diff options
| author | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-26 18:21:03 -0800 |
|---|---|---|
| committer | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-26 18:21:03 -0800 |
| commit | ea55717093afa6983641de9de689e436f0673da7 (patch) | |
| tree | 749b300d6304f07f5d114904513fbbebc0dd1bac /75221-h | |
Diffstat (limited to '75221-h')
| -rw-r--r-- | 75221-h/75221-h.htm | 3923 | ||||
| -rw-r--r-- | 75221-h/images/cover.jpg | bin | 0 -> 152314 bytes |
2 files changed, 3923 insertions, 0 deletions
diff --git a/75221-h/75221-h.htm b/75221-h/75221-h.htm new file mode 100644 index 0000000..d7d2eb5 --- /dev/null +++ b/75221-h/75221-h.htm @@ -0,0 +1,3923 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> + <meta charset="UTF-8"> + <title>Étude sur la Franc-Maçonnerie | Project Gutenberg</title> + <link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> + <style> + +p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; + margin: .3em 0;} + +h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } +h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } +h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; } + +div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; + margin: 1em 0; } + +.large { font-size: 130%; } +.xlarge {font-size: 150%; } +.small { font-size: 90%; } +.xsmall { font-size: 80%; font-style: normal; } +small { font-size: 80%; letter-spacing: .05em; } + +.rm { font-style: normal; } + +.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; } +.stanza { margin-top: 1em; } +.verse { padding-left: 3em; text-indent: -3em; } +.i2 { text-indent: -1em; } +.i10 { text-indent: 7em; } + +.sign { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; } + +hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } + +sup { font-size: smaller; vertical-align: 30%; line-height: 1em; } + +li { list-style: none; text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; } + +div.flex { display: flex; justify-content: center; } +table { margin: 1em auto; } +td { vertical-align: top; } +td.bot { vertical-align: bottom; padding-left: 1em; } +td.c div { text-align: center; padding-top: .7em; padding-bottom: .5em; } +td.r div { text-align: right; } +td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; text-align: left; } + +a { text-decoration: none; } + +.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em; + text-decoration: none; font-style: normal; line-height: 1em; +} +.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; } +.footnote .label { } +.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; } + +.ugap { margin-top: 1em; } +div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } +.break, .chapter { margin-top: 4em; } + +img { max-width: 100%; } + +@media screen { + body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } + img { max-height: 700px; } +} + +.x-ebookmaker .break, .x-ebookmaker .chapter { page-break-before: always; } +.top2em { padding-top: 2em; } +.top4em { padding-top: 4em; } +.nobreak { page-break-before: avoid; } + + </style> +</head> +<body> +<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75221 ***</div> +<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div> +<div class="x-ebookmaker-drop break"></div> +<h1 class="top2em">ÉTUDE<br> +<span class="xsmall">SUR</span><br> +<span class="large">LA FRANC-MAÇONNERIE</span></h1> + +<p class="c"><span class="xsmall">PAR</span><br> +<span class="large">M<sup>gr</sup> L’ÉVÊQUE D’ORLÉANS</span></p> + +<p class="c small">DEUXIÈME ÉDITION</p> + + +<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br> +CHARLES DOUNIOL ET C<sup>ie</sup> LIBRAIRES-ÉDITEURS<br> +29, <span class="xsmall">RUE DE TOURNON</span></p> + +<p class="c">1875</p> + +<div class="break"></div> + +<p class="c top4em"><span class="xsmall">PARIS</span>. — <span class="xsmall">IMP</span>. <span class="xsmall">VICTOR GOUPY</span>, 5, <span class="xsmall">RUE GARANCIÈRE</span>.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<p class="c"><span class="large">ÉTUDE</span><br> +<span class="xsmall">SUR</span><br> +<span class="xlarge">LA FRANC-MAÇONNERIE</span></p> + +<h2 class="nobreak" title="Avant-Propos" id="c0"> </h2> + +<p>Tout le monde connaît, au moins de nom, la Franc-Maçonnerie. +Je la connaissais comme tout le monde : mais depuis longtemps +déjà je désirais l’étudier de plus près ; et je m’y sentais +sollicité par diverses causes, depuis surtout la fameuse circulaire +de M. de Persigny. Il est incontestable en effet qu’à dater +de cette circulaire, la Franc-Maçonnerie, chez nous, est entrée +dans une phase nouvelle. Jusque-là, enveloppée de mystère, +elle n’agissait guère que dans l’ombre ; mais à la faveur des +hauts encouragements qu’elle reçut alors du gouvernement +impérial, elle a fait en France, depuis cette époque, acte de +vie publique, et son prosélytisme, toujours ardent quoique circonspect, +est devenu plus ardent encore ; elle a publié des livres +et des organes périodiques, fondé de nouvelles Loges en grand +nombre, recruté des adhérents, levé son drapeau ; et naguère, +dans une Loge, un franc-maçon signalait « le rapide envahissement +du monde par la doctrine maçonnique<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1870, p. 118. — D’après un document, probablement +exagéré, publié par le même organe, « il existe en ce moment en France +400,000 francs-maçons. Dans ce nombre les femmes ne sont pas +comprises ». — <i>Ibid.</i>, p. 212. <i>Le Monde-Maçonnique</i>, qui publie ce document, ne le rectifie +pas ; et je lis dans la Constitution maçonnique française, art. 5, que la +« Franc-Maçonnerie aspire à embrasser <i>tous les membres de l’humanité</i> ».</p> +</div> +<p>Il serait d’ailleurs superflu de nier ses progrès, ou de dissimuler +son influence chaque jour croissante, et la part cachée, mais +réelle, qui lui revient dans les révolutions contemporaines.</p> + +<p>Quand on voit le rôle prépondérant qu’elle joue au lendemain +de ces catastrophes qui changent tout à coup profondément +l’état politique et social d’un peuple ; quand on considère la part +qu’elle prend dans ces soudaines victoires de la violence où +elle fournit au parti triomphant des chefs et des soldats, il est +difficile de penser qu’elle n’y était pour rien, et l’étude que je +viens de faire m’a prouvé, avec la dernière évidence, qu’il se +rencontre là pour elle, à tout le moins, des solidarités étranges +et de graves responsabilités.</p> + +<p>Il est donc impossible qu’une telle institution nous trouve +inattentifs, ou que nous hésitions à dire nettement ce que nous +croyons ici la vérité.</p> + +<p>L’heure est venue, où c’est un devoir pour nous, après nous +être éclairés sérieusement nous-mêmes, d’éclairer aussi ceux +qui ont besoin de l’être.</p> + +<p>Car la Franc-Maçonnerie a des déclarations décevantes, au +moyen desquelles elle fait illusion, et qui expliquent jusqu’à un +certain point l’entraînement singulier qui porte vers elle tant +d’hommes trompés. Toujours en effet on a rencontré dans son +sein deux sortes d’adeptes, ceux qui n’en connaissent pas le +dernier mot, le but suprême, et les francs-maçons véritables, +qui savent très-bien, eux, ce qu’ils font et ce qu’ils veulent.</p> + +<p>On m’a souvent posé, à l’occasion de la Franc-Maçonnerie, la +question suivante :</p> + +<p>La Franc-Maçonnerie est-elle une institution hostile à la +Religion ? Est-il permis à un chrétien de se faire franc-maçon ? +Peut-on être à la fois franc-maçon et chrétien ?</p> + +<p>Il y a quelques années, Mgr de Ketteler, évêque de Mayence, +un des plus savants Évêques et des plus larges esprits de l’Allemagne, +a été amené aussi à s’occuper de cette question, et il a +publié un écrit spécial sous ce titre : <i>Un catholique peut-il être +Franc-Maçon ?</i></p> + +<p>Sa réponse sera la mienne ; et après l’étude approfondie que +j’ai faite, je dirai comme lui : Non, un catholique, un chrétien, +ne peut pas être franc-maçon.</p> + +<p>Pourquoi ? Parce que la Franc-Maçonnerie est l’ennemie du +Christianisme, et, dans ses profondeurs, une inconciliable ennemie.</p> + +<p>J’irai plus loin, et je demanderai : Un homme sérieux, un +homme de bon sens peut-il être franc-maçon ?</p> + +<p>Et je répondrai également : Non.</p> + +<p>Puis j’examinerai ce qu’est la Franc-Maçonnerie au point +de vue de l’ordre politique et social.</p> + +<p>Mais je me hâte de l’ajouter : c’est de la Franc-Maçonnerie +véritable que je parlerai, et non pas de ses nombreuses et honnêtes +dupes, de ceux dont le Pape Pie IX écrivait, que dans +leur erreur, ils pourraient aller jusqu’à croire « que cette société +est inoffensive, qu’elle n’a de but que la bienfaisance, +et qu’elle ne saurait, par conséquent, être un péril pour l’Église +de Dieu ». Laissant donc de côté les surfaces, les accessoires +de l’institution, ce qui, sans doute, lui a attiré un +certain nombre d’hommes abusés, j’irai au fond, au cœur +de la Société, au but même, là où gît entre la Franc-Maçonnerie +et la Religion l’antagonisme radical, inaperçu d’un certain +nombre, mais non pas de tous.</p> + +<p>On a écrit des volumes sur cette institution, on peut en écrire +encore. Je dois être plus court et plus simple, et n’étudierai +que les points principaux, les grandes lignes qui décident de +tout.</p> + +<p>Je n’ai donc pas à m’occuper ici des premières origines de la +Franc-Maçonnerie, ni des phases successives de son histoire, ni +de ses diverses attitudes vis-à-vis des gouvernements, ni de +la politique des gouvernements vis-à-vis d’elle. Tout cela peut +être objet de controverse, et je ne veux dire ici que des choses +en dehors et au-dessus de toute contestation.</p> + +<p>Je dois avertir encore que c’est, non pas uniquement, mais +principalement de la Franc-Maçonnerie française, et parfois +aussi de sa voisine, la Franc-Maçonnerie belge, que je parlerai ;</p> + +<p>Et l’Étude dont j’apporte ici le résultat, je l’ai faite aux vraies +sources, dans la Franc-Maçonnerie elle-même ;</p> + +<p>Dans le texte de sa constitution et de ses statuts ;</p> + +<p>Dans les pièces authentiques émanées des Loges ;</p> + +<p>Dans les discours tenus au sein des plus célèbres assemblées +maçonniques ;</p> + +<p>Dans les journaux et revues de la Franc-Maçonnerie ;</p> + +<p>Et enfin dans son action extérieure et publique constatée.</p> + +<p>Une lumière sortira, je le crois, éclatante et simple, de cette +claire exposition<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a> :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Beaucoup de ces documents, absolument incontestables, et incontestés, se +trouvent dans un très-remarquable ouvrage, publié à Gand par un courageux +et éloquent publiciste, M. A. Neut, sous ce titre : <i>La Franc-Maçonnerie soumise +au grand jour de la publicité, à l’aide de documents authentiques</i>. +2 vol. in-8<sup>o</sup>. — J’ai puisé en outre et principalement dans le <i>Monde-Maçonnique</i>, +revue mensuelle publiée par les francs-maçons ; puis dans le <i>Rituel de l’Apprenti</i>, +par le F∴ Ragon ; dans la <i>Revue-Maçonnique</i>, dans <i>La Franc-Maçonnerie +et la Révolution</i>, par le P. Gautrelet, etc.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">PREMIÈRE PARTIE<br> +Antagonisme radical de la Franc-Maçonnerie +et de la religion.</h2> + + +<h3 id="c1">I<br> +<span class="xsmall">POSITION DE LA QUESTION</span></h3> + +<p>Peut-on être à la fois franc-maçon et chrétien ?</p> + +<p>Je réponds : Non.</p> + +<p>Parce que la Franc-Maçonnerie, dans son esprit véritable, dans +son essence même, dans son action dernière, est l’ennemie du +Christianisme, et, par son principe fondamental, une inconciliable +ennemie.</p> + +<p>Je n’ai pas ici à m’étendre sur ce qui peut se dire et se +faire de bon ou d’indifférent dans les Loges, et qui suffit à +expliquer la présence là, après comme avant 89, d’hommes +absolument aveuglés sur le but dernier des véritables initiés. +<i>Philanthropie</i>, <i>fraternité</i>, <i>humanité</i>, <i>progrès</i>, ces mots que je +lis en tête de la première <i>Revue maçonnique</i> imprimée en France +sous le gouvernement de Juillet, pris dans leur vrai sens, loin +d’être antichrétiens, appartiennent au contraire à la langue +chrétienne : c’est de nous que le monde les a appris ; mais la +question est de savoir comment, dans la réalité, la Maçonnerie +les entend et les pratique.</p> + +<p>L’article 1<sup>er</sup> de la constitution Maçonnique française, votée +en 1865, déclare la Maçonnerie une institution « essentiellement +philanthropique ». — Il est notable cependant, et c’est le +<i>Monde-Maçonnique</i> lui-même qui le déclare, que « la bienfaisance +n’est pas <i>le but</i>, mais seulement un des caractères, et +<span class="xsmall">DES MOINS ESSENTIELS</span>, de la Maçonnerie ». <i>Des moins essentiels</i> ; +puisque ces Messieurs l’avouent, il ne le faut pas oublier ; mais +le but, les caractères essentiels, je le demande encore, quels +sont-ils donc ?</p> + +<p>Les Maçons disent : le progrès de l’humanité. Mais quel progrès ? +Je réponds : un prétendu progrès, sans la Religion, et +contre la Religion.</p> + +<p>Mais ici tout d’abord, la Maçonnerie m’arrête, et me dit : +La Religion, le Christianisme, mais lisez-donc mes constitutions ! +je ne m’en occupe pas. Je suis à côté, je ne suis pas contre. +Je respecte la foi religieuse de chacun de mes disciples, et +n’exclus personne pour ses croyances. Je suis autre chose que la +religion, mais je ne suis pas l’irréligion.</p> + +<p>« Respecter toutes les religions, n’en attaquer aucune, ce seront +là toujours les règles inviolables de la Maçonnerie » : +voilà en effet ce que je trouve sans cesse dans les déclarations +officielles ; et l’art. 125 d’un règlement maçonnique porte expressément : +« On s’engage à ne jamais traiter dans les loges d’aucune +question de controverse religieuse. »</p> + +<p>Mais aux déclarations, aux affiches de la Franc-Maçonnerie, +j’oppose les déclarations faites, les discours tenus dans les Loges +par les chefs des francs-maçons, et qui ont été enfin publiés, +d’abord en Belgique, où depuis plus longtemps les Loges +jouissent d’une liberté qui leur permet de tout dire ; liberté +dont elles n’ont commencé à jouir en France, que depuis la +circulaire de M. de Persigny, en 1864<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>. J’écoute donc ; et +qu’est-ce que j’entends-là ? Des explosions de haine, des cris +de guerre incessants contre le Christianisme, qu’on doit, dit-on, +<i>respecter</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> La Franc-Maçonnerie, dit le F∴ Félix Pyat, a été longtemps société +secrète ; mais le temps est venu où elle doit marcher tête levée, et faire hautement +son œuvre : « La société secrète, comme la vestale antique, a gardé constamment +le feu sacré à l’abri des coups de vent du despotisme. Mais pour éclairer +le monde, le soleil doit sortir du nuage, la vérité du voile, <i>et l’œuvre de la +Loge</i>. » — <i>Le Rappel</i> cité par <i>le Monde-Maçonnique</i>, mai 1870, p. 162.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c2">II<br> +<span class="xsmall">DÉCLARATIONS DES LOGES MAÇONNIQUES</span></h3> + +<p>Le Christianisme, est-il dit sans cesse dans les Loges, c’est +une religion <i>menteuse</i>, <i>bâtarde</i>, <i>répudiée par le bon sens</i>, <i>abrutissante</i>, +et qu’il faut anéantir. C’est <i>un fatras de fables</i>, <i>un édifice +vermoulu</i>, et qui doit tomber pour faire place au temple maçonnique. +Voici quelques textes formels, choisis entre mille :</p> + +<p>« <i>Le Catholicisme est une formule usée, répudiée</i> par tout +homme qui pense sainement… <i>un édifice vermoulu !</i>… Au bout +de dix-huit siècles, la conscience humaine se retrouve en +présence de <i>cette religion bâtarde</i>, formulée par les successeurs +des apôtres ! »</p> + +<p>« Ce n’est point <i>la religion menteuse des faux prêtres du Christ</i> +qui guidera nos pas<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> M. Neut, t. I, p. 142.</p> +</div> +<p>Ainsi parlait, à l’installation de la loge <i>l’Espérance</i>, le <i>Grand-Orateur</i> +de la loge, le F∴ Lacomblé.</p> + +<p>Selon cet <i>orateur</i>, les ministres de l’Évangile sont « un parti +qui a entrepris d’<i>enchaîner tout progrès</i>, d’<i>étouffer toute lumière</i>, +de <i>détruire toute liberté</i>, pour régner avec quiétude sur <i>une +population abrutie</i> d’ignorants et d’esclaves ».</p> + +<p>« Aujourd’hui », disait-il encore, « que la lumière luit, il faut +avoir la force de faire bon marché de <i>tout ce fatras de fables</i> ; +dût le flambeau de la raison <i>réduire en cendre</i> tout ce qui +reste encore debout de ces <i>vestiges de l’ignorance et de +l’obscurantisme</i><a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Voilà comment parle la Franc-Maçonnerie ; voilà comment +elle ne s’occupe pas du Christianisme, et comment elle le respecte, +quand elle s’en occupe.</p> + +<p>Son thème est précisément celui que répète partout l’impiété ; +c’est ce qui est dit à satiété, par exemple, dans ces petits livres +dont la Révolution et la Maçonnerie inondent Rome en ce moment, +et que j’ai eus sous les yeux.</p> + +<p>Son thème, son mot d’ordre est précisément celui de Voltaire : +<i>Écrasons l’infâme.</i></p> + +<p>C’est en effet ce que, à l’occasion de son installation, le Vénérable +de la loge <i>la Fidélité</i>, à Gand, disait :</p> + +<p>« En vain, avec le <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, nous flattions-nous d’avoir +<span class="xsmall">ÉCRASÉ L’INFAME</span> ; l’infâme renaît plus vigoureuse…<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> M. Neut, t. I, p. 281.</p> +</div> +<p>Tout le monde sait d’ailleurs que la Maçonnerie a reçu Voltaire +dans ses loges, et s’est associée à son œuvre ; et la preuve encore +que, fidèle aux plus néfastes traditions, elle n’a jamais cessé de +combattre avec Voltaire, tantôt sourdement, tantôt à ciel ouvert, +mais avec une persévérance infatigable, les institutions catholiques +et toute influence chrétienne, c’est ce que proclamait le +F∴ Jean Macé, un des francs-maçons les plus considérés dans +l’ordre, lorsque, dans un grand dîner maçonnique, à Strasbourg, +il portait à Voltaire le toast que voici :</p> + +<p>« A la mémoire du F∴ Voltaire !… du F∴ Voltaire, infatigable +soldat : toutes les batailles qu’il a livrées, il les a gagnées, +M. F., à notre profit<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1867, p. 25. — On sait aussi que tous les +ateliers maçonniques de Paris, sauf un seul, ont souscrit à la statue de Voltaire.</p> +</div> +<p>Selon le F∴ Jean-Macé, <i>les religions révélées</i> sont <i>un boulet</i> +que l’humanité traîne au pied ; mais, heureusement, dit-il, la +Maçonnerie est là <i>pour remplacer les croyances qui s’en vont</i><a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1870, p. 118.</p> +</div> +<p>Écoutons maintenant le dernier grand-maître de la Maçonnerie +française, le F∴ Babaud-Laribière, nommé il y a trois ans +préfet des Pyrénées-Orientales, et mort dans cette charge : <i>La +Maçonnerie</i>, dit-il, <i>est supérieure à tous les dogmes</i>. — <i>Antérieure +et supérieure aux religions</i>, c’est elle, suivant un autre frère, qui +<i>doit donner l’impulsion au monde</i><a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Ibid.</i>, 139. — <i>Ibid.</i> Novembre 1866, p. 132.</p> +</div> +<p>Et en effet, disait, dans un autre discours, le même Babaud-Laribière : +« Les dogmes périssent fatalement. » Il déclarait +donc le dogme catholique mort, Rome, sa capitale, une ville +morte, et il posait nettement la Maçonnerie en <i>adversaire</i> irréconciliable +du catholicisme : « Quelle est la doctrine fondamentale de +<i>nos adversaires</i> ? Un dogme immuable. Quelle est leur capitale ? +Une ville morte. » Et après cette insolence à l’endroit du Catholicisme, +il proclamait Paris la capitale de la Maçonnerie et le +Vatican du genre humain : « La Maçonnerie, <i>au contraire</i>, a +établi <i>son Vatican</i> ici même, dans ce Paris, où les idées bouillonnent +et se purifient comme dans la fournaise<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>. » Cela +était dit et applaudi dans une assemblée générale du Grand-Orient.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Ibid.</i> Juillet 1869, p. 171.</p> +</div> +<p>C’est donc la Maçonnerie qui doit <i>remplacer</i> le Christianisme :</p> + +<p>Et elle le peut, si elle le veut. « <span class="xsmall">ORGANISÉE COMME ELLE L’EST</span>, +disait le F∴ Félix Pyat, la Maçonnerie <span class="xsmall">PEUT</span>, <span class="xsmall">SI ELLE VEUT</span>, +<span class="xsmall">REMPLACER L</span>’É<span class="xsmall">GLISE CHRÉTIENNE</span><a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Le Rappel</i>, cité par <i>le Monde-Maçonnique</i>.</p> +</div> +<p>Telles sont les déclarations de ces Messieurs.</p> + +<p>Mais continuons : la haine du Christianisme s’accentue de +plus en plus et arrive, si je le puis dire, à son paroxysme :</p> + +<p>« Il faut de l’énergie pour porter ainsi le scalpel dans le +sanctuaire de cette foi aveugle <i>que nous avons puisée au sein de</i> +<span class="xsmall">NOS MÈRES</span>… N<span class="xsmall">ON</span>, <span class="xsmall">LE</span> D<span class="xsmall">IEU RÉVÉLATEUR N’EST PAS</span><a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a> ! »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> M. Neut, t. I, p. 144.</p> +</div> +<p>Et à Gand, le vénérable de <i>la Fidélité</i>, disait :</p> + +<p>« Il faut élever <span class="xsmall">AUTEL CONTRE AUTEL</span>, enseignement contre enseignement…</p> + +<p>« Nous devons combattre ; mais combattre avec la certitude +de la victoire. »</p> + +<p>Puis il ajoutait :</p> + +<p>« A eux (aux prêtres du Christ) <i>la morale facile et</i> <span class="xsmall">PERVERSE</span> ! à +eux <i>le fanatisme</i> ! A nous la morale pure, le désintéressement, +le dévoûment ! »</p> + +<p>« La Maçonnerie rejette <i>les fantasmagories idolâtres</i>… La Maçonnerie +est <i>au-dessus des religions</i><a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Discours prononcé par le F∴ Frantz Faider, à l’occasion de son installation +comme vénérable de la loge <i>la Fidélité</i>, de Gand. — A. Neut, t. I, pag. 280 +<i lang="la" xml:lang="la">et seq.</i></p> +</div> +<p>Enfin : « Nous sommes <span class="xsmall">NOS PROPRES DIEUX</span><a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> ! »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Et la Vente suprême du carbonarisme, qui a eu de si intimes +affinités avec la Maçonnerie, disait nettement :</p> + +<p>« Notre but final est celui de Voltaire et de la Révolution +française : <span class="xsmall">L’ANÉANTISSEMENT A TOUT JAMAIS DU CATHOLICISME</span>, +<span class="xsmall">ET MÊME DE L’IDÉE CHRÉTIENNE</span><a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Instruction secrète adressée à toutes les <i>Ventes</i> par la <i>Vente suprême</i>. — <i>L’Église +en face de la Révolution</i>, t. II, p. 82.</p> +</div> +<p>Ceux qui croient qu’on peut être à la fois chrétien et franc-maçon, +doivent commencer à voir que cela est difficile.</p> + +<p>Mais la Maçonnerie ne s’en tient pas aux paroles qui retentissent +dans ses Loges, et la guerre qu’elle fait au dehors à la +Religion est aussi acharnée que sa haine.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c3">III<br> +<span class="xsmall">QUELQUES TRAITS DE LA GUERRE FAITE A LA RELIGION PAR LA +FRANC-MAÇONNERIE</span></h3> + +<p>De cette guerre, qui est le fond, la pensée dernière de la Maçonnerie, +je ne veux citer ici que trois faits, mais qui ne peuvent +laisser subsister aucun doute sur le véritable esprit maçonnique.</p> + +<p>Je le demande d’abord : n’est-ce pas une profonde pensée de +guerre qui, naguère, en 1869, faisait à la fois surgir, à Bruxelles, +à Naples, à Paris ces <i>Convents</i> (c’est le style des francs-maçons), +ces Convents ou conciles maçonniques, <span class="xsmall">EN FACE</span> <i>du Concile œcuménique</i> ? +et tout récemment encore ce <i>convent</i> qui essayait de +se réunir à Rome même ?</p> + +<p>On se souvient que le <i>Convent</i> de Paris, était annoncé par +une circulaire du Grand-Maître de l’Ordre, le général Mellinet, +qui avait été en même temps, sous l’Empire, commandant en +chef la garde nationale de Paris.</p> + +<p>Voici cette circulaire :</p> + +<blockquote> +<p>« TT∴ CC∴ FF∴ (cela veut dire : Très-chers frères).</p> + +<p>« L’<i>Assemblée générale du Grand-Orient de France</i>, dans sa dernière +session, a été saisie de la proposition suivante :</p> + +<p class="ugap">« Les soussignés, considérant que, dans les circonstances présentes, +<span class="xsmall">EN FACE</span> <i>du Concile Œcuménique</i> qui va s’ouvrir, <i>il importe</i> à la Franc-Maçonnerie +d’<span class="xsmall">AFFIRMER</span> <i>solennellement ses grands principes</i>, etc.</p> + +<p>« Invitent le T∴ H∴ (très-haut) grand-maître et le conseil de l’Ordre +à convoquer, le 8 décembre prochain, un <i>Convent</i> extraordinaire des +délégués des Ateliers de l’Obédience, de ceux des autres rites et des +Orients étrangers, pour élaborer et voter <i>un manifeste qui soit l’expression +de cette affirmation</i>. »</p> + +<p class="sign">(<i>Suivent les signatures.</i>)</p> + +<p class="c">Le Grand-Maître de l’Ordre,</p> + +<p class="sign"><i>Signé</i> : M<span class="xsmall">ELLINET</span>.</p> +</blockquote> + +<p>Je ne veux remarquer ici qu’une chose, c’est dans quelle +pensée ce <i>Convent</i> était projeté : il s’agissait d’y <i>élaborer</i> et +d’y <i>voter</i> <span class="xsmall">UN MANIFESTE SOLENNEL</span>, qui fut, quoi ? Une <i>affirmation +de principes</i>, qu’il <i>importait</i>, disait-on, de poser <span class="xsmall">EN FACE</span> <i>du Concile +œcuménique</i>. Pouvait-on déclarer d’une manière plus expresse +l’antagonisme flagrant entre la Franc-Maçonnerie et l’Église +catholique ?</p> + +<p>Et s’il était possible de conserver ici un doute quelconque +ne suffirait-il pas, pour lever ce doute, de rappeler une lettre +publiée alors par M. Michelet, et dans laquelle, selon M. Michelet, +« les manifestations, — qu’il importait à la Franc-Maçonnerie +de faire, « <span class="xsmall">EN FACE</span> du Concile œcuménique », — seraient « <span class="xsmall">LE +VRAI CONCILE QUI JUGERAIT LE FAUX</span><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Lettre du 24 octobre 1869, publiée par tous les journaux.</p> +</div> +<hr> + + +<p>Le second fait où se révèle la guerre que la Maçonnerie a déclarée +au Christianisme, ce sont les attaques sorties des Loges +maçonniques contre les institutions religieuses du Christianisme, +institutions qu’il faut écraser et <span class="xsmall">EXTIRPER MÊME PAR LA +FORCE</span> : « L’<span class="xsmall">HYDRE MONACALE</span> », c’est ainsi que le Vénérable de +la <i>Loge des Trois Amis</i> les désignait ; et un autre Vénérable reprenant, +dans son discours d’installation à son <i>vénéralat</i>, cette +<i>heureuse expression</i> : « L’<span class="xsmall">HYDRE MONACALE</span>, s’écriait-il, <i>si souvent +écrasée</i>, nous menace de nouveau de ses têtes hideuses<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> M. Neut, t. I, p. 280.</p> +</div> +<p>Et un autre, au milieu d’applaudissement frénétiques, ajoutait :</p> + +<p>« Nous avons le droit et le devoir de nous en occuper +et il faudra bien que le pays entier finisse par en faire justice, +<span class="xsmall">DÛT-IL MÊME EMPLOYER LA FORCE POUR SE GUÉRIR DE CETTE +LÈPRE</span> ! (Bravos)<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <i>Discours du frère Bourlard au Grand-Orient de Belgique</i>, le 26 juin 1864. — Neut, +t. I, p. 307.</p> +</div> +<hr> + + +<p>Et que dire, maintenant, de ces confréries maçonniques, où +l’on s’engage formellement à ne vouloir ni baptême, ni mariage +religieux ; ni prêtre au lit des malades ; où l’on va jusqu’à +donner mandat aux confrères d’intervenir, par l’ingérence la +plus odieuse, à la dernière heure, entre le mourant et sa famille ; +où l’adepte de la Franc-Maçonnerie s’enlève ainsi à lui-même, +par ces engagements sacriléges, tout retour possible de la conscience !</p> + +<p>Où donc est née cette horrible secte des solidaires, qui +semble s’être donné mission d’immoler l’espérance entre ce +qu’elle appelle l’inconnu éternel qui précède la naissance, et +le néant éternel qui suit la mort ? Dans les Loges maçonniques +de Belgique, d’où elle passa promptement dans les Loges maçonniques +de France. Bientôt, en effet, une Loge de Paris, +<i>l’Avenir</i>, à l’imitation des francs-maçons belges, créait également +dans son sein un comité, une confrérie de ce genre. Voici +le dixième article de ses statuts :</p> + +<p>« Art. 10. — Le libre penseur pouvant être empêché, au moment +de la mort, par des influences <i>étrangères</i> (les influences +de la famille !), de remplir <span class="xsmall">SES OBLIGATIONS VIS-A-VIS DU COMITÉ</span>, +remettra à trois de ses frères, pour faciliter <i>leur mission +en ce cas</i>, <span class="xsmall">UN MANDAT</span>, fait au moins <i>en triple ampliation</i>, +donnant <i>plein droit</i> aux frères de <i>protester hautement</i>, dans le +cas où, <i>pour quelque raison que ce soit</i>, on ne tiendrait pas +compte de sa volonté formelle d’être <i>enterré en dehors de toute +espèce de rite religieux</i><a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Cité dans le <i>Monde-Maçonnique</i>, t. IX.</p> +</div> +<p>Et ils appellent cela le <i>libre-mourir</i> ! Ils enchaînent ainsi +d’avance la volonté de leur adepte ! Ils instituent, sur eux-mêmes, +et au sein de leur famille, cette révoltante intrusion, +telle, que des francs-maçons, munis d’un <i>mandat en triple ampliation</i>, +viendront là, dire à un père, à une mère, à une femme, +à des enfants : « Ce mourant, ce mort nous appartient ! Retirez-vous ! »</p> + +<p>C’est donc le comité franc-maçon, lui seul, qui veillera au +chevet des mourants ; et il n’y aura plus, à sa dernière heure, +pour le franc-maçon, ni père, ni mère, ni femme, ni enfant, +ni frère, ni sœur, ni lien quelconque de la famille et de la religion ; +plus rien que ce comité et sa tyrannie !</p> + +<p>La Franc-Maçonnerie officielle, il est vrai, s’est émue en +France de cette publique monstruosité, tolérée pendant trop +longtemps. Pour des raisons d’ordre et de prudence, le Grand-Maître +a voulu voir là une atteinte aux principes maçonniques, +et il a suspendu pendant six mois la loge l’<i>Avenir</i>. Mais combien +de fois, dans combien de loges et de journaux maçonniques, les +principes de la loge l’<i>Avenir</i> et des solidaires n’ont-ils pas été +proclamés ?</p> + +<p>Ce que les journaux francs-maçons, tel que le <i>Monde-Maçonnique</i>, +exaltent le plus, c’est l’athéisme au lit des mourants ; ce +sont ces morts sans Dieu, ces départs pour l’éternité sans +aucunes consolations religieuses, ces funérailles sans aucunes +prières : voilà ce que ce journal appelle « mourir sans faiblesse<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a> ». +Dans une seule de ses chroniques, je vois +relatés et préconisés jusqu’à cinq morts et cinq enterrements +solidaires, dont deux de femmes !<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>. Et voici en quels +termes : « Il est mort sans l’assistance des prêtres d’aucune +religion… Il est mort fidèle à ses principes, et a été enterré sans +prêtres… Inutile d’ajouter que les funérailles de M<sup>me</sup> F… ont +été purement civiles… » Et une autre fois : « Deux mille maçons +suivaient le convoi de M<sup>me</sup> S. C… »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, novembre 1866.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <i>Ibid.</i>, décembre 1867, p. 496, et septembre 1868, p. 296.</p> +</div> +<p>Ailleurs, dans la même <i>Revue</i>, je lis : « Dès 1868, le frère Bremond, +trésorier de la Loge l’<i>Écho du Grand-Orient</i>, avait remis +au vénérable de la Loge une lettre où il déclarait : « Je +désire être enterré <i>civilement <span class="xsmall">ET</span> maçonniquement</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Ibid.</i>, juillet 1873, p. 158.</p> +</div> +<p>Aussi, ne suis-je pas surpris de lire dans le même <i>Monde-Maçonnique</i>, +que la R∴ L∴ l’<i>École Mutuelle</i>, loge infatigable, +dit cette <i>Revue</i>, et qui a pour premier Sur∴ (surveillant) le +F∴ Tirard, que cette Loge, dis-je, a mis à l’ordre du jour des +questions à étudier par elle, celle-ci :</p> + +<p>« De l’organisation des enterrements <i>civils <span class="xsmall">ET</span> maçonniques</i><a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> <i>Ibid.</i>, mai 1866, p. 30.</p> +</div> +<p>Naturellement aussi le <i>Monde-Maçonnique</i> ne pouvait qu’applaudir +à ces vers de M. Laurent-Pichat :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Que j’aie été fourmi, que j’aie été géant,</div> +<div class="verse">S’il faut que je descende à la nuit du néant,</div> +<div class="verse">J’y descendrai sans peur…</div> +<div class="verse">Pas de cierges rangés au chœur en promenoir !</div> +<div class="verse">Pas de prêtres autour d’un catafalque noir !</div> +<div class="verse">Sur les murs de l’Église en deuil, pas de croix blanches<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a> !</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Ibid.</i>, tom. XI, p. 197.</p> +</div> +<p>Et quelles impiétés, hélas ! et, je dois l’ajouter, quelles pauvretés, +ne débitent pas d’ordinaire en ces occasions les orateurs +des loges !</p> + +<p>Ainsi, aux funérailles du F∴ Bremond, dont nous parlions +tout à l’heure, le F∴ Pinchenat s’écriait : « L’homme meurt, +mais les idées ne meurent pas… Pauvre cher frère, tu revivras +en nous !… »<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>Ibid.</i>, juillet 1873, p. 162.</p> +</div> +<p>Grande consolation, pour ce pauvre frère Bremond, de revivre +ainsi dans le cher frère Pinchenat !</p> + +<p>Qu’on ne parle donc plus de cette tolérance et de ce respect +pour la Religion, inscrits, faut-il dire si hypocritement, au +frontispice de la constitution maçonnique !</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c4">IV<br> +<span class="xsmall">LA FRANC-MAÇONNERIE ET L’EXISTENCE DE DIEU</span></h3> + +<p>Serrons de plus près encore la question, et pour mieux montrer +l’incompatibilité absolue du principe fondamental de la maçonnerie +avec le Christianisme, voyons comment ils l’entendent, +et jusqu’où ils sont, en fin de compte, obligés de le pousser : jusqu’à +l’athéisme.</p> + +<p>Oui, le principe de la liberté de conscience absolue et illimitée +que proclame la Maçonnerie, ne lui permet point de professer, +sans inconséquence, je ne dis pas seulement le Christianisme, +mais même l’existence de Dieu, ce dogme que certains +Maçons ont cru primordial en Maçonnerie. En principe, la +Franc-Maçonnerie est une société sans foi d’aucune sorte, sans +aucune croyance, même en Dieu.</p> + +<p>C’est ce que de récents débats dans son sein ont démontré +jusqu’à l’évidence, et ce que l’impérieuse logique proclame +encore plus haut.</p> + +<p>Disons quelque chose de ces débats.</p> + +<p>Un historien, franc-maçon, membre aujourd’hui de l’Assemblée +nationale, M. Henri Martin, avait eu le malheur d’écrire, +en octobre 1866, dans <i>le Siècle</i>, les lignes suivantes :</p> + +<p>« La Franc-Maçonnerie est une société <span class="xsmall">THÉISTE</span>, recevant dans +son sein les hommes de toute religion, à condition qu’ils professent +le principe de la liberté religieuse. »</p> + +<p>« Son but, ajoutait M. Henri Martin, est le bien des hommes +et le progrès du monde ; et ses associés sont les ouvriers de Dieu +dans cette œuvre. La Franc-Maçonnerie est cela ou n’est rien : +effacer du programme maçonnique <i>le grand architecte de +l’univers</i>, c’est effacer la Franc-Maçonnerie elle-même. Otez +l’architecte, il n’y a plus ni temple ni maçons…</p> + +<p>« Les orthodoxes de la Maçonnerie sont dans leur droit en +refusant le titre de maçons à ceux qui rejettent l’architecte, et +abattent le temple. »</p> + +<p>Ces paroles soulevèrent une tempête dans la Maçonnerie ; de +tous côtés des maçons se levèrent, indignés qu’on eût pu présenter +la Franc-Maçonnerie comme une société théiste, croyant +à Dieu, <i>à l’architecte de l’univers</i>, et ils firent entendre les plus +énergiques protestations.</p> + +<p>Un orateur d’une des Loges parisiennes, le F∴ Henri Brisson, +qui est, lui aussi, membre de l’Assemblée nationale, accusa +M. Henri Martin d’avoir, en proclamant la Franc-Maçonnerie +une société théiste, et croyant en Dieu, parlé « un langage +de <span class="xsmall">SECTAIRE INTOLÉRANT</span> ». M. H. Martin n’a pas compris le principe +fondamental de la Maçonnerie. « Si la reconnaissance de ce +grand architecte était, comme M. H. Martin le dit par erreur, +primordiale en maçonnerie, il n’y aurait chez les maçons +ni liberté de conscience, ni liberté d’opinions<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> <i>Le Temps</i>, 4 novembre 1866.</p> +</div> +<p>Deux autres francs-maçons qui, à cette époque, étaient membres +du Conseil de l’ordre, le F∴ Caubet, et le F∴ Massol, +élu récemment membre du Conseil municipal de Paris, déclarèrent +que si la Franc-Maçonnerie professait la croyance en +Dieu, « la Maçonnerie ne serait qu’une secte religieuse, ayant, +comme toutes les sectes, ses dogmes, son orthodoxie, sa +profession de foi ».</p> + +<p>Et ils citèrent à l’appui de leur argumentation « un <i>rapport +émanant d’une <span class="xsmall">COMMISSION GÉNÉRALE</span> maçonnique de <span class="rm">1863,</span> dont +les <span class="xsmall">CONCLUSIONS</span> furent adoptées</i> ». Ce rapport disait :</p> + +<p>« La Maçonnerie est une institution <i>soustraite à tout joug d’Église +et de sacerdoce, à tous les caprices des révélations, et à toutes +les hypothèses des mystiques</i><a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, novembre 1866, p. 439-441.</p> +</div> +<p>Les <i>hypothèses des mystiques</i>, on sait que cela signifie simplement +l’existence de Dieu, déclarée maintes fois par le F∴ Massol, +par les partisans de la morale indépendante, par les positivistes +et les Francs-Maçons, une <i>hypothèse invérifiable</i>.</p> + +<p>Ainsi donc, le rapport adopté par l’<span class="xsmall">ASSEMBLÉE GÉNÉRALE</span> Maçonnique +de 1863 le déclare expressément : la Maçonnerie est +une institution affranchie du joug non-seulement des croyances +révélées, mais même de la simple croyance en Dieu.</p> + +<p>M. Henri Martin semblait cependant avoir d’autant plus raison +de présenter la Franc-Maçonnerie comme une société théiste, que +toutes ses <i>planches</i>, (c’est-à-dire ses pièces officielles,) devaient +porter en tête la formule séculaire : <i>A la gloire du grand architecte +de l’univers</i> ; et que, de plus, la question semblait avoir été +jugée en faveur du théisme l’année précédente même, dans le +grand <i>convent</i> maçonnique de 1865.</p> + +<p>Ce <i>convent</i> avait pour objet une œuvre capitale, l’élaboration +d’une nouvelle constitution pour la Maçonnerie française. +C’est à cette occasion que s’agitait avec une nouvelle ardeur la +question déjà soulevée au sein de la Maçonnerie, à savoir si +elle continuerait à maintenir en tête de ses <i>planches</i> ses vieilles +formules. Pendant que les Loges élaboraient la nouvelle constitution, +sur 151 projets qui arrivèrent au Grand-Orient de Paris, +60 réclamèrent <i>l’abolition absolue de toutes formules affirmant +l’existence de Dieu</i>.</p> + +<p>Néanmoins, après les plus vifs débats au sein du <i>convent</i>, la +formule fut conservée.</p> + +<p>Mais, hélas ! si la vieille formule se trouvait maintenue, la logique +était contre elle ; car, logiquement, cette abstraction +de toute croyance, proclamée par la constitution maçonnique +comme sa base fondamentale, ne lui permet pas, sans inconséquence, +de prescrire comme obligatoire une formule où l’existence +de Dieu est proclamée.</p> + +<p>Aussi de nombreuses protestations se firent-elles entendre au +sein des Loges.</p> + +<p>Je lis, en effet, dans le <i>Monde-Maçonnique</i> :</p> + +<p>« Dans sa séance du 26 octobre, la première section de la +grande Loge centrale (rite écossais), <i>composée des députés élus +par chacune des Loges de cette obédience</i>, a déclaré que, dans sa +pensée, la Maçonnerie n’avait pas à affirmer Dieu<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, novembre 1866, p. 412.</p> +</div> +<p>La question revint donc à l’assemblée générale du Grand-Orient, +présidée par le Grand-Maître, général Mellinet, le +13 juin 1867. Le débat fut plus vif encore que la première fois : +et en effet : « La question, disait le <i>Monde-Maçonnique</i>, tient à +l’existence même de la Maçonnerie, à ce qui constitue sa raison +d’être, à ce qui est comme la moelle de ses os<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> Avril 1867, p. 50.</p> +</div> +<p>« Ils disent », s’écriait avec indignation le même journal, +« ils disent : « Nous sommes déistes. La Franc-Maçonnerie est +la fille aînée du déisme. »</p> + +<p>« La Maçonnerie souscrira-t-elle à cette proposition ? Nous +verrons bien ! Nous verrons si elle est capable de <span class="xsmall">SE COUVRIR +DE HONTE</span>, elle qui a proclamé si haut la <i>tolérance <span class="xsmall">UNIVERSELLE</span></i><a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> <i>Ibid.</i>, août 1866, p. 220.</p> +</div> +<p>Nous avons sous les yeux les curieux débats qui eurent lieu +dans cette assemblée générale maçonnique, à laquelle assistaient +« deux cent soixante-neuf délégués représentant cent +quatre-vingt-trois ateliers ». Les adversaires de la formule +soutinrent : que « la Maçonnerie devait donner une définition de +Dieu, ou ne plus en parler, car admettre tous les dieux, c’est +une négation » ; que « la morale n’a pas besoin de s’appuyer +sur Dieu » ; que la Maçonnerie « en affirmant cette idée de +Dieu, passerait à l’état d’église<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Le <i>Monde-Maçonnique</i>, juillet 1867.</p> +</div> +<p>Nonobstant cette logique, la tactique l’emporta. L’enseigne +fut maintenue. Mais, au fond, que signifie ce vote ? Et, pour qui +entend les choses de la franc-maçonnerie, y a-t-il rien de plus +vide ? Annulée par cette tolérance maçonnique, qui <i>admettant +tous les dieux, n’est qu’une négation</i>, c’est-à-dire l’athéisme, selon +l’expression nette du F∴ Pelletan, l’enseigne peut-elle être +prise au sérieux ? « Est-ce que », comme l’expliquait au <i>Convent</i> +maçonnique un autre F∴, le F∴ Garisson, « est-ce que +Proudhon, un des plus grands esprits de ce siècle, n’a pas +été reçu maçon ? Est-ce que les jeunes gens du Congrès +de Liége n’ont pas été reçus maçons ? Si, certainement ; nous +leur avons tendu la main et nous leur avons dit : <i>Travaillez +avec nous !</i> » (Applaudissement)<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Oui, tout cela était vrai : oui, Proudhon fut reçu franc-maçon, +l’homme qui a dit : « Dieu, c’est le mal » ; et qui, à cette +question : « Que doit-on à Dieu ? » répondit : « La guerre ! »</p> + +<p>Et les jeunes gens du Congrès de Liége, qui poussèrent, on +s’en souvient, ces cris sauvages : « Haine à Dieu ! Guerre à +Dieu ! Il faut crever le ciel comme une voûte de papier ! » +ces jeunes gens furent reconnus d’excellents auxiliaires de la +Maçonnerie, qui leur a tendu <i>la main</i>.</p> + +<p>Au surplus, les Francs-Maçons conséquents n’ont pas cessé +de protester contre la formule, et espèrent bien arriver à la +faire disparaître des règlements. « Nos contradicteurs », écrivait +le <i>Monde-Maçonnique</i>, dans le numéro même où il relatait +ce vote, « n’ont acquis que le droit d’être intolérants ». Et la +maçonnerie n’en reste pas moins « le temple universel éternellement +ouvert <i><span class="xsmall">AUX ATHÉES</span> aussi bien qu’aux <span class="xsmall">PANTHÉISTES</span>, +etc.</i><a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Et si l’on veut savoir d’ailleurs ce qui se cache sous la formule, +pour ceux qui l’adoptent, c’est l’anéantissement de tous +les cultes : qu’on lise, dans le <i>Rituel de l’apprenti maçon</i> le commentaire +qu’en donne le vénérable, à l’Apprenti récipiendaire :</p> + +<p>« Le déisme est la croyance en Dieu, <i>sans révélation ni +culte</i>, c’est la religion de l’avenir, <i>destinée à remplacer les +cultes</i> ; etc.<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> <i>Manuel de l’Apprenti maçon, contenant le cérémonial</i>, etc., par J. M. Ragon, +p. 45.</p> +</div> +<p>Qu’on écoute aussi ces professions de foi péremptoires, faites +dans de grandes assemblées maçonniques :</p> + +<p>« Je dirai que <span class="xsmall">LE NOM DE</span> D<span class="xsmall">IEU EST UN MOT VIDE DE SENS</span><a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> Loge de Liége, 1865. — A. Neut, II, p. 287.</p> +</div> +<p>« Il ne faut pas seulement nous placer au-dessus des différentes +religions, Mais <span class="xsmall">AU-DESSUS DE TOUTE CROYANCE EN UN</span> +D<span class="xsmall">IEU QUELCONQUE</span><a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 223.</p> +</div> +<p>« Seuls <span class="xsmall">LES IMBÉCILES PARLENT ET RÊVENT ENCORE D’UN</span> D<span class="xsmall">IEU</span><a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Ainsi donc, une étiquette déiste, qui n’est au fond qu’une +déclaration de guerre ouverte contre toute religion positive ; +cette étiquette elle-même répudiée par la partie la plus active +et la plus remuante de l’association, comme par la logique du +principe ; cette abstraction faite de tout dogme, ce principe de +la liberté absolue et illimitée, c’est-à-dire de l’indifférentisme +absolu, consacrant toutes les audaces de la négation, et emportant +peu à peu les derniers restes d’une formule usée ; les doctrines +les plus nihilistes envahissant de plus en plus les Loges ; +et l’athéisme se proclamant, s’installant, si j’ose le dire, avec +une suprême audace, sur les débris de toute croyance à Dieu : +tel est, à l’heure actuelle, le bilan doctrinal de la Maçonnerie.</p> + +<p>Faut-il encore après cela poser la question si un chrétien +peut être franc-maçon ?</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c5">V<br> +<span class="xsmall">LA FRANC-MAÇONNERIE ET L’IMMORTALITÉ DE L’AME</span></h3> + +<p>Il en est de la croyance à l’immortalité de l’âme comme de +la croyance en Dieu : elle suscita au sein de la Maçonnerie les +mêmes débats.</p> + +<p>Ainsi, quand mourut le dernier roi de Belgique, Léopold, +bien qu’il eût reçu l’assistance du culte protestant, et renié, par +conséquent, la Maçonnerie, la Maçonnerie belge voulut s’emparer +de sa mémoire, et une grande cérémonie funèbre fut célébrée +en son honneur au Grand-Orient de Belgique. Mais la maxime +suivante avait été affichée au jubé du temple maçonnique par +les ordonnateurs de la fête :</p> + +<p>« L’âme, émanée de Dieu, est immortelle. »</p> + +<p>Contre quoi, la loge <i>la Constance</i>, de Louvain, adressa au +Grand-Orient la protestation que voici :</p> + +<p>« Considérant que la <i>libre pensée</i> a été admise par les loges +belges <i>comme principe fondamental</i> ;</p> + +<p>« La loge <i>la Constance</i>, Orient de Louvain, proteste énergiquement +contre l’atteinte portée par le Grand-Orient aux +principes qui sont les bases de la Maçonnerie<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Protestation de la Loge <span class="rm">L<span class="xsmall">A</span> C<span class="xsmall">ONSTANCE</span></span>, de Louvain, en date du <span class="rm">17<sup>e</sup></span> jour, +<span class="rm">1<sup>er</sup></span> mois <span class="rm">5866 (1866)</span></i>. — Citée par M. Neut.</p> +</div> +<p>La protestation des francs-maçons de Louvain fut vivement +applaudie en Angleterre et en France. Un journal maçonnique, +<i>la Chaîne d’Union</i>, de Londres, écrivit :</p> + +<p>« Qui donc pourrait affirmer que l’âme émanée de Dieu est +immortelle ? Qui en a la preuve ? Il y a des siècles que les +Conciles et les Papes la cherchent, et ils ne l’ont pas encore +trouvée… ils ne la trouveront jamais au ciel ! Parce que <span class="xsmall">L’AME +HUMAINE SE CRÉE ELLE-MÊME</span>…</p> + +<p>« Nous appuyons donc la protestation des frères de Louvain. +C’est avec de pareilles phrases, toujours creuses et incohérentes, +qui sont du domaine de la fantaisie et de l’imagination, +qu’on arrive tôt ou tard à <i>encapuciner</i> un pays.</p> + +<p>« Frères de Louvain, vous avez eu raison de protester<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a> ! »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>La Chaîne d’Union</i>, Londres, 1<sup>er</sup> mai 1866. — Citée par le <i>Monde-Maçonnique</i>.</p> +</div> +<p>Et, de son côté, le <i>Monde-Maçonnique</i> s’écria :</p> + +<p>« Comment le Grand-Orient de Belgique ne comprend-il +pas qu’en affirmant publiquement par une devise l’immortalité +de l’âme, il porte une atteinte sérieuse à la liberté de +conscience<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a> ? »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> Le <i>Monde-Maçonnique</i>, novembre 1866, p. 421.</p> +</div> +<p>Le Grand-Orient repoussa la protestation ; mais comment ? +Fut-ce en maintenant l’affirmation de l’immortalité de l’âme ? +Non : Il déclara que cette formule n’est pas sérieuse, +n’oblige personne, et n’est là, dans la Maçonnerie, que par +égard pour de vieilles traditions ; que d’ailleurs ces questions de +Dieu et de l’âme ne peuvent recevoir <i>aucune solution</i> ; enfin que +l’essence de la Maçonnerie est de ne professer aucune croyance :</p> + +<p>« Déjà en 1837, le Grand-Orient de Belgique <i>dégageait la +Maçonnerie nationale de tout dogme religieux ou philosophique</i>… +Le Grand-Orient ne prescrit aucun dogme. Si le principe de +l’immortalité de l’âme apparaît dans les rituels ou dans les +formulaires, si l’idée de Dieu s’y produit sous la dénomination +du Grand-Architecte de l’univers, <i>c’est que ce sont là les +traditions de l’Ordre</i>. Mais cette <i>formule</i> n’enchaîne aucune conscience. +De notre temps, il serait puéril de s’attacher à soulever +<i>des questions qui ne peuvent conduire à aucune solution</i><a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Et pour mieux voir ce que cette incroyance permet de dire +dans les Loges maçonniques, il suffit de citer encore quelques +fragments des discours qui se débitent à l’enterrement des +frères qui ont repoussé à leur lit de mort la religion :</p> + +<p>« Dans le recueillement suprême de sa conscience, il s’est +avancé vers l’infini avec un calme antique. » Voilà ce qui +est dit d’un franc-maçon mort comme il avait vécu, sans Christ +et sans Dieu.</p> + +<p>« Un <i>vrai Maçon</i> doit mourir comme il a vécu, en libre penseur, +et loin de considérer une telle mort <i>comme une honte</i>, +c’est <i>un titre</i> qu’il faut franchement revendiquer…<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> Discours du F∴ Ranwet, souv∴ Gr∴ Command., Neut, t. I, p. 155.</p> +</div> +<p>Nous avons sous les yeux nombre de discours maçonniques, +où fut tenu le même langage.</p> + +<p>Pour le F∴ Ragon, le fondateur de la Loge des Trinosophes +à Paris, l’auteur du rituel que nous citions tout à l’heure, +qu’est-ce que la mort et l’immortalité ? La mort n’est autre chose +que « la <span class="xsmall">DÉPERSONNIFICATION</span> de l’individu, dont les éléments +matériels — poursuit le F∴ Ragon, et ceci est l’immortalité +telle qu’il l’entend — se décomposent, s’unissent à des éléments +analogues, et concourent aux transformations infinies +de la matière toujours animée ».</p> + +<p>Certes, il est impossible de professer plus crûment un plus +grossier matérialisme, et un athéisme plus éhonté.</p> + +<p>Et que dire de ce singulier éloge funèbre prononcé sur la +tombe du F∴ Bourdet, de la R. L. <i>La Persévérance</i>, de l’O∴ +d’Arles, par le F∴ Coindre : « Frère Bourdet, chacune des +parties de ton corps va disparaître pour nous, et retourner <i>au +creuset universel</i> d’où elles étaient sorties, pour concourir à +la formation <i>d’une myriade</i> d’autres corps<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, juillet 1867, p. 173.</p> +</div> +<p>Voilà le F∴ Bourdet bien avancé. Et son âme ! où va-t-elle ? — De +son âme, bien entendu, pas un mot.</p> + +<p>L’immortalité maçonnique, dans les théories que nous venons +de voir, ce n’est donc pas l’immortalité de l’âme ni de la personne, +puisque tout au contraire l’individu est <span class="xsmall">DÉPERSONNIFIÉ</span> par +la mort ; mais celle des éléments matériels non anéantis. +C’est aussi celle de l’idée ! <i>L’idée que le mort servait ne meurt +pas avec lui ; elle passe dans l’esprit de ceux qui demeurent</i> ; +et ils ajoutent gravement : <span class="xsmall">EN SORTE QUE RIEN NE SE PERD</span>…</p> + +<p>N’est-ce pas cacher sous de risibles et menteuses formules les +plus misérables espérances ?</p> + +<p>Ailleurs, sur la tombe du chef du Grand-Orient de Belgique, +le F∴ Verhagen :</p> + +<p>« Il ne fit pas précéder ses derniers instants par de <i>superstitieuses +expiations</i>. »</p> + +<p>Voilà comment les francs-maçons traitent les consolations +que la religion donne, et peut seule donner aux mourants, +à ce moment redoutable où le monde s’évanouit à leurs regards +pour les laisser seuls en face de l’avenir éternel. L’orateur continue :</p> + +<p>« Nos regrets ne sont pas troublés par de <i>vaines terreurs</i> ; nos +espérances ne reposent pas sur les <i>idées d’une vaine crédulité</i>…</p> + +<p>« Des <i>purifications emblématiques</i> nous avertissent que le +<i>feu créateur</i> est <i>l’unique purificateur</i> dans la nature<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> M. Neut, t. I, p. 149.</p> +</div> +<p>L’orateur, en effet, exposait cette belle théorie sur <i>le feu +créateur et unique purificateur</i>, devant un monument « au pied +duquel s’élevait un cyprès ; en avant de l’estrade, sur un autel +de forme cubique, se trouvaient des vases d’argent et de +cristal, renfermant <i>le feu, les parfums, et l’eau lustrale</i>, etc. »</p> + +<p>Le feu, les parfums, l’eau lustrale, on le voit, c’est un culte +complet : rien n’y manque. Et dans tous les récits de ces cérémonies +funèbres, que les francs-maçons célèbrent entre eux, +dans leurs temples, quel bizarre appareil ! et au fond toujours +quelle inanité ! Des mots sonores recouvrant des idées creuses ; +de la pompe dans le vide.</p> + +<p>Je transcris textuellement ici un <i>tracé</i> maçonnique, c’est-à-dire +un récit officiel ; il s’agit des honneurs rendus au F∴ Fontainas, +bourgmestre de Bruxelles :</p> + +<p>« Lorsque le Suprême Conseil a pris la place qui lui est réservée, +le Vénérable-Maître, en chaire, se recueille et dit :</p> + +<p>« Frère premier Surveillant, quelle heure est-il ?</p> + +<p>« L<span class="xsmall">E</span> F∴ <span class="xsmall">PREMIER SURVEILLANT</span> : L’heure où la fin est devenue +le commencement.</p> + +<p>« L<span class="xsmall">E</span> V<span class="xsmall">ÉNÉRABLE</span>-M<span class="xsmall">AITRE</span>, en chaire : C’est la loi de la nature. » +Grande vérité, en effet ! « Mes frères, faisons notre devoir.</p> + +<p>« Il se dirige, suivi du Suprême Conseil, des députés des +loges, et des frères qui décorent les colonnes à la suite du +tombeau.</p> + +<p>« L<span class="xsmall">E</span> V<span class="xsmall">ÉNÉRABLE</span>-M<span class="xsmall">AITRE</span>, en chaire : Frère André Fontainas, +réponds-nous !</p> + +<p>« Vainement, les frères premier et deuxième Surveillants +répètent-ils ce lugubre appel. La tombe reste muette. Le +Vénérable dit alors : Le Maître reste sourd à la voix de ses +frères. »</p> + +<p>Je le crois bien ; depuis plusieurs jours déjà il était enterré.</p> + +<p>« A ces paroles, succèdent les sons lugubres du tam-tam, +dont la vibration expire lentement sous la voûte du temple.</p> + +<p>« Le frère orateur prononce alors un morceau d’architecture. » +(Un discours.) Nous en avons cité plus haut quelques paroles : +« Un vrai Maçon doit mourir comme il a vécu, etc. »</p> + +<p>Puis, après les cérémonies, que j’abrége, on se rend au <i>temple +de l’immortalité</i>, tout rempli de flambeaux allumés. C’est là qu’un +autre frère orateur explique quelles sont les espérances maçonniques, +délivrées, bien entendu, « des prisons du dogme catholique +et de toutes les sectes particulières ».</p> + +<p>Le <i>Monde-Maçonnique</i> a donc parfaitement raison de caractériser +ainsi les deux pompeuses formules de la Franc-Maçonnerie :</p> + +<p>« D<span class="xsmall">IEU</span>, le G<span class="xsmall">RAND</span>-A<span class="xsmall">RCHITECTE DE L</span>’U<span class="xsmall">NIVERS</span>, dénomination +générique que tout le monde peut accepter, <span class="xsmall">MÊME CEUX QUI +NE CROIENT PAS A UN</span> D<span class="xsmall">IEU</span> ;</p> + +<p>« <i>L’immortalité de l’âme</i>, ou la perpétuité de <i>l’être</i>, <span class="xsmall">SINON +INDIVIDUEL, DU MOINS COLLECTIF</span><a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a> » : c’est-à-dire non pas l’immortalité +de l’âme et de l’individu, mais la perpétuité de l’espèce.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, t. IV, 657.</p> +</div> +<p>Aussi le F∴ docteur Guépin a-t-il pu dire sans être démenti :</p> + +<p>« La majorité, qui a inscrit sur notre sanctuaire Dieu et l’immortalité +de l’âme, a été intolérante. »</p> + +<p>Et le pasteur Zille, que nous citions tout à l’heure, ajoutait : +« Seuls <span class="xsmall">LES IMBÉCILES</span>, ignorants et faibles d’esprit, rêvent +encore d’un Dieu, <span class="xsmall">ET DE L’IMMORTALITÉ</span>. »</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c6">VI<br> +<span class="xsmall">INCOMPATIBILITÉ DU PRINCIPE FONDAMENTAL DE LA FRANC-MAÇONNERIE +AVEC TOUTE RELIGION</span></h3> + +<p>Il est évident du reste, pour peu qu’on veuille y réfléchir, +que le principe fondamental de la Franc-Maçonnerie implique +non-seulement la négation formelle du christianisme, mais encore +une flagrante erreur philosophique. C’est la formule même +du scepticisme et de l’indifférentisme le plus complet.</p> + +<p>Ce principe, en effet, quel est-il ? C’est la libre pensée : « La +libre pensée est <span class="xsmall">LE PRINCIPE FONDAMENTAL</span> de la Maçonnerie<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> » ; +non pas la liberté <span class="xsmall">RESTREINTE</span>, mais <span class="xsmall">COMPLÈTE</span><a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, universelle ; la +liberté <span class="xsmall">ABSOLUE</span>, illimitée, <i>dans toute son étendue</i><a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a> : « La liberté +<span class="xsmall">ABSOLUE</span> de la conscience est l’<span class="xsmall">UNIQUE BASE</span> de la Maçonnerie<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>. » +La Maçonnerie, en effet, « est <span class="xsmall">SUPÉRIEURE</span> à <span class="xsmall">TOUS</span> les dogmes<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a> » ; +elle est « <span class="xsmall">AU-DESSUS</span> des religions<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a> » ; « la liberté de +la conscience est <span class="xsmall">SUPÉRIEURE</span> à <span class="xsmall">TOUTES</span> les croyances religieuses<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a> » ; +quelles qu’elles soient, même à la croyance en +Dieu : « La Maçonnerie est une institution soustraite à <span class="xsmall">TOUTES +LES HYPOTHÈSES DES MYSTIQUES</span><a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a> » ; Les Francs-Maçons doivent +en conséquence se placer non-seulement au-dessus des +différentes religions, mais bien au-dessus de toute croyance +<span class="xsmall">EN UN</span> D<span class="xsmall">IEU QUELCONQUE</span><a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>. » Enfin ils vont jusqu’à dire : +« Nous serons <i>nos propres prêtres</i> et <span class="xsmall">NOS PROPRES DIEUX</span><a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a> » ; +et cette liberté, non pas restreinte, mais complète, universelle, +illimitée est un <span class="xsmall">DROIT</span><a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> A. Neut, t. I, p. 408.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, novembre 1866, p. 441.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Ibid.</i>, mai 1866, p. 22.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> M. Neut, t. I, p. 285.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> <i>Ibid.</i>, t. II, p. 192.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, novembre 1866, p. 441.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> Neut, t. II, p. 233.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 202.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> Const. maçonnique, art. 1<sup>er</sup>.</p> +</div> +<p>Ainsi, la liberté, le droit, au point de vue non de la loi civile, +mais du for intérieur de la conscience ; la liberté, le droit universel, +absolu, illimité, de croire ce qu’on voudra, comme on +voudra, ou de ne rien croire du tout, ce droit, proclamé antérieur +et supérieur à toute croyance religieuse : Voilà, d’après les +Maçons que nous venons d’entendre, le principe fondamental, +l’unique base de la Maçonnerie.</p> + +<p>Eh bien, il est manifeste d’abord que ce principe, ainsi entendu, +est une flagrante erreur philosophique, et j’en demande +bien pardon à ceux de MM. les Francs-Maçons qui croient en +Dieu, c’est la négation implicite, même de la religion naturelle.</p> + +<p>En effet, si la religion naturelle existe, elle <i>oblige</i>, par elle-même, +en principe et en droit ; c’est cette <i>obligation</i> qui est +antérieure et supérieure à l’homme, et elle <i>limite</i> sa liberté, elle +lie sa conscience. En fait, l’homme, devant cette obligation, +peut bien trouver, dans son ignorance ou sa bonne foi, pour son +incroyance, une <i>excuse</i>, mais non pas un <i>droit</i>, <i>antérieur</i> et +<i>supérieur</i> à la loi. Là est l’équivoque et l’erreur capitale du +principe maçonnique. Certes, il ne suffit pas de nommer sa +conscience pour avoir <i>le droit</i> de tout faire et de tout nier.</p> + +<p>Et pour mettre ceci sous les yeux par un exemple frappant, +il ne suffit pas, comme le disait très-bien à la tribune l’honorable +M. Laboulaye au sujet des Mormons, il ne suffit pas, pour +se dégager, qu’on puisse dire : « ma conscience exige que j’aie +plusieurs femmes » ; non cela ne suffit pas, ni vis-à-vis de la +morale, ni vis-à-vis de la loi civile.</p> + +<p>Un raisonnement identique s’applique au Christianisme. S’il +est une institution divine, il <i>oblige</i>, par lui-même, tous les hommes ; +et cette <i>obligation</i>, supérieure à l’individu, à moins +qu’on ne proclame l’individu supérieur à Dieu, <i>limite</i> sa liberté : +là encore l’ignorance ou la bonne foi peuvent fournir une <i>excuse</i>, +mais non pas créer <i>un droit</i>, <i>absolu</i>, <i>illimité</i>, <i>antérieur</i> +et <i>supérieur</i> au Christianisme.</p> + +<p>Cette liberté, <i>absolue</i> et <i>illimitée</i>, de la conscience, que les +francs-maçons posent à la base de la Maçonnerie, n’existe donc +pas ; c’est là une des chimères de ce faux libéralisme, condamné +par l’Église, et qui n’est autre chose que le scepticisme ou l’indifférentisme +en matière de croyances ; le proclamer, comme +fait la Maçonnerie, c’est nier implicitement, mais réellement, +toute religion, naturelle ou révélée.</p> + +<p>Donc le principe maçonnique est exclusif du Christianisme, +et dès lors un chrétien ne peut pas être franc-maçon.</p> + +<p>Du reste, quand une institution se propose, comme la Maçonnerie, +le progrès, non-seulement matériel, mais intellectuel +et moral, de l’humanité, en dehors de la Religion, en dehors du +Christianisme, que fait-elle encore autre chose que se substituer +à la Religion, au Christianisme ; le nier par conséquent ? Car s’il +est inutile et superflu pour une telle œuvre, les hommes n’en +ont que faire : il est pour cela, ou il n’est rien.</p> + +<p>Quand donc <i>le Monde-Maçonnique</i> vient nous dire que le propre +de la Maçonnerie est de réunir tous les hommes, à quelque Religion +qu’ils appartiennent, je lui demande encore bien pardon, +mais <i>le Monde-Maçonnique</i> ne s’entend pas lui-même : et pour peu +qu’on ne se paye pas de mots, et qu’on aille au fond des choses, +on verra que placer à la base des constitutions maçonniques +un tel principe, et prétendre ensuite qu’on ne touche pas à la +religion, c’est une contradiction et une duperie.</p> + +<p>C’est ce que reconnaissait, avec une franchise qui ne laisse +rien à désirer, un haut dignitaire d’une loge allemande :</p> + +<p>« Maçonnerie et catholicisme, écrivait-il, s’excluent réciproquement : +<span class="xsmall">CE SONT LES ANTIPODES</span>… Je demande comment un +catholique peut rester fidèle à sa religion tout en professant les +doctrines maçonniques… Un homme qui croit au symbole des +apôtres, comment peut-il entendre dire qu’il est <i>libre</i> et <i>qu’il +n’est tenu à aucune croyance</i> ? » Ce sont deux choses contradictoires. — Extrait +de la brochure : <span lang="de" xml:lang="de">Die gegenwart und Zukunft der +Freimaurerei in Deutschland.</span> (Leipzig, 1854, p. 116 et suiv.) »</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c7">VII<br> +<span class="xsmall">NOUVEAUX DÉTAILS SUR LA GUERRE FAITE AU CHRISTIANISME</span> : +<span class="xsmall">LA MORALE SANS DIEU, L’ENSEIGNEMENT SANS RELIGION</span></h3> + +<p>La Maçonnerie est donc une guerre profonde déclarée à toute +religion. Mais le but odieux des Francs-Maçons apparaît surtout +dans le zèle qu’ils déploient pour prêcher la morale sans Dieu, +et, par suite, l’enseignement de la jeunesse séparé de toute +croyance religieuse.</p> + +<p>La morale, disent-ils, c’est toute la Maçonnerie ; mais cette +morale, ils la veulent sans aucune religion. C’est dans les Loges +que s’est élaborée, c’est des Loges qu’est sortie cette chimère +impie qu’ils ont intitulée <i>la morale indépendante</i>, et qui n’est +qu’une forme de l’athéisme.</p> + +<p>Pas si chimère pourtant, puisque la Commune triomphante à +Paris se hâta de la réaliser, en faisant disparaître des écoles tout +emblème, tout enseignement religieux, et que, tout récemment +encore, revenant aux traditions de la Commune, le Conseil général +de la Seine votait, dans le même sens et dans le même but, +l’enseignement obligatoire et <i>laïque</i>.</p> + +<p>« La morale est indépendante de toute hypothèse religieuse<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1867, p. 51.</p> +</div> +<p>Tel est l’axiome de la Maçonnerie. Et voici les conséquences +qu’elle en tire : c’est que l’instruction religieuse <i>doit être +supprimée</i>. Et la raison qu’elle en donne, c’est que les croyances +religieuses sont inutiles pour l’éducation de la jeunesse, et de +plus que la <span class="xsmall">FOI EN DIEU ENLÈVE A L’HOMME SA DIGNITÉ</span>, <span class="xsmall">TROUBLE SA +RAISON</span>, et <span class="xsmall">PEUT CONDUIRE A L’ABANDON DE TOUTE MORALE</span>.</p> + +<p>C’est ce qui a été expressément déclaré dans la R∴ L∴ <i>La +Rose du parfait silence</i>, à Paris. A cette question en effet : « L’instruction +religieuse doit-elle être supprimée ? Sans aucun +doute, fut-il répondu ; et l’orateur de la R∴ L∴ développa en +ces termes cette réponse :</p> + +<p>« <i>Le principe d’autorité surnaturelle</i>, c’est-à-dire la foi en Dieu, +<i><span class="xsmall">ENLÈVE A L’HOMME SA DIGNITÉ</span> ; est inutile pour discipliner les enfants ; +et il est même susceptible de <span class="xsmall">LES CONDUIRE A L’ABANDON DE +TOUTE MORALE</span></i>. »</p> + +<p>« <i>Le respect dû spécialement à l’enfant</i>, ajouta-t-il, <i>interdit de +lui inculquer des doctrines <span class="xsmall">QUI TROUBLENT SA RAISON</span><a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a></i>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Ibid.</i>, octobre 1866, p. 372, 373.</p> +</div> +<p>Veut-on un autre témoignage ? Je lis encore ceci dans <i>le +Monde-Maçonnique</i><a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a> :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> T. XIII, mai 1870, p. 40.</p> +</div> +<p>« La R∴ Loge les <i>Amis de l’Ordre</i>, Orient de Paris, a posé +dernièrement la question suivante :</p> + +<p>« <i>Quelle éducation un Maçon doit-il donner à ses enfants ?</i> »</p> + +<p>« Tous les orateurs se sont montrés partisans d’une éducation +libre, <i>laïque</i>, indépendante de l’étroitesse de l’enseignement +religieux. »</p> + +<p>Et <i>le Monde-Maçonnique</i> cite en entier un de ces discours, +dont j’extrais le passage suivant :</p> + +<p>« Plus de cette instruction <i>bâtarde, faussée, basée sur des +dogmes surannés…</i> Cette méthode d’élever nos enfants a trop +duré ; <i>il est temps, grand temps qu’elle finisse…</i> La base sur +laquelle il faut fonder l’instruction de nos enfants, la voici : +Apprenons-leur à admirer, à étudier les grands phénomènes +de la nature, et l’orateur ajoute : « sans nous trop soucier de +quel nom nous devons décorer ces belles choses<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 14, 15.</p> +</div> +<p>Mais voici un sentiment plus paternel encore, et qui inspire +ces Messieurs dans l’éducation de leurs enfants :</p> + +<p>« La Maçonnerie », disait le F∴ Massol, dans une des séances +de la session maçonnique <i>internationale</i> tenue en Juillet 1867, +« doit être et n’est qu’une école de morale, <i>indépendante de tous +les dogmes religieux</i>. J’ai élevé des enfants, mais je ne leur +ai jamais menti. C<span class="xsmall">HAQUE FOIS QU’ILS M’ONT DEMANDÉ CE QUE C’ÉTAIT +QUE</span> D<span class="xsmall">IEU</span>, <span class="xsmall">JE LEUR AI RÉPONDU</span> : « J<span class="xsmall">E N’EN SAIS RIEN</span>. » +<span class="xsmall">C’EST AINSI QUE J’EN AI FAIT DES HOMMES</span><a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, août 1867, p. 196-197.</p> +</div> +<p>Voici du reste comment dans une poésie maçonnique du F∴ +Lachambaudie, lue dans un banquet maçonnique, est traité le +catéchisme chrétien :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">« Quel est ce livre élémentaire ?</div> +<div class="verse">« De superstitions, où la raison s’altère,</div> +<div class="verse">« C’est un tissu<b>. . . . .</b> »<a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a></div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> <i>Ibid.</i>, avril 1867, p. 722.</p> +</div> +<p>Les Loges belges ne se sont pas laissé devancer ici par les +Loges françaises. Ainsi, en 1864, le <i>Grand-Orient</i> de Belgique, — je +ne cite pas, on le voit, du minces autorités maçonniques, — mit +la même question <i>à l’ordre du jour</i> de toutes les Loges de +l’Obédience ; les Loges lui répondirent, et voici jusqu’où la +Loge d’Anvers en particulier ne craignait pas d’aller dans sa +réponse :</p> + +<p>« L’<span class="xsmall">ENSEIGNEMENT DU CATÉCHISME EST LE PLUS GRAND OBSTACLE AU +DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS DE L’ENFANT</span>.</p> + +<p>« L’<span class="xsmall">INTERVENTION DU PRÊTRE</span> <i>dans l’enseignement <span class="xsmall">PRIVE LES ENFANTS +DE TOUT ENSEIGNEMENT MORAL</span>, logique et rationnel</i><a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Journal de Bruxelles</i>, 28 novembre 1864. — Cité par M. Neut, t. I, p. 347.</p> +</div> +<p>Des diverses réponses envoyées par les Loges de son obédience +au Grand-Orient de Belgique sortit donc un projet de +loi en vingt-trois articles, dont l’art. 1<sup>er</sup> disait : <span class="xsmall">SUPPRESSION DE +TOUTE INSTRUCTION RELIGIEUSE</span> ; et l’art. 2 : <span class="xsmall">OBLIGATION POUR LE +PÈRE ET POUR LA MÈRE VEUVE</span>, de conduire <span class="xsmall">DE FORCE</span> ses enfants +à l’école.</p> + +<p>Que l’on remarque bien la connexion redoutable de ces deux +articles. Ainsi donc, si les vœux de ces grands libéraux sont +exaucés, la loi <span class="xsmall">FORCERA</span> le père, la mère, la mère veuve, à conduire +ses enfants à une école où toute instruction religieuse sera +supprimée.</p> + +<p>Et voilà pourquoi à Paris comme à Bruxelles on réclame si +ardemment l’enseignement laïque, gratuit et obligatoire : « C’est +sur cette question que doivent se concentrer tous les efforts +de la Franc-Maçonnerie<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a> », dit le <i>Monde-Maçonnique</i> ; et +pourquoi ? Les Loges belges ne l’ont pas dissimulé : Pour que +l’enfant soit élevé — <span class="xsmall">DE FORCE</span> — sans Dieu et sans aucune religion.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, octobre 66, p. 358.</p> +</div> +<p>Et la <i>Chaîne d’Union</i>, journal maçonnique de Londres, répondant +à la Loge d’Anvers, au Grand-Orient de Belgique, et +à <i>La Rose du parfait silence</i> de Paris, en donnait la raison : elle +déclarait que l’éducation religieuse est un poison, et demandait, +en conséquence « que les parents <i><span class="xsmall">S’ENGAGEASSENT</span> à soustraire +leurs enfants <span class="xsmall">AU VIRUS</span> de l’éducation religieuse</i><a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>Ibid.</i>, 1<sup>er</sup> mai 1866.</p> +</div> +<p>Ainsi donc l’enfant <span class="xsmall">N’APPARTIENDRA PLUS A SES PARENTS</span> ; et la +loi les <span class="xsmall">FORCERA</span> de l’envoyer à des écoles, desquelles Dieu et +tout enseignement religieux sera banni.</p> + +<p>Certes, s’il y a une odieuse, une exécrable tyrannie, c’est bien +celle-là. Aussi, M. Ledru-Rollin lui-même, un jour, a-t-il trouvé, +pour la flétrir, les énergiques paroles que voici : « Y a-t-il une +souffrance plus grande pour l’individu que la déportation +de ses fils dans les écoles qu’il regarde comme des lieux de +perdition, que cette conscription de l’enfance traînée violemment +dans un camp ennemi, et pour servir l’ennemi ?<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> Dit au Corps législatif, et cité par M. Neut, t. I, p. 350.</p> +</div> +<p>Eh bien, c’est là, on ne saurait trop le redire, c’est sur ce point +capital de l’enseignement <span class="xsmall">OBLIGATOIRE ET ATHÉE</span>, que la Maçonnerie +en Belgique et en France, déploie aujourd’hui ses plus +grands efforts. Le <i>Monde-Maçonnique</i> le déclarait tout à l’heure ; +et ailleurs encore il s’écriait : « Un champ immense est ouvert +à notre activité. L’ignorance et la superstition pèsent sur +le monde ; créons des <i>écoles</i>, des <i>chaires</i>, des <i>bibliothèques</i>. »</p> + +<p>Aussi, car MM. les Francs-Maçons sont gens qui agissent +en même temps qu’ils parlent, la Maçonnerie adopte, comme elle +dit, des enfants, et je ne suis pas surpris de lire, dans le <i>procès-verbal +du protectorat international maçonnique</i>, qui a terminé, le +27 juillet 1867, la session organisée par les loges écossaises, +les paroles que voici :</p> + +<p>« Soixante-dix-neuf enfants venaient, accompagnés de leurs +familles, demander à la Maçonnerie asile et protection ; +soixante-dix-neuf enfants dont l’intelligence ne sera pas <span class="xsmall">EMPOISONNÉE</span> +<i>par des théories rétrogrades</i> ; soixante-dix-neuf enfants, +<span class="xsmall">POUR LA PLUPART DES FILLES</span>, qui sèmeront <i>nos idées</i> dans le +champ fécond de l’avenir. »</p> + +<p>D’autre part, le convent maçonnique de 1870 prit, à l’unanimité, +la décision suivante<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, t. X, p. 267.</p> +</div> +<p>« La Maçonnerie française s’associe aux efforts faits dans +notre pays pour rendre l’instruction gratuite, obligatoire et +<i>laïque</i><a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>. » <i>Laïque</i> ; non pas seulement donnée par des laïques, +mais, séparée de toute religion<a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1870, p. 202.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> C’est ce que ne débrouillait pas très-bien ce brave ouvrier dont on me +racontait ces jours-ci l’histoire : « Je veux, disait-il aux frères, en leur amenant +son petit garçon, que mon fils reçoive une instruction laïque. » « Mais alors, +lui dirent les chers frères, ce n’est pas à nous qu’il faut le confier. » « Oh ! +si fait, répondit le brave homme, je veux que mon fils reçoive une instruction +laïque, comme on dit au Conseil municipal ; mais je veux tout de même aussi +qu’il soit élevé comme moi par les frères. »</p> +</div> +<p>« On sait, ajoute le <i>Monde-Maçonnique</i>, que cette décision dut +être renvoyée à M. Jules Simon pour qu’il l’appuyât au Corps +législatif. »</p> + +<p>De même en Belgique, à la grande fête solsticiale-nationale +célébrée à Bruxelles, le F. Bourlard s’écriait : « Quand des ministres +viendront annoncer au pays comment ils entendent +organiser l’éducation du peuple, je m’écrierai : <span class="xsmall">A MOI</span> M<span class="xsmall">AÇON</span> ! +<span class="xsmall">A MOI LA QUESTION DE L’ENSEIGNEMENT</span> ; <span class="xsmall">A MOI L’EXAMEN</span>, <span class="xsmall">A MOI +LA SOLUTION</span> ! » (Applaudissements)<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> M. Neut, t. I, p. 306.</p> +</div> +<p>Et ce prosélytisme impie a été solennellement pratiqué en +Belgique et en France. A Bruxelles, le 10 octobre 1865, lors de +l’inauguration d’une statue érigée au Grand-Maître de la Franc-Maçonnerie +belge, M. Verhaegen, la Maçonnerie eut l’audace +de faire venir là les enfants des écoles communales, et de faire +chanter à ces enfants les strophes athées que voici :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse c xsmall">LE CHŒUR</div> + +<div class="verse stanza">Ouvrez, ouvrez toutes les portes ;</div> +<div class="verse">Le monument s’est élargi</div> +<div class="verse">Pour laisser entrer les cohortes</div> +<div class="verse">De l’<i>enseignement affranchi !</i></div> + +<div class="verse stanza c xsmall">PREMIER GROUPE</div> + +<div class="verse stanza">Ce temple de l’intelligence</div> +<div class="verse">Marque au progrès une ère immense</div> +<div class="verse"><span class="xsmall">QUEL EST SON TEMPLE</span> ?</div> + +<div class="verse stanza c xsmall">SECOND GROUPE</div> + +<div class="verse i10 stanza"><i>La science.</i></div> + +<div class="verse stanza c xsmall">PREMIER GROUPE</div> + +<div class="verse stanza"><span class="xsmall">QUEL EST SON</span> D<span class="xsmall">IEU</span> ?</div> + +<div class="verse stanza c xsmall">SECOND GROUPE</div> + +<div class="verse i10 stanza"><i>La liberté.</i></div> + +<div class="verse stanza"><span class="xsmall">PLUS DE DOGME</span>, <i>aveugle lien</i> !</div> +<div class="verse"><span class="xsmall">PLUS DE JOUGS, TYRANS, NI MESSIES</span> !</div> + +<div class="verse stanza c xsmall">CHŒUR GÉNÉRAL</div> + +<div class="verse stanza">Élève et maître, il faut qu’ensemble nous dotions</div> +<div class="verse i2">De mâles générations</div> +<div class="verse i2"><span class="xsmall">LES PROCHAINES DÉMOCRATIES</span><a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> Cité par M. Neut, t. I, p. 362.</p> +</div> +<p>Ces doctrines, hélas ! ont fait et font chaque jour leur chemin ; +et à Paris, pendant la Commune, à laquelle, nous l’avons +vu, la Maçonnerie témoigna de si étranges sympathies, n’a-t-on +pas fait monter dans la chaire de Saint-Sulpice un enfant +de douze ans, proclamant, aux applaudissements d’un peuple +en délire, qu’il n’y a pas de Dieu ?</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c8">VIII<br> +P<span class="xsmall">ROPAGANDE DE L’ENSEIGNEMENT SANS RELIGION PAR LES ÉCOLES +D’ADULTES</span>. — L<span class="xsmall">ES ÉCOLES PROFESSIONNELLES DE FILLES</span>. — L<span class="xsmall">A +LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT</span></h3> + +<p>La Maçonnerie déploie une égale ardeur de prosélytisme pour +s’emparer des adultes par l’enseignement athée : C’est ainsi que +l’orateur maçonnique, qui, dans la loge <i>la Rose du parfait silence</i>, +à Paris, déclarait l’enseignement religieux <i>inutile pour +discipliner les enfants, et susceptible de les conduire à l’abandon de +toute morale</i>, terminait son discours par ces paroles :</p> + +<p>« J’émets le vœu que des Maçons éloquents fassent aux ouvriers, +dans toutes les villes de France, s’il est possible, des +« cours de droit élémentaire et de morale universelle » sans qu’il +y soit jamais question <i>d’un enseignement religieux susceptible de les +conduire à l’abandon de toute morale</i><a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, octobre 1866, p. 374.</p> +</div> +<p>Certes, il est temps que nous ayons autant de zèle, nous, +catholiques, pour éclairer les ouvriers, que les Francs-Maçons +pour les corrompre !</p> + +<p>Mais c’est surtout à conquérir, à pervertir les femmes chrétiennes +que travaillent les Maçons : oui, cette conspiration +effroyable, tentée de nos jours pour arracher la foi du cœur des +femmes, quels en sont les promoteurs infatigables ? Les francs-maçons.</p> + +<p>Écoutons ce que disait à ce sujet le F∴ Massol, dans la loge +<i>Bienfaisance et Progrès</i>, à Boulogne, le 19 juillet 1867 :</p> + +<p>« Par l’instruction, <i>les femmes</i> parviendront à secouer <i>le joug +clérical</i>, et à se débarrasser <i>des superstitions</i> qui les empêchent +de s’occuper d’<i>une éducation en rapport avec l’esprit moderne</i>. +Pour n’en donner qu’une preuve, quelle est la femme +anglaise, allemande ou américaine qui, aux deux questions +religieuses que peuvent leur adresser leurs enfants : « Qui +est-ce qui a créé le monde ? Existe-t-on après la mort ? » oserait +répondre qu’elle n’en sait rien, et que personne n’en sait +rien ? Eh bien, cette audace, la femme française instruite +l’aurait<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Ibid.</i>, Août 1867, p. 205.</p> +</div> +<p>Est-ce clair ?</p> + +<p>Et la raison de cette propagande, le F∴ Albert Leroy, naguère +professeur de rhétorique, si je ne me trompe, au lycée +de Versailles, sous le ministère de M. Jules Simon, l’exposait +en ces termes dans une séance de la session maçonnique internationale +d’août 1867, à Paris : « Sans la femme, tous les hommes +réunis ne pourront jamais rien<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> <i>Ibid.</i>, août 1867.</p> +</div> +<p>Deux faits, du reste, contemporains et éclatants, témoignent +de cette activité de la Maçonnerie à propager l’enseignement +athée et en dehors de toute religion, je veux parler de la création +des <i>Écoles professionnelles de filles</i> et de la <i>Ligue de l’Enseignement</i>.</p> + +<p>Les écoles professionnelles de filles — Sous l’Empire, dans un +écrit que j’ai intitulé les <i>Alarmes de l’Épiscopat</i>, et auquel presque +tous les évêques de France ont bien voulu adhérer par des lettres +publiques, j’ai été amené à dénoncer cette institution comme +une entreprise des plus dangereuses : j’ai démontré que la pensée +d’où sont nées ces écoles était une pensée antireligieuse, antichrétienne ; +que, sous prétexte d’enseignement, c’était l’irréligion +pratique que l’on s’efforçait d’inculquer aux jeunes filles ; +que l’on se proposait, positivement, d’en faire des libres-penseuses, +vivant et mourant en dehors de tout christianisme et de +toute religion. Rien de tout cela n’a été et ne pouvait être l’objet +d’un démenti quelconque ; je citais en effet les déclarations des +fondatrices, et l’exemple trop décisif de leur vie et de leur mort ; +les discours impies prononcés sur leurs tombes en présence de +leurs élèves ; les termes formels des prospectus officiels ; en un +mot, je prouvais, péremptoirement, que l’institution avait deux +faces : « l’une, sur laquelle était écrit, pour les dupes : <i>Enseignement +professionnel</i> ; c’était l’enseigne : l’autre sur laquelle on +aurait pu écrire : <i>Plus de Christianisme, ni pendant la vie, ni à la +mort</i> » ; c’était le vrai but.</p> + +<p>Ce que j’ajoute ici, c’est que la Franc-Maçonnerie avait la +main dans cette œuvre ; c’est que les plus ardents propagateurs +de ces écoles, c’étaient les Francs-Maçons et les journaux +Francs-Maçons. Tout en effet ici était maçonnique : et le but, à +savoir, l’éducation en dehors de toute religion, l’irréligion pratique ; +et le moyen, le grand moyen de propagande maçonnique, +l’école, l’enseignement, la perversion des jeunes filles et de la +femme par l’enseignement.</p> + +<p>Mais, plus formidable encore que les écoles professionnelles, +parce que la diffusion, grâce à la légèreté publique, en a été +rapide et universelle dans notre pays, c’est cette <i>Ligue</i> dite <i>de +l’enseignement</i>, fondée en Belgique par les Francs-Maçons solidaires, +et importée de Belgique en France, par un Franc-Maçon +célèbre, que j’ai déjà nommé, le F∴ Jean Macé.</p> + +<p>C’est en effet, ainsi qu’on peut le lire dans le 2<sup>e</sup> <i>bulletin de la +Ligue</i>, « après avoir assisté à Liége à une séance de la ligue de +l’enseignement belge », que le F∴ Jean Macé prit « la résolution +de provoquer en France la formation d’une Ligue analogue ».</p> + +<p>Cette origine, maçonnique et solidaire, de la <i>Ligue de l’enseignement</i>, +en révèle assez clairement le but ; et quant au F∴ Jean Macé +lui-même, pour connaître quel esprit l’anime, il suffirait de son +toast, porté lors de l’inauguration, à Strasbourg, d’un nouveau +temple maçonnique : « A la mémoire du F∴ Voltaire<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>… »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1867, p. 25.</p> +</div> +<p>De même que les écoles professionnelles, la <i>Ligue de l’enseignement</i> +a deux buts, l’un proclamé, l’autre caché ; le but +avoué, c’est la diffusion de l’instruction : Mais quelle instruction ? +C’est ce qu’on dit beaucoup moins ; l’instruction sans Dieu, +en dehors de toute religion, et dont le résultat est d’amener +l’homme à vivre comme si le Christianisme n’existait pas. Voilà +la vraie pensée de l’œuvre.</p> + +<p>Que si une foule d’hommes inattentifs et trompés, en entrant +dans cette Ligue, n’ont pas regardé jusque-là, et se sont arrêtés +à l’enseigne ; qu’ils écoutent ce que les journaux Francs-Maçons, +qui savent bien ce qu’ils font et ce qu’ils disent, ont écrit à ce +sujet :</p> + +<p>« Nous sommes heureux de constater », écrivait dans son numéro +d’avril 1867 le <i>Monde-Maçonnique</i>, « que <span class="xsmall">LA</span> L<span class="xsmall">IGUE DE L’ENSEIGNEMENT +ET LA STATUE DU</span> F∴ V<span class="xsmall">OLTAIRE</span> rencontrent <span class="xsmall">DANS +TOUTES NOS LOGES</span>, les plus vives sympathies. On ne pouvait +avoir deux souscriptions plus en harmonie : Voltaire, c’est-à-dire +la destruction des préjugés et des superstitions (traduisez +des religions) ; la Ligue de l’enseignement, c’est-à-dire l’édification +<i>d’une société nouvelle, <span class="xsmall">UNIQUEMENT</span> basée sur la science et +l’instruction</i>, (c’est-à-dire affranchie de toute religion). T<span class="xsmall">OUS NOS +F</span>∴ <span class="xsmall">LE COMPRENNENT AINSI</span> ».</p> + +<p>Et ailleurs encore : « <i>Les principes</i> que nous professons, sont +<i>en parfait accord</i> avec <span class="xsmall">CEUX QUI ONT INSPIRÉ LE PROJET DU +F</span>∴ <span class="xsmall">JEAN MACÉ</span>. »</p> + +<p>Qu’on le remarque bien, c’est le <i>Monde-Maçonnique</i> qui dit +cela, un journal qui, à toutes ses pages, déclare que les religions +sont les ténèbres, que la Maçonnerie c’est la lumière, que +Dieu, l’âme et la vie future, ne sont que des hypothèses, +des fantômes ; qu’en conséquence l’homme doit être élevé et le +progrès réalisé, en dehors de tout Christianisme et de toute +religion : c’est ce journal qui déclare <i>ses principes en parfait accord +avec ceux qui ont inspiré <span class="xsmall">LE PROJET</span> du F∴ Jean-Macé</i>, et qui +ajoute : « Les Maçons doivent adhérer <span class="xsmall">EN MASSE</span> à la ligue de +l’enseignement, et les Loges doivent étudier, dans la paix de +leurs temples, les meilleurs moyens de la rendre <span class="xsmall">EFFICACE</span>. »</p> + +<p>C’est, du reste, ce que reconnaissait le F∴ Jean-Macé lui-même +dans cet autre toast : <i>A l’alliance de la Ligue et de la +Maçonnerie</i>, où il déclarait que tous les Maçons devaient être +ligueurs, et tous les ligueurs, Maçons ; que <i>le but</i>, <i>le principe</i>, +et <i>le mot d’ordre de la Ligue et de la Maçonnerie</i>, sont identiques :</p> + +<p>« A l’entrée de tous les Maçons dans la Ligue ;</p> + +<p>« A l’entrée dans la Maçonnerie de tous les ligueurs ;</p> + +<p>« Au triomphe de la lumière, le mot d’ordre commun de la +Ligue et de la Maçonnerie<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a> ! »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> <i>Ibid.</i>, juillet 1869.</p> +</div> +<p>Et cet appel était si bien entendu que dans un <i>Rapport sur la +première année de propagande de la Ligue en France</i>, le F∴ Jean-Macé +pouvait se glorifier que déjà tous les départements français, +excepté douze, était enrôlés dans la Ligue ; « et c’est ainsi, +concluait-il, que la <i>Ligue française finira par devenir</i> <span class="xsmall">UNE GRANDE +ARMÉE</span> ».</p> + +<p>Armée d’enseignement, certes, qu’aucun ministre de l’instruction +publique ne gouvernera facilement.</p> + +<hr> + + +<p>Devant de tels faits et de tels principes, devant un tel but, +et une telle propagande, quels que soient les sentiments contraires +de tels ou tels francs-maçons trompés, de telle ou telle +loge moins avancée, y a-t-il lieu encore de discuter la question +de savoir si un chrétien, si un catholique peut entrer dans une +telle institution, et s’associer à une telle œuvre ? Non, une telle +solidarité est impossible. Et l’auteur franc-maçon d’une <i>Histoire +de la Franc-Maçonnerie</i>, le F∴ Goffin, l’a proclamé avec sincérité : +« Lorsque la Maçonnerie accorde l’entrée de ses temples +à un juif, à un mahométan, à un catholique, à un protestant, +c’est à la condition que celui-ci deviendra un homme nouveau, +qu’il abjurera ses erreurs passées, qu’il déposera les +superstitions dont on a bercé sa jeunesse. Sans cela, que +vient-il faire dans nos assemblées maçonniques<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> ? »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> <i>Histoire populaire de la Franc-Maçonnerie</i>, p. 517.</p> +</div> +<p>Que pourrions-nous dire nous-même de plus fort ? Et en vérité, +ne faudrait-il pas avoir perdu complètement toute notion du +Christianisme et tout sens commun, pour s’imaginer encore que +la Maçonnerie et la foi chrétienne sont choses compatibles ?</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">DEUXIÈME PARTIE<br> +Un homme sérieux, et de bon sens, peut-il être +Franc-Maçon ?</h2> + + +<p>Je réponds sans hésiter : Non. Et voici mes raisons.</p> + +<p>Je dois donc maintenant regarder, par un autre côté, la Franc-Maçonnerie ; +et certes, elle nous en donne bien le droit : quand +une secte affecte des prétentions aussi hautaines et ne se proclame +rien moins que l’illuminatrice et la réformatrice du genre humain, +il est bien permis d’examiner si elle est réellement ce qu’elle se +vante d’être, si ce luxe d’éloges, cette emphase admirative, et +tout cet étalage de vertus, qui décorent d’ordinaire les <i>morceaux +d’architecture</i> (les discours maçonniques), sont suffisamment justifiés ; +et si, par hasard, les profanes, regardés de si haut par +MM. les Maçons, n’auraient pas le droit, à leur tour, de sourire +au lieu d’admirer, et de leur renvoyer quelque chose de leurs +dédains et de leur pitié.</p> + +<p>Rien, en effet, ne peut se comparer à l’exaltation et à la pompe +de langage qui se rencontre à chaque page des journaux et des +documents maçonniques que j’ai sous les yeux. La Franc-Maçonnerie, +« c’est la divine Maçonnerie » ; c’est « le phare de +l’humanité » ; c’est « le soleil du monde ».</p> + +<p>« Gloire à toi, divine Maçonnerie ! » s’écrient-ils. Puis ils +chantent de concert :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Juste, humain, bienfaisant, voilà ce que nous sommes ;</div> +<div class="verse">Et le parfait Maçon est le premier des hommes.</div> +</div> + +</div> +<p>Le premier des hommes pour les vertus, le premier pour +les lumières, voilà ce qui se répète dans les banquets maçonniques. +En dehors de la Maçonnerie, le genre humain est plongé +dans les ténèbres. La Maçonnerie a toutes les lumières ; la +Maçonnerie a toutes les vertus : « Toute sagesse, toute perfection, +toute vertu, toute philosophie s’enseignent dans les +temples maçonniques<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> <i>Le Monde maçonnique</i>, t. IX, p. 358.</p> +</div> +<p>A la bonne heure. Mais cependant, lorsque, à la faveur des +révélations qu’elle nous a faites d’elle-même, j’entre dans ses Ateliers +et dans ses Loges, et que je contemple les Frères à l’œuvre, +lorsque chez ces hommes, qui ne veulent plus de culte ni de religion, +ou, comme ils disent, « de superstitions » ; lorsque je vois +toutes ces cérémonies, toute cette hiérarchie compliquée et +bizarre, tous ces signes et ces insignes, toutes ces marches et +contre-marches, ces rites singuliers ; lorsque j’entends ce langage +inconnu des <i>profanes</i>, lorsque j’assiste à ces initiations et à +ces mystères, à ces travaux de table, comme ils les appellent, +etc., etc., la divine Maçonnerie m’apparaît sous un aspect qui +m’étonne, c’est le moins que je puisse dire ; et, malgré mon +désir de n’offenser personne, je ne puis m’empêcher de croire +que tout cela, si ce n’est pas le voile suranné d’un but qu’on a +eu longtemps intérêt de cacher, est bien peu digne d’hommes +sérieux. Et le F∴ Félix Pyat, révolutionnaire en Maçonnerie +comme en politique, me paraît avoir eu raison de trouver ces +pratiques ridicules, et de les appeler « puériles », ou « séniles »<a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a>. +Pour moi, je me bornerai encore à faire ici une pure et +simple exposition. Je m’adresse aux hommes de bons sens ; le +bon sens jugera.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> <i>Le Rappel</i>, cité plus haut.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c9">I<br> +<span class="xsmall">HIÉRARCHIE, GRADES ET LANGAGE MAÇONNIQUES</span></h3> + +<p>On sait qu’il y a plusieurs grands rites maçonniques, le rite +Égyptien de Misraïm, le rite Écossais, celui du Grand-Orient +de France ; et peut être d’autres encore.</p> + +<p>Chacun des trois rites a trois degrés fondamentaux : les <i>apprentis</i>, +les <i>compagnons</i>, les <i>maîtres</i>.</p> + +<p>Ceux qui ne sont Francs-Maçons à aucun degré, ils les nomment +des <i>profanes</i>.</p> + +<p>En outre, chaque rite a ses <i>hauts grades</i>, et ses <i>mystères</i>. En +Belgique et en France, le rite Écossais et le Grand-Orient ont +chacun une échelle hiérarchique de trente-trois degrés. Je remarque +parmi ces degrés :</p> + +<ul> +<li><i>L’illustre élu des Quinze</i> ;</li> +<li><i>Le Sublime Chevalier élu</i> ;</li> +<li><i>Le Royal-Arche</i> ;</li> +<li><i>Le Prince du Tabernacle</i> ;</li> +<li><i>Le Maître des loges Symboliques</i> ;</li> +<li><i>Le Chevalier du Serpent d’Airain</i> ;</li> +<li><i>Le Rose-Croix</i> ;</li> +<li><i>Le Grand-Pontife</i> ;</li> +<li><i>Le Nouchite</i> ;</li> +<li><i>Le Chevalier Kadosch</i> ;</li> +<li><i>Le Grand-Inspecteur Inquisiteur</i> ;</li> +<li><i>Le Sublime Prince du Royal Secret</i> ;</li> +<li><i>Le Souverain Grand-Inspecteur Général</i> ;</li> +</ul> +<p>Le rite Égyptien de Misraïm est plus riche encore, et ne +compte pas moins de quatre-vingt-dix degrés ; je n’en citerai +non plus que quelques-uns :</p> + +<ul> +<li><i>Le Chaos, premier discret</i> ;</li> +<li><i>Le Chaos, deuxième sage</i> ;</li> +<li><i>Le Chevalier du Soleil</i> ;</li> +<li><i>Le Suprême Commandeur des astres, etc.</i> ;</li> +<li><i>Le Souverain des Souverains</i> ;</li> +<li><i>Le Prince Talmudin</i> ;</li> +<li><i>Le Souverain Prince Zakdim</i> ;</li> +<li><i>Le Souverain Grand-Prince Hasidim, etc.</i> ;</li> +</ul> +<p>Tels sont les grades et les noms bizarres, c’est le moins qu’on +puisse dire, qui sont proposés à l’ambition suprême des adeptes +de la Franc-Maçonnerie.</p> + +<p>Chaque grade a ses <i>insignes</i> et ses <i>bijoux</i> distinctifs. Il y a le +<i>tablier</i>, la <i>truelle</i>, le <i>maillet</i>, le <i>compas</i>, +l’<i>équerre</i>, les <i>cordons en +sautoir</i>, avec <i>soleil d’or</i>, et autres emblèmes, etc.</p> + +<p>Mais, en vérité, pour des hommes qui professent si haut les +théories égalitaires, toute cette hiérarchie de <i>grades</i>, <i>d’insignes</i> +et de <i>bijoux</i>, tous ces hochets de la vanité, sont une étrange +contradiction. Plusieurs francs-maçons eux-mêmes en ont fait +la remarque ; mais les hochets n’en subsistent pas moins, avec +toute leur puissance sur ces grands esprits.</p> + +<p>Les différentes sociétés maçonniques, dont se compose chacun +des trois rites, se nomment <i>Loges</i>. Voici quelques-unes de ces +loges ; il y a :</p> + +<ul> +<li><i>La Rose du parfait Silence</i> ;</li> +<li><i>Saint-Antoine du parfait Contentement</i> ;</li> +<li><i>La clémente Amitié cosmopolite</i> ;</li> +<li><i>Le Val d’amour</i> ;</li> +<li><i>La Jérusalem des Vallées égyptiennes</i> ;</li> +<li><i>L’heureuse rencontre de l’Union désirée</i> ;</li> +<li><i>Les Trinosophes</i> ;</li> +<li><i>Les Théphropotes ou Buveurs de Cendres</i> ;</li> +<li><i>Julienne aux trois Lions</i> ;</li> +<li><i>Auguste aux trois Flammes</i> ;</li> +<li><i>L’Absalon aux trois Orties</i> ;</li> +<li><i>Caroline aux trois Étoiles</i> ;</li> +<li><i>Minerve aux trois Palmiers</i> ;</li> +<li><i>Libanon aux trois Cèdres, etc.</i> ;</li> +</ul> +<p>Les Dignitaires des loges sont plus ou moins nombreux ; il +y a :</p> + +<ul> +<li><i>Le Vénérable</i> ;</li> +<li><i>Le Très-Respectable</i> ;</li> +<li><i>Le Frère Sacrificateur</i> ;</li> +<li><i>Le Frère Terrible</i> ;</li> +<li><i>Les Frères surveillants</i> ;</li> +<li><i>Le Grand Expert</i> ;</li> +<li><i>Le Grand Orateur</i> ;</li> +<li><i>Le Tuileur</i> ;</li> +<li><i>Le Maître des Cérémonies, etc.</i></li> +</ul> +<p>Tels sont les noms, pompeux ou grotesques, qui se rencontrent +sans cesse dans les journaux des francs-maçons, +et dans les récits des <i>tenues</i> maçonniques, ainsi qu’ils appellent +leurs séances. Car les francs-maçons ont une langue +à eux, qui n’est pas celle des <i>profanes</i>, pour dire autrement +les mêmes choses. Ainsi, l’orateur d’une loge maçonnique ne +prononce pas un discours, mais un <i>morceau d’architecture</i> ; — un +franc-maçon ne mange pas, il <i>mastique</i> ; — son verre n’est +pas un verre, mais <i>un canon</i> ; — et son assiette une <i>tuile</i> ; — et +son couteau <i>un glaive</i> ; — <i>charger</i>, en terme de table, c’est +mettre du vin dans son verre ; — une loge n’interrompt pas ses +séances, elle <i>se met en sommeil</i> ; — une circulaire maçonnique +s’appelle une <i>planche</i> ; — un compte rendu est un <i>tracé</i> ; — les +applaudissements sont des <i>batteries</i> ; — et les banquets des +<i>travaux de table</i>.</p> + +<p>Les <i>cérémonies</i>, les <i>signes</i>, les <i>marches</i>, les <i>contre-marches</i>, +les <i>honneurs funèbres</i>, les <i>travaux de table</i>, les <i>batteries</i>, etc., +tout cela est réglé par les rituels maçonniques dans le plus +minutieux détail, et demande assurément aux initiés une +grande étude. Ils doivent, ces hommes graves, ces pères de famille, +ces honorables commerçants, ces avocats, ces magistrats, +ces membres des assemblées délibérantes, passer de +longues heures à apprendre les cahiers de leurs grades, les +prescriptions de leurs rituels, le mysticisme de leurs emblèmes, +et tout ce qui compose enfin le culte, la religion des francs-maçons, +car c’est ainsi qu’ils l’appellent eux-mêmes ; ces hommes +qui veulent éclairer le genre humain et le débarrasser de ce +qu’ils nomment <i>superstitions</i>, ont eux-mêmes leurs <i>temples</i>, leurs +<i>autels</i>, leurs <i>sacrificateurs</i>, leur <i>baptême</i>, leurs <i>sacrements</i> et leurs +<i>mystères</i>.</p> + +<p>Entrons plus avant dans l’institution.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c10">II<br> +<span class="xsmall">INITIATION MAÇONNIQUE</span></h3> + +<p>Comment est-on admis franc-maçon ? Comment, pour parler +leur langage, reçoit-on la lumière ?</p> + +<p>J’ai lu, dans leurs rituels, la description de ces initiations maçonniques, +et j’ai rencontré là des scènes, des terreurs, des serments, +des épouvantails, vraiment bien extraordinaires.</p> + +<p>Voici d’abord ce que le compagnon récipiendaire, doit jurer :</p> + +<p>« Je jure de ne jamais révéler les secrets, les signes, les attouchements, +les paroles, les doctrines ou les usages des francs-maçons… +Dans le cas où je manquerais à ma parole, qu’on me +brûle les lèvres avec un fer rouge, qu’on m’abatte la main, +qu’on m’arrache la langue, qu’on me coupe la gorge, que mon +cadavre soit pendu dans la loge pendant l’admission d’un nouveau +frère, pour être la flétrissure de mon infidélité et l’effroi +des autres, qu’on le brûle ensuite, et qu’on en jette les cendres +au vent »<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> Extrait de l’écrit intitulé : <i lang="de" xml:lang="de">Die drei St.-Johannis-Grade der grossen <span class="rm">(Berliner)</span> +Mutterloge zu den drei Welthügeln</i>. Leipzig, 1825. Cité par M. Neut, +t. I, p. 208.</p> +</div> +<p>Je n’examine pas encore ce qu’il y a au fond de ces mystères +maçonniques, placés sous une telle garantie ; mais je le demande +au bon sens, à la bonne foi : comment se fait-il que +des hommes raisonnables et sincères consentent à prononcer +contre eux-mêmes de telles formules ?</p> + +<p>Pour l’Apprenti, qui n’est encore qu’au seuil des mystères, on +ne lui en demande pas tant : dans son serment tel que le +F∴ Ragon le donne, l’Apprenti déclare simplement qu’il préfère +« avoir la gorge coupée plutôt que de révéler les secrets de +l’Ordre »<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>. La gorge coupée, c’est bien déjà quelque chose !</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> <i>Rituel de l’Apprenti</i>, p. 54.</p> +</div> +<p>Les serments toutefois n’empêchent pas que, par les révélations +des francs-maçons eux-mêmes, les secrets ne soient aujourd’hui +assez connus du monde profane. Quelque précieuse et inestimable +que soit la faveur de recevoir « la lumière », et de porter +« le tablier », je n’ai pu m’empêcher, je l’avoue, en lisant les +« épreuves » que le F∴ Ragon raconte et interprète avec +complaisance, de trouver que le <i>profane</i> achète tout cela un +peu cher.</p> + +<p>Ces épreuves sont longues et compliquées. Il y a d’abord la +<i>chambre des réflexions</i> : « Lieu obscur, éclairé par une lampe sépulcrale. +Les murs, peints en noir, sont chargés d’emblèmes +funèbres… Le récipiendaire, devant passer <i>par les quatre éléments</i> +des anciens, subit sa première épreuve, celle de « la +Terre », au sein de laquelle il est censé se trouver… Un squelette +gît près de lui dans un cercueil ouvert. Si l’on manquait +de squelette, on poserait sur la table une tête de mort<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Rituel de l’apprenti</i>, par le F∴ Ragon, p. 24, et seq.</p> +</div> +<p>« Les inscriptions placées sur les murs sont celles-ci :</p> + +<p>« Si ton âme a senti l’effroi, ne va pas plus loin.</p> + +<p>« Si tu persévères, tu seras <i>purifié par les éléments</i>, tu sortiras +de l’abîme des ténèbres, tu verras la lumière. »</p> + +<p>Le patient reste là un certain temps et doit répondre par écrit +à trois questions, et puis faire son testament. Pendant que le +Vénérable lit ses réponses en loge : « Le F∴ préparateur bande +les yeux au récipiendaire, et le met dans l’état où il doit entrer +en loge ; c’est-à-dire qu’il est tête nue, la moitié du corps +en chemise ; il a le bras et le sein gauche découverts, le genou +droit nu, le soulier gauche en pantoufle<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Alors le F∴ expert reçoit du Vénérable « l’importante mission +de soumettre le profane aux épreuves physiques », +c’est-à-dire de lui faire faire « les <i>trois voyages</i>, et de le faire +passer par les éléments qui lui restent à traverser »<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a> ; l’air, +l’eau et le feu.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Puis, « le 2<sup>e</sup> Expert tire bruyamment les verroux et ouvre les +deux battants de la porte, etc.<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 32.</p> +</div> +<p>Puis, après un long interrogatoire sur les préjugés, l’ignorance, +le fanatisme et la superstition, etc., « le Vénérable dit +d’une voix forte : <i>Faites faire le premier voyage !</i> »</p> + +<p>« Ce premier voyage doit être hérissé de difficultés ; on lui +dit : <i>Baissez-vous !</i> comme pour entrer dans un souterrain. +<i>Enjambez !</i> pour franchir un fossé. <i>Levez le pied droit !</i> pour +monter sur une butte. <i>Baissez-vous !</i> — <i>Encore !</i> Il est conduit +de manière à ce qu’il ne puisse pas juger de la nature du +sol qu’il parcourt ; il monte <i>l’Échelle sans fin</i> ; passe sur la +<i>Bascule</i>. Pendant ce trajet, le bruit des assistants, <i>la grêle</i> +et <i>le tonnerre</i> produisent leur effet ; même la bouteille de +Leyde<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 44.</p> +</div> +<p>Ce voyage constitue la purification par <i>l’air</i> ; la purification +par <i>l’eau</i> se fait au 2<sup>e</sup> voyage, pendant lequel « le seul bruit que +le récipendiaire entend est causé par quelques <i>rumeurs sourdes</i> +et par de légers <i>cliquetis de glaives</i> »… Puis, l’Expert lui plonge +par trois fois le poignet gauche dans un « vase où il y a de +l’eau<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 46.</p> +</div> +<p>L’épreuve par <i>le feu</i> a lieu au 3<sup>e</sup> voyage, qui se fait « en silence +et à pas précipités. On suit le récipiendaire en l’enveloppant, +avec précaution, trois fois dans les flammes, jusqu’à +sa place<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 50.</p> +</div> +<p>Puis on présente au profane « le breuvage d’amertume<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> » : +et le Vénérable lui dit alors avec gravité :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 51.</p> +</div> +<p>« Tout profane qui se fait recevoir maçon <span class="xsmall">CESSE DE S’APPARTENIR</span>. +Il n’est plus à lui… »</p> + +<p>Les rituels nous apprennent qu’il existe, dans toutes les loges +de l’univers, un sceau chargé de caractères hiéroglyphiques +connus des seuls vrais maçons.</p> + +<p>« Ce sceau, <i>après avoir été rougi au feu</i>, étant appliqué sur le +corps, y imprime une marque ineffaçable<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 52.</p> +</div> +<p>Si le patient consent à recevoir sur la partie de son corps qu’il +indiquera lui-même cette glorieuse empreinte, — car le F∴ Ragon +avertit que le Vénérable peut le dispenser de cette épreuve, — « le +F∴ Expert frotte avec un linge sec la partie indiquée et +y pose très-prestement un glaçon ou un corps froid<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 52.</p> +</div> +<p>Le moment alors est venu d’exiger du candidat le serment :</p> + +<p>« Les FF∴ sont debout, armés de glaives dont la pointe est +tournée vers le récipiendaire. Le Vénérable frappe <i>trois coups +lents</i>. Au troisième, le 2<sup>e</sup> Surveillant fait tomber le bandeau. +Aussitôt l’Expert projette devant lui <i>une grande flamme</i>, à une +distance inoffensive…</p> + +<p>« Après un instant de silence, le Vénérable dit :</p> + +<p>« Les glaives qui sont tournés vers vous… vous annoncent +que vous ne trouveriez parmi nous que <i>des vengeurs de la +Maçonnerie</i>… et que nous serions <i>toujours prêts à punir le parjure</i><a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 55.</p> +</div> +<p>« On le conduit alors à l’<i>autel</i>. Là, on lui met à la main +gauche un <i>compas</i> ouvert dont une des pointes est tournée +vers <i>le sein gauche</i> ; sa main droite est posée sur le glaive de +l’ordre ; il pose le genou sur une des marches, la jambe droite +en équerre<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 54.</p> +</div> +<p>Le serment prêté, le Vénérable donne au profane devenu +maçon le <i>tablier</i>, les <i>gants</i> « que vous donnerez, dit-il, à la femme +que vous estimez le plus<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a> ». Puis, il lui fait connaître les <i>mots</i>, +<i>signe</i> et <i>attouchement</i> ; et lui explique le sens de ces choses.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 57.</p> +</div> +<p>« Le <i>mot de passe</i> est T… un des fils de Lameth… Bientôt +vous apprendrez sa vraie signification :</p> + +<p>« Le mot d’<i>ordre</i>… vous apprendra <i>que nous faisons tout en +équerre</i>…</p> + +<p>« L’<i>ordre</i>, en loge, est d’être debout, et de porter à plat la +main droite sous la gorge, les quatre doigts serrés, et le pouce +écarté, en forme d’équerre.</p> + +<p>« Le <i>Signe</i> dit <i>guttural</i> est de se mettre à l’ordre, de retirer +la main horizontalement, et la laisser tomber perpendiculairement.</p> + +<p>« L’<i>Attouchement</i> se fait en se prenant mutuellement les +quatre doigts de la main droite ; on pose le pouce sur la phalange +de l’index, et par un mouvement invisible, on frappe +les trois coups de l’apprenti.</p> + +<p>« <i>Batterie</i>. Trois coups, <i>oo, o</i>.</p> + +<p>« Pour la <i>marche</i> : se mettre à l’ordre, le corps légèrement +effacé, porter en avant le pied droit, approcher en travers le +pied gauche, talon contre talon, en équerre. Répéter <i>ce pas</i> +par trois fois, et faire <i>le signe</i> en guise de salut<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 58.</p> +</div> +<p>Voilà comment les francs-maçons reçoivent <i>la lumière</i>.</p> + +<p>« La cordialité, prétend quelque part M. About<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>, rachète +les côtés enfantins du rite » ; pour moi, quand je songe que +ce sont parfois des hommes partout ailleurs sérieux qui pratiquent +ces choses, et avec l’exaltation que je rencontre dans la +plupart des discours maçonniques ; et que c’est pour de tels +rites, vides assurément du sens de Dieu, et de tout sens, +qu’un si grand nombre de ces hommes s’éloignent de la religion +véritable, du Dieu qui les a créés, de Jésus-Christ qui les +a rachetés, je ne puis me défendre, je l’avoue, d’une compassion +profonde.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a> <i>Opinion nationale</i>, novembre 1865.</p> +</div> +<p>Mais qu’êtes-vous donc, dirai-je à la Maçonnerie ? Êtes-vous +une Société à prétentions philosophiques ? Pourquoi donc alors +toute cette fantasmagorie. Une religion, un culte ? Mais vous +dites dans vos loges : « Débarrassons l’imposante majesté de +Dieu de toutes les frivolités du culte extérieur, au moyen +desquelles on enchaîne les ignorants et les faibles<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a> ! » Ou +bien êtes-vous une Société secrète qui cache à dessein son secret +sous des momeries ? Faut-il le penser ?</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a> Discours du Grand-Maître de la Maçonnerie belge, à l’installation d’une +loge, M. Neut., t. I, p. 143.</p> +</div> +<p>J’ai regardé de près ces prétendus symboles, et les explications +mystiques que vos écrivains en ont données : en fait +de science et de lumière, qu’y a-t-il là ? Rien, absolument rien ; +tout cela est creux et vide ; ou si l’on peut dégager de là quelque +chose, quelque pensée philanthropique, je le déclare, rien +de cet enseignement si étrangement donné qui appartienne à +la Maçonnerie ; rien qui ne soit connu, vulgaire, passé même +chez nous, on le peut dire, à l’état de lieu-commun, grâce au +catéchisme.</p> + +<p>Puérilité donc, que cette prétendue initiation à la lumière ! +Puérilité que toutes ces cérémonies ridicules ! <i>Puérilité</i> et <i>sénilité</i>, +comme le disait Félix Pyat ! Je me trompe, ce qu’au fond +cela signifie, c’est qu’on veut se passer de la religion, de la +foi et du catéchisme chrétien ; voilà pourquoi on se livre gravement +à ces rites bizarres,… qui rappellent trop vraiment les +vieux temps de la décadence païenne, et les initiations symboliques +qui avaient lieu dans la caverne de Mithra, sous le +Capitole<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a> ?</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a> Aussi est-ce sans étonnement que j’ai vu <i>le Monde-Maçonnique</i> signaler +la curieuse analogie de certains symboles mithriaques avec les emblèmes de la +maçonnerie. — Avril 1876, p. 592.</p> +</div> +<p>Peut-être y a-t-il ici un autre motif : comme le disait un révolutionnaire +italien, célèbre dans les Sociétés secrètes : « en +apprenant tout cela au franc-maçon, on s’empare de la volonté, +de l’intelligence, et de la liberté d’un homme. On en +dispose, on le tourne, on l’étudie… Quand il est mur pour +nous, on le dirige vers la Société secrète, dont la Franc-Maçonnerie +n’est que l’antichambre<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a> Lettre du <i>Petit-Tigre</i> à la <i>Vente piémontaise</i>, cité par l’auteur de l’<i>Église +romaine en face de la Révolution</i>, t. II, p. 424.</p> +</div> +<p>Mais n’anticipons pas sur ce grave sujet ; et donnons encore +quelques détails.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c11">III<br> +<span class="xsmall">LES TRAVAUX DE TABLE, OU BANQUETS</span></h3> + +<p>Les initiations ont quelque chose en apparence de terrible ; +mais pour reposer nos lecteurs, voici des détails moins sombres : +je veux parler des <i>travaux de table</i>, c’est ainsi que se nomment +les banquets maçonniques. — Ici encore je copie textuellement +les rituels :</p> + +<p>Voici, selon le F∴ Ragon, et selon un autre écrivain franc-maçon, +fort accrédité aussi dans l’ordre, le F∴ Clavel, comment +se passent ces banquets :</p> + +<p>« La salle où se fait <i>la mastication</i> doit être, comme la Loge, +à l’abri des regards profanes. On la décore habituellement de +guirlandes de fleurs<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 76.</p> +</div> +<p>« Le V∴ dit : « F∴, surv∴, prévenez vos FF∴ que les +travaux sont suspendus et que nous allons nous livrer à la +mastication<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a> <i>Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie</i>, par le F∴ Clavel, Introd., +p. 30.</p> +</div> +<p>« Fr∴ 1<sup>er</sup> et 2<sup>e</sup> surv∴, invitez les FF∴ qui sont sous votre +commandement à se disposer à <i>charger</i> et à aligner pour la +première santé d’obligation<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a> <i>Rituel de l’Apprenti</i>, p. 76, 77.</p> +</div> +<p>« Pendant le repas, on tire <i>sept santés d’obligation</i>. Lorsqu’on +tire les santés, <i>la mastication</i> cesse » ; — c’est-à-dire qu’on +cesse de manger pour boire ; et voici comment cela se fait. « Les +frères se lèvent, se mettent <i>à l’ordre</i>, et jettent leur <i>drapeau</i> +(leur serviette) sur l’épaule gauche. Sur l’invitation du Vénérable +les frères <i>chargent leurs canons</i> (les verres) et quand tout +cela est fait, le Vénérable dit : Mes frères, nous allons porter +une santé… Nous y ferons feu, bon feu, le feu le plus vif et le +plus pétillant de tous les feux.</p> + +<p>« Mes frères ! La main droite au glaive (c’est le couteau) !</p> + +<p>« Haut le glaive !</p> + +<p>« Salut du glaive !</p> + +<p>« Le glaive dans la main gauche ! »</p> + +<p>Tous les couteaux se lèvent et se saluent.</p> + +<p>Après ce mouvement brillant, on met la main <i>aux armes</i>, +c’est-à-dire aux verres :</p> + +<p>« Haut les armes !</p> + +<p>« En joue ! — Ici, les frères approchent le verre de leur +bouche.</p> + +<p>« Feu ! — On boit une partie de ce qu’il y a dans le verre.</p> + +<p>« Bon feu ! — On boit encore une partie.</p> + +<p>« Le plus vif et le plus pétillant de tous les feux ! — On vide +le verre. »</p> + +<p>Pour annoncer la première santé, « Le Vénérable commande +l’exercice ainsi :</p> + +<p>« Attention, mes FF∴! la main droite aux armes !</p> + +<p>« Haut les armes ! En joue !</p> + +<p>« 1<sup>er</sup> feu ! A la santé de S. M. l’Empereur !</p> + +<p>« 2<sup>e</sup> feu ! A la santé du Prince Impérial, de l’Impératrice et de +la Famille Impériale.</p> + +<p>« 3<sup>e</sup> feu ! A la gloire de la France<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> » !</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a> <i>Rituel de l’Apprenti</i>, p. 77.</p> +</div> +<p>Et l’exercice se poursuit ainsi :</p> + +<p>« F∴ armes au repos ! — On approche le verre de l’épaule +droite.</p> + +<p>« En avant les armes ! Signalons nos armes !</p> + +<p>« Un ! — A ce commandement, on approche le verre de +l’épaule gauche.</p> + +<p>« Deux ! — On le ramène à l’épaule droite.</p> + +<p>« Trois ! — On le reporte en avant.</p> + +<p>« Un ! Deux ! Trois ! — A chacun de ces temps les frères font +un mouvement par lequel ils descendent graduellement <i>le +canon</i> vers la table. Au troisième, ils le posent avec bruit et +ensemble, de manière qu’on n’entende qu’un seul coup<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 82.</p> +</div> +<p>On en fait autant du <i>glaive</i>, c’est-à-dire du couteau.</p> + +<p>Vraiment, il est assez difficile ici, quelque gravité qu’on veuille +apporter à cette étude, de ne pas sourire un peu. Et quand involontairement, +en lisant ces choses, certains noms propres se +présentent à la mémoire, et que, par la pensée, on voit là certains +hommes qu’on croyait graves, on éprouve un triste étonnement.</p> + +<p>Et comment ne pas se rappeler aussi ces banquets de joyeux +bons vivants, comme le siècle dernier en a tant vus dans les +temples maçonniques, cette philanthropie <i lang="la" xml:lang="la">inter pocula</i>, et comme +disait en 1852 le <i>Constitutionnel</i>, « ces bons drilles des loges +maçonniques, célébrant l’amour et le vin aux soupers du caveau. +Depuis lors, ajoutait le <i>Constitutionnel</i>, les choses ont +bien changé ; les drilles philosophiques et anacréontiques, +endormis dans le vin versé par l’athéisme, se sont réveillés +dans le sang versé par les révolutions…<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a> M. Neut, t. I, p. 285.</p> +</div> +<p>Et comment ne pas sourire encore lorsqu’on entend ces grands +réformateurs exposer la théorie maçonnique du plaisir, et présenter +la Maçonnerie comme une espèce d’île de Calypso où +règne un printemps éternel, que ne troublent jamais les orages ?</p> + +<p>« La science a <i>ses moments d’intervalle</i> ; l’homme est par nature +<i>ami des plaisirs</i> ; ceux que la Maçonnerie vous offrira satisferont +et votre cœur et <i>vos sens</i> ; là se trouve un asile <i>où +règne un printemps éternel, où les fleurs s’épanouissent sans cesse, +où la tempête ne mugit jamais</i><a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a> Discours prononcé par le F∴ Frantz Faider, à l’occasion de son installation +comme <i>Vénérable</i> de la Loge de <i>la Fidélité</i>, de Gand, 2 juillet 1846. +M. Neut, t. I, p. 286.</p> +</div> +<p>Mais c’est assez sur tout ceci : le moins qu’on puisse dire, +assurément, c’est qu’il est permis de ne pas trop compter, pour +le progrès réel de la vertu dans l’humanité, sur ce côté de la +Maçonnerie.</p> + +<p>« Cela, disait le révolutionnaire italien que nous citions tout +à l’heure, est trop pastoral et trop gastronomique ; mais cela +a <span class="xsmall">UN BUT</span> qu’il faut encourager sans cesse… C’est sur les loges +que nous comptons pour doubler nos rangs. »</p> + +<p>Nous reviendrons sur ce <span class="xsmall">BUT</span>.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c12">IV<br> +<span class="xsmall">LES RITES ET LES MYSTÈRES MAÇONNIQUES</span></h3> + +<p>Nous entendions tout à l’heure les francs-maçons nous dire : +« Débarrassons l’imposante majesté de Dieu <i>de toutes les frivolités +du culte extérieur, de toutes les erreurs au moyen desquelles +on enchaîne les ignorants et les faibles</i>. Il n’y a, en fait, +<i>aucune religion que puisse embrasser l’être intelligent</i><a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a> Installation de la Loge <i>l’Espérance</i>, à Bruxelles, 26 novembre 1848, discours +du sérénissime Grand-Maître national de Facqz, cité par M. Neut.</p> +</div> +<p>Ils disent cela, et immédiatement ils se donnent le plus +complet démenti ; car ils ajoutent :</p> + +<p>« Cependant l’homme est essentiellement religieux. Il +éprouve le besoin d’un culte qui soit digne de lui et de l’être +supérieur auquel il le consacre. »</p> + +<p>« Eh bien ! M∴ F∴, <span class="xsmall">QUE LA MAÇONNERIE SOIT POUR NOUS +CETTE RELIGION</span> !… Soyons ses apôtres fervents ; initions à <span class="xsmall">SES +MYSTÈRES</span><a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a> ! »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a> M. Neut, t. I, p. 142.</p> +</div> +<p>Ses mystères : voyons-en donc quelque chose.</p> + +<p>Dans le <i>tracé</i> officiel de la fête maçonnique célébrée en l’honneur +de Léopold I<sup>er</sup>, entre autres cérémonies, on vit le Grand-Maître +se rendre <i>à l’autel</i> où brûlait <i>le feu sacré</i> (le feu, <i>cet unique purificateur</i>, +comme ils disent), et offrir <i>à l’ombre vénérée</i> des <i>libations</i> :</p> + +<p>« Ombre vénérée de notre auguste frère, entends ma voix ! Au +nom de tous les maçons réunis dans ce temple, je t’offre <i>l’eau</i>, +je t’offre <i>le vin</i>, je offre <i>le lait</i>…<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a> M. Neut, t. I, p. 165.</p> +</div> +<p><i>L’eau</i>, <i>le vin</i>, <i>le lait</i>, voilà donc les hommages et les secours, +aussi vides que solennels, que l’<i>ombre</i> du roi des Belges reçut +de ses confrères en maçonnerie.</p> + +<p>Ce goût des rites, des cérémonies, ils le poussent si loin qu’à +ma grande surprise, j’ai trouvé dans les livres maçonniques +jusqu’à la parodie de nos Sacrements, un <i>Baptême</i>, une <i>Confirmation</i>, +une <i>Cène</i> !</p> + +<p>Oui, il y a un baptême <i>maçonnique</i>, car ils veulent prendre +aussi, et comme ils disent, adopter les enfants. Et voici comment +ils procèdent : je ne cite qu’un de ces rites : « … Le parrain +tient de la main droite le fil d’un aplomb, de manière que l’extrémité +inférieure de l’aplomb soit en face du cœur du Louveton +(l’enfant) ; le premier surveillant touche de la main +droite le côté du cœur du Louveton et dit : « Que la ligne verticale +de l’aplomb t’enseigne à marcher droit<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a> <i>Histoire de la Franc-Maçonnerie</i>, par Dubreuil, t. 2, p, 139.</p> +</div> +<p>Je reproduis ici textuellement le récit d’un baptême, tel qu’il +est donné dans le <i>Monde-Maçonnique</i> :</p> + +<p>« La loge de <i>la Parfaite-Union</i>, à l’Orient de Rennes, célébrait +le lundi, 13 septembre 1858, ce que les anciens Maçons +appelaient un <i>baptême maçonnique</i>. Le F∴ Guillet, <i>Vénérable</i>, +présidait cette cérémonie avec l’expérience que lui +donnent trente-cinq ans de Maçonnerie… <i>Les portes du temple</i> +s’ouvrent… le Vénérable fait approcher l’enfant de <i>l’autel</i>. +Sur une table placée au milieu du temple brillent, dans l’argent +et le cristal, le pain, les fruits, l’eau et le vin, le miel +et le lait, qui doivent servir <i>aux cérémonies de l’initiation</i>… +Le Vénérable, en partageant <i>aux parrains</i> ce repas, qui rappelle +les agapes des premiers chrétiens, leur adresse quelques +mots heureux, empreints d’une douce morale ; il termine <i>en +bénissant l’enfant</i><a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a>. Etc. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, juillet 1872, p. 202.</p> +</div> +<p>Le 16 juillet 1870, la Loge les <i>Amis-Réunis</i>, de Bordeaux, +<i>adoptait</i> huit enfants : deux filles et huit garçons ; et le F∴ Delboy +leur disait : « Puissent vos esprits s’ouvrir à la lumière maçonnique ! +Que les rayons de la vérité illuminent vos esprits, +comme font les rayons du soleil dans les cieux, quand se lève +le matin. » Mais quelle est cette <i>lumière maçonnique</i> ? Le prédicateur +maçonnique l’expliquait : c’est, disait-il, <i>la liberté de +penser</i>, qu’il faut mettre, ajoutait-il, <i>au-dessus de toutes choses</i><a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, t. 1, p. 403.</p> +</div> +<p>Voici maintenant une Confirmation. Après les épreuves préliminaires, +on entend le bruit du tonnerre précédé d’éclairs, et +on semble aussi entendre des murs s’écrouler avec fracas : « Le +bruit et le fracas que vous avez entendus, dit le Vénérable, +accompagnent ordinairement les premiers pas de ceux qui +commencent à marcher dans la carrière maçonnique… »</p> + +<p>« Alors un cliquetis d’armes et des détonations d’armes à feu +se font entendre de loin…</p> + +<p>« Le préparateur fait ensuite marcher l’initié à reculons, +pour qu’il apprenne par là qu’on n’a rien sans peine. »</p> + +<p>On lui fait boire aussi le calice d’amertume, symbole de la +peine qu’il y a à confesser ses défauts ; car on a commencé par +lui demander cette confession<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a> <i>Histoire de la Franc-Maçonnerie</i>, par Dubreuil, t. II, p. 139 et suiv.</p> +</div> +<p>Quelques détails maintenant sur la Cène maçonnique :</p> + +<p>« Au fond de la loge, vers l’Orient, est un triangle en forme +de gloire, avec le nom de Jéhova, en caractères hébraïques ; +du côté du midi, dans un transparent, un soleil qui s’élève au-dessus +d’un tombeau. Près de ce transparent, on place une +table, sur laquelle il y a <i>un agneau</i> en pâtisserie, un couteau, +une coupe et un vase de vin… Un chandelier à trois branches +est <i>sur l’autel</i>.</p> + +<p>« Le Vénérable, <i>encense</i> différentes fois le chandelier à trois +branches… Alors <i>le maître des cérémonies</i> découpe <i>l’agneau</i>… +Le Vénérable prend le plat sur lequel se trouve l’agneau découpé, +et présente le plat au Frère qui est à sa droite en disant : +« Prenez et mangez !… » Ensuite il prend la coupe, il +boit, et la présente au Frère qui est à sa droite en disant : +« Prenez et buvez ! » Et il donne le baiser de paix<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Ainsi donc, ils sont Prêtres, ils sont Pontifes : ils baptisent, +ils confirment, ils communient.</p> + +<p>O inconséquence de la pauvre humanité ! ou plutôt, ô besoin +éternel du cœur de l’homme que Dieu a fait religieux, et qui ne +peut, quoi qu’il en ait, se passer de religion ! S’il rejette celle +que Dieu lui-même a donnée au monde, il sera forcé de s’en +faire une autre à sa guise, bien étrange assurément, mais qui lui +plaira, parce qu’elle sera de sa façon. Voilà donc des hommes +dont beaucoup se croiraient humiliés, presque déchus de leur +dignité d’hommes, si on les surprenait pratiquant les devoirs du +Christianisme, et qui, entre eux, dans le secret de leurs mystères, +observent gravement un culte et des rites, tels qu’il est +difficile d’en imaginer de plus bizarres.</p> + +<p>Un souvenir nous revient ici à la mémoire.</p> + +<p>Robespierre, lui aussi, voulut un jour faire le Pontife. Il apparut, +élégamment, solennellement vêtu, tenant à la main un +bouquet de fleurs qu’il offrit à l’Être Suprême, fondateur de la +république. « Et pourquoi pas ? dit à ce propos le P. Lacordaire. +Pourquoi un magistrat, couvert d’habits solennels, +n’aurait-il pas offert à Dieu l’une des choses les plus pures +et les plus aimables de la création, un bouquet de fleurs ? +Il tomba cependant sous le coup d’un ridicule accompli. »</p> + +<p>C’est qu’en effet la religion est un domaine réservé ; et +le sacrilége ici ne sauve pas la parodie du ridicule. Non, +il ne suffit pas d’un cordon bleu et d’un soleil d’or sur la poitrine +pour animer de vains simulacres, et sacrer des Pontifes +sans caractère et sans mission. Si le culte, si les sacrements +chrétiens sont augustes et vénérables, sachez-le, c’est qu’il +y a là ce que Dieu seul y a mis, ce que Dieu seul y pouvait +mettre. Mais vous, que pouvez-vous mettre dans vos rites bizarres +et dans vos creux symboles ? Voilà pourquoi, je le répète, +vos pratiques sont ridicules, quand elles ne sont pas impies. +La foi s’indigne, et le sens commun vous prend en pitié.</p> + +<p>Pauvres hommes, vous rejetez la réalité, et vous vous prenez +à des ombres ! Et ces ombres vous suffisent, parce que c’est +vous qui les avez faites. Païens d’une nouvelle espèce, vous +adorez les œuvres de vos mains. Mais votre temple, comme +votre âme, est vide : on y cherche en vain la Divinité.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c13">V<br> +<span class="xsmall">LE CHEVALIER KADOSCH</span></h3> + +<p>Je voudrais quitter enfin ce triste sujet ; je ne le puis pas, sans +dire quelques mots des hauts grades maçonniques, ceux qu’on +ne confère qu’aux Maçons éprouvés, dont l’éducation maçonnique +est complète ; et, sans vouloir trop regarder au fond de ces mystères, +ni en rechercher le dernier mot ; soit que ces mystères +ne cachent rien du tout, soit qu’ils cachent quelque chose, je +demande s’il y a rien de plus suspect, de plus absurde que toute +cette fantasmagorie ?</p> + +<p>M. Louis Blanc disait-il la vérité quand il écrivait : « Comme +les trois grades de la Maçonnerie ordinaire (apprenti, compagnon, +maître), comprenaient un grand nombre d’hommes +opposés par état et par principes à tout projet de subversion +sociale, les novateurs multiplièrent les degrés de l’échelle +mystique à gravir ; ils créèrent des arrière-loges réservées +aux âmes ardentes ; ils instituèrent les hauts grades d’<i>élu</i>, de +<i>chevalier du Soleil</i>, de <i>la stricte observance</i>, de <i>Kadosch</i> ou +homme régénéré : sanctuaire ténébreux, dont les portes ne +s’ouvraient à l’adepte qu’après une longue série d’épreuves, +calculées de manière à constater les progrès de son éducation +révolutionnaire, à éprouver la constance de sa foi, à essayer +la trempe de son cœur. Là, au milieu des pratiques tantôt +puériles, tantôt sinistres…, etc.<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a> <i>Histoire de dix ans</i>.</p> +</div> +<p>Examinons donc un moment de près ces hauts grades de +la Maçonnerie, et entre autres le grade de <i>Chevalier Kadosch</i>, celui +dont les doctrines, dit le frère Ragon, « forment le complément +essentiel de la <i>véritable</i> Maçonnerie ».</p> + +<p>« Ce grade, dit-il encore, porte avec raison le titre de <i lang="la" xml:lang="la">nec plus +ultra</i> : les trois degrés au-dessus ne sont qu’administratifs. »</p> + +<p>Eh bien, comment se fait l’Initiation à ce grade suprême ?</p> + +<p>L’Élu traverse quatre appartements, l’initiation s’accomplit +dans le quatrième :</p> + +<p>« Le <i>premier appartement</i> est tendu en noir, éclairé par une +seule lampe triangulaire, suspendue à la voûte. Il communique +à un caveau, espèce de <i>cabinet de réflexion</i>, où se +trouvent confondus <i>les symboles de la destruction et de la mort</i>…</p> + +<p>« <i>Deuxième appartement</i>. Il est tendu en blanc. Deux autels +occupent le centre ; sur l’un, est une urne pleine d’esprit de +vin qui éclaire la salle ; sur l’autre autel est un réchaud de feu +avec de l’encens à côté…</p> + +<p>« <i>Troisième appartement</i>. La tenture est bleue, la voûte est +étoilée, il n’est éclairé que par les trois bougies jaunes.</p> + +<p>« <i>Quatrième appartement</i>. Là se tient le conseil souverain des +grands élus chevaliers <i>Kadosch</i>. Il est tendu en rouge, le +local est éclairé de douze bougies jaunes.</p> + +<p>« Parvenu dans <i>ce divin sanctuaire</i>, le candidat apprend <i>les +engagements qu’il contracte</i> ; puis, on lui fait monter et descendre +« une échelle mystérieuse, qui, par sa forme, rappelle +le Delta ».</p> + +<p>« Les emblèmes de ce grade sont « une croix », avec « un +serpent à trois têtes ».</p> + +<p>« Le <i>serpent</i> désigne le mauvais principe. Les <i>trois têtes</i> du +serpent sont l’emblème du mal qui s’est introduit dans les +<i>trois hautes classes de la société</i>. Une tête du serpent porte une +<i>couronne</i>, et indique <i>les souverains</i> ; une autre tête porte <i>une +tiare</i> ou <i>clef</i>, et indique <i>les papes</i> ; une autre porte <i>un glaive</i> et +indique <i>l’armée</i>.</p> + +<p>« Le Grand-Initié doit veiller <i>à la répression de ces abus</i>…</p> + +<p>« Comme gage de <i>ses engagements</i>, le récipiendaire <i>abat, avec +le poignard, les trois têtes du serpent</i><a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a> » : c’est-à-dire la couronne, +la tiare, et l’épée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a> Explication du grade de Grand-Élu, Chevalier Kadosch, par le F∴ Ragon. +Ouvrage loué par le Grand-Orient.</p> +</div> +<p>Le ridicule ici, on le voit, se mêle à l’horreur, et c’est bien le +cas peut-être de redire avec le poète :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse"><i lang="la" xml:lang="la">Hæ nugæ seria ducunt !</i></div> +</div> + +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">TROISIÈME PARTIE<br> +Action politique et révolutionnaire de la +Maçonnerie</h2> + + +<p>Ces initiations, ces degrés, ces épreuves successives, ont un +but ! Avant de confier son dernier secret à quelques rares élus, +la Maçonnerie éprouve ses adeptes : elle veut savoir s’ils seront +capables de descendre dans les mines qu’elle creuse sous +les édifices sociaux : ce n’est pas nous qui parlons ainsi, c’est +M. Louis Blanc dans son <i>Histoire de Dix-Ans</i> : à propos de la +Franc-Maçonnerie, « il importe, dit-il, d’introduire le lecteur +« dans <span class="xsmall">LA MINE</span> que creusaient alors, <i>sous les trônes, sous les autels</i>, +<span class="xsmall">DES RÉVOLUTIONNAIRES</span> bien autrement profonds et agissants +que les encyclopédistes ».</p> + +<p>Le côté redoutable de la Franc-Maçonnerie le voici donc : +c’est sa profonde et incessante action politique, sociale et révolutionnaire. +Là-dessus, M. Henri Martin a dit le vrai mot : +« <i>La Maçonnerie</i>, écrit l’auteur de l’<i>Histoire de France</i><a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>, <i>est le +laboratoire de la révolution</i>. » M. Félix Pyat, de son côté, appelle +la Franc-Maçonnerie « <i>l’Église de la révolution</i> »<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a> T. <small>XVI</small>, p. 595.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a> <i>Le Rappel</i>, cité par le <i>Monde maçonnique</i>, mai 1870.</p> +</div> +<p>Qu’on ne nous redise donc plus que la Maçonnerie fait de la +bienfaisance : c’est possible, mais cela ne l’empêche pas de faire +autre chose, et le <i>Monde-Maçonnique</i> a pris soin de nous avertir +que la bienfaisance n’est pas <span class="xsmall">LE BUT</span>, mais un des moyens, et +<span class="xsmall">DES MOINS ESSENTIELS</span>, de la Maçonnerie.</p> + +<p>Qu’on ne nous oppose pas non plus les constitutions maçonniques +qui disent : « La Franc-Maçonnerie ne s’occupe pas +des constitutions des États ; dans la sphère élevée où elle se +place, elle respecte les sympathies politiques de chacun de ses +membres ; dans ses réunions, toute discussion à ce sujet est +formellement interdite<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a>. » De même le règlement du +Grand-Orient de Belgique portait textuellement, article 135 : +« Les Loges ne peuvent en aucun cas s’occuper de matières +politiques. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a> Article 2 de la Constitution française.</p> +</div> +<p>Je reconnais ici encore les vieilles traditions de tactique et de +mystère dont la Maçonnerie, à son origine, avait besoin de se +couvrir pour tromper les gouvernements et la foule des dupes : +mais dans la réalité, que sont aujourd’hui ces formules surannées ? +Contradiction ou mensonge.</p> + +<p>Qu’on ne vienne pas non plus nous dire : Les questions politiques +et sociales, la Maçonnerie, si elle s’en occupe, elle ne le +fait que d’une manière générale et inoffensive ; jamais elle ne +descend de la hauteur sereine des principes dans la région des +faits, dans la sphère agitée des applications pratiques.</p> + +<p>Cela n’est pas, et ne peut pas être ; en fait, et par la force des +choses, la Maçonnerie est une société politique et révolutionnaire ; +elle exerce une influence directe sur les révolutions ; elle +les prépare, elle les fait, et ceux qui, dans la Maçonnerie, marchent +à la tête du mouvement, et entraînent avec eux toute la +masse des adeptes, ceux-là, qui sont vraiment le cœur et l’âme +de la Maçonnerie, ont pour but suprême d’en faire, selon l’énergique +et profonde expression de M. Henri Martin, le <span class="xsmall">LABORATOIRE +DE LA RÉVOLUTION</span>, ou selon le F∴ Pyat, <span class="xsmall">L’ÉGLISE DE LA RÉVOLUTION</span>.</p> + +<p>En voici des preuves péremptoires :</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c14">I<br> +<span class="xsmall">TÉMOIGNAGES MAÇONNIQUES</span> :<br> +<span class="xsmall">M. LOUIS BLANC</span>, — <span class="xsmall">MAÇONS FRANÇAIS ET BELGES</span>.</h3> + +<p>Il y a, sur l’action politique et révolutionnaire de la Maçonnerie, +un texte de M. Louis Blanc, dont nous citions tout à +l’heure quelques paroles, et qui donne un premier démenti aux +protestations des constitutions maçonniques :</p> + +<p>« Il plut à des souverains, au grand Frédéric, dit M. Louis +Blanc, de prendre la <i>truelle</i>, et de ceindre le <i>tablier</i> ; pourquoi +non ? <i>L’existence des hauts grades leur étant soigneusement dérobée, +ils savaient seulement de la franc-maçonnerie ce qu’on en +pouvait montrer sans péril.</i></p> + +<p>« Ils n’avaient point à s’en occuper, retenus qu’ils étaient dans +les grades inférieurs, où ils ne voyaient qu’une occasion de +divertissement, que des banquets joyeux, que des principes +laissés et repris au seuil des loges, que des formules sans application +à la vie ordinaire ; en un mot, qu’une <span class="xsmall">COMÉDIE</span> de +l’égalité. Mais en ces matières, <i>la comédie touche au drame</i>, +et les princes et les nobles furent amenés à couvrir de leur +nom, à servir aveuglément de leur influence, <i>les entreprises +latentes dirigées contre eux-mêmes</i>. »</p> + +<p>Impossible de mieux peindre cette étonnante imprévoyance +des princes et de l’ancienne noblesse française, qui se jetaient +aveuglément dans la Maçonnerie, comme dans le philosophisme +impie du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et acceptaient le rôle ridicule de comparses +dans cette grande <i>comédie</i> de la liberté, de l’égalité et de +la fraternité, sans prévoir la tragédie qui la devait suivre de si +près : impossible aussi de révéler plus clairement le plan profond +de la Maçonnerie, qui déguisait, sous des apparences séduisantes, +ses <i>entreprises latentes</i>, son but secret et subversif, sa +conspiration permanente.</p> + +<p>Et en effet, comme le disait encore M. Louis Blanc :</p> + +<p>« L’ombre, le mystère, un serment terrible à prononcer, un +secret à apprendre pour mainte épreuve courageusement +subie, un secret à garder sous peine d’être voué à l’exécration +et à la mort, des signes particuliers auxquels les Frères se +reconnaissaient aux deux bouts de la terre, des cérémonies +qui se rapportaient à une histoire de meurtre, et semblaient +couvrir des idées de vengeance : quoi de plus propre à former +des conspirateurs ! »</p> + +<p>Du reste, les maçons français et belges sont ici en parfait accord +avec M. Louis Blanc.</p> + +<p>Ainsi, à la fête centenaire célébrée à l’Orient de Marseille, par +la Loge <i>la Parfaite Sincérité</i>, un franc-maçon, influent dans +l’ordre, le F∴ Brémond, esquissant l’histoire de la maçonnerie, +disait :</p> + +<p>« Comment ne pas admirer la persévérance de ceux qui, au +<small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, bravaient les préjugés religieux et <span class="xsmall">SE PRÉPARAIENT</span> +<i>dans l’ombre et le silence</i> ? I<span class="xsmall">LS CONSPIRAIENT</span>, a-t-on dit. C’est +possible. » Et en effet, « lorsque du fond des loges sortirent +ces trois mots : Liberté, Égalité, Fraternité, <span class="xsmall">LA RÉVOLUTION +ÉTAIT FAITE</span><a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, février 1867, p. 613.</p> +</div> +<p>Et le F∴ Brémond ajoutait : « Depuis quelque temps ; un nouvel +élan a été imprimé à la Maçonnerie… De toutes parts les +maçons élèvent des temples, fondent des écoles, <i>s’affirment +devant le monde profane</i>… Ils font plus encore : ils prennent +<span class="xsmall">UNE PART ACTIVE</span> au mouvement du siècle<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Deux ans après, en juillet 1869, avait lieu à Paris une Assemblée +générale du Grand-Orient, et là, le dernier grand-maître de +la Maçonnerie française, le F∴ Babaud-Laribière, s’exprimait, +dans un discours solennel, plus catégoriquement encore :</p> + +<p>« La Maçonnerie, disait-il, était <i>intimement mêlée à tous les +actes civiques dans</i> <span class="xsmall">LES PREMIERS BEAUX JOURS DE LA RÉVOLUTION</span>.</p> + +<p>« Philosophique avant la révolution, civique sous la Constituante, +militaire sous l’empire, pendant la restauration, la +Maçonnerie se trouve <i>mêlée directement à la politique</i>, <span class="xsmall">ET LE +CARBONARISME ENVAHIT LE PLUS SOUVENT LES LOGES</span>.</p> + +<p>Allant plus loin encore, le F∴ Babaud-Laribière déclare que +c’est à la Maçonnerie qu’on doit l’agitation <span class="xsmall">POUR LA RÉFORME</span>, +qui amena la chute du Roi Louis-Philippe, et le <span class="xsmall">SUFFRAGE UNIVERSEL</span> :</p> + +<p>« Le <span class="xsmall">SUFFRAGE UNIVERSEL</span> ayant été mis en vigueur dans les +ateliers, ce furent des Maçons qui demandèrent les premiers +<i>son application dans le monde profane</i> : et l’on retrouverait encore +leurs noms sur les <i>pétitions</i> pour la <i>Réforme électorale</i> dans les +dernières années du règne de Louis-Philippe<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a> <i>Ibid.</i>, juillet 1869, p. 169.</p> +</div> +<p>Et enfin, il proclame « le besoin impérieux pour la Maçonnerie +de prendre part au mouvement libéral et social », et déclare +que « le véritable rôle de la Maçonnerie consiste à <i>devancer +la société politique</i> ».</p> + +<p>Et n’est-ce pas hier encore que, dans une des loges les plus +influentes de Paris, les mêmes prétentions furent affichées ? Là, +on rendait les honneurs funèbres à la mémoire du docteur Montanier, +vénérable de la Loge <i>le Progrès</i>, et préfet de M. Gambetta +au 4 septembre ; et on exaltait ses convictions maçonniques. +Et quelles étaient ces convictions ? C’était, avec <i>la guerre</i> +à la religion, <i>au surnaturel</i>, comme il le disait, <i>l’étude immédiate +et constante</i> <span class="xsmall">DE LA QUESTION SOCIALE</span><a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a> <i>Ibid.</i>, avril 1872, p. 724.</p> +</div> +<p>C’est là ce que proclamait en son nom le F∴ Albert Joly, qui, +lui-même, s’exaltant pour son compte, s’écriait, aux applaudissements +de la loge tout entière :</p> + +<p>« Que la Maçonnerie se mette donc à l’œuvre : qu’elle <span class="xsmall">CONTINUE</span> +de faire <i>la guerre au surnaturel</i>… et mette à l’étude, +<i>mais sans aucun retard</i>, <span class="xsmall">LA GRANDE QUESTION SOCIALE</span><a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Que devant de pareilles déclarations les dupes de la Franc-Maçonnerie +viennent donc encore nous citer les textes des +constitutions maçonniques, qui défendent de s’occuper de religion +et de politique ! Je leur répondrai, moi, qu’ils ne peuvent +continuer d’être dupes à ce point, sans devenir complices.</p> + +<p>Et, en effet, à quoi lui servirait sa vaste et puissante organisation, +si ce n’était précisément à faire descendre de la hauteur +des spéculations, pour les introduire dans le domaine des applications +et des faits, les idées élaborées au sein des loges ? C’est ce +qui fut expressément et nombre de fois déclaré par des orateurs +maçonniques.</p> + +<p>Écoutons la Maçonnerie belge : voici comment, par l’organe +de ses représentants les plus autorisés, elle s’exprimait dans la +grande fêle solsticiale du 24 juin 1854, où toutes les loges +étaient représentées, et où, selon l’aveu de l’un des orateurs, +on a dit tout haut ce que tout le monde dans la Maçonnerie +pense tout bas :</p> + +<p>« Si la Maçonnerie devait se confiner dans ce cercle étroit +(qui exclut la politique), à quoi servirait <i>la vaste organisation, +l’immense développement</i> qui lui sont donnés ?… Je ne suis ici +qu’un écho ; je dis tout haut ce que tout le monde pense tout +bas. »</p> + +<p>Et le même orateur poursuivait de la sorte :</p> + +<p>« Quand j’interroge le passé de notre institution, n’y vois-je +pas que la Maçonnerie a été <span class="xsmall">LA VIGIE ATTENTIVE QUI VEILLE A +LA MARCHE DU VAISSEAU POLITIQUE</span> ?</p> + +<p>Parlant ensuite de la lutte de la Maçonnerie contre le gouvernement, +l’orateur va jusqu’à avouer que, « dans les crises +politiques, <i>chaque fois qu’il le fallait</i>, <span class="xsmall">LE CENTRE</span>, <span class="xsmall">LE POINT D’APPUI +DE LA RÉSISTANCE</span> était là, dans la Maçonnerie ».</p> + +<p>Aussi le même orateur ne craignit-il pas d’attribuer hautement +à l’organisation et à l’activité de la Maçonnerie le triomphe +de ses opinions dans le pays :</p> + +<p>« <i>Si notre opinion a triomphé, je dis que c’est à la Maçonnerie +qu’elle le doit !</i> »</p> + +<p>« L<span class="xsmall">A</span> M<span class="xsmall">AÇONNERIE</span>, s’écriait-il encore, <span class="xsmall">S’EST MÊLÉE ACTIVEMENT +AUX LUTTES POLITIQUES</span><a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a> M. Neut, t. I, p. 301.</p> +</div> +<p>Certes, voilà, en dépit de tous les articles de constitution, des +aveux, qu’on nous passe cette expression, aussi crus que possible.</p> + +<p>Mais voici qui va plus loin encore : dans une autre fête maçonnique, +la fête de l’Ordre, célébrée le 15 juin 1845, l’orateur de +la Loge, le F∴ Émile Grisar, révélait, dans des termes et avec +des images auxquels il est impossible de rien ajouter ce qu’est +au vrai la Maçonnerie, ce qui en fait une Association si redoutable, +aux étreintes de laquelle il est si difficile qu’un pays +échappe, quand une fois elle l’a enlacé :</p> + +<p>« La Maçonnerie, disait-il, possède, <i>par ses affiliations, des +ressources immenses</i>. » Et, pour enflammer le zèle des frères, +il représentait la Maçonnerie comme « un <span class="xsmall">CORPS ROBUSTE</span>, un +<span class="xsmall">COLOSSE A MILLE TÊTES</span>, <span class="xsmall">A CENT MILLE BRAS</span>, <span class="xsmall">UN GRAND INSTRUMENT +DE RÉFORMES SOCIALES</span>, <span class="xsmall">UN LABORATOIRE D’IDÉES NOUVELLES</span>, +et enfin <i>le précurseur de cet esprit démocratique qui s’avance</i>. »</p> + +<p>« Les cadres de <i>notre sainte milice</i> <span class="xsmall">S’ÉTENDENT DE JOUR EN JOUR</span>, +ajoutait-il, <span class="xsmall">NOS BRAS SE MULTIPLIENT</span>, et bientôt nous pourrons +<span class="xsmall">ÉTREINDRE TOUT LE PAYS</span><a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 290.</p> +</div> +<p>Telle est donc la Maçonnerie ; tel est son but, et sa vaste organisation : +<i>colosse à mille têtes, à cent mille bras</i>, qui jette autour de +lui, comme un réseau immense, <i>ses affiliations</i>, afin de préparer +les <i>réformes sociales</i>, d’élaborer les <i>idées nouvelles</i>, et d’<i>étreindre</i> tout +un pays.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c15">II<br> +<span class="xsmall">LA QUESTION DU DROIT DES MAÇONS A S’OCCUPER DE POLITIQUE +DISCUTÉE ET AFFIRMATIVEMENT RÉSOLUE DANS LES LOGES</span></h3> + +<p>Mais ce qu’il faut bien remarquer ici, et les aveux si catégoriques +que nous venons d’entendre ne permettent pas d’en +douter, c’est que ce ne sont pas là des excès isolés ou démentis, +dans la Maçonnerie ; il y a plus : la question a été officiellement +agitée et résolue par les autorités maçonniques ; et +des solutions données il résulte que la Maçonnerie n’entend pas +être confinée dans ses loges, que son but est de s’emparer politiquement +de la Société tout entière, et que ses loges ne lui servent +qu’à former des hommes pour lutter dans l’arène politique.</p> + +<p>C’est ce que notamment le grand Orient de Belgique, « les +colonnes consultées et le F∴ orateur entendu dans ses conclusions », +a répondu :</p> + +<p>« La Maçonnerie n’a point pour but d’établir des principes à +respecter, <i>seulement dans l’étroite enceinte de ses assemblées</i> : <span class="xsmall">C’EST +LA SOCIÉTÉ TOUT ENTIÈRE QU’ELLE A POUR OBJET</span> ; les loges sont +<span class="xsmall">DES ÉCOLES</span>, où l’on doit <i>former des hommes</i> aux convictions raisonnées, +<i>afin qu’ils luttent ensuite avec vigueur dans le monde +profane</i>, <span class="xsmall">ET SURTOUT DANS L’ARÈNE POLITIQUE</span><a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a> M. Neut, t. I, p. 267.</p> +</div> +<p>Je trouve dans la Maçonnerie italienne les mêmes déclarations ; +j’ai en effet sous les yeux les procès-verbaux de l’Assemblée +maçonnique constituante, réunie à Rome du 28 avril au 2 mai +1872 ; là aussi dans la séance du 2 mai, la même question a été +posée, et il a été décidé, « à une grande majorité », que « les +Loges ont la faculté de discuter les questions d’ordre religieux +et politique, et que la Maçonnerie étudie les questions +sociales, <span class="xsmall">SANS RESTRICTION D’ESPÈCE OU DE DEGRÉ</span><a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>… »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a> <i>Le Monde Maçonnique</i>, t. XIV, p. 250.</p> +</div> +<p>Mais d’ailleurs, est-ce que Garibaldi — complice, et agent +peut-être en ce moment à Rome du grand persécuteur de +l’Église en Allemagne — n’a pas été grand-maître de la Maçonnerie +italienne ? Et quand mourut le grand conspirateur +Joseph Mazzini, que se passa-t-il ? Les Loges italiennes prirent +le deuil ; quelques-unes envoyèrent des députations à ses funérailles ; +et le Grand-Orient d’Italie invita tous les Franc-Maçons, +à quelque nation qu’ils appartinssent, qui se trouvaient alors +dans la vallée du Tibre, à se rassembler sur la place du Peuple : +« A l’heure indiquée, une foule de Frères entouraient la bannière +maçonnique qui, pour la première fois, se montrait +dans Rome, la suivirent, et accompagnèrent jusqu’au Capitole +le buste de Mazzini<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 30.</p> +</div> +<p>Telle est donc, sans contestation possible, la Maçonnerie : +et M. Félix Pyat avait raison de le dire, c’est l’<span class="xsmall">ÉGLISE DE LA RÉVOLUTION</span>, +et le vestibule, ou comme disait ce révolutionnaire +italien cité plus haut, l’<i>antichambre</i> des sociétés secrètes.</p> + +<p>Je le veux bien, elle n’est pas précisément un de ces clubs où +l’on discute chaque soir avec violence les questions politiques et +sociales à l’ordre du jour. Elle n’est pas une de ces sociétés secrètes +directement organisées pour préparer le triomphe de telle ou telle +conspiration, à l’aide du poignard ou de la bombe. Elle se soumet +même, quand il le faut, à voir nommer ses Grands-Maîtres +par les gouvernements, ou à accepter dans son sein des personnages +officiels. Elle l’a fait sous le premier et le second +empires, elle l’a fait sous le roi Louis-Philippe<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a>. Mais elle n’en +est pas moins une conspiration permanente contre le fondement +même, non pas tant de tel ou tel état, de tel ou tel culte, que +de toute religion et de la société tout entière : selon la déclaration +expresse des francs-maçons belges, <span class="xsmall">C’EST LA SOCIÉTÉ +TOUT ENTIÈRE QU’ELLE A POUR OBJET</span>. Elle pose les principes +dont les révolutions sont les conséquences ; elle élabore les +idées qui ensuite arment les bras. C’est ainsi que <i>les Loges sont +<span class="xsmall">DES ÉCOLES</span> où l’on doit <span class="xsmall">FORMER DES HOMMES</span> qui luttent ensuite avec +vigueur dans le monde profane, <span class="xsmall">ET SURTOUT DANS L’ARÈNE POLITIQUE</span></i> ; +ou, comme le dit <i>le Monde Maçonnique</i>, « c’est ainsi que +la Maçonnerie <i>façonne les hommes</i> ; elle les élève et les rend +propres <span class="xsmall">AUX LUTTES DU DEHORS</span>. C’est aux Maçons qu’il appartient +ensuite de réaliser à l’extérieur ses conceptions<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a> ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a> Néanmoins le roi Louis-Philippe eut la sagesse de refuser pour son fils +aîné la grande maîtrise de l’Ordre, qui lui avait été offerte. — <i>La Franc-Maçonnerie</i> +et la Révolution, par le P. Gautrelet, p. 444.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a> <i>Ibid.</i>, t. X, p. 49.</p> +</div> +<p>Ainsi donc, la Maçonnerie <i>forme et façonne</i> ses adeptes, et les +éprouve, avant de leur confier son dernier secret, afin de voir +s’ils sont capables de la servir, et de descendre dans les <i>mines</i> +que, selon l’expression de M. Louis Blanc, « elle creuse », sous +l’édifice social pour le faire sauter.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c16">III<br> +<span class="xsmall">JUSQUE DANS QUELS DÉTAILS LA MAÇONNERIE S’OCCUPE DE POLITIQUE</span></h3> + +<p>« Toutes les grandes questions de principes politiques, tout ce +qui a trait à l’organisation, à l’existence et à la vie d’un État, +oh ! cela, oui <span class="xsmall">CELA NOUS APPARTIENT EN PREMIÈRE LIGNE</span> ; tout +cela est de notre domaine, pour le disséquer et le faire passer +par le creuset de la raison et de l’intelligence. »</p> + +<p>Ainsi parlait le F∴ Bourlard, Grand Orateur du Grand-Orient, +dans une occasion des plus solennelles, à la grande fête célébrée +par le Grand-Orient de Belgique, le 24 juin 1854<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a> M. Neut, t. I, p. 305.</p> +</div> +<p>En effet, les questions d’élections, de réforme électorale et +de suffrage universel, les pétitionnements et les agitations révolutionnaires, +l’envahissement des fonctions publiques, les +grands problèmes économiques, les plus redoutables questions +sociales, telle que l’organisation du travail, les questions d’enseignement +et de charité publique, les questions même de +paix et de guerre, tout le détail en un mot de la plus ardente +politique, voilà de quoi se mêle la Maçonnerie, et à quelles +profondeurs sociales elle travaille.</p> + +<p>Donc, quand des élections se présentent, élections nationales, +provinciales ou municipales, les Loges, en Belgique, choisissent +des candidats, leur donnent un mandat impératif, leur font +jurer de le remplir ; cela fait, elles mettent au service du candidat +élu et assermenté ces <i>ressources immenses</i>, ces <i>mille têtes</i>, +ces <i>cent mille bras</i>, dont parlait tout à l’heure le F∴ Grisar. +C’est ce qui est prescrit textuellement dans l’important document +maçonnique que voici :</p> + +<p>« Un candidat Maçon sera d’abord proposé par la Loge, dans +le ressort de laquelle se fera l’élection, à l’adoption du Grand-Orient, +pour être ensuite <span class="xsmall">IMPOSÉ</span> <i>aux frères de l’obédience</i>. »</p> + +<p>« Dans l’élection, qu’elle soit <i>nationale</i>, <i>provinciale</i> ou <i>municipale</i>, +il n’importe, l’élection du Grand-Orient sera également réservée :</p> + +<p>« <i>Chaque Maçon</i> <span class="xsmall">JURERA</span> d’employer <i>toute son influence pour +faire réussir la candidature adoptée</i> ;</p> + +<p>« L’élu de la Maçonnerie <span class="xsmall">SERA ASTREINT</span> à faire en loge <i>une +profession de foi</i> dont acte sera dressé.</p> + +<p>« Il sera invité à recourir aux lumières de cette Loge ou du +Grand-Orient dans les occurrences graves qui peuvent se présenter +pendant la durée de son mandat.</p> + +<p>« L’inexécution <i>de ses engagements</i> l’exposera à <i>des peines +sévères ; même à l’exclusion de l’Ordre</i>.</p> + +<p>« Chaque Loge pouvant juger utile de s’aider de la publicité, +devra se ménager des moyens d’insertion dans les journaux ; +mais le Grand-Orient lui recommande ceux de ces journaux +qui auront sa confiance »<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a> Document maçonnique cité par M. Neut, t. I, p. 267.</p> +</div> +<p>Ce n’est pas tout, et si le candidat, une fois élu, manque à +son mandat et à son serment, voici ce qu’alors a décidé le +Grand-Orient, et de quels <i>droits</i> il arme les Loges, quels +<i>devoirs</i> il leur intime :</p> + +<p>« Le Grand-Orient, sans hésitation, décide que non-seulement +les Loges ont <i><span class="xsmall">LE DROIT</span> de surveiller <span class="xsmall">LES ACTES DE LA VIE +PUBLIQUE</span> de ceux de leurs membres <span class="xsmall">QU’ELLES ONT FAIT ENTRER +DANS LES FONCTIONS PUBLIQUES</span></i>, de réprimander, et même de +retrancher du corps maçonnique les membres qui ont +manqué <i>aux devoirs que leur qualité de Maçon leur impose</i>, +<span class="xsmall">SURTOUT DANS LA VIE PUBLIQUE</span>, etc…<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Ainsi, non-seulement les loges s’occupent de politique, mais +encore elles poussent leurs membres aux fonctions politiques ; +et, les y ayant poussés, elles réclament le droit de les diriger, +de surveiller et juger de quelle façon ils s’en acquittent.</p> + +<p>Quant au détail même des questions que la Maçonnerie réclame +comme lui <i>appartenant en première ligne</i>, écoutons les +revendications suivantes :</p> + +<p>« Au maçon la question de l’enseignement ; à lui l’examen, +à lui la solution !</p> + +<p>« Lorsque bientôt des ministres viendront apporter au Parlement +l’organisation de la charité… à moi, maçon, la question +de la charité publique !</p> + +<p>« Le pays se couvre d’établissements qu’on appelle religieux… +Il faudra bien que le pays entier finisse par en faire justice, +<span class="xsmall">DÛT-IL MÊME EMPLOYER LA FORCE</span><a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a> ! »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a> Discours maçonniques, cité par M. Neut, <i>passim</i>.</p> +</div> +<p>Et à ces paroles les émeutes répondaient, à Bruxelles, à Mons, +à Anvers, à Liége, à Verviers ! Et il fallut toute la prudence du +Roi pour échapper à une révolution.</p> + +<p>D’autres questions plus brûlantes encore sont réclamées et +agitées par la Maçonnerie, les <i>questions sociales</i> et en première +ligne l’<i>organisation de travail</i>.</p> + +<p>Nous en trouvons une preuve, entre beaucoup d’autres, dans +une importante pièce maçonnique, une <i>circulaire</i> que la Loge +<i>la Persévérance</i> d’Anvers, en mars 1846, deux ans avant notre +révolution du 24 février 1848, adressait à toutes les Loges belges, +pour <i>soumettre à leur sanction</i> un projet développé à la fête +de l’ordre par l’Orateur de cette Loge que nous citions tout à +l’heure, le F∴ Grisar.</p> + +<p>« Il est temps, disait la circulaire, que la Maçonnerie s’occupe +activement des grandes questions qui remuent toute la société +moderne.</p> + +<p>« Travaillons, T∴ C∴ F∴, concluait la circulaire ; étudions +les grandes questions sociales, et le triomphe de notre +cause est assuré… »</p> + +<p>Et en tête du projet, que trouvons-nous ? <i>La question palpitante +du travail</i>, <span class="xsmall">L’ORGANISATION DU TRAVAIL</span> ; et en résumé <span class="xsmall">TOUS LES PROBLÈMES +DÉMOCRATIQUES</span>.</p> + +<p>Aussi, la circulaire, en communiquant ses projets à toutes les +Loges, ajoutait-elle :</p> + +<p>« I<span class="xsmall">DENTIFIONS-NOUS AVEC LES IDÉES DÉMOCRATIQUES QUI TRIOMPHERONT</span><a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a> M. Neut, t. I, p. 288. — Dans un discours prononcé à Liége, à la fête +solsticiale de l’ordre, et qui fut reproduit et distribué à cinquante mille exemplaires, +le F∴ Goffin développait le programme suivant :</p> + +<p class="c"><i>Principes à réserver pour l’avenir.</i></p> + +<p>Suffrage universel direct.</p> + +<p><span class="xsmall">ABOLITION DES ARMÉES PERMANENTES</span>, causes de ruine et d’oppression pour +les peuples.</p> + +<p><span class="xsmall">SUPPRESSION DE LA MAGISTRATURE INAMOVIBLE</span>, origine des injustices et des +procès scandaleux.</p> + +<p>Abolition des traitements du clergé, désormais rétribué par les croyants de +chaque culte.</p> + +<p class="c"><i>Principes d’application immédiate.</i></p> + +<p>Suffrage universel pour les élections provinciales et communales, comme +moyen d’habituer peu à peu la nation à l’exercice de son pouvoir souverain.</p> + +<p><i>Instruction primaire, gratuite et obligatoire.</i></p> + +<p><span class="xsmall">ABOLITION DE L’OCTROI</span> <i>et de tous les impôts de consommation</i>, remplacé par +un impôt unique d’assurances.</p> + +<p>Suppression de la <i>Banque nationale</i> et établissement d’un vaste système de +<i>crédit foncier</i>, commercial et agricole.</p> + +<p><span class="xsmall">DROIT AU TRAVAIL RÉSULTAT DU DROIT A L’EXISTENCE.</span></p> + +<p><i>Organisation du travail par la création de grandes associations ouvrières.</i></p> + +<p>Récompenses nationales accordées aux ouvriers laborieux et intelligents.</p> + +<p><i>Réduction de tous les budgets et principalement de celui de la guerre.</i></p> + +<p><i>Association pour rendre les derniers devoirs aux morts sans le concours du +clergé.</i></p> + +<p><i>Institution de crèches, écoles gardiennes, salles d’asiles</i>, bains, lavoirs et +chauffoirs publics, boucheries et boulangeries économiques.</p> + +<p><i>Abolition de la peine de mort en matière politique et <span class="xsmall">CRIMINELLE</span>.</i></p> + +<p>Tel doit être, selon moi, ajoutait l’orateur, l’ordre du jour de la grande réunion +M∴ qui aura lieu prochainement… V<span class="xsmall">OULONS-NOUS ÉCRASER L’INFAME</span> ou +le subir ? » etc. etc.</p> +</div> +<p>On s’étonne quelquefois, au lendemain de certaines révolutions, +de voir se poser tout à coup, dans la presse et dans le +pays, des questions redoutables dont la masse du public ne se +doutait pas la veille ; par exemple l’organisation du travail, après +la révolution de février ; question qui fut traitée d’une façon +si menaçante au palais du Luxembourg, par l’assemblée des ouvriers, +présidée par M. Louis Blanc, et dont les journées de juin +furent la suite ; par exemple encore, la séparation de l’école et +de la religion, question que la Commune trancha en chassant de +partout les frères et les sœurs, en arrachant des écoles les crucifix, +etc. ; mais ces questions, qui éclatent ainsi tout à coup, +s’agitaient depuis longtemps au sein des sociétés secrètes et +des Loges maçonniques ; après s’être produites dans ces <i>laboratoires +de révolution et d’idées nouvelles</i>, dès qu’une occasion +favorable se présente, elles font explosion au dehors ; l’active +propagande des Loges les porte partout ; et puis, le <i>colosse aux +mille têtes, aux cent mille bras</i>, pousse aux élections, <i>nationales</i>, +<i>provinciales</i> et <i>municipales</i>, les hommes en qui se personnifient +ces idées. Ainsi se fait tout à coup cet enlacement et <i>cette étreinte +d’un pays</i>, dont nous parlait tout à l’heure un orateur maçonnique. +Puis enfin, à un moment donné, les catastrophes +éclatent. C’est ainsi que derrière les acteurs immédiats des +révolutions, il y en a d’autres, qui voyaient plus loin, et travaillaient +à de plus grandes profondeurs : ceux-là étaient les +vrais révolutionnaires, invisibles et cachés.</p> + +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c17">IV<br> +<span class="xsmall">FAITS PÉREMPTOIRES, EMPRUNTÉS A L’HISTOIRE CONTEMPORAINE</span></h3> + +<p>Interrogeons de nouveau ici l’histoire, l’histoire contemporaine.</p> + +<p>Je viens de nommer la révolution de février : croit-on, par +exemple, qu’elle n’ait eu pour auteurs que les organisateurs des +banquets réformistes, et les pauvres gardes nationaux qui criaient +<i>Vive la réforme !</i> Ce serait une naïveté étrange de le penser. +D’autres, qui n’attendaient pour se montrer que le moment favorable, +l’avaient préparée dans l’ombre, et, la victoire remportée, +se hâtèrent d’en revendiquer l’honneur ; ce furent eux +qui lui imprimèrent son vrai caractère, cet esprit socialiste, qui +bientôt épouvanta la France et le monde, et fit couler dans Paris +des flots de sang : au premier rang de ces ouvriers-là, +étaient les francs-maçons.</p> + +<p>« Les combattants, écrivait le journal <i>le Franc-maçon</i>, n’ont +eu besoin que de quelques heures de lutte pour conquérir +<i>cette liberté que la Maçonnerie prêche depuis des siècles</i>. N<span class="xsmall">OUS</span>, +<span class="xsmall">OUVRIERS DE LA FRATERNITÉ</span>, <span class="xsmall">NOUS AVONS POSÉ LA PIERRE FONDAMENTALE +DE LA RÉPUBLIQUE</span><a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a> Cité par M. Neut, t. I, p. 333.</p> +</div> +<p>On les vit, en effet dès les premiers jours qui suivirent la +catastrophe de février, dès le 10 mars 1848, se lever, marcher +dans Paris bannière déployée, se rendre à l’Hôtel-de-Ville, et là, +au nombre de 300 francs-maçons de tous les rites, représentant +toute la Maçonnerie française, offrir cette bannière au gouvernement +provisoire de la république, et réclamer hautement la +part qui leur revenait dans cette glorieuse révolution.</p> + +<p>M. de Lamartine leur fit cette réponse qui enthousiasma les +loges :</p> + +<p>« <span class="xsmall">C’EST DU FOND DE VOS LOGES</span>, <span class="xsmall">QUE SONT ÉMANÉES D’ABORD DANS +L’OMBRE</span>, <span class="xsmall">PUIS DANS LE DEMI-JOUR</span>, <span class="xsmall">ET ENFIN EN PLEINE LUMIÈRE</span>, +<span class="xsmall">LES IDÉES QUI ONT JETÉ LES FONDEMENTS DES RÉVOLUTIONS +DE</span> 1789, <span class="xsmall">DE</span> 1830 <span class="xsmall">ET DE</span> 1848<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a> <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Ce n’était pas assez, et la Maçonnerie voulut faire une manifestation +plus officielle encore que cette démonstration spontanée +des francs-maçons de tous les rites. En conséquence, quinze +jours plus tard, une nouvelle députation, composée de membres +du Grand-Orient, revêtus de leurs cordons maçonniques, se +rendait à l’Hôtel-de-Ville ; elle fut reçue par M. Crémieux et par +M. Garnier-Pagès, également revêtus de leurs cordons ; le représentant +du Grand-Maître porta la parole, et dit :</p> + +<p>« La Maçonnerie française n’a pu contenir l’élan universel de +sa sympathie pour le grand mouvement national et social qui +vient de s’opérer… Les francs-maçons saluent <i>le triomphe de +leurs principes</i>, et s’applaudissent de pouvoir dire que <i>la patrie +tout entière a reçu par vous la consécration maçonnique</i>. Q<span class="xsmall">UARANTE +MILLE FRANCS-MAÇONS</span>, <span class="xsmall">RÉPARTIS DANS CINQ CENTS ATELIERS</span>, +<span class="xsmall">N’ONT QU’UN CŒUR ET QU’UNE AME POUR VOUS ACCLAMER</span>. »</p> + +<p>Le F∴ Crémieux, membre du gouvernement provisoire, répondit :</p> + +<p>« Citoyens et frères du Grand-Orient, le gouvernement provisoire +accepte avec plaisir votre <span class="xsmall">UTILE</span> et <span class="xsmall">COMPLÈTE</span> adhésion… +L<span class="xsmall">A</span> R<span class="xsmall">ÉPUBLIQUE EST DANS LA</span> M<span class="xsmall">AÇONNERIE</span>… L<span class="xsmall">A</span> R<span class="xsmall">ÉPUBLIQUE +FERA CE QUE FAIT LA</span> M<span class="xsmall">AÇONNERIE</span> ; elle deviendra le gage +éclatant de l’<i>union des peuples sur tous les points du globe</i>, sur +tous les côtés de notre triangle<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Le Moniteur</i>, 25 mars 1848.</p> +</div> +<p><i>La République est dans la Maçonnerie</i>, dit le F∴ Crémieux, la +République universelle, celle qui aujourd’hui parle de faire les +États-Unis d’Europe. Eugène Sue y voyait encore autre chose ; +il y voyait <i>le socialisme</i>. En effet, la loge <i>la Persévérance</i> d’Anvers +ayant offert au <i>noble et courageux</i> écrivain, à l’homme qui a été un +des plus grands précurseurs chez nous de l’explosion socialiste +de 1848, <i>une plume d’or</i>. Eugène Sue ne crut pas pouvoir mieux +répondre à cette <i>sympathie flatteuse</i> qu’en faisant de la Maçonnerie +belge cet éloge : « Frères, par l’<i>extrême et juste influence</i> que les +Loges maçonniques acquièrent de jour en jour en Belgique, +<span class="xsmall">CES LOGES SONT A LA TÊTE DU PARTI LIBÉRAL SOCIALISTE</span><a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a> M. Neut, t. I, p. 340.</p> +</div> +<p>Et en effet, ne voyions-nous pas tout à l’heure les plus autorisés +francs-maçons belges placer au premier rang des questions à +élaborer dans les Loges, l’<i>organisation du travail</i> ; cette question +redoutable qui a été chez nous le cri de guerre des trop fameux +ateliers nationaux organisés par M. Louis Blanc ?</p> + +<p>Un tel triomphe assurément n’était pas fait pour ralentir l’activité +des Loges ; le coup d’État de 1852 vint les rappeler pour +quelque temps à plus de prudence ; toutefois si l’Empire, en +s’introduisant dans la Maçonnerie, crut avoir dompté cette puissance +formidable, grande et courte fut son illusion.</p> + +<p>Voici en effet de quelle sorte, et avec quel enthousiasme maçonnique +s’exprimait, en 1856, l’orateur d’une des plus influentes +Loges de Paris. Décrivant, telle qu’il la connaissait bien, +la sourde fermentation de la démocratie contemporaine, et annonçant +« qu’un <i>monde entier d’acteurs nouveaux</i> se prépare à +descendre sur la scène, que <i>des machines inouïes</i> s’ajustent, que +des <i>frémissements sans nom</i> avertissent que l’heure est proche » : +« <i>Dans ce labeur effrayant de l’enfantement des sociétés futures</i>, +s’écriait-il, glorifions-nous ensemble <span class="xsmall">DE MARCHER AU PREMIER +RANG DES OUVRIERS DE LA PENSÉE</span><a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a> <i>Le Franc-Maçon</i>, mars 1857, t. VII, p. 24 : « Ce bon et beau discours, dit +ce journal, a été couvert d’applaudissements, et l’impression en a été votée à +l’unanimité. »</p> +</div> +<p>Et pour voir de plus près encore comment travaillent les <i>ouvriers +de la pensée</i>, comment, de ces hauteurs, de ces principes généraux, +où les dupes s’imaginent que la Maçonnerie plane inoffensive, +les hommes des Loges descendent dans la polémique et +la politique quotidiennes, disons un mot de la révolution de +1871 et de la Commune.</p> + +<p>Une solennelle manifestation maçonnique eut lieu pendant +la Commune, un mois avant l’entrée des troupes dans Paris ; +mais fut-ce en faveur de Versailles et de l’armée nationale ? +Non certes ; ce fut en faveur de l’effroyable insurrection communarde, +<i>la plus grande révolution</i>, selon le franc-maçon Thirifocq, +<i>qu’il ait été donné au monde de contempler</i><a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>. Le grand journal +officiel de la Commune a raconté cette manifestation ; le +F∴ Thirifocq, un des principaux auteurs de la manifestation, +l’a raconté de son côté, dans un curieux écrit publié en Belgique +et que j’ai sous les yeux<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a> : pas de doute possible sur +l’esprit dont elle était animée. J’abrége les détails : je vais de +suite au fait capital.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a> <i>Appel aux francs-maçons de tous les rites</i>, par le F∴ Thirifocq.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a> L’<i>Appel</i> que nous citions tout à l’heure.</p> +</div> +<p>Le 29 avril donc<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>, sur un appel fait à toutes les Loges de +l’Orient de Paris, une foule immense de francs-maçons déployant +soixante-deux bannières maçonniques, se rendit, de la +cour du Louvre à l’Hôtel-de-Ville, précédée par cinq membres +de la Commune : la Commune tout entière se présenta au balcon +d’honneur pour les recevoir. La statue de la république était là, +« ceinte d’une écharpe rouge, et entourée par les trophées des +drapeaux de la Commune : les soixante-deux bannières maçonniques +vinrent se placer successivement sur les marches de +l’escalier<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a> ». Les Frères maçons se massèrent dans la Cour.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a> Le 26 avril, dans une réunion préparatoire de la grande manifestation du +29, le citoyen Lefrançais, membre de la Commune, avait fait la déclaration que +voici : « J’étais de cœur avec la Maçonnerie, lorsque j’ai été reçu dans la Loge +183, <i>une des plus républicaines</i>, et je me suis assuré que <span class="xsmall">LE BUT</span> de la Maçonnerie +et de la Commune était <span class="xsmall">LE MÊME</span>. » — Cité par le F∴ Thirifocq.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a> <i>Appel aux francs-maçons de tous les rites</i>, par le F∴ Thirifocq.</p> +</div> +<p>« Dès que la cour fut pleine, dit le <i>Journal officiel</i>, les cris : +vive la Commune ! vive la maçonnerie ! vive la République +universelle ! se firent entendre de tous côtés. »</p> + +<p>Puis, après un échange de discours, dans lesquels fut proclamée +l’<i>Union inséparable de la Commune et de la maçonnerie</i>, +et après que le F∴ Thirifocq eut fait la déclaration suivante : +« Si nous échouons dans notre tentative de paix, tous ensemble +nous nous joindrons aux compagnies de guerre pour prendre +part à la bataille… », les députations de la Franc-Maçonnerie, +« accompagnées des membres de la Commune, sortent de +l’Hôtel-de-Ville ; l’orchestre joue la marseillaise ».</p> + +<p>Dix mille francs-maçons étaient là se rendant de l’Hôtel-de-Ville +à la Bastille ; descendant ensuite toute la ligne des boulevards, +et montant à travers les Champs-Élysées, cette immense +colonne arrive aux remparts, y plante les soixante-deux +bannières maçonniques, parlemente avec les généraux, à l’effet +d’obtenir <i>une paix basée sur le programme de la Commune</i>.</p> + +<p>Et après le nécessaire insuccès d’une telle démarche, un appel +aux armes fut lancé, au moyen de ballons, <i>par la fédération des +francs-maçons et compagnons de Paris</i>, à tous les francs-maçons +des départements. Cet appel aux armes se terminait par ce cri : +<i>Vive la République ! Vivent les Communes de France, fédérées avec +celles de Paris !</i></p> + +<p>Un tel fait n’a pas besoin de commentaires.</p> + +<p>Je sais bien que le Grand Orient, sans avoir un mot de blâme +pour la manifestation, déclara que cette manifestation n’engageait +<i>que les maçons qui y avaient personnellement adhéré</i>. Mais +d’abord ils étaient dix mille. Et ensuite, qu’importe ? Et qui +peut, après de tels faits, douter de l’esprit qui anime les Loges +parisiennes ?</p> + +<p>Si la révolution de 1871 a été <i>athée</i>, comme on l’a écrit, si +elle a, selon une autre horrible expression, <i>biffé Dieu</i>, ce +mouvement d’athéisme, au bout duquel il y avait de si sanglantes +horreurs, où a-t-il été plus secondé que dans ces Loges parisiennes, +qui, elles aussi, ont <i>biffé Dieu</i>, et le veulent bannir +du berceau des enfants comme de la tombe des morts, de +l’école comme de la vie publique, de partout ?</p> + +<p>J’écris ces lignes au milieu de l’agitation des élections municipales +de Paris. Eh bien, sur quel terrain se débattent ces élections ? +Cela ne s’était jamais vu, du moins à ce degré : sur le +terrain de la morale indépendante et de l’enseignement sans +Dieu ! Les candidats que les comités les plus démocratiques +patronnent, qui sont-ils ? Ceux qui ont inscrit dans leurs professions +de foi l’enseignement <i>laïque</i>, c’est-à-dire <i>athée</i>. Et voilà +parmi ces candidats un des hommes les plus considérables des +Loges, membre du Grand-Orient, le F∴ Massol, celui dont +nous avons cité de si violents discours maçonniques contre +Dieu, et contre l’enseignement religieux : le voilà qui écrit +dans sa circulaire électorale, et qui affiche sur les murs de +Paris, ces doctrines ; et son nom sort des urnes !</p> + +<p>Certes, que le pauvre peuple de Paris ait ainsi tout oublié, si +peu de temps après les calamités effroyables que ces doctrines +ont déchaînées sur lui, qu’il suive toujours les mêmes guides, +écoute toujours les mêmes maîtres, et par ses votes, s’obstine à +ressusciter pour ainsi dire légalement, sous les yeux de la +France stupéfiée, la Commune !… non, je ne connais pas dans +l’histoire plus effrayant exemple d’un incurable aveuglement. +Mais je n’en connais pas non plus où il soit plus facile de +toucher en quelque sorte du doigt le résultat du travail souterrain +des Loges.</p> + +<p>Quand la Franc-Maçonnerie en est là, je comprends que ses +membres les plus francs, se sentant assez forts maintenant, et +assez avancés dans leur œuvre pour mettre de côté les anciennes +précautions de langage, disent nettement ce qu’ils veulent +et où ils vont, et réclament à grands cris, <i>tous les ans</i>, auprès du +conseil de l’Ordre, l’abolition de ces restrictions hypocrites qui +ne peuvent plus tromper personne. En effet, parmi les <span class="xsmall">VŒUX</span> +exprimés tous les ans par les Loges les plus actives et que <i>le +Monde-Maçonnique</i> énumère avec complaisance, je vois cette +réclamation décisive :</p> + +<p>Les loges réclament hautement <span class="xsmall">LE DROIT</span> de traiter <span class="xsmall">LES QUESTIONS +POLITIQUES ET RELIGIEUSES</span>, et <span class="xsmall">TOUS LES SUJETS QUI INTÉRESSENT +L’HUMANITÉ</span><a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a> ; elles veulent, en un mot, que ce qui +est la pratique avérée des Loges et l’œuvre essentielle de la +maçonnerie, devienne aussi le droit pour tous, la règle écrite, +la loi.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, t. XIV, p. 430.</p> +</div> +<hr> + + +<p>Telle est donc la vérité. Le but essentiel de la Maçonnerie, le +voilà : c’est de miner tout ordre religieux et social ; elle pousse, +parallèlement, et à des profondeurs égales, ses travaux de sape +et de démolition sous les autels et sous les trônes qui sont +encore debout : trop aveugle qui ne le voit pas !</p> + +<p>Elle dit qu’elle porte un flambeau pour éclairer le monde ; +non, c’est une torche, pour l’incendie.</p> + +<p>La doctrine qui domine dans ses Loges, c’est l’impiété, c’est +la négation radicale du christianisme ; et la négation, implicite +mais réelle, non pas seulement de Jésus-Christ, mais de Dieu ; +non pas seulement de la religion chrétienne, mais de toute religion, +de tout culte. Les progrès qu’elle rêve pour l’humanité, les +voilà.</p> + +<p>Et la forme politique qu’elle poursuit pour réaliser ces +desseins, pour édifier cette société nouvelle, sans croyances, +sans culte, sans Christ et sans Dieu, c’est la république partout +substituée aux monarchies ; mais la république démocratique +et sociale.</p> + +<p>Voilà ce qu’il y a, par la force des choses, au fond de tout ce +travail maçonnique, quelles que puissent être ici les illusions et +les inconséquences de tel ou tel franc-maçon trop abusé.</p> + +<p>C’est le sens de ses plus hauts symboles ;</p> + +<p>Ce sont là les idées qui s’élaborent dans les Loges, et qui, +grâce à cette puissante organisation maçonnique, et à l’active +propagande des Maçons dans le monde profane, se répandent, +avec une rapidité effrayante, dans toutes les couches +d’une société.</p> + +<p>Et, au jour donné, quand les idées ont fait leur chemin, les +mines sautent.</p> + +<p>Voilà comment, à chaque bouleversement politique et social, +les Maçons peuvent, comme au lendemain de février, <i>saluer le +triomphe de leurs idées</i> ; voilà comment la Maçonnerie <i>se mêle +activement aux luttes quotidiennes, et descend dans l’arène politique</i> ; +voilà comment elle est, au vrai, et selon M. H. Martin, <span class="xsmall">LE LABORATOIRE</span> +<i>de la révolution</i>.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">CONCLUSION</h2> + + +<h3 id="c18">I<br> +<span class="xsmall">CONDAMNATION DE LA FRANC-MAÇONNERIE PAR L’ÉGLISE</span></h3> + +<p>Peut-on s’étonner après tout cela que les Papes et les Évêques +aient condamné la Franc-Maçonnerie ? Et n’est-ce pas un grand +devoir qu’ils ont rempli, un grand service qu’ils ont rendu à +l’humanité ?</p> + +<p>Depuis deux siècles déjà que la Franc-Maçonnerie s’est, je +ne dis pas fondée, mais développée en Europe, les Papes n’ont +pas cessé d’y être attentifs ; et, au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, deux Souverains-Pontifes, +Clément XII et le savant Benoît XIV ; au <small>XIX</small><sup>e</sup>, +Pie VII, Léon XII, Grégoire XVI, et enfin Pie IX, ont prononcé +contre cette association les condamnations les plus motivées +et les plus solennelles.</p> + +<p>Qu’il me suffise de citer ici quelques passages de la célèbre +Bulle, <i lang="la" xml:lang="la">Quo graviora</i>, de Léon XII, et d’une récente allocution de +Pie IX.</p> + +<p>Le Pape Léon XII, dans cette Bulle, rappelle d’abord les condamnations +portées contre la Franc-Maçonnerie, depuis Clément +XII, déclare cette institution <i>ouvertement ennemie de +l’Église catholique</i>, rappelle enfin la Bulle de Pie VII, son prédécesseur +immédiat ; puis, il renouvelle lui-même toutes ces +condamnations :</p> + +<p>« Gardez-vous des séductions et des discours flatteurs qu’on +emploie pour vous faire entrer dans ces sociétés. Soyez convaincus +que personne ne peut y entrer sans se rendre coupable +d’un péché très-grave. »</p> + +<p>Léon XII ajoutait, à l’adresse de ceux qui s’étaient fait illusion, +les paroles suivantes :</p> + +<p>« Quoique l’on n’ait pas coutume de dévoiler ce qu’il y a là +de plus blâmable à ceux qui ne sont pas parvenus aux grades +éminents, il est cependant manifeste que la force de ces sociétés, +si dangereuses à la Religion, s’accroît du nombre de +ceux qui en font partie. »</p> + +<p>Ensuite, avec les accents de la plus vive charité, il conjurait +ceux qui s’étaient laissé séduire, de s’éloigner au plus tôt des +loges, et il défendait, sous les peines portées par ses prédécesseurs, +de se faire initier à la Franc-Maçonnerie.</p> + +<p>Enfin Pie IX, pilote vigilant du vaisseau de l’Église, malgré +les tempêtes qui l’assaillent lui-même, a parlé à son tour, et +rappelant, dans son allocution du 25 septembre 1865, les avertissements +donnés à la Franc-Maçonnerie par ses prédécesseurs, +il poursuivait ainsi : « Malheureusement, ces avertissements +n’ont pas eu le succès espéré, et Nous avons +regardé comme un devoir de condamner de nouveau cette +société ; attendu que, par ignorance peut-être, pourrait surgir +l’opinion fausse qu’elle est inoffensive, qu’elle n’a de but +que la bienfaisance, et ne saurait, par conséquent, être un +péril pour l’Église de Dieu. »</p> + +<p>C’est là, en effet, dans cette illusion, que se trouve le +piége et l’appât de la Maçonnerie. Le Saint Père après l’avoir +signalé, ajoute :</p> + +<p>« Nous condamnons cette société maçonnique — et les autres +sociétés du même genre qui, tout en étant de forme différente, +tendent au même but — sous les mêmes peines que celles +spécifiées dans les constitutions de nos prédécesseurs ; et cela +regarde tous les chrétiens, de toute condition, de tout rang, +de toute dignité, et par toute la terre. »</p> + +<p>C’est pourquoi tous les évêques de Belgique, dans une circulaire +collective sur la Franc-Maçonnerie, faisaient la déclaration +suivante :</p> + +<p>« Il est rigoureusement défendu d’y prendre part, et ceux +qui le font sont indignes de recevoir l’absolution, aussi longtemps +qu’ils n’y ont pas sincèrement renoncé<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a> Circulaire de l’Épiscopat belge, décembre 1837.</p> +</div> +<p>C’est pourquoi encore les Évêques d’Irlande, réunis à +Dublin, en avril 1861, dans une lettre pastorale adressée +au clergé et aux fidèles de leurs diocèses, signalaient, entre +autres périls contemporains, la franc-maçonnerie, et disaient : +« C’est pour nous un devoir sacré de vous éloigner de ces sociétés +funestes, et nommément de celle des <i>francs-maçons</i>. »</p> + +<p>C’est pourquoi enfin, car ces citations suffisent, les Évêques +de la libre Amérique du Nord, réunis en Concile à Baltimore, +signalèrent aussi et condamnèrent, dans une lettre pastorale +adressée à leurs diocésains, la société maçonnique.</p> + +<p>En France, combien de fois l’Épiscopat n’a-t-il pas élevé la +voix pour redire les condamnations pontificales et dévoiler +l’incompatibilité de la Maçonnerie, avec le Christianisme !</p> + +<p>Ce que les Évêques pensent de la Franc-Maçonnerie en +France, en Belgique, en Angleterre, en Amérique, ils le pensent +également en Allemagne. J’ai sous les yeux, en ce moment, +l’écrit publié par Mgr de Ketteler. La conclusion de cette calme +et savante discussion est celle-ci :</p> + +<p>« Voilà donc d’un côté l’Église catholique, et de l’autre la +moderne Franc-Maçonnerie. Ici, l’œuvre de Dieu, l’œuvre du +Christ, et de tous ceux qui croient en Jésus-Christ ; là, l’œuvre +des hommes qui renient Dieu et son Christ, ou du moins +les abandonnent. Un catholique qui devient franc-maçon <i>déserte +le temple du Dieu vivant pour travailler au temple d’une +idole</i>. »</p> + +<p>Au reste, il y a des francs-maçons eux-mêmes qui en conviennent ; +ainsi le <i>Monde-Maçonnique</i> cite ces paroles de Mgr l’Évêque +d’Autun : « Si l’on veut rester franchement chrétien, on ne +saurait être en même temps franc-maçon. » Puis le journal +franc-maçon ajoute nettement et avec sincérité : « Le prélat +<span class="xsmall">A RAISON</span> de parler ainsi. C’est son droit, c’est son devoir<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a> <i>Le Monde-Maçonnique</i>, mai 1866, p. 2.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<h3 id="c19">II<br> +<span class="xsmall">QUE CONCLURE POUR LA PRATIQUE</span></h3> + +<p>Voilà donc quels sont les faits. J’ai simplement exposé ce qui +est, ce qui se dit, ce qui se fait, dans la Maçonnerie.</p> + +<p>Est-ce à dire cependant que toutes les choses maçonniques +sont antichrétiennes, et tous les franc-maçons des impies ?</p> + +<p>J’ai fait ici les distinctions et les réserves nécessaires.</p> + +<p>Oui, il y a des francs-maçons, qui ne savent pas même que +l’Église a condamné la Franc-Maçonnerie ; chez qui, <i>par ignorance</i>, +comme le disait le Pape Pie IX, <i>a pu surgir l’opinion fausse +que la Franc-Maçonnerie est inoffensive et n’a de but que la bienfaisance</i>, +la philanthropie, et la morale ; et qui, n’étant pas initiés +aux profondeurs de la société maçonnique, n’aperçoivent pas, +sous ces grands mots qui retentissent sans cesse dans les Loges, +l’impiété, la guerre faite au Christianisme, l’appoint donné aux +révolutions.</p> + +<p>Eh bien ! dirai-je à ces francs-maçons non encore désabusés, +si c’est la philanthropie qui vous attire, qu’avez-vous besoin +d’être maçons ? Soyez chrétiens, il suffit. Est-ce que toute +bienfaisance n’est pas dans le Christianisme ? N’est-ce pas lui +qui a donné au monde la charité<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a> ? La charité, vertu plus féconde, +qui apporte à l’homme des lumières et des dévoûments +que la simple philanthropie n’égala jamais. Oui, la Charité +porte la philanthropie à des sommets, où, d’elle-même, celle-ci +ne serait jamais montée, et d’où elle lui découvre des horizons +nouveaux et sans limites : en un mot, la Charité appuie le pauvre +cœur humain sur le cœur de Dieu, et, sans écarter aucun +des motifs purement humains d’aimer les hommes, elle donne +à l’amour de l’homme pour l’homme l’idéal pur, fécond, infini, +de l’amour même de Dieu pour l’humanité.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a> Impossible de ne pas redire que les francs-maçons ont déclaré que la +Bienfaisance est <i>un des caractères les moins essentiels</i> de la Franc-Maçonnerie ; +et au fond rien de moins charitable que la Maçonnerie, témoin les aveux de +beaucoup de ses membres : le F∴ Accary père, membre du chapitre de la <i>Persévérante +Amitié</i>, disait naguère au Grand-Orient de France près duquel il était +délégué : « La Franc-Maçonnerie, d’après l’art. 1<sup>er</sup> de la constitution, a pour +objet la bienfaisance. Cependant, à l’exception de notre <i>Maison de secours</i> +(dont les ressources sont si exiguës que je m’étonne qu’elles soient mentionnées +dans une fête solsticiable), <i>je ne vois rien qui atteste la manière dont +la Franc-Maçonnerie exerce la bienfaisance</i>. » — Voir le <i>Globe</i>, revue maçonnique, +t. III, p. 163.</p> +</div> +<p>Et la morale ! rendre les hommes plus vertueux ! Certes à +cette prétention, si elle est efficace, le Christianisme ne pourrait +qu’applaudir ; car c’est ce qu’il veut lui-même, avant la Maçonnerie, +et plus que la Maçonnerie. Mais expliquons-nous : +comment la morale chez vous est-elle entendue, je ne dis pas +par tel ou tel franc-maçon trompé, qui n’a pas franchi tous les +degrés de l’initiation et ne les franchira jamais, mais par la +Franc-Maçonnerie et par ses chefs, dont j’ai cité les textes ? Il +s’agit d’une morale qui dispense de toute religion, d’une morale +sans Dieu et sans aucune religion : en d’autre termes, la maçonnerie +veut que l’homme vive sans culte, sans prières, sans autels, +sans Dieu et sans Christ sur la terre.</p> + +<p>Eh bien ! cette doctrine, qu’est-ce autre chose que l’athéisme +pratique ?</p> + +<p>Point donc de prétextes.</p> + +<p>De deux choses l’une : ou vous savez ce qu’est la Maçonnerie, +ou retenus dans les grades inférieurs, vous ne le saurez jamais ; +et alors ou vous travaillerez efficacement à l’œuvre maçonnique, +ou vous n’y travaillerez pas : dans le premier cas, vous trahissez +évidemment votre conscience et la foi chrétienne ; dans le second +cas, que faites-vous là ?</p> + +<p>Il faut vraiment des temps de décadence philosophique comme +les nôtres pour passer par dessus de pareilles contradictions, et +associer de telles incompatibilités.</p> + +<p>Si vous êtes chrétien, n’entrez donc jamais dans les loges, +sous aucun prétexte ; ou même si vous êtes simplement homme +sérieux, ennemi des fantasmagories ridicules et des mystères +suspects, éloignez-vous de là ! ou si, séduit par l’enseigne, et +par vos bonnes intentions, vous y avez mis le pied : retirez-vous.</p> + +<p>Il se fait là, malgré vous, une œuvre radicalement antichrétienne, +lamentable pour le salut des âmes, et combien de fois +n’avons-nous pas la douleur d’en voir de près les funestes résultats !</p> + +<p>Comment, d’ordinaire, entre-t-on dans les Loges ? Un jeune +homme a vingt ans ; il est inexpérimenté, ardent, généreux ; il +a des amis, un peu plus âgés, qui déjà ont été recrutés par la +propagande maçonnique. « Est-ce que, lui disent-ils, tu ne voudrais +pas venir avec nous ? » Le jeune homme d’abord hésite, +« Que faites-vous là ? » demande-t-il. On lui vante le but de la +société, les amis qu’on y rencontre ; on lui parle de philanthropie +et de progrès ; peu à peu on l’attire par ces grands mots ; il +consent enfin à se laisser faire ; le voilà pris : et le premier pas +une fois fait, l’initiation une fois reçue, peu à peu les liens se +resserreront ; et même quand il serait entré là avec quelques +principes religieux encore, bientôt, l’esprit qui souffle dans les +Loges le pénétrant, toute croyance s’en ira de son intelligence, +et toute observance religieuse de sa vie.</p> + +<p>Et, en fait, dans la pratique quotidienne de la vie, que +voyons-nous ? C’est que, pour l’immense majorité de ses +membres, la Maçonnerie tient lieu de toute religion ; c’est +que les hommes qui fréquentent les loges ne se rencontrent +plus dans les temples chrétiens. La Loge remplace l’Église. +C’est fini, plus de foi, plus de prière, plus d’Évangile, plus +de sacrements. Pour eux, la religion n’existe plus. Ces vagues +aspirations, cette morale sans Dieu, ces cérémonies vaines, +ces creux symboles leur suffisent, et peu à peu ils se laissent +aller à n’avoir plus d’autre religion, ni d’autre culte. Sont-ils initiés +à quelque charge et décorés de quelques insignes maçonniques, +c’est bien pire encore ; les liens se resserrent et les +enlacent de plus en plus ; l’éloignement pour tout ce qui est +religion augmente ; la loge les enchaîne pour jamais ; et quand +vient l’heure de la mort, quand la famille, en larmes et en prières, +les conjure de songer à leur salut et à leur âme, trop souvent, +hélas ! c’est en vain. J’en ai vu, de ces obstinations +inexplicables, chez des hommes touchés d’ailleurs du zèle +et de l’affection d’un bon prêtre, inclinés par lui au Christianisme, +et à qui il ne manquait plus pour être tout à fait chrétiens, +que ce dernier pas, cet acte de foi, cette nécessaire adoration +de Jésus-Christ ; mais non, et la cause secrète de ces +résistances était là ; pas ailleurs : la Maçonnerie avait mis la +main sur eux, pesait sur leur âme, et ils n’osaient pas, même à +leur lit de mort, se reconnaître et s’affranchir. Combien de familles +chrétiennes savent que ce que je dis là n’est que trop +vrai, et ont dû à la Maçonnerie cette suprême douleur !</p> + +<p>Pour nous, pasteurs des peuples, certes, ce n’en est pas +une médiocre que de voir dans ce siècle tant d’âmes, si bien +faites pour être chrétiennes, et si près de l’être, s’éloigner ainsi +de nous, et chercher ailleurs, dans le vide et dans le faux, sans +nous et contre nous, les lumières, les vertus, les progrès, dont +la divine religion du Sauveur des hommes est la source féconde, +la seule et puissante inspiratrice.</p> + +<p>Quel malheur, et quel sujet de larmes amères de voir tant +d’hommes, que nous aimons, perdre ainsi leurs forces et leur +vie à essayer de bâtir sans Dieu et contre Dieu !</p> + +<hr> + + +<p>Je termine ici cette étude sur la Franc-Maçonnerie. Je l’ai +faite sans amertume contre les personnes, mais non sans une +tristesse profonde, en voyant les déplorables dissentiments de +tant de nos contemporains, avec la Religion au sein de laquelle +ils sont nés, et cette puissante organisation dans le monde de +l’incroyance ou de l’indifférentisme religieux ! Ce qui me +cause aussi une inconsolable douleur, c’est de voir, par suite, +tant de natures généreuses, tant d’efforts égarés ; des bonnes +volontés sincères se trompant d’objet ; le progrès du monde +pris à rebours, en sens contraire de sa direction véritable ; la +division enfin, au lieu de l’union, dans l’humanité. Ah ! ce temple +de la Fraternité et de l’Unité, que vous voulez, dites-vous, +construire, ô nos frères abusés, il existe, mais c’est une construction +faite de la main de Dieu, et non pas de la main des +hommes ; il n’a pas pour fondement la négation ruineuse, il +repose sur la foi ferme et féconde. C’est la grande Église catholique. +Venez-y donc, vous aussi, votre place y est marquée : ce +temple de Dieu invite tous les hommes à s’abriter dans son sein. +Jésus-Christ est mort pour vous comme pour nous : c’est lui le +Sauveur, et l’illuminateur du genre humain. Venez donc à lui, +et travaillez avec nous. Car, vous obstiner à bâtir sans Dieu et +contre Dieu, je vous le répète, avec la parole divine elle-même, +c’est un labeur qui sera éternellement stérile, aussi vain que +coupable !</p> + +<p class="ugap" lang="la" xml:lang="la">N<span class="xsmall">ISI</span> D<span class="xsmall">OMINUS ÆDIFICAVERIT DOMUM</span>, <span class="xsmall">IN VANUM LABORAVERUNT QUI +ÆDIFICANT EAM</span> !</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIÈRES</h2> + + +<div class="flex"> +<table> +<tr><td colspan="2" class="drap">A<span class="xsmall">VANT-PROPOS</span></td> +<td class="bot r"><div><a href="#c0">5</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="3" class="c"><div>PREMIÈRE PARTIE<br> +<span class="xsmall">ANTAGONISME RADICAL DE LA FRANC-MAÇONNERIE ET DE LA RELIGION</span></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>I.</div></td> +<td class="drap">Position de la question</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c1">9</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>II.</div></td> +<td class="drap">Déclarations des Loges maçonniques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c2">11</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>III.</div></td> +<td class="drap">Quelques traits de la guerre faite à la religion par la +Franc-Maçonnerie</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c3">14</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>IV.</div></td> +<td class="drap">La Franc-Maçonnerie et l’existence de Dieu</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c4">19</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>V.</div></td> +<td class="drap">La Franc-Maçonnerie et l’immortalité de l’âme</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c5">24</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>VI.</div></td> +<td class="drap">Incompatibilité du principe fondamental de la Franc-Maçonnerie +avec toute religion</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c6">29</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>VII.</div></td> +<td class="drap">Nouveaux détails sur la guerre faite au Christianisme par la Franc-Maçonnerie. +La morale sans Dieu, l’enseignement sans religion</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c7">32</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>VIII.</div></td> +<td class="drap">Propagande de l’enseignement sans religion par les écoles d’adultes. — Les +écoles professionnelles de filles. — La ligue de l’enseignement</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c8">38</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="3" class="c"><div>DEUXIÈME PARTIE<br> +<span class="xsmall">UN HOMME SÉRIEUX, UN HOMME DE BON SENS PEUT-IL ÊTRE FRANC-MAÇON ?</span></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>I.</div></td> +<td class="drap">Hiérarchie, grades et langage maçonniques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c9">44</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>II.</div></td> +<td class="drap">Initiation maçonnique</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c10">48</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>III.</div></td> +<td class="drap">Les travaux de table, ou banquets</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c11">54</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>IV.</div></td> +<td class="drap">Les rites et les mystères maçonniques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c12">57</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>V.</div></td> +<td class="drap">Le chevalier Kadosch</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c13">60</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="3" class="c"><div>TROISIÈME PARTIE<br> +<span class="xsmall">ACTION POLITIQUE ET RÉVOLUTIONNAIRE DE LA MAÇONNERIE</span></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>I.</div></td> +<td class="drap">Témoignages maçonniques : M. Louis Blanc. — Maçons français et +belges</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c14">64</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>II.</div></td> +<td class="drap">La question du droit des Maçons à s’occuper de politique discutée +et affirmativement résolue dans les Loges</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c15">69</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>III.</div></td> +<td class="drap">Jusque dans quels détails la Maçonnerie s’occupe de politique</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c16">71</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>IV.</div></td> +<td class="drap">Faits péremptoires, empruntés à l’histoire contemporaine</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c17">76</a></div></td></tr> +<tr><td colspan="3" class="c"><div>CONCLUSION</div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>I.</div></td> +<td class="drap">Condamnation de la Franc-Maçonnerie par l’Église</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c18">83</a></div></td></tr> +<tr><td class="r"><div>II.</div></td> +<td class="drap">Que conclure pour la pratique</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c19">86</a></div></td></tr> +</table> +</div> + +<p class="c gap xsmall">PARIS. — IMP. VICTOR GOUPY, 5, RUE GARANCIÈRE.</p> + + + +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75221 ***</div> +</body> +</html> + diff --git a/75221-h/images/cover.jpg b/75221-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..869e8b5 --- /dev/null +++ b/75221-h/images/cover.jpg |
