diff options
| author | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-25 04:21:16 -0800 |
|---|---|---|
| committer | nfenwick <nfenwick@pglaf.org> | 2025-01-25 04:21:16 -0800 |
| commit | 10aefb65a210d29e945f5ea6f8eef8c2acfeb02a (patch) | |
| tree | 65f21fdbe84c1a830a57ec102edb1b0ed3df7fcf | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 4 | ||||
| -rw-r--r-- | 75205-0.txt | 15487 | ||||
| -rw-r--r-- | 75205-h/75205-h.htm | 18124 | ||||
| -rw-r--r-- | 75205-h/images/cover.jpg | bin | 0 -> 151810 bytes | |||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 |
6 files changed, 33628 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/75205-0.txt b/75205-0.txt new file mode 100644 index 0000000..ad44541 --- /dev/null +++ b/75205-0.txt @@ -0,0 +1,15487 @@ + +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 *** + + + + + + + LE + LIVRE COMMODE + DES ADRESSES DE PARIS + pour 1692 + + par + ABRAHAM DU PRADEL + (NICOLAS DE BLEGNY) + + Suivi d’appendices, + précédé d’une introduction, et annoté + par + ÉDOUARD FOURNIER + + Tome Ier + + + PARIS + Paul DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE + DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE + 7, rue Guénégaud + + M DCCC LXXVIII + + + + +OUVRAGES DU MÊME AUTEUR. + + + _Histoire de la Butte des Moulins_, suivie d’une étude historique sur + les demeures de Pierre Corneille à Paris, avec deux vues de la Butte + en 1551 et 1652. Beau volume in-18, papier vélin. 3 fr. 50 + + _Le Vieux Neuf_. Seconde édition, refondue et considérablement + augmentée. 3 vol. gr. in-18. 15 fr. + + _L’Esprit des autres_. 5e édition refondue et considérablement + augmentée. 1 vol. in-18. (Sous presse.) + + +Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. + +Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis. + + + + +INTRODUCTION. + + +Les guides, les _ciceroni_ dans les grandes villes sont aussi anciens +qu’elles. Nous n’en connaissons pas une, du moins, parmi les plus +célèbres, qui n’ait eu les siens. + +Athènes et Corinthe offroient aux étrangers qui les visitoient tout un +collége d’_exégètes_ (conducteurs), «dont la charge, lisons-nous dans +les _Mélanges_ publiés sous le nom de Vigneul Marville[1], étoit de leur +faire voir ce qu’il y avoit de curieux, de leur expliquer les +inscriptions anciennes et tout ce qui concernoit ce genre d’érudition.» + + [1] T. II, p. 217. + +Pausanias n’a eu garde de les oublier. Ils avoient dû, en effet, lui +être fort utiles pour le renseigner sur les détails d’art et d’antiquité +que recherchoit surtout sa curiosité de voyageur. L’_Itinéraire_, qu’il +rédigea au retour, est rempli de ce qu’il recueillit à leur suite. On y +trouve, à chaque page de ses dix livres, une trace de leurs +renseignements. Aussi cette première relation d’un _Voyage en Grèce_ +n’est-elle, elle-même, comme on l’a justement remarqué[2], qu’une sorte +de guide du touriste. + + [2] _Biog. génér._, t. XXXIX, p. 415. + +De Rome, où, comme à Pompeï, les affiches étoient d’ailleurs en +usage[3], il nous est resté, pour la ville même, distribuée par régions, +deux de ces «guides», l’un de Publius Victor, l’autre plus incomplet +attribué à Sextus Rufus. Les indications n’y sont que sommaires, mais +d’une multiplicité de détails surprenante. Il n’y est fait grâce ni du +plus petit temple (_ædicula_), ni d’un bain, ni d’un arbre, si peu qu’il +fût consacré, etc., etc. + + [3] V. _Le Vieux-neuf_, 2e édit., t. II, p. 64, note; et 94-95. + +Pour compléter ces «guides» écrits et empêcher qu’on ne s’égarât dans le +labyrinthe de curiosités qu’ils vous ouvroient, il y avoit ce qu’on +appeloit des _nomenclatores_[4], sortes de guides parleurs et bavards, +qui--leur nom le disoit--vous faisoient la liste, vous dressoient, de +mémoire, «la nomenclature», nom par nom, de toutes les personnes de +distinction qui passoient, et vous animoient ainsi la rue ou la place, +dont ils vous montroient les monuments. De cette façon, ils +n’expliquoient pas seulement le tableau, ils y mettoient les +personnages. + + [4] Cicero, _ad Atticum_, lib. IV. + +Les riches patriciens avoient de ces «nomenclateurs» parmi leurs +esclaves. Ils leur faisoient tenir pour eux une sorte d’almanach des +adresses, où figuroient, avec les gens composant leur «clientèle», les +nombreux amis que leur avoit tout naturellement attirés la richesse. + +L’usage de ces esclaves dresseurs de listes existoit depuis longtemps +chez les rois d’Asie, et c’est de là qu’il étoit venu à Rome. Sénèque ne +le condamna que plus sévèrement dans un de ses traités, où cet étalage +de clients et d’amis ne lui semble qu’une ostentation de cour: + +«C’est, dit-il[5], une vieille coutume des rois ou de ceux qui imitent +les rois, de faire enregistrer un peuple d’amis.» + + [5] _De Beneficiis_, lib. VI, cap. 33. + +A côté du renseignement curieux, l’étranger pouvoit, dans les villes +grecques, trouver le renseignement utile. Étoit-ce un Corinthien de +passage à Athènes, ou un Athénien à Corinthe? Il trouvoit chez le chargé +d’affaires de sa ville tout ce qui pouvoit l’empêcher de s’égarer ou +d’être pris pour dupe. Le gîte même, s’il arrivoit avec une mission de +ses concitoyens, lui étoit fourni par ce fonctionnaire--nous allions +presque dire ce consul--complaisant et hospitalier[6]. + + [6] Boeckh, _Economie politique des Athéniens_, t. I, p. 388. + +On l’appeloit _Proxène_, mot que reprirent les Romains pour en faire +celui de _Proxeneta_, qui n’eut que plus tard le sens déshonnête qu’il +devoit prendre et que nous avons laissé à son dérivé proxénète. + +D’abord, le _proxeneta_ n’étoit à Rome qu’une sorte de courtier en +marchandises, un intermédiaire, _intercessor_, comme dit Apulée, entre +l’acheteur et le vendeur. Il s’entremettoit pour les affaires de change, +qui ont toujours tant importé aux étrangers. Il négocioit même pour eux +ou pour les clients urbains, des emprunts à intérêts[7]. En ce cas, il +prenoit le nom spécial de _pararius_[8]. De tout cela, il formoit un +ensemble d’affaires, auxquelles on avoit donné le nom particulier de +_proxenetica_, et que la loi reconnoissoit comme légales: _Proxenetica_, +lit-on dans le Digeste[9], _jure licito petuntur_. + + [7] Sénèque, _Epître_ 119. + + [8] _Id. Des bienfaits_, liv. III. + + [9] Liv. 50, tit. 14, loi 1re. + +Malheureusement d’autres trafics s’y mêlèrent peu à peu pour primer +honteusement les premiers. Le proxénétisme devint ce que nous +l’indiquions tout-à-l’heure. Les proxénètes finirent par n’être plus que +des entremetteurs, des courtiers de débauches. + +D’autres agents, les _prosagogues_ qui s’étoient faits, comme les +_exégètes_, mais avec moins de savoir, les interprètes et les +conducteurs des étrangers, tombèrent aussi, par l’abus de leur métier, +dans une infamie qui n’étoit pas moins dégradante. Ils se firent espions +et délateurs. S’ils renseignoient d’un côté ceux qui en toute confiance +les prenoient pour guides, de l’autre ils donnoient sur eux et contre +eux des renseignements à la police. Plutarque s’en est plaint dans la +_Vie de Dion_. + +A l’époque même, où ils n’en étoient pas encore là, et s’en tenoient aux +choses permises de leur profession d’interprètes et de «donneurs +d’indications», ils n’avoient pas semblé au grand philosophe de la vie +pratique, Aristote, d’une utilité suffisamment étendue et sérieuse. + +Pour qu’il fût possible à chacun de s’éclairer sur ce qui importoit à +son travail ou à ses affaires, il eût voulu plus et mieux que ces +_proxénètes_ et ces _prosagogues_: «Il est nécessaire, dit-il, dans sa +Politique[10], qu’il existe quelque chose, où le peuple se puisse +renseigner, et perde ainsi tout prétexte d’être oisif.» + + [10] Liv. IV, ch. 15. + +Un peu plus haut, dans le même traité[11], il avoit dit: «On convient +que, dans une république bien constituée, ce qui est nécessaire à chacun +doive être en évidence. Mais comment y parvenir? Ce n’est pas facile.» + + [11] _Id._ Liv. III, ch. 7. + +Il fallut, en effet, bien des siècles encore, pour trouver la solution +du problème. + +Au moyen-âge, l’utilité s’éclairant par la charité qui fut sa vraie +lumière, il y eut quelques bonnes tentatives et quelques progrès. Dès le +XIe siècle, par exemple, les pauvres filles en quête de conditions +surent où se renseigner pour en trouver une, et en même temps, qui mieux +est, n’eurent plus à chercher le refuge où elles pourroient l’attendre: +les bonnes sœurs de _l’Ostellerie Sainte Opportune_, ou _Catherinettes_, +leur offroient à la fois les renseignements et le gîte[12]. + + [12] Piganiol de la Force, _Descript. de Paris_, t. II, p. 149; H. + Bordier, _les Églises et les Monastères de Paris_, 1856, in-12, p. + 23. + +En 1330, autre fondation d’une charité tout aussi hospitalière et plus +maternelle encore. Les nourrices de la campagne ne savoient pas, en +venant à Paris, comment trouver des nourrissons, et les mères +n’ignoroient pas moins de quelle façon se procurer des nourrices. +L’établissement dont nous voulons parler y pourvut, en satisfaisant les +unes et les autres. + +La nourrice du fils du roi, alors régnant, Philippe VI, avoit quatre +grandes filles. On leur créa quatre offices, qui constituoient à chacune +le privilége de tenir un bureau, où mères et nourrices pussent se +présenter pour s’entendre[13]. + + [13] Hurtaut et Magny, _Dict. hist. de la ville de Paris_, t. IV, p. + 216-217. + +On les appela _Commanderesses_, ou mieux _Recommanderesses_, mot qui +étoit moins nouveau que leur office. Il servoit déjà depuis quelque +temps à désigner certaines femmes qui faisoient une concurrence active, +mais non gratuite, aux _Catherinettes_, pour le placement des servantes. + +Nous en trouvons deux dans le registre de la Taille, de 1292, et, un peu +plus tard, elles furent assez nombreuses pour donner leur nom à la +partie de la rue de la Vannerie qu’elles occupoient du côté du carrefour +Guillori[14]. + + [14] Voir ce qui en est dit plus loin. + +Toute pauvre fille une fois placée par ces _Recommanderesses_, leur +payoit un droit sur ses premiers gages, tandis qu’en sortant de +_l’Ostellerie Sainte Opportune_, elle n’auroit eu qu’à dire merci à Dieu +et aux bonnes sœurs. + +Où celles-ci mettoient la charité, les recommanderesses mettoient le +courtage. + +Il commençoit, du reste, alors à fonctionner sous toutes les formes, +dans presque tous les métiers, même ceux où il étoit inutile. Estienne +Boileau eut donc soin d’exclure ceux qui en étoient les agents, +c’est-à-dire «les couratiers», partout où il ne les trouva pas +indispensables: «El mestier devant dit, écrit-il en pareil cas, ne puet +ne ne doit avoir nul courratier[15].» + + [15] Est. Boileau, _Livre des Mestiers_, p. 149. + +Ils n’en furent ni moins nombreux, ni surtout moins tenaces, pour tâcher +de se faire une double proie, aux trousses du vendeur et de l’acheteur. + +Il n’est pas de trafics où on ne les trouve. + +Dans chaque négoce, se faufilent «proxenettes-couratiers, comme il est +dit dans le _Coustumier général_, et autres commis à vendre marchandises +à eux confiées[16].» Veut-on, par exemple, pour entrer en campagne, ou +seulement pour quelque passe d’armes, un bon cheval qui se puisse monter +sans retard? Désire-t-on une belle haquenée dont on puisse faire +présent? Le courtier est là qui vous les procure, et qui «moyenne», +comme on disoit, le marché. «Alors, lisons-nous dans l’_Hystoire du +petit Jehan_[17], à propos des palefreniers et maréchaux du roi +auxquels, en arrivant, il s’étoit adressé, alors envoyèrent quérir les +plus souffisants et féables couratiers de chevaux, et se informèrent des +plus belles hacquenées qui fussent à Paris.» + + [16] T. I, p. 899. + + [17] Edit. Guichard, p. 69. + +Les mariages mêmes déjà n’échappoient point à ces courtages, et les +moines, disoient les mauvaises langues, s’en mêloient quelquefois. Ils +se faisoient «moyenneurs de mariages», pour nous servir d’une expression +de Philippe de Commines[18]. Une satire contre les Dominicains, que cite +Du Cange[19], le leur reproche, ainsi que d’autres petits trafics de +même sorte: + + [18] Liv. III, ch. 8. + + [19] Nouv. édition, au mot _corraterius_. + + De maint marchié sont couratiers + Encor plus ils sont curatiers + De mariages. + +Dans tout cela, si ce n’est pour ce qui intéressoit les servantes, à +l’isolement desquelles pourvoyoit si naturellement l’œuvre des +_Catherinettes_, il n’y avoit pas eu d’avantages nouveaux et surtout +désintéressés en faveur du public. + +Il lui manquoit toujours, lorsqu’il cherchoit à se renseigner sur ce qui +lui importait pour ses besoins ou ses affaires, ce qui lui avoit manqué +du temps d’Aristote. + +L’idée et les vœux de celui-ci restoient ainsi pleinement à satisfaire, +lorsqu’au XVIe siècle, un homme du meilleur sens, le père de Montaigne, +s’en occupa, croyant, d’ailleurs, qu’on ne l’y avoit pas devancé. Il ne +les réalisa pas, même par un commencement de mise en pratique; mais +grâce à l’autorité de son fils qui eut l’excellent esprit d’en parler +dans ses _Essais_, et d’insister sur ce qu’il y avoit là de nécessaire, +la voie cette fois leur fut ouverte, et quelqu’un, comme nous le +verrons, éclairé, guidé par ce qu’il en avoit dit, se trouva enfin pour +les faire passer du projet à l’application. + +C’est au chapitre 34 de son 1er livre publié en 1580, que sous ce titre: +_D’un défaut de notre police_, Montaigne nous a entretenus des idées de +son père sur ce point, sans savoir plus que lui du reste qu’il y avoit +eu Aristote pour précurseur. + +«Feu mon père, dit-il, homme pour n’estre aidé que de l’expérience et du +naturel, d’un jugement bien net, m’a dit autrefois qu’il avoit désiré +mettre en train, qu’il y eust es villes certain lieu désigné, auquel +ceux qui auroient besoin de quelque chose se peussent rendre, et faire +enregistrer leur affaire à un officier estably pour cet effect: comme je +cherche à vendre des perles, je cherche des perles à vendre, tel demande +un ouvrier, qui ceci, qui cela chacun selon son besoin, et semble que ce +moyen de nous entr’advertir apporteroit non légère commodité au commerce +public; car à tous coups il y a des conditions qui s’entrecherchent, et, +pour ne s’entendre, laissent les hommes en extrême nécessité. J’entends +avec une grande honte de notre siècle.» + +A ce propos, prenant alors l’idée par ce qu’elle a de plus élevé et de +plus charitable, il laisse tout ce qui peut y intéresser le commerce, et +ne voit que ce qui s’y trouveroit d’avantages pour ceux que, malgré leur +mérite, la misère tue, les moyens leur manquant pour faire connaître que +ce mérite est sans emploi. + +Il cite, comme exemples, deux savants, l’un d’Allemagne, l’autre +d’Italie, morts ainsi, dit-il, «en l’estat de n’avoir pas leur saoul à +manger, et, ajoute-t-il, croy qu’il y a mil hommes qui les eussent +appelez avec très-avantageuses conditions, ou secourus où ils estoient +s’ils l’eussent sçu.» + +Il ne croit pas, en parlant ainsi, trop présumer du monde, «qui n’est +pas, dit-il, si généralement corrompu.» Il se porte d’ailleurs garant +que son père n’eût pas autrement agi. Quant à lui-même, en toute +franchise, il avoue qu’il n’y eût peut-être pas été si empressé: «En la +police œconomique, dit-il, mon père avoit cet ordre, que je sçay louer, +mais nullement ensuivre.» + +Il n’y avoit guère en ce temps, sans journaux, que les livres pour +répandre les idées, et comme beaucoup ne paroissoient que pour être +oubliés, et déjà lettres mortes, ce qu’ils devoient faire connoître +restoit comme eux inconnu. Les _Essais_, par bonheur, ne devoient pas +être de ces mort-nés de la philosophie. Le succès fut très-vif, tant +pour le livre et ses merveilleuses fantaisies de forme et d’allures, que +pour ce qui s’y animoit de ces allures, et s’y revêtoit de cette forme. + +Tout germa, tout fructifia de ce qu’il portoit comme semence. Deux ans +après qu’il eut paru, nous voyons, par exemple, publier à Genève un +petit livret de renseignements, qui pourroit bien déjà n’être qu’une +variante de ce que Montaigne avoit demandé. Il vouloit, lui, qu’en +arrivant dans une ville, chacun pût savoir où trouver ce qu’il lui faut. +Le petit livret dont nous parlons, prenoit l’idée à revers. Il vous +renseignoit sur tout ce dont il faudroit se garder en s’aventurant dans +les boutiques. C’étoit arriver au même but, mais par le côté contraire, +comme on arrive à l’orthographe par la cacographie. + +Voici le titre, qui, tant il est net, nous dispensera de plus longues +explications: + +_Le Livre des Marchands, fort utile à toutes gens pour cognoistre de +quelles marchandises on se doit donner garde d’estre deceu_. Genève, +1582, in-24. + +Sous Henri IV, ce fut mieux. L’homme à projets du règne, Barthélemy de +Laffémas, «tailleur varlet de chambre du roy», comme il aimoit à se +qualifier[20], auquel l’industrie et le commerce de son temps durent +tant de progrès[21], et en auroient dû bien davantage, si le roi n’eût +pas été tué, s’inspira de l’idée même de Montaigne, et en fit le point +de départ d’un établissement, qui auroit pu complètement et +très-largement la réaliser. + + [20] _Variétés hist. et litt._ de la Biblioth. Elzévirienne, t. VII, + p. 303. + + [21] _Id. ibid._ + +Ce fut, malheureusement, parmi ses projets, un de ceux qui ne +survécurent pas au roi qui protégeoit et qui encourageoit Laffémas. Cet +appui manquant, il n’y donna pas suite. Comme la plupart des autres, il +le laissa oublier, et l’on n’en sauroit même rien, si, après sa mort, +son fils Isaac, le même qui fut le grand justicier de Richelieu[22], +n’en avoit pas parlé dans le traité où, sous ce titre: _Histoire du +Commerce de France_, il ne fait guère que l’apologie historiée des +projets de son père[23]. + + [22] _Id._, t. X, p. 18. + + [23] Cimber et Danjou, _Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p. + 409-430. + +Il ne dissimule pas pour celui-ci que l’inspiration lui en avoit pu +venir de Montaigne «que l’on tient, dit-il[24], avoir eu d’aussi +heureuses et fortes conceptions qu’homme du monde.» Laffémas n’avoit +fait que développer et étendre; mais, cela, suivant son fils, en de +telles proportions, que le projet en étoit devenu ce qu’il pouvoit y +avoir de plus profitable pour l’intérêt du commerce. + + [24] _Id._, p. 424. + +Plus de difficultés dès lors, plus d’entraves. Les affaires, que +d’utiles renseignements éclairent de partout, se font d’elles-mêmes, +aussi bien sur place que par correspondance, car Laffémas n’a pas limité +à une seule ville, à Paris, les bienfaits de sa fondation. Il veut que +l’Europe, que le monde entier, s’il se peut, en profite. + +Son fils, qui reprend l’idée, ne la voit pas autrement. Il +s’enthousiasme de cet accord universel entre tous les trafiquants de +l’Univers; il ne voit rien qui puisse y faire obstacle, si les Bureaux +dont son père a conçu l’idée d’après celle du père de Montaigne, peuvent +enfin s’établir: + +«J’attends cela, dit-il[25], de l’invention des Bureaux publics, qui +défaillent seuls à la facilité de nostre commerce pour le rendre à sa +perfection, bureaux, autant nécessaires à l’utilité publique et +commodité des particuliers, que tout ce qu’on a inventé pour cet effet. + + [25] _Id._, p. 423-424. + +«Je veux, ajoute-t-il, signaler cette proposition entre les plus belles +que mon père ait jamais faites, pour la première, plus utile, et de plus +grande importance; aussi est-ce un remède tacite à une infinité d’abuz, +et un préservatif contre la ruine de notre commerce, outre tant de +diverses particularitez que cela demanderoit autant d’histoires, +auxquelles toutesfois faudroient et le papier et le temps. + +«Il me suffira de dire que seront certaines correspondances que les +agents publics auront par toutes les villes, pour faire gérer et +négocier toutes sortes d’affaires, qui leur seront volontairement et +sans contrainte apportées en leurs bureaux.» + +Cela étoit écrit en 1606. Trois ans après, l’idée reparoissoit, mais +sous une autre forme, celle d’une feuille de publicité, comme nous +dirions, qui devoit répandre dans le public, ce que d’après le système +de Laffémas, on eût été obligé d’aller chercher dans ses Bureaux. + +C’est sous le nom de _Gazette_, employé là pour la première fois, que +cette feuille d’annonces devoit paroître. Viollet-le-Duc possédoit le +seul livret qui en fut publié, et dont la rareté est telle, que jamais +on n’en a vu que son exemplaire[26]. + + [26] Brunet, _Manuel du Libraire_, t. II, col. 1515. + +Cette _Gazette_ est en rimes, comme il y en eut tant d’autres plus tard, +et comme il en couroit déjà de manuscrites. Où la prose n’eût pas été +permise alors, on toléroit ainsi les vers, surtout lorsque, comme ici, +ils ne prenoient pas l’allure trop sérieuse de l’alexandrin. + +Dès son titre, _la Gazette_, dont nous allons faire rapidement +l’analyse, d’après celle qu’en a donnée Viollet-le-Duc[27], se déclare +on ne peut mieux renseignée de partout, sur les hommes et sur les +choses: + + [27] _Bibliothèque poétique_, 1843, in-8, p. 349-350. + + La Gazette en ses vers + Contente les cervelles; + Car de tout l’Univers + Elle reçoit nouvelles. + +On y semble savoir ce que désiroient le père de Montaigne et Barthélemy +de Laffémas. Tout ce qu’ils n’ont vu qu’en utopie, on y satisfait, on le +réalise: + + La Gazette a mille courriers + Qui logent partout sans fourriers. + Il faut que chacun luy réponde + Selon sa course vagabonde + De ça, de là diversement, + De l’Orient en Occident + Et de toutes parts de la sphère, + Sans laisser une seule affaire + Soit d’Edit, de Commissions + De düels, d’exécutions + De pardons pleniers et de bulles, + D’ambassadeurs venus en mulles... + De morts subites de seigneurs + Pour estre trop grands besogneurs + Des livres de maître Guillaume... + Quoi qu’il en soit rien ne s’oublie + Car la Gazette multiplie + Sans relasche ses postillons + Vistes comme des Aquilons... + +Les modes auront leur chapitre, tant pour les hommes que pour les +femmes. + +Les uns apprendront de quels «points» ou dentelles il sied de se parer, +et quel air il faut donner, en la portant, à «la roupille» ou cape à +l’espagnole: + + La Gazette en cette rencontre + Comprend les poincts plus accomplis, + Les courtes chausses à gros plis, + Les gauches détours des roupilles, etc.; + +Les autres, pour lesquelles le détail est plus étendu et plus galant, +trouveront où s’aller fournir de ce qui intéresse la coquetterie: + + ... Les méthodes, + Les inventions et les modes, + Des cheveux neufs à qui les veut, + Fausses gorges à qui ne peut,... + Nœuds argentez, lassets, escharpes, + Bouillons en nageoires de carpes, + Porte-fraises en entonnoir, + Oreillettes de velours noir, + Doubleures aux masques huilées, + Des mentonnières dentellées, + Des sangles à roidir le busc, + Des endroits où l’on met le musc. + +Tout cela--le ton le dit assez--n’étoit que pour rire. Cette _Gazette_ +semble n’avoir paru que pour se moquer de ce que pourroit être un +journal de faits, d’avis et d’affaires, qui paroîtroit régulièrement. +C’est ce qui,--de même que la mise à exécution si longtemps attendue de +l’idée de Montaigne et de Laffémas,--ne tarda guère. + +Dès 1612, Théophraste Renaudot, médecin du Roi, se disant grand ami des +pauvres, étoit en instance près de la Reine-mère, tant pour obtenir le +privilége d’une _Gazette_ que pour avoir, par privilége aussi, +permission d’ouvrir des _Bureaux d’adresses_; il complétoit ainsi une +fondation par l’autre. + +Les _Bureaux_ furent la première. + +Elle devança l’autre d’une année. A peine Renaudot en avoit-il émis le +projet, qu’il recevoit l’approbation royale. Ce n’étoit malheureusement +qu’un premier pas. Cinq ans se passèrent avant qu’il pût en faire un +second. L’approbation royale étoit du 14 octobre 1612, il n’eut que le +30 octobre 1617 l’approbation du Conseil. Il fallut ensuite aller devant +le Parlement pour obtenir arrêt de jouissance. Les démarches traînèrent, +avec une formalité par étape, du 30 octobre 1617 au 3 février 1618, et +du 16 février 1618 aux 28 février et 22 mars 1624. + +Ce n’est pas tout, quand le Parlement eut approuvé, une nouvelle halte +fut nécessaire pour attendre la déclaration royale. Elle n’arriva que +quatre ans après, le 31 mars 1628. Enfin, Renaudot touchoit à son +privilége, mais il fallut, pour qu’il l’eût en main, plus de quatorze +mois encore. Il n’est daté que du 8 juin 1629. + +C’est à la fin de cette année qu’il ouvrit, je ne dirai pas _son_, mais +ses _Bureaux_. Lui-même, en effet, nous donne à entendre qu’il en avoit +plusieurs, par la façon dont il fait connoître son adresse, à la fin du +titre de la brochure gr. in-4º de 34 pages, qu’il publia aussitôt pour +mettre son idée au grand jour: + +«_Inventaire des addresses du Bureau de rencontre, où chacun peut donner +et recevoir advis de toutes les nécessitez et commoditez de la vie et +société humaine, par permission du Roy contenue en ses brevets_, etc. +_Dédié à Mgr le Commandeur de la Porte_, par T. Renaudot, médecin du +Roy, à Paris, à l’enseigne du Coq, rue de la Calandre, sortant au Marché +neuf où l’un desdits bureaux d’addresse est estably.» + +Dans la longue préface, dont il fit précéder cet «inventaire», et que +reproduisit le _Mercure françois_ de l’imprimeur Richer[28], seul +journal qu’il y eût alors, il avoue, tout en exposant son idée, à +quelles sources il l’a prise. Il la déclare «fondée sur l’autorité +d’Aristote»; il invoque aussi celle du sieur de Montagne (_sic_) «pour +servir de preuve, dit-il, au bien qui en reviendra.» + + [28] T. XXII. + +C’est en faveur des pauvres gens surtout qu’il veut que ce bien se +produise. En cela, «Messieurs de la Ville» l’ont compris, puisqu’ils lui +ont donné leur approbation, et Messieurs de l’Hôtel-Dieu de même, qui, +le 28 janvier 1628, lui ont accordé leur patronage. + +Renaudot est médecin, et ne l’oublie jamais. C’est ce qui lui a fait +rechercher, et sans doute aussi obtenir cette protection de +l’Hôtel-Dieu. L’indication des remèdes qu’il aura, d’ailleurs, soin de +choisir parmi les plus efficaces, sera pour une bonne part dans les +annonces qu’il fera, et dont il complétera le détail à ceux qui voudront +bien venir se renseigner au «Bureau d’adresse.» + +Par une singulière rencontre, Blegny, le faux Abraham du Pradel, dont +nous publions le volume, s’occupoit aussi--nous ne le verrons que trop +bientôt--de remèdes de toutes sortes. + +S’il publia son _Livre commode_, ce fut avant tout pour les faire +connoître, de même que Renaudot n’établit en grande partie ses bureaux, +nous en jurerions, que pour donner de la publicité aux siens[29]. Ainsi +les deux premières sources de renseignements qui se soient ouvertes pour +le public, seront parties du même point vers un but identique. + + [29] _V._ notamment à ce sujet dans le _Sommaire du chapitre de + l’Inventaire des addresses du Bureau_ ou _table de Rencontre_, les + chap. XVI-XVIII. + +Renaudot, le médecin, pour trouver l’emploi de sa science et de ce +qu’elle possédoit, fonde _le Bureau d’adresse_; Blegny, l’apothicaire, +pour faire connoître et placer ses marchandises d’empirique, crée +_l’Almanach des adresses_. + +Renaudot n’avoua qu’à mots couverts, on le comprend, cette particularité +tout égoïste de sa fondation. La charité en fut le but le plus en vue. +Venir en aide aux pauvres sans ouvrage, voilà, nous l’avons dit, voilà +surtout ce qu’il veut. Il reprend aussi, mais plus largement et à poste +fixe, la mission des _proxènes_ antiques et des _couratiers_ du +moyen-âge, mais cela sans vouloir faire concurrence à ceux qui, de son +temps, pouvoient encore avoir des métiers pareils. Loin de chercher à +les gêner, il les aidera: son bureau, dit-il, «sera commode même aux +entremetteurs et proxenettes.» + +Il va de soi que ces mots sont pris par lui dans le sens le plus +honnête. + +Ensemble, eux et lui serviront de guides aux nouveaux venus de +l’étranger et de la campagne, dont Paris, s’ils ne savent comment s’y +retrouver, épuise si vite les ressources. + +Il se dévouera plus qu’aux autres encore à ces imprudents des villages +et des champs qui s’y risquent à l’aventure, sans prévoir que les pires +dangers les attendent à l’arrivée: + +«Ils accourent à trouppes en cette ville, qui semble être le centre et +le pays commun de tout le monde, sous l’espérance de quelque avancement, +qui se trouve ordinairement vaine et trompeuse: car ayant despencé ce +peu qu’ils avoient au payement des bienvenuës et autres frais inutiles +ausquels les induisent ceux qui promettent de leur faire trouver employ, +et aux desbauches qui s’y présentent d’elles-mêmes auxquelles leur +oisyveté donne un facile accez, ils se trouvent accueillis de la +nécessité avant qu’avoir trouvé maistre: d’où ils sont portés à la +mendicité, aux vols, meurtres et autres crimes énormes... Au lieu qu’ils +pourront désormais une heure après leur arrivée en cette ville, venir +apprendre au Bureau s’il y a quelque employ ou conditions présentes, et +y entrer beaucoup plus aisement qu’ils ne feroient après avoir vendu +leurs hardes; ou, n’y en ayant point, se pourvoir ailleurs. Ce qui fera +discerner plus facilement les fainéants et gens sans adveu, pour en +faire la punition qu’il appartiendra.» + +Combien en coûtoit-il pour aller se renseigner chez Renaudot, et pour +faire inscrire sur son registre l’emploi qu’on désiroit, la marchandise +qu’on vouloit acheter ou vendre, la maison qu’on cherchoit à louer, et +jusqu’à la femme ou au mari, dont il pouvoit vous pourvoir, car la +variété de ses indications s’étendoit à toutes ces choses? Il a oublié +de nous l’apprendre, mais nous l’avons su autrement. + +Pendant le second carnaval, c’est-à-dire celui de 1631, qui suivit +l’installation du Bureau de rencontre, lequel, on le pense bien, avoit, +comme invention nouvelle, fait événement, un faiseur de «ballets», +sortes de pièces, moitié dansées, moitié chantées, où tous les à-propos +étoient volontiers saisis, s’avisa de prendre pour types Renaudot et ses +clients. Il le fit assez habilement pour que le Roi demanda que la +représentation fût donnée devant lui; et aussi,--ce qui étoit un succès +peu commun,--pour que la pièce après avoir été chantée et dansée fût +imprimée. + +En voici le titre: _Ballet du Bureau de rencontre dancé au Louvre devant +Sa Majesté_, Paris, Julian Jacquin, 1631, in-8º[30]. + + [30] Les vers furent publiés à part, la même année, sous ce titre: + _Vers du ballet du Bureau des addresses_, 1631, in-4º; ils ont été + reproduits dans la publication de J. Gay, _Ballets et mascarades de + Cour_, 1869, in-12, t. IV, p. 175. + +Le Maistre du Bureau avoit, cela va de soi, l’un des principaux rôles. +Il commençoit par un récit en trois couplets, dont nous vous devons au +moins le premier, car c’est là que se trouve le détail sur le prix des +consultations oublié dans la préface de Renaudot. Il étoit, comme on va +le voir, des plus modiques: + + Filles, qui cherchez maris, + Beaux garçons qui cherchez femmes, + Voici l’unique à Paris + Pour satisfaire vos âmes; + Donnez trois sols tant seulement + Vous aurez contentement. + +Quelques couplets d’avant-propos adressés _aux Curieux_, avoient avec +une assez gaillarde bonhomie expliqué le secret de l’affaire, où, en +payant si peu, l’on pouvoit tout apprendre. C’est la préface même de +Renaudot résumée en rimes: + + En ces lieux il vient d’arriver + Un homme qui sçait tout trouver, + Et chez qui de tout se fait montre; + Sans dire ni quoy ni comment, + Son registre ne faut, ne ment; + Il tient le bureau de rencontre. + + Par luy vous aurez des laquais + Et pour faire de bons acquets, + Vous sçaurez les terres en vente, + Les offices à résigner, + Les deniers qui sont à donner + Et prendre à interests ou rente. + + Aussi vous serez advertis + Qu’il enseigne les bons partis + Pour assortir un mariage, + Et fait, comme bien entendu, + Retrouver ce qu’on a perdu, + Fors des filles le pucelage. + + Pour les femmes il est adroit + A leur trouver en bon endroit + Nourrice ou servante à les suivre. + En son fait, il est diligent, + Et ne couste guère d’argent + A se faire escrire en son livre[31]. + + [31] Il parut une nouvelle édition de ce livret l’année suivante, avec + des preuves de la reconnoissance de Renaudot: _Ballet du Bureau de + rencontre, ensemble le remercîment du maître du Bureau d’Adresse, à + ceux qui dansent son ballet_, 1632, in-12. + +Tout cela n’est que de la vérité en riant. Renaudot, en son bureau, vous +pourvoyoit réellement, si pour trois sous on vouloit bien s’adresser à +lui, de tout ce qui vient d’être ici annoncé aux curieux. + +On a connu la diversité des renseignements dont il disposoit, et l’ordre +avec lequel il en tenoit registre, par la découverte et la +reproduction[32] que nous fîmes, il y a quelques années, de l’une des +feuilles qui, ajoutant une publicité de plus à son établissement, en +étoient, pour ainsi dire, les _petites affiches_. + + [32] _Variétés histor. et litt._, t, IX, p. 51 et suiv. + +Il en sera parlé un peu plus loin dans une note[33]. + + [33] P. 9-10. + +Ces feuilles, qui paroissoient tous les trois mois--celle que nous avons +publiée est la quinzième--complétoient pour Renaudot non-seulement son +Bureau d’adresse ou de publicité, comme nous dirions, mais aussi son +autre fondation, _la Gazette_, qui, à partir de 1631, c’est-à-dire un an +après que ce Bureau eut été fondé, marcha de pair avec lui. + +Lorsqu’un événement n’avoit pas assez d’importance pour figurer dans la +Gazette, ou exigeoit un récit trop développé pour qu’il y pût trouver +place, Renaudot l’ajournoit jusqu’à sa prochaine feuille d’annonces. Il +l’y publioit en tête, et les petites affiches venoient à la suite avec +tout leur détail. + +Pour cette _Quinziesme feuille du Bureau d’addresse_, datée du 1er +septembre 1633, c’est le récit du _Duel signalé d’un Espagnol et d’un +Portugais_ qui marche en avant. Puis viennent les annonces les plus +diverses: Terres seigneuriales à vendre; Maisons et héritages aux champs +en roture à vendre; Maisons à Paris à vendre; Maisons à Paris à donner à +loyer; Maisons à Paris qu’on demande à prendre à loyer; Rentes à vendre, +Bénéfices à permuter, Offices à vendre; Meubles à vendre, et enfin +Affaires meslées, où se trouve en effet le pêle-mêle de demandes ou de +propositions le plus singulier et le moins attendu. + +On demande par exemple: «un homme qui sçache mettre du corail en œuvre.» +Plus loin, c’est quelqu’un qui «voudroit compagnie pour aller en Italie +dans quinze jours.» Mais l’article le plus curieux est le dernier: «On +vendra un jeune dromadaire à prix raisonnable.» + +Nous ignorons quel fut au juste le sort du Bureau d’adresse, et surtout +celui de ses feuilles d’annonces. Renaudot, qui ne mourut qu’au mois +d’octobre 1653, laissa-t-il cet établissement dans un état aussi +prospère que La Gazette, qui, elle, ne périclita jamais, l’appui du Roi, +dont le gazetier n’étoit guère que le mandataire, étant toujours là pour +la garer de tout péril? Nous ne le pensons pas. + +Un livret antérieur de six ans à la mort du gazetier, et que nous ne +connaissons malheureusement que par son titre: _Renouvellement des +bureaux d’adresse_, prouveroit que l’affaire n’avoit pas marché sans +encombre[34]. Si on la renouveloit, c’est qu’elle avoit été interrompue, +et la ténacité de Renaudot étant connue, la malechance pouvoit seule +avoir été cause de cette interruption. + + [34] Il existoit sans doute encore toutefois en 1640, car à cette + époque un nouveau _Ballet du Bureau des Addresses_ fut dansé à Dijon + devant Mgr le Prince. _V._ le recueil cité plus haut, t. VI, p. + 17-31. + +La brochure, qui semble annoncer la reprise, est de 1647, mauvaise date, +car elle touche de bien près celle des premiers troubles de la Fronde, +où--ce qui arriva du reste--le journalisme des libelles pouvoit bien +naître, mais où, par contre, celui des annonces n’étoit pas de nature à +revivre. Nous sommes donc autorisés à penser que la _Feuille du bureau +d’adresse_, malgré ce que Renaudot avoit fait pour la ressusciter, étoit +bel et bien morte, lorsqu’il mourut lui-même en 1653. + +Il n’en resta que le privilége, qui fut plusieurs fois cédé plus tard, +comme nous verrons. + +La _Gazette_, qui avoit aussi le sien, survécut à Renaudot. Transmise à +son fils Eusèbe, comme un héritage, elle fit survivre le Bureau +d’adresse, d’où elle étoit sortie avec l’autre feuille. + +Le logis de Renaudot, où Eusèbe resta jusqu’à ce que le roi lui eut +donné un logement au Louvre, n’eut plus que ce nom: le Bureau. + +Il n’y falloit plus aller, comme auparavant, chercher «les adresses» et +les renseignements, qu’il sembloit toujours annoncer, mais à la place on +y trouvoit des nouvelles. Loret, lorsqu’il en manque pour avoir de quoi +mettre en rimes dans sa _Muse historique_, ne va pas autre part, et il +recommande de faire comme lui, pour peu qu’on veuille, sur un fait +quelconque, en savoir plus qu’il n’en a pu dire. + +«Mais», dit-il, par exemple[35], à propos des merveilles d’une fête +donnée à Naples, + + Mais si quelques gens curieux + Désirent de s’instruire mieux... + Il faut aller chez Renaudot, + C’est-à-dire au Bureau d’adresse. + + [35] _La Muse historique_. Édit. Elzévir., t. III, p. 268 (16 octobre + 1660). + +Cette source, la seule où voulut puiser son journalisme naïf, étoit pour +lui celle de toutes vérités. + +«Messieurs du Bureau d’adresse», comme il appelle Eusèbe Renaudot et ses +aides[36], se tenoient-ils muets sur une affaire, elle étoit pour lui +non avenue. Si le bruit, par exemple, s’est répandu que le maréchal +Fabert est mort à Sedan, le 17 mai 1662, il n’y veut pas croire, la +_Gazette_ n’en ayant pas parlé. Le fait, vrai pour tout le monde, ne le +sera pour lui que lorsqu’elle l’aura certifié: + + [36] _Ibid._, p. 578 (2 décembre 1662). + + Mais je doute un peu sur ce point + Car le Bureau n’en parle point, + C’est-à-dire la gazette en prose, + Qui doit parler de toute chose[37]. + + [37] _Ibid._, 540 (19 août 1662). + +La _Gazette_, qui ne paroissoit alors que tous les samedis[38], est «son +oracle hebdomadaire». Ses «ordinaires», c’est-à-dire ses numéros de +chaque semaine suffisent plus ou moins à Loret, mais lorsqu’elle se +donne le luxe assez fréquent d’un «extraordinaire»--nous dirions d’un +supplément--il est ravi. + + [38] _Id._, t. II, p. 278 (21 juillet 1657). + +Les événements d’importance, dont le récit demande à être développé, +fournissoient la matière de ces extraordinaires, qui étoient, à la suite +de la _Gazette_, ce qu’avoient été, comme nous l’avons vu plus haut, les +récits ou descriptions à développements de même sorte, mis en tête des +feuilles du Bureau d’adresse, dont, par là, survivoit ainsi quelque +chose. + +La _Gazette_ n’en avoit rien gardé de plus. Jamais, dans aucune partie +de ses numéros, ne figurèrent ce qu’alors on appeloit «adresses», et ce +que nous appelons «annonces et réclames». + +En cela, Loret la suppléa. Sa _Muse historique_ ne s’en fit pas faute. +Chaque fois qu’il y peut recommander quelqu’un, faire valoir quelque +chose, indiquer où se peut voir tel spectacle ou telle curiosité et à +quel prix, il y est exact et empressé. + +Les feuilles du Bureau se retrouvent ainsi en détail dans les siennes +avec la rime de plus. + +Il nous fait par exemple connoître le premier les expériences de la +machine à calculer du jeune Pascal[39], sans trop se douter qu’il donne +l’éveil sur le génie d’un grand homme. A quelques rimes plus loin, en +effet, il est bien autrement enthousiaste pour l’empirique de +philosophie Lesclache. + + [39] _Id._, t. I, p. 232 (14 avril 1652). + +Richesource, autre charlatan, mais de beau langage, obtient de même la +faveur d’une chaude recommandation de sa part, avec regret de ne pouvoir +dire encore où se donneront ses conférences. Il y aura heureusement un +moyen de la savoir, et il l’indique: + + Les affiches qu’en grosse lettre + Aux lieux publics il fera mettre + Pourront apprendre où ce sera + Au curieux qui les lira[40]. + + [40] _Id._, t. II, p. 553 (16 nov. 1658). + +Quand il peut lui-même dire l’adresse, il n’y manque pas. Ainsi, à +propos de la _Philosophie_ de René Bary, après avoir écrit: + + Ce livre de rare mérite + Chez son propre auteur se débite, + +il met en marge: «Rue des Petits-Champs, chez madame Bataille[41].» +C’est, comme on voit, l’annonce complète. + + [41] _Id._, t. III, p. 186 (3 avril 1660). + +Ailleurs, s’il parle d’un concert, tel que ceux qu’on faisoit entendre +en 1656, dans la salle du Palais-Royal, construite par Richelieu pour sa +_Mirame_, et qui devoit quelques années après devenir le théâtre de +Molière, il nous en dit le prix: + + ... obligeamment on les donne + Pour trente sols chaque personne[42]. + + [42] _Id._, t. II, p. 263 (11 nov. 1656). + +Il annonce aussi, avec le même détail, chaque livret des Ballets du Roi, +que publie Balard, «et», dit-il, + + Et qui doit être lu de tous + Car on ne le vend que dix sous[43]. + + [43] _Ibid._, p. 292 (20 juillet 1657). + +Pour les théâtres en général, il ne ménage pas les recommandations, ou, +suivant le mot d’aujourd’hui, «les réclames». Celui du Marais est en +cela toutefois son préféré. C’est là que Corneille donne le plus +volontiers ses pièces, et en qualité de Normand, Loret croit se devoir +tout entier à cette gloire de la Normandie. La tragédie à machines, _la +Toison d’or_, que Corneille appela d’abord _Jason_, est-elle à l’étude +dans cet ancien Jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, vite, il en +avertit le public. Dès que les premières affiches sont placées, sans +perdre de temps il lui dit: lisez-les: + + Les affiches marquent l’endroit, + L’heure, le prix et la journée + Et c’est toujours l’après-dînée[44]. + + [44] _Ibid._, p. 437 (3 déc. 1661). + +Voilà, certes, un beau zèle de littérature. Il ne faut pas lui en savoir +trop de gré. Pour des spectacles bien inférieurs: pour un jeune géant +qui se fit voir au bout du Pont-Neuf, une première fois[45], et qui, +deux ans plus tard, y revint, après avoir encore grandi[46]; pour une +baleine bien conservée, que l’on pouvoit aller admirer à Chaillot[47], +il n’a pas des réclames moins empressées. + + [45] _Ibid._, p. 543 (15 oct. 1659), et p. 552 (16 nov.). + + [46] _Id._, t. III, p. 288 (4 déc. 1660), et p. 306 (8 janv. 1661). + + [47] _Id._, t. II, p. 543 (19 oct. 1659), et p. 549 (2 novembre). + +Que gagnoit-il à tout cela? Rien, ou fort peu de chose: son entrée +gratuite, par exemple, de même qu’il avoit, sans doute à meilleur +compte, après les avoir maintes fois annoncées, quelques billets des +loteries, dont il couroit avidement les hasards[48]. + + [48] _Ibid._, 433 (19 janv. 1658) et p. 439 (2 fév.). + +Il trouvoit aussi en voisin quelques profits à grappiller lorsqu’il +avoit agréablement parlé des fournisseurs renommés qui se groupoient, +non loin du Louvre, aux environs de l’hôtel Schomberg, son premier +logis, ou tout près de la rue de l’Arbre-Sec, qu’il habita ensuite. + +Il est certain que lorsqu’il s’étend complaisamment sur les merveilles +de l’industrie de sa voisine Madame Touzé, qui fait les perruques du bel +air[49]; sur les friandises de la célèbre boutique de Francœur, +l’épicier-confiturier[50], et sur l’excellence de l’hypocras de +Maillard, «apothicaire près Saint-Honoré[51]», c’est-à-dire à deux pas +de Francœur, ses rimes ne doivent pas être désintéressées. Il y aura +gagné, nous n’en doutons pas: ici, une perruque de la bonne façon; là, +quelques sucreries, et, chez Maillard, quelques-unes de ces bonnes +rasades, qui ne lui déplaisoient point. + + [49] _Ibid._, p. 186 (29 avril 1656). + + [50] _Id._, t. III, p. 293 (18 déc. 1660). + + [51] _Ibid._, p. 307 (8 janv. 1661). + +Du Laurens, qui lui succéda, sous le pseudonyme de Robinet, fit de même +et eut sans nul doute les mêmes profits. Il étendit, qui plus est, la +réclame et la détailla mieux. Comme en ce temps-là tout étoit curiosité: +soit une belle maison, telle que l’hôtel d’O, dans le quartier du +Temple, qu’on alloit voir pour un sou[52], soit simplement quelques +beaux meubles, dont la mise en montre se payoit aussi, mais souvent plus +cher, il ne perdit pas l’occasion de faire quelques bénéfices par +l’annonce de ces choses à recommander. Il nous semble notamment plus que +probable que ce ne fut pas pour rien qu’il se complut à décrire trois +meubles, dont au mois d’avril 1669 on faisoit l’exposition rue de +Richelieu. Il eut certainement sa part plus ou moins forte dans les +quinze sous par personne qu’on payoit pour les aller voir. _Ce sont_, +dit-il, + + [52] Sauval, t. II, p. 241. + + Ce sont trois rares cabinets + Dont plus de mille Robinets, + Comme moi, seroient fort à l’aise, + Et même, ne vous en déplaise, + Des comtes, barons et marquis[53]. + + [53] _Gazette_ de Robinet (13 avril 1669). + +En marge, il ajoute pour bien fixer l’annonce par l’adresse exacte: «Rue +de Richelieu, vis-à-vis le bain royal; la porte est marquée par des +affiches.» + +Il y avoit dans tout cela un vieux reste de la Feuille d’adresse, mais +cette feuille même ne reparaissoit pas. + +Personne ne s’en faisoit céder le privilége resté aux Renaudot. Au +commencement de 1670, il y eut un essai, sans doute par suite d’une +cession. Il semble n’avoir pas abouti. Nous n’avons vu qu’un numéro, le +premier, de la feuille nouvelle qui portoit ce titre: _Liste des avis du +Bureau d’adresse_. + +Six ans se passèrent sans qu’il y eût d’autre tentative pour reprendre +et exploiter le privilége. + +François Colletet, le poète crotté de Boileau, s’en avisa enfin avec +l’audace des gens qui n’ont rien à perdre. + +En 1676, à la fin de juin, on vit tout à coup paraître une feuille, +s’annonçant comme hebdomadaire et portant ce titre: _Journal de la ville +de Paris contenant ce qui se passe de plus mémorable pour la curiosité +et avantage du public_. + +C’étoit la Gazette d’affaires et d’adresses de François Colletet. Il y +procédoit un peu comme Renaudot, avec cette différence qu’au lieu d’y +mettre en tête, avant les annonces et avis, quelque long récit, tenant +toute la place, il y débitoit les nouvelles intéressantes de la semaine, +jour par jour. + +C’est ce qui le perdit. Sur une plainte qui vint, soit de la _Gazette_, +qui ne vouloit pas qu’on touchât à ces nouvelles mondaines auxquelles +elle-même pourtant dédaignoit de toucher; soit du _Mercure_, encore +nouveau et d’autant plus ardent à repousser tout ce qui pouvoit lui +faire concurrence, Colletet reçut ordre de ne pas continuer, du moins +sous cette forme. Son journal n’eut qu’un seul numéro. + +Ce n’étoit pas une fin, toutefois, ce n’étoit qu’une évolution. Se +conformant à l’ordre reçu, sans abandonner l’idée qu’il reprenoit, +Colletet ne perdit pas un jour, pas une heure, pour publier une feuille +nouvelle, où il se tiendroit, en un cahier de quelques pages, aux seules +choses, dont on lui laissoit la disposition: les annonces. + +Le contenu de la feuille changeant ainsi, son titre devoit changer de +même. Il prit celui-ci: _Journal des avis et affaires de Paris_. + +La première fondation de Renaudot renaissoit. Colletet donna même à +entendre que son entreprise n’en étoit que la suite. Dans le préambule +d’un de ses numéros, il parle du privilége obtenu sous Louis XIII pour +une feuille de même sorte que la sienne, et qui seroit devenu le +sien[54]. Ce ne peut être certainement que celui de Renaudot le père, +dont il seroit ainsi, nous ne savons comment et avec quel argent, +parvenu à se faire accorder la cession. + + [54] V. un excellent article de M. Hatin, _Bulletin du Biblioph._, + 1861, p. 620. + +A son Journal d’affaires, il joignit, lui aussi, comme c’étoit naturel, +un Bureau d’adresse. Il y recevoit trois fois par semaine: les lundi, +mercredi et vendredi, de une heure à six heures dans les grands jours, +et jusqu’à quatre et demie seulement en hiver. C’est là qu’il +complétoit, pour quiconque venoit le consulter, les avis donnés par sa +feuille, et que prudemment il n’avoit fait qu’y ébaucher. + +Ce bureau, d’abord, fut bien loin du centre des affaires pour lesquelles +il étoit fondé. Colletet n’avoit pas voulu quitter la maison du quartier +Saint-Victor, où avoit vécu son père, et dont comme lui il étoit fier, +car c’étoit celle que Ronsard avoit habitée. C’est donc rue du Mûrier, +derrière le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonet, qu’étoit installé +son bureau. Personne ne vint, et force lui fut, la clientèle n’arrivant +point, de faire quelques pas pour aller à elle. Nous voyons que lorsque +parut son onzième numéro--c’étoit peut-être un peu tard--il s’y étoit +enfin décidé. + +Son nouveau logis fut du reste d’un bon choix, il se trouvoit sur le +quai de l’Horloge, entre le Palais et le Pont-Neuf, les deux centres du +mouvement et de la vie de Paris en ce temps-là. Dans cette même onzième +feuille, il donne cette nouvelle adresse de son bureau, aussi bien qu’on +pouvoit la donner alors, le numérotage des maisons n’existant pas: «Les +affiches, ajoute-t-il, marqueront la porte.» Trois semaines après, le +public ne l’avoit pas trouvée. Colletet nous l’apprend avec une certaine +mélancolie dans son numéro quatorze, celui du 27 octobre. Il y avoue +qu’on ne le connoît encore que bien peu, mais il ne perd pas courage. Il +espère que les affaires viendront, «Dieu aidant, écrit-il, quand les +affiches auront fait connoître plus amplement notre demeure, et que nos +cahiers auront appris à tout le monde ce qui résulte de notre innocent +commerce.» + +Le mot «innocent» n’est pas mis là pour rien par Colletet. Sa feuille +étoit menacée, comme l’avoit été la première, on intriguoit contre elle +auprès de La Reynie, qui, par un mémoire, en référoit à Colbert, dont le +fils, Seignelay, se chargeoit d’en résumer la teneur au roi. Le pauvre +Colletet avoit plus ou moins vent de tout cela, et il croyoit aller +au-devant du coup et le parer, en faisant valoir, comme on l’a vu, ce +que son humble feuille avoit d’inoffensif. Il en fut pour sa peine. + +Le 27 novembre, c’est-à-dire jour pour jour un mois après sa timide +protestation d’innocence, M. de La Reynie reçut ordre de supprimer ses +cahiers. Voici la lettre qu’à ce propos lui écrivit Seignelay: + +«J’ai rendu compte au Roy du mémoire que vous avez donné à mon père au +sujet du _Journal des affaires de Paris_, que le nommé Colletet s’est +ingéré de faire imprimer. Sa Majesté m’a ordonné de vous dire qu’elle +veut que vous en défendiez le débit et l’impression[55].» + + [55] _Correspondance administrative de Louis XIV_, t. II, p. 369. + +C’étoit formel. Colletet, à qui La Reynie ne fit pas attendre la +décision royale, dut se soumettre. Par suite, nouvelle interruption de +la publicité des adresses et des avis. Deux ans après, l’instant +paraissant favorable, car on parloit de la paix, qui en effet ne tarda +pas, elle reprend son cours. Il paroît en 1678 un petit livret in-12 +sous ce titre: _Le Bureau d’adresse établi pour les maîtres qui +cherchent des serviteurs et pour les serviteurs qui cherchent des +maîtres_. On ne pouvoit être plus modeste. L’échec de Colletet, puni +d’avoir voulu trop faire, servoit de leçon. L’idée revenoit timidement à +son berceau. Quand on lisoit le livret on ne la trouvoit plus, il est +vrai, aussi élémentaire; elle reprenoit toutes les proportions que lui +avoient rêvées Montaigne et Laffémas et qu’elle avoit prises avec +Renaudot et Colletet. + +Au lieu d’être seulement, comme l’indiquoit le titre, une sorte +d’extrait des registres d’une recommanderesse, la feuille du Bureau +redevenoit un véritable Journal d’avis. Eusèbe Renaudot, à qui Colletet +dépossédé n’a voit pu que rendre son privilége, y étoit-il pour quelque +chose? Rien de plus probable. La feuille, en effet, est privilégiée du +roi, et s’en fait gloire sur son enseigne, comme on le verra par cette +mention, qui se trouve à la fin: «Le bureau est establi au Marché neuf, +vers le milieu du costé de la rivière, vis à vis un tabletier: on verra +le tableau sur la porte avec les _armes du roy_.» + +Ce ne lui fut pas une recommandation de succès. Nous ne connoissons +qu’un numéro de cette feuille. + +Une autre ne tarda pas. Le courant étoit pris: coûte que coûte, malgré +obstacles et insuccès, il falloit que, jusqu’à ce qu’enfin elle se fût +fait complètement jour, cette idée de publicité ne cessât pas de +renaître, sous l’impulsion des exigences nécessaires, qui, de tous +côtés, la poussoient en avant. + +Ce nouveau _Journal du bureau de rencontre_--c’est ainsi qu’il +s’appeloit--parut en 1681. Les Renaudot n’y furent pour rien que par la +cession du privilége, comme avec Colletet. Eusèbe étoit mort en 1679, et +son fils, l’abbé, s’occupoit beaucoup moins de ces sortes d’affaires que +de philologie orientale. + +C’est à Devizé, qui depuis neuf ans faisoit vivre tant bien que mal le +_Mercure galant_, dont il étoit le fondateur, que le privilége avoit, +cette fois, été cédé ou plutôt, comme on disoit, «loué». Devizé voulut +en étendre plus que de raison les dispositions, et l’affaire périclita +encore. Une de ses prétentions étoit de ne pas faire seulement du Bureau +d’adresse ou de rencontre un bureau d’avis et de petites affiches, mais +une boutique, un «magazin». Après avoir annoncé des marchandises, il +vouloit les vendre. + +Les six corps marchands s’en émurent. + +Il y eut plainte de leur part au lieutenant de police La Reynie, qui +leur donna raison par une lettre du 25 novembre 1681 au commissaire +Delamarre, où se trouvoit, entre autres choses, une désapprobation +formelle de ces sortes d’entreprises, qu’il s’étonnoit de voir toujours +reparoître: «Tant de personnes de première qualité, disoit-il dans sa +lettre, ont fait effort pour parvenir à cet établissement sans y pouvoir +réussir, qu’il seroit inutile de le tenter de nouveau.» + +De simples avis donnés au Bureau d’adresses ou publiés par lui dans une +feuille sans conséquence, voilà tout ce qu’il permet[56]. + + [56] _Collection Delamarre_, aux mss. de la Biblioth. nat., 21, 741, + p. 165. + +Devizé, à qui son _Mercure_ donnoit une sorte d’autorité et de franc +parler, ne persista pas moins dans son idée de Bureau-Magasin, et, à cet +effet, coup sur coup, il écrivit deux lettres au lieutenant de police, +dont la réponse, de plus en plus catégorique et nette, ne se fit pas +attendre. Elle est du 29 novembre et est adressée, comme l’autre, à +Delamarre: Jamais il ne permettra l’établissement d’un pareil bureau, +«capable, dit-il, de renverser tout le commerce de Paris... Il y a là, +continue-t-il, un nombre infini d’inconvénients très-dangereux.» + +Pour finir, il donne à entendre que si Devizé ne se soumettoit pas, il +lui interdiroit même la feuille d’avis[57]. + + [57] _Id._, p. 166. + +Devizé ne répliqua plus et abandonna l’affaire, y compris cette feuille +d’avis, qui ne lui sembloit rien sans l’autre combinaison. Jusqu’en +1688, nous ne la voyons pas reparoître. + +Alors seulement, au mois d’août, un numéro se risque, daté du Bureau +d’adresse, d’où la _Gazette de France_ datoit toujours les siens, et qui +avoit encore pour principal intéressé l’abbé Renaudot, à cause du +privilége que le désistement de Devizé lui avoit remis en main. +Vouloit-il, par cette réapparition de sa feuille, qui avoit pris pour +nouveau titre: _Liste générale du Bureau d’adresse et d’avis par +privilége du Roi_, rappeler l’attention sur ce privilége et tâcher de +trouver ainsi quelqu’un à qui le céder encore? Je le crois, et ce qui me +donne raison c’est que, vers la fin de la même année 1688, ce quelqu’un +s’étant trouvé, l’abbé lui loua le privilége. + +Il s’appeloit Chomat. Marché fut conclu au mois de décembre, sous la +réserve que le lieutenant de police approuveroit. Il n’approuva pas. Le +commissaire Delamarre, à qui s’étoient adressés l’abbé Renaudot et +Chomat, soumit par lettre leur demande à La Reynie, qui la repoussa par +une simple note très-nette, mise en marge[58]. + + [58] _Id._, p. 169. + +La feuille d’avis dut ainsi, malgré le vif désir de l’abbé, revenir au +Bureau d’adresse, où là, du moins à cause de lui, La Reynie, qui n’étoit +hostile qu’aux nouveaux venus, vouloit bien la tolérer. Au mois de +février 1689 elle y reparut, et, pendant quatre mois consécutifs, dont +nous avons vu les numéros, elle ne cessa plus. En 1693, nous la trouvons +encore, mais avec un changement dans le mode de publicité et une +modification dans le titre. + +L’unique numéro de cette année-là, que nous ayons vu, porte celui-ci: +_Liste des avis du Journal général de France, ou Bureau de rencontre, +pour servir au public, depuis le mercredy 18 novembre jusqu’au mercredy +2 décembre 1693_. La feuille, au lieu de ne paroître que tous les mois, +paroissoit donc alors tous les quinze jours, ce qui étoit un progrès et +sembloit une preuve de prospérité. Comme elle n’a cependant laissé +qu’une trace--celle dont nous parlons--nous sommes tenté de croire +qu’elle n’a pas duré longtemps avec son nouveau titre. + +L’année d’auparavant, une autre du même genre avoit eu des velléités de +paroître, mais ne semble pas y être parvenue. Sous la forme «d’un cahier +volant», et avec le titre assez singulier, _Les Adresses casuelles de la +ville de Paris_, elle auroit, chaque mois, indiqué les ventes publiques, +l’adjudication des héritages licités et décrétés, etc., etc.; puis, +comme un véritable journal de courtage, «l’état des marchandises, dont +les courtiers commissaires se trouvoient chargez[59]», etc. + + [59] V. plus loin, p. 9-10. + +D’où seroit partie cette nouvelle feuille d’affiches? De chez un homme +qui n’en étoit pas à sa première entreprise, mais auquel on ne doit pas +de publication plus intéressante que celle-là même, commencée un an plus +tôt, en 1691, dont nous reproduisons ici la seconde et dernière année: +_Le livre commode, contenant les adresses de la ville de Paris_. + +Pour ce petit volume, si réellement nouveau alors, et que son journal, +_Les Adresses casuelles_, n’auroit fait que compléter, un livre anglois +du même genre, dont les éditions se succédoient à Londres depuis 1677, +lui avoit certainement servi de guide[60]; mais il s’étoit bien gardé +d’en parler. Le silence en pareil cas faisoit partie de ses procédés +d’accapareur, comme nous le verrons, et disons le mot,--qui, d’ailleurs, +est du temps[61]--de ses habitudes de «faiseur». + + [60] _Le Bibliophile français_, août 1872, p. 255. + + [61] _Le Livre à la mode_, par l’abbé Bordelon, p. 28. + +La première édition ou première année de son livre d’indications avoit +pour titre: «_Les Adresses de la ville de Paris, avec le trésor des +almanachs, livre commode, en tous lieux, en tous temps et en toutes +conditions_, par Abraham du Pradel, astrologue lionnois.» Ce nom étoit, +on le devine, aussi imaginaire que le titre, dont il le faisoit suivre, +et qu’il modifia l’année suivante. Au lieu d’Abraham du Pradel, +«astrologue lionnois», il se contenta de mettre «philosophe +mathématicien», ce qu’au reste il n’étoit pas plus qu’astrologue. + +Il étoit de son métier chirurgien apothicaire, et de son vrai nom, +Nicolas Blegny ou de Blegny, ainsi qu’il s’appeloit lui-même plus +volontiers, se donnant la particule avec une complaisance qui nous +paroît suspecte. + +Il n’étoit pas de Paris et nous ignorons le lieu aussi bien que la date +de sa naissance. Peut-être venoit-il de Lyon, ce qui expliqueroit +pourquoi, en prenant le pseudonyme de du Pradel, astrologue, il se donna +pour «Lionnois.» + +Le rédacteur de la _Biographie universelle_, qui s’est occupé de lui, +mais seulement comme empirique et sans connoître le curieux petit livre +qu’on lui doit, a dit qu’il mourut en 1722, ayant soixante-dix ans. Il +seroit né ainsi, par conséquent, en 1652. C’est, croyons-nous, une +erreur. D’après un document émané de Blegny lui-même et que nous aurons +à citer longuement tout-à-l’heure, nous savons, en effet, qu’en 1683 il +avoit déjà «dix-sept ans d’établissement», ce qui feroit remonter sa +naissance non à 1652, mais au moins dix ans plus tôt, et lui donneroit à +sa mort quatre-vingts ans au lieu de soixante-dix. Pour tout ce qu’il +entreprit, écrivit, projeta, car il fut surtout, comme dit Moreri, +«fertile en projets»; pour tout ce qu’il s’attira d’ennuis, de +persécutions et même d’emprisonnements, il ne falloit pas moins. + +Quand--vers 1666 probablement--il vint à Paris, son apprentissage étoit +fait, et, tout aussitôt, il se mit à pratiquer, comme s’il étoit maître. +Il ne tarda pas non plus à se faire auteur. Par le titre de ses +ouvrages, on jugera du peu de sérieux de sa science et du charlatanisme +de ses pratiques. + +C’est aux maladies, malheureusement les plus répandues alors et qui +étoient d’un produit excellent pour les empiriques, tant à cause des +remèdes à vendre que du scandale à exploiter contre tout malade qui ne +payoit pas leur silence, que Blegny s’attaqua d’abord. + +Un des premiers livres que nous connoissions de lui et qu’il publia en +1673, est: _L’art de guérir les maladies vénériennes, expliqué par les +principes de la nature et de la mécanique_, in-12. Pareil traité ne +pouvoit être que d’un charlatan. Le succès n’en fut que plus vif, et +cela partout: à Paris, où il eut deux éditions; à Lyon, où on le +réimprima; à La Haye, à Amsterdam, et aussi à Londres, où il fut traduit +en anglais. + +Son ouvrage, _L’art de guérir les hernies de toute espèce dans les deux +sexes, avec le remède du Roi_, qui parut en 1676, sembla plus sérieux; +mais Blegny revint au charlatanisme des attrape-niais, lorsque, trois +ans après, il publia un petit in-12 avec ce titre: _Histoire anatomique +d’un enfant qui a demeuré vingt-six ans dans le ventre de sa mère_. + +Vers le même temps, ne trouvant pas qu’être apothicaire, faire de la +chirurgie, tenir une _Académie de découvertes_--nous en parlerons +bientôt--écrire des livres, où il inventoit des remèdes ou des monstres, +etc., suffisoit à son activité d’empirique à projets, il se fit +journaliste médical. Sous le titre de _Nouvelles découvertes dans toutes +les parties de la médecine_, il se mit à publier, en 1679, une sorte de +gazette mensuelle, qui ne mentit pas à ce qu’elle promettoit. Toutes les +découvertes y furent réellement passées en revue, mais par la façon dont +elle en parla, chaque fois que les remèdes nouveaux n’étoient pas de +Blegny lui-même, on la considéra bientôt moins comme un journal utile +que comme un pamphlet intéressé. + +Le docteur Théophraste Bonnet aggravoit ces médisances par le +contre-coup qu’il en donnoit à Genève, dans sa gazette latine, _Zodiacus +medico Gallicus_, qui n’étoit guère que la traduction de celle de +Blegny. + +Il y eut de très-vives plaintes, et, en 1682, ordre lui vint, de par +arrêt du Conseil, de mettre fin à son Journal. Il fit la sourde oreille. +Soutenu par le frère du Roi, dont quelques petits services secrets lui +avoient sans doute gagné les bonnes grâces, qu’il avoit suivi en Flandre +pendant la campagne de 1676, et qui lui avoit permis de mettre sur +l’enseigne de sa boutique, voisine alors du Palais-Royal, devant +l’Opéra: «Chirurgien ordinaire du corps de Monsieur»; assez avant aussi +dans les faveurs du lieutenant de police La Reynie; enfin, ce qui est +plus singulier, hautement protégé par Daquin, premier médecin du Roi, il +continua, malgré l’arrêt, de publier ses _Nouvelles découvertes_, et +Bonnet continua aussi à les traduire en latin. Blegny se contenta de n’y +plus mettre son nom. + +Il en fut ainsi pendant toute l’année 1683. L’ordre alors étant sans +doute devenu plus formel, il cessa, mais pour reprendre ailleurs ce +qu’on l’obligeoit d’interrompre à Paris. Le Journal des _Nouvelles +découvertes_ étoit à peine mort en France, qu’il ressuscitoit en +Hollande, sous le titre: _le Mercure savant_. + +Un médecin de Niort, nommé Gautier, établi alors à Amsterdam, y aida +Blegny. Celui-ci envoyoit de Paris la matière du Journal et Gautier +veilloit à l’impression. On y trouvoit mille choses: des pièces de vers, +mêlées à de petits traités de médecine, des chansons avec leur musique, +des nouvelles relatives aux affaires d’État, et, sur le tout, beaucoup +de méchancetés. Elles n’en firent pas le succès. + +Le _Mercure savant_ ne dura que deux mois; il s’arrêta après son second +volume, celui de février 1684. + +Il n’eut qu’un seul bon résultat, mais très-indirect, et sans que Blegny +son rédacteur s’y trouvât pour rien. Il fut cause que quelqu’un donna à +Bayle l’idée de la célèbre publication périodique, où, comme on l’a dit, +il fonda la critique littéraire. Lui-même avoua ce qu’en cela il devoit +au Journal de Blegny, que, d’ailleurs, il trouvoit détestable: + +«Je vous dirai, écrit-il le 8 août 1684 à M. Lenfant, à Rotterdam, que +le dessein du Journal que l’on m’inspira et que je goûtai quand j’eus vu +les deux tomes du _Mercure savant_, qui avoient paru en janvier et en +février, et qui avoient fort déplu, quant à l’exécution, quoique le +projet en eût été agréable, s’exécute depuis le mois de mars. Il +s’intitule, non pas Journal, mais _Nouvelles de la République des +lettres_.» + +D’autres affaires que celles de sa Gazette avoient vivement occupé, et +même, à un certain moment, gravement inquiété Blegny, pendant le temps +qu’il la faisoit paroître. + +Il tenoit chez lui, on l’a vu plus haut, une _Académie de nouvelles +découvertes_, dont cette Gazette n’étoit pour ainsi dire que le +compte-rendu mensuel; de plus, il avoit ouvert un _cours de Chirurgie_, +où il donnoit des leçons particulières aux garçons chirurgiens, et un +_cours de Pharmacie_, qui étoit une école du même genre pour les garçons +apothicaires. Son ardeur de professer et de doctoriser étoit telle que, +suivant Moréri, «il s’avisa même de faire un _cours de perruques_ pour +les garçons perruquiers.» + +On s’en amusoit dans le public, mais on n’en rioit pas dans le monde des +médecins et des chirurgiens, dont cette rage d’accaparements narguoit et +froissoit les priviléges. Pouvoit-on souffrir qu’un intrus, sorti l’on +ne sait d’où, qui n’étoit ni de l’Académie de médecine, ni de celle de +chirurgie, autrement dite Académie de Saint-Côme, se permît de +pratiquer, comme s’il appartenoit à l’une et à l’autre, de professer sur +toutes les matières de leur compétence, et, qui plus est, d’en écrire? + +Chacun de ses ouvrages y avoit soulevé de véritables tempêtes, ceux +notamment où, avec aussi peu de mesure que de modestie, il s’adjugeoit +une sorte de science universelle, et se posoit presque en dieu de la +médecine. N’avoit-il pas osé publier, dès 1673, trois volumes sous ce +titre: _Nouvelles découvertes sur toutes les parties de la médecine_, +et, en 1679, deux volumes encore, qu’il avoit intitulés le _Temple +d’Esculape_, comme si lui seul en avoit la clé? + +Toutefois, le sachant très-puissamment soutenu, on le laissoit faire. +C’est à peine s’il y eut contre ses livres quelque protestation écrite, +telle que la brochure du chirurgien Devaux, _Découverte sans +découverte_, faite à propos de l’impudente publication de Blegny, +_Découverte du véritable remède anglois contre les fièvres_[62]. + + [62] V. les _Mémoires littéraires_ du P. Des Molets, t. VIII, 1re + partie, _Éloge de Devaux_. + +On attendoit pour l’attaquer et tâcher de détacher de lui les +protections dont il faisoit sa force, qu’il donnât prise à quelque +action sérieuse. C’est ce qui arriva vers la fin de 1681, dans une +circonstance que ses ennemis de la Faculté surent envenimer, et qui leur +permit non-seulement de faire passer M. de La Reynie de leur côté, mais +encore d’ébranler la confiance que Monsieur avoit en Blegny. + +Un _factum_ que celui-ci dut rédiger pour se défendre, et dans lequel +les besoins de sa justification l’entraînèrent à donner de nombreux +détails sur lui-même, va nous mettre au fait de cette affaire et +incidemment nous compléter plusieurs points de sa biographie. + +A cette époque les dissections n’étoient permises qu’à ceux qui +relevoient des Académies de chirurgie ou de médecine, ou qui en avoient +obtenu, de la Faculté, l’autorisation. Faire enlever un cadavre sans +qu’elle eût été prévenue et le disséquer en dehors de l’amphithéâtre des +Écoles, étoient choses des plus graves, et qui pouvoient vous attirer +une peine fort rigoureuse. + +Or, il arriva qu’en décembre 1681 les doyens et docteurs furent avisés +qu’un jeune chirurgien nommé Desnoues, qui, en qualité de membre de +l’_Académie des nouvelles découvertes_, fondée par Blegny, «donnoit des +leçons secrettes à plusieurs étudiants», dans une chambre dépendant de +cette Académie, s’étoit fait apporter par le garçon de salle, Baptiste, +de chez le fossoyeur Pajot, le corps d’une petite fille de cinq ans, et +en avoit commencé la dissection. + +Les doyens firent saisir le corps par l’huissier Masson, chez Desnoues, +et, sur leurs instances, le lieutenant de police ouvrit une action dans +laquelle ils insinuèrent tout d’abord que Blegny, qu’ils visoient +surtout, devoit être compris, comme maître de l’Académie où la +dissection s’étoit faite. + +On commença toutefois par n’arrêter que Desnoues. Quand il fut à la +Conciergerie, il parla. C’est ce qu’on désiroit. Il chargea Blegny; or, +comme, en attendant, une démarche avoit été faite avec plein succès, le +21 janvier 1682, par Me Nicolas Liénard, doyen de la Faculté de +médecine, à la tête de sa compagnie, auprès de Monsieur, «en son +Palais», pour lui remontrer respectueusement, ainsi que d’ailleurs l’en +avoit déjà prévenu M. de La Reynie, qu’une protection telle que la +sienne n’étoit pas due à un pareil homme «qui, disoit le doyen, profane +en tout lieu vostre grand nom[63]»; Blegny se trouvoit alors sans +défenseur. + + [63] _Discours à S. A. R. en son palais à Paris_, par Me Nicolas + Liénard, etc., in-4º. + +Lors donc que, quelques jours après, sur la dénonciation de Desnoues, +arrêt de prise de corps eut été lancé contre lui, personne n’intervint +pour empêcher la justice d’avoir son cours. + +Doyens et docteurs triomphoient. Ce qu’ils désiroient depuis si +longtemps étoit obtenu: «Si», avoient-ils dit, d’après le témoignage +même de celui qu’ils accusoient et qui les connaissoit bien[64], «si +nous pouvons tenir Blegny, il ne nous échappera pas; nous avons en main +de quoi le faire pendre. Il sera bien heureux s’il en est quitte pour +les galères. Il y a trois cents témoins qui déposeront contre lui. M. de +La Reynie en a informé S. A. R. à notre considération, et ce magistrat a +promis à notre doyen de nous délivrer bientôt du chagrin que nous avons +de voir un chirurgien écrire sur toutes les matières de la médecine et +présider dans une Académie à des docteurs de diverses facultés[65].» + + [64] _Factum pour Me Nicolas de Blegny_, etc., in-4º, p. 4. + + [65] _Id._, p. 9. + +Cela dit, pour prouver la partialité de ceux qui le dénoncent, il prend +corps à corps l’accusation et la rejette sur Desnoues qui l’en a chargé. +C’est lui seul qui s’est permis les dissections défendues, et cela +non-seulement cinq ou six fois, comme on le pense, mais quarante au +moins. Il alloit disséquant n’importe où, dans tous les quartiers. +Quelqu’un qui le savoit lui joua le tour de le surprendre un soir, rue +de l’Université, à l’hôtel Tambonneau, et de lui faire la plus forte +peur, en se disant commissaire. Desnoues, qui le crut, décampa par la +fenêtre de la mansarde où il disséquoit, emportant le corps à moitié +dépecé. Il le laissa dans la gouttière, où un couvreur le retrouva le +lendemain. + +S’est-il, lui Blegny, livré à ces opérations clandestines, a-t-il jamais +couru les risques de pareilles surprises? Ses dénonciateurs n’osent même +le supposer, et cependant ils font tout pour l’écraser par leurs +allégations: + +«Il n’est pas», s’écrie-t-il avec une certaine éloquence[66], «il n’est +pas d’injures dont ils n’aient tâché de le noircir en toute occasion, +point d’artifices dont ils ne se soient servis pour lui faire perdre la +protection qu’il avoit naguère du sieur lieutenant de police et qu’il a +encore du sieur premier médecin du Roy; point de prétextes qu’ils +n’aient inventés pour luy dénier la justice qu’ils luy doivent; point de +moyens secrets qu’ils n’aient mis en usage pour le diffamer, pour +diminuer son employ, pour luy attirer l’indignation de S. A. Monsieur; +point d’entreprises qu’ils n’aient faites pour troubler ses exercices et +pour empêcher la publication de ses ouvrages; point d’occasions qu’ils +n’aient recherchées avec empressement pour luy susciter des procez; +enfin, point d’intrigues qu’ils n’aient pratiquées pour porter ses +confrères et ses meilleurs amis à se déclarer contre luy.» + + [66] _Id._, p. 10. + +Ce qui lui tient le plus au cœur, c’est qu’ils ont vilipendé ses +ouvrages. Il n’en est pas un auquel ils aient fait grâce. N’ont-ils pas +prétendu aussi que les chirurgiens, de même que les médecins, avoient eu +tous à se plaindre de lui, chose absolument fausse, ainsi que le prouve +l’approbation accordée par beaucoup d’entre eux aux instruments par lui +inventés. + +On l’accuse, continue-t-il, «d’être sans doctrine, et d’avoir des +auteurs à gages»; or, il a passé dix-sept ans d’établissement sans +tomber dans la moindre impéritie, et il s’est rendu la voix publique +favorable par l’exactitude de sa conduite et par l’heureux succès des +cures qu’il a entreprises. + +S’il n’a pas été examiné à Saint-Côme, c’est qu’il n’a pas fait son +apprentissage à Paris[67]. Il est donc faux que la maîtrise lui ait été +déniée «à cause de ses mauvaises mœurs et de son incapacité». + + [67] _Id._, p. 12. + +Ils ont été encore plus loin que cette accusation de mœurs scandaleuses. +Ils ont fait courir le bruit qu’une de ces terribles affaires +criminelles, comme il y en eut tant à l’époque de la Brinvilliers et de +la Voisin, l’avoit eu pour complice, et qu’il avoit même fallu à cette +occasion s’assurer de lui. «Pendant, dit-il, qu’il estoit en Flandres +près de S. A. R. Monsieur, ils publièrent partout qu’il estoit à la +Bastille, pour le poison.» + +Son seul crime--et c’en est un des plus impardonnables à leurs yeux--est +d’avoir écrit quelque part «qu’il y a des docteurs sans doctrine et des +doctes sans doctorat». Ils se sont reconnus, et leur première vengeance +a été de crier que lui aussi étoit un faux docteur. Il est vrai qu’il +n’a point passé par les colléges et qu’il n’a pris de degrés dans aucune +faculté. Il n’en est pas moins prêt à soutenir dans une dispute réglée +les questions les plus difficiles, «soit de médecine, soit de physique», +contre les plus savants. + +Son livre sur la guérison des fièvres a été le plus attaqué; il le +défend à outrance. Il se montre aussi très-ardent à prouver l’excellence +d’un cordial--on le trouvera décrit plus loin--«auquel il a donné la +forme d’opiatte (_sic_)», et qui ne seroit, à les entendre, autre chose +que «l’orviétan», dont il auroit acheté le secret à Hiéronimo Cei. Il ne +récuse pas celui-ci, son ami et son compère, mais il nie le reste. + +Pour conclure, il espère que ses juges le feront sortir de cette +affaire, non-seulement libre et justifié, mais indemnisé: + +«Il oze préjuger que la Cour, en prononçant son absolution et déclarant +l’escrou fait de sa personne injurieux, tortionnaire et desraisonnable, +condamnera ceux qui l’accusent à luy faire réparation d’honneur, en +10,000 livres de dommages et intérêts, à quoi il se restreint, et en +tous les despens du procez.» + +Une note manuscrite, mise au bas de l’exemplaire du _factum_ qui nous a +servi pour tous ces détails, dit que l’arrêt fut rendu sur le rapport de +M. Amproux, le 12 juillet 1683, mais n’ajoute pas s’il fut ou non +favorable. Nous croyons qu’il dut l’être, car nous trouvons quelques +mois après Blegny reprenant ses publications avec plus d’impudence et +d’emphase que jamais. En 1684, par exemple, peu de mois après sa mise en +liberté, il fait paraître un volume in-12 avec ce titre singulier: _La +doctrine des rapports, fondée sur les maximes d’usage et sur la +disposition des nouvelles ordonnances_. + +Ses emplois semblent lui être restés, du moins en partie. Peut-être +n’a-t-il plus sa charge chez Monsieur, ni celle de «premier chirurgien», +qu’il s’étoit fait donner chez la Reine en 1678, mais il est toujours +médecin du Roi, «préposé, comme il ne manque pas de le répéter partout, +à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de médecine.» + +Son peu de fidélité dans l’exercice de cette fonction délicate lui +attira une nouvelle disgrâce. Il avoit fondé, aux environs du faubourg +Saint-Antoine, à Pincourt--nous dirions aujourd’hui Popincourt--une +sorte de maison de santé avec jardin de plantes médicinales, dont il +sera parlé plus bas, et près de laquelle logeoit «un certain prieur», +comme il l’appelle[68], qui se mêloit aussi de remèdes. + + [68] V. plus loin, p. 157, note. + +Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez efficaces, dont il avoit +livré le secret au roi, à condition que le public en profiteroit pour +rien. + +Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la vérification de ces sortes +de découvertes pour accaparer au passage les remèdes du Prieur et les +ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences de son bureau ou +Académie, qu’il avoit transféré de la place du Palais-Royal à la rue +Guénegaud; et, qui pis est, il les vendit avec ses propres drogues. + +De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles il opposa son +impudence ordinaire, ce qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être +suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps. Voici ce que nous lisons à +ce sujet dans un curieux recueil manuscrit: _Lettres historiques et +anecdotiques_[69], sous la date du 15 janvier 1686: + + [69] Bibl. nat., _Mss._ Suppl. franç. nº 10,265. + +«Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille, pour s’estre voulu mesler +d’enseigner la manière d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit +donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement. Il avoit dit des +impertinences.» + +Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny comme nous le +connoissons, pour ne nous laisser aucun doute sur l’authenticité de la +nouvelle. + +Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier, parlant de lui, +l’appelle «le bastillé et le bastillable[70]», ne dut pas être de bien +longue durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus mesuré et plus +modeste. L’année d’après il ne publia qu’un livre des plus anodins: _Le +bon usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation et la +guérison des maladies_, in-12; et, en 1688, deux autres petits volumes +sans beaucoup plus de conséquence: _Secrets concernant la beauté et la +santé_, qui ont fait dire avec raison par un de ses biographes: «Le +titre seul de cet ouvrage annonce le charlatanisme: les vrais médecins +ne connaissent pas de secrets[71].» + + [70] _Anti-Menagiana_, préface, p. 16. + + [71] _Biog. universelle_, art. Blegny. + +De 1688 à la fin de 1690, il ne publia rien. Il étoit occupé de son +livre: _Les Adresses de la ville de Paris_, dont, ainsi que nous l’avons +dit, il avoit sans doute emprunté l’idée à celui des adresses de Londres +publié en 1677. Il lui falloit un privilége, mais, comme dans cet +ouvrage, il vouloit plus ou moins exploiter ceux qu’il y recommanderoit, +et, sous prétexte de parler de tout le monde, parler sans cesse de +lui-même, en se ramenant à chaque coin de page, à tort et à travers et +pour n’importe quelle raison, il se garda bien de demander ce privilége +en son propre nom. Sa voisine, la veuve Nyon, libraire sur le quai +Conti, se le fit accorder à sa place dès le 14 juillet 1690 et se +chargea de faire imprimer le manuscrit chez l’imprimeur Rondot. Un +pseudonyme sur le titre, celui d’Abraham Du Pradel, fut, pour lui-même, +afin de ne pas se trahir, tout ce que se permit Blegny. + +Le petit volume, qui se compliquoit d’un almanach, devoit de toute +nécessité être prêt le premier janvier 1691; il le fut. Réussit-il? Nous +le pensons. Il avoit d’avance une clientèle de lecteurs toute faite: +chez les étrangers de passage à Paris, chez les gens de province et même +chez les Parisiens qui, à cette époque comme à la nôtre encore, +n’ignoroient rien tant que ce qui se trouve à Paris de bon à acheter et +de curieux à voir. + +Ce succès, quoiqu’il eût rencontré de l’opposition, car beaucoup, même +dans le monde des marchands, s’étoient trouvés froissés de ce qu’on les +eût nommés sans leur permission, encouragea Blegny. Pour l’année +suivante, tout en tenant compte de ces plaintes, qui paraîtront bien +singulières à présent que la réclame est partout courue et nulle part +évitée, il voulut faire mieux, être plus varié, plus complet. Ce fut sa +perte. + +Il s’en étoit tenu, la première année, presque exclusivement aux +adresses marchandes ou industrielles. Pour la seconde, que nous +reproduisons ici, avec le titre nouveau qu’il lui donna, il prétendit y +joindre les adresses de Messieurs des Fermes, du Conseil d’État, etc., +etc., celles aussi des Curieux célèbres et des Dames curieuses, et bien +d’autres encore. + +Les plaintes grossirent en conséquence. De quoi se mêloit-il? De quel +droit ces indiscrétions qui ne pouvoient qu’attirer des nuées +d’importuns chez les personnes dont il indiquoit ainsi la qualité et +l’adresse? N’empiétoit-il pas d’ailleurs, en bien des points, sur ce +que, par privilége, l’_État de France_ pouvoit seul publier. + +Il y avoit dans tout cela beaucoup plus qu’il n’en falloit pour faire +supprimer _Le Livre commode_. Camusat dit que Blegny reçut ordre de ne +pas le continuer parce qu’il fut trouvé détestable[72]. Nous croyons +bien plutôt que ce fut pour les raisons dont nous venons de parler, +qu’il dut ne plus paroître, et que même--ce qu’ignoroit Camusat--il fut +saisi. Nous avons trouvé les procès-verbaux qui le prouvent[73]. + + [72] _Histoire critique des journaux_, t. I, p. 230-231. + + [73] _Collection Delamarre_, aux mss. de la Biblioth. nat., nº 21,739, + p. 110. + +Le 29 février 1692, c’est-à-dire deux mois après la publication de la +seconde année, la veuve Nyon fut requise par Denis Aumont, sergent à +verge, d’avoir à lui présenter le privilége en vertu duquel elle avoit +fait imprimer le _Livre commode contenant les adresses de la ville de +Paris_ et à lui déclarer le nombre d’exemplaires qui lui en restoit. +Elle répondit que le privilége étoit demeuré entre les mains du sieur +Rondot, par qui elle en avoit fait faire l’impression, et elle offrit de +le retirer et de le rapporter. Quant aux exemplaires, dont la plus +grande partie n’avoit pas encore été vendue, elle offrit aussi de les +rapporter «en blanc», c’est-à-dire non reliés, au nombre de deux mille +cinq cents. + +Aumont se les fit présenter et les saisit. Même visite fut faite chez +Rondot l’imprimeur. + +A la première réquisition du sergent à verge il présenta le privilége, +qui fut saisi comme l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent +les procès-verbaux, que par simple provision, et jusqu’à nouvel ordre; +mais l’ordre contraire ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient +saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût détruits. C’est ce qui +explique pourquoi cette seconde année du _Livre commode_ est beaucoup +plus rare encore que la première. + +Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès lors il cesse de publier. Un +livre, bien inattendu de sa part et qui prouveroit qu’il a même renoncé +à la médecine, est le seul qui paroisse sous son nom. Il est de 1694 et +il a pour titre: _Projet de l’histoire générale des religions militaires +et des ordres politiques et séculiers de chevaliers_[74]. Pourquoi +l’avoit-il fait? Quel but y visoit-il? Peut-être étoit-ce un moyen +d’exploiter les gens si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler par +la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient ainsi qu’à devenir, +suivant le mot du temps, des «chevaliers de l’industrie». Blegny étoit +homme à en créer beaucoup de cet ordre. + + [74] Il n’est pas indiqué dans la _Biblioth. Script. Medic._ de + Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des livres de + médecine de Blegny. + +Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent alors sur son compte. On +parla même d’escroquerie[75]; il perdit les dernières charges qui lui +restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait sous les pieds, il +quitta Paris pour Angers. On l’y arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce +devoit être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier dans le +château. Lorsqu’il eut fait son temps, il chercha un pays plus +hospitalier. Il se retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut en +1722 à quatre-vingts ans. + + [75] _Biog. univ._, art. Blegny. + +Voilà l’homme, vous allez juger à présent de son essai d’_Almanach des +adresses_. L’auteur est un assez vilain personnage, mais le livre est +curieux. + + + + + LE + LIVRE COMMODE + CONTENANT + LES ADRESSES + DE LA + VILLE DE PARIS + ET + LE TRÉSOR DES ALMANACHS + POUR L’ANNÉE BISSEXTILE 1692 + + avec + les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre et la discipline + des exercices publics, le prix des Matéraux et les ouvrages + d’Architecture, le Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des + Courriers et des Voitures de Routes, et généralement toutes les + commoditez sujettes aux mutations. + + Par Abraham Du Pradel, Philosophe + et Mathématicien. + + + A PARIS, + chez la Veuve de Denis-Nion, Marchand-libraire sur le quay de Nesle, + devant l’Abrevoir de Guénégaud, à l’image Sainte Monique. + + M. DC. XCII. + Avec privilége du Roy. + + + + +AVERTISSEMENT. + + +L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant que son ouvrage seroit jugé +généralement utile; l’approbation du public et le débit qui s’en est +fait en sont de fortes preuves; il s’en trouve très honoré, et il se +propose d’en être autant reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient +de redoubler ses soins et ses recherches pour le rendre plus exact et +plus complet: il en fera de même dans les années suivantes; il examinera +par luy-même les mémoires qui luy seront donnés, et il préviendra par +cette précaution, le reproche qu’il s’est attiré l’année précédente, +pour s’en être tenu aux protestations de quelques personnes qui lui +avoient donné de fausses adresses, et qui avoient attribué à certains +artisans une réputation qu’ils n’avoient pas encore acquise. + +Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende demeurer garand du mérite +des personnes qu’il doit indiquer. C’est le public qui donne la +réputation. Il est luy-même responsable de ses propres injustices. Un +particulier n’est pas en droit de s’opposer au torrent de la voix +publique quand même il seroit assez téméraire pour le faire, il ne +seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des adresses de personnes +renommées. Il suffit qu’un nom ait été célébré pour avoir place dans cet +Opuscule: et il n’est pas permis à l’Auteur d’y ajouter celui dont on +n’a pas encore parlé, quand même il appartiendroit au plus digne homme +d’une profession. + +La seule omission qu’on pourroit reprocher à l’Auteur, est celle de +n’avoir rien dit d’un grand nombre de personnes qui ont acquis dans le +Commerce et dans les Arts une distinction particulière; mais il ne +tiendra qu’à ces personnes mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende +là-dessus bonne justice l’année prochaine, et elles peuvent même +s’assurer qu’elles auroient été prévenues dès la première édition de cet +Ouvrage, si l’Auteur eut été assez intrigué[76] dans le monde, pour +savoir tout ce qui mérite d’être connu. + + [76] Nous dirions aujourd’hui «lancé». Boileau, dans l’_Art poétique_, + chant III, a donné à ce mot le même sens: + + L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage, + Se pousse auprès des grands, _s’intrigue_, se ménage. + +Un Médecin et quelques autres personnes indiquées dans l’édition +précédente, avoient trouvé mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens +autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles connaîtront par celle-ci, +qu’on a eu soin de flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient +raisonnablement désirer. + +Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre l’ordre de dignité en +parlant des Compagnies, des personnes et des professions; mais outre +qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini sur les rangs et sur +les préséances, il auroit été presque impossible à l’Auteur de s’en +assurer, quand même il y auroit quelque certitude; c’est pourquoi il a +dû avertir qu’il a traité sans aucune distinction de droits ni de +mérite, toutes les différentes choses qui sont le sujet de cet Ouvrage, +ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront pas dans l’ordre qui +leur conviendroit en autre chose. + +Comme on s’est proposé en ceci de donner annuellement au public toutes +les instructions qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à +mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les vacations des +Tribunaux et le prix des matereaux et des ouvrages concernant les +batimens: car si d’un côté ces choses ne sont pas du genre de celles +qu’on doit indiquer par des adresses, elles sont du moins de celles qui +peuvent être changées en quelques circonstances. + +Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû comprendre dans cet ouvrage, +tout ce qui est contenu dans les listes des Tribunaux et dans les +catalogues des Compagnies et des Communautés, devroient se ressouvenir +de la protestation qu’il a faite de servir tout le monde sans nuire à +personne, et réfléchir sur le tort qu’il feroit à ceux qui ont accoutumé +de vendre ces listes et ces catalogues; outre que le seul recueil qu’on +en feroit composeroit un trop gros volume pour un simple manuel +journalier, et qu’ainsi il étoit plus expédient et plus raisonnable +d’indiquer seulement, comme il a fait, les sièges où l’on peut recouvrer +les listes et les Bureaux où l’on peut trouver les catalogues. + +Sur ces deux considérations que l’Auteur ne veut nuire à personne, et +qu’il ne s’est proposé de traiter que les choses sujettes à mutations, +on peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage, ni la situation des +Eglises, ni la description des Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des +autres Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le sujet de M. le +Maire à qui nous devons un Livre en trois volumes, qui a pour titre +Paris ancien et nouveau[77], et celui de M. l’abbé Brice, qui nous a +donné une description de la Ville de Paris[78], et que d’ailleurs ces +choses ne regardent qu’indirectement les commoditez qui doivent +satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé de pourvoir. + + [77] Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet: _Paris + ancien et nouveau, avec une description de tout ce qu’il y a de plus + remarquable dans toutes les églises, communautés, palais, maisons, + rues, places, etc._ D’après le P. Lelong et les éditeurs de la + neuvième édition du livre de G. Brice, dont nous parlerons dans la + note suivante, cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en + style moins ancien, des _Antiquités de Paris_ du P. Du Breul. + + [78] Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an avant le livre + de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre de: _Description + nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable dans la ville de + Paris_, par M. B... L’auteur, Germain Brice, qui se déroboit sous + cette initiale, portoit, sans être prêtre, l’habit ecclésiastique, + c’est pourquoi il est ici appelé abbé. Il se mettoit au service des + étrangers de qualité pour leur apprendre le françois et leur faire + voir Paris, ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui + valoit «de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles». Son + livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit monté + de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727, à + soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit ne fut + achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault qu’en 1751 et fut + publiée l’année suivante. C’est un ouvrage très-utile et qu’il est + bon surtout de suivre dans toutes ses transformations de 1684 à + 1752.--Nous ajouterons que Brice n’étoit pas seul à faire le métier + de cicerone parisien, almanach des adresses allant et venant au + service de chacun. Le _Novitius_, dictionnaire latin-françois de + 1721, nomme, au mot _Nomenclator_, un certain Herpin, qui gagnoit sa + vie de la même manière: «C’est un homme qui enseigne à Paris les + noms et les demeures des gens de qualité». + +Au surplus, comme ce Livre sera chaque année publié dès les premiers +jours du mois de Novembre, et qu’on en commencera par conséquent +l’impression dès le commencement d’Aoust, il serait inutile d’envoyer +des mémoires ni pour les nouvelles adresses, ni pour les mutations passé +la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un temps considérable pour diriger +sa matière. + + + + +AVIS + +SUR LES ADRESSES CASUELLES. + + +Dans le courant de l’année précédente, bien des gens ont donné des +mémoires que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira que dans un cahier +volant, par cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez qui +n’ont rien de permanent, c’est à dire qui sont aujourd’hui existantes, +et qui ne le seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne +conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir une année entière, et +dans lequel même il ne se doit presque faire aucun changement que par +rapport aux simples mutations. + +Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois, et aura pour titre _les +Adresses casuelles de la Ville de Paris_[79]; on y trouvera, par +exemple, le dessein des Auteurs qui auroient besoin de mémoires, +l’arrivée et le départ des Marchands forains, l’ouverture des ventes de +meubles publiques et judiciaires qui mériteront d’être sçues, +l’adjudication d’héritages licitez et décretez, les Bureaux pour la +levée des charges de nouvelles créations, les Fermes à bailler +et les biens à vendre, l’état des Marchandises dont les +Courtiers-Commissionnaires se trouveroient chargez; la qualité des +Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers voudront se défaire +par vente ou par échange, les bois qui seront à couper, les Emplois qui +seront vacans, les ouvrages et fournitures qui seront à faire au rabais, +les fonds qui seront à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire, +et généralement les adresses de toutes commoditez dont la fin paroitra +prochaine. + + [79] C’étoit un essai de _petites affiches_ mensuelles dont nous + n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il pas suite. + Renaudot en avoit tenté du même genre, mais trimestrielles, sous + Louis XIII. On en trouve le _plan_ dans sa rarissime brochure: + _Inventaire des adresses du bureau de rencontre_, 1630, gr. in-4º. + Le roi lui avoit, à cet effet, accordé un privilége le 8 juin 1629. + On ignoroit si l’exécution avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes + assez heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un numéro + de ces premières _petites affiches_, portant la date du 1er + septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15e _feuille_ de cette + publication. Or, comme elle avoit dû commencer à la fin de 1629, il + y avoit juste quinze trimestres qu’elle existoit en septembre 1633. + Nous avons publié, avec des notes, dans le tome IX de nos + _Variétés_, p. 51 et suiv., cette 15e feuille, la seule que l’on + connoisse encore. + + + + +SUCCEZ DES REMEDES + +INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE. + + +L’Auteur étant persuadé qu’entre tous les besoins ausquels il s’est +proposé de pourvoir, il n’y en a point de plus pressans que ceux qui +concernent le rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit +ici, avec plaisir, une relation qu’il tient de son libraire par qui elle +est certifiée véritable, puis qu’elle contient un grand nombre de cures +merveilleuses opérées dans le courant de l’année précédente, par l’usage +des remèdes spécifiques qui avoient été par lui annoncez. + +Plus de trente personnes de l’un et de l’autre sexe accablées par des +Rhumatismes habituels et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes +des pieds et des mains, et par des douleurs causées par les panacés et +autres poudres mercurielles, ont été parfaitement guéries en peu de +jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la liqueur anodine +marquée à la page 51. + +Autant en est-il arrivé à un paralitique qui avoit d’ailleurs au bras +droit des nodus d’une prodigieuse grosseur, les membres paralitiques +ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez entièrement dissipées +dans l’espace de cinq semaines. + +Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune homme à peu près dans le même +espace de temps, la guérison de la Goutte des pieds et la dissipation de +plusieurs Loupes et Tumeurs froides qu’il avoit aux deux genoux. + +Un homme d’une particulière considération, en qui il s’étoit fait un +effroyable dépôt d’humeurs sur les jambes, après avoir fini par le +quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté, a été parfaitement guéri +en six semaines par la liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement +replet, non seulement de cette fluxion, mais encore de plusieurs grands +ulcères qu’elle causa subitement avec mortification de la peau et des +chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et d’un vomissement continuel +que le quinquina avoit causé. + +L’un des domestiques de ce malade fût guéri dans le même temps d’une +Hidropisie formée en deux prises d’un Sirop spécifique. + +Plus de cinquante personnes ont été gueries de Décentes de Boyaux, les +unes en un mois ou cinq semaines en faisant retraite à la pension de +Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant à leurs affaires; +par les Bandages[80] et par les emplatres de la Manufacture royale. + + [80] C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous l’avons + prouvé dans _le Vieux-neuf_, 2e édition, t. I, p. 133-134, note. En + 1647, un charlatan avoit inventé un bandage dont il promettoit + merveille. Les _Annales du Bibliophile_, t. I, p. 38, ont publié + l’affiche qui en énuméroit les miracles. + +Vingt deux malades accablez d’une longue suite de cours de ventre, de +flux de sang et de dissenteries, ont été guéris sans retour et sans +ressentir la moindre incommodité, avec une ou au plus deux prises d’un +vin composé qui nourrit comme le vin ordinaire. + +On a pareillement guéri un grand nombre de fébricitans par l’usage de la +Liqueur fébrifuge. + +On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique, en deux femmes +différentes, un ulcère formé dans la matrice; et par cette même liqueur +aidée par les grains balsamiques, un grand nombre de personnes de +Gonorrhées habituelles et de Pertes blanches. + +Onze personnes ont été parfaitement guéries de la grosse maladie, sans +régime et sans retraite par le seul usage du mercure d’or[81]. + + [81] Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny entend par «la + grosse maladie». En la guérissant par le mercure, il étoit arriéré. + Locke, lorsqu’il vint à paris, vit, affichée sur les murs, l’annonce + d’un «remède sans mercure», pour lequel le roi avoit accordé un + brevet, dont le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du + 7 septembre 1667. Voy. dans la _Vie de Locke_ par lord King, un + extrait de ses _Voyages_ à la date du 13 février 1679. + +Rien n’est plus commun que de voir des gens guéris sur le champ et pour +jamais de la douleur de la carie des Dents, par l’application de +l’Essence végétale. + +Une religieuse qui ne vivoit depuis quatorze mois que de trois +cuillerées de bouillon par jour, chacune desquelles luy coutoit un +martire par les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle luy causoit +pendant près d’une heure, et les douleurs d’estomach qu’elle ressentoit +ensuite, fut soulagée très considérablement dès la première prise de +l’opiate digestive, et se trouva après la deuxième en état de faire deux +grands repas par jour sans aucune incommodité. + +Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris par l’usage de la Conserve +pulmonaire. + +Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux de larmes involontaires, a +été guérie en peu de jours sans opération par une simple pomade. + +Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur qui ces Cures ont été +faites, il ne pourroit les nommer sans imprudence, mais les incrédules +pourront s’assurer de la verité, par le témoignage de diverses autres +personnes qui ont eu occasion de voir opérer le Medecin par qui elles +ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite cet Ouvrage, offre +de donner les noms et les adresses selon l’exigence des cas. + + + + + LE + LIVRE COMMODE + CONTENANT + les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs + POUR L’ANNÉE 1692. + + + + +AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES. + + +Monseigneur l’Archevêque de Paris donne Audience aux particuliers dans +les appartemens de l’Archeveché, près Notre-Dame, le matin à onze heures +quand il est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse à Monsieur de +Morange pour impetrer les dispenses et autres grâces Ecclésiastiques qui +emanent de mondit Seigneur. + +Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et M. de la Baude Archidiacre de +Brie, demeurent au Cloître. + +Messieurs les Abbez Daquin[1] et de Bourlemont Agens du Clergé, +demeurent; sçavoir, le premier au Jardin du Roi[2], et le deuxième ruë +d’Enfer près les Chartreux. + + [1] C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit donné, en avril + 1688, l’abbaye de Saint-Laurent (_Journal_ de Dangeau, t. II, p. + 130). + + [2] C’est comme frère du premier médecin que l’abbé Daquin y logeoit, + la surintendance du Jardin royal étant encore, pour la plus grande + part, dans les attributions du premier médecin du Roi. + +Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame, à qui l’on s’adresse pour les +affaires du Chapitre, demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les +Lundis, Mercredis et les Vendredis. + +M. Chéron Official de Paris, à qui l’on s’adresse pour obtenir +permission de publier Monitoire[3], demeure ruë du petit Musc près +l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la maison de Pincourt rue +des Amandiers Fauxbourg saint Antoine[4]. + + [3] Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace + d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui avoient + connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en pouvoient savoir. + + [4] «Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions et actions + bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et est souvent à Pincourt, + où il a une maison de bon air.» Edit. 1691, p. 5. + +Il tient son Audience en la premiere cour de l’Archeveché, le Mercredi, +et le Samedi à midi, où l’on porte toutes les Causes concernant les +fonctions Curiales et les Accessoires; et par conséquent les questions +matrimoniales, la Morale des Prêtres[5], etc. + + [5] L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses. C’est lui, + par exemple, qui légitimoit par mariage les unions qui n’avoient pas + jusque là été régulières. Celle du perruquier Lamour et d’Anne, sa + perruquière, avoient longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous + l’apprend au chant Ier du _Lutrin_: + + ... ce couple charmant + S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement, + Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage + L’Official a joint le nom de mariage, + + L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie par + Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce. + +M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction, qui conclud pour la +manutention des Canons et Discipline Ecclésiastique, est Curé de la +Paroisse de S. Roch. + +M. Robert Grand Pénitencier qui absout les cas reservez[6], confesse +presque tous les matins et quelquefois l’apresdiné. + + [6] Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder pour lui-même + beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa vie n’étoit pas des + plus édifiantes. L’abbé Legendre, _Mémoires_, p. 59, se contente de + dire qu’il avoit «des talents, autant pour le monde que pour sa + profession.» Les chansons en disoient plus. V. le _Recueil de + Maurepas_, t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs + «pour écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de + la religion.» Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, _Mém._, p. 99.) + Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres comme lui, le + tenoit en grande estime. (Goujet, _Vie de Nicole_, 1re part., p. 16, + et 2e part., p. 130, 144.) + +M. Le Chantre de la même Eglise[7], à la nomination duquel sont tous les +Maitres et toutes les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et qui +connoit des causes concernant cette profession[8], demeure aussi dans le +Cloître, où il tient son Audience le Jeudi à trois heures de relevée. + + [7] Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude Joly, dont nous + trouvons un si bel éloge dans le _Valesiana_, p. 39. Il avoit été, à + Munster, le conseiller intime du duc de Longueville pour les + négociations du traité. Après la Fronde, où il fut des plus hostiles + à Mazarin, il devint official de l’Église de Paris, puis, ce que + nous le voyons ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier + 1700, à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le + _Mercure de France_ à cette date, p. 276. + + [8] Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties: _Traité + historique des Ecoles épiscopales_ par Claude Joly. Paris, Muguet, + 1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des contestations avec + l’Université, et aussi avec les curés de Paris qui n’acceptoient pas + que le droit des Ecoles de Grammaire appartînt seulement à MM. du + Chapitre et au grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut + lire dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de + l’_Histoire du Diocèse de Paris_, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44, + le détail des factums qui furent échangés entre les deux partis. + +Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis. M. Marais ruë Cocatrice, et M. +Chevalier ruë saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers Laics +de l’Eglise de Paris. + +Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires Apostoliques chez qui on +peut passer tous actes recevables en Cour de Rome, sont tous établis ruë +Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame. + +Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, par l’entremise +desquels on obtient toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége, à +peine de nullité et d’amende[9], sont: + + [9] Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions par + courriers, non-seulement pour la Cour de Rome, mais pour les + légations. Ils eurent leur chapitre spécial dans l’_Almanach royal_, + dès la première année, 1699. Leur création datoit du mois de mars + 1673. + +_Messieurs_ + +Du Bourgt, ruë Bailleul. + +De la Nouë, ruë de la Harpe. + +Le Pelletier, ruë saint Severin[10]. + + [10] Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des banquiers + expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame; il logeoit rue + Saint-Christophe. (_Alman. royal_, 1702, p. 75.) + +Daquinet, Parvis Notre Dame. + +Noyer, ruë de la Licorne. + +Ruelle, ruë des Prouvaires. + +Le Roy, ruë Bardubec. + +Chubuté, ruë des Prêtres saint Germn l’Auxerrois[11]. + + [11] Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre). _Alman. + royal_, 1702, p. 75. + +Le Zineau, ruë des Massons[12]. + + [12] Laurent Lezineau. (_Id._) + +Antoine, ruë saint Christophle. + +Beaudet de Beaumont, ruë saint André. + +Le Maine, ruë Hautefeuille[13]. + + [13] Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit y en + avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année précédente, + 1691, avoit, en effet, rétabli définitivement les huit offices + héréditaires créés au mois de décembre 1689, et supprimés le mois + suivant. + +On trouve des instructions très importantes sur l’obtention et sur le +dénombrement des Benefices de France, dans les livres que M. Le +Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy[14], et encore dans +quelques autres que Michallet a imprimés, ruë saint Jacques à l’Image +saint Paul. + + [14] «M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de Rome, qui + demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur de deux livres très + instructifs sur l’obtention et le dénombrement des bénéfices.» Edit. + 1691, p. 5. + +Le Sieur François Muguet[15] seul Imprimeur de l’Archeveché pour les +Mandemens, Monitoires, Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue de la +Harpe. + + [15] Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit publié en 1673 le + _Traité_ de Claude Joly sur les écoles épiscopales. + +Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez la Veuve Coignard, rue +Saint Jacques[16]. + + [16] «Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, _à la Bible + d’or_.» Edit. 1691, p. 4. «Le bref de Paris se vend chez la veuve + Cramoisy, même rue, _aux Cigognes_.» _Ibid._--La _Bible d’or_ + devint, au siècle suivant, l’enseigne des Didot, et _les Cigognes_ + celle des Barbou, puis des Delalain. + +Les usages Romains, à scavoir Breviaires, Diurnaux, Missels, Rituels, +Processionnels, Antiphonètes, Graduels etc. se trouvent chez presque +tous les Libraires de la rue S. Jacques, et particulièrement chez la +Veuve Coignard, et chez les Sieurs de La Caille[17], Josse et Hérissant. + + [17] Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques, à + l’enseigne de _la Prudence_. C’est à lui qu’on doit l’excellent + ouvrage, devenu rare aujourd’hui, _Histoire de l’Imprimerie et de la + Librairie_, 1689, in-4º. V. ce qu’en dit Chevillier, _l’Origine de + l’Imprimerie de Paris_, 1694, in-4º, p. 58. + +Les Livres de l’Office Divin à l’usage du Diocèse de Paris, se vendent +chez les sieurs Josse et Léonard, ruë Saint Jacques[18]. + + [18] «Les heures et autres livres de piété généralement compris sous + le titre d’usages, se vendent chez différents libraires rue Neuve + Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont au Change.» Edit. 1691, p. 4. + +M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly de la Justice Nostre-Dame, +demeure dans le Cloître. + +M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette Justice, demeure ruë +saint Pierre aux bœufs. + +M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière Saint Denis de la +Chartre. + +M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure rue de la Draperie. + +M. Taupinard Bailly de la Temporalité[19] et qui tient son Audiance le +Lundy et le Jeudy à midy, demeure rue Galande. + + [19] C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie de + l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des appellations de + sentences rendues en matière civile par les officiers de justice sur + les domaines de l’archevêché. Un bailli, un procureur fiscal et un + greffier étoient attachés à cette juridiction. + +M. Le Comte son Greffier, demeure rue des Noyers. + + + + +EXERCICES DE PIÉTÉ. + + +Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de guérir par un simple +attouchement les malades atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher +tous ceux qui ont été visitez par M. le premier Chirurgien de Sa +Majesté, la veille de Paques, de la Pentecoste, de la Toussaints, et de +Noël, après avoir fait ses dévotions[1], et de leur faire ensuite +distribuer à chacun quinze sols par forme d’aumone, à cause dequoi +Monseigneur le Grand Aumonier de France est toujours présent à la +Céremonie. + + [1] Pour plus de détails, on peut lire l’_Etat de France_ de 1692, t. + I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi touchoit était + quelquefois très-considérable. Nous lisons, par exemple dans le + _Journal de Dangeau_, sous la date du 21 avril 1685, c’est-à-dire à + l’époque de Pâques, une de celles où, comme on le voit ici, cette + cérémonie revenoit tous les ans: «Le roi fit son bonjour (ses + pâques) à la paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et + toucha ensuite treize cents malades.» + +Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi Saint, une action digne de +sa singulière Piété; car après le Service, l’Absoute et la Prédication, +Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs de sa Cour, lave les pieds +à treize pauvres enfans, revetus d’une longue Robe de ratine rouge ayant +une serviette au col qui s’estend jusqu’à leurs pieds[2], à chacun +desquels elle distribue ensuite par les mains de Monseigneur le Grand +Aumonier de France, treize plats de bois garnis de poissons chacun avec +la figure de l’un des Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile, et +treize écus blancs dans une bource à treize pendans, ce qui est mis dans +une manne et donné ensemble à chacune des Mères de ces enfans[3]. + + [2] L’_Etat de France_ de 1692 contient aussi, à ce sujet, + d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387. + + [3] Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes prenoient + part à cette cérémonie de la _Cène_, comme on l’appeloit, et y + servoient: «Le roi, écrit Dangeau, à la date du Jeudi Saint, 7 avril + 1689, entendit le sermon de l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille; + ensuite le Roi fit la cérémonie de laver les pieds des pauvres. + Monseigneur le duc de Bourgogne servit à la cène pour la première + fois. Monseigneur--c’est le Dauphin--communia à la paroisse, et puis + revint servir à la cène.» + +Le même jour Monseigneur l’Archeveque de Paris, fait aussi la Sêne dans +la grande salle de l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à +douze pauvres, à chacun desquels il distribue trois plats de bois garnis +de poissons, un pain, un pinte de vin et un écu blanc. + +M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes logé dans la maison +Abbatialle de Saint Germain des Prez[4], distribue par ordre du Roy, une +infinité d’Aumones et de pensions considérables aux Nouveaux +Convertis[5]. + + [4] Il y logeoit comme administrateur de l’économat de l’abbaye, + charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou, _Pellisson, Etudes + sur sa vie et ses œuvres_, 1859, in-8, p. 331.) + + [5] Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il étoit + lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de ses fonctions: + en même temps que l’économat de Saint-Germain des Prés, il + administroit la caisse des conversions créée en novembre 1676. + (_Id._, p. 342.) + +Mesdames de Guise[6], de Créqui et de la Trémoüille[7] qui sont +Directrices de la Charité de la Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de +grandes aumosnes aux pauvres honteux. + + [6] C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du palais du + Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage, que la duchesse + de Guise étoit restée une des grandes aumônières de la paroisse + Saint-Sulpice. Sa résidence étoit alors, en effet, bien loin de là, + au Marais, dans l’Hôtel occupé aujourd’hui par les Archives. + + [7] Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la mère et la fille. + Mme de la Trémoille mourut la première, au mois d’août 1711. + +Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon[8] rue de Taranne, et +l’Eschassier[9] derrière la même Eglise. + + [8] Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa mère la + présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la Fronde. (Feillet, + _Misère au temps de la Fronde_, 1862, in-8, p. 231.) Elle avoit + contribué surtout à l’œuvre des prisons, dont elle fut une des + premières trésorières. (_Etat ou tableau de la Ville de Paris_, + 1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des œuvres où les dévots, comme + Tartuffe, s’entremettoient le plus volontiers, surtout par leurs + fréquentes visites. (_Athenæum_, t. II, p. 565.) + + [9] Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons plus loin. + +Il y a paraillement dans toutes les Parroisses de Paris des Communautez +de Dames Pieuses[10], qui font assister les pauvres malades honteux +d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales, et qui font même +instruire des orphelins de l’un et de l’autre sexe. + + [10] «Sous la direction des quelles il y a des médecins, des + chirurgiens et des sœurs grises.» Edit. 1691, p. 3. + +Quelques unes de ces Dames pratiquent encore la charité avec un zèle +exemplaire, pour la délivrance des pauvres prisonniers retenus pour +dettes[11]. Celles là sont connuës de tous les Concierges et Geolliers +des Prisons, à qui on peut s’adresser pour en avoir les addresses[12]. + + [11] V. l’avant-dernière note. + + [12] «On apprendra les noms et demeures de ces Dames redemptrices, + dans les geolles mêmes des prisons, et entre autres en celle de la + Conciergerie du Palais, où l’on trouve la dame Bourcier, femme du + concierge, de qui elles sont très-bien connues.» Edit. 1691, p. 4. + +Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du Fort l’Evêque, peuvent +impetrer avec succez le secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité +de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure dans le Cloître. + +Madame de Miramion[13] Institutrice et Supérieure de la Congrégation des +Filles de Sainte Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle[14], a +toujours la même application aux œuvres pieuses et charitables; et +particulierement en faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister +dans tous leurs besoins. + + [13] Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois, seigneur de + la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans. S’étant vouée aux + œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve, l’année même qui suivit son + mariage, et après que Bussy eût tenté de l’enlever, elle fonda la + _Maison du Refuge_ pour les filles qu’on arrachoit de force à la + débauche, et celle de _Sainte Pélagie_, pour les repentantes, qui + s’en retiroient volontairement. Sa dernière fondation fut la + Congrégation dont il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661, + qu’une Communauté de douze filles pieuses, destinées à tenir les + petites écoles, panser les blessés, assister les malades. Son + premier nom fut _la Sainte Famille_, puis elle prit celui de _Sainte + Geneviève_ qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre + communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même. Mme de + Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le 24 mars 1696. + + [14] On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, _Quai des Miramionnes_, + à cause des saintes filles que dirigeoit Mme de Miramion. L’hôtel, + dont elle avoit fait pour elles un couvent, est aujourd’hui la + Pharmacie centrale des hôpitaux civils. Celui de sa fille, mariée au + maître des requêtes, Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son + marbre à lettres d’or au-dessus de la porte: «Hotel ci-devant de + Nesmond.» + +Madame de Poncarré[15] occupée du même zèle, demeure ruë Neuve Saint +Mederic. + + [15] Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier président à + Rouen. + +Les Revérends Pères Celestins font distribuer tous les jours du pain, à +tous les pauvres qui se présentent à leur porte à huit heures du matin, +à deux, et à six heures de relevée. + +Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent tous les jours à disné à +vingt quatre pauvres. + +Les Révérends Pères Chartreux, donnent à disné tous les Vendredis à un +grand nombre de pauvres honteux. + +Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant Jésus ruë d’Enfer, donnent +aux pauvres la déserte[16] de leur table. + + [16] Lisez «desserte.» + +On donne à disné tous les Dimanche à douze pauvres honteux au Jardin +Médicinal de Pincourt, Fauxbourg Saint Antoine[17]. + + [17] «Où ils sont servis par Monsieur le Directeur.» Edit. 1691, p. 4. + C’étoient, y est-il dit aussi, «les médecins de la Société Royale» + qui donnoient le dîner. + +L’_Almanach Spirituel_ qui marque toutes solemnitez des Eglises de +Paris, les jours et la condition des Indulgences, se vend rue Saint +Jacques chez George Josse[18] à la Couronne d’Epine. + + [18] Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques. De 1659 à + 1661, il avoit été syndic. + +Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé Galliot sous Pénitencier de +Paris, tient une conférence publique de Controverse en la Chapelle du +Collége des Lombards ruë des Carmes. + + + + +FINANCES ROYALES. + + +_Chef du Conseil Royal des Finances._ + +M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye[1]. + + [1] Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers, gouverneur + du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil des finances, depuis + 1685, et le roi l’avoit fait ministre d’état en 1691. Il habitoit + rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui, comme on sait, dans la rue + Vieille-du-Temple, l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom + d’_Hôtel Saint Aignan_, inscrit encore au-dessus de la haute porte, + seule partie qui en soit restée à peu près intacte. + + +_Contrôleur Général des Finances._ + +M. de Ponchartrain[2], au bout de la ruë Vivienne devant les Filles +Saint Thomas[3]. + + [2] Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de 1689 à 1699, + contrôleur général des finances. Il fut ensuite chancelier de 1699 à + 1704. M. de Maurepas, ministre sous Louis XVI, étoit son petit-fils. + + [3] L’année précédente, il logeoit dans un tout autre quartier: «M. de + Pontchartrain a son hôtel à Paris, près les Carmes dechaussez du + faubourg Saint-Germain.» Edit. de 1691, p. 5. + + +_Intendans des Finances._ + +M. De Breteuil, ruë du grand Chantier[4]. + + [4] François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller au + Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et enfin, en + janvier 1684, intendant des finances et conseiller d’État. + +M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine[5]. + + [5] Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été conseiller au + Parlement, et successivement intendant de Franche-Comté et de + Flandre, s’étoit trouvé en passe de devenir contrôleur général à la + place de son frère. C’est celui-ci qui lui fit préférer + Pontchartrain, «par un motif rare de conscience», dit Saint-Simon + dans une note sur Dangeau, mais par pure jalousie, suivant + nous.--Son hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la + pension Jauffret. + +M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye[6]. + + [6] L. Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, fut intendant des + finances de 1690 à 1715, après avoir été conseiller au Parlement et + maître des requêtes. M. de Caumartin, prévôt des marchands de 1778 à + 1784, qui donna son nom à l’une des rues de la Chaussée-d’Antin, + étoit son petit-fils. + +M. Du Buisson, ruë Simon le Franc[7]. + + [7] Beau-frère de Sonning, qui, beaucoup plus connu que lui,--nous en + parlerons plus loin,--avoit aidé à sa fortune. + +M. De Chamillart, à la Place Roiale[8]. + + [8] «Rue des Bernardins.» Edit. 1691, p. 6.--C’est Michel de + Chamillard, qui, après avoir été maître des requêtes, intendant à + Rouen, puis, en 1690, intendant des finances, eut une fortune si + haute, lorsque de cette dernière charge, étant passé, en 1699, à + celle de contrôleur général, qu’il garda jusqu’en 1707, il finit par + devenir alors ministre de la guerre. + +M. Darmenonville, vieille ruë du Temple[9]. + + [9] Il devint plus tard directeur des finances. Il avoit de + très-grands biens, entre autres Rambouillet, qu’il échangea avec le + roi, pour qu’il y mît un haras, et la Muette qu’il vendit à Mme de + Berry, fille du Régent. La direction des finances, dont il étoit + titulaire, ayant été supprimée, il eut une pension de douze mille + livres, et en attendant qu’on le fît secrétaire d’Etat des affaires + étrangères, la charge, créée exprès pour lui, de capitaine du bois + de Boulogne. Il y fit bâtir le pavillon, qui s’appelle encore à + cause de lui «pavillon d’Armenonville.» + + +_Gardes du Trésor Royal._ + +M. De Frémont, ruë Neuve Saint Augustin[10]. + + [10] Avant d’être, à partir de 1689, garde du Trésor royal, il avoit + été dans les finances, et s’y étoit souvent empêtré, notamment en + 1682, où l’on avoit dû nommer deux commissaires pour l’examen de ses + affaires, et mettre garnison chez lui. Il ne s’en étoit tiré que + moyennant quatre millions. (V. aux _Mss._ de la Biblioth. Nat., + _Lettres hist. et anecdot._, 10 et 17 avril et 8 may 1682.) Le + maréchal de Lorges, que sa fille Geneviève avoit épousé en 1676, + l’avoit beaucoup aidé dans ce mauvais pas. Saint-Simon épousa l’une + des filles nées de ce mariage, quoique le grand-père fût, comme + ancien traitant, de la classe des gens que son orgueil de duc avoit + le plus en mépris.--L’hôtel de la rue Neuve-Saint-Augustin, où nous + voyons ici Frémont, devint, après lui, la propriété de son gendre, + M. de Lorges. Il fut acheté ensuite par la princesse de Conti. C’est + sur son emplacement que fut percée en 1777 la rue à laquelle le + prévôt des marchands, M. de La Michodière, a laissé son nom. + +M. Brunet, ruë des Francs Bourgeois[11]. + + [11] Brunet de Chailly, frère de Brunet de Rancy, et de Brunet de + Montferrand, auquel il succéda comme président des Comptes, après + avoir vendu à la fin de mai 1696, sa charge de garde du Trésor, + moyennant un million à M. de Turmenies. Il y a dans les poésies de + P. Du Cerceau, t. I, p. 38-41, de jolis vers à sa femme. + + +_Fermiers Généraux des Domaines, cinq Grosses Fermes, et Domaine +d’Occident comme cautions de M. Pierre Domergue preneur[12]._ + + [12] Ce Pierre Domergue était le prête-nom, l’homme de paille de + Berthelot, qui, en mars 1687, avoit pris pour trente-six millions le + bail des Gabelles et des Cinq grosses fermes. Ce bail succédoit à + celui de Jean Fauconnet, dont on sait le nom par La Bruyère, qui + appelle «les Fauconnet» ceux qui, comme Berthelot et consorts pour + Domergue, lui servoient de caution. Ces prête-noms, seuls + contractants officiels, avec la responsabilité de la prise de corps, + étoient de pauvres diables, qu’on payoit de leurs risques par une + pension de deux ou trois mille livres. Monteil avoit vu une de leurs + quittances d’appointements. + +M. Brunet, ruë des Francs-Bourgeois[13]. + + [13] Un des frères de Brunet de Chailly, dont il a été parlé dans + l’avant-dernière note. + +M. Pelissier, ruë du Boulloy[14]. + + [14] Avant celui-ci, dans l’Edit. précédente, p. 6, se trouve: «Colin, + rue Saint-Martin.» + +M. de Reaupalu, ruë Vivienne. + +Mrs Arnaud, et de Blaine[15], ruë Neuve saint Augustin. + + [15] Melchior de Blair, et non de Blaine, étoit un simple intéressé + aux fermes qui avoit, comme tel, eu des missions en 1689 et 1691, + dans la Picardie et la Bretagne. En 1716 il fut mis à la taxe par la + Chambre de justice pour 240,000 livres. + +M. Remond, ruë de la Verrerie[16]. + + [16] Remond de la Renouillère. Il fut taxé, en 1716, à 437,000 livres. + +Mrs de Furgis[17] Hocquart, et Doüilli, ruë des fossez Montmartre. + + [17] «Turgis.» Edit. 1691, p. 6. C’est le vrai nom. Sa femme, Marie de + Maupeou, étoit cousine de Mme de Pontchartrain. + +Mrs Granval[18], de Lagni[19] et Corneri[20], ruë de Richelieu. + + [18] Charles de Poirel de Grandval. En outre de son intérêt dans les + fermes, il avoit une charge de munitionnaire de la marine. + + [19] J.-B. de Lagny. Il fut directeur général du commerce en 1694. + + [20] «De Cormery.» Edit. 1691, p. 6. C’est le nom véritable. Louis + Bauyn de Cormery devint fermier général à Lyon en 1694. + +Mrs Hotman[21], et l’Huillier, ruë Sainte Anne. + + [21] Il avoit été en 1689 directeur des fermes à Rouen, et c’est lui + qui, en 1682, avoit dû avec un autre commissaire faire cet examen + des affaires de Frémont, dont il a été parlé plus haut. + +M. Ricoult, vieille ruë du Temple. + +M. de Saint Amant, ruë Vieilles Audriettes. + +M. Berthelot l’ainé à l’Arsenal[22]. + + [22] C’est lui, comme il a été dit dans une note précédente, qui étoit + le véritable preneur de ce bail des fermes, sous le nom de Domergue. + Il y avoit eu l’agrément complet du roi, et plus même: «depuis ce + traité fait, écrit Dangeau, le 7 mars 1687, le roi a donné à + Berthelot, la valeur de plus de 500,000 livres, et a dit qu’il le + choisissoit comme l’homme d’affaires le plus capable de faire les + recouvrements sans tourmenter les peuples.» Il avoit été fermier + général en Flandre sous Colbert, puis munitionnaire des guerres, ce + qui lui avoit valu le logement que nous lui voyons ici à l’Arsenal + et, par suite, le surnom de «Berthelot des poudres.» Sa fille épousa + le baron de Beauvais, fils de cette Beauvais la borgnesse qui + passoit pour avoir déniaisé Louis XIV, et dont l’hôtel fait, comme + disoit Brienne, avec des pierres du Louvre, existe encore rue + Saint-Antoine, nº 64. + +M. Berthelot de Belley[23], ruë Plastrière. + + [23] Frère du précédent, mêlé à ses affaires, mais moins riche. + +M. le Jariel, ruë Verderet. + +M. Brunet de Vauge, vieille ruë du Temple[24]. + + [24] De cette famille des Brunet que nous connaissons déjà, et qui + formoit dans le quartier du Temple une vraie tribu de financiers. + +M. Baugier[25], ruë Sainte-Croix de la Bretonnerie. + + [25] Edme Baugier, qui avoit été longtemps intéressé dans les fermes + en Bourgogne. + +M. Valier[26], ruë Beaubourg. + + [26] Guillaume Vallier, qui, avant d’être fermier général, avoit été + greffier du Conseil privé et contrôleur du parlement de Metz. + +M. le Juge, ruë du grand Chantier[27]. + + [27] Sa maison, bâtie par de Cotte, étoit des plus belles, avec ses + bas-reliefs de Coysevox, son magnifique jardin, etc. _V._ G. Brice, + édit. 1701, t. I, p. 266. + +M. Germain, ruë des Victoires[28]. + + [28] Jean Germain fut secrétaire du roi en même temps que fermier + général, après avoir été dans les fermes à La Rochelle. + +M. de Courchant, cloître Saint Mederic[29]. + + [29] C’est lui, suivant _les Clés_, que La Bruyère dénonce dans le + chapitre des _Biens de fortune_, § 16, comme s’étant démesurément + engraissé «dans le huitième denier: quelle monstrueuse fortune, + dit-il, en moins de six années!» + +M. le Tellier, ruë Neuve Saint Eustache[30]. + + [30] P. Le Tellier, qui, en 1687, n’étoit que sous-fermier en + Champagne. + +M. le Normand, ruë de Torigni[31]. + + [31] Il étoit secrétaire du Roi, et avoit été d’abord fermier général + en Flandre. Son fils, le Normand de Tournehem, fut aussi fermier + général, puis, en 1745, directeur-ordonnateur des bâtiments. Il eut + pour neveu et héritier le Normand d’Etioles, mari de Mme de + Pompadour. + +M. Boulanger, ruë Neuve des Bons Enfans[32]. + + [32] Charles Boulanger, qui avoit été, en 1689, receveur général en + Flandre. + +M. Hénault, ruë du Boulloy[33]. + + [33] Jean-Remi Henault, père du président si célèbre, selon Voltaire, + par ses soupers et sa _Chronologie_. Il avoit, suivant son fils + (_Mémoires_, p. 4), toute la confiance de Pontchartrain. Il n’eut + pas moins celle de Chamillard, qui lui abandonna le détail des + Fermes, et l’auroit fait, pour peu qu’il y eût consenti, secrétaire + d’Etat de la Guerre. Ce que le président n’ajoute pas, c’est que + sous la Régence, son père avoit des comptes à rendre. La taxe alloit + le frapper quand il la devança, en faisant la part du feu. Il avoua + 2,500,000 francs de biens, plus 500,000 donnés à son fils et + pareille somme à sa fille, Mme de Jonsac. En abandonnant un million, + au lieu de 1,250,000 livres qu’on vouloit d’abord, il fut tenu + quitte, avec le profit de passer pour fort habile, grâce à ses + propositions faites d’avance. (_Journ. de Dangeau_, 6 octobre et 5 + décembre 1716.) + + +_Fermiers Généraux des Aydes et Domaines de France et Droits y joints, +comme cautions de M. Christophle Charrier[34] preneur._ + + [34] «Charriere.» Edit. de 1691, p. 7. C’est le vrai nom. Le bail des + aides et domaines, fait en même temps que celui de Domergue, dont + nous avons parlé plus haut, ayoit été adjugé moyennant vingt-sept + millions: pour les aides, vingt-et-un; pour les domaines, six. + +M. Logeois, ruë de l’Université[35] à Saint-Germain des Prez. + + [35] «Rue Jacob.» _Ibid._--Il étoit fils du receveur des consignations + du Châtelet, ce qui ne l’empêcha pas de se faire appeler M. + d’Imbercourt, quand il eut acheté la seigneurie de ce nom. Sa fille, + mariée d’abord au riche traitant La Popelinière, épousa en secondes + noces le maréchal de Tourville, à qui elle apporta, en outre de ce + que lui avoit laissé son premier mari, 200,000 livres que lui donna + son père. (_Journ. de Dangeau_, 15 janvier 1690.) Laugeois, suivant + _les Clés_, seroit le _Chrysippe_ de La Bruyère. + +M. Dapougni, ruë Bar-dubec[36]. + + [36] Un des traitants les plus riches et les plus intraitables. C’est + lui, suivant Richelet (_Recueil de Lettres_, t. I, p. 410, note), + qui harcela le plus vivement Patru pour quelques dettes, et qui + l’eût fait mettre au Châtelet, si Boileau ne l’eût tiré de peine. + +M. Robert, ruë Neuve Saint Eustache[37]. + + [37] Il avoit commencé par être payeur des gages du Châtelet. Il + parvint par l’intendant d’Armenonville, dont Gilbert, son neveu, + fils du riche drapier, à l’enseigne des _Rats_, étoit le beau-frère. + +M. Delpeche, ruë Saint Martin[38]. + + [38] Encore un traitant parti de fort bas, s’il falloit, d’après _les + Clés_ de La Bruyère, voir en lui le type de ce caractère: «Sosie, de + la livrée a passé par une petite recette à une sous ferme...» + +M. Romans, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie. + +M. Thomé, ruë des fossez Mommartre[39]. + + [39] Thomé de Lesse, comme l’appellent les auteurs des _Clés_ de La + Bruyère qui veulent voir en lui le type du _Caractère_: «un homme + d’un petit génie peut vouloir s’avancer, il néglige tout, il ne + pense du matin au soir, il ne rêve la nuit qu’à une seule chose qui + est de s’avancer...» + +Mrs Mainon[40] et le Maistre, ruë Beaubourg. + + [40] Il étoit alors nouveau dans les affaires. Il s’y poussa davantage + lorsqu’il eut épousé la veuve de Despech que nous trouverons plus + loin. + +M. de Mouchi, ruë Jacob[41]. + + [41] Vincent Maynon. Il resta, jusqu’en 1717, fermier général des + aides, d’où alors il demanda «à être osté», à la seule condition + qu’on lui rembourseroit sa charge. Ce qui fut fait. Il vouloit plus, + la ferme des Tabacs, dont l’an d’après il offrit 2,200,000 livres. + Law eut la préférence. (_Journ. de Dangeau_, 24 avril 1717; 31 août + 1718.) + +M. Blein, ruë de Cléry. + +M. Dumas, ruë Beaubourg. + +M. de la Porte, ruë de Braque. + + +_Receveurs Généraux des Finances._ + +_Paris._ M. Carel, place Royale. + + -- M. Sonning, ruë des petits Champs[42]. + + [42] Beau-frère de l’intendant des finances Dubuisson, dont il a été + parlé plus haut. Il n’étoit pas encore, rue des Petits-Champs, + parvenu à l’énorme fortune dont il étala le luxe dans l’hôtel que + Dulin lui bâtit un peu plus tard rue de Richelieu, près de l’endroit + où avoit été la porte, c’est-à-dire à la hauteur de la rue Feydeau + actuelle. Sa vie, de même qu’à Neuilly, où il avoit une autre belle + maison, y fut des plus galantes, comme on peut le voir par ce qui + est dit de la diversité de ses bonnes fortunes dans les _Partisans + démasqués_, 1707, in-12, p. 189. Il y recevoit aussi beaucoup de + gens d’esprit: Chaulieu, J.-B. Rousseau, l’abbé Courtin, etc. A tous + ces titres, il avoit droit au curieux chapitre que M. G. + Desnoiresterres lui a consacré dans ses _Cours galantes_, t. III, p. + 269. Si l’on connoît un peu sa vie, on ignore complètement quel + étoit son vrai nom, tant l’orthographe en varie suivant les livres. + Dans les uns, il est écrit Sonning, comme ici; dans les autres, tels + que les _Partisans démasqués_, il est orthographié Sonnen; ailleurs, + c’est Sonnin ou Sonningen. Ce dernier nom, qui feroit supposer une + origine allemande, nous paroît devoir être le vrai. Il étoit, en + 1716, devenu caissier général des fermes. Il fut mis à la taxe pour + 600,000 livres. + +_Lion._ M. du Pile, ruë de Cléry[43]. + + [43] Jacques-André Du Pille avoit été receveur des finances à Lyon, + avant de l’être à Paris, puis munitionnaire de l’armée et de la + marine. + + -- M. Prondre, au petit Hôtel de la Vrillière[44]. + + [44] Paulin Prondre, d’abord receveur des finances et «traitant» à + Lyon, suivant Dangeau, qui le nomme Prond. Ayant fait une belle + fortune, il voulut, au commencement de la Régence, marier sa fille, + à laquelle il donnoit 200,000 écus de dot, avec le chevalier de + Roye, mais ce mariage manqua pour un autre qui sembloit plus beau, + et qui manqua de même. Mlle Marg.-Pauline Prondre alloit épouser le + marquis de Rochefort, lorsqu’en septembre 1716, la charge de son + père, ses maisons, ses terres furent saisies par la Chambre de + justice. Il fut taxé finalement à 1,900,000 livres. (_Journal de + Dangeau_, 6 et 29 déc. 1715; 9 sept. et 27 nov. 1716.) Sa fille, dès + l’année suivante, n’en épousoit pas moins le comte de Clermont + Tonnerre. V. dans le _Journal de Verdun_, sept. 1756, p. 240, un + article sur elle, à l’époque de sa mort.--Prondre avoit commencé par + être garçon de boutique à Lyon. (_Correspond. des contrôleurs + généraux_, t. I, p. 279.) + +_Rouen._ M. Aubry, rue des deux portes, quartier S. Sauveur[45]. + + [45] Il étoit mort au commencement des terribles exécutions de la + Chambre de justice, mais sa succession restoit. Elle figure au 8e + rôle pour 887,000 livres de taxe. + + -- M. Poulletier, rue Sainte Anne[46]. + + [46] Il acheta plus tard, pour 800,000 livres, une charge d’intendant + des finances, qu’il voulut se faire rembourser, quand ces charges + furent supprimées en 1716; on lui fit dire qu’il ne seroit pas mis à + la taxe, et qu’il se tînt pour satisfait. C’est ce qu’il fit. + (_Journ. de Dangeau_, 11 nov. 1716.) + +_Soissons._ M. Lallemant, porte Montmartre[47]. + + [47] Lallemant de Betz, qui fut, lui, mis à la taxe. On lui fit rendre + 480,000 livres. + + -- M. Hubert, rue Sainte Avoye. + +_Orléans._ M. Bachelier, rue de la Corderie, près le Temple. + + -- M. Desespoisses, près les Enfans Rouges[48]. + + [48] Charles Vireux des Espoisses. Tout ce que nous savons de lui, + c’est qu’il fut mis à la taxe en 1716, pour 380,000 livres. + +_Tours._ M. de la Tour Rollot, rue de Richelieu. + + -- M. de Valiere, rue Saint Antoine. + +_Bourges._ M. Héliot, ruë du Mail. + + -- M. Jannay, ruë des Bernardins[49]. + + [49] Jean-Etienne Janet. Il étoit mort, en 1716, quand les financiers + durent rendre gorge. On s’en prit à sa veuve, qui paya une taxe de + 43,000 livres. + +_Bordeaux._ M. du Jardin Beaussart; ruë de Richelieu. + + -- M. Crozat, place des Victoires[50]. + + [50] Antoine Crozat qui devint, suivant le Journal de l’avocat Barbier + (février 1723), «le plus riche particulier de France.» Il avoit + commencé par être caissier de Penautier, que nous trouverons plus + loin, puis traitant à Montpellier, et receveur général des finances + à Bordeaux, comme nous le voyons ici. Il étoit déjà fort riche, et + s’étoit fait, à prix d’argent, marquis Du Châtel, lorsqu’en 1707 il + maria sa fille, qui n’avoit guère que douze ans, au comte d’Evreux. + (_Journ. de Dangeau_, 23 fév. 1707.) La taxe à laquelle il fut mis, + en 1716, ne fut pas moins de 6,600,000 livres. Ses trois fils, qui + firent grande figure, furent Crozat, marquis Du Châtel, le président + de Tugny et le baron de Thiers, un des grands amateurs de son temps. + +_Poitiers._ M. de la Ravoye, ruë d’Anjou au Marais[51]. + + [51] Il étoit encore, à la fin de l’année précédente, receveur général + de la Rochelle. Sa fille, dont la dot fut de 410,000 livres, argent + comptant, épousa, au mois de janvier 1712, le marquis Du Plessis + Châtillon. + + -- M. Chambelin, ruë Sainte Anne[52]. + + [52] Sa veuve, mise à la taxe en 1716, dut rendre 180,000 livres. + +_Moulins_. M. Raymond, ruë des Blancs-Manteaux[53]. + + [53] Il avait échangé pour celle de Poitiers la recette générale de + Moulins, qu’il avait déjà en 1684. + + -- M. de la Croix, ruë Saint Antoine. + +_Riom_. M. de Romanet, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie[54]. + + [54] Claude de Romanet, beau-frère de Racine, et mari de l’une des + filles de Vitart, ancien ami du poëte. Il ne se contenta pas, comme + son père, André de Romanet, d’être trésorier de France en quelque + généralité, il se lança dans les plus grosses affaires, où il gagna + une fortune qui le dénonça à la Chambre de justice de nov. 1716. On + peut évaluer ce qu’il possédoit par le chiffre de la taxe à laquelle + on l’imposa: elle fut de 4,453,000 livres. Il la subit sans + sourciller et sans faire attendre. Dangeau annonce le 24 novembre + qu’il est condamné à la payer, et, deux jours après, il ajoute + qu’elle est payée déjà. Il mourut l’année suivante. Son fils épousa + Mlle d’Estrade. (_Journ. de Dangeau_, 24 et 26 nov. 1716; 11 déc. + 1717.) + + -- M. Despech, ruë Saint Martin[55]. + + [55] Paul Despech. Il était mort en 1716, mais la taxe eut des + reprises sur sa veuve, qui, nous l’avons dit, avoit épousé Mouchi. + Elle dut restituer au trésor 150,000 livres. + +_Caën_. M. Groüin, ruë d’Orléans, au Marais[56]. + + [56] Pierre Gruyn ou Grouïn. Il étoit depuis longtemps dans les + affaires, où il avoit commencé comme receveur des fortifications. Il + devint garde du Trésor royal, et ne fut pas dans cette charge d’une + aménité rare. Son aventure avec Jean Bart, qui avoit dû venir le + trouver dans ses bureaux de la rue du Grand-Chantier, où il logeoit + alors, et qu’il reçut avec une brutalité qui, d’ailleurs, lui fut + bien rendue, court tous les _ana_. Une autre du même genre est moins + connue, c’est la scène que lui fit un officier de gendarmerie, qui + alla jusqu’à le maltraiter chez lui. Grouïn se contenta de le faire + mettre à la Conciergerie. (_Journ. de Dangeau_, 10 et 17 avril + 1698.) Son vrai nom étoit Desbordes-Grouïn, et il venoit de fort + bas: «jadis garçon de cabaret, dit Guy Patin, fils du maître de _la + Pomme de pin_, il est aujourd’hui grand partisan, et même un des + gabelles.» Plus il fut haut, plus on se souvint d’où il venoit. Sa + nomination de garde du Trésor fut accueillie par cette chanson: + + Garde du trésor de la France, + Gruyn quelle est ton insolence! + Connais-tu _la Pomme de pin_? + C’est là que l’épouse peu fière + D’un maudit frelateur de vin + Te donna jadis la lumière. + + -- M. Chaillon, ruë des blancs Manteaux. + +_Allençon._ M. Haette, ruë de la Tixeranderie. + + -- M. de la Marliere, Cloître Saint Mederic. + +_Metz._ M. Chevalier, ruë Neuve Saint Eustache. + + -- M. Goujon, ruë Neuve des petits champs[57]. + + [57] C’est, croyons-nous, le même qui fut intendant de Rouen à la + place de Ronjault en 1715. + +_Picardie._ M. Boutin, Cloître Saint Honoré[58]. + + [58] René Boutin qui n’étoit, quatre ans auparavant, qu’un simple + intéressé dans la ferme du Tabac. + + -- M... + +_Montauban._ M. Berthelot de Schelles[59], ruë Platrière. + + [59] Lisez Berthelot de Séchelles. Après avoir été receveur à + Montauban, il venoit d’être munitionnaire en Italie. + + -- M. du Jardin, ruë de Richelieu. + +_Limoges._ M. Sandrieu, à l’Hôtel de Lavrillière[60]. + + [60] J.-B. Sandrier, et non Sandrieu, qui de la recette de Montauban + passa à celle de Limoges, fut secrétaire du Roi. + + -- M. Deschauffour, ruë des Bons Enfans[61]. + + [61] Il avoit été directeur des franchises au Mans, et mena si grand + train dans toutes ses charges qu’il mourut misérable. L’un de ses + fils, qui avoit été lieutenant dans le régiment de Tessé, eut une + fin plus triste encore. Convaincu de se livrer au vice infâme, et + pour ainsi dire d’en tenir maison, il fut brûlé vif en Grêve le 24 + mai 1726. Comme on crioit son arrêt par les rues, sans oublier le + nom du crime, les filles de Madame la Princesse demandèrent à leur + mère ce qu’étoit ce crime-là. Elle leur répondit: c’est une espèce + de fausse monnoie. + +_Bourg-en-Bresse._ M. Jauranché, ruë Haute Fueille. + + +_Receveurs du don gratuit des Etats._ + +_Flandres._ M. Brunet de Revey, ruë des Francs bourgeois. + + -- M. Berthelot de Belloy, ruë Plâtrière. + +_Franche-Conté._ M. du Rey, ruë du Roi de Sicile. + +_Bourgogne._ M. Chartraire, ruë Saint Antoine. + +_Languedoc._ M. Penautier, ruë[62]. + + [62] Si son adresse n’est pas donnée, c’est qu’il n’en avoit pas à + Paris. Il étoit toujours en Languedoc, où il mourut à la fin de + juillet 1711. Saint-Simon écrivit alors en marge de la copie qu’il + avoit du _Journal de Dangeau_, cette note qui résume bien sa vie: + «Penautier étoit devenu de caissier un très-riche financier, + trésorier du clergé et des Etats de Languedoc; homme de beaucoup + d’esprit, bien fait, galant, magnifique et obligeant. Il fut mêlé + dans les affaires de la Brinvilliers et des poisons, et mis en + prison avec grand danger.» Nous avons vu que Crozat commença par + être son caissier. + + +_Trésoriers des Parties Casuelles._ + +M. Damon, ruë de Cléry. + +M. Bertin, ruë Neuve Saint Augustin[63]. + + [63] Il avoit encore cette charge en 1702, mais plus tard, sa fortune + monta. Le Régent, dès son arrivée au pouvoir, le fit un de ses plus + intimes conseillers en matière de finance. En 1697, il quitta la rue + Neuve-Saint-Augustin pour la rue Saint-Honoré, où il avoit acheté, + pour l’embellir encore, le bel hôtel du doyen des conseillers + d’Etat, Henri Pussort, dont il sera parlé plus loin. _V._ G. Brice, + _Description de Paris_, 3e édit., 1701, in-12, p. 125-126. + + +_Trésorier du Marc d’or._ + +M. Chupin[64], ruë Saint Honoré. + + [64] Il étoit mort en 1716; sa veuve fut mise à la taxe, mais pour une + faible somme: 22,500 livres. Son fils, qui se fit appeler Chuppin de + Gouzampré, fut reçu premier président de la Cour des monnoies, le 15 + août 1727. + + +_Trésorier du Sceau._ + +M. Bechet, place des Victoires[65]. + + [65] Il devint plus tard greffier en chef du Parlement, et mourut à 83 + ans, le 24 juillet 1717: «il avoit toujours été fort estimé», dit + Dangeau à cette date. Il étoit fils d’une sœur aînée de Boileau, + qui, par ironie pour les grands airs qu’il se donnoit, l’appelle + souvent dans ses lettres «mon illustre neveu.» Il logea de longues + années chez lui, cour du Palais. Voltaire, dont le père, M. Arouet, + après avoir été notaire, devint, comme «receveur des épices», le + collègue de Dongois, s’est aussi moqué dans son _Epître à Boileau_ + des ridicules de ce neveu, chez qui on l’avoit souvent mené étant + enfant: + + Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance, + Bon bourgeois, qui se crut un homme d’importance. + + +_Receveur des Amandes du Parlement._ + +M. Dongois, Cour du Palais[66]. + + [66] Dans l’_Almanach royal_ de 1702, p. 42, où nous le trouvons à la + même adresse, on ajoute: «chez lequel on retire les lettres, quand + elles sont scellées.» + + +_Receveur des Amandes du Châtelet._ + +M. de l’Autel, ruë Jean Robert[67]. + + [67] Simon de l’Autel, qui vivoit encore en 1716, et ne fut mis à la + taxe que pour 6,400 livres. + + + + +TRÉSORIERS PAYEURS. + + +_Généraux de l’Extraordinaire des Guerres._ + +M. de Turmenies, ruë d’Orléans, au Marais[1]. + + [1] Louvois avoit eu en lui la plus grande confiance, ainsi qu’on le + vit à sa mort: Turmenies déclara alors quinze millions que le + ministre lui avoit donnés en réserve pour l’extraordinaire des + guerres (_Journ. de Dangeau_, 23 août 1691). Nous avons vu plus haut + qu’en 1696, il acheta de Frémont une des charges de gardes du + Trésor. Il la remit en 1702 à son fils Turmenies de Nointel, + intendant du Bourbonnais, maître des requêtes. + +M. de la Touanne, ruë Neuve Saint Augustin[2]. + + [2] Un des hommes de finances, dont la fortune, puis la chute firent + le plus grand bruit. Il se soutint par le crédit de Bontemps, dont, + en 1690, son fils avoit épousé la nièce Mlle Dubois. Il avoit les + plus belles terres, menoit le plus grand train; bref il faisoit + parler de lui partout, même à l’Opéra, où il disputa la célèbre + Fanchon Moreau au Grand Prieur. (_Chansonnier Maurepas_, ms. t. VII, + p. 269.) Sous le ministère de Chamillart, ses affaires et celles de + Saurion, qui étoit alors avec lui à l’Extraordinaire des guerres, se + gâtèrent, et en vinrent à un tel point que Saurion dut avouer au + ministre quatre millions de déficit dans leur caisse. Il fut mis à + la Bastille. On en eût fait autant pour La Touanne, si la maladie, + dont il mourut bientôt, ne l’eût mis hors d’état d’y être + transporté. Le roi confisqua tout ce qu’il avoit, et paya ses + dettes. + + +_Payeurs des Gages du Parlement._ + +M. Guygou, ruë de Vantadour. + + +_Des Gages du Grand Conseil._ + +M. Baudoüin, ruë des fossez Montmartre. + +M. Biguet, rue Mauconseil. + + +_Des Gages de la Cour des Aydes._ + +M. Cailly, rue Sainte Croix de la Bretonnerie. + +M. Faure, devant les Blancs Manteaux. + + +_Des Gages de la Chambre des Comptes._ + +M. Henin, ruë Jacob. + +M. des Isles, ruë + + +_Des Gages de la Cour des Monnoyes._ + +M. Poulet, rue des Postes. + +M. Mongeot, ruë du Plastre. + +M. Guilbert, ruë de la Tixeranderie. + + +_Des Gages du Chastelet._ + +M. Amelon, rue Barbette. + + +_Des Secretaires du Roy._ + +M. Raymond, rue des Blancs Manteaux. + +M. Baudouyn, rue des fossez Montmartre. + + +_Des Gardes Françoises._ + +M. Bourret, ruë de Brac. + +M. Duvaux, ruë Saint Sauveur. + + +_Des Gardes Suisses._ + +M. de Chaufourneau, ruë d’Orléans, aux Marais. + +M. du Mée, ruë du Mail[3]. + + [3] Son vrai nom était Du May. Dans la correspondance de Pontchartrain + et de D’Argenson se trouve une curieuse lettre sur la vie + scandaleuse qu’il menoit, quoique marié, avec une fille Grossot, + dont le dévergondage était à ce point éhonté qu’il l’avoit fait + chasser de l’Opéra. _V._ Clément, _La Police sous Louis XIV_, p. + 451. + + +_Des cent Suisses._ + +M. Alvarez, rue Thibaut-Thodé[4]. + + [4] Louis Alvarès, qui se fit plus tard baron de Coursan, étoit un + intrigant bon à tout pour s’enrichir. Nous le trouvons ici trésorier + des Cent-Suisses; plus loin, nous le verrons joaillier de la Cour. + Il étoit en outre banquier, traitant, et fournisseur de la marine. + L’espionnage et la délation étoient aussi son fait. C’est lui qui + fit prendre, selon Foucault (_Mémoires_, p. 327), Chauvigny, dit La + Bretonnière, qui faisoit le _lardon_, c’est-à-dire la _Gazette de + Hollande_, et qu’on accusoit d’être l’auteur du _Cochon Mîtré_ (V. + nos _Variétés_, t. X, p. 327). Foucault fit tirer Chauvigny de la + cage de bois où Louis XIV l’avoit fait enfermer au Mont + Saint-Michel, mais dut le laisser dans la prison même, où il mourut + après vingt ans de captivité.--D’après les dernières découvertes de + M. Jung (_la Vérité sur le Masque de fer_, 1872, in-8, p. 376), + Alvarès pourroit bien avoir été pour quelque chose dans la capture + du prisonnier masqué. + + +_Des Chevaux Légers de la Garde._ + +M. Poupart, ruë + +M. Bourgevin, ruë + +M. Rullault, ruë + + +_Des Gens d’Armes de la Garde._ + +M. Pardé des Mottes, rue du Temple. + + + + +RENTES DE L’HOTEL DE VILLE. + + +_La première partie des Rentes assignées sur le Clergé est payée par_ + +Mrs Boileau, vieille ruë du Temple, et Roberge, ruë des Rosiers. + + +_La deuxième le Vendredy, par_ + +Mrs de la Bruyère, ruë des Augustins[1], et Guybert, ruë du Cimetiere S. +André. + + [1] Louis de La Bruyère, frère cadet de l’auteur des _Caractères_. + D’abord premier huissier du Parlement, il avoit quitté cette charge + vers 1686, pour celle que nous lui voyons ici. Il mourut, un an + avant son frère, le 12 mai 1695, n’ayant que quarante-sept ans. + (Jal, _Dictionn. critique_, p. 715.) + + +_La troisième le Jeudy, par_ + +M. le Bœuf, Cloître Notre Dame. + + +_La première partie des Rentes assignées sur les Aydes et Gabelles est +payée le Mardy, par_ + +M. Lerelle, ruë du grand Chantier. + + +_La deuxième le Mardy, par_ + +M. Bachelier, ruë de la Corderie. + + +_La troisième le Mercredy, par_ + +M. Desponty, rue Tizon. + + +_La quatrième le Mercredy, par_ + +M. Boiteux, rue de la Cerisaye. + + +_La Cinquième le Jeudy, par_ + +M. Deschamps, près les Minimes. + + +_La Sixième le Mercredy, par_ + +M. le Droit, rue de Grenelle. + + +_La Septième le Vendredy, par_ + +M. Amiot, rue Michel le Comte. + + +_La Huitième le Vendredy, par_ + +M. Fredy, Cloitre Saint Benoist. + + +_La Neuvième le Vendredy, par_ + +M. Routier, rue Geoffroy Lasnier. + + +_La Dixième le Vendredy, par_ + +M. du Noyer, Cul de sac des Blancs Manteaux. + + +_La Onzième le Samedy, par_ + +M. Tissart l’Ainé, rue Saint Sauveur. + + +_La Douzième le Samedy, par_ + +Mrs Le Mesle, rue des Ecrivains, et Issaly, rue des Rats. + + +_La Treizième le Samedy, par_ + +M. Houdiart, ruë Perpignan. + + +_La Quatorzième le Samedy, par_ + +M. Hocart, rue des Fossez Montmartre. + + +_La Quinzième le Jeudy, par_ + +M. Roüalle, rue des Audriettes. + + +_La Seizième le Jeudy, par_ + +M. Tissart le Jeune, rue Saint Sauveur. + + +_La Dix septième le Mercredy, par_ + +Mrs Boureau, rue de la Tisseranderie, et Berger, rue d’Orléans, au +Marais. + + +_La Dix huitième le Mardy, par_ + +Mrs Priaux, rue de la Colombe, et Soüet, rue Verderet. + + +_Les douze cens mil livres[2] de l’Edit du mois de Novembre 1689 sont +payez par_ + + [2] Dangeau (_Journal_, 1er déc. 1689) dit 1,400,000 livres, ce qui + est le vrai chiffre. Il ajoute que cette somme étoit constituée en + rentes viagères sur l’Hôtel de Ville, «acquises suivant les + différents âges, avec accroissement de l’intérêt des mourants sur + les survivants.» C’étoit la réalisation de _la Tontine_, proposée + plus de trente ans auparavant par l’italien Tonti, de qui venoit son + nom. (Isambert, _Anciennes lois françoises_, t. XX, p. 87.) La somme + affectée aux intérêts, en principal, devoit être prise sur les + droits d’aides et gabelles, et sur les cinq grosses fermes, + «spécialement hypothéquées, disoit l’édit, au payement desdites + rentes, même par préférence à la partie de notre Trésor royal.» + Cette tontine eut un très-grand succès: «J’aurois, écrivoit + l’intendant du Berry, Seraucourt, au Contrôleur général, à l’époque + où le projet en fut émis, j’aurois peine à vous expliquer + l’applaudissement qu’on lui donne dans toute cette province, tant + pour l’invention (chacun présumant qu’il vivra plus que les autres, + et espérant par-là parvenir à une grande fortune) que par la + sagesse, avec laquelle tous les cas qui peuvent tomber dans + l’imagination ont été prévus.» (Boislisle, _Correspond. des + contrôleurs généraux_, in-4º, p. 211.) + +Mrs de Bellecour, rue des Victoires, Berger le Jeune, rue de Poictou au +Marais, et Boucher, ruë Plastrière. + + +_La Tontine ou Rentes Viagères sont payées par_ + +M. Durand, à l’Hôtel d’Albret, rue des Francs Bourgeois. + + +_Les Syndics Onéraires[3], sont_ + + [3] C’est-à-dire responsables, ayant réellement charge (_onus_). + Presque sous la même forme, c’est ainsi un mot tout opposé à + «honoraire.» + +_pour les 1e, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e Classes_ + +M. de Lonpré, à l’Hôtel de Ville. + + +_Pour les 7e, 8e, 9e et 10e Classes._ + +M. Tiercelet, rue Saint Antoine au dessus de S. Paul. + + +_Et pour les 11e, 12e, 13e et 14e Classes[4]_ + + [4] Une dame Charlotte Bonnemay, veuve Louis Barbier, avoit pris une + action de la 13e classe, et, quand une seconde tontine fut créée en + 1696, une action encore, mais de la 14e classe. En 1726, elle vivoit + toujours, et, se trouvant la survivante des rentiers de ces deux + classes, elle n’avoit pas moins de 76,000 livres de rente. Elle + mourut cette année-là, le 9 mars, à quatre-vingt-seize ans. + (_Gazette de France_, 9 mars 1726.) + +M. de Courcelles, près Sainte Marine. + + +_Le Million de livres de l’Edit du mois de May 1691[5] est payé par_ + + [5] «Le roi, dit Dangeau, à la date du 28 mai 1691, a créé un million + de rentes à la Maison de Ville, au denier dix-huit.» Nous dirions à + cinq et demi pour cent. C’étoit dix sous de plus que le taux légal + qui, dès le temps de Colbert, étoit au denier vingt, c’est-à-dire + cinq pour cent. (Chéruel, _Fouquet_, t. II, p. 269.) + +Mrs Perelle, rue du grand Chantier, Bachelier, rue de la Corderie et +Despontis, rue des Tournelles. + +Le Bureau des Officiers Conservateurs des Hipotheques sur les Rentes de +la Ville est rue de la Verrerie près la rue Bardubec, où M. de la Porte +principal Commis reçoit les Oppositions, Main levées, et Ratifications +et en delivre les Expéditions, ainsi que des échanges, Donations etc. + + + + +CONSEILS DU ROY, ET CHANCELLERIE. + + +Monseigneur Boucherat[1] Chevalier des ordres du Roi, Chancelier et Chef +de la Justice de France a son Hôtel rue Saint Louis, au Marais[2], où il +tient souvent le Conseil des Parties et l’Audiance du Sceau. + + [1] Louis Boucherat, chancelier de France et garde des sceaux, depuis + le 1er nov. 1665. Après avoir été successivement conseiller au + Parlement, maître des requêtes, intendant de Guyenne, de Languedoc, + de Champagne et de Picardie, il étoit à quarante-neuf ans, par la + protection de Turenne, monté à ces hautes fonctions, qu’il garda + jusqu’à sa mort, le 2 septembre 1699. + + [2] Il existe encore au nº 40, mais est plus connu dans le quartier + sous le nom d’hôtel d’Ecquevilly, qu’il eut ensuite, que sous le nom + de Boucherat. Quand celui-ci mourut, on commençoit le percement + d’une rue qui devoit relier la rue Vieille-du-Temple à la rue + Charlot. On lui donna son nom qu’elle garda jusqu’en 1851; elle fut + confondue alors avec la rue Saint-Louis, aujourd’hui de Turenne, + dont elle est, en effet, le prolongement. + + +_Conseillers d’Etat ordinaires._ + +M. l’Archevêque Duc de Rheims[3], rue Saint Thomas du Louvre. + + [3] Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, le même qui fut + si cruellement satirisé dans le _Cochon Mîtré_, dont nous avons + parlé plus haut. + +M. l’Archevêq. de Rouen[4], rue de Verneuil. + + [4] Jacques-Nicolas Colbert, un des fils du ministre. Avant d’être + archevêque à Rouen, il y avoit été coadjuteur, avec le titre + d’archevêque de Carthage. + +M. Pussort[5], rue Saint Honoré. + + [5] Henri Pussort, doyen du Conseil, le dernier survivant des juges de + Fouquet, contre lequel il avoit déployé une véhémence dont s’indigna + Mme de Sévigné, et qu’expliquoit sa parenté avec Colbert, dont il + étoit l’oncle maternel. Il mourut le 18 février 1697, «dans une + grande vieillesse, dit Saint-Simon, et toujours dans une grande + considération.» Pour sa maison, achetée en 1697 par Bertin des + parties casuelles, voy. plus haut ce que nous avons dit de celui-ci. + +M. Voisin[6], rue Sainte Croix de la Bretonnerie. + + [6] Le même, qui devint ministre de la guerre, puis chancelier, puis + garde des sceaux, le 2 juillet 1714, et qu’il eût fallu, suivant + Saint-Simon, laisser dans quelque intendance, comme celle du + Hainaut, où il avoit montré des qualités, mais de second ordre: + «Noyé, dit-il, dans la science d’intendant qu’il possédoit + parfaitement, et dans l’exercice de laquelle il avoit passé presque + toute sa vie.» + +M. Courtin[7], rue Saint Louis, au Marais. + + [7] Honoré Courtin, doyen du conseil après la mort de Pussort. Il + avoit été plusieurs fois ambassadeur, notamment en Angleterre, à + l’époque de la fuite de la reine, femme de Jacques II: «Il avoit, + dit Saint-Simon, signé le traité de Heilbronn, celui de Bréda et + plusieurs autres. Il avoit toujours été fort estimé et fort honoré + dans tous les emplois où il avoit passé.» Il mourut le 27 décembre + 1703. + +M. Benard de Rezé[8], rue d’Orléans. + + [8] Fut longtemps du Conseil, dont il mourut le sous-doyen, le 9 + décembre 1702. Un de ses fils fut évêque d’Angoulême. + +M. d’Aligre[9], ruë Saint Dominique, Quartier Saint Germain. + + [9] Fils du chancelier Etienne d’Aligre. Il avoit dû à la haute + position de son père d’être fait conseiller ordinaire, sans passer + par le titre de conseiller de semestre. Cette faveur étoit grande, + et personne de son rang ne l’obtint après lui, ce que Dangeau + n’oublia pas de constater, en parlant de sa mort le 19 mai 1695. + +M. de Pommereu[10], vieille rue du Temple. + + [10] Aug. Rob. de Pommereu, seigneur de la Bretêche-Saint-Non, fut + intendant du Bourbonnais et de Bretagne, où Mme de Sévigné le trouva + le plus honnête homme et le plus bel esprit de la robe. Il fut + ensuite à Paris prévôt des marchands de 1676 à 1683, et devint deux + ans après conseiller d’Etat. Quand il mourut en septembre 1699, + Saint-Simon écrivit en marge de son manuscrit du _Journal de + Dangeau_ cette note qui vaut une oraison funèbre: «homme droit, + ferme, et transcendant, qui avoit et méritoit des amis.» + +M. d’Argouges[11], ruë de l’Echarpe. + + [11] Frère du lieutenant civil. Il fut fait conseiller d’Etat avec + Caumartin, le 20 janvier 1685: «Ils étoient, dit Dangeau, les plus + anciens du semestre.» + +M. Bignon[12], ruë des Bernardins[13]. + + [12] Jérôme Bignon, fils de l’avocat général au Parlement, et + conseiller d’Etat depuis le 28 mars 1686. Saint-Simon, qui «étoit de + père en fils ami particulier des Bignon», l’avoit en grande estime. + + [13] L’hôtel patrimonial des Bignon s’y trouvoit. Il avoit été + construit en 1566 pour Jacques Lefèvre, abbé de la Chaise-Dieu, + conseiller intime de Charles IX. L’étage inférieur, dont les + sculptures allégoriques, datées de 1567, sont attribuées à Jean + Goujon, fut transporté, après la démolition de l’hôtel, en 1830, + dans la seconde cour de l’École des Beaux Arts, où il est toujours. + L’abbé Bignon, fils du conseiller d’Etat et bibliothécaire du roi, + avoit, au commencement du XVIIIe siècle, vendu l’hôtel au chancelier + de la principauté de Dombes, M. Chol de Torpane, dont il avoit pris + le nom. + +M. Rouillé[14], Isle Notre Dame. + + [14] Rouillé, comte de Melai, dont Mme de Sévigné désiroit tant que + son fils épousât la fille. Il avoit été fait conseiller d’Etat à la + mort de Caumartin, et il fut président du Conseil des finances au + commencement de la Régence. + +M. de la Reynie[15], ruë du Boulloy. + + [15] Gabriel-Nicolas de la Reynie, si célèbre comme lieutenant de + police. C’est à ce titre que nous parlerons de lui plus loin. Sa + nomination au Conseil d’Etat datoit du 28 mars 1686. + +M. le Marquis de Villars[16], rue sainte Anne. + + [16] Un des trois conseillers d’état d’épée. Le célèbre maréchal duc + de Villars étoit son fils. C’est l’_Orondate_ de Mme de Sévigné. Il + avoit été ambassadeur en Danemarck, puis à Madrid, d’où il rapporta + ce curieux _Mémoire sur la Cour d’Espagne, depuis 1679 jusqu’en + 1681_, publié en 1733, pet. in-8, et réimprimé à Londres, à petit + nombre, en 1861, d’après un manuscrit, par M. W. Stirling qui le + croyoit inédit. Le marquis mourut le 28 mars 1698, à plus de + quatre-vingts ans. Sa femme a laissé des _Lettres_, dont le + chevalier Perrin possédoit le recueil, et dont la publication qu’il + se réservoit n’a été faite qu’en 1760, six ans après sa mort. Léop. + Collin les réimprima sous l’empire, et plus récemment M. Courtois en + donna une édition fort soignée. + +M. de Saint Romain[17], rue saint Louis. + + [17] Melchior de Harod de Senevas, marquis de Saint-Romain, mort en + juillet 1694, à plus de quatre-vingts ans. Il étoit le plus intime + ami de Courtin que nous avons vu plus haut: «tous deux conseillers + d’état, dit Saint-Simon, l’un d’épée, l’autre de robe.» + +M. le Comte de la Vauguion[18], rue de Grenelle, Quartier S. Germain. + + [18] Cette note de Saint-Simon, dans le _Journal de Dangeau_, à la + date de sa mort, le 29 décembre 1693, peut lui servir de biographie: + «Après diverses folies, il se tua de deux coups de pistolet, chez + lui à Paris, dans son lit. Il étoit chevalier de l’Ordre depuis + 1688, conseiller d’Etat d’épée, et avoit eu plusieurs ambassades, + fort gueux, plein d’esprit et de galanterie; veuf et sans enfant, + très petit et simple gentilhomme.» + +M. l’Archevesque d’Ambrun[19], près le Collége des 4 Nations. + + [19] Charles Brulart de Genlis, mort en 1714. + + +_Conseillers d’Etat du Semestre de Janvier._ + +M. d’Aguesseau[20], Quai de Nesle. + + [20] Henri d’Aguesseau, d’abord maître des requêtes, président au + grand Conseil, puis intendant à Limoges, à Bordeaux, dans le + Languedoc, et enfin conseiller d’Etat. L’idée de créer l’ordre de + Saint-Louis est de lui. A sa mort, le 5 sept. 1699, Saint-Simon, + dans une note du _Journal de Dangeau_, fit amplement son éloge. + L’illustre chancelier d’Aguesseau étoit son fils. + +M. de Ribeyre[21], ruë de Taranne. + + [21] Antoine de Ribeyre, qui étoit aussi conseiller d’honneur au + parlement de Paris, après avoir été intendant à Poitiers, puis à + Tours, et commissaire du Conseil en Bretagne. A sa mort, en octobre + 1712, son gendre La Bourdonnois, intendant d’Orléans, lui succéda + comme conseiller d’Etat. + +M. le Comte d’Avaux[22], ruë sainte Avoye. + + [22] Jean-Antoine de Mesme, qui s’étoit donné le titre de comte + d’Avaux qui n’appartenoit qu’à son frère aîné: «Ses fréquentes + ambassades, dit Saint-Simon, l’avoient accoutumé à l’épée et à se + faire appeler le comte d’Avaux en pays étranger. Dans ses divers + retours en France, il ne put se résoudre à se défaire de cette + qualité de comte, ni à reprendre l’habit de son état.» C’est lui que + Mme de Sévigné appelle _Figuriborum_. Il mourut en février 1709. + Nous avons, p. 26, note 3, parlé de son hôtel. + +M. l’Abbé le Pelletier[23], ruë de la Couture sainte Catherine. + + [23] Ancien commissaire aux Grands Jours d’Auvergne, frère du + contrôleur général Le Pelletier et de Le Pelletier, de Souzy. Il + étoit conseiller d’Etat depuis 1685, et il mourut le 17 octobre + 1696. + +M. de Breteuil[24], rue du Grand Chantier. + + [24] Ancien intendant des finances, et conseiller d’Etat depuis 1685. + +M. du Gué de Bagnols[25], Intendant en Flandres. + + [25] Dreux-Louis Du Gué de Bagnols, conseiller d’Etat depuis 1687. + C’est le même dont la femme amusoit tant Mme de Sévigné avec ses + ridicules. + + +_Conseillers d’Etat du Semestre de Juillet._ + +M. de Marillac, ruë Sainte Avoye[26]. + + [26] Ancien avocat général au grand Conseil et intendant à Poitiers. + Il eut la charge de conseiller d’Etat de semestre en 1603, parce que + son père s’en démit pour lui, «ce qui, dit Dangeau, ne s’étoit + jamais pratiqué.»--L’escalier de son hôtel, rue Sainte-Avoye, étoit + remarquable. _V._ G. Brice, 3e édit., t. I, p. 256. + +M. le Pelletier de Souzy[27], rue de la Couture S. Catherine. + + [27] Nous avons dit comment il fut en passe de succéder à son frère + comme contrôleur général au lieu de Pontchartrain. Il étoit d’une + grande capacité. C’est avec lui que le roi faisoit tous les lundis + le travail des fortifications. + +M. de la Moignon de Basville, Intendant en Languedoc[28]. + + [28] Cinquième fils du président de Lamoignon. Il fut d’abord + intendant à Poitiers. En Languedoc, après la révocation de l’Edit, + il fut terrible contre les protestants. + +M. Bazin de Bezons, Intendant en Guyenne[29]. + + [29] Avoit été d’abord intendant à Limoges et à Orléans. Il étoit + conseiller d’Etat de semestre depuis le 28 mars 1686. + +M. de Harlay de Bonneuil[30], ruë Saint Louis, au Marais. + + [30] Nicolas-Auguste de Harlay de Bonneuil, d’abord conseiller au + Parlement, maître des requêtes et intendant en Bourgogne. Il fut + conseiller d’Etat de semestre en 1686, et conseiller d’Etat + ordinaire en 1700. Le chancelier Boucherat étoit son beau-père. + +M. de Fourcy[31], rue de Jouy[32]. + + [31] Autre gendre de Boucherat, dont il avoit épousé la fille aînée. + Il fut prévôt des marchands à Paris, de 1684 à 1691. + + [32] A l’époque de sa prévôté on ouvrit, près de son hôtel, une rue + qui faisoit communiquer la rue de Jouy avec la rue Saint-Antoine. On + lui donna son nom qu’elle a gardé. + + +_Maitres des Requestes de l’Hotel du Roy._ + +Pour M. le Doien, voiez le Chapitre des principaux Magistrats, et pour +les autres prenez la liste dans la Grand’Salle du Palais, près la +Chapelle, au bas du dégré des Requestes de l’Hôtel, ou chez les Sieurs +Michallet et Rondet imprimeurs ruë Saint Jacques. + + +_Les Grands Audianciers de France, Examinateurs et Rapporteurs des +Lettres qui doivent passer au Grand Sceau, sont_ + +Pour le quartier de Janvier, M. Boucher, ruë des Quatre Fils. Pour celuy +d’Avril, M. le Mire, ruë de Paradis. Pour celuy de Juillet, M. le Fevre, +Place du Collége Mazarini[33]. Et pour celuy d’Octobre, M. le Menestrel, +ruë du Hazard[34]. + + [33] Il logeoit, en effet, au collége des Quatre Nations, ou collége + Mazarin, qui est, comme on sait, devenu le palais de l’Institut. + + [34] Fils du trésorier du Conseil des bâtiments. Il habitoit, rue du + Hazard, une des nombreuses maisons dont son père avoit eu, grâce à + sa charge, le terrain presque pour rien, à l’époque où l’on + construisoit ce quartier. V. notre _Histoire de la Butte des + Moulins_, p. 84. + + +_Les Contrôleurs Généraux de l’Audiance de la Chancellerie de France qui +veillent à ce que les Lettres accordées ne soient soustraites, et que +nulles autres ne passent au sceau, sont_: + +Pour le quartier de Janvier, M. Contard[35], ruë saint Honoré. Pour +celui d’Avril, M. Pitot[36], ruë de Ventadour. Pour celui de Juillet, M. +Benoist, ruë de Grenelle, quartier saint Germain. Et pour celui +d’Octobre, M. de Jonquiere, rue Vivienne. + + [35] Il faut lire Coustard, d’après _l’Alman. royal_ de 1702, p. 41. + + [36] Le même _Almanach_ le nomme Pirot. + + +_Les Gardes des Rolles des Offices de France, sont_: + +Pour le quartier de Janvier, M. Préval, ruë de la Sourdiere. Pour celui +d’Avril, M. Hevin[37], rue des Fossez Montmartre. Pour celui de Juillet, +M. Boucot[38], rue Hautefueille. Et pour celui d’Octobre, M. Ausbourg, +rue des Fossez Montmartre. + + [37] Hénin, d’après le même _Almanach_, p. 41. + + [38] C’étoit un des plus grands _curieux_ de Paris, comme on le verra + plus bas, à propos de sa bibliothèque. Il eut la visite de Lister, + quand celui-ci fit son second voyage à Paris. Grand amateur de + coquilles, il admira surtout celles qui étoient une des nombreuses + curiosités du cabinet de Boucot (_Voyage de Lister à Paris en 1698_, + traduct. de la Société des bibliophiles, 1873, in-8, p. 64-66). G. + Brice, qui lui aussi, dans sa _Description de Paris_, parle + longuement, t. II, p. 97-99, des collections de Boucot, y mentionne + en particulier la bibliothèque: «On y voit, dit-il,... une grande + quantité de livres très-bien conditionnés, entre lesquels il y en a + plusieurs de cartes et d’estampes rares et singuliers.» A la mort de + Boucot, en 1699, la vente de ses livres prouva que Brice avoit dit + vrai; il nous suffira de donner le titre du _Catalogue_, qui + annonçoit cette vente pour le 16 nov.: _Catalogue de la Bibliothèque + de défunt M. Boucot, garde rolle des officiers de France, composée + de plus de dix huit mille volumes de livres imprimez, très-bien + conditionnez, plusieurs des in-folio étant de grand papier, et + reliez en maroquin, de plus de soixante et dix mille estampes, entre + lesquels il y a dix sept mille portraits_. M. G. Duplessis a publié, + en 1870, sur cette vente, une curieuse lettre de Nicos Clément à + Gaignières, dans _le Bibliophile françois_, t. V, p. 97. + + +_Trésorier General du Sceau._ + +M. Bechet, Place des Victoires. + + + + +SECRETAIRES DU ROY. MAISON ET COURONNE DE FRANCE. + + +_Syndics en Charge._ + +M. de la Baune, ruë Thibaut Thodé. + +M. Rouillet de Beauchamps, rue des Rosiers, quartier S. Germain. + +M. Gourdon, à l’Hôtel de Guise. + +M. Gamard, ruë Neuve des petits champs. + +M. Hubert, rue Sainte Avoye. + +M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye. + + +_Trésorier de la bourse commune._ + +M. de Lamet, près Saint Eustache. + +Ces Officiers tiennent les Assemblées du Collége en la Chancellerie du +Palais, où l’on peut recouvrer la liste générale de ceux qui en sont +Membres, et encore chez le sieur Rondet Imprimeur, rue S. Jacques. + + +_Advocats ez Conseils du Roy._ + +M. Aubery leur Doyen, demeure ruë Saint Denis devant la rue du petit +Lion. + +On peut recouvrer leur Liste chez le sieur du Brec Clerc de leur Collége +rue de la Calandre, ou encore chez le même Rondet. + + + + +PRINCIPAUX MAGISTRATS. + + +_Juges ordinaires et gens du Roy, des Cours souveraines et Juridictions +subalternes de Paris._ + + +PARLEMENT. + + +_Premier Président._ + +M. de Harlay[1], Cour du Palais. + + [1] Achille de Harlay, qui avoit succédé dans cette charge à M. de + Novion, en sept. 1689. Sa complaisance, lorsqu’il étoit procureur + général, pour la légitimation des bâtards du Roi, «doubles + adultérins», fut, selon Saint-Simon, la source de sa fortune. Il + avoit été «l’adroit auteur de cette légitimation... sans nommer la + mère.» Saint-Simon, _Mém._ 1877, in-18, t. XX, table rédigée par + lui-même, p. 257. + + +_Présidens à Mortier._ + +M. de Nesmond[2], Quay de la Tournelle[3]. + + [2] Il avoit acquis, en 1689, de Lamoignon, qui en garda la + survivance, cette charge de président à mortier. Lorsque Nesmond + mourut en 1693, Lamoignon eut ainsi le droit, moyennant 350,000 + livres données à sa famille, de reprendre la charge. (Dangeau, + _Journal_, 4 déc. 1689 et 19 mars 1693.) + + [3] Son hôtel y existe encore presque intact, auprès de la _Pharmacie + centrale_, qui étoit alors, nous l’avons dit plus haut, l’hôtel dont + Mme de Miramion, belle-mère de Nesmond, avoit fait un couvent. Selon + Saint-Simon, c’est Nesmond qui fit le premier poser au-dessus de sa + porte un marbre avec son nom en lettres d’or. V. nos _Enigmes des + rues de Paris_, p. 181. + +M. de Maisons[4], ruë de l’Université. + + [4] Il est beaucoup parlé de lui dans Saint-Simon, qui dit beaucoup de + bien de son esprit, et assez peu de son caractère. Il mourut en août + 1715, dans toute la force de son influence sur le Parlement, et avec + l’espérance qu’à la mort du roi, qui ne devoit tarder que de + quelques jours, il seroit fait garde des sceaux. Le nom de sa + famille étoit Longueil. Elle l’avoit échangé pour celui de Maisons, + lorsque l’aïeul du président avoit obtenu l’érection en marquisat de + la terre de Maisons, où il avoit fait bâtir un si beau château, + pendant qu’il étoit surintendant des finances. Ses malversations le + firent révoquer. Il se contenta de dire: «Ils ont tort; j’avois fait + mes affaires, j’allois faire les leurs.» Saint-Simon, notes sur + Dangeau, 12 avril 1705. + +M. de Champlatreux[5], ruë du Brac. + + [5] De l’illustre famille des Molé, et fils de l’un des derniers + gardes des sceaux. Il céda sa charge à son fils, lorsqu’il eut + trente et un ans. (Dangeau, 11 avril 1707.) + +M. le Pelletier[6], vieille ruë du Temple. + + [6] Il devint premier président après la démission de M. de Harlay, et + se démit lui-même de cette charge, en 1712, à la mort de son père, + Claude Le Pelletier, ancien ministre d’Etat et contrôleur général, + qui l’y avoit fait rester malgré lui. Un accident arrivé au Palais, + dans l’Hôtel de la Présidence, où le plancher de la salle à manger + croula sous lui, avoit dérangé son cerveau, jusqu’à le rendre + presque incapable de tout travail. (Saint-Simon, t. IV, 78; VI, p. + 212.) C’est son père, étant prévôt des marchands avant d’arriver au + Ministère, qui avoit fait construire près de la Grêve, en 1675, le + quai nommé, à cause de lui, quai Pelletier. (_Id._, t. I, p. 301.) + +M. de Mesmes[7], ruë Sainte Avoye. + + [7] Jean-Antoine de Mesme, neveu du comte d’Avaux dont il a été + question plus haut. Il avoit succédé, comme président à mortier, à + son père mort en janvier 1688. Il devint premier président en 1712, + par suite de la démission de Le Pelletier. + +M. de Novion[8], ruë du Baac. + + [8] Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit été jusqu’en + septembre 1689 premier président. Sa vénalité força le roi de lui + faire abandonner cette charge pour la céder à M. de Harlay. «Sur ses + injustices réitérées, dit Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de + l’obliger à se défaire.» (_Note_ sur Dangeau, 20 septembre 1689.) + +M. Talon[9], ruë Saint Guillaume. + + [9] Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en novembre + 1690, une des deux places de présidents à mortier que le roi venoit + alors de créer, et pour chacune desquelles il avoit fait verser à + l’un et à l’autre des titulaires une somme de 350,000 livres, afin + de dédommager les présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur + nombre. (Dangeau, 12 nov. 1690.)--Sa maison existe encore au nº 16 + de la rue Saint-Guillaume, avec cette «structure tout à fait belle», + dont parle G. Brice, édit. de 1684, t. II, p. 187. «Les + appartements, ajoute-t-il, sont très agréables, ayant les vues + tournées sur les jardins des maisons voisines. La cour est grande, + et enfin il paroît que cette maison a été élevée avec beaucoup de + dépense; mais ce qui lui donne un merveilleux ornement, est + l’excellente bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a + de plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits, soit + pour les livres imprimés.» + +M. de Menars[10], porte de Richelieu[11]. + + [10] Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame Colbert, qui + avoit d’abord été conseiller au Parlement et surintendant de la + maison de la Reine. Il avoit eu la seconde des deux charges de + président à mortier créées en 1690, et dont Talon, nous l’avons dit, + avoit eu la première. Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle + terre de Ménars, près de Blois: «plein d’honneur, dit Saint-Simon + (t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige dans un + président à mortier.» + + [11] Son hôtel étoit en effet «à côté de la porte de Richelieu», dans + l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le nom de Ménars qu’elle + lui devoit. Il avoit d’abord logé rue Vivienne, près de l’hôtel de + son beau-frère Colbert (G. Brice, édit. 1684, t. I, p. 89). La + bibliothèque de De Thou, qu’il avoit achetée tout entière un fort + grand prix, le suivit dans ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé + Du Guay en furent les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en + occupoit guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas + beaucoup plus de souci: «Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon (t. + X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du + célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un meuble de fort + grande montre, mais de très-peu d’usage.» + + +_Présidens des Enquestes._ + +Première Chambre, Mrs de Meaupou, ruë Pierre Sarrazin[12], et de la +Barde[13], Cloître Notre Dame. + + [12] Il devint président à mortier à la mort de Ménars, par suite d’un + marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire, et qui l’est, en + effet, il lui acheta en 1717 la survivance de sa charge pour la + somme énorme de 750,000 livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à + verser aux héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin! + + [13] Denis de la Barde, qui en même temps que président des enquêtes + étoit archidiacre de Josas et chanoine de l’église de Paris, ce qui + explique sa demeure au cloître Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709, + à soixante et onze ans. + +Deuxième Chambre, Mrs Sevin de Quinsi, ruë des Blancs Manteaux, et de +Thumery de Boissise, ruë Barbette. + +Troisième Chambre, Mrs Briçonnet, ruë porte Foin, et Amelot[14], rue +Dauphine. + + [14] Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence des + enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres des requêtes. + Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit pas moins de 100,000 + livres de rente, avec la fille de Barillon, notre ambassadeur à + Londres. + +Quatrième Chambre, Mrs Crosset[15], ruë Neuve Saint Augustin, et +Feydeau, Cloistre Nostre Dame. + + [15] Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut le 19 + novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président d’honneur au + Parlement. + +Cinquième Chambre, Mrs de la Baroire[16], ruë de Taranne, et le Clerc de +Lesseville[17], Cloître Saint Méderic. + + [16] Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au mois + d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement, comme + conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il avoit épousé une vieille + mais très-riche veuve, avec laquelle il se conduisoit fort mal, + suivant Mme de Sévigné, qui l’appelle de la Baroie. V. sa lettre du + 4 juin 1676. C’est lui, d’après les _Clés_, qui, pour cela, auroit + servi de type au 26e _caractère_ de La Bruyère, dans le chap. de + _Quelques usages_. + + [17] C’est, d’après les _Clés_, un des _Sannions_ de La Bruyère. Ils + étoient plusieurs frères, tous dans la haute robe, qui descendoient, + disoit-on, d’un tanneur de Mantes dont la fortune étoit venue d’un + prêt qu’il avoit fait sur parole à Henri IV, dans le temps de la + bataille d’Ivry. + + +_Présidens des Requestes du Palais._ + +Première Chambre, Mrs Ferrand, ruë Serpente[18], et Besnard de Rezé, +près les Capucins du Marais. + + [18] C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme, une Belizani, + fit tant parler d’elle, moins pour l’_Histoire des amours de Cléante + et de Belise_, assez piètre roman de sa façon, que pour l’histoire + de ses propres amours. Le scandale en fut si grand, que le président + refusa de reconnoître une fille, dont elle étoit accouchée, et + qu’elle dut faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette + fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour se + faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être reconnue + par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui avoit habité, rue + Serpente, l’hôtel du président, recueillit avec soin, comme + souvenir, toutes les pièces de ce curieux procès. (V. le _Catalogue_ + de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.) + +Deuxième Chambre, Mrs de Boiquemare[19], rue de Bourbon, et Brunet de +Thorigny, ruë des Francs-Bourgeois. + + [19] Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray, grande coquette du + temps, la _Lise_ de La Bruyère, l’avoit épousé en secondes noces, + mais sans vouloir perdre son premier nom. C’est ce qui a fait dire à + La Bruyère (_Des femmes_, § 76), à propos de certains maris et de + leurs femmes: «ils n’ont souvent rien de commun... pas même le + nom... chacun a le sien.» + + +_Avocats Generaux._ + +M. de Harlay[20], Cour du Palais. + + [20] Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit avocat + général depuis le mois de janvier 1691, et devint conseiller d’Etat + en février 1697, tout cela fort jeune pour de si importantes + fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1717, il n’avoit que + quarante-neuf ans. + +M. de la Moignon[21], à l’Hostel d’Angoulesme[22]. + + [21] Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier président + Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une des épîtres de + Boileau. Ce fils devint président à mortier en avril 1698, et mourut + le 7 août 1709. + + [22] Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois, il + existe encore, avec ses curieuses façades sur la cour, telles + qu’elles avoient été construites par Diane de France, fille + naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes se voient + encore dans les frontons, et après laquelle l’hôtel, pour rester + dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême, fils naturel de Charles + IX et de Marie Touchet, de qui lui vint le nom qu’on lui donne ici. + Il prit celui de Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y + furent succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit + de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors d’une + grande étendue; et dont la bibliothèque, qui avoit Adrien Baillet + pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain Brice, édit. de + 1701, t. I, p. 323.) + +M. d’Aguesseau[23], ruë Pavée, prés Saint André[24]. + + [23] L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février + 1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général, comme nous le + voyons ici, puis en octobre 1700, procureur général. + + [24] Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve à gauche + en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans la rue Pavée, qui + s’appelle aujourd’hui _rue Séguier_, du nom d’une autre illustre + famille de magistrats, qui occupoit l’hôtel voisin de celui-ci. Le + 27 juin 1714, éclata à l’hôtel d’Aguesseau un terrible incendie qui + donna lieu à de grands procès, par suite de la destruction de + nombreux dossiers appartenant à diverses parties. (Bruneau, + _Observations sur les lois criminelles_, in-4º, p. 93.) + + +_Procureur General._ + +M. de la Brisse, rue Barbette. + + + + +GRAND CONSEIL. + + +_Premier Président._ + +M. Bignon[1], rue Saint Jacques. + + [1] Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son prénom étoit + Thierry. Il fut d’abord simple président au grand Conseil, puis, en + mars 1690, premier président. Il mourut à soixante-cinq ans, le 19 + janvier 1697. + + +_Présidens du premier Semestre._ + +M. le Boulanger, ruë des petits Augustins. + +M. Feydeau de Brou[2], ruë neuve Saint Paul. + + [2] Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son nom à l’une + des rues du quartier Richelieu, construite vers la fin du XVIIe + siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de Pierre Feydeau, étoit + dame du fief de la Grange-Batelière, sur lequel on en avoit pris le + terrain. (Lebeuf, _Hist. du diocèse de Paris_, t. IX, p. 38.) + Feydeau de Brou avoit eu du roi la présidence au grand Conseil, en + 1689, «comme plus ancien maître des requêtes.» (_Mém. de Foucault_, + p. 254.) + +M. Joly de Blaizy[3], ruë des Rosiers. + + [3] Lisez Joly de Bézy. + +M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux. + + +_Présidens du second Semestre._ + +M. Poucet de la Rivière[4], ruë des Francs Bourgeois. + + [4] Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord conseiller au + Parlement, puis maître des requêtes, intendant en Alsace, à Metz, à + Bourges, à Limoges, et en même temps, depuis 1676, président au + grand Conseil. Il mourut en 1693. Son père, Pierre Poncet, + conseiller d’Etat, avoit été en passe de succéder en 1677 au + chancelier d’Aligre. Un livre qu’il venoit de publier, + _Considérations sur les avantages de la vieillesse_, etc., l’en + empêcha par le ridicule qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût + couvert par le pseudonyme de baron de Prelle. C’est sa mésaventure + qui a fait dire par La Bruyère: «un magistrat alloit par son mérite + à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les affaires: + il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare par le ridicule.» + _Des ouvrages de l’Esprit_, § 3. + +M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple[5]. + + [5] Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement, + embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, dont on + remarquoit surtout la porte «avec un balcon au-dessus et une grande + fenêtre couronnée d’un fronton.» (G. Brice, édit 1701, t. I, p. + 274-275.) + +M. de l’Isle, ruë de Torigny. + +M. Pinon[6], ruë des Lions, près Saint Paul. + + [6] Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson, qui + furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange Batelière, près de + laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur nom jusqu’en 1850, où elle + devint la rue Rossini. + + +_Avocats Generaux._ + +M. de Benoist, rue Beautreillis. + +M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache. + + +_Procureur General._ + +M. Hennequin, Cloître Notre Dame[7]. + + [7] Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez son frère, + chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement. C’est à lui + qu’étoit arrivée cette peu honorable aventure du testament de Mme + Valentin, dont il fut fait un conte, attribué à La Fontaine, publié + avec plus de vraisemblance dans les _Œuvres_ de Régnier Desmarets, + et qui se trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le + chansonnier Maurepas, t. VII, p. 137-142: Mme Valentin, près de + mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce qu’elle + possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un testament qui + n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans doute possible, + restitution au mari. Hennequin ne l’entendit pas ainsi; il se mit en + grand deuil comme héritier sérieux, et se hâta de mettre la main sur + le bien. Le coup par bonheur étoit prévu. Un second testament, qui + annuloit le premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des + aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête et plus + fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la testatrice. + «Hennequin, dit une des notes du chansonnier Maurepas, fut déshonoré + et vilipendé partout.» La Bruyère a fait une allusion directe à + cette affaire dans les _Caractères_ 59 et 60 de son chapitre _de + Quelques usages_. + + + + +COUR DES AYDES. + + +_Première Chambre._ + +Mrs le Camus, Premier Président, ruë de Berry[1] au Marais, et de +Briou[2], ruë Michel-le-Comte. + + [1] Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus loin, et du + cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas Le Camus, marchand de + la rue Saint-Denis, qui avoit été un des entrepreneurs de la place + Royale, où, comme on sait, les bâtiments devoient d’abord servir à + l’établissement de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit + l’enseigne de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur + champ de gueules, dans leurs armes. + + [2] C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage avec Mlle + de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son père, que son amour + pour cette vieille fille, plus âgée que lui de près de vingt ans, + désespéroit, elle trouva moyen de le voir et de le faire échapper. + Un prêtre, qu’ils avoient gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation + de son curé, les maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant + majeur depuis à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps. + Dès le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une + audience du roi, auquel il remontroit que Mlle de la Force qui étoit + pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils qui étoit + considérable; et le roi lui promettoit que, malgré la puissance de + la famille de Mlle de la Force, il laisseroit toute liberté à la + justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare fut un des premiers + effets de cette promesse. Ensuite vint le procès, qui aboutit, le 15 + juillet 1689, à un arrêt qui cassoit le mariage pour abus de + célébration. (Nic. Nupied, _Journal des principales audiences du + parlement_, 1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de + cette affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août + 1689). + + +_Deuxième Chambre._ + +Mrs Payen, dans le Temple, et Chassepot de Beaumont, rue Beautreillis. + + +_Troisième Chambre._ + +Mrs de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et le Vasseur, ruë de +Berry. + + +_Avocats Generaux._ + +M. des Aguests[3], ruë Vivienne. + + [3] Il avoit cette charge depuis six ans: «M. des Aguets, homme de + beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686, a été fait avocat + général de la Cour des Aydes.» + +M. Bignon, ruë des Bernardins. + +M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil. + + +_Procureur General._ + +M. du Boscq, Isle Notre Dame. + + + + +CHAMBRE DES COMPTES. + + +_Premier Président._ + +M. Nicolaï[1], vieille ruë du Temple. + + [1] Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de 1506 à + 1791, fournit, sans interruption, son président à la Chambre des + comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne Cour, qu’un Nicolaï + devoit seul occuper cette charge que pendant la Restauration, le + prince de Condé ne pouvoit s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé + Marbois, alors président des Comptes: «Mon cher Monsieur de + Nicolaï.»--Celui qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en + charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous ajouterons + que ce sont les archives de cette famille, mises à la disposition de + M. A. de Boislisle par M. le marquis de Nicolaï, qui lui ont fourni + les éléments de son bel ouvrage, _la Chambre des Comptes de Paris_. + + +_Autres Présidens._ + +M. de Bretonvilliers[2], Isle Notre Dame[3]. + + [2] Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier 1700, sans + qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à cause de sa femme, + Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité avec l’archevêque de Harlay + fit quelque peu scandale, et à cause aussi des magnificences de son + hôtel. + + [3] L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le père du + président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du roi, et + intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de l’Ile + Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il avoit fait + construire à l’entour de cette pointe et les fondations seules de + son hôtel lui avoient coûté huit cent mille livres. On peut juger + par-là de la dépense du reste, dont on peut lire d’ailleurs le + curieux et magnifique détail dans l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t. + I, p. 392-394).--A la mort du président des Comptes, en 1700, son + hôtel fut aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en + 1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la somme + relativement minime de 220,000 livres. On y plaça sous Louis XV la + Cour des Aides. Les principales façades furent détruites pendant la + Révolution. Ce qui restoit de l’hôtel du côté du quai fut emporté + dernièrement pour le percement du boulevard Henri IV. + +M. Lambert de Torigny[4], la même[5]. + + [4] Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en août 1700. Il + avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance de son père. Il étoit + gendre du fameux Bontems. + + [5] Il s’agit de l’hôtel Lambert, situé en effet dans «la même» Ile, + tout près de l’hôtel Bretonvilliers. Le Vau le construisit pour + Nicolas Lambert, dit «le riche», suivant Tallemant, grand-père de + celui qui figure ici, et comme lui président des comptes. Il y eut + de sa part en le faisant bâtir un peu de dépit contre + Bretonvilliers, par qui, selon Tallemant encore, il s’étoit laissé + enlever la riche héritière Elisabeth Perrot. Vaincu par lui sur le + terrain du mariage, il voulut l’emporter contre lui sur un autre, + celui des constructions, en se bâtissant un hôtel plus beau que + celui que Bretonvilliers tenoit de son père. Il n’y réussit pas. + L’hôtel Lambert, tout superbe qu’il fût, avec ses peintures de + Romanelli, de Lebrun et de Lesueur, resta, comme magnificence des + bâtiments, étendue et point de vue, inférieur à son voisin. G. + Brice, édit. de 1701, t. I, p. 388-391, en a donné une intéressante + description, et il existe, sous le nom de _galerie Lambert_, une + collection de gravures de Picard, datées de 1740, qui reproduisent + les peintures qu’y avoient faites Lebrun et Lesueur. L’hôtel, qui + fut plus tard la propriété du fermier général Dupin, où Voltaire + logea avec Mme du Châtelet, etc., appartient aujourd’hui, depuis + 1842, à la famille Czartoriski. + +M. Paris[6], rue neuve Saint Paul. + + [6] Il avoit succédé à son père, l’un des députés de la Chambre des + comptes aux conférences de Rueil, pendant la Fronde (_Gazette de + France_, 6 mars 1649). + +M. Rezé[7], rue des Bourdonnois. + + [7] De la même famille que le président des requêtes Bernard de Rezé, + que nous avons vu plus haut. + +M. Rossignol[8], près les Filles Saint Thomas. + + [8] Il avoit eu sa charge, en octobre 1688, par l’influence de + Louvois, à la mort de M. Dupré. Il étoit fils de Rossignol, qui + avoit été si utile à Richelieu, puis à Mazarin, par sa facilité à + déchiffrer les écritures secrètes. (_Historiettes de Tallemant_, + édit. P. Paris, t. II, p. 33-34.) Son fils avoit hérité de son + savoir. «C’étoit, dit Dangeau (14 octobre 1705), à l’époque de sa + mort, le plus grand déchiffreur de l’Europe.» Peut-être M. Paulin + Paris a-t-il raison, lorsque parlant du père, qui avoit eu si bien + le premier _la clé_ de toutes les écritures cachées, il dit: «Je + croirois assez que de cet habile homme vient le nom de _rossignols_, + donnés aux clés _passe-partout_.» Notes sur Tallemant, t. II, p. 94. + +M. le Vassan[9], rue neuve Sainte Geneviève. + + [9] Lisez de Vassan. + +M. Brunet de Monferrant[10], rue des Francs-Bourgeois. + + [10] Il avoit acheté une des nouvelles charges 100,000 écus, «comme le + roi, dit Dangeau, les a fixées.» Un beau portrait de lui gravé par + P. Drevet, d’après F. de Troye, se trouve en tête des _Nouvelles + remarques, ou réflexions critiques, morales et historiques_, par + l’abbé Bordelon, vol. in-12 publié en 1695, qui lui est dédié. + +M. Gilbert[11], rue de Torigny. + + [11] Louis-Charles Gilbert, qui occupoit cette charge de président à + la Chambre des Comptes, depuis 1691. Il étoit fils du marchand + Gilbert, qui vendoit du drap, près des Saints Innocents, à + l’enseigne des _Rats_, et à qui sa grosse fortune avoit valu de + pouvoir marier sa fille Jeanne au Conseiller d’Etat, Fleuriau + d’Armenonville, dont il a été parlé plus haut. Ce mariage avoit été + beaucoup remarqué et chansonné. (V. _le Chansonnier_ ms. de + Maurepas, t. VII, p. 43 et 275.) Le président Gilbert étoit des plus + entendus. Il fit notamment un rapport célèbre, qui donna gain de + cause au Roi contre le duc de Bouillon dans un important procès. + (Dangeau, 9 avril 1715.) Il étoit aussi fort riche. En 1705, son + fils avoit pu acheter 55,000 livres le régiment de Chamillart. + +M. Tambonneau[12], rue de l’Université[13]. + + [12] Son père, auquel il succéda, comme président des Comptes, en + 1684, a, dans Tallemant, son _historiette_, où ni lui ni sa femme ne + sont fort bien traités. (Edit. P. Paris, t. VII, p. 80, etc.) Le + fils, avant d’avoir sa charge, avoit dès 1657 été conseiller au + Parlement, puis envoyé extraordinaire à Cologne, et ambassadeur en + Suisse. Il mourut, ayant environ quatre-vingt-huit ans, au mois de + novembre 1719. + + [13] Il habitoit «cette belle maison auprès du Pré aux Clers», comme + dit Tallemant, que Le Vau avoit bâtie pour son père, et qu’on voit + déjà figurée, en 1652, sur le plan Gomboust. Elle est décrite par G. + Brice (édit. de 1701, t. II, p. 267), avec son ordre dorique en + pilastres, sa cour «d’une étendue considérable», ses appartements + doubles, et son jardin où, ajoute G. Brice, «La Quintinie fameux + jardinier du Roy a fait son apprentissage.» Tambonneau la vendit + longtemps avant de mourir. En février 1698, il entra en marché avec + M. le comte de Marsan, et après quelques difficultés à propos de la + propriété d’une moitié de jardin, qui sont curieusement racontées + dans les _Annales de la Cour et de Paris_, t. I, 221, l’affaire + s’arrangea. Tambonneau avoit, paroît-il, besoin de vendre. Le prix + fut de 235,000 livres, mais l’on calcula qu’avec les réparations à + faire, et l’achèvement de quelques parties, l’hôtel ne monteroit pas + à moins de 100,000 écus (Dangeau, 5 fév. 1698). En 1710, le comte de + Marsan le vendit à M. de Matignon. Quatorze ans après son + petit-fils, le prince de Pons, le racheta, et le garda toute sa vie. + On ne l’a démoli qu’en 1845, pour percer la rue _Neuve de + l’Université_, dont le nom actuel est rue du _Pré aux Clercs_, et + qui par sa longueur, de la rue de l’Université à la rue + Saint-Guillaume, permet d’apprécier ce qu’étoit l’étendue de ce + magnifique hôtel. + +M. Robert[14], rue Neuve Saint Augustin. + + [14] Louis Robert de Fortille. Nous nous étonnons qu’il figure ici, + car il avoit, deux ans auparavant, le 20 décembre 1690, donné + démission de sa charge pour payer ses dettes, à la suite d’énormes + pertes au jeu. (Dangeau, 20 déc. 1690.) C’étoit un des plus gros + joueurs de Paris. On veut que La Bruyère l’ait eu en vue dans le + _75e Caractère_ de son chapitre _des Biens de fortune_: «Mille gens + se ruinent au jeu...» Un jour, chez Lauzun, il avoit perdu contre le + prince Philippe dix mille pistoles «qu’il paya, sans vouloir de + composition», dit Dangeau (13 août 1686). Il étoit parent de + Louvois, dont il avoit très-énergiquement secondé les projets en + Hollande, comme intendant des places conquises. (C. Rousset, _Hist. + de Louvois_, t. I, p. 435.) L’Espine, des bâtiments du roi, que nous + trouverons plus loin, étoit son beau-père. + +M. Larcher[15], Couture Sainte Catherine. + + [15] Pierre Larcher, marquis d’Esternay, qui fut président à la + Chambre des Comptes, de 1651 à 1700, époque où il se démit en faveur + de son fils. Il passoit pour avoir été le conseiller de la princesse + de Carignan, pour la rédaction de ce fameux testament par lequel + trois de ses enfants étoient déshérités. + + +_La Charge d’Avocat Général vacante._ + + +_Procureur Général._ + +M. Roüillé[16], près l’Hôtel d’Angoulesme. + + [16] Il ne quitta cette charge qu’en juin 1701, pour celle de + Directeur des finances, moyennant 800,000 livres payées au Trésor. + Elle venoit d’être créée en double. Armenonville eut l’une, comme on + l’a vu plus haut, Rouillé eut l’autre. Il passoit pour ami des + lettres. Sénecé lui a adressé une de ses épigrammes qui finit ainsi: + + A vous qui reconciliez + Les Muses avec les finances. + + +_Requestes de l’Hôtel du Roy._ + +M. De Fortia[17], premier Président, rue de Baune, près le Pont royal. + + [17] Bernard de Fortia, doyen des maîtres des requêtes de l’Hôtel. Il + mourut le 20 octobre 1694. + + +_Procureur Général._ + +M. Maboulle[18], rue de Sorbonne. + + [18] Il occupoit cette charge, depuis vingt ans, par la cession que + lui en avoit faite Nicolas Foucault, qui en parle ainsi dans ses + _Mémoires_ (in-4º, p. 16): «1672. Le 1er janvier, j’ai passé ma + procuration _ad resignandum_ de la charge de procureur général des + requêtes de l’hôtel à M. Maboul, en exécution du traité fait avec + lui de ladite charge, moyennant 78,000 livres, dont il s’est obligé + à payer 38,000 livres comptant. Le même jour, je lui ai rendu les + provisions en main.» + + + + +COURS DES MONNOYES. + + +_Premier Président._ + +M. Colignon de Champigny[1], rue S. Thomas du Louvre. + + [1] Il venoit de succéder à son père Nicolas Cottignon--et non + Colignon--de Chauvry, mort le 22 mars 1692, à 83 ans, et qui + cumuloit cette charge à la Cour des Monnoies, avec celle de + généalogiste du roi. + + +_Autres Présidens._ + +M. Cousin[2], rue de Guenegaud. + + [2] Louis Cousin, que ses traductions des principaux auteurs byzantins + publiées sous différents titres, de 1672 à 1683, firent nommer de + l’Académie françoise, le 19 mai 1697. Il mourut en mars 1707. + +M. Feydeau, Isle Notre Dame. + +M. de Lochefontaine, rue de Guénégaud. + +M. Hourlier[3], Porte Saint Michel. + + [3] Claude Hourlier, que nous trouverons plus loin, bailli du Palais. + +M. le Vacher, à l’Arsenac. + +M. Desbiais, rue Sainte Avoye. + +M. Faudet[4], rue Barbette. + + [4] Lisez Faudel. Il avoit épousé la fille de Zacharie Morel, maître + de la Chambre aux deniers. Suivant les _Clés_ de La Bruyère, c’est à + sa femme qu’il seroit fait allusion dans le _28e Caractère_ du + chapitre de _Quelques usages_: «la fille d’Aristippe est malade...» + Le président Faudel mourut en septembre 1707. + + +_Avocats Generaux._ + +M. Guillaine, ruë d’Enfer. + +M. Hurez, ruë Quinquempoix. + + +_Procureur General._ + +M. de Selles, rue des fossez Montmartre. + + + + +AMIRAUTÉ. + + +M. le Comte de Thoulouse, Grand Amiral en Cour. + +Les Charges de Lieutenants Généraux et Particuliers, de Conseillers et +d’Avocats du Roy, vacantes. + +M. Jacob, Procureur du Roy, rue Perdue. + + + + +CHASTELET. + + +_Prevost de Paris[1]._ + + [1] Le prévôt de Paris y étoit le représentant de l’autorité et de la + justice royale, mais depuis la création de la Lieutenance de police + en 1666, sa charge s’y étoit singulièrement amoindrie. + +M. de Bullion[2], ruë Platrière[3]. + + [2] Le marquis de Bullion, fils du surintendant Claude de Bullion, qui + s’étoit fait sous Richelieu une si grosse fortune. Le marquis avoit + prêté serment au Parlement, comme prévôt de Paris, le 22 mai 1685. + Cette charge rapportoit 8,000 livres, il l’avoit payée 50,000 écus. + Toute diminuée qu’elle fût, elle avoit son importance, surtout comme + prestige d’autorité: «les arrêts du Châtelet, écrit Dangeau (20 + octobre 1684), se rendent au nom du prévôt de Paris, et le + lieutenant civil est à son égard ce que sont les lieutenants + généraux dans les présidiaux, à l’égard du grand bailli ou du + sénéchal de la Province.» Le marquis de Bullion mourut fou, en 1721, + dans une de ses maisons de la Beauce, où on l’avoit enfermé. «Un de + ses cadets, écrit Saint-Simon, étoit dès lors prévôt de Paris, sur + sa démission.» (_Mémoires_, in-18, t. XI, p. 397.) + + [3] Il habitoit l’hôtel que Le Vau avoit bâti pour Claude de Bullion, + de 1630 à 1634, et qui existe encore en partie au nº 3 de la rue + Jean-Jacques Rousseau, ancienne rue Platrière. On y lit toujours + au-dessus de la porte: _Hôtel Bullion_. Il fut longtemps un des plus + beaux du quartier et des environs. (_V._ notre _Histoire de la Butte + des Moulins_, p. 95.) Il perçoit jusqu’à la rue Coq-Héron. C’est + même de ce côté-là que s’en trouvoient la galerie basse, avec sa + série des douze mois peinte par Blanchard, et la galerie haute, où + Simon Vouet avoit peint, en 1634, les aventures d’Ulysse. Cette + partie fut détachée de l’hôtel dans la seconde moitié du XVIIIe + siècle. La loge maçonnique de _Saint Jean d’Ecosse_ s’y établit en + 1779, dans la galerie même de Vouet, qui étoit encore très-bien + conservée. L’autre partie, sur la rue Platrière, étoit devenue ce + qu’elle resta longtemps, presque jusqu’à nos jours: l’hôtel des + ventes. De nombreux locataires l’occupoient. On voyoit entre autres + écriteaux sur la porte, en 1789, suivant _le Provincial à Paris_ + (Quartier du Louvre, p. 134): «M. Taima dentiste.» C’étoit le père + du grand tragédien. + + +_Lieutenant Civil._ + +M. le Camus[4], ruë de Paradis. + + [4] Frère du président à la Cour des aides, dont nous avons parlé plus + haut. Il avoit commencé par être maître des requêtes, puis intendant + d’Auvergne. C’est depuis le 4 septembre 1671 qu’il étoit lieutenant + civil. Lorsqu’en 1684 les juridictions du grand et du petit + Châtelet, qui avoit aussi son lieutenant civil, furent réunies, sa + charge, devenue plus importante, puisqu’elle restoit seule, lui fut + conservée. C’étoit, suivant Saint-Simon, un fort honnête homme, + mais, ajoute-t-il (t. V, p. 342), «glorieux à un point qu’on en + rioit, et qu’on en avoit pitié.» Il étoit frère du premier président + de la Cour des Aides, et du cardinal Le Camus, et quand il disoit: + «Mon frère le Cardinal», il se rengorgeoit que c’étoit un plaisir. + + +_Lieutenant General de Police._ + +M. de la Reynie[5], rue du Boulloy. + + [5] La charge de Lieutenant de police avoit été créée pour lui en + 1666. Il l’occupa jusqu’à ce qu’en 1697 le roi l’en eût déchargé sur + sa demande. Il ne garda que la place de Conseiller d’Etat, qu’il + avoit depuis 1680. Il étoit né à Limoges le 25 mai 1625, de Nicolas + de la Reynie, qui depuis 1608 y étoit conseiller du roi en la + sénéchaussée et siége présidial. Lui-même commença dans un + présidial, celui de Bordeaux, où il fut président en 1646. Il devint + ensuite Maître des requêtes, en 1661, puis enfin, cinq ans + après, lieutenant de police. Il mourut le 24 juin 1709, à + quatre-vingt-quatre ans. Il fut enterré sans aucune pompe, au petit + cimetière Saint-Joseph, «ainsi qu’il l’avoit demandé.» (_Mercure_, + juin 1709, p. 297.) + + +_Lieutenant Criminel._ + +M. d’Effila[6], rue de la Verrerie. + + [6] Lisez Deffita. Il avoit, en 1666, succédé dans cette charge à + Tardieu, si fameux par son avarice, et dont Boileau a rappelé + l’assassinat dans sa Xe satire. Deffita, qui avoit d’abord été + procureur du roi des requêtes de l’hôtel, charge qu’il céda à + Nicolas Foucault, pour devenir lieutenant criminel, conserva ce + dernier emploi jusqu’à sa mort à la fin de novembre 1700. Nicolas Le + Comte lui succéda le 1er février suivant. + + +_Lieutenans Particuliers._ + +Mrs du Martray[7], rue du Mail, et Pasquier, rue Bourlabbé. + + [7] Il étoit gendre de Félix, premier chirurgien du roi, qui lui fit + avoir en 1699 une pension de 500 écus. (Dangeau, 17 octobre 1684, et + 14 juillet 1699.) + + +_Lieutenant Criminel de Robe Courte._ + +M. Bachelier du Moncel, rue de Clery. + + +_Prevost de l’Isle de France[8]._ + + [8] C’étoit le titre que prenoit le prévôt des maréchaux, dont la + juridiction s’étendoit sur toute l’Ile de France. Un autre prévôt + siégeoit à Melun, pour le reste de la généralité de Paris. + +M. Francine de Grand Maison[9], rue des Prouvaires. + + [9] Il étoit frère de Francine, qui avoit épousé une sœur de Lulli, et + qui devint, après celui-ci, directeur de l’Opéra. Francine de + Grandmaison se démit de sa charge en faveur de son fils, qui la céda + lui-même, mais fort tard, en 1718. «Suivant l’usage, écrit Dangeau + (12 novembre 1718), son successeur fut installé à la table de marbre + par MM. les maréchaux de France.» + + +_Chevalier du Guet._ + +M. Chopin, rue de la Verrerie. + + +_Juge Auditeur._ + +M. Testebone, rue Saint Antoine. + + +_Avocats du Roy._ + +M. Brochard, rue Haute-fueille. + +M. Leschassier[10], rue du Jardinet. + + [10] Il étoit frère du supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, et de + Mlle Lechassier dont nous avons vu plus haut les grandes aumônes. Il + mourut à 84 ans, le 12 août 1725. + +M. Mallet, rue Neuve Saint Mederic. + + +_Procureur du Roy._ + +M. Robert[11], rue Sainte Avoye. + + [11] Claude Robert. Il étoit depuis longtemps attaché à la juridiction + du Châtelet, où il avoit commencé par être lieutenant particulier. + Il y a deux lettres de lui dans _la Correspondance des contrôleurs + généraux_, publiée par M. de Boislisle. + + +PREVOSTÉ DE L’HOSTEL DU ROY[12]. + + [12] Tribunal que présidoit le grand prévôt. Il jugeoit les délits et + procès survenus entre les gens de cour, et de plus tous les crimes + commis à Paris, lorsque le roi y résidoit. + + +_Grand Prevost._ + +M. de Sourches[13], rue de l’Université. + + [13] Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, avoit eu de son + père la survivance de la grande prévôté, le 15 septembre 1649. Il + fut, avant d’en être titulaire, conseiller d’Etat, colonel du + régiment d’infanterie qui portoit son nom, major général de M. de + Luxembourg en Hollande, gouverneur du Maine et du Perche. Il se + démit de la grande prévôté, le 25 août 1714, en faveur de son fils, + et mourut le 4 mars 1716. Il a laissé des _Mémoires_ qui sont du + Dangeau développé et du Saint-Simon éteint. Le troisième volume, qui + comprend les années 1685 et 1686, a seul été publié en 1836 par M. + Adelhm Bernier, d’après le manuscrit trouvé par lui un peu + auparavant, et qui provenoit de la bibliothèque du président Roland, + vendue en 1834. Le reste existe au château de Sourches, propriété du + duc Descars. + + +_Lieutenans Generaux._ + +M. Barbier, cul de Sac Saint Sauveur. + +M. Cornu de Noyon, rue Poupée. + + +_Procureur du Roy._ + +M. Colinet, prés Saint Gervais. + + + + +CHAMBRE DU TRÉSOR. + + +_Lieutenant General._ + +M. Vigneron, rue Jean Lointier. + + +_Procureur du Roy._ + +M. le Sec de Saint Martin, rue de la Harpe. + + +CONNESTABLIE ET MARESCHAUSSÉE. + + +_Lieutenant General._ + +M. de Ladarel, rue du Puis, près les Blancs Manteaux. + + +_Lieutenant Particulier._ + +M. Favart, rue Saint Honoré. + + +_Procureur du Roy._ + +M. de la Fond, rue Saint Martin. + + + + +HOSTEL DE VILLE. + + +_Prevost des Marchands._ + +M. de Fourcy[1], rue du Jour[2]. + + [1] Le même que nous avons vu plus haut parmi les conseillers d’Etat + de semestre. + + [2] Lisez rue de Jouy, comme plus haut, p. 51. + + +_Eschevins[3]._ + + [3] Il y en avoit seize et non pas quatre seulement. Ceux qui suivent + ne figurent ici que parce qu’ils avoient été les derniers élus en + 1690 ou 1691. + +M. de la Leu[4], rue Saint Denis. + + [4] Il étoit conseiller du Roi et notaire au Châtelet. L’une de ses + filles épousa le fermier général Dupleix de Bacquancourt, et l’autre + Verani de Varennes, receveur des tailles de l’élection de + Montdidier. (_Mercure_, sept. 1734, p. 2089.) + +M. Tardif[5], rue Saint Honoré. + + [5] Il étoit, de plus, conseiller de ville. Son élection datoit de + 1691. + +M. Chauvin[6], rue Saint Denis. + + [6] Son titre de _quartenier_, c’est-à-dire d’officier de police, + chargé de faire respecter dans son quartier l’autorité municipale, + ne l’avoit pas empêché, ce qui étoit rare, à cause du double emploi, + d’arriver à l’échevinage, en 1690. + +M. Savalette[7], rue Saint Antoine. + + [7] Notaire au Châtelet. Il étoit fils du fameux vinaigrier de la rue + Beaubourg, Savalette, dont l’histoire un peu arrangée par Le Noble, + dans son _Gage touché_, 1711, in-12, p. 83, servit de sujet à + Mercier pour sa pièce, _la Brouette du Vinaigrier_. + + +_Procureurs du Roy._ + +M. Titon, rue Sainte Avoye. + +M. Girard Substitud, Quay Pelletier. + + +JUGE ET CONSULS DES MARCHANDS. + + +_Grand Juge._ + +M. Clerambault, rue Jean Loinctier. + + +_Consuls._ + +M. Rosseau, Chevalier du Guet. + +M. Arnot, rue Saint G. Lauxerrois. + +M. Convert, Quay des Orfèvres. + +M. la Roze, rue de la Cossonnerie; lesquels Juge et Conseils seront +chargez le 27 Janvier de la presente Année 1692. + + + + +EAUX ET FORESTS. + + +_Lieutenant General._ + +M. Brachet, ruë Saint Martin. + + +_Lieutenant Particulier._ + +M. Goupy, rue Sainte Avoye. + + +_Avocat General._ + +M. de l’Hommeau, vieille rue du Temple. + + +_Procureur General._ + +M. Menard, rue Perdue. + + + + +ELECTION[1]. + + [1] Juridiction des _Élus_, c’est-à-dire des magistrats, chargés par + voie d’élection d’assister les commissaires royaux dans la levée des + Aides, et la répartition des Tailles. Ils avoient en outre la garde + des deniers qui en provenoient. Les _pays d’État_ n’avoient pas + d’Élus, aussi appeloit-on, pour les distinguer, _pays d’Élection_ + ceux qui en avoient. Paris figuroit dans le nombre, avec un + personnel considérable: un président, un lieutenant, un assesseur, + vingt conseillers, un avocat du Roi et un procureur du Roi, un + substitut et un greffier en chef. Les deux principaux de cette + magistrature figurent seuls ici. + + +_Président._ + +M. de Chevriere, rue Saint André. + + +_Procureur du Roy._ + +M. de Chenedé[2], rue des Billettes. + + [2] Joachim de Chénedé, qui, après avoir été conseiller au présidial + d’Angers, et maire de la ville, fut successivement conseiller, + avocat et procureur du Roi, en l’Élection de Paris. Il avoit épousé + la fille de Bachelier, premier valet de la garde-robe du Roi. Il + mourut le 8 avril 1694. + + +BAILLIAGE DU PALAIS. + + +_Bailly._ + +M. Hourlier[3], porte Saint Michel. + + [3] Claude Hourlier, que nous avons vu plus haut président de la Cour + des Monnoies. Il avoit, comme bailli du Palais, droit d’inspections + sur toutes les boutiques qui s’y trouvoient, entre autres celles des + libraires du perron de la Sainte-Chapelle, et des galeries + _Mercière_ et _des Prisonniers_. C’est ce qui fait comprendre + pourquoi Thomas Quinet, à qui Molière avoit cédé son privilége pour + la publication du _Dépit amoureux_, le dédia à M. Hourlier. Celui-ci + mourut en juillet 1700. + + +_Procureur du Roy._ + +M. Robert, rue Sainte Avoye. + + +MASSONNERIE. + + +_Lieutenant General._ + +M. de l’Espine[4], prés Saint Roch. + + [4] Beau-père du président Robert, dont il a été parlé plus haut. Il + avoit, en 1667, donné «l’avis et plan pour l’aplanissement de la + _Butte des Moulins_ ou _Saint Roch_», ce qui lui avoit permis de s’y + faire une belle part dans les terrains à construire. (_V._ notre + _Histoire de la Butte des Moulins_, 1877, in-18, p. 81, 84.) + + + + +SCEANCES DES TRIBUNAUX, ET JURISDICTIONS DE PARIS. + + +Les Tribunaux sont au dedans, ou hors de l’enclos du Palais. + +Ceux qui sont dans l’enclos du Palais, sont le Parlement, la Chambre des +Comptes, la Cour des Aydes, la Cour des Monnoyes, l’Amirauté, les +Requestes de l’Hotel, les Requestes du Palais, la Chancellerie du +Palais. Le Bureau des Trésoriers de France, la Chambre Souveraine, des +Decimes, l’Amirauté, la Table de Marbre, Eaux et Forests, la Chambre du +Trésor, l’Election, le Bailliage du Palais[1] et la Maçonnerie. + + [1] L’_Almanach royal_, pour 1702, p. 65, ajoute ici: «la Bazoche, qui + est la juridiction des clercs.» + +Ceux qui sont hors l’enclos du Palais sont, le grand Conseil du Roy, et +la Prevosté de l’Hotel de Sa Majesté, qui tiennent leurs Seances à +l’Hotel d’Aligre, rue Saint Honoré, et rue Bailleul[2]. + + [2] Le grand Conseil dut quitter, sous Louis XV, l’hôtel d’Aligre qui + menaçoit ruine. Il fut alors installé au Louvre, dans la partie qui + longe le jardin de l’Infante. Il ne reste de l’hôtel d’Aligre, rue + Saint-Honoré, qu’une cour, qui la met en communication avec la rue + Bailleul, et qu’on appelle passage d’Aligre. + +Les Prevost des Marchands et Eschevins, qui ont leur siége à l’Hôtel de +Ville. + +Les Juge et Consuls des Marchands, qui tiennent leurs Audiances au +Cloitre Saint Mederic[3]. + + [3] C’est-à-dire Saint-Merry. La maison des Juges Consuls, qui servit, + après eux, au Tribunal de Commerce, jusqu’à ce qu’on l’eût transféré + à la Bourse, existe encore en partie dans la rue du Cloître, telle + qu’elle avoit été reconstruite sous Louis XV. M. de Crissé dans ses + _Souvenirs du vieux Paris_, 1836, in-fol., pl. 26, a donné une + lithographie exacte de l’escalier qui en est le reste le plus + curieux. + +La Jurisdiction des Poudres et Artillerie, et celle de la Chambre +Royale, qui se tiennent à l’Arsenal. + +La Justice des Garennes et Chasses, qui se tient aux Galleries du +Louvre. + +Celle des Officiers du Grenier à Sel, qui ont leur siege au Carrefour +des trois Maries. + +L’Officialité, la Justice Notre-Dame, la Temporalité et la Chambre de +Jurisdiction de M. le Chantre, qui se tiennent à l’Archeveché et au +Cloitre Notre Dame. + +Enfin la Justice du Temple, et celle de saint Jean de Latran, qui se +tiennent dans les enclos de ces deux Prieurez[4]. + + [4] L’enclos de Saint-Jean de Latran, siége de la commanderie des + Hospitaliers de Saint-Jean, qui relevoit de l’ordre de Malte, se + trouvoit place Cambray; en face du Collége de France, et s’étendoit + jusqu’à la rue Saint-Jean de Beauvais, où étoit la Chapelle. La Tour + d’entrée qui étoit sur la place et qu’on appela dans les derniers + temps _Tour Bichat_, du nom du célèbre médecin qui s’y étoit fait un + cabinet pour ses expériences anatomiques, n’a été détruite qu’en + 1855. + +L’Ouverture du Parlement se fait le lendemain de la Saint Martin, auquel +jour la Cour après avoir assisté en Robes rouges à la Messe solennelle +qui se dit dans la grand’Salle du Palais[5], reçoit le Serment des +Avocats et Procureurs. + + [5] L’autel de Saint-Nicolas, qui étoit, en effet, dans la + Grand’salle, et où l’on disoit chaque jour la messe. + +Messieurs les Avocats Generaux, font leurs harangues à la Cour le Lundi +de la huitaine franche d’après la Saint Martin. + +Les Mercuriales[6] se font par M. le Procureur Général, le même jour et +le lendemain de la Quasimodo. + + [6] C’est ce que nous appelons _discours de rentrée_. Il ne faut pas + les confondre avec les anciennes _mercuriales_, que le Procureur + général avoit le droit d’adresser, dans les assemblées du + mercredi--leur nom en étoit venu--comme observations et remontrances + aux Magistrats sur leur conduite, et la façon dont ils + administroient la justice. + +Depuis Pâques jusqu’aux Vacations qui arrivent le sixieme Septembre, +lors qu’une Fête arrive le Jeudi on plaide le Vendredi à la grand +Chambre. + +Tous les jours ouvrables depuis la Saint Martin jusqu’au Careme, la Cour +se leve le matin à 10 et de relevée à quatre heures. + +Pendant le Careme et jusqu’à la fin du Parlement, elle se leve le matin +à onze heures, et de relevée à cinq. + +Le Mardi-gras, le Vendredi de l’Octave de Paques, et le jour de la saint +Nicolas[7] en Mai, la Cour se leve le matin à neuf heures et n’entre +point de relevée[8]. + + [7] C’étoit un patron très-fêté au Palais, où nous venons de voir + qu’il avoit son autel dans la Grand’salle. + + [8] L’_Almanach royal_ de 1702, p. 66-67, après avoir donné ce détail, + ajoute: «Delà vient le proverbe: _Quand la Cour se lève matin, elle + dort l’après dînée_.» + +Nosseigneurs de la grand Chambre du Parlement, tiennent les grandes +Audiances de Robes rouges sur les hauts Sieges, les Lundis, les Mardis, +et les Jeudis, depuis huit heures du matin jusqu’à dix; et celles de +Robes noires de relevée les Mardis pour les causes du Role, et les +Vendredis pour celles des Placets[9]. + + [9] Le _placet_ étoit une démarche succincte, par écrit, pour obtenir + justice. Le mot vient du latin _placere_, plaire. + +Les Audiances ordinaires de la grand Chambre qui se tiennent sur les bas +Sieges en Robes noires, sont données les Mercredis, Vendredis, et +Samedis, outre les petites Audiances qui se donnent tous les jours à +l’exception des Lundis depuis sept jusqu’à huit heures du matin. + +Nosdits Seigneurs donnent encore Audiance à la Tournelle civile tous les +jours depuis dix heures jusqu’à midi; à la grande Tournelle criminelle +le samedi, et à la petite Tournelle criminelle le Mercredi, et le +Vendredi depuis 8 jusqu’à dix heures[10]. + + [10] On appeloit ces juridictions _tournelles_, parce qu’elles avoient + d’abord été établies au Palais dans les deux tours jumelles qui + flanquent l’entrée de la _Conciergerie_ sur le Quai. Sauval (t. III, + p. 407) donne l’extrait d’un compte de 1472 où on lit: «A... + charpentier, pour la réparation par lui faite en deux tournelles + estant au Palais du côté de la rive de la Seine, l’une appelée la + Tournelle civile, et l’autre la Tournelle criminelle.» + +Les Audiances de la première et de la deuxième Chambre des Enquestes, se +tiennent le Mercredi et le Samedi, celles de la cinquième les Lundis et +Jeudis, et celles de la quatrième le Mardi et le Vendredi. + +Nosseigneurs les gens du Roy, tiennent tous les matins leurs Audiances +au Parquet où ils jugent les affaires qui leurs sont renvoyées, les +conflits d’entre les Chambres du Parlement, etc., et où Nosseigneurs les +Avocats Généraux prennent communication par les Avocats et Monseigneur +le Procureur Général par les Substituts de toutes les affaires dans +lesquelles ils doivent conclure. + +La Tournelle où Mrs les Avocats Généraux vont alternativement de trois +en trois mois est composée de six Conseillers de la Grand Chambre, et de +huit des Enquestes; c’est de quoi Mrs les Doyens de la Grand Chambre et +de la première Chambre des Enquêtes se peuvent dispenser. + +Tous les jours ouvrables ausquels il n’y a point d’Audiances de relevée +excepté la veille de la Fete Dieu et la veille de la Notre Dame d’Aoust, +la Cour juge de Commissaires les Procez de Rapport. + +La Séance de Grace pour les Prisonniers, se tient la surveille de Noel, +le Mardi de la Semaine Sainte, la surveille de la Pentecote, la veille +de la Saint Simon Saint Jude. + +Le premier Rolle qui se plaide est pour la Province de Vermandois, il +commence après la Saint Martin et finit au dernier Décembre. + +Celui du Bailliage d’Amiens va jusques au quinze Janvier, et celui du +Bailliage de Senlis jusqu’à la fin du même mois. + +Le Roolle de Paris commence après la Chandeleur, et continue tout le +Careme, quelque fois même après Paques, au gré de Monseigneur le premier +Président. + +Le Roolle de Champagne et de Brie, commence après la Quasimodo et finit +en Mai, quelques fois au commencement, d’autres fois au quinze et +souvent à la fin. + +Le Roolle de Poitou se plaide pendant le reste de Mai, et tout le mois +de Juin. + +Le Roolle de Lion, pendant la premiere quinzaine de Juillet. + +Le Roole de Chartres dure le reste des Plaidoiries, excepté les deux +derniers jours dont l’un est pour le Roolle d’Angoumois, et l’autre pour +les présentations. + +Les Lundis et Mardis on plaide du Roolle ordinaire des Provinces et +Bailliages, les Jeudis matins et les Mardis et Vendredis de relevée du +Roolle extraordinaire. + +Nosseigneurs des Requestes de l’Hotel du Roy, et Nosseigneurs des +Requestes du Palais, donnent leurs Audiances, les Lundis et Jeudis, +depuis dix heures du matin jusqu’à midi, et les Mardis et Vendredis, +depuis deux heures de relevée jusqu’à cinq[11]. + + [11] «A compter, lit-on dans l’_Almanach royal_, à compter du jour de + la rentrée jusqu’au mois de mars; et, depuis le premier mars, les + audianciers commencent à pareille heure jusqu’à six. Quelques fois, + ajoute encore l’Almanach, nos Seigneurs des Requêtes de l’hôtel + donnent des audiances extraordinaires de relevée, pendant un tems, + dont ils font avertir à la communauté des Procureurs.» + +Les Audiances de la Chancelerie du Palais tiennent les Mercredis et +Samedis du matin. + +Nosseigneurs du grand Conseil du Roy, donnent Audiance les Lundis, +Mardis, Jeudis et Vendredis, depuis neuf heures jusqu’à midi, et jugent +les Procez de Rapport les Mercredis et Samedis, pendant que Nosseigneurs +les gens du Roy, jugent au Parquet les affaires qui leurs sont envoyées, +et prennent communication les autres jours des affaires dans lesquelles +ils doivent conclure. + +Nosseigneurs de la Chambre des Comptes tiennent tous les jours leurs +Audiances depuis neuf heures du matin jusqu’à onze, et de relevée depuis +deux heures jusqu’à cinq. + +Nosseigneurs de la Cour des Aydes, donnent leurs Audiances en la +première Chambre, les Lundis, Mardis, Jeudis, et Vendredis, et dans la +deuxième et troisième Chambre les Mercredis, Vendredis et Samedis. + +Les Plaidoiries du Roolle ordinaire de la Cour des Aydes, sont les +Mercredis et Vendredis matin, et pour l’extraordinaire le Lundi de +relevée depuis le mois de Décembre jusqu’à la fin de Mai. + +Les Audiances de la Cour des Monnoyes, se tiennent le Mercredi et le +Samedi. + +A l’égard du Siège Présidial du Châtelet, on plaide à la Prévoté, au +Parc Civil, au Présidial, et aux Auditeurs, tous les jours de la semaine +à l’exception du Lundi; à la Chambre Civile le Mercredi et le Samedi, à +la Police, au Criminel, et en la Chambre de M. le Procureur du Roy, le +Mardi et le Vendredi. + +Il y a plusieurs Sièges dans l’enclos du Palais, qui ont leurs Audiances +réglées le Mercredi et le Samedi, à sçavoir: l’Amirauté, la Chambre du +Trésor, le Bailliage du Palais, la Chambre Souveraine des Décimes, la +Connétablie, la Maçonnerie et la Table de Marbre, qui tient encore des +Audiances le Lundi et le Jeudi, pour juger au Souverain. + +Messieurs les Prévosts des Marchands et Eschevins de la Ville de Paris, +donnent Audiance les Mardis, Mercredis, Vendredis et Samedi du matin. + +Mrs les Juges et Consuls des Marchands, tiennent trois jours de la +semaine leurs Audiances les Lundis, Mercredis, et Vendredis du matin et +de relevée. + +Les Officiers de l’Election donnent Audiance tous les jours, depuis neuf +heures jusqu’à midi, et ceux du Grenier à Sel seulement le Mercredi et +le Samedi. + +On tient Audiance le Mercredi, et le Samedi à l’Officialité et à la +Justice Nostre-Dame; le Lundi à midi à la Temporalité, et le Jeudi de +relevée à la Justice de Monsieur le Chantre. + +L’Audiance de la Chambre Royale de l’Arsenal, se tient tous les Lundis +matins, et celle des Poudres et Salpestres tous les Samedis de relevée. + +Celle du Bailliage du Temple, se tient le Samedi à trois heures de +relevée. + +La Jurisdiction du Bailliage de S. Jean de Latran se tient le Lundi à +trois heures de relevée. + + + + +VACATIONS DES TRIBUNAUX. + + +PARLEMENT. + +La Cour vaque depuis le 6. Septembre jusqu’au lendemain de la Saint +Martin, c’est à dire jusqu’au 12. Novembre, du moins si on en excepte la +Chambre des Vacations qui est préposée pour les matières provisoires et +autres qui requièrent célérité. Elle ne dure que depuis le 7. Septembre +jusqu’au 27. Octobre, en sorte que depuis ce jour jusqu’au 12. Novembre, +il ne se fait aucun Acte de Judicature au Palais. + +La Cour vaque aussi dans le reste de l’année tous les Dimanches et Fêtes +solennelles, et encore en Décembre le 6. jour de la Saint Nicolas, en +Janvier le 23. Fête de Saint Hilaire, et le 28. Fête de Saint +Charlemagne, en Mars le 19. Fête de Saint Joseph seulement le matin, le +22. pour la Procession Générale de la reduction de Paris[1], et le 25. +Fête de l’Annonciation Notre Dame, en Mai le 2. Fête de Saint Gatien, en +Juin un jour de choix pour le Lundi ou Foire de Saint Denis, en Juillet +le 22. Fête de la Magdelaine, et le 28. Fête de Sainte Anne, en Aoust le +16. Fête de Saint Roch[2]. + + [1] Cet anniversaire de l’entrée d’Henri IV dans Paris, le 22 mars + 1594, fut célébré jusqu’à la Révolution. + + [2] La veille même des grandes fêtes, le Palais étoit fermé. Louis XIV + supprima ce supplément de vacances fériées: «L’on entre, dit + l’_Almanach royal_ de 1702, la veille de toutes les festes, depuis + l’ordonnance de 1667.» + +La Cour vaque pareillement le jour des Cendres, et depuis le Mercredi de +la Semaine Sainte jusqu’au lendemain de la Quasimodo, si ce n’est le +Vendredi de l’Octave de Paques elle va à Notre-Dame. + +La Chambre des Vacations vaque les 23 et 24. Septembre quoique non +Fetez, et encore en Octobre un jour de choix pour la Foire de Saint +Denis, et le 18. Fête de Saint Luc. + +Quand le Dimanche ou l’une des Fêtes Mobiles, arrive un des jours +ci-dessus marquez, la Vacation de la Cour est remise au lendemain. + +Le 15. Aoust passé on ne plaide plus à la grand’Chambre à huy ouvert. + +Les Requêtes du Palais qui sont du Corps de Parlement et qui vaquent les +mêmes jours, ne commencent néanmoins leurs Vacations que le 15. +Septembre. + + + + +DOCTEURS ET LICENTIEZ EN DROIT. + + +_Professeurs des Ecoles._ + +M. de Loy, aux Ecolles, rue des Carmes[1]. + + [1] Michel De Loy, de qui l’on a un éloge en latin de Pierre Hallé, + lecteur en grec au Collége royal, puis professeur en droit canon, + mort en 1689. De Loy étoit fils du professeur de l’Université pour + lequel Corneille avoit fait des vers, le félicitant de son + panégyrique de M. de Bellièvre prononcé, en 1658, au Collége de La + Marche. (_V. Œuvres de Corneille_, édit. Marty-Laveaux, t. X, p. + 131.) + +M. Baudin[2], même lieu[3]. + + [2] Jacques Baudin, qui mourut cette année même 1692. Il avoit eu + beaucoup de réputation comme professeur. _V._ à ce sujet les + additions de Ferrière au livre de Taisand: _Vies des plus célèbres + Jurisconsultes_, 1737, in-4º, p. 590, et les _Mémoires sur le + Collége royal_, par l’abbé Goujet, t. III, p. 420. + + [3] C’est-à-dire aux Ecoles de Droit. Elles avoient leur principale + entrée rebâtie monumentalement, en 1675, rue Saint-Jean de Beauvais, + en face de la maison à l’enseigne de l’_Olivier_, rendue si célèbre + par l’imprimerie des Etienne; mais elles perçoient par derrière + jusqu’à la rue des Carmes, où se trouvoient les logements des plus + anciens professeurs. + +M. Cuiniez, même lieu[4]. + + [4] Son vrai nom étoit Cugnet. Il avoit épousé une des filles de son + collègue Baudin. Son éloge se trouve aussi dans les _Additions_ de + Ferrière, p. 695. + +M. Mongin, rue de Bièvre. + +M. Colson, rue Saint Jean de Beauvais. + +M. le Gendre, rue des Noyers[5]. + + [5] Ces six professeurs enseignoient le droit romain, c’est-à-dire le + droit civil, et le droit canonique. + + +_En Droit François[6]._ + + [6] Cette chaire de droit françois n’existoit que depuis 1680. + +M. de Launay, ruë des Massons[7]. + + [7] François De Launay, qui mourut l’année suivante, 1693. Son éloge + parut alors dans le _Journal des Savants_, t. XXXVIe. + + +_Docteurs agrégez._ + +M. Piolin, ruë des Assis. + +M. du Ru, ruë Saint Jean de Beauvais. + +M. Amiot, même ruë[8]. + + [8] Il étoit, comme Cugnet, gendre de Baudin. On trouve aussi son + éloge dans les _Additions_ de Ferrière au livre de Taisand, p. 595. + +M. des Barrières, même ruë. + +M. Hulin, même ruë. + +M. Sachet, même ruë. + +M. Bonnamour, ruë Galande. + +M. l’Escuyer, ruë Pierre Sarrasin. + +M. Pavoine, ruë Saint Jaques. + +M. Basthide, ruë du Plâtre. + +M. Porsely, ruë du Foüare. + + +_Licentiez Immatriculez du Parlement._ + +On peut recouvrer la Liste des Avocats Plaidans et Consultans au Palais, +chez Charles de Sercy, Libraire dans la grand Salle à la bonne Foy +couronnée. + +Ceux qui sont dénommez en cette Liste sont gens généralement +reqammandables par leur condition et par leur éloquence par exemple pour +les Consultations, Mrs Billard, ruë de Savoye[9]. Sonnet, rue du +Battoir. Issaly, rue des Rats. Husson[10], ruë Bourtibourg. Le Verrier, +ruë du Jardinet. Raviere, ruë des Deux Portes. Chappé, rue de +l’Observance. Du Pré, ruë des Cordeliers. Sever[11], même ruë. De +Riparfond[12], rue de la Harpe. Braquet, Cloître Notre Dame, etc. Pour +les Plaidoïers Mrs Chardon[13], ruë des deux Portes. De Nivelle, ruë de +la Bucherie[14]. Robert de S. Martin, rue Haute-feuille. Baille, rue du +Cimetiere Saint André des Arts. Hérard, rue de Savoye. De Retz, près +Saint Jean en Grève. Du Mont[15], ruë du Jardinet, etc. Pour les +Matières Benéficiales Mrs Nouët[16], montagne Saint Geneviève. +Sachot[17], ruë de l’Eperon. Ferrand, rue Saint Loüis du Marais. Du +Chesne, ruë de Bièvre. Et pour les matières qui sont traitées au Trésor, +Fiefs, Aubaines et Confiscations, M. Mouffle, ruë des mauvaises paroles, +etc. + + [9] C’est ce terrible avocat Billard, qui fit tant de bruit pour + empêcher les Comédiens, que le voisinage du collége Mazarin faisoit + chasser du théâtre Guénegaud--aujourd’hui passage du Pont-Neuf--de + venir s’installer dans la rue de Savoie. Louvois leur étoit + favorable, car, ainsi qu’on l’apprend par une lettre de Racine à + Boileau, il s’étoit même fait donner le plan du lieu «où ils + vouloient bâtir dans la rue de Savoie»; mais Billard, avec ses cris, + l’emporta, à la grande joie de son quartier, du reste: «Tous les + Bourgeois, dit encore Racine, trouvent fort étrange qu’on vienne + leur embarrasser leur rue. M. Billard surtout qui se trouveroit + vis-à-vis de la porte du parterre, crie fort haut; et, quand on lui + a voulu dire qu’il en auroit plus de commodité pour s’aller + divertir, il a répondu fort tragiquement: «Je ne veux point me + divertir.»--Il avoit de la réputation. Une de ses causes les plus + brillantes avoit été, en 1675, celle d’une servante, épousée par le + fils du riche marchand de la _Herse d’Or_, au faubourg + Saint-Germain, dont on vouloit faire casser le mariage. (_Journal + des Audiences_, t. III, p. 70.) + + [10] Martin Husson. Il figuroit déjà au tableau des avocats, en 1643. + Le traité _de Advocato_ est de lui. + + [11] Nous le trouvons, vers ce temps-là, plaidant avec succès dans une + affaire de succession. (_Journal des Audiences_, t. II, p. 79-80.) + + [12] Etienne Gabriau de Riparfond, inscrit, dès le 13 juin 1661, au + tableau des avocats. Une de ses plus belles affaires fut, comme on + peut le voir dans le _Journal des Audiences_ (t. III, p. 101), celle + des religieuses de Sainte Catherine, qu’il gagna. Il mourut en 1724, + léguant aux avocats du Parlement sa bibliothèque, qui fut pour la + leur un premier fond. On peut consulter sur lui l’_Histoire des + Avocats au Parlement_ de Fournel, t. II, p. 408; et _la Bibliothèque + du Poitou_ par Dreux du Radier, t. IV, p. 335. La Conférence des + avocats possède son portrait en robe rouge. C’est un don de Dupin + aîné en 1831. + + [13] L’abbé Goujet (_Biblioth. franç._, t. II, p. 367) nous le donne + comme ayant eu une grande réputation, mais qui s’effaça vite. + + [14] Louis de Nivelle, inscrit au tableau depuis le 2 décembre 1657: + «Il peut, dit l’abbé Goujet (_id._, p. 369), passer pour très-bon + avocat. Il est savant, il a du génie et du bon sens.» D’Aguesseau ne + l’appeloit que le grand Nivelle. C’est lui qui avoit défendu la + Brinvilliers. Ses plaidoyers n’ont pas été conservés, ce qui étoit + un des regrets de l’abbé Goujet. (_Id._, p. 330.) + + [15] Jacques-François Dumont, avocat inscrit, depuis le 4 juillet + 1667. L’abbé de Villiers, dans une note de sa 3e Epître, livre Ier, + le cite comme un des célèbres. Il vient de blâmer Lulli de ce qu’il + fait chanter la tragédie au théâtre, et il ajoute: + + Si cet usage plaît, s’il est autorisé + Chevalier ou _Dumont_ pourroit s’être avisé + En plaidant les moyens que sa partie expose + D’en mettre en airs les droits, et de chanter sa cause. + + Dans l’affaire Beausergent, qui fut célèbre en 1689, il avoit plaidé + contre Beausergent. (Guyot de Pitaval, _Causes célèbres_, t. III, p. + 194-196.)--Quand il mourut en 1718, _le Mercure_ du mois de mai lui + consacra un article, p. 187, où on lisoit qu’il fut «pendant + cinquante ans l’aigle du Palais.» + + [16] Il ne plaidoit pas, il s’en faut, que les affaires + ecclésiastiques. Nous le trouvons, en effet, le 18 février 1677, + dans une cause dont l’espèce étoit au moins scabreuse. C’est celle + du cas d’impuissance du marquis de Langey, de laquelle il résulta + que défense fut faite aux Juges d’ordonner pour ces sortes + d’affaires «la preuve par le Congrès.» Pageau plaida pour le + marquis, Blondeau et Nouet pour la partie adverse. (_Journal des + Audiences_, t. III, p. 195.) D’après une note de Brillon, dans son + _Théophraste moderne_ (1701, in-12), c’est l’avocat Nouet qu’il y + auroit peint sous le nom de Téocrine dans ce passage flatteur: + «Téocrine n’a que sa chevelure naturelle, une robe très-simple, + point de laquais, point de carrosse, mais beaucoup de talent pour sa + profession.» D’Aguesseau cita Nouet comme un modèle dans sa + mercuriale de rentrée, en 1699. + + [17] La protection de son frère l’abbé Sachot, grand directeur de + dévotes, dont il est parlé dans les _Mémoires_ de l’abbé Legendre + (p. 59-60), l’avoit poussé vers ces affaires ecclésiastiques. Comme + Nouet, il ne s’y tenoit pas exclusivement. Il plaida par exemple, + mais sans succès, pour la duchesse de Mazarin contre son mari, dans + un procès dont nous reparlerons à la note suivante. + +Quelques uns de ces celèbres sont particulièrement habituez au grand +Conseil, comme Mrs de Monchant, Cloître Saint Mederic. Vaillant, rue de +Savoye. Eurard, Cloître Saint Germain l’Auxerrois[18]. Laurent, ruë de +la Monnoye. Chaudet, rue Quinquempoix. Doremieux, rue Bailleul, etc. Ou +à la Cour des Aydes, comme Mrs Merlin, ruë de la Verrerie. De Tessé, rue +de la Colombe. Martinet[19], rue Hautefeuille, etc. Ou au Châtelet, +comme Mrs Maurice, ruë des Prouvaires. Guérin, rue S. Martin. +Gondault[20], rue de Glatigny. Polliac, ruë de la Bucherie. Barbier, rue +du Platre[21], etc. + + [18] Lisez Errard (Claude). Inscrit au tableau, depuis le 24 août + 1664. Il gagna, en 1691, la cause des trois frères aînés Le Boultz, + que le père avoit réduits à leur légitime, pour avantager leur + puîné; mais son triomphe fut l’affaire du duc et de la duchesse de + Mazarin, dont nous venons de dire un mot. Il plaida pour le duc + contre sa femme, l’intrigante Hortense Mancini, qu’il voulut qu’on + déclarât à cause de sa conduite déchue et privée de sa dot. Il + demanda aussi que provisoirement elle fût mise au moins dans un + couvent, ce que lui accorda la Cour. On sait que Saint-Evremond lui + répliqua par un _Memoire_ qui est dans ses _Œuvres_ (t. V, p. 355, + et VI, p. 500). Les plaidoyers d’Errard furent recueillis en 1694. + (_Journal des Savants_, 16 avril 1695.) + + [19] Nous ne savons rien de lui, sinon qu’il étoit bel esprit, et + qu’il fit cette épigramme sur le petit Jacques Corbin qui avoit + plaidé sa première cause à quatorze ans: + + Vidimus attonito puerum garrire senatu. + Bis pueri, puerum qui stupuere senes. + + [20] Edme Condault et non Gondault, avocat depuis le 31 janvier 1659. + + [21] C’est le père de l’avocat Edmond-Jean-François Barbier, dont on a + un si curieux _Journal_ sur la Régence et le règne de Louis XV. Il + ne logeoit pas encore rue du Plâtre, mais rue Galande, quand son + fils étoit né le 16 janvier 1689. + + + + +SECRETAIRES ET GREFFIERS DU CONSEIL, DES COURS SOUVERAINES, ET DES +JURISDICTIONS SUBALTERNES. + + +_Les Secretaires des Finances sont_ + +Pour le quartier de Janvier, M. Roüillet, rue de Grenelle à Saint +Germain des Prez. + +Pour celui d’Avril, M. Coquille, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie. + +Pour celui de Juillet, M. Ranchin, rue des petits Champs. + +Et pour celui d’Octobre, M. de Laistre, ruë Saint Honoré près la ruë des +Prouvaires. + + +_Les Secretaires et Greffiers du Conseil privé sont_ + +Pour le quartier de Janvier, M. Planton, rue Saint Honoré prés les +Feüillans. + +Pour celui d’Avril, M. Dumas, rue Beaubourg. + +Pour celui de Juillet, M. des Vieux, Cloître Saint Germain l’Auxerrois. + +Et pour celui d’Octobre, M. Pecquot, rue des Blancs Manteaux. + + +_Les Commis au Greffe du Conseil privé sont_ + +Pour le quartier de Janvier, M. Langlié, rue du grand Chantier. + +Pour celui d’Avril, M. Danirelle, rue Pastourelle. + +Pour celui de Juillet, M. Akaquia[1], rue des deux écus. + + [1] Ce nom bizarre n’étoit que la traduction grecque de celui de + «Sans-Malice.» C’est un médecin de François Ier, qui l’avoit le + premier traduit ainsi, et ses descendants, dont étoit sans doute le + commis au greffe, qui figure ici, l’avoient gardé sous cette forme. + +Et pour celui d’Octobre, M. Chesnelon, rue Pastourelle. + + +_Les Greffiers gardes Sacs[2] du Conseil privé sont_ + + [2] C’est-à-dire «porte-dossiers.» On mettoit alors les pièces de + procédure en des sacs pendus à la ceinture. + +Pour le quartier de Janvier, M. Sifflet. + +Pour celui d’Avril, M. Denis. + +Pour celui de Juillet, M. de la Nouë. + +Et pour celui d’Octobre, M. Duc, tous quatre ruë Saint André. + +Les Greffiers Conservateurs des Hipothèques ont leur Bureau ruë de la +Verrerie. + + + + +GREFFIERS DU PARLEMENT. + + +_A la grand’Chambre, sont_ + +Mrs du Tillet, Place Roiale; Decaiman, Cloître Notre Dame; et +Dongois[1], Cour du Palais. + + [1] C’est le neveu de Boileau, dont nous avons déjà parlé plus haut. + + +_A la Tournelle Criminelle._ + +Mrs Dravet, Cloître Notre Dame; de la Baune, ruë Thibaut Thodé; Amiot, +et Lancluse, rue de la Calandre. + + +_A la première Chambre des Enquêtes._ + +M. Mirebaut, à l’Hôtel des Ursins[2]. + + [2] Démoli à la fin du XVIIIe siècle, et remplacé par trois rues: la + rue Haute, la rue du Milieu, la rue Basse des Ursins. Il devoit son + nom au prévôt des Marchands, Juvénal des Ursins, à qui la ville + l’avoit donné. Depuis longtemps, à l’époque dont il est question + ici, on l’avoit divisé en appartements, occupés presque tous par des + gens du Palais: Magistrats, greffiers, avocats. Sur le tableau de + ceux-ci, pour 1693, on en compte trois dans cet hôtel. On a su par + Valincourt que Racine y logeoit, lorsqu’il fit _les Plaideurs_; il y + avoit pu observer ses principaux types sur place. + + +_à la Deuxième._ + +M. Joüannet, Cloître Notre Dame. + + +_à la troisième._ + +M. Menet, ruë Cristine. + + +_à la quatrième._ + +M. le Roi, ruë Pavée, près l’Hôtel de Bourgogne[3]. + + [3] L’hôtel de Bourgogne, occupé alors par le théâtre de la Comédie + Italienne, s’étendoit de la rue Mauconseil, où se trouvoit sa + principale entrée, jusqu’au derrière des maisons de la rue + Pavée-Saint-Sauveur. Ce qui en reste, le curieux donjon de + Jean-sans-peur, se voit encore dans la cour de l’une des maisons de + cette rue. + + +_à la cinquième._ + +M. Masson, rue de la Calandre. + + +_à la première Chambre des Requestes du Palais._ + +Mrs Dupuis, rue Hautefueille, et Anet, rue Sainte Croix de la +Bretonnerie. + + +_à la deuxième._ + +M. Aubry, rue des Noyers. + + +_A la Cour des Aydes._ + +M. Olivier, Isle Notre Dame. + + +_Au grand Conseil._ + +M. le Normand, Greffier en Chef, ruë des Vieux Augustins. + +M. Guichard, Greffier Plumitif, dans l’enclos du grand Conseil[4]. + + [4] C’est-à-dire dans la cour de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, + où nous avons vu, plus haut, que siégeoit le grand Conseil. + +M. Presteville, Greffier garde Sacs, rue des Prouvaires. + + +_Aux Requestes de l’Hotel._ + +M. le Mazier, ruë de Bièvre[5]. + + [5] Il étoit parent de la famille Vitart, dont il est tant parlé dans + la correspondance de Racine, et, par elle, il se trouvoit allié à + celui-ci. L’avocat Le Mazier, qui n’étoit pas sans causes, car + mauvaises ou bonnes il les plaidoit toutes, pour n’en pas gagner + une, étoit de ses parents. On ne le connoît plus que par les vers où + Boileau s’est moqué de lui. (_V._ la Sat. Ire et l’Epître II.) + + +_A la Chambre des Comptes._ + +M. Richer, à la pointe Saint Eustache. + + +_A la Cour des Monnoyes._ + +M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye. + + +_A la Prevôté de l’Hotel._ + +M. Baubiere Dechars, ruë Platriere. + + +_Au Châtelet._ + +M. Josse, Greffier en Chef, vieille ruë du Temple. + + +_Secretaires du Chatelet._ + +Mrs Doyard, ruë de la Tixeranderie, de la Rene, rue Beaubourg, Audinot, +et Coligny, vieille rue du Temple. + + +_Au Parc Civil[6], et Prévoté._ + + [6] C’est ce qu’au Parlement on appeloit «le parquet.»--«On dit, + lisons-nous dans le _Dictionn. de Trévoux_, qu’une chose a été faite + et adjugée au parc civil du Châtelet: pour dire à l’ordinaire, à + l’issue de l’audience.» + +Mrs Moreau, place du Chevalier du Guet, et de Castes, ruë Neuve Saint +Mederic. + + +_Pour les Déposts et Sentences sur Production de Parties._ + +Mrs Claude Tartel, rue des Assis, Charles Tartel, près l’Hotel de Ville, +et Tixeran, rue de Montmorancy. + + +_Pour l’Expédition des Sentences sans production._ + +Mrs Menessiers, Cloître des Bernardins, du Four, ruë Saint Honoré, +Tartel, rue des Assis, et Forbet, vieille rue du Temple. + + +_Pour les Deffauts aux Ordonnances._ + +Mrs Philipe Luce, rue Saint Martin, et Estienne Luce, rue Quinquempoix. + + +_Pour les Decrets._ + +M. François pour M. Favier sur le Quay de la Mégisserie. + + +_Pour les certifications des criées._ + +Mrs Magny, rue Hautefeüille, et Luce, ruë Quinquempoix. + + +_A la Chambre Civile._ + +Mrs Gaudion, vieille rue du Temple, Dupuis, ruë des Prouvaires, Nicolas +et Pierre Tauxier, rue de la Tixeranderie. + + +_Au Criminel._ + +Mrs Galliot, ruë Saint Thomas du Louvre, du Jardin, ruë de Bièvre, +Pariset, rue Saint Germain l’Auxerrois, et Lodet, ruë Pavée, prés +l’Hôtel de Bourgogne. + + +_Pour les Inthimations._ + +M. Garnier, ruë du Figuier. + + +_Pour les Affirmations de Voyages[7]._ + + [7] Cet office avoit été créé par l’ordonnance de 1667, à l’effet de + donner aux plaideurs venus de province acte de leurs voyages ainsi + que du temps de leur séjour, et de leur permettre, s’ils gagnoient + leur cause, de pouvoir faire taxer séjour et voyage. + +M. Gaucher, ruë Trainée, près Saint Eustache. + + +_Pour le Greffe Criminel de Robe-courte._ + +M. Casson, ruë des Menetriers. + + +_Pour M. le Prevost de l’Isle._ + +M. le Marié, ruë des Anglois. + + +_Pour M. le Juge Auditeur._ + +M. Thiery, ruë Saint Martin. + + +_Pour la Geolle._ + +M. Vallon, ruë de la vieille Monnaye. + + +_Garde Scel._ + +Qui signe pour les Notaires interdits, et qui reçoit et scelle les +Oppositions aux Décrets, et les Immatricules[8] des Notaires et +Huissiers. M. Quinot, ruë Thibaut-Thodé. + + [8] On appeloit ainsi les actes enregistrés. + + +_Pour le Sceel des Sentences du Chatelet et des Consuls._ + +M. le Cour, ruë de la Tixeranderie. + + +_Pour le Sceel des Expeditions des Notaires._ + +M... ruë Geoffroy-Lasnier. + + +_Au Trésor._ + +M. Gassot, ruë des Marmouzets. + + +_A l’Hotel de Ville._ + +M. Mitantier, à la Grève. + + +_A l’Amirauté._ + +M. Charrier, ruë Saint Jacques. + + +_A la Connétablie et Maréchaussée._ + +M. Lebert, ruë Galande. + + +_A l’Election._ + +M. Metayer, ruë des Blancs Manteaux. + + +_Eaux et Forêts._ + +Mrs Broquet, ruë de la Calandre, et le Noble, ruë Saint Bon. + + +_Au Bailliage du Palais._ + +M. Godin, ruë de la Calandre. + + +_Aux Consuls._ + +Mrs Verrier père et fils, Cloître Saint Mederic. + + +_A la Massonnerie._ + +M. Le Roy, ruë des Marmouzets. + + +_Au Bailliage du Temple._ + +M. Gilbert, au petit marché du Marais[9]. + + [9] Il existe encore rue de Bretagne, mais sous le nom de «Marché des + Enfants rouges», qui lui vient du voisinage d’un ancien hospice + d’enfants, fondé par François Ier et supprimé en 1772. Il communique + avec la rue de Beauce par la ruelle des Oiseaux, près de laquelle + Mlle de Scudéry vécut les dernières années de sa vie. Cette ruelle + s’étoit d’abord appelée «petite rue Charlot.» (Sauval, t. II, p. + 658.) + + + + +CONTRAINTES JUDICIAIRES. + + +On trouve les Huissiers Audianciers et autres de toutes les Cours et +Jurisdictions, au lieu et à l’heure de chaque Audiance, pour l’execution +des Arrests, Sentences, Décrets et Ordonnances des Magistrats et Juges +ordinaires, pour raison de quoy on aura recours à l’article de la +scéance des Tribunaux. + +Les Huissiers du Grand Conseil ont un Bureau au pied du grand degré. + +Les Barrières des Huissiers et Sergens du Chatelet, sont au marché neuf, +au petit marché Saint Germain[1], à l’aile du pont Marie, à la pointe +Saint Eustache, au coin Saint Jacques de l’Hôpital, au cimetiere Saint +Jean, à la pointe Saint Honoré[2], devant l’Abbaye Saint Martin, à la +place Maubert, ruë du petit Pont, ruë des Ecrivains. + + [1] Il étoit tout près de l’enclos de la foire Saint-Germain. + + [2] C’est-à-dire au carrefour de la rue Croix-des-Petits-Champs, de la + rue de Grenelle et de la rue du Coq, aujourd’hui rue de Marengo. Le + poste ou barrière des huissiers et sergents du Châtelet lui avoit + fait donner le nom de «Barrière des Sergents», qu’il garda longtemps + après que le poste eût été supprimé. L’enseigne des «Deux Sergents», + qui ne vient que de disparoître, le rappeloit encore, mais avec une + singulière variante: Au lieu de deux recors, on y voyoit deux + sergents de l’ancienne garde impériale!--On trouve au t. 58, p. 179 + de la _Collection Delamarre_, à la Biblioth. Nat., de curieux + renseignements sur les _Barrières des Sergents_, depuis 1551 jusqu’à + 1698. + +Le Bureau des Huissiers à cheval[3] est sur le quay de la Mégisserie où +l’on peut recouvrer leur liste, et où l’on peut apprendre le temps de +leur départ pour chaque Province et Département. + + [3] Comme les huissiers au Parlement, dits «huissiers à la chaîne», + ils pouvoient instrumenter dans tout le royaume, et pour cela ils le + prenoient de très-haut avec les autres, les simples huissiers à + verge, _car_, dit le Marquis du _Joueur_ de Regnard: + + Car huissier à cheval, c’est presque chevalier. + + Un seul jour dans l’année, le lendemain de la Trinité, tous, + huissiers à verge, huissiers priseurs, huissiers à cheval, se + confondoient dans une même cavalcade, pour aller faire visite au + prévôt de Paris, au premier président, au lieutenant civil, etc. + Mercier s’en est moqué dans son Tableau de Paris, et Lemierre encore + mieux au chant VIe de son poëme des _Fastes_: + + Voyez-vous s’avancer, couverts de noirs manteaux, + Ces roides écuyers juchés sur leurs chevaux, + Cavalcade peu faite aux marches régulières, + Qui vient parodier nos brigades guerrières, + Et tenant mal les rangs, plus mal les étriers, + Saisit au moindre choc le crin de ses coursiers. + +Les Six vingt Huissiers seuls reservez d’entre les Huissiers à Verge par +Edit du mois de Février 1691, pour la fonction de Priseurs et Vendeurs +de biens meubles en la Ville, Fauxbourgs et Banlieu de Paris, ont leur +bureau dans la Cour du Grand Chatelet, et sont compris dans la liste +suivante: + +Pierre Blanchans, ruë Saint Denis proche Saint Leu. + +Jacques Taconnet, rue de l’Arbre-secq. + +Antoine Bruneau, ruë Saint Denis devant le Sepulchre. + +Alexandre Vaubelin, ruë de la Boucherie. + +Gilles la Hogue, rue Saint Martin. + +Jean Divry, ruë de Bièvre. + +Claude de Cay, place Maubert. + +Thomas Beccasse, rue des Noyers. + +Pierre le Gagneur, rue du Temple. + +Louis Malbeste[4], ruë du Plâtre proche la ruë des Noyers. + + [4] Nous retrouvons ce nom grotesque porté du temps de Beaumarchais, + par un avocat, qui sans doute descendoit de l’huissier nommé ici. On + sait quel parti l’auteur de _Figaro_ en tira pour un des effets les + plus comiques de ses _Mémoires_ contre Goezmann: «Il n’est rien, + avons-nous dit dans la _Notice_, mise en tête de l’édition de ses + _Œuvres_ (1876, gr. in-8, p. XXI), il n’est rien qui ne lui soit bon + pour mettre les rieurs de son côté. Marin s’est-il moqué du nom du + pauvre avocat Me Malbête, le seul que Beaumarchais ait trouvé pour + signer son _Mémoire_, comme l’exige la loi; il lui retourne de la + plus plaisante façon le nom dont il se moque: «le Gazetier de + France, dit-il, se plaint de la fausseté des calomnies répandues + dans un libelle signé Beaumarchais-Malbête, et il entreprend de se + justifier par un petit manifeste signé Marin, qui n’est pas + Malbête.» + +Nicolas Fontaine, ruë Neuve Saint Mederic. + +Jean Brunet, rue de la Tonnelerie. + +Simon Monet, ruë Galande. + +Pierre Vaillant, rue Saint Denis proche les Saints Innocens. + +Guillaume Fournier, porte Saint Jacques. + +Pierre Bertelot, rue des Boucheries, fauxbourg S. Germain. + +Simon Mozac, _Fieffé_[5], rue vieille Monnoye. + + [5] On appeloit huissier _fieffé_ celui qui avoit son office à charge + de redevance, ce qui le rendoit héréditaire. + +Laurent de la Place, ruë Saint Antoine. + +François le Tourneur, rue de Bretagne. + +Michel Faguet, ruë Saint Pierre aux Bœufs. + +Alexandre Arnoult, ruë Parcheminerie. + +Antoine le Moine, rue Saint Martin. + +Charles Pinard, rue de la Huchette. + +Pierre Hargenvilliers, rue Galande. + +Pierre de Noleson, ruë Saint Antoine, devant la ruë des Barres. + +François Clozier, rue Tixeranderie. + +Brice Fleury, _Fieffé_, ruë du Crucifix Saint Jacques. + +Antoine Marais, rue S. Antoine. + +Nicolas Gaspard Boucault, cloître Saint Martin. + +Jacques le Roy, ruë Tixeranderie. + +Philippes Menard, ruë des Lombars. + +Nicolas Gasté, rue Saint Antoine prés les Jésuites. + +Bonaventure Guilliot, rue Saint Martin devant la rue aux Ours. + +Jean Manet, rue des vieilles Audriettes. + +Benjamin le Maistre, rue Aubri-boucher. + +Jacques Giroux, rue Darnetal. + +Laurent Mazier, rue Montmartre. + +Henry Charpentier, rue Aubri-boucher. + +Jacques Duval, à la Ville-neuve. + +Guillaume Dupré, ruë de Bery, au Marais. + +Nicolas Bauldry, rue des Barres. + +Maurice Poteron, rue Crucifix Saint Jacques. + +Michel Lyon, ruë vieille Monnoye. + +Jean Caron, rue des Barres. + +Pierre Langlois, ruë Saint Louis dans Lisle. + +Philippes Veron, rue du Four Saint Honoré. + +Pierre Desvaux, rue aux Ours. + +Pierre Pinchon, rue Saint Jacques à l’entrée. + +Louis Jacquemarc, rue Quinquempoix. + +Pierre de Bréquigny, ruë Thibaut Thodé. + +Jean Loyseau, rue des Boucheries Saint Germain. + +Gilles Fournier, rue Saint Germain, attenant la Gabelle. + +Nicolas Taconnet, rue de l’Arbre Secq. + +Pierre Menne, rue de la Vannerie. + +Jean Guesdon, place Maubert. + +Antoine Dainnal, rue de la Savonnerie. + +Charles Jacob, rue des Petits Champs. + +Nicolas Deon, _Fieffé_, rue Tixeranderie. + +Mathieu Pelouard, derriere le Palais Royal. + +Jean Prevost, ruë Galande. + +Jean Arnoult, ruë Saint Louis, prés Saint Roch. + +Jean Mouillefert, ruë S. Denis. + +Louis Raoult, ruë des Barres. + +Louis Colas, vieille ruë du Temple. + +Gabriel Nicolas Beauval, devant S. André des Arts. + +Charles Baignard, rue S. Antoine, prés la Barrière. + +François Traffons, ruë Bourtibourg. + +Pierre Chambon, _Fieffé_, ruë Pierre au Lard. + +Jean Dudoigt, rue des Tournelles, prés la porte S. Antoine. + +Michel Roger, cloître S. Opportune. + +Thomas Mandoüyt, porte S. Michel. + +Jean du Brecq, ruë de la Calande, prés le Palais. + +Glaude de la Haye, rue Ste Marguerite, devant l’Abbaye S. Germain. + +Jacques Gohier, ruë de la Tixeranderie. + +Pierre Tauxier, ruë de la petite Truanderie. + +Yves de Boucquainville, rue S. Antoine, près l’Hôtel de Sully. + +Hubert le Moyne, rue S. Honoré. + +Dominique Theventin, ruë S. Antoine, devant la ruë Geoffroy Lasnier. + +Noel Thibault, ruë de la Verrerie. + +Jacques Martin, rue Quinquempoix. + +François du Rot, rue des Lombards. + +Pierre Morin, ruë Bourtibourg. + +Joseph Alexis le Doyen, rue Tixeranderie. + +Estienne Trilliau, rue Beaubourg. + +Nicolas Cabaille, rue Madame. + +Nicolas Remy, rue S. Denis. + +Jean Henneguy, rue de la Calandre. + +Estienne Arondeau, _Fieffé_, rue S. Jacques. + +Jean Huvellier, rue Dauphine. + +Sébastien Huré, rue des Arcis. + +Gilles de Bauve, rue S. Honoré. + +Pierre René Patin, rue S. Martin. + +Jean Sebert, devant le Fort l’Evesque. + +Pierre Paillet, rue S. Honoré. + +Jean Maisondieu, rue des Noyers. + +Pierre Massé, _Fieffé_, rue des Boucheries Saint Germain. + +Gilbert Mouillard, ruë de la vieille Orangerie. + +Jean Edme Ravillonnet, rue S. Antoine. + +Jacques Robert de Cercellier, rue du Roi de Sicile. + +Jacques Barbarin, rue Coustellerie. + +Claude Dépoigny, rue Saint Martin. + +Jean Coucet, rue des Mauvaises Parolles. + +Leonard de Champagne, rue de la Bouclerie. + +Joseph François le Normand, Pont Notre Dame. + +Noel Avenet, ruë aux Maires. + +Jacques Rioult, Marché aux Poirés. + +Nicolas Henrion, ruë Michel le Comte. + +Jean Simon Mozac, rue des Lombards. + +Charles Coignet, rue de la Licorne. + +Charles Flattier, ruë S. Antoine, prés la ruë Percée. + +Charles Cappé, ruë S. Louis Isle Notre Dame. + +Pierre le Gros, place de Grève. + +Jean Baptiste Destrehan, ruë S. Antoine. + +Nicolas Duval, devant S. Pierre aux Bœufs. + +Pierre Brisset, rue du Mouton. + +Claude Ronjault, nommé par Sa Majesté, au lieu d’Estienne Marlet. + +Les particuliers pourroient se pourvoir en tout temps à l’ordinaire +contre ceux d’entre les Huissiers à cheval et à verge du Châtelet qui +auroient malversé; mais on peut plus sommairement et sans frais en +porter plainte à M. le Lieutenant Civil, qui tient scéance à cet effet +le surlendemain de la Trinité depuis huit heures du matin jusqu’à midy, +et qui les fait appeller l’un après l’autre selon l’ordre de leur +reception, pour repondre aux plaintes qui sont faites contre eux, et sur +lesquelles mondit Sieur le Lieutenant Civil fait droit sur le champ, +sans que l’Officier puisse se dispenser de satisfaire à sa condamnation; +premierement parce qu’il est obligé sous paine d’amande, de repondre à +l’appel de l’Huissier. Secondement, parce qu’il est mis en arrêt jusqu’à +ce qu’il ait satisfait. On peut encore dans le courant de l’année rendre +plaintes des malversations des Huissiers à cheval et à verge aux +Officiers de leur Communauté, qui s’assemblent tous les Dimanches matin, +dans le Cloître Ste Croix de la Bretonnerie. + + + + +BUREAUX PUBLICS. + + +Le Bureau General de la Douane est à l’Hôtel Seguier, ruë de Grenelle, +dont la basse-cour où entrent les Roulliers est dans la ruë du Boulloy. + +Le Bureau General des Aydes est dans la ruë des Barres, derriere S. +Gervais, à l’Hôtel de Charny[1]. + + [1] Il s’appeloit d’abord _Hôtel des Barres_, comme la rue, à cause + des _Moulins des barres du Temple_, qui étoient auprès sur la Seine. + Le percement de la rue Louis-Philippe en emporta une partie, et le + reste fut démoli vers le même temps. Le bureau des Aides ne quitta + l’hôtel de Charny qu’un peu avant la Révolution. Il fut alors + transféré rue de Choiseul dans un vaste bâtiment où nous avons vu + l’administration de l’Enregistrement et des Domaines. + +Le Bureau Général des Fermes du Tabac est ruë Betisy, à l’Hotel d’Anjou. + +Le Bureau Général pour la Marque des Chapeaux est ruë neuve Saint +Mederic[2]. + + [2] «Dans la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie.» (Edit. 1691, p. + 7.)--Sans cette marque, les chapeaux de castor étoient considérés + comme contrebande. Elle n’avoit été qu’un prétexte à l’établissement + d’offices de marqueurs, achetés surtout par des chapeliers enrichis. + (_Correspond. des Contrôl. génér._, nº 767.) En 1694, elle fut + supprimée à Lyon, et remplacée par une augmentation des droits de + douane sur les chapeaux. (_Id._, nº 1372.) + +Les Bureaux des Papiers et Parchemins timbrez sont dans la Cour de la +Moignon[3], ruë Galande, ruë de Bussy, ruë S. Germain l’Auxerrois[4], +ruë des petits Champs, ruë de la Vannerie, et ruë des Barres, à l’Hotel +de Charny. + + [3] «Cour neuve du Palais.» (Edit. 1691, p. 7.) + + [4] «Rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois.» _Id._--Les parchemins + et papiers timbrés constituoient une sorte de ferme, dont à la fin + du règne de Louis XIV le fameux Deschiens fut le principal traitant, + ce qui lui valut cette épigramme citée par Jamet dans ses + _Stromates_, t. II, p. 1797: + + On l’a toujours bien dit le papier souffre tout, + Et, quoi que sa candeur marque son innocence, + Le Roi lui fait porter les armes de la France, + Et le donne à Deschiens qui le barbouille tout. + +Le Bureau des petits Domaines pour les droits des places et eschoppes +des lieux publics, est ruë Saint Germain l’Auxerrois au coin de la rue +Thibaut Thodé. + +Les Bureaux du Contrôle des Exploits, sont rue Galande[5], cour de la +Moignon, ruë de la Poterie, ruë de Bussy, ruë d’Orléans, ruë du petit +Lion, ruë Saint Antoine, ruë du Monceau Saint Gervais et dans l’enclos +du grand Châtelet. + + [5] A la suite dans l’édit. précédente, p. 7: «Cul de Sac de la foire + Saint-Germain.» + +Le Bureau de M. Bertin, Receveur Général des Parties Casuelles[6], est +rue neuve Saint Augustin. + + [6] On appeloit «parties casuelles» les droits de finance que devoit + payer annuellement tout détenteur d’un office vénal non héréditaire, + s’il vouloit le conserver à sa veuve et à ses enfants.--Nous + retrouverons Bertin qui en étoit alors le trésorier, parmi «les + fameux curieux.» + +Le Bureau général des Chevaux de renvoy et de louage est à l’Hotel de +Sens[7], prés l’Ave Maria. + + [7] Nous en parlerons plus loin, à propos du coche de Lyon qui en + partoit. + +Le Bureau de la Compagnie des Indes Orientales est dans la rue Pavée, +prés[8] l’Hôtel de Bourgogne[9]. + + [8] «Derrière», édit. 1691, p. 61. + + [9] La Compagnie des Indes Orientales avoit été créée par Colbert pour + faire le commerce avec les côtes de l’Indoustan. Elle avoit le + privilége exclusif des toiles fines des Indes, peintes ou blanches, + mais toutes soumises à la _marque_, sous peine d’être saisies et + brûlées comme marchandises de contrebande (ordonnance du 8 février + 1687). Ce commerce se faisoit souvent par échanges: pour les toiles + des Indes importées, on exportoit nos draps du Languedoc. + (_Correspond. administr. de Louis XIV_, t. III, p. 654 et 660.) + +Celui des Indes Occidentales[10] est dans la rue Saint Martin, devant +Saint Julien des Menêtriers. + + [10] La Compagnie des Indes Occidentales commerçait avec l’Amérique, + où nous possédions alors le Canada, l’Acadie, Terre-Neuve, la + Louisiane. Son commerce se faisoit surtout par les navires de + Saint-Malo, et exploitoit de préférence les peaux de castor et les + matières d’or et d’argent. (_Correspond. des Contrôleurs généraux_, + nº 665.)--C’étoit, comme l’autre compagnie, une création de Colbert, + mais toutes deux, depuis sa mort, étoient bien déchues. (Isambert, + _Anciennes lois françoises_, t. XVIII, p. 35, 38, et 211.) + +Le Bureau du Voier du Roi est dans la rue de Grenelle, quartier Saint +Honoré. + +Celui de la Manufacture des Buffles est ruë Neuve Saint Mederic, chez M. +Jabac[11]. + + [11] Il s’agit des peaux de buffles préparées, dont on faisoit pour + l’armée des juste-au-corps, des colletins, etc. Jabach, que nous + retrouverons plus loin, avoit établi à Corbeil, pour leur + préparation, la meilleure manufacture qu’il y en eût en France, + aussi n’est-il pas étonnant qu’elle eût son bureau chez lui, à + Paris: «Celle de Corbeil, lisons-nous dans le _Dict. univ. du + Commerce_ de Savary, t. I, col. 1132, est la plus considérable, et + les peaux qui s’y apprêtent sont réputées les meilleures. On en doit + l’établissement au sieur Jabac, natif de Cologne, qui les avoit + poussées à la dernière perfection.» + +Celui de la Manufacture des Marroquins et Vaches rouges façon de Levant +est sur le Quay de l’Ecolle[12]. + + [12] C’est sans doute «la manufacture de maroquin et de peau de + chagrin», dont la comtesse de Beuvron avoit obtenu le brevet, vers + le même temps. (_Corresp. administ. de Louis XIV_, t. III, introd. + p. LV.) + +Celui des Jurez Crieurs est rue Neuve Saint Médéric. + +Celui des Vendeurs de foin[13] est sur le Quai des Ormes. + + [13] Leur vrai titre étoit «Juré peseur et compteur de la marchandise + de foin», comme on le voit par une épitaphe que rapporte M. Cocheris + dans son édit. de l’_Histoire du Diocèse de Paris_ de l’abbé Le + Beuf, in-8, t. I, p. 238. + +Les Commissionnaires Facteurs de toutes marchandises ont des Bureaux ruë +de la Mortellerie, sur le port de la Grève, sur le quay de l’Ecole, etc. + +Les Jurez Mouleurs et Aides Mouleurs de Bois[14], ont aussi leurs +Bureaux par tout où l’on fait commerce de bois à bruler, quay de la +Grève, quay de la Tournelle, quay de l’Ecole, quay de la Grenouillière, +porte Saint Antoine, etc. + + [14] Ces sortes d’offices datoient du XIVe siècle. Il existe, en + effet, une ordonnance de Charles VI, qui établit «quarante jurés + compteurs et _moleurs_ de bois.» Leur fonction consistoit à faire + mesurer dans un cercle de fer, appelé _mole_ ou _moule_, le bois à + brûler, qui se vendoit sur les ports. Ce sont les charges dont on se + moqua le plus, surtout lorsque, par expédient de finances, elles se + multiplièrent sous Louis XIV: «--Vous aimez les titres, dit + Colombine dans la farce des _Chinois_ jouée au théâtre Italien en + 1692, et si l’on n’y tient la main, vous vous mettrez de pair avec + _les mouleurs de bois_.» (Acte IV, scène 2.)--Ils ne tardèrent pas à + être supprimés en province, mais il fallut que les villes payassent + leur suppression. (_Correspond. des Contrôl, génér._, nos 1564 et + 1573.) Ils durèrent plus longtemps à Paris. Au mois de juillet 1725, + on parla même d’en créer de nouveaux. (_Journal de Math. Marais_, t. + III, p. 208.)--C’est par délégation que la charge s’en exerçoit. On + s’explique ainsi comment Philippe Caffiéri, père du grand artiste, à + qui l’on doit les admirables bustes du théâtre Français, put être à + la fois «sculpteur du Roy, et mouleur de bois», ainsi qu’on le voit + sur son acte de mort, en date du 7 sept. 1716. (Jal, _Dict. crit._, + p. 303.) + +Les Jurez Mesureurs et Controlleurs de grains et farines, en ont à la +Halle et sur les quais de l’Ecole et de la Grève. + +Le Bureau des Commissaires Controlleurs de la Buche, est devant le +pont-neuf du côté de la Samaritaine[15]. + + [15] Pour tous ces «officiers sur les ports et quais» se trouve un + curieux dossier dans la collection des papiers Delamarre, aux _mss._ + de la Biblioth. Nat., t. 153, fol. 13, etc.--Ceux qui avoient + qualité de mouleurs et aides-mouleurs de bois, dont il est parlé + dans la note précédente, exerçoient, ou plutôt faisoient exercer, + principalement au quai de l’Ecole. C’est là, plus encore qu’à la + Grenouillère--aujourd’hui le quai d’Orsay--qu’avoient lieu les + grands arrivages de bois à brûler. Corbinelli du _Pédant joué_ de + Cyrano ne va pas autre part pour acheter les meilleurs cotrets. + +Les Jurez Controlleurs de Vins, Cidres et autres Boissons, ont leurs +Bureaux, rue Frementeau[16] et sur le Quay des Célestins. + + [16] C’est-à-dire Froidmanteau ou Fromenteau. + +Il y a au même lieu un Bureau pour les déclarations des marchandises qui +doivent les droits à la Doüanne. + +Les Jurez Courtiers de Vins ont leurs Bureaux sur le quay de la +Grève[17]. + + [17] Ils faisoient l’essai des vins dans les caves mêmes de l’Hôtel de + Ville. + +Celui des nouveaux Officiers Gardes batteaux et Metteurs à bord, est sur +le même quay et pareillement celuy du Domaine et Barrage. + +Celuy des droits du Poisson de mer frais, sec et salé, est sur le quay +des Celestins. + +Au même lieu est le Bureau des droits qui se levent sur les Cendres, +Soudes et Gravelées. + +Le Bureau des Marchands Bouchers est sur le port de la Grève devant la +place aux veaux[18]. + + [18] C’est-à-dire sur la gauche de la Grève, vers la rue de la + Tannerie, où s’étoit tenu en effet le Marché aux Veaux, jusqu’en + 1646, époque où il fut transféré quai des Ormes. Son ancien + emplacement fut appelé «Vieille place aux Veaux.» + + + + +ADMINISTRATION DES HOSPITAUX + + +_Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu et des Incurables._ + +Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché. + +Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais. + +Monseigneur le Premier Président de la Chambre des Comptes, vieille ruë +du Temple. + +Monseigneur le Premier Président de la Cour des Aydes devant les +Capucins du Marais. + +Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette. + +M. de la Reynie, rue du Boulloy. + +M. de Fourcy, rue de Jouy. + +M. le Pelletier, vieille rue du Temple. + +M. Chuppé, rue de l’Observance. + +M. Acard, vieille rue du Temple[1]. + + [1] Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le procès-verbal + de la prestation de serment, en la grand’Chambre du Parlement, des + sieurs Accart, Choart, et Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de + l’Hôtel-Dieu. + +M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique. + +M. Champy, rue de la Harpe. + +M. Petitpied, rue du Jour. + +M. de Bragelonne, dans le Temple. + +M. Goupy, rue Sainte Avoye. + +M. Soufflot[2], rue des deux Ecus. + + [2] Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1717. Il + fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives de l’Assistance + publique, sur une rébellion au faubourg Saint-Germain «contre + l’exempt et les archers préposez pour veiller aux fraudes de la + boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant le caresme.» On sait que c’est la + seule boucherie qui avoit à cette époque de l’année le droit + d’ouvrir et de vendre. En 1717, comme l’un des doyens, il fut chargé + de veiller à l’auto-da-fé des peintures licencieuses qui s’étoient + trouvées dans le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu + de tous ses biens: «Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy, + lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les tableaux de la + succession de feu M. de Callières, il s’en est trouvé quatre + représentant des nudités et des postures indécentes capables de + blesser la pudeur et la modestie chrestienne s’ils estoient exposez + en vente, la Compagnie a aresté qu’ils seront jettés au feu, en + présence de Messieurs Soufflot et d’Estréchy.» + +M. le Verrier, rue Percée. + +M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin. + +M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois. + +M. Marchand, rue Tictonne. + +M. Destrichy[3], rue Bertin Poirée. + + [3] Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans la note + précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie scorbutique à Paris, + il fit une déclaration curieuse: «M. d’Etrechy a dit que si + l’augmentation des malades venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques + jours continue, il y en aura trois mil ou environ dans dimanche + prochain.» (_Archives hospitalières_ par Léon Brièle, 1877, in-8, p. + 69.) + +M. Clerambault, rue Jean Lointier. + +M. Piquet, rue de la Tixeranderie. + + +_Receveur de l’Hotel-Dieu._ + +M. Perlan, ruë Saint Martin. + + +_Greffier de l’Hotel-Dieu._ + +M. Beaufort, Parvis Notre-Dame. + + +_Receveurs et Greffiers des Incurables._ + +M. Garilde, rue du Four S. Germain. + +Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les Mercredis et les Vendredis, +depuis dix heures jusqu’à midi. + +Il y a encore une autre scéance du même Bureau à l’Archeveché, tous les +Samedis aux mêmes heures. + +Messieurs du Bureau prennent une sorte de vacance pendant les vacations +du Parlement, mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler pour les +affaires urgentes une fois la semaine seulement, alternativement au +Bureau ordinaire et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit et le +Samedi à l’autre, aux heures ci-devant marquées. + + +_Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital General._ + + +CHEFS DE L’ADMINISTRATION. + +Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs les premiers Presidens +du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes, +Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de Fourcy et Monsieur de la +Reynie, aux adresses ci-devant marquées. + + +ADMINISTRATEURS ORDINAIRES. + +M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères. + +M. le Vieux[4], cul de sac des Bourdonnois. + + [4] Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute en 1689, + il passa pour y avoir contribué par ses malversations. C’est sur + cette banqueroute, d’où vint la ruine de tant de gens, qui avoient + prêté aux hôpitaux leurs deniers à rentes viagères ou à _fond + perdu_, que La Bruyère écrivit: «Le fonds perdu, autrefois si sûr, + si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps et par les + soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu.» _De quelques + usages_, § 39.--Les _Clés_ disent qu’on chassa les administrateurs + accusés de friponnerie. Le Vieux, quoiqu’elles le nomment, n’en + étoit pas, puisque trois ans après nous le trouvons encore ici parmi + les administrateurs de l’Hôpital général. + +M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais. + +M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel. + +M. le Caron, rue Bardubec. + +M. Hourlier[5], rue des fossez saint Michel. + + [5] Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais.--Le 14 août 1671, + il prit part aux mesures adoptées pour donner des nourrices aux + Enfants trouvés. Il émit alors une opinion intéressante sur la + recherche des pères pour cette catégorie d’enfants: «Monsieur + Hourlier, bailly du Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce + des _Archives hospitalières_, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu + plusieurs sentences au Châtelet, portant condamnation contre + plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans trouvez, + lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. A esté + arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver lesdictes sentences, + et Monsieur le Procureur du Roy supplié d’en prendre soin.» + +M. Blin, quay des Augustins. + +M. Berthelot, près la place des Victoires[6]. + + [6] C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut au chapitre + des fermiers généraux des Monnoies. Devenu fort riche, il usoit bien + de sa fortune, et s’étoit ainsi donné des droits à prendre place + dans l’administration des Hospices. On lui dut en partie celui des + Convalescents: «Il a esté dit, lisons-nous dans le _Récolement des + archives hospitalières_ dressé par M. Brièle, que le prieuré de + Saint-Julien estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit esté + destiné dès le commencement. On a dit aussi que M. Berthelot, qui a + donné 60,000 livres et promis quarante autres mille livres, a + témoigné n’avoir point d’attache pour le lieu.» (Janv. 1675.) + +M. Petitpas, Parvis Notre Dame. + +M. Husson, rue du Roy de Cicile. + +M. Guilloire, cul de sac saint Dominique. + +M. Rillart, près Saint Paul. + +M. Petitpied, rue du Jour. + +M. Briçonnet, près les Enfans Rouges. + +M. de Bie, rue Bardubec. + +M. le Bœuf, Isle Notre Dame. + +M. le Febvre, près saint Sulpice. + +M. Thieriac, près l’_Ave Maria_. + +M. de Fremont[7], porte Gaillon. + + [7] Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des _Gardes du + Trésor royal_. + +M. Boucot[8], rue Hautefueille. + + [8] Il figure déjà plus haut parmi «les gardes des rôles des offices + de France.» + +M. David, cul de sac saint Sauveur. + +M. Braquet, Cloitre Notre Dame. + +M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré. + +M. Gourdon[9], à l’Hotel de Guyse. + + [9] Il avoit prêté serment, en 1681, comme «receveur charitable de + l’Hôpital général.» + +M. Colin[10], Isle Notre Dame. + + [10] Il semble avoir été chargé des aumônes de Mme de Miramion pour + les hospices: «Monsieur Colin, lisons-nous dans le _Récolement des + archives hospitalières_, p. 138, a apporté 64 louis d’or, valant 903 + livres, que lui a donnés Madame de Miramion, procédés de la queste + faicte à la Cour.» (1694, 28 avril.) + +M. Badoulleau, rue des Prouvaires. + +M. le Febvre, Cousture sainte Catherine. + +M. Pirot, rue de Ventadour. + + + + +BANQUIERS POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES. + + +Messieurs le Couteux[1], ruë de la Tixanderie, pour Normandie, Bretagne +et païs étrangers. + + [1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous + retrouvons dans l’_Almanach d’indication_ de Roze de Chantoiseau: + «Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque; + une des plus anciennes maisons.» Roze disoit vrai, puisqu’alors + cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de + quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit + encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la + famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première + municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à + l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et + pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue + Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa + maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle + l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le + Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que + Berryer père, dans ses _Souvenirs_ (1837, in-8, t. II, p. 320), dit + sur l’ancienneté des Le Coulteux: «C’étoit dans la banque de Paris + une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de + Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en + plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les + Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la + capitale.» + +M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes +lieux, et encore; + + [2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de + la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la + crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’_Epée + de bois_. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de + Venise et surtout rue Quincampoix--nous en trouverons un plus + loin--qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt, + en 1710, dans sa _Comédie des Comédiens_ (acte II, scène 9), fait + lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques: «Je connois, + dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue + Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont + trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur + appartiennent guère.» + +Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers. + +Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré. + +M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et +Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne. + +M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux. + +M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le +Lionnois. + +M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province. + +Et M. Michon, rue Aubry Boucher. + +M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne, +Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise. + +M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le +Lyonnois. + + [3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu + beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient + même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis + XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’_Almanach général + des Marchands_ de 1778: Caccia, banquier, rue Saint-Martin, + vis-à-vis la rue aux Ours; Giambone, rue Mauconseil; Boggiano, place + des Victoires. + +Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux. + +Et Messieurs Vallentin, rue + +M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre, +Hollande, etc. + +M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc. + +M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc. + +M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne. + +M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande, +Flandres conquise, etc. + +M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole. + +M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas. + +M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande, +Italie, etc. + +Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers +le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour +la négociation des Lettres et Billets de Change[4]. + + [4] _L’Almanach royal_ de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même + renseignement, ajoute: «Le public peut s’adresser à leur clerc, qui + y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus, + lettres de change, ou autres billets négociables.» Telle étoit alors + la Bourse de Paris: une voûte près d’une prison, pour s’assembler + une fois tous les huit jours; et un clerc, pour répondre à tout, le + reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644, + la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres: + «Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il, + n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les + négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse.» (_V._ Extraits de + son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des + bibliophiles, p. 230.) + +Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des +affaires Ecclesiastiques. + + + + +ACADEMIES ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1]. + + [1] «Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez + publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en + feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des + maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira + seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent; sçavoir + celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles + qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent + les beaux arts.» Edit. 1691, p. 7-8. + + +Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour +perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise +dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le +Roy est protecteur. + +Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur +qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement +appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut +desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux +Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix +considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée, +et sur un sujet à la gloire du Roy[4]. + + [2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux + fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le + travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle: «Depuis ce + temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’_Histoire de + l’Académie_, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours + ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi.» + + [3] «A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le + Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre, + près du pavillon des Cariatides... les Salles, qui, après la Fronde, + avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée + de Sculpture les salles de Puget et de Coustou.» (_Hist. du Louvre_, + p. 66, dans _Paris à travers les âges_[5].) + + [4] Ces deux prix étoient: celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne + fut distribué qu’à partir de 1671; et celui de poésie, dont Pelisson + et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite + l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses + membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué + à perpétuité. + + [5] «La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre + avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des + séances servoit pour le travail du _Dictionnaire_, dont le roi + payoit toutes les écritures; et pour l’examen des pièces envoyées au + concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie + distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux + médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la + chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu + achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin, + étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se + trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une + messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi.» + +La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des +découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans +l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les +parties de la Philosophie et des Mathématiques. + +Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et +Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et +qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7]. + + [6] «Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des + inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez, + ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits + mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les + Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire + royal, où ils ont chacun leur appartement.» Edit. 1691, p. 8. + + [7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la + Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss. + de la _Collection Delamarre_, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. + Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti + l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût + absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par + les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger + d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes, + _Topographie de Paris_, Place Vendôme. + +Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements +à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques. + +Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques; elle a neanmoins son +Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme +les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette +Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui +en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme +Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce +qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger. + + [8] «L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est + principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la + composition de M. Quinault...» Edit. 1691, p. 8. (_V._ plus loin au + chap. _Passe-temps et Menus plaisirs_.) + + [9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit «l’hôtel de l’Académie. + » (_V._ notre _Hist. de la Butte Saint-Roch_, p. 182.) + + [10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre. + +La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en +laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est +composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires +artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après +Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny +qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy, +sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja +publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il +travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette +Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent +utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de +tous les Arts. + + [11] «... Est établie par ordre de la Cour, et... disciplinée sur le + pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes + les sciences naturelles et les arts qui en dépendent.» Edit. 1691, + p. 12. + + [12] «M. de Blegny... a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné + successivement toutes les parties de la philosophie et de la + médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets + particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort + industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il + s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée + du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une + pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (_V._ plus + bas, _Pension pour les malades_). Mais on ne laisse pas de le + trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi, + à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en + hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des + plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et + l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa + direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin, + pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des + malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les + ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue + Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures + de relevée.» Edit. 1691, p. 12. + +Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a +beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la +mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert +pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de +Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au +Palais Brion[14]. + + [13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre. + + [14] «Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue + de Richelieu.» Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle + donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son + nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi + l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de + La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première + exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu + près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion + étoit «à l’entrée de la rue de Richelieu.» + +Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la +Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que +l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les +Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de +Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres +qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui +leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et +vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent +même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des +prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain +espace de temps[15]. + + [15] «Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y + avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des + Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde, + lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers + de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant + été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du + Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre + tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à + dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours + et en diverses postures; ce qu’ils continuent pendant trois mois, + laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite + examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or + à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même + métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier, + et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur + tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix. + Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la + capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent + avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même + ordre; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence + aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant + expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être + dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui + donnent encore plus d’émulation aux disciples; par cette raison que + ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant + trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en + travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies + pour Sa Majesté: outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les + beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui + leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce + qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves + des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à + disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante; à + cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un + esquisse de leur façon; et, afin que l’Académie soit assurée + qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font + faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont + présenté de bonnes esquisses; et tous ceux de qui les impromptus + sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler + pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir: deux médailles + d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples + qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort + reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces + Académies.» Edit. 1691, p. 9. + +La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les +Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui +en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de +cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize +Académiciens; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le +Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de +danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18]. + + [16] «L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes + à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a + guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de + Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur + Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie, + en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre.» _Id._, p. + 10.--Les lettres patentes «pour l’établissement de l’Académie royale + de danse, en la ville de Paris», avoient été vérifiées au Parlement + le 30 mars 1662. + + [17] «Et le sera probablement encore.» Edit. 1691, p. 10. + + [18] «Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie, + pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y + trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis + à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui + l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception, + qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes + qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils + font une expérience de chef-d’œuvre: après quoy, ils sont en plein + droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges + que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est + reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une + bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à + chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice + et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les + Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce + jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi + que le premier jour de mai.» _Id._, p. 10. + + +CONFÉRENCES. + +Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé +Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de +sujets[20]. + + [19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en + quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître: + «Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du + _Menagiana_, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une + assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa _Mercuriale_, où il + eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de + lettres, tant françois qu’étrangers.» La maison où il logeoit, + existe encore rue Massillon, nº 4. C’est celle où La Harpe mourut. + (_Rev. archéolog._, t. IV, 1re part., p. 144.) + + [20] «La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean + de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour + accessoires les nouveautez de tous genres.» Edit. 1691, p. 12. + +M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi +entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui +tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent. + +M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui +tous les soirs après sept heures. + + [21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége + Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la + _Bibliothèque orientale_, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans + après sa mort. + +Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le +Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22]. + + [22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop + occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement + grammaticale, et qu’on appeloit la _Martiale_, parce qu’elle avoit + lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se + vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme + qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme: + + Je sens que je deviens puriste, + J’aligne au cordeau chaque mot, + Je suis les Dangeaux à la piste: + Je pourrois bien n’être qu’un sot. + +Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur +diverses matières scientifiques[23]. + + [23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le + _Journal des Savants_ à la place de Gallois, et depuis 1683, le + _Journal de Médecine_, dont il étoit le fondateur. Ses conférences + du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire + dans son _Paris ancien et nouveau_, 1685, in-12. + +Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau, +Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les +sciences[24]. + + [24] «Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue + Christine, a pour objet les Mathématiques.» Edit. 1691, p. 12. + + + + +BIBLIOTEQUES PARTICULIERES ET PUBLIQUES. + + +Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les +Biblioteques suivantes: sçavoir; + +A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne; et qui sera +bien-tôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité +de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus +considérable dans toutes les Langues orientales. + + [1] _V._ un peu plus haut, au chap. des _Académies_. + +Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2]. + + [2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois, + et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a + parlé dans son _Traité des Bibliothèques_, 1644, in-8, sans oublier + le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire. + +A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3]; ruë Saint +Thomas du Louvre. + + [3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du + Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un + grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de + Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, «ils font un très bel + ornement par leur condition.» _De l’utilité des Voyages_, t. II, p. + 418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en + 1693, sous ce titre: _Bibliotheca Telleriana_. Le sorboniste Ph. + Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le + Tellier avoit donné la plupart de ses _manuscrits_, 500 environ, + françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi. + +A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais. + + [4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis + surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche + collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont + l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de + Boucherat portent sa devise: un coq avec un soleil, avec ces mots: + _Sol reperit vigilem_. + +A celle de Monsieur le Premier Président, Cour du Palais, qui est +remplie d’excellens Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques et +modernes. + +A celle de Monseigneur de Menars, Président à mortier, près la Porte de +Richelieu, où sont la plus grand part des plus curieux livres de M. de +Thou[5]. + + [5] Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de son possesseur + M. de Ménars, au _chapitre_ des Présidents à mortier. + +A celle de Monseigneur Talon[6], aussi President à mortier, rue Saint +Guillaume. + + [6] Nous ayons aussi parlé de lui, au _chapitre_ des Présidents à + mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui venoit de son + père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, l’histoire, la + philosophie, en étoient, comme on le pense bien, le fond principal. + +A celle de Monseigneur l’Avocat Général de la Moignon, à l’Hotel +d’Angoulesme[7], où il y a un grand nombre de belles Médailles +antiques[8]. + + [7] Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le président de + Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien Baillet pour + bibliothécaire. + + [8] Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit rapportées + de ses voyages. + +A celle de Monseigneur de la Moignon de Basville, Conseiller d’Etat[9], +rue où sont les plus belles Médailles modernes. + + [9] Nous avons parlé de lui au _chapitre_ des Intendants. Il l’étoit + du Languedoc. + +A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, où il y a des +Tableaux, des Bronzes, et des Médailles d’un choix particulier. + +A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande[10]. + + [10] Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les présidents + des Enquêtes. + +A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille[11]. + + [11] Nous l’avons vu figurer plus haut parmi «les gardes des offices + de France», et nous avons à ce sujet parlé de sa bibliothèque et de + ses collections. + +A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, où il y a un grand nombre +des plus rares estampes[12]. + + [12] «Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de quatre-vingts + volumes, gros comme l’_Atlas_, lesquels contiennent tout ce qu’il y + a de beau dans tous les Etats du monde. Tous les hommes illustres et + tous les saints y sont représentés,--au moins ceux dont on a fait + des estampes.--Néanmoins cette bibliothèque ne doit passer que pour + un recueil.» (Le Gallois, _Traité des plus belles Biblioth. de + l’Europe_, 1680, in-8, p. 130-131.) + +A celle de M. Bultault[13], près la place des Victoires. + + [13] Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, chez les + Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel il s’étoit démis de + sa charge de secrétaire du Roi, conserva la riche bibliothèque qu’il + lui légua. Elle ne fut vendue qu’en 1711, un an après sa mort. + Gabriel Martin en publia le catalogue: _Bibliotheca Bulteriana_, 2 + vol. in-12. A cette vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins + de 850 volumes. + +A celle de M. l’Abbé de la Chambre[14], sur le quay de Nesle. + + [14] «Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans l’éloge qu’il + a fait de cet académicien inconnu, étoit pour les livres Italiens et + Espagnols.» (_Mélanges d’histoire et de littérature_, t. I, p. 97.) + +A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue du cimetiere saint André, où +il y a beaucoup de curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de +Monnoies, etc. + +A celle de la Sorbonne, où il y a de rares manuscrits de Théologie[15]. + + [15] Le Gallois, dans son _Traité_ cité tout-à-l’heure, nous la donne, + p. 133, comme étant «sans contredit une des plus florissantes de + l’Europe.» C’étoit en 1680, elle augmenta beaucoup, depuis. Au + XVIIIe siècle, on n’y comptoit pas moins de 5,000 mss., et 60,000 + volumes. Ses principaux bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un + de ses secrétaires, l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître + que lui dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la + Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit du + cardinal de Richelieu. + +A celle du Collége de Loüis le Grand, rue saint Jacques, composée en +partie de celle de M. Fouquet[16]. + + [16] Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite en marge de + l’exemplaire du _De Bibliothecis parisiensibus_, de Dan. Maichel, + 1729, in-8, p. 94, que nous possédons, le Fouquet auquel les + Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit leur bibliothèque n’étoit + pas Fouquet, le surintendant, mais Fouquet, marquis de la Varenne. + Les livres acquis avec l’argent de son legs se distinguoient par un + double Φ, sur le dos de la reliure. + +A celle des Chanoines Reguliers de sainte Geneviève du Mont[17]. + + [17] _V._ ce que nous avons dit plus haut, à propos de la bibliothèque + de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, où nous l’avons + vue encore, au dernier étage de cette partie de l’abbaye + Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une dépendance du collége Henri + IV. En 1768, on la rendit publique trois fois par semaine, le lundi, + le mercredi et le samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant + en de nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége + Montaigne. _V._ plus bas. + +A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez[18]. + + [18] Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi, + principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui vinrent au + XVIIIe siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, de l’abbé + Renaudot, etc. _V._ ce qu’en dit D. Bouillart dans son _Hist. de + Saint-Germain des Prés_, 1724, in-fol.--Malgré l’incendie de 1792, + et un vol en 1791, qui fit passer 120 de ses mss. en Russie, la + Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de 9,000 de cette seule + provenance. + +A celle du Chapitre de Notre Dame[19]. + + [19] Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites chambres + dans la cathédrale même, et ne comptant au XVIIIe siècle que 5,000 + volumes au plus. Le principal fonds en étoit venu de Claude Joly, + dont nous avons parlé au chapitre des _Affaires ecclésiastiques_. Il + tenait de son grand-père, l’avocat Loisel, un certain nombre de mss. + qui passèrent avec les siens et les autres du chapitre à la + Bibliothèque du Roi, par une donation que firent les chanoines, le + 24 avril 1756. + +A celle du Collége de Navarre, montagne sainte Geneviève[20]. + + [20] Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. Sa + bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de Navarre, + fondatrice du collége, avoit pour principale richesse la plus grande + partie des livres de l’illustre curieux du temps de Louis XIII, le + provençal Peiresc, et de nombreux volumes sur peau vélin, avec + initiales en miniature. De ses nombreux _mss._ il n’en arriva que + 124 à la Bibliothèque Nationale pendant la Révolution. + +A celle du Collége de Boissy[21], rue du Cimetière saint André. + + [21] Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége fondé en + 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. Il étoit en 1692 + en complète décadence, dont il ne se releva que l’an d’après. Sa + bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il paroît, restée assez riche. + +A celle des Augustins Réformez de saint Germain des Prez[22]. + + [22] L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place de leur + couvent. La bibliothèque n’en devint importante que lorsque le + président de la Cour des Monnoies, Gilbert Mauguin, lui eut légué + ses 12,000 volumes de théologie et de jurisprudence, en 1674. Elle + s’augmenta encore, en 1728, de ceux du copiste Jean Pontal. On y + remarquoit 14 volumes in-fol. d’_Antiphonaires_, tous écrits, notés + et enluminés, au XVIIe siècle, par le P. Trochereau, un des moines + du couvent. + +A celle des Augustins Déchaussez, rue des Victoires[23]. + + [23] Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des Victoires, + dont il ne reste que l’église, une caserne des gardes de Paris, + ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. On y comptoit, vers le + milieu du XVIIIe siècle, environ 30,000 volumes. Auprès de la + bibliothèque étoient un cabinet de peinture, et un autre d’histoire + naturelle et d’antiquités. + +A celle des Célestins, près l’Arsenal[24]. + + [24] On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris les manuscrits, + dont les plus précieux venoient de la bibliothèque que le frère de + Charles VI, Louis d’Orléans, conservoit dans son hôtel de _Pute y + musse_, voisin du couvent. Un des deux seuls exemplaires de + l’édition xylographique du _Speculum humanæ salvationis_, que l’on + connut au XVIIIe siècle, s’y trouvoit aussi. + +A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint Cosme[25]. + + [25] Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu plus + importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit détruit 9,000 + volumes; en 1680, elle en avoit 12,000, mais l’on n’y trouvoit plus + la plupart des beaux manuscrits donnés par Catherine de Médicis, ni + ceux des auteurs latins, dont les Alde et les Estienne s’étoient + servis pour leurs éditions. Les 163 qui en sont venus à la + Bibliothèque Nationale sont la plupart sans grande valeur. + +A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue saint Jacques[26]. + + [26] Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine lyonnois + Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne l’ayant augmentée + qu’au siècle suivant. Les livres du prince, qui, au nombre de 6,800 + volumes, formoient plus d’un tiers de la bibliothèque, s’y voyoient + dans une salle à part, nommée _Bibliotheca Aureliana_. Il n’est venu + des Jacobins à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des + XIIIe et XIVe siècles. + +A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré[27]. + + [27] «Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le P. Jacob, + mais de beaucoup moindre qualité en livres.» Elle s’enrichit plus + tard. Un des religieux du couvent lui légua, en 1649, toute la + bibliothèque de son père, médecin en Allemagne. Le sorboniste Picque + lui laissa, en 1699, les manuscrits arabes de son cabinet, qui + devaient passer en 1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se + joignirent ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous + Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les Jacobins + de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748, le P. Bérenger avoit + dressé le catalogue des livres et manuscrits en 7 vol. in-fol. On + l’appeloit quelquefois la Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à + la naissance de Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une + partie de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui à + la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit. + +A celle des Chanoines Réguliers de sainte Croix de la Bretonnerie[28]. + + [28] Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre + d’ailleurs peu important. + +A celle du Prieuré de saint Martin des Champs[29]. + + [29] On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais beaucoup de + manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale; + et, comme dans tous les prieurés de Bénédictins, un grand nombre de + chartes et diplômes. Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur, + sous Louis XV, en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été + rassemblés par Dom Pernot dans la première moitié du XVIIIe siècle. + +A celle des Minimes de la place Roïale[30]. + + [30] Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud, avoit créé le + principal fonds de cette bibliothèque, en lui léguant la sienne. Le + savant Jean de Launoy en fit autant. C’est avec ces ressources que + les PP. Niceron et Mersenne composèrent leurs ouvrages si pleins de + recherches. Au XVIIIe siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu + de 8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit + 20,000; presque tous reliés en veau fauve, avec un soleil d’or sur + les plats, portant au centre le mot _caritas_, et en exergue + l’inscription: _Conventus parisiensis Minimorum_.--L’_Herbarium + vivum_, ms. en 15 vol. in-fol., du P. Prumier, contenant la + description de toutes les plantes qu’il avoit étudiées de 1675 à + 1704, tant en Italie qu’en Amérique, étoit une des curiosités de la + bibliothèque des Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre, + pour celle du roi, en 1768. + +Outre les Biblioteques particulières, il y en a quelques unes à l’usage +du public, dans lesquelles on donne entrée à tous venans aux jours et +heures ci-après marquées; sçavoir, + +Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les Lundis et Samedis du matin +et de relevée[31]. + + [31] «On commence aussi à donner entrée les lundis et jeudis en celle + du collége Mazarini.» Edit. 1691, p. 11.--Elle avoit été ouverte + pour la première fois, en octobre 1688, dans le pavillon du collége + Mazarin, aujourd’hui palais de l’Institut, où elle est encore, sous + le nom de Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut + Ludovic Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de + Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place. Elle avoit + été, comme on sait, formée pour Mazarin, par G. Naudé, qui en parle + beaucoup dans son _Mascurat_. Un siècle après eux, elle avoit + presque doublé. On n’y comptoit que 27,000 vol. à la mort du + cardinal; en 1751, lorsque Desmarais en fit le catalogue, il n’y en + avoit pas moins de 45,000. + +Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les Livres de feu M. Bouchet de +Bournonville, qui est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le matin +depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprés-dinée depuis deux jusqu’à +cinq[32]. + + [32] «Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus utilement + qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met entre les mains des + curieux tous les livres qu’ils demandent.» Edit. 1691, p. 11.--C’est + la bibliothèque dont Rabelais a dressé un si burlesque catalogue. Au + XVIIe siècle, elle s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on + ne s’en moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de + grand’Chambre, dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690, + non-seulement légué tous ses livres, mais aussi une rente pour en + acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois jours + par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici qu’il y fut fait + droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage, neveu de La Reynie, + qui possédoit une collection inappréciable de cartes et plans, dont + le plus précieux étoit celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en + passant par la bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de + Saint-Victor. Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en + 1703 de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux + Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de plus du + double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir l’ancienne. La + Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en possède 1265, dont un tiers + de mss. latins. Dans le nombre est le très-curieux catalogue de la + Bibliothèque Saint-Victor par Claude de Grandrue. + +Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui est ouverte seulement les +Dimanches après Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens et des +Apoticaires artistes; qui confèrent en même temps sur les Nouvelles +Découvertes qui se font dans les Sciences Naturelles et dans les Arts +qui en dépendent. + + + + +COLLÈGES ET LEÇONS PUBLIQUES[1]. + + [1] «Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université divers colléges + où la jeunesse est instruite à très-peu de frais, et où il y a même + des bourses fondées pour l’entretien d’un certain nombre de pauvres + étudiants.» Edit. 1691, p. 11. + + +Les Collèges où il y a exercices ordinaires des Humanitez, de la +Rhétorique et de la Philosophie, sont, + +Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis Sorbonne[2], rue saint +Jacques. Celuy des Quatre Nations sur le quay de Nesle[3], celuy de +Navarre[4], celuy de la Marche[5], et celuy de Montaigu[6] à la montagne +sainte Genevieve; celuy d’Harcourt[7] et celuy de Lizieux, rue de la +Harpe[8]; ceux de Beauvais[9] et de Presles[10], rue saint Jean de +Beauvais, celuy du Cardinal le Moine[11], rue saint Victor, et celuy des +Grassins[12], rue des Amandiers[13]. + + [2] Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long, l’avoit fondé + en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il prit le double nom qu’il a + ici. Les facultés de Théologie, des Sciences et Lettres l’occupèrent + sous l’Empire et la Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole + normale. + + [3] C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus haut: + «Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691, p. 11, qui ne + tiennent point chez eux de petites classes, ont la direction de ce + collége, où ils font enseigner gratis toutes les humanités, au désir + de la fondation du feu cardinal Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en + font de même au collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques.» + + [4] Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de Navarre, femme + de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi plus tard avec le prix + de la vente de la tour de Nesle, qui appartenoit aux rois de + Navarre. Depuis l’Empire, il est occupé par l’Ecole polytechnique. + La chapelle en est curieuse. (_Rev. archéolog._, t. I, p. 192-200.) + + [5] Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit fondé pour des + écoliers de sa pauvre province. Supprimé à la Révolution, il devint + une pension célèbre du quartier Latin, la pension Vattier. Les + bâtiments en ont disparu, avec une partie de la rue de la + Montagne-Sainte-Geneviève, où ils se trouvoient sous le nº 37. + + [6] Un des plus pauvres et des plus austères colléges de Paris. + Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme y étudia. La + maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis, l’avoit fait appeler + _Collége des Haricots_, nom qui resta à la prison militaire, qu’on y + installa, en 1792. (_V._ notre _Paris Démoli_.) Ses bâtiments, qui + faisoient l’angle de la rue des Sept-Voies et de la place du + Panthéon, furent démolis en 1845, pour faire place à ceux de la + nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève. + + [7] Un chanoine de Paris, Raoul d’Harcourt, l’avoit fondé en 1220. Ses + bâtiments, reconstruits en 1675, ont été emportés en partie par le + boulevard Saint-Michel. Ce qui reste est occupé par le lycée + Saint-Louis. + + [8] Il y a ici une erreur. Si le collége d’Harcourt fut rue de la + Harpe, le collége de Lisieux en revanche n’y fut jamais. L’évêque + de Lisieux, Gui d’Harcourt, le fonda en 1336, rue des + Prêtres-Saint-Séverin; il passa ensuite rue Saint-Etienne des Grès, + et n’en fut déplacé qu’en 1764, pour occuper, rue Saint-Jean de + Beauvais, les bâtiments du collége de Dormans. + + [9] C’est celui dont nous venons de parler, le collége de + Dormans-Beauvais, qui devoit son nom à son fondateur, l’évêque de + Beauvais, Jean de Dormans. Il datoit de 1370. Supprimé à la + Révolution, Carnot y établit la première école mutuelle d’essai. + + [10] Raoul de Presles l’avoit fondé en 1313 pour les pauvres écoliers + du diocèse de Soissons, d’où lui vint son premier nom de collége de + Soissons. Ramus y professoit; c’est là qu’il fut tué à la + Saint-Barthélemy. + + [11] Il devoit son nom au cardinal Jean Lemoine, qui l’avoit fondé en + 1302. Calvin y étudia, et Lhomond y fut professeur. Il n’en existe + plus rien que le nom d’une petite rue bâtie sur les chantiers qui en + avoient pris la place. + + [12] Il ne datoit que de 1569. Le sénonois P. Grassin, de qui lui + venoit son nom, l’avoit fondé pour des écoliers nés à Sens. + Chamfort, qui s’appeloit alors Nicolas, en fut le dernier élève + distingué. + + [13] «Celui de Cambrai et celui de fondation royale, près Saint-Jean + de Latran,... celui des Trésoriers, près de la Sorbonne.» Edit. + 1691, p. 11. + +Il y a encore des Communautez Religieuses qui ont des Maisons +Collègiales dans l’étendue de l’Université, où les nouveaux Profez sont +instruits aux Humanitez, Rhétorique, Philosophie, etc., à sçavoir: les +Grands Augustins devant le Pont neuf[14], les Grands Cordeliers, près +saint Cosme[15], les Grands Jacobins, rue saint Jacques[16], les +Bernardins, au quartier saint Victor[17]; les Carmes, à la place +Maubert[18], les Prémontrez, rue Hautefueille[19]; les Religieux de +l’Ordre de Grammont, rue du Batoir[20], et ceux de l’Ordre de Cluny, +place de Sorbonne[21]. + + [14] Ils ont donné leur nom au quai. De leur église, construite en + 1368, on fit, sous le premier empire, le marché à la Volaille, qui + garda le nom de _la Vallée_, parce qu’on l’y transféroit de _la + Vallée de Misère_, située près du Châtelet. Ce qui restoit, sur le + quai, de l’église devenue marché, vient de disparoître. Il subsiste + encore quelque chose des bâtiments, au nº 5 de la rue du Pont de + Lodi, dont le percement, en 1797, coupa en deux le terrain occupé + par le couvent. + + [15] Ils avoient donné leur nom à la rue, qui prit, en 1790, celui de + _rue de l’Ecole de Médecine_. Leur église y subsiste encore. C’est + le _Musée Dupuytren_. Pendant la Révolution, ce fut le _Club des + Cordeliers_, d’où Camille Desmoulins, qui en faisoit partie, datoit + son journal, _le Vieux Cordelier_. + + [16] Nous en avons parlé un peu plus haut, à propos de leur + Bibliothèque. + + [17] Dans la rue à laquelle ils avoient fait donner leur nom, et qui + prit, en 1806, celui de rue de Pontoise, parce qu’elle est voisine + du Marché aux Veaux, que Pontoise approvisionne. + + [18] Ils n’étoient pas sur la place même, mais auprès, dans la rue, + qui leur devoit son nom. Leur église, qui datoit du XIVe siècle, fut + démolie en 1814, pour faire place au _marché Maubert_. Ces carmes ne + sont pas à confondre avec ceux de la rue de Vaugirard, _les Carmes + déchaussés_, à qui l’on doit l’eau de Mélisse, et dont l’église + existe encore. + + [19] Ils s’y étoient établis, dès 1252, dans une des maisons que + Pierre Sarrazin, qui donna son nom à une des rues voisines, y + possédoit. Leur chapelle, située au coin de la rue Hautefeuille, à + gauche de la rue de l’Ecole de Médecine, fut démolie et rebâtie en + 1618. C’est aujourd’hui un café. + + [20] Ils n’étoient pas rue du Battoir, mais dans le voisinage, rue + Mignon, où, depuis 1603, ils occupoient, par suite d’un échange avec + leur prieuré du bois de Vincennes, le collége fondé en 1343, par le + maître des Comptes, Jean Mignon. + + [21] Le collége de Cluny se trouvoit en effet au coin de cette place + et de la rue des Grès. Sa fondation par Yves de Vergy, abbé de + Cluny, datoit de 1269. Quelques restes du cloître subsistent encore. + David y avoit son atelier en 1806. + +Outre les exercices ordinaires de l’Université, on professe la Théologie +au Collège de Sorbonne[22], et à celuy de Navarre. + + [22] Les écoles de théologie fondées par Richelieu n’étoient pas à la + Sorbonne même, mais sur la place, au nº 2. Elles furent supprimées à + la Révolution. + +La Jurisprudence aux Ecolles de Droit, rue saint Jean de Beauvais[23]. + + [23] _V._ plus haut. + +La Médecine, au Collège des Medecins, rue de la Bucherie[24]. + + [24] Les écoles de médecine et de chirurgie étoient déjà rue de la + Bûcherie en 1472. Les bâtiments en furent reconstruits en 1676, à + l’exception d’un portail du XIVe siècle qui existoit encore, il y a + quelques années. En 1744, on avoit refait l’amphithéâtre, dont le + dôme se voit toujours dans la maison qui porte le nº 13, au coin de + la rue de l’hôtel Colbert. Ce n’est qu’en 1774 que ces écoles furent + transférées, où nous les voyons, dans l’ancien collége de Bourgogne + reconstruit exprès, et qu’on avoit acheté aux Bénédictins, qui + justement y avoient établi une école de chirurgie. + +Les Mathematiques, et les Langues Arabe, Grecque, et Hebraique, au +College Royal, Place de Cambray. + +Les autres Collèges dont les revenus ne servent maintenant qu’à +l’entretien des Bourciers, sont pour les Provinces du Maine et d’Anjou, +celui de Bayeux[25]; pour ceux du Diocese de Narbonne[26], celui de ce +nom; pour la Bourgogne, celui du même nom[27]; pour le Diocèse d’Arras, +encore celui du même nom[28]; pour la Touraine, celui de Tours[29]; pour +le Diocèse de Vienne et de Bourbonnois, celui du cardinal Bertrand[30]; +pour le Limosin, celui de saint Michel[31]; pour Theroüenne, celuy de +Boncourt[32]; pour le Diocèse de Bayeux, celui de M. Gervais[33]; pour +le Diocèse de Rheims, celuy du même nom[34]; pour le Diocèse de Séez, +celui de ce nom[35]; pour ceux de Paris et de Beauvais, celui de sainte +Barbe[36]; pour ceux de la famille de feu M. Fortet, et à leur deffaut, +pour Paris et saint Flour, celui de Fortet[37]; pour ceux de la Famille +de Godefroy de Boissy, celui du même nom[38]; tous lesquels sont dans +l’enclos de l’Université. + + [25] Il avoit été fondé par Guillaume Bonnet, évêque de Bayeux. + L’inscription, que l’on put lire jusqu’à sa démolition, il y a + vingt-cinq ans, au-dessus de la porte gothique, rue de la Harpe, nº + 107: _Collegium Bajocence, fund. anno 1308_, dispensoit de chercher + la date de la fondation. On l’avoit réuni à l’Université en 1763. + + [26] Autre fondation épiscopale. On la devoit à Bernard de Fages, + archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se trouvoit rue de la + Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole de Médecine; rebâti en + 1760, et réuni trois ans après à l’Université, il étoit, depuis la + Révolution, un hôtel garni, lorsqu’on le démolit vers le même temps + que celui de Bayeux. + + [27] «Rue des Cordeliers.» Edit. 1691, p. 11.--La comtesse Jeanne de + Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour vingt pauvres écoliers de sa + province. Nous avons dit, dans une des notes précédentes, comment il + devint l’Ecole de Médecine. + + [28] Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’_Arras_, Nicolas Le + Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni, en 1763, à celui de + Louis-le-Grand. Il avoit été transféré de la rue Chartière dans la + rue des Murs, qui en prit le nom de rue d’Arras, qu’elle porte + encore. + + [29] Il étoit au nº 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333, + l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé. Les + bâtiments reconstruits en 1730 existent encore. + + [30] On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au nº 22 de + la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun, cardinal Pierre + Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en 1764, on l’eut réuni au + collége Louis-le-Grand, l’école gratuite de dessin y fut établie + pendant quelques années. Il fut démoli sous le premier empire. + + [31] L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé rue de + Bièvre, au XIVe siècle, sous l’invocation de saint Michel. On + l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme limousin, l’abbé + Dubois y avoit étudié. + + [32] Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud, dont on fit de + Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit pauvres écoliers, en + logique ou philosophie, venus de Thérouanne, pays de P. Bécoud, en + furent, d’abord, les seuls élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que + celui de Tournay, au collége de Navarre, qu’il joignoit par une + espèce de pont qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses + priviléges lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons + encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui + malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis qu’en 1552 + Charles-Quint l’avoit complètement détruite. Lorsque l’Ecole + polytechnique fut fondée au collége de Navarre, on en mit les + bureaux au collége de Boncourt, qui, depuis lors, a été entièrement + démoli. + + [33] _Gervais_ Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de Charles V, + l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége de _Notre-Dame de + Bayeux_, à cause du canonicat de son fondateur, et des élèves que + Bayeux y envoyoit. Il étoit situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie + aujourd’hui à la rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une + caserne d’infanterie. + + [34] «Derrière Saint-Hilaire.» Edit. 1691, p. 11.--Ce collége étoit + rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409, en exécution d’une + clause du testament de Guy de Roye, archevêque de Reims. Il n’en + reste plus rien, depuis longtemps. + + [35] La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire. + Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en 1404, avoit légué + l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi qu’en 1427. Ce collége + n’avoit que huit boursiers, dont quatre du diocèse de Séez. Un don + de Jean Aubert, en 1634, permit d’en augmenter le nombre. P. + Lallemand, évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque + entièrement, en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni, + dit _de Nassau_. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles, + avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe. + + [36] Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant, professeur + de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel de la rue des + Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien, qui avoit + appartenu à P. de Châlon. Sainte Barbe, à laquelle il fut dédié, + étoit, dit M. J. Quicherat, «la vierge savante qui passa de la plus + tendre jeunesse dans l’éternité... après avoir vaincu dans la + discussion les plus habiles défenseurs du paganisme grec.» (_Hist. + du collége Sainte-Barbe_, t. I, p. 9-10.)--Ce collége ne + s’administra lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque + Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait don de + l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle. Il y créa + aussi sept bourses: trois grandes, pour les diocèses d’Autun, de + Rouen, d’Evreux et de Paris; et quatre petites pour les paroisses + qu’il avoit administrées: celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de + Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi, et celle de la Neuville d’Aumont. + C’est pour ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous + voyons ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis à + Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe devint + l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son nom, qu’il a + gardé. + + [37] Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit son nom au + chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition + testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé l’argent disponible + pour cette fondation. Comme il étoit d’Aurillac, quatre bourses + étoient destinées à des enfants de cette ville ou du diocèse de + Saint-Flour, mais pris de préférence dans sa famille. Quatre autres + bourses étoient réservées pour Paris. + + [38] _V._ ce que nous avons dit plus haut de ce collége de Boissy, + situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa bibliothèque. + +On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement par ordre et aux +dépens du Roi, au Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor, la +Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la Botanique. Le public est averti +de l’ouverture des Leçons par des Affiches, au commencement de l’hiver +pour les Dissections Anatomiques, et pour les Opérations Chirurgicales, +et au commencement de l’Eté pour la Démonstration des Plantes et pour +les Préparations Chimiques[39]. + + [39] «Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait aussi chaque + année des dissections anatomiques et des opérations chirurgicales, + mais à prix d’argent.» Edit. 1691, p. 13. + +Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers, on fait aussi annuellement +et gratuitement tous les Hivers des Démonstrations Chirurgicales +Anatomiques, suivant la fondation de feu M. Biennaisse[40]. + + [40] «Le public est averti des unes et des autres par des affiches.» + _Ibid._--Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès de l’église + dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens, étoient plus + exclusivement chirurgicales que celles de la rue de la Bûcherie, + dont il a été parlé plus haut. Elles avoient eu pour origine la + confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien fondée, dit-on, par saint + Louis. C’est par son testament que M. Jean Bienaise, mort le 21 + décembre 1681, après avoir été un des bons praticiens de son temps, + avoit laissé six cents livres de rente pour deux professeurs chargés + de faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il est + ici question. + + + + +MATHÉMATIQUES. + + +Les Professeurs ès Mathématiques qui sont de l’Académie Royale des +Sciences et qui ont des appartemens à l’Observatoire Royal, pour les +Observations Astronomiques, sont Mrs Cassüni[1], de la Hire[2], +Couplet[3], Sédillot[4] et Cusset[5]. + + [1] Jean Dominique, le premier et le plus célèbre de la dynastie des + Cassini, né en 1625 à Nice, mort en 1712 à Paris. (_V._ son Eloge + dans les _Œuvres_ de Fontenelle, t. V, p. 322.) Ses principales + découvertes en astronomie s’y trouvent analysées. + + [2] Philippe de La Hire, de l’Académie des sciences, comme Cassini, et + professeur de mathématiques et d’astronomie au collége de France. Il + mourut en 1719 à soixante-dix-neuf ans. Fontenelle a fait aussi son + éloge, t. VI, p. 1. + + [3] Claude-Antoine Couplet, qui fut plutôt ingénieur-mécanicien + qu’astronome. Aussi n’étoit-il logé à l’Observatoire que comme garde + du cabinet des machines. Il mourut le 22 juillet 1722, à + quatre-vingt-un an. (_V._ son éloge dans Fontenelle, t. VI, p. 159.) + + [4] Il n’est guère connu que par la part qu’il prit, en 1718, au + voyage du second des Cassini, pour la prolongation de la mesure du + méridien jusqu’à Dunkerque. + + [5] Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant du + Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science. On a de lui, + dans les _Mémoires de l’Académie_ de 1703, une lettre curieuse à La + Hire sur la montagne soi-disant inaccessible du Dauphiné. + +M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture qui se tient au +Palais Brion[6], où il fait des leçons publiques d’Architecture, par +conséquent sur la Coupe des pierres. M. Rolle[7] qui est aussi de +l’Académie Royale des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre, +demeure rue + + [6] _V._ plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance du + Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie d’architecture avant + d’être installée au Louvre. + + [7] Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on le dit ici, fut + sa science préférée; il n’eut pas à le regretter. Elle le mena droit + à l’Académie des sciences, et la solution d’un problème posé par + Ozanam lui valut une gratification de Colbert, que l’abbé Gallois, + secrétaire des ministres, dont Rolle avoit accepté la collaboration, + fit bientôt changer en pension durable. Il mourut en 1719, à + soixante-sept ans. Fontenelle a écrit son éloge. (_V._ ses _Œuvres_, + t. VI, p. 74.) + +M. Sauveur[8], rue et rue sont Professeurs Royaux au +Collége de Cambray[9]. + + [8] Un des plus illustres savants de son temps, pour les mathématiques + et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il mourut, en 1716, à Paris. + (_V._ son _Eloge_ parmi ceux que Fontenelle a faits des membres de + l’Académie des sciences, t. V, p. 466.) + + [9] C’est le collége de France, souvent appelé comme il l’est ici, + parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de Cambray, qui + lui-même avoit donné son nom à la place où il s’ouvroit. Sauveur + professoit au collége de France depuis 1686. + +Mrs Hébert, Professeur au Collége de Maitre Gervais, rue du Foin[10], et +Varignon[11] au Collége Mazarini[12], sont encore d’une très +particuliere distinction. + + [10] Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être au lieu + d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite à Caen, où il + resta en relation avec Varignon. (_V. Histoire de l’Académie des + sciences_, année 1719, p. 39.) + + [11] Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris en 1722, grand + ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle, auquel il légua tous + ses papiers, et qui a fait son éloge, t. VI, p. 182. + + [12] En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie des + sciences, il étoit fait professeur de mathématiques au collége + Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après avoir fait sa + classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il avoit aussi une chaire + au collége de France. + +Les Professeurs qui enseignent chez eux et en Ville toutes les parties +des Mathématiques, sont Mrs Ozanam, rue de Seine[13], Lieutault, rue des +fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries Saint Germain, et +de Blegny le jeune, près la Madelaine. + + [13] Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes, mort à Paris + le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des sciences en 1701. Ses + _Récréations mathématiques et physiques_, dont la 1re édition est de + 1699, in-8º, sont un des premiers ouvrages de physique amusante que + l’on ait publiés. Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge + d’Ozanam. + +Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens Mathématiques, sont Mrs le +Bas, aux Galleries du Louvre[14], Chapotot[15] et Buterfield[16], sur le +Quay de l’Horloge[17]. + + [14] Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe Lebas, mort en + 1677. Le logement que celui-ci avoit occupé depuis le 26 janvier + 1670, «avec les autres artisans de réputation dans la galerie du + Louvre, destinée à cet effet», ainsi qu’il étoit dit dans son + brevet, avoit été conservé à son fils. Un ouvrier du même métier, + nommé Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (_Registres du + Secrétariat_, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr., nº 2771.) + + [15] Ozanam a parlé de lui dans ses _Récréations mathématiques_... + 1696, in-8, t. II, p. 277: «Le sieur Chapotot, dit-il, ingénieur du + Roi, et fabricateur des instruments de mathématiques à Paris, dont + l’habitude est de renchérir sur les plus belles inventions.» + + [16] C’étoit un mécanicien allemand,--Lister dit anglais,--qui s’étoit + établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et que plusieurs + mémoires: _Niveau d’une nouvelle construction_, 1677, in-12; + _Adomètre nouveau_, 1681, in-12, etc., avoient déjà fait + avantageusement connoître. Il y mourut en 1724. On lui doit de + grands quarts de cercle qui ont beaucoup contribué à sa célébrité. + Ses boussoles-cadrans, qu’il faisoit d’ordinaire en argent, + s’appeloient, de son nom, des _Butterfield_. + + [17] Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit; et déjà sous + Louis XIV--Chapotot, d’après notre avant-dernière note, en est la + preuve--les fabricants d’instruments de mathématiques y prenoient le + titre «d’ingénieur.»--Quelques années après la publication de ce + _Livre commode_, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit à côté + de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon, dans ses _Diversités + curieuses_, 1699, in-12, t. II, p. 57, a parlé de lui, à propos d’un + «cadran équinoxial, universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille + aimantée, pour voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires + sur toutes sortes de plans... Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement + inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les + instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux deux globes, + sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus.» + +On trouve des Cartes de Geographie très curieuses chez M. Samson[18], +aux Galleries du Louvre, et chez Mademoiselle du Val[19], sur le Quay de +l’Horloge. + + [18] Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe du Roi, + comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué le 27 août 1648, dans + l’une des premières émeutes de la Fronde. Adrien Sanson mourut le 16 + mai 1703. + + [19] Son père P. Du Val étoit «géographe ordinaire du Roi.» Elle + vendoit ses livres, entre autres un _Traité de géographie_, revu et + augmenté, quand Du Val fut mort, par le P. Placide, augustin + déchaussé, qui étoit aussi «géographe du Roi.» Ce Traité devint la + base du volume classique, connu sous le titre de _Géographie de + Crozat_, qu’il devoit à la fille du riche financier Crozat, pour + laquelle on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre + son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares exemplaires + où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La boutique de Mlle + Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge. On lit, en effet, + sur le titre: «Chez Mademoiselle Du Val, fille de l’auteur, rue + Saint-Jacques, au Dauphin d’or, vis-à-vis la rue de la + Parcheminerie.» + + + + +MEDECINE ORDINAIRE. + + +Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire, est celle qui est +légitimement pratiquée par gens graduez, qui se rapportent assez dans +les principes et dans les maximes essentielles, pour se rendre +reciproquement compte de leur conduite lors des Consultations. + +M. le Premier Medecin du Roy[1], a son appartement au Jardin Roial des +Plantes, où il loge quand il est à Paris[2]. + + [1] Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi étoit Daquin, + dont les appointements cumulés ne s’élevoient pas à moins de 37,000 + livres, suivant l’_Etat de France_ de 1692, p. 235. + + [2] Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes, de la + chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet 3,000 livres, qui + se confondoient avec les 37,000 de ses appointements généraux. + +Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant par quartier[3], qui +pratiquent à Paris avec beaucoup de réputation, par exemple: + + [3] C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit: deux par quartier, + ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter, dit l’_Etat de + France_, «273 livres 15 sous de livrées, chacun pour sa bouche à + cour.» + +Messieurs Lallier[4], rue des Prouvaires, Du Gué[5], près saint Paul, +Fresquière[6], rue sainte Avoye, etc. + + [4] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier d’avril. Il + étoit aussi, selon l’_Etat de France_, médecin de la Bastille. + + [5] Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre. + + [6] Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant le + trimestre de janvier. + +Messieurs du Chesne[7], rue de la Sourdière, et Armand[8], près saint +Gervais, sont encore des Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup +d’employ à Paris. + + [7] Il étoit médecin du duc de Bourgogne. + + [8] Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère que sous son + prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin, mais chirurgien, et comme + tel attaché à la maison de Madame, duchesse d’Orléans. + +M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de Medecine de Paris, demeure +ruë de Bièvre. + +M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure ruë de Grenelle, quartier +saint Honoré. + +Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le Rat, rue du Four S. Germain, +sont Professeurs en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau Saint +Gervais, et de la Carlière, rue du Batoir, en Botanique et Pharmacie. + +On peut recouvrer la Liste des Docteurs de cette Faculté chez le +Concierge de leur Collège rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens +d’une profonde érudition, entre lesquels il y en a un grand nombre qui +sont fort renommez dans le public: par exemple, Messieurs Morin[9], rue +Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier[10], rue de Grenelle, +Finot[11], rue de la Monnoye, Mathon, à la Pierre au Lait, etc. + + [9] Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son voyage à + Paris, dit être «des gens fort instruits.» L’un, né à Toulon, étoit + naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né au Mans, étoit + médecin. Ils arrivèrent presque en même temps à l’Académie des + sciences. Louis Morin, le médecin, qui étoit aussi grand botaniste, + mourut le 1er mars 1715 ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle + a écrit son _Eloge_. (_V._ le t. V de ses _Œuvres_, p. 380.) + + [10] Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris. Son + fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de l’Académie des + sciences. (_V._ Fontenelle, t. V, p. 54.) + + [11] C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit qu’il + étoit «au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois connu à + Montpellier.» + +Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty[12], et Bourdelot[13], rue sainte +Croix de la Bretonnerie, ont chacun un parfait assortiment de tous les +Livres de Philosophie et de Medecine. + + [12] Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634 à Paris, où + il mourut en 1707. On lui doit, entre autres ouvrages, la _Statica + medicina gallica_. C’est comme conseiller-médecin du prince qu’il + logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle a écrit son _Eloge_, t. V, p. + 190. + + [13] Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la duchesse de + Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles. Lister vante son + savoir, surtout pour l’histoire de la science qu’il pratiquoit, ce + qui confirme ce qu’on lit ici à propos de sa riche bibliothèque: «Je + citerai encore, dit-il, M. Bourdelot, médecin de la duchesse de + Bourgogne, qui est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un + savant homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine.» + +M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la recherche et vérification des +Nouvelles Découvertes de Medecine, demeure au Jardin Medicinal de +Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient Bureau rue de Guenegaud tous +les jours de relevée. Celui là est fort renommé pour les Decentes, pour +les maux vénériens, pour les maladies des femmes et des enfants, pour +les hidropisies, pour les Rheumatysmes inveterez, et généralement pour +les maladies extraordinaires. + +M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins qui travailloient au vieux +Louvre[14], et qui a pris ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques +expériences pour les maladies croniques, il demeure rue et près les +Incurables. + + [14] Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et dont Mme de + Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant l’eau d’émeraude (édit. + Hachette, t. VII, p. 411, 414), avoient été deux: le P. Agnan nommé + ici, et le P. Rousseau qui étoit mort à cette époque. Le nom par + lequel on les désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la + recommandation de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit + donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où, pendant près + de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler. Le frère du P. + Rousseau publia en 1697, in-12, un volume devenu rare: «_Secrets et + remèdes éprouvez, dont les préparations ont été faites au Louvre, de + l’ordre du Roy_, par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin + et médecin de Sa Majesté.» Le P. Agnan est nommé dans + l’avertissement, comme «confrère et co-inventeur de notre illustre + deffunt.» Il est resté de Rousseau, dans le _Codex_, une sorte + d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom de vin ou «gouttes + de Rousseau.» (_V. Le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. II, p. 388.)--Le + curieux et rare volume publié en 1693, l’_Ancienne médecine à la + mode_, est du capucin Aignan, qui du reste l’a signé. + +M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne une poudre émétique contre +les cours de ventre et dissenteries, demeure rue Serpente[15]. + + [15] «Le médecin Hollandais, renommé pour quelques remèdes + spécifiques, demeure rue Gille Cœur.» Edit. 1691, p. 15.--Le remède, + auquel Helvétius dut sa réputation et sa fortune, étoit + l’_Ipécacuhana_ récemment importé du Brésil, et que lui avoit fait + connoître un droguiste de Paris. Reçu docteur en médecine, et + naturalisé françois, il obtint, le 19 juillet 1688, permission de + débiter son remède, pendant quatre années, après épreuves faites à + l’Hôtel-Dieu par Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., _mss. + Clairambault_, t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une + très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent, et ne + commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique: «Helvétius, + écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691, est en réputation même + pour les fièvres, et il va partout comme les autres médecins.» On + peut lire sur lui quelques pages curieuses dans l’_Elite des + Bons-Mots_, 1731, in-12, t. I, p. 469.--Son fils fut le riche + financier philosophe, auteur du livre _De l’Esprit_. + +La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à la première page[16], vend +la Biblioteque universelle des secrets de Medecine recherchez et +publiez, par ordre de M. le premier Médecin de Sa Majesté[17], le +Recueil des Journaux de Médecine, le Traité Medicinal du Thé, du Caffé +et du Chocolat[18], les Observations astronomiques et Medicinales qu’on +doit à l’invention des lunettes d’aproche, et plusieurs autres Livres +curieux à l’usage des Medicins. + + [16] La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement + classique, existe encore à la même place sur le quai Conti, alors + appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis Nyon, fils de + Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après elle, son fils Jean-Luc + dirigea sa librairie, et quand il fut mort, sa femme, autre veuve + Nyon, en garda la direction jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle + s’appeloit Marie-Anne Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de + Paris, et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut + dans sa boutique du quai des Augustins, _à la Bible d’or_, le + premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot. + + [17] L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails sur ce + point: «On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre de M. le premier + médecin du Roi, fait un recueil général de tous les remèdes secrets, + tant de ceux qui avoient déjà été publiés que de ceux qui estoient + réservez en manuscrits dans les bibliothèques curieuses, ou qui + avoient esté communiquez par divers particuliers aux médecins de la + Société royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes + in-8º, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant l’abreuvoir + Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres de M. de Blegny qui + en est auteur.» Il nous a dit, en effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit + «préposé à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de + médecine.» + + [18] Blegny, qui tout-à-l’heure fera de si belles réclames à ses + remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié cinq ans + auparavant, et dont voici le titre exact: _Le bon usage du thé, du + café et du chocolat, pour la préservation et la guérison des + maladies_. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage qui suit doit aussi être de + lui, mais nous ne pouvons l’assurer. + +Pour la Société Roiale de Medecine, voiez l’article des Rapports et +Verifications d’Experts. + +L’Histoire de la Medecine et des Medecins nouvellement publiée par M. +Bernier[19], auteur de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon +Langrögne, rue saint Victor. Les premières parties de ce Livre estant +comme un extrait du Dictionnaire Historique de Morery[20], on le lit +avec plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de fortes atteintes +à l’honneur de gens vertueux et recommandables[21], dont apparemment il +a voulu se distinguer. + + [19] Ce sont les _Essais de médecine_ de Jean Bernier, auxquels il ne + donna le titre d’_Histoire chronologique de la Médecine_, qu’à la + seconde édition, en 1695. La première étoit de 1689. Il avoit fait, + comme on le dit ici, une _Histoire de Blois_, sa ville natale. + + [20] Dans le chapitre IV de la 1re partie de son livre, Bernier fait, + en effet, l’histoire chronologique de la médecine et des médecins, + et n’y reproduit guère que ce qu’on en lisoit dans Moréri. + + [21] Les gens «vertueux et recommandables», dont parle ici Blegny, + sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que Bernier malmène + d’importance dans son XIIIe chapitre: _Des charlatans prétendus + médecins, et des médecins charlatans_. «Quant à nos empiriques, y + dit-il par exemple, ce ne sont ordinairement... que des + banqueroutiers, des gens ruinez ou saisis, des fugitifs, des + téméraires: au moins des gens sans étude, sans principes, sans + caractère.» Parmi tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit + que l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se venger + de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et qui lui valut + de plus directes représailles. Dans l’_Anti-Menagiana_, publié en + 1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé dans ses _Essais_, le nomme + sans pitié, et cela dès sa préface, p. 16, où, parlant de son + almanach et des ennuis qu’il lui avoit attirés, il dit: «l’auteur en + est Blegny, le bastillé et le bastillable.» Ailleurs, p. 118, il y + revient dans une attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître + Notre-Dame, «qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans + l’_Almanach des adresses_ d’Abraham Du Pradel.» Plus loin, p. + 230-231, autre attaque encore contre l’homme et son livre. Blegny, + comme on voit, n’avoit gagné à se défendre que des horions nouveaux. + +La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à Lyon en latin et en +françois[22], se trouve chez presque tous les Libraires de la rue Saint +Jacques. + + [22] Ce sont les _Institutions de médecine_ de Michel Ettmüller, mort + en 1683. + + + + +MEDECINE EMPIRIQUE. + + +Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée par des +particuliers, dont l’étude n’a pas esté assez réglée pour parvenir aux +degrez, et qui se fondent principalement sur les épreuves de quelques +Receptes medicinales. + +Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques et des Religieux qui +pratiquent à Paris cette sorte de Medecine[1]; par exemple, M. l’Abbé +Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier, et qui demeure à présent +à l’Arsenal. + + [1] C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier dans son + chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont pour lui la + plupart «des moines ignorants, et las de la robe,... des pieds + déchaux, qui ne savent où donner de la tête.» + +M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini. + +M. le Curé d’Evry, Village de Brie[2], qui donne avec permission une +boisson sudorifique, par la chaleur de la quelle il tache de consommer +les causes des maladies. + + [2] Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert, département de + Seine-et-Marne. + +Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le Prieur, et qui demeure ruë de +la Raquette, Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour un +apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus facheuses opilations dans +les deux sexes[3]. + + [3] Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd., p. 18: + «Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans la rue de la + Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de médecine, et qui se dit + très-habile.» Rue de la Raquette, c’est, comme on sait, rue de la + Roquette.--Bernier, p. 296 de ses _Essais_, semble faire allusion à + ce remède du prieur: «Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à + connoître ceux qui ont débité et fait valoir aux simples: qui des + remèdes pour les dents;... qui... des stipiques à divers usages, des + _apéritifs_...» + +Le Frère Ange, Capucin[4], qui distribue un Opiatte et un Sirop +mesentirique et epatique, est resident au Fauxbourg saint Jacques. + + [4] «Renommé pour la cure des maladies chroniques... au couvent du + faubourg Saint-Jacques,... a un laboratoire assez curieux.» Édit. + 1691, p. 18. + +Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg saint Germain, fait des +recherches dans la Chimie. + + + + +OPERATIONS CHIRURGICALES. + + +Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son appartement au vieux +Louvre, où il loge quand il est à Paris. + +M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville, Prevoté et Vicomte de +Paris[1], renommé pour la saignée et pour la grande Chirurgie[2], +demeure rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen. + + [1] François Du Tertre, que l’_Etat de France_ pour 1692, t. I, p. + 240, qualifie «lieutenant des chirurgiens de Paris», retenu par le + Roi pour «l’employer où il pourra en avoir affaire. Il a cinq mille + et tant de livres d’appointements.» Les chirurgiens du Roi qui + étoient au nombre de neuf, un premier ordinaire, et huit ordinaires + servant par quartier, pouvoient, d’après une déclaration de Louis + XIII, «tenir ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où + seront les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers + chirurgiens.» + + [2] Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du Parlement. + +Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté des Chirurgiens Jurez de +Paris, sont Messieurs David, rue de l’Arbre sec: Cuqüel, rue Galande, +Caubouë, rue Montorgueil: et Gigot, rue saint André. + +La Liste générale des maîtres de cette Communauté se peut recouvrer aux +Ecoles de Chirurgie près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude du chef +d’œuvre[3] et des exercices qui s’y font en tout temps, doit faire +presumer que cette liste n’est composée que d’habiles gens; et en effet +il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables par quelques +endroits: par exemple, pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à +l’Hôtel Dieu[4]. Bessière, près la Trinité[5]. Triboulleau, rue des +Juifs. Roberdeau, rue saint André. Haustome, rue de la Truanderie, etc. + + [3] On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les + corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour la + communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération faite avec + succès. + + [4] On a de lui un _Traité des maladies des os_, et un certain nombre + de mémoires parmi ceux de l’Académie des sciences. + + [5] «M. Bessière, chirurgien fameux pour les playes et pour les + grandes opérations, demeure rue d’Arnetal (Grenétat), près la + Trinité.» Edit. 1691, p. 18.--Jacques Bessier--c’est son vrai + nom--fut, en effet, célèbre. C’est un des quatre chirurgiens + auxquels le roi accorda des lettres de noblesse, il les obtint en + 1712. Julien Clément, qu’on trouvera tout-à-l’heure, en avoit eu de + semblables l’année précédente. + +Pour les Consultations M. Morel, rue du Bac, près les Convalescens[6]. + + [6] «M. Morel, premier chirurgien de la Charité, recherché pour les + consultations chirurgicales...» Edit. 1691, p. 18.--L’hôpital des + convalescents, près duquel il demeuroit, se trouvoit rue du Bac, à + la hauteur du nº 98, qui le remplace. Il avoit été fondé, en 1642, + par Mme de Bullion, femme du surintendant des finances, pour les + convalescents de la Charité. Tous y étoient admis, à l’exception des + soldats, des laquais et des prêtres. + +Pour la Saignée Messieurs Gillet, rue d’Orléans. Passerat, rue Neuve des +Petits Champs. Canto, rue des Boucheries saint Germain. Gervais, rue +saint Antoine. Meurisse, rue saint Jacques, etc. + +Pour la reduction des os rompus et demis, M. Michault, rue Hautefeuille, +etc. + +Pour les accouchemens, Mrs Mauriceau, rue neuve de Richelieu. Clément, +rue et devant le petit S. Antoine[7]. Portail et Bonnamy, rue saint +Martin. Desforges, près saint Eustache. De Frades, rue Comtesse +d’Artois, etc. + + [7] «M. Mauriceau, chirurgien-accoucheur, auteur d’un traité des + maladies des femmes, qui se vend chez d’Houry, rue Saint-Jacques, + demeure dans la rue des Petits-Champs.--Monsieur Clément, qui a eu + l’honneur d’accoucher Madame la dauphine, demeure devant le petit + Saint-Antoine.» Edit. 1691, p. 18.--Mauriceau, qui fut si célèbre + pour les accouchements, et dont le _Traité des femmes grosses_, + qu’il publia en 1681, et qu’il traduisit lui-même en latin, resta + classique en chirurgie jusqu’à nos jours, avoit en effet demeuré rue + Neuve-des-Petits-Champs avant d’aller rue de Richelieu. Il y + logeoit, quand son _Traité_, qu’il vendoit lui-même, parut. On lit + sur le titre: «Chez l’auteur, au milieu de la rue des Petits-Champs, + _au bon Médecin_.» Cet accoucheur avec enseigne ne doit pas + surprendre. C’étoit l’usage, que les sages-femmes continuent encore. + La plupart des chirurgiens tenoient d’ailleurs boutique, et une + enseigne leur étoit nécessaire. On lit dans les _Œuvres_ de Santeul, + 1698, in-12, 2e part., p. 178, un distique qu’il avoit fait pour une + de ces enseignes: _Sur un tableau de la charité de Saint Louis_, y + est-il dit, _à la boutique d’un chirurgien, proche Saint Martial_: + + Ne medicas adhibere manus dubitaveris œgro, + Admonet hæc pietas regia, te que docet. + +Pour l’Anatomie Messieurs Chevalier, rue de la Pelleterie, et Dalibourg, +rue Neuve de Richelieu. + +M. Tolet Opérateur du Roy pour l’opération de la Pierre qu’on nomme +_Lithotomie_, demeure rue Jacob près la Charité[8]. + + [8] «M. Tolet, qui a été longtemps chirurgien de la Charité, où il a + pratiqué cette opération (de la pierre), et qui est auteur d’un + livre qui en traite particulièrement, demeure rue Jacob, près le + portail de cet hôpital.» Edit. 1691, p. 18. + +Messieurs Collot père et fils, fameux pour la même opération, demeurent +rue de Seine quartier saint Germain. + +M. Gervais, rue Mazarini au coin de la rue de Guénegaud, a un +particulier talent pour penser les loupes, les signes et les porreaux. + +M. Girard Chirurgien Opérateur qui s’attache particulierement à la +Catharacte, et qui fait son sejour ordinaire à Chalons en Champagne +vient à Paris tous les ans au Printemps, et loge rue de la Huchette à +l’enseigne des Capillaires de Montpellier[9]. + + [9] Enseigne toute pharmaceutique. Il sera parlé plus bas, p. 169, n. + 2, du sirop que faisoit Blégny avec «les capillaires de + Montpellier.» + +M. Quarante qui a succédé au feu Sieur Carmeline[10] son oncle pour les +maladies et pour les opérations de Dens, demeure sur le quay de la +Megisserie devant le Pont neuf. + + [10] Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre dès le + temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans _les + Mazarinades_. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au rez-de-chaussée + de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, où, suivant _le + Chevræana_ il s’étoit donné pour ingénieuse devise ce vers un peu + arrangé du VIe livre de l’_Œnéide_: + + _Uno_ avulso non deficit alter. + + Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier. + L’arracheur de dents par excellence fut toujours Carmeline. Ecoutez + Racine dans une lettre à son fils, du 4 octobre de cette même année + 1692: «Si vous aviez bien lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous + auriez vu qu’il mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il + n’auroit pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline + lui eût nettoyé les dents.» En 1696, on ne nomme encore que + Carmeline; de son neveu et successeur Quarante pas un mot: «C’est, + dit Arlequin, à la scène première du premier acte d’_Arlequin + Misanthrope_ joué cette année-là, c’est une beauté surannée, qui + oublie qu’elle n’a pas une dent dans la bouche sur laquelle + Carmeline n’ait une hypothèque spéciale.» + +Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir, Surin et Coupart au Pont +Marie, s’exercent aux mêmes opérations. + +Les Sieurs Langlois[11], rue Montmartre; de Rere et Cuvillier, à la +Croix du Tiroir, sont occupez à la reduction des os fracturez et +disloquez. + + [11] Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier, qui + soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté de Reims, + une lutte fort vive, en 1695, contre «les doyens et docteurs de la + Faculté de Médecine de Paris», qui ne vouloient pas les reconnoître, + et refusoient de consulter avec eux. Après un an de guerre de + mémoires et _factum_, le roi donna raison aux deux docteurs + provinciaux. Ce dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps + de tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664, dans + sa IVe satire: _le Médecin pédant_: + + ... Il traite d’écolier + L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier. + +Mademoiselle de Blegny directrice honoraire et perpetuelle de la +Communauté des Jurées Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement pour +les personnes de la première qualité et pour celles qui luy sont +confiées, demeure chez M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud, +première porte à droite[12]. + + [12] Cet article est différent, moins long, mais plus curieux dans + l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer sa femme: «la + Directrice en chef honoraire et perpétuelle des jurées sages-femmes + de Paris, dit-il, demeure au Jardin médicinal de Pincourt, où les + dames de province peuvent faire leur couche à un écu par jour.» + +Les Directrices agentes de la Communauté, sont Mesdames Langlois, rue +Dauphine, Soret, rue Transnonnain, Cuvilliers, place Baudoyer, et +Regnault, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie. + +Pour les Jurez Chirurgiens et les Jurées Sages-Femmes du Châtelet, voyez +l’article des Rapports et Verifications d’Experts. + +On est renvoyé au même endroit pour le Traité des Rapports de Chirurgie. + +Le Livre des Accouchemens de M. Mauriceau[13] et celuy des Décentes de +M. de Blegny, se vendent chez Laurent d’Houry, rue saint Jacques[14]. + + [13] _V._ plus haut, p. 159-160, sur Mauriceau et son livre. + + [14] Il avoit été reçu libraire à la place de Jean d’Houry, son père, + en 1678. + +Le Traité des Maux Vénériens[15] du même Auteur, se trouve chez Estienne +Michallet, rue saint Jacques, et chez la veuve Nion, quay de Nesle[16]. + + [15] Les remèdes contre ces maladies étoient les plus exploités, et + cela pour de honteuses raisons que Lister nous explique au chapitre + XI et dernier de son _Voyage à Paris_ en 1698: «Ces traitements + secrets, dit-il, ont mis en pratique de misérables petites espèces + de toute sorte, et leur ont donné lieu d’insulter les familles, + sitôt qu’elles ont été au fait de leurs malheurs... Tout le monde + ici s’en mêle, et veut avoir son spécifique contre cette maladie: + Apothicaires, barbiers, femmes, moines...» + + [16] Dans l’édit. de 1691, p. 19-20, Blégny donne bien mieux qu’ici la + liste de ses livres: «Chez la veuve Nion... l’on trouve tous les + autres livres de M. de Blegny, à sçavoir: le _Recueil des nouvelles + découvertes de médecine_, en quatre volumes in-douze, qui se vendent + huit livres--il n’a été parlé plus haut que de l’édit. en deux + volumes in-8, sans indication de prix;--le _Remède anglois_, publié + par ordre du Roy, qui se vend vingt sols; l’_Art de guérir les + maladies vénériennes_, en trois volumes in-12, qui se vendent quatre + livres dix sols; l’_Art de guérir les descentes_, qui se vend une + livre dix sols; la _Doctrine des rapports de chirurgie fondée sur + les maximes d’usage et sur la disposition des nouvelles + ordonnances_, qui se vend une livre cinq sols; le _Bon usage du thé, + du caffé et du chocolat, pour la préservation et pour la guérison + des maladies_, qui se vend une livre dix sols; les _Observations qui + ont esté faites dans les astres depuis l’invention des lunettes + d’approche avec les utilitez qu’on en peut tirer pour la pratique de + la médecine_, qui se vend une livre cinq sols, et quelques autres.» + +On trouve un grand nombre d’autres Livres de Chirurgie chez les mêmes +Libraires. + + + + +MATIERES MEDÉCINALES SIMPLES ET COMPOSÉES. + + +Les Marchands Epiciers qui s’attachent particulièrement à la Droguerie +medecinale[1], sont pour la plu-part dans la rue des Lombards: par +exemple, Messieurs Tranchepain, Vilain et Michon. + + [1] Les épiciers, sous prétexte de drogueries, s’étoient faits de + véritables apothicaires, mais cela n’alla pas sans procès. Il y en + eut un notamment fort grave entre ces rivaux de la pilule et des + drogues, en 1633. Gui Patin en a parlé. (_V._ ses _Lettres_, anc. + édit., t. I, p. 38, et II, p. 134.) A Paris, l’affaire s’arrangea; + mais un siècle après, elle se ralluma en province, à Chartres, où le + démêlé entre les épiciers et les apothicaires fit très-grand bruit + en 1758. On en trouvera quelques détails dans l’_Année littéraire_ + de Fréron, 1758, t. VIII, p. 256. Pendant que les apothicaires de + province contestoient aux droguistes la vente des remèdes, les + droguistes de Paris faisoient la même querelle aux religieux carmes + ou jésuites qui s’étoient mis avec eux en concurrence: «les + jésuites, écrit Voltaire à Thiriot le 15 septembre 1768, eurent, il + y a quelques années, un procès avec les droguistes de Paris, pour je + ne sais quel élixir qu’ils vendoient fort cher, après avoir vendu de + la grâce suffisante qui ne suffisoit point, tandis que les + jansénistes vendoient de la grâce efficace sans efficacité. Ce monde + est une grande foire, où chaque Polichinelle cherche à s’attirer la + foule; chacun enchérit sur son voisin.» + +Il y a néanmoins de ces Droguistes en quelques autres endroits de la +Ville: par exemple, Messieurs Andry, rue de la vieille Bouclerie[2], +Brousset, rue neuve saint Mederic[3]; Moulin, rue des trois Maures; +Boileau, rue des Lavandières[4], etc. + + [2] Son fils, qui se faisoit appeler Andry de Boisregard, publia, en + 1738, un volume sous ce titre: _Cléon à Eudoxe, touchant la + prééminence de la médecine sur la chirurgie_. + + [3] «Au coin de la rue Macon.» Edit. 1691, p. 32. + + [4] «Quartier Sainte-Opportune.» _Ibid._ + +Les uns et les autres vendent en gros et en détail, généralement tout ce +qui peut faire le sujet des opérations de la Pharmacie et de la Chimie, +à l’exception de quelques métaux dont il sera parlé dans un chapitre à +part; de la plûpart des herbes qui sont vendues dans les Halles et +Marchez par les Herboristes, et des fleurs qu’on trouve dans leurs temps +le matin, rue aux Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes ou +Bouquetières. + +Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie, sont Messieurs +Clément à l’Hôtel de Soissons; Gaillard, rue saint Honoré près saint +Roch, et Martel, rue saint Avoye. + +Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs Harland, rue saint +Jacques de la Boucherie; Boudet, rue saint Martin; et Chabouillé, rue de +la Cordonnerie. + +Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent ensemble qu’un même +corps, ont leur Bureau au petit cloître sainte Opportune. + +Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté qui se piquent d’avoir +chez eux un grand assortiment de préparations Chimiques et +Pharmaceutiques: par exemple, + +Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg[5], et Bolduc[6], rue des Boucheries +saint Germain, qui opère au Jardin Royal des Plantes. + + [5] Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en 1785. Il se + tenoit chez lui des assemblées de savants, dont Fontenelle, dans + l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir toute + l’importance (t. VI, p. 487): «M. Cassini, dit-il, y apportoit ses + planisphères, le P. Sébastien ses machines, M. Joblot ses pierres + d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses dissections, et M. Homberg des + opérations de chymie... Ces conférences parurent si bien entendues + et si utiles, ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de + l’établissement des expériences de physique dans les colléges.» + Lister, au chapitre XI de son _Voyage à Paris_, a décrit ainsi + l’apothicairerie de Geoffroy: «Elle est, dit-il, dans la rue + Bourgthibourg: l’entrée de la basse-cour est par une porte cochère + avec des niches, où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes + entré, vous trouvez des salles ornées d’énormes vases et de mortiers + de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les + drogues et les préparations sont en des armoires rangées autour de + ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres et + parfaitement montés.» Lister parle ensuite du fils de Geoffroy, + qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé avec le comte de + Tallard. Il le considère comme un jeune homme de la plus belle + espérance, ce qu’il ne démentit pas. Il arriva, comme médecin, à + l’Académie des sciences, et, nous l’avons dit, Fontenelle fit son + éloge. + + [6] Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le plus grand + cas: «C’étoit, dit-il (_Mémoires_, édit. Hachette, in-18, t. VI, p. + 238), un excellent apothicaire du Roy, qui, après son père, avoit + toujours été et étoit encore le nôtre avec un grand attachement, et + qui en savoit pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme + nous l’avons expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et + d’honneur, de discrétion et de sagesse.» + +M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale des Sciences, a +pareillement une Apoticairerie fort complette dans sa maison rue de +Seine à saint Germain des Prez[7]. + + [7] Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, en 1621, mort à + Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de l’Académie des sciences, + dès sa fondation en 1666. Fontenelle, qui a écrit son éloge (t. VI, + p. 48-50), dit «qu’il fit voir à l’Académie près de deux mille + analyses de toutes sortes de corps.» Il le vante aussi, comme + apothicaire, «pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes, + qu’il distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et + très-modique.» + +Il en est de même de M. Habert Syndic en Charge des Apoticaires des +Maisons Royales, qui fait souvent des Cours publics de Chimie en son +Laboratoire, nie du Four à saint Germain des Prez. + +M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et des Camps et Armées de Sa +Majesté[8], qui n’est pas moins curieux dans sa profession et qui a fait +deux préparations publiques de la Theriaque d’Andromachus[9] avec un +applaudissement général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire qui est d’un +très grand effet dans les playes d’arquebusade, ruë saint Honoré près +saint Roch[10], où il a une boutique d’une propreté extraordinaire. + + [8] Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin des + Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. On lui + dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après l’_Etat de France_ de + 1692, p. 354, non-seulement apothicaire «des camps, hôpitaux et + armées», mais aussi du Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de + Rouvière. + + [9] On attribuoit, d’après Galien (_De antidotis_, lib. I), la + composition très-compliquée de la _Thériaque_, dont le nom venoit de + la morsure des bêtes venimeuses, _thêra_, qu’elle guérissoit, au + médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une espèce d’opiat ou + d’électuaire liquide composé de drogues choisies, dont on finit par + faire une sorte de panacée. A Venise, les magistrats présidoient à + sa composition. Aussi est-ce de là que venoit, on le verra plus + loin, celle qui inspiroit le plus de confiance. A Paris, comme il + est dit ici, la préparation s’en faisoit chaque année publiquement, + et il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (_V._ les _Mémoires + secrets_, t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa + réputation par un ouvrage sur le fameux remède: _Thériaque + d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires sur + l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients_, Paris, + 1668, in-8. + + [10] Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, «un + apothicaire-épicier», Claude-François Péaget, dont il tint sur les + fonts, le 27 décembre 1685, la fille Marie-Charlotte, qui devint la + femme de Crébillon le tragique, et la mère de l’auteur du _Sopha_. + (Jal, _Dict. critique_, p. 455.) + +M. Lemory[11] célèbre par son livre[12] et par ses Cours de Chimie[13], +qui a esté gratifié d’un Privilège du Roy, en faveur de sa +conversion[14], continue ses exercices, et la distribution de ses +préparations Chimiques, et du sel policrete de M. Seignette, chez luy au +bas de la rue saint Jacques[15] où il vend son Livre, qu’on trouve +d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine saint Severin. + + [11] Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas Lémery, + qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à 1715, époque de sa + mort, et, quoique simple apothicaire, y jeta le plus vif éclat. + Parmi ses remèdes, qui furent très à la mode, et qui l’enrichirent, + se trouvoit le _magistère de Bismuth_, qui, tout seul, eût suffi à + sa fortune. Ce n’est pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393), + «que ce qu’on appelle du blanc d’Espagne»; mais il n’y avoit que lui + qui en eût alors le secret à Paris. + + [12] C’est son _Cours de chimie_ publié en 1675, et dont le succès fut + tel que, suivant Fontenelle, «il se vendit comme un ouvrage de + galanterie ou de satire.» + + [13] La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à la mode, + lui attira l’affluence la plus choisie: «Il en ouvrit, dit + Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, où il se logea. + Son laboratoire étoit moins une chambre qu’une cave et presque un + antre magique éclairé de la seule lueur des fourneaux; cependant + l’affluence du monde y étoit si grande, qu’à peine avoit-il de la + place pour ses opérations.» + + [14] Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de Nantes + l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y avoit perdu le + droit de s’occuper de la médecine et de ce qui en dépendoit. Lémery + qui, deux ans auparavant, avoit séjourné en Angleterre, songea + d’abord à y retourner avec tous les siens, mais il se décida enfin + pour la conversion, dont on parle ici. Dans les premiers mois de + 1686, c’étoit chose faite. + + [15] Au coin de la rue Galande. _V._ l’avant-dernière note. + +M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du Roy sur le quay de Nesle au +coin de la rue de Guenegaud, tient aussi un assortiment complet de +toutes les compositions, extraits, eaux distillées, sels, et Magisteres +de la Pharmacie Galenique, et de la Chimie, tant de la préparation de +Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, d’Italie, etc., aussi +bien que les Baumes verts, noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.[16] + + [16] «L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre sexe, la + crème de perles qui oste les boutons et rougeurs du visage, + l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la bonté des dents; + la véritable eau de la reyne d’Hongrie et le vrai sirop de + capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, la thériaque de + Venise, le baume apoplectique d’Angleterre, le baume blanc, le baume + vert et le baume du Pérou; la pommade qui amortit les héméroïdes, la + poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre les + dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de romarin, de + sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres essences fortes + venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau impériale et toutes + autres eaux distillées, l’emplastre contre les loupes et ganglions, + le sirop de caffé, la panacée mercurielle, la poudre sternutatoire, + l’huile de palme.» Edit. 1691, p. 19. + +C’est le seul artiste à qui les descendans du Signor Hieronimo de +Ferranti Inventeur de l’Orvietan[17], ayent communiqué le secret +original[18]. + + [17] C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647, par le + charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et qui fut surtout + connu par son surnom _Orvietano_, qui devint bientôt celui de son + remède. On le croyoit bon surtout contre les poisons et contre les + maléfices. C’est pour cela que le Sganarelle de l’_Amour médecin_ + veut en faire prendre à sa fille. + + [18] «L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy a été + communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier héritier du + secret.» Edit. 1691, p. 19. + +Il dispense aussi tous les Remedes achetez et publiez par ordre du Roy. + +Une conserve et une liqueur pour la guérison des phtisiques et des +poulmoniques[19]. + + [19] «La conserve balsamique qui guérit presque tous les poulmoniques + en six semaines.» _Id._, p. 17. + +Une tizanne filtrée pour purger doucement et agréablement la bile, la +pituite et généralement toutes les superfluitez. + +Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et les Ulcères de la gorge, les +Cancers, les Ecroüelles ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et +variqueux des jambes et d’ailleurs[20]. + + [20] Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à «l’emplâtre + philosophique» que sont attribuées toutes ces vertus. + +Une Eau anodine qui appaise avec une promptitude surprenante la douleur +des dents, toutes les espèces de Coliques, les Véroliques[21], les +Rhumatismes, les Douleurs causées par le mercure, la Sciatique, et les +Gouttes des mains et des pieds. + + [21] C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient la + guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, selon Palaprat + dans la préface de sa comédie des _Empiriques_ jouée en 1697, des + billets imprimés du genre de celui-ci: «M. Mercurini, napolitain, + guérit sûrement, promptement, agréablement, et sans obliger à garder + la maison, toutes sortes de maladies secrètes... M. Mercurini voit + les hommes. Madame Mercurini voit les femmes.» Il nous semble bien + que ce sont M. et Mme Blégny, d’autant mieux que l’on trouvera plus + loin un spécifique de leur façon, «qui guérit promptement, sûrement» + lesdites maladies. On a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le + remède de Blégny étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de + Mercurini que lui donne Palaprat. + +Une Liqueur de jouvence[22] qui rectifie les constitutions vicieuses, +qui désopile les viscères obstruez, qui corrige les deffauts de la +digestion, qui guérit radicalement le vertige, la migraine et les +vapeurs, qui regle les excrétions, en un mot qui rajeunit comme une +espèce de fontaine de jouvence. + + [22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des _Essais de + médecine_ de Bernier, quelques lignes contre «une eau de Jouvence», + qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny. + +Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine +emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité, +elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours +de ventre, de flux de sang et de dyssenteries. + +Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement, +seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes. + +Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées, +des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence +d’urine[23], etc. + + [23] «Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes + espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des + reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent + les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui + réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches, + et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et + des paralisies.» Edit. 1691, p. 16-17.--Cet article y est précédé de + celui-ci: «les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui + desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent + toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui + abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels + d’une mauvaise constitution.» + +Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des +Dents. + + [24] «Une essence végétale...» _Id._, p. 17. On y lit à la suite de + cet article: «l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les + douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les + parties... le sirop de vanille, qui a une propriété singulière + contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote + universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres + gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans + retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres + intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un + très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes + expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions + pressantes et subites.» + +Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre +sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des +mauvais travaux. + +Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de +Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent +aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les +chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26]. + + [25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par + excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de + Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur + lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange + distillées. + + [26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p. + 17, surtout pour les «cassolettes philosophiques.» Blégny, comme on + va voir, ne les appelle alors que «cassolettes royales.» Il parle + d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont + l’invention rappelle singulièrement celle de nos «caléfacteurs», et + devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme + certain gourmet de Regnard à porter «cuisine en poche.» Voici ces + deux articles: «les caffetières et chocolatières portatives, qui + n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de + contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de + sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le + fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes, + les cuillères, etc.--Les cassolettes royales, par lesquelles on + réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux + d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe, + pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu + de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, au-dessus de + laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de + cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées + au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur + que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en + vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les + fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le + globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement + pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air + chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs + indispositions.» + +Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les +Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et +quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28]. + + [27] _V._ sur les bandages ou _brayers_, depuis le moyen-âge jusqu’au + XVIIe siècle, le _Vieux-Neuf_, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut + p. 13. + + [28] «A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale + des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les + bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup + par cet assujétissement à la guérison de ces maladies.» Edit. 1691, + p. 16. + +Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du +gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre +d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la +sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, +les signes, les porreaux, etc. + +Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en +très peu de prises. + +Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes +cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne +leurs vertus et leurs usages[30]. + + [29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on + proverbialement: propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce + qu’au temps de Rabelais on appeloit des _Silènes_: «Silenes + estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que + voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus + de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons + bridez, lièvres cornuz, canes bastées... et aultres telles + painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire... + mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme, + ambre gris, amomon, muscq, zivette...» _Silènes_ passoient aussi + pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens, + lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les _Silènes d’Alcibiade_. + (V. le _Bulletin du bibliophile_, 1857, p. 152.) + + [30] On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes de pâte de + Regnault, et autres. + +Une personne solvable qui connoit la vertu de ces Remedes, s’oblige +quand on le veut d’en payer la valeur en l’acquit des malades en cas +qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent de les payer au +double pour une parfaite guérison. + +Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant les Ecoles de Medecine, +vend toutes sortes d’Eaux minérales artificielles[31]. + + [31] «On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la Truanderie, au + bureau du Messager de Forge.» Edit. de 1691, p. 19.--Les eaux + minérales artificielles sont vivement moquées par Bernier dans ses + _Essais de médecine_, 1re part, chap. XIII. On les fait, dit-il, + avec beaucoup d’eau pure et un peu de vitriol--nous dirions + aujourd’hui d’acide sulphurique;--or, les limonades gazeuses ne se + font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales de Fillesac + n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. On trouve un + curieux prospectus imprimé de sa drogue en bouteille dans les _Mss._ + de la collection Delamarre, nº 21, 738, _ad finem_. Un certain + Barbereau, que La Bruyère a désigné par B. B. dans son chapitre _des + Jugements_, § 21, lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu. + Nous trouvons aux _Mss._ de la Bibl. nat., dans un des registres du + Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, donnée «au + sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, de vendre et debiter les + remèdes de son invention.» + +Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la Crême de tartre, le Sel +policreste ordinaire, et généralement les Drogueries Chimiques se +vendent en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac des petits +Carreaux. + +Les huiles d’amandes douces, de noix, de semences froides, de pavôts, et +autres tirées sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires et +Droguistes par un Epicier qui demeure rue Montmartre près l’égout, et +par un autre qui demeure au carrefour saint Benoist, quartier saint +Germain. + +Les essences fortes et les huiles grasses de Provence et de Montpellier +sont commercées par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et par les +Provenceaux du cul de sac saint Germain l’Auxerrois[32]. + + [32] Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet de + Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après avoir quatre ou + cinq fois changé de nom depuis le XIIIe siècle, il prit, pour ne + plus le quitter, celui de _Cul-de-sac des Provençaux_, qu’il doit + aux marchands d’huiles et d’essences de Provence, que nous trouvons + ici, et dont il sera reparlé. + +L’Esprit de vin est commercé en gros à la devise Royale, sur le quay de +Nesle; chez le Sieur Butet, devant saint Roch; et chez la veuve des +Barres, rue S. André. + +Les Eaux de vie sont aussi commercées en gros par ledit sieur Butet, et +encore par les Sieurs Hazon, rue saint Martin[33], et Frotin, rue des +Canettes. + + [33] La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie furent si + longtemps célèbres. C’est le père de celui que nous trouvons ici, + qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, lui et les + négociants de Paris et des villes voisines «sur le moyen de rétablir + le commerce:--Je vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque + vous êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé, + et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez relevé que pour le + renverser de l’autre côté.» Le ministre fit grise mine, ce qui + empêcha non-seulement Hazon d’achever, mais les autres de rien dire. + (Amelot de la Houssaye, _Mémoires histor._, t. II, p. 365.) + +Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place Maubert, et un autre au +cimetiere saint Jean, font venir des vipères en vie de Poitiers[34]. + + [34] La vipère entroit pour une grande part dans les préparations de + la polypharmacie du XVIIe siècle, surtout dans celles qui devoient + combattre la blessure même faite par la morsure des vipères. C’étoit + de l’homœopathie par anticipation. Il entroit aussi des trochiques + de vipères dans la composition de la thériaque. L’apothicaire + Charas, dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit, + pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, au coin de + celle du Cœur-Volant, des _Vipères d’or_ pour enseigne. Cette + apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit encore un Charas en + 1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement de ce siècle. + +M. Alary Apoticaire[35] privilegié du Roy, qui (par l’infidelité de ses +Commis) s’est trouvé mal des Bureaux qu’il avoit établi dans les +Provinces, pour la distribution de ses tablettes fébrifuges[36], et de +son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas d’en continuer la +distribution chez luy au bout du pont saint Michel devant le quay des +Augustins à l’enseigne du Page du Roy. + + [35] «De Grou en Provence.» Edit. de 1691, p. 18.--Son fils, l’abbé + Alary, fut de l’Académie française, et président du club + philosophique, qui se tenoit chez lui, à l’entre-sol de l’hôtel du + président Hénault, place Vendôme, d’où lui étoit venu le nom de + _Club de l’entre-sol_. L’abbé de Longuerue l’avoit stylé à + l’érudition: «Il se mit, dit le marquis d’Argenson, dans ses + _Mémoires_ (édit. Jannet, t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé + Alary, qui n’étoit alors qu’un petit garçon, fils de son + apothicaire, trop heureux d’écrire sous lui.» + + [36] «A cinq sols la prise.» Edit. 1691, p. 18. + +Ledit Sieur Alary se propose de publier bien tot un spécifique pour les +fièvres continues, pour la pleuresie, etc., qui agira avec une +promptitude extraordinaire[37]. + + [37] L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci ne + reproduit pas: «le sieur Soubiron, apoticaire, rue de la + Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, au carrefour + de l’Ecole, vendent des drogues et compositions pour les maladies + des chevaux.» + +On vend rue saint Denis à l’enseigne de la Providence près la rue des +Précheurs, une pomade qui répare tous les deffauts de la peau du visage, +et qui donne une fort grande fraicheur au teint. + + + + +PENSION POUR LES MALADES. + + +Cette pension est une nouvelle commodité qu’on a procurée au public +depuis deux ans. Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux +et les Etrangers souffrent, depensent et risquent dans les Auberges de +Paris, lorsqu’ils y tombent malades, en comprendront facilement +l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que cette Pension est placée +à Pincourt[1], c’est à dire dans une grande et belle rue qui étoit +n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie des Fauxbourgs de +Paris[2], et qui se trouve entre la porte saint Louis[3] et la porte +saint Antoine[4]. + + [1] C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a repris tout + entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de Popincourt, premier + président du Parlement, de 1403 à 1413. + + [2] C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit été réuni au + faubourg Saint-Antoine. + + [3] Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. (_Registres + de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde_, t. I, p. 48.) + + [4] Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. C’est au nº 70, + rue de Charonne, par exemple, que se trouvoit, à la fin du dernier + siècle, celle du docteur Belhomme, où tant de prévenus du tribunal + révolutionnaire firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut + Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi d’une de + ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de la barrière du + Trône, que partit le général Malet, avec ses complices, pour faire + son incroyable coup d’Etat contre l’Empire. + +La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est au milieu de cette ruë, à +l’opposite du cours planté sur le rempart[5] dont elle n’est separée que +par de vastes marais bien cultivez, ce qui forme le plus bel aspect du +monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y +a encore au bout d’un grand jardin au dessus d’une haute terrasse en +parterre, un pavillon de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez des +vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de +plaisance[6]. + + [5] C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit alors grande + concurrence au Cours la Reine, et qui commença la réputation des + promenades du Rempart ou du Boulevard. + + [6] Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se trouvoit, le + nom de Pincourt, existait encore en 1715, et sembloit même en pleine + prospérité. Liger en parloit alors ainsi dans le _Voyageur fidèle_, + p. 241-242: «c’est une maison établie pour les étrangers qui tombent + malades, et où on les traite moyennant une pension, et à bien + meilleur prix que dans les auberges. Cette maison est située entre + la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, dans une grande + rue où il y avoit autrefois un hameau, et composée de deux ailes, + qui accompagnent le principal corps de logis. Au bout d’un grand + jardin, et au-dessus d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en + belvédère, d’où l’on découvre différents objets lointains, qui + forment une perspective fort agréable.--C’est aussi dans cette + maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez même à + Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont malades; ceux qui + sont convalescents seulement choisissent ce séjour agréable pour y + prendre l’air et de nouvelles forces. Il y a même des dames qui vont + y faire leurs couches pour jouir d’un plus grand repos et y trouver + plutôt qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires.--Il + n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les maux + vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui veulent y aller, + de quelque condition qu’ils soient. Il y a aussi, pour cela, des + pensions plus ou moins fortes, et proportionnées aux moyens des + malades qui s’y font porter. On y est même traité à forfait si on le + souhaite, et le médecin soir et matin n’y manque point.» + +Cette belle situation et le bon air de Pincourt, n’en sont pas les seuls +agrémens; les Lumières de celuy par qui elle est dirigée, la +Bibliotèque, le Laboratoire, les Plantes medecinales et les autres +commoditez qui s’y trouvent, la diverse situation et la propreté des +appartemens, la Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude du +service, y font trouver goût aux personnes mêmes qui sont domiciliées à +Paris, et qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que beaucoup de +convalescens et de valetudinaires y vont prendre le Lait, les Eaux +minéralles, les Bains, les Etuves, etc. + +Il arrive même bien souvent que des Dames de Paris aussi bien que celles +de Provinces y vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées du +monde et du bruit, et pour être plus seures du secours qu’elles +desirent, y ayant un Accoucheur et une Sage femme d’une expérience +consommée. + +C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques; et ceux qui +souffrent des Rhumatismes opiniatres ou des douleurs causées par le +mercure, trouvent le secours dont il sera parlé à l’article suivant. + +On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles pour rectifier les +constitutions vicieuses et guerir radicalement toutes les indispositions +habituelles qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, Migraine, +Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, Vieux Ulcères, Cancers, +Varices, etc. + +On sçait même qu’il y a des lieux destinez pour les maniaques et +géneralement pour les personnes qui doivent être privées de la liberté. + +Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y sont pas reçues, mais +elles sont traitées sous la même direction dans une autre maison du +voisinage. + +A cela près telle que puisse être la condition des gens et la nature des +maladies chacun y peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes +indigentes sont traitées à vingt et trente sols par jour selon le regime +qu’elles doivent observer. Il y en a d’autres où les gens de service +sont placés à quarante sols[7]; enfin il y a des chambres particulières +et des ordinaires distinguez pour les personnes de considération à +trois, à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la dépense qu’ils +doivent faire, et les peines qu’ils doivent exiger. + + [7] «Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet avantage, qu’ils + y sont agréablement logez, exactement traitez et libéralement + nourris pour un écu par jour, et même pour quarante sols lorsqu’il + s’agit de fièvres, de pleurésies, et généralement des maladies qui + demandent un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière + pour les gens d’auberge et de service.» Edit. 1691, p. 16. + +Soit que la pension soit grosse ou modique, toute la dépense s’y trouve +comprise sans en rien excepter, Traitement, Remedes, Logement, +Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc. + +On y trouve même cette commodité quand on le souhaite, qu’on y est +traité à forfait pour une somme dont on convient, au de là de la quelle +on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue que puisse être la +maladie. + +En tel temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on y est reçu, et +on y trouve une chambre prete en payant par avance la pension de huit +jours; et on est même assuré d’y trouver le Medecin tous les matins au +moins jusqu’à dix heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au +temps du coucher. + +Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins de cette maison ayent +une considérable etendue, le progrez de cet établissement fait prendre +des mesures pour les accroître de beaucoup. + + + + +BAINS ET ETUVES. + + +Les Barbiers Baigneurs[1] qui tiennent des Bains, des Etuves et des +dépilatoires pour la propreté du corps humain, sont Messieurs du Pont et +Mercier, ruë de Richelieu[2], Jordanis, ruë d’Orléans; du Bois, rue +saint André; du Perron, vieille ruë du Temple; de la Cour, ruë des +Marmouzets, etc. + + [1] Les baigneurs,--et cela depuis longtemps déjà (_Anc. poésies_, t. + II, p. 284, et XIII, p. 204)--non-seulement tenoient des bains, mais + des chambres garnies, ce qui les astreignoit à faire les mêmes + déclarations que les maîtres des auberges. (_Correspond. administr. + de Louis XIV_, t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger + quelquefois, au grand scandale de Mme de Sévigné (Edit. Hachette, t. + I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de ces gîtes. Le + plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, et que La Vienne, + à qui Louis XIV, qu’il avoit soigné, fit une grosse fortune, reprit + après lui, pour ne pas le rendre plus honnête. (_V. Hist. amoureuse + des Gaules_, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme avoit + été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de cette année-là le + désigne ainsi avec son adresse: «Mr Prud’homme, maître des estuves + et faiseur de poil (barbier), rue Neuve-Montmartre.» + + [2] Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, rue de + Richelieu: Gagne et L’Etourneau. (_Journal du Citoyen_, p. 186.) + +Les Dames sont baignées chez M. du Bois par Mademoiselle son Epouse[3]. + + [3] Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la bourgeoisie, + les femmes mariées ne se faisoient encore appeler que Mademoiselle. + Le chevalier Denisart ne devoit faire que plus tard sa satire sur + les _Bourgeoises qui se font appeler Madame_. + +Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, ruë de Marivaux[4] et ruë du +cimetiere saint Nicolas des Champs, où les gens de mediocre condition +vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes. + + [4] Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui s’y trouvoit, + entre les nos 21 et 23, s’appeloit encore, avant les démolitions qui + l’ont fait disparoître avec la rue, _Cul-de-sac des Etuves_. + +Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles qui sont causées par le +Mercure qui a été donné en panacée, en Sublimez et en precipitez: celles +de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies universelles et +particulières, les Tumeurs froides et beaucoup d’autres maladies, sont +infailliblement gueries par l’usage des Bagnoires et Etuves vaporeuses +de nouvelle invention qui se tiennent au jardin medecinal de Pincourt, +entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine. + +C’est une sorte de machine en laquelle on est baigné sans être dans +l’eau, et en laquelle on suë aussi abondament que l’on veut sans être à +sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la constipation du ventre et +la faiblesse de poitrine comme les bains ordinaires, ni les +évanouissemens, la chaleur intérieure, et la difficulté de respirer, qui +sont les suites ordinaires des Etuves echauffées par le feu de bois ou +d’esprit de vin. + +Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu où ils reçoivent une +vapeur nouvelle, anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus +prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, et que les Bains de +Bourbon et de Barrège, pendant qu’ils ont la tête hors la machine +commodement placée sur un oreiller, et qu’ils respirent un air +rafraichissant, parlent, chantent et boivent à leur gré. + +Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne les ordonne qu’une fois +par jour, ne payent qu’un écu neuf toute dépense comprise, Logement, +Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, etc., mais ceux à qui elles +conviennent soir et matin, payent un ecu et demi. + +Ce qu’il y a de commode en cela pour les personnes delicates, est que la +chaleur de ces Etuves peut être donnée à tel degré que l’on veut, en +sorte qu’on ne luy donne quelquefois que la force des fomentations. + +Comme le Medecin peut regler le choix des herbes dont on fait les +décoctions vaporeuses, selon la juste indication de chaque maladie, il +peut en la composant diversement, produire autant de différens effets, +qu’il y a de distinctions à faire dans les maladies qui viennent d’être +déduites, et dans les tempérammens des personnes qui en sont atteintes; +outre qu’en plusieurs occasions, il donne certains vehicules intérieurs +qui ont les plus justes proprietez, dans les cas mêmes les plus +extraordinaires. + +Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, les agrémens et les +Commoditez du Jardin Médecinal, aura recours à l’article. + + + + + +IMPRESSIONS ET COMMERCE DE LIBRAIRIE. + + +La Chambre syndicale des Imprimeurs et Marchands Libraires de Paris est +ruë et joignant l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les Livres qui +viennent de dehors les Mardis et Vendredis de relevée, après que de la +Douanne où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont été retirez sur +le billet du Syndic ou d’un Adjoint pour être apportez à la Chambre. + +Le Sieur Auboüin à présent Syndic[1] en Charge demeure sur le quay des +Augustins au coin de la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de M. +l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé Fleury. + + [1] Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de communauté, + puis syndic. «Il se fait remarquer, dit La Caille, tant par sa + capacité dans les langues... que par la connoissance et le bon choix + qu’il sait faire des livres.» _Hist. de l’Imprimerie_, 1689, in-4º + p. 289.--Il avoit été chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie + faite à Villejuif de 1,500 exemplaires du _dictionnaire_ de + Richelet, que le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de + Genève. Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour cette + saisie, suivie immédiatement de la destruction des exemplaires, «fut + poignardé le lendemain dans la foule, en sortant de la bénédiction + de Saint-Benoist, qui étoit sa paroisse.» (_Lettre de Papillon à + Leclerc_, dans la correspondance _inédite_ du président Bouhier, t. + X, p. 104.) + +Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence de ces mêmes Ordonnances +avec les anciennes[2], les Reglemens de Police, le Dictionnaire +historique de Morery, les Œuvres de M. Boileau, et diverses autres +pièces importantes s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis Thierry +Libraire rue saint Jacques[3]. + + [2] L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente des édits et + déclarations: «On les trouve encore au Palais chez les sieurs de + Luyne, Barbin, Loison et Guignard: de même que chez le Sr Auboüyn, + quai des Augustins, et chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe.» + + [3] Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des plus + considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du _Molière_ de + 1675, détruite presque entièrement par un incendie du collége + Montaigu, où il avoit ses magasins. Boileau, dont il étoit le + libraire, l’a nommé dans son _Epître X_. + +Les Livres de Messieurs de Port Royal se vendent même ruë chez les +sieurs Desprez[4], Josset[5], Roulland et Pralard. + + [4] «Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Prosper, + vend une grande partie des livres de Port-Royal concernant la + Religion.» Edit. 1691, p. 4.--C’est le fils de Guillaume Desprez, + qui avoit imprimé les œuvres de Pascal et des religieux de + Port-Royal, et dont il continuoit le commerce dans le même esprit. + Son père étoit mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à + Port-Royal, où il fut enterré. + + [5] Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles rares. + _V._ l’abbé de Vallemont, _Réponse à M. Baudelot_, 1706, in-12, p. + 79. + +Les Opéra, et généralement les Livres de Musique, s’impriment et se +vendent seulement chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais[6]. + + [6] Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy pour la + musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége exclusif qui + le mettoit à l’abri de toute concurrence pour ce genre d’impression. + Puis vint un second Robert Ballard, son fils, avec le même monopole, + et ensuite Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu + imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, le même + privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce qu’il avoit + d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur d’une excellente notice + sur les Ballard, retrouva, il y a quelques années, un reste de leurs + caractères, rue Jean-Jacques Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues, + qui a succédé à la leur. + +A l’exception du Livre de M. de la Quintinie[7] qui se vend chez le +Sieur Barbin sur le Perron de la sainte Chapelle[8]. Tous les autres +Livres de Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de Sercy dans la +grand’Salle du Palais, où l’on trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier +Royal et bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, les Liqueurs +et les Fruits; outre plusieurs livres de Droit, Civil et Canon sur les +Matières Beneficiales et autres[9]. + + [7] Il en sera parlé dans une des notes suivantes. + + [8] Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui Molière et + surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent ainsi son + adresse: «Claude Barbin, sur le second perron de la + Sainte-Chapelle.» Il avoit logé auparavant, vers 1664: «vis-à-vis de + la Sainte-Chapelle, au signe de la Croix.» + + [9] Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages sur la + cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond de la boutique + de Sercy. La Caille, _Hist. de l’Imprimerie_, p. 296, n’insiste que + sur sa vente des livres de droit. Il avoit aussi publié des romans + et des poésies licencieuses, ce qui empêcha Nicole de consentir à + travailler pour lui. _V._ sa _Vie_, par l’abbé Goujet, p. 6. + +Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de Varillas, celles de saint +Euremont, etc.[10]. + + [10] «Et beaucoup de livres galants.» Edit. de 1691, p. 34.--C’est ce + qu’on appeloit des _barbinades_. Le Saint-Evremond étoit surtout en + grande faveur chez Barbin. Il auroit voulu que chaque auteur lui en + fît: «le libraire Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le _Lutrin_ + de Despréaux, alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez bien: + Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, je vous + donnerai trente pistoles. Vous m’en avez déjà donné dont j’ai été + content.» _Œuvres_, t. IV, p. 75.--Dans l’édition de 1691, p. 34, + Blégny ajoutoit, à propos de Barbin: «On trouve encore chez lui les + jardinages de feu M. de La Quintinye», c’est-à-dire les + _Instructions pour les jardins fruitiers et potagers_, 1690, 2 vol. + in-4º; puis, à la suite: «le sieur Charles de Sercy, au Palais, a un + grand assortiment de livres de jardinages.» + +Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet ont au Palais un grand +assortiment de Comedies[11], d’Historiens et de Poètes[12]. + + [11] Pierre Trabouillet avoit publié «en compagnie» de Thierry, + Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et ceux de Molière et de + Racine. Son adresse est ainsi donnée sur les livres qu’il publioit: + «Pierre Trabouillet, dans la galerie des Prisonniers, à la Fortune.» + + [12] Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés ici avec + Trabouillet: «Guillaume de Luynes, libraire-juré au Palais, dans la + salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes.»--«Estienne + Loyson, au Palais, à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom + de Jésus.» + +On trouve un grand assortiment de Livres étrangers chez les Sieurs +Boudot, de la Caille[13] et Hortemels[14], rue saint Jacques. + + [13] Dans l’édit. précédente, p. 34: «Martin» est nommé à la place de + La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus bas sa mention + spéciale: «le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques à la Prudence, a + composé et imprimé l’histoire de l’Imprimerie et Librairie.» C’est + l’ouvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois. Il est devenu + rare. + + [14] Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la fille du + libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même été reçu de la + communauté le 18 septembre 1686. + +Même ruë, chez le Sieur Léonard[15], on trouve tous les Reglemens de la +Cour des Monnoyes. + + [15] Voici son adresse complète: «Frédéric Léonard, rue Saint-Jacques, + à l’Escu de Venise.» Il avoit succédé à l’un des derniers Estienne, + en 1662, comme imprimeur ordinaire du Roi, et s’étoit fait, à ce + titre, éditeur de la collection latine _ad usum Delphini_. On trouve + des vers en son honneur dans les _Œuvres_ de Santeul (1698, 2e + partie, p. 122). Il publioit volontiers les livres diplomatiques: + «Vous avez, écrit le 12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à + Magliabecchi, donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire de + Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose que vous + marquez qu’on fait en Allemagne touchant les traités de paix et + autres semblables négociations.» Un livre politique, l’_Histoire de + Venise_, par Amelot de la Houssaye, qu’il s’avisa de publier ainsi, + lui coûta cher: le livre fut saisi, et l’auteur mis à la Bastille. + (_Mss._ Delamarre, à la Biblioth. nat., nº 21,743, fol. 120.) + +Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces concernant l’Academie +Françoise[16], l’Histoire de France de Cordemoy, l’Architecture de +Vitruve, celle de Scamosy, etc. + + [16] J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault comme + imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en 1687, pour + remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge d’imprimeur de + l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer le Dictionnaire. + +Celle de Vignolle nouvellement commentée, se trouve chez le Sieur +Langlois[17], et celle de Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint +Jacques. + + [17] Nicolas Langlois, dit _Chartres_, comme son père François auquel + il avoit succédé, et dont on a un si curieux portrait, en joueur de + musette, peint par Van-Dyck. En souvenir de ses nombreux voyages à + l’étranger, notamment en Angleterre, François Langlois avoit pris + l’enseigne des _Colonnes d’Hercule_, avec la devise: _nec plus + ultra_, que garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur + succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois avoient vendu + surtout des estampes et des livres d’architecture. On a, de Mariette + même, la gravure d’un portrait de François Langlois, peint par + Vignon. Le privilége de son fils, pour la vente des estampes, datoit + de 1675. (_V. collect. Delamarre_, nº 21,731, p. 53.) + +Le même Michallet aussi bien que les Sieurs Muguet, ruë de la Harpe, +Léonard, Desprez, Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent les +Edits et Déclarations du Roy[18]. + + [18] Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à la place de + Desprez, et les autres sont désignés avec leur prénom: François + Muguet, Frédéric Léonard, Estienne Michallet et Jean-Baptiste + Coignard. A la suite: «le dit sieur Muguet imprime aussi, + d’ailleurs, tout ce qui concerne l’archevêché.» + +Ledit Sieur Michallet[19] a d’ailleurs imprimé presque tous les Livres +de Mathematiques, de Messieurs de l’Academie des Sciences. + + [19] «Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques, + à l’Image Saint-Paul.» Ainsi est donnée son adresse en tête du livre + le plus célèbre qu’il ait publié, _les Caractères_ de La Bruyère, + dont en onze ans, de 1688 à 1699, il donna dix éditions. Le produit, + d’après l’intention formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien, + fut, comme on sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un + fermier général épousa. (_V._ notre _Comédie de Jean de La Bruyère_, + t. II, _passim_.) + +On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques chez le Sieur +Jombert[20], sur le quay des Augustins. + + [20] Pierre Jombert, dont on trouve le _Catalogue_ dans la collection + Delamarre (nº 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut pas confondre avec + Jean Jombert, mort en 1681, premier éditeur du _Glossaire_ de Du + Cange, et du _De re diplomaticâ_ de Mabillon. + +On trouve un grand assortiment de Livres de Medecine chez le Sieur +d’Houry, ruë saint Jacques[21], et chez la veuve Nion, quay de Nesle, +qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de Blegny. _La Mithologie +Phisique_ de M. Duncan[22]. _Les Discours Philosophiques_ de +Cordemoy[23]. L’_Arithmétique des Ingénieurs_ de La Londe[24]. _Les +Specifiques_ de M. Boyle[25], etc. + + [21] «Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine + Saint-Séverin.» Telle est son adresse d’après le titre des livres + qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus haut. + + [22] Ce doit être quelque résumé de l’_histoire de l’Animal ou la + connaissance du corps animé par la mécanique et la chimie_, ouvrage + du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans lequel il démontre que la + vie, exposée comme elle l’est, avec la fragilité de ses ressorts, à + l’imminence d’incessants dangers, est un miracle continuel aussi + étonnant que tous les prodiges de la «mythologie.» + + [23] «La philosophie» de Cordemoy (édit. précéd., p. 34).--Ce sont les + six discours de cet académicien, mort alors depuis huit ans, sur la + distinction de l’âme et du corps. + + [24] Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, dont le fils, + ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, fit de curieuses + études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit rendre navigable + jusqu’à la mer. + + [25] Ces «spécifiques» sont une traduction du livre que Boyle avoit + publié en 1688, à Londres: _Receipt sent to a friend in America_ + (recettes envoyées à un ami en Amérique). + +Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent chez la veuve Thiboult +et le Sieur Esclassant[26], place de Cambray, à l’exception de ceux des +RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la veuve Besnard, ruë saint +Jacques. + + [26] «Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (_sic_) en compagnie.» + Edit. 1691, p. 34.--Thiboult est le vrai nom.--Expresse défense + étoit faite aux libraires, qui vendoient les livres pour les + classes, d’en racheter aux écoliers. (Collection Delamarre, nº + 21,730, fol. 117.) + +Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le Journal des Sçavans[27]. + + [27] Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement, avoit + succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six ans après, le + 5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction de Denis de Salo, le + premier numéro du _Journal des Savants_. La périodicité, qui en + étoit alors hebdomadaire, fut brusquement interrompue à la fin du + troisième mois, à cause des opinions trop peu ultramontaines du + rédacteur, et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à + la condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert, + l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée + jusqu’à la Révolution. + +Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux, les Missels, les Rituels, +les Graduels, les Antiphoniers, les Offices, etc., voyez l’article des +affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel, voyez l’article +des Exercices de Pieté. + +Les plus belles Heures se trouvent rue saint Jacques chez les Sieurs +Angot[28], Josset, Foucault et Hérissant[29]; au Palais dans la +grand’Salle chez les Sieurs le Gras[30] et Poirier; et sur le Pont au +Change chez les Sieurs Poirion et Vaugon. + + [28] Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une grande part au + règlement qui rendit la communauté des relieurs distincte de celle + des libraires, dont l’Université n’avoit jamais permis jusque-là + qu’elle fût séparée. + + [29] Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement + dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra comme objet + de luxe, quand la misère de la fin du règne fit prendre par Louis + XIV des mesures somptuaires. Hérissant fut inquiété. (_V._ sa + déclaration dans la _collection Delamarre_, nº 21,627, fol. 288.) + + [30] Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit publié, en + 1640, les _Antiquités et Annales de Paris_, in-fol., par Malingre. + Sa réception comme libraire datoit du 10 septembre 1683. On trouve + dans la _collection Delamarre_, nº 21,563, f. 289-305, un curieux + traité fait avec lui. + +On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres et ruë Neuve Nôtre Dame. + +La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du Carême, s’imprime chez le +Sieur Chevillon ruë saint Jacques. + +Le Mercure[31] et les autres Livres de l’Histoire du Temps, se vendent +chez le Sieur Guèroult au Palais dans la galerie neuve[32]. + + [31] Le _Mercure galant_, qui, puisqu’il avoit commencé à paroître le + 1re janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième année. Visé, qui + l’avoit créé, le dirigeoit toujours; il en garda même la direction + pendant plus de dix-huit ans encore. Il ne l’abandonna, presque + mourant, qu’au mois de mai 1710. Durant ces trente-huit années, il + n’avoit pas publié moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes. + + [32] «Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay des + Augustins.» Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au numéro, comme + aujourd’hui les journaux dans les kiosques: «M. de Torcy m’a appris, + écrit Racine à son fils aîné, le 6 février 1698, que vous étiez dans + la _Gazette de Hollande_: si je l’avois su, je l’aurois fait acheter + pour la lire à vos petites sœurs, qui vous croiroient devenu un + homme d’importance.» Une lettre _inédite_ de Dom Calmet, du 4 + septembre 1714, nous donne de curieux détails sur la vente, et aussi + sur le louage des différents journaux françois et étrangers à Paris: + «Je me suis informé, dit-il, de la commission des journaux des + Savants et des Gazettes pour M. Olivier. Le journal des Savants se + vend 6 sols, et les deux gazettes de Hollande, avec les suppléments, + 30 sols. Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis. + Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le + mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que ces gens se + privent par là du petit gain qu’ils tirent de la lecture qu’ils + laissent faire dans leur boutique de cette gazette pendant deux + jours.» En 1655, selon Loret, t. II, p. 127, la _Gazette de France_ + se vendoit 4 sols et demi. + +Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes, se vendent à Parisien gros +et en détail chez le Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve +Oudot[33], ruë de la vieille Bouclerie. + + [33] C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets + populaires: légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit une autre + librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit surtout cette + littérature d’almanachs et de bibliothèque bleue. Son fils Jean + Oudot lui succéda sous la Régence. + +Les Livres de Bibliotèque et genéralement les vieux Livres et Manuscrits +rares, se peuvent recouvrer chez les Sieurs Villery[34] et Moette[35], +rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la Harpe, Clouzier et +Emery, David et plusieurs autres, sur le quay des Augustins et place de +Sorbonne[36]. + + [34] Il donnoit ainsi son adresse: «Jacques Villery, rue de la + Vieille-Bouclerie, _à l’Estoille_.» + + [35] Thomas Moette, libraire depuis 1659: «Il se fait distinguer, dit + La Caille qui avoue l’avoir souvent consulté, par la grande + connaissance qu’il a dans les livres.» + + [36] «Et quai de la Tournelle.» Edit. 1691, p. 34. + +Les Sieurs le Vasseur[37], Barnache[38] et Nion[39], fameux Relieurs et +Doreurs, qui sont employez à la Bibliotèque du Roy, demeurent prés saint +Hilaire[40]. + + [37] Eloy Le Vasseur, qui fut, suivant La Caille, le plus célèbre + relieur de ce temps-là. + + [38] Ou Bernache, qui, malgré l’édit de 1686, continuoit à cumuler le + métier de relieur et celui de libraire. + + [39] Denis Nyon, qui fut, après l’édit de 1686, un des premiers gardes + de la nouvelle corporation des relieurs-doreurs. + + [40] Ce fut jusqu’à nos jours le quartier des relieurs. + +Au même endroit, les beaux caractères d’Imprimerie se font chez les +Sieurs Cottin[41] et Sanlecque[42]. + + [41] Philippe Cottin, qui étoit libraire en même temps que fondeur, et + donnoit ainsi son adresse: «P. Cottin, fondeur de caractères + d’imprimerie et libraire, rue Saint-Jacques, à l’entrée de la rue du + Foin, _à la Minerve_.» + + [42] Jean Sanlecque. C’est chez son père Jacques, que Philippe Cottin, + qui précède, avoit appris l’art de graver, de frapper les matrices + et de fondre les caractères.--Le P. Sanlecque, chanoine régulier de + Sainte-Geneviève, à qui l’on doit de bonnes satires, étoit son + grand-oncle. + +Le Sieur de la Caille le jeune a le secret de faire une matière fort +propre aux Fondeurs de caractères d’Imprimerie, qui ne finit point et ne +déchet que de très peu. + + +_Livres qui ont été imprimez pendant le courant de l’année 1691._ + +Pour le Sieur Michallet outre ceux dont il a été parlé, + +Une nouvelle édition des Ordonnances pour la Marine, in-4º. + +La septième édition de la Chimie de Lemery[43], in-8º. + + [43] La première édition étoit de 1675. + +La sixième édition des Caractères ou Mœurs de ce siècle[44], in-12. + + [44] Cette édition du livre de La Bruyère, quoique publiée, comme il + est dit ici, en 1691, porte sur son titre la date de l’année + suivante. + +_Du Hamel Theologia speculatrix et practica_, in-8º, 7 vol.[45] + + [45] C’est la première édition de ce livre célèbre de l’avocat + Duhamel, de l’Académie des Sciences. + +_Manuduxio ad praxim executionis Litterarum S. Pœnitent_. 12. + +Dictionnaire Mathématique avec explications et figures, in-4º[46]. + + [46] _Dictionnaire de Mathématiques_ par Ozanam, qui parut, en effet, + cette année-là. + +La Connoissance des temps, Calendrier et Ephemerides du Soleil et de la +Lune, in-12. + +L’Art d’evaluer toutes sortes de Toisez, in-12. + +Traité du légitime Usage des Medicamens selon les Modernes, in-12[47]. + + [47] Ouvrage de Daniel Tauvri, qui, en 1691, quand il le publia, + n’avoit que vingt-et-un ans. + +Constitutions de l’Abbaye de la Trape, in-12[48]. + + [48] Par l’abbé de la Trappe lui-même, M. de Rancé. En 1701, un an + après sa mort, on y ajouta les _Règlements_ qui firent un second + volume. + +L’Ortografe dans sa pureté[49]. + + [49] Le vrai titre de ce livre très-rare est: _Traité de l’Ortographe + françoise_, ou _l’Ortographe en sa pureté_. L’auteur s’appeloit De + Soule. Quoique ce soit, selon l’abbé Goujet, un volume très-inutile, + il eut, en 1692, une seconde édition un peu moins rare que la + première. + +La Conquête de la Nouvelle Espagne avec figures, in-4º[50]. + + [50] Le vrai titre est: _Histoire de la Conqueste du Mexique_ ou de + _la Nouvelle Espagne_, par Fernand Cortez, traduit de l’espagnol + d’Antonio de Solis, par l’auteur du _Triumvirat_, c’est-à-dire par + Citri de la Guette. + +Le Desordre du Jeu. + +Pour les Sieurs Auboüyn, Emery et Clouzier. + +Histoire des Monnoyes de France par M. le Blanc, avec figures, +in-4º[51]. + + [51] C’est une seconde édition. La première est de 1690. + +Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury, 2 vol. in-4º[52]. + + [52] Ce sont les deux premiers volumes de cet ouvrage célèbre, qui en + eut vingt, quoique l’auteur ne l’ait poussé que jusqu’à l’année + 1414. + +Institution du Droit Ecclésiastique, 2 vol. in-12[53]. + + [53] Autre ouvrage de l’abbé Fleury. Le vrai titre est: _Institution + au droit ecclésiastique_. + +Relation de divers voyages de Hongrie, avec figures, in-4º[54]. + + [54] La révolte du hongrois Tékeli donnoit alors à tous les livres sur + son pays un à-propos que les libraires s’empressoient d’exploiter. + Celui-ci fut du nombre. Il est peu connu. + +Pratique de la Guerre, par Mattus[55], avec fig., in-8º. Nouvelle +édition du Maréchal de Soleisel, in-4º[56]. + + [55] Lisez Malthus. Voici le titre détaillé de son livre, qui parut + pour la première fois, en 1650, chez Clouzier, un des trois + libraires indiqués ici, et dont une seconde édition in-8 avoit paru + en 1681: _Pratique de la guerre, contenant l’usage de l’artillerie, + bombes et mortiers, feux artificiels et pétards, sappes et mines, + ponts et pontons, tranchées et travaux, avec l’ordre des assauts aux + brèches, ensemble un traité des feux de joye_, par François Malthus. + + [56] La première édition étoit de 1664. + +Le Manege ou l’Art de monter à cheval, du même Autheur, avec figures, +in-4º[57]. + + [57] C’est, avec additions, une traduction du livre du manège, ou + _Méthode nouvelle pour dresser les chevaux_, dont une première + traduct. avoit paru in-fol. en 1691, par le duc de New-Castle. + +Nouvelle édition de l’Ecole des Arpenteurs, in-12[58]. + + [58] Par Philippe de la Hire, de l’Académie des Sciences, dont il a + été parlé plus haut. + +_Huetii Concordantia Rationis et Fidei_, in-4º[59]. + + [59] Un des principaux ouvrages de Daniel Huet: _Quæstiones Alnetanæ + de concordia rationis et fidei_. C’est à Caen, sa ville natale, + qu’il l’avoit fait imprimer. + +Pour le Sieur Muguet. + +Abrégé de l’Histoire universelle, 2 vol. in-12[60]. + + [60] Première édition de l’ouvrage de Claude Delisle, qui, plus tard, + fut porté à sept volumes: _Introduction à l’histoire générale et + politique de l’Univers_, ou _Abrégé de l’histoire universelle_. + +_Acta primorum martyrum_[61]. + + [61] C’est le recueil in-fol. de Ruinart, qui fut plus tard traduit en + françois par Drouet de Maupertuy, en deux vol. in-8. + +Commentaire sur la Regle de saint Benoist en François et en Latin, +in-4º. + +La Mort de Dom Muce. + +Traité de la verité et du mensonge du R. P. Thomassin, in-8º. + +La Méthode d’etudier les langues, du même Auteur, 2. vol.[62] + + [62] _Méthode d’enseigner chrétiennement la grammaire ou les langues, + par rapport à l’Ecriture Sainte._ 2 vol. in-8. + +Pour le Sieur Seneuze. + +Arlequin Comedien aux champs Elisée[63]. + + [63] Comédie en trois actes, en prose, par l’abbé Bordelon, qui ne fut + jamais jouée, et ne pouvoit l’être, pas plus que sa _Lotterie de + Scapin_, qu’il publia deux ans après, à la suite de _Molière aux + Champs-Elysées_, un des livrets les plus rares sur Molière. + +Remarques ou Reflexions Critiques, Morales et Historiques de M. l’Abbé +Bordelon, in-12[64]. + + [64] L’abbé publia deux ans après, à Lyon, chez Briasson, un volume + faisant suite à celui-ci: _Nouvelles remarques_ ou _Réflexions + critiques_, etc. En tête se trouve un beau portrait gravé, d’après + De Troye, par Drevet. C’est celui de M. François Brunet, dont nous + avons vu plus haut les parents, et qui, après Mme de Sévigné, habita + l’hôtel Carnavalet. + +Caractères naturels des hommes en forme de dialogues, par le même +Auteur, in-12[65]. + + [65] L’édition hollandoise, qui parut l’année suivante chez Louis et + Henry Van-Dole, à La Haye, a pour titre: _Les Caractères naturels + des hommes en cent dialogues_, par M. Bordelon. Ce livre, qui + s’étoit donné le titre mis à la mode par La Bruyère, est dédié au + comte de Carné. + +Le veritable Pénitent, 2 vol. in-12[66]. + + [66] Par le bon prêtre parisien Jean Girard de Villethierry. + +Dissertation sur la prison de saint Jean, in-12. + +Idée de l’Amitié, par M. de Bellegarde, in-12. + +Reflexions sur ce qui peut plaire ou deplaire dans le commerce de la +vie, 2 vol. in-12[67]. + + [67] Comme le précédent, cet ouvrage est de l’abbé Morvan de + Bellegarde. Il fait partie de l’édition de ses œuvres qui fut + publiée en Hollande, et forme 14 petits volumes. + +La Morale des Ecclésiastiques, in-12. + +Pour le Sieur de la Caille, ruë saint Jacques aux trois Cailles. + +Mémoires pour l’Université de Paris, par M. Cuvilliers, in-4º. + +Le 4. tome des Devises du P. Menetrier, in-8º[68]. + + [68] Il s’agit de _La Science et l’art des devises..._ par le P. + Menestrier, qui se publioient sans doute en fascicules. Nous ne + connaissons, en effet, de lui aucun ouvrage qui ait quatre volumes. + +Les Fables d’Esope moralisées, avec figures, in-12[69]. + + [69] Première édition du petit livre de Le Noble: _Esprit d’Esope_, ou + _nouvelle traduction de ses fables, en vers, avec une lettre morale + sur chacune_. La seconde édition est de 1695. + +Pour le Sieur Remy, rue saint Jacques. + +Avis salutaires sur l’education des enfants, in-12. + +Pour le Sieur Villette, ruë saint Jacques à la Croix d’or. + +La Vie des Princes d’Orange pour servir à l’Histoire d’Hollande, in-8º. + +Les Poësies de Madame des Houllieres, in-8º[70]. + + [70] A la suite venoient les poésies de sa fille Thérèse, ce qui + formoit un volume en deux parties. En 1694, après la mort de Mme Des + Houillères, le même libraire Villette en publia une seconde édition. + +L’Histoire d’Angleterre, 4 vol. in-12. + +Pour le Sieur Hortemels. + +Remarques sur la Bibliotèque des Auteurs Ecclésiastiques, par M. du Pin, +in-8º[71]. + + [71] Ce sont des remarques d’Ellies Dupin sur son propre recueil: + _Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques_, qui avoit commencé de + paroître en 1686. Elles forment trois volumes. + +Nouveaux Essais de Morale, in-12[72]. + + [72] _Nouveaux Essais de morale sur le luxe et les modes_, par Jean + Frain du Tremblay, qui ne se nomma pas sur le titre. + +La Vie de M. Descartes[73]. + + [73] Ce sont les deux volumes in-4º d’Adrien Baillet sur Descartes, + qui parurent, en effet, en 1691. + +Les Pseaumes en forme de Prières, in-12[74]. + + [74] Cette «paraphrase», comme dit le titre, est du curé de + Saint-Lambert, François Paris, et du curé de Chevreuse, Vincent + Loger. La première édition avoit paru en 1690. + +Prières formées sur la Morale de l’ancien et nouveau Testament, +in-12[75]. + + [75] Autre ouvrage du même François Paris, curé de Saint-Lambert. + +Dissertation sur la Goutte, in-12[76]. + + [76] Ouvrage de l’oratorien Michel Mauduit, dont la première édition + avoit paru en 1688. Une _Réfutation_ en avoit été publiée par le + même libraire Hortemels, en 1690. + +Traité des Opérations Chirurgicales, par M. de la Chariere, in-12. + +Homelies sur les Commandemens de Dieu, le Symbole et l’Oraison +Dominicale, 4 vol. in-12[77]. + + [77] Première partie des _Homélies_ de l’abbé de Monmorel, qui, peu + d’années après, arrivèrent à former dix volumes. Il devint alors + aumônier de la duchesse de Bourgogne. + +Pour les Sieurs Couterot et Guerin en compagnie. + +Sermons de M. Fromentieres, Evêque d’Aire, 6 vol. in-8º[78]. + + [78] M. de Fromentière, évêque d’Aire, étoit mort en 1684, en + ordonnant que rien de ses sermons ne fût imprimé. On n’en publia pas + moins les six volumes indiqués ici, et qui se composent: les trois + premiers de _Sermons pour les fêtes_, deux autres de _Sermons pour + le Carême_, et le dernier d’_Œuvres diverses_. + +Discours moraux pour la Chaire, 10 vol. in-12[79]. + + [79] Ouvrage de l’avocat Jean Richard, qui, bien que laïque et marié, + passa toute sa vie à écrire des sermons, que de vrais prêtres se + chargeoient de prononcer. Quand il mourut, ses _Discours moraux pour + la chaire_ n’avoient pas seulement dix, mais douze volumes. C’est + lui qui avoit été l’éditeur de l’ouvrage précédent, _les Sermons_ de + l’évêque d’Aire. + +Manière de prêcher selon l’esprit de l’Evangile, in-12[80]. + + [80] Par le capucin de Paris, Albert. Couterot, son éditeur, republia + ce livre en 1701. + +La Main qui conduit au Ciel, du Cardinal Bona, in-12[81]. + + [81] Ce traité, un des plus célèbres du mystique Bona, est le même + dont l’abbé Le Duc fit une nouvelle traduction avec cet autre titre: + _le Chemin du Ciel_, 1738, in-12. + +Conférences morales sur la Religion, 2 vol. in-8º. + +L’Eglise Protestante détruite par elle-même, in-12. + +Pour le Sieur Pepie, rue saint Jacques à saint Basile. + +Suite des Instructions Monastiques, in-12. + +Satires de Juvénal, par M. de Silvecane, 2 vol. in-12[82]. + + [82] C’est une des plus anciennes et non des meilleures traductions + rimées du satirique latin. En voici le vrai titre: _Traduction des + satyres de Juvénal en vers françois, avec des remarques et le latin + à côté_, par Pierre de Silvecane. + +Traité des Fièvres, par M. d’Hesse, in-12[83]. + + [83] Traduction du hollandois en françois du _Traité des fièvres_ de + Corneille Boutekoe. + +Pensées Chrétiennes, par M. l’Abbé de Choisy, in-12[84]. + + [84] Un des nombreux écrits religieux que l’abbé de Choisy publia + après sa conversion, sans grande conviction encore et surtout sans + grand savoir. N’a-t-il pas dit, après la publication de son + principal ouvrage en ce genre: «J’ai écrit l’histoire + ecclésiastique, il ne me reste plus qu’à l’apprendre.» + +Grammaire Italienne, in-12. + +Pour le Sieur Roulland fils, ruë saint Jacques. + +Analise des Epîtres de saint Paul, etc., 2 vol. in-12. + +Explication des Prières de la Messe, par M. de Meaux, in-12[85]. + + [85] Il n’est pas besoin de dire que M. de Meaux, c’est Bossuet. + +Pratique judiciaire sur les Censives, in-12. + +Pour le Sieur Robustel, rue saint Jacques. + +Histoire des Empereurs, par M. Tillemont, 2 vol. in-4º[86]. + + [86] Ce célèbre ouvrage, quand l’auteur mourut en 1698, avoit six + volumes. + +Traité des Etudes Monastiques, par le P. Mabillon, in-4º[87]. + + [87] L’ouvrage a deux volumes. Il fut écrit pour réfuter l’opinion de + l’abbé de la Trappe, qui prétendoit que les moines ne peuvent ni ne + doivent étudier. + +Pour la veuve Coignard et son Fils en compagnie. + +Les Offices de Cicéron et autres Œuvres, traduits du Latin de Grotius +avec des nottes, in-8º[88]. + + [88] Cette traduction est de Goibaud Du Bois, de l’Académie françoise. + +Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, 2 vol. in-4º[89]. + + [89] Ce sont les deux premiers volumes du grand ouvrage de Domat. Un + troisième compléta bientôt cette partie des lois civiles. + +Maniere de fortifier selon la métode de M. de Vauban, in-12. + +Traitez de Metaphisique, d’histoire et de politique de feu M. de +Cordemoy, in-12[90]. + + [90] Recueil des petits traités, de Cordemoy, déjà publiés à part, + tels que: le _Discours physique de la parole_, d’où Molière tira + tout le comique de la scène du professeur de philosophie au premier + acte du «Bourgeois gentilhomme»; la _Lettre sur le système de + Descartes_, etc., etc. + +La Geographie ancienne, moderne et historique, 2 vol. in-4º. + +_Nota._ Que dans le courant de la présente année 1692, on imprimera chez +ledit Sieur Cognard fils, Imprimeur du Roy et de l’Academie Françoise, +le Dictionnaire de ladite Academie[91]: + + [91] Le privilége d’impression du _Dictionnaire de l’Académie_ avoit + alors déjà huit ans de date. Il est, en effet, de 1674. (_Collect. + Delamarre_, nº 21,739, fol. 79.) La première édition parut, non en + 1692, mais en 1694, chez Coignard, en 2 vol. in-fol. + +Pour le Sieur Auroy, rue saint Jacques. + +Etablissement de la Foy dans la nouvelle France, 2 vol. in-12[92]. + + [92] Le titre complet porte par le P. Le C... C’est le Père Ch. Le + Clercq, récollet. + +Nouvelle Relation de la Gaspesie. + +_Barhei Compendium Theologiæ._ + +Pour le Sieur Boudot. + +Homelies Theologiques et morales de M. Palafox, traduites par M. Amelot +de la Houssaye, in-12[93]. + + [93] Ces homélies, traduites de l’espagnol, ont pour texte principal + la Passion. + +Lettres de M. l’Abbé le Grand à M. Burnet, in-12. + +Deffense de l’Antiquité des Temps, par le R. P. Dom Paul Perron[94]. + + [94] C’est une défense de son propre ouvrage, l’_Antiquité des Temps + rétablie_, publiée en 1687, et que les PP. Martiany et Le Quien + avoient fort attaquée. + + + + +MUSIQUE. + + +_Grand Maitre de la Musique de la Chapelle du Roy._ + +Monseigneur l’Archeveque de Rheims[1], ruë saint Thomas du Louvre. + + [1] Charles-Maurice Le Tellier, dont il a déjà été parlé. Il avoit, + comme «maître de la Chapelle-Musique», 1,200 liv. de gages, plus + 3,000 «pour sa bouche à cour.» _Etat de France_, 1692, p. 39. + + +_Sur-Intendans de la Musique de la Chambre de Sa Majesté._ + +M. de la Lande qui est d’ailleurs Maître de la Musique de la +Chapelle[2], et M. Boisset qui est Maître de la Musique de la Chambre, +en Cour[3]. + + [2] Michel-Richard de Lalande, d’abord violon, claveciniste et + organiste, compositeur de motets, de pastorales et de ballets, puis + surintendant de la musique du Roi, charge dans laquelle il mourut, + en 1726, à quatre-vingt-trois ans. Il avoit été fait, le 9 janvier + 1689, surintendant de la musique de la Chambre, ce qui étoit un + acheminement à la surintendance générale. + + [3] Jean Boësset, sieur de Haut, fils de Boësset, qui avoit été de la + musique de Louis XIII, et de qui l’on a quelques jolis airs de + chansons, entre autres celui des couplets de Lingendes, qui furent + si célèbres: + + Si c’est un crime de l’aimer... + + Boësset étoit maître de musique des pages de la Chambre, aux gages + de 1,140 liv. + + +_Autres Maîtres de la Musique de la Chapelle, de la Chambre et des +Plaisirs de Sa Majesté._ + +Messieurs Lambert, ruë sainte Anne[4], Goupille[5], ruë Minoret[6], +rue Colasse, rue Traversine[7], et Moreau, rue sainte Croix de la +Bretonnerie[8]. + + [4] Michel Lambert, si recherché, en 1666, à l’époque de la satire du + _Repas_ de Boileau, et qui n’avoit pas alors moins de + quatre-vingt-deux ans. Lulli avoit épousé sa fille, et lui avoit + donné dans sa maison, qui existe encore aux coins des rues + Sainte-Anne et des Petits-Champs, l’appartement où nous le voyons + logé, et où il mourut au mois de juin 1696. (_V._ notre _Histoire de + la Butte des Moulins_.) + + [5] Lisez Coupillet. Il faisoit, comme prêtre, pendant le semestre de + janvier, les fonctions ecclésiastiques de maître de musique, et + avoit soin, durant le même temps, «de la nourriture, éducation, + conduite et entretien des pages de musique.» + + [6] Guillaume Minoret. Il avoit, pendant le semestre de juillet, les + mêmes fonctions que Coupillet pendant celui de janvier. Ses motets + sur un certain nombre de psaumes sont très-estimés. Le Cerf de la + Vieuville, dans son livre, _Comparaison de la musique italienne et + de la musique françoise_, 1706, in-8, 3e partie, le met, ainsi que + Coupillet, sur le même rang, pour la composition, que Collasse et + Lalande. + + [7] Pascal Collasse, un des meilleurs élèves et héritiers de Lulli. + Après avoir collaboré avec son maître, il fit seul plusieurs opéras, + dont celui de _Thétis et Pelée_ est le plus célèbre. + + [8] Jean-Baptiste Moreau, à qui Madame de Maintenon fit écrire, pour + Saint-Cyr, la musique des chœurs d’_Esther_ et d’_Athalie_. Il fit + aussi les airs de quelques chansons de Lainez, son ami de cabaret. + + +_Maîtres pour l’Orgue et pour le Clavecin._ + +Messieurs le Begue[9], rue Simon le Franc, Taumelin, rue de la +Verrerie[10], Couprin, prés saint Gervais[11], Dandrieux, ruë saint +Loüis du Palais[12], Nivert, prés saint Sulpice[13], Danglebert, rue +sainte Anne[14], Martin, rue de l’Echelle, le Roux [15], rue , +Buterne, prés saint Paul[16], Montalan, rue du Cimetiere saint +André[17], Ossu l’ainé, rue saint Denis[18], Ossu le cadet, Cloître +saint Jacques de l’Hôpital, Garnier, rue Traversine, La Lande, Cour du +Palais. + + [9] Nicolas Le Bègue, un des quatre organistes de la Chapelle reçus en + 1678. Son quartier étoit celui d’octobre. Il touchoit l’orgue à + Saint-Merry, et l’on a de lui trois livres de pièces pour cet + instrument. Il mourut très-vieux en 1700. Ses ouvrages se vendoient + tout près de chez lui, dans la même rue. L’édit. de 1691, p. 62, + dit, en effet: «le livre d’orgues de M. Le Bègue se vend chez M. + Noël, rue Simon-le-Franc.» + + [10] Jacques Tomelin, organiste de la Chapelle, comme Le Bègue. Il + exerçoit pendant le quartier de janvier. + + [11] François Couperin, le second des trois frères qui fondèrent la + renommée de cette dynastie de clavecinistes célèbres. Nous le voyons + ici logé près de Saint-Gervais, parce que de 1669 à 1698, il y + toucha l’orgue. Il mourut à soixante-dix ans, en 1701, écrasé par + une voiture. L’année précédente, Montéclair lui avoit dédié sa + _Méthode facile de musique_. + + [12] On ne le connoît que par son fils, Jean-François Dandrieu, qui, + de 1720 à 1740, se distingua sur l’orgue et le clavecin. + + [13] Guill.-Gabriel Nivers, un des quatre organistes de la Chapelle. + Il avoit été maître de musique de la Reine. + + [14] Jean-Baptiste d’Anglebert. Il étoit de la musique de la Chambre + pour le clavecin, ce qui lui rapportoit 600 liv. de gages, 900 de + nourriture, 213 de monture, «et 270 pour la nourriture de son + Porte-épinette.» _Etat de France_, 1692, p. 223. + + [15] Il étoit aussi compositeur. V. _Le faux Satyrique_, 1706, in-8, + p. 11, où il est traité de «fameux maître de musique.» + + [16] Jean Buterne, un des quatre organistes de la Chapelle-Musique. + + [17] «Messieurs Le Règne--c’est celui qui est désigné plus haut sous + son vrai nom le Bègue--rue Simon-le-Franc, et de Montalan, rue du + Cimetière-Saint-André, sont renommez pour toucher et enseigner le + clavecin.» Edit. 1691, p. 60.--Claude Rachel de Montalant, après + avoir enlevé de son couvent, où sans doute il donnoit des leçons, la + fille de Molière, étoit, vers 1686, devenu son mari. Une note de + Titon du Tillet (_Parnasse françois_, 1732, in-fol., p. 318) que + nous avons citée le premier dans le _Roman de Molière_, 1862, in-18, + p. 129, ne laisse sur ce point très-curieux aucun doute: «Elle + épousa, dit-il, M. de Montaland, gentilhomme, qui a été quelque + temps organiste de Saint-André des Arts.» Il l’étoit sans doute + encore en 1691, ce qui expliqueroit pourquoi il logeoit tout près de + cette église. Titon le traite de gentilhomme parce qu’il se faisoit + appeler: Claude Rachel, écuyer, sieur de Montalant. + + [18] Lisez Houssu. Nous avons su son nom par le curieux procès que + «les maîtres à danser et joueurs d’instruments tant hauts que bas» + firent aux clavecinistes, en 1693, pour les empêcher d’enseigner à + toucher le clavecin avant de s’être fait recevoir de leur + communauté. Les clavecinistes, représentés par plusieurs de ceux qui + figurent ici, dont on a vu les noms plus haut, ou qu’on trouvera + nommés plus loin: Médéric Corneil, Nicolas Gigault, Jean-Baptiste de + La Brune, Marin de la Guerre, Jean Mérault, Antoine Houssu, Nicolas + Le Bègue, Guillaume-Gabriel Nivers, Jean Buterne, François Couprin, + appelèrent d’une première sentence rendue contre eux par le prévôt + de Paris, et obtinrent, le 7 mars 1695, un arrêt de la Grand’Chambre + qui leur donna raison, et leur rendit l’entière liberté d’enseigner. + + +_Autres Maîtres pour le Clavecin._ + +Messieurs le Moine, ruë saint Honoré[19], Pitay, ruë sainte Croix de la +Bretonnerie, Eudet et de la Cerisaye, ruë sainte Croix de la Cité, +Bouton, rue Pavée, Mérault et Alexandre, rue saint Denis, Bernier, rue +Tictonne[20], Hardy et Landrin, Cloitre sainte Opportune, Cointereau, +place Maubert, Saffin, rue des Noyers, Boucher, rue des Assis[21], +Corneille, Cloître Notre Dame, de Bordeaux, rue saint Jacques, Raison, +rue saint Estienne, Gigot et Delian, rue saint Martin, la Brune, rue des +Moineaux, Fouquet, ruë Coquillière, de la Guerre[22] et Jacquet, Isle +Notre Dame, etc. + + [19] Il étoit de la musique de la Chambre pour le théorbe. + + [20] Nicolas Bernier, dont le succès fut si grand, surtout sous la + Régence, pour ses motets, la musique de ses cantates et ses airs à + boire. Il est fait de lui le plus grand éloge dans le poëme de J. de + Serré, _la Musique_, dont la première édition date de 1714. + + [21] Lisez des Arcis. + + [22] Son vrai nom étoit Jacquet, le seul que prit son frère nommé ici + avec lui. Jacquet de la Guerre étoit organiste à Saint-Séverin. Sa + fille, Mlle Elisabeth La Guerre, se distingua sur le clavecin et fit + la musique de l’opéra de _Céphale et Procris_, en 1694. Elle mourut + en 1727. + + +_Maitresses pour le même Instrument._ + +Mesdames Oves, rue saint Denis, et Louis, rue de la Monnoye. + +Et encore Mesdemoiselles Rebours et le Tellier, fauxbourg saint +Germain[23]. + + [23] «Mademoiselle Le Tellier, qui demeure au cul-de-sac de la rue + Beaubourg.» Edit. 1691, p. 60. + + * * * * * + +M. du Clos, rue Bétizy, accorde en perfection le Clavecin. + +Messieurs Denis, sur le Quay neuf, Richard, ruë du Paon[24], Rosée, rue +de Cléry, Créteil, rue Poupée, Dathene, rue saint Antoine[25], Voudry, +rue saint Jacques, Boudet, rue saint Martin, Thierry, rue sainte +Marguerite, du Catel et l’Esclop, rue Omer[26], Clico, rue Philippot, et +le Febvre, rue Aubry Boucher, fabriquent, rajustent et accordent les +Orgues et les Clavecins. + + [24] «Près Saint-Nicolas du Chardonnet.» Edit. 1691, p. 60. + + [25] «Le sieur Dathene, qui fait des clavecins, demeure rue et devant + le petit Saint-Antoine.» _Id._, p. 64. «Le sieur Créteil, faiseur + d’orgues, demeure dans la rue Poupée.» _Ibid._ + + [26] Lisez rue au Maire. + + +_Maitres pour la Violle._ + +Messieurs de sainte Colombe[27], rue...; Marais, ruë Bertin Poirée[28], +Theobal, rue de Richelieu[29], des Fontaines[30], rue de Grenelle saint +Honoré, de Machy, rue des fossez saint Germain, Garnier, prés le Palais +Royal, Bellier, rue de Mommorency, Fourcroy le fils, rue vieille du +Temple, etc. + + [27] Il n’est plus connu que parce qu’il fut le maître de celui qui + vient ici après lui. + + [28] «Monsieur Marais touche la viole par excellence, et donne des + leçons chez luy, rue Quincampoix.» Edit. 1691, p. 48.--Marin Marais, + élève de Sainte-Colombe, et le plus habile joueur de viole de son + temps, il a beaucoup écrit pour cet instrument, et, de plus, l’on a + de lui plusieurs partitions pour l’Opéra, où il avoit commencé à + être simple batteur de mesures. La plus célèbre est celle + d’_Alcione_, dont la Tempête fut un des morceaux les plus à effet de + ce temps-là. Elle est décrite dans le poëme de _la Musique_ cité + plus haut. + + [29] Théobaldo Gaddi, qui, attiré de Florence à Paris par son + admiration pour Lulli, fut mis par celui-ci dans l’orchestre de + l’Opéra, où il joua pendant près de cinquante ans de la basse de + viole. Il avoit fait, en 1691, la musique de la pastorale héroïque + de _Coronis_. + + [30] «Le même Des Fontaines montre d’ailleurs à toucher le clavecin et + la basse de viole.» Edit. 1691, p. 48. + +Mademoiselle Mengey, rue saint Honoré, prés la rue des Poullies, fait +aussi profession de toucher et de montrer à toucher la Violle. + + +_Maîtres pour le Theorbe[31]._ + + [31] C’étoit une espèce de grand luth, qui lui-même étoit une sorte de + guitare. + +Messieurs du Pré, rue des Escoufles, et de la Barre en Cour, qui sont de +la Chambre du Roy[32], et encore Messieurs Pinet[33], rue le Moyne, +Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Aubin, rue de l’Escharpe, Poussilac, +prés les Jacobins saint Jacques, Lavaux, rue Hurel, Quay de la +Mégisserie. + + [32] Du Pré n’étoit qu’en survivance, en 1692, à la chambre du Roi + pour le théorbe. Pierre Chabançeau de La Barre, beaucoup plus + célèbre, jouoit de la grosse-basse ou du théorbe à la + Chapelle-Musique. Il étoit valet de chambre de la Dauphine. + + [33] Lisez Pinel. Il jouoit du théorbe à la chambre du Roi, mais y + avoit, auparavant, chanté les hautes tailles. + + +_Maîtres pour la basse de Violon._ + +Messieurs Marchands père et fils, et Converset, rue des Poulies[34], +Boudet, rue saint Antoine, Reffiet, rue des vieux Augustins[35], la Rue, +prés saint Mederic. + + [34] «Rue Bétizy, Gillet, place du Palais-Royal.» Edit. 1691, p. + 48.--A la chambre du Roi, les deux Marchand: Jean Noël, le père, et + Jean-Baptiste, le fils, jouoient non la basse, mais le dessus de + violon. + + [35] Urbain Reffiet. Il étoit un des vingt-cinq violons ordinaires, + dont Dumanoir étoit le roi. + + +_Maîtres pour le dessus de Violon._ + +Messieurs Favre, rue saint Honoré, le Peintre, à Versailles[36], Thoüin, +rue de la Verrerie[37], Verdier, rue du Chantre, Baptiste, Cloitre saint +Honoré, du Bois, rue des fossez saint Germain, de l’Isle, rue saint +Honoré, Charpentier, rue de la Harpe, du Chesne, rue Aubry Boucher, +Jobert, rue saint Antoine, Marchand, rue de Berry, etc. + + [36] Augustin-Jean Le Peintre. Il étoit aussi des vingt-cinq violons, + et, de plus, un des violons du Cabinet, où il jouoit les dessus, + avec 600 liv. de gages. Il étoit en outre attaché, comme violon, à + la maison du Dauphin, ce qui lui valoit 600 liv. sur la cassette du + prince, 400 sur le trésor royal, «et quelques autres + gratifications», dit l’_Etat de France_. On comprend qu’avec le + cumul de ces gages et ce que pouvoient lui rapporter ses leçons, il + ait pu faire dire à Richelet, au mot _violon_ de son dictionnaire: + «Le Peintre, l’un des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne + plus que Corneille, l’un des plus excellents de nos plus fameux + poëtes françois.» + + [37] L’édition précédente l’appelle à tort Thonin. + + +_Maîtres pour la Guitarre._ + +Messieurs de Vizé, à Luxembourg[38], Cheron, rue Dauphine[39], Medard, +prés saint Nicolas des Champs, le Tellier, rue du Foin, Galet, +cul-de-sac saint Sulpice, du Gesne, rue des Prouvaires, Poussilot[40], +prés les Jacobins saint Jacques, etc. + + [38] C’est-à-dire au palais du Luxembourg. Vizé fut très-célèbre en + son temps. Palaparat, dans la préface du _Grondeur_, parlant d’un + joueur de flûte fameux, dit qu’il tire de la flûte allemande «des + sons plus doux...» + + Que ceux que De Vizé tire de sa guitarre. + + [39] Nous le trouverons plus loin parmi les faiseurs d’instruments. + + [40] Lisez Poussillac, comme plus haut. + +Le Sieur Alexandre Roboam fait des Guitarres par excellence[41]. + + [41] Il demeurait rue des Arcis. + + +_Maîtres pour le Luth._ + +Messieurs Mouton, rue saint Antoine, et du Buc, ruë[42]. + + [42] L’édition de 1691, p. 61, nomme, avec lui, «Gallot et Jacqueson.» + Mouton étoit, de beaucoup, le plus célèbre. On a de lui, d’après de + Troyes, un très-beau portrait gravé par Edelinck. Mariette en parle + ainsi dans une note de l’_Abecedario_, t. II, p. 219, que nous + reproduisons avec toute sa singularité: «Jean Mouton, célèbre + joueur, jouant de la guitare--est-ce un luth? est-ce une guitare? + C’est un luth--à demy corps, d’après Fr. De Troyes; d’après un des + plus beaux tableaux qu’ait peints M. de Troyes. Il a été peint en + 1690, Mouton étant, pour lors, âgé de 64 ans. J’ai vu, ajoute + Mariette, ce tableau en 1755, et j’ose dire que le plus beau tableau + de Van Dyck ne me paroît pas supérieur.» Edelinck grava ce beau + portrait pour remercier Mouton d’avoir enseigné le luth à sa fille + sans vouloir être payé. (_Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des + membres de l’Acad. de peinture_, t. II, p. 55.) + + +_Maîtres pour le Jeu et pour la Fabrique des Instruments à Vent, Flûtes, +Flageolets, Hautbois, Bassons, Musettes, etc._ + +Messieurs Colin Hotteterre[43], ruë d’Orléans; Jean Hotteterre, rue des +fossez S. Germain; Fillebert, rue S. Antoine[44]; des Costeaux, +Fauxbourg saint Antoine[45]; Filidot en Cour[46]; du Mont, rue de +Tournon; Rousselet, rue des Assis; Dupuis, carrefour de l’Ecole[47]; le +Breton et Fremont, rue de l’Arbre sec; Héron, prés le cadran saint +Honoré; du Buc, rue de Richelieu; Roset, rue neuve saint Eustache[48], +etc. + + [43] Colin étoit un diminutif de Nicolas, son vrai prénom. Il étoit + basson à la Chapelle-Musique. Lui, et son fils Jean, qui le suit + ici, et un autre, dont nous ne savons pas le prénom, excelloient + surtout comme _facteurs_: «le père, lisons-nous dans un _Traité de + la Musette_, etc. (Lyon, 1682, pet. in-fol., p. 38), est un homme + unique pour la construction de toutes sortes d’instruments de bois, + d’ivoire, d’ébeine, comme sont les musettes, flageolets, hautbois; + et mesme pour faire des accords parfaits de tous ces instruments. + Ses fils ne luy cèdent en rien pour la pratique de cet art.» + + [44] Philibert Rebillé. Très-renommé comme flûtiste et acteur de + société. Palaprat dit de lui dans une note de son théâtre (t. I, p. + 183): «fameux joueur de flûte allemande, qui a mérité d’être chanté + sur la lyre de M. De La Mothe, _Ode de la Flûte_.» La flûte + allemande étoit ce qu’on appelle aujourd’hui «flûte traversière.» + L’autre étoit la clarinette. Philibert eut de très-grands succès à + la Cour, comme on le voit par les _Poésies_ de Lainez, son ami, et + de très-vifs aussi, trop vifs même dans la bourgeoisie. Une certaine + Mme Brunet, qui s’étoit affolée de lui, empoisonna son mari, et + l’épousa en secondes noces. Les révélations de La Voisin, qui lui + avoit fourni le poison, la firent prendre, condamner et exécuter. + Philibert, dont le roi ne mit pas en doute l’innocence, fut sauvé. + Il y a, dans les _Caractères_, une allusion à cette affaire. + Philibert y est nommé Dracon. (_Comédie de Jean de La Bruyère_, t. + I, p. 212-214.) + + [45] Il étoit joueur de flûte, comme Philibert, dont il fut l’ami + dévoué. Il avoit beaucoup connu Molière, et en parloit + très-curieusement. Sa passion pour les fleurs fut célèbre. C’est + pour la mieux satisfaire qu’il s’étoit logé au faubourg + Saint-Antoine, où, comme nous le verrons, se trouvoient les grands + «floristes.» C’est lui, suivant Math. Marais, qui aurait posé pour + le curieux de fleurs des _Caractères_. + + [46] André-Danican Philidor, et non Filidot. Il jouoit de la basse à + la Chapelle-Musique et dans la chambre du Roi. Veuf de Marguerite + Monginot, il eut, de son second mariage avec Elisabeth Le Roy, un + fils qui devint célèbre comme compositeur, mais surtout comme joueur + d’échecs. + + [47] Nous le retrouverons, avec les quatre autres qui suivent, parmi + les fabricants d’instruments. + + [48] «Le sieur Rozet est renommé pour les instruments de musique de la + garde-robe du Roy. Il demeure rue Neuve-Saint-Eustache.» Edit. 1691, + p. 49. + +Plusieurs d’entre les Maîtres de tous les Instrumens ci-dessus, +travaillent par excellence à la composition de la Musique, outre +lesquels entre les habiles Compositeurs de Paris, on compte d’ailleurs +Messieurs Oudot à la place Royale; Mignon[49], cloître Notre Dame[50]; +l’Alloüette, prés saint Germain de l’Auxerrois[51]; Charpentier, rue +Dauphine[52]; Bertet, Isle Notre Dame; Chaperon, cour du Palais; Martin, +rue des saints Pères; Terrier, prés les Innocens, etc.[53]. + + [49] Il étoit maître de la musique de Notre-Dame, et, comme on le voit + ici, logeoit auprès. Il étoit aussi, à son temps perdu, grand + amateur de bouts rimés. C’est lui qui, en 1682, avoit proposé un + prix à quiconque rempliroit le mieux à la louange du roi les rimes + de _pan_, _guenuche_, etc., qui pendant une saison entière + occupèrent toutes les sociétés. (_Menagiana_, t. I, p. 35.) + + [50] «Colasse, rue Sainte-Anne, Lorenzani...» Edit. 1691, p. 62.--Ce + dernier est nommé dans les _Caractères_, au § 29 du chapitre de _la + Mode_: «on sait que Lorenzani fait de beaux motets.» Il en publia + quelques-uns, en 1693, chez Ballard. Lulli s’étoit opposé de tous + ses efforts à sa célébrité. Sénecé, qui l’appelle Lorenzain, parle + ainsi de cette jalousie du Florentin dans le libelle qu’il fit + contre lui, _Lettre de Clément Marot_, etc.: «Je t’atteste encore, + célèbre Lorenzain, à qui un mérite connu de toute l’Europe n’a servi + qu’à blesser les yeux du jaloux Lulli...» + + [51] Jean-François Lalouette, qui passe pour avoir travaillé aux + opéras de Lulli, son maître, mais qui fut surtout célèbre + pour ses motets. Il étoit maître de musique de l’église + Saint-Germain-l’Auxerrois, près de laquelle nous le voyons logé ici. + + [52] Marc-Antoine Charpentier, que son logement place Dauphine mettoit + à proximité de la Sainte-Chapelle, où il étoit maître de musique. Il + enseigna la composition au Régent, et fit avec lui l’opéra de + _Philomèle_, qui ne fut ni joué, ni imprimé. + + [53] A la suite de ces «habiles compositeurs de musique», on lit dans + l’édit. précédente, p. 62: «le sieur Jolly, rue des Rosiers, près la + vieille rue du Temple, l’enseigne avec une grande facilité.» + + +_Maîtres pour l’Art de Chanter[54]._ + + [54] Ils étoient, depuis quelques années, en grande faveur. + «--Fais-toi plutôt maître à chanter, dit Colombine. On te donnera + deux louis d’or par mois, et tu trouveras peut-être quelque écolière + à qui tu ne déplairas pas: car voilà la grippe des femmes + d’aujourd’hui... On est de tous les bons repas; jamais de promenade + sans le maître à chanter.» (Regnard, _La descente de Mezzetin aux + Enfers_, acte I, scène 1re.) + +Massieurs Dambruy, rue Betizy, du Buisson, rue Dauphine, du Bousset, rue +des Fontaines, Hallé, rue des Marais saint Germain, du Parc, rue de la +Savaterie: Saint Germain, près la Madelaine, Chevalier, rue ; la +Pommeraye, prés saint Leu de saint Gilles: de Lair, rue saint Honoré: +Gillier, rue de Berry[55]: Bonnamy, rue Tictonne, etc. + + [55] C’est le père de Gillier qui fit tous les divertissements de + musique à la Comédie et aux Italiens pour les pièces de Dancourt, + Regnard, etc. + +Messieurs Hallin frères sont renommez pour le Jeu de la Trompette et des +Timbales qu’on trouve de la meilleure Fabrique chez le Sieur Crestien, +rue de la Ferronnerie, à la Ville de Vernon. + +Les Cordes de Rome pour les Instrumens, se vendent en gros rue saint +Denis aux trois Maillets, et en détail chez tous les faiseurs +d’Instrumens, entre lesquels le Sieur Offlard[56], rue de Bussy, et les +Sieurs Cheron[57], rue Dauphine et rue de la vieille Bouclerie en ont un +grand assortiment. + + [56] Il faut, je crois, lire «Offland.» Nous trouvons, en effet, un + Jean Offland parmi «les maistres faiseurs d’instruments de musique», + dans un compte du commencement du siècle. (_Bulletin archéolog._, t. + II, p. 542.) + + [57] «Luttier.» Edit. precéd., p. 112. Ces deux Chéron étoient sans + doute frères. L’édit. précédente n’indique que celui de la rue + Dauphine, qui figure déjà plus haut parmi les maîtres de guitare. Un + Nicolas Chéron, comme nous le voyons par un acte de baptême, étoit + déjà «faiseur d’instruments de musique», en 1658. Peut-être étoit-ce + le père de celui-ci. + +Il y a une fabrique pour l’Orgue et pour le Manicordium[58], rue saint +Julien des Ménetriers[59]. + + [58] Sorte de petite épinette à sons amortis par du drap étendu sur + les cordes. On l’appeloit aussi _épinette sourde_. + + [59] «Les musettes et les autres instruments à vent, se vendent chez + les sieurs Dupuis, carrefour de l’Ecole, Le Breton et Froment, rue + de l’Arbre-Sec, Héron, près le cadran Saint-Honoré, et Du Buc, rue + de Richelieu.» Edit. 1691, p. 49.--La musette étoit alors à la mode. + Nous avons vu, dans une note précédente, comment Van-Dyck peignit le + libraire Langlois jouant de cet instrument. La vielle le remplaça. + Sous Louis XV, tout le monde en jouoit. _V._ aux _Mss._ de la + Biblioth. Nat. les _Stromates_ de Jamet, t. II, p. 2050. + + + + +FAMEUX CURIEUX DES OUVRAGES MAGNIFIQUES[1]. + + [1] Le Roux de Lincy a publié cette liste, avec quelques notes + insuffisantes, dans la _Gazette des Beaux-Arts_ du 15 février 1859, + p. 224.--Nous n’avons pas besoin de dire ce qu’on entendoit alors + par «curieux», _les Caractères_ de La Bruyère nous l’ont assez + appris. Nous ajouterons toutefois que, sous Louis XIII, le mot avec + ce sens n’étoit pas encore employé. On disoit des «grippés.» Dans + une curieuse pièce _Ms._ du _Supplément françois_, à la Biblioth. + Nat., nº 12, 491, p. 268, intitulée les _Francs grippez_, nous + trouvons: _le grippé des fleurs_, _le grippé des médailles_, etc. Il + y eut aussi alors un ballet, _les Grippez à la mode_. (_V._ le + catal. Soleinne, t. III, p. 85.) + + +Monsieur le Duc d’Aumont, rue de Jouy[2]. + + [2] C’est le père de celui qui, à la fin du règne, fut ambassadeur en + Angleterre. Il avoit eu d’abord son cabinet de tableaux--c’est ce + qu’il collectionnoit--rue Vivien, ou Vivienne. La liste des curieux, + publiée par Spon dans _Les Recherches des antiquités et curiosités + de la ville de Lyon_, 1673, in-8, p. 212-218, que nous aurons + souvent à citer, d’après la reproduction qu’en a faite la _Revue + universelle des Arts_, t. XV, p. 259, lui donne cette adresse, il + s’installa ensuite dans l’hôtel de sa famille rue de Jouy, dont nous + avons déjà parlé. Il y joignit à son goût pour les tableaux, celui + de l’Antiquité. «Monsieur le duc d’Aumont, écrivoit, en 1686, + Bourdelot d’Airval au t. II de son livre de l’_Utilité des Voyages_, + a bien fait voir qu’il se connoissoit en tout dans les conférences + qu’il a tenues chez lui, touchant l’histoire ancienne: il a + découvert depuis peu deux portraits en agathe de quelques-uns des + tyrans du temps de Gallien.» + +M. le Duc de Saint Simon, rue de Taranne[3]. + + [3] Claude de Saint-Simon, père de l’auteur des _Mémoires_. Il ne + mourut que l’année suivante. Il avoit des tableaux. Son fils + (_Mém._, édit. in-18, t. I, p. 34) parle entre autres de celui de + Pomone et Vertumne, un des plus beaux de Carrache, que lui avoit + donné le duc de Montmorency avant de monter à l’échafaud. + +M. le Duc de Richelieu, place Royale[4]. + + [4] Père du maréchal duc de Richelieu. Il avoit une fort belle galerie + de tableaux, avec de nombreux et remarquables Rubens: «On en trouve + dans cet hôtel, dit G. Brice, 3e édit., t. I, p. 330, un plus grand + nombre qu’en nul endroit de Paris.» De Piles les a décrits dans ses + _Dissertations sur les ouvrages des plus fameux peintres_. La + description du plus beau de tous, _la Chute des mauvais Anges_, est + de M. de Richelieu lui-même. + +M. le Chevalier de Lorraine, au Palais Royal[5]. + + [5] Le chevalier de Lorraine, dont on sait la faveur équivoque près de + Monsieur, avoit dans son appartement, l’un des plus beaux du + Palais-Royal, un cabinet sur le jardin, tout rempli de tableaux + rares, des italiens surtout, tels que l’Albane. On y trouvoit aussi + quelques Poussin. + +M. le Marquis d’Hauterive[6], au Cherche Midy. + + [6] Suivant la liste de Spon, ce marquis, souvent nommé par Dangeau, + avoit aussi le goût des tableaux. + +M. le Marquis de Rieux, rue de Seine. + +M. le Comte de Flamarin[7], prés saint Roch. + + [7] Grossolle de Flamarens. Il paroît avoir eu surtout le goût des + livres. On en rencontre à ses armes: _d’or, au lion de gueules, + naissant d’une rivière d’argent, chef d’azur chargé de trois étoiles + d’or_. + +M. le Comte de Bartolet, rue de Tournon. + +M. le Marquis de Rhodes[8], prés la porte saint Honoré. + + [8] Grand maître des cérémonies, charge qu’il vendit, au grand blâme + de tous, car on l’étoit de père en fils, depuis longtemps, dans sa + famille. + +M. le Baron de Breteuil[9], rue de Paradis. + + [9] Ce baron qui ne l’étoit pas, selon Saint-Simon, est le même qui + mena avec la présidente Ferrand le scandaleux roman dont nous avons + parlé. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux. + +M. le Comte de Morstein, sur le Quay des Théatins[10]. + + [10] M. de Morstein, ancien grand trésorier de Pologne, avoit son + hôtel, qui devint ensuite celui du maréchal d’Estrées, au coin de la + rue des Saints-Pères et du quai des Théatins, aujourd’hui quai + Voltaire. C’étoit un grand curieux en toutes choses. Ses jardins à + Montrouge étoient magnifiques. Rigaud l’avoit peint avec sa fille, + puis séparément. + +M. le Comte de Renes, rue saint Dominique, quartier S. Germain. + +M. le Commandeur d’Hautefeuille, rue du Bac[11]. + + [11] Étienne-Texier d’Hautefeuille, grand prieur d’Aquitaine et + ambassadeur extraordinaire de la religion de Malthe en France. Il + mourut le 3 mai 1703, laissant, suivant Saint-Simon (t. IV, p. 453), + tous ses tableaux à son Ordre. Ils étoient d’un grand prix, car au + dire de Mariette (_Abecedario_, t. II, p. 345), «il étoit très-grand + curieux, et avoit de très-belles choses.» Il habitoit dans le haut + de la rue du Bac une des maisons neuves bâties par l’administration + des Incurables. + +M. le Commandeur de Gaults, derrière saint Roch[12]. + + [12] Sur la liste de Spon, son nom est écrit Gotz, et son adresse est + donnée au bout de la rue des Petits-Champs. Son cabinet, y est-il + dit, comprenoit tableaux, médailles modernes, curiosités de toutes + sortes. + +M. le Chevalier de Simonville[13], rue sainte Croix de la Bretonnerie. + + [13] Lisez de Sémonville. Nous ne savons rien sur ses collections. + +M. le Chevalier de Nogent[14], rue d’Anjou au Marais. + + [14] Un des favoris préférés de Louvois, qui lui donna une maison + charmante à Meudon, où il réunit les plus précieuses de ses + curiosités. Il mourut très-âgé, en 1708. + +Messieurs les Présidens Lambert et Bretonvilliers, Isle Notre Dame[15]. + + [15] Nous n’avons pas à insister sur la magnificence des hôtels + Lambert et Bretonvilliers, elle est connue: tableaux rares, meubles + du plus grand prix se trouvoient partout dans l’un et dans l’autre. + On peut s’en faire une idée par ce qu’en a dit G. Brice, 3e édit., + t. II, p. 388-394. + +M. le Président Dorieux, prés les Enfans Rouges[16]. + + [16] Il étoit fils de Nicolas Dorieu, mort intendant de Limoges en + 1686, qui lui avoit légué une bibliothèque qu’il compléta, et dont + le prix venoit surtout des documents imprimés et manuscrits qu’elle + contenoit sur l’histoire de la noblesse de France. Ses livres + portoient sur les plats: _un écusson d’azur à la bande d’or chargée + de 3 molettes de gueules dans le sens de la bande_. + +M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique[17]. + + [17] François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres. Nous en + avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses armes: _d’or à + l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée et membrée de + gueules_. + +M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine[18]. + + [18] Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de Spon, en + 1673. Il y est donné comme amateur de tableaux modernes. + +M. de Caumartin, rue sainte Avoye[19]. + + [19] Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi les + intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux + modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son + portrait, et peignit aussi celui de sa femme. + +M. Mendat, rue saint Loüis du Marais[20]. + + [20] Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des requêtes, + Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts nous sont plus + connus que les siens: il étoit bibliophile. L’écusson des livres de + sa bibliothèque, dont la vente se fit en 1755, avec _Catalogue_ + dressé par David l’aîné, porte: _d’azur au lion couronné d’or, au + chef d’argent chargé d’une hure de sanglier de sable, accostée de + deux roses de gueules_. + +M. Jabac, rue Neuve saint Mederic[21]. + + [21] Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France, où il + devint directeur de la compagnie des Indes orientales, et l’un des + maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé de lui, p. 109, note + 11. Ses acquisitions à Londres, après la mort de Charles Ier, furent + considérables selon Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures + et dessins, que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet de + Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre à Mazarin + l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard, passèrent au Roi, + et sont maintenant au Louvre. Puis, la ruine à peu près complète + ayant suivi, il fallut céder la collection entière: 101 tableaux et + 5,542 dessins. Le roi offrit 200,000 livres, et, au mois de mars + 1671, marché fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne + put s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que + vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques tableaux, + entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint lui-même, l’avoit + représenté avec sa femme et ses enfants. Il fut vendu à Cologne, en + février 1787.--L’hôtel de Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe + encore en partie ainsi que le passage qui le fait communiquer avec + la rue Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte. Au + XVIIIe siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y firent leurs + expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit appeler par Diderot + «Jabach» ces tableaux d’ordre inférieur. Un fameux magasin de + tabatières s’établit aussitôt après à l’hôtel Jabach. + +M. de la Saldiere, rue du gros Chenet[22]. + + [22] Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la COMÉDIE DE LA + BRUYÈRE, le bibliophile Guyon de Sardière qui pouvoit alors + commencer sa riche collection? Si ce n’est lui, nous ne savons qui + c’est. + +M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois[23]. + + [23] Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint par + Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit un + D’Argenson. + +Mrs Belluchot et le Riche, rue des Massons[24]. + + [24] François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le Riche, + secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans la même maison: + Belluchot y collectionnoit avec un grand goût des tableaux de + maîtres--il en avoit un surtout du Guide qui étoit admirable.--Le + Riche faisoit, lui, collection de livres choisis et d’estampes, dont + il avoit beaucoup de «très-belles et très-curieuses», dit G. Brice + (3e édit., t. II, p. 175). + +M. de Furetière, rue du Roy de Cicile[25]. + + [25] Ce n’est pas l’auteur du _Dictionnaire_, mort alors depuis quatre + ans, mais son frère Nicolas Furetière, avocat au Parlement, qui + avoit comme lui le goût des curiosités, et peut-être avoit hérité + des siennes. Dans sa liste de 1672, Spon n’avoit pas oublié + Furetière, le lexicographe, l’auteur du _Roman Bourgeois_, il nous + l’avoit donné comme étant curieux de livres rares, d’estampes, de + bronzes, etc. Son frère, que nous voyons logé rue du Roi-Sicile, + pouvoit y demeurer alors. Le 9 janvier 1691, il avoit fait baptiser + une de ses filles à Saint-Gervais, qui est la paroisse de cette rue. + Il mourut le 9 décembre 1697, à l’île Saint-Louis. M. Ferd. de + Lasteyrie a retrouvé son inventaire après décès. Cent cinquante + tableaux y figurent avec «une infinité de petits bronzes, de + médailles, d’objets en pierre dure, etc.» Il avait donc qualité pour + compter parmi les Curieux. V. _Bull. de la Soc. de l’hist. de + Paris_, t. IV, p. 146-150. + +M. de Creil, rue de Montmorency[26]. + + [26] Il figure dans la liste de Spon. On y apprend qu’il + collectionnoit: tableaux anciens et modernes, porcelaines, statues + de bronze, médailles antiques et modernes. Il en brocantoit aussi: + «Il y a longtemps, écrit Baudelot d’Airval, en 1686, dans l’_Utilité + des Voyages_, que M. de Creil règne dans le commerce des choses + précieuses... il s’en défait aussi avec toute la complaisance + possible, lorsque les curieux connussent le prix de l’antiquité, et + n’estiment pas les choses médiocrement.»--Parmi ses tableaux + modernes, se trouvoit un baptême du Christ que Le Sueur avoit peint + pour lui. + +Mrs Bertin[27] et de la Touanne, porte Gaillon. + + [27] Trésorier des parties casuelles, «qui, lisons-nous dans les + _Annales de la Cour et de Paris_, pour 1697-1698, t. I, p. 148, est + un des hommes de Paris les plus curieux pour les meubles.» Il avoit + surtout de merveilleux tapis, acquis par lui de la succession du + conseiller Pussort. Le Roi les vit, les désira, et ils lui furent + cédés. _Ibid._ + +M. Despond, aux Incurables. + +Mrs Quenel[28] et de Montigny, à sainte Magloire. + + [28] Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire, dont la + maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit une dépendance. «Il + étoit, dit Mariette (_Abecedario_, t. II, p. 230), un peu peintre et + un peu brocanteur.» Il avoit acquis de Dacquin, évêque de Séez, + grand nombre de dessins, dont plusieurs excellents de Jules Romain. + Il possédoit aussi les débris de la collection des dessins de + Vasari. Il céda le tout à Crozat. _Id._, p. 46. + +M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il donne entrée aux Curieux +tous les matins. + +M. de Blois, rue du Jardinet[29]. + + [29] Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan. Sa + collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles, + couteaux de Turquie, etc. + +Mrs Gedouin et Bergeron, rue de la Couture sainte Catherine. + +M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg S. Antoine[30]. + + [30] Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel du Roi, + si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de qui, entre autres + œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements, qui passèrent de + son cabinet dans la galerie du Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui + en Angleterre. L’hôtel de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit + l’ancienne maison de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce + quartier. + +M. Rappes, rue de la Harpe[31]. + + [31] Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il possédoit + celui d’Hercule et Omphale par François Perrier. + +M. Paillot, prés les Capucins du Marais[32]. + + [32] Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait est + un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud. + +M. de Nassé, rue de Cléry. + +M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle. + +M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle. + +M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere. + +Mrs Bordalou[33] et Rigault, rue de la Sourdière. + + [33] Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son _Abecedario_, + l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi «les célèbres de la + curiosité.» Il possédoit de belles estampes du Parmesan, et il avoit + été très-curieux des dessins de La Fage, que, suivant Mariette, il + payoit un louis par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé + par Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa vente. + +M. Robert, prés les petits Pères[34]. + + [34] C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui étoit grand + ami de Le Brun. + +M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint Germain. + +M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade. + +M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple. + +M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs. + +M. Gamarre, rue du Sepulcre[35]. + + [35] Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant des + chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens et modernes. + +M. de Briancourt, rue saint André. + +M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins. + +M. de Treville[36], prés la Sorbonne. + + [36] Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’_Arsène_ de La + Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie surtout en + livres grecs. + +Mrs Moreau[37] et de la Gardette, rue saint Nicaise. + + [37] Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui: «M. Moreau + aime les livres, les manuscrits, les médailles, et sait en faire un + choix fort judicieux.» + +M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université. + +Mrs Aincelin[38], d’Apoigny[39] et de saint Maurice[40], rue Bardubec. + + [38] Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis, + qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si curieux volume + sur les ballets. + + [39] Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers généraux des + Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux. + + [40] Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des + Inscriptions. (_Archives de l’Art françois_, t. III, p. 237.) + +M. Lhuillier[41]; rue des Jeusneurs. + + [41] Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la place + Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec l’hôtel + qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est aujourd’hui le + Ministère de la Justice. + +M. de Cormery, prés saint Roch[42]. + + [42] Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van Fallens, par + exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit volontiers passer + pour des originaux de maîtres. (Mariette, _Abecedario_, t. II, p. + 246.) Rigaud fit son portrait et celui de sa femme. + +M. Caillet, à l’Hotel de Condé. + +M. Marion, à l’Hotel de Bellingant. + +M. Hedeline, Doyen de saint Honoré[43]. + + [43] Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de tableaux. + +M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas, quartier S. Michel. + +M. Imbert, prés les Chartreux[44]. + + [44] Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de Parrocel. Il + fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge ici, et il finit, + en 1703, par entrer dans leur Ordre. + +Mrs le Febvre[45] et le Ferron[46], rue Mauconseil. + + [45] Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et celui de sa + femme. + + [46] Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un hôtel de la + rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui avoit peint une galerie. + +M. Leviez, rue saint Sauveur. + +M. l’Abbé Bizot[47], rue saint Jean de Beauvais. + + [47] Baudelot d’Airval, dans son _Utilité des Voyages_, au chapitre + des «Cabinets de France», parle ainsi de lui: «Monsieur l’abbé Bisot + (_sic_) a des talents pour la curiosité qui sont incompréhensibles: + on peut dire qu’il en est une source inépuisable, et que personne ne + connoît mieux les médailles modernes que lui.» + +M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise[48]. + + [48] François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des curieux de son + temps. Il avoit eu le gouvernement des ville, château et principauté + de Joinville, par Mme de Guise qui se l’étoit attaché, et qui le + logeoit dans son hôtel de la rue du Chaume avec ses collections. + Elles comprenoient: documents de tous genres, lettres originales, + copies, dessins, estampes, le tout choisi avec une remarquable + intelligence. Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant + 4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme, et 20,000 + liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il désigneroit. C’étoit + donné, aussi ne vit-on là qu’un don de la part de Gaignières. Le 17 + mars suivant, Coulanges lui écrivoit: «Votre cabinet mérite bien + l’immortalité, et, pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que + de le joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que + vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives de + la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent le mérite bien.» + Cette acquisition fut la dernière qui fut faite sous Louis XIV pour + la bibliothèque du Roi. Elle en est restée un des fonds les plus + importants.--Gaignières se mêloit quelquefois de dessiner. On peut + voir au Cabinet des Estampes, _Topographie du Loiret_ + (arrondissement d’Orléans) une mauvaise gravure de M. de Caumartin, + faite d’après un dessin de lui, signé. C’est une vue du château de + Cléreau, près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit + connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions le + prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de dire que, suivant + G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût des dessins et des + estampes celui des médailles, et aussi celui des portraits + contemporains et autres. C’étoit un des plus à la mode, comme on le + voit par cette fin d’un couplet de Coulanges dans son _Recueil de + chansons choisies_, 1696, in-8, p. 35: + + Venez tous dans mon cabinet, + Chacun, pour sa parure, + Aura sa bordure, + Avec son cloud à crochet. + + --_V._ sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails dans le + _Voyage_ de Lister, chap. IV. + +M. de la Ravoire, rue d’Anjou[49]. + + [49] Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général de La + Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections. V. sur lui et sa + fille une note du chap. sur les _Receveurs généraux_, p. 35-36. + +M. de Silly, rue saint Loüis au Marais[50]. + + [50] Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon a raconté + la singulière et ambitieuse fortune (t. III, p. 93-96). Il s’étoit + donné tous les goûts des gens à la mode: Rigaud, par exemple, avoit + fait son portrait. + +M. Malot, rue Neuve saint Eustache[51]. + + [51] Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce seroit alors + le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en 1698, laissant une + belle bibliothèque, dont les livres portoient sur les plats un + écusson _d’azur, au phénix d’or, sur son immortalité de même, + regardant un soleil aussi d’or posé au premier canton_. (Guigard, + _Armorial du Bibliophile_, t. I, p. 87-88.) + +M. Galot, prés le Chevalier du Guet. + +M. Dupuis, rue des Tournelles[52]. + + [52] Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières copies + du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même, Coysevox, fut + pour lui. + +M. de la Planche, rue de la Planche[53]. + + [53] Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche, contrôleur et + trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut, avec Alexandre + Comans, directeur d’une manufacture de tapisseries, au coin de la + rue de la Chaise et de la rue de Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à + la rue du Bac son premier nom de rue de La Planche, il fut ensuite + un des administrateurs des Gobelins. + +M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme. + +M. le Doyen de la sainte Chapelle. + +M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière S. André[54]. + + [54] Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut, p. 129, + tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il étoit, lui, + grand amateur de livres. V. _Catalogue des livres composant la + bibliothèque_ de feu J.-B. Chassebras, ancien docteur de Sorbonne. + Paris, 1693, in-8. + +Mrs Moulle, Bonnet et Bourdelot[55], rue sainte Croix de la Bretonnerie. + + [55] Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap. + _Médecine ordinaire_, p. 152. + +M. Aubert, rue de la Tixeranderie. + +M. Hubert, rue du Temple. + +Mrs Guilloire, rue Bourlabé[56]. + + [56] Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous l’avons déjà + trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux. + +M. du Vivier, à l’Arsenal[57]. + + [57] Lister qui, dans son _Voyage à Paris_, l’appelle à tort De + Vivier, fait de sa collection une description dont Germain Brice (3e + édit., t. I, p. 376) confirme les détails: «J’ai visité, dit Lister, + l’appartement de M. de Vivier à l’Arsenal: il consiste en sept ou + huit pièces au rez-de-chaussée donnant sur le grand jardin. Elles + sont petites, mais meublées avec la plus grande recherche; elles + sont ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux + choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et les + peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des bureaux et des + corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants, et quelques + tableaux des meilleurs maîtres.» + +M. du Plessy, rue de Jouy[58]. + + [58] Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur de + médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin. + +M. Croissade, rue Coquilliere[59]. + + [59] Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier, receveur + général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux celui de + François Perrier, _Alexandre et le médecin Philippe_. + +M. du Vaux[60], rue Tictonne. + + [60] Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle indifféremment + de l’une ou l’autre manière. Il avoit de beaux tableaux, notamment + une vierge du Pesarèse qu’il céda à Pasquier, autre amateur. Sa + collection d’émaux par Petitot étoit célèbre; il possédoit aussi de + très-précieuses médailles. + +M. de la Forest[61], rue du Colombier. + + [61] C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des meilleurs + élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière devint le + gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest, «fameux marchand de + tableaux», dont parle le marquis de Châtre, et chez lequel le + bourreau de Paris, qui étoit grand amateur, alloit monter sa + collection composée surtout de peintures analogues à son métier: + tortures, supplices, etc. (_Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit_, + 1709, in-12, p. 218-224.) + +M. Brangeon, quay des Balcons[62]. + + [62] C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de Béthune, + Ile-Saint-Louis. + +Mrs Desvieux[63] et de la Haye, quay de l’Ecole[64]. + + [63] C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la compagnie + des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui faisoit alors son + portrait, à vendre, pour des actions, à Law ses dessins de la + galerie du Luxembourg; ce qui le ruina. + + [64] Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit épousé la + célèbre Mlle Sophie Chéron, poëte, musicienne et artiste en tous + genres: peinture, gravure, etc. + +M. le Vasseur[65], rue Grenier saint Lazare. + + [65] L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe de l’Académie + de peinture, Guillet de Saint-Georges. + +Mrs de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré. + +M. le Febvre, rue Beautreillis[66]. + + [66] Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges avec le + voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui de cette passion. + +M. Poirée, prés saint Sauveur[67]. + + [67] Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi: «M. Poiret, à + Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres.» + +M. Biet, prés saint Jean en Grève. + +M. Rivet, rue saint Honoré. + +M. Mandin, rue des Victoires. + +M. de Pile[68], prés les Minimes. + + [68] Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint meilleur + historien de la peinture. Nous avons cité plus haut un de ses + ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de M. Amelot tour à + tour ambassadeur à Venise et en Portugal, soit avec son fils. Il + rapporta de Portugal et d’Espagne une curieuse collection de + dessins; et de Hollande, où il fut retenu en prison pour avoir trop + mêlé la politique aux arts, des manuscrits de Rubens et des dessins + de Rembrandt. + +M. de Sainfroy[69], rue de l’Egout. + + [69] Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes. + +M. Varlet[70], rue saint Antoine, prés les Jésuites. + + [70] Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le graveur + au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture. + +M. de Lonpré, carrefour saint Benoist[71]. + + [71] C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi les + académistes. Il étoit grand amateur des médailles de l’empire, dont + il possédoit toute la série moins une. Il paroît hors de doute que + c’est lui qui figure dans les _Caractères_ sous le nom de Diognête, + «l’homme aux médailles.» V. _La Comédie de La Bruyère_, 2e édit., t. + I, p. XXXIV-XXXVI. + +Mrs de la Guerre et Chaperon[72], Cour du Palais. + + [72] Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208, 214, parmi les + musiciens, l’un, comme maître de clavecin, l’autre, comme + compositeur. Peut-être collectionnoient-ils des instruments de + musique, comme faisoit Dovin, dont a parlé M. Bonnaffé dans son + charmant petit livre _Les Collectionneurs de l’ancienne France_, p. + 60, et qui devroit figurer ici. + +M. Tirard[73], rue du Bout du Monde. + + [73] Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors l’amateur + dont Rigaud fit le portrait en 1688. + +Mrs Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois. + +M. de Beauchamp, ruë Bailleul[74]. + + [74] C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons plus loin + au chapitre des nobles exercices, et dont il a déjà été question, p. + 126, note 1. G. Brice parle ainsi (3e édit., t. I, p. 268-269) de + son cabinet qu’il avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans + une maison neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré et + des Petits-Champs: «on trouvera dans ce cabinet des choses d’une + excellente beauté; mais les tableaux en sont la principale partie, + qui sont la plupart des plus fameux maîtres d’Italie. On y + remarquera aussi quantité de porcelaines anciennes, très-rares, à + présent, des cabinets de vernix (_sic_) du Japon, des bronzes et + d’autres choses curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de + connoissance.» + +M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours[75]. + + [75] C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous le + trouverons tout-à-l’heure parmi ceux «qui se plaisent à troquer les + tableaux.» + +M. Dron, prés saint Thomas du Louvre[76]. + + [76] L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont il étoit + chanoine: «Il a, dit G. Brice (3e édit., t. II, p. 86), un cabinet + de médailles de moyen bronze, dont la suite est des plus étendues + que l’on puisse voir, et dont le choix est admirable. Les sçavants + sont charmés de la quantité et de la diversité des _revers_ + singuliers que l’on y remarque, et il seroit bien difficile de rien + voir ailleurs de mieux conservé et de plus entier. Il a aussi + quelques tableaux de prix dans son cabinet.» Il mourut le 22 avril + 1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4º de lettres + originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique, + «avec les empreintes dessinées de quantité de médailles.» Elles + étoient adressées à Thoynard, Vaillant, Morelle, Nicaise, etc. _V._ + le _Catal._ ms. de l’abbé Goujet à la Bibliothèque. + +M. Bonart, rue Hautefeuille. + +M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs. + +M. Fracansani, rue du Petit Lion[77]. + + [77] Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de Polichinelle à + la Comédie Italienne, près de laquelle--étant logé, comme nous le + voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur--il demeuroit. Son père, + assez proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même de l’école + de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils collectionnoient + ensemble livres d’art, estampes, dessins. Les études de Le Sueur + pour sa galerie des Chartreux, qui sont maintenant au Louvre, + viennent de la collection de Fracanzani: «Il étoit bon curieux, dit + Mariette à son nom dans l’_Abecedario_; il se mêloit de dessiner, et + même de génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais.» + +M. de Blegny, rue de Guenegaud. + +Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez[78]. + + [78] Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans, le 14 février + 1694. Il étoit très-entendu en numismatique, histoire et surtout + géographie, comme le prouve son célèbre ouvrage sur l’_Anonyme de + Ravennes_. + +Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux. + +Le R. P. Auchereau, aux Celestins[79]. + + [79] «J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule du R. P. + Hochereau, qui a une collection très-choisie de tableaux originaux + de plusieurs des meilleurs maîtres.» Il avoit entre autres le + Repentir de saint Pierre, peint par Rembrandt, en 1634, et gravé + aussitôt par Van Vliet. + +_Au surplus, voyez à la Préface un avis important touchant la +Curiosité._ + + + + +DAMES CURIEUSES. + + +Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache[1]. + + [1] Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, veuve du comte de + Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, duc de Lude, veuf lui-même de + Rénée-Eléonore de Bouillé. Elle étoit magnifique en meubles et en + argenterie, mais elle sacrifia tout, quand vinrent les désastres. + Toute son argenterie, ses meubles d’orfévrerie passèrent à la + Monnoie, et elle se contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort + Mme de Sévigné, de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle + habitoit, près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et + Tiquetonne, devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe + encore en partie. + +Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique[2], quartier saint +Germain. + + [2] Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc d’Orval ou + d’Erval, troisième fils du duc de Sully. + +Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal[3]. + + [3] Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du maréchal, duc + d’Humière. «Il étoit, dit Saint-Simon, magnifique en tout.» Il + collectionnoit des estampes, dont quelques-unes lui sont dédiées. Sa + femme partageoit ses goûts. + +Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul[4]. + + [4] Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique, + très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique sa dot eût été de + 800,000 livres. Elle habitoit presque devant Saint-Paul, rue + Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, et qui existe encore à peu + près intact. + +Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons[5]. + + [5] Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de son père, + qu’on appeloit Morin le Juif: «brocanteuse, dit Saint-Simon, se + connoissoit aux choses et aux prix, avoit le goût excellent, et ne + se refusoit rien.» + +Madame la Princesse de Meklebourg[6], près saint Roch. + + [6] Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse de + Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la représente comme + «très-avare et très-entasseuse.» + +Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue[7] + + [7] Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, Charles + II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, l’avoit faite + baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse d’Aubigny et de + Portsmouth. Revenue en France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit + logée sur le quai des Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères, + dans un hôtel où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre + des magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le _Voyageur + fidèle_, p. 136, vante sa galerie de tableaux. + +Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet[8]. + + [8] Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des nièces de + Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel existe encore en + partie au nº 19 du quai Malaquais. Il avoit été bâti par le + financier La Bazinière, mais elle l’avoit beaucoup transformé et + embelli. En juillet 1696, elle y faisoit encore travailler. «Les + dedans, écrit Liger (p. 135), sont plus curieux que les dehors par + les tableaux et autres meubles et bijoux qui en sont la richesse et + l’ornement.» Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout + magnifique en pierreries. + +Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche[9]. + + [9] Fille aînée du président Bailleul, mariée au président Girard du + Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup parler d’elle. + _V._ la _Carte du pays de Braquerie_, dans l’_Histoire amoureuse des + Gaules_, édit. elzévir., t. I, p. 11. + +Madame de Coulange[10], dans le Temple[11]. + + [10] Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis de Coulanges, le + chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme + étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima + d’abord les tableaux: «le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de + Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il + n’étoit; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés + dignement.» Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin + de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais + les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent + prendre des goûts plus coûteux: il passa aux cornalines, aux + cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son + _Recueil_ (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les + raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son + ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine + Marguerite. + + [11] Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue du + Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de l’enclos du + Temple. + +Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame[12]. + + [12] Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par conséquent + nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous avons parlé + tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu du cardinal, + l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, et + l’avoit emmenée à Londres, où il l’avoit épousée. Ils habitoient + dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé + Lauzun, et qui devint plus tard celui des Pimodan. _V._ nos + _Chroniques et légendes des rues de Paris_, p. 118-119. + +Madame de Boufflers, ruë de Bourbon[13]. + + [13] Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. Le mari + avoit une belle bibliothèque, avec tous les livres à ses armes. Nous + ne savons quelles étoient, comme curieuse, les préférences de sa + femme. + +Madame la Marquise de Quintin, même ruë[14]. + + [14] Suzanne de Montgommery, comtesse--et non marquise--de Quintin. + Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez près par sa femme, a fait d’elle + et de ses entours, «la meilleure compagnie de la Cour», un bien + curieux tableau (t. I, p. 326-327). + +Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul[15]. + + [15] C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé le marquis + de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme célèbre curieuse. + L’abbé de Marolles, parlant dans ses _Mémoires_ de son cabinet et de + celui de Mme d’Aiguillon, dit: «Ils souffrent peu de comparaison + pour la magnificence des cristaux, des lapis, des agates, des onyces + (onyx), des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aigues + marines, des amétystes, des escarboucles, des topazes, des grenats, + des saphyrs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y + sont mises en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des + vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, des + globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres choses + semblables.» + +Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais[16]. + + [16] Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, en 1686. + C’est tout ce que nous savons sur elle. + +Madame d’Allouy, ruë du Bac[17]. + + [17] Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, et non + d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et grande confidente + de galanteries, quand l’âge l’empêcha de s’en occuper autrement. + +Madame de Monchal, près Bellechasse[18]. + + [18] Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle + bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, conseiller + au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce à ce titre que sa + bru figure ici parmi les curieuses. + +Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint Germain. + +Madame de Maillier, rue saint Anastaze. + +Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac. + +Madame la Marquise de Polignac, près la Charité[19]. + + [19] Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, tante de l’abbé + de Polignac qui devint cardinal, et fit l’_Anti-Lucrèce_. + +Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier S. Germain. + +Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à l’Hotel de Beauvais[20]. + + [20] Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari Etienne-Claude de + L’Aubespine, marquis de Verdronne. Nous ignorons aussi pourquoi elle + logeoit à l’hôtel de Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le + fils de la favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire, + le baron de Beauvais. + +Madame de Chevry[21] et Mademoiselle de Clapisson[22], prés les Enfans +Rouges. + + [21] Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le vieux Chevry, + l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot et quiétiste, «qui ne + laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être compté dans Paris.» + + [22] Précieuse de la société de Mlle de Scudéry, qui logeoit tout près + d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la bonne bourgeoisie + parisienne, (_V. Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, 1re part., p. + 107.) + +Madame de Lamec[23], rue saint Antoine. + + [23] Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. Rigaud + fit son portrait en 1696. + + + + +COMMERCE DE CURIOSITEZ ET DE BIJOUTERIES. + + +Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de +Tableaux, Meubles de la Chine[1], Porcelaines[2], Cristaux, Coquillages, +et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs d’Hostel[3], à +l’entrée du quay de la Mégisserie, Malaferre[4] et Varenne[5], quay de +l’Orloge; la Fresnaye[6] et Laisgu[7], rue saint Honoré; Quesnel, rue +des Bourdonnois[8]; Protais, rue des Assis; Fagnany, quay de l’Ecole[9]; +Antheaume, derriere l’Hotel de Bourgogne; Naneau[10], au Palais, etc. + + [1] Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans ses + _Epigrammes et autres pièces_ (1717, in-12, p. 272-274), nous parle + de ce goût pour les meubles et les porcelaines de Chine, le + «lachinage», comme on disoit en langage de marchands (_voy._ plus + bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, dans son curieux livre, le + _Voyage du Parnasse_ (1716, in-12, p. 174) nous fait voir le cabinet + d’un curieux tout lambrissé de laque: «c’est, dit-il, une pièce + ovalle, revêtue du haut jusqu’en bas de morceaux de lacq (_sic_) de + la Chine, d’une grandeur et d’une beauté surprenantes.» + + [2] On ne les vouloit que de la Chine:--«Rappelez-vous, dit Lisette, + dans la _Maison de campagne_ de Dancourt (acte I, sc. 5), celle qui + en riant vous cassa toutes ces porcelaines de Hollande, parce + qu’elle disoit qu’il n’en falloit avoir que de Chine.» Une + déclaration royale du 2 juillet 1709 défendit l’importation des + porcelaines, faïences et poteries étrangères. + + [3] Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans les pièces + du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans _Turcaret_, et Regnard + dans l’_Homme à bonnes fortunes_, scène des _Curiosités_.--«Est-il + curieux? dit Brocantin.--Bon, répond Arlequin, c’est le Dotel du + pays. Il troque de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant + qu’il soit deux jours il aura troqué sa femme.» Le financier du + _Voyage du Parnasse_ se vante, p. 205, d’avoir acheté chez lui «une + belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon», _V._ aussi le + _Théophraste moderne_, p. 422; l’_Ambigu d’Auteuil_, p. 16-17; + Gacon, le _Poëte sans fard_, p. 41. + + [4] Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de Villiers le + nomme avec lui dans ses _Poésies_, p. 149, et seul dans son poëme de + l’_Amitié_, p. 48: + + Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles, + Montrer aux curieux mille ornements fragiles, + En antiques tourner et le bronze et le fer, + Et dans un cabinet mettre tout Malafer... + + Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment, + sans vouloir le vendre ni le troquer, le _Saturne coupant les ailes + de l’Amour_, par Nicolas Perrier. Il voyoit beaucoup artistes et + poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme habitué dans son café du coin + des rues Dauphine et Christine; il fut ainsi mêlé à l’affaire des + couplets de Rousseau. Il avoit écrit une histoire des peintres, dont + nous ne connoissons qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le + _Mercure_, sept. 1718, p. 69. + + [5] Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands de curiosités, + mais parmi les curieux: «M. Varenne, dit-il, près la Monnoie, + tableaux et diverses curiosités.» + + [6] Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs pièces du + temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être aussi un peu comme + prêteur sur gages. (_V._ Dancourt, la _Foire Saint-Germain_, sc. + XII, et la _Femme d’intrigue_, acte V, sc. IX.) Ses deux fils + Eléonor et Pierre lui succédèrent au Palais, l’un à l’enseigne _de + la Croix d’or_; l’autre à celle du _Dauphin_.--On trouve, dans les + _Mss._ Delamarre, nº 21, 627, p. 170, le procès-verbal d’une visite + faite chez La Fresnaye, après l’édit contre les dorures, décrété en + 1669 et renouvelé en 1687 et 1689. + + [7] «Près les pères de l’Oratoire.» Edit. de 1691, p. 24.--Il est + nommé par l’abbé Bordelon dans son _Livre à la Mode_, 1696, in-12, + p. 33. Marianne demande en quoi consistent les façons du bel air: + + Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle, + A façonner sa bouche, et passer tout le jour + Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour?... + A hausser sa fontange en coquette éventée + Et renchérir d’abord sur la mode inventée? + A vouloir affecter par un soin assidu + Pour ses marchands: Le Gras, La Fresnaye et l’Egu? + + [8] Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, sans + indication d’adresse, mais avec un détail qui manque ici: «Ils + vendent pareillement des coquillages, mais le sieur Quenel est celui + d’entre eux qui s’y attache le plus.» + + [9] «A la descente de la Samaritaine.» Edit. de 1691.--Nous avons + beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage dans notre _Histoire + du Pont-Neuf_, t. II, p. 277-281. On nous permettra d’y renvoyer. + Nous rappellerons seulement ici les altérations qu’il fit subir aux + planches de Callot, dont il possédoit un grand nombre, que son fils + mit en recueil (_Mercure_, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie + qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une pièce, où + il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur comédie les _Bains + de la porte Saint-Bernard_, allèrent encore plus loin: ils le + nommèrent «el signor Furbagnani.» On lit dans le _Théophraste + moderne_, à propos de cette loterie: «lui-même y a plus gagné sans + avoir de billets que tous ceux qui ont eu des lots.» Il gagna + beaucoup aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les + aventures scabreuses du moment étoient satiriquement représentées. + Il en est parlé dans le _Retour de la foire de Bezons_, et mieux + encore dans les _Souhaits_ joués en 1693: «MOMUS. Qui est-ce qui + porte cet épicier à éventer la honte de son lit, et à solliciter une + place sur les tabatières de Fagnany? La Folie.» + + [10] Nous trouvons pour Nanot (_sic_) dans la _Collect. Delamarre_, nº + 21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, comme celui qui fut + dressé chez La Fresnaye. + +Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi boutique sur le Pont au Change, +fait le même trafic. + +Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs Vendeurs et Troqueurs de +Curiositez; comme Messieurs Raclot, rue de Harlay; Poignan, rue de +Mommorancy; Roussel, cul de sac de la ruë Beaubourg; Paris, près la +Jussienne[11]; des Dieux, rue des Assis au petit Broc, etc. + + [11] L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non reproduit ici: + «M. l’abbé Du Plessis, près le puits d’Amour, le sieur Dalançon, rue + Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer + des tableaux.» + +Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, et Tonnetti, quay de la +Mégisserie, ont aussi chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font +trafic. + +M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à +l’aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de +Porcelaines et de Lachinage[12]. + + [12] V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236. + +M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce de bons Tableaux[13]. + + [13] Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. Il ne + quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant sa mort, en 1746, + à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme on sait, la partie de la rue + du Temple actuelle qui s’étendoit de la rue Croix-de-la-Bretonnerie + à celle des Vieilles-Haudriettes. Il logeoit en face de la fontaine + placée entre les nos 40 et 42. _V._ G. Brice, 3e édit., t. I, p. + 255. + +Autant en font Messieurs Guillemart, prés saint Yves, et Muguet, au +milieu de la ruë Bourlabé. + +M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin de Bijouteries et Coffres +d’Angleterre[14], de Porcelaines, de Pagottes[15], de terre cizelées et +de Meubles de la Chine[16]. + + [14] Ces «articles» anglais furent longtemps à la mode. Le 30 juillet + 1743, un privilége de dix ans fut accordé à Claude-Imbert Gérin, qui + s’établit rue de Charenton, pour fabriquer «toutes sortes de + fayences, à l’imitation de celles d’Angleterre.» + + [15] Pour «pagodes.» C’étoit une des chinoiseries les plus + recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux marchand de + curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le texte de l’adresse + que M. de Caylus avoit gravée pour lui, en 1740: «à LA PAGODE, + _Gersaint, marchand jouaillier sur le Pont-Notre-Dame, vend toute + sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces, + tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines au Japon, + coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux, + agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et + étrangères_. + + [16] Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, p. 24. Après + une liste à peu près pareille à celle qui commence ce chapitre, mais + moins longue, on y lit: «Ces marchands vendent des porcelaines, des + meubles de la Chine et des terres cizelées en détail, mais on en + trouve en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue + Briboucher», c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher. + +M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du Louvre, a un particulier talent +pour damasquiner sur l’acier[17] en Figures et Ornemens de la Chine. + + [17] Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, mais il + avoit été singulièrement perfectionné par un des maîtres de La + Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien Cursinet, mort vers + 1670. «Il a fait, dit Félibien, _Des principes d’architecture_, + 1676, in-4º, p. 455, des ouvrages incomparables en cette sorte de + travail, tant pour le dessin, que pour la belle manière d’appliquer + son or, et cizeler de relief par dessus.» + +Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, dit avoir trouvé un secret +d’Optique qui fait voir dans un Tableau toutes autres Figures que celles +qui y sont peintes, et même au gré des Spectateurs. + +Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en Bronze, qui est fort renommé +pour les Figures de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés l’Abbaye +saint Germain; il donne une couleur de bronze antique aux figures +modernes[18]. + + [18] Il se servoit de _purpurine_, ou bronze moulu, qui s’appliquoit + soit à l’huile soit au vernis. + +Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, et la Pierre, quay des +Orfèvres, ont un particulier talent pour bien nettoyer les Tableaux. + +Le Sieur Pouilly[19], rue Dauphine, a trouvé un secret pour augmenter de +beaucoup la vertu de l’Aymant et un Microscope qui grossit +extraordinairement les objets[20]. + + [19] «Faiseur d’instruments mathématiques... vend un calandrier de + cabinet propre et curieux.» Edit. de 1691. + + [20] Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, p. 24, mais + après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu ici: «On trouve + des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des + peintres, rue de Richelieu.» + +Les Tableaux Cilindriques[21] se vendent chez le Sieur Amielle, près +saint Hilaire. + + [21] Il eût mieux valu dire «miroirs cylindriques.» _V._ à leur sujet, + le _Diction. des Arts et Métiers_ de l’abbé Jaubert, 1773, in-12, t. + II, p. 612. + +Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et pour ses amis d’une +beauté extraordinaire[22], aussi bien que des Figures de toutes espèces +pour la Lanterne magique[23]. + + [22] Les religieux s’occupoient volontiers d’optique; le P. + Jean-François Niceron, auteur du _Thaumaturgus opticus_, 1646, + in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place Royale, qui étoient + un couvent de son ordre, des tableaux changeants d’une habileté et + d’un effet surprenants. + + [23] Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin et vulgaire. + On s’en divertissoit dans le monde, comme à cette soirée de l’hôtel + de Liancourt, où le spectacle fut une lanterne magique, avec deux + vielles pour orchestre. _V._ Loret, _Muse historique_, 13 mai 1656. + +Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, devant la ruë aux Ours, fait +et vend des Baromettres, des Thermomettres et des Hidromettres d’une +propreté particulière[24]. + + [24] Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon le plaçoit + sur la liste de ses curieux: «M. Ubin, dit-il, émailleur, rue + Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours: thermomètres, baromètres, + larmes d’Hollande, et autres curiosités.» Suivant Huet, qui lui fit + faire un anémomètre, qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite + «d’excellent ouvrier», il étoit anglois. (_Huetiana_, p. 56.) C’est + lui qui, avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus + parfaits: «les curieux en conservent encore dans leurs cabinets», + écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). Il excelloit + aussi pour les yeux de verre: «chez Hubins, le fabricant d’yeux de + verre, dit Lister à la fin du chap. V de son _Voyage à Paris_ en + 1698, j’en vis de pleins tiroirs, de toutes couleurs, de façon à + appareiller n’importe quels yeux: et il faut qu’il en soit ainsi, + car la moindre différence seroit intolérable.» L’édit. de 1691, p. + 31, n’oublie pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et + elle lui donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous + retrouverons plus loin.--Hubin était grand ami de Papin, dont, en + 1674, il avait présenté à l’Académie des sciences l’ouvrage + important, _Nouvelles expériences du vuide_. + +Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, aux armes de France, en vend +de plus simples et à meilleur marché[25]. + + [25] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31: «le sieur + Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en émail toutes + sortes de figures humaines, et autres représentations. Il vend aussi + des aigrettes d’émail, qui, avec une grande beauté, ont cette + propriété de ne pas prendre la poussière.» Son fils lui succéda, et + ses émaux furent encore plus célèbres que les siens. _V._ l’_Année + littéraire_, 1755, t. VIII, p. 49, 50; et 1758, t. VII, p. 138. + Piron en possédoit, dont il étoit très-fier. + +Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois fils ainé[26], qui imitent +et qui raccommodent en perfection les Meubles de la Chine, demeurent +grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés l’Hôtel de Bel air[27]. + + [26] En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans l’édit. + précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, p. 35, qui + manque ici, et qui complète l’autre: «les sieurs Langlois, père et + fils, font des cabinets et paravents, façon de la Chine, d’une + beauté singulière; ils demeurent l’un et l’autre, grande rue du + Faubourg Saint-Antoine, près la rue de Charonne.» + + [27] «Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du Tambourg, fait + de moindres ouvrages, façon de la Chine.» Edit. 1691, p. 24. + +Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour les Figures et Ornemens de +la Chine, demeure rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat +Chirurgien[28]. + + [28] Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est: «au Cloître + Sainte-Catherine de la Couture.» + +Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay de la Megisserie[29], prés le +Fort l’Evêque, imite fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre[30]. + + [29] «Au milieu du quai de la Mégisserie.» Edit. de 1691. + + [30] Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, p. 24: + «le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, imite le La + Chinage en creux et en relief.» + +Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à l’Etoile; de Monceau à la +Bastille, et Darmé, chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, font +des Tablettes de poche d’une grande propreté. + +Les Cassolettes philosophiques[31] à feu d’Esprit de vin et Globule de +Cristal qui attire les Liqueurs à la façon de l’Eolipile[32], se vendent +sur le quay de Nesle, à l’Apoticairerie royale[33], et servent non +seulement à des-infecter et parfumer les chambres agréablement sans +fumée et presque sans frais[34], mais encore à guérir plusieurs maladies +par des vapeurs medecinales. + + [31] Il en a été parlé plus haut, p. 172-173. + + [32] L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, et la + chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer les + chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, comme tout ce + qui tenoit alors un peu à la chimie. + + [33] C’est-à-dire chez Blegny. + + [34] On les allumoit derrière les pilastres et les meubles des + chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. _V._ + l’_Art de bien traiter_. Paris, 1674, in-12, chap. _de la Salle à + manger_. + + + + +COMMERCE DES OUVRAGES D’OR, D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC. + + +La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et Gardes de l’Orphevrerie ont +leur bureau, et où ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous les +Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë des Lavandieres[1]. + + [1] Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, mais la + chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui alloit de la rue + Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. Elle avoit été + dédiée par la corporation, en 1399, à saint Eloi. + +C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs de la marque pour +l’or et pour l’argent[2]. + + [2] Tous les ouvrages sans marque--nous dirions sans contrôle--étoient + saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce + genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et + Gauché. + +Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs +Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, +quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3]. + + [3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place + Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion + de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle + dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps + de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au + coin du quai des Orfèvres. + +M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du +Louvre[4]. + + [4] Il étoit, en effet, «un des illustres qui sont logez sous la + grande gallerie», comme dit G. Brice. «De Launay, orfèvre, + ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages + magnifiques que le roi fait faire.» Tout l’ameublement de + Versailles, «en meubles d’orfèvrerie», tels que les bancs d’argent + massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des + glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois + somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus + épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars + 1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or + et d’argent, achevés ou à finir. _V._ les papiers Delamarre à la + Biblioth. Nat., nº 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le + procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des + soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le + droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à + savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre + en argent! + +M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages +d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5]. + + [5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de + tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la + direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie, + d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il + n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers, + en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart + de ces ateliers. + +M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté, +demeure devant la place du Carrousel[6]. + + [6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom + complet: Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit «joaillier + ordinaire du Roi», puis, quand son père, qui étoit «garde des + pierreries de la Couronne», fut mort, il prit le même titre, mais en + le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut + chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la + couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire + de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, _Hist. de la + Sainte-Chapelle_, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au + premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les + curieux: «Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de + tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de + porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille + curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces + belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du + cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre.» C’est chez lui qu’on se + fournissoit des boîtes à portrait du Roi: «Je m’adresse à vous, lui + écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à + Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une + boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le + portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en + cas que vous en ayez un prêt.» Jal, à qui nous devons de connoître + cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est, + sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre + alors à Paris pour ses miniatures. + +Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de +Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre. + + [7] «Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en + France qui entende à présent le travail des émaux clairs.» Il avoit + un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (_Arch. + de l’Art françois_, t. I, p. 220.) + +Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle, +Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore +renommez pour le même fait. + + [8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en + 1663, un très-curieux volume sur son art: _Livre des ouvrages + d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la + Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre + des Arcis_. + +Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge, +et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries. + + [9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme + trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous + avons dit, que--ce qui n’étonnera pas--il prêtoit sur gages: «Elle + sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans _La France devenue + Italienne_, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et + de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier, + pour quatre mille pistoles.» Il brocantoit de joyaux et d’antiques + même à l’étranger, en se disant agent du Roi. _V._ dans _la + Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie_, + t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel + Germain à Claude Bretagne. + +Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont +des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise. + + [10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité, + «surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages.» Il fut + lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et + l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à + soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un + peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la + Biblioth. Nat., un recueil contenant «dessins de brasiers, dont les + ornements peuvent servir aux cuvettes; nouveaux dessins de + guéridons, éventails, écrans, etc.» + +Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini, +Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier +talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or. + +Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée, +trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent. + + [11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié «orfevre», et son + adresse est donnée ainsi: «joignant l’hôtel de la Monnoye.» + +Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent +chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12]. + + [12] On les appeloit «diamants du Temple.» _Dict. des Arts_, 1732, + in-fol., I, 334. + +Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui +ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs +Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis. + + [13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette «essence + d’ablettes», dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier + Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé + Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le + _Mercure galant_ (août 1686, p. 230), ces perles, «façon de fines», + trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin + faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin + avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient: «la pâte, + dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement + d’écailles d’ablettes, sans autre mélange... un collier de ces + perles revient à deux ou trois pistoles.» + + + + +PREMIERES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE[1]. + + [1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII: + _Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les + Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie, + et des Mathématiques_. Il commence par ces quelques lignes qui ne se + retrouvent pas ici: «Entre ces maîtres, les uns sont principalement + appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont + chez eux pour la plupart qu’à demi pension.» + + +Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un +Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de +Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le +Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et +françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de +l’Aritmetique[3]. + + [2] Fleury, _Traité des Etudes_, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on + commençât par _la grammaire_. + + [3] _V._ ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap. + 1er: _Affaires ecclésiastiques_. + +Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et +Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par +les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de +l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par +excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue +des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre +d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5]. + + [4] Fleury, au chap. 20-23 du _Traité_ que nous venons de citer, + vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais + le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs + comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et + des transactions. + + [5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de + la grande Ecurie. Il prenoit le titre de «maître écrivain juré.» + _Etat de France_, 1692, t. I, p. 329. Il devint «secrétaire de la + chambre du roi.» On a de lui: _Le livre d’exemplaires, composé de + toutes sortes de lettres_, Paris, 1694, in-fol.; _Le nouveau livre + d’écriture italienne et bâtarde_, Paris, Mariette, in-4º oblong. + +M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure +ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste +lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures +suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra +dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts. + +Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs, +des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et +pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des +Mathématiques. + +Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini, +Messieurs Souplet, quay de Nesle[6]; le Page, ruë de Nevers; Roger, ruë +des Petits Augustins; Galande, ruë Mazarini; Boucher et Henrion, près le +passage de la rue de Seine. + + [6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est «rue Mazarini», ainsi + que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué + «le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic)», qui + manque ici. + +Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint +Estienne des Grecs; Cosson et Blin, ruë Chartiere; Macet, cloître saint +Benoist; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et +Morice[7], ruë saint Jacques. + + [7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691, + p. 58. + +Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs +Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des +Rohes[9], Valot, Parisot et Martin. + + [8] «Saint Jacques et saint Marcel.» Edit. 1691. + + [9] Sans doute «Des Roches.» Il manque dans l’autre édition. + +Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la +Raquette; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly; Desdurcet[12], rue de +Charonne; Castelet, rue de Charenton; Roger[13] et Thomas, grande ruë du +Fauxbourg; Mogey le jeune à Pincourt; Mogey l’ainé, Faucon, +Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15]. + + [10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article, + quelques lignes non reproduites ici: «les Maîtres, dont les + pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart + toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au + faubourg Saint-Antoine...» + + [11] «Et Mauger», dit l’édit. de 1691. + + [12] «Des Urset», dans l’édit. de 1691. + + [13] L’édit. précédente dit «Roger», et ne nomme pas celui qui suit. + + [14] Edit. 1691: «De Bassy.» + + [15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons + d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice + de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté. + Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le _Journal du + Citoyen_ (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf + dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne. + +Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue +Pavée[16]; Harivel[17], rue de la Cossonnerie; le Roy, rue Quinquempoix; +Mauger, près la Croix du Tiroir; Fleury, près le Palais Royal; +Regnard[18], rue de Bourbon; Clément, rue Jean de l’Espine; Milot, porte +saint Denis; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19]. + + [16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du + _Catalogue_ ms. de l’abbé Goujet: «Je l’ai connu dans mon enfance, + dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de + Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à + écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du + latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup + d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il + commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs + heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me + laisser livrer à l’étude.» + + [17] «Anivel.» Edit. 1691. + + [18] «Au faubourg Saint-Germain.» _Id._ + + [19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute: «Binet, + rue des Gravilliers.» + +M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe +Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le +pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa +composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education +des enfans: les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et +de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique; les +Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des +actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus +ordinaire de la vie civile[23]. + + [20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de + l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre. + + [21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny, + mais en revanche nous pouvons citer ses _Nouveaux exemplaires + d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et + gravés par Berey_, recueil de 40 planches in-8º. Claude-Auguste + Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut + le créateur de la _coulée_, comme Barbedor son devancier avoit été + le créateur de la _ronde_. On a de Berey: _Nouveau livre d’écriture + financière_, Paris, 1694, in-4º oblong; _L’écriture italienne + bâtarde_, 1700; _Nouveaux exemplaires d’écriture de finance_, in-4º + obl. + + [22] En voici le titre: _les Eléments_ ou _première Instruction de la + jeunesse_. + + [23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un + chapitre qui a pour titre: _Formulaire de petits actes_. + +Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des +Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques. + + + + +NOBLES EXERCICES POUR LA BELLE EDUCATION[1]. + + [1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails + différents, au «chapitre IV, _des Académies_:... Les Académies de la + deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et + dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous + les exercices de la danse, sont au nombre de cinq; sçavoir: celle de + M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice; celle de M. de Long-pré au + carrefour Saint-Benoist; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle + de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université», p. 8. + + +Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de +telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal; +l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers, +Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la +ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et +d’Auricour. + + [2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et + de son manége. + + [3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles. + Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. _V. Registre du + Secrétariat_, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., nº 6652, fol. 96 + vº. + + [4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand «académiste» de + ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y + associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue + de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever + tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des + sièges. Soleysel, auteur du _Parfait maréchal_, dont nous avons + parlé plus haut, avoit professé dans son manége. + +C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les +Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse; c’est-à-dire, +aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la +Danse[5]. + + [5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses _lettres diverses_, p. + 127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi, + et y gagner au moins «un prix à la course de bagues.» + +Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6]; Liancourt, rue des +Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du +Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux +Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée. + + [6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses + _Portraits sérieux, galants et critiques_, 1696, in-12, p. 270, dit + de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque: «grand homme + d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts + écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle + que de lui.» + +M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans +l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions +militaires. + +Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser. + + [7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre _de la + Mode_, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève: + «On sait que Favier est beau danseur.» Mme de Sévigné a aussi parlé + de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra. + +Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes, +qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique; +par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue +de Bussy: Minoux, rue des mauvais Garçons: le Perche fils, rue Mazarine: +Pillait père, rue Dauphine: Pillart fils, rue des Cordiers: du Bois, +près le Jeu de de Metz[8], etc. + + [8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine.--On voit que, sauf deux, + tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de + l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui + fit paroître alors l’_Art de tirer les armes_, dit qu’il y avoit + dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le + quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le + faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre + du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une + arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye: «En un + moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et + de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible + d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer + beaucoup de monde.» (P. Clément, _la Police sous Louis XIV_, p. + 442.) + +M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des +Armes. + +Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est +ordinairement en Cour[9]: M. Colombon, devant la grande porte du Palais: +et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain. + + [9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite + écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son + petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres + d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la + Terreur: «Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que + le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier: pare + celle-ci, Rousseau.» (_Souvenirs_, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée + de Beauplan étoit son fils. + +Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont +d’ailleurs d’une habilité distinguée; par exemple, M. de Beauchamp, +Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la +composition[10], rue Bailleul: M. Reynal l’aîné, maître à danser des +Enfans de France[11], ordinairement en Cour: et Messieurs d’Olivet et +Favier cadet, rue du petit Lion: Favre l’aîné, rue de Richelieu: Favre +le cadet, rue Platriere: Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue +Traversine: du Mirail, rue de Seine: Bouteville, rue des mauvais +Garçons: des Hayes, devant la Comédie Françoise: Germain l’ainé, rue +saint André: Germain le cadet, rue de Bussy: Pestor au Marché Neuf, etc. + + [10] G. Brice se contente de dire qu’il est «des plus renommés de sa + profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les + élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le + monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit + exécuter des danses merveilleuses.» Il a été parlé plus haut, p. + 230, de son cabinet de curieux. + + [11] Son nom est écrit Rénal dans l’_Etat de France_ de 1702, t. II, + p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de + son frère le duc de Berry. + + [12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et + Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le + plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil _Les plus belles + lettres françoises_, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse, + et encore plus amère: «M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit + proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque + chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est. + Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut + comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser.» Regnard, + dans sa farce du Théâtre Italien, _le Divorce_, jouée en 1688, parle + aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y + mettoient: «COLOMBINE. Un demi louis d’or pour une leçon! on ne + donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois. + ARLEQUIN. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser + n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à + présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit + par toute la ville.» + +Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les +maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a +d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc., +dont on n’a pû recouvrer les adresses. + +M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue +du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon, +etc. + +Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de +Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre. + + [13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et + quant à sa _Description de Paris_, nous l’avons assez souvent citée + pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment + à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12. + +M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans +les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole +et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15] +et en Ville; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une +Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a +traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc. + + [14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit + pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable, + Vigneron. + + [15] Ajoutons, d’après Jal, _Dict. critique_, p. 1242, «à l’enseigne + du _Chapeau couronné_.» + + [16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que + son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement + dans une note du glossaire de ses _Noëls bourguignons_: «le + plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin + et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé + Vigneron.» Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas--ce qu’oublie La + Monnoye--nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné + une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre: + «continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni.» C’est bien plus + tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit + attribuer tout entier. + + [17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. «Sa + méthode, lisons-nous, au mot «Vénéroni», dans le _Dictionn. histor._ + de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont + on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en + France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il + raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une + grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait + qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom.» + +Messieurs Martin, rue saint Sauveur: Gracy, rue saint Honoré: et +Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues +Espagnole et Italienne. + +Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des +mauvais Garçons: Leopol, rue saint Martin: Meremberg, Perger et +Benicourt, au quartier saint Germain des Prez. + +Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18], +Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint +Germain. + + [18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en + Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici, + des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une + _Grammaire françoise méthodique_, et, deux ans après, un abrégé en + anglois de cette grammaire. + + [19] Cette _Histoire des Sevarambes_, qui a été souvent réimprimée, + est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’_Utopie_ de + Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et + religieux. + +M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le +Turc[20]. + + [20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’_Histoire de Tamerlan_, + celle de _Gengiskhan_, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la + traduction des _Mille et un Jours_, que Le Sage revit pour le style. + En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé + professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa + mort, en 1713. + +Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son +neveu, au Collège de Cambray. + + [21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de + professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète + du Roi. Il professa au collége de France--appelé ici Collége de + Cambray--de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme + secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des _Mille + et une Nuits_, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six + ans. + +Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries, +enseignent la Langue Françoise aux Etrangers. + + [22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux + _Dictionnaire_. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car + il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de + langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec + leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu + dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient + réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le + cachet: «Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le _Longueruana_, + et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien, + faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le + premier homme de France.» + +M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes +distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs +autres parties des Mathematiques; on peut le consulter utilement sur les +Batimens et sur le Calcul des Toisez. + +Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue +de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein. + + [23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme + dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut + lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. _V._, à + son nom, l’_Abecedario_ de Mariette. + +Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue +saint Germain l’Auxerrois: Sainctot, rue des mauvais Garçons: Mion, rue +de Bussy: Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore +les adresses[25]. + + [24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note + suivante. + + [25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas + de fixe. Ils jouoient «à la représentation», comme on diroit + aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela + deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après + les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à + qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui + diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici: «Ils feront, + dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq: les deux + Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo.» Pour celui-ci, croyons-nous, + c’est Sercot qu’il faut lire: d’abord parce que ce nom se rapproche + davantage de celui de Cerceau donné ici; ensuite parce qu’on le + trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde + dans la Mazarinade, _Le Ministre d’Etat flambé_. + +M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26]. + + [26] «Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille + aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une + manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession.» + +M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change. + + + + +ARMES ET BAGAGES DE GUERRE ET DE CHASSE. + + +Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M. +Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1]. + + [1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument, + le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles + de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la + biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut, + comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge + de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne + resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il + étoit transféré à la Bastille: «le Magasin de Titon, lisons-nous + dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est + sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est + rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve + tout ce qu’on peut désirer sur cet article.» + +Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M. +Benicourt[2], devant l’orloge du Palais. + + [2] Il est appelé «De Benicourt», dans l’édit. de 1691, p. 22.--Sa + maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit + alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié + par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474: + «Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la + Barillerie, à l’enseigne de _la Chasse Royale_, devant les loges du + Palais.» + +M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait +aussi beaucoup de fournitures. + +Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez +plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint +Antoine[3]. + + [3] Liger, dans le _Voyageur fidèle_, 1715, in-12, p. 381, reproduit + ceci textuellement. Il ajoute: «on vend la poudre à tirer à + l’Arsenal, où elle se fabrique: elle s’y débite en gros et en + détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs + quartiers de la ville.» + +Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4], +ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre. + + [4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette + adresse plus détaillée: «au deuxième pavillon du collége Mazarini, + devant l’hôtel de Créquy.» + +On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des +Halles[5]. + + [5] «Qui pour l’ordinaire, ajoute _le voyageur fidèle_, p. 382, en ont + un assez grand assortiment en temps de guerre.» + +Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui +entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la +Barillerie, près le Palais[6]. + + [6] «Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme + souliers de bottes.» Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore + pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses: «Quoi qu’il ne + pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une _Lettre italienne_ + sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour + la première fois, dans le _Saint Evremoniana_, 1700, in-8, p. 385, + on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette + toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne + suffit pas pour les faire nettoyer... Autrefois les hommes ne + pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un + Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si + toute la ville partoit en poste.» + +Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux +Epronniers[7]. + + [7] _Le Voyageur fidèle_, p. 382, après avoir parlé du grand «commerce + d’éperons» qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute: «les + quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers + à beaucoup près.» + +Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes. + +Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande +part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine. + +Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets, +etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre +Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint +Honoré. + +On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8], +diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse. + + [8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son _Voyageur fidèle_, + ajoute: «du côté de la rivière», ce qui n’étoit pas inutile à + dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue + Saint-Germain-l’Auxerrois. + + [9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix. + +Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des +Rossignols. + + [10] Il sera reparlé d’eux plus loin. + +Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant. + +La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue +neuve saint Medéric[11]. + + [11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé + la fortune de Jabach à Paris: «la France, lisons-nous dans un + passage du _Dictionnaire des arts et métiers_, par l’abbé Jaubert, + t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à + Colbert de la préparation des peaux de buffle: il y attira pour cet + effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne, + qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à + Corbeil.» Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez + Jabach lui-même, où nous la voyons ici. + + + + +CHEVAUX ET EQUIPAGES. + + +Le marché pour les chevaux et pour les mulets, se tient les Mercredis et +les Samedis non fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis deux +heures de relevée jusqu’à six[1]. + + [1] Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33: «le + marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux bêtes azines, se + tient les mécredis (_sic_) et samedis, le matin pour les porcs, et + l’après dinée pour le reste, au bout du faubourg Saint-Victor.» + +Les autres jours on trouve des chevaux de toutes espèces, chez les +Sieurs Guerte, rue de la Bucherie: François Paris, place Maubert: +Charles Paris, rue des Rats[2]: Grenier, cour de la Jussienne[3]: du +Pont, cul de sac des Provençaux: Guillory, rue Perdue: Prevost, le +Moine, Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant les murs saint +Martin, où sont encore logez les Sieurs Rotelet et Briquet, marchands +Hollandois[4], qui ont un grand assortiment des plus beaux Chevaux de +Carosse. + + [2] Ce quartier de la place Maubert--la rue des Rats, qui est + aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve--et celui des + environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout ceux des + maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle à dire, p. 33: + «Il y a un grand nombre de chevaux au quartier de la place Maubert + et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs.» + + [3] On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue de la + Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps qu’une Cour + des Miracles. + + [4] Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère + altération du nom hollandois Becker. Le marquis de _la Femme + d’Intrigue_, comédie de Dancourt, jouée en 1692, parlant de ses + dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit «à Jame et à _Béquet_, + tant en chevaux de selle que de carrosse.» + +Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent dans leurs Chantiers +des Carosses tous faits et des Chaises montées; par exemple, les Sieurs +Gervais et Vignard, rue saint Martin; Bailleul et des Moulins, rue des +vieux Augustins; Stoquet, dans l’enclos de la foire saint Germain[5]; +Moreau, rue Mazarini; le Roux, rue des petits Champs; Treverger, rue de +Berry; l’Amiral, au petit Marché; Marceau, rue des quatre Vents; la +Ville, rue de Tournon; Poivret, rue de Taranne; la Place, rue de +l’Esgoust, etc. + + [5] «Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs magasins dans + l’enclos de la foire Saint-Germain.» Edit. 1691, p. 51. + +Plusieurs Boureliers sont renommez pour les Harnois de la plus grande +propreté; par exemple, les Sieurs Barbier, rue Coquilliere; Miquelet et +Langlois, rue de Seine[6], etc. + + [6] Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine. + +Les beaux et magnifiques Carosses de louage pour les Princes, +Ambassadeurs et grands Seigneurs etrangers, se trouvent chez les Sieurs +Dalençon[7], rue Mazarini; Dauphiné et du Puis, rue du Four saint +Germain; Clovet, rue des vieux Augustins; David et l’Escuyer, rue de +Seine; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain[8]. + + [7] «Et chez la veuve Chavanon...» Edit. 1691, p. 51. On y voit aussi + indiqués: «Champot, rue de Seine, et Ferrat, rue des Boucheries», + qui ne se trouvent pas ici. + + [8] Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le comte Portland, + crut pouvoir prendre une de ces voitures, en fut fort content: + «Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, ont de bons chevaux et des + harnois propres. Les étrangers les prennent au jour ou au mois, sur + le pied de trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit + ou dix-neuf francs à peu près.» + +La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé[9], a aussi de très beaux +Carosses de louage[10]. + + [9] Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de Thorigny. + C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti sous Louis XIII par + Aubert, fermier de la Gabelle du sel, ce qui lui fit donner par le + peuple le nom d’hôtel Salé. + + [10] Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus détaillé: + «Il y a encore des magasins de carrosses rue Michel-le-Comte, + vieille rue du Temple, derrière l’hôtel Salé; rue de Bussy, et rue + du Four du faubourg Saint-Germain.» + +Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses de louage au mois, à +la journée, sont encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, rue des +Boucheries saint Germain, rue des Petits Champs, rue de Hurepoix, rue +Gît-le-Cœur, rue des grands Augustins, rue de Bussy, etc.[11]. + + [11] Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré aux mêmes + objets, sous ce titre: _Des voitures parisiennes_, se trouvent + d’assez curieuses différences, p. 50-51: «Il y a des calèches + attelées à vingt sols par heure, dans tous les temps du jour, sur le + quay des Augustins, place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de + la Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant les + Jésuites.--Aux mêmes endroits, et en divers autres carrefours et + places, on trouve des chaises à deux porteurs pour un écu par + demi-journée, et des chaises à ressorts traînées par un seul homme, + à un écu par jour, ou dix sols par heure.»--L’existence des + carrosses à l’heure n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint + légale et privilégiée que par ordonnance du mois d’août 1698. Le + tarif en fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, et + 20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le droit de + stationner sur les places, réservées désormais à ces carrosses à + l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises qu’on ne pouvoit + louer qu’à la demi-journée, au jour ou au mois. (_Traité de la + Police_, t. IV, p. 441-442.) + +On trouve des Mulets et des Littières à loüer chez M. Mariette, +Capitaine des charrois de Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez +un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, à l’entrée de la rue de +Richelieu. + +Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont aux Choux[12]: Dole, vieille +rue du Temple: Didier, rue des Fossez de Condé: et Jourdain, rue de +Bourbon, font des Corps de Carosse qui resistent fort longtemps. + + [12] Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux + débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au pont-levis jeté sur + le fossé, à quelques pas d’un marais planté de choux, comme un autre + situé un peu plus en avant dans la ville, où croissoit l’oseille, + avoit donné son nom à la rue de l’Oseille. La porte du + pont-aux-Choux s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis. + +On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts et Arcs de Carosses et de +Chaises au petit Arsenal, rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers, +porte saint Antoine, rue du Sepulcre[13] et enclos de la Foire St +Germain[14]. + + [13] C’est aujourd’hui la rue du Dragon. + + [14] Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59: «Il y a + un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, et un + troisième devant les Premontrez du faubourg Saint-Germain, qui font + très-bien des arcs de carosses.» On y lit aussi, p. 51: «les + ressorts de la bonne trempe se font au même faubourg + (Saint-Antoine), près la porte et rue de Charenton, devant les + Filles angloises»; et, un peu plus bas: «on trouve de vieux arcs et + ressorts de carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de + dépesseurs (_sic_) du quai de la Mégisserie.» + +Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des marchandises des +Miroitiers. + +On fait et on vend dans plusieurs boutiques et angards du Fauxbourg +saint Antoine, des Chaises et Soufflets[15] à juste prix. + + [15] Les _soufflets_ étoient une sorte de chaise roulante à deux roues + et fort légère, pour une ou deux personnes, dont le dessus de cuir + ou de toile cirée se plioit ou se replioit comme un _soufflet_, + suivant le temps. Louis XIV se servoit souvent d’une de ces petites + voitures. (_Journal de la santé du Roi_, publié par M. Le Roy, 1862, + in-8, p. 299.) + +Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes sortes d’équipages, sont +les Sieurs de Mouy, rue Geoffroy Langevin: des Lauriers, rue du Four, +près l’Hôtel Impérial: la Montagne, place Maubert: la Croix, cul de sac +des quatre vents: Jurande et le Breton, rue Bourlabé: le Febvre, rue du +petit Heuleu[16], etc. + + [16] Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de plus dans + l’édit. de l’année précédente, p. 33: «Jacques Jurande, rue + Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de chevaux et d’équipages. + Autant en font le Breton, même rue, à la Croix de Fer, le Febvre, + rue du Petit-Huleu, Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du + Cœur-Volant, près la foire Saint-Germain.» + +Le nommé Loüis, logé devant les murs saint Martin, fait principalement +le courtage des mules et mulets. + +Les Sieurs Brie devant les Incurables; et Bouton, rue Git le Cœur, au +Gallion, sont des particuliers qui ont de bons Remedes pour les maladies +des Chevaux[17]. + + [17] Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux Ours, qui étoit + le plus expert de ces «médecins de chevaux», comme il les appelle, + p. 387. + +Entre les Marchands en réputation pour le même fait, sont les Sieurs +Rabeau, rue de la Corne: du Gas, vieille rue du Temple: Mars, carrefour +des trois Maries; et Lafond, près l’Hotel d’Angoulesme. + +La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg saint Michel, nettoye +parfaitement bien les Carosses et Chaises[18]. + + [18] «On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de 1691, p. + 51, et encore tous les mécredis et samedis, des charrettes + couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent aux villages + circonvoisins.--On trouve en tous temps aux environs du Pont-Royal, + des batelets couverts qui conduisent où l’on veut à la descente de + la rivière.» A la porte Saint-Denis le «passage du bois de Boulogne» + doit son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade. + + + + +PASSETEMPS ET MENUS-PLAISIRS. + + +Le Théâtre du Palais Royal[1], où sont representées les Tragedies, les +Pastoralles et autres Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les +representations les Mardis, les Vendredis et les Dimanches, et encore +les Jeudis, lors qu’il s’agit de Pièces nouvelles[2]. + + [1] L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du côté où + s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que Richelieu avoit + fait bâtir pour les représentations de sa _Mirame_, et qui avoit + ensuite servi de théâtre à Molière. C’est à sa mort que Lulli se + l’étoit fait donner par le roi. + + [2] «Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre est fermé les + jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour les places des + premières loges, un demi-louis pour celles des secondes, et trente + sous pour celles du parterre et du second amphithéâtre.» Edit. 1691, + p. 8. + +Les Livres du sujet se vendent à la porte du Théâtre trente sols en +paroles seulement, et en partition onze livres en blanc[3], et douze +livres dix sols reliez[4]. + + [3] C’est-à-dire brochées. + + [4] «Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix sols reliez + en veau», p. 9. + +M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet du Roy[5], qui donne les +Desseins de toutes les décorations, habits et machines des Opera, etc., +demeure aux galleries du Louvre[6]. + + [5] Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande réputation, que + l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est pour ses décorations de + théâtre que Mariette (_Abecedario_, t. I, p. 119) fait surtout son + éloge: «Jamais il n’y eut, dit-il, de décorations de théâtre mieux + entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux + dont il a donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour + l’Opéra, c’est-à-dire pendant presque toute sa vie.» La maquette de + sa décoration du 5e acte d’_Armide_, en 1686, figure en ce moment à + l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. On a de lui un + recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement: _Ornements inventez_ + par J. Bérain. + + [6] Il y mourut le 26 janvier 1711: «Il a un cabinet fort curieux, dit + Brice, où l’on trouve avec des tableaux rares une quantité + très-grande de dessins, entre lesquels les siens ne sont pas la + moins belle partie.» + +Les Comediens François qui ont leur Hotel rue des fossez saint Germain +des prez[7], représentent tous les jours alternativement des Tragedies +et des Comedies. + + [7] Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui est venu de ce + théâtre même, qui, du reste, existe encore en partie au fond de la + cour de la maison qui fait face au café Procope. On y emmagasine des + papiers peints. Ce fut l’atelier de Gros. + +Les Comediens italiens, représentent les Dimanches et les jours que le +Theatre de l’Academie Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre de +l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil[8]. + + [8] A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle aux cuirs. + +Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour les habits de Theatre[9], +et M. son fils pour les masques et autres choses necessaires pour les +Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise[10]. + + [9] Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur de la troupe + de Molière. Une sœur utérine de la comédienne Mlle de Brie étoit sa + femme depuis 1673. Le fils, dont il est parlé ici après lui, étoit + né de ce mariage. C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit + organisé la mascarade turque du _Bourgeois gentilhomme_, en 1670. + D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y avoit pas fourni + moins de cent trente-huit habits. + + [10] L’administration et ce qu’on appeloit «le magasin de l’Opéra», + s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la fin du règne de Louis + XV. + +Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du +Colombier saint Germain, vendent aussi des Masques de Theâtre et de +Carnaval[11]. + + [11] Ducreux fit aussi les fournitures pour le _Bourgeois + gentilhomme_. On voit par le compte cité tout à l’heure, et qui + s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y fournit les + masques, mais «les jarretières, perruques, barbes et autres + ustenciles.» + +Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, rue saint Honoré, +fait des Coëffures en cheveux pour les Balets et Opera. + +Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs des Habits pour les Balets du +Roy, demeurent le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, et +l’autre, rue neuve saint Denis, proche la porte. + +Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient un grand magasin de Plumes +pour les Balets et Tragedies, rue saint Honoré. + +Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes sortes d’Etoffes or et +argent pour les Balets, Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint +Denis, près le grand Châtelet. + +Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, qui fait et vend des +Etoffes brodées or et argent. + +Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique des Marionnettes et +Mannequins, demeure rue de Hurepoix, près le pont saint Michel[12]. + + [12] Il est appelé «Du Vaudiet» dans l’édit. de 1691, p. 49, et son + adresse y est différente: «rue de la Huchette au Tambour.» + +Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices de l’Hotel de Ville et de +l’Opera[13], demeure rue Frementeau[14]. + + [13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit + été «ingénieur des feux d’artifice de S. M.» Denis étoit concierge + des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue + Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que + pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. _V._ le + _Théâtre_ de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son + père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux + d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (_Bibliogr. des + Mazarin._, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui + avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même. + (_Archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I, p. 130.) + + [14] Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition de 1691, p. + 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. «Le + sieur Morel», qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à + la suite: «le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et + une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les + merciers et pour les particuliers qui en ont besoin.» + +Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon. + +Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15]. + + [15] On s’en amusoit même chez le Roi. _V._ dans les _Mélanges + histor._ de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces + prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un + verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de + ce pauvre abbé Genest, l’académicien. + +On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé +du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir; +sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc. + + [16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le + dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par + exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient + jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, _Traité des Serins de + Canaries_, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes + dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez + elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, _Hist. + de la Régence_, t. II, p. 319.) + +La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits +Chiens pour les Dames[18]. + + [17] «Près les Petites maisons.» Edit. de 1691, p. 33.--On l’appelle + aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac. + + [18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la + mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse, + comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de + carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les + jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois + fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un + extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la + princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand + elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint, + contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend + qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des + chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’_Italie + confortable_, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les + chiens _Burgos_ commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la + mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence. + Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens + loups: «On ne carresse plus, lisons-nous dans la _Lettre italienne_ + déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles + coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de + baisers et d’embrassements.» + +Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se font en perfection par le +Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, et par un autre Tourneur de +la rue Troussevache. + +Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, font venir des Boules +de Marseille qu’ils donnent à fort grand marché. + +Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se vendent chez les +Tablettiers du Marché Neuf et de la rue des Assis. + +Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, et on ne joue +publiquement dans les Jeux de Paume qu’au Billard[19]. + + [19] La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans doute pas aussi + sévère quand avoit paru l’édition de l’année précédente, car voici + ce qu’on y trouve, p. 49: «On joue aux cartes et au billard dans + presque tous les jeux de paume, qui sont en plus grand nombre au + faubourg Saint-Germain qu’ailleurs.»--Les jeux défendus dans les + maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement dans les + particulières. C’est alors que l’on vit partout de «ces femmes + brelandières» dont parle la _Xe Sat._ de Boileau, et que visoit + l’abbé de Villiers dans une de ses _Epîtres_, 2e édit., p. 375, + lorsqu’il nous rappelle + + ... L’industrieux génie + Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie. + + «--Eh! dit Colombine dans l’_Avocat pour et contre_, acte III, sc. + 7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la bassette, et vivre + honorablement dans Paris, comme une infinité de gens aussi gueux que + nous.» Il y eut jusqu’à des femmes de conseillers au Parlement qui + tinrent ainsi des maisons de jeux. _V._ P. Clément, _la Police_ sous + Louis XIV, p. 340-341. + +Pour les fameux Maîtres de Dance et de Paume, voyez l’article des Nobles +Exercices. + +Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article de la Musique. + +Le Sieur Alexandre Vauboam[20], rue des Assis, fait des Castagnettes en +perfection. + + [20] Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus haut, p. 211, + comme «fabricant de guitares en perfection.» + + + + +JARDINAGES. + + +Monsieur le Marquis de Villacerf[1], Sur-Intendant et Ordonnateur des +Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place +Royale. + + [1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut, + p. 124. + + [2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par + sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en + démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de + Mesmin, «son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit + de tout.» + +M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa +Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4]. + + [3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à + Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à + parler de lui longuement. + + [4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y + étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux + de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la + description au chap. IV du _Voyage_ de Lister, et au commencement de + la _Jeunesse de Bachaumont_, qui fut publiée en 1859 par les soins + de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les + premières livraisons du _Magasin de Librairie_. + +M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des +Tuileries[6], demeure à l’Arsenal. + + [5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin, + rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit + s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de + Villedieu: _Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière_, + édit. de 1701, p. 110. On a du père: _Plans des bastiments et jardin + de la Norville_; _Plan du jardin et château de Louvois_; _Plan du + château de Presles, près Beaumont_, etc.; et du fils: _Plan et + élévation du château de Villacerf_, toutes planches très-rares. + + [6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette + Orangerie. (_Etat de France_, 1692, p. 498.) + +M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux +Louvre[8]. + + [7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri + IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis + XIV, «jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins + des maisons royales», et de qui l’on a un livre si curieux: _Théâtre + des plants et jardinages_, etc., 1652, pet. in-4º. Un autre de ses + fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des + jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651, + in-fol.: _le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de + jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon, + bosquets et autres_. + + [8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er + février 1692, étoit celle de «jardinier du Petit-Jardin parterre, + qui est au-devant des fenêtres du Louvre.» Il étoit donc tout + naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout + près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur + la belle place, qui étoit alors au-devant, «quantité de mûriers + blancs.» (_Archives curieuses_, 1re partie, t. IX, p. 130.) + +M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch, +tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de +Parterres, de Bosquets, etc. + +M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même. + + [9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue + de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la + dirigeoit alors, dans l’_Etat de France_ de 1692: «M. Balon, qui est + au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur + des plants d’arbres des maisons royales.» Noël de Morlaix, que + Lister y alla voir (_V._ son _Voyage_, ch. X), fut le successeur de + Balon à la pépinière du Roule. + +Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont +renommez pour les compartimens, par exemple, + +Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé: de Marne, rue de l’Egout +près la place Royale: Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint +Poüange[10], etc. + + [10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au + cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de + Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la + principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur + l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom + qu’elle porte encore. + +Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et +ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et +Godeau ci-devant désignez: Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et +au Fauxbourg saint Antoine: le Roux, rue de Pincourt: Hennetin, rue de +la Muette[14]: et le Normand, rue de Montreuil. + + [11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des + jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en + avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on + donnoit à ces treillages: «le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont + dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le + vilain aspect des maisons voisines.» _Voyage à Paris_, chap. IX. + + [12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé. + Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches + très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque. + + [13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit + fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal, + dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à + Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné, + dans ses _Lettres_, en vante la beauté, mais en regrette la trop + grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374 + et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui + en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour + les treillages, ne les y avoit pas épargnés: «Celui du fond, dit + Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres; un autre + en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul + que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert.» + + [14] Ou de _la Meute_, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque + maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne + à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même + terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses + admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille + orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de + _camélia_. (Dufey, _Memorial parisien_, 1821, in-12, p. 67.) + +Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour +l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15]: les Sieurs +Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt: Chevalier, ruë des +Amandiers: Tremel et Grebey, rue de la Raquette: le Breton, rue de +Charonne: du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16]: Gaumont Jacques et +du Buisson, grande ruë du Fauxbourg: Marechal, rue saint Bernard, etc. + + [15] _V._ sur ces floristes du faubourg, _le Mercure_ d’avril 1721, p. + 176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112. + + [16] Elle est adjacente à la rue de Charonne. + +Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les +Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais: Baptiste, près les Invalides: +Jacques, ruë de Taranne[17]: des Crochets, près la porte saint Martin: +Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc. + + [17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier, + se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus + célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier _filaria_, dit + Sauval, t. III, p. 4, y fut planté. + +Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa +Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes: mais il est +ordinairement en Cour. + +Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des +Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses +avec un succez merveilleux. + + [18] C’étoit l’ancien mot, que celui de «maraîcher» remplaça. Jaubert + l’emploie encore dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. + III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis + longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre + sur _Les jardins_, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent + d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit: + «les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme + maréchais.» + + [19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce «marager» de la + barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs + Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils + étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans _les + Registres criminels du Châtelet_ (1389-1392), il est parlé, t. II, + p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les + préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette + culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez + quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés: «On conserve, + dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par _le Salon + littéraire_ du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans + plusieurs familles de maraîchers--les Dulac, Deberg et autres--des + chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des + marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en + jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes + n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la + profession de jardinier.» + +M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend +particulierement la culture des plantes medecinales[21]. + + [20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit + professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des + Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle + beaucoup de lui dans son _Voyage_. + + [21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le + voit par son _Traité des matières médicales_. + +Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale. + +On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain +l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des +Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de +Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de +Martagons Pomplions, etc. + + [22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour + le garder jusqu’à présent le nom de ces _Provençaux_ qui y faisoient + leur commerce. + +Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une +espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23]; où +l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons +d’Espagne. + + [23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis, + «le long du quai Bourbon», dit Sauval, qui en vit la fin. On + l’appeloit «la foire aux oignons», à cause des fleurs à oignons dont + on y faisoit surtout le commerce. «Tous les ans, dit Sauval, t. II, + p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se + métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien + varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé.» + +Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin +de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et +basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint +Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24]. + + [24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de + grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers, + forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y + évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y + vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs, + chaque année. Les _forestiers_ étoient surtout fournis par les + faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou + d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est + maintenue et même étendue. + +On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres +fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au +Menil-Montant. + +Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes +et autres machines pour l’elevation des eaux. + + [25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château + Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un + gouverneur. + +Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de +pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de +laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix +muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux +curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil +et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public. + +Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie. + +Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment +de graines et oignons de Jardins[26]. + + [26] Lister, ch. X, _ad finem_, nous parle de ce M. Lefebvre «le + marchand de graines», qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où + le même commerce se fait encore, un fort beau «jardin fleuriste.» + Ses tulipes étoient particulièrement superbes: «Il en avoit, dit-il, + une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une + grande variété.» + +On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des +Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine, +à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en +fayances. + +Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les +Jardins à la Fayancerie de saint Cloud. + +Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la +Fayancerie de Roüen[27]. + + [27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle + de Saint-Cloud. + + + + +TAPISSERIES[1] ET MEUBLES ORDINAIRES. + + [1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le _Saint + Evremoniana_, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les + murailles des chambres. «C’est un usage général, dit-il, comme en + Italie de les embellir par des sculptures.» + + +Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3], +et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu. + + [2] Tapisseries de haute lisse--c’est-à-dire faites sur un métier + perpendiculaire--et à personnages ou à verdures. Les ouvriers + flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné + ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis. + + [3] «Derrière l’hôtel de Bourgogne.» Edit. 1691, p. 35. + + [4] «Au milieu de la rue de Richelieu.» _Id._--La manufacture de + Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers + flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse + comme aux Gobelins. + +Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont +rue de la Huchette et aux environs. + + [5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier + horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins + fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui + des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années + suivantes le prouve. + +M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de +Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8]. + + [6] Son nom est écrit «D’Answihc» dans l’édit. précéd.--C’étoit + certainement un flamand. + + [7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que + l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge. + + [8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la + tonture ou _tontisse_ de laine. C’est de là que les premiers papiers + peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur + mieux, furent appelés des papiers-tontisses. + +Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de +Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se +vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de +Paris. + + [9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de + soie. C’étoit une étoffe «légère, commode et de grand débit», qu’en + 1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son + pays avec privilége. (_Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p. + 232.) + + [10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui + se rapprochoit aussi beaucoup du _satin de Chine_. Le marchand de + Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de + ces satins de Bruges, en 1604. + +Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont +entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue +Tictonne; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11]; +Barelle, à Luxembourg; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le +Comte[12]; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc. + + [11] «Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux + Ours et rue Platrière.» Edit. 1691, p. 36.--Leur vrai nom étoit, en + effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’_Etat + de France_ de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi + pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de + Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur _Un vieux lit de + famille_, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour + la mesure du vers: + + Autant de modes que d’années, + Aujourd’hui le tapissier Bon, + A si bien fait par ses journées + Qu’un lit tient toute une maison. + + Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. _V._ le + _Mercure galant_, t. III, p. 300. + + [12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille + rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit + Lekain. Mandron lui-même y jouoit «les rois». _V._ une lettre de lui + dans le _Journal de Paris_, 1er mars 1778, p. 238. + +Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le +Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par +excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie. + + [13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691. + Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se + retrouver ici: «les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande + perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du + Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une + beauté singulière.»--Nous n’avons pas à nous étendre sur + Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que + l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à + commencer par celle de Mariette dans l’_Abecedario_, où il dit: «Ses + meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de + marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien + perdre de leur prix.» Il avoit le goût passionné des tableaux, des + estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il + étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le + Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de + ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de + l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable + cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce + refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4 + février 1686, à son agent La Chapelle: «Boulle promet à Mgr le + Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève + point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire + que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai + mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je + ferai faire son ouvrage par d’autres.» Citée par M. Rousset, _Hist. + de Louvois_, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore + plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva. + (_Correspond, admin. de Louis XIV_, t. II, p. 843.) Le plus grand + deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la + destruction par les flammes de la plus grande partie de sa + collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux, + il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans + plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et + quelques mois. _V._ sur lui, dans _les Archives de l’Art françois_, + par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un + travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui. + + [14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé + comme tapissier chez Fouquet, à Vaux. + +M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de +cuir doré de Flandres. + +Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine. + +Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de +placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et +vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve +saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc. + + [15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son _Dictionnaire_, ces + meubles, dont la mode revient: «Espèce d’armoire avec des tiroirs, + faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des + hardes.» On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de _L’Amour + médecin_, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille «un cabinet de la + foire St-Laurent.» Dans le _Tarif des droits d’entrée_, etc., du 18 + sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets. + + [16] «Et de marqueterie.» Edit. 1691, p. 35. + +Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui +travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17]. + + [17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri + IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit + de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce + quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire + de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve--aujourd’hui + d’Aboukir,--et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier + et le même commerce des meubles s’exercent encore. + +Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de +meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles, +rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie, +et[19] rue Grenier sur l’eau. + + [18] Ces «louages de meubles» aux Halles sont gaîment tournés en + ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, _Le grand Sophy_, jouée + en 1689: «GROGNARD. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous + les meubles par la fenêtre.--MEZZETIN. N’allez pas faire cette + sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je + ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les + piliers des Halles! (_Tous les meubles se plient et + disparoissent._)» _Théâtre_ de Ghérardi, t. II, p. 158. + + [19] «Derrière Saint-Gervais.» Edit. précéd., p. 36. + +Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc +d’Angleterre[20]. + + [20] «Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et + de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue + Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric.» _Id._--L’usage ne + s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre + au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous + le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a + été plus heureux de nos jours. _V._ le curieux livre de Grosley, + _Londres_, édit. de 1755, t. I, p. 238. + +Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue +Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21]. + + [21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36: «les + argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles, + vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez, + ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie.» + +Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers +et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière. + + [22] Lisez: les officines. + +Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez +de cabinet. + +Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay +de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23] +pour l’ornement des chambres et des salles. + + [23] Nous dirions «en cadres.» Richelet dit en effet dans son + _Dictionnaire_: «BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait + ou une glace de miroir.» + +Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes +et Bagages de Guerre. + +Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil. + +Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint +Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en +couleur les Tapisseries de haute lisse. + +Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se +vendent dans un magasin prés les Quinze vingts. + + [24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans + son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. IV, p. 205: «Ces autres + tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec + diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les + verdures de la haute lisse.» Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit + que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit + de quatre-vingts ans au moins. + +On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint +Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près +l’Hotel de la Monnoye. + + + + +CHAIR ET POISSON. + + +Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, voyez l’article des Bureaux +publics. + +Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement ouvertes sont près +l’aport de Paris, place aux Rats[1], quartier des Quinze-vingts[2], +marché du Temple[3], coin de S. Paul[4], porte S. Antoine[5], marché +Neuf[6], montagne sainte Geneviève[7], place Maubert[8], Fontaine S. +Severin, quartier S. Nicolas des Champs[9], rue Montmartre[10], rue +Comtesse d’Artois, pointe saint Eustache; rue de Bussy, petit Marché, +Croix rouge[11], et ruë des Boucheries saint Germain. + + [1] Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du Chat-Blanc. + Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris appartenoit aux + anciennes familles bouchères La Dehors et Saint-Yon. _Mercure_, mars + 1739, p. 439. + + [2] C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre côté de la rue + Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la rue Jeannisson, qui, + jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour cela _rue des Boucheries_. + + [3] Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du Temple, pour + _la Halle aux vieux linges_. + + [4] Dans la rue Saint-Antoine même. + + [5] Du côté de la Bastille. + + [6] Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. C’étoit une + des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y trouvoit, au-dessus + de la porte, des sculptures qu’on disoit de Jean Goujon. On + l’abattit au XVIIIe siècle, et le Marché-Neuf en fut de beaucoup + agrandi. Suivant la légende, les mouches n’entroient pas dans cette + boucherie, et «les viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par + conséquent beaucoup plus fraîches que partout ailleurs.» _Mélanges + d’une grande Bibliothèque_, t. XLIII, p. 263. + + [7] Un peu au-dessus du collége de la Marche. + + [8] Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu transférée de la + place de Grève. + + [9] Dans la rue Saint-Martin même. + + [10] Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près du passage + du Saumon. + + [11] Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi. + +Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement vend les jours maigres +pour les malades. + +En Carême, le détail de la viande de Boucherie, de la Volaille et du +Gibier appartient à l’Hotel Dieu où se tient alors la principale +Boucherie[12], mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les +malades au profit de cet Hopital à la Boucherie du petit Marché saint +Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à +celle de la rue saint Honoré près les Quinze-vingts. + + [12] La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette observance du + maigre en carême, que Servandoni ayant voulu, dans la pièce de + _Léandre et Héro_, jouée pendant le carême de 1750, au théâtre des + Tuileries, mêler un sacrifice à son spectacle, dut obtenir de + l’Hôtel-Dieu la permission d’acheter la génisse et le veau, qui + devoient y jouer les rôles de victimes. _V._ à cette date, + l’_Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I. V. aussi _Rev. + des Provinces_, 15 fév. 1866, p. 351. + +M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure près l’aport de Paris[13]. + + [13] Il étoit--nous l’avons déjà vu plus haut, note sur Le + Coulteux--d’une des plus anciennes familles de Paris. Son nom, comme + celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., remontoit à l’époque du règne + des bouchers et de Caboche. Il le savoit, et, de concert avec les + représentants des autres vieilles familles bouchères, il en usoit + pour se créer un privilége et un monopole sur tous les étaux de la + grande boucherie--celle de l’Apport-Paris--et sur ceux du cimetière + Saint-Jean. (Depping, introduct. au _Livre des Métiers_ d’Est. + Boileau, p. LVI.) Le roi, pour en finir avec ce monopole de Thibert + et des autres, en fit don à Mme de Montespan et à sa sœur Mme de + Thiange. Ils résistèrent, et, en 1691, l’époque même où nous sommes, + il en résulta un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la + Bibliothèque Nationale, les pièces et les factums dans la + _Collection_ Delamarre, nº 21, 656, fol. 1-185. + +Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures à la livre pour les +grands Seigneurs, sont à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin, +Crochet et Tibert; au cimetiere saint Jean, Messieurs Charles de Liziere +et Aubry; près saint Nicolas des Champs, Mrs Laval, Triplet, Laurent et +la veuve Hotaüt; à la grande Boucherie saint Germain, Mrs Madelin, +Cottard, Valet, Bricet et Gallier; à la rue Montmartre, M. Parisot; et +montagne sainte Genevieve, Mrs Gaudron et le Lievre. + +Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons qui sont dispersez dans +tous les quartiers, les achetent en gros tous les matins près l’aport de +Paris. + +Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à Sceau près le Bourg la Reine, +les Lundis et Mardis; et celui des Veaux à Paris sur le Port de la Greve +presque tous les jours et principalement le Vendredi[14]. + + [14] Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf sur un point, + la viande de Paris mauvaise: «le mouton et le bœuf, dit-il, sont + bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois. + Quant au veau, il n’en faut pas parler: il est rouge et grossier. Je + ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on + réussisse pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre.» (_Voyage à + Paris_, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande entroit pour + beaucoup dans la consommation, que la lettre du Sicilien, déjà + citée, évalue ainsi, probablement avec plus de fantaisie que de + vérité: «On dit que l’on mange à Paris, chaque jour, quinze cents + gros bœufs, et plus de seize mille moutons, veaux ou porcs.» V. plus + bas, note 17, sur les _offices de Vendeurs de veaux_. + +Le Marché de la Volaille, du Gibier[15], des Agneaux et des Cochons de +lait se tient sur le quay des grands Augustins presque tous les +jours[16], mais principalement les Mercredis et Samedis[17]. + + [15] La même lettre dit que la consommation du gibier et de la + volaille étoit «prodigieuse.» + + [16] La consommation de la viande étoit telle, même à l’Hôtel-Dieu, + qu’on y avoit dressé un tournebroche qui pouvoit en faire rôtir + 1,200 livres à la fois. (_Inventaire des Archives hospitalières_, + Hôtel-Dieu, p. 330.) + + [17] Il y avoit, pour ce marché, des «jurés vendeurs et conducteurs de + volailles», dont les jetons--le Cabinet des médailles en possède un + de 1709--sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et + Eve entourés des animaux de la création, et on y lit cette devise: + _Proderit his pecus et volucer_, le troupeau et l’oiseau viendront à + eux.--En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et + volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta en même temps «le + traité des eaux et fontaines», 4,536,400 liv. (Forbonnais, _Essai + sur les Finances_, année 1694.) + +Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, sont les Sieurs +Guerbois près la Boucherie saint Honoré[18], et Meüsnier rue du Temple, +qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces et Festins avec +beaucoup de réputation. + + [18] C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour les bons + repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on disoit, dîner chez + La Guerbois, car c’est la femme qui étoit en réputation plus encore + que le mari. _V._ ce que nous avons dit de ce cabaret dans notre + _Histoire de la Butte Saint-Roch_, p. 126-128. Le nom de Guerbois, + qui se trouve comme enseigne sur la boutique de quelques + pâtissiers-traiteurs: rue Croix-des-Petits-Champs, rue des + Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée + culinaire. + +Entre les Charcutiers renommez, sont les Sieurs du Cerceaü rue de +l’Arbre sec, pour les Jambons façon de Mayence; Robinot montagne sainte +Genevieve[19] pour les Andoüilles; et de Flandres ruë des Barres pour +les bons cervelats. + + [19] «Devant le portail des Carmes de la place Maubert.» Edit. 1691, + p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la façon des «bonnes + andouilles.» Après lui vient, pour la même renommée, «la veuve + Maheult, rue Montmartre.» + +La foire du Lard et des Jambons se tient le Mercredi Saint ruë et parvis +Notre Dame[20]. + + [20] Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une mazarinade, + _Suite de la révélation_, ou _le second oracle rendu par le Jeûneur + du Parvis Nostre-Dame_, 1649, in-4º p. 3: + + Dans ce Parvis, où l’on contemple + La face d’un superbe temple, + Jambons croissent de tous côtés, + Ainsi que s’ils étoient plantés. + + Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on croyoit + antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du Parvis et la porte + de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce qu’elle étoit seule à ne + pas prendre sa part des monceaux de victuailles de la foire «au Lard + et aux Jambons» du Parvis. «Oyez», dit une autre mazarinade: + + Oyez la voix d’un sermonneur, + Vulgairement nommé Jeûneur, + Pour s’estre vu, selon l’histoire + Mille ans sans manger et sans boire. + +M. Fagnaült Ecuyer de cuisine[21] de Monseigneur le Prince, fait de très +excellentes andoüilles qu’il vend à des personnes de connoissance. + + [21] C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de cuisine dans + les maisons princières. Chez le Roi, où le principal s’appeloit + «Ecuyer-bouche», il y avoit, rien que pour le cuisinier-commun ou du + grand commun: douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze + enfants de cuisine ou _galopins_. + +Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, fait un commerce particulier +de Boudin blanc et de pieds à la sainte Menehoult. + +Le Sieur Boursin Traiteur près la place des Victoires, est renommé pour +le Boudin blanc[22]. + + [22] Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il est aussi + mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de son enseigne: «Au + Mont Sainte-Catherine», ce qui prouveroit qu’il étoit de Rouen.--Les + boudins blancs commençoient d’être une friandise à la mode, quoique + ce ne fût guère que l’ancien «blanc manger» du moyen-âge, qui, + suivant Didier Christol, dans sa traduction du _De obsoniis_ de + Platine, au chapitre _Jusculum album_, se composoit d’amandes et de + blancs de chapons pilés avec de la mie de pain mollet, du sucre et + du gingembre, etc. + +On peut par le Messager de Blois recouvrer en hiver de très bonnes +Andouilles et Langues de porc fourrées, et par celuy de Troyes des +Langues de porc et de mouton fumées. + +On trouve des Mortadelles d’Italie et des Saucissons de Boulogne[23], +chez le Sieur Pilet Epicier grossier[24] rue de l’Arbre sec devant saint +Germain l’Auxerrois. + + [23] C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne. + + [24] Epicier en gros. + +On en trouve aussi quelque fois tout proche chez les Provençaux[25]. + + [25] _V._ plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le cul-de-sac + auquel ils ont laissé leur nom. + +Le marché du Poisson d’eau douce pour la vente en gros, se tient au +quartier des Halles à l’entrée de la rue de la Cossonnerie. + +La vente en gros du poisson de mer se fait à la Halle au Poisson[26] par +les Officiers vendeurs de marée[27]. + + [26] Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant _le + Val-Larroneux_, qui en prit le nom de faubourg et de rue + Poissonnière. Il étoit apporté, comme on le voit dans les + lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, «tout de fresche + pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée, à chevaux, + sommes et paniers.» + + [27] Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition du + poisson se faisoit de trois heures du matin à sept heures. Le revers + du jeton des marchands et jurés faisoit allusion à ces heures + matinales. On y voyoit un coq, avec cette devise: «_Vigilantibus + omnia fausta_.» + +Passé huit heures du matin on ne trouve plus de Poisson de mer ni d’eau +douce aux Halles, si ce n’est de la seconde main comme dans les autres +marchez. + +Les Marchands qui font commerce en gros de Morues et Harangs, sont M. +Corrüe et la veuve de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault, +Levier, Estancelin et Ferrand sous les Pilliers des Halles[28]. + + [28] Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit. précédente, + p. 61: «Messieurs Gelée, rue Chanverrerie; De La Marche, rue des + Prêcheurs; Iacinthe, rue Saint-Denis; et Regnauld, sous les piliers + des Halles.» Levier, nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la + famille de Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents + qui étoient dans ce commerce. _V._ notre _Notice_ sur lui. + +Il y a des bateaux et boutiques de poisson sur la riviere entre le Pont +neuf et le Pont au change, où l’on vend des carpes et brochets en gros. + +Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de la rue des Lombars et de la +ruë de la Cossonnerie. + +La Gelée pour les malades se vend en tous les quartiers de Paris chez +presque tous les Traiteurs, et chez quelques Apoticaires, et encore aux +Enfans trouvez parvis Notre Dame. + +Les Hameçons qui servent pour la pêche à la ligne, se vendent chez les +Chaisnetiers[29] du quay de Gesvre[30] et chez ceux de la rue saint +Denis. + + [29] Richelet dit à ce mot dans son Dictionnaire: «Ouvrier, qui fait + des agrafes, et de toutes sortes de petites chaînes, pour pendre des + clefs et des trousseaux, et pour attacher des chiens, etc.» + + [30] «Sous la galerie de Gesvres.» Edit. 1691, p. 112. On appeloit + ainsi les boutiques en galerie couverte que le marquis de Gesvres, + gouverneur de Paris, avoit fait construire sur le quai, qui porte + son nom, vers 1642. + + + + +MARCHANDISES DE BEURRE ŒUFS, FROMAGES ET LEGUMES. + + +Le Bureau des Marchands Fruitiers, Orangers, Fromagers, Beurriers, etc., +est à présent au Cloître saint Jacques de l’Hôpital[1]. + + [1] Rue Saint-Denis, au coin de la rue Mauconseil. + +Les Jurez en Charge de cette Communauté[2], sont les Sieurs Ravenel +l’ainé[3], ruë des Precheurs; Marié, place Maubert; Cheron et Ravenel le +jeune, sous les piliers des Potiers d’étain. + + [2] Ils n’étoient institués que depuis quelques mois. La déclaration + royale qui les constituoit, en les réunissant à la communauté des + fruitiers, orangers, beurriers, fromagers-coquettiers, est du 19 + juin 1691. + + [3] Il est appelé Pierre Ravenel dans un arrêt du 9 juin 1694, + confirmant la sentence du lieutenant de police, en faveur des + marchands fruitiers, etc. «A l’encontre des nommez Val, sa femme, et + autres soy-disant facteurs des marchands forains de beurre, œufs et + fromages.» + +Ceux d’entre les Maîtres de cette Communauté qui font commerce en gros, +de Beurre frais et salé, Œufs et Fromage, sont lesdits Sieurs Chéron et +Ravenel[4]; et encore les Sieurs Baron, rue de la Poissonnerie; le Clerc +l’ainé[5], rue de la Cossonnerie; Maloüvrier, Roger[6], le Clere le +jeune[7], Hüe, Guilbert, Samson ainé et Samson cadet sous les mêmes +piliers, Bacquet ainé, Bacquet cadet, et Guilloü[8], rue des Precheurs. + + [4] Sébastien Ravenel, d’après le même arrêt. + + [5] Jean Leclerc. + + [6] Nicolas Roger. + + [7] Julien Leclerc. + + [8] Jean-Baptiste Guillou. + +Autant en font Mesdames Prignet, Bonvallet Alexandre et Prevost, rue des +Precheurs. + +Les Sieurs Bazin frères, rue Mondetour, qui font aussi commerce +d’œufs[9], tiennent d’ailleurs grand magasin de Fromage de Brie, de +Beauvais, de Marolle, de Pont l’Evêque et autres. + + [9] Ils se vendoient surtout au détail, ainsi que les fromages et le + beurre, «aux environs du Pilori.» Edit. 1691, p. 27. + +Autant en font les Sieurs du Tarre sous les mêmes Piliers, et Godeau[10] +rue des Precheurs. + + [10] Jacques Godeau. + +Sous les mêmes piliers jusqu’à neuf heures du matin, on trouve des +païsans qui vendent en petits pains le beurre de Vanvre[11]. + + [11] Il étoit déjà très-célèbre, et le Roi en avoit son fournisseur + particulier, Blaise Giu, «le seul, disoient les lettres du 16 mars + 1668, par lesquelles lui étoit constituée sa charge de beurrier + royal de Vanvres, le seul qui ait trouvé la perfection de faire du + beurre de Vanvres, dans la bonté et excellence qu’il peut être.» + Jal, _Dictionn. critique_, p. 214. + +Le Beurre en pots et en tinettes d’Isigny et autres lieux, est encore +commercé par les Epiciers de la rue de la Cossonnerie. + +On peut recouvrer du Beurre de Bretagne de la Prevalaye[12] par +l’entremise du Messager ordinaire. + + [12] Les beurres d’Isigny et de la Prévalaye sont, on le sait, + toujours célèbres. + +Il en vient d’Isigny aussi de très excellent en petits pots, en hiver +seulement, qui est commercé principalement par lesdits Sieurs Ravenel, +Baron, Güilloü et la veuve Prunier. + +Les Facteurs des marchandises cy-dessus qui vendent pour les Marchands +forains[13], sont les Sieurs Val, Barthelemy, Ravenel et la Ramée, quay +des Augustins, et encore lesdits Sieurs Baron, Ravenel le jeune, et +Samson l’ainé cy devant nommez. + + [13] Ce sont ces facteurs qui eurent, en 1694, un procès qu’ils + perdirent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avec la communauté des + fruitiers. Val et Baron, dont les noms suivent, y avoient surtout + été engagés. + +Les Facteurs pour la vente du Beurre de Normandie[14], sont les Sieurs +Aüfroy, Hüe et Clicot, rue Betizy; Levé, rue Tirechappe, et Prévost, rue +de la Monnoye. + + [14] Dans l’arrêt rendu pour le procès, dont nous venons de parler, + sont nommés plusieurs «marchands de volaille, beurre et autres + marchandises de la province de Normandie», qui avoient pris partie + pour les facteurs. Ce sont: Nicolas Duchemin, de Thorigny; François + Laurent, de Saint-Lô; Michel Danton, marchand à Caen; Jacques + Manninot, Jacques Savart, Michel Laurent, de Falaise; Nicolas + Lemoine, Elie Poret, Antoine Guérin, Thomas Mane, Pierre Ponnier, + Jean Benoist, Jean Martin, Henry Chertier, Geoffroy Germain, Pierre + Du Moutier, Christophle Roussel, Marie Le Doux, etc. + +Les Legumes se vendent en gros les matins jusqu’à huit heures dans la +rue de la Lingerie, et en détail dans tous les marchez[15]. + + [15] «Les marchandises de bouche se trouvent en gros et de première + main, de grand matin, aux Halles, où chaque genre de denrées a son + département.--Passé huit heures dans les marchez et aux Halles + mesmes, on n’a presque plus rien que de la seconde main.--Les + herbages se vendent rue de la Lingerie et au coin Saint-Paul, où + quelques jardiniers du faubourg Saint-Antoine s’arrêtent le matin, + ainsi qu’au cimetière Saint-Jean, pour ne pas aller jusqu’aux + Halles.» Edit. 1691, p. 27. + +A la decente du Pont Marie qui va au port saint Paul, il arrive bien +souvent des Fromages de Brie qu’on vend en gros[16]. + + [16] Il n’y a pas, surtout dans cette seconde édition, assez de + détails sur les petits marchés de Paris. Liger, dans _le Voyageur + fidèle_, p. 343-354, est plus complet. Il mentionne la place ou + _petit marché au marais du Temple_--aujourd’hui marché des + Enfants-Rouges,--«où l’on vend, dit-il, du beurre, des œufs, etc.»; + le _petit marché Saint-Jacques_, près de la porte du même nom, où se + fait le même débit, mais le mercredi et le samedi seulement; le + _petit marché de la Croix-Rouge_, pour le lait, le fromage, le + beurre, les légumes, et enfin--ce qui nous fournit une étymologie + parisienne longtemps cherchée,--«la place appelée _la Pierre au + Lait_, proche, dit-il, de l’église de Saint-Jacques-la-Boucherie. + C’est un petit marché fort étroit, ajoute-t-il, où il va beaucoup de + laitières. On y trouve aussi des œufs frais, du beurre et autres + denrées de cette sorte.» + +Pour les Fromages de Rocfort, voyez l’article suivant. + +Les Fromages de Lorraine arrivent au Chariot d’or devant l’Abbaye saint +Antoine, et en quelques autres hotelleries du même quartier. + + + + +OFFICES DE FRUITERIES. + + +Il y a un grand nombre de Confiseurs rue des Lombards[1], et quelques +uns ruë saint André, et rue saint Honoré près le Palais Royal, qui +vendent en gros et en détail toutes sortes de confitures seches et +liquides de Dragées, de Massepains, de Biscuits amers[2], etc. + + [1] Il en reste encore quelques-uns. La maison la plus célèbre par + exemple, celle du _fidèle Berger_, y exista jusque dans ces derniers + temps. Elle est déjà mentionnée par Roze de Chantoiseau dans son + _Almanach général d’indication_ pour 1773: «Ravoisé, y est-il dit, + rue des Lombards, au _Fidèle Berger_, confiseur très-renommé, etc.» + + [2] C’est-à-dire aux amandes amères, comme on le verra plus bas. + +On peut par le Messager de Dijon recouvrer deux sortes de Confitures +exquises et inimitables; à sçavoir, des Prunes de Moyeux[3] et de +l’Epine vinette[4]. + + [3] C’étoit une sorte de prune confite. Il en venoit encore beaucoup + de Dijon, lorsqu’en 1741, Savary fit son _Dictionnaire du Commerce_. + Le petit marquis, Louis-Provence de Grignan, se faisoit un grand + régal de cette confiture; aussi Mme de Sévigné écrit-elle à Mme de + Grignan: «Songez à vos moyeux pour Provence.» Lettre du 22 sept. + 1675. + + [4] Il venoit de Dijon de l’épine-vinette en grappes confites et en + pastilles: «J’ai cru me ressouvenir, écrit Voltaire à D’Argental, le + 4 août 1777, qu’on faisoit autrefois des pastilles d’épine-vinette à + Dijon, et j’en ai fait tenir une petite boîte à votre voisin + (Thibouville).» + +Il y a un Patissier, rue Bailleul près la Croix du Tiroir, et un autre +rue saint Nicolas au Fauxbourg saint Antoine, qui vendent en gros et à +juste prix aux Officiers, Aubergistes et Limonadiers, des biscuits, des +macarons, des craquelins[5], etc. + + [5] Le craquelin étoit un gâteau rond à rebord, fait seulement à la + farine et au sel, et _croquant_ sous la dent. Il se faisoit surtout, + comme on le voit ici, chez les pâtissiers des faubourgs, où de + pauvres femmes s’en fournissoient pour les venir revendre en ville. + +On trouve des Biscuits, des Macarons, des Massepains, des Cornets, etc., +chez tous les Patissiers de Paris, entre lesquels le Sieur de l’Etoile +rue saint Antoine près les Filles sainte Marie, fait de très bons +Biscuits d’amendes ameres. + +Le Sieur Billard, rue Montorgueil, est renommé pour les Biscuits façon +de Blois[6]. + + [6] Savary, dans son _Dictionn. du Commerce_, 1741, in-fol., t. I, + col. 965, dit encore: «le commerce des biscuits de Blois est + très-considérable; il s’en fait une assez grande consommation à + Paris.» + +Les fruits en gros se vendent le matin à la Halle aux bleds depuis trois +ou quatre heures jusqu’à huit. + +Sur la Greve de l’Arsenal, vis à vis l’Isle Louvier, il arrive tout +l’Eté et tous les jours aux mêmes heures, des batteaux de Fruits +nouveaux venant de saint Seine et Route[7], qui sont vendus en gros par +paniers aux Fruitieres qui font le détail. + + [7] C’est-à-dire de tous les pays riverains du fleuve, depuis + Saint-Seine où en est la source. + +Il arrive aussi frequemment des batteaux de pommes et poires venant de +Normandie sur le quay de l’Ecole. + +Les Vins Muscats et de Canaries se vendent en detail aux environs de la +Croix du Tiroir[8]. + + [8] Il y avoit là, depuis le règne de Louis XIII, des sortes de + cabarets en sous-sol, où l’on ne buvoit pas d’autres vins. «Un jour, + dit Tallemant, que notre Orphée--c’est le musicien Lambert--s’estoit + laissé entraîner dans une de ces caves de vin muscat à la Croix du + Trahoir, il en sortit la tête en compotes, etc.» (_Historiettes_, + édit. P. Paris, t. VI, p. 199.)--Elles se trouvoient, rue + Saint-Honoré, un peu plus haut que la rue de l’Arbre-Sec, au coin de + laquelle se voyoit, comme on sait, la Croix du Trahoir. + +Les Provençaux qui logent au cul de sac saint Germain l’Auxerrois, +vendent en gros des Fromages de Rocfort, des Olives, des Anchois, du Vin +de saint Laurent, des Figues, des Raisins, des Brugnons, des Amandes et +autres fruits secs de Provence. + +Autant en font les Epiciers de la rue de la Cossonnerie, qui vendent +d’ailleurs des Capres fines, des Oranges et des Citrons de Provence, de +la Chine[9] et de Portugal. + + [9] Ces petites oranges, que nous appelons aujourd’hui des mandarines, + étoient alors fort recherchées. Il n’y avoit qu’un demi-siècle que + la culture en avoit commencé en Portugal, d’où elles nous venoient. + C’est à cause de leur prix que, dans _l’Avare_, voulant mettre hors + de lui son père Harpagon, Cléante lui propose pour sa collation des + plateaux entiers d’oranges de la Chine. Tout ce genre de fruits + étoit, du reste, à la mode, parce qu’il n’étoit pas à la portée de + tout le monde: «les oranges et les citrons, dit _la lettre + italienne_ déjà citée, tiennent le premier rang entre les choses qui + se vendent cher, parce qu’elles viennent d’Italie et de Portugal, et + ils sont plus estimez que les autres fruits: telle est l’inclination + de l’homme, qui ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup.» + +Messieurs Lion, rue de Truanderie[10], et Jourdan, ruë S. Denis, au +cheval blanc[11], tiennent aussi magasin de fruits de Provence[12]. + + [10] Son adresse, dans l’édit. précéd., est «rue Jean de l’Epine, à + l’enseigne de la ville de Tours.» Cette rue étoit près de celle de + la Truanderie. + + [11] _V._ son art. plus bas, au chap. Epiceries. + + [12] «On vend des Truffles, rue Serpente, au Messager de Toulouse.» + Edit. 1691, p. 111. + +Le Sieur Chaillou, rue de l’Arbre sec; de Rere, rue Dauphine, et +Regnault au Jeu de Metz, sont renommez pour le bon Chocolat et pour le +Caffé en graine et en poudre. + +On vend un Traité curieux du Thé, du Caffé et du Chocolat, chez la veuve +Nion, quay de Nesle[13]. + + [13] C’est le traité cité plus haut à l’art. Librairie. Il est de + Blégny, lui-même, qui ne manque jamais l’occasion de rappeler ce + qu’il a fait. + +Les Sieurs Huré, place Dauphine[14], et Letgüyüe, rue Dauphine, sont +renommez pour les bons melons. + + [14] Son article est plus curieux dans l’édit. précéd., p. 29: «le + sieur Huré, marchand de melons, à qui l’on peut avoir toute + confiance en payant un bon melon ce qu’il vaut, a tous les ans sa + boutique à l’entrée de la place Dauphine.» + +Le Sieur Luquet, rue saint Denis, devant la rue du petit Lion, fait et +vend des carafons de liege fort legers et fort propres pour rafraichir +les liqueurs à la glace[15]. + + [15] On appeloit alors carafons les seaux qu’on remplissoit de glace + pour y faire rafraîchir le vin en bouteilles. Il avoit été fort + ingénieux d’y appliquer le liége à cause de sa porosité. C’étoit, + avec une tout autre matière, le système des alcarazas espagnols, où + cette porosité entretient la fraîcheur par l’évaporation. La glace, + dans ces seaux de liége, qui, d’ailleurs, sont encore d’usage, se + conserve plus longtemps que dans les autres. + +Le Sieur Joubert, qui demeure au quartier de la Croix du Tiroir, rue des +vieilles Etuves, à l’enseigne du Soulier d’or, vend des Olives et des +Anchois[16] à juste prix pour les Cabaretiers et Aubergistes. + + [16] On s’en fournissoit depuis longtemps à Nice, Cannes, Antibes, + etc. Olivier de Serres, _Théât. d’agricult._, 1605, in-4º, p. 660, + parle de «barrils d’anchoies (_sic_)» qui en venoient. + +Il y a un magasin de Pistaches[17], rue Bourlabé, chez Madame Nave. + + [17] Les pistaches du Levant étaient en vogue depuis le XVIe siècle. + _V._ A. Paré, Liv. XVIII, ch. 43. On en faisait d’excellentes + dragées. + +Pour le sucre et autres denrées domestique, voyez ci-après l’article +d’Epiceries et denrées domestiques. + + + + +PANNETERIE ET PATISSERIE. + + +Entre les Patissiers renommez pour la patisserie, sont les Sieurs le +Coq, rue de l’Université, quartier saint Germain[1]; le Hongre, rue +saint Antoine, près les Jesuites; Mignot, rue de la Harpe[2]; Berthelot, +rue saint Louis du Palais; Luce, près les Basions Royaux[3]; Sonnet, +près saint Roch; Bouliet, rue des Déchargeurs; Gravier, à l’entrée de la +rue saint Antoine; la veuve Langlois, à la Bazoche, rue saint André[4], +et pour ce qui regarde les Biscuits, Macarons, Craquelins, Massepains, +Cornets, voyez l’article precedent. + + [1] Dans la 1re édit., il est donné, p. 27, comme ayant «une grande + réputation pour toutes sortes de patisseries.» Puis on lit à la + suite: «Ainsi en est-il du sieur Flechmer, rue Saint-Antoine, au + coin Saint-Paul, celuy-ci fait un grand débit de fines brioches que + les dames prennent chez luy en allant au Cours de Vincennes.»--Les + marguilliers de Saint-Paul, avec lesquels, en bon voisin, il + s’entendoit, lui faisoient commander tous les pains bénits de la + paroisse. Ils en avoient une part du profit, ou tout au moins une + _paraguante_, comme on appeloit alors le pourboire. Marigny, après + leur avoir dit, dans son poëme du _Pain Bénit_, qui parut en 1673, + tout ce qu’il y avoit de scandaleux dans leurs exigences pour que le + gâteau fût bien large, bien épais, «bien étoffé», ajoute: + + Encor ne pouvez-vous souffrir + Que le pain que l’on doit offrir + S’achète ailleurs qu’en la boutique + De Fléchemer, qui pour l’argent, + Afin d’avoir votre pratique, + Se qualifie effrontément + De patissier de la fabrique. + Que son pain soit grand ou petit, + Il est selon votre appétit. + S’il vous donne une _paraguante_, + Et s’il fait bien boire Regnault, + Votre fabrique est fort contente: + L’offrande est faite comme il faut. + + [2] «Le sieur Mignot, rue de la Harpe, n’a pas seulement beaucoup de + réputation pour la patisserie, mais encore pour toutes espèces de + ragoûts, étant patissier traiteur.» Edit. de 1691, p. 28.--Voilà qui + le venge de Boileau. C’est, en effet, le Mignot de la _Satire du + Repas_, où il est donné, il vous en souvient, pour «l’empoisonneur» + qui sait le mieux son métier. De notre temps, il eût fait au + satirique un procès en diffamation. Il s’y prit, pour sa revanche, + comme on s’y prenoit du sien. Il rendit satire pour satire. Cotin + venoit d’en faire une contre Boileau, dont il vouloit aussi se + venger. Ils s’entendirent ensemble, et, pendant plusieurs semaines, + il ne sortit pas un gâteau de chez Mignot qui ne fût enveloppé du + papier satirique de Cotin. Sa boutique, du reste, ne prospéra que + mieux du mal qu’on en avoit dit: «Ce matin, dit Brossette, à la date + du 22 oct. 1702, dans ses _Mémoires_ sur Boileau, en passant dans la + rue de la Harpe, l’on m’a montré la maison où Mignot, patissier et + traiteur, tenoit autrefois sa boutique. C’est vis à vis la rue + Percée. Un nommé Couterot tient la même boutique de patissier. + Mignot a quitté sa profession en 1700, et il vit de son bien.» Il + avoit eu surtout une grande réputation pour les biscuits + (Vigneul-Marville, _Mélanges_, t. III, p. 291). + + [3] Cabaret de la rue Saint-Honoré, dont il sera dit un mot plus loin. + + [4] On y mettoit fort bien les levrauts en pâtés, si l’on en croit le + procureur de la 3e _Satire_ de Furetière. On m’a fait, dit-il, + + On m’a fait un présent d’un levreau d’importance, + Que j’aurois plus gardé, n’étoit cette occurence; + Si je le mangeois seul j’aurois quelque remords; + J’ai dit qu’on luy fît faire un brillant juste au corps + Et l’ai fait envoyer exprès _à la Bazoche_. + Il fait plus de profit en pâte qu’à la broche. + +M. Prevost, Boulanger de Monsieur et de Madame[5], demeure près le +Palais Royal. + + [5] Dans l’_Etat de France_ pour 1692, p. 774, c’est Jacques Converset + qui est indiqué comme boulanger de la maison de Madame. Pour celle + de Monsieur, p. 736, l’indication manque. + +Le Sieur Verité, Boulanger, près la Magdelaine[6], fournit Nosseigneurs +du Parlement, et est fort renommé pour le Pain de Seigle et pour le Pain +au lait[7]. + + [6] En la Cité. + + [7] Ces «pains au lait» étoient spéciaux aux boulangeries dites «de + petits pains», et ils y avoient des noms particuliers suivant leurs + formes. On les appeloit _pains à la mode_, _pains de Ségovie_, et + encore _pains à la Montauron_, mais ce nom avoit à peu près passé + pour faire place à un autre, comme on le verra plus loin. Fagon + avoit défendu au Roi l’usage de ces pains au lait. (_Journal de la + Santé_, p. 211, 223.) + +Il y a plusieurs autres Boulangers renommez pour diverses sortes de +Pains, par exemple, les Sieurs Dantan, près les Jacobins, pour le petit +pain; de Lorme, rue aux Ours; et le Comte, au cimetiere saint Jean, pour +le pain molet[8]; des Monceaux, rue de Tournon, et le Comte, rue +Galande, près la place Maubert, pour différentes sortes de Pains[9]. + + [8] On l’avoit aussi appelé _pain à la Reine_. Comme il y falloit plus + de levure qu’aux autres et qu’il n’étoit pas ainsi réglé selon les + lois de la médecine, la Police ne l’avoit d’abord que toléré (O. de + Serres, p. 822). En 1688, il faillit être tout à fait défendu à la + suite d’un procès entre les Boulangers et les Cabaretiers, dont nous + avons ailleurs donné longuement le détail. _V. Le Roman de Molière_, + p. 191-227. + + [9] Presque tous étoient fort grands, comme notre _pain Jocko_, dont + le nom est une altération de celui du _pain Coco_ du Languedoc. Le + Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, s’étonne de ces pains + énormes, et il en parle avec une exagération amusante: «le pain est + bon, il est blanc, bien fait, dit-il, et un seul pain est quelque + fois si grand qu’il suffit pour rassasier une semaine entière + pendant plusieurs jours; ce qui a fait dire à un plaisant que si + cette manière de faire de grands pains eût été dans la Judée au + temps du Messie, les cinq mille Juifs qui furent rassasiés se + seroient plutôt étonnés du four que du miracle.»--Le plus grand + étoit le _grand pain bourgeois_, dont Jean Alassin avoit obtenu le + privilège en juin 1649, et qui avoit fini par être accepté, malgré + l’opposition des boulangers et surtout des meuniers. C’étoit un pain + bis-blanc, qui se distribuoit au poids en échange du blé (_Bibliog. + des Mazarinades_, t. I, p. 411-412). Une brochure in-4º de 7 pages + et rarissime contient sur cette spéculation de boulangerie populaire + des données curieuses: _Tarif des droits que l’entrepreneur du + Magasin de grand pain Bourgeois, estably dans la rue des Rosiers au + petit hôtel d’O, a costé de la vieille rue du Temple, prend tant + pour le déchet ordinaire de la farine au moulin ou ailleurs que pour + les frais dudit moulin et de la fabrique ou du cuisson (_sic_) du + pain._ + +La veuve Ronay, rue saint Victor, fait un pain de table excellent de +toutes farines, qu’on nomme Pains à la Joyeuse[10]. + + [10] C’est un souvenir du règne de Henri III, où, après les noces du + duc de Joyeuse avec la sœur de la Reine, tout fut «à la Joyeuse» + dans Paris, même le pain. + +Il y a dans la Cour des Quinze-Vingts plusieurs Boulangers qui font un +Pain de menage[11] de toutes farines qui est trouvé d’un bon goût. + + [11] Cette expression «pain de ménage» est déjà dans le _Théatre + d’agricult._ d’O. de Serres, 1605, in-4º, p. 824. + +Le Boulanger qui fabrique le petit pain de mouton pour les enfans[12], +demeure rue de Seine, quartier saint Germain[13]. + + [12] Le _pain-mouton_ étoit une sorte de petit pain saupoudré de + grains de blés que les valets étoient chargés de donner aux enfants + pauvres, quand venoient les étrennes. Il différoit beaucoup--sauf + par le nom--du _pain de mouton_, qui se faisoit avec du beurre, du + fromage, et de la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet, + qu’un écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants «un peu devant + et un peu après le jour de l’an.» L’abbé de Marolles a parlé dans + les notes de sa traduction d’_Athénée_, 1680, in-4º p. XXXIX, où + certes l’on ne l’attendoit guère, d’une femme qui fut célèbre en son + temps, par le débit qu’elle faisoit de ces petits pains, en criant + par les rues: «à mes petits pains de mouton, Mesdames!» + + [13] Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est «rue des Mauvais + Garçons», celle du faubourg Saint-Germain, sans doute, près de la + rue de Seine. + +Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé pour le pain Paget[14] et +pour une sorte de pain façon de Gonesse[15]. + + [14] C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec un nom plus + nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques Paget Du Plessis, + d’abord maître des requêtes, puis intendant des finances, avoit fait + fortune en s’arrangeant avec les partisans, lorsque Moutauron, un de + ceux-ci, avoit sombré après quelques années de la plus grande + magnificence, qui lui valut, comme on sait, la dédicace de _Cinna_. + Tout étant de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain + Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de Moutauron. + + [15] On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, ses qualités + à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à Paris, dont il + formoit en grande partie l’approvisionnement. L’arrivage s’en + faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa halle particulière: + «On ne prendra pas Paris, disoit Condé, suivant le cardinal de Retz, + par des mines, comme Dunkerque, et par des attaques, mais si le pain + de Gonesse lui manquoit huit jours.» Lister le trouva excellent et + bien supérieur à celui de Paris. «Il est extrêmement blanc, dit-il + (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est + ordinairement en pain de trois livres.» Le prix de trois deniers + anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à trente-et-un + centimes d’à présent. + +Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé pour le pain biscuit +qu’on mange avec les liqueurs. + +Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et Adam, rue saint Denis, au +Roy François[16], fabriquent des Fours pour le public. + + [16] C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des Miracles, + qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et qui devoit son nom à + cette enseigne. + +Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux[17] et porte S. Denis. + + [17] On les appeloit aussi «patissiers de pain d’épice.» Ils étoient + peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence de ceux de Reims. + + + + +MARCHANDISE DE VINS ET D’APRESTS. + + +La Halle aux Vins[1] est à la porte saint Bernard, où il y a des Bureaux +pour les droits du Roy[2]. On y trouve de bon et franc vin de Bourgogne +chez le Sieur Compagnot. + + [1] Elle avoit été établie en 1662. + + [2] La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc de triomphe, + datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai de la Tournelle, un peu + au-dessus du pont. On la démolit au commencement de la Révolution. + Sous l’Empire, la Halle aux vins, sa voisine, fut reportée plus + haut, sur la plus grande partie de l’enclos de l’abbaye + Saint-Victor, qu’elle occupe toujours. Les travaux d’installation + commencèrent en 1811. + +Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise de vin[3], est rue +Grenier, sur l’eau, derriere saint Gervais. + + [3] Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six corps + marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir échevins ou consuls. + Ils avoient pour armoiries, depuis 1629, un navire d’argent à + bannière de France, flottant avec six nefs autour, et une grappe de + raisin en chef sur champ d’azur. + +Tout proche rue des Barres, M. Milon fait commerce en gros de Vins de +Champagne[4]. + + [4] La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent on ne + l’appeloit que _Vin de Sillery_ ou _Vin de la Maréchale_, à cause de + la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit le vignoble de Sillery, + par lequel avoit préludé cette première vogue. Le Roi y contribua. + Le vin de Champagne fut longtemps sa seule boisson. (_Journal de la + Santé_, p. 211 et 350.) + +Du nombre des douze Marchands de Vins du Roy[5], qui font les grandes +fournitures en pieces et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et +pour le public, sont Messieurs Cresnay rue Notre Dame[6], de Bray rue de +la Huaumerie, Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit rue des +Petits Champs, Bourdois près l’aport de Paris, Morisson[7] rue de la +Huchette, Darboullin rue Coquilliere[8], Tardiveau Fauxbourg saint +Marcel, Hardon[9] rue Beaubourg, Triboulleau rue de la Mortellerie[10], +Alexandre rue des Assis, etc. + + [5] Ils étoient, suivant l’_Etat de France_, p. 628, les premiers + privilégiés suivant la Cour. On les appeloit «la Cave des Douze.» + + [6] Son enseigne étoit «à la Pomme de pin», et c’est par conséquent + son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente, p. 28: «la + Pomme de pin, derrière la Magdelaine.» Un autre, portant la même + enseigne, indiqué aussi dans cette première édition, se trouvoit rue + d’Orléans.--On sait que Crenet est, comme Mignot, assez maltraité + dans _la Satire du Repas_, pour les mélanges «d’auvernat et de + lignage» qu’il vendoit, dit Boileau, «pour vin de l’Ermitage.» Le + reproche étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote que + raconte Brossette; aussi Crenet ne réclama-t-il pas. Dancourt l’a + mieux traité dans l’_Eté des Coquettes_, joué en 1690. On y chante à + la fin: + + Sans cadeaux et sans promenades + L’Amour les tient peu sous ses lois, + Et sans Crenet et la Guerbois + L’Amour n’a que des plaisirs fades. + + [7] Edme Maurisson, d’après l’_Etat de France_, p. 628. + + [8] Dancourt, à la scène IV des _Agioteurs_, joués en 1710, parle de + sa veuve, qui lui avoit alors succédé: «SUZON... Vous irez de là + chez Madame Darboulin, rue Coquillière, dire qu’on porte au même + endroit, dès ce matin, les douze douzaines de bouteilles de vin de + Bourgogne, et la douzaine de Champagne que je payai hier.» + + [9] Hugues Hardoin, et non Hardon. + + [10] Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le + _Théophraste moderne_, p. 422, on ne trouvoit bons que les vins + qu’il vendoit. + +Et du Nombre des vingt cinq[11] sont Mrs Groü Doyen, Avrillon près le +Puits Certain, Coquart rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron +rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon[12], Sellier montagne sainte +Genevieve, Paris près la Grève, Moricault l’ainé place Maubert, +Roussillard près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre Dame, Moricault le +jeune rue des Boucheries saint Germain, Forel joignant la Comedie +Françoise[13], Baron et Guibault au cimetiere saint Jean[14], Gaudin +près le Pont Notre Dame, True rue Galande, la Nopce près le Palais, +Courtois, rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers, Migret Fauxbourg +de Richelieu, etc. + + [11] Les vingt-cinq «cabaretiers», suivant la Cour, qu’il ne falloit + pas confondre avec les douze «marchands de vin», quoiqu’ils en + portassent le titre et eussent les mêmes privilèges. On pouvoit chez + eux non-seulement vendre «le vin à pot, mais donner des repas + complets. _V. Le Traité de la Police_, t. III, p. 719, et la + _Correspondance_ de Colbert, t. II, 1re partie, p. 169. Les + cabaretiers ordinaires, qui n’étoient pas en même temps marchands de + vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire fournir pour les + noces et repas que leur salle, le pain, le vin, les couverts, linges + et salades. Il falloit apporter le reste. _V._ à ce sujet un arrêt + du 1er août 1705, rendu contre le cabaretier Joseph Filastreau.--Il + sera parlé plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au + pot. + + [12] C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit. précéd., p. + 28: «à la Galère, derrière Saint-Jacques la Boucherie.» Il avoit, en + effet, cette enseigne, déjà ancienne dans la rue d’Avignon, qui en + prenoit parfois le nom de «rue de la Galère.» Sauval, t. I, p. + 111.--_V._ sur la maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux + renseignements dans l’édition que M. Cocheris a donnée de + l’_Histoire du Diocèse de Paris_, par l’abbé Le Beuf, t. III, p. + 506.--Il est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les + pièces du temps: _le Chevalier à la mode_, de Dancourt, _les + Chinois_ et _la Fille de bon sens_ de la Comédie italienne, etc. + Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante: + + Chez Rousseau portons nos écus. + + [13] Il tenoit le cabaret de _l’Alliance_, qui étoit, en effet, près + de la Comédie françoise établie, depuis 1688, rue des + Fossés-Saint-Germain. (_Hist. amour. des Gaules_, t. III, 435.) + C’est à sa porte que mourut subitement, en 1701, le gros + comédien-auteur Champmeslé. _L’Alliance_ est citée, pour les + débauches qui s’y faisoient, dans plusieurs pièces du théâtre + italien: _la Cause des femmes_, _Pasquin et Marforio_, _les + Aventures des Champs-Elysées_, où Forel est nommé. + + [14] Les cabarets y étoient déjà nombreux sous Louis XIII. Saint-Amand + l’appelle «un cimetière» + + Fait pour enterrer les ennuis. + +Il y a plusieurs autres Marchands renommez pour les fins Vins et pour la +belle Viande, par exemple, Messieurs Lamy aux trois Cuilleres rue aux +Ours[15], Loisel aux bons Enfans[16] près le Palais Royal, Fitte au +grand Loüis rue Bailleul[17], Berthelot à la Conférence rue Gémis +Laurent, du Monchel au Soleil d’or rue saint André, du Test à la Corne +rue Galande, de Sercy à la petite Galere rue de Seine[18], etc. + + [15] Celui-ci étoit en telle vogue, qu’il avoit fini par dédaigner le + nom de cabaretier, pour prendre celui de traiteur, que tous les + autres, cela va de soi, prirent aussitôt comme lui, même ceux des + guinguettes. «COLOMBINE, _déguisée en chevalier_. Quand vous + donnerai-je à souper chez Lamy?--ISABELLE. Vous perdez le respect, + chevalier, une fille de ma qualité au cabaret!--COLOMBINE. Oh! s’il + vous plaît, Lamy n’est pas un cabaret, c’est un traiteur de + conséquence...» _Le Banqueroutier_ (1687), théâtre de Ghérardi, t. + I, p. 390. Il est nommé dans le prologue du _Grondeur_ (1691). + + [16] Il avoit pris pour enseigne le nom même de sa rue, qui alloit, du + reste, fort bien à un cabaret. + + [17] Fitte, qui est aussi nommé deux fois dans _Turcaret_, comme + l’homme des meilleurs repas, a eu l’honneur d’être cité par + Chaulieu, en 1704, dans son épître au chevalier de Bouillon: + + Chevalier, reçois ces vers + D’une muse libertine. + Qu’ils aillent sous ton nom de _popine_ en _popine_ + Apprendre à tout l’univers + Que _Fite_ et La Morilliére, + Pour n’avoir point de Césars, + Ont pourtant sous leur bannière + Leur héros, ainsi que Mars. + + [18] C’est chez lui que Saint-Amand étoit mort le 29 décembre 1661, + après une maladie de deux jours: «Son ami, l’illustre abbé de + Villeloin, si connu dans la République des Lettres, dit Fr. Colletet + dans _l’Abrégé des Annales de Paris_, 1664, in-12, p. 439, l’assista + en ce dernier moment et luy rendit ce dernier devoir de son amitié + qu’il luy avoit juré depuis tant d’années.» + +Il y a d’ailleurs en différens quartiers de la Ville et du Fauxbourg des +Traiteurs et Marchands de Vins qui font nopces ou qui tiennent de grands +Cabarets, et où il se fait de gros Ecots, par exemple, Mrs Clossier à la +Gerbe d’or rue Gervais Laurent, Blanne à la Galere rue de la Savaterie, +Bedoré au petit Panier rue Tirechape[19], Robert près les Consuls[20], +Aubrin à la Croix Blanche rue de Bercy[21], Martin aux Torches cimetiere +saint Jean[22], Guérin à la Folie rue de la Poterie, Payen au petit +Panier rue des Noyers, Cheret à la Cornemeuse rue des Prouvaires[23]. + + [19] L’édit. de 1691, p. 28, le loge «rue Troussevache.» + + [20] «Au cloître Saint-Méderic, chez Robert.» _Id._ + + [21] Un autre cabaret de «la Croix blanche», étoit rue aux Ours. Edit. + de 1691, p. 28.--Chapelle fréquentoit celui de la rue de Bercy, au + Marais. Il avoit deux entrées, l’une sur cette rue, l’autre sur une + rue parallèle, qui en avoit pris le nom de rue de la Croix-Blanche. + Elles étoient toutes deux fort étroites, et il a suffi, en 1850, + d’enlever l’îlot de maisons qui les séparoient, pour n’avoir qu’une + seule rue de largeur réglementaire. + + [22] Ce cabaret est déjà nommé comme un des fameux dans les _Visions + admirables du Pelerin du Parnasse_. 1635, in-12. + + [23] Il est cité dans la pièce _Les Souffleurs_, acte I, sc. XI. Les + auteurs y alloient beaucoup. (_V._ notre Notice sur + Regnard.)--Dancourt qui, on le sait, par une anecdote connue, se + consoloit chez Chéret de la chute de ses pièces, l’a nommé, dans sa + comédie, _Madame Artus_. Acte I, sc. XI.--Chéret fit fortune. Son + fils devint procureur au Parlement, et ce sont ses petites-filles, + Mlles Chéret, très-ardentes jansénistes, qui, en 1758, pour tenir + tête au curé de Saint-Séverin, créèrent une sorte de petite église + qu’elles opposèrent à la sienne. (_Journal_ de Barbier, édit. in-18, + t. VII, p. 81 et 377.) + +On peut aussi boire et manger proprement et agréablement au Loüis près +le Jeu de Metz[24], à la porte S. Germain rue des Cordeliers, à la Reine +de Suède rue de Seine, aux Carneaux rue des Déchargeurs, à la petite +Bastile rue Betizy[25], au petit Pere noir rue de la Bucherie[26], aux +trois Chapelets rue saint André, à la Galère rue saint Thomas du +Louvre[27], au Soleil des Perdreaux[28] rue des Petits Champs, au Panier +fleuri rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie[29], à la Porte +saint Denis chez Hory, à la Boule blanche, et au Jardinier[30] Fauxbourg +saint Antoine. + + [24] Deux autres cabarets avoient cette enseigne du «Louis»; l’un, qui + étoit peut-être celui de Le Gendre, nommé tout-à-l’heure, se + trouvoit rue des Noyers; l’autre, rue Bourg-l’Abbé. + + [25] Il y avoit au port Saint-Paul un autre cabaret de «la petite + Bastille.» Edit. de 1691, p. 28. + + [26] On y venoit de tout Paris, pour la beauté de la cabaretière et + l’excellence des vins. C’est pour l’hôtesse que Coulange fit son + couplet: + + Si tu veux sans suite et sans bruit, etc. + + Dans la farce italienne des _Deux Arlequins_, le vin du cabaret du + _Père Noir_ est chanté, acte I, sc. III: + + ARLEQUIN. + Qu’un bon levraut suivi d’un dindon tendre + Soit tantôt sur le soir pour nous deux apprêté + Et prends au _Père Noir_ d’un bon vin velouté + Deux flacons dignes de m’attendre. + + [27] C’est le même cabaret de _la Galère_, qui, dans l’édit. + précédente, est indiqué «près le Palais-Royal.» + + [28] «Des six perdreaux.» _Id._ + + [29] Un autre «Panier fleury» est indiqué rue Tirechappe, dans l’édit. + précédente. Il donna son nom à un passage, qui alloit de cette rue à + celle des Bourdonnois. Rousseau et Diderot dînoient souvent en + pick-nik, au cabaret du _Panier fleury_, dans les premiers temps de + leur séjour à Paris. (V. _les Confessions_, 2e part., liv. VII.) + + [30] «Au Jardinet.» _Id._ + +Les Marchands de Vins qui vendent quelquefois en gros et qui debitent +beaucoup au pot[31] et en bouteilles, sont entr’autres, Messieurs +Mariette, au carrefour saint Benoist, de la Cour rue du Crucifix saint +Jacques de la Boucherie, Bernard devant le Pont Neuf, Saulsay rue des +Poulies, Rougeault près l’aport de Paris, Bricet Butte saint Roch, +Haumont et Berthelot rue des Boucheries saint Germain, des Hottes rue de +la Fromagerie, Darlu, Hardouin et Joly près le Palais Royal. + + [31] Les bourgeois faisoient vendre la plupart «à pot» ou «au pot», + chez ces marchands de vin, le produit de leurs vendanges: «M. + BERNARD. Ne vaut-il pas autant vendre mon vin à la campagne que de + le faire vendre à _pot_ dans Paris, comme la plupart de mes + confrères.» Dancourt, _la Maison de campagne_, scène XXXII. + +Le même M. Joly donne fort bien à manger à trente sols par tête[32]. + + [32] L’édition de 1691, p. 28, cite encore quelques autres cabarets: + «_Au petit Paris_, rue de la Verrerie; _à la petite Epousée_, rue + Saint-Jean en Grêve; chez Tessier, au coin Saint-Paul; _au Cormier_, + rue des Fossez-Saint-Germain; _à la Vallée Tissart_, rue Vaugirard; + _au Milieu du Monde_, à la Grenouillère, où demeure Lognon, renommé + pour les matelottes; _à la Chasse Royale_, près la porte + Saint-Louis; _aux Bâtons royaux_, rue Saint-Honoré.» Les _Bâtons + royaux_ se trouvoient près de Saint-Roch, dont les marguilliers y + alloient faire bombance. (_V._ notre _Histoire de la Butte_, p. 52.) + + + + +HOSTELS GARNIS ET TABLES D’AUBERGES. + + +Il y a des Appartemens magnifiquement garnis pour les grands Seigneurs à +l’Hotel de la Reine Marguerite rue de Seine[1], et à l’Hotel de Bouillon +quay des Théatins. + + [1] Liger, dans son _Voyageur fidèle_, p. 325, le met aussi au nombre + des hôtels garnis renommés. Il existe encore au nº 6 de la rue de + Seine. C’est un pavillon détaché du magnifique hôtel que la première + femme d’Henri IV s’étoit fait construire, et dont les jardins, qui + s’étendoient jusqu’à la rue des Saints-Pères, ne survivent plus que + par un jardinet planté de quelques arbres, où l’on descend, comme + sous Henri IV, par un double perron. La façade du pavillon est + restée ce qu’elle étoit. On s’est contenté de l’exhausser d’un + étage, mais du même style, au-dessus duquel on a reconstruit les + anciennes mansardes. Le conseiller d’Etat Gilbert des Voisins + l’habitoit au XVIIIe siècle, et les Mirabeau, dont les boiseries + intérieures conservent encore le chiffre, y étoient venus après lui. + +Il y a encore plusieurs autres Hotels meublez en differens quartiers, +par exemple, le grand Duc de Bourgogne rue des petits Augustins, l’Hotel +d’Escosse rue des saints Pères, l’Hotel de Taranne, l’Hotel de Savoye, +et l’Hotel d’Alby rue de Charonne, l’Hotel de l’Isle, l’Hotel de +Baviere, l’Hotel de France, et la Ville de Montpellier rue de Seine, +l’Hotel de Venise, et l’Hotel de Marseille rue saint Benoist, l’Hotel de +Vitry, l’Hotel de Bourbon, l’Hotel de France, et l’Hotel de Navarre rue +des grands Augustins[2], la Ville de Rome rue des Marmouzets, l’Hotel de +Perpignan rue du Haut Moulin, l’Hotel de Tours rue du Jardinier[3], +l’Hotel de Beauvais rue Dauphine, l’Hotel d’Orléans rue Mazarine, +l’Hotel du saint Esprit rue de Guenegaud, l’Hotel de saint Agnan rue +saint André, l’Hotel d’Hollande[4], l’Hotel de Beziers, l’Hotel de +Brandebourg, l’Hotel de saint Paul et le grand Hotel de Luyne rue du +Colombier. + + [2] On peut remarquer que beaucoup de ces hôtels étoient dans le + faubourg Saint-Germain. Les étrangers le préféroient, et les hôtels + garnis s’y étoient multipliés en conséquence: «depuis que la paix + étoit faite, lit-on dans les _Annales de la Cour et de la Ville_, + pour les années 1697-1698, t. II, p. 135, il y avoit eu dans Paris + un si grand abord d’étrangers, que l’on en comptoit quinze à seize + mille dans le faubourg Saint-Germain seulement... Le nombre s’accrut + encore bientôt de plus de la moitié, en sorte que, au commencement + de l’année suivante, on trouva qu’il y en avoit trente-six mille + dans ce seul faubourg.» + + [3] Lisez rue du Jardinet. Cet hôtel, que Liger place avec plus de + raison rue du Paon, où il en subsista des restes jusqu’aux dernières + démolitions, devoit son nom aux archevêques de Tours, dont il avoit + été longtemps la propriété. Vauvenargues y descendoit pendant ses + congés de semestre. Les lettres que lui écrivit Voltaire portent + cette adresse. + + [4] C’est un des hôtels que, dans _la Comtesse d’Escarbagnas_, scène + XI, Julie, voulant se moquer de la ridicule provinciale, lui nomme + comme autant d’hôtels de grands seigneurs: «On sait bien mieux, + dit-elle, vivre à Paris dans ces hôtels, dont la mémoire doit être + si chère: cet hôtel de Mouhy, Madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel + d’Hollande. Les agréables demeures que voilà!» + +On mange à table d’Auberge[5] dans presque toutes les maisons garnies +cy-devant designées à vingt, à trente ou à quarante sols par repas[6]: +mais l’Auteur ignore encore sur quel pied elles sont reglées chacune en +particulier[7], en attendant sur cela un plus grand eclaircissement, les +Provinciaux peuvent s’assurer qu’on loge et qu’on mange d’ailleurs dans +les Hotels et Auberges ci-après aux differens prix qui seront marquez, +par exemple: + + [5] C’étoit encore le mot le plus en usage. Gourville dans ses + _Mémoires_, 1re édit., t. I, p. 306, dit toutefois déjà «Table + d’hôte», de même que les deux Hollandois qui vinrent à Paris en + 1657, et dont M. Faugère a publié le curieux _Journal de Voyage_. V. + p. 191. Nous lisons aussi dans une pièce de Dancourt: «M. BERNARD. A + _table d’hôte_, je vous entends, tant par tête.» _La maison de + campagne_, 1688, scène XXX. En somme, c’est, je crois, suivant + l’importance des hôtels et des prix qu’on disoit _table d’hôte_ ou + _table d’auberge_. + + [6] Même les plus chères de ces tables d’hôte ou d’auberge n’étoient + pas pour les délicats, qui ne vouloient que des cabarets «à gros + écots», sans prix fixe. Dans _les Côteaux_ ou _les Marquis friands_, + qui furent joués à l’hôtel de Bourgogne, en 1665, Clidamant et + Oronte, deux de ces gourmets, s’en expliquent nettement scène XI: + + ORONTE. + Les repas de grand prix sont bien plus agréables + Et la cherté des mets les rend plus délectables. + VALÈRE. + A ce plaisant discours, que réponds-tu, Marquis? + CLIDAMANT. + Que je ne veux jamais disner à juste prix. + LÉANDRE. + Voilà d’un vrai Marquis le parfait caractère. + + [7] Selon Liger, p. 326, «ces prix fixes» ne l’étoient pas toujours. + Ils varioient selon que la cherté des vivres étoit plus ou moins + grande. + +A quarante sols par repas à l’Hotel de Mantouë rue Mouton[8], à l’Hotel +de l’Isle de France rue de Guénégaud, etc. + + [8] Dans l’édit. précédente, p. 28, se trouve une autre adresse, qui + est la vraie, et un plus long détail: «le sieur de La Motte, à + l’hôtel de Mantouë, rue Montmartre, tient une fort bonne table à + quarante sols par repas, et fournit même une seconde table aux + intervenants.» + +A trente[9] au petit Hotel de Luyne rue Gît le Cœur, à la Galere rue +Zacharie, aux Bœufs et aux trois Chandeliers rue de la Huchette, etc. + + [9] «Rue Saint-André, à l’hôtel de Chateau-Vieux.» Edit. 1691, p. 29. + +A vingt à l’Hotel d’Anjou rue Dauphine, au petit S. Jean[10] rue Gît le +Cœur, au Coq hardi rue saint André[11], à la Croix de fer rue saint +Denis[12], au Pressoir d’or et à l’Hotel de Bruxelle rue saint +Martin[13], à la Croix d’or rue du Poirier, à la Toison rue Beaubourg, +etc. + + [10] «Et au grand hôtel de Luynes.» _Id._ + + [11] «Le sieur Vilain, rue des Lavandières, près la place Maubert, à + la Galère.» _Id._--Il a, p. 63, un petit article supplémentaire: «le + sieur Vilain, marchand de vin, aussi renommé pour ses bons apprêts, + demeure rue des Lavandières, à l’entrée de la place Maubert, à la + Galère.» + + [12] Ajoutons près de Saint-Leu. Il y a, sur un dîner à ce cabaret, un + curieux sonnet de François Colletet, qui se termine par ce vers, + bien digne d’un pauvre poëte, depuis longtemps à jeun: + + Moi, je mange aux repas, et bois sans dire mot. + + Un autre hôtel de _la Croix de fer_ se trouvoit rue de la Harpe, + adossé aux ruines des Thermes. Marmontel y logea en arrivant + d’Auvergne à Paris. + + [13] Conrart, chez qui se réunit d’abord la Société littéraire, où se + recrutèrent les premiers membres de l’Académie françoise, logeoit + près de cette auberge de la rue Saint-Martin. (Marcou, _Pellisson_, + p. 80.) Plus d’une séance de la nouvelle Académie dut s’y terminer. + Suivant Vigneul-Marville, en effet, on ne se séparoit pas sans avoir + fait légèrement ripaille. + +A quinze à la Ville de Bourdeaux et à l’Hotel de Mouy rue Dauphine, à +l’Hotel couronné rue de Savoye, au petit Trianon rue Tictonne, à la +ville de Stokolm rue de Bussy, à la belle Image rue du petit +Bourbon[14], au Dauphin rue Maubuée, etc. + + [14] «Rue de la Rose, à la Samaritaine.» Edit. 1691, p. 29. + +A dix sols[15] au Heaume rue du Foin, au Paon rue Bourlabé, au Gaillard +bois rue de l’Echelle, au gros Chapelet rue des Cordiers[16]. + + [15] Boileau, _satire X_, vers 673-676, nous dit à peu près ce + qu’étoient ces auberges: + + T’ai-je encore décrit la dame brelandière + Qui de joueurs chez soi se fait cabaretière, + Et souffre des affronts que ne souffriroit pas + L’Hôtesse d’une auberge à dix sous par repas. + + [16] «Et à l’hôtel Notre-Dame, rue du Colombier.» Edit. de 1691, p. + 29. + +Il y a d’ailleurs quelques Auberges où il y a trois tables différentes, +à quinze, à vingt et à trente sols par repas, par exemple, à la Couronne +d’or rue saint Antoine[17], au petit Bourbon sur le quay des Ormes, et à +l’Hôtel de Picardie rue saint Honoré[18]. + + [17] Cette auberge, très-agrandie, subsista jusqu’aux démolitions pour + la prolongation de la rue de Rivoli. C’est de là que partoient les + gondoles de Versailles. + + [18] Un autre hôtel plus célèbre de cette rue étoit «l’hôtel + Saint-Quentin», où descendit Leibnitz, lorsqu’il vint à Paris, et où + logea Jean-Jacques Rousseau, dont il prit et a gardé le nom. (_V._ + nos _Enigmes des rues de Paris_.) L’abbé de Marolles, dans ses + _Mémoires_, 1755, in-12, t. I, p. 75, a parlé de ces intéressants et + sérieux hôtels du quartier des Grès--la rue des Cordiers en fait + partie--où se rencontroient théologiens et poëtes. + +Les gens qui ne peuvent faire qu’une très mediocre dépense, trouvent +d’ailleurs dans tous les quartiers de Paris de petites Auberges où on a +de la soupe, de la viande, du pain et de la biere à suffisance pour cinq +sols[19]. + + [19] Liger, p. 327, employant un mot que Saint-Simon emploie aussi + d’ailleurs, appelle franchement ces «petites auberges» _gargotes_, + «où l’on vit, dit-il, à la portion, à si petit prix que l’on veut.» + On avoit eu aussi déjà l’idée d’une sorte de grande marmite + économique, pour des soupes, au meilleur marché possible. _V._ + Helvétius, _Traité des Maladies_, chap. _Bouillon pour les + pauvres_.--Dans les auberges à cinq sous le dîner, on logeoit, + suivant d’Argenson, à un sou la nuit. Marivaux ne donne pas d’autre + gîte à son _Paysan parvenu_ arrivant à Paris: «Je me mis, lui + fait-il dire avec sa préciosité ordinaire, dans une de ces petites + auberges à qui le mépris de la pauvreté a fait donner le nom de + gargote.» + + +FIN DU TOME Ier. + + + + + TABLE + DES ARTICLES + DU + LIVRE DES ADRESSES DE PARIS.[1] + + [1] Nous donnerons à la fin du volume la table alphabétique de + l’édition de 1691. + + + Tome I. + + Affaires Ecclésiastiques 15 + Exercices de piété 21 + Finances Royales 26 + Trésoriers Payeurs des Gages et Rentes 40 + Conseils du Roy et Chancellerie 46 + Secretaires du Roy 54 + Scéances des Tribunaux 78 + Vacations des Tribunaux 86 + Docteurs et Licentiez en Droit 87 + Secretaires et Greffiers du Conseil, des Cours Souveraines + et des Juridictions Subalternes 93 + Contraintes Judiciaires 100 + Bureaux Publics 106 + Administration des Hospitaux 112 + Banquiers 117 + Academies et Conferences publiques 120 + Biblioteques particulières et publiques 129 + Collèges et Leçons publiques 138 + Mathematiques 146 + Medecine ordinaire 150 + Medecine empirique 156 + Opérations chirurgicales 157 + Matières Médecinales simples et composées 164 + Pension pour les Malades 178 + Bains et Etuves 182 + Impressions et Commerce de Librairie 185 + Musique 204 + Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques 216 + Dames Curieuses 231 + Commerce de Curiositez et de Bijouteries 236 + Commerce des Ouvrages d’Or, d’Argent, de Pierreries, etc. 244 + Premieres Instructions de la Jeunesse 248 + Nobles Exercices pour la belle education 253 + Armes et Bagages de Guerre et de Chasse 261 + Chevaux et Equipages 264 + Passetemps et Menus Plaisirs 269 + Jardinages 275 + Tapisseries et Meubles ordinaires 283 + Chair et Poisson 289 + Marchandises de Beurre, Œufs, Fromages et Legumes 296 + Offices de fruiteries 300 + Panneterie et Patisserie 304 + Marchandises de Vins et d’Aprests 309 + Hostels garnis et Tables d’Auberges 316 + + + + + TABLE ALPHABÉTIQUE + DES PRINCIPALES + MATIÈRES CONTENUES EN CET OUVRAGE[1] + + [1] Afin de continuer à reproduire aussi exactement que possible le + livre de Blegny, nous nous sommes conformé pour cette table, comme + disposition, texte et orthographe, à celle qu’il a donnée dans sa + première édition et qui--nous ignorons pourquoi--ne se retrouve pas + dans la seconde. Nous nous sommes contenté d’y faire les additions + nécessaires. + + + +A. + + Abrégé de la science des temps, II, 205. + Académies, I, 120. + Académie de découvertes, I, xlv, xlix, 9. + Académie Françoise (Listes de 1676 et 1705), II, 275, 289. + Accouchements, I, 159 et II, 69. + Adresses casuelles de la ville de Paris, I, xlij. + Affaires ecclésiastiques, I, 15. + Adresses recouvertes après l’impression, II, 68. + Adresses diverses, II, 73. + Adresses (autres) nouvellement recouvertes, II, 177. + Affiches, I, vj, xxxij, xxxiv; II, 345, 357. + Affiches (petites), I, 10. + Afficheurs, II, 75. + Agneaux, I, 292. + Aiguilles, II, 24. + Alimens, I, 289. + Almanachs, I, 193; II, 190. + Almanach spirituel, I, 26. + Amirauté, I, 70. + Andouilles, I, 293-294. + Anchois, I, 302-303. + Animaux, I, 289. (Chair et poisson.) + Apoticaires, II, 69. + Architecture et Maçonnerie, II, 102. + Arcs de carosses, I, 47, 267. + Ardoises, II, 118. + Argenteurs, I, 287. + Armes et Bagages de guerre et de chasse, I, 261. + Armoires, II, 344. + Asnes, I, 264. + Auberges (tables d’Auberges) et Hostels garnis, I, 316. + Avis du Bureau d’adresse (Liste des), II, 302. + Avis généraux, II, 341. + Avis du journal général de France (Liste des), II, 373. + +B. + + Bailliage du Palais, I, 77. + -- du Temple, I, 86. + -- de Saint-Jean de Latran, I, 86. + Bains et Etuves, I, 182. + Balliveaux, II, 122. + Bandages, I, 13. + Banquiers, I, 117. + Banquiers expéditionnaires en cour de Rome, I, 18 et II, 68. + Baromètres, I, 242. + Bas, II, 30. + Bateaux (gardes), I, 111. + Bateurs d’or, II, 46. + Bâtimens du Roy, II, 87. + Bénéfices et Bénéficiers, I, 19. + Bêtes azines, I, 264. + Beurre (Marchandises de), œufs, fromages et légumes, I, 296. + Bible polyglotte, II, 319. + Bibliothèques, I, 129. + Bijouteries, I, 237. + Bijouterie de cire, II, 68. + Billards, I, 274. + Biscuits, I, 301. + Boëtes d’Allemagne, II, 23. + Bœufs, I, 291. + Bois de taillis à vendre, II, 338. + Bonneterie (Ouvrage et Commerce de), II, 28. + Bonnets carrés, II, 75. + Bottes, II, 65. + Bouchons de liège, II, 7. + Boucles d’oreilles, II, 317. + Boulangers, I, 306. + Boules à jouer, I, 274. + Bois à brûler, II, 8. + -- à bâtir. + Boudin blanc, I, 294. + Bouquetières, I, 165. + Bouteilles de poche, II, 42. + Brefs et Bréviaires, I, 192. + Bureau d’Adresses (Listes générales du), II, 332-346, 356, 364. + Bureau des Indes Orientales et Occidentales, I, 108-109. + Bureau d’adresses ou de rencontre, I, xx, xxiv et II, 302. + Bureau des Merciers, II, 18. + Bureaux publics, I, 106. + Buscs et bois d’Evantails, II, 24. + +C. + + Cabarets. V. _Traiteurs_. + Cabinets d’ébeine, II, 353, 382. + Cabinets, I, xxxiv. + Café et cacao, I, 303. + Caffé et chocolat, I, 303. + Caisses de jardin, I, 282. + Calçons et chaussons de chamois, II, 37. + Calendrier, II, 218. + Calottes, II, 75. + Cancers, I, 170. + Canepin, II, 75. + Canifs, II, 48. + Caractères d’imprimerie, I, 194. + Caractères des signes et planètes, II, 200. + Carrafons, I, 303. + Carrières, II, 112, 113. + Carosses de louage, remises, I, 266. + Carosses de route, II, 160. + Carrosses à vendre, II, 323, 325, 348, 359, 367. + Cartes à jouer, I, 274. + Carte généalogique de France, II, 322. + Cartons, II, 27. + Cassolettes philosophiques, I, 243 et II, 35. + Catherinettes, I, x, xij. + Cerisaies à Montmorency, II, 311. + Chair et poisson, I, 289. + Chaircutiers, I, 293. + Chaises de moquette, II, 315, 353. + Chaises de porteur, II, 339. + Chaises roulantes, II, 317, 333, 366. + Chaisnetiers, I, 296. + Chambre des comptes, I, 64. + Chambre souveraine des décimes, I, 85. + Chambre du Trésor, I, 75. + Chancellerie, I, 146; II, 348. + Changements, I, 79. + Chapeaux (Commerce de), II, 38, 63. + Chapeaux à vendre, II, 320. + Charbon de terre, charbon de bois, II, 9. + Charges à vendre, II, 310, 338, 347, 348, 350, 352, 359, 362, 366. + Charrettes de routes, I, 263; II, 174. + Charité (directrices de), I, 23. + Châtelet, I, 70. + Chaux, II, 105. + Chevaux et équipages, I, 264. + Chevaux à vendre, II, 317, 319, 321, 323, 327, 333, 347, 353, 359, + 360, 367. + Cheveux (Ouvrages et Marchandises de), II, 39. + Chiens, I, 273. + Chinoiseries, V. _Lachinage_. + Chirurgiens, II, 68. + Choses diverses à vendre, II, 316. + Cicle solaire, II, 211. + Ciment, II, 105. + Cireure (cirage) de cordonniers, II, 67. + Citrons, I, 302. + Clavecins, I, 205; II, 72. + Clouds, II, 137. + Coches par terre et par eaux, II, 172. + Cochons, I, 292. + Coffres, I, 239. + Coiffeuses, I, 271; II, 41, 73. + Collèges, I, 138. + Colliers de perles à vendre, II, 319, 322, 361. + _Committimus_ (droit de), II, 375. + Commerce des Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, + I, 244. + Conférences, I, 127; II, 86. + Connétablie, I, 75. + Confiseurs, I, 300. + Confituriers I, xxxiij. + Conseils du Roi et Chancellerie, I, 46. + Conserves balsamiques, I, 170. + Consuls, I, 76. + Consultations chirurgicales, I, 158. + Consultations médicinales, I, 151; II, 77. + Contraintes judiciaires, I, 100; II, 343. + Coquillages, I, 236. + Cordes à instruments, I, 215. + Cordonnerie (Ouvrages et Marchandises de), II, 65. + Courriers, II, 249. + Cours des Aides, I, 63; II, 78. + Cours des Monnoyes, I, 69. + Courtiers, Couratiers, I, xij, 10. + Couteliers, Couteaux, II, 47. + Craquelins, Biscuits, Macarons, etc., I, 301. + Crêpes et Crêpons, II, 13. + Creusets, II, 75. + Cristal minéral, I, 175. + Cuirs et vendeurs de cuirs, II, 86. + Cuivre, II, 46. + Curé d’Evry, empirique, I, 156. + Curieuses (Dames), I, 231. + Curieux (Fameux) des Ouvrages magnifiques, I, 216. + Curiosités (Commerce de) et de bijouterie, I, 236. + +D. + + Damasquinerie, I, 240. + Danse, I, 124, 126. + Déclarations du Roy, I, 190. + Découpeurs, I, 62. + Demandes pour acheter, II, 327, 340, 354, 368, 382. + Dents malades, I, 170-172; II, 178. + Dentelles, Points, Boutons, Galons d’or, II, 16-17. + Département des courriers, II, 249. + Descentes (Bandages), I, 12, 173 et II, 85. + Diamants du Temple, I, 248; II, 316. + Diamants à vendre, II, 322. + Docteurs et Licentiez en droit, I, 87. + Domestiques, I, vj; II, 49, 344, 358, 376. + Doreurs, Argenteurs, I, 287. + Draperies, II, 11, 314. + Drogueries, I, 165. + Drogueries chimiques, I, 175. + Drogueries étrangères et de Montpellier, I, 175. + Durée des jours et des nuits, II, 242. + +E. + + Eau catholique de Paracelse, II, 320-321. + Eau de Cordoue, I, 172; II, 34. + Eaux distillées, I, 175. + Eaux et forêts, I, 76. + Eau histerique, I, 172. + Eau rouge de la reine d’Hongrie, I, 172. + Eaux minérales, I, 175. + Eaux de vie, I, 176. + Echets, I, 274. + Ecoles (petites), I, 18. + Ecole médicinale, I, 141. + Ecrans, II, 22. + Eclipses, II, 242. + Ecritoires, II, 27. + Ecrivains jurés, I, 249; II, 53. + Edits et déclarations du Roy, I, 190. + Eolipiles, II, 324. + Eguilles et Epingles, II, 24. + Election, I, 77. + Emailleurs, I, 242. + Emplâtre de la manufacture royale, I, 13. + Epacte et Lunaisons, II, 213. + Epiciers, I, xxxiij, 302; II, 5-6. + Epiceries et autres denrées domestiques, II, 5. + Essences de Rome et de Gènes, II, 33. + Essence végétale, I, 14, 172. + Estampes et tableaux, I, 239. + Etoffes à meubler, I, 284. + Etoffes indiennes, II, 13. + Etoffes d’Italie, II, 13. + Etoffes de soie d’or et d’argent, I, 272 et II, 13. + Etoffes de l’Apport-Paris, II, 339. + Etuves ordinaires, I, 182. + Evantails, II, 20. + Exercices (Nobles) pour la belle éducation, I, 253. + Exercices de piété, I, 21. + Experts Ecrivains, II, 53. + -- Arithméticiens, II, 54. + -- Maçons, Charpentiers, II, 54. + -- Couvreurs, II, 54. + -- Généalogistes, II, 53. + +F. + + Fabrique des Monnoyes, II, 245. + Fayences, I, 283; II, 43. + Fer (Ouvrages et Marchandises de), II, 129. + Fer blanc, II, 46, 131. + Fermiers généraux, I, 28, 32; II, 79. + Ferme à vendre, II, 313. + Ferrailles, II, 129. + Fêtes mobiles, II, 217. + Feux d’artifices, I, 272. + Figures de plâtre bronzées, I, 241. + Fileurs d’or, II, 46. + Finances royales, I, 26, 33. + Flûtes et Flageollets, I, 212. + Foires (Etat des plus considérables), II, 266. + Fontainiers, II, 155. + Fourneaux, II, 75. + Fourrures, II, 35, 38. + Frère Ange, empirique, I, 157. + Frères cordonniers, II, 67, 322. + Frères tailleurs, II, 61. + Friperie, II, 60. + Fromages, I, 297. + Fruiterie (offices de), I, 300. + Fruits secs I, 302. + +G. + + Gants (marchandises des gantiers et parfumeurs), II, 31. + Garçons de métier, II, 50. + Garçons de cuisine et de cabaret, II, 49. + Garnitures de rubans, II, 24. + Gazettes, I, xvij, xxix, 193. + Généalogies, II, 53. + Gibecières, I, 273. + Gobelins, II, 92-93. + Glaces de miroirs, II, 141, 142. + Grand Conseil, I, 61. + Grains balsamiques, I, 13, 171. + Grains dépuratifs du sang, I, 172. + Graines de jardins, I, 282. + Graveurs en taille douce, II, 68. + Graveurs de médailles, II, 153. + Graveurs en lettres, II, 152. + Graveurs en pierre, II, 153. + Greffiers du Parlement, I, 94. + Grenailles, I, 248. + Grenier à sels, I, 79. + Guainiers, II, 37, 49, 74. + Guinguettes, II, 305. + Guipures, II, 17. + Guitarre, I, 211. + +H. + + Habillements (habits d’hommes et de femmes), II, 58. + Habits et manteaux à vendre, II, 319. + Habits faits de théâtre et de mascarade à quatre pistoles par an, + I, 271 et II, 62. + Hameçons, I, 296. + Harans, I, 295. + Hautbois, I, 212. + Herbages, I, 165. + Hôtel de Ville, I, 75. + Heures, I, 192. + Horlogers. V. _Orlogeurs_. + Hospitaux (Administration des), I, 112. + Hostels garnis et tables d’Auberges, I, 316. + Huile d’amandes et autres tirées sans feu, I, 175. + Huile d’olive, II, 5. + Huissiers, I, 100. + Hydromètres, I, 242. + Hypocras, I, xxxiij. + +I. + + Immeubles à louer, à vendre, à échanger, II, 304. + Indiction romaine, II, 212. + Instructions (premières) de la jeunesse, I, 248. + Instruments mathématiques et de chirurgie, II, 48. + Instruments à vents, I, 212; II, 72. + +J. + + Jambons, I, 293. + Jardin médicinal, I, 26. + Jardin Royal, II, 87. + Jardinages, I, 275. + Jartières, II, 23. + Jeûnes et solemnitez, II, 215. + Jurés bourgeois, II, 54. + Jouailleries, II, 23. + Juges et Consuls, I, 76. + _Journal des avis et affaires de Paris_, I, xxxv. + _Journal des Savants_, I, 191. + _Journal du Bureau de rencontre_, I, xxxix. + Juridiction des Poudres et Salpêtres, 1, 79. + -- des Garennes, _ibid._ + -- du Chantre Notre-Dame, I, 17, 20. + +L. + + Laboratoire du sieur de Blégny, I, 169. + Lachinage, I, 239. + Lait d’anesses, de chèvres ou de vaches, II, 72. + Lancettes, II, 47. + Lapins, I, 273. + Laquais, II, 50, 344, 358, 376. + Lard, I, 293. + Leçons particulières, I, 138. + Leton, II, 46. + Lettre Dominicale, II, 211. + Librairie (impressions et Commerce de), I, 19, 185. + Lieux où se trouveront tous les quinze jours les livres d’avis, + II, 330. + Linges, points et dentelles, II, 15. + Lingots d’or et d’argent, I, 248. + Lits, I, 284, 285. + Lits à vendre, II, 314, 315, 334, 352, 360, 361, 368. + Litières, I, 267. + Livres d’avis, II, 330. + Livres de Mathématiques, I, 190. + Livres de Médecine, I, 162, 163, 190. + Livres de piété et d’église, I, 20, 26. + Lods et ventes, II, 309. + Loupes, I, 174. + Lustres et girandoles, II, 143. + Luths, I, 211. + +M. + + Macarons, I, 301. + Machinistes, II, 121. + Maçonnerie (lieutenant général de la), I, 78; II, 102. + Maçons et Manœuvres, II, 102. + Magistrats (principaux), I, 55. + Maisons à louer, 305-308, 333, 362. + Maisons à vendre, II, 308-313, 334-337, 349, 351, 367, 368. + Maladies vénériennes, I, 171. + Maladies des yeux et des oreilles, I, 174. + Marchandises d’Outre-Mer, II, 20. + -- de Dieppe, II, 22. + -- de Saint-Claude, II, 23. + Maréchaussée, I, 75. + Marionnettes et Manequins, I, 272. + Marqueterie, I, 286. + Manufactures des ouvrages du Roy, II, 87. + Maroquins, I, 109; II, 38. + Masques, I, 271. + Matériaux à bâtir, II, 105. + Mathématiques, I, 146, 254 et II, 71. + Matières métalliques (Commerce de diverses matières), II, 45. + Matières médicinales, I, 164. + Médailles, I, 130, 221, 223, 225, 227, 230; II, 382. + Médecine et Médecins, I, 150. + Médecine ordinaire, I, 150. + Médecine empirique, I, 156. + Médecins jurés, II, 52. + Melons, I, 303. + Menus Plaisirs, I, 269. + Menuiserie, II, 121. + Menuisiers en ébène, II, 353. + Mercerie, Quincaillerie (Commerce de), II, 18. + _Mercure galant_, I, 193. + Mercure d’or, I, 13. + Messageries, II, 166. + Meubles à vendre, II, 314. + Meubles de la Chine, I, 236, 240. + Meubles ordinaires et Tapisseries, I, 283. + Meubles d’orfévrerie, II, 73. + Meubles vieux, I, 287. + Migniatures, II, 97, 98. + Miroirs, II, 21, 140, 353, 361. + Mirouettiers, II, 21, 140, 353, 361. + Moëllons, II, 107, 113. + Monnoies (Fabrique des nouvelles), II, 244. + Montres à vendre, II, 322, 361. + Morrhues, I, 295. + Mouches, II, 76. + Moulin à blé à vendre, II, 324. + Moutons, I, 291. + Mulets, I, 264. + Musettes, I, 212. + Musique, I, 204. + +N. + + Nombre d’or, II, 210. + Nomenclateurs, I, vj, 7. + Nourrices, II, 49. + Nourriture, I, 289. + +O. + + Œufs, I, 296. + Officialité, I, 16, 18, 21. + Officiers nouveaux, Metteurs à bord et gardes bateaux, I, 111. + Olives, I, 303. + Omissions et changements, I, 79. + Opérations chirurgicales, I, 157 et II, 68. + Opérateurs pour la pierre, la cataracte, les dents, I, 160. + Orlogeurs, II, 73, 349, 361. + Oranges, I, 302. + Ordonnances (Nouvelles), I, 186. + Orgues, I, 205, 206; II, 316. + Orvietan, I, 169. + Ouvrages exquis de peinture et de sculpture, II, 92. + Ouvrages et bois de Menuiserie, II, 121. + Ouvrages et fournitures de Charpente, II, 115. + Ouvrages et fournitures de Couvreurs, II, 118. + Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, etc. (Commerce + des), I, 244. + +P. + Panneterie et Patisserie, I, 304. + Paniers à fruits, I, 301. + Papetiers (Marchandises de), II, 26. + Parfumeurs (Marchandises des), II, 31. + Parlement, I, 86. + Parties casuelles, I, 38, 108. + Pastel, II, 99. + Patissiers, I, 300, 304. + Paveurs (Ouvrage des), II, 157. + Peaux pour les chapeliers, II, 38. + -- pour les foureurs, II, 38. + Peaux de mouton en chamois, II, 36. + -- de chagrin, II, 37. + Peintures, sculptures, dorures, II, 144. + Peintres, II, 178; ouvrages de peinture, II, 92, 144. + Pelleterie et fourrure, II, 35. + Penitencier (grand), I, 17. + Pendules à vendre, II, 349. + Pension pour les malades, I, 178. + Pensions et répétitions pour les écoliers, I, 138, 249. + Perles, I, 248; II, 319, 322, 361. + Perruques, I, xxxiij; II, 40. + Philosophes, I, 123. + Pieds de porc à la Sainte-Menehould, I, 294. + Pierre (qualité et coupe de la), II, 111, 114, 115. + Pierreries, I, 247. + Pigeons, I, 273. + Pistaches, I, 304. + Placages (meubles de), I, 286. + Plâtre, II, 105. + Plomb en balles et grains, II, 46. + Plomberies (Ouvrages de), II, 155. + Planches de Bateaux, I, 121, 122. + Plumes d’acier, II, 76. + Points, II, 17. + Poissons, I, 294, 295. + Police, I, 186. + Portraits en cire, II, 69. + Porcelaines, I, 239 et II, 42. + Porcs, I, 292. + Poteries, Carrelage, Vuidange, II, 158. + Poulmoniques (Conserve et liqueur pour les), I, 170. + Précisions chronologiques et historiques des temps, II, 209. + Prévôté de l’Hôtel du Roy et de la Ville, I, 74. + Prévôt des Marchands, I, 75. + Prieur médecin, I, lv, 157. + Prisonniers (pauvres), I, 24. + Privilégiez, Privileges à vendre, II, 77. + Prix des Ouvrages de Maçonnerie, II, 105. + -- de Charpente, II, 116. + -- de Menuiserie, II, 122. + -- de Couvreurs, II, 119. + -- des marchandises de fer, II, 131. + -- des Glaces, II, 143. + -- des Pavés, II, 157, 158. + -- des Ouvrages de Sculpture, peinture et dorure, II, 146. + -- des Plombs, II, 156. + -- des Nattes et Frottages, II, 156, 160. + -- des Vitres, II, 138, 139, 140. + Proxenètes (courtiers antiques), I, vij, viij. + +Q. + + Quincailliers, II, 25. + +R. + + Rabats, II, 73. + Recommanderesses, I, x; II, 49. + Recueil de vers, II, 325. + Remarques sur la durée des jours et des nuits, II, 242. + -- sur les systèmes du monde, II, 203. + Remèdes pour les chevaux, I, 69. + Remèdes du Roi, I, 170. + Rentes de l’Hôtel de Ville, I, 42. + Répétitions pour les écoliers, I, 138, 249. + Requestes de l’Hôtel du Roy, I, 78. + -- du Palais, I, 78. + Rocfort, fromage, I, 299. + Roulliers et charrettes de routes, II, 174. + Rubans, II, 20. + +S. + + Sable, II, 157. + Sages femmes jurées, II, 69. + Saignée, I, 159. + Savons, II, 7, 33. + Savoyards, II, 21. + Science des Temps, II, 205. + Sculpteurs, II, 92, 145. + Sculpture (Ouvrages de), II, 145. + Séances des Tribunaux, I, 78. + Secret pour guérir le _Miserere_, II, 324. + Secrétaires du Roy, I, 54. + Secrétaires et Greffiers, I, 93. + Sel policreste, I, 169. + Sergens, I, 100. + Seringues, II, 77. + Sermons, I, 200, 201. + Serrures, II, 136. + Servantes, I, x; II, 49. + Sirop de vanille, I, 177. + -- de thé, febrifuge, I, 177. + Soies, II, 9. + Souliers, II, 67. + Squelettes, II, 77. + Sucres, II, 6. + Suif, II, 8. + Supputation des Epoques, II, 210. + Systêmes du monde, II, 203. + +T. + + Table de Marbre (juridiction de la), I, 78. + Tableaux, I, 239. + Tableaux à vendre, II, 360. + Tablettes à vendre, II, 359. + Tablettes d’Alary, I, 177. + Tablettes de poche, I, 243. + Taillandiers, II, 47. + Tailleurs, II, 59, 60, 61. + Tambours, I, 263. + Tamis, II, 77. + Tapisseries à vendre, II, 314, 336, 350, 361. + Tapissiers fripiers, I, 287; II, 326. + Tapisseries et Meubles ordinaires, I, 283. + Tapisseries de cuir doré, I, 286. + -- d’Auvergne, II, 340. + -- de la Savonnerie, II, 320, 326. + -- de Flandres, I, 283. + -- de Beauvais, I, 283. + -- d’Aubusson, I, 283. + -- de Bergame et de Rouen, I, 284. + Tarif des nouvelles monnoyes, II, 244. + Temporalité, I, 79. + Tentes et pavillons de guerre, I, 262. + Tentures de haute lice, I, 283; II, 315. + Terre cizellée, I, 240. + Théorbes, I, 210; II, 326. + Terres, fiefs et seigneuries à vendre, II, 337, 338, 349, 360, 363, + 367. + Thériaque de Rouvière, I, 167. + Thermomètres, I, 242. + Tireurs d’or, II, 46. + Toiles cirées, II, 76. + Tontine, I, 44. + Tourneurs, II, 51, 103-104. + Traiteurs, I, 314, 315, 319. + Treillis d’Allemagne, II, 13. + Trésor des Almanachs, II, 193. + Trésor d’Esculape, II, 177. + Trésor Royal (Gardes du), I, 28. + Trésoriers, I, 38, 53. + Tribunaux, I, 78. + Triquetracts, I, 274. + Trompettes et timbales, I, 215; II, 73. + Truffles, II, 71. + Tuiles, II, 119. + Tuyaux de tolle de fer à brûler du bois sans fumée, II, 76. + +V. + + Vacations des Tribunaux, I, 86. + Vaches de Roussy, II, 37, 38. + Volailles, I, 292. + Vapeurs, I, 171; II, 79. + Veaux, I, 291. + Verre (Vitriers), II, 44, 138. + Verrerie (Commerce des Verriers), II, 41. + Vérifications et rapports de jurez, II, 52. + Vins de liqueurs, I, 301. + Vins (Marchandises et aprest de), I, 309 et II, 318, 324. + Violle et Viollon, I, 209, 210 et II, 317. + Vieux papiers et parchemins, II, 28. + Vitriers (Ouvrage des), II, 138. + Voyer, I, 109. + +Y. + + Yeux artificiels, II, 75. + + + + +TABLE DU TOME PREMIER + + + Introduction v + Le _livre commode_ contenant les adresses de la ville de Paris 1 + Table générale des articles 323 + Table alphabétique des matières contenues dans les deux volumes 325 + + + + +NOTE DU TRANSCRIPTEUR + + +L’orthographe est conforme à l’original. + +On a recopié, dans cette transcription du tome premier, la partie +correspondante de la table des articles, ainsi que l’index alphabétique, +qui figurent dans le tome II de l’original. On a également ajouté une +table pour le présent tome, sur le modèle de celle du tome II (en +reprenant les libellés des éléments recopiés, et en extrapolant les +numéros de page). + + + + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 *** diff --git a/75205-h/75205-h.htm b/75205-h/75205-h.htm new file mode 100644 index 0000000..b132a50 --- /dev/null +++ b/75205-h/75205-h.htm @@ -0,0 +1,18124 @@ +<!DOCTYPE html> +<html lang="fr"> +<head> + <meta charset="UTF-8"> + <title>Le livre commode des adresses de Paris, tome Ier | Project Gutenberg</title> + <link rel="icon" href="images/cover.jpg" type="image/x-cover"> + <style> + +p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em; + margin: .3em 0;} +p.noindent { text-indent: 0; } + +h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; } +h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; } +h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; } + +div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0; + margin: 1em 0; } + +.large { font-size: 130%; } +.small { font-size: 90%; } +.xsmall, small { font-size: 80%; } + +.maigre { font-weight: normal; } +.i { font-style: italic; } +.i i, .i em, .rm { font-style: normal; } + +.sc { font-variant: small-caps; } + +.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; } +.stanza { margin-top: 1em; } +.verse { padding-left: 3em; text-indent: -3em; } +.i1 { text-indent: -2em; } +.i2 { text-indent: -1em; } +.i3 { text-indent: 0; } +.i4 { text-indent: 1em; } +.i5 { text-indent: 2em; } +.i6 { text-indent: 3em; } +.i7 { text-indent: 4em; } +.i8 { text-indent: 5em; } + +.ind { margin-left: 2em; } +p.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; } + +span.fl { float: right; text-indent: 0; text-align: right; } + +hr { width: 20%; margin: 1em 40%; } + +sup { font-size: smaller; vertical-align: 30%; line-height: 1em; } +i sup, .i sup { font-style: normal; padding-left: .15em; } + +li { list-style: none; } + +div.flex { display: flex; justify-content: center; } +table { margin: 1em auto; } +td { vertical-align: top; } +td.bot { vertical-align: bottom; padding-left: 1em; } +td.c div { text-align: center; } +td.r div { text-align: right; } +td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; text-align: left; } + +a { text-decoration: none; } + +.fnanchor { font-size: 80%; padding: 0 .15em; + text-decoration: none; font-style: normal; vertical-align: 30%; line-height: 1em; +} +.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; } +.footnote .label { } +.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; } + +div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; } +.break, .chapter { margin-top: 4em; } + +.pagenum { position: absolute; right: 1%; font-style: normal; + text-align: right; color: #555; text-indent: 0; +} + +.trnote { font-family: sans-serif; font-size: 95%; padding: .5em; + margin: 3em 5% 1em 5%; border: thin dotted; background: #eee; } +.trnote h2 { margin: .5em 0; } + + +img { max-width: 100%; } + +@media screen { + body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; } + img { max-height: 700px; } +} + +.x-ebookmaker .break, .x-ebookmaker .chapter { page-break-before: always; } +.top2em { padding-top: 2em; } +.nobreak { page-break-before: avoid; } + + </style> +</head> +<body> +<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 ***</div> +<div class="x-ebookmaker-drop c"><img src="images/cover.jpg" alt=""></div> +<div class="x-ebookmaker-drop break"></div> +<h1 class="top2em"><span class="xsmall">LE</span><br> +<span class="large">LIVRE COMMODE</span><br> +DES ADRESSES DE PARIS<br> +<span class="small">pour 1692</span></h1> + +<p class="c">par<br> +ABRAHAM DU PRADEL<br> +(<span class="small">NICOLAS DE BLEGNY</span>)</p> + +<p class="c"><i>Suivi d’appendices,<br> +précédé d’une introduction, et annoté</i><br> +par<br> +<span class="large">ÉDOUARD FOURNIER</span></p> + +<p class="c large"><span class="sc">Tome</span> I<sup>er</sup></p> + + +<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br> +<span class="sc">Paul DAFFIS</span>, <span class="small">ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE</span><br> +<span class="xsmall">DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE</span><br> +7, rue Guénégaud</p> + +<p class="c small">M DCCC LXXVIII</p> + +<div class="break"></div> + +<p class="c top2em">OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.</p> + + +<p class="drap"><i>Histoire de la Butte des Moulins</i>, suivie d’une étude historique +sur les demeures de Pierre Corneille à Paris, +avec deux vues de la Butte en 1551 et 1652. Beau +volume in-18, papier vélin. +<span class="fl">3 fr. 50</span></p> + +<p class="drap"><i>Le Vieux Neuf.</i> Seconde édition, refondue et considérablement +augmentée. 3 vol. gr. in-18. +<span class="fl">15 fr.</span></p> + +<p class="drap"><i>L’Esprit des autres.</i> 5<sup>e</sup> édition refondue et considérablement +augmentée. 1 vol. in-18. (Sous presse.)</p> + + +<p class="c gap">Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.<br> +Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="pv">-v-</span></p> + +<h2 class="nobreak" id="intro">INTRODUCTION.</h2> + + +<p>Les guides, les <i lang="it" xml:lang="it">ciceroni</i> dans les grandes +villes sont aussi anciens qu’elles. +Nous n’en connaissons pas une, du +moins, parmi les plus célèbres, qui +n’ait eu les siens.</p> + +<p>Athènes et Corinthe offroient aux étrangers +qui les visitoient tout un collége d’<i>exégètes</i> +(conducteurs), « dont la charge, lisons-nous +dans les <i>Mélanges</i> publiés sous le nom de Vigneul +Marville<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, étoit de leur faire voir ce qu’il +y avoit de curieux, de leur expliquer les inscriptions +anciennes et tout ce qui concernoit ce +genre d’érudition. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> T. II, p. 217.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="pvj">-vj-</span>Pausanias n’a eu garde de les oublier. Ils +avoient dû, en effet, lui être fort utiles pour le +renseigner sur les détails d’art et d’antiquité que +recherchoit surtout sa curiosité de voyageur. +L’<i>Itinéraire</i>, qu’il rédigea au retour, est rempli +de ce qu’il recueillit à leur suite. On y trouve, +à chaque page de ses dix livres, une trace de +leurs renseignements. Aussi cette première relation +d’un <i>Voyage en Grèce</i> n’est-elle, elle-même, +comme on l’a justement remarqué<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>, qu’une sorte +de guide du touriste.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Biog. génér.</i>, t. XXXIX, p. 415.</p> +</div> +<p>De Rome, où, comme à Pompeï, les affiches +étoient d’ailleurs en usage<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, il nous est resté, +pour la ville même, distribuée par régions, deux +de ces « guides », l’un de Publius Victor, l’autre +plus incomplet attribué à Sextus Rufus. Les +indications n’y sont que sommaires, mais d’une +multiplicité de détails surprenante. Il n’y est +fait grâce ni du plus petit temple (<i lang="la" xml:lang="la">ædicula</i>), ni +d’un bain, ni d’un arbre, si peu qu’il fût consacré, +etc., etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> V. <i>Le Vieux-neuf</i>, 2<sup>e</sup> édit., t. II, p. 64, note ; et 94-95.</p> +</div> +<p>Pour compléter ces « guides » écrits et empêcher +qu’on ne s’égarât dans le labyrinthe de +curiosités qu’ils vous ouvroient, il y avoit ce +qu’on appeloit des <i lang="la" xml:lang="la">nomenclatores</i><a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, sortes de +guides parleurs et bavards, qui — leur nom le +disoit — vous faisoient la liste, vous dressoient, +de mémoire, « la nomenclature », nom par nom, +de toutes les personnes de distinction qui passoient, +et vous animoient ainsi la rue ou la +<span class="pagenum" id="pvij">-vij-</span>place, dont ils vous montroient les monuments. +De cette façon, ils n’expliquoient pas seulement +le tableau, ils y mettoient les personnages.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Cicero, <i lang="la" xml:lang="la">ad Atticum</i>, lib. IV.</p> +</div> +<p>Les riches patriciens avoient de ces « nomenclateurs » +parmi leurs esclaves. Ils leur faisoient +tenir pour eux une sorte d’almanach des adresses, +où figuroient, avec les gens composant leur +« clientèle », les nombreux amis que leur avoit +tout naturellement attirés la richesse.</p> + +<p>L’usage de ces esclaves dresseurs de listes +existoit depuis longtemps chez les rois d’Asie, +et c’est de là qu’il étoit venu à Rome. Sénèque +ne le condamna que plus sévèrement dans un de +ses traités, où cet étalage de clients et d’amis ne +lui semble qu’une ostentation de cour :</p> + +<p>« C’est, dit-il<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>, une vieille coutume des rois +ou de ceux qui imitent les rois, de faire enregistrer +un peuple d’amis. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">De Beneficiis</i>, lib. VI, cap. 33.</p> +</div> +<p>A côté du renseignement curieux, l’étranger +pouvoit, dans les villes grecques, trouver le renseignement +utile. Étoit-ce un Corinthien de passage +à Athènes, ou un Athénien à Corinthe ? Il +trouvoit chez le chargé d’affaires de sa ville tout +ce qui pouvoit l’empêcher de s’égarer ou d’être +pris pour dupe. Le gîte même, s’il arrivoit avec +une mission de ses concitoyens, lui étoit fourni +par ce fonctionnaire — nous allions presque +dire ce consul — complaisant et hospitalier<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Boeckh, <i>Economie politique des Athéniens</i>, t. I, p. 388.</p> +</div> +<p>On l’appeloit <i>Proxène</i>, mot que reprirent les +Romains pour en faire celui de <i lang="la" xml:lang="la">Proxeneta</i>, qui +n’eut que plus tard le sens déshonnête qu’il devoit +<span class="pagenum" id="pviij">-viij-</span>prendre et que nous avons laissé à son +dérivé proxénète.</p> + +<p>D’abord, le <i lang="la" xml:lang="la">proxeneta</i> n’étoit à Rome qu’une +sorte de courtier en marchandises, un intermédiaire, +<i lang="la" xml:lang="la">intercessor</i>, comme dit Apulée, entre +l’acheteur et le vendeur. Il s’entremettoit pour +les affaires de change, qui ont toujours tant importé +aux étrangers. Il négocioit même pour +eux ou pour les clients urbains, des emprunts à +intérêts<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. En ce cas, il prenoit le nom spécial de +<i lang="la" xml:lang="la">pararius</i><a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>. De tout cela, il formoit un ensemble +d’affaires, auxquelles on avoit donné le nom +particulier de <i lang="la" xml:lang="la">proxenetica</i>, et que la loi reconnoissoit +comme légales : <i lang="la" xml:lang="la">Proxenetica</i>, lit-on dans +le Digeste<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, <i lang="la" xml:lang="la">jure licito petuntur</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Sénèque, <i>Epître</i> 119.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Id. Des bienfaits</i>, liv. III.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Liv. 50, tit. 14, loi 1<sup>re</sup>.</p> +</div> +<p>Malheureusement d’autres trafics s’y mêlèrent +peu à peu pour primer honteusement les premiers. +Le proxénétisme devint ce que nous l’indiquions +tout-à-l’heure. Les proxénètes finirent +par n’être plus que des entremetteurs, des courtiers +de débauches.</p> + +<p>D’autres agents, les <i>prosagogues</i> qui s’étoient +faits, comme les <i>exégètes</i>, mais avec moins de +savoir, les interprètes et les conducteurs des +étrangers, tombèrent aussi, par l’abus de leur +métier, dans une infamie qui n’étoit pas moins +dégradante. Ils se firent espions et délateurs. +S’ils renseignoient d’un côté ceux qui en toute +confiance les prenoient pour guides, de l’autre +ils donnoient sur eux et contre eux des renseignements +<span class="pagenum" id="pix">-ix-</span>à la police. Plutarque s’en est plaint +dans la <i>Vie de Dion</i>.</p> + +<p>A l’époque même, où ils n’en étoient pas encore +là, et s’en tenoient aux choses permises de +leur profession d’interprètes et de « donneurs +d’indications », ils n’avoient pas semblé au +grand philosophe de la vie pratique, Aristote, +d’une utilité suffisamment étendue et sérieuse.</p> + +<p>Pour qu’il fût possible à chacun de s’éclairer +sur ce qui importoit à son travail ou à ses affaires, +il eût voulu plus et mieux que ces <i>proxénètes</i> et +ces <i>prosagogues</i> : « Il est nécessaire, dit-il, dans +sa Politique<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, qu’il existe quelque chose, où le +peuple se puisse renseigner, et perde ainsi tout +prétexte d’être oisif. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Liv. IV, ch. 15.</p> +</div> +<p>Un peu plus haut, dans le même traité<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, il +avoit dit : « On convient que, dans une république +bien constituée, ce qui est nécessaire à +chacun doive être en évidence. Mais comment y +parvenir ? Ce n’est pas facile. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Id.</i> Liv. III, ch. 7.</p> +</div> +<p>Il fallut, en effet, bien des siècles encore, +pour trouver la solution du problème.</p> + +<p>Au moyen-âge, l’utilité s’éclairant par la charité +qui fut sa vraie lumière, il y eut quelques +bonnes tentatives et quelques progrès. Dès le +<small>XI</small><sup>e</sup> siècle, par exemple, les pauvres filles en +quête de conditions surent où se renseigner pour +en trouver une, et en même temps, qui mieux est, +n’eurent plus à chercher le refuge où elles pourroient +l’attendre : les bonnes sœurs de <i>l’Ostellerie +Sainte Opportune</i>, ou <i>Catherinettes</i>, leur +<span class="pagenum" id="px">-x-</span>offroient à la fois les renseignements et le gîte<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Piganiol de la Force, <i>Descript. de Paris</i>, t. II, p. 149 ; +H. Bordier, <i>les Églises et les Monastères de Paris</i>, 1856, +in-12, p. 23.</p> +</div> +<p>En 1330, autre fondation d’une charité tout +aussi hospitalière et plus maternelle encore. Les +nourrices de la campagne ne savoient pas, en +venant à Paris, comment trouver des nourrissons, +et les mères n’ignoroient pas moins de +quelle façon se procurer des nourrices. L’établissement +dont nous voulons parler y pourvut, +en satisfaisant les unes et les autres.</p> + +<p>La nourrice du fils du roi, alors régnant, Philippe +VI, avoit quatre grandes filles. On leur +créa quatre offices, qui constituoient à chacune +le privilége de tenir un bureau, où mères et +nourrices pussent se présenter pour s’entendre<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Hurtaut et Magny, <i>Dict. hist. de la ville de Paris</i>, +t. IV, p. 216-217.</p> +</div> +<p>On les appela <i>Commanderesses</i>, ou mieux +<i>Recommanderesses</i>, mot qui étoit moins nouveau +que leur office. Il servoit déjà depuis quelque +temps à désigner certaines femmes qui faisoient +une concurrence active, mais non gratuite, +aux <i>Catherinettes</i>, pour le placement des +servantes.</p> + +<p>Nous en trouvons deux dans le registre de +la Taille, de 1292, et, un peu plus tard, elles +furent assez nombreuses pour donner leur nom +à la partie de la rue de la Vannerie qu’elles +occupoient du côté du carrefour Guillori<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Voir ce qui en est dit plus loin.</p> +</div> +<p>Toute pauvre fille une fois placée par ces +<i>Recommanderesses</i>, leur payoit un droit sur ses +<span class="pagenum" id="pxj">-xj-</span>premiers gages, tandis qu’en sortant de <i>l’Ostellerie +Sainte Opportune</i>, elle n’auroit eu qu’à dire +merci à Dieu et aux bonnes sœurs.</p> + +<p>Où celles-ci mettoient la charité, les recommanderesses +mettoient le courtage.</p> + +<p>Il commençoit, du reste, alors à fonctionner +sous toutes les formes, dans presque tous les +métiers, même ceux où il étoit inutile. Estienne +Boileau eut donc soin d’exclure ceux qui en +étoient les agents, c’est-à-dire « les couratiers », +partout où il ne les trouva pas indispensables : +« El mestier devant dit, écrit-il en pareil cas, +ne puet ne ne doit avoir nul courratier<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Est. Boileau, <i>Livre des Mestiers</i>, p. 149.</p> +</div> +<p>Ils n’en furent ni moins nombreux, ni surtout +moins tenaces, pour tâcher de se faire une double +proie, aux trousses du vendeur et de l’acheteur.</p> + +<p>Il n’est pas de trafics où on ne les trouve.</p> + +<p>Dans chaque négoce, se faufilent « proxenettes-couratiers, +comme il est dit dans le +<i>Coustumier général</i>, et autres commis à vendre +marchandises à eux confiées<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>. » Veut-on, par +exemple, pour entrer en campagne, ou seulement +pour quelque passe d’armes, un bon cheval +qui se puisse monter sans retard ? Désire-t-on +une belle haquenée dont on puisse faire présent ? +Le courtier est là qui vous les procure, et qui +« moyenne », comme on disoit, le marché. +« Alors, lisons-nous dans l’<i>Hystoire du petit +Jehan</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, à propos des palefreniers et maréchaux +du roi auxquels, en arrivant, il s’étoit adressé, +<span class="pagenum" id="pxij">-xij-</span>alors envoyèrent quérir les plus souffisants et +féables couratiers de chevaux, et se informèrent +des plus belles hacquenées qui fussent à Paris. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> T. I, p. 899.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Edit. Guichard, p. 69.</p> +</div> +<p>Les mariages mêmes déjà n’échappoient point +à ces courtages, et les moines, disoient les mauvaises +langues, s’en mêloient quelquefois. Ils se +faisoient « moyenneurs de mariages », pour +nous servir d’une expression de Philippe de +Commines<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Une satire contre les Dominicains, +que cite Du Cange<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>, le leur reproche, ainsi que +d’autres petits trafics de même sorte :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Liv. III, ch. 8.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Nouv. édition, au mot <i lang="la" xml:lang="la">corraterius</i>.</p> +</div> +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">De maint marchié sont couratiers</div> +<div class="verse">Encor plus ils sont curatiers</div> +<div class="verse i4">De mariages.</div> +</div> + +</div> +<p>Dans tout cela, si ce n’est pour ce qui intéressoit +les servantes, à l’isolement desquelles +pourvoyoit si naturellement l’œuvre des <i>Catherinettes</i>, +il n’y avoit pas eu d’avantages nouveaux +et surtout désintéressés en faveur du public.</p> + +<p>Il lui manquoit toujours, lorsqu’il cherchoit à +se renseigner sur ce qui lui importait pour ses +besoins ou ses affaires, ce qui lui avoit manqué +du temps d’Aristote.</p> + +<p>L’idée et les vœux de celui-ci restoient ainsi +pleinement à satisfaire, lorsqu’au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, un +homme du meilleur sens, le père de Montaigne, +s’en occupa, croyant, d’ailleurs, qu’on ne l’y +avoit pas devancé. Il ne les réalisa pas, même +par un commencement de mise en pratique ; +mais grâce à l’autorité de son fils qui eut l’excellent +esprit d’en parler dans ses <i>Essais</i>, et d’insister +<span class="pagenum" id="pxiij">-xiij-</span>sur ce qu’il y avoit là de nécessaire, +la voie cette fois leur fut ouverte, et quelqu’un, +comme nous le verrons, éclairé, guidé par ce +qu’il en avoit dit, se trouva enfin pour les faire +passer du projet à l’application.</p> + +<p>C’est au chapitre 34 de son 1<sup>er</sup> livre publié en +1580, que sous ce titre : <i>D’un défaut de notre +police</i>, Montaigne nous a entretenus des idées +de son père sur ce point, sans savoir plus que lui +du reste qu’il y avoit eu Aristote pour précurseur.</p> + +<p>« Feu mon père, dit-il, homme pour n’estre +aidé que de l’expérience et du naturel, d’un +jugement bien net, m’a dit autrefois qu’il avoit +désiré mettre en train, qu’il y eust es villes certain +lieu désigné, auquel ceux qui auroient besoin +de quelque chose se peussent rendre, et +faire enregistrer leur affaire à un officier estably +pour cet effect : comme je cherche à vendre des +perles, je cherche des perles à vendre, tel demande +un ouvrier, qui ceci, qui cela chacun +selon son besoin, et semble que ce moyen de +nous entr’advertir apporteroit non légère commodité +au commerce public ; car à tous coups il +y a des conditions qui s’entrecherchent, et, pour +ne s’entendre, laissent les hommes en extrême +nécessité. J’entends avec une grande honte de +notre siècle. »</p> + +<p>A ce propos, prenant alors l’idée par ce qu’elle +a de plus élevé et de plus charitable, il laisse +tout ce qui peut y intéresser le commerce, et ne +voit que ce qui s’y trouveroit d’avantages pour +ceux que, malgré leur mérite, la misère tue, +les moyens leur manquant pour faire connaître +que ce mérite est sans emploi.</p> + +<p><span class="pagenum" id="pxiv">-xiv-</span>Il cite, comme exemples, deux savants, l’un +d’Allemagne, l’autre d’Italie, morts ainsi, dit-il, +« en l’estat de n’avoir pas leur saoul à manger, +et, ajoute-t-il, croy qu’il y a mil hommes qui +les eussent appelez avec très-avantageuses conditions, +ou secourus où ils estoient s’ils l’eussent +sçu. »</p> + +<p>Il ne croit pas, en parlant ainsi, trop présumer +du monde, « qui n’est pas, dit-il, si généralement +corrompu. » Il se porte d’ailleurs garant que son +père n’eût pas autrement agi. Quant à lui-même, +en toute franchise, il avoue qu’il n’y eût peut-être +pas été si empressé : « En la police œconomique, +dit-il, mon père avoit cet ordre, que je +sçay louer, mais nullement ensuivre. »</p> + +<p>Il n’y avoit guère en ce temps, sans journaux, +que les livres pour répandre les idées, et comme +beaucoup ne paroissoient que pour être oubliés, +et déjà lettres mortes, ce qu’ils devoient faire +connoître restoit comme eux inconnu. Les <i>Essais</i>, +par bonheur, ne devoient pas être de ces mort-nés +de la philosophie. Le succès fut très-vif, tant +pour le livre et ses merveilleuses fantaisies de +forme et d’allures, que pour ce qui s’y animoit de +ces allures, et s’y revêtoit de cette forme.</p> + +<p>Tout germa, tout fructifia de ce qu’il portoit +comme semence. Deux ans après qu’il eut paru, +nous voyons, par exemple, publier à Genève un +petit livret de renseignements, qui pourroit bien +déjà n’être qu’une variante de ce que Montaigne +avoit demandé. Il vouloit, lui, qu’en arrivant +dans une ville, chacun pût savoir où trouver ce +qu’il lui faut. Le petit livret dont nous parlons, +prenoit l’idée à revers. Il vous renseignoit sur +<span class="pagenum" id="pxv">-xv-</span>tout ce dont il faudroit se garder en s’aventurant +dans les boutiques. C’étoit arriver au même but, +mais par le côté contraire, comme on arrive à +l’orthographe par la cacographie.</p> + +<p>Voici le titre, qui, tant il est net, nous dispensera +de plus longues explications :</p> + +<p><i>Le Livre des Marchands, fort utile à toutes gens +pour cognoistre de quelles marchandises on se doit +donner garde d’estre deceu</i>. Genève, 1582, in-24.</p> + +<p>Sous Henri IV, ce fut mieux. L’homme à projets +du règne, Barthélemy de Laffémas, « tailleur +varlet de chambre du roy », comme il aimoit à +se qualifier<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>, auquel l’industrie et le commerce +de son temps durent tant de progrès<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>, et en +auroient dû bien davantage, si le roi n’eût pas +été tué, s’inspira de l’idée même de Montaigne, +et en fit le point de départ d’un établissement, +qui auroit pu complètement et très-largement la +réaliser.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Variétés hist. et litt.</i> de la Biblioth. Elzévirienne, +t. VII, p. 303.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <i>Id. ibid.</i></p> +</div> +<p>Ce fut, malheureusement, parmi ses projets, +un de ceux qui ne survécurent pas au roi qui +protégeoit et qui encourageoit Laffémas. Cet +appui manquant, il n’y donna pas suite. Comme +la plupart des autres, il le laissa oublier, et l’on +n’en sauroit même rien, si, après sa mort, son +fils Isaac, le même qui fut le grand justicier de +Richelieu<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, n’en avoit pas parlé dans le traité +où, sous ce titre : <i>Histoire du Commerce de +<span class="pagenum" id="pxvj">-xvj-</span>France</i>, il ne fait guère que l’apologie historiée +des projets de son père<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Id.</i>, t. X, p. 18.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Cimber et Danjou, <i>Archives curieuses</i>, 1<sup>re</sup> série, t. XIV, +p. 409-430.</p> +</div> +<p>Il ne dissimule pas pour celui-ci que l’inspiration +lui en avoit pu venir de Montaigne « que +l’on tient, dit-il<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>, avoir eu d’aussi heureuses et +fortes conceptions qu’homme du monde. » Laffémas +n’avoit fait que développer et étendre ; +mais, cela, suivant son fils, en de telles proportions, +que le projet en étoit devenu ce qu’il +pouvoit y avoir de plus profitable pour l’intérêt +du commerce.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Id.</i>, p. 424.</p> +</div> +<p>Plus de difficultés dès lors, plus d’entraves. +Les affaires, que d’utiles renseignements éclairent +de partout, se font d’elles-mêmes, aussi bien sur +place que par correspondance, car Laffémas n’a +pas limité à une seule ville, à Paris, les bienfaits +de sa fondation. Il veut que l’Europe, que le +monde entier, s’il se peut, en profite.</p> + +<p>Son fils, qui reprend l’idée, ne la voit pas +autrement. Il s’enthousiasme de cet accord universel +entre tous les trafiquants de l’Univers ; il +ne voit rien qui puisse y faire obstacle, si les +Bureaux dont son père a conçu l’idée d’après +celle du père de Montaigne, peuvent enfin +s’établir :</p> + +<p>« J’attends cela, dit-il<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, de l’invention des +Bureaux publics, qui défaillent seuls à la facilité +de nostre commerce pour le rendre à sa perfection, +bureaux, autant nécessaires à l’utilité publique +<span class="pagenum" id="pxvij">-xvij-</span>et commodité des particuliers, que tout +ce qu’on a inventé pour cet effet.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>Id.</i>, p. 423-424.</p> +</div> +<p>« Je veux, ajoute-t-il, signaler cette proposition +entre les plus belles que mon père ait jamais +faites, pour la première, plus utile, et de plus +grande importance ; aussi est-ce un remède tacite +à une infinité d’abuz, et un préservatif +contre la ruine de notre commerce, outre tant +de diverses particularitez que cela demanderoit +autant d’histoires, auxquelles toutesfois faudroient +et le papier et le temps.</p> + +<p>« Il me suffira de dire que seront certaines +correspondances que les agents publics auront +par toutes les villes, pour faire gérer et négocier +toutes sortes d’affaires, qui leur seront volontairement +et sans contrainte apportées en leurs +bureaux. »</p> + +<p>Cela étoit écrit en 1606. Trois ans après, +l’idée reparoissoit, mais sous une autre forme, +celle d’une feuille de publicité, comme nous +dirions, qui devoit répandre dans le public, ce +que d’après le système de Laffémas, on eût été +obligé d’aller chercher dans ses Bureaux.</p> + +<p>C’est sous le nom de <i>Gazette</i>, employé là pour +la première fois, que cette feuille d’annonces +devoit paroître. Viollet-le-Duc possédoit le seul +livret qui en fut publié, et dont la rareté est +telle, que jamais on n’en a vu que son exemplaire<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Brunet, <i>Manuel du Libraire</i>, t. II, col. 1515.</p> +</div> +<p>Cette <i>Gazette</i> est en rimes, comme il y en eut +tant d’autres plus tard, et comme il en couroit +déjà de manuscrites. Où la prose n’eût pas été +<span class="pagenum" id="pxviij">-xviij-</span>permise alors, on toléroit ainsi les vers, surtout +lorsque, comme ici, ils ne prenoient pas l’allure +trop sérieuse de l’alexandrin.</p> + +<p>Dès son titre, <i>la Gazette</i>, dont nous allons +faire rapidement l’analyse, d’après celle qu’en a +donnée Viollet-le-Duc<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>, se déclare on ne peut +mieux renseignée de partout, sur les hommes et +sur les choses :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Bibliothèque poétique</i>, 1843, in-8, p. 349-350.</p> +</div> +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">La Gazette en ses vers</div> +<div class="verse">Contente les cervelles ;</div> +<div class="verse">Car de tout l’Univers</div> +<div class="verse">Elle reçoit nouvelles.</div> +</div> + +</div> +<p>On y semble savoir ce que désiroient le père +de Montaigne et Barthélemy de Laffémas. Tout +ce qu’ils n’ont vu qu’en utopie, on y satisfait, +on le réalise :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">La Gazette a mille courriers</div> +<div class="verse">Qui logent partout sans fourriers.</div> +<div class="verse">Il faut que chacun luy réponde</div> +<div class="verse">Selon sa course vagabonde</div> +<div class="verse">De ça, de là diversement,</div> +<div class="verse">De l’Orient en Occident</div> +<div class="verse">Et de toutes parts de la sphère,</div> +<div class="verse">Sans laisser une seule affaire</div> +<div class="verse">Soit d’Edit, de Commissions</div> +<div class="verse">De düels, d’exécutions</div> +<div class="verse">De pardons pleniers et de bulles,</div> +<div class="verse">D’ambassadeurs venus en mulles…</div> +<div class="verse">De morts subites de seigneurs</div> +<div class="verse">Pour estre trop grands besogneurs</div> +<div class="verse">Des livres de maître Guillaume…</div> +<div class="verse">Quoi qu’il en soit rien ne s’oublie</div> +<div class="verse">Car la Gazette multiplie</div> +<div class="verse">Sans relasche ses postillons</div> +<div class="verse">Vistes comme des Aquilons…</div> +</div> + +</div> +<p><span class="pagenum" id="pxix">-xix-</span>Les modes auront leur chapitre, tant pour les +hommes que pour les femmes.</p> + +<p>Les uns apprendront de quels « points » ou +dentelles il sied de se parer, et quel air il faut +donner, en la portant, à « la roupille » ou cape +à l’espagnole :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">La Gazette en cette rencontre</div> +<div class="verse">Comprend les poincts plus accomplis,</div> +<div class="verse">Les courtes chausses à gros plis,</div> +<div class="verse">Les gauches détours des roupilles, etc. ;</div> +</div> + +</div> +<p>Les autres, pour lesquelles le détail est plus +étendu et plus galant, trouveront où s’aller fournir +de ce qui intéresse la coquetterie :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i3">… Les méthodes,</div> +<div class="verse">Les inventions et les modes,</div> +<div class="verse">Des cheveux neufs à qui les veut,</div> +<div class="verse">Fausses gorges à qui ne peut,…</div> +<div class="verse">Nœuds argentez, lassets, escharpes,</div> +<div class="verse">Bouillons en nageoires de carpes,</div> +<div class="verse">Porte-fraises en entonnoir,</div> +<div class="verse">Oreillettes de velours noir,</div> +<div class="verse">Doubleures aux masques huilées,</div> +<div class="verse">Des mentonnières dentellées,</div> +<div class="verse">Des sangles à roidir le busc,</div> +<div class="verse">Des endroits où l’on met le musc.</div> +</div> + +</div> +<p>Tout cela — le ton le dit assez — n’étoit que +pour rire. Cette <i>Gazette</i> semble n’avoir paru que +pour se moquer de ce que pourroit être un journal +de faits, d’avis et d’affaires, qui paroîtroit +régulièrement. C’est ce qui, — de même que la +mise à exécution si longtemps attendue de l’idée +de Montaigne et de Laffémas, — ne tarda guère.</p> + +<p>Dès 1612, Théophraste Renaudot, médecin +du Roi, se disant grand ami des pauvres, +étoit en instance près de la Reine-mère, tant +pour obtenir le privilége d’une <i>Gazette</i> que pour +<span class="pagenum" id="pxx">-xx-</span>avoir, par privilége aussi, permission d’ouvrir +des <i>Bureaux d’adresses</i> ; il complétoit ainsi une +fondation par l’autre.</p> + +<p>Les <i>Bureaux</i> furent la première.</p> + +<p>Elle devança l’autre d’une année. A peine +Renaudot en avoit-il émis le projet, qu’il recevoit +l’approbation royale. Ce n’étoit malheureusement +qu’un premier pas. Cinq ans se passèrent avant +qu’il pût en faire un second. L’approbation royale +étoit du 14 octobre 1612, il n’eut que le 30 octobre +1617 l’approbation du Conseil. Il fallut +ensuite aller devant le Parlement pour obtenir +arrêt de jouissance. Les démarches traînèrent, +avec une formalité par étape, du 30 octobre 1617 +au 3 février 1618, et du 16 février 1618 aux 28 +février et 22 mars 1624.</p> + +<p>Ce n’est pas tout, quand le Parlement eut +approuvé, une nouvelle halte fut nécessaire pour +attendre la déclaration royale. Elle n’arriva que +quatre ans après, le 31 mars 1628. Enfin, Renaudot +touchoit à son privilége, mais il fallut, +pour qu’il l’eût en main, plus de quatorze mois +encore. Il n’est daté que du 8 juin 1629.</p> + +<p>C’est à la fin de cette année qu’il ouvrit, je +ne dirai pas <i>son</i>, mais ses <i>Bureaux</i>. Lui-même, +en effet, nous donne à entendre qu’il en avoit +plusieurs, par la façon dont il fait connoître son +adresse, à la fin du titre de la brochure gr. in-4<sup>o</sup> +de 34 pages, qu’il publia aussitôt pour mettre +son idée au grand jour :</p> + +<p>« <i>Inventaire des addresses du Bureau de rencontre, +où chacun peut donner et recevoir advis de toutes +les nécessitez et commoditez de la vie et société +humaine, par permission du Roy contenue en ses +<span class="pagenum" id="pxxj">-xxj-</span>brevets</i>, etc. <i>Dédié à M<sup>gr</sup> le Commandeur de la +Porte</i>, par T. Renaudot, médecin du Roy, à +Paris, à l’enseigne du Coq, rue de la Calandre, +sortant au Marché neuf où l’un desdits bureaux +d’addresse est estably. »</p> + +<p>Dans la longue préface, dont il fit précéder +cet « inventaire », et que reproduisit le <i>Mercure +françois</i> de l’imprimeur Richer<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>, seul journal +qu’il y eût alors, il avoue, tout en exposant son +idée, à quelles sources il l’a prise. Il la déclare +« fondée sur l’autorité d’Aristote » ; il invoque +aussi celle du sieur de Montagne (<i>sic</i>) « pour +servir de preuve, dit-il, au bien qui en reviendra. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> T. XXII.</p> +</div> +<p>C’est en faveur des pauvres gens surtout qu’il +veut que ce bien se produise. En cela, « Messieurs +de la Ville » l’ont compris, puisqu’ils lui +ont donné leur approbation, et Messieurs de +l’Hôtel-Dieu de même, qui, le 28 janvier 1628, +lui ont accordé leur patronage.</p> + +<p>Renaudot est médecin, et ne l’oublie jamais. +C’est ce qui lui a fait rechercher, et sans doute +aussi obtenir cette protection de l’Hôtel-Dieu. +L’indication des remèdes qu’il aura, d’ailleurs, +soin de choisir parmi les plus efficaces, sera +pour une bonne part dans les annonces qu’il +fera, et dont il complétera le détail à ceux qui +voudront bien venir se renseigner au « Bureau +d’adresse. »</p> + +<p>Par une singulière rencontre, Blegny, le faux +Abraham du Pradel, dont nous publions le volume, +s’occupoit aussi — nous ne le verrons que +<span class="pagenum" id="pxxij">-xxij-</span>trop bientôt — de remèdes de toutes sortes.</p> + +<p>S’il publia son <i>Livre commode</i>, ce fut avant tout +pour les faire connoître, de même que Renaudot +n’établit en grande partie ses bureaux, nous en +jurerions, que pour donner de la publicité aux +siens<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. Ainsi les deux premières sources de renseignements +qui se soient ouvertes pour le public, +seront parties du même point vers un but +identique.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>V.</i> notamment à ce sujet dans le <i>Sommaire du chapitre +de l’Inventaire des addresses du Bureau</i> ou <i>table de +Rencontre</i>, les chap. XVI-XVIII.</p> +</div> +<p>Renaudot, le médecin, pour trouver l’emploi +de sa science et de ce qu’elle possédoit, fonde +<i>le Bureau d’adresse</i> ; Blegny, l’apothicaire, pour +faire connoître et placer ses marchandises d’empirique, +crée <i>l’Almanach des adresses</i>.</p> + +<p>Renaudot n’avoua qu’à mots couverts, on le +comprend, cette particularité tout égoïste de sa +fondation. La charité en fut le but le plus en +vue. Venir en aide aux pauvres sans ouvrage, +voilà, nous l’avons dit, voilà surtout ce qu’il +veut. Il reprend aussi, mais plus largement et à +poste fixe, la mission des <i>proxènes</i> antiques et +des <i>couratiers</i> du moyen-âge, mais cela sans +vouloir faire concurrence à ceux qui, de son +temps, pouvoient encore avoir des métiers pareils. +Loin de chercher à les gêner, il les aidera : +son bureau, dit-il, « sera commode même aux +entremetteurs et proxenettes. »</p> + +<p>Il va de soi que ces mots sont pris par lui +dans le sens le plus honnête.</p> + +<p>Ensemble, eux et lui serviront de guides aux +<span class="pagenum" id="pxxiij">-xxiij-</span>nouveaux venus de l’étranger et de la campagne, +dont Paris, s’ils ne savent comment s’y +retrouver, épuise si vite les ressources.</p> + +<p>Il se dévouera plus qu’aux autres encore à ces +imprudents des villages et des champs qui s’y +risquent à l’aventure, sans prévoir que les pires +dangers les attendent à l’arrivée :</p> + +<p>« Ils accourent à trouppes en cette ville, qui +semble être le centre et le pays commun de +tout le monde, sous l’espérance de quelque +avancement, qui se trouve ordinairement vaine +et trompeuse : car ayant despencé ce peu qu’ils +avoient au payement des bienvenuës et autres +frais inutiles ausquels les induisent ceux qui +promettent de leur faire trouver employ, et aux +desbauches qui s’y présentent d’elles-mêmes +auxquelles leur oisyveté donne un facile accez, +ils se trouvent accueillis de la nécessité avant +qu’avoir trouvé maistre : d’où ils sont portés à +la mendicité, aux vols, meurtres et autres +crimes énormes… Au lieu qu’ils pourront +désormais une heure après leur arrivée en cette +ville, venir apprendre au Bureau s’il y a quelque +employ ou conditions présentes, et y entrer +beaucoup plus aisement qu’ils ne feroient après +avoir vendu leurs hardes ; ou, n’y en ayant +point, se pourvoir ailleurs. Ce qui fera discerner +plus facilement les fainéants et gens sans adveu, +pour en faire la punition qu’il appartiendra. »</p> + +<p>Combien en coûtoit-il pour aller se renseigner +chez Renaudot, et pour faire inscrire sur son +registre l’emploi qu’on désiroit, la marchandise +qu’on vouloit acheter ou vendre, la maison qu’on +cherchoit à louer, et jusqu’à la femme ou au +<span class="pagenum" id="pxxiv">-xxiv-</span>mari, dont il pouvoit vous pourvoir, car la variété +de ses indications s’étendoit à toutes ces +choses ? Il a oublié de nous l’apprendre, mais +nous l’avons su autrement.</p> + +<p>Pendant le second carnaval, c’est-à-dire celui +de 1631, qui suivit l’installation du Bureau de +rencontre, lequel, on le pense bien, avoit, comme +invention nouvelle, fait événement, un faiseur +de « ballets », sortes de pièces, moitié dansées, +moitié chantées, où tous les à-propos étoient +volontiers saisis, s’avisa de prendre pour types +Renaudot et ses clients. Il le fit assez habilement +pour que le Roi demanda que la représentation +fût donnée devant lui ; et aussi, — ce qui étoit +un succès peu commun, — pour que la pièce +après avoir été chantée et dansée fût imprimée.</p> + +<p>En voici le titre : <i>Ballet du Bureau de rencontre +dancé au Louvre devant Sa Majesté</i>, Paris, Julian +Jacquin, 1631, in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Les vers furent publiés à part, la même année, sous +ce titre : <i>Vers du ballet du Bureau des addresses</i>, 1631, +in-4<sup>o</sup> ; ils ont été reproduits dans la publication de J. Gay, +<i>Ballets et mascarades de Cour</i>, 1869, in-12, t. IV, p. 175.</p> +</div> +<p>Le Maistre du Bureau avoit, cela va de soi, +l’un des principaux rôles. Il commençoit par un +récit en trois couplets, dont nous vous devons +au moins le premier, car c’est là que se trouve +le détail sur le prix des consultations oublié +dans la préface de Renaudot. Il étoit, comme +on va le voir, des plus modiques :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Filles, qui cherchez maris,</div> +<div class="verse">Beaux garçons qui cherchez femmes,</div> +<div class="verse">Voici l’unique à Paris</div> +<div class="verse">Pour satisfaire vos âmes ;</div> +<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxv">-xxv-</span>Donnez trois sols tant seulement</div> +<div class="verse">Vous aurez contentement.</div> +</div> + +</div> +<p>Quelques couplets d’avant-propos adressés +<i>aux Curieux</i>, avoient avec une assez gaillarde +bonhomie expliqué le secret de l’affaire, où, en +payant si peu, l’on pouvoit tout apprendre. C’est +la préface même de Renaudot résumée en rimes :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">En ces lieux il vient d’arriver</div> +<div class="verse">Un homme qui sçait tout trouver,</div> +<div class="verse">Et chez qui de tout se fait montre ;</div> +<div class="verse">Sans dire ni quoy ni comment,</div> +<div class="verse">Son registre ne faut, ne ment ;</div> +<div class="verse">Il tient le bureau de rencontre.</div> + +<div class="verse stanza">Par luy vous aurez des laquais</div> +<div class="verse">Et pour faire de bons acquets,</div> +<div class="verse">Vous sçaurez les terres en vente,</div> +<div class="verse">Les offices à résigner,</div> +<div class="verse">Les deniers qui sont à donner</div> +<div class="verse">Et prendre à interests ou rente.</div> + +<div class="verse stanza">Aussi vous serez advertis</div> +<div class="verse">Qu’il enseigne les bons partis</div> +<div class="verse">Pour assortir un mariage,</div> +<div class="verse">Et fait, comme bien entendu,</div> +<div class="verse">Retrouver ce qu’on a perdu,</div> +<div class="verse">Fors des filles le pucelage.</div> + +<div class="verse stanza">Pour les femmes il est adroit</div> +<div class="verse">A leur trouver en bon endroit</div> +<div class="verse">Nourrice ou servante à les suivre.</div> +<div class="verse">En son fait, il est diligent,</div> +<div class="verse">Et ne couste guère d’argent</div> +<div class="verse">A se faire escrire en son livre<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Il parut une nouvelle édition de ce livret l’année suivante, +avec des preuves de la reconnoissance de Renaudot : +<i>Ballet du Bureau de rencontre, ensemble le remercîment du +maître du Bureau d’Adresse, à ceux qui dansent son ballet</i>, +1632, in-12.</p> +</div> +<p>Tout cela n’est que de la vérité en riant. Renaudot, +en son bureau, vous pourvoyoit réellement, +<span class="pagenum" id="pxxvj">-xxvj-</span>si pour trois sous on vouloit bien s’adresser +à lui, de tout ce qui vient d’être ici annoncé aux +curieux.</p> + +<p>On a connu la diversité des renseignements +dont il disposoit, et l’ordre avec lequel il en +tenoit registre, par la découverte et la reproduction<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> +que nous fîmes, il y a quelques années, +de l’une des feuilles qui, ajoutant une publicité +de plus à son établissement, en étoient, pour +ainsi dire, les <i>petites affiches</i>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Variétés histor. et litt.</i>, t, IX, p. 51 et suiv.</p> +</div> +<p>Il en sera parlé un peu plus loin dans une +note<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> P. <a href="#p9">9</a>-10.</p> +</div> +<p>Ces feuilles, qui paroissoient tous les trois +mois — celle que nous avons publiée est la +quinzième — complétoient pour Renaudot non-seulement +son Bureau d’adresse ou de publicité, +comme nous dirions, mais aussi son autre fondation, +<i>la Gazette</i>, qui, à partir de 1631, c’est-à-dire +un an après que ce Bureau eut été fondé, +marcha de pair avec lui.</p> + +<p>Lorsqu’un événement n’avoit pas assez d’importance +pour figurer dans la Gazette, ou exigeoit +un récit trop développé pour qu’il y pût trouver +place, Renaudot l’ajournoit jusqu’à sa prochaine +feuille d’annonces. Il l’y publioit en tête, et les +petites affiches venoient à la suite avec tout leur +détail.</p> + +<p>Pour cette <i>Quinziesme feuille du Bureau +d’addresse</i>, datée du 1<sup>er</sup> septembre 1633, c’est +le récit du <i>Duel signalé d’un Espagnol et d’un +Portugais</i> qui marche en avant. Puis viennent +<span class="pagenum" id="pxxvij">-xxvij-</span>les annonces les plus diverses : Terres seigneuriales +à vendre ; Maisons et héritages aux champs +en roture à vendre ; Maisons à Paris à vendre ; +Maisons à Paris à donner à loyer ; Maisons à +Paris qu’on demande à prendre à loyer ; Rentes +à vendre, Bénéfices à permuter, Offices à vendre ; +Meubles à vendre, et enfin Affaires meslées, +où se trouve en effet le pêle-mêle de demandes +ou de propositions le plus singulier et le moins +attendu.</p> + +<p>On demande par exemple : « un homme qui +sçache mettre du corail en œuvre. » Plus loin, +c’est quelqu’un qui « voudroit compagnie pour +aller en Italie dans quinze jours. » Mais l’article +le plus curieux est le dernier : « On vendra un +jeune dromadaire à prix raisonnable. »</p> + +<p>Nous ignorons quel fut au juste le sort du Bureau +d’adresse, et surtout celui de ses feuilles d’annonces. +Renaudot, qui ne mourut qu’au mois +d’octobre 1653, laissa-t-il cet établissement dans +un état aussi prospère que La Gazette, qui, elle, +ne périclita jamais, l’appui du Roi, dont le gazetier +n’étoit guère que le mandataire, étant toujours +là pour la garer de tout péril ? Nous ne +le pensons pas.</p> + +<p>Un livret antérieur de six ans à la mort du +gazetier, et que nous ne connaissons malheureusement +que par son titre : <i>Renouvellement des +bureaux d’adresse</i>, prouveroit que l’affaire n’avoit +pas marché sans encombre<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Si on la renouveloit, +c’est qu’elle avoit été interrompue, et la ténacité +<span class="pagenum" id="pxxviij">-xxviij-</span>de Renaudot étant connue, la malechance pouvoit +seule avoir été cause de cette interruption.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Il existoit sans doute encore toutefois en 1640, car +à cette époque un nouveau <i>Ballet du Bureau des Addresses</i> +fut dansé à Dijon devant M<sup>gr</sup> le Prince. <i>V.</i> le recueil cité +plus haut, t. VI, p. 17-31.</p> +</div> +<p>La brochure, qui semble annoncer la reprise, +est de 1647, mauvaise date, car elle touche de +bien près celle des premiers troubles de la Fronde, +où — ce qui arriva du reste — le journalisme +des libelles pouvoit bien naître, mais où, par +contre, celui des annonces n’étoit pas de nature +à revivre. Nous sommes donc autorisés à penser +que la <i>Feuille du bureau d’adresse</i>, malgré ce que +Renaudot avoit fait pour la ressusciter, étoit bel +et bien morte, lorsqu’il mourut lui-même en 1653.</p> + +<p>Il n’en resta que le privilége, qui fut plusieurs +fois cédé plus tard, comme nous verrons.</p> + +<p>La <i>Gazette</i>, qui avoit aussi le sien, survécut +à Renaudot. Transmise à son fils Eusèbe, comme +un héritage, elle fit survivre le Bureau d’adresse, +d’où elle étoit sortie avec l’autre feuille.</p> + +<p>Le logis de Renaudot, où Eusèbe resta jusqu’à +ce que le roi lui eut donné un logement au +Louvre, n’eut plus que ce nom : le Bureau.</p> + +<p>Il n’y falloit plus aller, comme auparavant, +chercher « les adresses » et les renseignements, +qu’il sembloit toujours annoncer, mais à la place +on y trouvoit des nouvelles. Loret, lorsqu’il en +manque pour avoir de quoi mettre en rimes +dans sa <i>Muse historique</i>, ne va pas autre part, +et il recommande de faire comme lui, pour +peu qu’on veuille, sur un fait quelconque, en +savoir plus qu’il n’en a pu dire.</p> + +<p>« Mais », dit-il, par exemple<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, à propos des +merveilles d’une fête donnée à Naples,</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxix">-xxix-</span>Mais si quelques gens curieux</div> +<div class="verse">Désirent de s’instruire mieux…</div> +<div class="verse">Il faut aller chez Renaudot,</div> +<div class="verse">C’est-à-dire au Bureau d’adresse.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> <i>La Muse historique</i>. Édit. Elzévir., t. III, p. 268 +(16 octobre 1660).</p> +</div> +<p>Cette source, la seule où voulut puiser son +journalisme naïf, étoit pour lui celle de toutes +vérités.</p> + +<p>« Messieurs du Bureau d’adresse », comme il +appelle Eusèbe Renaudot et ses aides<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>, se tenoient-ils +muets sur une affaire, elle étoit pour lui non +avenue. Si le bruit, par exemple, s’est répandu +que le maréchal Fabert est mort à Sedan, le +17 mai 1662, il n’y veut pas croire, la <i>Gazette</i> +n’en ayant pas parlé. Le fait, vrai pour tout le +monde, ne le sera pour lui que lorsqu’elle l’aura +certifié :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 578 (2 décembre 1662).</p> +</div> +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Mais je doute un peu sur ce point</div> +<div class="verse">Car le Bureau n’en parle point,</div> +<div class="verse">C’est-à-dire la gazette en prose,</div> +<div class="verse">Qui doit parler de toute chose<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i>Ibid.</i>, 540 (19 août 1662).</p> +</div> +<p>La <i>Gazette</i>, qui ne paroissoit alors que tous +les samedis<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, est « son oracle hebdomadaire ». +Ses « ordinaires », c’est-à-dire ses numéros de +chaque semaine suffisent plus ou moins à Loret, +mais lorsqu’elle se donne le luxe assez fréquent +d’un « extraordinaire » — nous dirions d’un +supplément — il est ravi.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 278 (21 juillet 1657).</p> +</div> +<p>Les événements d’importance, dont le récit demande +à être développé, fournissoient la matière +de ces extraordinaires, qui étoient, à la suite de +la <i>Gazette</i>, ce qu’avoient été, comme nous l’avons +<span class="pagenum" id="pxxx">-xxx-</span>vu plus haut, les récits ou descriptions à développements +de même sorte, mis en tête des feuilles +du Bureau d’adresse, dont, par là, survivoit ainsi +quelque chose.</p> + +<p>La <i>Gazette</i> n’en avoit rien gardé de plus. +Jamais, dans aucune partie de ses numéros, ne +figurèrent ce qu’alors on appeloit « adresses », +et ce que nous appelons « annonces et réclames ».</p> + +<p>En cela, Loret la suppléa. Sa <i>Muse historique</i> +ne s’en fit pas faute. Chaque fois qu’il y peut +recommander quelqu’un, faire valoir quelque +chose, indiquer où se peut voir tel spectacle ou +telle curiosité et à quel prix, il y est exact et +empressé.</p> + +<p>Les feuilles du Bureau se retrouvent ainsi en +détail dans les siennes avec la rime de plus.</p> + +<p>Il nous fait par exemple connoître le premier +les expériences de la machine à calculer du +jeune Pascal<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, sans trop se douter qu’il donne +l’éveil sur le génie d’un grand homme. A quelques +rimes plus loin, en effet, il est bien autrement +enthousiaste pour l’empirique de philosophie +Lesclache.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Id.</i>, t. I, p. 232 (14 avril 1652).</p> +</div> +<p>Richesource, autre charlatan, mais de beau +langage, obtient de même la faveur d’une +chaude recommandation de sa part, avec regret +de ne pouvoir dire encore où se donneront ses +conférences. Il y aura heureusement un moyen +de la savoir, et il l’indique :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Les affiches qu’en grosse lettre</div> +<div class="verse">Aux lieux publics il fera mettre</div> +<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxxj">-xxxj-</span>Pourront apprendre où ce sera</div> +<div class="verse">Au curieux qui les lira<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 553 (16 nov. 1658).</p> +</div> +<p>Quand il peut lui-même dire l’adresse, il n’y +manque pas. Ainsi, à propos de la <i>Philosophie</i> +de René Bary, après avoir écrit :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Ce livre de rare mérite</div> +<div class="verse">Chez son propre auteur se débite,</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">il met en marge : « Rue des Petits-Champs, +chez madame Bataille<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. » C’est, comme on +voit, l’annonce complète.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Id.</i>, t. III, p. 186 (3 avril 1660).</p> +</div> +<p>Ailleurs, s’il parle d’un concert, tel que +ceux qu’on faisoit entendre en 1656, dans la +salle du Palais-Royal, construite par Richelieu +pour sa <i>Mirame</i>, et qui devoit quelques années +après devenir le théâtre de Molière, il nous en +dit le prix :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i1">… obligeamment on les donne</div> +<div class="verse">Pour trente sols chaque personne<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 263 (11 nov. 1656).</p> +</div> +<p>Il annonce aussi, avec le même détail, chaque +livret des Ballets du Roi, que publie Balard, +« et », dit-il,</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Et qui doit être lu de tous</div> +<div class="verse">Car on ne le vend que dix sous<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 292 (20 juillet 1657).</p> +</div> +<p>Pour les théâtres en général, il ne ménage +pas les recommandations, ou, suivant le mot +d’aujourd’hui, « les réclames ». Celui du Marais +est en cela toutefois son préféré. C’est là que +Corneille donne le plus volontiers ses pièces, et +en qualité de Normand, Loret croit se devoir +<span class="pagenum" id="pxxxij">-xxxij-</span>tout entier à cette gloire de la Normandie. La +tragédie à machines, <i>la Toison d’or</i>, que Corneille +appela d’abord <i>Jason</i>, est-elle à l’étude dans +cet ancien Jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, +vite, il en avertit le public. Dès +que les premières affiches sont placées, sans +perdre de temps il lui dit : lisez-les :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Les affiches marquent l’endroit,</div> +<div class="verse">L’heure, le prix et la journée</div> +<div class="verse">Et c’est toujours l’après-dînée<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 437 (3 déc. 1661).</p> +</div> +<p>Voilà, certes, un beau zèle de littérature. Il +ne faut pas lui en savoir trop de gré. Pour des +spectacles bien inférieurs : pour un jeune géant +qui se fit voir au bout du Pont-Neuf, une première +fois<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>, et qui, deux ans plus tard, y revint, +après avoir encore grandi<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> ; pour une baleine +bien conservée, que l’on pouvoit aller admirer +à Chaillot<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, il n’a pas des réclames moins empressées.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 543 (15 oct. 1659), et p. 552 (16 nov.).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Id.</i>, t. III, p. 288 (4 déc. 1660), et p. 306 (8 janv. +1661).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 543 (19 oct. 1659), et p. 549 (2 novembre).</p> +</div> +<p>Que gagnoit-il à tout cela ? Rien, ou fort peu +de chose : son entrée gratuite, par exemple, de +même qu’il avoit, sans doute à meilleur compte, +après les avoir maintes fois annoncées, quelques +billets des loteries, dont il couroit avidement les +hasards<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Ibid.</i>, 433 (19 janv. 1658) et p. 439 (2 fév.).</p> +</div> +<p>Il trouvoit aussi en voisin quelques profits +à grappiller lorsqu’il avoit agréablement parlé +<span class="pagenum" id="pxxxiij">-xxxiij-</span>des fournisseurs renommés qui se groupoient, +non loin du Louvre, aux environs de l’hôtel +Schomberg, son premier logis, ou tout près de +la rue de l’Arbre-Sec, qu’il habita ensuite.</p> + +<p>Il est certain que lorsqu’il s’étend complaisamment +sur les merveilles de l’industrie de sa +voisine Madame Touzé, qui fait les perruques +du bel air<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a> ; sur les friandises de la célèbre +boutique de Francœur, l’épicier-confiturier<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>, et +sur l’excellence de l’hypocras de Maillard, +« apothicaire près Saint-Honoré<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a> », c’est-à-dire +à deux pas de Francœur, ses rimes ne doivent +pas être désintéressées. Il y aura gagné, nous +n’en doutons pas : ici, une perruque de la bonne +façon ; là, quelques sucreries, et, chez Maillard, +quelques-unes de ces bonnes rasades, qui ne lui +déplaisoient point.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 186 (29 avril 1656).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i>Id.</i>, t. III, p. 293 (18 déc. 1660).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 307 (8 janv. 1661).</p> +</div> +<p>Du Laurens, qui lui succéda, sous le pseudonyme +de Robinet, fit de même et eut sans +nul doute les mêmes profits. Il étendit, qui +plus est, la réclame et la détailla mieux. Comme +en ce temps-là tout étoit curiosité : soit une +belle maison, telle que l’hôtel d’O, dans le +quartier du Temple, qu’on alloit voir pour un +sou<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>, soit simplement quelques beaux meubles, +dont la mise en montre se payoit aussi, mais +souvent plus cher, il ne perdit pas l’occasion +de faire quelques bénéfices par l’annonce de ces +choses à recommander. Il nous semble notamment +<span class="pagenum" id="pxxxiv">-xxxiv-</span>plus que probable que ce ne fut pas pour +rien qu’il se complut à décrire trois meubles, +dont au mois d’avril 1669 on faisoit l’exposition +rue de Richelieu. Il eut certainement sa part +plus ou moins forte dans les quinze sous par +personne qu’on payoit pour les aller voir. <i>Ce +sont</i>, dit-il,</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Sauval, t. II, p. 241.</p> +</div> +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Ce sont trois rares cabinets</div> +<div class="verse">Dont plus de mille Robinets,</div> +<div class="verse">Comme moi, seroient fort à l’aise,</div> +<div class="verse">Et même, ne vous en déplaise,</div> +<div class="verse">Des comtes, barons et marquis<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.</div> +</div> + +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Gazette</i> de Robinet (13 avril 1669).</p> +</div> +<p>En marge, il ajoute pour bien fixer l’annonce +par l’adresse exacte : « Rue de Richelieu, vis-à-vis +le bain royal ; la porte est marquée par +des affiches. »</p> + +<p>Il y avoit dans tout cela un vieux reste de la +Feuille d’adresse, mais cette feuille même ne +reparaissoit pas.</p> + +<p>Personne ne s’en faisoit céder le privilége +resté aux Renaudot. Au commencement de 1670, +il y eut un essai, sans doute par suite d’une +cession. Il semble n’avoir pas abouti. Nous +n’avons vu qu’un numéro, le premier, de la +feuille nouvelle qui portoit ce titre : <i>Liste des +avis du Bureau d’adresse</i>.</p> + +<p>Six ans se passèrent sans qu’il y eût d’autre +tentative pour reprendre et exploiter le privilége.</p> + +<p>François Colletet, le poète crotté de Boileau, +s’en avisa enfin avec l’audace des gens qui +n’ont rien à perdre.</p> + +<p><span class="pagenum" id="pxxxv">-xxxv-</span>En 1676, à la fin de juin, on vit tout à coup +paraître une feuille, s’annonçant comme hebdomadaire +et portant ce titre : <i>Journal de la ville +de Paris contenant ce qui se passe de plus mémorable +pour la curiosité et avantage du public</i>.</p> + +<p>C’étoit la Gazette d’affaires et d’adresses de +François Colletet. Il y procédoit un peu comme +Renaudot, avec cette différence qu’au lieu d’y +mettre en tête, avant les annonces et avis, +quelque long récit, tenant toute la place, il y +débitoit les nouvelles intéressantes de la semaine, +jour par jour.</p> + +<p>C’est ce qui le perdit. Sur une plainte qui +vint, soit de la <i>Gazette</i>, qui ne vouloit pas qu’on +touchât à ces nouvelles mondaines auxquelles +elle-même pourtant dédaignoit de toucher ; soit +du <i>Mercure</i>, encore nouveau et d’autant plus +ardent à repousser tout ce qui pouvoit lui faire +concurrence, Colletet reçut ordre de ne pas continuer, +du moins sous cette forme. Son journal +n’eut qu’un seul numéro.</p> + +<p>Ce n’étoit pas une fin, toutefois, ce n’étoit +qu’une évolution. Se conformant à l’ordre reçu, +sans abandonner l’idée qu’il reprenoit, Colletet +ne perdit pas un jour, pas une heure, pour +publier une feuille nouvelle, où il se tiendroit, +en un cahier de quelques pages, aux seules +choses, dont on lui laissoit la disposition : les +annonces.</p> + +<p>Le contenu de la feuille changeant ainsi, son +titre devoit changer de même. Il prit celui-ci : +<i>Journal des avis et affaires de Paris</i>.</p> + +<p>La première fondation de Renaudot renaissoit. +Colletet donna même à entendre que son +<span class="pagenum" id="pxxxvj">-xxxvj-</span>entreprise n’en étoit que la suite. Dans le préambule +d’un de ses numéros, il parle du privilége +obtenu sous Louis XIII pour une feuille de +même sorte que la sienne, et qui seroit devenu +le sien<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>. Ce ne peut être certainement que celui +de Renaudot le père, dont il seroit ainsi, nous +ne savons comment et avec quel argent, parvenu +à se faire accorder la cession.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> V. un excellent article de M. Hatin, <i>Bulletin du +Biblioph.</i>, 1861, p. 620.</p> +</div> +<p>A son Journal d’affaires, il joignit, lui aussi, +comme c’étoit naturel, un Bureau d’adresse. Il +y recevoit trois fois par semaine : les lundi, +mercredi et vendredi, de une heure à six heures +dans les grands jours, et jusqu’à quatre et demie +seulement en hiver. C’est là qu’il complétoit, +pour quiconque venoit le consulter, les avis +donnés par sa feuille, et que prudemment il +n’avoit fait qu’y ébaucher.</p> + +<p>Ce bureau, d’abord, fut bien loin du centre +des affaires pour lesquelles il étoit fondé. Colletet +n’avoit pas voulu quitter la maison du quartier +Saint-Victor, où avoit vécu son père, et +dont comme lui il étoit fier, car c’étoit celle que +Ronsard avoit habitée. C’est donc rue du Mûrier, +derrière le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonet, +qu’étoit installé son bureau. Personne ne +vint, et force lui fut, la clientèle n’arrivant +point, de faire quelques pas pour aller à elle. +Nous voyons que lorsque parut son onzième +numéro — c’étoit peut-être un peu tard — il s’y +étoit enfin décidé.</p> + +<p>Son nouveau logis fut du reste d’un bon +<span class="pagenum" id="pxxxvij">-xxxvij-</span>choix, il se trouvoit sur le quai de l’Horloge, +entre le Palais et le Pont-Neuf, les deux centres +du mouvement et de la vie de Paris en ce +temps-là. Dans cette même onzième feuille, il +donne cette nouvelle adresse de son bureau, +aussi bien qu’on pouvoit la donner alors, le +numérotage des maisons n’existant pas : « Les +affiches, ajoute-t-il, marqueront la porte. » Trois +semaines après, le public ne l’avoit pas trouvée. +Colletet nous l’apprend avec une certaine mélancolie +dans son numéro quatorze, celui du 27 +octobre. Il y avoue qu’on ne le connoît encore +que bien peu, mais il ne perd pas courage. Il +espère que les affaires viendront, « Dieu aidant, +écrit-il, quand les affiches auront fait connoître +plus amplement notre demeure, et que nos +cahiers auront appris à tout le monde ce qui +résulte de notre innocent commerce. »</p> + +<p>Le mot « innocent » n’est pas mis là pour +rien par Colletet. Sa feuille étoit menacée, +comme l’avoit été la première, on intriguoit +contre elle auprès de La Reynie, qui, par un +mémoire, en référoit à Colbert, dont le fils, +Seignelay, se chargeoit d’en résumer la teneur +au roi. Le pauvre Colletet avoit plus ou moins +vent de tout cela, et il croyoit aller au-devant +du coup et le parer, en faisant valoir, comme +on l’a vu, ce que son humble feuille avoit +d’inoffensif. Il en fut pour sa peine.</p> + +<p>Le 27 novembre, c’est-à-dire jour pour jour +un mois après sa timide protestation d’innocence, +M. de La Reynie reçut ordre de supprimer +ses cahiers. Voici la lettre qu’à ce propos +lui écrivit Seignelay :</p> + +<p><span class="pagenum" id="pxxxviij">-xxxviij-</span>« J’ai rendu compte au Roy du mémoire que +vous avez donné à mon père au sujet du <i>Journal +des affaires de Paris</i>, que le nommé Colletet +s’est ingéré de faire imprimer. Sa Majesté m’a +ordonné de vous dire qu’elle veut que vous en +défendiez le débit et l’impression<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Correspondance administrative de Louis XIV</i>, t. II, +p. 369.</p> +</div> +<p>C’étoit formel. Colletet, à qui La Reynie ne +fit pas attendre la décision royale, dut se soumettre. +Par suite, nouvelle interruption de la +publicité des adresses et des avis. Deux ans +après, l’instant paraissant favorable, car on parloit +de la paix, qui en effet ne tarda pas, elle +reprend son cours. Il paroît en 1678 un petit +livret in-12 sous ce titre : <i>Le Bureau d’adresse +établi pour les maîtres qui cherchent des serviteurs +et pour les serviteurs qui cherchent des maîtres</i>. +On ne pouvoit être plus modeste. L’échec de +Colletet, puni d’avoir voulu trop faire, servoit de +leçon. L’idée revenoit timidement à son berceau. +Quand on lisoit le livret on ne la trouvoit +plus, il est vrai, aussi élémentaire ; elle reprenoit +toutes les proportions que lui avoient +rêvées Montaigne et Laffémas et qu’elle avoit +prises avec Renaudot et Colletet.</p> + +<p>Au lieu d’être seulement, comme l’indiquoit le +titre, une sorte d’extrait des registres d’une recommanderesse, +la feuille du Bureau redevenoit un +véritable Journal d’avis. Eusèbe Renaudot, à qui +Colletet dépossédé n’a voit pu que rendre son privilége, +y étoit-il pour quelque chose ? Rien de plus +probable. La feuille, en effet, est privilégiée du +<span class="pagenum" id="pxxxix">-xxxix-</span>roi, et s’en fait gloire sur son enseigne, comme +on le verra par cette mention, qui se trouve à +la fin : « Le bureau est establi au Marché neuf, +vers le milieu du costé de la rivière, vis à vis +un tabletier : on verra le tableau sur la porte +avec les <i>armes du roy</i>. »</p> + +<p>Ce ne lui fut pas une recommandation de +succès. Nous ne connoissons qu’un numéro de +cette feuille.</p> + +<p>Une autre ne tarda pas. Le courant étoit pris : +coûte que coûte, malgré obstacles et insuccès, +il falloit que, jusqu’à ce qu’enfin elle se fût fait +complètement jour, cette idée de publicité ne +cessât pas de renaître, sous l’impulsion des +exigences nécessaires, qui, de tous côtés, la +poussoient en avant.</p> + +<p>Ce nouveau <i>Journal du bureau de rencontre</i> — c’est +ainsi qu’il s’appeloit — parut en 1681. Les +Renaudot n’y furent pour rien que par la cession +du privilége, comme avec Colletet. Eusèbe étoit +mort en 1679, et son fils, l’abbé, s’occupoit +beaucoup moins de ces sortes d’affaires que de +philologie orientale.</p> + +<p>C’est à Devizé, qui depuis neuf ans faisoit +vivre tant bien que mal le <i>Mercure galant</i>, dont +il étoit le fondateur, que le privilége avoit, cette +fois, été cédé ou plutôt, comme on disoit, +« loué ». Devizé voulut en étendre plus que de +raison les dispositions, et l’affaire périclita encore. +Une de ses prétentions étoit de ne pas +faire seulement du Bureau d’adresse ou de rencontre +un bureau d’avis et de petites affiches, +mais une boutique, un « magazin ». Après avoir +annoncé des marchandises, il vouloit les vendre.</p> + +<p><span class="pagenum" id="pxl">-xl-</span>Les six corps marchands s’en émurent.</p> + +<p>Il y eut plainte de leur part au lieutenant de +police La Reynie, qui leur donna raison par une +lettre du 25 novembre 1681 au commissaire Delamarre, +où se trouvoit, entre autres choses, une +désapprobation formelle de ces sortes d’entreprises, +qu’il s’étonnoit de voir toujours reparoître : +« Tant de personnes de première qualité, +disoit-il dans sa lettre, ont fait effort pour +parvenir à cet établissement sans y pouvoir +réussir, qu’il seroit inutile de le tenter de nouveau. »</p> + +<p>De simples avis donnés au Bureau d’adresses +ou publiés par lui dans une feuille sans conséquence, +voilà tout ce qu’il permet<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>Collection Delamarre</i>, aux mss. de la Biblioth. nat., +21, 741, p. 165.</p> +</div> +<p>Devizé, à qui son <i>Mercure</i> donnoit une sorte +d’autorité et de franc parler, ne persista pas +moins dans son idée de Bureau-Magasin, et, à +cet effet, coup sur coup, il écrivit deux lettres +au lieutenant de police, dont la réponse, de plus +en plus catégorique et nette, ne se fit pas +attendre. Elle est du 29 novembre et est adressée, +comme l’autre, à Delamarre : Jamais il +ne permettra l’établissement d’un pareil bureau, +« capable, dit-il, de renverser tout le commerce +de Paris… Il y a là, continue-t-il, un nombre +infini d’inconvénients très-dangereux. »</p> + +<p>Pour finir, il donne à entendre que si Devizé +ne se soumettoit pas, il lui interdiroit même la +feuille d’avis<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Id.</i>, p. 166.</p> +</div> +<p>Devizé ne répliqua plus et abandonna l’affaire, +<span class="pagenum" id="pxlj">-xlj-</span>y compris cette feuille d’avis, qui ne lui +sembloit rien sans l’autre combinaison. Jusqu’en +1688, nous ne la voyons pas reparoître.</p> + +<p>Alors seulement, au mois d’août, un numéro se +risque, daté du Bureau d’adresse, d’où la <i>Gazette +de France</i> datoit toujours les siens, et qui avoit +encore pour principal intéressé l’abbé Renaudot, +à cause du privilége que le désistement de Devizé +lui avoit remis en main. Vouloit-il, par +cette réapparition de sa feuille, qui avoit pris +pour nouveau titre : <i>Liste générale du Bureau +d’adresse et d’avis par privilége du Roi</i>, rappeler +l’attention sur ce privilége et tâcher de trouver +ainsi quelqu’un à qui le céder encore ? Je le +crois, et ce qui me donne raison c’est que, vers +la fin de la même année 1688, ce quelqu’un +s’étant trouvé, l’abbé lui loua le privilége.</p> + +<p>Il s’appeloit Chomat. Marché fut conclu +au mois de décembre, sous la réserve que le +lieutenant de police approuveroit. Il n’approuva +pas. Le commissaire Delamarre, à qui s’étoient +adressés l’abbé Renaudot et Chomat, soumit par +lettre leur demande à La Reynie, qui la repoussa +par une simple note très-nette, mise en +marge<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Id.</i>, p. 169.</p> +</div> +<p>La feuille d’avis dut ainsi, malgré le vif désir +de l’abbé, revenir au Bureau d’adresse, où là, +du moins à cause de lui, La Reynie, qui n’étoit +hostile qu’aux nouveaux venus, vouloit bien la +tolérer. Au mois de février 1689 elle y reparut, +et, pendant quatre mois consécutifs, dont nous +avons vu les numéros, elle ne cessa plus. En +<span class="pagenum" id="pxlij">-xlij-</span>1693, nous la trouvons encore, mais avec un +changement dans le mode de publicité et une +modification dans le titre.</p> + +<p>L’unique numéro de cette année-là, que nous +ayons vu, porte celui-ci : <i>Liste des avis du Journal +général de France, ou Bureau de rencontre, pour +servir au public, depuis le mercredy 18 novembre +jusqu’au mercredy 2 décembre 1693</i>. La feuille, au +lieu de ne paroître que tous les mois, paroissoit +donc alors tous les quinze jours, ce qui étoit un +progrès et sembloit une preuve de prospérité. +Comme elle n’a cependant laissé qu’une trace — celle +dont nous parlons — nous sommes +tenté de croire qu’elle n’a pas duré longtemps +avec son nouveau titre.</p> + +<p>L’année d’auparavant, une autre du même +genre avoit eu des velléités de paroître, mais ne +semble pas y être parvenue. Sous la forme « d’un +cahier volant », et avec le titre assez singulier, +<i>Les Adresses casuelles de la ville de Paris</i>, elle +auroit, chaque mois, indiqué les ventes publiques, +l’adjudication des héritages licités et +décrétés, etc., etc. ; puis, comme un véritable +journal de courtage, « l’état des marchandises, +dont les courtiers commissaires se trouvoient +chargez<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a> », etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> V. plus loin, p. <a href="#p9">9</a>-10.</p> +</div> +<p>D’où seroit partie cette nouvelle feuille d’affiches ? +De chez un homme qui n’en étoit pas à +sa première entreprise, mais auquel on ne doit +pas de publication plus intéressante que celle-là +même, commencée un an plus tôt, en 1691, +dont nous reproduisons ici la seconde et dernière +<span class="pagenum" id="pxliij">-xliij-</span>année : <i>Le livre commode, contenant les adresses +de la ville de Paris</i>.</p> + +<p>Pour ce petit volume, si réellement nouveau +alors, et que son journal, <i>Les Adresses casuelles</i>, +n’auroit fait que compléter, un livre anglois du +même genre, dont les éditions se succédoient à +Londres depuis 1677, lui avoit certainement +servi de guide<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> ; mais il s’étoit bien gardé d’en +parler. Le silence en pareil cas faisoit partie de +ses procédés d’accapareur, comme nous le verrons, +et disons le mot, — qui, d’ailleurs, est +du temps<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a> — de ses habitudes de « faiseur ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Le Bibliophile français</i>, août 1872, p. 255.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> <i>Le Livre à la mode</i>, par l’abbé Bordelon, p. 28.</p> +</div> +<p>La première édition ou première année de +son livre d’indications avoit pour titre : « <i>Les +Adresses de la ville de Paris, avec le trésor des +almanachs, livre commode, en tous lieux, en tous +temps et en toutes conditions</i>, par Abraham du +Pradel, astrologue lionnois. » Ce nom étoit, on +le devine, aussi imaginaire que le titre, dont il +le faisoit suivre, et qu’il modifia l’année suivante. +Au lieu d’Abraham du Pradel, « astrologue +lionnois », il se contenta de mettre « philosophe +mathématicien », ce qu’au reste il n’étoit +pas plus qu’astrologue.</p> + +<p>Il étoit de son métier chirurgien apothicaire, +et de son vrai nom, Nicolas Blegny ou de +Blegny, ainsi qu’il s’appeloit lui-même plus +volontiers, se donnant la particule avec une +complaisance qui nous paroît suspecte.</p> + +<p>Il n’étoit pas de Paris et nous ignorons le lieu +aussi bien que la date de sa naissance. Peut-être +<span class="pagenum" id="pxliv">-xliv-</span>venoit-il de Lyon, ce qui expliqueroit pourquoi, +en prenant le pseudonyme de du Pradel, +astrologue, il se donna pour « Lionnois. »</p> + +<p>Le rédacteur de la <i>Biographie universelle</i>, +qui s’est occupé de lui, mais seulement comme +empirique et sans connoître le curieux petit livre +qu’on lui doit, a dit qu’il mourut en 1722, +ayant soixante-dix ans. Il seroit né ainsi, par +conséquent, en 1652. C’est, croyons-nous, une +erreur. D’après un document émané de Blegny +lui-même et que nous aurons à citer longuement +tout-à-l’heure, nous savons, en effet, +qu’en 1683 il avoit déjà « dix-sept ans d’établissement », +ce qui feroit remonter sa naissance +non à 1652, mais au moins dix ans plus tôt, +et lui donneroit à sa mort quatre-vingts ans au +lieu de soixante-dix. Pour tout ce qu’il entreprit, +écrivit, projeta, car il fut surtout, comme +dit Moreri, « fertile en projets » ; pour tout ce +qu’il s’attira d’ennuis, de persécutions et même +d’emprisonnements, il ne falloit pas moins.</p> + +<p>Quand — vers 1666 probablement — il vint +à Paris, son apprentissage étoit fait, et, tout +aussitôt, il se mit à pratiquer, comme s’il étoit +maître. Il ne tarda pas non plus à se faire +auteur. Par le titre de ses ouvrages, on jugera +du peu de sérieux de sa science et du charlatanisme +de ses pratiques.</p> + +<p>C’est aux maladies, malheureusement les +plus répandues alors et qui étoient d’un produit +excellent pour les empiriques, tant à cause des +remèdes à vendre que du scandale à exploiter +contre tout malade qui ne payoit pas leur +silence, que Blegny s’attaqua d’abord.</p> + +<p><span class="pagenum" id="pxlv">-xlv-</span>Un des premiers livres que nous connoissions +de lui et qu’il publia en 1673, est : <i>L’art de guérir +les maladies vénériennes, expliqué par les principes de +la nature et de la mécanique</i>, in-12. Pareil traité +ne pouvoit être que d’un charlatan. Le succès +n’en fut que plus vif, et cela partout : à Paris, +où il eut deux éditions ; à Lyon, où on le réimprima ; +à La Haye, à Amsterdam, et aussi à +Londres, où il fut traduit en anglais.</p> + +<p>Son ouvrage, <i>L’art de guérir les hernies de +toute espèce dans les deux sexes, avec le remède du +Roi</i>, qui parut en 1676, sembla plus sérieux ; +mais Blegny revint au charlatanisme des attrape-niais, +lorsque, trois ans après, il publia un petit +in-12 avec ce titre : <i>Histoire anatomique d’un +enfant qui a demeuré vingt-six ans dans le ventre +de sa mère</i>.</p> + +<p>Vers le même temps, ne trouvant pas qu’être +apothicaire, faire de la chirurgie, tenir une +<i>Académie de découvertes</i> — nous en parlerons +bientôt — écrire des livres, où il inventoit des +remèdes ou des monstres, etc., suffisoit à son +activité d’empirique à projets, il se fit journaliste +médical. Sous le titre de <i>Nouvelles découvertes +dans toutes les parties de la médecine</i>, il se +mit à publier, en 1679, une sorte de gazette +mensuelle, qui ne mentit pas à ce qu’elle promettoit. +Toutes les découvertes y furent réellement +passées en revue, mais par la façon dont +elle en parla, chaque fois que les remèdes nouveaux +n’étoient pas de Blegny lui-même, on la +considéra bientôt moins comme un journal utile +que comme un pamphlet intéressé.</p> + +<p>Le docteur Théophraste Bonnet aggravoit +<span class="pagenum" id="pxlvj">-xlvj-</span>ces médisances par le contre-coup qu’il en donnoit +à Genève, dans sa gazette latine, <i lang="la" xml:lang="la">Zodiacus +medico Gallicus</i>, qui n’étoit guère que la traduction +de celle de Blegny.</p> + +<p>Il y eut de très-vives plaintes, et, en 1682, +ordre lui vint, de par arrêt du Conseil, de mettre +fin à son Journal. Il fit la sourde oreille. Soutenu +par le frère du Roi, dont quelques petits +services secrets lui avoient sans doute gagné +les bonnes grâces, qu’il avoit suivi en Flandre +pendant la campagne de 1676, et qui lui avoit +permis de mettre sur l’enseigne de sa boutique, +voisine alors du Palais-Royal, devant l’Opéra : +« Chirurgien ordinaire du corps de Monsieur » ; +assez avant aussi dans les faveurs du lieutenant +de police La Reynie ; enfin, ce qui est plus singulier, +hautement protégé par Daquin, premier +médecin du Roi, il continua, malgré l’arrêt, de +publier ses <i>Nouvelles découvertes</i>, et Bonnet continua +aussi à les traduire en latin. Blegny se +contenta de n’y plus mettre son nom.</p> + +<p>Il en fut ainsi pendant toute l’année 1683. +L’ordre alors étant sans doute devenu plus +formel, il cessa, mais pour reprendre ailleurs +ce qu’on l’obligeoit d’interrompre à Paris. Le +Journal des <i>Nouvelles découvertes</i> étoit à peine +mort en France, qu’il ressuscitoit en Hollande, +sous le titre : <i>le Mercure savant</i>.</p> + +<p>Un médecin de Niort, nommé Gautier, établi +alors à Amsterdam, y aida Blegny. Celui-ci +envoyoit de Paris la matière du Journal et Gautier +veilloit à l’impression. On y trouvoit mille +choses : des pièces de vers, mêlées à de petits +traités de médecine, des chansons avec leur +<span class="pagenum" id="pxlvij">-xlvij-</span>musique, des nouvelles relatives aux affaires +d’État, et, sur le tout, beaucoup de méchancetés. +Elles n’en firent pas le succès.</p> + +<p>Le <i>Mercure savant</i> ne dura que deux mois ; il +s’arrêta après son second volume, celui de +février 1684.</p> + +<p>Il n’eut qu’un seul bon résultat, mais très-indirect, +et sans que Blegny son rédacteur s’y +trouvât pour rien. Il fut cause que quelqu’un +donna à Bayle l’idée de la célèbre publication +périodique, où, comme on l’a dit, il fonda la +critique littéraire. Lui-même avoua ce qu’en +cela il devoit au Journal de Blegny, que, d’ailleurs, +il trouvoit détestable :</p> + +<p>« Je vous dirai, écrit-il le 8 août 1684 à +M. Lenfant, à Rotterdam, que le dessein du +Journal que l’on m’inspira et que je goûtai +quand j’eus vu les deux tomes du <i>Mercure savant</i>, +qui avoient paru en janvier et en février, et +qui avoient fort déplu, quant à l’exécution, +quoique le projet en eût été agréable, s’exécute +depuis le mois de mars. Il s’intitule, non pas +Journal, mais <i>Nouvelles de la République des +lettres</i>. »</p> + +<p>D’autres affaires que celles de sa Gazette +avoient vivement occupé, et même, à un certain +moment, gravement inquiété Blegny, pendant +le temps qu’il la faisoit paroître.</p> + +<p>Il tenoit chez lui, on l’a vu plus haut, une <i>Académie +de nouvelles découvertes</i>, dont cette Gazette +n’étoit pour ainsi dire que le compte-rendu mensuel ; +de plus, il avoit ouvert un <i>cours de Chirurgie</i>, +où il donnoit des leçons particulières aux garçons +chirurgiens, et un <i>cours de Pharmacie</i>, qui +étoit une école du même genre pour les garçons +<span class="pagenum" id="pxlviij">-xlviij-</span>apothicaires. Son ardeur de professer et de doctoriser +étoit telle que, suivant Moréri, « il +s’avisa même de faire un <i>cours de perruques</i> pour +les garçons perruquiers. »</p> + +<p>On s’en amusoit dans le public, mais on n’en +rioit pas dans le monde des médecins et des +chirurgiens, dont cette rage d’accaparements +narguoit et froissoit les priviléges. Pouvoit-on +souffrir qu’un intrus, sorti l’on ne sait d’où, qui +n’étoit ni de l’Académie de médecine, ni de +celle de chirurgie, autrement dite Académie de +Saint-Côme, se permît de pratiquer, comme s’il +appartenoit à l’une et à l’autre, de professer sur +toutes les matières de leur compétence, et, qui +plus est, d’en écrire ?</p> + +<p>Chacun de ses ouvrages y avoit soulevé de +véritables tempêtes, ceux notamment où, avec +aussi peu de mesure que de modestie, il s’adjugeoit +une sorte de science universelle, et se +posoit presque en dieu de la médecine. N’avoit-il +pas osé publier, dès 1673, trois volumes sous +ce titre : <i>Nouvelles découvertes sur toutes les parties +de la médecine</i>, et, en 1679, deux volumes +encore, qu’il avoit intitulés le <i>Temple d’Esculape</i>, +comme si lui seul en avoit la clé ?</p> + +<p>Toutefois, le sachant très-puissamment soutenu, +on le laissoit faire. C’est à peine s’il y eut +contre ses livres quelque protestation écrite, +telle que la brochure du chirurgien Devaux, +<i>Découverte sans découverte</i>, faite à propos de +l’impudente publication de Blegny, <i>Découverte +du véritable remède anglois contre les fièvres</i><a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> V. les <i>Mémoires littéraires</i> du P. Des Molets, t. VIII, +1<sup>re</sup> partie, <i>Éloge de Devaux</i>.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="pxlix">-xlix-</span>On attendoit pour l’attaquer et tâcher de détacher +de lui les protections dont il faisoit sa force, +qu’il donnât prise à quelque action sérieuse. +C’est ce qui arriva vers la fin de 1681, dans +une circonstance que ses ennemis de la Faculté +surent envenimer, et qui leur permit non-seulement +de faire passer M. de La Reynie de leur +côté, mais encore d’ébranler la confiance que +Monsieur avoit en Blegny.</p> + +<p>Un <i lang="la" xml:lang="la">factum</i> que celui-ci dut rédiger pour se +défendre, et dans lequel les besoins de sa justification +l’entraînèrent à donner de nombreux +détails sur lui-même, va nous mettre au fait de +cette affaire et incidemment nous compléter +plusieurs points de sa biographie.</p> + +<p>A cette époque les dissections n’étoient permises +qu’à ceux qui relevoient des Académies +de chirurgie ou de médecine, ou qui en avoient +obtenu, de la Faculté, l’autorisation. Faire enlever +un cadavre sans qu’elle eût été prévenue +et le disséquer en dehors de l’amphithéâtre des +Écoles, étoient choses des plus graves, et qui +pouvoient vous attirer une peine fort rigoureuse.</p> + +<p>Or, il arriva qu’en décembre 1681 les doyens +et docteurs furent avisés qu’un jeune chirurgien +nommé Desnoues, qui, en qualité de membre +de l’<i>Académie des nouvelles découvertes</i>, fondée +par Blegny, « donnoit des leçons secrettes à +plusieurs étudiants », dans une chambre dépendant +de cette Académie, s’étoit fait apporter par +le garçon de salle, Baptiste, de chez le fossoyeur +Pajot, le corps d’une petite fille de cinq +ans, et en avoit commencé la dissection.</p> + +<p>Les doyens firent saisir le corps par l’huissier +<span class="pagenum" id="pl">-l-</span>Masson, chez Desnoues, et, sur leurs instances, +le lieutenant de police ouvrit une action dans +laquelle ils insinuèrent tout d’abord que Blegny, +qu’ils visoient surtout, devoit être compris, +comme maître de l’Académie où la dissection +s’étoit faite.</p> + +<p>On commença toutefois par n’arrêter que +Desnoues. Quand il fut à la Conciergerie, il +parla. C’est ce qu’on désiroit. Il chargea Blegny ; +or, comme, en attendant, une démarche +avoit été faite avec plein succès, le 21 janvier +1682, par M<sup>e</sup> Nicolas Liénard, doyen de la +Faculté de médecine, à la tête de sa compagnie, +auprès de Monsieur, « en son Palais », pour +lui remontrer respectueusement, ainsi que d’ailleurs +l’en avoit déjà prévenu M. de La Reynie, +qu’une protection telle que la sienne n’étoit pas +due à un pareil homme « qui, disoit le doyen, +profane en tout lieu vostre grand nom<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> » ; Blegny +se trouvoit alors sans défenseur.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Discours à S. A. R. en son palais à Paris</i>, par +M<sup>e</sup> Nicolas Liénard, etc., in-4<sup>o</sup>.</p> +</div> +<p>Lors donc que, quelques jours après, sur la +dénonciation de Desnoues, arrêt de prise de +corps eut été lancé contre lui, personne n’intervint +pour empêcher la justice d’avoir son cours.</p> + +<p>Doyens et docteurs triomphoient. Ce qu’ils désiroient +depuis si longtemps étoit obtenu : « Si », +avoient-ils dit, d’après le témoignage même de +celui qu’ils accusoient et qui les connaissoit bien<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>, +« si nous pouvons tenir Blegny, il ne nous échappera +pas ; nous avons en main de quoi le faire +<span class="pagenum" id="plj">-lj-</span>pendre. Il sera bien heureux s’il en est quitte +pour les galères. Il y a trois cents témoins qui +déposeront contre lui. M. de La Reynie en a +informé S. A. R. à notre considération, et ce +magistrat a promis à notre doyen de nous délivrer +bientôt du chagrin que nous avons de voir +un chirurgien écrire sur toutes les matières de +la médecine et présider dans une Académie à +des docteurs de diverses facultés<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Factum pour M<sup>e</sup> Nicolas de Blegny</i>, etc., in-4<sup>o</sup>, p. 4.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>Id.</i>, p. 9.</p> +</div> +<p>Cela dit, pour prouver la partialité de ceux +qui le dénoncent, il prend corps à corps l’accusation +et la rejette sur Desnoues qui l’en a +chargé. C’est lui seul qui s’est permis les dissections +défendues, et cela non-seulement cinq ou +six fois, comme on le pense, mais quarante au +moins. Il alloit disséquant n’importe où, dans +tous les quartiers. Quelqu’un qui le savoit lui +joua le tour de le surprendre un soir, rue de +l’Université, à l’hôtel Tambonneau, et de lui faire +la plus forte peur, en se disant commissaire. +Desnoues, qui le crut, décampa par la fenêtre de +la mansarde où il disséquoit, emportant le corps +à moitié dépecé. Il le laissa dans la gouttière, où +un couvreur le retrouva le lendemain.</p> + +<p>S’est-il, lui Blegny, livré à ces opérations +clandestines, a-t-il jamais couru les risques de +pareilles surprises ? Ses dénonciateurs n’osent +même le supposer, et cependant ils font tout +pour l’écraser par leurs allégations :</p> + +<p>« Il n’est pas », s’écrie-t-il avec une certaine +éloquence<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, « il n’est pas d’injures dont ils +n’aient tâché de le noircir en toute occasion, +<span class="pagenum" id="plij">-lij-</span>point d’artifices dont ils ne se soient servis pour +lui faire perdre la protection qu’il avoit naguère +du sieur lieutenant de police et qu’il a encore +du sieur premier médecin du Roy ; point de prétextes +qu’ils n’aient inventés pour luy dénier la +justice qu’ils luy doivent ; point de moyens +secrets qu’ils n’aient mis en usage pour le diffamer, +pour diminuer son employ, pour luy +attirer l’indignation de S. A. Monsieur ; point +d’entreprises qu’ils n’aient faites pour troubler +ses exercices et pour empêcher la publication de +ses ouvrages ; point d’occasions qu’ils n’aient +recherchées avec empressement pour luy susciter +des procez ; enfin, point d’intrigues qu’ils n’aient +pratiquées pour porter ses confrères et ses meilleurs +amis à se déclarer contre luy. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> <i>Id.</i>, p. 10.</p> +</div> +<p>Ce qui lui tient le plus au cœur, c’est qu’ils +ont vilipendé ses ouvrages. Il n’en est pas un +auquel ils aient fait grâce. N’ont-ils pas prétendu +aussi que les chirurgiens, de même que les médecins, +avoient eu tous à se plaindre de lui, chose +absolument fausse, ainsi que le prouve l’approbation +accordée par beaucoup d’entre eux aux +instruments par lui inventés.</p> + +<p>On l’accuse, continue-t-il, « d’être sans doctrine, +et d’avoir des auteurs à gages » ; or, il a +passé dix-sept ans d’établissement sans tomber +dans la moindre impéritie, et il s’est rendu la +voix publique favorable par l’exactitude de sa +conduite et par l’heureux succès des cures qu’il +a entreprises.</p> + +<p>S’il n’a pas été examiné à Saint-Côme, c’est +qu’il n’a pas fait son apprentissage à Paris<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>. Il +<span class="pagenum" id="pliij">-liij-</span>est donc faux que la maîtrise lui ait été déniée +« à cause de ses mauvaises mœurs et de son +incapacité ».</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Id.</i>, p. 12.</p> +</div> +<p>Ils ont été encore plus loin que cette accusation +de mœurs scandaleuses. Ils ont fait courir +le bruit qu’une de ces terribles affaires criminelles, +comme il y en eut tant à l’époque de +la Brinvilliers et de la Voisin, l’avoit eu pour +complice, et qu’il avoit même fallu à cette occasion +s’assurer de lui. « Pendant, dit-il, qu’il +estoit en Flandres près de S. A. R. Monsieur, +ils publièrent partout qu’il estoit à la Bastille, +pour le poison. »</p> + +<p>Son seul crime — et c’en est un des plus +impardonnables à leurs yeux — est d’avoir +écrit quelque part « qu’il y a des docteurs sans +doctrine et des doctes sans doctorat ». Ils se +sont reconnus, et leur première vengeance a été +de crier que lui aussi étoit un faux docteur. Il +est vrai qu’il n’a point passé par les colléges et +qu’il n’a pris de degrés dans aucune faculté. Il +n’en est pas moins prêt à soutenir dans une +dispute réglée les questions les plus difficiles, +« soit de médecine, soit de physique », contre +les plus savants.</p> + +<p>Son livre sur la guérison des fièvres a été le +plus attaqué ; il le défend à outrance. Il se +montre aussi très-ardent à prouver l’excellence +d’un cordial — on le trouvera décrit plus loin — « auquel +il a donné la forme d’opiatte (<i>sic</i>) », +et qui ne seroit, à les entendre, autre chose que +« l’orviétan », dont il auroit acheté le secret à +Hiéronimo Cei. Il ne récuse pas celui-ci, son ami +et son compère, mais il nie le reste.</p> + +<p><span class="pagenum" id="pliv">-liv-</span>Pour conclure, il espère que ses juges le feront +sortir de cette affaire, non-seulement libre et +justifié, mais indemnisé :</p> + +<p>« Il oze préjuger que la Cour, en prononçant +son absolution et déclarant l’escrou fait de sa +personne injurieux, tortionnaire et desraisonnable, +condamnera ceux qui l’accusent à luy faire +réparation d’honneur, en 10,000 livres de dommages +et intérêts, à quoi il se restreint, et en +tous les despens du procez. »</p> + +<p>Une note manuscrite, mise au bas de l’exemplaire +du <i lang="la" xml:lang="la">factum</i> qui nous a servi pour tous ces +détails, dit que l’arrêt fut rendu sur le rapport +de M. Amproux, le 12 juillet 1683, mais +n’ajoute pas s’il fut ou non favorable. Nous +croyons qu’il dut l’être, car nous trouvons quelques +mois après Blegny reprenant ses publications +avec plus d’impudence et d’emphase que +jamais. En 1684, par exemple, peu de mois +après sa mise en liberté, il fait paraître un volume +in-12 avec ce titre singulier : <i>La doctrine +des rapports, fondée sur les maximes d’usage et +sur la disposition des nouvelles ordonnances</i>.</p> + +<p>Ses emplois semblent lui être restés, du moins +en partie. Peut-être n’a-t-il plus sa charge chez +Monsieur, ni celle de « premier chirurgien », +qu’il s’étoit fait donner chez la Reine en 1678, +mais il est toujours médecin du Roi, « préposé, +comme il ne manque pas de le répéter partout, +à la recherche et vérification des nouvelles découvertes +de médecine. »</p> + +<p>Son peu de fidélité dans l’exercice de cette +fonction délicate lui attira une nouvelle disgrâce. +Il avoit fondé, aux environs du faubourg Saint-Antoine, +<span class="pagenum" id="plv">-lv-</span>à Pincourt — nous dirions aujourd’hui +Popincourt — une sorte de maison de +santé avec jardin de plantes médicinales, dont +il sera parlé plus bas, et près de laquelle logeoit +« un certain prieur », comme il l’appelle<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, qui +se mêloit aussi de remèdes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> V. plus loin, p. <a href="#p157">157</a>, note.</p> +</div> +<p>Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez +efficaces, dont il avoit livré le secret au roi, à condition +que le public en profiteroit pour rien.</p> + +<p>Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la +vérification de ces sortes de découvertes pour +accaparer au passage les remèdes du Prieur et les +ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences +de son bureau ou Académie, qu’il avoit +transféré de la place du Palais-Royal à la rue +Guénegaud ; et, qui pis est, il les vendit avec ses +propres drogues.</p> + +<p>De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles +il opposa son impudence ordinaire, ce +qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être +suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps. +Voici ce que nous lisons à ce sujet dans un +curieux recueil manuscrit : <i>Lettres historiques et +anecdotiques</i><a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>, sous la date du 15 janvier 1686 :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> Bibl. nat., <i>Mss.</i> Suppl. franç. n<sup>o</sup> 10,265.</p> +</div> +<p>« Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille, +pour s’estre voulu mesler d’enseigner la manière +d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit +donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement. +Il avoit dit des impertinences. »</p> + +<p>Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny +comme nous le connoissons, pour ne nous +<span class="pagenum" id="plvj">-lvj-</span>laisser aucun doute sur l’authenticité de la nouvelle.</p> + +<p>Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier, +parlant de lui, l’appelle « le bastillé et le +bastillable<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> », ne dut pas être de bien longue +durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus +mesuré et plus modeste. L’année d’après il ne +publia qu’un livre des plus anodins : <i>Le bon +usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation +et la guérison des maladies</i>, in-12 ; et, +en 1688, deux autres petits volumes sans beaucoup +plus de conséquence : <i>Secrets concernant la +beauté et la santé</i>, qui ont fait dire avec raison +par un de ses biographes : « Le titre seul de cet +ouvrage annonce le charlatanisme : les vrais +médecins ne connaissent pas de secrets<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>. »</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Anti-Menagiana</i>, préface, p. 16.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> <i>Biog. universelle</i>, art. Blegny.</p> +</div> +<p>De 1688 à la fin de 1690, il ne publia rien. +Il étoit occupé de son livre : <i>Les Adresses de la +ville de Paris</i>, dont, ainsi que nous l’avons dit, +il avoit sans doute emprunté l’idée à celui des +adresses de Londres publié en 1677. Il lui falloit +un privilége, mais, comme dans cet ouvrage, +il vouloit plus ou moins exploiter ceux qu’il y +recommanderoit, et, sous prétexte de parler de +tout le monde, parler sans cesse de lui-même, en +se ramenant à chaque coin de page, à tort et à +travers et pour n’importe quelle raison, il se +garda bien de demander ce privilége en son +propre nom. Sa voisine, la veuve Nyon, libraire +sur le quai Conti, se le fit accorder à sa place +dès le 14 juillet 1690 et se chargea de faire +<span class="pagenum" id="plvij">-lvij-</span>imprimer le manuscrit chez l’imprimeur Rondot. +Un pseudonyme sur le titre, celui d’Abraham +Du Pradel, fut, pour lui-même, afin de ne pas +se trahir, tout ce que se permit Blegny.</p> + +<p>Le petit volume, qui se compliquoit d’un +almanach, devoit de toute nécessité être prêt +le premier janvier 1691 ; il le fut. Réussit-il ? +Nous le pensons. Il avoit d’avance une clientèle +de lecteurs toute faite : chez les étrangers de +passage à Paris, chez les gens de province et +même chez les Parisiens qui, à cette époque +comme à la nôtre encore, n’ignoroient rien tant +que ce qui se trouve à Paris de bon à acheter +et de curieux à voir.</p> + +<p>Ce succès, quoiqu’il eût rencontré de l’opposition, +car beaucoup, même dans le monde des +marchands, s’étoient trouvés froissés de ce qu’on +les eût nommés sans leur permission, encouragea +Blegny. Pour l’année suivante, tout en tenant +compte de ces plaintes, qui paraîtront bien singulières +à présent que la réclame est partout +courue et nulle part évitée, il voulut faire mieux, +être plus varié, plus complet. Ce fut sa perte.</p> + +<p>Il s’en étoit tenu, la première année, presque +exclusivement aux adresses marchandes ou +industrielles. Pour la seconde, que nous reproduisons +ici, avec le titre nouveau qu’il lui +donna, il prétendit y joindre les adresses de +Messieurs des Fermes, du Conseil d’État, etc., +etc., celles aussi des Curieux célèbres et des +Dames curieuses, et bien d’autres encore.</p> + +<p>Les plaintes grossirent en conséquence. De +quoi se mêloit-il ? De quel droit ces indiscrétions +qui ne pouvoient qu’attirer des nuées d’importuns +<span class="pagenum" id="plviij">-lviij-</span>chez les personnes dont il indiquoit ainsi +la qualité et l’adresse ? N’empiétoit-il pas d’ailleurs, +en bien des points, sur ce que, par privilége, +l’<i>État de France</i> pouvoit seul publier.</p> + +<p>Il y avoit dans tout cela beaucoup plus +qu’il n’en falloit pour faire supprimer <i>Le Livre +commode</i>. Camusat dit que Blegny reçut ordre +de ne pas le continuer parce qu’il fut trouvé +détestable<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>. Nous croyons bien plutôt que ce +fut pour les raisons dont nous venons de parler, +qu’il dut ne plus paroître, et que même — ce +qu’ignoroit Camusat — il fut saisi. Nous +avons trouvé les procès-verbaux qui le prouvent<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Histoire critique des journaux</i>, t. I, p. 230-231.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Collection Delamarre</i>, aux mss. de la Biblioth. nat., +n<sup>o</sup> 21,739, p. 110.</p> +</div> +<p>Le 29 février 1692, c’est-à-dire deux mois +après la publication de la seconde année, la +veuve Nyon fut requise par Denis Aumont, sergent +à verge, d’avoir à lui présenter le privilége +en vertu duquel elle avoit fait imprimer le +<i>Livre commode contenant les adresses de la ville de +Paris</i> et à lui déclarer le nombre d’exemplaires +qui lui en restoit. Elle répondit que le privilége +étoit demeuré entre les mains du sieur Rondot, +par qui elle en avoit fait faire l’impression, et +elle offrit de le retirer et de le rapporter. Quant +aux exemplaires, dont la plus grande partie +n’avoit pas encore été vendue, elle offrit aussi +de les rapporter « en blanc », c’est-à-dire non +reliés, au nombre de deux mille cinq cents.</p> + +<p>Aumont se les fit présenter et les saisit. +Même visite fut faite chez Rondot l’imprimeur.</p> + +<p><span class="pagenum" id="plix">-lix-</span>A la première réquisition du sergent à verge +il présenta le privilége, qui fut saisi comme +l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent +les procès-verbaux, que par simple provision, +et jusqu’à nouvel ordre ; mais l’ordre contraire +ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient +saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût +détruits. C’est ce qui explique pourquoi cette +seconde année du <i>Livre commode</i> est beaucoup +plus rare encore que la première.</p> + +<p>Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès +lors il cesse de publier. Un livre, bien inattendu +de sa part et qui prouveroit qu’il a même +renoncé à la médecine, est le seul qui paroisse +sous son nom. Il est de 1694 et il a pour titre : +<i>Projet de l’histoire générale des religions militaires +et des ordres politiques et séculiers de chevaliers</i><a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>. +Pourquoi l’avoit-il fait ? Quel but y visoit-il ? +Peut-être étoit-ce un moyen d’exploiter les gens +si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler +par la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient +ainsi qu’à devenir, suivant le mot du +temps, des « chevaliers de l’industrie ». Blegny +étoit homme à en créer beaucoup de cet ordre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Il n’est pas indiqué dans la <i>Biblioth. Script. Medic.</i> +de Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des +livres de médecine de Blegny.</p> +</div> +<p>Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent +alors sur son compte. On parla même d’escroquerie<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a> ; +il perdit les dernières charges qui lui +restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait +sous les pieds, il quitta Paris pour Angers. On l’y +arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce devoit +<span class="pagenum" id="plx">-lx-</span>être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier +dans le château. Lorsqu’il eut fait son +temps, il chercha un pays plus hospitalier. Il se +retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut +en 1722 à quatre-vingts ans.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> <i>Biog. univ.</i>, art. Blegny.</p> +</div> +<p>Voilà l’homme, vous allez juger à présent de +son essai d’<i>Almanach des adresses</i>. L’auteur est +un assez vilain personnage, mais le livre est +curieux.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p1">-1-</span></p> + +<h2 class="nobreak maigre" id="debut"><span class="xsmall">LE</span><br> +<span class="large">LIVRE COMMODE</span></h2> + +<p class="c"><span class="xsmall">CONTENANT</span><br> +LES ADRESSES<br> +<span class="xsmall">DE LA</span><br> +VILLE DE PARIS<br> +<span class="xsmall">ET</span><br> +LE TRÉSOR DES ALMANACHS<br> +<span class="small">POUR L’ANNÉE BISSEXTILE</span> 1692<br> +avec</p> + +<p class="drap i">les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre +et la discipline des exercices publics, le prix des +Matéraux et les ouvrages d’Architecture, le +Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des +Courriers et des Voitures de Routes, et généralement +toutes les commoditez sujettes aux +mutations.</p> + +<p class="c">Par Abraham <span class="sc">Du Pradel</span>, Philosophe +et Mathématicien.</p> + + +<p class="c gap"><span class="large">A PARIS</span>,<br> +chez la Veuve de <span class="sc">Denis-Nion</span>, Marchand-libraire +sur le quay de Nesle, devant l’Abrevoir de +Guénégaud, à l’image Sainte Monique.</p> + +<p class="c i">M. DC. XCII.<br> +Avec privilége du Roy.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p3">-3-</span></p> + +<h2 class="nobreak">AVERTISSEMENT.</h2> + + +<p>L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant +que son ouvrage seroit jugé +généralement utile ; l’approbation du +public et le débit qui s’en est fait en +sont de fortes preuves ; il s’en trouve +très honoré, et il se propose d’en être autant +reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient de +redoubler ses soins et ses recherches pour le +rendre plus exact et plus complet : il en fera de +même dans les années suivantes ; il examinera +par luy-même les mémoires qui luy seront donnés, +et il préviendra par cette précaution, le +reproche qu’il s’est attiré l’année précédente, +pour s’en être tenu aux protestations de quelques +personnes qui lui avoient donné de fausses +adresses, et qui avoient attribué à certains artisans +une réputation qu’ils n’avoient pas encore +acquise.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p4">-4-</span>Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende +demeurer garand du mérite des personnes qu’il +doit indiquer. C’est le public qui donne la réputation. +Il est luy-même responsable de ses propres +injustices. Un particulier n’est pas en droit de +s’opposer au torrent de la voix publique quand +même il seroit assez téméraire pour le faire, il +ne seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des +adresses de personnes renommées. Il suffit qu’un +nom ait été célébré pour avoir place dans cet +Opuscule : et il n’est pas permis à l’Auteur d’y +ajouter celui dont on n’a pas encore parlé, quand +même il appartiendroit au plus digne homme +d’une profession.</p> + +<p>La seule omission qu’on pourroit reprocher à +l’Auteur, est celle de n’avoir rien dit d’un grand +nombre de personnes qui ont acquis dans le +Commerce et dans les Arts une distinction particulière ; +mais il ne tiendra qu’à ces personnes +mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende là-dessus +bonne justice l’année prochaine, et elles +peuvent même s’assurer qu’elles auroient été +prévenues dès la première édition de cet Ouvrage, +si l’Auteur eut été assez intrigué<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a> dans +le monde, pour savoir tout ce qui mérite d’être +connu.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Nous dirions aujourd’hui « lancé ». Boileau, dans l’<i>Art +poétique</i>, chant III, a donné à ce mot le même sens :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,</div> +<div class="verse">Se pousse auprès des grands, <i>s’intrigue</i>, se ménage.</div> +</div> + +</div></div> +<p>Un Médecin et quelques autres personnes indiquées +dans l’édition précédente, avoient trouvé +mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens +<span class="pagenum" id="p5">-5-</span>autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles +connaîtront par celle-ci, qu’on a eu soin de +flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient +raisonnablement désirer.</p> + +<p>Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre +l’ordre de dignité en parlant des Compagnies, +des personnes et des professions ; mais outre +qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini +sur les rangs et sur les préséances, il auroit été +presque impossible à l’Auteur de s’en assurer, +quand même il y auroit quelque certitude ; c’est +pourquoi il a dû avertir qu’il a traité sans aucune +distinction de droits ni de mérite, toutes les différentes +choses qui sont le sujet de cet Ouvrage, +ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront +pas dans l’ordre qui leur conviendroit en autre +chose.</p> + +<p>Comme on s’est proposé en ceci de donner +annuellement au public toutes les instructions +qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à +mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les +vacations des Tribunaux et le prix des matereaux +et des ouvrages concernant les batimens : car si +d’un côté ces choses ne sont pas du genre de +celles qu’on doit indiquer par des adresses, elles +sont du moins de celles qui peuvent être changées +en quelques circonstances.</p> + +<p>Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû +comprendre dans cet ouvrage, tout ce qui est +contenu dans les listes des Tribunaux et dans +les catalogues des Compagnies et des Communautés, +devroient se ressouvenir de la protestation +qu’il a faite de servir tout le monde sans +nuire à personne, et réfléchir sur le tort qu’il +<span class="pagenum" id="p6">-6-</span>feroit à ceux qui ont accoutumé de vendre ces +listes et ces catalogues ; outre que le seul recueil +qu’on en feroit composeroit un trop gros volume +pour un simple manuel journalier, et qu’ainsi il +étoit plus expédient et plus raisonnable d’indiquer +seulement, comme il a fait, les sièges où +l’on peut recouvrer les listes et les Bureaux où +l’on peut trouver les catalogues.</p> + +<p>Sur ces deux considérations que l’Auteur ne +veut nuire à personne, et qu’il ne s’est proposé +de traiter que les choses sujettes à mutations, on +peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage, +ni la situation des Eglises, ni la description des +Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des autres +Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le +sujet de M. le Maire à qui nous devons un Livre +en trois volumes, qui a pour titre Paris ancien +et nouveau<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>, et celui de M. l’abbé Brice, qui +nous a donné une description de la Ville de +Paris<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>, et que d’ailleurs ces choses ne regardent +<span class="pagenum" id="p7">-7-</span>qu’indirectement les commoditez qui doivent +satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé +de pourvoir.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet : +<i>Paris ancien et nouveau, avec une description de tout ce +qu’il y a de plus remarquable dans toutes les églises, communautés, +palais, maisons, rues, places, etc.</i> D’après le +P. Lelong et les éditeurs de la neuvième édition du livre +de G. Brice, dont nous parlerons dans la note suivante, +cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en style +moins ancien, des <i>Antiquités de Paris</i> du P. Du Breul.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an +avant le livre de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre +de : <i>Description nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable +dans la ville de Paris</i>, par M. B… L’auteur, Germain +Brice, qui se déroboit sous cette initiale, portoit, sans +être prêtre, l’habit ecclésiastique, c’est pourquoi il est ici +appelé abbé. Il se mettoit au service des étrangers de qualité +pour leur apprendre le françois et leur faire voir Paris, +ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui valoit +« de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles ». Son +livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit +monté de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727, +à soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit +ne fut achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault +qu’en 1751 et fut publiée l’année suivante. C’est un ouvrage +très-utile et qu’il est bon surtout de suivre dans toutes ses +transformations de 1684 à 1752. — Nous ajouterons que +Brice n’étoit pas seul à faire le métier de <span lang="it" xml:lang="it">cicerone</span> parisien, +almanach des adresses allant et venant au service de chacun. +Le <i lang="la" xml:lang="la">Novitius</i>, dictionnaire latin-françois de 1721, nomme, +au mot <i lang="la" xml:lang="la">Nomenclator</i>, un certain Herpin, qui gagnoit sa vie +de la même manière : « C’est un homme qui enseigne à +Paris les noms et les demeures des gens de qualité ».</p> +</div> +<p>Au surplus, comme ce Livre sera chaque année +publié dès les premiers jours du mois de +Novembre, et qu’on en commencera par conséquent +l’impression dès le commencement d’Aoust, +il serait inutile d’envoyer des mémoires ni pour +les nouvelles adresses, ni pour les mutations +passé la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un +temps considérable pour diriger sa matière.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p9">-9-</span></p> + +<h2 class="nobreak">AVIS<br> +SUR LES ADRESSES CASUELLES.</h2> + + +<p>Dans le courant de l’année précédente, +bien des gens ont donné des mémoires +que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira +que dans un cahier volant, par +cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez +qui n’ont rien de permanent, c’est à +dire qui sont aujourd’hui existantes, et qui ne le +seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne +conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir +une année entière, et dans lequel même il ne se +doit presque faire aucun changement que par +rapport aux simples mutations.</p> + +<p>Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois, +et aura pour titre <i>les Adresses casuelles de la Ville +de Paris</i><a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> ; on y trouvera, par exemple, le dessein +<span class="pagenum" id="p10">-10-</span>des Auteurs qui auroient besoin de mémoires, +l’arrivée et le départ des Marchands forains, +l’ouverture des ventes de meubles publiques et +judiciaires qui mériteront d’être sçues, l’adjudication +d’héritages licitez et décretez, les Bureaux +pour la levée des charges de nouvelles créations, +les Fermes à bailler et les biens à vendre, l’état +des Marchandises dont les Courtiers-Commissionnaires +se trouveroient chargez ; la qualité +des Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers +voudront se défaire par vente ou par +échange, les bois qui seront à couper, les Emplois +qui seront vacans, les ouvrages et fournitures +qui seront à faire au rabais, les fonds qui seront +à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire, +et généralement les adresses de toutes commoditez +dont la fin paroitra prochaine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> C’étoit un essai de <i>petites affiches</i> mensuelles dont +nous n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il +pas suite. Renaudot en avoit tenté du même genre, mais +trimestrielles, sous Louis XIII. On en trouve le <i>plan</i> dans +sa rarissime brochure : <i>Inventaire des adresses du bureau +de rencontre</i>, 1630, gr. in-4<sup>o</sup>. Le roi lui avoit, à cet effet, +accordé un privilége le 8 juin 1629. On ignoroit si l’exécution +avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes assez +heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un +numéro de ces premières <i>petites affiches</i>, portant la date +du 1<sup>er</sup> septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15<sup>e</sup> <i>feuille</i> +de cette publication. Or, comme elle avoit dû commencer +à la fin de 1629, il y avoit juste quinze trimestres qu’elle +existoit en septembre 1633. Nous avons publié, avec des +notes, dans le tome IX de nos <i>Variétés</i>, p. 51 et suiv., +cette 15<sup>e</sup> feuille, la seule que l’on connoisse encore.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p11">-11-</span></p> + +<h2 class="nobreak">SUCCEZ DES REMEDES<br> +INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE.</h2> + + +<p>L’Auteur étant persuadé qu’entre tous +les besoins ausquels il s’est proposé de +pourvoir, il n’y en a point de plus +pressans que ceux qui concernent le +rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit +ici, avec plaisir, une relation qu’il tient +de son libraire par qui elle est certifiée véritable, +puis qu’elle contient un grand nombre de cures +merveilleuses opérées dans le courant de l’année +précédente, par l’usage des remèdes spécifiques +qui avoient été par lui annoncez.</p> + +<p>Plus de trente personnes de l’un et de l’autre +sexe accablées par des Rhumatismes habituels +et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes +des pieds et des mains, et par des douleurs +<span class="pagenum" id="p12">-12-</span>causées par les panacés et autres poudres mercurielles, +ont été parfaitement guéries en peu de +jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la +liqueur anodine marquée à la page <a href="#p51">51</a>.</p> + +<p>Autant en est-il arrivé à un paralitique qui +avoit d’ailleurs au bras droit des nodus d’une +prodigieuse grosseur, les membres paralitiques +ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez +entièrement dissipées dans l’espace de cinq semaines.</p> + +<p>Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune +homme à peu près dans le même espace de +temps, la guérison de la Goutte des pieds et la +dissipation de plusieurs Loupes et Tumeurs +froides qu’il avoit aux deux genoux.</p> + +<p>Un homme d’une particulière considération, +en qui il s’étoit fait un effroyable dépôt d’humeurs +sur les jambes, après avoir fini par le +quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté, +a été parfaitement guéri en six semaines par la +liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement +replet, non seulement de cette fluxion, mais encore +de plusieurs grands ulcères qu’elle causa +subitement avec mortification de la peau et des +chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et +d’un vomissement continuel que le quinquina +avoit causé.</p> + +<p>L’un des domestiques de ce malade fût guéri +dans le même temps d’une Hidropisie formée en +deux prises d’un Sirop spécifique.</p> + +<p>Plus de cinquante personnes ont été gueries +de Décentes de Boyaux, les unes en un mois ou +cinq semaines en faisant retraite à la pension de +Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant +<span class="pagenum" id="p13">-13-</span>à leurs affaires ; par les Bandages<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> et par +les emplatres de la Manufacture royale.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous +l’avons prouvé dans <i>le Vieux-neuf</i>, 2<sup>e</sup> édition, t. I, p. 133-134, +note. En 1647, un charlatan avoit inventé un bandage +dont il promettoit merveille. Les <i>Annales du Bibliophile</i>, +t. I, p. 38, ont publié l’affiche qui en énuméroit les miracles.</p> +</div> +<p>Vingt deux malades accablez d’une longue +suite de cours de ventre, de flux de sang et de +dissenteries, ont été guéris sans retour et sans +ressentir la moindre incommodité, avec une ou +au plus deux prises d’un vin composé qui nourrit +comme le vin ordinaire.</p> + +<p>On a pareillement guéri un grand nombre de +fébricitans par l’usage de la Liqueur fébrifuge.</p> + +<p>On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique, +en deux femmes différentes, un ulcère +formé dans la matrice ; et par cette même liqueur +aidée par les grains balsamiques, un grand +nombre de personnes de Gonorrhées habituelles +et de Pertes blanches.</p> + +<p>Onze personnes ont été parfaitement guéries +de la grosse maladie, sans régime et sans retraite +par le seul usage du mercure d’or<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny +entend par « la grosse maladie ». En la guérissant par le +mercure, il étoit arriéré. Locke, lorsqu’il vint à paris, vit, +affichée sur les murs, l’annonce d’un « remède sans mercure », +pour lequel le roi avoit accordé un brevet, dont +le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du +7 septembre 1667. Voy. dans la <i>Vie de Locke</i> par lord +King, un extrait de ses <i>Voyages</i> à la date du 13 février +1679.</p> +</div> +<p>Rien n’est plus commun que de voir des gens +guéris sur le champ et pour jamais de la douleur +<span class="pagenum" id="p14">-14-</span>de la carie des Dents, par l’application de l’Essence +végétale.</p> + +<p>Une religieuse qui ne vivoit depuis quatorze +mois que de trois cuillerées de bouillon par jour, +chacune desquelles luy coutoit un martire par +les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle +luy causoit pendant près d’une heure, et les +douleurs d’estomach qu’elle ressentoit ensuite, +fut soulagée très considérablement dès la première +prise de l’opiate digestive, et se trouva +après la deuxième en état de faire deux grands +repas par jour sans aucune incommodité.</p> + +<p>Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris +par l’usage de la Conserve pulmonaire.</p> + +<p>Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux +de larmes involontaires, a été guérie en peu de +jours sans opération par une simple pomade.</p> + +<p>Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur +qui ces Cures ont été faites, il ne pourroit les +nommer sans imprudence, mais les incrédules +pourront s’assurer de la verité, par le témoignage +de diverses autres personnes qui ont eu +occasion de voir opérer le Medecin par qui elles +ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite +cet Ouvrage, offre de donner les noms et les +adresses selon l’exigence des cas.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p15">-15-</span></p> + +<h2 class="nobreak maigre"><span class="xsmall">LE</span><br> +LIVRE COMMODE</h2> + +<p class="c"><span class="xsmall">CONTENANT</span><br> +<i>les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor +des Almanachs</i><br> +POUR L’ANNÉE 1692.</p> + + + + +<h3 id="c1">AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.</h3> + + +<p>Monseigneur l’Archevêque de Paris donne +Audience aux particuliers dans les appartemens +de l’Archeveché, près Notre-Dame, +le matin à onze heures quand il +est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse +à Monsieur de Morange pour impetrer les dispenses +et autres grâces Ecclésiastiques qui +emanent de mondit Seigneur.</p> + +<p>Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et +M. de la Baude Archidiacre de Brie, demeurent +au Cloître.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p16">-16-</span>Messieurs les Abbez Daquin<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[1]</a> et de Bourlemont +Agens du Clergé, demeurent ; sçavoir, le +premier au Jardin du Roi<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[2]</a>, et le deuxième ruë +d’Enfer près les Chartreux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[1]</span></a> C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit +donné, en avril 1688, l’abbaye de Saint-Laurent (<i>Journal</i> +de Dangeau, t. II, p. 130).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[2]</span></a> C’est comme frère du premier médecin que l’abbé +Daquin y logeoit, la surintendance du Jardin royal étant +encore, pour la plus grande part, dans les attributions du +premier médecin du Roi.</p> +</div> +<p>Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame, +à qui l’on s’adresse pour les affaires du Chapitre, +demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les +Lundis, Mercredis et les Vendredis.</p> + +<p>M. Chéron Official de Paris, à qui l’on +s’adresse pour obtenir permission de publier +Monitoire<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[3]</a>, demeure ruë du petit Musc près +l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la +maison de Pincourt rue des Amandiers Fauxbourg +saint Antoine<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[3]</span></a> Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace +d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui +avoient connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en +pouvoient savoir.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[4]</span></a> « Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions +et actions bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et +est souvent à Pincourt, où il a une maison de bon air. » +Edit. 1691, p. 5.</p> +</div> +<p>Il tient son Audience en la premiere cour de +l’Archeveché, le Mercredi, et le Samedi à midi, +où l’on porte toutes les Causes concernant les +fonctions Curiales et les Accessoires ; et par +conséquent les questions matrimoniales, la Morale +des Prêtres<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[5]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[5]</span></a> L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses. +C’est lui, par exemple, qui légitimoit par mariage les +unions qui n’avoient pas jusque là été régulières. Celle du +perruquier Lamour et d’Anne, sa perruquière, avoient +longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous l’apprend +au chant I<sup>er</sup> du <i>Lutrin</i> :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i1">… ce couple charmant</div> +<div class="verse">S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement,</div> +<div class="verse">Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage</div> +<div class="verse">L’Official a joint le nom de mariage,</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie +par Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p17">-17-</span>M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction, +qui conclud pour la manutention des Canons et +Discipline Ecclésiastique, est Curé de la Paroisse +de S. Roch.</p> + +<p>M. Robert Grand Pénitencier qui absout les +cas reservez<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[6]</a>, confesse presque tous les matins +et quelquefois l’apresdiné.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[6]</span></a> Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder +pour lui-même beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa +vie n’étoit pas des plus édifiantes. L’abbé Legendre, +<i>Mémoires</i>, p. 59, se contente de dire qu’il avoit « des +talents, autant pour le monde que pour sa profession. » +Les chansons en disoient plus. V. le <i>Recueil de Maurepas</i>, +t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs « pour +écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de +la religion. » Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, <i>Mém.</i>, +p. 99.) Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres +comme lui, le tenoit en grande estime. (Goujet, <i>Vie de +Nicole</i>, 1<sup>re</sup> part., p. 16, et 2<sup>e</sup> part., p. 130, 144.)</p> +</div> +<p>M. Le Chantre de la même Eglise<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[7]</a>, à la nomination +<span class="pagenum" id="p18">-18-</span>duquel sont tous les Maitres et toutes +les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et +qui connoit des causes concernant cette profession<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[8]</a>, +demeure aussi dans le Cloître, où il tient +son Audience le Jeudi à trois heures de relevée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[7]</span></a> Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude +Joly, dont nous trouvons un si bel éloge dans le <i>Valesiana</i>, +p. 39. Il avoit été, à Munster, le conseiller intime du duc +de Longueville pour les négociations du traité. Après la +Fronde, où il fut des plus hostiles à Mazarin, il devint +official de l’Église de Paris, puis, ce que nous le voyons +ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier 1700, +à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le +<i>Mercure de France</i> à cette date, p. 276.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[8]</span></a> Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties : +<i>Traité historique des Ecoles épiscopales</i> par Claude Joly. +Paris, Muguet, 1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des +contestations avec l’Université, et aussi avec les curés de +Paris qui n’acceptoient pas que le droit des Ecoles de +Grammaire appartînt seulement à MM. du Chapitre et au +grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut lire +dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de l’<i>Histoire +du Diocèse de Paris</i>, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44, +le détail des factums qui furent échangés entre les deux +partis.</p> +</div> +<p>Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis. +M. Marais ruë Cocatrice, et M. Chevalier ruë +saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers +Laics de l’Eglise de Paris.</p> + +<p>Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires +Apostoliques chez qui on peut passer tous actes +recevables en Cour de Rome, sont tous établis +ruë Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame.</p> + +<p>Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour +de Rome, par l’entremise desquels on obtient +toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége, +à peine de nullité et d’amende<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[9]</a>, sont :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[9]</span></a> Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions +par courriers, non-seulement pour la Cour de Rome, +mais pour les légations. Ils eurent leur chapitre spécial +dans l’<i>Almanach royal</i>, dès la première année, 1699. Leur +création datoit du mois de mars 1673.</p> +</div> +<p class="ind"><i>Messieurs</i></p> + +<p class="drap">Du Bourgt, ruë Bailleul.</p> + +<p class="drap">De la Nouë, ruë de la Harpe.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p19">-19-</span>Le Pelletier, ruë saint Severin<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[10]</span></a> Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des +banquiers expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame ; +il logeoit rue Saint-Christophe. (<i>Alman. royal</i>, +1702, p. 75.)</p> +</div> +<p class="drap">Daquinet, Parvis Notre Dame.</p> + +<p class="drap">Noyer, ruë de la Licorne.</p> + +<p class="drap">Ruelle, ruë des Prouvaires.</p> + +<p class="drap">Le Roy, ruë Bardubec.</p> + +<p class="drap">Chubuté, ruë des Prêtres saint Germ<sup>n</sup> l’Auxerrois<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[11]</span></a> Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre). +<i>Alman. royal</i>, 1702, p. 75.</p> +</div> +<p class="drap">Le Zineau, ruë des Massons<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[12]</span></a> Laurent Lezineau. (<i>Id.</i>)</p> +</div> +<p class="drap">Antoine, ruë saint Christophle.</p> + +<p class="drap">Beaudet de Beaumont, ruë saint André.</p> + +<p class="drap">Le Maine, ruë Hautefeuille<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[13]</span></a> Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit +y en avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année +précédente, 1691, avoit, en effet, rétabli définitivement +les huit offices héréditaires créés au mois de décembre 1689, +et supprimés le mois suivant.</p> +</div> +<p>On trouve des instructions très importantes +sur l’obtention et sur le dénombrement des Benefices +de France, dans les livres que M. Le +Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[14]</a>, +et encore dans quelques autres que Michallet a +imprimés, ruë saint Jacques à l’Image saint Paul.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[14]</span></a> « M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de +Rome, qui demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur +de deux livres très instructifs sur l’obtention et le dénombrement +des bénéfices. » Edit. 1691, p. 5.</p> +</div> +<p>Le Sieur François Muguet<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[15]</a> seul Imprimeur +<span class="pagenum" id="p20">-20-</span>de l’Archeveché pour les Mandemens, Monitoires, +Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue +de la Harpe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[15]</span></a> Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit +publié en 1673 le <i>Traité</i> de Claude Joly sur les écoles épiscopales.</p> +</div> +<p>Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez +la Veuve Coignard, rue Saint Jacques<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[16]</span></a> « Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, <i>à +la Bible d’or</i>. » Edit. 1691, p. 4. « Le bref de Paris se vend +chez la veuve Cramoisy, même rue, <i>aux Cigognes</i>. » <i>Ibid.</i> — La +<i>Bible d’or</i> devint, au siècle suivant, l’enseigne des +Didot, et <i>les Cigognes</i> celle des Barbou, puis des Delalain.</p> +</div> +<p>Les usages Romains, à scavoir Breviaires, +Diurnaux, Missels, Rituels, Processionnels, Antiphonètes, +Graduels etc. se trouvent chez presque +tous les Libraires de la rue S. Jacques, et +particulièrement chez la Veuve Coignard, et +chez les Sieurs de La Caille<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[17]</a>, Josse et Hérissant.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[17]</span></a> Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques, +à l’enseigne de <i>la Prudence</i>. C’est à lui qu’on doit l’excellent +ouvrage, devenu rare aujourd’hui, <i>Histoire de l’Imprimerie +et de la Librairie</i>, 1689, in-4<sup>o</sup>. V. ce qu’en dit +Chevillier, <i>l’Origine de l’Imprimerie de Paris</i>, 1694, in-4<sup>o</sup>, +p. 58.</p> +</div> +<p>Les Livres de l’Office Divin à l’usage du +Diocèse de Paris, se vendent chez les sieurs +Josse et Léonard, ruë Saint Jacques<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[18]</span></a> « Les heures et autres livres de piété généralement +compris sous le titre d’usages, se vendent chez différents +libraires rue Neuve Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont +au Change. » Edit. 1691, p. 4.</p> +</div> +<p>M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly +de la Justice Nostre-Dame, demeure dans le +Cloître.</p> + +<p>M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette +Justice, demeure ruë saint Pierre aux bœufs.</p> + +<p>M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière +Saint Denis de la Chartre.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p21">-21-</span>M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure +rue de la Draperie.</p> + +<p>M. Taupinard Bailly de la Temporalité<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[19]</a> et +qui tient son Audiance le Lundy et le Jeudy à +midy, demeure rue Galande.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[19]</span></a> C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie +de l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des +appellations de sentences rendues en matière civile par les +officiers de justice sur les domaines de l’archevêché. Un +bailli, un procureur fiscal et un greffier étoient attachés à +cette juridiction.</p> +</div> +<p>M. Le Comte son Greffier, demeure rue des +Noyers.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c2">EXERCICES DE PIÉTÉ.</h3> + + +<p>Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de +guérir par un simple attouchement les malades +atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher +tous ceux qui ont été visitez par M. le premier +Chirurgien de Sa Majesté, la veille de Paques, +de la Pentecoste, de la Toussaints, et de Noël, +après avoir fait ses dévotions<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[1]</a>, et de leur faire +ensuite distribuer à chacun quinze sols par forme +d’aumone, à cause dequoi Monseigneur le Grand +Aumonier de France est toujours présent à la +Céremonie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[1]</span></a> Pour plus de détails, on peut lire l’<i>Etat de France</i> de +1692, t. I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi +touchoit était quelquefois très-considérable. Nous lisons, par +exemple dans le <i>Journal de Dangeau</i>, sous la date du +21 avril 1685, c’est-à-dire à l’époque de Pâques, une de +celles où, comme on le voit ici, cette cérémonie revenoit +tous les ans : « Le roi fit son bonjour (ses pâques) à la +paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et toucha +ensuite treize cents malades. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p22">-22-</span>Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi +Saint, une action digne de sa singulière Piété ; +car après le Service, l’Absoute et la Prédication, +Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs +de sa Cour, lave les pieds à treize pauvres enfans, +revetus d’une longue Robe de ratine rouge +ayant une serviette au col qui s’estend jusqu’à +leurs pieds<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[2]</a>, à chacun desquels elle distribue +ensuite par les mains de Monseigneur le Grand +Aumonier de France, treize plats de bois garnis +de poissons chacun avec la figure de l’un des +Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile, +et treize écus blancs dans une bource à treize +pendans, ce qui est mis dans une manne et +donné ensemble à chacune des Mères de ces +enfans<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[2]</span></a> L’<i>Etat de France</i> de 1692 contient aussi, à ce sujet, +d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[3]</span></a> Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes +prenoient part à cette cérémonie de la <i>Cène</i>, comme on +l’appeloit, et y servoient : « Le roi, écrit Dangeau, à la +date du Jeudi Saint, 7 avril 1689, entendit le sermon de +l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille ; ensuite le Roi fit +la cérémonie de laver les pieds des pauvres. Monseigneur le +duc de Bourgogne servit à la cène pour la première fois. +Monseigneur — c’est le Dauphin — communia à la paroisse, +et puis revint servir à la cène. »</p> +</div> +<p>Le même jour Monseigneur l’Archeveque de +Paris, fait aussi la Sêne dans la grande salle de +l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à +douze pauvres, à chacun desquels il distribue +trois plats de bois garnis de poissons, un pain, +un pinte de vin et un écu blanc.</p> + +<p>M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes +logé dans la maison Abbatialle de Saint Germain +<span class="pagenum" id="p23">-23-</span>des Prez<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[4]</a>, distribue par ordre du Roy, une infinité +d’Aumones et de pensions considérables +aux Nouveaux Convertis<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[4]</span></a> Il y logeoit comme administrateur de l’économat de +l’abbaye, charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou, +<i>Pellisson, Etudes sur sa vie et ses œuvres</i>, 1859, in-8, +p. 331.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[5]</span></a> Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il +étoit lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de +ses fonctions : en même temps que l’économat de Saint-Germain +des Prés, il administroit la caisse des conversions +créée en novembre 1676. (<i>Id.</i>, p. 342.)</p> +</div> +<p>Mesdames de Guise<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[6]</a>, de Créqui et de la Trémoüille<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[7]</a> +qui sont Directrices de la Charité de la +Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de grandes +aumosnes aux pauvres honteux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[6]</span></a> C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du +palais du Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage, +que la duchesse de Guise étoit restée une des grandes +aumônières de la paroisse Saint-Sulpice. Sa résidence étoit +alors, en effet, bien loin de là, au Marais, dans l’Hôtel occupé +aujourd’hui par les Archives.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[7]</span></a> Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la +mère et la fille. M<sup>me</sup> de la Trémoille mourut la première, +au mois d’août 1711.</p> +</div> +<p>Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[8]</a> +rue de Taranne, et l’Eschassier<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[9]</a> derrière la même +Eglise.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[8]</span></a> Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa +mère la présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la +Fronde. (Feillet, <i>Misère au temps de la Fronde</i>, 1862, in-8, +p. 231.) Elle avoit contribué surtout à l’œuvre des prisons, +dont elle fut une des premières trésorières. (<i>Etat ou tableau +de la Ville de Paris</i>, 1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des +œuvres où les dévots, comme Tartuffe, s’entremettoient le +plus volontiers, surtout par leurs fréquentes visites. (<i lang="la" xml:lang="la">Athenæum</i>, +t. II, p. 565.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[9]</span></a> Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons +plus loin.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p24">-24-</span>Il y a paraillement dans toutes les Parroisses +de Paris des Communautez de Dames Pieuses<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[10]</a>, +qui font assister les pauvres malades honteux +d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales, +et qui font même instruire des orphelins +de l’un et de l’autre sexe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[10]</span></a> « Sous la direction des quelles il y a des médecins, +des chirurgiens et des sœurs grises. » Edit. 1691, p. 3.</p> +</div> +<p>Quelques unes de ces Dames pratiquent encore +la charité avec un zèle exemplaire, pour la délivrance +des pauvres prisonniers retenus pour +dettes<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[11]</a>. Celles là sont connuës de tous les +Concierges et Geolliers des Prisons, à qui on +peut s’adresser pour en avoir les addresses<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[11]</span></a> V. l’avant-dernière note.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[12]</span></a> « On apprendra les noms et demeures de ces Dames +redemptrices, dans les geolles mêmes des prisons, et entre +autres en celle de la Conciergerie du Palais, où l’on trouve +la dame Bourcier, femme du concierge, de qui elles sont +très-bien connues. » Edit. 1691, p. 4.</p> +</div> +<p>Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du +Fort l’Evêque, peuvent impetrer avec succez le +secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité +de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure +dans le Cloître.</p> + +<p>Madame de Miramion<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[13]</a> Institutrice et Supérieure +<span class="pagenum" id="p25">-25-</span>de la Congrégation des Filles de Sainte +Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[14]</a>, +a toujours la même application aux œuvres +pieuses et charitables ; et particulierement en +faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister +dans tous leurs besoins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[13]</span></a> Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois, +seigneur de la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans. +S’étant vouée aux œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve, +l’année même qui suivit son mariage, et après que Bussy +eût tenté de l’enlever, elle fonda la <i>Maison du Refuge</i> pour +les filles qu’on arrachoit de force à la débauche, et celle de +<i>Sainte Pélagie</i>, pour les repentantes, qui s’en retiroient volontairement. +Sa dernière fondation fut la Congrégation dont +il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661, qu’une Communauté +de douze filles pieuses, destinées à tenir les petites +écoles, panser les blessés, assister les malades. Son premier +nom fut <i>la Sainte Famille</i>, puis elle prit celui de <i>Sainte +Geneviève</i> qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre +communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même. +M<sup>me</sup> de Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le +24 mars 1696.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[14]</span></a> On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, <i>Quai des +Miramionnes</i>, à cause des saintes filles que dirigeoit M<sup>me</sup> de +Miramion. L’hôtel, dont elle avoit fait pour elles un couvent, +est aujourd’hui la Pharmacie centrale des hôpitaux +civils. Celui de sa fille, mariée au maître des requêtes, +Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son marbre à lettres +d’or au-dessus de la porte : « Hotel ci-devant de Nesmond. »</p> +</div> +<p>Madame de Poncarré<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[15]</a> occupée du même zèle, +demeure ruë Neuve Saint Mederic.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[15]</span></a> Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier +président à Rouen.</p> +</div> +<p>Les Revérends Pères Celestins font distribuer +tous les jours du pain, à tous les pauvres qui +se présentent à leur porte à huit heures du matin, +à deux, et à six heures de relevée.</p> + +<p>Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent +tous les jours à disné à vingt quatre pauvres.</p> + +<p>Les Révérends Pères Chartreux, donnent à +disné tous les Vendredis à un grand nombre de +pauvres honteux.</p> + +<p>Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant +Jésus ruë d’Enfer, donnent aux pauvres la +déserte<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[16]</a> de leur table.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[16]</span></a> Lisez « desserte. »</p> +</div> +<p>On donne à disné tous les Dimanche à douze +<span class="pagenum" id="p26">-26-</span>pauvres honteux au Jardin Médicinal de Pincourt, +Fauxbourg Saint Antoine<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[17]</span></a> « Où ils sont servis par Monsieur le Directeur. » +Edit. 1691, p. 4. C’étoient, y est-il dit aussi, « les médecins +de la Société Royale » qui donnoient le dîner.</p> +</div> +<p>L’<i>Almanach Spirituel</i> qui marque toutes solemnitez +des Eglises de Paris, les jours et la condition +des Indulgences, se vend rue Saint Jacques +chez George Josse<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[18]</a> à la Couronne d’Epine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[18]</span></a> Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques. +De 1659 à 1661, il avoit été syndic.</p> +</div> +<p>Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé +Galliot sous Pénitencier de Paris, tient une +conférence publique de Controverse en la Chapelle +du Collége des Lombards ruë des Carmes.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c3">FINANCES ROYALES.</h3> + + +<p class="c"><i>Chef du Conseil Royal des Finances.</i></p> + +<p class="drap">M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[1]</span></a> Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers, +gouverneur du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil +des finances, depuis 1685, et le roi l’avoit fait ministre +d’état en 1691. Il habitoit rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui, +comme on sait, dans la rue Vieille-du-Temple, +l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom d’<i>Hôtel +Saint Aignan</i>, inscrit encore au-dessus de la haute porte, +seule partie qui en soit restée à peu près intacte.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Contrôleur Général des Finances.</i></p> + +<p class="drap">M. de Ponchartrain<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[2]</a>, au bout de la ruë Vivienne +devant les Filles Saint Thomas<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[2]</span></a> Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de +1689 à 1699, contrôleur général des finances. Il fut ensuite +chancelier de 1699 à 1704. M. de Maurepas, ministre sous +Louis XVI, étoit son petit-fils.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[3]</span></a> L’année précédente, il logeoit dans un tout autre +quartier : « M. de Pontchartrain a son hôtel à Paris, près +les Carmes dechaussez du faubourg Saint-Germain. » Edit. +de 1691, p. 5.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p27">-27-</span><i>Intendans des Finances.</i></p> + +<p class="drap">M. De Breteuil, ruë du grand Chantier<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[4]</span></a> François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller +au Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et +enfin, en janvier 1684, intendant des finances et conseiller +d’État.</p> +</div> +<p class="drap">M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[5]</span></a> Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été +conseiller au Parlement, et successivement intendant de +Franche-Comté et de Flandre, s’étoit trouvé en passe de +devenir contrôleur général à la place de son frère. C’est +celui-ci qui lui fit préférer Pontchartrain, « par un motif +rare de conscience », dit Saint-Simon dans une note sur +Dangeau, mais par pure jalousie, suivant nous. — Son +hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la pension +Jauffret.</p> +</div> +<p class="drap">M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[6]</span></a> L. Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, fut +intendant des finances de 1690 à 1715, après avoir été +conseiller au Parlement et maître des requêtes. M. de Caumartin, +prévôt des marchands de 1778 à 1784, qui donna +son nom à l’une des rues de la Chaussée-d’Antin, étoit son +petit-fils.</p> +</div> +<p class="drap">M. Du Buisson, ruë Simon le Franc<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[7]</span></a> Beau-frère de Sonning, qui, beaucoup plus connu que +lui, — nous en parlerons plus loin, — avoit aidé à sa fortune.</p> +</div> +<p class="drap">M. De Chamillart, à la Place Roiale<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[8]</span></a> « Rue des Bernardins. » Edit. 1691, p. 6. — C’est +Michel de Chamillard, qui, après avoir été maître des requêtes, +intendant à Rouen, puis, en 1690, intendant des finances, +eut une fortune si haute, lorsque de cette dernière charge, +étant passé, en 1699, à celle de contrôleur général, qu’il +garda jusqu’en 1707, il finit par devenir alors ministre de la +guerre.</p> +</div> +<p class="drap">M. Darmenonville, vieille ruë du Temple<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[9]</span></a> Il devint plus tard directeur des finances. Il avoit de +très-grands biens, entre autres Rambouillet, qu’il échangea +avec le roi, pour qu’il y mît un haras, et la Muette qu’il +vendit à M<sup>me</sup> de Berry, fille du Régent. La direction des +finances, dont il étoit titulaire, ayant été supprimée, il eut +une pension de douze mille livres, et en attendant qu’on le +fît secrétaire d’Etat des affaires étrangères, la charge, créée +exprès pour lui, de capitaine du bois de Boulogne. Il y fit +bâtir le pavillon, qui s’appelle encore à cause de lui « pavillon +d’Armenonville. »</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p28">-28-</span><i>Gardes du Trésor Royal.</i></p> + +<p class="drap">M. De Frémont, ruë Neuve Saint Augustin<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[10]</span></a> Avant d’être, à partir de 1689, garde du Trésor royal, +il avoit été dans les finances, et s’y étoit souvent empêtré, +notamment en 1682, où l’on avoit dû nommer deux commissaires +pour l’examen de ses affaires, et mettre garnison +chez lui. Il ne s’en étoit tiré que moyennant quatre millions. +(V. aux <i>Mss.</i> de la Biblioth. Nat., <i>Lettres hist. et +anecdot.</i>, 10 et 17 avril et 8 may 1682.) Le maréchal de +Lorges, que sa fille Geneviève avoit épousé en 1676, +l’avoit beaucoup aidé dans ce mauvais pas. Saint-Simon +épousa l’une des filles nées de ce mariage, quoique le +grand-père fût, comme ancien traitant, de la classe des gens +que son orgueil de duc avoit le plus en mépris. — L’hôtel +de la rue Neuve-Saint-Augustin, où nous voyons ici Frémont, +devint, après lui, la propriété de son gendre, M. de +Lorges. Il fut acheté ensuite par la princesse de Conti. +C’est sur son emplacement que fut percée en 1777 la rue +à laquelle le prévôt des marchands, M. de La Michodière, +a laissé son nom.</p> +</div> +<p class="drap">M. Brunet, ruë des Francs Bourgeois<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[11]</span></a> Brunet de Chailly, frère de Brunet de Rancy, et de +Brunet de Montferrand, auquel il succéda comme président +des Comptes, après avoir vendu à la fin de mai 1696, sa +charge de garde du Trésor, moyennant un million à M. de +Turmenies. Il y a dans les poésies de P. Du Cerceau, t. I, +p. 38-41, de jolis vers à sa femme.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Fermiers Généraux des Domaines, cinq Grosses +Fermes, et Domaine d’Occident comme cautions +de M. Pierre Domergue preneur<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[12]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[12]</span></a> Ce Pierre Domergue était le prête-nom, l’homme de +paille de Berthelot, qui, en mars 1687, avoit pris pour +trente-six millions le bail des Gabelles et des Cinq grosses +fermes. Ce bail succédoit à celui de Jean Fauconnet, dont +on sait le nom par La Bruyère, qui appelle « les Fauconnet » +ceux qui, comme Berthelot et consorts pour Domergue, +lui servoient de caution. Ces prête-noms, seuls +contractants officiels, avec la responsabilité de la prise de +corps, étoient de pauvres diables, qu’on payoit de leurs +risques par une pension de deux ou trois mille livres. +Monteil avoit vu une de leurs quittances d’appointements.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p29">-29-</span>M. Brunet, ruë des Francs-Bourgeois<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[13]</span></a> Un des frères de Brunet de Chailly, dont il a été parlé +dans l’avant-dernière note.</p> +</div> +<p class="drap">M. Pelissier, ruë du Boulloy<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[14]</span></a> Avant celui-ci, dans l’Edit. précédente, p. 6, se trouve : +« Colin, rue Saint-Martin. »</p> +</div> +<p class="drap">M. de Reaupalu, ruë Vivienne.</p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Arnaud, et de Blaine<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[15]</a>, ruë Neuve saint Augustin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[15]</span></a> Melchior de Blair, et non de Blaine, étoit un simple +intéressé aux fermes qui avoit, comme tel, eu des missions +en 1689 et 1691, dans la Picardie et la Bretagne. En 1716 +il fut mis à la taxe par la Chambre de justice pour 240,000 +livres.</p> +</div> +<p class="drap">M. Remond, ruë de la Verrerie<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[16]</span></a> Remond de la Renouillère. Il fut taxé, en 1716, à +437,000 livres.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> de Furgis<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[17]</a> Hocquart, et Doüilli, ruë des fossez Montmartre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[17]</span></a> « Turgis. » Edit. 1691, p. 6. C’est le vrai nom. Sa +femme, Marie de Maupeou, étoit cousine de M<sup>me</sup> de Pontchartrain.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Granval<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[18]</a>, de Lagni<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[19]</a> et Corneri<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[20]</a>, ruë de Richelieu.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[18]</span></a> Charles de Poirel de Grandval. En outre de son intérêt +dans les fermes, il avoit une charge de munitionnaire +de la marine.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[19]</span></a> J.-B. de Lagny. Il fut directeur général du commerce +en 1694.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[20]</span></a> « De Cormery. » Edit. 1691, p. 6. C’est le nom véritable. +Louis Bauyn de Cormery devint fermier général à +Lyon en 1694.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p30">-30-</span>M<sup>rs</sup> Hotman<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[21]</a>, et l’Huillier, ruë Sainte Anne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[21]</span></a> Il avoit été en 1689 directeur des fermes à Rouen, et +c’est lui qui, en 1682, avoit dû avec un autre commissaire +faire cet examen des affaires de Frémont, dont il a été +parlé plus haut.</p> +</div> +<p class="drap">M. Ricoult, vieille ruë du Temple.</p> + +<p class="drap">M. de Saint Amant, ruë Vieilles Audriettes.</p> + +<p class="drap">M. Berthelot l’ainé à l’Arsenal<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[22]</span></a> C’est lui, comme il a été dit dans une note précédente, +qui étoit le véritable preneur de ce bail des fermes, +sous le nom de Domergue. Il y avoit eu l’agrément complet +du roi, et plus même : « depuis ce traité fait, écrit +Dangeau, le 7 mars 1687, le roi a donné à Berthelot, la +valeur de plus de 500,000 livres, et a dit qu’il le choisissoit +comme l’homme d’affaires le plus capable de faire les recouvrements +sans tourmenter les peuples. » Il avoit été fermier +général en Flandre sous Colbert, puis munitionnaire des +guerres, ce qui lui avoit valu le logement que nous lui voyons +ici à l’Arsenal et, par suite, le surnom de « Berthelot des poudres. » +Sa fille épousa le baron de Beauvais, fils de cette +Beauvais la borgnesse qui passoit pour avoir déniaisé +Louis XIV, et dont l’hôtel fait, comme disoit Brienne, +avec des pierres du Louvre, existe encore rue Saint-Antoine, +n<sup>o</sup> 64.</p> +</div> +<p class="drap">M. Berthelot de Belley<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[23]</a>, ruë Plastrière.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[23]</span></a> Frère du précédent, mêlé à ses affaires, mais moins +riche.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Jariel, ruë Verderet.</p> + +<p class="drap">M. Brunet de Vauge, vieille ruë du Temple<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[24]</span></a> De cette famille des Brunet que nous connaissons déjà, +et qui formoit dans le quartier du Temple une vraie tribu +de financiers.</p> +</div> +<p class="drap">M. Baugier<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[25]</a>, ruë Sainte-Croix de la Bretonnerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[25]</span></a> Edme Baugier, qui avoit été longtemps intéressé dans +les fermes en Bourgogne.</p> +</div> +<p class="drap">M. Valier<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[26]</a>, ruë Beaubourg.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[26]</span></a> Guillaume Vallier, qui, avant d’être fermier général, +avoit été greffier du Conseil privé et contrôleur du parlement +de Metz.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p31">-31-</span>M. le Juge, ruë du grand Chantier<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[27]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[27]</span></a> Sa maison, bâtie par de Cotte, étoit des plus belles, +avec ses bas-reliefs de Coysevox, son magnifique jardin, etc. +<i>V.</i> G. Brice, édit. 1701, t. I, p. 266.</p> +</div> +<p class="drap">M. Germain, ruë des Victoires<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[28]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[28]</span></a> Jean Germain fut secrétaire du roi en même temps +que fermier général, après avoir été dans les fermes à La +Rochelle.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Courchant, cloître Saint Mederic<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[29]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[29]</span></a> C’est lui, suivant <i>les Clés</i>, que La Bruyère dénonce +dans le chapitre des <i>Biens de fortune</i>, § 16, comme s’étant +démesurément engraissé « dans le huitième denier : quelle +monstrueuse fortune, dit-il, en moins de six années ! »</p> +</div> +<p class="drap">M. le Tellier, ruë Neuve Saint Eustache<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[30]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[30]</span></a> P. Le Tellier, qui, en 1687, n’étoit que sous-fermier +en Champagne.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Normand, ruë de Torigni<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[31]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[31]</span></a> Il étoit secrétaire du Roi, et avoit été d’abord fermier +général en Flandre. Son fils, le Normand de Tournehem, +fut aussi fermier général, puis, en 1745, directeur-ordonnateur +des bâtiments. Il eut pour neveu et héritier le Normand +d’Etioles, mari de M<sup>me</sup> de Pompadour.</p> +</div> +<p class="drap">M. Boulanger, ruë Neuve des Bons Enfans<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[32]</span></a> Charles Boulanger, qui avoit été, en 1689, receveur +général en Flandre.</p> +</div> +<p class="drap">M. Hénault, ruë du Boulloy<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[33]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[33]</span></a> Jean-Remi Henault, père du président si célèbre, selon +Voltaire, par ses soupers et sa <i>Chronologie</i>. Il avoit, suivant +son fils (<i>Mémoires</i>, p. 4), toute la confiance de Pontchartrain. +Il n’eut pas moins celle de Chamillard, qui lui +abandonna le détail des Fermes, et l’auroit fait, pour peu +qu’il y eût consenti, secrétaire d’Etat de la Guerre. Ce que +le président n’ajoute pas, c’est que sous la Régence, son +père avoit des comptes à rendre. La taxe alloit le frapper +quand il la devança, en faisant la part du feu. Il avoua +2,500,000 francs de biens, plus 500,000 donnés à son fils +et pareille somme à sa fille, M<sup>me</sup> de Jonsac. En abandonnant +un million, au lieu de 1,250,000 livres qu’on vouloit +d’abord, il fut tenu quitte, avec le profit de passer pour +fort habile, grâce à ses propositions faites d’avance. (<i>Journ. +de Dangeau</i>, 6 octobre et 5 décembre 1716.)</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p32">-32-</span><i>Fermiers Généraux des Aydes et Domaines de +France et Droits y joints, comme cautions de +M. Christophle Charrier<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[34]</a> preneur.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[34]</span></a> « Charriere. » Edit. de 1691, p. 7. C’est le vrai +nom. Le bail des aides et domaines, fait en même temps +que celui de Domergue, dont nous avons parlé plus haut, +ayoit été adjugé moyennant vingt-sept millions : pour les +aides, vingt-et-un ; pour les domaines, six.</p> +</div> +<p class="drap">M. Logeois, ruë de l’Université<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[35]</a> à Saint-Germain des Prez.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[35]</span></a> « Rue Jacob. » <i>Ibid.</i> — Il étoit fils du receveur des +consignations du Châtelet, ce qui ne l’empêcha pas de se +faire appeler M. d’Imbercourt, quand il eut acheté la seigneurie +de ce nom. Sa fille, mariée d’abord au riche traitant +La Popelinière, épousa en secondes noces le maréchal +de Tourville, à qui elle apporta, en outre de ce que lui avoit +laissé son premier mari, 200,000 livres que lui donna son +père. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 15 janvier 1690.) Laugeois, +suivant <i>les Clés</i>, seroit le <i>Chrysippe</i> de La Bruyère.</p> +</div> +<p class="drap">M. Dapougni, ruë Bar-dubec<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[36]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[36]</span></a> Un des traitants les plus riches et les plus intraitables. +C’est lui, suivant Richelet (<i>Recueil de Lettres</i>, t. I, p. 410, +note), qui harcela le plus vivement Patru pour quelques +dettes, et qui l’eût fait mettre au Châtelet, si Boileau ne +l’eût tiré de peine.</p> +</div> +<p class="drap">M. Robert, ruë Neuve Saint Eustache<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[37]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[37]</span></a> Il avoit commencé par être payeur des gages du Châtelet. +Il parvint par l’intendant d’Armenonville, dont Gilbert, +son neveu, fils du riche drapier, à l’enseigne des <i>Rats</i>, étoit +le beau-frère.</p> +</div> +<p class="drap">M. Delpeche, ruë Saint Martin<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[38]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[38]</span></a> Encore un traitant parti de fort bas, s’il falloit, +d’après <i>les Clés</i> de La Bruyère, voir en lui le type de ce +caractère : « Sosie, de la livrée a passé par une petite +recette à une sous ferme… »</p> +</div> +<p class="drap">M. Romans, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p33">-33-</span>M. Thomé, ruë des fossez Mommartre<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[39]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[39]</span></a> Thomé de Lesse, comme l’appellent les auteurs des +<i>Clés</i> de La Bruyère qui veulent voir en lui le type du <i>Caractère</i> : +« un homme d’un petit génie peut vouloir s’avancer, +il néglige tout, il ne pense du matin au soir, il ne +rêve la nuit qu’à une seule chose qui est de s’avancer… »</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Mainon<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[40]</a> et le Maistre, ruë Beaubourg.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[40]</span></a> Il étoit alors nouveau dans les affaires. Il s’y poussa +davantage lorsqu’il eut épousé la veuve de Despech que +nous trouverons plus loin.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Mouchi, ruë Jacob<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[41]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[41]</span></a> Vincent Maynon. Il resta, jusqu’en 1717, fermier +général des aides, d’où alors il demanda « à être osté », à la +seule condition qu’on lui rembourseroit sa charge. Ce qui fut +fait. Il vouloit plus, la ferme des Tabacs, dont l’an d’après +il offrit 2,200,000 livres. Law eut la préférence. (<i>Journ. +de Dangeau</i>, 24 avril 1717 ; 31 août 1718.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Blein, ruë de Cléry.</p> + +<p class="drap">M. Dumas, ruë Beaubourg.</p> + +<p class="drap">M. de la Porte, ruë de Braque.</p> + + +<p class="c"><i>Receveurs Généraux des Finances.</i></p> + +<p class="drap"><i>Paris.</i> M. Carel, place Royale.</p> + +<p class="drap"> — M. Sonning, ruë des petits Champs<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[42]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[42]</span></a> Beau-frère de l’intendant des finances Dubuisson, dont +il a été parlé plus haut. Il n’étoit pas encore, rue des +Petits-Champs, parvenu à l’énorme fortune dont il étala le +luxe dans l’hôtel que Dulin lui bâtit un peu plus tard rue +de Richelieu, près de l’endroit où avoit été la porte, c’est-à-dire +à la hauteur de la rue Feydeau actuelle. Sa vie, de +même qu’à Neuilly, où il avoit une autre belle maison, y +fut des plus galantes, comme on peut le voir par ce qui +est dit de la diversité de ses bonnes fortunes dans les +<i>Partisans démasqués</i>, 1707, in-12, p. 189. Il y recevoit +aussi beaucoup de gens d’esprit : Chaulieu, J.-B. Rousseau, +l’abbé Courtin, etc. A tous ces titres, il avoit droit au curieux +chapitre que M. G. Desnoiresterres lui a consacré dans +ses <i>Cours galantes</i>, t. III, p. 269. Si l’on connoît un peu +sa vie, on ignore complètement quel étoit son vrai nom, +tant l’orthographe en varie suivant les livres. Dans les uns, +il est écrit Sonning, comme ici ; dans les autres, tels que +les <i>Partisans démasqués</i>, il est orthographié Sonnen ; ailleurs, +c’est Sonnin ou Sonningen. Ce dernier nom, qui +feroit supposer une origine allemande, nous paroît devoir +être le vrai. Il étoit, en 1716, devenu caissier général des +fermes. Il fut mis à la taxe pour 600,000 livres.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p34">-34-</span><i>Lion.</i> M. du Pile, ruë de Cléry<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[43]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[43]</span></a> Jacques-André Du Pille avoit été receveur des finances +à Lyon, avant de l’être à Paris, puis munitionnaire de l’armée +et de la marine.</p> +</div> +<p class="drap"> — M. Prondre, au petit Hôtel de la Vrillière<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[44]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[44]</span></a> Paulin Prondre, d’abord receveur des finances et +« traitant » à Lyon, suivant Dangeau, qui le nomme +Prond. Ayant fait une belle fortune, il voulut, au commencement +de la Régence, marier sa fille, à laquelle il donnoit +200,000 écus de dot, avec le chevalier de Roye, mais ce +mariage manqua pour un autre qui sembloit plus beau, et +qui manqua de même. M<sup>lle</sup> Marg.-Pauline Prondre alloit +épouser le marquis de Rochefort, lorsqu’en septembre 1716, +la charge de son père, ses maisons, ses terres furent saisies +par la Chambre de justice. Il fut taxé finalement à +1,900,000 livres. (<i>Journal de Dangeau</i>, 6 et 29 déc. 1715 ; +9 sept. et 27 nov. 1716.) Sa fille, dès l’année suivante, +n’en épousoit pas moins le comte de Clermont Tonnerre. +V. dans le <i>Journal de Verdun</i>, sept. 1756, p. 240, un article +sur elle, à l’époque de sa mort. — Prondre avoit commencé +par être garçon de boutique à Lyon. (<i>Correspond. des +contrôleurs généraux</i>, t. I, p. 279.)</p> +</div> +<p class="drap"><i>Rouen.</i> M. Aubry, rue des deux portes, quartier S. Sauveur<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[45]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[45]</span></a> Il étoit mort au commencement des terribles exécutions +de la Chambre de justice, mais sa succession restoit. +Elle figure au 8<sup>e</sup> rôle pour 887,000 livres de taxe.</p> +</div> +<p class="drap"> — M. Poulletier, rue Sainte Anne<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[46]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[46]</span></a> Il acheta plus tard, pour 800,000 livres, une charge +d’intendant des finances, qu’il voulut se faire rembourser, +quand ces charges furent supprimées en 1716 ; on lui fit +dire qu’il ne seroit pas mis à la taxe, et qu’il se tînt pour +satisfait. C’est ce qu’il fit. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 11 nov. 1716.)</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p35">-35-</span><i>Soissons.</i> M. Lallemant, porte Montmartre<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[47]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[47]</span></a> Lallemant de Betz, qui fut, lui, mis à la taxe. On lui +fit rendre 480,000 livres.</p> +</div> +<p class="drap"> — M. Hubert, rue Sainte Avoye.</p> + +<p class="drap"><i>Orléans.</i> M. Bachelier, rue de la Corderie, près le Temple.</p> + +<p class="drap"> — M. Desespoisses, près les Enfans Rouges<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[48]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[48]</span></a> Charles Vireux des Espoisses. Tout ce que nous savons +de lui, c’est qu’il fut mis à la taxe en 1716, pour +380,000 livres.</p> +</div> +<p class="drap"><i>Tours.</i> M. de la Tour Rollot, rue de Richelieu.</p> + +<p class="drap"> — M. de Valiere, rue Saint Antoine.</p> + +<p class="drap"><i>Bourges.</i> M. Héliot, ruë du Mail.</p> + +<p class="drap"> — M. Jannay, ruë des Bernardins<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[49]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[49]</span></a> Jean-Etienne Janet. Il étoit mort, en 1716, quand les +financiers durent rendre gorge. On s’en prit à sa veuve, +qui paya une taxe de 43,000 livres.</p> +</div> +<p class="drap"><i>Bordeaux.</i> M. du Jardin Beaussart ; ruë de Richelieu.</p> + +<p class="drap"> — M. Crozat, place des Victoires<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[50]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[50]</span></a> Antoine Crozat qui devint, suivant le Journal de l’avocat +Barbier (février 1723), « le plus riche particulier de +France. » Il avoit commencé par être caissier de Penautier, +que nous trouverons plus loin, puis traitant à Montpellier, et +receveur général des finances à Bordeaux, comme nous le +voyons ici. Il étoit déjà fort riche, et s’étoit fait, à prix +d’argent, marquis Du Châtel, lorsqu’en 1707 il maria sa +fille, qui n’avoit guère que douze ans, au comte d’Evreux. +(<i>Journ. de Dangeau</i>, 23 fév. 1707.) La taxe à laquelle il +fut mis, en 1716, ne fut pas moins de 6,600,000 livres. Ses +trois fils, qui firent grande figure, furent Crozat, marquis +Du Châtel, le président de Tugny et le baron de Thiers, un +des grands amateurs de son temps.</p> +</div> +<p class="drap"><i>Poitiers.</i> M. de la Ravoye, ruë d’Anjou au Marais<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[51]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[51]</span></a> Il étoit encore, à la fin de l’année précédente, receveur +général de la Rochelle. Sa fille, dont la dot fut de 410,000 +livres, argent comptant, épousa, au mois de janvier 1712, +le marquis Du Plessis Châtillon.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p36">-36-</span> — M. Chambelin, ruë Sainte Anne<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[52]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[52]</span></a> Sa veuve, mise à la taxe en 1716, dut rendre 180,000 +livres.</p> +</div> +<p class="drap"><i>Moulins</i>. M. Raymond, ruë des Blancs-Manteaux<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[53]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[53]</span></a> Il avait échangé pour celle de Poitiers la recette générale +de Moulins, qu’il avait déjà en 1684.</p> +</div> +<p class="drap"> — M. de la Croix, ruë Saint Antoine.</p> + +<p class="drap"><i>Riom</i>. M. de Romanet, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[54]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[54]</span></a> Claude de Romanet, beau-frère de Racine, et mari de +l’une des filles de Vitart, ancien ami du poëte. Il ne se +contenta pas, comme son père, André de Romanet, d’être +trésorier de France en quelque généralité, il se lança dans +les plus grosses affaires, où il gagna une fortune qui le +dénonça à la Chambre de justice de nov. 1716. On peut +évaluer ce qu’il possédoit par le chiffre de la taxe à laquelle +on l’imposa : elle fut de 4,453,000 livres. Il la subit sans +sourciller et sans faire attendre. Dangeau annonce le 24 novembre +qu’il est condamné à la payer, et, deux jours après, +il ajoute qu’elle est payée déjà. Il mourut l’année suivante. +Son fils épousa M<sup>lle</sup> d’Estrade. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 24 et +26 nov. 1716 ; 11 déc. 1717.)</p> +</div> +<p class="drap"> — M. Despech, ruë Saint Martin<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[55]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[55]</span></a> Paul Despech. Il était mort en 1716, mais la taxe eut +des reprises sur sa veuve, qui, nous l’avons dit, avoit +épousé Mouchi. Elle dut restituer au trésor 150,000 livres.</p> +</div> +<p class="drap"><i>Caën</i>. M. Groüin, ruë d’Orléans, au Marais<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[56]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[56]</span></a> Pierre Gruyn ou Grouïn. Il étoit depuis longtemps +dans les affaires, où il avoit commencé comme receveur des +fortifications. Il devint garde du Trésor royal, et ne fut pas +dans cette charge d’une aménité rare. Son aventure avec +Jean Bart, qui avoit dû venir le trouver dans ses bureaux de +la rue du Grand-Chantier, où il logeoit alors, et qu’il reçut +avec une brutalité qui, d’ailleurs, lui fut bien rendue, court +tous les <i>ana</i>. Une autre du même genre est moins connue, +c’est la scène que lui fit un officier de gendarmerie, qui +alla jusqu’à le maltraiter chez lui. Grouïn se contenta de le +faire mettre à la Conciergerie. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 10 et +17 avril 1698.) Son vrai nom étoit Desbordes-Grouïn, et il +venoit de fort bas : « jadis garçon de cabaret, dit Guy +Patin, fils du maître de <i>la Pomme de pin</i>, il est aujourd’hui +grand partisan, et même un des gabelles. » Plus il fut haut, +plus on se souvint d’où il venoit. Sa nomination de garde +du Trésor fut accueillie par cette chanson :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Garde du trésor de la France,</div> +<div class="verse">Gruyn quelle est ton insolence !</div> +<div class="verse">Connais-tu <i>la Pomme de pin</i> ?</div> +<div class="verse">C’est là que l’épouse peu fière</div> +<div class="verse">D’un maudit frelateur de vin</div> +<div class="verse">Te donna jadis la lumière.</div> +</div> + +</div></div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p37">-37-</span> — M. Chaillon, ruë des blancs Manteaux.</p> + +<p class="drap"><i>Allençon.</i> M. Haette, ruë de la Tixeranderie.</p> + +<p class="drap"> — M. de la Marliere, Cloître Saint Mederic.</p> + +<p class="drap"><i>Metz.</i> M. Chevalier, ruë Neuve Saint Eustache.</p> + +<p class="drap"> — M. Goujon, ruë Neuve des petits champs<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[57]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[57]</span></a> C’est, croyons-nous, le même qui fut intendant de +Rouen à la place de Ronjault en 1715.</p> +</div> +<p class="drap"><i>Picardie.</i> M. Boutin, Cloître Saint Honoré<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[58]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[58]</span></a> René Boutin qui n’étoit, quatre ans auparavant, qu’un +simple intéressé dans la ferme du Tabac.</p> +</div> +<p class="drap"> — M…</p> + +<p class="drap"><i>Montauban.</i> M. Berthelot de Schelles<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[59]</a>, ruë Platrière.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[59]</span></a> Lisez Berthelot de Séchelles. Après avoir été receveur +à Montauban, il venoit d’être munitionnaire en Italie.</p> +</div> +<p class="drap"> — M. du Jardin, ruë de Richelieu.</p> + +<p class="drap"><i>Limoges.</i> M. Sandrieu, à l’Hôtel de Lavrillière<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[60]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[60]</span></a> J.-B. Sandrier, et non Sandrieu, qui de la recette de +Montauban passa à celle de Limoges, fut secrétaire du Roi.</p> +</div> +<p class="drap"> — M. Deschauffour, ruë des Bons Enfans<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[61]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[61]</span></a> Il avoit été directeur des franchises au Mans, et mena +si grand train dans toutes ses charges qu’il mourut misérable. +L’un de ses fils, qui avoit été lieutenant dans le régiment +de Tessé, eut une fin plus triste encore. Convaincu de +se livrer au vice infâme, et pour ainsi dire d’en tenir +maison, il fut brûlé vif en Grêve le 24 mai 1726. Comme +on crioit son arrêt par les rues, sans oublier le nom du +crime, les filles de Madame la Princesse demandèrent à leur +mère ce qu’étoit ce crime-là. Elle leur répondit : c’est une +espèce de fausse monnoie.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p38">-38-</span><i>Bourg-en-Bresse.</i> M. Jauranché, ruë Haute Fueille.</p> + + +<p class="c"><i>Receveurs du don gratuit des Etats.</i></p> + +<p class="drap"><i>Flandres.</i> M. Brunet de Revey, ruë des Francs bourgeois.</p> + +<p class="drap"> — M. Berthelot de Belloy, ruë Plâtrière.</p> + +<p class="drap"><i>Franche-Conté.</i> M. du Rey, ruë du Roi de Sicile.</p> + +<p class="drap"><i>Bourgogne.</i> M. Chartraire, ruë Saint Antoine.</p> + +<p class="drap"><i>Languedoc.</i> M. Penautier, ruë<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[62]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[62]</span></a> Si son adresse n’est pas donnée, c’est qu’il n’en avoit +pas à Paris. Il étoit toujours en Languedoc, où il mourut +à la fin de juillet 1711. Saint-Simon écrivit alors en marge +de la copie qu’il avoit du <i>Journal de Dangeau</i>, cette note +qui résume bien sa vie : « Penautier étoit devenu de caissier +un très-riche financier, trésorier du clergé et des Etats +de Languedoc ; homme de beaucoup d’esprit, bien fait, +galant, magnifique et obligeant. Il fut mêlé dans les affaires +de la Brinvilliers et des poisons, et mis en prison avec grand +danger. » Nous avons vu que Crozat commença par être +son caissier.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Trésoriers des Parties Casuelles.</i></p> + +<p class="drap">M. Damon, ruë de Cléry.</p> + +<p class="drap">M. Bertin, ruë Neuve Saint Augustin<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[63]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[63]</span></a> Il avoit encore cette charge en 1702, mais plus tard, +sa fortune monta. Le Régent, dès son arrivée au pouvoir, +le fit un de ses plus intimes conseillers en matière de +finance. En 1697, il quitta la rue Neuve-Saint-Augustin +pour la rue Saint-Honoré, où il avoit acheté, pour l’embellir +encore, le bel hôtel du doyen des conseillers d’Etat, Henri +Pussort, dont il sera parlé plus loin. <i>V.</i> G. Brice, <i>Description +de Paris</i>, 3<sup>e</sup> édit., 1701, in-12, p. 125-126.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p39">-39-</span><i>Trésorier du Marc d’or.</i></p> + +<p class="drap">M. Chupin<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[64]</a>, ruë Saint Honoré.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[64]</span></a> Il étoit mort en 1716 ; sa veuve fut mise à la taxe, +mais pour une faible somme : 22,500 livres. Son fils, qui +se fit appeler Chuppin de Gouzampré, fut reçu premier +président de la Cour des monnoies, le 15 août 1727.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Trésorier du Sceau.</i></p> + +<p class="drap">M. Bechet, place des Victoires<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[65]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[65]</span></a> Il devint plus tard greffier en chef du Parlement, et +mourut à 83 ans, le 24 juillet 1717 : « il avoit toujours été +fort estimé », dit Dangeau à cette date. Il étoit fils d’une +sœur aînée de Boileau, qui, par ironie pour les grands airs +qu’il se donnoit, l’appelle souvent dans ses lettres « mon +illustre neveu. » Il logea de longues années chez lui, cour +du Palais. Voltaire, dont le père, M. Arouet, après avoir +été notaire, devint, comme « receveur des épices », le collègue +de Dongois, s’est aussi moqué dans son <i>Epître à +Boileau</i> des ridicules de ce neveu, chez qui on l’avoit souvent +mené étant enfant :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance,</div> +<div class="verse">Bon bourgeois, qui se crut un homme d’importance.</div> +</div> + +</div></div> + +<p class="c"><i>Receveur des Amandes du Parlement.</i></p> + +<p class="drap">M. Dongois, Cour du Palais<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[66]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[66]</span></a> Dans l’<i>Almanach royal</i> de 1702, p. 42, où nous le +trouvons à la même adresse, on ajoute : « chez lequel on +retire les lettres, quand elles sont scellées. »</p> +</div> + +<p class="c"><i>Receveur des Amandes du Châtelet.</i></p> + +<p class="drap">M. de l’Autel, ruë Jean Robert<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[67]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[67]</span></a> Simon de l’Autel, qui vivoit encore en 1716, et ne fut +mis à la taxe que pour 6,400 livres.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p40">-40-</span></p> + +<h3 id="c4">TRÉSORIERS PAYEURS.</h3> + + +<p class="c"><i>Généraux de l’Extraordinaire des Guerres.</i></p> + +<p class="drap">M. de Turmenies, ruë d’Orléans, au Marais<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[1]</span></a> Louvois avoit eu en lui la plus grande confiance, ainsi +qu’on le vit à sa mort : Turmenies déclara alors quinze +millions que le ministre lui avoit donnés en réserve pour +l’extraordinaire des guerres (<i>Journ. de Dangeau</i>, 23 août +1691). Nous avons vu plus haut qu’en 1696, il acheta de +Frémont une des charges de gardes du Trésor. Il la remit en +1702 à son fils Turmenies de Nointel, intendant du Bourbonnais, +maître des requêtes.</p> +</div> +<p class="drap">M. de la Touanne, ruë Neuve Saint Augustin<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[2]</span></a> Un des hommes de finances, dont la fortune, puis la +chute firent le plus grand bruit. Il se soutint par le crédit +de Bontemps, dont, en 1690, son fils avoit épousé la nièce +M<sup>lle</sup> Dubois. Il avoit les plus belles terres, menoit le plus +grand train ; bref il faisoit parler de lui partout, même à +l’Opéra, où il disputa la célèbre Fanchon Moreau au Grand +Prieur. (<i>Chansonnier Maurepas</i>, ms. t. VII, p. 269.) Sous +le ministère de Chamillart, ses affaires et celles de Saurion, +qui étoit alors avec lui à l’Extraordinaire des guerres, se +gâtèrent, et en vinrent à un tel point que Saurion dut avouer +au ministre quatre millions de déficit dans leur caisse. Il +fut mis à la Bastille. On en eût fait autant pour La Touanne, +si la maladie, dont il mourut bientôt, ne l’eût mis hors +d’état d’y être transporté. Le roi confisqua tout ce qu’il +avoit, et paya ses dettes.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Payeurs des Gages du Parlement.</i></p> + +<p class="drap">M. Guygou, ruë de Vantadour.</p> + + +<p class="c"><i>Des Gages du Grand Conseil.</i></p> + +<p class="drap">M. Baudoüin, ruë des fossez Montmartre.</p> + +<p class="drap">M. Biguet, rue Mauconseil.</p> + + +<p class="c"><i>Des Gages de la Cour des Aydes.</i></p> + +<p class="drap">M. Cailly, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.</p> + +<p class="drap">M. Faure, devant les Blancs Manteaux.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p41">-41-</span><i>Des Gages de la Chambre des Comptes.</i></p> + +<p class="drap">M. Henin, ruë Jacob.</p> + +<p class="drap">M. des Isles, ruë</p> + + +<p class="c"><i>Des Gages de la Cour des Monnoyes.</i></p> + +<p class="drap">M. Poulet, rue des Postes.</p> + +<p class="drap">M. Mongeot, ruë du Plastre.</p> + +<p class="drap">M. Guilbert, ruë de la Tixeranderie.</p> + + +<p class="c"><i>Des Gages du Chastelet.</i></p> + +<p class="drap">M. Amelon, rue Barbette.</p> + + +<p class="c"><i>Des Secretaires du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Raymond, rue des Blancs Manteaux.</p> + +<p class="drap">M. Baudouyn, rue des fossez Montmartre.</p> + + +<p class="c"><i>Des Gardes Françoises.</i></p> + +<p class="drap">M. Bourret, ruë de Brac.</p> + +<p class="drap">M. Duvaux, ruë Saint Sauveur.</p> + + +<p class="c"><i>Des Gardes Suisses.</i></p> + +<p class="drap">M. de Chaufourneau, ruë d’Orléans, aux Marais.</p> + +<p class="drap">M. du Mée, ruë du Mail<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[3]</span></a> Son vrai nom était Du May. Dans la correspondance +de Pontchartrain et de D’Argenson se trouve une curieuse +lettre sur la vie scandaleuse qu’il menoit, quoique marié, +avec une fille Grossot, dont le dévergondage était à ce point +éhonté qu’il l’avoit fait chasser de l’Opéra. <i>V.</i> Clément, <i>La +Police sous Louis XIV</i>, p. 451.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Des cent Suisses.</i></p> + +<p class="drap">M. Alvarez, rue Thibaut-Thodé<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[4]</span></a> Louis Alvarès, qui se fit plus tard baron de Coursan, +étoit un intrigant bon à tout pour s’enrichir. Nous le trouvons +ici trésorier des Cent-Suisses ; plus loin, nous le verrons +joaillier de la Cour. Il étoit en outre banquier, traitant, +et fournisseur de la marine. L’espionnage et la délation +étoient aussi son fait. C’est lui qui fit prendre, selon Foucault +(<i>Mémoires</i>, p. 327), Chauvigny, dit La Bretonnière, +qui faisoit le <i>lardon</i>, c’est-à-dire la <i>Gazette de Hollande</i>, +et qu’on accusoit d’être l’auteur du <i>Cochon Mîtré</i> (V. nos +<i>Variétés</i>, t. X, p. 327). Foucault fit tirer Chauvigny de la +cage de bois où Louis XIV l’avoit fait enfermer au Mont +Saint-Michel, mais dut le laisser dans la prison même, où il +mourut après vingt ans de captivité. — D’après les dernières +découvertes de M. Jung (<i>la Vérité sur le Masque de fer</i>, +1872, in-8, p. 376), Alvarès pourroit bien avoir été pour +quelque chose dans la capture du prisonnier masqué.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p42">-42-</span><i>Des Chevaux Légers de la Garde.</i></p> + +<p class="drap">M. Poupart, ruë</p> + +<p class="drap">M. Bourgevin, ruë</p> + +<p class="drap">M. Rullault, ruë</p> + + +<p class="c"><i>Des Gens d’Armes de la Garde.</i></p> + +<p class="drap">M. Pardé des Mottes, rue du Temple.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>RENTES DE L’HOTEL DE VILLE.</h3> + + +<p class="c"><i>La première partie des Rentes assignées sur le +Clergé est payée par</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Boileau, vieille ruë du Temple, et Roberge, +ruë des Rosiers.</p> + + +<p class="c"><i>La deuxième le Vendredy, par</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> de la Bruyère, ruë des Augustins<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[1]</a>, et Guybert, +ruë du Cimetiere S. André.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[1]</span></a> Louis de La Bruyère, frère cadet de l’auteur des <i>Caractères</i>. +D’abord premier huissier du Parlement, il avoit +quitté cette charge vers 1686, pour celle que nous lui voyons +ici. Il mourut, un an avant son frère, le 12 mai 1695, n’ayant +que quarante-sept ans. (Jal, <i>Dictionn. critique</i>, p. 715.)</p> +</div> + +<p class="c"><i>La troisième le Jeudy, par</i></p> + +<p class="drap">M. le Bœuf, Cloître Notre Dame.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p43">-43-</span><i>La première partie des Rentes assignées sur les +Aydes et Gabelles est payée le Mardy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Lerelle, ruë du grand Chantier.</p> + + +<p class="c"><i>La deuxième le Mardy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Bachelier, ruë de la Corderie.</p> + + +<p class="c"><i>La troisième le Mercredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Desponty, rue Tizon.</p> + + +<p class="c"><i>La quatrième le Mercredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Boiteux, rue de la Cerisaye.</p> + + +<p class="c"><i>La Cinquième le Jeudy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Deschamps, près les Minimes.</p> + + +<p class="c"><i>La Sixième le Mercredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. le Droit, rue de Grenelle.</p> + + +<p class="c"><i>La Septième le Vendredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Amiot, rue Michel le Comte.</p> + + +<p class="c"><i>La Huitième le Vendredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Fredy, Cloitre Saint Benoist.</p> + + +<p class="c"><i>La Neuvième le Vendredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Routier, rue Geoffroy Lasnier.</p> + + +<p class="c"><i>La Dixième le Vendredy, par</i></p> + +<p class="drap">M. du Noyer, Cul de sac des Blancs Manteaux.</p> + + +<p class="c"><i>La Onzième le Samedy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Tissart l’Ainé, rue Saint Sauveur.</p> + + +<p class="c"><i>La Douzième le Samedy, par</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Le Mesle, rue des Ecrivains, et Issaly, rue des Rats.</p> + + +<p class="c"><i>La Treizième le Samedy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Houdiart, ruë Perpignan.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p44">-44-</span><i>La Quatorzième le Samedy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Hocart, rue des Fossez Montmartre.</p> + + +<p class="c"><i>La Quinzième le Jeudy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Roüalle, rue des Audriettes.</p> + + +<p class="c"><i>La Seizième le Jeudy, par</i></p> + +<p class="drap">M. Tissart le Jeune, rue Saint Sauveur.</p> + + +<p class="c"><i>La Dix septième le Mercredy, par</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Boureau, rue de la Tisseranderie, et Berger, +rue d’Orléans, au Marais.</p> + + +<p class="c"><i>La Dix huitième le Mardy, par</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Priaux, rue de la Colombe, et Soüet, rue Verderet.</p> + + +<p class="c"><i>Les douze cens mil livres<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[2]</a> de l’Edit du mois de +Novembre <span class="rm">1689</span> sont payez par</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[2]</span></a> Dangeau (<i>Journal</i>, 1<sup>er</sup> déc. 1689) dit 1,400,000 livres, +ce qui est le vrai chiffre. Il ajoute que cette somme étoit +constituée en rentes viagères sur l’Hôtel de Ville, « acquises +suivant les différents âges, avec accroissement de l’intérêt +des mourants sur les survivants. » C’étoit la réalisation de +<i>la Tontine</i>, proposée plus de trente ans auparavant par +l’italien Tonti, de qui venoit son nom. (Isambert, <i>Anciennes +lois françoises</i>, t. XX, p. 87.) La somme affectée +aux intérêts, en principal, devoit être prise sur les droits +d’aides et gabelles, et sur les cinq grosses fermes, « spécialement +hypothéquées, disoit l’édit, au payement desdites +rentes, même par préférence à la partie de notre Trésor +royal. » Cette tontine eut un très-grand succès : « J’aurois, +écrivoit l’intendant du Berry, Seraucourt, au Contrôleur général, +à l’époque où le projet en fut émis, j’aurois peine à +vous expliquer l’applaudissement qu’on lui donne dans toute +cette province, tant pour l’invention (chacun présumant +qu’il vivra plus que les autres, et espérant par-là parvenir +à une grande fortune) que par la sagesse, avec laquelle tous +les cas qui peuvent tomber dans l’imagination ont été prévus. » +(Boislisle, <i>Correspond. des contrôleurs généraux</i>, +in-4<sup>o</sup>, p. 211.)</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> de Bellecour, rue des Victoires, Berger le +<span class="pagenum" id="p45">-45-</span>Jeune, rue de Poictou au Marais, et Boucher, +ruë Plastrière.</p> + + +<p class="c"><i>La Tontine ou Rentes Viagères sont payées par</i></p> + +<p class="drap">M. Durand, à l’Hôtel d’Albret, rue des Francs Bourgeois.</p> + + +<p class="c"><i>Les Syndics Onéraires<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[3]</a>, sont</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire responsables, ayant réellement charge +(<i lang="la" xml:lang="la">onus</i>). Presque sous la même forme, c’est ainsi un mot +tout opposé à « honoraire. »</p> +</div> +<p class="c"><i>pour les <span class="rm">1<sup>e</sup>, 2<sup>e</sup>, 3<sup>e</sup>, 4<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup></span> et <span class="rm">6<sup>e</sup></span> Classes</i></p> + +<p class="drap">M. de Lonpré, à l’Hôtel de Ville.</p> + + +<p class="c"><i>Pour les <span class="rm">7<sup>e</sup>, 8<sup>e</sup>, 9<sup>e</sup></span> et <span class="rm">10<sup>e</sup></span> Classes.</i></p> + +<p class="drap">M. Tiercelet, rue Saint Antoine au dessus de S. Paul.</p> + + +<p class="c"><i>Et pour les <span class="rm">11<sup>e</sup>, 12<sup>e</sup>, 13<sup>e</sup></span> et <span class="rm">14<sup>e</sup></span> Classes<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[4]</a></i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[4]</span></a> Une dame Charlotte Bonnemay, veuve Louis Barbier, +avoit pris une action de la 13<sup>e</sup> classe, et, quand une +seconde tontine fut créée en 1696, une action encore, mais +de la 14<sup>e</sup> classe. En 1726, elle vivoit toujours, et, se trouvant +la survivante des rentiers de ces deux classes, elle +n’avoit pas moins de 76,000 livres de rente. Elle mourut +cette année-là, le 9 mars, à quatre-vingt-seize ans. +(<i>Gazette de France</i>, 9 mars 1726.)</p> +</div> +<p class="drap">M. de Courcelles, près Sainte Marine.</p> + + +<p class="c"><i>Le Million de livres de l’Edit du mois +de May <span class="rm">1691</span><a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[5]</a> est payé par</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[5]</span></a> « Le roi, dit Dangeau, à la date du 28 mai 1691, a +créé un million de rentes à la Maison de Ville, au denier +dix-huit. » Nous dirions à cinq et demi pour cent. C’étoit +dix sous de plus que le taux légal qui, dès le temps de +Colbert, étoit au denier vingt, c’est-à-dire cinq pour cent. +(Chéruel, <i>Fouquet</i>, t. II, p. 269.)</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Perelle, rue du grand Chantier, Bachelier, +<span class="pagenum" id="p46">-46-</span>rue de la Corderie et Despontis, rue des Tournelles.</p> + +<p>Le Bureau des Officiers Conservateurs des +Hipotheques sur les Rentes de la Ville est rue +de la Verrerie près la rue Bardubec, où M. de +la Porte principal Commis reçoit les Oppositions, +Main levées, et Ratifications et en delivre +les Expéditions, ainsi que des échanges, Donations +etc.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c5">CONSEILS DU ROY, ET CHANCELLERIE.</h3> + + +<p>Monseigneur Boucherat<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[1]</a> Chevalier des ordres +du Roi, Chancelier et Chef de la Justice de +France a son Hôtel rue Saint Louis, au Marais<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[2]</a>, +où il tient souvent le Conseil des Parties et l’Audiance +du Sceau.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[1]</span></a> Louis Boucherat, chancelier de France et garde des +sceaux, depuis le 1<sup>er</sup> nov. 1665. Après avoir été successivement +conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant +de Guyenne, de Languedoc, de Champagne et de +Picardie, il étoit à quarante-neuf ans, par la protection de +Turenne, monté à ces hautes fonctions, qu’il garda jusqu’à +sa mort, le 2 septembre 1699.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[2]</span></a> Il existe encore au n<sup>o</sup> 40, mais est plus connu dans le +quartier sous le nom d’hôtel d’Ecquevilly, qu’il eut ensuite, +que sous le nom de Boucherat. Quand celui-ci mourut, on +commençoit le percement d’une rue qui devoit relier la rue +Vieille-du-Temple à la rue Charlot. On lui donna son nom +qu’elle garda jusqu’en 1851 ; elle fut confondue alors avec +la rue Saint-Louis, aujourd’hui de Turenne, dont elle est, +en effet, le prolongement.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Conseillers d’Etat ordinaires.</i></p> + +<p class="drap">M. l’Archevêque Duc de Rheims<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[3]</a>, rue Saint +Thomas du Louvre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[3]</span></a> Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, le +même qui fut si cruellement satirisé dans le <i>Cochon Mîtré</i>, +dont nous avons parlé plus haut.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p47">-47-</span>M. l’Archevêq. de Rouen<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[4]</a>, rue de Verneuil.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[4]</span></a> Jacques-Nicolas Colbert, un des fils du ministre. +Avant d’être archevêque à Rouen, il y avoit été coadjuteur, +avec le titre d’archevêque de Carthage.</p> +</div> +<p class="drap">M. Pussort<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[5]</a>, rue Saint Honoré.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[5]</span></a> Henri Pussort, doyen du Conseil, le dernier survivant +des juges de Fouquet, contre lequel il avoit déployé une +véhémence dont s’indigna M<sup>me</sup> de Sévigné, et qu’expliquoit +sa parenté avec Colbert, dont il étoit l’oncle maternel. Il +mourut le 18 février 1697, « dans une grande vieillesse, +dit Saint-Simon, et toujours dans une grande considération. » +Pour sa maison, achetée en 1697 par Bertin des parties +casuelles, voy. plus haut ce que nous avons dit de celui-ci.</p> +</div> +<p class="drap">M. Voisin<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[6]</a>, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[6]</span></a> Le même, qui devint ministre de la guerre, puis chancelier, +puis garde des sceaux, le 2 juillet 1714, et qu’il eût +fallu, suivant Saint-Simon, laisser dans quelque intendance, +comme celle du Hainaut, où il avoit montré des qualités, +mais de second ordre : « Noyé, dit-il, dans la science d’intendant +qu’il possédoit parfaitement, et dans l’exercice de +laquelle il avoit passé presque toute sa vie. »</p> +</div> +<p class="drap">M. Courtin<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[7]</a>, rue Saint Louis, au Marais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[7]</span></a> Honoré Courtin, doyen du conseil après la mort de +Pussort. Il avoit été plusieurs fois ambassadeur, notamment +en Angleterre, à l’époque de la fuite de la reine, femme de +Jacques II : « Il avoit, dit Saint-Simon, signé le traité de +Heilbronn, celui de Bréda et plusieurs autres. Il avoit toujours +été fort estimé et fort honoré dans tous les emplois +où il avoit passé. » Il mourut le 27 décembre 1703.</p> +</div> +<p class="drap">M. Benard de Rezé<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[8]</a>, rue d’Orléans.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[8]</span></a> Fut longtemps du Conseil, dont il mourut le sous-doyen, +le 9 décembre 1702. Un de ses fils fut évêque +d’Angoulême.</p> +</div> +<p class="drap">M. d’Aligre<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[9]</a>, ruë Saint Dominique, Quartier +Saint Germain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[9]</span></a> Fils du chancelier Etienne d’Aligre. Il avoit dû à la +haute position de son père d’être fait conseiller ordinaire, +sans passer par le titre de conseiller de semestre. Cette faveur +étoit grande, et personne de son rang ne l’obtint après lui, +ce que Dangeau n’oublia pas de constater, en parlant de sa +mort le 19 mai 1695.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p48">-48-</span>M. de Pommereu<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[10]</a>, vieille rue du Temple.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[10]</span></a> Aug. Rob. de Pommereu, seigneur de la Bretêche-Saint-Non, +fut intendant du Bourbonnais et de Bretagne, où +M<sup>me</sup> de Sévigné le trouva le plus honnête homme et le plus +bel esprit de la robe. Il fut ensuite à Paris prévôt des marchands +de 1676 à 1683, et devint deux ans après conseiller +d’Etat. Quand il mourut en septembre 1699, Saint-Simon +écrivit en marge de son manuscrit du <i>Journal de Dangeau</i> +cette note qui vaut une oraison funèbre : « homme droit, +ferme, et transcendant, qui avoit et méritoit des amis. »</p> +</div> +<p class="drap">M. d’Argouges<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[11]</a>, ruë de l’Echarpe.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[11]</span></a> Frère du lieutenant civil. Il fut fait conseiller d’Etat +avec Caumartin, le 20 janvier 1685 : « Ils étoient, dit +Dangeau, les plus anciens du semestre. »</p> +</div> +<p class="drap">M. Bignon<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[12]</a>, ruë des Bernardins<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[12]</span></a> Jérôme Bignon, fils de l’avocat général au Parlement, +et conseiller d’Etat depuis le 28 mars 1686. Saint-Simon, +qui « étoit de père en fils ami particulier des Bignon », +l’avoit en grande estime.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[13]</span></a> L’hôtel patrimonial des Bignon s’y trouvoit. Il avoit +été construit en 1566 pour Jacques Lefèvre, abbé de la +Chaise-Dieu, conseiller intime de Charles IX. L’étage inférieur, +dont les sculptures allégoriques, datées de 1567, sont +attribuées à Jean Goujon, fut transporté, après la démolition +de l’hôtel, en 1830, dans la seconde cour de l’École +des Beaux Arts, où il est toujours. L’abbé Bignon, fils du +conseiller d’Etat et bibliothécaire du roi, avoit, au commencement +du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, vendu l’hôtel au chancelier de la +principauté de Dombes, M. Chol de Torpane, dont il avoit +pris le nom.</p> +</div> +<p class="drap">M. Rouillé<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[14]</a>, Isle Notre Dame.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[14]</span></a> Rouillé, comte de Melai, dont M<sup>me</sup> de Sévigné désiroit +tant que son fils épousât la fille. Il avoit été fait conseiller +d’Etat à la mort de Caumartin, et il fut président du +Conseil des finances au commencement de la Régence.</p> +</div> +<p class="drap">M. de la Reynie<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[15]</a>, ruë du Boulloy.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[15]</span></a> Gabriel-Nicolas de la Reynie, si célèbre comme lieutenant +de police. C’est à ce titre que nous parlerons de +lui plus loin. Sa nomination au Conseil d’Etat datoit du +28 mars 1686.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p49">-49-</span>M. le Marquis de Villars<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[16]</a>, rue sainte Anne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[16]</span></a> Un des trois conseillers d’état d’épée. Le célèbre maréchal +duc de Villars étoit son fils. C’est l’<i>Orondate</i> de +M<sup>me</sup> de Sévigné. Il avoit été ambassadeur en Danemarck, +puis à Madrid, d’où il rapporta ce curieux <i>Mémoire sur la +Cour d’Espagne, depuis 1679 jusqu’en 1681</i>, publié en 1733, +pet. in-8, et réimprimé à Londres, à petit nombre, en 1861, +d’après un manuscrit, par M. W. Stirling qui le croyoit +inédit. Le marquis mourut le 28 mars 1698, à plus de +quatre-vingts ans. Sa femme a laissé des <i>Lettres</i>, dont le +chevalier Perrin possédoit le recueil, et dont la publication +qu’il se réservoit n’a été faite qu’en 1760, six ans après sa +mort. Léop. Collin les réimprima sous l’empire, et plus +récemment M. Courtois en donna une édition fort soignée.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Saint Romain<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[17]</a>, rue saint Louis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[17]</span></a> Melchior de Harod de Senevas, marquis de Saint-Romain, +mort en juillet 1694, à plus de quatre-vingts ans. +Il étoit le plus intime ami de Courtin que nous avons vu +plus haut : « tous deux conseillers d’état, dit Saint-Simon, +l’un d’épée, l’autre de robe. »</p> +</div> +<p class="drap">M. le Comte de la Vauguion<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[18]</a>, rue de Grenelle, +Quartier S. Germain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[18]</span></a> Cette note de Saint-Simon, dans le <i>Journal de Dangeau</i>, +à la date de sa mort, le 29 décembre 1693, peut lui +servir de biographie : « Après diverses folies, il se tua de +deux coups de pistolet, chez lui à Paris, dans son lit. Il +étoit chevalier de l’Ordre depuis 1688, conseiller d’Etat +d’épée, et avoit eu plusieurs ambassades, fort gueux, plein +d’esprit et de galanterie ; veuf et sans enfant, très petit et +simple gentilhomme. »</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Archevesque d’Ambrun<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[19]</a>, près le Collége des +4 Nations.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[19]</span></a> Charles Brulart de Genlis, mort en 1714.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Conseillers d’Etat du Semestre de Janvier.</i></p> + +<p class="drap">M. d’Aguesseau<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[20]</a>, Quai de Nesle.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[20]</span></a> Henri d’Aguesseau, d’abord maître des requêtes, président +au grand Conseil, puis intendant à Limoges, à Bordeaux, +dans le Languedoc, et enfin conseiller d’Etat. L’idée +de créer l’ordre de Saint-Louis est de lui. A sa mort, le +5 sept. 1699, Saint-Simon, dans une note du <i>Journal de +Dangeau</i>, fit amplement son éloge. L’illustre chancelier +d’Aguesseau étoit son fils.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p50">-50-</span>M. de Ribeyre<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[21]</a>, ruë de Taranne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[21]</span></a> Antoine de Ribeyre, qui étoit aussi conseiller d’honneur +au parlement de Paris, après avoir été intendant à +Poitiers, puis à Tours, et commissaire du Conseil en Bretagne. +A sa mort, en octobre 1712, son gendre La Bourdonnois, +intendant d’Orléans, lui succéda comme conseiller +d’Etat.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Comte d’Avaux<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[22]</a>, ruë sainte Avoye.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[22]</span></a> Jean-Antoine de Mesme, qui s’étoit donné le titre de +comte d’Avaux qui n’appartenoit qu’à son frère aîné : « Ses +fréquentes ambassades, dit Saint-Simon, l’avoient accoutumé +à l’épée et à se faire appeler le comte d’Avaux en pays +étranger. Dans ses divers retours en France, il ne put se +résoudre à se défaire de cette qualité de comte, ni à +reprendre l’habit de son état. » C’est lui que M<sup>me</sup> de Sévigné +appelle <i lang="la" xml:lang="la">Figuriborum</i>. Il mourut en février 1709. Nous +avons, p. 26, note 3, parlé de son hôtel.</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Abbé le Pelletier<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[23]</a>, ruë de la Couture sainte +Catherine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[23]</span></a> Ancien commissaire aux Grands Jours d’Auvergne, +frère du contrôleur général Le Pelletier et de Le Pelletier, +de Souzy. Il étoit conseiller d’Etat depuis 1685, et il mourut +le 17 octobre 1696.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Breteuil<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[24]</a>, rue du Grand Chantier.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[24]</span></a> Ancien intendant des finances, et conseiller d’Etat depuis +1685.</p> +</div> +<p class="drap">M. du Gué de Bagnols<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[25]</a>, Intendant en Flandres.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[25]</span></a> Dreux-Louis Du Gué de Bagnols, conseiller d’Etat +depuis 1687. C’est le même dont la femme amusoit tant +M<sup>me</sup> de Sévigné avec ses ridicules.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Conseillers d’Etat du Semestre de Juillet.</i></p> + +<p class="drap">M. de Marillac, ruë Sainte Avoye<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[26]</span></a> Ancien avocat général au grand Conseil et intendant +à Poitiers. Il eut la charge de conseiller d’Etat de semestre +en 1603, parce que son père s’en démit pour lui, « ce qui, +dit Dangeau, ne s’étoit jamais pratiqué. » — L’escalier de +son hôtel, rue Sainte-Avoye, étoit remarquable. <i>V.</i> G. Brice, +3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 256.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p51">-51-</span>M. le Pelletier de Souzy<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[27]</a>, rue de la Couture +S. Catherine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[27]</span></a> Nous avons dit comment il fut en passe de succéder +à son frère comme contrôleur général au lieu de Pontchartrain. +Il étoit d’une grande capacité. C’est avec lui que le +roi faisoit tous les lundis le travail des fortifications.</p> +</div> +<p class="drap">M. de la Moignon de Basville, Intendant en Languedoc<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[28]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[28]</span></a> Cinquième fils du président de Lamoignon. Il fut +d’abord intendant à Poitiers. En Languedoc, après la révocation +de l’Edit, il fut terrible contre les protestants.</p> +</div> +<p class="drap">M. Bazin de Bezons, Intendant en Guyenne<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[29]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[29]</span></a> Avoit été d’abord intendant à Limoges et à Orléans. +Il étoit conseiller d’Etat de semestre depuis le 28 mars 1686.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Harlay de Bonneuil<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[30]</a>, ruë Saint Louis, au +Marais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[30]</span></a> Nicolas-Auguste de Harlay de Bonneuil, d’abord conseiller +au Parlement, maître des requêtes et intendant en +Bourgogne. Il fut conseiller d’Etat de semestre en 1686, et +conseiller d’Etat ordinaire en 1700. Le chancelier Boucherat +étoit son beau-père.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Fourcy<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[31]</a>, rue de Jouy<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[31]</span></a> Autre gendre de Boucherat, dont il avoit épousé la +fille aînée. Il fut prévôt des marchands à Paris, de 1684 +à 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[32]</span></a> A l’époque de sa prévôté on ouvrit, près de son hôtel, +une rue qui faisoit communiquer la rue de Jouy avec la +rue Saint-Antoine. On lui donna son nom qu’elle a gardé.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maitres des Requestes de l’Hotel du Roy.</i></p> + +<p>Pour M. le Doien, voiez le Chapitre des principaux +Magistrats, et pour les autres prenez la +liste dans la Grand’Salle du Palais, près la Chapelle, +<span class="pagenum" id="p52">-52-</span>au bas du dégré des Requestes de l’Hôtel, +ou chez les Sieurs Michallet et Rondet imprimeurs +ruë Saint Jacques.</p> + + +<p class="c"><i>Les Grands Audianciers de France, Examinateurs +et Rapporteurs des Lettres qui doivent passer +au Grand Sceau, sont</i></p> + +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Boucher, ruë +des Quatre Fils. Pour celuy d’Avril, M. le Mire, +ruë de Paradis. Pour celuy de Juillet, M. le +Fevre, Place du Collége Mazarini<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[33]</a>. Et pour celuy +d’Octobre, M. le Menestrel, ruë du Hazard<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[34]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[33]</span></a> Il logeoit, en effet, au collége des Quatre Nations, ou +collége Mazarin, qui est, comme on sait, devenu le palais +de l’Institut.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[34]</span></a> Fils du trésorier du Conseil des bâtiments. Il habitoit, +rue du Hazard, une des nombreuses maisons dont son père +avoit eu, grâce à sa charge, le terrain presque pour rien, à +l’époque où l’on construisoit ce quartier. V. notre <i>Histoire +de la Butte des Moulins</i>, p. 84.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Les Contrôleurs Généraux de l’Audiance de la +Chancellerie de France qui veillent à ce que +les Lettres accordées ne soient soustraites, et +que nulles autres ne passent au sceau, sont</i> :</p> + +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Contard<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[35]</a>, ruë +saint Honoré. Pour celui d’Avril, M. Pitot<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[36]</a>, +ruë de Ventadour. Pour celui de Juillet, M. Benoist, +ruë de Grenelle, quartier saint Germain. +Et pour celui d’Octobre, M. de Jonquiere, rue +Vivienne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[35]</span></a> Il faut lire Coustard, d’après <i>l’Alman. royal</i> de 1702, +p. 41.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[36]</span></a> Le même <i>Almanach</i> le nomme Pirot.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p53">-53-</span><i>Les Gardes des Rolles des Offices de France, sont</i> :</p> + +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Préval, ruë +de la Sourdiere. Pour celui d’Avril, M. Hevin<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[37]</a>, +rue des Fossez Montmartre. Pour celui de Juillet, +M. Boucot<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[38]</a>, rue Hautefueille. Et pour celui d’Octobre, +M. Ausbourg, rue des Fossez Montmartre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[37]</span></a> Hénin, d’après le même <i>Almanach</i>, p. 41.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[38]</span></a> C’étoit un des plus grands <i>curieux</i> de Paris, comme +on le verra plus bas, à propos de sa bibliothèque. Il eut +la visite de Lister, quand celui-ci fit son second voyage à +Paris. Grand amateur de coquilles, il admira surtout celles +qui étoient une des nombreuses curiosités du cabinet de +Boucot (<i>Voyage de Lister à Paris en 1698</i>, traduct. de la +Société des bibliophiles, 1873, in-8, p. 64-66). G. Brice, qui +lui aussi, dans sa <i>Description de Paris</i>, parle longuement, t. II, +p. 97-99, des collections de Boucot, y mentionne en particulier +la bibliothèque : « On y voit, dit-il,… une grande quantité +de livres très-bien conditionnés, entre lesquels il y en a +plusieurs de cartes et d’estampes rares et singuliers. » A la +mort de Boucot, en 1699, la vente de ses livres prouva que +Brice avoit dit vrai ; il nous suffira de donner le titre du +<i>Catalogue</i>, qui annonçoit cette vente pour le 16 nov. : <i>Catalogue +de la Bibliothèque de défunt M. Boucot, garde rolle +des officiers de France, composée de plus de dix huit mille +volumes de livres imprimez, très-bien conditionnez, plusieurs +des in-folio étant de grand papier, et reliez en maroquin, de +plus de soixante et dix mille estampes, entre lesquels il y a +dix sept mille portraits</i>. M. G. Duplessis a publié, en 1870, +sur cette vente, une curieuse lettre de Nicos Clément à +Gaignières, dans <i>le Bibliophile françois</i>, t. V, p. 97.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Trésorier General du Sceau.</i></p> + +<p class="drap">M. Bechet, Place des Victoires.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p54">-54-</span></p> + +<h3 id="c6">SECRETAIRES DU ROY.<br> +<span class="small">MAISON ET COURONNE DE FRANCE.</span></h3> + + +<p class="c"><i>Syndics en Charge.</i></p> + +<p class="drap">M. de la Baune, ruë Thibaut Thodé.</p> + +<p class="drap">M. Rouillet de Beauchamps, rue des Rosiers, +quartier S. Germain.</p> + +<p class="drap">M. Gourdon, à l’Hôtel de Guise.</p> + +<p class="drap">M. Gamard, ruë Neuve des petits champs.</p> + +<p class="drap">M. Hubert, rue Sainte Avoye.</p> + +<p class="drap">M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.</p> + + +<p class="c"><i>Trésorier de la bourse commune.</i></p> + +<p class="drap">M. de Lamet, près Saint Eustache.</p> + +<p>Ces Officiers tiennent les Assemblées du Collége +en la Chancellerie du Palais, où l’on peut +recouvrer la liste générale de ceux qui en sont +Membres, et encore chez le sieur Rondet Imprimeur, +rue S. Jacques.</p> + + +<p class="c"><i>Advocats ez Conseils du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Aubery leur Doyen, demeure ruë Saint Denis +devant la rue du petit Lion.</p> + +<p>On peut recouvrer leur Liste chez le sieur du +Brec Clerc de leur Collége rue de la Calandre, +ou encore chez le même Rondet.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p55">-55-</span></p> + +<h3>PRINCIPAUX MAGISTRATS.</h3> + + +<p class="c"><i>Juges ordinaires et gens du Roy, des Cours souveraines +et Juridictions subalternes de Paris.</i></p> + + +<p class="c small">PARLEMENT.</p> + + +<p class="c"><i>Premier Président.</i></p> + +<p class="drap">M. de Harlay<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[1]</a>, Cour du Palais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[1]</span></a> Achille de Harlay, qui avoit succédé dans cette charge +à M. de Novion, en sept. 1689. Sa complaisance, lorsqu’il +étoit procureur général, pour la légitimation des bâtards du +Roi, « doubles adultérins », fut, selon Saint-Simon, la +source de sa fortune. Il avoit été « l’adroit auteur de cette +légitimation… sans nommer la mère. » Saint-Simon, <i>Mém.</i> +1877, in-18, t. XX, table rédigée par lui-même, p. 257.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Présidens à Mortier.</i></p> + +<p class="drap">M. de Nesmond<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[2]</a>, Quay de la Tournelle<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[2]</span></a> Il avoit acquis, en 1689, de Lamoignon, qui en garda +la survivance, cette charge de président à mortier. Lorsque +Nesmond mourut en 1693, Lamoignon eut ainsi le +droit, moyennant 350,000 livres données à sa famille, de +reprendre la charge. (Dangeau, <i>Journal</i>, 4 déc. 1689 et +19 mars 1693.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[3]</span></a> Son hôtel y existe encore presque intact, auprès de la +<i>Pharmacie centrale</i>, qui étoit alors, nous l’avons dit plus +haut, l’hôtel dont M<sup>me</sup> de Miramion, belle-mère de Nesmond, +avoit fait un couvent. Selon Saint-Simon, c’est +Nesmond qui fit le premier poser au-dessus de sa porte un +marbre avec son nom en lettres d’or. V. nos <i>Enigmes des +rues de Paris</i>, p. 181.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Maisons<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[4]</a>, ruë de l’Université.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[4]</span></a> Il est beaucoup parlé de lui dans Saint-Simon, qui dit +beaucoup de bien de son esprit, et assez peu de son caractère. +Il mourut en août 1715, dans toute la force de son influence +sur le Parlement, et avec l’espérance qu’à la mort du roi, +qui ne devoit tarder que de quelques jours, il seroit fait +garde des sceaux. Le nom de sa famille étoit Longueil. +Elle l’avoit échangé pour celui de Maisons, lorsque l’aïeul +du président avoit obtenu l’érection en marquisat de la +terre de Maisons, où il avoit fait bâtir un si beau château, +pendant qu’il étoit surintendant des finances. Ses malversations +le firent révoquer. Il se contenta de dire : « Ils ont +tort ; j’avois fait mes affaires, j’allois faire les leurs. » +Saint-Simon, notes sur Dangeau, 12 avril 1705.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p56">-56-</span>M. de Champlatreux<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[5]</a>, ruë du Brac.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[5]</span></a> De l’illustre famille des Molé, et fils de l’un des derniers +gardes des sceaux. Il céda sa charge à son fils, lorsqu’il +eut trente et un ans. (Dangeau, 11 avril 1707.)</p> +</div> +<p class="drap">M. le Pelletier<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[6]</a>, vieille ruë du Temple.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[6]</span></a> Il devint premier président après la démission de M. de +Harlay, et se démit lui-même de cette charge, en 1712, à +la mort de son père, Claude Le Pelletier, ancien ministre +d’Etat et contrôleur général, qui l’y avoit fait rester malgré +lui. Un accident arrivé au Palais, dans l’Hôtel de la Présidence, +où le plancher de la salle à manger croula sous lui, +avoit dérangé son cerveau, jusqu’à le rendre presque incapable +de tout travail. (Saint-Simon, t. IV, 78 ; VI, p. 212.) +C’est son père, étant prévôt des marchands avant d’arriver +au Ministère, qui avoit fait construire près de la Grêve, en +1675, le quai nommé, à cause de lui, quai Pelletier. (<i>Id.</i>, +t. I, p. 301.)</p> +</div> +<p class="drap">M. de Mesmes<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[7]</a>, ruë Sainte Avoye.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[7]</span></a> Jean-Antoine de Mesme, neveu du comte d’Avaux dont +il a été question plus haut. Il avoit succédé, comme président +à mortier, à son père mort en janvier 1688. Il devint +premier président en 1712, par suite de la démission de Le +Pelletier.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Novion<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[8]</a>, ruë du Baac.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[8]</span></a> Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit +été jusqu’en septembre 1689 premier président. Sa vénalité +força le roi de lui faire abandonner cette charge pour la +céder à M. de Harlay. « Sur ses injustices réitérées, dit +Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de l’obliger à se défaire. » +(<i>Note</i> sur Dangeau, 20 septembre 1689.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Talon<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[9]</a>, ruë Saint Guillaume.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[9]</span></a> Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en +novembre 1690, une des deux places de présidents à mortier +que le roi venoit alors de créer, et pour chacune desquelles +il avoit fait verser à l’un et à l’autre des titulaires +une somme de 350,000 livres, afin de dédommager les +présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur nombre. +(Dangeau, 12 nov. 1690.) — Sa maison existe encore au +n<sup>o</sup> 16 de la rue Saint-Guillaume, avec cette « structure +tout à fait belle », dont parle G. Brice, édit. de 1684, +t. II, p. 187. « Les appartements, ajoute-t-il, sont très +agréables, ayant les vues tournées sur les jardins des +maisons voisines. La cour est grande, et enfin il paroît que +cette maison a été élevée avec beaucoup de dépense ; mais +ce qui lui donne un merveilleux ornement, est l’excellente +bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a de +plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits, +soit pour les livres imprimés. »</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p57">-57-</span>M. de Menars<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[10]</a>, porte de Richelieu<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[10]</span></a> Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame +Colbert, qui avoit d’abord été conseiller au Parlement et +surintendant de la maison de la Reine. Il avoit eu la +seconde des deux charges de président à mortier créées en +1690, et dont Talon, nous l’avons dit, avoit eu la première. +Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle terre de Ménars, +près de Blois : « plein d’honneur, dit Saint-Simon +(t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige +dans un président à mortier. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[11]</span></a> Son hôtel étoit en effet « à côté de la porte de Richelieu », +dans l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le +nom de Ménars qu’elle lui devoit. Il avoit d’abord logé rue +Vivienne, près de l’hôtel de son beau-frère Colbert (G. Brice, +édit. 1684, t. I, p. 89). La bibliothèque de De Thou, qu’il +avoit achetée tout entière un fort grand prix, le suivit dans +ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé Du Guay en furent +les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en occupoit +guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas beaucoup +plus de souci : « Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon +(t. X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit +celle du célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un +meuble de fort grande montre, mais de très-peu d’usage. »</p> +</div> + +<p class="c"><i>Présidens des Enquestes.</i></p> + +<p class="drap">Première Chambre, M<sup>rs</sup> de Meaupou, ruë Pierre +<span class="pagenum" id="p58">-58-</span>Sarrazin<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[12]</a>, et de la Barde<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[13]</a>, Cloître Notre Dame.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[12]</span></a> Il devint président à mortier à la mort de Ménars, +par suite d’un marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire, +et qui l’est, en effet, il lui acheta en 1717 la survivance +de sa charge pour la somme énorme de 750,000 +livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à verser aux +héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin !</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[13]</span></a> Denis de la Barde, qui en même temps que président +des enquêtes étoit archidiacre de Josas et chanoine de +l’église de Paris, ce qui explique sa demeure au cloître +Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709, à soixante et +onze ans.</p> +</div> +<p class="drap">Deuxième Chambre, M<sup>rs</sup> Sevin de Quinsi, ruë +des Blancs Manteaux, et de Thumery de Boissise, +ruë Barbette.</p> + +<p class="drap">Troisième Chambre, M<sup>rs</sup> Briçonnet, ruë porte +Foin, et Amelot<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[14]</a>, rue Dauphine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[14]</span></a> Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence +des enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres +des requêtes. Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit +pas moins de 100,000 livres de rente, avec la fille de Barillon, +notre ambassadeur à Londres.</p> +</div> +<p class="drap">Quatrième Chambre, M<sup>rs</sup> Crosset<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[15]</a>, ruë Neuve +Saint Augustin, et Feydeau, Cloistre Nostre +Dame.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[15]</span></a> Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut +le 19 novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président +d’honneur au Parlement.</p> +</div> +<p class="drap">Cinquième Chambre, M<sup>rs</sup> de la Baroire<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[16]</a>, ruë de +<span class="pagenum" id="p59">-59-</span>Taranne, et le Clerc de Lesseville<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[17]</a>, Cloître +Saint Méderic.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[16]</span></a> Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au +mois d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement, +comme conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il +avoit épousé une vieille mais très-riche veuve, avec laquelle +il se conduisoit fort mal, suivant M<sup>me</sup> de Sévigné, qui l’appelle +de la Baroie. V. sa lettre du 4 juin 1676. C’est lui, +d’après les <i>Clés</i>, qui, pour cela, auroit servi de type au +26<sup>e</sup> <i>caractère</i> de La Bruyère, dans le chap. de <i>Quelques +usages</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[17]</span></a> C’est, d’après les <i>Clés</i>, un des <i>Sannions</i> de La +Bruyère. Ils étoient plusieurs frères, tous dans la haute +robe, qui descendoient, disoit-on, d’un tanneur de Mantes +dont la fortune étoit venue d’un prêt qu’il avoit fait sur +parole à Henri IV, dans le temps de la bataille d’Ivry.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Présidens des Requestes du Palais.</i></p> + +<p class="drap">Première Chambre, M<sup>rs</sup> Ferrand, ruë Serpente<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[18]</a>, +et Besnard de Rezé, près les Capucins du +Marais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[18]</span></a> C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme, +une Belizani, fit tant parler d’elle, moins pour l’<i>Histoire +des amours de Cléante et de Belise</i>, assez piètre roman de +sa façon, que pour l’histoire de ses propres amours. Le +scandale en fut si grand, que le président refusa de reconnoître +une fille, dont elle étoit accouchée, et qu’elle dut +faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette +fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour +se faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être +reconnue par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui +avoit habité, rue Serpente, l’hôtel du président, recueillit +avec soin, comme souvenir, toutes les pièces de ce curieux +procès. (V. le <i>Catalogue</i> de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.)</p> +</div> +<p class="drap">Deuxième Chambre, M<sup>rs</sup> de Boiquemare<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[19]</a>, rue +de Bourbon, et Brunet de Thorigny, ruë des +Francs-Bourgeois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[19]</span></a> Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray, +grande coquette du temps, la <i>Lise</i> de La Bruyère, l’avoit +épousé en secondes noces, mais sans vouloir perdre son +premier nom. C’est ce qui a fait dire à La Bruyère (<i>Des +femmes</i>, § 76), à propos de certains maris et de leurs +femmes : « ils n’ont souvent rien de commun… pas même +le nom… chacun a le sien. »</p> +</div> + +<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p> + +<p class="drap">M. de Harlay<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[20]</a>, Cour du Palais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[20]</span></a> Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit +avocat général depuis le mois de janvier 1691, et devint +conseiller d’Etat en février 1697, tout cela fort jeune pour +de si importantes fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet +1717, il n’avoit que quarante-neuf ans.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p60">-60-</span>M. de la Moignon<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[21]</a>, à l’Hostel d’Angoulesme<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[21]</span></a> Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier +président Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une +des épîtres de Boileau. Ce fils devint président à mortier en +avril 1698, et mourut le 7 août 1709.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[22]</span></a> Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois, +il existe encore, avec ses curieuses façades sur la +cour, telles qu’elles avoient été construites par Diane de +France, fille naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes +se voient encore dans les frontons, et après laquelle +l’hôtel, pour rester dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême, +fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, de +qui lui vint le nom qu’on lui donne ici. Il prit celui de +Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y furent +succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit +de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors +d’une grande étendue ; et dont la bibliothèque, qui avoit +Adrien Baillet pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain +Brice, édit. de 1701, t. I, p. 323.)</p> +</div> +<p class="drap">M. d’Aguesseau<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[23]</a>, ruë Pavée, prés Saint André<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[23]</span></a> L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février +1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général, +comme nous le voyons ici, puis en octobre 1700, procureur +général.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[24]</span></a> Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve +à gauche en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans +la rue Pavée, qui s’appelle aujourd’hui <i>rue Séguier</i>, du nom +d’une autre illustre famille de magistrats, qui occupoit +l’hôtel voisin de celui-ci. Le 27 juin 1714, éclata à l’hôtel +d’Aguesseau un terrible incendie qui donna lieu à de grands +procès, par suite de la destruction de nombreux dossiers +appartenant à diverses parties. (Bruneau, <i>Observations sur +les lois criminelles</i>, in-4<sup>o</sup>, p. 93.)</p> +</div> + +<p class="c"><i>Procureur General.</i></p> + +<p class="drap">M. de la Brisse, rue Barbette.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p61">-61-</span></p> + +<h3>GRAND CONSEIL.</h3> + + +<p class="c"><i>Premier Président.</i></p> + +<p class="drap">M. Bignon<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[1]</a>, rue Saint Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[1]</span></a> Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son +prénom étoit Thierry. Il fut d’abord simple président au +grand Conseil, puis, en mars 1690, premier président. Il +mourut à soixante-cinq ans, le 19 janvier 1697.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Présidens du premier Semestre.</i></p> + +<p class="drap">M. le Boulanger, ruë des petits Augustins.</p> + +<p class="drap">M. Feydeau de Brou<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[2]</a>, ruë neuve Saint Paul.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[2]</span></a> Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son +nom à l’une des rues du quartier Richelieu, construite vers +la fin du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de +Pierre Feydeau, étoit dame du fief de la Grange-Batelière, +sur lequel on en avoit pris le terrain. (Lebeuf, <i>Hist. du +diocèse de Paris</i>, t. IX, p. 38.) Feydeau de Brou avoit eu +du roi la présidence au grand Conseil, en 1689, « comme +plus ancien maître des requêtes. » (<i>Mém. de Foucault</i>, +p. 254.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Joly de Blaizy<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[3]</a>, ruë des Rosiers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[3]</span></a> Lisez Joly de Bézy.</p> +</div> +<p class="drap">M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux.</p> + + +<p class="c"><i>Présidens du second Semestre.</i></p> + +<p class="drap">M. Poucet de la Rivière<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[4]</a>, ruë des Francs Bourgeois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[4]</span></a> Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord +conseiller au Parlement, puis maître des requêtes, intendant +en Alsace, à Metz, à Bourges, à Limoges, et en même +temps, depuis 1676, président au grand Conseil. Il mourut +en 1693. Son père, Pierre Poncet, conseiller d’Etat, avoit +été en passe de succéder en 1677 au chancelier d’Aligre. +Un livre qu’il venoit de publier, <i>Considérations sur les +avantages de la vieillesse</i>, etc., l’en empêcha par le ridicule +qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût couvert par le pseudonyme +de baron de Prelle. C’est sa mésaventure qui a fait +dire par La Bruyère : « un magistrat alloit par son mérite +à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les +affaires : il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare +par le ridicule. » <i>Des ouvrages de l’Esprit</i>, § 3.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p62">-62-</span>M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[5]</span></a> Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement, +embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, +dont on remarquoit surtout la porte « avec un +balcon au-dessus et une grande fenêtre couronnée d’un +fronton. » (G. Brice, édit 1701, t. I, p. 274-275.)</p> +</div> +<p class="drap">M. de l’Isle, ruë de Torigny.</p> + +<p class="drap">M. Pinon<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[6]</a>, ruë des Lions, près Saint Paul.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[6]</span></a> Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson, +qui furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange +Batelière, près de laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur +nom jusqu’en 1850, où elle devint la rue Rossini.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p> + +<p class="drap">M. de Benoist, rue Beautreillis.</p> + +<p class="drap">M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur General.</i></p> + +<p class="drap">M. Hennequin, Cloître Notre Dame<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[7]</span></a> Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez +son frère, chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement. +C’est à lui qu’étoit arrivée cette peu honorable +aventure du testament de M<sup>me</sup> Valentin, dont il fut fait un +conte, attribué à La Fontaine, publié avec plus de vraisemblance +dans les <i>Œuvres</i> de Régnier Desmarets, et qui se +trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le chansonnier +Maurepas, t. VII, p. 137-142 : M<sup>me</sup> Valentin, près de +mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce +qu’elle possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un +testament qui n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans +doute possible, restitution au mari. Hennequin ne l’entendit +pas ainsi ; il se mit en grand deuil comme héritier sérieux, +et se hâta de mettre la main sur le bien. Le coup par bonheur +étoit prévu. Un second testament, qui annuloit le +premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des +aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête +et plus fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la +testatrice. « Hennequin, dit une des notes du chansonnier +Maurepas, fut déshonoré et vilipendé partout. » La Bruyère +a fait une allusion directe à cette affaire dans les <i>Caractères</i> +59 et 60 de son chapitre <i>de Quelques usages</i>.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p63">-63-</span></p> + +<h3>COUR DES AYDES.</h3> + + +<p class="c"><i>Première Chambre.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> le Camus, Premier Président, ruë de Berry<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[1]</a> +au Marais, et de Briou<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[2]</a>, ruë Michel-le-Comte.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[1]</span></a> Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus +loin, et du cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas +Le Camus, marchand de la rue Saint-Denis, qui avoit été +un des entrepreneurs de la place Royale, où, comme on +sait, les bâtiments devoient d’abord servir à l’établissement +de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit l’enseigne +de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur +champ de gueules, dans leurs armes.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[2]</span></a> C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage +avec M<sup>lle</sup> de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son +père, que son amour pour cette vieille fille, plus âgée que +lui de près de vingt ans, désespéroit, elle trouva moyen +de le voir et de le faire échapper. Un prêtre, qu’ils avoient +gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation de son curé, les +maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant majeur depuis +à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps. Dès +le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une +audience du roi, auquel il remontroit que M<sup>lle</sup> de la Force +qui étoit pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils +qui étoit considérable ; et le roi lui promettoit que, malgré +la puissance de la famille de M<sup>lle</sup> de la Force, il laisseroit +toute liberté à la justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare +fut un des premiers effets de cette promesse. Ensuite +vint le procès, qui aboutit, le 15 juillet 1689, à un arrêt +qui cassoit le mariage pour abus de célébration. (Nic. +Nupied, <i>Journal des principales audiences du parlement</i>, +1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de cette +affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août +1689).</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p64">-64-</span><i>Deuxième Chambre.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Payen, dans le Temple, et Chassepot de +Beaumont, rue Beautreillis.</p> + + +<p class="c"><i>Troisième Chambre.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et +le Vasseur, ruë de Berry.</p> + + +<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p> + +<p class="drap">M. des Aguests<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[3]</a>, ruë Vivienne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[3]</span></a> Il avoit cette charge depuis six ans : « M. des Aguets, +homme de beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686, +a été fait avocat général de la Cour des Aydes. »</p> +</div> +<p class="drap">M. Bignon, ruë des Bernardins.</p> + +<p class="drap">M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur General.</i></p> + +<p class="drap">M. du Boscq, Isle Notre Dame.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>CHAMBRE DES COMPTES.</h3> + + +<p class="c"><i>Premier Président.</i></p> + +<p class="drap">M. Nicolaï<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[1]</a>, vieille ruë du Temple.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[1]</span></a> Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de +1506 à 1791, fournit, sans interruption, son président à la +Chambre des comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne +Cour, qu’un Nicolaï devoit seul occuper cette charge que +pendant la Restauration, le prince de Condé ne pouvoit +s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé Marbois, alors +président des Comptes : « Mon cher Monsieur de Nicolaï. » — Celui +qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en +charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous +ajouterons que ce sont les archives de cette famille, mises +à la disposition de M. A. de Boislisle par M. le marquis +de Nicolaï, qui lui ont fourni les éléments de son bel ouvrage, +<i>la Chambre des Comptes de Paris</i>.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p65">-65-</span><i>Autres Présidens.</i></p> + +<p class="drap">M. de Bretonvilliers<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[2]</a>, Isle Notre Dame<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[2]</span></a> Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier +1700, sans qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à +cause de sa femme, Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité +avec l’archevêque de Harlay fit quelque peu scandale, et à +cause aussi des magnificences de son hôtel.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[3]</span></a> L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le +père du président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du +roi, et intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de +l’Ile Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il +avoit fait construire à l’entour de cette pointe et les fondations +seules de son hôtel lui avoient coûté huit cent mille +livres. On peut juger par-là de la dépense du reste, dont +on peut lire d’ailleurs le curieux et magnifique détail dans +l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t. I, p. 392-394). — A la +mort du président des Comptes, en 1700, son hôtel fut +aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en +1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la +somme relativement minime de 220,000 livres. On y plaça +sous Louis XV la Cour des Aides. Les principales façades +furent détruites pendant la Révolution. Ce qui restoit de +l’hôtel du côté du quai fut emporté dernièrement pour le +percement du boulevard Henri IV.</p> +</div> +<p class="drap">M. Lambert de Torigny<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[4]</a>, la même<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[4]</span></a> Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en +août 1700. Il avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance +de son père. Il étoit gendre du fameux Bontems.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[5]</span></a> Il s’agit de l’hôtel Lambert, situé en effet dans +« la même » Ile, tout près de l’hôtel Bretonvilliers. Le +Vau le construisit pour Nicolas Lambert, dit « le riche », +suivant Tallemant, grand-père de celui qui figure ici, et +comme lui président des comptes. Il y eut de sa part en +le faisant bâtir un peu de dépit contre Bretonvilliers, par +qui, selon Tallemant encore, il s’étoit laissé enlever la +riche héritière Elisabeth Perrot. Vaincu par lui sur le terrain +du mariage, il voulut l’emporter contre lui sur un +autre, celui des constructions, en se bâtissant un hôtel plus +beau que celui que Bretonvilliers tenoit de son père. Il n’y +réussit pas. L’hôtel Lambert, tout superbe qu’il fût, avec +ses peintures de Romanelli, de Lebrun et de Lesueur, resta, +comme magnificence des bâtiments, étendue et point de +vue, inférieur à son voisin. G. Brice, édit. de 1701, t. I, +p. 388-391, en a donné une intéressante description, et il +existe, sous le nom de <i>galerie Lambert</i>, une collection de +gravures de Picard, datées de 1740, qui reproduisent les +peintures qu’y avoient faites Lebrun et Lesueur. L’hôtel, +qui fut plus tard la propriété du fermier général Dupin, où +Voltaire logea avec M<sup>me</sup> du Châtelet, etc., appartient aujourd’hui, +depuis 1842, à la famille Czartoriski.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p66">-66-</span>M. Paris<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[6]</a>, rue neuve Saint Paul.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[6]</span></a> Il avoit succédé à son père, l’un des députés de la +Chambre des comptes aux conférences de Rueil, pendant la +Fronde (<i>Gazette de France</i>, 6 mars 1649).</p> +</div> +<p class="drap">M. Rezé<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[7]</a>, rue des Bourdonnois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[7]</span></a> De la même famille que le président des requêtes +Bernard de Rezé, que nous avons vu plus haut.</p> +</div> +<p class="drap">M. Rossignol<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[8]</a>, près les Filles Saint Thomas.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[8]</span></a> Il avoit eu sa charge, en octobre 1688, par l’influence +de Louvois, à la mort de M. Dupré. Il étoit fils de Rossignol, +qui avoit été si utile à Richelieu, puis à Mazarin, par +sa facilité à déchiffrer les écritures secrètes. (<i>Historiettes de +Tallemant</i>, édit. P. Paris, t. II, p. 33-34.) Son fils avoit +hérité de son savoir. « C’étoit, dit Dangeau (14 octobre +1705), à l’époque de sa mort, le plus grand déchiffreur de +l’Europe. » Peut-être M. Paulin Paris a-t-il raison, lorsque +parlant du père, qui avoit eu si bien le premier <i>la clé</i> de +toutes les écritures cachées, il dit : « Je croirois assez que +de cet habile homme vient le nom de <i>rossignols</i>, donnés +aux clés <i>passe-partout</i>. » Notes sur Tallemant, t. II, p. 94.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Vassan<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[9]</a>, rue neuve Sainte Geneviève.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[9]</span></a> Lisez de Vassan.</p> +</div> +<p class="drap">M. Brunet de Monferrant<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[10]</a>, rue des Francs-Bourgeois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[10]</span></a> Il avoit acheté une des nouvelles charges 100,000 écus, +« comme le roi, dit Dangeau, les a fixées. » Un beau portrait +de lui gravé par P. Drevet, d’après F. de Troye, se +trouve en tête des <i>Nouvelles remarques, ou réflexions critiques, +morales et historiques</i>, par l’abbé Bordelon, vol. in-12 +publié en 1695, qui lui est dédié.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p67">-67-</span>M. Gilbert<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[11]</a>, rue de Torigny.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[11]</span></a> Louis-Charles Gilbert, qui occupoit cette charge de +président à la Chambre des Comptes, depuis 1691. Il étoit +fils du marchand Gilbert, qui vendoit du drap, près des +Saints Innocents, à l’enseigne des <i>Rats</i>, et à qui sa grosse +fortune avoit valu de pouvoir marier sa fille Jeanne au +Conseiller d’Etat, Fleuriau d’Armenonville, dont il a été +parlé plus haut. Ce mariage avoit été beaucoup remarqué +et chansonné. (V. <i>le Chansonnier</i> ms. de Maurepas, t. VII, +p. 43 et 275.) Le président Gilbert étoit des plus entendus. +Il fit notamment un rapport célèbre, qui donna gain de +cause au Roi contre le duc de Bouillon dans un important +procès. (Dangeau, 9 avril 1715.) Il étoit aussi fort riche. +En 1705, son fils avoit pu acheter 55,000 livres le régiment +de Chamillart.</p> +</div> +<p class="drap">M. Tambonneau<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[12]</a>, rue de l’Université<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[12]</span></a> Son père, auquel il succéda, comme président des +Comptes, en 1684, a, dans Tallemant, son <i>historiette</i>, où +ni lui ni sa femme ne sont fort bien traités. (Edit. P. Paris, +t. VII, p. 80, etc.) Le fils, avant d’avoir sa charge, avoit +dès 1657 été conseiller au Parlement, puis envoyé extraordinaire +à Cologne, et ambassadeur en Suisse. Il mourut, +ayant environ quatre-vingt-huit ans, au mois de novembre +1719.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[13]</span></a> Il habitoit « cette belle maison auprès du Pré aux +Clers », comme dit Tallemant, que Le Vau avoit bâtie pour +son père, et qu’on voit déjà figurée, en 1652, sur le plan +Gomboust. Elle est décrite par G. Brice (édit. de 1701, +t. II, p. 267), avec son ordre dorique en pilastres, sa cour +« d’une étendue considérable », ses appartements doubles, +et son jardin où, ajoute G. Brice, « La Quintinie fameux +jardinier du Roy a fait son apprentissage. » Tambonneau +la vendit longtemps avant de mourir. En février 1698, il +entra en marché avec M. le comte de Marsan, et après +quelques difficultés à propos de la propriété d’une moitié +de jardin, qui sont curieusement racontées dans les <i>Annales +de la Cour et de Paris</i>, t. I, 221, l’affaire s’arrangea. +Tambonneau avoit, paroît-il, besoin de vendre. Le prix fut +de 235,000 livres, mais l’on calcula qu’avec les réparations +à faire, et l’achèvement de quelques parties, l’hôtel ne +monteroit pas à moins de 100,000 écus (Dangeau, 5 fév. +1698). En 1710, le comte de Marsan le vendit à M. de +Matignon. Quatorze ans après son petit-fils, le prince de +Pons, le racheta, et le garda toute sa vie. On ne l’a démoli +qu’en 1845, pour percer la rue <i>Neuve de l’Université</i>, dont +le nom actuel est rue du <i>Pré aux Clercs</i>, et qui par sa +longueur, de la rue de l’Université à la rue Saint-Guillaume, +permet d’apprécier ce qu’étoit l’étendue de ce magnifique +hôtel.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p68">-68-</span>M. Robert<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[14]</a>, rue Neuve Saint Augustin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[14]</span></a> Louis Robert de Fortille. Nous nous étonnons qu’il +figure ici, car il avoit, deux ans auparavant, le 20 décembre +1690, donné démission de sa charge pour payer ses +dettes, à la suite d’énormes pertes au jeu. (Dangeau, 20 +déc. 1690.) C’étoit un des plus gros joueurs de Paris. On +veut que La Bruyère l’ait eu en vue dans le <i>75<sup>e</sup> Caractère</i> +de son chapitre <i>des Biens de fortune</i> : « Mille gens se +ruinent au jeu… » Un jour, chez Lauzun, il avoit perdu +contre le prince Philippe dix mille pistoles « qu’il paya, +sans vouloir de composition », dit Dangeau (13 août 1686). +Il étoit parent de Louvois, dont il avoit très-énergiquement +secondé les projets en Hollande, comme intendant des places +conquises. (C. Rousset, <i>Hist. de Louvois</i>, t. I, p. 435.) +L’Espine, des bâtiments du roi, que nous trouverons plus +loin, étoit son beau-père.</p> +</div> +<p class="drap">M. Larcher<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[15]</a>, Couture Sainte Catherine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[15]</span></a> Pierre Larcher, marquis d’Esternay, qui fut président +à la Chambre des Comptes, de 1651 à 1700, époque où il +se démit en faveur de son fils. Il passoit pour avoir été le +conseiller de la princesse de Carignan, pour la rédaction de +ce fameux testament par lequel trois de ses enfants étoient +déshérités.</p> +</div> + +<p class="c"><i>La Charge d’Avocat Général vacante.</i></p> + + +<p class="c"><i>Procureur Général.</i></p> + +<p class="drap">M. Roüillé<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[16]</a>, près l’Hôtel d’Angoulesme.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[16]</span></a> Il ne quitta cette charge qu’en juin 1701, pour celle +de Directeur des finances, moyennant 800,000 livres payées +au Trésor. Elle venoit d’être créée en double. Armenonville +eut l’une, comme on l’a vu plus haut, Rouillé eut l’autre. +Il passoit pour ami des lettres. Sénecé lui a adressé une de +ses épigrammes qui finit ainsi :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">A vous qui reconciliez</div> +<div class="verse">Les Muses avec les finances.</div> +</div> + +</div></div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p69">-69-</span><i>Requestes de l’Hôtel du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. De Fortia<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[17]</a>, premier Président, rue de Baune, +près le Pont royal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[17]</span></a> Bernard de Fortia, doyen des maîtres des requêtes de +l’Hôtel. Il mourut le 20 octobre 1694.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Procureur Général.</i></p> + +<p class="drap">M. Maboulle<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[18]</a>, rue de Sorbonne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[18]</span></a> Il occupoit cette charge, depuis vingt ans, par la cession +que lui en avoit faite Nicolas Foucault, qui en parle +ainsi dans ses <i>Mémoires</i> (in-4<sup>o</sup>, p. 16) : « 1672. Le 1<sup>er</sup> janvier, +j’ai passé ma procuration <i lang="la" xml:lang="la">ad resignandum</i> de la charge +de procureur général des requêtes de l’hôtel à M. Maboul, +en exécution du traité fait avec lui de ladite charge, moyennant +78,000 livres, dont il s’est obligé à payer 38,000 livres +comptant. Le même jour, je lui ai rendu les provisions en +main. »</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3>COURS DES MONNOYES.</h3> + + +<p class="c"><i>Premier Président.</i></p> + +<p class="drap">M. Colignon de Champigny<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[1]</a>, rue S. Thomas du +Louvre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[1]</span></a> Il venoit de succéder à son père Nicolas Cottignon — et +non Colignon — de Chauvry, mort le 22 mars 1692, à +83 ans, et qui cumuloit cette charge à la Cour des Monnoies, +avec celle de généalogiste du roi.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Autres Présidens.</i></p> + +<p class="drap">M. Cousin<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[2]</a>, rue de Guenegaud.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[2]</span></a> Louis Cousin, que ses traductions des principaux auteurs +byzantins publiées sous différents titres, de 1672 à +1683, firent nommer de l’Académie françoise, le 19 mai +1697. Il mourut en mars 1707.</p> +</div> +<p class="drap">M. Feydeau, Isle Notre Dame.</p> + +<p class="drap">M. de Lochefontaine, rue de Guénégaud.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p70">-70-</span>M. Hourlier<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[3]</a>, Porte Saint Michel.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[3]</span></a> Claude Hourlier, que nous trouverons plus loin, bailli +du Palais.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Vacher, à l’Arsenac.</p> + +<p class="drap">M. Desbiais, rue Sainte Avoye.</p> + +<p class="drap">M. Faudet<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[4]</a>, rue Barbette.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[4]</span></a> Lisez Faudel. Il avoit épousé la fille de Zacharie +Morel, maître de la Chambre aux deniers. Suivant les <i>Clés</i> +de La Bruyère, c’est à sa femme qu’il seroit fait allusion +dans le <i>28<sup>e</sup> Caractère</i> du chapitre de <i>Quelques usages</i> : « la +fille d’Aristippe est malade… » Le président Faudel mourut +en septembre 1707.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p> + +<p class="drap">M. Guillaine, ruë d’Enfer.</p> + +<p class="drap">M. Hurez, ruë Quinquempoix.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur General.</i></p> + +<p class="drap">M. de Selles, rue des fossez Montmartre.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>AMIRAUTÉ.</h3> + + +<p class="drap">M. le Comte de Thoulouse, Grand Amiral en +Cour.</p> + +<p>Les Charges de Lieutenants Généraux et Particuliers, +de Conseillers et d’Avocats du Roy, +vacantes.</p> + +<p class="drap">M. Jacob, Procureur du Roy, rue Perdue.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>CHASTELET.</h3> + + +<p class="c"><i>Prevost de Paris<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[1]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[1]</span></a> Le prévôt de Paris y étoit le représentant de l’autorité +et de la justice royale, mais depuis la création de la +Lieutenance de police en 1666, sa charge s’y étoit singulièrement +amoindrie.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p71">-71-</span>M. de Bullion<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[2]</a>, ruë Platrière<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[2]</span></a> Le marquis de Bullion, fils du surintendant Claude de +Bullion, qui s’étoit fait sous Richelieu une si grosse fortune. +Le marquis avoit prêté serment au Parlement, comme +prévôt de Paris, le 22 mai 1685. Cette charge rapportoit +8,000 livres, il l’avoit payée 50,000 écus. Toute diminuée +qu’elle fût, elle avoit son importance, surtout comme prestige +d’autorité : « les arrêts du Châtelet, écrit Dangeau +(20 octobre 1684), se rendent au nom du prévôt de Paris, +et le lieutenant civil est à son égard ce que sont les lieutenants +généraux dans les présidiaux, à l’égard du grand +bailli ou du sénéchal de la Province. » Le marquis de +Bullion mourut fou, en 1721, dans une de ses maisons de la +Beauce, où on l’avoit enfermé. « Un de ses cadets, écrit +Saint-Simon, étoit dès lors prévôt de Paris, sur sa démission. » +(<i>Mémoires</i>, in-18, t. XI, p. 397.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[3]</span></a> Il habitoit l’hôtel que Le Vau avoit bâti pour Claude +de Bullion, de 1630 à 1634, et qui existe encore en partie +au n<sup>o</sup> 3 de la rue Jean-Jacques Rousseau, ancienne rue +Platrière. On y lit toujours au-dessus de la porte : <i>Hôtel +Bullion</i>. Il fut longtemps un des plus beaux du quartier et +des environs. (<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte des Moulins</i>, +p. 95.) Il perçoit jusqu’à la rue Coq-Héron. C’est même de +ce côté-là que s’en trouvoient la galerie basse, avec sa +série des douze mois peinte par Blanchard, et la galerie +haute, où Simon Vouet avoit peint, en 1634, les aventures +d’Ulysse. Cette partie fut détachée de l’hôtel dans la +seconde moitié du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle. La loge maçonnique de +<i>Saint Jean d’Ecosse</i> s’y établit en 1779, dans la galerie +même de Vouet, qui étoit encore très-bien conservée. +L’autre partie, sur la rue Platrière, étoit devenue ce +qu’elle resta longtemps, presque jusqu’à nos jours : l’hôtel +des ventes. De nombreux locataires l’occupoient. On voyoit +entre autres écriteaux sur la porte, en 1789, suivant <i>le +Provincial à Paris</i> (Quartier du Louvre, p. 134) : « M. Taima +dentiste. » C’étoit le père du grand tragédien.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Lieutenant Civil.</i></p> + +<p class="drap">M. le Camus<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[4]</a>, ruë de Paradis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[4]</span></a> Frère du président à la Cour des aides, dont nous +avons parlé plus haut. Il avoit commencé par être maître +des requêtes, puis intendant d’Auvergne. C’est depuis le +4 septembre 1671 qu’il étoit lieutenant civil. Lorsqu’en +1684 les juridictions du grand et du petit Châtelet, qui +avoit aussi son lieutenant civil, furent réunies, sa charge, +devenue plus importante, puisqu’elle restoit seule, lui fut +conservée. C’étoit, suivant Saint-Simon, un fort honnête +homme, mais, ajoute-t-il (t. V, p. 342), « glorieux à un +point qu’on en rioit, et qu’on en avoit pitié. » Il étoit frère +du premier président de la Cour des Aides, et du cardinal +Le Camus, et quand il disoit : « Mon frère le Cardinal », +il se rengorgeoit que c’étoit un plaisir.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p72">-72-</span><i>Lieutenant General de Police.</i></p> + +<p class="drap">M. de la Reynie<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[5]</a>, rue du Boulloy.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[5]</span></a> La charge de Lieutenant de police avoit été créée pour +lui en 1666. Il l’occupa jusqu’à ce qu’en 1697 le roi l’en +eût déchargé sur sa demande. Il ne garda que la place de +Conseiller d’Etat, qu’il avoit depuis 1680. Il étoit né à +Limoges le 25 mai 1625, de Nicolas de la Reynie, qui +depuis 1608 y étoit conseiller du roi en la sénéchaussée +et siége présidial. Lui-même commença dans un présidial, +celui de Bordeaux, où il fut président en 1646. Il devint +ensuite Maître des requêtes, en 1661, puis enfin, cinq ans +après, lieutenant de police. Il mourut le 24 juin 1709, à +quatre-vingt-quatre ans. Il fut enterré sans aucune pompe, +au petit cimetière Saint-Joseph, « ainsi qu’il l’avoit demandé. » +(<i>Mercure</i>, juin 1709, p. 297.)</p> +</div> + +<p class="c"><i>Lieutenant Criminel.</i></p> + +<p class="drap">M. d’Effila<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[6]</a>, rue de la Verrerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[6]</span></a> Lisez Deffita. Il avoit, en 1666, succédé dans cette +charge à Tardieu, si fameux par son avarice, et dont Boileau +a rappelé l’assassinat dans sa X<sup>e</sup> satire. Deffita, qui avoit +d’abord été procureur du roi des requêtes de l’hôtel, charge +qu’il céda à Nicolas Foucault, pour devenir lieutenant criminel, +conserva ce dernier emploi jusqu’à sa mort à la fin +de novembre 1700. Nicolas Le Comte lui succéda le 1<sup>er</sup> +février suivant.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p73">-73-</span><i>Lieutenans Particuliers.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> du Martray<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[7]</a>, rue du Mail, et Pasquier, rue +Bourlabbé.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[7]</span></a> Il étoit gendre de Félix, premier chirurgien du roi, +qui lui fit avoir en 1699 une pension de 500 écus. (Dangeau, +17 octobre 1684, et 14 juillet 1699.)</p> +</div> + +<p class="c"><i>Lieutenant Criminel de Robe Courte.</i></p> + +<p class="drap">M. Bachelier du Moncel, rue de Clery.</p> + + +<p class="c"><i>Prevost de l’Isle de France<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[8]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[8]</span></a> C’étoit le titre que prenoit le prévôt des maréchaux, +dont la juridiction s’étendoit sur toute l’Ile de France. Un +autre prévôt siégeoit à Melun, pour le reste de la généralité +de Paris.</p> +</div> +<p class="drap">M. Francine de Grand Maison<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[9]</a>, rue des Prouvaires.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[9]</span></a> Il étoit frère de Francine, qui avoit épousé une sœur +de Lulli, et qui devint, après celui-ci, directeur de l’Opéra. +Francine de Grandmaison se démit de sa charge en faveur +de son fils, qui la céda lui-même, mais fort tard, en 1718. +« Suivant l’usage, écrit Dangeau (12 novembre 1718), son +successeur fut installé à la table de marbre par MM. les +maréchaux de France. »</p> +</div> + +<p class="c"><i>Chevalier du Guet.</i></p> + +<p class="drap">M. Chopin, rue de la Verrerie.</p> + + +<p class="c"><i>Juge Auditeur.</i></p> + +<p class="drap">M. Testebone, rue Saint Antoine.</p> + + +<p class="c"><i>Avocats du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Brochard, rue Haute-fueille.</p> + +<p class="drap">M. Leschassier<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[10]</a>, rue du Jardinet.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[10]</span></a> Il étoit frère du supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, +et de M<sup>lle</sup> Lechassier dont nous avons vu plus haut +les grandes aumônes. Il mourut à 84 ans, le 12 août 1725.</p> +</div> +<p class="drap">M. Mallet, rue Neuve Saint Mederic.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p74">-74-</span><i>Procureur du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Robert<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[11]</a>, rue Sainte Avoye.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[11]</span></a> Claude Robert. Il étoit depuis longtemps attaché à la +juridiction du Châtelet, où il avoit commencé par être lieutenant +particulier. Il y a deux lettres de lui dans <i>la Correspondance +des contrôleurs généraux</i>, publiée par M. de +Boislisle.</p> +</div> + +<p class="c small">PREVOSTÉ DE L’HOSTEL DU ROY<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[12]</span></a> Tribunal que présidoit le grand prévôt. Il jugeoit les +délits et procès survenus entre les gens de cour, et de plus +tous les crimes commis à Paris, lorsque le roi y résidoit.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Grand Prevost.</i></p> + +<p class="drap">M. de Sourches<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[13]</a>, rue de l’Université.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[13]</span></a> Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, avoit +eu de son père la survivance de la grande prévôté, le +15 septembre 1649. Il fut, avant d’en être titulaire, conseiller +d’Etat, colonel du régiment d’infanterie qui portoit +son nom, major général de M. de Luxembourg en Hollande, +gouverneur du Maine et du Perche. Il se démit de la +grande prévôté, le 25 août 1714, en faveur de son fils, et +mourut le 4 mars 1716. Il a laissé des <i>Mémoires</i> qui sont +du Dangeau développé et du Saint-Simon éteint. Le troisième +volume, qui comprend les années 1685 et 1686, a +seul été publié en 1836 par M. Adelhm Bernier, d’après le +manuscrit trouvé par lui un peu auparavant, et qui provenoit +de la bibliothèque du président Roland, vendue en 1834. +Le reste existe au château de Sourches, propriété du duc +Descars.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Lieutenans Generaux.</i></p> + +<p class="drap">M. Barbier, cul de Sac Saint Sauveur.</p> + +<p class="drap">M. Cornu de Noyon, rue Poupée.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Colinet, prés Saint Gervais.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p75">-75-</span></p> + +<h3>CHAMBRE DU TRÉSOR.</h3> + + +<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p> + +<p class="drap">M. Vigneron, rue Jean Lointier.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. le Sec de Saint Martin, rue de la Harpe.</p> + + +<p class="c small">CONNESTABLIE ET MARESCHAUSSÉE.</p> + + +<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p> + +<p class="drap">M. de Ladarel, rue du Puis, près les Blancs +Manteaux.</p> + + +<p class="c"><i>Lieutenant Particulier.</i></p> + +<p class="drap">M. Favart, rue Saint Honoré.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. de la Fond, rue Saint Martin.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>HOSTEL DE VILLE.</h3> + + +<p class="c"><i>Prevost des Marchands.</i></p> + +<p class="drap">M. de Fourcy<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[1]</a>, rue du Jour<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[1]</span></a> Le même que nous avons vu plus haut parmi les conseillers +d’Etat de semestre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[2]</span></a> Lisez rue de Jouy, comme plus haut, p. 51.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Eschevins<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[3]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[3]</span></a> Il y en avoit seize et non pas quatre seulement. Ceux +qui suivent ne figurent ici que parce qu’ils avoient été les +derniers élus en 1690 ou 1691.</p> +</div> +<p class="drap">M. de la Leu<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[4]</a>, rue Saint Denis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit conseiller du Roi et notaire au Châtelet. L’une +de ses filles épousa le fermier général Dupleix de Bacquancourt, +et l’autre Verani de Varennes, receveur des tailles +de l’élection de Montdidier. (<i>Mercure</i>, sept. 1734, p. 2089.)</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p76">-76-</span>M. Tardif<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[5]</a>, rue Saint Honoré.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[5]</span></a> Il étoit, de plus, conseiller de ville. Son élection datoit +de 1691.</p> +</div> +<p class="drap">M. Chauvin<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[6]</a>, rue Saint Denis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[6]</span></a> Son titre de <i>quartenier</i>, c’est-à-dire d’officier de police, +chargé de faire respecter dans son quartier l’autorité +municipale, ne l’avoit pas empêché, ce qui étoit rare, à +cause du double emploi, d’arriver à l’échevinage, en 1690.</p> +</div> +<p class="drap">M. Savalette<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[7]</a>, rue Saint Antoine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[7]</span></a> Notaire au Châtelet. Il étoit fils du fameux vinaigrier +de la rue Beaubourg, Savalette, dont l’histoire un peu +arrangée par Le Noble, dans son <i>Gage touché</i>, 1711, in-12, +p. 83, servit de sujet à Mercier pour sa pièce, <i>la Brouette +du Vinaigrier</i>.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Procureurs du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Titon, rue Sainte Avoye.</p> + +<p class="drap">M. Girard Substitud, Quay Pelletier.</p> + + +<p class="c small">JUGE ET CONSULS DES MARCHANDS.</p> + + +<p class="c"><i>Grand Juge.</i></p> + +<p class="drap">M. Clerambault, rue Jean Loinctier.</p> + + +<p class="c"><i>Consuls.</i></p> + +<p class="drap">M. Rosseau, Chevalier du Guet.</p> + +<p class="drap">M. Arnot, rue Saint G. Lauxerrois.</p> + +<p class="drap">M. Convert, Quay des Orfèvres.</p> + +<p class="drap">M. la Roze, rue de la Cossonnerie ; lesquels Juge +et Conseils seront chargez le 27 Janvier de la +presente Année 1692.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>EAUX ET FORESTS.</h3> + + +<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p> + +<p class="drap">M. Brachet, ruë Saint Martin.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p77">-77-</span><i>Lieutenant Particulier.</i></p> + +<p class="drap">M. Goupy, rue Sainte Avoye.</p> + + +<p class="c"><i>Avocat General.</i></p> + +<p class="drap">M. de l’Hommeau, vieille rue du Temple.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur General.</i></p> + +<p class="drap">M. Menard, rue Perdue.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>ELECTION<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[1]</a>.</h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[1]</span></a> Juridiction des <i>Élus</i>, c’est-à-dire des magistrats, chargés +par voie d’élection d’assister les commissaires royaux +dans la levée des Aides, et la répartition des Tailles. Ils +avoient en outre la garde des deniers qui en provenoient. +Les <i>pays d’État</i> n’avoient pas d’Élus, aussi appeloit-on, +pour les distinguer, <i>pays d’Élection</i> ceux qui en avoient. +Paris figuroit dans le nombre, avec un personnel considérable : +un président, un lieutenant, un assesseur, vingt +conseillers, un avocat du Roi et un procureur du Roi, un +substitut et un greffier en chef. Les deux principaux de +cette magistrature figurent seuls ici.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Président.</i></p> + +<p class="drap">M. de Chevriere, rue Saint André.</p> + + +<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. de Chenedé<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[2]</a>, rue des Billettes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[2]</span></a> Joachim de Chénedé, qui, après avoir été conseiller +au présidial d’Angers, et maire de la ville, fut successivement +conseiller, avocat et procureur du Roi, en l’Élection +de Paris. Il avoit épousé la fille de Bachelier, premier valet +de la garde-robe du Roi. Il mourut le 8 avril 1694.</p> +</div> + +<p class="c small">BAILLIAGE DU PALAIS.</p> + + +<p class="c"><i>Bailly.</i></p> + +<p class="drap">M. Hourlier<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[3]</a>, porte Saint Michel.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[3]</span></a> Claude Hourlier, que nous avons vu plus haut président +de la Cour des Monnoies. Il avoit, comme bailli du +Palais, droit d’inspections sur toutes les boutiques qui s’y +trouvoient, entre autres celles des libraires du perron de la +Sainte-Chapelle, et des galeries <i>Mercière</i> et <i>des Prisonniers</i>. +C’est ce qui fait comprendre pourquoi Thomas Quinet, à +qui Molière avoit cédé son privilége pour la publication du +<i>Dépit amoureux</i>, le dédia à M. Hourlier. Celui-ci mourut +en juillet 1700.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p78">-78-</span><i>Procureur du Roy.</i></p> + +<p class="drap">M. Robert, rue Sainte Avoye.</p> + + +<p class="c small">MASSONNERIE.</p> + + +<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p> + +<p class="drap">M. de l’Espine<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[4]</a>, prés Saint Roch.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[4]</span></a> Beau-père du président Robert, dont il a été parlé +plus haut. Il avoit, en 1667, donné « l’avis et plan pour +l’aplanissement de la <i>Butte des Moulins</i> ou <i>Saint Roch</i> », +ce qui lui avoit permis de s’y faire une belle part dans les +terrains à construire. (<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte des +Moulins</i>, 1877, in-18, p. 81, 84.)</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c7">SCEANCES DES TRIBUNAUX,<br> +<span class="small">ET JURISDICTIONS DE PARIS.</span></h3> + + +<p>Les Tribunaux sont au dedans, ou hors de +l’enclos du Palais.</p> + +<p>Ceux qui sont dans l’enclos du Palais, sont le +Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour +des Aydes, la Cour des Monnoyes, l’Amirauté, +les Requestes de l’Hotel, les Requestes du Palais, +la Chancellerie du Palais. Le Bureau des +Trésoriers de France, la Chambre Souveraine, +des Decimes, l’Amirauté, la Table de Marbre, +Eaux et Forests, la Chambre du Trésor, l’Election, +<span class="pagenum" id="p79">-79-</span>le Bailliage du Palais<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[1]</a> et la Maçonnerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[1]</span></a> L’<i>Almanach royal</i>, pour 1702, p. 65, ajoute ici : « la +Bazoche, qui est la juridiction des clercs. »</p> +</div> +<p>Ceux qui sont hors l’enclos du Palais sont, le +grand Conseil du Roy, et la Prevosté de l’Hotel +de Sa Majesté, qui tiennent leurs Seances à +l’Hotel d’Aligre, rue Saint Honoré, et rue +Bailleul<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[2]</span></a> Le grand Conseil dut quitter, sous Louis XV, l’hôtel +d’Aligre qui menaçoit ruine. Il fut alors installé au Louvre, +dans la partie qui longe le jardin de l’Infante. Il ne reste +de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, qu’une cour, qui la +met en communication avec la rue Bailleul, et qu’on appelle +passage d’Aligre.</p> +</div> +<p>Les Prevost des Marchands et Eschevins, qui +ont leur siége à l’Hôtel de Ville.</p> + +<p>Les Juge et Consuls des Marchands, qui +tiennent leurs Audiances au Cloitre Saint Mederic<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire Saint-Merry. La maison des Juges Consuls, +qui servit, après eux, au Tribunal de Commerce, jusqu’à +ce qu’on l’eût transféré à la Bourse, existe encore en +partie dans la rue du Cloître, telle qu’elle avoit été +reconstruite sous Louis XV. M. de Crissé dans ses <i>Souvenirs +du vieux Paris</i>, 1836, in-fol., pl. 26, a donné une lithographie +exacte de l’escalier qui en est le reste le plus curieux.</p> +</div> +<p>La Jurisdiction des Poudres et Artillerie, et +celle de la Chambre Royale, qui se tiennent à +l’Arsenal.</p> + +<p>La Justice des Garennes et Chasses, qui se +tient aux Galleries du Louvre.</p> + +<p>Celle des Officiers du Grenier à Sel, qui ont +leur siege au Carrefour des trois Maries.</p> + +<p>L’Officialité, la Justice Notre-Dame, la Temporalité +et la Chambre de Jurisdiction de M. le +<span class="pagenum" id="p80">-80-</span>Chantre, qui se tiennent à l’Archeveché et au +Cloitre Notre Dame.</p> + +<p>Enfin la Justice du Temple, et celle de saint +Jean de Latran, qui se tiennent dans les enclos +de ces deux Prieurez<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[4]</span></a> L’enclos de Saint-Jean de Latran, siége de la commanderie +des Hospitaliers de Saint-Jean, qui relevoit de l’ordre +de Malte, se trouvoit place Cambray ; en face du Collége +de France, et s’étendoit jusqu’à la rue Saint-Jean de +Beauvais, où étoit la Chapelle. La Tour d’entrée qui étoit +sur la place et qu’on appela dans les derniers temps <i>Tour +Bichat</i>, du nom du célèbre médecin qui s’y étoit fait un +cabinet pour ses expériences anatomiques, n’a été détruite +qu’en 1855.</p> +</div> +<p>L’Ouverture du Parlement se fait le lendemain +de la Saint Martin, auquel jour la Cour après +avoir assisté en Robes rouges à la Messe solennelle +qui se dit dans la grand’Salle du Palais<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[5]</a>, +reçoit le Serment des Avocats et Procureurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[5]</span></a> L’autel de Saint-Nicolas, qui étoit, en effet, dans la +Grand’salle, et où l’on disoit chaque jour la messe.</p> +</div> +<p>Messieurs les Avocats Generaux, font leurs +harangues à la Cour le Lundi de la huitaine +franche d’après la Saint Martin.</p> + +<p>Les Mercuriales<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[6]</a> se font par M. le Procureur +Général, le même jour et le lendemain de la +Quasimodo.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[6]</span></a> C’est ce que nous appelons <i>discours de rentrée</i>. Il ne +faut pas les confondre avec les anciennes <i>mercuriales</i>, que +le Procureur général avoit le droit d’adresser, dans les +assemblées du mercredi — leur nom en étoit venu — comme +observations et remontrances aux Magistrats sur leur conduite, +et la façon dont ils administroient la justice.</p> +</div> +<p>Depuis Pâques jusqu’aux Vacations qui arrivent +le sixieme Septembre, lors qu’une Fête +arrive le Jeudi on plaide le Vendredi à la grand +Chambre.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p81">-81-</span>Tous les jours ouvrables depuis la Saint Martin +jusqu’au Careme, la Cour se leve le matin à +10 et de relevée à quatre heures.</p> + +<p>Pendant le Careme et jusqu’à la fin du Parlement, +elle se leve le matin à onze heures, et de +relevée à cinq.</p> + +<p>Le Mardi-gras, le Vendredi de l’Octave de +Paques, et le jour de la saint Nicolas<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[7]</a> en Mai, +la Cour se leve le matin à neuf heures et n’entre +point de relevée<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[7]</span></a> C’étoit un patron très-fêté au Palais, où nous venons +de voir qu’il avoit son autel dans la Grand’salle.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[8]</span></a> L’<i>Almanach royal</i> de 1702, p. 66-67, après avoir +donné ce détail, ajoute : « Delà vient le proverbe : <i>Quand +la Cour se lève matin, elle dort l’après dînée</i>. »</p> +</div> +<p>Nosseigneurs de la grand Chambre du Parlement, +tiennent les grandes Audiances de Robes +rouges sur les hauts Sieges, les Lundis, les Mardis, +et les Jeudis, depuis huit heures du matin +jusqu’à dix ; et celles de Robes noires de relevée +les Mardis pour les causes du Role, et les Vendredis +pour celles des Placets<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[9]</span></a> Le <i>placet</i> étoit une démarche succincte, par écrit, +pour obtenir justice. Le mot vient du latin <i lang="la" xml:lang="la">placere</i>, plaire.</p> +</div> +<p>Les Audiances ordinaires de la grand Chambre +qui se tiennent sur les bas Sieges en Robes noires, +sont données les Mercredis, Vendredis, et Samedis, +outre les petites Audiances qui se donnent +tous les jours à l’exception des Lundis depuis +sept jusqu’à huit heures du matin.</p> + +<p>Nosdits Seigneurs donnent encore Audiance +à la Tournelle civile tous les jours depuis dix +heures jusqu’à midi ; à la grande Tournelle criminelle +le samedi, et à la petite Tournelle criminelle +<span class="pagenum" id="p82">-82-</span>le Mercredi, et le Vendredi depuis 8 jusqu’à +dix heures<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[10]</span></a> On appeloit ces juridictions <i>tournelles</i>, parce qu’elles +avoient d’abord été établies au Palais dans les deux tours +jumelles qui flanquent l’entrée de la <i>Conciergerie</i> sur le +Quai. Sauval (t. III, p. 407) donne l’extrait d’un compte +de 1472 où on lit : « A… charpentier, pour la réparation +par lui faite en deux tournelles estant au Palais du côté de +la rive de la Seine, l’une appelée la Tournelle civile, et +l’autre la Tournelle criminelle. »</p> +</div> +<p>Les Audiances de la première et de la deuxième +Chambre des Enquestes, se tiennent le Mercredi +et le Samedi, celles de la cinquième les Lundis +et Jeudis, et celles de la quatrième le Mardi et +le Vendredi.</p> + +<p>Nosseigneurs les gens du Roy, tiennent tous +les matins leurs Audiances au Parquet où ils +jugent les affaires qui leurs sont renvoyées, les +conflits d’entre les Chambres du Parlement, etc., +et où Nosseigneurs les Avocats Généraux prennent +communication par les Avocats et Monseigneur +le Procureur Général par les Substituts de +toutes les affaires dans lesquelles ils doivent +conclure.</p> + +<p>La Tournelle où M<sup>rs</sup> les Avocats Généraux +vont alternativement de trois en trois mois est +composée de six Conseillers de la Grand Chambre, +et de huit des Enquestes ; c’est de quoi M<sup>rs</sup> les +Doyens de la Grand Chambre et de la première +Chambre des Enquêtes se peuvent dispenser.</p> + +<p>Tous les jours ouvrables ausquels il n’y a +point d’Audiances de relevée excepté la veille +de la Fete Dieu et la veille de la Notre Dame +d’Aoust, la Cour juge de Commissaires les Procez +de Rapport.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p83">-83-</span>La Séance de Grace pour les Prisonniers, se +tient la surveille de Noel, le Mardi de la Semaine +Sainte, la surveille de la Pentecote, la veille de +la Saint Simon Saint Jude.</p> + +<p>Le premier Rolle qui se plaide est pour la +Province de Vermandois, il commence après la +Saint Martin et finit au dernier Décembre.</p> + +<p>Celui du Bailliage d’Amiens va jusques au +quinze Janvier, et celui du Bailliage de Senlis +jusqu’à la fin du même mois.</p> + +<p>Le Roolle de Paris commence après la Chandeleur, +et continue tout le Careme, quelque fois +même après Paques, au gré de Monseigneur le +premier Président.</p> + +<p>Le Roolle de Champagne et de Brie, commence +après la Quasimodo et finit en Mai, quelques +fois au commencement, d’autres fois au +quinze et souvent à la fin.</p> + +<p>Le Roolle de Poitou se plaide pendant le reste +de Mai, et tout le mois de Juin.</p> + +<p>Le Roolle de Lion, pendant la premiere quinzaine +de Juillet.</p> + +<p>Le Roole de Chartres dure le reste des Plaidoiries, +excepté les deux derniers jours dont l’un +est pour le Roolle d’Angoumois, et l’autre pour +les présentations.</p> + +<p>Les Lundis et Mardis on plaide du Roolle +ordinaire des Provinces et Bailliages, les Jeudis +matins et les Mardis et Vendredis de relevée du +Roolle extraordinaire.</p> + +<p>Nosseigneurs des Requestes de l’Hotel du +Roy, et Nosseigneurs des Requestes du Palais, +donnent leurs Audiances, les Lundis et Jeudis, +depuis dix heures du matin jusqu’à midi, et les +<span class="pagenum" id="p84">-84-</span>Mardis et Vendredis, depuis deux heures de relevée +jusqu’à cinq<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[11]</span></a> « A compter, lit-on dans l’<i>Almanach royal</i>, à compter +du jour de la rentrée jusqu’au mois de mars ; et, depuis le +premier mars, les audianciers commencent à pareille heure +jusqu’à six. Quelques fois, ajoute encore l’Almanach, nos +Seigneurs des Requêtes de l’hôtel donnent des audiances +extraordinaires de relevée, pendant un tems, dont ils font +avertir à la communauté des Procureurs. »</p> +</div> +<p>Les Audiances de la Chancelerie du Palais +tiennent les Mercredis et Samedis du matin.</p> + +<p>Nosseigneurs du grand Conseil du Roy, donnent +Audiance les Lundis, Mardis, Jeudis et +Vendredis, depuis neuf heures jusqu’à midi, et +jugent les Procez de Rapport les Mercredis et +Samedis, pendant que Nosseigneurs les gens du +Roy, jugent au Parquet les affaires qui leurs sont +envoyées, et prennent communication les autres +jours des affaires dans lesquelles ils doivent conclure.</p> + +<p>Nosseigneurs de la Chambre des Comptes +tiennent tous les jours leurs Audiances depuis +neuf heures du matin jusqu’à onze, et de relevée +depuis deux heures jusqu’à cinq.</p> + +<p>Nosseigneurs de la Cour des Aydes, donnent +leurs Audiances en la première Chambre, les +Lundis, Mardis, Jeudis, et Vendredis, et dans +la deuxième et troisième Chambre les Mercredis, +Vendredis et Samedis.</p> + +<p>Les Plaidoiries du Roolle ordinaire de la Cour +des Aydes, sont les Mercredis et Vendredis matin, +et pour l’extraordinaire le Lundi de relevée +depuis le mois de Décembre jusqu’à la fin +de Mai.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p85">-85-</span>Les Audiances de la Cour des Monnoyes, se +tiennent le Mercredi et le Samedi.</p> + +<p>A l’égard du Siège Présidial du Châtelet, on +plaide à la Prévoté, au Parc Civil, au Présidial, +et aux Auditeurs, tous les jours de la semaine à +l’exception du Lundi ; à la Chambre Civile le +Mercredi et le Samedi, à la Police, au Criminel, +et en la Chambre de M. le Procureur du Roy, +le Mardi et le Vendredi.</p> + +<p>Il y a plusieurs Sièges dans l’enclos du Palais, +qui ont leurs Audiances réglées le Mercredi et le +Samedi, à sçavoir : l’Amirauté, la Chambre du +Trésor, le Bailliage du Palais, la Chambre Souveraine +des Décimes, la Connétablie, la Maçonnerie +et la Table de Marbre, qui tient encore des +Audiances le Lundi et le Jeudi, pour juger au +Souverain.</p> + +<p>Messieurs les Prévosts des Marchands et Eschevins +de la Ville de Paris, donnent Audiance les +Mardis, Mercredis, Vendredis et Samedi du +matin.</p> + +<p>M<sup>rs</sup> les Juges et Consuls des Marchands, tiennent +trois jours de la semaine leurs Audiances +les Lundis, Mercredis, et Vendredis du matin +et de relevée.</p> + +<p>Les Officiers de l’Election donnent Audiance +tous les jours, depuis neuf heures jusqu’à midi, +et ceux du Grenier à Sel seulement le Mercredi +et le Samedi.</p> + +<p>On tient Audiance le Mercredi, et le Samedi +à l’Officialité et à la Justice Nostre-Dame ; le +Lundi à midi à la Temporalité, et le Jeudi de +relevée à la Justice de Monsieur le Chantre.</p> + +<p>L’Audiance de la Chambre Royale de l’Arsenal, +<span class="pagenum" id="p86">-86-</span>se tient tous les Lundis matins, et celle des +Poudres et Salpestres tous les Samedis de +relevée.</p> + +<p>Celle du Bailliage du Temple, se tient le +Samedi à trois heures de relevée.</p> + +<p>La Jurisdiction du Bailliage de S. Jean de +Latran se tient le Lundi à trois heures de relevée.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c8">VACATIONS DES TRIBUNAUX.</h3> + + +<p class="c small">PARLEMENT.</p> + +<p>La Cour vaque depuis le 6. Septembre jusqu’au +lendemain de la Saint Martin, c’est à dire jusqu’au +12. Novembre, du moins si on en excepte +la Chambre des Vacations qui est préposée pour +les matières provisoires et autres qui requièrent +célérité. Elle ne dure que depuis le 7. Septembre +jusqu’au 27. Octobre, en sorte que depuis ce +jour jusqu’au 12. Novembre, il ne se fait aucun +Acte de Judicature au Palais.</p> + +<p>La Cour vaque aussi dans le reste de l’année +tous les Dimanches et Fêtes solennelles, et encore +en Décembre le 6. jour de la Saint Nicolas, +en Janvier le 23. Fête de Saint Hilaire, et le 28. +Fête de Saint Charlemagne, en Mars le 19. Fête +de Saint Joseph seulement le matin, le 22. pour +la Procession Générale de la reduction de Paris<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[1]</a>, +et le 25. Fête de l’Annonciation Notre Dame, +en Mai le 2. Fête de Saint Gatien, en Juin un +jour de choix pour le Lundi ou Foire de Saint +<span class="pagenum" id="p87">-87-</span>Denis, en Juillet le 22. Fête de la Magdelaine, +et le 28. Fête de Sainte Anne, en Aoust le 16. +Fête de Saint Roch<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[1]</span></a> Cet anniversaire de l’entrée d’Henri IV dans Paris, +le 22 mars 1594, fut célébré jusqu’à la Révolution.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[2]</span></a> La veille même des grandes fêtes, le Palais étoit +fermé. Louis XIV supprima ce supplément de vacances +fériées : « L’on entre, dit l’<i>Almanach royal</i> de 1702, la +veille de toutes les festes, depuis l’ordonnance de 1667. »</p> +</div> +<p>La Cour vaque pareillement le jour des Cendres, +et depuis le Mercredi de la Semaine Sainte +jusqu’au lendemain de la Quasimodo, si ce n’est +le Vendredi de l’Octave de Paques elle va à +Notre-Dame.</p> + +<p>La Chambre des Vacations vaque les 23 et +24. Septembre quoique non Fetez, et encore en +Octobre un jour de choix pour la Foire de Saint +Denis, et le 18. Fête de Saint Luc.</p> + +<p>Quand le Dimanche ou l’une des Fêtes Mobiles, +arrive un des jours ci-dessus marquez, la +Vacation de la Cour est remise au lendemain.</p> + +<p>Le 15. Aoust passé on ne plaide plus à la +grand’Chambre à huy ouvert.</p> + +<p>Les Requêtes du Palais qui sont du Corps de +Parlement et qui vaquent les mêmes jours, ne +commencent néanmoins leurs Vacations que le +15. Septembre.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c9">DOCTEURS ET LICENTIEZ EN DROIT.</h3> + + +<p class="c"><i>Professeurs des Ecoles.</i></p> + +<p class="drap">M. de Loy, aux Ecolles, rue des Carmes<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[1]</span></a> Michel De Loy, de qui l’on a un éloge en latin de +Pierre Hallé, lecteur en grec au Collége royal, puis professeur +en droit canon, mort en 1689. De Loy étoit fils du +professeur de l’Université pour lequel Corneille avoit fait +des vers, le félicitant de son panégyrique de M. de Bellièvre +prononcé, en 1658, au Collége de La Marche. (<i>V. Œuvres +de Corneille</i>, édit. Marty-Laveaux, t. X, p. 131.)</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p88">-88-</span>M. Baudin<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[2]</a>, même lieu<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[2]</span></a> Jacques Baudin, qui mourut cette année même 1692. +Il avoit eu beaucoup de réputation comme professeur. <i>V.</i> à +ce sujet les additions de Ferrière au livre de Taisand : <i>Vies +des plus célèbres Jurisconsultes</i>, 1737, in-4<sup>o</sup>, p. 590, et les +<i>Mémoires sur le Collége royal</i>, par l’abbé Goujet, t. III, +p. 420.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire aux Ecoles de Droit. Elles avoient leur +principale entrée rebâtie monumentalement, en 1675, rue +Saint-Jean de Beauvais, en face de la maison à l’enseigne +de l’<i>Olivier</i>, rendue si célèbre par l’imprimerie des Etienne ; +mais elles perçoient par derrière jusqu’à la rue des Carmes, +où se trouvoient les logements des plus anciens professeurs.</p> +</div> +<p class="drap">M. Cuiniez, même lieu<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[4]</span></a> Son vrai nom étoit Cugnet. Il avoit épousé une des +filles de son collègue Baudin. Son éloge se trouve aussi dans +les <i>Additions</i> de Ferrière, p. 695.</p> +</div> +<p class="drap">M. Mongin, rue de Bièvre.</p> + +<p class="drap">M. Colson, rue Saint Jean de Beauvais.</p> + +<p class="drap">M. le Gendre, rue des Noyers<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[5]</span></a> Ces six professeurs enseignoient le droit romain, c’est-à-dire +le droit civil, et le droit canonique.</p> +</div> + +<p class="c"><i>En Droit François<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[6]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[6]</span></a> Cette chaire de droit françois n’existoit que depuis 1680.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Launay, ruë des Massons<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[7]</span></a> François De Launay, qui mourut l’année suivante, +1693. Son éloge parut alors dans le <i>Journal des Savants</i>, +t. XXXVI<sup>e</sup>.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Docteurs agrégez.</i></p> + +<p class="drap">M. Piolin, ruë des Assis.</p> + +<p class="drap">M. du Ru, ruë Saint Jean de Beauvais.</p> + +<p class="drap">M. Amiot, même ruë<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[8]</span></a> Il étoit, comme Cugnet, gendre de Baudin. On trouve +aussi son éloge dans les <i>Additions</i> de Ferrière au livre de +Taisand, p. 595.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p89">-89-</span>M. des Barrières, même ruë.</p> + +<p class="drap">M. Hulin, même ruë.</p> + +<p class="drap">M. Sachet, même ruë.</p> + +<p class="drap">M. Bonnamour, ruë Galande.</p> + +<p class="drap">M. l’Escuyer, ruë Pierre Sarrasin.</p> + +<p class="drap">M. Pavoine, ruë Saint Jaques.</p> + +<p class="drap">M. Basthide, ruë du Plâtre.</p> + +<p class="drap">M. Porsely, ruë du Foüare.</p> + + +<p class="c"><i>Licentiez Immatriculez du Parlement.</i></p> + +<p>On peut recouvrer la Liste des Avocats Plaidans +et Consultans au Palais, chez Charles de +Sercy, Libraire dans la grand Salle à la bonne +Foy couronnée.</p> + +<p>Ceux qui sont dénommez en cette Liste sont +gens généralement reqammandables par leur condition +et par leur éloquence par exemple pour les +Consultations, M<sup>rs</sup> Billard, ruë de Savoye<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[9]</a>. +<span class="pagenum" id="p90">-90-</span>Sonnet, rue du Battoir. Issaly, rue des Rats. +Husson<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[10]</a>, ruë Bourtibourg. Le Verrier, ruë du +Jardinet. Raviere, ruë des Deux Portes. Chappé, +rue de l’Observance. Du Pré, ruë des Cordeliers. +Sever<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[11]</a>, même ruë. De Riparfond<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[12]</a>, rue de la +Harpe. Braquet, Cloître Notre Dame, etc. Pour +les Plaidoïers M<sup>rs</sup> Chardon<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[13]</a>, ruë des deux Portes. +De Nivelle, ruë de la Bucherie<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[14]</a>. Robert de S. +Martin, rue Haute-feuille. Baille, rue du Cimetiere +Saint André des Arts. Hérard, rue de Savoye. +De Retz, près Saint Jean en Grève. Du +Mont<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[15]</a>, ruë du Jardinet, etc. Pour les Matières +<span class="pagenum" id="p91">-91-</span>Benéficiales M<sup>rs</sup> Nouët<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[16]</a>, montagne Saint Geneviève. +Sachot<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[17]</a>, ruë de l’Eperon. Ferrand, rue +Saint Loüis du Marais. Du Chesne, ruë de +Bièvre. Et pour les matières qui sont traitées +<span class="pagenum" id="p92">-92-</span>au Trésor, Fiefs, Aubaines et Confiscations, +M. Mouffle, ruë des mauvaises paroles, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[9]</span></a> C’est ce terrible avocat Billard, qui fit tant de bruit +pour empêcher les Comédiens, que le voisinage du collége +Mazarin faisoit chasser du théâtre Guénegaud — aujourd’hui +passage du Pont-Neuf — de venir s’installer dans la +rue de Savoie. Louvois leur étoit favorable, car, ainsi +qu’on l’apprend par une lettre de Racine à Boileau, il +s’étoit même fait donner le plan du lieu « où ils vouloient +bâtir dans la rue de Savoie » ; mais Billard, avec ses cris, +l’emporta, à la grande joie de son quartier, du reste : +« Tous les Bourgeois, dit encore Racine, trouvent fort +étrange qu’on vienne leur embarrasser leur rue. M. Billard +surtout qui se trouveroit vis-à-vis de la porte du +parterre, crie fort haut ; et, quand on lui a voulu dire qu’il +en auroit plus de commodité pour s’aller divertir, il a +répondu fort tragiquement : « Je ne veux point me divertir. » — Il +avoit de la réputation. Une de ses causes les +plus brillantes avoit été, en 1675, celle d’une servante, +épousée par le fils du riche marchand de la <i>Herse d’Or</i>, +au faubourg Saint-Germain, dont on vouloit faire casser +le mariage. (<i>Journal des Audiences</i>, t. III, p. 70.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[10]</span></a> Martin Husson. Il figuroit déjà au tableau des avocats, +en 1643. Le traité <i lang="la" xml:lang="la">de Advocato</i> est de lui.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[11]</span></a> Nous le trouvons, vers ce temps-là, plaidant avec +succès dans une affaire de succession. (<i>Journal des Audiences</i>, +t. II, p. 79-80.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[12]</span></a> Etienne Gabriau de Riparfond, inscrit, dès le 13 juin +1661, au tableau des avocats. Une de ses plus belles +affaires fut, comme on peut le voir dans le <i>Journal des +Audiences</i> (t. III, p. 101), celle des religieuses de Sainte +Catherine, qu’il gagna. Il mourut en 1724, léguant aux +avocats du Parlement sa bibliothèque, qui fut pour la +leur un premier fond. On peut consulter sur lui l’<i>Histoire +des Avocats au Parlement</i> de Fournel, t. II, p. 408 ; et <i>la +Bibliothèque du Poitou</i> par Dreux du Radier, t. IV, p. 335. +La Conférence des avocats possède son portrait en robe +rouge. C’est un don de Dupin aîné en 1831.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[13]</span></a> L’abbé Goujet (<i>Biblioth. franç.</i>, t. II, p. 367) nous +le donne comme ayant eu une grande réputation, mais +qui s’effaça vite.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[14]</span></a> Louis de Nivelle, inscrit au tableau depuis le 2 décembre +1657 : « Il peut, dit l’abbé Goujet (<i>id.</i>, p. 369), +passer pour très-bon avocat. Il est savant, il a du génie +et du bon sens. » D’Aguesseau ne l’appeloit que le grand +Nivelle. C’est lui qui avoit défendu la Brinvilliers. Ses +plaidoyers n’ont pas été conservés, ce qui étoit un des +regrets de l’abbé Goujet. (<i>Id.</i>, p. 330.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[15]</span></a> Jacques-François Dumont, avocat inscrit, depuis le +4 juillet 1667. L’abbé de Villiers, dans une note de sa +3<sup>e</sup> Epître, livre I<sup>er</sup>, le cite comme un des célèbres. Il vient +de blâmer Lulli de ce qu’il fait chanter la tragédie au +théâtre, et il ajoute :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Si cet usage plaît, s’il est autorisé</div> +<div class="verse">Chevalier ou <i>Dumont</i> pourroit s’être avisé</div> +<div class="verse">En plaidant les moyens que sa partie expose</div> +<div class="verse">D’en mettre en airs les droits, et de chanter sa cause.</div> +</div> + +</div> +<p>Dans l’affaire Beausergent, qui fut célèbre en 1689, il +avoit plaidé contre Beausergent. (Guyot de Pitaval, <i>Causes +célèbres</i>, t. III, p. 194-196.) — Quand il mourut en 1718, +<i>le Mercure</i> du mois de mai lui consacra un article, p. 187, +où on lisoit qu’il fut « pendant cinquante ans l’aigle du +Palais. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[16]</span></a> Il ne plaidoit pas, il s’en faut, que les affaires ecclésiastiques. +Nous le trouvons, en effet, le 18 février 1677, +dans une cause dont l’espèce étoit au moins scabreuse. +C’est celle du cas d’impuissance du marquis de Langey, +de laquelle il résulta que défense fut faite aux Juges d’ordonner +pour ces sortes d’affaires « la preuve par le Congrès. » +Pageau plaida pour le marquis, Blondeau et Nouet +pour la partie adverse. (<i>Journal des Audiences</i>, t. III, +p. 195.) D’après une note de Brillon, dans son <i>Théophraste +moderne</i> (1701, in-12), c’est l’avocat Nouet qu’il +y auroit peint sous le nom de Téocrine dans ce passage +flatteur : « Téocrine n’a que sa chevelure naturelle, une +robe très-simple, point de laquais, point de carrosse, mais +beaucoup de talent pour sa profession. » D’Aguesseau cita +Nouet comme un modèle dans sa mercuriale de rentrée, +en 1699.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[17]</span></a> La protection de son frère l’abbé Sachot, grand +directeur de dévotes, dont il est parlé dans les <i>Mémoires</i> +de l’abbé Legendre (p. 59-60), l’avoit poussé vers ces +affaires ecclésiastiques. Comme Nouet, il ne s’y tenoit pas +exclusivement. Il plaida par exemple, mais sans succès, +pour la duchesse de Mazarin contre son mari, dans un +procès dont nous reparlerons à la note suivante.</p> +</div> +<p>Quelques uns de ces celèbres sont particulièrement +habituez au grand Conseil, comme M<sup>rs</sup> de +Monchant, Cloître Saint Mederic. Vaillant, rue +de Savoye. Eurard, Cloître Saint Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[18]</a>. +Laurent, ruë de la Monnoye. Chaudet, +rue Quinquempoix. Doremieux, rue Bailleul, etc. +Ou à la Cour des Aydes, comme M<sup>rs</sup> Merlin, ruë +de la Verrerie. De Tessé, rue de la Colombe. +Martinet<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[19]</a>, rue Hautefeuille, etc. Ou au Châtelet, +comme M<sup>rs</sup> Maurice, ruë des Prouvaires. Guérin, +rue S. Martin. Gondault<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[20]</a>, rue de Glatigny. +Polliac, ruë de la Bucherie. Barbier, rue du +Platre<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[21]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[18]</span></a> Lisez Errard (Claude). Inscrit au tableau, depuis le +24 août 1664. Il gagna, en 1691, la cause des trois frères +aînés Le Boultz, que le père avoit réduits à leur légitime, +pour avantager leur puîné ; mais son triomphe fut l’affaire +du duc et de la duchesse de Mazarin, dont nous venons +de dire un mot. Il plaida pour le duc contre sa femme, +l’intrigante Hortense Mancini, qu’il voulut qu’on déclarât +à cause de sa conduite déchue et privée de sa dot. Il demanda +aussi que provisoirement elle fût mise au moins +dans un couvent, ce que lui accorda la Cour. On sait que +Saint-Evremond lui répliqua par un <i>Memoire</i> qui est dans +ses <i>Œuvres</i> (t. V, p. 355, et VI, p. 500). Les plaidoyers +d’Errard furent recueillis en 1694. (<i>Journal des Savants</i>, +16 avril 1695.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[19]</span></a> Nous ne savons rien de lui, sinon qu’il étoit bel +esprit, et qu’il fit cette épigramme sur le petit Jacques +Corbin qui avoit plaidé sa première cause à quatorze ans :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Vidimus attonito puerum garrire senatu.</div> +<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Bis pueri, puerum qui stupuere senes.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[20]</span></a> Edme Condault et non Gondault, avocat depuis le +31 janvier 1659.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[21]</span></a> C’est le père de l’avocat Edmond-Jean-François Barbier, +dont on a un si curieux <i>Journal</i> sur la Régence et le +règne de Louis XV. Il ne logeoit pas encore rue du Plâtre, +mais rue Galande, quand son fils étoit né le 16 janvier 1689.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p93">-93-</span></p> + +<h3 id="c10">SECRETAIRES ET GREFFIERS<br> +<span class="small">DU CONSEIL, DES COURS SOUVERAINES, ET DES +JURISDICTIONS SUBALTERNES.</span></h3> + + +<p class="c"><i>Les Secretaires des Finances sont</i></p> + +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Roüillet, rue +de Grenelle à Saint Germain des Prez.</p> + +<p>Pour celui d’Avril, M. Coquille, ruë Sainte +Croix de la Bretonnerie.</p> + +<p>Pour celui de Juillet, M. Ranchin, rue des +petits Champs.</p> + +<p>Et pour celui d’Octobre, M. de Laistre, ruë +Saint Honoré près la ruë des Prouvaires.</p> + + +<p class="c"><i>Les Secretaires et Greffiers du Conseil privé sont</i></p> + +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Planton, rue +Saint Honoré prés les Feüillans.</p> + +<p>Pour celui d’Avril, M. Dumas, rue Beaubourg.</p> + +<p>Pour celui de Juillet, M. des Vieux, Cloître +Saint Germain l’Auxerrois.</p> + +<p>Et pour celui d’Octobre, M. Pecquot, rue des +Blancs Manteaux.</p> + + +<p class="c"><i>Les Commis au Greffe du Conseil privé sont</i></p> + +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Langlié, rue +du grand Chantier.</p> + +<p>Pour celui d’Avril, M. Danirelle, rue Pastourelle.</p> + +<p>Pour celui de Juillet, M. Akaquia<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[1]</a>, rue des +deux écus.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[1]</span></a> Ce nom bizarre n’étoit que la traduction grecque de +celui de « Sans-Malice. » C’est un médecin de François I<sup>er</sup>, +qui l’avoit le premier traduit ainsi, et ses descendants, dont +étoit sans doute le commis au greffe, qui figure ici, l’avoient +gardé sous cette forme.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p94">-94-</span>Et pour celui d’Octobre, M. Chesnelon, rue +Pastourelle.</p> + + +<p class="c"><i>Les Greffiers gardes Sacs<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[2]</a> du Conseil privé sont</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire « porte-dossiers. » On mettoit alors les +pièces de procédure en des sacs pendus à la ceinture.</p> +</div> +<p>Pour le quartier de Janvier, M. Sifflet.</p> + +<p>Pour celui d’Avril, M. Denis.</p> + +<p>Pour celui de Juillet, M. de la Nouë.</p> + +<p>Et pour celui d’Octobre, M. Duc, tous quatre +ruë Saint André.</p> + +<p>Les Greffiers Conservateurs des Hipothèques +ont leur Bureau ruë de la Verrerie.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3>GREFFIERS DU PARLEMENT.</h3> + + +<p class="c"><i>A la grand’Chambre, sont</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> du Tillet, Place Roiale ; Decaiman, Cloître +Notre Dame ; et Dongois<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[1]</a>, Cour du Palais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[1]</span></a> C’est le neveu de Boileau, dont nous avons déjà parlé +plus haut.</p> +</div> + +<p class="c"><i>A la Tournelle Criminelle.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Dravet, Cloître Notre Dame ; de la Baune, +ruë Thibaut Thodé ; Amiot, et Lancluse, rue +de la Calandre.</p> + + +<p class="c"><i>A la première Chambre des Enquêtes.</i></p> + +<p class="drap">M. Mirebaut, à l’Hôtel des Ursins<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[2]</span></a> Démoli à la fin du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et remplacé par trois +rues : la rue Haute, la rue du Milieu, la rue Basse des +Ursins. Il devoit son nom au prévôt des Marchands, Juvénal +des Ursins, à qui la ville l’avoit donné. Depuis longtemps, +à l’époque dont il est question ici, on l’avoit divisé +en appartements, occupés presque tous par des gens du +Palais : Magistrats, greffiers, avocats. Sur le tableau de +ceux-ci, pour 1693, on en compte trois dans cet hôtel. +On a su par Valincourt que Racine y logeoit, lorsqu’il fit +<i>les Plaideurs</i> ; il y avoit pu observer ses principaux types +sur place.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p95">-95-</span><i>à la Deuxième.</i></p> + +<p class="drap">M. Joüannet, Cloître Notre Dame.</p> + + +<p class="c"><i>à la troisième.</i></p> + +<p class="drap">M. Menet, ruë Cristine.</p> + + +<p class="c"><i>à la quatrième.</i></p> + +<p class="drap">M. le Roi, ruë Pavée, près l’Hôtel de Bourgogne<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[3]</span></a> L’hôtel de Bourgogne, occupé alors par le théâtre de +la Comédie Italienne, s’étendoit de la rue Mauconseil, où +se trouvoit sa principale entrée, jusqu’au derrière des maisons +de la rue Pavée-Saint-Sauveur. Ce qui en reste, le +curieux donjon de Jean-sans-peur, se voit encore dans la +cour de l’une des maisons de cette rue.</p> +</div> + +<p class="c"><i>à la cinquième.</i></p> + +<p class="drap">M. Masson, rue de la Calandre.</p> + + +<p class="c"><i>à la première Chambre des Requestes du Palais.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Dupuis, rue Hautefueille, et Anet, rue Sainte +Croix de la Bretonnerie.</p> + + +<p class="c"><i>à la deuxième.</i></p> + +<p class="drap">M. Aubry, rue des Noyers.</p> + + +<p class="c"><i>A la Cour des Aydes.</i></p> + +<p class="drap">M. Olivier, Isle Notre Dame.</p> + + +<p class="c"><i>Au grand Conseil.</i></p> + +<p class="drap">M. le Normand, Greffier en Chef, ruë des Vieux +Augustins.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p96">-96-</span>M. Guichard, Greffier Plumitif, dans l’enclos du +grand Conseil<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[4]</span></a> C’est-à-dire dans la cour de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, +où nous avons vu, plus haut, que siégeoit le +grand Conseil.</p> +</div> +<p class="drap">M. Presteville, Greffier garde Sacs, rue des Prouvaires.</p> + + +<p class="c"><i>Aux Requestes de l’Hotel.</i></p> + +<p class="drap">M. le Mazier, ruë de Bièvre<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[5]</span></a> Il étoit parent de la famille Vitart, dont il est tant +parlé dans la correspondance de Racine, et, par elle, il se +trouvoit allié à celui-ci. L’avocat Le Mazier, qui n’étoit +pas sans causes, car mauvaises ou bonnes il les plaidoit +toutes, pour n’en pas gagner une, étoit de ses parents. +On ne le connoît plus que par les vers où Boileau s’est +moqué de lui. (<i>V.</i> la Sat. I<sup>re</sup> et l’Epître II.)</p> +</div> + +<p class="c"><i>A la Chambre des Comptes.</i></p> + +<p class="drap">M. Richer, à la pointe Saint Eustache.</p> + + +<p class="c"><i>A la Cour des Monnoyes.</i></p> + +<p class="drap">M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.</p> + + +<p class="c"><i>A la Prevôté de l’Hotel.</i></p> + +<p class="drap">M. Baubiere Dechars, ruë Platriere.</p> + + +<p class="c"><i>Au Châtelet.</i></p> + +<p class="drap">M. Josse, Greffier en Chef, vieille ruë du Temple.</p> + + +<p class="c"><i>Secretaires du Chatelet.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Doyard, ruë de la Tixeranderie, de la Rene, +rue Beaubourg, Audinot, et Coligny, vieille +rue du Temple.</p> + + +<p class="c"><i>Au Parc Civil<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[6]</a>, et Prévoté.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[6]</span></a> C’est ce qu’au Parlement on appeloit « le parquet. » — « On +dit, lisons-nous dans le <i>Dictionn. de Trévoux</i>, +qu’une chose a été faite et adjugée au parc civil du Châtelet : +pour dire à l’ordinaire, à l’issue de l’audience. »</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Moreau, place du Chevalier du Guet, et de +Castes, ruë Neuve Saint Mederic.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p97">-97-</span><i>Pour les Déposts et Sentences sur Production +de Parties.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Claude Tartel, rue des Assis, Charles Tartel, +près l’Hotel de Ville, et Tixeran, rue de Montmorancy.</p> + + +<p class="c"><i>Pour l’Expédition des Sentences sans production.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Menessiers, Cloître des Bernardins, du Four, +ruë Saint Honoré, Tartel, rue des Assis, et +Forbet, vieille rue du Temple.</p> + + +<p class="c"><i>Pour les Deffauts aux Ordonnances.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Philipe Luce, rue Saint Martin, et Estienne +Luce, rue Quinquempoix.</p> + + +<p class="c"><i>Pour les Decrets.</i></p> + +<p class="drap">M. François pour M. Favier sur le Quay de la +Mégisserie.</p> + + +<p class="c"><i>Pour les certifications des criées.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Magny, rue Hautefeüille, et Luce, ruë Quinquempoix.</p> + + +<p class="c"><i>A la Chambre Civile.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Gaudion, vieille rue du Temple, Dupuis, ruë +des Prouvaires, Nicolas et Pierre Tauxier, rue +de la Tixeranderie.</p> + + +<p class="c"><i>Au Criminel.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Galliot, ruë Saint Thomas du Louvre, du +Jardin, ruë de Bièvre, Pariset, rue Saint Germain +l’Auxerrois, et Lodet, ruë Pavée, prés +l’Hôtel de Bourgogne.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p98">-98-</span><i>Pour les Inthimations.</i></p> + +<p class="drap">M. Garnier, ruë du Figuier.</p> + + +<p class="c"><i>Pour les Affirmations de Voyages<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[7]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[7]</span></a> Cet office avoit été créé par l’ordonnance de 1667, à +l’effet de donner aux plaideurs venus de province acte de +leurs voyages ainsi que du temps de leur séjour, et de +leur permettre, s’ils gagnoient leur cause, de pouvoir faire +taxer séjour et voyage.</p> +</div> +<p class="drap">M. Gaucher, ruë Trainée, près Saint Eustache.</p> + + +<p class="c"><i>Pour le Greffe Criminel de Robe-courte.</i></p> + +<p class="drap">M. Casson, ruë des Menetriers.</p> + + +<p class="c"><i>Pour M. le Prevost de l’Isle.</i></p> + +<p class="drap">M. le Marié, ruë des Anglois.</p> + + +<p class="c"><i>Pour M. le Juge Auditeur.</i></p> + +<p class="drap">M. Thiery, ruë Saint Martin.</p> + + +<p class="c"><i>Pour la Geolle.</i></p> + +<p class="drap">M. Vallon, ruë de la vieille Monnaye.</p> + + +<p class="c"><i>Garde Scel.</i></p> + +<p>Qui signe pour les Notaires interdits, et qui +reçoit et scelle les Oppositions aux Décrets, et +les Immatricules<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[8]</a> des Notaires et Huissiers. +M. Quinot, ruë Thibaut-Thodé.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[8]</span></a> On appeloit ainsi les actes enregistrés.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Pour le Sceel des Sentences du Chatelet et des +Consuls.</i></p> + +<p class="drap">M. le Cour, ruë de la Tixeranderie.</p> + + +<p class="c"><i>Pour le Sceel des Expeditions des Notaires.</i></p> + +<p class="drap">M… ruë Geoffroy-Lasnier.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p99">-99-</span><i>Au Trésor.</i></p> + +<p class="drap">M. Gassot, ruë des Marmouzets.</p> + + +<p class="c"><i>A l’Hotel de Ville.</i></p> + +<p class="drap">M. Mitantier, à la Grève.</p> + + +<p class="c"><i>A l’Amirauté.</i></p> + +<p class="drap">M. Charrier, ruë Saint Jacques.</p> + + +<p class="c"><i>A la Connétablie et Maréchaussée.</i></p> + +<p class="drap">M. Lebert, ruë Galande.</p> + + +<p class="c"><i>A l’Election.</i></p> + +<p class="drap">M. Metayer, ruë des Blancs Manteaux.</p> + + +<p class="c"><i>Eaux et Forêts.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Broquet, ruë de la Calandre, et le Noble, +ruë Saint Bon.</p> + + +<p class="c"><i>Au Bailliage du Palais.</i></p> + +<p class="drap">M. Godin, ruë de la Calandre.</p> + + +<p class="c"><i>Aux Consuls.</i></p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Verrier père et fils, Cloître Saint Mederic.</p> + + +<p class="c"><i>A la Massonnerie.</i></p> + +<p class="drap">M. Le Roy, ruë des Marmouzets.</p> + + +<p class="c"><i>Au Bailliage du Temple.</i></p> + +<p class="drap">M. Gilbert, au petit marché du Marais<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[9]</span></a> Il existe encore rue de Bretagne, mais sous le nom +de « Marché des Enfants rouges », qui lui vient du voisinage +d’un ancien hospice d’enfants, fondé par François I<sup>er</sup> +et supprimé en 1772. Il communique avec la rue +de Beauce par la ruelle des Oiseaux, près de laquelle +M<sup>lle</sup> de Scudéry vécut les dernières années de sa vie. +Cette ruelle s’étoit d’abord appelée « petite rue Charlot. » +(Sauval, t. II, p. 658.)</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p100">-100-</span></p> + +<h3 id="c11">CONTRAINTES JUDICIAIRES.</h3> + + +<p>On trouve les Huissiers Audianciers et autres +de toutes les Cours et Jurisdictions, au lieu et à +l’heure de chaque Audiance, pour l’execution +des Arrests, Sentences, Décrets et Ordonnances +des Magistrats et Juges ordinaires, pour raison +de quoy on aura recours à l’article de la scéance +des Tribunaux.</p> + +<p>Les Huissiers du Grand Conseil ont un Bureau +au pied du grand degré.</p> + +<p>Les Barrières des Huissiers et Sergens du +Chatelet, sont au marché neuf, au petit marché +Saint Germain<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[1]</a>, à l’aile du pont Marie, à la +pointe Saint Eustache, au coin Saint Jacques de +l’Hôpital, au cimetiere Saint Jean, à la pointe +Saint Honoré<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[2]</a>, devant l’Abbaye Saint Martin, +à la place Maubert, ruë du petit Pont, ruë des +Ecrivains.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[1]</span></a> Il étoit tout près de l’enclos de la foire Saint-Germain.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire au carrefour de la rue Croix-des-Petits-Champs, +de la rue de Grenelle et de la rue du Coq, aujourd’hui +rue de Marengo. Le poste ou barrière des +huissiers et sergents du Châtelet lui avoit fait donner le +nom de « Barrière des Sergents », qu’il garda longtemps +après que le poste eût été supprimé. L’enseigne des « Deux +Sergents », qui ne vient que de disparoître, le rappeloit +encore, mais avec une singulière variante : Au lieu de deux +recors, on y voyoit deux sergents de l’ancienne garde impériale ! — On +trouve au t. 58, p. 179 de la <i>Collection +Delamarre</i>, à la Biblioth. Nat., de curieux renseignements +sur les <i>Barrières des Sergents</i>, depuis 1551 jusqu’à 1698.</p> +</div> +<p>Le Bureau des Huissiers à cheval<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[3]</a> est sur le +<span class="pagenum" id="p101">-101-</span>quay de la Mégisserie où l’on peut recouvrer +leur liste, et où l’on peut apprendre le temps de +leur départ pour chaque Province et Département.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[3]</span></a> Comme les huissiers au Parlement, dits « huissiers à +la chaîne », ils pouvoient instrumenter dans tout le +royaume, et pour cela ils le prenoient de très-haut avec +les autres, les simples huissiers à verge, <i>car</i>, dit le Marquis +du <i>Joueur</i> de Regnard :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Car huissier à cheval, c’est presque chevalier.</div> +</div> + +</div> +<p>Un seul jour dans l’année, le lendemain de la Trinité, tous, +huissiers à verge, huissiers priseurs, huissiers à cheval, se +confondoient dans une même cavalcade, pour aller faire +visite au prévôt de Paris, au premier président, au lieutenant +civil, etc. Mercier s’en est moqué dans son Tableau +de Paris, et Lemierre encore mieux au chant VI<sup>e</sup> de son +poëme des <i>Fastes</i> :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Voyez-vous s’avancer, couverts de noirs manteaux,</div> +<div class="verse">Ces roides écuyers juchés sur leurs chevaux,</div> +<div class="verse">Cavalcade peu faite aux marches régulières,</div> +<div class="verse">Qui vient parodier nos brigades guerrières,</div> +<div class="verse">Et tenant mal les rangs, plus mal les étriers,</div> +<div class="verse">Saisit au moindre choc le crin de ses coursiers.</div> +</div> + +</div></div> +<p>Les Six vingt Huissiers seuls reservez d’entre +les Huissiers à Verge par Edit du mois de Février +1691, pour la fonction de Priseurs et Vendeurs +de biens meubles en la Ville, Fauxbourgs et +Banlieu de Paris, ont leur bureau dans la Cour +du Grand Chatelet, et sont compris dans la liste +suivante :</p> + +<p class="drap">Pierre Blanchans, ruë Saint Denis proche Saint +Leu.</p> + +<p class="drap">Jacques Taconnet, rue de l’Arbre-secq.</p> + +<p class="drap">Antoine Bruneau, ruë Saint Denis devant le +Sepulchre.</p> + +<p class="drap">Alexandre Vaubelin, ruë de la Boucherie.</p> + +<p class="drap">Gilles la Hogue, rue Saint Martin.</p> + +<p class="drap">Jean Divry, ruë de Bièvre.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p102">-102-</span>Claude de Cay, place Maubert.</p> + +<p class="drap">Thomas Beccasse, rue des Noyers.</p> + +<p class="drap">Pierre le Gagneur, rue du Temple.</p> + +<p class="drap">Louis Malbeste<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[4]</a>, ruë du Plâtre proche la ruë des Noyers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[4]</span></a> Nous retrouvons ce nom grotesque porté du temps +de Beaumarchais, par un avocat, qui sans doute descendoit +de l’huissier nommé ici. On sait quel parti l’auteur +de <i>Figaro</i> en tira pour un des effets les plus comiques de +ses <i>Mémoires</i> contre Goezmann : « Il n’est rien, avons-nous +dit dans la <i>Notice</i>, mise en tête de l’édition de ses <i>Œuvres</i> +(1876, gr. in-8, p. <small>XXI</small>), il n’est rien qui ne lui soit bon +pour mettre les rieurs de son côté. Marin s’est-il moqué +du nom du pauvre avocat M<sup>e</sup> Malbête, le seul que Beaumarchais +ait trouvé pour signer son <i>Mémoire</i>, comme +l’exige la loi ; il lui retourne de la plus plaisante façon +le nom dont il se moque : « le Gazetier de France, dit-il, +se plaint de la fausseté des calomnies répandues dans +un libelle signé Beaumarchais-Malbête, et il entreprend +de se justifier par un petit manifeste signé Marin, qui +n’est pas Malbête. »</p> +</div> +<p class="drap">Nicolas Fontaine, ruë Neuve Saint Mederic.</p> + +<p class="drap">Jean Brunet, rue de la Tonnelerie.</p> + +<p class="drap">Simon Monet, ruë Galande.</p> + +<p class="drap">Pierre Vaillant, rue Saint Denis proche les Saints Innocens.</p> + +<p class="drap">Guillaume Fournier, porte Saint Jacques.</p> + +<p class="drap">Pierre Bertelot, rue des Boucheries, fauxbourg S. Germain.</p> + +<p class="drap">Simon Mozac, <i>Fieffé</i><a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[5]</a>, rue vieille Monnoye.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[5]</span></a> On appeloit huissier <i>fieffé</i> celui qui avoit son office +à charge de redevance, ce qui le rendoit héréditaire.</p> +</div> +<p class="drap">Laurent de la Place, ruë Saint Antoine.</p> + +<p class="drap">François le Tourneur, rue de Bretagne.</p> + +<p class="drap">Michel Faguet, ruë Saint Pierre aux Bœufs.</p> + +<p class="drap">Alexandre Arnoult, ruë Parcheminerie.</p> + +<p class="drap">Antoine le Moine, rue Saint Martin.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p103">-103-</span>Charles Pinard, rue de la Huchette.</p> + +<p class="drap">Pierre Hargenvilliers, rue Galande.</p> + +<p class="drap">Pierre de Noleson, ruë Saint Antoine, devant la ruë des Barres.</p> + +<p class="drap">François Clozier, rue Tixeranderie.</p> + +<p class="drap">Brice Fleury, <i>Fieffé</i>, ruë du Crucifix Saint Jacques.</p> + +<p class="drap">Antoine Marais, rue S. Antoine.</p> + +<p class="drap">Nicolas Gaspard Boucault, cloître Saint Martin.</p> + +<p class="drap">Jacques le Roy, ruë Tixeranderie.</p> + +<p class="drap">Philippes Menard, ruë des Lombars.</p> + +<p class="drap">Nicolas Gasté, rue Saint Antoine prés les Jésuites.</p> + +<p class="drap">Bonaventure Guilliot, rue Saint Martin devant la rue aux Ours.</p> + +<p class="drap">Jean Manet, rue des vieilles Audriettes.</p> + +<p class="drap">Benjamin le Maistre, rue Aubri-boucher.</p> + +<p class="drap">Jacques Giroux, rue Darnetal.</p> + +<p class="drap">Laurent Mazier, rue Montmartre.</p> + +<p class="drap">Henry Charpentier, rue Aubri-boucher.</p> + +<p class="drap">Jacques Duval, à la Ville-neuve.</p> + +<p class="drap">Guillaume Dupré, ruë de Bery, au Marais.</p> + +<p class="drap">Nicolas Bauldry, rue des Barres.</p> + +<p class="drap">Maurice Poteron, rue Crucifix Saint Jacques.</p> + +<p class="drap">Michel Lyon, ruë vieille Monnoye.</p> + +<p class="drap">Jean Caron, rue des Barres.</p> + +<p class="drap">Pierre Langlois, ruë Saint Louis dans Lisle.</p> + +<p class="drap">Philippes Veron, rue du Four Saint Honoré.</p> + +<p class="drap">Pierre Desvaux, rue aux Ours.</p> + +<p class="drap">Pierre Pinchon, rue Saint Jacques à l’entrée.</p> + +<p class="drap">Louis Jacquemarc, rue Quinquempoix.</p> + +<p class="drap">Pierre de Bréquigny, ruë Thibaut Thodé.</p> + +<p class="drap">Jean Loyseau, rue des Boucheries Saint Germain.</p> + +<p class="drap">Gilles Fournier, rue Saint Germain, attenant la Gabelle.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p104">-104-</span>Nicolas Taconnet, rue de l’Arbre Secq.</p> + +<p class="drap">Pierre Menne, rue de la Vannerie.</p> + +<p class="drap">Jean Guesdon, place Maubert.</p> + +<p class="drap">Antoine Dainnal, rue de la Savonnerie.</p> + +<p class="drap">Charles Jacob, rue des Petits Champs.</p> + +<p class="drap">Nicolas Deon, <i>Fieffé</i>, rue Tixeranderie.</p> + +<p class="drap">Mathieu Pelouard, derriere le Palais Royal.</p> + +<p class="drap">Jean Prevost, ruë Galande.</p> + +<p class="drap">Jean Arnoult, ruë Saint Louis, prés Saint Roch.</p> + +<p class="drap">Jean Mouillefert, ruë S. Denis.</p> + +<p class="drap">Louis Raoult, ruë des Barres.</p> + +<p class="drap">Louis Colas, vieille ruë du Temple.</p> + +<p class="drap">Gabriel Nicolas Beauval, devant S. André des Arts.</p> + +<p class="drap">Charles Baignard, rue S. Antoine, prés la Barrière.</p> + +<p class="drap">François Traffons, ruë Bourtibourg.</p> + +<p class="drap">Pierre Chambon, <i>Fieffé</i>, ruë Pierre au Lard.</p> + +<p class="drap">Jean Dudoigt, rue des Tournelles, prés la porte S. Antoine.</p> + +<p class="drap">Michel Roger, cloître S. Opportune.</p> + +<p class="drap">Thomas Mandoüyt, porte S. Michel.</p> + +<p class="drap">Jean du Brecq, ruë de la Calande, prés le Palais.</p> + +<p class="drap">Glaude de la Haye, rue S<sup>te</sup> Marguerite, devant l’Abbaye S. Germain.</p> + +<p class="drap">Jacques Gohier, ruë de la Tixeranderie.</p> + +<p class="drap">Pierre Tauxier, ruë de la petite Truanderie.</p> + +<p class="drap">Yves de Boucquainville, rue S. Antoine, près l’Hôtel de Sully.</p> + +<p class="drap">Hubert le Moyne, rue S. Honoré.</p> + +<p class="drap">Dominique Theventin, ruë S. Antoine, devant la ruë Geoffroy Lasnier.</p> + +<p class="drap">Noel Thibault, ruë de la Verrerie.</p> + +<p class="drap">Jacques Martin, rue Quinquempoix.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p105">-105-</span>François du Rot, rue des Lombards.</p> + +<p class="drap">Pierre Morin, ruë Bourtibourg.</p> + +<p class="drap">Joseph Alexis le Doyen, rue Tixeranderie.</p> + +<p class="drap">Estienne Trilliau, rue Beaubourg.</p> + +<p class="drap">Nicolas Cabaille, rue Madame.</p> + +<p class="drap">Nicolas Remy, rue S. Denis.</p> + +<p class="drap">Jean Henneguy, rue de la Calandre.</p> + +<p class="drap">Estienne Arondeau, <i>Fieffé</i>, rue S. Jacques.</p> + +<p class="drap">Jean Huvellier, rue Dauphine.</p> + +<p class="drap">Sébastien Huré, rue des Arcis.</p> + +<p class="drap">Gilles de Bauve, rue S. Honoré.</p> + +<p class="drap">Pierre René Patin, rue S. Martin.</p> + +<p class="drap">Jean Sebert, devant le Fort l’Evesque.</p> + +<p class="drap">Pierre Paillet, rue S. Honoré.</p> + +<p class="drap">Jean Maisondieu, rue des Noyers.</p> + +<p class="drap">Pierre Massé, <i>Fieffé</i>, rue des Boucheries Saint Germain.</p> + +<p class="drap">Gilbert Mouillard, ruë de la vieille Orangerie.</p> + +<p class="drap">Jean Edme Ravillonnet, rue S. Antoine.</p> + +<p class="drap">Jacques Robert de Cercellier, rue du Roi de Sicile.</p> + +<p class="drap">Jacques Barbarin, rue Coustellerie.</p> + +<p class="drap">Claude Dépoigny, rue Saint Martin.</p> + +<p class="drap">Jean Coucet, rue des Mauvaises Parolles.</p> + +<p class="drap">Leonard de Champagne, rue de la Bouclerie.</p> + +<p class="drap">Joseph François le Normand, Pont Notre Dame.</p> + +<p class="drap">Noel Avenet, ruë aux Maires.</p> + +<p class="drap">Jacques Rioult, Marché aux Poirés.</p> + +<p class="drap">Nicolas Henrion, ruë Michel le Comte.</p> + +<p class="drap">Jean Simon Mozac, rue des Lombards.</p> + +<p class="drap">Charles Coignet, rue de la Licorne.</p> + +<p class="drap">Charles Flattier, ruë S. Antoine, prés la ruë Percée.</p> + +<p class="drap">Charles Cappé, ruë S. Louis Isle Notre Dame.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p106">-106-</span>Pierre le Gros, place de Grève.</p> + +<p class="drap">Jean Baptiste Destrehan, ruë S. Antoine.</p> + +<p class="drap">Nicolas Duval, devant S. Pierre aux Bœufs.</p> + +<p class="drap">Pierre Brisset, rue du Mouton.</p> + +<p class="drap">Claude Ronjault, nommé par Sa Majesté, au lieu d’Estienne Marlet.</p> + +<p>Les particuliers pourroient se pourvoir en tout +temps à l’ordinaire contre ceux d’entre les Huissiers +à cheval et à verge du Châtelet qui auroient +malversé ; mais on peut plus sommairement et +sans frais en porter plainte à M. le Lieutenant +Civil, qui tient scéance à cet effet le surlendemain +de la Trinité depuis huit heures du matin +jusqu’à midy, et qui les fait appeller l’un après +l’autre selon l’ordre de leur reception, pour repondre +aux plaintes qui sont faites contre eux, +et sur lesquelles mondit Sieur le Lieutenant Civil +fait droit sur le champ, sans que l’Officier puisse +se dispenser de satisfaire à sa condamnation ; +premierement parce qu’il est obligé sous paine +d’amande, de repondre à l’appel de l’Huissier. +Secondement, parce qu’il est mis en arrêt jusqu’à +ce qu’il ait satisfait. On peut encore dans +le courant de l’année rendre plaintes des malversations +des Huissiers à cheval et à verge aux +Officiers de leur Communauté, qui s’assemblent +tous les Dimanches matin, dans le Cloître S<sup>te</sup> +Croix de la Bretonnerie.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c12">BUREAUX PUBLICS.</h3> + + +<p>Le Bureau General de la Douane est à l’Hôtel +Seguier, ruë de Grenelle, dont la basse-cour où +entrent les Roulliers est dans la ruë du Boulloy.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p107">-107-</span>Le Bureau General des Aydes est dans la +ruë des Barres, derriere S. Gervais, à l’Hôtel de +Charny<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[1]</span></a> Il s’appeloit d’abord <i>Hôtel des Barres</i>, comme la rue, +à cause des <i>Moulins des barres du Temple</i>, qui étoient auprès +sur la Seine. Le percement de la rue Louis-Philippe +en emporta une partie, et le reste fut démoli vers le même +temps. Le bureau des Aides ne quitta l’hôtel de Charny +qu’un peu avant la Révolution. Il fut alors transféré rue +de Choiseul dans un vaste bâtiment où nous avons vu +l’administration de l’Enregistrement et des Domaines.</p> +</div> +<p>Le Bureau Général des Fermes du Tabac est +ruë Betisy, à l’Hotel d’Anjou.</p> + +<p>Le Bureau Général pour la Marque des Chapeaux +est ruë neuve Saint Mederic<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[2]</span></a> « Dans la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. » +(Edit. 1691, p. 7.) — Sans cette marque, les chapeaux +de castor étoient considérés comme contrebande. Elle +n’avoit été qu’un prétexte à l’établissement d’offices de +marqueurs, achetés surtout par des chapeliers enrichis. +(<i>Correspond. des Contrôl. génér.</i>, n<sup>o</sup> 767.) En 1694, elle +fut supprimée à Lyon, et remplacée par une augmentation +des droits de douane sur les chapeaux. (<i>Id.</i>, n<sup>o</sup> 1372.)</p> +</div> +<p>Les Bureaux des Papiers et Parchemins timbrez +sont dans la Cour de la Moignon<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[3]</a>, ruë +Galande, ruë de Bussy, ruë S. Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[4]</a>, +ruë des petits Champs, ruë de la Vannerie, +et ruë des Barres, à l’Hotel de Charny.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[3]</span></a> « Cour neuve du Palais. » (Edit. 1691, p. 7.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[4]</span></a> « Rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. » <i>Id.</i> — Les +parchemins et papiers timbrés constituoient une sorte +de ferme, dont à la fin du règne de Louis XIV le fameux +Deschiens fut le principal traitant, ce qui lui valut cette +épigramme citée par Jamet dans ses <i>Stromates</i>, t. II, +p. 1797 :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">On l’a toujours bien dit le papier souffre tout,</div> +<div class="verse">Et, quoi que sa candeur marque son innocence,</div> +<div class="verse">Le Roi lui fait porter les armes de la France,</div> +<div class="verse">Et le donne à Deschiens qui le barbouille tout.</div> +</div> + +</div></div> +<p><span class="pagenum" id="p108">-108-</span>Le Bureau des petits Domaines pour les droits +des places et eschoppes des lieux publics, est +ruë Saint Germain l’Auxerrois au coin de la rue +Thibaut Thodé.</p> + +<p>Les Bureaux du Contrôle des Exploits, sont +rue Galande<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[5]</a>, cour de la Moignon, ruë de la +Poterie, ruë de Bussy, ruë d’Orléans, ruë du +petit Lion, ruë Saint Antoine, ruë du Monceau +Saint Gervais et dans l’enclos du grand Châtelet.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[5]</span></a> A la suite dans l’édit. précédente, p. 7 : « Cul de +Sac de la foire Saint-Germain. »</p> +</div> +<p>Le Bureau de M. Bertin, Receveur Général +des Parties Casuelles<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[6]</a>, est rue neuve Saint Augustin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[6]</span></a> On appeloit « parties casuelles » les droits de finance +que devoit payer annuellement tout détenteur d’un office +vénal non héréditaire, s’il vouloit le conserver à sa veuve +et à ses enfants. — Nous retrouverons Bertin qui en étoit +alors le trésorier, parmi « les fameux curieux. »</p> +</div> +<p>Le Bureau général des Chevaux de renvoy et +de louage est à l’Hotel de Sens<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[7]</a>, prés l’Ave +Maria.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[7]</span></a> Nous en parlerons plus loin, à propos du coche de +Lyon qui en partoit.</p> +</div> +<p>Le Bureau de la Compagnie des Indes Orientales +est dans la rue Pavée, prés<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[8]</a> l’Hôtel de +Bourgogne<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[8]</span></a> « Derrière », édit. 1691, p. 61.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[9]</span></a> La Compagnie des Indes Orientales avoit été créée +par Colbert pour faire le commerce avec les côtes de l’Indoustan. +Elle avoit le privilége exclusif des toiles fines des +Indes, peintes ou blanches, mais toutes soumises à la <i>marque</i>, +sous peine d’être saisies et brûlées comme marchandises +de contrebande (ordonnance du 8 février 1687). Ce commerce +se faisoit souvent par échanges : pour les toiles des +Indes importées, on exportoit nos draps du Languedoc. +(<i>Correspond. administr. de Louis XIV</i>, t. III, p. 654 +et 660.)</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p109">-109-</span>Celui des Indes Occidentales<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[10]</a> est dans la rue +Saint Martin, devant Saint Julien des Menêtriers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[10]</span></a> La Compagnie des Indes Occidentales commerçait avec +l’Amérique, où nous possédions alors le Canada, l’Acadie, +Terre-Neuve, la Louisiane. Son commerce se faisoit surtout +par les navires de Saint-Malo, et exploitoit de préférence +les peaux de castor et les matières d’or et d’argent. +(<i>Correspond. des Contrôleurs généraux</i>, n<sup>o</sup> 665.) — C’étoit, +comme l’autre compagnie, une création de Colbert, mais +toutes deux, depuis sa mort, étoient bien déchues. (Isambert, +<i>Anciennes lois françoises</i>, t. XVIII, p. 35, 38, +et 211.)</p> +</div> +<p>Le Bureau du Voier du Roi est dans la rue +de Grenelle, quartier Saint Honoré.</p> + +<p>Celui de la Manufacture des Buffles est ruë +Neuve Saint Mederic, chez M. Jabac<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[11]</span></a> Il s’agit des peaux de buffles préparées, dont on faisoit +pour l’armée des juste-au-corps, des colletins, etc. Jabach, +que nous retrouverons plus loin, avoit établi à Corbeil, +pour leur préparation, la meilleure manufacture qu’il y en +eût en France, aussi n’est-il pas étonnant qu’elle eût son +bureau chez lui, à Paris : « Celle de Corbeil, lisons-nous +dans le <i>Dict. univ. du Commerce</i> de Savary, t. I, col. 1132, +est la plus considérable, et les peaux qui s’y apprêtent +sont réputées les meilleures. On en doit l’établissement au +sieur Jabac, natif de Cologne, qui les avoit poussées à la +dernière perfection. »</p> +</div> +<p>Celui de la Manufacture des Marroquins et +Vaches rouges façon de Levant est sur le Quay +de l’Ecolle<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[12]</span></a> C’est sans doute « la manufacture de maroquin et de +peau de chagrin », dont la comtesse de Beuvron avoit +obtenu le brevet, vers le même temps. (<i>Corresp. administ. +de Louis XIV</i>, t. III, introd. p. <small>LV</small>.)</p> +</div> +<p>Celui des Jurez Crieurs est rue Neuve Saint +Médéric.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p110">-110-</span>Celui des Vendeurs de foin<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[13]</a> est sur le Quai +des Ormes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[13]</span></a> Leur vrai titre étoit « Juré peseur et compteur de la +marchandise de foin », comme on le voit par une épitaphe +que rapporte M. Cocheris dans son édit. de l’<i>Histoire du +Diocèse de Paris</i> de l’abbé Le Beuf, in-8, t. I, p. 238.</p> +</div> +<p>Les Commissionnaires Facteurs de toutes marchandises +ont des Bureaux ruë de la Mortellerie, +sur le port de la Grève, sur le quay de +l’Ecole, etc.</p> + +<p>Les Jurez Mouleurs et Aides Mouleurs de +Bois<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[14]</a>, ont aussi leurs Bureaux par tout où l’on +fait commerce de bois à bruler, quay de la +Grève, quay de la Tournelle, quay de l’Ecole, +quay de la Grenouillière, porte Saint Antoine, +etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[14]</span></a> Ces sortes d’offices datoient du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle. Il existe, +en effet, une ordonnance de Charles VI, qui établit « quarante +jurés compteurs et <i>moleurs</i> de bois. » Leur fonction +consistoit à faire mesurer dans un cercle de fer, appelé +<i>mole</i> ou <i>moule</i>, le bois à brûler, qui se vendoit sur les +ports. Ce sont les charges dont on se moqua le plus, +surtout lorsque, par expédient de finances, elles se multiplièrent +sous Louis XIV : « — Vous aimez les titres, dit +Colombine dans la farce des <i>Chinois</i> jouée au théâtre +Italien en 1692, et si l’on n’y tient la main, vous vous +mettrez de pair avec <i>les mouleurs de bois</i>. » (Acte IV, +scène 2.) — Ils ne tardèrent pas à être supprimés en +province, mais il fallut que les villes payassent leur suppression. +(<i>Correspond. des Contrôl, génér.</i>, n<sup>os</sup> 1564 et +1573.) Ils durèrent plus longtemps à Paris. Au mois de +juillet 1725, on parla même d’en créer de nouveaux. +(<i>Journal de Math. Marais</i>, t. III, p. 208.) — C’est par +délégation que la charge s’en exerçoit. On s’explique ainsi +comment Philippe Caffiéri, père du grand artiste, à qui +l’on doit les admirables bustes du théâtre Français, put +être à la fois « sculpteur du Roy, et mouleur de bois », +ainsi qu’on le voit sur son acte de mort, en date du +7 sept. 1716. (Jal, <i>Dict. crit.</i>, p. 303.)</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p111">-111-</span>Les Jurez Mesureurs et Controlleurs de grains +et farines, en ont à la Halle et sur les quais de +l’Ecole et de la Grève.</p> + +<p>Le Bureau des Commissaires Controlleurs de +la Buche, est devant le pont-neuf du côté de la +Samaritaine<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[15]</span></a> Pour tous ces « officiers sur les ports et quais » se +trouve un curieux dossier dans la collection des papiers +Delamarre, aux <i>mss.</i> de la Biblioth. Nat., t. 153, fol. 13, +etc. — Ceux qui avoient qualité de mouleurs et aides-mouleurs +de bois, dont il est parlé dans la note précédente, +exerçoient, ou plutôt faisoient exercer, principalement +au quai de l’Ecole. C’est là, plus encore qu’à la +Grenouillère — aujourd’hui le quai d’Orsay — qu’avoient +lieu les grands arrivages de bois à brûler. Corbinelli +du <i>Pédant joué</i> de Cyrano ne va pas autre part pour +acheter les meilleurs cotrets.</p> +</div> +<p>Les Jurez Controlleurs de Vins, Cidres et +autres Boissons, ont leurs Bureaux, rue Frementeau<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[16]</a> +et sur le Quay des Célestins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[16]</span></a> C’est-à-dire Froidmanteau ou Fromenteau.</p> +</div> +<p>Il y a au même lieu un Bureau pour les déclarations +des marchandises qui doivent les droits à la Doüanne.</p> + +<p>Les Jurez Courtiers de Vins ont leurs Bureaux +sur le quay de la Grève<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[17]</span></a> Ils faisoient l’essai des vins dans les caves mêmes de +l’Hôtel de Ville.</p> +</div> +<p>Celui des nouveaux Officiers Gardes batteaux +et Metteurs à bord, est sur le même quay et +pareillement celuy du Domaine et Barrage.</p> + +<p>Celuy des droits du Poisson de mer frais, sec +et salé, est sur le quay des Celestins.</p> + +<p>Au même lieu est le Bureau des droits qui se +levent sur les Cendres, Soudes et Gravelées.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p112">-112-</span>Le Bureau des Marchands Bouchers est sur +le port de la Grève devant la place aux veaux<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[18]</span></a> C’est-à-dire sur la gauche de la Grève, vers la rue de la +Tannerie, où s’étoit tenu en effet le Marché aux Veaux, +jusqu’en 1646, époque où il fut transféré quai des Ormes. +Son ancien emplacement fut appelé « Vieille place aux +Veaux. »</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c13">ADMINISTRATION DES HOSPITAUX</h3> + + +<p class="c"><i>Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu +et des Incurables.</i></p> + +<p class="drap">Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.</p> + +<p class="drap">Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.</p> + +<p class="drap">Monseigneur le Premier Président de la Chambre +des Comptes, vieille ruë du Temple.</p> + +<p class="drap">Monseigneur le Premier Président de la Cour +des Aydes devant les Capucins du Marais.</p> + +<p class="drap">Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.</p> + +<p class="drap">M. de la Reynie, rue du Boulloy.</p> + +<p class="drap">M. de Fourcy, rue de Jouy.</p> + +<p class="drap">M. le Pelletier, vieille rue du Temple.</p> + +<p class="drap">M. Chuppé, rue de l’Observance.</p> + +<p class="drap">M. Acard, vieille rue du Temple<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[1]</span></a> Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le +procès-verbal de la prestation de serment, en la grand’Chambre +du Parlement, des sieurs Accart, Choart, et +Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de l’Hôtel-Dieu.</p> +</div> +<p class="drap">M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.</p> + +<p class="drap">M. Champy, rue de la Harpe.</p> + +<p class="drap">M. Petitpied, rue du Jour.</p> + +<p class="drap">M. de Bragelonne, dans le Temple.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p113">-113-</span>M. Goupy, rue Sainte Avoye.</p> + +<p class="drap">M. Soufflot<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[2]</a>, rue des deux Ecus.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[2]</span></a> Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en +1717. Il fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives +de l’Assistance publique, sur une rébellion au faubourg +Saint-Germain « contre l’exempt et les archers préposez pour +veiller aux fraudes de la boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant +le caresme. » On sait que c’est la seule boucherie qui avoit +à cette époque de l’année le droit d’ouvrir et de vendre. En +1717, comme l’un des doyens, il fut chargé de veiller à l’auto-da-fé +des peintures licencieuses qui s’étoient trouvées dans +le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu de +tous ses biens : « Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy, +lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les +tableaux de la succession de feu M. de Callières, il s’en est +trouvé quatre représentant des nudités et des postures +indécentes capables de blesser la pudeur et la modestie +chrestienne s’ils estoient exposez en vente, la Compagnie +a aresté qu’ils seront jettés au feu, en présence de Messieurs +Soufflot et d’Estréchy. »</p> +</div> +<p class="drap">M. le Verrier, rue Percée.</p> + +<p class="drap">M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.</p> + +<p class="drap">M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.</p> + +<p class="drap">M. Marchand, rue Tictonne.</p> + +<p class="drap">M. Destrichy<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[3]</a>, rue Bertin Poirée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[3]</span></a> Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans +la note précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie +scorbutique à Paris, il fit une déclaration curieuse : +« M. d’Etrechy a dit que si l’augmentation des malades +venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques jours continue, il y +en aura trois mil ou environ dans dimanche prochain. » +(<i>Archives hospitalières</i> par Léon Brièle, 1877, in-8, p. 69.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Clerambault, rue Jean Lointier.</p> + +<p class="drap">M. Piquet, rue de la Tixeranderie.</p> + + +<p class="c"><i>Receveur de l’Hotel-Dieu.</i></p> + +<p class="drap">M. Perlan, ruë Saint Martin.</p> + + +<p class="c"><i>Greffier de l’Hotel-Dieu.</i></p> + +<p class="drap">M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p114">-114-</span><i>Receveurs et Greffiers des Incurables.</i></p> + +<p class="drap">M. Garilde, rue du Four S. Germain.</p> + +<p>Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les +Mercredis et les Vendredis, depuis dix heures +jusqu’à midi.</p> + +<p>Il y a encore une autre scéance du même +Bureau à l’Archeveché, tous les Samedis aux +mêmes heures.</p> + +<p>Messieurs du Bureau prennent une sorte de +vacance pendant les vacations du Parlement, +mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler +pour les affaires urgentes une fois la semaine +seulement, alternativement au Bureau ordinaire +et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit +et le Samedi à l’autre, aux heures ci-devant +marquées.</p> + + +<p class="c"><i>Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital +General.</i></p> + + +<p class="c small">CHEFS DE L’ADMINISTRATION.</p> + +<p>Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs +les premiers Presidens du Parlement, de +la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes, +Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de +Fourcy et Monsieur de la Reynie, aux adresses +ci-devant marquées.</p> + + +<p class="c small">ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.</p> + +<p class="drap">M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.</p> + +<p class="drap">M. le Vieux<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[4]</a>, cul de sac des Bourdonnois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[4]</span></a> Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute +en 1689, il passa pour y avoir contribué par ses +malversations. C’est sur cette banqueroute, d’où vint la +ruine de tant de gens, qui avoient prêté aux hôpitaux +leurs deniers à rentes viagères ou à <i>fond perdu</i>, que La +Bruyère écrivit : « Le fonds perdu, autrefois si sûr, si religieux +et si inviolable, est devenu avec le temps et par +les soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu. » +<i>De quelques usages</i>, § 39. — Les <i>Clés</i> disent qu’on chassa +les administrateurs accusés de friponnerie. Le Vieux, +quoiqu’elles le nomment, n’en étoit pas, puisque trois ans +après nous le trouvons encore ici parmi les administrateurs +de l’Hôpital général.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p115">-115-</span>M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.</p> + +<p class="drap">M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.</p> + +<p class="drap">M. le Caron, rue Bardubec.</p> + +<p class="drap">M. Hourlier<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[5]</a>, rue des fossez saint Michel.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[5]</span></a> Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais. — Le +14 août 1671, il prit part aux mesures adoptées pour +donner des nourrices aux Enfants trouvés. Il émit alors +une opinion intéressante sur la recherche des pères pour +cette catégorie d’enfants : « Monsieur Hourlier, bailly du +Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce des <i>Archives +hospitalières</i>, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu plusieurs +sentences au Châtelet, portant condamnation contre +plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans +trouvez, lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. +A esté arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver +lesdictes sentences, et Monsieur le Procureur du Roy supplié +d’en prendre soin. »</p> +</div> +<p class="drap">M. Blin, quay des Augustins.</p> + +<p class="drap">M. Berthelot, près la place des Victoires<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[6]</span></a> C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut +au chapitre des fermiers généraux des Monnoies. Devenu +fort riche, il usoit bien de sa fortune, et s’étoit ainsi donné +des droits à prendre place dans l’administration des Hospices. +On lui dut en partie celui des Convalescents : « Il +a esté dit, lisons-nous dans le <i>Récolement des archives hospitalières</i> +dressé par M. Brièle, que le prieuré de Saint-Julien +estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit +esté destiné dès le commencement. On a dit aussi que +M. Berthelot, qui a donné 60,000 livres et promis quarante +autres mille livres, a témoigné n’avoir point d’attache pour +le lieu. » (Janv. 1675.)</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p116">-116-</span>M. Petitpas, Parvis Notre Dame.</p> + +<p class="drap">M. Husson, rue du Roy de Cicile.</p> + +<p class="drap">M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.</p> + +<p class="drap">M. Rillart, près Saint Paul.</p> + +<p class="drap">M. Petitpied, rue du Jour.</p> + +<p class="drap">M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.</p> + +<p class="drap">M. de Bie, rue Bardubec.</p> + +<p class="drap">M. le Bœuf, Isle Notre Dame.</p> + +<p class="drap">M. le Febvre, près saint Sulpice.</p> + +<p class="drap">M. Thieriac, près l’<i lang="la" xml:lang="la">Ave Maria</i>.</p> + +<p class="drap">M. de Fremont<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[7]</a>, porte Gaillon.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[7]</span></a> Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des <i>Gardes +du Trésor royal</i>.</p> +</div> +<p class="drap">M. Boucot<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[8]</a>, rue Hautefueille.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[8]</span></a> Il figure déjà plus haut parmi « les gardes des rôles +des offices de France. »</p> +</div> +<p class="drap">M. David, cul de sac saint Sauveur.</p> + +<p class="drap">M. Braquet, Cloitre Notre Dame.</p> + +<p class="drap">M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.</p> + +<p class="drap">M. Gourdon<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[9]</a>, à l’Hotel de Guyse.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[9]</span></a> Il avoit prêté serment, en 1681, comme « receveur +charitable de l’Hôpital général. »</p> +</div> +<p class="drap">M. Colin<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[10]</a>, Isle Notre Dame.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[10]</span></a> Il semble avoir été chargé des aumônes de M<sup>me</sup> de +Miramion pour les hospices : « Monsieur Colin, lisons-nous +dans le <i>Récolement des archives hospitalières</i>, p. 138, +a apporté 64 louis d’or, valant 903 livres, que lui a donnés +Madame de Miramion, procédés de la queste faicte à +la Cour. » (1694, 28 avril.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Badoulleau, rue des Prouvaires.</p> + +<p class="drap">M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.</p> + +<p class="drap">M. Pirot, rue de Ventadour.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p117">-117-</span></p> + +<h3 id="c14">BANQUIERS<br> +<span class="small">POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.</span></h3> + + +<p>Messieurs le Couteux<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[1]</a>, ruë de la Tixanderie, +pour Normandie, Bretagne et païs étrangers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[1]</span></a> Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En +1773, nous retrouvons dans l’<i>Almanach d’indication</i> de Roze +de Chantoiseau : « Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, +négociants en banque ; une des plus anciennes +maisons. » Roze disoit vrai, puisqu’alors cette maison existoit, +nous en avons la preuve ici, depuis plus de quatre-vingts +ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit encore +bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de +la famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première +municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de +Canteleu, député à l’Assemblée constituante et au Conseil +des Anciens, puis sénateur et pair de France. C’est lui qui +fit bâtir, vers 1790, de la rue Montorgueil à la rue Montmartre, +sur les terrains dépendant de sa maison de banque, +toute une rue à maisons uniformes, à laquelle l’architecte +Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le +Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce +que Berryer père, dans ses <i>Souvenirs</i> (1837, in-8, t. II, +p. 320), dit sur l’ancienneté des Le Coulteux : « C’étoit +dans la banque de Paris une maison antique, une des +plus anciennes de la bourgeoisie de Paris, dont l’existence +remontoit sans interruption ni déviation en plus ni en +moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les Trubert, +les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la +capitale. »</p> +</div> +<p>M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[2]</a>, +pour les mêmes lieux, et encore ;</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[2]</span></a> On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du +voisinage de la rue de ce nom, dans laquelle le comte de +Horn, au plus fort de la crise du Système, assassina un +agioteur dans le cabaret de l’<i>Epée de bois</i>. Ce sont les +banquiers, logés alors en grand nombre rue de Venise et +surtout rue Quincampoix — nous en trouverons un plus +loin — qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. +Dancourt, en 1710, dans sa <i>Comédie des Comédiens</i> (acte II, +scène 9), fait lancer par Mezzetin un lardon contre ces +banques : « Je connois, dit-il, un bonnetier de la rue +Saint-Denis, et un banquier de la rue Quincampoix, qui, +avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont trouvé +moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur +appartiennent guère. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p118">-118-</span>Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.</p> + +<p>Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.</p> + +<p>M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour +les Provinces de Normandie et Bretagne, et +encore pour tous les Etats d’Allemagne.</p> + +<p>M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les +mêmes lieux.</p> + +<p>M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour +l’Allemagne et pour le Lionnois.</p> + +<p>M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même +Province.</p> + +<p>Et M. Michon, rue Aubry Boucher.</p> + +<p>M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, +pour Allemagne, Angleterre, Italie, +Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres +conquise.</p> + +<p>M. Rigioly<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[3]</a>, rue Quinquempoix, aussi pour +l’Italie et pour le Lyonnois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[3]</span></a> C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en +avoit eu beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, +où ils avoient même laissé leur nom aux rues des +Lombards et de Venise. Sous Louis XVI, il en existoit encore. +Nous trouvons dans l’<i>Almanach général des Marchands</i> +de 1778 : Caccia, banquier, rue Saint-Martin, vis-à-vis la +rue aux Ours ; Giambone, rue Mauconseil ; Boggiano, place +des Victoires.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p119">-119-</span>Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut +Thodé, pour les mêmes lieux.</p> + +<p>Et Messieurs Vallentin, rue</p> + +<p>M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, +Pologne, Angleterre, Hollande, etc.</p> + +<p>M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, +Bretagne, etc.</p> + +<p>M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, +Touraine, Poitou, etc.</p> + +<p>M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.</p> + +<p>M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, +Ecosse, Irlande, Hollande, Flandres conquise, +etc.</p> + +<p>M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre +Espagnole.</p> + +<p>M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, +pour tous les Païs bas.</p> + +<p>M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, +Suède, Dannemarc, Hollande, Italie, etc.</p> + +<p>Messieurs les Agens de change s’assemblent +tous les jours ouvrables vers le midy à la place +de change, joignant la conciergerie du Palais, +pour la négociation des Lettres et Billets de +Change<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[4]</span></a> <i>L’Almanach royal</i> de 1702, qui donne à peu près, +p. 64, le même renseignement, ajoute : « Le public peut +s’adresser à leur clerc, qui y demeure, pour faire avertir +lesdits Messieurs des billets perdus, lettres de change, ou +autres billets négociables. » Telle étoit alors la Bourse de +Paris : une voûte près d’une prison, pour s’assembler une +fois tous les huit jours ; et un clerc, pour répondre à tout, +le reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais +en 1644, la trouva de bien mesquine apparence auprès de +celle de Londres : « Les galeries, où l’on vend les menues +marchandises, dit-il, n’approchent pas des nôtres, non +plus que le lieu où se tiennent les négociants, qui n’est +qu’une simple voûte basse. » (<i>V.</i> Extraits de son Voyage +à la suite de celui de Lister, publié par la Société des +bibliophiles, p. 230.)</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p120">-120-</span>Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour +de Rome, voyez l’article des affaires Ecclesiastiques.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c15">ACADEMIES<br> +<span class="small">ET CONFÉRENCES PUBLIQUES<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[1]</span></a> « Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez +publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, +on en feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue +plus que dans des maisons particulières, et entre personnes +connues, on reduira seulement à trois espèces celles qui +subsistent à présent ; sçavoir celles qui ont été établies +pour perfectionner les Sciences, celles qui regardent l’Education +de la Noblesse, et celles qui concernent les beaux +arts. » Edit. 1691, p. 7-8.</p> +</div> + +<p>Il y a maintenant à Paris deux Academies +Royales, établies pour perfectionner les sciences. +La plus ancienne est l’Academie Françoise dont +le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers +fondemens et dont le Roy est protecteur.</p> + +<p>Elle est composée de quarante Academiciens, +tous gens illustres par leur qualité, par leur +mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement +appliquez à reduire la langue Françoise +dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils +tiennent leurs assemblées trois fois la semaine<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[2]</a> +<span class="pagenum" id="p121">-121-</span>au vieux Louvre<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[3]</a>, où ils distribuent tous les +ans à la saint Louis des prix considérables, à +ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce +proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[2]</span></a> On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, +puis deux fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, +pour presser le travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut +la règle : « Depuis ce temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans +une note sur l’<i>Histoire de l’Académie</i>, par Pelisson, c’est +l’usage que les trois jours ordinaires d’assemblée soient le +lundi, le jeudi, et le samedi. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[3]</span></a> « A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis +cinq ans, le Roi accorda à l’Académie françoise au rez de +chaussée du Louvre, près du pavillon des Cariatides… les +Salles, qui, après la Fronde, avoient été celles du Conseil, +et qui sont aujourd’hui dans le Musée de Sculpture les +salles de Puget et de Coustou. » (<i>Hist. du Louvre</i>, p. 66, +dans <i>Paris à travers les âges</i><a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[5]</a>.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[4]</span></a> Ces deux prix étoient : celui d’éloquence, fondé par +Balzac, qui ne fut distribué qu’à partir de 1671 ; et celui +de poésie, dont Pelisson et trois autres académiciens firent +les frais, et qu’ensuite l’Académie en corps prit à son +compte, jusqu’à ce qu’un de ses membres, l’évêque de +Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué à perpétuité.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[5]</span></a> « La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre +avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle +des séances servoit pour le travail du <i>Dictionnaire</i>, dont le +roi payoit toutes les écritures ; et pour l’examen des pièces +envoyées au concours des prix d’éloquence et de poésie que +l’Académie distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la +forme de deux médailles d’or, de trois cents francs chacune. +Ce jour là, comme la chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que +Le Mercier n’avoit pu achever au premier étage du pavillon +des Cariatides de Sarrazin, étoit à la disposition de l’Académie +françoise, dont les salles se trouvoient presque au-dessous, +les Quarante y faisoient dire une messe en musique +et prononcer le panégyrique du saint Roi. »</p> +</div> +<p>La deuxième, est l’Academie des Sciences qui +s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie, +dans la Botanique, dans la Chimie, dans +l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement +dans toutes les parties de la Philosophie et +des Mathématiques.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p122">-122-</span>Les Academiciens qui la composent s’assemblent +tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque +du Roi qui est presentement rue Vivienne<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[6]</a>, +et qui sera bien-tot à la place de Vendôme<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[6]</span></a> « Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes +ou des inventions nouvelles à proposer, dans le dessein +d’être récompensez, ou seulement recommandables. Lorsqu’il +s’agit de faits mathématiques, sur l’explication desquels +on veut prévenir les Académiciens de cette Académie, +on peut s’adresser à l’Observatoire royal, où ils ont chacun +leur appartement. » Edit. 1691, p. 8.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[7]</span></a> Ordre avoit été donné pour la construction de la +Bibliothèque à la Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en +trouve le texte dans les mss. de la <i>Collection Delamarre</i>, à +la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. Elle eût été construite au +levant, dans la partie où fut bâti l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui +Ministère de la Justice, et elle eût absorbé, par +derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par les +hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut +juger d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes, +<i>Topographie de Paris</i>, Place Vendôme.</p> +</div> +<p>Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, +ont leurs appartements à l’Observatoire +Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.</p> + +<p>Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques ; +elle a neanmoins son Academie particulière, +parcequ’elle seroit entierement inutile, +si comme les autres Arts liberaux, elle n’étoit +soutenüe de la pratique<a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[8]</a>. Cette Academie +s’exerce au quartier de saint Roch<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[9]</a> chez M. de +<span class="pagenum" id="p123">-123-</span>Francine qui en est Directeur<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[10]</a> à la répétition +des pièces de Theâtre qu’on nomme Opéra, et +qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du +Palais Roial, ce qui peut être pratiqué par la +Noblesse sans déroger.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[8]</span></a> « L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, +est principalement occupée à représenter des tragédies en +musique de la composition de M. Quinault… » Edit. 1691, +p. 8. (<i>V.</i> plus loin au chap. <i>Passe-temps et Menus plaisirs</i>.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[9]</span></a> Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit « l’hôtel de +l’Académie. » (<i>V.</i> notre <i>Hist. de la Butte Saint-Roch</i>, +p. 182.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[10]</span></a> Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.</p> +</div> +<p>La Societé Royale de Medecine est encore +une espèce d’Academie<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[11]</a> en laquelle on passe +des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est +composée de Philosophes, de Medecins, de +Chirurgiens et d’Apoticaires artistes. Elle tient +des Conférences publiques tous les Dimanches +après Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint +Antoine, chez Monsieur de Blegny qui en est +Directeur, qui a commencé cet établissement par +ordre du Roy, sous la protection de M. Daquin, +premier Medecin de S. M. Il a deja publié plusieurs +volumes d’Observations et d’Experiences, +et il travaille sans relache à faire de nouvelles +découvertes<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[12]</a>. Cette Societé a des membres en +<span class="pagenum" id="p124">-124-</span>plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent +utilement à la fin commune, qui est la perfection +du plus important de tous les Arts.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[11]</span></a> « … Est établie par ordre de la Cour, et… disciplinée +sur le pied des Académies d’établissement royal. Elle a +pour sujet toutes les sciences naturelles et les arts qui en +dépendent. » Edit. 1691, p. 12.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[12]</span></a> « M. de Blegny… a l’avantage d’avoir pratiqué et +enseigné successivement toutes les parties de la philosophie +et de la médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux +sur les sujets particuliers qui en dépendent, et inventé +diverses machines fort industrieuses, qui lui ont toujours +attiré beaucoup d’auditeurs. Il s’est retiré depuis quelque +temps à son jardin médicinal à l’entrée du faubourg Saint-Antoine, +grande rue de Pincourt, où il tient une pension +pour les malades, dont il sera parlé ci-après (<i>V.</i> plus bas, +<i>Pension pour les malades</i>). Mais on ne laisse pas de le +trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire +du Roi, à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses +conférences en hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, +qu’à cause des plantes médicinales qu’il y fait élever pour +la satisfaction et l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, +qui sont sous sa direction, et qui s’y rendent les dimanches +après le service divin, pour conférer à l’ordinaire et consulter +sur les indispositions des malades, qui se présentent, +et à qui l’on donne gratuitement les ordonnances et délibérations. +Mais en hiver, la conférence de la rue Guénegaud +se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures +de relevée. » Edit. 1691, p. 12.</p> +</div> +<p>Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, +c’est un Art qui a beaucoup de preceptes +scientifiques, mais qui sont applicables à la +mechanique active. Elle est d’etablissement +Royal et a eu feu M. Colbert pour protecteur. +Maintenant elle est sous la protection de M. de +Villacerf<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[13]</a> et tient ses assemblées tous les Lundis +de relevée, au Palais Brion<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[13]</span></a> Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du +ministre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[14]</span></a> « Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans +la rue de Richelieu. » Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, +dont une salle donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. +Il devoit son nom au duc de Damville, qui n’étoit que +comte de Brion quand le roi l’avoit fait bâtir, pour lui, en +1651. Il y logea plus tard M<sup>me</sup> de La Vallière. C’est là que +se fit, en plein air, la première exposition de peinture, en +1673. Le Théâtre françois en occupe à peu près l’emplacement. +On verra en effet plus loin que le Palais Brion étoit +« à l’entrée de la rue de Richelieu. »</p> +</div> +<p>Pour ce qui est des deux Academies établies +pour la Peinture, pour la Sculpture et pour la +Dance, elles n’ont presque pour objet que l’exercice. +La premiere qui est pour les Peintres et +pour les Sculpteurs, se tient aussi au Palais +<span class="pagenum" id="p125">-125-</span>Brion, à l’entrée de la rue de Richelieu. Elle est +composée d’un grand nombre de fort habiles +Maitres qui apportent un soin particulier à l’éducation +de leurs élèves, et qui leur fournissent +continuellement pour le dessein, des modèles +humains et vivans placez en différens jours et +en diverses postures. Ils trouvent même cet +avantage dans leurs études, que l’Academie fait +distribuer des prix considérables à ceux qui font +plus de progrès dans un certain espace de temps<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[15]</span></a> « Pour être compris dans la liste des disciples, qui +doivent y avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur +l’un des Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il +lui accorde, lui donne un billet imprimé signé de lui, et +adressant aux Officiers de l’Académie auxquels il le présente. +Après quoy ce billet ayant été pareillement signé du Recteur +qui est de quartier, et du Professeur qui est en mois, +le disciple a la liberté de se rendre tous les jours à l’Académie, +où il s’exerce avec tous les autres à dessigner des +modèles humains et vivants, placez en différents jours et en +diverses postures ; ce qu’ils continuent pendant trois mois, +laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont +ensuite examinez par les Officiers, qui distribuent une forte +médaille d’or à celuy qui a le mieux réussi, une médaille +moins pesante du même métail à celui qui approche le plus +près de la force de ce premier, et une médaille d’argent à +celui dont les desseins prévalent sur tous ceux des disciples +auxquels l’Académie n’accorde aucun prix. Après cela, on +divise la troupe en trois classes, relativement à la capacité +des disciples. Ceux de la première entrent et se placent +avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le +même ordre ; mais avant que les entrées se renouvellent, on +recommence aussi la cérémonie des billets et des presentations +cy-devant expliquées. Outre les prix qui se distribuent, +comme il vient d’être dit, il s’en distribue encore quatre +autres à la Saint Louis, qui donnent encore plus d’émulation +aux disciples ; par cette raison que ceux qui les ont +gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant trois ans, +aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en +travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des +copies pour Sa Majesté : outre qu’étant revenus, ils sont +préférés pour les beaux ouvrages, et reçus sans peine +membres de l’Académie, ce qui leur donne de plein droit +la liberté de travailler à Paris, et ce qui les met dans un +degré de distinction très honorable. Les élèves des peintres +et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à disputer +les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante ; à cet +effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un +esquisse de leur façon ; et, afin que l’Académie soit assurée +qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs +font faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux +qui ont présenté de bonnes esquisses ; et tous ceux de qui +les impromptus sont d’une force relative à leurs esquisses, +sont admis à travailler pour les prix qui sont au nombre de +quatre, savoir : deux médailles d’or, et deux d’argent, qui +sont distribuées aux quatre disciples qui ont travaillé avec +plus de succès, entre lesquels le plus fort reçoit encore un +laurier de la main du surintendant de ces Académies. » +Edit. 1691, p. 9.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p126">-126-</span>La deuxième qui est pour l’exercice de la +Danse<a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[16]</a> tient Salle tous les Jeudis pour eprouver +ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp +qui en est Chancelier et Maître des Balets du +Roy. Selon les statuts de cette Academie, elle +ne devroit estre composée que de treize Académiciens ; +mais ce nombre a esté augmenté<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[17]</a> par +les grâces que le Roy a bien voulu faire, à +<span class="pagenum" id="p127">-127-</span>quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de +danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[16]</span></a> « L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres +patentes à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit +il n’y a guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans +l’antichambre de Monseigneur, et les tient maintenant dans +la salle de Monsieur Beauchamp, maître des ballets du Roi, +et chancelier de l’Académie, en sa maison rue Bailleul, derrière +l’hôtel d’Aligre. » <i>Id.</i>, p. 10. — Les lettres patentes +« pour l’établissement de l’Académie royale de danse, en +la ville de Paris », avoient été vérifiées au Parlement le +30 mars 1662.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[17]</span></a> « Et le sera probablement encore. » Edit. 1691, +p. 10.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[18]</span></a> « Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à +l’Académie, pour exercer gratuitement les personnes de +considération qui s’y trouvent, et les élèves des Académiciens, +qui aspirent d’être admis à l’Académie, et qui ont, à +cet effet, leurs protecteurs, par qui l’Académie est certifiée +de leur capacité lors de leur réception, qui se fait toujours +après la convocation de plusieurs personnes qualifiées, et +des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils font une +expérience de chef-d’œuvre : après quoy, ils sont en plein +droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers +privilèges que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, +où l’on est reçu seulement en payant une somme +très modique, et en donnant une bourse de jetons d’argent +qui sont distribués au nombre de deux à chacun des maîtres +qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice et encore +les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les Académiciens +à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient +ce jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, +ainsi que le premier jour de mai. » <i>Id.</i>, p. 10.</p> +</div> + +<p class="c small">CONFÉRENCES.</p> + +<p>Il y a un concours de scavans toutes les +aprésdinées chez M. l’Abbé Ménage, Cloitre +Notre Dame<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[19]</a>, où l’on confère sur toutes sortes +de sujets<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[19]</span></a> Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il +étoit en quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un +logis au Cloître : « Il y tint régulièrement, dit La Monnoye +dans la Notice en tête du <i>Menagiana</i>, t. I, tous les mercredis +de chaque semaine, une assemblée, qu’il appeloit, à cause +du jour, sa <i>Mercuriale</i>, où il eut la satisfaction de voir toujours +un grand concours de gens de lettres, tant françois +qu’étrangers. » La maison où il logeoit, existe encore rue +Massillon, n<sup>o</sup> 4. C’est celle où La Harpe mourut. (<i>Rev. +archéolog.</i>, t. IV, 1<sup>re</sup> part., p. 144.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[20]</span></a> « La conférence de M. de la Courtière, qui se tient +rue Saint-Jean de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, +et pour accessoires les nouveautez de tous +genres. » Edit. 1691, p. 12.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p128">-128-</span>M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë +Hautefeüille, donne aussi entrée chez lui toutes +les aprésdinées aux Sçavans de considération, +qui tiennent une conférence curieuse sur tous +les sujets qui se présentent.</p> + +<p>M. d’Herbelot<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[21]</a>, rue de Condé, tient une autre +conférence chez lui tous les soirs après sept +heures.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[21]</span></a> C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au +collége Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, +auteur de la <i>Bibliothèque orientale</i>, qui fut publiée in-fol. +en 1697, deux ans après sa mort.</p> +</div> +<p>Les Mardis de relevée, on tient une conférence +curieuse chez M. le Marquis d’Angeau, +Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[22]</span></a> L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, +trop occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement +grammaticale, et qu’on appeloit la <i>Martiale</i>, +parce qu’elle avoit lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la +fréquenta quelque temps, se vengea de l’ennui qui l’y avoit +gagné et des habitudes de purisme qu’il y avoit failli +prendre, par cette épigramme :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Je sens que je deviens puriste,</div> +<div class="verse">J’aligne au cordeau chaque mot,</div> +<div class="verse">Je suis les Dangeaux à la piste :</div> +<div class="verse">Je pourrois bien n’être qu’un sot.</div> +</div> + +</div></div> +<p>Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la +Roque, ruë de Guénégaud, sur diverses matières +scientifiques<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[23]</span></a> L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit +le <i>Journal des Savants</i> à la place de Gallois, et depuis +1683, le <i>Journal de Médecine</i>, dont il étoit le fondateur. Ses +conférences du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement +décrites par Le Maire dans son <i>Paris ancien et nouveau</i>, +1685, in-12.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p129">-129-</span>Les Samedis aussi de relevée, chez M. le +Chevalier Chassebras du Breau, Carrefour saint +Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et +sur les sciences<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[24]</span></a> « Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, +rue Christine, a pour objet les Mathématiques. » +Edit. 1691, p. 12.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c16">BIBLIOTEQUES<br> +<span class="small">PARTICULIERES ET PUBLIQUES.</span></h3> + + +<p>Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques +entrées dans les Biblioteques suivantes : +sçavoir ;</p> + +<p>A la Biblioteque du Roy qui est encore rue +Vivienne ; et qui sera bien-tôt à la place de +Vendosme<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[1]</a>, où l’on trouve encore une infinité de +Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a +eu de plus considérable dans toutes les Langues +orientales.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[1]</span></a> <i>V.</i> un peu plus haut, au chap. des <i>Académies</i>.</p> +</div> +<p>Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[2]</span></a> On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage +des rois, et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le +P. Jacob en a parlé dans son <i>Traité des Bibliothèques</i>, 1644, +in-8, sans oublier le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit +alors le bibliothécaire.</p> +</div> +<p>A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque +de Rheims<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[3]</a> ; ruë Saint Thomas du Louvre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[3]</span></a> Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque +du Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. +Il en eut un grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque +des chanoines de Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot +de Dairval, « ils font un très bel ornement par leur condition. » +<i>De l’utilité des Voyages</i>, t. II, p. 418. Le catalogue +en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en 1693, +sous ce titre : <i lang="la" xml:lang="la">Bibliotheca Telleriana</i>. Le sorboniste Ph. +Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, +Le Tellier avoit donné la plupart de ses <i>manuscrits</i>, 500 +environ, françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque +du Roi.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p130">-130-</span>A celle de Monseigneur le Chancelier<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[4]</a>, rue +S. Loüis du Marais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[4]</span></a> Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son +prix, depuis surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, +en 1685, une riche collection de copies faites sur le recueil +de M. de Loménie, dont l’original étoit à la bibliothèque +du Roi. Tous les livres de Boucherat portent sa devise : +un coq avec un soleil, avec ces mots : <i lang="la" xml:lang="la">Sol reperit vigilem</i>.</p> +</div> +<p>A celle de Monsieur le Premier Président, +Cour du Palais, qui est remplie d’excellens +Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques +et modernes.</p> + +<p>A celle de Monseigneur de Menars, Président +à mortier, près la Porte de Richelieu, où sont +la plus grand part des plus curieux livres de +M. de Thou<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[5]</span></a> Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de +son possesseur M. de Ménars, au <i>chapitre</i> des Présidents à +mortier.</p> +</div> +<p>A celle de Monseigneur Talon<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[6]</a>, aussi President +à mortier, rue Saint Guillaume.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[6]</span></a> Nous ayons aussi parlé de lui, au <i>chapitre</i> des Présidents +à mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui +venoit de son père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, +l’histoire, la philosophie, en étoient, comme on le pense +bien, le fond principal.</p> +</div> +<p>A celle de Monseigneur l’Avocat Général de +la Moignon, à l’Hotel d’Angoulesme<a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[7]</a>, où il y a +un grand nombre de belles Médailles antiques<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[7]</span></a> Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le +président de Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien +Baillet pour bibliothécaire.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[8]</span></a> Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit +rapportées de ses voyages.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p131">-131-</span>A celle de Monseigneur de la Moignon de +Basville, Conseiller d’Etat<a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[9]</a>, rue où +sont les plus belles Médailles modernes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[9]</span></a> Nous avons parlé de lui au <i>chapitre</i> des Intendants. Il +l’étoit du Languedoc.</p> +</div> +<p>A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, +où il y a des Tableaux, des Bronzes, +et des Médailles d’un choix particulier.</p> + +<p>A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[10]</span></a> Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les +présidents des Enquêtes.</p> +</div> +<p>A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[11]</span></a> Nous l’avons vu figurer plus haut parmi « les gardes +des offices de France », et nous avons à ce sujet parlé de +sa bibliothèque et de ses collections.</p> +</div> +<p>A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, +où il y a un grand nombre des plus rares estampes<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[12]</span></a> « Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de +quatre-vingts volumes, gros comme l’<i>Atlas</i>, lesquels contiennent +tout ce qu’il y a de beau dans tous les Etats du +monde. Tous les hommes illustres et tous les saints y sont +représentés, — au moins ceux dont on a fait des estampes. — Néanmoins +cette bibliothèque ne doit passer que pour un +recueil. » (Le Gallois, <i>Traité des plus belles Biblioth. de +l’Europe</i>, 1680, in-8, p. 130-131.)</p> +</div> +<p>A celle de M. Bultault<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[13]</a>, près la place des +Victoires.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[13]</span></a> Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, +chez les Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel +il s’étoit démis de sa charge de secrétaire du Roi, conserva +la riche bibliothèque qu’il lui légua. Elle ne fut vendue +qu’en 1711, un an après sa mort. Gabriel Martin en publia +le catalogue : <i lang="la" xml:lang="la">Bibliotheca Bulteriana</i>, 2 vol. in-12. A cette +vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins de 850 +volumes.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p132">-132-</span>A celle de M. l’Abbé de la Chambre<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[14]</a>, sur le +quay de Nesle.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[14]</span></a> « Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans +l’éloge qu’il a fait de cet académicien inconnu, étoit pour +les livres Italiens et Espagnols. » (<i>Mélanges d’histoire et de +littérature</i>, t. I, p. 97.)</p> +</div> +<p>A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue +du cimetiere saint André, où il y a beaucoup de +curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de +Monnoies, etc.</p> + +<p>A celle de la Sorbonne, où il y a de rares +manuscrits de Théologie<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[15]</span></a> Le Gallois, dans son <i>Traité</i> cité tout-à-l’heure, nous la +donne, p. 133, comme étant « sans contredit une des plus +florissantes de l’Europe. » C’étoit en 1680, elle augmenta +beaucoup, depuis. Au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, on n’y comptoit pas +moins de 5,000 mss., et 60,000 volumes. Ses principaux +bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un de ses secrétaires, +l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître que lui +dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la +Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit +du cardinal de Richelieu.</p> +</div> +<p>A celle du Collége de Loüis le Grand, rue +saint Jacques, composée en partie de celle de +M. Fouquet<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[16]</span></a> Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite +en marge de l’exemplaire du <i lang="la" xml:lang="la">De Bibliothecis parisiensibus</i>, +de Dan. Maichel, 1729, in-8, p. 94, que nous possédons, +le Fouquet auquel les Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit +leur bibliothèque n’étoit pas Fouquet, le surintendant, +mais Fouquet, marquis de la Varenne. Les livres acquis avec +l’argent de son legs se distinguoient par un double Φ, sur +le dos de la reliure.</p> +</div> +<p>A celle des Chanoines Reguliers de sainte +Geneviève du Mont<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[17]</span></a> <i>V.</i> ce que nous avons dit plus haut, à propos de la +bibliothèque de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, +où nous l’avons vue encore, au dernier étage de cette +partie de l’abbaye Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une +dépendance du collége Henri IV. En 1768, on la rendit +publique trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le +samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant en de +nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége +Montaigne. <i>V.</i> plus bas.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p133">-133-</span>A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[18]</span></a> Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi, +principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui +vinrent au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, +de l’abbé Renaudot, etc. <i>V.</i> ce qu’en dit D. Bouillart dans +son <i>Hist. de Saint-Germain des Prés</i>, 1724, in-fol. — Malgré +l’incendie de 1792, et un vol en 1791, qui fit passer 120 de +ses mss. en Russie, la Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de +9,000 de cette seule provenance.</p> +</div> +<p>A celle du Chapitre de Notre Dame<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[19]</span></a> Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites +chambres dans la cathédrale même, et ne comptant au +<small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle que 5,000 volumes au plus. Le principal fonds +en étoit venu de Claude Joly, dont nous avons parlé au +chapitre des <i>Affaires ecclésiastiques</i>. Il tenait de son grand-père, +l’avocat Loisel, un certain nombre de mss. qui passèrent +avec les siens et les autres du chapitre à la Bibliothèque +du Roi, par une donation que firent les chanoines, +le 24 avril 1756.</p> +</div> +<p>A celle du Collége de Navarre, montagne +sainte Geneviève<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[20]</span></a> Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. +Sa bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de +Navarre, fondatrice du collége, avoit pour principale richesse +la plus grande partie des livres de l’illustre curieux du temps +de Louis XIII, le provençal Peiresc, et de nombreux volumes +sur peau vélin, avec initiales en miniature. De ses nombreux +<i>mss.</i> il n’en arriva que 124 à la Bibliothèque Nationale +pendant la Révolution.</p> +</div> +<p>A celle du Collége de Boissy<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[21]</a>, rue du Cimetière +saint André.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[21]</span></a> Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége +fondé en 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. +Il étoit en 1692 en complète décadence, dont il ne se releva +que l’an d’après. Sa bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il +paroît, restée assez riche.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p134">-134-</span>A celle des Augustins Réformez de saint Germain +des Prez<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[22]</span></a> L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place +de leur couvent. La bibliothèque n’en devint importante +que lorsque le président de la Cour des Monnoies, Gilbert +Mauguin, lui eut légué ses 12,000 volumes de théologie et +de jurisprudence, en 1674. Elle s’augmenta encore, en 1728, +de ceux du copiste Jean Pontal. On y remarquoit 14 volumes +in-fol. d’<i>Antiphonaires</i>, tous écrits, notés et enluminés, au +<small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, par le P. Trochereau, un des moines du +couvent.</p> +</div> +<p>A celle des Augustins Déchaussez, rue des +Victoires<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[23]</span></a> Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des +Victoires, dont il ne reste que l’église, une caserne des +gardes de Paris, ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. +On y comptoit, vers le milieu du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, environ +30,000 volumes. Auprès de la bibliothèque étoient un cabinet +de peinture, et un autre d’histoire naturelle et d’antiquités.</p> +</div> +<p>A celle des Célestins, près l’Arsenal<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[24]</span></a> On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris +les manuscrits, dont les plus précieux venoient de la +bibliothèque que le frère de Charles VI, Louis d’Orléans, +conservoit dans son hôtel de <i>Pute y musse</i>, voisin du couvent. +Un des deux seuls exemplaires de l’édition xylographique +du <i lang="la" xml:lang="la">Speculum humanæ salvationis</i>, que l’on connut +au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, s’y trouvoit aussi.</p> +</div> +<p>A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint +Cosme<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[25]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[25]</span></a> Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu +plus importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit +détruit 9,000 volumes ; en 1680, elle en avoit 12,000, +mais l’on n’y trouvoit plus la plupart des beaux manuscrits +donnés par Catherine de Médicis, ni ceux des auteurs latins, +dont les Alde et les Estienne s’étoient servis pour leurs +éditions. Les 163 qui en sont venus à la Bibliothèque Nationale +sont la plupart sans grande valeur.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p135">-135-</span>A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue +saint Jacques<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[26]</span></a> Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine +lyonnois Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne +l’ayant augmentée qu’au siècle suivant. Les livres du prince, +qui, au nombre de 6,800 volumes, formoient plus d’un tiers +de la bibliothèque, s’y voyoient dans une salle à part, +nommée <i lang="la" xml:lang="la">Bibliotheca Aureliana</i>. Il n’est venu des Jacobins +à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des <small>XIII</small><sup>e</sup> +et <small>XIV</small><sup>e</sup> siècles.</p> +</div> +<p>A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[27]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[27]</span></a> « Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le +P. Jacob, mais de beaucoup moindre qualité en livres. » +Elle s’enrichit plus tard. Un des religieux du couvent lui +légua, en 1649, toute la bibliothèque de son père, médecin +en Allemagne. Le sorboniste Picque lui laissa, en 1699, les +manuscrits arabes de son cabinet, qui devaient passer en +1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se joignirent +ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous +Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les +Jacobins de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748, +le P. Bérenger avoit dressé le catalogue des livres et manuscrits +en 7 vol. in-fol. On l’appeloit quelquefois la +Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à la naissance de +Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une partie +de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui +à la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit.</p> +</div> +<p>A celle des Chanoines Réguliers de sainte +Croix de la Bretonnerie<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[28]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[28]</span></a> Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre +d’ailleurs peu important.</p> +</div> +<p>A celle du Prieuré de saint Martin des +Champs<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[29]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[29]</span></a> On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais +beaucoup de manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la +Bibliothèque Nationale ; et, comme dans tous les prieurés +de Bénédictins, un grand nombre de chartes et diplômes. +Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur, sous Louis XV, +en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été rassemblés +par Dom Pernot dans la première moitié du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p136">-136-</span>A celle des Minimes de la place Roïale<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[30]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[30]</span></a> Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud, +avoit créé le principal fonds de cette bibliothèque, en lui +léguant la sienne. Le savant Jean de Launoy en fit autant. +C’est avec ces ressources que les PP. Niceron et Mersenne +composèrent leurs ouvrages si pleins de recherches. Au +<small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu de +8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit +20,000 ; presque tous reliés en veau fauve, avec un +soleil d’or sur les plats, portant au centre le mot <i lang="la" xml:lang="la">caritas</i>, +et en exergue l’inscription : <i lang="la" xml:lang="la">Conventus parisiensis +Minimorum</i>. — L’<i lang="la" xml:lang="la">Herbarium +vivum</i>, ms. en 15 vol. in-fol., du +P. Prumier, contenant la description de toutes les plantes +qu’il avoit étudiées de 1675 à 1704, tant en Italie qu’en +Amérique, étoit une des curiosités de la bibliothèque des +Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre, pour celle +du roi, en 1768.</p> +</div> +<p>Outre les Biblioteques particulières, il y en a +quelques unes à l’usage du public, dans lesquelles +on donne entrée à tous venans aux jours +et heures ci-après marquées ; sçavoir,</p> + +<p>Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les +Lundis et Samedis du matin et de relevée<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[31]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[31]</span></a> « On commence aussi à donner entrée les lundis et +jeudis en celle du collége Mazarini. » Edit. 1691, p. 11. — Elle +avoit été ouverte pour la première fois, en octobre +1688, dans le pavillon du collége Mazarin, aujourd’hui +palais de l’Institut, où elle est encore, sous le nom de +Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut Ludovic +Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de +Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place. +Elle avoit été, comme on sait, formée pour Mazarin, par +G. Naudé, qui en parle beaucoup dans son <i>Mascurat</i>. Un +siècle après eux, elle avoit presque doublé. On n’y comptoit +que 27,000 vol. à la mort du cardinal ; en 1751, lorsque +Desmarais en fit le catalogue, il n’y en avoit pas moins +de 45,000.</p> +</div> +<p>Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les +<span class="pagenum" id="p137">-137-</span>Livres de feu M. Bouchet de Bournonville, qui +est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le +matin depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprés-dinée +depuis deux jusqu’à cinq<a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[32]</span></a> « Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus +utilement qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met +entre les mains des curieux tous les livres qu’ils demandent. » +Edit. 1691, p. 11. — C’est la bibliothèque dont Rabelais +a dressé un si burlesque catalogue. Au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, elle +s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on ne s’en +moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de grand’Chambre, +dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690, non-seulement +légué tous ses livres, mais aussi une rente pour +en acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois +jours par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici +qu’il y fut fait droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage, +neveu de La Reynie, qui possédoit une collection +inappréciable de cartes et plans, dont le plus précieux étoit +celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en passant par la +bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de Saint-Victor. +Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en 1703 +de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux +Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de +plus du double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir +l’ancienne. La Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en +possède 1265, dont un tiers de mss. latins. Dans le nombre +est le très-curieux catalogue de la Bibliothèque Saint-Victor +par Claude de Grandrue.</p> +</div> +<p>Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui +est ouverte seulement les Dimanches après +Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens +et des Apoticaires artistes ; qui confèrent +en même temps sur les Nouvelles Découvertes +qui se font dans les Sciences Naturelles et dans +les Arts qui en dépendent.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p138">-138-</span></p> + +<h3 id="c17">COLLÈGES<br> +<span class="small">ET LEÇONS PUBLIQUES<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[1]</span></a> « Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université +divers colléges où la jeunesse est instruite à très-peu de +frais, et où il y a même des bourses fondées pour l’entretien +d’un certain nombre de pauvres étudiants. » Edit. 1691, +p. 11.</p> +</div> + +<p>Les Collèges où il y a exercices ordinaires +des Humanitez, de la Rhétorique et de la Philosophie, +sont,</p> + +<p>Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis +Sorbonne<a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[2]</a>, rue saint Jacques. Celuy des Quatre +Nations sur le quay de Nesle<a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[3]</a>, celuy de Navarre<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[4]</a>, +celuy de la Marche<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[5]</a>, et celuy de Montaigu<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[6]</a> +<span class="pagenum" id="p139">-139-</span>à la montagne sainte Genevieve ; celuy +d’Harcourt<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[7]</a> et celuy de Lizieux, rue de la +Harpe<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[8]</a> ; ceux de Beauvais<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[9]</a> et de Presles<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[10]</a>, rue +saint Jean de Beauvais, celuy du Cardinal le +Moine<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[11]</a>, rue saint Victor, et celuy des Grassins<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[12]</a>, +rue des Amandiers<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[2]</span></a> Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long, +l’avoit fondé en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il +prit le double nom qu’il a ici. Les facultés de Théologie, +des Sciences et Lettres l’occupèrent sous l’Empire et la +Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole normale.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[3]</span></a> C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus +haut : « Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691, +p. 11, qui ne tiennent point chez eux de petites classes, +ont la direction de ce collége, où ils font enseigner gratis +toutes les humanités, au désir de la fondation du feu cardinal +Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en font de même au +collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[4]</span></a> Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de +Navarre, femme de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi +plus tard avec le prix de la vente de la tour de Nesle, qui +appartenoit aux rois de Navarre. Depuis l’Empire, il est +occupé par l’Ecole polytechnique. La chapelle en est curieuse. +(<i>Rev. archéolog.</i>, t. I, p. 192-200.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[5]</span></a> Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit +fondé pour des écoliers de sa pauvre province. Supprimé à +la Révolution, il devint une pension célèbre du quartier +Latin, la pension Vattier. Les bâtiments en ont disparu, +avec une partie de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, +où ils se trouvoient sous le n<sup>o</sup> 37.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[6]</span></a> Un des plus pauvres et des plus austères colléges de +Paris. Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme +y étudia. La maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis, +l’avoit fait appeler <i>Collége des Haricots</i>, nom qui resta à la +prison militaire, qu’on y installa, en 1792. (<i>V.</i> notre <i>Paris +Démoli</i>.) Ses bâtiments, qui faisoient l’angle de la rue des +Sept-Voies et de la place du Panthéon, furent démolis en +1845, pour faire place à ceux de la nouvelle bibliothèque +Sainte-Geneviève.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[7]</span></a> Un chanoine de Paris, Raoul d’Harcourt, l’avoit fondé +en 1220. Ses bâtiments, reconstruits en 1675, ont été emportés +en partie par le boulevard Saint-Michel. Ce qui reste +est occupé par le lycée Saint-Louis.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[8]</span></a> Il y a ici une erreur. Si le collége d’Harcourt fut rue +de la Harpe, le collége de Lisieux en revanche n’y fut +jamais. L’évêque de Lisieux, Gui d’Harcourt, le fonda en +1336, rue des Prêtres-Saint-Séverin ; il passa ensuite rue +Saint-Etienne des Grès, et n’en fut déplacé qu’en 1764, pour +occuper, rue Saint-Jean de Beauvais, les bâtiments du collége +de Dormans.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[9]</span></a> C’est celui dont nous venons de parler, le collége de +Dormans-Beauvais, qui devoit son nom à son fondateur, +l’évêque de Beauvais, Jean de Dormans. Il datoit de 1370. +Supprimé à la Révolution, Carnot y établit la première +école mutuelle d’essai.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[10]</span></a> Raoul de Presles l’avoit fondé en 1313 pour les pauvres +écoliers du diocèse de Soissons, d’où lui vint son premier +nom de collége de Soissons. Ramus y professoit ; c’est là +qu’il fut tué à la Saint-Barthélemy.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[11]</span></a> Il devoit son nom au cardinal Jean Lemoine, qui +l’avoit fondé en 1302. Calvin y étudia, et Lhomond y fut +professeur. Il n’en existe plus rien que le nom d’une petite +rue bâtie sur les chantiers qui en avoient pris la place.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[12]</span></a> Il ne datoit que de 1569. Le sénonois P. Grassin, +de qui lui venoit son nom, l’avoit fondé pour des écoliers +nés à Sens. Chamfort, qui s’appeloit alors Nicolas, en fut +le dernier élève distingué.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[13]</span></a> « Celui de Cambrai et celui de fondation royale, près +Saint-Jean de Latran,… celui des Trésoriers, près de la +Sorbonne. » Edit. 1691, p. 11.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p140">-140-</span>Il y a encore des Communautez Religieuses +qui ont des Maisons Collègiales dans l’étendue +de l’Université, où les nouveaux Profez sont +instruits aux Humanitez, Rhétorique, Philosophie, +etc., à sçavoir : les Grands Augustins +devant le Pont neuf<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[14]</a>, les Grands Cordeliers, +près saint Cosme<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[15]</a>, les Grands Jacobins, rue +saint Jacques<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[16]</a>, les Bernardins, au quartier saint +Victor<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[17]</a> ; les Carmes, à la place Maubert<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[18]</a>, les +<span class="pagenum" id="p141">-141-</span>Prémontrez, rue Hautefueille<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[19]</a> ; les Religieux de +l’Ordre de Grammont, rue du Batoir<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[20]</a>, et ceux +de l’Ordre de Cluny, place de Sorbonne<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[21]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[14]</span></a> Ils ont donné leur nom au quai. De leur église, construite +en 1368, on fit, sous le premier empire, le marché à +la Volaille, qui garda le nom de <i>la Vallée</i>, parce qu’on l’y +transféroit de <i>la Vallée de Misère</i>, située près du Châtelet. +Ce qui restoit, sur le quai, de l’église devenue marché, vient +de disparoître. Il subsiste encore quelque chose des bâtiments, +au n<sup>o</sup> 5 de la rue du Pont de Lodi, dont le percement, +en 1797, coupa en deux le terrain occupé par le +couvent.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[15]</span></a> Ils avoient donné leur nom à la rue, qui prit, en 1790, +celui de <i>rue de l’Ecole de Médecine</i>. Leur église y subsiste +encore. C’est le <i>Musée Dupuytren</i>. Pendant la Révolution, +ce fut le <i>Club des Cordeliers</i>, d’où Camille Desmoulins, qui +en faisoit partie, datoit son journal, <i>le Vieux Cordelier</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[16]</span></a> Nous en avons parlé un peu plus haut, à propos de +leur Bibliothèque.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[17]</span></a> Dans la rue à laquelle ils avoient fait donner leur nom, +et qui prit, en 1806, celui de rue de Pontoise, parce qu’elle +est voisine du Marché aux Veaux, que Pontoise approvisionne.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[18]</span></a> Ils n’étoient pas sur la place même, mais auprès, dans +la rue, qui leur devoit son nom. Leur église, qui datoit du +<small>XIV</small><sup>e</sup> siècle, fut démolie en 1814, pour faire place au <i>marché +Maubert</i>. Ces carmes ne sont pas à confondre avec ceux de +la rue de Vaugirard, <i>les Carmes déchaussés</i>, à qui l’on doit +l’eau de Mélisse, et dont l’église existe encore.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[19]</span></a> Ils s’y étoient établis, dès 1252, dans une des maisons +que Pierre Sarrazin, qui donna son nom à une des +rues voisines, y possédoit. Leur chapelle, située au coin de +la rue Hautefeuille, à gauche de la rue de l’Ecole de Médecine, +fut démolie et rebâtie en 1618. C’est aujourd’hui +un café.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[20]</span></a> Ils n’étoient pas rue du Battoir, mais dans le voisinage, +rue Mignon, où, depuis 1603, ils occupoient, par +suite d’un échange avec leur prieuré du bois de Vincennes, +le collége fondé en 1343, par le maître des Comptes, Jean +Mignon.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[21]</span></a> Le collége de Cluny se trouvoit en effet au coin de +cette place et de la rue des Grès. Sa fondation par Yves de +Vergy, abbé de Cluny, datoit de 1269. Quelques restes du +cloître subsistent encore. David y avoit son atelier en 1806.</p> +</div> +<p>Outre les exercices ordinaires de l’Université, +on professe la Théologie au Collège de Sorbonne<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[22]</a>, +et à celuy de Navarre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[22]</span></a> Les écoles de théologie fondées par Richelieu n’étoient +pas à la Sorbonne même, mais sur la place, au n<sup>o</sup> 2. Elles +furent supprimées à la Révolution.</p> +</div> +<p>La Jurisprudence aux Ecolles de Droit, rue +saint Jean de Beauvais<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[23]</span></a> <i>V.</i> plus haut.</p> +</div> +<p>La Médecine, au Collège des Medecins, rue +de la Bucherie<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[24]</span></a> Les écoles de médecine et de chirurgie étoient déjà rue +de la Bûcherie en 1472. Les bâtiments en furent reconstruits +en 1676, à l’exception d’un portail du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle qui existoit +encore, il y a quelques années. En 1744, on avoit +refait l’amphithéâtre, dont le dôme se voit toujours dans la +maison qui porte le n<sup>o</sup> 13, au coin de la rue de l’hôtel +Colbert. Ce n’est qu’en 1774 que ces écoles furent transférées, +où nous les voyons, dans l’ancien collége de Bourgogne +reconstruit exprès, et qu’on avoit acheté aux Bénédictins, +qui justement y avoient établi une école de chirurgie.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p142">-142-</span>Les Mathematiques, et les Langues Arabe, +Grecque, et Hebraique, au College Royal, Place +de Cambray.</p> + +<p>Les autres Collèges dont les revenus ne servent +maintenant qu’à l’entretien des Bourciers, sont +pour les Provinces du Maine et d’Anjou, celui +de Bayeux<a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[25]</a> ; pour ceux du Diocese de Narbonne<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[26]</a>, +celui de ce nom ; pour la Bourgogne, +celui du même nom<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[27]</a> ; pour le Diocèse d’Arras, +encore celui du même nom<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[28]</a> ; pour la Touraine, +celui de Tours<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[29]</a> ; pour le Diocèse de Vienne et +<span class="pagenum" id="p143">-143-</span>de Bourbonnois, celui du cardinal Bertrand<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[30]</a> ; +pour le Limosin, celui de saint Michel<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[31]</a> ; pour +Theroüenne, celuy de Boncourt<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[32]</a> ; pour le Diocèse +de Bayeux, celui de M. Gervais<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[33]</a> ; pour le +Diocèse de Rheims, celuy du même nom<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[34]</a> ; pour +<span class="pagenum" id="p144">-144-</span>le Diocèse de Séez, celui de ce nom<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[35]</a> ; pour ceux +de Paris et de Beauvais, celui de sainte Barbe<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[36]</a> ; +pour ceux de la famille de feu M. Fortet, et à +leur deffaut, pour Paris et saint Flour, celui +de Fortet<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[37]</a> ; pour ceux de la Famille de Godefroy +<span class="pagenum" id="p145">-145-</span>de Boissy, celui du même nom<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[38]</a> ; tous lesquels +sont dans l’enclos de l’Université.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[25]</span></a> Il avoit été fondé par Guillaume Bonnet, évêque de +Bayeux. L’inscription, que l’on put lire jusqu’à sa démolition, +il y a vingt-cinq ans, au-dessus de la porte gothique, +rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 107 : <i lang="la" xml:lang="la">Collegium Bajocence, fund. anno +1308</i>, dispensoit de chercher la date de la fondation. On +l’avoit réuni à l’Université en 1763.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[26]</span></a> Autre fondation épiscopale. On la devoit à Bernard de +Fages, archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se +trouvoit rue de la Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole +de Médecine ; rebâti en 1760, et réuni trois ans après à +l’Université, il étoit, depuis la Révolution, un hôtel garni, +lorsqu’on le démolit vers le même temps que celui de +Bayeux.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[27]</span></a> « Rue des Cordeliers. » Edit. 1691, p. 11. — La +comtesse Jeanne de Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour +vingt pauvres écoliers de sa province. Nous avons dit, dans +une des notes précédentes, comment il devint l’Ecole de +Médecine.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[28]</span></a> Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’<i>Arras</i>, +Nicolas Le Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni, +en 1763, à celui de Louis-le-Grand. Il avoit été transféré +de la rue Chartière dans la rue des Murs, qui en prit le +nom de rue d’Arras, qu’elle porte encore.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[29]</span></a> Il étoit au n<sup>o</sup> 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333, +l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé. +Les bâtiments reconstruits en 1730 existent encore.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[30]</span></a> On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au +n<sup>o</sup> 22 de la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun, +cardinal Pierre Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en +1764, on l’eut réuni au collége Louis-le-Grand, l’école gratuite +de dessin y fut établie pendant quelques années. Il +fut démoli sous le premier empire.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[31]</span></a> L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé +rue de Bièvre, au <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle, sous l’invocation de saint +Michel. On l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme +limousin, l’abbé Dubois y avoit étudié.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[32]</span></a> Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud, +dont on fit de Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit +pauvres écoliers, en logique ou philosophie, venus de Thérouanne, +pays de P. Bécoud, en furent, d’abord, les seuls +élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que celui de Tournay, +au collége de Navarre, qu’il joignoit par une espèce de pont +qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses priviléges +lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons +encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui +malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis +qu’en 1552 Charles-Quint l’avoit complètement détruite. +Lorsque l’Ecole polytechnique fut fondée au collége de Navarre, +on en mit les bureaux au collége de Boncourt, qui, +depuis lors, a été entièrement démoli.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[33]</span></a> <i>Gervais</i> Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de +Charles V, l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége +de <i>Notre-Dame de Bayeux</i>, à cause du canonicat de son +fondateur, et des élèves que Bayeux y envoyoit. Il étoit +situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie aujourd’hui à la +rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une caserne +d’infanterie.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[34]</span></a> « Derrière Saint-Hilaire. » Edit. 1691, p. 11. — Ce +collége étoit rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409, +en exécution d’une clause du testament de Guy de Roye, +archevêque de Reims. Il n’en reste plus rien, depuis longtemps.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[35]</span></a> La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire. +Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en +1404, avoit légué l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi +qu’en 1427. Ce collége n’avoit que huit boursiers, dont +quatre du diocèse de Séez. Un don de Jean Aubert, en +1634, permit d’en augmenter le nombre. P. Lallemand, +évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque entièrement, +en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni, dit +<i>de Nassau</i>. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles, +avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[36]</span></a> Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant, +professeur de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel +de la rue des Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien, +qui avoit appartenu à P. de Châlon. Sainte +Barbe, à laquelle il fut dédié, étoit, dit M. J. Quicherat, +« la vierge savante qui passa de la plus tendre jeunesse +dans l’éternité… après avoir vaincu dans la discussion les +plus habiles défenseurs du paganisme grec. » (<i>Hist. du collége +Sainte-Barbe</i>, t. I, p. 9-10.) — Ce collége ne s’administra +lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque +Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait +don de l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle. +Il y créa aussi sept bourses : trois grandes, pour les +diocèses d’Autun, de Rouen, d’Evreux et de Paris ; et +quatre petites pour les paroisses qu’il avoit administrées : +celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi, +et celle de la Neuville d’Aumont. C’est pour +ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous voyons +ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis +à Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe +devint l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son +nom, qu’il a gardé.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[37]</span></a> Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit +son nom au chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition +testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé +l’argent disponible pour cette fondation. Comme il étoit +d’Aurillac, quatre bourses étoient destinées à des enfants de +cette ville ou du diocèse de Saint-Flour, mais pris de préférence +dans sa famille. Quatre autres bourses étoient réservées +pour Paris.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[38]</span></a> <i>V.</i> ce que nous avons dit plus haut de ce collége de +Boissy, situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa +bibliothèque.</p> +</div> +<p>On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement +par ordre et aux dépens du Roi, au +Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor, +la Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la +Botanique. Le public est averti de l’ouverture +des Leçons par des Affiches, au commencement +de l’hiver pour les Dissections Anatomiques, et +pour les Opérations Chirurgicales, et au commencement +de l’Eté pour la Démonstration des +Plantes et pour les Préparations Chimiques<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[39]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[39]</span></a> « Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait +aussi chaque année des dissections anatomiques et des +opérations chirurgicales, mais à prix d’argent. » Edit. 1691, +p. 13.</p> +</div> +<p>Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers, +on fait aussi annuellement et gratuitement tous +les Hivers des Démonstrations Chirurgicales +Anatomiques, suivant la fondation de feu +M. Biennaisse<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[40]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[40]</span></a> « Le public est averti des unes et des autres par des +affiches. » <i>Ibid.</i> — Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès +de l’église dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens, +étoient plus exclusivement chirurgicales que celles de la rue +de la Bûcherie, dont il a été parlé plus haut. Elles avoient +eu pour origine la confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien +fondée, dit-on, par saint Louis. C’est par son testament +que M. Jean Bienaise, mort le 21 décembre 1681, après +avoir été un des bons praticiens de son temps, avoit laissé +six cents livres de rente pour deux professeurs chargés de +faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il +est ici question.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p146">-146-</span></p> + +<h3 id="c18">MATHÉMATIQUES.</h3> + + +<p>Les Professeurs ès Mathématiques qui sont de +l’Académie Royale des Sciences et qui ont des +appartemens à l’Observatoire Royal, pour les +Observations Astronomiques, sont M<sup>rs</sup> Cassüni<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[1]</a>, +de la Hire<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[2]</a>, Couplet<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[3]</a>, Sédillot<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[4]</a> et Cusset<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[1]</span></a> Jean Dominique, le premier et le plus célèbre de la +dynastie des Cassini, né en 1625 à Nice, mort en 1712 à +Paris. (<i>V.</i> son Eloge dans les <i>Œuvres</i> de Fontenelle, t. V, +p. 322.) Ses principales découvertes en astronomie s’y +trouvent analysées.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[2]</span></a> Philippe de La Hire, de l’Académie des sciences, +comme Cassini, et professeur de mathématiques et d’astronomie +au collége de France. Il mourut en 1719 à soixante-dix-neuf +ans. Fontenelle a fait aussi son éloge, t. VI, p. 1.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[3]</span></a> Claude-Antoine Couplet, qui fut plutôt ingénieur-mécanicien +qu’astronome. Aussi n’étoit-il logé à l’Observatoire +que comme garde du cabinet des machines. Il mourut le +22 juillet 1722, à quatre-vingt-un an. (<i>V.</i> son éloge dans +Fontenelle, t. VI, p. 159.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[4]</span></a> Il n’est guère connu que par la part qu’il prit, en 1718, +au voyage du second des Cassini, pour la prolongation de +la mesure du méridien jusqu’à Dunkerque.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[5]</span></a> Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant +du Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science. +On a de lui, dans les <i>Mémoires de l’Académie</i> de 1703, une +lettre curieuse à La Hire sur la montagne soi-disant inaccessible +du Dauphiné.</p> +</div> +<p>M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture +qui se tient au Palais Brion<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[6]</a>, où il +fait des leçons publiques d’Architecture, par +conséquent sur la Coupe des pierres. +<span class="pagenum" id="p147">-147-</span>M. Rolle<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[7]</a> qui est aussi de l’Académie Royale +des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre, +demeure rue</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[6]</span></a> <i>V.</i> plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance +du Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie +d’architecture avant d’être installée au Louvre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[7]</span></a> Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on +le dit ici, fut sa science préférée ; il n’eut pas à le regretter. +Elle le mena droit à l’Académie des sciences, et la solution +d’un problème posé par Ozanam lui valut une gratification +de Colbert, que l’abbé Gallois, secrétaire des ministres, +dont Rolle avoit accepté la collaboration, fit bientôt changer +en pension durable. Il mourut en 1719, à soixante-sept +ans. Fontenelle a écrit son éloge. (<i>V.</i> ses <i>Œuvres</i>, t. VI, +p. 74.)</p> +</div> +<p>M. Sauveur<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[8]</a>, rue et rue +sont Professeurs Royaux au Collége de Cambray<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[8]</span></a> Un des plus illustres savants de son temps, pour les +mathématiques et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il +mourut, en 1716, à Paris. (<i>V.</i> son <i>Eloge</i> parmi ceux que +Fontenelle a faits des membres de l’Académie des sciences, +t. V, p. 466.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[9]</span></a> C’est le collége de France, souvent appelé comme il +l’est ici, parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de +Cambray, qui lui-même avoit donné son nom à la place +où il s’ouvroit. Sauveur professoit au collége de France +depuis 1686.</p> +</div> +<p>M<sup>rs</sup> Hébert, Professeur au Collége de Maitre +Gervais, rue du Foin<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[10]</a>, et Varignon<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[11]</a> au Collége +Mazarini<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[12]</a>, sont encore d’une très particuliere +distinction.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[10]</span></a> Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être +au lieu d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite +à Caen, où il resta en relation avec Varignon. (<i>V. Histoire +de l’Académie des sciences</i>, année 1719, p. 39.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[11]</span></a> Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris +en 1722, grand ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle, +auquel il légua tous ses papiers, et qui a fait son +éloge, t. VI, p. 182.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[12]</span></a> En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie +des sciences, il étoit fait professeur de mathématiques +au collége Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après +avoir fait sa classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il +avoit aussi une chaire au collége de France.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p148">-148-</span>Les Professeurs qui enseignent chez eux et en +Ville toutes les parties des Mathématiques, sont +M<sup>rs</sup> Ozanam, rue de Seine<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[13]</a>, Lieutault, rue des +fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries +Saint Germain, et de Blegny le jeune, +près la Madelaine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[13]</span></a> Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes, +mort à Paris le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des +sciences en 1701. Ses <i>Récréations mathématiques et physiques</i>, +dont la 1<sup>re</sup> édition est de 1699, in-8<sup>o</sup>, sont un des +premiers ouvrages de physique amusante que l’on ait publiés. +Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge d’Ozanam.</p> +</div> +<p>Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens +Mathématiques, sont M<sup>rs</sup> le Bas, aux Galleries +du Louvre<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[14]</a>, Chapotot<a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[15]</a> et Buterfield<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[16]</a>, sur le +Quay de l’Horloge<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[14]</span></a> Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe +Lebas, mort en 1677. Le logement que celui-ci avoit +occupé depuis le 26 janvier 1670, « avec les autres artisans +de réputation dans la galerie du Louvre, destinée à cet +effet », ainsi qu’il étoit dit dans son brevet, avoit été conservé +à son fils. Un ouvrier du même métier, nommé +Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (<i>Registres du +Secrétariat</i>, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr., +n<sup>o</sup> 2771.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[15]</span></a> Ozanam a parlé de lui dans ses <i>Récréations mathématiques</i>… +1696, in-8, t. II, p. 277 : « Le sieur Chapotot, +dit-il, ingénieur du Roi, et fabricateur des instruments de +mathématiques à Paris, dont l’habitude est de renchérir sur +les plus belles inventions. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[16]</span></a> C’étoit un mécanicien allemand, — Lister dit anglais, — qui +s’étoit établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et +que plusieurs mémoires : <i>Niveau d’une nouvelle construction</i>, +1677, in-12 ; <i>Adomètre nouveau</i>, 1681, in-12, etc., +avoient déjà fait avantageusement connoître. Il y mourut en +1724. On lui doit de grands quarts de cercle qui ont beaucoup +contribué à sa célébrité. Ses boussoles-cadrans, qu’il +faisoit d’ordinaire en argent, s’appeloient, de son nom, des +<i>Butterfield</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[17]</span></a> Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit ; +et déjà sous Louis XIV — Chapotot, d’après notre avant-dernière +note, en est la preuve — les fabricants d’instruments +de mathématiques y prenoient le titre « d’ingénieur. » — Quelques +années après la publication de ce +<i>Livre commode</i>, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit +à côté de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon, +dans ses <i>Diversités curieuses</i>, 1699, in-12, t. II, +p. 57, a parlé de lui, à propos d’un « cadran équinoxial, +universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille aimantée, pour +voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires sur +toutes sortes de plans… Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement +inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les +instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux +deux globes, sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p149">-149-</span>On trouve des Cartes de Geographie très curieuses +chez M. Samson<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[18]</a>, aux Galleries du +Louvre, et chez Mademoiselle du Val<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[19]</a>, sur le +Quay de l’Horloge.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[18]</span></a> Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe +du Roi, comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué +le 27 août 1648, dans l’une des premières émeutes de la +Fronde. Adrien Sanson mourut le 16 mai 1703.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[19]</span></a> Son père P. Du Val étoit « géographe ordinaire du +Roi. » Elle vendoit ses livres, entre autres un <i>Traité de +géographie</i>, revu et augmenté, quand Du Val fut mort, par +le P. Placide, augustin déchaussé, qui étoit aussi « géographe +du Roi. » Ce Traité devint la base du volume +classique, connu sous le titre de <i>Géographie de Crozat</i>, qu’il +devoit à la fille du riche financier Crozat, pour laquelle +on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre +son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares +exemplaires où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La +boutique de M<sup>lle</sup> Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge. +On lit, en effet, sur le titre : « Chez Mademoiselle Du +Val, fille de l’auteur, rue Saint-Jacques, au Dauphin d’or, +vis-à-vis la rue de la Parcheminerie. »</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p150">-150-</span></p> + +<h3 id="c19">MEDECINE ORDINAIRE.</h3> + + +<p>Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire, +est celle qui est légitimement pratiquée +par gens graduez, qui se rapportent assez dans +les principes et dans les maximes essentielles, +pour se rendre reciproquement compte de leur +conduite lors des Consultations.</p> + +<p>M. le Premier Medecin du Roy<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[1]</a>, a son appartement +au Jardin Roial des Plantes, où il loge +quand il est à Paris<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[1]</span></a> Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi +étoit Daquin, dont les appointements cumulés ne s’élevoient +pas à moins de 37,000 livres, suivant l’<i>Etat de France</i> de +1692, p. 235.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[2]</span></a> Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes, +de la chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet +3,000 livres, qui se confondoient avec les 37,000 de ses +appointements généraux.</p> +</div> +<p>Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant +par quartier<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[3]</a>, qui pratiquent à Paris avec +beaucoup de réputation, par exemple :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit : deux par +quartier, ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter, +dit l’<i>Etat de France</i>, « 273 livres 15 sous de livrées, chacun +pour sa bouche à cour. »</p> +</div> +<p>Messieurs Lallier<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[4]</a>, rue des Prouvaires, Du +Gué<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[5]</a>, près saint Paul, Fresquière<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[6]</a>, rue sainte +Avoye, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier +d’avril. Il étoit aussi, selon l’<i>Etat de France</i>, médecin de +la Bastille.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[5]</span></a> Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[6]</span></a> Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant +le trimestre de janvier.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p151">-151-</span>Messieurs du Chesne<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[7]</a>, rue de la Sourdière, et +Armand<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[8]</a>, près saint Gervais, sont encore des +Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup +d’employ à Paris.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[7]</span></a> Il étoit médecin du duc de Bourgogne.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[8]</span></a> Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère +que sous son prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin, +mais chirurgien, et comme tel attaché à la maison de Madame, +duchesse d’Orléans.</p> +</div> +<p>M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de +Medecine de Paris, demeure ruë de Bièvre.</p> + +<p>M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure +ruë de Grenelle, quartier saint Honoré.</p> + +<p>Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le +Rat, rue du Four S. Germain, sont Professeurs +en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau +Saint Gervais, et de la Carlière, rue du +Batoir, en Botanique et Pharmacie.</p> + +<p>On peut recouvrer la Liste des Docteurs de +cette Faculté chez le Concierge de leur Collège +rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens +d’une profonde érudition, entre lesquels il y en +a un grand nombre qui sont fort renommez dans +le public : par exemple, Messieurs Morin<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[9]</a>, rue +Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[10]</a>, rue +<span class="pagenum" id="p152">-152-</span>de Grenelle, Finot<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[11]</a>, rue de la Monnoye, Mathon, +à la Pierre au Lait, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[9]</span></a> Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son +voyage à Paris, dit être « des gens fort instruits. » L’un, né +à Toulon, étoit naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né +au Mans, étoit médecin. Ils arrivèrent presque en même +temps à l’Académie des sciences. Louis Morin, le médecin, +qui étoit aussi grand botaniste, mourut le 1<sup>er</sup> mars 1715 +ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle a écrit son +<i>Eloge</i>. (<i>V.</i> le t. V de ses <i>Œuvres</i>, p. 380.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[10]</span></a> Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de +Paris. Son fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de +l’Académie des sciences. (<i>V.</i> Fontenelle, t. V, p. 54.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[11]</span></a> C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit +qu’il étoit « au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois +connu à Montpellier. »</p> +</div> +<p>Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[12]</a>, et +Bourdelot<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[13]</a>, rue sainte Croix de la Bretonnerie, +ont chacun un parfait assortiment de tous les +Livres de Philosophie et de Medecine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[12]</span></a> Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634 +à Paris, où il mourut en 1707. On lui doit, entre autres +ouvrages, la <i lang="la" xml:lang="la">Statica medicina gallica</i>. C’est comme conseiller-médecin +du prince qu’il logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle +a écrit son <i>Eloge</i>, t. V, p. 190.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[13]</span></a> Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la +duchesse de Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles. +Lister vante son savoir, surtout pour l’histoire de la +science qu’il pratiquoit, ce qui confirme ce qu’on lit ici à +propos de sa riche bibliothèque : « Je citerai encore, dit-il, +M. Bourdelot, médecin de la duchesse de Bourgogne, qui +est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un savant +homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine. »</p> +</div> +<p>M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la +recherche et vérification des Nouvelles Découvertes +de Medecine, demeure au Jardin Medicinal +de Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient +Bureau rue de Guenegaud tous les jours de relevée. +Celui là est fort renommé pour les Decentes, +pour les maux vénériens, pour les maladies des +femmes et des enfants, pour les hidropisies, pour +les Rheumatysmes inveterez, et généralement +pour les maladies extraordinaires.</p> + +<p>M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins +qui travailloient au vieux Louvre<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[14]</a>, et qui a pris +<span class="pagenum" id="p153">-153-</span>ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques +expériences pour les maladies croniques, il demeure +rue et près les Incurables.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[14]</span></a> Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et +dont M<sup>me</sup> de Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant +l’eau d’émeraude (édit. Hachette, t. VII, p. 411, 414), +avoient été deux : le P. Agnan nommé ici, et le P. Rousseau +qui étoit mort à cette époque. Le nom par lequel on les +désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la recommandation +de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit +donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où, +pendant près de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler. +Le frère du P. Rousseau publia en 1697, in-12, un +volume devenu rare : « <i>Secrets et remèdes éprouvez, dont +les préparations ont été faites au Louvre, de l’ordre du Roy</i>, +par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin et médecin +de Sa Majesté. » Le P. Agnan est nommé dans +l’avertissement, comme « confrère et co-inventeur de notre +illustre deffunt. » Il est resté de Rousseau, dans le <i>Codex</i>, +une sorte d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom +de vin ou « gouttes de Rousseau. » (<i>V. Le Vieux-Neuf</i>, 2<sup>e</sup> +édit., t. II, p. 388.) — Le curieux et rare volume publié en +1693, l’<i>Ancienne médecine à la mode</i>, est du capucin +Aignan, qui du reste l’a signé.</p> +</div> +<p>M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne +une poudre émétique contre les cours de ventre +et dissenteries, demeure rue Serpente<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[15]</span></a> « Le médecin Hollandais, renommé pour quelques +remèdes spécifiques, demeure rue Gille Cœur. » Edit. 1691, +p. 15. — Le remède, auquel Helvétius dut sa réputation +et sa fortune, étoit l’<i>Ipécacuhana</i> récemment importé du +Brésil, et que lui avoit fait connoître un droguiste de Paris. +Reçu docteur en médecine, et naturalisé françois, il obtint, +le 19 juillet 1688, permission de débiter son remède, pendant +quatre années, après épreuves faites à l’Hôtel-Dieu par +Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., <i>mss. Clairambault</i>, +t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une +très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent, +et ne commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique : +« Helvétius, écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691, +est en réputation même pour les fièvres, et il va partout +comme les autres médecins. » On peut lire sur lui quelques +pages curieuses dans l’<i>Elite des Bons-Mots</i>, 1731, in-12, +t. I, p. 469. — Son fils fut le riche financier philosophe, +auteur du livre <i>De l’Esprit</i>.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p154">-154-</span>La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à +la première page<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[16]</a>, vend la Biblioteque universelle +des secrets de Medecine recherchez et publiez, +par ordre de M. le premier Médecin de Sa +Majesté<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[17]</a>, le Recueil des Journaux de Médecine, +le Traité Medicinal du Thé, du Caffé et du Chocolat<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[18]</a>, +les Observations astronomiques et Medicinales +<span class="pagenum" id="p155">-155-</span>qu’on doit à l’invention des lunettes +d’aproche, et plusieurs autres Livres curieux à +l’usage des Medicins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[16]</span></a> La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement +classique, existe encore à la même place sur le quai +Conti, alors appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis +Nyon, fils de Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après +elle, son fils Jean-Luc dirigea sa librairie, et quand il fut +mort, sa femme, autre veuve Nyon, en garda la direction +jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle s’appeloit Marie-Anne +Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de Paris, +et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut +dans sa boutique du quai des Augustins, <i>à la Bible d’or</i>, +le premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[17]</span></a> L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails +sur ce point : « On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre +de M. le premier médecin du Roi, fait un recueil général +de tous les remèdes secrets, tant de ceux qui avoient déjà +été publiés que de ceux qui estoient réservez en manuscrits +dans les bibliothèques curieuses, ou qui avoient esté communiquez +par divers particuliers aux médecins de la Société +royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes +in-8<sup>o</sup>, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant +l’abreuvoir Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres +de M. de Blegny qui en est auteur. » Il nous a dit, en +effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit « préposé à la recherche et +vérification des nouvelles découvertes de médecine. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[18]</span></a> Blegny, qui tout-à-l’heure fera de si belles réclames à +ses remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié +cinq ans auparavant, et dont voici le titre exact : <i>Le bon +usage du thé, du café et du chocolat, pour la préservation +et la guérison des maladies</i>. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage +qui suit doit aussi être de lui, mais nous ne pouvons l’assurer.</p> +</div> +<p>Pour la Société Roiale de Medecine, voiez +l’article des Rapports et Verifications d’Experts.</p> + +<p>L’Histoire de la Medecine et des Medecins +nouvellement publiée par M. Bernier<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[19]</a>, auteur +de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon Langrögne, +rue saint Victor. Les premières parties +de ce Livre estant comme un extrait du Dictionnaire +Historique de Morery<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[20]</a>, on le lit avec +plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de +fortes atteintes à l’honneur de gens vertueux et +recommandables<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[21]</a>, dont apparemment il a voulu +se distinguer.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[19]</span></a> Ce sont les <i>Essais de médecine</i> de Jean Bernier, auxquels +il ne donna le titre d’<i>Histoire chronologique de la +Médecine</i>, qu’à la seconde édition, en 1695. La première +étoit de 1689. Il avoit fait, comme on le dit ici, une <i>Histoire +de Blois</i>, sa ville natale.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[20]</span></a> Dans le chapitre IV de la 1<sup>re</sup> partie de son livre, +Bernier fait, en effet, l’histoire chronologique de la médecine +et des médecins, et n’y reproduit guère que ce qu’on +en lisoit dans Moréri.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[21]</span></a> Les gens « vertueux et recommandables », dont parle +ici Blegny, sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que +Bernier malmène d’importance dans son XIII<sup>e</sup> chapitre : +<i>Des charlatans prétendus médecins, et des médecins charlatans</i>. +« Quant à nos empiriques, y dit-il par exemple, ce +ne sont ordinairement… que des banqueroutiers, des gens +ruinez ou saisis, des fugitifs, des téméraires : au moins des +gens sans étude, sans principes, sans caractère. » Parmi +tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit que +l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se +venger de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et +qui lui valut de plus directes représailles. Dans l’<i>Anti-Menagiana</i>, +publié en 1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé +dans ses <i>Essais</i>, le nomme sans pitié, et cela dès sa préface, +p. 16, où, parlant de son almanach et des ennuis qu’il +lui avoit attirés, il dit : « l’auteur en est Blegny, le bastillé +et le bastillable. » Ailleurs, p. 118, il y revient dans une +attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître Notre-Dame, +« qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans +l’<i>Almanach des adresses</i> d’Abraham Du Pradel. » Plus loin, +p. 230-231, autre attaque encore contre l’homme et son +livre. Blegny, comme on voit, n’avoit gagné à se défendre +que des horions nouveaux.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p156">-156-</span>La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à +Lyon en latin et en françois<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[22]</a>, se trouve chez +presque tous les Libraires de la rue Saint +Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[22]</span></a> Ce sont les <i>Institutions de médecine</i> de Michel Ettmüller, +mort en 1683.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c20">MEDECINE EMPIRIQUE.</h3> + + +<p>Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée +par des particuliers, dont l’étude n’a pas +esté assez réglée pour parvenir aux degrez, et +qui se fondent principalement sur les épreuves +de quelques Receptes medicinales.</p> + +<p>Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques +et des Religieux qui pratiquent à Paris +cette sorte de Medecine<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[1]</a> ; par exemple, M. l’Abbé +Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier, +et qui demeure à présent à l’Arsenal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[1]</span></a> C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier +dans son chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont +pour lui la plupart « des moines ignorants, et las de la +robe,… des pieds déchaux, qui ne savent où donner de la +tête. »</p> +</div> +<p>M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini.</p> + +<p>M. le Curé d’Evry, Village de Brie<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[2]</a>, qui donne +<span class="pagenum" id="p157">-157-</span>avec permission une boisson sudorifique, par la +chaleur de la quelle il tache de consommer les +causes des maladies.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[2]</span></a> Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert, +département de Seine-et-Marne.</p> +</div> +<p>Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le +Prieur, et qui demeure ruë de la Raquette, +Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour +un apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus +facheuses opilations dans les deux sexes<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[3]</span></a> Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd., +p. 18 : « Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans +la rue de la Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de +médecine, et qui se dit très-habile. » Rue de la Raquette, +c’est, comme on sait, rue de la Roquette. — Bernier, p. 296 +de ses <i>Essais</i>, semble faire allusion à ce remède du prieur : +« Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à connoître ceux qui +ont débité et fait valoir aux simples : qui des remèdes pour +les dents ;… qui… des stipiques à divers usages, des <i>apéritifs</i>… »</p> +</div> +<p>Le Frère Ange, Capucin<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[4]</a>, qui distribue un +Opiatte et un Sirop mesentirique et epatique, +est resident au Fauxbourg saint Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[4]</span></a> « Renommé pour la cure des maladies chroniques… +au couvent du faubourg Saint-Jacques,… a un laboratoire +assez curieux. » Édit. 1691, p. 18.</p> +</div> +<p>Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg +saint Germain, fait des recherches dans la +Chimie.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c21">OPERATIONS CHIRURGICALES.</h3> + + +<p>Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son +appartement au vieux Louvre, où il loge quand +il est à Paris.</p> + +<p>M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville, +Prevoté et Vicomte de Paris<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[1]</a>, renommé pour la +<span class="pagenum" id="p158">-158-</span>saignée et pour la grande Chirurgie<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[2]</a>, demeure +rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[1]</span></a> François Du Tertre, que l’<i>Etat de France</i> pour 1692, +t. I, p. 240, qualifie « lieutenant des chirurgiens de Paris », +retenu par le Roi pour « l’employer où il pourra en avoir +affaire. Il a cinq mille et tant de livres d’appointements. » +Les chirurgiens du Roi qui étoient au nombre de neuf, un +premier ordinaire, et huit ordinaires servant par quartier, +pouvoient, d’après une déclaration de Louis XIII, « tenir +ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où seront +les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers +chirurgiens. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[2]</span></a> Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du +Parlement.</p> +</div> +<p>Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté +des Chirurgiens Jurez de Paris, sont Messieurs +David, rue de l’Arbre sec : Cuqüel, rue +Galande, Caubouë, rue Montorgueil : et Gigot, +rue saint André.</p> + +<p>La Liste générale des maîtres de cette Communauté +se peut recouvrer aux Ecoles de Chirurgie +près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude +du chef d’œuvre<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[3]</a> et des exercices qui s’y font +en tout temps, doit faire presumer que cette +liste n’est composée que d’habiles gens ; et en +effet il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables +par quelques endroits : par exemple, +pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à +l’Hôtel Dieu<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[4]</a>. Bessière, près la Trinité<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[5]</a>. Triboulleau, +<span class="pagenum" id="p159">-159-</span>rue des Juifs. Roberdeau, rue saint +André. Haustome, rue de la Truanderie, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[3]</span></a> On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les +corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour +la communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération +faite avec succès.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[4]</span></a> On a de lui un <i>Traité des maladies des os</i>, et un +certain nombre de mémoires parmi ceux de l’Académie des +sciences.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[5]</span></a> « M. Bessière, chirurgien fameux pour les playes et +pour les grandes opérations, demeure rue d’Arnetal (Grenétat), +près la Trinité. » Edit. 1691, p. 18. — Jacques +Bessier — c’est son vrai nom — fut, en effet, célèbre. +C’est un des quatre chirurgiens auxquels le roi accorda des +lettres de noblesse, il les obtint en 1712. Julien Clément, +qu’on trouvera tout-à-l’heure, en avoit eu de semblables +l’année précédente.</p> +</div> +<p>Pour les Consultations M. Morel, rue du Bac, +près les Convalescens<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[6]</span></a> « M. Morel, premier chirurgien de la Charité, recherché +pour les consultations chirurgicales… » Edit. 1691, +p. 18. — L’hôpital des convalescents, près duquel il demeuroit, +se trouvoit rue du Bac, à la hauteur du n<sup>o</sup> 98, +qui le remplace. Il avoit été fondé, en 1642, par M<sup>me</sup> de +Bullion, femme du surintendant des finances, pour les +convalescents de la Charité. Tous y étoient admis, à l’exception +des soldats, des laquais et des prêtres.</p> +</div> +<p>Pour la Saignée Messieurs Gillet, rue d’Orléans. +Passerat, rue Neuve des Petits Champs. +Canto, rue des Boucheries saint Germain. Gervais, +rue saint Antoine. Meurisse, rue saint Jacques, etc.</p> + +<p>Pour la reduction des os rompus et demis, +M. Michault, rue Hautefeuille, etc.</p> + +<p>Pour les accouchemens, M<sup>rs</sup> Mauriceau, rue +neuve de Richelieu. Clément, rue et devant le +petit S. Antoine<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[7]</a>. Portail et Bonnamy, rue saint +<span class="pagenum" id="p160">-160-</span>Martin. Desforges, près saint Eustache. De +Frades, rue Comtesse d’Artois, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[7]</span></a> « M. Mauriceau, chirurgien-accoucheur, auteur d’un +traité des maladies des femmes, qui se vend chez d’Houry, +rue Saint-Jacques, demeure dans la rue des Petits-Champs. — Monsieur +Clément, qui a eu l’honneur d’accoucher Madame +la dauphine, demeure devant le petit Saint-Antoine. » +Edit. 1691, p. 18. — Mauriceau, qui fut si célèbre pour +les accouchements, et dont le <i>Traité des femmes grosses</i>, +qu’il publia en 1681, et qu’il traduisit lui-même en latin, +resta classique en chirurgie jusqu’à nos jours, avoit en effet +demeuré rue Neuve-des-Petits-Champs avant d’aller rue de +Richelieu. Il y logeoit, quand son <i>Traité</i>, qu’il vendoit +lui-même, parut. On lit sur le titre : « Chez l’auteur, au +milieu de la rue des Petits-Champs, <i>au bon Médecin</i>. » Cet +accoucheur avec enseigne ne doit pas surprendre. C’étoit +l’usage, que les sages-femmes continuent encore. La plupart +des chirurgiens tenoient d’ailleurs boutique, et une +enseigne leur étoit nécessaire. On lit dans les <i>Œuvres</i> de +Santeul, 1698, in-12, 2<sup>e</sup> part., p. 178, un distique qu’il +avoit fait pour une de ces enseignes : <i>Sur un tableau de la +charité de Saint Louis</i>, y est-il dit, <i>à la boutique d’un chirurgien, +proche Saint Martial</i> :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ne medicas adhibere manus dubitaveris œgro,</div> +<div class="verse i2" lang="la" xml:lang="la">Admonet hæc pietas regia, te que docet.</div> +</div> + +</div></div> +<p>Pour l’Anatomie Messieurs Chevalier, rue de +la Pelleterie, et Dalibourg, rue Neuve de Richelieu.</p> + +<p>M. Tolet Opérateur du Roy pour l’opération +de la Pierre qu’on nomme <i>Lithotomie</i>, demeure +rue Jacob près la Charité<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[8]</span></a> « M. Tolet, qui a été longtemps chirurgien de la +Charité, où il a pratiqué cette opération (de la pierre), et +qui est auteur d’un livre qui en traite particulièrement, +demeure rue Jacob, près le portail de cet hôpital. » Edit. +1691, p. 18.</p> +</div> +<p>Messieurs Collot père et fils, fameux pour la +même opération, demeurent rue de Seine quartier +saint Germain.</p> + +<p>M. Gervais, rue Mazarini au coin de la rue de +Guénegaud, a un particulier talent pour penser +les loupes, les signes et les porreaux.</p> + +<p>M. Girard Chirurgien Opérateur qui s’attache +particulierement à la Catharacte, et qui fait son +sejour ordinaire à Chalons en Champagne vient +à Paris tous les ans au Printemps, et loge rue +<span class="pagenum" id="p161">-161-</span>de la Huchette à l’enseigne des Capillaires de +Montpellier<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[9]</span></a> Enseigne toute pharmaceutique. Il sera parlé plus +bas, p. 169, n. 2, du sirop que faisoit Blégny avec « les +capillaires de Montpellier. »</p> +</div> +<p>M. Quarante qui a succédé au feu Sieur Carmeline<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[10]</a> +son oncle pour les maladies et pour les +opérations de Dens, demeure sur le quay de la +Megisserie devant le Pont neuf.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[10]</span></a> Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre +dès le temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans +<i>les Mazarinades</i>. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au +rez-de-chaussée de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, +où, suivant <i>le Chevræana</i> il s’étoit donné pour +ingénieuse devise ce vers un peu arrangé du VI<sup>e</sup> livre de +l’<i>Œnéide</i> :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse" lang="la" xml:lang="la"><i>Uno</i> avulso non deficit alter.</div> +</div> + +</div> +<p>Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier. +L’arracheur de dents par excellence fut toujours +Carmeline. Ecoutez Racine dans une lettre à son fils, du +4 octobre de cette même année 1692 : « Si vous aviez bien +lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous auriez vu qu’il +mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il n’auroit +pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline +lui eût nettoyé les dents. » En 1696, on ne nomme encore +que Carmeline ; de son neveu et successeur Quarante pas +un mot : « C’est, dit Arlequin, à la scène première du premier +acte d’<i>Arlequin Misanthrope</i> joué cette année-là, c’est +une beauté surannée, qui oublie qu’elle n’a pas une dent +dans la bouche sur laquelle Carmeline n’ait une hypothèque +spéciale. »</p> +</div> +<p>Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir, +Surin et Coupart au Pont Marie, s’exercent aux +mêmes opérations.</p> + +<p>Les Sieurs Langlois<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[11]</a>, rue Montmartre ; de +<span class="pagenum" id="p162">-162-</span>Rere et Cuvillier, à la Croix du Tiroir, sont +occupez à la reduction des os fracturez et disloquez.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[11]</span></a> Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier, +qui soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté +de Reims, une lutte fort vive, en 1695, contre « les doyens +et docteurs de la Faculté de Médecine de Paris », qui ne +vouloient pas les reconnoître, et refusoient de consulter +avec eux. Après un an de guerre de mémoires et <i lang="la" xml:lang="la">factum</i>, +le roi donna raison aux deux docteurs provinciaux. Ce +dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps de +tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664, +dans sa IV<sup>e</sup> satire : <i>le Médecin pédant</i> :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i5">… Il traite d’écolier</div> +<div class="verse">L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.</div> +</div> + +</div></div> +<p>Mademoiselle de Blegny directrice honoraire +et perpetuelle de la Communauté des Jurées +Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement +pour les personnes de la première qualité et +pour celles qui luy sont confiées, demeure chez +M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud, +première porte à droite<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[12]</span></a> Cet article est différent, moins long, mais plus curieux +dans l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer +sa femme : « la Directrice en chef honoraire et perpétuelle +des jurées sages-femmes de Paris, dit-il, demeure au +Jardin médicinal de Pincourt, où les dames de province +peuvent faire leur couche à un écu par jour. »</p> +</div> +<p>Les Directrices agentes de la Communauté, +sont Mesdames Langlois, rue Dauphine, Soret, +rue Transnonnain, Cuvilliers, place Baudoyer, +et Regnault, rue du Crucifix saint Jacques de la +Boucherie.</p> + +<p>Pour les Jurez Chirurgiens et les Jurées Sages-Femmes +du Châtelet, voyez l’article des Rapports +et Verifications d’Experts.</p> + +<p>On est renvoyé au même endroit pour le Traité +des Rapports de Chirurgie.</p> + +<p>Le Livre des Accouchemens de M. Mauriceau<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[13]</a> +<span class="pagenum" id="p163">-163-</span>et celuy des Décentes de M. de Blegny, se vendent +chez Laurent d’Houry, rue saint Jacques<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[13]</span></a> <i>V.</i> plus haut, p. 159-160, sur Mauriceau et son livre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[14]</span></a> Il avoit été reçu libraire à la place de Jean d’Houry, +son père, en 1678.</p> +</div> +<p>Le Traité des Maux Vénériens<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[15]</a> du même +Auteur, se trouve chez Estienne Michallet, rue +saint Jacques, et chez la veuve Nion, quay de +Nesle<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[15]</span></a> Les remèdes contre ces maladies étoient les plus +exploités, et cela pour de honteuses raisons que Lister nous +explique au chapitre XI et dernier de son <i>Voyage à Paris</i> +en 1698 : « Ces traitements secrets, dit-il, ont mis en +pratique de misérables petites espèces de toute sorte, et +leur ont donné lieu d’insulter les familles, sitôt qu’elles +ont été au fait de leurs malheurs… Tout le monde ici s’en +mêle, et veut avoir son spécifique contre cette maladie : +Apothicaires, barbiers, femmes, moines… »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[16]</span></a> Dans l’édit. de 1691, p. 19-20, Blégny donne bien +mieux qu’ici la liste de ses livres : « Chez la veuve Nion… +l’on trouve tous les autres livres de M. de Blegny, à sçavoir : +le <i>Recueil des nouvelles découvertes de médecine</i>, en +quatre volumes in-douze, qui se vendent huit livres — il +n’a été parlé plus haut que de l’édit. en deux volumes in-8, +sans indication de prix ; — le <i>Remède anglois</i>, publié par +ordre du Roy, qui se vend vingt sols ; l’<i>Art de guérir les +maladies vénériennes</i>, en trois volumes in-12, qui se vendent +quatre livres dix sols ; l’<i>Art de guérir les descentes</i>, qui se +vend une livre dix sols ; la <i>Doctrine des rapports de chirurgie +fondée sur les maximes d’usage et sur la disposition des +nouvelles ordonnances</i>, qui se vend une livre cinq sols ; le +<i>Bon usage du thé, du caffé et du chocolat, pour la préservation +et pour la guérison des maladies</i>, qui se vend une +livre dix sols ; les <i>Observations qui ont esté faites dans les +astres depuis l’invention des lunettes d’approche avec les +utilitez qu’on en peut tirer pour la pratique de la médecine</i>, +qui se vend une livre cinq sols, et quelques autres. »</p> +</div> +<p>On trouve un grand nombre d’autres Livres +de Chirurgie chez les mêmes Libraires.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p164">-164-</span></p> + +<h3 id="c22">MATIERES MEDÉCINALES<br> +<span class="small">SIMPLES ET COMPOSÉES.</span></h3> + + +<p>Les Marchands Epiciers qui s’attachent particulièrement +à la Droguerie medecinale<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[1]</a>, sont +pour la plu-part dans la rue des Lombards : +par exemple, Messieurs Tranchepain, Vilain et +Michon.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[1]</span></a> Les épiciers, sous prétexte de drogueries, s’étoient +faits de véritables apothicaires, mais cela n’alla pas sans +procès. Il y en eut un notamment fort grave entre ces +rivaux de la pilule et des drogues, en 1633. Gui Patin en +a parlé. (<i>V.</i> ses <i>Lettres</i>, anc. édit., t. I, p. 38, et II, p. 134.) +A Paris, l’affaire s’arrangea ; mais un siècle après, elle se +ralluma en province, à Chartres, où le démêlé entre les +épiciers et les apothicaires fit très-grand bruit en 1758. On +en trouvera quelques détails dans l’<i>Année littéraire</i> de Fréron, +1758, t. VIII, p. 256. Pendant que les apothicaires de +province contestoient aux droguistes la vente des remèdes, +les droguistes de Paris faisoient la même querelle aux religieux +carmes ou jésuites qui s’étoient mis avec eux en concurrence : +« les jésuites, écrit Voltaire à Thiriot le 15 +septembre 1768, eurent, il y a quelques années, un procès +avec les droguistes de Paris, pour je ne sais quel élixir qu’ils +vendoient fort cher, après avoir vendu de la grâce suffisante +qui ne suffisoit point, tandis que les jansénistes vendoient +de la grâce efficace sans efficacité. Ce monde est une grande +foire, où chaque Polichinelle cherche à s’attirer la foule ; +chacun enchérit sur son voisin. »</p> +</div> +<p>Il y a néanmoins de ces Droguistes en quelques +autres endroits de la Ville : par exemple, +Messieurs Andry, rue de la vieille Bouclerie<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[2]</a>, +Brousset, rue neuve saint Mederic<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[3]</a> ; Moulin, rue +<span class="pagenum" id="p165">-165-</span>des trois Maures ; Boileau, rue des Lavandières<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[4]</a>, +etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[2]</span></a> Son fils, qui se faisoit appeler Andry de Boisregard, +publia, en 1738, un volume sous ce titre : <i>Cléon à Eudoxe, +touchant la prééminence de la médecine sur la chirurgie</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[3]</span></a> « Au coin de la rue Macon. » Edit. 1691, p. 32.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[4]</span></a> « Quartier Sainte-Opportune. » <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p>Les uns et les autres vendent en gros et en +détail, généralement tout ce qui peut faire le +sujet des opérations de la Pharmacie et de la +Chimie, à l’exception de quelques métaux dont +il sera parlé dans un chapitre à part ; de la plûpart +des herbes qui sont vendues dans les Halles +et Marchez par les Herboristes, et des fleurs +qu’on trouve dans leurs temps le matin, rue aux +Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes +ou Bouquetières.</p> + +<p>Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie, +sont Messieurs Clément à l’Hôtel de +Soissons ; Gaillard, rue saint Honoré près saint +Roch, et Martel, rue saint Avoye.</p> + +<p>Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs +Harland, rue saint Jacques de la Boucherie ; +Boudet, rue saint Martin ; et Chabouillé, +rue de la Cordonnerie.</p> + +<p>Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent +ensemble qu’un même corps, ont leur +Bureau au petit cloître sainte Opportune.</p> + +<p>Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté +qui se piquent d’avoir chez eux un grand +assortiment de préparations Chimiques et Pharmaceutiques : +par exemple,</p> + +<p>Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">[5]</a>, et +<span class="pagenum" id="p166">-166-</span>Bolduc<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">[6]</a>, rue des Boucheries saint Germain, qui +opère au Jardin Royal des Plantes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556"><span class="label">[5]</span></a> Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en +1785. Il se tenoit chez lui des assemblées de savants, dont +Fontenelle, dans l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir +toute l’importance (t. VI, p. 487) : « M. Cassini, dit-il, +y apportoit ses planisphères, le P. Sébastien ses machines, +M. Joblot ses pierres d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses +dissections, et M. Homberg des opérations de chymie… +Ces conférences parurent si bien entendues et si utiles, +ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de l’établissement +des expériences de physique dans les colléges. » +Lister, au chapitre XI de son <i>Voyage à Paris</i>, a décrit +ainsi l’apothicairerie de Geoffroy : « Elle est, dit-il, dans +la rue Bourgthibourg : l’entrée de la basse-cour est par +une porte cochère avec des niches, où sont de grands +vases de cuivre. Quand vous êtes entré, vous trouvez des +salles ornées d’énormes vases et de mortiers de bronze, qui +sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les drogues +et les préparations sont en des armoires rangées autour de +ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres +et parfaitement montés. » Lister parle ensuite du fils +de Geoffroy, qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé +avec le comte de Tallard. Il le considère comme un jeune +homme de la plus belle espérance, ce qu’il ne démentit pas. +Il arriva, comme médecin, à l’Académie des sciences, et, +nous l’avons dit, Fontenelle fit son éloge.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557"><span class="label">[6]</span></a> Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le +plus grand cas : « C’étoit, dit-il (<i>Mémoires</i>, édit. Hachette, +in-18, t. VI, p. 238), un excellent apothicaire du Roy, qui, +après son père, avoit toujours été et étoit encore le nôtre +avec un grand attachement, et qui en savoit pour le moins +autant que les meilleurs médecins, comme nous l’avons +expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et d’honneur, +de discrétion et de sagesse. »</p> +</div> +<p>M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale +des Sciences, a pareillement une Apoticairerie +fort complette dans sa maison rue de Seine à +saint Germain des Prez<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558"><span class="label">[7]</span></a> Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, +en 1621, mort à Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de +l’Académie des sciences, dès sa fondation en 1666. Fontenelle, +qui a écrit son éloge (t. VI, p. 48-50), dit « qu’il +fit voir à l’Académie près de deux mille analyses de toutes +sortes de corps. » Il le vante aussi, comme apothicaire, +« pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes, qu’il +distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et très-modique. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p167">-167-</span>Il en est de même de M. Habert Syndic en +Charge des Apoticaires des Maisons Royales, +qui fait souvent des Cours publics de Chimie en +son Laboratoire, nie du Four à saint Germain +des Prez.</p> + +<p>M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et +des Camps et Armées de Sa Majesté<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">[8]</a>, qui +n’est pas moins curieux dans sa profession et +qui a fait deux préparations publiques de la +Theriaque d’Andromachus<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">[9]</a> avec un applaudissement +général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire +qui est d’un très grand effet dans les playes +d’arquebusade, ruë saint Honoré près saint +<span class="pagenum" id="p168">-168-</span>Roch<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor">[10]</a>, où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559"><span class="label">[8]</span></a> Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin +des Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. +On lui dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après +l’<i>Etat de France</i> de 1692, p. 354, non-seulement apothicaire +« des camps, hôpitaux et armées », mais aussi du +Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de Rouvière.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560"><span class="label">[9]</span></a> On attribuoit, d’après Galien (<i lang="la" xml:lang="la">De antidotis</i>, lib. I), la +composition très-compliquée de la <i>Thériaque</i>, dont le nom +venoit de la morsure des bêtes venimeuses, <i>thêra</i>, qu’elle +guérissoit, au médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une +espèce d’opiat ou d’électuaire liquide composé de drogues +choisies, dont on finit par faire une sorte de panacée. A +Venise, les magistrats présidoient à sa composition. Aussi +est-ce de là que venoit, on le verra plus loin, celle qui inspiroit +le plus de confiance. A Paris, comme il est dit ici, +la préparation s’en faisoit chaque année publiquement, et +il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (<i>V.</i> les <i>Mémoires secrets</i>, +t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa +réputation par un ouvrage sur le fameux remède : <i>Thériaque +d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires +sur l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients</i>, +Paris, 1668, in-8.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561"><span class="label">[10]</span></a> Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, +« un apothicaire-épicier », Claude-François Péaget, +dont il tint sur les fonts, le 27 décembre 1685, la fille +Marie-Charlotte, qui devint la femme de Crébillon le tragique, +et la mère de l’auteur du <i>Sopha</i>. (Jal, <i>Dict. critique</i>, +p. 455.)</p> +</div> +<p>M. Lemory<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor">[11]</a> célèbre par son livre<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor">[12]</a> et par ses +Cours de Chimie<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor">[13]</a>, qui a esté gratifié d’un Privilège +du Roy, en faveur de sa conversion<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor">[14]</a>, +continue ses exercices, et la distribution de ses +<span class="pagenum" id="p169">-169-</span>préparations Chimiques, et du sel policrete de +M. Seignette, chez luy au bas de la rue saint +Jacques<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor">[15]</a> où il vend son Livre, qu’on trouve +d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine +saint Severin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562"><span class="label">[11]</span></a> Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas +Lémery, qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à +1715, époque de sa mort, et, quoique simple apothicaire, y +jeta le plus vif éclat. Parmi ses remèdes, qui furent très à +la mode, et qui l’enrichirent, se trouvoit le <i>magistère de +Bismuth</i>, qui, tout seul, eût suffi à sa fortune. Ce n’est +pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393), « que ce +qu’on appelle du blanc d’Espagne » ; mais il n’y avoit que +lui qui en eût alors le secret à Paris.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563"><span class="label">[12]</span></a> C’est son <i>Cours de chimie</i> publié en 1675, et dont le +succès fut tel que, suivant Fontenelle, « il se vendit comme +un ouvrage de galanterie ou de satire. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564"><span class="label">[13]</span></a> La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à +la mode, lui attira l’affluence la plus choisie : « Il en ouvrit, +dit Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, +où il se logea. Son laboratoire étoit moins une chambre +qu’une cave et presque un antre magique éclairé de la seule +lueur des fourneaux ; cependant l’affluence du monde y étoit +si grande, qu’à peine avoit-il de la place pour ses opérations. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565"><span class="label">[14]</span></a> Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de +Nantes l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y +avoit perdu le droit de s’occuper de la médecine et de ce +qui en dépendoit. Lémery qui, deux ans auparavant, avoit +séjourné en Angleterre, songea d’abord à y retourner avec +tous les siens, mais il se décida enfin pour la conversion, +dont on parle ici. Dans les premiers mois de 1686, c’étoit +chose faite.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566"><span class="label">[15]</span></a> Au coin de la rue Galande. <i>V.</i> l’avant-dernière note.</p> +</div> +<p>M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du +Roy sur le quay de Nesle au coin de la rue de +Guenegaud, tient aussi un assortiment complet +de toutes les compositions, extraits, eaux distillées, +sels, et Magisteres de la Pharmacie Galenique, +et de la Chimie, tant de la préparation +de Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, +d’Italie, etc., aussi bien que les Baumes verts, +noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor">[16]</a></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567"><span class="label">[16]</span></a> « L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre +sexe, la crème de perles qui oste les boutons et rougeurs +du visage, l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la +bonté des dents ; la véritable eau de la reyne d’Hongrie et +le vrai sirop de capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, +la thériaque de Venise, le baume apoplectique +d’Angleterre, le baume blanc, le baume vert et le baume +du Pérou ; la pommade qui amortit les héméroïdes, la +poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre +les dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de +romarin, de sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres +essences fortes venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau +impériale et toutes autres eaux distillées, l’emplastre contre +les loupes et ganglions, le sirop de caffé, la panacée mercurielle, +la poudre sternutatoire, l’huile de palme. » Edit. +1691, p. 19.</p> +</div> +<p>C’est le seul artiste à qui les descendans du +Signor Hieronimo de Ferranti Inventeur de +l’Orvietan<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor">[17]</a>, ayent communiqué le secret original<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568"><span class="label">[17]</span></a> C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647, +par le charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et +qui fut surtout connu par son surnom <i>Orvietano</i>, qui devint +bientôt celui de son remède. On le croyoit bon surtout +contre les poisons et contre les maléfices. C’est pour cela +que le Sganarelle de l’<i>Amour médecin</i> veut en faire prendre +à sa fille.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569"><span class="label">[18]</span></a> « L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy +a été communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier +héritier du secret. » Edit. 1691, p. 19.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p170">-170-</span>Il dispense aussi tous les Remedes achetez et +publiez par ordre du Roy.</p> + +<p>Une conserve et une liqueur pour la guérison +des phtisiques et des poulmoniques<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570"><span class="label">[19]</span></a> « La conserve balsamique qui guérit presque tous les +poulmoniques en six semaines. » <i>Id.</i>, p. 17.</p> +</div> +<p>Une tizanne filtrée pour purger doucement et +agréablement la bile, la pituite et généralement +toutes les superfluitez.</p> + +<p>Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et +les Ulcères de la gorge, les Cancers, les Ecroüelles +ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et variqueux +des jambes et d’ailleurs<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571"><span class="label">[20]</span></a> Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à « l’emplâtre +philosophique » que sont attribuées toutes ces vertus.</p> +</div> +<p>Une Eau anodine qui appaise avec une +promptitude surprenante la douleur des dents, +toutes les espèces de Coliques, les Véroliques<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor">[21]</a>, +<span class="pagenum" id="p171">-171-</span>les Rhumatismes, les Douleurs causées par le +mercure, la Sciatique, et les Gouttes des mains +et des pieds.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572"><span class="label">[21]</span></a> C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient +la guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, +selon Palaprat dans la préface de sa comédie des <i>Empiriques</i> +jouée en 1697, des billets imprimés du genre de celui-ci : +« M. Mercurini, napolitain, guérit sûrement, promptement, +agréablement, et sans obliger à garder la maison, toutes +sortes de maladies secrètes… M. Mercurini voit les +hommes. Madame Mercurini voit les femmes. » Il nous +semble bien que ce sont M. et M<sup>me</sup> Blégny, d’autant mieux +que l’on trouvera plus loin un spécifique de leur façon, +« qui guérit promptement, sûrement » lesdites maladies. On +a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le remède de Blégny +étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de Mercurini que +lui donne Palaprat.</p> +</div> +<p>Une Liqueur de jouvence<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor">[22]</a> qui rectifie les +constitutions vicieuses, qui désopile les viscères +obstruez, qui corrige les deffauts de la digestion, +qui guérit radicalement le vertige, la migraine +et les vapeurs, qui regle les excrétions, en un +mot qui rajeunit comme une espèce de fontaine +de jouvence.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573"><span class="label">[22]</span></a> Il y a dans le chap. XIII de la 1<sup>re</sup> partie des <i>Essais +de médecine</i> de Bernier, quelques lignes contre « une eau +de Jouvence », qui pourroit bien être cette liqueur de +Blégny.</p> +</div> +<p>Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment +audessus de la Racine emétique, puis que sans +faire vomir ni causer la moindre incommodité, +elle arrête infailliblement en une ou deux prises +toutes sortes de cours de ventre, de flux de sang +et de dyssenteries.</p> + +<p>Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour +guérir promptement, seurement et infailliblement +les Maladies Vénériennes.</p> + +<p>Des grains et des liqueurs balsamiques pour +la guérison des gonorrhées, des pertes blanches, +de l’impuissance venerienne, de l’incontinence +d’urine<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor">[23]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574"><span class="label">[23]</span></a> « Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient +toutes espèces de pourriture intérieure, qui consolident +les ulcères des reins, des urètres, de la vessie et du +canal urinaire, qui arrêtent les gonorrhées habituelles, qui +fortifient tous les nerfs, qui réparent l’impuissance de +Venus, qui épuisent les pertes blanches, et qui contribuent +très-efficacement à la guérison des descentes et des paralisies. » +Edit. 1691, p. 16-17. — Cet article y est précédé +de celui-ci : « les grains dépuratifs, qui dépurent la masse +du sang, qui desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, +qui règlent toutes les fonctions naturelles, qui +amortissent les levains et qui abaissent les vapeurs, enfin +qui corrigent tous les vices habituels d’une mauvaise constitution. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p172">-172-</span>Une Epreuve végétale<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor">[24]</a> qui guérit à jamais la +douleur et la carie des Dents.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575"><span class="label">[24]</span></a> « Une essence végétale… » <i>Id.</i>, p. 17. On y lit à la +suite de cet article : « l’eau rouge de la reine d’Hongrie, +qui appaise les douleurs de la goutte et des rhumatismes en +fortifiant toutes les parties… le sirop de vanille, qui a une +propriété singulière contre la toux et contre les fluxions de +poitrine. L’antidote universel qui survient (subvient) à +toutes les maladies des pauvres gens et de leurs bestiaux. +Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans retour, en très-peu +de prises, toutes les espèces de fièvres intermittentes. Le +Trésor d’Esculape, qui contient dans un très-petit volume +une excellente panacée et divers autres remèdes expérimentez, +pour survenir (subvenir) à toutes les occasions pressantes +et subites. »</p> +</div> +<p>Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs +des femmes et qui les delivre sur le champ des +plus violentes suffocations et de la plupart des +mauvais travaux.</p> + +<p>Les Eaux d’Ange<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor">[25]</a>, de Cordoüe, d’Amarante, +de fleurs d’Oranges, de Thim, et généralement +les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent +aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et +des-infecter les chambres, et pour guérir les maladies +de sympathie<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576"><span class="label">[25]</span></a> On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur +par excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de +l’iris de Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, +etc., sur lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs +d’orange distillées.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577"><span class="label">[26]</span></a> Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de +1691, p. 17, surtout pour les « cassolettes philosophiques. » +Blégny, comme on va voir, ne les appelle alors que « cassolettes +royales. » Il parle d’abord d’une sorte d’appareil +pour le café et le chocolat, dont l’invention rappelle singulièrement +celle de nos « caléfacteurs », et devoit être +d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme +certain gourmet de Regnard à porter « cuisine en poche. » +Voici ces deux articles : « les caffetières et chocolatières +portatives, qui n’occupent à peine qu’une seule poche, et +ne laissent pas de contenir tout ce qu’il faut de thé, de +caffé, de chocolat et de sucre pour faire trois prises de +chaque boisson, la lampe, le fourneau, l’esprit de vin, le +fusil, les gobelets, les soucoupes, les cuillères, etc. — Les +cassolettes royales, par lesquelles on réduit très-agréablement +et très-utilement en vapeur les eaux d’Ange, de +Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe, +pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et +à très-peu de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, +au-dessus de laquelle on place sur deux petites consoles +de cuivre, un globule de cristal ayant un bec alongé, par +lequel ces liqueurs sont attirées au-dedans du globule dès +qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur que ce soit, et +par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en vapeur +presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui +les fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans +casser le globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais +principalement pour les malades, à qui l’on peut faire +respirer par ce moyen un air chargé de liqueurs médicamenteuses +qui conviennent à leurs indispositions. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p173">-173-</span>Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir +très promptement les Decentes, sans opération, +sans rien prendre par la bouche, et quelquefois +sans bandage<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor">[27]</a> ou sans retraite<a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor">[28]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578"><span class="label">[27]</span></a> <i>V.</i> sur les bandages ou <i>brayers</i>, depuis le moyen-âge +jusqu’au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, le <i>Vieux-Neuf</i>, 2<sup>e</sup> édit., t. I, p. 134, +et plus haut p. 13.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579"><span class="label">[28]</span></a> « A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture +royale des bandages à vis et à ressort qui arrêtent +les descentes que les bandages ordinaires ne peuvent +arrêter, et qui contribuent beaucoup par cet assujétissement +à la guérison de ces maladies. » Edit. 1691, p. 16.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p174">-174-</span>Une Eau diûrétique pour la dissolution et +l’expulsion des glaires, du gravier et de la pierre +des reins et de la vessie, et un grand nombre +d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies +des yeux, la sourdité, les bourdonnemens +d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, les +signes, les porreaux, etc.</p> + +<p>Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent +les fièvres sans retour en très peu de prises.</p> + +<p>Tous ces Remèdes sont distribuez dans des +bouteilles et boëttes cachetées<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor">[29]</a>, sur lesquelles +on fait coller l’imprimé qui enseigne leurs vertus +et leurs usages<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor">[30]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580"><span class="label">[29]</span></a> Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on +proverbialement : propre comme une boîte d’apothicaire. +C’est ce qu’au temps de Rabelais on appeloit des <i>Silènes</i> : +« Silenes estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, +telles que voyons de présent ès bouticques des apothecaires, +paintes au dessus de figures joyeuses et frivoles, +comme des harpyes, satires, oysons bridez, lièvres cornuz, +canes bastées… et aultres telles painctures contrefaictes +à plaisir pour exciter le monde à rire… mais au dedans, +l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme, ambre +gris, amomon, muscq, zivette… » <i>Silènes</i> passoient aussi +pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce +sens, lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les <i>Silènes +d’Alcibiade</i>. (V. le <i>Bulletin du bibliophile</i>, 1857, p. 152.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581"><span class="label">[30]</span></a> On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes +de pâte de Regnault, et autres.</p> +</div> +<p>Une personne solvable qui connoit la vertu +de ces Remedes, s’oblige quand on le veut d’en +payer la valeur en l’acquit des malades en cas +qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent +de les payer au double pour une parfaite guérison.</p> + +<p>Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant +<span class="pagenum" id="p175">-175-</span>les Ecoles de Medecine, vend toutes sortes d’Eaux +minérales artificielles<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor">[31]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582"><span class="label">[31]</span></a> « On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la +Truanderie, au bureau du Messager de Forge. » Edit. de +1691, p. 19. — Les eaux minérales artificielles sont vivement +moquées par Bernier dans ses <i>Essais de médecine</i>, +1<sup>re</sup> part, chap. XIII. On les fait, dit-il, avec beaucoup +d’eau pure et un peu de vitriol — nous dirions aujourd’hui +d’acide sulphurique ; — or, les limonades gazeuses +ne se font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales +de Fillesac n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. +On trouve un curieux prospectus imprimé de sa +drogue en bouteille dans les <i>Mss.</i> de la collection Delamarre, +n<sup>o</sup> 21, 738, <i lang="la" xml:lang="la">ad finem</i>. Un certain Barbereau, que La Bruyère +a désigné par B. B. dans son chapitre <i>des Jugements</i>, § 21, +lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu. Nous trouvons +aux <i>Mss.</i> de la Bibl. nat., dans un des registres du +Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, +donnée « au sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, +de vendre et debiter les remèdes de son invention. »</p> +</div> +<p>Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la +Crême de tartre, le Sel policreste ordinaire, et +généralement les Drogueries Chimiques se vendent +en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac +des petits Carreaux.</p> + +<p>Les huiles d’amandes douces, de noix, de +semences froides, de pavôts, et autres tirées +sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires +et Droguistes par un Epicier qui demeure +rue Montmartre près l’égout, et par un autre qui +demeure au carrefour saint Benoist, quartier +saint Germain.</p> + +<p>Les essences fortes et les huiles grasses de +Provence et de Montpellier sont commercées +par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et +par les Provenceaux du cul de sac saint Germain +l’Auxerrois<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583"><span class="label">[32]</span></a> Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet +de Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après +avoir quatre ou cinq fois changé de nom depuis le +<small>XIII</small><sup>e</sup> siècle, il prit, pour ne plus le quitter, celui de <i>Cul-de-sac +des Provençaux</i>, qu’il doit aux marchands d’huiles +et d’essences de Provence, que nous trouvons ici, et dont +il sera reparlé.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p176">-176-</span>L’Esprit de vin est commercé en gros à la +devise Royale, sur le quay de Nesle ; chez le +Sieur Butet, devant saint Roch ; et chez la veuve +des Barres, rue S. André.</p> + +<p>Les Eaux de vie sont aussi commercées en +gros par ledit sieur Butet, et encore par les +Sieurs Hazon, rue saint Martin<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor">[33]</a>, et Frotin, rue +des Canettes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584"><span class="label">[33]</span></a> La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie +furent si longtemps célèbres. C’est le père de celui que +nous trouvons ici, qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, +lui et les négociants de Paris et des villes +voisines « sur le moyen de rétablir le commerce : — Je +vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque vous +êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé, +et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez +relevé que pour le renverser de l’autre côté. » Le ministre +fit grise mine, ce qui empêcha non-seulement Hazon +d’achever, mais les autres de rien dire. (Amelot de la +Houssaye, <i>Mémoires histor.</i>, t. II, p. 365.)</p> +</div> +<p>Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place +Maubert, et un autre au cimetiere saint Jean, +font venir des vipères en vie de Poitiers<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor">[34]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585"><span class="label">[34]</span></a> La vipère entroit pour une grande part dans les +préparations de la polypharmacie du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, surtout +dans celles qui devoient combattre la blessure même faite +par la morsure des vipères. C’étoit de l’homœopathie par +anticipation. Il entroit aussi des trochiques de vipères +dans la composition de la thériaque. L’apothicaire Charas, +dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit, +pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, +au coin de celle du Cœur-Volant, des <i>Vipères d’or</i> pour enseigne. +Cette apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit +encore un Charas en 1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement +de ce siècle.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p177">-177-</span>M. Alary Apoticaire<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor">[35]</a> privilegié du Roy, qui +(par l’infidelité de ses Commis) s’est trouvé mal +des Bureaux qu’il avoit établi dans les Provinces, +pour la distribution de ses tablettes fébrifuges<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor">[36]</a>, +et de son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas +d’en continuer la distribution chez luy au bout +du pont saint Michel devant le quay des Augustins +à l’enseigne du Page du Roy.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586"><span class="label">[35]</span></a> « De Grou en Provence. » Edit. de 1691, p. 18. — Son +fils, l’abbé Alary, fut de l’Académie française, et président +du club philosophique, qui se tenoit chez lui, à +l’entre-sol de l’hôtel du président Hénault, place Vendôme, +d’où lui étoit venu le nom de <i>Club de l’entre-sol</i>. L’abbé +de Longuerue l’avoit stylé à l’érudition : « Il se mit, dit +le marquis d’Argenson, dans ses <i>Mémoires</i> (édit. Jannet, +t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé Alary, qui n’étoit +alors qu’un petit garçon, fils de son apothicaire, trop heureux +d’écrire sous lui. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587"><span class="label">[36]</span></a> « A cinq sols la prise. » Edit. 1691, p. 18.</p> +</div> +<p>Ledit Sieur Alary se propose de publier bien +tot un spécifique pour les fièvres continues, pour +la pleuresie, etc., qui agira avec une promptitude +extraordinaire<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor">[37]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588"><span class="label">[37]</span></a> L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci +ne reproduit pas : « le sieur Soubiron, apoticaire, rue de +la Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, +au carrefour de l’Ecole, vendent des drogues et compositions +pour les maladies des chevaux. »</p> +</div> +<p>On vend rue saint Denis à l’enseigne de la +Providence près la rue des Précheurs, une pomade +qui répare tous les deffauts de la peau du +visage, et qui donne une fort grande fraicheur +au teint.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p178">-178-</span></p> + +<h3 id="c23">PENSION<br> +<span class="small">POUR LES MALADES.</span></h3> + + +<p>Cette pension est une nouvelle commodité +qu’on a procurée au public depuis deux ans. +Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux +et les Etrangers souffrent, depensent et +risquent dans les Auberges de Paris, lorsqu’ils +y tombent malades, en comprendront facilement +l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que +cette Pension est placée à Pincourt<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor">[1]</a>, c’est à +dire dans une grande et belle rue qui étoit +n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie +des Fauxbourgs de Paris<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor">[2]</a>, et qui se trouve entre +la porte saint Louis<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor">[3]</a> et la porte saint Antoine<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589"><span class="label">[1]</span></a> C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a +repris tout entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de +Popincourt, premier président du Parlement, de 1403 à +1413.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590"><span class="label">[2]</span></a> C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit +été réuni au faubourg Saint-Antoine.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591"><span class="label">[3]</span></a> Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. +(<i>Registres de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde</i>, +t. I, p. 48.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592"><span class="label">[4]</span></a> Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. +C’est au n<sup>o</sup> 70, rue de Charonne, par exemple, que se +trouvoit, à la fin du dernier siècle, celle du docteur Belhomme, +où tant de prévenus du tribunal révolutionnaire +firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut +Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi +d’une de ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de +la barrière du Trône, que partit le général Malet, avec ses +complices, pour faire son incroyable coup d’Etat contre +l’Empire.</p> +</div> +<p>La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est +au milieu de cette ruë, à l’opposite du cours +<span class="pagenum" id="p179">-179-</span>planté sur le rempart<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor">[5]</a> dont elle n’est separée +que par de vastes marais bien cultivez, ce qui +forme le plus bel aspect du monde. Outre la +face et les deux ailes du principal corps de logis, +il y a encore au bout d’un grand jardin au dessus +d’une haute terrasse en parterre, un pavillon +de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez +des vignobles, des plaines, des collines, des jardins +et des maisons de plaisance<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593"><span class="label">[5]</span></a> C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit +alors grande concurrence au Cours la Reine, et qui commença +la réputation des promenades du Rempart ou du +Boulevard.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594"><span class="label">[6]</span></a> Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se +trouvoit, le nom de Pincourt, existait encore en 1715, et +sembloit même en pleine prospérité. Liger en parloit alors +ainsi dans le <i>Voyageur fidèle</i>, p. 241-242 : « c’est une +maison établie pour les étrangers qui tombent malades, et +où on les traite moyennant une pension, et à bien meilleur +prix que dans les auberges. Cette maison est située +entre la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, +dans une grande rue où il y avoit autrefois un hameau, +et composée de deux ailes, qui accompagnent le principal +corps de logis. Au bout d’un grand jardin, et au-dessus +d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en belvédère, +d’où l’on découvre différents objets lointains, qui forment +une perspective fort agréable. — C’est aussi dans cette +maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez +même à Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont +malades ; ceux qui sont convalescents seulement choisissent +ce séjour agréable pour y prendre l’air et de nouvelles +forces. Il y a même des dames qui vont y faire leurs couches +pour jouir d’un plus grand repos et y trouver plutôt +qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires. — Il +n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les +maux vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui +veulent y aller, de quelque condition qu’ils soient. Il y a +aussi, pour cela, des pensions plus ou moins fortes, et +proportionnées aux moyens des malades qui s’y font porter. +On y est même traité à forfait si on le souhaite, et le médecin +soir et matin n’y manque point. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p180">-180-</span>Cette belle situation et le bon air de Pincourt, +n’en sont pas les seuls agrémens ; les Lumières +de celuy par qui elle est dirigée, la Bibliotèque, +le Laboratoire, les Plantes medecinales et les +autres commoditez qui s’y trouvent, la diverse +situation et la propreté des appartemens, la +Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude +du service, y font trouver goût aux personnes +mêmes qui sont domiciliées à Paris, et +qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que +beaucoup de convalescens et de valetudinaires y +vont prendre le Lait, les Eaux minéralles, les +Bains, les Etuves, etc.</p> + +<p>Il arrive même bien souvent que des Dames +de Paris aussi bien que celles de Provinces y +vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées +du monde et du bruit, et pour être plus +seures du secours qu’elles desirent, y ayant un +Accoucheur et une Sage femme d’une expérience +consommée.</p> + +<p>C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques ; +et ceux qui souffrent des Rhumatismes +opiniatres ou des douleurs causées par le mercure, +trouvent le secours dont il sera parlé à l’article +suivant.</p> + +<p>On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles +pour rectifier les constitutions vicieuses et guerir +radicalement toutes les indispositions habituelles +qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, +Migraine, Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, +Vieux Ulcères, Cancers, Varices, etc.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p181">-181-</span>On sçait même qu’il y a des lieux destinez +pour les maniaques et géneralement pour les +personnes qui doivent être privées de la liberté.</p> + +<p>Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y +sont pas reçues, mais elles sont traitées sous la +même direction dans une autre maison du voisinage.</p> + +<p>A cela près telle que puisse être la condition +des gens et la nature des maladies chacun y +peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes +indigentes sont traitées à vingt et trente sols +par jour selon le regime qu’elles doivent observer. +Il y en a d’autres où les gens de service +sont placés à quarante sols<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor">[7]</a> ; enfin il y a des +chambres particulières et des ordinaires distinguez +pour les personnes de considération à trois, +à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la +dépense qu’ils doivent faire, et les peines qu’ils +doivent exiger.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595"><span class="label">[7]</span></a> « Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet +avantage, qu’ils y sont agréablement logez, exactement +traitez et libéralement nourris pour un écu par jour, et +même pour quarante sols lorsqu’il s’agit de fièvres, de +pleurésies, et généralement des maladies qui demandent +un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière +pour les gens d’auberge et de service. » Edit. 1691, p. 16.</p> +</div> +<p>Soit que la pension soit grosse ou modique, +toute la dépense s’y trouve comprise sans en +rien excepter, Traitement, Remedes, Logement, +Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.</p> + +<p>On y trouve même cette commodité quand on +le souhaite, qu’on y est traité à forfait pour une +somme dont on convient, au de là de la quelle +on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue +que puisse être la maladie.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p182">-182-</span>En tel temps et à telle heure qu’on y puisse +arriver, on y est reçu, et on y trouve une chambre +prete en payant par avance la pension de +huit jours ; et on est même assuré d’y trouver +le Medecin tous les matins au moins jusqu’à dix +heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au +temps du coucher.</p> + +<p>Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins +de cette maison ayent une considérable etendue, +le progrez de cet établissement fait prendre des +mesures pour les accroître de beaucoup.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c24">BAINS ET ETUVES.</h3> + + +<p>Les Barbiers Baigneurs<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor">[1]</a> qui tiennent des +Bains, des Etuves et des dépilatoires pour la +propreté du corps humain, sont Messieurs du +Pont et Mercier, ruë de Richelieu<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor">[2]</a>, Jordanis, +<span class="pagenum" id="p183">-183-</span>ruë d’Orléans ; du Bois, rue saint André ; du +Perron, vieille ruë du Temple ; de la Cour, ruë +des Marmouzets, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596"><span class="label">[1]</span></a> Les baigneurs, — et cela depuis longtemps déjà +(<i>Anc. poésies</i>, t. II, p. 284, et XIII, p. 204) — non-seulement +tenoient des bains, mais des chambres garnies, ce +qui les astreignoit à faire les mêmes déclarations que les +maîtres des auberges. (<i>Correspond. administr. de Louis XIV</i>, +t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger quelquefois, +au grand scandale de M<sup>me</sup> de Sévigné (Edit. Hachette, +t. I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de +ces gîtes. Le plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, +et que La Vienne, à qui Louis XIV, qu’il avoit +soigné, fit une grosse fortune, reprit après lui, pour ne +pas le rendre plus honnête. (<i>V. Hist. amoureuse des +Gaules</i>, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme +avoit été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de +cette année-là le désigne ainsi avec son adresse : +« M<sup>r</sup> Prud’homme, maître des estuves et faiseur de poil +(barbier), rue Neuve-Montmartre. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597"><span class="label">[2]</span></a> Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, +rue de Richelieu : Gagne et L’Etourneau. (<i>Journal +du Citoyen</i>, p. 186.)</p> +</div> +<p>Les Dames sont baignées chez M. du Bois +par Mademoiselle son Epouse<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598"><span class="label">[3]</span></a> Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la +bourgeoisie, les femmes mariées ne se faisoient encore appeler +que Mademoiselle. Le chevalier Denisart ne devoit +faire que plus tard sa satire sur les <i>Bourgeoises qui se +font appeler Madame</i>.</p> +</div> +<p>Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, +ruë de Marivaux<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor">[4]</a> et ruë du cimetiere saint Nicolas +des Champs, où les gens de mediocre condition +vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599"><span class="label">[4]</span></a> Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui +s’y trouvoit, entre les n<sup>os</sup> 21 et 23, s’appeloit encore, avant +les démolitions qui l’ont fait disparoître avec la rue, <i>Cul-de-sac +des Etuves</i>.</p> +</div> +<p>Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles +qui sont causées par le Mercure qui a été donné +en panacée, en Sublimez et en precipitez : celles +de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies +universelles et particulières, les Tumeurs +froides et beaucoup d’autres maladies, sont infailliblement +gueries par l’usage des Bagnoires +et Etuves vaporeuses de nouvelle invention qui +se tiennent au jardin medecinal de Pincourt, +entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.</p> + +<p>C’est une sorte de machine en laquelle on est +baigné sans être dans l’eau, et en laquelle on +suë aussi abondament que l’on veut sans être à +<span class="pagenum" id="p184">-184-</span>sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la +constipation du ventre et la faiblesse de poitrine +comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens, +la chaleur intérieure, et la difficulté de +respirer, qui sont les suites ordinaires des +Etuves echauffées par le feu de bois ou d’esprit +de vin.</p> + +<p>Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu +où ils reçoivent une vapeur nouvelle, +anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus +prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, +et que les Bains de Bourbon et de Barrège, +pendant qu’ils ont la tête hors la machine commodement +placée sur un oreiller, et qu’ils respirent +un air rafraichissant, parlent, chantent et +boivent à leur gré.</p> + +<p>Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne +les ordonne qu’une fois par jour, ne payent qu’un +écu neuf toute dépense comprise, Logement, +Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, +etc., mais ceux à qui elles conviennent soir et +matin, payent un ecu et demi.</p> + +<p>Ce qu’il y a de commode en cela pour les +personnes delicates, est que la chaleur de ces +Etuves peut être donnée à tel degré que l’on +veut, en sorte qu’on ne luy donne quelquefois +que la force des fomentations.</p> + +<p>Comme le Medecin peut regler le choix des +herbes dont on fait les décoctions vaporeuses, +selon la juste indication de chaque maladie, il +peut en la composant diversement, produire autant +de différens effets, qu’il y a de distinctions à +faire dans les maladies qui viennent d’être déduites, +et dans les tempérammens des personnes +<span class="pagenum" id="p185">-185-</span>qui en sont atteintes ; outre qu’en plusieurs +occasions, il donne certains vehicules intérieurs +qui ont les plus justes proprietez, dans les cas +mêmes les plus extraordinaires.</p> + +<p>Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, +les agrémens et les Commoditez du Jardin Médecinal, +aura recours à l’article.</p> + + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c25">IMPRESSIONS ET COMMERCE<br> +<span class="small">DE LIBRAIRIE.</span></h3> + + +<p>La Chambre syndicale des Imprimeurs et +Marchands Libraires de Paris est ruë et joignant +l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les +Livres qui viennent de dehors les Mardis et +Vendredis de relevée, après que de la Douanne +où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont +été retirez sur le billet du Syndic ou d’un Adjoint +pour être apportez à la Chambre.</p> + +<p>Le Sieur Auboüin à présent Syndic<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor">[1]</a> en Charge +demeure sur le quay des Augustins au coin de +la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de +<span class="pagenum" id="p186">-186-</span>M. l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé +Fleury.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600"><span class="label">[1]</span></a> Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de +communauté, puis syndic. « Il se fait remarquer, dit La +Caille, tant par sa capacité dans les langues… que par +la connoissance et le bon choix qu’il sait faire des livres. » +<i>Hist. de l’Imprimerie</i>, 1689, in-4<sup>o</sup> p. 289. — Il avoit été +chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie faite à Villejuif +de 1,500 exemplaires du <i>dictionnaire</i> de Richelet, que +le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de Genève. +Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour +cette saisie, suivie immédiatement de la destruction des +exemplaires, « fut poignardé le lendemain dans la foule, +en sortant de la bénédiction de Saint-Benoist, qui étoit +sa paroisse. » (<i>Lettre de Papillon à Leclerc</i>, dans la correspondance +<i>inédite</i> du président Bouhier, t. X, p. 104.)</p> +</div> +<p>Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence +de ces mêmes Ordonnances avec les +anciennes<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor">[2]</a>, les Reglemens de Police, le Dictionnaire +historique de Morery, les Œuvres de +M. Boileau, et diverses autres pièces importantes +s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis +Thierry Libraire rue saint Jacques<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601"><span class="label">[2]</span></a> L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente +des édits et déclarations : « On les trouve encore au Palais +chez les sieurs de Luyne, Barbin, Loison et Guignard : +de même que chez le S<sup>r</sup> Auboüyn, quai des Augustins, et +chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602"><span class="label">[3]</span></a> Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des +plus considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du +<i>Molière</i> de 1675, détruite presque entièrement par un incendie +du collége Montaigu, où il avoit ses magasins. +Boileau, dont il étoit le libraire, l’a nommé dans son +<i>Epître X</i>.</p> +</div> +<p>Les Livres de Messieurs de Port Royal se +vendent même ruë chez les sieurs Desprez<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor">[4]</a>, +Josset<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor">[5]</a>, Roulland et Pralard.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603"><span class="label">[4]</span></a> « Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image +Saint-Prosper, vend une grande partie des livres de Port-Royal +concernant la Religion. » Edit. 1691, p. 4. — C’est +le fils de Guillaume Desprez, qui avoit imprimé les œuvres +de Pascal et des religieux de Port-Royal, et dont il continuoit +le commerce dans le même esprit. Son père étoit +mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à +Port-Royal, où il fut enterré.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604"><span class="label">[5]</span></a> Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles +rares. <i>V.</i> l’abbé de Vallemont, <i>Réponse à M. Baudelot</i>, +1706, in-12, p. 79.</p> +</div> +<p>Les Opéra, et généralement les Livres de +Musique, s’impriment et se vendent seulement +chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605"><span class="label">[6]</span></a> Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy +pour la musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége +exclusif qui le mettoit à l’abri de toute concurrence +pour ce genre d’impression. Puis vint un second Robert +Ballard, son fils, avec le même monopole, et ensuite +Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu +imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, +le même privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce +qu’il avoit d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur +d’une excellente notice sur les Ballard, retrouva, il y a +quelques années, un reste de leurs caractères, rue Jean-Jacques +Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues, qui a +succédé à la leur.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p187">-187-</span>A l’exception du Livre de M. de la Quintinie<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor">[7]</a> +qui se vend chez le Sieur Barbin sur le Perron +de la sainte Chapelle<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor">[8]</a>. Tous les autres Livres de +Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de +Sercy dans la grand’Salle du Palais, où l’on +trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier Royal et +bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, +les Liqueurs et les Fruits ; outre plusieurs livres +de Droit, Civil et Canon sur les Matières Beneficiales +et autres<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606"><span class="label">[7]</span></a> Il en sera parlé dans une des notes suivantes.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607"><span class="label">[8]</span></a> Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui +Molière et surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent +ainsi son adresse : « Claude Barbin, sur le second perron +de la Sainte-Chapelle. » Il avoit logé auparavant, vers +1664 : « vis-à-vis de la Sainte-Chapelle, au signe de la +Croix. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608"><span class="label">[9]</span></a> Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages +sur la cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond +de la boutique de Sercy. La Caille, <i>Hist. de l’Imprimerie</i>, +p. 296, n’insiste que sur sa vente des livres de droit. Il +avoit aussi publié des romans et des poésies licencieuses, +ce qui empêcha Nicole de consentir à travailler pour lui. +<i>V.</i> sa <i>Vie</i>, par l’abbé Goujet, p. 6.</p> +</div> +<p>Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de +Varillas, celles de saint Euremont, etc.<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609"><span class="label">[10]</span></a> « Et beaucoup de livres galants. » Edit. de 1691, +p. 34. — C’est ce qu’on appeloit des <i>barbinades</i>. Le Saint-Evremond +étoit surtout en grande faveur chez Barbin. Il +auroit voulu que chaque auteur lui en fît : « le libraire +Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le <i>Lutrin</i> de Despréaux, +alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez +bien : Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, +je vous donnerai trente pistoles. Vous m’en avez +déjà donné dont j’ai été content. » <i>Œuvres</i>, t. IV, p. 75. — Dans +l’édition de 1691, p. 34, Blégny ajoutoit, à propos +de Barbin : « On trouve encore chez lui les jardinages +de feu M. de La Quintinye », c’est-à-dire les <i>Instructions +pour les jardins fruitiers et potagers</i>, 1690, 2 vol. in-4<sup>o</sup> ; +puis, à la suite : « le sieur Charles de Sercy, au Palais, +a un grand assortiment de livres de jardinages. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p188">-188-</span>Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet +ont au Palais un grand assortiment de Comedies<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor">[11]</a>, +d’Historiens et de Poètes<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610"><span class="label">[11]</span></a> Pierre Trabouillet avoit publié « en compagnie » de +Thierry, Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et +ceux de Molière et de Racine. Son adresse est ainsi donnée +sur les livres qu’il publioit : « Pierre Trabouillet, dans +la galerie des Prisonniers, à la Fortune. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611"><span class="label">[12]</span></a> Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés +ici avec Trabouillet : « Guillaume de Luynes, libraire-juré +au Palais, dans la salle des Merciers, sous la montée +de la Cour des Aydes. » — « Estienne Loyson, au Palais, +à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom de Jésus. »</p> +</div> +<p>On trouve un grand assortiment de Livres +étrangers chez les Sieurs Boudot, de la Caille<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor">[13]</a> +et Hortemels<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor">[14]</a>, rue saint Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612"><span class="label">[13]</span></a> Dans l’édit. précédente, p. 34 : « Martin » est nommé +à la place de La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus +bas sa mention spéciale : « le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques +à la Prudence, a composé et imprimé l’histoire de +l’Imprimerie et Librairie. » C’est l’ouvrage que nous avons +déjà cité plusieurs fois. Il est devenu rare.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613"><span class="label">[14]</span></a> Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la +fille du libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même +été reçu de la communauté le 18 septembre 1686.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p189">-189-</span>Même ruë, chez le Sieur Léonard<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor">[15]</a>, on trouve +tous les Reglemens de la Cour des Monnoyes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614"><span class="label">[15]</span></a> Voici son adresse complète : « Frédéric Léonard, rue +Saint-Jacques, à l’Escu de Venise. » Il avoit succédé à l’un +des derniers Estienne, en 1662, comme imprimeur ordinaire +du Roi, et s’étoit fait, à ce titre, éditeur de la collection latine +<i lang="la" xml:lang="la">ad usum Delphini</i>. On trouve des vers en son honneur dans +les <i>Œuvres</i> de Santeul (1698, 2<sup>e</sup> partie, p. 122). Il publioit +volontiers les livres diplomatiques : « Vous avez, écrit le +12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à Magliabecchi, +donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire +de Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose +que vous marquez qu’on fait en Allemagne touchant les +traités de paix et autres semblables négociations. » Un livre +politique, l’<i>Histoire de Venise</i>, par Amelot de la Houssaye, +qu’il s’avisa de publier ainsi, lui coûta cher : le livre fut +saisi, et l’auteur mis à la Bastille. (<i>Mss.</i> Delamarre, à la +Biblioth. nat., n<sup>o</sup> 21,743, fol. 120.)</p> +</div> +<p>Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces +concernant l’Academie Françoise<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor">[16]</a>, l’Histoire de +France de Cordemoy, l’Architecture de Vitruve, +celle de Scamosy, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615"><span class="label">[16]</span></a> J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault +comme imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en +1687, pour remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge +d’imprimeur de l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer +le Dictionnaire.</p> +</div> +<p>Celle de Vignolle nouvellement commentée, +se trouve chez le Sieur Langlois<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor">[17]</a>, et celle de +<span class="pagenum" id="p190">-190-</span>Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616"><span class="label">[17]</span></a> Nicolas Langlois, dit <i>Chartres</i>, comme son père François +auquel il avoit succédé, et dont on a un si curieux +portrait, en joueur de musette, peint par Van-Dyck. En +souvenir de ses nombreux voyages à l’étranger, notamment +en Angleterre, François Langlois avoit pris l’enseigne des +<i>Colonnes d’Hercule</i>, avec la devise : <i lang="la" xml:lang="la">nec plus ultra</i>, que +garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur +succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois +avoient vendu surtout des estampes et des livres d’architecture. +On a, de Mariette même, la gravure d’un portrait de +François Langlois, peint par Vignon. Le privilége de son +fils, pour la vente des estampes, datoit de 1675. (<i>V. collect. +Delamarre</i>, n<sup>o</sup> 21,731, p. 53.)</p> +</div> +<p>Le même Michallet aussi bien que les Sieurs +Muguet, ruë de la Harpe, Léonard, Desprez, +Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent +les Edits et Déclarations du Roy<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617"><span class="label">[18]</span></a> Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à +la place de Desprez, et les autres sont désignés avec leur +prénom : François Muguet, Frédéric Léonard, Estienne +Michallet et Jean-Baptiste Coignard. A la suite : « le dit +sieur Muguet imprime aussi, d’ailleurs, tout ce qui concerne +l’archevêché. »</p> +</div> +<p>Ledit Sieur Michallet<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor">[19]</a> a d’ailleurs imprimé +presque tous les Livres de Mathematiques, de +Messieurs de l’Academie des Sciences.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618"><span class="label">[19]</span></a> « Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue +Saint-Jacques, à l’Image Saint-Paul. » Ainsi est donnée son +adresse en tête du livre le plus célèbre qu’il ait publié, <i>les +Caractères</i> de La Bruyère, dont en onze ans, de 1688 à +1699, il donna dix éditions. Le produit, d’après l’intention +formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien, fut, comme on +sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un fermier général +épousa. (<i>V.</i> notre <i>Comédie de Jean de La Bruyère</i>, +t. II, <i lang="la" xml:lang="la">passim</i>.)</p> +</div> +<p>On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques +chez le Sieur Jombert<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor">[20]</a>, sur le quay +des Augustins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619"><span class="label">[20]</span></a> Pierre Jombert, dont on trouve le <i>Catalogue</i> dans la +collection Delamarre (n<sup>o</sup> 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut +pas confondre avec Jean Jombert, mort en 1681, premier +éditeur du <i>Glossaire</i> de Du Cange, et du <i lang="la" xml:lang="la">De re diplomaticâ</i> +de Mabillon.</p> +</div> +<p>On trouve un grand assortiment de Livres de +Medecine chez le Sieur d’Houry, ruë saint +Jacques<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor">[21]</a>, et chez la veuve Nion, quay de Nesle, +<span class="pagenum" id="p191">-191-</span>qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de +Blegny. <i>La Mithologie Phisique</i> de M. Duncan<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor">[22]</a>. +<i>Les Discours Philosophiques</i> de Cordemoy<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor">[23]</a>. +L’<i>Arithmétique des Ingénieurs</i> de La Londe<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor">[24]</a>. <i>Les +Specifiques</i> de M. Boyle<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor">[25]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620"><span class="label">[21]</span></a> « Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine +Saint-Séverin. » Telle est son adresse d’après le titre +des livres qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus +haut.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621"><span class="label">[22]</span></a> Ce doit être quelque résumé de l’<i>histoire de l’Animal +ou la connaissance du corps animé par la mécanique et la +chimie</i>, ouvrage du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans +lequel il démontre que la vie, exposée comme elle l’est, +avec la fragilité de ses ressorts, à l’imminence d’incessants +dangers, est un miracle continuel aussi étonnant que tous +les prodiges de la « mythologie. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622"><span class="label">[23]</span></a> « La philosophie » de Cordemoy (édit. précéd., p. 34). — Ce +sont les six discours de cet académicien, mort alors +depuis huit ans, sur la distinction de l’âme et du corps.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623"><span class="label">[24]</span></a> Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, +dont le fils, ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, +fit de curieuses études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit +rendre navigable jusqu’à la mer.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624"><span class="label">[25]</span></a> Ces « spécifiques » sont une traduction du livre que +Boyle avoit publié en 1688, à Londres : <i lang="en" xml:lang="en">Receipt sent to a +friend in America</i> (recettes envoyées à un ami en Amérique).</p> +</div> +<p>Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent +chez la veuve Thiboult et le Sieur Esclassant<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor">[26]</a>, +place de Cambray, à l’exception de ceux +des RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la +veuve Besnard, ruë saint Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625"><span class="label">[26]</span></a> « Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) en +compagnie. » Edit. 1691, p. 34. — Thiboult est le vrai +nom. — Expresse défense étoit faite aux libraires, qui +vendoient les livres pour les classes, d’en racheter aux écoliers. +(Collection Delamarre, n<sup>o</sup> 21,730, fol. 117.)</p> +</div> +<p>Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le +Journal des Sçavans<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor">[27]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626"><span class="label">[27]</span></a> Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement, +avoit succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six +ans après, le 5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction +de Denis de Salo, le premier numéro du <i>Journal des +Savants</i>. La périodicité, qui en étoit alors hebdomadaire, +fut brusquement interrompue à la fin du troisième mois, à +cause des opinions trop peu ultramontaines du rédacteur, +et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à la +condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert, +l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée +jusqu’à la Révolution.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p192">-192-</span>Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux, +les Missels, les Rituels, les Graduels, les Antiphoniers, +les Offices, etc., voyez l’article des +affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel, +voyez l’article des Exercices de Pieté.</p> + +<p>Les plus belles Heures se trouvent rue saint +Jacques chez les Sieurs Angot<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor">[28]</a>, Josset, Foucault +et Hérissant<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor">[29]</a> ; au Palais dans la grand’Salle +chez les Sieurs le Gras<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor">[30]</a> et Poirier ; et sur le +Pont au Change chez les Sieurs Poirion et +Vaugon.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627"><span class="label">[28]</span></a> Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une +grande part au règlement qui rendit la communauté des +relieurs distincte de celle des libraires, dont l’Université +n’avoit jamais permis jusque-là qu’elle fût séparée.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628"><span class="label">[29]</span></a> Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement +dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra +comme objet de luxe, quand la misère de la fin du règne +fit prendre par Louis XIV des mesures somptuaires. Hérissant +fut inquiété. (<i>V.</i> sa déclaration dans la <i>collection +Delamarre</i>, n<sup>o</sup> 21,627, fol. 288.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629"><span class="label">[30]</span></a> Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit +publié, en 1640, les <i>Antiquités et Annales de Paris</i>, in-fol., +par Malingre. Sa réception comme libraire datoit du 10 +septembre 1683. On trouve dans la <i>collection Delamarre</i>, +n<sup>o</sup> 21,563, f. 289-305, un curieux traité fait avec lui.</p> +</div> +<p>On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres +et ruë Neuve Nôtre Dame.</p> + +<p>La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du +<span class="pagenum" id="p193">-193-</span>Carême, s’imprime chez le Sieur Chevillon ruë +saint Jacques.</p> + +<p>Le Mercure<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor">[31]</a> et les autres Livres de l’Histoire +du Temps, se vendent chez le Sieur Guèroult au +Palais dans la galerie neuve<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630"><span class="label">[31]</span></a> Le <i>Mercure galant</i>, qui, puisqu’il avoit commencé à +paroître le 1<sup>re</sup> janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième +année. Visé, qui l’avoit créé, le dirigeoit toujours ; il en +garda même la direction pendant plus de dix-huit ans +encore. Il ne l’abandonna, presque mourant, qu’au mois de +mai 1710. Durant ces trente-huit années, il n’avoit pas publié +moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631"><span class="label">[32]</span></a> « Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay +des Augustins. » Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au +numéro, comme aujourd’hui les journaux dans les kiosques : +« M. de Torcy m’a appris, écrit Racine à son fils aîné, le +6 février 1698, que vous étiez dans la <i>Gazette de Hollande</i> : +si je l’avois su, je l’aurois fait acheter pour la lire à vos +petites sœurs, qui vous croiroient devenu un homme d’importance. » +Une lettre <i>inédite</i> de Dom Calmet, du 4 septembre +1714, nous donne de curieux détails sur la vente, +et aussi sur le louage des différents journaux françois et +étrangers à Paris : « Je me suis informé, dit-il, de la +commission des journaux des Savants et des Gazettes pour +M. Olivier. Le journal des Savants se vend 6 sols, et les +deux gazettes de Hollande, avec les suppléments, 30 sols. +Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis. +Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le +mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que +ces gens se privent par là du petit gain qu’ils tirent de la +lecture qu’ils laissent faire dans leur boutique de cette gazette +pendant deux jours. » En 1655, selon Loret, t. II, +p. 127, la <i>Gazette de France</i> se vendoit 4 sols et demi.</p> +</div> +<p>Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes, +se vendent à Parisien gros et en détail chez le +Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve +Oudot<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor">[33]</a>, ruë de la vieille Bouclerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632"><span class="label">[33]</span></a> C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets +populaires : légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit +une autre librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit +surtout cette littérature d’almanachs et de bibliothèque +bleue. Son fils Jean Oudot lui succéda sous la Régence.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p194">-194-</span>Les Livres de Bibliotèque et genéralement les +vieux Livres et Manuscrits rares, se peuvent +recouvrer chez les Sieurs Villery<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor">[34]</a> et Moette<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor">[35]</a>, +rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la +Harpe, Clouzier et Emery, David et plusieurs +autres, sur le quay des Augustins et place de +Sorbonne<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor">[36]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633"><span class="label">[34]</span></a> Il donnoit ainsi son adresse : « Jacques Villery, rue +de la Vieille-Bouclerie, <i>à l’Estoille</i>. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634"><span class="label">[35]</span></a> Thomas Moette, libraire depuis 1659 : « Il se fait +distinguer, dit La Caille qui avoue l’avoir souvent consulté, +par la grande connaissance qu’il a dans les livres. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635"><span class="label">[36]</span></a> « Et quai de la Tournelle. » Edit. 1691, p. 34.</p> +</div> +<p>Les Sieurs le Vasseur<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor">[37]</a>, Barnache<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor">[38]</a> et Nion<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor">[39]</a>, +fameux Relieurs et Doreurs, qui sont employez +à la Bibliotèque du Roy, demeurent prés saint +Hilaire<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor">[40]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636"><span class="label">[37]</span></a> Eloy Le Vasseur, qui fut, suivant La Caille, le plus +célèbre relieur de ce temps-là.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637"><span class="label">[38]</span></a> Ou Bernache, qui, malgré l’édit de 1686, continuoit +à cumuler le métier de relieur et celui de libraire.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638"><span class="label">[39]</span></a> Denis Nyon, qui fut, après l’édit de 1686, un des +premiers gardes de la nouvelle corporation des relieurs-doreurs.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639"><span class="label">[40]</span></a> Ce fut jusqu’à nos jours le quartier des relieurs.</p> +</div> +<p>Au même endroit, les beaux caractères d’Imprimerie +se font chez les Sieurs Cottin<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor">[41]</a> et Sanlecque<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor">[42]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640"><span class="label">[41]</span></a> Philippe Cottin, qui étoit libraire en même temps que +fondeur, et donnoit ainsi son adresse : « P. Cottin, fondeur +de caractères d’imprimerie et libraire, rue Saint-Jacques, à +l’entrée de la rue du Foin, <i>à la Minerve</i>. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641"><span class="label">[42]</span></a> Jean Sanlecque. C’est chez son père Jacques, que +Philippe Cottin, qui précède, avoit appris l’art de graver, +de frapper les matrices et de fondre les caractères. — Le +P. Sanlecque, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, à +qui l’on doit de bonnes satires, étoit son grand-oncle.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p195">-195-</span>Le Sieur de la Caille le jeune a le secret de +faire une matière fort propre aux Fondeurs de +caractères d’Imprimerie, qui ne finit point et ne +déchet que de très peu.</p> + + +<p class="c"><i>Livres qui ont été imprimez pendant le courant +de l’année 1691.</i></p> + +<p>Pour le Sieur Michallet outre ceux dont il a +été parlé,</p> + +<p>Une nouvelle édition des Ordonnances pour +la Marine, in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p>La septième édition de la Chimie de Lemery<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor">[43]</a>, +in-8<sup>o</sup>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642"><span class="label">[43]</span></a> La première édition étoit de 1675.</p> +</div> +<p>La sixième édition des Caractères ou Mœurs +de ce siècle<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor">[44]</a>, in-12.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643"><span class="label">[44]</span></a> Cette édition du livre de La Bruyère, quoique publiée, +comme il est dit ici, en 1691, porte sur son titre la date +de l’année suivante.</p> +</div> +<p><i lang="la" xml:lang="la">Du Hamel Theologia speculatrix et practica</i>, +in-8<sup>o</sup>, 7 vol.<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor">[45]</a></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644"><span class="label">[45]</span></a> C’est la première édition de ce livre célèbre de l’avocat +Duhamel, de l’Académie des Sciences.</p> +</div> +<p><i lang="la" xml:lang="la">Manuduxio ad praxim executionis Litterarum +S. Pœnitent</i>. 12.</p> + +<p>Dictionnaire Mathématique avec explications +et figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor">[46]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645"><span class="label">[46]</span></a> <i>Dictionnaire de Mathématiques</i> par Ozanam, qui parut, +en effet, cette année-là.</p> +</div> +<p>La Connoissance des temps, Calendrier et +Ephemerides du Soleil et de la Lune, in-12.</p> + +<p>L’Art d’evaluer toutes sortes de Toisez, in-12.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p196">-196-</span>Traité du légitime Usage des Medicamens +selon les Modernes, in-12<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor">[47]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646"><span class="label">[47]</span></a> Ouvrage de Daniel Tauvri, qui, en 1691, quand il le +publia, n’avoit que vingt-et-un ans.</p> +</div> +<p>Constitutions de l’Abbaye de la Trape, in-12<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor">[48]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647"><span class="label">[48]</span></a> Par l’abbé de la Trappe lui-même, M. de Rancé. En +1701, un an après sa mort, on y ajouta les <i>Règlements</i> qui +firent un second volume.</p> +</div> +<p>L’Ortografe dans sa pureté<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor">[49]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648"><span class="label">[49]</span></a> Le vrai titre de ce livre très-rare est : <i>Traité de +l’Ortographe françoise</i>, ou <i>l’Ortographe en sa pureté</i>. L’auteur +s’appeloit De Soule. Quoique ce soit, selon l’abbé +Goujet, un volume très-inutile, il eut, en 1692, une seconde +édition un peu moins rare que la première.</p> +</div> +<p>La Conquête de la Nouvelle Espagne avec +figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor">[50]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649"><span class="label">[50]</span></a> Le vrai titre est : <i>Histoire de la Conqueste du Mexique</i> +ou de <i>la Nouvelle Espagne</i>, par Fernand Cortez, traduit de +l’espagnol d’Antonio de Solis, par l’auteur du <i>Triumvirat</i>, +c’est-à-dire par Citri de la Guette.</p> +</div> +<p>Le Desordre du Jeu.</p> + +<p>Pour les Sieurs Auboüyn, Emery et Clouzier.</p> + +<p>Histoire des Monnoyes de France par M. le +Blanc, avec figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor">[51]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650"><span class="label">[51]</span></a> C’est une seconde édition. La première est de 1690.</p> +</div> +<p>Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury, +2 vol. in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor">[52]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651"><span class="label">[52]</span></a> Ce sont les deux premiers volumes de cet ouvrage +célèbre, qui en eut vingt, quoique l’auteur ne l’ait poussé +que jusqu’à l’année 1414.</p> +</div> +<p>Institution du Droit Ecclésiastique, 2 vol. +in-12<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor">[53]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652"><span class="label">[53]</span></a> Autre ouvrage de l’abbé Fleury. Le vrai titre est : +<i>Institution au droit ecclésiastique</i>.</p> +</div> +<p>Relation de divers voyages de Hongrie, avec +figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor">[54]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653"><span class="label">[54]</span></a> La révolte du hongrois Tékeli donnoit alors à tous les +livres sur son pays un à-propos que les libraires s’empressoient +d’exploiter. Celui-ci fut du nombre. Il est peu connu.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p197">-197-</span>Pratique de la Guerre, par Mattus<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor">[55]</a>, avec fig., +in-8<sup>o</sup>. Nouvelle édition du Maréchal de Soleisel, +in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor">[56]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654"><span class="label">[55]</span></a> Lisez Malthus. Voici le titre détaillé de son livre, qui +parut pour la première fois, en 1650, chez Clouzier, un des +trois libraires indiqués ici, et dont une seconde édition in-8 +avoit paru en 1681 : <i>Pratique de la guerre, contenant l’usage +de l’artillerie, bombes et mortiers, feux artificiels et pétards, +sappes et mines, ponts et pontons, tranchées et travaux, avec +l’ordre des assauts aux brèches, ensemble un traité des feux +de joye</i>, par François Malthus.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655"><span class="label">[56]</span></a> La première édition étoit de 1664.</p> +</div> +<p>Le Manege ou l’Art de monter à cheval, du +même Autheur, avec figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor">[57]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656"><span class="label">[57]</span></a> C’est, avec additions, une traduction du livre du manège, +ou <i>Méthode nouvelle pour dresser les chevaux</i>, dont +une première traduct. avoit paru in-fol. en 1691, par le duc +de New-Castle.</p> +</div> +<p>Nouvelle édition de l’Ecole des Arpenteurs, +in-12<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor">[58]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657"><span class="label">[58]</span></a> Par Philippe de la Hire, de l’Académie des Sciences, +dont il a été parlé plus haut.</p> +</div> +<p><i lang="la" xml:lang="la">Huetii Concordantia Rationis et Fidei</i>, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor">[59]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658"><span class="label">[59]</span></a> Un des principaux ouvrages de Daniel Huet : <i lang="la" xml:lang="la">Quæstiones +Alnetanæ de concordia rationis et fidei</i>. C’est à Caen, +sa ville natale, qu’il l’avoit fait imprimer.</p> +</div> +<p>Pour le Sieur Muguet.</p> + +<p>Abrégé de l’Histoire universelle, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor">[60]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659"><span class="label">[60]</span></a> Première édition de l’ouvrage de Claude Delisle, qui, +plus tard, fut porté à sept volumes : <i>Introduction à l’histoire +générale et politique de l’Univers</i>, ou <i>Abrégé de l’histoire +universelle</i>.</p> +</div> +<p><i lang="la" xml:lang="la">Acta primorum martyrum</i><a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor">[61]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660"><span class="label">[61]</span></a> C’est le recueil in-fol. de Ruinart, qui fut plus tard traduit +en françois par Drouet de Maupertuy, en deux vol. in-8.</p> +</div> +<p>Commentaire sur la Regle de saint Benoist +en François et en Latin, in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p198">-198-</span>La Mort de Dom Muce.</p> + +<p>Traité de la verité et du mensonge du R. P. +Thomassin, in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p>La Méthode d’etudier les langues, du même +Auteur, 2. vol.<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor">[62]</a></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661"><span class="label">[62]</span></a> <i>Méthode d’enseigner chrétiennement la grammaire ou +les langues, par rapport à l’Ecriture Sainte.</i> 2 vol. in-8.</p> +</div> +<p>Pour le Sieur Seneuze.</p> + +<p>Arlequin Comedien aux champs Elisée<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor">[63]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662"><span class="label">[63]</span></a> Comédie en trois actes, en prose, par l’abbé Bordelon, +qui ne fut jamais jouée, et ne pouvoit l’être, pas plus +que sa <i>Lotterie de Scapin</i>, qu’il publia deux ans après, à la +suite de <i>Molière aux Champs-Elysées</i>, un des livrets les plus +rares sur Molière.</p> +</div> +<p>Remarques ou Reflexions Critiques, Morales +et Historiques de M. l’Abbé Bordelon, in-12<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor">[64]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663"><span class="label">[64]</span></a> L’abbé publia deux ans après, à Lyon, chez Briasson, +un volume faisant suite à celui-ci : <i>Nouvelles remarques</i> ou +<i>Réflexions critiques</i>, etc. En tête se trouve un beau portrait +gravé, d’après De Troye, par Drevet. C’est celui de M. François +Brunet, dont nous avons vu plus haut les parents, et +qui, après M<sup>me</sup> de Sévigné, habita l’hôtel Carnavalet.</p> +</div> +<p>Caractères naturels des hommes en forme de +dialogues, par le même Auteur, in-12<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor">[65]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664"><span class="label">[65]</span></a> L’édition hollandoise, qui parut l’année suivante chez +Louis et Henry Van-Dole, à La Haye, a pour titre : <i>Les +Caractères naturels des hommes en cent dialogues</i>, par +M. Bordelon. Ce livre, qui s’étoit donné le titre mis à la +mode par La Bruyère, est dédié au comte de Carné.</p> +</div> +<p>Le veritable Pénitent, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor">[66]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665"><span class="label">[66]</span></a> Par le bon prêtre parisien Jean Girard de Villethierry.</p> +</div> +<p>Dissertation sur la prison de saint Jean, in-12.</p> + +<p>Idée de l’Amitié, par M. de Bellegarde, in-12.</p> + +<p>Reflexions sur ce qui peut plaire ou deplaire +dans le commerce de la vie, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor">[67]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666"><span class="label">[67]</span></a> Comme le précédent, cet ouvrage est de l’abbé Morvan +de Bellegarde. Il fait partie de l’édition de ses œuvres qui +fut publiée en Hollande, et forme 14 petits volumes.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p199">-199-</span>La Morale des Ecclésiastiques, in-12.</p> + +<p>Pour le Sieur de la Caille, ruë saint Jacques +aux trois Cailles.</p> + +<p>Mémoires pour l’Université de Paris, par +M. Cuvilliers, in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p>Le 4. tome des Devises du P. Menetrier, +in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor">[68]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667"><span class="label">[68]</span></a> Il s’agit de <i>La Science et l’art des devises…</i> par le +P. Menestrier, qui se publioient sans doute en fascicules. +Nous ne connaissons, en effet, de lui aucun ouvrage qui ait +quatre volumes.</p> +</div> +<p>Les Fables d’Esope moralisées, avec figures, +in-12<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor">[69]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668"><span class="label">[69]</span></a> Première édition du petit livre de Le Noble : <i>Esprit +d’Esope</i>, ou <i>nouvelle traduction de ses fables, en vers, avec +une lettre morale sur chacune</i>. La seconde édition est +de 1695.</p> +</div> +<p>Pour le Sieur Remy, rue saint Jacques.</p> + +<p>Avis salutaires sur l’education des enfants, +in-12.</p> + +<p>Pour le Sieur Villette, ruë saint Jacques à la +Croix d’or.</p> + +<p>La Vie des Princes d’Orange pour servir à +l’Histoire d’Hollande, in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p>Les Poësies de Madame des Houllieres, in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor">[70]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669"><span class="label">[70]</span></a> A la suite venoient les poésies de sa fille Thérèse, ce +qui formoit un volume en deux parties. En 1694, après la +mort de M<sup>me</sup> Des Houillères, le même libraire Villette en +publia une seconde édition.</p> +</div> +<p>L’Histoire d’Angleterre, 4 vol. in-12.</p> + +<p>Pour le Sieur Hortemels.</p> + +<p>Remarques sur la Bibliotèque des Auteurs +Ecclésiastiques, par M. du Pin, in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor">[71]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670"><span class="label">[71]</span></a> Ce sont des remarques d’Ellies Dupin sur son propre +recueil : <i>Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques</i>, qui avoit +commencé de paroître en 1686. Elles forment trois volumes.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p200">-200-</span>Nouveaux Essais de Morale, in-12<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor">[72]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671"><span class="label">[72]</span></a> <i>Nouveaux Essais de morale sur le luxe et les modes</i>, +par Jean Frain du Tremblay, qui ne se nomma pas sur le +titre.</p> +</div> +<p>La Vie de M. Descartes<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor">[73]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672"><span class="label">[73]</span></a> Ce sont les deux volumes in-4<sup>o</sup> d’Adrien Baillet sur +Descartes, qui parurent, en effet, en 1691.</p> +</div> +<p>Les Pseaumes en forme de Prières, in-12<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor">[74]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673"><span class="label">[74]</span></a> Cette « paraphrase », comme dit le titre, est du curé +de Saint-Lambert, François Paris, et du curé de Chevreuse, +Vincent Loger. La première édition avoit paru +en 1690.</p> +</div> +<p>Prières formées sur la Morale de l’ancien et +nouveau Testament, in-12<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor">[75]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674"><span class="label">[75]</span></a> Autre ouvrage du même François Paris, curé de +Saint-Lambert.</p> +</div> +<p>Dissertation sur la Goutte, in-12<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor">[76]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675"><span class="label">[76]</span></a> Ouvrage de l’oratorien Michel Mauduit, dont la première +édition avoit paru en 1688. Une <i>Réfutation</i> en avoit +été publiée par le même libraire Hortemels, en 1690.</p> +</div> +<p>Traité des Opérations Chirurgicales, par M. de +la Chariere, in-12.</p> + +<p>Homelies sur les Commandemens de Dieu, le +Symbole et l’Oraison Dominicale, 4 vol. in-12<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor">[77]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676"><span class="label">[77]</span></a> Première partie des <i>Homélies</i> de l’abbé de Monmorel, +qui, peu d’années après, arrivèrent à former dix volumes. +Il devint alors aumônier de la duchesse de Bourgogne.</p> +</div> +<p>Pour les Sieurs Couterot et Guerin en compagnie.</p> + +<p>Sermons de M. Fromentieres, Evêque d’Aire, +6 vol. in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor">[78]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677"><span class="label">[78]</span></a> M. de Fromentière, évêque d’Aire, étoit mort en +1684, en ordonnant que rien de ses sermons ne fût imprimé. +On n’en publia pas moins les six volumes indiqués ici, et +qui se composent : les trois premiers de <i>Sermons pour les +fêtes</i>, deux autres de <i>Sermons pour le Carême</i>, et le dernier +d’<i>Œuvres diverses</i>.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p201">-201-</span>Discours moraux pour la Chaire, 10 vol. +in-12<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor">[79]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678"><span class="label">[79]</span></a> Ouvrage de l’avocat Jean Richard, qui, bien que laïque +et marié, passa toute sa vie à écrire des sermons, que de +vrais prêtres se chargeoient de prononcer. Quand il mourut, +ses <i>Discours moraux pour la chaire</i> n’avoient pas seulement +dix, mais douze volumes. C’est lui qui avoit été l’éditeur +de l’ouvrage précédent, <i>les Sermons</i> de l’évêque d’Aire.</p> +</div> +<p>Manière de prêcher selon l’esprit de l’Evangile, +in-12<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor">[80]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679"><span class="label">[80]</span></a> Par le capucin de Paris, Albert. Couterot, son éditeur, +republia ce livre en 1701.</p> +</div> +<p>La Main qui conduit au Ciel, du Cardinal +Bona, in-12<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor">[81]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680"><span class="label">[81]</span></a> Ce traité, un des plus célèbres du mystique Bona, est +le même dont l’abbé Le Duc fit une nouvelle traduction +avec cet autre titre : <i>le Chemin du Ciel</i>, 1738, in-12.</p> +</div> +<p>Conférences morales sur la Religion, 2 vol. +in-8<sup>o</sup>.</p> + +<p>L’Eglise Protestante détruite par elle-même, +in-12.</p> + +<p>Pour le Sieur Pepie, rue saint Jacques à saint +Basile.</p> + +<p>Suite des Instructions Monastiques, in-12.</p> + +<p>Satires de Juvénal, par M. de Silvecane, 2 vol. +in-12<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor">[82]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681"><span class="label">[82]</span></a> C’est une des plus anciennes et non des meilleures +traductions rimées du satirique latin. En voici le vrai titre : +<i>Traduction des satyres de Juvénal en vers françois, avec des +remarques et le latin à côté</i>, par Pierre de Silvecane.</p> +</div> +<p>Traité des Fièvres, par M. d’Hesse, in-12<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor">[83]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682"><span class="label">[83]</span></a> Traduction du hollandois en françois du <i>Traité des +fièvres</i> de Corneille Boutekoe.</p> +</div> +<p>Pensées Chrétiennes, par M. l’Abbé de Choisy, +in-12<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor">[84]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683"><span class="label">[84]</span></a> Un des nombreux écrits religieux que l’abbé de Choisy +publia après sa conversion, sans grande conviction encore +et surtout sans grand savoir. N’a-t-il pas dit, après la publication +de son principal ouvrage en ce genre : « J’ai +écrit l’histoire ecclésiastique, il ne me reste plus qu’à +l’apprendre. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p202">-202-</span>Grammaire Italienne, in-12.</p> + +<p>Pour le Sieur Roulland fils, ruë saint Jacques.</p> + +<p>Analise des Epîtres de saint Paul, etc., 2 vol. +in-12.</p> + +<p>Explication des Prières de la Messe, par M. de +Meaux, in-12<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor">[85]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684"><span class="label">[85]</span></a> Il n’est pas besoin de dire que M. de Meaux, c’est +Bossuet.</p> +</div> +<p>Pratique judiciaire sur les Censives, in-12.</p> + +<p>Pour le Sieur Robustel, rue saint Jacques.</p> + +<p>Histoire des Empereurs, par M. Tillemont, +2 vol. in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor">[86]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685"><span class="label">[86]</span></a> Ce célèbre ouvrage, quand l’auteur mourut en 1698, +avoit six volumes.</p> +</div> +<p>Traité des Etudes Monastiques, par le P. Mabillon, +in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor">[87]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686"><span class="label">[87]</span></a> L’ouvrage a deux volumes. Il fut écrit pour réfuter +l’opinion de l’abbé de la Trappe, qui prétendoit que les +moines ne peuvent ni ne doivent étudier.</p> +</div> +<p>Pour la veuve Coignard et son Fils en compagnie.</p> + +<p>Les Offices de Cicéron et autres Œuvres, +traduits du Latin de Grotius avec des nottes, +in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor">[88]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687"><span class="label">[88]</span></a> Cette traduction est de Goibaud Du Bois, de l’Académie +françoise.</p> +</div> +<p>Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, +2 vol. in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor">[89]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688"><span class="label">[89]</span></a> Ce sont les deux premiers volumes du grand ouvrage +de Domat. Un troisième compléta bientôt cette partie des +lois civiles.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p203">-203-</span>Maniere de fortifier selon la métode de M. de +Vauban, in-12.</p> + +<p>Traitez de Metaphisique, d’histoire et de politique +de feu M. de Cordemoy, in-12<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor">[90]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689"><span class="label">[90]</span></a> Recueil des petits traités, de Cordemoy, déjà publiés +à part, tels que : le <i>Discours physique de la parole</i>, d’où +Molière tira tout le comique de la scène du professeur de +philosophie au premier acte du « Bourgeois gentilhomme » ; +la <i>Lettre sur le système de Descartes</i>, etc., etc.</p> +</div> +<p>La Geographie ancienne, moderne et historique, +2 vol. in-4<sup>o</sup>.</p> + +<p><i>Nota.</i> Que dans le courant de la présente +année 1692, on imprimera chez ledit Sieur +Cognard fils, Imprimeur du Roy et de l’Academie +Françoise, le Dictionnaire de ladite Academie<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor">[91]</a> :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690"><span class="label">[91]</span></a> Le privilége d’impression du <i>Dictionnaire de l’Académie</i> +avoit alors déjà huit ans de date. Il est, en effet, de +1674. (<i>Collect. Delamarre</i>, n<sup>o</sup> 21,739, fol. 79.) La première +édition parut, non en 1692, mais en 1694, chez +Coignard, en 2 vol. in-fol.</p> +</div> +<p>Pour le Sieur Auroy, rue saint Jacques.</p> + +<p>Etablissement de la Foy dans la nouvelle +France, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor">[92]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691"><span class="label">[92]</span></a> Le titre complet porte par le P. Le C… C’est le +Père Ch. Le Clercq, récollet.</p> +</div> +<p>Nouvelle Relation de la Gaspesie.</p> + +<p><i lang="la" xml:lang="la">Barhei Compendium Theologiæ.</i></p> + +<p>Pour le Sieur Boudot.</p> + +<p>Homelies Theologiques et morales de M. Palafox, +traduites par M. Amelot de la Houssaye, +in-12<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor">[93]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692"><span class="label">[93]</span></a> Ces homélies, traduites de l’espagnol, ont pour texte +principal la Passion.</p> +</div> +<p>Lettres de M. l’Abbé le Grand à M. Burnet, +in-12.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p204">-204-</span>Deffense de l’Antiquité des Temps, par le +R. P. Dom Paul Perron<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor">[94]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693"><span class="label">[94]</span></a> C’est une défense de son propre ouvrage, l’<i>Antiquité +des Temps rétablie</i>, publiée en 1687, et que les PP. Martiany +et Le Quien avoient fort attaquée.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c26">MUSIQUE.</h3> + + +<p class="c"><i>Grand Maitre de la Musique de la Chapelle +du Roy.</i></p> + +<p>Monseigneur l’Archeveque de Rheims<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor">[1]</a>, ruë +saint Thomas du Louvre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694"><span class="label">[1]</span></a> Charles-Maurice Le Tellier, dont il a déjà été parlé. +Il avoit, comme « maître de la Chapelle-Musique », +1,200 liv. de gages, plus 3,000 « pour sa bouche à +cour. » <i>Etat de France</i>, 1692, p. 39.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Sur-Intendans de la Musique de la Chambre de +Sa Majesté.</i></p> + +<p>M. de la Lande qui est d’ailleurs Maître de la +Musique de la Chapelle<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor">[2]</a>, et M. Boisset qui est +Maître de la Musique de la Chambre, en Cour<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695"><span class="label">[2]</span></a> Michel-Richard de Lalande, d’abord violon, claveciniste +et organiste, compositeur de motets, de pastorales et +de ballets, puis surintendant de la musique du Roi, charge +dans laquelle il mourut, en 1726, à quatre-vingt-trois ans. +Il avoit été fait, le 9 janvier 1689, surintendant de la +musique de la Chambre, ce qui étoit un acheminement à la +surintendance générale.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696"><span class="label">[3]</span></a> Jean Boësset, sieur de Haut, fils de Boësset, qui avoit +été de la musique de Louis XIII, et de qui l’on a quelques +jolis airs de chansons, entre autres celui des couplets de +Lingendes, qui furent si célèbres :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Si c’est un crime de l’aimer…</div> +</div> + +</div> +<p>Boësset étoit maître de musique des pages de la Chambre, +aux gages de 1,140 liv.</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p205">-205-</span><i>Autres Maîtres de la Musique de la Chapelle, de la +Chambre et des Plaisirs de Sa Majesté.</i></p> + +<p>Messieurs Lambert, ruë sainte Anne<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor">[4]</a>, Goupille<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor">[5]</a>, +ruë Minoret<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor">[6]</a>, rue Colasse, +rue Traversine<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor">[7]</a>, et Moreau, rue sainte Croix de +la Bretonnerie<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697"><span class="label">[4]</span></a> Michel Lambert, si recherché, en 1666, à l’époque de +la satire du <i>Repas</i> de Boileau, et qui n’avoit pas alors moins +de quatre-vingt-deux ans. Lulli avoit épousé sa fille, et lui +avoit donné dans sa maison, qui existe encore aux coins +des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, l’appartement +où nous le voyons logé, et où il mourut au mois de juin 1696. +(<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte des Moulins</i>.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698"><span class="label">[5]</span></a> Lisez Coupillet. Il faisoit, comme prêtre, pendant le +semestre de janvier, les fonctions ecclésiastiques de maître +de musique, et avoit soin, durant le même temps, « de la +nourriture, éducation, conduite et entretien des pages de +musique. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699"><span class="label">[6]</span></a> Guillaume Minoret. Il avoit, pendant le semestre de +juillet, les mêmes fonctions que Coupillet pendant celui de +janvier. Ses motets sur un certain nombre de psaumes +sont très-estimés. Le Cerf de la Vieuville, dans son livre, +<i>Comparaison de la musique italienne et de la musique +françoise</i>, 1706, in-8, 3<sup>e</sup> partie, le met, ainsi que Coupillet, +sur le même rang, pour la composition, que Collasse et +Lalande.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700"><span class="label">[7]</span></a> Pascal Collasse, un des meilleurs élèves et héritiers +de Lulli. Après avoir collaboré avec son maître, il fit seul +plusieurs opéras, dont celui de <i>Thétis et Pelée</i> est le plus +célèbre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701"><span class="label">[8]</span></a> Jean-Baptiste Moreau, à qui Madame de Maintenon +fit écrire, pour Saint-Cyr, la musique des chœurs d’<i>Esther</i> +et d’<i>Athalie</i>. Il fit aussi les airs de quelques chansons de +Lainez, son ami de cabaret.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maîtres pour l’Orgue et pour le Clavecin.</i></p> + +<p>Messieurs le Begue<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor">[9]</a>, rue Simon le Franc, +<span class="pagenum" id="p206">-206-</span>Taumelin, rue de la Verrerie<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor">[10]</a>, Couprin, prés +saint Gervais<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor">[11]</a>, Dandrieux, ruë saint Loüis du +Palais<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor">[12]</a>, Nivert, prés saint Sulpice<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor">[13]</a>, Danglebert, +rue sainte Anne<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor">[14]</a>, Martin, rue de l’Echelle, le +Roux <a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor">[15]</a>, rue , Buterne, prés saint Paul<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor">[16]</a>, +Montalan, rue du Cimetiere saint André<a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor">[17]</a>, Ossu +<span class="pagenum" id="p207">-207-</span>l’ainé, rue saint Denis<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor">[18]</a>, Ossu le cadet, Cloître +saint Jacques de l’Hôpital, Garnier, rue Traversine, +La Lande, Cour du Palais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702"><span class="label">[9]</span></a> Nicolas Le Bègue, un des quatre organistes de la +Chapelle reçus en 1678. Son quartier étoit celui d’octobre. +Il touchoit l’orgue à Saint-Merry, et l’on a de lui trois +livres de pièces pour cet instrument. Il mourut très-vieux +en 1700. Ses ouvrages se vendoient tout près de chez lui, +dans la même rue. L’édit. de 1691, p. 62, dit, en effet : +« le livre d’orgues de M. Le Bègue se vend chez M. Noël, +rue Simon-le-Franc. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703"><span class="label">[10]</span></a> Jacques Tomelin, organiste de la Chapelle, comme Le +Bègue. Il exerçoit pendant le quartier de janvier.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704"><span class="label">[11]</span></a> François Couperin, le second des trois frères qui fondèrent +la renommée de cette dynastie de clavecinistes célèbres. +Nous le voyons ici logé près de Saint-Gervais, parce +que de 1669 à 1698, il y toucha l’orgue. Il mourut à +soixante-dix ans, en 1701, écrasé par une voiture. L’année +précédente, Montéclair lui avoit dédié sa <i>Méthode facile +de musique</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705"><span class="label">[12]</span></a> On ne le connoît que par son fils, Jean-François +Dandrieu, qui, de 1720 à 1740, se distingua sur l’orgue et +le clavecin.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706"><span class="label">[13]</span></a> Guill.-Gabriel Nivers, un des quatre organistes de la +Chapelle. Il avoit été maître de musique de la Reine.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707"><span class="label">[14]</span></a> Jean-Baptiste d’Anglebert. Il étoit de la musique de la +Chambre pour le clavecin, ce qui lui rapportoit 600 liv. de +gages, 900 de nourriture, 213 de monture, « et 270 pour +la nourriture de son Porte-épinette. » <i>Etat de France</i>, +1692, p. 223.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708"><span class="label">[15]</span></a> Il étoit aussi compositeur. V. <i>Le faux Satyrique</i>, +1706, in-8, p. 11, où il est traité de « fameux maître de +musique. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709"><span class="label">[16]</span></a> Jean Buterne, un des quatre organistes de la Chapelle-Musique.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710"><span class="label">[17]</span></a> « Messieurs Le Règne — c’est celui qui est désigné +plus haut sous son vrai nom le Bègue — rue Simon-le-Franc, +et de Montalan, rue du Cimetière-Saint-André, sont +renommez pour toucher et enseigner le clavecin. » Edit. +1691, p. 60. — Claude Rachel de Montalant, après avoir +enlevé de son couvent, où sans doute il donnoit des leçons, +la fille de Molière, étoit, vers 1686, devenu son mari. Une +note de Titon du Tillet (<i>Parnasse françois</i>, 1732, in-fol., +p. 318) que nous avons citée le premier dans le <i>Roman +de Molière</i>, 1862, in-18, p. 129, ne laisse sur ce point +très-curieux aucun doute : « Elle épousa, dit-il, M. de +Montaland, gentilhomme, qui a été quelque temps organiste +de Saint-André des Arts. » Il l’étoit sans doute +encore en 1691, ce qui expliqueroit pourquoi il logeoit +tout près de cette église. Titon le traite de gentilhomme +parce qu’il se faisoit appeler : Claude Rachel, écuyer, sieur +de Montalant.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711"><span class="label">[18]</span></a> Lisez Houssu. Nous avons su son nom par le curieux +procès que « les maîtres à danser et joueurs d’instruments +tant hauts que bas » firent aux clavecinistes, en 1693, pour +les empêcher d’enseigner à toucher le clavecin avant de +s’être fait recevoir de leur communauté. Les clavecinistes, +représentés par plusieurs de ceux qui figurent ici, dont on +a vu les noms plus haut, ou qu’on trouvera nommés plus +loin : Médéric Corneil, Nicolas Gigault, Jean-Baptiste de +La Brune, Marin de la Guerre, Jean Mérault, Antoine +Houssu, Nicolas Le Bègue, Guillaume-Gabriel Nivers, Jean +Buterne, François Couprin, appelèrent d’une première +sentence rendue contre eux par le prévôt de Paris, et +obtinrent, le 7 mars 1695, un arrêt de la Grand’Chambre +qui leur donna raison, et leur rendit l’entière liberté d’enseigner.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Autres Maîtres pour le Clavecin.</i></p> + +<p>Messieurs le Moine, ruë saint Honoré<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor">[19]</a>, Pitay, +ruë sainte Croix de la Bretonnerie, Eudet et de +la Cerisaye, ruë sainte Croix de la Cité, Bouton, +rue Pavée, Mérault et Alexandre, rue saint Denis, +<span class="pagenum" id="p208">-208-</span>Bernier, rue Tictonne<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor">[20]</a>, Hardy et Landrin, +Cloitre sainte Opportune, Cointereau, place +Maubert, Saffin, rue des Noyers, Boucher, rue +des Assis<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor">[21]</a>, Corneille, Cloître Notre Dame, de +Bordeaux, rue saint Jacques, Raison, rue saint +Estienne, Gigot et Delian, rue saint Martin, la +Brune, rue des Moineaux, Fouquet, ruë Coquillière, +de la Guerre<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor">[22]</a> et Jacquet, Isle Notre +Dame, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712"><span class="label">[19]</span></a> Il étoit de la musique de la Chambre pour le +théorbe.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713"><span class="label">[20]</span></a> Nicolas Bernier, dont le succès fut si grand, surtout +sous la Régence, pour ses motets, la musique de ses cantates +et ses airs à boire. Il est fait de lui le plus grand +éloge dans le poëme de J. de Serré, <i>la Musique</i>, dont la première +édition date de 1714.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714"><span class="label">[21]</span></a> Lisez des Arcis.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715"><span class="label">[22]</span></a> Son vrai nom étoit Jacquet, le seul que prit son frère +nommé ici avec lui. Jacquet de la Guerre étoit organiste à +Saint-Séverin. Sa fille, M<sup>lle</sup> Elisabeth La Guerre, se distingua +sur le clavecin et fit la musique de l’opéra de <i>Céphale +et Procris</i>, en 1694. Elle mourut en 1727.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maitresses pour le même Instrument.</i></p> + +<p>Mesdames Oves, rue saint Denis, et Louis, +rue de la Monnoye.</p> + +<p>Et encore Mesdemoiselles Rebours et le Tellier, +fauxbourg saint Germain<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716"><span class="label">[23]</span></a> « Mademoiselle Le Tellier, qui demeure au cul-de-sac +de la rue Beaubourg. » Edit. 1691, p. 60.</p> +</div> +<hr> + + +<p>M. du Clos, rue Bétizy, accorde en perfection +le Clavecin.</p> + +<p>Messieurs Denis, sur le Quay neuf, Richard, +ruë du Paon<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor">[24]</a>, Rosée, rue de Cléry, Créteil, rue +Poupée, Dathene, rue saint Antoine<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor">[25]</a>, Voudry, +<span class="pagenum" id="p209">-209-</span>rue saint Jacques, Boudet, rue saint Martin, +Thierry, rue sainte Marguerite, du Catel et +l’Esclop, rue Omer<a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor">[26]</a>, Clico, rue Philippot, et le +Febvre, rue Aubry Boucher, fabriquent, rajustent +et accordent les Orgues et les Clavecins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717"><span class="label">[24]</span></a> « Près Saint-Nicolas du Chardonnet. » Edit. 1691, +p. 60.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718"><span class="label">[25]</span></a> « Le sieur Dathene, qui fait des clavecins, demeure +rue et devant le petit Saint-Antoine. » <i>Id.</i>, p. 64. « Le +sieur Créteil, faiseur d’orgues, demeure dans la rue Poupée. » +<i>Ibid.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719"><span class="label">[26]</span></a> Lisez rue au Maire.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maitres pour la Violle.</i></p> + +<p>Messieurs de sainte Colombe<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor">[27]</a>, rue…; Marais, +ruë Bertin Poirée<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor">[28]</a>, Theobal, rue de Richelieu<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor">[29]</a>, +des Fontaines<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor">[30]</a>, rue de Grenelle saint Honoré, +de Machy, rue des fossez saint Germain, Garnier, +prés le Palais Royal, Bellier, rue de Mommorency, +Fourcroy le fils, rue vieille du Temple, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720"><span class="label">[27]</span></a> Il n’est plus connu que parce qu’il fut le maître de +celui qui vient ici après lui.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721"><span class="label">[28]</span></a> « Monsieur Marais touche la viole par excellence, et donne +des leçons chez luy, rue Quincampoix. » Edit. 1691, p. 48. — Marin +Marais, élève de Sainte-Colombe, et le plus habile +joueur de viole de son temps, il a beaucoup écrit pour cet +instrument, et, de plus, l’on a de lui plusieurs partitions +pour l’Opéra, où il avoit commencé à être simple batteur de +mesures. La plus célèbre est celle d’<i>Alcione</i>, dont la Tempête +fut un des morceaux les plus à effet de ce temps-là. +Elle est décrite dans le poëme de <i>la Musique</i> cité plus haut.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722"><span class="label">[29]</span></a> Théobaldo Gaddi, qui, attiré de Florence à Paris par +son admiration pour Lulli, fut mis par celui-ci dans l’orchestre +de l’Opéra, où il joua pendant près de cinquante ans +de la basse de viole. Il avoit fait, en 1691, la musique de +la pastorale héroïque de <i>Coronis</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723"><span class="label">[30]</span></a> « Le même Des Fontaines montre d’ailleurs à toucher +le clavecin et la basse de viole. » Edit. 1691, p. 48.</p> +</div> +<p>Mademoiselle Mengey, rue saint Honoré, prés +la rue des Poullies, fait aussi profession de toucher +et de montrer à toucher la Violle.</p> + + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p210">-210-</span><i>Maîtres pour le Theorbe<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor">[31]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724"><span class="label">[31]</span></a> C’étoit une espèce de grand luth, qui lui-même étoit +une sorte de guitare.</p> +</div> +<p>Messieurs du Pré, rue des Escoufles, et de la +Barre en Cour, qui sont de la Chambre du Roy<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor">[32]</a>, +et encore Messieurs Pinet<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor">[33]</a>, rue le +Moyne, Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Aubin, +rue de l’Escharpe, Poussilac, prés les Jacobins +saint Jacques, Lavaux, rue Hurel, +Quay de la Mégisserie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725"><span class="label">[32]</span></a> Du Pré n’étoit qu’en survivance, en 1692, à la chambre +du Roi pour le théorbe. Pierre Chabançeau de La Barre, +beaucoup plus célèbre, jouoit de la grosse-basse ou du +théorbe à la Chapelle-Musique. Il étoit valet de chambre de +la Dauphine.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726"><span class="label">[33]</span></a> Lisez Pinel. Il jouoit du théorbe à la chambre du Roi, +mais y avoit, auparavant, chanté les hautes tailles.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maîtres pour la basse de Violon.</i></p> + +<p>Messieurs Marchands père et fils, et Converset, +rue des Poulies<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor">[34]</a>, Boudet, rue saint Antoine, +Reffiet, rue des vieux Augustins<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor">[35]</a>, la Rue, prés +saint Mederic.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727"><span class="label">[34]</span></a> « Rue Bétizy, Gillet, place du Palais-Royal. » Edit. +1691, p. 48. — A la chambre du Roi, les deux Marchand : +Jean Noël, le père, et Jean-Baptiste, le fils, jouoient non la +basse, mais le dessus de violon.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728"><span class="label">[35]</span></a> Urbain Reffiet. Il étoit un des vingt-cinq violons ordinaires, +dont Dumanoir étoit le roi.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maîtres pour le dessus de Violon.</i></p> + +<p>Messieurs Favre, rue saint Honoré, le Peintre, +à Versailles<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor">[36]</a>, Thoüin, rue de la Verrerie<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor">[37]</a>, Verdier, +<span class="pagenum" id="p211">-211-</span>rue du Chantre, Baptiste, Cloitre saint +Honoré, du Bois, rue des fossez saint Germain, +de l’Isle, rue saint Honoré, Charpentier, rue de +la Harpe, du Chesne, rue Aubry Boucher, Jobert, +rue saint Antoine, Marchand, rue de Berry, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729"><span class="label">[36]</span></a> Augustin-Jean Le Peintre. Il étoit aussi des vingt-cinq +violons, et, de plus, un des violons du Cabinet, où il jouoit +les dessus, avec 600 liv. de gages. Il étoit en outre attaché, +comme violon, à la maison du Dauphin, ce qui lui valoit +600 liv. sur la cassette du prince, 400 sur le trésor royal, +« et quelques autres gratifications », dit l’<i>Etat de France</i>. +On comprend qu’avec le cumul de ces gages et ce que pouvoient +lui rapporter ses leçons, il ait pu faire dire à Richelet, +au mot <i>violon</i> de son dictionnaire : « Le Peintre, l’un des +meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne plus que Corneille, +l’un des plus excellents de nos plus fameux poëtes +françois. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730"><span class="label">[37]</span></a> L’édition précédente l’appelle à tort Thonin.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maîtres pour la Guitarre.</i></p> + +<p>Messieurs de Vizé, à Luxembourg<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor">[38]</a>, Cheron, +rue Dauphine<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor">[39]</a>, Medard, prés saint Nicolas des +Champs, le Tellier, rue du Foin, Galet, cul-de-sac +saint Sulpice, du Gesne, rue des Prouvaires, +Poussilot<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor">[40]</a>, prés les Jacobins saint Jacques, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731"><span class="label">[38]</span></a> C’est-à-dire au palais du Luxembourg. Vizé fut très-célèbre +en son temps. Palaparat, dans la préface du <i>Grondeur</i>, +parlant d’un joueur de flûte fameux, dit qu’il tire de +la flûte allemande « des sons plus doux… »</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Que ceux que De Vizé tire de sa guitarre.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732"><span class="label">[39]</span></a> Nous le trouverons plus loin parmi les faiseurs d’instruments.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733"><span class="label">[40]</span></a> Lisez Poussillac, comme plus haut.</p> +</div> +<p>Le Sieur Alexandre Roboam fait des Guitarres +par excellence<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor">[41]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734"><span class="label">[41]</span></a> Il demeurait rue des Arcis.</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maîtres pour le Luth.</i></p> + +<p>Messieurs Mouton, rue saint Antoine, et du +Buc, ruë<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor">[42]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735"><span class="label">[42]</span></a> L’édition de 1691, p. 61, nomme, avec lui, « Gallot +et Jacqueson. » Mouton étoit, de beaucoup, le plus célèbre. +On a de lui, d’après de Troyes, un très-beau portrait gravé +par Edelinck. Mariette en parle ainsi dans une note de l’<i>Abecedario</i>, +t. II, p. 219, que nous reproduisons avec toute +sa singularité : « Jean Mouton, célèbre joueur, jouant de +la guitare — est-ce un luth ? est-ce une guitare ? C’est un +luth — à demy corps, d’après Fr. De Troyes ; d’après un +des plus beaux tableaux qu’ait peints M. de Troyes. Il a +été peint en 1690, Mouton étant, pour lors, âgé de 64 ans. +J’ai vu, ajoute Mariette, ce tableau en 1755, et j’ose dire +que le plus beau tableau de Van Dyck ne me paroît pas +supérieur. » Edelinck grava ce beau portrait pour remercier +Mouton d’avoir enseigné le luth à sa fille sans vouloir être +payé. (<i>Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des membres +de l’Acad. de peinture</i>, t. II, p. 55.)</p> +</div> + +<p class="c"><span class="pagenum" id="p212">-212-</span><i>Maîtres pour le Jeu et pour la Fabrique des +Instruments à Vent, Flûtes, Flageolets, Hautbois, +Bassons, Musettes, etc.</i></p> + +<p>Messieurs Colin Hotteterre<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor">[43]</a>, ruë d’Orléans ; +Jean Hotteterre, rue des fossez S. Germain ; Fillebert, +rue S. Antoine<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor">[44]</a> ; des Costeaux, Fauxbourg +<span class="pagenum" id="p213">-213-</span>saint Antoine<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor">[45]</a> ; Filidot en Cour<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor">[46]</a> ; du +Mont, rue de Tournon ; Rousselet, rue des Assis ; +Dupuis, carrefour de l’Ecole<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor">[47]</a> ; le Breton et Fremont, +rue de l’Arbre sec ; Héron, prés le cadran +saint Honoré ; du Buc, rue de Richelieu ; Roset, +rue neuve saint Eustache<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor">[48]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736"><span class="label">[43]</span></a> Colin étoit un diminutif de Nicolas, son vrai prénom. +Il étoit basson à la Chapelle-Musique. Lui, et son fils Jean, +qui le suit ici, et un autre, dont nous ne savons pas le prénom, +excelloient surtout comme <i>facteurs</i> : « le père, +lisons-nous dans un <i>Traité de la Musette</i>, etc. (Lyon, +1682, pet. in-fol., p. 38), est un homme unique pour la +construction de toutes sortes d’instruments de bois, d’ivoire, +d’ébeine, comme sont les musettes, flageolets, hautbois ; et +mesme pour faire des accords parfaits de tous ces instruments. +Ses fils ne luy cèdent en rien pour la pratique de +cet art. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737"><span class="label">[44]</span></a> Philibert Rebillé. Très-renommé comme flûtiste et +acteur de société. Palaprat dit de lui dans une note de son +théâtre (t. I, p. 183) : « fameux joueur de flûte allemande, +qui a mérité d’être chanté sur la lyre de M. De La Mothe, +<i>Ode de la Flûte</i>. » La flûte allemande étoit ce qu’on appelle +aujourd’hui « flûte traversière. » L’autre étoit la clarinette. +Philibert eut de très-grands succès à la Cour, comme on le +voit par les <i>Poésies</i> de Lainez, son ami, et de très-vifs aussi, +trop vifs même dans la bourgeoisie. Une certaine M<sup>me</sup> Brunet, +qui s’étoit affolée de lui, empoisonna son mari, et +l’épousa en secondes noces. Les révélations de La Voisin, +qui lui avoit fourni le poison, la firent prendre, condamner +et exécuter. Philibert, dont le roi ne mit pas en doute +l’innocence, fut sauvé. Il y a, dans les <i>Caractères</i>, une +allusion à cette affaire. Philibert y est nommé Dracon. +(<i>Comédie de Jean de La Bruyère</i>, t. I, p. 212-214.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738"><span class="label">[45]</span></a> Il étoit joueur de flûte, comme Philibert, dont il fut +l’ami dévoué. Il avoit beaucoup connu Molière, et en parloit +très-curieusement. Sa passion pour les fleurs fut célèbre. +C’est pour la mieux satisfaire qu’il s’étoit logé au faubourg +Saint-Antoine, où, comme nous le verrons, se trouvoient les +grands « floristes. » C’est lui, suivant Math. Marais, qui +aurait posé pour le curieux de fleurs des <i>Caractères</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739"><span class="label">[46]</span></a> André-Danican Philidor, et non Filidot. Il jouoit de la +basse à la Chapelle-Musique et dans la chambre du Roi. +Veuf de Marguerite Monginot, il eut, de son second mariage +avec Elisabeth Le Roy, un fils qui devint célèbre comme +compositeur, mais surtout comme joueur d’échecs.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740"><span class="label">[47]</span></a> Nous le retrouverons, avec les quatre autres qui +suivent, parmi les fabricants d’instruments.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741"><span class="label">[48]</span></a> « Le sieur Rozet est renommé pour les instruments +de musique de la garde-robe du Roy. Il demeure rue +Neuve-Saint-Eustache. » Edit. 1691, p. 49.</p> +</div> +<p>Plusieurs d’entre les Maîtres de tous les Instrumens +ci-dessus, travaillent par excellence à +la composition de la Musique, outre lesquels +entre les habiles Compositeurs de Paris, on +compte d’ailleurs Messieurs Oudot à la place +Royale ; Mignon<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor">[49]</a>, cloître Notre Dame<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor">[50]</a> ; l’Alloüette, +<span class="pagenum" id="p214">-214-</span>prés saint Germain de l’Auxerrois<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor">[51]</a> ; +Charpentier, rue Dauphine<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor">[52]</a> ; Bertet, Isle Notre +Dame ; Chaperon, cour du Palais ; Martin, rue +des saints Pères ; Terrier, prés les Innocens, etc.<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor">[53]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742"><span class="label">[49]</span></a> Il étoit maître de la musique de Notre-Dame, et, +comme on le voit ici, logeoit auprès. Il étoit aussi, à son +temps perdu, grand amateur de bouts rimés. C’est lui qui, +en 1682, avoit proposé un prix à quiconque rempliroit le +mieux à la louange du roi les rimes de <i>pan</i>, <i>guenuche</i>, etc., +qui pendant une saison entière occupèrent toutes les sociétés. +(<i lang="la" xml:lang="la">Menagiana</i>, t. I, p. 35.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743"><span class="label">[50]</span></a> « Colasse, rue Sainte-Anne, Lorenzani… » Edit. 1691, +p. 62. — Ce dernier est nommé dans les <i>Caractères</i>, +au § 29 du chapitre de <i>la Mode</i> : « on sait que Lorenzani +fait de beaux motets. » Il en publia quelques-uns, en +1693, chez Ballard. Lulli s’étoit opposé de tous ses efforts +à sa célébrité. Sénecé, qui l’appelle Lorenzain, parle ainsi +de cette jalousie du Florentin dans le libelle qu’il fit contre +lui, <i>Lettre de Clément Marot</i>, etc. : « Je t’atteste encore, +célèbre Lorenzain, à qui un mérite connu de toute l’Europe +n’a servi qu’à blesser les yeux du jaloux Lulli… »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744"><span class="label">[51]</span></a> Jean-François Lalouette, qui passe pour avoir travaillé +aux opéras de Lulli, son maître, mais qui fut surtout +célèbre pour ses motets. Il étoit maître de musique de +l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, près de laquelle nous le +voyons logé ici.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745"><span class="label">[52]</span></a> Marc-Antoine Charpentier, que son logement place +Dauphine mettoit à proximité de la Sainte-Chapelle, où il +étoit maître de musique. Il enseigna la composition au +Régent, et fit avec lui l’opéra de <i>Philomèle</i>, qui ne fut ni +joué, ni imprimé.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746"><span class="label">[53]</span></a> A la suite de ces « habiles compositeurs de musique », +on lit dans l’édit. précédente, p. 62 : « le sieur Jolly, rue +des Rosiers, près la vieille rue du Temple, l’enseigne avec +une grande facilité. »</p> +</div> + +<p class="c"><i>Maîtres pour l’Art de Chanter<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor">[54]</a>.</i></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747"><span class="label">[54]</span></a> Ils étoient, depuis quelques années, en grande faveur. « — Fais-toi +plutôt maître à chanter, dit Colombine. On +te donnera deux louis d’or par mois, et tu trouveras peut-être +quelque écolière à qui tu ne déplairas pas : car voilà +la grippe des femmes d’aujourd’hui… On est de tous les +bons repas ; jamais de promenade sans le maître à chanter. » +(Regnard, <i>La descente de Mezzetin aux Enfers</i>, acte I, +scène 1<sup>re</sup>.)</p> +</div> +<p>Massieurs Dambruy, rue Betizy, du Buisson, +<span class="pagenum" id="p215">-215-</span>rue Dauphine, du Bousset, rue des Fontaines, +Hallé, rue des Marais saint Germain, du Parc, +rue de la Savaterie : Saint Germain, près la +Madelaine, Chevalier, rue ; la Pommeraye, +prés saint Leu de saint Gilles : de Lair, +rue saint Honoré : Gillier, rue de Berry<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor">[55]</a> : Bonnamy, +rue Tictonne, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748"><span class="label">[55]</span></a> C’est le père de Gillier qui fit tous les divertissements +de musique à la Comédie et aux Italiens pour les pièces de +Dancourt, Regnard, etc.</p> +</div> +<p>Messieurs Hallin frères sont renommez pour +le Jeu de la Trompette et des Timbales qu’on +trouve de la meilleure Fabrique chez le Sieur +Crestien, rue de la Ferronnerie, à la Ville de +Vernon.</p> + +<p>Les Cordes de Rome pour les Instrumens, se +vendent en gros rue saint Denis aux trois Maillets, +et en détail chez tous les faiseurs d’Instrumens, +entre lesquels le Sieur Offlard<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor">[56]</a>, rue de +Bussy, et les Sieurs Cheron<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor">[57]</a>, rue Dauphine et +rue de la vieille Bouclerie en ont un grand +assortiment.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749"><span class="label">[56]</span></a> Il faut, je crois, lire « Offland. » Nous trouvons, en +effet, un Jean Offland parmi « les maistres faiseurs d’instruments +de musique », dans un compte du commencement +du siècle. (<i>Bulletin archéolog.</i>, t. II, p. 542.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750"><span class="label">[57]</span></a> « Luttier. » Edit. precéd., p. 112. Ces deux Chéron +étoient sans doute frères. L’édit. précédente n’indique que +celui de la rue Dauphine, qui figure déjà plus haut parmi +les maîtres de guitare. Un Nicolas Chéron, comme nous le +voyons par un acte de baptême, étoit déjà « faiseur d’instruments +de musique », en 1658. Peut-être étoit-ce le père +de celui-ci.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p216">-216-</span>Il y a une fabrique pour l’Orgue et pour le +Manicordium<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor">[58]</a>, rue saint Julien des Ménetriers<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor">[59]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751"><span class="label">[58]</span></a> Sorte de petite épinette à sons amortis par du drap +étendu sur les cordes. On l’appeloit aussi <i>épinette sourde</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752"><span class="label">[59]</span></a> « Les musettes et les autres instruments à vent, se +vendent chez les sieurs Dupuis, carrefour de l’Ecole, Le +Breton et Froment, rue de l’Arbre-Sec, Héron, près le +cadran Saint-Honoré, et Du Buc, rue de Richelieu. » Edit. +1691, p. 49. — La musette étoit alors à la mode. Nous +avons vu, dans une note précédente, comment Van-Dyck +peignit le libraire Langlois jouant de cet instrument. La +vielle le remplaça. Sous Louis XV, tout le monde en jouoit. +<i>V.</i> aux <i>Mss.</i> de la Biblioth. Nat. les <i>Stromates</i> de Jamet, +t. II, p. 2050.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c27">FAMEUX CURIEUX<br> +<span class="small">DES OUVRAGES MAGNIFIQUES<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753"><span class="label">[1]</span></a> Le Roux de Lincy a publié cette liste, avec quelques +notes insuffisantes, dans la <i>Gazette des Beaux-Arts</i> du 15 +février 1859, p. 224. — Nous n’avons pas besoin de dire +ce qu’on entendoit alors par « curieux », <i>les Caractères</i> de +La Bruyère nous l’ont assez appris. Nous ajouterons toutefois +que, sous Louis XIII, le mot avec ce sens n’étoit pas +encore employé. On disoit des « grippés. » Dans une +curieuse pièce <i>Ms.</i> du <i>Supplément françois</i>, à la Biblioth. +Nat., n<sup>o</sup> 12, 491, p. 268, intitulée les <i>Francs grippez</i>, nous +trouvons : <i>le grippé des fleurs</i>, <i>le grippé des médailles</i>, etc. +Il y eut aussi alors un ballet, <i>les Grippez à la mode</i>. (<i>V.</i> le +catal. Soleinne, t. III, p. 85.)</p> +</div> + +<p class="drap">Monsieur le Duc d’Aumont, rue de Jouy<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754"><span class="label">[2]</span></a> C’est le père de celui qui, à la fin du règne, fut ambassadeur +en Angleterre. Il avoit eu d’abord son cabinet de +tableaux — c’est ce qu’il collectionnoit — rue Vivien, ou +Vivienne. La liste des curieux, publiée par Spon dans <i>Les +Recherches des antiquités et curiosités de la ville de Lyon</i>, +1673, in-8, p. 212-218, que nous aurons souvent à citer, +d’après la reproduction qu’en a faite la <i>Revue universelle des +Arts</i>, t. XV, p. 259, lui donne cette adresse, il s’installa +ensuite dans l’hôtel de sa famille rue de Jouy, dont nous +avons déjà parlé. Il y joignit à son goût pour les tableaux, +celui de l’Antiquité. « Monsieur le duc d’Aumont, écrivoit, +en 1686, Bourdelot d’Airval au t. II de son livre de l’<i>Utilité +des Voyages</i>, a bien fait voir qu’il se connoissoit en +tout dans les conférences qu’il a tenues chez lui, touchant +l’histoire ancienne : il a découvert depuis peu deux portraits +en agathe de quelques-uns des tyrans du temps de +Gallien. »</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p217">-217-</span>M. le Duc de Saint Simon, rue de Taranne<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755"><span class="label">[3]</span></a> Claude de Saint-Simon, père de l’auteur des <i>Mémoires</i>. +Il ne mourut que l’année suivante. Il avoit des tableaux. +Son fils (<i>Mém.</i>, édit. in-18, t. I, p. 34) parle entre autres +de celui de Pomone et Vertumne, un des plus beaux de +Carrache, que lui avoit donné le duc de Montmorency +avant de monter à l’échafaud.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Duc de Richelieu, place Royale<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756"><span class="label">[4]</span></a> Père du maréchal duc de Richelieu. Il avoit une fort +belle galerie de tableaux, avec de nombreux et remarquables +Rubens : « On en trouve dans cet hôtel, dit G. Brice, 3<sup>e</sup> édit., +t. I, p. 330, un plus grand nombre qu’en nul endroit de +Paris. » De Piles les a décrits dans ses <i>Dissertations sur +les ouvrages des plus fameux peintres</i>. La description du plus +beau de tous, <i>la Chute des mauvais Anges</i>, est de M. de +Richelieu lui-même.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Chevalier de Lorraine, au Palais Royal<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757"><span class="label">[5]</span></a> Le chevalier de Lorraine, dont on sait la faveur équivoque +près de Monsieur, avoit dans son appartement, l’un +des plus beaux du Palais-Royal, un cabinet sur le jardin, +tout rempli de tableaux rares, des italiens surtout, tels que +l’Albane. On y trouvoit aussi quelques Poussin.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Marquis d’Hauterive<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor">[6]</a>, au Cherche Midy.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758"><span class="label">[6]</span></a> Suivant la liste de Spon, ce marquis, souvent nommé +par Dangeau, avoit aussi le goût des tableaux.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Marquis de Rieux, rue de Seine.</p> + +<p class="drap">M. le Comte de Flamarin<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor">[7]</a>, prés saint Roch.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759"><span class="label">[7]</span></a> Grossolle de Flamarens. Il paroît avoir eu surtout le +goût des livres. On en rencontre à ses armes : <i>d’or, au lion +de gueules, naissant d’une rivière d’argent, chef d’azur +chargé de trois étoiles d’or</i>.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Comte de Bartolet, rue de Tournon.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p218">-218-</span>M. le Marquis de Rhodes<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor">[8]</a>, prés la porte saint +Honoré.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760"><span class="label">[8]</span></a> Grand maître des cérémonies, charge qu’il vendit, au +grand blâme de tous, car on l’étoit de père en fils, depuis +longtemps, dans sa famille.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Baron de Breteuil<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor">[9]</a>, rue de Paradis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761"><span class="label">[9]</span></a> Ce baron qui ne l’étoit pas, selon Saint-Simon, est le +même qui mena avec la présidente Ferrand le scandaleux +roman dont nous avons parlé. Nous ignorons quels étoient +ses goûts de curieux.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Comte de Morstein, sur le Quay des +Théatins<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762"><span class="label">[10]</span></a> M. de Morstein, ancien grand trésorier de Pologne, +avoit son hôtel, qui devint ensuite celui du maréchal d’Estrées, +au coin de la rue des Saints-Pères et du quai des +Théatins, aujourd’hui quai Voltaire. C’étoit un grand curieux +en toutes choses. Ses jardins à Montrouge étoient magnifiques. +Rigaud l’avoit peint avec sa fille, puis séparément.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Comte de Renes, rue saint Dominique, +quartier S. Germain.</p> + +<p class="drap">M. le Commandeur d’Hautefeuille, rue du Bac<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763"><span class="label">[11]</span></a> Étienne-Texier d’Hautefeuille, grand prieur d’Aquitaine +et ambassadeur extraordinaire de la religion de Malthe en +France. Il mourut le 3 mai 1703, laissant, suivant Saint-Simon +(t. IV, p. 453), tous ses tableaux à son Ordre. Ils +étoient d’un grand prix, car au dire de Mariette (<i>Abecedario</i>, +t. II, p. 345), « il étoit très-grand curieux, et avoit de +très-belles choses. » Il habitoit dans le haut de la rue du +Bac une des maisons neuves bâties par l’administration des +Incurables.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Commandeur de Gaults, derrière saint Roch<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764"><span class="label">[12]</span></a> Sur la liste de Spon, son nom est écrit Gotz, et son +adresse est donnée au bout de la rue des Petits-Champs. +Son cabinet, y est-il dit, comprenoit tableaux, médailles +modernes, curiosités de toutes sortes.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Chevalier de Simonville<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor">[13]</a>, rue sainte Croix +de la Bretonnerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765"><span class="label">[13]</span></a> Lisez de Sémonville. Nous ne savons rien sur ses collections.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p219">-219-</span>M. le Chevalier de Nogent<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor">[14]</a>, rue d’Anjou au +Marais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766"><span class="label">[14]</span></a> Un des favoris préférés de Louvois, qui lui donna une +maison charmante à Meudon, où il réunit les plus précieuses +de ses curiosités. Il mourut très-âgé, en 1708.</p> +</div> +<p class="drap">Messieurs les Présidens Lambert et Bretonvilliers, +Isle Notre Dame<a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767"><span class="label">[15]</span></a> Nous n’avons pas à insister sur la magnificence des +hôtels Lambert et Bretonvilliers, elle est connue : tableaux +rares, meubles du plus grand prix se trouvoient partout dans +l’un et dans l’autre. On peut s’en faire une idée par ce qu’en +a dit G. Brice, 3<sup>e</sup> édit., t. II, p. 388-394.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Président Dorieux, prés les Enfans +Rouges<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768"><span class="label">[16]</span></a> Il étoit fils de Nicolas Dorieu, mort intendant de +Limoges en 1686, qui lui avoit légué une bibliothèque qu’il +compléta, et dont le prix venoit surtout des documents +imprimés et manuscrits qu’elle contenoit sur l’histoire de la +noblesse de France. Ses livres portoient sur les plats : +<i>un écusson d’azur à la bande d’or chargée de 3 molettes +de gueules dans le sens de la bande</i>.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769"><span class="label">[17]</span></a> François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres. +Nous en avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses +armes : <i>d’or à l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée +et membrée de gueules</i>.</p> +</div> +<p class="drap">M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770"><span class="label">[18]</span></a> Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de +Spon, en 1673. Il y est donné comme amateur de tableaux +modernes.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Caumartin, rue sainte Avoye<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771"><span class="label">[19]</span></a> Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi +les intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux +modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son +portrait, et peignit aussi celui de sa femme.</p> +</div> +<p class="drap">M. Mendat, rue saint Loüis du Marais<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772"><span class="label">[20]</span></a> Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des +requêtes, Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts +nous sont plus connus que les siens : il étoit bibliophile. +L’écusson des livres de sa bibliothèque, dont la vente se fit +en 1755, avec <i>Catalogue</i> dressé par David l’aîné, porte : +<i>d’azur au lion couronné d’or, au chef d’argent chargé d’une +hure de sanglier de sable, accostée de deux roses de +gueules</i>.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p220">-220-</span>M. Jabac, rue Neuve saint Mederic<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor">[21]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773"><span class="label">[21]</span></a> Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France, +où il devint directeur de la compagnie des Indes orientales, +et l’un des maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé +de lui, p. <a href="#p109">109</a>, note 11. Ses acquisitions à Londres, +après la mort de Charles I<sup>er</sup>, furent considérables selon +Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures et dessins, +que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet +de Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre +à Mazarin l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard, +passèrent au Roi, et sont maintenant au Louvre. Puis, la +ruine à peu près complète ayant suivi, il fallut céder la +collection entière : 101 tableaux et 5,542 dessins. Le roi +offrit 200,000 livres, et, au mois de mars 1671, marché +fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne put +s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que +vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques +tableaux, entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint +lui-même, l’avoit représenté avec sa femme et ses enfants. +Il fut vendu à Cologne, en février 1787. — L’hôtel de +Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe encore en partie +ainsi que le passage qui le fait communiquer avec la rue +Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte. +Au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y +firent leurs expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit +appeler par Diderot « Jabach » ces tableaux d’ordre inférieur. +Un fameux magasin de tabatières s’établit aussitôt +après à l’hôtel Jabach.</p> +</div> +<p class="drap">M. de la Saldiere, rue du gros Chenet<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774"><span class="label">[22]</span></a> Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la +<span class="sc">Comédie de la Bruyère</span>, le bibliophile Guyon de Sardière qui +pouvoit alors commencer sa riche collection ? Si ce n’est +lui, nous ne savons qui c’est.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775"><span class="label">[23]</span></a> Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint +par Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit +un D’Argenson.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p221">-221-</span>M<sup>rs</sup> Belluchot et le Riche, rue des Massons<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776"><span class="label">[24]</span></a> François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le +Riche, secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans +la même maison : Belluchot y collectionnoit avec un grand +goût des tableaux de maîtres — il en avoit un surtout du +Guide qui étoit admirable. — Le Riche faisoit, lui, collection +de livres choisis et d’estampes, dont il avoit beaucoup +de « très-belles et très-curieuses », dit G. Brice (3<sup>e</sup> édit., +t. II, p. 175).</p> +</div> +<p class="drap">M. de Furetière, rue du Roy de Cicile<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor">[25]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777"><span class="label">[25]</span></a> Ce n’est pas l’auteur du <i>Dictionnaire</i>, mort alors depuis +quatre ans, mais son frère Nicolas Furetière, avocat au +Parlement, qui avoit comme lui le goût des curiosités, +et peut-être avoit hérité des siennes. Dans sa liste de +1672, Spon n’avoit pas oublié Furetière, le lexicographe, +l’auteur du <i>Roman Bourgeois</i>, il nous l’avoit donné comme +étant curieux de livres rares, d’estampes, de bronzes, etc. +Son frère, que nous voyons logé rue du Roi-Sicile, pouvoit +y demeurer alors. Le 9 janvier 1691, il avoit fait baptiser +une de ses filles à Saint-Gervais, qui est la paroisse de +cette rue. Il mourut le 9 décembre 1697, à l’île Saint-Louis. +M. Ferd. de Lasteyrie a retrouvé son inventaire après +décès. Cent cinquante tableaux y figurent avec « une infinité +de petits bronzes, de médailles, d’objets en pierre +dure, etc. » Il avait donc qualité pour compter parmi les +Curieux. V. <i>Bull. de la Soc. de l’hist. de Paris</i>, t. IV, +p. 146-150.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Creil, rue de Montmorency<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778"><span class="label">[26]</span></a> Il figure dans la liste de Spon. On y apprend +qu’il collectionnoit : tableaux anciens et modernes, porcelaines, +statues de bronze, médailles antiques et modernes. +Il en brocantoit aussi : « Il y a longtemps, écrit Baudelot +d’Airval, en 1686, dans l’<i>Utilité des Voyages</i>, que M. de +Creil règne dans le commerce des choses précieuses… il +s’en défait aussi avec toute la complaisance possible, lorsque +les curieux connussent le prix de l’antiquité, et n’estiment +pas les choses médiocrement. » — Parmi ses tableaux +modernes, se trouvoit un baptême du Christ que Le Sueur +avoit peint pour lui.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p222">-222-</span>M<sup>rs</sup> Bertin<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor">[27]</a> et de la Touanne, porte Gaillon.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779"><span class="label">[27]</span></a> Trésorier des parties casuelles, « qui, lisons-nous dans +les <i>Annales de la Cour et de Paris</i>, pour 1697-1698, t. I, +p. 148, est un des hommes de Paris les plus curieux pour +les meubles. » Il avoit surtout de merveilleux tapis, acquis +par lui de la succession du conseiller Pussort. Le Roi les +vit, les désira, et ils lui furent cédés. <i>Ibid.</i></p> +</div> +<p class="drap">M. Despond, aux Incurables.</p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Quenel<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor">[28]</a> et de Montigny, à sainte Magloire.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780"><span class="label">[28]</span></a> Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire, +dont la maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit +une dépendance. « Il étoit, dit Mariette (<i>Abecedario</i>, t. II, +p. 230), un peu peintre et un peu brocanteur. » Il avoit +acquis de Dacquin, évêque de Séez, grand nombre de dessins, +dont plusieurs excellents de Jules Romain. Il possédoit +aussi les débris de la collection des dessins de Vasari. Il +céda le tout à Crozat. <i>Id.</i>, p. 46.</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il +donne entrée aux Curieux tous les matins.</p> + +<p class="drap">M. de Blois, rue du Jardinet<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor">[29]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781"><span class="label">[29]</span></a> Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan. +Sa collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles, +couteaux de Turquie, etc.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Gedouin et Bergeron, rue de la Couture +sainte Catherine.</p> + +<p class="drap">M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg +S. Antoine<a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor">[30]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782"><span class="label">[30]</span></a> Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel +du Roi, si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de +qui, entre autres œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements, +qui passèrent de son cabinet dans la galerie du +Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui en Angleterre. L’hôtel +de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit l’ancienne maison +de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce quartier.</p> +</div> +<p class="drap">M. Rappes, rue de la Harpe<a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor">[31]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783"><span class="label">[31]</span></a> Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il +possédoit celui d’Hercule et Omphale par François Perrier.</p> +</div> +<p class="drap">M. Paillot, prés les Capucins du Marais<a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784"><span class="label">[32]</span></a> Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait +est un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p223">-223-</span>M. de Nassé, rue de Cléry.</p> + +<p class="drap">M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle.</p> + +<p class="drap">M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle.</p> + +<p class="drap">M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere.</p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Bordalou<a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor">[33]</a> et Rigault, rue de la Sourdière.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785"><span class="label">[33]</span></a> Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son <i>Abecedario</i>, +l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi +« les célèbres de la curiosité. » Il possédoit de belles +estampes du Parmesan, et il avoit été très-curieux des dessins +de La Fage, que, suivant Mariette, il payoit un louis +par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé par +Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa +vente.</p> +</div> +<p class="drap">M. Robert, prés les petits Pères<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor">[34]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786"><span class="label">[34]</span></a> C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui +étoit grand ami de Le Brun.</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint +Germain.</p> + +<p class="drap">M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade.</p> + +<p class="drap">M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple.</p> + +<p class="drap">M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs.</p> + +<p class="drap">M. Gamarre, rue du Sepulcre<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor">[35]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787"><span class="label">[35]</span></a> Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant +des chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens +et modernes.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Briancourt, rue saint André.</p> + +<p class="drap">M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins.</p> + +<p class="drap">M. de Treville<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor">[36]</a>, prés la Sorbonne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788"><span class="label">[36]</span></a> Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’<i>Arsène</i> +de La Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie +surtout en livres grecs.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Moreau<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor">[37]</a> et de la Gardette, rue saint Nicaise.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789"><span class="label">[37]</span></a> Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui : +« M. Moreau aime les livres, les manuscrits, les médailles, +et sait en faire un choix fort judicieux. »</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p224">-224-</span>M<sup>rs</sup> Aincelin<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor">[38]</a>, d’Apoigny<a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor">[39]</a> et de saint Maurice<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor">[40]</a>, +rue Bardubec.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790"><span class="label">[38]</span></a> Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis, +qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si +curieux volume sur les ballets.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791"><span class="label">[39]</span></a> Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers +généraux des Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts +de curieux.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792"><span class="label">[40]</span></a> Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des +Inscriptions. (<i>Archives de l’Art françois</i>, t. III, p. 237.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Lhuillier<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor">[41]</a> ; rue des Jeusneurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793"><span class="label">[41]</span></a> Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la +place Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec +l’hôtel qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est +aujourd’hui le Ministère de la Justice.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Cormery, prés saint Roch<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor">[42]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794"><span class="label">[42]</span></a> Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van +Fallens, par exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit +volontiers passer pour des originaux de maîtres. (Mariette, +<i>Abecedario</i>, t. II, p. 246.) Rigaud fit son portrait et celui +de sa femme.</p> +</div> +<p class="drap">M. Caillet, à l’Hotel de Condé.</p> + +<p class="drap">M. Marion, à l’Hotel de Bellingant.</p> + +<p class="drap">M. Hedeline, Doyen de saint Honoré<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor">[43]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795"><span class="label">[43]</span></a> Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de +tableaux.</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas, +quartier S. Michel.</p> + +<p class="drap">M. Imbert, prés les Chartreux<a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor">[44]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796"><span class="label">[44]</span></a> Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de +Parrocel. Il fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge +ici, et il finit, en 1703, par entrer dans leur Ordre.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> le Febvre<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor">[45]</a> et le Ferron<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor">[46]</a>, rue Mauconseil.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797"><span class="label">[45]</span></a> Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et +celui de sa femme.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798"><span class="label">[46]</span></a> Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un +hôtel de la rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui +avoit peint une galerie.</p> +</div> +<p class="drap">M. Leviez, rue saint Sauveur.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p225">-225-</span>M. l’Abbé Bizot<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor">[47]</a>, rue saint Jean de Beauvais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799"><span class="label">[47]</span></a> Baudelot d’Airval, dans son <i>Utilité des Voyages</i>, au +chapitre des « Cabinets de France », parle ainsi de lui : +« Monsieur l’abbé Bisot (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) a des talents pour la curiosité +qui sont incompréhensibles : on peut dire qu’il en est une +source inépuisable, et que personne ne connoît mieux les +médailles modernes que lui. »</p> +</div> +<p class="drap">M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor">[48]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800"><span class="label">[48]</span></a> François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des +curieux de son temps. Il avoit eu le gouvernement des +ville, château et principauté de Joinville, par M<sup>me</sup> de Guise +qui se l’étoit attaché, et qui le logeoit dans son hôtel de la +rue du Chaume avec ses collections. Elles comprenoient : +documents de tous genres, lettres originales, copies, dessins, +estampes, le tout choisi avec une remarquable intelligence. +Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant +4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme, +et 20,000 liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il +désigneroit. C’étoit donné, aussi ne vit-on là qu’un don de +la part de Gaignières. Le 17 mars suivant, Coulanges lui +écrivoit : « Votre cabinet mérite bien l’immortalité, et, +pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que de le +joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que +vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives +de la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent +le mérite bien. » Cette acquisition fut la dernière qui fut +faite sous Louis XIV pour la bibliothèque du Roi. Elle en +est restée un des fonds les plus importants. — Gaignières se +mêloit quelquefois de dessiner. On peut voir au Cabinet des +Estampes, <i>Topographie du Loiret</i> (arrondissement d’Orléans) +une mauvaise gravure de M. de Caumartin, faite d’après un +dessin de lui, signé. C’est une vue du château de Cléreau, +près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit +connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions +le prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de +dire que, suivant G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût +des dessins et des estampes celui des médailles, et aussi +celui des portraits contemporains et autres. C’étoit un des +plus à la mode, comme on le voit par cette fin d’un couplet +de Coulanges dans son <i>Recueil de chansons choisies</i>, +1696, in-8, p. 35 :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Venez tous dans mon cabinet,</div> +<div class="verse i1">Chacun, pour sa parure,</div> +<div class="verse i2">Aura sa bordure,</div> +<div class="verse">Avec son cloud à crochet.</div> +</div> + +</div> +<p>— <i>V.</i> sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails +dans le <i>Voyage</i> de Lister, chap. IV.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p226">-226-</span>M. de la Ravoire, rue d’Anjou<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor">[49]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801"><span class="label">[49]</span></a> Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général +de La Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections. +V. sur lui et sa fille une note du chap. sur les <i>Receveurs +généraux</i>, p. 35-36.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Silly, rue saint Loüis au Marais<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor">[50]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802"><span class="label">[50]</span></a> Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon +a raconté la singulière et ambitieuse fortune (t. III, +p. 93-96). Il s’étoit donné tous les goûts des gens à la +mode : Rigaud, par exemple, avoit fait son portrait.</p> +</div> +<p class="drap">M. Malot, rue Neuve saint Eustache<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor">[51]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803"><span class="label">[51]</span></a> Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce +seroit alors le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en +1698, laissant une belle bibliothèque, dont les livres portoient +sur les plats un écusson <i>d’azur, au phénix d’or, sur +son immortalité de même, regardant un soleil aussi d’or +posé au premier canton</i>. (Guigard, <i>Armorial du Bibliophile</i>, +t. I, p. 87-88.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Galot, prés le Chevalier du Guet.</p> + +<p class="drap">M. Dupuis, rue des Tournelles<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor">[52]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804"><span class="label">[52]</span></a> Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières +copies du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même, +Coysevox, fut pour lui.</p> +</div> +<p class="drap">M. de la Planche, rue de la Planche<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor">[53]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805"><span class="label">[53]</span></a> Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche, +contrôleur et trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut, +avec Alexandre Comans, directeur d’une manufacture de +tapisseries, au coin de la rue de la Chaise et de la rue de +Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à la rue du Bac son premier +nom de rue de La Planche, il fut ensuite un des +administrateurs des Gobelins.</p> +</div> +<p class="drap">M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme.</p> + +<p class="drap">M. le Doyen de la sainte Chapelle.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p227">-227-</span>M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière +S. André<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor">[54]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806"><span class="label">[54]</span></a> Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut, +p. 129, tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il +étoit, lui, grand amateur de livres. V. <i>Catalogue des livres +composant la bibliothèque</i> de feu J.-B. Chassebras, ancien +docteur de Sorbonne. Paris, 1693, in-8.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Moulle, Bonnet et Bourdelot<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor">[55]</a>, rue sainte +Croix de la Bretonnerie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807"><span class="label">[55]</span></a> Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap. +<i>Médecine ordinaire</i>, p. 152.</p> +</div> +<p class="drap">M. Aubert, rue de la Tixeranderie.</p> + +<p class="drap">M. Hubert, rue du Temple.</p> + +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Guilloire, rue Bourlabé<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor">[56]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808"><span class="label">[56]</span></a> Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous +l’avons déjà trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux.</p> +</div> +<p class="drap">M. du Vivier, à l’Arsenal<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor">[57]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809"><span class="label">[57]</span></a> Lister qui, dans son <i>Voyage à Paris</i>, l’appelle à tort +De Vivier, fait de sa collection une description dont Germain +Brice (3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 376) confirme les détails : +« J’ai visité, dit Lister, l’appartement de M. de Vivier à +l’Arsenal : il consiste en sept ou huit pièces au rez-de-chaussée +donnant sur le grand jardin. Elles sont petites, +mais meublées avec la plus grande recherche ; elles sont +ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux +choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et +les peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des +bureaux et des corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants, +et quelques tableaux des meilleurs maîtres. »</p> +</div> +<p class="drap">M. du Plessy, rue de Jouy<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor">[58]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810"><span class="label">[58]</span></a> Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur +de médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin.</p> +</div> +<p class="drap">M. Croissade, rue Coquilliere<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor">[59]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811"><span class="label">[59]</span></a> Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier, +receveur général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux +celui de François Perrier, <i>Alexandre et le médecin Philippe</i>.</p> +</div> +<p class="drap">M. du Vaux<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor">[60]</a>, rue Tictonne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812"><span class="label">[60]</span></a> Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle +indifféremment de l’une ou l’autre manière. Il avoit de +beaux tableaux, notamment une vierge du Pesarèse qu’il +céda à Pasquier, autre amateur. Sa collection d’émaux par +Petitot étoit célèbre ; il possédoit aussi de très-précieuses +médailles.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p228">-228-</span>M. de la Forest<a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor">[61]</a>, rue du Colombier.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813"><span class="label">[61]</span></a> C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des +meilleurs élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière +devint le gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest, +« fameux marchand de tableaux », dont parle le marquis +de Châtre, et chez lequel le bourreau de Paris, qui étoit +grand amateur, alloit monter sa collection composée surtout +de peintures analogues à son métier : tortures, supplices, etc. +(<i>Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit</i>, 1709, in-12, p. 218-224.)</p> +</div> +<p class="drap">M. Brangeon, quay des Balcons<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor">[62]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814"><span class="label">[62]</span></a> C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de +Béthune, Ile-Saint-Louis.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Desvieux<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor">[63]</a> et de la Haye, quay de l’Ecole<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor">[64]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815"><span class="label">[63]</span></a> C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la +compagnie des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui +faisoit alors son portrait, à vendre, pour des actions, à +Law ses dessins de la galerie du Luxembourg ; ce qui le +ruina.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816"><span class="label">[64]</span></a> Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit +épousé la célèbre M<sup>lle</sup> Sophie Chéron, poëte, musicienne et +artiste en tous genres : peinture, gravure, etc.</p> +</div> +<p class="drap">M. le Vasseur<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor">[65]</a>, rue Grenier saint Lazare.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817"><span class="label">[65]</span></a> L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe +de l’Académie de peinture, Guillet de Saint-Georges.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré.</p> + +<p class="drap">M. le Febvre, rue Beautreillis<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor">[66]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818"><span class="label">[66]</span></a> Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges +avec le voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui +de cette passion.</p> +</div> +<p class="drap">M. Poirée, prés saint Sauveur<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor">[67]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819"><span class="label">[67]</span></a> Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi : « M. Poiret, +à Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres. »</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p229">-229-</span>M. Biet, prés saint Jean en Grève.</p> + +<p class="drap">M. Rivet, rue saint Honoré.</p> + +<p class="drap">M. Mandin, rue des Victoires.</p> + +<p class="drap">M. de Pile<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor">[68]</a>, prés les Minimes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820"><span class="label">[68]</span></a> Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint +meilleur historien de la peinture. Nous avons cité plus haut +un de ses ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de +M. Amelot tour à tour ambassadeur à Venise et en Portugal, +soit avec son fils. Il rapporta de Portugal et d’Espagne +une curieuse collection de dessins ; et de Hollande, où il +fut retenu en prison pour avoir trop mêlé la politique aux +arts, des manuscrits de Rubens et des dessins de Rembrandt.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Sainfroy<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor">[69]</a>, rue de l’Egout.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821"><span class="label">[69]</span></a> Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes.</p> +</div> +<p class="drap">M. Varlet<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor">[70]</a>, rue saint Antoine, prés les Jésuites.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822"><span class="label">[70]</span></a> Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le +graveur au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture.</p> +</div> +<p class="drap">M. de Lonpré, carrefour saint Benoist<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor">[71]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823"><span class="label">[71]</span></a> C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi +les académistes. Il étoit grand amateur des médailles de +l’empire, dont il possédoit toute la série moins une. Il paroît +hors de doute que c’est lui qui figure dans les <i>Caractères</i> +sous le nom de Diognête, « l’homme aux médailles. » +V. <i>La Comédie de La Bruyère</i>, 2<sup>e</sup> édit., t. I, p. <small>XXXIV</small>-<small>XXXVI</small>.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> de la Guerre et Chaperon<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor">[72]</a>, Cour du Palais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824"><span class="label">[72]</span></a> Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208, +214, parmi les musiciens, l’un, comme maître de clavecin, +l’autre, comme compositeur. Peut-être collectionnoient-ils +des instruments de musique, comme faisoit Dovin, dont a +parlé M. Bonnaffé dans son charmant petit livre <i>Les Collectionneurs +de l’ancienne France</i>, p. 60, et qui devroit figurer +ici.</p> +</div> +<p class="drap">M. Tirard<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor">[73]</a>, rue du Bout du Monde.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825"><span class="label">[73]</span></a> Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors +l’amateur dont Rigaud fit le portrait en 1688.</p> +</div> +<p class="drap">M<sup>rs</sup> Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois.</p> + +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p230">-230-</span>M. de Beauchamp, ruë Bailleul<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor">[74]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826"><span class="label">[74]</span></a> C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons +plus loin au chapitre des nobles exercices, et dont +il a déjà été question, p. 126, note 1. G. Brice parle +ainsi (3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 268-269) de son cabinet qu’il +avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans une maison +neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré +et des Petits-Champs : « on trouvera dans ce cabinet des +choses d’une excellente beauté ; mais les tableaux en sont +la principale partie, qui sont la plupart des plus fameux +maîtres d’Italie. On y remarquera aussi quantité de porcelaines +anciennes, très-rares, à présent, des cabinets de +vernix (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) du Japon, des bronzes et d’autres choses +curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de connoissance. »</p> +</div> +<p class="drap">M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours<a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor">[75]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827"><span class="label">[75]</span></a> C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous +le trouverons tout-à-l’heure parmi ceux « qui se plaisent à +troquer les tableaux. »</p> +</div> +<p class="drap">M. Dron, prés saint Thomas du Louvre<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor">[76]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828"><span class="label">[76]</span></a> L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont +il étoit chanoine : « Il a, dit G. Brice (3<sup>e</sup> édit., t. II, +p. 86), un cabinet de médailles de moyen bronze, dont la +suite est des plus étendues que l’on puisse voir, et dont le +choix est admirable. Les sçavants sont charmés de la quantité +et de la diversité des <i>revers</i> singuliers que l’on y +remarque, et il seroit bien difficile de rien voir ailleurs de +mieux conservé et de plus entier. Il a aussi quelques +tableaux de prix dans son cabinet. » Il mourut le 22 avril +1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4<sup>o</sup> de lettres +originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique, +« avec les empreintes dessinées de quantité de +médailles. » Elles étoient adressées à Thoynard, Vaillant, +Morelle, Nicaise, etc. <i>V.</i> le <i>Catal.</i> ms. de l’abbé Goujet à +la Bibliothèque.</p> +</div> +<p class="drap">M. Bonart, rue Hautefeuille.</p> + +<p class="drap">M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs.</p> + +<p class="drap">M. Fracansani, rue du Petit Lion<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor">[77]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829"><span class="label">[77]</span></a> Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de +Polichinelle à la Comédie Italienne, près de laquelle — étant +logé, comme nous le voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur — il +demeuroit. Son père, assez +proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même +de l’école de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils +collectionnoient ensemble livres d’art, estampes, dessins. +Les études de Le Sueur pour sa galerie des Chartreux, qui +sont maintenant au Louvre, viennent de la collection de +Fracanzani : « Il étoit bon curieux, dit Mariette à son nom +dans l’<i>Abecedario</i> ; il se mêloit de dessiner, et même de +génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais. »</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p231">-231-</span>M. de Blegny, rue de Guenegaud.</p> + +<p class="drap">Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez<a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor">[78]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830"><span class="label">[78]</span></a> Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans, +le 14 février 1694. Il étoit très-entendu en numismatique, +histoire et surtout géographie, comme le prouve son célèbre +ouvrage sur l’<i>Anonyme de Ravennes</i>.</p> +</div> +<p class="drap">Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux.</p> + +<p class="drap">Le R. P. Auchereau, aux Celestins<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor">[79]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831"><span class="label">[79]</span></a> « J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule +du R. P. Hochereau, qui a une collection très-choisie +de tableaux originaux de plusieurs des meilleurs maîtres. » +Il avoit entre autres le Repentir de saint Pierre, peint par +Rembrandt, en 1634, et gravé aussitôt par Van Vliet.</p> +</div> +<p><i>Au surplus, voyez à la Préface un avis important +touchant la Curiosité.</i></p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c28">DAMES CURIEUSES.</h3> + + +<p class="drap">Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832"><span class="label">[1]</span></a> Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, +veuve du comte de Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, +duc de Lude, veuf lui-même de Rénée-Eléonore de Bouillé. +Elle étoit magnifique en meubles et en argenterie, mais elle +sacrifia tout, quand vinrent les désastres. Toute son argenterie, +ses meubles d’orfévrerie passèrent à la Monnoie, et elle se +contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort M<sup>me</sup> de Sévigné, +de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle habitoit, +près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et Tiquetonne, +devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe +encore en partie.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p232">-232-</span>Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor">[2]</a>, quartier saint Germain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833"><span class="label">[2]</span></a> Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc +d’Orval ou d’Erval, troisième fils du duc de Sully.</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834"><span class="label">[3]</span></a> Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du +maréchal, duc d’Humière. « Il étoit, dit Saint-Simon, +magnifique en tout. » Il collectionnoit des estampes, dont +quelques-unes lui sont dédiées. Sa femme partageoit ses +goûts.</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835"><span class="label">[4]</span></a> Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique, +très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique +sa dot eût été de 800,000 livres. Elle habitoit presque devant +Saint-Paul, rue Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, +et qui existe encore à peu près intact.</p> +</div> +<p class="drap">Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836"><span class="label">[5]</span></a> Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de +son père, qu’on appeloit Morin le Juif : « brocanteuse, dit +Saint-Simon, se connoissoit aux choses et aux prix, avoit le +goût excellent, et ne se refusoit rien. »</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Princesse de Meklebourg<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor">[6]</a>, près saint Roch.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837"><span class="label">[6]</span></a> Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse +de Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la +représente comme « très-avare et très-entasseuse. »</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor">[7]</a></p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838"><span class="label">[7]</span></a> Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, +Charles II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, +l’avoit faite baronne de Petersfield, comtesse de +Farsam, duchesse d’Aubigny et de Portsmouth. Revenue en +France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit logée sur le quai des +Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères, dans un hôtel +où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre des +magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le <i>Voyageur +fidèle</i>, p. 136, vante sa galerie de tableaux.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p233">-233-</span>Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839"><span class="label">[8]</span></a> Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des +nièces de Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel +existe encore en partie au n<sup>o</sup> 19 du quai Malaquais. Il avoit +été bâti par le financier La Bazinière, mais elle l’avoit +beaucoup transformé et embelli. En juillet 1696, elle y +faisoit encore travailler. « Les dedans, écrit Liger (p. 135), +sont plus curieux que les dehors par les tableaux et autres +meubles et bijoux qui en sont la richesse et l’ornement. » +Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout magnifique +en pierreries.</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840"><span class="label">[9]</span></a> Fille aînée du président Bailleul, mariée au président +Girard du Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup +parler d’elle. <i>V.</i> la <i>Carte du pays de Braquerie</i>, dans l’<i>Histoire +amoureuse des Gaules</i>, édit. elzévir., t. I, p. 11.</p> +</div> +<p class="drap">Madame de Coulange<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor">[10]</a>, dans le Temple<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841"><span class="label">[10]</span></a> Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis +de Coulanges, le chansonnier, parent et ami de M<sup>me</sup> de +Sévigné. Le mari et la femme étoient l’un et l’autre de fins +collectionneurs. Coulanges aima d’abord les tableaux : « le +cabinet de M. de Coulanges, écrit M<sup>me</sup> de Sévigné à sa +fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il n’étoit ; +vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés dignement. » +Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin +de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, +mais les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui +firent prendre des goûts plus coûteux : il passa aux cornalines, +aux cristaux, aux agathes. C’est encore une des +chansons de son <i>Recueil</i> (p. 151) qui nous l’apprend. Sa +femme recherchoit les raretés curieuses. M<sup>me</sup> de Sévigné +(t. X, p. 182) nous a raconté son ravissement lorsqu’elle +retrouva le miroir de toilette de la reine Marguerite.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842"><span class="label">[11]</span></a> Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue +du Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de +l’enclos du Temple.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p234">-234-</span>Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843"><span class="label">[12]</span></a> Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par +conséquent nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous +avons parlé tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu +du cardinal, l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de +Sainte-Marie de Chaillot, et l’avoit emmenée à Londres, où +il l’avoit épousée. Ils habitoient dans l’île Saint-Louis, sur +le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé Lauzun, et qui devint +plus tard celui des Pimodan. <i>V.</i> nos <i>Chroniques et légendes +des rues de Paris</i>, p. 118-119.</p> +</div> +<p class="drap">Madame de Boufflers, ruë de Bourbon<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844"><span class="label">[13]</span></a> Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. +Le mari avoit une belle bibliothèque, avec tous les +livres à ses armes. Nous ne savons quelles étoient, comme +curieuse, les préférences de sa femme.</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Marquise de Quintin, même ruë<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845"><span class="label">[14]</span></a> Suzanne de Montgommery, comtesse — et non marquise — de +Quintin. Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez +près par sa femme, a fait d’elle et de ses entours, « la +meilleure compagnie de la Cour », un bien curieux tableau +(t. I, p. 326-327).</p> +</div> +<p class="drap">Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul<a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846"><span class="label">[15]</span></a> C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé +le marquis de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme +célèbre curieuse. L’abbé de Marolles, parlant dans ses <i>Mémoires</i> +de son cabinet et de celui de M<sup>me</sup> d’Aiguillon, dit : « Ils souffrent +peu de comparaison pour la magnificence des cristaux, des +lapis, des agates, des onyces (onyx), des calcédoines, des +coraux, des turquoises, des aigues marines, des amétystes, +des escarboucles, des topazes, des grenats, des saphyrs, des +perles et des autres pierres de grand prix qui y sont mises +en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des +vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, +des globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres +choses semblables. »</p> +</div> +<p class="drap">Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847"><span class="label">[16]</span></a> Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, +en 1686. C’est tout ce que nous savons sur elle.</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p235">-235-</span>Madame d’Allouy, ruë du Bac<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848"><span class="label">[17]</span></a> Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, +et non d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et +grande confidente de galanteries, quand l’âge l’empêcha de +s’en occuper autrement.</p> +</div> +<p class="drap">Madame de Monchal, près Bellechasse<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849"><span class="label">[18]</span></a> Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle +bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, +conseiller au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce +à ce titre que sa bru figure ici parmi les curieuses.</p> +</div> +<p class="drap">Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint +Germain.</p> + +<p class="drap">Madame de Maillier, rue saint Anastaze.</p> + +<p class="drap">Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.</p> + +<p class="drap">Madame la Marquise de Polignac, près la Charité<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850"><span class="label">[19]</span></a> Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, +tante de l’abbé de Polignac qui devint cardinal, et fit l’<i>Anti-Lucrèce</i>.</p> +</div> +<p class="drap">Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier +S. Germain.</p> + +<p class="drap">Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à +l’Hotel de Beauvais<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851"><span class="label">[20]</span></a> Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari +Etienne-Claude de L’Aubespine, marquis de Verdronne. +Nous ignorons aussi pourquoi elle logeoit à l’hôtel de +Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le fils de la +favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire, le +baron de Beauvais.</p> +</div> +<p class="drap">Madame de Chevry<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor">[21]</a> et Mademoiselle de Clapisson<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor">[22]</a>, +prés les Enfans Rouges.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852"><span class="label">[21]</span></a> Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le +vieux Chevry, l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot +et quiétiste, « qui ne laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être +compté dans Paris. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853"><span class="label">[22]</span></a> Précieuse de la société de M<sup>lle</sup> de Scudéry, qui logeoit +tout près d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la +bonne bourgeoisie parisienne, (<i>V. Archives hospitalières</i>, +Hôtel-Dieu, 1<sup>re</sup> part., p. 107.)</p> +</div> +<p class="drap"><span class="pagenum" id="p236">-236-</span>Madame de Lamec<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor">[23]</a>, rue saint Antoine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854"><span class="label">[23]</span></a> Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. +Rigaud fit son portrait en 1696.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c29">COMMERCE DE CURIOSITEZ<br> +<span class="small">ET DE BIJOUTERIES.</span></h3> + + +<p>Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, +Vendeurs et Troqueurs de Tableaux, Meubles de +la Chine<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor">[1]</a>, Porcelaines<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor">[2]</a>, Cristaux, Coquillages, +et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs +d’Hostel<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor">[3]</a>, à l’entrée du quay de la Mégisserie, +<span class="pagenum" id="p237">-237-</span>Malaferre<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor">[4]</a> et Varenne<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor">[5]</a>, quay de l’Orloge ; la +Fresnaye<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor">[6]</a> et Laisgu<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor">[7]</a>, rue saint Honoré ; Quesnel, +<span class="pagenum" id="p238">-238-</span>rue des Bourdonnois<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor">[8]</a> ; Protais, rue des +Assis ; Fagnany, quay de l’Ecole<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor">[9]</a> ; Antheaume, +derriere l’Hotel de Bourgogne ; Naneau<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor">[10]</a>, au Palais, +etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855"><span class="label">[1]</span></a> Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans +ses <i>Epigrammes et autres pièces</i> (1717, in-12, p. 272-274), +nous parle de ce goût pour les meubles et les porcelaines +de Chine, le « lachinage », comme on disoit en langage de +marchands (<i>voy.</i> plus bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, +dans son curieux livre, le <i>Voyage du Parnasse</i> (1716, in-12, +p. 174) nous fait voir le cabinet d’un curieux tout lambrissé +de laque : « c’est, dit-il, une pièce ovalle, revêtue du haut +jusqu’en bas de morceaux de lacq (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) de la Chine, d’une +grandeur et d’une beauté surprenantes. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856"><span class="label">[2]</span></a> On ne les vouloit que de la Chine : — « Rappelez-vous, +dit Lisette, dans la <i>Maison de campagne</i> de Dancourt +(acte I, sc. 5), celle qui en riant vous cassa toutes ces porcelaines +de Hollande, parce qu’elle disoit qu’il n’en falloit +avoir que de Chine. » Une déclaration royale du 2 juillet +1709 défendit l’importation des porcelaines, faïences et +poteries étrangères.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857"><span class="label">[3]</span></a> Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans +les pièces du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans +<i>Turcaret</i>, et Regnard dans l’<i>Homme à bonnes fortunes</i>, +scène des <i>Curiosités</i>. — « Est-il curieux ? dit Brocantin. — Bon, +répond Arlequin, c’est le Dotel du pays. Il troque +de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant qu’il +soit deux jours il aura troqué sa femme. » Le financier du +<i>Voyage du Parnasse</i> se vante, p. 205, d’avoir acheté chez +lui « une belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon », +<i>V.</i> aussi le <i>Théophraste moderne</i>, p. 422 ; l’<i>Ambigu d’Auteuil</i>, +p. 16-17 ; Gacon, le <i>Poëte sans fard</i>, p. 41.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858"><span class="label">[4]</span></a> Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de +Villiers le nomme avec lui dans ses <i>Poésies</i>, p. 149, et seul +dans son poëme de l’<i>Amitié</i>, p. 48 :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles,</div> +<div class="verse">Montrer aux curieux mille ornements fragiles,</div> +<div class="verse">En antiques tourner et le bronze et le fer,</div> +<div class="verse">Et dans un cabinet mettre tout Malafer…</div> +</div> + +</div> +<p>Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment, +sans vouloir le vendre ni le troquer, le <i>Saturne +coupant les ailes de l’Amour</i>, par Nicolas Perrier. Il voyoit +beaucoup artistes et poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme +habitué dans son café du coin des rues Dauphine et Christine ; +il fut ainsi mêlé à l’affaire des couplets de Rousseau. +Il avoit écrit une histoire des peintres, dont nous ne connoissons +qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le +<i>Mercure</i>, sept. 1718, p. 69.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859"><span class="label">[5]</span></a> Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands +de curiosités, mais parmi les curieux : « M. Varenne, +dit-il, près la Monnoie, tableaux et diverses curiosités. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860"><span class="label">[6]</span></a> Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs +pièces du temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être +aussi un peu comme prêteur sur gages. (<i>V.</i> Dancourt, la +<i>Foire Saint-Germain</i>, sc. XII, et la <i>Femme d’intrigue</i>, acte V, +sc. IX.) Ses deux fils Eléonor et Pierre lui succédèrent au +Palais, l’un à l’enseigne <i>de la Croix d’or</i> ; l’autre à celle du +<i>Dauphin</i>. — On trouve, dans les <i>Mss.</i> Delamarre, n<sup>o</sup> 21, 627, +p. 170, le procès-verbal d’une visite faite chez La Fresnaye, +après l’édit contre les dorures, décrété en 1669 et renouvelé +en 1687 et 1689.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861"><span class="label">[7]</span></a> « Près les pères de l’Oratoire. » Edit. de 1691, p. 24. — Il +est nommé par l’abbé Bordelon dans son <i>Livre à la +Mode</i>, 1696, in-12, p. 33. Marianne demande en quoi +consistent les façons du bel air :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle,</div> +<div class="verse">A façonner sa bouche, et passer tout le jour</div> +<div class="verse">Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour ?…</div> +<div class="verse">A hausser sa fontange en coquette éventée</div> +<div class="verse">Et renchérir d’abord sur la mode inventée ?</div> +<div class="verse">A vouloir affecter par un soin assidu</div> +<div class="verse">Pour ses marchands : Le Gras, La Fresnaye et l’Egu ?</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862"><span class="label">[8]</span></a> Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, +sans indication d’adresse, mais avec un détail qui manque +ici : « Ils vendent pareillement des coquillages, mais le +sieur Quenel est celui d’entre eux qui s’y attache le plus. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863"><span class="label">[9]</span></a> « A la descente de la Samaritaine. » Edit. de 1691. — Nous +avons beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage +dans notre <i>Histoire du Pont-Neuf</i>, t. II, p. 277-281. +On nous permettra d’y renvoyer. Nous rappellerons seulement +ici les altérations qu’il fit subir aux planches de Callot, +dont il possédoit un grand nombre, que son fils mit en +recueil (<i>Mercure</i>, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie +qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une +pièce, où il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur +comédie les <i>Bains de la porte Saint-Bernard</i>, allèrent +encore plus loin : ils le nommèrent « el signor Furbagnani. » +On lit dans le <i>Théophraste moderne</i>, à propos de +cette loterie : « lui-même y a plus gagné sans avoir de +billets que tous ceux qui ont eu des lots. » Il gagna beaucoup +aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les +aventures scabreuses du moment étoient satiriquement +représentées. Il en est parlé dans le <i>Retour de la foire de +Bezons</i>, et mieux encore dans les <i>Souhaits</i> joués en 1693 : +« <span class="sc">Momus.</span> Qui est-ce qui porte cet épicier à éventer la +honte de son lit, et à solliciter une place sur les tabatières +de Fagnany ? La Folie. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864"><span class="label">[10]</span></a> Nous trouvons pour Nanot (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) dans la <i>Collect. Delamarre</i>, +n<sup>o</sup> 21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, +comme celui qui fut dressé chez La Fresnaye.</p> +</div> +<p>Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi +boutique sur le Pont au Change, fait le même +trafic.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p239">-239-</span>Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs +Vendeurs et Troqueurs de Curiositez ; comme +Messieurs Raclot, rue de Harlay ; Poignan, rue +de Mommorancy ; Roussel, cul de sac de la ruë +Beaubourg ; Paris, près la Jussienne<a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor">[11]</a> ; des Dieux, +rue des Assis au petit Broc, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865"><span class="label">[11]</span></a> L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non +reproduit ici : « M. l’abbé Du Plessis, près le puits +d’Amour, le sieur Dalançon, rue Chapon, et le sieur Paris, +près la Jussienne, se plaisent à troquer des tableaux. »</p> +</div> +<p>Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, +et Tonnetti, quay de la Mégisserie, ont aussi +chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font +trafic.</p> + +<p>M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier +et Mademoiselle le Brun, à l’aport de Paris, ont +aussi ordinairement de belles pièces de Porcelaines +et de Lachinage<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866"><span class="label">[12]</span></a> V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.</p> +</div> +<p>M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce +de bons Tableaux<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867"><span class="label">[13]</span></a> Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. +Il ne quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant +sa mort, en 1746, à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme +on sait, la partie de la rue du Temple actuelle qui s’étendoit +de la rue Croix-de-la-Bretonnerie à celle des Vieilles-Haudriettes. +Il logeoit en face de la fontaine placée entre +les n<sup>os</sup> 40 et 42. <i>V.</i> G. Brice, 3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 255.</p> +</div> +<p>Autant en font Messieurs Guillemart, prés +saint Yves, et Muguet, au milieu de la ruë +Bourlabé.</p> + +<p>M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin +de Bijouteries et Coffres d’Angleterre<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor">[14]</a>, de Porcelaines, +<span class="pagenum" id="p240">-240-</span>de Pagottes<a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor">[15]</a>, de terre cizelées et de +Meubles de la Chine<a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868"><span class="label">[14]</span></a> Ces « articles » anglais furent longtemps à la mode. +Le 30 juillet 1743, un privilége de dix ans fut accordé à +Claude-Imbert Gérin, qui s’établit rue de Charenton, pour +fabriquer « toutes sortes de fayences, à l’imitation de celles +d’Angleterre. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869"><span class="label">[15]</span></a> Pour « pagodes. » C’étoit une des chinoiseries les +plus recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux +marchand de curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le +texte de l’adresse que M. de Caylus avoit gravée pour lui, +en 1740 : « à <span class="sc">La Pagode</span>, <i>Gersaint, marchand jouaillier +sur le Pont-Notre-Dame, vend toute sorte de clainquaillerie +nouvelle et de goût, bijoux, glaces, tableaux de cabinet, +pagodes, vernis et porcelaines au Japon, coquillages et autres +morceaux d’histoire naturelle, cailloux, agathes, et généralement +toutes marchandises curieuses et étrangères</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870"><span class="label">[16]</span></a> Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, +p. 24. Après une liste à peu près pareille à celle qui commence +ce chapitre, mais moins longue, on y lit : « Ces +marchands vendent des porcelaines, des meubles de la +Chine et des terres cizelées en détail, mais on en trouve +en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue Briboucher », +c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.</p> +</div> +<p>M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du +Louvre, a un particulier talent pour damasquiner +sur l’acier<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor">[17]</a> en Figures et Ornemens de +la Chine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871"><span class="label">[17]</span></a> Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, +mais il avoit été singulièrement perfectionné par un des +maîtres de La Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien +Cursinet, mort vers 1670. « Il a fait, dit Félibien, <i>Des principes +d’architecture</i>, 1676, in-4<sup>o</sup>, p. 455, des ouvrages incomparables +en cette sorte de travail, tant pour le dessin, que +pour la belle manière d’appliquer son or, et cizeler de relief +par dessus. »</p> +</div> +<p>Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, +dit avoir trouvé un secret d’Optique qui fait +voir dans un Tableau toutes autres Figures que +celles qui y sont peintes, et même au gré des +Spectateurs.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p241">-241-</span>Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en +Bronze, qui est fort renommé pour les Figures +de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés +l’Abbaye saint Germain ; il donne une couleur +de bronze antique aux figures modernes<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872"><span class="label">[18]</span></a> Il se servoit de <i>purpurine</i>, ou bronze moulu, qui s’appliquoit +soit à l’huile soit au vernis.</p> +</div> +<p>Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, +et la Pierre, quay des Orfèvres, ont un particulier +talent pour bien nettoyer les Tableaux.</p> + +<p>Le Sieur Pouilly<a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor">[19]</a>, rue Dauphine, a trouvé +un secret pour augmenter de beaucoup la vertu +de l’Aymant et un Microscope qui grossit extraordinairement +les objets<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873"><span class="label">[19]</span></a> « Faiseur d’instruments mathématiques… vend un +calandrier de cabinet propre et curieux. » Edit. de 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874"><span class="label">[20]</span></a> Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, +p. 24, mais après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu +ici : « On trouve des estampes de toutes sortes chez le +portier de l’Académie des peintres, rue de Richelieu. »</p> +</div> +<p>Les Tableaux Cilindriques<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor">[21]</a> se vendent chez +le Sieur Amielle, près saint Hilaire.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875"><span class="label">[21]</span></a> Il eût mieux valu dire « miroirs cylindriques. » <i>V.</i> à +leur sujet, le <i>Diction. des Arts et Métiers</i> de l’abbé Jaubert, +1773, in-12, t. II, p. 612.</p> +</div> +<p>Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et +pour ses amis d’une beauté extraordinaire<a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor">[22]</a>, aussi +bien que des Figures de toutes espèces pour la +Lanterne magique<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876"><span class="label">[22]</span></a> Les religieux s’occupoient volontiers d’optique ; le +P. Jean-François Niceron, auteur du <i lang="la" xml:lang="la">Thaumaturgus opticus</i>, +1646, in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place +Royale, qui étoient un couvent de son ordre, des tableaux +changeants d’une habileté et d’un effet surprenants.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877"><span class="label">[23]</span></a> Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin +et vulgaire. On s’en divertissoit dans le monde, comme à +cette soirée de l’hôtel de Liancourt, où le spectacle fut une +lanterne magique, avec deux vielles pour orchestre. <i>V.</i> Loret, +<i>Muse historique</i>, 13 mai 1656.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p242">-242-</span>Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, +devant la ruë aux Ours, fait et vend des Baromettres, +des Thermomettres et des Hidromettres +d’une propreté particulière<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878"><span class="label">[24]</span></a> Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon +le plaçoit sur la liste de ses curieux : « M. Ubin, dit-il, +émailleur, rue Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours : +thermomètres, baromètres, larmes d’Hollande, et autres +curiosités. » Suivant Huet, qui lui fit faire un anémomètre, +qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite « d’excellent +ouvrier », il étoit anglois. (<i>Huetiana</i>, p. 56.) C’est lui qui, +avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus parfaits : +« les curieux en conservent encore dans leurs cabinets », +écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). +Il excelloit aussi pour les yeux de verre : « chez Hubins, +le fabricant d’yeux de verre, dit Lister à la fin du chap. V +de son <i>Voyage à Paris</i> en 1698, j’en vis de pleins tiroirs, +de toutes couleurs, de façon à appareiller n’importe quels +yeux : et il faut qu’il en soit ainsi, car la moindre différence +seroit intolérable. » L’édit. de 1691, p. 31, n’oublie +pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et elle lui +donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous +retrouverons plus loin. — Hubin était grand ami de Papin, +dont, en 1674, il avait présenté à l’Académie des sciences +l’ouvrage important, <i>Nouvelles expériences du vuide</i>.</p> +</div> +<p>Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, +aux armes de France, en vend de plus simples +et à meilleur marché<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor">[25]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879"><span class="label">[25]</span></a> On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31 : « le +sieur Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en +émail toutes sortes de figures humaines, et autres représentations. +Il vend aussi des aigrettes d’émail, qui, avec +une grande beauté, ont cette propriété de ne pas +prendre la poussière. » Son fils lui succéda, et ses émaux +furent encore plus célèbres que les siens. <i>V.</i> l’<i>Année littéraire</i>, +1755, t. VIII, p. 49, 50 ; et 1758, t. VII, p. 138. Piron +en possédoit, dont il étoit très-fier.</p> +</div> +<p>Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois +<span class="pagenum" id="p243">-243-</span>fils ainé<a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor">[26]</a>, qui imitent et qui raccommodent en +perfection les Meubles de la Chine, demeurent +grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés +l’Hôtel de Bel air<a id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor">[27]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880"><span class="label">[26]</span></a> En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans +l’édit. précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, +p. 35, qui manque ici, et qui complète l’autre : « les sieurs +Langlois, père et fils, font des cabinets et paravents, façon +de la Chine, d’une beauté singulière ; ils demeurent l’un et +l’autre, grande rue du Faubourg Saint-Antoine, près la rue +de Charonne. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_881" href="#FNanchor_881"><span class="label">[27]</span></a> « Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du +Tambourg, fait de moindres ouvrages, façon de la Chine. » +Edit. 1691, p. 24.</p> +</div> +<p>Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour +les Figures et Ornemens de la Chine, demeure +rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat Chirurgien<a id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor">[28]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_882" href="#FNanchor_882"><span class="label">[28]</span></a> Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est : « au +Cloître Sainte-Catherine de la Couture. »</p> +</div> +<p>Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay +de la Megisserie<a id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor">[29]</a>, prés le Fort l’Evêque, imite +fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre<a id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor">[30]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_883" href="#FNanchor_883"><span class="label">[29]</span></a> « Au milieu du quai de la Mégisserie. » Edit. de 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_884" href="#FNanchor_884"><span class="label">[30]</span></a> Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, +p. 24 : « le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, +imite le La Chinage en creux et en relief. »</p> +</div> +<p>Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à +l’Etoile ; de Monceau à la Bastille, et Darmé, +chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, +font des Tablettes de poche d’une grande propreté.</p> + +<p>Les Cassolettes philosophiques<a id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor">[31]</a> à feu d’Esprit +de vin et Globule de Cristal qui attire les Liqueurs +à la façon de l’Eolipile<a id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor">[32]</a>, se vendent sur le quay +<span class="pagenum" id="p244">-244-</span>de Nesle, à l’Apoticairerie royale<a id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor">[33]</a>, et servent +non seulement à des-infecter et parfumer les +chambres agréablement sans fumée et presque +sans frais<a id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor">[34]</a>, mais encore à guérir plusieurs maladies +par des vapeurs medecinales.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_885" href="#FNanchor_885"><span class="label">[31]</span></a> Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_886" href="#FNanchor_886"><span class="label">[32]</span></a> L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, +et la chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer +les chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, +comme tout ce qui tenoit alors un peu à la +chimie.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_887" href="#FNanchor_887"><span class="label">[33]</span></a> C’est-à-dire chez Blegny.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_888" href="#FNanchor_888"><span class="label">[34]</span></a> On les allumoit derrière les pilastres et les meubles +des chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. +<i>V.</i> l’<i>Art de bien traiter</i>. Paris, 1674, in-12, chap. +<i>de la Salle à manger</i>.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c30">COMMERCE DES OUVRAGES D’OR,<br> +<span class="small">D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.</span></h3> + + +<p>La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et +Gardes de l’Orphevrerie ont leur bureau, et où +ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous +les Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë +des Lavandieres<a id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_889" href="#FNanchor_889"><span class="label">[1]</span></a> Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, +mais la chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui +alloit de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. +Elle avoit été dédiée par la corporation, en 1399, +à saint Eloi.</p> +</div> +<p>C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs +de la marque pour l’or et pour l’argent<a id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_890" href="#FNanchor_890"><span class="label">[2]</span></a> Tous les ouvrages sans marque — nous dirions sans +contrôle — étoient saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août +1693, une exécution de ce genre contre les orfèvres Bastier, +Prévost, Turmelle, Ladoireau et Gauché.</p> +</div> +<p>Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie +sont, Messieurs Bretault, place Dauphine, +Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, quay +<span class="pagenum" id="p245">-245-</span>de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, +quay des Orphévres<a id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_891" href="#FNanchor_891"><span class="label">[3]</span></a> On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés +dans la place Dauphine ou sur les quais et les rues qui +l’entourent. Cette réunion de riches boutiques, sur un même +point, avoit obligé, au siècle dernier, de placer tout près, +au terre-plain du Pont-Neuf, un corps de garde du Guet, +dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au coin du quai +des Orfèvres.</p> +</div> +<p>M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure +devant les Galleries du Louvre<a id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_892" href="#FNanchor_892"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit, en effet, « un des illustres qui sont logez sous +la grande gallerie », comme dit G. Brice. « De Launay, +orfèvre, ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les +ouvrages magnifiques que le roi fait faire. » Tout l’ameublement +de Versailles, « en meubles d’orfèvrerie », tels que +les bancs d’argent massif, qui se trouvoient devant chaque +fenêtre de la galerie des glaces, avoit été fait sous sa +direction. Quand arrivèrent les lois somptuaires dont nous +avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus épargné. Le commissaire +Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars 1687, +et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages +d’or et d’argent, achevés ou à finir. <i>V.</i> les papiers Delamarre +à la Biblioth. Nat., n<sup>o</sup> 21, 627, fol. 102 et suiv. On +apprend par le procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres +de vendre des soufflets et des grils d’argent, mais qu’en +revanche ils avoient le droit de mise en vente pour les +boîtes à poudre, boîtes à savonnettes, sonnettes, écritoires, +bassinoires et pots de chambre en argent !</p> +</div> +<p>M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté +aux ouvrages d’Orphevrerie, demeure aux +Gobelins<a id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_893" href="#FNanchor_893"><span class="label">[5]</span></a> Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de +tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la +direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de +bijouterie, d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de +gravure, etc. Il n’est donc pas étonnant que nous y trouvions +l’orfèvre De Villiers, en 1692. Trois ans après, le +malheur des temps fit fermer la plupart de ces ateliers.</p> +</div> +<p>M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de +<span class="pagenum" id="p246">-246-</span>pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place +du Carrousel<a id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_894" href="#FNanchor_894"><span class="label">[6]</span></a> C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son +nom complet : Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit +« joaillier ordinaire du Roi », puis, quand son père, +qui étoit « garde des pierreries de la Couronne », fut mort, +il prit le même titre, mais en le partageant avec le président +Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut chargé de constater +à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la couronne +d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire de +plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, <i>Hist. de la +Sainte-Chapelle</i>, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer +ici au premier rang des joailliers, auroit pu être classé +parmi les curieux : « Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie +remplie de tableaux des plus grands maîtres, de +bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases +de cristal de roche, et de mille curiositez d’un goût exquis +et d’un prix très-considérable. Ces belles choses sont dans +sa maison, située à l’extrémité du cul-de-sac de Saint-Thomas +du Louvre. » C’est chez lui qu’on se fournissoit des +boîtes à portrait du Roi : « Je m’adresse à vous, lui écrit +Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est +à Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se +pourra une boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. +Il faut que le portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la +façon du Suédois, en cas que vous en ayez un prêt. » Jal, +à qui nous devons de connoître cette lettre, se demande +quel peut-être ce peintre suédois. C’est, sans aucun doute, +Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre alors à Paris +pour ses miniatures.</p> +</div> +<p>Messieurs Bins<a id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor">[7]</a> et Guyon distinguez pour +mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent +aux Galleries du Louvre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_895" href="#FNanchor_895"><span class="label">[7]</span></a> « Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque +le seul en France qui entende à présent le travail des émaux +clairs. » Il avoit un logement aux galeries du Louvre, depuis +le 14 sept. 1671. (<i>Arch. de l’Art françois</i>, t. I, +p. 220.)</p> +</div> +<p>Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du +Grenier, quay de Nesle, Pierre, quay de la +<span class="pagenum" id="p247">-247-</span>Megisserie, et Legare<a id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor">[8]</a>, rue de Harlay, sont +encore renommez pour le même fait.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_896" href="#FNanchor_896"><span class="label">[8]</span></a> Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit +publié, en 1663, un très-curieux volume sur son art : <i>Livre +des ouvrages d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du +Roy, rue de la Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, +proche Saint-Pierre des Arcis</i>.</p> +</div> +<p>Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez<a id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor">[9]</a>, +Catilon, quay de l’Orloge, et Poirier, prés la +Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_897" href="#FNanchor_897"><span class="label">[9]</span></a> Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu +passer comme trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons +à ce que nous avons dit, que — ce qui n’étonnera +pas — il prêtoit sur gages : « Elle sortit dès huit heures +du matin, lisons-nous dans <i>La France devenue Italienne</i>, +pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et de +la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier, +pour quatre mille pistoles. » Il brocantoit de joyaux et +d’antiques même à l’étranger, en se disant agent du Roi. +<i>V.</i> dans <i>la Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon +avec l’Italie</i>, t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en +février 1686 par Michel Germain à Claude Bretagne.</p> +</div> +<p>Messieurs Loir<a id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor">[10]</a>, quay des Orphèvres, et +Jacob, rue de Gesvres, sont des Orphèvres renommez +pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_898" href="#FNanchor_898"><span class="label">[10]</span></a> Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité, +« surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages. » +Il fut lui-même très-habile dans l’art de son +père. De plus, il gravoit, et l’Académie le reçut comme +graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à soixante-treize +ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un peintre de +talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la +Biblioth. Nat., un recueil contenant « dessins de brasiers, +dont les ornements peuvent servir aux cuvettes ; nouveaux +dessins de guéridons, éventails, écrans, etc. »</p> +</div> +<p>Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place +du College Mazarini, Blanque, rue Dauphine, +et les frères Sehut, même rue, ont un particulier +<span class="pagenum" id="p248">-248-</span>talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.</p> + +<p>Messieurs Berthe, rue des deux Ecus<a id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor">[11]</a>, et +Rondé, rue Bertin Poirée, trafiquent de Barres, +Lingots et Grenailles d’or et d’argent.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_899" href="#FNanchor_899"><span class="label">[11]</span></a> Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié « orfevre », +et son adresse est donnée ainsi : « joignant l’hôtel +de la Monnoye. »</p> +</div> +<p>Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et +Pierreries, se vendent chez plusieurs Marchands +et Ouvriers etablis aux environs du Temple<a id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_900" href="#FNanchor_900"><span class="label">[12]</span></a> On les appeloit « diamants du Temple. » <i>Dict. des +Arts</i>, 1732, in-fol., I, 334.</p> +</div> +<p>Les fausses Perles de nouvelle invention argentées +par dedans, qui ressemblent fort aux +naturelles<a id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor">[13]</a>, se vendent chez les Sieurs Gregoire, +rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint +Denis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_901" href="#FNanchor_901"><span class="label">[13]</span></a> Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette +« essence d’ablettes », dont le hasard fit découvrir le secret +au bijoutier Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, +avec un nommé Breton, et tous deux le perfectionnèrent si +bien que, suivant le <i>Mercure galant</i> (août 1686, p. 230), +ces perles, « façon de fines », trompoient tous les jours les +joailliers eux-mêmes. Les Jaquin faisoient encore ce commerce +à la fin du règne de Louis XV. Hubin avoit appris à +Lister comment elles se fabriquoient : « la pâte, dit-il, +dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement d’écailles +d’ablettes, sans autre mélange… un collier de ces perles +revient à deux ou trois pistoles. »</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c31">PREMIERES INSTRUCTIONS<br> +<span class="small">DE LA JEUNESSE<a id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_902" href="#FNanchor_902"><span class="label">[1]</span></a> Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre +XXXVIII : <i>Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, +pour les Leçons et pour les Répétitions du Latin, +du Grec, de la Philosophie, et des Mathématiques</i>. Il +commence par ces quelques lignes qui ne se retrouvent pas +ici : « Entre ces maîtres, les uns sont principalement +appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne +sont chez eux pour la plupart qu’à demi pension. »</p> +</div> + +<p>Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et +Fauxbourg de Paris un Maître et une Maîtresse +<span class="pagenum" id="p249">-249-</span>de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de +Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de +l’autre sexe, le Cathecisme, et les Prieres chretiennes, +la lecture des Livres latins et françois, +et les principes de la Grammaire<a id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor">[2]</a>, de l’Ecriture +et de l’Aritmetique<a id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_903" href="#FNanchor_903"><span class="label">[2]</span></a> Fleury, <i>Traité des Etudes</i>, 1687, in-12, ch. 22, vouloit +que l’on commençât par <i>la grammaire</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_904" href="#FNanchor_904"><span class="label">[3]</span></a> <i>V.</i> ce que nous avons dit de ces écoles dans une note +du chap. 1<sup>er</sup> : <i>Affaires ecclésiastiques</i>.</p> +</div> +<p>Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté +de Maîtres Expers et Jurez Ecrivains, qui +enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé +par les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, +de l’Ortographe et de l’Aritmetique<a id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor">[4]</a>. Il +n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par +excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. +On les distingue des Maîtres des petites +Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre d’Expert +ou de Jurez Ecrivain<a id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_905" href="#FNanchor_905"><span class="label">[4]</span></a> Fleury, au chap. 20-23 du <i>Traité</i> que nous venons de +citer, vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement +l’arithmétique, mais le commerce, la banque, le change, la +manière de tenir leurs comptes, de fournir et recevoir +quittances, faire des contrats et des transactions.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_906" href="#FNanchor_906"><span class="label">[5]</span></a> Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire +des pages de la grande Ecurie. Il prenoit le titre de « maître +écrivain juré. » <i>Etat de France</i>, 1692, t. I, p. 329. Il +devint « secrétaire de la chambre du roi. » On a de lui : +<i>Le livre d’exemplaires, composé de toutes sortes de lettres</i>, +Paris, 1694, in-fol. ; <i>Le nouveau livre d’écriture italienne et +bâtarde</i>, Paris, Mariette, in-4<sup>o</sup> oblong.</p> +</div> +<p>M. des Planches, à present Sindic en charge +<span class="pagenum" id="p250">-250-</span>de leur Communauté, demeure ruë et devant le +petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur +liste lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures +et signatures suspectes, qu’ils sont seuls +en droit de vérifier, comme on le verra dans +l’article des Rapports et Verifications d’Experts.</p> + +<p>Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez +des Fauxbourgs, des Maîtres ès Arts et +autres tenans pensionnaires pour les leçons et +pour les répétitions du Latin, du Grec, de la +Philosophie et des Mathématiques.</p> + +<p>Il y a par exemple à cet effet, aux environs du +College Mazarini, Messieurs Souplet, quay de +Nesle<a id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor">[6]</a> ; le Page, ruë de Nevers ; Roger, ruë des +Petits Augustins ; Galande, ruë Mazarini ; Boucher +et Henrion, près le passage de la rue de +Seine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_907" href="#FNanchor_907"><span class="label">[6]</span></a> Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est « rue +Mazarini », ainsi que celle de Garande, appelé ici Galande. +On y trouve aussi indiqué « le sieur Picard, rue Guénegaud, +devant l’abrevoir (sic) », qui manque ici.</p> +</div> +<p>Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs +Fleury, ruë saint Estienne des Grecs ; +Cosson et Blin, ruë Chartiere ; Macet, cloître +saint Benoist ; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, +Guyart, Chastel le jeune et Morice<a id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor">[7]</a>, ruë saint +Jacques.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_908" href="#FNanchor_908"><span class="label">[7]</span></a> A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. +de 1691, p. 58.</p> +</div> +<p>Sur les fossez saint Michel<a id="FNanchor_909" href="#Footnote_909" class="fnanchor">[8]</a> jusqu’à l’Estrapade, +Messieurs Landemaine, l’Elubois, Martin, +des Fevres, du Tal, le Prieur, des Rohes<a id="FNanchor_910" href="#Footnote_910" class="fnanchor">[9]</a>, Valot, +Parisot et Martin.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_909" href="#FNanchor_909"><span class="label">[8]</span></a> « Saint Jacques et saint Marcel. » Edit. 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_910" href="#FNanchor_910"><span class="label">[9]</span></a> Sans doute « Des Roches. » Il manque dans l’autre +édition.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p251">-251-</span>Au Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_911" href="#Footnote_911" class="fnanchor">[10]</a>, Messieurs du +Catel l’ainé, près la Raquette ; du Catel le +jeune<a id="FNanchor_912" href="#Footnote_912" class="fnanchor">[11]</a>, ruë de Reuilly ; Desdurcet<a id="FNanchor_913" href="#Footnote_913" class="fnanchor">[12]</a>, rue de +Charonne ; Castelet, rue de Charenton ; Roger<a id="FNanchor_914" href="#Footnote_914" class="fnanchor">[13]</a> +et Thomas, grande ruë du Fauxbourg ; Mogey +le jeune à Pincourt ; Mogey l’ainé, Faucon, +Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy<a id="FNanchor_915" href="#Footnote_915" class="fnanchor">[14]</a> et +Guibert à Picquepuce<a id="FNanchor_916" href="#Footnote_916" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_911" href="#FNanchor_911"><span class="label">[10]</span></a> Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet +article, quelques lignes non reproduites ici : « les Maîtres, +dont les pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur +donnent la plupart toutes les instructions nécessaires jusqu’en +philosophie, sont au faubourg Saint-Antoine… »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_912" href="#FNanchor_912"><span class="label">[11]</span></a> « Et Mauger », dit l’édit. de 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_913" href="#FNanchor_913"><span class="label">[12]</span></a> « Des Urset », dans l’édit. de 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_914" href="#FNanchor_914"><span class="label">[13]</span></a> L’édit. précédente dit « Roger », et ne nomme pas +celui qui suit.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_915" href="#FNanchor_915"><span class="label">[14]</span></a> Edit. 1691 : « De Bassy. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_916" href="#FNanchor_916"><span class="label">[15]</span></a> On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons +d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu +comme complice de la conspiration du chevalier de Rohan, +en tenoit une de ce côté. Elles y étoient encore nombreuses +au siècle dernier. Le <i>Journal du Citoyen</i> (1755, in-8, p. 163-165) +n’en indique pas moins de neuf dans les rues de +Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.</p> +</div> +<p>Et en divers autres quartiers de Paris, sont +Messieurs Davesne, rue Pavée<a id="FNanchor_917" href="#Footnote_917" class="fnanchor">[16]</a> ; Harivel<a id="FNanchor_918" href="#Footnote_918" class="fnanchor">[17]</a>, rue +<span class="pagenum" id="p252">-252-</span>de la Cossonnerie ; le Roy, rue Quinquempoix ; +Mauger, près la Croix du Tiroir ; Fleury, près le +Palais Royal ; Regnard<a id="FNanchor_919" href="#Footnote_919" class="fnanchor">[18]</a>, rue de Bourbon ; Clément, +rue Jean de l’Espine ; Milot, porte saint +Denis ; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, +à Chaillot<a id="FNanchor_920" href="#Footnote_920" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_917" href="#FNanchor_917"><span class="label">[16]</span></a> Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. I<sup>er</sup> du +<i>Catalogue</i> ms. de l’abbé Goujet : « Je l’ai connu dans mon +enfance, dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, +paroisse de Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que +j’ai appris à lire, à écrire, les premiers principes de la religion +et les éléments du latin. C’étoit un très-bon maître, +et à qui j’ai eu beaucoup d’obligation. Ma famille ne vouloit +pas me mettre à l’étude, et il commença à m’instruire +secrètement, me donnant chaque jour plusieurs heures de +son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me +laisser livrer à l’étude. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_918" href="#FNanchor_918"><span class="label">[17]</span></a> « Anivel. » Edit. 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_919" href="#FNanchor_919"><span class="label">[18]</span></a> « Au faubourg Saint-Germain. » <i>Id.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_920" href="#FNanchor_920"><span class="label">[19]</span></a> L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y +ajoute : « Binet, rue des Gravilliers. »</p> +</div> +<p>M. de Blegny<a id="FNanchor_921" href="#Footnote_921" class="fnanchor">[20]</a>, maitre Expert et Juré-Ecrivain, +auteur de l’Ortografe Françoise<a id="FNanchor_922" href="#Footnote_922" class="fnanchor">[21]</a>, demeurant +à l’entrée de la rue saint André, devant le +pont saint Michel, vient de donner au public un +nouveau livre de sa composition<a id="FNanchor_923" href="#Footnote_923" class="fnanchor">[22]</a>, qui comprend +tout ce qui concerne la premiere education des +enfans : les Regles et les Exemples de la plus +parfaite ecriture, et de la plus exacte ortografe, +et de la plus claire Arithmetique ; les Elements +de la morale et les formules des lettres, des +billets et des actes qui se font sous signatures +privées dans le commerce plus ordinaire de la +vie civile<a id="FNanchor_924" href="#Footnote_924" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_921" href="#FNanchor_921"><span class="label">[20]</span></a> Etienne de Blegny, parent sans nul doute de l’apothicaire-faiseur, +dont nous publions le livre.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_922" href="#FNanchor_922"><span class="label">[21]</span></a> Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe +par Blegny, mais en revanche nous pouvons citer ses <i>Nouveaux +exemplaires d’écriture d’une beauté singulière escrits +par Estienne Blegny, et gravés par Berey</i>, recueil de 40 +planches in-8<sup>o</sup>. Claude-Auguste Berey étoit le plus fameux +graveur d’écriture de son temps. Il fut le créateur de la +<i>coulée</i>, comme Barbedor son devancier avoit été le créateur +de la <i>ronde</i>. On a de Berey : <i>Nouveau livre d’écriture financière</i>, +Paris, 1694, in-4<sup>o</sup> oblong ; <i>L’écriture italienne bâtarde</i>, +1700 ; <i>Nouveaux exemplaires d’écriture de finance</i>, in-4<sup>o</sup> obl.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_923" href="#FNanchor_923"><span class="label">[22]</span></a> En voici le titre : <i>les Eléments</i> ou <i>première Instruction +de la jeunesse</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_924" href="#FNanchor_924"><span class="label">[23]</span></a> Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, +un chapitre qui a pour titre : <i>Formulaire de petits actes</i>.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p253">-253-</span>Pour le surplus de l’education de la jeunesse, +voyez l’article des Collèges, celuy des nobles +exercices, et celuy des Mathématiques.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c32">NOBLES EXERCICES<br> +<span class="small">POUR LA BELLE EDUCATION<a id="FNanchor_925" href="#Footnote_925" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_925" href="#FNanchor_925"><span class="label">[1]</span></a> Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des +détails différents, au « chapitre IV, <i>des Académies</i> :… +Les Académies de la deuxième espèce, où l’on instruit la +noblesse dans les Sciences et dans les Arts qui regardent la +discipline militaire, et dans tous les exercices de la danse, +sont au nombre de cinq ; sçavoir : celle de M. Coulon, rue +Férou, près Saint-Sulpice ; celle de M. de Long-pré au carrefour +Saint-Benoist ; celle de M. Bernardi rue de Condé, +et celle de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université », +p. 8.</p> +</div> + +<p>Toutes les Academies de Manège ont esté reduites +à deux, et reglées de telle sorte que les +pensionnaires y sont distribuez en nombre egal ; +l’une est au Carrefour saint Benoist<a id="FNanchor_926" href="#Footnote_926" class="fnanchor">[2]</a>, où il y a +pour Ecuyers, Messieurs de Lonpré<a id="FNanchor_927" href="#Footnote_927" class="fnanchor">[3]</a>, Bernardy<a id="FNanchor_928" href="#Footnote_928" class="fnanchor">[4]</a>, +et et l’autre qui est +<span class="pagenum" id="p254">-254-</span>dans la ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, +M<sup>rs</sup> Vandeüil, Roquefort, et d’Auricour.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_926" href="#FNanchor_926"><span class="label">[2]</span></a> La cour du Dragon fut construite à la place de cette +académie et de son manége.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_927" href="#FNanchor_927"><span class="label">[3]</span></a> Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux +de médailles. Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février +1670. <i>V. Registre du Secrétariat</i>, pour 1670, Biblioth. Nat., +f. franç., n<sup>o</sup> 6652, fol. 96 v<sup>o</sup>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_928" href="#FNanchor_928"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand +« académiste » de ce temps-là. Avant de venir au carrefour +Saint-Benoît et de s’y associer avec Longpré, Bernardi avoit eu +une académie de manége rue de Vaugirard, près du Luxembourg, +où on lui avoit permis d’élever tous les ans un fort +pour exercer ses élèves aux manœuvres des sièges. Soleysel, +auteur du <i>Parfait maréchal</i>, dont nous avons parlé plus +haut, avoit professé dans son manége.</p> +</div> +<p>C’est dans ces deux Academies, que les jeunes +gens sont exercez dans les Sciences et dans les +Arts qui conviennent à la Noblesse ; c’est-à-dire, +aux Mathématiques et aux exercices des Armes, +du Cheval et de la Danse<a id="FNanchor_929" href="#Footnote_929" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_929" href="#FNanchor_929"><span class="label">[5]</span></a> Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses <i>lettres +diverses</i>, p. 127, que tout bon gentilhomme devoit rester +deux ans chez Bernardi, et y gagner au moins « un prix à +la course de bagues. »</p> +</div> +<p>Messieurs le Perche père, rue de la Harpe<a id="FNanchor_930" href="#Footnote_930" class="fnanchor">[6]</a> ; +Liancourt, rue des Boucheries saint Germain, de +Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du Chantre, +sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans +les deux Academies, pour enseigner l’usage de +l’Epée.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_930" href="#FNanchor_930"><span class="label">[6]</span></a> C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, +dans ses <i>Portraits sérieux, galants et critiques</i>, 1696, in-12, +p. 270, dit de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque : +« grand homme d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il +est un des forts écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie +de Longpré on ne parle que de lui. »</p> +</div> +<p>M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, +montre dans l’une et dans l’autre, l’exercice de +la Pique, du Mousquet et des Evolutions militaires.</p> + +<p>Et M<sup>rs</sup> Favier<a id="FNanchor_931" href="#Footnote_931" class="fnanchor">[7]</a> et Du Four, rue Dauphine, y +montrent à danser.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_931" href="#FNanchor_931"><span class="label">[7]</span></a> C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre +<i>de la Mode</i>, en souvenir des leçons qu’il donnoit à +M. Le Duc, son élève : « On sait que Favier est beau +danseur. » M<sup>me</sup> de Sévigné a aussi parlé de lui, t. IX, p. +133. Il étoit attaché à l’Opéra.</p> +</div> +<p>Il y a d’ailleurs en differens quartiers des +Maîtres en Fait d’Armes, qui tiennent salle chez +<span class="pagenum" id="p255">-255-</span>eux, et qui sont dans l’approbation publique ; +par exemple, Messieurs de saint André, quay +des Augustins, Chardon, rue de Bussy : Minoux, +rue des mauvais Garçons : le Perche fils, rue +Mazarine : Pillait père, rue Dauphine : Pillart +fils, rue des Cordiers : du Bois, près le Jeu de +de Metz<a id="FNanchor_932" href="#Footnote_932" class="fnanchor">[8]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_932" href="#FNanchor_932"><span class="label">[8]</span></a> Un des jeux de paume de la rue Mazarine. — On voit +que, sauf deux, tous ces maîtres d’armes demeuroient +dans le quartier de l’Université. En 1721, il en étoit encore +de même. J. de Braye, qui fit paroître alors l’<i>Art de tirer +les armes</i>, dit qu’il y avoit dans Paris plus de dix mille +bretteurs, et presque tous dans le quartier latin. Ils n’affluoient +pas moins, en 1695, dans le faubourg Saint-Germain. +Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre du 11 juillet +à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une arrestation +qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye : « En un +moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens +d’épée et de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit +impossible d’emmener le prisonnier sans rendre un petit +combat et faire tuer beaucoup de monde. » (P. Clément, <i>la +Police sous Louis XIV</i>, p. 442.)</p> +</div> +<p>M. Liencourt a donné au public un excellent +traité de la Pratique des Armes.</p> + +<p>Il y a pareillement encore pour les hautes +armes, M. Rousseau, qui est ordinairement en +Cour<a id="FNanchor_933" href="#Footnote_933" class="fnanchor">[9]</a> : M. Colombon, devant la grande porte +du Palais : et M. Chevry, rue des Boucheries +saint Germain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_933" href="#FNanchor_933"><span class="label">[9]</span></a> Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de +la petite écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. +Son fils et son petit-fils, qui avoit épousé une sœur de +M<sup>me</sup> Campan, furent maîtres d’armes des enfants de France. +Le dernier ne put échapper à la Terreur : « Il fut pris et +guillotiné, dit M<sup>me</sup> Lebrun. On m’a dit que le jugement +rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier : pare celle-ci, +Rousseau. » (<i>Souvenirs</i>, 1<sup>re</sup> édit., t. I, p. 182.) Amédée +de Beauplan étoit son fils.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p256">-256-</span>Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens +endroits, sont d’ailleurs d’une habilité distinguée ; +par exemple, M. de Beauchamp, Maître +des Ballets du Roy, et le premier homme de +l’Europe pour la composition<a id="FNanchor_934" href="#Footnote_934" class="fnanchor">[10]</a>, rue Bailleul : +M. Reynal l’aîné, maître à danser des Enfans de +France<a id="FNanchor_935" href="#Footnote_935" class="fnanchor">[11]</a>, ordinairement en Cour : et Messieurs +d’Olivet et Favier cadet, rue du petit Lion : +Favre l’aîné, rue de Richelieu : Favre le cadet, +rue Platriere : Lestang et Pecourt ainé<a id="FNanchor_936" href="#Footnote_936" class="fnanchor">[12]</a> et cadet, +<span class="pagenum" id="p257">-257-</span>rue Traversine : du Mirail, rue de Seine : +Bouteville, rue des mauvais Garçons : des Hayes, +devant la Comédie Françoise : Germain l’ainé, +rue saint André : Germain le cadet, rue de +Bussy : Pestor au Marché Neuf, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_934" href="#FNanchor_934"><span class="label">[10]</span></a> G. Brice se contente de dire qu’il est « des plus renommés +de sa profession, par les beaux ballets qu’il a +composés, et par les élèves habiles qu’il a formés, qui sont +à présent admirés de tout le monde, principalement sur le +théâtre de l’Opéra, où on les voit exécuter des danses +merveilleuses. » Il a été parlé plus haut, p. 230, de son +cabinet de curieux.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_935" href="#FNanchor_935"><span class="label">[11]</span></a> Son nom est écrit Rénal dans l’<i>Etat de France</i> de 1702, +t. II, p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de +Bourgogne et de son frère le duc de Berry.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_936" href="#FNanchor_936"><span class="label">[12]</span></a> Louis Pécourt, maître à danser des pages de la +Chambre. Lui et Lestang étoient les maîtres à grands succès, +et qui gagnoient le plus. Richelet, à ce propos, a dans +son recueil <i>Les plus belles lettres françoises</i>, 4<sup>e</sup> édit., t. I, +p. 379, une note bien curieuse, et encore plus amère : +« M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit proprement, et de +son temps la danse commençoit à être quelque chose. +Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est. +Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il +faut comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à +danser. » Regnard, dans sa farce du Théâtre Italien, <i>le +Divorce</i>, jouée en 1688, parle aussi du succès des leçons de +ces danseurs et du prix qu’ils y mettoient : « <span class="sc">Colombine.</span> +Un demi louis d’or pour une leçon ! on ne donnoit autrefois +aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois. <span class="sc">Arlequin.</span> +Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser +n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme +à présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les +menoit par toute la ville. »</p> +</div> +<p>Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques +touchant les maîtres qui professent +et qui enseignent toutes les dépendances, il y a +d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, +Terranneau, Walter, etc., dont on n’a pû recouvrer +les adresses.</p> + +<p>M. Chartrain qui est également sçavant et +illustre, et qui demeure rue du Four saint Germain, +enseigne l’Histoire, la Geographie, le +Blazon, etc.</p> + +<p>Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la +Description de la Ville de Paris<a id="FNanchor_937" href="#Footnote_937" class="fnanchor">[13]</a>, qui demeure +rue du Sepulcre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_937" href="#FNanchor_937"><span class="label">[13]</span></a> Nous avons parlé de lui dans une de nos premières +notes, p. 6, et quant à sa <i>Description de Paris</i>, nous l’avons +assez souvent citée pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en +étoit encore à ce moment à sa première édition, publiée en +1684, 2 vol. in-12.</p> +</div> +<p>M. Veneroni<a id="FNanchor_938" href="#Footnote_938" class="fnanchor">[14]</a>, Secretaire Interprète du Roy, +ordinairement nommé dans les Tribunaux pour +la Traduction et Interpretation des Langues +Espagnole et Italienne, enseigne ces deux Langues +chez luy, rue du Cœur Volant<a id="FNanchor_939" href="#Footnote_939" class="fnanchor">[15]</a> et en Ville ; +c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire<a id="FNanchor_940" href="#Footnote_940" class="fnanchor">[16]</a>, +<span class="pagenum" id="p258">-258-</span>une Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la +Langue Italienne<a id="FNanchor_941" href="#Footnote_941" class="fnanchor">[17]</a>, et qui a traduit les Lettres +du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_938" href="#FNanchor_938"><span class="label">[14]</span></a> Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, +n’étoit pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son +nom véritable, Vigneron.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_939" href="#FNanchor_939"><span class="label">[15]</span></a> Ajoutons, d’après Jal, <i>Dict. critique</i>, p. 1242, « à l’enseigne +du <i>Chapeau couronné</i>. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_940" href="#FNanchor_940"><span class="label">[16]</span></a> Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup +plus que son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend +sans ménagement dans une note du glossaire de ses <i>Noëls +bourguignons</i> : « le plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du +dictionnaire italien d’Oudin et l’a fait imprimer sous le nom +de Vénéroni, étoit un pédant nommé Vigneron. » Il est juste +d’ajouter qu’il n’avoit pas — ce qu’oublie La Monnoye — nié +ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné +une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur +le titre : « continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni. » +C’est bien plus tard, lorsqu’il fut mort, que son +nom italianisé le lui fit attribuer tout entier.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_941" href="#FNanchor_941"><span class="label">[17]</span></a> Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. +« Sa méthode, lisons-nous, au mot « Vénéroni », dans le +<i>Dictionn. histor.</i> de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais +du fameux Roselli, dont on a imprimé les aventures en +forme de roman. A son passage en France, il alla prendre +un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il raisonnoit juste +sur la langue italienne, l’engagea à faire une grammaire +pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait +qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son +nom. »</p> +</div> +<p>Messieurs Martin, rue saint Sauveur : Gracy, +rue saint Honoré : et Philippi, rue de Vaugirard, +enseignent pareillement les Langues Espagnole +et Italienne.</p> + +<p>Les maîtres pour la Langue Allemande sont, +Messieurs Pascal, rue des mauvais Garçons : +Leopol, rue saint Martin : Meremberg, Perger +et Benicourt, au quartier saint Germain des +Prez.</p> + +<p>Les maîtres pour la Langue Angloise sont, +Messieurs Paul et Dalais<a id="FNanchor_942" href="#Footnote_942" class="fnanchor">[18]</a>, Auteur de l’Histoire +<span class="pagenum" id="p259">-259-</span>de Sevarambes<a id="FNanchor_943" href="#Footnote_943" class="fnanchor">[19]</a>, rue des Boucheries saint Germain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_942" href="#FNanchor_942"><span class="label">[18]</span></a> Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi +en Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le +voit ici, des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en +1681, une <i>Grammaire françoise méthodique</i>, et, deux ans +après, un abrégé en anglois de cette grammaire.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_943" href="#FNanchor_943"><span class="label">[19]</span></a> Cette <i>Histoire des Sevarambes</i>, qui a été souvent +réimprimée, est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation +de l’<i>Utopie</i> de Thomas Morus, tout un nouveau système de +gouvernement politique et religieux.</p> +</div> +<p>M. de la Croix, près la place des Victoires, +enseigne à parler le Turc<a id="FNanchor_944" href="#Footnote_944" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_944" href="#FNanchor_944"><span class="label">[20]</span></a> Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’<i>Histoire de Tamerlan</i>, +celle de <i>Gengiskhan</i>, et, ce qui l’a rendu plus +célèbre, la traduction des <i>Mille et un Jours</i>, que Le Sage +revit pour le style. En 1692, l’année même où nous le +voyons figurer ici, il fut nommé professeur en langue arabe +au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa mort, en 1713.</p> +</div> +<p>Les maîtres pour la langue Arabique sont, +Messieurs de Lipy<a id="FNanchor_945" href="#Footnote_945" class="fnanchor">[21]</a> et son neveu, au Collège de +Cambray.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_945" href="#FNanchor_945"><span class="label">[21]</span></a> Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la +place de professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire +interprète du Roi. Il professa au collége de France — appelé +ici Collége de Cambray — de 1670 à 1709. J.-B. de +Fiennes lui succéda comme secrétaire interprète, et c’est +Antoine Galland, auteur des <i>Mille et une Nuits</i>, qui eut sa +chaire d’arabe. Il ne la garda que six ans.</p> +</div> +<p>Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet<a id="FNanchor_946" href="#Footnote_946" class="fnanchor">[22]</a>, +rue des Boucheries, enseignent la Langue +Françoise aux Etrangers.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_946" href="#FNanchor_946"><span class="label">[22]</span></a> Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du +fameux <i>Dictionnaire</i>. Ne pouvant vivre de ses livres ni de +ses causes, car il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis +à donner des leçons de langue françoise, sans y gagner autant +que Pécourt et Létang avec leurs leçons de danse, ce +qui le rendoit amer comme nous l’avons vu dans une note +précédente. Bien des gens de son mérite en étoient réduits +à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le +cachet : « Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le <i>Longueruana</i>, +et ces misérables qui envoient leur carrosse à un +comédien, faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en +son genre étoit le premier homme de France. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p260">-260-</span>M. Frosne, Architecte, près la fontaine +S. Ovide, enseigne aux personnes distinguées, +les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs +autres parties des Mathematiques ; on +peut le consulter utilement sur les Batimens et +sur le Calcul des Toisez.</p> + +<p>Messieurs le Pautre<a id="FNanchor_947" href="#Footnote_947" class="fnanchor">[23]</a>, rue du Foin, et d’Honneur +à l’entrée de la rue de la Coutellerie, enseignent +la plus excellente pratique du dessein.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_947" href="#FNanchor_947"><span class="label">[23]</span></a> Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, +comme dessinateur et graveur, dans les premiers temps du +règne. Il fut lui-même, dans le même genre, d’un talent +fort distingué. <i>V.</i>, à son nom, l’<i>Abecedario</i> de Mariette.</p> +</div> +<p>Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume +sont, Messieurs Bidault, rue saint Germain +l’Auxerrois : Sainctot, rue des mauvais Garçons : +Mion, rue de Bussy : Jourdain<a id="FNanchor_948" href="#Footnote_948" class="fnanchor">[24]</a>, Cerceau, +le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore les +adresses<a id="FNanchor_949" href="#Footnote_949" class="fnanchor">[25]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_948" href="#FNanchor_948"><span class="label">[24]</span></a> Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans +la note suivante.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_949" href="#FNanchor_949"><span class="label">[25]</span></a> Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient +pas de fixe. Ils jouoient « à la représentation », comme on +diroit aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur +choix, et cela deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé +ce privilége, après les avoir vus jouer à Fontainebleau, le +26 octobre 1687. Dangeau, à qui nous devons ce renseignement, +nous donne leurs noms, qui diffèrent, pour un ou +deux, de ceux qui sont ici : « Ils feront, dit-il, afficher +comme les comédiens. Ils sont cinq : les deux Jourdain, Le +Pape, Clergé et Servo. » Pour celui-ci, croyons-nous, c’est +Sercot qu’il faut lire : d’abord parce que ce nom se rapproche +davantage de celui de Cerceau donné ici ; ensuite +parce qu’on le trouve comme étant celui d’un fameux paumier +du temps de la Fronde dans la Mazarinade, <i>Le Ministre +d’Etat flambé</i>.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p261">-261-</span>M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure +aux Galeries du Louvre<a id="FNanchor_950" href="#Footnote_950" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_950" href="#FNanchor_950"><span class="label">[26]</span></a> « Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, +travaille aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette +sorte d’une manière qui le distingue fort des autres maîtres +de sa profession. »</p> +</div> +<p>M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure +sur le Pont au Change.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c33">ARMES ET BAGAGES<br> +<span class="small">DE GUERRE ET DE CHASSE.</span></h3> + + +<p>Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, +sous la direction de M. Titon, Entrepreneur +Général des fournitures d’Armes<a id="FNanchor_951" href="#Footnote_951" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_951" href="#FNanchor_951"><span class="label">[1]</span></a> Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier +monument, le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé +dans une des salles de la Bibliothèque Nationale, et le livre +qui l’explique, avec la biographie de ceux qui y figuroient +en statuettes de bronze, fut, comme son père, attaché aux +fournitures d’armes. Il avoit une charge de commissaire des +guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne resta pas +à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il étoit +transféré à la Bastille : « le Magasin de Titon, lisons-nous +dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, +p. 341, est sur la première porte de la Bastille qui donne +dans la place. Il est rempli de quantité d’armes de toutes +les sortes, et l’on y trouve tout ce qu’on peut désirer sur +cet article. »</p> +</div> +<p>Il y a aussi un grand magasin d’Armes et +Equipages de Guerre, chez M. Benicourt<a id="FNanchor_952" href="#Footnote_952" class="fnanchor">[2]</a>, devant +l’orloge du Palais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_952" href="#FNanchor_952"><span class="label">[2]</span></a> Il est appelé « De Benicourt », dans l’édit. de 1691, +p. 22. — Sa maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici +l’adresse qu’il prenoit alors, et qu’on trouve dans un compte, +pour achat d’armes, publié par M. P. Paris dans son édition +de Tallemant, t. IX, p. 474 : « Pierre Bignicourt, +marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la Barillerie, +à l’enseigne de <i>la Chasse Royale</i>, devant les loges du +Palais. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p262">-262-</span>M. marchand quincallier, à +l’entrée du quay de la Mégisserie, fait aussi +beaucoup de fournitures.</p> + +<p>Le plomb pour les Armes à feu, se vend en +gros et en détail chez plusieurs marchands, sous +l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_953" href="#Footnote_953" class="fnanchor">[3]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_953" href="#FNanchor_953"><span class="label">[3]</span></a> Liger, dans le <i>Voyageur fidèle</i>, 1715, in-12, p. 381, +reproduit ceci textuellement. Il ajoute : « on vend la poudre +à tirer à l’Arsenal, où elle se fabrique : elle s’y débite en +gros et en détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en +vendent dans plusieurs quartiers de la ville. »</p> +</div> +<p>Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, +près le Collège Mazarini<a id="FNanchor_954" href="#Footnote_954" class="fnanchor">[4]</a>, ont un grand assortiment +de Lits, de Tentes et de Pavillons de +Guerre.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_954" href="#FNanchor_954"><span class="label">[4]</span></a> Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, +avec cette adresse plus détaillée : « au deuxième pavillon +du collége Mazarini, devant l’hôtel de Créquy. »</p> +</div> +<p>On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers +des pilliers des Halles<a id="FNanchor_955" href="#Footnote_955" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_955" href="#FNanchor_955"><span class="label">[5]</span></a> « Qui pour l’ordinaire, ajoute <i>le voyageur fidèle</i>, +p. 382, en ont un assez grand assortiment en temps de +guerre. »</p> +</div> +<p>Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles +et neuves, et qui entreprennent la fourniture des +Régimens, sont placez rue de la Barillerie, près +le Palais<a id="FNanchor_956" href="#Footnote_956" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_956" href="#FNanchor_956"><span class="label">[6]</span></a> « Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on +nomme souliers de bottes. » Edit. de 1691, p. 25. On s’en +servoit encore pour aller par les rues, tant elles étoient +boueuses : « Quoi qu’il ne pleuve pas, lisons-nous dans la +traduction d’une <i>Lettre italienne</i> sur Paris, écrite le 20 août +1692 par un Sicilien, et publiée pour la première fois, dans +le <i>Saint Evremoniana</i>, 1700, in-8, p. 385, on ne laisse pas +de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette toutes +les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats +ne suffit pas pour les faire nettoyer… Autrefois les hommes +ne pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit +demander à un Espagnol, les voyant en cet équipage le jour +de son arrivée, si toute la ville partoit en poste. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p263">-263-</span>Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, +sont de fameux Epronniers<a id="FNanchor_957" href="#Footnote_957" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_957" href="#FNanchor_957"><span class="label">[7]</span></a> <i>Le Voyageur fidèle</i>, p. 382, après avoir parlé du grand +« commerce d’éperons » qui se faisoit rue Saint-Honoré, +ajoute : « les quincailliers en vendent aussi, mais qui ne +valent pas les premiers à beaucoup près. »</p> +</div> +<p>Près la porte saint Antoine, on fabrique des +Tambours pour les troupes.</p> + +<p>Les charettes et quaissons de guerre, sont +fabriquez pour la plus grande part à l’entrée du +Fauxbourg saint Antoine.</p> + +<p>Les Bahutiers qui font les coffres, malles, +fourreaux de pistolets, etc., sont en grand nombre +au quartier du Palais, au bout du pont Notre +Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, +et aux environs de saint Honoré.</p> + +<p>On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte +du Fort l’Evêque<a id="FNanchor_958" href="#Footnote_958" class="fnanchor">[8]</a>, diverses sortes de raizeaux +et tirasses<a id="FNanchor_959" href="#Footnote_959" class="fnanchor">[9]</a> pour la chasse.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_958" href="#FNanchor_958"><span class="label">[8]</span></a> Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son <i>Voyageur +fidèle</i>, ajoute : « du côté de la rivière », ce qui n’étoit +pas inutile à dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant +rue Saint-Germain-l’Auxerrois.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_959" href="#FNanchor_959"><span class="label">[9]</span></a> Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.</p> +</div> +<p>Les Oizeleurs du même quay<a id="FNanchor_960" href="#Footnote_960" class="fnanchor">[10]</a>, vendent les +raizeaux à prendre des Rossignols.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_960" href="#FNanchor_960"><span class="label">[10]</span></a> Il sera reparlé d’eux plus loin.</p> +</div> +<p>Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez +l’article suivant.</p> + +<p>La manufacture des Buffles pour la Cavalerie +est chez M. Jabac, rue neuve saint Medéric<a id="FNanchor_961" href="#Footnote_961" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_961" href="#FNanchor_961"><span class="label">[11]</span></a> C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit +commencé la fortune de Jabach à Paris : « la France, +lisons-nous dans un passage du <i>Dictionnaire des arts et +métiers</i>, par l’abbé Jaubert, t. I, p. 427, qui complètera +notre première note, est redevable à Colbert de la préparation +des peaux de buffle : il y attira pour cet effet M. de +la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne, +qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture +à Corbeil. » Cette manufacture fut ensuite transférée +à Paris, chez Jabach lui-même, où nous la voyons ici.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p264">-264-</span></p> + +<h3 id="c34">CHEVAUX ET EQUIPAGES.</h3> + + +<p>Le marché pour les chevaux et pour les mulets, +se tient les Mercredis et les Samedis non +fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis +deux heures de relevée jusqu’à six<a id="FNanchor_962" href="#Footnote_962" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_962" href="#FNanchor_962"><span class="label">[1]</span></a> Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33 : +« le marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux +bêtes azines, se tient les mécredis (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) et samedis, le matin +pour les porcs, et l’après dinée pour le reste, au bout du +faubourg Saint-Victor. »</p> +</div> +<p>Les autres jours on trouve des chevaux de +toutes espèces, chez les Sieurs Guerte, rue de la +Bucherie : François Paris, place Maubert : +Charles Paris, rue des Rats<a id="FNanchor_963" href="#Footnote_963" class="fnanchor">[2]</a> : Grenier, cour de +la Jussienne<a id="FNanchor_964" href="#Footnote_964" class="fnanchor">[3]</a> : du Pont, cul de sac des Provençaux : +Guillory, rue Perdue : Prevost, le Moine, +Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant +<span class="pagenum" id="p265">-265-</span>les murs saint Martin, où sont encore logez les +Sieurs Rotelet et Briquet, marchands Hollandois<a id="FNanchor_965" href="#Footnote_965" class="fnanchor">[4]</a>, +qui ont un grand assortiment des plus +beaux Chevaux de Carosse.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_963" href="#FNanchor_963"><span class="label">[2]</span></a> Ce quartier de la place Maubert — la rue des Rats, +qui est aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve — et +celui des environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout +ceux des maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle +à dire, p. 33 : « Il y a un grand nombre de chevaux +au quartier de la place Maubert et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_964" href="#FNanchor_964"><span class="label">[3]</span></a> On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue +de la Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps +qu’une Cour des Miracles.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_965" href="#FNanchor_965"><span class="label">[4]</span></a> Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère +altération du nom hollandois Becker. Le marquis de <i>la +Femme d’Intrigue</i>, comédie de Dancourt, jouée en 1692, +parlant de ses dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit « à +Jame et à <i>Béquet</i>, tant en chevaux de selle que de carrosse. »</p> +</div> +<p>Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent +dans leurs Chantiers des Carosses tous +faits et des Chaises montées ; par exemple, les +Sieurs Gervais et Vignard, rue saint Martin ; +Bailleul et des Moulins, rue des vieux Augustins ; +Stoquet, dans l’enclos de la foire saint +Germain<a id="FNanchor_966" href="#Footnote_966" class="fnanchor">[5]</a> ; Moreau, rue Mazarini ; le Roux, rue +des petits Champs ; Treverger, rue de Berry ; +l’Amiral, au petit Marché ; Marceau, rue des +quatre Vents ; la Ville, rue de Tournon ; Poivret, +rue de Taranne ; la Place, rue de l’Esgoust, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_966" href="#FNanchor_966"><span class="label">[5]</span></a> « Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs +magasins dans l’enclos de la foire Saint-Germain. » Edit. +1691, p. 51.</p> +</div> +<p>Plusieurs Boureliers sont renommez pour les +Harnois de la plus grande propreté ; par exemple, +les Sieurs Barbier, rue Coquilliere ; Miquelet et +Langlois, rue de Seine<a id="FNanchor_967" href="#Footnote_967" class="fnanchor">[6]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_967" href="#FNanchor_967"><span class="label">[6]</span></a> Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.</p> +</div> +<p>Les beaux et magnifiques Carosses de louage +pour les Princes, Ambassadeurs et grands Seigneurs +etrangers, se trouvent chez les Sieurs +Dalençon<a id="FNanchor_968" href="#Footnote_968" class="fnanchor">[7]</a>, rue Mazarini ; Dauphiné et du Puis, +<span class="pagenum" id="p266">-266-</span>rue du Four saint Germain ; Clovet, rue des +vieux Augustins ; David et l’Escuyer, rue de +Seine ; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain<a id="FNanchor_969" href="#Footnote_969" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_968" href="#FNanchor_968"><span class="label">[7]</span></a> « Et chez la veuve Chavanon… » Edit. 1691, p. 51. +On y voit aussi indiqués : « Champot, rue de Seine, et +Ferrat, rue des Boucheries », qui ne se trouvent pas ici.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_969" href="#FNanchor_969"><span class="label">[8]</span></a> Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le +comte Portland, crut pouvoir prendre une de ces voitures, +en fut fort content : « Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, +ont de bons chevaux et des harnois propres. Les +étrangers les prennent au jour ou au mois, sur le pied de +trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit ou +dix-neuf francs à peu près. »</p> +</div> +<p>La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé<a id="FNanchor_970" href="#Footnote_970" class="fnanchor">[9]</a>, +a aussi de très beaux Carosses de louage<a id="FNanchor_971" href="#Footnote_971" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_970" href="#FNanchor_970"><span class="label">[9]</span></a> Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de +Thorigny. C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti +sous Louis XIII par Aubert, fermier de la Gabelle du sel, +ce qui lui fit donner par le peuple le nom d’hôtel Salé.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_971" href="#FNanchor_971"><span class="label">[10]</span></a> Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus +détaillé : « Il y a encore des magasins de carrosses rue +Michel-le-Comte, vieille rue du Temple, derrière l’hôtel +Salé ; rue de Bussy, et rue du Four du faubourg Saint-Germain. »</p> +</div> +<p>Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses +de louage au mois, à la journée, sont +encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, +rue des Boucheries saint Germain, rue des Petits +Champs, rue de Hurepoix, rue Gît-le-Cœur, rue +des grands Augustins, rue de Bussy, etc.<a id="FNanchor_972" href="#Footnote_972" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_972" href="#FNanchor_972"><span class="label">[11]</span></a> Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré +aux mêmes objets, sous ce titre : <i>Des voitures +parisiennes</i>, se trouvent d’assez curieuses différences, +p. 50-51 : « Il y a des calèches attelées à vingt sols par +heure, dans tous les temps du jour, sur le quay des Augustins, +place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de la +Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant +les Jésuites. — Aux mêmes endroits, et en divers autres +carrefours et places, on trouve des chaises à deux porteurs +pour un écu par demi-journée, et des chaises à ressorts +traînées par un seul homme, à un écu par jour, ou +dix sols par heure. » — L’existence des carrosses à l’heure +n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint légale et privilégiée +que par ordonnance du mois d’août 1698. Le tarif en +fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, +et 20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le +droit de stationner sur les places, réservées désormais à +ces carrosses à l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises +qu’on ne pouvoit louer qu’à la demi-journée, au +jour ou au mois. (<i>Traité de la Police</i>, t. IV, p. 441-442.)</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p267">-267-</span>On trouve des Mulets et des Littières à loüer +chez M. Mariette, Capitaine des charrois de +Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez +un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, +à l’entrée de la rue de Richelieu.</p> + +<p>Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont +aux Choux<a id="FNanchor_973" href="#Footnote_973" class="fnanchor">[12]</a> : Dole, vieille rue du Temple : +Didier, rue des Fossez de Condé : et Jourdain, +rue de Bourbon, font des Corps de Carosse qui +resistent fort longtemps.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_973" href="#FNanchor_973"><span class="label">[12]</span></a> Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux +débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au +pont-levis jeté sur le fossé, à quelques pas d’un marais +planté de choux, comme un autre situé un peu plus en +avant dans la ville, où croissoit l’oseille, avoit donné son +nom à la rue de l’Oseille. La porte du pont-aux-Choux +s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.</p> +</div> +<p>On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts +et Arcs de Carosses et de Chaises au petit Arsenal, +rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers, +porte saint Antoine, rue du Sepulcre<a id="FNanchor_974" href="#Footnote_974" class="fnanchor">[13]</a> et +enclos de la Foire S<sup>t</sup> Germain<a id="FNanchor_975" href="#Footnote_975" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_974" href="#FNanchor_974"><span class="label">[13]</span></a> C’est aujourd’hui la rue du Dragon.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_975" href="#FNanchor_975"><span class="label">[14]</span></a> Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59 : +« Il y a un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, +et un troisième devant les Premontrez du faubourg +Saint-Germain, qui font très-bien des arcs de carosses. » +On y lit aussi, p. 51 : « les ressorts de la bonne trempe +se font au même faubourg (Saint-Antoine), près la porte +et rue de Charenton, devant les Filles angloises » ; et, un +peu plus bas : « on trouve de vieux arcs et ressorts de +carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de dépesseurs +(<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) du quai de la Mégisserie. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p268">-268-</span>Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des +marchandises des Miroitiers.</p> + +<p>On fait et on vend dans plusieurs boutiques +et angards du Fauxbourg saint Antoine, des +Chaises et Soufflets<a id="FNanchor_976" href="#Footnote_976" class="fnanchor">[15]</a> à juste prix.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_976" href="#FNanchor_976"><span class="label">[15]</span></a> Les <i>soufflets</i> étoient une sorte de chaise roulante à +deux roues et fort légère, pour une ou deux personnes, +dont le dessus de cuir ou de toile cirée se plioit ou se +replioit comme un <i>soufflet</i>, suivant le temps. Louis XIV se +servoit souvent d’une de ces petites voitures. (<i>Journal de +la santé du Roi</i>, publié par M. Le Roy, 1862, in-8, +p. 299.)</p> +</div> +<p>Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes +sortes d’équipages, sont les Sieurs de Mouy, rue +Geoffroy Langevin : des Lauriers, rue du Four, +près l’Hôtel Impérial : la Montagne, place Maubert : +la Croix, cul de sac des quatre vents : +Jurande et le Breton, rue Bourlabé : le Febvre, +rue du petit Heuleu<a id="FNanchor_977" href="#Footnote_977" class="fnanchor">[16]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_977" href="#FNanchor_977"><span class="label">[16]</span></a> Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de +plus dans l’édit. de l’année précédente, p. 33 : « Jacques +Jurande, rue Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de +chevaux et d’équipages. Autant en font le Breton, même +rue, à la Croix de Fer, le Febvre, rue du Petit-Huleu, +Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du Cœur-Volant, +près la foire Saint-Germain. »</p> +</div> +<p>Le nommé Loüis, logé devant les murs saint +Martin, fait principalement le courtage des mules +et mulets.</p> + +<p>Les Sieurs Brie devant les Incurables ; et +Bouton, rue Git le Cœur, au Gallion, sont des +<span class="pagenum" id="p269">-269-</span>particuliers qui ont de bons Remedes pour les +maladies des Chevaux<a id="FNanchor_978" href="#Footnote_978" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_978" href="#FNanchor_978"><span class="label">[17]</span></a> Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux +Ours, qui étoit le plus expert de ces « médecins de chevaux », +comme il les appelle, p. 387.</p> +</div> +<p>Entre les Marchands en réputation pour le +même fait, sont les Sieurs Rabeau, rue de la +Corne : du Gas, vieille rue du Temple : Mars, +carrefour des trois Maries ; et Lafond, près l’Hotel +d’Angoulesme.</p> + +<p>La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg +saint Michel, nettoye parfaitement bien les Carosses +et Chaises<a id="FNanchor_979" href="#Footnote_979" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_979" href="#FNanchor_979"><span class="label">[18]</span></a> « On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de +1691, p. 51, et encore tous les mécredis et samedis, des +charrettes couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent +aux villages circonvoisins. — On trouve en tous temps +aux environs du Pont-Royal, des batelets couverts qui +conduisent où l’on veut à la descente de la rivière. » A la +porte Saint-Denis le « passage du bois de Boulogne » doit +son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c35">PASSETEMPS<br> +<span class="small">ET MENUS-PLAISIRS.</span></h3> + + +<p>Le Théâtre du Palais Royal<a id="FNanchor_980" href="#Footnote_980" class="fnanchor">[1]</a>, où sont representées +les Tragedies, les Pastoralles et autres +Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les +representations les Mardis, les Vendredis et les +Dimanches, et encore les Jeudis, lors qu’il s’agit +de Pièces nouvelles<a id="FNanchor_981" href="#Footnote_981" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_980" href="#FNanchor_980"><span class="label">[1]</span></a> L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du +côté où s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que +Richelieu avoit fait bâtir pour les représentations de sa +<i>Mirame</i>, et qui avoit ensuite servi de théâtre à Molière. +C’est à sa mort que Lulli se l’étoit fait donner par le roi.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_981" href="#FNanchor_981"><span class="label">[2]</span></a> « Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre +est fermé les jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour +les places des premières loges, un demi-louis pour celles des +secondes, et trente sous pour celles du parterre et du second +amphithéâtre. » Edit. 1691, p. 8.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p270">-270-</span>Les Livres du sujet se vendent à la porte du +Théâtre trente sols en paroles seulement, et en +partition onze livres en blanc<a id="FNanchor_982" href="#Footnote_982" class="fnanchor">[3]</a>, et douze livres +dix sols reliez<a id="FNanchor_983" href="#Footnote_983" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_982" href="#FNanchor_982"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire brochées.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_983" href="#FNanchor_983"><span class="label">[4]</span></a> « Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix +sols reliez en veau », p. 9.</p> +</div> +<p>M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet +du Roy<a id="FNanchor_984" href="#Footnote_984" class="fnanchor">[5]</a>, qui donne les Desseins de toutes les +décorations, habits et machines des Opera, etc., +demeure aux galleries du Louvre<a id="FNanchor_985" href="#Footnote_985" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_984" href="#FNanchor_984"><span class="label">[5]</span></a> Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande +réputation, que l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est +pour ses décorations de théâtre que Mariette (<i>Abecedario</i>, +t. I, p. 119) fait surtout son éloge : « Jamais il n’y eut, +dit-il, de décorations de théâtre mieux entendues, ni d’habits +plus riches et d’un meilleur goût que ceux dont il a +donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour l’Opéra, +c’est-à-dire pendant presque toute sa vie. » La maquette +de sa décoration du 5<sup>e</sup> acte d’<i>Armide</i>, en 1686, figure en +ce moment à l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. +On a de lui un recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement : +<i>Ornements inventez</i> par J. Bérain.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_985" href="#FNanchor_985"><span class="label">[6]</span></a> Il y mourut le 26 janvier 1711 : « Il a un cabinet +fort curieux, dit Brice, où l’on trouve avec des tableaux +rares une quantité très-grande de dessins, entre lesquels +les siens ne sont pas la moins belle partie. »</p> +</div> +<p>Les Comediens François qui ont leur Hotel +rue des fossez saint Germain des prez<a id="FNanchor_986" href="#Footnote_986" class="fnanchor">[7]</a>, représentent +tous les jours alternativement des Tragedies +et des Comedies.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_986" href="#FNanchor_986"><span class="label">[7]</span></a> Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui +est venu de ce théâtre même, qui, du reste, existe encore +en partie au fond de la cour de la maison qui fait face au +café Procope. On y emmagasine des papiers peints. Ce fut +l’atelier de Gros.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p271">-271-</span>Les Comediens italiens, représentent les Dimanches +et les jours que le Theatre de l’Academie +Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre +de l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil<a id="FNanchor_987" href="#Footnote_987" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_987" href="#FNanchor_987"><span class="label">[8]</span></a> A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle +aux cuirs.</p> +</div> +<p>Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour +les habits de Theatre<a id="FNanchor_988" href="#Footnote_988" class="fnanchor">[9]</a>, et M. son fils pour les +masques et autres choses necessaires pour les +Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise<a id="FNanchor_989" href="#Footnote_989" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_988" href="#FNanchor_988"><span class="label">[9]</span></a> Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur +de la troupe de Molière. Une sœur utérine de la comédienne +M<sup>lle</sup> de Brie étoit sa femme depuis 1673. Le +fils, dont il est parlé ici après lui, étoit né de ce mariage. +C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit organisé +la mascarade turque du <i>Bourgeois gentilhomme</i>, en 1670. +D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y +avoit pas fourni moins de cent trente-huit habits.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_989" href="#FNanchor_989"><span class="label">[10]</span></a> L’administration et ce qu’on appeloit « le magasin +de l’Opéra », s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la +fin du règne de Louis XV.</p> +</div> +<p>Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre +Dame, et Boille, rue du Colombier saint Germain, +vendent aussi des Masques de Theâtre et +de Carnaval<a id="FNanchor_990" href="#Footnote_990" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_990" href="#FNanchor_990"><span class="label">[11]</span></a> Ducreux fit aussi les fournitures pour le <i>Bourgeois +gentilhomme</i>. On voit par le compte cité tout à l’heure, et +qui s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y +fournit les masques, mais « les jarretières, perruques, +barbes et autres ustenciles. »</p> +</div> +<p>Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, +rue saint Honoré, fait des Coëffures en +cheveux pour les Balets et Opera.</p> + +<p>Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs +des Habits pour les Balets du Roy, demeurent +le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, +<span class="pagenum" id="p272">-272-</span>et l’autre, rue neuve saint Denis, proche la +porte.</p> + +<p>Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient +un grand magasin de Plumes pour les Balets et +Tragedies, rue saint Honoré.</p> + +<p>Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes +sortes d’Etoffes or et argent pour les Balets, +Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint +Denis, près le grand Châtelet.</p> + +<p>Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, +qui fait et vend des Etoffes brodées or et +argent.</p> + +<p>Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique +des Marionnettes et Mannequins, demeure +rue de Hurepoix, près le pont saint Michel<a id="FNanchor_991" href="#Footnote_991" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_991" href="#FNanchor_991"><span class="label">[12]</span></a> Il est appelé « Du Vaudiet » dans l’édit. de 1691, +p. 49, et son adresse y est différente : « rue de la Huchette +au Tambour. »</p> +</div> +<p>Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices +de l’Hotel de Ville et de l’Opera<a id="FNanchor_992" href="#Footnote_992" class="fnanchor">[13]</a>, demeure rue +Frementeau<a id="FNanchor_993" href="#Footnote_993" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_992" href="#FNanchor_992"><span class="label">[13]</span></a> Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort +en 1688, avoit été « ingénieur des feux d’artifice de S. M. » +Denis étoit concierge des basses cours du Louvre, ce qui +explique son logement rue Fromenteau. Ses feux d’artifice +figurés et colorés n’étoient pas que pour l’Opéra. Il en fit +aussi pour la Comédie italienne. <i>V.</i> le <i>Théâtre</i> de Ghérardi, +t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son père, qui +logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux +d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (<i>Bibliogr. des +Mazarin.</i>, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il +lui avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à +lui-même. (<i>Archives de l’Hôtel-Dieu</i>, t. I, p. 130.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_993" href="#FNanchor_993"><span class="label">[14]</span></a> Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition +de 1691, p. 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit +pour l’Opéra. « Le sieur Morel », qui vient après, +s’y trouve aussi. On lit de plus, à la suite : « le sieur +Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et une veuve +qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les +merciers et pour les particuliers qui en ont besoin. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p273">-273-</span>Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de +Tournon.</p> + +<p>Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les +tours de Gibeciere<a id="FNanchor_994" href="#Footnote_994" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_994" href="#FNanchor_994"><span class="label">[15]</span></a> On s’en amusoit même chez le Roi. <i>V.</i> dans les +<i>Mélanges histor.</i> de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote +d’un de ces prestidigitateurs qui, pendant une soirée de +Versailles, escamota un verre énorme et le fourra dans les +chausses un peu trop lâchées de ce pauvre abbé Genest, +l’académicien.</p> +</div> +<p>On tient tous les Dimanches matin sur le +quay de la Mégisserie, du costé du Châtelet, +une espèce de marché d’Animaux vivans pour +le plaisir ; sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux +de cages<a id="FNanchor_995" href="#Footnote_995" class="fnanchor">[16]</a>, Cochons d’Inde, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_995" href="#FNanchor_995"><span class="label">[16]</span></a> Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de +ce quai, le dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. +Les serins, par exemple, qui étoient encore des oiseaux +assez rares, montoient jusqu’au prix de deux cents livres. +(Hervieux, <i>Traité des Serins de Canaries</i>, 1709, in-12, +chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes dames en faisoient +trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez elles, +elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, <i>Hist. +de la Régence</i>, t. II, p. 319.)</p> +</div> +<p>La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac<a id="FNanchor_996" href="#Footnote_996" class="fnanchor">[17]</a>, fait +commerce de petits Chiens pour les Dames<a id="FNanchor_997" href="#Footnote_997" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_996" href="#FNanchor_996"><span class="label">[17]</span></a> « Près les Petites maisons. » Edit. de 1691, p. 33. — On +l’appelle aujourd’hui, par interversion, petite rue +du Bac.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_997" href="#FNanchor_997"><span class="label">[18]</span></a> C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. +Les plus à la mode étoient encore à ce moment, quoique +déjà un peu en baisse, comme on le verra plus loin, les +chiens de Bologne, sorte de carlins, qu’on frottoit aussitôt +nés d’esprit de vin à toutes les jointures pour les empêcher +de croître. Ils se vendoient quelquefois fort cher. +Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un +extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à +la princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à +payer quand elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit +mois après devint, contre toute apparence jusque-là, reine +de Pologne. On comprend qu’elle paya alors gaîment les +cinquante pistoles. L’espèce des chiens de Bologne s’est +perdue, même à Bologne. (Valery, l’<i>Italie confortable</i>, +p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les chiens +<i>Burgos</i> commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la +mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la +Régence. Entre eux et les bolonois s’étoient un instant +glissés les chiens loups : « On ne carresse plus, lisons-nous +dans la <i>Lettre italienne</i> déjà citée, que ceux qui ont le +museau de loup et les oreilles coupées, et plus ils sont +difformes, plus ils sont honorés de baisers et d’embrassements. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p274">-274-</span>Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se +font en perfection par le Sieur Baudry, Tourneur, +rue du petit Lion, et par un autre Tourneur +de la rue Troussevache.</p> + +<p>Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, +font venir des Boules de Marseille qu’ils +donnent à fort grand marché.</p> + +<p>Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se +vendent chez les Tablettiers du Marché Neuf et +de la rue des Assis.</p> + +<p>Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, +et on ne joue publiquement dans les +Jeux de Paume qu’au Billard<a id="FNanchor_998" href="#Footnote_998" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_998" href="#FNanchor_998"><span class="label">[19]</span></a> La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans +doute pas aussi sévère quand avoit paru l’édition de l’année +précédente, car voici ce qu’on y trouve, p. 49 : « On +joue aux cartes et au billard dans presque tous les jeux +de paume, qui sont en plus grand nombre au faubourg +Saint-Germain qu’ailleurs. » — Les jeux défendus dans +les maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement +dans les particulières. C’est alors que l’on vit partout +de « ces femmes brelandières » dont parle la <i>X<sup>e</sup> Sat.</i> +de Boileau, et que visoit l’abbé de Villiers dans une de +ses <i>Epîtres</i>, 2<sup>e</sup> édit., p. 375, lorsqu’il nous rappelle</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i4">… L’industrieux génie</div> +<div class="verse">Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.</div> +</div> + +</div> +<p>« — Eh ! dit Colombine dans l’<i>Avocat pour et contre</i>, +acte III, sc. 7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la +bassette, et vivre honorablement dans Paris, comme une +infinité de gens aussi gueux que nous. » Il y eut jusqu’à +des femmes de conseillers au Parlement qui tinrent ainsi +des maisons de jeux. <i>V.</i> P. Clément, <i>la Police</i> sous Louis XIV, +p. 340-341.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p275">-275-</span>Pour les fameux Maîtres de Dance et de +Paume, voyez l’article des Nobles Exercices.</p> + +<p>Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article +de la Musique.</p> + +<p>Le Sieur Alexandre Vauboam<a id="FNanchor_999" href="#Footnote_999" class="fnanchor">[20]</a>, rue des Assis, +fait des Castagnettes en perfection.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_999" href="#FNanchor_999"><span class="label">[20]</span></a> Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus +haut, p. 211, comme « fabricant de guitares en perfection. »</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c36">JARDINAGES.</h3> + + +<p>Monsieur le Marquis de Villacerf<a id="FNanchor_1000" href="#Footnote_1000" class="fnanchor">[1]</a>, Sur-Intendant +et Ordonnateur des Batimens et Jardins du +Roy<a id="FNanchor_1001" href="#Footnote_1001" class="fnanchor">[2]</a>, demeure rue de l’Egout, près la place +Royale.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1000" href="#FNanchor_1000"><span class="label">[1]</span></a> Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné +plus haut, p. 124.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1001" href="#FNanchor_1001"><span class="label">[2]</span></a> Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel +il tenoit par sa mère, comme par son père il tenoit à +Colbert. Il dut s’en démettre, en 1699, à la suite des trop +longues malversations de Mesmin, « son commis principal, +en qui, dit Saint-Simon, il se fioit de tout. »</p> +</div> +<p>M. le Nostre, Directeur et Controlleur des +<span class="pagenum" id="p276">-276-</span>Batimens et Jardins de Sa Majesté<a id="FNanchor_1002" href="#Footnote_1002" class="fnanchor">[3]</a>, demeure +aux Tuilleries<a id="FNanchor_1003" href="#Footnote_1003" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1002" href="#FNanchor_1002"><span class="label">[3]</span></a> André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à +Versailles, à Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, +pour que nous ayons à parler de lui longuement.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1003" href="#FNanchor_1003"><span class="label">[4]</span></a> Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept +ans. Il s’y étoit fait, dans une de ses dépendances, +une collection de tableaux de maîtres, de médailles, de +porcelaines, etc., dont on peut lire la description au +chap. IV du <i>Voyage</i> de Lister, et au commencement de la +<i>Jeunesse de Bachaumont</i>, qui fut publiée en 1859 par les +soins de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, +dans les premières livraisons du <i>Magasin de Librairie</i>.</p> +</div> +<p>M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre<a id="FNanchor_1004" href="#Footnote_1004" class="fnanchor">[5]</a> et +Directeur de l’Orangerie des Tuileries<a id="FNanchor_1005" href="#Footnote_1005" class="fnanchor">[6]</a>, demeure +à l’Arsenal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1004" href="#FNanchor_1004"><span class="label">[5]</span></a> Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si +beau jardin, rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où +tout le monde pouvoit s’aller promener, comme on le voit +dans le roman de M<sup>me</sup> de Villedieu : <i>Mémoires de la vie +de Henriette-Sylvie de Molière</i>, édit. de 1701, p. 110. On +a du père : <i>Plans des bastiments et jardin de la Norville</i> ; +<i>Plan du jardin et château de Louvois</i> ; <i>Plan du château +de Presles, près Beaumont</i>, etc. ; et du fils : <i>Plan et élévation +du château de Villacerf</i>, toutes planches très-rares.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1005" href="#FNanchor_1005"><span class="label">[6]</span></a> Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de +cette Orangerie. (<i>Etat de France</i>, 1692, p. 498.)</p> +</div> +<p>M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté<a id="FNanchor_1006" href="#Footnote_1006" class="fnanchor">[7]</a>, +demeure au vieux Louvre<a id="FNanchor_1007" href="#Footnote_1007" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1006" href="#FNanchor_1006"><span class="label">[7]</span></a> Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été +sous Henri IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps +du règne de Louis XIV, « jardinier ordinaire et dessinateur +des plans, parcs et jardins des maisons royales », et +de qui l’on a un livre si curieux : <i>Théâtre des plants et +jardinages</i>, etc., 1652, pet. in-4<sup>o</sup>. Un autre de ses fils, +André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des +jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, +en 1651, in-fol. : <i>le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs +dessins de jardinages, tant parterre en broderie, compartiments +de gazon, bosquets et autres</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1007" href="#FNanchor_1007"><span class="label">[8]</span></a> Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils +Armand, le 1<sup>er</sup> février 1692, étoit celle de « jardinier du +Petit-Jardin parterre, qui est au-devant des fenêtres du +Louvre. » Il étoit donc tout naturel qu’il logeât dans ce +palais. Son père avoit demeuré tout près à l’hôtel de Matignon, +et il avoit fait planter, vers 1606, sur la belle place, +qui étoit alors au-devant, « quantité de mûriers blancs. » +(<i>Archives curieuses</i>, 1<sup>re</sup> partie, t. IX, p. 130.)</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p277">-277-</span>M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, +demeure près saint Roch, tous trois après M. le +Nostre, ont un grand talent pour les desseins de +Parterres, de Bosquets, etc.</p> + +<p>M. Balon, Directeur de la Pépiniere du +Roule<a id="FNanchor_1008" href="#Footnote_1008" class="fnanchor">[9]</a>, demeure là même.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1008" href="#FNanchor_1008"><span class="label">[9]</span></a> On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le +nom de la rue de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on +lit sur Balon qui la dirigeoit alors, dans l’<i>Etat de France</i> +de 1692 : « M. Balon, qui est au jardin de la pépinière au +Roule, établie en 1670, est directeur des plants d’arbres des +maisons royales. » Noël de Morlaix, que Lister y alla voir +(<i>V.</i> son <i>Voyage</i>, ch. X), fut le successeur de Balon à la pépinière +du Roule.</p> +</div> +<p>Il y a encore divers autres Jardiniers de +grands Seigneurs, qui sont renommez pour les +compartimens, par exemple,</p> + +<p>Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé : +de Marne, rue de l’Egout près la place Royale : +Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint +Poüange<a id="FNanchor_1009" href="#Footnote_1009" class="fnanchor">[10]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1009" href="#FNanchor_1009"><span class="label">[10]</span></a> Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit +son nom au cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert +Colbert de Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, +en 1702, la principauté de Chabannais. La rue, qui fut +percée de 1775 à 1777 sur l’emplacement de l’hôtel et de +son jardin, prit ce dernier nom qu’elle porte encore.</p> +</div> +<p>Les Jardiniers qui sont exercez à la construction +des cabinets et ornemens de treillages<a id="FNanchor_1010" href="#Footnote_1010" class="fnanchor">[11]</a>, sont +<span class="pagenum" id="p278">-278-</span>entr’autres M<sup>rs</sup> de la Saulsaye<a id="FNanchor_1011" href="#Footnote_1011" class="fnanchor">[12]</a> et Godeau ci-devant +désignez : Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires<a id="FNanchor_1012" href="#Footnote_1012" class="fnanchor">[13]</a>, +et au Fauxbourg saint Antoine : le +Roux, rue de Pincourt : Hennetin, rue de la +Muette<a id="FNanchor_1013" href="#Footnote_1013" class="fnanchor">[14]</a> : et le Normand, rue de Montreuil.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1010" href="#FNanchor_1010"><span class="label">[11]</span></a> On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent +des jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, +qui en avoient dessiné l’ordonnance, quelles +proportions monumentales on donnoit à ces treillages : +« le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont dans les villes, +c’est, outre la beauté du travail, de cacher le vilain +aspect des maisons voisines. » <i>Voyage à Paris</i>, chap. IX.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1011" href="#FNanchor_1011"><span class="label">[12]</span></a> On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel +de Condé. Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent +les deux planches très-rares où sont figurés les treillages +du jardin, à cette époque.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1012" href="#FNanchor_1012"><span class="label">[13]</span></a> Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet +avoit fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du +petit Arsenal, dont il n’étoit séparé que par une impasse. +Il appartenoit alors, à Françoise de Gondi, veuve du duc +de Lesdiguières. M<sup>me</sup> de Sévigné, dans ses <i>Lettres</i>, en +vante la beauté, mais en regrette la trop grande solitude +et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374 et 467.) +Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui +en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit +ici, pour les treillages, ne les y avoit pas épargnés : +« Celui du fond, dit Lister, étoit fort noble, et avoit coûté +dix mille livres ; un autre en avoit coûté six mille. J’en +remarquai un plus petit, et, le seul que j’ai vu ainsi, tout +en feuillage de fer peint en vert. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1013" href="#FNanchor_1013"><span class="label">[14]</span></a> Ou de <i>la Meute</i>, comme on l’appeloit en 1540, à +cause de quelque maison de chasse. C’est dans cette rue, +qui va de la rue de Charonne à celle de la Roquette, que +Tamponnet, peut-être sur le même terrain, eut sous le +premier Empire et la Restauration, ses admirables serres +qui ne contenoient pas moins de cinq mille orangers de +toutes tailles, et où l’on vit la première collection de +<i>camélia</i>. (Dufey, <i>Memorial parisien</i>, 1821, in-12, p. 67.)</p> +</div> +<p>Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, +Arbres et Arbustes pour l’ornement des Jardins, +<span class="pagenum" id="p279">-279-</span>sont au Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_1014" href="#Footnote_1014" class="fnanchor">[15]</a> : les Sieurs +Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt : +Chevalier, ruë des Amandiers : Tremel +et Grebey, rue de la Raquette : le Breton, rue +de Charonne : du Puis, Huby et Hely, ruë de +Baffroy<a id="FNanchor_1015" href="#Footnote_1015" class="fnanchor">[16]</a> : Gaumont Jacques et du Buisson, +grande ruë du Fauxbourg : Marechal, rue saint +Bernard, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1014" href="#FNanchor_1014"><span class="label">[15]</span></a> <i>V.</i> sur ces floristes du faubourg, <i>le Mercure</i> d’avril +1721, p. 176, et celui de juin-juillet de la même année, +2<sup>e</sup> partie, p. 112.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1015" href="#FNanchor_1015"><span class="label">[16]</span></a> Elle est adjacente à la rue de Charonne.</p> +</div> +<p>Et en divers autres quartiers de la Ville et des +Fauxbourgs sont les Sieurs Thibaut fils, rue des +Boullais : Baptiste, près les Invalides : Jacques, +ruë de Taranne<a id="FNanchor_1016" href="#Footnote_1016" class="fnanchor">[17]</a> : des Crochets, près la porte +saint Martin : Besnard, Fauxbourg saint Laurent, +etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1016" href="#FNanchor_1016"><span class="label">[17]</span></a> Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être +le jardinier, se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. +C’étoit un des plus célèbres de Paris pour les plantes +rares. Le premier <i>filaria</i>, dit Sauval, t. III, p. 4, y fut +planté.</p> +</div> +<p>Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la +femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très +belles fleurs et de très beaux arbustes : mais il +est ordinairement en Cour.</p> + +<p>Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager<a id="FNanchor_1017" href="#Footnote_1017" class="fnanchor">[18]</a>, près +<span class="pagenum" id="p280">-280-</span>la Barrière des Incurables<a id="FNanchor_1018" href="#Footnote_1018" class="fnanchor">[19]</a>, cultive toutes sortes +de Fruits et de Legumes precosses avec un succez +merveilleux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1017" href="#FNanchor_1017"><span class="label">[18]</span></a> C’étoit l’ancien mot, que celui de « maraîcher » +remplaça. Jaubert l’emploie encore dans son <i>Dictionnaire +des arts et métiers</i>, t. III, p. 49. La Quintinie avoit cependant +consacré l’autre depuis longtemps, avec une simple +différence d’orthographe, dans son livre sur <i>Les jardins</i>, +préface, p. <small>XVII</small>. Distinguant ceux qui s’occupent d’arbustes +et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il +dit : « les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les +autres qu’on nomme maréchais. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1018" href="#FNanchor_1018"><span class="label">[19]</span></a> Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce « marager » +de la barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les +faubourgs Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les +fleuristes, ils étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis +longtemps. Dans <i>les Registres criminels du Châtelet</i> (1389-1392), +il est parlé, t. II, p. 252 et 522, des marais qu’ils +cultivoient et des gardes qui les préservoient contre les +maraudeurs. Charles V avoit protégé cette culture de la +banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez quelques +descendants de ceux qu’il avoit privilégiés : « On +conserve, dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par +<i>le Salon littéraire</i> du 21 août 1843, p. 12, on conserve +avec soin dans plusieurs familles de maraîchers — les +Dulac, Deberg et autres — des chartes de Charles V, +concédant aux ancêtres de ces familles des marais, à la +condition de les dessécher pour les convertir en jardins. +Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes +n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, +la profession de jardinier. »</p> +</div> +<p>M. Tournesol<a id="FNanchor_1019" href="#Footnote_1019" class="fnanchor">[20]</a>, demonstrateur au Jardin du +Roy, entend particulierement la culture des +plantes medecinales<a id="FNanchor_1020" href="#Footnote_1020" class="fnanchor">[21]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1019" href="#FNanchor_1019"><span class="label">[20]</span></a> Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, +qui étoit professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de +l’Académie des Sciences depuis un an seulement. Lister le +vit souvent, et parle beaucoup de lui dans son <i>Voyage</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1020" href="#FNanchor_1020"><span class="label">[21]</span></a> Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, +comme on le voit par son <i>Traité des matières médicales</i>.</p> +</div> +<p>Aussi fait un des Pères Minimes de la Place +Royale.</p> + +<p>On trouve chez les Provençaux, au cul de +sac de saint Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_1021" href="#Footnote_1021" class="fnanchor">[22]</a>, rue de l’Arbre +sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins, +<span class="pagenum" id="p281">-281-</span>des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de +Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes +Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons +Pomplions, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1021" href="#FNanchor_1021"><span class="label">[22]</span></a> Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit +alors pour le garder jusqu’à présent le nom de ces <i>Provençaux</i> +qui y faisoient leur commerce.</p> +</div> +<p>Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay +de la Megisserie, une espèce de marché franc +pour les fleurs, arbres et arbrisseaux<a id="FNanchor_1022" href="#Footnote_1022" class="fnanchor">[23]</a> ; où l’on +trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et +des cardons d’Espagne.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1022" href="#FNanchor_1022"><span class="label">[23]</span></a> Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis, +« le long du quai Bourbon », dit Sauval, qui +en vit la fin. On l’appeloit « la foire aux oignons », à cause +des fleurs à oignons dont on y faisoit surtout le commerce. +« Tous les ans, dit Sauval, t. II, p. 662, on voit ce +quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se métamorphoser +en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien +varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé. »</p> +</div> +<p>Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous +les ans à Paris vers la fin de Septembre, une +fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes +et basses tiges, logent pour la plûpart grande +rue du Fauxbourg saint Antoine, au Nom de +Jésus et aux deux Clefs<a id="FNanchor_1023" href="#Footnote_1023" class="fnanchor">[24]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1023" href="#FNanchor_1023"><span class="label">[24]</span></a> Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à +Orléans de grands progrès dans la culture des jeunes +arbres fruitiers, forestiers et d’agrément. A la fin du dernier +siècle, on n’y évaluoit pas à moins de 200,000 le +nombre des pieds d’arbres qui s’y vendoient sur place, ou +qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs, chaque année. Les +<i>forestiers</i> étoient surtout fournis par les faubourgs Saint-Marc +et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou d’agrément +par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est +maintenue et même étendue.</p> +</div> +<p>On peut d’ailleurs en tous temps trouver un +grand assortiment d’arbres fruitiers chez les +Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau +au Menil-Montant.</p> + +<p><span class="pagenum" id="p282">-282-</span>Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine<a id="FNanchor_1024" href="#Footnote_1024" class="fnanchor">[25]</a>, +fait des Pompes et autres machines +pour l’elevation des eaux.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1024" href="#FNanchor_1024"><span class="label">[25]</span></a> La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée +comme Château Royal, avoit un concierge, comme nous +le voyons ici, et un gouverneur.</p> +</div> +<p>Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, +on fabrique une sorte de pompe industrieuse +qui n’est pas d’une grande depense, et +au moyen de laquelle un seul homme peut elever +sans peine et sans effort huit ou dix muids d’eau +par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration +aux curieux, aussi bien que des Orloges +et Cadrans pour les vens, au soleil et à la lune, +qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du +public.</p> + +<p>Pour les livres de Jardinages, voyez l’article +du commerce de Librairie.</p> + +<p>Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, +a un grand assortiment de graines et oignons +de Jardins<a id="FNanchor_1025" href="#Footnote_1025" class="fnanchor">[26]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1025" href="#FNanchor_1025"><span class="label">[26]</span></a> Lister, ch. X, <i lang="la" xml:lang="la">ad finem</i>, nous parle de ce M. Lefebvre +« le marchand de graines », qui avoit, en outre de sa boutique +du quai, où le même commerce se fait encore, un +fort beau « jardin fleuriste. » Ses tulipes étoient particulièrement +superbes : « Il en avoit, dit-il, une grande et +belle collection, beaucoup de panachées et d’une grande +variété. »</p> +</div> +<p>On vend des pots de terre à ances bronzez et +dorez pour l’ornement des Jardins, chez le Sieur +du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine, +à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs +des caisses peintes en fayances.</p> + +<p>Chacun peut faire fabriquer à son gré des +<span class="pagenum" id="p283">-283-</span>pots de fayance pour les Jardins à la Fayancerie +de saint Cloud.</p> + +<p>Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez +de blanc, viennent de la Fayancerie de Roüen<a id="FNanchor_1026" href="#Footnote_1026" class="fnanchor">[27]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1026" href="#FNanchor_1026"><span class="label">[27]</span></a> Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que +de celle de Saint-Cloud.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c37">TAPISSERIES<a id="FNanchor_1027" href="#Footnote_1027" class="fnanchor">[1]</a><br> +<span class="small">ET MEUBLES ORDINAIRES.</span></h3> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1027" href="#FNanchor_1027"><span class="label">[1]</span></a> Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans +le <i>Saint Evremoniana</i>, s’étonna de voir des tapisseries +partout, sur les murailles des chambres. « C’est un usage +général, dit-il, comme en Italie de les embellir par des +sculptures. »</p> +</div> + +<p>Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres<a id="FNanchor_1028" href="#Footnote_1028" class="fnanchor">[2]</a>, +rue du petit Lion<a id="FNanchor_1029" href="#Footnote_1029" class="fnanchor">[3]</a>, et un autre pour les Tapisseries +de Beauvais<a id="FNanchor_1030" href="#Footnote_1030" class="fnanchor">[4]</a>, rue de Richelieu.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1028" href="#FNanchor_1028"><span class="label">[2]</span></a> Tapisseries de haute lisse — c’est-à-dire faites sur un +métier perpendiculaire — et à personnages ou à verdures. +Les ouvriers flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, +avoient perfectionné ce genre de fabrication aux Gobelins, +où ils avoient été établis.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1029" href="#FNanchor_1029"><span class="label">[3]</span></a> « Derrière l’hôtel de Bourgogne. » Edit. 1691, p. 35.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1030" href="#FNanchor_1030"><span class="label">[4]</span></a> « Au milieu de la rue de Richelieu. » <i>Id.</i> — La manufacture +de Beauvais étoit une création de Colbert, en +1660. Les ouvriers flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient +en haute lisse comme aux Gobelins.</p> +</div> +<p>Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries +d’Aubusson<a id="FNanchor_1031" href="#Footnote_1031" class="fnanchor">[5]</a>, sont rue de la Huchette +et aux environs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1031" href="#FNanchor_1031"><span class="label">[5]</span></a> Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un +métier horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des +laines moins fines, le bon marché en rendoit le débit bien +plus général que celui des tapisseries de Beauvais. Le tarif +des douanes de 1664 et années suivantes le prouve.</p> +</div> +<p>M. Dansvüiche<a id="FNanchor_1032" href="#Footnote_1032" class="fnanchor">[6]</a>, carrefour sainte Opportune, +<span class="pagenum" id="p284">-284-</span>fait commerce en gros de Bergames<a id="FNanchor_1033" href="#Footnote_1033" class="fnanchor">[7]</a> et Tapisseries +de Rouen, façon de Hongrie<a id="FNanchor_1034" href="#Footnote_1034" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1032" href="#FNanchor_1032"><span class="label">[6]</span></a> Son nom est écrit « D’Answihc » dans l’édit. précéd. — C’étoit +certainement un flamand.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1033" href="#FNanchor_1033"><span class="label">[7]</span></a> Les bergames étoient un mélange de laine et de +bourre de soie que l’on teignoit ordinairement en gris ou +en rouge.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1034" href="#FNanchor_1034"><span class="label">[8]</span></a> On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées +avec de la tonture ou <i>tontisse</i> de laine. C’est de là que les +premiers papiers peints, qui remplacèrent les tapisseries, +en les imitant de leur mieux, furent appelés des papiers-tontisses.</p> +</div> +<p>Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart<a id="FNanchor_1035" href="#Footnote_1035" class="fnanchor">[9]</a>, +petites Etoffes, Satin de Bruge<a id="FNanchor_1036" href="#Footnote_1036" class="fnanchor">[10]</a>, Taffetas des +Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se +vendent en détail et en diverses boutiques et +magasins près l’aport de Paris.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1035" href="#FNanchor_1035"><span class="label">[9]</span></a> Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les +chaînes de soie. C’étoit une étoffe « légère, commode et +de grand débit », qu’en 1604, un marchand de Troyes +demanda au Roy de fabriquer dans son pays avec privilége. +(<i>Archives curieuses</i>, 1<sup>re</sup> série, t. XIV, p. 232.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1036" href="#FNanchor_1036"><span class="label">[10]</span></a> Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, +et qui se rapprochoit aussi beaucoup du <i>satin de +Chine</i>. Le marchand de Troyes, cité dans la note précédente, +demanda aussi à fabriquer de ces satins de Bruges, +en 1604.</p> +</div> +<p>Les Marchands Tapissiers renommez pour les +meubles magnifiques, sont entre plusieurs autres +Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue +Tictonne ; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, +rue aux Ours<a id="FNanchor_1037" href="#Footnote_1037" class="fnanchor">[11]</a> ; Barelle, à Luxembourg ; Montonnet, +<span class="pagenum" id="p285">-285-</span>Cellier et Mendron, rue Michel le Comte<a id="FNanchor_1038" href="#Footnote_1038" class="fnanchor">[12]</a> ; +Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1037" href="#FNanchor_1037"><span class="label">[11]</span></a> « Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant +rue aux Ours et rue Platrière. » Edit. 1691, p. 36. — Leur +vrai nom étoit, en effet, Le Bon. C’est ainsi que +l’aîné, Louis, est nommé dans l’<i>Etat de France</i> de 1692, +p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi pour le +trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de Bourgogne. +Coulange le nomme dans sa chanson sur <i>Un vieux +lit de famille</i>, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il +l’appelle pour la mesure du vers :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Autant de modes que d’années,</div> +<div class="verse">Aujourd’hui le tapissier Bon,</div> +<div class="verse">A si bien fait par ses journées</div> +<div class="verse">Qu’un lit tient toute une maison.</div> +</div> + +</div> +<p>Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. <i>V.</i> le +<i>Mercure galant</i>, t. III, p. 300.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1038" href="#FNanchor_1038"><span class="label">[12]</span></a> C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, +mais Vieille rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre +de société, d’où sortit Lekain. Mandron lui-même y jouoit +« les rois ». <i>V.</i> une lettre de lui dans le <i>Journal de +Paris</i>, 1<sup>er</sup> mars 1778, p. 238.</p> +</div> +<p>Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux +galeries du Louvre<a id="FNanchor_1039" href="#Footnote_1039" class="fnanchor">[13]</a>, le Febvre, rue saint Denis +<span class="pagenum" id="p286">-286-</span>au Chesne vert<a id="FNanchor_1040" href="#Footnote_1040" class="fnanchor">[14]</a>, etc., travaillent par excellence +aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1039" href="#FNanchor_1039"><span class="label">[13]</span></a> Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de +1691. Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi +se retrouver ici : « les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez +avec grande perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, +devant les galeries du Louvre. M. Boul, son voisin, fait +des ouvrages de marquetterie d’une beauté singulière. » — Nous +n’avons pas à nous étendre sur Charles-André +Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que l’on +connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à commencer +par celle de Mariette dans l’<i>Abecedario</i>, où il dit : +« Ses meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux +ornements de marquetterie sont d’un goût exquis, et +la mode ne leur fait rien perdre de leur prix. » Il avoit +le goût passionné des tableaux, des estampes plus encore, +et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il étoit déjà la proie +de ses créanciers, et se trouvoit bien que le Louvre, où +il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de ce +qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles +de l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un +si admirable cabinet tout de glaces et de marquetteries, +menaça de lui enlever ce refuge. Voici la lettre impitoyable +qu’il écrivit à ce sujet, le 4 février 1686, à son agent La +Chapelle : « Boulle promet à Mgr le Dauphin, depuis longtemps, +quelques sièges, lesquels il n’achève point. Je vous +prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire que, s’il +ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai +mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, +et que je ferai faire son ouvrage par d’autres. » Citée +par M. Rousset, <i>Hist. de Louvois</i>, t. III, p. 381. En 1704, +la gêne de Boulle étoit encore plus grande et ses embarras +plus pressants. Le Roi l’en sauva. (<i>Correspond, admin. +de Louis XIV</i>, t. II, p. 843.) Le plus grand deuil de sa +vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la destruction +par les flammes de la plus grande partie de sa +collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà +bien vieux, il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut +que douze ans plus tard, le 1<sup>er</sup> mars 1732. Il avoit +quatre-vingt-neuf ans et quelques mois. <i>V.</i> sur lui, dans +<i>les Archives de l’Art françois</i>, par MM. de Chenevières et +de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un travail qui résume +à peu près tout ce qu’on sait sur lui.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1040" href="#FNanchor_1040"><span class="label">[14]</span></a> Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit +travaillé comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.</p> +</div> +<p>M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, +vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.</p> + +<p>Celles de France se fabriquent près la porte +saint Antoine.</p> + +<p>Les Cabinets<a id="FNanchor_1041" href="#Footnote_1041" class="fnanchor">[15]</a>, Bureaux, Biblioteques et autres +meubles de placages<a id="FNanchor_1042" href="#Footnote_1042" class="fnanchor">[16]</a>, de noyers, d’ébène, +de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg +saint Antoine, à la porte saint Victor, rue +neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue +du Mail, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1041" href="#FNanchor_1041"><span class="label">[15]</span></a> Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son <i>Dictionnaire</i>, +ces meubles, dont la mode revient : « Espèce d’armoire avec +des tiroirs, faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, +propre à serrer des hardes. » On en vendoit aux foires. +Le Sganarelle de <i>L’Amour médecin</i>, act. I, sc. 2, veut +donner à sa fille « un cabinet de la foire St-Laurent. » +Dans le <i>Tarif des droits d’entrée</i>, etc., du 18 sept. 1664, +se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1042" href="#FNanchor_1042"><span class="label">[16]</span></a> « Et de marqueterie. » Edit. 1691, p. 35.</p> +</div> +<p>Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre +<span class="pagenum" id="p287">-287-</span>de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de +meubles tournez et non tournez<a id="FNanchor_1043" href="#Footnote_1043" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1043" href="#FNanchor_1043"><span class="label">[17]</span></a> C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, +que, sous Henri IV et sous Louis XIII, grâce à une +exemption de taille et au droit de pouvoir travailler sans +maîtrise, on avoit attirés dans ce quartier encore désert de la +Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire de la butte Bonne-Nouvelle, +rue Bourbon-Villeneuve — aujourd’hui d’Aboukir, — et +rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même +métier et le même commerce des meubles s’exercent encore.</p> +</div> +<p>Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent +toutes sortes de meubles<a id="FNanchor_1044" href="#Footnote_1044" class="fnanchor">[18]</a> faits, sont pour la +plupart sous les pilliers des Halles, rue de la +Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente +du Pont Marie, et<a id="FNanchor_1045" href="#Footnote_1045" class="fnanchor">[19]</a> rue Grenier sur l’eau.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1044" href="#FNanchor_1044"><span class="label">[18]</span></a> Ces « louages de meubles » aux Halles sont gaîment +tournés en ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, <i>Le +grand Sophy</i>, jouée en 1689 : « <span class="sc">Grognard.</span> Je ne sais à +quoi il tient que je ne jette tous les meubles par la fenêtre. — <span class="sc">Mezzetin</span>. +N’allez pas faire cette sottise-là, s’il vous +plaît, il faut que je les rende au fripier. Je ne les ai loués +que pour deux heures. Allons, meubles, sous les piliers des +Halles ! (<i>Tous les meubles se plient et disparoissent.</i>) » +<i>Théâtre</i> de Ghérardi, t. II, p. 158.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1045" href="#FNanchor_1045"><span class="label">[19]</span></a> « Derrière Saint-Gervais. » Edit. précéd., p. 36.</p> +</div> +<p>Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait +venir des Chaises de Jonc d’Angleterre<a id="FNanchor_1046" href="#Footnote_1046" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1046" href="#FNanchor_1046"><span class="label">[20]</span></a> « Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de +jonc et de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, +rue Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric. » +<i>Id.</i> — L’usage ne s’en répandit pas chez nous, car lorsque +Grosley alla en Angleterre au siècle suivant, il trouva +ce genre de chaise excellent, et nous le recommanda, +comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a été plus +heureux de nos jours. <i>V.</i> le curieux livre de Grosley, +<i>Londres</i>, édit. de 1755, t. I, p. 238.</p> +</div> +<p>Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour +les meubles de fer rue Dauphine, rue de la Verrerie +et Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_1047" href="#Footnote_1047" class="fnanchor">[21]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1047" href="#FNanchor_1047"><span class="label">[21]</span></a> L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36 : +« les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, +foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et +de leton dorez et argentez, ont leurs boutiques rue Dauphine +et rue de la Verrerie. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p288">-288-</span>Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit +Lion, fait et vend des Mortiers et Pilons de +Boüis pour les officiers<a id="FNanchor_1048" href="#Footnote_1048" class="fnanchor">[22]</a>, d’une propreté particulière.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1048" href="#FNanchor_1048"><span class="label">[22]</span></a> Lisez : les officines.</p> +</div> +<p>Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, +voyez l’article des Curiositez de cabinet.</p> + +<p>Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers +et Bourgeois, quay de l’Ecole, peignent +et vendent les portraits de la Cour en bordures<a id="FNanchor_1049" href="#Footnote_1049" class="fnanchor">[23]</a> +pour l’ornement des chambres et des salles.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1049" href="#FNanchor_1049"><span class="label">[23]</span></a> Nous dirions « en cadres. » Richelet dit en effet dans +son <i>Dictionnaire</i> : « <span class="small">BORDURE</span>, bois de menuiserie pour +mettre un portrait ou une glace de miroir. »</p> +</div> +<p>Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, +voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.</p> + +<p>Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et +Dentelles de fil.</p> + +<p>Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, +et Landois, rue Neuve saint Honoré, ont une +grande habitude à bien raccommoder et remettre +en couleur les Tapisseries de haute lisse.</p> + +<p>Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de +haute lisse<a id="FNanchor_1050" href="#Footnote_1050" class="fnanchor">[24]</a>, se vendent dans un magasin prés +les Quinze vingts.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1050" href="#FNanchor_1050"><span class="label">[24]</span></a> On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert +en parle dans son <i>Dictionnaire des arts et métiers</i>, t. IV, +p. 205 : « Ces autres tapisseries, dit-il, que l’on fait de +coutil, sur lequel, avec diverses couleurs, on imite assez +bien les personnages et les verdures de la haute lisse. » +Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit que c’était une invention +assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit de quatre-vingts +ans au moins.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p289">-289-</span>On vend des Coutils en gros au Bureau des +Marchands Tapissiers rue saint Martin, et encore +chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, +près l’Hotel de la Monnoye.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c38">CHAIR ET POISSON.</h3> + + +<p>Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, +voyez l’article des Bureaux publics.</p> + +<p>Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement +ouvertes sont près l’aport de Paris, place +aux Rats<a id="FNanchor_1051" href="#Footnote_1051" class="fnanchor">[1]</a>, quartier des Quinze-vingts<a id="FNanchor_1052" href="#Footnote_1052" class="fnanchor">[2]</a>, marché +du Temple<a id="FNanchor_1053" href="#Footnote_1053" class="fnanchor">[3]</a>, coin de S. Paul<a id="FNanchor_1054" href="#Footnote_1054" class="fnanchor">[4]</a>, porte S. Antoine<a id="FNanchor_1055" href="#Footnote_1055" class="fnanchor">[5]</a>, +marché Neuf<a id="FNanchor_1056" href="#Footnote_1056" class="fnanchor">[6]</a>, montagne sainte Geneviève<a id="FNanchor_1057" href="#Footnote_1057" class="fnanchor">[7]</a>, +place Maubert<a id="FNanchor_1058" href="#Footnote_1058" class="fnanchor">[8]</a>, Fontaine S. Severin, +<span class="pagenum" id="p290">-290-</span>quartier S. Nicolas des Champs<a id="FNanchor_1059" href="#Footnote_1059" class="fnanchor">[9]</a>, rue Montmartre<a id="FNanchor_1060" href="#Footnote_1060" class="fnanchor">[10]</a>, +rue Comtesse d’Artois, pointe saint +Eustache ; rue de Bussy, petit Marché, Croix +rouge<a id="FNanchor_1061" href="#Footnote_1061" class="fnanchor">[11]</a>, et ruë des Boucheries saint Germain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1051" href="#FNanchor_1051"><span class="label">[1]</span></a> Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du +Chat-Blanc. Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris +appartenoit aux anciennes familles bouchères La +Dehors et Saint-Yon. <i>Mercure</i>, mars 1739, p. 439.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1052" href="#FNanchor_1052"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre +côté de la rue Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la +rue Jeannisson, qui, jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour +cela <i>rue des Boucheries</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1053" href="#FNanchor_1053"><span class="label">[3]</span></a> Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du +Temple, pour <i>la Halle aux vieux linges</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1054" href="#FNanchor_1054"><span class="label">[4]</span></a> Dans la rue Saint-Antoine même.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1055" href="#FNanchor_1055"><span class="label">[5]</span></a> Du côté de la Bastille.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1056" href="#FNanchor_1056"><span class="label">[6]</span></a> Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. +C’étoit une des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y +trouvoit, au-dessus de la porte, des sculptures qu’on disoit +de Jean Goujon. On l’abattit au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et le Marché-Neuf +en fut de beaucoup agrandi. Suivant la légende, les +mouches n’entroient pas dans cette boucherie, et « les +viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par conséquent +beaucoup plus fraîches que partout ailleurs. » +<i>Mélanges d’une grande Bibliothèque</i>, t. XLIII, p. 263.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1057" href="#FNanchor_1057"><span class="label">[7]</span></a> Un peu au-dessus du collége de la Marche.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1058" href="#FNanchor_1058"><span class="label">[8]</span></a> Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu +transférée de la place de Grève.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1059" href="#FNanchor_1059"><span class="label">[9]</span></a> Dans la rue Saint-Martin même.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1060" href="#FNanchor_1060"><span class="label">[10]</span></a> Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près +du passage du Saumon.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1061" href="#FNanchor_1061"><span class="label">[11]</span></a> Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.</p> +</div> +<p>Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement +vend les jours maigres pour les malades.</p> + +<p>En Carême, le détail de la viande de Boucherie, +de la Volaille et du Gibier appartient à +l’Hotel Dieu où se tient alors la principale Boucherie<a id="FNanchor_1062" href="#Footnote_1062" class="fnanchor">[12]</a>, +mais on ne laisse pas de vendre de la +viande pour les malades au profit de cet Hopital +à la Boucherie du petit Marché saint Germain, +à celle du marché du Temple, à celle de la place +aux Rats, et à celle de la rue saint Honoré près +les Quinze-vingts.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1062" href="#FNanchor_1062"><span class="label">[12]</span></a> La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette +observance du maigre en carême, que Servandoni ayant +voulu, dans la pièce de <i>Léandre et Héro</i>, jouée pendant le +carême de 1750, au théâtre des Tuileries, mêler un sacrifice +à son spectacle, dut obtenir de l’Hôtel-Dieu la permission +d’acheter la génisse et le veau, qui devoient y jouer les +rôles de victimes. <i>V.</i> à cette date, l’<i>Inventaire des archives +de l’Hôtel-Dieu</i>, t. I. V. aussi <i>Rev. des Provinces</i>, 15 fév. +1866, p. 351.</p> +</div> +<p>M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure +près l’aport de Paris<a id="FNanchor_1063" href="#Footnote_1063" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1063" href="#FNanchor_1063"><span class="label">[13]</span></a> Il étoit — nous l’avons déjà vu plus haut, note sur +Le Coulteux — d’une des plus anciennes familles de Paris. +Son nom, comme celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., +remontoit à l’époque du règne des bouchers et de Caboche. +Il le savoit, et, de concert avec les représentants des autres +vieilles familles bouchères, il en usoit pour se créer un privilége +et un monopole sur tous les étaux de la grande +boucherie — celle de l’Apport-Paris — et sur ceux du +cimetière Saint-Jean. (Depping, introduct. au <i>Livre des +Métiers</i> d’Est. Boileau, p. <small>LVI</small>.) Le roi, pour en finir avec +ce monopole de Thibert et des autres, en fit don à M<sup>me</sup> de +Montespan et à sa sœur M<sup>me</sup> de Thiange. Ils résistèrent, +et, en 1691, l’époque même où nous sommes, il en résulta +un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la Bibliothèque +Nationale, les pièces et les factums dans la <i>Collection</i> +Delamarre, n<sup>o</sup> 21, 656, fol. 1-185.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p291">-291-</span>Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures +à la livre pour les grands Seigneurs, sont +à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin, +Crochet et Tibert ; au cimetiere saint Jean, +Messieurs Charles de Liziere et Aubry ; près +saint Nicolas des Champs, M<sup>rs</sup> Laval, Triplet, +Laurent et la veuve Hotaüt ; à la grande Boucherie +saint Germain, M<sup>rs</sup> Madelin, Cottard, +Valet, Bricet et Gallier ; à la rue Montmartre, +M. Parisot ; et montagne sainte Genevieve, +M<sup>rs</sup> Gaudron et le Lievre.</p> + +<p>Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons +qui sont dispersez dans tous les quartiers, +les achetent en gros tous les matins près l’aport +de Paris.</p> + +<p>Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à +Sceau près le Bourg la Reine, les Lundis et +Mardis ; et celui des Veaux à Paris sur le Port +de la Greve presque tous les jours et principalement +le Vendredi<a id="FNanchor_1064" href="#Footnote_1064" class="fnanchor">[14]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1064" href="#FNanchor_1064"><span class="label">[14]</span></a> Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf +sur un point, la viande de Paris mauvaise : « le mouton +et le bœuf, dit-il, sont bons, et valent à peu près les +nôtres, sans les surpasser toutefois. Quant au veau, il +n’en faut pas parler : il est rouge et grossier. Je ne pense +pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on réussisse +pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre. » +(<i>Voyage à Paris</i>, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande +entroit pour beaucoup dans la consommation, que la lettre +du Sicilien, déjà citée, évalue ainsi, probablement avec plus +de fantaisie que de vérité : « On dit que l’on mange à Paris, +chaque jour, quinze cents gros bœufs, et plus de seize mille +moutons, veaux ou porcs. » V. plus bas, note <a href="#Footnote_1067">17</a>, sur les +<i>offices de Vendeurs de veaux</i>.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p292">-292-</span>Le Marché de la Volaille, du Gibier<a id="FNanchor_1065" href="#Footnote_1065" class="fnanchor">[15]</a>, des +Agneaux et des Cochons de lait se tient sur le +quay des grands Augustins presque tous les +jours<a id="FNanchor_1066" href="#Footnote_1066" class="fnanchor">[16]</a>, mais principalement les Mercredis et +Samedis<a id="FNanchor_1067" href="#Footnote_1067" class="fnanchor">[17]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1065" href="#FNanchor_1065"><span class="label">[15]</span></a> La même lettre dit que la consommation du gibier +et de la volaille étoit « prodigieuse. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1066" href="#FNanchor_1066"><span class="label">[16]</span></a> La consommation de la viande étoit telle, même à +l’Hôtel-Dieu, qu’on y avoit dressé un tournebroche qui +pouvoit en faire rôtir 1,200 livres à la fois. (<i>Inventaire +des Archives hospitalières</i>, Hôtel-Dieu, p. 330.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1067" href="#FNanchor_1067"><span class="label">[17]</span></a> Il y avoit, pour ce marché, des « jurés vendeurs et +conducteurs de volailles », dont les jetons — le Cabinet des +médailles en possède un de 1709 — sont des plus curieux. +Ils représentent, au revers, Adam et Eve entourés des animaux +de la création, et on y lit cette devise : <i lang="la" xml:lang="la">Proderit +his pecus et volucer</i>, le troupeau et l’oiseau viendront à +eux. — En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs +de veaux et volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta +en même temps « le traité des eaux et fontaines », 4,536,400 +liv. (Forbonnais, <i>Essai sur les Finances</i>, année 1694.)</p> +</div> +<p>Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, +sont les Sieurs Guerbois près la Boucherie +saint Honoré<a id="FNanchor_1068" href="#Footnote_1068" class="fnanchor">[18]</a>, et Meüsnier rue du Temple, +<span class="pagenum" id="p293">-293-</span>qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces +et Festins avec beaucoup de réputation.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1068" href="#FNanchor_1068"><span class="label">[18]</span></a> C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour +les bons repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on +disoit, dîner chez La Guerbois, car c’est la femme qui +étoit en réputation plus encore que le mari. <i>V.</i> ce que +nous avons dit de ce cabaret dans notre <i>Histoire de la +Butte Saint-Roch</i>, p. 126-128. Le nom de Guerbois, qui se +trouve comme enseigne sur la boutique de quelques pâtissiers-traiteurs : +rue Croix-des-Petits-Champs, rue des +Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée +culinaire.</p> +</div> +<p>Entre les Charcutiers renommez, sont les +Sieurs du Cerceaü rue de l’Arbre sec, pour les +Jambons façon de Mayence ; Robinot montagne +sainte Genevieve<a id="FNanchor_1069" href="#Footnote_1069" class="fnanchor">[19]</a> pour les Andoüilles ; et de +Flandres ruë des Barres pour les bons cervelats.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1069" href="#FNanchor_1069"><span class="label">[19]</span></a> « Devant le portail des Carmes de la place Maubert. » +Edit. 1691, p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la +façon des « bonnes andouilles. » Après lui vient, pour la +même renommée, « la veuve Maheult, rue Montmartre. »</p> +</div> +<p>La foire du Lard et des Jambons se tient le +Mercredi Saint ruë et parvis Notre Dame<a id="FNanchor_1070" href="#Footnote_1070" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1070" href="#FNanchor_1070"><span class="label">[20]</span></a> Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une +mazarinade, <i>Suite de la révélation</i>, ou <i>le second oracle +rendu par le Jeûneur du Parvis Nostre-Dame</i>, 1649, in-4<sup>o</sup> +p. 3 :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Dans ce Parvis, où l’on contemple</div> +<div class="verse">La face d’un superbe temple,</div> +<div class="verse">Jambons croissent de tous côtés,</div> +<div class="verse">Ainsi que s’ils étoient plantés.</div> +</div> + +</div> +<p>Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on +croyoit antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du +Parvis et la porte de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce +qu’elle étoit seule à ne pas prendre sa part des monceaux +de victuailles de la foire « au Lard et aux Jambons » du +Parvis. « Oyez », dit une autre mazarinade :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Oyez la voix d’un sermonneur,</div> +<div class="verse">Vulgairement nommé Jeûneur,</div> +<div class="verse">Pour s’estre vu, selon l’histoire</div> +<div class="verse">Mille ans sans manger et sans boire.</div> +</div> + +</div></div> +<p>M. Fagnaült Ecuyer de cuisine<a id="FNanchor_1071" href="#Footnote_1071" class="fnanchor">[21]</a> de Monseigneur +<span class="pagenum" id="p294">-294-</span>le Prince, fait de très excellentes andoüilles +qu’il vend à des personnes de connoissance.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1071" href="#FNanchor_1071"><span class="label">[21]</span></a> C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de +cuisine dans les maisons princières. Chez le Roi, où le +principal s’appeloit « Ecuyer-bouche », il y avoit, rien +que pour le cuisinier-commun ou du grand commun : +douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze enfants +de cuisine ou <i>galopins</i>.</p> +</div> +<p>Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, +fait un commerce particulier de Boudin blanc +et de pieds à la sainte Menehoult.</p> + +<p>Le Sieur Boursin Traiteur près la place des +Victoires, est renommé pour le Boudin blanc<a id="FNanchor_1072" href="#Footnote_1072" class="fnanchor">[22]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1072" href="#FNanchor_1072"><span class="label">[22]</span></a> Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il +est aussi mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de +son enseigne : « Au Mont Sainte-Catherine », ce qui prouveroit +qu’il étoit de Rouen. — Les boudins blancs commençoient +d’être une friandise à la mode, quoique ce ne fût +guère que l’ancien « blanc manger » du moyen-âge, qui, +suivant Didier Christol, dans sa traduction du <i lang="la" xml:lang="la">De obsoniis</i> +de Platine, au chapitre <i lang="la" xml:lang="la">Jusculum album</i>, se composoit +d’amandes et de blancs de chapons pilés avec de la mie +de pain mollet, du sucre et du gingembre, etc.</p> +</div> +<p>On peut par le Messager de Blois recouvrer +en hiver de très bonnes Andouilles et Langues +de porc fourrées, et par celuy de Troyes des +Langues de porc et de mouton fumées.</p> + +<p>On trouve des Mortadelles d’Italie et des +Saucissons de Boulogne<a id="FNanchor_1073" href="#Footnote_1073" class="fnanchor">[23]</a>, chez le Sieur Pilet +Epicier grossier<a id="FNanchor_1074" href="#Footnote_1074" class="fnanchor">[24]</a> rue de l’Arbre sec devant saint +Germain l’Auxerrois.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1073" href="#FNanchor_1073"><span class="label">[23]</span></a> C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1074" href="#FNanchor_1074"><span class="label">[24]</span></a> Epicier en gros.</p> +</div> +<p>On en trouve aussi quelque fois tout proche +chez les Provençaux<a id="FNanchor_1075" href="#Footnote_1075" class="fnanchor">[25]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1075" href="#FNanchor_1075"><span class="label">[25]</span></a> <i>V.</i> plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le +cul-de-sac auquel ils ont laissé leur nom.</p> +</div> +<p>Le marché du Poisson d’eau douce pour la +vente en gros, se tient au quartier des Halles à +l’entrée de la rue de la Cossonnerie.</p> + +<p>La vente en gros du poisson de mer se fait à +<span class="pagenum" id="p295">-295-</span>la Halle au Poisson<a id="FNanchor_1076" href="#Footnote_1076" class="fnanchor">[26]</a> par les Officiers vendeurs +de marée<a id="FNanchor_1077" href="#Footnote_1077" class="fnanchor">[27]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1076" href="#FNanchor_1076"><span class="label">[26]</span></a> Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant <i>le Val-Larroneux</i>, +qui en prit le nom de faubourg et de rue Poissonnière. +Il étoit apporté, comme on le voit dans les +lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, « tout de +fresche pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée, +à chevaux, sommes et paniers. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1077" href="#FNanchor_1077"><span class="label">[27]</span></a> Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition +du poisson se faisoit de trois heures du matin à sept +heures. Le revers du jeton des marchands et jurés faisoit +allusion à ces heures matinales. On y voyoit un coq, avec +cette devise : « <i lang="la" xml:lang="la">Vigilantibus omnia fausta</i>. »</p> +</div> +<p>Passé huit heures du matin on ne trouve plus +de Poisson de mer ni d’eau douce aux Halles, si +ce n’est de la seconde main comme dans les autres +marchez.</p> + +<p>Les Marchands qui font commerce en gros de +Morues et Harangs, sont M. Corrüe et la veuve +de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault, +Levier, Estancelin et Ferrand sous les +Pilliers des Halles<a id="FNanchor_1078" href="#Footnote_1078" class="fnanchor">[28]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1078" href="#FNanchor_1078"><span class="label">[28]</span></a> Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit. +précédente, p. 61 : « Messieurs Gelée, rue Chanverrerie ; +De La Marche, rue des Prêcheurs ; Iacinthe, rue Saint-Denis ; +et Regnauld, sous les piliers des Halles. » Levier, +nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la famille de +Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents +qui étoient dans ce commerce. <i>V.</i> notre <i>Notice</i> sur lui.</p> +</div> +<p>Il y a des bateaux et boutiques de poisson +sur la riviere entre le Pont neuf et le Pont au +change, où l’on vend des carpes et brochets +en gros.</p> + +<p>Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de +la rue des Lombars et de la ruë de la Cossonnerie.</p> + +<p>La Gelée pour les malades se vend en tous les +<span class="pagenum" id="p296">-296-</span>quartiers de Paris chez presque tous les Traiteurs, +et chez quelques Apoticaires, et encore +aux Enfans trouvez parvis Notre Dame.</p> + +<p>Les Hameçons qui servent pour la pêche à la +ligne, se vendent chez les Chaisnetiers<a id="FNanchor_1079" href="#Footnote_1079" class="fnanchor">[29]</a> du quay +de Gesvre<a id="FNanchor_1080" href="#Footnote_1080" class="fnanchor">[30]</a> et chez ceux de la rue saint Denis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1079" href="#FNanchor_1079"><span class="label">[29]</span></a> Richelet dit à ce mot dans son Dictionnaire : « Ouvrier, +qui fait des agrafes, et de toutes sortes de petites +chaînes, pour pendre des clefs et des trousseaux, et pour +attacher des chiens, etc. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1080" href="#FNanchor_1080"><span class="label">[30]</span></a> « Sous la galerie de Gesvres. » Edit. 1691, p. 112. +On appeloit ainsi les boutiques en galerie couverte que le +marquis de Gesvres, gouverneur de Paris, avoit fait construire +sur le quai, qui porte son nom, vers 1642.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c39">MARCHANDISES DE BEURRE<br> +<span class="small">ŒUFS, FROMAGES ET LEGUMES.</span></h3> + + +<p>Le Bureau des Marchands Fruitiers, Orangers, +Fromagers, Beurriers, etc., est à présent +au Cloître saint Jacques de l’Hôpital<a id="FNanchor_1081" href="#Footnote_1081" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1081" href="#FNanchor_1081"><span class="label">[1]</span></a> Rue Saint-Denis, au coin de la rue Mauconseil.</p> +</div> +<p>Les Jurez en Charge de cette Communauté<a id="FNanchor_1082" href="#Footnote_1082" class="fnanchor">[2]</a>, +sont les Sieurs Ravenel l’ainé<a id="FNanchor_1083" href="#Footnote_1083" class="fnanchor">[3]</a>, ruë des Precheurs ; +Marié, place Maubert ; Cheron et Ravenel +le jeune, sous les piliers des Potiers +d’étain.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1082" href="#FNanchor_1082"><span class="label">[2]</span></a> Ils n’étoient institués que depuis quelques mois. La +déclaration royale qui les constituoit, en les réunissant à +la communauté des fruitiers, orangers, beurriers, fromagers-coquettiers, +est du 19 juin 1691.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1083" href="#FNanchor_1083"><span class="label">[3]</span></a> Il est appelé Pierre Ravenel dans un arrêt du 9 juin +1694, confirmant la sentence du lieutenant de police, en +faveur des marchands fruitiers, etc. « A l’encontre des +nommez Val, sa femme, et autres soy-disant facteurs des +marchands forains de beurre, œufs et fromages. »</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p297">-297-</span>Ceux d’entre les Maîtres de cette Communauté +qui font commerce en gros, de Beurre +frais et salé, Œufs et Fromage, sont lesdits +Sieurs Chéron et Ravenel<a id="FNanchor_1084" href="#Footnote_1084" class="fnanchor">[4]</a> ; et encore les Sieurs +Baron, rue de la Poissonnerie ; le Clerc l’ainé<a id="FNanchor_1085" href="#Footnote_1085" class="fnanchor">[5]</a>, +rue de la Cossonnerie ; Maloüvrier, Roger<a id="FNanchor_1086" href="#Footnote_1086" class="fnanchor">[6]</a>, le +Clere le jeune<a id="FNanchor_1087" href="#Footnote_1087" class="fnanchor">[7]</a>, Hüe, Guilbert, Samson ainé et +Samson cadet sous les mêmes piliers, Bacquet +ainé, Bacquet cadet, et Guilloü<a id="FNanchor_1088" href="#Footnote_1088" class="fnanchor">[8]</a>, rue des Precheurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1084" href="#FNanchor_1084"><span class="label">[4]</span></a> Sébastien Ravenel, d’après le même arrêt.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1085" href="#FNanchor_1085"><span class="label">[5]</span></a> Jean Leclerc.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1086" href="#FNanchor_1086"><span class="label">[6]</span></a> Nicolas Roger.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1087" href="#FNanchor_1087"><span class="label">[7]</span></a> Julien Leclerc.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1088" href="#FNanchor_1088"><span class="label">[8]</span></a> Jean-Baptiste Guillou.</p> +</div> +<p>Autant en font Mesdames Prignet, Bonvallet +Alexandre et Prevost, rue des Precheurs.</p> + +<p>Les Sieurs Bazin frères, rue Mondetour, qui +font aussi commerce d’œufs<a id="FNanchor_1089" href="#Footnote_1089" class="fnanchor">[9]</a>, tiennent d’ailleurs +grand magasin de Fromage de Brie, de Beauvais, +de Marolle, de Pont l’Evêque et autres.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1089" href="#FNanchor_1089"><span class="label">[9]</span></a> Ils se vendoient surtout au détail, ainsi que les fromages +et le beurre, « aux environs du Pilori. » Edit. 1691, +p. 27.</p> +</div> +<p>Autant en font les Sieurs du Tarre sous les +mêmes Piliers, et Godeau<a id="FNanchor_1090" href="#Footnote_1090" class="fnanchor">[10]</a> rue des Precheurs.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1090" href="#FNanchor_1090"><span class="label">[10]</span></a> Jacques Godeau.</p> +</div> +<p>Sous les mêmes piliers jusqu’à neuf heures du +matin, on trouve des païsans qui vendent en +petits pains le beurre de Vanvre<a id="FNanchor_1091" href="#Footnote_1091" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1091" href="#FNanchor_1091"><span class="label">[11]</span></a> Il étoit déjà très-célèbre, et le Roi en avoit son fournisseur +particulier, Blaise Giu, « le seul, disoient les lettres +du 16 mars 1668, par lesquelles lui étoit constituée sa +charge de beurrier royal de Vanvres, le seul qui ait +trouvé la perfection de faire du beurre de Vanvres, dans la +bonté et excellence qu’il peut être. » Jal, <i>Dictionn. critique</i>, +p. 214.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p298">-298-</span>Le Beurre en pots et en tinettes d’Isigny et +autres lieux, est encore commercé par les Epiciers +de la rue de la Cossonnerie.</p> + +<p>On peut recouvrer du Beurre de Bretagne de +la Prevalaye<a id="FNanchor_1092" href="#Footnote_1092" class="fnanchor">[12]</a> par l’entremise du Messager ordinaire.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1092" href="#FNanchor_1092"><span class="label">[12]</span></a> Les beurres d’Isigny et de la Prévalaye sont, on le +sait, toujours célèbres.</p> +</div> +<p>Il en vient d’Isigny aussi de très excellent en +petits pots, en hiver seulement, qui est commercé +principalement par lesdits Sieurs Ravenel, +Baron, Güilloü et la veuve Prunier.</p> + +<p>Les Facteurs des marchandises cy-dessus qui +vendent pour les Marchands forains<a id="FNanchor_1093" href="#Footnote_1093" class="fnanchor">[13]</a>, sont les +Sieurs Val, Barthelemy, Ravenel et la Ramée, +quay des Augustins, et encore lesdits Sieurs +Baron, Ravenel le jeune, et Samson l’ainé cy +devant nommez.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1093" href="#FNanchor_1093"><span class="label">[13]</span></a> Ce sont ces facteurs qui eurent, en 1694, un procès +qu’ils perdirent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avec la communauté +des fruitiers. Val et Baron, dont les noms suivent, +y avoient surtout été engagés.</p> +</div> +<p>Les Facteurs pour la vente du Beurre de Normandie<a id="FNanchor_1094" href="#Footnote_1094" class="fnanchor">[14]</a>, +sont les Sieurs Aüfroy, Hüe et Clicot, +<span class="pagenum" id="p299">-299-</span>rue Betizy ; Levé, rue Tirechappe, et Prévost, +rue de la Monnoye.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1094" href="#FNanchor_1094"><span class="label">[14]</span></a> Dans l’arrêt rendu pour le procès, dont nous venons +de parler, sont nommés plusieurs « marchands de volaille, +beurre et autres marchandises de la province de Normandie », +qui avoient pris partie pour les facteurs. Ce sont : +Nicolas Duchemin, de Thorigny ; François Laurent, de +Saint-Lô ; Michel Danton, marchand à Caen ; Jacques +Manninot, Jacques Savart, Michel Laurent, de Falaise ; +Nicolas Lemoine, Elie Poret, Antoine Guérin, Thomas +Mane, Pierre Ponnier, Jean Benoist, Jean Martin, Henry +Chertier, Geoffroy Germain, Pierre Du Moutier, Christophle +Roussel, Marie Le Doux, etc.</p> +</div> +<p>Les Legumes se vendent en gros les matins +jusqu’à huit heures dans la rue de la Lingerie, +et en détail dans tous les marchez<a id="FNanchor_1095" href="#Footnote_1095" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1095" href="#FNanchor_1095"><span class="label">[15]</span></a> « Les marchandises de bouche se trouvent en gros et +de première main, de grand matin, aux Halles, où chaque +genre de denrées a son département. — Passé huit heures +dans les marchez et aux Halles mesmes, on n’a presque +plus rien que de la seconde main. — Les herbages se +vendent rue de la Lingerie et au coin Saint-Paul, où quelques +jardiniers du faubourg Saint-Antoine s’arrêtent le +matin, ainsi qu’au cimetière Saint-Jean, pour ne pas aller +jusqu’aux Halles. » Edit. 1691, p. 27.</p> +</div> +<p>A la decente du Pont Marie qui va au port +saint Paul, il arrive bien souvent des Fromages +de Brie qu’on vend en gros<a id="FNanchor_1096" href="#Footnote_1096" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1096" href="#FNanchor_1096"><span class="label">[16]</span></a> Il n’y a pas, surtout dans cette seconde édition, assez +de détails sur les petits marchés de Paris. Liger, dans <i>le +Voyageur fidèle</i>, p. 343-354, est plus complet. Il mentionne +la place ou <i>petit marché au marais du Temple</i> — aujourd’hui +marché des Enfants-Rouges, — « où l’on vend, dit-il, +du beurre, des œufs, etc. » ; le <i>petit marché Saint-Jacques</i>, +près de la porte du même nom, où se fait le même débit, +mais le mercredi et le samedi seulement ; le <i>petit marché +de la Croix-Rouge</i>, pour le lait, le fromage, le beurre, les +légumes, et enfin — ce qui nous fournit une étymologie +parisienne longtemps cherchée, — « la place appelée <i>la +Pierre au Lait</i>, proche, dit-il, de l’église de Saint-Jacques-la-Boucherie. +C’est un petit marché fort étroit, +ajoute-t-il, où il va beaucoup de laitières. On y trouve +aussi des œufs frais, du beurre et autres denrées de cette +sorte. »</p> +</div> +<p>Pour les Fromages de Rocfort, voyez l’article +suivant.</p> + +<p>Les Fromages de Lorraine arrivent au Chariot +d’or devant l’Abbaye saint Antoine, et en quelques +autres hotelleries du même quartier.</p> + +<div class="chapter"></div> +<p><span class="pagenum" id="p300">-300-</span></p> + +<h3 id="c40">OFFICES DE FRUITERIES.</h3> + + +<p>Il y a un grand nombre de Confiseurs rue des +Lombards<a id="FNanchor_1097" href="#Footnote_1097" class="fnanchor">[1]</a>, et quelques uns ruë saint André, et +rue saint Honoré près le Palais Royal, qui vendent +en gros et en détail toutes sortes de confitures +seches et liquides de Dragées, de Massepains, +de Biscuits amers<a id="FNanchor_1098" href="#Footnote_1098" class="fnanchor">[2]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1097" href="#FNanchor_1097"><span class="label">[1]</span></a> Il en reste encore quelques-uns. La maison la plus +célèbre par exemple, celle du <i>fidèle Berger</i>, y exista jusque +dans ces derniers temps. Elle est déjà mentionnée par +Roze de Chantoiseau dans son <i>Almanach général d’indication</i> +pour 1773 : « Ravoisé, y est-il dit, rue des Lombards, +au <i>Fidèle Berger</i>, confiseur très-renommé, etc. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1098" href="#FNanchor_1098"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire aux amandes amères, comme on le verra +plus bas.</p> +</div> +<p>On peut par le Messager de Dijon recouvrer +deux sortes de Confitures exquises et inimitables ; +à sçavoir, des Prunes de Moyeux<a id="FNanchor_1099" href="#Footnote_1099" class="fnanchor">[3]</a> et de l’Epine +vinette<a id="FNanchor_1100" href="#Footnote_1100" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1099" href="#FNanchor_1099"><span class="label">[3]</span></a> C’étoit une sorte de prune confite. Il en venoit encore +beaucoup de Dijon, lorsqu’en 1741, Savary fit son +<i>Dictionnaire du Commerce</i>. Le petit marquis, Louis-Provence +de Grignan, se faisoit un grand régal de cette +confiture ; aussi M<sup>me</sup> de Sévigné écrit-elle à M<sup>me</sup> de +Grignan : « Songez à vos moyeux pour Provence. » Lettre +du 22 sept. 1675.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1100" href="#FNanchor_1100"><span class="label">[4]</span></a> Il venoit de Dijon de l’épine-vinette en grappes +confites et en pastilles : « J’ai cru me ressouvenir, écrit +Voltaire à D’Argental, le 4 août 1777, qu’on faisoit autrefois +des pastilles d’épine-vinette à Dijon, et j’en ai fait +tenir une petite boîte à votre voisin (Thibouville). »</p> +</div> +<p>Il y a un Patissier, rue Bailleul près la Croix +du Tiroir, et un autre rue saint Nicolas au Fauxbourg +saint Antoine, qui vendent en gros et à +juste prix aux Officiers, Aubergistes et Limonadiers, +<span class="pagenum" id="p301">-301-</span>des biscuits, des macarons, des craquelins<a id="FNanchor_1101" href="#Footnote_1101" class="fnanchor">[5]</a>, +etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1101" href="#FNanchor_1101"><span class="label">[5]</span></a> Le craquelin étoit un gâteau rond à rebord, fait +seulement à la farine et au sel, et <i>croquant</i> sous la dent. +Il se faisoit surtout, comme on le voit ici, chez les pâtissiers +des faubourgs, où de pauvres femmes s’en fournissoient +pour les venir revendre en ville.</p> +</div> +<p>On trouve des Biscuits, des Macarons, des +Massepains, des Cornets, etc., chez tous les +Patissiers de Paris, entre lesquels le Sieur de +l’Etoile rue saint Antoine près les Filles sainte +Marie, fait de très bons Biscuits d’amendes +ameres.</p> + +<p>Le Sieur Billard, rue Montorgueil, est renommé +pour les Biscuits façon de Blois<a id="FNanchor_1102" href="#Footnote_1102" class="fnanchor">[6]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1102" href="#FNanchor_1102"><span class="label">[6]</span></a> Savary, dans son <i>Dictionn. du Commerce</i>, 1741, in-fol., +t. I, col. 965, dit encore : « le commerce des biscuits de +Blois est très-considérable ; il s’en fait une assez grande +consommation à Paris. »</p> +</div> +<p>Les fruits en gros se vendent le matin à la +Halle aux bleds depuis trois ou quatre heures +jusqu’à huit.</p> + +<p>Sur la Greve de l’Arsenal, vis à vis l’Isle +Louvier, il arrive tout l’Eté et tous les jours aux +mêmes heures, des batteaux de Fruits nouveaux +venant de saint Seine et Route<a id="FNanchor_1103" href="#Footnote_1103" class="fnanchor">[7]</a>, qui sont vendus +en gros par paniers aux Fruitieres qui font +le détail.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1103" href="#FNanchor_1103"><span class="label">[7]</span></a> C’est-à-dire de tous les pays riverains du fleuve, depuis +Saint-Seine où en est la source.</p> +</div> +<p>Il arrive aussi frequemment des batteaux de +pommes et poires venant de Normandie sur le +quay de l’Ecole.</p> + +<p>Les Vins Muscats et de Canaries se vendent +en detail aux environs de la Croix du Tiroir<a id="FNanchor_1104" href="#Footnote_1104" class="fnanchor">[8]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1104" href="#FNanchor_1104"><span class="label">[8]</span></a> Il y avoit là, depuis le règne de Louis XIII, des +sortes de cabarets en sous-sol, où l’on ne buvoit pas +d’autres vins. « Un jour, dit Tallemant, que notre Orphée — c’est +le musicien Lambert — s’estoit laissé entraîner +dans une de ces caves de vin muscat à la Croix du Trahoir, +il en sortit la tête en compotes, etc. » (<i>Historiettes</i>, édit. +P. Paris, t. VI, p. 199.) — Elles se trouvoient, rue Saint-Honoré, +un peu plus haut que la rue de l’Arbre-Sec, au coin +de laquelle se voyoit, comme on sait, la Croix du Trahoir.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p302">-302-</span>Les Provençaux qui logent au cul de sac saint +Germain l’Auxerrois, vendent en gros des Fromages +de Rocfort, des Olives, des Anchois, du +Vin de saint Laurent, des Figues, des Raisins, +des Brugnons, des Amandes et autres fruits secs +de Provence.</p> + +<p>Autant en font les Epiciers de la rue de la +Cossonnerie, qui vendent d’ailleurs des Capres +fines, des Oranges et des Citrons de Provence, +de la Chine<a id="FNanchor_1105" href="#Footnote_1105" class="fnanchor">[9]</a> et de Portugal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1105" href="#FNanchor_1105"><span class="label">[9]</span></a> Ces petites oranges, que nous appelons aujourd’hui des +mandarines, étoient alors fort recherchées. Il n’y avoit qu’un +demi-siècle que la culture en avoit commencé en Portugal, +d’où elles nous venoient. C’est à cause de leur prix que, +dans <i>l’Avare</i>, voulant mettre hors de lui son père Harpagon, +Cléante lui propose pour sa collation des plateaux +entiers d’oranges de la Chine. Tout ce genre de fruits +étoit, du reste, à la mode, parce qu’il n’étoit pas à la +portée de tout le monde : « les oranges et les citrons, dit +<i>la lettre italienne</i> déjà citée, tiennent le premier rang +entre les choses qui se vendent cher, parce qu’elles viennent +d’Italie et de Portugal, et ils sont plus estimez que +les autres fruits : telle est l’inclination de l’homme, qui +ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup. »</p> +</div> +<p>Messieurs Lion, rue de Truanderie<a id="FNanchor_1106" href="#Footnote_1106" class="fnanchor">[10]</a>, et Jourdan, +ruë S. Denis, au cheval blanc<a id="FNanchor_1107" href="#Footnote_1107" class="fnanchor">[11]</a>, tiennent +aussi magasin de fruits de Provence<a id="FNanchor_1108" href="#Footnote_1108" class="fnanchor">[12]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1106" href="#FNanchor_1106"><span class="label">[10]</span></a> Son adresse, dans l’édit. précéd., est « rue Jean de +l’Epine, à l’enseigne de la ville de Tours. » Cette rue étoit +près de celle de la Truanderie.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1107" href="#FNanchor_1107"><span class="label">[11]</span></a> <i>V.</i> son art. plus bas, au chap. Epiceries.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1108" href="#FNanchor_1108"><span class="label">[12]</span></a> « On vend des Truffles, rue Serpente, au Messager +de Toulouse. » Edit. 1691, p. 111.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p303">-303-</span>Le Sieur Chaillou, rue de l’Arbre sec ; de +Rere, rue Dauphine, et Regnault au Jeu de +Metz, sont renommez pour le bon Chocolat et +pour le Caffé en graine et en poudre.</p> + +<p>On vend un Traité curieux du Thé, du Caffé +et du Chocolat, chez la veuve Nion, quay de +Nesle<a id="FNanchor_1109" href="#Footnote_1109" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1109" href="#FNanchor_1109"><span class="label">[13]</span></a> C’est le traité cité plus haut à l’art. Librairie. Il est +de Blégny, lui-même, qui ne manque jamais l’occasion de +rappeler ce qu’il a fait.</p> +</div> +<p>Les Sieurs Huré, place Dauphine<a id="FNanchor_1110" href="#Footnote_1110" class="fnanchor">[14]</a>, et Letgüyüe, +rue Dauphine, sont renommez pour les +bons melons.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1110" href="#FNanchor_1110"><span class="label">[14]</span></a> Son article est plus curieux dans l’édit. précéd., p. 29 : +« le sieur Huré, marchand de melons, à qui l’on peut avoir +toute confiance en payant un bon melon ce qu’il vaut, a +tous les ans sa boutique à l’entrée de la place Dauphine. »</p> +</div> +<p>Le Sieur Luquet, rue saint Denis, devant la +rue du petit Lion, fait et vend des carafons de +liege fort legers et fort propres pour rafraichir +les liqueurs à la glace<a id="FNanchor_1111" href="#Footnote_1111" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1111" href="#FNanchor_1111"><span class="label">[15]</span></a> On appeloit alors carafons les seaux qu’on remplissoit +de glace pour y faire rafraîchir le vin en bouteilles. Il avoit +été fort ingénieux d’y appliquer le liége à cause de sa porosité. +C’étoit, avec une tout autre matière, le système des +alcarazas espagnols, où cette porosité entretient la fraîcheur +par l’évaporation. La glace, dans ces seaux de liége, qui, +d’ailleurs, sont encore d’usage, se conserve plus longtemps +que dans les autres.</p> +</div> +<p>Le Sieur Joubert, qui demeure au quartier +de la Croix du Tiroir, rue des vieilles Etuves, à +l’enseigne du Soulier d’or, vend des Olives et +des Anchois<a id="FNanchor_1112" href="#Footnote_1112" class="fnanchor">[16]</a> à juste prix pour les Cabaretiers et +Aubergistes.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1112" href="#FNanchor_1112"><span class="label">[16]</span></a> On s’en fournissoit depuis longtemps à Nice, Cannes, +Antibes, etc. Olivier de Serres, <i>Théât. d’agricult.</i>, 1605, +in-4<sup>o</sup>, p. 660, parle de « barrils d’anchoies (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) » qui en +venoient.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p304">-304-</span>Il y a un magasin de Pistaches<a id="FNanchor_1113" href="#Footnote_1113" class="fnanchor">[17]</a>, rue Bourlabé, +chez Madame Nave.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1113" href="#FNanchor_1113"><span class="label">[17]</span></a> Les pistaches du Levant étaient en vogue depuis le +<small>XVI</small><sup>e</sup> siècle. <i>V.</i> A. Paré, Liv. XVIII, ch. 43. On en faisait +d’excellentes dragées.</p> +</div> +<p>Pour le sucre et autres denrées domestique, +voyez ci-après l’article d’Epiceries et denrées +domestiques.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c41">PANNETERIE ET PATISSERIE.</h3> + + +<p>Entre les Patissiers renommez pour la patisserie, +sont les Sieurs le Coq, rue de l’Université, +quartier saint Germain<a id="FNanchor_1114" href="#Footnote_1114" class="fnanchor">[1]</a> ; le Hongre, rue saint +<span class="pagenum" id="p305">-305-</span>Antoine, près les Jesuites ; Mignot, rue de la +Harpe<a id="FNanchor_1115" href="#Footnote_1115" class="fnanchor">[2]</a> ; Berthelot, rue saint Louis du Palais ; +Luce, près les Basions Royaux<a id="FNanchor_1116" href="#Footnote_1116" class="fnanchor">[3]</a> ; Sonnet, près +saint Roch ; Bouliet, rue des Déchargeurs ; +Gravier, à l’entrée de la rue saint Antoine ; la +veuve Langlois, à la Bazoche, rue saint André<a id="FNanchor_1117" href="#Footnote_1117" class="fnanchor">[4]</a>, +<span class="pagenum" id="p306">-306-</span>et pour ce qui regarde les Biscuits, Macarons, +Craquelins, Massepains, Cornets, voyez l’article +precedent.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1114" href="#FNanchor_1114"><span class="label">[1]</span></a> Dans la 1<sup>re</sup> édit., il est donné, p. 27, comme ayant +« une grande réputation pour toutes sortes de patisseries. » +Puis on lit à la suite : « Ainsi en est-il du sieur Flechmer, +rue Saint-Antoine, au coin Saint-Paul, celuy-ci fait un grand +débit de fines brioches que les dames prennent chez luy en +allant au Cours de Vincennes. » — Les marguilliers de +Saint-Paul, avec lesquels, en bon voisin, il s’entendoit, lui +faisoient commander tous les pains bénits de la paroisse. +Ils en avoient une part du profit, ou tout au moins une +<i>paraguante</i>, comme on appeloit alors le pourboire. Marigny, +après leur avoir dit, dans son poëme du <i>Pain Bénit</i>, qui +parut en 1673, tout ce qu’il y avoit de scandaleux dans +leurs exigences pour que le gâteau fût bien large, bien +épais, « bien étoffé », ajoute :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Encor ne pouvez-vous souffrir</div> +<div class="verse">Que le pain que l’on doit offrir</div> +<div class="verse">S’achète ailleurs qu’en la boutique</div> +<div class="verse">De Fléchemer, qui pour l’argent,</div> +<div class="verse">Afin d’avoir votre pratique,</div> +<div class="verse">Se qualifie effrontément</div> +<div class="verse">De patissier de la fabrique.</div> +<div class="verse">Que son pain soit grand ou petit,</div> +<div class="verse">Il est selon votre appétit.</div> +<div class="verse">S’il vous donne une <i>paraguante</i>,</div> +<div class="verse">Et s’il fait bien boire Regnault,</div> +<div class="verse">Votre fabrique est fort contente :</div> +<div class="verse">L’offrande est faite comme il faut.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1115" href="#FNanchor_1115"><span class="label">[2]</span></a> « Le sieur Mignot, rue de la Harpe, n’a pas seulement +beaucoup de réputation pour la patisserie, mais encore +pour toutes espèces de ragoûts, étant patissier traiteur. » +Edit. de 1691, p. 28. — Voilà qui le venge de Boileau. +C’est, en effet, le Mignot de la <i>Satire du Repas</i>, où il est +donné, il vous en souvient, pour « l’empoisonneur » qui +sait le mieux son métier. De notre temps, il eût fait au +satirique un procès en diffamation. Il s’y prit, pour sa +revanche, comme on s’y prenoit du sien. Il rendit satire +pour satire. Cotin venoit d’en faire une contre Boileau, dont +il vouloit aussi se venger. Ils s’entendirent ensemble, et, +pendant plusieurs semaines, il ne sortit pas un gâteau de +chez Mignot qui ne fût enveloppé du papier satirique de +Cotin. Sa boutique, du reste, ne prospéra que mieux du +mal qu’on en avoit dit : « Ce matin, dit Brossette, à la +date du 22 oct. 1702, dans ses <i>Mémoires</i> sur Boileau, en +passant dans la rue de la Harpe, l’on m’a montré la maison +où Mignot, patissier et traiteur, tenoit autrefois sa boutique. +C’est vis à vis la rue Percée. Un nommé Couterot tient la +même boutique de patissier. Mignot a quitté sa profession +en 1700, et il vit de son bien. » Il avoit eu surtout une +grande réputation pour les biscuits (Vigneul-Marville, <i>Mélanges</i>, +t. III, p. 291).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1116" href="#FNanchor_1116"><span class="label">[3]</span></a> Cabaret de la rue Saint-Honoré, dont il sera dit un +mot plus loin.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1117" href="#FNanchor_1117"><span class="label">[4]</span></a> On y mettoit fort bien les levrauts en pâtés, si l’on en +croit le procureur de la 3<sup>e</sup> <i>Satire</i> de Furetière. On m’a +fait, dit-il,</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">On m’a fait un présent d’un levreau d’importance,</div> +<div class="verse">Que j’aurois plus gardé, n’étoit cette occurence ;</div> +<div class="verse">Si je le mangeois seul j’aurois quelque remords ;</div> +<div class="verse">J’ai dit qu’on luy fît faire un brillant juste au corps</div> +<div class="verse">Et l’ai fait envoyer exprès <i>à la Bazoche</i>.</div> +<div class="verse">Il fait plus de profit en pâte qu’à la broche.</div> +</div> + +</div></div> +<p>M. Prevost, Boulanger de Monsieur et de +Madame<a id="FNanchor_1118" href="#Footnote_1118" class="fnanchor">[5]</a>, demeure près le Palais Royal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1118" href="#FNanchor_1118"><span class="label">[5]</span></a> Dans l’<i>Etat de France</i> pour 1692, p. 774, c’est Jacques +Converset qui est indiqué comme boulanger de la maison +de Madame. Pour celle de Monsieur, p. 736, l’indication +manque.</p> +</div> +<p>Le Sieur Verité, Boulanger, près la Magdelaine<a id="FNanchor_1119" href="#Footnote_1119" class="fnanchor">[6]</a>, +fournit Nosseigneurs du Parlement, et +est fort renommé pour le Pain de Seigle et pour +le Pain au lait<a id="FNanchor_1120" href="#Footnote_1120" class="fnanchor">[7]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1119" href="#FNanchor_1119"><span class="label">[6]</span></a> En la Cité.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1120" href="#FNanchor_1120"><span class="label">[7]</span></a> Ces « pains au lait » étoient spéciaux aux boulangeries +dites « de petits pains », et ils y avoient des noms +particuliers suivant leurs formes. On les appeloit <i>pains à la +mode</i>, <i>pains de Ségovie</i>, et encore <i>pains à la Montauron</i>, +mais ce nom avoit à peu près passé pour faire place à un +autre, comme on le verra plus loin. Fagon avoit défendu +au Roi l’usage de ces pains au lait. (<i>Journal de la Santé</i>, +p. 211, 223.)</p> +</div> +<p>Il y a plusieurs autres Boulangers renommez +pour diverses sortes de Pains, par exemple, les +Sieurs Dantan, près les Jacobins, pour le petit +pain ; de Lorme, rue aux Ours ; et le Comte, au +cimetiere saint Jean, pour le pain molet<a id="FNanchor_1121" href="#Footnote_1121" class="fnanchor">[8]</a> ; des +<span class="pagenum" id="p307">-307-</span>Monceaux, rue de Tournon, et le Comte, rue +Galande, près la place Maubert, pour différentes +sortes de Pains<a id="FNanchor_1122" href="#Footnote_1122" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1121" href="#FNanchor_1121"><span class="label">[8]</span></a> On l’avoit aussi appelé <i>pain à la Reine</i>. Comme il y +falloit plus de levure qu’aux autres et qu’il n’étoit pas +ainsi réglé selon les lois de la médecine, la Police ne +l’avoit d’abord que toléré (O. de Serres, p. 822). En 1688, +il faillit être tout à fait défendu à la suite d’un procès +entre les Boulangers et les Cabaretiers, dont nous avons +ailleurs donné longuement le détail. <i>V. Le Roman de Molière</i>, +p. 191-227.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1122" href="#FNanchor_1122"><span class="label">[9]</span></a> Presque tous étoient fort grands, comme notre <i>pain +Jocko</i>, dont le nom est une altération de celui du <i>pain Coco</i> +du Languedoc. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, +s’étonne de ces pains énormes, et il en parle avec une +exagération amusante : « le pain est bon, il est blanc, bien +fait, dit-il, et un seul pain est quelque fois si grand qu’il +suffit pour rassasier une semaine entière pendant plusieurs +jours ; ce qui a fait dire à un plaisant que si cette manière +de faire de grands pains eût été dans la Judée au temps du +Messie, les cinq mille Juifs qui furent rassasiés se seroient +plutôt étonnés du four que du miracle. » — Le plus grand +étoit le <i>grand pain bourgeois</i>, dont Jean Alassin avoit +obtenu le privilège en juin 1649, et qui avoit fini par être +accepté, malgré l’opposition des boulangers et surtout des +meuniers. C’étoit un pain bis-blanc, qui se distribuoit au +poids en échange du blé (<i>Bibliog. des Mazarinades</i>, t. I, +p. 411-412). Une brochure in-4<sup>o</sup> de 7 pages et rarissime +contient sur cette spéculation de boulangerie populaire des +données curieuses : <i>Tarif des droits que l’entrepreneur du +Magasin de grand pain Bourgeois, estably dans la rue des +Rosiers au petit hôtel d’O, a costé de la vieille rue du +Temple, prend tant pour le déchet ordinaire de la farine au +moulin ou ailleurs que pour les frais dudit moulin et de la +fabrique ou du cuisson <span class="rm">(sic)</span> du pain.</i></p> +</div> +<p>La veuve Ronay, rue saint Victor, fait un +pain de table excellent de toutes farines, qu’on +nomme Pains à la Joyeuse<a id="FNanchor_1123" href="#Footnote_1123" class="fnanchor">[10]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1123" href="#FNanchor_1123"><span class="label">[10]</span></a> C’est un souvenir du règne de Henri III, où, après les +noces du duc de Joyeuse avec la sœur de la Reine, tout +fut « à la Joyeuse » dans Paris, même le pain.</p> +</div> +<p>Il y a dans la Cour des Quinze-Vingts plusieurs +Boulangers qui font un Pain de menage<a id="FNanchor_1124" href="#Footnote_1124" class="fnanchor">[11]</a> +de toutes farines qui est trouvé d’un bon goût.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1124" href="#FNanchor_1124"><span class="label">[11]</span></a> Cette expression « pain de ménage » est déjà dans +le <i>Théatre d’agricult.</i> d’O. de Serres, 1605, in-4<sup>o</sup>, p. 824.</p> +</div> +<p>Le Boulanger qui fabrique le petit pain de +<span class="pagenum" id="p308">-308-</span>mouton pour les enfans<a id="FNanchor_1125" href="#Footnote_1125" class="fnanchor">[12]</a>, demeure rue de Seine, +quartier saint Germain<a id="FNanchor_1126" href="#Footnote_1126" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1125" href="#FNanchor_1125"><span class="label">[12]</span></a> Le <i>pain-mouton</i> étoit une sorte de petit pain saupoudré +de grains de blés que les valets étoient chargés de +donner aux enfants pauvres, quand venoient les étrennes. +Il différoit beaucoup — sauf par le nom — du <i>pain de +mouton</i>, qui se faisoit avec du beurre, du fromage, et de +la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet, qu’un +écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants « un peu devant +et un peu après le jour de l’an. » L’abbé de Marolles +a parlé dans les notes de sa traduction d’<i>Athénée</i>, 1680, +in-4<sup>o</sup> p. <small>XXXIX</small>, où certes l’on ne l’attendoit guère, d’une +femme qui fut célèbre en son temps, par le débit qu’elle +faisoit de ces petits pains, en criant par les rues : « à mes +petits pains de mouton, Mesdames ! »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1126" href="#FNanchor_1126"><span class="label">[13]</span></a> Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est « rue des +Mauvais Garçons », celle du faubourg Saint-Germain, sans +doute, près de la rue de Seine.</p> +</div> +<p>Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé +pour le pain Paget<a id="FNanchor_1127" href="#Footnote_1127" class="fnanchor">[14]</a> et pour une sorte +de pain façon de Gonesse<a id="FNanchor_1128" href="#Footnote_1128" class="fnanchor">[15]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1127" href="#FNanchor_1127"><span class="label">[14]</span></a> C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec +un nom plus nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques +Paget Du Plessis, d’abord maître des requêtes, puis intendant +des finances, avoit fait fortune en s’arrangeant avec les +partisans, lorsque Moutauron, un de ceux-ci, avoit sombré +après quelques années de la plus grande magnificence, qui +lui valut, comme on sait, la dédicace de <i>Cinna</i>. Tout étant +de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain +Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de +Moutauron.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1128" href="#FNanchor_1128"><span class="label">[15]</span></a> On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, +ses qualités à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à +Paris, dont il formoit en grande partie l’approvisionnement. +L’arrivage s’en faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa +halle particulière : « On ne prendra pas Paris, disoit Condé, +suivant le cardinal de Retz, par des mines, comme Dunkerque, +et par des attaques, mais si le pain de Gonesse +lui manquoit huit jours. » Lister le trouva excellent et bien +supérieur à celui de Paris. « Il est extrêmement blanc, +dit-il (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est +ordinairement en pain de trois livres. » Le prix de trois +deniers anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à +trente-et-un centimes d’à présent.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p309">-309-</span>Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé +pour le pain biscuit qu’on mange avec +les liqueurs.</p> + +<p>Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et +Adam, rue saint Denis, au Roy François<a id="FNanchor_1129" href="#Footnote_1129" class="fnanchor">[16]</a>, +fabriquent des Fours pour le public.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1129" href="#FNanchor_1129"><span class="label">[16]</span></a> C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des +Miracles, qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et +qui devoit son nom à cette enseigne.</p> +</div> +<p>Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux<a id="FNanchor_1130" href="#Footnote_1130" class="fnanchor">[17]</a> et +porte S. Denis.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1130" href="#FNanchor_1130"><span class="label">[17]</span></a> On les appeloit aussi « patissiers de pain d’épice. » +Ils étoient peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence +de ceux de Reims.</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c42">MARCHANDISE DE VINS<br> +<span class="small">ET D’APRESTS.</span></h3> + + +<p>La Halle aux Vins<a id="FNanchor_1131" href="#Footnote_1131" class="fnanchor">[1]</a> est à la porte saint Bernard, +où il y a des Bureaux pour les droits du +Roy<a id="FNanchor_1132" href="#Footnote_1132" class="fnanchor">[2]</a>. On y trouve de bon et franc vin de +Bourgogne chez le Sieur Compagnot.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1131" href="#FNanchor_1131"><span class="label">[1]</span></a> Elle avoit été établie en 1662.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1132" href="#FNanchor_1132"><span class="label">[2]</span></a> La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc +de triomphe, datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai +de la Tournelle, un peu au-dessus du pont. On la démolit +au commencement de la Révolution. Sous l’Empire, la Halle +aux vins, sa voisine, fut reportée plus haut, sur la plus +grande partie de l’enclos de l’abbaye Saint-Victor, qu’elle +occupe toujours. Les travaux d’installation commencèrent +en 1811.</p> +</div> +<p>Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise +<span class="pagenum" id="p310">-310-</span>de vin<a id="FNanchor_1133" href="#Footnote_1133" class="fnanchor">[3]</a>, est rue Grenier, sur l’eau, +derriere saint Gervais.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1133" href="#FNanchor_1133"><span class="label">[3]</span></a> Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six +corps marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir +échevins ou consuls. Ils avoient pour armoiries, depuis +1629, un navire d’argent à bannière de France, flottant +avec six nefs autour, et une grappe de raisin en chef sur +champ d’azur.</p> +</div> +<p>Tout proche rue des Barres, M. Milon fait +commerce en gros de Vins de Champagne<a id="FNanchor_1134" href="#Footnote_1134" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1134" href="#FNanchor_1134"><span class="label">[4]</span></a> La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent +on ne l’appeloit que <i>Vin de Sillery</i> ou <i>Vin de la +Maréchale</i>, à cause de la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit +le vignoble de Sillery, par lequel avoit préludé cette +première vogue. Le Roi y contribua. Le vin de Champagne +fut longtemps sa seule boisson. (<i>Journal de la Santé</i>, p. 211 +et 350.)</p> +</div> +<p>Du nombre des douze Marchands de Vins du +Roy<a id="FNanchor_1135" href="#Footnote_1135" class="fnanchor">[5]</a>, qui font les grandes fournitures en pieces +et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et +pour le public, sont Messieurs Cresnay rue +Notre Dame<a id="FNanchor_1136" href="#Footnote_1136" class="fnanchor">[6]</a>, de Bray rue de la Huaumerie, +<span class="pagenum" id="p311">-311-</span>Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit +rue des Petits Champs, Bourdois près l’aport de +Paris, Morisson<a id="FNanchor_1137" href="#Footnote_1137" class="fnanchor">[7]</a> rue de la Huchette, Darboullin +rue Coquilliere<a id="FNanchor_1138" href="#Footnote_1138" class="fnanchor">[8]</a>, Tardiveau Fauxbourg saint +Marcel, Hardon<a id="FNanchor_1139" href="#Footnote_1139" class="fnanchor">[9]</a> rue Beaubourg, Triboulleau +rue de la Mortellerie<a id="FNanchor_1140" href="#Footnote_1140" class="fnanchor">[10]</a>, Alexandre rue des +Assis, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1135" href="#FNanchor_1135"><span class="label">[5]</span></a> Ils étoient, suivant l’<i>Etat de France</i>, p. 628, les premiers +privilégiés suivant la Cour. On les appeloit « la Cave +des Douze. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1136" href="#FNanchor_1136"><span class="label">[6]</span></a> Son enseigne étoit « à la Pomme de pin », et c’est par +conséquent son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente, +p. 28 : « la Pomme de pin, derrière la Magdelaine. » +Un autre, portant la même enseigne, indiqué aussi dans cette +première édition, se trouvoit rue d’Orléans. — On sait que +Crenet est, comme Mignot, assez maltraité dans <i>la Satire du +Repas</i>, pour les mélanges « d’auvernat et de lignage » qu’il +vendoit, dit Boileau, « pour vin de l’Ermitage. » Le reproche +étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote +que raconte Brossette ; aussi Crenet ne réclama-t-il pas. +Dancourt l’a mieux traité dans l’<i>Eté des Coquettes</i>, joué en +1690. On y chante à la fin :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Sans cadeaux et sans promenades</div> +<div class="verse">L’Amour les tient peu sous ses lois,</div> +<div class="verse">Et sans Crenet et la Guerbois</div> +<div class="verse">L’Amour n’a que des plaisirs fades.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1137" href="#FNanchor_1137"><span class="label">[7]</span></a> Edme Maurisson, d’après l’<i>Etat de France</i>, p. 628.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1138" href="#FNanchor_1138"><span class="label">[8]</span></a> Dancourt, à la scène IV des <i>Agioteurs</i>, joués en 1710, +parle de sa veuve, qui lui avoit alors succédé : « <span class="sc">Suzon</span>… +Vous irez de là chez Madame Darboulin, rue Coquillière, +dire qu’on porte au même endroit, dès ce matin, les douze +douzaines de bouteilles de vin de Bourgogne, et la douzaine +de Champagne que je payai hier. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1139" href="#FNanchor_1139"><span class="label">[9]</span></a> Hugues Hardoin, et non Hardon.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1140" href="#FNanchor_1140"><span class="label">[10]</span></a> Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le +<i>Théophraste moderne</i>, p. 422, on ne trouvoit bons que les +vins qu’il vendoit.</p> +</div> +<p>Et du Nombre des vingt cinq<a id="FNanchor_1141" href="#Footnote_1141" class="fnanchor">[11]</a> sont M<sup>rs</sup> Groü +Doyen, Avrillon près le Puits Certain, Coquart +rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron +rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon<a id="FNanchor_1142" href="#Footnote_1142" class="fnanchor">[12]</a>, +<span class="pagenum" id="p312">-312-</span>Sellier montagne sainte Genevieve, Paris près la +Grève, Moricault l’ainé place Maubert, Roussillard +près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre +Dame, Moricault le jeune rue des Boucheries +saint Germain, Forel joignant la Comedie Françoise<a id="FNanchor_1143" href="#Footnote_1143" class="fnanchor">[13]</a>, +Baron et Guibault au cimetiere saint +Jean<a id="FNanchor_1144" href="#Footnote_1144" class="fnanchor">[14]</a>, Gaudin près le Pont Notre Dame, True +rue Galande, la Nopce près le Palais, Courtois, +rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers, +Migret Fauxbourg de Richelieu, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1141" href="#FNanchor_1141"><span class="label">[11]</span></a> Les vingt-cinq « cabaretiers », suivant la Cour, qu’il +ne falloit pas confondre avec les douze « marchands de +vin », quoiqu’ils en portassent le titre et eussent les mêmes +privilèges. On pouvoit chez eux non-seulement vendre « le +vin à pot, mais donner des repas complets. <i>V. Le Traité +de la Police</i>, t. III, p. 719, et la <i>Correspondance</i> de +Colbert, t. II, 1<sup>re</sup> partie, p. 169. Les cabaretiers ordinaires, +qui n’étoient pas en même temps marchands de +vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire +fournir pour les noces et repas que leur salle, le pain, le +vin, les couverts, linges et salades. Il falloit apporter le +reste. <i>V.</i> à ce sujet un arrêt du 1<sup>er</sup> août 1705, rendu +contre le cabaretier Joseph Filastreau. — Il sera parlé +plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au pot.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1142" href="#FNanchor_1142"><span class="label">[12]</span></a> C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit. +précéd., p. 28 : « à la Galère, derrière Saint-Jacques la +Boucherie. » Il avoit, en effet, cette enseigne, déjà ancienne +dans la rue d’Avignon, qui en prenoit parfois le nom de +« rue de la Galère. » Sauval, t. I, p. 111. — <i>V.</i> sur la +maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux renseignements +dans l’édition que M. Cocheris a donnée de l’<i>Histoire du +Diocèse de Paris</i>, par l’abbé Le Beuf, t. III, p. 506. — Il +est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les +pièces du temps : <i>le Chevalier à la mode</i>, de Dancourt, <i>les +Chinois</i> et <i>la Fille de bon sens</i> de la Comédie italienne, etc. +Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Chez Rousseau portons nos écus.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1143" href="#FNanchor_1143"><span class="label">[13]</span></a> Il tenoit le cabaret de <i>l’Alliance</i>, qui étoit, en effet, +près de la Comédie françoise établie, depuis 1688, rue des +Fossés-Saint-Germain. (<i>Hist. amour. des Gaules</i>, t. III, +435.) C’est à sa porte que mourut subitement, en 1701, le +gros comédien-auteur Champmeslé. <i>L’Alliance</i> est citée, pour +les débauches qui s’y faisoient, dans plusieurs pièces du +théâtre italien : <i>la Cause des femmes</i>, <i>Pasquin et Marforio</i>, +<i>les Aventures des Champs-Elysées</i>, où Forel est nommé.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1144" href="#FNanchor_1144"><span class="label">[14]</span></a> Les cabarets y étoient déjà nombreux sous Louis XIII. +Saint-Amand l’appelle « un cimetière »</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Fait pour enterrer les ennuis.</div> +</div> + +</div></div> +<p>Il y a plusieurs autres Marchands renommez +pour les fins Vins et pour la belle Viande, par +exemple, Messieurs Lamy aux trois Cuilleres rue +<span class="pagenum" id="p313">-313-</span>aux Ours<a id="FNanchor_1145" href="#Footnote_1145" class="fnanchor">[15]</a>, Loisel aux bons Enfans<a id="FNanchor_1146" href="#Footnote_1146" class="fnanchor">[16]</a> près le +Palais Royal, Fitte au grand Loüis rue Bailleul<a id="FNanchor_1147" href="#Footnote_1147" class="fnanchor">[17]</a>, +Berthelot à la Conférence rue Gémis Laurent, +du Monchel au Soleil d’or rue saint André, du +Test à la Corne rue Galande, de Sercy à la petite +Galere rue de Seine<a id="FNanchor_1148" href="#Footnote_1148" class="fnanchor">[18]</a>, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1145" href="#FNanchor_1145"><span class="label">[15]</span></a> Celui-ci étoit en telle vogue, qu’il avoit fini par dédaigner +le nom de cabaretier, pour prendre celui de traiteur, +que tous les autres, cela va de soi, prirent aussitôt comme +lui, même ceux des guinguettes. « <span class="sc">Colombine</span>, <i>déguisée en +chevalier</i>. Quand vous donnerai-je à souper chez Lamy ? — <span class="sc">Isabelle.</span> +Vous perdez le respect, chevalier, une fille de ma +qualité au cabaret ! — <span class="sc">Colombine.</span> Oh ! s’il vous plaît, +Lamy n’est pas un cabaret, c’est un traiteur de conséquence… » +<i>Le Banqueroutier</i> (1687), théâtre de Ghérardi, +t. I, p. 390. Il est nommé dans le prologue du <i>Grondeur</i> (1691).</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1146" href="#FNanchor_1146"><span class="label">[16]</span></a> Il avoit pris pour enseigne le nom même de sa rue, +qui alloit, du reste, fort bien à un cabaret.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1147" href="#FNanchor_1147"><span class="label">[17]</span></a> Fitte, qui est aussi nommé deux fois dans <i>Turcaret</i>, +comme l’homme des meilleurs repas, a eu l’honneur d’être +cité par Chaulieu, en 1704, dans son épître au chevalier de +Bouillon :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i6">Chevalier, reçois ces vers</div> +<div class="verse i6">D’une muse libertine.</div> +<div class="verse">Qu’ils aillent sous ton nom de <i>popine</i> en <i>popine</i></div> +<div class="verse i6">Apprendre à tout l’univers</div> +<div class="verse i6">Que <i>Fite</i> et La Morilliére,</div> +<div class="verse i6">Pour n’avoir point de Césars,</div> +<div class="verse i6">Ont pourtant sous leur bannière</div> +<div class="verse i6">Leur héros, ainsi que Mars.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1148" href="#FNanchor_1148"><span class="label">[18]</span></a> C’est chez lui que Saint-Amand étoit mort le 29 décembre +1661, après une maladie de deux jours : « Son +ami, l’illustre abbé de Villeloin, si connu dans la République +des Lettres, dit Fr. Colletet dans <i>l’Abrégé des Annales +de Paris</i>, 1664, in-12, p. 439, l’assista en ce dernier moment +et luy rendit ce dernier devoir de son amitié qu’il luy avoit +juré depuis tant d’années. »</p> +</div> +<p>Il y a d’ailleurs en différens quartiers de la +Ville et du Fauxbourg des Traiteurs et Marchands +de Vins qui font nopces ou qui tiennent de grands +<span class="pagenum" id="p314">-314-</span>Cabarets, et où il se fait de gros Ecots, par +exemple, M<sup>rs</sup> Clossier à la Gerbe d’or rue Gervais +Laurent, Blanne à la Galere rue de la Savaterie, +Bedoré au petit Panier rue Tirechape<a id="FNanchor_1149" href="#Footnote_1149" class="fnanchor">[19]</a>, Robert +près les Consuls<a id="FNanchor_1150" href="#Footnote_1150" class="fnanchor">[20]</a>, Aubrin à la Croix Blanche +rue de Bercy<a id="FNanchor_1151" href="#Footnote_1151" class="fnanchor">[21]</a>, Martin aux Torches cimetiere +saint Jean<a id="FNanchor_1152" href="#Footnote_1152" class="fnanchor">[22]</a>, Guérin à la Folie rue de la Poterie, +Payen au petit Panier rue des Noyers, Cheret à +la Cornemeuse rue des Prouvaires<a id="FNanchor_1153" href="#Footnote_1153" class="fnanchor">[23]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1149" href="#FNanchor_1149"><span class="label">[19]</span></a> L’édit. de 1691, p. 28, le loge « rue Troussevache. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1150" href="#FNanchor_1150"><span class="label">[20]</span></a> « Au cloître Saint-Méderic, chez Robert. » <i>Id.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1151" href="#FNanchor_1151"><span class="label">[21]</span></a> Un autre cabaret de « la Croix blanche », étoit rue +aux Ours. Edit. de 1691, p. 28. — Chapelle fréquentoit +celui de la rue de Bercy, au Marais. Il avoit deux entrées, +l’une sur cette rue, l’autre sur une rue parallèle, qui en +avoit pris le nom de rue de la Croix-Blanche. Elles étoient +toutes deux fort étroites, et il a suffi, en 1850, d’enlever +l’îlot de maisons qui les séparoient, pour n’avoir qu’une +seule rue de largeur réglementaire.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1152" href="#FNanchor_1152"><span class="label">[22]</span></a> Ce cabaret est déjà nommé comme un des fameux dans +les <i>Visions admirables du Pelerin du Parnasse</i>. 1635, in-12.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1153" href="#FNanchor_1153"><span class="label">[23]</span></a> Il est cité dans la pièce <i>Les Souffleurs</i>, acte I, sc. XI. +Les auteurs y alloient beaucoup. (<i>V.</i> notre Notice sur +Regnard.) — Dancourt qui, on le sait, par une anecdote +connue, se consoloit chez Chéret de la chute de ses pièces, +l’a nommé, dans sa comédie, <i>Madame Artus</i>. Acte I, sc. XI. — Chéret +fit fortune. Son fils devint procureur au Parlement, +et ce sont ses petites-filles, M<sup>lles</sup> Chéret, très-ardentes +jansénistes, qui, en 1758, pour tenir tête au curé de Saint-Séverin, +créèrent une sorte de petite église qu’elles opposèrent +à la sienne. (<i>Journal</i> de Barbier, édit. in-18, t. VII, +p. 81 et 377.)</p> +</div> +<p>On peut aussi boire et manger proprement et +agréablement au Loüis près le Jeu de Metz<a id="FNanchor_1154" href="#Footnote_1154" class="fnanchor">[24]</a>, à +la porte S. Germain rue des Cordeliers, à la +<span class="pagenum" id="p315">-315-</span>Reine de Suède rue de Seine, aux Carneaux rue +des Déchargeurs, à la petite Bastile rue Betizy<a id="FNanchor_1155" href="#Footnote_1155" class="fnanchor">[25]</a>, +au petit Pere noir rue de la Bucherie<a id="FNanchor_1156" href="#Footnote_1156" class="fnanchor">[26]</a>, aux trois +Chapelets rue saint André, à la Galère rue saint +Thomas du Louvre<a id="FNanchor_1157" href="#Footnote_1157" class="fnanchor">[27]</a>, au Soleil des Perdreaux<a id="FNanchor_1158" href="#Footnote_1158" class="fnanchor">[28]</a> +rue des Petits Champs, au Panier fleuri rue du +Crucifix saint Jacques de la Boucherie<a id="FNanchor_1159" href="#Footnote_1159" class="fnanchor">[29]</a>, à la +Porte saint Denis chez Hory, à la Boule blanche, +et au Jardinier<a id="FNanchor_1160" href="#Footnote_1160" class="fnanchor">[30]</a> Fauxbourg saint Antoine.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1154" href="#FNanchor_1154"><span class="label">[24]</span></a> Deux autres cabarets avoient cette enseigne du +« Louis » ; l’un, qui étoit peut-être celui de Le Gendre, +nommé tout-à-l’heure, se trouvoit rue des Noyers ; l’autre, +rue Bourg-l’Abbé.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1155" href="#FNanchor_1155"><span class="label">[25]</span></a> Il y avoit au port Saint-Paul un autre cabaret de « la +petite Bastille. » Edit. de 1691, p. 28.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1156" href="#FNanchor_1156"><span class="label">[26]</span></a> On y venoit de tout Paris, pour la beauté de la cabaretière +et l’excellence des vins. C’est pour l’hôtesse que +Coulange fit son couplet :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Si tu veux sans suite et sans bruit, etc.</div> +</div> + +</div> +<p>Dans la farce italienne des <i>Deux Arlequins</i>, le vin du +cabaret du <i>Père Noir</i> est chanté, acte I, sc. III :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i7"><span class="sc">Arlequin.</span></div> +<div class="verse i1">Qu’un bon levraut suivi d’un dindon tendre</div> +<div class="verse">Soit tantôt sur le soir pour nous deux apprêté</div> +<div class="verse">Et prends au <i>Père Noir</i> d’un bon vin velouté</div> +<div class="verse i1">Deux flacons dignes de m’attendre.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1157" href="#FNanchor_1157"><span class="label">[27]</span></a> C’est le même cabaret de <i>la Galère</i>, qui, dans l’édit. +précédente, est indiqué « près le Palais-Royal. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1158" href="#FNanchor_1158"><span class="label">[28]</span></a> « Des six perdreaux. » <i>Id.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1159" href="#FNanchor_1159"><span class="label">[29]</span></a> Un autre « Panier fleury » est indiqué rue Tirechappe, +dans l’édit. précédente. Il donna son nom à un passage, +qui alloit de cette rue à celle des Bourdonnois. Rousseau +et Diderot dînoient souvent en pick-nik, au cabaret du +<i>Panier fleury</i>, dans les premiers temps de leur séjour à Paris. +(V. <i>les Confessions</i>, 2<sup>e</sup> part., liv. VII.)</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1160" href="#FNanchor_1160"><span class="label">[30]</span></a> « Au Jardinet. » <i>Id.</i></p> +</div> +<p>Les Marchands de Vins qui vendent quelquefois +en gros et qui debitent beaucoup au pot<a id="FNanchor_1161" href="#Footnote_1161" class="fnanchor">[31]</a> et +<span class="pagenum" id="p316">-316-</span>en bouteilles, sont entr’autres, Messieurs Mariette, +au carrefour saint Benoist, de la Cour rue +du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, Bernard +devant le Pont Neuf, Saulsay rue des +Poulies, Rougeault près l’aport de Paris, Bricet +Butte saint Roch, Haumont et Berthelot rue +des Boucheries saint Germain, des Hottes rue +de la Fromagerie, Darlu, Hardouin et Joly près +le Palais Royal.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1161" href="#FNanchor_1161"><span class="label">[31]</span></a> Les bourgeois faisoient vendre la plupart « à pot » +ou « au pot », chez ces marchands de vin, le produit de +leurs vendanges : « <span class="sc">M. Bernard.</span> Ne vaut-il pas autant +vendre mon vin à la campagne que de le faire vendre à +<i>pot</i> dans Paris, comme la plupart de mes confrères. » +Dancourt, <i>la Maison de campagne</i>, scène XXXII.</p> +</div> +<p>Le même M. Joly donne fort bien à manger à +trente sols par tête<a id="FNanchor_1162" href="#Footnote_1162" class="fnanchor">[32]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1162" href="#FNanchor_1162"><span class="label">[32]</span></a> L’édition de 1691, p. 28, cite encore quelques autres +cabarets : « <i>Au petit Paris</i>, rue de la Verrerie ; <i>à la petite +Epousée</i>, rue Saint-Jean en Grêve ; chez Tessier, au coin +Saint-Paul ; <i>au Cormier</i>, rue des Fossez-Saint-Germain ; <i>à +la Vallée Tissart</i>, rue Vaugirard ; <i>au Milieu du Monde</i>, à la +Grenouillère, où demeure Lognon, renommé pour les matelottes ; +<i>à la Chasse Royale</i>, près la porte Saint-Louis ; <i>aux +Bâtons royaux</i>, rue Saint-Honoré. » Les <i>Bâtons royaux</i> se +trouvoient près de Saint-Roch, dont les marguilliers y +alloient faire bombance. (<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte</i>, p. 52.)</p> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h3 id="c43">HOSTELS GARNIS<br> +<span class="small">ET TABLES D’AUBERGES.</span></h3> + + +<p>Il y a des Appartemens magnifiquement garnis +pour les grands Seigneurs à l’Hotel de la +Reine Marguerite rue de Seine<a id="FNanchor_1163" href="#Footnote_1163" class="fnanchor">[1]</a>, et à l’Hotel de +Bouillon quay des Théatins.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1163" href="#FNanchor_1163"><span class="label">[1]</span></a> Liger, dans son <i>Voyageur fidèle</i>, p. 325, le met aussi +au nombre des hôtels garnis renommés. Il existe encore au +n<sup>o</sup> 6 de la rue de Seine. C’est un pavillon détaché du magnifique +hôtel que la première femme d’Henri IV s’étoit fait +construire, et dont les jardins, qui s’étendoient jusqu’à la +rue des Saints-Pères, ne survivent plus que par un jardinet +planté de quelques arbres, où l’on descend, comme sous +Henri IV, par un double perron. La façade du pavillon est +restée ce qu’elle étoit. On s’est contenté de l’exhausser +d’un étage, mais du même style, au-dessus duquel on a +reconstruit les anciennes mansardes. Le conseiller d’Etat +Gilbert des Voisins l’habitoit au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et les Mirabeau, +dont les boiseries intérieures conservent encore le +chiffre, y étoient venus après lui.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p317">-317-</span>Il y a encore plusieurs autres Hotels meublez +en differens quartiers, par exemple, le grand Duc +de Bourgogne rue des petits Augustins, l’Hotel +d’Escosse rue des saints Pères, l’Hotel de Taranne, +l’Hotel de Savoye, et l’Hotel d’Alby rue +de Charonne, l’Hotel de l’Isle, l’Hotel de Baviere, +l’Hotel de France, et la Ville de Montpellier +rue de Seine, l’Hotel de Venise, et l’Hotel +de Marseille rue saint Benoist, l’Hotel de Vitry, +l’Hotel de Bourbon, l’Hotel de France, et l’Hotel +de Navarre rue des grands Augustins<a id="FNanchor_1164" href="#Footnote_1164" class="fnanchor">[2]</a>, la Ville +de Rome rue des Marmouzets, l’Hotel de Perpignan +rue du Haut Moulin, l’Hotel de Tours +rue du Jardinier<a id="FNanchor_1165" href="#Footnote_1165" class="fnanchor">[3]</a>, l’Hotel de Beauvais rue Dauphine, +<span class="pagenum" id="p318">-318-</span>l’Hotel d’Orléans rue Mazarine, l’Hotel +du saint Esprit rue de Guenegaud, l’Hotel de +saint Agnan rue saint André, l’Hotel d’Hollande<a id="FNanchor_1166" href="#Footnote_1166" class="fnanchor">[4]</a>, +l’Hotel de Beziers, l’Hotel de Brandebourg, +l’Hotel de saint Paul et le grand Hotel +de Luyne rue du Colombier.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1164" href="#FNanchor_1164"><span class="label">[2]</span></a> On peut remarquer que beaucoup de ces hôtels étoient +dans le faubourg Saint-Germain. Les étrangers le préféroient, +et les hôtels garnis s’y étoient multipliés en conséquence : +« depuis que la paix étoit faite, lit-on dans les +<i>Annales de la Cour et de la Ville</i>, pour les années 1697-1698, +t. II, p. 135, il y avoit eu dans Paris un si grand +abord d’étrangers, que l’on en comptoit quinze à seize +mille dans le faubourg Saint-Germain seulement… Le +nombre s’accrut encore bientôt de plus de la moitié, en +sorte que, au commencement de l’année suivante, on trouva +qu’il y en avoit trente-six mille dans ce seul faubourg. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1165" href="#FNanchor_1165"><span class="label">[3]</span></a> Lisez rue du Jardinet. Cet hôtel, que Liger place avec +plus de raison rue du Paon, où il en subsista des restes +jusqu’aux dernières démolitions, devoit son nom aux archevêques +de Tours, dont il avoit été longtemps la propriété. +Vauvenargues y descendoit pendant ses congés de semestre. +Les lettres que lui écrivit Voltaire portent cette adresse.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1166" href="#FNanchor_1166"><span class="label">[4]</span></a> C’est un des hôtels que, dans <i>la Comtesse d’Escarbagnas</i>, +scène XI, Julie, voulant se moquer de la ridicule +provinciale, lui nomme comme autant d’hôtels de grands +seigneurs : « On sait bien mieux, dit-elle, vivre à Paris +dans ces hôtels, dont la mémoire doit être si chère : cet +hôtel de Mouhy, Madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel +d’Hollande. Les agréables demeures que voilà ! »</p> +</div> +<p>On mange à table d’Auberge<a id="FNanchor_1167" href="#Footnote_1167" class="fnanchor">[5]</a> dans presque +toutes les maisons garnies cy-devant designées +à vingt, à trente ou à quarante sols par repas<a id="FNanchor_1168" href="#Footnote_1168" class="fnanchor">[6]</a> : +<span class="pagenum" id="p319">-319-</span>mais l’Auteur ignore encore sur quel pied elles +sont reglées chacune en particulier<a id="FNanchor_1169" href="#Footnote_1169" class="fnanchor">[7]</a>, en attendant +sur cela un plus grand eclaircissement, les Provinciaux +peuvent s’assurer qu’on loge et qu’on +mange d’ailleurs dans les Hotels et Auberges +ci-après aux differens prix qui seront marquez, +par exemple :</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1167" href="#FNanchor_1167"><span class="label">[5]</span></a> C’étoit encore le mot le plus en usage. Gourville +dans ses <i>Mémoires</i>, 1<sup>re</sup> édit., t. I, p. 306, dit toutefois déjà +« Table d’hôte », de même que les deux Hollandois qui +vinrent à Paris en 1657, et dont M. Faugère a publié le +curieux <i>Journal de Voyage</i>. V. p. 191. Nous lisons aussi +dans une pièce de Dancourt : « <span class="sc">M. Bernard.</span> A <i>table d’hôte</i>, +je vous entends, tant par tête. » <i>La maison de campagne</i>, +1688, scène <small>XXX</small>. En somme, c’est, je crois, suivant l’importance +des hôtels et des prix qu’on disoit <i>table d’hôte</i> ou +<i>table d’auberge</i>.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1168" href="#FNanchor_1168"><span class="label">[6]</span></a> Même les plus chères de ces tables d’hôte ou d’auberge +n’étoient pas pour les délicats, qui ne vouloient que des +cabarets « à gros écots », sans prix fixe. Dans <i>les Côteaux</i> +ou <i>les Marquis friands</i>, qui furent joués à l’hôtel de Bourgogne, +en 1665, Clidamant et Oronte, deux de ces gourmets, +s’en expliquent nettement scène XI :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse i8"><span class="sc">Oronte.</span></div> +<div class="verse">Les repas de grand prix sont bien plus agréables</div> +<div class="verse">Et la cherté des mets les rend plus délectables.</div> +<div class="verse i8"><span class="sc">Valère.</span></div> +<div class="verse">A ce plaisant discours, que réponds-tu, Marquis ?</div> +<div class="verse i8"><span class="sc">Clidamant.</span></div> +<div class="verse">Que je ne veux jamais disner à juste prix.</div> +<div class="verse i8"><span class="sc">Léandre.</span></div> +<div class="verse">Voilà d’un vrai Marquis le parfait caractère.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1169" href="#FNanchor_1169"><span class="label">[7]</span></a> Selon Liger, p. 326, « ces prix fixes » ne l’étoient pas +toujours. Ils varioient selon que la cherté des vivres étoit +plus ou moins grande.</p> +</div> +<p>A quarante sols par repas à l’Hotel de Mantouë +rue Mouton<a id="FNanchor_1170" href="#Footnote_1170" class="fnanchor">[8]</a>, à l’Hotel de l’Isle de France +rue de Guénégaud, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1170" href="#FNanchor_1170"><span class="label">[8]</span></a> Dans l’édit. précédente, p. 28, se trouve une autre +adresse, qui est la vraie, et un plus long détail : « le sieur +de La Motte, à l’hôtel de Mantouë, rue Montmartre, tient +une fort bonne table à quarante sols par repas, et fournit +même une seconde table aux intervenants. »</p> +</div> +<p>A trente<a id="FNanchor_1171" href="#Footnote_1171" class="fnanchor">[9]</a> au petit Hotel de Luyne rue Gît le +Cœur, à la Galere rue Zacharie, aux Bœufs et +aux trois Chandeliers rue de la Huchette, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1171" href="#FNanchor_1171"><span class="label">[9]</span></a> « Rue Saint-André, à l’hôtel de Chateau-Vieux. » +Edit. 1691, p. 29.</p> +</div> +<p>A vingt à l’Hotel d’Anjou rue Dauphine, au +petit S. Jean<a id="FNanchor_1172" href="#Footnote_1172" class="fnanchor">[10]</a> rue Gît le Cœur, au Coq hardi +rue saint André<a id="FNanchor_1173" href="#Footnote_1173" class="fnanchor">[11]</a>, à la Croix de fer rue saint +<span class="pagenum" id="p320">-320-</span>Denis<a id="FNanchor_1174" href="#Footnote_1174" class="fnanchor">[12]</a>, au Pressoir d’or et à l’Hotel de Bruxelle +rue saint Martin<a id="FNanchor_1175" href="#Footnote_1175" class="fnanchor">[13]</a>, à la Croix d’or rue du Poirier, +à la Toison rue Beaubourg, etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1172" href="#FNanchor_1172"><span class="label">[10]</span></a> « Et au grand hôtel de Luynes. » <i>Id.</i></p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1173" href="#FNanchor_1173"><span class="label">[11]</span></a> « Le sieur Vilain, rue des Lavandières, près la place +Maubert, à la Galère. » <i>Id.</i> — Il a, p. 63, un petit article +supplémentaire : « le sieur Vilain, marchand de vin, aussi +renommé pour ses bons apprêts, demeure rue des Lavandières, +à l’entrée de la place Maubert, à la Galère. »</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1174" href="#FNanchor_1174"><span class="label">[12]</span></a> Ajoutons près de Saint-Leu. Il y a, sur un dîner à ce +cabaret, un curieux sonnet de François Colletet, qui se termine +par ce vers, bien digne d’un pauvre poëte, depuis +longtemps à jeun :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">Moi, je mange aux repas, et bois sans dire mot.</div> +</div> + +</div> +<p class="noindent">Un autre hôtel de <i>la Croix de fer</i> se trouvoit rue de la +Harpe, adossé aux ruines des Thermes. Marmontel y logea +en arrivant d’Auvergne à Paris.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1175" href="#FNanchor_1175"><span class="label">[13]</span></a> Conrart, chez qui se réunit d’abord la Société littéraire, +où se recrutèrent les premiers membres de l’Académie +françoise, logeoit près de cette auberge de la rue Saint-Martin. +(Marcou, <i>Pellisson</i>, p. 80.) Plus d’une séance de +la nouvelle Académie dut s’y terminer. Suivant Vigneul-Marville, +en effet, on ne se séparoit pas sans avoir fait +légèrement ripaille.</p> +</div> +<p>A quinze à la Ville de Bourdeaux et à l’Hotel +de Mouy rue Dauphine, à l’Hotel couronné rue +de Savoye, au petit Trianon rue Tictonne, à la +ville de Stokolm rue de Bussy, à la belle Image +rue du petit Bourbon<a id="FNanchor_1176" href="#Footnote_1176" class="fnanchor">[14]</a>, au Dauphin rue Maubuée, +etc.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1176" href="#FNanchor_1176"><span class="label">[14]</span></a> « Rue de la Rose, à la Samaritaine. » Edit. 1691, +p. 29.</p> +</div> +<p>A dix sols<a id="FNanchor_1177" href="#Footnote_1177" class="fnanchor">[15]</a> au Heaume rue du Foin, au Paon +rue Bourlabé, au Gaillard bois rue de l’Echelle, +au gros Chapelet rue des Cordiers<a id="FNanchor_1178" href="#Footnote_1178" class="fnanchor">[16]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1177" href="#FNanchor_1177"><span class="label">[15]</span></a> Boileau, <i>satire X</i>, vers 673-676, nous dit à peu près +ce qu’étoient ces auberges :</p> + +<div class="flex"> +<div class="poetry"> +<div class="verse">T’ai-je encore décrit la dame brelandière</div> +<div class="verse">Qui de joueurs chez soi se fait cabaretière,</div> +<div class="verse">Et souffre des affronts que ne souffriroit pas</div> +<div class="verse">L’Hôtesse d’une auberge à dix sous par repas.</div> +</div> + +</div></div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1178" href="#FNanchor_1178"><span class="label">[16]</span></a> « Et à l’hôtel Notre-Dame, rue du Colombier. » Edit. +de 1691, p. 29.</p> +</div> +<p><span class="pagenum" id="p321">-321-</span>Il y a d’ailleurs quelques Auberges où il y a +trois tables différentes, à quinze, à vingt et à +trente sols par repas, par exemple, à la Couronne +d’or rue saint Antoine<a id="FNanchor_1179" href="#Footnote_1179" class="fnanchor">[17]</a>, au petit Bourbon +sur le quay des Ormes, et à l’Hôtel de Picardie +rue saint Honoré<a id="FNanchor_1180" href="#Footnote_1180" class="fnanchor">[18]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1179" href="#FNanchor_1179"><span class="label">[17]</span></a> Cette auberge, très-agrandie, subsista jusqu’aux démolitions +pour la prolongation de la rue de Rivoli. C’est +de là que partoient les gondoles de Versailles.</p> +</div> +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1180" href="#FNanchor_1180"><span class="label">[18]</span></a> Un autre hôtel plus célèbre de cette rue étoit +« l’hôtel Saint-Quentin », où descendit Leibnitz, lorsqu’il +vint à Paris, et où logea Jean-Jacques Rousseau, dont il +prit et a gardé le nom. (<i>V.</i> nos <i>Enigmes des rues de Paris</i>.) +L’abbé de Marolles, dans ses <i>Mémoires</i>, 1755, in-12, t. I, +p. 75, a parlé de ces intéressants et sérieux hôtels du +quartier des Grès — la rue des Cordiers en fait partie — où +se rencontroient théologiens et poëtes.</p> +</div> +<p>Les gens qui ne peuvent faire qu’une très +mediocre dépense, trouvent d’ailleurs dans tous +les quartiers de Paris de petites Auberges où on +a de la soupe, de la viande, du pain et de la +biere à suffisance pour cinq sols<a id="FNanchor_1181" href="#Footnote_1181" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1181" href="#FNanchor_1181"><span class="label">[19]</span></a> Liger, p. 327, employant un mot que Saint-Simon +emploie aussi d’ailleurs, appelle franchement ces « petites +auberges » <i>gargotes</i>, « où l’on vit, dit-il, à la portion, à si +petit prix que l’on veut. » On avoit eu aussi déjà l’idée +d’une sorte de grande marmite économique, pour des +soupes, au meilleur marché possible. <i>V.</i> Helvétius, <i>Traité +des Maladies</i>, chap. <i>Bouillon pour les pauvres</i>. — Dans +les auberges à cinq sous le dîner, on logeoit, suivant +d’Argenson, à un sou la nuit. Marivaux ne donne pas +d’autre gîte à son <i>Paysan parvenu</i> arrivant à Paris : « Je +me mis, lui fait-il dire avec sa préciosité ordinaire, dans +une de ces petites auberges à qui le mépris de la pauvreté +a fait donner le nom de gargote. »</p> +</div> + +<p class="c gap small">FIN DU TOME I<sup>er</sup>.</p> + +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak maigre" id="table">TABLE<br> +<span class="small">DES ARTICLES</span><br> +<span class="xsmall">DU</span><br> +<span class="small">LIVRE DES ADRESSES DE PARIS.<a id="FNanchor_1182" href="#Footnote_1182" class="fnanchor">[1]</a></span></h2> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1182" href="#FNanchor_1182"><span class="label">[1]</span></a> Nous donnerons <a href="#index">à la fin du volume</a> +la table alphabétique de l’édition de 1691.</p> +</div> + +<p class="c">Tome I</p> + +<div class="flex"> +<table> +<tr><td class="drap">Affaires Ecclésiastiques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c1">15</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Exercices de piété</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c2">21</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Finances Royales</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c3">26</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Trésoriers Payeurs des Gages et +Rentes</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c4">40</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Conseils du Roy et Chancellerie</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c5">46</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Secretaires du Roy</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c6">54</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Scéances des Tribunaux</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c7">78</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Vacations des Tribunaux</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c8">86</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Docteurs et Licentiez en Droit</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c9">87</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Secretaires et Greffiers du Conseil, +des Cours Souveraines et des Juridictions +Subalternes</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c10">93</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Contraintes Judiciaires</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c11">100</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Bureaux Publics</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c12">106</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Administration des Hospitaux</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c13">112</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Banquiers</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c14">117</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Academies et Conferences publiques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c15">120</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Biblioteques particulières et publiques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c16">129</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Collèges et Leçons publiques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c17">138</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Mathematiques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c18">146</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Medecine ordinaire</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c19">150</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Medecine empirique</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c20">156</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Opérations chirurgicales</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c21">157</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Matières Médecinales simples et composées</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c22">164</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Pension pour les Malades</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c23">178</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Bains et Etuves</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c24">182</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Impressions et Commerce de Librairie</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c25">185</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Musique</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c26">204</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c27">216</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Dames Curieuses</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c28">231</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Commerce de Curiositez et de Bijouteries</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c29">236</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Commerce des Ouvrages d’Or, d’Argent, +de Pierreries, etc.</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c30">244</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Premieres Instructions de la Jeunesse</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c31">248</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Nobles Exercices pour la belle education</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c32">253</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Armes et Bagages de Guerre et de +Chasse</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c33">261</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Chevaux et Equipages</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c34">264</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Passetemps et Menus Plaisirs</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c35">269</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Jardinages</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c36">275</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Tapisseries et Meubles ordinaires</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c37">283</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Chair et Poisson</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c38">289</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Marchandises de Beurre, Œufs, Fromages +et Legumes</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c39">296</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Offices de fruiteries</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c40">300</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Panneterie et Patisserie</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c41">304</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Marchandises de Vins et d’Aprests</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c42">309</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Hostels garnis et Tables d’Auberges</td> +<td class="bot r"><div><a href="#c43">316</a></div></td></tr> +</table> +</div> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak maigre" id="index">TABLE ALPHABÉTIQUE<br> +<span class="xsmall">DES PRINCIPALES</span><br> +<span class="small">MATIÈRES CONTENUES EN CET OUVRAGE<a id="FNanchor_1183" href="#Footnote_1183" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h2> + +<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1183" href="#FNanchor_1183"><span class="label">[1]</span></a> Afin de continuer à reproduire aussi exactement que +possible le livre de Blegny, nous nous sommes conformé +pour cette table, comme disposition, texte et orthographe, +à celle qu’il a donnée dans sa première édition et qui — nous +ignorons pourquoi — ne se retrouve pas dans la +seconde. Nous nous sommes contenté d’y faire les additions +nécessaires.</p> +</div> + +<p class="c">A.</p> + +<ul> +<li>Abrégé de la science des temps, II, 205.</li> +<li>Académies, I, <a href="#p120">120</a>.</li> +<li>Académie de découvertes, I, <a href="#pxlv">xlv</a>, <a href="#pxlix">xlix</a>, <a href="#p9">9</a>.</li> +<li>Académie Françoise (Listes de 1676 et 1705), II, 275, 289.</li> +<li>Accouchements, I, <a href="#p159">159</a> et II, 69.</li> +<li>Adresses casuelles de la ville de Paris, I, <a href="#pxlij">xlij</a>.</li> +<li>Affaires ecclésiastiques, I, <a href="#p15">15</a>.</li> +<li>Adresses recouvertes après l’impression, II, 68.</li> +<li>Adresses diverses, II, 73.</li> +<li>Adresses (autres) nouvellement recouvertes, II, 177.</li> +<li>Affiches, I, <a href="#pvj">vj</a>, <a href="#pxxxij">xxxij</a>, <a href="#pxxxiv">xxxiv</a> ; II, 345, 357.</li> +<li>Affiches (petites), I, <a href="#p10">10</a>.</li> +<li>Afficheurs, II, 75.</li> +<li>Agneaux, I, <a href="#p292">292</a>.</li> +<li>Aiguilles, II, 24.</li> +<li>Alimens, I, <a href="#p289">289</a>.</li> +<li>Almanachs, I, <a href="#p193">193</a> ; II, 190.</li> +<li>Almanach spirituel, I, <a href="#p26">26</a>.</li> +<li>Amirauté, I, <a href="#p70">70</a>.</li> +<li>Andouilles, I, <a href="#p293">293</a>-294.</li> +<li>Anchois, I, <a href="#p302">302</a>-303.</li> +<li>Animaux, I, <a href="#p289">289</a>. (Chair et poisson.)</li> +<li>Apoticaires, II, 69.</li> +<li>Architecture et Maçonnerie, II, 102.</li> +<li>Arcs de carosses, I, <a href="#p47">47</a>, <a href="#p267">267</a>.</li> +<li>Ardoises, II, 118.</li> +<li>Argenteurs, I, <a href="#p287">287</a>.</li> +<li>Armes et Bagages de guerre et de chasse, I, <a href="#p261">261</a>.</li> +<li>Armoires, II, 344.</li> +<li>Asnes, I, <a href="#p264">264</a>.</li> +<li>Auberges (tables d’Auberges) et Hostels garnis, I, <a href="#p316">316</a>.</li> +<li>Avis du Bureau d’adresse (Liste des), II, 302.</li> +<li>Avis généraux, II, 341.</li> +<li>Avis du journal général de France (Liste des), II, 373.</li> +</ul> +<p class="c">B.</p> + +<ul> +<li>Bailliage du Palais, I, <a href="#p77">77</a>.</li> +<li>— du Temple, I, <a href="#p86">86</a>.</li> +<li>— de Saint-Jean de Latran, I, <a href="#p86">86</a>.</li> +<li>Bains et Etuves, I, <a href="#p182">182</a>.</li> +<li>Balliveaux, II, 122.</li> +<li>Bandages, I, <a href="#p13">13</a>.</li> +<li>Banquiers, I, <a href="#p117">117</a>.</li> +<li>Banquiers expéditionnaires en cour de Rome, I, <a href="#p18">18</a> et II, 68.</li> +<li>Baromètres, I, <a href="#p242">242</a>.</li> +<li>Bas, II, 30.</li> +<li>Bateaux (gardes), I, <a href="#p111">111</a>.</li> +<li>Bateurs d’or, II, 46.</li> +<li>Bâtimens du Roy, II, 87.</li> +<li>Bénéfices et Bénéficiers, I, <a href="#p19">19</a>.</li> +<li>Bêtes azines, I, <a href="#p264">264</a>.</li> +<li>Beurre (Marchandises de), œufs, fromages et légumes, I, <a href="#p296">296</a>.</li> +<li>Bible polyglotte, II, 319.</li> +<li>Bibliothèques, I, <a href="#p129">129</a>.</li> +<li>Bijouteries, I, <a href="#p237">237</a>.</li> +<li>Bijouterie de cire, II, 68.</li> +<li>Billards, I, <a href="#p274">274</a>.</li> +<li>Biscuits, I, <a href="#p301">301</a>.</li> +<li>Boëtes d’Allemagne, II, 23.</li> +<li>Bœufs, I, <a href="#p291">291</a>.</li> +<li>Bois de taillis à vendre, II, 338.</li> +<li>Bonneterie (Ouvrage et Commerce de), II, 28.</li> +<li>Bonnets carrés, II, 75.</li> +<li>Bottes, II, 65.</li> +<li>Bouchons de liège, II, 7.</li> +<li>Boucles d’oreilles, II, 317.</li> +<li>Boulangers, I, <a href="#p306">306</a>.</li> +<li>Boules à jouer, I, <a href="#p274">274</a>.</li> +<li>Bois à brûler, II, 8.</li> +<li>— à bâtir.</li> +<li>Boudin blanc, I, <a href="#p294">294</a>.</li> +<li>Bouquetières, I, <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Bouteilles de poche, II, 42.</li> +<li>Brefs et Bréviaires, I, <a href="#p192">192</a>.</li> +<li>Bureau d’Adresses (Listes générales du), II, 332-346, 356, 364.</li> +<li>Bureau des Indes Orientales et Occidentales, I, <a href="#p108">108</a>-109.</li> +<li>Bureau d’adresses ou de rencontre, I, <a href="#pxx">xx</a>, <a href="#pxxiv">xxiv</a> et II, 302.</li> +<li>Bureau des Merciers, II, 18.</li> +<li>Bureaux publics, I, <a href="#p106">106</a>.</li> +<li>Buscs et bois d’Evantails, II, 24.</li> +</ul> +<p class="c">C.</p> + +<ul> +<li>Cabarets. V. <i><a href="#traiteurs">Traiteurs</a></i>.</li> +<li>Cabinets d’ébeine, II, 353, 382.</li> +<li>Cabinets, I, <a href="#pxxxiv">xxxiv</a>.</li> +<li>Café et cacao, I, <a href="#p303">303</a>.</li> +<li>Caffé et chocolat, I, <a href="#p303">303</a>.</li> +<li>Caisses de jardin, I, <a href="#p282">282</a>.</li> +<li>Calçons et chaussons de chamois, II, 37.</li> +<li>Calendrier, II, 218.</li> +<li>Calottes, II, 75.</li> +<li>Cancers, I, <a href="#p170">170</a>.</li> +<li>Canepin, II, 75.</li> +<li>Canifs, II, 48.</li> +<li>Caractères d’imprimerie, I, <a href="#p194">194</a>.</li> +<li>Caractères des signes et planètes, II, 200.</li> +<li>Carrafons, I, <a href="#p303">303</a>.</li> +<li>Carrières, II, 112, 113.</li> +<li>Carosses de louage, remises, I, <a href="#p266">266</a>.</li> +<li>Carosses de route, II, 160.</li> +<li>Carrosses à vendre, II, 323, 325, 348, 359, 367.</li> +<li>Cartes à jouer, I, <a href="#p274">274</a>.</li> +<li>Carte généalogique de France, II, 322.</li> +<li>Cartons, II, 27.</li> +<li>Cassolettes philosophiques, I, <a href="#p243">243</a> et II, 35.</li> +<li>Catherinettes, I, <a href="#px">x</a>, <a href="#pxij">xij</a>.</li> +<li>Cerisaies à Montmorency, II, 311.</li> +<li>Chair et poisson, I, <a href="#p289">289</a>.</li> +<li>Chaircutiers, I, <a href="#p293">293</a>.</li> +<li>Chaises de moquette, II, 315, 353.</li> +<li>Chaises de porteur, II, 339.</li> +<li>Chaises roulantes, II, 317, 333, 366.</li> +<li>Chaisnetiers, I, <a href="#p296">296</a>.</li> +<li>Chambre des comptes, I, <a href="#p64">64</a>.</li> +<li>Chambre souveraine des décimes, I, <a href="#p85">85</a>.</li> +<li>Chambre du Trésor, I, <a href="#p75">75</a>.</li> +<li>Chancellerie, I, <a href="#p146">146</a> ; II, 348.</li> +<li>Changements, I, <a href="#p79">79</a>.</li> +<li>Chapeaux (Commerce de), II, 38, 63.</li> +<li>Chapeaux à vendre, II, 320.</li> +<li>Charbon de terre, charbon de bois, II, 9.</li> +<li>Charges à vendre, II, 310, 338, 347, 348, 350, 352, 359, 362, 366.</li> +<li>Charrettes de routes, I, <a href="#p263">263</a> ; II, 174.</li> +<li>Charité (directrices de), I, <a href="#p23">23</a>.</li> +<li>Châtelet, I, <a href="#p70">70</a>.</li> +<li>Chaux, II, 105.</li> +<li>Chevaux et équipages, I, <a href="#p264">264</a>.</li> +<li>Chevaux à vendre, II, 317, 319, 321, 323, 327, 333, 347, 353, 359, 360, 367.</li> +<li>Cheveux (Ouvrages et Marchandises de), II, 39.</li> +<li>Chiens, I, <a href="#p273">273</a>.</li> +<li>Chinoiseries, V. <i><a href="#lachinage">Lachinage</a></i>.</li> +<li>Chirurgiens, II, 68.</li> +<li>Choses diverses à vendre, II, 316.</li> +<li>Cicle solaire, II, 211.</li> +<li>Ciment, II, 105.</li> +<li>Cireure (cirage) de cordonniers, II, 67.</li> +<li>Citrons, I, <a href="#p302">302</a>.</li> +<li>Clavecins, I, <a href="#p205">205</a> ; II, 72.</li> +<li>Clouds, II, 137.</li> +<li>Coches par terre et par eaux, II, 172.</li> +<li>Cochons, I, <a href="#p292">292</a>.</li> +<li>Coffres, I, <a href="#p239">239</a>.</li> +<li>Coiffeuses, I, <a href="#p271">271</a> ; II, 41, 73.</li> +<li>Collèges, I, <a href="#p138">138</a>.</li> +<li>Colliers de perles à vendre, II, 319, 322, 361.</li> +<li>Commerce des Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, I, <a href="#p244">244</a>.</li> +<li><i lang="la" xml:lang="la">Committimus</i> (droit de), II, 375.</li> +<li>Conférences, I, <a href="#p127">127</a> ; II, 86.</li> +<li>Connétablie, I, <a href="#p75">75</a>.</li> +<li>Confiseurs, I, <a href="#p300">300</a>.</li> +<li>Confituriers I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a>.</li> +<li>Conseils du Roi et Chancellerie, I, <a href="#p46">46</a>.</li> +<li>Conserves balsamiques, I, <a href="#p170">170</a>.</li> +<li>Consuls, I, <a href="#p76">76</a>.</li> +<li>Consultations chirurgicales, I, <a href="#p158">158</a>.</li> +<li>Consultations médicinales, I, <a href="#p151">151</a> ; II, 77.</li> +<li>Contraintes judiciaires, I, <a href="#p100">100</a> ; II, 343.</li> +<li>Coquillages, I, <a href="#p236">236</a>.</li> +<li>Cordes à instruments, I, <a href="#p215">215</a>.</li> +<li>Cordonnerie (Ouvrages et Marchandises de), II, 65.</li> +<li>Courriers, II, 249.</li> +<li>Cours des Aides, I, <a href="#p63">63</a> ; II, 78.</li> +<li>Cours des Monnoyes, I, <a href="#p69">69</a>.</li> +<li>Courtiers, Couratiers, I, <a href="#pxij">xij</a>, <a href="#p10">10</a>.</li> +<li>Couteliers, Couteaux, II, 47.</li> +<li>Craquelins, Biscuits, Macarons, etc., I, <a href="#p301">301</a>.</li> +<li>Crêpes et Crêpons, II, 13.</li> +<li>Creusets, II, 75.</li> +<li>Cristal minéral, I, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Cuirs et vendeurs de cuirs, II, 86.</li> +<li>Cuivre, II, 46.</li> +<li>Curé d’Evry, empirique, I, <a href="#p156">156</a>.</li> +<li>Curieuses (Dames), I, <a href="#p231">231</a>.</li> +<li>Curieux (Fameux) des Ouvrages magnifiques, I, <a href="#p216">216</a>.</li> +<li>Curiosités (Commerce de) et de bijouterie, I, <a href="#p236">236</a>.</li> +</ul> +<p class="c">D.</p> + +<ul> +<li>Damasquinerie, I, <a href="#p240">240</a>.</li> +<li>Danse, I, <a href="#p124">124</a>, <a href="#p126">126</a>.</li> +<li>Déclarations du Roy, I, <a href="#p190">190</a>.</li> +<li>Découpeurs, I, <a href="#p62">62</a>.</li> +<li>Demandes pour acheter, II, 327, 340, 354, 368, 382.</li> +<li>Dents malades, I, <a href="#p170">170</a>-172 ; II, 178.</li> +<li>Dentelles, Points, Boutons, Galons d’or, II, 16-17.</li> +<li>Département des courriers, II, 249.</li> +<li>Descentes (Bandages), I, <a href="#p12">12</a>, <a href="#p173">173</a> et II, 85.</li> +<li>Diamants du Temple, I, <a href="#p248">248</a> ; II, 316.</li> +<li>Diamants à vendre, II, 322.</li> +<li>Docteurs et Licentiez en droit, I, <a href="#p87">87</a>.</li> +<li>Domestiques, I, <a href="#pvj">vj</a> ; II, 49, 344, 358, 376.</li> +<li>Doreurs, Argenteurs, I, <a href="#p287">287</a>.</li> +<li>Draperies, II, 11, 314.</li> +<li>Drogueries, I, <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Drogueries chimiques, I, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Drogueries étrangères et de Montpellier, I, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Durée des jours et des nuits, II, 242.</li> +</ul> +<p class="c">E.</p> + +<ul> +<li>Eau catholique de Paracelse, II, 320-321.</li> +<li>Eau de Cordoue, I, <a href="#p172">172</a> ; II, 34.</li> +<li>Eaux distillées, I, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Eaux et forêts, I, <a href="#p76">76</a>.</li> +<li>Eau histerique, I, <a href="#p172">172</a>.</li> +<li>Eau rouge de la reine d’Hongrie, I, <a href="#p172">172</a>.</li> +<li>Eaux minérales, I, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Eaux de vie, I, <a href="#p176">176</a>.</li> +<li>Echets, I, <a href="#p274">274</a>.</li> +<li>Ecoles (petites), I, <a href="#p18">18</a>.</li> +<li>Ecole médicinale, I, <a href="#p141">141</a>.</li> +<li>Ecrans, II, 22.</li> +<li>Eclipses, II, 242.</li> +<li>Ecritoires, II, 27.</li> +<li>Ecrivains jurés, I, <a href="#p249">249</a> ; II, 53.</li> +<li>Edits et déclarations du Roy, I, <a href="#p190">190</a>.</li> +<li>Eolipiles, II, 324.</li> +<li>Eguilles et Epingles, II, 24.</li> +<li>Election, I, <a href="#p77">77</a>.</li> +<li>Emailleurs, I, <a href="#p242">242</a>.</li> +<li>Emplâtre de la manufacture royale, I, <a href="#p13">13</a>.</li> +<li>Epacte et Lunaisons, II, 213.</li> +<li>Epiciers, I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a>, <a href="#p302">302</a> ; II, 5-6.</li> +<li>Epiceries et autres denrées domestiques, II, 5.</li> +<li>Essences de Rome et de Gènes, II, 33.</li> +<li>Essence végétale, I, <a href="#p14">14</a>,172.</li> +<li>Estampes et tableaux, I, <a href="#p239">239</a>.</li> +<li>Etoffes à meubler, I, <a href="#p284">284</a>.</li> +<li>Etoffes indiennes, II, 13.</li> +<li>Etoffes d’Italie, II, 13.</li> +<li>Etoffes de soie d’or et d’argent, I, <a href="#p272">272</a> et II, 13.</li> +<li>Etoffes de l’Apport-Paris, II, 339.</li> +<li>Etuves ordinaires, I, <a href="#p182">182</a>.</li> +<li>Evantails, II, 20.</li> +<li>Exercices (Nobles) pour la belle éducation, I, <a href="#p253">253</a>.</li> +<li>Exercices de piété, I, <a href="#p21">21</a>.</li> +<li>Experts Ecrivains, II, 53.</li> +<li>— Arithméticiens, II, 54.</li> +<li>— Maçons, Charpentiers, II, 54.</li> +<li>— Couvreurs, II, 54.</li> +<li>— Généalogistes, II, 53.</li> +</ul> +<p class="c">F.</p> + +<ul> +<li>Fabrique des Monnoyes, II, 245.</li> +<li>Fayences, I, <a href="#p283">283</a> ; II, 43.</li> +<li>Fer (Ouvrages et Marchandises de), II, 129.</li> +<li>Fer blanc, II, 46, 131.</li> +<li>Fermiers généraux, I, <a href="#p28">28</a>, <a href="#p32">32</a> ; II, 79.</li> +<li>Ferme à vendre, II, 313.</li> +<li>Ferrailles, II, 129.</li> +<li>Fêtes mobiles, II, 217.</li> +<li>Feux d’artifices, I, <a href="#p272">272</a>.</li> +<li>Figures de plâtre bronzées, I, <a href="#p241">241</a>.</li> +<li>Fileurs d’or, II, 46.</li> +<li>Finances royales, I, <a href="#p26">26</a>, <a href="#p33">33</a>.</li> +<li>Flûtes et Flageollets, I, <a href="#p212">212</a>.</li> +<li>Foires (Etat des plus considérables), II, 266.</li> +<li>Fontainiers, II, 155.</li> +<li>Fourneaux, II, 75.</li> +<li>Fourrures, II, 35, 38.</li> +<li>Frère Ange, empirique, I, <a href="#p157">157</a>.</li> +<li>Frères cordonniers, II, 67, 322.</li> +<li>Frères tailleurs, II, 61.</li> +<li>Friperie, II, 60.</li> +<li>Fromages, I, <a href="#p297">297</a>.</li> +<li>Fruiterie (offices de), I, <a href="#p300">300</a>.</li> +<li>Fruits secs I, <a href="#p302">302</a>.</li> +</ul> +<p class="c">G.</p> + +<ul> +<li>Gants (marchandises des gantiers et parfumeurs), II, 31.</li> +<li>Garçons de métier, II, 50.</li> +<li>Garçons de cuisine et de cabaret, II, 49.</li> +<li>Garnitures de rubans, II, 24.</li> +<li>Gazettes, I, <a href="#pxvij">xvij</a>, <a href="#pxxix">xxix</a>, <a href="#p193">193</a>.</li> +<li>Généalogies, II, 53.</li> +<li>Gibecières, I, <a href="#p273">273</a>.</li> +<li>Gobelins, II, 92-93.</li> +<li>Glaces de miroirs, II, 141, 142.</li> +<li>Grand Conseil, I, <a href="#p61">61</a>.</li> +<li>Grains balsamiques, I, <a href="#p13">13</a>, <a href="#p171">171</a>.</li> +<li>Grains dépuratifs du sang, I, <a href="#p172">172</a>.</li> +<li>Graines de jardins, I, <a href="#p282">282</a>.</li> +<li>Graveurs en taille douce, II, 68.</li> +<li>Graveurs de médailles, II, 153.</li> +<li>Graveurs en lettres, II, 152.</li> +<li>Graveurs en pierre, II, 153.</li> +<li>Greffiers du Parlement, I, <a href="#p94">94</a>.</li> +<li>Grenailles, I, <a href="#p248">248</a>.</li> +<li>Grenier à sels, I, <a href="#p79">79</a>.</li> +<li>Guainiers, II, 37, 49, 74.</li> +<li>Guinguettes, II, 305.</li> +<li>Guipures, II, 17.</li> +<li>Guitarre, I, <a href="#p211">211</a>.</li> +</ul> +<p class="c">H.</p> + +<ul> +<li>Habillements (habits d’hommes et de femmes), II, 58.</li> +<li>Habits et manteaux à vendre, II, 319.</li> +<li>Habits faits de théâtre et de mascarade à quatre pistoles par an, I, <a href="#p271">271</a> et II, 62.</li> +<li>Hameçons, I, <a href="#p296">296</a>.</li> +<li>Harans, I, <a href="#p295">295</a>.</li> +<li>Hautbois, I, <a href="#p212">212</a>.</li> +<li>Herbages, I, <a href="#p165">165</a>.</li> +<li>Hôtel de Ville, I, <a href="#p75">75</a>.</li> +<li>Heures, I, <a href="#p192">192</a>.</li> +<li>Horlogers. V. <i><a href="#orlogeurs">Orlogeurs</a></i>.</li> +<li>Hospitaux (Administration des), I, <a href="#p112">112</a>.</li> +<li>Hostels garnis et tables d’Auberges, I, <a href="#p316">316</a>.</li> +<li>Huile d’amandes et autres tirées sans feu, I, <a href="#p175">175</a>.</li> +<li>Huile d’olive, II, 5.</li> +<li>Huissiers, I, <a href="#p100">100</a>.</li> +<li>Hydromètres, I, <a href="#p242">242</a>.</li> +<li>Hypocras, I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a>.</li> +</ul> +<p class="c">I.</p> + +<ul> +<li>Immeubles à louer, à vendre, à échanger, II, 304.</li> +<li>Indiction romaine, II, 212.</li> +<li>Instructions (premières) de la jeunesse, I, <a href="#p248">248</a>.</li> +<li>Instruments mathématiques et de chirurgie, II, 48.</li> +<li>Instruments à vents, I, <a href="#p212">212</a> ; II, 72.</li> +</ul> +<p class="c">J.</p> + +<ul> +<li>Jambons, I, <a href="#p293">293</a>.</li> +<li>Jardin médicinal, I, <a href="#p26">26</a>.</li> +<li>Jardin Royal, II, 87.</li> +<li>Jardinages, I, <a href="#p275">275</a>.</li> +<li>Jartières, II, 23.</li> +<li>Jeûnes et solemnitez, II, 215.</li> +<li>Jurés bourgeois, II, 54.</li> +<li>Jouailleries, II, 23.</li> +<li>Juges et Consuls, I, <a href="#p76">76</a>.</li> +<li><i>Journal des avis et affaires de Paris</i>, I, <a href="#pxxxv">xxxv</a>.</li> +<li><i>Journal des Savants</i>, I, <a href="#p191">191</a>.</li> +<li><i>Journal du Bureau de rencontre</i>, I, <a href="#pxxxix">xxxix</a>.</li> +<li>Juridiction des Poudres et Salpêtres, 1, 79.</li> +<li>— des Garennes, <i>ibid.</i></li> +<li>— du Chantre Notre-Dame, I, <a href="#p17">17</a>, <a href="#p20">20</a>.</li> +</ul> +<p class="c">L.</p> + +<ul> +<li>Laboratoire du sieur de Blégny, I, <a href="#p169">169</a>.</li> +<li id="lachinage">Lachinage, I, <a href="#p239">239</a>.</li> +<li>Lait d’anesses, de chèvres ou de vaches, II, 72.</li> +<li>Lancettes, II, 47.</li> +<li>Lapins, I, <a href="#p273">273</a>.</li> +<li>Laquais, II, 50, 344, 358, 376.</li> +<li>Lard, I, <a href="#p293">293</a>.</li> +<li>Leçons particulières, I, <a href="#p138">138</a>.</li> +<li>Leton, II, 46.</li> +<li>Lettre Dominicale, II, 211.</li> +<li>Librairie (impressions et Commerce de), I, <a href="#p19">19</a>, <a href="#p185">185</a>.</li> +<li>Lieux où se trouveront tous les quinze jours les livres d’avis, II, 330.</li> +<li>Linges, points et dentelles, II, 15.</li> +<li>Lingots d’or et d’argent, I, <a href="#p248">248</a>.</li> +<li>Lits, I, <a href="#p284">284</a>, <a href="#p285">285</a>.</li> +<li>Lits à vendre, II, 314, 315, 334, 352, 360, 361, 368.</li> +<li>Litières, I, <a href="#p267">267</a>.</li> +<li>Livres d’avis, II, 330.</li> +<li>Livres de Mathématiques, I, <a href="#p190">190</a>.</li> +<li>Livres de Médecine, I, <a href="#p162">162</a>, <a href="#p163">163</a>, <a href="#p190">190</a>.</li> +<li>Livres de piété et d’église, I, <a href="#p20">20</a>, <a href="#p26">26</a>.</li> +<li>Lods et ventes, II, 309.</li> +<li>Loupes, I, <a href="#p174">174</a>.</li> +<li>Lustres et girandoles, II, 143.</li> +<li>Luths, I, <a href="#p211">211</a>.</li> +</ul> +<p class="c">M.</p> + +<ul> +<li>Macarons, I, <a href="#p301">301</a>.</li> +<li>Machinistes, II, 121.</li> +<li>Maçonnerie (lieutenant général de la), I, <a href="#p78">78</a> ; II, 102.</li> +<li>Maçons et Manœuvres, II, 102.</li> +<li>Magistrats (principaux), I, <a href="#p55">55</a>.</li> +<li>Maisons à louer, 305-308, 333, 362.</li> +<li>Maisons à vendre, II, 308-313, 334-337, 349, 351, 367, 368.</li> +<li>Maladies vénériennes, I, <a href="#p171">171</a>.</li> +<li>Maladies des yeux et des oreilles, I, <a href="#p174">174</a>.</li> +<li>Marchandises d’Outre-Mer, II, 20.</li> +<li>— de Dieppe, II, 22.</li> +<li>— de Saint-Claude, II, 23.</li> +<li>Maréchaussée, I, <a href="#p75">75</a>.</li> +<li>Marionnettes et Manequins, I, <a href="#p272">272</a>.</li> +<li>Marqueterie, I, <a href="#p286">286</a>.</li> +<li>Manufactures des ouvrages du Roy, II, 87.</li> +<li>Maroquins, I, <a href="#p109">109</a> ; II, 38.</li> +<li>Masques, I, <a href="#p271">271</a>.</li> +<li>Matériaux à bâtir, II, 105.</li> +<li>Mathématiques, I, <a href="#p146">146</a>, <a href="#p254">254</a> et II, 71.</li> +<li>Matières métalliques (Commerce de diverses matières), II, 45.</li> +<li>Matières médicinales, I, <a href="#p164">164</a>.</li> +<li>Médailles, I, <a href="#p130">130</a>, <a href="#p221">221</a>, <a href="#p223">223</a>, <a href="#p225">225</a>, <a href="#p227">227</a>, <a href="#p230">230</a> ; II, 382.</li> +<li>Médecine et Médecins, I, <a href="#p150">150</a>.</li> +<li>Médecine ordinaire, I, <a href="#p150">150</a>.</li> +<li>Médecine empirique, I, <a href="#p156">156</a>.</li> +<li>Médecins jurés, II, 52.</li> +<li>Melons, I, <a href="#p303">303</a>.</li> +<li>Menus Plaisirs, I, <a href="#p269">269</a>.</li> +<li>Menuiserie, II, 121.</li> +<li>Menuisiers en ébène, II, 353.</li> +<li>Mercerie, Quincaillerie (Commerce de), II, 18.</li> +<li><i>Mercure galant</i>, I, <a href="#p193">193</a>.</li> +<li>Mercure d’or, I, <a href="#p13">13</a>.</li> +<li>Messageries, II, 166.</li> +<li>Meubles à vendre, II, 314.</li> +<li>Meubles de la Chine, I, <a href="#p236">236</a>, <a href="#p240">240</a>.</li> +<li>Meubles ordinaires et Tapisseries, I, <a href="#p283">283</a>.</li> +<li>Meubles d’orfévrerie, II, 73.</li> +<li>Meubles vieux, I, <a href="#p287">287</a>.</li> +<li>Migniatures, II, 97, 98.</li> +<li>Miroirs, II, 21, 140, 353, 361.</li> +<li>Mirouettiers, II, 21, 140, 353, 361.</li> +<li>Moëllons, II, 107, 113.</li> +<li>Monnoies (Fabrique des nouvelles), II, 244.</li> +<li>Montres à vendre, II, 322, 361.</li> +<li>Morrhues, I, <a href="#p295">295</a>.</li> +<li>Mouches, II, 76.</li> +<li>Moulin à blé à vendre, II, 324.</li> +<li>Moutons, I, <a href="#p291">291</a>.</li> +<li>Mulets, I, <a href="#p264">264</a>.</li> +<li>Musettes, I, <a href="#p212">212</a>.</li> +<li>Musique, I, <a href="#p204">204</a>.</li> +</ul> +<p class="c">N.</p> + +<ul> +<li>Nombre d’or, II, 210.</li> +<li>Nomenclateurs, I, <a href="#pvj">vj</a>, <a href="#p7">7</a>.</li> +<li>Nourrices, II, 49.</li> +<li>Nourriture, I, <a href="#p289">289</a>.</li> +</ul> +<p class="c">O.</p> + +<ul> +<li>Œufs, I, <a href="#p296">296</a>.</li> +<li>Officialité, I, <a href="#p16">16</a>, <a href="#p18">18</a>, <a href="#p21">21</a>.</li> +<li>Officiers nouveaux, Metteurs à bord et gardes bateaux, I, <a href="#p111">111</a>.</li> +<li>Olives, I, <a href="#p303">303</a>.</li> +<li>Omissions et changements, I, <a href="#p79">79</a>.</li> +<li>Opérations chirurgicales, I, <a href="#p157">157</a> et II, 68.</li> +<li>Opérateurs pour la pierre, la cataracte, les dents, I, <a href="#p160">160</a>.</li> +<li id="orlogeurs">Orlogeurs, II, 73, 349, 361.</li> +<li>Oranges, I, <a href="#p302">302</a>.</li> +<li>Ordonnances (Nouvelles), I, <a href="#p186">186</a>.</li> +<li>Orgues, I, <a href="#p205">205</a>, <a href="#p206">206</a> ; II, 316.</li> +<li>Orvietan, I, <a href="#p169">169</a>.</li> +<li>Ouvrages exquis de peinture et de sculpture, II, 92.</li> +<li>Ouvrages et bois de Menuiserie, II, 121.</li> +<li>Ouvrages et fournitures de Charpente, II, 115.</li> +<li>Ouvrages et fournitures de Couvreurs, II, 118.</li> +<li>Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, etc. (Commerce des), I, <a href="#p244">244</a>.</li> +</ul> +<p class="c">P.</p> + +<ul> +<li>Panneterie et Patisserie, I, <a href="#p304">304</a>.</li> +<li>Paniers à fruits, I, <a href="#p301">301</a>.</li> +<li>Papetiers (Marchandises de), II, 26.</li> +<li>Parfumeurs (Marchandises des), II, 31.</li> +<li>Parlement, I, <a href="#p86">86</a>.</li> +<li>Parties casuelles, I, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p108">108</a>.</li> +<li>Pastel, II, 99.</li> +<li>Patissiers, I, <a href="#p300">300</a>, <a href="#p304">304</a>.</li> +<li>Paveurs (Ouvrage des), II, 157.</li> +<li>Peaux pour les chapeliers, II, 38.</li> +<li>— pour les foureurs, II, 38.</li> +<li>Peaux de mouton en chamois, II, 36.</li> +<li>— de chagrin, II, 37.</li> +<li>Peintures, sculptures, dorures, II, 144.</li> +<li>Peintres, II, 178 ; ouvrages de peinture, II, 92, 144.</li> +<li>Pelleterie et fourrure, II, 35.</li> +<li>Penitencier (grand), I, <a href="#p17">17</a>.</li> +<li>Pendules à vendre, II, 349.</li> +<li>Pension pour les malades, I, <a href="#p178">178</a>.</li> +<li>Pensions et répétitions pour les écoliers, I, <a href="#p138">138</a>, <a href="#p249">249</a>.</li> +<li>Perles, I, <a href="#p248">248</a> ; II, 319, 322, 361.</li> +<li>Perruques, I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a> ; II, 40.</li> +<li>Philosophes, I, <a href="#p123">123</a>.</li> +<li>Pieds de porc à la Sainte-Menehould, I, <a href="#p294">294</a>.</li> +<li>Pierre (qualité et coupe de la), II, 111, 114, 115.</li> +<li>Pierreries, I, <a href="#p247">247</a>.</li> +<li>Pigeons, I, <a href="#p273">273</a>.</li> +<li>Pistaches, I, <a href="#p304">304</a>.</li> +<li>Placages (meubles de), I, <a href="#p286">286</a>.</li> +<li>Plâtre, II, 105.</li> +<li>Plomb en balles et grains, II, 46.</li> +<li>Plomberies (Ouvrages de), II, 155.</li> +<li>Planches de Bateaux, I, <a href="#p121">121</a>, <a href="#p122">122</a>.</li> +<li>Plumes d’acier, II, 76.</li> +<li>Points, II, 17.</li> +<li>Poissons, I, <a href="#p294">294</a>, <a href="#p295">295</a>.</li> +<li>Police, I, <a href="#p186">186</a>.</li> +<li>Portraits en cire, II, 69.</li> +<li>Porcelaines, I, <a href="#p239">239</a> et II, 42.</li> +<li>Porcs, I, <a href="#p292">292</a>.</li> +<li>Poteries, Carrelage, Vuidange, II, 158.</li> +<li>Poulmoniques (Conserve et liqueur pour les), I, <a href="#p170">170</a>.</li> +<li>Précisions chronologiques et historiques des temps, II, 209.</li> +<li>Prévôté de l’Hôtel du Roy et de la Ville, I, <a href="#p74">74</a>.</li> +<li>Prévôt des Marchands, I, <a href="#p75">75</a>.</li> +<li>Prieur médecin, I, <a href="#plv">lv</a>, <a href="#p157">157</a>.</li> +<li>Prisonniers (pauvres), I, <a href="#p24">24</a>.</li> +<li>Privilégiez, Privileges à vendre, II, 77.</li> +<li>Prix des Ouvrages de Maçonnerie, II, 105.</li> +<li>— de Charpente, II, 116.</li> +<li>— de Menuiserie, II, 122.</li> +<li>— de Couvreurs, II, 119.</li> +<li>— des marchandises de fer, II, 131.</li> +<li>— des Glaces, II, 143.</li> +<li>— des Pavés, II, 157, 158.</li> +<li>— des Ouvrages de Sculpture, peinture et dorure, II, 146.</li> +<li>— des Plombs, II, 156.</li> +<li>— des Nattes et Frottages, II, 156, 160.</li> +<li>— des Vitres, II, 138, 139, 140.</li> +<li>Proxenètes (courtiers antiques), I, <a href="#pvij">vij</a>, <a href="#pviij">viij</a>.</li> +</ul> +<p class="c">Q.</p> + +<ul> +<li>Quincailliers, II, 25.</li> +</ul> +<p class="c">R.</p> + +<ul> +<li>Rabats, II, 73.</li> +<li>Recommanderesses, I, <a href="#px">x</a> ; II, 49.</li> +<li>Recueil de vers, II, 325.</li> +<li>Remarques sur la durée des jours et des nuits, II, 242.</li> +<li>— sur les systèmes du monde, II, 203.</li> +<li>Remèdes pour les chevaux, I, <a href="#p69">69</a>.</li> +<li>Remèdes du Roi, I, <a href="#p170">170</a>.</li> +<li>Rentes de l’Hôtel de Ville, I, <a href="#p42">42</a>.</li> +<li>Répétitions pour les écoliers, I, <a href="#p138">138</a>, <a href="#p249">249</a>.</li> +<li>Requestes de l’Hôtel du Roy, I, <a href="#p78">78</a>.</li> +<li>— du Palais, I, <a href="#p78">78</a>.</li> +<li>Rocfort, fromage, I, <a href="#p299">299</a>.</li> +<li>Roulliers et charrettes de routes, II, 174.</li> +<li>Rubans, II, 20.</li> +</ul> +<p class="c">S.</p> + +<ul> +<li>Sable, II, 157.</li> +<li>Sages femmes jurées, II, 69.</li> +<li>Saignée, I, <a href="#p159">159</a>.</li> +<li>Savons, II, 7, 33.</li> +<li>Savoyards, II, 21.</li> +<li>Science des Temps, II, 205.</li> +<li>Sculpteurs, II, 92, 145.</li> +<li>Sculpture (Ouvrages de), II, 145.</li> +<li>Séances des Tribunaux, I, <a href="#p78">78</a>.</li> +<li>Secret pour guérir le <i lang="la" xml:lang="la">Miserere</i>, II, 324.</li> +<li>Secrétaires du Roy, I, <a href="#p54">54</a>.</li> +<li>Secrétaires et Greffiers, I, <a href="#p93">93</a>.</li> +<li>Sel policreste, I, <a href="#p169">169</a>.</li> +<li>Sergens, I, <a href="#p100">100</a>.</li> +<li>Seringues, II, 77.</li> +<li>Sermons, I, <a href="#p200">200</a>, <a href="#p201">201</a>.</li> +<li>Serrures, II, 136.</li> +<li>Servantes, I, <a href="#px">x</a> ; II, 49.</li> +<li>Sirop de vanille, I, <a href="#p177">177</a>.</li> +<li>— de thé, febrifuge, I, <a href="#p177">177</a>.</li> +<li>Soies, II, 9.</li> +<li>Souliers, II, 67.</li> +<li>Squelettes, II, 77.</li> +<li>Sucres, II, 6.</li> +<li>Suif, II, 8.</li> +<li>Supputation des Epoques, II, 210.</li> +<li>Systêmes du monde, II, 203.</li> +</ul> +<p class="c">T.</p> + +<ul> +<li>Table de Marbre (juridiction de la), I, <a href="#p78">78</a>.</li> +<li>Tableaux, I, <a href="#p239">239</a>.</li> +<li>Tableaux à vendre, II, 360.</li> +<li>Tablettes à vendre, II, 359.</li> +<li>Tablettes d’Alary, I, <a href="#p177">177</a>.</li> +<li>Tablettes de poche, I, <a href="#p243">243</a>.</li> +<li>Taillandiers, II, 47.</li> +<li>Tailleurs, II, 59, 60, 61.</li> +<li>Tambours, I, <a href="#p263">263</a>.</li> +<li>Tamis, II, 77.</li> +<li>Tapisseries à vendre, II, 314, 336, 350, 361.</li> +<li>Tapissiers fripiers, I, <a href="#p287">287</a> ; II, 326.</li> +<li>Tapisseries et Meubles ordinaires, I, <a href="#p283">283</a>.</li> +<li>Tapisseries de cuir doré, I, <a href="#p286">286</a>.</li> +<li>— d’Auvergne, II, 340.</li> +<li>— de la Savonnerie, II, 320, 326.</li> +<li>— de Flandres, I, <a href="#p283">283</a>.</li> +<li>— de Beauvais, I, <a href="#p283">283</a>.</li> +<li>— d’Aubusson, I, <a href="#p283">283</a>.</li> +<li>— de Bergame et de Rouen, I, <a href="#p284">284</a>.</li> +<li>Tarif des nouvelles monnoyes, II, 244.</li> +<li>Temporalité, I, <a href="#p79">79</a>.</li> +<li>Tentes et pavillons de guerre, I, <a href="#p262">262</a>.</li> +<li>Tentures de haute lice, I, <a href="#p283">283</a> ; II, 315.</li> +<li>Terre cizellée, I, <a href="#p240">240</a>.</li> +<li>Théorbes, I, <a href="#p210">210</a> ; II, 326.</li> +<li>Terres, fiefs et seigneuries à vendre, II, 337, 338, 349, 360, 363, 367.</li> +<li>Thériaque de Rouvière, I, <a href="#p167">167</a>.</li> +<li>Thermomètres, I, <a href="#p242">242</a>.</li> +<li>Tireurs d’or, II, 46.</li> +<li>Toiles cirées, II, 76.</li> +<li>Tontine, I, <a href="#p44">44</a>.</li> +<li>Tourneurs, II, 51, 103-104.</li> +<li id="traiteurs">Traiteurs, I, <a href="#p314">314</a>, <a href="#p315">315</a>, <a href="#p319">319</a>.</li> +<li>Treillis d’Allemagne, II, 13.</li> +<li>Trésor des Almanachs, II, 193.</li> +<li>Trésor d’Esculape, II, 177.</li> +<li>Trésor Royal (Gardes du), I, <a href="#p28">28</a>.</li> +<li>Trésoriers, I, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p53">53</a>.</li> +<li>Tribunaux, I, <a href="#p78">78</a>.</li> +<li>Triquetracts, I, <a href="#p274">274</a>.</li> +<li>Trompettes et timbales, I, <a href="#p215">215</a> ; II, 73.</li> +<li>Truffles, II, 71.</li> +<li>Tuiles, II, 119.</li> +<li>Tuyaux de tolle de fer à brûler du bois sans fumée, II, 76.</li> +</ul> +<p class="c">V.</p> + +<ul> +<li>Vacations des Tribunaux, I, <a href="#p86">86</a>.</li> +<li>Vaches de Roussy, II, 37, 38.</li> +<li>Volailles, I, <a href="#p292">292</a>.</li> +<li>Vapeurs, I, <a href="#p171">171</a> ; II, 79.</li> +<li>Veaux, I, <a href="#p291">291</a>.</li> +<li>Verre (Vitriers), II, 44, 138.</li> +<li>Verrerie (Commerce des Verriers), II, 41.</li> +<li>Vérifications et rapports de jurez, II, 52.</li> +<li>Vins de liqueurs, I, <a href="#p301">301</a>.</li> +<li>Vins (Marchandises et aprest de), I, <a href="#p309">309</a> et II, 318, 324.</li> +<li>Violle et Viollon, I, <a href="#p209">209</a>, <a href="#p210">210</a> et II, 317.</li> +<li>Vieux papiers et parchemins, II, 28.</li> +<li>Vitriers (Ouvrage des), II, 138.</li> +<li>Voyer, I, <a href="#p109">109</a>.</li> +</ul> +<p class="c">Y.</p> + +<ul> +<li>Yeux artificiels, II, 75.</li> +</ul> +<div class="chapter"></div> + +<h2 class="nobreak">TABLE DU TOME PREMIER</h2> + + +<div class="flex"> +<table> +<tr><td class="drap">Introduction</td> +<td class="bot r"><div><a href="#intro">v</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Le <i>livre commode</i> contenant les adresses de la ville de Paris</td> +<td class="bot r"><div><a href="#debut">1</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Table générale des articles</td> +<td class="bot r"><div><a href="#table">323</a></div></td></tr> +<tr><td class="drap">Table alphabétique des matières contenues dans les deux volumes</td> +<td class="bot r"><div><a href="#intro">325</a></div></td></tr> +</table> +</div> +<div class="chapter"></div> +<div class="trnote"> +<h2 class="nobreak">NOTE DU TRANSCRIPTEUR</h2> + + +<p>L’orthographe est conforme à l’original.</p> + +<p>On a recopié, dans cette transcription du tome premier, la partie +correspondante de la table des articles, ainsi que l’index alphabétique, +qui figurent dans le tome II de l’original. On a également ajouté une +table pour le présent tome, sur le modèle de celle du tome II (en +reprenant les libellés des éléments recopiés, et en extrapolant les +numéros de page).</p> + +</div> + +<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 ***</div> +</body> +</html> + diff --git a/75205-h/images/cover.jpg b/75205-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0577764 --- /dev/null +++ b/75205-h/images/cover.jpg diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..e50bf62 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #75205 (https://www.gutenberg.org/ebooks/75205) |
