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diff --git a/75554-0.txt b/75554-0.txt new file mode 100644 index 0000000..8510029 --- /dev/null +++ b/75554-0.txt @@ -0,0 +1,4693 @@ + +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75554 *** + + + + + + + +Ci commence le livre de l’avision de christine le quel est party en +.iii. parties. La premiere partie parle de l’image du monde et les +merveilles que elle y vid. + +Item la seconde partie parle de dame oppinion et de son ombre. + +Item la tierce partie parle de confort de philosophie. + + + + +[Illustration: Christine assise en sa maison écrivant un livre.] + + + + +Premierement dit christine comment son esperit fu transporté. + + +Ja passé avoie la moitié du chemin de mon pelerinage Comme un jour du +l’avesprir me trouvasse pour la longue voye lassee et desireuse de +hebarge Et comme je y fusse parvenue par appetit de repos apres la +reffeccion neccessaire a vie humaine prise et receue dites graces et me +recommandant a l’acteur de toutes choses entray en lit de repos +traveillable Et comme tost apres mes sens liez par la pesanteur de somne +me survenist merveilleuse avision en signe d’estrange presage/ tout ne +soie mie nabugodonosor Scipion ne joseph/ ne sont point veez les secrés +du tres hault aux bien simples. + +¶ Avis m’estoit que mon esperit laissoit son corps et par exemple tout +ainsi que mainte foiz en songe m’a semblé que mon corps en l’air volast/ +m’estoit adonc avis que par le soufflement de divers vens mon esperit +translatez estoit en une contree tenebreuse en la quelle terminoit un +val flotant sus diverses eaues. La m’aparoit l’estature d’un homme de +belle fourme mais de grandeur inextimable/ Car sa teste tresparçoit les +nues Ses piés marchoient les abeysmes/ et son ventre avironnoit toute la +terre/ clere face et sanguine avoit. aux coins de son chief donnoient +aournemens innombrables estoilles/ de la beauté de ses yeulx issoit si +grant clarté que tout l’enluminoit et jusques aux entrailles de son +corps reverberoit leur clarté. l’aspiracion de sa tres grant gueule +attrayoit si grant air et vent que tout en estoit remplis de couvenable +frescheur .ii. conduis principaulx avoit cest ymage l’un estoit le +pertuis de sa gueule par ou recevoit sa nourriture/ et l’autre estoit +dessoubz par ou se purgioit et vuidoit/ mais de differens natures +estoient yces .ii. Car tout ce qui entroit par le conduit hault par ou +repeus estoit couvenoit que corps materiel et corruptible eust/ mais par +l’autre conduit ne passoit riens fraisle ne palpable. la vesteure de +ceste creature estoit dyapree de toutes coulours/ tressoubtilment +ouvree. belle riche et de longue duree. en son front bien pourtrait +avoit l’emprainte de .v. lettres. c’est assavoir .C.h.a.o.z. qui son nom +signifioyent/ En ceste statue n’avoit riens de diffourme Exepté que par +fois faisoit chiere triste adoulee et plourable tout ainsi comme homme +qui par diverses parties de son corps sent et seuffre diverses passions +et doulours pour la quelle chose jectoit grans plains et a dieu +lamentacions par divers crys. + + + + +Ci dit l’ordre comment le dit ymage estoit repeus. + + +Delez le dit ymage avoit assistant une grant ombre couronnee de fourme +femenine comme se fust la semblance d’une tres poissant royne +naturellement formee sans corps visible ne palpable si estoit tant grant +qu’elle obombroit et avironnoit tout le corps du devant dit ymage/ du +quel estoit singulierement depputee et establie estre l’administraresse +de sa nourriture/ Et estoit tel son office/ environ soy avoit instrumens +de divers coings et empraintes ainsi comme sont a paris moles a faire +gaufres ou autres outilz semblables Et comme ceste dame n’eust en soy le +vice de parece l’ocupoit continuellement neccessaire diligence de divers +labours/ car sanz prendre repos elle destrampoit mortier qu’elle +coaguloit ensemble/ en la quelle mistion mettoit fyel/ myel/ plomb et +plume d’ycelle matere en emplissoit bures de diverses façons lesquelles +apres versoit en petite quantité es dis moles que bien estouppoit et +saeloit/ tout ce fait non d’une guise mais en diverses differences +metoit tout cuire et confire en la gueule du dit grant ymage qui tant +estoit lee que elle representoit une grant fournase chauffee en maniere +d’attrempees estuves/ la les laissoit jusques a temps couvenable l’un +plus que l’autre selon la difference et la grosseur des outilz/ apres le +temps venu que la sage administraresse savoit le terme de la perfection +de son oeuvre elle ouvroit la bouche de cel ymage par tel art que elle +donnoit lieu de tirer hors les matieres assez cuites et les autres +laissoit cuire jusques a l’acomplissement de leurs jours adont +sailloient hors de ces moles petis corps de diverses façons selon les +empraintes des instrumens mais merveilleuse aventure en avenoit/ car +aussi tost que ces petis ymages laissoient leur moles adont le grant +ymage en quel gueule avoient esté cuis les transgloutissoit tous vifs en +sa pance. sanz nombre a une goulee/ et ainsi nuit et jour ne cessoit cel +ouvrage continue par les mains d’ycelle dame pour la pasture du grant +corps insaciable. + + + + +Comment christine fu transgloutie ou corps du dit ymage. + + +Mon esperit entre gité celle part ententif a notter ceste merveille/ +Adont l’aspiracion de l’aleyne de ycellui grant le tira a soy/ tant +qu’il chut es mains de la dame couronnee/ Lors comme ja elle eust mis le +mole a tout la matiere en la fournase mon esperit prent si le fiche ens/ +et tout en la maniere que au corps humain donner fourme accoustumé avoit +tout mesla ensemble et ainsi cuire me laissa par quantité de temps tant +q’un petit corps humain me fu parfaict/ mais comme le voulsist ainsi +celle qui la destrempe avoit faite a la quel cause se tient et non au +mole je portay sexe femenin/ Si fus semblablement que les autres +soubdainement transgloutie ou ventre de cel ymage/ Quant je fus la +trebuchee adont prestement vint la chamberiere de la dicte dame qui +bures tenoit d’une liqueur doulce & tres souefve plaines de la quelle a +abuvrer doulcement me prist/ par quel vertu et continuacion mon corps de +plus en plus prenoit croiscence force et vigueur/ et ycelle sage +croisçoit et engrossoit la pasture au feur de ma force tant qu’a par moy +porter et paistre mon corps je pos ou quel croisçoit l’entendement qui +ja me donnoit cognoiscence de la diversité des entrailles du ventre de +l’image par sus les quelles a .ii. piez je marchoye/ lesquelles estoient +faites de cailloux et dures roches par montaignes et valees bois et +metaulx et diversitez maintes/ mais tant me sembloit longue et lee +l’espace de la pourprise d’icellui corps/ que l’espace de la vie d’un +homme ne pourroit souffire a toutes cercher les diverses contrees qui en +lui sont comprises. + + + + +Comment elle se transporta de lieu en autre. + + +En cellui temps comme renommee a tout ses cors et buisines eust corné et +encore cornast en la contree ou j’estoye/ ce que la et par toutes autres +contrees avoit ja par moult lonc temps signifié de rechief a haulte voix +ne cessast de cryer/ Ce estoit que elle racontoit le pris/ l’onneur/ la +haultece noblece et poissante digneté d’une princesse de grant +auctorité/ couronnee de precieux dyademe a ceptre royal de grant +ancienneté & richece la quelle seoit vers les parties que on dit fryge/ +et pareille n’avoit en beauté noblece vaillance et hault renom en tout +l’univers monde/ adont par les cris de fama apres ce que messages +certains orent de ceste chose certiffiez ceulx qui m’avoient en bail +desirans de tel princesse servir/ se partirent de la/ et ainsi avec eulx +marchant par sus les entrailles du dit ymage/ traversant estranges +contrees alpes haultaines/ landes sauvages/ forés parfondes et bruyans +rivieres Tant cheminay par maintes journees que de loins ja m’aparu la +lueur de la marche resplendissant en honneurs ou je tendoye/ Et ainsi +appercevant de mieulx en mieulx sa haultece com plus en approchoie +parfinay ma longue voye jusques en sa maistre cité/ la quelle estoit +nommee la seconde athenes/ adont acompli le travail d’icellui chemin +reposant les membres travaillez pourpensoie comment et par quel voye +peusse ataindre a l’acointance de la dicte princesse/ mais comme trop +jeune ancor fusse ne me savoie appliquer ne mes a apprendre le lengage +differant de cellui de mes parens/ neant moins selon la simplece de mes +sens non ancore du tout parcreus m’informoie adez des coustumes manieres +et condicions de la dicte dame/ Et comme ainsi je le continuasse par +l’espace de plusieurs ans croiscent ma retentive/ je fus informee de la +haulte poissance et seignourie d’ycelle/ de la quelle pour eschever +prolixité en brief je tesmoigne pour verité sanz adjoustement de +mençonge/ que sa contree m’aparu glorieuse de nom/ fertile de fruys/ +abondant en richeces grande et lee en circuit/ edifiee notablement +d’espesses villes/ fors citez/ chasteaulx bours fortereces et tres +nobles manoirs comme sanz nombre/ poissans seigneurs princes natureulx +non crueulx/ benignes en conversacion catholiques en foy/ prudens en +gouvernement/ et beaulx en faconde/ fort et poissant chevalerie/ loyaulx +subgés obeissant peuple/ En ycelle marche vrayement toutes ses +condicions j’apperceu/ et maintes autres bonnes que cause de briefté ne +me seuffre plus dire/ mais comme il ne soit aucun bien sans envie/ voir +est que je y vy de grans gastives par places venues et procurees par +estranges envieux/ par quoy m’aparoit en celle contree avoir esté et +estre par fois de grans et fieres persecucions. + + + + +L’acointance que elle desiroit a avoir a une dame portant couronne. + + +Ja estoie parcreue quant j’oz tant pourchacié par divers moyens apres +maintes aventures que je attaigni a ce que je desiroie Si oz la plaine +accointance de la dame renommee/ de la quelle la beauté/ sens & +benignité ne seroie souffisant de descripre/ pource me passe seulement +d’elle disant que sans faille fama ne tenoie menterresse des bons recors +que elle faisoit en toutes places d’elle/ aux quieulx la vraye +experience vi accordable. Or fus je la dieu mercy si prochaine privee +amie d’elle que de sa grace faveur ot a me descouvrir les secrés de son +cuer et n’ot orreur d’ajoindre a moy femme tel honnour comme de me +instituer estre philographe de ses aventures/ et volt que par moy +oroisons et chançons en fussent faites/ ja estoit informee tant de mes +affections comme qui je estoye. + + + + +La complainte de la dame couronnee a christine. + + +Adont parlant en tel maniere/ dist ainsi Chiere amie amaresse du +cultivement de mon bien comme il soit de neccessité en nature que tout +cuer amant desserve estre amez/ droit est que Ton bon desir te soit +valable/ Et comme il fust affectueux de m’acointance les bons vouloirs +de lui soient ottroyez amie a qui dieu et nature ont concedé oultre le +commun ordre des femmes le don d’amour d’estude/ appreste parchemin +ancre et plume et escrips les paroles issant de ma poitrine Car a toy me +vueil je du tout magnifester/ Et me plaist que a tes sages bien +vueillans faces d’or en avant present des memoires escriptes de ma +digneté. C’est chose nottoire qu’a cil qui bien se veult declarier +appartient qu’il speciffie son premier principe/ Si commenceray a +l’introyte de mes gestes te narrant ma premiere venue. + +¶ Ou temps du Second aage lors que la lignee neptunus regnoit en marche +chevalereuse es habitacions aysiees quant pour cause de la fille electee +transportee par le pastour mescongnu vindrent les hoirs des fremis +chavauchans chevaulx de bois a tout force d’armes furent par l’escu de +barat a la fin vainqueurs. Dont d’ycelle terre fu enrachié l’abre d’or +que les dieux anciens selon les chançons des poetes avoient reservé pour +leur gloire du quel la haultece de l’ombre s’espandoit jusques sus les +contrees lontaines/ Si fus lors par estrange fortune favourable a ycelle +fremiere desireuse de vengence ars destruis et mis en cendre/ mais non +obstant le furieux desir maling d’yceulx fremis furent aucuns cultiveurs +desireux de noble semence veant la persecucion de la noble plante qui +par soubtil art emblerent et de leurs mains ravirent en assez quantité +des vergetes et des gitons cueillis sur le hault sommeton d’ycellui +seignouri noble arbre/ Et comme le dieu pelagus fust consentant d’ycel +larrecin leur donna voye et passage par sa terre/ Si se transporterent +espandans en diverses contrees es quelles par grant digneté les +planterent en maint vergiers et firent greffes de nouvelles antes que +fort ilz cloyrent d’espineuses hayes pour obvier aux loisirs des +rappineurs. Et ainsi maugré les influences fortunees fu renouvellee en +plusieurs lieux la haute plante dont puis une vergete tant crut es +marches d’europpe en la terre latine que la haultece d’elle obumbra tout +le monde et presseda sanz comparoison sa premiere racine. + + + + +Ci devise la dame couronnee de son commencement. + + +Ou temps des susdiz larrecins entre les autres fu transportee en ceste +contree une vergete issue de la cosme du sus dit arbre d’or la quelle +ilz planterent en hault vergier en terre fructueuse/ ycelle plante +parcreut tant que de la beauté d’elle je pris mon nom/ & fus appellee/ +Libera/ apres par multiplicacion de cultivement tant crut et augmenta +tous jours en habondance de digneté ce noble estat/ que les plantes ja +montees et embelies en leur force couronnerent le .iii.e giton de leur +venue et comme le plus auctorisié en firent leur roy/ cestui porta fruit +de grant digneté car il sauva ceste terre de maintes enfermetez/ Et +ainsi pou a pou crut le renom de sa proprieté en multepliant Si en +furent peuplez mains delitables vergiers par espace de multitude de ans +en ceste contree/ Et ainsi t’ay compté la premiere racine de mon nom et +cultivement/ et te dis certainement que non obstant qu’a veue d’ueil je +soye et appere jeune freche nouvelle flourie et belle/ que plus de mil +ans a ja passez puis le temps de ma premiere naiscence. + + + + +Dit la dame couronnee de ses gestes. + + +Le renom de ma franchise ja espandus en toutes places/ les gouverneurs +de noble attrace avec leurs enfans me prirent en bail Si fu entregitee +entre leurs mains par lonc temps sanz estrange generacion. O dieux +glorieux se je te comptoie toutes les aventures courues es annees puis +la naiscence de mon nom jusques a ore/ l’espace de ta vie a l’escouter +me pourroit souffire Et pour ce en brief te dis que les tuteurs de mon +bail assez s’esforcierent d’acroistre la haultece de mon heritage/ mais +comme ignorance ancore les tenist tenebreux ne savoient attraire eaue +doulce pour pardurable arrosement presenter a mes racinetes et plantes/ +par quoy maint seps de vigne & autres tiges toutes sechees & sanz fruit +couvint esrachier & ou feu giter/ Et ainsi dura ceste pestillence tant +que le .iii.e filz vint le quel par vertu de sage conseil attray lumiere +telement que les tenebres de celle mortel secherresse furent chaciees +par la quelle voye ot cognoissance de doiz et source de eaue vive a +grant habondance si que lui meismes ja tout perdus & sechez en fu +arrosez et vivifiez Et tant pourchaça par sages maistres que l’abondance +du fleuve vivant rendy ruisseaulx sources & fontaines en si grant +quantité que toutes mes plantes en furent arrosees et viviffiees/ O +noble cultiveur fu ycellui car moult il augmenta et parcreut la +perpetuité de mon heritage/ en telle maniere qu’il fu le premier +registre de ma salvable gloire/ es mains de cestui pris grant croiscence +et plaisant beauté/ et tant qu’il me dura fus bien deffendue & si gardee +et soustenue que chose quelconques ne m’avint senestre. + + + + +Encore de ce mesmes. + + +Apres cestui cheux es mains des cultiveurs mau diligens par la quel +faute la gloire de mes vergiers fu tournee comme en friche remplie +d’erbes et graynes inutiles et de nul bon fruit/ Et comme le vice +fornicable fust fiché es os de l’eritier d’yceulx dont les causes de ses +demerites le rendent exillé transporterent ses voyes en marche fiable +piteuse de sa chetivoison. O le mal pechié d’ingratitude qui tolz et +ostes le merite et guerredon de benefice receu et estains recordance de +remuneracion deue ne fis tu a cellui mettre en oubly toute cause de +feauté/ quant frauduleusement souffris fortraire au feal sa beste +menterrece des couvenances de son premier lit/ et les nouvelles ouyes de +la reconsiliacion du filz de venus a ses persecuteurs par l’enseigne du +demi denier fu sa departie en repostailles rappineuse de l’espousee hors +ordre de loy doublement couronnee/ de la quelle songerresse la +presentacion du temps que tu vois/ peut signiffier l’ordre de ces +avisions. + +¶ Succedans cestui nasquirent de ses heritiers hommes de sanc plains de +couvoitise rappineux et sanz foy qui a leurs parens faisoient presens de +mort & d’occisions conseillez et baretez par les crestees crueuses +leonesses venues d’espaigne et de cucubinage desquelles vengence +n’espargna a leurs membres le trait des poulains/ a partie d’elles +accusee du sanc innocent devant le juste. + + + + +Des bons et des mauvais gouverneurs de la dame couronnee. + + +Apres ces choses d’un pepin du fruit du susdit arbre en ma terre sailli +une plante qui tant crut que elle estandoit ses branches verdure et +cosme plus lonc pays assez que n’est toute ma terre/ le fruit qui en +issoit estoit de grant vertu odeur et force/ car de grace especial dieu +lui ot donné proprieté de chacier les malings esperis/ et moult valoit +contre perpetuel venim/ Et par cestui furent gardees maintes contrees de +inreparable mort dont germanie se dot louer/ et jusques par dela les +alpes ytaliennes estendant sa vertu vers la terre de auffrike ha dieux +combien je fus renommee flourie et exaussee par la resplandeur et beauté +de ceste plante/ Car comme chose perpetuelle non obstant le lonc temps +puis passé/ ancore a celle cause est greigneur/ la fleur de ma renommee/ +de l’issue de cestui je fus cultivee un espace de temps. + +¶ Mais comme apres sa vertu alast en descroiscent vindrent d’estrange +attrace les cultiveurs diligens qui se vanterent de greigneur vertu que +les proprietaires & par oblique malice couverte et coulouree de jugement +apostolique reserverent pour eulx la souveraine chayere posse dans leur +lignee ycelle par plusieurs dessendues/ Mais comme entre les espines en +friche destournee fust ce/ tandis/ muciee une graislete ante hors +saillie de l’ancienne racine renommee/ le temps venu de sa croiscence +apparurent les fueilles vertes de sa haultece. + +¶ Adont furent estirpees les estranges germes la belle ante subjugant +toutes les tiges de mes courtilz flouri en grant reverence de l’issue de +lui sailli germe precieux rendant fruit en son temps a dieu sacré et +tres agreable or furent les premiers cultiveurs restituez a leur erre +ainsi continuans non obstant le lonc temps puis passé jusques a la +journee d’uy. O treschiere amie se je te comptoie toutes les +tribulacions par lesquelles j’ay esté pourmenee an l’espace des jours +que je te compte tu t’esmerveilleroies comment en tel beauté suis +demouree/ car pour moy ravir et embler s’assembloient diverses provinces +& gens estranges qui a grant ost deffoulerent ma terre/ brulerent mes +villes & mes manoirs/ faisoient de mes gens grant essart et toute me +pilloient/ et en tres grant quantité de foiz pareillement ay esté en +peril d’estre perdue ravie prise a force/ et du tout deshonoree/ non +obstant la deffence des assemblees de mes deffendeurs & de ma gent +contrestans a la fureur d’iceulx Et ne cuidez pas que de lonc temps +soient saillies a moy ycestes dures angoisses souvent renouvellees en +diverses guises dont au jour d’uy je ne suis exente mais te dis que +mesmement puis l’aage de tes parens si mal menee par divers cas que +onques puis ma premiere naiscence ne furent greigneurs les perilz de mes +aventures Et a tout regarder de n’estre du tout enchevé es las de +perdicion singuliere/ gloire ne attribue fors a dieu tout poissant qui +pour cause de ma catholique foy m’a reservee/ tout ainsi qu’il dist a +saint pierre que sa nacelle chancelleroit et ne seroit perie ha dieux +combien estoient grandes les orreurs de mes tribulacions/ car les +ennemis yssus des serves lignees venoient sur moy a grans effors/ Et +fortune pour le temps clere/ a eulx consentoit les victoires contre les +couronnes qui me deffendoient aux quieulx non obstant leurs grans et +nobles courages non reprouchez parmetoit adversitez non deservies/ En ce +temps se rebellerent les vers de terre qui pour les marcheys des +chevaulx saillirent/ contremont et ou visage me cuiderent deshonorer es +jours que mon dispensier estoit es buyes de mes aversaires/ mes vindrent +les ecouffles qui firent leur proye du verminier venimeux et abominable/ +ha hay comment estoie lors trouble et obscurcie par diverses afflictions +dont la lueur de ma beauté qui tant seult estre glorieuse plaisant et +saine fu comme morte/ Car n’en yssoit fors plains et plours/ et +toutevois de lamentacions que t’en diroye innumerables sont les diverses +angoisses qui m’ont traversee par infinies foiz mais la fin d’icelles te +sera comptee. + + + + +Ci parle la dame couronnee du bon gouverneur que elle ot. + + +Comme dieu ouvrist sur moy chastie l’ueil de sa misericorde sicomme pere +pitiable de sa tres amee fille volt cesser les verges de ses bateures et +espandre l’oeile de sa misericorde sur les navreures de mes maladies +adont sourdi le phisicien propice venus par succession a l’eritage de +mon ancienneté et ou palais de mes nobleces receu l’aureale de digneté +delaissant en jeunes jours les meurs de legiereté vint dame sapience +deesse venerable des choses ordenees qui comme chier filz le revesti du +mantel de ses proprietez lors disant fuiez fuiez lors voz ennemis de +beneurté laissiez venir les remedes de restoracion Tira a soy toutes +choses belles en deboutant les diffamables ycellui saisi de l’espee de +justice n’espargna mie les outilz de sa mere/ ains par la sentence +d’iceulx mist en oeuvre les mains de son hault sommet/ adont armé de +courage fructueux trassant par ces courtilz visitant les angles ja +couvers d’espineuses tiges donna ordre a ses commis de la reparacion des +ruynes/ lors par quantité de Cens et de millers furent les assemblees +d’yceulz alouez non estranges mais privez loyaulz subgez qui a tout fers +agus de diverses tailles s’embatoient es gastives remplies d’estranges +semences non propices a la nature de mes hommes qui vergiers portans +fruit estre souloient. adont se prirent a estirper de tous lez les +inutiles herbes chardons orties et toute male racine derompre et sacher +hors et a tout nettoyer et faire nouvel gueret ou ilz anterent et +attrayrent bonnes semences ainsi continuant le labourage droiturier +donnerent lieu aux herbetes et doulces plantelettes de saillir hors de +tapinage ou muciez orent esté soubz les espines qui toutes les +suffoquoyent Comme peryes en leur vertu/ qui les veist adonc croistre et +augmenter et remplir ces vergiers de verdures et flours odorans portans +fruit bien deist que moult fust changiee la fortune de leur estre que +t’en diroye ne fu mie cellui recreu par les liens de peccune qui +n’avoient lieu contre les distribucions de ses ordres/ ne travail +estaignoit l’excercite de la chose utile a la quelle oeuvre fortune non +reppunante fu/ a l’accomplissement d’ycelle continuee par l’espace des +jours du prouffitable ortelain qui n’y espargnoit ses ententes/ O dieu +glorieux quel ouvrier comment fus je par lui en joye renouvellee Or +furent oubliees les passees angoisses toute ma terre de choses nuisibles +auques descombree se prist a esjouyr rendant chançonnettes a la louenge +d’ycellui noble par la quel diligence estoie recouvree et mise en +convalescence/ a brief parler tant me fu cellui propice que encore +m’esjouist la souvenance de ses benefices dont longue parole ne m’en +pourroit estre anvieuse/ helas mais comme apres le temps sery viengne +souvent la grosse pluye Couvient a present changier le propos de mes ris +en tresamers pleurs/ Car comme le procés de fortune ne peust longuement +souffrir ma beneurté se monstrant envieuse de mon bien/ lors que ma +gloire estoit eslevee plus que n’avoit esté puis une grant part de mon +aage/ me toli le tressage administreur lasse moy/ mal apoint ains le +temps venu de l’achevement naturel de son voyage/ et envoya Celle qui +n’espargne nulz corps vivans le me tolir et ravir sanz pitié avoir de ma +vesveté/ Or peus tu cognoistre en moy les signes des mouvemens fortunez +qui ores ryoye parlant de mon amant/ Or me voyes a chiere troublee +plaines de larmes regraitter les trop tost faillis a moy ses vertus Si +couvient changier l’ordre de mes offices en mutacions merveilleuses/ +mais toutevoye la lueur de ses benefices apres lui demoura sur terre +tant que non obstant les antregetz de plusieurs mains en dure ancore la +clarté sus le plus bel de ma face. + + + + +De .ii. nobles oyseaulx de proye. + + +Sourdi des entrailles d’icellui en double nombre petis papillons dorez +tresgracieux et de grant beauté qui s’oserent vanter au feur de leur +croiscence avec les colacions des guespes d’estre gardeurs de moy et de +mes manoirs/ Si firent leurs assemblees et pour l’ancien renom de leur +venue a bon droit leur fu souffert seoir sus les sommetons des plus +hautes tiges/ Et tout ainsi comme le proprietaire dit du phenix qui au +premier ist hors de la cendre en fourme d’un petit ver/ puis croist & +augmente tant qu’il est bel sur tous oyseaulx/ yceulx papeillons tant +parcreurent & enforcierent que leur forme fu changee en especes de tres +nobles oyseaulx de proye mais par difference aucune quantité de ceulx +furent crestez sur les chiefs/ ainsi que sont oyseaulx que on dit +huppés/ yceulx nobles pour aviser leurs proyes se tindrent ensemble et +prirent leur vol par sus mes fossez et rivieres/ et comme bien avisez +n’orent mie conseil de tout essarter les repaires repaisans/ mais eulx +en passer rassadiez couvenablement/ O fortune aministraresse de tout +inconvenient qui te mut a trouver voye du destourbier du faucon pelerin +si hault volant que l’esperance de son attainte faisoit trembler devant +lui toutes les proyes rappineuses embatues en son yre/ ou pris tu le +vent contraire par ou tu l’abatis lors qu’il faisoit sa roe par si grant +fierté/ ains qu’il eust sa proie attainte le ruas jus par ton +soufflement si roidement qu’il demoura estendu du tout derompt non mie +seulement les plumes mais tout le corps par si que tous jours depuis +couvint qu’il fust repeus par estranges mains. O dieux quel dommage de +tant noble oysel affaitié en toutes bonnes coustumes/ fier et hardy en +son vol/ doulx en appel vif et plaisant en regart/ Et qui sans faille +eust deffendu toutes mes flaches et rivieres de tous oyseaulx rappineulz +et de mal erre Si fu de moy plaint et plourez grandement comme perte +singuliere le quel dommage ne m’est faillis ains renouvellé par chacun +jour par griefves pertes. + + + + +Ci dit la dame couronnee des contens qui furent pour elle gouverner. + + +Apres ces choses vindrent les esperis larrecineux habitans es silves qui +distrent qu’a eulx appartenoit a departir les choses propres et privees/ +yceulx firent des communs usages closes mansions/ et a eulx les +approprierent et tant que mesmement les sauvagines cryerent contre eulx. + +¶ En cellui temps par le cry du camellion s’esveillerent une maniere de +gent de reprouvee generacion qui dirent qu’ilz ne souffreroient mie +l’injurieuse clamour des voix femenines si entrerent es maisons des +oyseaulx de leurs forés et tant y furent que volans elles leur furent +donnees par ycelles en plusieurs parties se translaterent/ jusques +dedens les cavernes des traysons de mes bois/ Si cueillirent les glans +des chesnes et mirent ou feu les povres qu’ilz trouverent & a tout ce +faire ne trouverent contredit/ ains furent hourdez des degouttes de mes +terres. + +¶ Multiplié fu l’erreur par divers inconveniens/ car le temps vint que +les eaues tant crurent qu’il ne demoura champ qui tout couvert n’en +fust. Adont les poissons saillis hors de leurs fosses paissoient es +terres semees/ jusques a devourer apres la verdure des herbes les +racines des grains/ toutes ces choses representoient naiscence de +pestillence. Ha doulce chiere amie jusques cy t’ay compté grant part de +mes aventures diversement de joye en dueil entregitees mais comme je ne +puisse tout dire ensemble n’est mie faillis encore le lengage angoisseus +d’icelles ains a chiere amatye or a primes m’esteut te dire la +doulereuse encloeure de mes presens tenebres qui precede les autres en +cas que perseverence y seroit longue. + + + + +Ci se plaint la dame de ses Enfans. + + +Quelle plus grant perplexité peut venir en cuer de mere que veoir yre et +contens naistre et continuer jusques au point d’armes de guerre/ prendre +et saisir par assemblees entre ses propres enfans legitimes et de +loyaulx peres & a tant monter leur felonnie qu’ilz n’ayent regart a la +desolacion de leur povre mere qui comme piteuse de sa porteure se fiche +entre .ii. pour departir leurs batailles/ mais yceulz meus par courages +inanimez sans espargne n’avoir regart a honneur maternelle/ ne +destournent le trippignis de leurs chevaulx contre sa reverence ains +laissent aler la foule de leurs assemblees sur elle tant que toute la +debrisent et mahaignent. + +¶ Ne furent mie si crueulx jadis romulus et sa compaignie quant pour +cause du ravissement des filles de sabine fait par yceulx rommains +s’assemblerent a grant ost les peres et parens pour venger celle honte/ +mais comme la royne et toutes les dames piteuses de l’effusion de sanc +de leurs maris peres & parens eschevelees a pleurs et cris se venissent +ficher entre les batailles lors que assembler devoient/ priant pour dieu +que paix feissent/ ne furent mie d’iceulx chevaliers fors et poissans/ +les dames defoulees entre les piez des chevaulx ains par reverence +espargnees et ouyes en pitié leurs voix femenines qui leurs cuers +contraigny meismes ou champ a faire paix. O amie voy cy la suppellative +des douleurs. + +¶ Adont ycelle princesse/ je vy toute couvrir de larmes/ & sa belle +chiere qui estre souloit fresche & coulouree toute destainte & noircye/ +ainsi disant lasse lasse je suis celle mere amere en cheute es cas que +je te compte. O ma bonne nourrie et chere amie compaigne de mon dueil/ +tu ne soies tu mie du fruit de ma terre mais ton cuer de noble nature +non ingrat des biens que y as receux/ pleures avec moy par vraye amistié +piteuse de veoir les jours de ma tribulacion Et que experience te face +certaine de la verité de mes narracions/ non obstant ma beauté de prime +face/ regarde et avise les playes de mes costez et de mes membres. + +¶ Adont la tres venerable princesse haulce le pan de sa vesteure et a +moy descueuvre le nu de ses costez disant regarde Lors ma veue tournee +celle part comme j’avisasse les costez blans et tendres par force de +presse et de desfoulement noircis et betez & par lieux encavez auques +jusques aux entrailles/ non mie tranchez de coups d’espee mais froissez +par force de grans foulez. + +¶ Adont moy toute esmarie considerant le nouvel cas piteux et non +honorable que a mere tant venerable tieulx blesseures fussent procurees +par ses porteures/ En disant dame pour dieu couvrez cheux comme femme +foible remplie de merveilleuse pitié comme pasmee/ Et couverte de larmes +quant parler pos/ pris au mieulx que soz a conforter la desolee/ disant +haulte renommee dame vueillés en dieu remettre les larmes de voz +lamentacions esperant sa misericorde qui onques ne vous fu falible/ Et +pour un pou eslongner les pensees qui a tieulx sanglous vous conduisent +vous plaise tant honorer moy vostre povre indigne serve affin qu’entente +de parler vous entre oublie que descouvrir me vueillés les encloueures +des causes de ces zezanies/ Et ne vous soit estrange de dire a moy +vostre familiere et privee les fautes de voz porteures et elle a moy. ha +chiere amie se je blasmoie ceulx que je fais mon meismes ouvrage je +diffameroye. Si te dis qu’acusacion de mauvaistie formee en malice a nul +je ne donne ne que pour despit ne hayne que contre moy eussent ne sont a +ceste chose meus. bien est vray que considerant que je sui le lit de +leur estre et que a cause de moy vient la lueur de leur gloire/ deussent +refrener les assaulz qui tant me sont grevables et la naissance de la +racine de zezanye entre eulx semee te compteray. + +¶ Apres ce que les partages de mon propre selon les coustumes d’athenes +furent a chacun de mes engendrez sorties/ dist le plus grant qu’a lui +appartenoit le bail de son mainsné/ et comme ne lui fust contre dit les +establissemens d’icellui crierent contre lui/ dont les voix ouyes +assemblerent le sanc du pupille en conseil. + +¶ Adont mes enfans s’amasserent disant nequaquam aux oppinions +d’icellui/ Ceste cause assembla les fleaulx de mes bateures qui ne m’ont +espargnee Sicomme il t’est magnifeste/ Ceste orreur courant au jourd’uy +parmi mes gaignages rent fletries et sechees les verdures et liqueurs de +mes fruis tarist mes fontaines amendrist mon renom et lourdement me +tourmente et qui plus m’est grief/ c’est la paour de pis/ & que mes +playes par faulte de remede soient converties comme infistulees et +incurables. + + + + +Ci dit comment les vertus au monde sont emprisonnees. + + +Encore autre part gist la maladie amie chiere/ car comme il ne soit a +celle douleur pareille qui le cuer tient en amere pensee. Reste a te +dire les combles de mes souffrettes. + +¶ N’a pas souffit aux menistres de perdicion les oprobres offers a la +souche d’antiquité/ ainçois m’ont plus deshonoree. + +¶ Helas ou est la princesse a moy esgale qui peust souffrir veoir +d’environ soy a tres grant tort tolues chaciees batues banies et +emprisonnees ses dames de compaignie & de parage venerables & de grant +dignité d’ancien droit establies a estre appellees a ses conseuls a +porter les seaulx de ses ordenances/ a soustenir les pans de ses loncs +abis & les dorures de son chief/ et mettre en leur lieu paillardelles & +femmes diffamees et dissolues/ helas chiere amie ce suis je qui a toy +parle mais que mieulx me croyes vueil que le sens de ta veue ait +l’experience du vray de ma parole/ Adont comme elle ouvrist une petite +fenestrele me dist regarde les prisonnieres/ ton sens soit juge se en +palaix royaulx la presentacion de leur reverence seroit plus propre que +soubz muciees couvertures. avisez celles qui ja me gouvernerent ou temps +de ma joye or les m’ont ravies les persecuteurs de ma gloire. + +¶ Adont comme mon oeil adreçasse au pertuis de la chartre .iii. dames vy +de souveraine reverence et beauté mais differens leurs maintiens +estoient/ ha dieux quelle divine beauté en l’une vy le corps avoir droit +lonc et bien fait/ et de la beauté de son vis yssoit un ray de moult +grant resplandeur/ celle dame en sa main un grant mirouer tres cler +tenoit/ ou quel la reverberacion du dit ray redondoit et se frapoit en +maniere que si grant beauté et clarté en issoit qu’englet n’y avoit tant +obscur que tout n’en fust enluminez. Ha quel pitié de tel beauté tenir +couverte/ comment fust elle seant es places des assemblees publiques +affin que chacun se peust louer de sa lumiere/ ceste fu belle par +excellence/ mais trop plus noble car elle se disoit fille de dieu le +pere et plus forte qu’autre riens/ car de toutes choses vaincre se +vantoit. + +¶ En un lit couchiee palle et descoulouree vy une autre dame de grant +auctorité a chiere et semblant de femme maladive et enferme comme chose +deffoulee et desroupte/ et a la premiere se disoit serour a son costé +d’estre je vy gisant unes balances/ De l’autre part une mesure et une +ligne. + +¶ Assez loignet d’icelles vi gesir par terre endormie non honorablement +une dame de grant et fourni corsage la quelle estoit toute armee/ costé +soy gisant par terre avoit son escu sa lance et ses esperons/ sa teste +tenoit ou giron d’une folieuse femme de grant vagueté qui pour lui +mieulx endormir chantoit et li gratoit le chief Lors comme je regardasse +par grant entente cestes merveilleuses figures vi que/ par plusieurs +foiz vindrent de plusieurs pars en maintes flotes les ennemis/ les uns +cryoient a haultes voix a la dame endormie qu’elle se deffendist/ & +celle adont un petit remouvoit son chief et entre ouvroit un oeil/ et +lors la folieuse femme s’efforçoit de lui rendormir Revenoit l’autre +tourbe lui crier en l’oreille/ et celle toute estourdie sourdoit son +chief/ & la folle de rechief par son chant l’endormoit: Revenoient les +autres qui grans coups frapoient en son escu/ et celle se levoit toute +droite pour courir apres/ mais la deshoneste la prenoit par le col et la +rendormoit/ venoient les plus fors lui courir sus et la batoient/ adont +celle se levoit comme enragiee/ et juroit par sa force qu’elle occiroit +tout/ si leur lançoit a coup ce que tenir povoit et plusieurs en occioit +et souvent chaçoit et souvent chacee estoit/ mais a son refrain revenoit +a son giste qu’elle laissier ne povoit. + + + + +Ci dit des vices qui queurent en general. + + +Ainsi comme je regardoie ycestes choses me dist la dame la vois tu la +vois tu l’ebaluffree deshonnesté qui ma gent me honnist/ ceulx de ma +deffence endort plusieurs de mon palais dont auques est maistresse met a +honte/ helas et ou temps du sain renom de ma felicité veoir ne trouver +si osast mais ne cuides mie pourtant se cy la vois a requoy pour tenir +en prison endormie/ La dame armee/ que tous jours si tiengne/ Car elle a +filles ses semblables a grant quantité de diverses guises/ Si en laisse +foison environ celle qui se dort et trassant s’en va par toutes mes +citez et villes & en toutes places ou gent s’assemblent pour cerchier +qui elle pourra tirer a sa honteuse cordelle et se tres grant contredit +n’y treuve/ lieu n’est ou par sa presompcion ne se vueille embatre/ et +mesmement es secretes chambres de mes femmes/ se tant sages ne sont que +par grant vigueur lui sachent deffendre/ Or regarde seur doulce quel +compaignie est dame d’onneur bien paree de tel damoiselle/ mais ancore +vueil que tu voies comment de .ii. dames infernales que dieux confonde +m’ont acompaignee/ avises environ ceste chartre voy l’office de la +desloyale qui pour son inutile travail reçoit grant gages. + +¶ Adont hors de la chartre/ me monstre une orde vielle laide et terrible +qui sans repos de tel office s’entremettoit/ environ la chartre nuit et +jour traçoit plain giron de mousse que secourcie avoit/ la espioit par +grant entente que la force de la resplendeur du miroir luisant qui ens +estoit ne persast le mur/ et si tost que par aucun pertuis en veoit +saillir goute tantost la mousse y fichoit & fort l’estoupoit si que +point issir n’en laissoit. + +¶ Et je qui veant celle faulse solicitude ne me pos taire/ dis a ma +maistrece/ dame pour dieu me dites comment s’appelle ceste ennemie de +vertu/ car combien que des autres demander me soie teue pource que leurs +offices les me font magnifestes & bien cognoistre de ceste non mie pour +m’en accointier mais pour m’en garder vous requier que le sache/ Et +celle a moy doulce amie puis que celle qui le cler miroir tient cognois/ +son contraire est celle qui estaindre la veult ne deusses ignorer/ mais +bien me plaist que le saches/ Si te di que c’est dame fraude dame fraude +que dieu confonde Adont hault m’escriay/ ha desloyal ennemie de verité +qui cy t’a menee/ ne te vid pas en fourme d’orrible serpent a longue +queue jadis Le tressage poete dant de flourence sus les palus d’enfer +quant la le convoya virgille sicomme en son livre recite/ et tu es cy +saillie/ mieulx t’advisist accompaigner proserpine avec thesiphone +alecto et megera deesses de rage infernale qu’estre establie a ceste +court. Adont me dist la dame/ or te tays encor verras/ lors hault ou +palais me maine en une grant chambre toute plaine de coffres serrez en +la quelle vi une dame vielle palle rechignee maigre et seche et de tres +laide estature mais sur toute riens m’esmerveilla la façon de ses mains +qui grandes estoient a desmesure et si fortes que ce que elle tenoit +n’estoit nul qui le peust avoir/ n’esrachier/ fors a grant peine/ Les +ongles avoit longues aguës & crochues comme celles de griffon/ mais ce +trop m’espoventa que toutes ensanglantees les avoit ycelles ongles en +façon de croches fichoit partout ou embatre les povoit fust en ordure ou +char de gens ne lui chaloit ou puis tiroit a soy de partout sachoit +argent Et que par experience le sache comme la entree je fusse onques la +dame ou qui j’estoie si ne m’en sot garder que celles sanglantes ongles +ne s’estendissent jusques a moy si que des plumes m’esracherent jusques +au vif dont me dolu et tout cel avoir fichoit en coffres/ regarde amie +quel office dit la dame Suis je bien accompaignee/ si saches que ceste +est celle par qui gist malade en mauvais point au lit emprisonnee et +groucier n’ose la tres droituriere fille de dieu que as veu la jus en +celle chartre/ et ceste est mise oultre mon gré en son lieu en ma +compaignie/ Et ainsi comme ouyr peus m’ont esté ravies mes bien amees +dames de compaignie venues du ciel/ et en leur lieu mises cestes +perverses prises es infernales contrees si jugez amie tout mon fait veu +se joyeuse dois estre. + +¶ Encore y a il autre chose qui m’est grevable et moult m’anuye Car +comme je doie amer sicomme je fois naturellement ma porteure et mes +chiers nourris et loyaulx subgés/ Trop suis dolente d’une grieve maladie +comme incurable se de dieu par grace ne vient la medicine qui est +commune par toute matiere et par especial plus qu’es petis entre les +plus grans/ la cause t’en diray et que ce est. Il est voir que un +soubtil vent es montaignes plus que es valees cy environ court & pres de +cy le quel est tant envenimez que toute personne qui ferus en est +devient groz et enflez Or avient il que les plus poissans demeurent +hault es grans dongions et eslevez domiciles si reçoivent a descouvert +et a plain le soufflement du dit vent/ Et aussi comme ilz soient plus +deliquatis que les plus communs hommes par leur vie qui plus est deliee/ +plus sont disposez a recevoir ycellui vent plus penetratif en eulx qu’en +autres hommes/ & se de ceste chose te prens garde assez en verras +d’infects de ceste diverse egritude/ et pou en sont reservez se par sage +provision de y mettre ostacle ne les en garde/ ainsi en y a de sains par +tel prudence/ mais c’est petit/ toutefoiz de moins et plus les uns que +les autres selon ce qu’ilz seront ferus et disposez en y a de malades/ +Si est sicomme ceste pestilence qui pis vault que epidimie par toute ma +terre que c’est pitié/ & mesmement les serviteurs n’en sont communement +mie sains Ains comme mains de leur maistres ilz s’en gardent sont moult +en y a plus enflez Tel proprieté a celle enfleure qu’elle change regart +contenance et parole et la personne rent desdaigneuse et trop despite/ +et tant engrige souvent avient en maint en y a que a trop cruelle mort +et sanz respit elle les conduit/ Si est tant comme ceste playe non +mendre que celles d’egipte en mon royaume que grans moyens et petis +jusques aux vermissiaulx de terre communement en sont frappez/ & tant +que les contrees estranges le reprochent & rempreuvent a mes subgez. + + + + +Du vent de perdicion qui cuert par la terre. + + +De l’enfleure de ceste maladie qui ainsi court par my ma terre & de +l’inconvenient ou elle tire et qu’il s’en ensuivra recite le prophete +danyel ou .iiii.e chapitre l’avision que vid jadis l’orguilleux roy +nabugodonosor. Il veoit ce dit un arbre qui tant estoit hault/ grant/ & +eslevé que jusques au ciel attaignoit/ si branchu estoit que ses +branches s’estendoient de tous lez du monde/ de la grant planté du fruit +de cel arbre estoit remplie communement toute mondainne creature/ en ces +branches faisoient leurs nids les oyseaulx de l’air/ et desoubz elles se +reconçoient les bestes de terre Et puis veue/ ceste chose une haute voix +du ciel cryant ouoit qui commandoit que au lez de terre l’en coppast +ycellui arbre/ et que tout on l’ebranchast et s’en volassent les +oyseaulx & les bestes se departissent/ et fust le fruit dispers et +perdus. + +¶ Cestui dit arbre les enflez devant diz tres poissans qui sont logiez +es haulx dongions de ma terre reçoivent le vent de perdicion/ signifie +lesquieulx sont de si grant estat force et poissance que a pou cuident +ataindre au ciel et tant les rent infects l’enfleure du dit vent que non +pas seulement contre les creatures leurs courages sont gros qui remplis +de desdaing les demonstre mais aussi contre dieu et son eglise ce que +les branches s’estendoient par le monde c’est que yceulx enflez la force +de leur poissance par toutes terres estendent pour la quel force par +tout sont redoubtez & crains/ Les oysiaulx s’i nichoient et les bestes +s’i ombroyent/ c’est que l’espirituel et le temporel veulent subjuguer +gouverner et traire a eulx l’abondance du fruit de cel abre/ c’est +ycelle detestable contagieuse maladie qui communnement est en toute +gent. + +¶ Ceste prophecie signiffia la dicte enfermeté/ mais or entens la +diffinicion de sa sentence et l’exposicion de la mort et fin d’icelle/ +la voix crya du ciel qu’au lez de terre fust l’abre coppez et estirpez/ +c’est que par voulenté de dieu la force et poissance d’yceulz enflez +finera & sera retranchee les degitant de leurs haultesces les branches +qui seront esmondees et les oysiaulx et bestes qui se partiront/ C’est +que leur force faillie leurs subgiés et ceulx qui pour les cruaultez des +desdaings de leurs enfleures les craignent et doubtent/ les lairont en +leur persecucion/ le fruit qui sera dispars c’est leur semblables menus +membres pareillement enflés qui seront humiliez/ Et adonc sera certiffié +la prophecie de la vierge qui dit/ _Deposuit potentes de sede et +exaltavit humiles_. + + + + +De la punicion des vices. + + +Escoute aussi de rechief la belle louange des .iii. damoiselles +diffamees qui en lieu de mes .iii. tres amees emprisonnees que tu as +veues la en bas/ m’ot esté pour m’acompaigner baillees/ & avisez se +resjouir me doy de compaignie de si honteuse fame/ et toutevoyes nottes +a quelle fin terminoit. + +¶ De celle premierement que tu vois qui en son giron tenoit la dame +armee & qui tant mes subgés et les miens corrompt & sustrait/ Entens +l’avision comment en esperit de prophecie la vid le prophete zacarye +comme il recite en son livre ou cinquiesme chapitre. + +¶ Une femme dist il veoye ou milieu assise d’une bure remplie d’eaue/ & +tenoit celle une grosse masse de plomb qu’en sa gueule boutoit/ et puis +.ii. autres femmes je veoye qui avoient elles semblables a elles +descouffle. ycelles prinrent la dicte bure ou la femme assise estoit & +entre le ciel et la terre la portoient/ adont dist il a l’ange demanday +qui celle vision me monstroit ou ses femmes la bure atout la femme +assise en l’eaue portoient/ & cil me respondi. Ut edificetur sibi domus +in terra sennaar/ il la portent dist il pour lui ediffier la une maison +en la terre de sennaar/ par ceste prophecie est entendue la deshonnesté +dessus dicte et toute personne que elle a tiree a sa cordelle/ la quelle +en toutes plaisances et delis charneulz est de eslargir espandre et +laissier couler determinee/ tout ainsi comme les eaues sont fluentes et +decourans/ la masse de plomb la quelle est metal pesant et grief que +elle en sa gueule lançoit est entendu la griefté de l’offence de dieu & +la honte vituperable qui tant est ponderant et grieve que fait commettre +la deshonnesté a ceulx et celles qu’elle enveloppe en ses laceures. Les +.ii. femmes qui esles avoient et portoient la dicte femme assise sont +.ii. mauvaises habondances qui portent et soustiennent en voulenté +d’eulx espandre en toutes plaisances et charneulx delis/ celle et les +siens. La premiere femme est a entendre de delices habondance/ si a .ii. +esles comme oysel qui la portent/ c’est assavoir gloutonnie qui fors +menger et boire viandes glouttes ne queroit/ L’autre aelle est parece +qui ne veult que jouer & avoir repos/ La seconde femme est de richeces +grant abondance/ si a .ii. autres esles c’est assavoir rapine qui ne +veult fors tolir l’autruy/ L’autre aelle est cruaulté qui ne scet avoir +de nul compassion/ cestes aelles estoient a celles descouffle +semblables/ car ainsi que cil oysel ne vit que de proye rappineuse/ +ainsi a tele mauvaise abondance de richeces communement vient on par +extorcions et rapines/ Or est descripte ceste perverse deshonnesté selon +la prophecie zacharie/ mais la fin quelle en sera qu’en feront celles +qui flotant es eaues la portent ilz la porteront en la terre de sennaar +pour la lui ediffier sa maison/ sennaar vault autant a dire comme fetor +c’est punaisie qui est la honte & confusion ou ycelles l’amenront/ et en +la fin lui ediffieront sa maison en l’abitacion d’enfer ou a punaisie et +perpetuele orreur. + + + + +Encore de ce mesmes & complainte de la dame. + + +O chiere amie et de la desloyale de dieu haye la parfaicte ennemie du +faulx office la quelle bouche et estoupe la lumiere de verité sicomme +autour de la chartre tu as veu/ Et que dirons nous car de son malefice +helas je me dueil/ ne vois tu comment or y prens garde de s’alaine +corrupte tout est noirci/ Je enrage d’ire quant je lui voy giter les loz +de mes partages non pas par sort/ mais par malice assise a traire +finances de diverses buches pour fournir le feu qui ne peut estanchier +en mes palais la plus hault assise establir ses ordres plains de +desraison et nul grosser n’en ose/ quant je voy la hideuse voillee de +malice paistre les mauvais et ceulx de sa sorte et destruire les simples +& qu’en puis je dire fors cryer a dieu car les souverains de mes +ordonnances sont ses aliez. O dieux quel playe a moy adoulee avec mes +autres griefs. Je suis comme la vesve de bon per delaissiee a qui chacun +cuert sure et nul n’en a pitié/ et que sont devenus les champions de +droit ne s’en sont ilz fuis/ & s’aucun en y a la faulce desloyale ne +leur laisse sortir leur droiturier effait/ voyez voyez tous mes loyaulx +amis comment suis gouvernee par ce que j’ay perdu la joye de mon chief/ +Et ce fait ceste faulse qui n’y regarde droit pour ce que demouree comme +brebis sanz pastre suis sans joye d’ami Bien doy estre perplesse quant +je voy ma lignee d’icelle avironnee qui leur donne conseil de ses +desloyaulx voyes/ est il chose plus laide que ce qu’elle maintient +comment si fol est homme qu’il n’avise sa fin. O avuglee guespe ta +pointure perverse mainte gent persecute/ Tu es soubtille en oeuvre +malice te gouverne & barat tient le glaive de ceulx de ta justice/ Or +n’est il homme si sage qui en tous cas t’avise car tu te transfigures en +trop estranges fourmes si vas traçant par ville par palais & par sales & +par toutes mes places riens sanz toy ne demeure/ & chacun envenimes de +ta pouldre couverte. O dieux jusques a quant durera ceste guerre/ mais +je me reconforte sire par la figure qui m’en est prophecie de xanson le +tres fort. + +¶ Ainsi souspirant par semblant de grant douleur dist ceste complainte +la tres honoree princesse/ & quant ces choses ot dites comme femme +lassee et de dueil surmontee couverte de larmes si que parler plus ne +pot se taisoit quoye et moy qui ses maintiens regardoie comme compaigne +de son plour par pitié de sa reverence/ et qui de bon cueur y remediasse +s’a moy en fust lui dis ainsi. + + + + +De ce mesmes. + + +Ha dame tres redoubtee et digne comme il appartiengne a la haulteur de +vostre force monstrer la tendreur des femenins courages/ laissez en paix +les larmes non propices a vostre constance et plus avant me dites de ce +que touché avez/ c’est assavoir la figure ramenteue de sanxon le fort/ +la quelle s’il vous plait m’exposez/ Et elle a moy amie comme le temps +de la destruccion de la faulse fallacieuse et de ses desloyaulx enfans/ +je desire me resjouiray en celle attente le te disant/ il est escript ou +.xv.e chapitre ou livre des juges d’israel comme prophecie et figure du +desertement de mon ennemie et de ses complices qui comme psanxon le quel +est interprete comme _sol fortis_/ c’est a dire le souleil fort eust +lonc temps par les malices des philiciens ou ceste faulse regnoit/ esté +parcecutez vint le temps que dieu lui ouvri la voie du reparement de ses +adversitez par droituriere vengence/ adont prist cellui psanxon +plusieurs goupilz ou renars et ensemble les accoupla par les queues les +uns aux autres les lya/ Et comme il fust ja la nuit venue ou premier +somme gita ses renars es maisons plaines de fains de ses ennemis partie +d’iceulx renars et les autres chaça es blez des champs et en leurs bois +et en leurs vignes/ et par celle voye sicomme dieu volt furent les filz +de la desloyalle et elle avec eulx/ En celle partie mors destruis et ars +en leurs pechiez. O amie chiere nottez la prophecie du temps de ma +gloire. + +¶ Quant ceste desloyale assez m’ara chastiee Si que dieu vouldra sa +pugnicion cesser/ & les crys de mes plains seront par pitié devant dieu +portez Sicomme jadis furent ceulx des enfans d’israel lors que olofernes +a tout sa grant force assegiez les avoit/ Adont psanxon c’est le souleil +fort s’avisera de grant malice contre ses ennemis cessera un de mes filz +cler comme le souleil fort Car le souleil de justice en lui abitera/ +cellui destruira ses ennemis par estrange malice/ c’est assavoir les +enfans de la fraudulente ennemis de sa vertu qui ma terre et moy par +lonc temps ont persecutee/ si prendra renars & queue a queue les +acouplera et entre eulx mettra brandons de feu/ puis les getera par nuit +sus les desloyaulx & en leurs gaignages & tout bruslera et mourront en +leurs iniquitez/ les renars sont les soubtilz avis de son meismes sens +que il prendra que il queue a queue accoupplera/ Ce sont plusieurs poins +par quoy il les prendra en leur malice/ il mettra brandons de feu entre +.ii. c’est la punicion de leur meffais & que par droituriere justice il +leur baillera/ il les gettera sur eulx quant nuit sera venue et ou +premier somme c’est quant le terme de leur punicion sera venu/ & qu’ilz +seront endormis en leur perseverence il getera partie des renars en +leurs blez et gaignages C’est que l’avoir mal acquis qu’ilz ont par le +sens d’icellui sera distribuez es mains des droiz heritiers. + + + + +Encore du vitupere des vices en general. + + +Mais de celle aux ordes ongles et qui tant courbes les a ou quel faulx +gouvernement tu vois les mouchettes de mes ruches qui pervertist le miel +de leur cire en sauvage amertume que t’en diray je n’as tu sentu +l’experience de son office/ deust se dieux t’ayst tel monstre estre +trouvé en ma maison pour mes enfans m’empoisonner & pervertir et si +villainement sustraire et par faulce amonicion de ses flateries les +rendre deshonorez par sa fame villaine qui rent ses acointes en ciel et +en terre tous diffamez/ Est il riens plus blamé que l’estre ou elle +abite tant soit le lieu sacré d’autre vertu/ helas ne deust pas estre cy +assise Car qui qu’elle accompaigne ne lui affiert mie s’embatre en mes +proprietez. Ha beste orrible et venimeuse comment as tu fait si mortel +sault comme du puis de enfer ou est ta naturel demeure jusques es +courages de mes enfans en qui habiter ne souloies/ ou sont alez mes +anciennes vertueuses portieres pitié et charité quant empeschee n’ont ta +hardiece/ Or me pasme le cuer de yre voyant ta cruauté qui ne donne lieu +a nulle vertu/ mais sanz misericorde esrache les fruis ains qu’ilz +soient meurs de leur tige/ ce fait ta felonnie assise es combles de ma +maison/ Et sicomme dit le proverbe maisgnee duite selon seigneur les +menistres d’iniquité suivent la trace de leurs chiefs par tes fallaces/ +et de toy perverse qui tiens les clefs a force de mes escrins les +oeuvres et serres a ton vouloir a leur grant vitupere et prejudice en +font leur parement O moleste du monde/ tu sancsue infernale qui te +pourra assez vituperer/ n’es tu pas celle donques qui livres matiere aux +tourmens d’enfer et qui de cryer ne cesses affer affer/ fournase +insaciable et inestainsible qui te pourra assouvir n’a ja ton ardant feu +pire que gregois espris mes plus cheres choses Et ja te voy si effrontee +et magnifestement publique que nulle vergongne ne te tapist/ ne ceulx ne +se hontoient tant sont endurcis que tu compaignes. + +¶ Ha bien prophetisa le temps que je voy et le lieu ou tu es en ces +proverbes salomon .xxx.e Chapitre ou il dit ainsi. + +¶ _Generacio que pro dentibus gladios habet ut comedat inopes de terra +et pauperes ex hominibus_ Ha la generacion perverse qui en lieu de dens +usent de glaive non mie pour mordre mais pour tout trancher ce veons +magnifestement de la desloyale a qui ne souffit mie mordre se tout ne +tranche. + + + + +Piteuses paroles de la dame couronnee & recors de la sainte escripture. + + +O doulce amie et ma chiere nourrie/ et quant je sçay que dieux est juste +ne dois je penser que a tous jours pas ne dissimulera la paye de sa +droiture/ ne fait il grace quant la convercion qui trop retarde attent +sa misericorde mais sicomme naturellement la mere amoureuse de sa +porteure non obstant vices qu’elle y voye ne met en oubli l’amour +maternelle redoubte par desserte veoir la ruyne de ses filz/ ainsi +souspirant et lacrimeuse crainte et paour en freour me tient de +soubdaine vengence. Helas n’ay je cause de penser la figure de ma ruyne +en ce qu’il est escript ou .xv.e chapitre du livre des roys/ que comme +dieu de loy divine repreuve ceste dicte vicieuse gueppe/ sicomme son +contraire pour ycelle et a sa cause debouta saül roy que elle avoit +aluché/ lors que il l’ot envoyé en bataille contre le roy de amalech si +lui avoit deffendu que homme ne prensist a rençon mais tout meist a +l’espee comme orribles pecheurs et de dieu reprouvez ne vouloit plus sa +vie/ ne des despoulles retenist aucune chose/ mais comme saül mieulx +amast obeyr a ceste desloyale sancsue qui lui commandoit le contraire +que au commendement de dieu n’en fist riens Ains se volt engraissier des +faulces pastures de dieu vees/ et espargna le dit reprouvé roy/ pour la +quelle chose dieu appella samuel le prophete disant Je me repens d’avoir +ordené sus mon peuple Saül roy Dont comme le dit prophete reprensist +Saül d’ycelle forfaicture/ se volt excuser disant que les despoulles que +faites avoit/ c’estoit en entencion de a dieu les sacriffier/ de la quel +chose respondi le prophete/ mieulx vault obedience que sacrefice/ et +pour tant que par croire l’amonicion de la rapineuse as desobei/ Tu +seras debouté de ton royaume et adont le prophete le depposa et en oygny +david a roy/ Ha chiere amie et dois je penser que dieu dorme ne voy je +le temps que contre ses commandemens sont espargnees ses justices sur +les mauvais de droit divin condampnez a punicion/ mais qu’ilz ayent +pasture pour ficher en la quelle de la faulse adont tout est accoisie/ +Mais voir est qu’ilz s’escusent d’aucune faulse couleur de bonté faisant +leur malefice/ vois tu tout commandement de loy mis arriere pour elle +paistre et nourrir sans nulle espargne/ Que diray je donques se je n’ay +paour que dieu soit muable qui ne peut estre/ & s’il ne l’est pour quoy +ne me touche ceste figure par semblable cas n’en voye les aprestes/ Car +bien est fol cil qui mal fait & bien espoire/ ne sont les estranges +aussi aptes a recevoir nouvelles proyes comme ilz souloient/ Et tout +ainsi comme cellui qui se sent coulpable ne vid sans la runge de +conscience/ le rent paoureux la paour de punicion ne de lui ne depart. + +¶ Ancore a ce propos des malefices de ceste dampnee ne parla donques a +moy jhesucrist en la parabole de la vigne sicomme il dist en l’euvangile +des faulx coultiveurs lesquieulx comme ilz fussent de la maisgnie de +ceste doulereuse par envie d’avoir l’eritage n’occirent il les loyaulx +messages justement demandeurs des exfruis & comme ceste felonnie +engrigiast semblablement/ ne espargnerent leurs glaives le droit +heritier/ mais comme la sentence divine les despoulliast pour yceulx +crimes de toute possession/ et en revetist estranges cultiveurs les +miens cheus en la meismes fosse ne dois je doubter la meismes sentence/ +Car comme le souverain maistre establi les eust coultiveurs de ma vigne +pour bon compte en avoir/ n’ont ilz occis les messages demandeurs des +exfruis/ c’est assavoir les causes de mon exaltacion/ et qui plus est/ +le droit heritier c’est le loz de grace qui tous jours jusques a ore m’a +possedee/ mais tout ainsi que la femme ançainte la quelle non obstant le +desir de veoir le fruit de son ventre hors de soy a sauveté resongne la +douleur du temps de l’enfantement/ pareillement non obstant la joye de +l’esperance du bon reppareur avenir/ que dieu m’a promis/ je resongne le +mal par ou couvient que je passe ains que je y aviengne. + + + + +Encore de sa complainte. + + +Helas ancore de la paour que j’ay de ma ruyne n’ay je cause considerant +les dessertes de mes subgez/ car peut estre que ains la reparacion +attendue/ moult couvendra perir des miens Comme il soit vray que de +choses a avenir le temps mucié soit soubs le secret de dieu Sicomme la +promesse qu’il fist a abraham de ses lignees multiplier & croistre sus +la terre comme souvrains/ Et chose est certaine la parole de dieu estre +vraye/ Et toutevoye par les dessertes d’iceulx enfans et peuple d’ysrael +punicion a tres lonc temps leur a esté par mainte foiz de dieu envoyee/ +comme il appert par la bible qui de ce fait mencion/ et puis quant dieu +bien les avoit punis les rappelloit a soy Et ancore au jour d’uy les +veons dispers et fuitis pour leur dessertes/ leur repparacion selon ce +que l’en tient par la dicte promesse sera quant lumiere de vraye foy +leur sera donnee Ceste figure me fait doubter grans perplexitez avenir/ +ains le reparement de ma ruine/ Sicomme nous veons communement ou temps +d’orage grans escroiz de tonnoirres fouldres et tempestes cheoir +dommagiablement ainçois que le temps se resclaire/ Et se sur ce croire +n’en voulons des anciens les prophecies sicomme merlin les sibilles +joachin et mains autres qui nous dient tout plainement les advenemens de +noz adversitez et trebuchemens/ et se veoir les veulz en maint lieux les +trouveras plainement et a la lettre lesquieulx dis je laisse pour ce que +aucuns dire pourroient que comme ilz soient apocriffes ne doivent estre +recitez a cause de certaine preuve/ les textes des saintes escriptures +que nyer ne povons et ou n’a mençonge nous doivent a tout le moins estre +fondement de paour & petite asseurence/ et aussi les veritez des vrayes +histoires approuvees. + +¶ Qui me gardera donques de trembler quant je cognois que la justice de +dieu riens ne passe sans punicion et je voy les occasions d’inconvenient +courir toutes communes c’est assavoir par especial les filles de +perdicion dessus descriptes et que tu as veues et le vent penetrant qui +donne l’enfleure maloite qui bestourne le sens d’omme raisonnable en +beste mue. + + + + +Des punicions des vices. + + +Que j’aye paour de la punicion qui tant rent enfermés mes plus prochains +par les exemples que de l’ire de dieu je treuve encore pour trop mendre +cas que ceulx que courir voy commis par mes pourprises Sicomme il est +escript ou second livre des roys ou derrenier chapitre/ que comme le roy +david une foiz ferus du vent dessus dit eslevast son cuer en l’enfleure +de ambicion de savoir quel puissance il avoit et de combien de gens +d’armes finer pourroit/ & pource savoir fit son peuple nombrer pour la +cause de ceste elevacion seulement dieu fu contre lui tant courroucié +qu’il lui manda par le prophete gad/ que il choisist de .iii. punicions +l’une ou .vii. ans par tout son royaume aroit famine/ ou .iii. mois il +seroit en fuite pour paour de ses ennemis ou .iii. jours pestilence de +mortalité aroit en son peuple/ Dont apres qu’il ot choisi la tierce +punission/ une tele mortalité sourdy qu’en son royaume mourut .lx. & .x. +Mille hommes. O doulce amie/ or regardes comme grant punicion pour chose +qui au regart de noz grans enfleures sembleroit bien petite boce. + +¶ De ceste enfleure ancore et de la punicion de dieu envoyee comme il ne +la puist au lonc aler souffrir/ Est escript ou .iiii.e chapitre de +danyel que comme nabugodonosor une foiz alast et venist par mi sa sale & +son grant palais de babiloyne/ se gloriffiant et disent ne n’est ce pas +cy babiloine la grant/ la quelle pour ma maison royal j’ay ediffiee et +la poissance de ma force et la gloire de ma beauté. Adont disant ces +paroles vint une voix du ciel/ qui lui dist nabugodonosor escoute/ ton +royaume de toy est trespassé et bouté hors seras de la compaignie des +hommes & avec les sauvages bestes sera ta demeure/ & feing avec les +beufs tu mengeras ne fu pas mençongiere la promesse/ car gaires apres ne +tarda que executee ne fust en sa personne qui deboutez fu de la +compaignie humaine et ramené en fourme de beste paissant aux champs a la +pluye et au vent. + +¶ A quoy querons nous autres prophecies/ ne nous sont cestes +souffisantes/ ne savons nous que dieu est inmuable comme dit ay/ et que +tel est ores comme lors estoit/ ne sont les escriptures toutes plaines +des veritez de ses punicions/ et de tant comme plus il les retarde de +tant plus grant paour avoir devons/ Tout ainsi comme de l’archer de tant +comme plus il retarde a frapper tandis que fort il tire la corde/ de +tant fiert il plus grant coup quant il assene/ que t’en diroie plus/ +d’exemples infinis en sont qui nel croira si lise/ assez souffise ceste +narracion sus la dicte enfleure de mal affaire. + + + + +Encore de ce mesmes. + + +Encore de la deshonnesté qui ma gent de deffence et mes autres officiers +et meismement mes plus affins et prochains tient avec les autres +passions dessus dictes/ en ses liens comme cy dessus est dit. helas qui +n’aroit que un vice seroit a peu eureux/ mais mal pour cellui qui de +tous ou de plusieurs est avironnez et remplis/ ne me puis taire de +l’exploit de la grant condampnacion de dieu donnee contre son vice/ & +des maulx qui en viennent & au jour d’uy et tres les premiers temps +comme plusieurs royaumes destruis en ayent esté/ et pour ce doubter doy +quant je voy le cas pareil/ ce meismes flaiel/ exemple/ Dyna fille de +jacob fu ravie du filz du roy de Sichem et ce fu la cause de la +destrucion du dit royaume/ Amon se faigny malade pour avoir thamar sa +seur/ pour la quelle cause il fu de son frere absalon occis/ le +ravissement de heleyne par paris en grece fu cause de la destruccion de +troye. un roy de france comme racontent les croniques en fu chaciez et +exillez/ la force de tarquin l’orgueilleus faite a lucrece la chaste +dame de romme qui pour celle cause s’occist/ fu cause du desheritement +du roy tarquin et de son filz/ Et pour ce fait jurerent les rommains que +jamais a romme n’aroit roy. hanibal roy de cartage tant qu’il fu sans +l’acointance de la deshonnesté/ il fu vainqueur et victorieux es +batailles rommaines & en toutes pars/ Et fu son nom eslevé en proece/ +mais si tost qu’aprist le repos & en delices s’enveloppa/ es quelles +prist l’acointance de ceste mauvaise chut en la vallee de male fortune +ne puis bien ne lui vint. + +¶ Plus te diray et nottes que quiconques soit l’omme qui es dissolucions +communes s’enveloppe/ de ceste deshonnesté/ merveilles est se jamais +puis il a pris d’armes/ et se fortune en tous ses fais ne lui est +contraire/ puis que son cuer flote es eaues de ses dissolucions/ et se +n’estoit qu’il ne loit de nul diffamer publiquement de ce te donroye +exemple vray d’aucuns vivans au jour d’uy au monde sanz honneur/ loyez +de tieulx liens/ ancor te dis que pays terre ou regne dont des +chevetains est maistrece ne fructifie en honneur ne bonne renommee/ Et a +quoy plus alegueroye de ceste exemple la magnifeste experience le nous +declare/ mais de son trebuchement quoy qu’en aye dit devant/ ne couvient +autre prophecie/ ne mais les effais de la divine justice qui pour cause +de celle ebaluffree sanz frain de honte dont les humains estoient +remplis/ Dieu dit et sentencia que homme plus au monde ne seroit vivant +sus terre/ Et pour ce le deluge envoya jadis qui n’espargna creature +vivant fors noué & sa meisgnie que dieu ot preservez. Si pense & nottes +comment asseure je doy dormir. + + + + +Encore de ce. + + +Ancore de celle qui les voyes estouppe que verité ne saille/ C’est +fraude la perverse/ Sicomme dit valere le grant ou .ix.e livre que sa +tricherie barateuse est un mal mucié et espieus de qui les forces tres +efficans sont mentir et decevoir comme elle s’esjouisse en mençonges & +fallaces qui sont les faulx outilz de son soubtil art Et de ce parle +ysidore en ses synonimes qui dit que fraude ou barat est monstrer une +chose en semblant et faire autre en oeuvre/ Et cellui qui en lui l’a est +tricheur/ et par elle veult simuler et faindre l’issue de vertu/ de +ceste mauvaise vient desloyauté et foy mentie/ or prens garde se ma +terre et toutes mes cours sont semees de si fais hebarges/ ja moult +enracinez en de trop haulx lieux helas comment ne desplairoit a dieu +juste le vice de foy mentie de mençonge et de desloyauté entre les +freres parens et amis Et entre prochains sicomme il commande que ilz +aiment l’un l’autre quant meismement aux ennemis veult que foy soit +tenue/ et que il se courrouce du contraire le nous monstre assez par +l’exemple qui signefie des faulx jurans la grant punicion/ c’est +assavoir par ce qui est escript ou derrenier chapitre ou livre des roys +de zedechias roy de jherusalem qui brisa a nabugonodosor roy de +babiloine la foy promise que lui avoit/ pour la quelle chose le dit +nabugodonosor vint assegier jherusalem et dieu en sa main lui livra le +dit zedechias roy/ Si lui dit quant il le tint. Dieu qui het toute +infidelité de foy brisee & de mençonge te veult punir par ma main/ et +adont devant lui occire fist ses enfans/ & a lui crever les .ii. yeulx/ +et lié de chayennes le fist prisonnier mener en babiloine/ Or regarde +que doivent les miens attendre des infidelitez que chacun jour s’entre +font tant innormes que l’un en l’autre ne se peut fier/ ne loyauté a +peine en part qui soit du grant jusques au mendre peut estre trouvee/ +qui vit onques mais l’art de sofistiquacion si commune/ Car de ce semble +que chacun soit maistre et jusques aux entrailles des courages c’est +embatue celle art d’enfer et dyabolique/ si qu’il n’est a peine parole +dicte semblant fait ne chose ouvré qui ne soit sofistiqué en tele +maniere que elle a apparence de estre milleure qu’en effait de bonté +elle n’est trouvee. Si suis pour ces choses comme celle qui le baston a +sus le chief et le coup atent. + + + + +Encore de ce. + + +Et tout ainsi comme les vertus deppendent les unes des autres & s’entre +accompaignent & attrayent Semblablement ces filles de perdicion +trebuchent de l’une en l’autre/ et se entre sachent et apparient/ Et +qu’il soit vray pour quoy est doncques fraude trouvee ne mais pour +remplir les coffres de la rappineuse C’est l’administraresse de ses +pourveances et de son amas/ C’est celle qui treuve les voyes de attraire +ces finances et faire ses contras/ hahay se perdue l’avoit comment +esgaree seroit/ Onques ne fu si propice boyasse ne qui si bien pensast +de sa maistresse. Dieux quel compaignie et quel couple avarice et +fraude/ mais de leurs ordes mains _libera nos domine_. Dieux ne commença +ceste orde caigne aux ongles crochees/ tres que sus la terre n’avoit que +.iii. hommes Lors que kaÿm offroit a dieu des pires fruis de sa terre et +des pires bestes de son parc/ Et comme dieux qui scet les courages +n’eust agreable son sacrefice le reprouva ycellui chut ou second +inconvenient/ c’est assavoir de envie et puis ou tiers par l’omicide que +il fist de son frere abel Qui pourroit raconter les maulx qui par ceste +sont avenus/ et ancore ne cessent/ pour quoy te diroye des empires +royaumes/ citez et peuples qui destruis en ont esté les temps passez/ +Autre exemple ne couvient fors du temps present n’est elle celle qui en +l’eglise de dieu met la division et le Sisme/ certes c’elle n’estoit ne +couvendroit pas .ii. papes/ ains a peines un le vouldroit estre/ n’est +elle principale ou debat de mon royaume/ Se trouvee n’y estoit la charge +du gouvernement ne seroit tant chalengee/ dirons nous que elle fust plus +grande jadis ou roy de babiloine/ pour tant se une seule foiz il desroba +le temple de dieu. helas avisons quantes extorcions on fait en plus ses +amees choses que son temple/ C’est assavoir a ses povres membres qui +sont les souffreteux de quoy il est escript que licite seroit vendre les +calices & les joyaulx livres et aournemens de autelz pour secourir a +besoing a la neccessité de yceulx Et ilz sont de toutes pars persecutez/ +et de tieulx joyaulx qu’ilz ont/ c’est leur sustentacion desrobez/ Et +dieux scet en quieulx usages sont employez/ Mais le cas de cestui dit +roy pour quoy ne nous peut estre figure et prophecie du pareil +inconvenient par divine punicion/ Car sicomme ou livre de danyel ou .v.e +Chapitre est escript que une foiz baltasar faisoit un grant disner/ et +seoit a table avec les nobles de son royaume/ commanda que fussent +apportez les vaisseaulx d’or et d’argent que son pere avoit pris ou +temple de jherusalem/ esquieulx vaisseaulx on souloit faire le service +de dieu/ Et cellui corrompu par pompe buvoit dedens presomptueusement/ +et y faisoit boire ses cucubines qui de tieulx rappines faisoient leurs +paremens/ et les choses de dieu mettoient en vilz usages/ Mais dieu +contre qui nulle force n’a poissance/ et quoy que il attende bien se +scet venger ot amené l’eure de la punicion de ycelluy mal faiteur/ Et +par cest exemple povons notter la ruyne des plus eslevez souventes foiz +quant plus cuident estre asseurez/ Car sicomme cellui Balthazar Roy de +Babiloine estoit plus en sa joye/ il leva les yeulx Et en la paroit de +sa sale vit une main qui escripsoit tieulx .iii. moz/ mané/ thetel/ +phares/ Le premier mot mané/ C’est a dire nombre/ et est a entendre que +dieu avoit nombré les jours de sa vie/ Et que venue en estoit la fin. Le +Second mot thetel est a dire pois/ qui vouloit dire que dieu avoit pesé +ses biens et ses maulx/ et legier avoit esté trouvé en biens/ et pesant +en maulx. Le tiers mot phares vouloit entendre division/ C’estoit a dire +que dieu avoit devisé son royaume et sepparé de lui/ Et ainsi avint car +celle meismes nuit/ daire le roy de mede/ et Cirus roy de perse +prindrent la cité de babiloine/ et fu occis balthazar et son royaume +transporté es mains des mediens et des persens. + + + + +Encore de ce. + + +Tant que c’est sanz nombre doulce chiere amie/ te pourroye dire de +tieulx exemples de diverses punicions pour divers pechez helas et les +miens ne s’i prennent garde/ ne dit le proverbe rural et commun que bien +se bat qui par autruy se chastie/ & que qui autrui maison voit bruler/ +de la sienne paour doit avoir/ Il n’est si beau chasti que cil qui de +soy meismes & sanz contrainte vient/ plus leur fust honorable laisser +les vices de pure voulenté que ce que a force on leur feist delaissier/ +n’est il escript que dieux a plus grant joye du pecheur retourné a lui +que du juste qui onques ne failli/ C’est chose humaine de pechier/ mais +infernalle est la perseverence. Ha doulce chose est que de suivre la +voye de vertu a qui si veult duire/ n’est il dit que l’omme vertueux a +ja un pié ou ciel/ Et a quoy se eslieve homme qui est terre & cendre/ ne +scet il que sa vie est brieve ne se gloriffie es richeces mondaines/ +lesquelles ne sont ne vrayes ne siennes/ Et que vault avoir seignourie +au monde grans tresors terres possessions et poissances sur les autres/ +un pou de temps pour an si user que on s’en enqueure dampnacion +perpetuele/ qui est cellui si ignorent qui n’ait le ver de conscience. +vueille ou ne vueille quant il se sent pecheur ne possede il et y a un +des tourmens d’enfer qui ne le laisse durer/ mais quelle est plus grant +seureté que nette conscience/ C’est joye celestielle/ Hahay mais pour +quoy ne a qui dis je ces paroles quant je sçay que n’en serai pas creue +Car ne pourront entrer es courages ja adurcis Sicomme on dit le fol ne +croit jusque il prent mais habondance de voulenté le me fait dire comme +tendre mere a ses enfans/ mais ce me desconforte que ja me semble en y a +d’entrez en obstinacion qui trop est chose perverse. Helas/ j’ay grant +paour que semblable je soie a Cassandra la sage fille du roy priant qui +veant la ruyne appareillee sus les troyens les amonnestoit d’appaisier +leurs courages contre grigois ains que pis leur venist/ mais en vain se +debati car n’en fu pas creue/ Si leur en ensuivi tout ce que pronostiqué +leur avoit/ Dont a tart de ne la croire se repentirent/ ainsi de eulx +amender et mettre a paix devers leur dieu de qui ja voy la guerre. Bien +vouldroye que a mes paroles si adjoustassent foy/ ains que pis leur +venist/ ilz me creussent ne que du tout ja son yre fust sur eulx +espandue/ par plus grieve vengence. O sage roy de ninive bien conseillez +qui creus le prophete jonas/ quant dieu par lui te manda/ que pour les +pechiés de toy et de ta cité tu avoies encouru sentence de destruccion +dedens quarante jours Mais lors te repentant batant ta coulpe/ en jeunes +plours et afflictions toy et tous tes subgés jusques aux bestes mues par +.iii. jours cryant a dieu mercis vestus de sacs/ cendres sur les testes/ +tant te humilias que Dieu ot pitié de ta contriction si/ que ton +humilité espargna sa vengence par bon appaisement. + +¶ N’ont doncques les miens assez de exemples d’eulx repentir ne scevent +ilz que de mal couvient que mal viengne Car non obstant que le sens +litteral de l’euvangile dye que neccessité est que esclande viengne/ ne +dist il apres que pour tant mal cellui par qui esclande vient/ veulent +ilz resembler le larron qui ne croit quelque exemple que il voye que +l’en destruise les mal faiteurs jusques a tant que il ait la corde au +col/ Helas/ mais c’est trop tart/ Car trop est meilleur a l’omme se +garder du mauvais pas que ce que a peine ou jamais s’en tirast hors se +il y estoit entrez. + + + + +La fin de la complainte de la dame couronnee. + + +Belle doulce amie que te diroye ne t’ay je assez tenue es narracions et +procés de mes aventures le bien et le mal je t’en ay regehy en general & +en particulier puis la naiscence de mon nom jusques au jour d’uy/ Et ce +plus m’a eslargie a te signiffier l’estat de mes anuys que piteuse de +mes afflictions je t’ay trouvee/ Si est temps des crimes/ que je me +seuffre/ de plus te dire/ que trop ne soie longue. O quel plaisir et +quel alegement est de dire et descouvrir a son loyal ami ou amie les +pesanteurs de ses pensees Car la viande presentee au famillieux n’est +plus savoureuse/ Si ne dis plus ce que autre foiz as dit quelle que je +appere que glorieuse soye/ Car je t’acertaine se dieu de sa grace n’y +remedye que passé a lonc temps ne fus plus perplesse helas mais comment +remede du ciel espereroye quant aux miens si mal je le voy desservir Et +ancore plus me grieve sans faille le peril de pis ou je me voy que le +mal que je seuffre Tout soye bien batue Tout ainsi que cellui qui devant +lui voit cil qui l’a navré/ a paour que il le partue Si te mercy ma bien +amee en fin de mes paroles de ta loyal amour et compaignie La quelle te +pry que ne me faille jusques a la fin. + +¶ Non obstant que d’alieurs tu soies requise/ et que de moy et des miens +tu ayes petis emolumens/ mais ton bon courage ne vueille delaissier la +nourriture de son enfance/ Si demeures constante avec moy ou gracieux +labour de tes dictiez/ du quel maint plaisirs ancore feras a moy et mes +enfans/ Lesquieulx je te pri que me salues/ Et que leur signifies les +plaintes de mes clamours Et que Comme loyaulx et vrays enfans veulent +avoir pitié de leur tendre mere/ de qui encore le lait leur est +neccessaire et doulce nourriture/ mais vueillent si espargner ses +doulces mamelles que ilz ne la succent jusques au sanc. + +¶ A tant cesserent les parolles de la dame couronnee Et moy apres ce que +selon ma poissance au mieulx que sos je l’os reconfortee/ lui disant que +non obstant son grant peril/ se dieux plait les prieres et oroisons de +maintes bonnes creatures/ et les biens fais qui sont celebrez par sa +terre/ non obstant les grans pechiez qui y queurent/ Comme dieu soit +misericors la reserveroyent et tireroient de peril/ La merciay de +l’onneur que m’avoit faite et de la charge que commise m’avoit/ lui en +promettant vraye excecussion. Et a tant reposer la laissay. + + +Explicit la premiere partie du livre de l’avision christine. + + + + +Ci commence la seconde partie du livre de l’avision christine la quelle +parle de dame oppinion et de ses ombres. + + +Apres ces choses me sembloit que desireuse de plus avant enquerre aloye +traçant par la cité d’athenes tant que m’embatoye entre les estudes/ +lors joyeuse d’estre parvenue a si noble université voluntaire de mon +sens par leur savoir prouffitablement imbuer/ m’arestoie entre les +escoliers de diverses facultez de sciences disputans ensemble de maintes +questions formant plusieurs argumens. + +¶ Lors sicomme l’oreille vouloie tendre a escouter/ adont le sens de ma +veue preceda cellui de m’ouye/ Car en haulçant mes yeulx avisay volant +entre yceulx une grant ombre femenine sanz corps sicomme chose +espirituelle de trop estrange nature et qu’elle fust merveilleuse +l’experience prouvoit/ Car celle chose veoie estre une seule ombre/ mais +de Cent mille milions voire innombrables parties les unes grandes/ les +autres mendres autres plus petites de soy elle faisoit/ puis +s’assembloient ses parties d’ombre comme par grans tourbes si que font +nuees ou ciel ou oyselés volans par tas ensemble/ mais plus en y avoit +que onques oyseaulx ne volerent. Si estoient ces tourbes sepparees les +unes des autres ainsi comme les couleurs d’elles se differoient/ car de +toutes les coulours qui onques furent et de plus que onques n’en fu +estoient differenciees les unes des autres/ Car une grant tourbe en y +avoit de toutes blanches une autre de toutes vermeilles/ les autres +yndes autres de couleur de feu autres d’eaue/ et ainsi de toutes les +couleurs/ Et se tenoient ensemble celles d’une couleur sicomme font +oyseaulx d’une espece Toutefois aucune foiz avenoit que ilz +s’entremesloyent/ mais tous jours retournoit chacune a sa couleur/ Et +non obstant que une chacune couleur se tenist ensemble toutefoiz en y +avoit en la route de plus fort taintes les unes que les autres/ se +vermeil estoit l’une plus ardant/ l’autre plus palle/ l’autre plus +sanguine/ & ainsi de toutes les couleurs si qu’a peine en y avoit une +qui aucunement ne differat de l’autre/ Et tout ainsi comme les couleurs +d’icelles ombres par tourbes se differoient semblablement faisoient +leurs fourmes Car il n’est corps de creature humaine ne d’estrange +beste/ oysel monstre de mer serpent ne chose que dieu formast onques +voire des plus haultes choses celestielles et de tout quanque pensee +peut presenter a la fantasie dont la n’y eust la fourme/ Si en y avoit +tant d’estranges qu’il n’est cuer qui le peust penser mais fourmes de +geans serpens orribles bestes ne chose mortelle tant ne m’espoventerent +comme firent les orribles noirs deffigurez monstres d’enfer de la quelle +remembrance encore suis toute espaourie. + + + + +Ci dit de quoy ces ombres servoient. + + +D’icelles tourbes d’ombres qui par l’air voloient je veoie tous +avironnez les clercs disputans es dictes escoles/ et avant que cellui +qui vouloit proposer sa question parlast/ une de ses ombres lui venoit +s’acouter en l’oreille comme se elle lui conseillast ce qu’il devoit +dire/ Et apres quant l’autre vouloit respondre ou repliquer/ une autre +ombre lui aloit semblablement s’acouter/ Et ainsi n’y avoit la nul +arguant qui ne eust autour de son chief ou une ou .ii. ou .iii. ou +.iiii. ou plus grant quantité qui toutes le conseilloient/ mais chacune +science a part avoit sa couleur d’ombres/ sicomme gramaire les verdes/ +dyaletique les morees/ arismetique dyaprees/ musique blanches Geometrie +vermeilles/ Astrologie les asurez/ theologie dorez philosophie +cristalines & ainsi des autres sciences liberaulx et deffendues/ Et +ceulx qui arguoyent n’avoient environ eulx tant que duroit la +disputoison fors les ombres de la couleur qui appartenoit a la science +de leurs argus mais non obstant que toutes traÿssent a une couleur/ +ceulx qui proposoient plus fort taintes ou moins taintes que ceulx qui +repliquoient les avoient si que nulle fois n’estoient sans difference/ +et s’il avenoit que pareilles venissent aux parties qui disputoient/ +adont estoient les .ii. disputans d’acort Si estoit la chose partie en +telle maniere qu’il sembloit que ycelles ombres fussent cause de leurs +descors et debas qui aucunefoiz tant multiplioit entr’eulx/ que de +tieulx de chaude cole y avoit faisoient venir de verbis ad verbera/ Et +pour ce que estrange chose pourroit sembler a ceulx qui oyent ou orront +la descripcion de ceste avision en ceste partie la quelle les yeulx de +mon entendement plus clerement veoit que expliquer ne sçay ne descripre +que j’appelle ycestes choses ombres/ & si dis qu’elles avoient coulours +diverses/ come se chose contredisant fust couleur et ombre estre +ensemble/ si dy que ombres voirement ce estoient/ car estranges causes +leur donnoient leur fourmes non mie d’elles mesmes les avoient/ +Coulourees couvenoit que elles fussent. autrement point ne fussent/ mais +transparans petites et grans si que on veoit par mi auques toutes +estoient/ fors d’aucunes si troubles que l’en n’y veoit grain ne goute. +Ancore plus/ car tout ainsi comme elles se dessembloient de couleurs/ +semblablement faisoient de fourmes car comme j’ay dit devant de toutes +les fourmes et choses qui pevent estre ymaginees avoient/ celles ombres +empraintes/ Celles qui appartenoient a philosophie estoient comme fleurs +de diverses façons et couleurs/ mais tant estoient de grant odeur et +beauté que toutes les escolles en resplandissoient/ si que grant beauté +d’i estre estoit/ les autres fourmes d’ombres comme de gens de bestes ou +d’autres choses s’estendoient plus dehors les escoles et voloient par +tout le monde/ car celles plus appartenoient a oeuvres manuelles & fais +que en speculacion et plus estoient attribuees aux gens d’armes et ordre +de chevalerie et autres ars mecaniques & ouvrables/ De tout ce me +sembloit que avoie clere cognoissance/ mais sur toute chose +m’esmerveilloit et fort a comprendre m’estoit ce que je veoye non +obstant ces diverses parties d’ombre qui par tout le monde s’espandoient +que toutefois n’estoit ce que l’image d’une toute seule ombre en la +quelle toutes se refrappoient. + + + + +Comment l’ombre araisonna christine. + + +Adont comme je fusse ententive a regarder ceste merveille/ l’ombreuse +creature s’en donna de garde et en telle maniere m’araisonna fille +d’escole qui ça t’amaine et moy a elle/ dame aventure mais voz +merveilles m’ont cy arrestee/ Et se je peusse moult voulsisse plus vous +cognoistre/ Et elle a moy comment ne me cognois tu doncques/ dame je +n’en ay pas recort/ et elle a moy O bien voy que ignorence tolt aux +humains la cognoissance des objects de leurs oeuvres mais pour emplir +ton desir Ottroy que tu me cognoisses pour ce par vehementes enseignes +te seray magnifestee. + +¶ Saches que tres que adam fu formez je fu cree/ Et suis fille de +ignorence desir de savoir m’engendra Le premier homme & sa femme par mon +exort decevable fis en la pomme mordre/ et apres ce que dieu l’ot pour +ce meffait condampné a avoir sa vie en sa sueur/ je lui fis querre et +encercher les proprietez des herbes et des plantes et lui appris la +maniere des terres cultiver et les natures des choses crees lui fis +esprouver tant qu’il les attaigni/ ensuivant apres je gouvernay les +humains/ & leur fis prendre loy/ la quelle fu premiere celle de nature/ +Et tres ces premiers aages furent aucuns soubtilz hommes aux quieulx +tant fis encerchier qu’ilz trouverent philosophie et par consequant +toutes les sciences & ars par moy furent premierement investiguees et la +voye trouvee d’y attaindre/ ne nom de philosophe oncques trouvé n’eust +esté se je ne fusse/ Sicomme plus a plain cy apres te declaireray/ Et +non obstant que philosophie avec ses filles fust avant que moy/ et que +fille de dieu soit/ si fus je faite aussitost que creé fu entendement +humain/ et lui et moy ouvrismes la voye aux hommes de cler engin a la +trouver a entendement premier et moy seconde/ si suis chamberiere d’elle +en ce mortel monde/ car en paradis n’enfer n’ay je demeure/ ma duree +sera jusques au derrain jour & lors finera. je rapporte les messages des +hommes de cler entendement a philosophie et a ceulx qui apliquer s’i +veulent je les fois par le moyen de diligent estude se ne leur tolt +deffaute d’engin attaindre par investigacion a elle/ Et pource non +obstant que par tout le monde soye me vois tu principalement en ses +escoles hanter es quelles par l’occasion de moy avec le labour d’estude +apprennent les clercs toutes sciences & sans moy apprises ne pourroient +estre Et non obstant que de dieu viengne la grace d’en hault je suis +celle qui la mes a oeuvre ou cuer de la personne & sanz moy riens ne +proufiteroit Et te dis plus fort que se je n’estoie avec foy esperance +et charité point ne seroit es humains. + + + + +Les choses que l’ombre disoit a christine. + + +Ancore te dis je que tous les anciens prophetes qui ont esté non obstant +qu’ilz parlassent par inspiracion divine de l’advenement de jhesucrist +et des temps avenir/ et mesmement saint jehan l’euvangeliste en +l’apocalipse et tous ceulx et celles qui ont prophetisié se j’eusse esté +en eulx contraire a leurs dis ja n’eussent saintement parlé des secrés +divins/ mais affin qu’en moy tu n’erres & que mieulx m’entendes te dis +que non obstant les choses dittes maint ont prophetisié verité es +quieulx je n’estoye mie saine mais leur disoie au contraire de leur +prophecie sicomme caÿphe qui dist de jhesucrist qu’il estoit expedient +un homme mourir pour sauver le peuple/ Il dist verité mais ce n’estoit +mie ou sens ou il le prenoit/ et pource estoye faulse en lui/ car je le +faisoie follement cuider. + +¶ Plus te diray de ma nature tres que creature humaine est nee si tost +qu’entendement commence aucun petit a ouvrer en lui/ tantost moy et de +mes plus legieres filles entrons en lui/ et au feur que l’enfant croist +avec son entendement nous croisçons en lui pareillement & en celle +croiscence selon ce que ses inclinacions se donnent je loge en lui de +mes filles/ s’il est soubtil en speculacions je les lui baille teles +qu’il lui fault et celles le font encercher plus avant de ce en quoy il +est enclin/ Se enclin est aux armes teles qu’il lui fault les lui +baille/ et celles le font encercher la maniere de excerciter les armes/ +Se a oeuvres mechaniques marchandise/ ou labour de terre/ paindre/ +escripre/ ou lengager pareillement selon les oeuvres par moy avec la +inclinacion ou longue coustume d’enseignement/ toute personne prent ses +meurs bons ou mauvais sages ou folz selon qu’il s’applique/ Si fais tout +homme ouvrer parler aler et venir et sanz moy ne se mouvroit pour oeuvre +faire Si me change souvent en eulx par divers accidens/ et fois souvent +des bons mauvais/ et des mauvais bons/ les savans errer et dire faulx en +divers cas/ et les simples aler droite voye et dire voir/ et selon que +je sui en eulx je me donne a cognoistre par leurs oeuvres et parolles/ +Se n’est en aucuns qui de faintise se cueuvrent/ toute foiz ce ne +pourroient faire sanz aucunes de mes filles. + +¶ Souventes foiz je deçois ceulx ou je habite par leur donner faulx a +croire/ nil n’est si sage que souvent ne deçoive ne autrement ne +pourroit estre selon le cours naturel. + +¶ Je suis fondee sur ce que la fantasie rapporte a l’omme soit mal ou +bien Si fois souvent faulx jugement et dis une chose estre bonne ou elle +est mauvaise/ et ainsi l’opposite et pour ce fais haÿr et amer sans +cause souvent advient et sans l’avoir desservi/ diffamer et aussi louer +sans achoison souventes foiz. + +¶ Es sages hommes suis plus certaine et plus vraye et es anciens de +longue experience/ et pource a bonne cause sont appellez es conseulx des +ordenances pollitiques Je suis naturellement plus vive et plus certaine +en un homme que en un autre selon l’abilleté de son entendement le quel +me rapporte en ses pensees Et en homme qui souvent me change est signe +de pou constant et legier courage// Je ne suis nulle fois certaine/ car +se certaineté y avoit/ ce ne seroie mie. Je dis souvent verité mais je +la dis par couleur et informacion d’autre chose Et la gist en l’omme le +sain jugement se la couleur est voir semblable et digne d’estre receue +qui me fait parler/ Je ay proprieté de faire encerchier verité et de +l’enquerir et fus faite pour celle cause/ mais aussi tost que elle est +clerement trouvee de la chose que je fois querir adont couvient que +celle mienne fille qui cause a esté d’ycelle verité attaindre se parte +de la personne/ Mais g’i demeure avec plusieurs autres de mes filles qui +pareillement s’en partent selon les veritez qui sont attaintes/ car la +ou elle est nous ne povons arrester/ et si la faisons attaindre par +labour d’encercher. + +¶ Mes jugemens en nul cas riens ne valent se fondez sur raison ne sont +Et cil qui parle ou oeuvre par moy ou sens n’est appellé il erre et +abonde en folie J’ay comme dit est filles bonnes et mauvaises voir +disans et menterresses/ mais se elles mentent ou dient voir n’est mie +certaine la pensee qui en soy les a/ Combien que souvent grant foy y +adjouste/ Et pour ce que je suis chose non certainement sceue peus tu +appercevoir que moy avecques esperance sur le temps avenir par le moyen +de vraye foy sommes cause du merite des vrays feaulx catholiques/ Si +peus notter que pour cause que ainsi je me diversiffie et change vois tu +ycy mes filles de diverses fourmes et couleurs Car n’est homme si sage +qui en soy ne m’ait diversement/ la cause si est que ma mere ignorence +ne laisse ou vaissel du corps pour sa groisseur l’ame du tout ouvrer +selon sa soubtilleté/ Et pour ce couvient que moy qui composee suis de +la nature de l’ame en tant que je suis speculative/ et de la nature du +corps en tant que je suis ignorent soie et abite ou cuer de creature +humaine mais es intelligences qui franchement voient verité & ont +cognoissance des proprietez de toutes choses je ne suis ne n’abite ne +nulle part se ignorence et entendement ne sont ensemble/ Et comme dit +est homme n’est si sage qui n’ignore les causes du plus des choses/ et +pour ce n’est il nul qui en moy ne varie/ mais pource que es moins +parfais suis plus foible sont leurs raisons nices et reprouvees. + + + + +Encore de ce mesmes. + + +Et entens sainement encore de ma poissance/ je te dis que toutes les +loys et secrés qui ont esté au monde/ puis son commencement exepté la +loy escripte qui a moy se fu de dieu donnee Et puis celle de jhesucrist +les quelles vindrent du ciel ou je n’ay nul repaire/ toutes les autres +ay trouvees la loy de nature ou n’aouroient que un seul dieu qui fu +premiere & bonne a qui bien la tenoit fu par moy trouvee Celles des +payens d’aourer plusieurs dieux/ je donnay aux hommes de fol +entendement/ et continuer leur fis par espace de moult lonc temps/ Et +ancore plusieurs parties du monde je tiens en celle erreur. Je fis +trouver a belus les premieres ydoles et a son filz le roy ninus aourer +l’ymage de son pere Et combien que ne trouvasse la loy escripte/ car n’i +sceusse attaindre/ fis je maintes foiz errer en ycelle plusieurs juifs +qui par moy firent maintes mauvaistiez & felons fais Sicomme mesmement +au peuple d’israel je conseillay faire un veel d’or et que ilz +l’aourassent comme dieu/ et ou temps de abdon le prophete fis je au roy +jheroboam semer la faulce creance contre dieu et sa loy/ et ainsi de +mains autres/ mais aussi continuay je les bons en oeuvres meritoires// +En la loy de grace je n’oz que veoir/ car elle est certaine/ mais a +cellui qui en fu acteur je fis par le moyen d’envie maintes peines faire +& aussi moyennant grace divine/ maint convertir a sa loy/ mais tout +fusse je cause de sa mort toute fois contre moy fu par paour jugez a +tort/ et ycelle envie et mauvaistié pareillement m’avoit fait ficher ou +temps devant es cuers de ceulx qui persecuterent les sains prophetes et +aussi en ceulx qui martirerent les benois sains Je fis trouver a +mahommet la faulce loy qui ores est a esté et sera pour la punicion des +crestiens continue/ si tiens les sarrasins en celle faulce creance. + +¶ Par moy se ficherent le temps passé en plusieurs du nom chrestien +diverses erreurs en la loy et folles creances qui fortes furent a +esracher Sicomme il appert de manés le faulx herite qui trouva la secte +de ceulx que on appelloit manichees/ et Arrianus qui ediffia l’eresie +arrienne/ et es parties de bretaigne pelage qui par sa faulce doctrine +plusieurs chrestiens corrompi/ un autre vers espaigne nomme precelin et +plusieurs autres/ en qui je fus faulce et en leurs disciples que je fis +errer/ Et mesmement plusieurs papes et patriarches et de divers estas de +l’eglise/ Et ancore ne suis si de tous esrachee en mains faulx pas que +non obstant les vrays amonnestemens de sainte theologie je ne soie en +eulx avec erreur tappie/ et couverte mais paour de feu nous fait tenir +coye et close. + + + + +Ci dit l’ombre les oppinions de philosophie sus le principe du monde. + + +En repliquant ce que devant est dit pour donner preuve que si sage ne +soit que je ne face errer parlerons des anciens philosophes quelle je +fus en eulx/ Et comme le traictier de ceste matiere/ tout soit elle +soubtille puisse estre au prouffit de l’entendement t’en deviseray plus +largement en lengage plus couvert comme la matiere le requiere/ te diray +premierement des tres ancians investigueurs des choses naturelles A +ceulx qui premierement philosopherent/ je disoie que des natures des +choses yceulz sont seulement les princippes qui sont ramenez a cause de +matere/ et a ce que plus leur fust ce apparant teles raisons leur +faisoie investiguer que .iiii. condicions semblans appartiennent aux +raisons des princippes/ premierement disoient ilz comme ce de quoy +aucune chose est faite/ semble le principe estre d’icelle chose/ Car +c’est vray signe de princippe par qui la chose est faite et tel est la +matiere/ Car de matieres toutes choses sont faites. Item car tout ainsi +que ce dont les choses sont faites nous disons le princippe de +l’engendrement d’elles et par consequant cause/ en tant que generacion +toute chose precede a estre a ce que elle est/ ne ainçois elle n’est +riens. Et toutefoiz de matiere premierement comme de son princippe +chacune chose est faite/ car la matiere precede la formacion des choses +Et aussi la matiere premierement non pas acidentelement est le suppost +des formes par quoy ancore appert que elle soit vray principe il +s’ensuit que matiere soit princippe des choses/ Tiercement car comme de +toutes choses ce semble le principe ou quel finablement toutes elles +retournent Car sicomme les principes sont premiers en la composicion/ +aussi doivent ilz derreniers estre en resolucion & autressi ytel en la +matiere Quartement comme il faille les princippes demourer/ ce par +especial semble estre vray principe qui en chacune generacion/ et apres +toutes corrupcion demeure/ dont comme la matiere la quelle ilz afferment +substance des choses soit tele que elle demeure en toutes mutacions/ +Combien que aucunes passions se varient en elle/ et en elle autressi +toutes les autres condicions devant dictes affierent. Par ces .iiii. +premisses ilz concluoient que la matiere est l’element et le premier +principe des natures des choses ainsi disoient que riens ne peut estre +simplement corrompu ne engendré Car tout ainsi se disoient ilz que quant +aucune mutacion est faite envers quelconques passions/ toute foiz +demeurent l’essence principal/ nous ne disons ycelle chose n’engendree +simplement ne corrompue aussi fors selon aucune chose c’est a dire +accidentellement sicomme un homme blanc devenir noir/ nous ne disons +ycellui homme engendré quant il prent tel abit ne corrompu quant il pert +le premier/ Car sa substance principal si demeure/ c’est assavoir son +estre le quel si est sa fourme tout autressi que la matiere disoient/ il +est la substance des choses/ et ycelle demeure permanablement/ Tout +autressi ilz concluent que rien n’est simplement corrompu ne engendré +fors accidentelement/ mais disoient ilz toutes mutacions qui adviennent +es choses sont faites vers aucuns accidans venans de la matiere comme +sont passions ou quelques qualitez/ Dont combien que tous yceulx +couvenissent ensemble en mettant la matiere comme cause premiere/ +Toutefoiz les faisoie differer doublement en la posicion d’elle C’est +assavoir quant a pluralité/ car les aucuns mettoient une seule matiere +et les autres plusieurs causes materielles/ et quant a l’espece aussi/ +Car aucuns l’eaue mettoient/ les autres l’air/ les autres le feu Thales +l’ancien philosophe qui prince fu de ycelle philosophie/ disoit que ce +estoit l’eaue et affermoit la terre estre assise sur l’eaue ainsi la +mettoit le principe des choses/ et dist que ainsi estoit fondee la terre +dessus comme le effaict est fondé sur la cause/ dont il est a savoir que +cestui thalles fu dit prince de ycelle philosophie/ Car comme il fust +l’un des .vii. sages qui plus proprement furent dis theologiens/ poetes/ +lui tout seul se transporta a considerer les causes & les princippes des +choses/ Les autres seulement demourez occupez es moralles sciences/ Les +noms d’iceulx .vii. sages sont premierement Chales millesien qui fu du +temps romulus cellui qui fonda romme ou temps d’achar le roy d’israel +comme on lit es croniques environ .vi.c .lxxxvii. ans devant +l’incarnacion jhesucrist & devant aristote environ .CCC.lii. ans/ Car +aristote fu du temps alixandre le grant qui preceda jhesucrist +.CCC.xxxv. ans/ Cestui thales fu astrologien/ Car meismes comme on lit +il pronostiqua un deffault du souleil ou temps d’ozias et des fondacions +de romme bien cent ans ains que il fust Cestui aussi fu cil dont on lit +en l’istoire des philosophes qui chaÿ en la fosse quant il aloit veoir +le cours des estoilles/ de quoy il fu remprouvé d’une vielle/ Comment +dit elle cuides tu veoir ce que l’en fait ou ciel/ quant a tes piez ne +vois. + +¶ Le second sage fu pitacus mitilenus ou temps que es ebrieux regnoit +zedechias et es rommains tharentin le premier/ le quel pithacus tua +frenon d’aches qui batailloit a lui. + +¶ Les autres .v. si furent solon d’athenes qui fu faiseur des drois & +des loys populaires/ Chilon lacedemonien/ pithidorus corintien/ +cleobelus sydien Byas periandran/ Et furent tous ou temps de la +chetiveté de babiloine/ Et en ce temps ci en bretaigne la grant raignoit +cordeille fille du roy loyr de bretaigne & femme d’agampus le roy de +gaule/ le quel agampus a l’instance de elle subjugua et conquesta +bretaigne occuppee par les serourges d’elle qui chacié en avoient son +pere/ si en chaça yceulz et le royaume au pere restitua au quel puis +succeda ycelle cordeille Comme plus a plain il appert par les gestes. + + + + +Ancore de ce mesmes. + + +Dont entre yceulx .vii. sages thales tant seulement specula la nature +des choses/ et ses disputacions et les raisons qu’il fist il envoya par +lettres en diverses contrees la quelle chose nul des autres ne fist pour +ce fu il entr’eulx appellé prince de leur philosophie Les raisons qui +murent Chales a dire ce qu’il disoit estoit qu’il veoit le nourrissement +de toutes choses estre moisteur/ et par .iii. signes prouvoit son propos +le premier est ce qui est dit c’est assavoir que toutes choses vivans +par moisteur sont nourries/ mais ce disoit il comme ce soit une +semblable chose de quoy les choses sont & a quoy elles viennent/ Et +ainsi humeur semble estre le principe des essences des choses/ le second +signe est que comme l’essence de toutes choses vivans tres grandement +soit conservee et gardee par sa propre et naturelle chaleur/ Toutefoiz +la chaleur semble faite et nourrie de humeur Car humeur est aussi comme +nourrissement et matiere a chaleur/ il appert et s’ensuit que humeur +soit principe des choses. + +¶ Le tiers signe comme la vie de tous les animaulx soit gardee en +humeur/ car par le deffault de naturelle humeur chacun animal meurt/ et +par la conservacion d’elle chacun animal vit/ par quoy comme vivre soit +estre aux choses qui ont vie comme il fu dit devant il appert qu’il +s’ensuive que humeur soit principe des essences des choses/ & ces .ii. +signes deppendent l’un de l’autre Aussi il prent signe par la generacion +des choses/ Car ce dit il comme toutes generacions par especial des +choses qui ont vie/ lesquelles sont tres nobles et parfaictes sur toutes +autres choses soient faites de semences/ lesquelles semences ont +escailles sont de nature moiste sicomme chacun scet/ il appert ce dist +il humeur estre princippe des generacions des choses Cestui Chales +estoit induit a ceste oppinion par l’auctorité des anciens/ car comme +aucuns poetes theologisans/ eussent esté ancore plus anciens de lui Et +yceulx eussent tele oppinion de nature/ c’est assavoir que l’eaue fust +principe des choses/ yceulx peut estre pour l’ancienneté d’eulx thales +si ensuivi. + +¶ Si est cy a savoir que comme les premiers en grece renommez de +sciences fussent appellez poetes theologisans/ ainsi diz poetes Car de +ce qu’ilz disoient ilz formoient dictiez & parloient faintement/ +theologisans aussi qu’ilz parloient des dieux et des choses divines/ les +premiers et les plus principaulx renommez d’iceulx furent .iii. c’est +assavoir orpheus et son disciple museus/ et linius de thebes qui fu +maistre de hercules/ Et ces .iii. furent ou temps des juges qui +regnoient ou peuple de israel environ. .v.c .xxvii. ans/ avant que +chales fust/ environ .xliii. ans avant que theseus le roy d’athenes +ravist helayne la fille au roy de thebes environ .lxxxviii. ans ains que +troye fust destruite/ Et de tous yceulx .iii. orpheus fu le plus +sollempnel/ Et cestui fu cellui dont les poetes parlent qu’il ala en +enfer querir erudice sa femme la quelle le serpent avoit pointe en +fuyant par le pré quant euristus le frere orpheus la vouloit violer la +quelle fable a bon entendement moral peut estre entendue Sicomme +fulgence ou livre des natures des dieux tres clerement l’expose/ De +cestui orpheus aussi parle boece ou .iii.e de sa consolacion a la fin et +ovide en methamorphoseos ou .x.e/ Cestui orpheus aussi a parler +proprement sanz nulle ficcion si que boece recite en sa musique estoit +tres bon cithariste C’est a dire tant melodieusement faisoit sons en la +harpe/ que par les proporcions des acors tant a point ordenez il +garissoit de plusieurs maladies/ et les tristes faisoit estre joyeus. + +¶ Ces .iii. poetes dis par maniere de fictions & de paroles +transumptives parlans des choses de nature disoient que occean c’est a +dire la mer ou l’abeisme ou a tres grant inundacion d’eaues/ Et thetis +qu’ilz disoient la deesse de humeur sont parens de generacion/ Et par ce +dist il comme par singuliere similitude ilz donnoient entendre que eaue +fust le principe de la generacion des choses/ Encore ceste sentence par +autre fabuleuse narracion ilz couvroient disant que le sacrement et le +serment des dieux estoit par l’eaue qu’il appellent stix/ La quelle est +un fleuve d’enfer/ Et par ce que ilz disoient les dieux faire leurs +sacremens & leurs sermens de l’eaue pour ce que sacrement se fait tous +jours par ce qui est plus digne/ Car le parfaict precede l’imparfaict de +nature et de temps ilz se donnoient a entendre que l’eaue fust plus +honorable et plus digne des dieux/ Et dont comme il appere qu’ilz +cuidassent l’eaue premiere et plus ancienne des dieux/ lesquieulx dieux +peut estre ilz entendoient estre les corps du ciel ou autres corps +sensibles/ Car ancore des choses sepparees n’avoient cognoissance/ Il +dit que nulle plus ancienne oppinion de ceste n’a esté es choses de +nature/ La quelle soit cogneue/ meismement ancore ceste oppinion a esté +nagaires d’aucuns renouvellee/ non pas qu’ilz deissent l’eaue plus noble +ne si noble que dieu comme yceulx premiers firent/ mais sans ficcion +aucune ilz la disoient & affermoient estre premiere & aussi la +derreniere des choses de ce monde/ car meismes ilz la mettent premiere +que le ciel/ Car la premiere espere/ c’est assavoir une que ilz +ymaginent comprendre La .ix.e ilz la mettent estre eaue Sicomme plus +plainement frere rogier bacon le recite en son livre du ciel ou .xii.e +chapitre/ Et peut estre a ce ilz se mouvoient cuidans les vieulx poetes +accorder avecques eulx/ ou peut estre pour les diz des philosophes +nommans en plusieurs lieux les eaues sur le ciel/ Toutefoiz tant yceulx +philosophes que aussi les poetes en tant comme a bon sens se puissent +ramener au moins le plus des choses en enveloppement et soubz ombre +parlerent non les nouveaulx mais yceulx anciens en tant que des sciences +les portes vous ouvrirent vous les devez excuser amer et supporter. + + + + +Les contre dis d’aristote aux autres philosophes. + + +Aristote qui lonc temps fu apres ou quel je fus tres vraye et certaine +par le moyen de son noble engin et entendement qui moy et mes filles +attrey les plus soubtilles impugnatables/ & les autres poetes non mie +les impugna en tant comme poetes/ mais en tant que ilz semblent +philosophes/ et sont hors de verité/ aussi recite il d’ippones/ le quel +sicomme maisme il recite sur le livre de l’ame/ fu de tres rude engin/ +car il mettoit l’ame des bestes et des hommes estre eaue/ Cestui dit il +suivi du tout thales sanz lui riens adjouster/ Et pource dit il nulle +louange ne nul pris n’en doit recevoir. + +¶ A autres philosophes je dis et fis a croire que l’air estoit principe +de toutes choses si comme a dyogenes & anaximenes/ et disoient que l’air +estoit premier de l’eaue Et principe de toutes choses simples/ c’est a +savoir des elemens/ Si est a savoir que .ii. anaximenes furent et tous +.ii. philosophes C’est assavoir l’un du temps aristote/ Et de cestui il +n’entent pas ycy/ mais cestui anaximenes dont il fait mencion fu +disciple d’anaxamandra qui disciple avoit esté thales devant dit/ Et +cestui anaximenes & anaximendra furent du temps que cirus conquist le +royaume de mede/ et transporta aux persens ou temps de la destruccion du +temple de jherusalem/ En ce temps cy aussi c’est assavoir ou temps +d’anaximenes regnoit tarquin l’orgueilleux. Le .vii.e et le derrenier +roy de romme/ cellui qui fu chacié pour tarqui son filz qui viola +lucrece/ cellui aussi fu disciple d’anaximenes/ Toute foiz tant de +difference ont ilz qu’anaximenes mettoit l’air simplement principe se +non en tant que composé il fust avec raison divine/ Et de ce vint une +oppinion qui est recitee sur le premier de l’ame/ Et la raison peut +estre fu tele qui les mouvoit Car ilz veoient que par respiracion d’air +la vie de plusieurs animaulx au moins du plus des bestes est sauvee/ Et +sanz air elle est anichilee/ Et aussi car ilz veoient par imitacion & +ensuite de l’air varier les generacions et les corrupcions des herbes et +de plusieurs des choses. + +¶ .ii. autres philosophes c’est assavoir ypassus et eraclitus mirent le +feu estre principe et matere des choses et peut estre furent meus a ce +pour la soubtilleté et noblece qu’il a/ Car meismes pour ce que ilz le +veoyent luisant et monter contre mont/ ilz cuidoient le ciel estre de +feu/ Cestui eraclitus/ pittagoras/ democritus et anaxagoras & plusieurs +autres furent tous en un temps/ C’est a savoir ou temps que +prophetisoient/ en judee/ aggenus/ zacharias/ et malechias/ ou temps du +dit cirus. + +¶ Cestui eraclitus sicomme il avoit oppinion ou feu quant aux principes +& causemens des choses ainsi comme on lit fu tout le premier de tous les +anciens qui par maniere d’art trouva deviner ou feu/ et celle art que on +dit piromancie/ Et sicomme on lit en aucuns traictiez d’elle/ lui lonc +temps ainçois pronostiqua la desolacion de babiloine la cité devant +qu’elle fust avenue. + +¶ Ainsi diversement mirent yceulx le principe de matiere/ C’est assavoir +d’eaue d’air & de feu en y adjoustant le quart element/ c’est assavoir +la terre ilz en disoient toutes choses causees/ et les disoient estre +incorruptibles & ingenerables/ sicomme faisoient ceulx qui mirent un +principe/ mais il metoit que par l’assemblement d’entre eulx selon +diversité de plus ou de moins se causoient les diversitez des choses qui +se font. + +¶ Dont combien que anaxagoras fust ainsné d’empedecles en temps/ +toutefoiz fu il plus novice en savoir/ Car comme un chacun abregier doye +a son povoir les principes des choses par quoy moins en deust avoir mis +que ne fist empedocles le quel en mettoit trop sicomme plus plainement +il appert ou premier de phisiques/ Cestui ancore pour les accroistre les +mist infinis/ c’est assavoir car il disoit les elemens et toutes choses +estre faites d’infinies petites parties/ lesquelles il mettoit estre les +drois princippes & mettoit les choses estre engendrees & corrompues par +congregacion & disgregacion/ c’est a dire par assemblement & +desassemblement d’icelles N’autrement ycelles ne pourissent ainçois +pardurablement demeurent/ Dont par les choses ja dictes de Aristote +conclut que par anaxagoras et par les oppinions des jadis philosophes on +ne peut autre chose cognoistre fors seulement la cause de matiere. + + + + +Encore des oppinions. + + +Pittagoras disoit les esperes qui sont menez ou ciel estre dix. Combien +que tant seulement .ix. en soient apparans/ c’est a savoir .vii. +comprises par les mouvemens des planettes/ l’uitieve par le mouvement +des estoilles/ et la .ix.e par le mouvement journal qui est le premier +mouvement/ mais pittagoras adjousta la .x.e antixthonan c’est a dire +menee au contraire des mouvemens/ et par consequant sonnent +contrairement/ Car comme il mist & aussi le mirent plusieurs autres que +des mouvemens des esperes du ciel se facent armonies Car comme ilz +considerassent que naturellement noz pensees lesquelles ilz metoient de +nature celeste se resjouissent de sons qui sont par mesure ordenez/ +considerans aussi que tous sons sont de mouvemens causés/ Car sanz +mouvement nul son ne seroit fait voyans ou ciel esperes et cercles de +diverses grandeurs preporcionnees les unes vers les autres ce leur +sembloit par moult nobles mesures et meues aussi de mouvemens +couvenables a elles ymaginans par ces choses ou ciel estre grans +melodies/ lassus ilz affermoient estre parfaicte musique/ et celle de ça +bas estre dirivee de celle de lassus Et aussi selon ceste leur ordenance +le mouvement journel qui va d’orient en occident au contraire des autres +seroit en l’espere .x.e & la .ix.e seroit celle la quelle si mouvroit +toutes les esperes basses au contraire du premier mouvement. + +¶ Pittagoras et ceulx de sa secte par lui instruis mettent les principes +des choses encheans es causes dessus dictez/ si mettent nombres ainsi +que matere et princippe des choses et les passions des nombres ainsi +comme les passions ou les abis des choses/ si que nous entendions par +passions accidens/ legierement passibles et par abis accidens permanens/ +sicomme ilz mettoient que la passion d’aucun nombre selon la quelle il +est dit pareillement per estoit princippe de justice pour l’equalité de +sa division Car tout nombre qui equalement se devise par egales moitiez +sicomme .viii. se devise en .ii. quatre & quatre/ en deux deux/ et .ii. +unitez et plusieurs autres par semblable maniere/ yceulx ilz disoient +princippes de justice/ Et par semblable maniere les autres accidens des +choses ilz assimuloient aux accidens des nombres & mettoient les +principes des nombres per et non per/ pour ce qu’icelles sont leurs +premieres differences mais le nombre per ilz metoient estre le principe +d’infinité Et le nombre non per estre princippe aux choses lesquelles +sont fenies/ Sicomme plus plainement il appert declairié sus le .iii.e +de phisiques/ c’est assavoir que le nombre per semble estre couvenable a +division. + +¶ Pour ce infinité par especial se semble ensuivre a la division des +choses continuees/ Et le nombre non per si a le per soubz lui/ & ancore +unité la quelle est cause de indivision/ Et aussi prenoient ilz que les +nombres non pers adjoustez par ordre l’un a l’autre retiennent la figure +des quarrez nombres mais les pers varient leurs figures/ Sicomme .iii. +adjoustez avec un qui est le principe des nombres/ causent ce nombre +.iiii. le premier de tous nombres quarrez/ car .ii. fois .ii. sont +.iiii. Et de rechief cinq qui apres .iiii. est le premier nomper +adjousté avec .iiii. fait .ix. qui est second quarré/ car .iii. fois +.iii. sont .ix. Et ancore adjousté .vii. a .ix. font .xvi. qui est le +tiers quarré car .iiii. foiz .iiii. sont .xvi. Et apres adjousté .ix. a +.xvi. font .xxv. qui est le quart quarré/ Et ainsi de tous autres. Mais +se le nombre de .ii. qui est le premier nombre per est adjousté a un il +constitue nombre triangulier/ c’est assavoir .iii. Et se a lui estoit +adjousté .iiii. qui est le second per il constitue .vii. qui n’a tele +figure/ Et ainsi les nombres pers adjoustez aux quarrez ne gardent point +une meismes figure/ Et pour ceste raison leur attribuoient infinité/ et +aux nompers finité/ Et pour ce que finité si signifie fourme a qui +compette l’active vertu/ Et infinité en depart la matiere a qui compette +passibilité/ pour ce les nombres pers ilz disoient femmelles et les +masculins nompers/ Et de ses .ii. diversitez per et nomper feni et non +feni non pas seulement ilz constituoient nombre mais aussi unité/ Car +unité disoient ilz est per et nomper en vertu/ pour ce que toutes +differences de nombres en vertu couviennent a unité/ Car tout se +retournent en elle & elle en nesune/ Car combien que unité de fait ne +soit pas aucun nombre. Toute foiz disoient ilz en vertu elle est un +chacun nombre/ Et pource la mettoient ilz constituee de per et de +nomper/ Et tous nombres constituez de elle Et mettoient le ciel et toute +chose sensible estre faictes de nombres/ Et ytele estoient l’ordre des +princippes qu’ilz mettoient. + + + + +De ce mesmes. + + +Aucuns autres naturiens anciens furent qui mirent mouvement c’est a +savoir en tant comme ilz mettoyent un principe le quel par reffaccion et +condempsacion ilz disoient mouvable du quel aussi engendrees metoient +les diversitez des choses/ Et par ceste maniere le monde disoient +engendré selon toutes differences des parties de lui/ Toute foiz car en +lui ne mettoient variacion se non selon les accidens/ pource concluoient +ilz que selon substance tout le monde fust un/ autres plusieurs +oppinions furent dont la narracion longue seroit/ mais en brief yceulz +anciens philosophes s’entre accordent assez en ce que ilz dient es +choses aucun principe de matiere/ sicomme thales et dyogenes & leurs +semblables/ & les aucuns si en misdrent plusieurs sicomme empidocles/ Et +aucuns autres aucunes choses non corporelles sicomme ceulx qui mirent +dualité/ c’est a savoir platon qui mist & grant et petit/ lesquieulx ilz +dient non estre corps/ les ytaliens aussi c’est a savoir pitagoras ont +remis infeni/ le quel de rechief pas ne mettoient corps/ Empedocles +aussi les .iiii. elemens qui sont corps pour principes mettoient aussi +anaxagoras mettoit infinité de semblables parties/ c’est assavoir +infenies pars semblables estans indivisibles pour principe des choses/ +Et tous ceulx ci ont touché tele cause/ c’est assavoir la cause de +materre/ Et ceulx aussi qui ont dit l’air ou l’eaue ou le feu pour +principes ou autre moyen entre yceulz elemens sicomme plus espeus de feu +ou plus tenues d’air/ Tous yceulx ont mis ycellui corps estre premier +principe et element des choses/ Et ainsi appert il que tous ceulx devant +diz quant aux choses ja dictes ont mise seulement cause materielle +autres plusieurs yceulx anciens ensuivirent que je delaisse pour +briefté/ Toutefoiz est a notter que tant avons eu d’eulx que par leurs +diz ne causes ne principes oultre yceulx canons mis en phisiques/ nul de +eulx n’a diffini/ bien qu’encore obscurement trestous/ toutefoiz les +aucuns y semblent approcher/ C’est a savoir yceulz qui materre estre +principe dirent/ fust une ou plusieurs ou corporee ou non/ aussi platon +qui mist grant et petit & les ytaliens qui mirent infini/ Et empedocles/ +l’eaue le feu l’air et la terre/ Et anaxagoras l’infinité de semblables +parties/ Car tous ceulx ci toucherent celle cause/ voire et aussi tous +ceulx qui ont touché d’air et d’eaue ou de plus espés de feu ou de plus +soubtil d’air/ lesquieulx ilz assignoient estre element premier/ yceulx +tous seulement ont touché de materre. + +¶ Mais les autres du principe de mouvement toucherent/ c’est a savoir +tous ceulx qui amistié ou haine ou entendement mirent estre principes. + +¶ Toutefoiz qui soit l’estre ou substance es choses plainement nul ne +dist/ Toutefoiz cuidoient ycelles estre causees d’immobilité et de +reposement/ Et pour ce de ce qui est la substance aux choses ilz mirent +especes estre causes/ et un la cause des especes. + + + + +Encore de ce. + + +Comme ces choses soient obscures a sentir aux gens lais et rudes a dire +en lengage vulgar et meismes a ton entendement pour la grosseur de lui +estranges passeray oultre des oppinions des anciens philosophes +lesquieulx en assez de manieres fis errer sus les princippes des choses. + +¶ Mais de ces choses fu je clere a mon tres amé filz aristote le prince +de philosophie le quel reprima yceulx anciens par vives raisons sicomme +cy en brief te toucheray sanz du tout definir/ car longue en seroit la +narracion non delitable a ceulx qui ne la sentent/ Aristote donques +reprime les oppinions d’icelz anciens philosophes es principes des +choses/ Et pour ce faire il se devise en .ii. parties premierement/ il +impreve les singulieres oppinions/ et d’enciennement il requeult les +choses qui sont dictes et les continue a celles qui ensuivent/ la +premiere par ce divise en .ii. autres/ premierement il impreuve les +oppinions de ceulx qui naturellement ont parlé .ii.ement des +pittagorians & des autres/ encore en la premiere part il fait .ii. +choses/ premierement il impreuve les oppinions de ceulx qui mirent une +cause materielle & .ii.ement de ceulx qui en mirent plusieurs/ ancore au +premier il fait .ii. choses premierement il impreuve les oppinions ja +dictes en general & .ii.ement en especial/ Il les impreuve en general +par .iii. raisons dont la premiere est telle Car comme les choses non +seulement aucunes soient corps/ mais aussi qu’aucunes soient non corps +comme il est apparu en son livre de l’ame que yceulx anciens n’ayent mis +fors seulement principes corporeulx/ La quelle chose appert/ Car ilz +mettoient un/ c’est assavoir le monde estre une seule substance et une +seule nature/ Sicomme la matere la quelle corporee ilz metoient recevant +mesure c’est a dire division/ Et toute foiz corps ne puisse estre cause +de chose incorporee/ il appert que en ce ilz ont failli +qu’insouffisamment ilz ont assignez les principes des choses/ Et non pas +seulement en ce ilz ont failli/ mais en autres choses plusieurs comme +plus a plain apres il declare. La .ii.e raison est tele/ que quiconques +a neccessairement a determiner de mouvement/ Il fault que il mette +aucune cause de mouvement dont comme les diz philosophes ayent +neccessairement a traictier de mouvement La quelle chose si appert +doublement c’est assavoir/ car ilz s’efforçoient a deviser la cause de +generacion et de corrupcion/ les quelles ne sont sanz mouvement Tant +aussi Car de toutes choses naturellement ilz vouloient traicter/ Et +toutefoiz toute naturelle consideracion enquiert de mouvement pour ce +que nature est principe de mouvement et de repos comme il appert ou +.ii.e de phisiques/ il s’ensuit que ilz devroient traictier de la cause +qui est le principe de mouvement/ Et ainsi comme ilz ostassent ou +oubliassent ycelle appert que ilz failloient La .iii.e raison Car comme +une chacune chose naturelle ait substance et essence/ C’est a dire +fourme/ Car fourme est princippe de l’estre et ce que c’est/ Donques +comme ce par qui toute chose a son estre soit le principe d’elle & de sa +cognoiscence/ Comme les philosophes dis/ ne meissent l’estre des choses +cause et laissassent la fourme il appert que ilz failloient ycy repreuve +il leur oppinion plus en especial/ & se fait doublement/ premierement +quant a ceulx qui le feu estre mettoient principe/ l’une/ bien que le +feu fust souffisant .ii.ement quant a ce que ilz laissoient la terre +comme aucunement elle appere premiere. premierement il resume la +posicion d’eulx/ Car comme ilz missent chacun des simples corps +transmuer l’un en l’autre si que les uns sont engendrez des autres selon +constricion ou inspissacion c’est assavoir selon tenueté ou +engrossissement/ sicomme les groz des soubtilz/ Et pour ce ilz missent +l’un de ces .iii. estre premier principe Car les autres sont engendrez +de lui/ ou par congregacion ou disgregacion/ lesquelles guises toute +foiz se different quant a priorité ou posteriorité c’est assavoir car +selon une maniere ce semble premier estre de quoy autre est engendré/ +par soubtiliacion/ et ceste guise il met .ii.ement Mais dit il que ce +soit premier de qui autre est engendré par condempsacion ou +inspissacion/ il appert dit il par ceulx qui mettoient principes les +corps plus simples/ c’est a savoir les corps ayans tres menues parties/ +desquieulx par condempsacion ilz disoient les choses estre faictes/ +sicomme aucuns qui mettoient le feu pource que il est tres soubtil/ +aussi un chacun des autres eslemens eut un philosophe qui le jugia +premier/ mais pour quoy dist il ne mirent la terre estre principe/ Il ne +peut estre dit que ce eust esté contre l’oppinion commune/ Car oppinion +divulguee fu la terre substance de toutes choses estre/ Et mesmement +exeodus qui fu l’un des poetes theologisans l’affermoit disant la terre +estre premiere faite par quoy comme il appere que la terre estre +principe fu l’oppinion des theologisans poetes qui precederent les +naturiens philosophes/ seulement les naturiens escheverent a la mettre +principe pour la groissesse de ses parties Et pour ce comme ilz veissent +que l’air eust plus grosses parties que le feu et l’eaue que l’air/ et +ilz ne veissent rien si soubtil que feu/ Il s’ensuit dit il que en +ensuivant ce principe de condempsacion nulz ne dirent si bien que ceulx +qui mirent feu principe/ Car comme pour cause de soubtilleté aucune +chose puit estre appellé premiere/ il est neccessité que celle soit +principe qui est tres soubtille sur toutes/ Toute foiz s’il estoit vray +qu’ilz dient s’ensuivroit il grant inconvenient/ C’est assavoir s’il +n’estoit riens que feu il s’ensuivroit s’aucun disoit que air fust plus +groz que feu/ ou plus soubtil que eaue que ilz mesprendroient. + + + + +Ancore des oppinions des philosophes. + + +Mais certes ycy met il l’autre raison par la quelle au rebours il appert +que la terre soit tres proprement principe/ car comme ce soit chose +evident que ce qui est derrenier en generacion est premier en nature/ +pource que nature a la fin de generacion tent a ce qui est premier en +son entencion/ mais tant que une chose est plus deprise plus espesse et +aussi plus composte/ Tant est elle plus derreniere en generacion/ pour +ce que en voye de generacion on precede de plus simples choses aux +composees sicomme des elemens on va aux miscions/ et les mixtions aux +humeurs et des humeurs aux membres/ tant que finablement on vient a +homme qui est le plus compost Semblablement doncques comme ce qui est le +plus espeus appert estre en generacion derrenier/ et par consequant +principe de nature/ il appert que ceste conclusion soit contraire a +celle de devant/ Car ainsi la terre qui est plus espesse et plus +disperse sera premiere d’eaue et l’eaue que l’air/ et l’air que le feu/ +Si est pour ce a savoir que il y a difference entre querir ce qui est +premier & a parler simplement/ Car s’on enquiert de premier simplement +n’est pas doubte que premier est parfaict/ de imparfaict et faict que +n’est poissance/ Car nulle chose n’est ramenee d’imparfaict a parfaict/ +ou de poissance en fait/ se non par aucun ens parfaict/ c’est a dire par +aucune chose estant de fait parfaicte Et c’est cy a savoir que je +appelle poissance en tant que je la distingue contre fait/ La poissance +de quelconques effait le quel n’est c’est a dire de quelconque chose +produisible et menable en aucune nature soit bonne ou mauvaise/ ycelle +nature non estre ore/ mais povoir estre/ Et pource la nomme l’en +poissance de povoir estre ou non/ mais quant elle est/ elle est nommee +fait a difference de povoir estre/ Et parce il appert que fait est le +plus noble/ Dont pource se nous parlons de la perfeccion de dieu/ dieu +si est tres parfaict/ et donques tres premier/ Car en son essence nulle +possibilité ne fu ainçois que fait/ mais ces particulieres choses qui +precedent en leur estre de poissance en effait/ la poissance en ycelles +quant temps si precede le fait et ainsi l’imparfaict le parfait combien +toutefois que a nature le fait soit le premier c’est asavoir quant en +son entencion et maniere d’elles savoir produire/ Tout ainsi que il +appert d’un messagier qui va en aucun lieu Combien que le lieu ou il va +quant au labour et a son entencion il atteigne de y venir/ Toutefoiz +estoit il le premier quant a son entencion/ car autrement ne se fust il +pas meu/ Et sicomme au lieu quant il ataint on pourroit dire qu’il y +estoit deffaict. aussi ainçois qu’il atteignist s’entencion povoit estre +appellé poissance/ Et ainsi il appert que fait se non en temps/ toute +foiz quant a nature ou a entencion est premier que poissance/ il est du +tout manifeste que ainsi le premier principe de toutes choses il fault +estre tres simple pour ce que toutes choses sont composees des simples & +non e converso donques il estoit neccessaire aux anciens naturiens que +l’un et l’autre ilz attribuassent au principe premier/ c’est a savoir au +principe du monde qu’ilz attribuassent avec souveraine simplicité +souveraine perfeccion Mais comme ces .ii. ne puissent estre atribuez a +aucun principe corporel Car es generacions & es corrupcions les tres +simples choses sont les plus imparfaictes pour ce leur sembloit estoient +ilz contraires mettre division es principes. + + + + +Cesse a parler des oppinions. + + +Plus te diroie assez quelle je fus es anciens philosophes en divers cas/ +et mesmement en cestui dessus dit plus largement/ & aussi des solucions +du vray distingueur et sage determineur Aristote Et qui plus de ce +vouldra savoir quiere le philosophe en sa methaphisique Mais comme la +matiere soit obscure de ce/ a tant souffise/ Et ainsi comme en une riche +mercerie ou tresor/ sont avec perles diverses pierres precieuses de +plusieurs vertus couleurs et pris/ les quelles au goust et plaisances de +divers barguigneurs sont requises/ Soient ycestes choses ou tresor de +ton volume reservees aux hommes scienceux de soubtil entendement/ Et +passent oultre les moins expers aux choses plus legieres et communes Et +tres ore soit changié l’ordre de nostre rethorique en plus vulgare et +elegant parleure en retournant a nostre premiere arrenge te soient assés +souffisantes les preuves des choses devant dictes/ me tenant quitte de +promesse a toy par moy faite/ C’est a savoir de te clairer les termes de +ma poissance manifestes mesmement es hommes plus sages & de plus +soubtilz engins. + + + + +De l’ombre la poissance que elle a. + + +Or t’ay je assez prouvé par ce que devant est dit comment je suis cause +premiere des oeuvres humaines & que se precedent ne fusse aucune oeuvre +n’aroit effect es humains/ pource te vueil reprendre en aucune partie de +tes dis/ en ton livre intitulé de la mutacion de fortune le quel +compilas par grant labour & estude/ Car combien que par moy t’en venist +l’invencion trop faillis sauve ta grace/ Lors que tu tant octorisas la +poissance de dame fortune que tu la dis estre toute ordenaresse des fais +qui cueurent entre les hommes/ Et ma poissance souveraine sur toutes +influences refleccibles es oeuvres communes qui precelle toutes autres/ +tu oublias/ Si ne te soit honte offrir l’amende a moy suppellative de +toy en ceste partie injuriee te rendant repentie coulpable comme mal +avertie me recongnoissant suppellative sur toutes poissances relatives +ça bas de dieu ordenees/ Et que ceste chose te soit magnifeste vueil que +me desnoues cest argument/ Je te demande le quel est plus noble ou +l’acteur qui est principe de la chose premierement mise en fourme/ ou +l’euvre qui despent et vient de la poissance de l’acteur premier +princippe/ Et moy a elle/ certes dame je tiens que comme dieu soit +principe de toutes choses/ Et aussi comme dit aristote l’entendement est +le souverain des biens/ Car a lui tous les autres obeissent le premier +principe des choses je confesse le plus parfaict en accion de oeuvre +comme ci devant est assez prouvé/ Et elle a moy/ bien respondis/ or t’ay +vaincue par ton meismes jugement/ Car non obstant qu’entendement soit +devant moy quant en concept Toute foiz suis je premiere cause de toutes +choses bonnes ou mauvaises faictes ou pourchacees par pensees ou oeuvres +humaines/ Et donques comme devant est dit s’il est ainsi/ ce que si/ que +principe soie des speculacions et toutes choses ouvrables/ comme il +appert Je conclus vraye ma preposicion que je precelle les choses +ouvrees/ Et que fortune a qui tant de poissance atribuez/ n’est fors ma +chamberiere mercenere comme conduisarresse des oeuvres ja par moy +disposees a mettre a effaict. + +¶ Mais affin que il ne semble que par mouvement de envie lui vueille +soubtraire la fame de son auctorité/ te cognois estre vray qu’en +disposicion de oeuvre/ fortune a poissance de conduire les fais +particuliers bien ou mal selon le soufflement de son influence/ mais te +souviegne que differens sont noz mouvemens/ car de rechief te dis que je +euvre en esperit et fortune ne peut ouvrer fors es choses ja par moy +deliberees aptes a recevoir ses influences es choses dehors et foraines +mais es repostailles de la pensee es quelles je sui muciee n’a nulle +poissance/ doncques tu peus cognoistre que elle est serville et villaine +vers mon auctorité comme elle soit au monde sicomme superflue comme le +las de l’adversaire/ Et je soie celle sans qui nulle chose n’est faite +et sans qui nul fruit d’oeuvre ne pourroit l’omme conduire a perpetuelle +gloire. + + + + +Encore dit de sa poissance. + + +Que te diroie de mes poissances n’en doubtes point que elles passent & +precedent toutes les choses mondaines Et t’acertaine que par moy +singulierement depuis le commencement du monde a esté est et sera +gouverné tout l’univers et fondé sur moy es choses ouvrees par les +hommes/ Et non obstant que grans sciences lois escriptes/ rigles de +princes coustumes de terres soient en commun usage/ si te di je que +precede toutes leurs poissances/ et plus puis que toutes ensemble/ et +qu’il soit voir il appert par ce que non obstant ycestes coustumes ou +establissemens souventes foiz/ fais errer meismes ceulx qui y sont les +plus savans et les plus expers et entrer en tieulx argumens dont les +conclusions sont faulces et dampnables sicomme ja est prouvé par ce qui +est dit des anciens philosophes. + +¶ Et pource que tu attribues en ton dit livre de la mutacion de fortune/ +elle estre menarresse des antregiez des seignouries/ je te dis que de +tous yces mouvemens suis le premier motif/ ne fu je celle qui tres le +.ii.e aage fis a nambroth le jayant par presompcion ediffier la fort +cité et tour de babiloine qui onques n’ot pareille comme ci apres sera +dit/ si le fis errer tant qu’il dechut de l’atainte de sa pensee/ apres +ce temps comme je fusse fort fichee ou cuer du roy de ninive par moy +mettre a effaict/ ne vint il a chief de prendre la dicte fort cité de +babiloine/ la quelle sa femme semiramis par moy et mon industrie +moyennant son chevalereux courage fist ancores enforcir et brayer de +bons fossez et bastides. + +¶ Item apres ce lonc temps ne donnay je cuer a cirus de guerroyer +astiagies son ayol qui a occire l’avoit commandé si me poursuivi tant +que il avint a son entente de ce et de tout oryant qu’il conquesta/ et +pour ce que la matiere en est belle ancore diray de sa conqueste/ Comme +je donnasse cuer et hardement a Cirus de emprendre fortes choses ce +meismes recite abacut en sa prophecie Il prist la dicte cité de +babiloine la quelle prise fust tant merveillable que ainsi comme dit +Orose & saint augustin a peine pout il lors estre creu que par vertu +humaine fust conquestee ne qu’en ceste mortelle vie ediffiee et puis +prise peut estre. Car si qu’il dit elle estoit en bel espace assise de +toutes pars tres fort en sa disposicion façonnee en quarrure/ la +haultece de ses murs estoit .l. coubdes/ et l’espesseur autant par +.iiii. fois/ tous les murs estoient de pierre cuite enlaciez par cyment/ +et avoit cent portes d’arain/ et environnoit .CCCC.lxxx. estades qui +valent .li. milles C’est assavoir .xxv. lieues et demie françoises/ Car +sicomme raconte orose Comme Cirus eust conquis auques tout orient & +voulsist subjuguer babiloine la quelle lui restoit Comme a un des +assaulx que il fist il perdist ou fleuve de euffrates qui cignoit la +cité de ses chevaliers/ cellui que il amoit le plus/ le quel aussi +surmontoit tous les autres en valeur et proece/ Il jura que cellui +fleuve le quel avoit noyé si vaillant chevalier deviseroit en tant de +parties que nulle part de lui ne seroit si grant que a une petite femme +venist aux genoulx/ et ainsi fu car en .CCCC. & .lx. ruisseaulx par +force d’ommes en l’espace des champs il devisa le fleuve/ si que le tres +noble fleuve qui passoit par dedens la cité osté et subtrait de elle/ fu +subjuguee/ et prise. + + + + +Encore de ce mesmes & des seignouries. + + +Pour briefté je laisse infinies autres choses lesquelles ay faites faire +pendant ce temps & meismes celles que tu imputes a fortune/ ne vindrent +de moy/ Les premieres invencions des fais que ains leur achevement vy en +pensees/ non obstant que souvent les veoye autrement qu’ilz n’avenoient +de tous les fais des conquereurs passez. + +¶ Ne fis je apres autres aventures passees/ a croire au roy xerses qu’il +conquerroit toute grece en lui ramentevant sa grant poissance/ Dont pour +ce faire assembla tant de gent que mons et vaulx en estoient couvers/ Si +avoye couleur de jugier pour lui la victoire/ mais comme fortune me soit +souvent contraire/ par especial en fais de guerres et es choses avenir/ +je confesse que elle voluntairement donna la victoire aux grieux +tresbuchant cellui poissant es las de maleurté sicomme toy meismes as +autres foiz apres autres aucteurs recordé en tes volumes Toute foiz non +obstant que a lui fusse mençongiere et decevable fis je la premiere +naiscence de celle emprise. + +¶ Apres ce temps par moy et par mon amonnestement furent commenciees et +continuees les grans guerres troyennes/ Ne fis je a croire a leomedon +roy de la premiere troye que les gregois dessendus a son port/ quant +aloient pour querir la toison d’or estoient venus pour espier sa terre +et lui pourchacier dommage/ et par moy sans cause envoya congeer de sa +terre jason hercules et les autres barons villainement/ pour le quel +despit je me mis ferme ou cuer des dis barons et leur promis que bien +s’en vengeroient comme ilz si firent apres/ car je fus simple et nice ou +dit roy leomedon qui follement me crut et mal se gaita de yceulx gregois +en qui je fus sage et vraye/ si que sagement menerent leur fait par +l’ayde et disposicion de fortune conduisaresse de leur bon eur/ si que +toute destruirent et ardirent la cité/ le roy occirent et toute la gent. + +¶ Apres ne fis je a priant filz leomedon rediffier la seconde troye qui +tant fu belle fort et poissant que merveilles estoit a comprendre/ par +moy apres entreprist la vengence sur les grieux Si fis aler paaris en +grece et ravir helayne et tout faire ce qui en fu fait/ Et par mes +amonnestemens avec l’ayde ou nuisance de fortune perdoient troyens et +gaignoient Je fus cause de la mort hector/ car je lui faisoie a croire +que il n’avoit garde d’achiles qui sans cesser le gaittoit/ si que au +derrain l’occist/ Semblablement depuis deceu je achilles tant que il +cheut es las de la royne Ecuba qui a bonne cause le hayoit/ tout pour +moy et par mon pourchas fu au derrain troye prise et destruite/ De la +quelle fis apres partir plusieurs barons du sanc real a tout grant +foison de gent qui par mer s’espandirent en diverses contrees dont eneas +et sa compagnie arriva en ytale si lui fis couvoiter la fille du roy +latin/ et pour celle cause emprendre guerre a turnus qui lui chalengioit +Dont d’icellui eneas venu a son entente deffendirent puis les fondeurs +de romme. + + + + +Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire. + + +Depuis ensuivant n’ay je esté celle qui les successeurs de yceulx ay +amonnestez d’emprendre les grandes et merveilleuses choses/ lesquelles +par l’ayde de fortune a eulx propice/ tant esploitierent et par leur +travail ayde et sens en lonc espace de temps que ilz conquesterent le +monde Sicomme les histoires de leurs gestes/ et toy meismes apres autres +en ton dit livre de mutacion de fortune le recordes/ le recitent/ si +n’est besoing de plus en faire longue narracion. + +¶ Aussi ne fus je celle qui au grant Alixandre tres sa jonesce donnay +l’invension d’emprendre les fortes et fieres batailles en lui promettant +fortune en son ayde qu’il seigneuriroit sicomme il vint puis a chief de +tout le monde/ Semblablement devant et apres ensuivant de toutes +conquestes et seigneuries/ et toutes estranges choses mettre a effaict +des choses a l’aventure par propos deliberé/ ay esté moyen et principe/ +ce ne me peus tu nyer/ se tu ancores par grosseur d’entendement ne +m’ignores/ qu’en dis tu me suis je assez magnifestee/ me cognois tu/ et +moy a elle/ dame dites ancore. A quoy veulx tu que plus je dye. Ne vois +tu l’experience de moy manifeste meismes chacun jour ou pays ou tu +demeures par les debas que je fais par mi la ville et en toutes places/ +Regardes et avises quieulx descors/ mais meismement entre les princes +qui sont d’un sanc et amis naturellement par les diversitez de moy qui +suis contraire en eulx le fois devenir comme ennemis maintefoiz et en +chacun suis si afferme contrairement en ce qui lui semble bon que l’en +ne me peut desmouvoir Car chacun dit que il a droit et ainsi le veult +soustenir et a discuter leurs raisons ne vois tu les assemblees qui en +sont faites de plusieurs que on dit sages et a chacun pour soy de ses +aderés qui different les uns des autres/ Lesquelles choses sont causes +de grant inconvenient/ car en pays royaume/ empire ou cité ou je soie ou +aye esté communement de plusieurs guises contraires & mal accordables/ +ne fu que rebellion et grant debat commocion et bataille ne fust/ ne +autrement ne peut estre Car certes la ou je ne suis d’un commun accord/ +n’ara ja paix/ mais du tort ou droit d’entre lesdiz princes supperieurs +je me tais/ Car de ce determiner n’est mie mon office qui tous jours +suis en doubte et non certaine/ mais de ce demander couvendroit a la +tres clere resplandissant poissant deesse que tu veis enclose en chartre +et emprisonnee & de qui fraude s’estudie a estoupper et clorre les voyes +de sa lumiere sicomme a toy meismes fu apparant et de qui les menistres +quoy que leur desplaise n’osent soubz peine d’estre batus tinter ne +lever l’ueil/ mais de leurs descors fois je sourdre par toutes places +nouveaulx debas entre leurs ministres et aderez et par toute la ville en +deviser negativement l’un contre l’autre/ et meismes a de ceulx qui ne +les cognoiscent en estranges terres en qui je me fiche diversement/ Si +les fais entre batre souventes foiz/ et questionner mesmes de chose qui +riens ne leur touche/ Disant l’un contre l’autre Tel seigneur a droit +pour tel cause et pour tele/ L’autre replique que non/ et ainsi par non +a/ si a/ si fu/ non fu/ je fais gent entre occire souventes foix meismes +es tavernes souvent avient adont suis je forte quant il y a vin & plus +je y abonde & fais mesler gens de la chappe a l’evesque/ ou des guerres +de anthioche le quel a ou droit ou tort et ou le quel est plus sage/ ou +le quel ne l’est mie/ Et ainsi je demonstre es humains leur ignorence de +eulz debatre de ce de quoy riens ne scevent et ne leur appartient/ O +quel folie en homme de qui le sens doit gouverner raison/ se fonder sans +elle sur moy & jugier par moy certainement de chose non certaine et que +ilz ignorent Que t’en diroie je fois vivre les gens par moy/ c’est a +entendre disposer leurs fais selon ce que je leur conseille/ Et quant +ilz pevent avenir a l’ordre de vivre que je leur fois desirer/ adont +sont ilz contens de la chose que ilz vouloient/ mais je suis different +en eulx/ Car je fais penser et cuider a l’un que bon lui soit/ une +maniere de vivre/ et certaines choses que il appete lui sont bonnes/ que +a un autre ycelles meismes ne plairoient point/ mais lui plairoient +toutes contraires/ Et cestes differences viennent selon les condicions +et aages des gens sicomme je suis autre es jones que je ne suis es +vieulx/ et meismes es .ii. aages entre eulx suis je different/ Et pour +ce que ainsi je differe suis je cause des debas du monde/ et chacun me +cuide avoir en soy meilleur/ je fais sembler a un homme que avoir des +flourins il n’est plus de joye Je fais sembler a un autre que avoir +belles dames il n’est plus de bien/ aux uns juger que science est +souveraine chose/ aux autres que chevalerie est meilleur et plus noble & +ainsi des autres choses/ Et pour ce ne fu onq si parfaict pas +jhesuscrist comme homme qui peut bien vivre ne estre agreable a +l’oppinion de tous Toute foiz te dis je bien que vivre vertueusement & +bien faire si emporte le plus des voix des gens. + + + + +Ce que l’ombre disoit des arquemistes. + + +Comment cuides tu que je soie comme j’ay dit fort atachee es speculatis +clercs & entre les autres es arquemistes qui la science cuident trouver +par les termes entendre de aucuns livres obscurs de faire l’or/ +merveilles est car s’il est voir que aucuns philosophes par investiguer +les secrés de nature telle art trouvassent/ la quelle chose fort semble +a croire/ toutevoie tant sont couvers estrangement les textes de leurs +aucteurs que bonnement le sens humain ne les scet ne mais a l’aventure +concevoir/ ne sentir fors telement quellement/ mais voy ci qui deçoit +les ouvrans en ycelle art que ilz dient et touchent que comme il +n’apartiengne que aux ignorans ruraulx soit descouvert si noble secret/ +pour le bien des soubtilz l’ont voulu si mucier que des rustiques ne +leur soit tolu ne fortraict/ Et ycy est la decevance/ Car chacun qui s’i +fiche cuide estre du nombre des plus soubtilz & abuse en son entendement +en estudiant yceulx livres lesquieulx baillent le sens de leurs termes/ +a si doubles ententes que le plus cler voyant n’i voit nulle goute mais +adont je me fiche en eulx et leur fais a croire que l’asemblement des +metaulx sublimez diversement comment et de quoy doivent estre mistionnez +de diverses matieres et nourris en feu attaindront l’art de nature et +par espace de temps sera converty en or ou argent et toute voye l’un +entant la maniere du composer en une guise l’autre en un autre/ et le +tiennent secret les ouvreurs sans conferir ensemble de paour que ce que +ilz en croyent et la maniere de leur ouvrer peust aviser un autre de +trouver la voye d’i attaindre ne jamais nul ou pou n’euvre de la guise +de l’autre/ et ainsi gastent le temps et perdent et font grant mise +follement par vaine esperance qui par aventure en leur erreur les +reconforte pour un pou de apparance ou conjecture de aucune congelacion +estrange faite par diverses mistions & feu quelque matiere dure remettre +ou pouldre en eaue ou autrement cuident par ce avenir au degré ou ilz +tendent lesquelles choses sont toutes frivolles/ et tournent a folies et +a chetivoison et toute jour et nuit font feu contemplant un fournel/ mau +peus & mau vestus se paissent de vent/ & la font chasteaulx en espaigne +pensant comment il seront aise quant l’or saront faire/ et quieulx +despens ilz menront/ Et que cuides tu que de tieulx arquemistes sourdent +aucune fois de grans trompeurs qui cabusent les seigneurs & leur font a +croire que se ilz eussent quelque mise n’est mie doubte que ilz ont ja +ataint un grant secret si en tireront grant prouffit/ et ainsi par +quelque apparance de verité soubtille en ycelle art monstrent signe de +aucune chose voir semblable/ et au derrain tout tourne a neant comme tu +as veu meismes en ton aage avenir de plusieurs de quoy il estoit grant +renom/ et maintes gens foy y adjoustoient Sicomme d’un en alemaigne que +on nommoit maistre bernard qui tant se faisoit renommer par l’estat que +il tenoit/ et meismes a ton pere envoya il lettres/ et tant fist que +trop de gens foy y adjoustoient/ et aloient de toutes pars clercs devers +lui/ et toutevoye au derrain fu trouvé que tout estoit neant et +tromperie/ et de autres plusieurs que tu as veus que au derrain on +faisoit mourir par leurs dessertes par cabusemens faire a seigneurs/ Et +avient aucune foiz que je me fiche si en eulx par la speculacion que ilz +y ont trop ententive/ je les fois devenir tous fantastiques & si astras +que ilz sont comme inconversables. + +¶ La bonne galle est quant de aucuns folz non lettrez s’i boutent qui +mieulx cuident entendre et exposer les textes des aucteurs que les plus +savans & les lisent et ymaginent dessus/ et dieux scet les bonnes +fantasies/ que ilz y ont sicomme un orfevre qui volt devenir arquemiste/ +mais il le fu au contraire de la ou il tendoit Car or cuidoit faire et +le deffist/ comme il fust riches homs et povre devint/ cellui estudiant +un chapitre entendi que mercure c’est a savoir un metal que ainsi ilz +nomment estoit la matiere ouvrable de la science Et comme il passast +oultre tousjours lisant de rechief entendi que la cause de la perfeccion +de l’oeuvre estoit matere reputee ville/ Et que on trouvoit sur le fiens +gittee sicomme chose desprisee Adont comme cestui fust fort ententif a +bien speculer ceste chose que ce povoit estre Au derrain determina en +soy que vrayement par ce que dit estoit/ c’est a savoir mercure que +comme les aucteurs eussent baillez leurs termes obscurs/ on devoit +retourner le mot/ c’est a savoir cure ton marc que il entendi par la +fiente de l’omme que l’en devoit curer/ et ancore plus de ce/ le +certiffia que il trouvoit que sus les fiens comme chose ville estoit +trouvee/ si s’arresta sus ces poins/ et commença a ouvrer en sa fiente +en la faisant secher au feu et faire pouldre et la fin en fu que il +puoit comme charongne/ & chacun le fuioit et se moquoit on de lui qui +cuidoit faire de fiante or/ et aloit sus les fiens a grant diligence les +querir/ un autre estoit qui cuidoit de savates faire or/ et aloit sus +les fiens a grant diligence les querir puis les bruloit/ et tant ouvra +que les voisins qui empulantis en furent le chacierent. + +¶ De tieulx folz est il assez ouvrans en celle science a qui n’en +remaint ne mais parte de temps & povreté/ Et qu’il ne soit mie dit selon +le proverbe commun que les sciences n’ont plus fors ennemis que ceulx +qui les ignorent/ que elle soit vraye ou non je ne te acertaine mie/ +Toutevoie je te dis sans prejudice que la difficulté d’elle par +vehementes raisons que comme les oeuvres de nature soient impossibles a +ataindre sophistiquement donroit cause a plusieurs des plus avisez de +non y perdre temps et mise par folle occupacion/ en esperance vaine y +adjoustant grant foy. + + + + +Des nobles que l’ombre dit que elle deçoit. + + +Des nobles qui suivent les armes sont ilz point que tu cuides par moy +deceus/ certes si sont souvente foiz plusieurs y a Car je les fais +abuser du fait des armes par ce que ilz n’en scevent ou ne veulent +savoir les propres termes lesquieulx sont tieulx. Il ne loit point a nul +s’armer pour aler en bataille ne se combatre fors pour certaines causes +C’est a savoir pour la loy de dieu contre les mescreans ou herites +contraires a la foy/ Item pour deffendre l’eglise/ son prince/ son pays/ +sa terre/ le bien publique/ le droit des ignocens/ & ses propres choses/ +& autrement n’est loy qui le permette ne n’est bataille juste & sans +dampnacion. Or y prens garde se de tous ceulx qui s’arment sont +droiturierement ses poins gardez/ et se nulz y vont sus mauvaises +querelles. + +¶ Bataille que tu le saches justement faite est premise de droit divin & +du droit des gens qui n’est autre chose meismes ce dit la loy/ que +entencion de remettre a droit par force d’armes chose par autruy +deraisonnablement contendue/ Si ne regarde de sa nature ne mes retourner +droit a droit & faire convertir guerre a paix/ ne les maulx que fais y +sont/ de la nature de bataille ne sont mie ains par mauvais usage +acoustumé en guerre sont fais/ & que batailles en justes causes soient +de dieu premises appert en plusieurs lieux de l’escripture/ sicomme il +ordena a un homme nommé jhesus comment sa bataille establiroit/ et que +une embuche feist pour surprendre ses ennemis/ Et de ce dient voz +docteurs que dieux est vainqueur et ordeneur des batailles comme par +plusieurs fois est apparu. + +¶ Mais ceulx a qui je fais faire armes perilleuses & sanz raison/ et +leur donne a croire que grant honneur leur sera pour l’amour de leurs +dames sans visiere ou un bras nu/ ou descouvert d’aucun de leur harnois/ +ou en aucun autre peril emprendre fait contre un autre a qui n’ont nul +contens je les deçois/ et pareillement ceulx qui tieulx armes leur +aceptent/ et a eulx se coupplent. + + + + +Ce que l’ombre disoit des gens d’armes. + + +Et ceulx qui donnent gage pour a oultrance en champ de bataille combatre +sus aucune querelle soit droit ou tort/ je te promet en ce cas sont par +moi deceus/ car vers dieu mesprennent & pechent grandement/ et te diray +comment/ combatre en champ est contre droit divin qui est de dieu et de +sainte escripture contre le droit des gens Le civil/ le decret/ et +contre droit canon et cellui qui l’acepte/ pareillement peche La cause +est que a dieu miracle ne chose contre nature on ne doit demander/ comme +telle chose faire soit une maniere de tempter dieu esperant il aydera au +droit/ Si ne doit/ Si ne doit estre quise de la voulenté de dieu +experience/ Et que ceste espreuve soit faulse/ on a veu maintefoiz que +cellui qui droit avoit estoit vaincus/ sicomme une decretale raconte de +.ii. freres qui furent restez d’un crime & comme ilz fussent de celle +cause vaincus en champ tout ne fussent ilz mie coulpables & apres la +verité fu sceue par la confession meismes de ceulx qui le delit commis +avoyent/ et pareillement de plusieurs a esté prouvé la loy deffendi que +teles preuves non droitturieres plus ne fussent en usage/ Item juges +sont establis pour cognoistre des causes et faire droit/ Et est loy +ordenee que nul de sa propre cause ne soit juge/ Et cellui le veult +estre qui prouver veult son fait par soy meismes et par sa victoire qui +est soubz la distribucion de fortune/ et a l’aventure Item le droit +canon commande que au pape l’en obeisse/ le quel soubz peine +d’escommenie deffent comme chose reprouvee contre droit de justice/ que +tele espreuve ne soit faicte Et tu me diras donques comment seront punis +les mau faicteurs secrés Je te respons que dieu pour lui s’est reservee +la punicion/ et dit un decret que se en ce monde tous maulx pugnis +estoient/ le jugement de dieu dont point de lieu n’aroit/ et cellui +presomptueusement le se veult attribuer qui la victoire de la vengence +s’en veult donner. + +¶ Et comment est uns homs si folz qui plain de vices et de pechiez se +sent/ poson que il ait bonne querelle en aucun cas/ que il cuide que a +lui pecheur dieu face miracle de la chose muciee que il quiert/ mais se +il estoit sage paour devroit avoir de la pugnicion de dieu en sa juste +cause/ Comme souvent aviengne & soit avenu que dieu a dissimulee +vengence du pecheur ou cas ou desservi l’avoit/ et puis le pugni en +chose dont estoit ignocent. + + + + +La fin de l’oroison de l’ombre. + + +Que dis tu souffist il t’ay je assez compté du fait de mes poissances +desquelles ne pourroyes en ta vie comme autre foiz t’ay dit tous les +exemples ouyr tant en y a et si divers sont/ Scez tu ancore qui je suis/ +Et moy a elle dame congnoistre vous cuidasse/ mais les raisons +contradictoires que me narrez/ vaciler me font en vostre cognoissance/ +car se bien l’ay entendu/ tres au premier me dites que la ou verité est +attainte/ ne povez arrester/ et toutevoye bien sçay et suis certaine que +en maint cas m’avez pure verité ycy endroit clariffiee. Si ne sçay +entendre comment ce peut estre que chose doubteuse tesmoing puisse estre +de verité pure Et elle a moy fille envers le sens de ton entendement & +escoutez et nottez/ Car je te promet que quoy que autrefoiz en divers +cas te fusse menterresse en cestui cy t’ay je dit voir/ se bien l’entens +& ne m’i contredis/ S’il te recorde de ce qu’ay dit/ c’est assavoir que +cause suis moyennant estude & entendement de faire attaindre les choses +vrayes/ mais bien est vray que aussitost que attaintes sont je me depars +en cellui cas ne plus n’y arreste Et qu’il soit voir ainsi l’as +esprouvé/ car non obstant que ces choses t’aye dictes non pas moy les +t’ay certefiees mes les ses par le moyen d’estude qui raporté l’a a ton +entendement/ le quel par raison est certain que ainsi soit/ pource en +ces cas de toy me partiray et en lieu te remaindra certaineté/ Et par +plus groz exemple ne te souvient il de moy et de ma cognoissance par les +divers cas que je t’ay fait mettre en termes & faire plusieurs lectures. + +¶ Ne fus je celle qui mist le debat entre les clercs disciples de +maistre jehan de meun comme il s’i appellent/ Et toy sur la compillacion +du rommant de la rose du quel entre vous contradictoirement escripsistes +l’un a l’autre chacune partie soustenant ses raisons/ sicomme il appert +par le livret qui en fu fait. + + + + +Responce de christine a l’ombre. + + +Adont comme mon entendement se apperceust par clere cognoissance qui +estoit celle qui tant araisonnee m’avoit je dis ainsi. + +¶ Ha dame oppinion poissant et forte voirement vous doy je mon bien +cognoistre/ car tres m’enfance oz je vostre accointance/ Et certainement +je cognois et confesse vostre auctorité estre de grant vigueur et +poissance/ et quoy que vous soiez blasmee souventes foiz/ qui bien de +vous use ne peut errer/ et mal/ pour cellui en qui vous n’estes saine/ +mais puis que il vous a pleu de vostre grace tant m’onorer que a moy si +clere evidemment vous estes magnifestee me racontant voz grans +proprietez/ encore vous requier que ennuy ne vous soit de me declairier +aucunes demandes Et elle a moy/ fille dis ce qu’il te plaist. + +¶ Dame puis que il est ainsi que de vous vient la premiere invencion des +oeuvres humaines bonnes ou malles/ rudes ou soubtilles selon la +disposicion des entendemens comme dit avez/ plaise vous me certiffier se +es choses par vous engendrees en moy lesquelles a mon povoir par le +moyen d’estude & de tel science et entendement comme j’ay qui en mes +compilacions et volumes sont declairees se en aucune chose y ay erré/ +comme si sage ne soit qui aucune foiz ne erre/ Et elle a moy amie chiere +soyes en paix car se ainsi estoit mieulx vouldroie tart que jamais les +amender Car je te dis que non/ Tout t’ay je blasmee de ce que +prerogative de honneur vols comme je ay dit devant donner a fortune et +moy comme je soie princippe y oublias mais non pour tant faulte n’y a. + +¶ Non obstant que par moy maint s’en debatent diversement Car les aucuns +dient que clercs ou religieux les te forgent Et que de sentement de +femme venir ne pourroient mais ce sont les ignorens qui ce dient/ Car +ilz n’ont pas la cognoiscence des escriptures qui de tant de vaillans +femmes sages et lettrees et mesmement prophetes qui ou temps passé ont +esté font mencion/ Et comme nature ne soit amendrie de sa poissance/ +ancore en peut estre/ les autres dient que ton stile est trop obscur/ et +que on ne l’entent/ si n’est si delitable et ainsi diversement le fais +aux uns louer & aux autres reprimer de loz/ comme chose quelconques +estre a tous agreable soit impossible/ mais tant te dis que verité par +le tesmoing de l’experience ne seuffre le blasme avoir effait sur le +loz/ si te conseil que ton oeuvre tu continues comme elle soit juste Et +ne te doubtes d’errer en moy/ Car tant que je seray en toy fondee sur +loy/ raison & vray sentement tu ne mesprendras es fondacions de tes +oeuvres/ es choses plus voir semblables non obstant de plusieurs les +divers jugemens/ les uns par moy simplement/ les autres par envie/ Car +je t’acertaine que quant elle et moy sommes ensemble adont se font les +tres faulx jugemens ne il n’est si bon qui y soit espargné/ et adont +suis je perilleuse quant envie me gouverne/ si faisons la personne +avuglee es autruy choses et en son meismes fait qui en soy nous a si lui +rongnons le cuer/ ne reposer ne la laissons/ et vouloir lui donnons de +faire maint maulx qui accomplis sont aucune foiz/ & mal est gouverné cil +qui chiet entre noz mains ja si bon ne sera ne si poissant. + +¶ Ne veames nous jadis les portes de romme au preus julius cesar qui +tant victorieux s’en retournoit/ & au dernier tant pourchaçames que il +fu occis/ Assez de teles en avons faites/ ne il n’est si sage qui garder +s’en sache/ Si t’ay assez narré de mes aventures et a tant souffise/ Car +parce que je donne a croire a l’un que une chose est bonne et bien faite +ou que elle est vraye/ & a l’autre tout le contraire/ dont sourdent +bataille et maint debas/ la prolicité de mes narracions si racontees +pourroit aux lisans a ennuy tourner/ Et si te prophetise que yceste +lecture sera de plusieurs tesmoignee diversement les uns sur le lengage +donront leur sentence en plusieurs manieres/ diront que il n’est pas +bien elegant Les autres que la composicion des materes est estrange/ et +ceulx qui l’entendront en diront bien/ et le temps avenir plus en sera +parlé que a ton vivant/ Car tant te dis je ancore que tu es venue en +mauvais temps Car les sciences ne sont pas a present en leur reputacion +ains sont comme choses hors saison/ et que il soit vray/ tu en vois peu +qui a celle cause soient en la maison de fortune sus haulciez. + +¶ Mais apres ta mort vendra le prince plain de valour et sagece qui par +la relacion de tes volumes desirera tes jours avoir esté de son temps et +par grant desir souhaidera t’avoir veue Si me suis a toy descripte/ Or +diffinis de moy ce que il t’en semble. + +¶ Et moy a elle dame comme la descripcion de vous meismes/ m’en +appreigne la diffinitive. Je dis que comme parfaictement/ ore vous +cognoisce/ que vous voirement estes de ignorence fille adhesion a une +partie en doubtant tous jours de l’autre/ Et de ce je m’avise ce que de +vous dit aristote ou premier livre de posteres que cellui qui vous a +doubté tous jours que autrement puist estre que ce que il pense/ comme +vous soiés non certaine/ Et saint bernard dit aussi ou .v.e chapitre de +consideracion que vous estes ambiguë et povez estre deceue/ Si dis et +conclus que vous estes adhesion a une partie/ la quelle adhesion est +causee de l’aparance de aucune raison prouvable soit que l’oppinant ait +doubte de l’autre partie soit que non/ de vostre poissance je dis que +pour l’ignorence qui est es hommes que par vous est plus le monde +gouverné que par grant savoir. + + +Explicit la .ii.e partie du livre de l’avision christine. + + + + +Ci commence la tierce partie du livre de christine/ le quel parle/ de +confort de philosophie. + + +Es escolles dessus dictes apres ces choses comme je traçasse de lieu en +lieu/ cerchiant divers estudes fus convoyee par maintes chambres et +haulteces de pluseurs degrez/ Et comme les passages et destrois des diz +degrez fussent penibles et difficiles a ceulx qui acquerir et posseder +les vouloient a qui ne fust souffert se trouvé souffisant ne fussent a +moy qui transitoirement estoie errant par yceulx assez legiere fu la +voye/ Et tout ainsi comme a un estrangier voyageur lyement souventes +foiz sont monstrez et ouvers les tresors des princes par ou ilz passent +affin que ilz voyent la magnificence et richece de yceulx si que +recorder le puissent en leur pays/ fus paisiblement & sans grant dangier +menee par toutes les places des dictes estudes/ Et de raconter la beauté +et tresors que je y vi/ me passe pour briefté/ mais tant en di que avec +la beauté inextimable qui m’y apparu/ la soubtilleté des divers ouvrages +comment furent fais ouvrez et tissus et de quieulx matieres mon +entendement n’estoit digne de concevoir ne comprendre ne partir ne m’en +povoie de plus hault monter pour veoir diverses beautez fu souffisant +seulement mon bon desir et amour a m’empetrer lieu et licence de plus +savoir ainsi convoyee par la segretaine de philosophie abbesse et +superieure de ycellui couvent/ fus pourmenee par tous les estages de +toutes beautez et bonnes choses remplis et combles/ Et comme ancore plus +de grace receusse de ycelle noble conduisaresse de sa liberalité & +plaine largece me donna congié de hardiement mettre la main/ et prendre +tant comme porter pourroie des tresors de ces coffres Et je de ce non +reffusant comme couvoiteuse de en enrichir en la merciant me baissé pour +mon giron en emplir/ mais comme trop pesant fussent a mon corps femenin +et foible selon mon grant desir/ petit en emportay/ et non si peu que je +le donnasse pour quelconques autre tresor ou richece. + +¶ Ainsi convoyee fus menee tout au plus hault sommeton ou quel avoit +situee une tres belle sale clere luisant et de fines couleurs/ tres +richement painte ou furent pourtraictes toutes sciences et leur +deppendances au tour des parois et tout par mi la dicte sale avoit +fourmes arrengees pour seoir les escoliers escoutans les leçons des +maistres/ la en droit lisans en chayere qui la estoit haulte et moult +bien ouvree/ moy joyeuse de estre parvenue a si bel estre m’amusoie aux +riches pourtraitures vivement faites et de soubtilz ouvriers. + +¶ Adont comme je voulsisse encercher de toutes choses avisay un +huissellet de yvoire moult bien ouvré le quel estoit fort cloz et barré/ +ainsi comme ma veue moult ententive estoit celle part comme assez pres +j’en fusse/ presumant par les congectures que je veoie/ que grant tresor +encloz la devoit avoir reputant eureux l’entendement a qui la +cognoiscence en seroit donnee desiroie que tel digneté fust a moy +descouverte/ Lors si que je estoie en ce penser ouy la dedens moult +grant remuement & diverses voix femenines de doulce et soueve parolle/ +tost apres ouy barres tyrer clefs tourner et le dit huissellet +desverrouller/ adont comme je fouisse celle part pour tost estre preste +sans ressongner presompcion ou mesprenture a me ficher ens/ oz le visage +tout au plus pres/ mais aussi comme je avoie esté joyeuse esperant celle +ouverture fus a l’ouvrir autant esmerveillee et remplie d’espoventement +Car si tost que ouvert fu une si tres grant lumiere me feri en la face +et es yeulx que cuiday de tous poins estre avuglee par quoy de paour et +de la merveille cheus sur le sueil de l’uis pasmee me repentant d’estre +si hault montee/ adont comme ancore a terre fusse gisant/ ycy une voix +femenine de ce pourpris haulte sonnant mais non espoventable ne orrible/ +ainçois doulce belle et tres gracieuse/ mais ainsi que se auques loings +de moy fust je la ouoye/ la quelle m’appella par mon nom disant mon +ancelle tres loyalle lieves sus et ne te espoventes Car l’amour que as a +moy et le desir qui te maine en suppleant ton ignorence te sera valable/ +adont moy resjouye doublement/ c’est a savoir de ce que voix de dame +tres venerable me sembloit m’appelloit Et secondement que saroye partie +de ce que desiroye me ravigora et tres fort esjouy/ Lors de rechief +comme desireuse de choisir a l’ueil la beauté merveilleuse qui m’aparoit +estre ou lieu dont sailloit telle clarté/ adreçay ma veue de plain +visage/ tout par mi le dit huissellet/ mais tout ainsi comme quant par +mi le ray du souleil on regarde contremont ou ciel il semble veoir en +l’espere luisant un visage si cler que l’ueil humain ne le peut +souffrir/ semblablement la vi une tele tresluisent espere que toute la +chambre emplissoit de tres grant resplandeur/ Et environ celle espere +avoit .ix. dames luisantes comme estoilles desquelles je avoie +cognoiscence que establies estoient pour elle servir et moult me +sembloient de grant reverence si baissay incontinent ma veue ja toute +esblouye metant ma main au devant dis ainsi/ Tres haulte et tres noble +creature de la quelle la cognoissance m’est occulte/ puis que il vous +plaist tant m’onorer que vostre servante & ancelle me daignez appeller/ +plaise vous me certiffier donques la proprieté de vous ma venerable +maistresse/ Et elle a moy ma mechinete saches que non obstant que tes +yeulx foibles ne me puissent clerement veoir pour leur grosseur/ que je +suis celle qui nuement et visiblement s’aparu ou temps de l’exil/ et de +sa tribulacion/ a mon chier ame filz boece le tres sollempnel +philosophe/ le quel par mes confors je garday de mort et de langueur +desesperee. + + + + +Ce que christine dit a philosophie. + + +Quant j’oz ainsi ouy parler la tres venerable deesse par les quelles +paroles et enseignes elle me fu manifeste/ adont a .ii. genoulz je me +gitay ainsi disant/ o tres glorieuse sapience de la quelle toutes +cognoissances despendent tant de bon cuer remercy dieu et toy qui tant +benignement m’as fait digne de ton accointance/ et n’as eu orreur de moy +femme ignorent non digne de descoudre les lassemens de ta chaussemente/ +ains comme maistrece tres amiable/ m’as a toy appellee/ la quelle +humilité me certefie que tu ne refuseras a moy ta chamberiere des +petites mietes de ton relief souffisans pour sa nourriture Car comme tu +eusses nourry du laict de tes mamelles et de tes precieux mets ton tres +amé filz dessusdit qui tant t’onora et ama ne l’oublias pas ou temps de +sa grant neccessité/ et pareillement plusieurs autres de tes enfans/ +semblablement je suppose que moy ta serville mercenaire que tu as +nourrie des demourans des grosses viandes de tes tables tu n’oublieras +ains donras remede reconfortant les navreures de ses infortunees +adversitez/ car pour celle cause croy que dieu saint esperit pere des +povres & leur vray administrateur m’a conduite au terme de ta +cognoissance Sicomme il scet les pesanteurs de mes perplexitez/ aux +quelles reconfort ne m’est presenté par les humains de nulle part/ Et +comme assez soyent de moy celees et couvertes mes dictes aversitez et +non revellees aux mondains ainçois tres muciees pour cause que par +aventure eulx non charitables tourneroient les complaintes de mes +neccessitez a derrision & despris/ sans que aucun fruit donnant alegence +m’en ensuivist/ Et pource a toy celestielle cognoissance sepparee des +viltez de ça jus/ et vraye phisicienne essoreray et esventeray les +complaintes de mes pensees/ confiant que ta clemence n’ara a despris +l’umble voix de sa servante/ et amenistreras reparacion a la ruyne de +mon espoir/ rué jus par les soufflemens de fortune en la quelle hayne ay +esté tres mon enfance diversement non obstant que souvent m’ait monstré +son cler visage/ mais quant resjouir m’i cuidoye moult tost le couvroit +de s’obscure nue. + + + + +La complainte de christine a philosophie. + + +Reverend dame/ obeissance en facondede predite a ta serinité ne te tourt +a ennuy la narracion de mes aventures pour le procés de leur prolixité/ +et te plaise daigner estendre l’ayde de ton conseil au secours de la +chetivoison de mes pensees O dame chiere maistrece vueilles notter +comment fortune la variable/ m’a tous jours esté comme dit est tres +amere marrastre Considerant tres l’estre de mon enfance/ Car comme je +fusse nee de nobles parens ou pays d’ytalye en la cité de venise en la +quelle mon pere nez de boulongne la grace ou je fus puis nourrie/ ala +espouser ma mere qui nee en estoit par l’acointance que mon dit pere +avoit de lonc temps devant a mon ayol/ clerc licencié et docteur né/ de +la ville de fourly/ et gradué a l’estude de boulongne la grace qui +salarié conseiller de la dicte cité ou je nasqui estoit a cause du quel +parenté mon dit pere ot la cognoissance des veneciens/ et fu pour la +souffisance et auctorité de sa science retenu semblablement conseiller +salarié de la dicte cité de venise en la quelle fu un temps resident a +grant honneur richeces et gaings. + +¶ Or me dis ne fu ce pas fortune qui en ce temps assez tost apres ma +nativité fist mon dit pere pour certaines besongnes et ses possessions +viseter se transporter en la dicte cité de boulongne la grace/ En la +quelle lui vint tantost nouvelles & certains messages tout en un temps +de .ii. tres excellens roys lesquieulx pour la grant fame de l’auctorité +de sa science le mandoient priant et prommettant grans salaires et +emolumens chacun endroit soy que vers lui voulsist aler/ dont l’un +estoit le souverain des roys chrestiens le roy de france Charles le sage +quint de cellui nom/ Et l’autre fu le roy de honguerie/ cellui au quel +pour sa desserte et merite est demouré apres lui tel nom que on le dit +le bon roy de honguerye. + +¶ Adont comme la souffisance de ces ambassaderies pour la reverence de +la digneté des diz princes ne fust a mettre arriere/ delibera mon dit +pere a obeir a l’une des parties/ c’est assavoir comme au plus digne/ et +aussi le desir de veoir les estudes de paris et la haultece de la court +françoise/ venir vers le dit roy de france esperant transitoirement +veoir le roy/ obeir a ses commandemens/ et viseter les dis estudes +l’espace d’un an puis s’en tourner vers sa femme & famille/ la quelle il +ordena demourer sus ces possessions et heritages a boulongne la grace/ +Et toutes ces dites choses faites & ordenees avec la licence de la dicte +seignourie de venise se party & vint en france/ ou quel lieu fu du dit +sage roy Charles tres grandement receus et honorez/ et tost apres +l’experience veue de son savoir & science l’establi son conseiller tres +especial privé et chier tenu/ le quel lui fu tant agreable que du partir +au chief de l’an ne pot avoir licence ains volt a toutes fins le dit roy +que grandement a ses cousts et frais envoyast querir sa femme enfans & +famille pour user a tous jours leur vie en france pres de soy/ en +promettant possessions rentes/ et pensions pour tenir honorablement leur +estat/ neant moins comme mon dit pere en esperant tous jours le retour +retardast ceste chose pres de l’espace de .iii. ans/ en la fin couvint +que fait fust/ Et ainsi comme dit est fu fait le transport de nous de +ytalie en france/ grandement fu receue la femme et enfans de ton amé +philosophe maistre thomas mon dit pere arrivé a paris lesquieulx le +tresbenigne bon sage roy volt veoir et recevoir joyeusement/ la quelle +chose fu faite tost apres leur venue a tout leurs abis lombars riches +d’aournemens et d’atour selon l’usage des femmes et enfans d’estat/ ou +chastel du louvre a paris ou mois de dessembre/ estoit le dit roy lors +que la presentacion du dit mesnage a belle et honorable compaignie de +parens fu a ses yeulx magnifesté/ la quelle femme et famille a tres +grant joye et offre il receut. + + + + +Dit christine de ses bonnes fortunes. + + +Moult nous fu fortune favorable le temps durant de la vie du sus dit bon +sage roy charles/ Et avec les autres gloires des prosperitez receues/ en +joyeuse plantureuse et paisible vie/ en mariage/ comme ce soit naturel +joye/ a tout loyal serviteur veoir la prosperité de son bon maistre la +dieu merci puis le temps de la venue de mon dit pere au service du roy +gouverné en partie mesmement en ses guerres par l’administracion de son +sage conseil selon la science de astrologie crut & augmenta de mieulx en +mieulx la valeur de ses prosperitez recevant plusieurs victoires et +conquestes sus ses ennemis/ et que ces choses soient vrayes je m’en +rapporte aux vivans princes & autres ancore de ce temps qui ce scevent/ +le quel dit bien du prince estoit le comble de la joye de son sus dit +feal serviteur/ non obstant que a l’usage des philosophes fust nulle +l’espargne de la peccune/ et avoir de mon dit pere/ la quelle chose +sauve sa reverence je ne repute mie louable en l’estat des mariez soubz +la quelle main doit estre la cure de leur maisnage souffreteux apres +eulx peut estre a cause de leur prodigalité/ toute voye non obstant la +liberalité de ses coustumes la pourveance du bon roy ne laissoit a +l’ostel de son amé deffaillir nulles choses neccessaires. + +¶ A venir au point de mes fortunes le temps vint que ja approchoie +l’aage ou quel on seult les filles assener de mari tout fusse je ancores +assez jeunette non obstant que par chevaliers autres nobles & riches +clercs fusse de plusieurs demandee et ceste verité ne soit de nul +reputee ventence/ Car l’auctorité de l’onneur et grant amour que le roy +a mon pere demonstroit estoit de ce cause non mie ma valeur/ comme mon +dit pere reputast cellui plus valable qui le plus science avec bonnes +meurs avoit/ ainsi un jone escolier gradué bien né et de nobles parens +de picardie de qui les vertus passoient la richece/ a cellui que il +reputa comme propre filz je fus donnee/ En ce cas ne me plains je de +fortune/ car a droit eslire en toutes couvenables graces sicomme autre +foiz ay dit a mon gré mieulx ne voulsisse cellui pour sa souffisance +tost apres nostre sus dit bon prince qui l’ot agreable lui donna +l’office comme il fust vaquant de notaire et son secretaire a bourses & +a gages et retint de sa court tres amé serviteur. + + + + +Entre a parler christine de ses males fortunes. + + +Ainsi dura celle prosperité par plusieurs annees/ mais comme la dicte +fortune se montrast envieuse de noz gloires volt restraindre la source +dont ilz venoient/ Et ne fu ce pas par elle voirement chiere maistresse +qu’a cestui royaume fu procuré le grief dommage du quel malement se +senti le mesnage de maistre thomas ce fu lors que le tresbon sage prince +non pas envielli par cours de nature mais en assez jeune aage comme de +.xliiii. ans chut en maladie assez brieve dont il trespassa. helas +voirement souvent avient que choses bonnes petit durent/ Car ancore au +jour d’uy se a dieu plust avoir laissié durer sa vie neccessaire a +cestui royaume du quel le gouvernement & estat malement est ores de +cellui de lors different/ ne fust trop enviellis/ Or fu la porte ouverte +de noz infortunes/ et moy estant ancore assez jeunette y fus entree Et +comme ce soit de commune coustume des poissans hommes close la bouche +grant est le remuement et changement de l’estre de leurs cours et de +leurs lieux/ de la quelle chose sont causes plusieurs voulentez +contraires/ et a peine autrement peut estre se moult grant discrecion +n’y remedie. Comme il appert du grant alixandre/ sicomme il est escript +les divers descors lesquieulx non obstant les partages des regions que +il leur avoit limitees/ tantost apres sa mort entre ses barons +sourdirent. + +¶ Adont faillirent a mon dit pere ses grans penssions plus n’ot .C. +frans le mois bien payez/ avec ses livrees et dons qui gueres moins ne +montoient comme appris avoit/ et l’esperance que le dit bon Roy lui +avoit donnee de asseoir pour lui et ses hoirs .v.c livres de terre et +assez d’autres biens dont la deffaulte du ramentevoir au bon Roy & la +mort qui trop tost vint ne souffri la dicte promesse sortir son effait +non obstant que des princes gouverneurs fu retenu a gages malement +amendris et mal payez/ Si fu ja venu le temps de sa viellece qui en +assez brief temps apres chut en longue impotence et maladie ou maintes +souffrettes sourdirent aux quelles eust eu besoing l’espargne des choses +despendues/ Et pource au mien cuidier est juste prudent espargne en +jeunece qui secourt l’omme en sa viellece/ durant son sain entendement +jusques a la fin recognoissant son createur comme vray catholique +Trespassa mon dit pere droit a l’eure que devant ot prenostiqué/ du quel +entre les clercs demoura renommee que en son temps durant ne plus de +Cent ans devant n’avoit vescu homme de si hault entendement es sciences +mathematiques en jugemens d’astrologie avec ce entre les princes & ceulx +qui le frequentoient la vraye reputacion de sa prodomie/ ses biens fais/ +loyauté verité & autres vertus & nul reprouche faisoit plaindre sa mort +et regraiter sa vie/ en la quelle nulle reprehencion n’affiert se trop +grant liberalité de non refuser riens que il eust aux povres en tant que +il avoit femme et enfans ne lui donne/ Et que je ne le dye par faveur/ +de ceste verité sont ancores au jour d’uy maint de ses cognoiscens/ +princes et autres certains comme de experience/ si fu un tel homme a bon +droit des siens plaint et plourez. + + + + +Encor de ce mesmes. + + +Or fu demouré chief du mesnage mon mari jeune et preudomme sage et +prudent et tres amé des princes et toute gent frequentant son dit office +par le quel moyennant sa sage prudence estoit soustenu l’estat de la +dicte famille/ mais comme ja fortune m’eust mise ou declin de sa roe +disposee au mal que donner me vouloit pour du tout au plus bas me flatir +souffrir ne volt que gaires me durast ycellui tresbon par la quelle +dicte fortune mort lors que il estoit en sa fleur apte & appreste et sus +le point tant en science comme en sage et prudent conqueste & +gouvernement de monter en hault degré le me toli en fleur de jeunece +comme en l’aage de .xxxiiii. ans et moy de .xxv. demouray chargee de +.iii. enfans petis et de grant mesnage Si fus a bon droit plaine +d’amertume regraitant sa doulce compaignie et la joye passee qui ne mes +.x. ans m’avoit duré/ voyant venir le flo de tribulacion qui sur moy +accouroit fus plus desirant mourir que vivre et n’oubliant ma foy et +bonne amour promise a lui deliberay en sain propos de jamais autre +n’avoir or fus je choite en la valee de tribulacion/ Car comme la dicte +fortune quant du tout veult decliner quelque chose soit regne/ cité +empire ou singuliere personne/ elle de loings va querir ses apprestes +toutes contraires pour la chose que elle a acqueilli en yre conduire ou +point de maleurté/ ainsi m’avint Car comme je ne fusse au trespassement +de mon dit mari le quel fu surpris de hastive epidimie Toute foiz la +dieu grace fu sa fin comme bon catholique en la ville de beauvais ou +avec le Roy estoit alez & n’estoit accompaignié fors de ses serviteurs +et maignee estrange/ Si ne poz savoir precisement l’estat de sa +chevance/ Car comme ce soit la coustume commune des hommes mariez de non +dire et declarier leurs affaires entierement a leurs femmes de la quelle +chose vient souvent mal comme il m’apert par experience/ et n’est mie +sens quant femmes ont non nices mais prudentes et de sage gouvernance/ +Si sçay bien que a clarté ne me vint tout ce que il avoit/ Or me couvint +mettre mains a oeuvre/ ce que moy nourrie en delices et mignotement +n’avoie appris & estre conduisarresse de la nef demouree en la mer +ourage & sanz patron/ c’est a savoir le desolé mainage hors de son lieu +et pays/ adont me sourdirent angoisses de toutes pars/ Et comme ce +soient les mes des vesves plais et procés m’avironnerent de tous lez/ Et +ceulx qui me devoient m’assaillirent affin que ne m’avançasse de leur +riens demander Et dieux scet que il est vray que tel me demandoit que le +tesmoignage du papier des mises de mon mary Comme de un preudomme nya la +debte du fraudeleux comme payé et menteur de sa demande par le quel fut +confus et plus ne osa parler ne soustenir sa mençonge Tost me fu mis +empeschement en l’eritage que mon mari avoit acheté/ et comme il fust +mis en la main du Roy m’en couvenoit payer la rente et si n’en jouissoie +Et moy en la chambre des comptes demenee par lonc plait contre cellui +sanz pitié qui en estoit & ancore est des maistres et seigneurs de qui +avoir droit ne povoie receu par lui a tort tres grief dommage comme le +voir en soit magnifeste Ce scevent maint/ ne ancore lui en ses pechez +enviellis ne le considere ne fait conscience. + +¶ Ne fu pas seule celle pestillence/ car comme les deniers de mes petis +orfelins fussent par leurs tuteurs de mon consentement baillez en mains +de marchant reputé preudomme pour accroistre et multiplier leur povre +avoir/ comme il en eust l’espace de un an rendu couvenable conte et +gaing par la moitié raisonnablement lui tempté de l’ennemi fist a croire +qu’il avoit esté robé/ et s’asempta/ encore cousta a poursuivre/ et fu +ce la perdus Autres plais me sourdirent a cause de heritages/ sur +lesquieulx on demandoit ancienne rente & grans arrerages de la quelle +chose ou decret de notre achat n’avoit aucune mencion conseillee par des +plus sages avocas que hardiement sur ce me deffendisse & que ne +doubtasse que comme je eusse bonne cause la diffinitive en seroit pour +moy de sommer les garens de la vendicion lesquieulx estoient mors povres +et hors du pays/ n’y avoit remede affin que je parvenisse ou point ou +fortune me conduisoit/ En ce temps en comble de mes adverses fortunes me +sourdy comme a job longue maladie/ par ceste chose dont s’ensuivi faulte +de poursuite sicomme je tiens et par non avoir mise souffisant/ encheus +de mes causes par lesquelles condampnacions satisfiant les frais fus de +tous poins au chief de ma povre chevance Et merveilles est comment +fortune povoit estre tant sur moy achenye/ Car en toutes les manieres +que partes se pevent faire a personne disposant ses faiz par bon conseil +et ordennance sicomme a mon povoir dieux scet que je faisoie me venoient +au contraire de ce que par raison venir deussent toutes mes besongnes et +generaument en toutes choses/ O vertu de pacience tous jours ne te avoie +mie en la bourse ains te suppeditoit souvent en moy grant amertume Je vy +le temps que a .iiii. cours de paris estoie en plait et procés +deffenderresse et sur mon ame je te jure que a tort estoie grevee de +mauvaises parties par quoy couvenoit en fin se paix vouloie avoir comme +je apperceusse leur cavillacions desirant me tirer de plait comme celle +qui le hayoit parfaictement comme chose contre ma nature qui paix desire +que je chevisse a eulx moyennant le mien a tres grans frais et coust/ Et +ne cuidez mie que ce m’ait duré un an ou .ii. mais l’espace de plus de +.xiiii. ans que quant un meschief m’estoit faillis l’autre survenoit en +tant de manieres diversement que longue seroit et anuyeuse la narracion +de la moitié/ Et ainsi ne fina la sancsue de fortune de sucer mon povre +avoir jusques a tant que tout l’ot desfiné & que plus a perdre n’avoie/ +& adont faillirent mes plais mais non mie mes adversitez O doulce +maistrece quantes larmes souspirs plains lamentacions et griefs +pointures cuides tu que quant je estoie seulete a mon retrait que je +eusse et gitasse en ce tandis/ ou quant a mon foyer veoie environ moy +mes petis enfans et povres parens/ et consideroie le temps passé et les +infortunes presentes dont les floz si bas me affondoient et remedier n’y +povoie/ Desquieulx meschiefs plus plaignoye mes prochains que ma +personne Sicomme une foiz je respondis a un qui me disoit que je n’avoie +que plaindre car je estoie sans charge comme celle qui estoit seule/ & +sangle je dis qu’il ne m’avoit pas bien regardee/ car je estoie .iii. +foiz double/ et comme il ne m’entendist ce disoit lui exposay disant que +je estoie .vi. foiz moy mesmes Et avec ce cuidez tu point chiere +maistrece que grevast a mon cuer la charge de la paour que on +s’apperceust de mes affaires/ Et le soucy que a l’estat ne apparust a +ceulx dehors ne aux voisins le decheement de ce maleureux estat venu de +mes predecesseurs non pas de moy Le quel mon ignorence tant amer me +faisoit que mieulx eusse choisi mourir que en decheoir/ ha quel fardel +et quel pointure a cuer que trop aime le vouloir soustenir et fortune ne +vueille/ il n’est doulour a celle pareille/ et nul ne le croit s’il ne +l’essaye et dieux scet quans inconveniens a celle cause viennent & sont +venus a mainte gent Si te promés que a mes semblans et abis peu apparoit +entre gens le faissel de mes ennuys/ ains soubs mantel fourré de gris et +soubz seurcot d’escarlate non pas souvent renouvellé/ mais bien gardé +avoie espesses foiz de grans friçons/ et en beau lit et bien ordené de +males nuis mais le repast estoit sobre comme il affiere a femme vesve et +toute foiz vivre couvient Et dieux scet comment mon cuer tourmenté +estoit quant excecucions sur moy estoient faites et que mes chosettes +m’estoient levees par sergens/ le dommage grant m’estoit/ mais plus +craignoie la honte/ mais quant il couvenoit que je feisse aucun emprunt +ou que soit pour eschever plus grant inconvenient beau sire dieux +comment honteusement a face rougie tant fust la personne de mon amistié +le requeroye/ & ancore au jour d’uy ne suis garie de celle maladie dont +tant ne me greveroit comme il me semble quant faire le m’esteut un acés +de fievre Ha dieux quant il me souvient comment tant de foiz ay musé la +matinee a ce palais en yver mourant de froit espiant ceulx de mon +conseil pour ramentevoir et soliciter ma besongne ou maintes foiz y +ouoye a mes journees de diverses conclusions qui suer des yeulx me +faisoient et maintes estranges responces mais en sur que tout me grevoit +la mise de la quelle mal aisiee estoie. + +¶ A l’exemple de jhesuscrist qui volt estre tourmenté en toutes les +parties de son corps pour nous instruire a pacience/ volt fortune que +mon povre cuer fust tourmenté de toutes les manieres de dures et +diverses pensees. Quel plus grant mal et desplaisir peut sourdre a +l’innocent ne plus grant cause de inpacience que de soy oyr diffamer +sanz cause comme il appert par les recors de boece en son livre de +consolacion/ ne fu il pas dit de moy par toute la ville que je amoie par +amours Mais ycy trop fait a notter que il soit voir/ que tout ce feist +fortune par ses batemens divers/ car comme telz renommeus communement +viennent et souvent a tort par grant acointance & frequentacion les +personnes ensemble et par conjectures et couleurs voir semblables/ mais +je te jure m’ame que ycellui ne me cognoiscoit ne ne savoit qui je +estoie ne ne fu onques homme ne creature nee qui me veist en publique ne +en privé en lieu ou il fust/ Car mon chemin ne s’i adonnoit ne n’i +n’avoie que faire et de ce me soit dieu tesmoing que je dis voir. Et +comme selon l’estre de sa personne et de la moye ne se peust bonnement +tel chose faire ne n’estoit voir semblable/ ne nul n’avoit couleur de le +penser me suis mainte fois esmerveillee dont teles paroles povoient +sourdre/ lesquelles estoient portees de bouche en bouche disant je l’ay +ouy dire dont comme celle qui ignocent me sentoie aucune foiz quant on +le me disoit m’en troubloie/ et aucune foiz m’en sousrioye/ disant dieux +et ycellui et moy savons bien que il n’en est riens. + +¶ Ne se passa mie a tant ma peine/ Car comme a mon povoir tous jours +estrivasse contre la bataille et luite de fortune me voyant moult +dechoite de ma chevance comme je eusse cedules veriffiees et passees par +la chambre des comptes d’une somme d’argent qui ancore deue estoit a mon +feu mari a cause des gages de son dit office empetray mandement du roy +aux generaulx que de ce je fusse payee/ or vint la poursuite anuyeuse +que par neccessité contrainte faire me couvenoit/ a grant travail +pourmenee par maintes responces pro et contra plusieurs journees et que +ce soit lonc travail et ennuyeux je m’en rapporte a ceulx qui essayé +l’ont/ plus desplaisant que onques mais en ce temps ci comme dient les +anciens/ Or peus savoir se a moy femme foible de corps et naturellement +cremeteuse faire de neccessité vertu m’estoit labour qui a danger et +coust de compaignie selon l’estat appris me couvenoit trotter apres eulx +selon le stile puis en leurs cours ou sales en commun muser a toute ma +boite et mandement le plus des jours sanz y riens faire/ ou par lonc +train avoir responces doubles en esperance mais longue estoit l’attente/ +O dieux quantes parolles anuyeuses/ quans regars nices/ que de rigolages +de aucuns remplis de vins et graisse d’aise souvent y ouoye/ lesquieulx +choses de paour de empirer mon fait comme celle qui besoing avoit je +dissimuloie sanz riens respondre me retournant de autre part/ ou faisant +semblant que ne l’entendisse le getoie a truffe Et dieux amender vueille +toutes villes consciences Car de mauvaises en trouvoie. + +¶ A cause de ceste poursuite comme je ne trouvasse nulle part grant ne +petit charitable/ non obstant que a plusieurs nobles et grans requeisse +l’aide de leur parolle esperant que comme loy de droit les oblige au +secours des vesves et orphelins Et je n’y trouvasse en effaict riens bon +pour moy un jour desconfortee sur ces choses fis ceste balade. + + + + +Balade. + + + Helas ou donc trouveront reconfort + povres vesves de leurs biens despoullees + puis qu’en france qui seult estre le port + de leur salu et ou les exillees + Seulent fuir et les desconseillees + Mais or n’y ont mais amistié + Les nobles gens n’en ont nulle pitié + Aussi n’ont clercs li greigneur ne li mendre + ne les princes ne les daignent entendre + + ¶ Des chevaliers n’ont elles nesun port + par les prelas ne sont bien conseillees + Ne les juges ne les gardent de tort + des officiers n’aroient .ii. maillees + de bons respons des poissans travaillees + Sont en maint cas n’a la moitié + devers les grans n’aroient exploitié + Jamais nul jour ailleurs ont a entendre + ne les princes ne les daignent entendre + + ¶ Ou pourront mais fuir puis que ressort + n’ont en france la ou leur sont baillees + Esperances vaines conseil de mort + voyes d’enfer leur sont appareillees + S’elles veulent croire voyes broullees + Et faulx consaulx ou appointié + n’est de leur fait nul n’ont si acointié + qui les ayde sanz a aucun mal tendre + ne les princes ne les daignent entendre + + ¶ Bons et vaillans or soient esveillees + voz grans bontez ou vesves sont taillees + d’avoir maint maulx de cuer haitié + secourez les & croyez mon dictié + Car nul ne voy qui vers elle soit tendre + ne les princes &c. + +¶ La cause qui me mouvoit a en personne oultre mon gré faire telle +poursuite estoit que quant mon message y envoyoie n’avoit en leur +presence nulle audience mais a tout le moins quant je y venoie +ramentevoir l’estat de moy vesve requerant encline devant eulx par pitié +leur secours/ aucune apparence de pitié plus en eulx trouvoie/ cest +ennui avec des autres ne me dura pas petit/ ains y fus constant plus de +l’espace de .vi. ans sur le pourchas non mie de moult grant somme qui +par parties en tieulx travaulx et requestes de seigneurs resservé le +reste qui ancore m’est deu je fus payee. + + + + +Encore continue christine sa complainte. + + +Entens tu doulce maistrece en quieulx doulz deduis ay passé la jonesce +de ma vesveté Avoie je cause que trop druerie me feist entendre aux +foles amours/ mais non obstant ce que assez souffire deust par si lonc +temps a celle par qui tout ce me venoit ne fu pas appaisiee envers moy +la desloyale de qui autre foiz me suis plainte comme je en eusse cause/ +car la douleur du dent y trait la langue/ ains te diray en poursuivant +ceste matiere jusques au jour d’uy comment ses floz m’ont gouvernee et +ancore ne cessent. + +¶ Voir est que ou temps de mes perplexités dessus dit pour ce que +descouvrir a autrui si qu’ay touché ses adversitez et affaires/ La cause +pour quoy/ Car charité est pou trouvee ne peut tourner se a servitude +non et pou de preu/ Comme ce soit moult grief faissel de douleur tenir +enclose sans regehir ne m’avoit ancore tant grevee fortune comme elle ne +peust que je ne fusse accompaignee des musettes des poetes non obstant +que les reboutas arriere et chaças de la compaignie de boece ou temps de +sa tribulacion pour le repaistre de plus haultes viandes/ ycelles me +faisoient rimer complaintes plourables regraitant mon ami mort et le bon +temps passé/ sicomme il appert au commencement de mes premiers dictiez +ou principe de mes cent balades et mesmement pour passer temps/ et pour +aucune gayeté attraire a mon cuer doulereux faire diz amoureux et gays +d’autrui sentement comme je dis en un mien virelay. + + + + +Dit christine comment elle mua sa maniere de vivre. + + +Apres ces choses comme ja fussent passees mes plus jeunes jours et aussi +la plus grant part de mes occupacions foreines revins a la vie qui plus +naturellement me plaisoit c’est a savoir solitaire et quoye/ adont par +solitude me vindrent au devant les rumignacions du latin & des parleures +des belles sciences & diverses sentences et polie rethorique/ que oÿ le +temps passé au vivant de mes amis trespassez pere et mari/ je avoie de +eulx/ non obstant que par ma folour petit en retenisse/ Car non obstant +que naturellement et de ma nativité y fusse encline me toloit y vaquer +l’occupacion des affaires que ont communement les mariees/ et aussi la +charge de souvent porter enfans Avec ce la trop grant jonesce la trop +mignote ennemie de sens qui ne laisse souventes foiz aux enfans quelque +bon engin que ilz ayent pour le desir de jouer/ hanter l’estude se +crainte de bateures ne les y tient/ & pource que celle crainte n’avoie +la voulenté de jouer si maistrisoit l’engin & sentement si que constant +ne povoit estre ou labeur de apprendre. + + + + +Se plaint christine de jeunece. + + +Ha folle jonece avuglee et variable non cognoissant les prouffitables & +bonnes choses qui ne te delites fors en choses vaines/ oyseuses et de +nulle vertu/ ne ailleurs appliquer ne te querroies Et certes voirement +qui par toy se gouverne suit la voye de perdicion et se avugle en sa +meismes cognoissance/ Tant haÿr te dois quant ou temps que je estoie a +meimes les .ii. beaulz conduis de philosophie/ costé si haultes +fontaines tant cleres et saines Et moy comme fole jone trop mignote/ non +obstant que les beaulx ruisseaulx me pleussent ne m’en emplissoie/ mais +tout ainsi comme le fol qui voit luire le cler souleil ne s’avise de la +pluye ains cuide que tous jours lui dure/ n’en faisoie compte et a temps +cuidoie recouvrer a ce que je perdoie Ha fortune quel tresor tu me +tolis/ Tant fis grant dommage a mon entendement qui ne les me laissas +durer jusques en l’aage de plus grant cognoissance/ bien t’a herdis a +nuire meismes a la proprieté de mon ame/ car se ores avoie costé moy tel +clarté au desir que j’ay/ sustraite de toutes autres occupacions et +delis comme de choses vaines donnee entierement a l’estude/ telement et +si largement me empliroie que femme nee puis lonc temps ne m’en passa/ +helas quant je avoie costé moy les maistres de science/ conte +d’apprendre ne faisoie/ Et ores est le temps venu que mon engin et +sentement m’en die en desirant ce que par faulte de apprendre ne peut +avoir/ c’est a savoir l’art de toy philosophie m’amie science. Ha doulce +savoureuse chose et emmellee qui tous autres tresors en valeur precedes +comme souveraine/ tant sont eureux ceulx qui a plain t’a saveurent/ Et +toutevoie comme de ce je ne puisse juger fors a l’aventure sicomme de +chose que a plain je ne cognoisce/ neant moins m’en donne la +cognoissance le tres delitable goust & saveur que je treuve seulement es +petites deppendances et parties de sciences comme plus hault je ne +puisse attaindre me fait presumer ou bien de elle a ceulx qui l’aiment/ +& la saveurent et sentent souverain delit/ Ha enfans et jones se vous +saviés le bien qui est ou goust de savoir et le mal et laidure qui gist +en ignorence comment se bien avisié estiez petit plaindriés la peine et +labour de apprendre/ ne dit aristote que naturellement l’omme savant +seignourist l’ignorent sicomme nous veons l’ame seignourir le corps Et +quel chose est plus belle que savoir/ & quel chose est plus laide que +ignorence messeant a homme sicomme une foiz respondis a un homme qui +remprouvoit mon desir de savoir disant que il n’appartient a femme avoir +science comme il en soit pou Lui dis que moins appartient a homme avoir +ignorence comme il en soit beau coup. + + + + +Dit christine comment elle se mist a l’estude. + + +Ainsi en cellui temps que naturellement estoit parvenu mon aage au degré +de cognoissance regardant derriere moy les aventures passees & devant +moy la fin de toutes choses Tout ainsi comme un homme qui a passé +perilleuse voye se retourne arriere regardant le pas par merveille et +dit que plus n’y entrera/ et que a meilleur se tendra/ ainsi considerant +le monde tout plain de las perilleux/ & que il n’est fors pour toute fin +un seul bien qui est la voye de verité me tiray au chemin ou propre +nature et constellacion m’encline/ c’est a savoir amour d’estude/ adonc +clouy mes portes/ c’est a savoir mes sens que plus ne fussent tant +vagues aux choses foraines/ et vous happay ces beaulx livres et volumes/ +et dis que aucune chose recouvreroye de mes pertes passees/ ne me pris +pas comme presomptueuse aux parfondesses des sciences obscures es termes +que ne sceusse comprendre/ Sicomme dit Caton/ lire et non entendre/ +n’est mie lire ains comme l’enfant que au premier on met a l’a.b.c.d. me +pris aux histoires anciennes des commencement du monde/ les histoires +des ebrieux/ des assiriens et des principes des seignouries procedant de +l’une en l’autre dessendant aux rommains des françois des bretons & +autres plusieurs historiographes/ apres aux deducions des sciences selon +ce que en l’espace du temps que y estudiay j’en pos comprendre. + +¶ Puis me pris aux livres des poetes Et comme de plus en plus alast +croiscent le bien de ma cognoissance/ adont fus je aise quant j’oz +trouvé le stile a moy naturel me delittant en leurs soubtilles +couvertures et belles matieres muciees soubz fictions delitables et +morales/ et le bel stile de leur metres et proses deduites par belle et +pollie rethorique aournee de soubtil lengage et proverbes estranges/ +pour la quelle science de poaisie nature en moy resjouye/ me dist fille +soulasse toy quant tu as attaint en effait le desir que je te donne & +ainsi continuant et vaquant tous jours a l’estude comprenant les +sentences de mieulx en mieulx. + +¶ Ne souffist pas a tant a mon sentement & engin/ ains volt que par +l’engendrement d’estude et des choses veues nasquissent de moy nouvelles +lectures/ adont me dist prens les outilz et fiers sur l’enclume/ La +matere que je te bailleray si durable que fer ne feu ne autre chose ne +la pourra despecer si forges choses delitables/ & ou temps que tu +portoies les enfans en ton ventre grant douleur a l’enfanter sentoies/ +Or vueil que de toy naiscent nouveaulx volumes/ lesquieulx les temps +avenir perpetuellement au monde presenteront ta memoire devant les +princes et par l’univers en toutes places lesquieulx en joye et delit tu +enfanteras de ta memoire/ non obstant le labour et traveil le quel tout +ainsi comme la femme qui a enfanté si tost que ot le cry de l’enfant +oublie son mal/ oublieras le traveil du labour oyant la voix de tes +volumes. + +¶ Adont me pris a forger choses jolies a mon commencement plus legieres/ +& tout ainsi comme l’ouvrier qui de plus en plus en son oeuvre +s’asoubtille comme plus il la frequente/ ainsi tous jours estudiant +diverses matieres mon sens de plus en plus s’imbuoit de choses estranges +amendant mon stile en plus grant soubtilleté et plus haulte matiere +depuis l’an .M.CCC.iiii.xx & .xix. que je commençay jusques a cestui +.CCCC. & cinq/ ou quel ancore je ne cesse/ compilles en ce tandis quinze +volumes principaulx sanz les autres particuliers petis dictiez +lesquieulx tous ensemble contiennent environ .lxx. quayers de grant +volume comme l’experience en est magnifeste Et comme grant louange pour +ce n’y affiere/ Car pou y a soubtilleté/ par ventance dieux scet que ne +le dis mais pour continuer l’ordre de mes bonnes et mauvaises aventures. + + + + +Le plaisir que christine prenoit a l’estude. + + +Or fu l’estat de mon vivre tresmué en autre disposicion/ mais non pas +pour tant changié en mieulx ma malle fortune ains comme dolente du bien +et solas de ma vie speculative et solitaire persevera sa malivolence non +a ma personne seulement mais en despit de moy a de mes plus prochains la +quelle chose je attribue au procés de mes adversitez. Et te diray +comment par me tolir mes bons amis comme tous jours elle soit repunante +a ma prosperité ne les a souffers longuement vivre. Il est voir que +comme la voix courust ja et meismes entre les princes/ de l’ordre et +maniere de mon vivre c’est a savoir a l’estude/ pour ce que revellé leur +estoit non obstant celer le voulsisse leur fis present comme de nouvelle +chose quelque petis et foibles que ilz soient de mes volumes de +plusieurs matieres lesquieulx de leur grace comme princes benignes et +tres humains les virent voulentiers & receurent a joye/ et plus comme je +tiens pour la chose non usagee que femme escripse comme pieça ne +avenist/ que pour digneté qui y soit/ et ainsi furent en peu de heure +ventillez et portez mes dis livres en plusieurs pars et pays divers. + +¶ Environ ce temps comme la fille du roy de france fust mariee au roy +richart d’angleterre vint par de ça a celle cause/ un noble conte dit de +salsbery/ et comme ycellui gracieux chevalier amast dictiez & lui +meismes fust gracieux dicteur/ apres ce qu’il ot veu des miens dictiez +tant me fist prier par plusieurs grans que je consenti tout le feisse je +envis que l’ainsné de mes filz assez abille et bien chantant enfans de +l’aage de .xiii. ans alast avec lui ou pays d’engleterre pour estre avec +un sien filz auques de l’aage/ du quel dit conte comme il se portast +tant bien & grandement de mon dit enfant et plus promettoit pour le +temps avenir aux quelles choses croy que il n’eust failli/ comme il en +eust la poissance/ vrayement les promesses que faites m’en avoit ne +furent trouvees mençongieres/ mais ce bien ne volt pas celle souffrir +longuement qui mains autres maulx m’a fais c’est a savoir male fortune +qui non pas lonc temps apres procura la dure pestillence ou dit pays de +angleterre contre le dit Roy Richart comme chacun scet/ pour la quelle +cause apres pour sa grant loyauté vers son dit droit seigneur fu +decollez a grant tort le dessus dit tresbon conte/ or fu failli le eur +mondain du commencement de mon dit filz assez enfant en temps de grant +pestilence hors de son pays/ par raison dot estre esbahi/ mais que avint +il le roy henry qui ancore est qui s’atribua la couronne/ vit des +dictiez et livres que je avoie ja plusieurs envoyez comme desireuse de +lui faire plaisir au dit conte/ si lui vint a cognoiscence tout ce que +il en estoit/ adont tres joyeusement prist mon enfant vers lui/ et tint +chierement & en tres bon estat/ & de fait par .ii. de ses hayraulx +notables hommes venus par de ça lencastre et faucon roys d’armes me +manda moult a certes priant et promettant du bien largement que par de +la je alasse/ et comme de ce je ne fusse en riens temptee considerant +les choses comme elles estoient/ dissimulay tant que mon filz peusse +avoir disant grant mercis/ & que bien a son command estoie/ et a brief +parler tant fis a grant peine/ et de mes livres me cousta que congié ot +mon dit filz de me venir querir par de ça pour mener la qui ancore n’i +vois/ & ainsi reffusay l’eschoite de ycelle fortune pour moy et pour lui +pour ce que je ne puis croire que fin de desloyal viengne a bon terme/ +Or fus joyeuse de veoir cil que je amoie comme mort le m’eust seul filz +laissié & .iii. ans sans lui oz esté/ mais crue fu la charge de ma +deppense non a moy aysiee/ Car je doubtay que le grant estat ou quel +estoit par de la lui donnast vouloir de retourner comme enfant es +quieulx consideracion n’est grande voulentiers se tiennent a ce que aux +yeulx et a leur aise meilleur leur semble/ Si lui quis maistre grant et +poissant qui de sa grace le retint/ mais comme la petite faculté du +jeune enfant pou apparant en la multitude des grans de sa court tous +jours a ma charge couvint que son estat fust soustenu sanz de son +service tyrer aucun fruit/ & ainsi me desherita fortune d’un de mes bons +amis et d’une de mes esperances/ mais ancore de puis pis me fit. + + + + +Se plaint christine de fortune qui lui osta ses bons amis. + + +Sicomme devant est dit comme ja m’eussent donné nom mes dis volumes par +les presens qui a maint prince de estranges terres fais en furent nompas +de par moy envoyez mais par autres comme de chose nouvelle venue de +sentement de femme sicomme dit le proverbe choses nouvelles plaisent ne +le dis pour nulle ventance comme elle n’y affiere. + +¶ Le premier duc de milan en lombardie qui de ceste chose fu informez & +peut estre/ plus grandement que la cause n’y estoit/ desirant me traire +en son pays/ tres grandement avoit ordené de mon estat par rentes a tous +jours se aler y vouloye/ & ce scevent plusieurs gentilz hommes du pays +meismes commis a celle ambassaderie Mais fortune selon ses usages & +coustumes ne volt mie que la ruine de mon estat fust reparé/ si me tolli +tantost par mort cil qui bien me vouloit/ non pas que de legier eusse +deliberé laissier france pour certaines causes/ tout soit de la mon +naturel pays/ Toute foiz me greva elle quant me toli un bon ami qui +n’est petite perte/ Et tel que comme la relacion de gens notables m’a +dit/ sanz partir de ça meismes m’ust il valu par les dessertes de mes +livres. + + + + +Encore de ce mesmes. + + +Ancore reste a parler de ma plus grant perte a cause de grant prince +mort puis le temps du susdit sage roy Charles/ ne fusse pas voirement +evident signe de hayneuse envie de la perverse contre moy/ quant tost +apres que le tres venerable hault et poissant noble prince philippe duc +de bourgongne/ qui frere fu au dit sage roy m’ot par l’acointance de mes +dis livres & volumes prise a amour/ lesquieulx ne lui avoie ancore pou +de temps a presentez comme je ne les reputasse dignes de estre ouvers en +la presence de sa sagece/ mais comme sa benigne clemence plus +considerant je croy la constance de mon labour que grant soubtilleté +estre en mon oeuvre comme elle n’i soit moult les ot agreables/ sicomme +me apparu par la louange de sa parolle/ et plus par le effait de son bon +et grant secours a l’estat non de moy seulement/ mais de mon dit filz/ +de lui retenu a gages et bien amé serviteur Et moy semblablement a qui +avec les autres biens faiz tant daigna reputer mon savoir/ que il de sa +bouche me chargia que je tins a grant grace/ comme il desirast que la +belle vie et notables fais du sage roy susdit fust en propre volume mise +en registre affin que perpetuele memoire demourast au monde par bon +exemple de son noble nom que je compillasse des dictes choses certain +volume. + +¶ Helas et tost apres lors que sa grace vers moy de plus en plus +croisçoit le me toli par mort la desloyale/ la quelle mort fu +renouvellement des navreures de mes adversitez/ & semblablement grief +parte a cestui royaume sicomme ou dit livre que il me commanda/ non +ancore lors achevé je recorde en piteux regrais. + + + + +Conclut christine sa complainte a philosophie. + + +Or t’ay je dit tres reverend maistresse les motifs et causes de mes +ennuys passez/ et non pas tous/ car dieux scet que en grant quantité de +autres maulx & ennuys ay passé le temps que anuyeuses et longues +seroient a dire/ et la perseverence de yceulx qui dure encore/ ne de la +fin je ne voy signe. + +¶ Du temps present comment il m’est te dis que non obstant supplicacions +& requestes que par force de divers survenus affaires & partes en la +maniere dessus dicte par les floz infortunez souvent courans sur moy que +j’ay aux princes françois qui ancor vivent baillees/ mainte foiz +requerant leur secours/ non pas les adjurant par mes merites/ mais +suppliant par l’ancienne amour qui tira mon dit pere par de ça leur +serviteur et par ses bien fais a moy delaissiee et hors de son lieu a +son petit maisnage voulsissent secourir/ mais que je ne mente ne soie +ingrate/ le secours de aucun d’eulx comme il m’ait assez esté tardif +presenté par assignacion non de grans choses/ ancore la longueur de la +paye/ & ennuyeuse poursuite de leurs tresoriers auques estaint la value +de la grace et merite du bien fait/ O chere dame que cuides tu quel +peine/ c’est a femme de ma faculté abstrate assez/ et pou chalant des +aluchemens de couvoitise convenir contre ma naturel condicion non moult +curable ne ardant sur les desirs de peccune/ mais par neccessité +contrainte de grans charges poursuivre a grant train ces gens de finance +pourmenee de jour en jour de leurs belles parolles/ Et ainsi va au jour +de huy a l’estat de mon vesve colliege/ dame honoree a qui riens n’est +occult Et tu meismes qui scez que petit me chault des amas & assemblees +de tresors ne de croiscence d’estat fors soustenir cellui venu de mes +devanciers comme folle ancore de en curer/ recognoissant que tout est +vent chose mondaine/ ne que mes pensees ne sont es desirs de superflus +paremens ne delicatifs vivres me soies tesmoing que seulement l’amour & +charge agreable que je ay de ma bonne mere en viellece sur les bras de +sa seule fille qui n’est oublieuse des grans materneulx benefices d’elle +receus/ voluntaire du meriter comme droit est me rent perplexe et +adoulee quant fortune ne seuffre a ma voulenté sortir son bon effaict & +que femme de si parfaict honnour et si noble vie et bel estat comme est +et a tous jours esté/ celle ne soit tenue et ordenee selon son droit/ +avec les autres charges de povres parentes a marier & autres amis & ne +voie de nulle part fortune propice pour mon secours. + +¶ Encore au propos des pointures de mes dolentes pensees avec mes autres +anuys/ cuides tu que devant la face de fortune ne me repute peu eureuse/ +quant si voy ses autres accompaignez de leurs lignages freres et parens +d’estat & aisiez/ eulx resjouyr ensemble/ et je pense que je suis hors +des miens en estrange lieu/ & mesmement .ii. freres germains que j’ay +sages preudes hommes & de belle vie/ que il a couvenu que par ce que de +ça n’estoient pourveus que ilz soient alez vivre ou pays de la sus les +heritages venus du pere/ et moy qui suis tendre & a mes amis naturelle/ +me plains a dieu quant je voy la mere sans ses fieulx que elle desire/ & +moy sanz mes freres/ Et ainsi peus tu veoir chere maistrece que tout au +contraire de mes desirs m’a fortune servie qui ancores persevere en ses +malefices. + +¶ Et que de ces choses dis voir dieu qui proprement est toy & toy qui +proprement est lui le savez. Si reviens a ce que devant est dit que +comme fortune m’a contraire ades continue par tieulx molestes qui ne +sont a cuer femenin & foible pas petites plus me grieve l’empeschement +que a l’estude par ses occupacions me fait qui mainte foiz troublent si +ma fantasie que ne peut vaquer l’entendement au bien qui lui delite/ +tant est ofusqué par ses dures pointures/ que ne fait le fait du mal que +j’en seuffre. + + + + +Respont philosophie a cristine. + + +Quant ainsi je oz toutes mes raisons finees je me teus quoye/ adont la +excellent deesse parla ainsi que se semblant feist de sousrire/ tout +ainsi que fait un sage quant les raisons du simple lui sont presentes/ +mais non pourtant mon ignorence ne me toli l’aisance de sa digne +parolle/ qui ainsi me dist Certes amie a tes parolles cognoiz comment +folle faveur te deçoit es jugemens de ton meismes estat/ O creature +avuglee qui attribues a male fortune les dons de dieu et son propre +galice dont il t’abeuvre/ Et pour quoy te plains tu par ingratitude des +biens que as receus/ et certes moult est perverti l’estommac qui propice +viande reçoit/ & la convertist dalmagiablement a sa nourriture/ Et ou +est doncques le sens de ton entendement qui ne cognoist ce qui lui est +prouffitable/ et que tu es deceue te prouveray par pratique de groz +exemple tout ainsi comme l’expert medecin qui considere la faculté de la +nature & compleccion de son pacient & selon sa force ou foiblece lui +donne purgatoire et medicine/ ainsi useray en toy de regime tenue et +legier pour la foiblece de l’estomac de ton entendement a qui choses +pesantes et ponderans teles ou semblables que jadis donnay a mon amé +boece sicomme en son livre as trouvé seroyent fortes a digerer et +convertir a la sustentacion de ta neccessité/ Et pource comme exemples +ruraulx soient aux simples cause de plus legierement comprendre les +fourmes des choses par celle voye sus fondement de sainte escripture la +plus seure/ te ramenray se je puis a vraye cognoiscence de ton tort. +Belle amie par ce que comprendre puis en ton fait moult te plains et +tiens mal contempt de fortune que tu dis estre et avoir esté ja lonc +temps ennemie de ta prosperité/ & que tres lors que en france conduisi +tes parens & toy avec eulx ourdi le las de tribulacion ou conduire te +vouloit/ Et puis les autres aventures tu dis estre venues a ton grant +grief aux quelles choses non a toutes particulierement/ Car n’en est +besoing/ mais assez servira pour chacune ma general responce te +monstreray ta vehemente folie & la descongnoissance qui te deçoit en +ceste partie/ et te destourne d’aviser le vray de ton fait/ avises un +pou en toy meismes les grans persecucions & mortieulx inconveniens qui +ont puis esté & ancore sont comme il ne puisse estre en paix/ ou pays +dont tu es nee/ et penses a certes se dieu te fist point grant grace non +obstant que t’en plaignes de oster toy et les tiens de entre les flames +de ceulx qui se bruslent/ cuides tu par ta foy que eschappee en fusses +jusques au jour d’uy sans ta part avoir du mal/ ou sur toy/ ou le veant +avoir a de tes amis Car meismes par de ça as tu plouré de tes charnelz +qui s’en sont sentus/ mais apres je me ry de ta niceté qui attribues a +la poissance de fortune la mort et trespas de creature humaine/ sicomme +tu dis du roy Charles & de tes autres amis/ et ce qui est ou secret de +dieu escript qui toutes choses dispose & gouverne a son bon plaisir/ +C’est a savoir la fin et terme de vie humaine/ Il semble que vueilles +appliquer a aventure/ quant tu dis que fortune t’en despoullia Tout +ainsi comme se autre chose ne eust afaire fors soy occuper pour tes +nuisances/ Et scez tu la cause qui te meut a tieulx ymaginacions/ c’est +la trop grant faveur et tendreur que as a toy meismes & a l’aise de tes +plaisirs qui te fait tout ce qui avient contre ce que vouldroyes +attribuer au propos de ce que tu ymagines/ Car quant est de la mort du +roy et aussi des autres dieu les avoit ordenez a ce terme pour le +meilleur comme toutes choses ainsi le face/ & se le mieulx fust les +laisser fait le eust Et des jugemens de dieu quoy que ilz vous semblent +merveilleux n’est pas en vous deu discuter en hardies parolles/ car +comme il soit tout sapient/ scet bien que il fait. + +¶ Et des autres adversitez dont tu te plains resembles l’enfant trop +mignot qui se deult du petit coup de la verge que son pere lui donne/ et +ne scet cognoistre le bien que il lui fait/ ainsi certes te plains sanz +cause Car ne scez adroit que sont tribulacions/ & en ce monstres que tu +es femme tendre fresle et pou souffrant qui de pou se scent/ Et ce te +prouveray je par raison cy apres. + + + + +Le reconfort de philosophie. + + +Toy qui te plains pour un pou de tribulacions se elles te sont survenues +tout ainsi comme se dieu fust plus tenus a toy que a un autre/ Avises en +toy meismes que pevent dire plusieurs bonnes personnes et christiens +comme toy qui par estranges fortunes n’ont pas seulement perdu tous +leurs biens temporelz mais leur membres dont sont mahaignez par longue +maladie/ et par survenue aventure/ et en autres cas divers tourmentez en +esperit ou en leurs corps/ Et ancore avec ce en tel povreté que ilz +n’ont lieu propre ne chose pour eulx couvrir ne leur lasse vie repaistre +se ilz ne se vont traisnant par entre vous a grant peine/ cerchant voz +aumosnes ou souvent treuvent pou de pitié que dirons nous de ceulx la/ +ou des autres qui ont diverses grandes tribulacions en maintes guises +que ilz sont mal eureux infortunez et de dieu haÿs/ nennil nennil/ Ce +n’est mie selon les sentences de noz loys qui sont l’euvangile/ ains +dirons que beneurez sont tout ainsi comme dieu le dit lui meismes +d’yceulz et des paciens. + +¶ _Beati pauperes quoniam ipsorum est regnum celorum/ beati pacifici +quoniam filii dei vocabuntur._ + +¶ Si dis que tu juges follement Car ne sont pas infortunez au regart des +distribucions justes de dieu les plus persecutez ains sont les plus +beneurez en tant comme plus s’approchent de la vie jhesucrist en ce +monde en toute tribulacion. Pour vostre exemple. Si te dis que de tant +es tu eureuse et je le te monstre se nyer ne veulx la sainte escripture/ +comme tu approches aucunement a ceulx qui passent par tribulacion/ et +plus eureuse fusses mais que pacience avec fust/ se plus en eusses/ car +de tant seroit plus grant ton merite/ et se tu es ferme en la foy/ de la +quelle chose mal fus nee se il n’est ainsi/ point ne mescroiras ce que +je dis. + +¶ Et a ce propos ne dit saint augustin sur le .xxi.e pseaulme Sache dist +il tout homme que dieu est un medecin qui au malade pecheur baille +tribulacion pour medicine a son salut non pas pour peine de sa +dampnacion/ O malade pecheur quant tu reçois la medicine de dieu en +tribulacion tu te deuls/ tu te plains et cryes a ton medecin il ne te +escoute pas a ta voulenté mais il te escoute a ta santé. + + + + +Encore de mesmes. + + +Mais alons oultre pour dieu mercis savoir mon de quoy tu te peus clamer +de dieu ne plaindre de fortune/ et certes par ce que il me semble en toy +apperçois grant ingratitude & descognoissance quant de foison biens +graces que par tant de fois t’a faites & fait chacun jour/ non pas +seulement ne le remercies ains te reputes recevoir tres grant tort comme +se digne fusses non pas senz plus de mieulx avoir mais toutes choses a +ton souhaid/ & que il soit vray avise toy avise quans grans benefices et +dons de dieu si notables toy indigne as receus/ & chacun jour fais aux +quelles choses se bien penser y veulx & sagement en toy discuter tu +trouveras que les adventures qui avenues au monde te sont que tu imputes +a male fortune te sont propices & couvenables meismement a l’utilité de +ton vivre au monde et pour ton mieulx sicomme cy apres te monstreray +Mais ta sensualité te tolt vraye cognoiscence. + +¶ Je avise que entre les autres prosperitez .iii. choses entre vous +mondains sont que vous reputez comme les principales de voz joyes & +gloires & sanz partie de ycelles .iii. ou toutes je suppose que il n’est +quelconques richece qui content feist cuer d’omme/ Et qu’il n’est si +grant tresor des biens de fortune que cellui a qui elles faillent ne +voulsist avoir donné se il l’avoit pour posseder ycelles/ les .ii. sont +hors soy & l’autre en soy meismes La premiere est estre nez de nobles +parens la quelle noblece je entens des vertus/ La seconde avoir corps +sanz nulle defformité et assez plaisant saintif et non maladis/ mais +bien complexionné et de competant discrecion & entendement/ La tierce +joye qui n’est mie petite avoir enfans beaulx et gracieux au monde de +bonne discrecion et de bonnes meurs et craignans dieu/ O femme avises +ton ingratitude/ Es tu donques exaussie de celles belles graces avec +maintes autres que dieu t’a donnees/ il semble que oublié ayes comment +il t’est quant si meseureuse te reputes Est il femme au jour de huy que +tu cognoisces plus glorieuse de parens que tu es/ ne te souvient il de +la digneté de nostre noble philosophe ton pere qui de noz estudes tant +estoit familier que nous seyons en la chayere avecques lui devisant de +noz secrés et pour l’acointance de nostre industrie fu en son temps +repputé le suppellatif en noz sciences speculatives/ & avec ce vray +catholique comme tous jours & a sa fin paru/ et vertueux que je m’en +rapporte a toy que plus prises seulement & plus te prouffite la +rumignacion de son savoir qui demouree t’est que quelconques avoir non +obstant que t’en plaignes que il te peust avoir laissié/ penses se +contente de ce bien te dois tenir/ Que diray je de ta tres noble mere +scez tu point de femme plus vertueuse/ remembre toy depuis sa jonece +jusques au jour d’ui se vie contemplative constamment ou service de dieu +quelque occupacion que elle onques eust l’a nul jour laissiee je croy +que non/ O quel noble femme comme sa vie est glorieuse comme de celle +que nulle tribulacion onques ne suppedita ne brisa par impacience son +tres bon courage/ & quel exemple de vivre en toute vertu pour toy/ se tu +bien t’i mires/ avises combien grant grace dieu te fait ancore avec tout +de si noble mere laisser vivre en ta compaignie en sa viellece plaine de +tant de vertu/ & quantes foix elle t’a reconfortee & menee de tes +impaciences a cognoistre ton dieu/ Et se tu te plains que peine seuffre +ton cuer pour ce que vers elle te semble ne peus faire comme il +appartient je te dis/ ce vouloir avec la pacience est meritoire a toy et +a elle/ et de elle sanz faille la digne conversacion & vie esleue l’a +fait estre clere entre les femmes c’est chose nottoire et tres beneuree +Item quant au .ii.e/ en tes biens ne t’a par ta foy dieu donné corps +fort assez & bien compleccionné selon ta qualité lui en peus tu rien +demander/ se tu ne varies/ si gardes que de tel entendement que il y a +mis/ bien en uses/ ou se non/ mieulx te vaulsist moins avoir sceu/ Ce +qui touche a la .iii.e joye/ n’as tu enfans beaulx gracieux & de bon +sens/ ton premier fruit qui est une fille donnee a dieu et a son +service/ rendue par inspiracion divine de sa pure voulenté & oultre ton +gré en l’eglise et noble religion de dames a poissi/ ou elle en fleur de +jonece et tres grant beauté se porte tant notablement en vie +contemplative et devocion/ que la joye de la relacion de sa belle vie +souventes foiz te rent grant reconfort/ et quant de elle meismes tu +reçois les tres doulces et devotes lettres/ discretes et sages que elle +t’envoye pour ta consolacion es quelles elle jeunette et ignocente te +induit et amonneste a haÿr le monde et despriser prosperité. + +¶ N’as tu un filz aussi bel et gracieux et bien moriginez/ et tel/ que +de sa jonece qui ne passe .xx. ans du temps que il a estudié en noz +premieres sciences en gramaire on ne trouveroit ne rethorique et +poetique lengage naturellement a lui propice gaires plus apte et plus +soubtil que il est avec le bel entendement & autre bonne intiquative que +il a/ et que je ne mente es choses dictes assez sont magnifestes si que +chacun le peut veoir/ non pas le te dis pour toy induire a vaine gloire/ +mais affin que graces rendes a cil dont tout bien vient qui t’a donné +les diz biens & mains autres/ & lesquieulx fortune ne donne mie/ mais +lui de sa pure grace especiale a qui il lui plaist. + +¶ Des autres complaintes que tu fais de tes amis germains que tu ne vois +et qui de toy sont loings/ je ne fais compte Car comme ce monde ci ne +soit que un trespas dois esperer que par les prieres de la bonne mere et +la preudommie de eulx serés par la misericorde de dieu conduis en la +cité de joye c’est la sus ou ciel ou se dieu plait vous entre verrés +perpetuellement. + + + + +Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint. + + +De ce que ton mari en jone aage mort te toli dont tu te plains je te dy +que dieu ne te fist nul tort quant son serf pour mettre en plus hault +degré volt ravoir/ et lui plut que tu demourasses en la vallee de +tribulacion pour esprouver ta pacience et pour toy affiner en vertu/ +Sicomme dit saint augustin sur le .lx.e pseaulme que en une meisme +fournase la paelle art & l’or se purge/ la paelle tourne toute en +cendre/ & l’or de toute escume et ordure se nettoye/ Et que est a +entendre la fournase doulce amie scez tu/ c’est le monde ou tu es/ la +paelle/ Ce sont les mau prouffitans/ l’or/ ce sont les justes/ le feu/ +c’est tribulacion/ l’orfevre/ c’est dieu/ Ce que l’orfevre a voulu faire +de toy/ il te doit plaire/ ou il te veult mettre tu le dois vouloir/ tu +as commandement de endurer il a l’office de purger/ et combien que la +paele arde en ce feu/ c’est la douleur que tu sens/ toutevoye se tu es +sage tu t’y purges comme l’or. + +¶ Et ancore avec tout ce que le mieulx ait esté pour toy/ et au prouffit +de ton sens le te monstreray Il n’est ou monde plus grant bien et toy +meismes pas ne le me nyeras/ que cellui qui vient de l’entendement/ & +qui le parfait en savoir/ la quelle chose fait estude qui apprent +science/ et experience de moult de choses/ Ces .ii. causes font la +personne estre sage se faute de l’entendement ne lui tolt a ton propos +il n’est mie doubte que se ton mary te eust duré jusques a ore/ l’estude +tant comme tu as ne eusses frequenté Car occupacion de maisnage ne le +t’eust souffert au quel bien d’estude tu te mis comme a la chose plus +esleue selon ton jugement apres la vie qui est de tous poins pour les +parfais c’est la contemplative/ la quelle est vraye sapience/ le quel +bien d’estude je sçay que confesseras que pour tous les biens de fortune +ne vouldroies quelque pou que y ayes fait ne t’i estre occuppee & que la +delectacion qui tant t’en agree ne eusses Dont ne te dois tu pas tenir +pour meseuree/ quant tu as entre les autres biens une des choses du +monde qui plus te delite et te plaist a avoir/ C’est a savoir le doulx +goust de science. Item se riche et garnie & sans tribulacion fusses +demouree/ en delices te fusses nourrie/ lesquelles choses conduisent +creature a plusieurs inconveniens/ Si n’eusses mie l’experience de +congnoistre le monde/ et cause de tant le haÿr/ la quelle chose dieu +veult/ Et par consequant ne fusses si savant/ car saches de vray que les +riches que chascun agree non mie pour eulx/ mais pour le leur/ n’ont si +grant cause de congnoistre les fallaces du monde ne lesquieulx sont +leurs vrays amis comme ont ceulx qui les espreuvent et qui passent par +adversitez Car il leur semble pour ce que le monde leur rit que il ne +soit autre paradis et que il soit vray/ toy meismes as ouy mainte foiz +dire a de yceulx riches/ qu’ilz vouldroient que dieu gardast son paradis +et a tous jours les laissast en ce monde/ Or regarde a quel prejudice +tournent les delices quant ilz ramainent la voulenté qui doit suivre +raison a tele bestialité que elle ne use ne que une beste mue ne mais +aux pastures basses/ & ne se lieve ne regarde a son propre lieu naturel +qui est le ciel dont l’ame fourmee a l’image de dieu est venue et doit +tendre a aler Et que il soit vray que les espreuves de tribulacion te +soient prouffitables je me rapporte a toy que se dieu te ramenoit a un +pou plus d’aise de prosperité que pour riens ne vouldroyes que +tribulacion ne eusses essayee/ Or conclus en toy meismes et prens garde/ +puis que ainsi est que a l’entendement & au bien de ton corps sont +valables/ se a l’ame/ se bien en as usé plus sont proufitables/ Car dit +saint augustin sur l’euvangile saint jehan/ Les tribulacions que dieu +veult que tu ayes a souffrir en ce monde/ ce n’est pas peine de +dampnacion/ ains est le flayel de correccion Et vous enfans de dieu +estes appellez a l’eritage pardurable/ Et si ne daignez estre flayelez. + + + + +Encore de ce mesmes. + + +Apres il me semble que tu te plains Et dis que comme tu fusses choite es +las de dure fortune tantost que tu fus vesve te assaillirent les mauvais +par divers travaulx de plais & de plusieurs inconveniens que ilz te +bastirent O ma chiere amie/ ce n’est pas de nouvel que les mauvais +persecutent les ingnocens qui deffendre ne se scevent ou pevent/ mais +non pourtant que ce soit a leur dampnacion/ yceulx persecuteurs/ se bien +a ton utilité sceusses user des trais de leurs dars seroient les +orfevres de ta couronne// Car dit saint jerome en l’epistre a ciprian +que de tant comme creature humaine plus est afflicte par poissance +d’ennemis & de cruauté/ et de tant plus croist la couronne de son loyer/ +O folle qui plouroies par desconfort a ton foyer comme dit as ou temps +de tes tribulacions/ helas & ainsi faisoies de ton prouffit ton dommage/ +se par impacience estoit Car dit saint augustin/ beau filz se tu pleures +gardes que ce soit soubz la correccion de dieu ton pere et non mie par +impacience/ car la verge dont il te bat n’est mie punicion/ ains est +signe que tu as part en son testament Car dieu t’envoioit ton mieulx et +user n’en savoies Or regarde les beaulx enseignemens des sains docteurs/ +car de tel viande te vueil je repaistre comme elle soit plus penetrant +par aventure en ton entendement que force d’argumens ne seroit/ de quoy +autre foiz usay en confort de creature humaine. + +¶ Helas ne t’enseigna en ce pas ci saint gregoire ou .x.e livre de +morales que tu devoies faire lors que il dit tieulx parolles/ de tant +dist il/ que nous endurons pour l’amour de nostre dieu plus paciemment +tribulacion de tant plus croist nostre esperance en lui/ Car la joye de +retribucion pardurable ne peut estre cueillie se premierement n’est +semee en affliccion/ Et escoute un beau vers de ses parolles. + + ¶ Les maulx qui ycy nous estraignent + a aler a dieu nous contraignent. + +¶ Et combien que ci devant t’aye dit/ et il est vray que cause n’eusses +de si grant affliccion avoir selon le effait des choses comme tu dis que +avoyes/ Toutevoyes puis que te reputoies mal eureuse tu l’estoies/ et +c’estoit ce qui le te faisoit estre/ Car se toy meismes ne t’i +reputasses ne le fusses mie/ Dont puis que maladie ta meismes reputacion +te donnoit medicine/ Il couvient a quelque cause que le mal soit venus +mais a celle fin que a de tes amies ou amis semblablement enformez/ ou a +d’autres simples ou ignorens du coliege chrestien a qui ce vendra a +congnoissance puisse mon remede estre valable/ le regime a garison +prouffitable de tel maladie ne te sera par moy vee/ Et ancor voy que +maistier en as/ et a propos que de pou te plaignisses. + +¶ Escoute que dit Cassiodore sur le psaultier/ nous endurons dist il +petites choses mais s’il nous souvenoit bien quel buvrage pour nous but +en la croix de nostre seigneur qui a lui nous appelle/ nous avons +matiere de pacience O creature se il est ainsi que tribulacion tu ayes +receue ou reçoives/ Comment dieu t’a donné belle maniere de vivre se +bien en scez user/ car tribulacion euvre l’oreille du cuer mainte foiz +la ou mondainne prosperité la clot. + + + + +Encore de ce. + + +De ce que tu m’as dit/ que cheus en paroles de ce de quoy tu estoies +ignocent dont tu te troubloies O chiere amie quelle gracieuse punicion +dieu qui t’aime & n’est mie doubte que mainte fois l’as courroucié par +divers pechiez Il te volt donner par te corriger en ce que tu n’estoies +mie coulpable pour les pechiez muciez par aventure en conscience ou par +effait en quelque maniere que commis avoies/ et ainsi mainte foiz le +fait a creature Car en la chose dont n’est mie en coulpe la pugnist +d’autres divers pechiez mais c’est grant purgacion pour cellui qui est +persecutez de son innocence/ et les flaiolz des mauvais sont les +instrumens de sa gloire/ Et de cessi dit saint gerome es morales ou +.xx.e livre le tout poissant dist il seuffre en ce monde que les mauvais +griefvent les bons/ a ce que par la forsennerie des reprouvez soit +purgee de la vie des esleus/ Et n’est point a cuider que jamais dieu +souffrist que les mauvais ainsi cruellement tourmentassent les non +coulpables ou les bons se il ne veoit combien il leur prouffite/ Car +quant les mauvais forcennent sur les non courpables Adont sont luisans +les ignocens & purgiez & la perversité des mauvais plus redonde sur la +perdicion de eulx O dieux et de entre vous qui passer voulez de delices +en delices c’est a savoir des ayses de ce monde que vous desirez aux +biens celestiaulx la quelle chose ne se peut faire. + +¶ Escoutez que dit saint gregoire en une omelie quant je considere dist +il job couché sus un fumier comme mesel/ Saint jehan baptiste mourant de +fain en un desert/ saint pierre estendu en crois/ saint jaques decolé de +herode/ Je pense comment dieu tourmentera a son jugement durement ceulx +que il repreuve/ quant ycy presentement il afflict si durement ceulx que +il aime et appreuve. + +¶ Et entre vous mondains qui pensez en voz petites tribulacions que dieu +vous ait oubliez Et que fortune vous persecute/ Pensez vous que il soit +plus tenus a vous que a ses autres bons amis a qui tant laissa souffrir. + +¶ Mais de ycelle souffrance escoutez que dit saint bernard en un sermon/ +mes freres dist il nous sommes en ce monde ainsi comme en un champ de +bataille/ Et pour ce qui ycy playez de tribulacion n’apperra ne recevra +en l’autre la victoire de la couronne glorieuse/ O belle amie que cellui +est sage & vray/ Bon mainnager ou celle/ qui toutes choses scet bien +traire a son prouffit & bien en user soit de prosperité ou d’aversité/ +mais comme les delices mondains soient plus fors a en user au prouffit +de l’ame que les tribulacions nostresire pour bien de creature +communement les envoie a ses mieulx amez/ Car nient plus ne lui +cousteroit a envoyer prosperité que aversité/ mais soyez certaine que +lui qui scet vostre fragilité le fait pour le meilleur de cil a qui +l’envoye/ Car non obstant que vous en murmuriez par impacience souventes +fois si estes vous plus actes en la voye de tribulacion a aler ou ciel +que ceulx qui sont nourris es grans delices/ et que il soit vray se +mescroire ne voulez comme heretiques les saintes escriptures & les sains +docteurs moult en avez de preuves/ Car se tu me dis que fortes sont a +passer les tribulacions de ce monde & que elles dueillent griement. + +¶ Helas escoute a ce propos que dit crisostome sus l’euvangile saint +mathieu/ se aucun dist il repute la voye de ceste vie laborieuse pour +les afflictions qui y sont il accuse sa parece/ Car se aux maronniers +les floz de la mer & les tempestes et les gelees de l’iver aux +laboureurs/ et les playes orribles navreures aux chevaliers/ Semblent +estre legeres a porter pour l’esperance du gaing/ ou de l’onneur +temporelle que ilz en attendent par plus forte raison nous doivent +sembler aysiees les tribulacions de ce monde pour les quelles nous est +promis paradis en loyer. + +¶ Ha dieux & avec tout ce pensez vous point entre vous pecheurs que ayés +desservi par maintes diffames ancore trop plus grant punicion que +souffisant n’est de pugnir l’aversité que vous avez/ Et quant dieu selon +sa misericorde amodere et adoulcist vers vous sa justice pour un pou au +regart de voz maulx vous donner a souffrir/ n’estes vous bien tenus a +lui/ Et a ce propos dit pierre de ravenne en une epistre/ dieu dist il +te pugnist en ce monde a ce que la peine temporelle rachate tes ardeures +de la mort pardurable/ Car ainsi que les pierres ne sont mises en +edefice se premierement ne sont taillees & au martel acquerries ne le +grain n’est point mis ou grenier tant que au fleau soit batu/ aussi ne +peus tu estre logié en l’edefice de paradis ne mis ou guernier des +esleus se tu n’es esprouvé par tribulacion. + + + + +Encore de reconfort. + + +Amie chere par ce que dit t’ay/ me semble que assez doit souffire au +propos que au premier je promis te monstrer ton tort des grans reclaims +que m’as fais de tribulacions que tu dis avoir passees n’estre si +grandes que tu les poises/ & aussi que pour ton prouffit te sont +premises se en toy ne tient. Assez me semble t’ay prouvé souffisamment/ +mais sur le temps present ou quel tu dis ancores durer tes infortunes ou +tu ne vois ne cognoiz voye de relachement/ Te respondray confondant +pareillement tes oppinions en ce que tu ymagines. + +¶ Et apres pour le temps avenir se croire me veulx tout ainsi comme le +bon medecin quant il a curé son malade/ lui baille regime pour preserver +sa santé & affin que il ne renchee/ te bailleray ordre et voie de estre +conduite a la vraye felicité ou tout cuer humain doit tendre comme il +n’en soit point d’autre/ Et premierement pour ce que tu ne congnoiz ton +estat le te fere congnoistre/ te feray une demande Car par ce que de toy +entens tu ne te tiens mie content de telle porcion que tu as de biens Et +t’est avis que assez de autres abondent en superfluitez de choses dont +escharceté as et souffreté/ Si te demande se tu congnoiz homme ou femme +soit prince princesse ou autre des plus remplis des biens de fortune/ +soit en seignourie/ estas honneurs et autres dignitez/ je te parle de la +vie des mondains/ & en resserve les speculans nobles de entendement/ que +tu voulsisses avoir changié ton simple estat & maniere de vivre/ la +voulenté que tu as et l’amour et delit de estude que tu prens a ta vie +solitaire pour avoir la cure & charge de tant de divers faisselz/ Et +dame de conscience et l’ardeur de couvoitise & tout tel courage comme a +le plus eureux & fust meismes converti ton corps foible & femenin en +homme pour estre transmuee de condicions et de tout en cellui ou celle a +qui tu reputes es biens mondains fortune plus propice/ adont respondis a +la dame honoree/ dame a quoy me fais tu ceste demande/ ne scez tu que +couvoitise tant ne me suppedite que pour tous les biens de fortune +voulsisse avoir changié mon estre a cellui d’un autre pour toutes ses +richesces/ O folle et comment peut estre que apres tele sentence tu te +reputes mal eureuse et puis que mieulx te souffist ton estat que cellui +de un tres poissant riche ne feroit/ pour le laissier donc te reputes tu +plus riche c’est a savoir plus eureuse que le plus riche qui soit tant +que touchent ses richesces/ Car comme toute chose tende tous jours a sa +perfeccion/ se tu reputoies le plus riche plus parfaict que toy/ tu +vouldroies doncques ton estre avoir au sien changié/ Et ainsi peus tu +veoir que le mal ou le bien que les gens ont leur vient par cuider et +par oppinion & non mie des choses/ Car cellui est riche qui plus ne +couvoite/ et cellui est povre qui art en desir/ amie chiere ci n’as pas +mauvaise cause/ or te souffise doncques l’estat ou dieu t’a appellee/ Et +de ce que tu te complains de la charge de plusieurs parens que il te +faut avoir/ prens la en pacience et fais ton devoir/ Car tout est pour +ton merite/ & te resjouis en ce que ilz sont bons/ & espere en dieu +comme dit le psalmiste et fais bien/ Car il ne te fauldra ja/ nature est +de pou soustenue qui vit a la neccessité de nature il se sauve. Mais qui +vit selon les supperfluitez de delices il se pert et dampne & accourse +ses jours. + + + + +Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture. + + +Mais pource que tu n’as pas ancore la mer de ton pelerinage toute passee +te tendray de promesse verité sus l’enseignement de ton vivre. + +¶ Tu qui felicité desires se parvenir y veulx viens a moy je te ouvreray +la voye/ la quelle non obstant que toute soit plaine de tribulacions/ +aler n’y peus par autre chemin et pour ce que entre les autres peines +dures a souffrir semble entre vous mondains que injure et persecucion +sanz cause receue de voz prochains soit a porter paciemment la plus fort +chose fonderay l’entree de nostre oroison sur ce que dit a ce propos +saint gregoire sur ezechiel/ tous les biens dist il que nous faisons +sont nulz se paciemment nous ne endurons les maulx que recevons de noz +prochains Et de ce nous donna exemple Jhesucrist qui plus souffry de son +meismes peuple que autre homme ne pourroit souffrir. + +¶ Mais bien dit voir grisostome/ quant sur l’epistre saint paul aux +ebrieux il dist/ il n’est riens qui si grant confusion au persecuteur +qui autrui persecute face que de endurer paciemment & forment ses +injures/ et ne lui en rendre vengence en fait ne en parolle. + +¶ De ce parla hue de saint victor ou .iii.e livre de l’ame/ grant vertu +dist il est a cellui qui est blecié se il espargne cellui a qui il +pourroit nuire Car c’est la plus noble victoire que homme puist avoir +que de espargner par vertu cellui a qui grever pourroit. + +¶ Et que les mauvais soient communement persecuteurs des bons/ ne fus +pas repunante a ce que devant est dit/ quant je dis a mon amé boece que +ceulx de nostre prophession desirent a estre haÿs des mauvais/ Car comme +toute chose hee son contraire ne seront pas leurs hayneulx participans +de leurs mauvaistiez. + +¶ O gens mortieulx ce dit boece pour quoy la hors querez la beneurté qui +assise dedens vous est ignorence vous deçoit/ car la pure vraye beneurté +est avoir de soy meismes la seigneurie Car homme n’a si chere chose +comme soy meismes Et ce ne lui peut fortune tolir/ Et affin que tu +saches que es choses de fortune ne peut avoir felicité je te dy que +felicité et beneurté sont les souverains biens de nature Et ce est +raison et entendement & bien souverain ne peut estre perdus/ Et ces +meismes paroles que je te dis pareillement dis a mon amé boece// Donques +entre vous usez des dons de dieu et laissez aler ceulx de fortune/ et +apprenez a seignourir vous meismes & adont ne vous seront tant grevez a +porter les tribulacions pour l’amour de cellui pour qui le ferés. + +¶ Car dit a ce propos saint gregoire ou .v.e de morales se la pensee de +l’omme est adreciee en dieu par forte entencion/ quanqu’i est amer en +ceste vie lui semble doulx/ & tout quanque afflict il repute repos. + +¶ Ancore dit le benoit gregoire sur ezechiel dieu avec ses dons nous +mesle ses fleaulx/ a ce que tout quanque mondainnement nous delictoit +nous semble amer/ et affin que en noz courages un feu se alume de +charitable pacience qui nous excite tous jours au desir du ciel. Et +ainsi nous morde delitablement/ nous tourmente souefvement/ et qui nous +contriste joyeusement Ha dist il ou premier de morales/ le benoit job +quant dieu souffroit que il fust de l’ennemi frappez/ autant de voix de +pacience comme il rendoit en ses tourmens autant de dars il regitoit +contre son adversaire/ Et assez plus grans coups lui donnoit que il ne +soustenoit. + +¶ Et en ce dist il lui meismes est discernee la pensee juste de la +pensee injuste Car la juste en tous estas et en toutes adversitez +confesse la louange du tout poissant/ & l’injuste ne fait que murmurer. + +¶ Et de ce dit saint ambroise sus le pseaume de _Beati inmaculati_/ En +ce as tu le grant merite de pacience se toy existant subget aux +tribulacions tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevé de maladie tu +rens graces/ et en quelque estat que tu soies plus afflict & tant plus +prouffites. + +¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience se toy existant subget aux +tribulacions/ tu loes les jugemens de dieu/ se tu grevez de maladie/ tu +rens graces & en quelque estat que tu soyes plus afflict et tant plus +prouffites. + +¶ Que te diroye de la noble vertu de pacience/ c’est celle en toute +somme qui est la maistre portiere de paradis/ et sanz qui les autres +vertus ne tiennent lieu Et ce conferme Cassiodore sur le psaultier/ +pacience dist il est la vertu qui vaint toutes choses non mie en +combatant mais en souffrant non pas en murmurant mais en rendant graces +C’est la vertu qui nettoie toute l’ordure de volupté & qui a dieu rent +les ames cleres. + + + + +Instruit philosophie a despriser les biens mondains. + + +Et de ce que entre vous tant amez les assemblemens des richeces/ & tant +vous traveillez pour ycelles m’en tairay je dont non feray Car combien +que par aventure petit penetreront mes parolles es courages obstinez/ +non pourtant viennent avant les notables au propos de leur vitupere/ +lesquieulx le dit boece nostre amé recite en son livre de reconfort/ et +les approuvons par l’escripture sainte en la maniere encommenciee/ et +avisez quelle introite d’ycelles/ veulx tu dist il assembler peccune il +couvient que tu la soubtrayes a qui que soit veulx tu avoir dignetez tu +seras ou desdaing des envieux/ veulx tu surmonter les autres/ tu seras +en peril de hayneux/ se tu montes en poissance/ la paour de decheoir ne +te laira point/ veulx tu renommee avoir il te couvendra moult souffrir +veulx tu delices/ tous ceulx te despriseront qui serf te verront a tes +aises/ Et pour ce peus notter que ces voies ne font pas l’omme riche +C’est a savoir assouvy. + +¶ Escoute ancore ces propres parolles/ certes dist il les richeces +n’estaignent pas l’avarice que l’en ne peut saouler/ ne la poissance ne +fait estre seur cellui qui de lians est enchaennez/ Et quant povoir +vient aux mauvais il ne les fait pas bons mais descueuvre et monstre +leur mauvaistie dont veu ce que vous avez joye de mettre voz cures a +choses qui autre sont que vous ne les nommez & que l’en peut assez +reprendre pour ce que elles ne sont ne vrayes poissances ne vrayes +dignitez/ Je puis conclurre de toute fortune que il n’y a chose qui a +desirer face ne qui naturellement soit bonne quant tous jours elle ne se +joint pas aux bons & que a ceulx a qui elle se joint elle n’est pas +bonne. + +¶ Et assez s’acorde a ceste sentence aristote quant ou livre de bonne et +de male fortune dit que la ou est le plus grant engin et entendement +n’est mie tous jours la meilleur fortune/ Et souvent avient que la ou +fortune est plus propice n’est mie le plus grant entendement. + +¶ Et ce est contre les arrogans qui presument d’eulx/ Et cuident que +quant fortune leur est propice que ce soit pour leur grant savoir ou +value/ mais comme l’experience du contraire nous soit magnifeste veons +le plus des bons et de cler engin mal fortunez es biens mondains/ Et +pource est voir le proverbe des lombars qui dit/ a fol aventureux n’a +lieu sens/ mais dit boece que plus prouffite la male fortune que la +bonne Car la bonne fait semblant de beneurté/ Et ainsi elle ment comme +en ses biens n’ait beneurté/ Et la mauvaise est vraye en ce que elle +monstre par soy changier que elle n’a point d’estat seur/ La bonne +donques deçoipt & la mauvaise fait sage par l’usage de tribulacion/ Et +certes Comme il dit les richesces ont donné nom a maint mauvais & sanz +vertu/ Et pour ce cuident yceulx que il ne soit autre bien ne plus digne +chose que avoir tresors pierres precieuses et grans seignouries/ O viles +dignetez et poissances du monde que entre vous exaussiez jusques au ciel +et ne savez qu’est povoir & vraye digneté/ & se mauvais vous a/ onques +grant elevacion d’eaues ou de flames plus ne dalmagierent. + +¶ Helas homme/ et se tu regardes ton corps/ tu ne trouveras pas plus +foible chose/ Car le mors de un chien ou une mouche/ se elle entre +dedens toy t’occist aucune foiz/ et de quoy peus tu qui tant te +orgueillis avoir povoir sus autre/ ce n’est ou corps & es choses de +fortune/ mais a force le cuer qui est franc & fort par le conduit de +raison n’est mie en toy de mouvoir. + + + + +Ci dit comment selon les diz de sainte escripture prosperité mondaine ne +fait a priser. + + +Et au propos ancore que dieux ait en reprobacion les mauvais riches & +que les simples ne se doient esmerveiller se il leur seuffre avoir des +biens temporeulz/ et consent que les bons soient persecutez Retournons +aux saintes escriptures/ Car de ce dit Bede sur l’epistre saint jaques +Ne soyez dist il point indignés se les mauvais flourissent en ce monde/ +Et vous serfs de dieu avez a souffrir/ Car ce n’est pas de chrestiane +religion estre exaussez en ce monde/ mais estre abaissiez/ & deprimez +Les mauvais n’ont riens ou ciel ne vous riens en ce monde/ Et pour ce en +esperance du bien ou vous tendez quelque chose que il vous aviengne en +la voye de ceste vie vous en devez esjouir. + +¶ Et ce tesmoigne saint gregoire en la .xl.e omelie sur les euvangiles/ +qui dit ainsi/ cellui que dieu het il lui seuffre avoir prosperité en ce +monde/ Et aussi retient il cellui que il aime soubz le frain de +tribulacion Et de ce monstra bien exemple mon seigneur saint ambroise +quant une foiz aloit par le pays & se volt logier pour la nuit en un +hostel/ si appella l’oste/ Et ainsi comme il avoit de coustume lui +demanda de sa fortune/ Le quel lui respondi que toute sa vie avoit +flouri en honneurs & habondé en richeces ne onques ne estoit decheu ne +en adversité maladie ne autre desplaisir/ mais tous jours lui estoient +venus ses choses a souhaid/ Adont ces choses ouyes saint ambroise s’en +parti/ et logier ne s’i volt combien que il fust nuit/ Et dit que +continuee succession de temporelle prosperité n’est mie signe de estre +amé ne esleu de dieu/ ains est signe de pardurable dampnacion. + +¶ Viengne avant Seneque & die a nostre propos son dit. voy le ci en la +.lxxxvii.e de ses epistres/ Se tu veulx avoir dist il la vraye +extimacion de l’omme/ et savoir quel ou quen grant il est/ regardes le +tout nu/ ostes son patrimoine oste ses honneurs & les autres mençonges +de fortune et le regardes se tu peus non pas ou corps mais ou courage/ +et la verras tu quel et com grant il est la saras tu se il est grant du +sien ou de l’autruy. + + + + +Conclusion des choses susdites & ancore de ce. + + +N’avons nous mie assez prouvé qu’en richeces et honneurs mondains n’est +pas felicité/ donques nous couvient tendre a la trouver/ mais comme en +ce monde ne peut estre trouvee/ ancore treant a nostre propos dire nous +en couvient/ si appert assez estre vray ce que dit boece/ Les choses +n’ont pas honneur selons elles/ mais selons l’extimacion & opinion des +gens qui le donnent et rostent comme il leur plaist/ Et donques puis que +injustement se pevent tieulz honneurs donner je conclus que elles sont +villes O donques vaine gloire/ ce dist il respandue en multitude de +gens/ tu n’es autre chose fors enfleure d’oreilles/ Car on voit souvent +louer par faulse oppinion de peuple ceulx qui n’ont mie en eulx le bien +que on y dit/ Et ce ne peut estre sanz leur grant honte quant ilz +sentent que ce leur fault dont ilz sont louez/ Et se il est ainsi que +preudomme doye estre loué pour sa vertu/ que lui chaut quant il ne +quiert pas la faveur du peuple/ mais la bonté de sa conscience/ Et se on +tient belle chose avoir renommee/ aussi doit on tenir a laide qui ne +l’a. + +¶ Que diray je dist il des delices du corps quant on les quiert il +donnent grant traveil/ quant on les a ilz tournent a ennuy/ quant on les +a eues ilz engendrent enfermetez & tele est la paye de ceulx qui leur +fin y mettent// Or est donques ainsi/ ce dist il que richeces honneurs/ +royaumes/ seigneuries forces beautez et poissances ne donnent pas de +felicité/ Car riens digne n’est de estre appellé felix comme dit est +devant se il n’est perpetuel/ et comme teles choses ne le soient n’est +pas cellui felix qui les a/ mais voy cy que il dit apres/ veulz tu +savoir dist il la vraye felicité qui repaist l’ame et donne souffisance/ +Or tourne ta force d’autre part/ si verras celle qui donne poissance +gloire renommee & delit tout ensemble/ & ce est dieu autre chose ne +l’est Sicomme ou dit livre de boece je prouvay par sa bouche/ et les +fleurs de ycellui je ay cueillies et appliquees ycy a ton propos pour +faire d’une sorte un gracieux chappel avec les dis des sains docteurs +pour ton livre/ a la fin comme victorieux couronner/ Or viengnent les +roses de la sainte escripture avec noz violettes et frappons ancore +contre les arrogans du monde. + +¶ Tu ce dit saint augustin qui tant aimes le monde pour quel loyer +guerriez vous/ n’est ce pas vostre plus grant esperance que vous +puissiés estre amis du monde. helas et quel bien est cestui au quel on +ne peut venir fors par grans inconveniens. homme homme laissez perir +toutes ces vanitez/ et te convertis a la seule inquisicion qui a gloire +et n’a fin/ & qui est ce/ ce est seul dieu. + +¶ Helas ce dist il ancore en une epistre/ ce monde ci plus est perilleux +quant il se monstre souef/ que quant il se monstre moleste/ & plus a +eschever quant plus attrait a soy amer. + +¶ De ce meismes ancore dit sur l’epistre saint jehan le monde dist il +est plain de tribulacions et voy cy comment chacun l’aime/ que seroit ce +se il estoit paisible/ s’il estoit bel comment t’y appuyeras tu quant si +lait & tant conturbez si fort l’embraces/ Et quant des espines ne peus +retraire ta main/ bien cueilleroies des fleurs se elles y estoient. + +¶ A ce propos dit saint gregoire en une omelie/ veez cy dist il le monde +qui est en soy tout seq/ Et toutevoyes ancore flourist il en noz cuers +par tout mort/ par tout plain de plour/ et par tout en desolacion/ nous +sommes de tous costez ferus/ nous sommes de tous lez remplis de +amertume/ Et toutevoyes de nostre avugle charnelle pensee et +concupiscence nous aimons ces amertumes nous les suivons fuyant nous +nous espinons a lui trebuchant/ et pourtant que il trebuche nous ne nous +povons tenir avec lui sanz tresbucher. + +¶ Mais dit saint bernard en un sermon/ A qui jhesucrist prent a sembler +doulx/ c’est neccessité que lui semble le monde amer. + +¶ Encore dist il sur quantiques/ ce monde est tout plain d’espines ilz +sont en terre ilz sont en ta char/ & converser entre ces espines & n’y +estre point blecié c’est de vertu divine et non pas de nostre fragilité. + +¶ Mais de ce dit saint gregoire es morales ou .xxiii.e a ses esleuez qui +vont a lui/ nostre seigneur a fait le chemin aspre a celle fin que tant +ne leur plaise le repos de ceste vie en fourme de la doulceur du chemin +que ilz ne se delitent plus a cheminer longuement que a tost venir au +terme de leur repos/ & que tant ne leur plaise la voye que ilz en +oublient leur propre pays/ C’est le ciel. Mais voy cy que il dit apres +les cuers de esleus dist il qui attendent les joyes de paradis prennent +cuer et force es adversitez Car de tant que croist plus la bataille de +tant attendent ilz plus glorieuse victoire/ les desirs des esleus si +prouffitent tant que ilz sont ainsi affermez es tribulacions comme le +feu ardant que le vent rabat la flame/ et toutevoye le fait plus +croistre et combien que il semble que estaindre le doye il le enforcist. + + + + +Encore de ce mesmes. + + +Or trayons au terme de nostre oeuvre au quel te desir a l’utilité de ton +sens conduire c’est a savoir a la conclusion de la vraye felicité/ ou tu +dois tendre comme nous ayons assez monstré par maint dignes preuves que +sont faulces felicitez combien que la cure des choses morteles s’i +traye/ n’est mie celle/ ains est celle qui a en soy bien parfaict & qui +la plus ne peut desirer/ c’est dieu comme dit est/ car on ne peut penser +riens meilleur de lui/ il couvient dont que son bien soit parfaict/ Car +autrement ce dit boece/ et il est vray ne seroit il pas prince des +autres biens/ Si avons dit ce dit boece & aussi nous l’acordons que +felicité est souverain bien/ et tu vois que homme est beneureux quant il +a felicité/ & felicité si est dieu/ dont est homme dieu quant il a +felicité ainsi comme ceulx qui ont droiture sont droituriers/ & ceulx +qui ont sapience sont sages Et ainsi ceulx qui ont divinité sont dieux/ +& cil qui a felicité est dieu dont tous beneurez sont dieux/ mais par +nature il n’est que un dieu et par participacion il en est moult/ Et ces +parolles sont le propre texte du dit livre de boece en consolacion/ Or +avons trouvee celle benoite felicité que desirer devons/ mais que ferons +nous de celle felicité nous promet elle riens. + +¶ Viengne saint gregoire en son omelie et le nous die/ veez le cy/ se +nous considerions bien quelles et comment grans choses nous sont +promises es cieulx/ nous reputeriens villes toutes les choses que nous +pourriens avoir en terre/ Car toute la substance terrienne comparee a la +souveraine felicité nous est plus a charge que a ayde/ la vie temporelle +comparee a la vie eternelle est plus mort que vie/ Car le deffault de +nostre cotidiane corrupcion n’est mais que une prolixité de mort Mais +qui est ce qui peut raconter ne entendement comprendre com grandes sont +les joyes de celle souveraine cité/ estre tous jours present es +compaignies des anges avec les benois esperis/ estre assistant a la +gloire de nostre conditeur/ veoir le visage de dieu & la benoite trinité +face a face/ regarder sa lumiere incomprehensible/ n’avoir jamais paour +de la mort/ & soy esjouir du don de perpetuité. + +¶ De celle benoite trinité un petit parlons pour plus grant efficace +selon les diz des sains docteurs/ et en elle vueil que soit terminee ton +oeuvre qui te doint grace que ainsi soit a la fin ta vie/ Mais comment +oseras tu entrer a la mediter toy povre miserable creature. + +¶ Car dit saint augustin ou livre de la trinité que tout l’ost de pensee +humaine n’est pas assez fort pour soy ficher en celle excellente lumiere +pardurable se elle n’est bien purgee par justice de foy. Mais que plus +soubtilment je t’en declarasse n’est neccessité. + +¶ Car dit saint augustin ou sus dit livre que l’en ne peut plus +perilleusement ailleurs errer ne l’en ne peut riens plus laborieusement +querir/ ne l’en ne peut riens plus prouffitablement trouver que la +benoite trinité du pere du filz et du saint esperit en unité de essence +divine. + +¶ Mais de ce dit il lui mesmes ou livre des paraboles de nostre seigneur +parlant contre arrian/ nous veons dist il le souleil ou ciel courant +luisant et chault/ aussi/ ces .iii. choses a le feu mouvement lueur et +chaleur/ Se tu peus donques dist il faulx arrian devise l’une qualité de +l’autre ou souleil/ ou ou feu/ Et puis si devise la trinité/ Et pour ce +comme dit saint bernard en un sermon Trop enquerir de la benoite trinité +c’est perverse curiosité/ fermement croire et tenir de la trinité ainsi +que tient l’eglise et la foy catholique/ c’est seureté. + +¶ Il est ce dit ancore saint augustin en un sermon plusieurs trinité/ +c’est a savoir la trinité qui nous a fait/ la trinité qui nous deffait/ +la trinité qui nous refait/ la trinité qui nous a fait/ c’est la trinité +pardurable/ le pere/ le filz et le saint esperit. La trinité qui nous +deffait c’est une trinité miserable Quelle est elle/ c’est non +puissance/ ignorence/ et concupiscence/ et par ceste trinité miserable +est deffaite nostre trinité raisonnable C’est a savoir memoire +entendement et voulenté Car quant nostre ame se dechiet de la trinité +pardurable/ la memoire chiet en non puissance l’entendement en ignorence +la voulenté en concupiscence/ la trinité qui nous reffait/ c’est une +trinité prouffitable/ foy/ esperance/ charité/ foy des articles des +commandemens & des sacremens/ esperance de pardon de grace et de gloire/ +Charité de pur cuer de bonne conscience & de foy non pas fainte. + +¶ Mais veoir la benoite trinité ainsi que elle est c’est la vraye +felicité seule & souveraine/ et non autre ou doit estre le terme et fin +du desir de toute humaine creature/ a la quelle felicité te vueille +conduire celle benoite trinité un seul dieu regnant ou siecle des +siecles amen. + + + + +Respont christine a philosophie & la remercie en la personne de +theologie. + + +Adont se tut la dame honoree/ et je commençay a ainsi dire/ O tres +souveraine aministrarece de la pasture/ et du restorant medicinable qui +ne garist pas tant seulement le malade par tribulacion navré/ mais lui +rent vie force & vigueur par le doulx ongnement et liqueur de ton +reconfort/ Toy philosophie l’armoire et corps de toute sciences/ +lesquelles sont tes membres/ Je apperçois que il est vray ce qui est dit +de toy sicomme saint augustin recite Car tu es toutes sciences et a tes +amez te demonstres tele qu’il te plaist selon la voye que on te veulent +enquerre & a moy simple de ta digne grace t’es monstré en fourme de +sainte theologie pour repaistre mon ignorent courage le plus sainement a +mon salu/ ne m’as pas fait comme a ta chamberiere/ mais mielx que tu ne +promis/ C’est a savoir moy servie de tes plus prouffitables et dignes +mes qui viennent de la table de dieu le pere/ dont te mercy C’est +assavoir dieu qui est toy plus que ne saroie dire Et vrayement es tu +toutes les sciences/ Car tu es vraye phisique/ c’est a savoir theologie +en tant que tu es de dieu/ Car toutes les causes de toute nature sont en +dieu createur/ Tu es ethiques/ car bonne vie et honneste que tu formes & +apprens/ c’est a savoir a amer/ ce qui est a amer c’est dieu et le +prochain/ & ce la toy theologie monstres tu en la science de phisique & +de ethiques/ Tu es logique car la lumiere et la verité de l’ame +raisonnable tu demonstres/ tu es politique Car tu apprens a bien vivre/ +Car nulle cité n’est mieulx gardee que par le fondement et l’eaue de foy +et de ferme concorde a amer le bien commun qui est tres vray et +tressouverain/ c’est dieu de qui tu parles en la science en quoy a moy +t’es demonstree/ c’est a savoir theologie. O theologie que je vueil +louer dame en toy souveraine philosophie. Je congnois que quant homme +apprent hors de toy/ se il lui est nuisible par toy il en scet la +verité/ Se il lui est prouffitable aussi tu lui demonstres/ et quanque +il ara peu apprendre ailleurs se en toy ne refiert/ tout sera parte de +temps et ignorence/ Car tu es la sapience vraye/ ne autre chose n’est +que toy en qui est trouvé ce que ailleurs ne peut estre c’est vraye +felicité. + +¶ Et ce tesmongne de toy saint gregoire ou prologue du livre des morales +que tu as en publique ce de quoy tu peus nourrir les petis/ et de ce +l’experience en ma personne le me tesmongne/ Et gardes en ton secret ce +dont tu peus prendre les haulx entendemens en grant admiracion/ Car tu +es ainsi comme un fleuve qui semble estre si pou parfont que un aygnel y +prent pié/ Et si est si parfont que un elephant y peut nagier/ +Merveilleux est ton fleuve sainte theologie qui si pou semble estre +parfont a un aignel/ c’est a entendre a un bon simple qui y prent pié/ +Et si est si parfont a un elephant orgueilleux/ c’est aux plus haulx +entendemens qui a peine te scevent et non toute comprendre. + +¶ Et pour ce dit bien le benoit saint jerome en l’epistre a sa bonne +devote la vierge de mecriade/ use dist il de la leçon de theologie en +lieu de miroir pour corriger ce que tu as en toy lait/ et pour garder ce +que tu as en toy bel/ et te faire plus belle/ Car toy sainte theologie +as un miroir qui monstre les ordures et les apprent a nettoyer. + +¶ De toy et a ta louange de rechief dit le benoit docteur saint jerome +qui tant cherement t’ama que ainsi comme les tenebres de la nuit point +n’obscurcissent la clarté des estoilles du ciel Ainsi nulle mondaine +iniquité ne peut obscurcir les ames qui sont appuyees au firmament de +sainte theologie/ O dame sainte theologie/ tu m’as donné certaineté de +ce que dit de toy le benoit saint gregoire ton docteur ou premier livre +de morales que ta doctrine & sainte escripture aucune fois nous est +viande aucune foiz nous est beuvrage en lieu plus obscurs/ lors est ce +que elle nous est viande Car quant nous l’exposons c’est la viande que +nous machons/ et quant nous l’entendons c’est ainsi comme la viande que +nous avalons mais es lieux ou elle est plus clere elle nous est buvrage +Car quant elle n’a besoing de exposicion/ nous la humons ainsi comme +nous la trouvons// Dame que puis je dire de toy et du bien que tu m’as +fait/ de la sainte viande de ton repast qui m’a rassadiee & fait +congnoistre la ignorence de ma descongnoissance par quoy je congnoiz mon +tort par ce que tu m’as conclus/ Si di que toy sainte theologie et +divinité es une tres grasse viande qui contiens en toy toute delices +ainsi comme la manne qui aux juifs plouvoit du ciel qui assavouroit en +la bouche de chacun selon sa voulenté// Ainsi me depars de mon avision +la quelle je ay partie sicomme en .iii. differences de .iii. pierres +precieuses en leur proprietez/ la premiere est en fourme de dyamant/ le +quel est dur et poignant/ et tout soit il cler hors oeuvre quant il est +relié et mis en l’or il semble estre obscur et brun/ et toutefoiz ne se +meut sa vertu qui est moult grande/ La seconde est le kamayeu en qui +plusieurs visages et figures diverses sont empraintes/ et est son siege +brun et l’emprainte blanche/ La tierce au rubis precieux cler et +resplandissant et sanz nue obscure qui a proprieté de tant plus plaire +comme plus on le regarde. + + +Explicit le livre de l’avision de christine. + + + + +Table des chapitres + +[Note: Cette table des chapitres ne figure pas dans l’original.] + + + feuillet + La premiere partie parle de l’image du monde et les merveilles + que elle y vid. 1 + 1. Premierement dit christine comment son esperit fu transporté. 1 + 2. Ci dit l’ordre comment le dit ymage estoit repeus. 1 + 3. Comment christine fu transgloutie ou corps du dit ymage. 2 + 4. Comment elle se transporta de lieu en autre. 2 + 5. L’acointance que elle desiroit a avoir a une dame portant + couronne. 3 + 6. La complainte de la dame couronnee a christine. 3 + 7. Ci devise la dame couronnee de son commencement. 4 + 8. Dit la dame couronnee de ses gestes. 4 + 9. Encore de ce mesmes. 5 + 10. Des bons et des mauvais gouverneurs de la dame couronnee. 5 + 11. Ci parle la dame couronnee du bon gouverneur que elle ot. 6 + 12. De .ii. nobles oyseaulx de proye. 8 + 13. Ci dit la dame couronnee des contens qui furent pour elle + gouverner. 8 + 14. Ci se plaint la dame de ses Enfans. 9 + 15. Ci dit comment les vertus au monde sont emprisonnees. 10 + 16. Ci dit des vices qui queurent en general. 11 + 17. Du vent de perdicion qui cuert par la terre. 13 + 18. De la punicion des vices. 13 + 19. Encore de ce mesmes & complainte de la dame. 14 + 20. De ce mesmes. 15 + 21. Encore du vitupere des vices en general. 16 + 22. Piteuses paroles de la dame couronnee & recors de la sainte + escripture. 17 + 23. Encore de sa complainte. 18 + 24. Des punicions des vices. 18 + 25. Encore de ce mesmes. 19 + 26. Encore de ce. 20 + 27. Encore de ce. 21 + 28. Encore de ce. 22 + 29. La fin de la complainte de la dame couronnee. 23 + + La seconde partie parle de dame oppinion et de ses ombres. 25 + 1. Ci dit de quoy ces ombres servoient. 25 + 2. Comment l’ombre araisonna christine. 26 + 3. Les choses que l’ombre disoit a christine. 27 + 4. Encore de ce mesmes. 29 + 5. Ci dit l’ombre les oppinions de philosophie sus le principe + du monde. 29 + 6. Ancore de ce mesmes. 31 + 7. Les contre dis d’aristote aux autres philosophes. 33 + 8. Encore des oppinions. 34 + 9. De ce mesmes. 36 + 10. Encore de ce. 37 + 11. Ancore des oppinions des philosophes. 38 + 12. Cesse a parler des oppinions. 39 + 13. De l’ombre la poissance que elle a. 40 + 14. Encore dit de sa poissance. 41 + 15. Encore de ce mesmes & des seignouries. 42 + 16. Dit ancore l’ombre des choses que elle a faites faire. 43 + 17. Ce que l’ombre disoit des arquemistes. 44 + 18. Des nobles que l’ombre dit que elle deçoit. 46 + 19. Ce que l’ombre disoit des gens d’armes. 46 + 20. La fin de l’oroison de l’ombre. 47 + 21. Responce de christine a l’ombre. 48 + + La tierce partie parle de confort de philosophie. 50 + 1. Ce que christine dit a philosophie. 51 + 2. La complainte de christine a philosophie. 52 + 3. Dit christine de ses bonnes fortunes. 53 + 4. Entre a parler christine de ses males fortunes. 54 + 5. Encor de ce mesmes. 55 + 6. Balade. 58 + 7. Encore continue christine sa complainte. 59 + 8. Dit christine comment elle mua sa maniere de vivre. 59 + 9. Se plaint christine de jeunece. 60 + 10. Dit christine comment elle se mist a l’estude. 61 + 11. Le plaisir que christine prenoit a l’estude. 62 + 12. Se plaint christine de fortune qui lui osta ses bons amis. 63 + 13. Encore de ce mesmes. 63 + 14. Conclut christine sa complainte a philosophie. 64 + 15. Respont philosophie a cristine. 65 + 16. Le reconfort de philosophie. 66 + 17. Encore de mesmes. 67 + 18. Blasme philosophie christine de ce que elle se plaint. 69 + 19. Encore de ce mesmes. 70 + 20. Encore de ce. 71 + 21. Encore de reconfort. 72 + 22. Le reconfort de philosophie aleguant la sainte escripture. 73 + 23. Instruit philosophie a despriser les biens mondains. 75 + 24. Ci dit comment selon les diz de sainte escripture prosperité + mondaine ne fait a priser. 76 + 25. Conclusion des choses susdites & ancore de ce. 76 + 26. Encore de ce mesmes. 78 + 27. Respont christine a philosophie & la remercie en la personne + de theologie. 79 + + + + +NOTES DU TRANSCRIPTEUR + + +On transcrit le manuscrit «Français 1176» de la bibliothèque nationale +de France, daté 1405-1406. + +L’orthographe, la ponctuation et l’usage des majuscules sont conformes à +l’original. On a résolu les abréviations par signes conventionnels (de +type Cõe pour Comme), ajouté accents, cédilles et apostrophes, et +distingué entre i/j, u/v. On a introduit un nouveau paragraphe à chaque +pied de mouche (¶), et mis systématiquement une majuscule en début et un +point en fin de paragraphe. + +Les corrections figurant sur le manuscrit, réputées de la main de +Christine de Pizan, ont été appliquées. On s’est permis également de +corriger certaines erreurs manifestement dues au copiste. + +On a conservé la phrase en double «se toy existant subget aux +tribulacions...» qui figure également en double dans le manuscrit 10309 +de la bibliothèque royale de Belgique. + + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75554 *** |
