol doit sa fécondité,
+les postes sont ce germe précieux de prospérité qui, en
+se développant, multiplie ses trésors avec une étonnante
+profusion. Leur influence est telle qu’on ne pourrait
+la comprimer sans danger. Elles existaient en entraînant
+de grandes dépenses : elles existeraient encore indépendamment
+des produits qu’on en retire, et que
+les bienfaits qu’elles répandent depuis leur existence
+ont successivement accrus. On ne reconnaît point un
+<span id="p51" class="pagenum">-51-</span> impôt à ce caractère ; quoique créé, annulé ou modifié
+sous une dénomination quelconque, son but est de
+produire : son action cesse dès que cette seule condition
+n’est pas remplie ; tandis que les postes, dont les attributions
+n’ont d’analogie avec aucune autre institution,
+privées de ce résultat, continuent d’imprimer le même
+mouvement au corps social. Il est naturel de faire retourner
+à l’avantage du trésor l’excédant des recettes
+qu’elles produisent, après avoir épuisé toutefois les
+moyens d’améliorations directs ou indirects qui s’y rattachent :
+il était juste même que le fisc fût à l’abri de
+toute malversation. Mais où est la garantie de la société,
+en admettant comme possible la soustraction de quelques
+missives ? L’argent remplace l’argent ; les marchandises
+et tous les objets industriels en circulation dans le commerce,
+ont une valeur appréciable ! quelle compensation
+offrirait-on pour la perte de titres importans, de
+pièces dont dépendent l’honneur et la fortune des individus ;
+pour la violation du secret des familles, de l’état
+même ? Les postes ont donc un caractère moral qui
+constitue leur indépendance. Elles semblent être une
+exception dans l’ensemble du grand système social. Ce
+principe reconnu par le prince qui les a instituées, et
+consacré par nos rois qui les ont conservées sous leur
+protection, en communiquant sans intermédiaire avec
+les hommes d’état auxquels ils en confient spécialement
+la direction, a seul contribué à leur maintien et
+les préservera de toute décadence.</p>
+
+<p>A peine le fermier fut-il en jouissance de son privilége
+que le transport frauduleux des lettres et paquets qui
+avait lieu par l’entremise des personnes étrangères aux
+postes, le contraignit de demander la résiliation de son
+bail ou la répression d’abus qui le mettaient dans l’impossibilité
+de remplir les engagemens qu’il avait contractés.
+On fit droit, en 1673, à une si juste réclamation
+dans les termes suivans, qui rappelaient ceux de l’édit
+de 1630 :</p>
+
+<p><i>Très expresses inhibitions et défenses à tous maistres
+et fermiers de carrosses, cochers, muletiers, rouliers,
+voituriers, cocquetiers, poullailliers, beurriers, piétons
+et autres, tant par eau que par terre, de porter
+aucunes lettres de quelque sorte et nature que ce soit,
+<span id="p52" class="pagenum">-52-</span> à l’exception seulement des lettres de voiture, des marchandises
+et hardes dont ils seront chargés, malles non
+fermées, ni cachetées ; et à tous messagers d’avoir
+aucuns bureaux, tenir aucune boëte, recevoir, porter
+aucunes lettres et paquets etc. ; contre chacun des contrevenants
+de 1500 livres d’amende payables franc de
+port, en vertu du présent arrest, sans qu’il en soit
+besoin d’autre, et confiscation des chevaux, mulets et
+équipages, dépens, dommages et intérêts.</i></p>
+
+<p>On apporte, en 1676, quelques modifications au tarif
+établi pour la taxe des lettres.</p>
+
+<p>Le 2.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> des postes est porté à 1,800,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> 1683.</p>
+</div>
+<p>Le 3.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a> des postes est porté à 1,400,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> 1688.</p>
+</div>
+<p>L’ordre que le marquis de Louvois avait établi dans
+les postes, fit réduire, à sa mort<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>, l’office de la
+surintendance générale des Postes à une simple commission.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> 1699.</p>
+</div>
+<p>M. le Pelletier, conseiller d’état, lui succède.</p>
+
+<p>Le 4.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> des Postes s’élève à 2,820,000 fr. Cette
+augmentation provient des adjudications faites partiellement,
+et de la ferme des messageries étrangères qu’avait
+possédées le marquis de Louvois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> 1695.</p>
+</div>
+<p>M. Arnaud de Pompone, ministre secrétaire d’état,
+remplace, en 1698, M. le Pelletier.</p>
+
+<p>Le 5.<sup>e</sup> bail des Postes est au même prix que le précédent.</p>
+
+<p>En 1699, M. de Colbert, marquis de Torcy<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, secrétaire
+<span id="p53" class="pagenum">-53-</span> d’état au département de la guerre, est nommé
+surintendant-général des Postes. Il devait en conserver
+pendant long-tems la direction ; aussi reçurent-elles sous
+lui de nombreuses améliorations. Il continuait le systême
+de M. de Louvois ; il faisait plus, il le consolidait, en se
+montrant digne d’occuper une place aussi importante.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Commandeur et grand trésorier des ordres. C’est de lui dont
+parle Duclos, lorsqu’il rapporte la réponse pleine de fermeté qui fut
+faite à lord Stairs, ambassadeur d’Angleterre à la cour de France. <i>Le
+Roi (Louis XIV), dit-il, refusa de donner audience à ce dernier et
+le renvoya, pour les affaires, au marquis de Torcy, dont Stairs</i> reçut
+une leçon assez vive.</p>
+
+<p><i>Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il s’échappa
+un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit froidement :
+M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé que moi, je les
+ai passées pour le bien de la paix ; mais si jamais en me parlant vous
+vous écartez du respect qui est dû au roi, je vous ferai jeter par les fenêtres.
+Stairs se tut, et de ce moment fut plus réservé.</i></p>
+</div>
+<p>Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance
+des Postes, en faveur du marquis de Torcy, et celle
+des bâtimens en faveur du duc d’Antin, qui avait succédé
+à Mansard, surintendant-général des bâtimens, en
+qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit
+beaucoup de difficultés, parce que l’édit de suppression
+portait qu’elles ne pourraient être rétablies ; les <i>gages</i> qui
+étaient attachés à chacune montaient à près de 50,000 fr.</p>
+
+<p>Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création,
+toutes les parties qui entrent dans l’organisation des Postes.
+L’affranchissement des lettres, c’est-à-dire la liberté et
+souvent l’obligation d’en acquitter le port d’avance, existait
+depuis long-tems, et même avait été toujours en usage
+pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme.
+Il en résultait un préjudice notable pour les négocians
+dont les avantages réciproques ne pouvaient être balancés
+en ce cas. Les députés du commerce firent, en 1701,
+des représentations au roi, qui, en les conciliant avec
+les intérêts du fermier général des Postes, supprima
+l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties
+dans le royaume, et ordonna que les lettres et paquets
+seraient taxés d’après le dernier tarif. Cette mesure ne
+s’étendit pas à celles destinées pour l’étranger.</p>
+
+<p>Le 6.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>, fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> 1703.</p>
+</div>
+<p>Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant
+plus dans la proportion des frais qu’exigeaient les
+améliorations nouvellement introduites dans le service,
+tant à cause des distances, que du poids de l’once qui
+était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que
+sur le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut
+plus conforme aux intérêts des postes, et portait, entr’autres
+articles, que les lettres et paquets seraient
+payés suivant le poids des villes où existaient les bureaux,
+<span id="p54" class="pagenum">-54-</span> et que les distances<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a> des lieux seraient comptées
+d’après le nombre des postes établies sur les routes
+que devaient suivre les courriers : la franchise n’avait
+pas reçu d’extension.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau
+triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à
+compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à Paris.</p>
+</div>
+<p>Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les
+valeurs cotées n’était pas réglé sur une base fixe ; il
+fut porté à un sou pour livre, taux auquel il est resté
+jusqu’à ce jour.</p>
+
+<p>Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles,
+est fixé par les réglemens à 7 liv. 10 sous.</p>
+
+<p>L’usage de voyager en poste par les voitures dites
+berlines, inventées par Philippe Chieze, premier architecte
+de Fréderick Guillaume, électeur de Brandebourg,
+fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures
+avait démonté la plus grande partie des relais.
+Cette sage mesure suspendit l’effet d’un mal que le
+tems et de grandes précautions pouvaient seuls réparer.</p>
+
+<p>Le 7.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a> a lieu pour 3 millions.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> 1709.</p>
+</div>
+<p>Le 8.<sup>e</sup> bail<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> 1713.</p>
+</div>
+<p>L’état florissant auquel les postes étaient parvenues
+pendant le siècle de Louis XIV, laissait peu de changemens
+à y introduire sous celui de son successeur.
+Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup
+de mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en
+améliorations, le comte d’Argenson, ministre et secrétaire
+d’état au département de la guerre, grand-maître et
+surintendant-général des postes et relais, ne contribua
+pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses
+prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des
+chevaux aux courriers pour les lieux où le Roi fixe sa
+résidence : il est à remarquer que, par la dénomination
+de courrier, on entend tout voyageur qui se sert de
+la poste.</p>
+
+<p>L’Université de Paris avait joui de tout tems, par
+un privilége particulier, du droit de messageries et de
+poste ; le Roi, en le lui retirant, en 1719, lui accorda
+<span id="p55" class="pagenum">-55-</span> pour indemnité le 28.<sup>e</sup> du bail général des postes,
+montant à 120,000 fr. : cette somme était destinée à subvenir
+aux frais de l’instruction que l’Université faisait
+gratuitement.</p>
+
+<p>Tant que les postes ne furent pas établies de manière
+à satisfaire tous les besoins, il était naturel de
+tolérer un moyen qui favorisait à la fois l’intérêt de
+l’Université et celui de la société. Mais il eût été impolitique
+de laisser subsister plus long-tems une entreprise
+de cette nature, en opposition avec le service
+de l’état. Il est évident que, dans ce cas, toute concurrence
+en entraverait la marche et en compromettrait
+même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en
+ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice,
+en l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver.
+Etait-il convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à
+propager le goût des sciences et des belles-lettres,
+continuât une exploitation si peu en rapport avec ses
+attributions et son indépendance. Si l’Université s’était
+soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité
+des successeurs de Charlemagne et de François I.<sup>er</sup> de
+la protéger et d’être leur seul appui à l’avenir.</p>
+
+<p>Le 9.<sup>e</sup> bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv.</p>
+
+<p>On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports.</p>
+
+<p>Le 10.<sup>e</sup> bail est porté, en 1729, à 3,946,042.</p>
+
+<p>Le 11.<sup>e</sup> ne subit pas d’augmentation en 1735.</p>
+
+<p>Une ordonnance règle le service des courriers, leur
+marche sur les routes, et les droits et frais à leur
+charge.</p>
+
+<p>Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient
+être servis aux relais avant les courriers et
+les messageries, et que, pour y parvenir, ils employaient
+la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné
+aux maîtres de poste de ne céder à aucune
+menace, et on leur renouvela l’assurance d’une protection
+spéciale contre toutes les prétentions qui pourraient
+s’élever à l’avenir à cet égard.</p>
+
+<p>Le 12.<sup>e</sup> bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte
+du Roi, dans l’intention d’avoir une connaissance exacte
+des produits des postes et messageries. Des lettres patentes
+augmentèrent ce bail de 1500 fr., parce qu’on réunit
+<span id="p56" class="pagenum">-56-</span> aux postes le privilége qu’avait le prince de Lorraine,
+de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume,
+excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva
+la jouissance.</p>
+
+<p>Le 13.<sup>e</sup> bail est passé pour six années, à Carlier, en
+1739, moyennant la somme de 4,521,400 fr.</p>
+
+<p>La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon,
+Versailles et Brest, est considérée comme poste royale et
+doublée par ce motif.</p>
+
+<p>Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne
+conduire aux relais étrangers qu’en se faisant payer d’avance
+et sur le pied de monnaie étrangère. Ils sont également
+autorisés, plus tard, à fournir des chevaux pour les
+routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra d’exiger,
+sans pouvoir y être contraints dans aucun cas.</p>
+
+<p>Le 14.<sup>e</sup> bail, de la durée de 10 années, est renouvelé
+en 1744, au même prix que le précédent.</p>
+
+<p>Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées,
+il fut réglé, en 1749, que toutes celles qui ne pourraient
+pas parvenir à leur destination, seraient renvoyées au
+bout de trois mois dans les villes d’où elles étaient
+parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en recevant
+pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles
+qu’ils auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner
+une meilleure adresse.</p>
+
+<p>Le 15.<sup>e</sup> bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr.</p>
+
+<p>La publication du premier dictionnaire des Postes
+connu, a lieu en 1754. Il est dédié par M. Guyot, son auteur<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>,
+au comte d’Argenson, surintendant-général des
+<span id="p57" class="pagenum">-57-</span> Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile, qu’on n’avait
+encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document
+propre à guider les officiers des Postes dans la direction
+à donner aux lettres.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux volumes,
+sous le titre de dictionnaire géographique et universel des
+Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition, par
+M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage est
+trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges. Le
+second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre pour
+le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens précieux,
+et qui devient indispensable pour toute personne qui veut profiter des
+avantages de la poste, pour la correspondance journalière.</p>
+
+<p>L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est exclusivement
+destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux chevaux. Il
+convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les indications précises
+et le réglement qu’il renferme.</p>
+
+<p>M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique
+sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter un
+pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration dans la
+longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble et loyale
+conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles politiques, l’avaient
+mis à même de juger sainement tous les événemens et les variations
+qui s’y rattachent. L’apparition de son ouvrage à l’instant où nous
+achevions le nôtre, commencé depuis plusieurs années, nous eût imposé
+l’obligation de le suspendre, malgré le travail qu’il nous a
+coûté et les recherches longues et souvent fastidieuses auxquelles nous
+nous sommes livré, s’il fût entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser
+l’histoire générale des postes. Mais son essai, plus particulièrement
+destiné à faire connaître les améliorations successives survenues
+dans les produits des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine
+royal, et l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner
+plus d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous
+sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui
+devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous regrettons
+que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet qui eût
+pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.</p>
+
+<p>Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance,
+au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont
+nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il
+nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en recueillant
+tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de correspondre
+dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur la manière
+de voyager, en usage dans toutes les contrées connues : le motif
+seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.</p>
+</div>
+<p>Le 16.<sup>e</sup> bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.</p>
+
+<p>Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons,
+provoquent une ordonnance relative aux peines
+qu’encourront ceux qui se rendront coupables, à l’avenir,
+de mauvais traitemens à leur égard.</p>
+
+<p>La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en
+vigueur tous les édits rendus sur le service des Postes.
+On y remarque, entr’autres articles, ceux concernant
+les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif pour la perception
+du port des lettres établi sur des bases nouvelles,
+et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la
+sécurité que la correspondance retire de ces améliorations
+rangeront cette époque au nombre de celles auxquelles
+les Postes sont redevables de quelque perfectionnement.</p>
+
+<p><span id="p58" class="pagenum">-58-</span> L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré
+tant de projets utiles à M. Charles Humbert Pierron de
+Chamousset<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>, lui fit naître l’idée de la petite-poste. Le
+service, devenu de jour en jour plus actif et plus régulier,
+et la multiplicité des relations dont Paris était
+le point central, exigeaient un mode nouveau et prompt
+de recevoir et d’expédier les missives de la capitale. La
+difficulté de se rencontrer dans une ville si populeuse,
+le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait
+sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens
+d’y correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui
+avait mûri cette idée, fit part de ses vues. On en reconnut
+les avantages, et le projet d’un homme de bien fut accueilli
+favorablement : on fit plus, on le réalisa. La
+petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur
+de Paris, où cent dix-sept facteurs<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a> faisaient
+journellement ce service. Elle fut d’abord en régie,
+et on la réunit par la suite à la ferme générale. Cette organisation,
+comme toutes les institutions naissantes,
+a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus
+notables ont été introduits par M. le duc de Doudeauville.
+Sept distributions ont lieu en été et six en hiver.
+Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées par
+les affiches, on peut obtenir la réponse et même la
+réponse de la réponse aux lettres écrites dans la journée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né
+à Limoges, ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de
+Houssays. On y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux
+chevaux, les roulages et les messageries.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence
+et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces. Le
+trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste,
+nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux
+bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il passa
+l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher lui-même,
+sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux galeries
+du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale ; et, dans
+la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de vin dont il
+était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi de ceux qui
+tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.</p>
+</div>
+<p>Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>,
+une petite-poste d’un genre différent, qui avait
+<span id="p59" class="pagenum">-59-</span> aussi ses messagers d’une espèce toute particulière et
+non moins d’activité. C’étaient les vendeurs de poulets
+qui portaient les billets doux aux femmes. Ils glissaient
+ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie,
+ne manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais
+le tems aux argus de se saisir du courrier innocemment
+contrebandier. Ce manége ayant été découvert, le premier
+messager d’amour qui fut pris, fut puni de l’estrapade,
+avec des poulets vivans attachés aux pieds.
+Telle est l’origine du nom de poulet donné aux billets
+doux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.</p>
+</div>
+<p>L’établissement de la petite-poste aux lettres, en
+France, a donné, dans ces derniers tems (1824), l’idée
+des petites messageries<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> dans Paris, pour les effets et les
+marchandises. Il y a long-tems que plusieurs capitales
+de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de
+la poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé
+sur les mêmes bases, n’en est aucunement dépendant.
+Les motifs qui ont rendu l’usage de la petite-poste
+si nécessaire, ont sollicité celui des petites messageries
+dans le but d’établir un service régulier, célère, économique
+et responsable, dont l’objet est de transporter,
+d’un quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et
+commissions de toute espèce ; et les marchandises de gros
+poids déplacées et mises en circulation par le commerce.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain,
+n.<sup>o</sup> 12, Hôtel-de-la-Rochefoucauld.</p>
+</div>
+<p>Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans
+les rues et les places les plus fréquentées, ainsi que les
+boîtes pour la petite-poste, reçoivent continuellement,
+contre des récépissés imprimés et à talons, tous les
+paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont
+remis avec des adresses attachées aux articles.</p>
+
+<p>Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent
+aussi, contre de semblables récépissés, les articles
+jusqu’à 25 livres pesant, qu’on leur donne de la
+main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par
+le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font
+par le son d’une cloche.</p>
+
+<p>Les articles de poids sont recueillis à domicile.</p>
+
+<p><span id="p60" class="pagenum">-60-</span> Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois
+par jour la levée des dépôts et pareil nombre de distributions.
+Dans la belle saison, ce nombre est porté
+à quatre.</p>
+
+<p>Il y a en même tems un service de <i>gamionage</i> pour
+le transport des marchandises de volume et de gros
+poids.</p>
+
+<p>Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes ;
+de 25 à 100, 45 centimes ; de 100 à 200, 55 centimes,
+etc. On a la facilité d’affranchir les envois.</p>
+
+<p>En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas
+été déclarée, la compagnie remboursera 20 francs pour
+chaque article qu’on ne pourra représenter ; elle répondra
+de la valeur entière, lorsqu’elle aura été déclarée, mais
+alors le prix de transport y sera proportionné.</p>
+
+<p>Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il
+y a entre les petites messageries et la petite-poste. Ce
+rapprochement suffira pour motiver les raisons qui nous
+ont fait entrer dans des détails que nous ne croyons
+pas sans intérêt pour le lecteur.</p>
+
+<p>En 1761, les postes sont mises en régie pour le
+compte du roi. On règle aussi les prix que doivent
+payer les courriers de cabinets et de dépêches.</p>
+
+<p>En 1764, le 18.<sup>e</sup> bail, toujours avec les messageries
+en litière, monte à 7,113,000 francs.</p>
+
+<p>Malgré l’augmentation successive survenue dans la
+ferme des postes, depuis la cession faite par l’université,
+à raison du 28.<sup>e</sup> sur les produits qui en proviendraient,
+l’indemnité primitive n’avait point subi de changemens.
+Ce corps, en 1765, exposa, par une requête
+au roi, les droits et les priviléges sur lesquels cette
+réclamation était si justement fondée.</p>
+
+<p>Le 19.<sup>e</sup> bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans,
+s’élève à 7,700,000. Les fermiers sont tenus de faire un
+cautionnement. Cet usage, introduit pour assurer les
+droits du gouvernement, est devenu depuis une clause
+obligatoire de tous les engagemens de ce genre.</p>
+
+<p>L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement
+des courriers, a lieu en 1772. Elle est formée de la
+retenue du tiers du prix qui leur revient par course.
+Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un sentiment
+bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes
+<span id="p61" class="pagenum">-61-</span> employés à un service toujours fatigant et souvent
+périlleux<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse
+et n’a d’autre habitation que sa voiture : c’est dans cette mobile machine
+que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe nulle
+part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il retourne
+aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en repartir de nouveau
+avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il, il ne peut
+s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est un relais où
+il change de chevaux ; ici, un bureau de poste où il remet et reçoit
+des dépêches. Ces interruptions sont tellement répétées, que, dans un
+trajet de cent lieues, par exemple, qui doit être fait en moins de
+quarante heures, il trouve souvent dix bureaux de poste et vingt-cinq
+relais. Combien de circonstances encore ne contribuent-elles pas
+à multiplier ces incidens. Tout ce que la nature oppose d’obstacles
+doit être vaincu : il brave l’intempérie des saisons et les ténèbres de
+la nuit ne l’arrêtent pas dans sa marche. Sa prévoyance ne peut être
+en défaut pour remédier même aux événemens indépendans de sa
+volonté.</p>
+
+<p>Sa surveillance tient à sa responsabilité ; son activité, à la célérité
+de son service ; son extrême probité s’explique par la confiance qu’on
+lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un devoir. Non-seulement
+il remet avec un soin scrupuleux les dépêches qu’il a reçues,
+il les défend, même au péril de sa vie, s’il est attaqué. C’est
+dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui le fait souvent
+triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié à sa fidélité, par
+tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que d’actions éclatantes attesteraient
+qu’il n’est aucun dévouement dont il ne soit capable, et
+que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun devoir dont il n’observe
+l’accomplissement avec une religieuse exactitude.</p>
+</div>
+<p>On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en
+étendre les avantages à tous les agens des postes auxquels
+on fait subir des retenues qui ont varie, et qui sont
+fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des appointemens.</p>
+
+<p>Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux
+voit sans crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une
+carrière longue et honorable. Si elle ne lui a pas offert
+des chances de fortune, du moins, lorsque le tems du
+repos, souvent pour lui celui des infirmités, est arrivé,
+il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure
+dictée par une prévoyance toute paternelle.</p>
+
+<p>La place de surintendant-général des postes, après la
+mort du marquis de Torcy (1746), qui avait sous lui un
+contrôleur-général, avait été donnée au comte de Voyer
+d’Argenson, ministre de la guerre.</p>
+
+<p><span id="p62" class="pagenum">-62-</span> Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui
+succéda. Il avait également sous lui un intendant-général,
+dont les attributions étaient les mêmes que celles de
+contrôleur-général. Il n’y avait de changement que dans
+la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le
+fait, toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait
+le droit de travailler seul avec le Roi, et d’entrer
+chez Sa Majesté à toute heure du jour ou de la nuit.
+M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs circonstances,
+occupait cette place sous le duc de Choiseul.
+Voici comme Duclos s’exprime à son égard : <i>M. le Duc</i>
+(c’est ainsi qu’on désignait le duc de Bourbon, ministre
+sous le régent), <i>pleinement rassuré, oublia que c’était
+aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu
+une sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir
+eu et surtout montré de la peur. Il ne sut pas distinguer
+un malheur prévenu d’un malheur imaginaire. Ses
+affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils avaient faits
+pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une
+lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en
+fut bientôt révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice,
+et on avertit Jannel d’être plus discret, au hasard d’être
+moins utile.</i></p>
+
+<p>Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot,
+ministre d’état au département des finances, devint,
+en septembre 1775, surintendant-général des postes, et
+refusa les émolumens attachés à cette place.</p>
+
+<p>Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la
+guerre avaient été seuls en possession de cette charge ;
+ce qui prouverait, s’il en était besoin, qu’on la considérait
+comme tout-à-fait étrangère aux finances, puisqu’on
+n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M.
+Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter
+aux prérogatives des postes, chercha, en les
+amenant sous son influence, à les rendre favorables à
+ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries
+royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.</p>
+
+<p>En combinant ces deux services, il espérait pouvoir
+parvenir à faire transporter les lettres par les messageries,
+en un seul jour, au moins à 30 lieues à la ronde de
+Paris, terme où les courriers de la malle les auraient
+reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume.
+<span id="p63" class="pagenum">-63-</span> L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que
+le ministre avait particulièrement en vue, ne compensait
+aucun des graves inconvéniens qu’elle entraînait.
+Où elle existait réellement, c’était dans les avantages
+que les messageries procureraient de conduire les fonds
+avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières
+au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou
+des provinces à Paris, ou même, enfin, de Paris aux
+provinces, comme cela se pratique encore aujourd’hui.</p>
+
+<p>M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la
+construction et l’entretien des routes, qui se rattachent
+si essentiellement aux postes, y aurait porté, sans
+doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec les
+ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité.
+Tout en cédant à cette idée si louable qui le dominait,
+il favorisait les postes sur quelques points, en
+se proposant de faire observer rigoureusement les distances
+de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on
+les eût négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées
+par des considérations locales difficiles à surmonter dans
+l’origine. Il devait, en outre, donner l’inspection des
+routes aux maîtres de poste intéressés, à leur entretien.
+Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché
+à cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux
+qui résultaient nécessairement d’une surveillance qui eût
+contribué si puissamment à la prospérité des relais.</p>
+
+<p>Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des
+postes aux messageries qu’une considération secondaire,
+celle d’une augmentation de recettes, ou, plus exactement,
+une diminution dans les dépenses qu’il évaluait
+devoir être, par la suite, de quatre millions.</p>
+
+<p>Quant aux priviléges accordés précédemment pour
+droits de carrosses, de diligences et de messageries, le
+roi, en y rentrant exclusivement, ne fit qu’user de la
+faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les fermiers
+qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec
+justice dans tous les réglemens qu’entraînait cette mesure,
+ne la trouvèrent pas moins très-rigoureuse, par
+la privation soudaine d’avantages qu’elle leur enlevait
+et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent,
+pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la
+ferme des messageries. Le soin des gouvernemens, dans
+<span id="p64" class="pagenum">-64-</span> les changemens qu’amènent les circonstances pour les
+rendre favorables à la société, doit être de les opérer
+doucement, afin de concilier tous les intérêts.</p>
+
+<p>L’établissement de voitures<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a> à 4, 6 ou 8 places,
+commodes, légères et bien suspendues, pour partir à
+jours et heures réglés, fut ordonné sur toutes les
+grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait
+la marche à suivre pour l’administration des diligences
+et messageries, et le tarif des ports à payer, soit pour
+les places dans les diligences, soit pour le transport des
+<i>hardes</i>, de l’<i>argent</i> et autres <i>effets</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent
+appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit le
+portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes.</p>
+</div>
+<p>Le baron d’Ogny, intendant-général des postes,
+jouissait, comme M. Jannel, son prédécesseur, des
+mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M. Turgot
+dans la surintendance des postes.</p>
+
+<p>Le 20.<sup>e</sup> bail, pour un an, pendant 1776, monte à
+8,790,000. Cette augmentation est fondée sur la réunion
+des divers priviléges des carrosses, coches d’eau et messageries,
+à la ferme des postes.</p>
+
+<p>Le 21.<sup>e</sup> bail est en régie pour compte du roi, moyennant
+10,400,000 fr. Les six administrateurs qui en sont
+chargés fournissent un cautionnement de 4,800,000.</p>
+
+<p>Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente
+la masse des retenues du produit du livre de
+poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un étranger.</p>
+
+<p>Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées,
+il fut réglé, en 1781, qu’elles seraient renvoyées dans
+les bureaux dont elles portaient le timbre, pour faciliter
+les réclamations. Cette mesure eut lieu en même-tems
+pour les lettres refusées faute d’affranchissement.
+Dans le premier cas elles devaient séjourner trois mois
+dans les bureaux, et quatre mois dans le second.</p>
+
+<p>En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux,
+soumit au jugement de l’Académie des Sciences un moyen
+qu’il avait imaginé pour correspondre au loin par l’emploi
+de signaux. Le rapport fait par le marquis de
+Condorcet et le comte de Milly, annonçait que <i>ce secret
+<span id="p65" class="pagenum">-65-</span> leur paraissait praticable, ingénieux et nouveau,
+qu’il ne rappelait aucun procédé connu et destiné à
+remplir le même objet ; qu’il pouvait s’étendre jusqu’à
+la distance de trente lieues, sans stations intermédiaires
+et sans préparatifs très-considérables. Quant à
+la célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un
+signe à l’autre ; que ces signes<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a> pouvaient répondre
+du cabinet d’un prince à celui de ses ministres, et que
+l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni très-incommode.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour
+l’établissement de télégraphes en Angleterre.</p>
+</div>
+<p>Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire
+dans lequel il prétendait avoir trouvé le moyen
+de transmettre les avis avec promptitude, et celui d’établir
+un idiome constant et réglé, dont la vue seule
+était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à
+tous ceux connus dans cette poste oculaire, qui joignait
+à la facilité, la sûreté, la simplicité et l’économie.</p>
+
+<p>Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires,
+aussi étrangers à ce qui se passerait que
+les courriers à l’égard des dépêches qu’ils transportent.
+Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme
+volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et
+de recevoir les avis.</p>
+
+<p>L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète,
+de Paris à Saint-Germain, en 4 minutes.</p>
+
+<p>Vers la fin du XVII.<sup>e</sup> siècle, <i>Amontons, fameux mécanicien,
+avait inventé</i>, dit Fontenelle dans le rapport
+qu’il fut chargé de faire de ce procédé ingénieux, <i>un
+moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à une
+très-grande distance ; par exemple, de Paris à Rome,
+en très-peu de tems, comme trois ou quatre heures, et
+même sans que la nouvelle fut connue dans tout l’espace
+qui sépare ces deux villes.</i></p>
+
+<p>Ces théories, qu’on regardait comme des chimères,
+devaient cependant conduire, quelques années plus tard,
+à des découvertes<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a> et des procédés de la plus haute
+<span id="p66" class="pagenum">-66-</span> importance. Quelques essais infructueux, ou qui ont
+manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de
+l’invention à leurs auteurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris,
+de construire des voitures mises en mouvement par la vapeur.</p>
+
+<p>Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille
+royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait très-rapidement
+sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la suite,
+de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à voyager
+sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction par les
+détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le timon, était
+un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient attachées les guides,
+à l’aide desquelles la personne placée dans la voiture en dirigeait la
+marche. Derrière était un homme qui imprimait à la voiture un
+mouvement plus ou moins rapide, en pressant alternativement les
+deux pieds, ce qui ne lui causait aucune fatigue, et ce qui n’exigerait,
+à la rigueur, qu’un relais d’hommes. Il se tenait debout
+ou assis, les jambes en partie cachées dans une sorte de malle ou
+coffre, où les ressorts paraissaient établis.</p>
+
+<p>On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau,
+canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que
+quelques minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce
+bateau avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur ; il allait par le
+moyen d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait,
+par cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement
+aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf,
+prétendait que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse,
+et se proposait même de la doubler en établissant sur les
+grandes roues un engrenage.</p>
+
+<p>M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une
+construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le mouvement
+faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères, dont
+la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une.</p>
+
+<p>Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux
+un éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les
+confondre avec les autres feux.</p>
+</div>
+<p>L’année 1783, le 22.<sup>e</sup> bail en régie, de 11,600,000 fr.,
+fut confié à six régisseurs, qui donnèrent un cautionnement
+de 6 millions. Il leur fut accordé pour remise,
+droit de présence, étrennes, frais de bureaux et secrétaires,
+216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour
+chacun. Outre cela, il leur était alloué le cinquième de
+tout ce qui excéderait 11,600,000 fr. de produit net, et
+l’intérêt du cautionnement à cinq pour cent.</p>
+
+<p>En 1785, le duc de Polignac<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a> est nommé directeur-général
+<span id="p67" class="pagenum">-67-</span> des postes aux chevaux, relais et messageries.
+La place d’intendant-général est accordée à M. de
+Veymerange<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier
+écuyer de la reine et directeur-général des haras.</p>
+
+<p>Le marquis de Polignac ; chevalier des ordres du roi, premier écuyer
+de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de
+Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de
+la poste au chevaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi.</p>
+</div>
+<p>Cette même année, l’uniforme des officiers des postes
+est réglé par une ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui
+que pour les employés des postes militaires, les
+postillons et les courriers. La couleur en est bleue pour
+tous, mais avec des marques distinctives qui varient
+suivant les emplois. Les postillons, par exemple, ont
+des revers rouges, des boutons fleurdelisés et des galons
+d’argent : ils portent sur le bras gauche un écusson
+aux armes royales. Cet écusson est placé sur la poitrine
+des courriers ; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré
+d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées
+également en argent.</p>
+
+<p>Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées
+par les armoiries de la couronne.</p>
+
+<p>Le 23.<sup>e</sup> bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à
+12,000,000), est passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon.</p>
+
+<p>L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais
+sont réunis à la poste aux lettres, le duc de Polignac,
+qui en était directeur-général, ayant donné sa démission.
+La place d’intendant-général, créée en même
+tems, fut supprimée.</p>
+
+<p>L’université conservait encore, en 1789, comme un
+privilége qu’elle s’était réservé, des messagers dont les
+charges étaient à la nomination des quatre nations qui
+composent la faculté des arts. Ces charges ne se vendaient
+point ; il n’en coûtait que les frais de réception,
+montant environ à 500 francs. Les messagers étaient
+appelés aux processions du recteur, et avaient leur
+salle d’audience au collége de Louis-le-Grand.</p>
+
+<p>Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général
+des postes, depuis M. de Clugny, le baron
+d’Ogny était resté seul chargé de la direction de cette
+importante administration, sous le titre d’intendant-général
+des courriers, postes, relais et messageries de
+<span id="p68" class="pagenum">-68-</span> France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard,
+de la Reignière, Richard d’Aubigny, de Richebourg,
+Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de la Ferté,
+Delaage, de Vallogué et de Longchamp.</p>
+
+<p>Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois
+inspecteurs-généraux.</p>
+
+<p>Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui
+précède, les divers changemens survenus dans les postes
+depuis leur origine jusqu’en 1789. Objets, pendant plus
+de trois siècles d’existence, de la protection spéciale de
+nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles
+à la fois au peuple dont elles multipliaient les relations,
+et à l’état dont elles augmentaient les revenus. Les recettes
+des lettres et paquets, abandonnées pendant près
+de deux cents ans aux agens des postes, à titre d’émolumens,
+devinrent si productives par la suite, entre les
+mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un
+taux qu’on devait à peine dépasser de nos jours.</p>
+
+<p>Mais les institutions les plus sages, consacrées par le
+tems et les besoins des peuples, ne pouvaient survivre
+au renversement de la monarchie. C’est sous cette ère
+fatale, signalée par un crime inouï dans nos fastes, que
+nous allons suivre les variations que les postes ont subies
+jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon.</p>
+
+<p>Dès 1790, un décret supprime les priviléges des
+maîtres de poste qui avaient été créés par Louis XI,
+et rigoureusement maintenus par ses successeurs. Une
+indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu
+pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut
+être moindre de 250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que
+soit l’importance des relais.</p>
+
+<p>Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux
+de l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers,
+etc., sont également supprimés.</p>
+
+<p>M. de Richebourg est nommé commissaire du roi
+près les postes, place qui répondait à celles de surintendant
+et d’intendant-général. Il réunit, dans ses attributions,
+la poste aux lettres, la poste aux chevaux
+et les messageries, quoique séparées pour l’exploitation.</p>
+
+<p>Le serment d’observer la foi due au secret des lettres,
+est exigé de tous les agens des postes.</p>
+
+<p>Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du
+<span id="p69" class="pagenum">-69-</span> conseil des postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux,
+auxquels il est accordé un traitement de
+6000 fr.</p>
+
+<p>Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon,
+est maintenu.</p>
+
+<p>Les réformateurs, dans cette désorganisation totale,
+se voient forcés, pour ne pas entraver la marche d’un
+service si important, de conserver les anciens réglemens
+et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et 1786,
+subissent seulement quelques changemens relatifs au
+contre-seing et au brûlement des lettres inconnues, refusées
+et non-réclamées.</p>
+
+<p>Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion
+des messageries à la poste aux chevaux.</p>
+
+<p>Le privilége exclusif des carrosses de place et des
+voitures des environs de Paris, accordé à la compagnie
+Perreau, est résilié.</p>
+
+<p>M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier
+des messageries, coches et voitures d’eau, par
+bail de la durée de six ans neuf mois.</p>
+
+<p>Les administrateurs des postes font remise au roi du
+5.<sup>e</sup> des produits nets qui excèdent les onze millions du
+bail expiré le 31 décembre.</p>
+
+<p>A cette époque où, sous prétexte du bien public, on
+ne respectait plus rien, le désordre était à son comble.
+L’assemblée nationale<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>, elle-même, parut effrayée des
+abus qu’entraînait le zèle des corps administratifs et
+des municipalités. La correspondance des particuliers
+n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations ; les
+courriers qui refusaient de remettre les dépêches, dont
+ils étaient responsables, s’exposaient aux mauvais traitemens
+d’individus livrés à la licence la plus effrénée ;
+<span id="p70" class="pagenum">-70-</span> et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs criminelles
+perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever
+par la force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde.
+Cependant, par une concession bien digne de ces tems
+désastreux, cette même assemblée, en cherchant à réprimer
+une telle conduite, crut devoir l’excuser en
+disant qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme
+universelle et de péril imminent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin,
+pour avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des
+postes, et plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre
+des affaires étrangères et au ministre de la cour d’Espagne ; et
+chargea son président de se retirer de vers le roi, pour le prier de
+donner des ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût
+mis en liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner
+à M. l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture
+de ses paquets.</p>
+</div>
+<p>Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire
+composé d’un président et de cinq administrateurs.
+M. de Richebourg est nommé, à ce premier emploi,
+avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à tous
+un logement à l’Hôtel-des-Postes<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait,
+dès la fin du XIII.<sup>e</sup> siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII
+le donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par
+Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et
+passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des finances,
+qui le fit reconstruire en entier ; puis en suite à M. Fleuriau
+d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet hôtel
+portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du comte
+Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il fut
+réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté de la
+rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes.</p>
+</div>
+<p>Pour établir les bases du nouveau tarif<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> sur le
+prix du transport des lettres et paquets, on fixe un
+point central dans chacun des 83 départemens, et les
+distances entr’eux sont calculées d’un point central à
+un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises
+par lieue. Le quart de l’once détermine le poids de
+la lettre, dite simple ou non pesante, dont le port, fixé
+à quatre sous dans l’intérieur de chaque département,
+augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à
+vingt lieues inclusivement. Une progression d’un sou par
+dix lieues est réglée jusqu’à cent, et subit quelques modifications
+au-delà de cette distance.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue,
+et on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues.</p>
+</div>
+<p>Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu
+lieu sur les grandes routes et sur les petites, à cheval, en
+brouettes ou voitures non-suspendues, la plupart découvertes,
+attelées d’un seul cheval et conduites par le
+<span id="p71" class="pagenum">-71-</span> courrier, devient l’objet d’une mesure générale et uniforme.
+Des courriers de poste aux lettres sont établis
+sur quatorze routes, dites de première section, et sur
+vingt-six de deuxième section en voitures suspendues,
+couvertes, montées sur deux roues et attelées de trois
+chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste,
+au prix de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de
+25 sous auquel il était précédemment fixé.</p>
+
+<p>Le droit de franchise et de contre-seing des lettres,
+étendu chaque jour dans une proposition nuisible à la
+recette des postes, est limité par un nouveau réglement.</p>
+
+<p>Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles
+d’argent déposés, qui, de tout tems, avait été perçue
+au profit des directeurs des postes. Ce n’est que plus
+tard que le trésor s’est attribué cette recette.</p>
+
+<p>Une instruction générale, sur le service des postes,
+devenait indispensable. Elle comprend toutes les bases
+sur lesquelles repose cette institution ; mais les modifications
+qui pourraient y être apportées, seront réglées
+par des circulaires imprimées.</p>
+
+<p>On abolit le privilége de poste royale ou double,
+dont jouissaient les maîtres de poste de Versailles, de
+Paris, de Lyon et de Brest.</p>
+
+<p>Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes,
+qui avaient échappé à la réforme totale de ce qui tenait
+à l’ancienne organisation, disparaissent à leur tour.
+On y supplée par des inspecteurs auxquels la surveillance
+générale des bureaux de poste et des relais est confiée
+dans les départemens.</p>
+
+<p>Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les
+directeurs et les contrôleurs des postes sont nommés
+par le peuple. Les fonctions des premiers comprennent
+toutes les parties du service. Les directions sont simples
+ou composées : dans le premier cas, le directeur suffit
+à toutes les opérations ; mais, dans le second, l’importance
+des bureaux nécessite un nombre d’agens proportionné
+aux besoins des localités. Alors, il y a un contrôleur
+dont les attributions sont en opposition avec celles
+du directeur, comme exerçant sur lui une surveillance
+continue dans l’intérêt de l’administration.</p>
+
+<p>On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement
+en biens fonds de la valeur du cinquième du produit net
+de l’année commune de chaque bureau.</p>
+
+<p><span id="p72" class="pagenum">-72-</span> Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et
+les courriers extraordinaires, à raison de 40 sous
+par cheval et par poste, et 15 sous de guide au postillon.</p>
+
+<p>Le bail des messageries est résilié.</p>
+
+<p>On réunit la poste aux lettres, les messageries et la
+poste aux chevaux, sous une seule et même administration,
+spécialement chargée de la surveillance et du
+maintien de l’exécution des trois services. Elle est composée
+de neuf administrateurs<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a> élus par la convention,
+sur la présentation du directoire exécutif. Ces
+nominations n’ont lieu que pour 3 ans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière,
+Legendre, Mouret, Ruteau.</p>
+</div>
+<p>Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus
+ou moins ingénieux, de communiquer au loin, par des
+signaux, des phrases convenues. Ces procédés, tentés
+par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient
+pas eu assez de succès pour être adoptés ; des pavillons,
+hissés au sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement
+sur nos côtes, à signaler ce qui pouvait intéresser le service
+maritime. On y a substitué depuis une machine mobile,
+sous le nom de cémaphore<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>, destinée au même usage.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> Porte signe.</p>
+</div>
+<p>Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux.
+Le duc d’Yorck a acquis une grande célébrité en les
+perfectionnant. Dom Gauthey, Linguet, Amontons,
+semblent plus particulièrement avoir approché de la solution
+d’un problême tant de fois proposé ; mais aucune
+expérience notable n’était venue à l’appui de leur
+théorie. La question restait donc à résoudre, lorsque
+Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763, fit connaître
+son importante découverte du télégraphe<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>. On prétend
+que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce
+résultat par suite d’un amusement. Le désir de communiquer
+par signes avec quelques amis qui résidaient à la
+campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans des
+recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir,
+en 1792, soumettre son projet à l’assemblée législative,
+en lui présentant sa machine à signaux<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>. L’établissement<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a>
+<span id="p73" class="pagenum">-73-</span> d’une ligne télégraphique fut ordonné un an
+après et signala une victoire<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>. La convention reçut
+la nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses
+séances, rendit un décret qui déclarait que Condé<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>
+changeait de nom, et le télégraphe annonça, pendant
+cette même séance, que le décret était déjà parvenu
+à sa destination, et que déjà aussi il circulait dans
+l’armée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> J’écris au loin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les appointemens
+de lieutenant du génie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les
+avis en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique
+nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et
+qu’il serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard [1797],
+MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe. Les
+Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient
+déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres.</p>
+
+<p class="sign">[<i>Moniteur</i>.]</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> La prise de Condé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> On l’appela <i>Nord-Libre</i>.</p>
+</div>
+<p>Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un
+procédé si merveilleux. Il serait même difficile de décrire
+la sensation que produisit, non-seulement en
+France, mais par toute l’Europe, la découverte d’une
+machine dont les formes sont visibles, les mouvemens
+simples et faciles, qui peut être transportée et placée
+partout, qui résiste aux plus grandes tempêtes, donne
+assez de signaux primitifs pour faire de ces signes une
+application exacte aux idées, qui les transmet dans tous
+les lieux et à quelque distance que ce soit.</p>
+
+<p><i>Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de
+deux ; ce qui est très-remarquable</i>, dit le rapport décennal
+(1810), <i>comme ayant donné naissance à une
+langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression
+d’une phrase par un seul signe</i>.</p>
+
+<p>La poste télégraphique, qui se compose de toutes les
+lignes qui, partant de Paris<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>, vont aboutir aux
+<span id="p74" class="pagenum">-74-</span> points extrêmes du royaume, est dirigée par trois administrateurs
+qui sont : MM. le comte de Keresperts,
+Chappe Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur
+et un inspecteur à chaque point principal, et des
+employés à chaque station pour exécuter, sans les comprendre,
+tous les mouvemens ordonnés d’une direction
+à l’autre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris
+compte cinq télégraphes : l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre
+au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères,
+les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de
+Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes ; de
+Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes ; de Strasbourg,
+en 6 minutes, par 46 télégraphes ; et de Brest, en 8 minutes, par
+80 télégraphes.</p>
+</div>
+<p>Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo,
+par exemple, sont au nombre de sept<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a> du
+côté de Paris, et de trois<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a> du côté de Brest. De l’instant
+où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à
+l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15
+minutes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel,
+Avranches, la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux,
+la Chapelle-Riche, Landigère.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve.</p>
+</div>
+<p>On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes
+télégraphiques, et avec quelle facilité on applique ce
+moyen suivant les lieux et les circonstances. A toute
+heure, à toute minute, des points les plus importans du
+royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir
+instantanément les avis les plus intéressans.</p>
+
+<p>La ligne télégraphique<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a> de Paris à Lille fut établie
+en 1794.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque,
+des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue,
+Brest et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec
+Bruxelles ; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809 ; et, un
+an plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec
+Paris par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur
+Venise et Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation
+avec Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita l’établissement
+d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne. [<i>Moniteur</i>.]</p>
+</div>
+<p>Le port<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> des lettres est augmenté et porté, en 1795,
+pour celles dites simples, ne pesant pas un quart d’once,
+à cinq sous dans l’intérieur du même département ; extérieurement
+jusqu’à 20 lieues, à six sous ; et, pour les
+<span id="p75" class="pagenum">-75-</span> autres distances, dans une progression réglée par le
+tarif.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la
+France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes ; savoir :
+dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du
+point de départ ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante,
+vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues.</p>
+</div>
+<p>Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est
+fixé à trois sous.</p>
+
+<p>Une administration générale<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>, composée de douze
+membres, est établie pour remplacer les trois agences supprimées
+de la poste aux lettres, de la poste aux chevaux,
+des messageries. Elle nécessite la création d’une place
+de caissier-général des postes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin,
+Boulanger, Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et
+Catherine Saint-Georges.</p>
+</div>
+<p>Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux
+chevaux éprouvent des changemens provoqués par la
+dépréciation du papier-monnaie. On paie pour la lettre
+simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues,
+deux livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit
+cent cinquante livres en assignats par poste et par cheval,
+et chaque postillon cinquante francs.</p>
+
+<p>La taxe<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> des lettres varie encore en 1796.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes
+dans la distance de cinquante lieues et au-dessous ; cinq décimes
+jusqu’à cent ; sept décimes jusqu’à cent cinquante ; et neuf décimes
+au-dessus de cent cinquante lieues de distance.</p>
+</div>
+<p><i>Afin</i>, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté,
+<i>d’encourager la libre communication des pensées entre
+les citoyens, et d’augmenter les revenus publics</i>, le
+prix des journaux présentés à l’affranchissement ne sera
+que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres
+brochés de cinq centimes.</p>
+
+<p>Le tarif<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a> du port des lettres subit encore des modifications :
+il rappelle plusieurs articles de celui de 1759.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once,
+est de deux décimes dans l’intérieur du même département ; d’un
+département à un département, de vingt-cinq centimes.</p>
+</div>
+<p>Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux,
+par une exception bien entendue, ne paient que quinze
+centimes, quelles que soient les distances.</p>
+
+<p>La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger
+leurs lettres et paquets, à la condition d’en payer le
+double du port ordinaire, imposait l’obligation à l’administration
+<span id="p76" class="pagenum">-76-</span> responsable de fixer l’indemnité due en cas
+de perte des lettres : elle était précédemment de trois
+cents francs, et se trouve réduite à cinquante.</p>
+
+<p>Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de
+franchise des lettres par contre-seing. Il est accordé
+une indemnité de 68 mille francs par mois au conseil
+des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer
+ce privilége.</p>
+
+<p>Une société anonyme est formée, à Paris<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>, pour
+l’entreprise générale des messageries.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> Rue Notre-Dame-des-Victoires.</p>
+</div>
+<p>Les frais d’administration des postes pour la présente
+année s’élèvent à neuf millions, dans lesquels la taxe
+d’entretien des routes figure pour 600,000 fr.</p>
+
+<p>Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans
+les colonies, porte que le produit de la ferme des bacs
+des passages des rivières et des postes, sera versé au
+trésor public de chaque colonie.</p>
+
+<p>Les fonctions du commissaire du directoire exécutif,
+près l’administration des postes, sont déterminées, en
+1798, par des instructions.</p>
+
+<p>Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des
+lettres reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas
+la première fois qu’après avoir tout détruit on se voit
+forcé d’édifier sur les bases anciennes.</p>
+
+<p>Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui
+de la poste aux chevaux fût authentiquement reconnu
+par une loi dans toute l’étendue de la France. Il est
+suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service.</p>
+
+<p>La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail,
+est administrée par une régie intéressée, à laquelle il est
+accordé huit millions pour les dépenses d’exploitation.
+Les cinq membres qui la composent sont MM. Anson,
+Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.<sup>r</sup>
+La Forêt est placé comme commissaire du gouvernement.</p>
+
+<p>M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration
+des postes, au lieu des deux substituts du
+commissaire du gouvernement, qui avaient été précédemment
+établis.</p>
+
+<p><span id="p77" class="pagenum">-77-</span> Les lettres sont taxées<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a> en francs et en décimes,
+et il ne doit être fait usage que des nouveaux poids.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous ; de
+Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13.</p>
+</div>
+<p>La taxe<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a> des lettres est fixée en raison des distances
+à parcourir par la voie la plus courte, d’après
+les services des postes aux lettres existans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes
+jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes,
+etc.</p>
+</div>
+<p>Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége
+de nommer à tous les emplois : les inspecteurs ne
+peuvent être choisis que parmi les employés des postes
+et sur la présentation du commissaire.</p>
+
+<p>Le ministre des finances arrête tous les états de dépense.</p>
+
+<p>Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport
+frauduleux des lettres, provoquent encore, en
+1801, la mise en vigueur des anciens réglemens.</p>
+
+<p>On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer
+dans la voie régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter ;
+la licence était réprimée ; et on sentait, en
+1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie d’où
+il semblait être banni par les changemens successifs
+qu’on y avait opérés dans l’espace de quelques années.</p>
+
+<p>Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que
+la poste aux lettres semble avoir été dans une dépendance
+plus directe du ministère des finances.</p>
+
+<p>Le poids des lettres est modifié : elles ne sont plus considérées
+comme simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes,
+et la progression relative est établie par des tarifs.</p>
+
+<p>M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur
+général près l’administration des postes.</p>
+
+<p>On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement
+dans les ports de mer, des établissemens
+sous la dénomination de petite-poste destinés aux correspondances
+locales et à celles d’outre-mer. Le public y
+déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin
+par chaque bâtiment partant. Les capitaines à leur retour
+transmettaient par la même voie celles qu’ils rapportaient
+des colonies.</p>
+
+<p><span id="p78" class="pagenum">-78-</span> Cette poste maritime, si active et si utile avant les
+jours orageux de notre révolution, devait nécessairement
+rentrer dans les attributions d’une administration
+qui seule pouvait exploiter un service de cette nature
+avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait
+pour cela que d’user exclusivement du privilége dont on
+ne pouvait contester la légitimité à une institution toute
+royale, et d’en régulariser l’organisation. On rappela de
+nouveau la défense faite de tout tems aux personnes
+étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des
+lettres et paquets ; et on obligea les capitaines de faire
+connaître aux directeurs des postes, dans les ports où
+leurs bâtimens seraient en chargement, au moins un
+mois à l’avance, l’époque présumée de leur départ, afin
+de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de
+cet agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées
+pour les lieux où ils déclaraient devoir se rendre.
+Les mêmes formalités exigées au retour ont suffi pour
+donner depuis plus de garantie à cette nouvelle branche
+de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité
+accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux
+bureaux de poste, et le port, toujours perçu d’avance,
+auquel le public est assujetti. On sent que la régularité
+et l’accélération d’un pareil service dépendent de l’activité
+du commerce d’une nation. Elles sont telles, en ce
+moment pour la France, que les relations des colonies
+avec la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption ;
+et il arrive fréquemment que des distances<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a> de
+plus de 2400 lieues sont franchies en moins de trois mois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate
+française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en
+86 jours.</p>
+</div>
+<p>La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle.
+Elle avait eu lieu de tout tems avec l’Angleterre,
+par le moyen de paquebots<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a> destinés à transporter les
+dépêches. Les communications avec les diverses îles de
+la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être entretenues
+que d’après ce mode.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> En anglais <span lang="en" xml:lang="en">packet boot</span> qui signifie bateau à paquets. Chacune
+des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre, par
+la suite, en fut chargée exclusivement ; mais Louis XVI rétablit le
+mode de transport comme dans l’origine.</p>
+</div>
+<p><span id="p79" class="pagenum">-79-</span> Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique,
+appelé poste par eau, nous ne prévoyions pas qu’on
+verrait plus tard des bâtimens, mis en mouvement par
+le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus rapides,
+et multiplier les communications avec une régularité
+surprenante.</p>
+
+<p>Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais.
+Les entreprises de ce genre se répandent chaque jour,
+soit pour le transport des voyageurs, soit pour celui des
+marchandises sur la Garonne, la Loire, la Charente,
+l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal
+des Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue
+derrière substitués aux bateaux de poste, qui feront le
+trajet de Toulouse à Agde en moins de 36 heures. Un
+service de transport pour les marchandises rendra régulièrement
+celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire
+en moins de six jours. On organise également un
+service de ce genre de Lyon à Beaucaire. Bientôt on
+communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer par
+ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de
+l’état, la Caroline, primitivement le Galibi, est destiné
+à naviguer de Cayenne à Lamana.</p>
+
+<p>L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette
+découverte, <i>parce qu’un nommé Jonathas Hulls</i>, dit
+M. Marestier, auteur d’un mémoire sur les bateaux à
+vapeur, <i>prit, en 1736, un brevet pour l’application de
+ce moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que
+rien n’était préparé pour un essai, et que l’inventeur
+et l’invention tombèrent dans l’oubli. Les droits des Français,
+à la même découverte, sont plus authentiques ; ce
+sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux,
+mais qui mettaient sur la voie et qui promettaient
+déjà quelques succès</i>.</p>
+
+<p>James Watt en Angleterre, et Robert Fulton<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a> aux
+Etats-Unis, ont les premiers perfectionné ce procédé.
+Mais la supériorité, dont l’Angleterre est si fière de nos
+jours, est encore due à un ingénieur français, M. Brunel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit
+manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une
+vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure.</p>
+</div>
+<p><span id="p80" class="pagenum">-80-</span> L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays
+conquis, est réglé, en 1803, par divers arrêtés.</p>
+
+<p>Les produits de l’administration des postes, jusqu’à
+la concurrence de 10 millions, seront versés directement
+à la caisse d’amortissement pour être employés aux opérations
+dont cette caisse est chargée, et l’excédant au
+trésor public.</p>
+
+<p>M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement
+près les postes, place que MM. La Forêt et Gaudin
+avaient remplie avant lui.</p>
+
+<p>L’uniforme des postillons et autres employés des relais,
+se distingue par une broderie ou galons or et argent,
+suivant les grades : la veste bleue, la culotte chamois et les
+boutons blancs sont exigés pour tous.</p>
+
+<p>Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement
+des rebuts, ainsi que du dépôt, au trésor public,
+des objets de valeur<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite
+et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous seront
+brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde pour
+les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste, n’excéderont
+pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor royal,
+ceux qui auront de la valeur.</p>
+</div>
+<p>Le produit des postes, en 1804, est évalué 10
+millions.</p>
+
+<p>Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance
+d’un commissaire du gouvernement, prennent une forme
+nouvelle par la suppression de cette place et la création
+de celle de directeur-général, dont les attributions,
+plus étendues, rappellent davantage l’ancienne organisation
+du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette
+importante direction est confiée.</p>
+
+<p>Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient
+eu d’autre but que de maintenir un établissement tant
+de fois compromis par des mesures inconsidérées. On
+est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits, si
+anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux
+entreprises multipliées qui s’élèvent de toutes parts.
+C’est encore d’après l’expérience qu’il est décidé, en
+1805, que tout entrepreneur de voitures publiques et
+de messageries, qui ne se servira pas des chevaux de la
+<span id="p81" class="pagenum">-81-</span> poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à
+chacune de ses voitures, vingt-cinq centimes au
+maître du relais dont il n’emploiera pas les chevaux.</p>
+
+<p>Il paraît un réglement sur les relais.</p>
+
+<p>Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont
+chargés du transport des malles, tant à l’aller qu’au
+retour, sont déterminées par un décret.</p>
+
+<p>En 1806, il est établi une nouvelle progression pour
+la taxe des lettres et paquets, calculée par tableaux qui
+remplacent l’ancien tarif, intitulé Copie de Nomenclature
+Matrice.</p>
+
+<p>Après les désordres introduits par suite des événemens
+politiques, il n’est peut-être pas indifférent de faire
+remarquer la décision ministérielle qui attribue, en
+1807, la franchise aux mandemens que nosseigneurs
+les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques
+de leurs diocèses.</p>
+
+<p>Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles
+aucun voyageur, s’il ne s’est conformé au décret qui
+change le papier fabriqué spécialement pour les passeports.</p>
+
+<p>Les divers changemens survenus dans l’organisation
+des postes nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent
+lieu à la rédaction de la deuxième instruction générale
+sur ce service<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> Après une nouvelle période de seize ans, une troisième instruction
+deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à l’interprétation
+des nombreuses circulaires qui ont modifié la deuxième. La
+stabilité qui semble attachée aux mesures récemment adoptées dans
+toutes les parties du système administratif des postes, ne laisserait plus
+la moindre incertitude sur l’application de tant d’élémens épars.</p>
+</div>
+<p>La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires,
+pour l’entreprise des messageries, est
+autorisée, en 1809, à continuer d’exister jusqu’au 31
+décembre 1840. Cet établissement est spécialement
+chargé du transport des fonds du gouvernement.</p>
+
+<p>Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante
+francs, sont payés à vue aux militaires et autres
+personnes attachées aux armées.</p>
+
+<p>Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs
+versemens d’espèces dans les caisses des receveurs du
+<span id="p82" class="pagenum">-82-</span> trésor, et la permission, en outre, de les faire en traites
+à deux usances.</p>
+
+<p>L’affranchissement des lettres simples destinées aux
+militaires de tous grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à
+ce jour, à quinze centimes, est élevé, en 1810,
+à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour
+celles adressées aux sous-officiers et soldats.</p>
+
+<p>Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en
+France sans la permission du directeur-général de la
+librairie et de l’imprimerie.</p>
+
+<p>Le tarif subit de nouvelles modifications.</p>
+
+<p>La correspondance entre la France et la colonie de
+Batavia, est établie régulièrement deux fois par mois.</p>
+
+<p>Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en
+1811, et le brûlement des lettres est ordonné, tant
+pour celles qui en proviennent, que pour celles qu’on y
+expédie.</p>
+
+<p>Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée
+avec restriction. Cette facilité dura peu, et toute communication
+fut encore suspendue.</p>
+
+<p>L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les
+postes. En 1813, on établit un service régulier de postes
+françaises en Turquie.</p>
+
+<p>L’invasion du territoire français, par les puissances
+alliées de l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des
+correspondances avec les pays conquis, et provoque des
+dispositions relatives à l’évacuation des bureaux de poste
+à leur approche.</p>
+
+<p>M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède
+à M. Lavalette dans la place de directeur-général des
+postes.</p>
+
+<p>Il règne une grande confusion dans cette administration.
+Les employés qui avaient été forcés de suspendre
+leurs fonctions, sont prévenus de les reprendre.</p>
+
+<p>Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans,
+par suite des événemens, sont expédiées pour leur destination.
+Le service ne souffre pas d’interruption pendant
+l’invasion de la France. Le baron de Saken,
+gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des
+puissances alliées, une protection spéciale aux relais et
+aux bureaux de poste.</p>
+
+<p>Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité
+légitime en France.</p>
+
+<p><span id="p83" class="pagenum">-83-</span> Les relations interrompues avec les diverses nations
+reprennent peu à peu leur ancienne activité.</p>
+
+<p>M. de Bourienne, nommé directeur-général des
+postes sous le gouvernement provisoire, est remplacé
+par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est la première
+nomination faite aux postes depuis le rétablissement
+de la maison de Bourbon.</p>
+
+<p>M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux
+inspecteurs des postes et relais.</p>
+
+<p>Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires,
+n’a plus lieu.</p>
+
+<p>Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815,
+la courte administration de M. le comte Ferrand. Une
+catastrophe inouïe devait ramener M. Lavalette à la tête
+des postes, en même tems que le trône de nos rois était
+usurpé une seconde fois.</p>
+
+<p>Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion
+dans les postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le
+comte Beugnot, ministre-d’état, appelé à leur tête,
+s’exprime ainsi :</p>
+
+<p><i>C’est dans son sein</i> (du souverain légitime) <i>qu’il faudrait
+se réfugier quand la providence n’y aurait pas
+placé le cœur d’un père</i>. Il parle ensuite de l’ancienne
+sagesse, de la probité, et surtout de l’attachement au
+roi qui a signalé de tout tems l’administration des
+postes. <i>Cet établissement</i>, ajoute-t-il, <i>dont la France a
+l’honneur d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe,
+est tout royal. C’est à la protection spéciale de nos souverains
+qu’il est redevable des développemens et de l’espèce
+de perfection qu’il semble avoir obtenue</i>.</p>
+
+<p>Tels sont les principes rassurans que professent les
+hommes d’état chargés de diriger une des branches les
+plus importantes de l’administration publique sous le
+règne doux et paternel des Bourbons.</p>
+
+<p>Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des
+postes à Paris, les fonds provenant de leurs recettes : ce
+mode est remplacé par celui des versemens de ces produits
+aux caisses des receveurs particuliers du trésor.</p>
+
+<p>Sur la fin de 1815<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>, M. le marquis d’Herbouville,
+<span id="p84" class="pagenum">-84-</span> pair de France, est élevé à la place de directeur-général
+des postes. Il se montre pénétré de l’importance de l’administration
+qu’il est appelé à diriger, en cherchant à
+l’entourer d’une grande considération.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> Octobre.</p>
+</div>
+<p>Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés
+par deux invasions si rapprochées ; et son premier
+soin est de régulariser toutes les mesures temporaires,
+nécessitées par des circonstances si impérieuses.</p>
+
+<p>Il établit, en 1816, une division de comptabilité
+centrale, chargée de décrire, d’une manière précise, la
+situation de tous les agens de l’administration sur toutes
+les parties du service, et de pouvoir la faire connaître
+tous les jours, ainsi que celle de l’administration elle-même.</p>
+
+<p>C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien
+de la caisse des pensions, qui avait éprouvé un déficit
+considérable par suite des désordres passés. Il y parvient
+au moyen d’une augmentation sur la retenue des appointemens,
+qui, de 3 francs 50 centimes, devait être portée
+temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore
+perçue aujourd’hui.</p>
+
+<p>Si l’établissement de la caisse des pensions fut un
+bienfait, cette mesure conservatrice inspirera une reconnaissance
+égale à celle attachée à sa création.</p>
+
+<p>Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce
+jour par les directeurs des postes, est exigé en numéraire.</p>
+
+<p>Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait
+d’atteindre par la marche juste, ferme, et indépendante
+qu’il suivait avec persévérance, ne devaient
+pas avoir lieu sous son administration.</p>
+
+<p>M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> Novembre 1816.</p>
+</div>
+<p>Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent,
+qui circulaient de bureau à bureau pour être remises
+dans les mêmes espèces aux destinataires, sont expédiées
+directement à Paris. Cette amélioration remédiait en
+partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par
+l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des
+malfaiteurs. Ces paiemens sont effectuées avec les recettes
+<span id="p85" class="pagenum">-85-</span> ordinaires du produit des postes, ou, en cas
+d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention,
+c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés
+à toucher chez les receveurs du trésor.</p>
+
+<p>Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches
+et des voyageurs de Calais à Douvres. Ils sont, comme
+les anciens paquebots, pour le compte de l’administration
+des postes, et sous la surveillance du directeur des
+postes de Calais.</p>
+
+<p>Les administrateurs des postes sont supprimés. Un
+conseil, auquel on attribue les mêmes pouvoirs, les remplace.
+Il est composé de trois membres qui sont :
+MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs
+de divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de
+supplément de traitement. Celui du directeur-général
+est réduit à 60,000 fr.</p>
+
+<p>Les réglemens sur les franchises et contre-seings,
+que de nombreuses circulaires avaient modifiés au point
+d’en rendre l’usage nuisible aux produits des postes,
+sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des basses
+plus conformes à l’administration actuelle du royaume.</p>
+
+<p>Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement
+800,000 fr., sont réunis aux postes. On supprime
+les inspecteurs chargés de ce service, connus anciennement
+sous la dénomination de visiteurs des relais, et les
+inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces nouvelles
+fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction,
+est de trente<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a> ; ils ont chacun, à quelques
+exceptions près, trois départemens dans leurs divisions.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes
+par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à
+toutes les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger,
+apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés
+entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour
+exercer une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La
+perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât
+pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des inspecteurs,
+devenue alors plus directe, serait par conséquent plus rapide,
+et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à un rayon
+dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court espace de
+tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour ajourner indéfiniment
+des déplacemens toujours utiles et souvent urgens. A la tournée
+annuelle, à laquelle ils sont tenus, se joindraient les vérifications
+extraordinaires propres à rectifier, à l’instant même, des erreurs qui
+peuvent se reproduire quelquefois pendant tout le cours d’une année.</p>
+
+<p>L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque
+à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France ;
+mais les inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie
+que tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque
+désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen puissant
+de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère de gravité
+avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y apporter un
+remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards ? Mais l’inspecteur,
+sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se porter sur tous
+les points où sa présence l’exige, pour constater la situation des
+caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la tenue des écritures
+et la régularité des opérations. Les instructions sont-elles mal interprétées,
+il en éclaircit le sens, il décide les questions douteuses,
+intervient dans les plaintes et les contestations du public, dont il
+repousse ou accueille les réclamations ; justifie les employés que
+l’on taxe d’exigeance lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent
+injustes et toujours exagérées. Cette intervention donne
+un caractère plus légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure
+des intérêts froissés en apparence, et conserve à l’administration
+et à ses agens la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur
+ne borne pas là sa surveillance : il doit s’étudier à connaître les
+améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité des
+communications, les changemens, la suppression d’anciennes correspondances
+que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou
+l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce
+ou les progrès de l’industrie locale ; soit enfin dans l’entretien et la
+réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut mieux
+que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus positifs
+pour conserver avec avantage un moyen si puissant de prospérité.</p>
+
+<p>Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples formalités
+d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de chevaux
+qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il
+s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités ; qu’il encourage
+les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur soumette
+des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux relais
+ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et l’avantage du
+maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation soutenue
+suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable, que l’on remarque
+sur certaines lignes, et qu’on est loin de retrouver sur tant de
+points. L’inspecteur qui éclairerait constamment le maître de poste
+sur ses propres intérêts, si intimement liés avec ceux du gouvernement,
+en lui portant le fruit de ses lumières et en le guidant avec
+prudence dans l’exploitation de cette branche si féconde d’industrie,
+atteindrait ce but en peu d’années.</p>
+
+<p>Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient
+encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation ; il réprime
+les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses investigations.
+Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce haut degré
+d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance approfondie
+des lieux et des choses propres à éclairer l’administration sur ses véritables
+intérêts, sur la conduite de ses agens et sur les vœux de la
+société.</p>
+
+<p>Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner
+un surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever
+successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de
+certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de
+confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni aux
+avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle s’obtiendrait par
+extinction.</p>
+
+<p>Dans toute amélioration, la première considération à observer,
+c’est d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse,
+des intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas
+trop facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage
+général.</p>
+
+<p>Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité
+des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse
+sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience.
+Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni s’abandonner
+à ses préventions. La justice est son guide. Le sort des employés est
+dans ses mains. Pénétré de l’importance de fonctions aussi délicates,
+on sent que l’expérience n’est pas la moindre qualité qu’on soit en
+droit d’exiger de lui.</p>
+
+<p>Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en
+partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services
+serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que l’impérieuse
+nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est encore consacrée
+par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables attributions,
+tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon système
+administratif ; et si, par cas fortuit, une seule raison pouvait
+être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient en leur
+faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.</p>
+</div>
+<p><span id="p86" class="pagenum">-86-</span> Il est accordé à chaque directeur une remise de sept
+huitièmes pour cent sur le deuxième net de sa recette,
+et celle de demi pour cent sur les articles d’argent acquittés
+avec les fonds de sa recette, ou par le moyen de
+ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle
+<span id="p87" class="pagenum">-87-</span> de deux et demi pour cent sur la recette des produits
+des places des voyageurs dans les malles-postes.</p>
+
+<p>La nécessité d’améliorer le sort des employés des
+postes a toujours été reconnue ; et les mesures temporaires
+qu’on a prises à diverses époques semblent faire
+espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on l’atteindra.
+Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à
+ce jour pour les directeurs<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des
+produits, celle des localités, serviraient, entr’autres considérations,
+à établir la progression convenable pour chaque direction. D’ailleurs,
+n’aurait-on pas égard à la responsabilité à laquelle est soumis l’employé
+des postes dans un travail de cette nature, et à l’assiduité
+si constante qu’il exige et qui devient telle, qu’elle ne lui laisse
+aucun jour, aucun moment même dans le jour dont il puisse
+disposer. N’est-il pas, en outre, des obligations sociales auxquelles
+assujettit naturellement une administration dont le rang élevé doit
+être soutenu dignement. Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe
+à l’égard des agens des postes la proportion établie pour ceux des
+autres parties. Par exemple, le directeur d’un bureau placé dans
+une ville dont la population est de 80,000 ames, et celui où elle
+n’est que de 5000 habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr.,
+et le second 1200 fr., ont-ils un traitement comparativement égal
+à celui des autres fonctionnaires. Une question de cette importance,
+que nous ne faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner
+lieu à d’utiles réflexions.</p>
+
+<p>Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses
+améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore, l’administration
+qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses nombreux
+agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin leur traitement
+éprouver une augmentation proportionnelle.</p>
+</div>
+<p><span id="p88" class="pagenum">-88-</span> Le service du transport des dépêches et des voyageurs
+a lieu, en 1818, par le moyen de malles-postes d’une
+construction élégante et commode. Cette mesure, tout
+entière dans l’intérêt des maîtres de poste, très-coûteuse
+dans son principe, est provoquée par la diminution
+successive des voyageurs, qui préféraient aux malles
+établies en 1791 les voitures publiques perfectionnées
+de plus en plus.</p>
+
+<p>Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens
+successifs opérés dans toutes les branches de l’administration
+y apportent d’heureuses améliorations. Elles sont
+tout à la fois dans l’intérêt du trésor, auquel elles offrent
+plus de garantie ; et, dans celui des comptables, dont elles
+tendent encore à accroître la sécurité.</p>
+
+<p>La poste aux lettres, par la nature de ses produits,
+avait un système de comptabilité qui n’était nullement en
+rapport avec celui des administrations financières. Les
+directeurs n’arrêtaient leurs comptes mensuels et d’années,
+qu’après la réception des dernières dépêches<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a> expédiées
+par leurs correspondans pendant le cours de la même période
+<span id="p89" class="pagenum">-89-</span> mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus
+ordinairement que dans les premiers jours qui suivaient
+le mois auquel elles se rapportaient. On avait tenté infructueusement
+divers moyens pour remplacer ce mode
+peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans
+les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems
+cherchée, y conduisit. Elle consista à substituer
+tout simplement la date de réception des envois à celle
+d’expédition. Alors l’irrégularité apparente, qu’on ne
+considérait comme telle que parce qu’elle consistait dans
+une exception (conséquence de l’exception que forment
+elles-mêmes les postes à l’égard des autres administrations),
+disparut. Mais l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux
+dans son ensemble, puisqu’il avait lieu par le moyen
+du contrôle réciproque des états tenus contradictoirement
+dans chaque bureau, était également très-satisfaisant dans
+ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant
+la même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre
+l’interprétation des écritures plus facile aux personnes
+étrangères aux postes ou peu familiarisées avec leur pratique.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un
+bureau pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir
+que le 2.<sup>e</sup> jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause
+de retard), et qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant
+ce terme.</p>
+</div>
+<p>Il y a loin de cette théorie, que donne la science des
+chiffres, à ces connaissances positives qui sont le fruit de
+l’expérience, qui seule peut servir de guide au milieu des
+nombreux détails d’une administration si compliquée<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent
+spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte
+à l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez multipliées
+pour exiger une surveillance active et continue. La vérification
+des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même
+surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le
+comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration supérieure
+qui pourrait connaître la situation journalière de ses agens par les
+contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux mensuels ne
+l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.</p>
+
+<p>Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des
+postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes
+résultats.</p>
+</div>
+<p>On comptera parmi les mesures utiles introduites par
+M. de Mezy, l’établissement des malles-postes à 4 places
+<span id="p90" class="pagenum">-90-</span> (dont nous avons parlé plus haut), montées sur ressorts
+et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux. C’est avec ces
+malles que s’exécute le service des postes sur les principales
+routes du royaume. Le public trouve à la fois les
+moyens de voyager avec rapidité et sans fatigue dans
+ces voitures de nouvelle construction, qui, sans avoir
+aucun des inconvéniens des anciennes, réunissent des
+avantages inappréciables.</p>
+
+<p>Des réglemens ont fixé l’organisation du service des
+voyageurs dans les malles-postes.</p>
+
+<p>Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel
+nous avons déjà eu recours pour le prix des baux des
+postes, un des motifs qui ont amené ces heureux changemens
+dans la forme des voitures en activité aujourd’hui.</p>
+
+<p><i>Frappé</i>, dit-il<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>, <i>des inconvéniens toujours renaissans
+de la construction vicieuse des malles, en 1791,
+l’administration des postes, dont M. de Mezy était directeur-général,
+s’occupa avec lui, en 1818, du soin de
+faire construire d’autres malles : une considération de la
+plus haute importance les y engagea : c’était le désir de
+remplir les intentions du Roi à cet égard</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> Auteur cité.</p>
+</div>
+<p><i>Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur
+la route de Calais la malle du courrier, et la comparant
+aux malles-postes d’Angleterre, elle fut frappée du
+mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et
+parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour
+M. de Mezy, qui s’empressa de faire faire le dessin
+d’un nouveau modèle de malle, et le présenta au Roi,
+qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut
+exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son
+relais de Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté
+en témoigna sa satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait
+de meilleur goût que les malles anglaises, et surtout plus
+commode pour les voyageurs. J’étais au nombre des
+personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je
+fus l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet.</i></p>
+
+<p>La retenue proportionnelle sur les appointemens des
+employés des postes cesse d’avoir lieu.</p>
+
+<p>M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de
+<span id="p91" class="pagenum">-91-</span> France, succède, en 1822<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>, à M. de Mezy, dans la
+place de directeur-général des postes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> 1.<sup>er</sup> janvier.</p>
+</div>
+<p>Les attributions de cet emploi sont définies ainsi : Le
+directeur-général dirige et surveille, sous les ordres du
+ministre des finances, toutes les opérations relatives au
+service. Il travaille, seul, avec le ministre des finances.
+Il correspond, seul, avec les autorités militaires, administratives
+et judiciaires.</p>
+
+<p>Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance.
+Il signe, seul, les ordres généraux de service.</p>
+
+<p>Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa
+Majesté, dont ont joui de toute ancienneté les conseillers
+grands-maîtres des coureurs de France, les
+contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans et
+les intendans-généraux des postes, a été conservé aux
+directeurs-généraux des postes.</p>
+
+<p>Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et
+remplacées par celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent
+MM. le marquis de Bouthillier, Gouin et le
+vicomte de Rancogne.</p>
+
+<p>Le ministre des finances assigne à chacun le travail
+qu’il doit diriger sous l’autorité et la surveillance du
+directeur-général.</p>
+
+<p>Les agens supérieurs des finances sont spécialement
+chargés de vérifier la comptabilité et la caisse des directeurs
+des postes.</p>
+
+<p>L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux
+de poste, qui, après avoir eu lieu de bureau à bureau,
+avait été restreint à Paris seulement, cesse également
+d’avoir ce cours ; les directeurs restent chargés de cette
+recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des
+produits accrus par cette mesure continue à être versé
+dans les caisses des receveurs particuliers des finances.</p>
+
+<p>Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux
+Anglais résidant en France, d’expédier leurs lettres par
+l’intermédiaire de leurs ambassadeurs. Nous avons déjà
+remarqué combien un abus de cette nature avait nui aux
+recettes des postes.</p>
+
+<p>Une convention est conclue, par la médiation de
+M. le duc de Doudeauville, entre les maîtres de poste
+<span id="p92" class="pagenum">-92-</span> et les entrepreneurs des messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires,
+à Paris<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. Elle a pour objet de rendre ces
+derniers exempts du droit de 25 centimes envers les
+premiers, à la condition d’employer les chevaux de la
+poste à la conduite de leurs voitures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des
+avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On
+a dû chercher à compenser la privation des priviléges qui leur
+avaient été accordés originairement, et qui leur ont été retirés
+en 1790. Les exemples passés, et celui plus récent de la perte
+de trois cents chevaux occasionnée par le poids des voitures établies
+en 1791 ; l’état des routes ; les ressources présumées des
+maîtres de poste pour conduire avec un égal succès les nouvelles
+malles et les messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur
+que par leur surcharge ; la réduction (au moins d’un tiers) des
+recettes sur les voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout
+au désavantage de l’administration, causée par l’infériorité des prix
+des messageries ; tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une
+expérience de plus de trois siècles, pour assurer à ce nouveau
+mode d’organisation la stabilité qui réalisera les espérances tant
+de fois déçues des maîtres de poste.</p>
+
+<p>En établissant les malles-postes sur les principales routes du
+royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute,
+d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin
+des relais le commande si impérieusement.</p>
+
+<p>Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour
+les maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés
+à leur véritable destination, pour le public qui verrait plus
+de sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens
+de l’administration ; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces
+services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail
+qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage,
+aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient
+dès l’instant que l’administration userait de son privilége exclusif,
+et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent sur quelle
+branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée par l’effet
+de cette mesure aussi politique que morale.</p>
+</div>
+<p>La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de
+l’Espagne, exige de nouveau que le paiement à vue des
+reconnaissances adressées aux militaires de terre et de
+mer soit rétabli.</p>
+
+<p>Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur
+l’organisation des postes d’armée, dont le service ne
+pouvait être assujetti aux mêmes mesures que celui des
+postes civiles. De tout tems, dans des circonstances semblables,
+elles subirent diverses modifications ; mais elles
+<span id="p93" class="pagenum">-93-</span> furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration
+générale.</p>
+
+<p>Leur composition est réglée d’après les bases suivantes :
+Un agent supérieur, sous le titre de commissaire<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>,
+est chargé de les diriger. Il réside au grand quartier-général,
+travaille ou correspond seul avec l’intendant-général,
+pour tout ce qui concerne le service des postes
+militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs,
+des contrôleurs, des employés et sous-employés :
+on comprend sous cette dénomination les courriers et
+les postillons.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> M. le marquis de Regnon.</p>
+</div>
+<p>Il était facile de prévoir les dépenses<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a> que devait
+occasionner la création d’un service de cette importance
+dans un pays où les libérateurs faisaient eux-mêmes les
+frais de leurs victoires ; elles se sont élevées à 2,422,167 fr.
+Les estafettes journalières ont beaucoup contribué à l’augmentation
+de ces frais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne
+a coûté 300,000 francs.</p>
+</div>
+<p>En 1824, ce service a subi des modifications qui ont
+été reglées par les conventions faites, au nom des deux
+puissances, par le marquis de Talaru, ambassadeur de
+France, et le comte Ofalia, premier secrétaire-d’état,
+surintendant-général des courriers et postes d’Espagne
+et des Indes.</p>
+
+<p>On y remarque, entr’autres articles, que toutes les
+lettres de service de l’armée française, qui seront contresignées,
+seront reçues aux bureaux ordinaires de
+poste, et remises franches de port ;</p>
+
+<p>Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires
+paieront les chevaux et autres rétributions de poste sur
+le même pied que les courriers espagnols : ils seront,
+ainsi que les convois militaires, transports de vivres,
+équipemens et munitions, exempts des droits de chaîne
+établis pour l’entretien des routes ;</p>
+
+<p>Que pour la sûreté des communications et de la correspondance,
+le gouvernement espagnol fera placer des
+postes qui seront disposées de manière à pourvoir au
+service des escortes, pour les convois, expéditions d’effets
+<span id="p94" class="pagenum">-94-</span> ou approvisionnemens, officiers en mission et courriers
+de l’armée française ;</p>
+
+<p>Que les employés des postes de l’armée française
+seront chargés de l’expédition et de la réception de la
+correspondance française ; le transport des dépêches
+closes sera exécuté par les courriers ordinaires du service
+espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point
+de malle française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement
+pour constater la remise qui sera faite des
+dépêches, tant pour le départ que pour l’arrivée, entre
+les deux offices français et espagnol ;</p>
+
+<p>Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens
+où il n’y aurait pas d’employés de la poste française, la
+correspondance pour le service arrivera contresignée,
+et elle sera remise, franche de port, par le directeur
+de la poste civile.</p>
+
+<p>Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement
+réduite, le service des postes françaises en
+Espagne a été supprimé. Le transport des dépêches a
+lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les payeurs
+de l’armée française sont chargés de les expédier et de
+les recevoir.</p>
+
+<p>M. le comte de Kerespert est nommé administrateur
+des lignes télégraphiques.</p>
+
+<p>Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux
+était devenue indispensable, tant pour éclairer les
+maîtres de poste sur leurs obligations, que les voyageurs
+sur leurs droits. Les nombreuses modifications
+apportées par les circulaires en rendaient l’interprétation
+sujette à des contestations sans cesse renaissantes
+et auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous
+ces élémens rassemblés dans un nouvel ordre ne laisseront
+plus d’incertitude sur l’application des mesures
+réglementaires relatives à la poste aux chevaux.</p>
+
+<p>On voit combien les heureuses réformes introduites
+par M. le marquis d’Herbouville, continuées avec le
+même succès par M. de Mezy, ont reçu de développemens
+par les soins de M. le duc de Doudeauville<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>,
+<span id="p95" class="pagenum">-95-</span> sous la direction duquel l’organisation des Postes a
+atteint un grand degré de perfection.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé,
+dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et l’expérience
+de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne, administrateurs
+des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à en
+assurer le succès.</p>
+</div>
+<p>Tout prouve que l’administration de M. le marquis
+de Vaulchier<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>, appelé à succéder à M. le duc de
+Doudeauville, nommé ministre de la maison du Roi,
+dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera
+pas moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> 18 août 1824.</p>
+</div>
+<p>M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même
+époque, M. de Bouthillier, nommé directeur général
+des eaux-forêts.</p>
+
+<p>On a pu juger, au milieu des variations que les
+Postes ont subies depuis leur création, que les bases
+sur lesquelles elles reposent n’ont pu être renversées.</p>
+
+<p>D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient
+établis de quatre lieues en quatre lieues sur les grands
+chemins, où on entretenait des chevaux propres à
+courir le galop pendant leur traite ; chaque relais était
+dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire
+les courriers porteurs des dépêches et munis d’un
+ordre du grand-maître, ainsi que les voyageurs ayant
+des passeports : tous les courriers devaient suivre les
+routes où les relais étaient montés, afin de faire constater
+leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets
+qui leur étaient confiés.</p>
+
+<p>Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible
+de ne pas reconnaître l’organisation actuelle des postes.
+Les maîtres ont conservé leur dénomination primitive,
+les relais leurs distances, les courriers la même responsabilité
+constatée par le port d’aujourd’hui<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le
+nombre des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur
+les divers points de la route qu’il doit parcourir.</p>
+</div>
+<p>Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de
+cette institution toute politique ? Il ne fallait qu’établir
+les relais suivant les localités, et multiplier le
+nombre des bureaux de poste à mesure que les relations
+augmentaient. Les progrès furent si rapides,
+<span id="p96" class="pagenum">-96-</span> qu’en moins de deux siècles on comptait plus de mille
+relais occupés par des maîtres de Poste, qui entretenaient
+des chevaux pour le service public des dépêches
+et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures ; neuf
+cents bureaux, où le travail des lettres dirigées avec
+ordre sur tous les points de la France se faisait, sous
+la surveillance d’inspecteurs, par des directeurs, des
+contrôleurs, des commis, des facteurs et des distributeurs.
+Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes
+géographiques indiquaient la position des bureaux sur
+lesquels les lettres devaient être acheminées ; que des
+tarifs en fixaient la taxe, et que la marche des courriers
+n’éprouvait aucun retard, même dans la saison la plus
+rigoureuse de l’année.</p>
+
+<p>Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui ? Une
+augmentation dans les relais, qu’on peut porter à 1463 ;
+dans le nombre des bureaux de poste<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>, qui est
+de 1371, non compris les distributions ; un accroissement
+dans les produits ; une activité aussi merveilleuse
+dans le travail, mais facilitée par des moyens
+plus perfectionnés. Quelques variations dans les dénominations
+attachées aux emplois supérieurs, auxquels
+les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles
+une création ? Ces légères modifications ne peuvent
+en avoir le caractère. Mais tout ce qui tient à
+l’organisation des Postes se reproduit ici comme il y
+a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs
+conseils sont remplacés par les directeurs généraux et
+les administrateurs ; les inspecteurs remplissent les
+mêmes fonctions ; les directeurs chargés des mêmes opérations,
+ont la même responsabilité ; les contrôleurs
+exercent encore la même surveillance sur ce travail
+auquel les commis participent comme par le passé ; les
+facteurs, les distributeurs portent et remettent les missives
+de la même manière ; les courriers employés au
+transport des dépêches sont toujours responsables de
+celles qu’ils reçoivent ; les maîtres de Poste fournissent
+exclusivement des chevaux au terme des réglemens ; et
+<span id="p97" class="pagenum">-97-</span> les postillons conduisent, comme dans l’origine, les
+voitures, ou accompagnent les voyageurs qui courent
+à cheval.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> Il était de 1541 ; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs
+années.</p>
+</div>
+<p>Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre
+Paris et les provinces, peut donner une idée du travail
+et des opérations des Postes.</p>
+
+<p>Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement
+par la Poste, est de 60 millions ; celles expédiées
+en franchise peuvent être portées à pareil nombre ;
+ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou
+paquets transportés par la Poste.</p>
+
+<p>La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement,
+quatre millions et demi environ<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, à peu près
+le sixième des produits que rendent les Postes. Le maximum
+des recettes a lieu en janvier, et le minimum,
+en septembre. On jette tous les jours dans les boîtes
+de la capitale 25 ou 30 mille lettres, dont 8 ou 10
+mille pour la petite-poste, et 35 mille feuilles périodiques
+ou prospectus. On met en rebut, chaque année,
+près de 144,000 paquets pour Paris seulement.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a></p>
+
+<ul><li>1815, 3,802,343.</li>
+<li>1816, 4,179,507.</li>
+<li>1817, 4,269,074.</li>
+<li>1818, 4,376,267.</li>
+<li>1819, 4,375,300.</li>
+<li>1820, 4,353,025.</li></ul></div>
+<p>Les registres, états et autres imprimés<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a> destinés
+spécialement aux opérations, soit journalières, soit
+mensuelles, sont multipliés à l’infini. Les réglemens,
+les circulaires, les ordonnances, modifiés sans cesse
+par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux ;
+et, malgré tous ces détails, le travail doit être
+d’une célérité extrême et d’une exactitude rigoureuse
+dans les calculs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives
+aux Postes, s’élèvent à plus de 1200.</p>
+</div>
+<p>Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de
+l’ordre, du soin, de la scrupuleuse attention des agens
+des Postes à classer, taxer et diriger ces innombrables
+missives, afin de leur faire suivre la seule direction
+convenable pour éviter le moindre retard dans la réception ;
+de l’intelligence nécessaire pour interpréter
+<span id="p98" class="pagenum">-98-</span> le code si étendu qui leur sert de guide dans ces opérations
+aussi délicates que rapides. Nous ne parlerons
+point des états et des pièces qui servent à établir une
+comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la
+science des chiffres si familière. Il y a dans tout cela
+plus qu’une simple manipulation de lettres, et moins
+que de la routine.</p>
+
+<p>L’accroissement du produit des Postes a été prompt
+dans l’espace d’un siècle ; mais on n’y remarque plus
+d’amélioration dans les époques suivantes. La comparaison
+des trois périodes des Postes, qui embrassent le
+tems où elles sont devenues profitables aux revenus du
+Roi, fera naître les réflexions de l’observateur.</p>
+
+<table>
+<tr><td class="drap">En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la première
+fois</td>
+<td class="bot r"><div>1,200,000</div></td> <td>fr.</td></tr>
+<tr><td class="drap">En 1788,</td>
+<td class="bot r"><div>12,000,000</div></td> <td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td class="drap">En 1825, <i>régies pour le compte du Roi</i></td>
+<td class="bot r"><div>12,690,000</div></td> <td><a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>.</td></tr>
+</table>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000 fr.,
+et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La
+dépense est de 12,660,000 fr. ; la taxe fictive des paquets qui circulent
+en franchise, peut être portée à 18,000,000.</p>
+</div>
+<p>La progression de la première à la deuxième offre
+une amélioration sensible, et dans l’organisation et dans
+les produits ; mais aucune différence notable ne paraît
+exister de la deuxième à la troisième, malgré les innovations
+qu’on a introduites dans les Postes, la surveillance
+qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent,
+le système de comptabilité opposé à la gestion
+des fermiers-généraux, enfin, l’augmentation du port
+des lettres qu’on peut évaluer à moitié.</p>
+
+<p>Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait
+peut-être dans les moyens de correspondre qui
+n’ont pas multiplié les relations en les rendant plus
+fréquentes ; dans les frais pour faire parvenir les lettres
+sur les points les plus reculés du royaume, soit trois
+fois la semaine, soit même tous les jours, et avec une
+accélération telle, qu’elles mettent à peine 40 heures
+pour parcourir une distance de 100 lieues et être remises
+aux destinataires ; dans la facilité de voyager plus
+promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart
+des négocians et des fabricans à expédier des commis
+<span id="p99" class="pagenum">-99-</span> qui entretiennent ainsi les liaisons ou en forment de
+nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement
+d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on
+mettait autrefois dix jours, il ne faut plus aujourd’hui
+que soixante-dix heures. Il en est de même des distances
+qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et qui
+le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme
+on le voit, économie de tems et de dépense, et par
+conséquent, diminution de correspondance. Ne doit-on
+pas aussi conclure de là que le transport frauduleux
+des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par
+la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.</p>
+
+<p>Mais la principale raison, n’en doutons nullement,
+est dans l’état actuel de la société dont les postes ont
+étendu successivement les relations, satisfait les besoins,
+multiplié les ressorts, et établi, par un concours
+réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa
+conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les
+avantages qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion
+de la perfection vers laquelle tendait cet établissement.
+Il y semble parvenu, et on ne doit pas
+raisonnablement espérer de voir les produits des postes
+subir d’augmentation notable.</p>
+
+<p>Ce qui appartient essentiellement à notre époque,
+c’est l’ordre introduit dans les recettes et les dépenses
+par des hommes habiles qui ont perfectionné les nouveaux
+systèmes de comptabilité ; c’est cet ensemble de
+tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et ramenées,
+avec un art surprenant, au point central d’où
+tout émane ; ce sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles
+repose une administration tellement importante
+que rien ne peut en entraver la marche rapide et régulière,
+ni en suspendre, sans danger pour la société,
+le mouvement continu.</p>
+
+<p>Cette institution, n’en doutons point, reprendra
+toute son influence primitive sous un Roi qui, à l’exemple
+de ses prédécesseurs, est si digne de la faire fleurir
+dans l’intérêt de la morale publique ; et les postes, enfin,
+seront moins considérées par leurs produits que par
+leurs rapports politiques et sociaux.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p100" class="pagenum">-100-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">TROISIÈME PARTIE.<br>
+DES POSTES CHEZ TOUS LES PEUPLES.</h2>
+
+
+<p>Nous avons vu de quelle manière les postes, après
+avoir été établies en Orient, se sont répandues chez
+quelques nations de l’Occident, et plus particulièrement
+en France. Nous désirerions compléter notre travail en
+suivant leur histoire chez tous les peuples du monde.
+Mais, si elle se réduit pour le plus grand nombre à
+quelques notions générales, du moins est-elle susceptible
+d’offrir plus d’intérêt en Europe, où les Français
+ont été les premiers à introduire ce moyen rapide de
+correspondre avec régularité. A la gloire d’avoir été les
+créateurs de cette institution chez les modernes, se
+joint, pour eux, celle de l’avoir portée à un point de
+perfection auquel leurs imitateurs ont vainement cherché
+à arriver jusqu’à ce jour.</p>
+
+
+<h3>ALLEMAGNE.</h3>
+
+<p>Ce ne fut qu’un demi-siècle après l’introduction des
+postes en France, que l’Allemagne suivit, la première,
+cette heureuse impulsion, qui devait se communiquer
+insensiblement à toute l’Europe.</p>
+
+<p>Le comte François de Taxis les établit vers la fin du
+règne de Maximilien I.<sup>er</sup>, et en eut la direction générale,
+après avoir été autorisé à faire les avances qu’exigeait
+une institution de cette importance. L’empereur,
+qui avait toujours de grands intérêts à ménager avec son
+petit-fils l’archiduc Charles, souverain des Pays-Bas,
+voulut que les premières postes fussent mises en activité,
+de Bruxelles à Vienne, avec l’agrément des états dont
+cette route traversait le territoire.</p>
+
+<p>Cet établissement reçut de grandes améliorations sous
+le règne de Charles-Quint, par les soins de Jean-Baptiste
+<span id="p101" class="pagenum">-101-</span> de Taxis ; et Philippe II prolongea un embranchement
+de sa poste d’Italie, pour joindre celle des
+Pays-Bas à Augsbourg.</p>
+
+<p>L’empereur Mathias, en récompense des services
+importans que ne cessaient de lui rendre les princes
+de la maison de Taxis, dans la conduite de cette entreprise
+déjà si répandue, érigea la surintendance générale
+des postes d’Allemagne en fief de l’empire, en faveur de
+Lamoral, baron de Taxis et de ses descendans. Et, comme
+les successeurs de Charles-Quint possédaient l’Allemagne,
+l’Espagne, les Pays-Bas et une partie de l’Italie,
+le titre de grand-maître des postes de tous ces états y
+fut attaché. Elles portèrent même pendant long-tems la
+dénomination de postes espagnoles.</p>
+
+<p>Les changemens survenus dans l’empire d’Autriche
+ont restreint les priviléges accordés aux princes de la
+maison de Taxis. Ils n’ont conservé que la direction
+des postes féodales d’Autriche, de Hanovre et de
+quelques autres parties de l’empire<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>. C’est là aussi
+qu’on remarque la régularité et la célérité qui contribuent
+à donner à ce service une supériorité que les
+princes de Taxis tiennent sans doute à honneur de
+transmettre à leurs successeurs, comme ils l’ont reçue de
+leurs ancêtres, auxquels les empires du nord doivent
+cette institution.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> M. Randel a porté le nombre des officiers et commis employés
+autrefois dans leurs postes, à 20,000, et le produit net auquel elles
+s’élevaient à un million de rixdalers ; selon d’autres, à un million de
+florins.</p>
+</div>
+<p>M. le comte de Nadardy, président de la Chambre
+aulique, est directeur-général des postes et des messageries
+impériales et royales.</p>
+
+<p>L’administration des postes de chaque province est
+confiée à un directeur principal, dont dépendent des
+directeurs particuliers. Le directeur des postes à Vienne,
+par exemple, est administrateur des bureaux de toute
+la province de la Basse-Autriche.</p>
+
+<p>M. le baron de Lilsen, conseiller aulique, chambellan
+de l’empereur, intendant-général des postes étrangères,
+est chargé, conjointement avec M. le prince de Metternich,
+de tout ce qui est relatif aux offices étrangers.</p>
+
+<p><span id="p102" class="pagenum">-102-</span> Le transport des dépêches se fait, généralement, dans
+les provinces, par des charrettes<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a> ou carrioles légères,
+découvertes, à quatre roues, attelées d’un cheval ;
+et, lorsque la correspondance l’exige, et qu’on est forcé
+d’expédier deux grandes valises, placées sur le devant,
+on ajoute un autre cheval que conduit, de la voiture,
+le postillon assis dans le fond.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> Dans la partie sous la dépendance des princes de Taxis, ces
+voitures offrent plus de commodité et de perfection.</p>
+</div>
+<p>Les postillons, distingués autrefois par une petite
+trompe brodée sur leur habit de drap jaune, en portaient
+une autre en argent qui servait à annoncer leur
+départ, leur arrivée, ou à faire ouvrir les portes des
+villes pendant la nuit. Ils avaient aussi un petit écusson
+sur lequel était gravé le nom du lieu d’où ils étaient
+expédiés. Ces postillons conservent encore ces divers
+attributs.</p>
+
+<p>De semblables distinctions varient suivant les états.
+En France, par exemple, les postillons se servent,
+comme dans l’antiquité, seulement d’un fouet, dont le
+bruit, habilement modifié, suffit pour faire connaître
+l’instant de leur départ, celui de leur arrivée, ou leur
+passage sur la voie publique, afin de prévenir tout retard,
+ou d’éviter tout accident.</p>
+
+<p>Les distances entre les relais n’ont aucune uniformité.
+Il arrive souvent de faire sept milles avant de trouver
+un relais ; ce qui a lieu entre Wismar et Rostock.</p>
+
+<p>Quant aux routes<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>, il y a peu d’années encore
+qu’on se plaignait de leur état d’abandon. On trouvait
+aussi que les postillons<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> s’occupaient plus de soigner
+leurs chevaux<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a> que de contenter les voyageurs. Il
+existait un impôt sous le nom de shimrr<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>, qui consistait
+<span id="p103" class="pagenum">-103-</span> à graisser les roues des voitures, qu’on démontait, à
+cet effet, à chaque poste. On courait le risque de manquer
+de chevaux en cherchant à se soustraire à ce tribut
+onéreux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> M. de Meiners assure que les chemins du midi l’emportent sur
+ceux du nord. On s’occupe à établir des routes en fer en Bohême.
+Celle entre Budweer et Mauthausen est entreprise. Les travaux préparatoires
+pour celle entre Prague et Scilsen, ont déjà eu lieu.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> Ils portent le nom de phwager, c’est-à-dire beau-frère, dénomination
+dont on ignore l’origine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Les chevaux d’Allemagne sont forts et bons pour le trait ; mais
+ils le cèdent en légèreté et en vitesse à ceux d’Angleterre. La Bavière,
+la Franconie, la Poméranie et le Mecklembourg, sont les provinces
+où l’on nourrit les meilleurs chevaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> Graisse.</p>
+</div>
+<p>S’il en est ainsi, c’est à juste titre qu’on a prétendu
+que la police, à l’égard des maîtres de poste, n’était pas
+très-sévère en Allemagne<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. On sait qu’en France il
+en est autrement.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> Dans le pays de Brunswick on trouve affiché, à chaque bureau
+de poste, les noms des commissaires désignés par le prince pour terminer
+les différends entre les voyageurs et les maîtres de poste.</p>
+</div>
+<p>Ou y trouverait aussi très-gênante l’obligation de ne
+se servir que de la poste une fois qu’on a commencé à
+prendre cette voie, ou de ne pouvoir, dans le cas contraire,
+employer les chevaux de louage qu’avec l’autorisation
+des maîtres de poste, qui, sans doute, ne l’accordent
+que difficilement.</p>
+
+<p>Dans l’Empire (nom qu’on donne aux provinces méridionales)
+le prix des postes est d’un florin trente
+kreutzers par cheval et par mille<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>. Mais ce prix varie
+considérablement suivant les lieux, soit à cause de la
+diversité des états, soit aussi en raison de la cherté
+des fourrages. A Lubeck, on ne trouve point de chevaux
+de poste.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> En Hesse, 10 gros par mille ; en Saxe, 10 ; 12 dans le pays
+de Brunswick et le Hanovre, et 8 dans le duché de Mecklembourg. En
+1789, il en coûtait un florin par poste simple, excepté dans les
+états héréditaires où ce prix était réduit à trois quarts de florin.</p>
+</div>
+<p>Si l’on est exposé à perdre beaucoup de tems par
+le péage des barrières établies sur les routes d’Allemagne
+et du Tyrol, on peut facilement aussi éviter ces retards
+en payant d’avance aux postillons tous les droits
+auxquels on est assujetti, et qu’ils se chargent d’acquitter.</p>
+
+<p>Le service de la poste aux lettres se fait avec assez
+de régularité en Allemagne. On y a apporté dernièrement
+quelques changemens, soit dans le travail des
+lettres, soit dans la marche des courriers qui parcourent
+actuellement une poste en une heure et demie.</p>
+
+<p>Le port des lettres est réglé par des tarifs<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a> établis
+<span id="p104" class="pagenum">-104-</span> sur des bases moins fortes que celles adoptées par les
+autres nations de l’Europe, et calculé sur la population,
+les relations commerciales de l’intérieur et de l’extérieur,
+et sur le cours de l’argent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> En Bavière, dans le duché de Bade et les postes féodales, la
+lettre cesse d’être simple dès qu’elle pèse 7 grammes et demi.</p>
+</div>
+<p>A Vienne, l’établissement de la petite-poste a commencé
+en 1772. Il est dû à M. Schotten, qui suivit
+l’exemple donné en France, douze ans auparavant,
+par M. Chamousset. Le port de la lettre est d’un kreutzer,
+et de 3, 5, 17 kreutzers et plus, au-delà des lignes,
+en proportion de la distance à parcourir. Cette superbe
+capitale compte plus de 3,000 carrosses de personnes de
+marque, 500 fiacres et au moins 80 chaises à porteurs.
+Le nombre des voitures publiques y est très-considérable.
+Il y a même des points sur lesquels il en est expédié 15
+ou 20 par jour.</p>
+
+<p>On trouve à Hambourg des bureaux de poste pour
+divers états ; tels que l’Empire, le Hanovre, le duché
+de Brunswick, la Suède, le Dannemarck, le Mecklembourg-Schwerin,
+la Hollande, l’Angleterre, les Etats-Unis,
+etc. La petite-poste a son bureau particulier et
+ses messagers qui parcourent les rues six fois par jour,
+en annonçant leur présence par une sonnette.</p>
+
+<p>L’usage des télégraphes, dont les premières expériences
+remontent à 1799, est peu répandu. Ces machines
+sont loin d’être aussi perfectionnées qu’en France :
+elles ne sont employées que pour des avis maritimes,
+sur quelques points seulement.</p>
+
+<p>Les grands fleuves qui arrosent l’Allemagne, facilitent
+beaucoup les voyages par eau. Il y a sur plusieurs
+de ces fleuves un marktscheff ou coche d’eau, qui va
+à tems réglé d’un lieu à un autre. L’introduction des
+bateaux à vapeur rendra cette navigation et plus régulière
+et plus commode. Le premier a été lancé en Bavière<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>,
+près de Frédéricshafen, sur le lac de Constance.
+Il y en a eu trois de construits dans les duchés de
+Bade et Wurtemberg<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> Le Max-Joseph.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> Le Guillaume entr’autres. Les rouages de ces bâtimens, destinés
+à un service continuel, ont été confectionnés à Liverpool.</p>
+</div>
+<p>On voyage sans danger sur les routes généralement
+étroites, qui coupent ces divers duchés, par l’adresse
+<span id="p105" class="pagenum">-105-</span> des cochers allemands. On ne peut aussi éprouver d’incertitude
+sur les lieux où l’on se rend, puisqu’à tous
+les carrefours des routes un poteau indique, non seulement
+le nom du canton ou du district, mais encore la
+direction des chemins et la distance de chaque point
+aux villes de quelque importance. Cet usage a lieu dans
+plusieurs autres parties de l’Allemagne, où l’on a établi
+des colonnes milliaires qui marquent, avec la même
+précision, les distances entre chaque endroit.</p>
+
+<p>L’art de dresser toute espèce d’animaux n’offre plus
+rien de surprenant depuis qu’on voit, à Munich, deux
+énormes loups traîner une calèche. Ils appartiennent à
+un ancien négociant russe qui les a trouvés très-petits
+dans un bois près de Wilna, et qui a si bien réussi à
+les apprivoiser, que loin d’avoir conservé quelque
+chose de leur instinct féroce, ils ont toute la docilité
+du cheval le mieux dompté. La police exige seulement
+qu’il soient muselés, afin de prévenir tout accident ;
+car, quoique cette calèche traverse la ville habituellement
+trois fois par jour, la foule n’en montre pas moins
+d’empressement à considérer ce singulier spectacle.</p>
+
+<p>Par arrangement conclu dès 1819, entre le roi de
+Wurtemberg et le prince de la Tour et Taxis, les postes
+de ce royaume ont été conférées de nouveau, à ce dernier,
+comme fief héréditaire et masculin de la couronne.
+Ce prince, en sa qualité de grand-maître des
+postes de l’empire, s’est fait représenter dans leur direction
+pas M. le baron Wrintz Barberick, conseiller
+privé, directeur-général des postes.</p>
+
+<p>Si cet exemple avait des imitateurs parmi les divers
+princes de l’Allemagne, il est à croire que les postes de
+l’empire, sous les descendans de celui qui les a instituées
+dans le nord de l’Europe, parviendraient à un
+plus haut point de prospérité.</p>
+
+<p>La Hongrie manque non-seulement de routes bien
+entretenues, mais aussi de canaux pour multiplier les
+communications par le moyen des rivières. Les chariots
+de poste dont on se sert sont très-mauvais, découverts,
+sans ressorts et construits de la manière la
+plus grossière. Quant aux chevaux, ils sont très-estimés,
+surtout ceux élevés par les Arméniens.</p>
+
+<p>Les postes, dont plusieurs appartiennent au prince
+<span id="p106" class="pagenum">-106-</span> Estherhazy, font partie des revenus de ce royaume ;
+et, quoiqu’elles soient assez bien entretenues, les voyageurs,
+munis d’un ordre du gouvernement, ne peuvent
+manquer ni de chevaux, ni d’aucun moyen de transport,
+que tout paysan est tenu de leur procurer.</p>
+
+<p>Les loups qui habitent les forêts qui couvrent une
+partie de la Hongrie, rendent les voyages quelquefois
+dangereux. Il n’est pas sans exemple que des courriers,
+dont plusieurs font le service à cheval, aient été dévorés
+par ces animaux. Ils y sont tellement multipliés,
+qu’en 1803 ils détruisirent plus de 1500 têtes de bétail
+dans une seule province<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> Les mêmes ravages ont eu lieu en Livonie, en 1823. D’après
+le rapport de la régence, 1841 chevaux, 1243 poulains, 1807 bêtes
+à cornes, 733 veaux, 15182 moutons, 726 agneaux, 3545 chèvres,
+183 chevreaux, 4190 cochons, 701 chiens, etc., ont été dévorés. — Le
+gouvernement prend des mesures efficaces pour mettre fin à ces
+ravages.</p>
+</div>
+<p>On serait porté à croire que dans les divers états dépendans
+de l’empire, les maîtres de poste sont tous
+d’anciens militaires auxquels ces places offrent d’honorables
+retraites. Leur costume paraîtrait confirmer cette
+assertion : il consiste en un dolman bleu clair, bordé
+de fourrures et orné de boutons et de galons de soie ;
+un pantalon bleu galonné de la même manière, et des
+demi-bottes. Ils portent tous de longues moustaches.</p>
+
+<p>Parmi les édifices destinés aux postes, dans les états
+dépendans de l’empire d’Allemagne, celui de Prague
+est très-remarquable.</p>
+
+<p>On est forcé d’affranchir les lettres pour tous ces états,
+le duché de Bade excepté.</p>
+
+
+<h3>PRUSSE.</h3>
+
+<p>Le service des postes se fait régulièrement en Prusse.
+Il ne diffère pas sensiblement de celui employé dans les
+autres états du nord. Le directeur-général actuel est
+M. le baron de Nagler.</p>
+
+<p>Le tarif n’est pas dans la proportion de celui de
+France : la lettre est considérée comme simple au-dessous
+de quinze grammes ou un loth.</p>
+
+<p>Le directeur-général des postes a fixé la taxe des
+<span id="p107" class="pagenum">-107-</span> ports de lettres pour les papiers d’état ayant cours, de
+manière que, d’après le 37.<sup>e</sup> article du réglement du 18
+décembre 1824, on paie, suivant le cours du jour en
+Prusse, pour les papiers monnaie de l’étranger et de tous
+les papiers d’état ayant cours, non un quart, mais un
+sixième du port fixé pour l’argent par le 32.<sup>e</sup> article dudit
+réglement. Quant aux papiers ayant cours, ils pourront
+être envoyés par la poste à cheval, en lettres recommandées,
+moyennant le port fixé par les articles 7 et 20
+du réglement, sous la condition que le contenu des lettres
+sera déclaré exactement ; mais sans que la poste le garantisse
+en aucune manière.</p>
+
+<p>Berlin est la seule capitale de l’Allemagne où il soit
+question de poste royale ou double.</p>
+
+<p>Quant aux routes de ce royaume, elles sont moins bien
+entretenues que dans les autres parties du continent.
+Il faut croire que la nature humide du sol contribue
+seule à leur donner si peu de consistance, ou que le
+gouvernement n’a pas encore porté son attention sur
+cette branche administrative qui devient l’objet des soins
+de presque tous les potentats de l’Europe. Les relais ne
+sont établis ni à des distances rapprochées, ni même à
+des espaces égaux. Il n’est pas étonnant aussi que, vu
+l’état des routes et les haltes fréquentes des postillons pour
+reposer leurs chevaux et leur donner de l’eau, on ne
+voyage pas avec célérité. Il y a tel relais, par exemple
+de Berlin à Rhemsberg<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, pour lequel 24 heures suffisent
+à peine. Dans les chemins ordinaires le postillon ne
+devrait mettre tout au plus qu’une heure et quart par
+mille. On paie par cheval et par mille 10 gros.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> Dix milles.</p>
+</div>
+<p>Les malles des voyageurs qui arrivent aux frontières
+de la Prusse, par la poste ou avec leurs chevaux, doivent
+être plombées par les commis de la douane, à moins
+qu’on ne veuille souffrir qu’elles soient ouvertes et visitées ;
+ce qui est constaté par un certificat.</p>
+
+<p>Les voitures construites en Prusse se sont répandues
+par toute l’Europe. On sait que celles appelées berlines
+ont été inventées par un architecte de ce royaume.</p>
+
+<p>L’Affranchissement des lettres est forcé pour la
+Prusse.</p>
+
+<p><span id="p108" class="pagenum">-108-</span></p>
+
+<h3>RUSSIE.</h3>
+
+<p>Anciennement en Russie, au lieu de se servir de
+chevaux pour les voitures, on y attelait des cerfs.
+L’usage des traîneaux était plus répandu pour courir la
+poste. Ces animaux les tiraient avec une telle rapidité,
+qu’ils faisaient plus de quatre milles par heure.</p>
+
+<p>On a regardé pendant long-tems dans ce pays, comme
+un crime capital<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, de prendre la voie des voitures
+publiques, sans en avoir obtenu l’autorisation.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> En France, on punissait de mort celui qui se servait des chevaux
+de poste sans un ordre du grand-maître des postes.</p>
+</div>
+<p>Dans la Finlande et dans la Laponie on employait les
+cerfs avec beaucoup de succès. Un seigneur allemand,
+du tems de Charles-Quint, en avait dressé un qui surpassait
+les chevaux les plus légers en vîtesse. Il le montait
+lui-même, et en fit l’expérience dans plusieurs
+courses publiques.</p>
+
+<p>Au reste, ces exemples nous paraîtront d’autant moins
+étonnans, que nous avons eu beaucoup d’occasions de
+remarquer en France l’instinct, l’adresse, l’agilité et
+la docilité de cet animal. Mais il est très-douteux que
+dans les lieux mêmes où les cerfs sont les plus communs,
+on les assujettisse à un service régulier comme celui des
+postes.</p>
+
+<p>Les rennes et les chiens sont également dressés,
+dans ces contrées glaciales, à tirer les traîneaux destinés
+aux voyageurs et au transport des dépêches. Il serait difficile
+de donner une juste idée de la rapidité avec laquelle
+ils les conduisent.</p>
+
+<p>La poste aux lettres est administrée par un directeur-général
+ou grand-maître<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>. Le prince Alexandre Galitzin,
+ministre des cultes étrangers et de l’instruction
+publique, est le directeur-général actuel des postes de
+l’empire Russe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> En Livonie, les postes sont sous la direction du corps de la
+noblesse, et on trouve à chaque relais un commis des postes qui a
+sous lui un autre employé.</p>
+</div>
+<p>Il y a beaucoup d’exactitude dans le service de la correspondance ;
+mais le port des lettres est très-élevé,
+quoique la lettre, d’après le tarif, ne soit considérée
+<span id="p109" class="pagenum">-109-</span> comme simple que jusqu’à 15 grammes ou un loth. Ce
+prix a même augmenté, depuis quelques années, pour
+subvenir aux frais de la construction d’un nouvel hôtel
+des postes et d’un autre destiné au grand-maître. Ces
+édifices, très-remarquables, sont terminés, et la taxe
+n’a pas encore éprouvé de diminution. Il est à remarquer
+néanmoins que les postes ne produisent de profit que
+dans quelques provinces où leur entretien ne coûte rien
+à la couronne.</p>
+
+<p>Nous pensons que l’obligation de jeter les lettres à la
+boîte au moins seize heures avant le départ du courrier,
+est toute au désavantage du public. Ce délai annoncerait
+que le travail des lettres ne serait pas aussi perfectionné
+qu’en France, où l’administration se réserve à
+peine une heure pour le même objet.</p>
+
+<p>La poste se charge des assignations de la banque, et
+en répond moyennant demi pour cent.</p>
+
+<p>A Saint Pétersbourg, le nombre des voitures de tout
+genre est plus considérable qu’il ne l’est dans les autres capitales
+de l’Europe. On distingue surtout le <i>droschky</i>
+si élégant par son vernis et ses moulures. Il n’est cependant
+formé que d’une planche sur quatre roues, ce
+qui lui donne quelque ressemblance aux chars-à-banc
+de la Suisse.</p>
+
+<p>Parmi les voitures de voyage on remarque le kibitka,
+espèce de charrette qui a rapport, pour la forme, à un
+berceau. Elle est ronde en dedans et a cinq pieds de
+large : on n’emploie pas un morceau de fer dans sa
+construction.</p>
+
+<p>Le traînage ajoute encore à la facilité de voyager : on
+fait placer et attacher sa chaise de poste sur les flasques
+du traîneau ; et, comme les fleuves sont gelés et les
+routes très-larges, ou avance sans obstacle avec une
+vîtesse extrême. Ainsi, il n’est pas rare que, sans
+être arrêté par les distances, on aille dîner à 5 ou 6
+milles (10 ou 12 lieues) de chez soi, pour revenir le
+soir à son habitation.</p>
+
+<p>On compte les distances par werstes. Des bornes
+élevées, placées d’un côté des routes et peintes de noir
+et de blanc, font connaître au voyageur la route qu’il
+parcourt : de l’autre, sont des poteaux plus petits, ordinairement
+établis deux à deux, sur lesquels se trouve
+<span id="p110" class="pagenum">-110-</span> écrit le nom des terres chargées de l’entretien des chemins
+et des bornes de chaque district. On ne paie nulle
+part de droits de route. Si l’on ne veut pas attendre aux
+postes, il faut, dit-on, se faire accompagner d’un bas
+officier, qui trouve toujours dans sa canne les moyens
+de stimuler les postillons : il est fort aisé de les obtenir
+des chefs de corps.</p>
+
+<p>Les chevaux se paient deux copecs par werste, et il
+n’est rien dû au postillon<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>, auquel cependant on donne
+quelque rétribution. Une voiture ou un traîneau qui
+contient deux ou trois places, n’est attelé que de trois
+chevaux. On n’en paie jamais plus qu’on n’en a ; et,
+même, si l’on est peu chargé, on n’en paie que deux.
+Cela dépend du podaroschna ou permis que l’on prend
+en partant, et sur lequel est désigné le nombre de
+chevaux qu’on emploiera. Il arrive souvent que, malgré
+les ordres du grand-maître des postes, les maîtres des
+relais vous rançonnent, surtout aux environs de Saint-Pétersbourg.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> Ils ne conduisent pas à cheval, mais ils ne sont pas difficiles
+sur les moyens de se faire un siége.</p>
+</div>
+<p>Mais, en général, on voyage très-rapidement en
+Russie, soit en hiver, soit en été ; surtout en Finlande,
+qui passe pour la partie de l’empire où l’on est le mieux
+servi par les postes<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>. La vîtesse des chevaux russes est
+incroyable. Ces animaux sont communément courts ;
+leur poitrail est large, leur cou, long et maigre, et leur
+tête est ordinairement moutonnée ; ils supportent bien
+la fatigue. Les petits chevaux de Livonie sont fameux
+par leur durée et leur légèreté à la course. Parmi ces différentes
+espèces de coursiers, il en est une très-renommée
+dont la vîtesse est passée en proverbe chez les
+Mongols.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> Il y a 4 ou 5 ans que les établissemens de poste ont été construits
+à neuf dans certaines parties de l’empire. On trouve dans
+chaque maison trois chambres : une pour les voyageurs, une pour
+les maîtres de postes et l’autre pour les postillons. Une cour très-propre
+et entourée de haies, est placée devant chaque maison. Il y
+a dans chaque station 10 chevaux (autrefois 15 ou 20), et 5 ou 6
+postillons russes ou tartares, suivant les lieux.</p>
+</div>
+<p>Les chemins entre les principales villes sont très-beaux,
+<span id="p111" class="pagenum">-111-</span> et il n’est pas extraordinaire de courir 250
+werstes<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a> en 24 heures. On a introduit en Russie, sur
+certaines routes, entr’autres sur celle de Kamenoi à
+Ostrow, des ornières (fahrbahoun) en bois, dans lesquelles
+les voitures roulent doucement et sans bruit.
+L’entreprise se fait aux frais de l’empereur ; mais les propriétaires
+seront chargés à l’avenir des réparations, surtout
+dans les rues des villes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> 36 milles d’Allemagne.</p>
+</div>
+<p>Si l’on voyage à bon compte en Russie par la voie des
+postes, c’est que le gouvernement supporte, en grande
+partie, les frais qu’elles occasionnent ; mais la nécessité
+dans laquelle on se trouve de porter ses provisions et ses
+équipages, diminue beaucoup cet avantage, parce que
+les aubergistes ne fournissent que le logement.</p>
+
+<p>Quelques voyageurs préfèrent se servir, au lieu de la
+poste, des jamtschtschikis ou voiturins russes, qui
+marchent avec la même diligence, en changeant quelquefois
+de chevaux de slobode en slobode, chez les voituriers
+de leur connaissance.</p>
+
+<p>La première classe des paysans serfs, ou paie l’obrok
+à l’empereur, ou est employée à divers travaux, dans
+lesquels le service de la poste est compris.</p>
+
+<p>Tout voyageur qui veut obtenir son passeport doit
+préalablement annoncer son départ, au moins trois fois,
+dans la gazette du pays. Cet usage, établi en Russie,
+est commun à plusieurs contrées, et particulièrement
+aux colonies.</p>
+
+<p>Quant à la facilité de se faire précéder par un courrier
+pour avoir des chevaux, elle n’a plus lieu.</p>
+
+<p>Les tentatives employées pour multiplier les moyens
+de correspondre par le télégraphe, se sont bornées à
+quelques essais infructueux. Il n’en est pas ainsi des
+établissemens destinés à faciliter les transports de toute
+espèce entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Outre la
+poste ordinaire, on vient d’en organiser une accélérée
+entre ces deux villes. Un pont suspendu à des chaînes
+de fer a été construit sur le canal de la Moïka<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>. La Russie
+participe, connue le reste de l’Europe, à l’avantage
+<span id="p112" class="pagenum">-112-</span> que procure la navigation par les bateaux à vapeur. Il y
+en a même en pleine activité jusqu’en Sibérie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Il sera construit sur les dessins du général Dufour, de Genève.</p>
+</div>
+<p>Chez les Ostyacks, nombreuse peuplade répandue sur
+les bords de l’Oby, les chiens sont établis par relais
+comme les chevaux dans les postes.</p>
+
+<p>Les chevaux sont peu communs au Kamtchatka. Ils
+ne servent que l’été, pour le transport des marchandises
+et effets de la couronne, ainsi que pour la commodité
+des voyageurs. Les chiens, en revanche, y
+abondent, et suffisent à tous ces travaux. L’été est le
+tems de leur inaction. Ces chiens sont attelés deux à
+deux à un traîneau ; un seul est à la tête et sert de
+guide. Leur nombre est proportionné à la charge du
+traîneau ; il est ordinairement de cinq pour une personne,
+et se trouve porté quelquefois jusqu’à 45
+par suite du luxe de certains voyageurs. Ces traîneaux
+prennent divers noms, selon qu’ils servent aux voyageurs
+ou aux marchandises. Ils ont la forme d’une corbeille de
+trois pieds de long sur un pied de large. On étend
+une peau d’ours sur le siége. La légèreté de ces voitures
+est telle, qu’elles pèsent à peine six livres.</p>
+
+<p>On emploie aussi les rennes qu’on attèle deux à deux.
+Ces animaux sont dressés à courir nuit et jour pendant
+trois heures consécutives, puis on les détèle, pendant
+une heure, pour les faire reposer et les laisser paître.
+Au bout de ce tems elles repartent avec la même ardeur,
+et achèvent ainsi leur route avec une extrême
+diligence.</p>
+
+<p>Près de la Léna, les postes se comptent par stations.
+Celles-ci sont de 30, 40, 50 et même de 80 werstes.
+Les frais de poste n’en sont pas pour cela plus considérables ;
+un homme se paie comme un cheval. Qu’on juge
+de la peine des malheureux condamnés à faire le service
+de la poste, c’est-à-dire, à traîner les bateaux
+d’une station à l’autre, dans l’espace de 1200 werstes.
+Cette terrible corvée fait la punition des exilés et des
+malfaiteurs ; ils partagent ce travail avec des chevaux.
+Le seul soulagement que cet affreux métier vaille à ces
+forçats, se réduit à quelques mesures de farine que le
+gouvernement leur accorde.</p>
+
+<p>Les Russes qui voyageaient par ordre de la cour, sur
+les frontières de la Sibérie, où les maîtres de poste le
+<span id="p113" class="pagenum">-113-</span> plus souvent ne savent pas lire, étaient munis, autrefois,
+d’un passeport tout particulier. Il consistait en
+cordes passées au travers d’un sceau, auxquelles on
+faisait des nœuds, de sorte que les maîtres de poste,
+pour connaître le nombre de chevaux qu’ils devaient
+fournir, n’avaient qu’à compter les cordes et les nœuds.</p>
+
+<p>La poste ne sert en Pologne que pour les lettres et
+paquets. Elle fut établie par ordre de la république,
+sous le règne de Ladislas IV. Avant ce tems, les ordres
+du roi étaient portés par les gentilshommes de
+la cour, qui se faisaient donner des voitures par les
+Starostes.</p>
+
+<p>Il faut porter tout avec soi, quand on voyage dans
+ce pays, soit en chaises ou en chariots. C’est dans ces
+derniers que les grands seigneurs font placer leurs effets.
+La construction de routes ferrées y est achevée sur un
+espace de plus de 66 milles d’Allemagne. Celle des
+routes de Varsovie aux frontières de la Prusse le sera
+incessamment, et offrira sur cette ligne, qui traverse
+toute la largeur du royaume depuis Kalish jusqu’à Brzesc,
+60 milles d’une communication non interrompue, ce
+qui rendra les relations plus faciles et moins coûteuses,
+puisque les relais de poste et de roulage emploient déjà
+moitié moins de chevaux qu’auparavant. Il y a eu des
+constructions semblables dans les palatinats de Cracovie,
+de Lublin, de Ploclk et d’Augustow ; on remarque
+encore celle de 523 ponts, parmi lesquels celui de Z’lotorya,
+réunissant sur la Narew les limites de l’empire et
+du royaume, a été fait aux frais communs des deux
+gouvernemens.</p>
+
+<p>Les lettres pour la Russie et les provinces qui en dépendent,
+expédiées de France, peuvent être affranchies,
+mais non pas jusqu’à destination, tandis que celles de
+l’intérieur de l’empire ne peuvent y circuler sans être
+soumises à l’affranchissement.</p>
+
+
+<h3>TURQUIE D’EUROPE ET AUTRES PROVINCES
+MÉRIDIONALES.</h3>
+
+<p>Dans la Turquie d’Europe, en Valachie et en Moldavie,
+les voitures le plus en usage parmi les personnes
+riches, sont les calèches allemandes, qu’on fait venir à
+grands frais de Vienne.</p>
+
+<p><span id="p114" class="pagenum">-114-</span> La manière de voyager dans ces contrées est tellement
+expéditive, que celle d’aucune autre nation ne
+peut lui être comparée. L’organisation des postes y est
+assez bonne : ceci ne doit s’entendre que des chevaux,
+car, pour le reste, il n’y a rien de pire. Au lieu de chaises
+on ne trouve que des chariots incommodes auxquels on
+attèle avec des cordes quatre chevaux guidés par un
+postillon, lesquels partent au grand galop, et ne s’arrêtent
+ni ne ralentissent le pas qu’à la poste suivante ;
+quelque tems avant d’y arriver, le postillon s’annonce
+par les claquemens de son fouet, et aussitôt un nouveau
+chariot, conduit par d’autres chevaux, se trouve
+prêt et ne cause aucun retard aux voyageurs.</p>
+
+<p>Les préposés pour l’entretien des routes se nomment
+<i>sermiens</i> : celle de Vienne à Constantinople est bien
+ferrée.</p>
+
+<p>Les maîtres de poste fournissent les chevaux et les
+hommes assujettis à cette corvée qui leur tient lieu d’impôt.
+On trouve souvent un pandour à la tête des relais.
+Lorsque le maître de poste ne peut fournir les chevaux
+nécessaires à la course, les habitans sont tenus d’y suppléer
+à leurs frais, car on a, dans la Moldavie, la barbare
+coutume de s’emparer, pour le service public, de
+tout ce qui se rencontre, bœufs, chariots, chevaux, etc.,
+sans rien payer. On les enlève aux paysans dans les villages,
+aux voyageurs sur les grands chemins, aux
+étrangers même qui se trouvent sur la route, et on ne
+les leur rend que lorsqu’on n’en a plus besoin, en supposant
+que les voitures ne soient pas brisées et les chevaux
+crevés de fatigue.</p>
+
+<p>Sous la dénomination commune de tartares, sans distinction
+d’origine, on comprend les courriers de ces
+contrées, où le service de la poste aux lettres se fait
+assez régulièrement. Celui de la poste aux chevaux cesse
+à Andrinople. On ne peut continuer sa route jusqu’à
+Constantinople, qu’au moyen de marchés particuliers
+avec les propriétaires de chevaux ; ce qui devient arbitraire
+et coûteux. Les courriers sont ordinairement accompagnés
+de janissaires. Les postes ne se comptent
+plus aussi par milles, mais par la distance de chemin
+qu’un chameau peut parcourir en une heure.</p>
+
+<p>A Constantinople, on loue un bateau comme ailleurs
+<span id="p115" class="pagenum">-115-</span> on louerait une voiture. Ces embarcations élégantes,
+ornées de sculpture et de dorures, sont conduites avec
+une adresse remarquable par les matelots turcs.</p>
+
+<p>L’affranchissement est de rigueur pour tous ces lieux.</p>
+
+
+<h3>PAYS-BAS.</h3>
+
+<p>L’organisation des postes y a varié souvent depuis
+l’époque où ces provinces ont cessé d’être régies par les
+princes de la maison de Taxis. En 1807, la Hollande
+était divisée en cinq arrondissemens. Les cinq directeurs
+particuliers qu’on y avait placés, dépendaient d’un directeur-général
+des postes, auquel étaient adjoints trois
+conseillers et un secrétaire-général. Le tarif de France,
+qu’on avait adopté pour la taxe des lettres, y est encore
+en usage.</p>
+
+<p>Les bâtimens destinés au transport des dépêches,
+des marchandises et des voyageurs, se nomment <i>treckschuyten
+de Beurtschipen</i> : ils font quatre milles à l’heure.
+Les Hollandais calculent la route de leurs embarcations,
+non par le nombre de milles parcourus, mais par celui
+d’heures écoulées. Des chevaux les tirent le long des
+canaux, et sont conduits par des jeunes gens appelés
+chasseurs (<i>hitjagertje</i>), qui portent, au lieu d’un cornet
+de poste, une corne de bœuf pendue à l’épaule, dont
+ils se servent, soit pour donner le signal du départ,
+soit pour faire lever les ponts qui se trouvent sur les
+canaux, soit, enfin, pour avertir les bateaux qui pourraient
+se trouver sur leur passage de se tenir sur le
+côté opposé du canal. Ce moyen rend les communications
+de l’intérieur très-faciles. Le gouvernement, aux
+frais duquel ces bâtimens sont entretenus, exige qu’ils
+marchent avec une ponctualité extraordinaire.</p>
+
+<p>S’il en coûte peu pour voyager de cette manière, il
+n’en est pas ainsi des chaises de poste<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a> On paie ordinairement 36 florins pour sept chevaux, depuis
+Breda jusqu’à Gorcum, et trois florins et demi par cheval, de
+Gorcum à Utreck.</p>
+</div>
+<p>Cette sorte de voiture a la forme d’une calèche couverte
+et très-courte, ayant, au lieu de timon, une
+pièce de bois semblable à une corne ou à un arc, placée
+entre les roues de devant, et sur laquelle le conducteur
+s’appuie les pieds pour donner à la voiture, par cette
+<span id="p116" class="pagenum">-116-</span> pression, la direction nécessaire dans les chemins plats.
+Les chevaux ne sont attelés qu’avec des cordes, et l’on
+en met souvent trois de front. Si l’on descend un pont
+dont la pente est rapide, le voiturier place les pieds
+sur la croupe de l’un des chevaux, et retient ainsi la
+voiture tout le tems convenable.</p>
+
+<p>Les voitures, dont on fait usage à Amsterdam, sont,
+ou des carrosses de louage à 4 roues, ou des cabriolets
+à deux roues et à deux chevaux, ou, enfin, des <i>schleen</i>,
+c’est-à-dire des caisses de voitures posées sur un traîneau
+et tirées par un cheval.</p>
+
+<p>Le service des postes, qui se fait en grande partie par
+eau<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>, ne peut que devenir plus régulier par l’établissement
+des bateaux à vapeur<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a> Beaucoup de maisons de campagne ont une petite boîte en
+bois, placée près des canaux, où l’on jette en passant les lettres et
+paquets adressés à ceux qui y résident.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a> C’est en 1824 que la société des bateaux à vapeur a été installée à
+Rotterdam. Peu de tems après, le bateau destiné à la correspondance,
+entre Amsterdam et Utreck, a commencé son service. La
+distance de l’une de ces villes à l’autre est de huit lieues, et le trajet
+se fait, dit-on, en trois heures et demie. Plusieurs bateaux ont été
+employés successivement depuis aux communications intérieures, et
+à naviguer entre la Hollande et Hambourg. Celui établi sur le Rhin,
+s’appelle le Colonais. Il est en fer ; sa force est égale à celle de cent
+chevaux, sa capacité a celle de 60 à 80 lastes, et sa profondeur dans
+l’eau est de trois pieds et demi. Il met 4 ou 5 jours pour se rendre
+à Cologne. Le Zeew, autre bateau à vapeur, est destiné pour les relations
+entre Anvers et Cologne.</p>
+
+<p>Peu de tems après, cette même société tint une assemblée générale
+d’actionnaires, et nomma l’administration qui doit régir cette nouvelle
+association. Elle a déjà donné beaucoup d’extension à son entreprise,
+et augmenté son capital d’un million de florins.</p>
+</div>
+<p>Si les canaux facilitent si utilement les moyens de
+correspondre, les routes de la Hollande n’y contribuent
+pas moins. Elles sont superbes, plantées de plusieurs
+rangées d’ormeaux et couvertes de voitures de toute espèce.
+Le produit des taxes prélevées aux barrières, qui
+y sont établies, sert à les entretenir. La surface
+plane de la Hollande contribue beaucoup à leur solidité
+et à leur propreté. Il n’en est pas ainsi des chemins vicinaux,
+à peine praticables dans la plus belle saison.</p>
+
+<p><span id="p117" class="pagenum">-117-</span> On raconte, comme un trait de la simplicité des
+mœurs des habitans de la Haye, que, lorsque Louise de
+Coligny vint épouser le prince Guillaume, les magistrats
+de la ville lui envoyèrent un chariot de poste ouvert,
+dans lequel elle fit son entrée, croyant sans doute remplacer,
+par l’accent du cœur, les vaines solennités d’une
+froide étiquette.</p>
+
+<p>Ou emploie fréquemment les chiens à traîner des
+charrettes chargées de provisions et de marchandises.
+Les chèvres, attelées à de petites voitures, transportent
+aussi de très-lourds fardeaux. On est étonné du poids
+que ces animaux font mouvoir, et de la docilité qu’ils
+montrent dans un exercice qui semble si peu approprié
+à leur force et à leur conformation.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ce royaume est volontaire.</p>
+
+
+<h3>DE LA SUÈDE, DE LA NORWÈGE, DU DANNEMARCK
+ET DE QUELQUES AUTRES PARTIES
+DU NORD.</h3>
+
+<p>Dans le Holstein on a un soin extrême des chevaux.
+Les voituriers et les cochers sont toujours pourvus de
+deux couvertures dont ils s’enveloppent eux-mêmes
+pendant la route, et dont ils couvrent leurs chevaux
+lorsqu’on s’arrête, quoique ce soit la partie de l’Allemagne
+où on les charge le moins.</p>
+
+<p>Le péage du Sund est une des branches du revenu du
+Dannemarck. Il y a des fanaux établis pour les endroits
+dangereux ; d’autres feux brillent en divers lieux de la
+côte pour guider les voyageurs dans les nuits obscures et
+orageuses.</p>
+
+<p>Le passage du Belt est d’un demi-mille ; on le fait en
+très-peu de tems. Il y a dans le grand Belt deux postes
+télégraphiques, et il est permis aux voyageurs de s’en
+servir, pour accélérer leur marche, en faisant préparer
+les relais d’avance. Dans ce cas, ils paient 24 schellings
+lubs pour chacun des deux inspecteurs. C’est à ce seul
+usage que s’est réduit l’emploi de ce genre de télégraphe,
+qui n’a pu être étendu à cause de son imperfection.</p>
+
+<p>En Dannemarck, comme en Prusse, les routes sont
+assez mauvaises ; il n’y a d’autre différence que celle du
+droit de barrière qui n’y est pas introduit. Mais les
+<span id="p118" class="pagenum">-118-</span> paysans ont à leur charge la réparation des chemins,
+des ponts, et doivent fournir des chevaux et des voitures
+au roi, à ses ministres ou à ses grands officiers
+lorsqu’ils voyagent.</p>
+
+<p>Il est accordé, par le réglement, une heure au maître
+de poste pour apprêter ses chevaux : on n’attend jamais
+au-delà. Les postillons sont très-actifs. Ils ont une feuille
+qu’ils doivent présenter aux maîtres de poste, lorsque
+ceux-ci l’exigent, où l’heure du départ est indiquée
+ainsi que les plaintes qu’on a pu porter contr’eux.</p>
+
+<p>Le prix des chevaux<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a> varie quelquefois. Il est communément
+de 16 schellings par mille et par cheval.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a> Ceux de Seeland sont très-renommés. Dans l’île de Fionie,
+en été, on ne paie que 10 shellings par cheval ; mais, en hiver, on
+donne quelques schellings de plus. Il y a en outre les droits de barrières
+de 2 schellings par mille.</p>
+</div>
+<p>Le revenu des postes qui, depuis le roi Frédéric VI,
+entre dans la caisse du roi, monte à 200,000 rixdalers
+et même au-delà.</p>
+
+<p>La poste, en Norwège, est une institution qui ne
+remonte pas plus haut que 1783. Les bureaux de poste
+étaient communément chez les pasteurs, qui ouvraient
+les paquets et prenaient les lettres appartenant à leurs
+districts : ils en tenaient note sur des registres destinés
+à cet usage.</p>
+
+<p>Les cabriolets, dans cette partie, sont dans le genre
+italien et très-jolis : les femmes les conduisent elles-mêmes
+avec beaucoup de grâce et de facilité sur les
+routes généralement très-belles.</p>
+
+<p>En Suède, tout paysan est postillon ; il n’est pas
+même un enfant qui ne soit en état de mener une voiture.
+La nécessité lui en fait une loi, puisqu’il n’existe
+pas de relais, et que, obligé de fournir les chevaux
+pour le transport des dépêches et des voyageurs, il est
+contraint, par la même raison, de les conduire.</p>
+
+<p>Quand un voyageur arrive à une station de poste, on
+prévient le paysan dont le tour est venu de marcher. Celui-ci
+le conduit à un mille ou deux milles (3 ou 6 lieues),
+d’après la distance où il se trouve lui-même de son habitation.
+Un autre le remplace ; c’est ainsi qu’il parvient
+à sa destination. Pour éviter les retards qu’entraînerait
+<span id="p119" class="pagenum">-119-</span> naturellement cette manière de voyager, il est d’usage
+de se faire précéder 5 ou 6 heures d’avance par un
+messager. En prenant cette précaution, on peut parcourir
+de grandes distances sur les routes de la Suède, comparables
+à celles de l’Angleterre par leur solidité et leur
+agrément.</p>
+
+<p>Il est peu de pays où l’on voyage à meilleur marché
+qu’en Suède. Mais, pour prévenir les inconvéniens causés
+par les cordes qui servent à attacher les chevaux, et
+qui ont besoin d’être renouvelées souvent, il faut se précautionner
+de harnois. On n’a pas d’ailleurs le choix
+des moyens de transport, puisque le royaume est encore
+privé de la ressource des voitures publiques.</p>
+
+<p>Le gouvernement est instruit très-exactement de tout
+ce qui concerne les voyageurs, qui sont tenus d’inscrire
+sur le dagbok, qu’on leur présente à chaque station,
+leurs noms, leurs professions, le lieu d’où ils viennent,
+celui où ils se rendent, le nombre de chevaux qu’ils
+prennent, et les plaintes qu’ils ont à faire du postillon.
+Ce livre est remis tous les mois aux gouverneurs de
+chaque province.</p>
+
+<p>Tous les passages des rivières sont servis, en été,
+par des bateaux courriers ; en hiver, par des traîneaux
+et des chevaux. Il y a des espèces de télégraphes établis
+pour ces divers services.</p>
+
+<p>Le service de la poste se fait aussi en Suède par deux
+bateaux à vapeur, l’un établi entre Christiana et Christiansand,
+et l’autre entre Fredericsvaern et l’île de
+Suland.</p>
+
+<p>En 1796, on augmenta le prix des chevaux. Ils coûtaient
+4 schellings : ce prix fut doublé. Du reste, il
+varie suivant les lieux<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>. Les chevaux suédois, quoique
+petits et maigres, courent avec vîtesse et font un mille
+à l’heure.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a> On paie 16 schellings à Stockholm, et 12 sch. dans quelques
+autres villes.</p>
+</div>
+<p>On compte déjà plusieurs bateaux à vapeur<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a> dans
+<span id="p120" class="pagenum">-120-</span> ce royaume, où de grands travaux<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>, entrepris dernièrement,
+ont contribué à multiplier les relations intérieures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a> M. Owen vient d’inviter le public à un voyage de plaisir dans
+son bateau qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il abordera à Penlenhost
+et y restera 6 jours pour jouir des fêtes qui s’y célèbrent tous
+les ans pour l’impératrice mère. Ce voyage durera trois semaines.
+Chaque passager paiera cent écus de banque de Suède ; il pourra demeurer
+tout le tems du voyage dans le bateau.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a> Le total des journées pour ces divers ouvrages d’utilité publique,
+dont les six septièmes ont été faits par l’armée, s’est élevé
+à 7,758,899 journées.</p>
+</div>
+<p>Les chemins établis à travers les Fjalls (montagnes
+qui séparent la Suède de la Norwège), les routes, l’une
+par le Jutland, l’autre par la province de Daulwand,
+et la troisième par celle de Wermland, qui facilitent
+de nouvelles communications, ont été achevées en 1823 ;
+et un grand pont de bateaux a été jeté sur un bras de
+mer nommé le Semsund, situé sur les frontières de la
+Norwège et de la Suède.</p>
+
+<p>On évalue à peu près à 418,000 francs le revenu que
+les postes rendent au roi.</p>
+
+<p>Ce service recevra une grande amélioration, si le
+projet proposé par M. Kemner, négociant à Stockholm,
+et adopté par le gouvernement, d’établir une petite-poste
+à l’exemple des principales capitales de l’Europe, se
+réalise.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ces états est libre.</p>
+
+
+<h3>ANGLETERRE.</h3>
+
+<p>Les postes en Angleterre, en Irlande et en Ecosse, dépendent
+du roi. Un acte du parlement, par une exception
+unique, en avait attribué les produits au duc
+d’York, qui, depuis, occupa le trône sous le nom de
+Jacques II.</p>
+
+<p>Au commencement du siècle dernier elles étaient régies
+par un administrateur sous le titre de député. Il
+résidait à Londres, et avait sous lui près de quatre-vingts
+officiers, dont les fonctions étaient, ou de participer
+au travail des lettres, ou d’en avoir la surveillance.
+Il n’existait alors que cent vingt-deux bureaux de
+poste. Le bureau principal de l’Irlande était à Dublin.
+A la fin du même siècle, la même administration entretenait
+170 malles-postes, 4500 chevaux, et comptait
+3000 employés chargés de la distribution des lettres
+<span id="p121" class="pagenum">-121-</span> dans l’intérieur, outre celles qui étaient transportées
+par de nombreux paquebots expédiés pour les principaux
+points du continent.</p>
+
+<p>Comme le service extérieur ne pouvait avoir lieu
+que par mer, ce député, ou grand-maître des postes,
+entretenait six bâtimens appelés paquebots, pour les
+relations établies, deux fois la semaine, avec la France,
+la Hollande et l’Irlande.</p>
+
+<p>Les améliorations survenues dans l’état des postes de
+ce royaume, s’expliquent par l’activité du peuple le plus
+industrieux et le plus commerçant de l’Europe, et surtout
+par le bon état des routes dont cette île est parfaitement
+coupée en tous sens, quoique aucune ne soit pavée<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a> Les rues des grandes villes sont seules pavées ; mais les routes
+sont bien ferrées et particulièrement bien entretenues.</p>
+</div>
+<p>Il paraîtrait, d’après l’ouvrage de M. J.-L.-M.
+Adam<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a>, qu’il se serait introduit quelques abus dans
+cette partie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a> Publié en France, en 1824, sous le titre de Remarques sur le
+Systême des Chemins.</p>
+</div>
+<p><i>Une des causes du mauvais état des routes</i>, dit-il,
+<i>vient du défaut de surveillance d’où résulte le mauvais
+emploi et le gaspillage des fonds destinés à les entretenir,
+la nécessité d’augmenter la taxe des péages, ce
+qui n’empêche pas que les commis aux barrières</i> (<span lang="en" xml:lang="en">turn-pikes</span>)
+<i>ne soient chargés de l’énorme dette de sept millions
+de livres sterlings<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a>, quoique le compte rendu
+annuellement au parlement présente, pour les péages,
+une somme de recette qui excède le revenu de l’administration
+des postes</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a> 170 millions environ.</p>
+</div>
+<p>Dès 1811, le même auteur avait présenté des considérations
+sur l’état de quelques routes abandonnées par
+les malles-postes. <i>L’ancienne méthode</i>, dit-il encore, <i>fut
+reconnue vicieuse par les savans, les ingénieurs, les
+hommes les plus intéressés aux succès de leurs recherches,
+tels que les entrepreneurs de roulage, de malles-postes,
+consultés sur cette matière délicate et importante</i>.</p>
+
+<p>Ces vérités, clairement démontrées, ont fixé l’attention
+du gouvernement anglais, toujours prêt à seconder efficacement
+<span id="p122" class="pagenum">-122-</span> les mesures qui offrent quelque utilité<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a>. Le
+systême de M. Adam (déjà connu en France et appliqué
+à quelques routes du Languedoc et du Simplon) a été
+adopté, et les routes<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>, devenues plus solides, conservent
+une surface toujours unie, sur laquelle les diligences
+roulent sans obstacles et font quatre lieues à l’heure,
+même dans les montagnes de l’Ecosse et du pays de
+Galles.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a> M. de Chambert vient d’obtenir un brevet d’invention pour
+une nouvelle méthode propre à donner au pavé des rues et des grandes
+routes une solidité, une propreté à laquelle on n’avait pu atteindre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a> Depuis le bill provoqué par M. Frenuk, celles de l’Irlande
+sont dans un état très-florissant. On croit qu’il a été dépensé en constructions
+et en réparations, en conséquence de ce bill, la somme
+énorme de plus d’un million sterling. La taxe des routes n’y est que
+la moitié de celle d’Angleterre.</p>
+</div>
+<p>C’est sous le règne de la reine Elisabeth que l’usage
+des voitures a commencé en Angleterre, et que celui des
+courses de chevaux y a été introduit. Ce goût s’y est tellement
+répandu depuis, qu’en 1767 le nombre des chevaux,
+qui était de 500 mille (Londres seulement y
+entrait pour un cinquième), peut être évalué au triple
+aujourd’hui<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a> On compte 148,788 personnes entretenant un cheval de luxe ;
+23,493 en entretenant deux ; 15,000 de 3 à 8 et 1168 qui en entretiennent
+plus de huit.</p>
+</div>
+<p>En Irlande, dit Arthur Young, on porte le nombre
+des chevaux jusqu’à la folie.</p>
+
+<p>Il n’est pas de contrée où les voitures publiques soient
+plus commodes, plus propres et plus multipliées qu’en
+Angleterre. Elles ne sont destinées que pour les voyageurs ;
+les marchandises et les effets étant transportés
+à part. On sait qu’en France on suit un autre usage.
+Aussi, nos diligences, dont le poids est énorme, quoique
+plus perfectionnées dans ces derniers tems, sont exposées
+à verser plus facilement, eu raison de la surcharge
+qui détruit l’équilibre qu’on tenterait vainement de maintenir
+dès que le plus léger obstacle se rencontre.</p>
+
+<p>A toute heure du jour il part de Londres, dans toutes
+les directions, pour les extrémités du royaume, deux
+cents voitures publiques, sans compter celles qui ne dépassent
+<span id="p123" class="pagenum">-123-</span> pas la distance de quinze ou vingt milles. Un
+même nombre y arrive dans le même espace de tems.
+On a été jusqu’à calculer que 1100 voitures de toute
+espèce passaient journellement par le bourg de <i>Southwark</i>,
+qu’on peut regarder comme un des faubourgs de
+Londres. La Tamise est couverte de bateaux de louage
+qui servent à communiquer plus facilement sur tous les
+points de cette capitale. On en fait monter le nombre à
+plus de mille. Celui des fiacres est aussi considérable<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>,
+et l’on compte plus de quatre cents chaises à porteurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a> En 1765, le nombre des voitures à 4 roues était de 12,904. En
+ce moment, il est de 26,799, indépendamment de celles à deux roues,
+qui sont de 45,856. A la première de ces époques les carrossiers de
+Londres étaient au nombre de 36 et employaient 4000 ouvriers ;
+aujourd’hui, 135 emploient 14,000 ouvriers. On compte 1000 fiacres
+à Londres.</p>
+</div>
+<p>Les Anglais, toujours habiles à profiter des inventions
+des Français et à se les approprier même, parce qu’ils les
+ont perfectionnées, prétendent qu’on leur doit l’usage
+des fiacres et des chaises à porteurs ; et que ces dernières
+ont été apportées en France par un nommé Montbrun,
+bâtard du duc de Bellegarde.</p>
+
+<p>Le transport des dépêches se fait par des voitures publiques
+ou malles-postes qu’on peut regarder comme la
+première entreprise en ce genre. Elles sont formées
+d’une caisse commode à quatre places. Une caisse suspendue,
+qui fait le prolongement de la première, sert
+de siége au cocher et contient sur le devant une partie
+des lettres et paquets destinés pour les points intermédiaires
+de la route ; le reste est déposé dans une troisième
+caisse, prolongée sur le derrière et sur laquelle est
+assis un gardien-armé. Le courrier et le gardien peuvent
+placer, chacun, deux personnes à leur côté. Huit personnes
+montent sur l’impériale, ce qui, donnant un
+total de dix-huit voyageurs, ne nuit en rien à la vîtesse
+de cette voiture qui fait trois lieues par heure. Elle est
+attelée de quatre chevaux très-beaux et très-vigoureux.
+Le service a lieu avec tant de régularité, qu’on peut
+calculer, presque à la minute, l’arrivée de la malle-poste<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>.
+A la disposition de l’impériale près, nos malles-postes
+ont beaucoup de rapport avec ces voitures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a> La malle-poste de Londres à Edimbourg fait ce trajet en 36
+heures, c’est-à-dire, plus de 10 milles à l’heure. En 1712, il fallait
+13 jours pour faire ce voyage.</p>
+</div>
+<p><span id="p124" class="pagenum">-124-</span> L’organisation actuelle du service est due à M. Palmer.
+Avant lui, le transport des dépêches et des fonds, qui
+avait lieu, par le moyen de carrioles en osier, n’offrait ni
+la sécurité ni la régularité et ni l’activité qu’on y trouve
+généralement aujourd’hui.</p>
+
+<p>Les changemens qu’il proposa en 1782, et qui furent
+adoptés par le célèbre Pitt, remédièrent à tous les inconvéniens<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>
+et n’ont point subi de modifications notables
+depuis. Il en résulta autant d’avantages pour le
+gouvernement anglais que pour M. Palmer, qui obtint
+en outre la place importante de secrétaire-général
+de l’administration à laquelle il avait donné une si heureuse
+impulsion.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a> <i>Il est bon d’observer, pour ne pas accuser les correspondans de
+négligence, qu’à cette époque la poste était beaucoup plus tardive qu’elle
+ne l’est depuis l’ingénieuse invention de M. Palmer. Quant à l’honnête
+Dinmont, comme il recevait à peine une lettre tous les trois mois, à
+moins qu’il n’eût quelques procès (car alors il envoyait régulièrement
+une fois par semaine à la poste), les paquets à son adresse demeuraient
+un mois ou deux sur la fenêtre du directeur de la poste, au milieu des
+pamphlets, des chansons, et des morceaux de pain d’épice, suivant
+l’état qu’il exerçait. D’ailleurs, on avait alors l’usage, et il n’est pas
+encore entièrement perdu, de faire voyager les lettres d’un bureau à
+l’autre, quelquefois à la distance de 30 ou 40 milles, avant de les délivrer,
+ce qui avait l’avantage de mettre les lettres sous les yeux des curieux,
+d’augmenter la recette des directeurs, et de mettre la patience
+des correspondans à l’épreuve. Il n’est donc pas surprenant que Brown
+attendit, et inutilement pendant plusieurs jours, une réponse ; et,
+malgré son économie, sa bourse était vide, lorsque le jeune pêcheur lui
+rendit la lettre qui suit.</i></p>
+
+<p class="sign">(Guy Mannering, Walter-Scott.)</p>
+</div>
+<p>Lord Chichester est directeur-général des postes anglaises,
+et sir Francis Ycelin secrétaire-général. L’hôtel
+où cette administration est établie à Londres, est un
+bâtiment remarquable. La petite-poste, ou <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>,
+fait parvenir avec célérité, dans l’étendue de la banlieue,
+tout paquet n’excédant pas le poids d’une livre, et jusqu’à
+la valeur de dix livres sterlings en argent, pour
+lesquels l’envoyeur payait un pence<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a>. C’est de là que
+venait le nom de <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>, ou poste d’un sou. Le
+bureau général répond de la perte des paquets. Ce service
+<span id="p125" class="pagenum">-125-</span> se fait huit fois par jour par six bureaux principaux,
+et plus de quatre cents petits qui leur sont
+subordonnés.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a> Aujourd’hui deux pences.</p>
+</div>
+<p>La nation est redevable de cette invention à un négociant
+nommé <i>Docwra</i>, qui, en 1680, l’exécuta à ses
+frais. Mais, lorsqu’il espérait retirer le fruit de son industrie,
+le duc d’York, à qui Charles II, comme nous
+l’avons observé, avait attribué le produit des postes,
+lui fit un procès pour avoir usurpé ses droits, et lui
+ôta le <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>. C’est aujourd’hui un revenu de l’état
+qui peut être porté à 40 mille livres sterlings environ.</p>
+
+<p>Une lettre est simple lorsqu’elle est composée d’une
+feuille de papier, quel qu’en soit le poids ou la dimension ;
+mais le port en est doublé par la plus légère addition<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>.
+On ne suit plus, comme en France, de progression
+calculée, en raison du poids et de la distance,
+avec un grand esprit de justice.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a> Une lettre sous enveloppe, au lieu d’un schelling, en paie deux,
+ne contînt-elle qu’un quart de feuille. C’est sans doute le taux élevé
+du port des lettres qui a valu à la pairie la prérogative remarquable
+d’exempter de la taxe toute lettre revêtue sur sa suscription de la signature
+d’un pair anglais.</p>
+</div>
+<p>Un paquebot, venu dernièrement des mers du Levant
+en Angleterre, apporta quelques numéros de la gazette
+grecque de Missolunghi. Le paquet ayant été taxé aux
+bureaux des postes comme lettre, le port de ces gazettes<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a>
+s’est élevé à soixante-dix-sept livres sterlings<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>.
+On juge, d’après cela, le revenu que le gouvernement anglais
+retire des postes. Il est d’autant plus considérable,
+que les dépenses qu’elles occasionnent sont couvertes
+par les recettes des voyageurs. Ce produit a reçu des
+améliorations importantes dans l’intervalle d’un siècle.
+En 1644<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>, elles rapportèrent 3,000 livres sterlings ;
+<span id="p126" class="pagenum">-126-</span> et, en 1764, le parlement les afferma 432,048 livres
+sterlings. Depuis ce tems, elles ont monté successivement
+à 700,000 livres sterlings. On prétend qu’elles
+s’élèveront à 1,500,000 livres sterlings en 1825.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a> Un compte rendu à la chambre des communes de 1815, apprend
+qu’il se distribue chaque jour à Londres 20,000 exemplaires de
+journaux du matin ; 15 à 20 mille de ceux du soir ; 22 mille autres de
+deux jours l’un ; et 70,000 le dimanche.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a> 1912 francs 50 centimes environ.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a></p>
+
+<ul><li>1644, <span class="digit3">3</span>,000 livres sterlings.</li>
+<li>1654, <span class="digit3">10</span>,000</li>
+<li>1664, <span class="digit3">21</span>,500</li>
+<li>1674, <span class="digit3">43</span>,000</li>
+<li>1685, <span class="digit3">65</span>,000</li>
+<li>1688, <span class="digit3">76</span>,318</li>
+<li>1697, <span class="digit3">90</span>,505</li>
+<li>1710, <span class="digit3">111</span>,461</li>
+<li>1715, <span class="digit3">145</span>,227</li>
+<li>1744, <span class="digit3">295</span>,432</li>
+<li>1764, <span class="digit3">432</span>,048</li></ul></div>
+<p>La poste aux chevaux n’est pas établie, comme en
+France, à des distances marquées, et les relais ne sont
+pas tenus par des maîtres de poste spécialement chargés
+de ce service. Tout aubergiste qui a une grande maison
+est maître de poste, moyennant un droit de licence annuel
+calculé sur le nombre de chevaux et de voitures
+qui lui appartiennent. Il loge et transporte à la fois les
+voyageurs. Les postillons sont ordinairement des jeunes-gens
+de 16 à 18 ans ; leur costume est élégant, et leur
+équipage est leste et d’une propreté remarquable. Ils
+sont, dit-on, généralement polis : cette qualité les distingue
+encore de leurs semblables chez lesquels on la rencontre
+rarement ailleurs.</p>
+
+<p>Des bornes milliaires sont établies sur les routes pour
+en marquer exactement la division. Les frais de poste
+se paient selon la quantité de milles parcourus<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a>, dont
+trois font à peu près une lieue de France.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a> En 1755 on payait 9 sous d’Angleterre, par chaque mille, pour
+une chaise de poste et deux chevaux ; et l’on donnait 6 sous d’Angleterre
+au palefrenier qui attelait les chevaux à la chaise, et un
+schelling au postillon. Ces voitures sont légères, à 2 places, et suspendues
+sur ressorts avec des portières à glaces. Aujourd’hui, le prix
+le plus modique, pour cette manière de voyager, est d’un schelling
+par mille, par couple de chevaux, et même de 15 à 18 pences. Qu’on
+ait une voiture, ou qu’on en prenne une à la poste, cela n’influe en
+rien sur le prix. On paie communément, d’une poste à l’autre, plus
+de milles anglais que n’en porte le livre de poste. Cette différence
+provient de la colonne milliaire qui n’est pas toujours placée au relais.</p>
+</div>
+<p>Quelles ressources l’Angleterre n’a-t-elle pas retirées
+des machines à vapeur perfectionnées par James Watt,
+qui en fit la première expérience en 1790. Elles représentent
+aujourd’hui une puissance de 320,000 chevaux,
+égale à celle de 1,834,000 hommes, d’où il suit que, si
+<span id="p127" class="pagenum">-127-</span> l’on n’employait pas en Angleterre ce moteur, et que l’on
+voulût produire une quantité d’objets manufacturés égale
+à celle qu’on obtient, il faudrait non-seulement augmenter
+la population de 2 millions d’hommes environ,
+mais il faudrait encore dépenser en fabrication, outre
+les dépenses actuelles, une somme effrayante de plus de
+6 milliards. Ce procédé a été appliqué à la navigation,
+et les bâtimens qui transportent les dépêches sont des
+bateaux à vapeur. Le trajet de Douvres à Calais<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a> se
+fait ordinairement en trois heures. Les paquebots à vapeur
+sont de jolis bâtimens, du port de 60 à 80 tonneaux,
+qui abordent en France, à Calais, à Boulogne
+et à Dieppe ; en Allemagne, à Emden et Cuxhaven ; et,
+en Hollande, à Ostende<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a> et à Hellevoetsluys.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a> 25,633 pas géométriques.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a> Ce trajet se fait en 16 heures. Celui de Londres à Cuxhaven a
+été fait, par le bateau à vapeur le Hylton Joliffe, en 82 heures. La
+distance est de 160 lieues.</p>
+</div>
+<p>M. Harisson Wilkinson est auteur d’un projet qui,
+s’il réussit, promet des avantages incalculables pour la
+grande navigation, en employant la machine à vapeur
+perfectionnée par Perkins, qui n’exige qu’une très-petite
+quantité de charbon. Il pense qu’on pourrait communiquer
+facilement avec les Indes Orientales par le Cap-Bonne-Espérance,
+où l’on établirait un dépôt de combustibles.
+Mais son principal but est d’y arriver en
+trente et un jour par la Méditerranée, et de donner à ses
+paquebots la régularité du courrier. Voici le chemin
+qu’il trace et les calculs qu’il forme sur la durée du
+trajet :</p>
+
+<div class="flex">
+<table>
+<tr><td class="drap">De Falmouth à Gibraltar,</td>
+<td class="bot r"><div>1200</div></td>
+<td class="bot">milles,</td>
+<td class="bot r"><div>5</div></td>
+<td class="bot">jours.</td></tr>
+<tr><td class="drap">De Gibraltar à Rosette,</td>
+<td class="bot r"><div>2170</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r"><div>9</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td class="drap">De Rosette à Bulac ou au Caire,</td>
+<td class="bot r"><div>110</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r"><div>1</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td class="drap">Du Caire à Suez par terre,</td>
+<td class="bot r"><div>70</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r"><div>2</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td class="drap">De Suez à Bombay par la mer rouge,</td>
+<td class="bot r bb"><div>3300</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i>,</td>
+<td class="bot r bb"><div>14</div></td>
+<td class="bot"> <i>id.</i></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="r"><div>6850</div></td>
+<td> <i>id.</i>,</td>
+<td class="r"><div>31</div></td>
+<td> <i>id.</i></td></tr>
+</table>
+</div>
+<p>Cette idée a pris de nouveaux développemens, et l’on
+pense sérieusement à la réaliser<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a> pour établir, par un
+<span id="p128" class="pagenum">-128-</span> moyen si commode et si rapide, une communication
+entre l’Angleterre et ses colonies de l’Inde.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a> Une compagnie s’est formée à Londres dans cette vue, et fait
+déjà un fonds de 300 mille livres sterlings dans lequel les négocians
+de Calcutta participent pour 10 mille livres sterlings. Ces derniers
+sont d’autant plus intéressés à la réussite de cette entreprise,
+que leurs essais dans ce genre ont eu d’heureux résultats.</p>
+</div>
+<p>Presqu’en même tems une autre compagnie, à Londres,
+s’occupait de correspondre ainsi avec les Etats-Unis.
+On présume que le trajet pourrait avoir lieu en
+moins de quinze jours. Enfin, le service des paquebots,
+entre Buenos-Ayres et l’Angleterre, est en activité.
+Il a été autorise par un décret rendu sur la proposition
+du consul-général de sa majesté britannique.</p>
+
+<p>La voiture mécanique dont nous avons parlé dans le
+cours de cet essai, comme étant mise en mouvement
+sans le secours des chevaux, cessera d’être une merveille
+à nos yeux lorsqu’on y aura adopté le feu comme
+moteur. Ce n’est encore, comme nous l’avons vu, que
+l’imitation d’un procédé tenté en France en 1763. La
+machine à vapeur appliquée, par M. Gough, aux voitures,
+produira l’effet de ces vaisseaux qui parcourent
+les mers comme par enchantement. Cette voiture fera,
+par ce moyen, deux lieues à l’heure<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>, et recevra
+plus de vîtesse quand on se sera assuré de la solidité
+du mécanisme. Un enfant suffira pour lui donner toutes
+les directions possibles.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a> Il se forme à Londres une compagnie pour la distribution du
+gaz locomotif, dont l’expérience, faite sur la diligence d’Yorck, a eu
+pour but de diminuer le poids des voitures occasionné par le charbon,
+et de donner plus d’accélération à ces voitures. M. Brown, l’inventeur,
+se regarde comme sûr de la faire rouler, tant en montant
+qu’en descendant, sur le pied de dix milles par heure, 3 lieues et
+demie. Cette méthode présente une économie de moitié sur les
+moyens employés actuellement. Il doit donc en résulter une diminution
+égale sur les places. On prétend même que chaque voyageur
+ne paiera qu’un pence [2 sous] par mille.</p>
+</div>
+<p>Dans ce siècle, si fécond en inventions de tous genres,
+on vient encore de proposer, en Angleterre, de remplacer
+l’usage des routes ordinaires par celui des chemins
+à ornières en fer, et d’employer la machine à
+vapeur au lieu de ces immenses attelages qui servent à
+transporter les hommes et les marchandises<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>. A peine
+<span id="p129" class="pagenum">-129-</span> une idée nouvelle est-elle mise au jour, qu’elle ne tarde
+pas à subir des développemens considérables ; et l’on voit
+que cette invention, bornée d’abord à de simples voitures
+va s’étendre à celles destinées à toute espèce de
+transports<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>. La distance de Londres, aux principales
+villes de l’Angleterre, serait réduite d’un quart et même
+d’un tiers, par des chemins en fer dans une ligne directe,
+et dégagée des nombreuses sinuosités qu’il faut
+<span id="p130" class="pagenum">-130-</span> suivre. La poste de la capitale à Manchester, Liverpool
+et Leeds, arriverait en 12 heures, et il ne lui faudrait
+pas 24 heures pour atteindre Glascow et Edimbourg.
+Combien n’abrégerait-on pas encore ces voyages par
+les ponts suspendus à des chaînes en fer, tel que celui
+de la vallée de Tewd.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a> On peut juger de la supériorité de ces routes sur les autres,
+par le tableau des efforts que doivent faire les chevaux, suivant la
+nature de chacune d’elles. On suppose une voiture à 4 roues, chargée
+de 8000 livres pesant, sur une route bien entretenue, que 3 chevaux
+traîneraient lorsqu’il en faudrait 25 sur une route dégradée.</p>
+
+<p>Route en fonte coulée, 1/4 de cheval.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en pavés de dalles très-unies, 2 chevaux et 1/2.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en pavé de grès, 3 chevaux.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en blocaille raboteuse, 6 chevaux.</p>
+
+<p><i>Id.</i> En terrain naturel crayeux, 15 chevaux.</p>
+
+<p><i>Id.</i> en terrain argileux, 25 chevaux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a> Tous les journaux [oct. 1825] s’accordent à dire que l’ouverture
+de la route en fer de Darlington à Stockton [comté de Durham] vient
+d’avoir lieu un grande pompe. Une grande quantité de chariots
+chargés, les uns de houille, les autres de farine, d’autres enfin
+d’ouvriers et de curieux, sont arrivés, traînés par des chevaux, au
+bas du plan incliné que forme la première portion de la route. Là,
+les chevaux ont été dételés. Au haut du plan incliné, dont la longueur
+est d’une demi-lieue, on a établi, à poste fixe, deux machines
+à vapeur, chacune de la force de 30 chevaux, destinées à
+faire monter les chariots. 12 chariots, chargés chacun de deux
+tonneaux [quatre milliers] de houille, et un treizième portant une
+grande quantité de sacs de farine, et tous les 13, en outre, couverts
+d’autant d’hommes qu’on avait pu en placer, atteignirent le sommet
+de la route en 8 minutes. Arrivés là, ils furent attachés, à la queue
+les uns des autres, à la machine à vapeur locomotive, qui devait les
+tirer dans la descente. D’autres chariots, montés de la même manière,
+furent attachés à la suite de ceux-ci ; et, dans le milieu de la
+file, on plaça la voiture du comité de l’entreprise, nommée l’<i>Expérience</i>,
+destinée par la suite à transporter des voyageurs ; elle est de
+l’espèce de celle qu’on appelle <span lang="en" xml:lang="en">longcoach</span>, où les voyageurs sont
+assis face à face sur les deux côtés. Elle en peut contenir 18. Le
+nombre total des voitures que devait tirer la machine à vapeur locomotive,
+était de 34, sur l’une desquelles était un corps de musiciens.
+Toutes étaient couvertes d’hommes et décorées de drapeaux portant
+diverses devises, et principalement celle de la compagnie : <i lang="la" xml:lang="la">periculum
+privatum utilitas publica</i>. A un signal donné, cette file de voitures se
+mit en mouvement aux acclamations de la multitude assemblée pour
+être témoin de ce spectacle aussi nouveau qu’étonnant, et parcourut
+d’abord la route jusqu’à Darlington, où l’on remit de la houille dans
+les fourneaux et de l’eau dans les bouilloires, et ensuite jusqu’à
+Stockton, avec une vîtesse moyenne de 10 à 12 milles [de 2 lieues
+et demie à 3 lieues] à l’heure.</p>
+
+<p>Des cavaliers, montés sur d’excellens chevaux de chasse, et courant
+par dessus haies, et fossés des deux côtés de la route, ne purent
+suivre le convoi. La charge des chariots traînés par la machine locomotive
+était d’environ 80 tonneaux [160 milliers], et l’on pense
+qu’il y avait au moins 700 personnes sur ces voitures quand elles arrivèrent
+à Stockton. Au plus fort de la descente, la vîtesse alla jusqu’à
+15 ou 16 milles [plus de 5 lieues] à l’heure. La fête se termina
+par un grand banquet.</p>
+</div>
+<p>Puisse cette nouvelle conquête de l’esprit humain dans
+l’emploi d’un moteur devenu si puissant par l’action
+du feu contenue dans de justes bornes, ne pas s’étendre
+indéfiniment à toutes les branches de l’industrie, et ne
+pas nuire à la population de certains états qui s’accroît
+dans une proportion si forte.</p>
+
+<p>Une nouvelle preuve de l’instinct des pigeons<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a>
+viendrait, s’il en était besoin, à l’appui des exemples
+que nous avons cités dans plusieurs passages de cet essai.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a> L’introduction clandestine des bijoux fabriqués en France,
+auxquels les Anglais accordent une préférence marquée, tant à
+cause de leur perfection que de leur prix modéré, éveillait inutilement
+la surveillance de la douane. L’usage s’en répandait de
+plus en plus, malgré une sévère prohibition. On reconnut enfin,
+dit-on, et non sans peine, que ces fraudeurs si long-tems à l’abri
+de toute recherche étaient des pigeons. On les lançait des côtes
+de France vers celles d’Angleterre ; en leur attachant au cou les
+objets destinés à être recueillis par les personnes instruites de leur
+message. Cette ruse en fit naître une nouvelle. Les commis, désespérés
+de pouvoir atteindre dans l’air ces oiseaux maraudeurs, s’avisèrent
+de dresser des faucons à les poursuivre et à s’en emparer. Une
+fauconnerie fut bientôt autorisée pour mettre fin à cette introduction
+nuisible à l’industrie anglaise, ou pour en diminuer considérablement
+les inconvéniens.</p>
+
+<p>On prétend qu’un bon fauconnier doit dresser un oiseau dans
+un mois. On y parvient en faisant veiller et jeûner le faucon,
+en lui couvrant les yeux, et en ne lui rendant le jour que lorsqu’on
+lui montre l’appât, en lui vidant l’estomac pour augmenter sa
+faim, en lui plongeant la tête dans l’eau lorsqu’il est trop revêche.</p>
+</div>
+<p>En France, comme en Angleterre et dans tous les
+<span id="p131" class="pagenum">-131-</span> pays, il est des époques de l’année où les recettes des
+postes subissent des modifications. Cela tient à des considérations
+locales. En Angleterre, par exemple, à la
+fête de Saint-Valentin, qui répond à notre premier
+de l’an, on prétend que l’administration des postes, à
+Londres, est forcée d’augmenter le nombre de ses facteurs.
+On en attribue la cause à la multitude de lettres
+qui parviennent par la petite-poste, dont les produits
+sont immenses à cette époque.</p>
+
+<p>Les Anglais se servent, pour leurs avis maritimes,
+d’une machine à signaux très-perfectionnée. C’est à
+Jacques II qu’ils doivent les améliorations les plus importantes
+qui y ont été apportées. Ce prince, par suite
+d’une longue expérience, rendit l’utilité de cette espèce
+de télégraphe incontestable. Mais cette machine ne peut
+entrer en aucune comparaison avec celle qu’on emploie
+en France.</p>
+
+<p>L’Ecosse, qui conserve toujours les traces de ses mœurs
+et de ses coutumes antiques, nous offre une nouvelle
+occasion de parler des signaux par le feu. On les emploie
+avec beaucoup d’efficacité dans ces montagnes si propres
+à favoriser cette manière de s’entendre et de communiquer
+au loin, en peu d’instans, les avis de la plus
+haute importance.</p>
+
+<p>Quand un chef voulait convoquer son clan ou tribu
+dans un pressant danger, il tuait une chèvre, et, taillant
+une croix de bois, en brûlait les extrémités pour
+les éteindre dans le sang de l’animal. C’était ce qu’on
+appelait la croix du feu, et aussi crean tarigh, ou croix
+de la honte, parce qu’on ne pouvait refuser de se rendre
+à l’invitation qu’exprimait ce symbole, sans être voué à
+l’infamie. La croix était confiée à un messager fidèle et
+agile à la course, qui la portait sans s’arrêter jusqu’au
+village voisin, où un autre courrier le remplaçait aussitôt :
+par ce moyen, elle circulait dans la contrée avec
+une célérité incroyable.</p>
+
+<p>A la vue de la croix du feu<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a>, hommes, enfans,
+vieillards, depuis l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 60 ans,
+<span id="p132" class="pagenum">-132-</span> étaient obligés de se trouver, à l’instant, armés au lieu du
+rendez-vous : celui qui y manquait souffrait le double
+supplice du fer et du feu ; sa désobéissance était marquée
+par les signes emblématiques de la croix.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a> La croix du feu est un usage commun aux montagnards et
+aux anciens Scandinaves.</p>
+</div>
+<p>Pendant les guerres civiles de 1745 et 1746, la croix
+du feu parcourait fréquemment l’Ecosse, et elle traversa
+un jour, en trois heures, tout le district de Breadalbane,
+c’est-à-dire une étendue de pays de 32 milles.</p>
+
+<p><i>Feu Alexandre Stuart, écuyer, m’a raconté</i>, dit
+Walter-Scott, <i>qu’il envoya lui-même la croix du feu à
+cette époque. La côte était menacée par des frégates
+anglaises, et l’élite de notre jeunesse était en Angleterre
+avec le prince Charles Edouard. Cependant, cette convocation
+fut si efficace, qu’au bout de quelques heures
+on vit sous les armes une troupe très-nombreuse et pleine
+d’enthousiasme. Dès ce moment, le projet de faire diversion
+dans la contrée fut abandonné par les Anglais
+comme une entreprise désespérée</i>.</p>
+
+<p>Les carrosses et chaises de poste fabriqués à Edimbourg
+sont renommés ; on en exporte beaucoup pour
+Saint-Pétersbourg.</p>
+
+<p>Les lettres pour les trois royaumes et les colonies qui
+en dépendent, doivent être affranchies.</p>
+
+
+<h3>ESPAGNE.</h3>
+
+<p>L’organisation des postes espagnoles changea lorsqu’un
+petit-fils de Louis-le-Grand, Philippe V, fut appelé à
+la couronne, et le titre de grand-maître, dont jouissaient
+les princes de Taxis, fut transmis par la réunion de
+cette charge au domaine royal, au comte d’Ognate,
+qui la posséda à titre d’office. Mais les postes, mises à
+ferme à-peu-près à la même époque qu’en France,
+passèrent sous la direction du marquis de Monte-Sacro.</p>
+
+<p>Elles étaient entretenues alors avec plus de soin de
+Madrid à Bayonne, et sur tous les points qui communiquent
+avec la France, que dans tout le reste du
+royaume. On leur a donné depuis une forme plus régulière,
+et le service actuel se fait avec assez d’activité
+entre la capitale et les provinces les plus reculées.</p>
+
+<p>C’est dom Narcisse de Heredia<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a>, comte d’Ofalia,
+<span id="p133" class="pagenum">-133-</span> qui est surintendant-général des courriers et postes d’Espagne
+et des Indes, et M. Melgar directeur-général.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a> Regines de los Reos, chevalier grand-croix de l’ordre américain
+d’Isabelle la catholique, numéraire de l’ordre royal et distingué
+de Charles III, grand’croix de l’ordre royal de la légion-d’honneur
+de France, conseiller-d’état et premier secrétaire-d’état.</p>
+</div>
+<p>Chaque province a un directeur ou un administrateur
+particulier pour tout ce qui concerne le service des
+postes. Cet agent supérieur dépend du surintendant-général.</p>
+
+<p>La surintendance-générale<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>, direction et tribunal des
+courriers, postes, chemins, auberges, et canaux, s’occupe
+des causes relatives à ces différentes parties. <i lang="es" xml:lang="es">La real
+y suprema junta de apelaciones de los juzgado de
+correos y postas</i><a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>, a l’attribution des mêmes objets
+en cas d’appel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a> Elle est composée d’un surintendant-général, de quatre directeurs-généraux,
+de deux contadors-généraux, d’un assesseur et d’un
+fiscal. Il n’y a que les deux derniers qui soient en robe rouge.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a> Se compose d’un président, de neuf membres, d’un secrétaire,
+d’un contador-général et de deux fiscaux.</p>
+</div>
+<p>Les postes sont comprises dans les recettes générales,
+et leur produit entre dans des caisses particulières : elles
+doivent rapporter beaucoup, si l’on en juge par le port
+des lettres qui est très-élevé en Espagne.</p>
+
+<p><i>La Casa de Correos</i>, ou Hôtel des Postes à Madrid,
+est construite depuis très-peu de tems, à la <i lang="es" xml:lang="es">Puerta del
+sol</i>. C’est un grand édifice carré, absolument isolé,
+d’une très-belle composition, et d’un ensemble assez
+majestueux : la cour qui en dépend est entourée d’un
+portique soutenu par des colonnes. Ce bâtiment est
+très-élevé au-dessus du sol, ce qui cause une irrégularité,
+commandée sans doute par le terrain, mais d’un
+effet désagréable. Cet édifice est néanmoins le plus bel
+ornement de la place.</p>
+
+<p>Madrid n’a pas de fiacres : ils sont remplacés par
+des carrosses de remise, et par des caléches ou brouettes
+traînées par des hommes. On y trouve cependant des
+cabriolets attelés de mules ; ils contiennent deux
+personnes, que le cocher mène assis sur l’un des brancards.</p>
+
+<p>Le transport des dépêches se fait en carrioles tirées
+par quatre mules ; les paquets sont renfermés dans
+<span id="p134" class="pagenum">-134-</span> une valise : on en ajoute une seconde quand la correspondance
+l’exige.</p>
+
+<p>C’est au comte d’Aranda qu’on doit l’amélioration des
+routes et des chaussées, <i lang="es" xml:lang="es">caminos reales</i>. Les chemins
+sont superbes, bien percés, soutenus dans les ravins
+par des murs et traversés par des ponts très-beaux et très-solides :
+il y en a même qu’on peut comparer aux
+routes d’Angleterre. Sur quelques-uns, par exemple,
+en Catalogne, on voit des colonnes milliaires.</p>
+
+<p>On se sert, pour voyager en Catalogne, comme dans
+le reste de l’Espagne, de carrosses traînés par six
+mules, qu’on appelle coches <span lang="es" xml:lang="es">de calleras</span> ; de caléches,
+espèces de cabriolets traînés par deux mules, et de
+volantes, autre espèce de cabriolets un peu plus
+petits, auxquels on n’attèle qu’une mule : ces voitures
+font à-peu-près huit lieues par jour. On court la poste
+à cheval en Catalogne ; mais on n’y trouve pas de
+chevaux pour les voitures. Les chevaux espagnols sont
+très-estimés, surtout les Andalous ; ils sont plus convenables
+à la selle qu’au carrosse : aussi ne voyage-t-on
+le plus communément qu’avec des attelages de mules.
+Celles de la Catalogne sont très-belles, et dirigées avec
+une rare intelligence. Les voituriers de cette province
+l’emportent sur ceux des autres parties de l’Espagne,
+par l’adresse et l’art avec lesquels ils guident quatre
+ou cinq mules, placées à la file l’une de l’autre. Le
+royaume de Valence est aussi très-renommé pour la beauté
+et la bonté de ces animaux. Les carrosses, les calèches
+et tous les moyens de transports y sont très-multipliés.</p>
+
+<p>Il n’y a de poste pour les voitures que de Madrid à
+Cadix, et de Madrid aux différentes maisons royales,
+elles ont été établies par le comte Florida Blanca qui
+se proposait de faire participer les principales routes de
+ce royaume à ce précieux avantage<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>. Il en est de
+même des diligences qu’il avait également établies de
+Bayonne à Madrid, dans lesquelles on payait douze
+piastres. Cette entreprise ayant entraîné des dépenses
+<span id="p135" class="pagenum">-135-</span> onéreuses pour le trésor royal, on s’en tint à cet
+essai. Mais, depuis la guerre de la délivrance, des compagnies
+ont formé des entreprises de ce genre sur plusieurs
+points. S. M. C. a fait l’acquisition d’une partie des
+malles-postes françaises employées pour faire le service
+des postes militaires. Ces voitures serviront sans doute de
+modèles à celles qu’on se propose de construire, pour rendre
+non-seulement la communication intérieure de l’Espagne
+plus facile, mais pour multiplier les relations entre les
+deux royaumes unis plus que jamais par les nœuds de
+l’amitié, plus forts encore, s’il est possible, que ceux
+de l’intérêt.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a> Toutes les cartes d’Espagne, entr’autres celles de M. Lapie,
+indiquent les routes de poste montées avec voitures, celles montées
+avec chevaux, et celles non montées.</p>
+</div>
+<p>Quant aux postes, elles sont passablement servies par
+des mules. Les voitures établies sur les routes de poste
+sont à deux et à quatre roues ; il y en a à une place qu’on
+appelle solitaires, ou cabriolets. Parmi ces voitures, il
+en est de plus propres sous la dénomination <i>de distinguées</i>,
+dont le prix, par conséquent, est plus élevé.</p>
+
+<p>Les postes ne sont point établies à des distances
+égales sur les routes, aussi, ne paie-t-on qu’en raison
+du nombre de <i lang="es" xml:lang="es">leguas</i> parcourues ; elles sont plus grandes
+que celles de France. Il faut une permission des directeurs
+ou administrateurs des postes pour avoir des chevaux,
+sans quoi les maîtres de poste, qui sont ordinairement
+des <i lang="es" xml:lang="es">venteros</i>, n’en fourniraient pas. Cette
+autorisation coûte 37 réaux et demi par personne. Les
+postes de deux <i lang="es" xml:lang="es">leguas</i> doivent être parcourues en trois
+heures ; les frais, selon le tarif, pour deux chevaux,
+compris le voyageur et le postillon<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, vont à 4 réaux
+par poste.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a> L’uniforme des postillons est bleu avec collet rouge.</p>
+</div>
+<p>En voiture<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>, la poste est obligée de mener deux
+personnes dont le bagage n’excède pas deux cents livres,
+avec deux chevaux : le prix est le même que pour un
+seul cheval. On paie 4 réaux pour une chaise de poste.
+<span id="p136" class="pagenum">-136-</span> La taxe des postillons est de 2 réaux. La <i lang="es" xml:lang="es">legua</i> revient
+à 12 réaux, mais on ne va pas très-vîte, et on fait,
+par exemple, les cent milles de Madrid à Cadix dans
+4 jours et 4 nuits.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a> Chaque voyageur qui mène avec lui sa propre voiture, doit,
+à son entrée dans le royaume, en déposer au bureau des douanes,
+d’après une estimation d’experts, le 10.<sup>e</sup> et même les trois quarts
+de la valeur. Il reçoit un certificat, et la somme qu’il a comptée
+lui est remise à la sortie, lorsqu’il quitte l’Espagne avec la même
+voiture. Cette loi est très-ancienne.</p>
+</div>
+<p>Si la facilité de voyager en voiture par la poste est
+restreinte à quelques routes, elle a lieu à cheval sur
+toutes sans exception. Ou prend souvent de préférence
+des chemins de traverse, quand on court à franc étrier.
+La première poste se paie double en sortant de Madrid
+ou des résidences royales. Le prix des chevaux varie.
+Il est de 3 réaux 4 quartillos par lieue, pour chaque
+cheval, en Castille ; mais, dans la Navarre, la Catalogne
+et le royaume de Valence, il en coûte 5 réaux
+et demi.</p>
+
+<p>L’âne ou borico sert pour les courses de peu d’étendue :
+c’est une monture incommode.</p>
+
+<p>Les voitures généralement en usage sont les <i lang="es" xml:lang="es">volantes</i>
+ou <i lang="es" xml:lang="es">calechinas</i>, espèces de cabriolets à deux roues, et
+menées par un cheval ou une mule ; les <i lang="es" xml:lang="es">calechas</i> conduites
+par deux mules, dans lesquelles on est plus à
+l’aise, quoiqu’elles soient mal suspendues, et les coches
+de <i lang="es" xml:lang="es">calleras</i> ou carrosses à 4 places, plus solides qu’élégans.
+L’allure de ces voitures, disent les voyageurs,
+est singulière, amusante, effrayante quelquefois, mais
+toujours sans danger par l’habileté des conducteurs. Les
+mules qui en forment l’attelage ne sont retenues que
+par des traits extrêmement longs, qui leur laissent la
+facilité de s’éloigner, de se rapprocher, et de parcourir
+la route sans ordre, au point de faire craindre
+à chaque instant que la voiture ne se brise dans les
+descentes ou les endroits escarpés, ou qu’elle ne verse
+dans les précipices. La voix seule du <i lang="es" xml:lang="es">mayoral</i> suffit pour
+prévenir les accidens, et ces animaux, dociles au commandement
+du guide qui les dirige, reprennent de
+suite et avec ordre le sentier dont ils s’étaient écartés.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ce royaume et ses colonies
+est forcé.</p>
+
+
+<h3>PORTUGAL.</h3>
+
+<p>Philippe II abandonna la propriété des postes de Portugal
+à la maison Gomez de Mata, dont les descendans
+possédèrent la charge de grand-maître avec tous
+<span id="p137" class="pagenum">-137-</span> les priviléges qui y étaient attachés. L’organisation de
+ce service était la même qu’en Espagne. Le transport
+des lettres s’y fait encore avec la même régularité, et
+c’est par l’intermédiaire de ce royaume que le Portugal
+reçoit les dépêches du continent. On trouve à Lisbonne
+des paquebots qui partent à époques fixes pour la
+Hollande, l’Angleterre, le Brésil, les îles des Açores,
+de Madère, et les colonies dépendantes du Portugal
+où les postes sont établies sur les bases adoptées dans
+la métropole.</p>
+
+<p>On voyage en Portugal dans des chaises de postes
+assez incommodes et toujours mal entretenues. Ce sont
+des calèches attelées de deux mulets, à 2 roues et à 2
+places. On se sert à Lisbonne de ce genre de voitures ;
+mais on y remarque plus communément des équipages
+à quatre places et à quatre mulets. Il est encore une
+autre voie qu’on peut prendre, celle des messagers qui
+conduisent à dos de mulets, monture la plus ordinaire,
+les dépêches ou les marchandises.</p>
+
+<p>Il faut affranchir toutes les lettres destinées pour le
+Portugal et ses colonies.</p>
+
+
+<h3>ITALIE.</h3>
+
+<p>Les postes des états de Sa Sainteté sont régies par
+un directeur-général, et le transport des lettres se fait
+à cheval et en voiture<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>. On a introduit depuis peu de
+tems de nouvelles améliorations dans ce service, surtout
+dans la forme des voitures, qui ont été construites en
+Allemagne, avec un soin tout particulier.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a> Le tarif des postes italiennes pour le port des lettres est de
+7 gram. 1/2 en 7 gram. 1/2. Où il n’y pas de bureau de poste
+on en trouve un d’estafette.</p>
+</div>
+<p>Mais les voituriers sont généralement préférés dans
+toute l’Italie, malgré les établissemens de messageries
+dont les Français avaient donné l’exemple pendant leur
+domination, et ceux de malles qui contenaient deux
+places, une pour le courrier et l’autre pour un voyageur.</p>
+
+<p>Rome, comme quelques autres capitales de l’Europe,
+n’a pas de fiacres ; ils sont remplacés par les carrosses
+de remise. Mais un usage, commun à toutes les principales
+<span id="p138" class="pagenum">-138-</span> villes de l’Italie, c’est de payer la poste de sortie,
+qui est considérée comme poste et demie.</p>
+
+<p>Le nombre des voyageurs qui parcourent l’Europe,
+contribue partout aux changemens heureux introduits,
+soit dans la forme des voitures, soit dans l’accélération
+de leur marche, soit enfin dans tout ce qui se rapporte
+à la facilité et à la commodité des moyens de transport.
+Parmi les travaux importans que Sa Sainteté fait exécuter
+en ce moment, pour y parvenir, on remarque la route de
+Rome à Naples par Valmontone, Formone, Ceprano et
+Capone. Cette route est de 25 milles plus courte que
+celle de Poste, qui traverse les marais Pontins.</p>
+
+<p>A Gênes, en Toscane et dans les états de l’Eglise, le
+prix pour deux chevaux de chaise de poste est de neuf
+livres de Gênes, et pour un cheval en courrier de trois
+livres.</p>
+
+<p>Les postillons sont généralement très-alertes en Italie ;
+leur service se rapproche beaucoup de celui des guides
+français et anglais.</p>
+
+<p>L’affranchissement est libre pour cette partie de
+l’Italie.</p>
+
+<p>Tout le pays dépendant de l’empire autrichien est
+soumis au mode de régie de l’Allemagne. Le service pour
+le transport des lettres a lieu comme en France, par
+des courriers en voiture ou à cheval. Les voitures dont
+on se sert, ressemblent à celles d’Allemagne ; elles n’ont
+que deux roues et se nomment <i lang="it" xml:lang="it">sedia</i>.</p>
+
+<p>Il y a deux manières de courir la poste en Italie, l’une
+est la poste ordinaire, plus coûteuse dans le Milanais,
+les états de Venise, le Piémont, la Lombardie, que
+dans la Toscane et l’Etat pontifical ; l’autre, la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span><a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>,
+plus économique, mais moins expéditive,
+parce qu’on ne peut voyager que pendant le jour, et
+qu’il est défendu de faire galoper les chevaux. On n’éprouvait
+jamais de grandes difficultés de la part des
+maîtres de poste, lorsqu’on voulait prendre cette voie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a> <span lang="it" xml:lang="it">Cambiatura</span>, voiture à deux personnes et à prix fixe.</p>
+</div>
+<p>Dans les états de Venise, si l’on courait la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span>,
+on ne payait que cinq livres et demie par cheval d’attelage
+ou de selle. Dans le Milanais, deux chevaux de
+<span id="p139" class="pagenum">-139-</span> chaise payaient un demi-sequin par poste, et un cheval
+en courrier quatre livres.</p>
+
+<p>On compte, à Venise, 9000 gondoles en activité :
+elles ont ordinairement 25 pieds de long sur 4 de large,
+et sont toutes peintes et garnies de drap de même couleur ;
+celles des personnes riches, se distinguent par une
+plus grande dimension et des ornemens plus recherchés ;
+mais, toutes se ressemblent par la forme de leur couverture,
+qui est une espèce de toit.</p>
+
+<p>L’Italie offre en général plus d’agrément et de facilité
+pour voyager que l’Allemagne. Les routes sont excellentes,
+mais les postillons importuns.</p>
+
+<p>L’affranchissement est forcé pour le pays Lombard-Venitien.</p>
+
+
+<h3>SARDAIGNE.</h3>
+
+<p>Les postes sont régies en Sardaigne, en Savoie et en
+Piémont, à peu près comme en France, avec laquelle
+ces états correspondent trois fois par semaine. Le service
+a lieu par entreprise, et le systême décimal y a été
+adopté pour la comptabilité. C’est par la Savoie<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a> que
+parviennent presque toutes les dépêches de l’Italie, destinées
+pour la France.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a> Le roi de Sardaigne comptait, en 1789, en Piémont, 30
+grandes routes.</p>
+</div>
+<p>Autrefois on courait la <span lang="it" xml:lang="it">cambiatura</span> en Piémont, mais
+cette coutume est abolie, et le prix de la poste est fixé
+ainsi qu’il suit : une voiture à quatre roues, attelée de
+trois chevaux, paie six livres ; lorsqu’il y a quatre chevaux,
+huit livres ; deux chevaux de voiture, paient
+4 livres 10, et le prix pour un cheval de selle est de
+deux livres.</p>
+
+<p>Turin n’a pas de fiacres, mais des voitures de louage
+dans lesquelles même on voyage. Les conducteurs s’appellent
+voiturins ou <span lang="it" xml:lang="it">veturini</span>. La <span lang="it" xml:lang="it">carretino</span> est une espèce
+de voiture à une seule place, ou plutôt un fauteuil :
+elle est attelée d’un seul cheval. Sa forme est celle d’un
+vase, dont le pied tient à un essieu de bois. Il est rare
+qu’on puisse courir la poste partout ce pays : on se
+sert quelquefois d’une voiture à deux roues, bien légère.
+<span id="p140" class="pagenum">-140-</span> Il faut dans ce cas, consulter les maîtres de Poste.
+Avant la route du mont Cenis, les voitures étaient démontées
+et transportées à dos de mulets, et les voyageurs
+étaient portés dans des chaises ou ramassés en traîneaux.
+Aujourd’hui on trouve, au pied du mont, un grand
+nombre de petites voitures, dans lesquelles on fait ce
+trajet, sans les inconvéniens d’autrefois.</p>
+
+<p>Pour correspondre avec la Sardaigne, on emploie des
+goëlettes armées. C’est une précaution très-sage pour
+résister aux attaques des pirates. Il serait à désirer qu’une
+semblable mesure fût adoptée par toutes les nations,
+dont le transport des dépêches a lieu par mer, et surtout
+par la Méditerranée.</p>
+
+<p>L’affranchissement pour ces pays est libre.</p>
+
+
+<h3>SUISSE.</h3>
+
+<p>Le service des postes, en Suisse, soit en régie ou à
+forfait, est pour le compte de chaque canton et sous la
+dénomination générale d’office des Postes, ou sous celle
+de régie et de direction, selon les localités. Les cantons
+qui n’exploitent pas leurs services, et cela arrive quelquefois,
+en confient l’administration aux cantons voisins.
+Les voitures employées au transport des dépêches
+servent également aux voyageurs et aux marchandises.
+Le service ne s’en fait pas moins avec une grande régularité,
+et ne laisse rien à désirer sous le rapport de
+la sûreté. Le prix des postes françaises est maintenu
+jusqu’à Gênes, et sur divers autres points.</p>
+
+<p>La manière dont la duchesse de Némours voyageait
+chaque fois qu’elle partait de Paris pour se rendre en
+Suisse, dans sa principauté de Neuchatel, a eu, sans
+doute, beaucoup d’approbateurs, sans trouver un
+grand nombre d’imitateurs, par les frais que ce moyen
+entraînait. Elle se faisait porter en chaise par des porteurs
+qui, au nombre de quarante, la suivaient en
+chariots, et se relayaient alternativement. Avec cette
+précaution, elle faisait tous les jours douze à quinze
+lieues, sans fatigue, et plus agréablement que dans la
+voiture la plus douce et la plus commode. Cet usage,
+si répandu dans l’Inde, où l’on établit les hommes par
+relais, comme nous le pratiquons pour les chevaux, ne
+pourrait être aisément introduit en Europe, tant à
+<span id="p141" class="pagenum">-141-</span> cause de nos mœurs que des moyens de transports actuels,
+si économiques et si rapides. Les signaux par les
+feux se sont toujours conservés en Suisse. Il est peu de
+contrées plus propres à ce genre de correspondance.</p>
+
+<p>L’affranchissement est forcé pour cet état.</p>
+
+
+<h3>NAPLES.</h3>
+
+<p>Le royaume de Naples, tout le reste de l’Italie et les
+îles du Levant, ont à peu près le même mode de transport.</p>
+
+<p>Les postes napolitaines sont servies par les chevaux
+que les seigneurs voisins des routes fournissent de
+leurs haras, et dont ils retirent le profit. Ces chevaux,
+élevés avec soin, sont très-estimés et très-convenables
+pour ce service.</p>
+
+<p>Les bateaux à vapeur vont donner une nouvelle activité
+à la correspondance de toutes les îles de la Méditerranée.
+Ils sont employés avec succès à Venise ; et
+bientôt, tous les retards qu’on éprouvait dans les relations
+maritimes disparaîtront.</p>
+
+<p>On voyage dans le royaume de Naples, en chaises
+qui, avec deux chevaux, paient onze carolins par poste.
+Un cheval, à franc étrier, coûte cinq carolins et demi.
+La calèche napolitaine n’est qu’une espèce de coquille
+à une place, sur un piédestal, supportée par des
+brancards très-légers et très-élastiques, et traînée par
+un seul cheval. Son poids est de dix à quinze livres.
+Elle roule avec une vitesse extrême. Le voyageur dirige
+le cheval ; et, le conducteur placé derrière, tient
+le fouet. Il y a d’autres calèches, ou <i lang="it" xml:lang="it">curriculi</i>, qu’on
+loue 10 ou 12 fr. par jour. La nouvelle route<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a> qui
+a été construite pour traverser le mont Pausilippe, est
+superbe, et on peut la parcourir très-commodément
+en voiture.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a> Elle a coûté 30,000 ducats, et les troupes autrichiennes y ont
+travaillé sous la direction de M. Mulhlwerth, capitaine du génie
+autrichien.</p>
+</div>
+<p>Nous avons remarqué que la partie de l’Italie dépendante
+de l’Autriche était seule soumise à l’affranchissement
+forcé.</p>
+
+<p><span id="p142" class="pagenum">-142-</span></p>
+
+<h3>AFRIQUE.</h3>
+
+<p>Ce n’est pas dans cette partie du monde où nous devons
+chercher quelque régularité dans l’organisation des
+divers moyens substitués aux postes. Il y a cependant,
+dans les états de Tunis et d’Alger, des relations établies ;
+et ce sont les Maures de la campagne habitués à supporter
+les plus rudes fatigues, qui servent de messagers ; mais
+ils sont d’une stupidité sans exemple<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a> <i>M. de Chénier rapporte que l’un d’eux, qui attendait ses dépêches
+dans un appartement où il y avait une glace, crut, en voyant son
+image réfléchie que c’était un autre courrier qui attendait, comme lui,
+d’autres dépêches dans une chambre voisine. Il demanda où allait ce
+courrier, et on lui répondit, en plaisantant, qu’il se rendait à Mogadore.
+Et bien, dit-il, nous irons ensemble ; et il en fit aussitôt la proposition
+au camarade qui gesticulait, comme lui, dans le miroir, et ne répondait
+pas. Il était près de se fâcher, lorsqu’il vit, dans la même glace,
+une personne qui entrait dans l’appartement. Etonné de son erreur, il
+eut bien de la peine à se persuader, malgré ses yeux et ses doigts, qu’il
+pût se voir, disait-il, à travers une pierre.</i></p>
+
+<p>On pourrait citer des traits d’une pareille stupidité, au sein même
+des nations les plus civilisées, et le recueil des anas pourrait être facilement
+grossi d’exemples de ce genre.</p>
+</div>
+<p>M. Le Vaillant a remarqué que les Hottentots avaient
+un sûr moyen de s’entendre, par la manière dont ils disposaient
+des feux sur certains lieux élevés. <i>Les feux de
+nuit</i>, dit-il, <i>sont un langage particulier que connaissent
+et pratiquent la plupart des nations sauvages, mais
+aucun n’a porté cet art si loin que les Houzouanas,
+parce qu’aucun n’a autant besoin de l’étendre et de le
+perfectionner. Faut-il annoncer une victoire ou une défaite,
+une arrivée ou un départ, une maraude heureuse
+ou un besoin de secours, en un mot une nouvelle quelconque,
+ils savent, en un instant, notifier tout cela,
+soit par le nombre de leurs feux, soit par la manière
+dont ils les disposent. Ils ont même l’industrie de varier
+leurs feux de tems en tems, de peur que les nations ennemies
+venant à les reconnaître, elles ne les emploient
+par surprise et par trahison. J’ignore en quoi consiste
+cette langue si habilement inventée, tout ce que je puis
+dire, c’est que les feux allumés à vingt pas l’un de l’autre,
+de manière à former un triangle équilatéral, annoncent
+un ralliement</i>.</p>
+
+<p><span id="p143" class="pagenum">-143-</span> Nous retrouvons chez ces peuplades, les mêmes procédés
+que nous avons observés en parlant des premiers
+essais tentés avant l’institution des postes. En se reproduisant
+encore, ils seront une nouvelle preuve, que
+parmi les tribus qui n’ont fait aucun pas vers la civilisation,
+les mêmes besoins, les mêmes causes, font naître
+les mêmes pratiques. Si, chez les Hottentots, on remarque
+ce procédé porté à un plus grand degré de perfection,
+cela tient à l’organe de la vue, qui rend ces
+insulaires capables de découvrir, à des distances incroyables,
+des objets imperceptibles pour des yeux moins
+exercés que les leurs<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>. De là cet avantage qui les distingue
+dans les dispositions multipliées de leurs feux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a> Bernardin de Saint-Pierre parle d’un homme qui prétendait avoir
+trouvé le secret d’annoncer l’arrivée des vaisseaux, lorsqu’ils étaient
+à 60 ou 80 lieues des ports et même plus loin. Il en avait fait, ajoutait-il
+encore, l’expérience plusieurs fois à l’Ile de France, devant
+divers témoins, qui avaient signé le mémoire qu’il présenta au ministre
+de la marine, en France. En effet, l’expérience eut lieu à Brest,
+devant des commissaires, et elle ne réussit pas.</p>
+
+<p><i>J’ai pensé</i>, dit l’auteur des Etudes de la Nature, <i>que cet observateur
+avait pu, dans quelque circonstance favorable et commune dans le ciel des
+tropiques, avoir la vue des vaisseaux par la réflexion des nuages. Ce
+qui me confirme dans cette idée, c’est un phénomène très-singulier qui m’a
+été raconté par notre célèbre peintre Vernet, mon ami. Etant dans sa
+jeunesse en Italie, il se livrait particulièrement à l’étude du ciel, plus
+intéressante, sans doute, que celle de l’antique, puisque c’est des sources
+de la lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui
+font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vernet, pour en fixer
+les variations, avait imaginé de peindre sur les feuillets d’un livre toutes
+les nuances de chaque couleur principale, et de les marquer de différens
+numéros. Lorsqu’il dessinait un ciel, après avoir esquissé les plans et les
+formes des nuages, il en notait rapidement les teintes fugitives sur son
+tableau, avec des chiffres correspondant à ceux de son livre, et il les coloriait
+ensuite à loisir. Un jour, il fut bien surpris d’apercevoir dans les
+cieux la forme d’une ville renversée ; il en distinguait parfaitement les
+clochers, les tours, les maisons. Il se hâta de dessiner ce phénomène, et,
+résolu d’en connaître la cause, il s’achemine, suivant le rumb de vent,
+dans les montagnes. Mais quelle fut sa surprise de trouver, à 7 lieues de
+là, la ville dont il avait vu le spectre dans les cieux, et dont il avait le
+dessin dans son portefeuille</i>.</p>
+</div>
+<p>Au Congo, les missionnaires rapportent qu’on voyage
+dans des hamacs portés par des nègres. Quand on veut
+faire diligence, on les établit par relais, et ils avancent
+avec la rapidité des meilleurs chevaux. C’est aussi la manière
+de voyager dans d’autres contrées de l’Afrique,
+entr’autres dans le royaume d’Ardra, où les chemins
+sont très-commodes ; et, quoiqu’il y ait beaucoup de
+chevaux, les nègres, de ces contrées, ne montent que des
+bœufs pour parcourir les plus grandes distances et se
+trouvent très-bien de cette façon d’aller.</p>
+
+<p>Moore assure avoir vu un Africain qui montait une
+autruche, et se rendait ainsi, avec rapidité, d’un lieu à
+un autre très-éloigné. <i>J’ai vu des autruches apprivoisées</i>,
+dit M. de la Caille, <i>que des nègres employaient
+<span id="p144" class="pagenum">-144-</span> en place de chevaux. Elles n’avaient pas plutôt senti le
+poids du cavalier, qu’elles se mettaient à courir de
+toutes leurs forces, et leur faisaient faire le tour de
+l’habitation, sans qu’il fût possible de les arrêter,
+autrement qu’en leur barrant le chemin. La charge de
+deux hommes n’est pas disproportionnée à leur force,
+et lorsqu’on les excite, elles étendent leurs aîles, comme
+pour prendre le vent, et s’abandonnent à une telle vitesse,
+qu’elles semblent perdre terre. Je suis persuadé
+qu’elles laisseraient bien loin derrière elles les plus
+forts chevaux anglais. Elles ne fournissent pas une
+course aussi longue ; mais, à-coup-sûr, elles la feraient
+plus promptement. On voit, par-là, de quelle utilité serait
+cet animal, si l’on trouvait moyen de le maîtriser
+et de l’instruire, comme on dresse les chevaux</i>.</p>
+
+<p>Nous avons dit, au commencement de cet essai, que
+l’Egypte avait donné l’exemple de la poste aux pigeons,
+et qu’on les y employait à cet usage, depuis un tems
+immémorial. On nous pardonnera d’ajouter encore quelques
+détails à ceux que nous avons donnés, à propos
+d’un pays si fécond en cette sorte d’oiseaux.</p>
+
+<p>De Rosette au Grand-Caire, Norden dit qu’on distingue
+partout des colombiers de forme pyramidale,
+où se rassemblent d’innombrables pigeons. On prétend
+même qu’aujourd’hui les mariniers d’Egypte, de Chypre
+et de Candie, nourrissent sur leurs navires de ces sortes
+de pigeons. C’est, dit Belon, pour les lâcher quand ils
+s’approchent de terre, afin de faire annoncer chez eux
+leur arrivée. Le consul d’Alexandrie s’en sert pour envoyer
+promptement de ses nouvelles à Alep, et pour
+<span id="p145" class="pagenum">-145-</span> donner avis des bâtimens qui entrent dans le port. Ce
+trajet, qui est de trente lieues, est parcouru par les
+pigeons en moins de trois heures.</p>
+
+<p>Toutes les caravanes qui voyagent en Arabie, font
+savoir, par le même moyen, leur marche aux souverains
+arabes avec qui elles sont alliées. Au reste, il paraît
+que cet usage est très-répandu en Orient, où l’on dresse
+les pigeons à porter et à rapporter les lettres dans les
+occasions qui exigent une extrême diligence<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a> On remarque les mêmes habitudes chez certains oiseaux.
+Ceux du tropique annoncent, dit-on, l’arrivée des vaisseaux d’Europe,
+on les devançant de fort loin, et en venant aborder avant
+eux.</p>
+
+<p><i>O combien de marins</i>, s’écrie l’auteur des Harmonies de la Nature,
+<i>ont péri sur des écueils inconnus, qui auraient pu revoir leurs compagnons,
+s’ils avaient pensé à les instruire de leur sort par les oiseaux !
+Vous leur devriez peut-être la vie, vous et vos compagnons, ô infortuné
+la Peyrouse !</i></p>
+</div>
+<p>Mahomed-Ali, pacha d’Egypte, a fait établir, par
+M. Abro, de Smyrne, qui a habité Paris pendant long-tems,
+une ligne télégraphique d’Alexandrie au Caire,
+sur le modèle des machines en usage en France. Elle a
+dix-sept stations ; et les signaux, faits avec précision,
+transmettent les avis en 40 minutes de l’une à l’autre de
+ces villes. Cette mesure doit être commune à toute
+l’Egypte. Il y a, en outre, des relais à chacune des stations
+télégraphiques, pour correspondre d’Alexandrie au
+Caire.</p>
+
+<p>La présence des Romains se fait remarquer encore
+dans ces contrées par des restes d’antiquités, des chemins,
+des chaussées, des ponts et des bornes militaires.</p>
+
+<p>Les colonies françaises, en Afrique, ne pouvaient être
+privées de l’avantage des bateaux à vapeur. Deux de ces
+bateaux, d’une force de 32 chevaux, naviguent sur le
+Sénégal et remontent le fleuve jusqu’à 350 lieues de son
+embouchure. Ainsi, on pourra pénétrer dans des lieux
+où il eût été impossible de s’ouvrir des communications
+par terre, tant à cause des obstacles naturels, que des
+dangers auxquels on se trouve exposé en traversant le
+<span id="p146" class="pagenum">-146-</span> territoire de certaines castes africaines livrées aux habitudes
+les plus féroces et les plus sanguinaires. Peut-être
+qu’un jour l’intérieur de cette partie du monde, qui a
+échappé à toutes les investigations, sera explorée avec
+succès par le moyen de ces bâtimens qu’un moteur si
+puissant rend si propres aux navigations des grands
+fleuves.</p>
+
+
+<h3>ASIE.</h3>
+
+<p>Les messages se font en Turquie par le moyen des
+coureurs. C’est une coutume commune à tous les peuples
+dont les relations habituelles sont moins multipliées qu’en
+Europe. Si on voulait ajouter foi à certains récits, les
+individus que le Grand-Seigneur emploie à ce service
+ne devraient leur agilité qu’à l’extirpation de la rate
+qu’ils seraient forcés de subir. C’est sans doute de cette
+croyance populaire qu’est venue la façon de parler :
+courir comme un ératé. Mais, sans nous arrêter à cette
+absurde supposition, nous ajouterons que ces courriers
+du Grand-Seigneur, appelés valachi, vont avec une
+diligence incroyable. Pour éprouver moins de fatigue,
+<i>ils se serrent</i>, dit Montaigne, <i>à travers le corps, bien
+estroitement, d’une bande large, comme font assez
+d’aultres</i>. Ils ont le singulier privilége de démonter le
+premier cavalier qu’ils rencontrent, et de n’éprouver
+aucun refus dans cet acte arbitraire. Ils se servent de
+ce cheval jusqu’à ce qu’il se présente une nouvelle occasion
+d’en changer. Ils achèvent ainsi leur course, sans
+dépense pour le Sultan, sans charges pour le peuple,
+et sans fatigue pour eux-mêmes. Quelques individus,
+de tems à autre, sont victimes de cette mesure despotique ;
+car il est rare que ces messagers ne profitent
+pas de leurs droits ou manquent d’occasion d’en user.
+Mais l’empire absolu du Sultan sur ses sujets les rend
+peu sensibles à ces contre-tems.</p>
+
+<p>Les lettres qu’on expédie de Londres pour l’Inde, se
+rendent à Vienne par Hambourg en 10 jours ; la distance
+est de 806 milles ; de Vienne à Constantinople,
+dont le trajet est du 800 milles, quelquefois en 16 jours.
+Cette différence est causée par la fonte des neiges et
+<span id="p147" class="pagenum">-147-</span> l’état des routes ; enfin, de Constantinople à Bassora,
+qui en est éloignée de 1800 milles (600 lieues), par
+l’Arménie et le Diarberk. Les Tartares, qui font le
+service de courriers en Turquie, et qui jouissent du
+singulier privilége de démonter les cavaliers qu’ils rencontrent,
+font ordinairement à présent ce long voyage
+sur des chevaux entretenus par le gouvernement. Ils
+s’embarquent sur le Tigre pour faire les 400 milles qui
+restent de Bagdad à Bassora : ce trajet, qu’ils effectuent
+en 4 jours, en prend seize lorsqu’ils reviennent et
+remontent l’Euphrate, moins rapide que le Tigre.</p>
+
+<p>Le service des dépêches a lieu aussi d’Alep à Bassora
+par les Tartares, qui mettent seize jours à faire ce
+trajet sur leurs dromadaires<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a> Chaque journée est de 16 à 18 lieues.</p>
+</div>
+<p>On voyage dans le désert de l’Inde à cheval ou en
+mohaffa, espèce de petites voitures placées comme des
+paniers sur le dos d’un chameau, et couvertes de rideaux
+supportés par un piquet établi comme un mât sur
+la selle.</p>
+
+<p>En Tartarie, ce sont les chevaux entretenus aux dépens
+du grand cham qui font le service de la poste. Parmi ces
+chevaux aussi vigoureux qu’endurcis à la fatigue, on
+choisit les mieux exercés à la course pour les courriers
+du prince. Les clochettes que l’on place en France au
+cou des chevaux, sont attachées à la ceinture des courriers
+tartares. Le bruit qu’elles produisent d’assez loin,
+suffit pour donner le tems à celui qui doit continuer la
+course de se tenir prêt à recevoir les dépêches pour les
+transporter à son tour à la station suivante.</p>
+
+<p>Lorsque la distance à parcourir n’est pas très-considérable,
+on emploie des coureurs à ce service : cette
+coutume était usitée chez les Romains, où des messagers
+à pied transmettaient les lettres de certaines villes de
+l’empire.</p>
+
+<p>Une autre manière de voyager se remarque parmi les
+Tartares anguris : ils ne montent que des buffles<a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a> Il en est ainsi du roi de Baly et des seigneurs de sa cour.</p>
+</div>
+<p>Pendant que le capitaine Sarris était à Moka, il reçut
+<span id="p148" class="pagenum">-148-</span> la visite du Roi de Rahaïta, sur la côte l’Abyssinie, qui
+montait une vache.</p>
+
+<p><i>Aux Indes de deçà</i>, dit Montaigne, <i>c’estoit anciennement
+le principal et royal honneur de chevaucher un
+éléphant ; le second, d’aller en coche traîné à quatre
+chevaux ; le tiers, de monter un chameau ; le dernier et
+plus vil degré, d’être porté par un cheval seul. Quelqu’un
+de nostre temps escrit avoir veu, en ce climat là,
+des pays où on chevauche les bœufs avecques bastines,
+estriers et brides, et s’estre bien trouvé de leur posture</i>.</p>
+
+<p>Mais la manière la plus usitée de voyager, c’est de se
+faire porter en palanquin, espèce de pavillon sur un
+brancard plus ou moins élégant, selon la condition des
+particuliers. Sa forme ordinaire est celle d’un coffre,
+de 6 pieds de haut, sur trois et demi de large : il
+est entouré de persiennes. On peut s’y coucher facilement
+en reposant sa tête sur une planche en pente ;
+mais il faut se tenir dans le milieu pour être bien porté.</p>
+
+<p>Le palanquin est soutenu par un bambou qui avance
+de trois ou quatre pieds de chaque bout et qui est fixé
+très-solidement dans le milieu ; c’est là que les boës
+ou porteurs y placent leurs épaules de manière à se
+croiser : ils sont toujours au nombre de six, trois sur
+le devant et autant sur le derrière. Ces boës n’ont pas
+d’autre métier. Ils font ordinairement deux lieues par
+heure, courent plus qu’ils ne marchent, et se relayent
+sans qu’on s’en aperçoive. S’ils trouvent un étang,
+ils s’y mouillent les pieds et le visage, pour reprendre
+des forces. La journée d’un boës est de douze ou quatorze
+lieues. On en prend toujours une douzaine, et on
+les établit par relais : c’est la poste du pays. Le prix
+d’un palanquin à Madras est de deux roupies et demie
+par jour.</p>
+
+<p>Les grands et les femmes de qualité, lorsqu’ils
+voyagent, choisissent de préférence des éléphans, sur le
+des desquels on dispose de larges pavillons richement
+ornés. On les emploie aussi à traîner les voitures<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.
+<span id="p149" class="pagenum">-149-</span> La charge d’un éléphant est de trois ou quatre mille
+livres. Ces animaux, lorsqu’on les monte, ne bronchent
+jamais ; mais, en revanche, leurs mouvemens ne sont
+pas très-doux. Ils font au pas ordinaire autant de chemin
+qu’un cheval au petit trot, et autant que les
+chevaux au galop, lorsqu’ils accélèrent leur marche. La
+journée d’un éléphant est de 20 lieues ; quand on le
+presse, il peut en faire 30 et même 40<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a> La voiture de cérémonie de l’empereur des Birmans, prise par
+les troupes anglaises au commencement de la campagne [1825],
+est arrivée en Angleterre. Tout est extraordinaire dans cette voiture
+dont l’or forme la base, et qui est couverte de milliers de diamans
+et des pierres les plus précieuses. Elle a 25 à 30 pieds de hauteur ;
+elle est traînée par des éléphans. C’est un chef-d’œuvre qu’il eût été
+difficile de surpasser en Europe.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a> Chardin prétend que l’éléphant en marchant ne fait pas plus
+de bruit qu’une souris, qu’il va fort vîte, et que, s’il vient derrière
+vous, il est sur vos talons avant que vous vous en aperceviez.
+(<i>Bernardin de Saint-Pierre.</i>)</p>
+</div>
+<p>Les routes dans l’Inde sont assez belles et formées
+d’une espèce de brique. Elles sont très-fréquentées par
+les habitans qui visitent sans cesse les pagodes qu’on
+y trouve en très-grand nombre, soit à pied, à cheval,
+ou en gadi, espèce de voiture attelée de bœufs. Les
+grandes routes, anciennement tracées, étaient divisées
+par stades de dix en dix, pour guider les voyageurs
+et marquer les distances. On avait construit des lieux
+de repos pour les caravanes, auprès desquels on creusait
+des étangs et des puits, afin de remédier, autant que
+possible, à la disette d’eau. Un passeport, toujours écrit
+en malabare, en persan, et en talinga, est indispensable
+pour parcourir ces contrées : les pions l’exigent
+strictement des voyageurs.</p>
+
+<p>A Madras, la plupart des routes sont spacieuses,
+bien entretenues et bordées, de distance en distance de
+rangées d’arbres, soit de bamboues, de cocotiers, de
+palmiers ou autres plantes élevées. La route qui conduit
+au fort Grammont, éloigné de 4 lieues de la ville,
+est surtout très-remarquable. On est étonné de la quantité
+de voitures, cabriolets, de palanquins qui circulent
+au déclin du jour ; de la beauté et de la parure des
+chevaux arabes que montent les Anglais ; et de l’attelage
+de certaines voitures indiennes conduites par des
+bœufs superbes, richement caparaçonnés et dont les
+cornes sont peintes et souvent dorées.</p>
+
+<p><span id="p150" class="pagenum">-150-</span> L’industrie et le commerce si actif de l’Inde exigeaient
+des moyens faciles de correspondre. Les Anglais
+qui en sentaient la nécessité, les établirent ou les perfectionnèrent.
+Les présidences de Calcutta, de Madras et
+de Bombay firent, à cet effet, des réglemens de poste,
+en 1793, sous la surintendance générale de Charles
+Elphinstone. Des relais de tapals furent établis à 7 ou
+8 milles de distance l’un de l’autre, et leur diligence
+surpassa toute attente.</p>
+
+<p>Cette organisation régulière a servi au Nabab d’Arcate
+pour entretenir des relations avec les provinces méridionales :
+ses lettres ont généralement parcouru cent
+milles en vingt-quatre heures<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a>. Les coureurs employés
+à ce service, toujours au nombre de deux,
+portent chacun un sac de cuir placé sur le dos comme
+le havresac d’un soldat. Ils ont aussi une torche allumée
+pendant la nuit, et le jour un bassin en cuivre, sur lequel
+ils frappent continuellement pour effrayer les animaux
+féroces, très-redoutables dans ces climats.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a> La facilité des communications entre les diverses parties de
+l’Inde est si grande aujourd’hui, qu’un courrier du gouvernement
+qui part de Calcutta pour Ceylan, par la voie de Madras, arrive à
+sa destination en 8 jours et 3/4 d’heure. La distance est de 1044
+milles : la poste fait ordinairement cette route en onze jours. Un
+courrier extraordinaire, expédié de Bombay à Calcutta par terre,
+se rend dans cette dernière ville en 18 jours et demi : la distance
+entre les deux villes est de 1308 milles.</p>
+</div>
+<p>Dans les provinces qui appartiennent à la Compagnie,
+le produit des lettres lui rend, comme en Angleterre,
+un bénéfice considérable. On paie, par exemple, de
+Bombay à Pouna 50 reas pour une lettre simple. Le port
+augmente en raison du poids<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a></p>
+
+<table>
+<tr><td>De Bombay</td>
+<td>à Tajala pour</td>
+<td>Roupies</td>
+<td>1 quartz</td>
+<td><span class="digit2">50</span> reas.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Hyderabad,</td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td>2</td>
+<td><span class="digit2">»</span></td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Mazulipatan,</td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td>3</td>
+<td><span class="digit2">»</span></td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Madras,</td>
+<td class="c"><div>1</div></td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td><span class="digit2">50</span></td></tr>
+<tr><td class="c"><div><i>Id.</i></div></td>
+<td>à Calcutta,</td>
+<td class="c"><div>1</div></td>
+<td>2</td>
+<td><span class="digit2">25</span></td></tr>
+</table></div>
+<p>Il avait été question de correspondre par terre avec
+l’Angleterre, mais les frais de cette entreprise en firent
+rejeter l’exécution. On y trouvait cependant un avantage
+réel, puisque les dépêches seraient parvenues par
+cette voie en 49 jours au Bengale, et en cinquante et un
+jour à Madras ou à Bombay, tandis qu’il faut par mer
+<span id="p151" class="pagenum">-151-</span> quatre mois pour arriver au Bengale, cent jours pour
+aller à Madras et trois mois vingt jours pour se rendre
+à Bombay.</p>
+
+<p>L’entreprise des bateaux à vapeur, qui sera bientôt
+en activité, offre des résultats autrement avantageux.
+Elle ne peut manquer de trouver auprès des capitalistes
+des colonies de l’Angleterre aux Indes, la protection
+que la métropole accorde à toutes les découvertes utiles
+à la prospérité nationale. Nous avons vu que déjà les
+négocians de Calcutta avaient répondu à cet appel par
+des souscriptions. Les tentatives qu’ils ont faites dans
+ce genre et qui ont été couronnées du plus heureux succès,
+ne laissent plus d’incertitude sur la stabilité de ce
+nouveau moyen de correspondance. Le premier bateau
+à vapeur, qui ait été construit aux Indes, se
+nomme la Diana<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>. Il a exécuté, de la manière la plus
+satisfaisante, le trajet de Calcutta à Chinsarab.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a> Il a été lancé à l’eau le 12 juillet 1823, à Kidderpon, près
+de Calcutta.</p>
+</div>
+<p>Le voyage à travers l’Isthme de Suez est regardé de
+plus en plus comme un faible obstacle à tout projet de
+communication avec la Méditerranée. Dans tous les cas,
+le trajet par le cap de Bonne-Espérance deviendrait et
+moins long et plus régulier que la navigation actuelle,
+par la voie des bâtimens à vapeur, si surtout on pouvait
+en améliorer la construction, comme tout semble
+le présager<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a> M. Brown, anglais, se propose d’introduire, au lieu de vapeur
+dans le cylindre, du gaz hydrogène qui, étant détruit par la
+combustion, produirait un vide complet dans lequel le piston se plongerait
+avec une force irrésistible. On introduirait de nouveau du
+gaz, ce qui produirait l’effet d’élever le piston, et ensuite le gaz
+serait détruit comme la première fois. La machine ne pèserait que
+25 à 30 quintaux. Un petit fourneau tiendrait lieu de la chaudière
+à vapeur, et l’on calcule que 5 barils d’huile seraient suffisans pour
+conduire un vaisseau dans l’Inde.</p>
+</div>
+<p>Au Mogol il n’y a que les princes ou les grands personnages
+qui puissent se faire suivre par des chevaux,
+des bœufs ou des chameaux. Les palekis, voitures du
+pays, sont à deux roues, tirés par des bœufs, ayant
+une impériale en forme de toit incliné. Ces voitures
+servent pour les grands voyages.</p>
+
+<p><span id="p152" class="pagenum">-152-</span> C’est une profession assez commune au Mogol que
+celle de louer des bœufs et de les conduire pour toute espèce
+de transport. Il y a aux Indes des castes entières
+qui n’embrassent point d’autre métier.</p>
+
+
+<h3>CHINE.</h3>
+
+<p>Les postes sont établies d’une manière très-régulière
+dans tout l’empire de la Chine. L’empereur seul en fait
+les frais, et entretient à cet effet une infinité de chevaux.
+Les courriers partent de Pékin pour les capitales
+des provinces ; le vice-roi<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a> qui reçoit les dépêches de
+la cour d’un kougtou ou gouverneur, les communique
+par d’autres courriers aux villes du premier ordre,
+celles-ci aux cités d’un ordre inférieur.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a> Il est toujours assisté par province d’un trésorier général, d’un
+juge criminel, d’un conservateur des impôts et d’un intendant des postes.</p>
+</div>
+<p>Quoique ces postes ne soient pas entretenues pour les
+particuliers, il est rare qu’il ne s’en servent pas. Les
+missionnaires en usaient avec autant de sûreté, et
+beaucoup moins de dépense qu’ils ne faisaient en Europe.</p>
+
+<p>Comme il est très-important que les courriers arrivent
+avec régularité, les mandarins ont soin de faire tenir
+les chemins en bon état ; et l’empereur, pour les y
+obliger plus efficacement, fait souvent courir le bruit
+qu’il parcourt ses provinces. C’est ainsi qu’Auguste et
+quelques empereurs romains en agissaient. La moindre
+négligence est punie avec sévérité. Un de ces officiers
+n’ayant pas mis assez d’activité à faire réparer une
+route par laquelle l’empereur devait passer, aima
+mieux se donner la mort que de s’exposer à un châtiment
+inévitable.</p>
+
+<p>Les Chinois n’ont pu parvenir à remédier à l’inconvénient
+causé par la poussière qui couvre leurs routes<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>.
+Les voyageurs qui les parcourent soit à pied, à
+cheval, sur des chameaux, soit en litière ou en chariot,
+se précautionnent inutilement de masques ou de
+voiles pour éviter cette incommodité ; cependant, ces
+chemins sont larges, unis et bien pavés ; dans plusieurs
+<span id="p153" class="pagenum">-153-</span> provinces on a pratiqué des passages sur les plus hautes
+montagnes, en applatissant leur sommet, en coupant
+les rochers, en comblant les vallées et les précipices,
+en établissant des ponts suspendus sur des cordages
+ainsi que sur les fleuves et les rivières et tous les endroits
+difficiles où l’on n’aurait pu parvenir sans ce
+moyen. Un des plus connus est celui de la rivière de
+Kein cha yan, dans le canton de Lolo. Il y a aussi de
+distance en distance sur les routes, tantôt des grottes,
+des hospices ou d’autres établissemens commodes et agréables,
+bâtis pour l’utilité des voyageurs : ils sont dus le plus
+ordinairement à la bienfaisance de quelques mandarins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a> Bernardin de Saint-Pierre attribue aux tempêtes sablonneuses la
+poussière qui couvre les routes de la Chine et qui oblige d’aller
+toute l’année à cheval avec un voile sur les yeux.</p>
+</div>
+<p>Avec le permis ou billet de poste dont on a soin
+de se munir, on trouve tous les secours nécessaires sur la
+route. Ce permis consiste en une feuille de papier, imprimée
+en caractères tartares et chinois, et scellée par le
+tribunal souverain de la milice. Il est ordonné au bureau
+de fournir, sans délai, un certain nombre de
+chevaux ou de barques lorsqu’on est oblige de voyager par
+eau ; enfin tout ce qui est nécessaire à la vie. Le sceau
+imprimé sur ce permis a trois pouces de largeur en
+carré, sans autre figure ou caractère que le nom du
+tribunal et des principaux officiers.</p>
+
+<p>On se fait porter en chaise par des porteurs qui ont
+leur chef, auquel on s’adresse pour ce service. C’est
+d’après l’état des malles et des paquets que le prix est
+fixé et payé d’avance, et l’on reçoit autant de billets
+qu’on veut d’hommes. Rien n’égale la légèreté de ces
+porteurs, ils ne s’arrêtent que trois fois par jour et
+font deux lieues par heure.</p>
+
+<p>C’est à l’empereur Hoang-Ty que les Chinois attribuent
+l’invention des chars attelés d’animaux pour conduire
+avec rapidité les hommes et transporter les fardeaux.
+Si la nécessité de multiplier les relations dans
+un état est en raison de sa population, on doit juger
+des avantages qui en ont résulté dans cet empire, où
+15,000 mandarins lettrés sont chargés de l’administration.</p>
+
+<p>Outre leurs postes, les Chinois ont établi sur les
+routes des tours ou stations de cinq lieues en cinq lieues
+destinées aux signaux qu’ils emploient comme un autre
+moyen de communication. Il suit de là qu’aux yeux
+<span id="p154" class="pagenum">-154-</span> de quelques personnes, l’invention du télégraphe français
+serait attribuée à ce peuple. Cette supposition, injurieuse
+pour un savant de notre nation, n’a pas besoin
+d’être combattue : elle est du nombre de ces assertions
+dont le tems fait justice. D’ailleurs ce moyen si rapide
+de communiquer par signes dans une langue nouvelle,
+eût-il été négligé par les nations de l’Europe et particulièrement
+par les Anglais qui ont apporté tant d’étude
+dans l’établissement de leurs signaux. Cette correspondance
+oculaire, si imparfaite en tous lieux, n’a de perfection
+et de résultats importans qu’en France. Le profit d’une si
+précieuse découverte est donc resté seul à cette nation,
+et la gloire de l’avoir faite à un français. Nous sommes
+loin de penser que les Chinois, aussi grands calculateurs
+que profonds dans la connaissance des sciences
+exactes, n’aient pas des méthodes utiles et ingénieuses
+dans l’art de s’entendre par signes : tout porte à croire
+même qu’ils les possèdent ; mais c’est un secret qu’ils
+conservent avec tant d’autres qu’on pourrait leur envier.</p>
+
+<p>Il n’est pas rare de voyager en Chine dans des espèces
+de voitures attelées de chiens. Les missionnaires disent
+avoir vu une femme tartare qui revenait de Pékin, et
+qui avait un équipage de cent chiens à ses traînaux.</p>
+
+<p>Parmi les moyens qu’employèrent les maîtresses de
+Tien-ou-ti, empereur chinois, qui se laissait entièrement
+captiver par elles, on rapporte qu’elles avaient
+fait construire un char d’une grande magnificence, et
+d’une légèreté telle, que des moutons le traînaient
+dans un parc immense, où tout lui retraçait les goûts
+voluptueux qui lui faisaient négliger les soins de son
+empire. Cet exemple ne tarda pas à trouver des imitateurs
+parmi les courtisans qui, pour plaire à leur
+maître, ne se présentaient plus à la cour qu’avec des
+attelages de cette espèce d’animaux.</p>
+
+
+<h3>SIAM.</h3>
+
+<p>On voyage dans ce royaume sur des chevaux assez généralement
+mauvais. Les éléphans sont la monture la
+plus usitée, quoi qu’on se serve souvent de buffles
+et de bœufs. Les chaises à porteurs ne ressemblent pas
+aux nôtres. Elles sont découvertes et entourées d’une
+balustrade, dont la richesse des décorations dépend de
+<span id="p155" class="pagenum">-155-</span> la qualité des personnes. Les palanquins sont comme les
+hamacs ou filets de Goa.</p>
+
+<p>Les voitures pour voyager par terre sont moins communes
+que les barques appelées ballons, employées sur
+les fleuves, si nombreux de ce pays. Les Siamois
+sont renommés par leurs courses sur l’eau dans ces sortes
+de bateaux. A certaines époques on adjuge des prix aux
+rameurs qui les conduisent avec une vîtesse incroyable.
+Ils ont aussi des courses de bœufs et de buffles. Ces animaux,
+que les grands seigneurs font dresser pour cet
+exercice, courent avec la même rapidité que les chevaux.</p>
+
+
+<h3>BOUTAN.</h3>
+
+<p>Il y a des chemins si étroits et si difficiles dans le
+royaume de Boutan, qu’on y trouve à peine la place du
+pied. Les précipices que l’on voit à droite et à gauche
+rendent les voyages très-dangereux. Une coutume singulière
+et bizarre a lieu dans ces contrées montagneuses ;
+ce sont les femmes qu’on assujettit à la cruelle corvée
+de porter les voyageurs, au-devant desquels elles
+viennent à cet effet avec des boucs pour le transport des
+bagages.</p>
+
+<p>Le coussin sur lequel les voyageurs se placent, et
+qui sert de siége, est retenu par des courroies fixées aux
+épaules. Ces femmes sont disposées par relais de distance
+en distance, et se reposent ainsi d’un service aussi
+abject que pénible. Elles ne gagnent qu’une roupie en
+cinq jours. On donne le même prix pour un bouc,
+quelle idée peut-on concevoir d’un peuple qui s’avilit à
+ce point. Heureusement qu’un usage aussi révoltant ne
+s’est point reproduit ailleurs. N’est-ce pas déjà trop de
+ce triste exemple ?</p>
+
+
+<h3>JAPON.</h3>
+
+<p>Les postes au Japon sont appelées <i>sinka</i> ; elles sont
+placées quelquefois à un mille de distance l’une de l’autre,
+et souvent à quatre milles. Tout ce qui peut convenir à
+la commodité et à l’agrément se trouve réuni à ces
+stations, où l’on remarque toujours des cours spacieuses
+pour les chevaux. Le prix de tout ce qu’on peut se procurer
+à ces postes est réglé par tout l’empire. Il règne
+dans ces tarifs un grand esprit du justice. Les distances,
+<span id="p156" class="pagenum">-156-</span> l’état des chemins et le prix des vivres et des fourrages,
+contribuent à les modifier suivant les localités. Les ponts,
+dans cet empire, sont magnifiques ; les chemins unis et
+plantés comme nos promenades en Europe. Ils sont divisés
+en milles géométriques, qui commencent au pont
+de Jedo, placé, croit-on, au centre de l’empire. Les
+milles sont marqués par des buttes élevées l’une vis-à-vis
+de l’autre, au sommet desquelles on plante des
+arbres. Chaque canton est distingué par un pilier qui
+indique le nom du seigneur dont il dépend et les limites
+qui le circonscrivent. On a coutume de porter, lorsqu’on
+voyage, un éventail sur lequel les routes sont
+marquées, ainsi que les distances des lieux, le prix
+des postes, celui des vivres et des hôtelleries. Cette
+idée est ingénieuse, surtout dans un pays où la chaleur
+du climat rend par là l’usage de l’éventail aussi agréable
+qu’utile.</p>
+
+<p>Chaque station a un certain nombre de messagers
+chargés de porter, à la plus voisine, les lettres, les
+édits, les déclarations ; enfin tout ce qui intéresse le
+service de l’empereur. Ces dépêches sont renfermées
+dans une boîte ou coffre verni de noir, sur lequel on
+voit les armes du prince, et que les messagers portent
+sur leurs épaules, au moyen d’un bâton auquel elles
+sont fixées. On a toujours soin de faire marcher deux courriers
+ensemble, en cas d’accident. Ils portent une
+cloche à la main et l’agitent de tems en tems, afin
+d’avertir de leur approche. Cette précaution a pour but de
+prévenir tous les obstacles qui pourraient s’opposer à
+leur marche. Les voyageurs, à ce signal, s’arrêtent ou
+changent la direction de leur route. L’empereur même
+se soumettrait à cette loi, s’il se trouvait sur leur passage
+et qu’il pût les retarder dans leur course.</p>
+
+
+<h3>AMÉRIQUE.</h3>
+
+<p>Les postes sont très-bien servies au Canada, surtout
+de Québec à Montréal ; et, pour rendre praticables, en
+hiver, les routes si généralement belles dans les autres
+saisons, on y plante des perches, lorsque la neige commence
+à tomber, afin d’en conserver la direction :
+dès qu’elles ont pris assez de consistance pour être favorables
+au traînage, les communications reprennent
+<span id="p157" class="pagenum">-157-</span> avec plus d’activité et on fait, par ce moyen, 15 à
+20 milles par heure. Les traîneaux, les berlines et les
+carrioles servent l’hiver : l’été, on voyage en calèche.
+Ces voitures contiennent trois personnes et sont traînées
+le plus ordinairement par un seul cheval.</p>
+
+<p>Dépendant autrefois de l’Angleterre, les Etats-Unis
+ont dû en recevoir les institutions. Les postes aussi
+n’ont rien changé à l’organisation qu’elles lui doivent.
+Elles sont toujours remarquables par leur activité, qui
+ne peut que se conserver et même s’accroître par la prospérité
+vers laquelle ces contrées tendent de plus en plus.
+On y compte aujourd’hui plus de six mille bureaux de
+poste, qui font parvenir les lettres avec une étonnante
+célérité. Les courriers parcourent 1,500,000 milles de
+routes de plus qu’ils ne faisaient il y a cinq ans ; malgré
+tant d’améliorations, les recettes, cette année,
+égalent les dépenses. Les communications sont favorisées
+par la beauté des routes<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a>, les canaux et les ponts suspendus
+sur des chaînes de fer<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>. Combien les voitures
+publiques ont dû se multiplier dans un pays où l’on
+voyage si fréquemment. Les fiacres y sont devenus très-communs.
+Il y a 15 ans on n’en comptait pas 25 à Philadelphie,
+il s’en trouve aujourd’hui plus de 600 ; les
+chevaux, généralement très-beaux et très-robustes,
+sont dressés à aller l’amble et font cinq milles par heure
+et 15 lieues par jour. Il est à remarquer que les postillons
+ne manquent jamais de s’arrêter, après avoir parcouru 4
+milles, pour faire abreuver leurs chevaux. Ces haltes fréquentes,
+dont ils profitent eux-mêmes pour leur compte,
+très-désagréables en hiver pour les voyageurs, ont un
+but d’utilité pour les chevaux, auxquels elles redonnent
+une nouvelle vigueur. Il serait impossible d’en agir
+autrement, vu la rapidité avec laquelle on leur fait
+parcourir la distance qui se trouve entre chaque relais.
+Du reste, les routes sont généralement commodes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a> On s’occupe, aux Etats-Unis, du projet d’une grande route qui
+doit aller de Washington à Mexico pendant 3300 milles [1100]. Le
+gouvernement mexicain doit coopérer à cette dépense.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a> Il n’en existait que 8 en 1820, et on en compte aujourd’hui plus
+de 40.</p>
+</div>
+<p>On cite parmi les hommes remarquables qui ont dirigé
+<span id="p158" class="pagenum">-158-</span> les postes de l’Amérique septentrionale, le célèbre
+Benjamin Franklin<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>. Il fut d’abord directeur des
+postes de la Pensylvanie, et il s’acquitta si bien de cet
+honorable emploi, que le gouvernement le nomma, en
+1753, à celui plus important et plus lucratif de directeur-général
+des postes de l’Amérique.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a> Il occupait encore cette place, en 1766, lorsqu’il parut à la
+chambre des communes de Londres, au sujet de la révocation de
+l’accise du timbre.</p>
+</div>
+<p>Jamais contrées ne furent plus favorablement partagées
+pour jouir pleinement de l’avantage de la navigation
+par le moyen des bâtimens à vapeur. On sait combien
+les beaux fleuves qui les traversent sont convenables
+à ces entreprises maritimes, et combien la correspondance
+a acquis de célérité et de régularité depuis cette
+découverte. En 1787, Fitch parvint à naviguer sur la
+Delaware, avec une assez grande vîtesse, mais à l’aide
+d’un mécanisme trop peu solide pour être employé
+avec un succès soutenu. C’est à Robert Fulton que les
+Etats-Unis doivent le précieux avantage d’avoir donné
+l’exemple de cette navigation aussi utile que merveilleuse.
+Le premier bateau que cet ingénieur a construit
+en Amérique, fit, en 1807, le trajet d’Albanie à New-Yorck
+(57 lieues) en 32 heures, et revint en 30 heures.
+Depuis ce tems, l’usage des bateaux à vapeur s’est répandu
+avec une étonnante rapidité. M. Marestier, déjà
+cité, estime qu’il y en a plus de 60 sur le Mississipi,
+40 au moins sur le Canal de l’île longue, le Hudson, etc.,
+outre ceux du fleuve Saint-Laurent et des grands lacs au
+nord des Etats-Unis.</p>
+
+<p>Autrefois, le trajet de la Nouvelle-Orléans à Louisville,
+qui est de 150 lieues de poste en suivant le cours des
+rivières, ne durait pas moins de trois mois ; aujourd’hui,
+quelques bateaux de la Nouvelle-Orléans se rendent
+en 14 jours jusqu’à Cincinnati, c’est-à-dire 54 lieues plus
+haut que Louisville. A la Louisiane, ces bateaux<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a> font
+la navigation du fleuve et des rivières qui y affluent et
+jaugent 40 ou 50 tonneaux. Ou en voit même de 900 tonneaux,
+qui portent un nombre considérable de passagers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a> On en compte sur une seule rivière plus de 100 et plus de 50
+dans un seul port. Ils jaugent ensemble plus de 14 mille tonneaux.</p>
+</div>
+<p><span id="p159" class="pagenum">-159-</span> Nul doute que dans dix ans on ne parvienne à communiquer
+aux grands lacs du nord-ouest, à la mer
+Atlantique, de là à l’Isthme de Panama, et peut-être à
+travers cet Isthme, à la Chine et à la Nouvelle-Hollande,
+par le moyen de ces bâtimens ; ils servent actuellement
+aux voyages de New-Yorck à Pensacola, à la Nouvelle-Orléans
+et à la Havane. On y trouve les commodités,
+les avantages et les agrémens, des voitures et des hôtelleries
+les meilleures de l’Europe.</p>
+
+<p>On remarque encore chez les esquimaux de la baie
+de Baffin l’usage des attelages de chiens aux traîneaux.</p>
+
+
+<h3>PÉROU.</h3>
+
+<p>On courait la poste au Pérou sur les épaules d’hommes
+destinés à ce service. Leur diligence à parcourir une
+distance qui ne devait pas excéder un mille, était si
+étonnante, qu’elle égalait la vîtesse d’un cheval. Ce qui
+surprenait davantage, c’était leur adresse à décharger
+sans s’arrêter le voyageur qu’ils portaient, pour le jeter
+sur les épaules du courrier qui les remplaçait.</p>
+
+<p>Lors de la conquête que les Espagnols firent de cet
+empire en 1527, les chemins étaient magnifiques. Ils
+remarquèrent surtout que celui qui conduisait de Cusco à
+Quito, dans une étendue de près de cinq cents lieues, était
+aligné avec soin, pavé avec solidité, bordé d’arbres appelés
+<i>molly</i>, aux pieds desquels coulaient deux ruisseaux.
+Ce chemin était aussi revêtu de chaque côté de murailles
+parfaitement construites pour retenir les terres. L’imagination
+est surprise des travaux qu’il a fallu entreprendre
+pour venir à bout d’un projet aussi vaste, soit en perçant
+des montagnes ou comblant des précipices, d’autant
+plus que les Péruviens étaient privés de machines
+propres à transporter les pierres<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a> pour la construction
+des édifices établis de distance en distance sur les
+routes. L’étonnement redouble en considérant la hardiesse
+de ces ponts suspendus par des cordages avec lesquels
+la communication entre Lima et Quito fut rendue
+si facile. L’Europe peut imiter ces entreprises gigantesques
+avec la supériorité que donne l’industrie aux
+<span id="p160" class="pagenum">-160-</span> peuples civilisés, sans rien ôter à la gloire de ces nations
+qui, n’ayant pas les mêmes avantages, ne trouvaient
+aucun obstacle pour se frayer un passage à travers
+les montagnes les plus élevées et les plus inaccessibles du
+globe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a> Les moindres avaient dix pieds carrés.</p>
+</div>
+<p>Quant aux courriers appelés chasqui, leur emploi
+consistait à porter les ordres de l’Inca aux gouverneurs
+des provinces. Placés au nombre de six dans de petites
+cabanes distantes l’une de l’autre d’un quart de lieue,
+les uns veillaient constamment pour être prêts à porter sans
+délai, à la station voisine, le message qu’ils recevaient
+de vive voix d’aussi loin qu’ils pouvaient l’entendre, afin
+de le transmettre de la même manière ; les autres, pendant
+ce tems se livraient au repos que ce service fatigant
+et continu leur rendait si nécessaire. On conçoit
+avec quelle rapidité les volontés du monarque parvenaient
+sur tous les points de l’empire.</p>
+
+<p>Quelle ressource offrait encore aux Péruviens leurs
+nœuds ou quipos. La différence des couleurs, la variété
+des contextures, avaient une signification très-multipliée,
+qui donnait les moyens de correspondre plus secrétement.
+Les quipos étaient composés de petits cordons
+de laine de toutes couleurs arrangés et contournés en
+divers sens. On attachait à chacune de ces formes, de
+ces couleurs, la signification des choses les plus essentielles.
+Ainsi, un rond fait avec de la laine blanche ou
+jaune représentait la lune ou le soleil. Les Péruviens
+correspondaient par la voix ; mais, lorsque la commission
+devait être secrète, ils se donnaient l’un l’autre une
+espèce de quipos ; c’était alors un chiffre convenu entre
+l’Inca et le gouverneur auquel il était adressé.</p>
+
+<p>La maîtresse de Pizarre trouvait les nœuds pour exprimer
+la pensée bien insuffisans auprès des caractères
+européens. <i>Ce langage</i>, disait-elle, <i>était trop borné
+pour rendre ce que je ressentais pour mon amant</i>.</p>
+
+
+<h3>MEXIQUE.</h3>
+
+<p>La nouvelle de la présence de Cortez au Mexique jeta
+l’effroi dans tout l’empire de Montezuma. Ce prince,
+qui régnait alors, ne tarda pas à en être instruit ; car,
+selon la coutume de cet état, il avait des courriers qui
+l’entretenaient de tout ce qui s’y passait. On choisissait
+<span id="p161" class="pagenum">-161-</span> les jeunes gens les plus dispos qu’on exerçait dès le premier
+âge. La principale école était le grand temple de
+la ville de Mexico. Il y avait des prix tirés du trésor public
+pour celui qui arriverait le premier au pied de
+l’idole. Dans ces courses, qu’ils faisaient d’une extrémité
+de l’empire à l’autre, ils se relevaient de distance en
+distance avec une mesure si proportionnée à leur force,
+qu’ils se succédaient avant d’être las. Les dépêches qu’ils
+apportaient à l’Empereur consistaient en des pièces de
+toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les différentes
+circonstances des affaires dont ils devaient être
+instruits. Les figures étaient entremêlées de caractères
+qui suppléaient à ce que la peinture n’avait pu exprimer.</p>
+
+<p>Dans les circonstances extraordinaires, les Péruviens
+et les Mexicains, comme les peuples anciens, employaient
+la fumée et les feux pour transmettre au loin les avis qui
+intéressaient le salut de l’état.</p>
+
+<p>Non-seulement on avait reconnu les chiens propres
+aux attelages, mais encore à servir de courriers. On
+leur attachait au cou les dépêches qu’on voulait qu’ils
+transportassent, et l’instinct dont ce précieux animal
+est doué, le conduisait à fournir sa course avec rapidité,
+et même encore à défendre le paquet qui lui était confié
+contre toute entreprise indiscrète. Les Portugais, dit-on,
+les ont employés à cet usage lors de leurs conquêtes aux
+Indes.</p>
+
+<p>Dans l’intérieur de l’Amérique du sud, pour les communications,
+soit du Brésil, de Buenos-Ayres, soit
+des provinces de l’ouest situées aux pieds des Andes,
+les marchandises d’un grand poids sont transportées
+quelquefois sur des chars traînés par des bœufs ; mais
+le mauvais état des routes, les ruisseaux bourbeux et
+les étangs, rendent ce mode excessivement long : on se
+sert plus communément de mules et de chevaux de bât.
+Les maisons de poste, qu’on trouve de distance en distance,
+sont de misérables chaumières presque abandonnées
+et très-incommodes par les insectes qui s’y rassemblent.</p>
+
+<p>Il n’y a que quatre passages dans la partie de la cordillière
+méridionale, dont un seul est assez large pour
+que les chars y passent avec facilité.</p>
+
+<p><span id="p162" class="pagenum">-162-</span> Nous ne porterons pas plus loin l’énumération, peut-être
+déjà trop prolongée dans un essai de ce genre, des
+moyens de correspondre et de voyager chez tous les
+peuples du monde. Nous nous bornerons à observer
+que le séjour des Européens dans leurs possessions d’outre-mer<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>
+et les relations non interrompues que celles-ci
+entretiennent avec les métropoles, ne laissent plus d’incertitude
+sur la possibilité de communiquer avec les diverses
+contrées répandues sur tous les points du globe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a> Une compagnie anglaise a déjà rassemblé de très-grands capitaux
+destinés à la construction de routes, de canaux, de bâtimens à
+vapeur, de chemins en fer et de tous les ouvrages propres à établir,
+dans l’Amérique méridionale, les moyens rapides et perfectionnés
+employés en Europe pour multiplier les communications. Parmi les
+singularités que nous avons remarquées dans le cours de cet essai sur
+la docilité de certains animaux, nous citerons encore les tigres,
+dressés à conduire le chariot de M. Carneiro, procureur à Bogota.
+Ils sont tellement apprivoisés, qu’il s’en sert habituellement pour se
+rendre au palais de justice.</p>
+</div>
+<p>Et quoiqu’il n’existe pas en France de bâtimens<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a>
+spécialement destinés au transport des lettres, le service
+des postes maritimes n’en a pas moins lieu avec toute la
+régularité qu’on remarque sur le continent. Aucun
+vaisseau n’y est attaché ; tous y coopèrent ; et le nombre
+considérable de ceux que le commerce emploie à faciliter
+ses échanges, sert aussi à multiplier ceux de la
+pensée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a> Le bateau à vapeur le <i>Galibi</i>, nommé la <i>Caroline</i> depuis le
+voyage de S. A. R. Madame duchesse de Berri en Normandie, parti
+du Havre, est arrivé sur la côte de la Guyanne en 36 jours de traversée.
+Ce bâtiment est destiné à naviguer entre les divers points
+de cette intéressante colonie, coupée par de nombreuses rivières,
+qui deviendra bien plus importante, lorsqu’on aura mis à exécution
+les divers projets de canalisation.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p163" class="pagenum">-163-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">QUATRIÈME PARTIE.<br>
+PRATIQUE DES POSTES.</h2>
+
+
+<p>Les postes, après avoir éprouvé tant de variations,
+semblent établies sur des bases fixes et durables. Une
+longue expérience a fait rectifier peu à peu tout ce
+que la théorie n’offrait pas d’assez régulier dans la
+pratique.</p>
+
+<p>Il serait sans doute insuffisant d’en suivre l’histoire,
+si l’on ne cherchait dans le code qui les régit les moyens
+sûrs de profiter pleinement des avantages qui en résultent
+pour la société. En effet, quelle administration est d’un
+usage plus répandu ? Quel est l’individu, quelque puissant
+ou quelque obscur qu’il soit dans l’Etat, dont elles
+ne servent les relations d’intérêt, de famille, d’amitié
+et de bienséance. On est cependant frappé de l’insouciance
+qu’on rencontre généralement dans le monde à
+cet égard, et surpris d’y voir ignorer jusqu’aux plus
+simples notions d’un service dont le besoin se fait sentir
+presque à chaque instant.</p>
+
+<p>Nous ne croirions donc pas avoir rempli la tâche que
+nous nous sommes imposée, si, à la suite de ces considérations
+générales sur les postes, nous n’entrions pas
+dans quelques détails indispensables propres à servir
+de guide dans la pratique.</p>
+
+<p>La direction générale des postes comprend actuellement,
+sous ce titre, la poste aux lettres et la poste aux chevaux :
+elle est administrée par un directeur-général, M. le
+marquis de Vaulchier, grand-officier de la Légion-d’Honneur,
+conseiller-d’Etat et membre de la chambre
+des députés, sous l’autorité et la surveillance duquel
+le travail est réparti entre les trois administrateurs qui
+lui sont adjoints.</p>
+
+<p>M. N., administrateur de la 1.<sup>re</sup> division, est chargé
+<span id="p164" class="pagenum">-164-</span> des relais<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a>, des correspondances<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a> et du bureau<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>
+des malles et estafettes ;</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a> M. Forgeot <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Création et suppression
+des relais, fixation des distances, gages et indemnités aux maîtres
+de poste ; secours et pensions aux postillons.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a> M. de Raucogne [Henri], chef de division. Etablissement
+et suppression des bureaux de poste, distribution, entrepôts,
+services de nuit, coïncidence des courriers, fixation des dépenses
+dans les départemens, inspecteurs, offices étrangers.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a> M. Pierrot, chef.</p>
+</div>
+<p>M. le comte de Raucogne <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, administrateur de la
+2.<sup>e</sup> division, s’occupe de ce qui est relatif à la vérification<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a>
+des droits et produits, et du personnel<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a> ;</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a> M. Mahon, chef de division. Vérification des bordereaux
+des droits et produits établis par les comptables. — M. Gachet,
+agent comptable. Recette et dépense faite pour le service intérieur
+à l’hôtel des postes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a> M. Tenant de la Tour <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Notes d’informations
+et rapports sur le personnel des employés, présentation
+aux emplois vacans. — M. de Richoux, chef de division des services.</p>
+</div>
+<p>M. Barthe-la-Bastide <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, membre de la chambre des
+députés, administrateur de la 3.<sup>e</sup> division, dirige le
+départ<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a>, l’arrivée<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a>, la division<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a> de Paris,
+les articles<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> et le bureau des voyageurs<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a> M. Bousquet, chef de division. Taxe des lettres, affranchissemens,
+chargemens, expédition des estafettes, courriers extraordinaires
+pour les départemens et l’étranger.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a> M. Jaqueson de Vauvignol, <img src="images/croix.svg" class="h1em" alt="croix"> <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Réception
+et vérification des dépêches, tri et remise des lettres et paquets
+pour le Roi et les ministres.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a> M. Ginisly <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Paris, bureau de distribution,
+affranch. des p. p. Paris : tri, distribution générale.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a> M. Itasse <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">, chef de division. Mouvement, surveillance
+et comptabilité des articles d’argent et valeurs cotées qui sont déposés
+à Paris et dans les départemens.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a> M.    , chef.</p>
+</div>
+<p>Le secrétaire-général, M. le baron Roger (O. <img src="images/legion.svg" class="h1em" alt="L. H.">),
+membre de la chambre des députes, a dans ses attributions
+le bureau d’enregistrement des dépêches, le
+bureau d’ordre ou 1.<sup>er</sup> bureau (franchises et contre-seings),
+le bureau du budget, le bureau du matériel,
+le bureau du dépôt et des derniers rebuts, et tout ce
+qui a rapport aux transports frauduleux.</p>
+
+<p>On compte douze bureaux de poste à Paris, en y
+comprenant ceux de la cour, de la chambre des pairs
+et de la chambre des députés, desquels dépendent des
+<span id="p165" class="pagenum">-165-</span> boîtes en très-grand nombre, placées dans les lieux les
+plus apparens. Ces boîtes sont levées, deux heures
+en deux heures, sept fois en été et six en hiver. Le
+terme moyen de chaque distribution est de trois heures.
+Les distributions, pour les bureaux établis dans la banlieue
+se font deux fois par jour.</p>
+
+<p>Toutes les lettres de réclamations relatives au service
+doivent être adressées à M. le directeur-général des postes.</p>
+
+<p>Les inspecteurs des postes sont les agens supérieurs
+dans les départemens. Ils sont au nombre de trente, et
+leurs divisions comprennent, à quelques exceptions près,
+trois départemens.</p>
+
+<p>Le nombre des bureaux de poste, en France, est de
+1371<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>, non compris les distributions. Ils sont administrés
+par des directeurs ; mais tous n’ont pas de contrôleurs,
+de commis, de distributeurs, de garçons de bureau
+et de facteurs. Cette organisation, plus ou moins
+modifiée, dépend de l’importance des localités : on distingue,
+par cette raison, les bureaux en simples et composés.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a> 1825.</p>
+</div>
+<p>Chaque bureau de poste a une boîte dont l’ouverture,
+placée extérieurement, est destinée à recevoir les
+lettres qu’on y jette tant le jour que la nuit. Dans les
+grandes villes, ces boîtes, appelées <i>petite-poste</i>, sont établies
+dans les divers quartiers, d’où les lettres sont
+retirées plusieurs fois dans la journée pour être transportées
+au bureau appelé <i>grande-poste</i>.</p>
+
+<p>On entend par lettre, épître ou missive, la feuille
+de papier écrite d’une dimension déterminée, dont la
+forme, après avoir été repliée sur elle-même, est celle
+d’un carré long. Le côté où les plis se rejoignent pour
+recevoir le cachet qui la clot, s’appelle le dos ; l’autre,
+qui est le dessus, est destiné à l’adresse ou suscription.</p>
+
+<p>L’adresse doit être claire, précise, lisiblement écrite
+et dégagée de toute explication surabondante.</p>
+
+<p>Il est essentiel de s’informer des heures d’ouverture
+des bureaux de poste de chaque lieu où l’on se trouve,
+de celles des levées de boîtes pour le départ des courriers
+de chaque route, ainsi que des jours où s’expédient
+ces courriers : les retards dans l’expédition, et
+par conséquent la réception des lettres proviennent toujours
+<span id="p166" class="pagenum">-166-</span> de l’incertitude du public à cet égard. Il est facile
+de le démontrer. Les courriers expédiés de Paris pour
+les provinces, et réciproquement de celles-ci pour la
+capitale et les villes du royaume, partent tous les jours
+et le plus généralement trois fois la semaine. Il est
+clair que, si, se trompant d’heure, on jette une lettre à
+la boîte, le lundi par exemple, après le départ d’un
+courrier qui ne doit plus avoir lieu que le jeudi suivant,
+elle éprouve, en séjournant dans le bureau d’expédition,
+un retard de 72 heures. Supposons la même erreur de
+la personne qui doit y répondre, et on aura la solution
+d’un problème qui étonne tout le monde, excepté
+les agens des postes qui ont tant d’occasions de gémir
+sur une insouciance si préjudiciable aux intérêts du public.</p>
+
+<p>Il n’est peut-être pas hors de propos de donner ici
+une idée générale des opérations qui ont lieu pour les lettres
+depuis l’instant où elles sont jetées à la boîte jusqu’à
+celui où elles sont remises aux destinataires.</p>
+
+<p>Les lettres retirées de la boîte sont portées sur une
+table pour être timbrées ; puis on les trie pour les placer
+dans les cases destinées à chaque correspondance ; on
+les taxe ensuite, après les avoir pesées, s’il y a lieu, en
+suivant les progressions du tarif ; on les compte, et le
+montant contenu dans chaque case est porté sur une
+lettre d’avis jointe au paquet qu’on en forme, en le ficelant,
+le couvrant de plusieurs feuilles d’un papier
+très-fort, le reficelant et fixant les bouts de la ficelle
+avec de la cire sur laquelle on applique le cachet du bureau.
+La couverture porte encore, écrit à la main, le
+nom du bureau auquel on expédie le paquet, et le timbre
+du bureau expéditeur. On inscrit aussi sur un registre
+le montant des lettres contenues dans cette dépêche ;
+et, après avoir rempli les mêmes formalités pour
+chaque correspondance (il y a des bureaux qui en ont
+jusqu’à cent), on les classe par route, et on en porte
+le nombre sur une feuille ou part qui sert à établir la responsabilité
+des courriers auxquels ces paquets sont confiés.</p>
+
+<p>Voilà pour l’expédition. Cette opération, pour laquelle
+les instructions accordent une heure, depuis la
+dernière levée de la boîte, se fait ordinairement dans
+une demi-heure, tant l’intelligence et la promptitude
+des officiers des postes sont remarquables.</p>
+
+<p><span id="p167" class="pagenum">-167-</span> A la réception des dépêches, qui a lieu immédiatement
+après l’arrivée du courrier, on en constate le
+nombre, et on en fait l’ouverture pour s’assurer si le
+montant des lettres qu’elles contiennent est conforme
+à celui indiqué sur les feuilles d’avis qui les accompagnent ;
+on les remet aux facteurs ou distributeurs,
+qui les trient, reconnaissent l’exactitude des sommes
+auxquelles elles montent, et s’acheminent, sans délai, vers
+leurs quartiers respectifs, pour en faire la distribution.</p>
+
+<p>Il est facile de juger, d’après ces diverses opérations,
+du travail auquel une lettre donne lieu, et combien
+il est minutieux, puisque nous avons vu que Paris
+en reçoit et en expédie plus de 30,000 par jour, sans
+compter 35,000 feuilles périodiques.</p>
+
+<p>La lettre est <i>simple</i>, lorsqu’elle ne pèse pas six grammes,
+et non parce qu’elle est formée d’une simple feuille
+de papier et même d’une demi-feuille. Le poids seul
+détermine cette dénomination, toujours mal interprétée
+par le public. Lettre simple, dans ce cas, est synonime
+de non <i>pesante</i>. Il faut, pour éviter toute méprise,
+n’employer que le papier dit papier à lettre
+et choisir le plus fin. On y trouvera un grand avantage,
+puisque la plus légère différence dans le poids fait
+une augmentation qui ne peut être moindre d’un décime.</p>
+
+<p>La lettre taxée est celle dont le prix exprimé en décimes
+se place sur le dessus ou suscription. Les chiffres
+dont on se sert à cet effet ont une forme particulière.
+Dès que la lettre n’est plus simple, l’application du
+tarif, qui a lieu d’après son poids, est indiquée
+par les chiffres 7, 8, 11, 15, etc., inscrits dans l’angle
+supérieur gauche de la suscription.</p>
+
+<p>La lettre est <i>surtaxée</i> lorsque diverses causes ont
+concouru à une fausse application du tarif. Dans ce
+cas, les destinataires sont toujours admis à réclamer
+la réduction de la taxe au taux légal, et, par conséquent,
+le remboursement de cet excédant, qui ne
+peut être alloué que d’après l’ordre du directeur-général
+des postes, et sur la représentation de la lettre recachetée,
+de l’enveloppe, de la suscription même (lorsqu’on peut
+l’en détacher sans inconvénient), qui lui est transmise
+par l’intermédiaire des directeurs des postes. Cette pièce
+est renvoyée de Paris avec l’autorisation de paiement.</p>
+
+<p><span id="p168" class="pagenum">-168-</span> Tout particulier a le droit de refuser les lettres qui
+lui sont présentées. Le principe de justice qui guide
+l’administration dans cette mesure, la porte à le retirer
+dès l’instant que la lettre a été reçue et à plus forte
+raison décachetée sciemment. Dans le cas de refus d’une
+lettre, elle est conservée pendant trois mois dans le
+bureau de poste ou elle est arrivée, pour être remise
+au destinataire, s’il croyait devoir la retirer dans cet
+intervalle. Passé ce délai, les réclamations n’ont plus
+lieu qu’à Paris.</p>
+
+<p>L’expéditeur de lettres <i>mal cachetées, recachetées,
+ou dont le cachet porte des traces d’altération</i>, doit
+toujours faire mention dans sa lettre, ou sur la suscription
+même, des raisons qui l’ont causée, pour
+éviter les soupçons qui pourraient être dirigés contre
+les officiers des postes.</p>
+
+<p>Il y a des lettres <i>blanches</i>, et d’autres dont l’adresse
+est vicieuse ou imparfaite : ce cas se présente fréquemment.
+On appelle blanches, celles auxquelles l’adresse
+manque entièrement. Les autres, ou portent le nom du
+lieu sans celui du destinataire, ou le nom de celui-ci,
+en ayant omis la désignation du lieu, ou sont privées
+des indications propres à fixer l’incertitude de l’agent des
+postes sur la direction qu’il doit leur faire suivre.</p>
+
+<p>Ces lettres sont immédiatement envoyées à Paris, afin
+d’obtenir les renseignemens convenables pour leur donner
+cours ; dans ce cas, celui qui reçoit la lettre qu’il a
+écrite, ne peut mettre en doute l’erreur qu’il a commise ;
+mais, le défaut de réflexion, quelquefois une injuste
+prévention, et presque toujours l’ignorance des lois,
+donnent occasion de croire que les directeurs des postes
+s’arrogent arbitrairement la faculté d’ouvrir les missives.
+Cette formalité, commandée par la nécessité, n’est
+jamais remplie que par le directeur-général et les administrateurs
+des postes, dans l’intérêt des particuliers, et
+en vertu des lois du royaume<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a> La loi du 7 nivose an 10 règle les époques d’ouverture, de brûlement
+et de garde : elle fixe à cinq ans la garde des objets importans
+et de valeur : ces derniers sont alors transmis au trésor royal.</p>
+</div>
+<p>Les lettres ne doivent contenir aucun objet étranger à
+la correspondance.</p>
+
+<p><span id="p169" class="pagenum">-169-</span> On peut réclamer les lettres mises à la boîte avant le
+départ du courrier, soit pour les retirer, soit pour en
+rectifier l’adresse, seulement quand on les a écrites et
+signées, et en remplissant certaines formalités exigées
+rigoureusement.</p>
+
+<p>Dans cette circonstance, et comme dans toutes celles où
+les officiers des postes opposent la sévérité des règlemens,
+le public croit voir des entraves. Mais qu’il se persuade
+bien que toutes ces mesures sont dans son intérêt et
+qu’elles ajoutent une nouvelle garantie à l’inviolabilité
+du secret des lettres.</p>
+
+<p>La similitude de noms, et la briéveté de l’adresse qui ne
+contient que le nom du destinataire et du lieu de destination,
+causent souvent des méprises sur l’ouverture
+des lettres. Dans ce cas, la personne qui a ouvert
+la lettre qu’elle reconnaît ne pas lui appartenir, doit l’attester
+sur le dos, en signant qu’elle a été, ouverte <i>par
+conformité de nom</i>. Les employés des postes font les recherches
+nécessaires pour trouver le véritable destinataire ;
+car le but n’est pas tant de placer la lettre pour en
+toucher le prix du port, que de la remettre à la personne
+à laquelle elle est véritablement destinée ; d’où il suit
+que l’intérêt du Trésor dans la perception du port n’est
+que secondaire, puisque la lettre est moins une denrée,
+une marchandise qu’on débite indifféremment, qu’une
+propriété qui ne peut être détournée des mains de son
+possesseur.</p>
+
+<p>Les lettres sous un nom supposé ne peuvent être remises
+aux personnes qui les réclameraient.</p>
+
+<p>Il n’est pas nécessaire de faire sentir les dangers que
+ce mode de correspondance entraînerait.</p>
+
+<p>On entend par <i>lettres à poste restante</i> celles qui ne
+sont remises aux destinataires que sur leur réclamation
+et qui ne peuvent être comprises dans les distributions
+faites par les facteurs.</p>
+
+<p>Les lettres <i>franches</i> sont celles qui par certaines formalités,
+telles que le contre-seing, ne sont point assujetties
+à la taxe. Elles intéressent le service du Roi, pour lequel
+l’administration des postes a été établie originairement.</p>
+
+<p>On peut s’adresser aux directeurs des postes afin de
+connaître les fonctionnaires de l’état qui jouissent de
+la franchise sans restriction.</p>
+
+<p><span id="p170" class="pagenum">-170-</span> Les lettres <i>affranchies</i> sont celles dont le port est payé
+d’avance par l’envoyeur, pour que le destinataire n’ait
+aucun prétexte de la refuser.</p>
+
+<p>Les lettres affranchies sont taxées devant la personne
+qui les présente d’après les mêmes règles que celles jetées
+à la boîte. Ce qui les distingue de celles-ci, c’est que la
+taxe est placée sur le dos, et que le timbre porte deux PP.</p>
+
+<p>L’affranchissement est volontaire ou forcé. Il est libre,
+par exemple, pour tout le royaume : on entend par ce
+mot, la faculté d’affranchir ou de ne pas affranchir. Il
+est essentiel d’affranchir toutes les lettres pour les personnes
+chargées de fonctions publiques, telles que ces
+curés, préfets, sous-préfets, juges, maires, députés,
+agens-d’affaires, etc., et même les particuliers avec lesquels
+on n’a pas de relations habituelles, parce que ces
+lettres sont ordinairement refusées, lorsque le port n’en est
+pas payé d’avance. Dans ce cas, comme dans beaucoup
+d’autres, le public chercherait en vain à rejeter sur la
+poste toute responsabilité. Les détails qui précèdent et ceux
+qui suivent, suffiront, croyons-nous, pour détruire d’injustes
+préventions, et pour prouver que les erreurs qui
+se modifient de tant de manières, ne peuvent jamais lui
+être imputées.</p>
+
+<p>Nous avons indiqué, dans la troisième partie, les principaux
+lieux pour lesquels l’affranchissement est forcé
+ou volontaire : on pourra y recourir à l’occasion. Mais
+comme les arrangemens entre l’office général de France
+et les offices étrangers peuvent subir des modifications,
+nous engageons à consulter à cet égard le livre de poste
+que nous avons cité dans le cours de cet ouvrage.</p>
+
+<p>Les lettres des colonies sont celles transportées par les
+bâtimens du commerce destinées pour les provenances
+d’outre-mer. Elles doivent être affranchies.</p>
+
+<p>Les lettres simples pour les militaires en activité,
+jusqu’au grade d’officier, jouissent, lorsqu’on les affranchit,
+d’une modération de taxe qui est fixée à vingt-cinq
+centimes.</p>
+
+<p>Les imprimés présentés sous bandes à l’affranchissement,
+qui ne contiennent aucune écriture à la main
+(excepté la date et la signature pour les circulaires),
+paient cinq centimes par feuille d’impression ; et quatre
+centimes seulement lorsque ce sont des journaux.
+<span id="p171" class="pagenum">-171-</span> Le plus grand nombre est assujetti au droit du timbre<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a> Les lettres de faire part de naissances, de mariages et de décès
+en sont exemptes.</p>
+</div>
+<p>Par lettres <i>chargées</i> on entend celles qui sont présentées
+au directeur et pour lesquelles il perçoit le double
+du port ordinaire de la lettre affranchie ou jetée à la
+boîte. Ces lettres doivent être sous enveloppe et cachetées
+de 3 ou 5 cachets en cire avec empreinte : elles
+sont enregistrées et frappées du timbre du bureau et
+de celui portant le mot chargé. L’administration ne répond
+que de ces sortes de missives, pour lesquelles elle
+accorde cinquante francs, lorsqu’elles ne parviennent pas
+à leur destination. Afin de faciliter les recherches, en
+cas de réclamation, il est délivré un bulletin à l’envoyeur.</p>
+
+<p>Le destinataire est toujours prévenu de l’arrivée de
+la lettre (que lui seul peut retirer), pour laquelle il
+donne son reçu sur les registres tenus à cet usage. Il
+peut néanmoins, en cas d’absence, se faire représenter
+pour remplir ces formalités. Mais une procuration
+quelque générale et quelqu’étendue qu’on pût la supposer,
+qui ne contiendrait pas la clause spéciale de
+retirer les lettres de la poste, serait sans valeur près des
+directeurs. Cette omission, qui peut entraîner de graves
+inconvéniens, devrait éveiller l’attention des hommes
+publics auxquels la rédaction de pareils actes est confiée.</p>
+
+<p>Il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici que les
+lettres, même décachetées, destinées pour un lieu où se
+trouve un bureau de poste, ne peuvent être transportées
+que par les courriers de l’administration. Toute autre voie,
+qui constate un délit de fraude<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>, serait d’autant moins
+excusable que les moyens de correspondre, multipliés à
+grands frais chaque jour, entretiennent une activité admirable
+dans les relations.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a> Dans ce cas, le destinataire qui réclame sa lettre, en paie le
+double port ; et le contrevenant est condamné à une amende qui ne
+peut être moindre de 150 francs.</p>
+</div>
+<p>On comprend sous le titre d’articles, les espèces d’or
+et d’argent, ayant cours, présentées à découvert pour
+être acquittées dans tous les bureaux de poste du royaume
+<span id="p172" class="pagenum">-172-</span> seulement, et pour lesquelles on paie un droit fixe de
+5 centimes par franc et 65 centimes pour le timbre de la
+reconnaissance<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a>. Cette pièce est détachée d’un talon
+ou lettre d’avis que le directeur envoie à son correspondant ;
+d’un bulletin qui reste aux mains de l’envoyeur
+et d’une souche envoyée à la direction générale. On voit
+par là qu’il ne faut altérer en rien la dimension de la
+reconnaissance expédiée par le déposant au destinataire,
+puisqu’à l’instant du paiement elle est rapprochée de la
+lettre d’avis. S’il restait quelqu’incertitude après cette
+comparaison, le directeur se refuserait à faire droit à
+toute réclamation jusqu’à plus ample information.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a> Les sommes au-dessous de 10 francs, adressées aux militaires
+en activité de service, n’y sont point assujetties.</p>
+</div>
+<p>Les articles ne sont payables qu’au destinataire ou à
+un fondé de pouvoirs spéciaux.</p>
+
+<p>Les <i>valeurs cotées</i> se composent des bijoux, pierreries
+ou autres objets précieux qui sont déposés à découvert,
+afin que le directeur puisse en apprécier la valeur, sur
+l’estimation de laquelle il perçoit le même droit que
+pour les articles d’argent, en se conformant à peu près
+aux mêmes formalités. Les objets sont renfermés, en présence
+du directeur, dans une boîte ficelée et cachetée
+en cire du cachet de l’envoyeur.</p>
+
+<p>Les malles-postes sont ces voitures élégantes, à quatre
+places, montées sur ressorts, ayant quatre roues, attelées
+de quatre chevaux et destinées au transport des dépêches
+et des voyageurs. La régularité dans les heures
+de départ et d’arrivée, et la célérité avec laquelle on
+peut parcourir l’étendue du royaume, ne sont pas
+les seuls avantages qu’offre cette manière de voyager.</p>
+
+<p>Le prix des places, sans distinction d’âge, est d’un
+franc cinquante centimes par poste.</p>
+
+<p>Les directeurs sont chargés de l’enregistrement des
+voyageurs et de la recette des places, dont le prix
+doit être acquitté avant le départ.</p>
+
+<p>Tout voyageur qui ne se serait pas muni d’un passeport
+ne pourrait être admis dans ces voitures.</p>
+
+<p>La poste<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a> aux chevaux dépend de la direction
+<span id="p173" class="pagenum">-173-</span> générale de la poste aux lettres et elle est sous la surveillance
+immédiate des inspecteurs des postes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a> Le maître de la poste aux chevaux à Paris, M. Dailly,
+a son relais rue Saint-Germain-aux-Prés, n.<sup>o</sup> 10.</p>
+
+<p>M. Davrauge de Montville, préposé à la distribution des permis,
+a son bureau à la poste aux chevaux.</p>
+</div>
+<p>On compte 1463 relais, composés chacun d’un nombre
+de chevaux nécessaires<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>, qui varie suivant
+l’importance des lieux, mais qui ne peut être moindre
+de quatre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a> Dénomination donnée aux chevaux fixés par le réglement.</p>
+</div>
+<p>Ils sont fournis et entretenus par des agens, sous le
+nom de maîtres de poste, pour transporter les dépêches
+du Roi et des particuliers, et conduire les
+voyageurs d’après les réglemens. Outre le prix qu’ils
+retirent de la course des chevaux employés à ce service,
+ils reçoivent des <i>gages</i> qui ne peuvent s’élever au-dessus
+de 450 fr., ni être au-dessous de 250 fr.</p>
+
+<p>Par arrangement conclu en 1822, les maîtres de
+poste conduisent les messageries : celles-ci sont exemptes
+par là du droit de 25 centimes par cheval à leurs
+voitures, créé au profit des premiers.</p>
+
+<p>Chaque relais, à la tête duquel est un maître de
+poste, a un nombre déterminé de postillons, comme
+lui, à la nomination du directeur-général des postes.</p>
+
+<p>Chaque poste doit être parcourue dans une heure ;
+et le maître du relais est tenu de présenter son registre
+d’ordre, sur la demande de tout voyageur qui croit
+devoir y consigner ses plaintes.</p>
+
+<p>Le livre de poste qui paraît annuellement, nous dispense
+d’entrer dans d’autres détails : ils seraient encore
+insuffisans pour celui qui entreprendrait de voyager
+par la poste sans en être muni.</p>
+
+<p>On appelle estafette<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a> le courrier chargé de porter
+d’une poste à l’autre les dépêches extraordinaires
+renfermées dans un portefeuille, dont la clef reste
+aux mains des directeurs. Ce moyen est tellement
+prompt, qu’une distance de cent lieues peut être parcourue
+en moins de 25 heures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a> Cette dénomination n’est pas applicable aux courriers extraordinaires
+qui transmettent avec diligence la dépêche qu’ils ont
+reçue jusqu’à sa destination. Ces sortes d’expéditions sont assujetties
+à des règles particulières.</p>
+</div>
+<p>Le gouvernement l’emploie dans les circonstances
+<span id="p174" class="pagenum">-174-</span> importantes et sur les points où il n’existe pas de
+lignes télégraphiques.</p>
+
+<p>Les particuliers ne peuvent participer à cet avantage
+qu’avec l’autorisation des directeurs de la poste aux
+lettres.</p>
+
+<p>Nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’entrer dans
+de nouvelles explications sur l’usage des postes, surtout
+après y avoir été conduit si naturellement par nos
+recherches sur leur origine, leur but, leur importance,
+leurs progrès et leurs résultats. La pratique vient ici
+à l’appui de la théorie.</p>
+
+<p>Il nous semble donc qu’il ne peut rester d’incertitude
+sur l’utilité d’une institution si généralement répandue
+et sur les avantages inappréciables que la société en
+retire.</p>
+
+<p>C’est une vérité prouvée par les faits, proclamée
+par l’histoire, et confirmée chaque jour par l’expérience.</p>
+
+
+<p class="c gap">FIN.</p>
+
+
+<p class="c gap">ERRATA.</p>
+
+<p>Page 12 ligne 5. Retranchez mais.</p>
+
+<p>Page 38 ligne 5. Une virgule après mesure, et ligne 8 un point
+après usuraire.</p>
+
+<p>Page 41 ligne 30. Une virgule après individus, et deux points,
+ligne 32, après guerre.</p>
+
+<p>Page 95 ligne 20. Port : lisez : part.</p>
+
+<p>Page 170 ligne 12. Ces : lisez : les.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span id="p175" class="pagenum">-175-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak" id="edit">Note de la page 28.<br>
+ÉDIT SUR LES POSTES.</h2>
+
+
+<p>Le seigneur et Roy (Louis XI) ayant mis en délibération avec les
+seigneurs de son conseil, qu’il est moult nécessaire et important à ses
+affaires et à son estat de sçavoir diligemment nouvelles de tous costez,
+et y faire, quand bon luy semblera, sçavoir des siennes ; d’instituer
+et d’establir en toutes les villes, bourgs, bourgades, et lieux
+que besoin sera jugé plus commodes, un nombre de chevaux courants
+de traitte en traitte, par le moyen desquels ses commandements
+puissent estre promtement exécutez, et qu’il puisse avoir
+nouvelles de ses voisins quand il voudra, veut et ordonne ce qui en
+suit.</p>
+
+<p>Que sa volonté et plaisir est que dèz à présent et doresnavant, il
+soit mis et establi spécialement sur les grands chemins de son dit
+royaume, de quatre en quatre lieues, personnes séables, et qui
+feront serment de bien et loyaument servir le Roy, pour tenir
+et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille, bien enharnachez
+et propres à courir le galop durant le chemin de leur traitte,
+lequel nombre se pourra augmenter, s’il est besoin.</p>
+
+<p>Le Roy nostre seigneur veut et ordonne qu’il y ait en la dite institution
+et establissement et générale observation, et pour en faire
+l’establissement un office intitulé <i>conseiller grand-maistre des coureurs
+de France</i> ; qui se tiendra près de sa personne, après qu’il aura esté
+faire le dit establissement, pour ce faire luy sera baillé bonne commission.</p>
+
+<p>Et les autres personnes qui seront ainsi par luy establies de traitte
+en traitte, seront appelées <i>maistres</i>, tenant les chevaux courans pour
+le service du Roy.</p>
+
+<p>Les dits maistres seront tenus, et leur est enjoint de monter sans
+aucun délay ni retardement, et conduire en personne, s’il leur est
+commandé, tous et chacuns les courriers et personnes envoyées de
+la part du dit seigneur ayant son passeport et attache du <i>grand-maistre
+des coureurs de France</i>, en payant le prix raisonnable, qui
+sera dit ci-après.</p>
+
+<p>Porteront aussi lesdits maistres coureurs toutes despêches et lettres
+de sa majesté qui leur seront envoyées de sa part et des gouverneurs
+et lieutenans de ses provinces et autres officiers, pourveu qu’il
+y ait certificat ou passeport dudit <i>grand-maistre des coureurs de
+France</i>, pour les choses qui partiront de la cour et hors d’icelle,
+des dits gouverneurs, lieutenans et officiers, que c’est pour le service
+du Roy, lequel certificat sera attaché au dit paquet, et envoyé avec
+un mandement du commis du dit <i>grand-maistre des coureurs de France</i>,
+qui sera par luy establi en chacune ville frontière de ce royaume, et
+<span id="p176" class="pagenum">-176-</span> autre bonnes villes de passage que besoin sera ; le dit mandement
+addressant audit <i>maistre des coureurs</i>, pour porter sans retardement
+lesdits paquets, ou monter ceux qui seront envoyés pour les affaires
+du Roy.</p>
+
+<p>Et afin qu’on puisse savoir s’il y aura eu retardement, et d’où il
+sera procédé, le dit seigneur veut et ordonne que le dit <i>grand-maistre
+des coureurs</i>, et ses dits commis cottent le jour et l’heure qu’ils auront
+délivré lesdits paquets au premier <i>maistre-coureur</i>, et le premier au
+second, et aussi semblablement pour tous les autres <i>maistres-coureurs</i>
+à peine d’estre privez de leurs charges, et des gages, priviléges et
+exemptions qui leur seront donnés par la présente institution.</p>
+
+<p>Ausquels <i>maistres coureurs</i> est prohibé et deffendu de bailler aucuns
+chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu’il puisse
+estre sans le mandement du Roy et du dit <i>grand-maistre des coureurs
+de France</i>, à peine de la vie. D’autant que le dit seigneur ne
+veut et n’entend que la commodité du dit establissement ne soit
+pour autre que pour son service, considéré les inconvéniens qui
+peuvent survenir à ses affaires, si les dits chevaux servent à toutes
+personnes indifféremment sans son sçeu, ou du dit <i>grand-maistre
+des coureurs de France</i>.</p>
+
+<p>Et afin que nostre très-saint père le pape et princes estrangers,
+avec lesquels sa majesté a amitié et alliance, par le moyen desquels
+le passage de France est libre à leurs courriers et messagers, n’ayent
+sujet de se plaindre du présent réglement, sa majesté entend leur
+conserver la liberté du passage, suivant et ainsi qu’il est porté par
+ses ordonnances, leur permettant si bon leur semble, d’user de la
+liberté du dit establissement, en payant raisonnablement et obéissant
+aux ordonnances contenues.</p>
+
+<p>Mais pour éviter les fraudes que pourraient commettre les courriers
+et messagers allants et venants en ce royaume, lesquels pour
+ne se vouloir manifester aux bureaux du dit grand-maistre des coureurs
+de France, et à ses commis qui y résideront en chacune ville
+frontière, et autres de ce royaume, passeraient par chemins obliques
+et destournez pour oster la connaissance de leur voyage et entrée
+en ce dit royaume prenant pour ce faire autres chevaux et guides.</p>
+
+<p>Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands chemins
+et villes frontières pour se manifester aux bureaux dudit <i>grand-maistre
+des coureurs</i>, et prendre passeport et mandement tel que
+sera dit, à peine de confiscation de corps et de biens.</p>
+
+<p>Et d’autant que la charge du dit <i>grand-maistre des coureurs de
+France</i>, est moult d’importance, et requiert avoir fidélité, soigneuse
+discrétion et sçavoir ; et qu’au moyen du dit office et de
+sa dite charge les articles de l’institution et establissements dessus
+dit, doivent estre gardez, entretenues, et observez et estant iceluy
+establissement moult utile au service et à l’intention du Roy, il
+y requiert y avoir bien notables personnes pour le tenir.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que celui qui sera pourveu de la dite charge,
+soit compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires, compté
+en enrollé en l’estat de son hostel, tout ainsi que l’un de ses
+conseillers et maistres d’hostel ordinaires.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que le dit <i>grand-maistre des coureurs de France</i>,
+ait l’entière disposition de mettre et establir par-tout où besoin
+<span id="p177" class="pagenum">-177-</span> sera les dits maistres coureurs, les déposséder si leur devoir ne
+font, et pourvoir en leur place tel que bon luy semblera, mesme
+advenant vacation par mort, résignation ou autrement de leurs
+charges, luy a donné pouvoir d’y pourvoir et instituer d’autres en
+leur place, et en délivrer <i>lettres</i>, les faisant faire serment de fidélité,
+et leur en donner acte sur les dites <i>lettres</i>.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que le dit conseiller <i>grand-maistre des coureurs de
+France</i> pour l’entretenement de son estat, après avoir fait serment
+au Roy ès mains de son chancelier, de bien loyaument servir, ait
+pour gages ordinaires la somme de huit cents livres parisis, lesquels
+seront pris sur les plus clairs deniers et revenus du dit seigneur,
+outre et par dessus les droits et émolumens ordinaires qu’il prendra
+comme officier de l’hostel et maison du dit seigneur, qui par autres
+ses lettres lui seront ordonnez et payez.</p>
+
+<p>Et en outre il aura pension de mille livres par autres lettres du
+dit seigneur pour son dit office, qui luy sera assigné et donné
+chacune année.</p>
+
+<p>Veut et ordonne que tous maistres coureurs qui seront par le dit
+grand-maistre establis, ayent aussi pour leur entretenement en leurs
+estats, pour gages ordinaires, chacun cinquante livres tournois, et
+chacun des commis qu’il aura près de sa personne et autres lieux que
+besoin sera ; chacun cent livres pour leur entretenement, et veut que les
+uns et les autres pendant qu’ils serviront, jouissent des mesmes exemtions
+et priviléges que les officiers et commensaux de sa maison.</p>
+
+<p>Et, à ce que les maistres ayant moyen d’entretenir et nourrir leurs
+personnes et leurs chevaux, et qu’ils puissent servir commodement
+le Roy.</p>
+
+<p>Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part,
+ou autrement, avec son passeport et attache du <i>grand-maistre des
+coureurs de France</i> ou de ses commis, payent pour chacun cheval
+qu’ils auront besoin de mener, y compris celui de la guide qui les
+conduira, la somme de dix sols, pour chacune course de cheval,
+durant quatre lieues, fors et excepté ledit <i>grand-maistre des coureurs</i>,
+qu’ils seront tenus de monter sans rien prendre de luy ni de ses gens,
+qu’il menera pour son service, allant faire ses chevauchées et son
+establissement et pour les affaires de Sa Majesté ; ensemble ne prendront
+rien de ses commis qui voudront courir pour les affaires pressées
+du Roy, au moins trois ou quatre fois l’an.</p>
+
+<p>Et quant aux paquets envoyés par le dit seigneur, ou qui lui
+seront adressez, les dits <i>maistres-coureurs</i> seront tenus de les porter
+en personne, sans aucun délay, de l’un à l’autre, avec la cotte
+ci-mentionnée, sans en prétendre aucun payement, ains se contenteront
+des droits et gages qui leur seront attribuez.</p>
+
+<p>Veut et ordonne les susdits articles et institution dudit grand
+office de <i>conseiller grand-maistre des coureurs de France</i>, et autres
+choses des susdites, soient à toujours observez et gardez sans
+enfreindre.</p>
+
+<p>Fait et donné à Luxies, près de Doulens, le dix-neufviéme jour
+de juin mil quatre cent soixante et quatre.</p>
+
+<p class="offr"><i>Signé</i>, LOUIS.</p>
+
+<p class="cc">Par le Roy, en son conseil de la Loërre.</p>
+
+<p class="offl">Plus bas :</p>
+
+<p class="offr"><span class="sc">Cheveteau.</span></p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak">TABLE<br>
+DES PRINCIPALES MATIÈRES.</h2>
+
+
+<ul><li><span class="sc">Administrateurs.</span> — Leur création, <a href="#p70">70</a> ; <a href="#p72">72</a>. — Supprimés,
+<a href="#p85">85</a> ; <a href="#p91">91</a> ; <a href="#p164">164</a>.</li>
+<li>Administration. — Perfectionnée par le marquis de Louvois, <a href="#p49">49</a> ;
+<a href="#p75">75</a> ; <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li>Amontons, inventeur d’un secret pour communiquer au loin, <a href="#p65">65</a>.</li>
+<li>Artaxerxès employait des courriers, <a href="#p10">10</a>.</li>
+<li>Affranchissement, <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p82">82</a> ; <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Articles d’argent, <a href="#p38">38</a> ; <a href="#p54">54</a>, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Auguste voyageait rapidement, <a href="#p19">19</a>.</li>
+<li>Autruches traînent un char, <a href="#p20">20</a>. — Montées par des hommes, <a href="#p143">143</a>.</li>
+<li>Bateaux à vapeur, <a href="#p79">79</a> ; <a href="#p85">85</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p112">112</a> ; <a href="#p116">116</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p145">145</a> ;
+<a href="#p150">150</a> ; <a href="#p158">158</a> ; <a href="#p162">162</a>.</li>
+<li>Bœufs montés par des hommes, <a href="#p143">143</a>. — Attelage de luxe dans
+l’Inde, <a href="#p149">149</a>.</li>
+<li>Buffles montés par les Tartares, <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Bureaux de poste. — Leur nombre, <a href="#p164">164</a> ; <a href="#p165">165</a>. — Simples ou
+composés, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Caisse des pensions. Sa création, <a href="#p60">60</a>. — Conservée, <a href="#p84">84</a>.</li>
+<li>Cerfs. — On en fait des attelages, <a href="#p108">108</a>.</li>
+<li>Chameau. Voiture placée sur leur dos, <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Chargement, <a href="#p38">38</a>.</li>
+<li>Chappe, inventeur du télégraphe, <a href="#p72">72</a>.</li>
+<li>Chevaucheurs, <a href="#p31">31</a>.</li>
+<li>Chevaux. — Employés par Cyrus, <a href="#p11">11</a>. — Leur vitesse, <a href="#p12">12</a> ; <a href="#p44">44</a> ;
+<a href="#p102">102</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p110">110</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p122">122</a> ; <a href="#p134">134</a> ; <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Chèvres. — Sont attelées aux voitures, <a href="#p117">117</a>.</li>
+<li>Chiens. — Etablis par relais, <a href="#p108">108</a> ; <a href="#p112">112</a> ; <a href="#p117">117</a> ; <a href="#p154">154</a>. — Portent
+les dépêches, <a href="#p161">161</a>.</li>
+<li>Comptabilité, <a href="#p84">84</a> ; <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p89">89</a>.</li>
+<li>Contrôleurs généraux, <a href="#p33">33</a> ; <a href="#p69">69</a>. — Provinciaux, <a href="#p39">39</a> ; <a href="#p71">71</a>. — Des
+bureaux, <a href="#p42">42</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Conseil des postes, <a href="#p85">85</a>.</li>
+<li>Commis, <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p97">97</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Commissaires du Roi, <a href="#p68">68</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p93">93</a>. — Du directoire, <a href="#p76">76</a>. — Du
+gouvernement, <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li>Coureurs, <a href="#p5">5</a> ; <a href="#p17">17</a>. — Traits remarquables, <a href="#p29">29</a>. — En Turquie,
+<a href="#p146">146</a> ; <a href="#p147">147</a>. — Dans l’Inde, <a href="#p150">150</a>. — Au Mexique, <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li>Courriers. — Leur discrétion, <a href="#p13">13</a> ; <a href="#p60">60</a> ; <a href="#p61">61</a> ; <a href="#p69">69</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a>. — S’emparent
+des chevaux des voyageurs, <a href="#p146">146</a>.</li>
+<li>Cyrus. — Fonde les postes dans l’antiquité, <a href="#p11">11</a>.</li>
+<li>Couleurs. — Moyen de correspondre, <a href="#p2">2</a> ; <a href="#p6">6</a>.</li>
+<li>Direction générale des postes, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p91">91</a> ; <a href="#p163">163</a>.</li>
+<li>Directeurs généraux, <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p82">82</a> ; <a href="#p83">83</a> ; <a href="#p84">84</a> ; <a href="#p90">90</a> ; <a href="#p95">95</a> ; <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p67">67</a>. — particuliers,
+<a href="#p71">71</a> ; <a href="#p96">96</a>.</li>
+<li>Directoire des postes. — Son établissement, <a href="#p70">70</a>.</li>
+<li>Distributeurs, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p167">167</a>.</li>
+<li>Dromadaires. — Servent au transport des dépêches, <a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Edit des postes, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Eléphans. — Portent les voyageurs, dans l’Inde, <a href="#p148">148</a>.</li>
+<li>Estafette, <a href="#p38">38</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Eventail. — Sert de livre de poste au Japon, <a href="#p156">156</a>.</li>
+<li>Facteurs, <a href="#p58">58</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p167">167</a>.</li>
+<li>Fiacre. — D’où vient ce nom donné aux voitures, <a href="#p48">48</a>.</li>
+<li>Fleurs. — Moyen de correspondre en Asie, <a href="#p2">2</a>.</li>
+<li>Franchises, <a href="#p42">42</a> ; <a href="#p71">71</a>. — Supprimées ; <a href="#p76">76</a>, <a href="#p85">85</a>.</li>
+<li>Gondoles. — Leur nombre à Venise, <a href="#p139">139</a>.</li>
+<li>Général des postes, <a href="#p35">35</a> ; <a href="#p36">36</a> ; <a href="#p39">39</a>.</li>
+<li>Grand maître des coureurs, <a href="#p30">30</a> ; <a href="#p32">32</a> ; <a href="#p33">33</a>.</li>
+<li>Hôtel des postes, <a href="#p70">70</a>.</li>
+<li>Hottentots. — Connaissant les signaux par le feu, <a href="#p142">142</a>.</li>
+<li>Imprimerie. — Sa découverte, <a href="#p9">9</a>. — Hâte les progrès des postes, <a href="#p24">24</a>.</li>
+<li>Imprimés, <a href="#p75">75</a> ; <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Inspecteurs généraux, <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p76">76</a> ; <a href="#p77">77</a>. — Supprimés, <a href="#p91">91</a>. — De
+divisions, <a href="#p77">77</a>. — Leurs attributions, <a href="#p85">85</a> ; <a href="#p96">96</a>. Leur nombre, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Intendans généraux, <a href="#p42">42</a>. — Leurs noms, <a href="#p62">62</a> ; <a href="#p64">64</a> ; <a href="#p67">67</a>.</li>
+<li>Instruction sur le service des postes aux lettres, <a href="#p71">71</a>. — Modifiée,
+<a href="#p81">81</a>. — Militaires, <a href="#p92">92</a>. — Aux chevaux, <a href="#p94">94</a>.</li>
+<li>Lettres, <a href="#p8">8</a> ; <a href="#p9">9</a>. — Cachetées dès l’origine, <a href="#p14">14</a> ; <a href="#p17">17</a>. — Anonymes,
+<a href="#p18">18</a> ; <a href="#p64">64</a>. — De réclamation, <a href="#p165">165</a>. — Opération qui les concerne,
+<a href="#p166">166</a>. — Nombre qu’on en expédie par an, <a href="#p97">97</a>. — Simple,
+<a href="#p167">167</a>. — Taxée, <i>id.</i> — Surtaxée, <i>id.</i> — Refusées, <a href="#p168">168</a>. — Altérées,
+<a href="#p168">168</a>. — Blanches, <a href="#p168">168</a>. — Ouvertes, <a href="#p169">169</a>. — Sous un nom supposé,
+<a href="#p169">169</a>. — Poste restante, <i>id.</i> — Franches, <a href="#p169">169</a>. — Affranchies,
+<a href="#p170">170</a>. — Colonies, <a href="#p170">170</a>. — Militaires, <a href="#p170">170</a>. — Chargées, <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Lions attachés à une voiture, <a href="#p20">20</a>.</li>
+<li>Linguet propose d’établir une machine à signaux, <a href="#p65">65</a>.</li>
+<li>Louis XI institue les postes en France, <a href="#p30">30</a>.</li>
+<li>Loups dressés à traîner une voiture, <a href="#p105">105</a>.</li>
+<li>Maîtres des coureurs, <a href="#p31">31</a>. — Leurs priviléges, <a href="#p43">43</a> ; <a href="#p44">44</a>. — Abolition
+des priviléges, <a href="#p68">68</a>. — Droit de <a href="#p25">25</a> centimes en leur faveur,
+<a href="#p81">81</a>. — Conduisent les messageries, <a href="#p92">92</a> ; <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Médailles sur les postes, <a href="#p28">28</a>.</li>
+<li>Milliaires. — Colonnes sur les routes, <a href="#p15">15</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p134">134</a>.</li>
+<li>Messagers, <a href="#p5">5</a>. — Royaux, <a href="#p33">33</a>. — Empiètemens reprimés, <a href="#p41">41</a>. — De
+l’université, <a href="#p43">43</a>. — A Alger, leur stupidité, <a href="#p142">142</a>. — Au
+Japon, <a href="#p156">156</a>.</li>
+<li>Moutons dressés à traîner un char, en Chine, <a href="#p154">154</a>.</li>
+<li>Mules. — Usage qu’on en fait en Espagne, <a href="#p134">134</a>.</li>
+<li>Oiseaux. — Vitesse de leur vol, <a href="#p6">6</a>. — Pigeons servent de courriers,
+<i>id.</i> ; <a href="#p12">12</a>. — Fraudeurs, <a href="#p130">130</a> ; <a href="#p144">144</a>. — Hirondelles portent
+les missives, <a href="#p6">6</a> ; <a href="#p7">7</a>. — Oiseaux des Tropiques annoncent l’arrivée
+des vaisseaux, <a href="#p145">145</a>.</li>
+<li>Palanquins. — Leur usage dans l’Inde, <a href="#p148">148</a>.</li>
+<li>Papier. — Sa composition, <a href="#p10">10</a>.</li>
+<li>Paquebots, <a href="#p78">78</a> ; <a href="#p121">121</a> ; <a href="#p127">127</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Passeports, <a href="#p81">81</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p113">113</a> ; <a href="#p149">149</a>.</li>
+<li>Phare, <a href="#p3">3</a>. — Feux d’un éclat particulier, <a href="#p66">66</a>.</li>
+<li>Ponts suspendus, <a href="#p45">45</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p130">130</a> ; <a href="#p153">153</a> ; <a href="#p157">157</a> ; <a href="#p159">159</a>.</li>
+<li>Poste télégraphique, <a href="#p73">73</a>.</li>
+<li>Poste (petite) établie à Paris par M. de Chamousset, <a href="#p58">58</a>. — Supprimée
+dans les provinces, <a href="#p77">77</a>. — Son produit à Paris, <a href="#p97">97</a>. — En
+Allemagne, <a href="#p104">104</a>. — En Suède, <a href="#p120">120</a>. — Appelée <span lang="en" xml:lang="en">peny post</span>
+en Angleterre, <a href="#p125">125</a> ; <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Poste maritime supprimée, <a href="#p77">77</a>.</li>
+<li>Poste aux chevaux, <a href="#p16">16</a> ; <a href="#p72">72</a> ; <a href="#p76">76</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Poste aux lettres, <a href="#p164">164</a>.</li>
+<li>Postes militaires, <a href="#p93">93</a>.</li>
+<li>Postes. — Fondées par Cyrus, <a href="#p11">11</a>. — Rétablies chez les Romains par
+Auguste, <a href="#p15">15</a>. — Conservées chez les modernes par Charlemagne,
+<a href="#p21">21</a>. — Instituées en France par Louis XI, <a href="#p25">25</a>. — Améliorées par
+Charles VIII, <a href="#p31">31</a>. — Charles IX, <a href="#p32">32</a>. — Henri IV, <a href="#p33">33</a>. — Louis
+XIII, <a href="#p36">36</a>. — Louis XIV, <a href="#p43">43</a>. — Considérations sur leur
+importance, <a href="#p50">50</a> et suivantes. — Leur état sous Louis XV, <a href="#p54">54</a>. — Louis
+XVI, <a href="#p62">62</a>. — Changemens qu’elles ont éprouvés jusqu’à ce
+jour, <a href="#p68">68</a> à <a href="#p100">100</a>. — En Allemagne, <a href="#p100">100</a> à <a href="#p106">106</a>. — A Alger <a href="#p143">143</a> — En
+Amérique, <a href="#p156">156</a> ; <a href="#p159">159</a>. — En Angleterre, <a href="#p120">120</a> à <a href="#p132">132</a>. — Au
+Boutan, <a href="#p155">155</a>. — Au Congo, <a href="#p143">143</a>. — En Chine, <a href="#p153">153</a> à <a href="#p154">154</a>. — En
+Dannemarck, <a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. — En Espagne, <a href="#p132">132</a> à <a href="#p136">136</a>. — En
+Egypte, <a href="#p144">144</a>. — En France, <a href="#p21">21</a> à <a href="#p100">100</a>. — En Hongrie, <a href="#p106">106</a>. — Aux
+Indes, <a href="#p148">148</a> à <a href="#p152">152</a>. — En Italie, <a href="#p130">130</a> à <a href="#p139">139</a>. — Au Japon, <a href="#p155">155</a>
+à <a href="#p156">156</a>. — Au Mexique, <a href="#p160">160</a>. — A Naples, <a href="#p141">141</a>. — En Norwège,
+<a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. — Dans les Pays-Bas, <a href="#p115">115</a> à <a href="#p117">117</a>. — En Prusse,
+<a href="#p106">106</a> à <a href="#p107">107</a>. — Au Pérou, <a href="#p159">159</a>. — En Portugal, <a href="#p36">36</a> à <a href="#p137">137</a>. — En
+Russie, <a href="#p108">108</a> à <a href="#p113">113</a>. En Suède, <a href="#p117">117</a> à <a href="#p120">120</a>. En Sardaigne,
+<a href="#p139">139</a> à <a href="#p140">140</a>. — En Suisse, <a href="#p140">140</a> à <a href="#p141">141</a>. — Au Sénégal, <a href="#p143">143</a>. — A
+Siam, <a href="#p154">154</a> à <a href="#p155">155</a>. — En Turquie, <a href="#p114">114</a> à <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p148">148</a>. — En Tartarie,
+<a href="#p147">147</a>.</li>
+<li>Postillons, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p103">103</a> ; <a href="#p138">138</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Produits, <a href="#p50">50</a> ; <a href="#p52">52</a> ; <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p54">54</a> ; <a href="#p55">55</a> ; <a href="#p56">56</a> ; <a href="#p57">57</a> ; <a href="#p60">60</a> ; <a href="#p64">64</a> ; <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p67">67</a> ; <a href="#p76">76</a> ;
+<a href="#p80">80</a> ; <a href="#p98">98</a>.</li>
+<li>Quipos. — Sont employés pour correspondre, <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li>Routes. — Chez les anciens, <a href="#p14">14</a>. — Chez les modernes, <a href="#p22">22</a>. — Leur
+amélioration, <a href="#p45">45</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p107">107</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p119">119</a> ; <a href="#p121">121</a> ; <a href="#p128">128</a> ; <a href="#p134">134</a> ;
+<a href="#p138">138</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p149">149</a> ; <a href="#p152">152</a> ; <a href="#p157">157</a> ; <a href="#p161">161</a>.</li>
+<li>Relais établis par Henri IV, <a href="#p33">33</a> ; <a href="#p35">35</a>. — Réunis aux postes, <a href="#p67">67</a>. — Leur
+nombre, <a href="#p96">96</a> ; <a href="#p173">173</a>.</li>
+<li>Rennes. — Font le service des postes et des voitures, <a href="#p108">108</a> ; <a href="#p112">112</a>.</li>
+<li>Sceau, chez les anciens, <a href="#p17">17</a>.</li>
+<li>Signaux employés pour correspondre, <a href="#p3">3</a> ; <a href="#p4">4</a> ; <a href="#p131">131</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p142">142</a> ; <a href="#p161">161</a>.</li>
+<li>Surintendant Général. — Création de cette charge, <a href="#p39">39</a>. — Attributions,
+<a href="#p40">40</a>.</li>
+<li>Tarif. — Le public taxait ses lettres, <a href="#p37">37</a> ; <a href="#p53">53</a> ; <a href="#p57">57</a> ; <a href="#p70">70</a> ; <a href="#p72">72</a> ; <a href="#p74">74</a> ;
+<a href="#p75">75</a> ; <a href="#p77">77</a> ; <a href="#p104">104</a>.</li>
+<li>Télégraphe. — Son établissement, <a href="#p72">72</a> et suivantes ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p111">111</a> ; <a href="#p117">117</a> ;
+<a href="#p119">119</a> ; <a href="#p145">145</a> ; <a href="#p154">154</a>.</li>
+<li>Tigres attelés à une voiture, <a href="#p162">162</a>.</li>
+<li>Transport frauduleux, <a href="#p51">51</a> ; <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Troupes. — Travaillent aux grandes routes chez les anciens, <a href="#p46">46</a>. — chez
+les modernes, <a href="#p120">120</a> ; <a href="#p141">141</a>.</li>
+<li>Université. — Facilite les relations, <a href="#p23">23</a>. — Cession de son privilége
+de poste, <a href="#p54">54</a>. — Réclamation, <a href="#p67">67</a>.</li>
+<li>Uniforme, <a href="#p67">67</a> ; <a href="#p80">80</a> ; <a href="#p102">102</a> ; <a href="#p106">106</a>.</li>
+<li>Valeurs cotées, <a href="#p40">40</a> ; <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Voix. — Moyen de correspondre, <a href="#p4">4</a> ; <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li>Voitures. — Invention des Français, <a href="#p46">46</a> et suivantes ; <a href="#p54">54</a> ; <a href="#p64">64</a>. — A
+vapeur, <a href="#p65">65</a>. — Mécanique, <a href="#p66">66</a> ; <a href="#p71">71</a> ; <a href="#p88">88</a> ; <a href="#p90">90</a> ; <a href="#p104">104</a> ; <a href="#p105">105</a> ; <a href="#p107">107</a> ;
+<a href="#p109">109</a> ; <a href="#p115">115</a> ; <a href="#p117">117</a> ; <a href="#p122">122</a> ; <a href="#p128">128</a> ; <a href="#p133">133</a> ; <a href="#p136">136</a> ; <a href="#p139">139</a> ; <a href="#p141">141</a> ; <a href="#p148">148</a>. — Malles-postes,
+<a href="#p172">172</a>.</li></ul>
+<div class="break"></div>
+<div class="trnote">
+<h2 class="nobreak">NOTES DU TRANSCRIPTEUR</h2>
+
+
+<p>Les errata ont été corrigés. On a conservé l’orthographe de l’original,
+en rectifiant certaines erreurs manifestement dues au typographe.</p>
+
+</div>
+
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75801 ***</div>
+</body>
+</html>
+
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+This book, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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