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+
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 ***
+
+
+
+
+
+
+ LE
+ LIVRE COMMODE
+ DES ADRESSES DE PARIS
+ pour 1692
+
+ par
+ ABRAHAM DU PRADEL
+ (NICOLAS DE BLEGNY)
+
+ Suivi d’appendices,
+ précédé d’une introduction, et annoté
+ par
+ ÉDOUARD FOURNIER
+
+ Tome Ier
+
+
+ PARIS
+ Paul DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE
+ DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE
+ 7, rue Guénégaud
+
+ M DCCC LXXVIII
+
+
+
+
+OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.
+
+
+ _Histoire de la Butte des Moulins_, suivie d’une étude historique sur
+ les demeures de Pierre Corneille à Paris, avec deux vues de la Butte
+ en 1551 et 1652. Beau volume in-18, papier vélin. 3 fr. 50
+
+ _Le Vieux Neuf_. Seconde édition, refondue et considérablement
+ augmentée. 3 vol. gr. in-18. 15 fr.
+
+ _L’Esprit des autres_. 5e édition refondue et considérablement
+ augmentée. 1 vol. in-18. (Sous presse.)
+
+
+Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
+
+Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.
+
+
+
+
+INTRODUCTION.
+
+
+Les guides, les _ciceroni_ dans les grandes villes sont aussi anciens
+qu’elles. Nous n’en connaissons pas une, du moins, parmi les plus
+célèbres, qui n’ait eu les siens.
+
+Athènes et Corinthe offroient aux étrangers qui les visitoient tout un
+collége d’_exégètes_ (conducteurs), «dont la charge, lisons-nous dans
+les _Mélanges_ publiés sous le nom de Vigneul Marville[1], étoit de leur
+faire voir ce qu’il y avoit de curieux, de leur expliquer les
+inscriptions anciennes et tout ce qui concernoit ce genre d’érudition.»
+
+ [1] T. II, p. 217.
+
+Pausanias n’a eu garde de les oublier. Ils avoient dû, en effet, lui
+être fort utiles pour le renseigner sur les détails d’art et d’antiquité
+que recherchoit surtout sa curiosité de voyageur. L’_Itinéraire_, qu’il
+rédigea au retour, est rempli de ce qu’il recueillit à leur suite. On y
+trouve, à chaque page de ses dix livres, une trace de leurs
+renseignements. Aussi cette première relation d’un _Voyage en Grèce_
+n’est-elle, elle-même, comme on l’a justement remarqué[2], qu’une sorte
+de guide du touriste.
+
+ [2] _Biog. génér._, t. XXXIX, p. 415.
+
+De Rome, où, comme à Pompeï, les affiches étoient d’ailleurs en
+usage[3], il nous est resté, pour la ville même, distribuée par régions,
+deux de ces «guides», l’un de Publius Victor, l’autre plus incomplet
+attribué à Sextus Rufus. Les indications n’y sont que sommaires, mais
+d’une multiplicité de détails surprenante. Il n’y est fait grâce ni du
+plus petit temple (_ædicula_), ni d’un bain, ni d’un arbre, si peu qu’il
+fût consacré, etc., etc.
+
+ [3] V. _Le Vieux-neuf_, 2e édit., t. II, p. 64, note; et 94-95.
+
+Pour compléter ces «guides» écrits et empêcher qu’on ne s’égarât dans le
+labyrinthe de curiosités qu’ils vous ouvroient, il y avoit ce qu’on
+appeloit des _nomenclatores_[4], sortes de guides parleurs et bavards,
+qui--leur nom le disoit--vous faisoient la liste, vous dressoient, de
+mémoire, «la nomenclature», nom par nom, de toutes les personnes de
+distinction qui passoient, et vous animoient ainsi la rue ou la place,
+dont ils vous montroient les monuments. De cette façon, ils
+n’expliquoient pas seulement le tableau, ils y mettoient les
+personnages.
+
+ [4] Cicero, _ad Atticum_, lib. IV.
+
+Les riches patriciens avoient de ces «nomenclateurs» parmi leurs
+esclaves. Ils leur faisoient tenir pour eux une sorte d’almanach des
+adresses, où figuroient, avec les gens composant leur «clientèle», les
+nombreux amis que leur avoit tout naturellement attirés la richesse.
+
+L’usage de ces esclaves dresseurs de listes existoit depuis longtemps
+chez les rois d’Asie, et c’est de là qu’il étoit venu à Rome. Sénèque ne
+le condamna que plus sévèrement dans un de ses traités, où cet étalage
+de clients et d’amis ne lui semble qu’une ostentation de cour:
+
+«C’est, dit-il[5], une vieille coutume des rois ou de ceux qui imitent
+les rois, de faire enregistrer un peuple d’amis.»
+
+ [5] _De Beneficiis_, lib. VI, cap. 33.
+
+A côté du renseignement curieux, l’étranger pouvoit, dans les villes
+grecques, trouver le renseignement utile. Étoit-ce un Corinthien de
+passage à Athènes, ou un Athénien à Corinthe? Il trouvoit chez le chargé
+d’affaires de sa ville tout ce qui pouvoit l’empêcher de s’égarer ou
+d’être pris pour dupe. Le gîte même, s’il arrivoit avec une mission de
+ses concitoyens, lui étoit fourni par ce fonctionnaire--nous allions
+presque dire ce consul--complaisant et hospitalier[6].
+
+ [6] Boeckh, _Economie politique des Athéniens_, t. I, p. 388.
+
+On l’appeloit _Proxène_, mot que reprirent les Romains pour en faire
+celui de _Proxeneta_, qui n’eut que plus tard le sens déshonnête qu’il
+devoit prendre et que nous avons laissé à son dérivé proxénète.
+
+D’abord, le _proxeneta_ n’étoit à Rome qu’une sorte de courtier en
+marchandises, un intermédiaire, _intercessor_, comme dit Apulée, entre
+l’acheteur et le vendeur. Il s’entremettoit pour les affaires de change,
+qui ont toujours tant importé aux étrangers. Il négocioit même pour eux
+ou pour les clients urbains, des emprunts à intérêts[7]. En ce cas, il
+prenoit le nom spécial de _pararius_[8]. De tout cela, il formoit un
+ensemble d’affaires, auxquelles on avoit donné le nom particulier de
+_proxenetica_, et que la loi reconnoissoit comme légales: _Proxenetica_,
+lit-on dans le Digeste[9], _jure licito petuntur_.
+
+ [7] Sénèque, _Epître_ 119.
+
+ [8] _Id. Des bienfaits_, liv. III.
+
+ [9] Liv. 50, tit. 14, loi 1re.
+
+Malheureusement d’autres trafics s’y mêlèrent peu à peu pour primer
+honteusement les premiers. Le proxénétisme devint ce que nous
+l’indiquions tout-à-l’heure. Les proxénètes finirent par n’être plus que
+des entremetteurs, des courtiers de débauches.
+
+D’autres agents, les _prosagogues_ qui s’étoient faits, comme les
+_exégètes_, mais avec moins de savoir, les interprètes et les
+conducteurs des étrangers, tombèrent aussi, par l’abus de leur métier,
+dans une infamie qui n’étoit pas moins dégradante. Ils se firent espions
+et délateurs. S’ils renseignoient d’un côté ceux qui en toute confiance
+les prenoient pour guides, de l’autre ils donnoient sur eux et contre
+eux des renseignements à la police. Plutarque s’en est plaint dans la
+_Vie de Dion_.
+
+A l’époque même, où ils n’en étoient pas encore là, et s’en tenoient aux
+choses permises de leur profession d’interprètes et de «donneurs
+d’indications», ils n’avoient pas semblé au grand philosophe de la vie
+pratique, Aristote, d’une utilité suffisamment étendue et sérieuse.
+
+Pour qu’il fût possible à chacun de s’éclairer sur ce qui importoit à
+son travail ou à ses affaires, il eût voulu plus et mieux que ces
+_proxénètes_ et ces _prosagogues_: «Il est nécessaire, dit-il, dans sa
+Politique[10], qu’il existe quelque chose, où le peuple se puisse
+renseigner, et perde ainsi tout prétexte d’être oisif.»
+
+ [10] Liv. IV, ch. 15.
+
+Un peu plus haut, dans le même traité[11], il avoit dit: «On convient
+que, dans une république bien constituée, ce qui est nécessaire à chacun
+doive être en évidence. Mais comment y parvenir? Ce n’est pas facile.»
+
+ [11] _Id._ Liv. III, ch. 7.
+
+Il fallut, en effet, bien des siècles encore, pour trouver la solution
+du problème.
+
+Au moyen-âge, l’utilité s’éclairant par la charité qui fut sa vraie
+lumière, il y eut quelques bonnes tentatives et quelques progrès. Dès le
+XIe siècle, par exemple, les pauvres filles en quête de conditions
+surent où se renseigner pour en trouver une, et en même temps, qui mieux
+est, n’eurent plus à chercher le refuge où elles pourroient l’attendre:
+les bonnes sœurs de _l’Ostellerie Sainte Opportune_, ou _Catherinettes_,
+leur offroient à la fois les renseignements et le gîte[12].
+
+ [12] Piganiol de la Force, _Descript. de Paris_, t. II, p. 149; H.
+ Bordier, _les Églises et les Monastères de Paris_, 1856, in-12, p.
+ 23.
+
+En 1330, autre fondation d’une charité tout aussi hospitalière et plus
+maternelle encore. Les nourrices de la campagne ne savoient pas, en
+venant à Paris, comment trouver des nourrissons, et les mères
+n’ignoroient pas moins de quelle façon se procurer des nourrices.
+L’établissement dont nous voulons parler y pourvut, en satisfaisant les
+unes et les autres.
+
+La nourrice du fils du roi, alors régnant, Philippe VI, avoit quatre
+grandes filles. On leur créa quatre offices, qui constituoient à chacune
+le privilége de tenir un bureau, où mères et nourrices pussent se
+présenter pour s’entendre[13].
+
+ [13] Hurtaut et Magny, _Dict. hist. de la ville de Paris_, t. IV, p.
+ 216-217.
+
+On les appela _Commanderesses_, ou mieux _Recommanderesses_, mot qui
+étoit moins nouveau que leur office. Il servoit déjà depuis quelque
+temps à désigner certaines femmes qui faisoient une concurrence active,
+mais non gratuite, aux _Catherinettes_, pour le placement des servantes.
+
+Nous en trouvons deux dans le registre de la Taille, de 1292, et, un peu
+plus tard, elles furent assez nombreuses pour donner leur nom à la
+partie de la rue de la Vannerie qu’elles occupoient du côté du carrefour
+Guillori[14].
+
+ [14] Voir ce qui en est dit plus loin.
+
+Toute pauvre fille une fois placée par ces _Recommanderesses_, leur
+payoit un droit sur ses premiers gages, tandis qu’en sortant de
+_l’Ostellerie Sainte Opportune_, elle n’auroit eu qu’à dire merci à Dieu
+et aux bonnes sœurs.
+
+Où celles-ci mettoient la charité, les recommanderesses mettoient le
+courtage.
+
+Il commençoit, du reste, alors à fonctionner sous toutes les formes,
+dans presque tous les métiers, même ceux où il étoit inutile. Estienne
+Boileau eut donc soin d’exclure ceux qui en étoient les agents,
+c’est-à-dire «les couratiers», partout où il ne les trouva pas
+indispensables: «El mestier devant dit, écrit-il en pareil cas, ne puet
+ne ne doit avoir nul courratier[15].»
+
+ [15] Est. Boileau, _Livre des Mestiers_, p. 149.
+
+Ils n’en furent ni moins nombreux, ni surtout moins tenaces, pour tâcher
+de se faire une double proie, aux trousses du vendeur et de l’acheteur.
+
+Il n’est pas de trafics où on ne les trouve.
+
+Dans chaque négoce, se faufilent «proxenettes-couratiers, comme il est
+dit dans le _Coustumier général_, et autres commis à vendre marchandises
+à eux confiées[16].» Veut-on, par exemple, pour entrer en campagne, ou
+seulement pour quelque passe d’armes, un bon cheval qui se puisse monter
+sans retard? Désire-t-on une belle haquenée dont on puisse faire
+présent? Le courtier est là qui vous les procure, et qui «moyenne»,
+comme on disoit, le marché. «Alors, lisons-nous dans l’_Hystoire du
+petit Jehan_[17], à propos des palefreniers et maréchaux du roi
+auxquels, en arrivant, il s’étoit adressé, alors envoyèrent quérir les
+plus souffisants et féables couratiers de chevaux, et se informèrent des
+plus belles hacquenées qui fussent à Paris.»
+
+ [16] T. I, p. 899.
+
+ [17] Edit. Guichard, p. 69.
+
+Les mariages mêmes déjà n’échappoient point à ces courtages, et les
+moines, disoient les mauvaises langues, s’en mêloient quelquefois. Ils
+se faisoient «moyenneurs de mariages», pour nous servir d’une expression
+de Philippe de Commines[18]. Une satire contre les Dominicains, que cite
+Du Cange[19], le leur reproche, ainsi que d’autres petits trafics de
+même sorte:
+
+ [18] Liv. III, ch. 8.
+
+ [19] Nouv. édition, au mot _corraterius_.
+
+ De maint marchié sont couratiers
+ Encor plus ils sont curatiers
+ De mariages.
+
+Dans tout cela, si ce n’est pour ce qui intéressoit les servantes, à
+l’isolement desquelles pourvoyoit si naturellement l’œuvre des
+_Catherinettes_, il n’y avoit pas eu d’avantages nouveaux et surtout
+désintéressés en faveur du public.
+
+Il lui manquoit toujours, lorsqu’il cherchoit à se renseigner sur ce qui
+lui importait pour ses besoins ou ses affaires, ce qui lui avoit manqué
+du temps d’Aristote.
+
+L’idée et les vœux de celui-ci restoient ainsi pleinement à satisfaire,
+lorsqu’au XVIe siècle, un homme du meilleur sens, le père de Montaigne,
+s’en occupa, croyant, d’ailleurs, qu’on ne l’y avoit pas devancé. Il ne
+les réalisa pas, même par un commencement de mise en pratique; mais
+grâce à l’autorité de son fils qui eut l’excellent esprit d’en parler
+dans ses _Essais_, et d’insister sur ce qu’il y avoit là de nécessaire,
+la voie cette fois leur fut ouverte, et quelqu’un, comme nous le
+verrons, éclairé, guidé par ce qu’il en avoit dit, se trouva enfin pour
+les faire passer du projet à l’application.
+
+C’est au chapitre 34 de son 1er livre publié en 1580, que sous ce titre:
+_D’un défaut de notre police_, Montaigne nous a entretenus des idées de
+son père sur ce point, sans savoir plus que lui du reste qu’il y avoit
+eu Aristote pour précurseur.
+
+«Feu mon père, dit-il, homme pour n’estre aidé que de l’expérience et du
+naturel, d’un jugement bien net, m’a dit autrefois qu’il avoit désiré
+mettre en train, qu’il y eust es villes certain lieu désigné, auquel
+ceux qui auroient besoin de quelque chose se peussent rendre, et faire
+enregistrer leur affaire à un officier estably pour cet effect: comme je
+cherche à vendre des perles, je cherche des perles à vendre, tel demande
+un ouvrier, qui ceci, qui cela chacun selon son besoin, et semble que ce
+moyen de nous entr’advertir apporteroit non légère commodité au commerce
+public; car à tous coups il y a des conditions qui s’entrecherchent, et,
+pour ne s’entendre, laissent les hommes en extrême nécessité. J’entends
+avec une grande honte de notre siècle.»
+
+A ce propos, prenant alors l’idée par ce qu’elle a de plus élevé et de
+plus charitable, il laisse tout ce qui peut y intéresser le commerce, et
+ne voit que ce qui s’y trouveroit d’avantages pour ceux que, malgré leur
+mérite, la misère tue, les moyens leur manquant pour faire connaître que
+ce mérite est sans emploi.
+
+Il cite, comme exemples, deux savants, l’un d’Allemagne, l’autre
+d’Italie, morts ainsi, dit-il, «en l’estat de n’avoir pas leur saoul à
+manger, et, ajoute-t-il, croy qu’il y a mil hommes qui les eussent
+appelez avec très-avantageuses conditions, ou secourus où ils estoient
+s’ils l’eussent sçu.»
+
+Il ne croit pas, en parlant ainsi, trop présumer du monde, «qui n’est
+pas, dit-il, si généralement corrompu.» Il se porte d’ailleurs garant
+que son père n’eût pas autrement agi. Quant à lui-même, en toute
+franchise, il avoue qu’il n’y eût peut-être pas été si empressé: «En la
+police œconomique, dit-il, mon père avoit cet ordre, que je sçay louer,
+mais nullement ensuivre.»
+
+Il n’y avoit guère en ce temps, sans journaux, que les livres pour
+répandre les idées, et comme beaucoup ne paroissoient que pour être
+oubliés, et déjà lettres mortes, ce qu’ils devoient faire connoître
+restoit comme eux inconnu. Les _Essais_, par bonheur, ne devoient pas
+être de ces mort-nés de la philosophie. Le succès fut très-vif, tant
+pour le livre et ses merveilleuses fantaisies de forme et d’allures, que
+pour ce qui s’y animoit de ces allures, et s’y revêtoit de cette forme.
+
+Tout germa, tout fructifia de ce qu’il portoit comme semence. Deux ans
+après qu’il eut paru, nous voyons, par exemple, publier à Genève un
+petit livret de renseignements, qui pourroit bien déjà n’être qu’une
+variante de ce que Montaigne avoit demandé. Il vouloit, lui, qu’en
+arrivant dans une ville, chacun pût savoir où trouver ce qu’il lui faut.
+Le petit livret dont nous parlons, prenoit l’idée à revers. Il vous
+renseignoit sur tout ce dont il faudroit se garder en s’aventurant dans
+les boutiques. C’étoit arriver au même but, mais par le côté contraire,
+comme on arrive à l’orthographe par la cacographie.
+
+Voici le titre, qui, tant il est net, nous dispensera de plus longues
+explications:
+
+_Le Livre des Marchands, fort utile à toutes gens pour cognoistre de
+quelles marchandises on se doit donner garde d’estre deceu_. Genève,
+1582, in-24.
+
+Sous Henri IV, ce fut mieux. L’homme à projets du règne, Barthélemy de
+Laffémas, «tailleur varlet de chambre du roy», comme il aimoit à se
+qualifier[20], auquel l’industrie et le commerce de son temps durent
+tant de progrès[21], et en auroient dû bien davantage, si le roi n’eût
+pas été tué, s’inspira de l’idée même de Montaigne, et en fit le point
+de départ d’un établissement, qui auroit pu complètement et
+très-largement la réaliser.
+
+ [20] _Variétés hist. et litt._ de la Biblioth. Elzévirienne, t. VII,
+ p. 303.
+
+ [21] _Id. ibid._
+
+Ce fut, malheureusement, parmi ses projets, un de ceux qui ne
+survécurent pas au roi qui protégeoit et qui encourageoit Laffémas. Cet
+appui manquant, il n’y donna pas suite. Comme la plupart des autres, il
+le laissa oublier, et l’on n’en sauroit même rien, si, après sa mort,
+son fils Isaac, le même qui fut le grand justicier de Richelieu[22],
+n’en avoit pas parlé dans le traité où, sous ce titre: _Histoire du
+Commerce de France_, il ne fait guère que l’apologie historiée des
+projets de son père[23].
+
+ [22] _Id._, t. X, p. 18.
+
+ [23] Cimber et Danjou, _Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p.
+ 409-430.
+
+Il ne dissimule pas pour celui-ci que l’inspiration lui en avoit pu
+venir de Montaigne «que l’on tient, dit-il[24], avoir eu d’aussi
+heureuses et fortes conceptions qu’homme du monde.» Laffémas n’avoit
+fait que développer et étendre; mais, cela, suivant son fils, en de
+telles proportions, que le projet en étoit devenu ce qu’il pouvoit y
+avoir de plus profitable pour l’intérêt du commerce.
+
+ [24] _Id._, p. 424.
+
+Plus de difficultés dès lors, plus d’entraves. Les affaires, que
+d’utiles renseignements éclairent de partout, se font d’elles-mêmes,
+aussi bien sur place que par correspondance, car Laffémas n’a pas limité
+à une seule ville, à Paris, les bienfaits de sa fondation. Il veut que
+l’Europe, que le monde entier, s’il se peut, en profite.
+
+Son fils, qui reprend l’idée, ne la voit pas autrement. Il
+s’enthousiasme de cet accord universel entre tous les trafiquants de
+l’Univers; il ne voit rien qui puisse y faire obstacle, si les Bureaux
+dont son père a conçu l’idée d’après celle du père de Montaigne, peuvent
+enfin s’établir:
+
+«J’attends cela, dit-il[25], de l’invention des Bureaux publics, qui
+défaillent seuls à la facilité de nostre commerce pour le rendre à sa
+perfection, bureaux, autant nécessaires à l’utilité publique et
+commodité des particuliers, que tout ce qu’on a inventé pour cet effet.
+
+ [25] _Id._, p. 423-424.
+
+«Je veux, ajoute-t-il, signaler cette proposition entre les plus belles
+que mon père ait jamais faites, pour la première, plus utile, et de plus
+grande importance; aussi est-ce un remède tacite à une infinité d’abuz,
+et un préservatif contre la ruine de notre commerce, outre tant de
+diverses particularitez que cela demanderoit autant d’histoires,
+auxquelles toutesfois faudroient et le papier et le temps.
+
+«Il me suffira de dire que seront certaines correspondances que les
+agents publics auront par toutes les villes, pour faire gérer et
+négocier toutes sortes d’affaires, qui leur seront volontairement et
+sans contrainte apportées en leurs bureaux.»
+
+Cela étoit écrit en 1606. Trois ans après, l’idée reparoissoit, mais
+sous une autre forme, celle d’une feuille de publicité, comme nous
+dirions, qui devoit répandre dans le public, ce que d’après le système
+de Laffémas, on eût été obligé d’aller chercher dans ses Bureaux.
+
+C’est sous le nom de _Gazette_, employé là pour la première fois, que
+cette feuille d’annonces devoit paroître. Viollet-le-Duc possédoit le
+seul livret qui en fut publié, et dont la rareté est telle, que jamais
+on n’en a vu que son exemplaire[26].
+
+ [26] Brunet, _Manuel du Libraire_, t. II, col. 1515.
+
+Cette _Gazette_ est en rimes, comme il y en eut tant d’autres plus tard,
+et comme il en couroit déjà de manuscrites. Où la prose n’eût pas été
+permise alors, on toléroit ainsi les vers, surtout lorsque, comme ici,
+ils ne prenoient pas l’allure trop sérieuse de l’alexandrin.
+
+Dès son titre, _la Gazette_, dont nous allons faire rapidement
+l’analyse, d’après celle qu’en a donnée Viollet-le-Duc[27], se déclare
+on ne peut mieux renseignée de partout, sur les hommes et sur les
+choses:
+
+ [27] _Bibliothèque poétique_, 1843, in-8, p. 349-350.
+
+ La Gazette en ses vers
+ Contente les cervelles;
+ Car de tout l’Univers
+ Elle reçoit nouvelles.
+
+On y semble savoir ce que désiroient le père de Montaigne et Barthélemy
+de Laffémas. Tout ce qu’ils n’ont vu qu’en utopie, on y satisfait, on le
+réalise:
+
+ La Gazette a mille courriers
+ Qui logent partout sans fourriers.
+ Il faut que chacun luy réponde
+ Selon sa course vagabonde
+ De ça, de là diversement,
+ De l’Orient en Occident
+ Et de toutes parts de la sphère,
+ Sans laisser une seule affaire
+ Soit d’Edit, de Commissions
+ De düels, d’exécutions
+ De pardons pleniers et de bulles,
+ D’ambassadeurs venus en mulles...
+ De morts subites de seigneurs
+ Pour estre trop grands besogneurs
+ Des livres de maître Guillaume...
+ Quoi qu’il en soit rien ne s’oublie
+ Car la Gazette multiplie
+ Sans relasche ses postillons
+ Vistes comme des Aquilons...
+
+Les modes auront leur chapitre, tant pour les hommes que pour les
+femmes.
+
+Les uns apprendront de quels «points» ou dentelles il sied de se parer,
+et quel air il faut donner, en la portant, à «la roupille» ou cape à
+l’espagnole:
+
+ La Gazette en cette rencontre
+ Comprend les poincts plus accomplis,
+ Les courtes chausses à gros plis,
+ Les gauches détours des roupilles, etc.;
+
+Les autres, pour lesquelles le détail est plus étendu et plus galant,
+trouveront où s’aller fournir de ce qui intéresse la coquetterie:
+
+ ... Les méthodes,
+ Les inventions et les modes,
+ Des cheveux neufs à qui les veut,
+ Fausses gorges à qui ne peut,...
+ Nœuds argentez, lassets, escharpes,
+ Bouillons en nageoires de carpes,
+ Porte-fraises en entonnoir,
+ Oreillettes de velours noir,
+ Doubleures aux masques huilées,
+ Des mentonnières dentellées,
+ Des sangles à roidir le busc,
+ Des endroits où l’on met le musc.
+
+Tout cela--le ton le dit assez--n’étoit que pour rire. Cette _Gazette_
+semble n’avoir paru que pour se moquer de ce que pourroit être un
+journal de faits, d’avis et d’affaires, qui paroîtroit régulièrement.
+C’est ce qui,--de même que la mise à exécution si longtemps attendue de
+l’idée de Montaigne et de Laffémas,--ne tarda guère.
+
+Dès 1612, Théophraste Renaudot, médecin du Roi, se disant grand ami des
+pauvres, étoit en instance près de la Reine-mère, tant pour obtenir le
+privilége d’une _Gazette_ que pour avoir, par privilége aussi,
+permission d’ouvrir des _Bureaux d’adresses_; il complétoit ainsi une
+fondation par l’autre.
+
+Les _Bureaux_ furent la première.
+
+Elle devança l’autre d’une année. A peine Renaudot en avoit-il émis le
+projet, qu’il recevoit l’approbation royale. Ce n’étoit malheureusement
+qu’un premier pas. Cinq ans se passèrent avant qu’il pût en faire un
+second. L’approbation royale étoit du 14 octobre 1612, il n’eut que le
+30 octobre 1617 l’approbation du Conseil. Il fallut ensuite aller devant
+le Parlement pour obtenir arrêt de jouissance. Les démarches traînèrent,
+avec une formalité par étape, du 30 octobre 1617 au 3 février 1618, et
+du 16 février 1618 aux 28 février et 22 mars 1624.
+
+Ce n’est pas tout, quand le Parlement eut approuvé, une nouvelle halte
+fut nécessaire pour attendre la déclaration royale. Elle n’arriva que
+quatre ans après, le 31 mars 1628. Enfin, Renaudot touchoit à son
+privilége, mais il fallut, pour qu’il l’eût en main, plus de quatorze
+mois encore. Il n’est daté que du 8 juin 1629.
+
+C’est à la fin de cette année qu’il ouvrit, je ne dirai pas _son_, mais
+ses _Bureaux_. Lui-même, en effet, nous donne à entendre qu’il en avoit
+plusieurs, par la façon dont il fait connoître son adresse, à la fin du
+titre de la brochure gr. in-4º de 34 pages, qu’il publia aussitôt pour
+mettre son idée au grand jour:
+
+«_Inventaire des addresses du Bureau de rencontre, où chacun peut donner
+et recevoir advis de toutes les nécessitez et commoditez de la vie et
+société humaine, par permission du Roy contenue en ses brevets_, etc.
+_Dédié à Mgr le Commandeur de la Porte_, par T. Renaudot, médecin du
+Roy, à Paris, à l’enseigne du Coq, rue de la Calandre, sortant au Marché
+neuf où l’un desdits bureaux d’addresse est estably.»
+
+Dans la longue préface, dont il fit précéder cet «inventaire», et que
+reproduisit le _Mercure françois_ de l’imprimeur Richer[28], seul
+journal qu’il y eût alors, il avoue, tout en exposant son idée, à
+quelles sources il l’a prise. Il la déclare «fondée sur l’autorité
+d’Aristote»; il invoque aussi celle du sieur de Montagne (_sic_) «pour
+servir de preuve, dit-il, au bien qui en reviendra.»
+
+ [28] T. XXII.
+
+C’est en faveur des pauvres gens surtout qu’il veut que ce bien se
+produise. En cela, «Messieurs de la Ville» l’ont compris, puisqu’ils lui
+ont donné leur approbation, et Messieurs de l’Hôtel-Dieu de même, qui,
+le 28 janvier 1628, lui ont accordé leur patronage.
+
+Renaudot est médecin, et ne l’oublie jamais. C’est ce qui lui a fait
+rechercher, et sans doute aussi obtenir cette protection de
+l’Hôtel-Dieu. L’indication des remèdes qu’il aura, d’ailleurs, soin de
+choisir parmi les plus efficaces, sera pour une bonne part dans les
+annonces qu’il fera, et dont il complétera le détail à ceux qui voudront
+bien venir se renseigner au «Bureau d’adresse.»
+
+Par une singulière rencontre, Blegny, le faux Abraham du Pradel, dont
+nous publions le volume, s’occupoit aussi--nous ne le verrons que trop
+bientôt--de remèdes de toutes sortes.
+
+S’il publia son _Livre commode_, ce fut avant tout pour les faire
+connoître, de même que Renaudot n’établit en grande partie ses bureaux,
+nous en jurerions, que pour donner de la publicité aux siens[29]. Ainsi
+les deux premières sources de renseignements qui se soient ouvertes pour
+le public, seront parties du même point vers un but identique.
+
+ [29] _V._ notamment à ce sujet dans le _Sommaire du chapitre de
+ l’Inventaire des addresses du Bureau_ ou _table de Rencontre_, les
+ chap. XVI-XVIII.
+
+Renaudot, le médecin, pour trouver l’emploi de sa science et de ce
+qu’elle possédoit, fonde _le Bureau d’adresse_; Blegny, l’apothicaire,
+pour faire connoître et placer ses marchandises d’empirique, crée
+_l’Almanach des adresses_.
+
+Renaudot n’avoua qu’à mots couverts, on le comprend, cette particularité
+tout égoïste de sa fondation. La charité en fut le but le plus en vue.
+Venir en aide aux pauvres sans ouvrage, voilà, nous l’avons dit, voilà
+surtout ce qu’il veut. Il reprend aussi, mais plus largement et à poste
+fixe, la mission des _proxènes_ antiques et des _couratiers_ du
+moyen-âge, mais cela sans vouloir faire concurrence à ceux qui, de son
+temps, pouvoient encore avoir des métiers pareils. Loin de chercher à
+les gêner, il les aidera: son bureau, dit-il, «sera commode même aux
+entremetteurs et proxenettes.»
+
+Il va de soi que ces mots sont pris par lui dans le sens le plus
+honnête.
+
+Ensemble, eux et lui serviront de guides aux nouveaux venus de
+l’étranger et de la campagne, dont Paris, s’ils ne savent comment s’y
+retrouver, épuise si vite les ressources.
+
+Il se dévouera plus qu’aux autres encore à ces imprudents des villages
+et des champs qui s’y risquent à l’aventure, sans prévoir que les pires
+dangers les attendent à l’arrivée:
+
+«Ils accourent à trouppes en cette ville, qui semble être le centre et
+le pays commun de tout le monde, sous l’espérance de quelque avancement,
+qui se trouve ordinairement vaine et trompeuse: car ayant despencé ce
+peu qu’ils avoient au payement des bienvenuës et autres frais inutiles
+ausquels les induisent ceux qui promettent de leur faire trouver employ,
+et aux desbauches qui s’y présentent d’elles-mêmes auxquelles leur
+oisyveté donne un facile accez, ils se trouvent accueillis de la
+nécessité avant qu’avoir trouvé maistre: d’où ils sont portés à la
+mendicité, aux vols, meurtres et autres crimes énormes... Au lieu qu’ils
+pourront désormais une heure après leur arrivée en cette ville, venir
+apprendre au Bureau s’il y a quelque employ ou conditions présentes, et
+y entrer beaucoup plus aisement qu’ils ne feroient après avoir vendu
+leurs hardes; ou, n’y en ayant point, se pourvoir ailleurs. Ce qui fera
+discerner plus facilement les fainéants et gens sans adveu, pour en
+faire la punition qu’il appartiendra.»
+
+Combien en coûtoit-il pour aller se renseigner chez Renaudot, et pour
+faire inscrire sur son registre l’emploi qu’on désiroit, la marchandise
+qu’on vouloit acheter ou vendre, la maison qu’on cherchoit à louer, et
+jusqu’à la femme ou au mari, dont il pouvoit vous pourvoir, car la
+variété de ses indications s’étendoit à toutes ces choses? Il a oublié
+de nous l’apprendre, mais nous l’avons su autrement.
+
+Pendant le second carnaval, c’est-à-dire celui de 1631, qui suivit
+l’installation du Bureau de rencontre, lequel, on le pense bien, avoit,
+comme invention nouvelle, fait événement, un faiseur de «ballets»,
+sortes de pièces, moitié dansées, moitié chantées, où tous les à-propos
+étoient volontiers saisis, s’avisa de prendre pour types Renaudot et ses
+clients. Il le fit assez habilement pour que le Roi demanda que la
+représentation fût donnée devant lui; et aussi,--ce qui étoit un succès
+peu commun,--pour que la pièce après avoir été chantée et dansée fût
+imprimée.
+
+En voici le titre: _Ballet du Bureau de rencontre dancé au Louvre devant
+Sa Majesté_, Paris, Julian Jacquin, 1631, in-8º[30].
+
+ [30] Les vers furent publiés à part, la même année, sous ce titre:
+ _Vers du ballet du Bureau des addresses_, 1631, in-4º; ils ont été
+ reproduits dans la publication de J. Gay, _Ballets et mascarades de
+ Cour_, 1869, in-12, t. IV, p. 175.
+
+Le Maistre du Bureau avoit, cela va de soi, l’un des principaux rôles.
+Il commençoit par un récit en trois couplets, dont nous vous devons au
+moins le premier, car c’est là que se trouve le détail sur le prix des
+consultations oublié dans la préface de Renaudot. Il étoit, comme on va
+le voir, des plus modiques:
+
+ Filles, qui cherchez maris,
+ Beaux garçons qui cherchez femmes,
+ Voici l’unique à Paris
+ Pour satisfaire vos âmes;
+ Donnez trois sols tant seulement
+ Vous aurez contentement.
+
+Quelques couplets d’avant-propos adressés _aux Curieux_, avoient avec
+une assez gaillarde bonhomie expliqué le secret de l’affaire, où, en
+payant si peu, l’on pouvoit tout apprendre. C’est la préface même de
+Renaudot résumée en rimes:
+
+ En ces lieux il vient d’arriver
+ Un homme qui sçait tout trouver,
+ Et chez qui de tout se fait montre;
+ Sans dire ni quoy ni comment,
+ Son registre ne faut, ne ment;
+ Il tient le bureau de rencontre.
+
+ Par luy vous aurez des laquais
+ Et pour faire de bons acquets,
+ Vous sçaurez les terres en vente,
+ Les offices à résigner,
+ Les deniers qui sont à donner
+ Et prendre à interests ou rente.
+
+ Aussi vous serez advertis
+ Qu’il enseigne les bons partis
+ Pour assortir un mariage,
+ Et fait, comme bien entendu,
+ Retrouver ce qu’on a perdu,
+ Fors des filles le pucelage.
+
+ Pour les femmes il est adroit
+ A leur trouver en bon endroit
+ Nourrice ou servante à les suivre.
+ En son fait, il est diligent,
+ Et ne couste guère d’argent
+ A se faire escrire en son livre[31].
+
+ [31] Il parut une nouvelle édition de ce livret l’année suivante, avec
+ des preuves de la reconnoissance de Renaudot: _Ballet du Bureau de
+ rencontre, ensemble le remercîment du maître du Bureau d’Adresse, à
+ ceux qui dansent son ballet_, 1632, in-12.
+
+Tout cela n’est que de la vérité en riant. Renaudot, en son bureau, vous
+pourvoyoit réellement, si pour trois sous on vouloit bien s’adresser à
+lui, de tout ce qui vient d’être ici annoncé aux curieux.
+
+On a connu la diversité des renseignements dont il disposoit, et l’ordre
+avec lequel il en tenoit registre, par la découverte et la
+reproduction[32] que nous fîmes, il y a quelques années, de l’une des
+feuilles qui, ajoutant une publicité de plus à son établissement, en
+étoient, pour ainsi dire, les _petites affiches_.
+
+ [32] _Variétés histor. et litt._, t, IX, p. 51 et suiv.
+
+Il en sera parlé un peu plus loin dans une note[33].
+
+ [33] P. 9-10.
+
+Ces feuilles, qui paroissoient tous les trois mois--celle que nous avons
+publiée est la quinzième--complétoient pour Renaudot non-seulement son
+Bureau d’adresse ou de publicité, comme nous dirions, mais aussi son
+autre fondation, _la Gazette_, qui, à partir de 1631, c’est-à-dire un an
+après que ce Bureau eut été fondé, marcha de pair avec lui.
+
+Lorsqu’un événement n’avoit pas assez d’importance pour figurer dans la
+Gazette, ou exigeoit un récit trop développé pour qu’il y pût trouver
+place, Renaudot l’ajournoit jusqu’à sa prochaine feuille d’annonces. Il
+l’y publioit en tête, et les petites affiches venoient à la suite avec
+tout leur détail.
+
+Pour cette _Quinziesme feuille du Bureau d’addresse_, datée du 1er
+septembre 1633, c’est le récit du _Duel signalé d’un Espagnol et d’un
+Portugais_ qui marche en avant. Puis viennent les annonces les plus
+diverses: Terres seigneuriales à vendre; Maisons et héritages aux champs
+en roture à vendre; Maisons à Paris à vendre; Maisons à Paris à donner à
+loyer; Maisons à Paris qu’on demande à prendre à loyer; Rentes à vendre,
+Bénéfices à permuter, Offices à vendre; Meubles à vendre, et enfin
+Affaires meslées, où se trouve en effet le pêle-mêle de demandes ou de
+propositions le plus singulier et le moins attendu.
+
+On demande par exemple: «un homme qui sçache mettre du corail en œuvre.»
+Plus loin, c’est quelqu’un qui «voudroit compagnie pour aller en Italie
+dans quinze jours.» Mais l’article le plus curieux est le dernier: «On
+vendra un jeune dromadaire à prix raisonnable.»
+
+Nous ignorons quel fut au juste le sort du Bureau d’adresse, et surtout
+celui de ses feuilles d’annonces. Renaudot, qui ne mourut qu’au mois
+d’octobre 1653, laissa-t-il cet établissement dans un état aussi
+prospère que La Gazette, qui, elle, ne périclita jamais, l’appui du Roi,
+dont le gazetier n’étoit guère que le mandataire, étant toujours là pour
+la garer de tout péril? Nous ne le pensons pas.
+
+Un livret antérieur de six ans à la mort du gazetier, et que nous ne
+connaissons malheureusement que par son titre: _Renouvellement des
+bureaux d’adresse_, prouveroit que l’affaire n’avoit pas marché sans
+encombre[34]. Si on la renouveloit, c’est qu’elle avoit été interrompue,
+et la ténacité de Renaudot étant connue, la malechance pouvoit seule
+avoir été cause de cette interruption.
+
+ [34] Il existoit sans doute encore toutefois en 1640, car à cette
+ époque un nouveau _Ballet du Bureau des Addresses_ fut dansé à Dijon
+ devant Mgr le Prince. _V._ le recueil cité plus haut, t. VI, p.
+ 17-31.
+
+La brochure, qui semble annoncer la reprise, est de 1647, mauvaise date,
+car elle touche de bien près celle des premiers troubles de la Fronde,
+où--ce qui arriva du reste--le journalisme des libelles pouvoit bien
+naître, mais où, par contre, celui des annonces n’étoit pas de nature à
+revivre. Nous sommes donc autorisés à penser que la _Feuille du bureau
+d’adresse_, malgré ce que Renaudot avoit fait pour la ressusciter, étoit
+bel et bien morte, lorsqu’il mourut lui-même en 1653.
+
+Il n’en resta que le privilége, qui fut plusieurs fois cédé plus tard,
+comme nous verrons.
+
+La _Gazette_, qui avoit aussi le sien, survécut à Renaudot. Transmise à
+son fils Eusèbe, comme un héritage, elle fit survivre le Bureau
+d’adresse, d’où elle étoit sortie avec l’autre feuille.
+
+Le logis de Renaudot, où Eusèbe resta jusqu’à ce que le roi lui eut
+donné un logement au Louvre, n’eut plus que ce nom: le Bureau.
+
+Il n’y falloit plus aller, comme auparavant, chercher «les adresses» et
+les renseignements, qu’il sembloit toujours annoncer, mais à la place on
+y trouvoit des nouvelles. Loret, lorsqu’il en manque pour avoir de quoi
+mettre en rimes dans sa _Muse historique_, ne va pas autre part, et il
+recommande de faire comme lui, pour peu qu’on veuille, sur un fait
+quelconque, en savoir plus qu’il n’en a pu dire.
+
+«Mais», dit-il, par exemple[35], à propos des merveilles d’une fête
+donnée à Naples,
+
+ Mais si quelques gens curieux
+ Désirent de s’instruire mieux...
+ Il faut aller chez Renaudot,
+ C’est-à-dire au Bureau d’adresse.
+
+ [35] _La Muse historique_. Édit. Elzévir., t. III, p. 268 (16 octobre
+ 1660).
+
+Cette source, la seule où voulut puiser son journalisme naïf, étoit pour
+lui celle de toutes vérités.
+
+«Messieurs du Bureau d’adresse», comme il appelle Eusèbe Renaudot et ses
+aides[36], se tenoient-ils muets sur une affaire, elle étoit pour lui
+non avenue. Si le bruit, par exemple, s’est répandu que le maréchal
+Fabert est mort à Sedan, le 17 mai 1662, il n’y veut pas croire, la
+_Gazette_ n’en ayant pas parlé. Le fait, vrai pour tout le monde, ne le
+sera pour lui que lorsqu’elle l’aura certifié:
+
+ [36] _Ibid._, p. 578 (2 décembre 1662).
+
+ Mais je doute un peu sur ce point
+ Car le Bureau n’en parle point,
+ C’est-à-dire la gazette en prose,
+ Qui doit parler de toute chose[37].
+
+ [37] _Ibid._, 540 (19 août 1662).
+
+La _Gazette_, qui ne paroissoit alors que tous les samedis[38], est «son
+oracle hebdomadaire». Ses «ordinaires», c’est-à-dire ses numéros de
+chaque semaine suffisent plus ou moins à Loret, mais lorsqu’elle se
+donne le luxe assez fréquent d’un «extraordinaire»--nous dirions d’un
+supplément--il est ravi.
+
+ [38] _Id._, t. II, p. 278 (21 juillet 1657).
+
+Les événements d’importance, dont le récit demande à être développé,
+fournissoient la matière de ces extraordinaires, qui étoient, à la suite
+de la _Gazette_, ce qu’avoient été, comme nous l’avons vu plus haut, les
+récits ou descriptions à développements de même sorte, mis en tête des
+feuilles du Bureau d’adresse, dont, par là, survivoit ainsi quelque
+chose.
+
+La _Gazette_ n’en avoit rien gardé de plus. Jamais, dans aucune partie
+de ses numéros, ne figurèrent ce qu’alors on appeloit «adresses», et ce
+que nous appelons «annonces et réclames».
+
+En cela, Loret la suppléa. Sa _Muse historique_ ne s’en fit pas faute.
+Chaque fois qu’il y peut recommander quelqu’un, faire valoir quelque
+chose, indiquer où se peut voir tel spectacle ou telle curiosité et à
+quel prix, il y est exact et empressé.
+
+Les feuilles du Bureau se retrouvent ainsi en détail dans les siennes
+avec la rime de plus.
+
+Il nous fait par exemple connoître le premier les expériences de la
+machine à calculer du jeune Pascal[39], sans trop se douter qu’il donne
+l’éveil sur le génie d’un grand homme. A quelques rimes plus loin, en
+effet, il est bien autrement enthousiaste pour l’empirique de
+philosophie Lesclache.
+
+ [39] _Id._, t. I, p. 232 (14 avril 1652).
+
+Richesource, autre charlatan, mais de beau langage, obtient de même la
+faveur d’une chaude recommandation de sa part, avec regret de ne pouvoir
+dire encore où se donneront ses conférences. Il y aura heureusement un
+moyen de la savoir, et il l’indique:
+
+ Les affiches qu’en grosse lettre
+ Aux lieux publics il fera mettre
+ Pourront apprendre où ce sera
+ Au curieux qui les lira[40].
+
+ [40] _Id._, t. II, p. 553 (16 nov. 1658).
+
+Quand il peut lui-même dire l’adresse, il n’y manque pas. Ainsi, à
+propos de la _Philosophie_ de René Bary, après avoir écrit:
+
+ Ce livre de rare mérite
+ Chez son propre auteur se débite,
+
+il met en marge: «Rue des Petits-Champs, chez madame Bataille[41].»
+C’est, comme on voit, l’annonce complète.
+
+ [41] _Id._, t. III, p. 186 (3 avril 1660).
+
+Ailleurs, s’il parle d’un concert, tel que ceux qu’on faisoit entendre
+en 1656, dans la salle du Palais-Royal, construite par Richelieu pour sa
+_Mirame_, et qui devoit quelques années après devenir le théâtre de
+Molière, il nous en dit le prix:
+
+ ... obligeamment on les donne
+ Pour trente sols chaque personne[42].
+
+ [42] _Id._, t. II, p. 263 (11 nov. 1656).
+
+Il annonce aussi, avec le même détail, chaque livret des Ballets du Roi,
+que publie Balard, «et», dit-il,
+
+ Et qui doit être lu de tous
+ Car on ne le vend que dix sous[43].
+
+ [43] _Ibid._, p. 292 (20 juillet 1657).
+
+Pour les théâtres en général, il ne ménage pas les recommandations, ou,
+suivant le mot d’aujourd’hui, «les réclames». Celui du Marais est en
+cela toutefois son préféré. C’est là que Corneille donne le plus
+volontiers ses pièces, et en qualité de Normand, Loret croit se devoir
+tout entier à cette gloire de la Normandie. La tragédie à machines, _la
+Toison d’or_, que Corneille appela d’abord _Jason_, est-elle à l’étude
+dans cet ancien Jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, vite, il en
+avertit le public. Dès que les premières affiches sont placées, sans
+perdre de temps il lui dit: lisez-les:
+
+ Les affiches marquent l’endroit,
+ L’heure, le prix et la journée
+ Et c’est toujours l’après-dînée[44].
+
+ [44] _Ibid._, p. 437 (3 déc. 1661).
+
+Voilà, certes, un beau zèle de littérature. Il ne faut pas lui en savoir
+trop de gré. Pour des spectacles bien inférieurs: pour un jeune géant
+qui se fit voir au bout du Pont-Neuf, une première fois[45], et qui,
+deux ans plus tard, y revint, après avoir encore grandi[46]; pour une
+baleine bien conservée, que l’on pouvoit aller admirer à Chaillot[47],
+il n’a pas des réclames moins empressées.
+
+ [45] _Ibid._, p. 543 (15 oct. 1659), et p. 552 (16 nov.).
+
+ [46] _Id._, t. III, p. 288 (4 déc. 1660), et p. 306 (8 janv. 1661).
+
+ [47] _Id._, t. II, p. 543 (19 oct. 1659), et p. 549 (2 novembre).
+
+Que gagnoit-il à tout cela? Rien, ou fort peu de chose: son entrée
+gratuite, par exemple, de même qu’il avoit, sans doute à meilleur
+compte, après les avoir maintes fois annoncées, quelques billets des
+loteries, dont il couroit avidement les hasards[48].
+
+ [48] _Ibid._, 433 (19 janv. 1658) et p. 439 (2 fév.).
+
+Il trouvoit aussi en voisin quelques profits à grappiller lorsqu’il
+avoit agréablement parlé des fournisseurs renommés qui se groupoient,
+non loin du Louvre, aux environs de l’hôtel Schomberg, son premier
+logis, ou tout près de la rue de l’Arbre-Sec, qu’il habita ensuite.
+
+Il est certain que lorsqu’il s’étend complaisamment sur les merveilles
+de l’industrie de sa voisine Madame Touzé, qui fait les perruques du bel
+air[49]; sur les friandises de la célèbre boutique de Francœur,
+l’épicier-confiturier[50], et sur l’excellence de l’hypocras de
+Maillard, «apothicaire près Saint-Honoré[51]», c’est-à-dire à deux pas
+de Francœur, ses rimes ne doivent pas être désintéressées. Il y aura
+gagné, nous n’en doutons pas: ici, une perruque de la bonne façon; là,
+quelques sucreries, et, chez Maillard, quelques-unes de ces bonnes
+rasades, qui ne lui déplaisoient point.
+
+ [49] _Ibid._, p. 186 (29 avril 1656).
+
+ [50] _Id._, t. III, p. 293 (18 déc. 1660).
+
+ [51] _Ibid._, p. 307 (8 janv. 1661).
+
+Du Laurens, qui lui succéda, sous le pseudonyme de Robinet, fit de même
+et eut sans nul doute les mêmes profits. Il étendit, qui plus est, la
+réclame et la détailla mieux. Comme en ce temps-là tout étoit curiosité:
+soit une belle maison, telle que l’hôtel d’O, dans le quartier du
+Temple, qu’on alloit voir pour un sou[52], soit simplement quelques
+beaux meubles, dont la mise en montre se payoit aussi, mais souvent plus
+cher, il ne perdit pas l’occasion de faire quelques bénéfices par
+l’annonce de ces choses à recommander. Il nous semble notamment plus que
+probable que ce ne fut pas pour rien qu’il se complut à décrire trois
+meubles, dont au mois d’avril 1669 on faisoit l’exposition rue de
+Richelieu. Il eut certainement sa part plus ou moins forte dans les
+quinze sous par personne qu’on payoit pour les aller voir. _Ce sont_,
+dit-il,
+
+ [52] Sauval, t. II, p. 241.
+
+ Ce sont trois rares cabinets
+ Dont plus de mille Robinets,
+ Comme moi, seroient fort à l’aise,
+ Et même, ne vous en déplaise,
+ Des comtes, barons et marquis[53].
+
+ [53] _Gazette_ de Robinet (13 avril 1669).
+
+En marge, il ajoute pour bien fixer l’annonce par l’adresse exacte: «Rue
+de Richelieu, vis-à-vis le bain royal; la porte est marquée par des
+affiches.»
+
+Il y avoit dans tout cela un vieux reste de la Feuille d’adresse, mais
+cette feuille même ne reparaissoit pas.
+
+Personne ne s’en faisoit céder le privilége resté aux Renaudot. Au
+commencement de 1670, il y eut un essai, sans doute par suite d’une
+cession. Il semble n’avoir pas abouti. Nous n’avons vu qu’un numéro, le
+premier, de la feuille nouvelle qui portoit ce titre: _Liste des avis du
+Bureau d’adresse_.
+
+Six ans se passèrent sans qu’il y eût d’autre tentative pour reprendre
+et exploiter le privilége.
+
+François Colletet, le poète crotté de Boileau, s’en avisa enfin avec
+l’audace des gens qui n’ont rien à perdre.
+
+En 1676, à la fin de juin, on vit tout à coup paraître une feuille,
+s’annonçant comme hebdomadaire et portant ce titre: _Journal de la ville
+de Paris contenant ce qui se passe de plus mémorable pour la curiosité
+et avantage du public_.
+
+C’étoit la Gazette d’affaires et d’adresses de François Colletet. Il y
+procédoit un peu comme Renaudot, avec cette différence qu’au lieu d’y
+mettre en tête, avant les annonces et avis, quelque long récit, tenant
+toute la place, il y débitoit les nouvelles intéressantes de la semaine,
+jour par jour.
+
+C’est ce qui le perdit. Sur une plainte qui vint, soit de la _Gazette_,
+qui ne vouloit pas qu’on touchât à ces nouvelles mondaines auxquelles
+elle-même pourtant dédaignoit de toucher; soit du _Mercure_, encore
+nouveau et d’autant plus ardent à repousser tout ce qui pouvoit lui
+faire concurrence, Colletet reçut ordre de ne pas continuer, du moins
+sous cette forme. Son journal n’eut qu’un seul numéro.
+
+Ce n’étoit pas une fin, toutefois, ce n’étoit qu’une évolution. Se
+conformant à l’ordre reçu, sans abandonner l’idée qu’il reprenoit,
+Colletet ne perdit pas un jour, pas une heure, pour publier une feuille
+nouvelle, où il se tiendroit, en un cahier de quelques pages, aux seules
+choses, dont on lui laissoit la disposition: les annonces.
+
+Le contenu de la feuille changeant ainsi, son titre devoit changer de
+même. Il prit celui-ci: _Journal des avis et affaires de Paris_.
+
+La première fondation de Renaudot renaissoit. Colletet donna même à
+entendre que son entreprise n’en étoit que la suite. Dans le préambule
+d’un de ses numéros, il parle du privilége obtenu sous Louis XIII pour
+une feuille de même sorte que la sienne, et qui seroit devenu le
+sien[54]. Ce ne peut être certainement que celui de Renaudot le père,
+dont il seroit ainsi, nous ne savons comment et avec quel argent,
+parvenu à se faire accorder la cession.
+
+ [54] V. un excellent article de M. Hatin, _Bulletin du Biblioph._,
+ 1861, p. 620.
+
+A son Journal d’affaires, il joignit, lui aussi, comme c’étoit naturel,
+un Bureau d’adresse. Il y recevoit trois fois par semaine: les lundi,
+mercredi et vendredi, de une heure à six heures dans les grands jours,
+et jusqu’à quatre et demie seulement en hiver. C’est là qu’il
+complétoit, pour quiconque venoit le consulter, les avis donnés par sa
+feuille, et que prudemment il n’avoit fait qu’y ébaucher.
+
+Ce bureau, d’abord, fut bien loin du centre des affaires pour lesquelles
+il étoit fondé. Colletet n’avoit pas voulu quitter la maison du quartier
+Saint-Victor, où avoit vécu son père, et dont comme lui il étoit fier,
+car c’étoit celle que Ronsard avoit habitée. C’est donc rue du Mûrier,
+derrière le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonet, qu’étoit installé
+son bureau. Personne ne vint, et force lui fut, la clientèle n’arrivant
+point, de faire quelques pas pour aller à elle. Nous voyons que lorsque
+parut son onzième numéro--c’étoit peut-être un peu tard--il s’y étoit
+enfin décidé.
+
+Son nouveau logis fut du reste d’un bon choix, il se trouvoit sur le
+quai de l’Horloge, entre le Palais et le Pont-Neuf, les deux centres du
+mouvement et de la vie de Paris en ce temps-là. Dans cette même onzième
+feuille, il donne cette nouvelle adresse de son bureau, aussi bien qu’on
+pouvoit la donner alors, le numérotage des maisons n’existant pas: «Les
+affiches, ajoute-t-il, marqueront la porte.» Trois semaines après, le
+public ne l’avoit pas trouvée. Colletet nous l’apprend avec une certaine
+mélancolie dans son numéro quatorze, celui du 27 octobre. Il y avoue
+qu’on ne le connoît encore que bien peu, mais il ne perd pas courage. Il
+espère que les affaires viendront, «Dieu aidant, écrit-il, quand les
+affiches auront fait connoître plus amplement notre demeure, et que nos
+cahiers auront appris à tout le monde ce qui résulte de notre innocent
+commerce.»
+
+Le mot «innocent» n’est pas mis là pour rien par Colletet. Sa feuille
+étoit menacée, comme l’avoit été la première, on intriguoit contre elle
+auprès de La Reynie, qui, par un mémoire, en référoit à Colbert, dont le
+fils, Seignelay, se chargeoit d’en résumer la teneur au roi. Le pauvre
+Colletet avoit plus ou moins vent de tout cela, et il croyoit aller
+au-devant du coup et le parer, en faisant valoir, comme on l’a vu, ce
+que son humble feuille avoit d’inoffensif. Il en fut pour sa peine.
+
+Le 27 novembre, c’est-à-dire jour pour jour un mois après sa timide
+protestation d’innocence, M. de La Reynie reçut ordre de supprimer ses
+cahiers. Voici la lettre qu’à ce propos lui écrivit Seignelay:
+
+«J’ai rendu compte au Roy du mémoire que vous avez donné à mon père au
+sujet du _Journal des affaires de Paris_, que le nommé Colletet s’est
+ingéré de faire imprimer. Sa Majesté m’a ordonné de vous dire qu’elle
+veut que vous en défendiez le débit et l’impression[55].»
+
+ [55] _Correspondance administrative de Louis XIV_, t. II, p. 369.
+
+C’étoit formel. Colletet, à qui La Reynie ne fit pas attendre la
+décision royale, dut se soumettre. Par suite, nouvelle interruption de
+la publicité des adresses et des avis. Deux ans après, l’instant
+paraissant favorable, car on parloit de la paix, qui en effet ne tarda
+pas, elle reprend son cours. Il paroît en 1678 un petit livret in-12
+sous ce titre: _Le Bureau d’adresse établi pour les maîtres qui
+cherchent des serviteurs et pour les serviteurs qui cherchent des
+maîtres_. On ne pouvoit être plus modeste. L’échec de Colletet, puni
+d’avoir voulu trop faire, servoit de leçon. L’idée revenoit timidement à
+son berceau. Quand on lisoit le livret on ne la trouvoit plus, il est
+vrai, aussi élémentaire; elle reprenoit toutes les proportions que lui
+avoient rêvées Montaigne et Laffémas et qu’elle avoit prises avec
+Renaudot et Colletet.
+
+Au lieu d’être seulement, comme l’indiquoit le titre, une sorte
+d’extrait des registres d’une recommanderesse, la feuille du Bureau
+redevenoit un véritable Journal d’avis. Eusèbe Renaudot, à qui Colletet
+dépossédé n’a voit pu que rendre son privilége, y étoit-il pour quelque
+chose? Rien de plus probable. La feuille, en effet, est privilégiée du
+roi, et s’en fait gloire sur son enseigne, comme on le verra par cette
+mention, qui se trouve à la fin: «Le bureau est establi au Marché neuf,
+vers le milieu du costé de la rivière, vis à vis un tabletier: on verra
+le tableau sur la porte avec les _armes du roy_.»
+
+Ce ne lui fut pas une recommandation de succès. Nous ne connoissons
+qu’un numéro de cette feuille.
+
+Une autre ne tarda pas. Le courant étoit pris: coûte que coûte, malgré
+obstacles et insuccès, il falloit que, jusqu’à ce qu’enfin elle se fût
+fait complètement jour, cette idée de publicité ne cessât pas de
+renaître, sous l’impulsion des exigences nécessaires, qui, de tous
+côtés, la poussoient en avant.
+
+Ce nouveau _Journal du bureau de rencontre_--c’est ainsi qu’il
+s’appeloit--parut en 1681. Les Renaudot n’y furent pour rien que par la
+cession du privilége, comme avec Colletet. Eusèbe étoit mort en 1679, et
+son fils, l’abbé, s’occupoit beaucoup moins de ces sortes d’affaires que
+de philologie orientale.
+
+C’est à Devizé, qui depuis neuf ans faisoit vivre tant bien que mal le
+_Mercure galant_, dont il étoit le fondateur, que le privilége avoit,
+cette fois, été cédé ou plutôt, comme on disoit, «loué». Devizé voulut
+en étendre plus que de raison les dispositions, et l’affaire périclita
+encore. Une de ses prétentions étoit de ne pas faire seulement du Bureau
+d’adresse ou de rencontre un bureau d’avis et de petites affiches, mais
+une boutique, un «magazin». Après avoir annoncé des marchandises, il
+vouloit les vendre.
+
+Les six corps marchands s’en émurent.
+
+Il y eut plainte de leur part au lieutenant de police La Reynie, qui
+leur donna raison par une lettre du 25 novembre 1681 au commissaire
+Delamarre, où se trouvoit, entre autres choses, une désapprobation
+formelle de ces sortes d’entreprises, qu’il s’étonnoit de voir toujours
+reparoître: «Tant de personnes de première qualité, disoit-il dans sa
+lettre, ont fait effort pour parvenir à cet établissement sans y pouvoir
+réussir, qu’il seroit inutile de le tenter de nouveau.»
+
+De simples avis donnés au Bureau d’adresses ou publiés par lui dans une
+feuille sans conséquence, voilà tout ce qu’il permet[56].
+
+ [56] _Collection Delamarre_, aux mss. de la Biblioth. nat., 21, 741,
+ p. 165.
+
+Devizé, à qui son _Mercure_ donnoit une sorte d’autorité et de franc
+parler, ne persista pas moins dans son idée de Bureau-Magasin, et, à cet
+effet, coup sur coup, il écrivit deux lettres au lieutenant de police,
+dont la réponse, de plus en plus catégorique et nette, ne se fit pas
+attendre. Elle est du 29 novembre et est adressée, comme l’autre, à
+Delamarre: Jamais il ne permettra l’établissement d’un pareil bureau,
+«capable, dit-il, de renverser tout le commerce de Paris... Il y a là,
+continue-t-il, un nombre infini d’inconvénients très-dangereux.»
+
+Pour finir, il donne à entendre que si Devizé ne se soumettoit pas, il
+lui interdiroit même la feuille d’avis[57].
+
+ [57] _Id._, p. 166.
+
+Devizé ne répliqua plus et abandonna l’affaire, y compris cette feuille
+d’avis, qui ne lui sembloit rien sans l’autre combinaison. Jusqu’en
+1688, nous ne la voyons pas reparoître.
+
+Alors seulement, au mois d’août, un numéro se risque, daté du Bureau
+d’adresse, d’où la _Gazette de France_ datoit toujours les siens, et qui
+avoit encore pour principal intéressé l’abbé Renaudot, à cause du
+privilége que le désistement de Devizé lui avoit remis en main.
+Vouloit-il, par cette réapparition de sa feuille, qui avoit pris pour
+nouveau titre: _Liste générale du Bureau d’adresse et d’avis par
+privilége du Roi_, rappeler l’attention sur ce privilége et tâcher de
+trouver ainsi quelqu’un à qui le céder encore? Je le crois, et ce qui me
+donne raison c’est que, vers la fin de la même année 1688, ce quelqu’un
+s’étant trouvé, l’abbé lui loua le privilége.
+
+Il s’appeloit Chomat. Marché fut conclu au mois de décembre, sous la
+réserve que le lieutenant de police approuveroit. Il n’approuva pas. Le
+commissaire Delamarre, à qui s’étoient adressés l’abbé Renaudot et
+Chomat, soumit par lettre leur demande à La Reynie, qui la repoussa par
+une simple note très-nette, mise en marge[58].
+
+ [58] _Id._, p. 169.
+
+La feuille d’avis dut ainsi, malgré le vif désir de l’abbé, revenir au
+Bureau d’adresse, où là, du moins à cause de lui, La Reynie, qui n’étoit
+hostile qu’aux nouveaux venus, vouloit bien la tolérer. Au mois de
+février 1689 elle y reparut, et, pendant quatre mois consécutifs, dont
+nous avons vu les numéros, elle ne cessa plus. En 1693, nous la trouvons
+encore, mais avec un changement dans le mode de publicité et une
+modification dans le titre.
+
+L’unique numéro de cette année-là, que nous ayons vu, porte celui-ci:
+_Liste des avis du Journal général de France, ou Bureau de rencontre,
+pour servir au public, depuis le mercredy 18 novembre jusqu’au mercredy
+2 décembre 1693_. La feuille, au lieu de ne paroître que tous les mois,
+paroissoit donc alors tous les quinze jours, ce qui étoit un progrès et
+sembloit une preuve de prospérité. Comme elle n’a cependant laissé
+qu’une trace--celle dont nous parlons--nous sommes tenté de croire
+qu’elle n’a pas duré longtemps avec son nouveau titre.
+
+L’année d’auparavant, une autre du même genre avoit eu des velléités de
+paroître, mais ne semble pas y être parvenue. Sous la forme «d’un cahier
+volant», et avec le titre assez singulier, _Les Adresses casuelles de la
+ville de Paris_, elle auroit, chaque mois, indiqué les ventes publiques,
+l’adjudication des héritages licités et décrétés, etc., etc.; puis,
+comme un véritable journal de courtage, «l’état des marchandises, dont
+les courtiers commissaires se trouvoient chargez[59]», etc.
+
+ [59] V. plus loin, p. 9-10.
+
+D’où seroit partie cette nouvelle feuille d’affiches? De chez un homme
+qui n’en étoit pas à sa première entreprise, mais auquel on ne doit pas
+de publication plus intéressante que celle-là même, commencée un an plus
+tôt, en 1691, dont nous reproduisons ici la seconde et dernière année:
+_Le livre commode, contenant les adresses de la ville de Paris_.
+
+Pour ce petit volume, si réellement nouveau alors, et que son journal,
+_Les Adresses casuelles_, n’auroit fait que compléter, un livre anglois
+du même genre, dont les éditions se succédoient à Londres depuis 1677,
+lui avoit certainement servi de guide[60]; mais il s’étoit bien gardé
+d’en parler. Le silence en pareil cas faisoit partie de ses procédés
+d’accapareur, comme nous le verrons, et disons le mot,--qui, d’ailleurs,
+est du temps[61]--de ses habitudes de «faiseur».
+
+ [60] _Le Bibliophile français_, août 1872, p. 255.
+
+ [61] _Le Livre à la mode_, par l’abbé Bordelon, p. 28.
+
+La première édition ou première année de son livre d’indications avoit
+pour titre: «_Les Adresses de la ville de Paris, avec le trésor des
+almanachs, livre commode, en tous lieux, en tous temps et en toutes
+conditions_, par Abraham du Pradel, astrologue lionnois.» Ce nom étoit,
+on le devine, aussi imaginaire que le titre, dont il le faisoit suivre,
+et qu’il modifia l’année suivante. Au lieu d’Abraham du Pradel,
+«astrologue lionnois», il se contenta de mettre «philosophe
+mathématicien», ce qu’au reste il n’étoit pas plus qu’astrologue.
+
+Il étoit de son métier chirurgien apothicaire, et de son vrai nom,
+Nicolas Blegny ou de Blegny, ainsi qu’il s’appeloit lui-même plus
+volontiers, se donnant la particule avec une complaisance qui nous
+paroît suspecte.
+
+Il n’étoit pas de Paris et nous ignorons le lieu aussi bien que la date
+de sa naissance. Peut-être venoit-il de Lyon, ce qui expliqueroit
+pourquoi, en prenant le pseudonyme de du Pradel, astrologue, il se donna
+pour «Lionnois.»
+
+Le rédacteur de la _Biographie universelle_, qui s’est occupé de lui,
+mais seulement comme empirique et sans connoître le curieux petit livre
+qu’on lui doit, a dit qu’il mourut en 1722, ayant soixante-dix ans. Il
+seroit né ainsi, par conséquent, en 1652. C’est, croyons-nous, une
+erreur. D’après un document émané de Blegny lui-même et que nous aurons
+à citer longuement tout-à-l’heure, nous savons, en effet, qu’en 1683 il
+avoit déjà «dix-sept ans d’établissement», ce qui feroit remonter sa
+naissance non à 1652, mais au moins dix ans plus tôt, et lui donneroit à
+sa mort quatre-vingts ans au lieu de soixante-dix. Pour tout ce qu’il
+entreprit, écrivit, projeta, car il fut surtout, comme dit Moreri,
+«fertile en projets»; pour tout ce qu’il s’attira d’ennuis, de
+persécutions et même d’emprisonnements, il ne falloit pas moins.
+
+Quand--vers 1666 probablement--il vint à Paris, son apprentissage étoit
+fait, et, tout aussitôt, il se mit à pratiquer, comme s’il étoit maître.
+Il ne tarda pas non plus à se faire auteur. Par le titre de ses
+ouvrages, on jugera du peu de sérieux de sa science et du charlatanisme
+de ses pratiques.
+
+C’est aux maladies, malheureusement les plus répandues alors et qui
+étoient d’un produit excellent pour les empiriques, tant à cause des
+remèdes à vendre que du scandale à exploiter contre tout malade qui ne
+payoit pas leur silence, que Blegny s’attaqua d’abord.
+
+Un des premiers livres que nous connoissions de lui et qu’il publia en
+1673, est: _L’art de guérir les maladies vénériennes, expliqué par les
+principes de la nature et de la mécanique_, in-12. Pareil traité ne
+pouvoit être que d’un charlatan. Le succès n’en fut que plus vif, et
+cela partout: à Paris, où il eut deux éditions; à Lyon, où on le
+réimprima; à La Haye, à Amsterdam, et aussi à Londres, où il fut traduit
+en anglais.
+
+Son ouvrage, _L’art de guérir les hernies de toute espèce dans les deux
+sexes, avec le remède du Roi_, qui parut en 1676, sembla plus sérieux;
+mais Blegny revint au charlatanisme des attrape-niais, lorsque, trois
+ans après, il publia un petit in-12 avec ce titre: _Histoire anatomique
+d’un enfant qui a demeuré vingt-six ans dans le ventre de sa mère_.
+
+Vers le même temps, ne trouvant pas qu’être apothicaire, faire de la
+chirurgie, tenir une _Académie de découvertes_--nous en parlerons
+bientôt--écrire des livres, où il inventoit des remèdes ou des monstres,
+etc., suffisoit à son activité d’empirique à projets, il se fit
+journaliste médical. Sous le titre de _Nouvelles découvertes dans toutes
+les parties de la médecine_, il se mit à publier, en 1679, une sorte de
+gazette mensuelle, qui ne mentit pas à ce qu’elle promettoit. Toutes les
+découvertes y furent réellement passées en revue, mais par la façon dont
+elle en parla, chaque fois que les remèdes nouveaux n’étoient pas de
+Blegny lui-même, on la considéra bientôt moins comme un journal utile
+que comme un pamphlet intéressé.
+
+Le docteur Théophraste Bonnet aggravoit ces médisances par le
+contre-coup qu’il en donnoit à Genève, dans sa gazette latine, _Zodiacus
+medico Gallicus_, qui n’étoit guère que la traduction de celle de
+Blegny.
+
+Il y eut de très-vives plaintes, et, en 1682, ordre lui vint, de par
+arrêt du Conseil, de mettre fin à son Journal. Il fit la sourde oreille.
+Soutenu par le frère du Roi, dont quelques petits services secrets lui
+avoient sans doute gagné les bonnes grâces, qu’il avoit suivi en Flandre
+pendant la campagne de 1676, et qui lui avoit permis de mettre sur
+l’enseigne de sa boutique, voisine alors du Palais-Royal, devant
+l’Opéra: «Chirurgien ordinaire du corps de Monsieur»; assez avant aussi
+dans les faveurs du lieutenant de police La Reynie; enfin, ce qui est
+plus singulier, hautement protégé par Daquin, premier médecin du Roi, il
+continua, malgré l’arrêt, de publier ses _Nouvelles découvertes_, et
+Bonnet continua aussi à les traduire en latin. Blegny se contenta de n’y
+plus mettre son nom.
+
+Il en fut ainsi pendant toute l’année 1683. L’ordre alors étant sans
+doute devenu plus formel, il cessa, mais pour reprendre ailleurs ce
+qu’on l’obligeoit d’interrompre à Paris. Le Journal des _Nouvelles
+découvertes_ étoit à peine mort en France, qu’il ressuscitoit en
+Hollande, sous le titre: _le Mercure savant_.
+
+Un médecin de Niort, nommé Gautier, établi alors à Amsterdam, y aida
+Blegny. Celui-ci envoyoit de Paris la matière du Journal et Gautier
+veilloit à l’impression. On y trouvoit mille choses: des pièces de vers,
+mêlées à de petits traités de médecine, des chansons avec leur musique,
+des nouvelles relatives aux affaires d’État, et, sur le tout, beaucoup
+de méchancetés. Elles n’en firent pas le succès.
+
+Le _Mercure savant_ ne dura que deux mois; il s’arrêta après son second
+volume, celui de février 1684.
+
+Il n’eut qu’un seul bon résultat, mais très-indirect, et sans que Blegny
+son rédacteur s’y trouvât pour rien. Il fut cause que quelqu’un donna à
+Bayle l’idée de la célèbre publication périodique, où, comme on l’a dit,
+il fonda la critique littéraire. Lui-même avoua ce qu’en cela il devoit
+au Journal de Blegny, que, d’ailleurs, il trouvoit détestable:
+
+«Je vous dirai, écrit-il le 8 août 1684 à M. Lenfant, à Rotterdam, que
+le dessein du Journal que l’on m’inspira et que je goûtai quand j’eus vu
+les deux tomes du _Mercure savant_, qui avoient paru en janvier et en
+février, et qui avoient fort déplu, quant à l’exécution, quoique le
+projet en eût été agréable, s’exécute depuis le mois de mars. Il
+s’intitule, non pas Journal, mais _Nouvelles de la République des
+lettres_.»
+
+D’autres affaires que celles de sa Gazette avoient vivement occupé, et
+même, à un certain moment, gravement inquiété Blegny, pendant le temps
+qu’il la faisoit paroître.
+
+Il tenoit chez lui, on l’a vu plus haut, une _Académie de nouvelles
+découvertes_, dont cette Gazette n’étoit pour ainsi dire que le
+compte-rendu mensuel; de plus, il avoit ouvert un _cours de Chirurgie_,
+où il donnoit des leçons particulières aux garçons chirurgiens, et un
+_cours de Pharmacie_, qui étoit une école du même genre pour les garçons
+apothicaires. Son ardeur de professer et de doctoriser étoit telle que,
+suivant Moréri, «il s’avisa même de faire un _cours de perruques_ pour
+les garçons perruquiers.»
+
+On s’en amusoit dans le public, mais on n’en rioit pas dans le monde des
+médecins et des chirurgiens, dont cette rage d’accaparements narguoit et
+froissoit les priviléges. Pouvoit-on souffrir qu’un intrus, sorti l’on
+ne sait d’où, qui n’étoit ni de l’Académie de médecine, ni de celle de
+chirurgie, autrement dite Académie de Saint-Côme, se permît de
+pratiquer, comme s’il appartenoit à l’une et à l’autre, de professer sur
+toutes les matières de leur compétence, et, qui plus est, d’en écrire?
+
+Chacun de ses ouvrages y avoit soulevé de véritables tempêtes, ceux
+notamment où, avec aussi peu de mesure que de modestie, il s’adjugeoit
+une sorte de science universelle, et se posoit presque en dieu de la
+médecine. N’avoit-il pas osé publier, dès 1673, trois volumes sous ce
+titre: _Nouvelles découvertes sur toutes les parties de la médecine_,
+et, en 1679, deux volumes encore, qu’il avoit intitulés le _Temple
+d’Esculape_, comme si lui seul en avoit la clé?
+
+Toutefois, le sachant très-puissamment soutenu, on le laissoit faire.
+C’est à peine s’il y eut contre ses livres quelque protestation écrite,
+telle que la brochure du chirurgien Devaux, _Découverte sans
+découverte_, faite à propos de l’impudente publication de Blegny,
+_Découverte du véritable remède anglois contre les fièvres_[62].
+
+ [62] V. les _Mémoires littéraires_ du P. Des Molets, t. VIII, 1re
+ partie, _Éloge de Devaux_.
+
+On attendoit pour l’attaquer et tâcher de détacher de lui les
+protections dont il faisoit sa force, qu’il donnât prise à quelque
+action sérieuse. C’est ce qui arriva vers la fin de 1681, dans une
+circonstance que ses ennemis de la Faculté surent envenimer, et qui leur
+permit non-seulement de faire passer M. de La Reynie de leur côté, mais
+encore d’ébranler la confiance que Monsieur avoit en Blegny.
+
+Un _factum_ que celui-ci dut rédiger pour se défendre, et dans lequel
+les besoins de sa justification l’entraînèrent à donner de nombreux
+détails sur lui-même, va nous mettre au fait de cette affaire et
+incidemment nous compléter plusieurs points de sa biographie.
+
+A cette époque les dissections n’étoient permises qu’à ceux qui
+relevoient des Académies de chirurgie ou de médecine, ou qui en avoient
+obtenu, de la Faculté, l’autorisation. Faire enlever un cadavre sans
+qu’elle eût été prévenue et le disséquer en dehors de l’amphithéâtre des
+Écoles, étoient choses des plus graves, et qui pouvoient vous attirer
+une peine fort rigoureuse.
+
+Or, il arriva qu’en décembre 1681 les doyens et docteurs furent avisés
+qu’un jeune chirurgien nommé Desnoues, qui, en qualité de membre de
+l’_Académie des nouvelles découvertes_, fondée par Blegny, «donnoit des
+leçons secrettes à plusieurs étudiants», dans une chambre dépendant de
+cette Académie, s’étoit fait apporter par le garçon de salle, Baptiste,
+de chez le fossoyeur Pajot, le corps d’une petite fille de cinq ans, et
+en avoit commencé la dissection.
+
+Les doyens firent saisir le corps par l’huissier Masson, chez Desnoues,
+et, sur leurs instances, le lieutenant de police ouvrit une action dans
+laquelle ils insinuèrent tout d’abord que Blegny, qu’ils visoient
+surtout, devoit être compris, comme maître de l’Académie où la
+dissection s’étoit faite.
+
+On commença toutefois par n’arrêter que Desnoues. Quand il fut à la
+Conciergerie, il parla. C’est ce qu’on désiroit. Il chargea Blegny; or,
+comme, en attendant, une démarche avoit été faite avec plein succès, le
+21 janvier 1682, par Me Nicolas Liénard, doyen de la Faculté de
+médecine, à la tête de sa compagnie, auprès de Monsieur, «en son
+Palais», pour lui remontrer respectueusement, ainsi que d’ailleurs l’en
+avoit déjà prévenu M. de La Reynie, qu’une protection telle que la
+sienne n’étoit pas due à un pareil homme «qui, disoit le doyen, profane
+en tout lieu vostre grand nom[63]»; Blegny se trouvoit alors sans
+défenseur.
+
+ [63] _Discours à S. A. R. en son palais à Paris_, par Me Nicolas
+ Liénard, etc., in-4º.
+
+Lors donc que, quelques jours après, sur la dénonciation de Desnoues,
+arrêt de prise de corps eut été lancé contre lui, personne n’intervint
+pour empêcher la justice d’avoir son cours.
+
+Doyens et docteurs triomphoient. Ce qu’ils désiroient depuis si
+longtemps étoit obtenu: «Si», avoient-ils dit, d’après le témoignage
+même de celui qu’ils accusoient et qui les connaissoit bien[64], «si
+nous pouvons tenir Blegny, il ne nous échappera pas; nous avons en main
+de quoi le faire pendre. Il sera bien heureux s’il en est quitte pour
+les galères. Il y a trois cents témoins qui déposeront contre lui. M. de
+La Reynie en a informé S. A. R. à notre considération, et ce magistrat a
+promis à notre doyen de nous délivrer bientôt du chagrin que nous avons
+de voir un chirurgien écrire sur toutes les matières de la médecine et
+présider dans une Académie à des docteurs de diverses facultés[65].»
+
+ [64] _Factum pour Me Nicolas de Blegny_, etc., in-4º, p. 4.
+
+ [65] _Id._, p. 9.
+
+Cela dit, pour prouver la partialité de ceux qui le dénoncent, il prend
+corps à corps l’accusation et la rejette sur Desnoues qui l’en a chargé.
+C’est lui seul qui s’est permis les dissections défendues, et cela
+non-seulement cinq ou six fois, comme on le pense, mais quarante au
+moins. Il alloit disséquant n’importe où, dans tous les quartiers.
+Quelqu’un qui le savoit lui joua le tour de le surprendre un soir, rue
+de l’Université, à l’hôtel Tambonneau, et de lui faire la plus forte
+peur, en se disant commissaire. Desnoues, qui le crut, décampa par la
+fenêtre de la mansarde où il disséquoit, emportant le corps à moitié
+dépecé. Il le laissa dans la gouttière, où un couvreur le retrouva le
+lendemain.
+
+S’est-il, lui Blegny, livré à ces opérations clandestines, a-t-il jamais
+couru les risques de pareilles surprises? Ses dénonciateurs n’osent même
+le supposer, et cependant ils font tout pour l’écraser par leurs
+allégations:
+
+«Il n’est pas», s’écrie-t-il avec une certaine éloquence[66], «il n’est
+pas d’injures dont ils n’aient tâché de le noircir en toute occasion,
+point d’artifices dont ils ne se soient servis pour lui faire perdre la
+protection qu’il avoit naguère du sieur lieutenant de police et qu’il a
+encore du sieur premier médecin du Roy; point de prétextes qu’ils
+n’aient inventés pour luy dénier la justice qu’ils luy doivent; point de
+moyens secrets qu’ils n’aient mis en usage pour le diffamer, pour
+diminuer son employ, pour luy attirer l’indignation de S. A. Monsieur;
+point d’entreprises qu’ils n’aient faites pour troubler ses exercices et
+pour empêcher la publication de ses ouvrages; point d’occasions qu’ils
+n’aient recherchées avec empressement pour luy susciter des procez;
+enfin, point d’intrigues qu’ils n’aient pratiquées pour porter ses
+confrères et ses meilleurs amis à se déclarer contre luy.»
+
+ [66] _Id._, p. 10.
+
+Ce qui lui tient le plus au cœur, c’est qu’ils ont vilipendé ses
+ouvrages. Il n’en est pas un auquel ils aient fait grâce. N’ont-ils pas
+prétendu aussi que les chirurgiens, de même que les médecins, avoient eu
+tous à se plaindre de lui, chose absolument fausse, ainsi que le prouve
+l’approbation accordée par beaucoup d’entre eux aux instruments par lui
+inventés.
+
+On l’accuse, continue-t-il, «d’être sans doctrine, et d’avoir des
+auteurs à gages»; or, il a passé dix-sept ans d’établissement sans
+tomber dans la moindre impéritie, et il s’est rendu la voix publique
+favorable par l’exactitude de sa conduite et par l’heureux succès des
+cures qu’il a entreprises.
+
+S’il n’a pas été examiné à Saint-Côme, c’est qu’il n’a pas fait son
+apprentissage à Paris[67]. Il est donc faux que la maîtrise lui ait été
+déniée «à cause de ses mauvaises mœurs et de son incapacité».
+
+ [67] _Id._, p. 12.
+
+Ils ont été encore plus loin que cette accusation de mœurs scandaleuses.
+Ils ont fait courir le bruit qu’une de ces terribles affaires
+criminelles, comme il y en eut tant à l’époque de la Brinvilliers et de
+la Voisin, l’avoit eu pour complice, et qu’il avoit même fallu à cette
+occasion s’assurer de lui. «Pendant, dit-il, qu’il estoit en Flandres
+près de S. A. R. Monsieur, ils publièrent partout qu’il estoit à la
+Bastille, pour le poison.»
+
+Son seul crime--et c’en est un des plus impardonnables à leurs yeux--est
+d’avoir écrit quelque part «qu’il y a des docteurs sans doctrine et des
+doctes sans doctorat». Ils se sont reconnus, et leur première vengeance
+a été de crier que lui aussi étoit un faux docteur. Il est vrai qu’il
+n’a point passé par les colléges et qu’il n’a pris de degrés dans aucune
+faculté. Il n’en est pas moins prêt à soutenir dans une dispute réglée
+les questions les plus difficiles, «soit de médecine, soit de physique»,
+contre les plus savants.
+
+Son livre sur la guérison des fièvres a été le plus attaqué; il le
+défend à outrance. Il se montre aussi très-ardent à prouver l’excellence
+d’un cordial--on le trouvera décrit plus loin--«auquel il a donné la
+forme d’opiatte (_sic_)», et qui ne seroit, à les entendre, autre chose
+que «l’orviétan», dont il auroit acheté le secret à Hiéronimo Cei. Il ne
+récuse pas celui-ci, son ami et son compère, mais il nie le reste.
+
+Pour conclure, il espère que ses juges le feront sortir de cette
+affaire, non-seulement libre et justifié, mais indemnisé:
+
+«Il oze préjuger que la Cour, en prononçant son absolution et déclarant
+l’escrou fait de sa personne injurieux, tortionnaire et desraisonnable,
+condamnera ceux qui l’accusent à luy faire réparation d’honneur, en
+10,000 livres de dommages et intérêts, à quoi il se restreint, et en
+tous les despens du procez.»
+
+Une note manuscrite, mise au bas de l’exemplaire du _factum_ qui nous a
+servi pour tous ces détails, dit que l’arrêt fut rendu sur le rapport de
+M. Amproux, le 12 juillet 1683, mais n’ajoute pas s’il fut ou non
+favorable. Nous croyons qu’il dut l’être, car nous trouvons quelques
+mois après Blegny reprenant ses publications avec plus d’impudence et
+d’emphase que jamais. En 1684, par exemple, peu de mois après sa mise en
+liberté, il fait paraître un volume in-12 avec ce titre singulier: _La
+doctrine des rapports, fondée sur les maximes d’usage et sur la
+disposition des nouvelles ordonnances_.
+
+Ses emplois semblent lui être restés, du moins en partie. Peut-être
+n’a-t-il plus sa charge chez Monsieur, ni celle de «premier chirurgien»,
+qu’il s’étoit fait donner chez la Reine en 1678, mais il est toujours
+médecin du Roi, «préposé, comme il ne manque pas de le répéter partout,
+à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de médecine.»
+
+Son peu de fidélité dans l’exercice de cette fonction délicate lui
+attira une nouvelle disgrâce. Il avoit fondé, aux environs du faubourg
+Saint-Antoine, à Pincourt--nous dirions aujourd’hui Popincourt--une
+sorte de maison de santé avec jardin de plantes médicinales, dont il
+sera parlé plus bas, et près de laquelle logeoit «un certain prieur»,
+comme il l’appelle[68], qui se mêloit aussi de remèdes.
+
+ [68] V. plus loin, p. 157, note.
+
+Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez efficaces, dont il avoit
+livré le secret au roi, à condition que le public en profiteroit pour
+rien.
+
+Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la vérification de ces sortes
+de découvertes pour accaparer au passage les remèdes du Prieur et les
+ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences de son bureau ou
+Académie, qu’il avoit transféré de la place du Palais-Royal à la rue
+Guénegaud; et, qui pis est, il les vendit avec ses propres drogues.
+
+De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles il opposa son
+impudence ordinaire, ce qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être
+suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps. Voici ce que nous lisons à
+ce sujet dans un curieux recueil manuscrit: _Lettres historiques et
+anecdotiques_[69], sous la date du 15 janvier 1686:
+
+ [69] Bibl. nat., _Mss._ Suppl. franç. nº 10,265.
+
+«Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille, pour s’estre voulu mesler
+d’enseigner la manière d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit
+donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement. Il avoit dit des
+impertinences.»
+
+Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny comme nous le
+connoissons, pour ne nous laisser aucun doute sur l’authenticité de la
+nouvelle.
+
+Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier, parlant de lui,
+l’appelle «le bastillé et le bastillable[70]», ne dut pas être de bien
+longue durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus mesuré et plus
+modeste. L’année d’après il ne publia qu’un livre des plus anodins: _Le
+bon usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation et la
+guérison des maladies_, in-12; et, en 1688, deux autres petits volumes
+sans beaucoup plus de conséquence: _Secrets concernant la beauté et la
+santé_, qui ont fait dire avec raison par un de ses biographes: «Le
+titre seul de cet ouvrage annonce le charlatanisme: les vrais médecins
+ne connaissent pas de secrets[71].»
+
+ [70] _Anti-Menagiana_, préface, p. 16.
+
+ [71] _Biog. universelle_, art. Blegny.
+
+De 1688 à la fin de 1690, il ne publia rien. Il étoit occupé de son
+livre: _Les Adresses de la ville de Paris_, dont, ainsi que nous l’avons
+dit, il avoit sans doute emprunté l’idée à celui des adresses de Londres
+publié en 1677. Il lui falloit un privilége, mais, comme dans cet
+ouvrage, il vouloit plus ou moins exploiter ceux qu’il y recommanderoit,
+et, sous prétexte de parler de tout le monde, parler sans cesse de
+lui-même, en se ramenant à chaque coin de page, à tort et à travers et
+pour n’importe quelle raison, il se garda bien de demander ce privilége
+en son propre nom. Sa voisine, la veuve Nyon, libraire sur le quai
+Conti, se le fit accorder à sa place dès le 14 juillet 1690 et se
+chargea de faire imprimer le manuscrit chez l’imprimeur Rondot. Un
+pseudonyme sur le titre, celui d’Abraham Du Pradel, fut, pour lui-même,
+afin de ne pas se trahir, tout ce que se permit Blegny.
+
+Le petit volume, qui se compliquoit d’un almanach, devoit de toute
+nécessité être prêt le premier janvier 1691; il le fut. Réussit-il? Nous
+le pensons. Il avoit d’avance une clientèle de lecteurs toute faite:
+chez les étrangers de passage à Paris, chez les gens de province et même
+chez les Parisiens qui, à cette époque comme à la nôtre encore,
+n’ignoroient rien tant que ce qui se trouve à Paris de bon à acheter et
+de curieux à voir.
+
+Ce succès, quoiqu’il eût rencontré de l’opposition, car beaucoup, même
+dans le monde des marchands, s’étoient trouvés froissés de ce qu’on les
+eût nommés sans leur permission, encouragea Blegny. Pour l’année
+suivante, tout en tenant compte de ces plaintes, qui paraîtront bien
+singulières à présent que la réclame est partout courue et nulle part
+évitée, il voulut faire mieux, être plus varié, plus complet. Ce fut sa
+perte.
+
+Il s’en étoit tenu, la première année, presque exclusivement aux
+adresses marchandes ou industrielles. Pour la seconde, que nous
+reproduisons ici, avec le titre nouveau qu’il lui donna, il prétendit y
+joindre les adresses de Messieurs des Fermes, du Conseil d’État, etc.,
+etc., celles aussi des Curieux célèbres et des Dames curieuses, et bien
+d’autres encore.
+
+Les plaintes grossirent en conséquence. De quoi se mêloit-il? De quel
+droit ces indiscrétions qui ne pouvoient qu’attirer des nuées
+d’importuns chez les personnes dont il indiquoit ainsi la qualité et
+l’adresse? N’empiétoit-il pas d’ailleurs, en bien des points, sur ce
+que, par privilége, l’_État de France_ pouvoit seul publier.
+
+Il y avoit dans tout cela beaucoup plus qu’il n’en falloit pour faire
+supprimer _Le Livre commode_. Camusat dit que Blegny reçut ordre de ne
+pas le continuer parce qu’il fut trouvé détestable[72]. Nous croyons
+bien plutôt que ce fut pour les raisons dont nous venons de parler,
+qu’il dut ne plus paroître, et que même--ce qu’ignoroit Camusat--il fut
+saisi. Nous avons trouvé les procès-verbaux qui le prouvent[73].
+
+ [72] _Histoire critique des journaux_, t. I, p. 230-231.
+
+ [73] _Collection Delamarre_, aux mss. de la Biblioth. nat., nº 21,739,
+ p. 110.
+
+Le 29 février 1692, c’est-à-dire deux mois après la publication de la
+seconde année, la veuve Nyon fut requise par Denis Aumont, sergent à
+verge, d’avoir à lui présenter le privilége en vertu duquel elle avoit
+fait imprimer le _Livre commode contenant les adresses de la ville de
+Paris_ et à lui déclarer le nombre d’exemplaires qui lui en restoit.
+Elle répondit que le privilége étoit demeuré entre les mains du sieur
+Rondot, par qui elle en avoit fait faire l’impression, et elle offrit de
+le retirer et de le rapporter. Quant aux exemplaires, dont la plus
+grande partie n’avoit pas encore été vendue, elle offrit aussi de les
+rapporter «en blanc», c’est-à-dire non reliés, au nombre de deux mille
+cinq cents.
+
+Aumont se les fit présenter et les saisit. Même visite fut faite chez
+Rondot l’imprimeur.
+
+A la première réquisition du sergent à verge il présenta le privilége,
+qui fut saisi comme l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent
+les procès-verbaux, que par simple provision, et jusqu’à nouvel ordre;
+mais l’ordre contraire ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient
+saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût détruits. C’est ce qui
+explique pourquoi cette seconde année du _Livre commode_ est beaucoup
+plus rare encore que la première.
+
+Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès lors il cesse de publier. Un
+livre, bien inattendu de sa part et qui prouveroit qu’il a même renoncé
+à la médecine, est le seul qui paroisse sous son nom. Il est de 1694 et
+il a pour titre: _Projet de l’histoire générale des religions militaires
+et des ordres politiques et séculiers de chevaliers_[74]. Pourquoi
+l’avoit-il fait? Quel but y visoit-il? Peut-être étoit-ce un moyen
+d’exploiter les gens si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler par
+la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient ainsi qu’à devenir,
+suivant le mot du temps, des «chevaliers de l’industrie». Blegny étoit
+homme à en créer beaucoup de cet ordre.
+
+ [74] Il n’est pas indiqué dans la _Biblioth. Script. Medic._ de
+ Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des livres de
+ médecine de Blegny.
+
+Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent alors sur son compte. On
+parla même d’escroquerie[75]; il perdit les dernières charges qui lui
+restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait sous les pieds, il
+quitta Paris pour Angers. On l’y arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce
+devoit être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier dans le
+château. Lorsqu’il eut fait son temps, il chercha un pays plus
+hospitalier. Il se retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut en
+1722 à quatre-vingts ans.
+
+ [75] _Biog. univ._, art. Blegny.
+
+Voilà l’homme, vous allez juger à présent de son essai d’_Almanach des
+adresses_. L’auteur est un assez vilain personnage, mais le livre est
+curieux.
+
+
+
+
+ LE
+ LIVRE COMMODE
+ CONTENANT
+ LES ADRESSES
+ DE LA
+ VILLE DE PARIS
+ ET
+ LE TRÉSOR DES ALMANACHS
+ POUR L’ANNÉE BISSEXTILE 1692
+
+ avec
+ les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre et la discipline
+ des exercices publics, le prix des Matéraux et les ouvrages
+ d’Architecture, le Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des
+ Courriers et des Voitures de Routes, et généralement toutes les
+ commoditez sujettes aux mutations.
+
+ Par Abraham Du Pradel, Philosophe
+ et Mathématicien.
+
+
+ A PARIS,
+ chez la Veuve de Denis-Nion, Marchand-libraire sur le quay de Nesle,
+ devant l’Abrevoir de Guénégaud, à l’image Sainte Monique.
+
+ M. DC. XCII.
+ Avec privilége du Roy.
+
+
+
+
+AVERTISSEMENT.
+
+
+L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant que son ouvrage seroit jugé
+généralement utile; l’approbation du public et le débit qui s’en est
+fait en sont de fortes preuves; il s’en trouve très honoré, et il se
+propose d’en être autant reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient
+de redoubler ses soins et ses recherches pour le rendre plus exact et
+plus complet: il en fera de même dans les années suivantes; il examinera
+par luy-même les mémoires qui luy seront donnés, et il préviendra par
+cette précaution, le reproche qu’il s’est attiré l’année précédente,
+pour s’en être tenu aux protestations de quelques personnes qui lui
+avoient donné de fausses adresses, et qui avoient attribué à certains
+artisans une réputation qu’ils n’avoient pas encore acquise.
+
+Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende demeurer garand du mérite
+des personnes qu’il doit indiquer. C’est le public qui donne la
+réputation. Il est luy-même responsable de ses propres injustices. Un
+particulier n’est pas en droit de s’opposer au torrent de la voix
+publique quand même il seroit assez téméraire pour le faire, il ne
+seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des adresses de personnes
+renommées. Il suffit qu’un nom ait été célébré pour avoir place dans cet
+Opuscule: et il n’est pas permis à l’Auteur d’y ajouter celui dont on
+n’a pas encore parlé, quand même il appartiendroit au plus digne homme
+d’une profession.
+
+La seule omission qu’on pourroit reprocher à l’Auteur, est celle de
+n’avoir rien dit d’un grand nombre de personnes qui ont acquis dans le
+Commerce et dans les Arts une distinction particulière; mais il ne
+tiendra qu’à ces personnes mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende
+là-dessus bonne justice l’année prochaine, et elles peuvent même
+s’assurer qu’elles auroient été prévenues dès la première édition de cet
+Ouvrage, si l’Auteur eut été assez intrigué[76] dans le monde, pour
+savoir tout ce qui mérite d’être connu.
+
+ [76] Nous dirions aujourd’hui «lancé». Boileau, dans l’_Art poétique_,
+ chant III, a donné à ce mot le même sens:
+
+ L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,
+ Se pousse auprès des grands, _s’intrigue_, se ménage.
+
+Un Médecin et quelques autres personnes indiquées dans l’édition
+précédente, avoient trouvé mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens
+autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles connaîtront par celle-ci,
+qu’on a eu soin de flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient
+raisonnablement désirer.
+
+Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre l’ordre de dignité en
+parlant des Compagnies, des personnes et des professions; mais outre
+qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini sur les rangs et sur
+les préséances, il auroit été presque impossible à l’Auteur de s’en
+assurer, quand même il y auroit quelque certitude; c’est pourquoi il a
+dû avertir qu’il a traité sans aucune distinction de droits ni de
+mérite, toutes les différentes choses qui sont le sujet de cet Ouvrage,
+ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront pas dans l’ordre qui
+leur conviendroit en autre chose.
+
+Comme on s’est proposé en ceci de donner annuellement au public toutes
+les instructions qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à
+mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les vacations des
+Tribunaux et le prix des matereaux et des ouvrages concernant les
+batimens: car si d’un côté ces choses ne sont pas du genre de celles
+qu’on doit indiquer par des adresses, elles sont du moins de celles qui
+peuvent être changées en quelques circonstances.
+
+Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû comprendre dans cet ouvrage,
+tout ce qui est contenu dans les listes des Tribunaux et dans les
+catalogues des Compagnies et des Communautés, devroient se ressouvenir
+de la protestation qu’il a faite de servir tout le monde sans nuire à
+personne, et réfléchir sur le tort qu’il feroit à ceux qui ont accoutumé
+de vendre ces listes et ces catalogues; outre que le seul recueil qu’on
+en feroit composeroit un trop gros volume pour un simple manuel
+journalier, et qu’ainsi il étoit plus expédient et plus raisonnable
+d’indiquer seulement, comme il a fait, les sièges où l’on peut recouvrer
+les listes et les Bureaux où l’on peut trouver les catalogues.
+
+Sur ces deux considérations que l’Auteur ne veut nuire à personne, et
+qu’il ne s’est proposé de traiter que les choses sujettes à mutations,
+on peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage, ni la situation des
+Eglises, ni la description des Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des
+autres Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le sujet de M. le
+Maire à qui nous devons un Livre en trois volumes, qui a pour titre
+Paris ancien et nouveau[77], et celui de M. l’abbé Brice, qui nous a
+donné une description de la Ville de Paris[78], et que d’ailleurs ces
+choses ne regardent qu’indirectement les commoditez qui doivent
+satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé de pourvoir.
+
+ [77] Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet: _Paris
+ ancien et nouveau, avec une description de tout ce qu’il y a de plus
+ remarquable dans toutes les églises, communautés, palais, maisons,
+ rues, places, etc._ D’après le P. Lelong et les éditeurs de la
+ neuvième édition du livre de G. Brice, dont nous parlerons dans la
+ note suivante, cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en
+ style moins ancien, des _Antiquités de Paris_ du P. Du Breul.
+
+ [78] Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an avant le livre
+ de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre de: _Description
+ nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable dans la ville de
+ Paris_, par M. B... L’auteur, Germain Brice, qui se déroboit sous
+ cette initiale, portoit, sans être prêtre, l’habit ecclésiastique,
+ c’est pourquoi il est ici appelé abbé. Il se mettoit au service des
+ étrangers de qualité pour leur apprendre le françois et leur faire
+ voir Paris, ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui
+ valoit «de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles». Son
+ livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit monté
+ de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727, à
+ soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit ne fut
+ achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault qu’en 1751 et fut
+ publiée l’année suivante. C’est un ouvrage très-utile et qu’il est
+ bon surtout de suivre dans toutes ses transformations de 1684 à
+ 1752.--Nous ajouterons que Brice n’étoit pas seul à faire le métier
+ de cicerone parisien, almanach des adresses allant et venant au
+ service de chacun. Le _Novitius_, dictionnaire latin-françois de
+ 1721, nomme, au mot _Nomenclator_, un certain Herpin, qui gagnoit sa
+ vie de la même manière: «C’est un homme qui enseigne à Paris les
+ noms et les demeures des gens de qualité».
+
+Au surplus, comme ce Livre sera chaque année publié dès les premiers
+jours du mois de Novembre, et qu’on en commencera par conséquent
+l’impression dès le commencement d’Aoust, il serait inutile d’envoyer
+des mémoires ni pour les nouvelles adresses, ni pour les mutations passé
+la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un temps considérable pour diriger
+sa matière.
+
+
+
+
+AVIS
+
+SUR LES ADRESSES CASUELLES.
+
+
+Dans le courant de l’année précédente, bien des gens ont donné des
+mémoires que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira que dans un cahier
+volant, par cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez qui
+n’ont rien de permanent, c’est à dire qui sont aujourd’hui existantes,
+et qui ne le seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne
+conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir une année entière, et
+dans lequel même il ne se doit presque faire aucun changement que par
+rapport aux simples mutations.
+
+Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois, et aura pour titre _les
+Adresses casuelles de la Ville de Paris_[79]; on y trouvera, par
+exemple, le dessein des Auteurs qui auroient besoin de mémoires,
+l’arrivée et le départ des Marchands forains, l’ouverture des ventes de
+meubles publiques et judiciaires qui mériteront d’être sçues,
+l’adjudication d’héritages licitez et décretez, les Bureaux pour la
+levée des charges de nouvelles créations, les Fermes à bailler
+et les biens à vendre, l’état des Marchandises dont les
+Courtiers-Commissionnaires se trouveroient chargez; la qualité des
+Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers voudront se défaire
+par vente ou par échange, les bois qui seront à couper, les Emplois qui
+seront vacans, les ouvrages et fournitures qui seront à faire au rabais,
+les fonds qui seront à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire,
+et généralement les adresses de toutes commoditez dont la fin paroitra
+prochaine.
+
+ [79] C’étoit un essai de _petites affiches_ mensuelles dont nous
+ n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il pas suite.
+ Renaudot en avoit tenté du même genre, mais trimestrielles, sous
+ Louis XIII. On en trouve le _plan_ dans sa rarissime brochure:
+ _Inventaire des adresses du bureau de rencontre_, 1630, gr. in-4º.
+ Le roi lui avoit, à cet effet, accordé un privilége le 8 juin 1629.
+ On ignoroit si l’exécution avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes
+ assez heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un numéro
+ de ces premières _petites affiches_, portant la date du 1er
+ septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15e _feuille_ de cette
+ publication. Or, comme elle avoit dû commencer à la fin de 1629, il
+ y avoit juste quinze trimestres qu’elle existoit en septembre 1633.
+ Nous avons publié, avec des notes, dans le tome IX de nos
+ _Variétés_, p. 51 et suiv., cette 15e feuille, la seule que l’on
+ connoisse encore.
+
+
+
+
+SUCCEZ DES REMEDES
+
+INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE.
+
+
+L’Auteur étant persuadé qu’entre tous les besoins ausquels il s’est
+proposé de pourvoir, il n’y en a point de plus pressans que ceux qui
+concernent le rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit
+ici, avec plaisir, une relation qu’il tient de son libraire par qui elle
+est certifiée véritable, puis qu’elle contient un grand nombre de cures
+merveilleuses opérées dans le courant de l’année précédente, par l’usage
+des remèdes spécifiques qui avoient été par lui annoncez.
+
+Plus de trente personnes de l’un et de l’autre sexe accablées par des
+Rhumatismes habituels et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes
+des pieds et des mains, et par des douleurs causées par les panacés et
+autres poudres mercurielles, ont été parfaitement guéries en peu de
+jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la liqueur anodine
+marquée à la page 51.
+
+Autant en est-il arrivé à un paralitique qui avoit d’ailleurs au bras
+droit des nodus d’une prodigieuse grosseur, les membres paralitiques
+ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez entièrement dissipées
+dans l’espace de cinq semaines.
+
+Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune homme à peu près dans le même
+espace de temps, la guérison de la Goutte des pieds et la dissipation de
+plusieurs Loupes et Tumeurs froides qu’il avoit aux deux genoux.
+
+Un homme d’une particulière considération, en qui il s’étoit fait un
+effroyable dépôt d’humeurs sur les jambes, après avoir fini par le
+quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté, a été parfaitement guéri
+en six semaines par la liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement
+replet, non seulement de cette fluxion, mais encore de plusieurs grands
+ulcères qu’elle causa subitement avec mortification de la peau et des
+chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et d’un vomissement continuel
+que le quinquina avoit causé.
+
+L’un des domestiques de ce malade fût guéri dans le même temps d’une
+Hidropisie formée en deux prises d’un Sirop spécifique.
+
+Plus de cinquante personnes ont été gueries de Décentes de Boyaux, les
+unes en un mois ou cinq semaines en faisant retraite à la pension de
+Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant à leurs affaires;
+par les Bandages[80] et par les emplatres de la Manufacture royale.
+
+ [80] C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous l’avons
+ prouvé dans _le Vieux-neuf_, 2e édition, t. I, p. 133-134, note. En
+ 1647, un charlatan avoit inventé un bandage dont il promettoit
+ merveille. Les _Annales du Bibliophile_, t. I, p. 38, ont publié
+ l’affiche qui en énuméroit les miracles.
+
+Vingt deux malades accablez d’une longue suite de cours de ventre, de
+flux de sang et de dissenteries, ont été guéris sans retour et sans
+ressentir la moindre incommodité, avec une ou au plus deux prises d’un
+vin composé qui nourrit comme le vin ordinaire.
+
+On a pareillement guéri un grand nombre de fébricitans par l’usage de la
+Liqueur fébrifuge.
+
+On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique, en deux femmes
+différentes, un ulcère formé dans la matrice; et par cette même liqueur
+aidée par les grains balsamiques, un grand nombre de personnes de
+Gonorrhées habituelles et de Pertes blanches.
+
+Onze personnes ont été parfaitement guéries de la grosse maladie, sans
+régime et sans retraite par le seul usage du mercure d’or[81].
+
+ [81] Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny entend par «la
+ grosse maladie». En la guérissant par le mercure, il étoit arriéré.
+ Locke, lorsqu’il vint à paris, vit, affichée sur les murs, l’annonce
+ d’un «remède sans mercure», pour lequel le roi avoit accordé un
+ brevet, dont le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du
+ 7 septembre 1667. Voy. dans la _Vie de Locke_ par lord King, un
+ extrait de ses _Voyages_ à la date du 13 février 1679.
+
+Rien n’est plus commun que de voir des gens guéris sur le champ et pour
+jamais de la douleur de la carie des Dents, par l’application de
+l’Essence végétale.
+
+Une religieuse qui ne vivoit depuis quatorze mois que de trois
+cuillerées de bouillon par jour, chacune desquelles luy coutoit un
+martire par les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle luy causoit
+pendant près d’une heure, et les douleurs d’estomach qu’elle ressentoit
+ensuite, fut soulagée très considérablement dès la première prise de
+l’opiate digestive, et se trouva après la deuxième en état de faire deux
+grands repas par jour sans aucune incommodité.
+
+Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris par l’usage de la Conserve
+pulmonaire.
+
+Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux de larmes involontaires, a
+été guérie en peu de jours sans opération par une simple pomade.
+
+Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur qui ces Cures ont été
+faites, il ne pourroit les nommer sans imprudence, mais les incrédules
+pourront s’assurer de la verité, par le témoignage de diverses autres
+personnes qui ont eu occasion de voir opérer le Medecin par qui elles
+ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite cet Ouvrage, offre
+de donner les noms et les adresses selon l’exigence des cas.
+
+
+
+
+ LE
+ LIVRE COMMODE
+ CONTENANT
+ les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs
+ POUR L’ANNÉE 1692.
+
+
+
+
+AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.
+
+
+Monseigneur l’Archevêque de Paris donne Audience aux particuliers dans
+les appartemens de l’Archeveché, près Notre-Dame, le matin à onze heures
+quand il est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse à Monsieur de
+Morange pour impetrer les dispenses et autres grâces Ecclésiastiques qui
+emanent de mondit Seigneur.
+
+Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et M. de la Baude Archidiacre de
+Brie, demeurent au Cloître.
+
+Messieurs les Abbez Daquin[1] et de Bourlemont Agens du Clergé,
+demeurent; sçavoir, le premier au Jardin du Roi[2], et le deuxième ruë
+d’Enfer près les Chartreux.
+
+ [1] C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit donné, en avril
+ 1688, l’abbaye de Saint-Laurent (_Journal_ de Dangeau, t. II, p.
+ 130).
+
+ [2] C’est comme frère du premier médecin que l’abbé Daquin y logeoit,
+ la surintendance du Jardin royal étant encore, pour la plus grande
+ part, dans les attributions du premier médecin du Roi.
+
+Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame, à qui l’on s’adresse pour les
+affaires du Chapitre, demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les
+Lundis, Mercredis et les Vendredis.
+
+M. Chéron Official de Paris, à qui l’on s’adresse pour obtenir
+permission de publier Monitoire[3], demeure ruë du petit Musc près
+l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la maison de Pincourt rue
+des Amandiers Fauxbourg saint Antoine[4].
+
+ [3] Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace
+ d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui avoient
+ connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en pouvoient savoir.
+
+ [4] «Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions et actions
+ bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et est souvent à Pincourt,
+ où il a une maison de bon air.» Edit. 1691, p. 5.
+
+Il tient son Audience en la premiere cour de l’Archeveché, le Mercredi,
+et le Samedi à midi, où l’on porte toutes les Causes concernant les
+fonctions Curiales et les Accessoires; et par conséquent les questions
+matrimoniales, la Morale des Prêtres[5], etc.
+
+ [5] L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses. C’est lui,
+ par exemple, qui légitimoit par mariage les unions qui n’avoient pas
+ jusque là été régulières. Celle du perruquier Lamour et d’Anne, sa
+ perruquière, avoient longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous
+ l’apprend au chant Ier du _Lutrin_:
+
+ ... ce couple charmant
+ S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement,
+ Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage
+ L’Official a joint le nom de mariage,
+
+ L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie par
+ Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce.
+
+M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction, qui conclud pour la
+manutention des Canons et Discipline Ecclésiastique, est Curé de la
+Paroisse de S. Roch.
+
+M. Robert Grand Pénitencier qui absout les cas reservez[6], confesse
+presque tous les matins et quelquefois l’apresdiné.
+
+ [6] Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder pour lui-même
+ beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa vie n’étoit pas des
+ plus édifiantes. L’abbé Legendre, _Mémoires_, p. 59, se contente de
+ dire qu’il avoit «des talents, autant pour le monde que pour sa
+ profession.» Les chansons en disoient plus. V. le _Recueil de
+ Maurepas_, t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs
+ «pour écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de
+ la religion.» Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, _Mém._, p. 99.)
+ Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres comme lui, le
+ tenoit en grande estime. (Goujet, _Vie de Nicole_, 1re part., p. 16,
+ et 2e part., p. 130, 144.)
+
+M. Le Chantre de la même Eglise[7], à la nomination duquel sont tous les
+Maitres et toutes les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et qui
+connoit des causes concernant cette profession[8], demeure aussi dans le
+Cloître, où il tient son Audience le Jeudi à trois heures de relevée.
+
+ [7] Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude Joly, dont nous
+ trouvons un si bel éloge dans le _Valesiana_, p. 39. Il avoit été, à
+ Munster, le conseiller intime du duc de Longueville pour les
+ négociations du traité. Après la Fronde, où il fut des plus hostiles
+ à Mazarin, il devint official de l’Église de Paris, puis, ce que
+ nous le voyons ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier
+ 1700, à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le
+ _Mercure de France_ à cette date, p. 276.
+
+ [8] Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties: _Traité
+ historique des Ecoles épiscopales_ par Claude Joly. Paris, Muguet,
+ 1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des contestations avec
+ l’Université, et aussi avec les curés de Paris qui n’acceptoient pas
+ que le droit des Ecoles de Grammaire appartînt seulement à MM. du
+ Chapitre et au grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut
+ lire dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de
+ l’_Histoire du Diocèse de Paris_, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44,
+ le détail des factums qui furent échangés entre les deux partis.
+
+Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis. M. Marais ruë Cocatrice, et M.
+Chevalier ruë saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers Laics
+de l’Eglise de Paris.
+
+Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires Apostoliques chez qui on
+peut passer tous actes recevables en Cour de Rome, sont tous établis ruë
+Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame.
+
+Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, par l’entremise
+desquels on obtient toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége, à
+peine de nullité et d’amende[9], sont:
+
+ [9] Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions par
+ courriers, non-seulement pour la Cour de Rome, mais pour les
+ légations. Ils eurent leur chapitre spécial dans l’_Almanach royal_,
+ dès la première année, 1699. Leur création datoit du mois de mars
+ 1673.
+
+_Messieurs_
+
+Du Bourgt, ruë Bailleul.
+
+De la Nouë, ruë de la Harpe.
+
+Le Pelletier, ruë saint Severin[10].
+
+ [10] Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des banquiers
+ expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame; il logeoit rue
+ Saint-Christophe. (_Alman. royal_, 1702, p. 75.)
+
+Daquinet, Parvis Notre Dame.
+
+Noyer, ruë de la Licorne.
+
+Ruelle, ruë des Prouvaires.
+
+Le Roy, ruë Bardubec.
+
+Chubuté, ruë des Prêtres saint Germn l’Auxerrois[11].
+
+ [11] Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre). _Alman.
+ royal_, 1702, p. 75.
+
+Le Zineau, ruë des Massons[12].
+
+ [12] Laurent Lezineau. (_Id._)
+
+Antoine, ruë saint Christophle.
+
+Beaudet de Beaumont, ruë saint André.
+
+Le Maine, ruë Hautefeuille[13].
+
+ [13] Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit y en
+ avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année précédente,
+ 1691, avoit, en effet, rétabli définitivement les huit offices
+ héréditaires créés au mois de décembre 1689, et supprimés le mois
+ suivant.
+
+On trouve des instructions très importantes sur l’obtention et sur le
+dénombrement des Benefices de France, dans les livres que M. Le
+Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy[14], et encore dans
+quelques autres que Michallet a imprimés, ruë saint Jacques à l’Image
+saint Paul.
+
+ [14] «M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de Rome, qui
+ demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur de deux livres très
+ instructifs sur l’obtention et le dénombrement des bénéfices.» Edit.
+ 1691, p. 5.
+
+Le Sieur François Muguet[15] seul Imprimeur de l’Archeveché pour les
+Mandemens, Monitoires, Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue de la
+Harpe.
+
+ [15] Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit publié en 1673 le
+ _Traité_ de Claude Joly sur les écoles épiscopales.
+
+Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez la Veuve Coignard, rue
+Saint Jacques[16].
+
+ [16] «Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, _à la Bible
+ d’or_.» Edit. 1691, p. 4. «Le bref de Paris se vend chez la veuve
+ Cramoisy, même rue, _aux Cigognes_.» _Ibid._--La _Bible d’or_
+ devint, au siècle suivant, l’enseigne des Didot, et _les Cigognes_
+ celle des Barbou, puis des Delalain.
+
+Les usages Romains, à scavoir Breviaires, Diurnaux, Missels, Rituels,
+Processionnels, Antiphonètes, Graduels etc. se trouvent chez presque
+tous les Libraires de la rue S. Jacques, et particulièrement chez la
+Veuve Coignard, et chez les Sieurs de La Caille[17], Josse et Hérissant.
+
+ [17] Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques, à
+ l’enseigne de _la Prudence_. C’est à lui qu’on doit l’excellent
+ ouvrage, devenu rare aujourd’hui, _Histoire de l’Imprimerie et de la
+ Librairie_, 1689, in-4º. V. ce qu’en dit Chevillier, _l’Origine de
+ l’Imprimerie de Paris_, 1694, in-4º, p. 58.
+
+Les Livres de l’Office Divin à l’usage du Diocèse de Paris, se vendent
+chez les sieurs Josse et Léonard, ruë Saint Jacques[18].
+
+ [18] «Les heures et autres livres de piété généralement compris sous
+ le titre d’usages, se vendent chez différents libraires rue Neuve
+ Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont au Change.» Edit. 1691, p. 4.
+
+M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly de la Justice Nostre-Dame,
+demeure dans le Cloître.
+
+M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette Justice, demeure ruë
+saint Pierre aux bœufs.
+
+M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière Saint Denis de la
+Chartre.
+
+M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure rue de la Draperie.
+
+M. Taupinard Bailly de la Temporalité[19] et qui tient son Audiance le
+Lundy et le Jeudy à midy, demeure rue Galande.
+
+ [19] C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie de
+ l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des appellations de
+ sentences rendues en matière civile par les officiers de justice sur
+ les domaines de l’archevêché. Un bailli, un procureur fiscal et un
+ greffier étoient attachés à cette juridiction.
+
+M. Le Comte son Greffier, demeure rue des Noyers.
+
+
+
+
+EXERCICES DE PIÉTÉ.
+
+
+Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de guérir par un simple
+attouchement les malades atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher
+tous ceux qui ont été visitez par M. le premier Chirurgien de Sa
+Majesté, la veille de Paques, de la Pentecoste, de la Toussaints, et de
+Noël, après avoir fait ses dévotions[1], et de leur faire ensuite
+distribuer à chacun quinze sols par forme d’aumone, à cause dequoi
+Monseigneur le Grand Aumonier de France est toujours présent à la
+Céremonie.
+
+ [1] Pour plus de détails, on peut lire l’_Etat de France_ de 1692, t.
+ I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi touchoit était
+ quelquefois très-considérable. Nous lisons, par exemple dans le
+ _Journal de Dangeau_, sous la date du 21 avril 1685, c’est-à-dire à
+ l’époque de Pâques, une de celles où, comme on le voit ici, cette
+ cérémonie revenoit tous les ans: «Le roi fit son bonjour (ses
+ pâques) à la paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et
+ toucha ensuite treize cents malades.»
+
+Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi Saint, une action digne de
+sa singulière Piété; car après le Service, l’Absoute et la Prédication,
+Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs de sa Cour, lave les pieds
+à treize pauvres enfans, revetus d’une longue Robe de ratine rouge ayant
+une serviette au col qui s’estend jusqu’à leurs pieds[2], à chacun
+desquels elle distribue ensuite par les mains de Monseigneur le Grand
+Aumonier de France, treize plats de bois garnis de poissons chacun avec
+la figure de l’un des Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile, et
+treize écus blancs dans une bource à treize pendans, ce qui est mis dans
+une manne et donné ensemble à chacune des Mères de ces enfans[3].
+
+ [2] L’_Etat de France_ de 1692 contient aussi, à ce sujet,
+ d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387.
+
+ [3] Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes prenoient
+ part à cette cérémonie de la _Cène_, comme on l’appeloit, et y
+ servoient: «Le roi, écrit Dangeau, à la date du Jeudi Saint, 7 avril
+ 1689, entendit le sermon de l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille;
+ ensuite le Roi fit la cérémonie de laver les pieds des pauvres.
+ Monseigneur le duc de Bourgogne servit à la cène pour la première
+ fois. Monseigneur--c’est le Dauphin--communia à la paroisse, et puis
+ revint servir à la cène.»
+
+Le même jour Monseigneur l’Archeveque de Paris, fait aussi la Sêne dans
+la grande salle de l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à
+douze pauvres, à chacun desquels il distribue trois plats de bois garnis
+de poissons, un pain, un pinte de vin et un écu blanc.
+
+M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes logé dans la maison
+Abbatialle de Saint Germain des Prez[4], distribue par ordre du Roy, une
+infinité d’Aumones et de pensions considérables aux Nouveaux
+Convertis[5].
+
+ [4] Il y logeoit comme administrateur de l’économat de l’abbaye,
+ charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou, _Pellisson, Etudes
+ sur sa vie et ses œuvres_, 1859, in-8, p. 331.)
+
+ [5] Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il étoit
+ lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de ses fonctions:
+ en même temps que l’économat de Saint-Germain des Prés, il
+ administroit la caisse des conversions créée en novembre 1676.
+ (_Id._, p. 342.)
+
+Mesdames de Guise[6], de Créqui et de la Trémoüille[7] qui sont
+Directrices de la Charité de la Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de
+grandes aumosnes aux pauvres honteux.
+
+ [6] C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du palais du
+ Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage, que la duchesse
+ de Guise étoit restée une des grandes aumônières de la paroisse
+ Saint-Sulpice. Sa résidence étoit alors, en effet, bien loin de là,
+ au Marais, dans l’Hôtel occupé aujourd’hui par les Archives.
+
+ [7] Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la mère et la fille.
+ Mme de la Trémoille mourut la première, au mois d’août 1711.
+
+Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon[8] rue de Taranne, et
+l’Eschassier[9] derrière la même Eglise.
+
+ [8] Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa mère la
+ présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la Fronde. (Feillet,
+ _Misère au temps de la Fronde_, 1862, in-8, p. 231.) Elle avoit
+ contribué surtout à l’œuvre des prisons, dont elle fut une des
+ premières trésorières. (_Etat ou tableau de la Ville de Paris_,
+ 1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des œuvres où les dévots, comme
+ Tartuffe, s’entremettoient le plus volontiers, surtout par leurs
+ fréquentes visites. (_Athenæum_, t. II, p. 565.)
+
+ [9] Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons plus loin.
+
+Il y a paraillement dans toutes les Parroisses de Paris des Communautez
+de Dames Pieuses[10], qui font assister les pauvres malades honteux
+d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales, et qui font même
+instruire des orphelins de l’un et de l’autre sexe.
+
+ [10] «Sous la direction des quelles il y a des médecins, des
+ chirurgiens et des sœurs grises.» Edit. 1691, p. 3.
+
+Quelques unes de ces Dames pratiquent encore la charité avec un zèle
+exemplaire, pour la délivrance des pauvres prisonniers retenus pour
+dettes[11]. Celles là sont connuës de tous les Concierges et Geolliers
+des Prisons, à qui on peut s’adresser pour en avoir les addresses[12].
+
+ [11] V. l’avant-dernière note.
+
+ [12] «On apprendra les noms et demeures de ces Dames redemptrices,
+ dans les geolles mêmes des prisons, et entre autres en celle de la
+ Conciergerie du Palais, où l’on trouve la dame Bourcier, femme du
+ concierge, de qui elles sont très-bien connues.» Edit. 1691, p. 4.
+
+Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du Fort l’Evêque, peuvent
+impetrer avec succez le secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité
+de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure dans le Cloître.
+
+Madame de Miramion[13] Institutrice et Supérieure de la Congrégation des
+Filles de Sainte Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle[14], a
+toujours la même application aux œuvres pieuses et charitables; et
+particulierement en faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister
+dans tous leurs besoins.
+
+ [13] Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois, seigneur de
+ la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans. S’étant vouée aux
+ œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve, l’année même qui suivit son
+ mariage, et après que Bussy eût tenté de l’enlever, elle fonda la
+ _Maison du Refuge_ pour les filles qu’on arrachoit de force à la
+ débauche, et celle de _Sainte Pélagie_, pour les repentantes, qui
+ s’en retiroient volontairement. Sa dernière fondation fut la
+ Congrégation dont il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661,
+ qu’une Communauté de douze filles pieuses, destinées à tenir les
+ petites écoles, panser les blessés, assister les malades. Son
+ premier nom fut _la Sainte Famille_, puis elle prit celui de _Sainte
+ Geneviève_ qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre
+ communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même. Mme de
+ Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le 24 mars 1696.
+
+ [14] On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, _Quai des Miramionnes_,
+ à cause des saintes filles que dirigeoit Mme de Miramion. L’hôtel,
+ dont elle avoit fait pour elles un couvent, est aujourd’hui la
+ Pharmacie centrale des hôpitaux civils. Celui de sa fille, mariée au
+ maître des requêtes, Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son
+ marbre à lettres d’or au-dessus de la porte: «Hotel ci-devant de
+ Nesmond.»
+
+Madame de Poncarré[15] occupée du même zèle, demeure ruë Neuve Saint
+Mederic.
+
+ [15] Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier président à
+ Rouen.
+
+Les Revérends Pères Celestins font distribuer tous les jours du pain, à
+tous les pauvres qui se présentent à leur porte à huit heures du matin,
+à deux, et à six heures de relevée.
+
+Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent tous les jours à disné à
+vingt quatre pauvres.
+
+Les Révérends Pères Chartreux, donnent à disné tous les Vendredis à un
+grand nombre de pauvres honteux.
+
+Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant Jésus ruë d’Enfer, donnent
+aux pauvres la déserte[16] de leur table.
+
+ [16] Lisez «desserte.»
+
+On donne à disné tous les Dimanche à douze pauvres honteux au Jardin
+Médicinal de Pincourt, Fauxbourg Saint Antoine[17].
+
+ [17] «Où ils sont servis par Monsieur le Directeur.» Edit. 1691, p. 4.
+ C’étoient, y est-il dit aussi, «les médecins de la Société Royale»
+ qui donnoient le dîner.
+
+L’_Almanach Spirituel_ qui marque toutes solemnitez des Eglises de
+Paris, les jours et la condition des Indulgences, se vend rue Saint
+Jacques chez George Josse[18] à la Couronne d’Epine.
+
+ [18] Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques. De 1659 à
+ 1661, il avoit été syndic.
+
+Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé Galliot sous Pénitencier de
+Paris, tient une conférence publique de Controverse en la Chapelle du
+Collége des Lombards ruë des Carmes.
+
+
+
+
+FINANCES ROYALES.
+
+
+_Chef du Conseil Royal des Finances._
+
+M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye[1].
+
+ [1] Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers, gouverneur
+ du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil des finances, depuis
+ 1685, et le roi l’avoit fait ministre d’état en 1691. Il habitoit
+ rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui, comme on sait, dans la rue
+ Vieille-du-Temple, l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom
+ d’_Hôtel Saint Aignan_, inscrit encore au-dessus de la haute porte,
+ seule partie qui en soit restée à peu près intacte.
+
+
+_Contrôleur Général des Finances._
+
+M. de Ponchartrain[2], au bout de la ruë Vivienne devant les Filles
+Saint Thomas[3].
+
+ [2] Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de 1689 à 1699,
+ contrôleur général des finances. Il fut ensuite chancelier de 1699 à
+ 1704. M. de Maurepas, ministre sous Louis XVI, étoit son petit-fils.
+
+ [3] L’année précédente, il logeoit dans un tout autre quartier: «M. de
+ Pontchartrain a son hôtel à Paris, près les Carmes dechaussez du
+ faubourg Saint-Germain.» Edit. de 1691, p. 5.
+
+
+_Intendans des Finances._
+
+M. De Breteuil, ruë du grand Chantier[4].
+
+ [4] François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller au
+ Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et enfin, en
+ janvier 1684, intendant des finances et conseiller d’État.
+
+M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine[5].
+
+ [5] Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été conseiller au
+ Parlement, et successivement intendant de Franche-Comté et de
+ Flandre, s’étoit trouvé en passe de devenir contrôleur général à la
+ place de son frère. C’est celui-ci qui lui fit préférer
+ Pontchartrain, «par un motif rare de conscience», dit Saint-Simon
+ dans une note sur Dangeau, mais par pure jalousie, suivant
+ nous.--Son hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la
+ pension Jauffret.
+
+M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye[6].
+
+ [6] L. Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, fut intendant des
+ finances de 1690 à 1715, après avoir été conseiller au Parlement et
+ maître des requêtes. M. de Caumartin, prévôt des marchands de 1778 à
+ 1784, qui donna son nom à l’une des rues de la Chaussée-d’Antin,
+ étoit son petit-fils.
+
+M. Du Buisson, ruë Simon le Franc[7].
+
+ [7] Beau-frère de Sonning, qui, beaucoup plus connu que lui,--nous en
+ parlerons plus loin,--avoit aidé à sa fortune.
+
+M. De Chamillart, à la Place Roiale[8].
+
+ [8] «Rue des Bernardins.» Edit. 1691, p. 6.--C’est Michel de
+ Chamillard, qui, après avoir été maître des requêtes, intendant à
+ Rouen, puis, en 1690, intendant des finances, eut une fortune si
+ haute, lorsque de cette dernière charge, étant passé, en 1699, à
+ celle de contrôleur général, qu’il garda jusqu’en 1707, il finit par
+ devenir alors ministre de la guerre.
+
+M. Darmenonville, vieille ruë du Temple[9].
+
+ [9] Il devint plus tard directeur des finances. Il avoit de
+ très-grands biens, entre autres Rambouillet, qu’il échangea avec le
+ roi, pour qu’il y mît un haras, et la Muette qu’il vendit à Mme de
+ Berry, fille du Régent. La direction des finances, dont il étoit
+ titulaire, ayant été supprimée, il eut une pension de douze mille
+ livres, et en attendant qu’on le fît secrétaire d’Etat des affaires
+ étrangères, la charge, créée exprès pour lui, de capitaine du bois
+ de Boulogne. Il y fit bâtir le pavillon, qui s’appelle encore à
+ cause de lui «pavillon d’Armenonville.»
+
+
+_Gardes du Trésor Royal._
+
+M. De Frémont, ruë Neuve Saint Augustin[10].
+
+ [10] Avant d’être, à partir de 1689, garde du Trésor royal, il avoit
+ été dans les finances, et s’y étoit souvent empêtré, notamment en
+ 1682, où l’on avoit dû nommer deux commissaires pour l’examen de ses
+ affaires, et mettre garnison chez lui. Il ne s’en étoit tiré que
+ moyennant quatre millions. (V. aux _Mss._ de la Biblioth. Nat.,
+ _Lettres hist. et anecdot._, 10 et 17 avril et 8 may 1682.) Le
+ maréchal de Lorges, que sa fille Geneviève avoit épousé en 1676,
+ l’avoit beaucoup aidé dans ce mauvais pas. Saint-Simon épousa l’une
+ des filles nées de ce mariage, quoique le grand-père fût, comme
+ ancien traitant, de la classe des gens que son orgueil de duc avoit
+ le plus en mépris.--L’hôtel de la rue Neuve-Saint-Augustin, où nous
+ voyons ici Frémont, devint, après lui, la propriété de son gendre,
+ M. de Lorges. Il fut acheté ensuite par la princesse de Conti. C’est
+ sur son emplacement que fut percée en 1777 la rue à laquelle le
+ prévôt des marchands, M. de La Michodière, a laissé son nom.
+
+M. Brunet, ruë des Francs Bourgeois[11].
+
+ [11] Brunet de Chailly, frère de Brunet de Rancy, et de Brunet de
+ Montferrand, auquel il succéda comme président des Comptes, après
+ avoir vendu à la fin de mai 1696, sa charge de garde du Trésor,
+ moyennant un million à M. de Turmenies. Il y a dans les poésies de
+ P. Du Cerceau, t. I, p. 38-41, de jolis vers à sa femme.
+
+
+_Fermiers Généraux des Domaines, cinq Grosses Fermes, et Domaine
+d’Occident comme cautions de M. Pierre Domergue preneur[12]._
+
+ [12] Ce Pierre Domergue était le prête-nom, l’homme de paille de
+ Berthelot, qui, en mars 1687, avoit pris pour trente-six millions le
+ bail des Gabelles et des Cinq grosses fermes. Ce bail succédoit à
+ celui de Jean Fauconnet, dont on sait le nom par La Bruyère, qui
+ appelle «les Fauconnet» ceux qui, comme Berthelot et consorts pour
+ Domergue, lui servoient de caution. Ces prête-noms, seuls
+ contractants officiels, avec la responsabilité de la prise de corps,
+ étoient de pauvres diables, qu’on payoit de leurs risques par une
+ pension de deux ou trois mille livres. Monteil avoit vu une de leurs
+ quittances d’appointements.
+
+M. Brunet, ruë des Francs-Bourgeois[13].
+
+ [13] Un des frères de Brunet de Chailly, dont il a été parlé dans
+ l’avant-dernière note.
+
+M. Pelissier, ruë du Boulloy[14].
+
+ [14] Avant celui-ci, dans l’Edit. précédente, p. 6, se trouve: «Colin,
+ rue Saint-Martin.»
+
+M. de Reaupalu, ruë Vivienne.
+
+Mrs Arnaud, et de Blaine[15], ruë Neuve saint Augustin.
+
+ [15] Melchior de Blair, et non de Blaine, étoit un simple intéressé
+ aux fermes qui avoit, comme tel, eu des missions en 1689 et 1691,
+ dans la Picardie et la Bretagne. En 1716 il fut mis à la taxe par la
+ Chambre de justice pour 240,000 livres.
+
+M. Remond, ruë de la Verrerie[16].
+
+ [16] Remond de la Renouillère. Il fut taxé, en 1716, à 437,000 livres.
+
+Mrs de Furgis[17] Hocquart, et Doüilli, ruë des fossez Montmartre.
+
+ [17] «Turgis.» Edit. 1691, p. 6. C’est le vrai nom. Sa femme, Marie de
+ Maupeou, étoit cousine de Mme de Pontchartrain.
+
+Mrs Granval[18], de Lagni[19] et Corneri[20], ruë de Richelieu.
+
+ [18] Charles de Poirel de Grandval. En outre de son intérêt dans les
+ fermes, il avoit une charge de munitionnaire de la marine.
+
+ [19] J.-B. de Lagny. Il fut directeur général du commerce en 1694.
+
+ [20] «De Cormery.» Edit. 1691, p. 6. C’est le nom véritable. Louis
+ Bauyn de Cormery devint fermier général à Lyon en 1694.
+
+Mrs Hotman[21], et l’Huillier, ruë Sainte Anne.
+
+ [21] Il avoit été en 1689 directeur des fermes à Rouen, et c’est lui
+ qui, en 1682, avoit dû avec un autre commissaire faire cet examen
+ des affaires de Frémont, dont il a été parlé plus haut.
+
+M. Ricoult, vieille ruë du Temple.
+
+M. de Saint Amant, ruë Vieilles Audriettes.
+
+M. Berthelot l’ainé à l’Arsenal[22].
+
+ [22] C’est lui, comme il a été dit dans une note précédente, qui étoit
+ le véritable preneur de ce bail des fermes, sous le nom de Domergue.
+ Il y avoit eu l’agrément complet du roi, et plus même: «depuis ce
+ traité fait, écrit Dangeau, le 7 mars 1687, le roi a donné à
+ Berthelot, la valeur de plus de 500,000 livres, et a dit qu’il le
+ choisissoit comme l’homme d’affaires le plus capable de faire les
+ recouvrements sans tourmenter les peuples.» Il avoit été fermier
+ général en Flandre sous Colbert, puis munitionnaire des guerres, ce
+ qui lui avoit valu le logement que nous lui voyons ici à l’Arsenal
+ et, par suite, le surnom de «Berthelot des poudres.» Sa fille épousa
+ le baron de Beauvais, fils de cette Beauvais la borgnesse qui
+ passoit pour avoir déniaisé Louis XIV, et dont l’hôtel fait, comme
+ disoit Brienne, avec des pierres du Louvre, existe encore rue
+ Saint-Antoine, nº 64.
+
+M. Berthelot de Belley[23], ruë Plastrière.
+
+ [23] Frère du précédent, mêlé à ses affaires, mais moins riche.
+
+M. le Jariel, ruë Verderet.
+
+M. Brunet de Vauge, vieille ruë du Temple[24].
+
+ [24] De cette famille des Brunet que nous connaissons déjà, et qui
+ formoit dans le quartier du Temple une vraie tribu de financiers.
+
+M. Baugier[25], ruë Sainte-Croix de la Bretonnerie.
+
+ [25] Edme Baugier, qui avoit été longtemps intéressé dans les fermes
+ en Bourgogne.
+
+M. Valier[26], ruë Beaubourg.
+
+ [26] Guillaume Vallier, qui, avant d’être fermier général, avoit été
+ greffier du Conseil privé et contrôleur du parlement de Metz.
+
+M. le Juge, ruë du grand Chantier[27].
+
+ [27] Sa maison, bâtie par de Cotte, étoit des plus belles, avec ses
+ bas-reliefs de Coysevox, son magnifique jardin, etc. _V._ G. Brice,
+ édit. 1701, t. I, p. 266.
+
+M. Germain, ruë des Victoires[28].
+
+ [28] Jean Germain fut secrétaire du roi en même temps que fermier
+ général, après avoir été dans les fermes à La Rochelle.
+
+M. de Courchant, cloître Saint Mederic[29].
+
+ [29] C’est lui, suivant _les Clés_, que La Bruyère dénonce dans le
+ chapitre des _Biens de fortune_, § 16, comme s’étant démesurément
+ engraissé «dans le huitième denier: quelle monstrueuse fortune,
+ dit-il, en moins de six années!»
+
+M. le Tellier, ruë Neuve Saint Eustache[30].
+
+ [30] P. Le Tellier, qui, en 1687, n’étoit que sous-fermier en
+ Champagne.
+
+M. le Normand, ruë de Torigni[31].
+
+ [31] Il étoit secrétaire du Roi, et avoit été d’abord fermier général
+ en Flandre. Son fils, le Normand de Tournehem, fut aussi fermier
+ général, puis, en 1745, directeur-ordonnateur des bâtiments. Il eut
+ pour neveu et héritier le Normand d’Etioles, mari de Mme de
+ Pompadour.
+
+M. Boulanger, ruë Neuve des Bons Enfans[32].
+
+ [32] Charles Boulanger, qui avoit été, en 1689, receveur général en
+ Flandre.
+
+M. Hénault, ruë du Boulloy[33].
+
+ [33] Jean-Remi Henault, père du président si célèbre, selon Voltaire,
+ par ses soupers et sa _Chronologie_. Il avoit, suivant son fils
+ (_Mémoires_, p. 4), toute la confiance de Pontchartrain. Il n’eut
+ pas moins celle de Chamillard, qui lui abandonna le détail des
+ Fermes, et l’auroit fait, pour peu qu’il y eût consenti, secrétaire
+ d’Etat de la Guerre. Ce que le président n’ajoute pas, c’est que
+ sous la Régence, son père avoit des comptes à rendre. La taxe alloit
+ le frapper quand il la devança, en faisant la part du feu. Il avoua
+ 2,500,000 francs de biens, plus 500,000 donnés à son fils et
+ pareille somme à sa fille, Mme de Jonsac. En abandonnant un million,
+ au lieu de 1,250,000 livres qu’on vouloit d’abord, il fut tenu
+ quitte, avec le profit de passer pour fort habile, grâce à ses
+ propositions faites d’avance. (_Journ. de Dangeau_, 6 octobre et 5
+ décembre 1716.)
+
+
+_Fermiers Généraux des Aydes et Domaines de France et Droits y joints,
+comme cautions de M. Christophle Charrier[34] preneur._
+
+ [34] «Charriere.» Edit. de 1691, p. 7. C’est le vrai nom. Le bail des
+ aides et domaines, fait en même temps que celui de Domergue, dont
+ nous avons parlé plus haut, ayoit été adjugé moyennant vingt-sept
+ millions: pour les aides, vingt-et-un; pour les domaines, six.
+
+M. Logeois, ruë de l’Université[35] à Saint-Germain des Prez.
+
+ [35] «Rue Jacob.» _Ibid._--Il étoit fils du receveur des consignations
+ du Châtelet, ce qui ne l’empêcha pas de se faire appeler M.
+ d’Imbercourt, quand il eut acheté la seigneurie de ce nom. Sa fille,
+ mariée d’abord au riche traitant La Popelinière, épousa en secondes
+ noces le maréchal de Tourville, à qui elle apporta, en outre de ce
+ que lui avoit laissé son premier mari, 200,000 livres que lui donna
+ son père. (_Journ. de Dangeau_, 15 janvier 1690.) Laugeois, suivant
+ _les Clés_, seroit le _Chrysippe_ de La Bruyère.
+
+M. Dapougni, ruë Bar-dubec[36].
+
+ [36] Un des traitants les plus riches et les plus intraitables. C’est
+ lui, suivant Richelet (_Recueil de Lettres_, t. I, p. 410, note),
+ qui harcela le plus vivement Patru pour quelques dettes, et qui
+ l’eût fait mettre au Châtelet, si Boileau ne l’eût tiré de peine.
+
+M. Robert, ruë Neuve Saint Eustache[37].
+
+ [37] Il avoit commencé par être payeur des gages du Châtelet. Il
+ parvint par l’intendant d’Armenonville, dont Gilbert, son neveu,
+ fils du riche drapier, à l’enseigne des _Rats_, étoit le beau-frère.
+
+M. Delpeche, ruë Saint Martin[38].
+
+ [38] Encore un traitant parti de fort bas, s’il falloit, d’après _les
+ Clés_ de La Bruyère, voir en lui le type de ce caractère: «Sosie, de
+ la livrée a passé par une petite recette à une sous ferme...»
+
+M. Romans, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.
+
+M. Thomé, ruë des fossez Mommartre[39].
+
+ [39] Thomé de Lesse, comme l’appellent les auteurs des _Clés_ de La
+ Bruyère qui veulent voir en lui le type du _Caractère_: «un homme
+ d’un petit génie peut vouloir s’avancer, il néglige tout, il ne
+ pense du matin au soir, il ne rêve la nuit qu’à une seule chose qui
+ est de s’avancer...»
+
+Mrs Mainon[40] et le Maistre, ruë Beaubourg.
+
+ [40] Il étoit alors nouveau dans les affaires. Il s’y poussa davantage
+ lorsqu’il eut épousé la veuve de Despech que nous trouverons plus
+ loin.
+
+M. de Mouchi, ruë Jacob[41].
+
+ [41] Vincent Maynon. Il resta, jusqu’en 1717, fermier général des
+ aides, d’où alors il demanda «à être osté», à la seule condition
+ qu’on lui rembourseroit sa charge. Ce qui fut fait. Il vouloit plus,
+ la ferme des Tabacs, dont l’an d’après il offrit 2,200,000 livres.
+ Law eut la préférence. (_Journ. de Dangeau_, 24 avril 1717; 31 août
+ 1718.)
+
+M. Blein, ruë de Cléry.
+
+M. Dumas, ruë Beaubourg.
+
+M. de la Porte, ruë de Braque.
+
+
+_Receveurs Généraux des Finances._
+
+_Paris._ M. Carel, place Royale.
+
+ -- M. Sonning, ruë des petits Champs[42].
+
+ [42] Beau-frère de l’intendant des finances Dubuisson, dont il a été
+ parlé plus haut. Il n’étoit pas encore, rue des Petits-Champs,
+ parvenu à l’énorme fortune dont il étala le luxe dans l’hôtel que
+ Dulin lui bâtit un peu plus tard rue de Richelieu, près de l’endroit
+ où avoit été la porte, c’est-à-dire à la hauteur de la rue Feydeau
+ actuelle. Sa vie, de même qu’à Neuilly, où il avoit une autre belle
+ maison, y fut des plus galantes, comme on peut le voir par ce qui
+ est dit de la diversité de ses bonnes fortunes dans les _Partisans
+ démasqués_, 1707, in-12, p. 189. Il y recevoit aussi beaucoup de
+ gens d’esprit: Chaulieu, J.-B. Rousseau, l’abbé Courtin, etc. A tous
+ ces titres, il avoit droit au curieux chapitre que M. G.
+ Desnoiresterres lui a consacré dans ses _Cours galantes_, t. III, p.
+ 269. Si l’on connoît un peu sa vie, on ignore complètement quel
+ étoit son vrai nom, tant l’orthographe en varie suivant les livres.
+ Dans les uns, il est écrit Sonning, comme ici; dans les autres, tels
+ que les _Partisans démasqués_, il est orthographié Sonnen; ailleurs,
+ c’est Sonnin ou Sonningen. Ce dernier nom, qui feroit supposer une
+ origine allemande, nous paroît devoir être le vrai. Il étoit, en
+ 1716, devenu caissier général des fermes. Il fut mis à la taxe pour
+ 600,000 livres.
+
+_Lion._ M. du Pile, ruë de Cléry[43].
+
+ [43] Jacques-André Du Pille avoit été receveur des finances à Lyon,
+ avant de l’être à Paris, puis munitionnaire de l’armée et de la
+ marine.
+
+ -- M. Prondre, au petit Hôtel de la Vrillière[44].
+
+ [44] Paulin Prondre, d’abord receveur des finances et «traitant» à
+ Lyon, suivant Dangeau, qui le nomme Prond. Ayant fait une belle
+ fortune, il voulut, au commencement de la Régence, marier sa fille,
+ à laquelle il donnoit 200,000 écus de dot, avec le chevalier de
+ Roye, mais ce mariage manqua pour un autre qui sembloit plus beau,
+ et qui manqua de même. Mlle Marg.-Pauline Prondre alloit épouser le
+ marquis de Rochefort, lorsqu’en septembre 1716, la charge de son
+ père, ses maisons, ses terres furent saisies par la Chambre de
+ justice. Il fut taxé finalement à 1,900,000 livres. (_Journal de
+ Dangeau_, 6 et 29 déc. 1715; 9 sept. et 27 nov. 1716.) Sa fille, dès
+ l’année suivante, n’en épousoit pas moins le comte de Clermont
+ Tonnerre. V. dans le _Journal de Verdun_, sept. 1756, p. 240, un
+ article sur elle, à l’époque de sa mort.--Prondre avoit commencé par
+ être garçon de boutique à Lyon. (_Correspond. des contrôleurs
+ généraux_, t. I, p. 279.)
+
+_Rouen._ M. Aubry, rue des deux portes, quartier S. Sauveur[45].
+
+ [45] Il étoit mort au commencement des terribles exécutions de la
+ Chambre de justice, mais sa succession restoit. Elle figure au 8e
+ rôle pour 887,000 livres de taxe.
+
+ -- M. Poulletier, rue Sainte Anne[46].
+
+ [46] Il acheta plus tard, pour 800,000 livres, une charge d’intendant
+ des finances, qu’il voulut se faire rembourser, quand ces charges
+ furent supprimées en 1716; on lui fit dire qu’il ne seroit pas mis à
+ la taxe, et qu’il se tînt pour satisfait. C’est ce qu’il fit.
+ (_Journ. de Dangeau_, 11 nov. 1716.)
+
+_Soissons._ M. Lallemant, porte Montmartre[47].
+
+ [47] Lallemant de Betz, qui fut, lui, mis à la taxe. On lui fit rendre
+ 480,000 livres.
+
+ -- M. Hubert, rue Sainte Avoye.
+
+_Orléans._ M. Bachelier, rue de la Corderie, près le Temple.
+
+ -- M. Desespoisses, près les Enfans Rouges[48].
+
+ [48] Charles Vireux des Espoisses. Tout ce que nous savons de lui,
+ c’est qu’il fut mis à la taxe en 1716, pour 380,000 livres.
+
+_Tours._ M. de la Tour Rollot, rue de Richelieu.
+
+ -- M. de Valiere, rue Saint Antoine.
+
+_Bourges._ M. Héliot, ruë du Mail.
+
+ -- M. Jannay, ruë des Bernardins[49].
+
+ [49] Jean-Etienne Janet. Il étoit mort, en 1716, quand les financiers
+ durent rendre gorge. On s’en prit à sa veuve, qui paya une taxe de
+ 43,000 livres.
+
+_Bordeaux._ M. du Jardin Beaussart; ruë de Richelieu.
+
+ -- M. Crozat, place des Victoires[50].
+
+ [50] Antoine Crozat qui devint, suivant le Journal de l’avocat Barbier
+ (février 1723), «le plus riche particulier de France.» Il avoit
+ commencé par être caissier de Penautier, que nous trouverons plus
+ loin, puis traitant à Montpellier, et receveur général des finances
+ à Bordeaux, comme nous le voyons ici. Il étoit déjà fort riche, et
+ s’étoit fait, à prix d’argent, marquis Du Châtel, lorsqu’en 1707 il
+ maria sa fille, qui n’avoit guère que douze ans, au comte d’Evreux.
+ (_Journ. de Dangeau_, 23 fév. 1707.) La taxe à laquelle il fut mis,
+ en 1716, ne fut pas moins de 6,600,000 livres. Ses trois fils, qui
+ firent grande figure, furent Crozat, marquis Du Châtel, le président
+ de Tugny et le baron de Thiers, un des grands amateurs de son temps.
+
+_Poitiers._ M. de la Ravoye, ruë d’Anjou au Marais[51].
+
+ [51] Il étoit encore, à la fin de l’année précédente, receveur général
+ de la Rochelle. Sa fille, dont la dot fut de 410,000 livres, argent
+ comptant, épousa, au mois de janvier 1712, le marquis Du Plessis
+ Châtillon.
+
+ -- M. Chambelin, ruë Sainte Anne[52].
+
+ [52] Sa veuve, mise à la taxe en 1716, dut rendre 180,000 livres.
+
+_Moulins_. M. Raymond, ruë des Blancs-Manteaux[53].
+
+ [53] Il avait échangé pour celle de Poitiers la recette générale de
+ Moulins, qu’il avait déjà en 1684.
+
+ -- M. de la Croix, ruë Saint Antoine.
+
+_Riom_. M. de Romanet, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie[54].
+
+ [54] Claude de Romanet, beau-frère de Racine, et mari de l’une des
+ filles de Vitart, ancien ami du poëte. Il ne se contenta pas, comme
+ son père, André de Romanet, d’être trésorier de France en quelque
+ généralité, il se lança dans les plus grosses affaires, où il gagna
+ une fortune qui le dénonça à la Chambre de justice de nov. 1716. On
+ peut évaluer ce qu’il possédoit par le chiffre de la taxe à laquelle
+ on l’imposa: elle fut de 4,453,000 livres. Il la subit sans
+ sourciller et sans faire attendre. Dangeau annonce le 24 novembre
+ qu’il est condamné à la payer, et, deux jours après, il ajoute
+ qu’elle est payée déjà. Il mourut l’année suivante. Son fils épousa
+ Mlle d’Estrade. (_Journ. de Dangeau_, 24 et 26 nov. 1716; 11 déc.
+ 1717.)
+
+ -- M. Despech, ruë Saint Martin[55].
+
+ [55] Paul Despech. Il était mort en 1716, mais la taxe eut des
+ reprises sur sa veuve, qui, nous l’avons dit, avoit épousé Mouchi.
+ Elle dut restituer au trésor 150,000 livres.
+
+_Caën_. M. Groüin, ruë d’Orléans, au Marais[56].
+
+ [56] Pierre Gruyn ou Grouïn. Il étoit depuis longtemps dans les
+ affaires, où il avoit commencé comme receveur des fortifications. Il
+ devint garde du Trésor royal, et ne fut pas dans cette charge d’une
+ aménité rare. Son aventure avec Jean Bart, qui avoit dû venir le
+ trouver dans ses bureaux de la rue du Grand-Chantier, où il logeoit
+ alors, et qu’il reçut avec une brutalité qui, d’ailleurs, lui fut
+ bien rendue, court tous les _ana_. Une autre du même genre est moins
+ connue, c’est la scène que lui fit un officier de gendarmerie, qui
+ alla jusqu’à le maltraiter chez lui. Grouïn se contenta de le faire
+ mettre à la Conciergerie. (_Journ. de Dangeau_, 10 et 17 avril
+ 1698.) Son vrai nom étoit Desbordes-Grouïn, et il venoit de fort
+ bas: «jadis garçon de cabaret, dit Guy Patin, fils du maître de _la
+ Pomme de pin_, il est aujourd’hui grand partisan, et même un des
+ gabelles.» Plus il fut haut, plus on se souvint d’où il venoit. Sa
+ nomination de garde du Trésor fut accueillie par cette chanson:
+
+ Garde du trésor de la France,
+ Gruyn quelle est ton insolence!
+ Connais-tu _la Pomme de pin_?
+ C’est là que l’épouse peu fière
+ D’un maudit frelateur de vin
+ Te donna jadis la lumière.
+
+ -- M. Chaillon, ruë des blancs Manteaux.
+
+_Allençon._ M. Haette, ruë de la Tixeranderie.
+
+ -- M. de la Marliere, Cloître Saint Mederic.
+
+_Metz._ M. Chevalier, ruë Neuve Saint Eustache.
+
+ -- M. Goujon, ruë Neuve des petits champs[57].
+
+ [57] C’est, croyons-nous, le même qui fut intendant de Rouen à la
+ place de Ronjault en 1715.
+
+_Picardie._ M. Boutin, Cloître Saint Honoré[58].
+
+ [58] René Boutin qui n’étoit, quatre ans auparavant, qu’un simple
+ intéressé dans la ferme du Tabac.
+
+ -- M...
+
+_Montauban._ M. Berthelot de Schelles[59], ruë Platrière.
+
+ [59] Lisez Berthelot de Séchelles. Après avoir été receveur à
+ Montauban, il venoit d’être munitionnaire en Italie.
+
+ -- M. du Jardin, ruë de Richelieu.
+
+_Limoges._ M. Sandrieu, à l’Hôtel de Lavrillière[60].
+
+ [60] J.-B. Sandrier, et non Sandrieu, qui de la recette de Montauban
+ passa à celle de Limoges, fut secrétaire du Roi.
+
+ -- M. Deschauffour, ruë des Bons Enfans[61].
+
+ [61] Il avoit été directeur des franchises au Mans, et mena si grand
+ train dans toutes ses charges qu’il mourut misérable. L’un de ses
+ fils, qui avoit été lieutenant dans le régiment de Tessé, eut une
+ fin plus triste encore. Convaincu de se livrer au vice infâme, et
+ pour ainsi dire d’en tenir maison, il fut brûlé vif en Grêve le 24
+ mai 1726. Comme on crioit son arrêt par les rues, sans oublier le
+ nom du crime, les filles de Madame la Princesse demandèrent à leur
+ mère ce qu’étoit ce crime-là. Elle leur répondit: c’est une espèce
+ de fausse monnoie.
+
+_Bourg-en-Bresse._ M. Jauranché, ruë Haute Fueille.
+
+
+_Receveurs du don gratuit des Etats._
+
+_Flandres._ M. Brunet de Revey, ruë des Francs bourgeois.
+
+ -- M. Berthelot de Belloy, ruë Plâtrière.
+
+_Franche-Conté._ M. du Rey, ruë du Roi de Sicile.
+
+_Bourgogne._ M. Chartraire, ruë Saint Antoine.
+
+_Languedoc._ M. Penautier, ruë[62].
+
+ [62] Si son adresse n’est pas donnée, c’est qu’il n’en avoit pas à
+ Paris. Il étoit toujours en Languedoc, où il mourut à la fin de
+ juillet 1711. Saint-Simon écrivit alors en marge de la copie qu’il
+ avoit du _Journal de Dangeau_, cette note qui résume bien sa vie:
+ «Penautier étoit devenu de caissier un très-riche financier,
+ trésorier du clergé et des Etats de Languedoc; homme de beaucoup
+ d’esprit, bien fait, galant, magnifique et obligeant. Il fut mêlé
+ dans les affaires de la Brinvilliers et des poisons, et mis en
+ prison avec grand danger.» Nous avons vu que Crozat commença par
+ être son caissier.
+
+
+_Trésoriers des Parties Casuelles._
+
+M. Damon, ruë de Cléry.
+
+M. Bertin, ruë Neuve Saint Augustin[63].
+
+ [63] Il avoit encore cette charge en 1702, mais plus tard, sa fortune
+ monta. Le Régent, dès son arrivée au pouvoir, le fit un de ses plus
+ intimes conseillers en matière de finance. En 1697, il quitta la rue
+ Neuve-Saint-Augustin pour la rue Saint-Honoré, où il avoit acheté,
+ pour l’embellir encore, le bel hôtel du doyen des conseillers
+ d’Etat, Henri Pussort, dont il sera parlé plus loin. _V._ G. Brice,
+ _Description de Paris_, 3e édit., 1701, in-12, p. 125-126.
+
+
+_Trésorier du Marc d’or._
+
+M. Chupin[64], ruë Saint Honoré.
+
+ [64] Il étoit mort en 1716; sa veuve fut mise à la taxe, mais pour une
+ faible somme: 22,500 livres. Son fils, qui se fit appeler Chuppin de
+ Gouzampré, fut reçu premier président de la Cour des monnoies, le 15
+ août 1727.
+
+
+_Trésorier du Sceau._
+
+M. Bechet, place des Victoires[65].
+
+ [65] Il devint plus tard greffier en chef du Parlement, et mourut à 83
+ ans, le 24 juillet 1717: «il avoit toujours été fort estimé», dit
+ Dangeau à cette date. Il étoit fils d’une sœur aînée de Boileau,
+ qui, par ironie pour les grands airs qu’il se donnoit, l’appelle
+ souvent dans ses lettres «mon illustre neveu.» Il logea de longues
+ années chez lui, cour du Palais. Voltaire, dont le père, M. Arouet,
+ après avoir été notaire, devint, comme «receveur des épices», le
+ collègue de Dongois, s’est aussi moqué dans son _Epître à Boileau_
+ des ridicules de ce neveu, chez qui on l’avoit souvent mené étant
+ enfant:
+
+ Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance,
+ Bon bourgeois, qui se crut un homme d’importance.
+
+
+_Receveur des Amandes du Parlement._
+
+M. Dongois, Cour du Palais[66].
+
+ [66] Dans l’_Almanach royal_ de 1702, p. 42, où nous le trouvons à la
+ même adresse, on ajoute: «chez lequel on retire les lettres, quand
+ elles sont scellées.»
+
+
+_Receveur des Amandes du Châtelet._
+
+M. de l’Autel, ruë Jean Robert[67].
+
+ [67] Simon de l’Autel, qui vivoit encore en 1716, et ne fut mis à la
+ taxe que pour 6,400 livres.
+
+
+
+
+TRÉSORIERS PAYEURS.
+
+
+_Généraux de l’Extraordinaire des Guerres._
+
+M. de Turmenies, ruë d’Orléans, au Marais[1].
+
+ [1] Louvois avoit eu en lui la plus grande confiance, ainsi qu’on le
+ vit à sa mort: Turmenies déclara alors quinze millions que le
+ ministre lui avoit donnés en réserve pour l’extraordinaire des
+ guerres (_Journ. de Dangeau_, 23 août 1691). Nous avons vu plus haut
+ qu’en 1696, il acheta de Frémont une des charges de gardes du
+ Trésor. Il la remit en 1702 à son fils Turmenies de Nointel,
+ intendant du Bourbonnais, maître des requêtes.
+
+M. de la Touanne, ruë Neuve Saint Augustin[2].
+
+ [2] Un des hommes de finances, dont la fortune, puis la chute firent
+ le plus grand bruit. Il se soutint par le crédit de Bontemps, dont,
+ en 1690, son fils avoit épousé la nièce Mlle Dubois. Il avoit les
+ plus belles terres, menoit le plus grand train; bref il faisoit
+ parler de lui partout, même à l’Opéra, où il disputa la célèbre
+ Fanchon Moreau au Grand Prieur. (_Chansonnier Maurepas_, ms. t. VII,
+ p. 269.) Sous le ministère de Chamillart, ses affaires et celles de
+ Saurion, qui étoit alors avec lui à l’Extraordinaire des guerres, se
+ gâtèrent, et en vinrent à un tel point que Saurion dut avouer au
+ ministre quatre millions de déficit dans leur caisse. Il fut mis à
+ la Bastille. On en eût fait autant pour La Touanne, si la maladie,
+ dont il mourut bientôt, ne l’eût mis hors d’état d’y être
+ transporté. Le roi confisqua tout ce qu’il avoit, et paya ses
+ dettes.
+
+
+_Payeurs des Gages du Parlement._
+
+M. Guygou, ruë de Vantadour.
+
+
+_Des Gages du Grand Conseil._
+
+M. Baudoüin, ruë des fossez Montmartre.
+
+M. Biguet, rue Mauconseil.
+
+
+_Des Gages de la Cour des Aydes._
+
+M. Cailly, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.
+
+M. Faure, devant les Blancs Manteaux.
+
+
+_Des Gages de la Chambre des Comptes._
+
+M. Henin, ruë Jacob.
+
+M. des Isles, ruë
+
+
+_Des Gages de la Cour des Monnoyes._
+
+M. Poulet, rue des Postes.
+
+M. Mongeot, ruë du Plastre.
+
+M. Guilbert, ruë de la Tixeranderie.
+
+
+_Des Gages du Chastelet._
+
+M. Amelon, rue Barbette.
+
+
+_Des Secretaires du Roy._
+
+M. Raymond, rue des Blancs Manteaux.
+
+M. Baudouyn, rue des fossez Montmartre.
+
+
+_Des Gardes Françoises._
+
+M. Bourret, ruë de Brac.
+
+M. Duvaux, ruë Saint Sauveur.
+
+
+_Des Gardes Suisses._
+
+M. de Chaufourneau, ruë d’Orléans, aux Marais.
+
+M. du Mée, ruë du Mail[3].
+
+ [3] Son vrai nom était Du May. Dans la correspondance de Pontchartrain
+ et de D’Argenson se trouve une curieuse lettre sur la vie
+ scandaleuse qu’il menoit, quoique marié, avec une fille Grossot,
+ dont le dévergondage était à ce point éhonté qu’il l’avoit fait
+ chasser de l’Opéra. _V._ Clément, _La Police sous Louis XIV_, p.
+ 451.
+
+
+_Des cent Suisses._
+
+M. Alvarez, rue Thibaut-Thodé[4].
+
+ [4] Louis Alvarès, qui se fit plus tard baron de Coursan, étoit un
+ intrigant bon à tout pour s’enrichir. Nous le trouvons ici trésorier
+ des Cent-Suisses; plus loin, nous le verrons joaillier de la Cour.
+ Il étoit en outre banquier, traitant, et fournisseur de la marine.
+ L’espionnage et la délation étoient aussi son fait. C’est lui qui
+ fit prendre, selon Foucault (_Mémoires_, p. 327), Chauvigny, dit La
+ Bretonnière, qui faisoit le _lardon_, c’est-à-dire la _Gazette de
+ Hollande_, et qu’on accusoit d’être l’auteur du _Cochon Mîtré_ (V.
+ nos _Variétés_, t. X, p. 327). Foucault fit tirer Chauvigny de la
+ cage de bois où Louis XIV l’avoit fait enfermer au Mont
+ Saint-Michel, mais dut le laisser dans la prison même, où il mourut
+ après vingt ans de captivité.--D’après les dernières découvertes de
+ M. Jung (_la Vérité sur le Masque de fer_, 1872, in-8, p. 376),
+ Alvarès pourroit bien avoir été pour quelque chose dans la capture
+ du prisonnier masqué.
+
+
+_Des Chevaux Légers de la Garde._
+
+M. Poupart, ruë
+
+M. Bourgevin, ruë
+
+M. Rullault, ruë
+
+
+_Des Gens d’Armes de la Garde._
+
+M. Pardé des Mottes, rue du Temple.
+
+
+
+
+RENTES DE L’HOTEL DE VILLE.
+
+
+_La première partie des Rentes assignées sur le Clergé est payée par_
+
+Mrs Boileau, vieille ruë du Temple, et Roberge, ruë des Rosiers.
+
+
+_La deuxième le Vendredy, par_
+
+Mrs de la Bruyère, ruë des Augustins[1], et Guybert, ruë du Cimetiere S.
+André.
+
+ [1] Louis de La Bruyère, frère cadet de l’auteur des _Caractères_.
+ D’abord premier huissier du Parlement, il avoit quitté cette charge
+ vers 1686, pour celle que nous lui voyons ici. Il mourut, un an
+ avant son frère, le 12 mai 1695, n’ayant que quarante-sept ans.
+ (Jal, _Dictionn. critique_, p. 715.)
+
+
+_La troisième le Jeudy, par_
+
+M. le Bœuf, Cloître Notre Dame.
+
+
+_La première partie des Rentes assignées sur les Aydes et Gabelles est
+payée le Mardy, par_
+
+M. Lerelle, ruë du grand Chantier.
+
+
+_La deuxième le Mardy, par_
+
+M. Bachelier, ruë de la Corderie.
+
+
+_La troisième le Mercredy, par_
+
+M. Desponty, rue Tizon.
+
+
+_La quatrième le Mercredy, par_
+
+M. Boiteux, rue de la Cerisaye.
+
+
+_La Cinquième le Jeudy, par_
+
+M. Deschamps, près les Minimes.
+
+
+_La Sixième le Mercredy, par_
+
+M. le Droit, rue de Grenelle.
+
+
+_La Septième le Vendredy, par_
+
+M. Amiot, rue Michel le Comte.
+
+
+_La Huitième le Vendredy, par_
+
+M. Fredy, Cloitre Saint Benoist.
+
+
+_La Neuvième le Vendredy, par_
+
+M. Routier, rue Geoffroy Lasnier.
+
+
+_La Dixième le Vendredy, par_
+
+M. du Noyer, Cul de sac des Blancs Manteaux.
+
+
+_La Onzième le Samedy, par_
+
+M. Tissart l’Ainé, rue Saint Sauveur.
+
+
+_La Douzième le Samedy, par_
+
+Mrs Le Mesle, rue des Ecrivains, et Issaly, rue des Rats.
+
+
+_La Treizième le Samedy, par_
+
+M. Houdiart, ruë Perpignan.
+
+
+_La Quatorzième le Samedy, par_
+
+M. Hocart, rue des Fossez Montmartre.
+
+
+_La Quinzième le Jeudy, par_
+
+M. Roüalle, rue des Audriettes.
+
+
+_La Seizième le Jeudy, par_
+
+M. Tissart le Jeune, rue Saint Sauveur.
+
+
+_La Dix septième le Mercredy, par_
+
+Mrs Boureau, rue de la Tisseranderie, et Berger, rue d’Orléans, au
+Marais.
+
+
+_La Dix huitième le Mardy, par_
+
+Mrs Priaux, rue de la Colombe, et Soüet, rue Verderet.
+
+
+_Les douze cens mil livres[2] de l’Edit du mois de Novembre 1689 sont
+payez par_
+
+ [2] Dangeau (_Journal_, 1er déc. 1689) dit 1,400,000 livres, ce qui
+ est le vrai chiffre. Il ajoute que cette somme étoit constituée en
+ rentes viagères sur l’Hôtel de Ville, «acquises suivant les
+ différents âges, avec accroissement de l’intérêt des mourants sur
+ les survivants.» C’étoit la réalisation de _la Tontine_, proposée
+ plus de trente ans auparavant par l’italien Tonti, de qui venoit son
+ nom. (Isambert, _Anciennes lois françoises_, t. XX, p. 87.) La somme
+ affectée aux intérêts, en principal, devoit être prise sur les
+ droits d’aides et gabelles, et sur les cinq grosses fermes,
+ «spécialement hypothéquées, disoit l’édit, au payement desdites
+ rentes, même par préférence à la partie de notre Trésor royal.»
+ Cette tontine eut un très-grand succès: «J’aurois, écrivoit
+ l’intendant du Berry, Seraucourt, au Contrôleur général, à l’époque
+ où le projet en fut émis, j’aurois peine à vous expliquer
+ l’applaudissement qu’on lui donne dans toute cette province, tant
+ pour l’invention (chacun présumant qu’il vivra plus que les autres,
+ et espérant par-là parvenir à une grande fortune) que par la
+ sagesse, avec laquelle tous les cas qui peuvent tomber dans
+ l’imagination ont été prévus.» (Boislisle, _Correspond. des
+ contrôleurs généraux_, in-4º, p. 211.)
+
+Mrs de Bellecour, rue des Victoires, Berger le Jeune, rue de Poictou au
+Marais, et Boucher, ruë Plastrière.
+
+
+_La Tontine ou Rentes Viagères sont payées par_
+
+M. Durand, à l’Hôtel d’Albret, rue des Francs Bourgeois.
+
+
+_Les Syndics Onéraires[3], sont_
+
+ [3] C’est-à-dire responsables, ayant réellement charge (_onus_).
+ Presque sous la même forme, c’est ainsi un mot tout opposé à
+ «honoraire.»
+
+_pour les 1e, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e Classes_
+
+M. de Lonpré, à l’Hôtel de Ville.
+
+
+_Pour les 7e, 8e, 9e et 10e Classes._
+
+M. Tiercelet, rue Saint Antoine au dessus de S. Paul.
+
+
+_Et pour les 11e, 12e, 13e et 14e Classes[4]_
+
+ [4] Une dame Charlotte Bonnemay, veuve Louis Barbier, avoit pris une
+ action de la 13e classe, et, quand une seconde tontine fut créée en
+ 1696, une action encore, mais de la 14e classe. En 1726, elle vivoit
+ toujours, et, se trouvant la survivante des rentiers de ces deux
+ classes, elle n’avoit pas moins de 76,000 livres de rente. Elle
+ mourut cette année-là, le 9 mars, à quatre-vingt-seize ans.
+ (_Gazette de France_, 9 mars 1726.)
+
+M. de Courcelles, près Sainte Marine.
+
+
+_Le Million de livres de l’Edit du mois de May 1691[5] est payé par_
+
+ [5] «Le roi, dit Dangeau, à la date du 28 mai 1691, a créé un million
+ de rentes à la Maison de Ville, au denier dix-huit.» Nous dirions à
+ cinq et demi pour cent. C’étoit dix sous de plus que le taux légal
+ qui, dès le temps de Colbert, étoit au denier vingt, c’est-à-dire
+ cinq pour cent. (Chéruel, _Fouquet_, t. II, p. 269.)
+
+Mrs Perelle, rue du grand Chantier, Bachelier, rue de la Corderie et
+Despontis, rue des Tournelles.
+
+Le Bureau des Officiers Conservateurs des Hipotheques sur les Rentes de
+la Ville est rue de la Verrerie près la rue Bardubec, où M. de la Porte
+principal Commis reçoit les Oppositions, Main levées, et Ratifications
+et en delivre les Expéditions, ainsi que des échanges, Donations etc.
+
+
+
+
+CONSEILS DU ROY, ET CHANCELLERIE.
+
+
+Monseigneur Boucherat[1] Chevalier des ordres du Roi, Chancelier et Chef
+de la Justice de France a son Hôtel rue Saint Louis, au Marais[2], où il
+tient souvent le Conseil des Parties et l’Audiance du Sceau.
+
+ [1] Louis Boucherat, chancelier de France et garde des sceaux, depuis
+ le 1er nov. 1665. Après avoir été successivement conseiller au
+ Parlement, maître des requêtes, intendant de Guyenne, de Languedoc,
+ de Champagne et de Picardie, il étoit à quarante-neuf ans, par la
+ protection de Turenne, monté à ces hautes fonctions, qu’il garda
+ jusqu’à sa mort, le 2 septembre 1699.
+
+ [2] Il existe encore au nº 40, mais est plus connu dans le quartier
+ sous le nom d’hôtel d’Ecquevilly, qu’il eut ensuite, que sous le nom
+ de Boucherat. Quand celui-ci mourut, on commençoit le percement
+ d’une rue qui devoit relier la rue Vieille-du-Temple à la rue
+ Charlot. On lui donna son nom qu’elle garda jusqu’en 1851; elle fut
+ confondue alors avec la rue Saint-Louis, aujourd’hui de Turenne,
+ dont elle est, en effet, le prolongement.
+
+
+_Conseillers d’Etat ordinaires._
+
+M. l’Archevêque Duc de Rheims[3], rue Saint Thomas du Louvre.
+
+ [3] Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, le même qui fut
+ si cruellement satirisé dans le _Cochon Mîtré_, dont nous avons
+ parlé plus haut.
+
+M. l’Archevêq. de Rouen[4], rue de Verneuil.
+
+ [4] Jacques-Nicolas Colbert, un des fils du ministre. Avant d’être
+ archevêque à Rouen, il y avoit été coadjuteur, avec le titre
+ d’archevêque de Carthage.
+
+M. Pussort[5], rue Saint Honoré.
+
+ [5] Henri Pussort, doyen du Conseil, le dernier survivant des juges de
+ Fouquet, contre lequel il avoit déployé une véhémence dont s’indigna
+ Mme de Sévigné, et qu’expliquoit sa parenté avec Colbert, dont il
+ étoit l’oncle maternel. Il mourut le 18 février 1697, «dans une
+ grande vieillesse, dit Saint-Simon, et toujours dans une grande
+ considération.» Pour sa maison, achetée en 1697 par Bertin des
+ parties casuelles, voy. plus haut ce que nous avons dit de celui-ci.
+
+M. Voisin[6], rue Sainte Croix de la Bretonnerie.
+
+ [6] Le même, qui devint ministre de la guerre, puis chancelier, puis
+ garde des sceaux, le 2 juillet 1714, et qu’il eût fallu, suivant
+ Saint-Simon, laisser dans quelque intendance, comme celle du
+ Hainaut, où il avoit montré des qualités, mais de second ordre:
+ «Noyé, dit-il, dans la science d’intendant qu’il possédoit
+ parfaitement, et dans l’exercice de laquelle il avoit passé presque
+ toute sa vie.»
+
+M. Courtin[7], rue Saint Louis, au Marais.
+
+ [7] Honoré Courtin, doyen du conseil après la mort de Pussort. Il
+ avoit été plusieurs fois ambassadeur, notamment en Angleterre, à
+ l’époque de la fuite de la reine, femme de Jacques II: «Il avoit,
+ dit Saint-Simon, signé le traité de Heilbronn, celui de Bréda et
+ plusieurs autres. Il avoit toujours été fort estimé et fort honoré
+ dans tous les emplois où il avoit passé.» Il mourut le 27 décembre
+ 1703.
+
+M. Benard de Rezé[8], rue d’Orléans.
+
+ [8] Fut longtemps du Conseil, dont il mourut le sous-doyen, le 9
+ décembre 1702. Un de ses fils fut évêque d’Angoulême.
+
+M. d’Aligre[9], ruë Saint Dominique, Quartier Saint Germain.
+
+ [9] Fils du chancelier Etienne d’Aligre. Il avoit dû à la haute
+ position de son père d’être fait conseiller ordinaire, sans passer
+ par le titre de conseiller de semestre. Cette faveur étoit grande,
+ et personne de son rang ne l’obtint après lui, ce que Dangeau
+ n’oublia pas de constater, en parlant de sa mort le 19 mai 1695.
+
+M. de Pommereu[10], vieille rue du Temple.
+
+ [10] Aug. Rob. de Pommereu, seigneur de la Bretêche-Saint-Non, fut
+ intendant du Bourbonnais et de Bretagne, où Mme de Sévigné le trouva
+ le plus honnête homme et le plus bel esprit de la robe. Il fut
+ ensuite à Paris prévôt des marchands de 1676 à 1683, et devint deux
+ ans après conseiller d’Etat. Quand il mourut en septembre 1699,
+ Saint-Simon écrivit en marge de son manuscrit du _Journal de
+ Dangeau_ cette note qui vaut une oraison funèbre: «homme droit,
+ ferme, et transcendant, qui avoit et méritoit des amis.»
+
+M. d’Argouges[11], ruë de l’Echarpe.
+
+ [11] Frère du lieutenant civil. Il fut fait conseiller d’Etat avec
+ Caumartin, le 20 janvier 1685: «Ils étoient, dit Dangeau, les plus
+ anciens du semestre.»
+
+M. Bignon[12], ruë des Bernardins[13].
+
+ [12] Jérôme Bignon, fils de l’avocat général au Parlement, et
+ conseiller d’Etat depuis le 28 mars 1686. Saint-Simon, qui «étoit de
+ père en fils ami particulier des Bignon», l’avoit en grande estime.
+
+ [13] L’hôtel patrimonial des Bignon s’y trouvoit. Il avoit été
+ construit en 1566 pour Jacques Lefèvre, abbé de la Chaise-Dieu,
+ conseiller intime de Charles IX. L’étage inférieur, dont les
+ sculptures allégoriques, datées de 1567, sont attribuées à Jean
+ Goujon, fut transporté, après la démolition de l’hôtel, en 1830,
+ dans la seconde cour de l’École des Beaux Arts, où il est toujours.
+ L’abbé Bignon, fils du conseiller d’Etat et bibliothécaire du roi,
+ avoit, au commencement du XVIIIe siècle, vendu l’hôtel au chancelier
+ de la principauté de Dombes, M. Chol de Torpane, dont il avoit pris
+ le nom.
+
+M. Rouillé[14], Isle Notre Dame.
+
+ [14] Rouillé, comte de Melai, dont Mme de Sévigné désiroit tant que
+ son fils épousât la fille. Il avoit été fait conseiller d’Etat à la
+ mort de Caumartin, et il fut président du Conseil des finances au
+ commencement de la Régence.
+
+M. de la Reynie[15], ruë du Boulloy.
+
+ [15] Gabriel-Nicolas de la Reynie, si célèbre comme lieutenant de
+ police. C’est à ce titre que nous parlerons de lui plus loin. Sa
+ nomination au Conseil d’Etat datoit du 28 mars 1686.
+
+M. le Marquis de Villars[16], rue sainte Anne.
+
+ [16] Un des trois conseillers d’état d’épée. Le célèbre maréchal duc
+ de Villars étoit son fils. C’est l’_Orondate_ de Mme de Sévigné. Il
+ avoit été ambassadeur en Danemarck, puis à Madrid, d’où il rapporta
+ ce curieux _Mémoire sur la Cour d’Espagne, depuis 1679 jusqu’en
+ 1681_, publié en 1733, pet. in-8, et réimprimé à Londres, à petit
+ nombre, en 1861, d’après un manuscrit, par M. W. Stirling qui le
+ croyoit inédit. Le marquis mourut le 28 mars 1698, à plus de
+ quatre-vingts ans. Sa femme a laissé des _Lettres_, dont le
+ chevalier Perrin possédoit le recueil, et dont la publication qu’il
+ se réservoit n’a été faite qu’en 1760, six ans après sa mort. Léop.
+ Collin les réimprima sous l’empire, et plus récemment M. Courtois en
+ donna une édition fort soignée.
+
+M. de Saint Romain[17], rue saint Louis.
+
+ [17] Melchior de Harod de Senevas, marquis de Saint-Romain, mort en
+ juillet 1694, à plus de quatre-vingts ans. Il étoit le plus intime
+ ami de Courtin que nous avons vu plus haut: «tous deux conseillers
+ d’état, dit Saint-Simon, l’un d’épée, l’autre de robe.»
+
+M. le Comte de la Vauguion[18], rue de Grenelle, Quartier S. Germain.
+
+ [18] Cette note de Saint-Simon, dans le _Journal de Dangeau_, à la
+ date de sa mort, le 29 décembre 1693, peut lui servir de biographie:
+ «Après diverses folies, il se tua de deux coups de pistolet, chez
+ lui à Paris, dans son lit. Il étoit chevalier de l’Ordre depuis
+ 1688, conseiller d’Etat d’épée, et avoit eu plusieurs ambassades,
+ fort gueux, plein d’esprit et de galanterie; veuf et sans enfant,
+ très petit et simple gentilhomme.»
+
+M. l’Archevesque d’Ambrun[19], près le Collége des 4 Nations.
+
+ [19] Charles Brulart de Genlis, mort en 1714.
+
+
+_Conseillers d’Etat du Semestre de Janvier._
+
+M. d’Aguesseau[20], Quai de Nesle.
+
+ [20] Henri d’Aguesseau, d’abord maître des requêtes, président au
+ grand Conseil, puis intendant à Limoges, à Bordeaux, dans le
+ Languedoc, et enfin conseiller d’Etat. L’idée de créer l’ordre de
+ Saint-Louis est de lui. A sa mort, le 5 sept. 1699, Saint-Simon,
+ dans une note du _Journal de Dangeau_, fit amplement son éloge.
+ L’illustre chancelier d’Aguesseau étoit son fils.
+
+M. de Ribeyre[21], ruë de Taranne.
+
+ [21] Antoine de Ribeyre, qui étoit aussi conseiller d’honneur au
+ parlement de Paris, après avoir été intendant à Poitiers, puis à
+ Tours, et commissaire du Conseil en Bretagne. A sa mort, en octobre
+ 1712, son gendre La Bourdonnois, intendant d’Orléans, lui succéda
+ comme conseiller d’Etat.
+
+M. le Comte d’Avaux[22], ruë sainte Avoye.
+
+ [22] Jean-Antoine de Mesme, qui s’étoit donné le titre de comte
+ d’Avaux qui n’appartenoit qu’à son frère aîné: «Ses fréquentes
+ ambassades, dit Saint-Simon, l’avoient accoutumé à l’épée et à se
+ faire appeler le comte d’Avaux en pays étranger. Dans ses divers
+ retours en France, il ne put se résoudre à se défaire de cette
+ qualité de comte, ni à reprendre l’habit de son état.» C’est lui que
+ Mme de Sévigné appelle _Figuriborum_. Il mourut en février 1709.
+ Nous avons, p. 26, note 3, parlé de son hôtel.
+
+M. l’Abbé le Pelletier[23], ruë de la Couture sainte Catherine.
+
+ [23] Ancien commissaire aux Grands Jours d’Auvergne, frère du
+ contrôleur général Le Pelletier et de Le Pelletier, de Souzy. Il
+ étoit conseiller d’Etat depuis 1685, et il mourut le 17 octobre
+ 1696.
+
+M. de Breteuil[24], rue du Grand Chantier.
+
+ [24] Ancien intendant des finances, et conseiller d’Etat depuis 1685.
+
+M. du Gué de Bagnols[25], Intendant en Flandres.
+
+ [25] Dreux-Louis Du Gué de Bagnols, conseiller d’Etat depuis 1687.
+ C’est le même dont la femme amusoit tant Mme de Sévigné avec ses
+ ridicules.
+
+
+_Conseillers d’Etat du Semestre de Juillet._
+
+M. de Marillac, ruë Sainte Avoye[26].
+
+ [26] Ancien avocat général au grand Conseil et intendant à Poitiers.
+ Il eut la charge de conseiller d’Etat de semestre en 1603, parce que
+ son père s’en démit pour lui, «ce qui, dit Dangeau, ne s’étoit
+ jamais pratiqué.»--L’escalier de son hôtel, rue Sainte-Avoye, étoit
+ remarquable. _V._ G. Brice, 3e édit., t. I, p. 256.
+
+M. le Pelletier de Souzy[27], rue de la Couture S. Catherine.
+
+ [27] Nous avons dit comment il fut en passe de succéder à son frère
+ comme contrôleur général au lieu de Pontchartrain. Il étoit d’une
+ grande capacité. C’est avec lui que le roi faisoit tous les lundis
+ le travail des fortifications.
+
+M. de la Moignon de Basville, Intendant en Languedoc[28].
+
+ [28] Cinquième fils du président de Lamoignon. Il fut d’abord
+ intendant à Poitiers. En Languedoc, après la révocation de l’Edit,
+ il fut terrible contre les protestants.
+
+M. Bazin de Bezons, Intendant en Guyenne[29].
+
+ [29] Avoit été d’abord intendant à Limoges et à Orléans. Il étoit
+ conseiller d’Etat de semestre depuis le 28 mars 1686.
+
+M. de Harlay de Bonneuil[30], ruë Saint Louis, au Marais.
+
+ [30] Nicolas-Auguste de Harlay de Bonneuil, d’abord conseiller au
+ Parlement, maître des requêtes et intendant en Bourgogne. Il fut
+ conseiller d’Etat de semestre en 1686, et conseiller d’Etat
+ ordinaire en 1700. Le chancelier Boucherat étoit son beau-père.
+
+M. de Fourcy[31], rue de Jouy[32].
+
+ [31] Autre gendre de Boucherat, dont il avoit épousé la fille aînée.
+ Il fut prévôt des marchands à Paris, de 1684 à 1691.
+
+ [32] A l’époque de sa prévôté on ouvrit, près de son hôtel, une rue
+ qui faisoit communiquer la rue de Jouy avec la rue Saint-Antoine. On
+ lui donna son nom qu’elle a gardé.
+
+
+_Maitres des Requestes de l’Hotel du Roy._
+
+Pour M. le Doien, voiez le Chapitre des principaux Magistrats, et pour
+les autres prenez la liste dans la Grand’Salle du Palais, près la
+Chapelle, au bas du dégré des Requestes de l’Hôtel, ou chez les Sieurs
+Michallet et Rondet imprimeurs ruë Saint Jacques.
+
+
+_Les Grands Audianciers de France, Examinateurs et Rapporteurs des
+Lettres qui doivent passer au Grand Sceau, sont_
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Boucher, ruë des Quatre Fils. Pour celuy
+d’Avril, M. le Mire, ruë de Paradis. Pour celuy de Juillet, M. le Fevre,
+Place du Collége Mazarini[33]. Et pour celuy d’Octobre, M. le Menestrel,
+ruë du Hazard[34].
+
+ [33] Il logeoit, en effet, au collége des Quatre Nations, ou collége
+ Mazarin, qui est, comme on sait, devenu le palais de l’Institut.
+
+ [34] Fils du trésorier du Conseil des bâtiments. Il habitoit, rue du
+ Hazard, une des nombreuses maisons dont son père avoit eu, grâce à
+ sa charge, le terrain presque pour rien, à l’époque où l’on
+ construisoit ce quartier. V. notre _Histoire de la Butte des
+ Moulins_, p. 84.
+
+
+_Les Contrôleurs Généraux de l’Audiance de la Chancellerie de France qui
+veillent à ce que les Lettres accordées ne soient soustraites, et que
+nulles autres ne passent au sceau, sont_:
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Contard[35], ruë saint Honoré. Pour
+celui d’Avril, M. Pitot[36], ruë de Ventadour. Pour celui de Juillet, M.
+Benoist, ruë de Grenelle, quartier saint Germain. Et pour celui
+d’Octobre, M. de Jonquiere, rue Vivienne.
+
+ [35] Il faut lire Coustard, d’après _l’Alman. royal_ de 1702, p. 41.
+
+ [36] Le même _Almanach_ le nomme Pirot.
+
+
+_Les Gardes des Rolles des Offices de France, sont_:
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Préval, ruë de la Sourdiere. Pour celui
+d’Avril, M. Hevin[37], rue des Fossez Montmartre. Pour celui de Juillet,
+M. Boucot[38], rue Hautefueille. Et pour celui d’Octobre, M. Ausbourg,
+rue des Fossez Montmartre.
+
+ [37] Hénin, d’après le même _Almanach_, p. 41.
+
+ [38] C’étoit un des plus grands _curieux_ de Paris, comme on le verra
+ plus bas, à propos de sa bibliothèque. Il eut la visite de Lister,
+ quand celui-ci fit son second voyage à Paris. Grand amateur de
+ coquilles, il admira surtout celles qui étoient une des nombreuses
+ curiosités du cabinet de Boucot (_Voyage de Lister à Paris en 1698_,
+ traduct. de la Société des bibliophiles, 1873, in-8, p. 64-66). G.
+ Brice, qui lui aussi, dans sa _Description de Paris_, parle
+ longuement, t. II, p. 97-99, des collections de Boucot, y mentionne
+ en particulier la bibliothèque: «On y voit, dit-il,... une grande
+ quantité de livres très-bien conditionnés, entre lesquels il y en a
+ plusieurs de cartes et d’estampes rares et singuliers.» A la mort de
+ Boucot, en 1699, la vente de ses livres prouva que Brice avoit dit
+ vrai; il nous suffira de donner le titre du _Catalogue_, qui
+ annonçoit cette vente pour le 16 nov.: _Catalogue de la Bibliothèque
+ de défunt M. Boucot, garde rolle des officiers de France, composée
+ de plus de dix huit mille volumes de livres imprimez, très-bien
+ conditionnez, plusieurs des in-folio étant de grand papier, et
+ reliez en maroquin, de plus de soixante et dix mille estampes, entre
+ lesquels il y a dix sept mille portraits_. M. G. Duplessis a publié,
+ en 1870, sur cette vente, une curieuse lettre de Nicos Clément à
+ Gaignières, dans _le Bibliophile françois_, t. V, p. 97.
+
+
+_Trésorier General du Sceau._
+
+M. Bechet, Place des Victoires.
+
+
+
+
+SECRETAIRES DU ROY. MAISON ET COURONNE DE FRANCE.
+
+
+_Syndics en Charge._
+
+M. de la Baune, ruë Thibaut Thodé.
+
+M. Rouillet de Beauchamps, rue des Rosiers, quartier S. Germain.
+
+M. Gourdon, à l’Hôtel de Guise.
+
+M. Gamard, ruë Neuve des petits champs.
+
+M. Hubert, rue Sainte Avoye.
+
+M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.
+
+
+_Trésorier de la bourse commune._
+
+M. de Lamet, près Saint Eustache.
+
+Ces Officiers tiennent les Assemblées du Collége en la Chancellerie du
+Palais, où l’on peut recouvrer la liste générale de ceux qui en sont
+Membres, et encore chez le sieur Rondet Imprimeur, rue S. Jacques.
+
+
+_Advocats ez Conseils du Roy._
+
+M. Aubery leur Doyen, demeure ruë Saint Denis devant la rue du petit
+Lion.
+
+On peut recouvrer leur Liste chez le sieur du Brec Clerc de leur Collége
+rue de la Calandre, ou encore chez le même Rondet.
+
+
+
+
+PRINCIPAUX MAGISTRATS.
+
+
+_Juges ordinaires et gens du Roy, des Cours souveraines et Juridictions
+subalternes de Paris._
+
+
+PARLEMENT.
+
+
+_Premier Président._
+
+M. de Harlay[1], Cour du Palais.
+
+ [1] Achille de Harlay, qui avoit succédé dans cette charge à M. de
+ Novion, en sept. 1689. Sa complaisance, lorsqu’il étoit procureur
+ général, pour la légitimation des bâtards du Roi, «doubles
+ adultérins», fut, selon Saint-Simon, la source de sa fortune. Il
+ avoit été «l’adroit auteur de cette légitimation... sans nommer la
+ mère.» Saint-Simon, _Mém._ 1877, in-18, t. XX, table rédigée par
+ lui-même, p. 257.
+
+
+_Présidens à Mortier._
+
+M. de Nesmond[2], Quay de la Tournelle[3].
+
+ [2] Il avoit acquis, en 1689, de Lamoignon, qui en garda la
+ survivance, cette charge de président à mortier. Lorsque Nesmond
+ mourut en 1693, Lamoignon eut ainsi le droit, moyennant 350,000
+ livres données à sa famille, de reprendre la charge. (Dangeau,
+ _Journal_, 4 déc. 1689 et 19 mars 1693.)
+
+ [3] Son hôtel y existe encore presque intact, auprès de la _Pharmacie
+ centrale_, qui étoit alors, nous l’avons dit plus haut, l’hôtel dont
+ Mme de Miramion, belle-mère de Nesmond, avoit fait un couvent. Selon
+ Saint-Simon, c’est Nesmond qui fit le premier poser au-dessus de sa
+ porte un marbre avec son nom en lettres d’or. V. nos _Enigmes des
+ rues de Paris_, p. 181.
+
+M. de Maisons[4], ruë de l’Université.
+
+ [4] Il est beaucoup parlé de lui dans Saint-Simon, qui dit beaucoup de
+ bien de son esprit, et assez peu de son caractère. Il mourut en août
+ 1715, dans toute la force de son influence sur le Parlement, et avec
+ l’espérance qu’à la mort du roi, qui ne devoit tarder que de
+ quelques jours, il seroit fait garde des sceaux. Le nom de sa
+ famille étoit Longueil. Elle l’avoit échangé pour celui de Maisons,
+ lorsque l’aïeul du président avoit obtenu l’érection en marquisat de
+ la terre de Maisons, où il avoit fait bâtir un si beau château,
+ pendant qu’il étoit surintendant des finances. Ses malversations le
+ firent révoquer. Il se contenta de dire: «Ils ont tort; j’avois fait
+ mes affaires, j’allois faire les leurs.» Saint-Simon, notes sur
+ Dangeau, 12 avril 1705.
+
+M. de Champlatreux[5], ruë du Brac.
+
+ [5] De l’illustre famille des Molé, et fils de l’un des derniers
+ gardes des sceaux. Il céda sa charge à son fils, lorsqu’il eut
+ trente et un ans. (Dangeau, 11 avril 1707.)
+
+M. le Pelletier[6], vieille ruë du Temple.
+
+ [6] Il devint premier président après la démission de M. de Harlay, et
+ se démit lui-même de cette charge, en 1712, à la mort de son père,
+ Claude Le Pelletier, ancien ministre d’Etat et contrôleur général,
+ qui l’y avoit fait rester malgré lui. Un accident arrivé au Palais,
+ dans l’Hôtel de la Présidence, où le plancher de la salle à manger
+ croula sous lui, avoit dérangé son cerveau, jusqu’à le rendre
+ presque incapable de tout travail. (Saint-Simon, t. IV, 78; VI, p.
+ 212.) C’est son père, étant prévôt des marchands avant d’arriver au
+ Ministère, qui avoit fait construire près de la Grêve, en 1675, le
+ quai nommé, à cause de lui, quai Pelletier. (_Id._, t. I, p. 301.)
+
+M. de Mesmes[7], ruë Sainte Avoye.
+
+ [7] Jean-Antoine de Mesme, neveu du comte d’Avaux dont il a été
+ question plus haut. Il avoit succédé, comme président à mortier, à
+ son père mort en janvier 1688. Il devint premier président en 1712,
+ par suite de la démission de Le Pelletier.
+
+M. de Novion[8], ruë du Baac.
+
+ [8] Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit été jusqu’en
+ septembre 1689 premier président. Sa vénalité força le roi de lui
+ faire abandonner cette charge pour la céder à M. de Harlay. «Sur ses
+ injustices réitérées, dit Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de
+ l’obliger à se défaire.» (_Note_ sur Dangeau, 20 septembre 1689.)
+
+M. Talon[9], ruë Saint Guillaume.
+
+ [9] Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en novembre
+ 1690, une des deux places de présidents à mortier que le roi venoit
+ alors de créer, et pour chacune desquelles il avoit fait verser à
+ l’un et à l’autre des titulaires une somme de 350,000 livres, afin
+ de dédommager les présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur
+ nombre. (Dangeau, 12 nov. 1690.)--Sa maison existe encore au nº 16
+ de la rue Saint-Guillaume, avec cette «structure tout à fait belle»,
+ dont parle G. Brice, édit. de 1684, t. II, p. 187. «Les
+ appartements, ajoute-t-il, sont très agréables, ayant les vues
+ tournées sur les jardins des maisons voisines. La cour est grande,
+ et enfin il paroît que cette maison a été élevée avec beaucoup de
+ dépense; mais ce qui lui donne un merveilleux ornement, est
+ l’excellente bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a
+ de plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits, soit
+ pour les livres imprimés.»
+
+M. de Menars[10], porte de Richelieu[11].
+
+ [10] Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame Colbert, qui
+ avoit d’abord été conseiller au Parlement et surintendant de la
+ maison de la Reine. Il avoit eu la seconde des deux charges de
+ président à mortier créées en 1690, et dont Talon, nous l’avons dit,
+ avoit eu la première. Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle
+ terre de Ménars, près de Blois: «plein d’honneur, dit Saint-Simon
+ (t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige dans un
+ président à mortier.»
+
+ [11] Son hôtel étoit en effet «à côté de la porte de Richelieu», dans
+ l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le nom de Ménars qu’elle
+ lui devoit. Il avoit d’abord logé rue Vivienne, près de l’hôtel de
+ son beau-frère Colbert (G. Brice, édit. 1684, t. I, p. 89). La
+ bibliothèque de De Thou, qu’il avoit achetée tout entière un fort
+ grand prix, le suivit dans ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé
+ Du Guay en furent les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en
+ occupoit guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas
+ beaucoup plus de souci: «Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon (t.
+ X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du
+ célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un meuble de fort
+ grande montre, mais de très-peu d’usage.»
+
+
+_Présidens des Enquestes._
+
+Première Chambre, Mrs de Meaupou, ruë Pierre Sarrazin[12], et de la
+Barde[13], Cloître Notre Dame.
+
+ [12] Il devint président à mortier à la mort de Ménars, par suite d’un
+ marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire, et qui l’est, en
+ effet, il lui acheta en 1717 la survivance de sa charge pour la
+ somme énorme de 750,000 livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à
+ verser aux héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin!
+
+ [13] Denis de la Barde, qui en même temps que président des enquêtes
+ étoit archidiacre de Josas et chanoine de l’église de Paris, ce qui
+ explique sa demeure au cloître Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709,
+ à soixante et onze ans.
+
+Deuxième Chambre, Mrs Sevin de Quinsi, ruë des Blancs Manteaux, et de
+Thumery de Boissise, ruë Barbette.
+
+Troisième Chambre, Mrs Briçonnet, ruë porte Foin, et Amelot[14], rue
+Dauphine.
+
+ [14] Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence des
+ enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres des requêtes.
+ Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit pas moins de 100,000
+ livres de rente, avec la fille de Barillon, notre ambassadeur à
+ Londres.
+
+Quatrième Chambre, Mrs Crosset[15], ruë Neuve Saint Augustin, et
+Feydeau, Cloistre Nostre Dame.
+
+ [15] Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut le 19
+ novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président d’honneur au
+ Parlement.
+
+Cinquième Chambre, Mrs de la Baroire[16], ruë de Taranne, et le Clerc de
+Lesseville[17], Cloître Saint Méderic.
+
+ [16] Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au mois
+ d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement, comme
+ conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il avoit épousé une vieille
+ mais très-riche veuve, avec laquelle il se conduisoit fort mal,
+ suivant Mme de Sévigné, qui l’appelle de la Baroie. V. sa lettre du
+ 4 juin 1676. C’est lui, d’après les _Clés_, qui, pour cela, auroit
+ servi de type au 26e _caractère_ de La Bruyère, dans le chap. de
+ _Quelques usages_.
+
+ [17] C’est, d’après les _Clés_, un des _Sannions_ de La Bruyère. Ils
+ étoient plusieurs frères, tous dans la haute robe, qui descendoient,
+ disoit-on, d’un tanneur de Mantes dont la fortune étoit venue d’un
+ prêt qu’il avoit fait sur parole à Henri IV, dans le temps de la
+ bataille d’Ivry.
+
+
+_Présidens des Requestes du Palais._
+
+Première Chambre, Mrs Ferrand, ruë Serpente[18], et Besnard de Rezé,
+près les Capucins du Marais.
+
+ [18] C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme, une Belizani,
+ fit tant parler d’elle, moins pour l’_Histoire des amours de Cléante
+ et de Belise_, assez piètre roman de sa façon, que pour l’histoire
+ de ses propres amours. Le scandale en fut si grand, que le président
+ refusa de reconnoître une fille, dont elle étoit accouchée, et
+ qu’elle dut faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette
+ fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour se
+ faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être reconnue
+ par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui avoit habité, rue
+ Serpente, l’hôtel du président, recueillit avec soin, comme
+ souvenir, toutes les pièces de ce curieux procès. (V. le _Catalogue_
+ de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.)
+
+Deuxième Chambre, Mrs de Boiquemare[19], rue de Bourbon, et Brunet de
+Thorigny, ruë des Francs-Bourgeois.
+
+ [19] Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray, grande coquette du
+ temps, la _Lise_ de La Bruyère, l’avoit épousé en secondes noces,
+ mais sans vouloir perdre son premier nom. C’est ce qui a fait dire à
+ La Bruyère (_Des femmes_, § 76), à propos de certains maris et de
+ leurs femmes: «ils n’ont souvent rien de commun... pas même le
+ nom... chacun a le sien.»
+
+
+_Avocats Generaux._
+
+M. de Harlay[20], Cour du Palais.
+
+ [20] Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit avocat
+ général depuis le mois de janvier 1691, et devint conseiller d’Etat
+ en février 1697, tout cela fort jeune pour de si importantes
+ fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1717, il n’avoit que
+ quarante-neuf ans.
+
+M. de la Moignon[21], à l’Hostel d’Angoulesme[22].
+
+ [21] Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier président
+ Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une des épîtres de
+ Boileau. Ce fils devint président à mortier en avril 1698, et mourut
+ le 7 août 1709.
+
+ [22] Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois, il
+ existe encore, avec ses curieuses façades sur la cour, telles
+ qu’elles avoient été construites par Diane de France, fille
+ naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes se voient
+ encore dans les frontons, et après laquelle l’hôtel, pour rester
+ dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême, fils naturel de Charles
+ IX et de Marie Touchet, de qui lui vint le nom qu’on lui donne ici.
+ Il prit celui de Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y
+ furent succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit
+ de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors d’une
+ grande étendue; et dont la bibliothèque, qui avoit Adrien Baillet
+ pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain Brice, édit. de
+ 1701, t. I, p. 323.)
+
+M. d’Aguesseau[23], ruë Pavée, prés Saint André[24].
+
+ [23] L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février
+ 1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général, comme nous le
+ voyons ici, puis en octobre 1700, procureur général.
+
+ [24] Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve à gauche
+ en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans la rue Pavée, qui
+ s’appelle aujourd’hui _rue Séguier_, du nom d’une autre illustre
+ famille de magistrats, qui occupoit l’hôtel voisin de celui-ci. Le
+ 27 juin 1714, éclata à l’hôtel d’Aguesseau un terrible incendie qui
+ donna lieu à de grands procès, par suite de la destruction de
+ nombreux dossiers appartenant à diverses parties. (Bruneau,
+ _Observations sur les lois criminelles_, in-4º, p. 93.)
+
+
+_Procureur General._
+
+M. de la Brisse, rue Barbette.
+
+
+
+
+GRAND CONSEIL.
+
+
+_Premier Président._
+
+M. Bignon[1], rue Saint Jacques.
+
+ [1] Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son prénom étoit
+ Thierry. Il fut d’abord simple président au grand Conseil, puis, en
+ mars 1690, premier président. Il mourut à soixante-cinq ans, le 19
+ janvier 1697.
+
+
+_Présidens du premier Semestre._
+
+M. le Boulanger, ruë des petits Augustins.
+
+M. Feydeau de Brou[2], ruë neuve Saint Paul.
+
+ [2] Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son nom à l’une
+ des rues du quartier Richelieu, construite vers la fin du XVIIe
+ siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de Pierre Feydeau, étoit
+ dame du fief de la Grange-Batelière, sur lequel on en avoit pris le
+ terrain. (Lebeuf, _Hist. du diocèse de Paris_, t. IX, p. 38.)
+ Feydeau de Brou avoit eu du roi la présidence au grand Conseil, en
+ 1689, «comme plus ancien maître des requêtes.» (_Mém. de Foucault_,
+ p. 254.)
+
+M. Joly de Blaizy[3], ruë des Rosiers.
+
+ [3] Lisez Joly de Bézy.
+
+M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux.
+
+
+_Présidens du second Semestre._
+
+M. Poucet de la Rivière[4], ruë des Francs Bourgeois.
+
+ [4] Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord conseiller au
+ Parlement, puis maître des requêtes, intendant en Alsace, à Metz, à
+ Bourges, à Limoges, et en même temps, depuis 1676, président au
+ grand Conseil. Il mourut en 1693. Son père, Pierre Poncet,
+ conseiller d’Etat, avoit été en passe de succéder en 1677 au
+ chancelier d’Aligre. Un livre qu’il venoit de publier,
+ _Considérations sur les avantages de la vieillesse_, etc., l’en
+ empêcha par le ridicule qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût
+ couvert par le pseudonyme de baron de Prelle. C’est sa mésaventure
+ qui a fait dire par La Bruyère: «un magistrat alloit par son mérite
+ à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les affaires:
+ il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare par le ridicule.»
+ _Des ouvrages de l’Esprit_, § 3.
+
+M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple[5].
+
+ [5] Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement,
+ embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, dont on
+ remarquoit surtout la porte «avec un balcon au-dessus et une grande
+ fenêtre couronnée d’un fronton.» (G. Brice, édit 1701, t. I, p.
+ 274-275.)
+
+M. de l’Isle, ruë de Torigny.
+
+M. Pinon[6], ruë des Lions, près Saint Paul.
+
+ [6] Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson, qui
+ furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange Batelière, près de
+ laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur nom jusqu’en 1850, où elle
+ devint la rue Rossini.
+
+
+_Avocats Generaux._
+
+M. de Benoist, rue Beautreillis.
+
+M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache.
+
+
+_Procureur General._
+
+M. Hennequin, Cloître Notre Dame[7].
+
+ [7] Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez son frère,
+ chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement. C’est à lui
+ qu’étoit arrivée cette peu honorable aventure du testament de Mme
+ Valentin, dont il fut fait un conte, attribué à La Fontaine, publié
+ avec plus de vraisemblance dans les _Œuvres_ de Régnier Desmarets,
+ et qui se trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le
+ chansonnier Maurepas, t. VII, p. 137-142: Mme Valentin, près de
+ mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce qu’elle
+ possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un testament qui
+ n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans doute possible,
+ restitution au mari. Hennequin ne l’entendit pas ainsi; il se mit en
+ grand deuil comme héritier sérieux, et se hâta de mettre la main sur
+ le bien. Le coup par bonheur étoit prévu. Un second testament, qui
+ annuloit le premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des
+ aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête et plus
+ fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la testatrice.
+ «Hennequin, dit une des notes du chansonnier Maurepas, fut déshonoré
+ et vilipendé partout.» La Bruyère a fait une allusion directe à
+ cette affaire dans les _Caractères_ 59 et 60 de son chapitre _de
+ Quelques usages_.
+
+
+
+
+COUR DES AYDES.
+
+
+_Première Chambre._
+
+Mrs le Camus, Premier Président, ruë de Berry[1] au Marais, et de
+Briou[2], ruë Michel-le-Comte.
+
+ [1] Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus loin, et du
+ cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas Le Camus, marchand de
+ la rue Saint-Denis, qui avoit été un des entrepreneurs de la place
+ Royale, où, comme on sait, les bâtiments devoient d’abord servir à
+ l’établissement de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit
+ l’enseigne de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur
+ champ de gueules, dans leurs armes.
+
+ [2] C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage avec Mlle
+ de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son père, que son amour
+ pour cette vieille fille, plus âgée que lui de près de vingt ans,
+ désespéroit, elle trouva moyen de le voir et de le faire échapper.
+ Un prêtre, qu’ils avoient gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation
+ de son curé, les maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant
+ majeur depuis à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps.
+ Dès le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une
+ audience du roi, auquel il remontroit que Mlle de la Force qui étoit
+ pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils qui étoit
+ considérable; et le roi lui promettoit que, malgré la puissance de
+ la famille de Mlle de la Force, il laisseroit toute liberté à la
+ justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare fut un des premiers
+ effets de cette promesse. Ensuite vint le procès, qui aboutit, le 15
+ juillet 1689, à un arrêt qui cassoit le mariage pour abus de
+ célébration. (Nic. Nupied, _Journal des principales audiences du
+ parlement_, 1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de
+ cette affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août
+ 1689).
+
+
+_Deuxième Chambre._
+
+Mrs Payen, dans le Temple, et Chassepot de Beaumont, rue Beautreillis.
+
+
+_Troisième Chambre._
+
+Mrs de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et le Vasseur, ruë de
+Berry.
+
+
+_Avocats Generaux._
+
+M. des Aguests[3], ruë Vivienne.
+
+ [3] Il avoit cette charge depuis six ans: «M. des Aguets, homme de
+ beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686, a été fait avocat
+ général de la Cour des Aydes.»
+
+M. Bignon, ruë des Bernardins.
+
+M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil.
+
+
+_Procureur General._
+
+M. du Boscq, Isle Notre Dame.
+
+
+
+
+CHAMBRE DES COMPTES.
+
+
+_Premier Président._
+
+M. Nicolaï[1], vieille ruë du Temple.
+
+ [1] Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de 1506 à
+ 1791, fournit, sans interruption, son président à la Chambre des
+ comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne Cour, qu’un Nicolaï
+ devoit seul occuper cette charge que pendant la Restauration, le
+ prince de Condé ne pouvoit s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé
+ Marbois, alors président des Comptes: «Mon cher Monsieur de
+ Nicolaï.»--Celui qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en
+ charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous ajouterons
+ que ce sont les archives de cette famille, mises à la disposition de
+ M. A. de Boislisle par M. le marquis de Nicolaï, qui lui ont fourni
+ les éléments de son bel ouvrage, _la Chambre des Comptes de Paris_.
+
+
+_Autres Présidens._
+
+M. de Bretonvilliers[2], Isle Notre Dame[3].
+
+ [2] Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier 1700, sans
+ qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à cause de sa femme,
+ Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité avec l’archevêque de Harlay
+ fit quelque peu scandale, et à cause aussi des magnificences de son
+ hôtel.
+
+ [3] L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le père du
+ président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du roi, et
+ intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de l’Ile
+ Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il avoit fait
+ construire à l’entour de cette pointe et les fondations seules de
+ son hôtel lui avoient coûté huit cent mille livres. On peut juger
+ par-là de la dépense du reste, dont on peut lire d’ailleurs le
+ curieux et magnifique détail dans l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t.
+ I, p. 392-394).--A la mort du président des Comptes, en 1700, son
+ hôtel fut aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en
+ 1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la somme
+ relativement minime de 220,000 livres. On y plaça sous Louis XV la
+ Cour des Aides. Les principales façades furent détruites pendant la
+ Révolution. Ce qui restoit de l’hôtel du côté du quai fut emporté
+ dernièrement pour le percement du boulevard Henri IV.
+
+M. Lambert de Torigny[4], la même[5].
+
+ [4] Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en août 1700. Il
+ avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance de son père. Il étoit
+ gendre du fameux Bontems.
+
+ [5] Il s’agit de l’hôtel Lambert, situé en effet dans «la même» Ile,
+ tout près de l’hôtel Bretonvilliers. Le Vau le construisit pour
+ Nicolas Lambert, dit «le riche», suivant Tallemant, grand-père de
+ celui qui figure ici, et comme lui président des comptes. Il y eut
+ de sa part en le faisant bâtir un peu de dépit contre
+ Bretonvilliers, par qui, selon Tallemant encore, il s’étoit laissé
+ enlever la riche héritière Elisabeth Perrot. Vaincu par lui sur le
+ terrain du mariage, il voulut l’emporter contre lui sur un autre,
+ celui des constructions, en se bâtissant un hôtel plus beau que
+ celui que Bretonvilliers tenoit de son père. Il n’y réussit pas.
+ L’hôtel Lambert, tout superbe qu’il fût, avec ses peintures de
+ Romanelli, de Lebrun et de Lesueur, resta, comme magnificence des
+ bâtiments, étendue et point de vue, inférieur à son voisin. G.
+ Brice, édit. de 1701, t. I, p. 388-391, en a donné une intéressante
+ description, et il existe, sous le nom de _galerie Lambert_, une
+ collection de gravures de Picard, datées de 1740, qui reproduisent
+ les peintures qu’y avoient faites Lebrun et Lesueur. L’hôtel, qui
+ fut plus tard la propriété du fermier général Dupin, où Voltaire
+ logea avec Mme du Châtelet, etc., appartient aujourd’hui, depuis
+ 1842, à la famille Czartoriski.
+
+M. Paris[6], rue neuve Saint Paul.
+
+ [6] Il avoit succédé à son père, l’un des députés de la Chambre des
+ comptes aux conférences de Rueil, pendant la Fronde (_Gazette de
+ France_, 6 mars 1649).
+
+M. Rezé[7], rue des Bourdonnois.
+
+ [7] De la même famille que le président des requêtes Bernard de Rezé,
+ que nous avons vu plus haut.
+
+M. Rossignol[8], près les Filles Saint Thomas.
+
+ [8] Il avoit eu sa charge, en octobre 1688, par l’influence de
+ Louvois, à la mort de M. Dupré. Il étoit fils de Rossignol, qui
+ avoit été si utile à Richelieu, puis à Mazarin, par sa facilité à
+ déchiffrer les écritures secrètes. (_Historiettes de Tallemant_,
+ édit. P. Paris, t. II, p. 33-34.) Son fils avoit hérité de son
+ savoir. «C’étoit, dit Dangeau (14 octobre 1705), à l’époque de sa
+ mort, le plus grand déchiffreur de l’Europe.» Peut-être M. Paulin
+ Paris a-t-il raison, lorsque parlant du père, qui avoit eu si bien
+ le premier _la clé_ de toutes les écritures cachées, il dit: «Je
+ croirois assez que de cet habile homme vient le nom de _rossignols_,
+ donnés aux clés _passe-partout_.» Notes sur Tallemant, t. II, p. 94.
+
+M. le Vassan[9], rue neuve Sainte Geneviève.
+
+ [9] Lisez de Vassan.
+
+M. Brunet de Monferrant[10], rue des Francs-Bourgeois.
+
+ [10] Il avoit acheté une des nouvelles charges 100,000 écus, «comme le
+ roi, dit Dangeau, les a fixées.» Un beau portrait de lui gravé par
+ P. Drevet, d’après F. de Troye, se trouve en tête des _Nouvelles
+ remarques, ou réflexions critiques, morales et historiques_, par
+ l’abbé Bordelon, vol. in-12 publié en 1695, qui lui est dédié.
+
+M. Gilbert[11], rue de Torigny.
+
+ [11] Louis-Charles Gilbert, qui occupoit cette charge de président à
+ la Chambre des Comptes, depuis 1691. Il étoit fils du marchand
+ Gilbert, qui vendoit du drap, près des Saints Innocents, à
+ l’enseigne des _Rats_, et à qui sa grosse fortune avoit valu de
+ pouvoir marier sa fille Jeanne au Conseiller d’Etat, Fleuriau
+ d’Armenonville, dont il a été parlé plus haut. Ce mariage avoit été
+ beaucoup remarqué et chansonné. (V. _le Chansonnier_ ms. de
+ Maurepas, t. VII, p. 43 et 275.) Le président Gilbert étoit des plus
+ entendus. Il fit notamment un rapport célèbre, qui donna gain de
+ cause au Roi contre le duc de Bouillon dans un important procès.
+ (Dangeau, 9 avril 1715.) Il étoit aussi fort riche. En 1705, son
+ fils avoit pu acheter 55,000 livres le régiment de Chamillart.
+
+M. Tambonneau[12], rue de l’Université[13].
+
+ [12] Son père, auquel il succéda, comme président des Comptes, en
+ 1684, a, dans Tallemant, son _historiette_, où ni lui ni sa femme ne
+ sont fort bien traités. (Edit. P. Paris, t. VII, p. 80, etc.) Le
+ fils, avant d’avoir sa charge, avoit dès 1657 été conseiller au
+ Parlement, puis envoyé extraordinaire à Cologne, et ambassadeur en
+ Suisse. Il mourut, ayant environ quatre-vingt-huit ans, au mois de
+ novembre 1719.
+
+ [13] Il habitoit «cette belle maison auprès du Pré aux Clers», comme
+ dit Tallemant, que Le Vau avoit bâtie pour son père, et qu’on voit
+ déjà figurée, en 1652, sur le plan Gomboust. Elle est décrite par G.
+ Brice (édit. de 1701, t. II, p. 267), avec son ordre dorique en
+ pilastres, sa cour «d’une étendue considérable», ses appartements
+ doubles, et son jardin où, ajoute G. Brice, «La Quintinie fameux
+ jardinier du Roy a fait son apprentissage.» Tambonneau la vendit
+ longtemps avant de mourir. En février 1698, il entra en marché avec
+ M. le comte de Marsan, et après quelques difficultés à propos de la
+ propriété d’une moitié de jardin, qui sont curieusement racontées
+ dans les _Annales de la Cour et de Paris_, t. I, 221, l’affaire
+ s’arrangea. Tambonneau avoit, paroît-il, besoin de vendre. Le prix
+ fut de 235,000 livres, mais l’on calcula qu’avec les réparations à
+ faire, et l’achèvement de quelques parties, l’hôtel ne monteroit pas
+ à moins de 100,000 écus (Dangeau, 5 fév. 1698). En 1710, le comte de
+ Marsan le vendit à M. de Matignon. Quatorze ans après son
+ petit-fils, le prince de Pons, le racheta, et le garda toute sa vie.
+ On ne l’a démoli qu’en 1845, pour percer la rue _Neuve de
+ l’Université_, dont le nom actuel est rue du _Pré aux Clercs_, et
+ qui par sa longueur, de la rue de l’Université à la rue
+ Saint-Guillaume, permet d’apprécier ce qu’étoit l’étendue de ce
+ magnifique hôtel.
+
+M. Robert[14], rue Neuve Saint Augustin.
+
+ [14] Louis Robert de Fortille. Nous nous étonnons qu’il figure ici,
+ car il avoit, deux ans auparavant, le 20 décembre 1690, donné
+ démission de sa charge pour payer ses dettes, à la suite d’énormes
+ pertes au jeu. (Dangeau, 20 déc. 1690.) C’étoit un des plus gros
+ joueurs de Paris. On veut que La Bruyère l’ait eu en vue dans le
+ _75e Caractère_ de son chapitre _des Biens de fortune_: «Mille gens
+ se ruinent au jeu...» Un jour, chez Lauzun, il avoit perdu contre le
+ prince Philippe dix mille pistoles «qu’il paya, sans vouloir de
+ composition», dit Dangeau (13 août 1686). Il étoit parent de
+ Louvois, dont il avoit très-énergiquement secondé les projets en
+ Hollande, comme intendant des places conquises. (C. Rousset, _Hist.
+ de Louvois_, t. I, p. 435.) L’Espine, des bâtiments du roi, que nous
+ trouverons plus loin, étoit son beau-père.
+
+M. Larcher[15], Couture Sainte Catherine.
+
+ [15] Pierre Larcher, marquis d’Esternay, qui fut président à la
+ Chambre des Comptes, de 1651 à 1700, époque où il se démit en faveur
+ de son fils. Il passoit pour avoir été le conseiller de la princesse
+ de Carignan, pour la rédaction de ce fameux testament par lequel
+ trois de ses enfants étoient déshérités.
+
+
+_La Charge d’Avocat Général vacante._
+
+
+_Procureur Général._
+
+M. Roüillé[16], près l’Hôtel d’Angoulesme.
+
+ [16] Il ne quitta cette charge qu’en juin 1701, pour celle de
+ Directeur des finances, moyennant 800,000 livres payées au Trésor.
+ Elle venoit d’être créée en double. Armenonville eut l’une, comme on
+ l’a vu plus haut, Rouillé eut l’autre. Il passoit pour ami des
+ lettres. Sénecé lui a adressé une de ses épigrammes qui finit ainsi:
+
+ A vous qui reconciliez
+ Les Muses avec les finances.
+
+
+_Requestes de l’Hôtel du Roy._
+
+M. De Fortia[17], premier Président, rue de Baune, près le Pont royal.
+
+ [17] Bernard de Fortia, doyen des maîtres des requêtes de l’Hôtel. Il
+ mourut le 20 octobre 1694.
+
+
+_Procureur Général._
+
+M. Maboulle[18], rue de Sorbonne.
+
+ [18] Il occupoit cette charge, depuis vingt ans, par la cession que
+ lui en avoit faite Nicolas Foucault, qui en parle ainsi dans ses
+ _Mémoires_ (in-4º, p. 16): «1672. Le 1er janvier, j’ai passé ma
+ procuration _ad resignandum_ de la charge de procureur général des
+ requêtes de l’hôtel à M. Maboul, en exécution du traité fait avec
+ lui de ladite charge, moyennant 78,000 livres, dont il s’est obligé
+ à payer 38,000 livres comptant. Le même jour, je lui ai rendu les
+ provisions en main.»
+
+
+
+
+COURS DES MONNOYES.
+
+
+_Premier Président._
+
+M. Colignon de Champigny[1], rue S. Thomas du Louvre.
+
+ [1] Il venoit de succéder à son père Nicolas Cottignon--et non
+ Colignon--de Chauvry, mort le 22 mars 1692, à 83 ans, et qui
+ cumuloit cette charge à la Cour des Monnoies, avec celle de
+ généalogiste du roi.
+
+
+_Autres Présidens._
+
+M. Cousin[2], rue de Guenegaud.
+
+ [2] Louis Cousin, que ses traductions des principaux auteurs byzantins
+ publiées sous différents titres, de 1672 à 1683, firent nommer de
+ l’Académie françoise, le 19 mai 1697. Il mourut en mars 1707.
+
+M. Feydeau, Isle Notre Dame.
+
+M. de Lochefontaine, rue de Guénégaud.
+
+M. Hourlier[3], Porte Saint Michel.
+
+ [3] Claude Hourlier, que nous trouverons plus loin, bailli du Palais.
+
+M. le Vacher, à l’Arsenac.
+
+M. Desbiais, rue Sainte Avoye.
+
+M. Faudet[4], rue Barbette.
+
+ [4] Lisez Faudel. Il avoit épousé la fille de Zacharie Morel, maître
+ de la Chambre aux deniers. Suivant les _Clés_ de La Bruyère, c’est à
+ sa femme qu’il seroit fait allusion dans le _28e Caractère_ du
+ chapitre de _Quelques usages_: «la fille d’Aristippe est malade...»
+ Le président Faudel mourut en septembre 1707.
+
+
+_Avocats Generaux._
+
+M. Guillaine, ruë d’Enfer.
+
+M. Hurez, ruë Quinquempoix.
+
+
+_Procureur General._
+
+M. de Selles, rue des fossez Montmartre.
+
+
+
+
+AMIRAUTÉ.
+
+
+M. le Comte de Thoulouse, Grand Amiral en Cour.
+
+Les Charges de Lieutenants Généraux et Particuliers, de Conseillers et
+d’Avocats du Roy, vacantes.
+
+M. Jacob, Procureur du Roy, rue Perdue.
+
+
+
+
+CHASTELET.
+
+
+_Prevost de Paris[1]._
+
+ [1] Le prévôt de Paris y étoit le représentant de l’autorité et de la
+ justice royale, mais depuis la création de la Lieutenance de police
+ en 1666, sa charge s’y étoit singulièrement amoindrie.
+
+M. de Bullion[2], ruë Platrière[3].
+
+ [2] Le marquis de Bullion, fils du surintendant Claude de Bullion, qui
+ s’étoit fait sous Richelieu une si grosse fortune. Le marquis avoit
+ prêté serment au Parlement, comme prévôt de Paris, le 22 mai 1685.
+ Cette charge rapportoit 8,000 livres, il l’avoit payée 50,000 écus.
+ Toute diminuée qu’elle fût, elle avoit son importance, surtout comme
+ prestige d’autorité: «les arrêts du Châtelet, écrit Dangeau (20
+ octobre 1684), se rendent au nom du prévôt de Paris, et le
+ lieutenant civil est à son égard ce que sont les lieutenants
+ généraux dans les présidiaux, à l’égard du grand bailli ou du
+ sénéchal de la Province.» Le marquis de Bullion mourut fou, en 1721,
+ dans une de ses maisons de la Beauce, où on l’avoit enfermé. «Un de
+ ses cadets, écrit Saint-Simon, étoit dès lors prévôt de Paris, sur
+ sa démission.» (_Mémoires_, in-18, t. XI, p. 397.)
+
+ [3] Il habitoit l’hôtel que Le Vau avoit bâti pour Claude de Bullion,
+ de 1630 à 1634, et qui existe encore en partie au nº 3 de la rue
+ Jean-Jacques Rousseau, ancienne rue Platrière. On y lit toujours
+ au-dessus de la porte: _Hôtel Bullion_. Il fut longtemps un des plus
+ beaux du quartier et des environs. (_V._ notre _Histoire de la Butte
+ des Moulins_, p. 95.) Il perçoit jusqu’à la rue Coq-Héron. C’est
+ même de ce côté-là que s’en trouvoient la galerie basse, avec sa
+ série des douze mois peinte par Blanchard, et la galerie haute, où
+ Simon Vouet avoit peint, en 1634, les aventures d’Ulysse. Cette
+ partie fut détachée de l’hôtel dans la seconde moitié du XVIIIe
+ siècle. La loge maçonnique de _Saint Jean d’Ecosse_ s’y établit en
+ 1779, dans la galerie même de Vouet, qui étoit encore très-bien
+ conservée. L’autre partie, sur la rue Platrière, étoit devenue ce
+ qu’elle resta longtemps, presque jusqu’à nos jours: l’hôtel des
+ ventes. De nombreux locataires l’occupoient. On voyoit entre autres
+ écriteaux sur la porte, en 1789, suivant _le Provincial à Paris_
+ (Quartier du Louvre, p. 134): «M. Taima dentiste.» C’étoit le père
+ du grand tragédien.
+
+
+_Lieutenant Civil._
+
+M. le Camus[4], ruë de Paradis.
+
+ [4] Frère du président à la Cour des aides, dont nous avons parlé plus
+ haut. Il avoit commencé par être maître des requêtes, puis intendant
+ d’Auvergne. C’est depuis le 4 septembre 1671 qu’il étoit lieutenant
+ civil. Lorsqu’en 1684 les juridictions du grand et du petit
+ Châtelet, qui avoit aussi son lieutenant civil, furent réunies, sa
+ charge, devenue plus importante, puisqu’elle restoit seule, lui fut
+ conservée. C’étoit, suivant Saint-Simon, un fort honnête homme,
+ mais, ajoute-t-il (t. V, p. 342), «glorieux à un point qu’on en
+ rioit, et qu’on en avoit pitié.» Il étoit frère du premier président
+ de la Cour des Aides, et du cardinal Le Camus, et quand il disoit:
+ «Mon frère le Cardinal», il se rengorgeoit que c’étoit un plaisir.
+
+
+_Lieutenant General de Police._
+
+M. de la Reynie[5], rue du Boulloy.
+
+ [5] La charge de Lieutenant de police avoit été créée pour lui en
+ 1666. Il l’occupa jusqu’à ce qu’en 1697 le roi l’en eût déchargé sur
+ sa demande. Il ne garda que la place de Conseiller d’Etat, qu’il
+ avoit depuis 1680. Il étoit né à Limoges le 25 mai 1625, de Nicolas
+ de la Reynie, qui depuis 1608 y étoit conseiller du roi en la
+ sénéchaussée et siége présidial. Lui-même commença dans un
+ présidial, celui de Bordeaux, où il fut président en 1646. Il devint
+ ensuite Maître des requêtes, en 1661, puis enfin, cinq ans
+ après, lieutenant de police. Il mourut le 24 juin 1709, à
+ quatre-vingt-quatre ans. Il fut enterré sans aucune pompe, au petit
+ cimetière Saint-Joseph, «ainsi qu’il l’avoit demandé.» (_Mercure_,
+ juin 1709, p. 297.)
+
+
+_Lieutenant Criminel._
+
+M. d’Effila[6], rue de la Verrerie.
+
+ [6] Lisez Deffita. Il avoit, en 1666, succédé dans cette charge à
+ Tardieu, si fameux par son avarice, et dont Boileau a rappelé
+ l’assassinat dans sa Xe satire. Deffita, qui avoit d’abord été
+ procureur du roi des requêtes de l’hôtel, charge qu’il céda à
+ Nicolas Foucault, pour devenir lieutenant criminel, conserva ce
+ dernier emploi jusqu’à sa mort à la fin de novembre 1700. Nicolas Le
+ Comte lui succéda le 1er février suivant.
+
+
+_Lieutenans Particuliers._
+
+Mrs du Martray[7], rue du Mail, et Pasquier, rue Bourlabbé.
+
+ [7] Il étoit gendre de Félix, premier chirurgien du roi, qui lui fit
+ avoir en 1699 une pension de 500 écus. (Dangeau, 17 octobre 1684, et
+ 14 juillet 1699.)
+
+
+_Lieutenant Criminel de Robe Courte._
+
+M. Bachelier du Moncel, rue de Clery.
+
+
+_Prevost de l’Isle de France[8]._
+
+ [8] C’étoit le titre que prenoit le prévôt des maréchaux, dont la
+ juridiction s’étendoit sur toute l’Ile de France. Un autre prévôt
+ siégeoit à Melun, pour le reste de la généralité de Paris.
+
+M. Francine de Grand Maison[9], rue des Prouvaires.
+
+ [9] Il étoit frère de Francine, qui avoit épousé une sœur de Lulli, et
+ qui devint, après celui-ci, directeur de l’Opéra. Francine de
+ Grandmaison se démit de sa charge en faveur de son fils, qui la céda
+ lui-même, mais fort tard, en 1718. «Suivant l’usage, écrit Dangeau
+ (12 novembre 1718), son successeur fut installé à la table de marbre
+ par MM. les maréchaux de France.»
+
+
+_Chevalier du Guet._
+
+M. Chopin, rue de la Verrerie.
+
+
+_Juge Auditeur._
+
+M. Testebone, rue Saint Antoine.
+
+
+_Avocats du Roy._
+
+M. Brochard, rue Haute-fueille.
+
+M. Leschassier[10], rue du Jardinet.
+
+ [10] Il étoit frère du supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, et de
+ Mlle Lechassier dont nous avons vu plus haut les grandes aumônes. Il
+ mourut à 84 ans, le 12 août 1725.
+
+M. Mallet, rue Neuve Saint Mederic.
+
+
+_Procureur du Roy._
+
+M. Robert[11], rue Sainte Avoye.
+
+ [11] Claude Robert. Il étoit depuis longtemps attaché à la juridiction
+ du Châtelet, où il avoit commencé par être lieutenant particulier.
+ Il y a deux lettres de lui dans _la Correspondance des contrôleurs
+ généraux_, publiée par M. de Boislisle.
+
+
+PREVOSTÉ DE L’HOSTEL DU ROY[12].
+
+ [12] Tribunal que présidoit le grand prévôt. Il jugeoit les délits et
+ procès survenus entre les gens de cour, et de plus tous les crimes
+ commis à Paris, lorsque le roi y résidoit.
+
+
+_Grand Prevost._
+
+M. de Sourches[13], rue de l’Université.
+
+ [13] Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, avoit eu de son
+ père la survivance de la grande prévôté, le 15 septembre 1649. Il
+ fut, avant d’en être titulaire, conseiller d’Etat, colonel du
+ régiment d’infanterie qui portoit son nom, major général de M. de
+ Luxembourg en Hollande, gouverneur du Maine et du Perche. Il se
+ démit de la grande prévôté, le 25 août 1714, en faveur de son fils,
+ et mourut le 4 mars 1716. Il a laissé des _Mémoires_ qui sont du
+ Dangeau développé et du Saint-Simon éteint. Le troisième volume, qui
+ comprend les années 1685 et 1686, a seul été publié en 1836 par M.
+ Adelhm Bernier, d’après le manuscrit trouvé par lui un peu
+ auparavant, et qui provenoit de la bibliothèque du président Roland,
+ vendue en 1834. Le reste existe au château de Sourches, propriété du
+ duc Descars.
+
+
+_Lieutenans Generaux._
+
+M. Barbier, cul de Sac Saint Sauveur.
+
+M. Cornu de Noyon, rue Poupée.
+
+
+_Procureur du Roy._
+
+M. Colinet, prés Saint Gervais.
+
+
+
+
+CHAMBRE DU TRÉSOR.
+
+
+_Lieutenant General._
+
+M. Vigneron, rue Jean Lointier.
+
+
+_Procureur du Roy._
+
+M. le Sec de Saint Martin, rue de la Harpe.
+
+
+CONNESTABLIE ET MARESCHAUSSÉE.
+
+
+_Lieutenant General._
+
+M. de Ladarel, rue du Puis, près les Blancs Manteaux.
+
+
+_Lieutenant Particulier._
+
+M. Favart, rue Saint Honoré.
+
+
+_Procureur du Roy._
+
+M. de la Fond, rue Saint Martin.
+
+
+
+
+HOSTEL DE VILLE.
+
+
+_Prevost des Marchands._
+
+M. de Fourcy[1], rue du Jour[2].
+
+ [1] Le même que nous avons vu plus haut parmi les conseillers d’Etat
+ de semestre.
+
+ [2] Lisez rue de Jouy, comme plus haut, p. 51.
+
+
+_Eschevins[3]._
+
+ [3] Il y en avoit seize et non pas quatre seulement. Ceux qui suivent
+ ne figurent ici que parce qu’ils avoient été les derniers élus en
+ 1690 ou 1691.
+
+M. de la Leu[4], rue Saint Denis.
+
+ [4] Il étoit conseiller du Roi et notaire au Châtelet. L’une de ses
+ filles épousa le fermier général Dupleix de Bacquancourt, et l’autre
+ Verani de Varennes, receveur des tailles de l’élection de
+ Montdidier. (_Mercure_, sept. 1734, p. 2089.)
+
+M. Tardif[5], rue Saint Honoré.
+
+ [5] Il étoit, de plus, conseiller de ville. Son élection datoit de
+ 1691.
+
+M. Chauvin[6], rue Saint Denis.
+
+ [6] Son titre de _quartenier_, c’est-à-dire d’officier de police,
+ chargé de faire respecter dans son quartier l’autorité municipale,
+ ne l’avoit pas empêché, ce qui étoit rare, à cause du double emploi,
+ d’arriver à l’échevinage, en 1690.
+
+M. Savalette[7], rue Saint Antoine.
+
+ [7] Notaire au Châtelet. Il étoit fils du fameux vinaigrier de la rue
+ Beaubourg, Savalette, dont l’histoire un peu arrangée par Le Noble,
+ dans son _Gage touché_, 1711, in-12, p. 83, servit de sujet à
+ Mercier pour sa pièce, _la Brouette du Vinaigrier_.
+
+
+_Procureurs du Roy._
+
+M. Titon, rue Sainte Avoye.
+
+M. Girard Substitud, Quay Pelletier.
+
+
+JUGE ET CONSULS DES MARCHANDS.
+
+
+_Grand Juge._
+
+M. Clerambault, rue Jean Loinctier.
+
+
+_Consuls._
+
+M. Rosseau, Chevalier du Guet.
+
+M. Arnot, rue Saint G. Lauxerrois.
+
+M. Convert, Quay des Orfèvres.
+
+M. la Roze, rue de la Cossonnerie; lesquels Juge et Conseils seront
+chargez le 27 Janvier de la presente Année 1692.
+
+
+
+
+EAUX ET FORESTS.
+
+
+_Lieutenant General._
+
+M. Brachet, ruë Saint Martin.
+
+
+_Lieutenant Particulier._
+
+M. Goupy, rue Sainte Avoye.
+
+
+_Avocat General._
+
+M. de l’Hommeau, vieille rue du Temple.
+
+
+_Procureur General._
+
+M. Menard, rue Perdue.
+
+
+
+
+ELECTION[1].
+
+ [1] Juridiction des _Élus_, c’est-à-dire des magistrats, chargés par
+ voie d’élection d’assister les commissaires royaux dans la levée des
+ Aides, et la répartition des Tailles. Ils avoient en outre la garde
+ des deniers qui en provenoient. Les _pays d’État_ n’avoient pas
+ d’Élus, aussi appeloit-on, pour les distinguer, _pays d’Élection_
+ ceux qui en avoient. Paris figuroit dans le nombre, avec un
+ personnel considérable: un président, un lieutenant, un assesseur,
+ vingt conseillers, un avocat du Roi et un procureur du Roi, un
+ substitut et un greffier en chef. Les deux principaux de cette
+ magistrature figurent seuls ici.
+
+
+_Président._
+
+M. de Chevriere, rue Saint André.
+
+
+_Procureur du Roy._
+
+M. de Chenedé[2], rue des Billettes.
+
+ [2] Joachim de Chénedé, qui, après avoir été conseiller au présidial
+ d’Angers, et maire de la ville, fut successivement conseiller,
+ avocat et procureur du Roi, en l’Élection de Paris. Il avoit épousé
+ la fille de Bachelier, premier valet de la garde-robe du Roi. Il
+ mourut le 8 avril 1694.
+
+
+BAILLIAGE DU PALAIS.
+
+
+_Bailly._
+
+M. Hourlier[3], porte Saint Michel.
+
+ [3] Claude Hourlier, que nous avons vu plus haut président de la Cour
+ des Monnoies. Il avoit, comme bailli du Palais, droit d’inspections
+ sur toutes les boutiques qui s’y trouvoient, entre autres celles des
+ libraires du perron de la Sainte-Chapelle, et des galeries
+ _Mercière_ et _des Prisonniers_. C’est ce qui fait comprendre
+ pourquoi Thomas Quinet, à qui Molière avoit cédé son privilége pour
+ la publication du _Dépit amoureux_, le dédia à M. Hourlier. Celui-ci
+ mourut en juillet 1700.
+
+
+_Procureur du Roy._
+
+M. Robert, rue Sainte Avoye.
+
+
+MASSONNERIE.
+
+
+_Lieutenant General._
+
+M. de l’Espine[4], prés Saint Roch.
+
+ [4] Beau-père du président Robert, dont il a été parlé plus haut. Il
+ avoit, en 1667, donné «l’avis et plan pour l’aplanissement de la
+ _Butte des Moulins_ ou _Saint Roch_», ce qui lui avoit permis de s’y
+ faire une belle part dans les terrains à construire. (_V._ notre
+ _Histoire de la Butte des Moulins_, 1877, in-18, p. 81, 84.)
+
+
+
+
+SCEANCES DES TRIBUNAUX, ET JURISDICTIONS DE PARIS.
+
+
+Les Tribunaux sont au dedans, ou hors de l’enclos du Palais.
+
+Ceux qui sont dans l’enclos du Palais, sont le Parlement, la Chambre des
+Comptes, la Cour des Aydes, la Cour des Monnoyes, l’Amirauté, les
+Requestes de l’Hotel, les Requestes du Palais, la Chancellerie du
+Palais. Le Bureau des Trésoriers de France, la Chambre Souveraine, des
+Decimes, l’Amirauté, la Table de Marbre, Eaux et Forests, la Chambre du
+Trésor, l’Election, le Bailliage du Palais[1] et la Maçonnerie.
+
+ [1] L’_Almanach royal_, pour 1702, p. 65, ajoute ici: «la Bazoche, qui
+ est la juridiction des clercs.»
+
+Ceux qui sont hors l’enclos du Palais sont, le grand Conseil du Roy, et
+la Prevosté de l’Hotel de Sa Majesté, qui tiennent leurs Seances à
+l’Hotel d’Aligre, rue Saint Honoré, et rue Bailleul[2].
+
+ [2] Le grand Conseil dut quitter, sous Louis XV, l’hôtel d’Aligre qui
+ menaçoit ruine. Il fut alors installé au Louvre, dans la partie qui
+ longe le jardin de l’Infante. Il ne reste de l’hôtel d’Aligre, rue
+ Saint-Honoré, qu’une cour, qui la met en communication avec la rue
+ Bailleul, et qu’on appelle passage d’Aligre.
+
+Les Prevost des Marchands et Eschevins, qui ont leur siége à l’Hôtel de
+Ville.
+
+Les Juge et Consuls des Marchands, qui tiennent leurs Audiances au
+Cloitre Saint Mederic[3].
+
+ [3] C’est-à-dire Saint-Merry. La maison des Juges Consuls, qui servit,
+ après eux, au Tribunal de Commerce, jusqu’à ce qu’on l’eût transféré
+ à la Bourse, existe encore en partie dans la rue du Cloître, telle
+ qu’elle avoit été reconstruite sous Louis XV. M. de Crissé dans ses
+ _Souvenirs du vieux Paris_, 1836, in-fol., pl. 26, a donné une
+ lithographie exacte de l’escalier qui en est le reste le plus
+ curieux.
+
+La Jurisdiction des Poudres et Artillerie, et celle de la Chambre
+Royale, qui se tiennent à l’Arsenal.
+
+La Justice des Garennes et Chasses, qui se tient aux Galleries du
+Louvre.
+
+Celle des Officiers du Grenier à Sel, qui ont leur siege au Carrefour
+des trois Maries.
+
+L’Officialité, la Justice Notre-Dame, la Temporalité et la Chambre de
+Jurisdiction de M. le Chantre, qui se tiennent à l’Archeveché et au
+Cloitre Notre Dame.
+
+Enfin la Justice du Temple, et celle de saint Jean de Latran, qui se
+tiennent dans les enclos de ces deux Prieurez[4].
+
+ [4] L’enclos de Saint-Jean de Latran, siége de la commanderie des
+ Hospitaliers de Saint-Jean, qui relevoit de l’ordre de Malte, se
+ trouvoit place Cambray; en face du Collége de France, et s’étendoit
+ jusqu’à la rue Saint-Jean de Beauvais, où étoit la Chapelle. La Tour
+ d’entrée qui étoit sur la place et qu’on appela dans les derniers
+ temps _Tour Bichat_, du nom du célèbre médecin qui s’y étoit fait un
+ cabinet pour ses expériences anatomiques, n’a été détruite qu’en
+ 1855.
+
+L’Ouverture du Parlement se fait le lendemain de la Saint Martin, auquel
+jour la Cour après avoir assisté en Robes rouges à la Messe solennelle
+qui se dit dans la grand’Salle du Palais[5], reçoit le Serment des
+Avocats et Procureurs.
+
+ [5] L’autel de Saint-Nicolas, qui étoit, en effet, dans la
+ Grand’salle, et où l’on disoit chaque jour la messe.
+
+Messieurs les Avocats Generaux, font leurs harangues à la Cour le Lundi
+de la huitaine franche d’après la Saint Martin.
+
+Les Mercuriales[6] se font par M. le Procureur Général, le même jour et
+le lendemain de la Quasimodo.
+
+ [6] C’est ce que nous appelons _discours de rentrée_. Il ne faut pas
+ les confondre avec les anciennes _mercuriales_, que le Procureur
+ général avoit le droit d’adresser, dans les assemblées du
+ mercredi--leur nom en étoit venu--comme observations et remontrances
+ aux Magistrats sur leur conduite, et la façon dont ils
+ administroient la justice.
+
+Depuis Pâques jusqu’aux Vacations qui arrivent le sixieme Septembre,
+lors qu’une Fête arrive le Jeudi on plaide le Vendredi à la grand
+Chambre.
+
+Tous les jours ouvrables depuis la Saint Martin jusqu’au Careme, la Cour
+se leve le matin à 10 et de relevée à quatre heures.
+
+Pendant le Careme et jusqu’à la fin du Parlement, elle se leve le matin
+à onze heures, et de relevée à cinq.
+
+Le Mardi-gras, le Vendredi de l’Octave de Paques, et le jour de la saint
+Nicolas[7] en Mai, la Cour se leve le matin à neuf heures et n’entre
+point de relevée[8].
+
+ [7] C’étoit un patron très-fêté au Palais, où nous venons de voir
+ qu’il avoit son autel dans la Grand’salle.
+
+ [8] L’_Almanach royal_ de 1702, p. 66-67, après avoir donné ce détail,
+ ajoute: «Delà vient le proverbe: _Quand la Cour se lève matin, elle
+ dort l’après dînée_.»
+
+Nosseigneurs de la grand Chambre du Parlement, tiennent les grandes
+Audiances de Robes rouges sur les hauts Sieges, les Lundis, les Mardis,
+et les Jeudis, depuis huit heures du matin jusqu’à dix; et celles de
+Robes noires de relevée les Mardis pour les causes du Role, et les
+Vendredis pour celles des Placets[9].
+
+ [9] Le _placet_ étoit une démarche succincte, par écrit, pour obtenir
+ justice. Le mot vient du latin _placere_, plaire.
+
+Les Audiances ordinaires de la grand Chambre qui se tiennent sur les bas
+Sieges en Robes noires, sont données les Mercredis, Vendredis, et
+Samedis, outre les petites Audiances qui se donnent tous les jours à
+l’exception des Lundis depuis sept jusqu’à huit heures du matin.
+
+Nosdits Seigneurs donnent encore Audiance à la Tournelle civile tous les
+jours depuis dix heures jusqu’à midi; à la grande Tournelle criminelle
+le samedi, et à la petite Tournelle criminelle le Mercredi, et le
+Vendredi depuis 8 jusqu’à dix heures[10].
+
+ [10] On appeloit ces juridictions _tournelles_, parce qu’elles avoient
+ d’abord été établies au Palais dans les deux tours jumelles qui
+ flanquent l’entrée de la _Conciergerie_ sur le Quai. Sauval (t. III,
+ p. 407) donne l’extrait d’un compte de 1472 où on lit: «A...
+ charpentier, pour la réparation par lui faite en deux tournelles
+ estant au Palais du côté de la rive de la Seine, l’une appelée la
+ Tournelle civile, et l’autre la Tournelle criminelle.»
+
+Les Audiances de la première et de la deuxième Chambre des Enquestes, se
+tiennent le Mercredi et le Samedi, celles de la cinquième les Lundis et
+Jeudis, et celles de la quatrième le Mardi et le Vendredi.
+
+Nosseigneurs les gens du Roy, tiennent tous les matins leurs Audiances
+au Parquet où ils jugent les affaires qui leurs sont renvoyées, les
+conflits d’entre les Chambres du Parlement, etc., et où Nosseigneurs les
+Avocats Généraux prennent communication par les Avocats et Monseigneur
+le Procureur Général par les Substituts de toutes les affaires dans
+lesquelles ils doivent conclure.
+
+La Tournelle où Mrs les Avocats Généraux vont alternativement de trois
+en trois mois est composée de six Conseillers de la Grand Chambre, et de
+huit des Enquestes; c’est de quoi Mrs les Doyens de la Grand Chambre et
+de la première Chambre des Enquêtes se peuvent dispenser.
+
+Tous les jours ouvrables ausquels il n’y a point d’Audiances de relevée
+excepté la veille de la Fete Dieu et la veille de la Notre Dame d’Aoust,
+la Cour juge de Commissaires les Procez de Rapport.
+
+La Séance de Grace pour les Prisonniers, se tient la surveille de Noel,
+le Mardi de la Semaine Sainte, la surveille de la Pentecote, la veille
+de la Saint Simon Saint Jude.
+
+Le premier Rolle qui se plaide est pour la Province de Vermandois, il
+commence après la Saint Martin et finit au dernier Décembre.
+
+Celui du Bailliage d’Amiens va jusques au quinze Janvier, et celui du
+Bailliage de Senlis jusqu’à la fin du même mois.
+
+Le Roolle de Paris commence après la Chandeleur, et continue tout le
+Careme, quelque fois même après Paques, au gré de Monseigneur le premier
+Président.
+
+Le Roolle de Champagne et de Brie, commence après la Quasimodo et finit
+en Mai, quelques fois au commencement, d’autres fois au quinze et
+souvent à la fin.
+
+Le Roolle de Poitou se plaide pendant le reste de Mai, et tout le mois
+de Juin.
+
+Le Roolle de Lion, pendant la premiere quinzaine de Juillet.
+
+Le Roole de Chartres dure le reste des Plaidoiries, excepté les deux
+derniers jours dont l’un est pour le Roolle d’Angoumois, et l’autre pour
+les présentations.
+
+Les Lundis et Mardis on plaide du Roolle ordinaire des Provinces et
+Bailliages, les Jeudis matins et les Mardis et Vendredis de relevée du
+Roolle extraordinaire.
+
+Nosseigneurs des Requestes de l’Hotel du Roy, et Nosseigneurs des
+Requestes du Palais, donnent leurs Audiances, les Lundis et Jeudis,
+depuis dix heures du matin jusqu’à midi, et les Mardis et Vendredis,
+depuis deux heures de relevée jusqu’à cinq[11].
+
+ [11] «A compter, lit-on dans l’_Almanach royal_, à compter du jour de
+ la rentrée jusqu’au mois de mars; et, depuis le premier mars, les
+ audianciers commencent à pareille heure jusqu’à six. Quelques fois,
+ ajoute encore l’Almanach, nos Seigneurs des Requêtes de l’hôtel
+ donnent des audiances extraordinaires de relevée, pendant un tems,
+ dont ils font avertir à la communauté des Procureurs.»
+
+Les Audiances de la Chancelerie du Palais tiennent les Mercredis et
+Samedis du matin.
+
+Nosseigneurs du grand Conseil du Roy, donnent Audiance les Lundis,
+Mardis, Jeudis et Vendredis, depuis neuf heures jusqu’à midi, et jugent
+les Procez de Rapport les Mercredis et Samedis, pendant que Nosseigneurs
+les gens du Roy, jugent au Parquet les affaires qui leurs sont envoyées,
+et prennent communication les autres jours des affaires dans lesquelles
+ils doivent conclure.
+
+Nosseigneurs de la Chambre des Comptes tiennent tous les jours leurs
+Audiances depuis neuf heures du matin jusqu’à onze, et de relevée depuis
+deux heures jusqu’à cinq.
+
+Nosseigneurs de la Cour des Aydes, donnent leurs Audiances en la
+première Chambre, les Lundis, Mardis, Jeudis, et Vendredis, et dans la
+deuxième et troisième Chambre les Mercredis, Vendredis et Samedis.
+
+Les Plaidoiries du Roolle ordinaire de la Cour des Aydes, sont les
+Mercredis et Vendredis matin, et pour l’extraordinaire le Lundi de
+relevée depuis le mois de Décembre jusqu’à la fin de Mai.
+
+Les Audiances de la Cour des Monnoyes, se tiennent le Mercredi et le
+Samedi.
+
+A l’égard du Siège Présidial du Châtelet, on plaide à la Prévoté, au
+Parc Civil, au Présidial, et aux Auditeurs, tous les jours de la semaine
+à l’exception du Lundi; à la Chambre Civile le Mercredi et le Samedi, à
+la Police, au Criminel, et en la Chambre de M. le Procureur du Roy, le
+Mardi et le Vendredi.
+
+Il y a plusieurs Sièges dans l’enclos du Palais, qui ont leurs Audiances
+réglées le Mercredi et le Samedi, à sçavoir: l’Amirauté, la Chambre du
+Trésor, le Bailliage du Palais, la Chambre Souveraine des Décimes, la
+Connétablie, la Maçonnerie et la Table de Marbre, qui tient encore des
+Audiances le Lundi et le Jeudi, pour juger au Souverain.
+
+Messieurs les Prévosts des Marchands et Eschevins de la Ville de Paris,
+donnent Audiance les Mardis, Mercredis, Vendredis et Samedi du matin.
+
+Mrs les Juges et Consuls des Marchands, tiennent trois jours de la
+semaine leurs Audiances les Lundis, Mercredis, et Vendredis du matin et
+de relevée.
+
+Les Officiers de l’Election donnent Audiance tous les jours, depuis neuf
+heures jusqu’à midi, et ceux du Grenier à Sel seulement le Mercredi et
+le Samedi.
+
+On tient Audiance le Mercredi, et le Samedi à l’Officialité et à la
+Justice Nostre-Dame; le Lundi à midi à la Temporalité, et le Jeudi de
+relevée à la Justice de Monsieur le Chantre.
+
+L’Audiance de la Chambre Royale de l’Arsenal, se tient tous les Lundis
+matins, et celle des Poudres et Salpestres tous les Samedis de relevée.
+
+Celle du Bailliage du Temple, se tient le Samedi à trois heures de
+relevée.
+
+La Jurisdiction du Bailliage de S. Jean de Latran se tient le Lundi à
+trois heures de relevée.
+
+
+
+
+VACATIONS DES TRIBUNAUX.
+
+
+PARLEMENT.
+
+La Cour vaque depuis le 6. Septembre jusqu’au lendemain de la Saint
+Martin, c’est à dire jusqu’au 12. Novembre, du moins si on en excepte la
+Chambre des Vacations qui est préposée pour les matières provisoires et
+autres qui requièrent célérité. Elle ne dure que depuis le 7. Septembre
+jusqu’au 27. Octobre, en sorte que depuis ce jour jusqu’au 12. Novembre,
+il ne se fait aucun Acte de Judicature au Palais.
+
+La Cour vaque aussi dans le reste de l’année tous les Dimanches et Fêtes
+solennelles, et encore en Décembre le 6. jour de la Saint Nicolas, en
+Janvier le 23. Fête de Saint Hilaire, et le 28. Fête de Saint
+Charlemagne, en Mars le 19. Fête de Saint Joseph seulement le matin, le
+22. pour la Procession Générale de la reduction de Paris[1], et le 25.
+Fête de l’Annonciation Notre Dame, en Mai le 2. Fête de Saint Gatien, en
+Juin un jour de choix pour le Lundi ou Foire de Saint Denis, en Juillet
+le 22. Fête de la Magdelaine, et le 28. Fête de Sainte Anne, en Aoust le
+16. Fête de Saint Roch[2].
+
+ [1] Cet anniversaire de l’entrée d’Henri IV dans Paris, le 22 mars
+ 1594, fut célébré jusqu’à la Révolution.
+
+ [2] La veille même des grandes fêtes, le Palais étoit fermé. Louis XIV
+ supprima ce supplément de vacances fériées: «L’on entre, dit
+ l’_Almanach royal_ de 1702, la veille de toutes les festes, depuis
+ l’ordonnance de 1667.»
+
+La Cour vaque pareillement le jour des Cendres, et depuis le Mercredi de
+la Semaine Sainte jusqu’au lendemain de la Quasimodo, si ce n’est le
+Vendredi de l’Octave de Paques elle va à Notre-Dame.
+
+La Chambre des Vacations vaque les 23 et 24. Septembre quoique non
+Fetez, et encore en Octobre un jour de choix pour la Foire de Saint
+Denis, et le 18. Fête de Saint Luc.
+
+Quand le Dimanche ou l’une des Fêtes Mobiles, arrive un des jours
+ci-dessus marquez, la Vacation de la Cour est remise au lendemain.
+
+Le 15. Aoust passé on ne plaide plus à la grand’Chambre à huy ouvert.
+
+Les Requêtes du Palais qui sont du Corps de Parlement et qui vaquent les
+mêmes jours, ne commencent néanmoins leurs Vacations que le 15.
+Septembre.
+
+
+
+
+DOCTEURS ET LICENTIEZ EN DROIT.
+
+
+_Professeurs des Ecoles._
+
+M. de Loy, aux Ecolles, rue des Carmes[1].
+
+ [1] Michel De Loy, de qui l’on a un éloge en latin de Pierre Hallé,
+ lecteur en grec au Collége royal, puis professeur en droit canon,
+ mort en 1689. De Loy étoit fils du professeur de l’Université pour
+ lequel Corneille avoit fait des vers, le félicitant de son
+ panégyrique de M. de Bellièvre prononcé, en 1658, au Collége de La
+ Marche. (_V. Œuvres de Corneille_, édit. Marty-Laveaux, t. X, p.
+ 131.)
+
+M. Baudin[2], même lieu[3].
+
+ [2] Jacques Baudin, qui mourut cette année même 1692. Il avoit eu
+ beaucoup de réputation comme professeur. _V._ à ce sujet les
+ additions de Ferrière au livre de Taisand: _Vies des plus célèbres
+ Jurisconsultes_, 1737, in-4º, p. 590, et les _Mémoires sur le
+ Collége royal_, par l’abbé Goujet, t. III, p. 420.
+
+ [3] C’est-à-dire aux Ecoles de Droit. Elles avoient leur principale
+ entrée rebâtie monumentalement, en 1675, rue Saint-Jean de Beauvais,
+ en face de la maison à l’enseigne de l’_Olivier_, rendue si célèbre
+ par l’imprimerie des Etienne; mais elles perçoient par derrière
+ jusqu’à la rue des Carmes, où se trouvoient les logements des plus
+ anciens professeurs.
+
+M. Cuiniez, même lieu[4].
+
+ [4] Son vrai nom étoit Cugnet. Il avoit épousé une des filles de son
+ collègue Baudin. Son éloge se trouve aussi dans les _Additions_ de
+ Ferrière, p. 695.
+
+M. Mongin, rue de Bièvre.
+
+M. Colson, rue Saint Jean de Beauvais.
+
+M. le Gendre, rue des Noyers[5].
+
+ [5] Ces six professeurs enseignoient le droit romain, c’est-à-dire le
+ droit civil, et le droit canonique.
+
+
+_En Droit François[6]._
+
+ [6] Cette chaire de droit françois n’existoit que depuis 1680.
+
+M. de Launay, ruë des Massons[7].
+
+ [7] François De Launay, qui mourut l’année suivante, 1693. Son éloge
+ parut alors dans le _Journal des Savants_, t. XXXVIe.
+
+
+_Docteurs agrégez._
+
+M. Piolin, ruë des Assis.
+
+M. du Ru, ruë Saint Jean de Beauvais.
+
+M. Amiot, même ruë[8].
+
+ [8] Il étoit, comme Cugnet, gendre de Baudin. On trouve aussi son
+ éloge dans les _Additions_ de Ferrière au livre de Taisand, p. 595.
+
+M. des Barrières, même ruë.
+
+M. Hulin, même ruë.
+
+M. Sachet, même ruë.
+
+M. Bonnamour, ruë Galande.
+
+M. l’Escuyer, ruë Pierre Sarrasin.
+
+M. Pavoine, ruë Saint Jaques.
+
+M. Basthide, ruë du Plâtre.
+
+M. Porsely, ruë du Foüare.
+
+
+_Licentiez Immatriculez du Parlement._
+
+On peut recouvrer la Liste des Avocats Plaidans et Consultans au Palais,
+chez Charles de Sercy, Libraire dans la grand Salle à la bonne Foy
+couronnée.
+
+Ceux qui sont dénommez en cette Liste sont gens généralement
+reqammandables par leur condition et par leur éloquence par exemple pour
+les Consultations, Mrs Billard, ruë de Savoye[9]. Sonnet, rue du
+Battoir. Issaly, rue des Rats. Husson[10], ruë Bourtibourg. Le Verrier,
+ruë du Jardinet. Raviere, ruë des Deux Portes. Chappé, rue de
+l’Observance. Du Pré, ruë des Cordeliers. Sever[11], même ruë. De
+Riparfond[12], rue de la Harpe. Braquet, Cloître Notre Dame, etc. Pour
+les Plaidoïers Mrs Chardon[13], ruë des deux Portes. De Nivelle, ruë de
+la Bucherie[14]. Robert de S. Martin, rue Haute-feuille. Baille, rue du
+Cimetiere Saint André des Arts. Hérard, rue de Savoye. De Retz, près
+Saint Jean en Grève. Du Mont[15], ruë du Jardinet, etc. Pour les
+Matières Benéficiales Mrs Nouët[16], montagne Saint Geneviève.
+Sachot[17], ruë de l’Eperon. Ferrand, rue Saint Loüis du Marais. Du
+Chesne, ruë de Bièvre. Et pour les matières qui sont traitées au Trésor,
+Fiefs, Aubaines et Confiscations, M. Mouffle, ruë des mauvaises paroles,
+etc.
+
+ [9] C’est ce terrible avocat Billard, qui fit tant de bruit pour
+ empêcher les Comédiens, que le voisinage du collége Mazarin faisoit
+ chasser du théâtre Guénegaud--aujourd’hui passage du Pont-Neuf--de
+ venir s’installer dans la rue de Savoie. Louvois leur étoit
+ favorable, car, ainsi qu’on l’apprend par une lettre de Racine à
+ Boileau, il s’étoit même fait donner le plan du lieu «où ils
+ vouloient bâtir dans la rue de Savoie»; mais Billard, avec ses cris,
+ l’emporta, à la grande joie de son quartier, du reste: «Tous les
+ Bourgeois, dit encore Racine, trouvent fort étrange qu’on vienne
+ leur embarrasser leur rue. M. Billard surtout qui se trouveroit
+ vis-à-vis de la porte du parterre, crie fort haut; et, quand on lui
+ a voulu dire qu’il en auroit plus de commodité pour s’aller
+ divertir, il a répondu fort tragiquement: «Je ne veux point me
+ divertir.»--Il avoit de la réputation. Une de ses causes les plus
+ brillantes avoit été, en 1675, celle d’une servante, épousée par le
+ fils du riche marchand de la _Herse d’Or_, au faubourg
+ Saint-Germain, dont on vouloit faire casser le mariage. (_Journal
+ des Audiences_, t. III, p. 70.)
+
+ [10] Martin Husson. Il figuroit déjà au tableau des avocats, en 1643.
+ Le traité _de Advocato_ est de lui.
+
+ [11] Nous le trouvons, vers ce temps-là, plaidant avec succès dans une
+ affaire de succession. (_Journal des Audiences_, t. II, p. 79-80.)
+
+ [12] Etienne Gabriau de Riparfond, inscrit, dès le 13 juin 1661, au
+ tableau des avocats. Une de ses plus belles affaires fut, comme on
+ peut le voir dans le _Journal des Audiences_ (t. III, p. 101), celle
+ des religieuses de Sainte Catherine, qu’il gagna. Il mourut en 1724,
+ léguant aux avocats du Parlement sa bibliothèque, qui fut pour la
+ leur un premier fond. On peut consulter sur lui l’_Histoire des
+ Avocats au Parlement_ de Fournel, t. II, p. 408; et _la Bibliothèque
+ du Poitou_ par Dreux du Radier, t. IV, p. 335. La Conférence des
+ avocats possède son portrait en robe rouge. C’est un don de Dupin
+ aîné en 1831.
+
+ [13] L’abbé Goujet (_Biblioth. franç._, t. II, p. 367) nous le donne
+ comme ayant eu une grande réputation, mais qui s’effaça vite.
+
+ [14] Louis de Nivelle, inscrit au tableau depuis le 2 décembre 1657:
+ «Il peut, dit l’abbé Goujet (_id._, p. 369), passer pour très-bon
+ avocat. Il est savant, il a du génie et du bon sens.» D’Aguesseau ne
+ l’appeloit que le grand Nivelle. C’est lui qui avoit défendu la
+ Brinvilliers. Ses plaidoyers n’ont pas été conservés, ce qui étoit
+ un des regrets de l’abbé Goujet. (_Id._, p. 330.)
+
+ [15] Jacques-François Dumont, avocat inscrit, depuis le 4 juillet
+ 1667. L’abbé de Villiers, dans une note de sa 3e Epître, livre Ier,
+ le cite comme un des célèbres. Il vient de blâmer Lulli de ce qu’il
+ fait chanter la tragédie au théâtre, et il ajoute:
+
+ Si cet usage plaît, s’il est autorisé
+ Chevalier ou _Dumont_ pourroit s’être avisé
+ En plaidant les moyens que sa partie expose
+ D’en mettre en airs les droits, et de chanter sa cause.
+
+ Dans l’affaire Beausergent, qui fut célèbre en 1689, il avoit plaidé
+ contre Beausergent. (Guyot de Pitaval, _Causes célèbres_, t. III, p.
+ 194-196.)--Quand il mourut en 1718, _le Mercure_ du mois de mai lui
+ consacra un article, p. 187, où on lisoit qu’il fut «pendant
+ cinquante ans l’aigle du Palais.»
+
+ [16] Il ne plaidoit pas, il s’en faut, que les affaires
+ ecclésiastiques. Nous le trouvons, en effet, le 18 février 1677,
+ dans une cause dont l’espèce étoit au moins scabreuse. C’est celle
+ du cas d’impuissance du marquis de Langey, de laquelle il résulta
+ que défense fut faite aux Juges d’ordonner pour ces sortes
+ d’affaires «la preuve par le Congrès.» Pageau plaida pour le
+ marquis, Blondeau et Nouet pour la partie adverse. (_Journal des
+ Audiences_, t. III, p. 195.) D’après une note de Brillon, dans son
+ _Théophraste moderne_ (1701, in-12), c’est l’avocat Nouet qu’il y
+ auroit peint sous le nom de Téocrine dans ce passage flatteur:
+ «Téocrine n’a que sa chevelure naturelle, une robe très-simple,
+ point de laquais, point de carrosse, mais beaucoup de talent pour sa
+ profession.» D’Aguesseau cita Nouet comme un modèle dans sa
+ mercuriale de rentrée, en 1699.
+
+ [17] La protection de son frère l’abbé Sachot, grand directeur de
+ dévotes, dont il est parlé dans les _Mémoires_ de l’abbé Legendre
+ (p. 59-60), l’avoit poussé vers ces affaires ecclésiastiques. Comme
+ Nouet, il ne s’y tenoit pas exclusivement. Il plaida par exemple,
+ mais sans succès, pour la duchesse de Mazarin contre son mari, dans
+ un procès dont nous reparlerons à la note suivante.
+
+Quelques uns de ces celèbres sont particulièrement habituez au grand
+Conseil, comme Mrs de Monchant, Cloître Saint Mederic. Vaillant, rue de
+Savoye. Eurard, Cloître Saint Germain l’Auxerrois[18]. Laurent, ruë de
+la Monnoye. Chaudet, rue Quinquempoix. Doremieux, rue Bailleul, etc. Ou
+à la Cour des Aydes, comme Mrs Merlin, ruë de la Verrerie. De Tessé, rue
+de la Colombe. Martinet[19], rue Hautefeuille, etc. Ou au Châtelet,
+comme Mrs Maurice, ruë des Prouvaires. Guérin, rue S. Martin.
+Gondault[20], rue de Glatigny. Polliac, ruë de la Bucherie. Barbier, rue
+du Platre[21], etc.
+
+ [18] Lisez Errard (Claude). Inscrit au tableau, depuis le 24 août
+ 1664. Il gagna, en 1691, la cause des trois frères aînés Le Boultz,
+ que le père avoit réduits à leur légitime, pour avantager leur
+ puîné; mais son triomphe fut l’affaire du duc et de la duchesse de
+ Mazarin, dont nous venons de dire un mot. Il plaida pour le duc
+ contre sa femme, l’intrigante Hortense Mancini, qu’il voulut qu’on
+ déclarât à cause de sa conduite déchue et privée de sa dot. Il
+ demanda aussi que provisoirement elle fût mise au moins dans un
+ couvent, ce que lui accorda la Cour. On sait que Saint-Evremond lui
+ répliqua par un _Memoire_ qui est dans ses _Œuvres_ (t. V, p. 355,
+ et VI, p. 500). Les plaidoyers d’Errard furent recueillis en 1694.
+ (_Journal des Savants_, 16 avril 1695.)
+
+ [19] Nous ne savons rien de lui, sinon qu’il étoit bel esprit, et
+ qu’il fit cette épigramme sur le petit Jacques Corbin qui avoit
+ plaidé sa première cause à quatorze ans:
+
+ Vidimus attonito puerum garrire senatu.
+ Bis pueri, puerum qui stupuere senes.
+
+ [20] Edme Condault et non Gondault, avocat depuis le 31 janvier 1659.
+
+ [21] C’est le père de l’avocat Edmond-Jean-François Barbier, dont on a
+ un si curieux _Journal_ sur la Régence et le règne de Louis XV. Il
+ ne logeoit pas encore rue du Plâtre, mais rue Galande, quand son
+ fils étoit né le 16 janvier 1689.
+
+
+
+
+SECRETAIRES ET GREFFIERS DU CONSEIL, DES COURS SOUVERAINES, ET DES
+JURISDICTIONS SUBALTERNES.
+
+
+_Les Secretaires des Finances sont_
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Roüillet, rue de Grenelle à Saint
+Germain des Prez.
+
+Pour celui d’Avril, M. Coquille, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.
+
+Pour celui de Juillet, M. Ranchin, rue des petits Champs.
+
+Et pour celui d’Octobre, M. de Laistre, ruë Saint Honoré près la ruë des
+Prouvaires.
+
+
+_Les Secretaires et Greffiers du Conseil privé sont_
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Planton, rue Saint Honoré prés les
+Feüillans.
+
+Pour celui d’Avril, M. Dumas, rue Beaubourg.
+
+Pour celui de Juillet, M. des Vieux, Cloître Saint Germain l’Auxerrois.
+
+Et pour celui d’Octobre, M. Pecquot, rue des Blancs Manteaux.
+
+
+_Les Commis au Greffe du Conseil privé sont_
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Langlié, rue du grand Chantier.
+
+Pour celui d’Avril, M. Danirelle, rue Pastourelle.
+
+Pour celui de Juillet, M. Akaquia[1], rue des deux écus.
+
+ [1] Ce nom bizarre n’étoit que la traduction grecque de celui de
+ «Sans-Malice.» C’est un médecin de François Ier, qui l’avoit le
+ premier traduit ainsi, et ses descendants, dont étoit sans doute le
+ commis au greffe, qui figure ici, l’avoient gardé sous cette forme.
+
+Et pour celui d’Octobre, M. Chesnelon, rue Pastourelle.
+
+
+_Les Greffiers gardes Sacs[2] du Conseil privé sont_
+
+ [2] C’est-à-dire «porte-dossiers.» On mettoit alors les pièces de
+ procédure en des sacs pendus à la ceinture.
+
+Pour le quartier de Janvier, M. Sifflet.
+
+Pour celui d’Avril, M. Denis.
+
+Pour celui de Juillet, M. de la Nouë.
+
+Et pour celui d’Octobre, M. Duc, tous quatre ruë Saint André.
+
+Les Greffiers Conservateurs des Hipothèques ont leur Bureau ruë de la
+Verrerie.
+
+
+
+
+GREFFIERS DU PARLEMENT.
+
+
+_A la grand’Chambre, sont_
+
+Mrs du Tillet, Place Roiale; Decaiman, Cloître Notre Dame; et
+Dongois[1], Cour du Palais.
+
+ [1] C’est le neveu de Boileau, dont nous avons déjà parlé plus haut.
+
+
+_A la Tournelle Criminelle._
+
+Mrs Dravet, Cloître Notre Dame; de la Baune, ruë Thibaut Thodé; Amiot,
+et Lancluse, rue de la Calandre.
+
+
+_A la première Chambre des Enquêtes._
+
+M. Mirebaut, à l’Hôtel des Ursins[2].
+
+ [2] Démoli à la fin du XVIIIe siècle, et remplacé par trois rues: la
+ rue Haute, la rue du Milieu, la rue Basse des Ursins. Il devoit son
+ nom au prévôt des Marchands, Juvénal des Ursins, à qui la ville
+ l’avoit donné. Depuis longtemps, à l’époque dont il est question
+ ici, on l’avoit divisé en appartements, occupés presque tous par des
+ gens du Palais: Magistrats, greffiers, avocats. Sur le tableau de
+ ceux-ci, pour 1693, on en compte trois dans cet hôtel. On a su par
+ Valincourt que Racine y logeoit, lorsqu’il fit _les Plaideurs_; il y
+ avoit pu observer ses principaux types sur place.
+
+
+_à la Deuxième._
+
+M. Joüannet, Cloître Notre Dame.
+
+
+_à la troisième._
+
+M. Menet, ruë Cristine.
+
+
+_à la quatrième._
+
+M. le Roi, ruë Pavée, près l’Hôtel de Bourgogne[3].
+
+ [3] L’hôtel de Bourgogne, occupé alors par le théâtre de la Comédie
+ Italienne, s’étendoit de la rue Mauconseil, où se trouvoit sa
+ principale entrée, jusqu’au derrière des maisons de la rue
+ Pavée-Saint-Sauveur. Ce qui en reste, le curieux donjon de
+ Jean-sans-peur, se voit encore dans la cour de l’une des maisons de
+ cette rue.
+
+
+_à la cinquième._
+
+M. Masson, rue de la Calandre.
+
+
+_à la première Chambre des Requestes du Palais._
+
+Mrs Dupuis, rue Hautefueille, et Anet, rue Sainte Croix de la
+Bretonnerie.
+
+
+_à la deuxième._
+
+M. Aubry, rue des Noyers.
+
+
+_A la Cour des Aydes._
+
+M. Olivier, Isle Notre Dame.
+
+
+_Au grand Conseil._
+
+M. le Normand, Greffier en Chef, ruë des Vieux Augustins.
+
+M. Guichard, Greffier Plumitif, dans l’enclos du grand Conseil[4].
+
+ [4] C’est-à-dire dans la cour de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré,
+ où nous avons vu, plus haut, que siégeoit le grand Conseil.
+
+M. Presteville, Greffier garde Sacs, rue des Prouvaires.
+
+
+_Aux Requestes de l’Hotel._
+
+M. le Mazier, ruë de Bièvre[5].
+
+ [5] Il étoit parent de la famille Vitart, dont il est tant parlé dans
+ la correspondance de Racine, et, par elle, il se trouvoit allié à
+ celui-ci. L’avocat Le Mazier, qui n’étoit pas sans causes, car
+ mauvaises ou bonnes il les plaidoit toutes, pour n’en pas gagner
+ une, étoit de ses parents. On ne le connoît plus que par les vers où
+ Boileau s’est moqué de lui. (_V._ la Sat. Ire et l’Epître II.)
+
+
+_A la Chambre des Comptes._
+
+M. Richer, à la pointe Saint Eustache.
+
+
+_A la Cour des Monnoyes._
+
+M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.
+
+
+_A la Prevôté de l’Hotel._
+
+M. Baubiere Dechars, ruë Platriere.
+
+
+_Au Châtelet._
+
+M. Josse, Greffier en Chef, vieille ruë du Temple.
+
+
+_Secretaires du Chatelet._
+
+Mrs Doyard, ruë de la Tixeranderie, de la Rene, rue Beaubourg, Audinot,
+et Coligny, vieille rue du Temple.
+
+
+_Au Parc Civil[6], et Prévoté._
+
+ [6] C’est ce qu’au Parlement on appeloit «le parquet.»--«On dit,
+ lisons-nous dans le _Dictionn. de Trévoux_, qu’une chose a été faite
+ et adjugée au parc civil du Châtelet: pour dire à l’ordinaire, à
+ l’issue de l’audience.»
+
+Mrs Moreau, place du Chevalier du Guet, et de Castes, ruë Neuve Saint
+Mederic.
+
+
+_Pour les Déposts et Sentences sur Production de Parties._
+
+Mrs Claude Tartel, rue des Assis, Charles Tartel, près l’Hotel de Ville,
+et Tixeran, rue de Montmorancy.
+
+
+_Pour l’Expédition des Sentences sans production._
+
+Mrs Menessiers, Cloître des Bernardins, du Four, ruë Saint Honoré,
+Tartel, rue des Assis, et Forbet, vieille rue du Temple.
+
+
+_Pour les Deffauts aux Ordonnances._
+
+Mrs Philipe Luce, rue Saint Martin, et Estienne Luce, rue Quinquempoix.
+
+
+_Pour les Decrets._
+
+M. François pour M. Favier sur le Quay de la Mégisserie.
+
+
+_Pour les certifications des criées._
+
+Mrs Magny, rue Hautefeüille, et Luce, ruë Quinquempoix.
+
+
+_A la Chambre Civile._
+
+Mrs Gaudion, vieille rue du Temple, Dupuis, ruë des Prouvaires, Nicolas
+et Pierre Tauxier, rue de la Tixeranderie.
+
+
+_Au Criminel._
+
+Mrs Galliot, ruë Saint Thomas du Louvre, du Jardin, ruë de Bièvre,
+Pariset, rue Saint Germain l’Auxerrois, et Lodet, ruë Pavée, prés
+l’Hôtel de Bourgogne.
+
+
+_Pour les Inthimations._
+
+M. Garnier, ruë du Figuier.
+
+
+_Pour les Affirmations de Voyages[7]._
+
+ [7] Cet office avoit été créé par l’ordonnance de 1667, à l’effet de
+ donner aux plaideurs venus de province acte de leurs voyages ainsi
+ que du temps de leur séjour, et de leur permettre, s’ils gagnoient
+ leur cause, de pouvoir faire taxer séjour et voyage.
+
+M. Gaucher, ruë Trainée, près Saint Eustache.
+
+
+_Pour le Greffe Criminel de Robe-courte._
+
+M. Casson, ruë des Menetriers.
+
+
+_Pour M. le Prevost de l’Isle._
+
+M. le Marié, ruë des Anglois.
+
+
+_Pour M. le Juge Auditeur._
+
+M. Thiery, ruë Saint Martin.
+
+
+_Pour la Geolle._
+
+M. Vallon, ruë de la vieille Monnaye.
+
+
+_Garde Scel._
+
+Qui signe pour les Notaires interdits, et qui reçoit et scelle les
+Oppositions aux Décrets, et les Immatricules[8] des Notaires et
+Huissiers. M. Quinot, ruë Thibaut-Thodé.
+
+ [8] On appeloit ainsi les actes enregistrés.
+
+
+_Pour le Sceel des Sentences du Chatelet et des Consuls._
+
+M. le Cour, ruë de la Tixeranderie.
+
+
+_Pour le Sceel des Expeditions des Notaires._
+
+M... ruë Geoffroy-Lasnier.
+
+
+_Au Trésor._
+
+M. Gassot, ruë des Marmouzets.
+
+
+_A l’Hotel de Ville._
+
+M. Mitantier, à la Grève.
+
+
+_A l’Amirauté._
+
+M. Charrier, ruë Saint Jacques.
+
+
+_A la Connétablie et Maréchaussée._
+
+M. Lebert, ruë Galande.
+
+
+_A l’Election._
+
+M. Metayer, ruë des Blancs Manteaux.
+
+
+_Eaux et Forêts._
+
+Mrs Broquet, ruë de la Calandre, et le Noble, ruë Saint Bon.
+
+
+_Au Bailliage du Palais._
+
+M. Godin, ruë de la Calandre.
+
+
+_Aux Consuls._
+
+Mrs Verrier père et fils, Cloître Saint Mederic.
+
+
+_A la Massonnerie._
+
+M. Le Roy, ruë des Marmouzets.
+
+
+_Au Bailliage du Temple._
+
+M. Gilbert, au petit marché du Marais[9].
+
+ [9] Il existe encore rue de Bretagne, mais sous le nom de «Marché des
+ Enfants rouges», qui lui vient du voisinage d’un ancien hospice
+ d’enfants, fondé par François Ier et supprimé en 1772. Il communique
+ avec la rue de Beauce par la ruelle des Oiseaux, près de laquelle
+ Mlle de Scudéry vécut les dernières années de sa vie. Cette ruelle
+ s’étoit d’abord appelée «petite rue Charlot.» (Sauval, t. II, p.
+ 658.)
+
+
+
+
+CONTRAINTES JUDICIAIRES.
+
+
+On trouve les Huissiers Audianciers et autres de toutes les Cours et
+Jurisdictions, au lieu et à l’heure de chaque Audiance, pour l’execution
+des Arrests, Sentences, Décrets et Ordonnances des Magistrats et Juges
+ordinaires, pour raison de quoy on aura recours à l’article de la
+scéance des Tribunaux.
+
+Les Huissiers du Grand Conseil ont un Bureau au pied du grand degré.
+
+Les Barrières des Huissiers et Sergens du Chatelet, sont au marché neuf,
+au petit marché Saint Germain[1], à l’aile du pont Marie, à la pointe
+Saint Eustache, au coin Saint Jacques de l’Hôpital, au cimetiere Saint
+Jean, à la pointe Saint Honoré[2], devant l’Abbaye Saint Martin, à la
+place Maubert, ruë du petit Pont, ruë des Ecrivains.
+
+ [1] Il étoit tout près de l’enclos de la foire Saint-Germain.
+
+ [2] C’est-à-dire au carrefour de la rue Croix-des-Petits-Champs, de la
+ rue de Grenelle et de la rue du Coq, aujourd’hui rue de Marengo. Le
+ poste ou barrière des huissiers et sergents du Châtelet lui avoit
+ fait donner le nom de «Barrière des Sergents», qu’il garda longtemps
+ après que le poste eût été supprimé. L’enseigne des «Deux Sergents»,
+ qui ne vient que de disparoître, le rappeloit encore, mais avec une
+ singulière variante: Au lieu de deux recors, on y voyoit deux
+ sergents de l’ancienne garde impériale!--On trouve au t. 58, p. 179
+ de la _Collection Delamarre_, à la Biblioth. Nat., de curieux
+ renseignements sur les _Barrières des Sergents_, depuis 1551 jusqu’à
+ 1698.
+
+Le Bureau des Huissiers à cheval[3] est sur le quay de la Mégisserie où
+l’on peut recouvrer leur liste, et où l’on peut apprendre le temps de
+leur départ pour chaque Province et Département.
+
+ [3] Comme les huissiers au Parlement, dits «huissiers à la chaîne»,
+ ils pouvoient instrumenter dans tout le royaume, et pour cela ils le
+ prenoient de très-haut avec les autres, les simples huissiers à
+ verge, _car_, dit le Marquis du _Joueur_ de Regnard:
+
+ Car huissier à cheval, c’est presque chevalier.
+
+ Un seul jour dans l’année, le lendemain de la Trinité, tous,
+ huissiers à verge, huissiers priseurs, huissiers à cheval, se
+ confondoient dans une même cavalcade, pour aller faire visite au
+ prévôt de Paris, au premier président, au lieutenant civil, etc.
+ Mercier s’en est moqué dans son Tableau de Paris, et Lemierre encore
+ mieux au chant VIe de son poëme des _Fastes_:
+
+ Voyez-vous s’avancer, couverts de noirs manteaux,
+ Ces roides écuyers juchés sur leurs chevaux,
+ Cavalcade peu faite aux marches régulières,
+ Qui vient parodier nos brigades guerrières,
+ Et tenant mal les rangs, plus mal les étriers,
+ Saisit au moindre choc le crin de ses coursiers.
+
+Les Six vingt Huissiers seuls reservez d’entre les Huissiers à Verge par
+Edit du mois de Février 1691, pour la fonction de Priseurs et Vendeurs
+de biens meubles en la Ville, Fauxbourgs et Banlieu de Paris, ont leur
+bureau dans la Cour du Grand Chatelet, et sont compris dans la liste
+suivante:
+
+Pierre Blanchans, ruë Saint Denis proche Saint Leu.
+
+Jacques Taconnet, rue de l’Arbre-secq.
+
+Antoine Bruneau, ruë Saint Denis devant le Sepulchre.
+
+Alexandre Vaubelin, ruë de la Boucherie.
+
+Gilles la Hogue, rue Saint Martin.
+
+Jean Divry, ruë de Bièvre.
+
+Claude de Cay, place Maubert.
+
+Thomas Beccasse, rue des Noyers.
+
+Pierre le Gagneur, rue du Temple.
+
+Louis Malbeste[4], ruë du Plâtre proche la ruë des Noyers.
+
+ [4] Nous retrouvons ce nom grotesque porté du temps de Beaumarchais,
+ par un avocat, qui sans doute descendoit de l’huissier nommé ici. On
+ sait quel parti l’auteur de _Figaro_ en tira pour un des effets les
+ plus comiques de ses _Mémoires_ contre Goezmann: «Il n’est rien,
+ avons-nous dit dans la _Notice_, mise en tête de l’édition de ses
+ _Œuvres_ (1876, gr. in-8, p. XXI), il n’est rien qui ne lui soit bon
+ pour mettre les rieurs de son côté. Marin s’est-il moqué du nom du
+ pauvre avocat Me Malbête, le seul que Beaumarchais ait trouvé pour
+ signer son _Mémoire_, comme l’exige la loi; il lui retourne de la
+ plus plaisante façon le nom dont il se moque: «le Gazetier de
+ France, dit-il, se plaint de la fausseté des calomnies répandues
+ dans un libelle signé Beaumarchais-Malbête, et il entreprend de se
+ justifier par un petit manifeste signé Marin, qui n’est pas
+ Malbête.»
+
+Nicolas Fontaine, ruë Neuve Saint Mederic.
+
+Jean Brunet, rue de la Tonnelerie.
+
+Simon Monet, ruë Galande.
+
+Pierre Vaillant, rue Saint Denis proche les Saints Innocens.
+
+Guillaume Fournier, porte Saint Jacques.
+
+Pierre Bertelot, rue des Boucheries, fauxbourg S. Germain.
+
+Simon Mozac, _Fieffé_[5], rue vieille Monnoye.
+
+ [5] On appeloit huissier _fieffé_ celui qui avoit son office à charge
+ de redevance, ce qui le rendoit héréditaire.
+
+Laurent de la Place, ruë Saint Antoine.
+
+François le Tourneur, rue de Bretagne.
+
+Michel Faguet, ruë Saint Pierre aux Bœufs.
+
+Alexandre Arnoult, ruë Parcheminerie.
+
+Antoine le Moine, rue Saint Martin.
+
+Charles Pinard, rue de la Huchette.
+
+Pierre Hargenvilliers, rue Galande.
+
+Pierre de Noleson, ruë Saint Antoine, devant la ruë des Barres.
+
+François Clozier, rue Tixeranderie.
+
+Brice Fleury, _Fieffé_, ruë du Crucifix Saint Jacques.
+
+Antoine Marais, rue S. Antoine.
+
+Nicolas Gaspard Boucault, cloître Saint Martin.
+
+Jacques le Roy, ruë Tixeranderie.
+
+Philippes Menard, ruë des Lombars.
+
+Nicolas Gasté, rue Saint Antoine prés les Jésuites.
+
+Bonaventure Guilliot, rue Saint Martin devant la rue aux Ours.
+
+Jean Manet, rue des vieilles Audriettes.
+
+Benjamin le Maistre, rue Aubri-boucher.
+
+Jacques Giroux, rue Darnetal.
+
+Laurent Mazier, rue Montmartre.
+
+Henry Charpentier, rue Aubri-boucher.
+
+Jacques Duval, à la Ville-neuve.
+
+Guillaume Dupré, ruë de Bery, au Marais.
+
+Nicolas Bauldry, rue des Barres.
+
+Maurice Poteron, rue Crucifix Saint Jacques.
+
+Michel Lyon, ruë vieille Monnoye.
+
+Jean Caron, rue des Barres.
+
+Pierre Langlois, ruë Saint Louis dans Lisle.
+
+Philippes Veron, rue du Four Saint Honoré.
+
+Pierre Desvaux, rue aux Ours.
+
+Pierre Pinchon, rue Saint Jacques à l’entrée.
+
+Louis Jacquemarc, rue Quinquempoix.
+
+Pierre de Bréquigny, ruë Thibaut Thodé.
+
+Jean Loyseau, rue des Boucheries Saint Germain.
+
+Gilles Fournier, rue Saint Germain, attenant la Gabelle.
+
+Nicolas Taconnet, rue de l’Arbre Secq.
+
+Pierre Menne, rue de la Vannerie.
+
+Jean Guesdon, place Maubert.
+
+Antoine Dainnal, rue de la Savonnerie.
+
+Charles Jacob, rue des Petits Champs.
+
+Nicolas Deon, _Fieffé_, rue Tixeranderie.
+
+Mathieu Pelouard, derriere le Palais Royal.
+
+Jean Prevost, ruë Galande.
+
+Jean Arnoult, ruë Saint Louis, prés Saint Roch.
+
+Jean Mouillefert, ruë S. Denis.
+
+Louis Raoult, ruë des Barres.
+
+Louis Colas, vieille ruë du Temple.
+
+Gabriel Nicolas Beauval, devant S. André des Arts.
+
+Charles Baignard, rue S. Antoine, prés la Barrière.
+
+François Traffons, ruë Bourtibourg.
+
+Pierre Chambon, _Fieffé_, ruë Pierre au Lard.
+
+Jean Dudoigt, rue des Tournelles, prés la porte S. Antoine.
+
+Michel Roger, cloître S. Opportune.
+
+Thomas Mandoüyt, porte S. Michel.
+
+Jean du Brecq, ruë de la Calande, prés le Palais.
+
+Glaude de la Haye, rue Ste Marguerite, devant l’Abbaye S. Germain.
+
+Jacques Gohier, ruë de la Tixeranderie.
+
+Pierre Tauxier, ruë de la petite Truanderie.
+
+Yves de Boucquainville, rue S. Antoine, près l’Hôtel de Sully.
+
+Hubert le Moyne, rue S. Honoré.
+
+Dominique Theventin, ruë S. Antoine, devant la ruë Geoffroy Lasnier.
+
+Noel Thibault, ruë de la Verrerie.
+
+Jacques Martin, rue Quinquempoix.
+
+François du Rot, rue des Lombards.
+
+Pierre Morin, ruë Bourtibourg.
+
+Joseph Alexis le Doyen, rue Tixeranderie.
+
+Estienne Trilliau, rue Beaubourg.
+
+Nicolas Cabaille, rue Madame.
+
+Nicolas Remy, rue S. Denis.
+
+Jean Henneguy, rue de la Calandre.
+
+Estienne Arondeau, _Fieffé_, rue S. Jacques.
+
+Jean Huvellier, rue Dauphine.
+
+Sébastien Huré, rue des Arcis.
+
+Gilles de Bauve, rue S. Honoré.
+
+Pierre René Patin, rue S. Martin.
+
+Jean Sebert, devant le Fort l’Evesque.
+
+Pierre Paillet, rue S. Honoré.
+
+Jean Maisondieu, rue des Noyers.
+
+Pierre Massé, _Fieffé_, rue des Boucheries Saint Germain.
+
+Gilbert Mouillard, ruë de la vieille Orangerie.
+
+Jean Edme Ravillonnet, rue S. Antoine.
+
+Jacques Robert de Cercellier, rue du Roi de Sicile.
+
+Jacques Barbarin, rue Coustellerie.
+
+Claude Dépoigny, rue Saint Martin.
+
+Jean Coucet, rue des Mauvaises Parolles.
+
+Leonard de Champagne, rue de la Bouclerie.
+
+Joseph François le Normand, Pont Notre Dame.
+
+Noel Avenet, ruë aux Maires.
+
+Jacques Rioult, Marché aux Poirés.
+
+Nicolas Henrion, ruë Michel le Comte.
+
+Jean Simon Mozac, rue des Lombards.
+
+Charles Coignet, rue de la Licorne.
+
+Charles Flattier, ruë S. Antoine, prés la ruë Percée.
+
+Charles Cappé, ruë S. Louis Isle Notre Dame.
+
+Pierre le Gros, place de Grève.
+
+Jean Baptiste Destrehan, ruë S. Antoine.
+
+Nicolas Duval, devant S. Pierre aux Bœufs.
+
+Pierre Brisset, rue du Mouton.
+
+Claude Ronjault, nommé par Sa Majesté, au lieu d’Estienne Marlet.
+
+Les particuliers pourroient se pourvoir en tout temps à l’ordinaire
+contre ceux d’entre les Huissiers à cheval et à verge du Châtelet qui
+auroient malversé; mais on peut plus sommairement et sans frais en
+porter plainte à M. le Lieutenant Civil, qui tient scéance à cet effet
+le surlendemain de la Trinité depuis huit heures du matin jusqu’à midy,
+et qui les fait appeller l’un après l’autre selon l’ordre de leur
+reception, pour repondre aux plaintes qui sont faites contre eux, et sur
+lesquelles mondit Sieur le Lieutenant Civil fait droit sur le champ,
+sans que l’Officier puisse se dispenser de satisfaire à sa condamnation;
+premierement parce qu’il est obligé sous paine d’amande, de repondre à
+l’appel de l’Huissier. Secondement, parce qu’il est mis en arrêt jusqu’à
+ce qu’il ait satisfait. On peut encore dans le courant de l’année rendre
+plaintes des malversations des Huissiers à cheval et à verge aux
+Officiers de leur Communauté, qui s’assemblent tous les Dimanches matin,
+dans le Cloître Ste Croix de la Bretonnerie.
+
+
+
+
+BUREAUX PUBLICS.
+
+
+Le Bureau General de la Douane est à l’Hôtel Seguier, ruë de Grenelle,
+dont la basse-cour où entrent les Roulliers est dans la ruë du Boulloy.
+
+Le Bureau General des Aydes est dans la ruë des Barres, derriere S.
+Gervais, à l’Hôtel de Charny[1].
+
+ [1] Il s’appeloit d’abord _Hôtel des Barres_, comme la rue, à cause
+ des _Moulins des barres du Temple_, qui étoient auprès sur la Seine.
+ Le percement de la rue Louis-Philippe en emporta une partie, et le
+ reste fut démoli vers le même temps. Le bureau des Aides ne quitta
+ l’hôtel de Charny qu’un peu avant la Révolution. Il fut alors
+ transféré rue de Choiseul dans un vaste bâtiment où nous avons vu
+ l’administration de l’Enregistrement et des Domaines.
+
+Le Bureau Général des Fermes du Tabac est ruë Betisy, à l’Hotel d’Anjou.
+
+Le Bureau Général pour la Marque des Chapeaux est ruë neuve Saint
+Mederic[2].
+
+ [2] «Dans la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie.» (Edit. 1691, p.
+ 7.)--Sans cette marque, les chapeaux de castor étoient considérés
+ comme contrebande. Elle n’avoit été qu’un prétexte à l’établissement
+ d’offices de marqueurs, achetés surtout par des chapeliers enrichis.
+ (_Correspond. des Contrôl. génér._, nº 767.) En 1694, elle fut
+ supprimée à Lyon, et remplacée par une augmentation des droits de
+ douane sur les chapeaux. (_Id._, nº 1372.)
+
+Les Bureaux des Papiers et Parchemins timbrez sont dans la Cour de la
+Moignon[3], ruë Galande, ruë de Bussy, ruë S. Germain l’Auxerrois[4],
+ruë des petits Champs, ruë de la Vannerie, et ruë des Barres, à l’Hotel
+de Charny.
+
+ [3] «Cour neuve du Palais.» (Edit. 1691, p. 7.)
+
+ [4] «Rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois.» _Id._--Les parchemins
+ et papiers timbrés constituoient une sorte de ferme, dont à la fin
+ du règne de Louis XIV le fameux Deschiens fut le principal traitant,
+ ce qui lui valut cette épigramme citée par Jamet dans ses
+ _Stromates_, t. II, p. 1797:
+
+ On l’a toujours bien dit le papier souffre tout,
+ Et, quoi que sa candeur marque son innocence,
+ Le Roi lui fait porter les armes de la France,
+ Et le donne à Deschiens qui le barbouille tout.
+
+Le Bureau des petits Domaines pour les droits des places et eschoppes
+des lieux publics, est ruë Saint Germain l’Auxerrois au coin de la rue
+Thibaut Thodé.
+
+Les Bureaux du Contrôle des Exploits, sont rue Galande[5], cour de la
+Moignon, ruë de la Poterie, ruë de Bussy, ruë d’Orléans, ruë du petit
+Lion, ruë Saint Antoine, ruë du Monceau Saint Gervais et dans l’enclos
+du grand Châtelet.
+
+ [5] A la suite dans l’édit. précédente, p. 7: «Cul de Sac de la foire
+ Saint-Germain.»
+
+Le Bureau de M. Bertin, Receveur Général des Parties Casuelles[6], est
+rue neuve Saint Augustin.
+
+ [6] On appeloit «parties casuelles» les droits de finance que devoit
+ payer annuellement tout détenteur d’un office vénal non héréditaire,
+ s’il vouloit le conserver à sa veuve et à ses enfants.--Nous
+ retrouverons Bertin qui en étoit alors le trésorier, parmi «les
+ fameux curieux.»
+
+Le Bureau général des Chevaux de renvoy et de louage est à l’Hotel de
+Sens[7], prés l’Ave Maria.
+
+ [7] Nous en parlerons plus loin, à propos du coche de Lyon qui en
+ partoit.
+
+Le Bureau de la Compagnie des Indes Orientales est dans la rue Pavée,
+prés[8] l’Hôtel de Bourgogne[9].
+
+ [8] «Derrière», édit. 1691, p. 61.
+
+ [9] La Compagnie des Indes Orientales avoit été créée par Colbert pour
+ faire le commerce avec les côtes de l’Indoustan. Elle avoit le
+ privilége exclusif des toiles fines des Indes, peintes ou blanches,
+ mais toutes soumises à la _marque_, sous peine d’être saisies et
+ brûlées comme marchandises de contrebande (ordonnance du 8 février
+ 1687). Ce commerce se faisoit souvent par échanges: pour les toiles
+ des Indes importées, on exportoit nos draps du Languedoc.
+ (_Correspond. administr. de Louis XIV_, t. III, p. 654 et 660.)
+
+Celui des Indes Occidentales[10] est dans la rue Saint Martin, devant
+Saint Julien des Menêtriers.
+
+ [10] La Compagnie des Indes Occidentales commerçait avec l’Amérique,
+ où nous possédions alors le Canada, l’Acadie, Terre-Neuve, la
+ Louisiane. Son commerce se faisoit surtout par les navires de
+ Saint-Malo, et exploitoit de préférence les peaux de castor et les
+ matières d’or et d’argent. (_Correspond. des Contrôleurs généraux_,
+ nº 665.)--C’étoit, comme l’autre compagnie, une création de Colbert,
+ mais toutes deux, depuis sa mort, étoient bien déchues. (Isambert,
+ _Anciennes lois françoises_, t. XVIII, p. 35, 38, et 211.)
+
+Le Bureau du Voier du Roi est dans la rue de Grenelle, quartier Saint
+Honoré.
+
+Celui de la Manufacture des Buffles est ruë Neuve Saint Mederic, chez M.
+Jabac[11].
+
+ [11] Il s’agit des peaux de buffles préparées, dont on faisoit pour
+ l’armée des juste-au-corps, des colletins, etc. Jabach, que nous
+ retrouverons plus loin, avoit établi à Corbeil, pour leur
+ préparation, la meilleure manufacture qu’il y en eût en France,
+ aussi n’est-il pas étonnant qu’elle eût son bureau chez lui, à
+ Paris: «Celle de Corbeil, lisons-nous dans le _Dict. univ. du
+ Commerce_ de Savary, t. I, col. 1132, est la plus considérable, et
+ les peaux qui s’y apprêtent sont réputées les meilleures. On en doit
+ l’établissement au sieur Jabac, natif de Cologne, qui les avoit
+ poussées à la dernière perfection.»
+
+Celui de la Manufacture des Marroquins et Vaches rouges façon de Levant
+est sur le Quay de l’Ecolle[12].
+
+ [12] C’est sans doute «la manufacture de maroquin et de peau de
+ chagrin», dont la comtesse de Beuvron avoit obtenu le brevet, vers
+ le même temps. (_Corresp. administ. de Louis XIV_, t. III, introd.
+ p. LV.)
+
+Celui des Jurez Crieurs est rue Neuve Saint Médéric.
+
+Celui des Vendeurs de foin[13] est sur le Quai des Ormes.
+
+ [13] Leur vrai titre étoit «Juré peseur et compteur de la marchandise
+ de foin», comme on le voit par une épitaphe que rapporte M. Cocheris
+ dans son édit. de l’_Histoire du Diocèse de Paris_ de l’abbé Le
+ Beuf, in-8, t. I, p. 238.
+
+Les Commissionnaires Facteurs de toutes marchandises ont des Bureaux ruë
+de la Mortellerie, sur le port de la Grève, sur le quay de l’Ecole, etc.
+
+Les Jurez Mouleurs et Aides Mouleurs de Bois[14], ont aussi leurs
+Bureaux par tout où l’on fait commerce de bois à bruler, quay de la
+Grève, quay de la Tournelle, quay de l’Ecole, quay de la Grenouillière,
+porte Saint Antoine, etc.
+
+ [14] Ces sortes d’offices datoient du XIVe siècle. Il existe, en
+ effet, une ordonnance de Charles VI, qui établit «quarante jurés
+ compteurs et _moleurs_ de bois.» Leur fonction consistoit à faire
+ mesurer dans un cercle de fer, appelé _mole_ ou _moule_, le bois à
+ brûler, qui se vendoit sur les ports. Ce sont les charges dont on se
+ moqua le plus, surtout lorsque, par expédient de finances, elles se
+ multiplièrent sous Louis XIV: «--Vous aimez les titres, dit
+ Colombine dans la farce des _Chinois_ jouée au théâtre Italien en
+ 1692, et si l’on n’y tient la main, vous vous mettrez de pair avec
+ _les mouleurs de bois_.» (Acte IV, scène 2.)--Ils ne tardèrent pas à
+ être supprimés en province, mais il fallut que les villes payassent
+ leur suppression. (_Correspond. des Contrôl, génér._, nos 1564 et
+ 1573.) Ils durèrent plus longtemps à Paris. Au mois de juillet 1725,
+ on parla même d’en créer de nouveaux. (_Journal de Math. Marais_, t.
+ III, p. 208.)--C’est par délégation que la charge s’en exerçoit. On
+ s’explique ainsi comment Philippe Caffiéri, père du grand artiste, à
+ qui l’on doit les admirables bustes du théâtre Français, put être à
+ la fois «sculpteur du Roy, et mouleur de bois», ainsi qu’on le voit
+ sur son acte de mort, en date du 7 sept. 1716. (Jal, _Dict. crit._,
+ p. 303.)
+
+Les Jurez Mesureurs et Controlleurs de grains et farines, en ont à la
+Halle et sur les quais de l’Ecole et de la Grève.
+
+Le Bureau des Commissaires Controlleurs de la Buche, est devant le
+pont-neuf du côté de la Samaritaine[15].
+
+ [15] Pour tous ces «officiers sur les ports et quais» se trouve un
+ curieux dossier dans la collection des papiers Delamarre, aux _mss._
+ de la Biblioth. Nat., t. 153, fol. 13, etc.--Ceux qui avoient
+ qualité de mouleurs et aides-mouleurs de bois, dont il est parlé
+ dans la note précédente, exerçoient, ou plutôt faisoient exercer,
+ principalement au quai de l’Ecole. C’est là, plus encore qu’à la
+ Grenouillère--aujourd’hui le quai d’Orsay--qu’avoient lieu les
+ grands arrivages de bois à brûler. Corbinelli du _Pédant joué_ de
+ Cyrano ne va pas autre part pour acheter les meilleurs cotrets.
+
+Les Jurez Controlleurs de Vins, Cidres et autres Boissons, ont leurs
+Bureaux, rue Frementeau[16] et sur le Quay des Célestins.
+
+ [16] C’est-à-dire Froidmanteau ou Fromenteau.
+
+Il y a au même lieu un Bureau pour les déclarations des marchandises qui
+doivent les droits à la Doüanne.
+
+Les Jurez Courtiers de Vins ont leurs Bureaux sur le quay de la
+Grève[17].
+
+ [17] Ils faisoient l’essai des vins dans les caves mêmes de l’Hôtel de
+ Ville.
+
+Celui des nouveaux Officiers Gardes batteaux et Metteurs à bord, est sur
+le même quay et pareillement celuy du Domaine et Barrage.
+
+Celuy des droits du Poisson de mer frais, sec et salé, est sur le quay
+des Celestins.
+
+Au même lieu est le Bureau des droits qui se levent sur les Cendres,
+Soudes et Gravelées.
+
+Le Bureau des Marchands Bouchers est sur le port de la Grève devant la
+place aux veaux[18].
+
+ [18] C’est-à-dire sur la gauche de la Grève, vers la rue de la
+ Tannerie, où s’étoit tenu en effet le Marché aux Veaux, jusqu’en
+ 1646, époque où il fut transféré quai des Ormes. Son ancien
+ emplacement fut appelé «Vieille place aux Veaux.»
+
+
+
+
+ADMINISTRATION DES HOSPITAUX
+
+
+_Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu et des Incurables._
+
+Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.
+
+Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.
+
+Monseigneur le Premier Président de la Chambre des Comptes, vieille ruë
+du Temple.
+
+Monseigneur le Premier Président de la Cour des Aydes devant les
+Capucins du Marais.
+
+Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.
+
+M. de la Reynie, rue du Boulloy.
+
+M. de Fourcy, rue de Jouy.
+
+M. le Pelletier, vieille rue du Temple.
+
+M. Chuppé, rue de l’Observance.
+
+M. Acard, vieille rue du Temple[1].
+
+ [1] Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le procès-verbal
+ de la prestation de serment, en la grand’Chambre du Parlement, des
+ sieurs Accart, Choart, et Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de
+ l’Hôtel-Dieu.
+
+M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.
+
+M. Champy, rue de la Harpe.
+
+M. Petitpied, rue du Jour.
+
+M. de Bragelonne, dans le Temple.
+
+M. Goupy, rue Sainte Avoye.
+
+M. Soufflot[2], rue des deux Ecus.
+
+ [2] Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1717. Il
+ fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives de l’Assistance
+ publique, sur une rébellion au faubourg Saint-Germain «contre
+ l’exempt et les archers préposez pour veiller aux fraudes de la
+ boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant le caresme.» On sait que c’est la
+ seule boucherie qui avoit à cette époque de l’année le droit
+ d’ouvrir et de vendre. En 1717, comme l’un des doyens, il fut chargé
+ de veiller à l’auto-da-fé des peintures licencieuses qui s’étoient
+ trouvées dans le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu
+ de tous ses biens: «Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy,
+ lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les tableaux de la
+ succession de feu M. de Callières, il s’en est trouvé quatre
+ représentant des nudités et des postures indécentes capables de
+ blesser la pudeur et la modestie chrestienne s’ils estoient exposez
+ en vente, la Compagnie a aresté qu’ils seront jettés au feu, en
+ présence de Messieurs Soufflot et d’Estréchy.»
+
+M. le Verrier, rue Percée.
+
+M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.
+
+M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.
+
+M. Marchand, rue Tictonne.
+
+M. Destrichy[3], rue Bertin Poirée.
+
+ [3] Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans la note
+ précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie scorbutique à Paris,
+ il fit une déclaration curieuse: «M. d’Etrechy a dit que si
+ l’augmentation des malades venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques
+ jours continue, il y en aura trois mil ou environ dans dimanche
+ prochain.» (_Archives hospitalières_ par Léon Brièle, 1877, in-8, p.
+ 69.)
+
+M. Clerambault, rue Jean Lointier.
+
+M. Piquet, rue de la Tixeranderie.
+
+
+_Receveur de l’Hotel-Dieu._
+
+M. Perlan, ruë Saint Martin.
+
+
+_Greffier de l’Hotel-Dieu._
+
+M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.
+
+
+_Receveurs et Greffiers des Incurables._
+
+M. Garilde, rue du Four S. Germain.
+
+Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les Mercredis et les Vendredis,
+depuis dix heures jusqu’à midi.
+
+Il y a encore une autre scéance du même Bureau à l’Archeveché, tous les
+Samedis aux mêmes heures.
+
+Messieurs du Bureau prennent une sorte de vacance pendant les vacations
+du Parlement, mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler pour les
+affaires urgentes une fois la semaine seulement, alternativement au
+Bureau ordinaire et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit et le
+Samedi à l’autre, aux heures ci-devant marquées.
+
+
+_Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital General._
+
+
+CHEFS DE L’ADMINISTRATION.
+
+Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs les premiers Presidens
+du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes,
+Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de Fourcy et Monsieur de la
+Reynie, aux adresses ci-devant marquées.
+
+
+ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.
+
+M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.
+
+M. le Vieux[4], cul de sac des Bourdonnois.
+
+ [4] Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute en 1689,
+ il passa pour y avoir contribué par ses malversations. C’est sur
+ cette banqueroute, d’où vint la ruine de tant de gens, qui avoient
+ prêté aux hôpitaux leurs deniers à rentes viagères ou à _fond
+ perdu_, que La Bruyère écrivit: «Le fonds perdu, autrefois si sûr,
+ si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps et par les
+ soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu.» _De quelques
+ usages_, § 39.--Les _Clés_ disent qu’on chassa les administrateurs
+ accusés de friponnerie. Le Vieux, quoiqu’elles le nomment, n’en
+ étoit pas, puisque trois ans après nous le trouvons encore ici parmi
+ les administrateurs de l’Hôpital général.
+
+M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.
+
+M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.
+
+M. le Caron, rue Bardubec.
+
+M. Hourlier[5], rue des fossez saint Michel.
+
+ [5] Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais.--Le 14 août 1671,
+ il prit part aux mesures adoptées pour donner des nourrices aux
+ Enfants trouvés. Il émit alors une opinion intéressante sur la
+ recherche des pères pour cette catégorie d’enfants: «Monsieur
+ Hourlier, bailly du Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce
+ des _Archives hospitalières_, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu
+ plusieurs sentences au Châtelet, portant condamnation contre
+ plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans trouvez,
+ lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. A esté
+ arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver lesdictes sentences,
+ et Monsieur le Procureur du Roy supplié d’en prendre soin.»
+
+M. Blin, quay des Augustins.
+
+M. Berthelot, près la place des Victoires[6].
+
+ [6] C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut au chapitre
+ des fermiers généraux des Monnoies. Devenu fort riche, il usoit bien
+ de sa fortune, et s’étoit ainsi donné des droits à prendre place
+ dans l’administration des Hospices. On lui dut en partie celui des
+ Convalescents: «Il a esté dit, lisons-nous dans le _Récolement des
+ archives hospitalières_ dressé par M. Brièle, que le prieuré de
+ Saint-Julien estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit esté
+ destiné dès le commencement. On a dit aussi que M. Berthelot, qui a
+ donné 60,000 livres et promis quarante autres mille livres, a
+ témoigné n’avoir point d’attache pour le lieu.» (Janv. 1675.)
+
+M. Petitpas, Parvis Notre Dame.
+
+M. Husson, rue du Roy de Cicile.
+
+M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.
+
+M. Rillart, près Saint Paul.
+
+M. Petitpied, rue du Jour.
+
+M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.
+
+M. de Bie, rue Bardubec.
+
+M. le Bœuf, Isle Notre Dame.
+
+M. le Febvre, près saint Sulpice.
+
+M. Thieriac, près l’_Ave Maria_.
+
+M. de Fremont[7], porte Gaillon.
+
+ [7] Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des _Gardes du
+ Trésor royal_.
+
+M. Boucot[8], rue Hautefueille.
+
+ [8] Il figure déjà plus haut parmi «les gardes des rôles des offices
+ de France.»
+
+M. David, cul de sac saint Sauveur.
+
+M. Braquet, Cloitre Notre Dame.
+
+M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.
+
+M. Gourdon[9], à l’Hotel de Guyse.
+
+ [9] Il avoit prêté serment, en 1681, comme «receveur charitable de
+ l’Hôpital général.»
+
+M. Colin[10], Isle Notre Dame.
+
+ [10] Il semble avoir été chargé des aumônes de Mme de Miramion pour
+ les hospices: «Monsieur Colin, lisons-nous dans le _Récolement des
+ archives hospitalières_, p. 138, a apporté 64 louis d’or, valant 903
+ livres, que lui a donnés Madame de Miramion, procédés de la queste
+ faicte à la Cour.» (1694, 28 avril.)
+
+M. Badoulleau, rue des Prouvaires.
+
+M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.
+
+M. Pirot, rue de Ventadour.
+
+
+
+
+BANQUIERS POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.
+
+
+Messieurs le Couteux[1], ruë de la Tixanderie, pour Normandie, Bretagne
+et païs étrangers.
+
+ [1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous
+ retrouvons dans l’_Almanach d’indication_ de Roze de Chantoiseau:
+ «Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque;
+ une des plus anciennes maisons.» Roze disoit vrai, puisqu’alors
+ cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de
+ quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit
+ encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la
+ famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première
+ municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à
+ l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et
+ pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue
+ Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa
+ maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle
+ l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le
+ Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que
+ Berryer père, dans ses _Souvenirs_ (1837, in-8, t. II, p. 320), dit
+ sur l’ancienneté des Le Coulteux: «C’étoit dans la banque de Paris
+ une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de
+ Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en
+ plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les
+ Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la
+ capitale.»
+
+M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes
+lieux, et encore;
+
+ [2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de
+ la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la
+ crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’_Epée
+ de bois_. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de
+ Venise et surtout rue Quincampoix--nous en trouverons un plus
+ loin--qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt,
+ en 1710, dans sa _Comédie des Comédiens_ (acte II, scène 9), fait
+ lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques: «Je connois,
+ dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue
+ Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont
+ trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur
+ appartiennent guère.»
+
+Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.
+
+Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.
+
+M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et
+Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne.
+
+M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux.
+
+M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le
+Lionnois.
+
+M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province.
+
+Et M. Michon, rue Aubry Boucher.
+
+M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne,
+Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise.
+
+M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le
+Lyonnois.
+
+ [3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu
+ beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient
+ même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis
+ XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’_Almanach général
+ des Marchands_ de 1778: Caccia, banquier, rue Saint-Martin,
+ vis-à-vis la rue aux Ours; Giambone, rue Mauconseil; Boggiano, place
+ des Victoires.
+
+Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux.
+
+Et Messieurs Vallentin, rue
+
+M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre,
+Hollande, etc.
+
+M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc.
+
+M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc.
+
+M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.
+
+M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande,
+Flandres conquise, etc.
+
+M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole.
+
+M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas.
+
+M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande,
+Italie, etc.
+
+Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers
+le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour
+la négociation des Lettres et Billets de Change[4].
+
+ [4] _L’Almanach royal_ de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même
+ renseignement, ajoute: «Le public peut s’adresser à leur clerc, qui
+ y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus,
+ lettres de change, ou autres billets négociables.» Telle étoit alors
+ la Bourse de Paris: une voûte près d’une prison, pour s’assembler
+ une fois tous les huit jours; et un clerc, pour répondre à tout, le
+ reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644,
+ la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres:
+ «Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il,
+ n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les
+ négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse.» (_V._ Extraits de
+ son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des
+ bibliophiles, p. 230.)
+
+Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des
+affaires Ecclesiastiques.
+
+
+
+
+ACADEMIES ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1].
+
+ [1] «Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez
+ publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en
+ feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des
+ maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira
+ seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent; sçavoir
+ celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles
+ qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent
+ les beaux arts.» Edit. 1691, p. 7-8.
+
+
+Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour
+perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise
+dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le
+Roy est protecteur.
+
+Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur
+qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement
+appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut
+desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux
+Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix
+considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée,
+et sur un sujet à la gloire du Roy[4].
+
+ [2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux
+ fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le
+ travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle: «Depuis ce
+ temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’_Histoire de
+ l’Académie_, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours
+ ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi.»
+
+ [3] «A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le
+ Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre,
+ près du pavillon des Cariatides... les Salles, qui, après la Fronde,
+ avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée
+ de Sculpture les salles de Puget et de Coustou.» (_Hist. du Louvre_,
+ p. 66, dans _Paris à travers les âges_[5].)
+
+ [4] Ces deux prix étoient: celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne
+ fut distribué qu’à partir de 1671; et celui de poésie, dont Pelisson
+ et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite
+ l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses
+ membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué
+ à perpétuité.
+
+ [5] «La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre
+ avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des
+ séances servoit pour le travail du _Dictionnaire_, dont le roi
+ payoit toutes les écritures; et pour l’examen des pièces envoyées au
+ concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie
+ distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux
+ médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la
+ chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu
+ achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin,
+ étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se
+ trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une
+ messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi.»
+
+La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des
+découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans
+l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les
+parties de la Philosophie et des Mathématiques.
+
+Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et
+Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et
+qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].
+
+ [6] «Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des
+ inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez,
+ ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits
+ mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les
+ Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire
+ royal, où ils ont chacun leur appartement.» Edit. 1691, p. 8.
+
+ [7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la
+ Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss.
+ de la _Collection Delamarre_, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81.
+ Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti
+ l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût
+ absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par
+ les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger
+ d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes,
+ _Topographie de Paris_, Place Vendôme.
+
+Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements
+à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.
+
+Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques; elle a neanmoins son
+Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme
+les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette
+Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui
+en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme
+Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce
+qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger.
+
+ [8] «L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est
+ principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la
+ composition de M. Quinault...» Edit. 1691, p. 8. (_V._ plus loin au
+ chap. _Passe-temps et Menus plaisirs_.)
+
+ [9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit «l’hôtel de l’Académie.
+ » (_V._ notre _Hist. de la Butte Saint-Roch_, p. 182.)
+
+ [10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.
+
+La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en
+laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est
+composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires
+artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après
+Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny
+qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy,
+sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja
+publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il
+travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette
+Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent
+utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de
+tous les Arts.
+
+ [11] «... Est établie par ordre de la Cour, et... disciplinée sur le
+ pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes
+ les sciences naturelles et les arts qui en dépendent.» Edit. 1691,
+ p. 12.
+
+ [12] «M. de Blegny... a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné
+ successivement toutes les parties de la philosophie et de la
+ médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets
+ particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort
+ industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il
+ s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée
+ du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une
+ pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (_V._ plus
+ bas, _Pension pour les malades_). Mais on ne laisse pas de le
+ trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi,
+ à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en
+ hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des
+ plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et
+ l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa
+ direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin,
+ pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des
+ malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les
+ ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue
+ Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures
+ de relevée.» Edit. 1691, p. 12.
+
+Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a
+beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la
+mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert
+pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de
+Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au
+Palais Brion[14].
+
+ [13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre.
+
+ [14] «Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue
+ de Richelieu.» Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle
+ donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son
+ nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi
+ l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de
+ La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première
+ exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu
+ près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion
+ étoit «à l’entrée de la rue de Richelieu.»
+
+Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la
+Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que
+l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les
+Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de
+Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres
+qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui
+leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et
+vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent
+même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des
+prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain
+espace de temps[15].
+
+ [15] «Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y
+ avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des
+ Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde,
+ lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers
+ de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant
+ été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du
+ Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre
+ tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à
+ dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours
+ et en diverses postures; ce qu’ils continuent pendant trois mois,
+ laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite
+ examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or
+ à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même
+ métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier,
+ et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur
+ tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix.
+ Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la
+ capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent
+ avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même
+ ordre; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence
+ aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant
+ expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être
+ dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui
+ donnent encore plus d’émulation aux disciples; par cette raison que
+ ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant
+ trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en
+ travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies
+ pour Sa Majesté: outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les
+ beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui
+ leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce
+ qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves
+ des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à
+ disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante; à
+ cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un
+ esquisse de leur façon; et, afin que l’Académie soit assurée
+ qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font
+ faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont
+ présenté de bonnes esquisses; et tous ceux de qui les impromptus
+ sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler
+ pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir: deux médailles
+ d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples
+ qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort
+ reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces
+ Académies.» Edit. 1691, p. 9.
+
+La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les
+Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui
+en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de
+cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize
+Académiciens; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le
+Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de
+danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18].
+
+ [16] «L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes
+ à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a
+ guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de
+ Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur
+ Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie,
+ en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre.» _Id._, p.
+ 10.--Les lettres patentes «pour l’établissement de l’Académie royale
+ de danse, en la ville de Paris», avoient été vérifiées au Parlement
+ le 30 mars 1662.
+
+ [17] «Et le sera probablement encore.» Edit. 1691, p. 10.
+
+ [18] «Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie,
+ pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y
+ trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis
+ à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui
+ l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception,
+ qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes
+ qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils
+ font une expérience de chef-d’œuvre: après quoy, ils sont en plein
+ droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges
+ que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est
+ reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une
+ bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à
+ chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice
+ et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les
+ Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce
+ jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi
+ que le premier jour de mai.» _Id._, p. 10.
+
+
+CONFÉRENCES.
+
+Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé
+Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de
+sujets[20].
+
+ [19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en
+ quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître:
+ «Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du
+ _Menagiana_, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une
+ assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa _Mercuriale_, où il
+ eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de
+ lettres, tant françois qu’étrangers.» La maison où il logeoit,
+ existe encore rue Massillon, nº 4. C’est celle où La Harpe mourut.
+ (_Rev. archéolog._, t. IV, 1re part., p. 144.)
+
+ [20] «La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean
+ de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour
+ accessoires les nouveautez de tous genres.» Edit. 1691, p. 12.
+
+M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi
+entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui
+tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent.
+
+M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui
+tous les soirs après sept heures.
+
+ [21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége
+ Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la
+ _Bibliothèque orientale_, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans
+ après sa mort.
+
+Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le
+Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22].
+
+ [22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop
+ occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement
+ grammaticale, et qu’on appeloit la _Martiale_, parce qu’elle avoit
+ lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se
+ vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme
+ qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme:
+
+ Je sens que je deviens puriste,
+ J’aligne au cordeau chaque mot,
+ Je suis les Dangeaux à la piste:
+ Je pourrois bien n’être qu’un sot.
+
+Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur
+diverses matières scientifiques[23].
+
+ [23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le
+ _Journal des Savants_ à la place de Gallois, et depuis 1683, le
+ _Journal de Médecine_, dont il étoit le fondateur. Ses conférences
+ du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire
+ dans son _Paris ancien et nouveau_, 1685, in-12.
+
+Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau,
+Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les
+sciences[24].
+
+ [24] «Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue
+ Christine, a pour objet les Mathématiques.» Edit. 1691, p. 12.
+
+
+
+
+BIBLIOTEQUES PARTICULIERES ET PUBLIQUES.
+
+
+Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les
+Biblioteques suivantes: sçavoir;
+
+A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne; et qui sera
+bien-tôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité
+de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus
+considérable dans toutes les Langues orientales.
+
+ [1] _V._ un peu plus haut, au chap. des _Académies_.
+
+Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2].
+
+ [2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois,
+ et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a
+ parlé dans son _Traité des Bibliothèques_, 1644, in-8, sans oublier
+ le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire.
+
+A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3]; ruë Saint
+Thomas du Louvre.
+
+ [3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du
+ Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un
+ grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de
+ Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, «ils font un très bel
+ ornement par leur condition.» _De l’utilité des Voyages_, t. II, p.
+ 418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en
+ 1693, sous ce titre: _Bibliotheca Telleriana_. Le sorboniste Ph.
+ Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le
+ Tellier avoit donné la plupart de ses _manuscrits_, 500 environ,
+ françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi.
+
+A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais.
+
+ [4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis
+ surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche
+ collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont
+ l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de
+ Boucherat portent sa devise: un coq avec un soleil, avec ces mots:
+ _Sol reperit vigilem_.
+
+A celle de Monsieur le Premier Président, Cour du Palais, qui est
+remplie d’excellens Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques et
+modernes.
+
+A celle de Monseigneur de Menars, Président à mortier, près la Porte de
+Richelieu, où sont la plus grand part des plus curieux livres de M. de
+Thou[5].
+
+ [5] Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de son possesseur
+ M. de Ménars, au _chapitre_ des Présidents à mortier.
+
+A celle de Monseigneur Talon[6], aussi President à mortier, rue Saint
+Guillaume.
+
+ [6] Nous ayons aussi parlé de lui, au _chapitre_ des Présidents à
+ mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui venoit de son
+ père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, l’histoire, la
+ philosophie, en étoient, comme on le pense bien, le fond principal.
+
+A celle de Monseigneur l’Avocat Général de la Moignon, à l’Hotel
+d’Angoulesme[7], où il y a un grand nombre de belles Médailles
+antiques[8].
+
+ [7] Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le président de
+ Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien Baillet pour
+ bibliothécaire.
+
+ [8] Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit rapportées
+ de ses voyages.
+
+A celle de Monseigneur de la Moignon de Basville, Conseiller d’Etat[9],
+rue où sont les plus belles Médailles modernes.
+
+ [9] Nous avons parlé de lui au _chapitre_ des Intendants. Il l’étoit
+ du Languedoc.
+
+A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, où il y a des
+Tableaux, des Bronzes, et des Médailles d’un choix particulier.
+
+A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande[10].
+
+ [10] Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les présidents
+ des Enquêtes.
+
+A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille[11].
+
+ [11] Nous l’avons vu figurer plus haut parmi «les gardes des offices
+ de France», et nous avons à ce sujet parlé de sa bibliothèque et de
+ ses collections.
+
+A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, où il y a un grand nombre
+des plus rares estampes[12].
+
+ [12] «Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de quatre-vingts
+ volumes, gros comme l’_Atlas_, lesquels contiennent tout ce qu’il y
+ a de beau dans tous les Etats du monde. Tous les hommes illustres et
+ tous les saints y sont représentés,--au moins ceux dont on a fait
+ des estampes.--Néanmoins cette bibliothèque ne doit passer que pour
+ un recueil.» (Le Gallois, _Traité des plus belles Biblioth. de
+ l’Europe_, 1680, in-8, p. 130-131.)
+
+A celle de M. Bultault[13], près la place des Victoires.
+
+ [13] Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, chez les
+ Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel il s’étoit démis de
+ sa charge de secrétaire du Roi, conserva la riche bibliothèque qu’il
+ lui légua. Elle ne fut vendue qu’en 1711, un an après sa mort.
+ Gabriel Martin en publia le catalogue: _Bibliotheca Bulteriana_, 2
+ vol. in-12. A cette vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins
+ de 850 volumes.
+
+A celle de M. l’Abbé de la Chambre[14], sur le quay de Nesle.
+
+ [14] «Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans l’éloge qu’il
+ a fait de cet académicien inconnu, étoit pour les livres Italiens et
+ Espagnols.» (_Mélanges d’histoire et de littérature_, t. I, p. 97.)
+
+A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue du cimetiere saint André, où
+il y a beaucoup de curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de
+Monnoies, etc.
+
+A celle de la Sorbonne, où il y a de rares manuscrits de Théologie[15].
+
+ [15] Le Gallois, dans son _Traité_ cité tout-à-l’heure, nous la donne,
+ p. 133, comme étant «sans contredit une des plus florissantes de
+ l’Europe.» C’étoit en 1680, elle augmenta beaucoup, depuis. Au
+ XVIIIe siècle, on n’y comptoit pas moins de 5,000 mss., et 60,000
+ volumes. Ses principaux bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un
+ de ses secrétaires, l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître
+ que lui dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la
+ Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit du
+ cardinal de Richelieu.
+
+A celle du Collége de Loüis le Grand, rue saint Jacques, composée en
+partie de celle de M. Fouquet[16].
+
+ [16] Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite en marge de
+ l’exemplaire du _De Bibliothecis parisiensibus_, de Dan. Maichel,
+ 1729, in-8, p. 94, que nous possédons, le Fouquet auquel les
+ Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit leur bibliothèque n’étoit
+ pas Fouquet, le surintendant, mais Fouquet, marquis de la Varenne.
+ Les livres acquis avec l’argent de son legs se distinguoient par un
+ double Φ, sur le dos de la reliure.
+
+A celle des Chanoines Reguliers de sainte Geneviève du Mont[17].
+
+ [17] _V._ ce que nous avons dit plus haut, à propos de la bibliothèque
+ de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, où nous l’avons
+ vue encore, au dernier étage de cette partie de l’abbaye
+ Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une dépendance du collége Henri
+ IV. En 1768, on la rendit publique trois fois par semaine, le lundi,
+ le mercredi et le samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant
+ en de nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége
+ Montaigne. _V._ plus bas.
+
+A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez[18].
+
+ [18] Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi,
+ principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui vinrent au
+ XVIIIe siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, de l’abbé
+ Renaudot, etc. _V._ ce qu’en dit D. Bouillart dans son _Hist. de
+ Saint-Germain des Prés_, 1724, in-fol.--Malgré l’incendie de 1792,
+ et un vol en 1791, qui fit passer 120 de ses mss. en Russie, la
+ Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de 9,000 de cette seule
+ provenance.
+
+A celle du Chapitre de Notre Dame[19].
+
+ [19] Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites chambres
+ dans la cathédrale même, et ne comptant au XVIIIe siècle que 5,000
+ volumes au plus. Le principal fonds en étoit venu de Claude Joly,
+ dont nous avons parlé au chapitre des _Affaires ecclésiastiques_. Il
+ tenait de son grand-père, l’avocat Loisel, un certain nombre de mss.
+ qui passèrent avec les siens et les autres du chapitre à la
+ Bibliothèque du Roi, par une donation que firent les chanoines, le
+ 24 avril 1756.
+
+A celle du Collége de Navarre, montagne sainte Geneviève[20].
+
+ [20] Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. Sa
+ bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de Navarre,
+ fondatrice du collége, avoit pour principale richesse la plus grande
+ partie des livres de l’illustre curieux du temps de Louis XIII, le
+ provençal Peiresc, et de nombreux volumes sur peau vélin, avec
+ initiales en miniature. De ses nombreux _mss._ il n’en arriva que
+ 124 à la Bibliothèque Nationale pendant la Révolution.
+
+A celle du Collége de Boissy[21], rue du Cimetière saint André.
+
+ [21] Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége fondé en
+ 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. Il étoit en 1692
+ en complète décadence, dont il ne se releva que l’an d’après. Sa
+ bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il paroît, restée assez riche.
+
+A celle des Augustins Réformez de saint Germain des Prez[22].
+
+ [22] L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place de leur
+ couvent. La bibliothèque n’en devint importante que lorsque le
+ président de la Cour des Monnoies, Gilbert Mauguin, lui eut légué
+ ses 12,000 volumes de théologie et de jurisprudence, en 1674. Elle
+ s’augmenta encore, en 1728, de ceux du copiste Jean Pontal. On y
+ remarquoit 14 volumes in-fol. d’_Antiphonaires_, tous écrits, notés
+ et enluminés, au XVIIe siècle, par le P. Trochereau, un des moines
+ du couvent.
+
+A celle des Augustins Déchaussez, rue des Victoires[23].
+
+ [23] Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des Victoires,
+ dont il ne reste que l’église, une caserne des gardes de Paris,
+ ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. On y comptoit, vers le
+ milieu du XVIIIe siècle, environ 30,000 volumes. Auprès de la
+ bibliothèque étoient un cabinet de peinture, et un autre d’histoire
+ naturelle et d’antiquités.
+
+A celle des Célestins, près l’Arsenal[24].
+
+ [24] On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris les manuscrits,
+ dont les plus précieux venoient de la bibliothèque que le frère de
+ Charles VI, Louis d’Orléans, conservoit dans son hôtel de _Pute y
+ musse_, voisin du couvent. Un des deux seuls exemplaires de
+ l’édition xylographique du _Speculum humanæ salvationis_, que l’on
+ connut au XVIIIe siècle, s’y trouvoit aussi.
+
+A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint Cosme[25].
+
+ [25] Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu plus
+ importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit détruit 9,000
+ volumes; en 1680, elle en avoit 12,000, mais l’on n’y trouvoit plus
+ la plupart des beaux manuscrits donnés par Catherine de Médicis, ni
+ ceux des auteurs latins, dont les Alde et les Estienne s’étoient
+ servis pour leurs éditions. Les 163 qui en sont venus à la
+ Bibliothèque Nationale sont la plupart sans grande valeur.
+
+A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue saint Jacques[26].
+
+ [26] Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine lyonnois
+ Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne l’ayant augmentée
+ qu’au siècle suivant. Les livres du prince, qui, au nombre de 6,800
+ volumes, formoient plus d’un tiers de la bibliothèque, s’y voyoient
+ dans une salle à part, nommée _Bibliotheca Aureliana_. Il n’est venu
+ des Jacobins à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des
+ XIIIe et XIVe siècles.
+
+A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré[27].
+
+ [27] «Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le P. Jacob,
+ mais de beaucoup moindre qualité en livres.» Elle s’enrichit plus
+ tard. Un des religieux du couvent lui légua, en 1649, toute la
+ bibliothèque de son père, médecin en Allemagne. Le sorboniste Picque
+ lui laissa, en 1699, les manuscrits arabes de son cabinet, qui
+ devaient passer en 1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se
+ joignirent ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous
+ Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les Jacobins
+ de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748, le P. Bérenger avoit
+ dressé le catalogue des livres et manuscrits en 7 vol. in-fol. On
+ l’appeloit quelquefois la Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à
+ la naissance de Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une
+ partie de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui à
+ la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit.
+
+A celle des Chanoines Réguliers de sainte Croix de la Bretonnerie[28].
+
+ [28] Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre
+ d’ailleurs peu important.
+
+A celle du Prieuré de saint Martin des Champs[29].
+
+ [29] On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais beaucoup de
+ manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale;
+ et, comme dans tous les prieurés de Bénédictins, un grand nombre de
+ chartes et diplômes. Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur,
+ sous Louis XV, en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été
+ rassemblés par Dom Pernot dans la première moitié du XVIIIe siècle.
+
+A celle des Minimes de la place Roïale[30].
+
+ [30] Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud, avoit créé le
+ principal fonds de cette bibliothèque, en lui léguant la sienne. Le
+ savant Jean de Launoy en fit autant. C’est avec ces ressources que
+ les PP. Niceron et Mersenne composèrent leurs ouvrages si pleins de
+ recherches. Au XVIIIe siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu
+ de 8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit
+ 20,000; presque tous reliés en veau fauve, avec un soleil d’or sur
+ les plats, portant au centre le mot _caritas_, et en exergue
+ l’inscription: _Conventus parisiensis Minimorum_.--L’_Herbarium
+ vivum_, ms. en 15 vol. in-fol., du P. Prumier, contenant la
+ description de toutes les plantes qu’il avoit étudiées de 1675 à
+ 1704, tant en Italie qu’en Amérique, étoit une des curiosités de la
+ bibliothèque des Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre,
+ pour celle du roi, en 1768.
+
+Outre les Biblioteques particulières, il y en a quelques unes à l’usage
+du public, dans lesquelles on donne entrée à tous venans aux jours et
+heures ci-après marquées; sçavoir,
+
+Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les Lundis et Samedis du matin
+et de relevée[31].
+
+ [31] «On commence aussi à donner entrée les lundis et jeudis en celle
+ du collége Mazarini.» Edit. 1691, p. 11.--Elle avoit été ouverte
+ pour la première fois, en octobre 1688, dans le pavillon du collége
+ Mazarin, aujourd’hui palais de l’Institut, où elle est encore, sous
+ le nom de Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut
+ Ludovic Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de
+ Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place. Elle avoit
+ été, comme on sait, formée pour Mazarin, par G. Naudé, qui en parle
+ beaucoup dans son _Mascurat_. Un siècle après eux, elle avoit
+ presque doublé. On n’y comptoit que 27,000 vol. à la mort du
+ cardinal; en 1751, lorsque Desmarais en fit le catalogue, il n’y en
+ avoit pas moins de 45,000.
+
+Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les Livres de feu M. Bouchet de
+Bournonville, qui est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le matin
+depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprés-dinée depuis deux jusqu’à
+cinq[32].
+
+ [32] «Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus utilement
+ qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met entre les mains des
+ curieux tous les livres qu’ils demandent.» Edit. 1691, p. 11.--C’est
+ la bibliothèque dont Rabelais a dressé un si burlesque catalogue. Au
+ XVIIe siècle, elle s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on
+ ne s’en moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de
+ grand’Chambre, dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690,
+ non-seulement légué tous ses livres, mais aussi une rente pour en
+ acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois jours
+ par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici qu’il y fut fait
+ droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage, neveu de La Reynie,
+ qui possédoit une collection inappréciable de cartes et plans, dont
+ le plus précieux étoit celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en
+ passant par la bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de
+ Saint-Victor. Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en
+ 1703 de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux
+ Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de plus du
+ double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir l’ancienne. La
+ Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en possède 1265, dont un tiers
+ de mss. latins. Dans le nombre est le très-curieux catalogue de la
+ Bibliothèque Saint-Victor par Claude de Grandrue.
+
+Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui est ouverte seulement les
+Dimanches après Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens et des
+Apoticaires artistes; qui confèrent en même temps sur les Nouvelles
+Découvertes qui se font dans les Sciences Naturelles et dans les Arts
+qui en dépendent.
+
+
+
+
+COLLÈGES ET LEÇONS PUBLIQUES[1].
+
+ [1] «Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université divers colléges
+ où la jeunesse est instruite à très-peu de frais, et où il y a même
+ des bourses fondées pour l’entretien d’un certain nombre de pauvres
+ étudiants.» Edit. 1691, p. 11.
+
+
+Les Collèges où il y a exercices ordinaires des Humanitez, de la
+Rhétorique et de la Philosophie, sont,
+
+Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis Sorbonne[2], rue saint
+Jacques. Celuy des Quatre Nations sur le quay de Nesle[3], celuy de
+Navarre[4], celuy de la Marche[5], et celuy de Montaigu[6] à la montagne
+sainte Genevieve; celuy d’Harcourt[7] et celuy de Lizieux, rue de la
+Harpe[8]; ceux de Beauvais[9] et de Presles[10], rue saint Jean de
+Beauvais, celuy du Cardinal le Moine[11], rue saint Victor, et celuy des
+Grassins[12], rue des Amandiers[13].
+
+ [2] Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long, l’avoit fondé
+ en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il prit le double nom qu’il a
+ ici. Les facultés de Théologie, des Sciences et Lettres l’occupèrent
+ sous l’Empire et la Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole
+ normale.
+
+ [3] C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus haut:
+ «Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691, p. 11, qui ne
+ tiennent point chez eux de petites classes, ont la direction de ce
+ collége, où ils font enseigner gratis toutes les humanités, au désir
+ de la fondation du feu cardinal Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en
+ font de même au collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques.»
+
+ [4] Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de Navarre, femme
+ de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi plus tard avec le prix
+ de la vente de la tour de Nesle, qui appartenoit aux rois de
+ Navarre. Depuis l’Empire, il est occupé par l’Ecole polytechnique.
+ La chapelle en est curieuse. (_Rev. archéolog._, t. I, p. 192-200.)
+
+ [5] Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit fondé pour des
+ écoliers de sa pauvre province. Supprimé à la Révolution, il devint
+ une pension célèbre du quartier Latin, la pension Vattier. Les
+ bâtiments en ont disparu, avec une partie de la rue de la
+ Montagne-Sainte-Geneviève, où ils se trouvoient sous le nº 37.
+
+ [6] Un des plus pauvres et des plus austères colléges de Paris.
+ Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme y étudia. La
+ maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis, l’avoit fait appeler
+ _Collége des Haricots_, nom qui resta à la prison militaire, qu’on y
+ installa, en 1792. (_V._ notre _Paris Démoli_.) Ses bâtiments, qui
+ faisoient l’angle de la rue des Sept-Voies et de la place du
+ Panthéon, furent démolis en 1845, pour faire place à ceux de la
+ nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève.
+
+ [7] Un chanoine de Paris, Raoul d’Harcourt, l’avoit fondé en 1220. Ses
+ bâtiments, reconstruits en 1675, ont été emportés en partie par le
+ boulevard Saint-Michel. Ce qui reste est occupé par le lycée
+ Saint-Louis.
+
+ [8] Il y a ici une erreur. Si le collége d’Harcourt fut rue de la
+ Harpe, le collége de Lisieux en revanche n’y fut jamais. L’évêque
+ de Lisieux, Gui d’Harcourt, le fonda en 1336, rue des
+ Prêtres-Saint-Séverin; il passa ensuite rue Saint-Etienne des Grès,
+ et n’en fut déplacé qu’en 1764, pour occuper, rue Saint-Jean de
+ Beauvais, les bâtiments du collége de Dormans.
+
+ [9] C’est celui dont nous venons de parler, le collége de
+ Dormans-Beauvais, qui devoit son nom à son fondateur, l’évêque de
+ Beauvais, Jean de Dormans. Il datoit de 1370. Supprimé à la
+ Révolution, Carnot y établit la première école mutuelle d’essai.
+
+ [10] Raoul de Presles l’avoit fondé en 1313 pour les pauvres écoliers
+ du diocèse de Soissons, d’où lui vint son premier nom de collége de
+ Soissons. Ramus y professoit; c’est là qu’il fut tué à la
+ Saint-Barthélemy.
+
+ [11] Il devoit son nom au cardinal Jean Lemoine, qui l’avoit fondé en
+ 1302. Calvin y étudia, et Lhomond y fut professeur. Il n’en existe
+ plus rien que le nom d’une petite rue bâtie sur les chantiers qui en
+ avoient pris la place.
+
+ [12] Il ne datoit que de 1569. Le sénonois P. Grassin, de qui lui
+ venoit son nom, l’avoit fondé pour des écoliers nés à Sens.
+ Chamfort, qui s’appeloit alors Nicolas, en fut le dernier élève
+ distingué.
+
+ [13] «Celui de Cambrai et celui de fondation royale, près Saint-Jean
+ de Latran,... celui des Trésoriers, près de la Sorbonne.» Edit.
+ 1691, p. 11.
+
+Il y a encore des Communautez Religieuses qui ont des Maisons
+Collègiales dans l’étendue de l’Université, où les nouveaux Profez sont
+instruits aux Humanitez, Rhétorique, Philosophie, etc., à sçavoir: les
+Grands Augustins devant le Pont neuf[14], les Grands Cordeliers, près
+saint Cosme[15], les Grands Jacobins, rue saint Jacques[16], les
+Bernardins, au quartier saint Victor[17]; les Carmes, à la place
+Maubert[18], les Prémontrez, rue Hautefueille[19]; les Religieux de
+l’Ordre de Grammont, rue du Batoir[20], et ceux de l’Ordre de Cluny,
+place de Sorbonne[21].
+
+ [14] Ils ont donné leur nom au quai. De leur église, construite en
+ 1368, on fit, sous le premier empire, le marché à la Volaille, qui
+ garda le nom de _la Vallée_, parce qu’on l’y transféroit de _la
+ Vallée de Misère_, située près du Châtelet. Ce qui restoit, sur le
+ quai, de l’église devenue marché, vient de disparoître. Il subsiste
+ encore quelque chose des bâtiments, au nº 5 de la rue du Pont de
+ Lodi, dont le percement, en 1797, coupa en deux le terrain occupé
+ par le couvent.
+
+ [15] Ils avoient donné leur nom à la rue, qui prit, en 1790, celui de
+ _rue de l’Ecole de Médecine_. Leur église y subsiste encore. C’est
+ le _Musée Dupuytren_. Pendant la Révolution, ce fut le _Club des
+ Cordeliers_, d’où Camille Desmoulins, qui en faisoit partie, datoit
+ son journal, _le Vieux Cordelier_.
+
+ [16] Nous en avons parlé un peu plus haut, à propos de leur
+ Bibliothèque.
+
+ [17] Dans la rue à laquelle ils avoient fait donner leur nom, et qui
+ prit, en 1806, celui de rue de Pontoise, parce qu’elle est voisine
+ du Marché aux Veaux, que Pontoise approvisionne.
+
+ [18] Ils n’étoient pas sur la place même, mais auprès, dans la rue,
+ qui leur devoit son nom. Leur église, qui datoit du XIVe siècle, fut
+ démolie en 1814, pour faire place au _marché Maubert_. Ces carmes ne
+ sont pas à confondre avec ceux de la rue de Vaugirard, _les Carmes
+ déchaussés_, à qui l’on doit l’eau de Mélisse, et dont l’église
+ existe encore.
+
+ [19] Ils s’y étoient établis, dès 1252, dans une des maisons que
+ Pierre Sarrazin, qui donna son nom à une des rues voisines, y
+ possédoit. Leur chapelle, située au coin de la rue Hautefeuille, à
+ gauche de la rue de l’Ecole de Médecine, fut démolie et rebâtie en
+ 1618. C’est aujourd’hui un café.
+
+ [20] Ils n’étoient pas rue du Battoir, mais dans le voisinage, rue
+ Mignon, où, depuis 1603, ils occupoient, par suite d’un échange avec
+ leur prieuré du bois de Vincennes, le collége fondé en 1343, par le
+ maître des Comptes, Jean Mignon.
+
+ [21] Le collége de Cluny se trouvoit en effet au coin de cette place
+ et de la rue des Grès. Sa fondation par Yves de Vergy, abbé de
+ Cluny, datoit de 1269. Quelques restes du cloître subsistent encore.
+ David y avoit son atelier en 1806.
+
+Outre les exercices ordinaires de l’Université, on professe la Théologie
+au Collège de Sorbonne[22], et à celuy de Navarre.
+
+ [22] Les écoles de théologie fondées par Richelieu n’étoient pas à la
+ Sorbonne même, mais sur la place, au nº 2. Elles furent supprimées à
+ la Révolution.
+
+La Jurisprudence aux Ecolles de Droit, rue saint Jean de Beauvais[23].
+
+ [23] _V._ plus haut.
+
+La Médecine, au Collège des Medecins, rue de la Bucherie[24].
+
+ [24] Les écoles de médecine et de chirurgie étoient déjà rue de la
+ Bûcherie en 1472. Les bâtiments en furent reconstruits en 1676, à
+ l’exception d’un portail du XIVe siècle qui existoit encore, il y a
+ quelques années. En 1744, on avoit refait l’amphithéâtre, dont le
+ dôme se voit toujours dans la maison qui porte le nº 13, au coin de
+ la rue de l’hôtel Colbert. Ce n’est qu’en 1774 que ces écoles furent
+ transférées, où nous les voyons, dans l’ancien collége de Bourgogne
+ reconstruit exprès, et qu’on avoit acheté aux Bénédictins, qui
+ justement y avoient établi une école de chirurgie.
+
+Les Mathematiques, et les Langues Arabe, Grecque, et Hebraique, au
+College Royal, Place de Cambray.
+
+Les autres Collèges dont les revenus ne servent maintenant qu’à
+l’entretien des Bourciers, sont pour les Provinces du Maine et d’Anjou,
+celui de Bayeux[25]; pour ceux du Diocese de Narbonne[26], celui de ce
+nom; pour la Bourgogne, celui du même nom[27]; pour le Diocèse d’Arras,
+encore celui du même nom[28]; pour la Touraine, celui de Tours[29]; pour
+le Diocèse de Vienne et de Bourbonnois, celui du cardinal Bertrand[30];
+pour le Limosin, celui de saint Michel[31]; pour Theroüenne, celuy de
+Boncourt[32]; pour le Diocèse de Bayeux, celui de M. Gervais[33]; pour
+le Diocèse de Rheims, celuy du même nom[34]; pour le Diocèse de Séez,
+celui de ce nom[35]; pour ceux de Paris et de Beauvais, celui de sainte
+Barbe[36]; pour ceux de la famille de feu M. Fortet, et à leur deffaut,
+pour Paris et saint Flour, celui de Fortet[37]; pour ceux de la Famille
+de Godefroy de Boissy, celui du même nom[38]; tous lesquels sont dans
+l’enclos de l’Université.
+
+ [25] Il avoit été fondé par Guillaume Bonnet, évêque de Bayeux.
+ L’inscription, que l’on put lire jusqu’à sa démolition, il y a
+ vingt-cinq ans, au-dessus de la porte gothique, rue de la Harpe, nº
+ 107: _Collegium Bajocence, fund. anno 1308_, dispensoit de chercher
+ la date de la fondation. On l’avoit réuni à l’Université en 1763.
+
+ [26] Autre fondation épiscopale. On la devoit à Bernard de Fages,
+ archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se trouvoit rue de la
+ Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole de Médecine; rebâti en
+ 1760, et réuni trois ans après à l’Université, il étoit, depuis la
+ Révolution, un hôtel garni, lorsqu’on le démolit vers le même temps
+ que celui de Bayeux.
+
+ [27] «Rue des Cordeliers.» Edit. 1691, p. 11.--La comtesse Jeanne de
+ Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour vingt pauvres écoliers de sa
+ province. Nous avons dit, dans une des notes précédentes, comment il
+ devint l’Ecole de Médecine.
+
+ [28] Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’_Arras_, Nicolas Le
+ Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni, en 1763, à celui de
+ Louis-le-Grand. Il avoit été transféré de la rue Chartière dans la
+ rue des Murs, qui en prit le nom de rue d’Arras, qu’elle porte
+ encore.
+
+ [29] Il étoit au nº 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333,
+ l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé. Les
+ bâtiments reconstruits en 1730 existent encore.
+
+ [30] On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au nº 22 de
+ la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun, cardinal Pierre
+ Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en 1764, on l’eut réuni au
+ collége Louis-le-Grand, l’école gratuite de dessin y fut établie
+ pendant quelques années. Il fut démoli sous le premier empire.
+
+ [31] L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé rue de
+ Bièvre, au XIVe siècle, sous l’invocation de saint Michel. On
+ l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme limousin, l’abbé
+ Dubois y avoit étudié.
+
+ [32] Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud, dont on fit de
+ Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit pauvres écoliers, en
+ logique ou philosophie, venus de Thérouanne, pays de P. Bécoud, en
+ furent, d’abord, les seuls élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que
+ celui de Tournay, au collége de Navarre, qu’il joignoit par une
+ espèce de pont qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses
+ priviléges lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons
+ encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui
+ malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis qu’en 1552
+ Charles-Quint l’avoit complètement détruite. Lorsque l’Ecole
+ polytechnique fut fondée au collége de Navarre, on en mit les
+ bureaux au collége de Boncourt, qui, depuis lors, a été entièrement
+ démoli.
+
+ [33] _Gervais_ Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de Charles V,
+ l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége de _Notre-Dame de
+ Bayeux_, à cause du canonicat de son fondateur, et des élèves que
+ Bayeux y envoyoit. Il étoit situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie
+ aujourd’hui à la rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une
+ caserne d’infanterie.
+
+ [34] «Derrière Saint-Hilaire.» Edit. 1691, p. 11.--Ce collége étoit
+ rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409, en exécution d’une
+ clause du testament de Guy de Roye, archevêque de Reims. Il n’en
+ reste plus rien, depuis longtemps.
+
+ [35] La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire.
+ Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en 1404, avoit légué
+ l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi qu’en 1427. Ce collége
+ n’avoit que huit boursiers, dont quatre du diocèse de Séez. Un don
+ de Jean Aubert, en 1634, permit d’en augmenter le nombre. P.
+ Lallemand, évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque
+ entièrement, en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni,
+ dit _de Nassau_. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles,
+ avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe.
+
+ [36] Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant, professeur
+ de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel de la rue des
+ Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien, qui avoit
+ appartenu à P. de Châlon. Sainte Barbe, à laquelle il fut dédié,
+ étoit, dit M. J. Quicherat, «la vierge savante qui passa de la plus
+ tendre jeunesse dans l’éternité... après avoir vaincu dans la
+ discussion les plus habiles défenseurs du paganisme grec.» (_Hist.
+ du collége Sainte-Barbe_, t. I, p. 9-10.)--Ce collége ne
+ s’administra lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque
+ Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait don de
+ l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle. Il y créa
+ aussi sept bourses: trois grandes, pour les diocèses d’Autun, de
+ Rouen, d’Evreux et de Paris; et quatre petites pour les paroisses
+ qu’il avoit administrées: celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de
+ Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi, et celle de la Neuville d’Aumont.
+ C’est pour ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous
+ voyons ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis à
+ Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe devint
+ l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son nom, qu’il a
+ gardé.
+
+ [37] Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit son nom au
+ chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition
+ testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé l’argent disponible
+ pour cette fondation. Comme il étoit d’Aurillac, quatre bourses
+ étoient destinées à des enfants de cette ville ou du diocèse de
+ Saint-Flour, mais pris de préférence dans sa famille. Quatre autres
+ bourses étoient réservées pour Paris.
+
+ [38] _V._ ce que nous avons dit plus haut de ce collége de Boissy,
+ situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa bibliothèque.
+
+On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement par ordre et aux
+dépens du Roi, au Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor, la
+Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la Botanique. Le public est averti
+de l’ouverture des Leçons par des Affiches, au commencement de l’hiver
+pour les Dissections Anatomiques, et pour les Opérations Chirurgicales,
+et au commencement de l’Eté pour la Démonstration des Plantes et pour
+les Préparations Chimiques[39].
+
+ [39] «Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait aussi chaque
+ année des dissections anatomiques et des opérations chirurgicales,
+ mais à prix d’argent.» Edit. 1691, p. 13.
+
+Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers, on fait aussi annuellement
+et gratuitement tous les Hivers des Démonstrations Chirurgicales
+Anatomiques, suivant la fondation de feu M. Biennaisse[40].
+
+ [40] «Le public est averti des unes et des autres par des affiches.»
+ _Ibid._--Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès de l’église
+ dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens, étoient plus
+ exclusivement chirurgicales que celles de la rue de la Bûcherie,
+ dont il a été parlé plus haut. Elles avoient eu pour origine la
+ confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien fondée, dit-on, par saint
+ Louis. C’est par son testament que M. Jean Bienaise, mort le 21
+ décembre 1681, après avoir été un des bons praticiens de son temps,
+ avoit laissé six cents livres de rente pour deux professeurs chargés
+ de faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il est
+ ici question.
+
+
+
+
+MATHÉMATIQUES.
+
+
+Les Professeurs ès Mathématiques qui sont de l’Académie Royale des
+Sciences et qui ont des appartemens à l’Observatoire Royal, pour les
+Observations Astronomiques, sont Mrs Cassüni[1], de la Hire[2],
+Couplet[3], Sédillot[4] et Cusset[5].
+
+ [1] Jean Dominique, le premier et le plus célèbre de la dynastie des
+ Cassini, né en 1625 à Nice, mort en 1712 à Paris. (_V._ son Eloge
+ dans les _Œuvres_ de Fontenelle, t. V, p. 322.) Ses principales
+ découvertes en astronomie s’y trouvent analysées.
+
+ [2] Philippe de La Hire, de l’Académie des sciences, comme Cassini, et
+ professeur de mathématiques et d’astronomie au collége de France. Il
+ mourut en 1719 à soixante-dix-neuf ans. Fontenelle a fait aussi son
+ éloge, t. VI, p. 1.
+
+ [3] Claude-Antoine Couplet, qui fut plutôt ingénieur-mécanicien
+ qu’astronome. Aussi n’étoit-il logé à l’Observatoire que comme garde
+ du cabinet des machines. Il mourut le 22 juillet 1722, à
+ quatre-vingt-un an. (_V._ son éloge dans Fontenelle, t. VI, p. 159.)
+
+ [4] Il n’est guère connu que par la part qu’il prit, en 1718, au
+ voyage du second des Cassini, pour la prolongation de la mesure du
+ méridien jusqu’à Dunkerque.
+
+ [5] Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant du
+ Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science. On a de lui,
+ dans les _Mémoires de l’Académie_ de 1703, une lettre curieuse à La
+ Hire sur la montagne soi-disant inaccessible du Dauphiné.
+
+M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture qui se tient au
+Palais Brion[6], où il fait des leçons publiques d’Architecture, par
+conséquent sur la Coupe des pierres. M. Rolle[7] qui est aussi de
+l’Académie Royale des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre,
+demeure rue
+
+ [6] _V._ plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance du
+ Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie d’architecture avant
+ d’être installée au Louvre.
+
+ [7] Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on le dit ici, fut
+ sa science préférée; il n’eut pas à le regretter. Elle le mena droit
+ à l’Académie des sciences, et la solution d’un problème posé par
+ Ozanam lui valut une gratification de Colbert, que l’abbé Gallois,
+ secrétaire des ministres, dont Rolle avoit accepté la collaboration,
+ fit bientôt changer en pension durable. Il mourut en 1719, à
+ soixante-sept ans. Fontenelle a écrit son éloge. (_V._ ses _Œuvres_,
+ t. VI, p. 74.)
+
+M. Sauveur[8], rue et rue sont Professeurs Royaux au
+Collége de Cambray[9].
+
+ [8] Un des plus illustres savants de son temps, pour les mathématiques
+ et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il mourut, en 1716, à Paris.
+ (_V._ son _Eloge_ parmi ceux que Fontenelle a faits des membres de
+ l’Académie des sciences, t. V, p. 466.)
+
+ [9] C’est le collége de France, souvent appelé comme il l’est ici,
+ parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de Cambray, qui
+ lui-même avoit donné son nom à la place où il s’ouvroit. Sauveur
+ professoit au collége de France depuis 1686.
+
+Mrs Hébert, Professeur au Collége de Maitre Gervais, rue du Foin[10], et
+Varignon[11] au Collége Mazarini[12], sont encore d’une très
+particuliere distinction.
+
+ [10] Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être au lieu
+ d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite à Caen, où il
+ resta en relation avec Varignon. (_V. Histoire de l’Académie des
+ sciences_, année 1719, p. 39.)
+
+ [11] Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris en 1722, grand
+ ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle, auquel il légua tous
+ ses papiers, et qui a fait son éloge, t. VI, p. 182.
+
+ [12] En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie des
+ sciences, il étoit fait professeur de mathématiques au collége
+ Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après avoir fait sa
+ classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il avoit aussi une chaire
+ au collége de France.
+
+Les Professeurs qui enseignent chez eux et en Ville toutes les parties
+des Mathématiques, sont Mrs Ozanam, rue de Seine[13], Lieutault, rue des
+fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries Saint Germain, et
+de Blegny le jeune, près la Madelaine.
+
+ [13] Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes, mort à Paris
+ le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des sciences en 1701. Ses
+ _Récréations mathématiques et physiques_, dont la 1re édition est de
+ 1699, in-8º, sont un des premiers ouvrages de physique amusante que
+ l’on ait publiés. Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge
+ d’Ozanam.
+
+Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens Mathématiques, sont Mrs le
+Bas, aux Galleries du Louvre[14], Chapotot[15] et Buterfield[16], sur le
+Quay de l’Horloge[17].
+
+ [14] Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe Lebas, mort en
+ 1677. Le logement que celui-ci avoit occupé depuis le 26 janvier
+ 1670, «avec les autres artisans de réputation dans la galerie du
+ Louvre, destinée à cet effet», ainsi qu’il étoit dit dans son
+ brevet, avoit été conservé à son fils. Un ouvrier du même métier,
+ nommé Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (_Registres du
+ Secrétariat_, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr., nº 2771.)
+
+ [15] Ozanam a parlé de lui dans ses _Récréations mathématiques_...
+ 1696, in-8, t. II, p. 277: «Le sieur Chapotot, dit-il, ingénieur du
+ Roi, et fabricateur des instruments de mathématiques à Paris, dont
+ l’habitude est de renchérir sur les plus belles inventions.»
+
+ [16] C’étoit un mécanicien allemand,--Lister dit anglais,--qui s’étoit
+ établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et que plusieurs
+ mémoires: _Niveau d’une nouvelle construction_, 1677, in-12;
+ _Adomètre nouveau_, 1681, in-12, etc., avoient déjà fait
+ avantageusement connoître. Il y mourut en 1724. On lui doit de
+ grands quarts de cercle qui ont beaucoup contribué à sa célébrité.
+ Ses boussoles-cadrans, qu’il faisoit d’ordinaire en argent,
+ s’appeloient, de son nom, des _Butterfield_.
+
+ [17] Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit; et déjà sous
+ Louis XIV--Chapotot, d’après notre avant-dernière note, en est la
+ preuve--les fabricants d’instruments de mathématiques y prenoient le
+ titre «d’ingénieur.»--Quelques années après la publication de ce
+ _Livre commode_, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit à côté
+ de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon, dans ses _Diversités
+ curieuses_, 1699, in-12, t. II, p. 57, a parlé de lui, à propos d’un
+ «cadran équinoxial, universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille
+ aimantée, pour voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires
+ sur toutes sortes de plans... Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement
+ inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les
+ instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux deux globes,
+ sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus.»
+
+On trouve des Cartes de Geographie très curieuses chez M. Samson[18],
+aux Galleries du Louvre, et chez Mademoiselle du Val[19], sur le Quay de
+l’Horloge.
+
+ [18] Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe du Roi,
+ comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué le 27 août 1648, dans
+ l’une des premières émeutes de la Fronde. Adrien Sanson mourut le 16
+ mai 1703.
+
+ [19] Son père P. Du Val étoit «géographe ordinaire du Roi.» Elle
+ vendoit ses livres, entre autres un _Traité de géographie_, revu et
+ augmenté, quand Du Val fut mort, par le P. Placide, augustin
+ déchaussé, qui étoit aussi «géographe du Roi.» Ce Traité devint la
+ base du volume classique, connu sous le titre de _Géographie de
+ Crozat_, qu’il devoit à la fille du riche financier Crozat, pour
+ laquelle on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre
+ son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares exemplaires
+ où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La boutique de Mlle
+ Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge. On lit, en effet,
+ sur le titre: «Chez Mademoiselle Du Val, fille de l’auteur, rue
+ Saint-Jacques, au Dauphin d’or, vis-à-vis la rue de la
+ Parcheminerie.»
+
+
+
+
+MEDECINE ORDINAIRE.
+
+
+Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire, est celle qui est
+légitimement pratiquée par gens graduez, qui se rapportent assez dans
+les principes et dans les maximes essentielles, pour se rendre
+reciproquement compte de leur conduite lors des Consultations.
+
+M. le Premier Medecin du Roy[1], a son appartement au Jardin Roial des
+Plantes, où il loge quand il est à Paris[2].
+
+ [1] Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi étoit Daquin,
+ dont les appointements cumulés ne s’élevoient pas à moins de 37,000
+ livres, suivant l’_Etat de France_ de 1692, p. 235.
+
+ [2] Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes, de la
+ chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet 3,000 livres, qui
+ se confondoient avec les 37,000 de ses appointements généraux.
+
+Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant par quartier[3], qui
+pratiquent à Paris avec beaucoup de réputation, par exemple:
+
+ [3] C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit: deux par quartier,
+ ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter, dit l’_Etat de
+ France_, «273 livres 15 sous de livrées, chacun pour sa bouche à
+ cour.»
+
+Messieurs Lallier[4], rue des Prouvaires, Du Gué[5], près saint Paul,
+Fresquière[6], rue sainte Avoye, etc.
+
+ [4] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier d’avril. Il
+ étoit aussi, selon l’_Etat de France_, médecin de la Bastille.
+
+ [5] Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre.
+
+ [6] Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant le
+ trimestre de janvier.
+
+Messieurs du Chesne[7], rue de la Sourdière, et Armand[8], près saint
+Gervais, sont encore des Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup
+d’employ à Paris.
+
+ [7] Il étoit médecin du duc de Bourgogne.
+
+ [8] Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère que sous son
+ prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin, mais chirurgien, et comme
+ tel attaché à la maison de Madame, duchesse d’Orléans.
+
+M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de Medecine de Paris, demeure
+ruë de Bièvre.
+
+M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure ruë de Grenelle, quartier
+saint Honoré.
+
+Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le Rat, rue du Four S. Germain,
+sont Professeurs en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau Saint
+Gervais, et de la Carlière, rue du Batoir, en Botanique et Pharmacie.
+
+On peut recouvrer la Liste des Docteurs de cette Faculté chez le
+Concierge de leur Collège rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens
+d’une profonde érudition, entre lesquels il y en a un grand nombre qui
+sont fort renommez dans le public: par exemple, Messieurs Morin[9], rue
+Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier[10], rue de Grenelle,
+Finot[11], rue de la Monnoye, Mathon, à la Pierre au Lait, etc.
+
+ [9] Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son voyage à
+ Paris, dit être «des gens fort instruits.» L’un, né à Toulon, étoit
+ naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né au Mans, étoit
+ médecin. Ils arrivèrent presque en même temps à l’Académie des
+ sciences. Louis Morin, le médecin, qui étoit aussi grand botaniste,
+ mourut le 1er mars 1715 ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle
+ a écrit son _Eloge_. (_V._ le t. V de ses _Œuvres_, p. 380.)
+
+ [10] Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris. Son
+ fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de l’Académie des
+ sciences. (_V._ Fontenelle, t. V, p. 54.)
+
+ [11] C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit qu’il
+ étoit «au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois connu à
+ Montpellier.»
+
+Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty[12], et Bourdelot[13], rue sainte
+Croix de la Bretonnerie, ont chacun un parfait assortiment de tous les
+Livres de Philosophie et de Medecine.
+
+ [12] Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634 à Paris, où
+ il mourut en 1707. On lui doit, entre autres ouvrages, la _Statica
+ medicina gallica_. C’est comme conseiller-médecin du prince qu’il
+ logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle a écrit son _Eloge_, t. V, p.
+ 190.
+
+ [13] Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la duchesse de
+ Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles. Lister vante son
+ savoir, surtout pour l’histoire de la science qu’il pratiquoit, ce
+ qui confirme ce qu’on lit ici à propos de sa riche bibliothèque: «Je
+ citerai encore, dit-il, M. Bourdelot, médecin de la duchesse de
+ Bourgogne, qui est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un
+ savant homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine.»
+
+M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la recherche et vérification des
+Nouvelles Découvertes de Medecine, demeure au Jardin Medicinal de
+Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient Bureau rue de Guenegaud tous
+les jours de relevée. Celui là est fort renommé pour les Decentes, pour
+les maux vénériens, pour les maladies des femmes et des enfants, pour
+les hidropisies, pour les Rheumatysmes inveterez, et généralement pour
+les maladies extraordinaires.
+
+M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins qui travailloient au vieux
+Louvre[14], et qui a pris ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques
+expériences pour les maladies croniques, il demeure rue et près les
+Incurables.
+
+ [14] Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et dont Mme de
+ Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant l’eau d’émeraude (édit.
+ Hachette, t. VII, p. 411, 414), avoient été deux: le P. Agnan nommé
+ ici, et le P. Rousseau qui étoit mort à cette époque. Le nom par
+ lequel on les désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la
+ recommandation de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit
+ donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où, pendant près
+ de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler. Le frère du P.
+ Rousseau publia en 1697, in-12, un volume devenu rare: «_Secrets et
+ remèdes éprouvez, dont les préparations ont été faites au Louvre, de
+ l’ordre du Roy_, par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin
+ et médecin de Sa Majesté.» Le P. Agnan est nommé dans
+ l’avertissement, comme «confrère et co-inventeur de notre illustre
+ deffunt.» Il est resté de Rousseau, dans le _Codex_, une sorte
+ d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom de vin ou «gouttes
+ de Rousseau.» (_V. Le Vieux-Neuf_, 2e édit., t. II, p. 388.)--Le
+ curieux et rare volume publié en 1693, l’_Ancienne médecine à la
+ mode_, est du capucin Aignan, qui du reste l’a signé.
+
+M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne une poudre émétique contre
+les cours de ventre et dissenteries, demeure rue Serpente[15].
+
+ [15] «Le médecin Hollandais, renommé pour quelques remèdes
+ spécifiques, demeure rue Gille Cœur.» Edit. 1691, p. 15.--Le remède,
+ auquel Helvétius dut sa réputation et sa fortune, étoit
+ l’_Ipécacuhana_ récemment importé du Brésil, et que lui avoit fait
+ connoître un droguiste de Paris. Reçu docteur en médecine, et
+ naturalisé françois, il obtint, le 19 juillet 1688, permission de
+ débiter son remède, pendant quatre années, après épreuves faites à
+ l’Hôtel-Dieu par Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., _mss.
+ Clairambault_, t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une
+ très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent, et ne
+ commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique: «Helvétius,
+ écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691, est en réputation même
+ pour les fièvres, et il va partout comme les autres médecins.» On
+ peut lire sur lui quelques pages curieuses dans l’_Elite des
+ Bons-Mots_, 1731, in-12, t. I, p. 469.--Son fils fut le riche
+ financier philosophe, auteur du livre _De l’Esprit_.
+
+La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à la première page[16], vend
+la Biblioteque universelle des secrets de Medecine recherchez et
+publiez, par ordre de M. le premier Médecin de Sa Majesté[17], le
+Recueil des Journaux de Médecine, le Traité Medicinal du Thé, du Caffé
+et du Chocolat[18], les Observations astronomiques et Medicinales qu’on
+doit à l’invention des lunettes d’aproche, et plusieurs autres Livres
+curieux à l’usage des Medicins.
+
+ [16] La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement
+ classique, existe encore à la même place sur le quai Conti, alors
+ appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis Nyon, fils de
+ Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après elle, son fils Jean-Luc
+ dirigea sa librairie, et quand il fut mort, sa femme, autre veuve
+ Nyon, en garda la direction jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle
+ s’appeloit Marie-Anne Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de
+ Paris, et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut
+ dans sa boutique du quai des Augustins, _à la Bible d’or_, le
+ premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot.
+
+ [17] L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails sur ce
+ point: «On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre de M. le premier
+ médecin du Roi, fait un recueil général de tous les remèdes secrets,
+ tant de ceux qui avoient déjà été publiés que de ceux qui estoient
+ réservez en manuscrits dans les bibliothèques curieuses, ou qui
+ avoient esté communiquez par divers particuliers aux médecins de la
+ Société royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes
+ in-8º, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant l’abreuvoir
+ Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres de M. de Blegny qui
+ en est auteur.» Il nous a dit, en effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit
+ «préposé à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de
+ médecine.»
+
+ [18] Blegny, qui tout-à-l’heure fera de si belles réclames à ses
+ remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié cinq ans
+ auparavant, et dont voici le titre exact: _Le bon usage du thé, du
+ café et du chocolat, pour la préservation et la guérison des
+ maladies_. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage qui suit doit aussi être de
+ lui, mais nous ne pouvons l’assurer.
+
+Pour la Société Roiale de Medecine, voiez l’article des Rapports et
+Verifications d’Experts.
+
+L’Histoire de la Medecine et des Medecins nouvellement publiée par M.
+Bernier[19], auteur de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon
+Langrögne, rue saint Victor. Les premières parties de ce Livre estant
+comme un extrait du Dictionnaire Historique de Morery[20], on le lit
+avec plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de fortes atteintes
+à l’honneur de gens vertueux et recommandables[21], dont apparemment il
+a voulu se distinguer.
+
+ [19] Ce sont les _Essais de médecine_ de Jean Bernier, auxquels il ne
+ donna le titre d’_Histoire chronologique de la Médecine_, qu’à la
+ seconde édition, en 1695. La première étoit de 1689. Il avoit fait,
+ comme on le dit ici, une _Histoire de Blois_, sa ville natale.
+
+ [20] Dans le chapitre IV de la 1re partie de son livre, Bernier fait,
+ en effet, l’histoire chronologique de la médecine et des médecins,
+ et n’y reproduit guère que ce qu’on en lisoit dans Moréri.
+
+ [21] Les gens «vertueux et recommandables», dont parle ici Blegny,
+ sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que Bernier malmène
+ d’importance dans son XIIIe chapitre: _Des charlatans prétendus
+ médecins, et des médecins charlatans_. «Quant à nos empiriques, y
+ dit-il par exemple, ce ne sont ordinairement... que des
+ banqueroutiers, des gens ruinez ou saisis, des fugitifs, des
+ téméraires: au moins des gens sans étude, sans principes, sans
+ caractère.» Parmi tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit
+ que l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se venger
+ de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et qui lui valut
+ de plus directes représailles. Dans l’_Anti-Menagiana_, publié en
+ 1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé dans ses _Essais_, le nomme
+ sans pitié, et cela dès sa préface, p. 16, où, parlant de son
+ almanach et des ennuis qu’il lui avoit attirés, il dit: «l’auteur en
+ est Blegny, le bastillé et le bastillable.» Ailleurs, p. 118, il y
+ revient dans une attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître
+ Notre-Dame, «qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans
+ l’_Almanach des adresses_ d’Abraham Du Pradel.» Plus loin, p.
+ 230-231, autre attaque encore contre l’homme et son livre. Blegny,
+ comme on voit, n’avoit gagné à se défendre que des horions nouveaux.
+
+La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à Lyon en latin et en
+françois[22], se trouve chez presque tous les Libraires de la rue Saint
+Jacques.
+
+ [22] Ce sont les _Institutions de médecine_ de Michel Ettmüller, mort
+ en 1683.
+
+
+
+
+MEDECINE EMPIRIQUE.
+
+
+Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée par des
+particuliers, dont l’étude n’a pas esté assez réglée pour parvenir aux
+degrez, et qui se fondent principalement sur les épreuves de quelques
+Receptes medicinales.
+
+Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques et des Religieux qui
+pratiquent à Paris cette sorte de Medecine[1]; par exemple, M. l’Abbé
+Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier, et qui demeure à présent
+à l’Arsenal.
+
+ [1] C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier dans son
+ chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont pour lui la
+ plupart «des moines ignorants, et las de la robe,... des pieds
+ déchaux, qui ne savent où donner de la tête.»
+
+M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini.
+
+M. le Curé d’Evry, Village de Brie[2], qui donne avec permission une
+boisson sudorifique, par la chaleur de la quelle il tache de consommer
+les causes des maladies.
+
+ [2] Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert, département de
+ Seine-et-Marne.
+
+Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le Prieur, et qui demeure ruë de
+la Raquette, Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour un
+apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus facheuses opilations dans
+les deux sexes[3].
+
+ [3] Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd., p. 18:
+ «Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans la rue de la
+ Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de médecine, et qui se dit
+ très-habile.» Rue de la Raquette, c’est, comme on sait, rue de la
+ Roquette.--Bernier, p. 296 de ses _Essais_, semble faire allusion à
+ ce remède du prieur: «Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à
+ connoître ceux qui ont débité et fait valoir aux simples: qui des
+ remèdes pour les dents;... qui... des stipiques à divers usages, des
+ _apéritifs_...»
+
+Le Frère Ange, Capucin[4], qui distribue un Opiatte et un Sirop
+mesentirique et epatique, est resident au Fauxbourg saint Jacques.
+
+ [4] «Renommé pour la cure des maladies chroniques... au couvent du
+ faubourg Saint-Jacques,... a un laboratoire assez curieux.» Édit.
+ 1691, p. 18.
+
+Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg saint Germain, fait des
+recherches dans la Chimie.
+
+
+
+
+OPERATIONS CHIRURGICALES.
+
+
+Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son appartement au vieux
+Louvre, où il loge quand il est à Paris.
+
+M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville, Prevoté et Vicomte de
+Paris[1], renommé pour la saignée et pour la grande Chirurgie[2],
+demeure rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen.
+
+ [1] François Du Tertre, que l’_Etat de France_ pour 1692, t. I, p.
+ 240, qualifie «lieutenant des chirurgiens de Paris», retenu par le
+ Roi pour «l’employer où il pourra en avoir affaire. Il a cinq mille
+ et tant de livres d’appointements.» Les chirurgiens du Roi qui
+ étoient au nombre de neuf, un premier ordinaire, et huit ordinaires
+ servant par quartier, pouvoient, d’après une déclaration de Louis
+ XIII, «tenir ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où
+ seront les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers
+ chirurgiens.»
+
+ [2] Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du Parlement.
+
+Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté des Chirurgiens Jurez de
+Paris, sont Messieurs David, rue de l’Arbre sec: Cuqüel, rue Galande,
+Caubouë, rue Montorgueil: et Gigot, rue saint André.
+
+La Liste générale des maîtres de cette Communauté se peut recouvrer aux
+Ecoles de Chirurgie près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude du chef
+d’œuvre[3] et des exercices qui s’y font en tout temps, doit faire
+presumer que cette liste n’est composée que d’habiles gens; et en effet
+il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables par quelques
+endroits: par exemple, pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à
+l’Hôtel Dieu[4]. Bessière, près la Trinité[5]. Triboulleau, rue des
+Juifs. Roberdeau, rue saint André. Haustome, rue de la Truanderie, etc.
+
+ [3] On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les
+ corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour la
+ communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération faite avec
+ succès.
+
+ [4] On a de lui un _Traité des maladies des os_, et un certain nombre
+ de mémoires parmi ceux de l’Académie des sciences.
+
+ [5] «M. Bessière, chirurgien fameux pour les playes et pour les
+ grandes opérations, demeure rue d’Arnetal (Grenétat), près la
+ Trinité.» Edit. 1691, p. 18.--Jacques Bessier--c’est son vrai
+ nom--fut, en effet, célèbre. C’est un des quatre chirurgiens
+ auxquels le roi accorda des lettres de noblesse, il les obtint en
+ 1712. Julien Clément, qu’on trouvera tout-à-l’heure, en avoit eu de
+ semblables l’année précédente.
+
+Pour les Consultations M. Morel, rue du Bac, près les Convalescens[6].
+
+ [6] «M. Morel, premier chirurgien de la Charité, recherché pour les
+ consultations chirurgicales...» Edit. 1691, p. 18.--L’hôpital des
+ convalescents, près duquel il demeuroit, se trouvoit rue du Bac, à
+ la hauteur du nº 98, qui le remplace. Il avoit été fondé, en 1642,
+ par Mme de Bullion, femme du surintendant des finances, pour les
+ convalescents de la Charité. Tous y étoient admis, à l’exception des
+ soldats, des laquais et des prêtres.
+
+Pour la Saignée Messieurs Gillet, rue d’Orléans. Passerat, rue Neuve des
+Petits Champs. Canto, rue des Boucheries saint Germain. Gervais, rue
+saint Antoine. Meurisse, rue saint Jacques, etc.
+
+Pour la reduction des os rompus et demis, M. Michault, rue Hautefeuille,
+etc.
+
+Pour les accouchemens, Mrs Mauriceau, rue neuve de Richelieu. Clément,
+rue et devant le petit S. Antoine[7]. Portail et Bonnamy, rue saint
+Martin. Desforges, près saint Eustache. De Frades, rue Comtesse
+d’Artois, etc.
+
+ [7] «M. Mauriceau, chirurgien-accoucheur, auteur d’un traité des
+ maladies des femmes, qui se vend chez d’Houry, rue Saint-Jacques,
+ demeure dans la rue des Petits-Champs.--Monsieur Clément, qui a eu
+ l’honneur d’accoucher Madame la dauphine, demeure devant le petit
+ Saint-Antoine.» Edit. 1691, p. 18.--Mauriceau, qui fut si célèbre
+ pour les accouchements, et dont le _Traité des femmes grosses_,
+ qu’il publia en 1681, et qu’il traduisit lui-même en latin, resta
+ classique en chirurgie jusqu’à nos jours, avoit en effet demeuré rue
+ Neuve-des-Petits-Champs avant d’aller rue de Richelieu. Il y
+ logeoit, quand son _Traité_, qu’il vendoit lui-même, parut. On lit
+ sur le titre: «Chez l’auteur, au milieu de la rue des Petits-Champs,
+ _au bon Médecin_.» Cet accoucheur avec enseigne ne doit pas
+ surprendre. C’étoit l’usage, que les sages-femmes continuent encore.
+ La plupart des chirurgiens tenoient d’ailleurs boutique, et une
+ enseigne leur étoit nécessaire. On lit dans les _Œuvres_ de Santeul,
+ 1698, in-12, 2e part., p. 178, un distique qu’il avoit fait pour une
+ de ces enseignes: _Sur un tableau de la charité de Saint Louis_, y
+ est-il dit, _à la boutique d’un chirurgien, proche Saint Martial_:
+
+ Ne medicas adhibere manus dubitaveris œgro,
+ Admonet hæc pietas regia, te que docet.
+
+Pour l’Anatomie Messieurs Chevalier, rue de la Pelleterie, et Dalibourg,
+rue Neuve de Richelieu.
+
+M. Tolet Opérateur du Roy pour l’opération de la Pierre qu’on nomme
+_Lithotomie_, demeure rue Jacob près la Charité[8].
+
+ [8] «M. Tolet, qui a été longtemps chirurgien de la Charité, où il a
+ pratiqué cette opération (de la pierre), et qui est auteur d’un
+ livre qui en traite particulièrement, demeure rue Jacob, près le
+ portail de cet hôpital.» Edit. 1691, p. 18.
+
+Messieurs Collot père et fils, fameux pour la même opération, demeurent
+rue de Seine quartier saint Germain.
+
+M. Gervais, rue Mazarini au coin de la rue de Guénegaud, a un
+particulier talent pour penser les loupes, les signes et les porreaux.
+
+M. Girard Chirurgien Opérateur qui s’attache particulierement à la
+Catharacte, et qui fait son sejour ordinaire à Chalons en Champagne
+vient à Paris tous les ans au Printemps, et loge rue de la Huchette à
+l’enseigne des Capillaires de Montpellier[9].
+
+ [9] Enseigne toute pharmaceutique. Il sera parlé plus bas, p. 169, n.
+ 2, du sirop que faisoit Blégny avec «les capillaires de
+ Montpellier.»
+
+M. Quarante qui a succédé au feu Sieur Carmeline[10] son oncle pour les
+maladies et pour les opérations de Dens, demeure sur le quay de la
+Megisserie devant le Pont neuf.
+
+ [10] Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre dès le
+ temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans _les
+ Mazarinades_. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au rez-de-chaussée
+ de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, où, suivant _le
+ Chevræana_ il s’étoit donné pour ingénieuse devise ce vers un peu
+ arrangé du VIe livre de l’_Œnéide_:
+
+ _Uno_ avulso non deficit alter.
+
+ Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier.
+ L’arracheur de dents par excellence fut toujours Carmeline. Ecoutez
+ Racine dans une lettre à son fils, du 4 octobre de cette même année
+ 1692: «Si vous aviez bien lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous
+ auriez vu qu’il mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il
+ n’auroit pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline
+ lui eût nettoyé les dents.» En 1696, on ne nomme encore que
+ Carmeline; de son neveu et successeur Quarante pas un mot: «C’est,
+ dit Arlequin, à la scène première du premier acte d’_Arlequin
+ Misanthrope_ joué cette année-là, c’est une beauté surannée, qui
+ oublie qu’elle n’a pas une dent dans la bouche sur laquelle
+ Carmeline n’ait une hypothèque spéciale.»
+
+Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir, Surin et Coupart au Pont
+Marie, s’exercent aux mêmes opérations.
+
+Les Sieurs Langlois[11], rue Montmartre; de Rere et Cuvillier, à la
+Croix du Tiroir, sont occupez à la reduction des os fracturez et
+disloquez.
+
+ [11] Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier, qui
+ soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté de Reims,
+ une lutte fort vive, en 1695, contre «les doyens et docteurs de la
+ Faculté de Médecine de Paris», qui ne vouloient pas les reconnoître,
+ et refusoient de consulter avec eux. Après un an de guerre de
+ mémoires et _factum_, le roi donna raison aux deux docteurs
+ provinciaux. Ce dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps
+ de tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664, dans
+ sa IVe satire: _le Médecin pédant_:
+
+ ... Il traite d’écolier
+ L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.
+
+Mademoiselle de Blegny directrice honoraire et perpetuelle de la
+Communauté des Jurées Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement pour
+les personnes de la première qualité et pour celles qui luy sont
+confiées, demeure chez M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud,
+première porte à droite[12].
+
+ [12] Cet article est différent, moins long, mais plus curieux dans
+ l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer sa femme: «la
+ Directrice en chef honoraire et perpétuelle des jurées sages-femmes
+ de Paris, dit-il, demeure au Jardin médicinal de Pincourt, où les
+ dames de province peuvent faire leur couche à un écu par jour.»
+
+Les Directrices agentes de la Communauté, sont Mesdames Langlois, rue
+Dauphine, Soret, rue Transnonnain, Cuvilliers, place Baudoyer, et
+Regnault, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie.
+
+Pour les Jurez Chirurgiens et les Jurées Sages-Femmes du Châtelet, voyez
+l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
+
+On est renvoyé au même endroit pour le Traité des Rapports de Chirurgie.
+
+Le Livre des Accouchemens de M. Mauriceau[13] et celuy des Décentes de
+M. de Blegny, se vendent chez Laurent d’Houry, rue saint Jacques[14].
+
+ [13] _V._ plus haut, p. 159-160, sur Mauriceau et son livre.
+
+ [14] Il avoit été reçu libraire à la place de Jean d’Houry, son père,
+ en 1678.
+
+Le Traité des Maux Vénériens[15] du même Auteur, se trouve chez Estienne
+Michallet, rue saint Jacques, et chez la veuve Nion, quay de Nesle[16].
+
+ [15] Les remèdes contre ces maladies étoient les plus exploités, et
+ cela pour de honteuses raisons que Lister nous explique au chapitre
+ XI et dernier de son _Voyage à Paris_ en 1698: «Ces traitements
+ secrets, dit-il, ont mis en pratique de misérables petites espèces
+ de toute sorte, et leur ont donné lieu d’insulter les familles,
+ sitôt qu’elles ont été au fait de leurs malheurs... Tout le monde
+ ici s’en mêle, et veut avoir son spécifique contre cette maladie:
+ Apothicaires, barbiers, femmes, moines...»
+
+ [16] Dans l’édit. de 1691, p. 19-20, Blégny donne bien mieux qu’ici la
+ liste de ses livres: «Chez la veuve Nion... l’on trouve tous les
+ autres livres de M. de Blegny, à sçavoir: le _Recueil des nouvelles
+ découvertes de médecine_, en quatre volumes in-douze, qui se vendent
+ huit livres--il n’a été parlé plus haut que de l’édit. en deux
+ volumes in-8, sans indication de prix;--le _Remède anglois_, publié
+ par ordre du Roy, qui se vend vingt sols; l’_Art de guérir les
+ maladies vénériennes_, en trois volumes in-12, qui se vendent quatre
+ livres dix sols; l’_Art de guérir les descentes_, qui se vend une
+ livre dix sols; la _Doctrine des rapports de chirurgie fondée sur
+ les maximes d’usage et sur la disposition des nouvelles
+ ordonnances_, qui se vend une livre cinq sols; le _Bon usage du thé,
+ du caffé et du chocolat, pour la préservation et pour la guérison
+ des maladies_, qui se vend une livre dix sols; les _Observations qui
+ ont esté faites dans les astres depuis l’invention des lunettes
+ d’approche avec les utilitez qu’on en peut tirer pour la pratique de
+ la médecine_, qui se vend une livre cinq sols, et quelques autres.»
+
+On trouve un grand nombre d’autres Livres de Chirurgie chez les mêmes
+Libraires.
+
+
+
+
+MATIERES MEDÉCINALES SIMPLES ET COMPOSÉES.
+
+
+Les Marchands Epiciers qui s’attachent particulièrement à la Droguerie
+medecinale[1], sont pour la plu-part dans la rue des Lombards: par
+exemple, Messieurs Tranchepain, Vilain et Michon.
+
+ [1] Les épiciers, sous prétexte de drogueries, s’étoient faits de
+ véritables apothicaires, mais cela n’alla pas sans procès. Il y en
+ eut un notamment fort grave entre ces rivaux de la pilule et des
+ drogues, en 1633. Gui Patin en a parlé. (_V._ ses _Lettres_, anc.
+ édit., t. I, p. 38, et II, p. 134.) A Paris, l’affaire s’arrangea;
+ mais un siècle après, elle se ralluma en province, à Chartres, où le
+ démêlé entre les épiciers et les apothicaires fit très-grand bruit
+ en 1758. On en trouvera quelques détails dans l’_Année littéraire_
+ de Fréron, 1758, t. VIII, p. 256. Pendant que les apothicaires de
+ province contestoient aux droguistes la vente des remèdes, les
+ droguistes de Paris faisoient la même querelle aux religieux carmes
+ ou jésuites qui s’étoient mis avec eux en concurrence: «les
+ jésuites, écrit Voltaire à Thiriot le 15 septembre 1768, eurent, il
+ y a quelques années, un procès avec les droguistes de Paris, pour je
+ ne sais quel élixir qu’ils vendoient fort cher, après avoir vendu de
+ la grâce suffisante qui ne suffisoit point, tandis que les
+ jansénistes vendoient de la grâce efficace sans efficacité. Ce monde
+ est une grande foire, où chaque Polichinelle cherche à s’attirer la
+ foule; chacun enchérit sur son voisin.»
+
+Il y a néanmoins de ces Droguistes en quelques autres endroits de la
+Ville: par exemple, Messieurs Andry, rue de la vieille Bouclerie[2],
+Brousset, rue neuve saint Mederic[3]; Moulin, rue des trois Maures;
+Boileau, rue des Lavandières[4], etc.
+
+ [2] Son fils, qui se faisoit appeler Andry de Boisregard, publia, en
+ 1738, un volume sous ce titre: _Cléon à Eudoxe, touchant la
+ prééminence de la médecine sur la chirurgie_.
+
+ [3] «Au coin de la rue Macon.» Edit. 1691, p. 32.
+
+ [4] «Quartier Sainte-Opportune.» _Ibid._
+
+Les uns et les autres vendent en gros et en détail, généralement tout ce
+qui peut faire le sujet des opérations de la Pharmacie et de la Chimie,
+à l’exception de quelques métaux dont il sera parlé dans un chapitre à
+part; de la plûpart des herbes qui sont vendues dans les Halles et
+Marchez par les Herboristes, et des fleurs qu’on trouve dans leurs temps
+le matin, rue aux Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes ou
+Bouquetières.
+
+Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie, sont Messieurs
+Clément à l’Hôtel de Soissons; Gaillard, rue saint Honoré près saint
+Roch, et Martel, rue saint Avoye.
+
+Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs Harland, rue saint
+Jacques de la Boucherie; Boudet, rue saint Martin; et Chabouillé, rue de
+la Cordonnerie.
+
+Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent ensemble qu’un même
+corps, ont leur Bureau au petit cloître sainte Opportune.
+
+Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté qui se piquent d’avoir
+chez eux un grand assortiment de préparations Chimiques et
+Pharmaceutiques: par exemple,
+
+Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg[5], et Bolduc[6], rue des Boucheries
+saint Germain, qui opère au Jardin Royal des Plantes.
+
+ [5] Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en 1785. Il se
+ tenoit chez lui des assemblées de savants, dont Fontenelle, dans
+ l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir toute
+ l’importance (t. VI, p. 487): «M. Cassini, dit-il, y apportoit ses
+ planisphères, le P. Sébastien ses machines, M. Joblot ses pierres
+ d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses dissections, et M. Homberg des
+ opérations de chymie... Ces conférences parurent si bien entendues
+ et si utiles, ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de
+ l’établissement des expériences de physique dans les colléges.»
+ Lister, au chapitre XI de son _Voyage à Paris_, a décrit ainsi
+ l’apothicairerie de Geoffroy: «Elle est, dit-il, dans la rue
+ Bourgthibourg: l’entrée de la basse-cour est par une porte cochère
+ avec des niches, où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes
+ entré, vous trouvez des salles ornées d’énormes vases et de mortiers
+ de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les
+ drogues et les préparations sont en des armoires rangées autour de
+ ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres et
+ parfaitement montés.» Lister parle ensuite du fils de Geoffroy,
+ qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé avec le comte de
+ Tallard. Il le considère comme un jeune homme de la plus belle
+ espérance, ce qu’il ne démentit pas. Il arriva, comme médecin, à
+ l’Académie des sciences, et, nous l’avons dit, Fontenelle fit son
+ éloge.
+
+ [6] Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le plus grand
+ cas: «C’étoit, dit-il (_Mémoires_, édit. Hachette, in-18, t. VI, p.
+ 238), un excellent apothicaire du Roy, qui, après son père, avoit
+ toujours été et étoit encore le nôtre avec un grand attachement, et
+ qui en savoit pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme
+ nous l’avons expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et
+ d’honneur, de discrétion et de sagesse.»
+
+M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale des Sciences, a
+pareillement une Apoticairerie fort complette dans sa maison rue de
+Seine à saint Germain des Prez[7].
+
+ [7] Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, en 1621, mort à
+ Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de l’Académie des sciences,
+ dès sa fondation en 1666. Fontenelle, qui a écrit son éloge (t. VI,
+ p. 48-50), dit «qu’il fit voir à l’Académie près de deux mille
+ analyses de toutes sortes de corps.» Il le vante aussi, comme
+ apothicaire, «pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes,
+ qu’il distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et
+ très-modique.»
+
+Il en est de même de M. Habert Syndic en Charge des Apoticaires des
+Maisons Royales, qui fait souvent des Cours publics de Chimie en son
+Laboratoire, nie du Four à saint Germain des Prez.
+
+M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et des Camps et Armées de Sa
+Majesté[8], qui n’est pas moins curieux dans sa profession et qui a fait
+deux préparations publiques de la Theriaque d’Andromachus[9] avec un
+applaudissement général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire qui est d’un
+très grand effet dans les playes d’arquebusade, ruë saint Honoré près
+saint Roch[10], où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.
+
+ [8] Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin des
+ Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. On lui
+ dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après l’_Etat de France_ de
+ 1692, p. 354, non-seulement apothicaire «des camps, hôpitaux et
+ armées», mais aussi du Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de
+ Rouvière.
+
+ [9] On attribuoit, d’après Galien (_De antidotis_, lib. I), la
+ composition très-compliquée de la _Thériaque_, dont le nom venoit de
+ la morsure des bêtes venimeuses, _thêra_, qu’elle guérissoit, au
+ médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une espèce d’opiat ou
+ d’électuaire liquide composé de drogues choisies, dont on finit par
+ faire une sorte de panacée. A Venise, les magistrats présidoient à
+ sa composition. Aussi est-ce de là que venoit, on le verra plus
+ loin, celle qui inspiroit le plus de confiance. A Paris, comme il
+ est dit ici, la préparation s’en faisoit chaque année publiquement,
+ et il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (_V._ les _Mémoires
+ secrets_, t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa
+ réputation par un ouvrage sur le fameux remède: _Thériaque
+ d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires sur
+ l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients_, Paris,
+ 1668, in-8.
+
+ [10] Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, «un
+ apothicaire-épicier», Claude-François Péaget, dont il tint sur les
+ fonts, le 27 décembre 1685, la fille Marie-Charlotte, qui devint la
+ femme de Crébillon le tragique, et la mère de l’auteur du _Sopha_.
+ (Jal, _Dict. critique_, p. 455.)
+
+M. Lemory[11] célèbre par son livre[12] et par ses Cours de Chimie[13],
+qui a esté gratifié d’un Privilège du Roy, en faveur de sa
+conversion[14], continue ses exercices, et la distribution de ses
+préparations Chimiques, et du sel policrete de M. Seignette, chez luy au
+bas de la rue saint Jacques[15] où il vend son Livre, qu’on trouve
+d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine saint Severin.
+
+ [11] Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas Lémery,
+ qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à 1715, époque de sa
+ mort, et, quoique simple apothicaire, y jeta le plus vif éclat.
+ Parmi ses remèdes, qui furent très à la mode, et qui l’enrichirent,
+ se trouvoit le _magistère de Bismuth_, qui, tout seul, eût suffi à
+ sa fortune. Ce n’est pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393),
+ «que ce qu’on appelle du blanc d’Espagne»; mais il n’y avoit que lui
+ qui en eût alors le secret à Paris.
+
+ [12] C’est son _Cours de chimie_ publié en 1675, et dont le succès fut
+ tel que, suivant Fontenelle, «il se vendit comme un ouvrage de
+ galanterie ou de satire.»
+
+ [13] La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à la mode,
+ lui attira l’affluence la plus choisie: «Il en ouvrit, dit
+ Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, où il se logea.
+ Son laboratoire étoit moins une chambre qu’une cave et presque un
+ antre magique éclairé de la seule lueur des fourneaux; cependant
+ l’affluence du monde y étoit si grande, qu’à peine avoit-il de la
+ place pour ses opérations.»
+
+ [14] Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de Nantes
+ l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y avoit perdu le
+ droit de s’occuper de la médecine et de ce qui en dépendoit. Lémery
+ qui, deux ans auparavant, avoit séjourné en Angleterre, songea
+ d’abord à y retourner avec tous les siens, mais il se décida enfin
+ pour la conversion, dont on parle ici. Dans les premiers mois de
+ 1686, c’étoit chose faite.
+
+ [15] Au coin de la rue Galande. _V._ l’avant-dernière note.
+
+M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du Roy sur le quay de Nesle au
+coin de la rue de Guenegaud, tient aussi un assortiment complet de
+toutes les compositions, extraits, eaux distillées, sels, et Magisteres
+de la Pharmacie Galenique, et de la Chimie, tant de la préparation de
+Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, d’Italie, etc., aussi
+bien que les Baumes verts, noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.[16]
+
+ [16] «L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre sexe, la
+ crème de perles qui oste les boutons et rougeurs du visage,
+ l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la bonté des dents;
+ la véritable eau de la reyne d’Hongrie et le vrai sirop de
+ capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, la thériaque de
+ Venise, le baume apoplectique d’Angleterre, le baume blanc, le baume
+ vert et le baume du Pérou; la pommade qui amortit les héméroïdes, la
+ poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre les
+ dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de romarin, de
+ sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres essences fortes
+ venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau impériale et toutes
+ autres eaux distillées, l’emplastre contre les loupes et ganglions,
+ le sirop de caffé, la panacée mercurielle, la poudre sternutatoire,
+ l’huile de palme.» Edit. 1691, p. 19.
+
+C’est le seul artiste à qui les descendans du Signor Hieronimo de
+Ferranti Inventeur de l’Orvietan[17], ayent communiqué le secret
+original[18].
+
+ [17] C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647, par le
+ charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et qui fut surtout
+ connu par son surnom _Orvietano_, qui devint bientôt celui de son
+ remède. On le croyoit bon surtout contre les poisons et contre les
+ maléfices. C’est pour cela que le Sganarelle de l’_Amour médecin_
+ veut en faire prendre à sa fille.
+
+ [18] «L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy a été
+ communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier héritier du
+ secret.» Edit. 1691, p. 19.
+
+Il dispense aussi tous les Remedes achetez et publiez par ordre du Roy.
+
+Une conserve et une liqueur pour la guérison des phtisiques et des
+poulmoniques[19].
+
+ [19] «La conserve balsamique qui guérit presque tous les poulmoniques
+ en six semaines.» _Id._, p. 17.
+
+Une tizanne filtrée pour purger doucement et agréablement la bile, la
+pituite et généralement toutes les superfluitez.
+
+Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et les Ulcères de la gorge, les
+Cancers, les Ecroüelles ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et
+variqueux des jambes et d’ailleurs[20].
+
+ [20] Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à «l’emplâtre
+ philosophique» que sont attribuées toutes ces vertus.
+
+Une Eau anodine qui appaise avec une promptitude surprenante la douleur
+des dents, toutes les espèces de Coliques, les Véroliques[21], les
+Rhumatismes, les Douleurs causées par le mercure, la Sciatique, et les
+Gouttes des mains et des pieds.
+
+ [21] C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient la
+ guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, selon Palaprat
+ dans la préface de sa comédie des _Empiriques_ jouée en 1697, des
+ billets imprimés du genre de celui-ci: «M. Mercurini, napolitain,
+ guérit sûrement, promptement, agréablement, et sans obliger à garder
+ la maison, toutes sortes de maladies secrètes... M. Mercurini voit
+ les hommes. Madame Mercurini voit les femmes.» Il nous semble bien
+ que ce sont M. et Mme Blégny, d’autant mieux que l’on trouvera plus
+ loin un spécifique de leur façon, «qui guérit promptement, sûrement»
+ lesdites maladies. On a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le
+ remède de Blégny étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de
+ Mercurini que lui donne Palaprat.
+
+Une Liqueur de jouvence[22] qui rectifie les constitutions vicieuses,
+qui désopile les viscères obstruez, qui corrige les deffauts de la
+digestion, qui guérit radicalement le vertige, la migraine et les
+vapeurs, qui regle les excrétions, en un mot qui rajeunit comme une
+espèce de fontaine de jouvence.
+
+ [22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des _Essais de
+ médecine_ de Bernier, quelques lignes contre «une eau de Jouvence»,
+ qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny.
+
+Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine
+emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité,
+elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours
+de ventre, de flux de sang et de dyssenteries.
+
+Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement,
+seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes.
+
+Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées,
+des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence
+d’urine[23], etc.
+
+ [23] «Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes
+ espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des
+ reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent
+ les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui
+ réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches,
+ et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et
+ des paralisies.» Edit. 1691, p. 16-17.--Cet article y est précédé de
+ celui-ci: «les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui
+ desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent
+ toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui
+ abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels
+ d’une mauvaise constitution.»
+
+Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des
+Dents.
+
+ [24] «Une essence végétale...» _Id._, p. 17. On y lit à la suite de
+ cet article: «l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les
+ douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les
+ parties... le sirop de vanille, qui a une propriété singulière
+ contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote
+ universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres
+ gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans
+ retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres
+ intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un
+ très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes
+ expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions
+ pressantes et subites.»
+
+Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre
+sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des
+mauvais travaux.
+
+Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de
+Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent
+aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les
+chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26].
+
+ [25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par
+ excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de
+ Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur
+ lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange
+ distillées.
+
+ [26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p.
+ 17, surtout pour les «cassolettes philosophiques.» Blégny, comme on
+ va voir, ne les appelle alors que «cassolettes royales.» Il parle
+ d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont
+ l’invention rappelle singulièrement celle de nos «caléfacteurs», et
+ devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme
+ certain gourmet de Regnard à porter «cuisine en poche.» Voici ces
+ deux articles: «les caffetières et chocolatières portatives, qui
+ n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de
+ contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de
+ sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le
+ fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes,
+ les cuillères, etc.--Les cassolettes royales, par lesquelles on
+ réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux
+ d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe,
+ pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu
+ de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, au-dessus de
+ laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de
+ cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées
+ au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur
+ que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en
+ vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les
+ fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le
+ globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement
+ pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air
+ chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs
+ indispositions.»
+
+Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les
+Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et
+quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28].
+
+ [27] _V._ sur les bandages ou _brayers_, depuis le moyen-âge jusqu’au
+ XVIIe siècle, le _Vieux-Neuf_, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut
+ p. 13.
+
+ [28] «A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale
+ des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les
+ bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup
+ par cet assujétissement à la guérison de ces maladies.» Edit. 1691,
+ p. 16.
+
+Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du
+gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre
+d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la
+sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes,
+les signes, les porreaux, etc.
+
+Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en
+très peu de prises.
+
+Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes
+cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne
+leurs vertus et leurs usages[30].
+
+ [29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on
+ proverbialement: propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce
+ qu’au temps de Rabelais on appeloit des _Silènes_: «Silenes
+ estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que
+ voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus
+ de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons
+ bridez, lièvres cornuz, canes bastées... et aultres telles
+ painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire...
+ mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme,
+ ambre gris, amomon, muscq, zivette...» _Silènes_ passoient aussi
+ pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens,
+ lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les _Silènes d’Alcibiade_.
+ (V. le _Bulletin du bibliophile_, 1857, p. 152.)
+
+ [30] On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes de pâte de
+ Regnault, et autres.
+
+Une personne solvable qui connoit la vertu de ces Remedes, s’oblige
+quand on le veut d’en payer la valeur en l’acquit des malades en cas
+qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent de les payer au
+double pour une parfaite guérison.
+
+Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant les Ecoles de Medecine,
+vend toutes sortes d’Eaux minérales artificielles[31].
+
+ [31] «On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la Truanderie, au
+ bureau du Messager de Forge.» Edit. de 1691, p. 19.--Les eaux
+ minérales artificielles sont vivement moquées par Bernier dans ses
+ _Essais de médecine_, 1re part, chap. XIII. On les fait, dit-il,
+ avec beaucoup d’eau pure et un peu de vitriol--nous dirions
+ aujourd’hui d’acide sulphurique;--or, les limonades gazeuses ne se
+ font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales de Fillesac
+ n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. On trouve un
+ curieux prospectus imprimé de sa drogue en bouteille dans les _Mss._
+ de la collection Delamarre, nº 21, 738, _ad finem_. Un certain
+ Barbereau, que La Bruyère a désigné par B. B. dans son chapitre _des
+ Jugements_, § 21, lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu.
+ Nous trouvons aux _Mss._ de la Bibl. nat., dans un des registres du
+ Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, donnée «au
+ sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, de vendre et debiter les
+ remèdes de son invention.»
+
+Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la Crême de tartre, le Sel
+policreste ordinaire, et généralement les Drogueries Chimiques se
+vendent en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac des petits
+Carreaux.
+
+Les huiles d’amandes douces, de noix, de semences froides, de pavôts, et
+autres tirées sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires et
+Droguistes par un Epicier qui demeure rue Montmartre près l’égout, et
+par un autre qui demeure au carrefour saint Benoist, quartier saint
+Germain.
+
+Les essences fortes et les huiles grasses de Provence et de Montpellier
+sont commercées par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et par les
+Provenceaux du cul de sac saint Germain l’Auxerrois[32].
+
+ [32] Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet de
+ Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après avoir quatre ou
+ cinq fois changé de nom depuis le XIIIe siècle, il prit, pour ne
+ plus le quitter, celui de _Cul-de-sac des Provençaux_, qu’il doit
+ aux marchands d’huiles et d’essences de Provence, que nous trouvons
+ ici, et dont il sera reparlé.
+
+L’Esprit de vin est commercé en gros à la devise Royale, sur le quay de
+Nesle; chez le Sieur Butet, devant saint Roch; et chez la veuve des
+Barres, rue S. André.
+
+Les Eaux de vie sont aussi commercées en gros par ledit sieur Butet, et
+encore par les Sieurs Hazon, rue saint Martin[33], et Frotin, rue des
+Canettes.
+
+ [33] La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie furent si
+ longtemps célèbres. C’est le père de celui que nous trouvons ici,
+ qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, lui et les
+ négociants de Paris et des villes voisines «sur le moyen de rétablir
+ le commerce:--Je vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque
+ vous êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé,
+ et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez relevé que pour le
+ renverser de l’autre côté.» Le ministre fit grise mine, ce qui
+ empêcha non-seulement Hazon d’achever, mais les autres de rien dire.
+ (Amelot de la Houssaye, _Mémoires histor._, t. II, p. 365.)
+
+Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place Maubert, et un autre au
+cimetiere saint Jean, font venir des vipères en vie de Poitiers[34].
+
+ [34] La vipère entroit pour une grande part dans les préparations de
+ la polypharmacie du XVIIe siècle, surtout dans celles qui devoient
+ combattre la blessure même faite par la morsure des vipères. C’étoit
+ de l’homœopathie par anticipation. Il entroit aussi des trochiques
+ de vipères dans la composition de la thériaque. L’apothicaire
+ Charas, dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit,
+ pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, au coin de
+ celle du Cœur-Volant, des _Vipères d’or_ pour enseigne. Cette
+ apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit encore un Charas en
+ 1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement de ce siècle.
+
+M. Alary Apoticaire[35] privilegié du Roy, qui (par l’infidelité de ses
+Commis) s’est trouvé mal des Bureaux qu’il avoit établi dans les
+Provinces, pour la distribution de ses tablettes fébrifuges[36], et de
+son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas d’en continuer la
+distribution chez luy au bout du pont saint Michel devant le quay des
+Augustins à l’enseigne du Page du Roy.
+
+ [35] «De Grou en Provence.» Edit. de 1691, p. 18.--Son fils, l’abbé
+ Alary, fut de l’Académie française, et président du club
+ philosophique, qui se tenoit chez lui, à l’entre-sol de l’hôtel du
+ président Hénault, place Vendôme, d’où lui étoit venu le nom de
+ _Club de l’entre-sol_. L’abbé de Longuerue l’avoit stylé à
+ l’érudition: «Il se mit, dit le marquis d’Argenson, dans ses
+ _Mémoires_ (édit. Jannet, t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé
+ Alary, qui n’étoit alors qu’un petit garçon, fils de son
+ apothicaire, trop heureux d’écrire sous lui.»
+
+ [36] «A cinq sols la prise.» Edit. 1691, p. 18.
+
+Ledit Sieur Alary se propose de publier bien tot un spécifique pour les
+fièvres continues, pour la pleuresie, etc., qui agira avec une
+promptitude extraordinaire[37].
+
+ [37] L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci ne
+ reproduit pas: «le sieur Soubiron, apoticaire, rue de la
+ Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, au carrefour
+ de l’Ecole, vendent des drogues et compositions pour les maladies
+ des chevaux.»
+
+On vend rue saint Denis à l’enseigne de la Providence près la rue des
+Précheurs, une pomade qui répare tous les deffauts de la peau du visage,
+et qui donne une fort grande fraicheur au teint.
+
+
+
+
+PENSION POUR LES MALADES.
+
+
+Cette pension est une nouvelle commodité qu’on a procurée au public
+depuis deux ans. Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux
+et les Etrangers souffrent, depensent et risquent dans les Auberges de
+Paris, lorsqu’ils y tombent malades, en comprendront facilement
+l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que cette Pension est placée
+à Pincourt[1], c’est à dire dans une grande et belle rue qui étoit
+n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie des Fauxbourgs de
+Paris[2], et qui se trouve entre la porte saint Louis[3] et la porte
+saint Antoine[4].
+
+ [1] C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a repris tout
+ entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de Popincourt, premier
+ président du Parlement, de 1403 à 1413.
+
+ [2] C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit été réuni au
+ faubourg Saint-Antoine.
+
+ [3] Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. (_Registres
+ de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde_, t. I, p. 48.)
+
+ [4] Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. C’est au nº 70,
+ rue de Charonne, par exemple, que se trouvoit, à la fin du dernier
+ siècle, celle du docteur Belhomme, où tant de prévenus du tribunal
+ révolutionnaire firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut
+ Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi d’une de
+ ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de la barrière du
+ Trône, que partit le général Malet, avec ses complices, pour faire
+ son incroyable coup d’Etat contre l’Empire.
+
+La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est au milieu de cette ruë, à
+l’opposite du cours planté sur le rempart[5] dont elle n’est separée que
+par de vastes marais bien cultivez, ce qui forme le plus bel aspect du
+monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y
+a encore au bout d’un grand jardin au dessus d’une haute terrasse en
+parterre, un pavillon de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez des
+vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de
+plaisance[6].
+
+ [5] C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit alors grande
+ concurrence au Cours la Reine, et qui commença la réputation des
+ promenades du Rempart ou du Boulevard.
+
+ [6] Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se trouvoit, le
+ nom de Pincourt, existait encore en 1715, et sembloit même en pleine
+ prospérité. Liger en parloit alors ainsi dans le _Voyageur fidèle_,
+ p. 241-242: «c’est une maison établie pour les étrangers qui tombent
+ malades, et où on les traite moyennant une pension, et à bien
+ meilleur prix que dans les auberges. Cette maison est située entre
+ la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, dans une grande
+ rue où il y avoit autrefois un hameau, et composée de deux ailes,
+ qui accompagnent le principal corps de logis. Au bout d’un grand
+ jardin, et au-dessus d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en
+ belvédère, d’où l’on découvre différents objets lointains, qui
+ forment une perspective fort agréable.--C’est aussi dans cette
+ maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez même à
+ Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont malades; ceux qui
+ sont convalescents seulement choisissent ce séjour agréable pour y
+ prendre l’air et de nouvelles forces. Il y a même des dames qui vont
+ y faire leurs couches pour jouir d’un plus grand repos et y trouver
+ plutôt qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires.--Il
+ n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les maux
+ vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui veulent y aller,
+ de quelque condition qu’ils soient. Il y a aussi, pour cela, des
+ pensions plus ou moins fortes, et proportionnées aux moyens des
+ malades qui s’y font porter. On y est même traité à forfait si on le
+ souhaite, et le médecin soir et matin n’y manque point.»
+
+Cette belle situation et le bon air de Pincourt, n’en sont pas les seuls
+agrémens; les Lumières de celuy par qui elle est dirigée, la
+Bibliotèque, le Laboratoire, les Plantes medecinales et les autres
+commoditez qui s’y trouvent, la diverse situation et la propreté des
+appartemens, la Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude du
+service, y font trouver goût aux personnes mêmes qui sont domiciliées à
+Paris, et qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que beaucoup de
+convalescens et de valetudinaires y vont prendre le Lait, les Eaux
+minéralles, les Bains, les Etuves, etc.
+
+Il arrive même bien souvent que des Dames de Paris aussi bien que celles
+de Provinces y vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées du
+monde et du bruit, et pour être plus seures du secours qu’elles
+desirent, y ayant un Accoucheur et une Sage femme d’une expérience
+consommée.
+
+C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques; et ceux qui
+souffrent des Rhumatismes opiniatres ou des douleurs causées par le
+mercure, trouvent le secours dont il sera parlé à l’article suivant.
+
+On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles pour rectifier les
+constitutions vicieuses et guerir radicalement toutes les indispositions
+habituelles qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, Migraine,
+Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, Vieux Ulcères, Cancers,
+Varices, etc.
+
+On sçait même qu’il y a des lieux destinez pour les maniaques et
+géneralement pour les personnes qui doivent être privées de la liberté.
+
+Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y sont pas reçues, mais
+elles sont traitées sous la même direction dans une autre maison du
+voisinage.
+
+A cela près telle que puisse être la condition des gens et la nature des
+maladies chacun y peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes
+indigentes sont traitées à vingt et trente sols par jour selon le regime
+qu’elles doivent observer. Il y en a d’autres où les gens de service
+sont placés à quarante sols[7]; enfin il y a des chambres particulières
+et des ordinaires distinguez pour les personnes de considération à
+trois, à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la dépense qu’ils
+doivent faire, et les peines qu’ils doivent exiger.
+
+ [7] «Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet avantage, qu’ils
+ y sont agréablement logez, exactement traitez et libéralement
+ nourris pour un écu par jour, et même pour quarante sols lorsqu’il
+ s’agit de fièvres, de pleurésies, et généralement des maladies qui
+ demandent un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière
+ pour les gens d’auberge et de service.» Edit. 1691, p. 16.
+
+Soit que la pension soit grosse ou modique, toute la dépense s’y trouve
+comprise sans en rien excepter, Traitement, Remedes, Logement,
+Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.
+
+On y trouve même cette commodité quand on le souhaite, qu’on y est
+traité à forfait pour une somme dont on convient, au de là de la quelle
+on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue que puisse être la
+maladie.
+
+En tel temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on y est reçu, et
+on y trouve une chambre prete en payant par avance la pension de huit
+jours; et on est même assuré d’y trouver le Medecin tous les matins au
+moins jusqu’à dix heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au
+temps du coucher.
+
+Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins de cette maison ayent
+une considérable etendue, le progrez de cet établissement fait prendre
+des mesures pour les accroître de beaucoup.
+
+
+
+
+BAINS ET ETUVES.
+
+
+Les Barbiers Baigneurs[1] qui tiennent des Bains, des Etuves et des
+dépilatoires pour la propreté du corps humain, sont Messieurs du Pont et
+Mercier, ruë de Richelieu[2], Jordanis, ruë d’Orléans; du Bois, rue
+saint André; du Perron, vieille ruë du Temple; de la Cour, ruë des
+Marmouzets, etc.
+
+ [1] Les baigneurs,--et cela depuis longtemps déjà (_Anc. poésies_, t.
+ II, p. 284, et XIII, p. 204)--non-seulement tenoient des bains, mais
+ des chambres garnies, ce qui les astreignoit à faire les mêmes
+ déclarations que les maîtres des auberges. (_Correspond. administr.
+ de Louis XIV_, t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger
+ quelquefois, au grand scandale de Mme de Sévigné (Edit. Hachette, t.
+ I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de ces gîtes. Le
+ plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, et que La Vienne,
+ à qui Louis XIV, qu’il avoit soigné, fit une grosse fortune, reprit
+ après lui, pour ne pas le rendre plus honnête. (_V. Hist. amoureuse
+ des Gaules_, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme avoit
+ été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de cette année-là le
+ désigne ainsi avec son adresse: «Mr Prud’homme, maître des estuves
+ et faiseur de poil (barbier), rue Neuve-Montmartre.»
+
+ [2] Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, rue de
+ Richelieu: Gagne et L’Etourneau. (_Journal du Citoyen_, p. 186.)
+
+Les Dames sont baignées chez M. du Bois par Mademoiselle son Epouse[3].
+
+ [3] Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la bourgeoisie,
+ les femmes mariées ne se faisoient encore appeler que Mademoiselle.
+ Le chevalier Denisart ne devoit faire que plus tard sa satire sur
+ les _Bourgeoises qui se font appeler Madame_.
+
+Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, ruë de Marivaux[4] et ruë du
+cimetiere saint Nicolas des Champs, où les gens de mediocre condition
+vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.
+
+ [4] Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui s’y trouvoit,
+ entre les nos 21 et 23, s’appeloit encore, avant les démolitions qui
+ l’ont fait disparoître avec la rue, _Cul-de-sac des Etuves_.
+
+Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles qui sont causées par le
+Mercure qui a été donné en panacée, en Sublimez et en precipitez: celles
+de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies universelles et
+particulières, les Tumeurs froides et beaucoup d’autres maladies, sont
+infailliblement gueries par l’usage des Bagnoires et Etuves vaporeuses
+de nouvelle invention qui se tiennent au jardin medecinal de Pincourt,
+entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.
+
+C’est une sorte de machine en laquelle on est baigné sans être dans
+l’eau, et en laquelle on suë aussi abondament que l’on veut sans être à
+sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la constipation du ventre et
+la faiblesse de poitrine comme les bains ordinaires, ni les
+évanouissemens, la chaleur intérieure, et la difficulté de respirer, qui
+sont les suites ordinaires des Etuves echauffées par le feu de bois ou
+d’esprit de vin.
+
+Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu où ils reçoivent une
+vapeur nouvelle, anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus
+prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, et que les Bains de
+Bourbon et de Barrège, pendant qu’ils ont la tête hors la machine
+commodement placée sur un oreiller, et qu’ils respirent un air
+rafraichissant, parlent, chantent et boivent à leur gré.
+
+Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne les ordonne qu’une fois
+par jour, ne payent qu’un écu neuf toute dépense comprise, Logement,
+Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, etc., mais ceux à qui elles
+conviennent soir et matin, payent un ecu et demi.
+
+Ce qu’il y a de commode en cela pour les personnes delicates, est que la
+chaleur de ces Etuves peut être donnée à tel degré que l’on veut, en
+sorte qu’on ne luy donne quelquefois que la force des fomentations.
+
+Comme le Medecin peut regler le choix des herbes dont on fait les
+décoctions vaporeuses, selon la juste indication de chaque maladie, il
+peut en la composant diversement, produire autant de différens effets,
+qu’il y a de distinctions à faire dans les maladies qui viennent d’être
+déduites, et dans les tempérammens des personnes qui en sont atteintes;
+outre qu’en plusieurs occasions, il donne certains vehicules intérieurs
+qui ont les plus justes proprietez, dans les cas mêmes les plus
+extraordinaires.
+
+Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, les agrémens et les
+Commoditez du Jardin Médecinal, aura recours à l’article.
+
+
+
+
+
+IMPRESSIONS ET COMMERCE DE LIBRAIRIE.
+
+
+La Chambre syndicale des Imprimeurs et Marchands Libraires de Paris est
+ruë et joignant l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les Livres qui
+viennent de dehors les Mardis et Vendredis de relevée, après que de la
+Douanne où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont été retirez sur
+le billet du Syndic ou d’un Adjoint pour être apportez à la Chambre.
+
+Le Sieur Auboüin à présent Syndic[1] en Charge demeure sur le quay des
+Augustins au coin de la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de M.
+l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé Fleury.
+
+ [1] Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de communauté,
+ puis syndic. «Il se fait remarquer, dit La Caille, tant par sa
+ capacité dans les langues... que par la connoissance et le bon choix
+ qu’il sait faire des livres.» _Hist. de l’Imprimerie_, 1689, in-4º
+ p. 289.--Il avoit été chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie
+ faite à Villejuif de 1,500 exemplaires du _dictionnaire_ de
+ Richelet, que le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de
+ Genève. Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour cette
+ saisie, suivie immédiatement de la destruction des exemplaires, «fut
+ poignardé le lendemain dans la foule, en sortant de la bénédiction
+ de Saint-Benoist, qui étoit sa paroisse.» (_Lettre de Papillon à
+ Leclerc_, dans la correspondance _inédite_ du président Bouhier, t.
+ X, p. 104.)
+
+Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence de ces mêmes Ordonnances
+avec les anciennes[2], les Reglemens de Police, le Dictionnaire
+historique de Morery, les Œuvres de M. Boileau, et diverses autres
+pièces importantes s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis Thierry
+Libraire rue saint Jacques[3].
+
+ [2] L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente des édits et
+ déclarations: «On les trouve encore au Palais chez les sieurs de
+ Luyne, Barbin, Loison et Guignard: de même que chez le Sr Auboüyn,
+ quai des Augustins, et chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe.»
+
+ [3] Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des plus
+ considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du _Molière_ de
+ 1675, détruite presque entièrement par un incendie du collége
+ Montaigu, où il avoit ses magasins. Boileau, dont il étoit le
+ libraire, l’a nommé dans son _Epître X_.
+
+Les Livres de Messieurs de Port Royal se vendent même ruë chez les
+sieurs Desprez[4], Josset[5], Roulland et Pralard.
+
+ [4] «Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Prosper,
+ vend une grande partie des livres de Port-Royal concernant la
+ Religion.» Edit. 1691, p. 4.--C’est le fils de Guillaume Desprez,
+ qui avoit imprimé les œuvres de Pascal et des religieux de
+ Port-Royal, et dont il continuoit le commerce dans le même esprit.
+ Son père étoit mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à
+ Port-Royal, où il fut enterré.
+
+ [5] Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles rares.
+ _V._ l’abbé de Vallemont, _Réponse à M. Baudelot_, 1706, in-12, p.
+ 79.
+
+Les Opéra, et généralement les Livres de Musique, s’impriment et se
+vendent seulement chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais[6].
+
+ [6] Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy pour la
+ musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége exclusif qui
+ le mettoit à l’abri de toute concurrence pour ce genre d’impression.
+ Puis vint un second Robert Ballard, son fils, avec le même monopole,
+ et ensuite Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu
+ imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, le même
+ privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce qu’il avoit
+ d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur d’une excellente notice
+ sur les Ballard, retrouva, il y a quelques années, un reste de leurs
+ caractères, rue Jean-Jacques Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues,
+ qui a succédé à la leur.
+
+A l’exception du Livre de M. de la Quintinie[7] qui se vend chez le
+Sieur Barbin sur le Perron de la sainte Chapelle[8]. Tous les autres
+Livres de Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de Sercy dans la
+grand’Salle du Palais, où l’on trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier
+Royal et bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, les Liqueurs
+et les Fruits; outre plusieurs livres de Droit, Civil et Canon sur les
+Matières Beneficiales et autres[9].
+
+ [7] Il en sera parlé dans une des notes suivantes.
+
+ [8] Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui Molière et
+ surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent ainsi son
+ adresse: «Claude Barbin, sur le second perron de la
+ Sainte-Chapelle.» Il avoit logé auparavant, vers 1664: «vis-à-vis de
+ la Sainte-Chapelle, au signe de la Croix.»
+
+ [9] Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages sur la
+ cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond de la boutique
+ de Sercy. La Caille, _Hist. de l’Imprimerie_, p. 296, n’insiste que
+ sur sa vente des livres de droit. Il avoit aussi publié des romans
+ et des poésies licencieuses, ce qui empêcha Nicole de consentir à
+ travailler pour lui. _V._ sa _Vie_, par l’abbé Goujet, p. 6.
+
+Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de Varillas, celles de saint
+Euremont, etc.[10].
+
+ [10] «Et beaucoup de livres galants.» Edit. de 1691, p. 34.--C’est ce
+ qu’on appeloit des _barbinades_. Le Saint-Evremond étoit surtout en
+ grande faveur chez Barbin. Il auroit voulu que chaque auteur lui en
+ fît: «le libraire Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le _Lutrin_
+ de Despréaux, alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez bien:
+ Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, je vous
+ donnerai trente pistoles. Vous m’en avez déjà donné dont j’ai été
+ content.» _Œuvres_, t. IV, p. 75.--Dans l’édition de 1691, p. 34,
+ Blégny ajoutoit, à propos de Barbin: «On trouve encore chez lui les
+ jardinages de feu M. de La Quintinye», c’est-à-dire les
+ _Instructions pour les jardins fruitiers et potagers_, 1690, 2 vol.
+ in-4º; puis, à la suite: «le sieur Charles de Sercy, au Palais, a un
+ grand assortiment de livres de jardinages.»
+
+Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet ont au Palais un grand
+assortiment de Comedies[11], d’Historiens et de Poètes[12].
+
+ [11] Pierre Trabouillet avoit publié «en compagnie» de Thierry,
+ Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et ceux de Molière et de
+ Racine. Son adresse est ainsi donnée sur les livres qu’il publioit:
+ «Pierre Trabouillet, dans la galerie des Prisonniers, à la Fortune.»
+
+ [12] Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés ici avec
+ Trabouillet: «Guillaume de Luynes, libraire-juré au Palais, dans la
+ salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes.»--«Estienne
+ Loyson, au Palais, à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom
+ de Jésus.»
+
+On trouve un grand assortiment de Livres étrangers chez les Sieurs
+Boudot, de la Caille[13] et Hortemels[14], rue saint Jacques.
+
+ [13] Dans l’édit. précédente, p. 34: «Martin» est nommé à la place de
+ La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus bas sa mention
+ spéciale: «le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques à la Prudence, a
+ composé et imprimé l’histoire de l’Imprimerie et Librairie.» C’est
+ l’ouvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois. Il est devenu
+ rare.
+
+ [14] Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la fille du
+ libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même été reçu de la
+ communauté le 18 septembre 1686.
+
+Même ruë, chez le Sieur Léonard[15], on trouve tous les Reglemens de la
+Cour des Monnoyes.
+
+ [15] Voici son adresse complète: «Frédéric Léonard, rue Saint-Jacques,
+ à l’Escu de Venise.» Il avoit succédé à l’un des derniers Estienne,
+ en 1662, comme imprimeur ordinaire du Roi, et s’étoit fait, à ce
+ titre, éditeur de la collection latine _ad usum Delphini_. On trouve
+ des vers en son honneur dans les _Œuvres_ de Santeul (1698, 2e
+ partie, p. 122). Il publioit volontiers les livres diplomatiques:
+ «Vous avez, écrit le 12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à
+ Magliabecchi, donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire de
+ Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose que vous
+ marquez qu’on fait en Allemagne touchant les traités de paix et
+ autres semblables négociations.» Un livre politique, l’_Histoire de
+ Venise_, par Amelot de la Houssaye, qu’il s’avisa de publier ainsi,
+ lui coûta cher: le livre fut saisi, et l’auteur mis à la Bastille.
+ (_Mss._ Delamarre, à la Biblioth. nat., nº 21,743, fol. 120.)
+
+Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces concernant l’Academie
+Françoise[16], l’Histoire de France de Cordemoy, l’Architecture de
+Vitruve, celle de Scamosy, etc.
+
+ [16] J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault comme
+ imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en 1687, pour
+ remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge d’imprimeur de
+ l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer le Dictionnaire.
+
+Celle de Vignolle nouvellement commentée, se trouve chez le Sieur
+Langlois[17], et celle de Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint
+Jacques.
+
+ [17] Nicolas Langlois, dit _Chartres_, comme son père François auquel
+ il avoit succédé, et dont on a un si curieux portrait, en joueur de
+ musette, peint par Van-Dyck. En souvenir de ses nombreux voyages à
+ l’étranger, notamment en Angleterre, François Langlois avoit pris
+ l’enseigne des _Colonnes d’Hercule_, avec la devise: _nec plus
+ ultra_, que garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur
+ succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois avoient vendu
+ surtout des estampes et des livres d’architecture. On a, de Mariette
+ même, la gravure d’un portrait de François Langlois, peint par
+ Vignon. Le privilége de son fils, pour la vente des estampes, datoit
+ de 1675. (_V. collect. Delamarre_, nº 21,731, p. 53.)
+
+Le même Michallet aussi bien que les Sieurs Muguet, ruë de la Harpe,
+Léonard, Desprez, Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent les
+Edits et Déclarations du Roy[18].
+
+ [18] Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à la place de
+ Desprez, et les autres sont désignés avec leur prénom: François
+ Muguet, Frédéric Léonard, Estienne Michallet et Jean-Baptiste
+ Coignard. A la suite: «le dit sieur Muguet imprime aussi,
+ d’ailleurs, tout ce qui concerne l’archevêché.»
+
+Ledit Sieur Michallet[19] a d’ailleurs imprimé presque tous les Livres
+de Mathematiques, de Messieurs de l’Academie des Sciences.
+
+ [19] «Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques,
+ à l’Image Saint-Paul.» Ainsi est donnée son adresse en tête du livre
+ le plus célèbre qu’il ait publié, _les Caractères_ de La Bruyère,
+ dont en onze ans, de 1688 à 1699, il donna dix éditions. Le produit,
+ d’après l’intention formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien,
+ fut, comme on sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un
+ fermier général épousa. (_V._ notre _Comédie de Jean de La Bruyère_,
+ t. II, _passim_.)
+
+On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques chez le Sieur
+Jombert[20], sur le quay des Augustins.
+
+ [20] Pierre Jombert, dont on trouve le _Catalogue_ dans la collection
+ Delamarre (nº 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut pas confondre avec
+ Jean Jombert, mort en 1681, premier éditeur du _Glossaire_ de Du
+ Cange, et du _De re diplomaticâ_ de Mabillon.
+
+On trouve un grand assortiment de Livres de Medecine chez le Sieur
+d’Houry, ruë saint Jacques[21], et chez la veuve Nion, quay de Nesle,
+qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de Blegny. _La Mithologie
+Phisique_ de M. Duncan[22]. _Les Discours Philosophiques_ de
+Cordemoy[23]. L’_Arithmétique des Ingénieurs_ de La Londe[24]. _Les
+Specifiques_ de M. Boyle[25], etc.
+
+ [21] «Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine
+ Saint-Séverin.» Telle est son adresse d’après le titre des livres
+ qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus haut.
+
+ [22] Ce doit être quelque résumé de l’_histoire de l’Animal ou la
+ connaissance du corps animé par la mécanique et la chimie_, ouvrage
+ du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans lequel il démontre que la
+ vie, exposée comme elle l’est, avec la fragilité de ses ressorts, à
+ l’imminence d’incessants dangers, est un miracle continuel aussi
+ étonnant que tous les prodiges de la «mythologie.»
+
+ [23] «La philosophie» de Cordemoy (édit. précéd., p. 34).--Ce sont les
+ six discours de cet académicien, mort alors depuis huit ans, sur la
+ distinction de l’âme et du corps.
+
+ [24] Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, dont le fils,
+ ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, fit de curieuses
+ études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit rendre navigable
+ jusqu’à la mer.
+
+ [25] Ces «spécifiques» sont une traduction du livre que Boyle avoit
+ publié en 1688, à Londres: _Receipt sent to a friend in America_
+ (recettes envoyées à un ami en Amérique).
+
+Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent chez la veuve Thiboult
+et le Sieur Esclassant[26], place de Cambray, à l’exception de ceux des
+RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la veuve Besnard, ruë saint
+Jacques.
+
+ [26] «Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (_sic_) en compagnie.»
+ Edit. 1691, p. 34.--Thiboult est le vrai nom.--Expresse défense
+ étoit faite aux libraires, qui vendoient les livres pour les
+ classes, d’en racheter aux écoliers. (Collection Delamarre, nº
+ 21,730, fol. 117.)
+
+Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le Journal des Sçavans[27].
+
+ [27] Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement, avoit
+ succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six ans après, le
+ 5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction de Denis de Salo, le
+ premier numéro du _Journal des Savants_. La périodicité, qui en
+ étoit alors hebdomadaire, fut brusquement interrompue à la fin du
+ troisième mois, à cause des opinions trop peu ultramontaines du
+ rédacteur, et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à
+ la condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert,
+ l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée
+ jusqu’à la Révolution.
+
+Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux, les Missels, les Rituels,
+les Graduels, les Antiphoniers, les Offices, etc., voyez l’article des
+affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel, voyez l’article
+des Exercices de Pieté.
+
+Les plus belles Heures se trouvent rue saint Jacques chez les Sieurs
+Angot[28], Josset, Foucault et Hérissant[29]; au Palais dans la
+grand’Salle chez les Sieurs le Gras[30] et Poirier; et sur le Pont au
+Change chez les Sieurs Poirion et Vaugon.
+
+ [28] Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une grande part au
+ règlement qui rendit la communauté des relieurs distincte de celle
+ des libraires, dont l’Université n’avoit jamais permis jusque-là
+ qu’elle fût séparée.
+
+ [29] Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement
+ dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra comme objet
+ de luxe, quand la misère de la fin du règne fit prendre par Louis
+ XIV des mesures somptuaires. Hérissant fut inquiété. (_V._ sa
+ déclaration dans la _collection Delamarre_, nº 21,627, fol. 288.)
+
+ [30] Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit publié, en
+ 1640, les _Antiquités et Annales de Paris_, in-fol., par Malingre.
+ Sa réception comme libraire datoit du 10 septembre 1683. On trouve
+ dans la _collection Delamarre_, nº 21,563, f. 289-305, un curieux
+ traité fait avec lui.
+
+On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres et ruë Neuve Nôtre Dame.
+
+La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du Carême, s’imprime chez le
+Sieur Chevillon ruë saint Jacques.
+
+Le Mercure[31] et les autres Livres de l’Histoire du Temps, se vendent
+chez le Sieur Guèroult au Palais dans la galerie neuve[32].
+
+ [31] Le _Mercure galant_, qui, puisqu’il avoit commencé à paroître le
+ 1re janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième année. Visé, qui
+ l’avoit créé, le dirigeoit toujours; il en garda même la direction
+ pendant plus de dix-huit ans encore. Il ne l’abandonna, presque
+ mourant, qu’au mois de mai 1710. Durant ces trente-huit années, il
+ n’avoit pas publié moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes.
+
+ [32] «Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay des
+ Augustins.» Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au numéro, comme
+ aujourd’hui les journaux dans les kiosques: «M. de Torcy m’a appris,
+ écrit Racine à son fils aîné, le 6 février 1698, que vous étiez dans
+ la _Gazette de Hollande_: si je l’avois su, je l’aurois fait acheter
+ pour la lire à vos petites sœurs, qui vous croiroient devenu un
+ homme d’importance.» Une lettre _inédite_ de Dom Calmet, du 4
+ septembre 1714, nous donne de curieux détails sur la vente, et aussi
+ sur le louage des différents journaux françois et étrangers à Paris:
+ «Je me suis informé, dit-il, de la commission des journaux des
+ Savants et des Gazettes pour M. Olivier. Le journal des Savants se
+ vend 6 sols, et les deux gazettes de Hollande, avec les suppléments,
+ 30 sols. Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis.
+ Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le
+ mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que ces gens se
+ privent par là du petit gain qu’ils tirent de la lecture qu’ils
+ laissent faire dans leur boutique de cette gazette pendant deux
+ jours.» En 1655, selon Loret, t. II, p. 127, la _Gazette de France_
+ se vendoit 4 sols et demi.
+
+Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes, se vendent à Parisien gros
+et en détail chez le Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve
+Oudot[33], ruë de la vieille Bouclerie.
+
+ [33] C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets
+ populaires: légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit une autre
+ librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit surtout cette
+ littérature d’almanachs et de bibliothèque bleue. Son fils Jean
+ Oudot lui succéda sous la Régence.
+
+Les Livres de Bibliotèque et genéralement les vieux Livres et Manuscrits
+rares, se peuvent recouvrer chez les Sieurs Villery[34] et Moette[35],
+rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la Harpe, Clouzier et
+Emery, David et plusieurs autres, sur le quay des Augustins et place de
+Sorbonne[36].
+
+ [34] Il donnoit ainsi son adresse: «Jacques Villery, rue de la
+ Vieille-Bouclerie, _à l’Estoille_.»
+
+ [35] Thomas Moette, libraire depuis 1659: «Il se fait distinguer, dit
+ La Caille qui avoue l’avoir souvent consulté, par la grande
+ connaissance qu’il a dans les livres.»
+
+ [36] «Et quai de la Tournelle.» Edit. 1691, p. 34.
+
+Les Sieurs le Vasseur[37], Barnache[38] et Nion[39], fameux Relieurs et
+Doreurs, qui sont employez à la Bibliotèque du Roy, demeurent prés saint
+Hilaire[40].
+
+ [37] Eloy Le Vasseur, qui fut, suivant La Caille, le plus célèbre
+ relieur de ce temps-là.
+
+ [38] Ou Bernache, qui, malgré l’édit de 1686, continuoit à cumuler le
+ métier de relieur et celui de libraire.
+
+ [39] Denis Nyon, qui fut, après l’édit de 1686, un des premiers gardes
+ de la nouvelle corporation des relieurs-doreurs.
+
+ [40] Ce fut jusqu’à nos jours le quartier des relieurs.
+
+Au même endroit, les beaux caractères d’Imprimerie se font chez les
+Sieurs Cottin[41] et Sanlecque[42].
+
+ [41] Philippe Cottin, qui étoit libraire en même temps que fondeur, et
+ donnoit ainsi son adresse: «P. Cottin, fondeur de caractères
+ d’imprimerie et libraire, rue Saint-Jacques, à l’entrée de la rue du
+ Foin, _à la Minerve_.»
+
+ [42] Jean Sanlecque. C’est chez son père Jacques, que Philippe Cottin,
+ qui précède, avoit appris l’art de graver, de frapper les matrices
+ et de fondre les caractères.--Le P. Sanlecque, chanoine régulier de
+ Sainte-Geneviève, à qui l’on doit de bonnes satires, étoit son
+ grand-oncle.
+
+Le Sieur de la Caille le jeune a le secret de faire une matière fort
+propre aux Fondeurs de caractères d’Imprimerie, qui ne finit point et ne
+déchet que de très peu.
+
+
+_Livres qui ont été imprimez pendant le courant de l’année 1691._
+
+Pour le Sieur Michallet outre ceux dont il a été parlé,
+
+Une nouvelle édition des Ordonnances pour la Marine, in-4º.
+
+La septième édition de la Chimie de Lemery[43], in-8º.
+
+ [43] La première édition étoit de 1675.
+
+La sixième édition des Caractères ou Mœurs de ce siècle[44], in-12.
+
+ [44] Cette édition du livre de La Bruyère, quoique publiée, comme il
+ est dit ici, en 1691, porte sur son titre la date de l’année
+ suivante.
+
+_Du Hamel Theologia speculatrix et practica_, in-8º, 7 vol.[45]
+
+ [45] C’est la première édition de ce livre célèbre de l’avocat
+ Duhamel, de l’Académie des Sciences.
+
+_Manuduxio ad praxim executionis Litterarum S. Pœnitent_. 12.
+
+Dictionnaire Mathématique avec explications et figures, in-4º[46].
+
+ [46] _Dictionnaire de Mathématiques_ par Ozanam, qui parut, en effet,
+ cette année-là.
+
+La Connoissance des temps, Calendrier et Ephemerides du Soleil et de la
+Lune, in-12.
+
+L’Art d’evaluer toutes sortes de Toisez, in-12.
+
+Traité du légitime Usage des Medicamens selon les Modernes, in-12[47].
+
+ [47] Ouvrage de Daniel Tauvri, qui, en 1691, quand il le publia,
+ n’avoit que vingt-et-un ans.
+
+Constitutions de l’Abbaye de la Trape, in-12[48].
+
+ [48] Par l’abbé de la Trappe lui-même, M. de Rancé. En 1701, un an
+ après sa mort, on y ajouta les _Règlements_ qui firent un second
+ volume.
+
+L’Ortografe dans sa pureté[49].
+
+ [49] Le vrai titre de ce livre très-rare est: _Traité de l’Ortographe
+ françoise_, ou _l’Ortographe en sa pureté_. L’auteur s’appeloit De
+ Soule. Quoique ce soit, selon l’abbé Goujet, un volume très-inutile,
+ il eut, en 1692, une seconde édition un peu moins rare que la
+ première.
+
+La Conquête de la Nouvelle Espagne avec figures, in-4º[50].
+
+ [50] Le vrai titre est: _Histoire de la Conqueste du Mexique_ ou de
+ _la Nouvelle Espagne_, par Fernand Cortez, traduit de l’espagnol
+ d’Antonio de Solis, par l’auteur du _Triumvirat_, c’est-à-dire par
+ Citri de la Guette.
+
+Le Desordre du Jeu.
+
+Pour les Sieurs Auboüyn, Emery et Clouzier.
+
+Histoire des Monnoyes de France par M. le Blanc, avec figures,
+in-4º[51].
+
+ [51] C’est une seconde édition. La première est de 1690.
+
+Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury, 2 vol. in-4º[52].
+
+ [52] Ce sont les deux premiers volumes de cet ouvrage célèbre, qui en
+ eut vingt, quoique l’auteur ne l’ait poussé que jusqu’à l’année
+ 1414.
+
+Institution du Droit Ecclésiastique, 2 vol. in-12[53].
+
+ [53] Autre ouvrage de l’abbé Fleury. Le vrai titre est: _Institution
+ au droit ecclésiastique_.
+
+Relation de divers voyages de Hongrie, avec figures, in-4º[54].
+
+ [54] La révolte du hongrois Tékeli donnoit alors à tous les livres sur
+ son pays un à-propos que les libraires s’empressoient d’exploiter.
+ Celui-ci fut du nombre. Il est peu connu.
+
+Pratique de la Guerre, par Mattus[55], avec fig., in-8º. Nouvelle
+édition du Maréchal de Soleisel, in-4º[56].
+
+ [55] Lisez Malthus. Voici le titre détaillé de son livre, qui parut
+ pour la première fois, en 1650, chez Clouzier, un des trois
+ libraires indiqués ici, et dont une seconde édition in-8 avoit paru
+ en 1681: _Pratique de la guerre, contenant l’usage de l’artillerie,
+ bombes et mortiers, feux artificiels et pétards, sappes et mines,
+ ponts et pontons, tranchées et travaux, avec l’ordre des assauts aux
+ brèches, ensemble un traité des feux de joye_, par François Malthus.
+
+ [56] La première édition étoit de 1664.
+
+Le Manege ou l’Art de monter à cheval, du même Autheur, avec figures,
+in-4º[57].
+
+ [57] C’est, avec additions, une traduction du livre du manège, ou
+ _Méthode nouvelle pour dresser les chevaux_, dont une première
+ traduct. avoit paru in-fol. en 1691, par le duc de New-Castle.
+
+Nouvelle édition de l’Ecole des Arpenteurs, in-12[58].
+
+ [58] Par Philippe de la Hire, de l’Académie des Sciences, dont il a
+ été parlé plus haut.
+
+_Huetii Concordantia Rationis et Fidei_, in-4º[59].
+
+ [59] Un des principaux ouvrages de Daniel Huet: _Quæstiones Alnetanæ
+ de concordia rationis et fidei_. C’est à Caen, sa ville natale,
+ qu’il l’avoit fait imprimer.
+
+Pour le Sieur Muguet.
+
+Abrégé de l’Histoire universelle, 2 vol. in-12[60].
+
+ [60] Première édition de l’ouvrage de Claude Delisle, qui, plus tard,
+ fut porté à sept volumes: _Introduction à l’histoire générale et
+ politique de l’Univers_, ou _Abrégé de l’histoire universelle_.
+
+_Acta primorum martyrum_[61].
+
+ [61] C’est le recueil in-fol. de Ruinart, qui fut plus tard traduit en
+ françois par Drouet de Maupertuy, en deux vol. in-8.
+
+Commentaire sur la Regle de saint Benoist en François et en Latin,
+in-4º.
+
+La Mort de Dom Muce.
+
+Traité de la verité et du mensonge du R. P. Thomassin, in-8º.
+
+La Méthode d’etudier les langues, du même Auteur, 2. vol.[62]
+
+ [62] _Méthode d’enseigner chrétiennement la grammaire ou les langues,
+ par rapport à l’Ecriture Sainte._ 2 vol. in-8.
+
+Pour le Sieur Seneuze.
+
+Arlequin Comedien aux champs Elisée[63].
+
+ [63] Comédie en trois actes, en prose, par l’abbé Bordelon, qui ne fut
+ jamais jouée, et ne pouvoit l’être, pas plus que sa _Lotterie de
+ Scapin_, qu’il publia deux ans après, à la suite de _Molière aux
+ Champs-Elysées_, un des livrets les plus rares sur Molière.
+
+Remarques ou Reflexions Critiques, Morales et Historiques de M. l’Abbé
+Bordelon, in-12[64].
+
+ [64] L’abbé publia deux ans après, à Lyon, chez Briasson, un volume
+ faisant suite à celui-ci: _Nouvelles remarques_ ou _Réflexions
+ critiques_, etc. En tête se trouve un beau portrait gravé, d’après
+ De Troye, par Drevet. C’est celui de M. François Brunet, dont nous
+ avons vu plus haut les parents, et qui, après Mme de Sévigné, habita
+ l’hôtel Carnavalet.
+
+Caractères naturels des hommes en forme de dialogues, par le même
+Auteur, in-12[65].
+
+ [65] L’édition hollandoise, qui parut l’année suivante chez Louis et
+ Henry Van-Dole, à La Haye, a pour titre: _Les Caractères naturels
+ des hommes en cent dialogues_, par M. Bordelon. Ce livre, qui
+ s’étoit donné le titre mis à la mode par La Bruyère, est dédié au
+ comte de Carné.
+
+Le veritable Pénitent, 2 vol. in-12[66].
+
+ [66] Par le bon prêtre parisien Jean Girard de Villethierry.
+
+Dissertation sur la prison de saint Jean, in-12.
+
+Idée de l’Amitié, par M. de Bellegarde, in-12.
+
+Reflexions sur ce qui peut plaire ou deplaire dans le commerce de la
+vie, 2 vol. in-12[67].
+
+ [67] Comme le précédent, cet ouvrage est de l’abbé Morvan de
+ Bellegarde. Il fait partie de l’édition de ses œuvres qui fut
+ publiée en Hollande, et forme 14 petits volumes.
+
+La Morale des Ecclésiastiques, in-12.
+
+Pour le Sieur de la Caille, ruë saint Jacques aux trois Cailles.
+
+Mémoires pour l’Université de Paris, par M. Cuvilliers, in-4º.
+
+Le 4. tome des Devises du P. Menetrier, in-8º[68].
+
+ [68] Il s’agit de _La Science et l’art des devises..._ par le P.
+ Menestrier, qui se publioient sans doute en fascicules. Nous ne
+ connaissons, en effet, de lui aucun ouvrage qui ait quatre volumes.
+
+Les Fables d’Esope moralisées, avec figures, in-12[69].
+
+ [69] Première édition du petit livre de Le Noble: _Esprit d’Esope_, ou
+ _nouvelle traduction de ses fables, en vers, avec une lettre morale
+ sur chacune_. La seconde édition est de 1695.
+
+Pour le Sieur Remy, rue saint Jacques.
+
+Avis salutaires sur l’education des enfants, in-12.
+
+Pour le Sieur Villette, ruë saint Jacques à la Croix d’or.
+
+La Vie des Princes d’Orange pour servir à l’Histoire d’Hollande, in-8º.
+
+Les Poësies de Madame des Houllieres, in-8º[70].
+
+ [70] A la suite venoient les poésies de sa fille Thérèse, ce qui
+ formoit un volume en deux parties. En 1694, après la mort de Mme Des
+ Houillères, le même libraire Villette en publia une seconde édition.
+
+L’Histoire d’Angleterre, 4 vol. in-12.
+
+Pour le Sieur Hortemels.
+
+Remarques sur la Bibliotèque des Auteurs Ecclésiastiques, par M. du Pin,
+in-8º[71].
+
+ [71] Ce sont des remarques d’Ellies Dupin sur son propre recueil:
+ _Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques_, qui avoit commencé de
+ paroître en 1686. Elles forment trois volumes.
+
+Nouveaux Essais de Morale, in-12[72].
+
+ [72] _Nouveaux Essais de morale sur le luxe et les modes_, par Jean
+ Frain du Tremblay, qui ne se nomma pas sur le titre.
+
+La Vie de M. Descartes[73].
+
+ [73] Ce sont les deux volumes in-4º d’Adrien Baillet sur Descartes,
+ qui parurent, en effet, en 1691.
+
+Les Pseaumes en forme de Prières, in-12[74].
+
+ [74] Cette «paraphrase», comme dit le titre, est du curé de
+ Saint-Lambert, François Paris, et du curé de Chevreuse, Vincent
+ Loger. La première édition avoit paru en 1690.
+
+Prières formées sur la Morale de l’ancien et nouveau Testament,
+in-12[75].
+
+ [75] Autre ouvrage du même François Paris, curé de Saint-Lambert.
+
+Dissertation sur la Goutte, in-12[76].
+
+ [76] Ouvrage de l’oratorien Michel Mauduit, dont la première édition
+ avoit paru en 1688. Une _Réfutation_ en avoit été publiée par le
+ même libraire Hortemels, en 1690.
+
+Traité des Opérations Chirurgicales, par M. de la Chariere, in-12.
+
+Homelies sur les Commandemens de Dieu, le Symbole et l’Oraison
+Dominicale, 4 vol. in-12[77].
+
+ [77] Première partie des _Homélies_ de l’abbé de Monmorel, qui, peu
+ d’années après, arrivèrent à former dix volumes. Il devint alors
+ aumônier de la duchesse de Bourgogne.
+
+Pour les Sieurs Couterot et Guerin en compagnie.
+
+Sermons de M. Fromentieres, Evêque d’Aire, 6 vol. in-8º[78].
+
+ [78] M. de Fromentière, évêque d’Aire, étoit mort en 1684, en
+ ordonnant que rien de ses sermons ne fût imprimé. On n’en publia pas
+ moins les six volumes indiqués ici, et qui se composent: les trois
+ premiers de _Sermons pour les fêtes_, deux autres de _Sermons pour
+ le Carême_, et le dernier d’_Œuvres diverses_.
+
+Discours moraux pour la Chaire, 10 vol. in-12[79].
+
+ [79] Ouvrage de l’avocat Jean Richard, qui, bien que laïque et marié,
+ passa toute sa vie à écrire des sermons, que de vrais prêtres se
+ chargeoient de prononcer. Quand il mourut, ses _Discours moraux pour
+ la chaire_ n’avoient pas seulement dix, mais douze volumes. C’est
+ lui qui avoit été l’éditeur de l’ouvrage précédent, _les Sermons_ de
+ l’évêque d’Aire.
+
+Manière de prêcher selon l’esprit de l’Evangile, in-12[80].
+
+ [80] Par le capucin de Paris, Albert. Couterot, son éditeur, republia
+ ce livre en 1701.
+
+La Main qui conduit au Ciel, du Cardinal Bona, in-12[81].
+
+ [81] Ce traité, un des plus célèbres du mystique Bona, est le même
+ dont l’abbé Le Duc fit une nouvelle traduction avec cet autre titre:
+ _le Chemin du Ciel_, 1738, in-12.
+
+Conférences morales sur la Religion, 2 vol. in-8º.
+
+L’Eglise Protestante détruite par elle-même, in-12.
+
+Pour le Sieur Pepie, rue saint Jacques à saint Basile.
+
+Suite des Instructions Monastiques, in-12.
+
+Satires de Juvénal, par M. de Silvecane, 2 vol. in-12[82].
+
+ [82] C’est une des plus anciennes et non des meilleures traductions
+ rimées du satirique latin. En voici le vrai titre: _Traduction des
+ satyres de Juvénal en vers françois, avec des remarques et le latin
+ à côté_, par Pierre de Silvecane.
+
+Traité des Fièvres, par M. d’Hesse, in-12[83].
+
+ [83] Traduction du hollandois en françois du _Traité des fièvres_ de
+ Corneille Boutekoe.
+
+Pensées Chrétiennes, par M. l’Abbé de Choisy, in-12[84].
+
+ [84] Un des nombreux écrits religieux que l’abbé de Choisy publia
+ après sa conversion, sans grande conviction encore et surtout sans
+ grand savoir. N’a-t-il pas dit, après la publication de son
+ principal ouvrage en ce genre: «J’ai écrit l’histoire
+ ecclésiastique, il ne me reste plus qu’à l’apprendre.»
+
+Grammaire Italienne, in-12.
+
+Pour le Sieur Roulland fils, ruë saint Jacques.
+
+Analise des Epîtres de saint Paul, etc., 2 vol. in-12.
+
+Explication des Prières de la Messe, par M. de Meaux, in-12[85].
+
+ [85] Il n’est pas besoin de dire que M. de Meaux, c’est Bossuet.
+
+Pratique judiciaire sur les Censives, in-12.
+
+Pour le Sieur Robustel, rue saint Jacques.
+
+Histoire des Empereurs, par M. Tillemont, 2 vol. in-4º[86].
+
+ [86] Ce célèbre ouvrage, quand l’auteur mourut en 1698, avoit six
+ volumes.
+
+Traité des Etudes Monastiques, par le P. Mabillon, in-4º[87].
+
+ [87] L’ouvrage a deux volumes. Il fut écrit pour réfuter l’opinion de
+ l’abbé de la Trappe, qui prétendoit que les moines ne peuvent ni ne
+ doivent étudier.
+
+Pour la veuve Coignard et son Fils en compagnie.
+
+Les Offices de Cicéron et autres Œuvres, traduits du Latin de Grotius
+avec des nottes, in-8º[88].
+
+ [88] Cette traduction est de Goibaud Du Bois, de l’Académie françoise.
+
+Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, 2 vol. in-4º[89].
+
+ [89] Ce sont les deux premiers volumes du grand ouvrage de Domat. Un
+ troisième compléta bientôt cette partie des lois civiles.
+
+Maniere de fortifier selon la métode de M. de Vauban, in-12.
+
+Traitez de Metaphisique, d’histoire et de politique de feu M. de
+Cordemoy, in-12[90].
+
+ [90] Recueil des petits traités, de Cordemoy, déjà publiés à part,
+ tels que: le _Discours physique de la parole_, d’où Molière tira
+ tout le comique de la scène du professeur de philosophie au premier
+ acte du «Bourgeois gentilhomme»; la _Lettre sur le système de
+ Descartes_, etc., etc.
+
+La Geographie ancienne, moderne et historique, 2 vol. in-4º.
+
+_Nota._ Que dans le courant de la présente année 1692, on imprimera chez
+ledit Sieur Cognard fils, Imprimeur du Roy et de l’Academie Françoise,
+le Dictionnaire de ladite Academie[91]:
+
+ [91] Le privilége d’impression du _Dictionnaire de l’Académie_ avoit
+ alors déjà huit ans de date. Il est, en effet, de 1674. (_Collect.
+ Delamarre_, nº 21,739, fol. 79.) La première édition parut, non en
+ 1692, mais en 1694, chez Coignard, en 2 vol. in-fol.
+
+Pour le Sieur Auroy, rue saint Jacques.
+
+Etablissement de la Foy dans la nouvelle France, 2 vol. in-12[92].
+
+ [92] Le titre complet porte par le P. Le C... C’est le Père Ch. Le
+ Clercq, récollet.
+
+Nouvelle Relation de la Gaspesie.
+
+_Barhei Compendium Theologiæ._
+
+Pour le Sieur Boudot.
+
+Homelies Theologiques et morales de M. Palafox, traduites par M. Amelot
+de la Houssaye, in-12[93].
+
+ [93] Ces homélies, traduites de l’espagnol, ont pour texte principal
+ la Passion.
+
+Lettres de M. l’Abbé le Grand à M. Burnet, in-12.
+
+Deffense de l’Antiquité des Temps, par le R. P. Dom Paul Perron[94].
+
+ [94] C’est une défense de son propre ouvrage, l’_Antiquité des Temps
+ rétablie_, publiée en 1687, et que les PP. Martiany et Le Quien
+ avoient fort attaquée.
+
+
+
+
+MUSIQUE.
+
+
+_Grand Maitre de la Musique de la Chapelle du Roy._
+
+Monseigneur l’Archeveque de Rheims[1], ruë saint Thomas du Louvre.
+
+ [1] Charles-Maurice Le Tellier, dont il a déjà été parlé. Il avoit,
+ comme «maître de la Chapelle-Musique», 1,200 liv. de gages, plus
+ 3,000 «pour sa bouche à cour.» _Etat de France_, 1692, p. 39.
+
+
+_Sur-Intendans de la Musique de la Chambre de Sa Majesté._
+
+M. de la Lande qui est d’ailleurs Maître de la Musique de la
+Chapelle[2], et M. Boisset qui est Maître de la Musique de la Chambre,
+en Cour[3].
+
+ [2] Michel-Richard de Lalande, d’abord violon, claveciniste et
+ organiste, compositeur de motets, de pastorales et de ballets, puis
+ surintendant de la musique du Roi, charge dans laquelle il mourut,
+ en 1726, à quatre-vingt-trois ans. Il avoit été fait, le 9 janvier
+ 1689, surintendant de la musique de la Chambre, ce qui étoit un
+ acheminement à la surintendance générale.
+
+ [3] Jean Boësset, sieur de Haut, fils de Boësset, qui avoit été de la
+ musique de Louis XIII, et de qui l’on a quelques jolis airs de
+ chansons, entre autres celui des couplets de Lingendes, qui furent
+ si célèbres:
+
+ Si c’est un crime de l’aimer...
+
+ Boësset étoit maître de musique des pages de la Chambre, aux gages
+ de 1,140 liv.
+
+
+_Autres Maîtres de la Musique de la Chapelle, de la Chambre et des
+Plaisirs de Sa Majesté._
+
+Messieurs Lambert, ruë sainte Anne[4], Goupille[5], ruë Minoret[6],
+rue Colasse, rue Traversine[7], et Moreau, rue sainte Croix de la
+Bretonnerie[8].
+
+ [4] Michel Lambert, si recherché, en 1666, à l’époque de la satire du
+ _Repas_ de Boileau, et qui n’avoit pas alors moins de
+ quatre-vingt-deux ans. Lulli avoit épousé sa fille, et lui avoit
+ donné dans sa maison, qui existe encore aux coins des rues
+ Sainte-Anne et des Petits-Champs, l’appartement où nous le voyons
+ logé, et où il mourut au mois de juin 1696. (_V._ notre _Histoire de
+ la Butte des Moulins_.)
+
+ [5] Lisez Coupillet. Il faisoit, comme prêtre, pendant le semestre de
+ janvier, les fonctions ecclésiastiques de maître de musique, et
+ avoit soin, durant le même temps, «de la nourriture, éducation,
+ conduite et entretien des pages de musique.»
+
+ [6] Guillaume Minoret. Il avoit, pendant le semestre de juillet, les
+ mêmes fonctions que Coupillet pendant celui de janvier. Ses motets
+ sur un certain nombre de psaumes sont très-estimés. Le Cerf de la
+ Vieuville, dans son livre, _Comparaison de la musique italienne et
+ de la musique françoise_, 1706, in-8, 3e partie, le met, ainsi que
+ Coupillet, sur le même rang, pour la composition, que Collasse et
+ Lalande.
+
+ [7] Pascal Collasse, un des meilleurs élèves et héritiers de Lulli.
+ Après avoir collaboré avec son maître, il fit seul plusieurs opéras,
+ dont celui de _Thétis et Pelée_ est le plus célèbre.
+
+ [8] Jean-Baptiste Moreau, à qui Madame de Maintenon fit écrire, pour
+ Saint-Cyr, la musique des chœurs d’_Esther_ et d’_Athalie_. Il fit
+ aussi les airs de quelques chansons de Lainez, son ami de cabaret.
+
+
+_Maîtres pour l’Orgue et pour le Clavecin._
+
+Messieurs le Begue[9], rue Simon le Franc, Taumelin, rue de la
+Verrerie[10], Couprin, prés saint Gervais[11], Dandrieux, ruë saint
+Loüis du Palais[12], Nivert, prés saint Sulpice[13], Danglebert, rue
+sainte Anne[14], Martin, rue de l’Echelle, le Roux [15], rue ,
+Buterne, prés saint Paul[16], Montalan, rue du Cimetiere saint
+André[17], Ossu l’ainé, rue saint Denis[18], Ossu le cadet, Cloître
+saint Jacques de l’Hôpital, Garnier, rue Traversine, La Lande, Cour du
+Palais.
+
+ [9] Nicolas Le Bègue, un des quatre organistes de la Chapelle reçus en
+ 1678. Son quartier étoit celui d’octobre. Il touchoit l’orgue à
+ Saint-Merry, et l’on a de lui trois livres de pièces pour cet
+ instrument. Il mourut très-vieux en 1700. Ses ouvrages se vendoient
+ tout près de chez lui, dans la même rue. L’édit. de 1691, p. 62,
+ dit, en effet: «le livre d’orgues de M. Le Bègue se vend chez M.
+ Noël, rue Simon-le-Franc.»
+
+ [10] Jacques Tomelin, organiste de la Chapelle, comme Le Bègue. Il
+ exerçoit pendant le quartier de janvier.
+
+ [11] François Couperin, le second des trois frères qui fondèrent la
+ renommée de cette dynastie de clavecinistes célèbres. Nous le voyons
+ ici logé près de Saint-Gervais, parce que de 1669 à 1698, il y
+ toucha l’orgue. Il mourut à soixante-dix ans, en 1701, écrasé par
+ une voiture. L’année précédente, Montéclair lui avoit dédié sa
+ _Méthode facile de musique_.
+
+ [12] On ne le connoît que par son fils, Jean-François Dandrieu, qui,
+ de 1720 à 1740, se distingua sur l’orgue et le clavecin.
+
+ [13] Guill.-Gabriel Nivers, un des quatre organistes de la Chapelle.
+ Il avoit été maître de musique de la Reine.
+
+ [14] Jean-Baptiste d’Anglebert. Il étoit de la musique de la Chambre
+ pour le clavecin, ce qui lui rapportoit 600 liv. de gages, 900 de
+ nourriture, 213 de monture, «et 270 pour la nourriture de son
+ Porte-épinette.» _Etat de France_, 1692, p. 223.
+
+ [15] Il étoit aussi compositeur. V. _Le faux Satyrique_, 1706, in-8,
+ p. 11, où il est traité de «fameux maître de musique.»
+
+ [16] Jean Buterne, un des quatre organistes de la Chapelle-Musique.
+
+ [17] «Messieurs Le Règne--c’est celui qui est désigné plus haut sous
+ son vrai nom le Bègue--rue Simon-le-Franc, et de Montalan, rue du
+ Cimetière-Saint-André, sont renommez pour toucher et enseigner le
+ clavecin.» Edit. 1691, p. 60.--Claude Rachel de Montalant, après
+ avoir enlevé de son couvent, où sans doute il donnoit des leçons, la
+ fille de Molière, étoit, vers 1686, devenu son mari. Une note de
+ Titon du Tillet (_Parnasse françois_, 1732, in-fol., p. 318) que
+ nous avons citée le premier dans le _Roman de Molière_, 1862, in-18,
+ p. 129, ne laisse sur ce point très-curieux aucun doute: «Elle
+ épousa, dit-il, M. de Montaland, gentilhomme, qui a été quelque
+ temps organiste de Saint-André des Arts.» Il l’étoit sans doute
+ encore en 1691, ce qui expliqueroit pourquoi il logeoit tout près de
+ cette église. Titon le traite de gentilhomme parce qu’il se faisoit
+ appeler: Claude Rachel, écuyer, sieur de Montalant.
+
+ [18] Lisez Houssu. Nous avons su son nom par le curieux procès que
+ «les maîtres à danser et joueurs d’instruments tant hauts que bas»
+ firent aux clavecinistes, en 1693, pour les empêcher d’enseigner à
+ toucher le clavecin avant de s’être fait recevoir de leur
+ communauté. Les clavecinistes, représentés par plusieurs de ceux qui
+ figurent ici, dont on a vu les noms plus haut, ou qu’on trouvera
+ nommés plus loin: Médéric Corneil, Nicolas Gigault, Jean-Baptiste de
+ La Brune, Marin de la Guerre, Jean Mérault, Antoine Houssu, Nicolas
+ Le Bègue, Guillaume-Gabriel Nivers, Jean Buterne, François Couprin,
+ appelèrent d’une première sentence rendue contre eux par le prévôt
+ de Paris, et obtinrent, le 7 mars 1695, un arrêt de la Grand’Chambre
+ qui leur donna raison, et leur rendit l’entière liberté d’enseigner.
+
+
+_Autres Maîtres pour le Clavecin._
+
+Messieurs le Moine, ruë saint Honoré[19], Pitay, ruë sainte Croix de la
+Bretonnerie, Eudet et de la Cerisaye, ruë sainte Croix de la Cité,
+Bouton, rue Pavée, Mérault et Alexandre, rue saint Denis, Bernier, rue
+Tictonne[20], Hardy et Landrin, Cloitre sainte Opportune, Cointereau,
+place Maubert, Saffin, rue des Noyers, Boucher, rue des Assis[21],
+Corneille, Cloître Notre Dame, de Bordeaux, rue saint Jacques, Raison,
+rue saint Estienne, Gigot et Delian, rue saint Martin, la Brune, rue des
+Moineaux, Fouquet, ruë Coquillière, de la Guerre[22] et Jacquet, Isle
+Notre Dame, etc.
+
+ [19] Il étoit de la musique de la Chambre pour le théorbe.
+
+ [20] Nicolas Bernier, dont le succès fut si grand, surtout sous la
+ Régence, pour ses motets, la musique de ses cantates et ses airs à
+ boire. Il est fait de lui le plus grand éloge dans le poëme de J. de
+ Serré, _la Musique_, dont la première édition date de 1714.
+
+ [21] Lisez des Arcis.
+
+ [22] Son vrai nom étoit Jacquet, le seul que prit son frère nommé ici
+ avec lui. Jacquet de la Guerre étoit organiste à Saint-Séverin. Sa
+ fille, Mlle Elisabeth La Guerre, se distingua sur le clavecin et fit
+ la musique de l’opéra de _Céphale et Procris_, en 1694. Elle mourut
+ en 1727.
+
+
+_Maitresses pour le même Instrument._
+
+Mesdames Oves, rue saint Denis, et Louis, rue de la Monnoye.
+
+Et encore Mesdemoiselles Rebours et le Tellier, fauxbourg saint
+Germain[23].
+
+ [23] «Mademoiselle Le Tellier, qui demeure au cul-de-sac de la rue
+ Beaubourg.» Edit. 1691, p. 60.
+
+ * * * * *
+
+M. du Clos, rue Bétizy, accorde en perfection le Clavecin.
+
+Messieurs Denis, sur le Quay neuf, Richard, ruë du Paon[24], Rosée, rue
+de Cléry, Créteil, rue Poupée, Dathene, rue saint Antoine[25], Voudry,
+rue saint Jacques, Boudet, rue saint Martin, Thierry, rue sainte
+Marguerite, du Catel et l’Esclop, rue Omer[26], Clico, rue Philippot, et
+le Febvre, rue Aubry Boucher, fabriquent, rajustent et accordent les
+Orgues et les Clavecins.
+
+ [24] «Près Saint-Nicolas du Chardonnet.» Edit. 1691, p. 60.
+
+ [25] «Le sieur Dathene, qui fait des clavecins, demeure rue et devant
+ le petit Saint-Antoine.» _Id._, p. 64. «Le sieur Créteil, faiseur
+ d’orgues, demeure dans la rue Poupée.» _Ibid._
+
+ [26] Lisez rue au Maire.
+
+
+_Maitres pour la Violle._
+
+Messieurs de sainte Colombe[27], rue...; Marais, ruë Bertin Poirée[28],
+Theobal, rue de Richelieu[29], des Fontaines[30], rue de Grenelle saint
+Honoré, de Machy, rue des fossez saint Germain, Garnier, prés le Palais
+Royal, Bellier, rue de Mommorency, Fourcroy le fils, rue vieille du
+Temple, etc.
+
+ [27] Il n’est plus connu que parce qu’il fut le maître de celui qui
+ vient ici après lui.
+
+ [28] «Monsieur Marais touche la viole par excellence, et donne des
+ leçons chez luy, rue Quincampoix.» Edit. 1691, p. 48.--Marin Marais,
+ élève de Sainte-Colombe, et le plus habile joueur de viole de son
+ temps, il a beaucoup écrit pour cet instrument, et, de plus, l’on a
+ de lui plusieurs partitions pour l’Opéra, où il avoit commencé à
+ être simple batteur de mesures. La plus célèbre est celle
+ d’_Alcione_, dont la Tempête fut un des morceaux les plus à effet de
+ ce temps-là. Elle est décrite dans le poëme de _la Musique_ cité
+ plus haut.
+
+ [29] Théobaldo Gaddi, qui, attiré de Florence à Paris par son
+ admiration pour Lulli, fut mis par celui-ci dans l’orchestre de
+ l’Opéra, où il joua pendant près de cinquante ans de la basse de
+ viole. Il avoit fait, en 1691, la musique de la pastorale héroïque
+ de _Coronis_.
+
+ [30] «Le même Des Fontaines montre d’ailleurs à toucher le clavecin et
+ la basse de viole.» Edit. 1691, p. 48.
+
+Mademoiselle Mengey, rue saint Honoré, prés la rue des Poullies, fait
+aussi profession de toucher et de montrer à toucher la Violle.
+
+
+_Maîtres pour le Theorbe[31]._
+
+ [31] C’étoit une espèce de grand luth, qui lui-même étoit une sorte de
+ guitare.
+
+Messieurs du Pré, rue des Escoufles, et de la Barre en Cour, qui sont de
+la Chambre du Roy[32], et encore Messieurs Pinet[33], rue le Moyne,
+Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Aubin, rue de l’Escharpe, Poussilac,
+prés les Jacobins saint Jacques, Lavaux, rue Hurel, Quay de la
+Mégisserie.
+
+ [32] Du Pré n’étoit qu’en survivance, en 1692, à la chambre du Roi
+ pour le théorbe. Pierre Chabançeau de La Barre, beaucoup plus
+ célèbre, jouoit de la grosse-basse ou du théorbe à la
+ Chapelle-Musique. Il étoit valet de chambre de la Dauphine.
+
+ [33] Lisez Pinel. Il jouoit du théorbe à la chambre du Roi, mais y
+ avoit, auparavant, chanté les hautes tailles.
+
+
+_Maîtres pour la basse de Violon._
+
+Messieurs Marchands père et fils, et Converset, rue des Poulies[34],
+Boudet, rue saint Antoine, Reffiet, rue des vieux Augustins[35], la Rue,
+prés saint Mederic.
+
+ [34] «Rue Bétizy, Gillet, place du Palais-Royal.» Edit. 1691, p.
+ 48.--A la chambre du Roi, les deux Marchand: Jean Noël, le père, et
+ Jean-Baptiste, le fils, jouoient non la basse, mais le dessus de
+ violon.
+
+ [35] Urbain Reffiet. Il étoit un des vingt-cinq violons ordinaires,
+ dont Dumanoir étoit le roi.
+
+
+_Maîtres pour le dessus de Violon._
+
+Messieurs Favre, rue saint Honoré, le Peintre, à Versailles[36], Thoüin,
+rue de la Verrerie[37], Verdier, rue du Chantre, Baptiste, Cloitre saint
+Honoré, du Bois, rue des fossez saint Germain, de l’Isle, rue saint
+Honoré, Charpentier, rue de la Harpe, du Chesne, rue Aubry Boucher,
+Jobert, rue saint Antoine, Marchand, rue de Berry, etc.
+
+ [36] Augustin-Jean Le Peintre. Il étoit aussi des vingt-cinq violons,
+ et, de plus, un des violons du Cabinet, où il jouoit les dessus,
+ avec 600 liv. de gages. Il étoit en outre attaché, comme violon, à
+ la maison du Dauphin, ce qui lui valoit 600 liv. sur la cassette du
+ prince, 400 sur le trésor royal, «et quelques autres
+ gratifications», dit l’_Etat de France_. On comprend qu’avec le
+ cumul de ces gages et ce que pouvoient lui rapporter ses leçons, il
+ ait pu faire dire à Richelet, au mot _violon_ de son dictionnaire:
+ «Le Peintre, l’un des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne
+ plus que Corneille, l’un des plus excellents de nos plus fameux
+ poëtes françois.»
+
+ [37] L’édition précédente l’appelle à tort Thonin.
+
+
+_Maîtres pour la Guitarre._
+
+Messieurs de Vizé, à Luxembourg[38], Cheron, rue Dauphine[39], Medard,
+prés saint Nicolas des Champs, le Tellier, rue du Foin, Galet,
+cul-de-sac saint Sulpice, du Gesne, rue des Prouvaires, Poussilot[40],
+prés les Jacobins saint Jacques, etc.
+
+ [38] C’est-à-dire au palais du Luxembourg. Vizé fut très-célèbre en
+ son temps. Palaparat, dans la préface du _Grondeur_, parlant d’un
+ joueur de flûte fameux, dit qu’il tire de la flûte allemande «des
+ sons plus doux...»
+
+ Que ceux que De Vizé tire de sa guitarre.
+
+ [39] Nous le trouverons plus loin parmi les faiseurs d’instruments.
+
+ [40] Lisez Poussillac, comme plus haut.
+
+Le Sieur Alexandre Roboam fait des Guitarres par excellence[41].
+
+ [41] Il demeurait rue des Arcis.
+
+
+_Maîtres pour le Luth._
+
+Messieurs Mouton, rue saint Antoine, et du Buc, ruë[42].
+
+ [42] L’édition de 1691, p. 61, nomme, avec lui, «Gallot et Jacqueson.»
+ Mouton étoit, de beaucoup, le plus célèbre. On a de lui, d’après de
+ Troyes, un très-beau portrait gravé par Edelinck. Mariette en parle
+ ainsi dans une note de l’_Abecedario_, t. II, p. 219, que nous
+ reproduisons avec toute sa singularité: «Jean Mouton, célèbre
+ joueur, jouant de la guitare--est-ce un luth? est-ce une guitare?
+ C’est un luth--à demy corps, d’après Fr. De Troyes; d’après un des
+ plus beaux tableaux qu’ait peints M. de Troyes. Il a été peint en
+ 1690, Mouton étant, pour lors, âgé de 64 ans. J’ai vu, ajoute
+ Mariette, ce tableau en 1755, et j’ose dire que le plus beau tableau
+ de Van Dyck ne me paroît pas supérieur.» Edelinck grava ce beau
+ portrait pour remercier Mouton d’avoir enseigné le luth à sa fille
+ sans vouloir être payé. (_Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des
+ membres de l’Acad. de peinture_, t. II, p. 55.)
+
+
+_Maîtres pour le Jeu et pour la Fabrique des Instruments à Vent, Flûtes,
+Flageolets, Hautbois, Bassons, Musettes, etc._
+
+Messieurs Colin Hotteterre[43], ruë d’Orléans; Jean Hotteterre, rue des
+fossez S. Germain; Fillebert, rue S. Antoine[44]; des Costeaux,
+Fauxbourg saint Antoine[45]; Filidot en Cour[46]; du Mont, rue de
+Tournon; Rousselet, rue des Assis; Dupuis, carrefour de l’Ecole[47]; le
+Breton et Fremont, rue de l’Arbre sec; Héron, prés le cadran saint
+Honoré; du Buc, rue de Richelieu; Roset, rue neuve saint Eustache[48],
+etc.
+
+ [43] Colin étoit un diminutif de Nicolas, son vrai prénom. Il étoit
+ basson à la Chapelle-Musique. Lui, et son fils Jean, qui le suit
+ ici, et un autre, dont nous ne savons pas le prénom, excelloient
+ surtout comme _facteurs_: «le père, lisons-nous dans un _Traité de
+ la Musette_, etc. (Lyon, 1682, pet. in-fol., p. 38), est un homme
+ unique pour la construction de toutes sortes d’instruments de bois,
+ d’ivoire, d’ébeine, comme sont les musettes, flageolets, hautbois;
+ et mesme pour faire des accords parfaits de tous ces instruments.
+ Ses fils ne luy cèdent en rien pour la pratique de cet art.»
+
+ [44] Philibert Rebillé. Très-renommé comme flûtiste et acteur de
+ société. Palaprat dit de lui dans une note de son théâtre (t. I, p.
+ 183): «fameux joueur de flûte allemande, qui a mérité d’être chanté
+ sur la lyre de M. De La Mothe, _Ode de la Flûte_.» La flûte
+ allemande étoit ce qu’on appelle aujourd’hui «flûte traversière.»
+ L’autre étoit la clarinette. Philibert eut de très-grands succès à
+ la Cour, comme on le voit par les _Poésies_ de Lainez, son ami, et
+ de très-vifs aussi, trop vifs même dans la bourgeoisie. Une certaine
+ Mme Brunet, qui s’étoit affolée de lui, empoisonna son mari, et
+ l’épousa en secondes noces. Les révélations de La Voisin, qui lui
+ avoit fourni le poison, la firent prendre, condamner et exécuter.
+ Philibert, dont le roi ne mit pas en doute l’innocence, fut sauvé.
+ Il y a, dans les _Caractères_, une allusion à cette affaire.
+ Philibert y est nommé Dracon. (_Comédie de Jean de La Bruyère_, t.
+ I, p. 212-214.)
+
+ [45] Il étoit joueur de flûte, comme Philibert, dont il fut l’ami
+ dévoué. Il avoit beaucoup connu Molière, et en parloit
+ très-curieusement. Sa passion pour les fleurs fut célèbre. C’est
+ pour la mieux satisfaire qu’il s’étoit logé au faubourg
+ Saint-Antoine, où, comme nous le verrons, se trouvoient les grands
+ «floristes.» C’est lui, suivant Math. Marais, qui aurait posé pour
+ le curieux de fleurs des _Caractères_.
+
+ [46] André-Danican Philidor, et non Filidot. Il jouoit de la basse à
+ la Chapelle-Musique et dans la chambre du Roi. Veuf de Marguerite
+ Monginot, il eut, de son second mariage avec Elisabeth Le Roy, un
+ fils qui devint célèbre comme compositeur, mais surtout comme joueur
+ d’échecs.
+
+ [47] Nous le retrouverons, avec les quatre autres qui suivent, parmi
+ les fabricants d’instruments.
+
+ [48] «Le sieur Rozet est renommé pour les instruments de musique de la
+ garde-robe du Roy. Il demeure rue Neuve-Saint-Eustache.» Edit. 1691,
+ p. 49.
+
+Plusieurs d’entre les Maîtres de tous les Instrumens ci-dessus,
+travaillent par excellence à la composition de la Musique, outre
+lesquels entre les habiles Compositeurs de Paris, on compte d’ailleurs
+Messieurs Oudot à la place Royale; Mignon[49], cloître Notre Dame[50];
+l’Alloüette, prés saint Germain de l’Auxerrois[51]; Charpentier, rue
+Dauphine[52]; Bertet, Isle Notre Dame; Chaperon, cour du Palais; Martin,
+rue des saints Pères; Terrier, prés les Innocens, etc.[53].
+
+ [49] Il étoit maître de la musique de Notre-Dame, et, comme on le voit
+ ici, logeoit auprès. Il étoit aussi, à son temps perdu, grand
+ amateur de bouts rimés. C’est lui qui, en 1682, avoit proposé un
+ prix à quiconque rempliroit le mieux à la louange du roi les rimes
+ de _pan_, _guenuche_, etc., qui pendant une saison entière
+ occupèrent toutes les sociétés. (_Menagiana_, t. I, p. 35.)
+
+ [50] «Colasse, rue Sainte-Anne, Lorenzani...» Edit. 1691, p. 62.--Ce
+ dernier est nommé dans les _Caractères_, au § 29 du chapitre de _la
+ Mode_: «on sait que Lorenzani fait de beaux motets.» Il en publia
+ quelques-uns, en 1693, chez Ballard. Lulli s’étoit opposé de tous
+ ses efforts à sa célébrité. Sénecé, qui l’appelle Lorenzain, parle
+ ainsi de cette jalousie du Florentin dans le libelle qu’il fit
+ contre lui, _Lettre de Clément Marot_, etc.: «Je t’atteste encore,
+ célèbre Lorenzain, à qui un mérite connu de toute l’Europe n’a servi
+ qu’à blesser les yeux du jaloux Lulli...»
+
+ [51] Jean-François Lalouette, qui passe pour avoir travaillé aux
+ opéras de Lulli, son maître, mais qui fut surtout célèbre
+ pour ses motets. Il étoit maître de musique de l’église
+ Saint-Germain-l’Auxerrois, près de laquelle nous le voyons logé ici.
+
+ [52] Marc-Antoine Charpentier, que son logement place Dauphine mettoit
+ à proximité de la Sainte-Chapelle, où il étoit maître de musique. Il
+ enseigna la composition au Régent, et fit avec lui l’opéra de
+ _Philomèle_, qui ne fut ni joué, ni imprimé.
+
+ [53] A la suite de ces «habiles compositeurs de musique», on lit dans
+ l’édit. précédente, p. 62: «le sieur Jolly, rue des Rosiers, près la
+ vieille rue du Temple, l’enseigne avec une grande facilité.»
+
+
+_Maîtres pour l’Art de Chanter[54]._
+
+ [54] Ils étoient, depuis quelques années, en grande faveur.
+ «--Fais-toi plutôt maître à chanter, dit Colombine. On te donnera
+ deux louis d’or par mois, et tu trouveras peut-être quelque écolière
+ à qui tu ne déplairas pas: car voilà la grippe des femmes
+ d’aujourd’hui... On est de tous les bons repas; jamais de promenade
+ sans le maître à chanter.» (Regnard, _La descente de Mezzetin aux
+ Enfers_, acte I, scène 1re.)
+
+Massieurs Dambruy, rue Betizy, du Buisson, rue Dauphine, du Bousset, rue
+des Fontaines, Hallé, rue des Marais saint Germain, du Parc, rue de la
+Savaterie: Saint Germain, près la Madelaine, Chevalier, rue ; la
+Pommeraye, prés saint Leu de saint Gilles: de Lair, rue saint Honoré:
+Gillier, rue de Berry[55]: Bonnamy, rue Tictonne, etc.
+
+ [55] C’est le père de Gillier qui fit tous les divertissements de
+ musique à la Comédie et aux Italiens pour les pièces de Dancourt,
+ Regnard, etc.
+
+Messieurs Hallin frères sont renommez pour le Jeu de la Trompette et des
+Timbales qu’on trouve de la meilleure Fabrique chez le Sieur Crestien,
+rue de la Ferronnerie, à la Ville de Vernon.
+
+Les Cordes de Rome pour les Instrumens, se vendent en gros rue saint
+Denis aux trois Maillets, et en détail chez tous les faiseurs
+d’Instrumens, entre lesquels le Sieur Offlard[56], rue de Bussy, et les
+Sieurs Cheron[57], rue Dauphine et rue de la vieille Bouclerie en ont un
+grand assortiment.
+
+ [56] Il faut, je crois, lire «Offland.» Nous trouvons, en effet, un
+ Jean Offland parmi «les maistres faiseurs d’instruments de musique»,
+ dans un compte du commencement du siècle. (_Bulletin archéolog._, t.
+ II, p. 542.)
+
+ [57] «Luttier.» Edit. precéd., p. 112. Ces deux Chéron étoient sans
+ doute frères. L’édit. précédente n’indique que celui de la rue
+ Dauphine, qui figure déjà plus haut parmi les maîtres de guitare. Un
+ Nicolas Chéron, comme nous le voyons par un acte de baptême, étoit
+ déjà «faiseur d’instruments de musique», en 1658. Peut-être étoit-ce
+ le père de celui-ci.
+
+Il y a une fabrique pour l’Orgue et pour le Manicordium[58], rue saint
+Julien des Ménetriers[59].
+
+ [58] Sorte de petite épinette à sons amortis par du drap étendu sur
+ les cordes. On l’appeloit aussi _épinette sourde_.
+
+ [59] «Les musettes et les autres instruments à vent, se vendent chez
+ les sieurs Dupuis, carrefour de l’Ecole, Le Breton et Froment, rue
+ de l’Arbre-Sec, Héron, près le cadran Saint-Honoré, et Du Buc, rue
+ de Richelieu.» Edit. 1691, p. 49.--La musette étoit alors à la mode.
+ Nous avons vu, dans une note précédente, comment Van-Dyck peignit le
+ libraire Langlois jouant de cet instrument. La vielle le remplaça.
+ Sous Louis XV, tout le monde en jouoit. _V._ aux _Mss._ de la
+ Biblioth. Nat. les _Stromates_ de Jamet, t. II, p. 2050.
+
+
+
+
+FAMEUX CURIEUX DES OUVRAGES MAGNIFIQUES[1].
+
+ [1] Le Roux de Lincy a publié cette liste, avec quelques notes
+ insuffisantes, dans la _Gazette des Beaux-Arts_ du 15 février 1859,
+ p. 224.--Nous n’avons pas besoin de dire ce qu’on entendoit alors
+ par «curieux», _les Caractères_ de La Bruyère nous l’ont assez
+ appris. Nous ajouterons toutefois que, sous Louis XIII, le mot avec
+ ce sens n’étoit pas encore employé. On disoit des «grippés.» Dans
+ une curieuse pièce _Ms._ du _Supplément françois_, à la Biblioth.
+ Nat., nº 12, 491, p. 268, intitulée les _Francs grippez_, nous
+ trouvons: _le grippé des fleurs_, _le grippé des médailles_, etc. Il
+ y eut aussi alors un ballet, _les Grippez à la mode_. (_V._ le
+ catal. Soleinne, t. III, p. 85.)
+
+
+Monsieur le Duc d’Aumont, rue de Jouy[2].
+
+ [2] C’est le père de celui qui, à la fin du règne, fut ambassadeur en
+ Angleterre. Il avoit eu d’abord son cabinet de tableaux--c’est ce
+ qu’il collectionnoit--rue Vivien, ou Vivienne. La liste des curieux,
+ publiée par Spon dans _Les Recherches des antiquités et curiosités
+ de la ville de Lyon_, 1673, in-8, p. 212-218, que nous aurons
+ souvent à citer, d’après la reproduction qu’en a faite la _Revue
+ universelle des Arts_, t. XV, p. 259, lui donne cette adresse, il
+ s’installa ensuite dans l’hôtel de sa famille rue de Jouy, dont nous
+ avons déjà parlé. Il y joignit à son goût pour les tableaux, celui
+ de l’Antiquité. «Monsieur le duc d’Aumont, écrivoit, en 1686,
+ Bourdelot d’Airval au t. II de son livre de l’_Utilité des Voyages_,
+ a bien fait voir qu’il se connoissoit en tout dans les conférences
+ qu’il a tenues chez lui, touchant l’histoire ancienne: il a
+ découvert depuis peu deux portraits en agathe de quelques-uns des
+ tyrans du temps de Gallien.»
+
+M. le Duc de Saint Simon, rue de Taranne[3].
+
+ [3] Claude de Saint-Simon, père de l’auteur des _Mémoires_. Il ne
+ mourut que l’année suivante. Il avoit des tableaux. Son fils
+ (_Mém._, édit. in-18, t. I, p. 34) parle entre autres de celui de
+ Pomone et Vertumne, un des plus beaux de Carrache, que lui avoit
+ donné le duc de Montmorency avant de monter à l’échafaud.
+
+M. le Duc de Richelieu, place Royale[4].
+
+ [4] Père du maréchal duc de Richelieu. Il avoit une fort belle galerie
+ de tableaux, avec de nombreux et remarquables Rubens: «On en trouve
+ dans cet hôtel, dit G. Brice, 3e édit., t. I, p. 330, un plus grand
+ nombre qu’en nul endroit de Paris.» De Piles les a décrits dans ses
+ _Dissertations sur les ouvrages des plus fameux peintres_. La
+ description du plus beau de tous, _la Chute des mauvais Anges_, est
+ de M. de Richelieu lui-même.
+
+M. le Chevalier de Lorraine, au Palais Royal[5].
+
+ [5] Le chevalier de Lorraine, dont on sait la faveur équivoque près de
+ Monsieur, avoit dans son appartement, l’un des plus beaux du
+ Palais-Royal, un cabinet sur le jardin, tout rempli de tableaux
+ rares, des italiens surtout, tels que l’Albane. On y trouvoit aussi
+ quelques Poussin.
+
+M. le Marquis d’Hauterive[6], au Cherche Midy.
+
+ [6] Suivant la liste de Spon, ce marquis, souvent nommé par Dangeau,
+ avoit aussi le goût des tableaux.
+
+M. le Marquis de Rieux, rue de Seine.
+
+M. le Comte de Flamarin[7], prés saint Roch.
+
+ [7] Grossolle de Flamarens. Il paroît avoir eu surtout le goût des
+ livres. On en rencontre à ses armes: _d’or, au lion de gueules,
+ naissant d’une rivière d’argent, chef d’azur chargé de trois étoiles
+ d’or_.
+
+M. le Comte de Bartolet, rue de Tournon.
+
+M. le Marquis de Rhodes[8], prés la porte saint Honoré.
+
+ [8] Grand maître des cérémonies, charge qu’il vendit, au grand blâme
+ de tous, car on l’étoit de père en fils, depuis longtemps, dans sa
+ famille.
+
+M. le Baron de Breteuil[9], rue de Paradis.
+
+ [9] Ce baron qui ne l’étoit pas, selon Saint-Simon, est le même qui
+ mena avec la présidente Ferrand le scandaleux roman dont nous avons
+ parlé. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
+
+M. le Comte de Morstein, sur le Quay des Théatins[10].
+
+ [10] M. de Morstein, ancien grand trésorier de Pologne, avoit son
+ hôtel, qui devint ensuite celui du maréchal d’Estrées, au coin de la
+ rue des Saints-Pères et du quai des Théatins, aujourd’hui quai
+ Voltaire. C’étoit un grand curieux en toutes choses. Ses jardins à
+ Montrouge étoient magnifiques. Rigaud l’avoit peint avec sa fille,
+ puis séparément.
+
+M. le Comte de Renes, rue saint Dominique, quartier S. Germain.
+
+M. le Commandeur d’Hautefeuille, rue du Bac[11].
+
+ [11] Étienne-Texier d’Hautefeuille, grand prieur d’Aquitaine et
+ ambassadeur extraordinaire de la religion de Malthe en France. Il
+ mourut le 3 mai 1703, laissant, suivant Saint-Simon (t. IV, p. 453),
+ tous ses tableaux à son Ordre. Ils étoient d’un grand prix, car au
+ dire de Mariette (_Abecedario_, t. II, p. 345), «il étoit très-grand
+ curieux, et avoit de très-belles choses.» Il habitoit dans le haut
+ de la rue du Bac une des maisons neuves bâties par l’administration
+ des Incurables.
+
+M. le Commandeur de Gaults, derrière saint Roch[12].
+
+ [12] Sur la liste de Spon, son nom est écrit Gotz, et son adresse est
+ donnée au bout de la rue des Petits-Champs. Son cabinet, y est-il
+ dit, comprenoit tableaux, médailles modernes, curiosités de toutes
+ sortes.
+
+M. le Chevalier de Simonville[13], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
+
+ [13] Lisez de Sémonville. Nous ne savons rien sur ses collections.
+
+M. le Chevalier de Nogent[14], rue d’Anjou au Marais.
+
+ [14] Un des favoris préférés de Louvois, qui lui donna une maison
+ charmante à Meudon, où il réunit les plus précieuses de ses
+ curiosités. Il mourut très-âgé, en 1708.
+
+Messieurs les Présidens Lambert et Bretonvilliers, Isle Notre Dame[15].
+
+ [15] Nous n’avons pas à insister sur la magnificence des hôtels
+ Lambert et Bretonvilliers, elle est connue: tableaux rares, meubles
+ du plus grand prix se trouvoient partout dans l’un et dans l’autre.
+ On peut s’en faire une idée par ce qu’en a dit G. Brice, 3e édit.,
+ t. II, p. 388-394.
+
+M. le Président Dorieux, prés les Enfans Rouges[16].
+
+ [16] Il étoit fils de Nicolas Dorieu, mort intendant de Limoges en
+ 1686, qui lui avoit légué une bibliothèque qu’il compléta, et dont
+ le prix venoit surtout des documents imprimés et manuscrits qu’elle
+ contenoit sur l’histoire de la noblesse de France. Ses livres
+ portoient sur les plats: _un écusson d’azur à la bande d’or chargée
+ de 3 molettes de gueules dans le sens de la bande_.
+
+M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique[17].
+
+ [17] François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres. Nous en
+ avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses armes: _d’or à
+ l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée et membrée de
+ gueules_.
+
+M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine[18].
+
+ [18] Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de Spon, en
+ 1673. Il y est donné comme amateur de tableaux modernes.
+
+M. de Caumartin, rue sainte Avoye[19].
+
+ [19] Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi les
+ intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux
+ modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son
+ portrait, et peignit aussi celui de sa femme.
+
+M. Mendat, rue saint Loüis du Marais[20].
+
+ [20] Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des requêtes,
+ Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts nous sont plus
+ connus que les siens: il étoit bibliophile. L’écusson des livres de
+ sa bibliothèque, dont la vente se fit en 1755, avec _Catalogue_
+ dressé par David l’aîné, porte: _d’azur au lion couronné d’or, au
+ chef d’argent chargé d’une hure de sanglier de sable, accostée de
+ deux roses de gueules_.
+
+M. Jabac, rue Neuve saint Mederic[21].
+
+ [21] Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France, où il
+ devint directeur de la compagnie des Indes orientales, et l’un des
+ maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé de lui, p. 109, note
+ 11. Ses acquisitions à Londres, après la mort de Charles Ier, furent
+ considérables selon Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures
+ et dessins, que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet de
+ Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre à Mazarin
+ l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard, passèrent au Roi,
+ et sont maintenant au Louvre. Puis, la ruine à peu près complète
+ ayant suivi, il fallut céder la collection entière: 101 tableaux et
+ 5,542 dessins. Le roi offrit 200,000 livres, et, au mois de mars
+ 1671, marché fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne
+ put s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que
+ vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques tableaux,
+ entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint lui-même, l’avoit
+ représenté avec sa femme et ses enfants. Il fut vendu à Cologne, en
+ février 1787.--L’hôtel de Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe
+ encore en partie ainsi que le passage qui le fait communiquer avec
+ la rue Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte. Au
+ XVIIIe siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y firent leurs
+ expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit appeler par Diderot
+ «Jabach» ces tableaux d’ordre inférieur. Un fameux magasin de
+ tabatières s’établit aussitôt après à l’hôtel Jabach.
+
+M. de la Saldiere, rue du gros Chenet[22].
+
+ [22] Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la COMÉDIE DE LA
+ BRUYÈRE, le bibliophile Guyon de Sardière qui pouvoit alors
+ commencer sa riche collection? Si ce n’est lui, nous ne savons qui
+ c’est.
+
+M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois[23].
+
+ [23] Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint par
+ Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit un
+ D’Argenson.
+
+Mrs Belluchot et le Riche, rue des Massons[24].
+
+ [24] François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le Riche,
+ secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans la même maison:
+ Belluchot y collectionnoit avec un grand goût des tableaux de
+ maîtres--il en avoit un surtout du Guide qui étoit admirable.--Le
+ Riche faisoit, lui, collection de livres choisis et d’estampes, dont
+ il avoit beaucoup de «très-belles et très-curieuses», dit G. Brice
+ (3e édit., t. II, p. 175).
+
+M. de Furetière, rue du Roy de Cicile[25].
+
+ [25] Ce n’est pas l’auteur du _Dictionnaire_, mort alors depuis quatre
+ ans, mais son frère Nicolas Furetière, avocat au Parlement, qui
+ avoit comme lui le goût des curiosités, et peut-être avoit hérité
+ des siennes. Dans sa liste de 1672, Spon n’avoit pas oublié
+ Furetière, le lexicographe, l’auteur du _Roman Bourgeois_, il nous
+ l’avoit donné comme étant curieux de livres rares, d’estampes, de
+ bronzes, etc. Son frère, que nous voyons logé rue du Roi-Sicile,
+ pouvoit y demeurer alors. Le 9 janvier 1691, il avoit fait baptiser
+ une de ses filles à Saint-Gervais, qui est la paroisse de cette rue.
+ Il mourut le 9 décembre 1697, à l’île Saint-Louis. M. Ferd. de
+ Lasteyrie a retrouvé son inventaire après décès. Cent cinquante
+ tableaux y figurent avec «une infinité de petits bronzes, de
+ médailles, d’objets en pierre dure, etc.» Il avait donc qualité pour
+ compter parmi les Curieux. V. _Bull. de la Soc. de l’hist. de
+ Paris_, t. IV, p. 146-150.
+
+M. de Creil, rue de Montmorency[26].
+
+ [26] Il figure dans la liste de Spon. On y apprend qu’il
+ collectionnoit: tableaux anciens et modernes, porcelaines, statues
+ de bronze, médailles antiques et modernes. Il en brocantoit aussi:
+ «Il y a longtemps, écrit Baudelot d’Airval, en 1686, dans l’_Utilité
+ des Voyages_, que M. de Creil règne dans le commerce des choses
+ précieuses... il s’en défait aussi avec toute la complaisance
+ possible, lorsque les curieux connussent le prix de l’antiquité, et
+ n’estiment pas les choses médiocrement.»--Parmi ses tableaux
+ modernes, se trouvoit un baptême du Christ que Le Sueur avoit peint
+ pour lui.
+
+Mrs Bertin[27] et de la Touanne, porte Gaillon.
+
+ [27] Trésorier des parties casuelles, «qui, lisons-nous dans les
+ _Annales de la Cour et de Paris_, pour 1697-1698, t. I, p. 148, est
+ un des hommes de Paris les plus curieux pour les meubles.» Il avoit
+ surtout de merveilleux tapis, acquis par lui de la succession du
+ conseiller Pussort. Le Roi les vit, les désira, et ils lui furent
+ cédés. _Ibid._
+
+M. Despond, aux Incurables.
+
+Mrs Quenel[28] et de Montigny, à sainte Magloire.
+
+ [28] Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire, dont la
+ maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit une dépendance. «Il
+ étoit, dit Mariette (_Abecedario_, t. II, p. 230), un peu peintre et
+ un peu brocanteur.» Il avoit acquis de Dacquin, évêque de Séez,
+ grand nombre de dessins, dont plusieurs excellents de Jules Romain.
+ Il possédoit aussi les débris de la collection des dessins de
+ Vasari. Il céda le tout à Crozat. _Id._, p. 46.
+
+M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il donne entrée aux Curieux
+tous les matins.
+
+M. de Blois, rue du Jardinet[29].
+
+ [29] Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan. Sa
+ collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles,
+ couteaux de Turquie, etc.
+
+Mrs Gedouin et Bergeron, rue de la Couture sainte Catherine.
+
+M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg S. Antoine[30].
+
+ [30] Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel du Roi,
+ si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de qui, entre autres
+ œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements, qui passèrent de
+ son cabinet dans la galerie du Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui
+ en Angleterre. L’hôtel de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit
+ l’ancienne maison de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce
+ quartier.
+
+M. Rappes, rue de la Harpe[31].
+
+ [31] Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il possédoit
+ celui d’Hercule et Omphale par François Perrier.
+
+M. Paillot, prés les Capucins du Marais[32].
+
+ [32] Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait est
+ un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud.
+
+M. de Nassé, rue de Cléry.
+
+M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle.
+
+M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle.
+
+M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere.
+
+Mrs Bordalou[33] et Rigault, rue de la Sourdière.
+
+ [33] Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son _Abecedario_,
+ l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi «les célèbres de la
+ curiosité.» Il possédoit de belles estampes du Parmesan, et il avoit
+ été très-curieux des dessins de La Fage, que, suivant Mariette, il
+ payoit un louis par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé
+ par Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa vente.
+
+M. Robert, prés les petits Pères[34].
+
+ [34] C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui étoit grand
+ ami de Le Brun.
+
+M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint Germain.
+
+M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade.
+
+M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple.
+
+M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs.
+
+M. Gamarre, rue du Sepulcre[35].
+
+ [35] Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant des
+ chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens et modernes.
+
+M. de Briancourt, rue saint André.
+
+M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins.
+
+M. de Treville[36], prés la Sorbonne.
+
+ [36] Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’_Arsène_ de La
+ Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie surtout en
+ livres grecs.
+
+Mrs Moreau[37] et de la Gardette, rue saint Nicaise.
+
+ [37] Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui: «M. Moreau
+ aime les livres, les manuscrits, les médailles, et sait en faire un
+ choix fort judicieux.»
+
+M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université.
+
+Mrs Aincelin[38], d’Apoigny[39] et de saint Maurice[40], rue Bardubec.
+
+ [38] Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis,
+ qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si curieux volume
+ sur les ballets.
+
+ [39] Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers généraux des
+ Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
+
+ [40] Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des
+ Inscriptions. (_Archives de l’Art françois_, t. III, p. 237.)
+
+M. Lhuillier[41]; rue des Jeusneurs.
+
+ [41] Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la place
+ Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec l’hôtel
+ qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est aujourd’hui le
+ Ministère de la Justice.
+
+M. de Cormery, prés saint Roch[42].
+
+ [42] Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van Fallens, par
+ exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit volontiers passer
+ pour des originaux de maîtres. (Mariette, _Abecedario_, t. II, p.
+ 246.) Rigaud fit son portrait et celui de sa femme.
+
+M. Caillet, à l’Hotel de Condé.
+
+M. Marion, à l’Hotel de Bellingant.
+
+M. Hedeline, Doyen de saint Honoré[43].
+
+ [43] Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de tableaux.
+
+M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas, quartier S. Michel.
+
+M. Imbert, prés les Chartreux[44].
+
+ [44] Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de Parrocel. Il
+ fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge ici, et il finit,
+ en 1703, par entrer dans leur Ordre.
+
+Mrs le Febvre[45] et le Ferron[46], rue Mauconseil.
+
+ [45] Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et celui de sa
+ femme.
+
+ [46] Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un hôtel de la
+ rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui avoit peint une galerie.
+
+M. Leviez, rue saint Sauveur.
+
+M. l’Abbé Bizot[47], rue saint Jean de Beauvais.
+
+ [47] Baudelot d’Airval, dans son _Utilité des Voyages_, au chapitre
+ des «Cabinets de France», parle ainsi de lui: «Monsieur l’abbé Bisot
+ (_sic_) a des talents pour la curiosité qui sont incompréhensibles:
+ on peut dire qu’il en est une source inépuisable, et que personne ne
+ connoît mieux les médailles modernes que lui.»
+
+M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise[48].
+
+ [48] François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des curieux de son
+ temps. Il avoit eu le gouvernement des ville, château et principauté
+ de Joinville, par Mme de Guise qui se l’étoit attaché, et qui le
+ logeoit dans son hôtel de la rue du Chaume avec ses collections.
+ Elles comprenoient: documents de tous genres, lettres originales,
+ copies, dessins, estampes, le tout choisi avec une remarquable
+ intelligence. Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant
+ 4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme, et 20,000
+ liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il désigneroit. C’étoit
+ donné, aussi ne vit-on là qu’un don de la part de Gaignières. Le 17
+ mars suivant, Coulanges lui écrivoit: «Votre cabinet mérite bien
+ l’immortalité, et, pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que
+ de le joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que
+ vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives de
+ la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent le mérite bien.»
+ Cette acquisition fut la dernière qui fut faite sous Louis XIV pour
+ la bibliothèque du Roi. Elle en est restée un des fonds les plus
+ importants.--Gaignières se mêloit quelquefois de dessiner. On peut
+ voir au Cabinet des Estampes, _Topographie du Loiret_
+ (arrondissement d’Orléans) une mauvaise gravure de M. de Caumartin,
+ faite d’après un dessin de lui, signé. C’est une vue du château de
+ Cléreau, près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit
+ connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions le
+ prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de dire que, suivant
+ G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût des dessins et des
+ estampes celui des médailles, et aussi celui des portraits
+ contemporains et autres. C’étoit un des plus à la mode, comme on le
+ voit par cette fin d’un couplet de Coulanges dans son _Recueil de
+ chansons choisies_, 1696, in-8, p. 35:
+
+ Venez tous dans mon cabinet,
+ Chacun, pour sa parure,
+ Aura sa bordure,
+ Avec son cloud à crochet.
+
+ --_V._ sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails dans le
+ _Voyage_ de Lister, chap. IV.
+
+M. de la Ravoire, rue d’Anjou[49].
+
+ [49] Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général de La
+ Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections. V. sur lui et sa
+ fille une note du chap. sur les _Receveurs généraux_, p. 35-36.
+
+M. de Silly, rue saint Loüis au Marais[50].
+
+ [50] Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon a raconté
+ la singulière et ambitieuse fortune (t. III, p. 93-96). Il s’étoit
+ donné tous les goûts des gens à la mode: Rigaud, par exemple, avoit
+ fait son portrait.
+
+M. Malot, rue Neuve saint Eustache[51].
+
+ [51] Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce seroit alors
+ le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en 1698, laissant une
+ belle bibliothèque, dont les livres portoient sur les plats un
+ écusson _d’azur, au phénix d’or, sur son immortalité de même,
+ regardant un soleil aussi d’or posé au premier canton_. (Guigard,
+ _Armorial du Bibliophile_, t. I, p. 87-88.)
+
+M. Galot, prés le Chevalier du Guet.
+
+M. Dupuis, rue des Tournelles[52].
+
+ [52] Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières copies
+ du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même, Coysevox, fut
+ pour lui.
+
+M. de la Planche, rue de la Planche[53].
+
+ [53] Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche, contrôleur et
+ trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut, avec Alexandre
+ Comans, directeur d’une manufacture de tapisseries, au coin de la
+ rue de la Chaise et de la rue de Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à
+ la rue du Bac son premier nom de rue de La Planche, il fut ensuite
+ un des administrateurs des Gobelins.
+
+M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme.
+
+M. le Doyen de la sainte Chapelle.
+
+M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière S. André[54].
+
+ [54] Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut, p. 129,
+ tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il étoit, lui,
+ grand amateur de livres. V. _Catalogue des livres composant la
+ bibliothèque_ de feu J.-B. Chassebras, ancien docteur de Sorbonne.
+ Paris, 1693, in-8.
+
+Mrs Moulle, Bonnet et Bourdelot[55], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
+
+ [55] Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap.
+ _Médecine ordinaire_, p. 152.
+
+M. Aubert, rue de la Tixeranderie.
+
+M. Hubert, rue du Temple.
+
+Mrs Guilloire, rue Bourlabé[56].
+
+ [56] Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous l’avons déjà
+ trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux.
+
+M. du Vivier, à l’Arsenal[57].
+
+ [57] Lister qui, dans son _Voyage à Paris_, l’appelle à tort De
+ Vivier, fait de sa collection une description dont Germain Brice (3e
+ édit., t. I, p. 376) confirme les détails: «J’ai visité, dit Lister,
+ l’appartement de M. de Vivier à l’Arsenal: il consiste en sept ou
+ huit pièces au rez-de-chaussée donnant sur le grand jardin. Elles
+ sont petites, mais meublées avec la plus grande recherche; elles
+ sont ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux
+ choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et les
+ peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des bureaux et des
+ corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants, et quelques
+ tableaux des meilleurs maîtres.»
+
+M. du Plessy, rue de Jouy[58].
+
+ [58] Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur de
+ médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin.
+
+M. Croissade, rue Coquilliere[59].
+
+ [59] Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier, receveur
+ général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux celui de
+ François Perrier, _Alexandre et le médecin Philippe_.
+
+M. du Vaux[60], rue Tictonne.
+
+ [60] Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle indifféremment
+ de l’une ou l’autre manière. Il avoit de beaux tableaux, notamment
+ une vierge du Pesarèse qu’il céda à Pasquier, autre amateur. Sa
+ collection d’émaux par Petitot étoit célèbre; il possédoit aussi de
+ très-précieuses médailles.
+
+M. de la Forest[61], rue du Colombier.
+
+ [61] C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des meilleurs
+ élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière devint le
+ gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest, «fameux marchand de
+ tableaux», dont parle le marquis de Châtre, et chez lequel le
+ bourreau de Paris, qui étoit grand amateur, alloit monter sa
+ collection composée surtout de peintures analogues à son métier:
+ tortures, supplices, etc. (_Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit_,
+ 1709, in-12, p. 218-224.)
+
+M. Brangeon, quay des Balcons[62].
+
+ [62] C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de Béthune,
+ Ile-Saint-Louis.
+
+Mrs Desvieux[63] et de la Haye, quay de l’Ecole[64].
+
+ [63] C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la compagnie
+ des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui faisoit alors son
+ portrait, à vendre, pour des actions, à Law ses dessins de la
+ galerie du Luxembourg; ce qui le ruina.
+
+ [64] Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit épousé la
+ célèbre Mlle Sophie Chéron, poëte, musicienne et artiste en tous
+ genres: peinture, gravure, etc.
+
+M. le Vasseur[65], rue Grenier saint Lazare.
+
+ [65] L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe de l’Académie
+ de peinture, Guillet de Saint-Georges.
+
+Mrs de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré.
+
+M. le Febvre, rue Beautreillis[66].
+
+ [66] Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges avec le
+ voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui de cette passion.
+
+M. Poirée, prés saint Sauveur[67].
+
+ [67] Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi: «M. Poiret, à
+ Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres.»
+
+M. Biet, prés saint Jean en Grève.
+
+M. Rivet, rue saint Honoré.
+
+M. Mandin, rue des Victoires.
+
+M. de Pile[68], prés les Minimes.
+
+ [68] Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint meilleur
+ historien de la peinture. Nous avons cité plus haut un de ses
+ ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de M. Amelot tour à
+ tour ambassadeur à Venise et en Portugal, soit avec son fils. Il
+ rapporta de Portugal et d’Espagne une curieuse collection de
+ dessins; et de Hollande, où il fut retenu en prison pour avoir trop
+ mêlé la politique aux arts, des manuscrits de Rubens et des dessins
+ de Rembrandt.
+
+M. de Sainfroy[69], rue de l’Egout.
+
+ [69] Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes.
+
+M. Varlet[70], rue saint Antoine, prés les Jésuites.
+
+ [70] Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le graveur
+ au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture.
+
+M. de Lonpré, carrefour saint Benoist[71].
+
+ [71] C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi les
+ académistes. Il étoit grand amateur des médailles de l’empire, dont
+ il possédoit toute la série moins une. Il paroît hors de doute que
+ c’est lui qui figure dans les _Caractères_ sous le nom de Diognête,
+ «l’homme aux médailles.» V. _La Comédie de La Bruyère_, 2e édit., t.
+ I, p. XXXIV-XXXVI.
+
+Mrs de la Guerre et Chaperon[72], Cour du Palais.
+
+ [72] Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208, 214, parmi les
+ musiciens, l’un, comme maître de clavecin, l’autre, comme
+ compositeur. Peut-être collectionnoient-ils des instruments de
+ musique, comme faisoit Dovin, dont a parlé M. Bonnaffé dans son
+ charmant petit livre _Les Collectionneurs de l’ancienne France_, p.
+ 60, et qui devroit figurer ici.
+
+M. Tirard[73], rue du Bout du Monde.
+
+ [73] Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors l’amateur
+ dont Rigaud fit le portrait en 1688.
+
+Mrs Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois.
+
+M. de Beauchamp, ruë Bailleul[74].
+
+ [74] C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons plus loin
+ au chapitre des nobles exercices, et dont il a déjà été question, p.
+ 126, note 1. G. Brice parle ainsi (3e édit., t. I, p. 268-269) de
+ son cabinet qu’il avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans
+ une maison neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré et
+ des Petits-Champs: «on trouvera dans ce cabinet des choses d’une
+ excellente beauté; mais les tableaux en sont la principale partie,
+ qui sont la plupart des plus fameux maîtres d’Italie. On y
+ remarquera aussi quantité de porcelaines anciennes, très-rares, à
+ présent, des cabinets de vernix (_sic_) du Japon, des bronzes et
+ d’autres choses curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de
+ connoissance.»
+
+M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours[75].
+
+ [75] C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous le
+ trouverons tout-à-l’heure parmi ceux «qui se plaisent à troquer les
+ tableaux.»
+
+M. Dron, prés saint Thomas du Louvre[76].
+
+ [76] L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont il étoit
+ chanoine: «Il a, dit G. Brice (3e édit., t. II, p. 86), un cabinet
+ de médailles de moyen bronze, dont la suite est des plus étendues
+ que l’on puisse voir, et dont le choix est admirable. Les sçavants
+ sont charmés de la quantité et de la diversité des _revers_
+ singuliers que l’on y remarque, et il seroit bien difficile de rien
+ voir ailleurs de mieux conservé et de plus entier. Il a aussi
+ quelques tableaux de prix dans son cabinet.» Il mourut le 22 avril
+ 1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4º de lettres
+ originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique,
+ «avec les empreintes dessinées de quantité de médailles.» Elles
+ étoient adressées à Thoynard, Vaillant, Morelle, Nicaise, etc. _V._
+ le _Catal._ ms. de l’abbé Goujet à la Bibliothèque.
+
+M. Bonart, rue Hautefeuille.
+
+M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs.
+
+M. Fracansani, rue du Petit Lion[77].
+
+ [77] Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de Polichinelle à
+ la Comédie Italienne, près de laquelle--étant logé, comme nous le
+ voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur--il demeuroit. Son père,
+ assez proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même de l’école
+ de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils collectionnoient
+ ensemble livres d’art, estampes, dessins. Les études de Le Sueur
+ pour sa galerie des Chartreux, qui sont maintenant au Louvre,
+ viennent de la collection de Fracanzani: «Il étoit bon curieux, dit
+ Mariette à son nom dans l’_Abecedario_; il se mêloit de dessiner, et
+ même de génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais.»
+
+M. de Blegny, rue de Guenegaud.
+
+Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez[78].
+
+ [78] Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans, le 14 février
+ 1694. Il étoit très-entendu en numismatique, histoire et surtout
+ géographie, comme le prouve son célèbre ouvrage sur l’_Anonyme de
+ Ravennes_.
+
+Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux.
+
+Le R. P. Auchereau, aux Celestins[79].
+
+ [79] «J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule du R. P.
+ Hochereau, qui a une collection très-choisie de tableaux originaux
+ de plusieurs des meilleurs maîtres.» Il avoit entre autres le
+ Repentir de saint Pierre, peint par Rembrandt, en 1634, et gravé
+ aussitôt par Van Vliet.
+
+_Au surplus, voyez à la Préface un avis important touchant la
+Curiosité._
+
+
+
+
+DAMES CURIEUSES.
+
+
+Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache[1].
+
+ [1] Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, veuve du comte de
+ Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, duc de Lude, veuf lui-même de
+ Rénée-Eléonore de Bouillé. Elle étoit magnifique en meubles et en
+ argenterie, mais elle sacrifia tout, quand vinrent les désastres.
+ Toute son argenterie, ses meubles d’orfévrerie passèrent à la
+ Monnoie, et elle se contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort
+ Mme de Sévigné, de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle
+ habitoit, près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et
+ Tiquetonne, devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe
+ encore en partie.
+
+Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique[2], quartier saint
+Germain.
+
+ [2] Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc d’Orval ou
+ d’Erval, troisième fils du duc de Sully.
+
+Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal[3].
+
+ [3] Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du maréchal, duc
+ d’Humière. «Il étoit, dit Saint-Simon, magnifique en tout.» Il
+ collectionnoit des estampes, dont quelques-unes lui sont dédiées. Sa
+ femme partageoit ses goûts.
+
+Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul[4].
+
+ [4] Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique,
+ très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique sa dot eût été de
+ 800,000 livres. Elle habitoit presque devant Saint-Paul, rue
+ Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, et qui existe encore à peu
+ près intact.
+
+Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons[5].
+
+ [5] Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de son père,
+ qu’on appeloit Morin le Juif: «brocanteuse, dit Saint-Simon, se
+ connoissoit aux choses et aux prix, avoit le goût excellent, et ne
+ se refusoit rien.»
+
+Madame la Princesse de Meklebourg[6], près saint Roch.
+
+ [6] Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse de
+ Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la représente comme
+ «très-avare et très-entasseuse.»
+
+Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue[7]
+
+ [7] Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, Charles
+ II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, l’avoit faite
+ baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse d’Aubigny et de
+ Portsmouth. Revenue en France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit
+ logée sur le quai des Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères,
+ dans un hôtel où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre
+ des magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le _Voyageur
+ fidèle_, p. 136, vante sa galerie de tableaux.
+
+Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet[8].
+
+ [8] Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des nièces de
+ Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel existe encore en
+ partie au nº 19 du quai Malaquais. Il avoit été bâti par le
+ financier La Bazinière, mais elle l’avoit beaucoup transformé et
+ embelli. En juillet 1696, elle y faisoit encore travailler. «Les
+ dedans, écrit Liger (p. 135), sont plus curieux que les dehors par
+ les tableaux et autres meubles et bijoux qui en sont la richesse et
+ l’ornement.» Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout
+ magnifique en pierreries.
+
+Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche[9].
+
+ [9] Fille aînée du président Bailleul, mariée au président Girard du
+ Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup parler d’elle.
+ _V._ la _Carte du pays de Braquerie_, dans l’_Histoire amoureuse des
+ Gaules_, édit. elzévir., t. I, p. 11.
+
+Madame de Coulange[10], dans le Temple[11].
+
+ [10] Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis de Coulanges, le
+ chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme
+ étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima
+ d’abord les tableaux: «le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de
+ Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il
+ n’étoit; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés
+ dignement.» Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin
+ de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais
+ les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent
+ prendre des goûts plus coûteux: il passa aux cornalines, aux
+ cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son
+ _Recueil_ (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les
+ raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son
+ ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine
+ Marguerite.
+
+ [11] Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue du
+ Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de l’enclos du
+ Temple.
+
+Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame[12].
+
+ [12] Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par conséquent
+ nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous avons parlé
+ tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu du cardinal,
+ l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, et
+ l’avoit emmenée à Londres, où il l’avoit épousée. Ils habitoient
+ dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé
+ Lauzun, et qui devint plus tard celui des Pimodan. _V._ nos
+ _Chroniques et légendes des rues de Paris_, p. 118-119.
+
+Madame de Boufflers, ruë de Bourbon[13].
+
+ [13] Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. Le mari
+ avoit une belle bibliothèque, avec tous les livres à ses armes. Nous
+ ne savons quelles étoient, comme curieuse, les préférences de sa
+ femme.
+
+Madame la Marquise de Quintin, même ruë[14].
+
+ [14] Suzanne de Montgommery, comtesse--et non marquise--de Quintin.
+ Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez près par sa femme, a fait d’elle
+ et de ses entours, «la meilleure compagnie de la Cour», un bien
+ curieux tableau (t. I, p. 326-327).
+
+Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul[15].
+
+ [15] C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé le marquis
+ de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme célèbre curieuse.
+ L’abbé de Marolles, parlant dans ses _Mémoires_ de son cabinet et de
+ celui de Mme d’Aiguillon, dit: «Ils souffrent peu de comparaison
+ pour la magnificence des cristaux, des lapis, des agates, des onyces
+ (onyx), des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aigues
+ marines, des amétystes, des escarboucles, des topazes, des grenats,
+ des saphyrs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y
+ sont mises en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des
+ vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, des
+ globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres choses
+ semblables.»
+
+Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais[16].
+
+ [16] Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, en 1686.
+ C’est tout ce que nous savons sur elle.
+
+Madame d’Allouy, ruë du Bac[17].
+
+ [17] Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, et non
+ d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et grande confidente
+ de galanteries, quand l’âge l’empêcha de s’en occuper autrement.
+
+Madame de Monchal, près Bellechasse[18].
+
+ [18] Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle
+ bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, conseiller
+ au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce à ce titre que sa
+ bru figure ici parmi les curieuses.
+
+Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint Germain.
+
+Madame de Maillier, rue saint Anastaze.
+
+Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.
+
+Madame la Marquise de Polignac, près la Charité[19].
+
+ [19] Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, tante de l’abbé
+ de Polignac qui devint cardinal, et fit l’_Anti-Lucrèce_.
+
+Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier S. Germain.
+
+Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à l’Hotel de Beauvais[20].
+
+ [20] Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari Etienne-Claude de
+ L’Aubespine, marquis de Verdronne. Nous ignorons aussi pourquoi elle
+ logeoit à l’hôtel de Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le
+ fils de la favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire,
+ le baron de Beauvais.
+
+Madame de Chevry[21] et Mademoiselle de Clapisson[22], prés les Enfans
+Rouges.
+
+ [21] Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le vieux Chevry,
+ l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot et quiétiste, «qui ne
+ laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être compté dans Paris.»
+
+ [22] Précieuse de la société de Mlle de Scudéry, qui logeoit tout près
+ d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la bonne bourgeoisie
+ parisienne, (_V. Archives hospitalières_, Hôtel-Dieu, 1re part., p.
+ 107.)
+
+Madame de Lamec[23], rue saint Antoine.
+
+ [23] Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. Rigaud
+ fit son portrait en 1696.
+
+
+
+
+COMMERCE DE CURIOSITEZ ET DE BIJOUTERIES.
+
+
+Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de
+Tableaux, Meubles de la Chine[1], Porcelaines[2], Cristaux, Coquillages,
+et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs d’Hostel[3], à
+l’entrée du quay de la Mégisserie, Malaferre[4] et Varenne[5], quay de
+l’Orloge; la Fresnaye[6] et Laisgu[7], rue saint Honoré; Quesnel, rue
+des Bourdonnois[8]; Protais, rue des Assis; Fagnany, quay de l’Ecole[9];
+Antheaume, derriere l’Hotel de Bourgogne; Naneau[10], au Palais, etc.
+
+ [1] Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans ses
+ _Epigrammes et autres pièces_ (1717, in-12, p. 272-274), nous parle
+ de ce goût pour les meubles et les porcelaines de Chine, le
+ «lachinage», comme on disoit en langage de marchands (_voy._ plus
+ bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, dans son curieux livre, le
+ _Voyage du Parnasse_ (1716, in-12, p. 174) nous fait voir le cabinet
+ d’un curieux tout lambrissé de laque: «c’est, dit-il, une pièce
+ ovalle, revêtue du haut jusqu’en bas de morceaux de lacq (_sic_) de
+ la Chine, d’une grandeur et d’une beauté surprenantes.»
+
+ [2] On ne les vouloit que de la Chine:--«Rappelez-vous, dit Lisette,
+ dans la _Maison de campagne_ de Dancourt (acte I, sc. 5), celle qui
+ en riant vous cassa toutes ces porcelaines de Hollande, parce
+ qu’elle disoit qu’il n’en falloit avoir que de Chine.» Une
+ déclaration royale du 2 juillet 1709 défendit l’importation des
+ porcelaines, faïences et poteries étrangères.
+
+ [3] Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans les pièces
+ du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans _Turcaret_, et Regnard
+ dans l’_Homme à bonnes fortunes_, scène des _Curiosités_.--«Est-il
+ curieux? dit Brocantin.--Bon, répond Arlequin, c’est le Dotel du
+ pays. Il troque de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant
+ qu’il soit deux jours il aura troqué sa femme.» Le financier du
+ _Voyage du Parnasse_ se vante, p. 205, d’avoir acheté chez lui «une
+ belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon», _V._ aussi le
+ _Théophraste moderne_, p. 422; l’_Ambigu d’Auteuil_, p. 16-17;
+ Gacon, le _Poëte sans fard_, p. 41.
+
+ [4] Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de Villiers le
+ nomme avec lui dans ses _Poésies_, p. 149, et seul dans son poëme de
+ l’_Amitié_, p. 48:
+
+ Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles,
+ Montrer aux curieux mille ornements fragiles,
+ En antiques tourner et le bronze et le fer,
+ Et dans un cabinet mettre tout Malafer...
+
+ Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment,
+ sans vouloir le vendre ni le troquer, le _Saturne coupant les ailes
+ de l’Amour_, par Nicolas Perrier. Il voyoit beaucoup artistes et
+ poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme habitué dans son café du coin
+ des rues Dauphine et Christine; il fut ainsi mêlé à l’affaire des
+ couplets de Rousseau. Il avoit écrit une histoire des peintres, dont
+ nous ne connoissons qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le
+ _Mercure_, sept. 1718, p. 69.
+
+ [5] Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands de curiosités,
+ mais parmi les curieux: «M. Varenne, dit-il, près la Monnoie,
+ tableaux et diverses curiosités.»
+
+ [6] Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs pièces du
+ temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être aussi un peu comme
+ prêteur sur gages. (_V._ Dancourt, la _Foire Saint-Germain_, sc.
+ XII, et la _Femme d’intrigue_, acte V, sc. IX.) Ses deux fils
+ Eléonor et Pierre lui succédèrent au Palais, l’un à l’enseigne _de
+ la Croix d’or_; l’autre à celle du _Dauphin_.--On trouve, dans les
+ _Mss._ Delamarre, nº 21, 627, p. 170, le procès-verbal d’une visite
+ faite chez La Fresnaye, après l’édit contre les dorures, décrété en
+ 1669 et renouvelé en 1687 et 1689.
+
+ [7] «Près les pères de l’Oratoire.» Edit. de 1691, p. 24.--Il est
+ nommé par l’abbé Bordelon dans son _Livre à la Mode_, 1696, in-12,
+ p. 33. Marianne demande en quoi consistent les façons du bel air:
+
+ Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle,
+ A façonner sa bouche, et passer tout le jour
+ Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour?...
+ A hausser sa fontange en coquette éventée
+ Et renchérir d’abord sur la mode inventée?
+ A vouloir affecter par un soin assidu
+ Pour ses marchands: Le Gras, La Fresnaye et l’Egu?
+
+ [8] Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, sans
+ indication d’adresse, mais avec un détail qui manque ici: «Ils
+ vendent pareillement des coquillages, mais le sieur Quenel est celui
+ d’entre eux qui s’y attache le plus.»
+
+ [9] «A la descente de la Samaritaine.» Edit. de 1691.--Nous avons
+ beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage dans notre _Histoire
+ du Pont-Neuf_, t. II, p. 277-281. On nous permettra d’y renvoyer.
+ Nous rappellerons seulement ici les altérations qu’il fit subir aux
+ planches de Callot, dont il possédoit un grand nombre, que son fils
+ mit en recueil (_Mercure_, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie
+ qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une pièce, où
+ il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur comédie les _Bains
+ de la porte Saint-Bernard_, allèrent encore plus loin: ils le
+ nommèrent «el signor Furbagnani.» On lit dans le _Théophraste
+ moderne_, à propos de cette loterie: «lui-même y a plus gagné sans
+ avoir de billets que tous ceux qui ont eu des lots.» Il gagna
+ beaucoup aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les
+ aventures scabreuses du moment étoient satiriquement représentées.
+ Il en est parlé dans le _Retour de la foire de Bezons_, et mieux
+ encore dans les _Souhaits_ joués en 1693: «MOMUS. Qui est-ce qui
+ porte cet épicier à éventer la honte de son lit, et à solliciter une
+ place sur les tabatières de Fagnany? La Folie.»
+
+ [10] Nous trouvons pour Nanot (_sic_) dans la _Collect. Delamarre_, nº
+ 21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, comme celui qui fut
+ dressé chez La Fresnaye.
+
+Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi boutique sur le Pont au Change,
+fait le même trafic.
+
+Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs Vendeurs et Troqueurs de
+Curiositez; comme Messieurs Raclot, rue de Harlay; Poignan, rue de
+Mommorancy; Roussel, cul de sac de la ruë Beaubourg; Paris, près la
+Jussienne[11]; des Dieux, rue des Assis au petit Broc, etc.
+
+ [11] L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non reproduit ici:
+ «M. l’abbé Du Plessis, près le puits d’Amour, le sieur Dalançon, rue
+ Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer
+ des tableaux.»
+
+Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, et Tonnetti, quay de la
+Mégisserie, ont aussi chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font
+trafic.
+
+M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à
+l’aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de
+Porcelaines et de Lachinage[12].
+
+ [12] V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.
+
+M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce de bons Tableaux[13].
+
+ [13] Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. Il ne
+ quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant sa mort, en 1746,
+ à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme on sait, la partie de la rue
+ du Temple actuelle qui s’étendoit de la rue Croix-de-la-Bretonnerie
+ à celle des Vieilles-Haudriettes. Il logeoit en face de la fontaine
+ placée entre les nos 40 et 42. _V._ G. Brice, 3e édit., t. I, p.
+ 255.
+
+Autant en font Messieurs Guillemart, prés saint Yves, et Muguet, au
+milieu de la ruë Bourlabé.
+
+M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin de Bijouteries et Coffres
+d’Angleterre[14], de Porcelaines, de Pagottes[15], de terre cizelées et
+de Meubles de la Chine[16].
+
+ [14] Ces «articles» anglais furent longtemps à la mode. Le 30 juillet
+ 1743, un privilége de dix ans fut accordé à Claude-Imbert Gérin, qui
+ s’établit rue de Charenton, pour fabriquer «toutes sortes de
+ fayences, à l’imitation de celles d’Angleterre.»
+
+ [15] Pour «pagodes.» C’étoit une des chinoiseries les plus
+ recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux marchand de
+ curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le texte de l’adresse
+ que M. de Caylus avoit gravée pour lui, en 1740: «à LA PAGODE,
+ _Gersaint, marchand jouaillier sur le Pont-Notre-Dame, vend toute
+ sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces,
+ tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines au Japon,
+ coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux,
+ agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et
+ étrangères_.
+
+ [16] Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, p. 24. Après
+ une liste à peu près pareille à celle qui commence ce chapitre, mais
+ moins longue, on y lit: «Ces marchands vendent des porcelaines, des
+ meubles de la Chine et des terres cizelées en détail, mais on en
+ trouve en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue
+ Briboucher», c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.
+
+M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du Louvre, a un particulier talent
+pour damasquiner sur l’acier[17] en Figures et Ornemens de la Chine.
+
+ [17] Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, mais il
+ avoit été singulièrement perfectionné par un des maîtres de La
+ Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien Cursinet, mort vers
+ 1670. «Il a fait, dit Félibien, _Des principes d’architecture_,
+ 1676, in-4º, p. 455, des ouvrages incomparables en cette sorte de
+ travail, tant pour le dessin, que pour la belle manière d’appliquer
+ son or, et cizeler de relief par dessus.»
+
+Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, dit avoir trouvé un secret
+d’Optique qui fait voir dans un Tableau toutes autres Figures que celles
+qui y sont peintes, et même au gré des Spectateurs.
+
+Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en Bronze, qui est fort renommé
+pour les Figures de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés l’Abbaye
+saint Germain; il donne une couleur de bronze antique aux figures
+modernes[18].
+
+ [18] Il se servoit de _purpurine_, ou bronze moulu, qui s’appliquoit
+ soit à l’huile soit au vernis.
+
+Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, et la Pierre, quay des
+Orfèvres, ont un particulier talent pour bien nettoyer les Tableaux.
+
+Le Sieur Pouilly[19], rue Dauphine, a trouvé un secret pour augmenter de
+beaucoup la vertu de l’Aymant et un Microscope qui grossit
+extraordinairement les objets[20].
+
+ [19] «Faiseur d’instruments mathématiques... vend un calandrier de
+ cabinet propre et curieux.» Edit. de 1691.
+
+ [20] Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, p. 24, mais
+ après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu ici: «On trouve
+ des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des
+ peintres, rue de Richelieu.»
+
+Les Tableaux Cilindriques[21] se vendent chez le Sieur Amielle, près
+saint Hilaire.
+
+ [21] Il eût mieux valu dire «miroirs cylindriques.» _V._ à leur sujet,
+ le _Diction. des Arts et Métiers_ de l’abbé Jaubert, 1773, in-12, t.
+ II, p. 612.
+
+Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et pour ses amis d’une
+beauté extraordinaire[22], aussi bien que des Figures de toutes espèces
+pour la Lanterne magique[23].
+
+ [22] Les religieux s’occupoient volontiers d’optique; le P.
+ Jean-François Niceron, auteur du _Thaumaturgus opticus_, 1646,
+ in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place Royale, qui étoient
+ un couvent de son ordre, des tableaux changeants d’une habileté et
+ d’un effet surprenants.
+
+ [23] Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin et vulgaire.
+ On s’en divertissoit dans le monde, comme à cette soirée de l’hôtel
+ de Liancourt, où le spectacle fut une lanterne magique, avec deux
+ vielles pour orchestre. _V._ Loret, _Muse historique_, 13 mai 1656.
+
+Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, devant la ruë aux Ours, fait
+et vend des Baromettres, des Thermomettres et des Hidromettres d’une
+propreté particulière[24].
+
+ [24] Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon le plaçoit
+ sur la liste de ses curieux: «M. Ubin, dit-il, émailleur, rue
+ Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours: thermomètres, baromètres,
+ larmes d’Hollande, et autres curiosités.» Suivant Huet, qui lui fit
+ faire un anémomètre, qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite
+ «d’excellent ouvrier», il étoit anglois. (_Huetiana_, p. 56.) C’est
+ lui qui, avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus
+ parfaits: «les curieux en conservent encore dans leurs cabinets»,
+ écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). Il excelloit
+ aussi pour les yeux de verre: «chez Hubins, le fabricant d’yeux de
+ verre, dit Lister à la fin du chap. V de son _Voyage à Paris_ en
+ 1698, j’en vis de pleins tiroirs, de toutes couleurs, de façon à
+ appareiller n’importe quels yeux: et il faut qu’il en soit ainsi,
+ car la moindre différence seroit intolérable.» L’édit. de 1691, p.
+ 31, n’oublie pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et
+ elle lui donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous
+ retrouverons plus loin.--Hubin était grand ami de Papin, dont, en
+ 1674, il avait présenté à l’Académie des sciences l’ouvrage
+ important, _Nouvelles expériences du vuide_.
+
+Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, aux armes de France, en vend
+de plus simples et à meilleur marché[25].
+
+ [25] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31: «le sieur
+ Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en émail toutes
+ sortes de figures humaines, et autres représentations. Il vend aussi
+ des aigrettes d’émail, qui, avec une grande beauté, ont cette
+ propriété de ne pas prendre la poussière.» Son fils lui succéda, et
+ ses émaux furent encore plus célèbres que les siens. _V._ l’_Année
+ littéraire_, 1755, t. VIII, p. 49, 50; et 1758, t. VII, p. 138.
+ Piron en possédoit, dont il étoit très-fier.
+
+Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois fils ainé[26], qui imitent
+et qui raccommodent en perfection les Meubles de la Chine, demeurent
+grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés l’Hôtel de Bel air[27].
+
+ [26] En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans l’édit.
+ précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, p. 35, qui
+ manque ici, et qui complète l’autre: «les sieurs Langlois, père et
+ fils, font des cabinets et paravents, façon de la Chine, d’une
+ beauté singulière; ils demeurent l’un et l’autre, grande rue du
+ Faubourg Saint-Antoine, près la rue de Charonne.»
+
+ [27] «Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du Tambourg, fait
+ de moindres ouvrages, façon de la Chine.» Edit. 1691, p. 24.
+
+Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour les Figures et Ornemens de
+la Chine, demeure rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat
+Chirurgien[28].
+
+ [28] Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est: «au Cloître
+ Sainte-Catherine de la Couture.»
+
+Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay de la Megisserie[29], prés le
+Fort l’Evêque, imite fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre[30].
+
+ [29] «Au milieu du quai de la Mégisserie.» Edit. de 1691.
+
+ [30] Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, p. 24:
+ «le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, imite le La
+ Chinage en creux et en relief.»
+
+Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à l’Etoile; de Monceau à la
+Bastille, et Darmé, chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, font
+des Tablettes de poche d’une grande propreté.
+
+Les Cassolettes philosophiques[31] à feu d’Esprit de vin et Globule de
+Cristal qui attire les Liqueurs à la façon de l’Eolipile[32], se vendent
+sur le quay de Nesle, à l’Apoticairerie royale[33], et servent non
+seulement à des-infecter et parfumer les chambres agréablement sans
+fumée et presque sans frais[34], mais encore à guérir plusieurs maladies
+par des vapeurs medecinales.
+
+ [31] Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.
+
+ [32] L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, et la
+ chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer les
+ chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, comme tout ce
+ qui tenoit alors un peu à la chimie.
+
+ [33] C’est-à-dire chez Blegny.
+
+ [34] On les allumoit derrière les pilastres et les meubles des
+ chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. _V._
+ l’_Art de bien traiter_. Paris, 1674, in-12, chap. _de la Salle à
+ manger_.
+
+
+
+
+COMMERCE DES OUVRAGES D’OR, D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.
+
+
+La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et Gardes de l’Orphevrerie ont
+leur bureau, et où ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous les
+Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë des Lavandieres[1].
+
+ [1] Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, mais la
+ chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui alloit de la rue
+ Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. Elle avoit été
+ dédiée par la corporation, en 1399, à saint Eloi.
+
+C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs de la marque pour
+l’or et pour l’argent[2].
+
+ [2] Tous les ouvrages sans marque--nous dirions sans contrôle--étoient
+ saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce
+ genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et
+ Gauché.
+
+Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs
+Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet,
+quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3].
+
+ [3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place
+ Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion
+ de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle
+ dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps
+ de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au
+ coin du quai des Orfèvres.
+
+M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du
+Louvre[4].
+
+ [4] Il étoit, en effet, «un des illustres qui sont logez sous la
+ grande gallerie», comme dit G. Brice. «De Launay, orfèvre,
+ ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages
+ magnifiques que le roi fait faire.» Tout l’ameublement de
+ Versailles, «en meubles d’orfèvrerie», tels que les bancs d’argent
+ massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des
+ glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois
+ somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus
+ épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars
+ 1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or
+ et d’argent, achevés ou à finir. _V._ les papiers Delamarre à la
+ Biblioth. Nat., nº 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le
+ procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des
+ soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le
+ droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à
+ savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre
+ en argent!
+
+M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages
+d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5].
+
+ [5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de
+ tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la
+ direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie,
+ d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il
+ n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers,
+ en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart
+ de ces ateliers.
+
+M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté,
+demeure devant la place du Carrousel[6].
+
+ [6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom
+ complet: Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit «joaillier
+ ordinaire du Roi», puis, quand son père, qui étoit «garde des
+ pierreries de la Couronne», fut mort, il prit le même titre, mais en
+ le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut
+ chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la
+ couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire
+ de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, _Hist. de la
+ Sainte-Chapelle_, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au
+ premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les
+ curieux: «Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de
+ tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de
+ porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille
+ curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces
+ belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du
+ cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre.» C’est chez lui qu’on se
+ fournissoit des boîtes à portrait du Roi: «Je m’adresse à vous, lui
+ écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à
+ Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une
+ boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le
+ portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en
+ cas que vous en ayez un prêt.» Jal, à qui nous devons de connoître
+ cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est,
+ sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre
+ alors à Paris pour ses miniatures.
+
+Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de
+Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.
+
+ [7] «Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en
+ France qui entende à présent le travail des émaux clairs.» Il avoit
+ un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (_Arch.
+ de l’Art françois_, t. I, p. 220.)
+
+Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle,
+Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore
+renommez pour le même fait.
+
+ [8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en
+ 1663, un très-curieux volume sur son art: _Livre des ouvrages
+ d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la
+ Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre
+ des Arcis_.
+
+Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge,
+et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.
+
+ [9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme
+ trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous
+ avons dit, que--ce qui n’étonnera pas--il prêtoit sur gages: «Elle
+ sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans _La France devenue
+ Italienne_, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et
+ de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier,
+ pour quatre mille pistoles.» Il brocantoit de joyaux et d’antiques
+ même à l’étranger, en se disant agent du Roi. _V._ dans _la
+ Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie_,
+ t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel
+ Germain à Claude Bretagne.
+
+Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont
+des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.
+
+ [10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité,
+ «surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages.» Il fut
+ lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et
+ l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à
+ soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un
+ peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la
+ Biblioth. Nat., un recueil contenant «dessins de brasiers, dont les
+ ornements peuvent servir aux cuvettes; nouveaux dessins de
+ guéridons, éventails, écrans, etc.»
+
+Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini,
+Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier
+talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.
+
+Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée,
+trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent.
+
+ [11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié «orfevre», et son
+ adresse est donnée ainsi: «joignant l’hôtel de la Monnoye.»
+
+Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent
+chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12].
+
+ [12] On les appeloit «diamants du Temple.» _Dict. des Arts_, 1732,
+ in-fol., I, 334.
+
+Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui
+ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs
+Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis.
+
+ [13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette «essence
+ d’ablettes», dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier
+ Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé
+ Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le
+ _Mercure galant_ (août 1686, p. 230), ces perles, «façon de fines»,
+ trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin
+ faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin
+ avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient: «la pâte,
+ dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement
+ d’écailles d’ablettes, sans autre mélange... un collier de ces
+ perles revient à deux ou trois pistoles.»
+
+
+
+
+PREMIERES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE[1].
+
+ [1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII:
+ _Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les
+ Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie,
+ et des Mathématiques_. Il commence par ces quelques lignes qui ne se
+ retrouvent pas ici: «Entre ces maîtres, les uns sont principalement
+ appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont
+ chez eux pour la plupart qu’à demi pension.»
+
+
+Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un
+Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de
+Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le
+Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et
+françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de
+l’Aritmetique[3].
+
+ [2] Fleury, _Traité des Etudes_, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on
+ commençât par _la grammaire_.
+
+ [3] _V._ ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap.
+ 1er: _Affaires ecclésiastiques_.
+
+Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et
+Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par
+les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de
+l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par
+excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue
+des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre
+d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5].
+
+ [4] Fleury, au chap. 20-23 du _Traité_ que nous venons de citer,
+ vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais
+ le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs
+ comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et
+ des transactions.
+
+ [5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de
+ la grande Ecurie. Il prenoit le titre de «maître écrivain juré.»
+ _Etat de France_, 1692, t. I, p. 329. Il devint «secrétaire de la
+ chambre du roi.» On a de lui: _Le livre d’exemplaires, composé de
+ toutes sortes de lettres_, Paris, 1694, in-fol.; _Le nouveau livre
+ d’écriture italienne et bâtarde_, Paris, Mariette, in-4º oblong.
+
+M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure
+ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste
+lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures
+suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra
+dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
+
+Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs,
+des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et
+pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des
+Mathématiques.
+
+Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini,
+Messieurs Souplet, quay de Nesle[6]; le Page, ruë de Nevers; Roger, ruë
+des Petits Augustins; Galande, ruë Mazarini; Boucher et Henrion, près le
+passage de la rue de Seine.
+
+ [6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est «rue Mazarini», ainsi
+ que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué
+ «le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic)», qui
+ manque ici.
+
+Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint
+Estienne des Grecs; Cosson et Blin, ruë Chartiere; Macet, cloître saint
+Benoist; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et
+Morice[7], ruë saint Jacques.
+
+ [7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691,
+ p. 58.
+
+Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs
+Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des
+Rohes[9], Valot, Parisot et Martin.
+
+ [8] «Saint Jacques et saint Marcel.» Edit. 1691.
+
+ [9] Sans doute «Des Roches.» Il manque dans l’autre édition.
+
+Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la
+Raquette; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly; Desdurcet[12], rue de
+Charonne; Castelet, rue de Charenton; Roger[13] et Thomas, grande ruë du
+Fauxbourg; Mogey le jeune à Pincourt; Mogey l’ainé, Faucon,
+Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15].
+
+ [10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article,
+ quelques lignes non reproduites ici: «les Maîtres, dont les
+ pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart
+ toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au
+ faubourg Saint-Antoine...»
+
+ [11] «Et Mauger», dit l’édit. de 1691.
+
+ [12] «Des Urset», dans l’édit. de 1691.
+
+ [13] L’édit. précédente dit «Roger», et ne nomme pas celui qui suit.
+
+ [14] Edit. 1691: «De Bassy.»
+
+ [15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons
+ d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice
+ de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté.
+ Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le _Journal du
+ Citoyen_ (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf
+ dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.
+
+Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue
+Pavée[16]; Harivel[17], rue de la Cossonnerie; le Roy, rue Quinquempoix;
+Mauger, près la Croix du Tiroir; Fleury, près le Palais Royal;
+Regnard[18], rue de Bourbon; Clément, rue Jean de l’Espine; Milot, porte
+saint Denis; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19].
+
+ [16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du
+ _Catalogue_ ms. de l’abbé Goujet: «Je l’ai connu dans mon enfance,
+ dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de
+ Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à
+ écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du
+ latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup
+ d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il
+ commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs
+ heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me
+ laisser livrer à l’étude.»
+
+ [17] «Anivel.» Edit. 1691.
+
+ [18] «Au faubourg Saint-Germain.» _Id._
+
+ [19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute: «Binet,
+ rue des Gravilliers.»
+
+M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe
+Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le
+pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa
+composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education
+des enfans: les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et
+de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique; les
+Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des
+actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus
+ordinaire de la vie civile[23].
+
+ [20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de
+ l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre.
+
+ [21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny,
+ mais en revanche nous pouvons citer ses _Nouveaux exemplaires
+ d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et
+ gravés par Berey_, recueil de 40 planches in-8º. Claude-Auguste
+ Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut
+ le créateur de la _coulée_, comme Barbedor son devancier avoit été
+ le créateur de la _ronde_. On a de Berey: _Nouveau livre d’écriture
+ financière_, Paris, 1694, in-4º oblong; _L’écriture italienne
+ bâtarde_, 1700; _Nouveaux exemplaires d’écriture de finance_, in-4º
+ obl.
+
+ [22] En voici le titre: _les Eléments_ ou _première Instruction de la
+ jeunesse_.
+
+ [23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un
+ chapitre qui a pour titre: _Formulaire de petits actes_.
+
+Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des
+Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques.
+
+
+
+
+NOBLES EXERCICES POUR LA BELLE EDUCATION[1].
+
+ [1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails
+ différents, au «chapitre IV, _des Académies_:... Les Académies de la
+ deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et
+ dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous
+ les exercices de la danse, sont au nombre de cinq; sçavoir: celle de
+ M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice; celle de M. de Long-pré au
+ carrefour Saint-Benoist; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle
+ de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université», p. 8.
+
+
+Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de
+telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal;
+l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers,
+Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la
+ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et
+d’Auricour.
+
+ [2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et
+ de son manége.
+
+ [3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles.
+ Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. _V. Registre du
+ Secrétariat_, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., nº 6652, fol. 96
+ vº.
+
+ [4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand «académiste» de
+ ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y
+ associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue
+ de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever
+ tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des
+ sièges. Soleysel, auteur du _Parfait maréchal_, dont nous avons
+ parlé plus haut, avoit professé dans son manége.
+
+C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les
+Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse; c’est-à-dire,
+aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la
+Danse[5].
+
+ [5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses _lettres diverses_, p.
+ 127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi,
+ et y gagner au moins «un prix à la course de bagues.»
+
+Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6]; Liancourt, rue des
+Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du
+Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux
+Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée.
+
+ [6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses
+ _Portraits sérieux, galants et critiques_, 1696, in-12, p. 270, dit
+ de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque: «grand homme
+ d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts
+ écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle
+ que de lui.»
+
+M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans
+l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions
+militaires.
+
+Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser.
+
+ [7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre _de la
+ Mode_, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève:
+ «On sait que Favier est beau danseur.» Mme de Sévigné a aussi parlé
+ de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra.
+
+Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes,
+qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique;
+par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue
+de Bussy: Minoux, rue des mauvais Garçons: le Perche fils, rue Mazarine:
+Pillait père, rue Dauphine: Pillart fils, rue des Cordiers: du Bois,
+près le Jeu de de Metz[8], etc.
+
+ [8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine.--On voit que, sauf deux,
+ tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de
+ l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui
+ fit paroître alors l’_Art de tirer les armes_, dit qu’il y avoit
+ dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le
+ quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le
+ faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre
+ du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une
+ arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye: «En un
+ moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et
+ de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible
+ d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer
+ beaucoup de monde.» (P. Clément, _la Police sous Louis XIV_, p.
+ 442.)
+
+M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des
+Armes.
+
+Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est
+ordinairement en Cour[9]: M. Colombon, devant la grande porte du Palais:
+et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain.
+
+ [9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite
+ écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son
+ petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres
+ d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la
+ Terreur: «Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que
+ le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier: pare
+ celle-ci, Rousseau.» (_Souvenirs_, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée
+ de Beauplan étoit son fils.
+
+Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont
+d’ailleurs d’une habilité distinguée; par exemple, M. de Beauchamp,
+Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la
+composition[10], rue Bailleul: M. Reynal l’aîné, maître à danser des
+Enfans de France[11], ordinairement en Cour: et Messieurs d’Olivet et
+Favier cadet, rue du petit Lion: Favre l’aîné, rue de Richelieu: Favre
+le cadet, rue Platriere: Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue
+Traversine: du Mirail, rue de Seine: Bouteville, rue des mauvais
+Garçons: des Hayes, devant la Comédie Françoise: Germain l’ainé, rue
+saint André: Germain le cadet, rue de Bussy: Pestor au Marché Neuf, etc.
+
+ [10] G. Brice se contente de dire qu’il est «des plus renommés de sa
+ profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les
+ élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le
+ monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit
+ exécuter des danses merveilleuses.» Il a été parlé plus haut, p.
+ 230, de son cabinet de curieux.
+
+ [11] Son nom est écrit Rénal dans l’_Etat de France_ de 1702, t. II,
+ p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de
+ son frère le duc de Berry.
+
+ [12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et
+ Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le
+ plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil _Les plus belles
+ lettres françoises_, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse,
+ et encore plus amère: «M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit
+ proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque
+ chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est.
+ Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut
+ comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser.» Regnard,
+ dans sa farce du Théâtre Italien, _le Divorce_, jouée en 1688, parle
+ aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y
+ mettoient: «COLOMBINE. Un demi louis d’or pour une leçon! on ne
+ donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois.
+ ARLEQUIN. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser
+ n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à
+ présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit
+ par toute la ville.»
+
+Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les
+maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a
+d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc.,
+dont on n’a pû recouvrer les adresses.
+
+M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue
+du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon,
+etc.
+
+Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de
+Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre.
+
+ [13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et
+ quant à sa _Description de Paris_, nous l’avons assez souvent citée
+ pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment
+ à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12.
+
+M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans
+les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole
+et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15]
+et en Ville; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une
+Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a
+traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.
+
+ [14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit
+ pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable,
+ Vigneron.
+
+ [15] Ajoutons, d’après Jal, _Dict. critique_, p. 1242, «à l’enseigne
+ du _Chapeau couronné_.»
+
+ [16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que
+ son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement
+ dans une note du glossaire de ses _Noëls bourguignons_: «le
+ plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin
+ et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé
+ Vigneron.» Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas--ce qu’oublie La
+ Monnoye--nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné
+ une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre:
+ «continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni.» C’est bien plus
+ tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit
+ attribuer tout entier.
+
+ [17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. «Sa
+ méthode, lisons-nous, au mot «Vénéroni», dans le _Dictionn. histor._
+ de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont
+ on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en
+ France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il
+ raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une
+ grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait
+ qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom.»
+
+Messieurs Martin, rue saint Sauveur: Gracy, rue saint Honoré: et
+Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues
+Espagnole et Italienne.
+
+Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des
+mauvais Garçons: Leopol, rue saint Martin: Meremberg, Perger et
+Benicourt, au quartier saint Germain des Prez.
+
+Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18],
+Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint
+Germain.
+
+ [18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en
+ Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici,
+ des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une
+ _Grammaire françoise méthodique_, et, deux ans après, un abrégé en
+ anglois de cette grammaire.
+
+ [19] Cette _Histoire des Sevarambes_, qui a été souvent réimprimée,
+ est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’_Utopie_ de
+ Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et
+ religieux.
+
+M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le
+Turc[20].
+
+ [20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’_Histoire de Tamerlan_,
+ celle de _Gengiskhan_, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la
+ traduction des _Mille et un Jours_, que Le Sage revit pour le style.
+ En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé
+ professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa
+ mort, en 1713.
+
+Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son
+neveu, au Collège de Cambray.
+
+ [21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de
+ professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète
+ du Roi. Il professa au collége de France--appelé ici Collége de
+ Cambray--de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme
+ secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des _Mille
+ et une Nuits_, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six
+ ans.
+
+Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries,
+enseignent la Langue Françoise aux Etrangers.
+
+ [22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux
+ _Dictionnaire_. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car
+ il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de
+ langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec
+ leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu
+ dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient
+ réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le
+ cachet: «Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le _Longueruana_,
+ et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien,
+ faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le
+ premier homme de France.»
+
+M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes
+distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs
+autres parties des Mathematiques; on peut le consulter utilement sur les
+Batimens et sur le Calcul des Toisez.
+
+Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue
+de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein.
+
+ [23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme
+ dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut
+ lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. _V._, à
+ son nom, l’_Abecedario_ de Mariette.
+
+Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue
+saint Germain l’Auxerrois: Sainctot, rue des mauvais Garçons: Mion, rue
+de Bussy: Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore
+les adresses[25].
+
+ [24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note
+ suivante.
+
+ [25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas
+ de fixe. Ils jouoient «à la représentation», comme on diroit
+ aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela
+ deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après
+ les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à
+ qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui
+ diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici: «Ils feront,
+ dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq: les deux
+ Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo.» Pour celui-ci, croyons-nous,
+ c’est Sercot qu’il faut lire: d’abord parce que ce nom se rapproche
+ davantage de celui de Cerceau donné ici; ensuite parce qu’on le
+ trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde
+ dans la Mazarinade, _Le Ministre d’Etat flambé_.
+
+M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26].
+
+ [26] «Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille
+ aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une
+ manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession.»
+
+M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change.
+
+
+
+
+ARMES ET BAGAGES DE GUERRE ET DE CHASSE.
+
+
+Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M.
+Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1].
+
+ [1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument,
+ le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles
+ de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la
+ biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut,
+ comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge
+ de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne
+ resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il
+ étoit transféré à la Bastille: «le Magasin de Titon, lisons-nous
+ dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est
+ sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est
+ rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve
+ tout ce qu’on peut désirer sur cet article.»
+
+Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M.
+Benicourt[2], devant l’orloge du Palais.
+
+ [2] Il est appelé «De Benicourt», dans l’édit. de 1691, p. 22.--Sa
+ maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit
+ alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié
+ par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474:
+ «Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la
+ Barillerie, à l’enseigne de _la Chasse Royale_, devant les loges du
+ Palais.»
+
+M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait
+aussi beaucoup de fournitures.
+
+Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez
+plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint
+Antoine[3].
+
+ [3] Liger, dans le _Voyageur fidèle_, 1715, in-12, p. 381, reproduit
+ ceci textuellement. Il ajoute: «on vend la poudre à tirer à
+ l’Arsenal, où elle se fabrique: elle s’y débite en gros et en
+ détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs
+ quartiers de la ville.»
+
+Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4],
+ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre.
+
+ [4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette
+ adresse plus détaillée: «au deuxième pavillon du collége Mazarini,
+ devant l’hôtel de Créquy.»
+
+On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des
+Halles[5].
+
+ [5] «Qui pour l’ordinaire, ajoute _le voyageur fidèle_, p. 382, en ont
+ un assez grand assortiment en temps de guerre.»
+
+Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui
+entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la
+Barillerie, près le Palais[6].
+
+ [6] «Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme
+ souliers de bottes.» Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore
+ pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses: «Quoi qu’il ne
+ pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une _Lettre italienne_
+ sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour
+ la première fois, dans le _Saint Evremoniana_, 1700, in-8, p. 385,
+ on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette
+ toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne
+ suffit pas pour les faire nettoyer... Autrefois les hommes ne
+ pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un
+ Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si
+ toute la ville partoit en poste.»
+
+Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux
+Epronniers[7].
+
+ [7] _Le Voyageur fidèle_, p. 382, après avoir parlé du grand «commerce
+ d’éperons» qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute: «les
+ quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers
+ à beaucoup près.»
+
+Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes.
+
+Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande
+part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine.
+
+Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets,
+etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre
+Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint
+Honoré.
+
+On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8],
+diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse.
+
+ [8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son _Voyageur fidèle_,
+ ajoute: «du côté de la rivière», ce qui n’étoit pas inutile à
+ dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue
+ Saint-Germain-l’Auxerrois.
+
+ [9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.
+
+Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des
+Rossignols.
+
+ [10] Il sera reparlé d’eux plus loin.
+
+Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant.
+
+La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue
+neuve saint Medéric[11].
+
+ [11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé
+ la fortune de Jabach à Paris: «la France, lisons-nous dans un
+ passage du _Dictionnaire des arts et métiers_, par l’abbé Jaubert,
+ t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à
+ Colbert de la préparation des peaux de buffle: il y attira pour cet
+ effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne,
+ qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à
+ Corbeil.» Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez
+ Jabach lui-même, où nous la voyons ici.
+
+
+
+
+CHEVAUX ET EQUIPAGES.
+
+
+Le marché pour les chevaux et pour les mulets, se tient les Mercredis et
+les Samedis non fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis deux
+heures de relevée jusqu’à six[1].
+
+ [1] Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33: «le
+ marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux bêtes azines, se
+ tient les mécredis (_sic_) et samedis, le matin pour les porcs, et
+ l’après dinée pour le reste, au bout du faubourg Saint-Victor.»
+
+Les autres jours on trouve des chevaux de toutes espèces, chez les
+Sieurs Guerte, rue de la Bucherie: François Paris, place Maubert:
+Charles Paris, rue des Rats[2]: Grenier, cour de la Jussienne[3]: du
+Pont, cul de sac des Provençaux: Guillory, rue Perdue: Prevost, le
+Moine, Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant les murs saint
+Martin, où sont encore logez les Sieurs Rotelet et Briquet, marchands
+Hollandois[4], qui ont un grand assortiment des plus beaux Chevaux de
+Carosse.
+
+ [2] Ce quartier de la place Maubert--la rue des Rats, qui est
+ aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve--et celui des
+ environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout ceux des
+ maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle à dire, p. 33:
+ «Il y a un grand nombre de chevaux au quartier de la place Maubert
+ et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs.»
+
+ [3] On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue de la
+ Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps qu’une Cour
+ des Miracles.
+
+ [4] Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère
+ altération du nom hollandois Becker. Le marquis de _la Femme
+ d’Intrigue_, comédie de Dancourt, jouée en 1692, parlant de ses
+ dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit «à Jame et à _Béquet_,
+ tant en chevaux de selle que de carrosse.»
+
+Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent dans leurs Chantiers
+des Carosses tous faits et des Chaises montées; par exemple, les Sieurs
+Gervais et Vignard, rue saint Martin; Bailleul et des Moulins, rue des
+vieux Augustins; Stoquet, dans l’enclos de la foire saint Germain[5];
+Moreau, rue Mazarini; le Roux, rue des petits Champs; Treverger, rue de
+Berry; l’Amiral, au petit Marché; Marceau, rue des quatre Vents; la
+Ville, rue de Tournon; Poivret, rue de Taranne; la Place, rue de
+l’Esgoust, etc.
+
+ [5] «Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs magasins dans
+ l’enclos de la foire Saint-Germain.» Edit. 1691, p. 51.
+
+Plusieurs Boureliers sont renommez pour les Harnois de la plus grande
+propreté; par exemple, les Sieurs Barbier, rue Coquilliere; Miquelet et
+Langlois, rue de Seine[6], etc.
+
+ [6] Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.
+
+Les beaux et magnifiques Carosses de louage pour les Princes,
+Ambassadeurs et grands Seigneurs etrangers, se trouvent chez les Sieurs
+Dalençon[7], rue Mazarini; Dauphiné et du Puis, rue du Four saint
+Germain; Clovet, rue des vieux Augustins; David et l’Escuyer, rue de
+Seine; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain[8].
+
+ [7] «Et chez la veuve Chavanon...» Edit. 1691, p. 51. On y voit aussi
+ indiqués: «Champot, rue de Seine, et Ferrat, rue des Boucheries»,
+ qui ne se trouvent pas ici.
+
+ [8] Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le comte Portland,
+ crut pouvoir prendre une de ces voitures, en fut fort content:
+ «Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, ont de bons chevaux et des
+ harnois propres. Les étrangers les prennent au jour ou au mois, sur
+ le pied de trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit
+ ou dix-neuf francs à peu près.»
+
+La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé[9], a aussi de très beaux
+Carosses de louage[10].
+
+ [9] Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de Thorigny.
+ C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti sous Louis XIII par
+ Aubert, fermier de la Gabelle du sel, ce qui lui fit donner par le
+ peuple le nom d’hôtel Salé.
+
+ [10] Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus détaillé:
+ «Il y a encore des magasins de carrosses rue Michel-le-Comte,
+ vieille rue du Temple, derrière l’hôtel Salé; rue de Bussy, et rue
+ du Four du faubourg Saint-Germain.»
+
+Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses de louage au mois, à
+la journée, sont encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, rue des
+Boucheries saint Germain, rue des Petits Champs, rue de Hurepoix, rue
+Gît-le-Cœur, rue des grands Augustins, rue de Bussy, etc.[11].
+
+ [11] Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré aux mêmes
+ objets, sous ce titre: _Des voitures parisiennes_, se trouvent
+ d’assez curieuses différences, p. 50-51: «Il y a des calèches
+ attelées à vingt sols par heure, dans tous les temps du jour, sur le
+ quay des Augustins, place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de
+ la Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant les
+ Jésuites.--Aux mêmes endroits, et en divers autres carrefours et
+ places, on trouve des chaises à deux porteurs pour un écu par
+ demi-journée, et des chaises à ressorts traînées par un seul homme,
+ à un écu par jour, ou dix sols par heure.»--L’existence des
+ carrosses à l’heure n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint
+ légale et privilégiée que par ordonnance du mois d’août 1698. Le
+ tarif en fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, et
+ 20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le droit de
+ stationner sur les places, réservées désormais à ces carrosses à
+ l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises qu’on ne pouvoit
+ louer qu’à la demi-journée, au jour ou au mois. (_Traité de la
+ Police_, t. IV, p. 441-442.)
+
+On trouve des Mulets et des Littières à loüer chez M. Mariette,
+Capitaine des charrois de Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez
+un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, à l’entrée de la rue de
+Richelieu.
+
+Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont aux Choux[12]: Dole, vieille
+rue du Temple: Didier, rue des Fossez de Condé: et Jourdain, rue de
+Bourbon, font des Corps de Carosse qui resistent fort longtemps.
+
+ [12] Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux
+ débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au pont-levis jeté sur
+ le fossé, à quelques pas d’un marais planté de choux, comme un autre
+ situé un peu plus en avant dans la ville, où croissoit l’oseille,
+ avoit donné son nom à la rue de l’Oseille. La porte du
+ pont-aux-Choux s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.
+
+On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts et Arcs de Carosses et de
+Chaises au petit Arsenal, rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers,
+porte saint Antoine, rue du Sepulcre[13] et enclos de la Foire St
+Germain[14].
+
+ [13] C’est aujourd’hui la rue du Dragon.
+
+ [14] Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59: «Il y a
+ un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, et un
+ troisième devant les Premontrez du faubourg Saint-Germain, qui font
+ très-bien des arcs de carosses.» On y lit aussi, p. 51: «les
+ ressorts de la bonne trempe se font au même faubourg
+ (Saint-Antoine), près la porte et rue de Charenton, devant les
+ Filles angloises»; et, un peu plus bas: «on trouve de vieux arcs et
+ ressorts de carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de
+ dépesseurs (_sic_) du quai de la Mégisserie.»
+
+Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des marchandises des
+Miroitiers.
+
+On fait et on vend dans plusieurs boutiques et angards du Fauxbourg
+saint Antoine, des Chaises et Soufflets[15] à juste prix.
+
+ [15] Les _soufflets_ étoient une sorte de chaise roulante à deux roues
+ et fort légère, pour une ou deux personnes, dont le dessus de cuir
+ ou de toile cirée se plioit ou se replioit comme un _soufflet_,
+ suivant le temps. Louis XIV se servoit souvent d’une de ces petites
+ voitures. (_Journal de la santé du Roi_, publié par M. Le Roy, 1862,
+ in-8, p. 299.)
+
+Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes sortes d’équipages, sont
+les Sieurs de Mouy, rue Geoffroy Langevin: des Lauriers, rue du Four,
+près l’Hôtel Impérial: la Montagne, place Maubert: la Croix, cul de sac
+des quatre vents: Jurande et le Breton, rue Bourlabé: le Febvre, rue du
+petit Heuleu[16], etc.
+
+ [16] Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de plus dans
+ l’édit. de l’année précédente, p. 33: «Jacques Jurande, rue
+ Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de chevaux et d’équipages.
+ Autant en font le Breton, même rue, à la Croix de Fer, le Febvre,
+ rue du Petit-Huleu, Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du
+ Cœur-Volant, près la foire Saint-Germain.»
+
+Le nommé Loüis, logé devant les murs saint Martin, fait principalement
+le courtage des mules et mulets.
+
+Les Sieurs Brie devant les Incurables; et Bouton, rue Git le Cœur, au
+Gallion, sont des particuliers qui ont de bons Remedes pour les maladies
+des Chevaux[17].
+
+ [17] Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux Ours, qui étoit
+ le plus expert de ces «médecins de chevaux», comme il les appelle,
+ p. 387.
+
+Entre les Marchands en réputation pour le même fait, sont les Sieurs
+Rabeau, rue de la Corne: du Gas, vieille rue du Temple: Mars, carrefour
+des trois Maries; et Lafond, près l’Hotel d’Angoulesme.
+
+La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg saint Michel, nettoye
+parfaitement bien les Carosses et Chaises[18].
+
+ [18] «On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de 1691, p.
+ 51, et encore tous les mécredis et samedis, des charrettes
+ couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent aux villages
+ circonvoisins.--On trouve en tous temps aux environs du Pont-Royal,
+ des batelets couverts qui conduisent où l’on veut à la descente de
+ la rivière.» A la porte Saint-Denis le «passage du bois de Boulogne»
+ doit son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.
+
+
+
+
+PASSETEMPS ET MENUS-PLAISIRS.
+
+
+Le Théâtre du Palais Royal[1], où sont representées les Tragedies, les
+Pastoralles et autres Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les
+representations les Mardis, les Vendredis et les Dimanches, et encore
+les Jeudis, lors qu’il s’agit de Pièces nouvelles[2].
+
+ [1] L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du côté où
+ s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que Richelieu avoit
+ fait bâtir pour les représentations de sa _Mirame_, et qui avoit
+ ensuite servi de théâtre à Molière. C’est à sa mort que Lulli se
+ l’étoit fait donner par le roi.
+
+ [2] «Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre est fermé les
+ jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour les places des
+ premières loges, un demi-louis pour celles des secondes, et trente
+ sous pour celles du parterre et du second amphithéâtre.» Edit. 1691,
+ p. 8.
+
+Les Livres du sujet se vendent à la porte du Théâtre trente sols en
+paroles seulement, et en partition onze livres en blanc[3], et douze
+livres dix sols reliez[4].
+
+ [3] C’est-à-dire brochées.
+
+ [4] «Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix sols reliez
+ en veau», p. 9.
+
+M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet du Roy[5], qui donne les
+Desseins de toutes les décorations, habits et machines des Opera, etc.,
+demeure aux galleries du Louvre[6].
+
+ [5] Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande réputation, que
+ l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est pour ses décorations de
+ théâtre que Mariette (_Abecedario_, t. I, p. 119) fait surtout son
+ éloge: «Jamais il n’y eut, dit-il, de décorations de théâtre mieux
+ entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux
+ dont il a donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour
+ l’Opéra, c’est-à-dire pendant presque toute sa vie.» La maquette de
+ sa décoration du 5e acte d’_Armide_, en 1686, figure en ce moment à
+ l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. On a de lui un
+ recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement: _Ornements inventez_
+ par J. Bérain.
+
+ [6] Il y mourut le 26 janvier 1711: «Il a un cabinet fort curieux, dit
+ Brice, où l’on trouve avec des tableaux rares une quantité
+ très-grande de dessins, entre lesquels les siens ne sont pas la
+ moins belle partie.»
+
+Les Comediens François qui ont leur Hotel rue des fossez saint Germain
+des prez[7], représentent tous les jours alternativement des Tragedies
+et des Comedies.
+
+ [7] Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui est venu de ce
+ théâtre même, qui, du reste, existe encore en partie au fond de la
+ cour de la maison qui fait face au café Procope. On y emmagasine des
+ papiers peints. Ce fut l’atelier de Gros.
+
+Les Comediens italiens, représentent les Dimanches et les jours que le
+Theatre de l’Academie Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre de
+l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil[8].
+
+ [8] A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle aux cuirs.
+
+Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour les habits de Theatre[9],
+et M. son fils pour les masques et autres choses necessaires pour les
+Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise[10].
+
+ [9] Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur de la troupe
+ de Molière. Une sœur utérine de la comédienne Mlle de Brie étoit sa
+ femme depuis 1673. Le fils, dont il est parlé ici après lui, étoit
+ né de ce mariage. C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit
+ organisé la mascarade turque du _Bourgeois gentilhomme_, en 1670.
+ D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y avoit pas fourni
+ moins de cent trente-huit habits.
+
+ [10] L’administration et ce qu’on appeloit «le magasin de l’Opéra»,
+ s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la fin du règne de Louis
+ XV.
+
+Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du
+Colombier saint Germain, vendent aussi des Masques de Theâtre et de
+Carnaval[11].
+
+ [11] Ducreux fit aussi les fournitures pour le _Bourgeois
+ gentilhomme_. On voit par le compte cité tout à l’heure, et qui
+ s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y fournit les
+ masques, mais «les jarretières, perruques, barbes et autres
+ ustenciles.»
+
+Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts, rue saint Honoré,
+fait des Coëffures en cheveux pour les Balets et Opera.
+
+Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs des Habits pour les Balets du
+Roy, demeurent le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve, et
+l’autre, rue neuve saint Denis, proche la porte.
+
+Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient un grand magasin de Plumes
+pour les Balets et Tragedies, rue saint Honoré.
+
+Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes sortes d’Etoffes or et
+argent pour les Balets, Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint
+Denis, près le grand Châtelet.
+
+Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie, qui fait et vend des
+Etoffes brodées or et argent.
+
+Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique des Marionnettes et
+Mannequins, demeure rue de Hurepoix, près le pont saint Michel[12].
+
+ [12] Il est appelé «Du Vaudiet» dans l’édit. de 1691, p. 49, et son
+ adresse y est différente: «rue de la Huchette au Tambour.»
+
+Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices de l’Hotel de Ville et de
+l’Opera[13], demeure rue Frementeau[14].
+
+ [13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit
+ été «ingénieur des feux d’artifice de S. M.» Denis étoit concierge
+ des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue
+ Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que
+ pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. _V._ le
+ _Théâtre_ de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son
+ père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux
+ d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (_Bibliogr. des
+ Mazarin._, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui
+ avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même.
+ (_Archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I, p. 130.)
+
+ [14] Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition de 1691, p.
+ 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. «Le
+ sieur Morel», qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à
+ la suite: «le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et
+ une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les
+ merciers et pour les particuliers qui en ont besoin.»
+
+Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon.
+
+Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15].
+
+ [15] On s’en amusoit même chez le Roi. _V._ dans les _Mélanges
+ histor._ de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces
+ prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un
+ verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de
+ ce pauvre abbé Genest, l’académicien.
+
+On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé
+du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir;
+sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc.
+
+ [16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le
+ dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par
+ exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient
+ jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, _Traité des Serins de
+ Canaries_, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes
+ dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez
+ elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, _Hist.
+ de la Régence_, t. II, p. 319.)
+
+La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits
+Chiens pour les Dames[18].
+
+ [17] «Près les Petites maisons.» Edit. de 1691, p. 33.--On l’appelle
+ aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac.
+
+ [18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la
+ mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse,
+ comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de
+ carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les
+ jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois
+ fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un
+ extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la
+ princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand
+ elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint,
+ contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend
+ qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des
+ chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’_Italie
+ confortable_, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les
+ chiens _Burgos_ commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la
+ mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence.
+ Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens
+ loups: «On ne carresse plus, lisons-nous dans la _Lettre italienne_
+ déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles
+ coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de
+ baisers et d’embrassements.»
+
+Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se font en perfection par le
+Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, et par un autre Tourneur de
+la rue Troussevache.
+
+Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie, font venir des Boules
+de Marseille qu’ils donnent à fort grand marché.
+
+Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se vendent chez les
+Tablettiers du Marché Neuf et de la rue des Assis.
+
+Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues, et on ne joue
+publiquement dans les Jeux de Paume qu’au Billard[19].
+
+ [19] La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans doute pas aussi
+ sévère quand avoit paru l’édition de l’année précédente, car voici
+ ce qu’on y trouve, p. 49: «On joue aux cartes et au billard dans
+ presque tous les jeux de paume, qui sont en plus grand nombre au
+ faubourg Saint-Germain qu’ailleurs.»--Les jeux défendus dans les
+ maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement dans les
+ particulières. C’est alors que l’on vit partout de «ces femmes
+ brelandières» dont parle la _Xe Sat._ de Boileau, et que visoit
+ l’abbé de Villiers dans une de ses _Epîtres_, 2e édit., p. 375,
+ lorsqu’il nous rappelle
+
+ ... L’industrieux génie
+ Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.
+
+ «--Eh! dit Colombine dans l’_Avocat pour et contre_, acte III, sc.
+ 7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la bassette, et vivre
+ honorablement dans Paris, comme une infinité de gens aussi gueux que
+ nous.» Il y eut jusqu’à des femmes de conseillers au Parlement qui
+ tinrent ainsi des maisons de jeux. _V._ P. Clément, _la Police_ sous
+ Louis XIV, p. 340-341.
+
+Pour les fameux Maîtres de Dance et de Paume, voyez l’article des Nobles
+Exercices.
+
+Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article de la Musique.
+
+Le Sieur Alexandre Vauboam[20], rue des Assis, fait des Castagnettes en
+perfection.
+
+ [20] Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus haut, p. 211,
+ comme «fabricant de guitares en perfection.»
+
+
+
+
+JARDINAGES.
+
+
+Monsieur le Marquis de Villacerf[1], Sur-Intendant et Ordonnateur des
+Batimens et Jardins du Roy[2], demeure rue de l’Egout, près la place
+Royale.
+
+ [1] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné plus haut,
+ p. 124.
+
+ [2] Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel il tenoit par
+ sa mère, comme par son père il tenoit à Colbert. Il dut s’en
+ démettre, en 1699, à la suite des trop longues malversations de
+ Mesmin, «son commis principal, en qui, dit Saint-Simon, il se fioit
+ de tout.»
+
+M. le Nostre, Directeur et Controlleur des Batimens et Jardins de Sa
+Majesté[3], demeure aux Tuilleries[4].
+
+ [3] André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à Versailles, à
+ Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries, pour que nous ayons à
+ parler de lui longuement.
+
+ [4] Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept ans. Il s’y
+ étoit fait, dans une de ses dépendances, une collection de tableaux
+ de maîtres, de médailles, de porcelaines, etc., dont on peut lire la
+ description au chap. IV du _Voyage_ de Lister, et au commencement de
+ la _Jeunesse de Bachaumont_, qui fut publiée en 1859 par les soins
+ de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal, dans les
+ premières livraisons du _Magasin de Librairie_.
+
+M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre[5] et Directeur de l’Orangerie des
+Tuileries[6], demeure à l’Arsenal.
+
+ [5] Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si beau jardin,
+ rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où tout le monde pouvoit
+ s’aller promener, comme on le voit dans le roman de Mme de
+ Villedieu: _Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière_,
+ édit. de 1701, p. 110. On a du père: _Plans des bastiments et jardin
+ de la Norville_; _Plan du jardin et château de Louvois_; _Plan du
+ château de Presles, près Beaumont_, etc.; et du fils: _Plan et
+ élévation du château de Villacerf_, toutes planches très-rares.
+
+ [6] Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de cette
+ Orangerie. (_Etat de France_, 1692, p. 498.)
+
+M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté[7], demeure au vieux
+Louvre[8].
+
+ [7] Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été sous Henri
+ IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps du règne de Louis
+ XIV, «jardinier ordinaire et dessinateur des plans, parcs et jardins
+ des maisons royales», et de qui l’on a un livre si curieux: _Théâtre
+ des plants et jardinages_, etc., 1652, pet. in-4º. Un autre de ses
+ fils, André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des
+ jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm, en 1651,
+ in-fol.: _le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs dessins de
+ jardinages, tant parterre en broderie, compartiments de gazon,
+ bosquets et autres_.
+
+ [8] Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils Armand, le 1er
+ février 1692, étoit celle de «jardinier du Petit-Jardin parterre,
+ qui est au-devant des fenêtres du Louvre.» Il étoit donc tout
+ naturel qu’il logeât dans ce palais. Son père avoit demeuré tout
+ près à l’hôtel de Matignon, et il avoit fait planter, vers 1606, sur
+ la belle place, qui étoit alors au-devant, «quantité de mûriers
+ blancs.» (_Archives curieuses_, 1re partie, t. IX, p. 130.)
+
+M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté, demeure près saint Roch,
+tous trois après M. le Nostre, ont un grand talent pour les desseins de
+Parterres, de Bosquets, etc.
+
+M. Balon, Directeur de la Pépiniere du Roule[9], demeure là même.
+
+ [9] On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le nom de la rue
+ de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on lit sur Balon qui la
+ dirigeoit alors, dans l’_Etat de France_ de 1692: «M. Balon, qui est
+ au jardin de la pépinière au Roule, établie en 1670, est directeur
+ des plants d’arbres des maisons royales.» Noël de Morlaix, que
+ Lister y alla voir (_V._ son _Voyage_, ch. X), fut le successeur de
+ Balon à la pépinière du Roule.
+
+Il y a encore divers autres Jardiniers de grands Seigneurs, qui sont
+renommez pour les compartimens, par exemple,
+
+Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé: de Marne, rue de l’Egout
+près la place Royale: Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint
+Poüange[10], etc.
+
+ [10] Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit son nom au
+ cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert Colbert de
+ Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage, en 1702, la
+ principauté de Chabannais. La rue, qui fut percée de 1775 à 1777 sur
+ l’emplacement de l’hôtel et de son jardin, prit ce dernier nom
+ qu’elle porte encore.
+
+Les Jardiniers qui sont exercez à la construction des cabinets et
+ornemens de treillages[11], sont entr’autres Mrs de la Saulsaye[12] et
+Godeau ci-devant désignez: Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires[13], et
+au Fauxbourg saint Antoine: le Roux, rue de Pincourt: Hennetin, rue de
+la Muette[14]: et le Normand, rue de Montreuil.
+
+ [11] On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent des
+ jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes, qui en
+ avoient dessiné l’ordonnance, quelles proportions monumentales on
+ donnoit à ces treillages: «le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont
+ dans les villes, c’est, outre la beauté du travail, de cacher le
+ vilain aspect des maisons voisines.» _Voyage à Paris_, chap. IX.
+
+ [12] On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel de Condé.
+ Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent les deux planches
+ très-rares où sont figurés les treillages du jardin, à cette époque.
+
+ [13] Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet avoit
+ fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du petit Arsenal,
+ dont il n’étoit séparé que par une impasse. Il appartenoit alors, à
+ Françoise de Gondi, veuve du duc de Lesdiguières. Mme de Sévigné,
+ dans ses _Lettres_, en vante la beauté, mais en regrette la trop
+ grande solitude et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374
+ et 467.) Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui
+ en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit ici, pour
+ les treillages, ne les y avoit pas épargnés: «Celui du fond, dit
+ Lister, étoit fort noble, et avoit coûté dix mille livres; un autre
+ en avoit coûté six mille. J’en remarquai un plus petit, et, le seul
+ que j’ai vu ainsi, tout en feuillage de fer peint en vert.»
+
+ [14] Ou de _la Meute_, comme on l’appeloit en 1540, à cause de quelque
+ maison de chasse. C’est dans cette rue, qui va de la rue de Charonne
+ à celle de la Roquette, que Tamponnet, peut-être sur le même
+ terrain, eut sous le premier Empire et la Restauration, ses
+ admirables serres qui ne contenoient pas moins de cinq mille
+ orangers de toutes tailles, et où l’on vit la première collection de
+ _camélia_. (Dufey, _Memorial parisien_, 1821, in-12, p. 67.)
+
+Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs, Arbres et Arbustes pour
+l’ornement des Jardins, sont au Fauxbourg saint Antoine[15]: les Sieurs
+Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt: Chevalier, ruë des
+Amandiers: Tremel et Grebey, rue de la Raquette: le Breton, rue de
+Charonne: du Puis, Huby et Hely, ruë de Baffroy[16]: Gaumont Jacques et
+du Buisson, grande ruë du Fauxbourg: Marechal, rue saint Bernard, etc.
+
+ [15] _V._ sur ces floristes du faubourg, _le Mercure_ d’avril 1721, p.
+ 176, et celui de juin-juillet de la même année, 2e partie, p. 112.
+
+ [16] Elle est adjacente à la rue de Charonne.
+
+Et en divers autres quartiers de la Ville et des Fauxbourgs sont les
+Sieurs Thibaut fils, rue des Boullais: Baptiste, près les Invalides:
+Jacques, ruë de Taranne[17]: des Crochets, près la porte saint Martin:
+Besnard, Fauxbourg saint Laurent, etc.
+
+ [17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier,
+ se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus
+ célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier _filaria_, dit
+ Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.
+
+Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa
+Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes: mais il est
+ordinairement en Cour.
+
+Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des
+Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses
+avec un succez merveilleux.
+
+ [18] C’étoit l’ancien mot, que celui de «maraîcher» remplaça. Jaubert
+ l’emploie encore dans son _Dictionnaire des arts et métiers_, t.
+ III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis
+ longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre
+ sur _Les jardins_, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent
+ d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit:
+ «les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme
+ maréchais.»
+
+ [19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce «marager» de la
+ barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs
+ Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils
+ étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans _les
+ Registres criminels du Châtelet_ (1389-1392), il est parlé, t. II,
+ p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les
+ préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette
+ culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez
+ quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés: «On conserve,
+ dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par _le Salon
+ littéraire_ du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans
+ plusieurs familles de maraîchers--les Dulac, Deberg et autres--des
+ chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des
+ marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en
+ jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes
+ n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la
+ profession de jardinier.»
+
+M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend
+particulierement la culture des plantes medecinales[21].
+
+ [20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit
+ professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des
+ Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle
+ beaucoup de lui dans son _Voyage_.
+
+ [21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le
+ voit par son _Traité des matières médicales_.
+
+Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.
+
+On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain
+l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des
+Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de
+Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de
+Martagons Pomplions, etc.
+
+ [22] Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit alors pour
+ le garder jusqu’à présent le nom de ces _Provençaux_ qui y faisoient
+ leur commerce.
+
+Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay de la Megisserie, une
+espèce de marché franc pour les fleurs, arbres et arbrisseaux[23]; où
+l’on trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et des cardons
+d’Espagne.
+
+ [23] Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis,
+ «le long du quai Bourbon», dit Sauval, qui en vit la fin. On
+ l’appeloit «la foire aux oignons», à cause des fleurs à oignons dont
+ on y faisoit surtout le commerce. «Tous les ans, dit Sauval, t. II,
+ p. 662, on voit ce quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se
+ métamorphoser en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien
+ varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé.»
+
+Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous les ans à Paris vers la fin
+de Septembre, une fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes et
+basses tiges, logent pour la plûpart grande rue du Fauxbourg saint
+Antoine, au Nom de Jésus et aux deux Clefs[24].
+
+ [24] Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à Orléans de
+ grands progrès dans la culture des jeunes arbres fruitiers,
+ forestiers et d’agrément. A la fin du dernier siècle, on n’y
+ évaluoit pas à moins de 200,000 le nombre des pieds d’arbres qui s’y
+ vendoient sur place, ou qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs,
+ chaque année. Les _forestiers_ étoient surtout fournis par les
+ faubourgs Saint-Marc et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou
+ d’agrément par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est
+ maintenue et même étendue.
+
+On peut d’ailleurs en tous temps trouver un grand assortiment d’arbres
+fruitiers chez les Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau au
+Menil-Montant.
+
+Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine[25], fait des Pompes
+et autres machines pour l’elevation des eaux.
+
+ [25] La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée comme Château
+ Royal, avoit un concierge, comme nous le voyons ici, et un
+ gouverneur.
+
+Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre, on fabrique une sorte de
+pompe industrieuse qui n’est pas d’une grande depense, et au moyen de
+laquelle un seul homme peut elever sans peine et sans effort huit ou dix
+muids d’eau par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration aux
+curieux, aussi bien que des Orloges et Cadrans pour les vens, au soleil
+et à la lune, qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du public.
+
+Pour les livres de Jardinages, voyez l’article du commerce de Librairie.
+
+Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie, a un grand assortiment
+de graines et oignons de Jardins[26].
+
+ [26] Lister, ch. X, _ad finem_, nous parle de ce M. Lefebvre «le
+ marchand de graines», qui avoit, en outre de sa boutique du quai, où
+ le même commerce se fait encore, un fort beau «jardin fleuriste.»
+ Ses tulipes étoient particulièrement superbes: «Il en avoit, dit-il,
+ une grande et belle collection, beaucoup de panachées et d’une
+ grande variété.»
+
+On vend des pots de terre à ances bronzez et dorez pour l’ornement des
+Jardins, chez le Sieur du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine,
+à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs des caisses peintes en
+fayances.
+
+Chacun peut faire fabriquer à son gré des pots de fayance pour les
+Jardins à la Fayancerie de saint Cloud.
+
+Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez de blanc, viennent de la
+Fayancerie de Roüen[27].
+
+ [27] Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que de celle
+ de Saint-Cloud.
+
+
+
+
+TAPISSERIES[1] ET MEUBLES ORDINAIRES.
+
+ [1] Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans le _Saint
+ Evremoniana_, s’étonna de voir des tapisseries partout, sur les
+ murailles des chambres. «C’est un usage général, dit-il, comme en
+ Italie de les embellir par des sculptures.»
+
+
+Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres[2], rue du petit Lion[3],
+et un autre pour les Tapisseries de Beauvais[4], rue de Richelieu.
+
+ [2] Tapisseries de haute lisse--c’est-à-dire faites sur un métier
+ perpendiculaire--et à personnages ou à verdures. Les ouvriers
+ flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603, avoient perfectionné
+ ce genre de fabrication aux Gobelins, où ils avoient été établis.
+
+ [3] «Derrière l’hôtel de Bourgogne.» Edit. 1691, p. 35.
+
+ [4] «Au milieu de la rue de Richelieu.» _Id._--La manufacture de
+ Beauvais étoit une création de Colbert, en 1660. Les ouvriers
+ flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient en haute lisse
+ comme aux Gobelins.
+
+Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries d’Aubusson[5], sont
+rue de la Huchette et aux environs.
+
+ [5] Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un métier
+ horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des laines moins
+ fines, le bon marché en rendoit le débit bien plus général que celui
+ des tapisseries de Beauvais. Le tarif des douanes de 1664 et années
+ suivantes le prouve.
+
+M. Dansvüiche[6], carrefour sainte Opportune, fait commerce en gros de
+Bergames[7] et Tapisseries de Rouen, façon de Hongrie[8].
+
+ [6] Son nom est écrit «D’Answihc» dans l’édit. précéd.--C’étoit
+ certainement un flamand.
+
+ [7] Les bergames étoient un mélange de laine et de bourre de soie que
+ l’on teignoit ordinairement en gris ou en rouge.
+
+ [8] On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées avec de la
+ tonture ou _tontisse_ de laine. C’est de là que les premiers papiers
+ peints, qui remplacèrent les tapisseries, en les imitant de leur
+ mieux, furent appelés des papiers-tontisses.
+
+Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart[9], petites Etoffes, Satin de
+Bruge[10], Taffetas des Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se
+vendent en détail et en diverses boutiques et magasins près l’aport de
+Paris.
+
+ [9] Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les chaînes de
+ soie. C’étoit une étoffe «légère, commode et de grand débit», qu’en
+ 1604, un marchand de Troyes demanda au Roy de fabriquer dans son
+ pays avec privilége. (_Archives curieuses_, 1re série, t. XIV, p.
+ 232.)
+
+ [10] Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente, et qui
+ se rapprochoit aussi beaucoup du _satin de Chine_. Le marchand de
+ Troyes, cité dans la note précédente, demanda aussi à fabriquer de
+ ces satins de Bruges, en 1604.
+
+Les Marchands Tapissiers renommez pour les meubles magnifiques, sont
+entre plusieurs autres Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue
+Tictonne; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur, rue aux Ours[11];
+Barelle, à Luxembourg; Montonnet, Cellier et Mendron, rue Michel le
+Comte[12]; Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.
+
+ [11] «Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant rue aux
+ Ours et rue Platrière.» Edit. 1691, p. 36.--Leur vrai nom étoit, en
+ effet, Le Bon. C’est ainsi que l’aîné, Louis, est nommé dans l’_Etat
+ de France_ de 1692, p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi
+ pour le trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de
+ Bourgogne. Coulange le nomme dans sa chanson sur _Un vieux lit de
+ famille_, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il l’appelle pour
+ la mesure du vers:
+
+ Autant de modes que d’années,
+ Aujourd’hui le tapissier Bon,
+ A si bien fait par ses journées
+ Qu’un lit tient toute une maison.
+
+ Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. _V._ le
+ _Mercure galant_, t. III, p. 300.
+
+ [12] C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui, mais Vieille
+ rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre de société, d’où sortit
+ Lekain. Mandron lui-même y jouoit «les rois». _V._ une lettre de lui
+ dans le _Journal de Paris_, 1er mars 1778, p. 238.
+
+Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre[13], le
+Febvre, rue saint Denis au Chesne vert[14], etc., travaillent par
+excellence aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.
+
+ [13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691.
+ Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se
+ retrouver ici: «les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande
+ perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du
+ Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une
+ beauté singulière.»--Nous n’avons pas à nous étendre sur
+ Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que
+ l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à
+ commencer par celle de Mariette dans l’_Abecedario_, où il dit: «Ses
+ meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de
+ marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien
+ perdre de leur prix.» Il avoit le goût passionné des tableaux, des
+ estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il
+ étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le
+ Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de
+ ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de
+ l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable
+ cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce
+ refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4
+ février 1686, à son agent La Chapelle: «Boulle promet à Mgr le
+ Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève
+ point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire
+ que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai
+ mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je
+ ferai faire son ouvrage par d’autres.» Citée par M. Rousset, _Hist.
+ de Louvois_, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore
+ plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva.
+ (_Correspond, admin. de Louis XIV_, t. II, p. 843.) Le plus grand
+ deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la
+ destruction par les flammes de la plus grande partie de sa
+ collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux,
+ il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans
+ plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et
+ quelques mois. _V._ sur lui, dans _les Archives de l’Art françois_,
+ par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un
+ travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.
+
+ [14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé
+ comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.
+
+M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de
+cuir doré de Flandres.
+
+Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.
+
+Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de
+placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et
+vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve
+saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.
+
+ [15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son _Dictionnaire_, ces
+ meubles, dont la mode revient: «Espèce d’armoire avec des tiroirs,
+ faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des
+ hardes.» On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de _L’Amour
+ médecin_, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille «un cabinet de la
+ foire St-Laurent.» Dans le _Tarif des droits d’entrée_, etc., du 18
+ sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.
+
+ [16] «Et de marqueterie.» Edit. 1691, p. 35.
+
+Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui
+travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].
+
+ [17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri
+ IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit
+ de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce
+ quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire
+ de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve--aujourd’hui
+ d’Aboukir,--et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier
+ et le même commerce des meubles s’exercent encore.
+
+Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de
+meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles,
+rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie,
+et[19] rue Grenier sur l’eau.
+
+ [18] Ces «louages de meubles» aux Halles sont gaîment tournés en
+ ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, _Le grand Sophy_, jouée
+ en 1689: «GROGNARD. Je ne sais à quoi il tient que je ne jette tous
+ les meubles par la fenêtre.--MEZZETIN. N’allez pas faire cette
+ sottise-là, s’il vous plaît, il faut que je les rende au fripier. Je
+ ne les ai loués que pour deux heures. Allons, meubles, sous les
+ piliers des Halles! (_Tous les meubles se plient et
+ disparoissent._)» _Théâtre_ de Ghérardi, t. II, p. 158.
+
+ [19] «Derrière Saint-Gervais.» Edit. précéd., p. 36.
+
+Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait venir des Chaises de Jonc
+d’Angleterre[20].
+
+ [20] «Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de jonc et
+ de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf, rue
+ Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric.» _Id._--L’usage ne
+ s’en répandit pas chez nous, car lorsque Grosley alla en Angleterre
+ au siècle suivant, il trouva ce genre de chaise excellent, et nous
+ le recommanda, comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a
+ été plus heureux de nos jours. _V._ le curieux livre de Grosley,
+ _Londres_, édit. de 1755, t. I, p. 238.
+
+Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour les meubles de fer rue
+Dauphine, rue de la Verrerie et Fauxbourg saint Antoine[21].
+
+ [21] L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36: «les
+ argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets, foyers, girandoles,
+ vaisselles et autres ouvrages de fer et de leton dorez et argentez,
+ ont leurs boutiques rue Dauphine et rue de la Verrerie.»
+
+Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit Lion, fait et vend des Mortiers
+et Pilons de Boüis pour les officiers[22], d’une propreté particulière.
+
+ [22] Lisez: les officines.
+
+Pour les Tableaux et Meubles de la Chine, voyez l’article des Curiositez
+de cabinet.
+
+Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers et Bourgeois, quay
+de l’Ecole, peignent et vendent les portraits de la Cour en bordures[23]
+pour l’ornement des chambres et des salles.
+
+ [23] Nous dirions «en cadres.» Richelet dit en effet dans son
+ _Dictionnaire_: «BORDURE, bois de menuiserie pour mettre un portrait
+ ou une glace de miroir.»
+
+Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons, voyez l’article des Armes
+et Bagages de Guerre.
+
+Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et Dentelles de fil.
+
+Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple, et Landois, rue Neuve saint
+Honoré, ont une grande habitude à bien raccommoder et remettre en
+couleur les Tapisseries de haute lisse.
+
+Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de haute lisse[24], se
+vendent dans un magasin prés les Quinze vingts.
+
+ [24] On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert en parle dans
+ son _Dictionnaire des arts et métiers_, t. IV, p. 205: «Ces autres
+ tapisseries, dit-il, que l’on fait de coutil, sur lequel, avec
+ diverses couleurs, on imite assez bien les personnages et les
+ verdures de la haute lisse.» Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit
+ que c’était une invention assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit
+ de quatre-vingts ans au moins.
+
+On vend des Coutils en gros au Bureau des Marchands Tapissiers rue saint
+Martin, et encore chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost, près
+l’Hotel de la Monnoye.
+
+
+
+
+CHAIR ET POISSON.
+
+
+Pour le Bureau des Marchands-Bouchers, voyez l’article des Bureaux
+publics.
+
+Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement ouvertes sont près
+l’aport de Paris, place aux Rats[1], quartier des Quinze-vingts[2],
+marché du Temple[3], coin de S. Paul[4], porte S. Antoine[5], marché
+Neuf[6], montagne sainte Geneviève[7], place Maubert[8], Fontaine S.
+Severin, quartier S. Nicolas des Champs[9], rue Montmartre[10], rue
+Comtesse d’Artois, pointe saint Eustache; rue de Bussy, petit Marché,
+Croix rouge[11], et ruë des Boucheries saint Germain.
+
+ [1] Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du Chat-Blanc.
+ Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris appartenoit aux
+ anciennes familles bouchères La Dehors et Saint-Yon. _Mercure_, mars
+ 1739, p. 439.
+
+ [2] C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre côté de la rue
+ Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la rue Jeannisson, qui,
+ jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour cela _rue des Boucheries_.
+
+ [3] Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du Temple, pour
+ _la Halle aux vieux linges_.
+
+ [4] Dans la rue Saint-Antoine même.
+
+ [5] Du côté de la Bastille.
+
+ [6] Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel. C’étoit une
+ des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y trouvoit, au-dessus
+ de la porte, des sculptures qu’on disoit de Jean Goujon. On
+ l’abattit au XVIIIe siècle, et le Marché-Neuf en fut de beaucoup
+ agrandi. Suivant la légende, les mouches n’entroient pas dans cette
+ boucherie, et «les viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par
+ conséquent beaucoup plus fraîches que partout ailleurs.» _Mélanges
+ d’une grande Bibliothèque_, t. XLIII, p. 263.
+
+ [7] Un peu au-dessus du collége de la Marche.
+
+ [8] Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu transférée de la
+ place de Grève.
+
+ [9] Dans la rue Saint-Martin même.
+
+ [10] Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près du passage
+ du Saumon.
+
+ [11] Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.
+
+Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement vend les jours maigres
+pour les malades.
+
+En Carême, le détail de la viande de Boucherie, de la Volaille et du
+Gibier appartient à l’Hotel Dieu où se tient alors la principale
+Boucherie[12], mais on ne laisse pas de vendre de la viande pour les
+malades au profit de cet Hopital à la Boucherie du petit Marché saint
+Germain, à celle du marché du Temple, à celle de la place aux Rats, et à
+celle de la rue saint Honoré près les Quinze-vingts.
+
+ [12] La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette observance du
+ maigre en carême, que Servandoni ayant voulu, dans la pièce de
+ _Léandre et Héro_, jouée pendant le carême de 1750, au théâtre des
+ Tuileries, mêler un sacrifice à son spectacle, dut obtenir de
+ l’Hôtel-Dieu la permission d’acheter la génisse et le veau, qui
+ devoient y jouer les rôles de victimes. _V._ à cette date,
+ l’_Inventaire des archives de l’Hôtel-Dieu_, t. I. V. aussi _Rev.
+ des Provinces_, 15 fév. 1866, p. 351.
+
+M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure près l’aport de Paris[13].
+
+ [13] Il étoit--nous l’avons déjà vu plus haut, note sur Le
+ Coulteux--d’une des plus anciennes familles de Paris. Son nom, comme
+ celui des Saint-Yon, des Legoix, etc., remontoit à l’époque du règne
+ des bouchers et de Caboche. Il le savoit, et, de concert avec les
+ représentants des autres vieilles familles bouchères, il en usoit
+ pour se créer un privilége et un monopole sur tous les étaux de la
+ grande boucherie--celle de l’Apport-Paris--et sur ceux du cimetière
+ Saint-Jean. (Depping, introduct. au _Livre des Métiers_ d’Est.
+ Boileau, p. LVI.) Le roi, pour en finir avec ce monopole de Thibert
+ et des autres, en fit don à Mme de Montespan et à sa sœur Mme de
+ Thiange. Ils résistèrent, et, en 1691, l’époque même où nous sommes,
+ il en résulta un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la
+ Bibliothèque Nationale, les pièces et les factums dans la
+ _Collection_ Delamarre, nº 21, 656, fol. 1-185.
+
+Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures à la livre pour les
+grands Seigneurs, sont à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin,
+Crochet et Tibert; au cimetiere saint Jean, Messieurs Charles de Liziere
+et Aubry; près saint Nicolas des Champs, Mrs Laval, Triplet, Laurent et
+la veuve Hotaüt; à la grande Boucherie saint Germain, Mrs Madelin,
+Cottard, Valet, Bricet et Gallier; à la rue Montmartre, M. Parisot; et
+montagne sainte Genevieve, Mrs Gaudron et le Lievre.
+
+Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons qui sont dispersez dans
+tous les quartiers, les achetent en gros tous les matins près l’aport de
+Paris.
+
+Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à Sceau près le Bourg la Reine,
+les Lundis et Mardis; et celui des Veaux à Paris sur le Port de la Greve
+presque tous les jours et principalement le Vendredi[14].
+
+ [14] Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf sur un point,
+ la viande de Paris mauvaise: «le mouton et le bœuf, dit-il, sont
+ bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois.
+ Quant au veau, il n’en faut pas parler: il est rouge et grossier. Je
+ ne pense pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on
+ réussisse pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre.» (_Voyage à
+ Paris_, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande entroit pour
+ beaucoup dans la consommation, que la lettre du Sicilien, déjà
+ citée, évalue ainsi, probablement avec plus de fantaisie que de
+ vérité: «On dit que l’on mange à Paris, chaque jour, quinze cents
+ gros bœufs, et plus de seize mille moutons, veaux ou porcs.» V. plus
+ bas, note 17, sur les _offices de Vendeurs de veaux_.
+
+Le Marché de la Volaille, du Gibier[15], des Agneaux et des Cochons de
+lait se tient sur le quay des grands Augustins presque tous les
+jours[16], mais principalement les Mercredis et Samedis[17].
+
+ [15] La même lettre dit que la consommation du gibier et de la
+ volaille étoit «prodigieuse.»
+
+ [16] La consommation de la viande étoit telle, même à l’Hôtel-Dieu,
+ qu’on y avoit dressé un tournebroche qui pouvoit en faire rôtir
+ 1,200 livres à la fois. (_Inventaire des Archives hospitalières_,
+ Hôtel-Dieu, p. 330.)
+
+ [17] Il y avoit, pour ce marché, des «jurés vendeurs et conducteurs de
+ volailles», dont les jetons--le Cabinet des médailles en possède un
+ de 1709--sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et
+ Eve entourés des animaux de la création, et on y lit cette devise:
+ _Proderit his pecus et volucer_, le troupeau et l’oiseau viendront à
+ eux.--En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et
+ volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta en même temps «le
+ traité des eaux et fontaines», 4,536,400 liv. (Forbonnais, _Essai
+ sur les Finances_, année 1694.)
+
+Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures, sont les Sieurs
+Guerbois près la Boucherie saint Honoré[18], et Meüsnier rue du Temple,
+qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces et Festins avec
+beaucoup de réputation.
+
+ [18] C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour les bons
+ repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on disoit, dîner chez
+ La Guerbois, car c’est la femme qui étoit en réputation plus encore
+ que le mari. _V._ ce que nous avons dit de ce cabaret dans notre
+ _Histoire de la Butte Saint-Roch_, p. 126-128. Le nom de Guerbois,
+ qui se trouve comme enseigne sur la boutique de quelques
+ pâtissiers-traiteurs: rue Croix-des-Petits-Champs, rue des
+ Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée
+ culinaire.
+
+Entre les Charcutiers renommez, sont les Sieurs du Cerceaü rue de
+l’Arbre sec, pour les Jambons façon de Mayence; Robinot montagne sainte
+Genevieve[19] pour les Andoüilles; et de Flandres ruë des Barres pour
+les bons cervelats.
+
+ [19] «Devant le portail des Carmes de la place Maubert.» Edit. 1691,
+ p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la façon des «bonnes
+ andouilles.» Après lui vient, pour la même renommée, «la veuve
+ Maheult, rue Montmartre.»
+
+La foire du Lard et des Jambons se tient le Mercredi Saint ruë et parvis
+Notre Dame[20].
+
+ [20] Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une mazarinade,
+ _Suite de la révélation_, ou _le second oracle rendu par le Jeûneur
+ du Parvis Nostre-Dame_, 1649, in-4º p. 3:
+
+ Dans ce Parvis, où l’on contemple
+ La face d’un superbe temple,
+ Jambons croissent de tous côtés,
+ Ainsi que s’ils étoient plantés.
+
+ Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on croyoit
+ antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du Parvis et la porte
+ de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce qu’elle étoit seule à ne
+ pas prendre sa part des monceaux de victuailles de la foire «au Lard
+ et aux Jambons» du Parvis. «Oyez», dit une autre mazarinade:
+
+ Oyez la voix d’un sermonneur,
+ Vulgairement nommé Jeûneur,
+ Pour s’estre vu, selon l’histoire
+ Mille ans sans manger et sans boire.
+
+M. Fagnaült Ecuyer de cuisine[21] de Monseigneur le Prince, fait de très
+excellentes andoüilles qu’il vend à des personnes de connoissance.
+
+ [21] C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de cuisine dans
+ les maisons princières. Chez le Roi, où le principal s’appeloit
+ «Ecuyer-bouche», il y avoit, rien que pour le cuisinier-commun ou du
+ grand commun: douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze
+ enfants de cuisine ou _galopins_.
+
+Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu, fait un commerce particulier
+de Boudin blanc et de pieds à la sainte Menehoult.
+
+Le Sieur Boursin Traiteur près la place des Victoires, est renommé pour
+le Boudin blanc[22].
+
+ [22] Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il est aussi
+ mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de son enseigne: «Au
+ Mont Sainte-Catherine», ce qui prouveroit qu’il étoit de Rouen.--Les
+ boudins blancs commençoient d’être une friandise à la mode, quoique
+ ce ne fût guère que l’ancien «blanc manger» du moyen-âge, qui,
+ suivant Didier Christol, dans sa traduction du _De obsoniis_ de
+ Platine, au chapitre _Jusculum album_, se composoit d’amandes et de
+ blancs de chapons pilés avec de la mie de pain mollet, du sucre et
+ du gingembre, etc.
+
+On peut par le Messager de Blois recouvrer en hiver de très bonnes
+Andouilles et Langues de porc fourrées, et par celuy de Troyes des
+Langues de porc et de mouton fumées.
+
+On trouve des Mortadelles d’Italie et des Saucissons de Boulogne[23],
+chez le Sieur Pilet Epicier grossier[24] rue de l’Arbre sec devant saint
+Germain l’Auxerrois.
+
+ [23] C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.
+
+ [24] Epicier en gros.
+
+On en trouve aussi quelque fois tout proche chez les Provençaux[25].
+
+ [25] _V._ plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le cul-de-sac
+ auquel ils ont laissé leur nom.
+
+Le marché du Poisson d’eau douce pour la vente en gros, se tient au
+quartier des Halles à l’entrée de la rue de la Cossonnerie.
+
+La vente en gros du poisson de mer se fait à la Halle au Poisson[26] par
+les Officiers vendeurs de marée[27].
+
+ [26] Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant _le
+ Val-Larroneux_, qui en prit le nom de faubourg et de rue
+ Poissonnière. Il étoit apporté, comme on le voit dans les
+ lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, «tout de fresche
+ pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée, à chevaux,
+ sommes et paniers.»
+
+ [27] Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition du
+ poisson se faisoit de trois heures du matin à sept heures. Le revers
+ du jeton des marchands et jurés faisoit allusion à ces heures
+ matinales. On y voyoit un coq, avec cette devise: «_Vigilantibus
+ omnia fausta_.»
+
+Passé huit heures du matin on ne trouve plus de Poisson de mer ni d’eau
+douce aux Halles, si ce n’est de la seconde main comme dans les autres
+marchez.
+
+Les Marchands qui font commerce en gros de Morues et Harangs, sont M.
+Corrüe et la veuve de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault,
+Levier, Estancelin et Ferrand sous les Pilliers des Halles[28].
+
+ [28] Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit. précédente,
+ p. 61: «Messieurs Gelée, rue Chanverrerie; De La Marche, rue des
+ Prêcheurs; Iacinthe, rue Saint-Denis; et Regnauld, sous les piliers
+ des Halles.» Levier, nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la
+ famille de Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents
+ qui étoient dans ce commerce. _V._ notre _Notice_ sur lui.
+
+Il y a des bateaux et boutiques de poisson sur la riviere entre le Pont
+neuf et le Pont au change, où l’on vend des carpes et brochets en gros.
+
+Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de la rue des Lombars et de la
+ruë de la Cossonnerie.
+
+La Gelée pour les malades se vend en tous les quartiers de Paris chez
+presque tous les Traiteurs, et chez quelques Apoticaires, et encore aux
+Enfans trouvez parvis Notre Dame.
+
+Les Hameçons qui servent pour la pêche à la ligne, se vendent chez les
+Chaisnetiers[29] du quay de Gesvre[30] et chez ceux de la rue saint
+Denis.
+
+ [29] Richelet dit à ce mot dans son Dictionnaire: «Ouvrier, qui fait
+ des agrafes, et de toutes sortes de petites chaînes, pour pendre des
+ clefs et des trousseaux, et pour attacher des chiens, etc.»
+
+ [30] «Sous la galerie de Gesvres.» Edit. 1691, p. 112. On appeloit
+ ainsi les boutiques en galerie couverte que le marquis de Gesvres,
+ gouverneur de Paris, avoit fait construire sur le quai, qui porte
+ son nom, vers 1642.
+
+
+
+
+MARCHANDISES DE BEURRE ŒUFS, FROMAGES ET LEGUMES.
+
+
+Le Bureau des Marchands Fruitiers, Orangers, Fromagers, Beurriers, etc.,
+est à présent au Cloître saint Jacques de l’Hôpital[1].
+
+ [1] Rue Saint-Denis, au coin de la rue Mauconseil.
+
+Les Jurez en Charge de cette Communauté[2], sont les Sieurs Ravenel
+l’ainé[3], ruë des Precheurs; Marié, place Maubert; Cheron et Ravenel le
+jeune, sous les piliers des Potiers d’étain.
+
+ [2] Ils n’étoient institués que depuis quelques mois. La déclaration
+ royale qui les constituoit, en les réunissant à la communauté des
+ fruitiers, orangers, beurriers, fromagers-coquettiers, est du 19
+ juin 1691.
+
+ [3] Il est appelé Pierre Ravenel dans un arrêt du 9 juin 1694,
+ confirmant la sentence du lieutenant de police, en faveur des
+ marchands fruitiers, etc. «A l’encontre des nommez Val, sa femme, et
+ autres soy-disant facteurs des marchands forains de beurre, œufs et
+ fromages.»
+
+Ceux d’entre les Maîtres de cette Communauté qui font commerce en gros,
+de Beurre frais et salé, Œufs et Fromage, sont lesdits Sieurs Chéron et
+Ravenel[4]; et encore les Sieurs Baron, rue de la Poissonnerie; le Clerc
+l’ainé[5], rue de la Cossonnerie; Maloüvrier, Roger[6], le Clere le
+jeune[7], Hüe, Guilbert, Samson ainé et Samson cadet sous les mêmes
+piliers, Bacquet ainé, Bacquet cadet, et Guilloü[8], rue des Precheurs.
+
+ [4] Sébastien Ravenel, d’après le même arrêt.
+
+ [5] Jean Leclerc.
+
+ [6] Nicolas Roger.
+
+ [7] Julien Leclerc.
+
+ [8] Jean-Baptiste Guillou.
+
+Autant en font Mesdames Prignet, Bonvallet Alexandre et Prevost, rue des
+Precheurs.
+
+Les Sieurs Bazin frères, rue Mondetour, qui font aussi commerce
+d’œufs[9], tiennent d’ailleurs grand magasin de Fromage de Brie, de
+Beauvais, de Marolle, de Pont l’Evêque et autres.
+
+ [9] Ils se vendoient surtout au détail, ainsi que les fromages et le
+ beurre, «aux environs du Pilori.» Edit. 1691, p. 27.
+
+Autant en font les Sieurs du Tarre sous les mêmes Piliers, et Godeau[10]
+rue des Precheurs.
+
+ [10] Jacques Godeau.
+
+Sous les mêmes piliers jusqu’à neuf heures du matin, on trouve des
+païsans qui vendent en petits pains le beurre de Vanvre[11].
+
+ [11] Il étoit déjà très-célèbre, et le Roi en avoit son fournisseur
+ particulier, Blaise Giu, «le seul, disoient les lettres du 16 mars
+ 1668, par lesquelles lui étoit constituée sa charge de beurrier
+ royal de Vanvres, le seul qui ait trouvé la perfection de faire du
+ beurre de Vanvres, dans la bonté et excellence qu’il peut être.»
+ Jal, _Dictionn. critique_, p. 214.
+
+Le Beurre en pots et en tinettes d’Isigny et autres lieux, est encore
+commercé par les Epiciers de la rue de la Cossonnerie.
+
+On peut recouvrer du Beurre de Bretagne de la Prevalaye[12] par
+l’entremise du Messager ordinaire.
+
+ [12] Les beurres d’Isigny et de la Prévalaye sont, on le sait,
+ toujours célèbres.
+
+Il en vient d’Isigny aussi de très excellent en petits pots, en hiver
+seulement, qui est commercé principalement par lesdits Sieurs Ravenel,
+Baron, Güilloü et la veuve Prunier.
+
+Les Facteurs des marchandises cy-dessus qui vendent pour les Marchands
+forains[13], sont les Sieurs Val, Barthelemy, Ravenel et la Ramée, quay
+des Augustins, et encore lesdits Sieurs Baron, Ravenel le jeune, et
+Samson l’ainé cy devant nommez.
+
+ [13] Ce sont ces facteurs qui eurent, en 1694, un procès qu’ils
+ perdirent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avec la communauté des
+ fruitiers. Val et Baron, dont les noms suivent, y avoient surtout
+ été engagés.
+
+Les Facteurs pour la vente du Beurre de Normandie[14], sont les Sieurs
+Aüfroy, Hüe et Clicot, rue Betizy; Levé, rue Tirechappe, et Prévost, rue
+de la Monnoye.
+
+ [14] Dans l’arrêt rendu pour le procès, dont nous venons de parler,
+ sont nommés plusieurs «marchands de volaille, beurre et autres
+ marchandises de la province de Normandie», qui avoient pris partie
+ pour les facteurs. Ce sont: Nicolas Duchemin, de Thorigny; François
+ Laurent, de Saint-Lô; Michel Danton, marchand à Caen; Jacques
+ Manninot, Jacques Savart, Michel Laurent, de Falaise; Nicolas
+ Lemoine, Elie Poret, Antoine Guérin, Thomas Mane, Pierre Ponnier,
+ Jean Benoist, Jean Martin, Henry Chertier, Geoffroy Germain, Pierre
+ Du Moutier, Christophle Roussel, Marie Le Doux, etc.
+
+Les Legumes se vendent en gros les matins jusqu’à huit heures dans la
+rue de la Lingerie, et en détail dans tous les marchez[15].
+
+ [15] «Les marchandises de bouche se trouvent en gros et de première
+ main, de grand matin, aux Halles, où chaque genre de denrées a son
+ département.--Passé huit heures dans les marchez et aux Halles
+ mesmes, on n’a presque plus rien que de la seconde main.--Les
+ herbages se vendent rue de la Lingerie et au coin Saint-Paul, où
+ quelques jardiniers du faubourg Saint-Antoine s’arrêtent le matin,
+ ainsi qu’au cimetière Saint-Jean, pour ne pas aller jusqu’aux
+ Halles.» Edit. 1691, p. 27.
+
+A la decente du Pont Marie qui va au port saint Paul, il arrive bien
+souvent des Fromages de Brie qu’on vend en gros[16].
+
+ [16] Il n’y a pas, surtout dans cette seconde édition, assez de
+ détails sur les petits marchés de Paris. Liger, dans _le Voyageur
+ fidèle_, p. 343-354, est plus complet. Il mentionne la place ou
+ _petit marché au marais du Temple_--aujourd’hui marché des
+ Enfants-Rouges,--«où l’on vend, dit-il, du beurre, des œufs, etc.»;
+ le _petit marché Saint-Jacques_, près de la porte du même nom, où se
+ fait le même débit, mais le mercredi et le samedi seulement; le
+ _petit marché de la Croix-Rouge_, pour le lait, le fromage, le
+ beurre, les légumes, et enfin--ce qui nous fournit une étymologie
+ parisienne longtemps cherchée,--«la place appelée _la Pierre au
+ Lait_, proche, dit-il, de l’église de Saint-Jacques-la-Boucherie.
+ C’est un petit marché fort étroit, ajoute-t-il, où il va beaucoup de
+ laitières. On y trouve aussi des œufs frais, du beurre et autres
+ denrées de cette sorte.»
+
+Pour les Fromages de Rocfort, voyez l’article suivant.
+
+Les Fromages de Lorraine arrivent au Chariot d’or devant l’Abbaye saint
+Antoine, et en quelques autres hotelleries du même quartier.
+
+
+
+
+OFFICES DE FRUITERIES.
+
+
+Il y a un grand nombre de Confiseurs rue des Lombards[1], et quelques
+uns ruë saint André, et rue saint Honoré près le Palais Royal, qui
+vendent en gros et en détail toutes sortes de confitures seches et
+liquides de Dragées, de Massepains, de Biscuits amers[2], etc.
+
+ [1] Il en reste encore quelques-uns. La maison la plus célèbre par
+ exemple, celle du _fidèle Berger_, y exista jusque dans ces derniers
+ temps. Elle est déjà mentionnée par Roze de Chantoiseau dans son
+ _Almanach général d’indication_ pour 1773: «Ravoisé, y est-il dit,
+ rue des Lombards, au _Fidèle Berger_, confiseur très-renommé, etc.»
+
+ [2] C’est-à-dire aux amandes amères, comme on le verra plus bas.
+
+On peut par le Messager de Dijon recouvrer deux sortes de Confitures
+exquises et inimitables; à sçavoir, des Prunes de Moyeux[3] et de
+l’Epine vinette[4].
+
+ [3] C’étoit une sorte de prune confite. Il en venoit encore beaucoup
+ de Dijon, lorsqu’en 1741, Savary fit son _Dictionnaire du Commerce_.
+ Le petit marquis, Louis-Provence de Grignan, se faisoit un grand
+ régal de cette confiture; aussi Mme de Sévigné écrit-elle à Mme de
+ Grignan: «Songez à vos moyeux pour Provence.» Lettre du 22 sept.
+ 1675.
+
+ [4] Il venoit de Dijon de l’épine-vinette en grappes confites et en
+ pastilles: «J’ai cru me ressouvenir, écrit Voltaire à D’Argental, le
+ 4 août 1777, qu’on faisoit autrefois des pastilles d’épine-vinette à
+ Dijon, et j’en ai fait tenir une petite boîte à votre voisin
+ (Thibouville).»
+
+Il y a un Patissier, rue Bailleul près la Croix du Tiroir, et un autre
+rue saint Nicolas au Fauxbourg saint Antoine, qui vendent en gros et à
+juste prix aux Officiers, Aubergistes et Limonadiers, des biscuits, des
+macarons, des craquelins[5], etc.
+
+ [5] Le craquelin étoit un gâteau rond à rebord, fait seulement à la
+ farine et au sel, et _croquant_ sous la dent. Il se faisoit surtout,
+ comme on le voit ici, chez les pâtissiers des faubourgs, où de
+ pauvres femmes s’en fournissoient pour les venir revendre en ville.
+
+On trouve des Biscuits, des Macarons, des Massepains, des Cornets, etc.,
+chez tous les Patissiers de Paris, entre lesquels le Sieur de l’Etoile
+rue saint Antoine près les Filles sainte Marie, fait de très bons
+Biscuits d’amendes ameres.
+
+Le Sieur Billard, rue Montorgueil, est renommé pour les Biscuits façon
+de Blois[6].
+
+ [6] Savary, dans son _Dictionn. du Commerce_, 1741, in-fol., t. I,
+ col. 965, dit encore: «le commerce des biscuits de Blois est
+ très-considérable; il s’en fait une assez grande consommation à
+ Paris.»
+
+Les fruits en gros se vendent le matin à la Halle aux bleds depuis trois
+ou quatre heures jusqu’à huit.
+
+Sur la Greve de l’Arsenal, vis à vis l’Isle Louvier, il arrive tout
+l’Eté et tous les jours aux mêmes heures, des batteaux de Fruits
+nouveaux venant de saint Seine et Route[7], qui sont vendus en gros par
+paniers aux Fruitieres qui font le détail.
+
+ [7] C’est-à-dire de tous les pays riverains du fleuve, depuis
+ Saint-Seine où en est la source.
+
+Il arrive aussi frequemment des batteaux de pommes et poires venant de
+Normandie sur le quay de l’Ecole.
+
+Les Vins Muscats et de Canaries se vendent en detail aux environs de la
+Croix du Tiroir[8].
+
+ [8] Il y avoit là, depuis le règne de Louis XIII, des sortes de
+ cabarets en sous-sol, où l’on ne buvoit pas d’autres vins. «Un jour,
+ dit Tallemant, que notre Orphée--c’est le musicien Lambert--s’estoit
+ laissé entraîner dans une de ces caves de vin muscat à la Croix du
+ Trahoir, il en sortit la tête en compotes, etc.» (_Historiettes_,
+ édit. P. Paris, t. VI, p. 199.)--Elles se trouvoient, rue
+ Saint-Honoré, un peu plus haut que la rue de l’Arbre-Sec, au coin de
+ laquelle se voyoit, comme on sait, la Croix du Trahoir.
+
+Les Provençaux qui logent au cul de sac saint Germain l’Auxerrois,
+vendent en gros des Fromages de Rocfort, des Olives, des Anchois, du Vin
+de saint Laurent, des Figues, des Raisins, des Brugnons, des Amandes et
+autres fruits secs de Provence.
+
+Autant en font les Epiciers de la rue de la Cossonnerie, qui vendent
+d’ailleurs des Capres fines, des Oranges et des Citrons de Provence, de
+la Chine[9] et de Portugal.
+
+ [9] Ces petites oranges, que nous appelons aujourd’hui des mandarines,
+ étoient alors fort recherchées. Il n’y avoit qu’un demi-siècle que
+ la culture en avoit commencé en Portugal, d’où elles nous venoient.
+ C’est à cause de leur prix que, dans _l’Avare_, voulant mettre hors
+ de lui son père Harpagon, Cléante lui propose pour sa collation des
+ plateaux entiers d’oranges de la Chine. Tout ce genre de fruits
+ étoit, du reste, à la mode, parce qu’il n’étoit pas à la portée de
+ tout le monde: «les oranges et les citrons, dit _la lettre
+ italienne_ déjà citée, tiennent le premier rang entre les choses qui
+ se vendent cher, parce qu’elles viennent d’Italie et de Portugal, et
+ ils sont plus estimez que les autres fruits: telle est l’inclination
+ de l’homme, qui ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup.»
+
+Messieurs Lion, rue de Truanderie[10], et Jourdan, ruë S. Denis, au
+cheval blanc[11], tiennent aussi magasin de fruits de Provence[12].
+
+ [10] Son adresse, dans l’édit. précéd., est «rue Jean de l’Epine, à
+ l’enseigne de la ville de Tours.» Cette rue étoit près de celle de
+ la Truanderie.
+
+ [11] _V._ son art. plus bas, au chap. Epiceries.
+
+ [12] «On vend des Truffles, rue Serpente, au Messager de Toulouse.»
+ Edit. 1691, p. 111.
+
+Le Sieur Chaillou, rue de l’Arbre sec; de Rere, rue Dauphine, et
+Regnault au Jeu de Metz, sont renommez pour le bon Chocolat et pour le
+Caffé en graine et en poudre.
+
+On vend un Traité curieux du Thé, du Caffé et du Chocolat, chez la veuve
+Nion, quay de Nesle[13].
+
+ [13] C’est le traité cité plus haut à l’art. Librairie. Il est de
+ Blégny, lui-même, qui ne manque jamais l’occasion de rappeler ce
+ qu’il a fait.
+
+Les Sieurs Huré, place Dauphine[14], et Letgüyüe, rue Dauphine, sont
+renommez pour les bons melons.
+
+ [14] Son article est plus curieux dans l’édit. précéd., p. 29: «le
+ sieur Huré, marchand de melons, à qui l’on peut avoir toute
+ confiance en payant un bon melon ce qu’il vaut, a tous les ans sa
+ boutique à l’entrée de la place Dauphine.»
+
+Le Sieur Luquet, rue saint Denis, devant la rue du petit Lion, fait et
+vend des carafons de liege fort legers et fort propres pour rafraichir
+les liqueurs à la glace[15].
+
+ [15] On appeloit alors carafons les seaux qu’on remplissoit de glace
+ pour y faire rafraîchir le vin en bouteilles. Il avoit été fort
+ ingénieux d’y appliquer le liége à cause de sa porosité. C’étoit,
+ avec une tout autre matière, le système des alcarazas espagnols, où
+ cette porosité entretient la fraîcheur par l’évaporation. La glace,
+ dans ces seaux de liége, qui, d’ailleurs, sont encore d’usage, se
+ conserve plus longtemps que dans les autres.
+
+Le Sieur Joubert, qui demeure au quartier de la Croix du Tiroir, rue des
+vieilles Etuves, à l’enseigne du Soulier d’or, vend des Olives et des
+Anchois[16] à juste prix pour les Cabaretiers et Aubergistes.
+
+ [16] On s’en fournissoit depuis longtemps à Nice, Cannes, Antibes,
+ etc. Olivier de Serres, _Théât. d’agricult._, 1605, in-4º, p. 660,
+ parle de «barrils d’anchoies (_sic_)» qui en venoient.
+
+Il y a un magasin de Pistaches[17], rue Bourlabé, chez Madame Nave.
+
+ [17] Les pistaches du Levant étaient en vogue depuis le XVIe siècle.
+ _V._ A. Paré, Liv. XVIII, ch. 43. On en faisait d’excellentes
+ dragées.
+
+Pour le sucre et autres denrées domestique, voyez ci-après l’article
+d’Epiceries et denrées domestiques.
+
+
+
+
+PANNETERIE ET PATISSERIE.
+
+
+Entre les Patissiers renommez pour la patisserie, sont les Sieurs le
+Coq, rue de l’Université, quartier saint Germain[1]; le Hongre, rue
+saint Antoine, près les Jesuites; Mignot, rue de la Harpe[2]; Berthelot,
+rue saint Louis du Palais; Luce, près les Basions Royaux[3]; Sonnet,
+près saint Roch; Bouliet, rue des Déchargeurs; Gravier, à l’entrée de la
+rue saint Antoine; la veuve Langlois, à la Bazoche, rue saint André[4],
+et pour ce qui regarde les Biscuits, Macarons, Craquelins, Massepains,
+Cornets, voyez l’article precedent.
+
+ [1] Dans la 1re édit., il est donné, p. 27, comme ayant «une grande
+ réputation pour toutes sortes de patisseries.» Puis on lit à la
+ suite: «Ainsi en est-il du sieur Flechmer, rue Saint-Antoine, au
+ coin Saint-Paul, celuy-ci fait un grand débit de fines brioches que
+ les dames prennent chez luy en allant au Cours de Vincennes.»--Les
+ marguilliers de Saint-Paul, avec lesquels, en bon voisin, il
+ s’entendoit, lui faisoient commander tous les pains bénits de la
+ paroisse. Ils en avoient une part du profit, ou tout au moins une
+ _paraguante_, comme on appeloit alors le pourboire. Marigny, après
+ leur avoir dit, dans son poëme du _Pain Bénit_, qui parut en 1673,
+ tout ce qu’il y avoit de scandaleux dans leurs exigences pour que le
+ gâteau fût bien large, bien épais, «bien étoffé», ajoute:
+
+ Encor ne pouvez-vous souffrir
+ Que le pain que l’on doit offrir
+ S’achète ailleurs qu’en la boutique
+ De Fléchemer, qui pour l’argent,
+ Afin d’avoir votre pratique,
+ Se qualifie effrontément
+ De patissier de la fabrique.
+ Que son pain soit grand ou petit,
+ Il est selon votre appétit.
+ S’il vous donne une _paraguante_,
+ Et s’il fait bien boire Regnault,
+ Votre fabrique est fort contente:
+ L’offrande est faite comme il faut.
+
+ [2] «Le sieur Mignot, rue de la Harpe, n’a pas seulement beaucoup de
+ réputation pour la patisserie, mais encore pour toutes espèces de
+ ragoûts, étant patissier traiteur.» Edit. de 1691, p. 28.--Voilà qui
+ le venge de Boileau. C’est, en effet, le Mignot de la _Satire du
+ Repas_, où il est donné, il vous en souvient, pour «l’empoisonneur»
+ qui sait le mieux son métier. De notre temps, il eût fait au
+ satirique un procès en diffamation. Il s’y prit, pour sa revanche,
+ comme on s’y prenoit du sien. Il rendit satire pour satire. Cotin
+ venoit d’en faire une contre Boileau, dont il vouloit aussi se
+ venger. Ils s’entendirent ensemble, et, pendant plusieurs semaines,
+ il ne sortit pas un gâteau de chez Mignot qui ne fût enveloppé du
+ papier satirique de Cotin. Sa boutique, du reste, ne prospéra que
+ mieux du mal qu’on en avoit dit: «Ce matin, dit Brossette, à la date
+ du 22 oct. 1702, dans ses _Mémoires_ sur Boileau, en passant dans la
+ rue de la Harpe, l’on m’a montré la maison où Mignot, patissier et
+ traiteur, tenoit autrefois sa boutique. C’est vis à vis la rue
+ Percée. Un nommé Couterot tient la même boutique de patissier.
+ Mignot a quitté sa profession en 1700, et il vit de son bien.» Il
+ avoit eu surtout une grande réputation pour les biscuits
+ (Vigneul-Marville, _Mélanges_, t. III, p. 291).
+
+ [3] Cabaret de la rue Saint-Honoré, dont il sera dit un mot plus loin.
+
+ [4] On y mettoit fort bien les levrauts en pâtés, si l’on en croit le
+ procureur de la 3e _Satire_ de Furetière. On m’a fait, dit-il,
+
+ On m’a fait un présent d’un levreau d’importance,
+ Que j’aurois plus gardé, n’étoit cette occurence;
+ Si je le mangeois seul j’aurois quelque remords;
+ J’ai dit qu’on luy fît faire un brillant juste au corps
+ Et l’ai fait envoyer exprès _à la Bazoche_.
+ Il fait plus de profit en pâte qu’à la broche.
+
+M. Prevost, Boulanger de Monsieur et de Madame[5], demeure près le
+Palais Royal.
+
+ [5] Dans l’_Etat de France_ pour 1692, p. 774, c’est Jacques Converset
+ qui est indiqué comme boulanger de la maison de Madame. Pour celle
+ de Monsieur, p. 736, l’indication manque.
+
+Le Sieur Verité, Boulanger, près la Magdelaine[6], fournit Nosseigneurs
+du Parlement, et est fort renommé pour le Pain de Seigle et pour le Pain
+au lait[7].
+
+ [6] En la Cité.
+
+ [7] Ces «pains au lait» étoient spéciaux aux boulangeries dites «de
+ petits pains», et ils y avoient des noms particuliers suivant leurs
+ formes. On les appeloit _pains à la mode_, _pains de Ségovie_, et
+ encore _pains à la Montauron_, mais ce nom avoit à peu près passé
+ pour faire place à un autre, comme on le verra plus loin. Fagon
+ avoit défendu au Roi l’usage de ces pains au lait. (_Journal de la
+ Santé_, p. 211, 223.)
+
+Il y a plusieurs autres Boulangers renommez pour diverses sortes de
+Pains, par exemple, les Sieurs Dantan, près les Jacobins, pour le petit
+pain; de Lorme, rue aux Ours; et le Comte, au cimetiere saint Jean, pour
+le pain molet[8]; des Monceaux, rue de Tournon, et le Comte, rue
+Galande, près la place Maubert, pour différentes sortes de Pains[9].
+
+ [8] On l’avoit aussi appelé _pain à la Reine_. Comme il y falloit plus
+ de levure qu’aux autres et qu’il n’étoit pas ainsi réglé selon les
+ lois de la médecine, la Police ne l’avoit d’abord que toléré (O. de
+ Serres, p. 822). En 1688, il faillit être tout à fait défendu à la
+ suite d’un procès entre les Boulangers et les Cabaretiers, dont nous
+ avons ailleurs donné longuement le détail. _V. Le Roman de Molière_,
+ p. 191-227.
+
+ [9] Presque tous étoient fort grands, comme notre _pain Jocko_, dont
+ le nom est une altération de celui du _pain Coco_ du Languedoc. Le
+ Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, s’étonne de ces pains
+ énormes, et il en parle avec une exagération amusante: «le pain est
+ bon, il est blanc, bien fait, dit-il, et un seul pain est quelque
+ fois si grand qu’il suffit pour rassasier une semaine entière
+ pendant plusieurs jours; ce qui a fait dire à un plaisant que si
+ cette manière de faire de grands pains eût été dans la Judée au
+ temps du Messie, les cinq mille Juifs qui furent rassasiés se
+ seroient plutôt étonnés du four que du miracle.»--Le plus grand
+ étoit le _grand pain bourgeois_, dont Jean Alassin avoit obtenu le
+ privilège en juin 1649, et qui avoit fini par être accepté, malgré
+ l’opposition des boulangers et surtout des meuniers. C’étoit un pain
+ bis-blanc, qui se distribuoit au poids en échange du blé (_Bibliog.
+ des Mazarinades_, t. I, p. 411-412). Une brochure in-4º de 7 pages
+ et rarissime contient sur cette spéculation de boulangerie populaire
+ des données curieuses: _Tarif des droits que l’entrepreneur du
+ Magasin de grand pain Bourgeois, estably dans la rue des Rosiers au
+ petit hôtel d’O, a costé de la vieille rue du Temple, prend tant
+ pour le déchet ordinaire de la farine au moulin ou ailleurs que pour
+ les frais dudit moulin et de la fabrique ou du cuisson (_sic_) du
+ pain._
+
+La veuve Ronay, rue saint Victor, fait un pain de table excellent de
+toutes farines, qu’on nomme Pains à la Joyeuse[10].
+
+ [10] C’est un souvenir du règne de Henri III, où, après les noces du
+ duc de Joyeuse avec la sœur de la Reine, tout fut «à la Joyeuse»
+ dans Paris, même le pain.
+
+Il y a dans la Cour des Quinze-Vingts plusieurs Boulangers qui font un
+Pain de menage[11] de toutes farines qui est trouvé d’un bon goût.
+
+ [11] Cette expression «pain de ménage» est déjà dans le _Théatre
+ d’agricult._ d’O. de Serres, 1605, in-4º, p. 824.
+
+Le Boulanger qui fabrique le petit pain de mouton pour les enfans[12],
+demeure rue de Seine, quartier saint Germain[13].
+
+ [12] Le _pain-mouton_ étoit une sorte de petit pain saupoudré de
+ grains de blés que les valets étoient chargés de donner aux enfants
+ pauvres, quand venoient les étrennes. Il différoit beaucoup--sauf
+ par le nom--du _pain de mouton_, qui se faisoit avec du beurre, du
+ fromage, et de la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet,
+ qu’un écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants «un peu devant
+ et un peu après le jour de l’an.» L’abbé de Marolles a parlé dans
+ les notes de sa traduction d’_Athénée_, 1680, in-4º p. XXXIX, où
+ certes l’on ne l’attendoit guère, d’une femme qui fut célèbre en son
+ temps, par le débit qu’elle faisoit de ces petits pains, en criant
+ par les rues: «à mes petits pains de mouton, Mesdames!»
+
+ [13] Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est «rue des Mauvais
+ Garçons», celle du faubourg Saint-Germain, sans doute, près de la
+ rue de Seine.
+
+Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé pour le pain Paget[14] et
+pour une sorte de pain façon de Gonesse[15].
+
+ [14] C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec un nom plus
+ nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques Paget Du Plessis,
+ d’abord maître des requêtes, puis intendant des finances, avoit fait
+ fortune en s’arrangeant avec les partisans, lorsque Moutauron, un de
+ ceux-ci, avoit sombré après quelques années de la plus grande
+ magnificence, qui lui valut, comme on sait, la dédicace de _Cinna_.
+ Tout étant de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain
+ Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de Moutauron.
+
+ [15] On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, ses qualités
+ à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à Paris, dont il
+ formoit en grande partie l’approvisionnement. L’arrivage s’en
+ faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa halle particulière:
+ «On ne prendra pas Paris, disoit Condé, suivant le cardinal de Retz,
+ par des mines, comme Dunkerque, et par des attaques, mais si le pain
+ de Gonesse lui manquoit huit jours.» Lister le trouva excellent et
+ bien supérieur à celui de Paris. «Il est extrêmement blanc, dit-il
+ (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est
+ ordinairement en pain de trois livres.» Le prix de trois deniers
+ anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à trente-et-un
+ centimes d’à présent.
+
+Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé pour le pain biscuit
+qu’on mange avec les liqueurs.
+
+Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et Adam, rue saint Denis, au
+Roy François[16], fabriquent des Fours pour le public.
+
+ [16] C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des Miracles,
+ qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et qui devoit son nom à
+ cette enseigne.
+
+Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux[17] et porte S. Denis.
+
+ [17] On les appeloit aussi «patissiers de pain d’épice.» Ils étoient
+ peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence de ceux de Reims.
+
+
+
+
+MARCHANDISE DE VINS ET D’APRESTS.
+
+
+La Halle aux Vins[1] est à la porte saint Bernard, où il y a des Bureaux
+pour les droits du Roy[2]. On y trouve de bon et franc vin de Bourgogne
+chez le Sieur Compagnot.
+
+ [1] Elle avoit été établie en 1662.
+
+ [2] La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc de triomphe,
+ datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai de la Tournelle, un peu
+ au-dessus du pont. On la démolit au commencement de la Révolution.
+ Sous l’Empire, la Halle aux vins, sa voisine, fut reportée plus
+ haut, sur la plus grande partie de l’enclos de l’abbaye
+ Saint-Victor, qu’elle occupe toujours. Les travaux d’installation
+ commencèrent en 1811.
+
+Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise de vin[3], est rue
+Grenier, sur l’eau, derriere saint Gervais.
+
+ [3] Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six corps
+ marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir échevins ou consuls.
+ Ils avoient pour armoiries, depuis 1629, un navire d’argent à
+ bannière de France, flottant avec six nefs autour, et une grappe de
+ raisin en chef sur champ d’azur.
+
+Tout proche rue des Barres, M. Milon fait commerce en gros de Vins de
+Champagne[4].
+
+ [4] La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent on ne
+ l’appeloit que _Vin de Sillery_ ou _Vin de la Maréchale_, à cause de
+ la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit le vignoble de Sillery,
+ par lequel avoit préludé cette première vogue. Le Roi y contribua.
+ Le vin de Champagne fut longtemps sa seule boisson. (_Journal de la
+ Santé_, p. 211 et 350.)
+
+Du nombre des douze Marchands de Vins du Roy[5], qui font les grandes
+fournitures en pieces et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et
+pour le public, sont Messieurs Cresnay rue Notre Dame[6], de Bray rue de
+la Huaumerie, Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit rue des
+Petits Champs, Bourdois près l’aport de Paris, Morisson[7] rue de la
+Huchette, Darboullin rue Coquilliere[8], Tardiveau Fauxbourg saint
+Marcel, Hardon[9] rue Beaubourg, Triboulleau rue de la Mortellerie[10],
+Alexandre rue des Assis, etc.
+
+ [5] Ils étoient, suivant l’_Etat de France_, p. 628, les premiers
+ privilégiés suivant la Cour. On les appeloit «la Cave des Douze.»
+
+ [6] Son enseigne étoit «à la Pomme de pin», et c’est par conséquent
+ son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente, p. 28: «la
+ Pomme de pin, derrière la Magdelaine.» Un autre, portant la même
+ enseigne, indiqué aussi dans cette première édition, se trouvoit rue
+ d’Orléans.--On sait que Crenet est, comme Mignot, assez maltraité
+ dans _la Satire du Repas_, pour les mélanges «d’auvernat et de
+ lignage» qu’il vendoit, dit Boileau, «pour vin de l’Ermitage.» Le
+ reproche étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote que
+ raconte Brossette; aussi Crenet ne réclama-t-il pas. Dancourt l’a
+ mieux traité dans l’_Eté des Coquettes_, joué en 1690. On y chante à
+ la fin:
+
+ Sans cadeaux et sans promenades
+ L’Amour les tient peu sous ses lois,
+ Et sans Crenet et la Guerbois
+ L’Amour n’a que des plaisirs fades.
+
+ [7] Edme Maurisson, d’après l’_Etat de France_, p. 628.
+
+ [8] Dancourt, à la scène IV des _Agioteurs_, joués en 1710, parle de
+ sa veuve, qui lui avoit alors succédé: «SUZON... Vous irez de là
+ chez Madame Darboulin, rue Coquillière, dire qu’on porte au même
+ endroit, dès ce matin, les douze douzaines de bouteilles de vin de
+ Bourgogne, et la douzaine de Champagne que je payai hier.»
+
+ [9] Hugues Hardoin, et non Hardon.
+
+ [10] Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le
+ _Théophraste moderne_, p. 422, on ne trouvoit bons que les vins
+ qu’il vendoit.
+
+Et du Nombre des vingt cinq[11] sont Mrs Groü Doyen, Avrillon près le
+Puits Certain, Coquart rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron
+rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon[12], Sellier montagne sainte
+Genevieve, Paris près la Grève, Moricault l’ainé place Maubert,
+Roussillard près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre Dame, Moricault le
+jeune rue des Boucheries saint Germain, Forel joignant la Comedie
+Françoise[13], Baron et Guibault au cimetiere saint Jean[14], Gaudin
+près le Pont Notre Dame, True rue Galande, la Nopce près le Palais,
+Courtois, rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers, Migret Fauxbourg
+de Richelieu, etc.
+
+ [11] Les vingt-cinq «cabaretiers», suivant la Cour, qu’il ne falloit
+ pas confondre avec les douze «marchands de vin», quoiqu’ils en
+ portassent le titre et eussent les mêmes privilèges. On pouvoit chez
+ eux non-seulement vendre «le vin à pot, mais donner des repas
+ complets. _V. Le Traité de la Police_, t. III, p. 719, et la
+ _Correspondance_ de Colbert, t. II, 1re partie, p. 169. Les
+ cabaretiers ordinaires, qui n’étoient pas en même temps marchands de
+ vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire fournir pour les
+ noces et repas que leur salle, le pain, le vin, les couverts, linges
+ et salades. Il falloit apporter le reste. _V._ à ce sujet un arrêt
+ du 1er août 1705, rendu contre le cabaretier Joseph Filastreau.--Il
+ sera parlé plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au
+ pot.
+
+ [12] C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit. précéd., p.
+ 28: «à la Galère, derrière Saint-Jacques la Boucherie.» Il avoit, en
+ effet, cette enseigne, déjà ancienne dans la rue d’Avignon, qui en
+ prenoit parfois le nom de «rue de la Galère.» Sauval, t. I, p.
+ 111.--_V._ sur la maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux
+ renseignements dans l’édition que M. Cocheris a donnée de
+ l’_Histoire du Diocèse de Paris_, par l’abbé Le Beuf, t. III, p.
+ 506.--Il est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les
+ pièces du temps: _le Chevalier à la mode_, de Dancourt, _les
+ Chinois_ et _la Fille de bon sens_ de la Comédie italienne, etc.
+ Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante:
+
+ Chez Rousseau portons nos écus.
+
+ [13] Il tenoit le cabaret de _l’Alliance_, qui étoit, en effet, près
+ de la Comédie françoise établie, depuis 1688, rue des
+ Fossés-Saint-Germain. (_Hist. amour. des Gaules_, t. III, 435.)
+ C’est à sa porte que mourut subitement, en 1701, le gros
+ comédien-auteur Champmeslé. _L’Alliance_ est citée, pour les
+ débauches qui s’y faisoient, dans plusieurs pièces du théâtre
+ italien: _la Cause des femmes_, _Pasquin et Marforio_, _les
+ Aventures des Champs-Elysées_, où Forel est nommé.
+
+ [14] Les cabarets y étoient déjà nombreux sous Louis XIII. Saint-Amand
+ l’appelle «un cimetière»
+
+ Fait pour enterrer les ennuis.
+
+Il y a plusieurs autres Marchands renommez pour les fins Vins et pour la
+belle Viande, par exemple, Messieurs Lamy aux trois Cuilleres rue aux
+Ours[15], Loisel aux bons Enfans[16] près le Palais Royal, Fitte au
+grand Loüis rue Bailleul[17], Berthelot à la Conférence rue Gémis
+Laurent, du Monchel au Soleil d’or rue saint André, du Test à la Corne
+rue Galande, de Sercy à la petite Galere rue de Seine[18], etc.
+
+ [15] Celui-ci étoit en telle vogue, qu’il avoit fini par dédaigner le
+ nom de cabaretier, pour prendre celui de traiteur, que tous les
+ autres, cela va de soi, prirent aussitôt comme lui, même ceux des
+ guinguettes. «COLOMBINE, _déguisée en chevalier_. Quand vous
+ donnerai-je à souper chez Lamy?--ISABELLE. Vous perdez le respect,
+ chevalier, une fille de ma qualité au cabaret!--COLOMBINE. Oh! s’il
+ vous plaît, Lamy n’est pas un cabaret, c’est un traiteur de
+ conséquence...» _Le Banqueroutier_ (1687), théâtre de Ghérardi, t.
+ I, p. 390. Il est nommé dans le prologue du _Grondeur_ (1691).
+
+ [16] Il avoit pris pour enseigne le nom même de sa rue, qui alloit, du
+ reste, fort bien à un cabaret.
+
+ [17] Fitte, qui est aussi nommé deux fois dans _Turcaret_, comme
+ l’homme des meilleurs repas, a eu l’honneur d’être cité par
+ Chaulieu, en 1704, dans son épître au chevalier de Bouillon:
+
+ Chevalier, reçois ces vers
+ D’une muse libertine.
+ Qu’ils aillent sous ton nom de _popine_ en _popine_
+ Apprendre à tout l’univers
+ Que _Fite_ et La Morilliére,
+ Pour n’avoir point de Césars,
+ Ont pourtant sous leur bannière
+ Leur héros, ainsi que Mars.
+
+ [18] C’est chez lui que Saint-Amand étoit mort le 29 décembre 1661,
+ après une maladie de deux jours: «Son ami, l’illustre abbé de
+ Villeloin, si connu dans la République des Lettres, dit Fr. Colletet
+ dans _l’Abrégé des Annales de Paris_, 1664, in-12, p. 439, l’assista
+ en ce dernier moment et luy rendit ce dernier devoir de son amitié
+ qu’il luy avoit juré depuis tant d’années.»
+
+Il y a d’ailleurs en différens quartiers de la Ville et du Fauxbourg des
+Traiteurs et Marchands de Vins qui font nopces ou qui tiennent de grands
+Cabarets, et où il se fait de gros Ecots, par exemple, Mrs Clossier à la
+Gerbe d’or rue Gervais Laurent, Blanne à la Galere rue de la Savaterie,
+Bedoré au petit Panier rue Tirechape[19], Robert près les Consuls[20],
+Aubrin à la Croix Blanche rue de Bercy[21], Martin aux Torches cimetiere
+saint Jean[22], Guérin à la Folie rue de la Poterie, Payen au petit
+Panier rue des Noyers, Cheret à la Cornemeuse rue des Prouvaires[23].
+
+ [19] L’édit. de 1691, p. 28, le loge «rue Troussevache.»
+
+ [20] «Au cloître Saint-Méderic, chez Robert.» _Id._
+
+ [21] Un autre cabaret de «la Croix blanche», étoit rue aux Ours. Edit.
+ de 1691, p. 28.--Chapelle fréquentoit celui de la rue de Bercy, au
+ Marais. Il avoit deux entrées, l’une sur cette rue, l’autre sur une
+ rue parallèle, qui en avoit pris le nom de rue de la Croix-Blanche.
+ Elles étoient toutes deux fort étroites, et il a suffi, en 1850,
+ d’enlever l’îlot de maisons qui les séparoient, pour n’avoir qu’une
+ seule rue de largeur réglementaire.
+
+ [22] Ce cabaret est déjà nommé comme un des fameux dans les _Visions
+ admirables du Pelerin du Parnasse_. 1635, in-12.
+
+ [23] Il est cité dans la pièce _Les Souffleurs_, acte I, sc. XI. Les
+ auteurs y alloient beaucoup. (_V._ notre Notice sur
+ Regnard.)--Dancourt qui, on le sait, par une anecdote connue, se
+ consoloit chez Chéret de la chute de ses pièces, l’a nommé, dans sa
+ comédie, _Madame Artus_. Acte I, sc. XI.--Chéret fit fortune. Son
+ fils devint procureur au Parlement, et ce sont ses petites-filles,
+ Mlles Chéret, très-ardentes jansénistes, qui, en 1758, pour tenir
+ tête au curé de Saint-Séverin, créèrent une sorte de petite église
+ qu’elles opposèrent à la sienne. (_Journal_ de Barbier, édit. in-18,
+ t. VII, p. 81 et 377.)
+
+On peut aussi boire et manger proprement et agréablement au Loüis près
+le Jeu de Metz[24], à la porte S. Germain rue des Cordeliers, à la Reine
+de Suède rue de Seine, aux Carneaux rue des Déchargeurs, à la petite
+Bastile rue Betizy[25], au petit Pere noir rue de la Bucherie[26], aux
+trois Chapelets rue saint André, à la Galère rue saint Thomas du
+Louvre[27], au Soleil des Perdreaux[28] rue des Petits Champs, au Panier
+fleuri rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie[29], à la Porte
+saint Denis chez Hory, à la Boule blanche, et au Jardinier[30] Fauxbourg
+saint Antoine.
+
+ [24] Deux autres cabarets avoient cette enseigne du «Louis»; l’un, qui
+ étoit peut-être celui de Le Gendre, nommé tout-à-l’heure, se
+ trouvoit rue des Noyers; l’autre, rue Bourg-l’Abbé.
+
+ [25] Il y avoit au port Saint-Paul un autre cabaret de «la petite
+ Bastille.» Edit. de 1691, p. 28.
+
+ [26] On y venoit de tout Paris, pour la beauté de la cabaretière et
+ l’excellence des vins. C’est pour l’hôtesse que Coulange fit son
+ couplet:
+
+ Si tu veux sans suite et sans bruit, etc.
+
+ Dans la farce italienne des _Deux Arlequins_, le vin du cabaret du
+ _Père Noir_ est chanté, acte I, sc. III:
+
+ ARLEQUIN.
+ Qu’un bon levraut suivi d’un dindon tendre
+ Soit tantôt sur le soir pour nous deux apprêté
+ Et prends au _Père Noir_ d’un bon vin velouté
+ Deux flacons dignes de m’attendre.
+
+ [27] C’est le même cabaret de _la Galère_, qui, dans l’édit.
+ précédente, est indiqué «près le Palais-Royal.»
+
+ [28] «Des six perdreaux.» _Id._
+
+ [29] Un autre «Panier fleury» est indiqué rue Tirechappe, dans l’édit.
+ précédente. Il donna son nom à un passage, qui alloit de cette rue à
+ celle des Bourdonnois. Rousseau et Diderot dînoient souvent en
+ pick-nik, au cabaret du _Panier fleury_, dans les premiers temps de
+ leur séjour à Paris. (V. _les Confessions_, 2e part., liv. VII.)
+
+ [30] «Au Jardinet.» _Id._
+
+Les Marchands de Vins qui vendent quelquefois en gros et qui debitent
+beaucoup au pot[31] et en bouteilles, sont entr’autres, Messieurs
+Mariette, au carrefour saint Benoist, de la Cour rue du Crucifix saint
+Jacques de la Boucherie, Bernard devant le Pont Neuf, Saulsay rue des
+Poulies, Rougeault près l’aport de Paris, Bricet Butte saint Roch,
+Haumont et Berthelot rue des Boucheries saint Germain, des Hottes rue de
+la Fromagerie, Darlu, Hardouin et Joly près le Palais Royal.
+
+ [31] Les bourgeois faisoient vendre la plupart «à pot» ou «au pot»,
+ chez ces marchands de vin, le produit de leurs vendanges: «M.
+ BERNARD. Ne vaut-il pas autant vendre mon vin à la campagne que de
+ le faire vendre à _pot_ dans Paris, comme la plupart de mes
+ confrères.» Dancourt, _la Maison de campagne_, scène XXXII.
+
+Le même M. Joly donne fort bien à manger à trente sols par tête[32].
+
+ [32] L’édition de 1691, p. 28, cite encore quelques autres cabarets:
+ «_Au petit Paris_, rue de la Verrerie; _à la petite Epousée_, rue
+ Saint-Jean en Grêve; chez Tessier, au coin Saint-Paul; _au Cormier_,
+ rue des Fossez-Saint-Germain; _à la Vallée Tissart_, rue Vaugirard;
+ _au Milieu du Monde_, à la Grenouillère, où demeure Lognon, renommé
+ pour les matelottes; _à la Chasse Royale_, près la porte
+ Saint-Louis; _aux Bâtons royaux_, rue Saint-Honoré.» Les _Bâtons
+ royaux_ se trouvoient près de Saint-Roch, dont les marguilliers y
+ alloient faire bombance. (_V._ notre _Histoire de la Butte_, p. 52.)
+
+
+
+
+HOSTELS GARNIS ET TABLES D’AUBERGES.
+
+
+Il y a des Appartemens magnifiquement garnis pour les grands Seigneurs à
+l’Hotel de la Reine Marguerite rue de Seine[1], et à l’Hotel de Bouillon
+quay des Théatins.
+
+ [1] Liger, dans son _Voyageur fidèle_, p. 325, le met aussi au nombre
+ des hôtels garnis renommés. Il existe encore au nº 6 de la rue de
+ Seine. C’est un pavillon détaché du magnifique hôtel que la première
+ femme d’Henri IV s’étoit fait construire, et dont les jardins, qui
+ s’étendoient jusqu’à la rue des Saints-Pères, ne survivent plus que
+ par un jardinet planté de quelques arbres, où l’on descend, comme
+ sous Henri IV, par un double perron. La façade du pavillon est
+ restée ce qu’elle étoit. On s’est contenté de l’exhausser d’un
+ étage, mais du même style, au-dessus duquel on a reconstruit les
+ anciennes mansardes. Le conseiller d’Etat Gilbert des Voisins
+ l’habitoit au XVIIIe siècle, et les Mirabeau, dont les boiseries
+ intérieures conservent encore le chiffre, y étoient venus après lui.
+
+Il y a encore plusieurs autres Hotels meublez en differens quartiers,
+par exemple, le grand Duc de Bourgogne rue des petits Augustins, l’Hotel
+d’Escosse rue des saints Pères, l’Hotel de Taranne, l’Hotel de Savoye,
+et l’Hotel d’Alby rue de Charonne, l’Hotel de l’Isle, l’Hotel de
+Baviere, l’Hotel de France, et la Ville de Montpellier rue de Seine,
+l’Hotel de Venise, et l’Hotel de Marseille rue saint Benoist, l’Hotel de
+Vitry, l’Hotel de Bourbon, l’Hotel de France, et l’Hotel de Navarre rue
+des grands Augustins[2], la Ville de Rome rue des Marmouzets, l’Hotel de
+Perpignan rue du Haut Moulin, l’Hotel de Tours rue du Jardinier[3],
+l’Hotel de Beauvais rue Dauphine, l’Hotel d’Orléans rue Mazarine,
+l’Hotel du saint Esprit rue de Guenegaud, l’Hotel de saint Agnan rue
+saint André, l’Hotel d’Hollande[4], l’Hotel de Beziers, l’Hotel de
+Brandebourg, l’Hotel de saint Paul et le grand Hotel de Luyne rue du
+Colombier.
+
+ [2] On peut remarquer que beaucoup de ces hôtels étoient dans le
+ faubourg Saint-Germain. Les étrangers le préféroient, et les hôtels
+ garnis s’y étoient multipliés en conséquence: «depuis que la paix
+ étoit faite, lit-on dans les _Annales de la Cour et de la Ville_,
+ pour les années 1697-1698, t. II, p. 135, il y avoit eu dans Paris
+ un si grand abord d’étrangers, que l’on en comptoit quinze à seize
+ mille dans le faubourg Saint-Germain seulement... Le nombre s’accrut
+ encore bientôt de plus de la moitié, en sorte que, au commencement
+ de l’année suivante, on trouva qu’il y en avoit trente-six mille
+ dans ce seul faubourg.»
+
+ [3] Lisez rue du Jardinet. Cet hôtel, que Liger place avec plus de
+ raison rue du Paon, où il en subsista des restes jusqu’aux dernières
+ démolitions, devoit son nom aux archevêques de Tours, dont il avoit
+ été longtemps la propriété. Vauvenargues y descendoit pendant ses
+ congés de semestre. Les lettres que lui écrivit Voltaire portent
+ cette adresse.
+
+ [4] C’est un des hôtels que, dans _la Comtesse d’Escarbagnas_, scène
+ XI, Julie, voulant se moquer de la ridicule provinciale, lui nomme
+ comme autant d’hôtels de grands seigneurs: «On sait bien mieux,
+ dit-elle, vivre à Paris dans ces hôtels, dont la mémoire doit être
+ si chère: cet hôtel de Mouhy, Madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel
+ d’Hollande. Les agréables demeures que voilà!»
+
+On mange à table d’Auberge[5] dans presque toutes les maisons garnies
+cy-devant designées à vingt, à trente ou à quarante sols par repas[6]:
+mais l’Auteur ignore encore sur quel pied elles sont reglées chacune en
+particulier[7], en attendant sur cela un plus grand eclaircissement, les
+Provinciaux peuvent s’assurer qu’on loge et qu’on mange d’ailleurs dans
+les Hotels et Auberges ci-après aux differens prix qui seront marquez,
+par exemple:
+
+ [5] C’étoit encore le mot le plus en usage. Gourville dans ses
+ _Mémoires_, 1re édit., t. I, p. 306, dit toutefois déjà «Table
+ d’hôte», de même que les deux Hollandois qui vinrent à Paris en
+ 1657, et dont M. Faugère a publié le curieux _Journal de Voyage_. V.
+ p. 191. Nous lisons aussi dans une pièce de Dancourt: «M. BERNARD. A
+ _table d’hôte_, je vous entends, tant par tête.» _La maison de
+ campagne_, 1688, scène XXX. En somme, c’est, je crois, suivant
+ l’importance des hôtels et des prix qu’on disoit _table d’hôte_ ou
+ _table d’auberge_.
+
+ [6] Même les plus chères de ces tables d’hôte ou d’auberge n’étoient
+ pas pour les délicats, qui ne vouloient que des cabarets «à gros
+ écots», sans prix fixe. Dans _les Côteaux_ ou _les Marquis friands_,
+ qui furent joués à l’hôtel de Bourgogne, en 1665, Clidamant et
+ Oronte, deux de ces gourmets, s’en expliquent nettement scène XI:
+
+ ORONTE.
+ Les repas de grand prix sont bien plus agréables
+ Et la cherté des mets les rend plus délectables.
+ VALÈRE.
+ A ce plaisant discours, que réponds-tu, Marquis?
+ CLIDAMANT.
+ Que je ne veux jamais disner à juste prix.
+ LÉANDRE.
+ Voilà d’un vrai Marquis le parfait caractère.
+
+ [7] Selon Liger, p. 326, «ces prix fixes» ne l’étoient pas toujours.
+ Ils varioient selon que la cherté des vivres étoit plus ou moins
+ grande.
+
+A quarante sols par repas à l’Hotel de Mantouë rue Mouton[8], à l’Hotel
+de l’Isle de France rue de Guénégaud, etc.
+
+ [8] Dans l’édit. précédente, p. 28, se trouve une autre adresse, qui
+ est la vraie, et un plus long détail: «le sieur de La Motte, à
+ l’hôtel de Mantouë, rue Montmartre, tient une fort bonne table à
+ quarante sols par repas, et fournit même une seconde table aux
+ intervenants.»
+
+A trente[9] au petit Hotel de Luyne rue Gît le Cœur, à la Galere rue
+Zacharie, aux Bœufs et aux trois Chandeliers rue de la Huchette, etc.
+
+ [9] «Rue Saint-André, à l’hôtel de Chateau-Vieux.» Edit. 1691, p. 29.
+
+A vingt à l’Hotel d’Anjou rue Dauphine, au petit S. Jean[10] rue Gît le
+Cœur, au Coq hardi rue saint André[11], à la Croix de fer rue saint
+Denis[12], au Pressoir d’or et à l’Hotel de Bruxelle rue saint
+Martin[13], à la Croix d’or rue du Poirier, à la Toison rue Beaubourg,
+etc.
+
+ [10] «Et au grand hôtel de Luynes.» _Id._
+
+ [11] «Le sieur Vilain, rue des Lavandières, près la place Maubert, à
+ la Galère.» _Id._--Il a, p. 63, un petit article supplémentaire: «le
+ sieur Vilain, marchand de vin, aussi renommé pour ses bons apprêts,
+ demeure rue des Lavandières, à l’entrée de la place Maubert, à la
+ Galère.»
+
+ [12] Ajoutons près de Saint-Leu. Il y a, sur un dîner à ce cabaret, un
+ curieux sonnet de François Colletet, qui se termine par ce vers,
+ bien digne d’un pauvre poëte, depuis longtemps à jeun:
+
+ Moi, je mange aux repas, et bois sans dire mot.
+
+ Un autre hôtel de _la Croix de fer_ se trouvoit rue de la Harpe,
+ adossé aux ruines des Thermes. Marmontel y logea en arrivant
+ d’Auvergne à Paris.
+
+ [13] Conrart, chez qui se réunit d’abord la Société littéraire, où se
+ recrutèrent les premiers membres de l’Académie françoise, logeoit
+ près de cette auberge de la rue Saint-Martin. (Marcou, _Pellisson_,
+ p. 80.) Plus d’une séance de la nouvelle Académie dut s’y terminer.
+ Suivant Vigneul-Marville, en effet, on ne se séparoit pas sans avoir
+ fait légèrement ripaille.
+
+A quinze à la Ville de Bourdeaux et à l’Hotel de Mouy rue Dauphine, à
+l’Hotel couronné rue de Savoye, au petit Trianon rue Tictonne, à la
+ville de Stokolm rue de Bussy, à la belle Image rue du petit
+Bourbon[14], au Dauphin rue Maubuée, etc.
+
+ [14] «Rue de la Rose, à la Samaritaine.» Edit. 1691, p. 29.
+
+A dix sols[15] au Heaume rue du Foin, au Paon rue Bourlabé, au Gaillard
+bois rue de l’Echelle, au gros Chapelet rue des Cordiers[16].
+
+ [15] Boileau, _satire X_, vers 673-676, nous dit à peu près ce
+ qu’étoient ces auberges:
+
+ T’ai-je encore décrit la dame brelandière
+ Qui de joueurs chez soi se fait cabaretière,
+ Et souffre des affronts que ne souffriroit pas
+ L’Hôtesse d’une auberge à dix sous par repas.
+
+ [16] «Et à l’hôtel Notre-Dame, rue du Colombier.» Edit. de 1691, p.
+ 29.
+
+Il y a d’ailleurs quelques Auberges où il y a trois tables différentes,
+à quinze, à vingt et à trente sols par repas, par exemple, à la Couronne
+d’or rue saint Antoine[17], au petit Bourbon sur le quay des Ormes, et à
+l’Hôtel de Picardie rue saint Honoré[18].
+
+ [17] Cette auberge, très-agrandie, subsista jusqu’aux démolitions pour
+ la prolongation de la rue de Rivoli. C’est de là que partoient les
+ gondoles de Versailles.
+
+ [18] Un autre hôtel plus célèbre de cette rue étoit «l’hôtel
+ Saint-Quentin», où descendit Leibnitz, lorsqu’il vint à Paris, et où
+ logea Jean-Jacques Rousseau, dont il prit et a gardé le nom. (_V._
+ nos _Enigmes des rues de Paris_.) L’abbé de Marolles, dans ses
+ _Mémoires_, 1755, in-12, t. I, p. 75, a parlé de ces intéressants et
+ sérieux hôtels du quartier des Grès--la rue des Cordiers en fait
+ partie--où se rencontroient théologiens et poëtes.
+
+Les gens qui ne peuvent faire qu’une très mediocre dépense, trouvent
+d’ailleurs dans tous les quartiers de Paris de petites Auberges où on a
+de la soupe, de la viande, du pain et de la biere à suffisance pour cinq
+sols[19].
+
+ [19] Liger, p. 327, employant un mot que Saint-Simon emploie aussi
+ d’ailleurs, appelle franchement ces «petites auberges» _gargotes_,
+ «où l’on vit, dit-il, à la portion, à si petit prix que l’on veut.»
+ On avoit eu aussi déjà l’idée d’une sorte de grande marmite
+ économique, pour des soupes, au meilleur marché possible. _V._
+ Helvétius, _Traité des Maladies_, chap. _Bouillon pour les
+ pauvres_.--Dans les auberges à cinq sous le dîner, on logeoit,
+ suivant d’Argenson, à un sou la nuit. Marivaux ne donne pas d’autre
+ gîte à son _Paysan parvenu_ arrivant à Paris: «Je me mis, lui
+ fait-il dire avec sa préciosité ordinaire, dans une de ces petites
+ auberges à qui le mépris de la pauvreté a fait donner le nom de
+ gargote.»
+
+
+FIN DU TOME Ier.
+
+
+
+
+ TABLE
+ DES ARTICLES
+ DU
+ LIVRE DES ADRESSES DE PARIS.[1]
+
+ [1] Nous donnerons à la fin du volume la table alphabétique de
+ l’édition de 1691.
+
+
+ Tome I.
+
+ Affaires Ecclésiastiques 15
+ Exercices de piété 21
+ Finances Royales 26
+ Trésoriers Payeurs des Gages et Rentes 40
+ Conseils du Roy et Chancellerie 46
+ Secretaires du Roy 54
+ Scéances des Tribunaux 78
+ Vacations des Tribunaux 86
+ Docteurs et Licentiez en Droit 87
+ Secretaires et Greffiers du Conseil, des Cours Souveraines
+ et des Juridictions Subalternes 93
+ Contraintes Judiciaires 100
+ Bureaux Publics 106
+ Administration des Hospitaux 112
+ Banquiers 117
+ Academies et Conferences publiques 120
+ Biblioteques particulières et publiques 129
+ Collèges et Leçons publiques 138
+ Mathematiques 146
+ Medecine ordinaire 150
+ Medecine empirique 156
+ Opérations chirurgicales 157
+ Matières Médecinales simples et composées 164
+ Pension pour les Malades 178
+ Bains et Etuves 182
+ Impressions et Commerce de Librairie 185
+ Musique 204
+ Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques 216
+ Dames Curieuses 231
+ Commerce de Curiositez et de Bijouteries 236
+ Commerce des Ouvrages d’Or, d’Argent, de Pierreries, etc. 244
+ Premieres Instructions de la Jeunesse 248
+ Nobles Exercices pour la belle education 253
+ Armes et Bagages de Guerre et de Chasse 261
+ Chevaux et Equipages 264
+ Passetemps et Menus Plaisirs 269
+ Jardinages 275
+ Tapisseries et Meubles ordinaires 283
+ Chair et Poisson 289
+ Marchandises de Beurre, Œufs, Fromages et Legumes 296
+ Offices de fruiteries 300
+ Panneterie et Patisserie 304
+ Marchandises de Vins et d’Aprests 309
+ Hostels garnis et Tables d’Auberges 316
+
+
+
+
+ TABLE ALPHABÉTIQUE
+ DES PRINCIPALES
+ MATIÈRES CONTENUES EN CET OUVRAGE[1]
+
+ [1] Afin de continuer à reproduire aussi exactement que possible le
+ livre de Blegny, nous nous sommes conformé pour cette table, comme
+ disposition, texte et orthographe, à celle qu’il a donnée dans sa
+ première édition et qui--nous ignorons pourquoi--ne se retrouve pas
+ dans la seconde. Nous nous sommes contenté d’y faire les additions
+ nécessaires.
+
+
+
+A.
+
+ Abrégé de la science des temps, II, 205.
+ Académies, I, 120.
+ Académie de découvertes, I, xlv, xlix, 9.
+ Académie Françoise (Listes de 1676 et 1705), II, 275, 289.
+ Accouchements, I, 159 et II, 69.
+ Adresses casuelles de la ville de Paris, I, xlij.
+ Affaires ecclésiastiques, I, 15.
+ Adresses recouvertes après l’impression, II, 68.
+ Adresses diverses, II, 73.
+ Adresses (autres) nouvellement recouvertes, II, 177.
+ Affiches, I, vj, xxxij, xxxiv; II, 345, 357.
+ Affiches (petites), I, 10.
+ Afficheurs, II, 75.
+ Agneaux, I, 292.
+ Aiguilles, II, 24.
+ Alimens, I, 289.
+ Almanachs, I, 193; II, 190.
+ Almanach spirituel, I, 26.
+ Amirauté, I, 70.
+ Andouilles, I, 293-294.
+ Anchois, I, 302-303.
+ Animaux, I, 289. (Chair et poisson.)
+ Apoticaires, II, 69.
+ Architecture et Maçonnerie, II, 102.
+ Arcs de carosses, I, 47, 267.
+ Ardoises, II, 118.
+ Argenteurs, I, 287.
+ Armes et Bagages de guerre et de chasse, I, 261.
+ Armoires, II, 344.
+ Asnes, I, 264.
+ Auberges (tables d’Auberges) et Hostels garnis, I, 316.
+ Avis du Bureau d’adresse (Liste des), II, 302.
+ Avis généraux, II, 341.
+ Avis du journal général de France (Liste des), II, 373.
+
+B.
+
+ Bailliage du Palais, I, 77.
+ -- du Temple, I, 86.
+ -- de Saint-Jean de Latran, I, 86.
+ Bains et Etuves, I, 182.
+ Balliveaux, II, 122.
+ Bandages, I, 13.
+ Banquiers, I, 117.
+ Banquiers expéditionnaires en cour de Rome, I, 18 et II, 68.
+ Baromètres, I, 242.
+ Bas, II, 30.
+ Bateaux (gardes), I, 111.
+ Bateurs d’or, II, 46.
+ Bâtimens du Roy, II, 87.
+ Bénéfices et Bénéficiers, I, 19.
+ Bêtes azines, I, 264.
+ Beurre (Marchandises de), œufs, fromages et légumes, I, 296.
+ Bible polyglotte, II, 319.
+ Bibliothèques, I, 129.
+ Bijouteries, I, 237.
+ Bijouterie de cire, II, 68.
+ Billards, I, 274.
+ Biscuits, I, 301.
+ Boëtes d’Allemagne, II, 23.
+ Bœufs, I, 291.
+ Bois de taillis à vendre, II, 338.
+ Bonneterie (Ouvrage et Commerce de), II, 28.
+ Bonnets carrés, II, 75.
+ Bottes, II, 65.
+ Bouchons de liège, II, 7.
+ Boucles d’oreilles, II, 317.
+ Boulangers, I, 306.
+ Boules à jouer, I, 274.
+ Bois à brûler, II, 8.
+ -- à bâtir.
+ Boudin blanc, I, 294.
+ Bouquetières, I, 165.
+ Bouteilles de poche, II, 42.
+ Brefs et Bréviaires, I, 192.
+ Bureau d’Adresses (Listes générales du), II, 332-346, 356, 364.
+ Bureau des Indes Orientales et Occidentales, I, 108-109.
+ Bureau d’adresses ou de rencontre, I, xx, xxiv et II, 302.
+ Bureau des Merciers, II, 18.
+ Bureaux publics, I, 106.
+ Buscs et bois d’Evantails, II, 24.
+
+C.
+
+ Cabarets. V. _Traiteurs_.
+ Cabinets d’ébeine, II, 353, 382.
+ Cabinets, I, xxxiv.
+ Café et cacao, I, 303.
+ Caffé et chocolat, I, 303.
+ Caisses de jardin, I, 282.
+ Calçons et chaussons de chamois, II, 37.
+ Calendrier, II, 218.
+ Calottes, II, 75.
+ Cancers, I, 170.
+ Canepin, II, 75.
+ Canifs, II, 48.
+ Caractères d’imprimerie, I, 194.
+ Caractères des signes et planètes, II, 200.
+ Carrafons, I, 303.
+ Carrières, II, 112, 113.
+ Carosses de louage, remises, I, 266.
+ Carosses de route, II, 160.
+ Carrosses à vendre, II, 323, 325, 348, 359, 367.
+ Cartes à jouer, I, 274.
+ Carte généalogique de France, II, 322.
+ Cartons, II, 27.
+ Cassolettes philosophiques, I, 243 et II, 35.
+ Catherinettes, I, x, xij.
+ Cerisaies à Montmorency, II, 311.
+ Chair et poisson, I, 289.
+ Chaircutiers, I, 293.
+ Chaises de moquette, II, 315, 353.
+ Chaises de porteur, II, 339.
+ Chaises roulantes, II, 317, 333, 366.
+ Chaisnetiers, I, 296.
+ Chambre des comptes, I, 64.
+ Chambre souveraine des décimes, I, 85.
+ Chambre du Trésor, I, 75.
+ Chancellerie, I, 146; II, 348.
+ Changements, I, 79.
+ Chapeaux (Commerce de), II, 38, 63.
+ Chapeaux à vendre, II, 320.
+ Charbon de terre, charbon de bois, II, 9.
+ Charges à vendre, II, 310, 338, 347, 348, 350, 352, 359, 362, 366.
+ Charrettes de routes, I, 263; II, 174.
+ Charité (directrices de), I, 23.
+ Châtelet, I, 70.
+ Chaux, II, 105.
+ Chevaux et équipages, I, 264.
+ Chevaux à vendre, II, 317, 319, 321, 323, 327, 333, 347, 353, 359,
+ 360, 367.
+ Cheveux (Ouvrages et Marchandises de), II, 39.
+ Chiens, I, 273.
+ Chinoiseries, V. _Lachinage_.
+ Chirurgiens, II, 68.
+ Choses diverses à vendre, II, 316.
+ Cicle solaire, II, 211.
+ Ciment, II, 105.
+ Cireure (cirage) de cordonniers, II, 67.
+ Citrons, I, 302.
+ Clavecins, I, 205; II, 72.
+ Clouds, II, 137.
+ Coches par terre et par eaux, II, 172.
+ Cochons, I, 292.
+ Coffres, I, 239.
+ Coiffeuses, I, 271; II, 41, 73.
+ Collèges, I, 138.
+ Colliers de perles à vendre, II, 319, 322, 361.
+ _Committimus_ (droit de), II, 375.
+ Commerce des Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles,
+ I, 244.
+ Conférences, I, 127; II, 86.
+ Connétablie, I, 75.
+ Confiseurs, I, 300.
+ Confituriers I, xxxiij.
+ Conseils du Roi et Chancellerie, I, 46.
+ Conserves balsamiques, I, 170.
+ Consuls, I, 76.
+ Consultations chirurgicales, I, 158.
+ Consultations médicinales, I, 151; II, 77.
+ Contraintes judiciaires, I, 100; II, 343.
+ Coquillages, I, 236.
+ Cordes à instruments, I, 215.
+ Cordonnerie (Ouvrages et Marchandises de), II, 65.
+ Courriers, II, 249.
+ Cours des Aides, I, 63; II, 78.
+ Cours des Monnoyes, I, 69.
+ Courtiers, Couratiers, I, xij, 10.
+ Couteliers, Couteaux, II, 47.
+ Craquelins, Biscuits, Macarons, etc., I, 301.
+ Crêpes et Crêpons, II, 13.
+ Creusets, II, 75.
+ Cristal minéral, I, 175.
+ Cuirs et vendeurs de cuirs, II, 86.
+ Cuivre, II, 46.
+ Curé d’Evry, empirique, I, 156.
+ Curieuses (Dames), I, 231.
+ Curieux (Fameux) des Ouvrages magnifiques, I, 216.
+ Curiosités (Commerce de) et de bijouterie, I, 236.
+
+D.
+
+ Damasquinerie, I, 240.
+ Danse, I, 124, 126.
+ Déclarations du Roy, I, 190.
+ Découpeurs, I, 62.
+ Demandes pour acheter, II, 327, 340, 354, 368, 382.
+ Dents malades, I, 170-172; II, 178.
+ Dentelles, Points, Boutons, Galons d’or, II, 16-17.
+ Département des courriers, II, 249.
+ Descentes (Bandages), I, 12, 173 et II, 85.
+ Diamants du Temple, I, 248; II, 316.
+ Diamants à vendre, II, 322.
+ Docteurs et Licentiez en droit, I, 87.
+ Domestiques, I, vj; II, 49, 344, 358, 376.
+ Doreurs, Argenteurs, I, 287.
+ Draperies, II, 11, 314.
+ Drogueries, I, 165.
+ Drogueries chimiques, I, 175.
+ Drogueries étrangères et de Montpellier, I, 175.
+ Durée des jours et des nuits, II, 242.
+
+E.
+
+ Eau catholique de Paracelse, II, 320-321.
+ Eau de Cordoue, I, 172; II, 34.
+ Eaux distillées, I, 175.
+ Eaux et forêts, I, 76.
+ Eau histerique, I, 172.
+ Eau rouge de la reine d’Hongrie, I, 172.
+ Eaux minérales, I, 175.
+ Eaux de vie, I, 176.
+ Echets, I, 274.
+ Ecoles (petites), I, 18.
+ Ecole médicinale, I, 141.
+ Ecrans, II, 22.
+ Eclipses, II, 242.
+ Ecritoires, II, 27.
+ Ecrivains jurés, I, 249; II, 53.
+ Edits et déclarations du Roy, I, 190.
+ Eolipiles, II, 324.
+ Eguilles et Epingles, II, 24.
+ Election, I, 77.
+ Emailleurs, I, 242.
+ Emplâtre de la manufacture royale, I, 13.
+ Epacte et Lunaisons, II, 213.
+ Epiciers, I, xxxiij, 302; II, 5-6.
+ Epiceries et autres denrées domestiques, II, 5.
+ Essences de Rome et de Gènes, II, 33.
+ Essence végétale, I, 14, 172.
+ Estampes et tableaux, I, 239.
+ Etoffes à meubler, I, 284.
+ Etoffes indiennes, II, 13.
+ Etoffes d’Italie, II, 13.
+ Etoffes de soie d’or et d’argent, I, 272 et II, 13.
+ Etoffes de l’Apport-Paris, II, 339.
+ Etuves ordinaires, I, 182.
+ Evantails, II, 20.
+ Exercices (Nobles) pour la belle éducation, I, 253.
+ Exercices de piété, I, 21.
+ Experts Ecrivains, II, 53.
+ -- Arithméticiens, II, 54.
+ -- Maçons, Charpentiers, II, 54.
+ -- Couvreurs, II, 54.
+ -- Généalogistes, II, 53.
+
+F.
+
+ Fabrique des Monnoyes, II, 245.
+ Fayences, I, 283; II, 43.
+ Fer (Ouvrages et Marchandises de), II, 129.
+ Fer blanc, II, 46, 131.
+ Fermiers généraux, I, 28, 32; II, 79.
+ Ferme à vendre, II, 313.
+ Ferrailles, II, 129.
+ Fêtes mobiles, II, 217.
+ Feux d’artifices, I, 272.
+ Figures de plâtre bronzées, I, 241.
+ Fileurs d’or, II, 46.
+ Finances royales, I, 26, 33.
+ Flûtes et Flageollets, I, 212.
+ Foires (Etat des plus considérables), II, 266.
+ Fontainiers, II, 155.
+ Fourneaux, II, 75.
+ Fourrures, II, 35, 38.
+ Frère Ange, empirique, I, 157.
+ Frères cordonniers, II, 67, 322.
+ Frères tailleurs, II, 61.
+ Friperie, II, 60.
+ Fromages, I, 297.
+ Fruiterie (offices de), I, 300.
+ Fruits secs I, 302.
+
+G.
+
+ Gants (marchandises des gantiers et parfumeurs), II, 31.
+ Garçons de métier, II, 50.
+ Garçons de cuisine et de cabaret, II, 49.
+ Garnitures de rubans, II, 24.
+ Gazettes, I, xvij, xxix, 193.
+ Généalogies, II, 53.
+ Gibecières, I, 273.
+ Gobelins, II, 92-93.
+ Glaces de miroirs, II, 141, 142.
+ Grand Conseil, I, 61.
+ Grains balsamiques, I, 13, 171.
+ Grains dépuratifs du sang, I, 172.
+ Graines de jardins, I, 282.
+ Graveurs en taille douce, II, 68.
+ Graveurs de médailles, II, 153.
+ Graveurs en lettres, II, 152.
+ Graveurs en pierre, II, 153.
+ Greffiers du Parlement, I, 94.
+ Grenailles, I, 248.
+ Grenier à sels, I, 79.
+ Guainiers, II, 37, 49, 74.
+ Guinguettes, II, 305.
+ Guipures, II, 17.
+ Guitarre, I, 211.
+
+H.
+
+ Habillements (habits d’hommes et de femmes), II, 58.
+ Habits et manteaux à vendre, II, 319.
+ Habits faits de théâtre et de mascarade à quatre pistoles par an,
+ I, 271 et II, 62.
+ Hameçons, I, 296.
+ Harans, I, 295.
+ Hautbois, I, 212.
+ Herbages, I, 165.
+ Hôtel de Ville, I, 75.
+ Heures, I, 192.
+ Horlogers. V. _Orlogeurs_.
+ Hospitaux (Administration des), I, 112.
+ Hostels garnis et tables d’Auberges, I, 316.
+ Huile d’amandes et autres tirées sans feu, I, 175.
+ Huile d’olive, II, 5.
+ Huissiers, I, 100.
+ Hydromètres, I, 242.
+ Hypocras, I, xxxiij.
+
+I.
+
+ Immeubles à louer, à vendre, à échanger, II, 304.
+ Indiction romaine, II, 212.
+ Instructions (premières) de la jeunesse, I, 248.
+ Instruments mathématiques et de chirurgie, II, 48.
+ Instruments à vents, I, 212; II, 72.
+
+J.
+
+ Jambons, I, 293.
+ Jardin médicinal, I, 26.
+ Jardin Royal, II, 87.
+ Jardinages, I, 275.
+ Jartières, II, 23.
+ Jeûnes et solemnitez, II, 215.
+ Jurés bourgeois, II, 54.
+ Jouailleries, II, 23.
+ Juges et Consuls, I, 76.
+ _Journal des avis et affaires de Paris_, I, xxxv.
+ _Journal des Savants_, I, 191.
+ _Journal du Bureau de rencontre_, I, xxxix.
+ Juridiction des Poudres et Salpêtres, 1, 79.
+ -- des Garennes, _ibid._
+ -- du Chantre Notre-Dame, I, 17, 20.
+
+L.
+
+ Laboratoire du sieur de Blégny, I, 169.
+ Lachinage, I, 239.
+ Lait d’anesses, de chèvres ou de vaches, II, 72.
+ Lancettes, II, 47.
+ Lapins, I, 273.
+ Laquais, II, 50, 344, 358, 376.
+ Lard, I, 293.
+ Leçons particulières, I, 138.
+ Leton, II, 46.
+ Lettre Dominicale, II, 211.
+ Librairie (impressions et Commerce de), I, 19, 185.
+ Lieux où se trouveront tous les quinze jours les livres d’avis,
+ II, 330.
+ Linges, points et dentelles, II, 15.
+ Lingots d’or et d’argent, I, 248.
+ Lits, I, 284, 285.
+ Lits à vendre, II, 314, 315, 334, 352, 360, 361, 368.
+ Litières, I, 267.
+ Livres d’avis, II, 330.
+ Livres de Mathématiques, I, 190.
+ Livres de Médecine, I, 162, 163, 190.
+ Livres de piété et d’église, I, 20, 26.
+ Lods et ventes, II, 309.
+ Loupes, I, 174.
+ Lustres et girandoles, II, 143.
+ Luths, I, 211.
+
+M.
+
+ Macarons, I, 301.
+ Machinistes, II, 121.
+ Maçonnerie (lieutenant général de la), I, 78; II, 102.
+ Maçons et Manœuvres, II, 102.
+ Magistrats (principaux), I, 55.
+ Maisons à louer, 305-308, 333, 362.
+ Maisons à vendre, II, 308-313, 334-337, 349, 351, 367, 368.
+ Maladies vénériennes, I, 171.
+ Maladies des yeux et des oreilles, I, 174.
+ Marchandises d’Outre-Mer, II, 20.
+ -- de Dieppe, II, 22.
+ -- de Saint-Claude, II, 23.
+ Maréchaussée, I, 75.
+ Marionnettes et Manequins, I, 272.
+ Marqueterie, I, 286.
+ Manufactures des ouvrages du Roy, II, 87.
+ Maroquins, I, 109; II, 38.
+ Masques, I, 271.
+ Matériaux à bâtir, II, 105.
+ Mathématiques, I, 146, 254 et II, 71.
+ Matières métalliques (Commerce de diverses matières), II, 45.
+ Matières médicinales, I, 164.
+ Médailles, I, 130, 221, 223, 225, 227, 230; II, 382.
+ Médecine et Médecins, I, 150.
+ Médecine ordinaire, I, 150.
+ Médecine empirique, I, 156.
+ Médecins jurés, II, 52.
+ Melons, I, 303.
+ Menus Plaisirs, I, 269.
+ Menuiserie, II, 121.
+ Menuisiers en ébène, II, 353.
+ Mercerie, Quincaillerie (Commerce de), II, 18.
+ _Mercure galant_, I, 193.
+ Mercure d’or, I, 13.
+ Messageries, II, 166.
+ Meubles à vendre, II, 314.
+ Meubles de la Chine, I, 236, 240.
+ Meubles ordinaires et Tapisseries, I, 283.
+ Meubles d’orfévrerie, II, 73.
+ Meubles vieux, I, 287.
+ Migniatures, II, 97, 98.
+ Miroirs, II, 21, 140, 353, 361.
+ Mirouettiers, II, 21, 140, 353, 361.
+ Moëllons, II, 107, 113.
+ Monnoies (Fabrique des nouvelles), II, 244.
+ Montres à vendre, II, 322, 361.
+ Morrhues, I, 295.
+ Mouches, II, 76.
+ Moulin à blé à vendre, II, 324.
+ Moutons, I, 291.
+ Mulets, I, 264.
+ Musettes, I, 212.
+ Musique, I, 204.
+
+N.
+
+ Nombre d’or, II, 210.
+ Nomenclateurs, I, vj, 7.
+ Nourrices, II, 49.
+ Nourriture, I, 289.
+
+O.
+
+ Œufs, I, 296.
+ Officialité, I, 16, 18, 21.
+ Officiers nouveaux, Metteurs à bord et gardes bateaux, I, 111.
+ Olives, I, 303.
+ Omissions et changements, I, 79.
+ Opérations chirurgicales, I, 157 et II, 68.
+ Opérateurs pour la pierre, la cataracte, les dents, I, 160.
+ Orlogeurs, II, 73, 349, 361.
+ Oranges, I, 302.
+ Ordonnances (Nouvelles), I, 186.
+ Orgues, I, 205, 206; II, 316.
+ Orvietan, I, 169.
+ Ouvrages exquis de peinture et de sculpture, II, 92.
+ Ouvrages et bois de Menuiserie, II, 121.
+ Ouvrages et fournitures de Charpente, II, 115.
+ Ouvrages et fournitures de Couvreurs, II, 118.
+ Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, etc. (Commerce
+ des), I, 244.
+
+P.
+ Panneterie et Patisserie, I, 304.
+ Paniers à fruits, I, 301.
+ Papetiers (Marchandises de), II, 26.
+ Parfumeurs (Marchandises des), II, 31.
+ Parlement, I, 86.
+ Parties casuelles, I, 38, 108.
+ Pastel, II, 99.
+ Patissiers, I, 300, 304.
+ Paveurs (Ouvrage des), II, 157.
+ Peaux pour les chapeliers, II, 38.
+ -- pour les foureurs, II, 38.
+ Peaux de mouton en chamois, II, 36.
+ -- de chagrin, II, 37.
+ Peintures, sculptures, dorures, II, 144.
+ Peintres, II, 178; ouvrages de peinture, II, 92, 144.
+ Pelleterie et fourrure, II, 35.
+ Penitencier (grand), I, 17.
+ Pendules à vendre, II, 349.
+ Pension pour les malades, I, 178.
+ Pensions et répétitions pour les écoliers, I, 138, 249.
+ Perles, I, 248; II, 319, 322, 361.
+ Perruques, I, xxxiij; II, 40.
+ Philosophes, I, 123.
+ Pieds de porc à la Sainte-Menehould, I, 294.
+ Pierre (qualité et coupe de la), II, 111, 114, 115.
+ Pierreries, I, 247.
+ Pigeons, I, 273.
+ Pistaches, I, 304.
+ Placages (meubles de), I, 286.
+ Plâtre, II, 105.
+ Plomb en balles et grains, II, 46.
+ Plomberies (Ouvrages de), II, 155.
+ Planches de Bateaux, I, 121, 122.
+ Plumes d’acier, II, 76.
+ Points, II, 17.
+ Poissons, I, 294, 295.
+ Police, I, 186.
+ Portraits en cire, II, 69.
+ Porcelaines, I, 239 et II, 42.
+ Porcs, I, 292.
+ Poteries, Carrelage, Vuidange, II, 158.
+ Poulmoniques (Conserve et liqueur pour les), I, 170.
+ Précisions chronologiques et historiques des temps, II, 209.
+ Prévôté de l’Hôtel du Roy et de la Ville, I, 74.
+ Prévôt des Marchands, I, 75.
+ Prieur médecin, I, lv, 157.
+ Prisonniers (pauvres), I, 24.
+ Privilégiez, Privileges à vendre, II, 77.
+ Prix des Ouvrages de Maçonnerie, II, 105.
+ -- de Charpente, II, 116.
+ -- de Menuiserie, II, 122.
+ -- de Couvreurs, II, 119.
+ -- des marchandises de fer, II, 131.
+ -- des Glaces, II, 143.
+ -- des Pavés, II, 157, 158.
+ -- des Ouvrages de Sculpture, peinture et dorure, II, 146.
+ -- des Plombs, II, 156.
+ -- des Nattes et Frottages, II, 156, 160.
+ -- des Vitres, II, 138, 139, 140.
+ Proxenètes (courtiers antiques), I, vij, viij.
+
+Q.
+
+ Quincailliers, II, 25.
+
+R.
+
+ Rabats, II, 73.
+ Recommanderesses, I, x; II, 49.
+ Recueil de vers, II, 325.
+ Remarques sur la durée des jours et des nuits, II, 242.
+ -- sur les systèmes du monde, II, 203.
+ Remèdes pour les chevaux, I, 69.
+ Remèdes du Roi, I, 170.
+ Rentes de l’Hôtel de Ville, I, 42.
+ Répétitions pour les écoliers, I, 138, 249.
+ Requestes de l’Hôtel du Roy, I, 78.
+ -- du Palais, I, 78.
+ Rocfort, fromage, I, 299.
+ Roulliers et charrettes de routes, II, 174.
+ Rubans, II, 20.
+
+S.
+
+ Sable, II, 157.
+ Sages femmes jurées, II, 69.
+ Saignée, I, 159.
+ Savons, II, 7, 33.
+ Savoyards, II, 21.
+ Science des Temps, II, 205.
+ Sculpteurs, II, 92, 145.
+ Sculpture (Ouvrages de), II, 145.
+ Séances des Tribunaux, I, 78.
+ Secret pour guérir le _Miserere_, II, 324.
+ Secrétaires du Roy, I, 54.
+ Secrétaires et Greffiers, I, 93.
+ Sel policreste, I, 169.
+ Sergens, I, 100.
+ Seringues, II, 77.
+ Sermons, I, 200, 201.
+ Serrures, II, 136.
+ Servantes, I, x; II, 49.
+ Sirop de vanille, I, 177.
+ -- de thé, febrifuge, I, 177.
+ Soies, II, 9.
+ Souliers, II, 67.
+ Squelettes, II, 77.
+ Sucres, II, 6.
+ Suif, II, 8.
+ Supputation des Epoques, II, 210.
+ Systêmes du monde, II, 203.
+
+T.
+
+ Table de Marbre (juridiction de la), I, 78.
+ Tableaux, I, 239.
+ Tableaux à vendre, II, 360.
+ Tablettes à vendre, II, 359.
+ Tablettes d’Alary, I, 177.
+ Tablettes de poche, I, 243.
+ Taillandiers, II, 47.
+ Tailleurs, II, 59, 60, 61.
+ Tambours, I, 263.
+ Tamis, II, 77.
+ Tapisseries à vendre, II, 314, 336, 350, 361.
+ Tapissiers fripiers, I, 287; II, 326.
+ Tapisseries et Meubles ordinaires, I, 283.
+ Tapisseries de cuir doré, I, 286.
+ -- d’Auvergne, II, 340.
+ -- de la Savonnerie, II, 320, 326.
+ -- de Flandres, I, 283.
+ -- de Beauvais, I, 283.
+ -- d’Aubusson, I, 283.
+ -- de Bergame et de Rouen, I, 284.
+ Tarif des nouvelles monnoyes, II, 244.
+ Temporalité, I, 79.
+ Tentes et pavillons de guerre, I, 262.
+ Tentures de haute lice, I, 283; II, 315.
+ Terre cizellée, I, 240.
+ Théorbes, I, 210; II, 326.
+ Terres, fiefs et seigneuries à vendre, II, 337, 338, 349, 360, 363,
+ 367.
+ Thériaque de Rouvière, I, 167.
+ Thermomètres, I, 242.
+ Tireurs d’or, II, 46.
+ Toiles cirées, II, 76.
+ Tontine, I, 44.
+ Tourneurs, II, 51, 103-104.
+ Traiteurs, I, 314, 315, 319.
+ Treillis d’Allemagne, II, 13.
+ Trésor des Almanachs, II, 193.
+ Trésor d’Esculape, II, 177.
+ Trésor Royal (Gardes du), I, 28.
+ Trésoriers, I, 38, 53.
+ Tribunaux, I, 78.
+ Triquetracts, I, 274.
+ Trompettes et timbales, I, 215; II, 73.
+ Truffles, II, 71.
+ Tuiles, II, 119.
+ Tuyaux de tolle de fer à brûler du bois sans fumée, II, 76.
+
+V.
+
+ Vacations des Tribunaux, I, 86.
+ Vaches de Roussy, II, 37, 38.
+ Volailles, I, 292.
+ Vapeurs, I, 171; II, 79.
+ Veaux, I, 291.
+ Verre (Vitriers), II, 44, 138.
+ Verrerie (Commerce des Verriers), II, 41.
+ Vérifications et rapports de jurez, II, 52.
+ Vins de liqueurs, I, 301.
+ Vins (Marchandises et aprest de), I, 309 et II, 318, 324.
+ Violle et Viollon, I, 209, 210 et II, 317.
+ Vieux papiers et parchemins, II, 28.
+ Vitriers (Ouvrage des), II, 138.
+ Voyer, I, 109.
+
+Y.
+
+ Yeux artificiels, II, 75.
+
+
+
+
+TABLE DU TOME PREMIER
+
+
+ Introduction v
+ Le _livre commode_ contenant les adresses de la ville de Paris 1
+ Table générale des articles 323
+ Table alphabétique des matières contenues dans les deux volumes 325
+
+
+
+
+NOTE DU TRANSCRIPTEUR
+
+
+L’orthographe est conforme à l’original.
+
+On a recopié, dans cette transcription du tome premier, la partie
+correspondante de la table des articles, ainsi que l’index alphabétique,
+qui figurent dans le tome II de l’original. On a également ajouté une
+table pour le présent tome, sur le modèle de celle du tome II (en
+reprenant les libellés des éléments recopiés, et en extrapolant les
+numéros de page).
+
+
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 ***
diff --git a/75205-h/75205-h.htm b/75205-h/75205-h.htm
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+<div class="x-ebookmaker-drop break"></div>
+<h1 class="top2em"><span class="xsmall">LE</span><br>
+<span class="large">LIVRE COMMODE</span><br>
+DES ADRESSES DE PARIS<br>
+<span class="small">pour 1692</span></h1>
+
+<p class="c">par<br>
+ABRAHAM DU PRADEL<br>
+(<span class="small">NICOLAS DE BLEGNY</span>)</p>
+
+<p class="c"><i>Suivi d’appendices,<br>
+précédé d’une introduction, et annoté</i><br>
+par<br>
+<span class="large">ÉDOUARD FOURNIER</span></p>
+
+<p class="c large"><span class="sc">Tome</span> I<sup>er</sup></p>
+
+
+<p class="c gap"><span class="large">PARIS</span><br>
+<span class="sc">Paul DAFFIS</span>, <span class="small">ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE</span><br>
+<span class="xsmall">DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE</span><br>
+7, rue Guénégaud</p>
+
+<p class="c small">M DCCC LXXVIII</p>
+
+<div class="break"></div>
+
+<p class="c top2em">OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.</p>
+
+
+<p class="drap"><i>Histoire de la Butte des Moulins</i>, suivie d’une étude historique
+sur les demeures de Pierre Corneille à Paris,
+avec deux vues de la Butte en 1551 et 1652. Beau
+volume in-18, papier vélin.
+<span class="fl">3 fr. 50</span></p>
+
+<p class="drap"><i>Le Vieux Neuf.</i> Seconde édition, refondue et considérablement
+augmentée. 3 vol. gr. in-18.
+<span class="fl">15 fr.</span></p>
+
+<p class="drap"><i>L’Esprit des autres.</i> 5<sup>e</sup> édition refondue et considérablement
+augmentée. 1 vol. in-18. (Sous presse.)</p>
+
+
+<p class="c gap">Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.<br>
+Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="pv">-v-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak" id="intro">INTRODUCTION.</h2>
+
+
+<p>Les guides, les <i lang="it" xml:lang="it">ciceroni</i> dans les grandes
+villes sont aussi anciens qu’elles.
+Nous n’en connaissons pas une, du
+moins, parmi les plus célèbres, qui
+n’ait eu les siens.</p>
+
+<p>Athènes et Corinthe offroient aux étrangers
+qui les visitoient tout un collége d’<i>exégètes</i>
+(conducteurs), « dont la charge, lisons-nous
+dans les <i>Mélanges</i> publiés sous le nom de Vigneul
+Marville<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>, étoit de leur faire voir ce qu’il
+y avoit de curieux, de leur expliquer les inscriptions
+anciennes et tout ce qui concernoit ce
+genre d’érudition. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> T. II, p. 217.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="pvj">-vj-</span>Pausanias n’a eu garde de les oublier. Ils
+avoient dû, en effet, lui être fort utiles pour le
+renseigner sur les détails d’art et d’antiquité que
+recherchoit surtout sa curiosité de voyageur.
+L’<i>Itinéraire</i>, qu’il rédigea au retour, est rempli
+de ce qu’il recueillit à leur suite. On y trouve,
+à chaque page de ses dix livres, une trace de
+leurs renseignements. Aussi cette première relation
+d’un <i>Voyage en Grèce</i> n’est-elle, elle-même,
+comme on l’a justement remarqué<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>, qu’une sorte
+de guide du touriste.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Biog. génér.</i>, t. XXXIX, p. 415.</p>
+</div>
+<p>De Rome, où, comme à Pompeï, les affiches
+étoient d’ailleurs en usage<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, il nous est resté,
+pour la ville même, distribuée par régions, deux
+de ces « guides », l’un de Publius Victor, l’autre
+plus incomplet attribué à Sextus Rufus. Les
+indications n’y sont que sommaires, mais d’une
+multiplicité de détails surprenante. Il n’y est
+fait grâce ni du plus petit temple (<i lang="la" xml:lang="la">ædicula</i>), ni
+d’un bain, ni d’un arbre, si peu qu’il fût consacré,
+etc., etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> V. <i>Le Vieux-neuf</i>, 2<sup>e</sup> édit., t. II, p. 64, note ; et 94-95.</p>
+</div>
+<p>Pour compléter ces « guides » écrits et empêcher
+qu’on ne s’égarât dans le labyrinthe de
+curiosités qu’ils vous ouvroient, il y avoit ce
+qu’on appeloit des <i lang="la" xml:lang="la">nomenclatores</i><a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>, sortes de
+guides parleurs et bavards, qui — leur nom le
+disoit — vous faisoient la liste, vous dressoient,
+de mémoire, « la nomenclature », nom par nom,
+de toutes les personnes de distinction qui passoient,
+et vous animoient ainsi la rue ou la
+<span class="pagenum" id="pvij">-vij-</span>place, dont ils vous montroient les monuments.
+De cette façon, ils n’expliquoient pas seulement
+le tableau, ils y mettoient les personnages.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> Cicero, <i lang="la" xml:lang="la">ad Atticum</i>, lib. IV.</p>
+</div>
+<p>Les riches patriciens avoient de ces « nomenclateurs »
+parmi leurs esclaves. Ils leur faisoient
+tenir pour eux une sorte d’almanach des adresses,
+où figuroient, avec les gens composant leur
+« clientèle », les nombreux amis que leur avoit
+tout naturellement attirés la richesse.</p>
+
+<p>L’usage de ces esclaves dresseurs de listes
+existoit depuis longtemps chez les rois d’Asie,
+et c’est de là qu’il étoit venu à Rome. Sénèque
+ne le condamna que plus sévèrement dans un de
+ses traités, où cet étalage de clients et d’amis ne
+lui semble qu’une ostentation de cour :</p>
+
+<p>« C’est, dit-il<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>, une vieille coutume des rois
+ou de ceux qui imitent les rois, de faire enregistrer
+un peuple d’amis. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">De Beneficiis</i>, lib. VI, cap. 33.</p>
+</div>
+<p>A côté du renseignement curieux, l’étranger
+pouvoit, dans les villes grecques, trouver le renseignement
+utile. Étoit-ce un Corinthien de passage
+à Athènes, ou un Athénien à Corinthe ? Il
+trouvoit chez le chargé d’affaires de sa ville tout
+ce qui pouvoit l’empêcher de s’égarer ou d’être
+pris pour dupe. Le gîte même, s’il arrivoit avec
+une mission de ses concitoyens, lui étoit fourni
+par ce fonctionnaire — nous allions presque
+dire ce consul — complaisant et hospitalier<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Boeckh, <i>Economie politique des Athéniens</i>, t. I, p. 388.</p>
+</div>
+<p>On l’appeloit <i>Proxène</i>, mot que reprirent les
+Romains pour en faire celui de <i lang="la" xml:lang="la">Proxeneta</i>, qui
+n’eut que plus tard le sens déshonnête qu’il devoit
+<span class="pagenum" id="pviij">-viij-</span>prendre et que nous avons laissé à son
+dérivé proxénète.</p>
+
+<p>D’abord, le <i lang="la" xml:lang="la">proxeneta</i> n’étoit à Rome qu’une
+sorte de courtier en marchandises, un intermédiaire,
+<i lang="la" xml:lang="la">intercessor</i>, comme dit Apulée, entre
+l’acheteur et le vendeur. Il s’entremettoit pour
+les affaires de change, qui ont toujours tant importé
+aux étrangers. Il négocioit même pour
+eux ou pour les clients urbains, des emprunts à
+intérêts<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>. En ce cas, il prenoit le nom spécial de
+<i lang="la" xml:lang="la">pararius</i><a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>. De tout cela, il formoit un ensemble
+d’affaires, auxquelles on avoit donné le nom
+particulier de <i lang="la" xml:lang="la">proxenetica</i>, et que la loi reconnoissoit
+comme légales : <i lang="la" xml:lang="la">Proxenetica</i>, lit-on dans
+le Digeste<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>, <i lang="la" xml:lang="la">jure licito petuntur</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Sénèque, <i>Epître</i> 119.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Id. Des bienfaits</i>, liv. III.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Liv. 50, tit. 14, loi 1<sup>re</sup>.</p>
+</div>
+<p>Malheureusement d’autres trafics s’y mêlèrent
+peu à peu pour primer honteusement les premiers.
+Le proxénétisme devint ce que nous l’indiquions
+tout-à-l’heure. Les proxénètes finirent
+par n’être plus que des entremetteurs, des courtiers
+de débauches.</p>
+
+<p>D’autres agents, les <i>prosagogues</i> qui s’étoient
+faits, comme les <i>exégètes</i>, mais avec moins de
+savoir, les interprètes et les conducteurs des
+étrangers, tombèrent aussi, par l’abus de leur
+métier, dans une infamie qui n’étoit pas moins
+dégradante. Ils se firent espions et délateurs.
+S’ils renseignoient d’un côté ceux qui en toute
+confiance les prenoient pour guides, de l’autre
+ils donnoient sur eux et contre eux des renseignements
+<span class="pagenum" id="pix">-ix-</span>à la police. Plutarque s’en est plaint
+dans la <i>Vie de Dion</i>.</p>
+
+<p>A l’époque même, où ils n’en étoient pas encore
+là, et s’en tenoient aux choses permises de
+leur profession d’interprètes et de « donneurs
+d’indications », ils n’avoient pas semblé au
+grand philosophe de la vie pratique, Aristote,
+d’une utilité suffisamment étendue et sérieuse.</p>
+
+<p>Pour qu’il fût possible à chacun de s’éclairer
+sur ce qui importoit à son travail ou à ses affaires,
+il eût voulu plus et mieux que ces <i>proxénètes</i> et
+ces <i>prosagogues</i> : « Il est nécessaire, dit-il, dans
+sa Politique<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, qu’il existe quelque chose, où le
+peuple se puisse renseigner, et perde ainsi tout
+prétexte d’être oisif. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> Liv. IV, ch. 15.</p>
+</div>
+<p>Un peu plus haut, dans le même traité<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>, il
+avoit dit : « On convient que, dans une république
+bien constituée, ce qui est nécessaire à
+chacun doive être en évidence. Mais comment y
+parvenir ? Ce n’est pas facile. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Id.</i> Liv. III, ch. 7.</p>
+</div>
+<p>Il fallut, en effet, bien des siècles encore,
+pour trouver la solution du problème.</p>
+
+<p>Au moyen-âge, l’utilité s’éclairant par la charité
+qui fut sa vraie lumière, il y eut quelques
+bonnes tentatives et quelques progrès. Dès le
+<small>XI</small><sup>e</sup> siècle, par exemple, les pauvres filles en
+quête de conditions surent où se renseigner pour
+en trouver une, et en même temps, qui mieux est,
+n’eurent plus à chercher le refuge où elles pourroient
+l’attendre : les bonnes sœurs de <i>l’Ostellerie
+Sainte Opportune</i>, ou <i>Catherinettes</i>, leur
+<span class="pagenum" id="px">-x-</span>offroient à la fois les renseignements et le gîte<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> Piganiol de la Force, <i>Descript. de Paris</i>, t. II, p. 149 ;
+H. Bordier, <i>les Églises et les Monastères de Paris</i>, 1856,
+in-12, p. 23.</p>
+</div>
+<p>En 1330, autre fondation d’une charité tout
+aussi hospitalière et plus maternelle encore. Les
+nourrices de la campagne ne savoient pas, en
+venant à Paris, comment trouver des nourrissons,
+et les mères n’ignoroient pas moins de
+quelle façon se procurer des nourrices. L’établissement
+dont nous voulons parler y pourvut,
+en satisfaisant les unes et les autres.</p>
+
+<p>La nourrice du fils du roi, alors régnant, Philippe
+VI, avoit quatre grandes filles. On leur
+créa quatre offices, qui constituoient à chacune
+le privilége de tenir un bureau, où mères et
+nourrices pussent se présenter pour s’entendre<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Hurtaut et Magny, <i>Dict. hist. de la ville de Paris</i>,
+t. IV, p. 216-217.</p>
+</div>
+<p>On les appela <i>Commanderesses</i>, ou mieux
+<i>Recommanderesses</i>, mot qui étoit moins nouveau
+que leur office. Il servoit déjà depuis quelque
+temps à désigner certaines femmes qui faisoient
+une concurrence active, mais non gratuite,
+aux <i>Catherinettes</i>, pour le placement des
+servantes.</p>
+
+<p>Nous en trouvons deux dans le registre de
+la Taille, de 1292, et, un peu plus tard, elles
+furent assez nombreuses pour donner leur nom
+à la partie de la rue de la Vannerie qu’elles
+occupoient du côté du carrefour Guillori<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> Voir ce qui en est dit plus loin.</p>
+</div>
+<p>Toute pauvre fille une fois placée par ces
+<i>Recommanderesses</i>, leur payoit un droit sur ses
+<span class="pagenum" id="pxj">-xj-</span>premiers gages, tandis qu’en sortant de <i>l’Ostellerie
+Sainte Opportune</i>, elle n’auroit eu qu’à dire
+merci à Dieu et aux bonnes sœurs.</p>
+
+<p>Où celles-ci mettoient la charité, les recommanderesses
+mettoient le courtage.</p>
+
+<p>Il commençoit, du reste, alors à fonctionner
+sous toutes les formes, dans presque tous les
+métiers, même ceux où il étoit inutile. Estienne
+Boileau eut donc soin d’exclure ceux qui en
+étoient les agents, c’est-à-dire « les couratiers »,
+partout où il ne les trouva pas indispensables :
+« El mestier devant dit, écrit-il en pareil cas,
+ne puet ne ne doit avoir nul courratier<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> Est. Boileau, <i>Livre des Mestiers</i>, p. 149.</p>
+</div>
+<p>Ils n’en furent ni moins nombreux, ni surtout
+moins tenaces, pour tâcher de se faire une double
+proie, aux trousses du vendeur et de l’acheteur.</p>
+
+<p>Il n’est pas de trafics où on ne les trouve.</p>
+
+<p>Dans chaque négoce, se faufilent « proxenettes-couratiers,
+comme il est dit dans le
+<i>Coustumier général</i>, et autres commis à vendre
+marchandises à eux confiées<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>. » Veut-on, par
+exemple, pour entrer en campagne, ou seulement
+pour quelque passe d’armes, un bon cheval
+qui se puisse monter sans retard ? Désire-t-on
+une belle haquenée dont on puisse faire présent ?
+Le courtier est là qui vous les procure, et qui
+« moyenne », comme on disoit, le marché.
+« Alors, lisons-nous dans l’<i>Hystoire du petit
+Jehan</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a>, à propos des palefreniers et maréchaux
+du roi auxquels, en arrivant, il s’étoit adressé,
+<span class="pagenum" id="pxij">-xij-</span>alors envoyèrent quérir les plus souffisants et
+féables couratiers de chevaux, et se informèrent
+des plus belles hacquenées qui fussent à Paris. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> T. I, p. 899.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Edit. Guichard, p. 69.</p>
+</div>
+<p>Les mariages mêmes déjà n’échappoient point
+à ces courtages, et les moines, disoient les mauvaises
+langues, s’en mêloient quelquefois. Ils se
+faisoient « moyenneurs de mariages », pour
+nous servir d’une expression de Philippe de
+Commines<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. Une satire contre les Dominicains,
+que cite Du Cange<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>, le leur reproche, ainsi que
+d’autres petits trafics de même sorte :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> Liv. III, ch. 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Nouv. édition, au mot <i lang="la" xml:lang="la">corraterius</i>.</p>
+</div>
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">De maint marchié sont couratiers</div>
+<div class="verse">Encor plus ils sont curatiers</div>
+<div class="verse i4">De mariages.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Dans tout cela, si ce n’est pour ce qui intéressoit
+les servantes, à l’isolement desquelles
+pourvoyoit si naturellement l’œuvre des <i>Catherinettes</i>,
+il n’y avoit pas eu d’avantages nouveaux
+et surtout désintéressés en faveur du public.</p>
+
+<p>Il lui manquoit toujours, lorsqu’il cherchoit à
+se renseigner sur ce qui lui importait pour ses
+besoins ou ses affaires, ce qui lui avoit manqué
+du temps d’Aristote.</p>
+
+<p>L’idée et les vœux de celui-ci restoient ainsi
+pleinement à satisfaire, lorsqu’au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, un
+homme du meilleur sens, le père de Montaigne,
+s’en occupa, croyant, d’ailleurs, qu’on ne l’y
+avoit pas devancé. Il ne les réalisa pas, même
+par un commencement de mise en pratique ;
+mais grâce à l’autorité de son fils qui eut l’excellent
+esprit d’en parler dans ses <i>Essais</i>, et d’insister
+<span class="pagenum" id="pxiij">-xiij-</span>sur ce qu’il y avoit là de nécessaire,
+la voie cette fois leur fut ouverte, et quelqu’un,
+comme nous le verrons, éclairé, guidé par ce
+qu’il en avoit dit, se trouva enfin pour les faire
+passer du projet à l’application.</p>
+
+<p>C’est au chapitre 34 de son 1<sup>er</sup> livre publié en
+1580, que sous ce titre : <i>D’un défaut de notre
+police</i>, Montaigne nous a entretenus des idées
+de son père sur ce point, sans savoir plus que lui
+du reste qu’il y avoit eu Aristote pour précurseur.</p>
+
+<p>« Feu mon père, dit-il, homme pour n’estre
+aidé que de l’expérience et du naturel, d’un
+jugement bien net, m’a dit autrefois qu’il avoit
+désiré mettre en train, qu’il y eust es villes certain
+lieu désigné, auquel ceux qui auroient besoin
+de quelque chose se peussent rendre, et
+faire enregistrer leur affaire à un officier estably
+pour cet effect : comme je cherche à vendre des
+perles, je cherche des perles à vendre, tel demande
+un ouvrier, qui ceci, qui cela chacun
+selon son besoin, et semble que ce moyen de
+nous entr’advertir apporteroit non légère commodité
+au commerce public ; car à tous coups il
+y a des conditions qui s’entrecherchent, et, pour
+ne s’entendre, laissent les hommes en extrême
+nécessité. J’entends avec une grande honte de
+notre siècle. »</p>
+
+<p>A ce propos, prenant alors l’idée par ce qu’elle
+a de plus élevé et de plus charitable, il laisse
+tout ce qui peut y intéresser le commerce, et ne
+voit que ce qui s’y trouveroit d’avantages pour
+ceux que, malgré leur mérite, la misère tue,
+les moyens leur manquant pour faire connaître
+que ce mérite est sans emploi.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="pxiv">-xiv-</span>Il cite, comme exemples, deux savants, l’un
+d’Allemagne, l’autre d’Italie, morts ainsi, dit-il,
+« en l’estat de n’avoir pas leur saoul à manger,
+et, ajoute-t-il, croy qu’il y a mil hommes qui
+les eussent appelez avec très-avantageuses conditions,
+ou secourus où ils estoient s’ils l’eussent
+sçu. »</p>
+
+<p>Il ne croit pas, en parlant ainsi, trop présumer
+du monde, « qui n’est pas, dit-il, si généralement
+corrompu. » Il se porte d’ailleurs garant que son
+père n’eût pas autrement agi. Quant à lui-même,
+en toute franchise, il avoue qu’il n’y eût peut-être
+pas été si empressé : « En la police œconomique,
+dit-il, mon père avoit cet ordre, que je
+sçay louer, mais nullement ensuivre. »</p>
+
+<p>Il n’y avoit guère en ce temps, sans journaux,
+que les livres pour répandre les idées, et comme
+beaucoup ne paroissoient que pour être oubliés,
+et déjà lettres mortes, ce qu’ils devoient faire
+connoître restoit comme eux inconnu. Les <i>Essais</i>,
+par bonheur, ne devoient pas être de ces mort-nés
+de la philosophie. Le succès fut très-vif, tant
+pour le livre et ses merveilleuses fantaisies de
+forme et d’allures, que pour ce qui s’y animoit de
+ces allures, et s’y revêtoit de cette forme.</p>
+
+<p>Tout germa, tout fructifia de ce qu’il portoit
+comme semence. Deux ans après qu’il eut paru,
+nous voyons, par exemple, publier à Genève un
+petit livret de renseignements, qui pourroit bien
+déjà n’être qu’une variante de ce que Montaigne
+avoit demandé. Il vouloit, lui, qu’en arrivant
+dans une ville, chacun pût savoir où trouver ce
+qu’il lui faut. Le petit livret dont nous parlons,
+prenoit l’idée à revers. Il vous renseignoit sur
+<span class="pagenum" id="pxv">-xv-</span>tout ce dont il faudroit se garder en s’aventurant
+dans les boutiques. C’étoit arriver au même but,
+mais par le côté contraire, comme on arrive à
+l’orthographe par la cacographie.</p>
+
+<p>Voici le titre, qui, tant il est net, nous dispensera
+de plus longues explications :</p>
+
+<p><i>Le Livre des Marchands, fort utile à toutes gens
+pour cognoistre de quelles marchandises on se doit
+donner garde d’estre deceu</i>. Genève, 1582, in-24.</p>
+
+<p>Sous Henri IV, ce fut mieux. L’homme à projets
+du règne, Barthélemy de Laffémas, « tailleur
+varlet de chambre du roy », comme il aimoit à
+se qualifier<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>, auquel l’industrie et le commerce
+de son temps durent tant de progrès<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>, et en
+auroient dû bien davantage, si le roi n’eût pas
+été tué, s’inspira de l’idée même de Montaigne,
+et en fit le point de départ d’un établissement,
+qui auroit pu complètement et très-largement la
+réaliser.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a> <i>Variétés hist. et litt.</i> de la Biblioth. Elzévirienne,
+t. VII, p. 303.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a> <i>Id. ibid.</i></p>
+</div>
+<p>Ce fut, malheureusement, parmi ses projets,
+un de ceux qui ne survécurent pas au roi qui
+protégeoit et qui encourageoit Laffémas. Cet
+appui manquant, il n’y donna pas suite. Comme
+la plupart des autres, il le laissa oublier, et l’on
+n’en sauroit même rien, si, après sa mort, son
+fils Isaac, le même qui fut le grand justicier de
+Richelieu<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>, n’en avoit pas parlé dans le traité
+où, sous ce titre : <i>Histoire du Commerce de
+<span class="pagenum" id="pxvj">-xvj-</span>France</i>, il ne fait guère que l’apologie historiée
+des projets de son père<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a> <i>Id.</i>, t. X, p. 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a> Cimber et Danjou, <i>Archives curieuses</i>, 1<sup>re</sup> série, t. XIV,
+p. 409-430.</p>
+</div>
+<p>Il ne dissimule pas pour celui-ci que l’inspiration
+lui en avoit pu venir de Montaigne « que
+l’on tient, dit-il<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>, avoir eu d’aussi heureuses et
+fortes conceptions qu’homme du monde. » Laffémas
+n’avoit fait que développer et étendre ;
+mais, cela, suivant son fils, en de telles proportions,
+que le projet en étoit devenu ce qu’il
+pouvoit y avoir de plus profitable pour l’intérêt
+du commerce.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a> <i>Id.</i>, p. 424.</p>
+</div>
+<p>Plus de difficultés dès lors, plus d’entraves.
+Les affaires, que d’utiles renseignements éclairent
+de partout, se font d’elles-mêmes, aussi bien sur
+place que par correspondance, car Laffémas n’a
+pas limité à une seule ville, à Paris, les bienfaits
+de sa fondation. Il veut que l’Europe, que le
+monde entier, s’il se peut, en profite.</p>
+
+<p>Son fils, qui reprend l’idée, ne la voit pas
+autrement. Il s’enthousiasme de cet accord universel
+entre tous les trafiquants de l’Univers ; il
+ne voit rien qui puisse y faire obstacle, si les
+Bureaux dont son père a conçu l’idée d’après
+celle du père de Montaigne, peuvent enfin
+s’établir :</p>
+
+<p>« J’attends cela, dit-il<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, de l’invention des
+Bureaux publics, qui défaillent seuls à la facilité
+de nostre commerce pour le rendre à sa perfection,
+bureaux, autant nécessaires à l’utilité publique
+<span class="pagenum" id="pxvij">-xvij-</span>et commodité des particuliers, que tout
+ce qu’on a inventé pour cet effet.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a> <i>Id.</i>, p. 423-424.</p>
+</div>
+<p>« Je veux, ajoute-t-il, signaler cette proposition
+entre les plus belles que mon père ait jamais
+faites, pour la première, plus utile, et de plus
+grande importance ; aussi est-ce un remède tacite
+à une infinité d’abuz, et un préservatif
+contre la ruine de notre commerce, outre tant
+de diverses particularitez que cela demanderoit
+autant d’histoires, auxquelles toutesfois faudroient
+et le papier et le temps.</p>
+
+<p>« Il me suffira de dire que seront certaines
+correspondances que les agents publics auront
+par toutes les villes, pour faire gérer et négocier
+toutes sortes d’affaires, qui leur seront volontairement
+et sans contrainte apportées en leurs
+bureaux. »</p>
+
+<p>Cela étoit écrit en 1606. Trois ans après,
+l’idée reparoissoit, mais sous une autre forme,
+celle d’une feuille de publicité, comme nous
+dirions, qui devoit répandre dans le public, ce
+que d’après le système de Laffémas, on eût été
+obligé d’aller chercher dans ses Bureaux.</p>
+
+<p>C’est sous le nom de <i>Gazette</i>, employé là pour
+la première fois, que cette feuille d’annonces
+devoit paroître. Viollet-le-Duc possédoit le seul
+livret qui en fut publié, et dont la rareté est
+telle, que jamais on n’en a vu que son exemplaire<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a> Brunet, <i>Manuel du Libraire</i>, t. II, col. 1515.</p>
+</div>
+<p>Cette <i>Gazette</i> est en rimes, comme il y en eut
+tant d’autres plus tard, et comme il en couroit
+déjà de manuscrites. Où la prose n’eût pas été
+<span class="pagenum" id="pxviij">-xviij-</span>permise alors, on toléroit ainsi les vers, surtout
+lorsque, comme ici, ils ne prenoient pas l’allure
+trop sérieuse de l’alexandrin.</p>
+
+<p>Dès son titre, <i>la Gazette</i>, dont nous allons
+faire rapidement l’analyse, d’après celle qu’en a
+donnée Viollet-le-Duc<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>, se déclare on ne peut
+mieux renseignée de partout, sur les hommes et
+sur les choses :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a> <i>Bibliothèque poétique</i>, 1843, in-8, p. 349-350.</p>
+</div>
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">La Gazette en ses vers</div>
+<div class="verse">Contente les cervelles ;</div>
+<div class="verse">Car de tout l’Univers</div>
+<div class="verse">Elle reçoit nouvelles.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>On y semble savoir ce que désiroient le père
+de Montaigne et Barthélemy de Laffémas. Tout
+ce qu’ils n’ont vu qu’en utopie, on y satisfait,
+on le réalise :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">La Gazette a mille courriers</div>
+<div class="verse">Qui logent partout sans fourriers.</div>
+<div class="verse">Il faut que chacun luy réponde</div>
+<div class="verse">Selon sa course vagabonde</div>
+<div class="verse">De ça, de là diversement,</div>
+<div class="verse">De l’Orient en Occident</div>
+<div class="verse">Et de toutes parts de la sphère,</div>
+<div class="verse">Sans laisser une seule affaire</div>
+<div class="verse">Soit d’Edit, de Commissions</div>
+<div class="verse">De düels, d’exécutions</div>
+<div class="verse">De pardons pleniers et de bulles,</div>
+<div class="verse">D’ambassadeurs venus en mulles…</div>
+<div class="verse">De morts subites de seigneurs</div>
+<div class="verse">Pour estre trop grands besogneurs</div>
+<div class="verse">Des livres de maître Guillaume…</div>
+<div class="verse">Quoi qu’il en soit rien ne s’oublie</div>
+<div class="verse">Car la Gazette multiplie</div>
+<div class="verse">Sans relasche ses postillons</div>
+<div class="verse">Vistes comme des Aquilons…</div>
+</div>
+
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="pxix">-xix-</span>Les modes auront leur chapitre, tant pour les
+hommes que pour les femmes.</p>
+
+<p>Les uns apprendront de quels « points » ou
+dentelles il sied de se parer, et quel air il faut
+donner, en la portant, à « la roupille » ou cape
+à l’espagnole :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">La Gazette en cette rencontre</div>
+<div class="verse">Comprend les poincts plus accomplis,</div>
+<div class="verse">Les courtes chausses à gros plis,</div>
+<div class="verse">Les gauches détours des roupilles, etc. ;</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Les autres, pour lesquelles le détail est plus
+étendu et plus galant, trouveront où s’aller fournir
+de ce qui intéresse la coquetterie :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i3">… Les méthodes,</div>
+<div class="verse">Les inventions et les modes,</div>
+<div class="verse">Des cheveux neufs à qui les veut,</div>
+<div class="verse">Fausses gorges à qui ne peut,…</div>
+<div class="verse">Nœuds argentez, lassets, escharpes,</div>
+<div class="verse">Bouillons en nageoires de carpes,</div>
+<div class="verse">Porte-fraises en entonnoir,</div>
+<div class="verse">Oreillettes de velours noir,</div>
+<div class="verse">Doubleures aux masques huilées,</div>
+<div class="verse">Des mentonnières dentellées,</div>
+<div class="verse">Des sangles à roidir le busc,</div>
+<div class="verse">Des endroits où l’on met le musc.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Tout cela — le ton le dit assez — n’étoit que
+pour rire. Cette <i>Gazette</i> semble n’avoir paru que
+pour se moquer de ce que pourroit être un journal
+de faits, d’avis et d’affaires, qui paroîtroit
+régulièrement. C’est ce qui, — de même que la
+mise à exécution si longtemps attendue de l’idée
+de Montaigne et de Laffémas, — ne tarda guère.</p>
+
+<p>Dès 1612, Théophraste Renaudot, médecin
+du Roi, se disant grand ami des pauvres,
+étoit en instance près de la Reine-mère, tant
+pour obtenir le privilége d’une <i>Gazette</i> que pour
+<span class="pagenum" id="pxx">-xx-</span>avoir, par privilége aussi, permission d’ouvrir
+des <i>Bureaux d’adresses</i> ; il complétoit ainsi une
+fondation par l’autre.</p>
+
+<p>Les <i>Bureaux</i> furent la première.</p>
+
+<p>Elle devança l’autre d’une année. A peine
+Renaudot en avoit-il émis le projet, qu’il recevoit
+l’approbation royale. Ce n’étoit malheureusement
+qu’un premier pas. Cinq ans se passèrent avant
+qu’il pût en faire un second. L’approbation royale
+étoit du 14 octobre 1612, il n’eut que le 30 octobre
+1617 l’approbation du Conseil. Il fallut
+ensuite aller devant le Parlement pour obtenir
+arrêt de jouissance. Les démarches traînèrent,
+avec une formalité par étape, du 30 octobre 1617
+au 3 février 1618, et du 16 février 1618 aux 28
+février et 22 mars 1624.</p>
+
+<p>Ce n’est pas tout, quand le Parlement eut
+approuvé, une nouvelle halte fut nécessaire pour
+attendre la déclaration royale. Elle n’arriva que
+quatre ans après, le 31 mars 1628. Enfin, Renaudot
+touchoit à son privilége, mais il fallut,
+pour qu’il l’eût en main, plus de quatorze mois
+encore. Il n’est daté que du 8 juin 1629.</p>
+
+<p>C’est à la fin de cette année qu’il ouvrit, je
+ne dirai pas <i>son</i>, mais ses <i>Bureaux</i>. Lui-même,
+en effet, nous donne à entendre qu’il en avoit
+plusieurs, par la façon dont il fait connoître son
+adresse, à la fin du titre de la brochure gr. in-4<sup>o</sup>
+de 34 pages, qu’il publia aussitôt pour mettre
+son idée au grand jour :</p>
+
+<p>« <i>Inventaire des addresses du Bureau de rencontre,
+où chacun peut donner et recevoir advis de toutes
+les nécessitez et commoditez de la vie et société
+humaine, par permission du Roy contenue en ses
+<span class="pagenum" id="pxxj">-xxj-</span>brevets</i>, etc. <i>Dédié à M<sup>gr</sup> le Commandeur de la
+Porte</i>, par T. Renaudot, médecin du Roy, à
+Paris, à l’enseigne du Coq, rue de la Calandre,
+sortant au Marché neuf où l’un desdits bureaux
+d’addresse est estably. »</p>
+
+<p>Dans la longue préface, dont il fit précéder
+cet « inventaire », et que reproduisit le <i>Mercure
+françois</i> de l’imprimeur Richer<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>, seul journal
+qu’il y eût alors, il avoue, tout en exposant son
+idée, à quelles sources il l’a prise. Il la déclare
+« fondée sur l’autorité d’Aristote » ; il invoque
+aussi celle du sieur de Montagne (<i>sic</i>) « pour
+servir de preuve, dit-il, au bien qui en reviendra. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a> T. XXII.</p>
+</div>
+<p>C’est en faveur des pauvres gens surtout qu’il
+veut que ce bien se produise. En cela, « Messieurs
+de la Ville » l’ont compris, puisqu’ils lui
+ont donné leur approbation, et Messieurs de
+l’Hôtel-Dieu de même, qui, le 28 janvier 1628,
+lui ont accordé leur patronage.</p>
+
+<p>Renaudot est médecin, et ne l’oublie jamais.
+C’est ce qui lui a fait rechercher, et sans doute
+aussi obtenir cette protection de l’Hôtel-Dieu.
+L’indication des remèdes qu’il aura, d’ailleurs,
+soin de choisir parmi les plus efficaces, sera
+pour une bonne part dans les annonces qu’il
+fera, et dont il complétera le détail à ceux qui
+voudront bien venir se renseigner au « Bureau
+d’adresse. »</p>
+
+<p>Par une singulière rencontre, Blegny, le faux
+Abraham du Pradel, dont nous publions le volume,
+s’occupoit aussi — nous ne le verrons que
+<span class="pagenum" id="pxxij">-xxij-</span>trop bientôt — de remèdes de toutes sortes.</p>
+
+<p>S’il publia son <i>Livre commode</i>, ce fut avant tout
+pour les faire connoître, de même que Renaudot
+n’établit en grande partie ses bureaux, nous en
+jurerions, que pour donner de la publicité aux
+siens<a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>. Ainsi les deux premières sources de renseignements
+qui se soient ouvertes pour le public,
+seront parties du même point vers un but
+identique.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>V.</i> notamment à ce sujet dans le <i>Sommaire du chapitre
+de l’Inventaire des addresses du Bureau</i> ou <i>table de
+Rencontre</i>, les chap. XVI-XVIII.</p>
+</div>
+<p>Renaudot, le médecin, pour trouver l’emploi
+de sa science et de ce qu’elle possédoit, fonde
+<i>le Bureau d’adresse</i> ; Blegny, l’apothicaire, pour
+faire connoître et placer ses marchandises d’empirique,
+crée <i>l’Almanach des adresses</i>.</p>
+
+<p>Renaudot n’avoua qu’à mots couverts, on le
+comprend, cette particularité tout égoïste de sa
+fondation. La charité en fut le but le plus en
+vue. Venir en aide aux pauvres sans ouvrage,
+voilà, nous l’avons dit, voilà surtout ce qu’il
+veut. Il reprend aussi, mais plus largement et à
+poste fixe, la mission des <i>proxènes</i> antiques et
+des <i>couratiers</i> du moyen-âge, mais cela sans
+vouloir faire concurrence à ceux qui, de son
+temps, pouvoient encore avoir des métiers pareils.
+Loin de chercher à les gêner, il les aidera :
+son bureau, dit-il, « sera commode même aux
+entremetteurs et proxenettes. »</p>
+
+<p>Il va de soi que ces mots sont pris par lui
+dans le sens le plus honnête.</p>
+
+<p>Ensemble, eux et lui serviront de guides aux
+<span class="pagenum" id="pxxiij">-xxiij-</span>nouveaux venus de l’étranger et de la campagne,
+dont Paris, s’ils ne savent comment s’y
+retrouver, épuise si vite les ressources.</p>
+
+<p>Il se dévouera plus qu’aux autres encore à ces
+imprudents des villages et des champs qui s’y
+risquent à l’aventure, sans prévoir que les pires
+dangers les attendent à l’arrivée :</p>
+
+<p>« Ils accourent à trouppes en cette ville, qui
+semble être le centre et le pays commun de
+tout le monde, sous l’espérance de quelque
+avancement, qui se trouve ordinairement vaine
+et trompeuse : car ayant despencé ce peu qu’ils
+avoient au payement des bienvenuës et autres
+frais inutiles ausquels les induisent ceux qui
+promettent de leur faire trouver employ, et aux
+desbauches qui s’y présentent d’elles-mêmes
+auxquelles leur oisyveté donne un facile accez,
+ils se trouvent accueillis de la nécessité avant
+qu’avoir trouvé maistre : d’où ils sont portés à
+la mendicité, aux vols, meurtres et autres
+crimes énormes… Au lieu qu’ils pourront
+désormais une heure après leur arrivée en cette
+ville, venir apprendre au Bureau s’il y a quelque
+employ ou conditions présentes, et y entrer
+beaucoup plus aisement qu’ils ne feroient après
+avoir vendu leurs hardes ; ou, n’y en ayant
+point, se pourvoir ailleurs. Ce qui fera discerner
+plus facilement les fainéants et gens sans adveu,
+pour en faire la punition qu’il appartiendra. »</p>
+
+<p>Combien en coûtoit-il pour aller se renseigner
+chez Renaudot, et pour faire inscrire sur son
+registre l’emploi qu’on désiroit, la marchandise
+qu’on vouloit acheter ou vendre, la maison qu’on
+cherchoit à louer, et jusqu’à la femme ou au
+<span class="pagenum" id="pxxiv">-xxiv-</span>mari, dont il pouvoit vous pourvoir, car la variété
+de ses indications s’étendoit à toutes ces
+choses ? Il a oublié de nous l’apprendre, mais
+nous l’avons su autrement.</p>
+
+<p>Pendant le second carnaval, c’est-à-dire celui
+de 1631, qui suivit l’installation du Bureau de
+rencontre, lequel, on le pense bien, avoit, comme
+invention nouvelle, fait événement, un faiseur
+de « ballets », sortes de pièces, moitié dansées,
+moitié chantées, où tous les à-propos étoient
+volontiers saisis, s’avisa de prendre pour types
+Renaudot et ses clients. Il le fit assez habilement
+pour que le Roi demanda que la représentation
+fût donnée devant lui ; et aussi, — ce qui étoit
+un succès peu commun, — pour que la pièce
+après avoir été chantée et dansée fût imprimée.</p>
+
+<p>En voici le titre : <i>Ballet du Bureau de rencontre
+dancé au Louvre devant Sa Majesté</i>, Paris, Julian
+Jacquin, 1631, in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a> Les vers furent publiés à part, la même année, sous
+ce titre : <i>Vers du ballet du Bureau des addresses</i>, 1631,
+in-4<sup>o</sup> ; ils ont été reproduits dans la publication de J. Gay,
+<i>Ballets et mascarades de Cour</i>, 1869, in-12, t. IV, p. 175.</p>
+</div>
+<p>Le Maistre du Bureau avoit, cela va de soi,
+l’un des principaux rôles. Il commençoit par un
+récit en trois couplets, dont nous vous devons
+au moins le premier, car c’est là que se trouve
+le détail sur le prix des consultations oublié
+dans la préface de Renaudot. Il étoit, comme
+on va le voir, des plus modiques :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Filles, qui cherchez maris,</div>
+<div class="verse">Beaux garçons qui cherchez femmes,</div>
+<div class="verse">Voici l’unique à Paris</div>
+<div class="verse">Pour satisfaire vos âmes ;</div>
+<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxv">-xxv-</span>Donnez trois sols tant seulement</div>
+<div class="verse">Vous aurez contentement.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Quelques couplets d’avant-propos adressés
+<i>aux Curieux</i>, avoient avec une assez gaillarde
+bonhomie expliqué le secret de l’affaire, où, en
+payant si peu, l’on pouvoit tout apprendre. C’est
+la préface même de Renaudot résumée en rimes :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">En ces lieux il vient d’arriver</div>
+<div class="verse">Un homme qui sçait tout trouver,</div>
+<div class="verse">Et chez qui de tout se fait montre ;</div>
+<div class="verse">Sans dire ni quoy ni comment,</div>
+<div class="verse">Son registre ne faut, ne ment ;</div>
+<div class="verse">Il tient le bureau de rencontre.</div>
+
+<div class="verse stanza">Par luy vous aurez des laquais</div>
+<div class="verse">Et pour faire de bons acquets,</div>
+<div class="verse">Vous sçaurez les terres en vente,</div>
+<div class="verse">Les offices à résigner,</div>
+<div class="verse">Les deniers qui sont à donner</div>
+<div class="verse">Et prendre à interests ou rente.</div>
+
+<div class="verse stanza">Aussi vous serez advertis</div>
+<div class="verse">Qu’il enseigne les bons partis</div>
+<div class="verse">Pour assortir un mariage,</div>
+<div class="verse">Et fait, comme bien entendu,</div>
+<div class="verse">Retrouver ce qu’on a perdu,</div>
+<div class="verse">Fors des filles le pucelage.</div>
+
+<div class="verse stanza">Pour les femmes il est adroit</div>
+<div class="verse">A leur trouver en bon endroit</div>
+<div class="verse">Nourrice ou servante à les suivre.</div>
+<div class="verse">En son fait, il est diligent,</div>
+<div class="verse">Et ne couste guère d’argent</div>
+<div class="verse">A se faire escrire en son livre<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a> Il parut une nouvelle édition de ce livret l’année suivante,
+avec des preuves de la reconnoissance de Renaudot :
+<i>Ballet du Bureau de rencontre, ensemble le remercîment du
+maître du Bureau d’Adresse, à ceux qui dansent son ballet</i>,
+1632, in-12.</p>
+</div>
+<p>Tout cela n’est que de la vérité en riant. Renaudot,
+en son bureau, vous pourvoyoit réellement,
+<span class="pagenum" id="pxxvj">-xxvj-</span>si pour trois sous on vouloit bien s’adresser
+à lui, de tout ce qui vient d’être ici annoncé aux
+curieux.</p>
+
+<p>On a connu la diversité des renseignements
+dont il disposoit, et l’ordre avec lequel il en
+tenoit registre, par la découverte et la reproduction<a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a>
+que nous fîmes, il y a quelques années,
+de l’une des feuilles qui, ajoutant une publicité
+de plus à son établissement, en étoient, pour
+ainsi dire, les <i>petites affiches</i>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Variétés histor. et litt.</i>, t, IX, p. 51 et suiv.</p>
+</div>
+<p>Il en sera parlé un peu plus loin dans une
+note<a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a> P. <a href="#p9">9</a>-10.</p>
+</div>
+<p>Ces feuilles, qui paroissoient tous les trois
+mois — celle que nous avons publiée est la
+quinzième — complétoient pour Renaudot non-seulement
+son Bureau d’adresse ou de publicité,
+comme nous dirions, mais aussi son autre fondation,
+<i>la Gazette</i>, qui, à partir de 1631, c’est-à-dire
+un an après que ce Bureau eut été fondé,
+marcha de pair avec lui.</p>
+
+<p>Lorsqu’un événement n’avoit pas assez d’importance
+pour figurer dans la Gazette, ou exigeoit
+un récit trop développé pour qu’il y pût trouver
+place, Renaudot l’ajournoit jusqu’à sa prochaine
+feuille d’annonces. Il l’y publioit en tête, et les
+petites affiches venoient à la suite avec tout leur
+détail.</p>
+
+<p>Pour cette <i>Quinziesme feuille du Bureau
+d’addresse</i>, datée du 1<sup>er</sup> septembre 1633, c’est
+le récit du <i>Duel signalé d’un Espagnol et d’un
+Portugais</i> qui marche en avant. Puis viennent
+<span class="pagenum" id="pxxvij">-xxvij-</span>les annonces les plus diverses : Terres seigneuriales
+à vendre ; Maisons et héritages aux champs
+en roture à vendre ; Maisons à Paris à vendre ;
+Maisons à Paris à donner à loyer ; Maisons à
+Paris qu’on demande à prendre à loyer ; Rentes
+à vendre, Bénéfices à permuter, Offices à vendre ;
+Meubles à vendre, et enfin Affaires meslées,
+où se trouve en effet le pêle-mêle de demandes
+ou de propositions le plus singulier et le moins
+attendu.</p>
+
+<p>On demande par exemple : « un homme qui
+sçache mettre du corail en œuvre. » Plus loin,
+c’est quelqu’un qui « voudroit compagnie pour
+aller en Italie dans quinze jours. » Mais l’article
+le plus curieux est le dernier : « On vendra un
+jeune dromadaire à prix raisonnable. »</p>
+
+<p>Nous ignorons quel fut au juste le sort du Bureau
+d’adresse, et surtout celui de ses feuilles d’annonces.
+Renaudot, qui ne mourut qu’au mois
+d’octobre 1653, laissa-t-il cet établissement dans
+un état aussi prospère que La Gazette, qui, elle,
+ne périclita jamais, l’appui du Roi, dont le gazetier
+n’étoit guère que le mandataire, étant toujours
+là pour la garer de tout péril ? Nous ne
+le pensons pas.</p>
+
+<p>Un livret antérieur de six ans à la mort du
+gazetier, et que nous ne connaissons malheureusement
+que par son titre : <i>Renouvellement des
+bureaux d’adresse</i>, prouveroit que l’affaire n’avoit
+pas marché sans encombre<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Si on la renouveloit,
+c’est qu’elle avoit été interrompue, et la ténacité
+<span class="pagenum" id="pxxviij">-xxviij-</span>de Renaudot étant connue, la malechance pouvoit
+seule avoir été cause de cette interruption.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a> Il existoit sans doute encore toutefois en 1640, car
+à cette époque un nouveau <i>Ballet du Bureau des Addresses</i>
+fut dansé à Dijon devant M<sup>gr</sup> le Prince. <i>V.</i> le recueil cité
+plus haut, t. VI, p. 17-31.</p>
+</div>
+<p>La brochure, qui semble annoncer la reprise,
+est de 1647, mauvaise date, car elle touche de
+bien près celle des premiers troubles de la Fronde,
+où — ce qui arriva du reste — le journalisme
+des libelles pouvoit bien naître, mais où, par
+contre, celui des annonces n’étoit pas de nature
+à revivre. Nous sommes donc autorisés à penser
+que la <i>Feuille du bureau d’adresse</i>, malgré ce que
+Renaudot avoit fait pour la ressusciter, étoit bel
+et bien morte, lorsqu’il mourut lui-même en 1653.</p>
+
+<p>Il n’en resta que le privilége, qui fut plusieurs
+fois cédé plus tard, comme nous verrons.</p>
+
+<p>La <i>Gazette</i>, qui avoit aussi le sien, survécut
+à Renaudot. Transmise à son fils Eusèbe, comme
+un héritage, elle fit survivre le Bureau d’adresse,
+d’où elle étoit sortie avec l’autre feuille.</p>
+
+<p>Le logis de Renaudot, où Eusèbe resta jusqu’à
+ce que le roi lui eut donné un logement au
+Louvre, n’eut plus que ce nom : le Bureau.</p>
+
+<p>Il n’y falloit plus aller, comme auparavant,
+chercher « les adresses » et les renseignements,
+qu’il sembloit toujours annoncer, mais à la place
+on y trouvoit des nouvelles. Loret, lorsqu’il en
+manque pour avoir de quoi mettre en rimes
+dans sa <i>Muse historique</i>, ne va pas autre part,
+et il recommande de faire comme lui, pour
+peu qu’on veuille, sur un fait quelconque, en
+savoir plus qu’il n’en a pu dire.</p>
+
+<p>« Mais », dit-il, par exemple<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>, à propos des
+merveilles d’une fête donnée à Naples,</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxix">-xxix-</span>Mais si quelques gens curieux</div>
+<div class="verse">Désirent de s’instruire mieux…</div>
+<div class="verse">Il faut aller chez Renaudot,</div>
+<div class="verse">C’est-à-dire au Bureau d’adresse.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a> <i>La Muse historique</i>. Édit. Elzévir., t. III, p. 268
+(16 octobre 1660).</p>
+</div>
+<p>Cette source, la seule où voulut puiser son
+journalisme naïf, étoit pour lui celle de toutes
+vérités.</p>
+
+<p>« Messieurs du Bureau d’adresse », comme il
+appelle Eusèbe Renaudot et ses aides<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>, se tenoient-ils
+muets sur une affaire, elle étoit pour lui non
+avenue. Si le bruit, par exemple, s’est répandu
+que le maréchal Fabert est mort à Sedan, le
+17 mai 1662, il n’y veut pas croire, la <i>Gazette</i>
+n’en ayant pas parlé. Le fait, vrai pour tout le
+monde, ne le sera pour lui que lorsqu’elle l’aura
+certifié :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 578 (2 décembre 1662).</p>
+</div>
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Mais je doute un peu sur ce point</div>
+<div class="verse">Car le Bureau n’en parle point,</div>
+<div class="verse">C’est-à-dire la gazette en prose,</div>
+<div class="verse">Qui doit parler de toute chose<a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a> <i>Ibid.</i>, 540 (19 août 1662).</p>
+</div>
+<p>La <i>Gazette</i>, qui ne paroissoit alors que tous
+les samedis<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>, est « son oracle hebdomadaire ».
+Ses « ordinaires », c’est-à-dire ses numéros de
+chaque semaine suffisent plus ou moins à Loret,
+mais lorsqu’elle se donne le luxe assez fréquent
+d’un « extraordinaire » — nous dirions d’un
+supplément — il est ravi.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 278 (21 juillet 1657).</p>
+</div>
+<p>Les événements d’importance, dont le récit demande
+à être développé, fournissoient la matière
+de ces extraordinaires, qui étoient, à la suite de
+la <i>Gazette</i>, ce qu’avoient été, comme nous l’avons
+<span class="pagenum" id="pxxx">-xxx-</span>vu plus haut, les récits ou descriptions à développements
+de même sorte, mis en tête des feuilles
+du Bureau d’adresse, dont, par là, survivoit ainsi
+quelque chose.</p>
+
+<p>La <i>Gazette</i> n’en avoit rien gardé de plus.
+Jamais, dans aucune partie de ses numéros, ne
+figurèrent ce qu’alors on appeloit « adresses »,
+et ce que nous appelons « annonces et réclames ».</p>
+
+<p>En cela, Loret la suppléa. Sa <i>Muse historique</i>
+ne s’en fit pas faute. Chaque fois qu’il y peut
+recommander quelqu’un, faire valoir quelque
+chose, indiquer où se peut voir tel spectacle ou
+telle curiosité et à quel prix, il y est exact et
+empressé.</p>
+
+<p>Les feuilles du Bureau se retrouvent ainsi en
+détail dans les siennes avec la rime de plus.</p>
+
+<p>Il nous fait par exemple connoître le premier
+les expériences de la machine à calculer du
+jeune Pascal<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>, sans trop se douter qu’il donne
+l’éveil sur le génie d’un grand homme. A quelques
+rimes plus loin, en effet, il est bien autrement
+enthousiaste pour l’empirique de philosophie
+Lesclache.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Id.</i>, t. I, p. 232 (14 avril 1652).</p>
+</div>
+<p>Richesource, autre charlatan, mais de beau
+langage, obtient de même la faveur d’une
+chaude recommandation de sa part, avec regret
+de ne pouvoir dire encore où se donneront ses
+conférences. Il y aura heureusement un moyen
+de la savoir, et il l’indique :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Les affiches qu’en grosse lettre</div>
+<div class="verse">Aux lieux publics il fera mettre</div>
+<div class="verse"><span class="pagenum" id="pxxxj">-xxxj-</span>Pourront apprendre où ce sera</div>
+<div class="verse">Au curieux qui les lira<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 553 (16 nov. 1658).</p>
+</div>
+<p>Quand il peut lui-même dire l’adresse, il n’y
+manque pas. Ainsi, à propos de la <i>Philosophie</i>
+de René Bary, après avoir écrit :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Ce livre de rare mérite</div>
+<div class="verse">Chez son propre auteur se débite,</div>
+</div>
+
+</div>
+<p class="noindent">il met en marge : « Rue des Petits-Champs,
+chez madame Bataille<a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. » C’est, comme on
+voit, l’annonce complète.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a> <i>Id.</i>, t. III, p. 186 (3 avril 1660).</p>
+</div>
+<p>Ailleurs, s’il parle d’un concert, tel que
+ceux qu’on faisoit entendre en 1656, dans la
+salle du Palais-Royal, construite par Richelieu
+pour sa <i>Mirame</i>, et qui devoit quelques années
+après devenir le théâtre de Molière, il nous en
+dit le prix :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i1">… obligeamment on les donne</div>
+<div class="verse">Pour trente sols chaque personne<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 263 (11 nov. 1656).</p>
+</div>
+<p>Il annonce aussi, avec le même détail, chaque
+livret des Ballets du Roi, que publie Balard,
+« et », dit-il,</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Et qui doit être lu de tous</div>
+<div class="verse">Car on ne le vend que dix sous<a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 292 (20 juillet 1657).</p>
+</div>
+<p>Pour les théâtres en général, il ne ménage
+pas les recommandations, ou, suivant le mot
+d’aujourd’hui, « les réclames ». Celui du Marais
+est en cela toutefois son préféré. C’est là que
+Corneille donne le plus volontiers ses pièces, et
+en qualité de Normand, Loret croit se devoir
+<span class="pagenum" id="pxxxij">-xxxij-</span>tout entier à cette gloire de la Normandie. La
+tragédie à machines, <i>la Toison d’or</i>, que Corneille
+appela d’abord <i>Jason</i>, est-elle à l’étude dans
+cet ancien Jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple,
+vite, il en avertit le public. Dès
+que les premières affiches sont placées, sans
+perdre de temps il lui dit : lisez-les :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Les affiches marquent l’endroit,</div>
+<div class="verse">L’heure, le prix et la journée</div>
+<div class="verse">Et c’est toujours l’après-dînée<a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 437 (3 déc. 1661).</p>
+</div>
+<p>Voilà, certes, un beau zèle de littérature. Il
+ne faut pas lui en savoir trop de gré. Pour des
+spectacles bien inférieurs : pour un jeune géant
+qui se fit voir au bout du Pont-Neuf, une première
+fois<a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a>, et qui, deux ans plus tard, y revint,
+après avoir encore grandi<a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a> ; pour une baleine
+bien conservée, que l’on pouvoit aller admirer
+à Chaillot<a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>, il n’a pas des réclames moins empressées.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 543 (15 oct. 1659), et p. 552 (16 nov.).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a> <i>Id.</i>, t. III, p. 288 (4 déc. 1660), et p. 306 (8 janv.
+1661).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a> <i>Id.</i>, t. II, p. 543 (19 oct. 1659), et p. 549 (2 novembre).</p>
+</div>
+<p>Que gagnoit-il à tout cela ? Rien, ou fort peu
+de chose : son entrée gratuite, par exemple, de
+même qu’il avoit, sans doute à meilleur compte,
+après les avoir maintes fois annoncées, quelques
+billets des loteries, dont il couroit avidement les
+hasards<a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a> <i>Ibid.</i>, 433 (19 janv. 1658) et p. 439 (2 fév.).</p>
+</div>
+<p>Il trouvoit aussi en voisin quelques profits
+à grappiller lorsqu’il avoit agréablement parlé
+<span class="pagenum" id="pxxxiij">-xxxiij-</span>des fournisseurs renommés qui se groupoient,
+non loin du Louvre, aux environs de l’hôtel
+Schomberg, son premier logis, ou tout près de
+la rue de l’Arbre-Sec, qu’il habita ensuite.</p>
+
+<p>Il est certain que lorsqu’il s’étend complaisamment
+sur les merveilles de l’industrie de sa
+voisine Madame Touzé, qui fait les perruques
+du bel air<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a> ; sur les friandises de la célèbre
+boutique de Francœur, l’épicier-confiturier<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>, et
+sur l’excellence de l’hypocras de Maillard,
+« apothicaire près Saint-Honoré<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a> », c’est-à-dire
+à deux pas de Francœur, ses rimes ne doivent
+pas être désintéressées. Il y aura gagné, nous
+n’en doutons pas : ici, une perruque de la bonne
+façon ; là, quelques sucreries, et, chez Maillard,
+quelques-unes de ces bonnes rasades, qui ne lui
+déplaisoient point.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 186 (29 avril 1656).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a> <i>Id.</i>, t. III, p. 293 (18 déc. 1660).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a> <i>Ibid.</i>, p. 307 (8 janv. 1661).</p>
+</div>
+<p>Du Laurens, qui lui succéda, sous le pseudonyme
+de Robinet, fit de même et eut sans
+nul doute les mêmes profits. Il étendit, qui
+plus est, la réclame et la détailla mieux. Comme
+en ce temps-là tout étoit curiosité : soit une
+belle maison, telle que l’hôtel d’O, dans le
+quartier du Temple, qu’on alloit voir pour un
+sou<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>, soit simplement quelques beaux meubles,
+dont la mise en montre se payoit aussi, mais
+souvent plus cher, il ne perdit pas l’occasion
+de faire quelques bénéfices par l’annonce de ces
+choses à recommander. Il nous semble notamment
+<span class="pagenum" id="pxxxiv">-xxxiv-</span>plus que probable que ce ne fut pas pour
+rien qu’il se complut à décrire trois meubles,
+dont au mois d’avril 1669 on faisoit l’exposition
+rue de Richelieu. Il eut certainement sa part
+plus ou moins forte dans les quinze sous par
+personne qu’on payoit pour les aller voir. <i>Ce
+sont</i>, dit-il,</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a> Sauval, t. II, p. 241.</p>
+</div>
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Ce sont trois rares cabinets</div>
+<div class="verse">Dont plus de mille Robinets,</div>
+<div class="verse">Comme moi, seroient fort à l’aise,</div>
+<div class="verse">Et même, ne vous en déplaise,</div>
+<div class="verse">Des comtes, barons et marquis<a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a>.</div>
+</div>
+
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a> <i>Gazette</i> de Robinet (13 avril 1669).</p>
+</div>
+<p>En marge, il ajoute pour bien fixer l’annonce
+par l’adresse exacte : « Rue de Richelieu, vis-à-vis
+le bain royal ; la porte est marquée par
+des affiches. »</p>
+
+<p>Il y avoit dans tout cela un vieux reste de la
+Feuille d’adresse, mais cette feuille même ne
+reparaissoit pas.</p>
+
+<p>Personne ne s’en faisoit céder le privilége
+resté aux Renaudot. Au commencement de 1670,
+il y eut un essai, sans doute par suite d’une
+cession. Il semble n’avoir pas abouti. Nous
+n’avons vu qu’un numéro, le premier, de la
+feuille nouvelle qui portoit ce titre : <i>Liste des
+avis du Bureau d’adresse</i>.</p>
+
+<p>Six ans se passèrent sans qu’il y eût d’autre
+tentative pour reprendre et exploiter le privilége.</p>
+
+<p>François Colletet, le poète crotté de Boileau,
+s’en avisa enfin avec l’audace des gens qui
+n’ont rien à perdre.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="pxxxv">-xxxv-</span>En 1676, à la fin de juin, on vit tout à coup
+paraître une feuille, s’annonçant comme hebdomadaire
+et portant ce titre : <i>Journal de la ville
+de Paris contenant ce qui se passe de plus mémorable
+pour la curiosité et avantage du public</i>.</p>
+
+<p>C’étoit la Gazette d’affaires et d’adresses de
+François Colletet. Il y procédoit un peu comme
+Renaudot, avec cette différence qu’au lieu d’y
+mettre en tête, avant les annonces et avis,
+quelque long récit, tenant toute la place, il y
+débitoit les nouvelles intéressantes de la semaine,
+jour par jour.</p>
+
+<p>C’est ce qui le perdit. Sur une plainte qui
+vint, soit de la <i>Gazette</i>, qui ne vouloit pas qu’on
+touchât à ces nouvelles mondaines auxquelles
+elle-même pourtant dédaignoit de toucher ; soit
+du <i>Mercure</i>, encore nouveau et d’autant plus
+ardent à repousser tout ce qui pouvoit lui faire
+concurrence, Colletet reçut ordre de ne pas continuer,
+du moins sous cette forme. Son journal
+n’eut qu’un seul numéro.</p>
+
+<p>Ce n’étoit pas une fin, toutefois, ce n’étoit
+qu’une évolution. Se conformant à l’ordre reçu,
+sans abandonner l’idée qu’il reprenoit, Colletet
+ne perdit pas un jour, pas une heure, pour
+publier une feuille nouvelle, où il se tiendroit,
+en un cahier de quelques pages, aux seules
+choses, dont on lui laissoit la disposition : les
+annonces.</p>
+
+<p>Le contenu de la feuille changeant ainsi, son
+titre devoit changer de même. Il prit celui-ci :
+<i>Journal des avis et affaires de Paris</i>.</p>
+
+<p>La première fondation de Renaudot renaissoit.
+Colletet donna même à entendre que son
+<span class="pagenum" id="pxxxvj">-xxxvj-</span>entreprise n’en étoit que la suite. Dans le préambule
+d’un de ses numéros, il parle du privilége
+obtenu sous Louis XIII pour une feuille de
+même sorte que la sienne, et qui seroit devenu
+le sien<a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>. Ce ne peut être certainement que celui
+de Renaudot le père, dont il seroit ainsi, nous
+ne savons comment et avec quel argent, parvenu
+à se faire accorder la cession.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a> V. un excellent article de M. Hatin, <i>Bulletin du
+Biblioph.</i>, 1861, p. 620.</p>
+</div>
+<p>A son Journal d’affaires, il joignit, lui aussi,
+comme c’étoit naturel, un Bureau d’adresse. Il
+y recevoit trois fois par semaine : les lundi,
+mercredi et vendredi, de une heure à six heures
+dans les grands jours, et jusqu’à quatre et demie
+seulement en hiver. C’est là qu’il complétoit,
+pour quiconque venoit le consulter, les avis
+donnés par sa feuille, et que prudemment il
+n’avoit fait qu’y ébaucher.</p>
+
+<p>Ce bureau, d’abord, fut bien loin du centre
+des affaires pour lesquelles il étoit fondé. Colletet
+n’avoit pas voulu quitter la maison du quartier
+Saint-Victor, où avoit vécu son père, et
+dont comme lui il étoit fier, car c’étoit celle que
+Ronsard avoit habitée. C’est donc rue du Mûrier,
+derrière le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonet,
+qu’étoit installé son bureau. Personne ne
+vint, et force lui fut, la clientèle n’arrivant
+point, de faire quelques pas pour aller à elle.
+Nous voyons que lorsque parut son onzième
+numéro — c’étoit peut-être un peu tard — il s’y
+étoit enfin décidé.</p>
+
+<p>Son nouveau logis fut du reste d’un bon
+<span class="pagenum" id="pxxxvij">-xxxvij-</span>choix, il se trouvoit sur le quai de l’Horloge,
+entre le Palais et le Pont-Neuf, les deux centres
+du mouvement et de la vie de Paris en ce
+temps-là. Dans cette même onzième feuille, il
+donne cette nouvelle adresse de son bureau,
+aussi bien qu’on pouvoit la donner alors, le
+numérotage des maisons n’existant pas : « Les
+affiches, ajoute-t-il, marqueront la porte. » Trois
+semaines après, le public ne l’avoit pas trouvée.
+Colletet nous l’apprend avec une certaine mélancolie
+dans son numéro quatorze, celui du 27
+octobre. Il y avoue qu’on ne le connoît encore
+que bien peu, mais il ne perd pas courage. Il
+espère que les affaires viendront, « Dieu aidant,
+écrit-il, quand les affiches auront fait connoître
+plus amplement notre demeure, et que nos
+cahiers auront appris à tout le monde ce qui
+résulte de notre innocent commerce. »</p>
+
+<p>Le mot « innocent » n’est pas mis là pour
+rien par Colletet. Sa feuille étoit menacée,
+comme l’avoit été la première, on intriguoit
+contre elle auprès de La Reynie, qui, par un
+mémoire, en référoit à Colbert, dont le fils,
+Seignelay, se chargeoit d’en résumer la teneur
+au roi. Le pauvre Colletet avoit plus ou moins
+vent de tout cela, et il croyoit aller au-devant
+du coup et le parer, en faisant valoir, comme
+on l’a vu, ce que son humble feuille avoit
+d’inoffensif. Il en fut pour sa peine.</p>
+
+<p>Le 27 novembre, c’est-à-dire jour pour jour
+un mois après sa timide protestation d’innocence,
+M. de La Reynie reçut ordre de supprimer
+ses cahiers. Voici la lettre qu’à ce propos
+lui écrivit Seignelay :</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="pxxxviij">-xxxviij-</span>« J’ai rendu compte au Roy du mémoire que
+vous avez donné à mon père au sujet du <i>Journal
+des affaires de Paris</i>, que le nommé Colletet
+s’est ingéré de faire imprimer. Sa Majesté m’a
+ordonné de vous dire qu’elle veut que vous en
+défendiez le débit et l’impression<a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a> <i>Correspondance administrative de Louis XIV</i>, t. II,
+p. 369.</p>
+</div>
+<p>C’étoit formel. Colletet, à qui La Reynie ne
+fit pas attendre la décision royale, dut se soumettre.
+Par suite, nouvelle interruption de la
+publicité des adresses et des avis. Deux ans
+après, l’instant paraissant favorable, car on parloit
+de la paix, qui en effet ne tarda pas, elle
+reprend son cours. Il paroît en 1678 un petit
+livret in-12 sous ce titre : <i>Le Bureau d’adresse
+établi pour les maîtres qui cherchent des serviteurs
+et pour les serviteurs qui cherchent des maîtres</i>.
+On ne pouvoit être plus modeste. L’échec de
+Colletet, puni d’avoir voulu trop faire, servoit de
+leçon. L’idée revenoit timidement à son berceau.
+Quand on lisoit le livret on ne la trouvoit
+plus, il est vrai, aussi élémentaire ; elle reprenoit
+toutes les proportions que lui avoient
+rêvées Montaigne et Laffémas et qu’elle avoit
+prises avec Renaudot et Colletet.</p>
+
+<p>Au lieu d’être seulement, comme l’indiquoit le
+titre, une sorte d’extrait des registres d’une recommanderesse,
+la feuille du Bureau redevenoit un
+véritable Journal d’avis. Eusèbe Renaudot, à qui
+Colletet dépossédé n’a voit pu que rendre son privilége,
+y étoit-il pour quelque chose ? Rien de plus
+probable. La feuille, en effet, est privilégiée du
+<span class="pagenum" id="pxxxix">-xxxix-</span>roi, et s’en fait gloire sur son enseigne, comme
+on le verra par cette mention, qui se trouve à
+la fin : « Le bureau est establi au Marché neuf,
+vers le milieu du costé de la rivière, vis à vis
+un tabletier : on verra le tableau sur la porte
+avec les <i>armes du roy</i>. »</p>
+
+<p>Ce ne lui fut pas une recommandation de
+succès. Nous ne connoissons qu’un numéro de
+cette feuille.</p>
+
+<p>Une autre ne tarda pas. Le courant étoit pris :
+coûte que coûte, malgré obstacles et insuccès,
+il falloit que, jusqu’à ce qu’enfin elle se fût fait
+complètement jour, cette idée de publicité ne
+cessât pas de renaître, sous l’impulsion des
+exigences nécessaires, qui, de tous côtés, la
+poussoient en avant.</p>
+
+<p>Ce nouveau <i>Journal du bureau de rencontre</i> — c’est
+ainsi qu’il s’appeloit — parut en 1681. Les
+Renaudot n’y furent pour rien que par la cession
+du privilége, comme avec Colletet. Eusèbe étoit
+mort en 1679, et son fils, l’abbé, s’occupoit
+beaucoup moins de ces sortes d’affaires que de
+philologie orientale.</p>
+
+<p>C’est à Devizé, qui depuis neuf ans faisoit
+vivre tant bien que mal le <i>Mercure galant</i>, dont
+il étoit le fondateur, que le privilége avoit, cette
+fois, été cédé ou plutôt, comme on disoit,
+« loué ». Devizé voulut en étendre plus que de
+raison les dispositions, et l’affaire périclita encore.
+Une de ses prétentions étoit de ne pas
+faire seulement du Bureau d’adresse ou de rencontre
+un bureau d’avis et de petites affiches,
+mais une boutique, un « magazin ». Après avoir
+annoncé des marchandises, il vouloit les vendre.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="pxl">-xl-</span>Les six corps marchands s’en émurent.</p>
+
+<p>Il y eut plainte de leur part au lieutenant de
+police La Reynie, qui leur donna raison par une
+lettre du 25 novembre 1681 au commissaire Delamarre,
+où se trouvoit, entre autres choses, une
+désapprobation formelle de ces sortes d’entreprises,
+qu’il s’étonnoit de voir toujours reparoître :
+« Tant de personnes de première qualité,
+disoit-il dans sa lettre, ont fait effort pour
+parvenir à cet établissement sans y pouvoir
+réussir, qu’il seroit inutile de le tenter de nouveau. »</p>
+
+<p>De simples avis donnés au Bureau d’adresses
+ou publiés par lui dans une feuille sans conséquence,
+voilà tout ce qu’il permet<a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a> <i>Collection Delamarre</i>, aux mss. de la Biblioth. nat.,
+21, 741, p. 165.</p>
+</div>
+<p>Devizé, à qui son <i>Mercure</i> donnoit une sorte
+d’autorité et de franc parler, ne persista pas
+moins dans son idée de Bureau-Magasin, et, à
+cet effet, coup sur coup, il écrivit deux lettres
+au lieutenant de police, dont la réponse, de plus
+en plus catégorique et nette, ne se fit pas
+attendre. Elle est du 29 novembre et est adressée,
+comme l’autre, à Delamarre : Jamais il
+ne permettra l’établissement d’un pareil bureau,
+« capable, dit-il, de renverser tout le commerce
+de Paris… Il y a là, continue-t-il, un nombre
+infini d’inconvénients très-dangereux. »</p>
+
+<p>Pour finir, il donne à entendre que si Devizé
+ne se soumettoit pas, il lui interdiroit même la
+feuille d’avis<a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a> <i>Id.</i>, p. 166.</p>
+</div>
+<p>Devizé ne répliqua plus et abandonna l’affaire,
+<span class="pagenum" id="pxlj">-xlj-</span>y compris cette feuille d’avis, qui ne lui
+sembloit rien sans l’autre combinaison. Jusqu’en
+1688, nous ne la voyons pas reparoître.</p>
+
+<p>Alors seulement, au mois d’août, un numéro se
+risque, daté du Bureau d’adresse, d’où la <i>Gazette
+de France</i> datoit toujours les siens, et qui avoit
+encore pour principal intéressé l’abbé Renaudot,
+à cause du privilége que le désistement de Devizé
+lui avoit remis en main. Vouloit-il, par
+cette réapparition de sa feuille, qui avoit pris
+pour nouveau titre : <i>Liste générale du Bureau
+d’adresse et d’avis par privilége du Roi</i>, rappeler
+l’attention sur ce privilége et tâcher de trouver
+ainsi quelqu’un à qui le céder encore ? Je le
+crois, et ce qui me donne raison c’est que, vers
+la fin de la même année 1688, ce quelqu’un
+s’étant trouvé, l’abbé lui loua le privilége.</p>
+
+<p>Il s’appeloit Chomat. Marché fut conclu
+au mois de décembre, sous la réserve que le
+lieutenant de police approuveroit. Il n’approuva
+pas. Le commissaire Delamarre, à qui s’étoient
+adressés l’abbé Renaudot et Chomat, soumit par
+lettre leur demande à La Reynie, qui la repoussa
+par une simple note très-nette, mise en
+marge<a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a> <i>Id.</i>, p. 169.</p>
+</div>
+<p>La feuille d’avis dut ainsi, malgré le vif désir
+de l’abbé, revenir au Bureau d’adresse, où là,
+du moins à cause de lui, La Reynie, qui n’étoit
+hostile qu’aux nouveaux venus, vouloit bien la
+tolérer. Au mois de février 1689 elle y reparut,
+et, pendant quatre mois consécutifs, dont nous
+avons vu les numéros, elle ne cessa plus. En
+<span class="pagenum" id="pxlij">-xlij-</span>1693, nous la trouvons encore, mais avec un
+changement dans le mode de publicité et une
+modification dans le titre.</p>
+
+<p>L’unique numéro de cette année-là, que nous
+ayons vu, porte celui-ci : <i>Liste des avis du Journal
+général de France, ou Bureau de rencontre, pour
+servir au public, depuis le mercredy 18 novembre
+jusqu’au mercredy 2 décembre 1693</i>. La feuille, au
+lieu de ne paroître que tous les mois, paroissoit
+donc alors tous les quinze jours, ce qui étoit un
+progrès et sembloit une preuve de prospérité.
+Comme elle n’a cependant laissé qu’une trace — celle
+dont nous parlons — nous sommes
+tenté de croire qu’elle n’a pas duré longtemps
+avec son nouveau titre.</p>
+
+<p>L’année d’auparavant, une autre du même
+genre avoit eu des velléités de paroître, mais ne
+semble pas y être parvenue. Sous la forme « d’un
+cahier volant », et avec le titre assez singulier,
+<i>Les Adresses casuelles de la ville de Paris</i>, elle
+auroit, chaque mois, indiqué les ventes publiques,
+l’adjudication des héritages licités et
+décrétés, etc., etc. ; puis, comme un véritable
+journal de courtage, « l’état des marchandises,
+dont les courtiers commissaires se trouvoient
+chargez<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a> », etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a> V. plus loin, p. <a href="#p9">9</a>-10.</p>
+</div>
+<p>D’où seroit partie cette nouvelle feuille d’affiches ?
+De chez un homme qui n’en étoit pas à
+sa première entreprise, mais auquel on ne doit
+pas de publication plus intéressante que celle-là
+même, commencée un an plus tôt, en 1691,
+dont nous reproduisons ici la seconde et dernière
+<span class="pagenum" id="pxliij">-xliij-</span>année : <i>Le livre commode, contenant les adresses
+de la ville de Paris</i>.</p>
+
+<p>Pour ce petit volume, si réellement nouveau
+alors, et que son journal, <i>Les Adresses casuelles</i>,
+n’auroit fait que compléter, un livre anglois du
+même genre, dont les éditions se succédoient à
+Londres depuis 1677, lui avoit certainement
+servi de guide<a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a> ; mais il s’étoit bien gardé d’en
+parler. Le silence en pareil cas faisoit partie de
+ses procédés d’accapareur, comme nous le verrons,
+et disons le mot, — qui, d’ailleurs, est
+du temps<a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a> — de ses habitudes de « faiseur ».</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a> <i>Le Bibliophile français</i>, août 1872, p. 255.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a> <i>Le Livre à la mode</i>, par l’abbé Bordelon, p. 28.</p>
+</div>
+<p>La première édition ou première année de
+son livre d’indications avoit pour titre : « <i>Les
+Adresses de la ville de Paris, avec le trésor des
+almanachs, livre commode, en tous lieux, en tous
+temps et en toutes conditions</i>, par Abraham du
+Pradel, astrologue lionnois. » Ce nom étoit, on
+le devine, aussi imaginaire que le titre, dont il
+le faisoit suivre, et qu’il modifia l’année suivante.
+Au lieu d’Abraham du Pradel, « astrologue
+lionnois », il se contenta de mettre « philosophe
+mathématicien », ce qu’au reste il n’étoit
+pas plus qu’astrologue.</p>
+
+<p>Il étoit de son métier chirurgien apothicaire,
+et de son vrai nom, Nicolas Blegny ou de
+Blegny, ainsi qu’il s’appeloit lui-même plus
+volontiers, se donnant la particule avec une
+complaisance qui nous paroît suspecte.</p>
+
+<p>Il n’étoit pas de Paris et nous ignorons le lieu
+aussi bien que la date de sa naissance. Peut-être
+<span class="pagenum" id="pxliv">-xliv-</span>venoit-il de Lyon, ce qui expliqueroit pourquoi,
+en prenant le pseudonyme de du Pradel,
+astrologue, il se donna pour « Lionnois. »</p>
+
+<p>Le rédacteur de la <i>Biographie universelle</i>,
+qui s’est occupé de lui, mais seulement comme
+empirique et sans connoître le curieux petit livre
+qu’on lui doit, a dit qu’il mourut en 1722,
+ayant soixante-dix ans. Il seroit né ainsi, par
+conséquent, en 1652. C’est, croyons-nous, une
+erreur. D’après un document émané de Blegny
+lui-même et que nous aurons à citer longuement
+tout-à-l’heure, nous savons, en effet,
+qu’en 1683 il avoit déjà « dix-sept ans d’établissement »,
+ce qui feroit remonter sa naissance
+non à 1652, mais au moins dix ans plus tôt,
+et lui donneroit à sa mort quatre-vingts ans au
+lieu de soixante-dix. Pour tout ce qu’il entreprit,
+écrivit, projeta, car il fut surtout, comme
+dit Moreri, « fertile en projets » ; pour tout ce
+qu’il s’attira d’ennuis, de persécutions et même
+d’emprisonnements, il ne falloit pas moins.</p>
+
+<p>Quand — vers 1666 probablement — il vint
+à Paris, son apprentissage étoit fait, et, tout
+aussitôt, il se mit à pratiquer, comme s’il étoit
+maître. Il ne tarda pas non plus à se faire
+auteur. Par le titre de ses ouvrages, on jugera
+du peu de sérieux de sa science et du charlatanisme
+de ses pratiques.</p>
+
+<p>C’est aux maladies, malheureusement les
+plus répandues alors et qui étoient d’un produit
+excellent pour les empiriques, tant à cause des
+remèdes à vendre que du scandale à exploiter
+contre tout malade qui ne payoit pas leur
+silence, que Blegny s’attaqua d’abord.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="pxlv">-xlv-</span>Un des premiers livres que nous connoissions
+de lui et qu’il publia en 1673, est : <i>L’art de guérir
+les maladies vénériennes, expliqué par les principes de
+la nature et de la mécanique</i>, in-12. Pareil traité
+ne pouvoit être que d’un charlatan. Le succès
+n’en fut que plus vif, et cela partout : à Paris,
+où il eut deux éditions ; à Lyon, où on le réimprima ;
+à La Haye, à Amsterdam, et aussi à
+Londres, où il fut traduit en anglais.</p>
+
+<p>Son ouvrage, <i>L’art de guérir les hernies de
+toute espèce dans les deux sexes, avec le remède du
+Roi</i>, qui parut en 1676, sembla plus sérieux ;
+mais Blegny revint au charlatanisme des attrape-niais,
+lorsque, trois ans après, il publia un petit
+in-12 avec ce titre : <i>Histoire anatomique d’un
+enfant qui a demeuré vingt-six ans dans le ventre
+de sa mère</i>.</p>
+
+<p>Vers le même temps, ne trouvant pas qu’être
+apothicaire, faire de la chirurgie, tenir une
+<i>Académie de découvertes</i> — nous en parlerons
+bientôt — écrire des livres, où il inventoit des
+remèdes ou des monstres, etc., suffisoit à son
+activité d’empirique à projets, il se fit journaliste
+médical. Sous le titre de <i>Nouvelles découvertes
+dans toutes les parties de la médecine</i>, il se
+mit à publier, en 1679, une sorte de gazette
+mensuelle, qui ne mentit pas à ce qu’elle promettoit.
+Toutes les découvertes y furent réellement
+passées en revue, mais par la façon dont
+elle en parla, chaque fois que les remèdes nouveaux
+n’étoient pas de Blegny lui-même, on la
+considéra bientôt moins comme un journal utile
+que comme un pamphlet intéressé.</p>
+
+<p>Le docteur Théophraste Bonnet aggravoit
+<span class="pagenum" id="pxlvj">-xlvj-</span>ces médisances par le contre-coup qu’il en donnoit
+à Genève, dans sa gazette latine, <i lang="la" xml:lang="la">Zodiacus
+medico Gallicus</i>, qui n’étoit guère que la traduction
+de celle de Blegny.</p>
+
+<p>Il y eut de très-vives plaintes, et, en 1682,
+ordre lui vint, de par arrêt du Conseil, de mettre
+fin à son Journal. Il fit la sourde oreille. Soutenu
+par le frère du Roi, dont quelques petits
+services secrets lui avoient sans doute gagné
+les bonnes grâces, qu’il avoit suivi en Flandre
+pendant la campagne de 1676, et qui lui avoit
+permis de mettre sur l’enseigne de sa boutique,
+voisine alors du Palais-Royal, devant l’Opéra :
+« Chirurgien ordinaire du corps de Monsieur » ;
+assez avant aussi dans les faveurs du lieutenant
+de police La Reynie ; enfin, ce qui est plus singulier,
+hautement protégé par Daquin, premier
+médecin du Roi, il continua, malgré l’arrêt, de
+publier ses <i>Nouvelles découvertes</i>, et Bonnet continua
+aussi à les traduire en latin. Blegny se
+contenta de n’y plus mettre son nom.</p>
+
+<p>Il en fut ainsi pendant toute l’année 1683.
+L’ordre alors étant sans doute devenu plus
+formel, il cessa, mais pour reprendre ailleurs
+ce qu’on l’obligeoit d’interrompre à Paris. Le
+Journal des <i>Nouvelles découvertes</i> étoit à peine
+mort en France, qu’il ressuscitoit en Hollande,
+sous le titre : <i>le Mercure savant</i>.</p>
+
+<p>Un médecin de Niort, nommé Gautier, établi
+alors à Amsterdam, y aida Blegny. Celui-ci
+envoyoit de Paris la matière du Journal et Gautier
+veilloit à l’impression. On y trouvoit mille
+choses : des pièces de vers, mêlées à de petits
+traités de médecine, des chansons avec leur
+<span class="pagenum" id="pxlvij">-xlvij-</span>musique, des nouvelles relatives aux affaires
+d’État, et, sur le tout, beaucoup de méchancetés.
+Elles n’en firent pas le succès.</p>
+
+<p>Le <i>Mercure savant</i> ne dura que deux mois ; il
+s’arrêta après son second volume, celui de
+février 1684.</p>
+
+<p>Il n’eut qu’un seul bon résultat, mais très-indirect,
+et sans que Blegny son rédacteur s’y
+trouvât pour rien. Il fut cause que quelqu’un
+donna à Bayle l’idée de la célèbre publication
+périodique, où, comme on l’a dit, il fonda la
+critique littéraire. Lui-même avoua ce qu’en
+cela il devoit au Journal de Blegny, que, d’ailleurs,
+il trouvoit détestable :</p>
+
+<p>« Je vous dirai, écrit-il le 8 août 1684 à
+M. Lenfant, à Rotterdam, que le dessein du
+Journal que l’on m’inspira et que je goûtai
+quand j’eus vu les deux tomes du <i>Mercure savant</i>,
+qui avoient paru en janvier et en février, et
+qui avoient fort déplu, quant à l’exécution,
+quoique le projet en eût été agréable, s’exécute
+depuis le mois de mars. Il s’intitule, non pas
+Journal, mais <i>Nouvelles de la République des
+lettres</i>. »</p>
+
+<p>D’autres affaires que celles de sa Gazette
+avoient vivement occupé, et même, à un certain
+moment, gravement inquiété Blegny, pendant
+le temps qu’il la faisoit paroître.</p>
+
+<p>Il tenoit chez lui, on l’a vu plus haut, une <i>Académie
+de nouvelles découvertes</i>, dont cette Gazette
+n’étoit pour ainsi dire que le compte-rendu mensuel ;
+de plus, il avoit ouvert un <i>cours de Chirurgie</i>,
+où il donnoit des leçons particulières aux garçons
+chirurgiens, et un <i>cours de Pharmacie</i>, qui
+étoit une école du même genre pour les garçons
+<span class="pagenum" id="pxlviij">-xlviij-</span>apothicaires. Son ardeur de professer et de doctoriser
+étoit telle que, suivant Moréri, « il
+s’avisa même de faire un <i>cours de perruques</i> pour
+les garçons perruquiers. »</p>
+
+<p>On s’en amusoit dans le public, mais on n’en
+rioit pas dans le monde des médecins et des
+chirurgiens, dont cette rage d’accaparements
+narguoit et froissoit les priviléges. Pouvoit-on
+souffrir qu’un intrus, sorti l’on ne sait d’où, qui
+n’étoit ni de l’Académie de médecine, ni de
+celle de chirurgie, autrement dite Académie de
+Saint-Côme, se permît de pratiquer, comme s’il
+appartenoit à l’une et à l’autre, de professer sur
+toutes les matières de leur compétence, et, qui
+plus est, d’en écrire ?</p>
+
+<p>Chacun de ses ouvrages y avoit soulevé de
+véritables tempêtes, ceux notamment où, avec
+aussi peu de mesure que de modestie, il s’adjugeoit
+une sorte de science universelle, et se
+posoit presque en dieu de la médecine. N’avoit-il
+pas osé publier, dès 1673, trois volumes sous
+ce titre : <i>Nouvelles découvertes sur toutes les parties
+de la médecine</i>, et, en 1679, deux volumes
+encore, qu’il avoit intitulés le <i>Temple d’Esculape</i>,
+comme si lui seul en avoit la clé ?</p>
+
+<p>Toutefois, le sachant très-puissamment soutenu,
+on le laissoit faire. C’est à peine s’il y eut
+contre ses livres quelque protestation écrite,
+telle que la brochure du chirurgien Devaux,
+<i>Découverte sans découverte</i>, faite à propos de
+l’impudente publication de Blegny, <i>Découverte
+du véritable remède anglois contre les fièvres</i><a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a> V. les <i>Mémoires littéraires</i> du P. Des Molets, t. VIII,
+1<sup>re</sup> partie, <i>Éloge de Devaux</i>.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="pxlix">-xlix-</span>On attendoit pour l’attaquer et tâcher de détacher
+de lui les protections dont il faisoit sa force,
+qu’il donnât prise à quelque action sérieuse.
+C’est ce qui arriva vers la fin de 1681, dans
+une circonstance que ses ennemis de la Faculté
+surent envenimer, et qui leur permit non-seulement
+de faire passer M. de La Reynie de leur
+côté, mais encore d’ébranler la confiance que
+Monsieur avoit en Blegny.</p>
+
+<p>Un <i lang="la" xml:lang="la">factum</i> que celui-ci dut rédiger pour se
+défendre, et dans lequel les besoins de sa justification
+l’entraînèrent à donner de nombreux
+détails sur lui-même, va nous mettre au fait de
+cette affaire et incidemment nous compléter
+plusieurs points de sa biographie.</p>
+
+<p>A cette époque les dissections n’étoient permises
+qu’à ceux qui relevoient des Académies
+de chirurgie ou de médecine, ou qui en avoient
+obtenu, de la Faculté, l’autorisation. Faire enlever
+un cadavre sans qu’elle eût été prévenue
+et le disséquer en dehors de l’amphithéâtre des
+Écoles, étoient choses des plus graves, et qui
+pouvoient vous attirer une peine fort rigoureuse.</p>
+
+<p>Or, il arriva qu’en décembre 1681 les doyens
+et docteurs furent avisés qu’un jeune chirurgien
+nommé Desnoues, qui, en qualité de membre
+de l’<i>Académie des nouvelles découvertes</i>, fondée
+par Blegny, « donnoit des leçons secrettes à
+plusieurs étudiants », dans une chambre dépendant
+de cette Académie, s’étoit fait apporter par
+le garçon de salle, Baptiste, de chez le fossoyeur
+Pajot, le corps d’une petite fille de cinq
+ans, et en avoit commencé la dissection.</p>
+
+<p>Les doyens firent saisir le corps par l’huissier
+<span class="pagenum" id="pl">-l-</span>Masson, chez Desnoues, et, sur leurs instances,
+le lieutenant de police ouvrit une action dans
+laquelle ils insinuèrent tout d’abord que Blegny,
+qu’ils visoient surtout, devoit être compris,
+comme maître de l’Académie où la dissection
+s’étoit faite.</p>
+
+<p>On commença toutefois par n’arrêter que
+Desnoues. Quand il fut à la Conciergerie, il
+parla. C’est ce qu’on désiroit. Il chargea Blegny ;
+or, comme, en attendant, une démarche
+avoit été faite avec plein succès, le 21 janvier
+1682, par M<sup>e</sup> Nicolas Liénard, doyen de la
+Faculté de médecine, à la tête de sa compagnie,
+auprès de Monsieur, « en son Palais », pour
+lui remontrer respectueusement, ainsi que d’ailleurs
+l’en avoit déjà prévenu M. de La Reynie,
+qu’une protection telle que la sienne n’étoit pas
+due à un pareil homme « qui, disoit le doyen,
+profane en tout lieu vostre grand nom<a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a> » ; Blegny
+se trouvoit alors sans défenseur.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a> <i>Discours à S. A. R. en son palais à Paris</i>, par
+M<sup>e</sup> Nicolas Liénard, etc., in-4<sup>o</sup>.</p>
+</div>
+<p>Lors donc que, quelques jours après, sur la
+dénonciation de Desnoues, arrêt de prise de
+corps eut été lancé contre lui, personne n’intervint
+pour empêcher la justice d’avoir son cours.</p>
+
+<p>Doyens et docteurs triomphoient. Ce qu’ils désiroient
+depuis si longtemps étoit obtenu : « Si »,
+avoient-ils dit, d’après le témoignage même de
+celui qu’ils accusoient et qui les connaissoit bien<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>,
+« si nous pouvons tenir Blegny, il ne nous échappera
+pas ; nous avons en main de quoi le faire
+<span class="pagenum" id="plj">-lj-</span>pendre. Il sera bien heureux s’il en est quitte
+pour les galères. Il y a trois cents témoins qui
+déposeront contre lui. M. de La Reynie en a
+informé S. A. R. à notre considération, et ce
+magistrat a promis à notre doyen de nous délivrer
+bientôt du chagrin que nous avons de voir
+un chirurgien écrire sur toutes les matières de
+la médecine et présider dans une Académie à
+des docteurs de diverses facultés<a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a> <i>Factum pour M<sup>e</sup> Nicolas de Blegny</i>, etc., in-4<sup>o</sup>, p. 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a> <i>Id.</i>, p. 9.</p>
+</div>
+<p>Cela dit, pour prouver la partialité de ceux
+qui le dénoncent, il prend corps à corps l’accusation
+et la rejette sur Desnoues qui l’en a
+chargé. C’est lui seul qui s’est permis les dissections
+défendues, et cela non-seulement cinq ou
+six fois, comme on le pense, mais quarante au
+moins. Il alloit disséquant n’importe où, dans
+tous les quartiers. Quelqu’un qui le savoit lui
+joua le tour de le surprendre un soir, rue de
+l’Université, à l’hôtel Tambonneau, et de lui faire
+la plus forte peur, en se disant commissaire.
+Desnoues, qui le crut, décampa par la fenêtre de
+la mansarde où il disséquoit, emportant le corps
+à moitié dépecé. Il le laissa dans la gouttière, où
+un couvreur le retrouva le lendemain.</p>
+
+<p>S’est-il, lui Blegny, livré à ces opérations
+clandestines, a-t-il jamais couru les risques de
+pareilles surprises ? Ses dénonciateurs n’osent
+même le supposer, et cependant ils font tout
+pour l’écraser par leurs allégations :</p>
+
+<p>« Il n’est pas », s’écrie-t-il avec une certaine
+éloquence<a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, « il n’est pas d’injures dont ils
+n’aient tâché de le noircir en toute occasion,
+<span class="pagenum" id="plij">-lij-</span>point d’artifices dont ils ne se soient servis pour
+lui faire perdre la protection qu’il avoit naguère
+du sieur lieutenant de police et qu’il a encore
+du sieur premier médecin du Roy ; point de prétextes
+qu’ils n’aient inventés pour luy dénier la
+justice qu’ils luy doivent ; point de moyens
+secrets qu’ils n’aient mis en usage pour le diffamer,
+pour diminuer son employ, pour luy
+attirer l’indignation de S. A. Monsieur ; point
+d’entreprises qu’ils n’aient faites pour troubler
+ses exercices et pour empêcher la publication de
+ses ouvrages ; point d’occasions qu’ils n’aient
+recherchées avec empressement pour luy susciter
+des procez ; enfin, point d’intrigues qu’ils n’aient
+pratiquées pour porter ses confrères et ses meilleurs
+amis à se déclarer contre luy. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a> <i>Id.</i>, p. 10.</p>
+</div>
+<p>Ce qui lui tient le plus au cœur, c’est qu’ils
+ont vilipendé ses ouvrages. Il n’en est pas un
+auquel ils aient fait grâce. N’ont-ils pas prétendu
+aussi que les chirurgiens, de même que les médecins,
+avoient eu tous à se plaindre de lui, chose
+absolument fausse, ainsi que le prouve l’approbation
+accordée par beaucoup d’entre eux aux
+instruments par lui inventés.</p>
+
+<p>On l’accuse, continue-t-il, « d’être sans doctrine,
+et d’avoir des auteurs à gages » ; or, il a
+passé dix-sept ans d’établissement sans tomber
+dans la moindre impéritie, et il s’est rendu la
+voix publique favorable par l’exactitude de sa
+conduite et par l’heureux succès des cures qu’il
+a entreprises.</p>
+
+<p>S’il n’a pas été examiné à Saint-Côme, c’est
+qu’il n’a pas fait son apprentissage à Paris<a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a>. Il
+<span class="pagenum" id="pliij">-liij-</span>est donc faux que la maîtrise lui ait été déniée
+« à cause de ses mauvaises mœurs et de son
+incapacité ».</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a> <i>Id.</i>, p. 12.</p>
+</div>
+<p>Ils ont été encore plus loin que cette accusation
+de mœurs scandaleuses. Ils ont fait courir
+le bruit qu’une de ces terribles affaires criminelles,
+comme il y en eut tant à l’époque de
+la Brinvilliers et de la Voisin, l’avoit eu pour
+complice, et qu’il avoit même fallu à cette occasion
+s’assurer de lui. « Pendant, dit-il, qu’il
+estoit en Flandres près de S. A. R. Monsieur,
+ils publièrent partout qu’il estoit à la Bastille,
+pour le poison. »</p>
+
+<p>Son seul crime — et c’en est un des plus
+impardonnables à leurs yeux — est d’avoir
+écrit quelque part « qu’il y a des docteurs sans
+doctrine et des doctes sans doctorat ». Ils se
+sont reconnus, et leur première vengeance a été
+de crier que lui aussi étoit un faux docteur. Il
+est vrai qu’il n’a point passé par les colléges et
+qu’il n’a pris de degrés dans aucune faculté. Il
+n’en est pas moins prêt à soutenir dans une
+dispute réglée les questions les plus difficiles,
+« soit de médecine, soit de physique », contre
+les plus savants.</p>
+
+<p>Son livre sur la guérison des fièvres a été le
+plus attaqué ; il le défend à outrance. Il se
+montre aussi très-ardent à prouver l’excellence
+d’un cordial — on le trouvera décrit plus loin — « auquel
+il a donné la forme d’opiatte (<i>sic</i>) »,
+et qui ne seroit, à les entendre, autre chose que
+« l’orviétan », dont il auroit acheté le secret à
+Hiéronimo Cei. Il ne récuse pas celui-ci, son ami
+et son compère, mais il nie le reste.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="pliv">-liv-</span>Pour conclure, il espère que ses juges le feront
+sortir de cette affaire, non-seulement libre et
+justifié, mais indemnisé :</p>
+
+<p>« Il oze préjuger que la Cour, en prononçant
+son absolution et déclarant l’escrou fait de sa
+personne injurieux, tortionnaire et desraisonnable,
+condamnera ceux qui l’accusent à luy faire
+réparation d’honneur, en 10,000 livres de dommages
+et intérêts, à quoi il se restreint, et en
+tous les despens du procez. »</p>
+
+<p>Une note manuscrite, mise au bas de l’exemplaire
+du <i lang="la" xml:lang="la">factum</i> qui nous a servi pour tous ces
+détails, dit que l’arrêt fut rendu sur le rapport
+de M. Amproux, le 12 juillet 1683, mais
+n’ajoute pas s’il fut ou non favorable. Nous
+croyons qu’il dut l’être, car nous trouvons quelques
+mois après Blegny reprenant ses publications
+avec plus d’impudence et d’emphase que
+jamais. En 1684, par exemple, peu de mois
+après sa mise en liberté, il fait paraître un volume
+in-12 avec ce titre singulier : <i>La doctrine
+des rapports, fondée sur les maximes d’usage et
+sur la disposition des nouvelles ordonnances</i>.</p>
+
+<p>Ses emplois semblent lui être restés, du moins
+en partie. Peut-être n’a-t-il plus sa charge chez
+Monsieur, ni celle de « premier chirurgien »,
+qu’il s’étoit fait donner chez la Reine en 1678,
+mais il est toujours médecin du Roi, « préposé,
+comme il ne manque pas de le répéter partout,
+à la recherche et vérification des nouvelles découvertes
+de médecine. »</p>
+
+<p>Son peu de fidélité dans l’exercice de cette
+fonction délicate lui attira une nouvelle disgrâce.
+Il avoit fondé, aux environs du faubourg Saint-Antoine,
+<span class="pagenum" id="plv">-lv-</span>à Pincourt — nous dirions aujourd’hui
+Popincourt — une sorte de maison de
+santé avec jardin de plantes médicinales, dont
+il sera parlé plus bas, et près de laquelle logeoit
+« un certain prieur », comme il l’appelle<a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, qui
+se mêloit aussi de remèdes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a> V. plus loin, p. <a href="#p157">157</a>, note.</p>
+</div>
+<p>Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez
+efficaces, dont il avoit livré le secret au roi, à condition
+que le public en profiteroit pour rien.</p>
+
+<p>Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la
+vérification de ces sortes de découvertes pour
+accaparer au passage les remèdes du Prieur et les
+ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences
+de son bureau ou Académie, qu’il avoit
+transféré de la place du Palais-Royal à la rue
+Guénegaud ; et, qui pis est, il les vendit avec ses
+propres drogues.</p>
+
+<p>De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles
+il opposa son impudence ordinaire, ce
+qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être
+suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps.
+Voici ce que nous lisons à ce sujet dans un
+curieux recueil manuscrit : <i>Lettres historiques et
+anecdotiques</i><a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>, sous la date du 15 janvier 1686 :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a> Bibl. nat., <i>Mss.</i> Suppl. franç. n<sup>o</sup> 10,265.</p>
+</div>
+<p>« Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille,
+pour s’estre voulu mesler d’enseigner la manière
+d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit
+donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement.
+Il avoit dit des impertinences. »</p>
+
+<p>Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny
+comme nous le connoissons, pour ne nous
+<span class="pagenum" id="plvj">-lvj-</span>laisser aucun doute sur l’authenticité de la nouvelle.</p>
+
+<p>Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier,
+parlant de lui, l’appelle « le bastillé et le
+bastillable<a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a> », ne dut pas être de bien longue
+durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus
+mesuré et plus modeste. L’année d’après il ne
+publia qu’un livre des plus anodins : <i>Le bon
+usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation
+et la guérison des maladies</i>, in-12 ; et,
+en 1688, deux autres petits volumes sans beaucoup
+plus de conséquence : <i>Secrets concernant la
+beauté et la santé</i>, qui ont fait dire avec raison
+par un de ses biographes : « Le titre seul de cet
+ouvrage annonce le charlatanisme : les vrais
+médecins ne connaissent pas de secrets<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a> <i lang="la" xml:lang="la">Anti-Menagiana</i>, préface, p. 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a> <i>Biog. universelle</i>, art. Blegny.</p>
+</div>
+<p>De 1688 à la fin de 1690, il ne publia rien.
+Il étoit occupé de son livre : <i>Les Adresses de la
+ville de Paris</i>, dont, ainsi que nous l’avons dit,
+il avoit sans doute emprunté l’idée à celui des
+adresses de Londres publié en 1677. Il lui falloit
+un privilége, mais, comme dans cet ouvrage,
+il vouloit plus ou moins exploiter ceux qu’il y
+recommanderoit, et, sous prétexte de parler de
+tout le monde, parler sans cesse de lui-même, en
+se ramenant à chaque coin de page, à tort et à
+travers et pour n’importe quelle raison, il se
+garda bien de demander ce privilége en son
+propre nom. Sa voisine, la veuve Nyon, libraire
+sur le quai Conti, se le fit accorder à sa place
+dès le 14 juillet 1690 et se chargea de faire
+<span class="pagenum" id="plvij">-lvij-</span>imprimer le manuscrit chez l’imprimeur Rondot.
+Un pseudonyme sur le titre, celui d’Abraham
+Du Pradel, fut, pour lui-même, afin de ne pas
+se trahir, tout ce que se permit Blegny.</p>
+
+<p>Le petit volume, qui se compliquoit d’un
+almanach, devoit de toute nécessité être prêt
+le premier janvier 1691 ; il le fut. Réussit-il ?
+Nous le pensons. Il avoit d’avance une clientèle
+de lecteurs toute faite : chez les étrangers de
+passage à Paris, chez les gens de province et
+même chez les Parisiens qui, à cette époque
+comme à la nôtre encore, n’ignoroient rien tant
+que ce qui se trouve à Paris de bon à acheter
+et de curieux à voir.</p>
+
+<p>Ce succès, quoiqu’il eût rencontré de l’opposition,
+car beaucoup, même dans le monde des
+marchands, s’étoient trouvés froissés de ce qu’on
+les eût nommés sans leur permission, encouragea
+Blegny. Pour l’année suivante, tout en tenant
+compte de ces plaintes, qui paraîtront bien singulières
+à présent que la réclame est partout
+courue et nulle part évitée, il voulut faire mieux,
+être plus varié, plus complet. Ce fut sa perte.</p>
+
+<p>Il s’en étoit tenu, la première année, presque
+exclusivement aux adresses marchandes ou
+industrielles. Pour la seconde, que nous reproduisons
+ici, avec le titre nouveau qu’il lui
+donna, il prétendit y joindre les adresses de
+Messieurs des Fermes, du Conseil d’État, etc.,
+etc., celles aussi des Curieux célèbres et des
+Dames curieuses, et bien d’autres encore.</p>
+
+<p>Les plaintes grossirent en conséquence. De
+quoi se mêloit-il ? De quel droit ces indiscrétions
+qui ne pouvoient qu’attirer des nuées d’importuns
+<span class="pagenum" id="plviij">-lviij-</span>chez les personnes dont il indiquoit ainsi
+la qualité et l’adresse ? N’empiétoit-il pas d’ailleurs,
+en bien des points, sur ce que, par privilége,
+l’<i>État de France</i> pouvoit seul publier.</p>
+
+<p>Il y avoit dans tout cela beaucoup plus
+qu’il n’en falloit pour faire supprimer <i>Le Livre
+commode</i>. Camusat dit que Blegny reçut ordre
+de ne pas le continuer parce qu’il fut trouvé
+détestable<a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>. Nous croyons bien plutôt que ce
+fut pour les raisons dont nous venons de parler,
+qu’il dut ne plus paroître, et que même — ce
+qu’ignoroit Camusat — il fut saisi. Nous
+avons trouvé les procès-verbaux qui le prouvent<a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Histoire critique des journaux</i>, t. I, p. 230-231.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a> <i>Collection Delamarre</i>, aux mss. de la Biblioth. nat.,
+n<sup>o</sup> 21,739, p. 110.</p>
+</div>
+<p>Le 29 février 1692, c’est-à-dire deux mois
+après la publication de la seconde année, la
+veuve Nyon fut requise par Denis Aumont, sergent
+à verge, d’avoir à lui présenter le privilége
+en vertu duquel elle avoit fait imprimer le
+<i>Livre commode contenant les adresses de la ville de
+Paris</i> et à lui déclarer le nombre d’exemplaires
+qui lui en restoit. Elle répondit que le privilége
+étoit demeuré entre les mains du sieur Rondot,
+par qui elle en avoit fait faire l’impression, et
+elle offrit de le retirer et de le rapporter. Quant
+aux exemplaires, dont la plus grande partie
+n’avoit pas encore été vendue, elle offrit aussi
+de les rapporter « en blanc », c’est-à-dire non
+reliés, au nombre de deux mille cinq cents.</p>
+
+<p>Aumont se les fit présenter et les saisit.
+Même visite fut faite chez Rondot l’imprimeur.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="plix">-lix-</span>A la première réquisition du sergent à verge
+il présenta le privilége, qui fut saisi comme
+l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent
+les procès-verbaux, que par simple provision,
+et jusqu’à nouvel ordre ; mais l’ordre contraire
+ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient
+saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût
+détruits. C’est ce qui explique pourquoi cette
+seconde année du <i>Livre commode</i> est beaucoup
+plus rare encore que la première.</p>
+
+<p>Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès
+lors il cesse de publier. Un livre, bien inattendu
+de sa part et qui prouveroit qu’il a même
+renoncé à la médecine, est le seul qui paroisse
+sous son nom. Il est de 1694 et il a pour titre :
+<i>Projet de l’histoire générale des religions militaires
+et des ordres politiques et séculiers de chevaliers</i><a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>.
+Pourquoi l’avoit-il fait ? Quel but y visoit-il ?
+Peut-être étoit-ce un moyen d’exploiter les gens
+si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler
+par la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient
+ainsi qu’à devenir, suivant le mot du
+temps, des « chevaliers de l’industrie ». Blegny
+étoit homme à en créer beaucoup de cet ordre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a> Il n’est pas indiqué dans la <i>Biblioth. Script. Medic.</i>
+de Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des
+livres de médecine de Blegny.</p>
+</div>
+<p>Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent
+alors sur son compte. On parla même d’escroquerie<a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a> ;
+il perdit les dernières charges qui lui
+restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait
+sous les pieds, il quitta Paris pour Angers. On l’y
+arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce devoit
+<span class="pagenum" id="plx">-lx-</span>être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier
+dans le château. Lorsqu’il eut fait son
+temps, il chercha un pays plus hospitalier. Il se
+retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut
+en 1722 à quatre-vingts ans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a> <i>Biog. univ.</i>, art. Blegny.</p>
+</div>
+<p>Voilà l’homme, vous allez juger à présent de
+son essai d’<i>Almanach des adresses</i>. L’auteur est
+un assez vilain personnage, mais le livre est
+curieux.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p1">-1-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak maigre" id="debut"><span class="xsmall">LE</span><br>
+<span class="large">LIVRE COMMODE</span></h2>
+
+<p class="c"><span class="xsmall">CONTENANT</span><br>
+LES ADRESSES<br>
+<span class="xsmall">DE LA</span><br>
+VILLE DE PARIS<br>
+<span class="xsmall">ET</span><br>
+LE TRÉSOR DES ALMANACHS<br>
+<span class="small">POUR L’ANNÉE BISSEXTILE</span> 1692<br>
+avec</p>
+
+<p class="drap i">les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre
+et la discipline des exercices publics, le prix des
+Matéraux et les ouvrages d’Architecture, le
+Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des
+Courriers et des Voitures de Routes, et généralement
+toutes les commoditez sujettes aux
+mutations.</p>
+
+<p class="c">Par Abraham <span class="sc">Du Pradel</span>, Philosophe
+et Mathématicien.</p>
+
+
+<p class="c gap"><span class="large">A PARIS</span>,<br>
+chez la Veuve de <span class="sc">Denis-Nion</span>, Marchand-libraire
+sur le quay de Nesle, devant l’Abrevoir de
+Guénégaud, à l’image Sainte Monique.</p>
+
+<p class="c i">M. DC. XCII.<br>
+Avec privilége du Roy.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p3">-3-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">AVERTISSEMENT.</h2>
+
+
+<p>L’auteur ne s’étoit pas trompé en présumant
+que son ouvrage seroit jugé
+généralement utile ; l’approbation du
+public et le débit qui s’en est fait en
+sont de fortes preuves ; il s’en trouve
+très honoré, et il se propose d’en être autant
+reconnaissant qu’on le peut désirer. Il vient de
+redoubler ses soins et ses recherches pour le
+rendre plus exact et plus complet : il en fera de
+même dans les années suivantes ; il examinera
+par luy-même les mémoires qui luy seront donnés,
+et il préviendra par cette précaution, le
+reproche qu’il s’est attiré l’année précédente,
+pour s’en être tenu aux protestations de quelques
+personnes qui lui avoient donné de fausses
+adresses, et qui avoient attribué à certains artisans
+une réputation qu’ils n’avoient pas encore
+acquise.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p4">-4-</span>Il ne faut pas croire néanmoins qu’il prétende
+demeurer garand du mérite des personnes qu’il
+doit indiquer. C’est le public qui donne la réputation.
+Il est luy-même responsable de ses propres
+injustices. Un particulier n’est pas en droit de
+s’opposer au torrent de la voix publique quand
+même il seroit assez téméraire pour le faire, il
+ne seroit pas écouté. Il s’agit ici uniquement des
+adresses de personnes renommées. Il suffit qu’un
+nom ait été célébré pour avoir place dans cet
+Opuscule : et il n’est pas permis à l’Auteur d’y
+ajouter celui dont on n’a pas encore parlé, quand
+même il appartiendroit au plus digne homme
+d’une profession.</p>
+
+<p>La seule omission qu’on pourroit reprocher à
+l’Auteur, est celle de n’avoir rien dit d’un grand
+nombre de personnes qui ont acquis dans le
+Commerce et dans les Arts une distinction particulière ;
+mais il ne tiendra qu’à ces personnes
+mêmes ou à leurs amis, qu’il ne leur rende là-dessus
+bonne justice l’année prochaine, et elles
+peuvent même s’assurer qu’elles auroient été
+prévenues dès la première édition de cet Ouvrage,
+si l’Auteur eut été assez intrigué<a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a> dans
+le monde, pour savoir tout ce qui mérite d’être
+connu.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a> Nous dirions aujourd’hui « lancé ». Boileau, dans l’<i>Art
+poétique</i>, chant III, a donné à ce mot le même sens :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,</div>
+<div class="verse">Se pousse auprès des grands, <i>s’intrigue</i>, se ménage.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>Un Médecin et quelques autres personnes indiquées
+dans l’édition précédente, avoient trouvé
+mauvais qu’on se fut étendu sur leurs talens
+<span class="pagenum" id="p5">-5-</span>autant qu’on avoit cru le devoir faire. Elles
+connaîtront par celle-ci, qu’on a eu soin de
+flatter leur modestie, autant qu’elles le pouvoient
+raisonnablement désirer.</p>
+
+<p>Il auroit été à souhaiter qu’on eut pu suivre
+l’ordre de dignité en parlant des Compagnies,
+des personnes et des professions ; mais outre
+qu’il pourroit y avoir des contestations à l’infini
+sur les rangs et sur les préséances, il auroit été
+presque impossible à l’Auteur de s’en assurer,
+quand même il y auroit quelque certitude ; c’est
+pourquoi il a dû avertir qu’il a traité sans aucune
+distinction de droits ni de mérite, toutes les différentes
+choses qui sont le sujet de cet Ouvrage,
+ce qui doit contenter ceux qui ne se trouveront
+pas dans l’ordre qui leur conviendroit en autre
+chose.</p>
+
+<p>Comme on s’est proposé en ceci de donner
+annuellement au public toutes les instructions
+qui luy sont nécessaires sur les choses sujettes à
+mutations, on ne sera pas surpris d’y trouver les
+vacations des Tribunaux et le prix des matereaux
+et des ouvrages concernant les batimens : car si
+d’un côté ces choses ne sont pas du genre de
+celles qu’on doit indiquer par des adresses, elles
+sont du moins de celles qui peuvent être changées
+en quelques circonstances.</p>
+
+<p>Ceux qui prétendent que l’Auteur auroit dû
+comprendre dans cet ouvrage, tout ce qui est
+contenu dans les listes des Tribunaux et dans
+les catalogues des Compagnies et des Communautés,
+devroient se ressouvenir de la protestation
+qu’il a faite de servir tout le monde sans
+nuire à personne, et réfléchir sur le tort qu’il
+<span class="pagenum" id="p6">-6-</span>feroit à ceux qui ont accoutumé de vendre ces
+listes et ces catalogues ; outre que le seul recueil
+qu’on en feroit composeroit un trop gros volume
+pour un simple manuel journalier, et qu’ainsi il
+étoit plus expédient et plus raisonnable d’indiquer
+seulement, comme il a fait, les sièges où
+l’on peut recouvrer les listes et les Bureaux où
+l’on peut trouver les catalogues.</p>
+
+<p>Sur ces deux considérations que l’Auteur ne
+veut nuire à personne, et qu’il ne s’est proposé
+de traiter que les choses sujettes à mutations, on
+peut inférer qu’on ne trouvera dans cet Ouvrage,
+ni la situation des Eglises, ni la description des
+Palais, des Hotels, des Fontaines, ni des autres
+Edifices de Paris, puis que ce seroit dérober le
+sujet de M. le Maire à qui nous devons un Livre
+en trois volumes, qui a pour titre Paris ancien
+et nouveau<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a>, et celui de M. l’abbé Brice, qui
+nous a donné une description de la Ville de
+Paris<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>, et que d’ailleurs ces choses ne regardent
+<span class="pagenum" id="p7">-7-</span>qu’indirectement les commoditez qui doivent
+satisfaire les besoins ausquels on s’est proposé
+de pourvoir.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a> Il avoit paru, in-12, en 1685. Voici le titre complet :
+<i>Paris ancien et nouveau, avec une description de tout ce
+qu’il y a de plus remarquable dans toutes les églises, communautés,
+palais, maisons, rues, places, etc.</i> D’après le
+P. Lelong et les éditeurs de la neuvième édition du livre
+de G. Brice, dont nous parlerons dans la note suivante,
+cet ouvrage de Le Maire n’est guère qu’une copie, en style
+moins ancien, des <i>Antiquités de Paris</i> du P. Du Breul.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a> Elle avoit été publiée en 1684, c’est-à-dire un an
+avant le livre de Le Maire, en 2 vol. in-12, sous le titre
+de : <i>Description nouvelle de ce qu’il y a de plus remarquable
+dans la ville de Paris</i>, par M. B… L’auteur, Germain
+Brice, qui se déroboit sous cette initiale, portoit, sans
+être prêtre, l’habit ecclésiastique, c’est pourquoi il est ici
+appelé abbé. Il se mettoit au service des étrangers de qualité
+pour leur apprendre le françois et leur faire voir Paris,
+ce qui, disent avec bonhomie ses éditeurs posthumes, lui valoit
+« de la part de ces seigneurs des reconnoissances utiles ». Son
+livre avoit eu huit éditions, et, toujours s’augmentant, étoit
+monté de deux volumes à quatre, lorsqu’il mourut en 1727,
+à soixante-quatorze ans. La neuvième édition qu’il préparoit
+ne fut achevée par Mariette, dit-on, et l’abbé Perrault
+qu’en 1751 et fut publiée l’année suivante. C’est un ouvrage
+très-utile et qu’il est bon surtout de suivre dans toutes ses
+transformations de 1684 à 1752. — Nous ajouterons que
+Brice n’étoit pas seul à faire le métier de <span lang="it" xml:lang="it">cicerone</span> parisien,
+almanach des adresses allant et venant au service de chacun.
+Le <i lang="la" xml:lang="la">Novitius</i>, dictionnaire latin-françois de 1721, nomme,
+au mot <i lang="la" xml:lang="la">Nomenclator</i>, un certain Herpin, qui gagnoit sa vie
+de la même manière : « C’est un homme qui enseigne à
+Paris les noms et les demeures des gens de qualité ».</p>
+</div>
+<p>Au surplus, comme ce Livre sera chaque année
+publié dès les premiers jours du mois de
+Novembre, et qu’on en commencera par conséquent
+l’impression dès le commencement d’Aoust,
+il serait inutile d’envoyer des mémoires ni pour
+les nouvelles adresses, ni pour les mutations
+passé la S. Jean, l’Auteur ayant besoin d’un
+temps considérable pour diriger sa matière.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p9">-9-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">AVIS<br>
+SUR LES ADRESSES CASUELLES.</h2>
+
+
+<p>Dans le courant de l’année précédente,
+bien des gens ont donné des mémoires
+que l’Auteur a reservez, et qu’il ne publira
+que dans un cahier volant, par
+cette raison qu’ils ne contiennent que des commoditez
+qui n’ont rien de permanent, c’est à
+dire qui sont aujourd’hui existantes, et qui ne le
+seront peut-être pas le mois qui vient, ce qui ne
+conviendroit pas dans un Recueil, qui doit servir
+une année entière, et dans lequel même il ne se
+doit presque faire aucun changement que par
+rapport aux simples mutations.</p>
+
+<p>Ce cahier volant sera renouvellé tous les mois,
+et aura pour titre <i>les Adresses casuelles de la Ville
+de Paris</i><a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> ; on y trouvera, par exemple, le dessein
+<span class="pagenum" id="p10">-10-</span>des Auteurs qui auroient besoin de mémoires,
+l’arrivée et le départ des Marchands forains,
+l’ouverture des ventes de meubles publiques et
+judiciaires qui mériteront d’être sçues, l’adjudication
+d’héritages licitez et décretez, les Bureaux
+pour la levée des charges de nouvelles créations,
+les Fermes à bailler et les biens à vendre, l’état
+des Marchandises dont les Courtiers-Commissionnaires
+se trouveroient chargez ; la qualité
+des Equipages, Meubles et Bijoux dont les particuliers
+voudront se défaire par vente ou par
+échange, les bois qui seront à couper, les Emplois
+qui seront vacans, les ouvrages et fournitures
+qui seront à faire au rabais, les fonds qui seront
+à placer, les emplois qu’on proposera d’en faire,
+et généralement les adresses de toutes commoditez
+dont la fin paroitra prochaine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a> C’étoit un essai de <i>petites affiches</i> mensuelles dont
+nous n’avons rien retrouvé. Peut-être Blégny n’y donna-t-il
+pas suite. Renaudot en avoit tenté du même genre, mais
+trimestrielles, sous Louis XIII. On en trouve le <i>plan</i> dans
+sa rarissime brochure : <i>Inventaire des adresses du bureau
+de rencontre</i>, 1630, gr. in-4<sup>o</sup>. Le roi lui avoit, à cet effet,
+accordé un privilége le 8 juin 1629. On ignoroit si l’exécution
+avoit suivi le projet, lorsque nous fûmes assez
+heureux pour découvrir à la Bibliothèque Nationale un
+numéro de ces premières <i>petites affiches</i>, portant la date
+du 1<sup>er</sup> septembre 1633 et l’indication que c’étoit la 15<sup>e</sup> <i>feuille</i>
+de cette publication. Or, comme elle avoit dû commencer
+à la fin de 1629, il y avoit juste quinze trimestres qu’elle
+existoit en septembre 1633. Nous avons publié, avec des
+notes, dans le tome IX de nos <i>Variétés</i>, p. 51 et suiv.,
+cette 15<sup>e</sup> feuille, la seule que l’on connoisse encore.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p11">-11-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak">SUCCEZ DES REMEDES<br>
+INDIQUEZ L’ANNÉE PRÉCÉDENTE.</h2>
+
+
+<p>L’Auteur étant persuadé qu’entre tous
+les besoins ausquels il s’est proposé de
+pourvoir, il n’y en a point de plus
+pressans que ceux qui concernent le
+rétablissement de la santé, il a jugé qu’on trouveroit
+ici, avec plaisir, une relation qu’il tient
+de son libraire par qui elle est certifiée véritable,
+puis qu’elle contient un grand nombre de cures
+merveilleuses opérées dans le courant de l’année
+précédente, par l’usage des remèdes spécifiques
+qui avoient été par lui annoncez.</p>
+
+<p>Plus de trente personnes de l’un et de l’autre
+sexe accablées par des Rhumatismes habituels
+et inveterez, par la Sciatique, par les Gouttes
+des pieds et des mains, et par des douleurs
+<span class="pagenum" id="p12">-12-</span>causées par les panacés et autres poudres mercurielles,
+ont été parfaitement guéries en peu de
+jours, par l’usage des Etuves vaporeuses et de la
+liqueur anodine marquée à la page <a href="#p51">51</a>.</p>
+
+<p>Autant en est-il arrivé à un paralitique qui
+avoit d’ailleurs au bras droit des nodus d’une
+prodigieuse grosseur, les membres paralitiques
+ayant été parfaitement rétablis, et les nodositez
+entièrement dissipées dans l’espace de cinq semaines.</p>
+
+<p>Ces remèdes ont encore opéré dans un jeune
+homme à peu près dans le même espace de
+temps, la guérison de la Goutte des pieds et la
+dissipation de plusieurs Loupes et Tumeurs
+froides qu’il avoit aux deux genoux.</p>
+
+<p>Un homme d’une particulière considération,
+en qui il s’étoit fait un effroyable dépôt d’humeurs
+sur les jambes, après avoir fini par le
+quinquina des vapeurs dont il étoit tourmenté,
+a été parfaitement guéri en six semaines par la
+liqueur vulnéraire, quoi qu’extraordinairement
+replet, non seulement de cette fluxion, mais encore
+de plusieurs grands ulcères qu’elle causa
+subitement avec mortification de la peau et des
+chairs, accompagnez d’une fièvre terrible et
+d’un vomissement continuel que le quinquina
+avoit causé.</p>
+
+<p>L’un des domestiques de ce malade fût guéri
+dans le même temps d’une Hidropisie formée en
+deux prises d’un Sirop spécifique.</p>
+
+<p>Plus de cinquante personnes ont été gueries
+de Décentes de Boyaux, les unes en un mois ou
+cinq semaines en faisant retraite à la pension de
+Pincourt, les autrefois mois ou environ, en vacquant
+<span class="pagenum" id="p13">-13-</span>à leurs affaires ; par les Bandages<a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> et par
+les emplatres de la Manufacture royale.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a> C’étoit une invention très-ancienne, ainsi que nous
+l’avons prouvé dans <i>le Vieux-neuf</i>, 2<sup>e</sup> édition, t. I, p. 133-134,
+note. En 1647, un charlatan avoit inventé un bandage
+dont il promettoit merveille. Les <i>Annales du Bibliophile</i>,
+t. I, p. 38, ont publié l’affiche qui en énuméroit les miracles.</p>
+</div>
+<p>Vingt deux malades accablez d’une longue
+suite de cours de ventre, de flux de sang et de
+dissenteries, ont été guéris sans retour et sans
+ressentir la moindre incommodité, avec une ou
+au plus deux prises d’un vin composé qui nourrit
+comme le vin ordinaire.</p>
+
+<p>On a pareillement guéri un grand nombre de
+fébricitans par l’usage de la Liqueur fébrifuge.</p>
+
+<p>On a d’ailleurs guéri par la Liqueur balsamique,
+en deux femmes différentes, un ulcère
+formé dans la matrice ; et par cette même liqueur
+aidée par les grains balsamiques, un grand
+nombre de personnes de Gonorrhées habituelles
+et de Pertes blanches.</p>
+
+<p>Onze personnes ont été parfaitement guéries
+de la grosse maladie, sans régime et sans retraite
+par le seul usage du mercure d’or<a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a> Nous n’avons pas besoin d’expliquer ce que Blégny
+entend par « la grosse maladie ». En la guérissant par le
+mercure, il étoit arriéré. Locke, lorsqu’il vint à paris, vit,
+affichée sur les murs, l’annonce d’un « remède sans mercure »,
+pour lequel le roi avoit accordé un brevet, dont
+le duc de Bouillon avoit le bénéfice, et qui datoit du
+7 septembre 1667. Voy. dans la <i>Vie de Locke</i> par lord
+King, un extrait de ses <i>Voyages</i> à la date du 13 février
+1679.</p>
+</div>
+<p>Rien n’est plus commun que de voir des gens
+guéris sur le champ et pour jamais de la douleur
+<span class="pagenum" id="p14">-14-</span>de la carie des Dents, par l’application de l’Essence
+végétale.</p>
+
+<p>Une religieuse qui ne vivoit depuis quatorze
+mois que de trois cuillerées de bouillon par jour,
+chacune desquelles luy coutoit un martire par
+les sanglots et mouvements convulsifs qu’elle
+luy causoit pendant près d’une heure, et les
+douleurs d’estomach qu’elle ressentoit ensuite,
+fut soulagée très considérablement dès la première
+prise de l’opiate digestive, et se trouva
+après la deuxième en état de faire deux grands
+repas par jour sans aucune incommodité.</p>
+
+<p>Deux poulmoniques ont été parfaitement guéris
+par l’usage de la Conserve pulmonaire.</p>
+
+<p>Une fistule lacrimale accompagnée d’un flux
+de larmes involontaires, a été guérie en peu de
+jours sans opération par une simple pomade.</p>
+
+<p>Quand l’Auteur connoitroit les personnes sur
+qui ces Cures ont été faites, il ne pourroit les
+nommer sans imprudence, mais les incrédules
+pourront s’assurer de la verité, par le témoignage
+de diverses autres personnes qui ont eu
+occasion de voir opérer le Medecin par qui elles
+ont été entreprises, et dont le Libraire qui débite
+cet Ouvrage, offre de donner les noms et les
+adresses selon l’exigence des cas.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p15">-15-</span></p>
+
+<h2 class="nobreak maigre"><span class="xsmall">LE</span><br>
+LIVRE COMMODE</h2>
+
+<p class="c"><span class="xsmall">CONTENANT</span><br>
+<i>les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor
+des Almanachs</i><br>
+POUR L’ANNÉE 1692.</p>
+
+
+
+
+<h3 id="c1">AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.</h3>
+
+
+<p>Monseigneur l’Archevêque de Paris donne
+Audience aux particuliers dans les appartemens
+de l’Archeveché, près Notre-Dame,
+le matin à onze heures quand il
+est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse
+à Monsieur de Morange pour impetrer les dispenses
+et autres grâces Ecclésiastiques qui
+emanent de mondit Seigneur.</p>
+
+<p>Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et
+M. de la Baude Archidiacre de Brie, demeurent
+au Cloître.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p16">-16-</span>Messieurs les Abbez Daquin<a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[1]</a> et de Bourlemont
+Agens du Clergé, demeurent ; sçavoir, le
+premier au Jardin du Roi<a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[2]</a>, et le deuxième ruë
+d’Enfer près les Chartreux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[1]</span></a> C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit
+donné, en avril 1688, l’abbaye de Saint-Laurent (<i>Journal</i>
+de Dangeau, t. II, p. 130).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[2]</span></a> C’est comme frère du premier médecin que l’abbé
+Daquin y logeoit, la surintendance du Jardin royal étant
+encore, pour la plus grande part, dans les attributions du
+premier médecin du Roi.</p>
+</div>
+<p>Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame,
+à qui l’on s’adresse pour les affaires du Chapitre,
+demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les
+Lundis, Mercredis et les Vendredis.</p>
+
+<p>M. Chéron Official de Paris, à qui l’on
+s’adresse pour obtenir permission de publier
+Monitoire<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[3]</a>, demeure ruë du petit Musc près
+l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la
+maison de Pincourt rue des Amandiers Fauxbourg
+saint Antoine<a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[3]</span></a> Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace
+d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui
+avoient connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en
+pouvoient savoir.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[4]</span></a> « Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions
+et actions bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et
+est souvent à Pincourt, où il a une maison de bon air. »
+Edit. 1691, p. 5.</p>
+</div>
+<p>Il tient son Audience en la premiere cour de
+l’Archeveché, le Mercredi, et le Samedi à midi,
+où l’on porte toutes les Causes concernant les
+fonctions Curiales et les Accessoires ; et par
+conséquent les questions matrimoniales, la Morale
+des Prêtres<a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[5]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[5]</span></a> L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses.
+C’est lui, par exemple, qui légitimoit par mariage les
+unions qui n’avoient pas jusque là été régulières. Celle du
+perruquier Lamour et d’Anne, sa perruquière, avoient
+longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous l’apprend
+au chant I<sup>er</sup> du <i>Lutrin</i> :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i1">… ce couple charmant</div>
+<div class="verse">S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement,</div>
+<div class="verse">Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage</div>
+<div class="verse">L’Official a joint le nom de mariage,</div>
+</div>
+
+</div>
+<p class="noindent">L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie
+par Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p17">-17-</span>M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction,
+qui conclud pour la manutention des Canons et
+Discipline Ecclésiastique, est Curé de la Paroisse
+de S. Roch.</p>
+
+<p>M. Robert Grand Pénitencier qui absout les
+cas reservez<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[6]</a>, confesse presque tous les matins
+et quelquefois l’apresdiné.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[6]</span></a> Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder
+pour lui-même beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa
+vie n’étoit pas des plus édifiantes. L’abbé Legendre,
+<i>Mémoires</i>, p. 59, se contente de dire qu’il avoit « des
+talents, autant pour le monde que pour sa profession. »
+Les chansons en disoient plus. V. le <i>Recueil de Maurepas</i>,
+t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs « pour
+écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de
+la religion. » Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, <i>Mém.</i>,
+p. 99.) Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres
+comme lui, le tenoit en grande estime. (Goujet, <i>Vie de
+Nicole</i>, 1<sup>re</sup> part., p. 16, et 2<sup>e</sup> part., p. 130, 144.)</p>
+</div>
+<p>M. Le Chantre de la même Eglise<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[7]</a>, à la nomination
+<span class="pagenum" id="p18">-18-</span>duquel sont tous les Maitres et toutes
+les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et
+qui connoit des causes concernant cette profession<a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[8]</a>,
+demeure aussi dans le Cloître, où il tient
+son Audience le Jeudi à trois heures de relevée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[7]</span></a> Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude
+Joly, dont nous trouvons un si bel éloge dans le <i>Valesiana</i>,
+p. 39. Il avoit été, à Munster, le conseiller intime du duc
+de Longueville pour les négociations du traité. Après la
+Fronde, où il fut des plus hostiles à Mazarin, il devint
+official de l’Église de Paris, puis, ce que nous le voyons
+ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier 1700,
+à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le
+<i>Mercure de France</i> à cette date, p. 276.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[8]</span></a> Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties :
+<i>Traité historique des Ecoles épiscopales</i> par Claude Joly.
+Paris, Muguet, 1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des
+contestations avec l’Université, et aussi avec les curés de
+Paris qui n’acceptoient pas que le droit des Ecoles de
+Grammaire appartînt seulement à MM. du Chapitre et au
+grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut lire
+dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de l’<i>Histoire
+du Diocèse de Paris</i>, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44,
+le détail des factums qui furent échangés entre les deux
+partis.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis.
+M. Marais ruë Cocatrice, et M. Chevalier ruë
+saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers
+Laics de l’Eglise de Paris.</p>
+
+<p>Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires
+Apostoliques chez qui on peut passer tous actes
+recevables en Cour de Rome, sont tous établis
+ruë Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame.</p>
+
+<p>Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour
+de Rome, par l’entremise desquels on obtient
+toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége,
+à peine de nullité et d’amende<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[9]</a>, sont :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[9]</span></a> Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions
+par courriers, non-seulement pour la Cour de Rome,
+mais pour les légations. Ils eurent leur chapitre spécial
+dans l’<i>Almanach royal</i>, dès la première année, 1699. Leur
+création datoit du mois de mars 1673.</p>
+</div>
+<p class="ind"><i>Messieurs</i></p>
+
+<p class="drap">Du Bourgt, ruë Bailleul.</p>
+
+<p class="drap">De la Nouë, ruë de la Harpe.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p19">-19-</span>Le Pelletier, ruë saint Severin<a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[10]</span></a> Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des
+banquiers expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame ;
+il logeoit rue Saint-Christophe. (<i>Alman. royal</i>,
+1702, p. 75.)</p>
+</div>
+<p class="drap">Daquinet, Parvis Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap">Noyer, ruë de la Licorne.</p>
+
+<p class="drap">Ruelle, ruë des Prouvaires.</p>
+
+<p class="drap">Le Roy, ruë Bardubec.</p>
+
+<p class="drap">Chubuté, ruë des Prêtres saint Germ<sup>n</sup> l’Auxerrois<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[11]</span></a> Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre).
+<i>Alman. royal</i>, 1702, p. 75.</p>
+</div>
+<p class="drap">Le Zineau, ruë des Massons<a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[12]</span></a> Laurent Lezineau. (<i>Id.</i>)</p>
+</div>
+<p class="drap">Antoine, ruë saint Christophle.</p>
+
+<p class="drap">Beaudet de Beaumont, ruë saint André.</p>
+
+<p class="drap">Le Maine, ruë Hautefeuille<a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[13]</span></a> Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit
+y en avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année
+précédente, 1691, avoit, en effet, rétabli définitivement
+les huit offices héréditaires créés au mois de décembre 1689,
+et supprimés le mois suivant.</p>
+</div>
+<p>On trouve des instructions très importantes
+sur l’obtention et sur le dénombrement des Benefices
+de France, dans les livres que M. Le
+Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy<a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[14]</a>,
+et encore dans quelques autres que Michallet a
+imprimés, ruë saint Jacques à l’Image saint Paul.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[14]</span></a> « M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de
+Rome, qui demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur
+de deux livres très instructifs sur l’obtention et le dénombrement
+des bénéfices. » Edit. 1691, p. 5.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur François Muguet<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[15]</a> seul Imprimeur
+<span class="pagenum" id="p20">-20-</span>de l’Archeveché pour les Mandemens, Monitoires,
+Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue
+de la Harpe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[15]</span></a> Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit
+publié en 1673 le <i>Traité</i> de Claude Joly sur les écoles épiscopales.</p>
+</div>
+<p>Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez
+la Veuve Coignard, rue Saint Jacques<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[16]</span></a> « Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, <i>à
+la Bible d’or</i>. » Edit. 1691, p. 4. « Le bref de Paris se vend
+chez la veuve Cramoisy, même rue, <i>aux Cigognes</i>. » <i>Ibid.</i> — La
+<i>Bible d’or</i> devint, au siècle suivant, l’enseigne des
+Didot, et <i>les Cigognes</i> celle des Barbou, puis des Delalain.</p>
+</div>
+<p>Les usages Romains, à scavoir Breviaires,
+Diurnaux, Missels, Rituels, Processionnels, Antiphonètes,
+Graduels etc. se trouvent chez presque
+tous les Libraires de la rue S. Jacques, et
+particulièrement chez la Veuve Coignard, et
+chez les Sieurs de La Caille<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[17]</a>, Josse et Hérissant.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[17]</span></a> Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques,
+à l’enseigne de <i>la Prudence</i>. C’est à lui qu’on doit l’excellent
+ouvrage, devenu rare aujourd’hui, <i>Histoire de l’Imprimerie
+et de la Librairie</i>, 1689, in-4<sup>o</sup>. V. ce qu’en dit
+Chevillier, <i>l’Origine de l’Imprimerie de Paris</i>, 1694, in-4<sup>o</sup>,
+p. 58.</p>
+</div>
+<p>Les Livres de l’Office Divin à l’usage du
+Diocèse de Paris, se vendent chez les sieurs
+Josse et Léonard, ruë Saint Jacques<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[18]</span></a> « Les heures et autres livres de piété généralement
+compris sous le titre d’usages, se vendent chez différents
+libraires rue Neuve Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont
+au Change. » Edit. 1691, p. 4.</p>
+</div>
+<p>M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly
+de la Justice Nostre-Dame, demeure dans le
+Cloître.</p>
+
+<p>M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette
+Justice, demeure ruë saint Pierre aux bœufs.</p>
+
+<p>M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière
+Saint Denis de la Chartre.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p21">-21-</span>M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure
+rue de la Draperie.</p>
+
+<p>M. Taupinard Bailly de la Temporalité<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[19]</a> et
+qui tient son Audiance le Lundy et le Jeudy à
+midy, demeure rue Galande.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[19]</span></a> C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie
+de l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des
+appellations de sentences rendues en matière civile par les
+officiers de justice sur les domaines de l’archevêché. Un
+bailli, un procureur fiscal et un greffier étoient attachés à
+cette juridiction.</p>
+</div>
+<p>M. Le Comte son Greffier, demeure rue des
+Noyers.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c2">EXERCICES DE PIÉTÉ.</h3>
+
+
+<p>Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de
+guérir par un simple attouchement les malades
+atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher
+tous ceux qui ont été visitez par M. le premier
+Chirurgien de Sa Majesté, la veille de Paques,
+de la Pentecoste, de la Toussaints, et de Noël,
+après avoir fait ses dévotions<a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[1]</a>, et de leur faire
+ensuite distribuer à chacun quinze sols par forme
+d’aumone, à cause dequoi Monseigneur le Grand
+Aumonier de France est toujours présent à la
+Céremonie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[1]</span></a> Pour plus de détails, on peut lire l’<i>Etat de France</i> de
+1692, t. I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi
+touchoit était quelquefois très-considérable. Nous lisons, par
+exemple dans le <i>Journal de Dangeau</i>, sous la date du
+21 avril 1685, c’est-à-dire à l’époque de Pâques, une de
+celles où, comme on le voit ici, cette cérémonie revenoit
+tous les ans : « Le roi fit son bonjour (ses pâques) à la
+paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et toucha
+ensuite treize cents malades. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p22">-22-</span>Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi
+Saint, une action digne de sa singulière Piété ;
+car après le Service, l’Absoute et la Prédication,
+Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs
+de sa Cour, lave les pieds à treize pauvres enfans,
+revetus d’une longue Robe de ratine rouge
+ayant une serviette au col qui s’estend jusqu’à
+leurs pieds<a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[2]</a>, à chacun desquels elle distribue
+ensuite par les mains de Monseigneur le Grand
+Aumonier de France, treize plats de bois garnis
+de poissons chacun avec la figure de l’un des
+Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile,
+et treize écus blancs dans une bource à treize
+pendans, ce qui est mis dans une manne et
+donné ensemble à chacune des Mères de ces
+enfans<a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[2]</span></a> L’<i>Etat de France</i> de 1692 contient aussi, à ce sujet,
+d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[3]</span></a> Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes
+prenoient part à cette cérémonie de la <i>Cène</i>, comme on
+l’appeloit, et y servoient : « Le roi, écrit Dangeau, à la
+date du Jeudi Saint, 7 avril 1689, entendit le sermon de
+l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille ; ensuite le Roi fit
+la cérémonie de laver les pieds des pauvres. Monseigneur le
+duc de Bourgogne servit à la cène pour la première fois.
+Monseigneur — c’est le Dauphin — communia à la paroisse,
+et puis revint servir à la cène. »</p>
+</div>
+<p>Le même jour Monseigneur l’Archeveque de
+Paris, fait aussi la Sêne dans la grande salle de
+l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à
+douze pauvres, à chacun desquels il distribue
+trois plats de bois garnis de poissons, un pain,
+un pinte de vin et un écu blanc.</p>
+
+<p>M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes
+logé dans la maison Abbatialle de Saint Germain
+<span class="pagenum" id="p23">-23-</span>des Prez<a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[4]</a>, distribue par ordre du Roy, une infinité
+d’Aumones et de pensions considérables
+aux Nouveaux Convertis<a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[4]</span></a> Il y logeoit comme administrateur de l’économat de
+l’abbaye, charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou,
+<i>Pellisson, Etudes sur sa vie et ses œuvres</i>, 1859, in-8,
+p. 331.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[5]</span></a> Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il
+étoit lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de
+ses fonctions : en même temps que l’économat de Saint-Germain
+des Prés, il administroit la caisse des conversions
+créée en novembre 1676. (<i>Id.</i>, p. 342.)</p>
+</div>
+<p>Mesdames de Guise<a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[6]</a>, de Créqui et de la Trémoüille<a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[7]</a>
+qui sont Directrices de la Charité de la
+Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de grandes
+aumosnes aux pauvres honteux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[6]</span></a> C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du
+palais du Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage,
+que la duchesse de Guise étoit restée une des grandes
+aumônières de la paroisse Saint-Sulpice. Sa résidence étoit
+alors, en effet, bien loin de là, au Marais, dans l’Hôtel occupé
+aujourd’hui par les Archives.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[7]</span></a> Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la
+mère et la fille. M<sup>me</sup> de la Trémoille mourut la première,
+au mois d’août 1711.</p>
+</div>
+<p>Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[8]</a>
+rue de Taranne, et l’Eschassier<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[9]</a> derrière la même
+Eglise.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[8]</span></a> Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa
+mère la présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la
+Fronde. (Feillet, <i>Misère au temps de la Fronde</i>, 1862, in-8,
+p. 231.) Elle avoit contribué surtout à l’œuvre des prisons,
+dont elle fut une des premières trésorières. (<i>Etat ou tableau
+de la Ville de Paris</i>, 1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des
+œuvres où les dévots, comme Tartuffe, s’entremettoient le
+plus volontiers, surtout par leurs fréquentes visites. (<i lang="la" xml:lang="la">Athenæum</i>,
+t. II, p. 565.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[9]</span></a> Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons
+plus loin.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p24">-24-</span>Il y a paraillement dans toutes les Parroisses
+de Paris des Communautez de Dames Pieuses<a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[10]</a>,
+qui font assister les pauvres malades honteux
+d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales,
+et qui font même instruire des orphelins
+de l’un et de l’autre sexe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[10]</span></a> « Sous la direction des quelles il y a des médecins,
+des chirurgiens et des sœurs grises. » Edit. 1691, p. 3.</p>
+</div>
+<p>Quelques unes de ces Dames pratiquent encore
+la charité avec un zèle exemplaire, pour la délivrance
+des pauvres prisonniers retenus pour
+dettes<a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[11]</a>. Celles là sont connuës de tous les
+Concierges et Geolliers des Prisons, à qui on
+peut s’adresser pour en avoir les addresses<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[11]</span></a> V. l’avant-dernière note.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[12]</span></a> « On apprendra les noms et demeures de ces Dames
+redemptrices, dans les geolles mêmes des prisons, et entre
+autres en celle de la Conciergerie du Palais, où l’on trouve
+la dame Bourcier, femme du concierge, de qui elles sont
+très-bien connues. » Edit. 1691, p. 4.</p>
+</div>
+<p>Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du
+Fort l’Evêque, peuvent impetrer avec succez le
+secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité
+de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure
+dans le Cloître.</p>
+
+<p>Madame de Miramion<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[13]</a> Institutrice et Supérieure
+<span class="pagenum" id="p25">-25-</span>de la Congrégation des Filles de Sainte
+Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[14]</a>,
+a toujours la même application aux œuvres
+pieuses et charitables ; et particulierement en
+faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister
+dans tous leurs besoins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[13]</span></a> Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois,
+seigneur de la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans.
+S’étant vouée aux œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve,
+l’année même qui suivit son mariage, et après que Bussy
+eût tenté de l’enlever, elle fonda la <i>Maison du Refuge</i> pour
+les filles qu’on arrachoit de force à la débauche, et celle de
+<i>Sainte Pélagie</i>, pour les repentantes, qui s’en retiroient volontairement.
+Sa dernière fondation fut la Congrégation dont
+il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661, qu’une Communauté
+de douze filles pieuses, destinées à tenir les petites
+écoles, panser les blessés, assister les malades. Son premier
+nom fut <i>la Sainte Famille</i>, puis elle prit celui de <i>Sainte
+Geneviève</i> qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre
+communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même.
+M<sup>me</sup> de Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le
+24 mars 1696.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[14]</span></a> On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, <i>Quai des
+Miramionnes</i>, à cause des saintes filles que dirigeoit M<sup>me</sup> de
+Miramion. L’hôtel, dont elle avoit fait pour elles un couvent,
+est aujourd’hui la Pharmacie centrale des hôpitaux
+civils. Celui de sa fille, mariée au maître des requêtes,
+Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son marbre à lettres
+d’or au-dessus de la porte : « Hotel ci-devant de Nesmond. »</p>
+</div>
+<p>Madame de Poncarré<a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[15]</a> occupée du même zèle,
+demeure ruë Neuve Saint Mederic.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[15]</span></a> Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier
+président à Rouen.</p>
+</div>
+<p>Les Revérends Pères Celestins font distribuer
+tous les jours du pain, à tous les pauvres qui
+se présentent à leur porte à huit heures du matin,
+à deux, et à six heures de relevée.</p>
+
+<p>Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent
+tous les jours à disné à vingt quatre pauvres.</p>
+
+<p>Les Révérends Pères Chartreux, donnent à
+disné tous les Vendredis à un grand nombre de
+pauvres honteux.</p>
+
+<p>Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant
+Jésus ruë d’Enfer, donnent aux pauvres la
+déserte<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[16]</a> de leur table.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[16]</span></a> Lisez « desserte. »</p>
+</div>
+<p>On donne à disné tous les Dimanche à douze
+<span class="pagenum" id="p26">-26-</span>pauvres honteux au Jardin Médicinal de Pincourt,
+Fauxbourg Saint Antoine<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[17]</span></a> « Où ils sont servis par Monsieur le Directeur. »
+Edit. 1691, p. 4. C’étoient, y est-il dit aussi, « les médecins
+de la Société Royale » qui donnoient le dîner.</p>
+</div>
+<p>L’<i>Almanach Spirituel</i> qui marque toutes solemnitez
+des Eglises de Paris, les jours et la condition
+des Indulgences, se vend rue Saint Jacques
+chez George Josse<a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[18]</a> à la Couronne d’Epine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[18]</span></a> Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques.
+De 1659 à 1661, il avoit été syndic.</p>
+</div>
+<p>Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé
+Galliot sous Pénitencier de Paris, tient une
+conférence publique de Controverse en la Chapelle
+du Collége des Lombards ruë des Carmes.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c3">FINANCES ROYALES.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Chef du Conseil Royal des Finances.</i></p>
+
+<p class="drap">M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye<a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[1]</span></a> Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers,
+gouverneur du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil
+des finances, depuis 1685, et le roi l’avoit fait ministre
+d’état en 1691. Il habitoit rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui,
+comme on sait, dans la rue Vieille-du-Temple,
+l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom d’<i>Hôtel
+Saint Aignan</i>, inscrit encore au-dessus de la haute porte,
+seule partie qui en soit restée à peu près intacte.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Contrôleur Général des Finances.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Ponchartrain<a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[2]</a>, au bout de la ruë Vivienne
+devant les Filles Saint Thomas<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[2]</span></a> Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de
+1689 à 1699, contrôleur général des finances. Il fut ensuite
+chancelier de 1699 à 1704. M. de Maurepas, ministre sous
+Louis XVI, étoit son petit-fils.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[3]</span></a> L’année précédente, il logeoit dans un tout autre
+quartier : « M. de Pontchartrain a son hôtel à Paris, près
+les Carmes dechaussez du faubourg Saint-Germain. » Edit.
+de 1691, p. 5.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p27">-27-</span><i>Intendans des Finances.</i></p>
+
+<p class="drap">M. De Breteuil, ruë du grand Chantier<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[4]</span></a> François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller
+au Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et
+enfin, en janvier 1684, intendant des finances et conseiller
+d’État.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine<a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[5]</span></a> Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été
+conseiller au Parlement, et successivement intendant de
+Franche-Comté et de Flandre, s’étoit trouvé en passe de
+devenir contrôleur général à la place de son frère. C’est
+celui-ci qui lui fit préférer Pontchartrain, « par un motif
+rare de conscience », dit Saint-Simon dans une note sur
+Dangeau, mais par pure jalousie, suivant nous. — Son
+hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la pension
+Jauffret.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[6]</span></a> L. Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, fut
+intendant des finances de 1690 à 1715, après avoir été
+conseiller au Parlement et maître des requêtes. M. de Caumartin,
+prévôt des marchands de 1778 à 1784, qui donna
+son nom à l’une des rues de la Chaussée-d’Antin, étoit son
+petit-fils.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Du Buisson, ruë Simon le Franc<a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[7]</span></a> Beau-frère de Sonning, qui, beaucoup plus connu que
+lui, — nous en parlerons plus loin, — avoit aidé à sa fortune.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. De Chamillart, à la Place Roiale<a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[8]</span></a> « Rue des Bernardins. » Edit. 1691, p. 6. — C’est
+Michel de Chamillard, qui, après avoir été maître des requêtes,
+intendant à Rouen, puis, en 1690, intendant des finances,
+eut une fortune si haute, lorsque de cette dernière charge,
+étant passé, en 1699, à celle de contrôleur général, qu’il
+garda jusqu’en 1707, il finit par devenir alors ministre de la
+guerre.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Darmenonville, vieille ruë du Temple<a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[9]</span></a> Il devint plus tard directeur des finances. Il avoit de
+très-grands biens, entre autres Rambouillet, qu’il échangea
+avec le roi, pour qu’il y mît un haras, et la Muette qu’il
+vendit à M<sup>me</sup> de Berry, fille du Régent. La direction des
+finances, dont il étoit titulaire, ayant été supprimée, il eut
+une pension de douze mille livres, et en attendant qu’on le
+fît secrétaire d’Etat des affaires étrangères, la charge, créée
+exprès pour lui, de capitaine du bois de Boulogne. Il y fit
+bâtir le pavillon, qui s’appelle encore à cause de lui « pavillon
+d’Armenonville. »</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p28">-28-</span><i>Gardes du Trésor Royal.</i></p>
+
+<p class="drap">M. De Frémont, ruë Neuve Saint Augustin<a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[10]</span></a> Avant d’être, à partir de 1689, garde du Trésor royal,
+il avoit été dans les finances, et s’y étoit souvent empêtré,
+notamment en 1682, où l’on avoit dû nommer deux commissaires
+pour l’examen de ses affaires, et mettre garnison
+chez lui. Il ne s’en étoit tiré que moyennant quatre millions.
+(V. aux <i>Mss.</i> de la Biblioth. Nat., <i>Lettres hist. et
+anecdot.</i>, 10 et 17 avril et 8 may 1682.) Le maréchal de
+Lorges, que sa fille Geneviève avoit épousé en 1676,
+l’avoit beaucoup aidé dans ce mauvais pas. Saint-Simon
+épousa l’une des filles nées de ce mariage, quoique le
+grand-père fût, comme ancien traitant, de la classe des gens
+que son orgueil de duc avoit le plus en mépris. — L’hôtel
+de la rue Neuve-Saint-Augustin, où nous voyons ici Frémont,
+devint, après lui, la propriété de son gendre, M. de
+Lorges. Il fut acheté ensuite par la princesse de Conti.
+C’est sur son emplacement que fut percée en 1777 la rue
+à laquelle le prévôt des marchands, M. de La Michodière,
+a laissé son nom.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Brunet, ruë des Francs Bourgeois<a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[11]</span></a> Brunet de Chailly, frère de Brunet de Rancy, et de
+Brunet de Montferrand, auquel il succéda comme président
+des Comptes, après avoir vendu à la fin de mai 1696, sa
+charge de garde du Trésor, moyennant un million à M. de
+Turmenies. Il y a dans les poésies de P. Du Cerceau, t. I,
+p. 38-41, de jolis vers à sa femme.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Fermiers Généraux des Domaines, cinq Grosses
+Fermes, et Domaine d’Occident comme cautions
+de M. Pierre Domergue preneur<a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[12]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[12]</span></a> Ce Pierre Domergue était le prête-nom, l’homme de
+paille de Berthelot, qui, en mars 1687, avoit pris pour
+trente-six millions le bail des Gabelles et des Cinq grosses
+fermes. Ce bail succédoit à celui de Jean Fauconnet, dont
+on sait le nom par La Bruyère, qui appelle « les Fauconnet »
+ceux qui, comme Berthelot et consorts pour Domergue,
+lui servoient de caution. Ces prête-noms, seuls
+contractants officiels, avec la responsabilité de la prise de
+corps, étoient de pauvres diables, qu’on payoit de leurs
+risques par une pension de deux ou trois mille livres.
+Monteil avoit vu une de leurs quittances d’appointements.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p29">-29-</span>M. Brunet, ruë des Francs-Bourgeois<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[13]</span></a> Un des frères de Brunet de Chailly, dont il a été parlé
+dans l’avant-dernière note.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Pelissier, ruë du Boulloy<a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[14]</span></a> Avant celui-ci, dans l’Edit. précédente, p. 6, se trouve :
+« Colin, rue Saint-Martin. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Reaupalu, ruë Vivienne.</p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Arnaud, et de Blaine<a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[15]</a>, ruë Neuve saint Augustin.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[15]</span></a> Melchior de Blair, et non de Blaine, étoit un simple
+intéressé aux fermes qui avoit, comme tel, eu des missions
+en 1689 et 1691, dans la Picardie et la Bretagne. En 1716
+il fut mis à la taxe par la Chambre de justice pour 240,000
+livres.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Remond, ruë de la Verrerie<a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[16]</span></a> Remond de la Renouillère. Il fut taxé, en 1716, à
+437,000 livres.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> de Furgis<a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[17]</a> Hocquart, et Doüilli, ruë des fossez Montmartre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[17]</span></a> « Turgis. » Edit. 1691, p. 6. C’est le vrai nom. Sa
+femme, Marie de Maupeou, étoit cousine de M<sup>me</sup> de Pontchartrain.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Granval<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[18]</a>, de Lagni<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[19]</a> et Corneri<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[20]</a>, ruë de Richelieu.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[18]</span></a> Charles de Poirel de Grandval. En outre de son intérêt
+dans les fermes, il avoit une charge de munitionnaire
+de la marine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[19]</span></a> J.-B. de Lagny. Il fut directeur général du commerce
+en 1694.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[20]</span></a> « De Cormery. » Edit. 1691, p. 6. C’est le nom véritable.
+Louis Bauyn de Cormery devint fermier général à
+Lyon en 1694.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p30">-30-</span>M<sup>rs</sup> Hotman<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[21]</a>, et l’Huillier, ruë Sainte Anne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[21]</span></a> Il avoit été en 1689 directeur des fermes à Rouen, et
+c’est lui qui, en 1682, avoit dû avec un autre commissaire
+faire cet examen des affaires de Frémont, dont il a été
+parlé plus haut.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Ricoult, vieille ruë du Temple.</p>
+
+<p class="drap">M. de Saint Amant, ruë Vieilles Audriettes.</p>
+
+<p class="drap">M. Berthelot l’ainé à l’Arsenal<a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[22]</span></a> C’est lui, comme il a été dit dans une note précédente,
+qui étoit le véritable preneur de ce bail des fermes,
+sous le nom de Domergue. Il y avoit eu l’agrément complet
+du roi, et plus même : « depuis ce traité fait, écrit
+Dangeau, le 7 mars 1687, le roi a donné à Berthelot, la
+valeur de plus de 500,000 livres, et a dit qu’il le choisissoit
+comme l’homme d’affaires le plus capable de faire les recouvrements
+sans tourmenter les peuples. » Il avoit été fermier
+général en Flandre sous Colbert, puis munitionnaire des
+guerres, ce qui lui avoit valu le logement que nous lui voyons
+ici à l’Arsenal et, par suite, le surnom de « Berthelot des poudres. »
+Sa fille épousa le baron de Beauvais, fils de cette
+Beauvais la borgnesse qui passoit pour avoir déniaisé
+Louis XIV, et dont l’hôtel fait, comme disoit Brienne,
+avec des pierres du Louvre, existe encore rue Saint-Antoine,
+n<sup>o</sup> 64.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Berthelot de Belley<a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[23]</a>, ruë Plastrière.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[23]</span></a> Frère du précédent, mêlé à ses affaires, mais moins
+riche.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Jariel, ruë Verderet.</p>
+
+<p class="drap">M. Brunet de Vauge, vieille ruë du Temple<a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[24]</span></a> De cette famille des Brunet que nous connaissons déjà,
+et qui formoit dans le quartier du Temple une vraie tribu
+de financiers.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Baugier<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[25]</a>, ruë Sainte-Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[25]</span></a> Edme Baugier, qui avoit été longtemps intéressé dans
+les fermes en Bourgogne.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Valier<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[26]</a>, ruë Beaubourg.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[26]</span></a> Guillaume Vallier, qui, avant d’être fermier général,
+avoit été greffier du Conseil privé et contrôleur du parlement
+de Metz.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p31">-31-</span>M. le Juge, ruë du grand Chantier<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[27]</span></a> Sa maison, bâtie par de Cotte, étoit des plus belles,
+avec ses bas-reliefs de Coysevox, son magnifique jardin, etc.
+<i>V.</i> G. Brice, édit. 1701, t. I, p. 266.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Germain, ruë des Victoires<a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[28]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[28]</span></a> Jean Germain fut secrétaire du roi en même temps
+que fermier général, après avoir été dans les fermes à La
+Rochelle.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Courchant, cloître Saint Mederic<a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[29]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[29]</span></a> C’est lui, suivant <i>les Clés</i>, que La Bruyère dénonce
+dans le chapitre des <i>Biens de fortune</i>, § 16, comme s’étant
+démesurément engraissé « dans le huitième denier : quelle
+monstrueuse fortune, dit-il, en moins de six années ! »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Tellier, ruë Neuve Saint Eustache<a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[30]</span></a> P. Le Tellier, qui, en 1687, n’étoit que sous-fermier
+en Champagne.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Normand, ruë de Torigni<a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[31]</span></a> Il étoit secrétaire du Roi, et avoit été d’abord fermier
+général en Flandre. Son fils, le Normand de Tournehem,
+fut aussi fermier général, puis, en 1745, directeur-ordonnateur
+des bâtiments. Il eut pour neveu et héritier le Normand
+d’Etioles, mari de M<sup>me</sup> de Pompadour.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Boulanger, ruë Neuve des Bons Enfans<a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[32]</span></a> Charles Boulanger, qui avoit été, en 1689, receveur
+général en Flandre.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Hénault, ruë du Boulloy<a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[33]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[33]</span></a> Jean-Remi Henault, père du président si célèbre, selon
+Voltaire, par ses soupers et sa <i>Chronologie</i>. Il avoit, suivant
+son fils (<i>Mémoires</i>, p. 4), toute la confiance de Pontchartrain.
+Il n’eut pas moins celle de Chamillard, qui lui
+abandonna le détail des Fermes, et l’auroit fait, pour peu
+qu’il y eût consenti, secrétaire d’Etat de la Guerre. Ce que
+le président n’ajoute pas, c’est que sous la Régence, son
+père avoit des comptes à rendre. La taxe alloit le frapper
+quand il la devança, en faisant la part du feu. Il avoua
+2,500,000 francs de biens, plus 500,000 donnés à son fils
+et pareille somme à sa fille, M<sup>me</sup> de Jonsac. En abandonnant
+un million, au lieu de 1,250,000 livres qu’on vouloit
+d’abord, il fut tenu quitte, avec le profit de passer pour
+fort habile, grâce à ses propositions faites d’avance. (<i>Journ.
+de Dangeau</i>, 6 octobre et 5 décembre 1716.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p32">-32-</span><i>Fermiers Généraux des Aydes et Domaines de
+France et Droits y joints, comme cautions de
+M. Christophle Charrier<a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[34]</a> preneur.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[34]</span></a> « Charriere. » Edit. de 1691, p. 7. C’est le vrai
+nom. Le bail des aides et domaines, fait en même temps
+que celui de Domergue, dont nous avons parlé plus haut,
+ayoit été adjugé moyennant vingt-sept millions : pour les
+aides, vingt-et-un ; pour les domaines, six.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Logeois, ruë de l’Université<a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[35]</a> à Saint-Germain des Prez.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[35]</span></a> « Rue Jacob. » <i>Ibid.</i> — Il étoit fils du receveur des
+consignations du Châtelet, ce qui ne l’empêcha pas de se
+faire appeler M. d’Imbercourt, quand il eut acheté la seigneurie
+de ce nom. Sa fille, mariée d’abord au riche traitant
+La Popelinière, épousa en secondes noces le maréchal
+de Tourville, à qui elle apporta, en outre de ce que lui avoit
+laissé son premier mari, 200,000 livres que lui donna son
+père. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 15 janvier 1690.) Laugeois,
+suivant <i>les Clés</i>, seroit le <i>Chrysippe</i> de La Bruyère.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Dapougni, ruë Bar-dubec<a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[36]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[36]</span></a> Un des traitants les plus riches et les plus intraitables.
+C’est lui, suivant Richelet (<i>Recueil de Lettres</i>, t. I, p. 410,
+note), qui harcela le plus vivement Patru pour quelques
+dettes, et qui l’eût fait mettre au Châtelet, si Boileau ne
+l’eût tiré de peine.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Robert, ruë Neuve Saint Eustache<a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[37]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[37]</span></a> Il avoit commencé par être payeur des gages du Châtelet.
+Il parvint par l’intendant d’Armenonville, dont Gilbert,
+son neveu, fils du riche drapier, à l’enseigne des <i>Rats</i>, étoit
+le beau-frère.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Delpeche, ruë Saint Martin<a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[38]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[38]</span></a> Encore un traitant parti de fort bas, s’il falloit,
+d’après <i>les Clés</i> de La Bruyère, voir en lui le type de ce
+caractère : « Sosie, de la livrée a passé par une petite
+recette à une sous ferme… »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Romans, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p33">-33-</span>M. Thomé, ruë des fossez Mommartre<a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[39]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[39]</span></a> Thomé de Lesse, comme l’appellent les auteurs des
+<i>Clés</i> de La Bruyère qui veulent voir en lui le type du <i>Caractère</i> :
+« un homme d’un petit génie peut vouloir s’avancer,
+il néglige tout, il ne pense du matin au soir, il ne
+rêve la nuit qu’à une seule chose qui est de s’avancer… »</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Mainon<a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[40]</a> et le Maistre, ruë Beaubourg.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[40]</span></a> Il étoit alors nouveau dans les affaires. Il s’y poussa
+davantage lorsqu’il eut épousé la veuve de Despech que
+nous trouverons plus loin.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Mouchi, ruë Jacob<a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[41]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[41]</span></a> Vincent Maynon. Il resta, jusqu’en 1717, fermier
+général des aides, d’où alors il demanda « à être osté », à la
+seule condition qu’on lui rembourseroit sa charge. Ce qui fut
+fait. Il vouloit plus, la ferme des Tabacs, dont l’an d’après
+il offrit 2,200,000 livres. Law eut la préférence. (<i>Journ.
+de Dangeau</i>, 24 avril 1717 ; 31 août 1718.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Blein, ruë de Cléry.</p>
+
+<p class="drap">M. Dumas, ruë Beaubourg.</p>
+
+<p class="drap">M. de la Porte, ruë de Braque.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Receveurs Généraux des Finances.</i></p>
+
+<p class="drap"><i>Paris.</i> M. Carel, place Royale.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. Sonning, ruë des petits Champs<a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[42]</span></a> Beau-frère de l’intendant des finances Dubuisson, dont
+il a été parlé plus haut. Il n’étoit pas encore, rue des
+Petits-Champs, parvenu à l’énorme fortune dont il étala le
+luxe dans l’hôtel que Dulin lui bâtit un peu plus tard rue
+de Richelieu, près de l’endroit où avoit été la porte, c’est-à-dire
+à la hauteur de la rue Feydeau actuelle. Sa vie, de
+même qu’à Neuilly, où il avoit une autre belle maison, y
+fut des plus galantes, comme on peut le voir par ce qui
+est dit de la diversité de ses bonnes fortunes dans les
+<i>Partisans démasqués</i>, 1707, in-12, p. 189. Il y recevoit
+aussi beaucoup de gens d’esprit : Chaulieu, J.-B. Rousseau,
+l’abbé Courtin, etc. A tous ces titres, il avoit droit au curieux
+chapitre que M. G. Desnoiresterres lui a consacré dans
+ses <i>Cours galantes</i>, t. III, p. 269. Si l’on connoît un peu
+sa vie, on ignore complètement quel étoit son vrai nom,
+tant l’orthographe en varie suivant les livres. Dans les uns,
+il est écrit Sonning, comme ici ; dans les autres, tels que
+les <i>Partisans démasqués</i>, il est orthographié Sonnen ; ailleurs,
+c’est Sonnin ou Sonningen. Ce dernier nom, qui
+feroit supposer une origine allemande, nous paroît devoir
+être le vrai. Il étoit, en 1716, devenu caissier général des
+fermes. Il fut mis à la taxe pour 600,000 livres.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p34">-34-</span><i>Lion.</i> M. du Pile, ruë de Cléry<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[43]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[43]</span></a> Jacques-André Du Pille avoit été receveur des finances
+à Lyon, avant de l’être à Paris, puis munitionnaire de l’armée
+et de la marine.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. Prondre, au petit Hôtel de la Vrillière<a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[44]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[44]</span></a> Paulin Prondre, d’abord receveur des finances et
+« traitant » à Lyon, suivant Dangeau, qui le nomme
+Prond. Ayant fait une belle fortune, il voulut, au commencement
+de la Régence, marier sa fille, à laquelle il donnoit
+200,000 écus de dot, avec le chevalier de Roye, mais ce
+mariage manqua pour un autre qui sembloit plus beau, et
+qui manqua de même. M<sup>lle</sup> Marg.-Pauline Prondre alloit
+épouser le marquis de Rochefort, lorsqu’en septembre 1716,
+la charge de son père, ses maisons, ses terres furent saisies
+par la Chambre de justice. Il fut taxé finalement à
+1,900,000 livres. (<i>Journal de Dangeau</i>, 6 et 29 déc. 1715 ;
+9 sept. et 27 nov. 1716.) Sa fille, dès l’année suivante,
+n’en épousoit pas moins le comte de Clermont Tonnerre.
+V. dans le <i>Journal de Verdun</i>, sept. 1756, p. 240, un article
+sur elle, à l’époque de sa mort. — Prondre avoit commencé
+par être garçon de boutique à Lyon. (<i>Correspond. des
+contrôleurs généraux</i>, t. I, p. 279.)</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Rouen.</i> M. Aubry, rue des deux portes, quartier S. Sauveur<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[45]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[45]</span></a> Il étoit mort au commencement des terribles exécutions
+de la Chambre de justice, mais sa succession restoit.
+Elle figure au 8<sup>e</sup> rôle pour 887,000 livres de taxe.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. Poulletier, rue Sainte Anne<a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[46]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[46]</span></a> Il acheta plus tard, pour 800,000 livres, une charge
+d’intendant des finances, qu’il voulut se faire rembourser,
+quand ces charges furent supprimées en 1716 ; on lui fit
+dire qu’il ne seroit pas mis à la taxe, et qu’il se tînt pour
+satisfait. C’est ce qu’il fit. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 11 nov. 1716.)</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p35">-35-</span><i>Soissons.</i> M. Lallemant, porte Montmartre<a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[47]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[47]</span></a> Lallemant de Betz, qui fut, lui, mis à la taxe. On lui
+fit rendre 480,000 livres.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. Hubert, rue Sainte Avoye.</p>
+
+<p class="drap"><i>Orléans.</i> M. Bachelier, rue de la Corderie, près le Temple.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. Desespoisses, près les Enfans Rouges<a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[48]</span></a> Charles Vireux des Espoisses. Tout ce que nous savons
+de lui, c’est qu’il fut mis à la taxe en 1716, pour
+380,000 livres.</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Tours.</i> M. de la Tour Rollot, rue de Richelieu.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. de Valiere, rue Saint Antoine.</p>
+
+<p class="drap"><i>Bourges.</i> M. Héliot, ruë du Mail.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. Jannay, ruë des Bernardins<a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[49]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[49]</span></a> Jean-Etienne Janet. Il étoit mort, en 1716, quand les
+financiers durent rendre gorge. On s’en prit à sa veuve,
+qui paya une taxe de 43,000 livres.</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Bordeaux.</i> M. du Jardin Beaussart ; ruë de Richelieu.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. Crozat, place des Victoires<a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[50]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[50]</span></a> Antoine Crozat qui devint, suivant le Journal de l’avocat
+Barbier (février 1723), « le plus riche particulier de
+France. » Il avoit commencé par être caissier de Penautier,
+que nous trouverons plus loin, puis traitant à Montpellier, et
+receveur général des finances à Bordeaux, comme nous le
+voyons ici. Il étoit déjà fort riche, et s’étoit fait, à prix
+d’argent, marquis Du Châtel, lorsqu’en 1707 il maria sa
+fille, qui n’avoit guère que douze ans, au comte d’Evreux.
+(<i>Journ. de Dangeau</i>, 23 fév. 1707.) La taxe à laquelle il
+fut mis, en 1716, ne fut pas moins de 6,600,000 livres. Ses
+trois fils, qui firent grande figure, furent Crozat, marquis
+Du Châtel, le président de Tugny et le baron de Thiers, un
+des grands amateurs de son temps.</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Poitiers.</i> M. de la Ravoye, ruë d’Anjou au Marais<a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[51]</span></a> Il étoit encore, à la fin de l’année précédente, receveur
+général de la Rochelle. Sa fille, dont la dot fut de 410,000
+livres, argent comptant, épousa, au mois de janvier 1712,
+le marquis Du Plessis Châtillon.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p36">-36-</span>  —   M. Chambelin, ruë Sainte Anne<a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[52]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[52]</span></a> Sa veuve, mise à la taxe en 1716, dut rendre 180,000
+livres.</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Moulins</i>. M. Raymond, ruë des Blancs-Manteaux<a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[53]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[53]</span></a> Il avait échangé pour celle de Poitiers la recette générale
+de Moulins, qu’il avait déjà en 1684.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. de la Croix, ruë Saint Antoine.</p>
+
+<p class="drap"><i>Riom</i>. M. de Romanet, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie<a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[54]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[54]</span></a> Claude de Romanet, beau-frère de Racine, et mari de
+l’une des filles de Vitart, ancien ami du poëte. Il ne se
+contenta pas, comme son père, André de Romanet, d’être
+trésorier de France en quelque généralité, il se lança dans
+les plus grosses affaires, où il gagna une fortune qui le
+dénonça à la Chambre de justice de nov. 1716. On peut
+évaluer ce qu’il possédoit par le chiffre de la taxe à laquelle
+on l’imposa : elle fut de 4,453,000 livres. Il la subit sans
+sourciller et sans faire attendre. Dangeau annonce le 24 novembre
+qu’il est condamné à la payer, et, deux jours après,
+il ajoute qu’elle est payée déjà. Il mourut l’année suivante.
+Son fils épousa M<sup>lle</sup> d’Estrade. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 24 et
+26 nov. 1716 ; 11 déc. 1717.)</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. Despech, ruë Saint Martin<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[55]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[55]</span></a> Paul Despech. Il était mort en 1716, mais la taxe eut
+des reprises sur sa veuve, qui, nous l’avons dit, avoit
+épousé Mouchi. Elle dut restituer au trésor 150,000 livres.</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Caën</i>. M. Groüin, ruë d’Orléans, au Marais<a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[56]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[56]</span></a> Pierre Gruyn ou Grouïn. Il étoit depuis longtemps
+dans les affaires, où il avoit commencé comme receveur des
+fortifications. Il devint garde du Trésor royal, et ne fut pas
+dans cette charge d’une aménité rare. Son aventure avec
+Jean Bart, qui avoit dû venir le trouver dans ses bureaux de
+la rue du Grand-Chantier, où il logeoit alors, et qu’il reçut
+avec une brutalité qui, d’ailleurs, lui fut bien rendue, court
+tous les <i>ana</i>. Une autre du même genre est moins connue,
+c’est la scène que lui fit un officier de gendarmerie, qui
+alla jusqu’à le maltraiter chez lui. Grouïn se contenta de le
+faire mettre à la Conciergerie. (<i>Journ. de Dangeau</i>, 10 et
+17 avril 1698.) Son vrai nom étoit Desbordes-Grouïn, et il
+venoit de fort bas : « jadis garçon de cabaret, dit Guy
+Patin, fils du maître de <i>la Pomme de pin</i>, il est aujourd’hui
+grand partisan, et même un des gabelles. » Plus il fut haut,
+plus on se souvint d’où il venoit. Sa nomination de garde
+du Trésor fut accueillie par cette chanson :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Garde du trésor de la France,</div>
+<div class="verse">Gruyn quelle est ton insolence !</div>
+<div class="verse">Connais-tu <i>la Pomme de pin</i> ?</div>
+<div class="verse">C’est là que l’épouse peu fière</div>
+<div class="verse">D’un maudit frelateur de vin</div>
+<div class="verse">Te donna jadis la lumière.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p37">-37-</span>  —   M. Chaillon, ruë des blancs Manteaux.</p>
+
+<p class="drap"><i>Allençon.</i> M. Haette, ruë de la Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. de la Marliere, Cloître Saint Mederic.</p>
+
+<p class="drap"><i>Metz.</i> M. Chevalier, ruë Neuve Saint Eustache.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. Goujon, ruë Neuve des petits champs<a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[57]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[57]</span></a> C’est, croyons-nous, le même qui fut intendant de
+Rouen à la place de Ronjault en 1715.</p>
+</div>
+<p class="drap"><i>Picardie.</i> M. Boutin, Cloître Saint Honoré<a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[58]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[58]</span></a> René Boutin qui n’étoit, quatre ans auparavant, qu’un
+simple intéressé dans la ferme du Tabac.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M…</p>
+
+<p class="drap"><i>Montauban.</i> M. Berthelot de Schelles<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[59]</a>, ruë Platrière.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[59]</span></a> Lisez Berthelot de Séchelles. Après avoir été receveur
+à Montauban, il venoit d’être munitionnaire en Italie.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. du Jardin, ruë de Richelieu.</p>
+
+<p class="drap"><i>Limoges.</i> M. Sandrieu, à l’Hôtel de Lavrillière<a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[60]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[60]</span></a> J.-B. Sandrier, et non Sandrieu, qui de la recette de
+Montauban passa à celle de Limoges, fut secrétaire du Roi.</p>
+</div>
+<p class="drap">  —   M. Deschauffour, ruë des Bons Enfans<a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[61]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[61]</span></a> Il avoit été directeur des franchises au Mans, et mena
+si grand train dans toutes ses charges qu’il mourut misérable.
+L’un de ses fils, qui avoit été lieutenant dans le régiment
+de Tessé, eut une fin plus triste encore. Convaincu de
+se livrer au vice infâme, et pour ainsi dire d’en tenir
+maison, il fut brûlé vif en Grêve le 24 mai 1726. Comme
+on crioit son arrêt par les rues, sans oublier le nom du
+crime, les filles de Madame la Princesse demandèrent à leur
+mère ce qu’étoit ce crime-là. Elle leur répondit : c’est une
+espèce de fausse monnoie.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p38">-38-</span><i>Bourg-en-Bresse.</i> M. Jauranché, ruë Haute Fueille.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Receveurs du don gratuit des Etats.</i></p>
+
+<p class="drap"><i>Flandres.</i> M. Brunet de Revey, ruë des Francs bourgeois.</p>
+
+<p class="drap">  —   M. Berthelot de Belloy, ruë Plâtrière.</p>
+
+<p class="drap"><i>Franche-Conté.</i> M. du Rey, ruë du Roi de Sicile.</p>
+
+<p class="drap"><i>Bourgogne.</i> M. Chartraire, ruë Saint Antoine.</p>
+
+<p class="drap"><i>Languedoc.</i> M. Penautier, ruë<a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[62]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[62]</span></a> Si son adresse n’est pas donnée, c’est qu’il n’en avoit
+pas à Paris. Il étoit toujours en Languedoc, où il mourut
+à la fin de juillet 1711. Saint-Simon écrivit alors en marge
+de la copie qu’il avoit du <i>Journal de Dangeau</i>, cette note
+qui résume bien sa vie : « Penautier étoit devenu de caissier
+un très-riche financier, trésorier du clergé et des Etats
+de Languedoc ; homme de beaucoup d’esprit, bien fait,
+galant, magnifique et obligeant. Il fut mêlé dans les affaires
+de la Brinvilliers et des poisons, et mis en prison avec grand
+danger. » Nous avons vu que Crozat commença par être
+son caissier.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Trésoriers des Parties Casuelles.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Damon, ruë de Cléry.</p>
+
+<p class="drap">M. Bertin, ruë Neuve Saint Augustin<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[63]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[63]</span></a> Il avoit encore cette charge en 1702, mais plus tard,
+sa fortune monta. Le Régent, dès son arrivée au pouvoir,
+le fit un de ses plus intimes conseillers en matière de
+finance. En 1697, il quitta la rue Neuve-Saint-Augustin
+pour la rue Saint-Honoré, où il avoit acheté, pour l’embellir
+encore, le bel hôtel du doyen des conseillers d’Etat, Henri
+Pussort, dont il sera parlé plus loin. <i>V.</i> G. Brice, <i>Description
+de Paris</i>, 3<sup>e</sup> édit., 1701, in-12, p. 125-126.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p39">-39-</span><i>Trésorier du Marc d’or.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Chupin<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[64]</a>, ruë Saint Honoré.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[64]</span></a> Il étoit mort en 1716 ; sa veuve fut mise à la taxe,
+mais pour une faible somme : 22,500 livres. Son fils, qui
+se fit appeler Chuppin de Gouzampré, fut reçu premier
+président de la Cour des monnoies, le 15 août 1727.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Trésorier du Sceau.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Bechet, place des Victoires<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[65]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[65]</span></a> Il devint plus tard greffier en chef du Parlement, et
+mourut à 83 ans, le 24 juillet 1717 : « il avoit toujours été
+fort estimé », dit Dangeau à cette date. Il étoit fils d’une
+sœur aînée de Boileau, qui, par ironie pour les grands airs
+qu’il se donnoit, l’appelle souvent dans ses lettres « mon
+illustre neveu. » Il logea de longues années chez lui, cour
+du Palais. Voltaire, dont le père, M. Arouet, après avoir
+été notaire, devint, comme « receveur des épices », le collègue
+de Dongois, s’est aussi moqué dans son <i>Epître à
+Boileau</i> des ridicules de ce neveu, chez qui on l’avoit souvent
+mené étant enfant :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance,</div>
+<div class="verse">Bon bourgeois, qui se crut un homme d’importance.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+
+<p class="c"><i>Receveur des Amandes du Parlement.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Dongois, Cour du Palais<a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[66]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[66]</span></a> Dans l’<i>Almanach royal</i> de 1702, p. 42, où nous le
+trouvons à la même adresse, on ajoute : « chez lequel on
+retire les lettres, quand elles sont scellées. »</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Receveur des Amandes du Châtelet.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de l’Autel, ruë Jean Robert<a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[67]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[67]</span></a> Simon de l’Autel, qui vivoit encore en 1716, et ne fut
+mis à la taxe que pour 6,400 livres.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p40">-40-</span></p>
+
+<h3 id="c4">TRÉSORIERS PAYEURS.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Généraux de l’Extraordinaire des Guerres.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Turmenies, ruë d’Orléans, au Marais<a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[1]</span></a> Louvois avoit eu en lui la plus grande confiance, ainsi
+qu’on le vit à sa mort : Turmenies déclara alors quinze
+millions que le ministre lui avoit donnés en réserve pour
+l’extraordinaire des guerres (<i>Journ. de Dangeau</i>, 23 août
+1691). Nous avons vu plus haut qu’en 1696, il acheta de
+Frémont une des charges de gardes du Trésor. Il la remit en
+1702 à son fils Turmenies de Nointel, intendant du Bourbonnais,
+maître des requêtes.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de la Touanne, ruë Neuve Saint Augustin<a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[2]</span></a> Un des hommes de finances, dont la fortune, puis la
+chute firent le plus grand bruit. Il se soutint par le crédit
+de Bontemps, dont, en 1690, son fils avoit épousé la nièce
+M<sup>lle</sup> Dubois. Il avoit les plus belles terres, menoit le plus
+grand train ; bref il faisoit parler de lui partout, même à
+l’Opéra, où il disputa la célèbre Fanchon Moreau au Grand
+Prieur. (<i>Chansonnier Maurepas</i>, ms. t. VII, p. 269.) Sous
+le ministère de Chamillart, ses affaires et celles de Saurion,
+qui étoit alors avec lui à l’Extraordinaire des guerres, se
+gâtèrent, et en vinrent à un tel point que Saurion dut avouer
+au ministre quatre millions de déficit dans leur caisse. Il
+fut mis à la Bastille. On en eût fait autant pour La Touanne,
+si la maladie, dont il mourut bientôt, ne l’eût mis hors
+d’état d’y être transporté. Le roi confisqua tout ce qu’il
+avoit, et paya ses dettes.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Payeurs des Gages du Parlement.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Guygou, ruë de Vantadour.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gages du Grand Conseil.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Baudoüin, ruë des fossez Montmartre.</p>
+
+<p class="drap">M. Biguet, rue Mauconseil.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gages de la Cour des Aydes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Cailly, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<p class="drap">M. Faure, devant les Blancs Manteaux.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p41">-41-</span><i>Des Gages de la Chambre des Comptes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Henin, ruë Jacob.</p>
+
+<p class="drap">M. des Isles, ruë</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gages de la Cour des Monnoyes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Poulet, rue des Postes.</p>
+
+<p class="drap">M. Mongeot, ruë du Plastre.</p>
+
+<p class="drap">M. Guilbert, ruë de la Tixeranderie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gages du Chastelet.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Amelon, rue Barbette.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Secretaires du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Raymond, rue des Blancs Manteaux.</p>
+
+<p class="drap">M. Baudouyn, rue des fossez Montmartre.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gardes Françoises.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Bourret, ruë de Brac.</p>
+
+<p class="drap">M. Duvaux, ruë Saint Sauveur.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gardes Suisses.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Chaufourneau, ruë d’Orléans, aux Marais.</p>
+
+<p class="drap">M. du Mée, ruë du Mail<a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[3]</span></a> Son vrai nom était Du May. Dans la correspondance
+de Pontchartrain et de D’Argenson se trouve une curieuse
+lettre sur la vie scandaleuse qu’il menoit, quoique marié,
+avec une fille Grossot, dont le dévergondage était à ce point
+éhonté qu’il l’avoit fait chasser de l’Opéra. <i>V.</i> Clément, <i>La
+Police sous Louis XIV</i>, p. 451.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Des cent Suisses.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Alvarez, rue Thibaut-Thodé<a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[4]</span></a> Louis Alvarès, qui se fit plus tard baron de Coursan,
+étoit un intrigant bon à tout pour s’enrichir. Nous le trouvons
+ici trésorier des Cent-Suisses ; plus loin, nous le verrons
+joaillier de la Cour. Il étoit en outre banquier, traitant,
+et fournisseur de la marine. L’espionnage et la délation
+étoient aussi son fait. C’est lui qui fit prendre, selon Foucault
+(<i>Mémoires</i>, p. 327), Chauvigny, dit La Bretonnière,
+qui faisoit le <i>lardon</i>, c’est-à-dire la <i>Gazette de Hollande</i>,
+et qu’on accusoit d’être l’auteur du <i>Cochon Mîtré</i> (V. nos
+<i>Variétés</i>, t. X, p. 327). Foucault fit tirer Chauvigny de la
+cage de bois où Louis XIV l’avoit fait enfermer au Mont
+Saint-Michel, mais dut le laisser dans la prison même, où il
+mourut après vingt ans de captivité. — D’après les dernières
+découvertes de M. Jung (<i>la Vérité sur le Masque de fer</i>,
+1872, in-8, p. 376), Alvarès pourroit bien avoir été pour
+quelque chose dans la capture du prisonnier masqué.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p42">-42-</span><i>Des Chevaux Légers de la Garde.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Poupart, ruë</p>
+
+<p class="drap">M. Bourgevin, ruë</p>
+
+<p class="drap">M. Rullault, ruë</p>
+
+
+<p class="c"><i>Des Gens d’Armes de la Garde.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Pardé des Mottes, rue du Temple.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>RENTES DE L’HOTEL DE VILLE.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>La première partie des Rentes assignées sur le
+Clergé est payée par</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Boileau, vieille ruë du Temple, et Roberge,
+ruë des Rosiers.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La deuxième le Vendredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> de la Bruyère, ruë des Augustins<a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[1]</a>, et Guybert,
+ruë du Cimetiere S. André.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[1]</span></a> Louis de La Bruyère, frère cadet de l’auteur des <i>Caractères</i>.
+D’abord premier huissier du Parlement, il avoit
+quitté cette charge vers 1686, pour celle que nous lui voyons
+ici. Il mourut, un an avant son frère, le 12 mai 1695, n’ayant
+que quarante-sept ans. (Jal, <i>Dictionn. critique</i>, p. 715.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>La troisième le Jeudy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Bœuf, Cloître Notre Dame.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p43">-43-</span><i>La première partie des Rentes assignées sur les
+Aydes et Gabelles est payée le Mardy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Lerelle, ruë du grand Chantier.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La deuxième le Mardy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Bachelier, ruë de la Corderie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La troisième le Mercredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Desponty, rue Tizon.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La quatrième le Mercredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Boiteux, rue de la Cerisaye.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Cinquième le Jeudy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Deschamps, près les Minimes.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Sixième le Mercredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Droit, rue de Grenelle.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Septième le Vendredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Amiot, rue Michel le Comte.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Huitième le Vendredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Fredy, Cloitre Saint Benoist.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Neuvième le Vendredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Routier, rue Geoffroy Lasnier.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Dixième le Vendredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. du Noyer, Cul de sac des Blancs Manteaux.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Onzième le Samedy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Tissart l’Ainé, rue Saint Sauveur.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Douzième le Samedy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Le Mesle, rue des Ecrivains, et Issaly, rue des Rats.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Treizième le Samedy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Houdiart, ruë Perpignan.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p44">-44-</span><i>La Quatorzième le Samedy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Hocart, rue des Fossez Montmartre.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Quinzième le Jeudy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Roüalle, rue des Audriettes.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Seizième le Jeudy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Tissart le Jeune, rue Saint Sauveur.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Dix septième le Mercredy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Boureau, rue de la Tisseranderie, et Berger,
+rue d’Orléans, au Marais.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Dix huitième le Mardy, par</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Priaux, rue de la Colombe, et Soüet, rue Verderet.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Les douze cens mil livres<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[2]</a> de l’Edit du mois de
+Novembre <span class="rm">1689</span> sont payez par</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[2]</span></a> Dangeau (<i>Journal</i>, 1<sup>er</sup> déc. 1689) dit 1,400,000 livres,
+ce qui est le vrai chiffre. Il ajoute que cette somme étoit
+constituée en rentes viagères sur l’Hôtel de Ville, « acquises
+suivant les différents âges, avec accroissement de l’intérêt
+des mourants sur les survivants. » C’étoit la réalisation de
+<i>la Tontine</i>, proposée plus de trente ans auparavant par
+l’italien Tonti, de qui venoit son nom. (Isambert, <i>Anciennes
+lois françoises</i>, t. XX, p. 87.) La somme affectée
+aux intérêts, en principal, devoit être prise sur les droits
+d’aides et gabelles, et sur les cinq grosses fermes, « spécialement
+hypothéquées, disoit l’édit, au payement desdites
+rentes, même par préférence à la partie de notre Trésor
+royal. » Cette tontine eut un très-grand succès : « J’aurois,
+écrivoit l’intendant du Berry, Seraucourt, au Contrôleur général,
+à l’époque où le projet en fut émis, j’aurois peine à
+vous expliquer l’applaudissement qu’on lui donne dans toute
+cette province, tant pour l’invention (chacun présumant
+qu’il vivra plus que les autres, et espérant par-là parvenir
+à une grande fortune) que par la sagesse, avec laquelle tous
+les cas qui peuvent tomber dans l’imagination ont été prévus. »
+(Boislisle, <i>Correspond. des contrôleurs généraux</i>,
+in-4<sup>o</sup>, p. 211.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> de Bellecour, rue des Victoires, Berger le
+<span class="pagenum" id="p45">-45-</span>Jeune, rue de Poictou au Marais, et Boucher,
+ruë Plastrière.</p>
+
+
+<p class="c"><i>La Tontine ou Rentes Viagères sont payées par</i></p>
+
+<p class="drap">M. Durand, à l’Hôtel d’Albret, rue des Francs Bourgeois.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Les Syndics Onéraires<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[3]</a>, sont</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire responsables, ayant réellement charge
+(<i lang="la" xml:lang="la">onus</i>). Presque sous la même forme, c’est ainsi un mot
+tout opposé à « honoraire. »</p>
+</div>
+<p class="c"><i>pour les <span class="rm">1<sup>e</sup>, 2<sup>e</sup>, 3<sup>e</sup>, 4<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup></span> et <span class="rm">6<sup>e</sup></span> Classes</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Lonpré, à l’Hôtel de Ville.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour les <span class="rm">7<sup>e</sup>, 8<sup>e</sup>, 9<sup>e</sup></span> et <span class="rm">10<sup>e</sup></span> Classes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Tiercelet, rue Saint Antoine au dessus de S. Paul.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Et pour les <span class="rm">11<sup>e</sup>, 12<sup>e</sup>, 13<sup>e</sup></span> et <span class="rm">14<sup>e</sup></span> Classes<a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[4]</a></i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[4]</span></a> Une dame Charlotte Bonnemay, veuve Louis Barbier,
+avoit pris une action de la 13<sup>e</sup> classe, et, quand une
+seconde tontine fut créée en 1696, une action encore, mais
+de la 14<sup>e</sup> classe. En 1726, elle vivoit toujours, et, se trouvant
+la survivante des rentiers de ces deux classes, elle
+n’avoit pas moins de 76,000 livres de rente. Elle mourut
+cette année-là, le 9 mars, à quatre-vingt-seize ans.
+(<i>Gazette de France</i>, 9 mars 1726.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Courcelles, près Sainte Marine.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Le Million de livres de l’Edit du mois
+de May <span class="rm">1691</span><a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[5]</a> est payé par</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[5]</span></a> « Le roi, dit Dangeau, à la date du 28 mai 1691, a
+créé un million de rentes à la Maison de Ville, au denier
+dix-huit. » Nous dirions à cinq et demi pour cent. C’étoit
+dix sous de plus que le taux légal qui, dès le temps de
+Colbert, étoit au denier vingt, c’est-à-dire cinq pour cent.
+(Chéruel, <i>Fouquet</i>, t. II, p. 269.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Perelle, rue du grand Chantier, Bachelier,
+<span class="pagenum" id="p46">-46-</span>rue de la Corderie et Despontis, rue des Tournelles.</p>
+
+<p>Le Bureau des Officiers Conservateurs des
+Hipotheques sur les Rentes de la Ville est rue
+de la Verrerie près la rue Bardubec, où M. de
+la Porte principal Commis reçoit les Oppositions,
+Main levées, et Ratifications et en delivre
+les Expéditions, ainsi que des échanges, Donations
+etc.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c5">CONSEILS DU ROY, ET CHANCELLERIE.</h3>
+
+
+<p>Monseigneur Boucherat<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[1]</a> Chevalier des ordres
+du Roi, Chancelier et Chef de la Justice de
+France a son Hôtel rue Saint Louis, au Marais<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[2]</a>,
+où il tient souvent le Conseil des Parties et l’Audiance
+du Sceau.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[1]</span></a> Louis Boucherat, chancelier de France et garde des
+sceaux, depuis le 1<sup>er</sup> nov. 1665. Après avoir été successivement
+conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant
+de Guyenne, de Languedoc, de Champagne et de
+Picardie, il étoit à quarante-neuf ans, par la protection de
+Turenne, monté à ces hautes fonctions, qu’il garda jusqu’à
+sa mort, le 2 septembre 1699.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[2]</span></a> Il existe encore au n<sup>o</sup> 40, mais est plus connu dans le
+quartier sous le nom d’hôtel d’Ecquevilly, qu’il eut ensuite,
+que sous le nom de Boucherat. Quand celui-ci mourut, on
+commençoit le percement d’une rue qui devoit relier la rue
+Vieille-du-Temple à la rue Charlot. On lui donna son nom
+qu’elle garda jusqu’en 1851 ; elle fut confondue alors avec
+la rue Saint-Louis, aujourd’hui de Turenne, dont elle est,
+en effet, le prolongement.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Conseillers d’Etat ordinaires.</i></p>
+
+<p class="drap">M. l’Archevêque Duc de Rheims<a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[3]</a>, rue Saint
+Thomas du Louvre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[3]</span></a> Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, le
+même qui fut si cruellement satirisé dans le <i>Cochon Mîtré</i>,
+dont nous avons parlé plus haut.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p47">-47-</span>M. l’Archevêq. de Rouen<a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[4]</a>, rue de Verneuil.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[4]</span></a> Jacques-Nicolas Colbert, un des fils du ministre.
+Avant d’être archevêque à Rouen, il y avoit été coadjuteur,
+avec le titre d’archevêque de Carthage.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Pussort<a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[5]</a>, rue Saint Honoré.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[5]</span></a> Henri Pussort, doyen du Conseil, le dernier survivant
+des juges de Fouquet, contre lequel il avoit déployé une
+véhémence dont s’indigna M<sup>me</sup> de Sévigné, et qu’expliquoit
+sa parenté avec Colbert, dont il étoit l’oncle maternel. Il
+mourut le 18 février 1697, « dans une grande vieillesse,
+dit Saint-Simon, et toujours dans une grande considération. »
+Pour sa maison, achetée en 1697 par Bertin des parties
+casuelles, voy. plus haut ce que nous avons dit de celui-ci.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Voisin<a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[6]</a>, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[6]</span></a> Le même, qui devint ministre de la guerre, puis chancelier,
+puis garde des sceaux, le 2 juillet 1714, et qu’il eût
+fallu, suivant Saint-Simon, laisser dans quelque intendance,
+comme celle du Hainaut, où il avoit montré des qualités,
+mais de second ordre : « Noyé, dit-il, dans la science d’intendant
+qu’il possédoit parfaitement, et dans l’exercice de
+laquelle il avoit passé presque toute sa vie. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Courtin<a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[7]</a>, rue Saint Louis, au Marais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[7]</span></a> Honoré Courtin, doyen du conseil après la mort de
+Pussort. Il avoit été plusieurs fois ambassadeur, notamment
+en Angleterre, à l’époque de la fuite de la reine, femme de
+Jacques II : « Il avoit, dit Saint-Simon, signé le traité de
+Heilbronn, celui de Bréda et plusieurs autres. Il avoit toujours
+été fort estimé et fort honoré dans tous les emplois
+où il avoit passé. » Il mourut le 27 décembre 1703.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Benard de Rezé<a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[8]</a>, rue d’Orléans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[8]</span></a> Fut longtemps du Conseil, dont il mourut le sous-doyen,
+le 9 décembre 1702. Un de ses fils fut évêque
+d’Angoulême.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. d’Aligre<a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[9]</a>, ruë Saint Dominique, Quartier
+Saint Germain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[9]</span></a> Fils du chancelier Etienne d’Aligre. Il avoit dû à la
+haute position de son père d’être fait conseiller ordinaire,
+sans passer par le titre de conseiller de semestre. Cette faveur
+étoit grande, et personne de son rang ne l’obtint après lui,
+ce que Dangeau n’oublia pas de constater, en parlant de sa
+mort le 19 mai 1695.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p48">-48-</span>M. de Pommereu<a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[10]</a>, vieille rue du Temple.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[10]</span></a> Aug. Rob. de Pommereu, seigneur de la Bretêche-Saint-Non,
+fut intendant du Bourbonnais et de Bretagne, où
+M<sup>me</sup> de Sévigné le trouva le plus honnête homme et le plus
+bel esprit de la robe. Il fut ensuite à Paris prévôt des marchands
+de 1676 à 1683, et devint deux ans après conseiller
+d’Etat. Quand il mourut en septembre 1699, Saint-Simon
+écrivit en marge de son manuscrit du <i>Journal de Dangeau</i>
+cette note qui vaut une oraison funèbre : « homme droit,
+ferme, et transcendant, qui avoit et méritoit des amis. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. d’Argouges<a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[11]</a>, ruë de l’Echarpe.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[11]</span></a> Frère du lieutenant civil. Il fut fait conseiller d’Etat
+avec Caumartin, le 20 janvier 1685 : « Ils étoient, dit
+Dangeau, les plus anciens du semestre. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Bignon<a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[12]</a>, ruë des Bernardins<a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[12]</span></a> Jérôme Bignon, fils de l’avocat général au Parlement,
+et conseiller d’Etat depuis le 28 mars 1686. Saint-Simon,
+qui « étoit de père en fils ami particulier des Bignon »,
+l’avoit en grande estime.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[13]</span></a> L’hôtel patrimonial des Bignon s’y trouvoit. Il avoit
+été construit en 1566 pour Jacques Lefèvre, abbé de la
+Chaise-Dieu, conseiller intime de Charles IX. L’étage inférieur,
+dont les sculptures allégoriques, datées de 1567, sont
+attribuées à Jean Goujon, fut transporté, après la démolition
+de l’hôtel, en 1830, dans la seconde cour de l’École
+des Beaux Arts, où il est toujours. L’abbé Bignon, fils du
+conseiller d’Etat et bibliothécaire du roi, avoit, au commencement
+du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, vendu l’hôtel au chancelier de la
+principauté de Dombes, M. Chol de Torpane, dont il avoit
+pris le nom.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Rouillé<a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[14]</a>, Isle Notre Dame.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[14]</span></a> Rouillé, comte de Melai, dont M<sup>me</sup> de Sévigné désiroit
+tant que son fils épousât la fille. Il avoit été fait conseiller
+d’Etat à la mort de Caumartin, et il fut président du
+Conseil des finances au commencement de la Régence.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de la Reynie<a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[15]</a>, ruë du Boulloy.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[15]</span></a> Gabriel-Nicolas de la Reynie, si célèbre comme lieutenant
+de police. C’est à ce titre que nous parlerons de
+lui plus loin. Sa nomination au Conseil d’Etat datoit du
+28 mars 1686.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p49">-49-</span>M. le Marquis de Villars<a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[16]</a>, rue sainte Anne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[16]</span></a> Un des trois conseillers d’état d’épée. Le célèbre maréchal
+duc de Villars étoit son fils. C’est l’<i>Orondate</i> de
+M<sup>me</sup> de Sévigné. Il avoit été ambassadeur en Danemarck,
+puis à Madrid, d’où il rapporta ce curieux <i>Mémoire sur la
+Cour d’Espagne, depuis 1679 jusqu’en 1681</i>, publié en 1733,
+pet. in-8, et réimprimé à Londres, à petit nombre, en 1861,
+d’après un manuscrit, par M. W. Stirling qui le croyoit
+inédit. Le marquis mourut le 28 mars 1698, à plus de
+quatre-vingts ans. Sa femme a laissé des <i>Lettres</i>, dont le
+chevalier Perrin possédoit le recueil, et dont la publication
+qu’il se réservoit n’a été faite qu’en 1760, six ans après sa
+mort. Léop. Collin les réimprima sous l’empire, et plus
+récemment M. Courtois en donna une édition fort soignée.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Saint Romain<a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[17]</a>, rue saint Louis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[17]</span></a> Melchior de Harod de Senevas, marquis de Saint-Romain,
+mort en juillet 1694, à plus de quatre-vingts ans.
+Il étoit le plus intime ami de Courtin que nous avons vu
+plus haut : « tous deux conseillers d’état, dit Saint-Simon,
+l’un d’épée, l’autre de robe. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Comte de la Vauguion<a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[18]</a>, rue de Grenelle,
+Quartier S. Germain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[18]</span></a> Cette note de Saint-Simon, dans le <i>Journal de Dangeau</i>,
+à la date de sa mort, le 29 décembre 1693, peut lui
+servir de biographie : « Après diverses folies, il se tua de
+deux coups de pistolet, chez lui à Paris, dans son lit. Il
+étoit chevalier de l’Ordre depuis 1688, conseiller d’Etat
+d’épée, et avoit eu plusieurs ambassades, fort gueux, plein
+d’esprit et de galanterie ; veuf et sans enfant, très petit et
+simple gentilhomme. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Archevesque d’Ambrun<a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[19]</a>, près le Collége des
+4 Nations.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[19]</span></a> Charles Brulart de Genlis, mort en 1714.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Conseillers d’Etat du Semestre de Janvier.</i></p>
+
+<p class="drap">M. d’Aguesseau<a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[20]</a>, Quai de Nesle.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[20]</span></a> Henri d’Aguesseau, d’abord maître des requêtes, président
+au grand Conseil, puis intendant à Limoges, à Bordeaux,
+dans le Languedoc, et enfin conseiller d’Etat. L’idée
+de créer l’ordre de Saint-Louis est de lui. A sa mort, le
+5 sept. 1699, Saint-Simon, dans une note du <i>Journal de
+Dangeau</i>, fit amplement son éloge. L’illustre chancelier
+d’Aguesseau étoit son fils.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p50">-50-</span>M. de Ribeyre<a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[21]</a>, ruë de Taranne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[21]</span></a> Antoine de Ribeyre, qui étoit aussi conseiller d’honneur
+au parlement de Paris, après avoir été intendant à
+Poitiers, puis à Tours, et commissaire du Conseil en Bretagne.
+A sa mort, en octobre 1712, son gendre La Bourdonnois,
+intendant d’Orléans, lui succéda comme conseiller
+d’Etat.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Comte d’Avaux<a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[22]</a>, ruë sainte Avoye.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[22]</span></a> Jean-Antoine de Mesme, qui s’étoit donné le titre de
+comte d’Avaux qui n’appartenoit qu’à son frère aîné : « Ses
+fréquentes ambassades, dit Saint-Simon, l’avoient accoutumé
+à l’épée et à se faire appeler le comte d’Avaux en pays
+étranger. Dans ses divers retours en France, il ne put se
+résoudre à se défaire de cette qualité de comte, ni à
+reprendre l’habit de son état. » C’est lui que M<sup>me</sup> de Sévigné
+appelle <i lang="la" xml:lang="la">Figuriborum</i>. Il mourut en février 1709. Nous
+avons, p. 26, note 3, parlé de son hôtel.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Abbé le Pelletier<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[23]</a>, ruë de la Couture sainte
+Catherine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[23]</span></a> Ancien commissaire aux Grands Jours d’Auvergne,
+frère du contrôleur général Le Pelletier et de Le Pelletier,
+de Souzy. Il étoit conseiller d’Etat depuis 1685, et il mourut
+le 17 octobre 1696.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Breteuil<a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[24]</a>, rue du Grand Chantier.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[24]</span></a> Ancien intendant des finances, et conseiller d’Etat depuis
+1685.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. du Gué de Bagnols<a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[25]</a>, Intendant en Flandres.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[25]</span></a> Dreux-Louis Du Gué de Bagnols, conseiller d’Etat
+depuis 1687. C’est le même dont la femme amusoit tant
+M<sup>me</sup> de Sévigné avec ses ridicules.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Conseillers d’Etat du Semestre de Juillet.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Marillac, ruë Sainte Avoye<a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[26]</span></a> Ancien avocat général au grand Conseil et intendant
+à Poitiers. Il eut la charge de conseiller d’Etat de semestre
+en 1603, parce que son père s’en démit pour lui, « ce qui,
+dit Dangeau, ne s’étoit jamais pratiqué. » — L’escalier de
+son hôtel, rue Sainte-Avoye, étoit remarquable. <i>V.</i> G. Brice,
+3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 256.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p51">-51-</span>M. le Pelletier de Souzy<a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[27]</a>, rue de la Couture
+S. Catherine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[27]</span></a> Nous avons dit comment il fut en passe de succéder
+à son frère comme contrôleur général au lieu de Pontchartrain.
+Il étoit d’une grande capacité. C’est avec lui que le
+roi faisoit tous les lundis le travail des fortifications.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de la Moignon de Basville, Intendant en Languedoc<a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[28]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[28]</span></a> Cinquième fils du président de Lamoignon. Il fut
+d’abord intendant à Poitiers. En Languedoc, après la révocation
+de l’Edit, il fut terrible contre les protestants.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Bazin de Bezons, Intendant en Guyenne<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[29]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[29]</span></a> Avoit été d’abord intendant à Limoges et à Orléans.
+Il étoit conseiller d’Etat de semestre depuis le 28 mars 1686.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Harlay de Bonneuil<a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[30]</a>, ruë Saint Louis, au
+Marais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[30]</span></a> Nicolas-Auguste de Harlay de Bonneuil, d’abord conseiller
+au Parlement, maître des requêtes et intendant en
+Bourgogne. Il fut conseiller d’Etat de semestre en 1686, et
+conseiller d’Etat ordinaire en 1700. Le chancelier Boucherat
+étoit son beau-père.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Fourcy<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[31]</a>, rue de Jouy<a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[31]</span></a> Autre gendre de Boucherat, dont il avoit épousé la
+fille aînée. Il fut prévôt des marchands à Paris, de 1684
+à 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[32]</span></a> A l’époque de sa prévôté on ouvrit, près de son hôtel,
+une rue qui faisoit communiquer la rue de Jouy avec la
+rue Saint-Antoine. On lui donna son nom qu’elle a gardé.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maitres des Requestes de l’Hotel du Roy.</i></p>
+
+<p>Pour M. le Doien, voiez le Chapitre des principaux
+Magistrats, et pour les autres prenez la
+liste dans la Grand’Salle du Palais, près la Chapelle,
+<span class="pagenum" id="p52">-52-</span>au bas du dégré des Requestes de l’Hôtel,
+ou chez les Sieurs Michallet et Rondet imprimeurs
+ruë Saint Jacques.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Les Grands Audianciers de France, Examinateurs
+et Rapporteurs des Lettres qui doivent passer
+au Grand Sceau, sont</i></p>
+
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Boucher, ruë
+des Quatre Fils. Pour celuy d’Avril, M. le Mire,
+ruë de Paradis. Pour celuy de Juillet, M. le
+Fevre, Place du Collége Mazarini<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[33]</a>. Et pour celuy
+d’Octobre, M. le Menestrel, ruë du Hazard<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[34]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[33]</span></a> Il logeoit, en effet, au collége des Quatre Nations, ou
+collége Mazarin, qui est, comme on sait, devenu le palais
+de l’Institut.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[34]</span></a> Fils du trésorier du Conseil des bâtiments. Il habitoit,
+rue du Hazard, une des nombreuses maisons dont son père
+avoit eu, grâce à sa charge, le terrain presque pour rien, à
+l’époque où l’on construisoit ce quartier. V. notre <i>Histoire
+de la Butte des Moulins</i>, p. 84.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Les Contrôleurs Généraux de l’Audiance de la
+Chancellerie de France qui veillent à ce que
+les Lettres accordées ne soient soustraites, et
+que nulles autres ne passent au sceau, sont</i> :</p>
+
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Contard<a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[35]</a>, ruë
+saint Honoré. Pour celui d’Avril, M. Pitot<a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[36]</a>,
+ruë de Ventadour. Pour celui de Juillet, M. Benoist,
+ruë de Grenelle, quartier saint Germain.
+Et pour celui d’Octobre, M. de Jonquiere, rue
+Vivienne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[35]</span></a> Il faut lire Coustard, d’après <i>l’Alman. royal</i> de 1702,
+p. 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[36]</span></a> Le même <i>Almanach</i> le nomme Pirot.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p53">-53-</span><i>Les Gardes des Rolles des Offices de France, sont</i> :</p>
+
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Préval, ruë
+de la Sourdiere. Pour celui d’Avril, M. Hevin<a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[37]</a>,
+rue des Fossez Montmartre. Pour celui de Juillet,
+M. Boucot<a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[38]</a>, rue Hautefueille. Et pour celui d’Octobre,
+M. Ausbourg, rue des Fossez Montmartre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[37]</span></a> Hénin, d’après le même <i>Almanach</i>, p. 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[38]</span></a> C’étoit un des plus grands <i>curieux</i> de Paris, comme
+on le verra plus bas, à propos de sa bibliothèque. Il eut
+la visite de Lister, quand celui-ci fit son second voyage à
+Paris. Grand amateur de coquilles, il admira surtout celles
+qui étoient une des nombreuses curiosités du cabinet de
+Boucot (<i>Voyage de Lister à Paris en 1698</i>, traduct. de la
+Société des bibliophiles, 1873, in-8, p. 64-66). G. Brice, qui
+lui aussi, dans sa <i>Description de Paris</i>, parle longuement, t. II,
+p. 97-99, des collections de Boucot, y mentionne en particulier
+la bibliothèque : « On y voit, dit-il,… une grande quantité
+de livres très-bien conditionnés, entre lesquels il y en a
+plusieurs de cartes et d’estampes rares et singuliers. » A la
+mort de Boucot, en 1699, la vente de ses livres prouva que
+Brice avoit dit vrai ; il nous suffira de donner le titre du
+<i>Catalogue</i>, qui annonçoit cette vente pour le 16 nov. : <i>Catalogue
+de la Bibliothèque de défunt M. Boucot, garde rolle
+des officiers de France, composée de plus de dix huit mille
+volumes de livres imprimez, très-bien conditionnez, plusieurs
+des in-folio étant de grand papier, et reliez en maroquin, de
+plus de soixante et dix mille estampes, entre lesquels il y a
+dix sept mille portraits</i>. M. G. Duplessis a publié, en 1870,
+sur cette vente, une curieuse lettre de Nicos Clément à
+Gaignières, dans <i>le Bibliophile françois</i>, t. V, p. 97.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Trésorier General du Sceau.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Bechet, Place des Victoires.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p54">-54-</span></p>
+
+<h3 id="c6">SECRETAIRES DU ROY.<br>
+<span class="small">MAISON ET COURONNE DE FRANCE.</span></h3>
+
+
+<p class="c"><i>Syndics en Charge.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de la Baune, ruë Thibaut Thodé.</p>
+
+<p class="drap">M. Rouillet de Beauchamps, rue des Rosiers,
+quartier S. Germain.</p>
+
+<p class="drap">M. Gourdon, à l’Hôtel de Guise.</p>
+
+<p class="drap">M. Gamard, ruë Neuve des petits champs.</p>
+
+<p class="drap">M. Hubert, rue Sainte Avoye.</p>
+
+<p class="drap">M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Trésorier de la bourse commune.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Lamet, près Saint Eustache.</p>
+
+<p>Ces Officiers tiennent les Assemblées du Collége
+en la Chancellerie du Palais, où l’on peut
+recouvrer la liste générale de ceux qui en sont
+Membres, et encore chez le sieur Rondet Imprimeur,
+rue S. Jacques.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Advocats ez Conseils du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Aubery leur Doyen, demeure ruë Saint Denis
+devant la rue du petit Lion.</p>
+
+<p>On peut recouvrer leur Liste chez le sieur du
+Brec Clerc de leur Collége rue de la Calandre,
+ou encore chez le même Rondet.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p55">-55-</span></p>
+
+<h3>PRINCIPAUX MAGISTRATS.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Juges ordinaires et gens du Roy, des Cours souveraines
+et Juridictions subalternes de Paris.</i></p>
+
+
+<p class="c small">PARLEMENT.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Premier Président.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Harlay<a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[1]</a>, Cour du Palais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[1]</span></a> Achille de Harlay, qui avoit succédé dans cette charge
+à M. de Novion, en sept. 1689. Sa complaisance, lorsqu’il
+étoit procureur général, pour la légitimation des bâtards du
+Roi, « doubles adultérins », fut, selon Saint-Simon, la
+source de sa fortune. Il avoit été « l’adroit auteur de cette
+légitimation… sans nommer la mère. » Saint-Simon, <i>Mém.</i>
+1877, in-18, t. XX, table rédigée par lui-même, p. 257.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Présidens à Mortier.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Nesmond<a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[2]</a>, Quay de la Tournelle<a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[2]</span></a> Il avoit acquis, en 1689, de Lamoignon, qui en garda
+la survivance, cette charge de président à mortier. Lorsque
+Nesmond mourut en 1693, Lamoignon eut ainsi le
+droit, moyennant 350,000 livres données à sa famille, de
+reprendre la charge. (Dangeau, <i>Journal</i>, 4 déc. 1689 et
+19 mars 1693.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[3]</span></a> Son hôtel y existe encore presque intact, auprès de la
+<i>Pharmacie centrale</i>, qui étoit alors, nous l’avons dit plus
+haut, l’hôtel dont M<sup>me</sup> de Miramion, belle-mère de Nesmond,
+avoit fait un couvent. Selon Saint-Simon, c’est
+Nesmond qui fit le premier poser au-dessus de sa porte un
+marbre avec son nom en lettres d’or. V. nos <i>Enigmes des
+rues de Paris</i>, p. 181.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Maisons<a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[4]</a>, ruë de l’Université.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[4]</span></a> Il est beaucoup parlé de lui dans Saint-Simon, qui dit
+beaucoup de bien de son esprit, et assez peu de son caractère.
+Il mourut en août 1715, dans toute la force de son influence
+sur le Parlement, et avec l’espérance qu’à la mort du roi,
+qui ne devoit tarder que de quelques jours, il seroit fait
+garde des sceaux. Le nom de sa famille étoit Longueil.
+Elle l’avoit échangé pour celui de Maisons, lorsque l’aïeul
+du président avoit obtenu l’érection en marquisat de la
+terre de Maisons, où il avoit fait bâtir un si beau château,
+pendant qu’il étoit surintendant des finances. Ses malversations
+le firent révoquer. Il se contenta de dire : « Ils ont
+tort ; j’avois fait mes affaires, j’allois faire les leurs. »
+Saint-Simon, notes sur Dangeau, 12 avril 1705.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p56">-56-</span>M. de Champlatreux<a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[5]</a>, ruë du Brac.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[5]</span></a> De l’illustre famille des Molé, et fils de l’un des derniers
+gardes des sceaux. Il céda sa charge à son fils, lorsqu’il
+eut trente et un ans. (Dangeau, 11 avril 1707.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Pelletier<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[6]</a>, vieille ruë du Temple.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[6]</span></a> Il devint premier président après la démission de M. de
+Harlay, et se démit lui-même de cette charge, en 1712, à
+la mort de son père, Claude Le Pelletier, ancien ministre
+d’Etat et contrôleur général, qui l’y avoit fait rester malgré
+lui. Un accident arrivé au Palais, dans l’Hôtel de la Présidence,
+où le plancher de la salle à manger croula sous lui,
+avoit dérangé son cerveau, jusqu’à le rendre presque incapable
+de tout travail. (Saint-Simon, t. IV, 78 ; VI, p. 212.)
+C’est son père, étant prévôt des marchands avant d’arriver
+au Ministère, qui avoit fait construire près de la Grêve, en
+1675, le quai nommé, à cause de lui, quai Pelletier. (<i>Id.</i>,
+t. I, p. 301.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Mesmes<a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[7]</a>, ruë Sainte Avoye.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[7]</span></a> Jean-Antoine de Mesme, neveu du comte d’Avaux dont
+il a été question plus haut. Il avoit succédé, comme président
+à mortier, à son père mort en janvier 1688. Il devint
+premier président en 1712, par suite de la démission de Le
+Pelletier.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Novion<a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[8]</a>, ruë du Baac.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[8]</span></a> Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit
+été jusqu’en septembre 1689 premier président. Sa vénalité
+força le roi de lui faire abandonner cette charge pour la
+céder à M. de Harlay. « Sur ses injustices réitérées, dit
+Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de l’obliger à se défaire. »
+(<i>Note</i> sur Dangeau, 20 septembre 1689.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Talon<a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[9]</a>, ruë Saint Guillaume.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[9]</span></a> Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en
+novembre 1690, une des deux places de présidents à mortier
+que le roi venoit alors de créer, et pour chacune desquelles
+il avoit fait verser à l’un et à l’autre des titulaires
+une somme de 350,000 livres, afin de dédommager les
+présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur nombre.
+(Dangeau, 12 nov. 1690.) — Sa maison existe encore au
+n<sup>o</sup> 16 de la rue Saint-Guillaume, avec cette « structure
+tout à fait belle », dont parle G. Brice, édit. de 1684,
+t. II, p. 187. « Les appartements, ajoute-t-il, sont très
+agréables, ayant les vues tournées sur les jardins des
+maisons voisines. La cour est grande, et enfin il paroît que
+cette maison a été élevée avec beaucoup de dépense ; mais
+ce qui lui donne un merveilleux ornement, est l’excellente
+bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a de
+plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits,
+soit pour les livres imprimés. »</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p57">-57-</span>M. de Menars<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[10]</a>, porte de Richelieu<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[10]</span></a> Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame
+Colbert, qui avoit d’abord été conseiller au Parlement et
+surintendant de la maison de la Reine. Il avoit eu la
+seconde des deux charges de président à mortier créées en
+1690, et dont Talon, nous l’avons dit, avoit eu la première.
+Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle terre de Ménars,
+près de Blois : « plein d’honneur, dit Saint-Simon
+(t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige
+dans un président à mortier. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[11]</span></a> Son hôtel étoit en effet « à côté de la porte de Richelieu »,
+dans l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le
+nom de Ménars qu’elle lui devoit. Il avoit d’abord logé rue
+Vivienne, près de l’hôtel de son beau-frère Colbert (G. Brice,
+édit. 1684, t. I, p. 89). La bibliothèque de De Thou, qu’il
+avoit achetée tout entière un fort grand prix, le suivit dans
+ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé Du Guay en furent
+les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en occupoit
+guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas beaucoup
+plus de souci : « Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon
+(t. X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit
+celle du célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un
+meuble de fort grande montre, mais de très-peu d’usage. »</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Présidens des Enquestes.</i></p>
+
+<p class="drap">Première Chambre, M<sup>rs</sup> de Meaupou, ruë Pierre
+<span class="pagenum" id="p58">-58-</span>Sarrazin<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[12]</a>, et de la Barde<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[13]</a>, Cloître Notre Dame.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[12]</span></a> Il devint président à mortier à la mort de Ménars,
+par suite d’un marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire,
+et qui l’est, en effet, il lui acheta en 1717 la survivance
+de sa charge pour la somme énorme de 750,000
+livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à verser aux
+héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin !</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[13]</span></a> Denis de la Barde, qui en même temps que président
+des enquêtes étoit archidiacre de Josas et chanoine de
+l’église de Paris, ce qui explique sa demeure au cloître
+Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709, à soixante et
+onze ans.</p>
+</div>
+<p class="drap">Deuxième Chambre, M<sup>rs</sup> Sevin de Quinsi, ruë
+des Blancs Manteaux, et de Thumery de Boissise,
+ruë Barbette.</p>
+
+<p class="drap">Troisième Chambre, M<sup>rs</sup> Briçonnet, ruë porte
+Foin, et Amelot<a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[14]</a>, rue Dauphine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[14]</span></a> Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence
+des enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres
+des requêtes. Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit
+pas moins de 100,000 livres de rente, avec la fille de Barillon,
+notre ambassadeur à Londres.</p>
+</div>
+<p class="drap">Quatrième Chambre, M<sup>rs</sup> Crosset<a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[15]</a>, ruë Neuve
+Saint Augustin, et Feydeau, Cloistre Nostre
+Dame.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[15]</span></a> Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut
+le 19 novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président
+d’honneur au Parlement.</p>
+</div>
+<p class="drap">Cinquième Chambre, M<sup>rs</sup> de la Baroire<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[16]</a>, ruë de
+<span class="pagenum" id="p59">-59-</span>Taranne, et le Clerc de Lesseville<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[17]</a>, Cloître
+Saint Méderic.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[16]</span></a> Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au
+mois d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement,
+comme conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il
+avoit épousé une vieille mais très-riche veuve, avec laquelle
+il se conduisoit fort mal, suivant M<sup>me</sup> de Sévigné, qui l’appelle
+de la Baroie. V. sa lettre du 4 juin 1676. C’est lui,
+d’après les <i>Clés</i>, qui, pour cela, auroit servi de type au
+26<sup>e</sup> <i>caractère</i> de La Bruyère, dans le chap. de <i>Quelques
+usages</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[17]</span></a> C’est, d’après les <i>Clés</i>, un des <i>Sannions</i> de La
+Bruyère. Ils étoient plusieurs frères, tous dans la haute
+robe, qui descendoient, disoit-on, d’un tanneur de Mantes
+dont la fortune étoit venue d’un prêt qu’il avoit fait sur
+parole à Henri IV, dans le temps de la bataille d’Ivry.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Présidens des Requestes du Palais.</i></p>
+
+<p class="drap">Première Chambre, M<sup>rs</sup> Ferrand, ruë Serpente<a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[18]</a>,
+et Besnard de Rezé, près les Capucins du
+Marais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[18]</span></a> C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme,
+une Belizani, fit tant parler d’elle, moins pour l’<i>Histoire
+des amours de Cléante et de Belise</i>, assez piètre roman de
+sa façon, que pour l’histoire de ses propres amours. Le
+scandale en fut si grand, que le président refusa de reconnoître
+une fille, dont elle étoit accouchée, et qu’elle dut
+faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette
+fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour
+se faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être
+reconnue par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui
+avoit habité, rue Serpente, l’hôtel du président, recueillit
+avec soin, comme souvenir, toutes les pièces de ce curieux
+procès. (V. le <i>Catalogue</i> de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.)</p>
+</div>
+<p class="drap">Deuxième Chambre, M<sup>rs</sup> de Boiquemare<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[19]</a>, rue
+de Bourbon, et Brunet de Thorigny, ruë des
+Francs-Bourgeois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[19]</span></a> Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray,
+grande coquette du temps, la <i>Lise</i> de La Bruyère, l’avoit
+épousé en secondes noces, mais sans vouloir perdre son
+premier nom. C’est ce qui a fait dire à La Bruyère (<i>Des
+femmes</i>, § 76), à propos de certains maris et de leurs
+femmes : « ils n’ont souvent rien de commun… pas même
+le nom… chacun a le sien. »</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Harlay<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[20]</a>, Cour du Palais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[20]</span></a> Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit
+avocat général depuis le mois de janvier 1691, et devint
+conseiller d’Etat en février 1697, tout cela fort jeune pour
+de si importantes fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet
+1717, il n’avoit que quarante-neuf ans.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p60">-60-</span>M. de la Moignon<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[21]</a>, à l’Hostel d’Angoulesme<a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[21]</span></a> Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier
+président Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une
+des épîtres de Boileau. Ce fils devint président à mortier en
+avril 1698, et mourut le 7 août 1709.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[22]</span></a> Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois,
+il existe encore, avec ses curieuses façades sur la
+cour, telles qu’elles avoient été construites par Diane de
+France, fille naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes
+se voient encore dans les frontons, et après laquelle
+l’hôtel, pour rester dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême,
+fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, de
+qui lui vint le nom qu’on lui donne ici. Il prit celui de
+Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y furent
+succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit
+de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors
+d’une grande étendue ; et dont la bibliothèque, qui avoit
+Adrien Baillet pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain
+Brice, édit. de 1701, t. I, p. 323.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. d’Aguesseau<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[23]</a>, ruë Pavée, prés Saint André<a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[23]</span></a> L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février
+1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général,
+comme nous le voyons ici, puis en octobre 1700, procureur
+général.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[24]</span></a> Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve
+à gauche en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans
+la rue Pavée, qui s’appelle aujourd’hui <i>rue Séguier</i>, du nom
+d’une autre illustre famille de magistrats, qui occupoit
+l’hôtel voisin de celui-ci. Le 27 juin 1714, éclata à l’hôtel
+d’Aguesseau un terrible incendie qui donna lieu à de grands
+procès, par suite de la destruction de nombreux dossiers
+appartenant à diverses parties. (Bruneau, <i>Observations sur
+les lois criminelles</i>, in-4<sup>o</sup>, p. 93.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Procureur General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de la Brisse, rue Barbette.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p61">-61-</span></p>
+
+<h3>GRAND CONSEIL.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Premier Président.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Bignon<a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[1]</a>, rue Saint Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[1]</span></a> Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son
+prénom étoit Thierry. Il fut d’abord simple président au
+grand Conseil, puis, en mars 1690, premier président. Il
+mourut à soixante-cinq ans, le 19 janvier 1697.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Présidens du premier Semestre.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Boulanger, ruë des petits Augustins.</p>
+
+<p class="drap">M. Feydeau de Brou<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[2]</a>, ruë neuve Saint Paul.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[2]</span></a> Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son
+nom à l’une des rues du quartier Richelieu, construite vers
+la fin du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de
+Pierre Feydeau, étoit dame du fief de la Grange-Batelière,
+sur lequel on en avoit pris le terrain. (Lebeuf, <i>Hist. du
+diocèse de Paris</i>, t. IX, p. 38.) Feydeau de Brou avoit eu
+du roi la présidence au grand Conseil, en 1689, « comme
+plus ancien maître des requêtes. » (<i>Mém. de Foucault</i>,
+p. 254.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Joly de Blaizy<a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[3]</a>, ruë des Rosiers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[3]</span></a> Lisez Joly de Bézy.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Présidens du second Semestre.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Poucet de la Rivière<a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[4]</a>, ruë des Francs Bourgeois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[4]</span></a> Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord
+conseiller au Parlement, puis maître des requêtes, intendant
+en Alsace, à Metz, à Bourges, à Limoges, et en même
+temps, depuis 1676, président au grand Conseil. Il mourut
+en 1693. Son père, Pierre Poncet, conseiller d’Etat, avoit
+été en passe de succéder en 1677 au chancelier d’Aligre.
+Un livre qu’il venoit de publier, <i>Considérations sur les
+avantages de la vieillesse</i>, etc., l’en empêcha par le ridicule
+qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût couvert par le pseudonyme
+de baron de Prelle. C’est sa mésaventure qui a fait
+dire par La Bruyère : « un magistrat alloit par son mérite
+à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les
+affaires : il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare
+par le ridicule. » <i>Des ouvrages de l’Esprit</i>, § 3.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p62">-62-</span>M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[5]</span></a> Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement,
+embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple,
+dont on remarquoit surtout la porte « avec un
+balcon au-dessus et une grande fenêtre couronnée d’un
+fronton. » (G. Brice, édit 1701, t. I, p. 274-275.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de l’Isle, ruë de Torigny.</p>
+
+<p class="drap">M. Pinon<a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[6]</a>, ruë des Lions, près Saint Paul.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[6]</span></a> Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson,
+qui furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange
+Batelière, près de laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur
+nom jusqu’en 1850, où elle devint la rue Rossini.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Benoist, rue Beautreillis.</p>
+
+<p class="drap">M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Hennequin, Cloître Notre Dame<a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[7]</span></a> Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez
+son frère, chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement.
+C’est à lui qu’étoit arrivée cette peu honorable
+aventure du testament de M<sup>me</sup> Valentin, dont il fut fait un
+conte, attribué à La Fontaine, publié avec plus de vraisemblance
+dans les <i>Œuvres</i> de Régnier Desmarets, et qui se
+trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le chansonnier
+Maurepas, t. VII, p. 137-142 : M<sup>me</sup> Valentin, près de
+mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce
+qu’elle possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un
+testament qui n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans
+doute possible, restitution au mari. Hennequin ne l’entendit
+pas ainsi ; il se mit en grand deuil comme héritier sérieux,
+et se hâta de mettre la main sur le bien. Le coup par bonheur
+étoit prévu. Un second testament, qui annuloit le
+premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des
+aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête
+et plus fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la
+testatrice. « Hennequin, dit une des notes du chansonnier
+Maurepas, fut déshonoré et vilipendé partout. » La Bruyère
+a fait une allusion directe à cette affaire dans les <i>Caractères</i>
+59 et 60 de son chapitre <i>de Quelques usages</i>.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p63">-63-</span></p>
+
+<h3>COUR DES AYDES.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Première Chambre.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> le Camus, Premier Président, ruë de Berry<a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[1]</a>
+au Marais, et de Briou<a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[2]</a>, ruë Michel-le-Comte.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[1]</span></a> Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus
+loin, et du cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas
+Le Camus, marchand de la rue Saint-Denis, qui avoit été
+un des entrepreneurs de la place Royale, où, comme on
+sait, les bâtiments devoient d’abord servir à l’établissement
+de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit l’enseigne
+de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur
+champ de gueules, dans leurs armes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[2]</span></a> C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage
+avec M<sup>lle</sup> de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son
+père, que son amour pour cette vieille fille, plus âgée que
+lui de près de vingt ans, désespéroit, elle trouva moyen
+de le voir et de le faire échapper. Un prêtre, qu’ils avoient
+gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation de son curé, les
+maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant majeur depuis
+à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps. Dès
+le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une
+audience du roi, auquel il remontroit que M<sup>lle</sup> de la Force
+qui étoit pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils
+qui étoit considérable ; et le roi lui promettoit que, malgré
+la puissance de la famille de M<sup>lle</sup> de la Force, il laisseroit
+toute liberté à la justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare
+fut un des premiers effets de cette promesse. Ensuite
+vint le procès, qui aboutit, le 15 juillet 1689, à un arrêt
+qui cassoit le mariage pour abus de célébration. (Nic.
+Nupied, <i>Journal des principales audiences du parlement</i>,
+1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de cette
+affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août
+1689).</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p64">-64-</span><i>Deuxième Chambre.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Payen, dans le Temple, et Chassepot de
+Beaumont, rue Beautreillis.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Troisième Chambre.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et
+le Vasseur, ruë de Berry.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p>
+
+<p class="drap">M. des Aguests<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[3]</a>, ruë Vivienne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[3]</span></a> Il avoit cette charge depuis six ans : « M. des Aguets,
+homme de beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686,
+a été fait avocat général de la Cour des Aydes. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Bignon, ruë des Bernardins.</p>
+
+<p class="drap">M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. du Boscq, Isle Notre Dame.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>CHAMBRE DES COMPTES.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Premier Président.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Nicolaï<a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[1]</a>, vieille ruë du Temple.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[1]</span></a> Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de
+1506 à 1791, fournit, sans interruption, son président à la
+Chambre des comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne
+Cour, qu’un Nicolaï devoit seul occuper cette charge que
+pendant la Restauration, le prince de Condé ne pouvoit
+s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé Marbois, alors
+président des Comptes : « Mon cher Monsieur de Nicolaï. » — Celui
+qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en
+charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous
+ajouterons que ce sont les archives de cette famille, mises
+à la disposition de M. A. de Boislisle par M. le marquis
+de Nicolaï, qui lui ont fourni les éléments de son bel ouvrage,
+<i>la Chambre des Comptes de Paris</i>.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p65">-65-</span><i>Autres Présidens.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Bretonvilliers<a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[2]</a>, Isle Notre Dame<a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[2]</span></a> Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier
+1700, sans qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à
+cause de sa femme, Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité
+avec l’archevêque de Harlay fit quelque peu scandale, et à
+cause aussi des magnificences de son hôtel.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[3]</span></a> L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le
+père du président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du
+roi, et intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de
+l’Ile Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il
+avoit fait construire à l’entour de cette pointe et les fondations
+seules de son hôtel lui avoient coûté huit cent mille
+livres. On peut juger par-là de la dépense du reste, dont
+on peut lire d’ailleurs le curieux et magnifique détail dans
+l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t. I, p. 392-394). — A la
+mort du président des Comptes, en 1700, son hôtel fut
+aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en
+1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la
+somme relativement minime de 220,000 livres. On y plaça
+sous Louis XV la Cour des Aides. Les principales façades
+furent détruites pendant la Révolution. Ce qui restoit de
+l’hôtel du côté du quai fut emporté dernièrement pour le
+percement du boulevard Henri IV.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Lambert de Torigny<a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[4]</a>, la même<a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[4]</span></a> Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en
+août 1700. Il avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance
+de son père. Il étoit gendre du fameux Bontems.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[5]</span></a> Il s’agit de l’hôtel Lambert, situé en effet dans
+« la même » Ile, tout près de l’hôtel Bretonvilliers. Le
+Vau le construisit pour Nicolas Lambert, dit « le riche »,
+suivant Tallemant, grand-père de celui qui figure ici, et
+comme lui président des comptes. Il y eut de sa part en
+le faisant bâtir un peu de dépit contre Bretonvilliers, par
+qui, selon Tallemant encore, il s’étoit laissé enlever la
+riche héritière Elisabeth Perrot. Vaincu par lui sur le terrain
+du mariage, il voulut l’emporter contre lui sur un
+autre, celui des constructions, en se bâtissant un hôtel plus
+beau que celui que Bretonvilliers tenoit de son père. Il n’y
+réussit pas. L’hôtel Lambert, tout superbe qu’il fût, avec
+ses peintures de Romanelli, de Lebrun et de Lesueur, resta,
+comme magnificence des bâtiments, étendue et point de
+vue, inférieur à son voisin. G. Brice, édit. de 1701, t. I,
+p. 388-391, en a donné une intéressante description, et il
+existe, sous le nom de <i>galerie Lambert</i>, une collection de
+gravures de Picard, datées de 1740, qui reproduisent les
+peintures qu’y avoient faites Lebrun et Lesueur. L’hôtel,
+qui fut plus tard la propriété du fermier général Dupin, où
+Voltaire logea avec M<sup>me</sup> du Châtelet, etc., appartient aujourd’hui,
+depuis 1842, à la famille Czartoriski.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p66">-66-</span>M. Paris<a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[6]</a>, rue neuve Saint Paul.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[6]</span></a> Il avoit succédé à son père, l’un des députés de la
+Chambre des comptes aux conférences de Rueil, pendant la
+Fronde (<i>Gazette de France</i>, 6 mars 1649).</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Rezé<a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[7]</a>, rue des Bourdonnois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[7]</span></a> De la même famille que le président des requêtes
+Bernard de Rezé, que nous avons vu plus haut.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Rossignol<a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[8]</a>, près les Filles Saint Thomas.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[8]</span></a> Il avoit eu sa charge, en octobre 1688, par l’influence
+de Louvois, à la mort de M. Dupré. Il étoit fils de Rossignol,
+qui avoit été si utile à Richelieu, puis à Mazarin, par
+sa facilité à déchiffrer les écritures secrètes. (<i>Historiettes de
+Tallemant</i>, édit. P. Paris, t. II, p. 33-34.) Son fils avoit
+hérité de son savoir. « C’étoit, dit Dangeau (14 octobre
+1705), à l’époque de sa mort, le plus grand déchiffreur de
+l’Europe. » Peut-être M. Paulin Paris a-t-il raison, lorsque
+parlant du père, qui avoit eu si bien le premier <i>la clé</i> de
+toutes les écritures cachées, il dit : « Je croirois assez que
+de cet habile homme vient le nom de <i>rossignols</i>, donnés
+aux clés <i>passe-partout</i>. » Notes sur Tallemant, t. II, p. 94.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Vassan<a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[9]</a>, rue neuve Sainte Geneviève.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[9]</span></a> Lisez de Vassan.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Brunet de Monferrant<a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[10]</a>, rue des Francs-Bourgeois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[10]</span></a> Il avoit acheté une des nouvelles charges 100,000 écus,
+« comme le roi, dit Dangeau, les a fixées. » Un beau portrait
+de lui gravé par P. Drevet, d’après F. de Troye, se
+trouve en tête des <i>Nouvelles remarques, ou réflexions critiques,
+morales et historiques</i>, par l’abbé Bordelon, vol. in-12
+publié en 1695, qui lui est dédié.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p67">-67-</span>M. Gilbert<a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[11]</a>, rue de Torigny.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[11]</span></a> Louis-Charles Gilbert, qui occupoit cette charge de
+président à la Chambre des Comptes, depuis 1691. Il étoit
+fils du marchand Gilbert, qui vendoit du drap, près des
+Saints Innocents, à l’enseigne des <i>Rats</i>, et à qui sa grosse
+fortune avoit valu de pouvoir marier sa fille Jeanne au
+Conseiller d’Etat, Fleuriau d’Armenonville, dont il a été
+parlé plus haut. Ce mariage avoit été beaucoup remarqué
+et chansonné. (V. <i>le Chansonnier</i> ms. de Maurepas, t. VII,
+p. 43 et 275.) Le président Gilbert étoit des plus entendus.
+Il fit notamment un rapport célèbre, qui donna gain de
+cause au Roi contre le duc de Bouillon dans un important
+procès. (Dangeau, 9 avril 1715.) Il étoit aussi fort riche.
+En 1705, son fils avoit pu acheter 55,000 livres le régiment
+de Chamillart.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Tambonneau<a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[12]</a>, rue de l’Université<a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[12]</span></a> Son père, auquel il succéda, comme président des
+Comptes, en 1684, a, dans Tallemant, son <i>historiette</i>, où
+ni lui ni sa femme ne sont fort bien traités. (Edit. P. Paris,
+t. VII, p. 80, etc.) Le fils, avant d’avoir sa charge, avoit
+dès 1657 été conseiller au Parlement, puis envoyé extraordinaire
+à Cologne, et ambassadeur en Suisse. Il mourut,
+ayant environ quatre-vingt-huit ans, au mois de novembre
+1719.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[13]</span></a> Il habitoit « cette belle maison auprès du Pré aux
+Clers », comme dit Tallemant, que Le Vau avoit bâtie pour
+son père, et qu’on voit déjà figurée, en 1652, sur le plan
+Gomboust. Elle est décrite par G. Brice (édit. de 1701,
+t. II, p. 267), avec son ordre dorique en pilastres, sa cour
+« d’une étendue considérable », ses appartements doubles,
+et son jardin où, ajoute G. Brice, « La Quintinie fameux
+jardinier du Roy a fait son apprentissage. » Tambonneau
+la vendit longtemps avant de mourir. En février 1698, il
+entra en marché avec M. le comte de Marsan, et après
+quelques difficultés à propos de la propriété d’une moitié
+de jardin, qui sont curieusement racontées dans les <i>Annales
+de la Cour et de Paris</i>, t. I, 221, l’affaire s’arrangea.
+Tambonneau avoit, paroît-il, besoin de vendre. Le prix fut
+de 235,000 livres, mais l’on calcula qu’avec les réparations
+à faire, et l’achèvement de quelques parties, l’hôtel ne
+monteroit pas à moins de 100,000 écus (Dangeau, 5 fév.
+1698). En 1710, le comte de Marsan le vendit à M. de
+Matignon. Quatorze ans après son petit-fils, le prince de
+Pons, le racheta, et le garda toute sa vie. On ne l’a démoli
+qu’en 1845, pour percer la rue <i>Neuve de l’Université</i>, dont
+le nom actuel est rue du <i>Pré aux Clercs</i>, et qui par sa
+longueur, de la rue de l’Université à la rue Saint-Guillaume,
+permet d’apprécier ce qu’étoit l’étendue de ce magnifique
+hôtel.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p68">-68-</span>M. Robert<a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[14]</a>, rue Neuve Saint Augustin.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[14]</span></a> Louis Robert de Fortille. Nous nous étonnons qu’il
+figure ici, car il avoit, deux ans auparavant, le 20 décembre
+1690, donné démission de sa charge pour payer ses
+dettes, à la suite d’énormes pertes au jeu. (Dangeau, 20
+déc. 1690.) C’étoit un des plus gros joueurs de Paris. On
+veut que La Bruyère l’ait eu en vue dans le <i>75<sup>e</sup> Caractère</i>
+de son chapitre <i>des Biens de fortune</i> : « Mille gens se
+ruinent au jeu… » Un jour, chez Lauzun, il avoit perdu
+contre le prince Philippe dix mille pistoles « qu’il paya,
+sans vouloir de composition », dit Dangeau (13 août 1686).
+Il étoit parent de Louvois, dont il avoit très-énergiquement
+secondé les projets en Hollande, comme intendant des places
+conquises. (C. Rousset, <i>Hist. de Louvois</i>, t. I, p. 435.)
+L’Espine, des bâtiments du roi, que nous trouverons plus
+loin, étoit son beau-père.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Larcher<a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[15]</a>, Couture Sainte Catherine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[15]</span></a> Pierre Larcher, marquis d’Esternay, qui fut président
+à la Chambre des Comptes, de 1651 à 1700, époque où il
+se démit en faveur de son fils. Il passoit pour avoir été le
+conseiller de la princesse de Carignan, pour la rédaction de
+ce fameux testament par lequel trois de ses enfants étoient
+déshérités.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>La Charge d’Avocat Général vacante.</i></p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur Général.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Roüillé<a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[16]</a>, près l’Hôtel d’Angoulesme.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[16]</span></a> Il ne quitta cette charge qu’en juin 1701, pour celle
+de Directeur des finances, moyennant 800,000 livres payées
+au Trésor. Elle venoit d’être créée en double. Armenonville
+eut l’une, comme on l’a vu plus haut, Rouillé eut l’autre.
+Il passoit pour ami des lettres. Sénecé lui a adressé une de
+ses épigrammes qui finit ainsi :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">A vous qui reconciliez</div>
+<div class="verse">Les Muses avec les finances.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p69">-69-</span><i>Requestes de l’Hôtel du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. De Fortia<a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[17]</a>, premier Président, rue de Baune,
+près le Pont royal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[17]</span></a> Bernard de Fortia, doyen des maîtres des requêtes de
+l’Hôtel. Il mourut le 20 octobre 1694.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Procureur Général.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Maboulle<a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[18]</a>, rue de Sorbonne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[18]</span></a> Il occupoit cette charge, depuis vingt ans, par la cession
+que lui en avoit faite Nicolas Foucault, qui en parle
+ainsi dans ses <i>Mémoires</i> (in-4<sup>o</sup>, p. 16) : « 1672. Le 1<sup>er</sup> janvier,
+j’ai passé ma procuration <i lang="la" xml:lang="la">ad resignandum</i> de la charge
+de procureur général des requêtes de l’hôtel à M. Maboul,
+en exécution du traité fait avec lui de ladite charge, moyennant
+78,000 livres, dont il s’est obligé à payer 38,000 livres
+comptant. Le même jour, je lui ai rendu les provisions en
+main. »</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>COURS DES MONNOYES.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Premier Président.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Colignon de Champigny<a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[1]</a>, rue S. Thomas du
+Louvre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[1]</span></a> Il venoit de succéder à son père Nicolas Cottignon — et
+non Colignon — de Chauvry, mort le 22 mars 1692, à
+83 ans, et qui cumuloit cette charge à la Cour des Monnoies,
+avec celle de généalogiste du roi.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Autres Présidens.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Cousin<a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[2]</a>, rue de Guenegaud.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[2]</span></a> Louis Cousin, que ses traductions des principaux auteurs
+byzantins publiées sous différents titres, de 1672 à
+1683, firent nommer de l’Académie françoise, le 19 mai
+1697. Il mourut en mars 1707.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Feydeau, Isle Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap">M. de Lochefontaine, rue de Guénégaud.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p70">-70-</span>M. Hourlier<a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[3]</a>, Porte Saint Michel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[3]</span></a> Claude Hourlier, que nous trouverons plus loin, bailli
+du Palais.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Vacher, à l’Arsenac.</p>
+
+<p class="drap">M. Desbiais, rue Sainte Avoye.</p>
+
+<p class="drap">M. Faudet<a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[4]</a>, rue Barbette.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[4]</span></a> Lisez Faudel. Il avoit épousé la fille de Zacharie
+Morel, maître de la Chambre aux deniers. Suivant les <i>Clés</i>
+de La Bruyère, c’est à sa femme qu’il seroit fait allusion
+dans le <i>28<sup>e</sup> Caractère</i> du chapitre de <i>Quelques usages</i> : « la
+fille d’Aristippe est malade… » Le président Faudel mourut
+en septembre 1707.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Avocats Generaux.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Guillaine, ruë d’Enfer.</p>
+
+<p class="drap">M. Hurez, ruë Quinquempoix.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Selles, rue des fossez Montmartre.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>AMIRAUTÉ.</h3>
+
+
+<p class="drap">M. le Comte de Thoulouse, Grand Amiral en
+Cour.</p>
+
+<p>Les Charges de Lieutenants Généraux et Particuliers,
+de Conseillers et d’Avocats du Roy,
+vacantes.</p>
+
+<p class="drap">M. Jacob, Procureur du Roy, rue Perdue.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>CHASTELET.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Prevost de Paris<a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[1]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[1]</span></a> Le prévôt de Paris y étoit le représentant de l’autorité
+et de la justice royale, mais depuis la création de la
+Lieutenance de police en 1666, sa charge s’y étoit singulièrement
+amoindrie.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p71">-71-</span>M. de Bullion<a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[2]</a>, ruë Platrière<a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[2]</span></a> Le marquis de Bullion, fils du surintendant Claude de
+Bullion, qui s’étoit fait sous Richelieu une si grosse fortune.
+Le marquis avoit prêté serment au Parlement, comme
+prévôt de Paris, le 22 mai 1685. Cette charge rapportoit
+8,000 livres, il l’avoit payée 50,000 écus. Toute diminuée
+qu’elle fût, elle avoit son importance, surtout comme prestige
+d’autorité : « les arrêts du Châtelet, écrit Dangeau
+(20 octobre 1684), se rendent au nom du prévôt de Paris,
+et le lieutenant civil est à son égard ce que sont les lieutenants
+généraux dans les présidiaux, à l’égard du grand
+bailli ou du sénéchal de la Province. » Le marquis de
+Bullion mourut fou, en 1721, dans une de ses maisons de la
+Beauce, où on l’avoit enfermé. « Un de ses cadets, écrit
+Saint-Simon, étoit dès lors prévôt de Paris, sur sa démission. »
+(<i>Mémoires</i>, in-18, t. XI, p. 397.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[3]</span></a> Il habitoit l’hôtel que Le Vau avoit bâti pour Claude
+de Bullion, de 1630 à 1634, et qui existe encore en partie
+au n<sup>o</sup> 3 de la rue Jean-Jacques Rousseau, ancienne rue
+Platrière. On y lit toujours au-dessus de la porte : <i>Hôtel
+Bullion</i>. Il fut longtemps un des plus beaux du quartier et
+des environs. (<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte des Moulins</i>,
+p. 95.) Il perçoit jusqu’à la rue Coq-Héron. C’est même de
+ce côté-là que s’en trouvoient la galerie basse, avec sa
+série des douze mois peinte par Blanchard, et la galerie
+haute, où Simon Vouet avoit peint, en 1634, les aventures
+d’Ulysse. Cette partie fut détachée de l’hôtel dans la
+seconde moitié du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle. La loge maçonnique de
+<i>Saint Jean d’Ecosse</i> s’y établit en 1779, dans la galerie
+même de Vouet, qui étoit encore très-bien conservée.
+L’autre partie, sur la rue Platrière, étoit devenue ce
+qu’elle resta longtemps, presque jusqu’à nos jours : l’hôtel
+des ventes. De nombreux locataires l’occupoient. On voyoit
+entre autres écriteaux sur la porte, en 1789, suivant <i>le
+Provincial à Paris</i> (Quartier du Louvre, p. 134) : « M. Taima
+dentiste. » C’étoit le père du grand tragédien.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Lieutenant Civil.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Camus<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[4]</a>, ruë de Paradis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[4]</span></a> Frère du président à la Cour des aides, dont nous
+avons parlé plus haut. Il avoit commencé par être maître
+des requêtes, puis intendant d’Auvergne. C’est depuis le
+4 septembre 1671 qu’il étoit lieutenant civil. Lorsqu’en
+1684 les juridictions du grand et du petit Châtelet, qui
+avoit aussi son lieutenant civil, furent réunies, sa charge,
+devenue plus importante, puisqu’elle restoit seule, lui fut
+conservée. C’étoit, suivant Saint-Simon, un fort honnête
+homme, mais, ajoute-t-il (t. V, p. 342), « glorieux à un
+point qu’on en rioit, et qu’on en avoit pitié. » Il étoit frère
+du premier président de la Cour des Aides, et du cardinal
+Le Camus, et quand il disoit : « Mon frère le Cardinal »,
+il se rengorgeoit que c’étoit un plaisir.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p72">-72-</span><i>Lieutenant General de Police.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de la Reynie<a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[5]</a>, rue du Boulloy.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[5]</span></a> La charge de Lieutenant de police avoit été créée pour
+lui en 1666. Il l’occupa jusqu’à ce qu’en 1697 le roi l’en
+eût déchargé sur sa demande. Il ne garda que la place de
+Conseiller d’Etat, qu’il avoit depuis 1680. Il étoit né à
+Limoges le 25 mai 1625, de Nicolas de la Reynie, qui
+depuis 1608 y étoit conseiller du roi en la sénéchaussée
+et siége présidial. Lui-même commença dans un présidial,
+celui de Bordeaux, où il fut président en 1646. Il devint
+ensuite Maître des requêtes, en 1661, puis enfin, cinq ans
+après, lieutenant de police. Il mourut le 24 juin 1709, à
+quatre-vingt-quatre ans. Il fut enterré sans aucune pompe,
+au petit cimetière Saint-Joseph, « ainsi qu’il l’avoit demandé. »
+(<i>Mercure</i>, juin 1709, p. 297.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Lieutenant Criminel.</i></p>
+
+<p class="drap">M. d’Effila<a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[6]</a>, rue de la Verrerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[6]</span></a> Lisez Deffita. Il avoit, en 1666, succédé dans cette
+charge à Tardieu, si fameux par son avarice, et dont Boileau
+a rappelé l’assassinat dans sa X<sup>e</sup> satire. Deffita, qui avoit
+d’abord été procureur du roi des requêtes de l’hôtel, charge
+qu’il céda à Nicolas Foucault, pour devenir lieutenant criminel,
+conserva ce dernier emploi jusqu’à sa mort à la fin
+de novembre 1700. Nicolas Le Comte lui succéda le 1<sup>er</sup>
+février suivant.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p73">-73-</span><i>Lieutenans Particuliers.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> du Martray<a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[7]</a>, rue du Mail, et Pasquier, rue
+Bourlabbé.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[7]</span></a> Il étoit gendre de Félix, premier chirurgien du roi,
+qui lui fit avoir en 1699 une pension de 500 écus. (Dangeau,
+17 octobre 1684, et 14 juillet 1699.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Lieutenant Criminel de Robe Courte.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Bachelier du Moncel, rue de Clery.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Prevost de l’Isle de France<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[8]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[8]</span></a> C’étoit le titre que prenoit le prévôt des maréchaux,
+dont la juridiction s’étendoit sur toute l’Ile de France. Un
+autre prévôt siégeoit à Melun, pour le reste de la généralité
+de Paris.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Francine de Grand Maison<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[9]</a>, rue des Prouvaires.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[9]</span></a> Il étoit frère de Francine, qui avoit épousé une sœur
+de Lulli, et qui devint, après celui-ci, directeur de l’Opéra.
+Francine de Grandmaison se démit de sa charge en faveur
+de son fils, qui la céda lui-même, mais fort tard, en 1718.
+« Suivant l’usage, écrit Dangeau (12 novembre 1718), son
+successeur fut installé à la table de marbre par MM. les
+maréchaux de France. »</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Chevalier du Guet.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Chopin, rue de la Verrerie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Juge Auditeur.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Testebone, rue Saint Antoine.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Avocats du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Brochard, rue Haute-fueille.</p>
+
+<p class="drap">M. Leschassier<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[10]</a>, rue du Jardinet.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[10]</span></a> Il étoit frère du supérieur du séminaire de Saint-Sulpice,
+et de M<sup>lle</sup> Lechassier dont nous avons vu plus haut
+les grandes aumônes. Il mourut à 84 ans, le 12 août 1725.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Mallet, rue Neuve Saint Mederic.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p74">-74-</span><i>Procureur du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Robert<a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[11]</a>, rue Sainte Avoye.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[11]</span></a> Claude Robert. Il étoit depuis longtemps attaché à la
+juridiction du Châtelet, où il avoit commencé par être lieutenant
+particulier. Il y a deux lettres de lui dans <i>la Correspondance
+des contrôleurs généraux</i>, publiée par M. de
+Boislisle.</p>
+</div>
+
+<p class="c small">PREVOSTÉ DE L’HOSTEL DU ROY<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[12]</span></a> Tribunal que présidoit le grand prévôt. Il jugeoit les
+délits et procès survenus entre les gens de cour, et de plus
+tous les crimes commis à Paris, lorsque le roi y résidoit.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Grand Prevost.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Sourches<a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[13]</a>, rue de l’Université.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[13]</span></a> Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, avoit
+eu de son père la survivance de la grande prévôté, le
+15 septembre 1649. Il fut, avant d’en être titulaire, conseiller
+d’Etat, colonel du régiment d’infanterie qui portoit
+son nom, major général de M. de Luxembourg en Hollande,
+gouverneur du Maine et du Perche. Il se démit de la
+grande prévôté, le 25 août 1714, en faveur de son fils, et
+mourut le 4 mars 1716. Il a laissé des <i>Mémoires</i> qui sont
+du Dangeau développé et du Saint-Simon éteint. Le troisième
+volume, qui comprend les années 1685 et 1686, a
+seul été publié en 1836 par M. Adelhm Bernier, d’après le
+manuscrit trouvé par lui un peu auparavant, et qui provenoit
+de la bibliothèque du président Roland, vendue en 1834.
+Le reste existe au château de Sourches, propriété du duc
+Descars.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Lieutenans Generaux.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Barbier, cul de Sac Saint Sauveur.</p>
+
+<p class="drap">M. Cornu de Noyon, rue Poupée.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Colinet, prés Saint Gervais.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p75">-75-</span></p>
+
+<h3>CHAMBRE DU TRÉSOR.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Vigneron, rue Jean Lointier.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Sec de Saint Martin, rue de la Harpe.</p>
+
+
+<p class="c small">CONNESTABLIE ET MARESCHAUSSÉE.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Ladarel, rue du Puis, près les Blancs
+Manteaux.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Lieutenant Particulier.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Favart, rue Saint Honoré.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de la Fond, rue Saint Martin.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>HOSTEL DE VILLE.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Prevost des Marchands.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Fourcy<a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[1]</a>, rue du Jour<a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[1]</span></a> Le même que nous avons vu plus haut parmi les conseillers
+d’Etat de semestre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[2]</span></a> Lisez rue de Jouy, comme plus haut, p. 51.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Eschevins<a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[3]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[3]</span></a> Il y en avoit seize et non pas quatre seulement. Ceux
+qui suivent ne figurent ici que parce qu’ils avoient été les
+derniers élus en 1690 ou 1691.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de la Leu<a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[4]</a>, rue Saint Denis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit conseiller du Roi et notaire au Châtelet. L’une
+de ses filles épousa le fermier général Dupleix de Bacquancourt,
+et l’autre Verani de Varennes, receveur des tailles
+de l’élection de Montdidier. (<i>Mercure</i>, sept. 1734, p. 2089.)</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p76">-76-</span>M. Tardif<a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[5]</a>, rue Saint Honoré.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[5]</span></a> Il étoit, de plus, conseiller de ville. Son élection datoit
+de 1691.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Chauvin<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[6]</a>, rue Saint Denis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[6]</span></a> Son titre de <i>quartenier</i>, c’est-à-dire d’officier de police,
+chargé de faire respecter dans son quartier l’autorité
+municipale, ne l’avoit pas empêché, ce qui étoit rare, à
+cause du double emploi, d’arriver à l’échevinage, en 1690.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Savalette<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[7]</a>, rue Saint Antoine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[7]</span></a> Notaire au Châtelet. Il étoit fils du fameux vinaigrier
+de la rue Beaubourg, Savalette, dont l’histoire un peu
+arrangée par Le Noble, dans son <i>Gage touché</i>, 1711, in-12,
+p. 83, servit de sujet à Mercier pour sa pièce, <i>la Brouette
+du Vinaigrier</i>.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Procureurs du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Titon, rue Sainte Avoye.</p>
+
+<p class="drap">M. Girard Substitud, Quay Pelletier.</p>
+
+
+<p class="c small">JUGE ET CONSULS DES MARCHANDS.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Grand Juge.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Clerambault, rue Jean Loinctier.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Consuls.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Rosseau, Chevalier du Guet.</p>
+
+<p class="drap">M. Arnot, rue Saint G. Lauxerrois.</p>
+
+<p class="drap">M. Convert, Quay des Orfèvres.</p>
+
+<p class="drap">M. la Roze, rue de la Cossonnerie ; lesquels Juge
+et Conseils seront chargez le 27 Janvier de la
+presente Année 1692.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>EAUX ET FORESTS.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Brachet, ruë Saint Martin.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p77">-77-</span><i>Lieutenant Particulier.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Goupy, rue Sainte Avoye.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Avocat General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de l’Hommeau, vieille rue du Temple.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Menard, rue Perdue.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>ELECTION<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[1]</a>.</h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[1]</span></a> Juridiction des <i>Élus</i>, c’est-à-dire des magistrats, chargés
+par voie d’élection d’assister les commissaires royaux
+dans la levée des Aides, et la répartition des Tailles. Ils
+avoient en outre la garde des deniers qui en provenoient.
+Les <i>pays d’État</i> n’avoient pas d’Élus, aussi appeloit-on,
+pour les distinguer, <i>pays d’Élection</i> ceux qui en avoient.
+Paris figuroit dans le nombre, avec un personnel considérable :
+un président, un lieutenant, un assesseur, vingt
+conseillers, un avocat du Roi et un procureur du Roi, un
+substitut et un greffier en chef. Les deux principaux de
+cette magistrature figurent seuls ici.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Président.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Chevriere, rue Saint André.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Procureur du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Chenedé<a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[2]</a>, rue des Billettes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[2]</span></a> Joachim de Chénedé, qui, après avoir été conseiller
+au présidial d’Angers, et maire de la ville, fut successivement
+conseiller, avocat et procureur du Roi, en l’Élection
+de Paris. Il avoit épousé la fille de Bachelier, premier valet
+de la garde-robe du Roi. Il mourut le 8 avril 1694.</p>
+</div>
+
+<p class="c small">BAILLIAGE DU PALAIS.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Bailly.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Hourlier<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[3]</a>, porte Saint Michel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[3]</span></a> Claude Hourlier, que nous avons vu plus haut président
+de la Cour des Monnoies. Il avoit, comme bailli du
+Palais, droit d’inspections sur toutes les boutiques qui s’y
+trouvoient, entre autres celles des libraires du perron de la
+Sainte-Chapelle, et des galeries <i>Mercière</i> et <i>des Prisonniers</i>.
+C’est ce qui fait comprendre pourquoi Thomas Quinet, à
+qui Molière avoit cédé son privilége pour la publication du
+<i>Dépit amoureux</i>, le dédia à M. Hourlier. Celui-ci mourut
+en juillet 1700.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p78">-78-</span><i>Procureur du Roy.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Robert, rue Sainte Avoye.</p>
+
+
+<p class="c small">MASSONNERIE.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Lieutenant General.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de l’Espine<a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[4]</a>, prés Saint Roch.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[4]</span></a> Beau-père du président Robert, dont il a été parlé
+plus haut. Il avoit, en 1667, donné « l’avis et plan pour
+l’aplanissement de la <i>Butte des Moulins</i> ou <i>Saint Roch</i> »,
+ce qui lui avoit permis de s’y faire une belle part dans les
+terrains à construire. (<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte des
+Moulins</i>, 1877, in-18, p. 81, 84.)</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c7">SCEANCES DES TRIBUNAUX,<br>
+<span class="small">ET JURISDICTIONS DE PARIS.</span></h3>
+
+
+<p>Les Tribunaux sont au dedans, ou hors de
+l’enclos du Palais.</p>
+
+<p>Ceux qui sont dans l’enclos du Palais, sont le
+Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour
+des Aydes, la Cour des Monnoyes, l’Amirauté,
+les Requestes de l’Hotel, les Requestes du Palais,
+la Chancellerie du Palais. Le Bureau des
+Trésoriers de France, la Chambre Souveraine,
+des Decimes, l’Amirauté, la Table de Marbre,
+Eaux et Forests, la Chambre du Trésor, l’Election,
+<span class="pagenum" id="p79">-79-</span>le Bailliage du Palais<a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[1]</a> et la Maçonnerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[1]</span></a> L’<i>Almanach royal</i>, pour 1702, p. 65, ajoute ici : « la
+Bazoche, qui est la juridiction des clercs. »</p>
+</div>
+<p>Ceux qui sont hors l’enclos du Palais sont, le
+grand Conseil du Roy, et la Prevosté de l’Hotel
+de Sa Majesté, qui tiennent leurs Seances à
+l’Hotel d’Aligre, rue Saint Honoré, et rue
+Bailleul<a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[2]</span></a> Le grand Conseil dut quitter, sous Louis XV, l’hôtel
+d’Aligre qui menaçoit ruine. Il fut alors installé au Louvre,
+dans la partie qui longe le jardin de l’Infante. Il ne reste
+de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, qu’une cour, qui la
+met en communication avec la rue Bailleul, et qu’on appelle
+passage d’Aligre.</p>
+</div>
+<p>Les Prevost des Marchands et Eschevins, qui
+ont leur siége à l’Hôtel de Ville.</p>
+
+<p>Les Juge et Consuls des Marchands, qui
+tiennent leurs Audiances au Cloitre Saint Mederic<a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire Saint-Merry. La maison des Juges Consuls,
+qui servit, après eux, au Tribunal de Commerce, jusqu’à
+ce qu’on l’eût transféré à la Bourse, existe encore en
+partie dans la rue du Cloître, telle qu’elle avoit été
+reconstruite sous Louis XV. M. de Crissé dans ses <i>Souvenirs
+du vieux Paris</i>, 1836, in-fol., pl. 26, a donné une lithographie
+exacte de l’escalier qui en est le reste le plus curieux.</p>
+</div>
+<p>La Jurisdiction des Poudres et Artillerie, et
+celle de la Chambre Royale, qui se tiennent à
+l’Arsenal.</p>
+
+<p>La Justice des Garennes et Chasses, qui se
+tient aux Galleries du Louvre.</p>
+
+<p>Celle des Officiers du Grenier à Sel, qui ont
+leur siege au Carrefour des trois Maries.</p>
+
+<p>L’Officialité, la Justice Notre-Dame, la Temporalité
+et la Chambre de Jurisdiction de M. le
+<span class="pagenum" id="p80">-80-</span>Chantre, qui se tiennent à l’Archeveché et au
+Cloitre Notre Dame.</p>
+
+<p>Enfin la Justice du Temple, et celle de saint
+Jean de Latran, qui se tiennent dans les enclos
+de ces deux Prieurez<a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[4]</span></a> L’enclos de Saint-Jean de Latran, siége de la commanderie
+des Hospitaliers de Saint-Jean, qui relevoit de l’ordre
+de Malte, se trouvoit place Cambray ; en face du Collége
+de France, et s’étendoit jusqu’à la rue Saint-Jean de
+Beauvais, où étoit la Chapelle. La Tour d’entrée qui étoit
+sur la place et qu’on appela dans les derniers temps <i>Tour
+Bichat</i>, du nom du célèbre médecin qui s’y étoit fait un
+cabinet pour ses expériences anatomiques, n’a été détruite
+qu’en 1855.</p>
+</div>
+<p>L’Ouverture du Parlement se fait le lendemain
+de la Saint Martin, auquel jour la Cour après
+avoir assisté en Robes rouges à la Messe solennelle
+qui se dit dans la grand’Salle du Palais<a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[5]</a>,
+reçoit le Serment des Avocats et Procureurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[5]</span></a> L’autel de Saint-Nicolas, qui étoit, en effet, dans la
+Grand’salle, et où l’on disoit chaque jour la messe.</p>
+</div>
+<p>Messieurs les Avocats Generaux, font leurs
+harangues à la Cour le Lundi de la huitaine
+franche d’après la Saint Martin.</p>
+
+<p>Les Mercuriales<a id="FNanchor_318" href="#Footnote_318" class="fnanchor">[6]</a> se font par M. le Procureur
+Général, le même jour et le lendemain de la
+Quasimodo.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_318" href="#FNanchor_318"><span class="label">[6]</span></a> C’est ce que nous appelons <i>discours de rentrée</i>. Il ne
+faut pas les confondre avec les anciennes <i>mercuriales</i>, que
+le Procureur général avoit le droit d’adresser, dans les
+assemblées du mercredi — leur nom en étoit venu — comme
+observations et remontrances aux Magistrats sur leur conduite,
+et la façon dont ils administroient la justice.</p>
+</div>
+<p>Depuis Pâques jusqu’aux Vacations qui arrivent
+le sixieme Septembre, lors qu’une Fête
+arrive le Jeudi on plaide le Vendredi à la grand
+Chambre.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p81">-81-</span>Tous les jours ouvrables depuis la Saint Martin
+jusqu’au Careme, la Cour se leve le matin à
+10 et de relevée à quatre heures.</p>
+
+<p>Pendant le Careme et jusqu’à la fin du Parlement,
+elle se leve le matin à onze heures, et de
+relevée à cinq.</p>
+
+<p>Le Mardi-gras, le Vendredi de l’Octave de
+Paques, et le jour de la saint Nicolas<a id="FNanchor_319" href="#Footnote_319" class="fnanchor">[7]</a> en Mai,
+la Cour se leve le matin à neuf heures et n’entre
+point de relevée<a id="FNanchor_320" href="#Footnote_320" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_319" href="#FNanchor_319"><span class="label">[7]</span></a> C’étoit un patron très-fêté au Palais, où nous venons
+de voir qu’il avoit son autel dans la Grand’salle.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_320" href="#FNanchor_320"><span class="label">[8]</span></a> L’<i>Almanach royal</i> de 1702, p. 66-67, après avoir
+donné ce détail, ajoute : « Delà vient le proverbe : <i>Quand
+la Cour se lève matin, elle dort l’après dînée</i>. »</p>
+</div>
+<p>Nosseigneurs de la grand Chambre du Parlement,
+tiennent les grandes Audiances de Robes
+rouges sur les hauts Sieges, les Lundis, les Mardis,
+et les Jeudis, depuis huit heures du matin
+jusqu’à dix ; et celles de Robes noires de relevée
+les Mardis pour les causes du Role, et les Vendredis
+pour celles des Placets<a id="FNanchor_321" href="#Footnote_321" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_321" href="#FNanchor_321"><span class="label">[9]</span></a> Le <i>placet</i> étoit une démarche succincte, par écrit,
+pour obtenir justice. Le mot vient du latin <i lang="la" xml:lang="la">placere</i>, plaire.</p>
+</div>
+<p>Les Audiances ordinaires de la grand Chambre
+qui se tiennent sur les bas Sieges en Robes noires,
+sont données les Mercredis, Vendredis, et Samedis,
+outre les petites Audiances qui se donnent
+tous les jours à l’exception des Lundis depuis
+sept jusqu’à huit heures du matin.</p>
+
+<p>Nosdits Seigneurs donnent encore Audiance
+à la Tournelle civile tous les jours depuis dix
+heures jusqu’à midi ; à la grande Tournelle criminelle
+le samedi, et à la petite Tournelle criminelle
+<span class="pagenum" id="p82">-82-</span>le Mercredi, et le Vendredi depuis 8 jusqu’à
+dix heures<a id="FNanchor_322" href="#Footnote_322" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_322" href="#FNanchor_322"><span class="label">[10]</span></a> On appeloit ces juridictions <i>tournelles</i>, parce qu’elles
+avoient d’abord été établies au Palais dans les deux tours
+jumelles qui flanquent l’entrée de la <i>Conciergerie</i> sur le
+Quai. Sauval (t. III, p. 407) donne l’extrait d’un compte
+de 1472 où on lit : « A… charpentier, pour la réparation
+par lui faite en deux tournelles estant au Palais du côté de
+la rive de la Seine, l’une appelée la Tournelle civile, et
+l’autre la Tournelle criminelle. »</p>
+</div>
+<p>Les Audiances de la première et de la deuxième
+Chambre des Enquestes, se tiennent le Mercredi
+et le Samedi, celles de la cinquième les Lundis
+et Jeudis, et celles de la quatrième le Mardi et
+le Vendredi.</p>
+
+<p>Nosseigneurs les gens du Roy, tiennent tous
+les matins leurs Audiances au Parquet où ils
+jugent les affaires qui leurs sont renvoyées, les
+conflits d’entre les Chambres du Parlement, etc.,
+et où Nosseigneurs les Avocats Généraux prennent
+communication par les Avocats et Monseigneur
+le Procureur Général par les Substituts de
+toutes les affaires dans lesquelles ils doivent
+conclure.</p>
+
+<p>La Tournelle où M<sup>rs</sup> les Avocats Généraux
+vont alternativement de trois en trois mois est
+composée de six Conseillers de la Grand Chambre,
+et de huit des Enquestes ; c’est de quoi M<sup>rs</sup> les
+Doyens de la Grand Chambre et de la première
+Chambre des Enquêtes se peuvent dispenser.</p>
+
+<p>Tous les jours ouvrables ausquels il n’y a
+point d’Audiances de relevée excepté la veille
+de la Fete Dieu et la veille de la Notre Dame
+d’Aoust, la Cour juge de Commissaires les Procez
+de Rapport.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p83">-83-</span>La Séance de Grace pour les Prisonniers, se
+tient la surveille de Noel, le Mardi de la Semaine
+Sainte, la surveille de la Pentecote, la veille de
+la Saint Simon Saint Jude.</p>
+
+<p>Le premier Rolle qui se plaide est pour la
+Province de Vermandois, il commence après la
+Saint Martin et finit au dernier Décembre.</p>
+
+<p>Celui du Bailliage d’Amiens va jusques au
+quinze Janvier, et celui du Bailliage de Senlis
+jusqu’à la fin du même mois.</p>
+
+<p>Le Roolle de Paris commence après la Chandeleur,
+et continue tout le Careme, quelque fois
+même après Paques, au gré de Monseigneur le
+premier Président.</p>
+
+<p>Le Roolle de Champagne et de Brie, commence
+après la Quasimodo et finit en Mai, quelques
+fois au commencement, d’autres fois au
+quinze et souvent à la fin.</p>
+
+<p>Le Roolle de Poitou se plaide pendant le reste
+de Mai, et tout le mois de Juin.</p>
+
+<p>Le Roolle de Lion, pendant la premiere quinzaine
+de Juillet.</p>
+
+<p>Le Roole de Chartres dure le reste des Plaidoiries,
+excepté les deux derniers jours dont l’un
+est pour le Roolle d’Angoumois, et l’autre pour
+les présentations.</p>
+
+<p>Les Lundis et Mardis on plaide du Roolle
+ordinaire des Provinces et Bailliages, les Jeudis
+matins et les Mardis et Vendredis de relevée du
+Roolle extraordinaire.</p>
+
+<p>Nosseigneurs des Requestes de l’Hotel du
+Roy, et Nosseigneurs des Requestes du Palais,
+donnent leurs Audiances, les Lundis et Jeudis,
+depuis dix heures du matin jusqu’à midi, et les
+<span class="pagenum" id="p84">-84-</span>Mardis et Vendredis, depuis deux heures de relevée
+jusqu’à cinq<a id="FNanchor_323" href="#Footnote_323" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_323" href="#FNanchor_323"><span class="label">[11]</span></a> « A compter, lit-on dans l’<i>Almanach royal</i>, à compter
+du jour de la rentrée jusqu’au mois de mars ; et, depuis le
+premier mars, les audianciers commencent à pareille heure
+jusqu’à six. Quelques fois, ajoute encore l’Almanach, nos
+Seigneurs des Requêtes de l’hôtel donnent des audiances
+extraordinaires de relevée, pendant un tems, dont ils font
+avertir à la communauté des Procureurs. »</p>
+</div>
+<p>Les Audiances de la Chancelerie du Palais
+tiennent les Mercredis et Samedis du matin.</p>
+
+<p>Nosseigneurs du grand Conseil du Roy, donnent
+Audiance les Lundis, Mardis, Jeudis et
+Vendredis, depuis neuf heures jusqu’à midi, et
+jugent les Procez de Rapport les Mercredis et
+Samedis, pendant que Nosseigneurs les gens du
+Roy, jugent au Parquet les affaires qui leurs sont
+envoyées, et prennent communication les autres
+jours des affaires dans lesquelles ils doivent conclure.</p>
+
+<p>Nosseigneurs de la Chambre des Comptes
+tiennent tous les jours leurs Audiances depuis
+neuf heures du matin jusqu’à onze, et de relevée
+depuis deux heures jusqu’à cinq.</p>
+
+<p>Nosseigneurs de la Cour des Aydes, donnent
+leurs Audiances en la première Chambre, les
+Lundis, Mardis, Jeudis, et Vendredis, et dans
+la deuxième et troisième Chambre les Mercredis,
+Vendredis et Samedis.</p>
+
+<p>Les Plaidoiries du Roolle ordinaire de la Cour
+des Aydes, sont les Mercredis et Vendredis matin,
+et pour l’extraordinaire le Lundi de relevée
+depuis le mois de Décembre jusqu’à la fin
+de Mai.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p85">-85-</span>Les Audiances de la Cour des Monnoyes, se
+tiennent le Mercredi et le Samedi.</p>
+
+<p>A l’égard du Siège Présidial du Châtelet, on
+plaide à la Prévoté, au Parc Civil, au Présidial,
+et aux Auditeurs, tous les jours de la semaine à
+l’exception du Lundi ; à la Chambre Civile le
+Mercredi et le Samedi, à la Police, au Criminel,
+et en la Chambre de M. le Procureur du Roy,
+le Mardi et le Vendredi.</p>
+
+<p>Il y a plusieurs Sièges dans l’enclos du Palais,
+qui ont leurs Audiances réglées le Mercredi et le
+Samedi, à sçavoir : l’Amirauté, la Chambre du
+Trésor, le Bailliage du Palais, la Chambre Souveraine
+des Décimes, la Connétablie, la Maçonnerie
+et la Table de Marbre, qui tient encore des
+Audiances le Lundi et le Jeudi, pour juger au
+Souverain.</p>
+
+<p>Messieurs les Prévosts des Marchands et Eschevins
+de la Ville de Paris, donnent Audiance les
+Mardis, Mercredis, Vendredis et Samedi du
+matin.</p>
+
+<p>M<sup>rs</sup> les Juges et Consuls des Marchands, tiennent
+trois jours de la semaine leurs Audiances
+les Lundis, Mercredis, et Vendredis du matin
+et de relevée.</p>
+
+<p>Les Officiers de l’Election donnent Audiance
+tous les jours, depuis neuf heures jusqu’à midi,
+et ceux du Grenier à Sel seulement le Mercredi
+et le Samedi.</p>
+
+<p>On tient Audiance le Mercredi, et le Samedi
+à l’Officialité et à la Justice Nostre-Dame ; le
+Lundi à midi à la Temporalité, et le Jeudi de
+relevée à la Justice de Monsieur le Chantre.</p>
+
+<p>L’Audiance de la Chambre Royale de l’Arsenal,
+<span class="pagenum" id="p86">-86-</span>se tient tous les Lundis matins, et celle des
+Poudres et Salpestres tous les Samedis de
+relevée.</p>
+
+<p>Celle du Bailliage du Temple, se tient le
+Samedi à trois heures de relevée.</p>
+
+<p>La Jurisdiction du Bailliage de S. Jean de
+Latran se tient le Lundi à trois heures de relevée.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c8">VACATIONS DES TRIBUNAUX.</h3>
+
+
+<p class="c small">PARLEMENT.</p>
+
+<p>La Cour vaque depuis le 6. Septembre jusqu’au
+lendemain de la Saint Martin, c’est à dire jusqu’au
+12. Novembre, du moins si on en excepte
+la Chambre des Vacations qui est préposée pour
+les matières provisoires et autres qui requièrent
+célérité. Elle ne dure que depuis le 7. Septembre
+jusqu’au 27. Octobre, en sorte que depuis ce
+jour jusqu’au 12. Novembre, il ne se fait aucun
+Acte de Judicature au Palais.</p>
+
+<p>La Cour vaque aussi dans le reste de l’année
+tous les Dimanches et Fêtes solennelles, et encore
+en Décembre le 6. jour de la Saint Nicolas,
+en Janvier le 23. Fête de Saint Hilaire, et le 28.
+Fête de Saint Charlemagne, en Mars le 19. Fête
+de Saint Joseph seulement le matin, le 22. pour
+la Procession Générale de la reduction de Paris<a id="FNanchor_324" href="#Footnote_324" class="fnanchor">[1]</a>,
+et le 25. Fête de l’Annonciation Notre Dame,
+en Mai le 2. Fête de Saint Gatien, en Juin un
+jour de choix pour le Lundi ou Foire de Saint
+<span class="pagenum" id="p87">-87-</span>Denis, en Juillet le 22. Fête de la Magdelaine,
+et le 28. Fête de Sainte Anne, en Aoust le 16.
+Fête de Saint Roch<a id="FNanchor_325" href="#Footnote_325" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_324" href="#FNanchor_324"><span class="label">[1]</span></a> Cet anniversaire de l’entrée d’Henri IV dans Paris,
+le 22 mars 1594, fut célébré jusqu’à la Révolution.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_325" href="#FNanchor_325"><span class="label">[2]</span></a> La veille même des grandes fêtes, le Palais étoit
+fermé. Louis XIV supprima ce supplément de vacances
+fériées : « L’on entre, dit l’<i>Almanach royal</i> de 1702, la
+veille de toutes les festes, depuis l’ordonnance de 1667. »</p>
+</div>
+<p>La Cour vaque pareillement le jour des Cendres,
+et depuis le Mercredi de la Semaine Sainte
+jusqu’au lendemain de la Quasimodo, si ce n’est
+le Vendredi de l’Octave de Paques elle va à
+Notre-Dame.</p>
+
+<p>La Chambre des Vacations vaque les 23 et
+24. Septembre quoique non Fetez, et encore en
+Octobre un jour de choix pour la Foire de Saint
+Denis, et le 18. Fête de Saint Luc.</p>
+
+<p>Quand le Dimanche ou l’une des Fêtes Mobiles,
+arrive un des jours ci-dessus marquez, la
+Vacation de la Cour est remise au lendemain.</p>
+
+<p>Le 15. Aoust passé on ne plaide plus à la
+grand’Chambre à huy ouvert.</p>
+
+<p>Les Requêtes du Palais qui sont du Corps de
+Parlement et qui vaquent les mêmes jours, ne
+commencent néanmoins leurs Vacations que le
+15. Septembre.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c9">DOCTEURS ET LICENTIEZ EN DROIT.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Professeurs des Ecoles.</i></p>
+
+<p class="drap">M. de Loy, aux Ecolles, rue des Carmes<a id="FNanchor_326" href="#Footnote_326" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_326" href="#FNanchor_326"><span class="label">[1]</span></a> Michel De Loy, de qui l’on a un éloge en latin de
+Pierre Hallé, lecteur en grec au Collége royal, puis professeur
+en droit canon, mort en 1689. De Loy étoit fils du
+professeur de l’Université pour lequel Corneille avoit fait
+des vers, le félicitant de son panégyrique de M. de Bellièvre
+prononcé, en 1658, au Collége de La Marche. (<i>V. Œuvres
+de Corneille</i>, édit. Marty-Laveaux, t. X, p. 131.)</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p88">-88-</span>M. Baudin<a id="FNanchor_327" href="#Footnote_327" class="fnanchor">[2]</a>, même lieu<a id="FNanchor_328" href="#Footnote_328" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_327" href="#FNanchor_327"><span class="label">[2]</span></a> Jacques Baudin, qui mourut cette année même 1692.
+Il avoit eu beaucoup de réputation comme professeur. <i>V.</i> à
+ce sujet les additions de Ferrière au livre de Taisand : <i>Vies
+des plus célèbres Jurisconsultes</i>, 1737, in-4<sup>o</sup>, p. 590, et les
+<i>Mémoires sur le Collége royal</i>, par l’abbé Goujet, t. III,
+p. 420.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_328" href="#FNanchor_328"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire aux Ecoles de Droit. Elles avoient leur
+principale entrée rebâtie monumentalement, en 1675, rue
+Saint-Jean de Beauvais, en face de la maison à l’enseigne
+de l’<i>Olivier</i>, rendue si célèbre par l’imprimerie des Etienne ;
+mais elles perçoient par derrière jusqu’à la rue des Carmes,
+où se trouvoient les logements des plus anciens professeurs.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Cuiniez, même lieu<a id="FNanchor_329" href="#Footnote_329" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_329" href="#FNanchor_329"><span class="label">[4]</span></a> Son vrai nom étoit Cugnet. Il avoit épousé une des
+filles de son collègue Baudin. Son éloge se trouve aussi dans
+les <i>Additions</i> de Ferrière, p. 695.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Mongin, rue de Bièvre.</p>
+
+<p class="drap">M. Colson, rue Saint Jean de Beauvais.</p>
+
+<p class="drap">M. le Gendre, rue des Noyers<a id="FNanchor_330" href="#Footnote_330" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_330" href="#FNanchor_330"><span class="label">[5]</span></a> Ces six professeurs enseignoient le droit romain, c’est-à-dire
+le droit civil, et le droit canonique.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>En Droit François<a id="FNanchor_331" href="#Footnote_331" class="fnanchor">[6]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_331" href="#FNanchor_331"><span class="label">[6]</span></a> Cette chaire de droit françois n’existoit que depuis 1680.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Launay, ruë des Massons<a id="FNanchor_332" href="#Footnote_332" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_332" href="#FNanchor_332"><span class="label">[7]</span></a> François De Launay, qui mourut l’année suivante,
+1693. Son éloge parut alors dans le <i>Journal des Savants</i>,
+t. XXXVI<sup>e</sup>.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Docteurs agrégez.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Piolin, ruë des Assis.</p>
+
+<p class="drap">M. du Ru, ruë Saint Jean de Beauvais.</p>
+
+<p class="drap">M. Amiot, même ruë<a id="FNanchor_333" href="#Footnote_333" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_333" href="#FNanchor_333"><span class="label">[8]</span></a> Il étoit, comme Cugnet, gendre de Baudin. On trouve
+aussi son éloge dans les <i>Additions</i> de Ferrière au livre de
+Taisand, p. 595.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p89">-89-</span>M. des Barrières, même ruë.</p>
+
+<p class="drap">M. Hulin, même ruë.</p>
+
+<p class="drap">M. Sachet, même ruë.</p>
+
+<p class="drap">M. Bonnamour, ruë Galande.</p>
+
+<p class="drap">M. l’Escuyer, ruë Pierre Sarrasin.</p>
+
+<p class="drap">M. Pavoine, ruë Saint Jaques.</p>
+
+<p class="drap">M. Basthide, ruë du Plâtre.</p>
+
+<p class="drap">M. Porsely, ruë du Foüare.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Licentiez Immatriculez du Parlement.</i></p>
+
+<p>On peut recouvrer la Liste des Avocats Plaidans
+et Consultans au Palais, chez Charles de
+Sercy, Libraire dans la grand Salle à la bonne
+Foy couronnée.</p>
+
+<p>Ceux qui sont dénommez en cette Liste sont
+gens généralement reqammandables par leur condition
+et par leur éloquence par exemple pour les
+Consultations, M<sup>rs</sup> Billard, ruë de Savoye<a id="FNanchor_334" href="#Footnote_334" class="fnanchor">[9]</a>.
+<span class="pagenum" id="p90">-90-</span>Sonnet, rue du Battoir. Issaly, rue des Rats.
+Husson<a id="FNanchor_335" href="#Footnote_335" class="fnanchor">[10]</a>, ruë Bourtibourg. Le Verrier, ruë du
+Jardinet. Raviere, ruë des Deux Portes. Chappé,
+rue de l’Observance. Du Pré, ruë des Cordeliers.
+Sever<a id="FNanchor_336" href="#Footnote_336" class="fnanchor">[11]</a>, même ruë. De Riparfond<a id="FNanchor_337" href="#Footnote_337" class="fnanchor">[12]</a>, rue de la
+Harpe. Braquet, Cloître Notre Dame, etc. Pour
+les Plaidoïers M<sup>rs</sup> Chardon<a id="FNanchor_338" href="#Footnote_338" class="fnanchor">[13]</a>, ruë des deux Portes.
+De Nivelle, ruë de la Bucherie<a id="FNanchor_339" href="#Footnote_339" class="fnanchor">[14]</a>. Robert de S.
+Martin, rue Haute-feuille. Baille, rue du Cimetiere
+Saint André des Arts. Hérard, rue de Savoye.
+De Retz, près Saint Jean en Grève. Du
+Mont<a id="FNanchor_340" href="#Footnote_340" class="fnanchor">[15]</a>, ruë du Jardinet, etc. Pour les Matières
+<span class="pagenum" id="p91">-91-</span>Benéficiales M<sup>rs</sup> Nouët<a id="FNanchor_341" href="#Footnote_341" class="fnanchor">[16]</a>, montagne Saint Geneviève.
+Sachot<a id="FNanchor_342" href="#Footnote_342" class="fnanchor">[17]</a>, ruë de l’Eperon. Ferrand, rue
+Saint Loüis du Marais. Du Chesne, ruë de
+Bièvre. Et pour les matières qui sont traitées
+<span class="pagenum" id="p92">-92-</span>au Trésor, Fiefs, Aubaines et Confiscations,
+M. Mouffle, ruë des mauvaises paroles, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_334" href="#FNanchor_334"><span class="label">[9]</span></a> C’est ce terrible avocat Billard, qui fit tant de bruit
+pour empêcher les Comédiens, que le voisinage du collége
+Mazarin faisoit chasser du théâtre Guénegaud — aujourd’hui
+passage du Pont-Neuf — de venir s’installer dans la
+rue de Savoie. Louvois leur étoit favorable, car, ainsi
+qu’on l’apprend par une lettre de Racine à Boileau, il
+s’étoit même fait donner le plan du lieu « où ils vouloient
+bâtir dans la rue de Savoie » ; mais Billard, avec ses cris,
+l’emporta, à la grande joie de son quartier, du reste :
+« Tous les Bourgeois, dit encore Racine, trouvent fort
+étrange qu’on vienne leur embarrasser leur rue. M. Billard
+surtout qui se trouveroit vis-à-vis de la porte du
+parterre, crie fort haut ; et, quand on lui a voulu dire qu’il
+en auroit plus de commodité pour s’aller divertir, il a
+répondu fort tragiquement : « Je ne veux point me divertir. » — Il
+avoit de la réputation. Une de ses causes les
+plus brillantes avoit été, en 1675, celle d’une servante,
+épousée par le fils du riche marchand de la <i>Herse d’Or</i>,
+au faubourg Saint-Germain, dont on vouloit faire casser
+le mariage. (<i>Journal des Audiences</i>, t. III, p. 70.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_335" href="#FNanchor_335"><span class="label">[10]</span></a> Martin Husson. Il figuroit déjà au tableau des avocats,
+en 1643. Le traité <i lang="la" xml:lang="la">de Advocato</i> est de lui.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_336" href="#FNanchor_336"><span class="label">[11]</span></a> Nous le trouvons, vers ce temps-là, plaidant avec
+succès dans une affaire de succession. (<i>Journal des Audiences</i>,
+t. II, p. 79-80.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_337" href="#FNanchor_337"><span class="label">[12]</span></a> Etienne Gabriau de Riparfond, inscrit, dès le 13 juin
+1661, au tableau des avocats. Une de ses plus belles
+affaires fut, comme on peut le voir dans le <i>Journal des
+Audiences</i> (t. III, p. 101), celle des religieuses de Sainte
+Catherine, qu’il gagna. Il mourut en 1724, léguant aux
+avocats du Parlement sa bibliothèque, qui fut pour la
+leur un premier fond. On peut consulter sur lui l’<i>Histoire
+des Avocats au Parlement</i> de Fournel, t. II, p. 408 ; et <i>la
+Bibliothèque du Poitou</i> par Dreux du Radier, t. IV, p. 335.
+La Conférence des avocats possède son portrait en robe
+rouge. C’est un don de Dupin aîné en 1831.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_338" href="#FNanchor_338"><span class="label">[13]</span></a> L’abbé Goujet (<i>Biblioth. franç.</i>, t. II, p. 367) nous
+le donne comme ayant eu une grande réputation, mais
+qui s’effaça vite.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_339" href="#FNanchor_339"><span class="label">[14]</span></a> Louis de Nivelle, inscrit au tableau depuis le 2 décembre
+1657 : « Il peut, dit l’abbé Goujet (<i>id.</i>, p. 369),
+passer pour très-bon avocat. Il est savant, il a du génie
+et du bon sens. » D’Aguesseau ne l’appeloit que le grand
+Nivelle. C’est lui qui avoit défendu la Brinvilliers. Ses
+plaidoyers n’ont pas été conservés, ce qui étoit un des
+regrets de l’abbé Goujet. (<i>Id.</i>, p. 330.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_340" href="#FNanchor_340"><span class="label">[15]</span></a> Jacques-François Dumont, avocat inscrit, depuis le
+4 juillet 1667. L’abbé de Villiers, dans une note de sa
+3<sup>e</sup> Epître, livre I<sup>er</sup>, le cite comme un des célèbres. Il vient
+de blâmer Lulli de ce qu’il fait chanter la tragédie au
+théâtre, et il ajoute :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Si cet usage plaît, s’il est autorisé</div>
+<div class="verse">Chevalier ou <i>Dumont</i> pourroit s’être avisé</div>
+<div class="verse">En plaidant les moyens que sa partie expose</div>
+<div class="verse">D’en mettre en airs les droits, et de chanter sa cause.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Dans l’affaire Beausergent, qui fut célèbre en 1689, il
+avoit plaidé contre Beausergent. (Guyot de Pitaval, <i>Causes
+célèbres</i>, t. III, p. 194-196.) — Quand il mourut en 1718,
+<i>le Mercure</i> du mois de mai lui consacra un article, p. 187,
+où on lisoit qu’il fut « pendant cinquante ans l’aigle du
+Palais. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_341" href="#FNanchor_341"><span class="label">[16]</span></a> Il ne plaidoit pas, il s’en faut, que les affaires ecclésiastiques.
+Nous le trouvons, en effet, le 18 février 1677,
+dans une cause dont l’espèce étoit au moins scabreuse.
+C’est celle du cas d’impuissance du marquis de Langey,
+de laquelle il résulta que défense fut faite aux Juges d’ordonner
+pour ces sortes d’affaires « la preuve par le Congrès. »
+Pageau plaida pour le marquis, Blondeau et Nouet
+pour la partie adverse. (<i>Journal des Audiences</i>, t. III,
+p. 195.) D’après une note de Brillon, dans son <i>Théophraste
+moderne</i> (1701, in-12), c’est l’avocat Nouet qu’il
+y auroit peint sous le nom de Téocrine dans ce passage
+flatteur : « Téocrine n’a que sa chevelure naturelle, une
+robe très-simple, point de laquais, point de carrosse, mais
+beaucoup de talent pour sa profession. » D’Aguesseau cita
+Nouet comme un modèle dans sa mercuriale de rentrée,
+en 1699.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_342" href="#FNanchor_342"><span class="label">[17]</span></a> La protection de son frère l’abbé Sachot, grand
+directeur de dévotes, dont il est parlé dans les <i>Mémoires</i>
+de l’abbé Legendre (p. 59-60), l’avoit poussé vers ces
+affaires ecclésiastiques. Comme Nouet, il ne s’y tenoit pas
+exclusivement. Il plaida par exemple, mais sans succès,
+pour la duchesse de Mazarin contre son mari, dans un
+procès dont nous reparlerons à la note suivante.</p>
+</div>
+<p>Quelques uns de ces celèbres sont particulièrement
+habituez au grand Conseil, comme M<sup>rs</sup> de
+Monchant, Cloître Saint Mederic. Vaillant, rue
+de Savoye. Eurard, Cloître Saint Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_343" href="#Footnote_343" class="fnanchor">[18]</a>.
+Laurent, ruë de la Monnoye. Chaudet,
+rue Quinquempoix. Doremieux, rue Bailleul, etc.
+Ou à la Cour des Aydes, comme M<sup>rs</sup> Merlin, ruë
+de la Verrerie. De Tessé, rue de la Colombe.
+Martinet<a id="FNanchor_344" href="#Footnote_344" class="fnanchor">[19]</a>, rue Hautefeuille, etc. Ou au Châtelet,
+comme M<sup>rs</sup> Maurice, ruë des Prouvaires. Guérin,
+rue S. Martin. Gondault<a id="FNanchor_345" href="#Footnote_345" class="fnanchor">[20]</a>, rue de Glatigny.
+Polliac, ruë de la Bucherie. Barbier, rue du
+Platre<a id="FNanchor_346" href="#Footnote_346" class="fnanchor">[21]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_343" href="#FNanchor_343"><span class="label">[18]</span></a> Lisez Errard (Claude). Inscrit au tableau, depuis le
+24 août 1664. Il gagna, en 1691, la cause des trois frères
+aînés Le Boultz, que le père avoit réduits à leur légitime,
+pour avantager leur puîné ; mais son triomphe fut l’affaire
+du duc et de la duchesse de Mazarin, dont nous venons
+de dire un mot. Il plaida pour le duc contre sa femme,
+l’intrigante Hortense Mancini, qu’il voulut qu’on déclarât
+à cause de sa conduite déchue et privée de sa dot. Il demanda
+aussi que provisoirement elle fût mise au moins
+dans un couvent, ce que lui accorda la Cour. On sait que
+Saint-Evremond lui répliqua par un <i>Memoire</i> qui est dans
+ses <i>Œuvres</i> (t. V, p. 355, et VI, p. 500). Les plaidoyers
+d’Errard furent recueillis en 1694. (<i>Journal des Savants</i>,
+16 avril 1695.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_344" href="#FNanchor_344"><span class="label">[19]</span></a> Nous ne savons rien de lui, sinon qu’il étoit bel
+esprit, et qu’il fit cette épigramme sur le petit Jacques
+Corbin qui avoit plaidé sa première cause à quatorze ans :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Vidimus attonito puerum garrire senatu.</div>
+<div class="verse i1" lang="la" xml:lang="la">Bis pueri, puerum qui stupuere senes.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_345" href="#FNanchor_345"><span class="label">[20]</span></a> Edme Condault et non Gondault, avocat depuis le
+31 janvier 1659.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_346" href="#FNanchor_346"><span class="label">[21]</span></a> C’est le père de l’avocat Edmond-Jean-François Barbier,
+dont on a un si curieux <i>Journal</i> sur la Régence et le
+règne de Louis XV. Il ne logeoit pas encore rue du Plâtre,
+mais rue Galande, quand son fils étoit né le 16 janvier 1689.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p93">-93-</span></p>
+
+<h3 id="c10">SECRETAIRES ET GREFFIERS<br>
+<span class="small">DU CONSEIL, DES COURS SOUVERAINES, ET DES
+JURISDICTIONS SUBALTERNES.</span></h3>
+
+
+<p class="c"><i>Les Secretaires des Finances sont</i></p>
+
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Roüillet, rue
+de Grenelle à Saint Germain des Prez.</p>
+
+<p>Pour celui d’Avril, M. Coquille, ruë Sainte
+Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<p>Pour celui de Juillet, M. Ranchin, rue des
+petits Champs.</p>
+
+<p>Et pour celui d’Octobre, M. de Laistre, ruë
+Saint Honoré près la ruë des Prouvaires.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Les Secretaires et Greffiers du Conseil privé sont</i></p>
+
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Planton, rue
+Saint Honoré prés les Feüillans.</p>
+
+<p>Pour celui d’Avril, M. Dumas, rue Beaubourg.</p>
+
+<p>Pour celui de Juillet, M. des Vieux, Cloître
+Saint Germain l’Auxerrois.</p>
+
+<p>Et pour celui d’Octobre, M. Pecquot, rue des
+Blancs Manteaux.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Les Commis au Greffe du Conseil privé sont</i></p>
+
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Langlié, rue
+du grand Chantier.</p>
+
+<p>Pour celui d’Avril, M. Danirelle, rue Pastourelle.</p>
+
+<p>Pour celui de Juillet, M. Akaquia<a id="FNanchor_347" href="#Footnote_347" class="fnanchor">[1]</a>, rue des
+deux écus.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_347" href="#FNanchor_347"><span class="label">[1]</span></a> Ce nom bizarre n’étoit que la traduction grecque de
+celui de « Sans-Malice. » C’est un médecin de François I<sup>er</sup>,
+qui l’avoit le premier traduit ainsi, et ses descendants, dont
+étoit sans doute le commis au greffe, qui figure ici, l’avoient
+gardé sous cette forme.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p94">-94-</span>Et pour celui d’Octobre, M. Chesnelon, rue
+Pastourelle.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Les Greffiers gardes Sacs<a id="FNanchor_348" href="#Footnote_348" class="fnanchor">[2]</a> du Conseil privé sont</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_348" href="#FNanchor_348"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire « porte-dossiers. » On mettoit alors les
+pièces de procédure en des sacs pendus à la ceinture.</p>
+</div>
+<p>Pour le quartier de Janvier, M. Sifflet.</p>
+
+<p>Pour celui d’Avril, M. Denis.</p>
+
+<p>Pour celui de Juillet, M. de la Nouë.</p>
+
+<p>Et pour celui d’Octobre, M. Duc, tous quatre
+ruë Saint André.</p>
+
+<p>Les Greffiers Conservateurs des Hipothèques
+ont leur Bureau ruë de la Verrerie.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3>GREFFIERS DU PARLEMENT.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>A la grand’Chambre, sont</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> du Tillet, Place Roiale ; Decaiman, Cloître
+Notre Dame ; et Dongois<a id="FNanchor_349" href="#Footnote_349" class="fnanchor">[1]</a>, Cour du Palais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_349" href="#FNanchor_349"><span class="label">[1]</span></a> C’est le neveu de Boileau, dont nous avons déjà parlé
+plus haut.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>A la Tournelle Criminelle.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Dravet, Cloître Notre Dame ; de la Baune,
+ruë Thibaut Thodé ; Amiot, et Lancluse, rue
+de la Calandre.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la première Chambre des Enquêtes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Mirebaut, à l’Hôtel des Ursins<a id="FNanchor_350" href="#Footnote_350" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_350" href="#FNanchor_350"><span class="label">[2]</span></a> Démoli à la fin du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et remplacé par trois
+rues : la rue Haute, la rue du Milieu, la rue Basse des
+Ursins. Il devoit son nom au prévôt des Marchands, Juvénal
+des Ursins, à qui la ville l’avoit donné. Depuis longtemps,
+à l’époque dont il est question ici, on l’avoit divisé
+en appartements, occupés presque tous par des gens du
+Palais : Magistrats, greffiers, avocats. Sur le tableau de
+ceux-ci, pour 1693, on en compte trois dans cet hôtel.
+On a su par Valincourt que Racine y logeoit, lorsqu’il fit
+<i>les Plaideurs</i> ; il y avoit pu observer ses principaux types
+sur place.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p95">-95-</span><i>à la Deuxième.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Joüannet, Cloître Notre Dame.</p>
+
+
+<p class="c"><i>à la troisième.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Menet, ruë Cristine.</p>
+
+
+<p class="c"><i>à la quatrième.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Roi, ruë Pavée, près l’Hôtel de Bourgogne<a id="FNanchor_351" href="#Footnote_351" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_351" href="#FNanchor_351"><span class="label">[3]</span></a> L’hôtel de Bourgogne, occupé alors par le théâtre de
+la Comédie Italienne, s’étendoit de la rue Mauconseil, où
+se trouvoit sa principale entrée, jusqu’au derrière des maisons
+de la rue Pavée-Saint-Sauveur. Ce qui en reste, le
+curieux donjon de Jean-sans-peur, se voit encore dans la
+cour de l’une des maisons de cette rue.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>à la cinquième.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Masson, rue de la Calandre.</p>
+
+
+<p class="c"><i>à la première Chambre des Requestes du Palais.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Dupuis, rue Hautefueille, et Anet, rue Sainte
+Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>à la deuxième.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Aubry, rue des Noyers.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la Cour des Aydes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Olivier, Isle Notre Dame.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Au grand Conseil.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Normand, Greffier en Chef, ruë des Vieux
+Augustins.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p96">-96-</span>M. Guichard, Greffier Plumitif, dans l’enclos du
+grand Conseil<a id="FNanchor_352" href="#Footnote_352" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_352" href="#FNanchor_352"><span class="label">[4]</span></a> C’est-à-dire dans la cour de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré,
+où nous avons vu, plus haut, que siégeoit le
+grand Conseil.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Presteville, Greffier garde Sacs, rue des Prouvaires.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Aux Requestes de l’Hotel.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Mazier, ruë de Bièvre<a id="FNanchor_353" href="#Footnote_353" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_353" href="#FNanchor_353"><span class="label">[5]</span></a> Il étoit parent de la famille Vitart, dont il est tant
+parlé dans la correspondance de Racine, et, par elle, il se
+trouvoit allié à celui-ci. L’avocat Le Mazier, qui n’étoit
+pas sans causes, car mauvaises ou bonnes il les plaidoit
+toutes, pour n’en pas gagner une, étoit de ses parents.
+On ne le connoît plus que par les vers où Boileau s’est
+moqué de lui. (<i>V.</i> la Sat. I<sup>re</sup> et l’Epître II.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>A la Chambre des Comptes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Richer, à la pointe Saint Eustache.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la Cour des Monnoyes.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la Prevôté de l’Hotel.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Baubiere Dechars, ruë Platriere.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Au Châtelet.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Josse, Greffier en Chef, vieille ruë du Temple.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Secretaires du Chatelet.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Doyard, ruë de la Tixeranderie, de la Rene,
+rue Beaubourg, Audinot, et Coligny, vieille
+rue du Temple.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Au Parc Civil<a id="FNanchor_354" href="#Footnote_354" class="fnanchor">[6]</a>, et Prévoté.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_354" href="#FNanchor_354"><span class="label">[6]</span></a> C’est ce qu’au Parlement on appeloit « le parquet. » — « On
+dit, lisons-nous dans le <i>Dictionn. de Trévoux</i>,
+qu’une chose a été faite et adjugée au parc civil du Châtelet :
+pour dire à l’ordinaire, à l’issue de l’audience. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Moreau, place du Chevalier du Guet, et de
+Castes, ruë Neuve Saint Mederic.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p97">-97-</span><i>Pour les Déposts et Sentences sur Production
+de Parties.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Claude Tartel, rue des Assis, Charles Tartel,
+près l’Hotel de Ville, et Tixeran, rue de Montmorancy.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour l’Expédition des Sentences sans production.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Menessiers, Cloître des Bernardins, du Four,
+ruë Saint Honoré, Tartel, rue des Assis, et
+Forbet, vieille rue du Temple.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour les Deffauts aux Ordonnances.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Philipe Luce, rue Saint Martin, et Estienne
+Luce, rue Quinquempoix.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour les Decrets.</i></p>
+
+<p class="drap">M. François pour M. Favier sur le Quay de la
+Mégisserie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour les certifications des criées.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Magny, rue Hautefeüille, et Luce, ruë Quinquempoix.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la Chambre Civile.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Gaudion, vieille rue du Temple, Dupuis, ruë
+des Prouvaires, Nicolas et Pierre Tauxier, rue
+de la Tixeranderie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Au Criminel.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Galliot, ruë Saint Thomas du Louvre, du
+Jardin, ruë de Bièvre, Pariset, rue Saint Germain
+l’Auxerrois, et Lodet, ruë Pavée, prés
+l’Hôtel de Bourgogne.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p98">-98-</span><i>Pour les Inthimations.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Garnier, ruë du Figuier.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour les Affirmations de Voyages<a id="FNanchor_355" href="#Footnote_355" class="fnanchor">[7]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_355" href="#FNanchor_355"><span class="label">[7]</span></a> Cet office avoit été créé par l’ordonnance de 1667, à
+l’effet de donner aux plaideurs venus de province acte de
+leurs voyages ainsi que du temps de leur séjour, et de
+leur permettre, s’ils gagnoient leur cause, de pouvoir faire
+taxer séjour et voyage.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Gaucher, ruë Trainée, près Saint Eustache.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour le Greffe Criminel de Robe-courte.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Casson, ruë des Menetriers.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour M. le Prevost de l’Isle.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Marié, ruë des Anglois.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour M. le Juge Auditeur.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Thiery, ruë Saint Martin.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour la Geolle.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Vallon, ruë de la vieille Monnaye.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Garde Scel.</i></p>
+
+<p>Qui signe pour les Notaires interdits, et qui
+reçoit et scelle les Oppositions aux Décrets, et
+les Immatricules<a id="FNanchor_356" href="#Footnote_356" class="fnanchor">[8]</a> des Notaires et Huissiers.
+M. Quinot, ruë Thibaut-Thodé.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_356" href="#FNanchor_356"><span class="label">[8]</span></a> On appeloit ainsi les actes enregistrés.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Pour le Sceel des Sentences du Chatelet et des
+Consuls.</i></p>
+
+<p class="drap">M. le Cour, ruë de la Tixeranderie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Pour le Sceel des Expeditions des Notaires.</i></p>
+
+<p class="drap">M… ruë Geoffroy-Lasnier.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p99">-99-</span><i>Au Trésor.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Gassot, ruë des Marmouzets.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A l’Hotel de Ville.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Mitantier, à la Grève.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A l’Amirauté.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Charrier, ruë Saint Jacques.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la Connétablie et Maréchaussée.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Lebert, ruë Galande.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A l’Election.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Metayer, ruë des Blancs Manteaux.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Eaux et Forêts.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Broquet, ruë de la Calandre, et le Noble,
+ruë Saint Bon.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Au Bailliage du Palais.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Godin, ruë de la Calandre.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Aux Consuls.</i></p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Verrier père et fils, Cloître Saint Mederic.</p>
+
+
+<p class="c"><i>A la Massonnerie.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Le Roy, ruë des Marmouzets.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Au Bailliage du Temple.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Gilbert, au petit marché du Marais<a id="FNanchor_357" href="#Footnote_357" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_357" href="#FNanchor_357"><span class="label">[9]</span></a> Il existe encore rue de Bretagne, mais sous le nom
+de « Marché des Enfants rouges », qui lui vient du voisinage
+d’un ancien hospice d’enfants, fondé par François I<sup>er</sup>
+et supprimé en 1772. Il communique avec la rue
+de Beauce par la ruelle des Oiseaux, près de laquelle
+M<sup>lle</sup> de Scudéry vécut les dernières années de sa vie.
+Cette ruelle s’étoit d’abord appelée « petite rue Charlot. »
+(Sauval, t. II, p. 658.)</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p100">-100-</span></p>
+
+<h3 id="c11">CONTRAINTES JUDICIAIRES.</h3>
+
+
+<p>On trouve les Huissiers Audianciers et autres
+de toutes les Cours et Jurisdictions, au lieu et à
+l’heure de chaque Audiance, pour l’execution
+des Arrests, Sentences, Décrets et Ordonnances
+des Magistrats et Juges ordinaires, pour raison
+de quoy on aura recours à l’article de la scéance
+des Tribunaux.</p>
+
+<p>Les Huissiers du Grand Conseil ont un Bureau
+au pied du grand degré.</p>
+
+<p>Les Barrières des Huissiers et Sergens du
+Chatelet, sont au marché neuf, au petit marché
+Saint Germain<a id="FNanchor_358" href="#Footnote_358" class="fnanchor">[1]</a>, à l’aile du pont Marie, à la
+pointe Saint Eustache, au coin Saint Jacques de
+l’Hôpital, au cimetiere Saint Jean, à la pointe
+Saint Honoré<a id="FNanchor_359" href="#Footnote_359" class="fnanchor">[2]</a>, devant l’Abbaye Saint Martin,
+à la place Maubert, ruë du petit Pont, ruë des
+Ecrivains.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_358" href="#FNanchor_358"><span class="label">[1]</span></a> Il étoit tout près de l’enclos de la foire Saint-Germain.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_359" href="#FNanchor_359"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire au carrefour de la rue Croix-des-Petits-Champs,
+de la rue de Grenelle et de la rue du Coq, aujourd’hui
+rue de Marengo. Le poste ou barrière des
+huissiers et sergents du Châtelet lui avoit fait donner le
+nom de « Barrière des Sergents », qu’il garda longtemps
+après que le poste eût été supprimé. L’enseigne des « Deux
+Sergents », qui ne vient que de disparoître, le rappeloit
+encore, mais avec une singulière variante : Au lieu de deux
+recors, on y voyoit deux sergents de l’ancienne garde impériale ! — On
+trouve au t. 58, p. 179 de la <i>Collection
+Delamarre</i>, à la Biblioth. Nat., de curieux renseignements
+sur les <i>Barrières des Sergents</i>, depuis 1551 jusqu’à 1698.</p>
+</div>
+<p>Le Bureau des Huissiers à cheval<a id="FNanchor_360" href="#Footnote_360" class="fnanchor">[3]</a> est sur le
+<span class="pagenum" id="p101">-101-</span>quay de la Mégisserie où l’on peut recouvrer
+leur liste, et où l’on peut apprendre le temps de
+leur départ pour chaque Province et Département.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_360" href="#FNanchor_360"><span class="label">[3]</span></a> Comme les huissiers au Parlement, dits « huissiers à
+la chaîne », ils pouvoient instrumenter dans tout le
+royaume, et pour cela ils le prenoient de très-haut avec
+les autres, les simples huissiers à verge, <i>car</i>, dit le Marquis
+du <i>Joueur</i> de Regnard :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Car huissier à cheval, c’est presque chevalier.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Un seul jour dans l’année, le lendemain de la Trinité, tous,
+huissiers à verge, huissiers priseurs, huissiers à cheval, se
+confondoient dans une même cavalcade, pour aller faire
+visite au prévôt de Paris, au premier président, au lieutenant
+civil, etc. Mercier s’en est moqué dans son Tableau
+de Paris, et Lemierre encore mieux au chant VI<sup>e</sup> de son
+poëme des <i>Fastes</i> :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Voyez-vous s’avancer, couverts de noirs manteaux,</div>
+<div class="verse">Ces roides écuyers juchés sur leurs chevaux,</div>
+<div class="verse">Cavalcade peu faite aux marches régulières,</div>
+<div class="verse">Qui vient parodier nos brigades guerrières,</div>
+<div class="verse">Et tenant mal les rangs, plus mal les étriers,</div>
+<div class="verse">Saisit au moindre choc le crin de ses coursiers.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>Les Six vingt Huissiers seuls reservez d’entre
+les Huissiers à Verge par Edit du mois de Février
+1691, pour la fonction de Priseurs et Vendeurs
+de biens meubles en la Ville, Fauxbourgs et
+Banlieu de Paris, ont leur bureau dans la Cour
+du Grand Chatelet, et sont compris dans la liste
+suivante :</p>
+
+<p class="drap">Pierre Blanchans, ruë Saint Denis proche Saint
+Leu.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Taconnet, rue de l’Arbre-secq.</p>
+
+<p class="drap">Antoine Bruneau, ruë Saint Denis devant le
+Sepulchre.</p>
+
+<p class="drap">Alexandre Vaubelin, ruë de la Boucherie.</p>
+
+<p class="drap">Gilles la Hogue, rue Saint Martin.</p>
+
+<p class="drap">Jean Divry, ruë de Bièvre.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p102">-102-</span>Claude de Cay, place Maubert.</p>
+
+<p class="drap">Thomas Beccasse, rue des Noyers.</p>
+
+<p class="drap">Pierre le Gagneur, rue du Temple.</p>
+
+<p class="drap">Louis Malbeste<a id="FNanchor_361" href="#Footnote_361" class="fnanchor">[4]</a>, ruë du Plâtre proche la ruë des Noyers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_361" href="#FNanchor_361"><span class="label">[4]</span></a> Nous retrouvons ce nom grotesque porté du temps
+de Beaumarchais, par un avocat, qui sans doute descendoit
+de l’huissier nommé ici. On sait quel parti l’auteur
+de <i>Figaro</i> en tira pour un des effets les plus comiques de
+ses <i>Mémoires</i> contre Goezmann : « Il n’est rien, avons-nous
+dit dans la <i>Notice</i>, mise en tête de l’édition de ses <i>Œuvres</i>
+(1876, gr. in-8, p. <small>XXI</small>), il n’est rien qui ne lui soit bon
+pour mettre les rieurs de son côté. Marin s’est-il moqué
+du nom du pauvre avocat M<sup>e</sup> Malbête, le seul que Beaumarchais
+ait trouvé pour signer son <i>Mémoire</i>, comme
+l’exige la loi ; il lui retourne de la plus plaisante façon
+le nom dont il se moque : « le Gazetier de France, dit-il,
+se plaint de la fausseté des calomnies répandues dans
+un libelle signé Beaumarchais-Malbête, et il entreprend
+de se justifier par un petit manifeste signé Marin, qui
+n’est pas Malbête. »</p>
+</div>
+<p class="drap">Nicolas Fontaine, ruë Neuve Saint Mederic.</p>
+
+<p class="drap">Jean Brunet, rue de la Tonnelerie.</p>
+
+<p class="drap">Simon Monet, ruë Galande.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Vaillant, rue Saint Denis proche les Saints Innocens.</p>
+
+<p class="drap">Guillaume Fournier, porte Saint Jacques.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Bertelot, rue des Boucheries, fauxbourg S. Germain.</p>
+
+<p class="drap">Simon Mozac, <i>Fieffé</i><a id="FNanchor_362" href="#Footnote_362" class="fnanchor">[5]</a>, rue vieille Monnoye.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_362" href="#FNanchor_362"><span class="label">[5]</span></a> On appeloit huissier <i>fieffé</i> celui qui avoit son office
+à charge de redevance, ce qui le rendoit héréditaire.</p>
+</div>
+<p class="drap">Laurent de la Place, ruë Saint Antoine.</p>
+
+<p class="drap">François le Tourneur, rue de Bretagne.</p>
+
+<p class="drap">Michel Faguet, ruë Saint Pierre aux Bœufs.</p>
+
+<p class="drap">Alexandre Arnoult, ruë Parcheminerie.</p>
+
+<p class="drap">Antoine le Moine, rue Saint Martin.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p103">-103-</span>Charles Pinard, rue de la Huchette.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Hargenvilliers, rue Galande.</p>
+
+<p class="drap">Pierre de Noleson, ruë Saint Antoine, devant la ruë des Barres.</p>
+
+<p class="drap">François Clozier, rue Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">Brice Fleury, <i>Fieffé</i>, ruë du Crucifix Saint Jacques.</p>
+
+<p class="drap">Antoine Marais, rue S. Antoine.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Gaspard Boucault, cloître Saint Martin.</p>
+
+<p class="drap">Jacques le Roy, ruë Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">Philippes Menard, ruë des Lombars.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Gasté, rue Saint Antoine prés les Jésuites.</p>
+
+<p class="drap">Bonaventure Guilliot, rue Saint Martin devant la rue aux Ours.</p>
+
+<p class="drap">Jean Manet, rue des vieilles Audriettes.</p>
+
+<p class="drap">Benjamin le Maistre, rue Aubri-boucher.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Giroux, rue Darnetal.</p>
+
+<p class="drap">Laurent Mazier, rue Montmartre.</p>
+
+<p class="drap">Henry Charpentier, rue Aubri-boucher.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Duval, à la Ville-neuve.</p>
+
+<p class="drap">Guillaume Dupré, ruë de Bery, au Marais.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Bauldry, rue des Barres.</p>
+
+<p class="drap">Maurice Poteron, rue Crucifix Saint Jacques.</p>
+
+<p class="drap">Michel Lyon, ruë vieille Monnoye.</p>
+
+<p class="drap">Jean Caron, rue des Barres.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Langlois, ruë Saint Louis dans Lisle.</p>
+
+<p class="drap">Philippes Veron, rue du Four Saint Honoré.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Desvaux, rue aux Ours.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Pinchon, rue Saint Jacques à l’entrée.</p>
+
+<p class="drap">Louis Jacquemarc, rue Quinquempoix.</p>
+
+<p class="drap">Pierre de Bréquigny, ruë Thibaut Thodé.</p>
+
+<p class="drap">Jean Loyseau, rue des Boucheries Saint Germain.</p>
+
+<p class="drap">Gilles Fournier, rue Saint Germain, attenant la Gabelle.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p104">-104-</span>Nicolas Taconnet, rue de l’Arbre Secq.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Menne, rue de la Vannerie.</p>
+
+<p class="drap">Jean Guesdon, place Maubert.</p>
+
+<p class="drap">Antoine Dainnal, rue de la Savonnerie.</p>
+
+<p class="drap">Charles Jacob, rue des Petits Champs.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Deon, <i>Fieffé</i>, rue Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">Mathieu Pelouard, derriere le Palais Royal.</p>
+
+<p class="drap">Jean Prevost, ruë Galande.</p>
+
+<p class="drap">Jean Arnoult, ruë Saint Louis, prés Saint Roch.</p>
+
+<p class="drap">Jean Mouillefert, ruë S. Denis.</p>
+
+<p class="drap">Louis Raoult, ruë des Barres.</p>
+
+<p class="drap">Louis Colas, vieille ruë du Temple.</p>
+
+<p class="drap">Gabriel Nicolas Beauval, devant S. André des Arts.</p>
+
+<p class="drap">Charles Baignard, rue S. Antoine, prés la Barrière.</p>
+
+<p class="drap">François Traffons, ruë Bourtibourg.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Chambon, <i>Fieffé</i>, ruë Pierre au Lard.</p>
+
+<p class="drap">Jean Dudoigt, rue des Tournelles, prés la porte S. Antoine.</p>
+
+<p class="drap">Michel Roger, cloître S. Opportune.</p>
+
+<p class="drap">Thomas Mandoüyt, porte S. Michel.</p>
+
+<p class="drap">Jean du Brecq, ruë de la Calande, prés le Palais.</p>
+
+<p class="drap">Glaude de la Haye, rue S<sup>te</sup> Marguerite, devant l’Abbaye S. Germain.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Gohier, ruë de la Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Tauxier, ruë de la petite Truanderie.</p>
+
+<p class="drap">Yves de Boucquainville, rue S. Antoine, près l’Hôtel de Sully.</p>
+
+<p class="drap">Hubert le Moyne, rue S. Honoré.</p>
+
+<p class="drap">Dominique Theventin, ruë S. Antoine, devant la ruë Geoffroy Lasnier.</p>
+
+<p class="drap">Noel Thibault, ruë de la Verrerie.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Martin, rue Quinquempoix.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p105">-105-</span>François du Rot, rue des Lombards.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Morin, ruë Bourtibourg.</p>
+
+<p class="drap">Joseph Alexis le Doyen, rue Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">Estienne Trilliau, rue Beaubourg.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Cabaille, rue Madame.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Remy, rue S. Denis.</p>
+
+<p class="drap">Jean Henneguy, rue de la Calandre.</p>
+
+<p class="drap">Estienne Arondeau, <i>Fieffé</i>, rue S. Jacques.</p>
+
+<p class="drap">Jean Huvellier, rue Dauphine.</p>
+
+<p class="drap">Sébastien Huré, rue des Arcis.</p>
+
+<p class="drap">Gilles de Bauve, rue S. Honoré.</p>
+
+<p class="drap">Pierre René Patin, rue S. Martin.</p>
+
+<p class="drap">Jean Sebert, devant le Fort l’Evesque.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Paillet, rue S. Honoré.</p>
+
+<p class="drap">Jean Maisondieu, rue des Noyers.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Massé, <i>Fieffé</i>, rue des Boucheries Saint Germain.</p>
+
+<p class="drap">Gilbert Mouillard, ruë de la vieille Orangerie.</p>
+
+<p class="drap">Jean Edme Ravillonnet, rue S. Antoine.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Robert de Cercellier, rue du Roi de Sicile.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Barbarin, rue Coustellerie.</p>
+
+<p class="drap">Claude Dépoigny, rue Saint Martin.</p>
+
+<p class="drap">Jean Coucet, rue des Mauvaises Parolles.</p>
+
+<p class="drap">Leonard de Champagne, rue de la Bouclerie.</p>
+
+<p class="drap">Joseph François le Normand, Pont Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap">Noel Avenet, ruë aux Maires.</p>
+
+<p class="drap">Jacques Rioult, Marché aux Poirés.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Henrion, ruë Michel le Comte.</p>
+
+<p class="drap">Jean Simon Mozac, rue des Lombards.</p>
+
+<p class="drap">Charles Coignet, rue de la Licorne.</p>
+
+<p class="drap">Charles Flattier, ruë S. Antoine, prés la ruë Percée.</p>
+
+<p class="drap">Charles Cappé, ruë S. Louis Isle Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p106">-106-</span>Pierre le Gros, place de Grève.</p>
+
+<p class="drap">Jean Baptiste Destrehan, ruë S. Antoine.</p>
+
+<p class="drap">Nicolas Duval, devant S. Pierre aux Bœufs.</p>
+
+<p class="drap">Pierre Brisset, rue du Mouton.</p>
+
+<p class="drap">Claude Ronjault, nommé par Sa Majesté, au lieu d’Estienne Marlet.</p>
+
+<p>Les particuliers pourroient se pourvoir en tout
+temps à l’ordinaire contre ceux d’entre les Huissiers
+à cheval et à verge du Châtelet qui auroient
+malversé ; mais on peut plus sommairement et
+sans frais en porter plainte à M. le Lieutenant
+Civil, qui tient scéance à cet effet le surlendemain
+de la Trinité depuis huit heures du matin
+jusqu’à midy, et qui les fait appeller l’un après
+l’autre selon l’ordre de leur reception, pour repondre
+aux plaintes qui sont faites contre eux,
+et sur lesquelles mondit Sieur le Lieutenant Civil
+fait droit sur le champ, sans que l’Officier puisse
+se dispenser de satisfaire à sa condamnation ;
+premierement parce qu’il est obligé sous paine
+d’amande, de repondre à l’appel de l’Huissier.
+Secondement, parce qu’il est mis en arrêt jusqu’à
+ce qu’il ait satisfait. On peut encore dans
+le courant de l’année rendre plaintes des malversations
+des Huissiers à cheval et à verge aux
+Officiers de leur Communauté, qui s’assemblent
+tous les Dimanches matin, dans le Cloître S<sup>te</sup>
+Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c12">BUREAUX PUBLICS.</h3>
+
+
+<p>Le Bureau General de la Douane est à l’Hôtel
+Seguier, ruë de Grenelle, dont la basse-cour où
+entrent les Roulliers est dans la ruë du Boulloy.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p107">-107-</span>Le Bureau General des Aydes est dans la
+ruë des Barres, derriere S. Gervais, à l’Hôtel de
+Charny<a id="FNanchor_363" href="#Footnote_363" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_363" href="#FNanchor_363"><span class="label">[1]</span></a> Il s’appeloit d’abord <i>Hôtel des Barres</i>, comme la rue,
+à cause des <i>Moulins des barres du Temple</i>, qui étoient auprès
+sur la Seine. Le percement de la rue Louis-Philippe
+en emporta une partie, et le reste fut démoli vers le même
+temps. Le bureau des Aides ne quitta l’hôtel de Charny
+qu’un peu avant la Révolution. Il fut alors transféré rue
+de Choiseul dans un vaste bâtiment où nous avons vu
+l’administration de l’Enregistrement et des Domaines.</p>
+</div>
+<p>Le Bureau Général des Fermes du Tabac est
+ruë Betisy, à l’Hotel d’Anjou.</p>
+
+<p>Le Bureau Général pour la Marque des Chapeaux
+est ruë neuve Saint Mederic<a id="FNanchor_364" href="#Footnote_364" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_364" href="#FNanchor_364"><span class="label">[2]</span></a> « Dans la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. »
+(Edit. 1691, p. 7.) — Sans cette marque, les chapeaux
+de castor étoient considérés comme contrebande. Elle
+n’avoit été qu’un prétexte à l’établissement d’offices de
+marqueurs, achetés surtout par des chapeliers enrichis.
+(<i>Correspond. des Contrôl. génér.</i>, n<sup>o</sup> 767.) En 1694, elle
+fut supprimée à Lyon, et remplacée par une augmentation
+des droits de douane sur les chapeaux. (<i>Id.</i>, n<sup>o</sup> 1372.)</p>
+</div>
+<p>Les Bureaux des Papiers et Parchemins timbrez
+sont dans la Cour de la Moignon<a id="FNanchor_365" href="#Footnote_365" class="fnanchor">[3]</a>, ruë
+Galande, ruë de Bussy, ruë S. Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_366" href="#Footnote_366" class="fnanchor">[4]</a>,
+ruë des petits Champs, ruë de la Vannerie,
+et ruë des Barres, à l’Hotel de Charny.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_365" href="#FNanchor_365"><span class="label">[3]</span></a> « Cour neuve du Palais. » (Edit. 1691, p. 7.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_366" href="#FNanchor_366"><span class="label">[4]</span></a> « Rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. » <i>Id.</i> — Les
+parchemins et papiers timbrés constituoient une sorte
+de ferme, dont à la fin du règne de Louis XIV le fameux
+Deschiens fut le principal traitant, ce qui lui valut cette
+épigramme citée par Jamet dans ses <i>Stromates</i>, t. II,
+p. 1797 :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">On l’a toujours bien dit le papier souffre tout,</div>
+<div class="verse">Et, quoi que sa candeur marque son innocence,</div>
+<div class="verse">Le Roi lui fait porter les armes de la France,</div>
+<div class="verse">Et le donne à Deschiens qui le barbouille tout.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p><span class="pagenum" id="p108">-108-</span>Le Bureau des petits Domaines pour les droits
+des places et eschoppes des lieux publics, est
+ruë Saint Germain l’Auxerrois au coin de la rue
+Thibaut Thodé.</p>
+
+<p>Les Bureaux du Contrôle des Exploits, sont
+rue Galande<a id="FNanchor_367" href="#Footnote_367" class="fnanchor">[5]</a>, cour de la Moignon, ruë de la
+Poterie, ruë de Bussy, ruë d’Orléans, ruë du
+petit Lion, ruë Saint Antoine, ruë du Monceau
+Saint Gervais et dans l’enclos du grand Châtelet.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_367" href="#FNanchor_367"><span class="label">[5]</span></a> A la suite dans l’édit. précédente, p. 7 : « Cul de
+Sac de la foire Saint-Germain. »</p>
+</div>
+<p>Le Bureau de M. Bertin, Receveur Général
+des Parties Casuelles<a id="FNanchor_368" href="#Footnote_368" class="fnanchor">[6]</a>, est rue neuve Saint Augustin.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_368" href="#FNanchor_368"><span class="label">[6]</span></a> On appeloit « parties casuelles » les droits de finance
+que devoit payer annuellement tout détenteur d’un office
+vénal non héréditaire, s’il vouloit le conserver à sa veuve
+et à ses enfants. — Nous retrouverons Bertin qui en étoit
+alors le trésorier, parmi « les fameux curieux. »</p>
+</div>
+<p>Le Bureau général des Chevaux de renvoy et
+de louage est à l’Hotel de Sens<a id="FNanchor_369" href="#Footnote_369" class="fnanchor">[7]</a>, prés l’Ave
+Maria.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_369" href="#FNanchor_369"><span class="label">[7]</span></a> Nous en parlerons plus loin, à propos du coche de
+Lyon qui en partoit.</p>
+</div>
+<p>Le Bureau de la Compagnie des Indes Orientales
+est dans la rue Pavée, prés<a id="FNanchor_370" href="#Footnote_370" class="fnanchor">[8]</a> l’Hôtel de
+Bourgogne<a id="FNanchor_371" href="#Footnote_371" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_370" href="#FNanchor_370"><span class="label">[8]</span></a> « Derrière », édit. 1691, p. 61.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_371" href="#FNanchor_371"><span class="label">[9]</span></a> La Compagnie des Indes Orientales avoit été créée
+par Colbert pour faire le commerce avec les côtes de l’Indoustan.
+Elle avoit le privilége exclusif des toiles fines des
+Indes, peintes ou blanches, mais toutes soumises à la <i>marque</i>,
+sous peine d’être saisies et brûlées comme marchandises
+de contrebande (ordonnance du 8 février 1687). Ce commerce
+se faisoit souvent par échanges : pour les toiles des
+Indes importées, on exportoit nos draps du Languedoc.
+(<i>Correspond. administr. de Louis XIV</i>, t. III, p. 654
+et 660.)</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p109">-109-</span>Celui des Indes Occidentales<a id="FNanchor_372" href="#Footnote_372" class="fnanchor">[10]</a> est dans la rue
+Saint Martin, devant Saint Julien des Menêtriers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_372" href="#FNanchor_372"><span class="label">[10]</span></a> La Compagnie des Indes Occidentales commerçait avec
+l’Amérique, où nous possédions alors le Canada, l’Acadie,
+Terre-Neuve, la Louisiane. Son commerce se faisoit surtout
+par les navires de Saint-Malo, et exploitoit de préférence
+les peaux de castor et les matières d’or et d’argent.
+(<i>Correspond. des Contrôleurs généraux</i>, n<sup>o</sup> 665.) — C’étoit,
+comme l’autre compagnie, une création de Colbert, mais
+toutes deux, depuis sa mort, étoient bien déchues. (Isambert,
+<i>Anciennes lois françoises</i>, t. XVIII, p. 35, 38,
+et 211.)</p>
+</div>
+<p>Le Bureau du Voier du Roi est dans la rue
+de Grenelle, quartier Saint Honoré.</p>
+
+<p>Celui de la Manufacture des Buffles est ruë
+Neuve Saint Mederic, chez M. Jabac<a id="FNanchor_373" href="#Footnote_373" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_373" href="#FNanchor_373"><span class="label">[11]</span></a> Il s’agit des peaux de buffles préparées, dont on faisoit
+pour l’armée des juste-au-corps, des colletins, etc. Jabach,
+que nous retrouverons plus loin, avoit établi à Corbeil,
+pour leur préparation, la meilleure manufacture qu’il y en
+eût en France, aussi n’est-il pas étonnant qu’elle eût son
+bureau chez lui, à Paris : « Celle de Corbeil, lisons-nous
+dans le <i>Dict. univ. du Commerce</i> de Savary, t. I, col. 1132,
+est la plus considérable, et les peaux qui s’y apprêtent
+sont réputées les meilleures. On en doit l’établissement au
+sieur Jabac, natif de Cologne, qui les avoit poussées à la
+dernière perfection. »</p>
+</div>
+<p>Celui de la Manufacture des Marroquins et
+Vaches rouges façon de Levant est sur le Quay
+de l’Ecolle<a id="FNanchor_374" href="#Footnote_374" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_374" href="#FNanchor_374"><span class="label">[12]</span></a> C’est sans doute « la manufacture de maroquin et de
+peau de chagrin », dont la comtesse de Beuvron avoit
+obtenu le brevet, vers le même temps. (<i>Corresp. administ.
+de Louis XIV</i>, t. III, introd. p. <small>LV</small>.)</p>
+</div>
+<p>Celui des Jurez Crieurs est rue Neuve Saint
+Médéric.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p110">-110-</span>Celui des Vendeurs de foin<a id="FNanchor_375" href="#Footnote_375" class="fnanchor">[13]</a> est sur le Quai
+des Ormes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_375" href="#FNanchor_375"><span class="label">[13]</span></a> Leur vrai titre étoit « Juré peseur et compteur de la
+marchandise de foin », comme on le voit par une épitaphe
+que rapporte M. Cocheris dans son édit. de l’<i>Histoire du
+Diocèse de Paris</i> de l’abbé Le Beuf, in-8, t. I, p. 238.</p>
+</div>
+<p>Les Commissionnaires Facteurs de toutes marchandises
+ont des Bureaux ruë de la Mortellerie,
+sur le port de la Grève, sur le quay de
+l’Ecole, etc.</p>
+
+<p>Les Jurez Mouleurs et Aides Mouleurs de
+Bois<a id="FNanchor_376" href="#Footnote_376" class="fnanchor">[14]</a>, ont aussi leurs Bureaux par tout où l’on
+fait commerce de bois à bruler, quay de la
+Grève, quay de la Tournelle, quay de l’Ecole,
+quay de la Grenouillière, porte Saint Antoine,
+etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_376" href="#FNanchor_376"><span class="label">[14]</span></a> Ces sortes d’offices datoient du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle. Il existe,
+en effet, une ordonnance de Charles VI, qui établit « quarante
+jurés compteurs et <i>moleurs</i> de bois. » Leur fonction
+consistoit à faire mesurer dans un cercle de fer, appelé
+<i>mole</i> ou <i>moule</i>, le bois à brûler, qui se vendoit sur les
+ports. Ce sont les charges dont on se moqua le plus,
+surtout lorsque, par expédient de finances, elles se multiplièrent
+sous Louis XIV : «  — Vous aimez les titres, dit
+Colombine dans la farce des <i>Chinois</i> jouée au théâtre
+Italien en 1692, et si l’on n’y tient la main, vous vous
+mettrez de pair avec <i>les mouleurs de bois</i>. » (Acte IV,
+scène 2.) — Ils ne tardèrent pas à être supprimés en
+province, mais il fallut que les villes payassent leur suppression.
+(<i>Correspond. des Contrôl, génér.</i>, n<sup>os</sup> 1564 et
+1573.) Ils durèrent plus longtemps à Paris. Au mois de
+juillet 1725, on parla même d’en créer de nouveaux.
+(<i>Journal de Math. Marais</i>, t. III, p. 208.) — C’est par
+délégation que la charge s’en exerçoit. On s’explique ainsi
+comment Philippe Caffiéri, père du grand artiste, à qui
+l’on doit les admirables bustes du théâtre Français, put
+être à la fois « sculpteur du Roy, et mouleur de bois »,
+ainsi qu’on le voit sur son acte de mort, en date du
+7 sept. 1716. (Jal, <i>Dict. crit.</i>, p. 303.)</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p111">-111-</span>Les Jurez Mesureurs et Controlleurs de grains
+et farines, en ont à la Halle et sur les quais de
+l’Ecole et de la Grève.</p>
+
+<p>Le Bureau des Commissaires Controlleurs de
+la Buche, est devant le pont-neuf du côté de la
+Samaritaine<a id="FNanchor_377" href="#Footnote_377" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_377" href="#FNanchor_377"><span class="label">[15]</span></a> Pour tous ces « officiers sur les ports et quais » se
+trouve un curieux dossier dans la collection des papiers
+Delamarre, aux <i>mss.</i> de la Biblioth. Nat., t. 153, fol. 13,
+etc. — Ceux qui avoient qualité de mouleurs et aides-mouleurs
+de bois, dont il est parlé dans la note précédente,
+exerçoient, ou plutôt faisoient exercer, principalement
+au quai de l’Ecole. C’est là, plus encore qu’à la
+Grenouillère — aujourd’hui le quai d’Orsay — qu’avoient
+lieu les grands arrivages de bois à brûler. Corbinelli
+du <i>Pédant joué</i> de Cyrano ne va pas autre part pour
+acheter les meilleurs cotrets.</p>
+</div>
+<p>Les Jurez Controlleurs de Vins, Cidres et
+autres Boissons, ont leurs Bureaux, rue Frementeau<a id="FNanchor_378" href="#Footnote_378" class="fnanchor">[16]</a>
+et sur le Quay des Célestins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_378" href="#FNanchor_378"><span class="label">[16]</span></a> C’est-à-dire Froidmanteau ou Fromenteau.</p>
+</div>
+<p>Il y a au même lieu un Bureau pour les déclarations
+des marchandises qui doivent les droits à la Doüanne.</p>
+
+<p>Les Jurez Courtiers de Vins ont leurs Bureaux
+sur le quay de la Grève<a id="FNanchor_379" href="#Footnote_379" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_379" href="#FNanchor_379"><span class="label">[17]</span></a> Ils faisoient l’essai des vins dans les caves mêmes de
+l’Hôtel de Ville.</p>
+</div>
+<p>Celui des nouveaux Officiers Gardes batteaux
+et Metteurs à bord, est sur le même quay et
+pareillement celuy du Domaine et Barrage.</p>
+
+<p>Celuy des droits du Poisson de mer frais, sec
+et salé, est sur le quay des Celestins.</p>
+
+<p>Au même lieu est le Bureau des droits qui se
+levent sur les Cendres, Soudes et Gravelées.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p112">-112-</span>Le Bureau des Marchands Bouchers est sur
+le port de la Grève devant la place aux veaux<a id="FNanchor_380" href="#Footnote_380" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_380" href="#FNanchor_380"><span class="label">[18]</span></a> C’est-à-dire sur la gauche de la Grève, vers la rue de la
+Tannerie, où s’étoit tenu en effet le Marché aux Veaux,
+jusqu’en 1646, époque où il fut transféré quai des Ormes.
+Son ancien emplacement fut appelé « Vieille place aux
+Veaux. »</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c13">ADMINISTRATION DES HOSPITAUX</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu
+et des Incurables.</i></p>
+
+<p class="drap">Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.</p>
+
+<p class="drap">Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.</p>
+
+<p class="drap">Monseigneur le Premier Président de la Chambre
+des Comptes, vieille ruë du Temple.</p>
+
+<p class="drap">Monseigneur le Premier Président de la Cour
+des Aydes devant les Capucins du Marais.</p>
+
+<p class="drap">Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.</p>
+
+<p class="drap">M. de la Reynie, rue du Boulloy.</p>
+
+<p class="drap">M. de Fourcy, rue de Jouy.</p>
+
+<p class="drap">M. le Pelletier, vieille rue du Temple.</p>
+
+<p class="drap">M. Chuppé, rue de l’Observance.</p>
+
+<p class="drap">M. Acard, vieille rue du Temple<a id="FNanchor_381" href="#Footnote_381" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_381" href="#FNanchor_381"><span class="label">[1]</span></a> Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le
+procès-verbal de la prestation de serment, en la grand’Chambre
+du Parlement, des sieurs Accart, Choart, et
+Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de l’Hôtel-Dieu.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.</p>
+
+<p class="drap">M. Champy, rue de la Harpe.</p>
+
+<p class="drap">M. Petitpied, rue du Jour.</p>
+
+<p class="drap">M. de Bragelonne, dans le Temple.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p113">-113-</span>M. Goupy, rue Sainte Avoye.</p>
+
+<p class="drap">M. Soufflot<a id="FNanchor_382" href="#Footnote_382" class="fnanchor">[2]</a>, rue des deux Ecus.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_382" href="#FNanchor_382"><span class="label">[2]</span></a> Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en
+1717. Il fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives
+de l’Assistance publique, sur une rébellion au faubourg
+Saint-Germain « contre l’exempt et les archers préposez pour
+veiller aux fraudes de la boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant
+le caresme. » On sait que c’est la seule boucherie qui avoit
+à cette époque de l’année le droit d’ouvrir et de vendre. En
+1717, comme l’un des doyens, il fut chargé de veiller à l’auto-da-fé
+des peintures licencieuses qui s’étoient trouvées dans
+le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu de
+tous ses biens : « Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy,
+lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les
+tableaux de la succession de feu M. de Callières, il s’en est
+trouvé quatre représentant des nudités et des postures
+indécentes capables de blesser la pudeur et la modestie
+chrestienne s’ils estoient exposez en vente, la Compagnie
+a aresté qu’ils seront jettés au feu, en présence de Messieurs
+Soufflot et d’Estréchy. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Verrier, rue Percée.</p>
+
+<p class="drap">M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.</p>
+
+<p class="drap">M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.</p>
+
+<p class="drap">M. Marchand, rue Tictonne.</p>
+
+<p class="drap">M. Destrichy<a id="FNanchor_383" href="#Footnote_383" class="fnanchor">[3]</a>, rue Bertin Poirée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_383" href="#FNanchor_383"><span class="label">[3]</span></a> Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans
+la note précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie
+scorbutique à Paris, il fit une déclaration curieuse :
+« M. d’Etrechy a dit que si l’augmentation des malades
+venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques jours continue, il y
+en aura trois mil ou environ dans dimanche prochain. »
+(<i>Archives hospitalières</i> par Léon Brièle, 1877, in-8, p. 69.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Clerambault, rue Jean Lointier.</p>
+
+<p class="drap">M. Piquet, rue de la Tixeranderie.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Receveur de l’Hotel-Dieu.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Perlan, ruë Saint Martin.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Greffier de l’Hotel-Dieu.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p114">-114-</span><i>Receveurs et Greffiers des Incurables.</i></p>
+
+<p class="drap">M. Garilde, rue du Four S. Germain.</p>
+
+<p>Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les
+Mercredis et les Vendredis, depuis dix heures
+jusqu’à midi.</p>
+
+<p>Il y a encore une autre scéance du même
+Bureau à l’Archeveché, tous les Samedis aux
+mêmes heures.</p>
+
+<p>Messieurs du Bureau prennent une sorte de
+vacance pendant les vacations du Parlement,
+mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler
+pour les affaires urgentes une fois la semaine
+seulement, alternativement au Bureau ordinaire
+et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit
+et le Samedi à l’autre, aux heures ci-devant
+marquées.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital
+General.</i></p>
+
+
+<p class="c small">CHEFS DE L’ADMINISTRATION.</p>
+
+<p>Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs
+les premiers Presidens du Parlement, de
+la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes,
+Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de
+Fourcy et Monsieur de la Reynie, aux adresses
+ci-devant marquées.</p>
+
+
+<p class="c small">ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.</p>
+
+<p class="drap">M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.</p>
+
+<p class="drap">M. le Vieux<a id="FNanchor_384" href="#Footnote_384" class="fnanchor">[4]</a>, cul de sac des Bourdonnois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_384" href="#FNanchor_384"><span class="label">[4]</span></a> Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute
+en 1689, il passa pour y avoir contribué par ses
+malversations. C’est sur cette banqueroute, d’où vint la
+ruine de tant de gens, qui avoient prêté aux hôpitaux
+leurs deniers à rentes viagères ou à <i>fond perdu</i>, que La
+Bruyère écrivit : « Le fonds perdu, autrefois si sûr, si religieux
+et si inviolable, est devenu avec le temps et par
+les soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu. »
+<i>De quelques usages</i>, § 39. — Les <i>Clés</i> disent qu’on chassa
+les administrateurs accusés de friponnerie. Le Vieux,
+quoiqu’elles le nomment, n’en étoit pas, puisque trois ans
+après nous le trouvons encore ici parmi les administrateurs
+de l’Hôpital général.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p115">-115-</span>M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.</p>
+
+<p class="drap">M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.</p>
+
+<p class="drap">M. le Caron, rue Bardubec.</p>
+
+<p class="drap">M. Hourlier<a id="FNanchor_385" href="#Footnote_385" class="fnanchor">[5]</a>, rue des fossez saint Michel.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_385" href="#FNanchor_385"><span class="label">[5]</span></a> Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais. — Le
+14 août 1671, il prit part aux mesures adoptées pour
+donner des nourrices aux Enfants trouvés. Il émit alors
+une opinion intéressante sur la recherche des pères pour
+cette catégorie d’enfants : « Monsieur Hourlier, bailly du
+Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce des <i>Archives
+hospitalières</i>, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu plusieurs
+sentences au Châtelet, portant condamnation contre
+plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans
+trouvez, lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution.
+A esté arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver
+lesdictes sentences, et Monsieur le Procureur du Roy supplié
+d’en prendre soin. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Blin, quay des Augustins.</p>
+
+<p class="drap">M. Berthelot, près la place des Victoires<a id="FNanchor_386" href="#Footnote_386" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_386" href="#FNanchor_386"><span class="label">[6]</span></a> C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut
+au chapitre des fermiers généraux des Monnoies. Devenu
+fort riche, il usoit bien de sa fortune, et s’étoit ainsi donné
+des droits à prendre place dans l’administration des Hospices.
+On lui dut en partie celui des Convalescents : « Il
+a esté dit, lisons-nous dans le <i>Récolement des archives hospitalières</i>
+dressé par M. Brièle, que le prieuré de Saint-Julien
+estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit
+esté destiné dès le commencement. On a dit aussi que
+M. Berthelot, qui a donné 60,000 livres et promis quarante
+autres mille livres, a témoigné n’avoir point d’attache pour
+le lieu. » (Janv. 1675.)</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p116">-116-</span>M. Petitpas, Parvis Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap">M. Husson, rue du Roy de Cicile.</p>
+
+<p class="drap">M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.</p>
+
+<p class="drap">M. Rillart, près Saint Paul.</p>
+
+<p class="drap">M. Petitpied, rue du Jour.</p>
+
+<p class="drap">M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.</p>
+
+<p class="drap">M. de Bie, rue Bardubec.</p>
+
+<p class="drap">M. le Bœuf, Isle Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap">M. le Febvre, près saint Sulpice.</p>
+
+<p class="drap">M. Thieriac, près l’<i lang="la" xml:lang="la">Ave Maria</i>.</p>
+
+<p class="drap">M. de Fremont<a id="FNanchor_387" href="#Footnote_387" class="fnanchor">[7]</a>, porte Gaillon.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_387" href="#FNanchor_387"><span class="label">[7]</span></a> Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des <i>Gardes
+du Trésor royal</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Boucot<a id="FNanchor_388" href="#Footnote_388" class="fnanchor">[8]</a>, rue Hautefueille.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_388" href="#FNanchor_388"><span class="label">[8]</span></a> Il figure déjà plus haut parmi « les gardes des rôles
+des offices de France. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. David, cul de sac saint Sauveur.</p>
+
+<p class="drap">M. Braquet, Cloitre Notre Dame.</p>
+
+<p class="drap">M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.</p>
+
+<p class="drap">M. Gourdon<a id="FNanchor_389" href="#Footnote_389" class="fnanchor">[9]</a>, à l’Hotel de Guyse.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_389" href="#FNanchor_389"><span class="label">[9]</span></a> Il avoit prêté serment, en 1681, comme « receveur
+charitable de l’Hôpital général. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Colin<a id="FNanchor_390" href="#Footnote_390" class="fnanchor">[10]</a>, Isle Notre Dame.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_390" href="#FNanchor_390"><span class="label">[10]</span></a> Il semble avoir été chargé des aumônes de M<sup>me</sup> de
+Miramion pour les hospices : « Monsieur Colin, lisons-nous
+dans le <i>Récolement des archives hospitalières</i>, p. 138,
+a apporté 64 louis d’or, valant 903 livres, que lui a donnés
+Madame de Miramion, procédés de la queste faicte à
+la Cour. » (1694, 28 avril.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Badoulleau, rue des Prouvaires.</p>
+
+<p class="drap">M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.</p>
+
+<p class="drap">M. Pirot, rue de Ventadour.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p117">-117-</span></p>
+
+<h3 id="c14">BANQUIERS<br>
+<span class="small">POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.</span></h3>
+
+
+<p>Messieurs le Couteux<a id="FNanchor_391" href="#Footnote_391" class="fnanchor">[1]</a>, ruë de la Tixanderie,
+pour Normandie, Bretagne et païs étrangers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_391" href="#FNanchor_391"><span class="label">[1]</span></a> Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En
+1773, nous retrouvons dans l’<i>Almanach d’indication</i> de Roze
+de Chantoiseau : « Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil,
+négociants en banque ; une des plus anciennes
+maisons. » Roze disoit vrai, puisqu’alors cette maison existoit,
+nous en avons la preuve ici, depuis plus de quatre-vingts
+ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit encore
+bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de
+la famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première
+municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de
+Canteleu, député à l’Assemblée constituante et au Conseil
+des Anciens, puis sénateur et pair de France. C’est lui qui
+fit bâtir, vers 1790, de la rue Montorgueil à la rue Montmartre,
+sur les terrains dépendant de sa maison de banque,
+toute une rue à maisons uniformes, à laquelle l’architecte
+Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le
+Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce
+que Berryer père, dans ses <i>Souvenirs</i> (1837, in-8, t. II,
+p. 320), dit sur l’ancienneté des Le Coulteux : « C’étoit
+dans la banque de Paris une maison antique, une des
+plus anciennes de la bourgeoisie de Paris, dont l’existence
+remontoit sans interruption ni déviation en plus ni en
+moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les Trubert,
+les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la
+capitale. »</p>
+</div>
+<p>M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix<a id="FNanchor_392" href="#Footnote_392" class="fnanchor">[2]</a>,
+pour les mêmes lieux, et encore ;</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_392" href="#FNanchor_392"><span class="label">[2]</span></a> On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du
+voisinage de la rue de ce nom, dans laquelle le comte de
+Horn, au plus fort de la crise du Système, assassina un
+agioteur dans le cabaret de l’<i>Epée de bois</i>. Ce sont les
+banquiers, logés alors en grand nombre rue de Venise et
+surtout rue Quincampoix — nous en trouverons un plus
+loin — qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio.
+Dancourt, en 1710, dans sa <i>Comédie des Comédiens</i> (acte II,
+scène 9), fait lancer par Mezzetin un lardon contre ces
+banques : « Je connois, dit-il, un bonnetier de la rue
+Saint-Denis, et un banquier de la rue Quincampoix, qui,
+avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont trouvé
+moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur
+appartiennent guère. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p118">-118-</span>Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.</p>
+
+<p>Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.</p>
+
+<p>M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour
+les Provinces de Normandie et Bretagne, et
+encore pour tous les Etats d’Allemagne.</p>
+
+<p>M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les
+mêmes lieux.</p>
+
+<p>M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour
+l’Allemagne et pour le Lionnois.</p>
+
+<p>M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même
+Province.</p>
+
+<p>Et M. Michon, rue Aubry Boucher.</p>
+
+<p>M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois,
+pour Allemagne, Angleterre, Italie,
+Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres
+conquise.</p>
+
+<p>M. Rigioly<a id="FNanchor_393" href="#Footnote_393" class="fnanchor">[3]</a>, rue Quinquempoix, aussi pour
+l’Italie et pour le Lyonnois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_393" href="#FNanchor_393"><span class="label">[3]</span></a> C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en
+avoit eu beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier,
+où ils avoient même laissé leur nom aux rues des
+Lombards et de Venise. Sous Louis XVI, il en existoit encore.
+Nous trouvons dans l’<i>Almanach général des Marchands</i>
+de 1778 : Caccia, banquier, rue Saint-Martin, vis-à-vis la
+rue aux Ours ; Giambone, rue Mauconseil ; Boggiano, place
+des Victoires.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p119">-119-</span>Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut
+Thodé, pour les mêmes lieux.</p>
+
+<p>Et Messieurs Vallentin, rue</p>
+
+<p>M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne,
+Pologne, Angleterre, Hollande, etc.</p>
+
+<p>M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne,
+Bretagne, etc.</p>
+
+<p>M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou,
+Touraine, Poitou, etc.</p>
+
+<p>M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.</p>
+
+<p>M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre,
+Ecosse, Irlande, Hollande, Flandres conquise,
+etc.</p>
+
+<p>M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre
+Espagnole.</p>
+
+<p>M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles,
+pour tous les Païs bas.</p>
+
+<p>M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne,
+Suède, Dannemarc, Hollande, Italie, etc.</p>
+
+<p>Messieurs les Agens de change s’assemblent
+tous les jours ouvrables vers le midy à la place
+de change, joignant la conciergerie du Palais,
+pour la négociation des Lettres et Billets de
+Change<a id="FNanchor_394" href="#Footnote_394" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_394" href="#FNanchor_394"><span class="label">[4]</span></a> <i>L’Almanach royal</i> de 1702, qui donne à peu près,
+p. 64, le même renseignement, ajoute : « Le public peut
+s’adresser à leur clerc, qui y demeure, pour faire avertir
+lesdits Messieurs des billets perdus, lettres de change, ou
+autres billets négociables. » Telle étoit alors la Bourse de
+Paris : une voûte près d’une prison, pour s’assembler une
+fois tous les huit jours ; et un clerc, pour répondre à tout,
+le reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais
+en 1644, la trouva de bien mesquine apparence auprès de
+celle de Londres : « Les galeries, où l’on vend les menues
+marchandises, dit-il, n’approchent pas des nôtres, non
+plus que le lieu où se tiennent les négociants, qui n’est
+qu’une simple voûte basse. » (<i>V.</i> Extraits de son Voyage
+à la suite de celui de Lister, publié par la Société des
+bibliophiles, p. 230.)</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p120">-120-</span>Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour
+de Rome, voyez l’article des affaires Ecclesiastiques.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c15">ACADEMIES<br>
+<span class="small">ET CONFÉRENCES PUBLIQUES<a id="FNanchor_395" href="#Footnote_395" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_395" href="#FNanchor_395"><span class="label">[1]</span></a> « Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez
+publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues,
+on en feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue
+plus que dans des maisons particulières, et entre personnes
+connues, on reduira seulement à trois espèces celles qui
+subsistent à présent ; sçavoir celles qui ont été établies
+pour perfectionner les Sciences, celles qui regardent l’Education
+de la Noblesse, et celles qui concernent les beaux
+arts. » Edit. 1691, p. 7-8.</p>
+</div>
+
+<p>Il y a maintenant à Paris deux Academies
+Royales, établies pour perfectionner les sciences.
+La plus ancienne est l’Academie Françoise dont
+le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers
+fondemens et dont le Roy est protecteur.</p>
+
+<p>Elle est composée de quarante Academiciens,
+tous gens illustres par leur qualité, par leur
+mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement
+appliquez à reduire la langue Françoise
+dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils
+tiennent leurs assemblées trois fois la semaine<a id="FNanchor_396" href="#Footnote_396" class="fnanchor">[2]</a>
+<span class="pagenum" id="p121">-121-</span>au vieux Louvre<a id="FNanchor_397" href="#Footnote_397" class="fnanchor">[3]</a>, où ils distribuent tous les
+ans à la saint Louis des prix considérables, à
+ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce
+proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy<a id="FNanchor_398" href="#Footnote_398" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_396" href="#FNanchor_396"><span class="label">[2]</span></a> On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine,
+puis deux fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675,
+pour presser le travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut
+la règle : « Depuis ce temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans
+une note sur l’<i>Histoire de l’Académie</i>, par Pelisson, c’est
+l’usage que les trois jours ordinaires d’assemblée soient le
+lundi, le jeudi, et le samedi. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_397" href="#FNanchor_397"><span class="label">[3]</span></a> « A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis
+cinq ans, le Roi accorda à l’Académie françoise au rez de
+chaussée du Louvre, près du pavillon des Cariatides… les
+Salles, qui, après la Fronde, avoient été celles du Conseil,
+et qui sont aujourd’hui dans le Musée de Sculpture les
+salles de Puget et de Coustou. » (<i>Hist. du Louvre</i>, p. 66,
+dans <i>Paris à travers les âges</i><a id="FNanchor_399" href="#Footnote_399" class="fnanchor">[5]</a>.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_398" href="#FNanchor_398"><span class="label">[4]</span></a> Ces deux prix étoient : celui d’éloquence, fondé par
+Balzac, qui ne fut distribué qu’à partir de 1671 ; et celui
+de poésie, dont Pelisson et trois autres académiciens firent
+les frais, et qu’ensuite l’Académie en corps prit à son
+compte, jusqu’à ce qu’un de ses membres, l’évêque de
+Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué à perpétuité.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_399" href="#FNanchor_399"><span class="label">[5]</span></a> « La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre
+avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle
+des séances servoit pour le travail du <i>Dictionnaire</i>, dont le
+roi payoit toutes les écritures ; et pour l’examen des pièces
+envoyées au concours des prix d’éloquence et de poésie que
+l’Académie distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la
+forme de deux médailles d’or, de trois cents francs chacune.
+Ce jour là, comme la chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que
+Le Mercier n’avoit pu achever au premier étage du pavillon
+des Cariatides de Sarrazin, étoit à la disposition de l’Académie
+françoise, dont les salles se trouvoient presque au-dessous,
+les Quarante y faisoient dire une messe en musique
+et prononcer le panégyrique du saint Roi. »</p>
+</div>
+<p>La deuxième, est l’Academie des Sciences qui
+s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie,
+dans la Botanique, dans la Chimie, dans
+l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement
+dans toutes les parties de la Philosophie et
+des Mathématiques.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p122">-122-</span>Les Academiciens qui la composent s’assemblent
+tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque
+du Roi qui est presentement rue Vivienne<a id="FNanchor_400" href="#Footnote_400" class="fnanchor">[6]</a>,
+et qui sera bien-tot à la place de Vendôme<a id="FNanchor_401" href="#Footnote_401" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_400" href="#FNanchor_400"><span class="label">[6]</span></a> « Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes
+ou des inventions nouvelles à proposer, dans le dessein
+d’être récompensez, ou seulement recommandables. Lorsqu’il
+s’agit de faits mathématiques, sur l’explication desquels
+on veut prévenir les Académiciens de cette Académie,
+on peut s’adresser à l’Observatoire royal, où ils ont chacun
+leur appartement. » Edit. 1691, p. 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_401" href="#FNanchor_401"><span class="label">[7]</span></a> Ordre avoit été donné pour la construction de la
+Bibliothèque à la Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en
+trouve le texte dans les mss. de la <i>Collection Delamarre</i>, à
+la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. Elle eût été construite au
+levant, dans la partie où fut bâti l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui
+Ministère de la Justice, et elle eût absorbé, par
+derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par les
+hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut
+juger d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes,
+<i>Topographie de Paris</i>, Place Vendôme.</p>
+</div>
+<p>Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques,
+ont leurs appartements à l’Observatoire
+Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.</p>
+
+<p>Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques ;
+elle a neanmoins son Academie particulière,
+parcequ’elle seroit entierement inutile,
+si comme les autres Arts liberaux, elle n’étoit
+soutenüe de la pratique<a id="FNanchor_402" href="#Footnote_402" class="fnanchor">[8]</a>. Cette Academie
+s’exerce au quartier de saint Roch<a id="FNanchor_403" href="#Footnote_403" class="fnanchor">[9]</a> chez M. de
+<span class="pagenum" id="p123">-123-</span>Francine qui en est Directeur<a id="FNanchor_404" href="#Footnote_404" class="fnanchor">[10]</a> à la répétition
+des pièces de Theâtre qu’on nomme Opéra, et
+qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du
+Palais Roial, ce qui peut être pratiqué par la
+Noblesse sans déroger.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_402" href="#FNanchor_402"><span class="label">[8]</span></a> « L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra,
+est principalement occupée à représenter des tragédies en
+musique de la composition de M. Quinault… » Edit. 1691,
+p. 8. (<i>V.</i> plus loin au chap. <i>Passe-temps et Menus plaisirs</i>.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_403" href="#FNanchor_403"><span class="label">[9]</span></a> Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit « l’hôtel de
+l’Académie.  » (<i>V.</i> notre <i>Hist. de la Butte Saint-Roch</i>,
+p. 182.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_404" href="#FNanchor_404"><span class="label">[10]</span></a> Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.</p>
+</div>
+<p>La Societé Royale de Medecine est encore
+une espèce d’Academie<a id="FNanchor_405" href="#Footnote_405" class="fnanchor">[11]</a> en laquelle on passe
+des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est
+composée de Philosophes, de Medecins, de
+Chirurgiens et d’Apoticaires artistes. Elle tient
+des Conférences publiques tous les Dimanches
+après Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint
+Antoine, chez Monsieur de Blegny qui en est
+Directeur, qui a commencé cet établissement par
+ordre du Roy, sous la protection de M. Daquin,
+premier Medecin de S. M. Il a deja publié plusieurs
+volumes d’Observations et d’Experiences,
+et il travaille sans relache à faire de nouvelles
+découvertes<a id="FNanchor_406" href="#Footnote_406" class="fnanchor">[12]</a>. Cette Societé a des membres en
+<span class="pagenum" id="p124">-124-</span>plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent
+utilement à la fin commune, qui est la perfection
+du plus important de tous les Arts.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_405" href="#FNanchor_405"><span class="label">[11]</span></a> « … Est établie par ordre de la Cour, et… disciplinée
+sur le pied des Académies d’établissement royal. Elle a
+pour sujet toutes les sciences naturelles et les arts qui en
+dépendent. » Edit. 1691, p. 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_406" href="#FNanchor_406"><span class="label">[12]</span></a> « M. de Blegny… a l’avantage d’avoir pratiqué et
+enseigné successivement toutes les parties de la philosophie
+et de la médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux
+sur les sujets particuliers qui en dépendent, et inventé
+diverses machines fort industrieuses, qui lui ont toujours
+attiré beaucoup d’auditeurs. Il s’est retiré depuis quelque
+temps à son jardin médicinal à l’entrée du faubourg Saint-Antoine,
+grande rue de Pincourt, où il tient une pension
+pour les malades, dont il sera parlé ci-après (<i>V.</i> plus bas,
+<i>Pension pour les malades</i>). Mais on ne laisse pas de le
+trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire
+du Roi, à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses
+conférences en hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt,
+qu’à cause des plantes médicinales qu’il y fait élever pour
+la satisfaction et l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes,
+qui sont sous sa direction, et qui s’y rendent les dimanches
+après le service divin, pour conférer à l’ordinaire et consulter
+sur les indispositions des malades, qui se présentent,
+et à qui l’on donne gratuitement les ordonnances et délibérations.
+Mais en hiver, la conférence de la rue Guénegaud
+se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures
+de relevée. » Edit. 1691, p. 12.</p>
+</div>
+<p>Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture,
+c’est un Art qui a beaucoup de preceptes
+scientifiques, mais qui sont applicables à la
+mechanique active. Elle est d’etablissement
+Royal et a eu feu M. Colbert pour protecteur.
+Maintenant elle est sous la protection de M. de
+Villacerf<a id="FNanchor_407" href="#Footnote_407" class="fnanchor">[13]</a> et tient ses assemblées tous les Lundis
+de relevée, au Palais Brion<a id="FNanchor_408" href="#Footnote_408" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_407" href="#FNanchor_407"><span class="label">[13]</span></a> Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du
+ministre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_408" href="#FNanchor_408"><span class="label">[14]</span></a> « Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans
+la rue de Richelieu. » Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon,
+dont une salle donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal.
+Il devoit son nom au duc de Damville, qui n’étoit que
+comte de Brion quand le roi l’avoit fait bâtir, pour lui, en
+1651. Il y logea plus tard M<sup>me</sup> de La Vallière. C’est là que
+se fit, en plein air, la première exposition de peinture, en
+1673. Le Théâtre françois en occupe à peu près l’emplacement.
+On verra en effet plus loin que le Palais Brion étoit
+« à l’entrée de la rue de Richelieu. »</p>
+</div>
+<p>Pour ce qui est des deux Academies établies
+pour la Peinture, pour la Sculpture et pour la
+Dance, elles n’ont presque pour objet que l’exercice.
+La premiere qui est pour les Peintres et
+pour les Sculpteurs, se tient aussi au Palais
+<span class="pagenum" id="p125">-125-</span>Brion, à l’entrée de la rue de Richelieu. Elle est
+composée d’un grand nombre de fort habiles
+Maitres qui apportent un soin particulier à l’éducation
+de leurs élèves, et qui leur fournissent
+continuellement pour le dessein, des modèles
+humains et vivans placez en différens jours et
+en diverses postures. Ils trouvent même cet
+avantage dans leurs études, que l’Academie fait
+distribuer des prix considérables à ceux qui font
+plus de progrès dans un certain espace de temps<a id="FNanchor_409" href="#Footnote_409" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_409" href="#FNanchor_409"><span class="label">[15]</span></a> « Pour être compris dans la liste des disciples, qui
+doivent y avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur
+l’un des Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il
+lui accorde, lui donne un billet imprimé signé de lui, et
+adressant aux Officiers de l’Académie auxquels il le présente.
+Après quoy ce billet ayant été pareillement signé du Recteur
+qui est de quartier, et du Professeur qui est en mois,
+le disciple a la liberté de se rendre tous les jours à l’Académie,
+où il s’exerce avec tous les autres à dessigner des
+modèles humains et vivants, placez en différents jours et en
+diverses postures ; ce qu’ils continuent pendant trois mois,
+laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont
+ensuite examinez par les Officiers, qui distribuent une forte
+médaille d’or à celuy qui a le mieux réussi, une médaille
+moins pesante du même métail à celui qui approche le plus
+près de la force de ce premier, et une médaille d’argent à
+celui dont les desseins prévalent sur tous ceux des disciples
+auxquels l’Académie n’accorde aucun prix. Après cela, on
+divise la troupe en trois classes, relativement à la capacité
+des disciples. Ceux de la première entrent et se placent
+avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le
+même ordre ; mais avant que les entrées se renouvellent, on
+recommence aussi la cérémonie des billets et des presentations
+cy-devant expliquées. Outre les prix qui se distribuent,
+comme il vient d’être dit, il s’en distribue encore quatre
+autres à la Saint Louis, qui donnent encore plus d’émulation
+aux disciples ; par cette raison que ceux qui les ont
+gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant trois ans,
+aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en
+travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des
+copies pour Sa Majesté : outre qu’étant revenus, ils sont
+préférés pour les beaux ouvrages, et reçus sans peine
+membres de l’Académie, ce qui leur donne de plein droit
+la liberté de travailler à Paris, et ce qui les met dans un
+degré de distinction très honorable. Les élèves des peintres
+et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à disputer
+les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante ; à cet
+effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un
+esquisse de leur façon ; et, afin que l’Académie soit assurée
+qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs
+font faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux
+qui ont présenté de bonnes esquisses ; et tous ceux de qui
+les impromptus sont d’une force relative à leurs esquisses,
+sont admis à travailler pour les prix qui sont au nombre de
+quatre, savoir : deux médailles d’or, et deux d’argent, qui
+sont distribuées aux quatre disciples qui ont travaillé avec
+plus de succès, entre lesquels le plus fort reçoit encore un
+laurier de la main du surintendant de ces Académies. »
+Edit. 1691, p. 9.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p126">-126-</span>La deuxième qui est pour l’exercice de la
+Danse<a id="FNanchor_410" href="#Footnote_410" class="fnanchor">[16]</a> tient Salle tous les Jeudis pour eprouver
+ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp
+qui en est Chancelier et Maître des Balets du
+Roy. Selon les statuts de cette Academie, elle
+ne devroit estre composée que de treize Académiciens ;
+mais ce nombre a esté augmenté<a id="FNanchor_411" href="#Footnote_411" class="fnanchor">[17]</a> par
+les grâces que le Roy a bien voulu faire, à
+<span class="pagenum" id="p127">-127-</span>quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de
+danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis<a id="FNanchor_412" href="#Footnote_412" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_410" href="#FNanchor_410"><span class="label">[16]</span></a> « L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres
+patentes à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit
+il n’y a guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans
+l’antichambre de Monseigneur, et les tient maintenant dans
+la salle de Monsieur Beauchamp, maître des ballets du Roi,
+et chancelier de l’Académie, en sa maison rue Bailleul, derrière
+l’hôtel d’Aligre. » <i>Id.</i>, p. 10. — Les lettres patentes
+« pour l’établissement de l’Académie royale de danse, en
+la ville de Paris », avoient été vérifiées au Parlement le
+30 mars 1662.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_411" href="#FNanchor_411"><span class="label">[17]</span></a> « Et le sera probablement encore. » Edit. 1691,
+p. 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_412" href="#FNanchor_412"><span class="label">[18]</span></a> « Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à
+l’Académie, pour exercer gratuitement les personnes de
+considération qui s’y trouvent, et les élèves des Académiciens,
+qui aspirent d’être admis à l’Académie, et qui ont, à
+cet effet, leurs protecteurs, par qui l’Académie est certifiée
+de leur capacité lors de leur réception, qui se fait toujours
+après la convocation de plusieurs personnes qualifiées, et
+des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils font une
+expérience de chef-d’œuvre : après quoy, ils sont en plein
+droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers
+privilèges que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie,
+où l’on est reçu seulement en payant une somme
+très modique, et en donnant une bourse de jetons d’argent
+qui sont distribués au nombre de deux à chacun des maîtres
+qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice et encore
+les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les Académiciens
+à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient
+ce jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes,
+ainsi que le premier jour de mai. » <i>Id.</i>, p. 10.</p>
+</div>
+
+<p class="c small">CONFÉRENCES.</p>
+
+<p>Il y a un concours de scavans toutes les
+aprésdinées chez M. l’Abbé Ménage, Cloitre
+Notre Dame<a id="FNanchor_413" href="#Footnote_413" class="fnanchor">[19]</a>, où l’on confère sur toutes sortes
+de sujets<a id="FNanchor_414" href="#Footnote_414" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_413" href="#FNanchor_413"><span class="label">[19]</span></a> Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il
+étoit en quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un
+logis au Cloître : « Il y tint régulièrement, dit La Monnoye
+dans la Notice en tête du <i>Menagiana</i>, t. I, tous les mercredis
+de chaque semaine, une assemblée, qu’il appeloit, à cause
+du jour, sa <i>Mercuriale</i>, où il eut la satisfaction de voir toujours
+un grand concours de gens de lettres, tant françois
+qu’étrangers. » La maison où il logeoit, existe encore rue
+Massillon, n<sup>o</sup> 4. C’est celle où La Harpe mourut. (<i>Rev.
+archéolog.</i>, t. IV, 1<sup>re</sup> part., p. 144.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_414" href="#FNanchor_414"><span class="label">[20]</span></a> « La conférence de M. de la Courtière, qui se tient
+rue Saint-Jean de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie,
+et pour accessoires les nouveautez de tous
+genres. » Edit. 1691, p. 12.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p128">-128-</span>M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë
+Hautefeüille, donne aussi entrée chez lui toutes
+les aprésdinées aux Sçavans de considération,
+qui tiennent une conférence curieuse sur tous
+les sujets qui se présentent.</p>
+
+<p>M. d’Herbelot<a id="FNanchor_415" href="#Footnote_415" class="fnanchor">[21]</a>, rue de Condé, tient une autre
+conférence chez lui tous les soirs après sept
+heures.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_415" href="#FNanchor_415"><span class="label">[21]</span></a> C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au
+collége Royal, secrétaire-interprète des langues orientales,
+auteur de la <i>Bibliothèque orientale</i>, qui fut publiée in-fol.
+en 1697, deux ans après sa mort.</p>
+</div>
+<p>Les Mardis de relevée, on tient une conférence
+curieuse chez M. le Marquis d’Angeau,
+Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale<a id="FNanchor_416" href="#Footnote_416" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_416" href="#FNanchor_416"><span class="label">[22]</span></a> L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis,
+trop occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement
+grammaticale, et qu’on appeloit la <i>Martiale</i>,
+parce qu’elle avoit lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la
+fréquenta quelque temps, se vengea de l’ennui qui l’y avoit
+gagné et des habitudes de purisme qu’il y avoit failli
+prendre, par cette épigramme :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Je sens que je deviens puriste,</div>
+<div class="verse">J’aligne au cordeau chaque mot,</div>
+<div class="verse">Je suis les Dangeaux à la piste :</div>
+<div class="verse">Je pourrois bien n’être qu’un sot.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la
+Roque, ruë de Guénégaud, sur diverses matières
+scientifiques<a id="FNanchor_417" href="#Footnote_417" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_417" href="#FNanchor_417"><span class="label">[23]</span></a> L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit
+le <i>Journal des Savants</i> à la place de Gallois, et depuis
+1683, le <i>Journal de Médecine</i>, dont il étoit le fondateur. Ses
+conférences du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement
+décrites par Le Maire dans son <i>Paris ancien et nouveau</i>,
+1685, in-12.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p129">-129-</span>Les Samedis aussi de relevée, chez M. le
+Chevalier Chassebras du Breau, Carrefour saint
+Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et
+sur les sciences<a id="FNanchor_418" href="#Footnote_418" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_418" href="#FNanchor_418"><span class="label">[24]</span></a> « Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis,
+rue Christine, a pour objet les Mathématiques. »
+Edit. 1691, p. 12.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c16">BIBLIOTEQUES<br>
+<span class="small">PARTICULIERES ET PUBLIQUES.</span></h3>
+
+
+<p>Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques
+entrées dans les Biblioteques suivantes :
+sçavoir ;</p>
+
+<p>A la Biblioteque du Roy qui est encore rue
+Vivienne ; et qui sera bien-tôt à la place de
+Vendosme<a id="FNanchor_419" href="#Footnote_419" class="fnanchor">[1]</a>, où l’on trouve encore une infinité de
+Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a
+eu de plus considérable dans toutes les Langues
+orientales.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_419" href="#FNanchor_419"><span class="label">[1]</span></a> <i>V.</i> un peu plus haut, au chap. des <i>Académies</i>.</p>
+</div>
+<p>Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre<a id="FNanchor_420" href="#Footnote_420" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_420" href="#FNanchor_420"><span class="label">[2]</span></a> On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage
+des rois, et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le
+P. Jacob en a parlé dans son <i>Traité des Bibliothèques</i>, 1644,
+in-8, sans oublier le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit
+alors le bibliothécaire.</p>
+</div>
+<p>A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque
+de Rheims<a id="FNanchor_421" href="#Footnote_421" class="fnanchor">[3]</a> ; ruë Saint Thomas du Louvre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_421" href="#FNanchor_421"><span class="label">[3]</span></a> Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque
+du Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres.
+Il en eut un grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque
+des chanoines de Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot
+de Dairval, « ils font un très bel ornement par leur condition. »
+<i>De l’utilité des Voyages</i>, t. II, p. 418. Le catalogue
+en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en 1693,
+sous ce titre : <i lang="la" xml:lang="la">Bibliotheca Telleriana</i>. Le sorboniste Ph.
+Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700,
+Le Tellier avoit donné la plupart de ses <i>manuscrits</i>, 500
+environ, françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque
+du Roi.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p130">-130-</span>A celle de Monseigneur le Chancelier<a id="FNanchor_422" href="#Footnote_422" class="fnanchor">[4]</a>, rue
+S. Loüis du Marais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_422" href="#FNanchor_422"><span class="label">[4]</span></a> Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son
+prix, depuis surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné,
+en 1685, une riche collection de copies faites sur le recueil
+de M. de Loménie, dont l’original étoit à la bibliothèque
+du Roi. Tous les livres de Boucherat portent sa devise :
+un coq avec un soleil, avec ces mots : <i lang="la" xml:lang="la">Sol reperit vigilem</i>.</p>
+</div>
+<p>A celle de Monsieur le Premier Président,
+Cour du Palais, qui est remplie d’excellens
+Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques
+et modernes.</p>
+
+<p>A celle de Monseigneur de Menars, Président
+à mortier, près la Porte de Richelieu, où sont
+la plus grand part des plus curieux livres de
+M. de Thou<a id="FNanchor_423" href="#Footnote_423" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_423" href="#FNanchor_423"><span class="label">[5]</span></a> Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de
+son possesseur M. de Ménars, au <i>chapitre</i> des Présidents à
+mortier.</p>
+</div>
+<p>A celle de Monseigneur Talon<a id="FNanchor_424" href="#Footnote_424" class="fnanchor">[6]</a>, aussi President
+à mortier, rue Saint Guillaume.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_424" href="#FNanchor_424"><span class="label">[6]</span></a> Nous ayons aussi parlé de lui, au <i>chapitre</i> des Présidents
+à mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui
+venoit de son père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence,
+l’histoire, la philosophie, en étoient, comme on le pense
+bien, le fond principal.</p>
+</div>
+<p>A celle de Monseigneur l’Avocat Général de
+la Moignon, à l’Hotel d’Angoulesme<a id="FNanchor_425" href="#Footnote_425" class="fnanchor">[7]</a>, où il y a
+un grand nombre de belles Médailles antiques<a id="FNanchor_426" href="#Footnote_426" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_425" href="#FNanchor_425"><span class="label">[7]</span></a> Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le
+président de Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien
+Baillet pour bibliothécaire.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_426" href="#FNanchor_426"><span class="label">[8]</span></a> Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit
+rapportées de ses voyages.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p131">-131-</span>A celle de Monseigneur de la Moignon de
+Basville, Conseiller d’Etat<a id="FNanchor_427" href="#Footnote_427" class="fnanchor">[9]</a>, rue    où
+sont les plus belles Médailles modernes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_427" href="#FNanchor_427"><span class="label">[9]</span></a> Nous avons parlé de lui au <i>chapitre</i> des Intendants. Il
+l’étoit du Languedoc.</p>
+</div>
+<p>A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique,
+où il y a des Tableaux, des Bronzes,
+et des Médailles d’un choix particulier.</p>
+
+<p>A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande<a id="FNanchor_428" href="#Footnote_428" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_428" href="#FNanchor_428"><span class="label">[10]</span></a> Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les
+présidents des Enquêtes.</p>
+</div>
+<p>A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille<a id="FNanchor_429" href="#Footnote_429" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_429" href="#FNanchor_429"><span class="label">[11]</span></a> Nous l’avons vu figurer plus haut parmi « les gardes
+des offices de France », et nous avons à ce sujet parlé de
+sa bibliothèque et de ses collections.</p>
+</div>
+<p>A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre,
+où il y a un grand nombre des plus rares estampes<a id="FNanchor_430" href="#Footnote_430" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_430" href="#FNanchor_430"><span class="label">[12]</span></a> « Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de
+quatre-vingts volumes, gros comme l’<i>Atlas</i>, lesquels contiennent
+tout ce qu’il y a de beau dans tous les Etats du
+monde. Tous les hommes illustres et tous les saints y sont
+représentés, — au moins ceux dont on a fait des estampes. — Néanmoins
+cette bibliothèque ne doit passer que pour un
+recueil. » (Le Gallois, <i>Traité des plus belles Biblioth. de
+l’Europe</i>, 1680, in-8, p. 130-131.)</p>
+</div>
+<p>A celle de M. Bultault<a id="FNanchor_431" href="#Footnote_431" class="fnanchor">[13]</a>, près la place des
+Victoires.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_431" href="#FNanchor_431"><span class="label">[13]</span></a> Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693,
+chez les Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel
+il s’étoit démis de sa charge de secrétaire du Roi, conserva
+la riche bibliothèque qu’il lui légua. Elle ne fut vendue
+qu’en 1711, un an après sa mort. Gabriel Martin en publia
+le catalogue : <i lang="la" xml:lang="la">Bibliotheca Bulteriana</i>, 2 vol. in-12. A cette
+vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins de 850
+volumes.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p132">-132-</span>A celle de M. l’Abbé de la Chambre<a id="FNanchor_432" href="#Footnote_432" class="fnanchor">[14]</a>, sur le
+quay de Nesle.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_432" href="#FNanchor_432"><span class="label">[14]</span></a> « Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans
+l’éloge qu’il a fait de cet académicien inconnu, étoit pour
+les livres Italiens et Espagnols. » (<i>Mélanges d’histoire et de
+littérature</i>, t. I, p. 97.)</p>
+</div>
+<p>A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue
+du cimetiere saint André, où il y a beaucoup de
+curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de
+Monnoies, etc.</p>
+
+<p>A celle de la Sorbonne, où il y a de rares
+manuscrits de Théologie<a id="FNanchor_433" href="#Footnote_433" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_433" href="#FNanchor_433"><span class="label">[15]</span></a> Le Gallois, dans son <i>Traité</i> cité tout-à-l’heure, nous la
+donne, p. 133, comme étant « sans contredit une des plus
+florissantes de l’Europe. » C’étoit en 1680, elle augmenta
+beaucoup, depuis. Au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, on n’y comptoit pas
+moins de 5,000 mss., et 60,000 volumes. Ses principaux
+bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un de ses secrétaires,
+l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître que lui
+dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la
+Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit
+du cardinal de Richelieu.</p>
+</div>
+<p>A celle du Collége de Loüis le Grand, rue
+saint Jacques, composée en partie de celle de
+M. Fouquet<a id="FNanchor_434" href="#Footnote_434" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_434" href="#FNanchor_434"><span class="label">[16]</span></a> Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite
+en marge de l’exemplaire du <i lang="la" xml:lang="la">De Bibliothecis parisiensibus</i>,
+de Dan. Maichel, 1729, in-8, p. 94, que nous possédons,
+le Fouquet auquel les Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit
+leur bibliothèque n’étoit pas Fouquet, le surintendant,
+mais Fouquet, marquis de la Varenne. Les livres acquis avec
+l’argent de son legs se distinguoient par un double Φ, sur
+le dos de la reliure.</p>
+</div>
+<p>A celle des Chanoines Reguliers de sainte
+Geneviève du Mont<a id="FNanchor_435" href="#Footnote_435" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_435" href="#FNanchor_435"><span class="label">[17]</span></a> <i>V.</i> ce que nous avons dit plus haut, à propos de la
+bibliothèque de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit,
+où nous l’avons vue encore, au dernier étage de cette
+partie de l’abbaye Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une
+dépendance du collége Henri IV. En 1768, on la rendit
+publique trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le
+samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant en de
+nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége
+Montaigne. <i>V.</i> plus bas.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p133">-133-</span>A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez<a id="FNanchor_436" href="#Footnote_436" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_436" href="#FNanchor_436"><span class="label">[18]</span></a> Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi,
+principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui
+vinrent au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées,
+de l’abbé Renaudot, etc. <i>V.</i> ce qu’en dit D. Bouillart dans
+son <i>Hist. de Saint-Germain des Prés</i>, 1724, in-fol. — Malgré
+l’incendie de 1792, et un vol en 1791, qui fit passer 120 de
+ses mss. en Russie, la Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de
+9,000 de cette seule provenance.</p>
+</div>
+<p>A celle du Chapitre de Notre Dame<a id="FNanchor_437" href="#Footnote_437" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_437" href="#FNanchor_437"><span class="label">[19]</span></a> Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites
+chambres dans la cathédrale même, et ne comptant au
+<small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle que 5,000 volumes au plus. Le principal fonds
+en étoit venu de Claude Joly, dont nous avons parlé au
+chapitre des <i>Affaires ecclésiastiques</i>. Il tenait de son grand-père,
+l’avocat Loisel, un certain nombre de mss. qui passèrent
+avec les siens et les autres du chapitre à la Bibliothèque
+du Roi, par une donation que firent les chanoines,
+le 24 avril 1756.</p>
+</div>
+<p>A celle du Collége de Navarre, montagne
+sainte Geneviève<a id="FNanchor_438" href="#Footnote_438" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_438" href="#FNanchor_438"><span class="label">[20]</span></a> Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique.
+Sa bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de
+Navarre, fondatrice du collége, avoit pour principale richesse
+la plus grande partie des livres de l’illustre curieux du temps
+de Louis XIII, le provençal Peiresc, et de nombreux volumes
+sur peau vélin, avec initiales en miniature. De ses nombreux
+<i>mss.</i> il n’en arriva que 124 à la Bibliothèque Nationale
+pendant la Révolution.</p>
+</div>
+<p>A celle du Collége de Boissy<a id="FNanchor_439" href="#Footnote_439" class="fnanchor">[21]</a>, rue du Cimetière
+saint André.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_439" href="#FNanchor_439"><span class="label">[21]</span></a> Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége
+fondé en 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom.
+Il étoit en 1692 en complète décadence, dont il ne se releva
+que l’an d’après. Sa bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il
+paroît, restée assez riche.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p134">-134-</span>A celle des Augustins Réformez de saint Germain
+des Prez<a id="FNanchor_440" href="#Footnote_440" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_440" href="#FNanchor_440"><span class="label">[22]</span></a> L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place
+de leur couvent. La bibliothèque n’en devint importante
+que lorsque le président de la Cour des Monnoies, Gilbert
+Mauguin, lui eut légué ses 12,000 volumes de théologie et
+de jurisprudence, en 1674. Elle s’augmenta encore, en 1728,
+de ceux du copiste Jean Pontal. On y remarquoit 14 volumes
+in-fol. d’<i>Antiphonaires</i>, tous écrits, notés et enluminés, au
+<small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, par le P. Trochereau, un des moines du
+couvent.</p>
+</div>
+<p>A celle des Augustins Déchaussez, rue des
+Victoires<a id="FNanchor_441" href="#Footnote_441" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_441" href="#FNanchor_441"><span class="label">[23]</span></a> Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des
+Victoires, dont il ne reste que l’église, une caserne des
+gardes de Paris, ayant, depuis 1850, pris la place du couvent.
+On y comptoit, vers le milieu du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, environ
+30,000 volumes. Auprès de la bibliothèque étoient un cabinet
+de peinture, et un autre d’histoire naturelle et d’antiquités.</p>
+</div>
+<p>A celle des Célestins, près l’Arsenal<a id="FNanchor_442" href="#Footnote_442" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_442" href="#FNanchor_442"><span class="label">[24]</span></a> On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris
+les manuscrits, dont les plus précieux venoient de la
+bibliothèque que le frère de Charles VI, Louis d’Orléans,
+conservoit dans son hôtel de <i>Pute y musse</i>, voisin du couvent.
+Un des deux seuls exemplaires de l’édition xylographique
+du <i lang="la" xml:lang="la">Speculum humanæ salvationis</i>, que l’on connut
+au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, s’y trouvoit aussi.</p>
+</div>
+<p>A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint
+Cosme<a id="FNanchor_443" href="#Footnote_443" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_443" href="#FNanchor_443"><span class="label">[25]</span></a> Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu
+plus importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit
+détruit 9,000 volumes ; en 1680, elle en avoit 12,000,
+mais l’on n’y trouvoit plus la plupart des beaux manuscrits
+donnés par Catherine de Médicis, ni ceux des auteurs latins,
+dont les Alde et les Estienne s’étoient servis pour leurs
+éditions. Les 163 qui en sont venus à la Bibliothèque Nationale
+sont la plupart sans grande valeur.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p135">-135-</span>A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue
+saint Jacques<a id="FNanchor_444" href="#Footnote_444" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_444" href="#FNanchor_444"><span class="label">[26]</span></a> Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine
+lyonnois Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne
+l’ayant augmentée qu’au siècle suivant. Les livres du prince,
+qui, au nombre de 6,800 volumes, formoient plus d’un tiers
+de la bibliothèque, s’y voyoient dans une salle à part,
+nommée <i lang="la" xml:lang="la">Bibliotheca Aureliana</i>. Il n’est venu des Jacobins
+à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des <small>XIII</small><sup>e</sup>
+et <small>XIV</small><sup>e</sup> siècles.</p>
+</div>
+<p>A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré<a id="FNanchor_445" href="#Footnote_445" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_445" href="#FNanchor_445"><span class="label">[27]</span></a> « Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le
+P. Jacob, mais de beaucoup moindre qualité en livres. »
+Elle s’enrichit plus tard. Un des religieux du couvent lui
+légua, en 1649, toute la bibliothèque de son père, médecin
+en Allemagne. Le sorboniste Picque lui laissa, en 1699, les
+manuscrits arabes de son cabinet, qui devaient passer en
+1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se joignirent
+ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous
+Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les
+Jacobins de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748,
+le P. Bérenger avoit dressé le catalogue des livres et manuscrits
+en 7 vol. in-fol. On l’appeloit quelquefois la
+Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à la naissance de
+Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une partie
+de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui
+à la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit.</p>
+</div>
+<p>A celle des Chanoines Réguliers de sainte
+Croix de la Bretonnerie<a id="FNanchor_446" href="#Footnote_446" class="fnanchor">[28]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_446" href="#FNanchor_446"><span class="label">[28]</span></a> Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre
+d’ailleurs peu important.</p>
+</div>
+<p>A celle du Prieuré de saint Martin des
+Champs<a id="FNanchor_447" href="#Footnote_447" class="fnanchor">[29]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_447" href="#FNanchor_447"><span class="label">[29]</span></a> On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais
+beaucoup de manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la
+Bibliothèque Nationale ; et, comme dans tous les prieurés
+de Bénédictins, un grand nombre de chartes et diplômes.
+Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur, sous Louis XV,
+en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été rassemblés
+par Dom Pernot dans la première moitié du <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p136">-136-</span>A celle des Minimes de la place Roïale<a id="FNanchor_448" href="#Footnote_448" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_448" href="#FNanchor_448"><span class="label">[30]</span></a> Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud,
+avoit créé le principal fonds de cette bibliothèque, en lui
+léguant la sienne. Le savant Jean de Launoy en fit autant.
+C’est avec ces ressources que les PP. Niceron et Mersenne
+composèrent leurs ouvrages si pleins de recherches. Au
+<small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu de
+8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit
+20,000 ; presque tous reliés en veau fauve, avec un
+soleil d’or sur les plats, portant au centre le mot <i lang="la" xml:lang="la">caritas</i>,
+et en exergue l’inscription : <i lang="la" xml:lang="la">Conventus parisiensis
+Minimorum</i>. — L’<i lang="la" xml:lang="la">Herbarium
+vivum</i>, ms. en 15 vol. in-fol., du
+P. Prumier, contenant la description de toutes les plantes
+qu’il avoit étudiées de 1675 à 1704, tant en Italie qu’en
+Amérique, étoit une des curiosités de la bibliothèque des
+Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre, pour celle
+du roi, en 1768.</p>
+</div>
+<p>Outre les Biblioteques particulières, il y en a
+quelques unes à l’usage du public, dans lesquelles
+on donne entrée à tous venans aux jours
+et heures ci-après marquées ; sçavoir,</p>
+
+<p>Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les
+Lundis et Samedis du matin et de relevée<a id="FNanchor_449" href="#Footnote_449" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_449" href="#FNanchor_449"><span class="label">[31]</span></a> « On commence aussi à donner entrée les lundis et
+jeudis en celle du collége Mazarini. » Edit. 1691, p. 11. — Elle
+avoit été ouverte pour la première fois, en octobre
+1688, dans le pavillon du collége Mazarin, aujourd’hui
+palais de l’Institut, où elle est encore, sous le nom de
+Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut Ludovic
+Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de
+Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place.
+Elle avoit été, comme on sait, formée pour Mazarin, par
+G. Naudé, qui en parle beaucoup dans son <i>Mascurat</i>. Un
+siècle après eux, elle avoit presque doublé. On n’y comptoit
+que 27,000 vol. à la mort du cardinal ; en 1751, lorsque
+Desmarais en fit le catalogue, il n’y en avoit pas moins
+de 45,000.</p>
+</div>
+<p>Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les
+<span class="pagenum" id="p137">-137-</span>Livres de feu M. Bouchet de Bournonville, qui
+est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le
+matin depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprés-dinée
+depuis deux jusqu’à cinq<a id="FNanchor_450" href="#Footnote_450" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_450" href="#FNanchor_450"><span class="label">[32]</span></a> « Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus
+utilement qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met
+entre les mains des curieux tous les livres qu’ils demandent. »
+Edit. 1691, p. 11. — C’est la bibliothèque dont Rabelais
+a dressé un si burlesque catalogue. Au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, elle
+s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on ne s’en
+moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de grand’Chambre,
+dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690, non-seulement
+légué tous ses livres, mais aussi une rente pour
+en acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois
+jours par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici
+qu’il y fut fait droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage,
+neveu de La Reynie, qui possédoit une collection
+inappréciable de cartes et plans, dont le plus précieux étoit
+celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en passant par la
+bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de Saint-Victor.
+Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en 1703
+de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux
+Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de
+plus du double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir
+l’ancienne. La Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en
+possède 1265, dont un tiers de mss. latins. Dans le nombre
+est le très-curieux catalogue de la Bibliothèque Saint-Victor
+par Claude de Grandrue.</p>
+</div>
+<p>Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui
+est ouverte seulement les Dimanches après
+Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens
+et des Apoticaires artistes ; qui confèrent
+en même temps sur les Nouvelles Découvertes
+qui se font dans les Sciences Naturelles et dans
+les Arts qui en dépendent.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p138">-138-</span></p>
+
+<h3 id="c17">COLLÈGES<br>
+<span class="small">ET LEÇONS PUBLIQUES<a id="FNanchor_451" href="#Footnote_451" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_451" href="#FNanchor_451"><span class="label">[1]</span></a> « Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université
+divers colléges où la jeunesse est instruite à très-peu de
+frais, et où il y a même des bourses fondées pour l’entretien
+d’un certain nombre de pauvres étudiants. » Edit. 1691,
+p. 11.</p>
+</div>
+
+<p>Les Collèges où il y a exercices ordinaires
+des Humanitez, de la Rhétorique et de la Philosophie,
+sont,</p>
+
+<p>Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis
+Sorbonne<a id="FNanchor_452" href="#Footnote_452" class="fnanchor">[2]</a>, rue saint Jacques. Celuy des Quatre
+Nations sur le quay de Nesle<a id="FNanchor_453" href="#Footnote_453" class="fnanchor">[3]</a>, celuy de Navarre<a id="FNanchor_454" href="#Footnote_454" class="fnanchor">[4]</a>,
+celuy de la Marche<a id="FNanchor_455" href="#Footnote_455" class="fnanchor">[5]</a>, et celuy de Montaigu<a id="FNanchor_456" href="#Footnote_456" class="fnanchor">[6]</a>
+<span class="pagenum" id="p139">-139-</span>à la montagne sainte Genevieve ; celuy
+d’Harcourt<a id="FNanchor_457" href="#Footnote_457" class="fnanchor">[7]</a> et celuy de Lizieux, rue de la
+Harpe<a id="FNanchor_458" href="#Footnote_458" class="fnanchor">[8]</a> ; ceux de Beauvais<a id="FNanchor_459" href="#Footnote_459" class="fnanchor">[9]</a> et de Presles<a id="FNanchor_460" href="#Footnote_460" class="fnanchor">[10]</a>, rue
+saint Jean de Beauvais, celuy du Cardinal le
+Moine<a id="FNanchor_461" href="#Footnote_461" class="fnanchor">[11]</a>, rue saint Victor, et celuy des Grassins<a id="FNanchor_462" href="#Footnote_462" class="fnanchor">[12]</a>,
+rue des Amandiers<a id="FNanchor_463" href="#Footnote_463" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_452" href="#FNanchor_452"><span class="label">[2]</span></a> Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long,
+l’avoit fondé en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il
+prit le double nom qu’il a ici. Les facultés de Théologie,
+des Sciences et Lettres l’occupèrent sous l’Empire et la
+Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole normale.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_453" href="#FNanchor_453"><span class="label">[3]</span></a> C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus
+haut : « Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691,
+p. 11, qui ne tiennent point chez eux de petites classes,
+ont la direction de ce collége, où ils font enseigner gratis
+toutes les humanités, au désir de la fondation du feu cardinal
+Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en font de même au
+collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_454" href="#FNanchor_454"><span class="label">[4]</span></a> Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de
+Navarre, femme de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi
+plus tard avec le prix de la vente de la tour de Nesle, qui
+appartenoit aux rois de Navarre. Depuis l’Empire, il est
+occupé par l’Ecole polytechnique. La chapelle en est curieuse.
+(<i>Rev. archéolog.</i>, t. I, p. 192-200.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_455" href="#FNanchor_455"><span class="label">[5]</span></a> Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit
+fondé pour des écoliers de sa pauvre province. Supprimé à
+la Révolution, il devint une pension célèbre du quartier
+Latin, la pension Vattier. Les bâtiments en ont disparu,
+avec une partie de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève,
+où ils se trouvoient sous le n<sup>o</sup> 37.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_456" href="#FNanchor_456"><span class="label">[6]</span></a> Un des plus pauvres et des plus austères colléges de
+Paris. Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme
+y étudia. La maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis,
+l’avoit fait appeler <i>Collége des Haricots</i>, nom qui resta à la
+prison militaire, qu’on y installa, en 1792. (<i>V.</i> notre <i>Paris
+Démoli</i>.) Ses bâtiments, qui faisoient l’angle de la rue des
+Sept-Voies et de la place du Panthéon, furent démolis en
+1845, pour faire place à ceux de la nouvelle bibliothèque
+Sainte-Geneviève.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_457" href="#FNanchor_457"><span class="label">[7]</span></a> Un chanoine de Paris, Raoul d’Harcourt, l’avoit fondé
+en 1220. Ses bâtiments, reconstruits en 1675, ont été emportés
+en partie par le boulevard Saint-Michel. Ce qui reste
+est occupé par le lycée Saint-Louis.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_458" href="#FNanchor_458"><span class="label">[8]</span></a> Il y a ici une erreur. Si le collége d’Harcourt fut rue
+de la Harpe, le collége de Lisieux en revanche n’y fut
+jamais. L’évêque de Lisieux, Gui d’Harcourt, le fonda en
+1336, rue des Prêtres-Saint-Séverin ; il passa ensuite rue
+Saint-Etienne des Grès, et n’en fut déplacé qu’en 1764, pour
+occuper, rue Saint-Jean de Beauvais, les bâtiments du collége
+de Dormans.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_459" href="#FNanchor_459"><span class="label">[9]</span></a> C’est celui dont nous venons de parler, le collége de
+Dormans-Beauvais, qui devoit son nom à son fondateur,
+l’évêque de Beauvais, Jean de Dormans. Il datoit de 1370.
+Supprimé à la Révolution, Carnot y établit la première
+école mutuelle d’essai.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_460" href="#FNanchor_460"><span class="label">[10]</span></a> Raoul de Presles l’avoit fondé en 1313 pour les pauvres
+écoliers du diocèse de Soissons, d’où lui vint son premier
+nom de collége de Soissons. Ramus y professoit ; c’est là
+qu’il fut tué à la Saint-Barthélemy.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_461" href="#FNanchor_461"><span class="label">[11]</span></a> Il devoit son nom au cardinal Jean Lemoine, qui
+l’avoit fondé en 1302. Calvin y étudia, et Lhomond y fut
+professeur. Il n’en existe plus rien que le nom d’une petite
+rue bâtie sur les chantiers qui en avoient pris la place.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_462" href="#FNanchor_462"><span class="label">[12]</span></a> Il ne datoit que de 1569. Le sénonois P. Grassin,
+de qui lui venoit son nom, l’avoit fondé pour des écoliers
+nés à Sens. Chamfort, qui s’appeloit alors Nicolas, en fut
+le dernier élève distingué.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_463" href="#FNanchor_463"><span class="label">[13]</span></a> « Celui de Cambrai et celui de fondation royale, près
+Saint-Jean de Latran,… celui des Trésoriers, près de la
+Sorbonne. » Edit. 1691, p. 11.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p140">-140-</span>Il y a encore des Communautez Religieuses
+qui ont des Maisons Collègiales dans l’étendue
+de l’Université, où les nouveaux Profez sont
+instruits aux Humanitez, Rhétorique, Philosophie,
+etc., à sçavoir : les Grands Augustins
+devant le Pont neuf<a id="FNanchor_464" href="#Footnote_464" class="fnanchor">[14]</a>, les Grands Cordeliers,
+près saint Cosme<a id="FNanchor_465" href="#Footnote_465" class="fnanchor">[15]</a>, les Grands Jacobins, rue
+saint Jacques<a id="FNanchor_466" href="#Footnote_466" class="fnanchor">[16]</a>, les Bernardins, au quartier saint
+Victor<a id="FNanchor_467" href="#Footnote_467" class="fnanchor">[17]</a> ; les Carmes, à la place Maubert<a id="FNanchor_468" href="#Footnote_468" class="fnanchor">[18]</a>, les
+<span class="pagenum" id="p141">-141-</span>Prémontrez, rue Hautefueille<a id="FNanchor_469" href="#Footnote_469" class="fnanchor">[19]</a> ; les Religieux de
+l’Ordre de Grammont, rue du Batoir<a id="FNanchor_470" href="#Footnote_470" class="fnanchor">[20]</a>, et ceux
+de l’Ordre de Cluny, place de Sorbonne<a id="FNanchor_471" href="#Footnote_471" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_464" href="#FNanchor_464"><span class="label">[14]</span></a> Ils ont donné leur nom au quai. De leur église, construite
+en 1368, on fit, sous le premier empire, le marché à
+la Volaille, qui garda le nom de <i>la Vallée</i>, parce qu’on l’y
+transféroit de <i>la Vallée de Misère</i>, située près du Châtelet.
+Ce qui restoit, sur le quai, de l’église devenue marché, vient
+de disparoître. Il subsiste encore quelque chose des bâtiments,
+au n<sup>o</sup> 5 de la rue du Pont de Lodi, dont le percement,
+en 1797, coupa en deux le terrain occupé par le
+couvent.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_465" href="#FNanchor_465"><span class="label">[15]</span></a> Ils avoient donné leur nom à la rue, qui prit, en 1790,
+celui de <i>rue de l’Ecole de Médecine</i>. Leur église y subsiste
+encore. C’est le <i>Musée Dupuytren</i>. Pendant la Révolution,
+ce fut le <i>Club des Cordeliers</i>, d’où Camille Desmoulins, qui
+en faisoit partie, datoit son journal, <i>le Vieux Cordelier</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_466" href="#FNanchor_466"><span class="label">[16]</span></a> Nous en avons parlé un peu plus haut, à propos de
+leur Bibliothèque.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_467" href="#FNanchor_467"><span class="label">[17]</span></a> Dans la rue à laquelle ils avoient fait donner leur nom,
+et qui prit, en 1806, celui de rue de Pontoise, parce qu’elle
+est voisine du Marché aux Veaux, que Pontoise approvisionne.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_468" href="#FNanchor_468"><span class="label">[18]</span></a> Ils n’étoient pas sur la place même, mais auprès, dans
+la rue, qui leur devoit son nom. Leur église, qui datoit du
+<small>XIV</small><sup>e</sup> siècle, fut démolie en 1814, pour faire place au <i>marché
+Maubert</i>. Ces carmes ne sont pas à confondre avec ceux de
+la rue de Vaugirard, <i>les Carmes déchaussés</i>, à qui l’on doit
+l’eau de Mélisse, et dont l’église existe encore.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_469" href="#FNanchor_469"><span class="label">[19]</span></a> Ils s’y étoient établis, dès 1252, dans une des maisons
+que Pierre Sarrazin, qui donna son nom à une des
+rues voisines, y possédoit. Leur chapelle, située au coin de
+la rue Hautefeuille, à gauche de la rue de l’Ecole de Médecine,
+fut démolie et rebâtie en 1618. C’est aujourd’hui
+un café.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_470" href="#FNanchor_470"><span class="label">[20]</span></a> Ils n’étoient pas rue du Battoir, mais dans le voisinage,
+rue Mignon, où, depuis 1603, ils occupoient, par
+suite d’un échange avec leur prieuré du bois de Vincennes,
+le collége fondé en 1343, par le maître des Comptes, Jean
+Mignon.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_471" href="#FNanchor_471"><span class="label">[21]</span></a> Le collége de Cluny se trouvoit en effet au coin de
+cette place et de la rue des Grès. Sa fondation par Yves de
+Vergy, abbé de Cluny, datoit de 1269. Quelques restes du
+cloître subsistent encore. David y avoit son atelier en 1806.</p>
+</div>
+<p>Outre les exercices ordinaires de l’Université,
+on professe la Théologie au Collège de Sorbonne<a id="FNanchor_472" href="#Footnote_472" class="fnanchor">[22]</a>,
+et à celuy de Navarre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_472" href="#FNanchor_472"><span class="label">[22]</span></a> Les écoles de théologie fondées par Richelieu n’étoient
+pas à la Sorbonne même, mais sur la place, au n<sup>o</sup> 2. Elles
+furent supprimées à la Révolution.</p>
+</div>
+<p>La Jurisprudence aux Ecolles de Droit, rue
+saint Jean de Beauvais<a id="FNanchor_473" href="#Footnote_473" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_473" href="#FNanchor_473"><span class="label">[23]</span></a> <i>V.</i> plus haut.</p>
+</div>
+<p>La Médecine, au Collège des Medecins, rue
+de la Bucherie<a id="FNanchor_474" href="#Footnote_474" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_474" href="#FNanchor_474"><span class="label">[24]</span></a> Les écoles de médecine et de chirurgie étoient déjà rue
+de la Bûcherie en 1472. Les bâtiments en furent reconstruits
+en 1676, à l’exception d’un portail du <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle qui existoit
+encore, il y a quelques années. En 1744, on avoit
+refait l’amphithéâtre, dont le dôme se voit toujours dans la
+maison qui porte le n<sup>o</sup> 13, au coin de la rue de l’hôtel
+Colbert. Ce n’est qu’en 1774 que ces écoles furent transférées,
+où nous les voyons, dans l’ancien collége de Bourgogne
+reconstruit exprès, et qu’on avoit acheté aux Bénédictins,
+qui justement y avoient établi une école de chirurgie.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p142">-142-</span>Les Mathematiques, et les Langues Arabe,
+Grecque, et Hebraique, au College Royal, Place
+de Cambray.</p>
+
+<p>Les autres Collèges dont les revenus ne servent
+maintenant qu’à l’entretien des Bourciers, sont
+pour les Provinces du Maine et d’Anjou, celui
+de Bayeux<a id="FNanchor_475" href="#Footnote_475" class="fnanchor">[25]</a> ; pour ceux du Diocese de Narbonne<a id="FNanchor_476" href="#Footnote_476" class="fnanchor">[26]</a>,
+celui de ce nom ; pour la Bourgogne,
+celui du même nom<a id="FNanchor_477" href="#Footnote_477" class="fnanchor">[27]</a> ; pour le Diocèse d’Arras,
+encore celui du même nom<a id="FNanchor_478" href="#Footnote_478" class="fnanchor">[28]</a> ; pour la Touraine,
+celui de Tours<a id="FNanchor_479" href="#Footnote_479" class="fnanchor">[29]</a> ; pour le Diocèse de Vienne et
+<span class="pagenum" id="p143">-143-</span>de Bourbonnois, celui du cardinal Bertrand<a id="FNanchor_480" href="#Footnote_480" class="fnanchor">[30]</a> ;
+pour le Limosin, celui de saint Michel<a id="FNanchor_481" href="#Footnote_481" class="fnanchor">[31]</a> ; pour
+Theroüenne, celuy de Boncourt<a id="FNanchor_482" href="#Footnote_482" class="fnanchor">[32]</a> ; pour le Diocèse
+de Bayeux, celui de M. Gervais<a id="FNanchor_483" href="#Footnote_483" class="fnanchor">[33]</a> ; pour le
+Diocèse de Rheims, celuy du même nom<a id="FNanchor_484" href="#Footnote_484" class="fnanchor">[34]</a> ; pour
+<span class="pagenum" id="p144">-144-</span>le Diocèse de Séez, celui de ce nom<a id="FNanchor_485" href="#Footnote_485" class="fnanchor">[35]</a> ; pour ceux
+de Paris et de Beauvais, celui de sainte Barbe<a id="FNanchor_486" href="#Footnote_486" class="fnanchor">[36]</a> ;
+pour ceux de la famille de feu M. Fortet, et à
+leur deffaut, pour Paris et saint Flour, celui
+de Fortet<a id="FNanchor_487" href="#Footnote_487" class="fnanchor">[37]</a> ; pour ceux de la Famille de Godefroy
+<span class="pagenum" id="p145">-145-</span>de Boissy, celui du même nom<a id="FNanchor_488" href="#Footnote_488" class="fnanchor">[38]</a> ; tous lesquels
+sont dans l’enclos de l’Université.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_475" href="#FNanchor_475"><span class="label">[25]</span></a> Il avoit été fondé par Guillaume Bonnet, évêque de
+Bayeux. L’inscription, que l’on put lire jusqu’à sa démolition,
+il y a vingt-cinq ans, au-dessus de la porte gothique,
+rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 107 : <i lang="la" xml:lang="la">Collegium Bajocence, fund. anno
+1308</i>, dispensoit de chercher la date de la fondation. On
+l’avoit réuni à l’Université en 1763.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_476" href="#FNanchor_476"><span class="label">[26]</span></a> Autre fondation épiscopale. On la devoit à Bernard de
+Fages, archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se
+trouvoit rue de la Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole
+de Médecine ; rebâti en 1760, et réuni trois ans après à
+l’Université, il étoit, depuis la Révolution, un hôtel garni,
+lorsqu’on le démolit vers le même temps que celui de
+Bayeux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_477" href="#FNanchor_477"><span class="label">[27]</span></a> « Rue des Cordeliers. » Edit. 1691, p. 11. — La
+comtesse Jeanne de Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour
+vingt pauvres écoliers de sa province. Nous avons dit, dans
+une des notes précédentes, comment il devint l’Ecole de
+Médecine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_478" href="#FNanchor_478"><span class="label">[28]</span></a> Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’<i>Arras</i>,
+Nicolas Le Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni,
+en 1763, à celui de Louis-le-Grand. Il avoit été transféré
+de la rue Chartière dans la rue des Murs, qui en prit le
+nom de rue d’Arras, qu’elle porte encore.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_479" href="#FNanchor_479"><span class="label">[29]</span></a> Il étoit au n<sup>o</sup> 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333,
+l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé.
+Les bâtiments reconstruits en 1730 existent encore.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_480" href="#FNanchor_480"><span class="label">[30]</span></a> On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au
+n<sup>o</sup> 22 de la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun,
+cardinal Pierre Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en
+1764, on l’eut réuni au collége Louis-le-Grand, l’école gratuite
+de dessin y fut établie pendant quelques années. Il
+fut démoli sous le premier empire.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_481" href="#FNanchor_481"><span class="label">[31]</span></a> L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé
+rue de Bièvre, au <small>XIV</small><sup>e</sup> siècle, sous l’invocation de saint
+Michel. On l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme
+limousin, l’abbé Dubois y avoit étudié.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_482" href="#FNanchor_482"><span class="label">[32]</span></a> Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud,
+dont on fit de Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit
+pauvres écoliers, en logique ou philosophie, venus de Thérouanne,
+pays de P. Bécoud, en furent, d’abord, les seuls
+élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que celui de Tournay,
+au collége de Navarre, qu’il joignoit par une espèce de pont
+qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses priviléges
+lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons
+encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui
+malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis
+qu’en 1552 Charles-Quint l’avoit complètement détruite.
+Lorsque l’Ecole polytechnique fut fondée au collége de Navarre,
+on en mit les bureaux au collége de Boncourt, qui,
+depuis lors, a été entièrement démoli.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_483" href="#FNanchor_483"><span class="label">[33]</span></a> <i>Gervais</i> Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de
+Charles V, l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége
+de <i>Notre-Dame de Bayeux</i>, à cause du canonicat de son
+fondateur, et des élèves que Bayeux y envoyoit. Il étoit
+situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie aujourd’hui à la
+rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une caserne
+d’infanterie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_484" href="#FNanchor_484"><span class="label">[34]</span></a> « Derrière Saint-Hilaire. » Edit. 1691, p. 11. — Ce
+collége étoit rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409,
+en exécution d’une clause du testament de Guy de Roye,
+archevêque de Reims. Il n’en reste plus rien, depuis longtemps.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_485" href="#FNanchor_485"><span class="label">[35]</span></a> La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire.
+Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en
+1404, avoit légué l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi
+qu’en 1427. Ce collége n’avoit que huit boursiers, dont
+quatre du diocèse de Séez. Un don de Jean Aubert, en
+1634, permit d’en augmenter le nombre. P. Lallemand,
+évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque entièrement,
+en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni, dit
+<i>de Nassau</i>. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles,
+avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_486" href="#FNanchor_486"><span class="label">[36]</span></a> Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant,
+professeur de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel
+de la rue des Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien,
+qui avoit appartenu à P. de Châlon. Sainte
+Barbe, à laquelle il fut dédié, étoit, dit M. J. Quicherat,
+« la vierge savante qui passa de la plus tendre jeunesse
+dans l’éternité… après avoir vaincu dans la discussion les
+plus habiles défenseurs du paganisme grec. » (<i>Hist. du collége
+Sainte-Barbe</i>, t. I, p. 9-10.) — Ce collége ne s’administra
+lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque
+Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait
+don de l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle.
+Il y créa aussi sept bourses : trois grandes, pour les
+diocèses d’Autun, de Rouen, d’Evreux et de Paris ; et
+quatre petites pour les paroisses qu’il avoit administrées :
+celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi,
+et celle de la Neuville d’Aumont. C’est pour
+ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous voyons
+ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis
+à Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe
+devint l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son
+nom, qu’il a gardé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_487" href="#FNanchor_487"><span class="label">[37]</span></a> Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit
+son nom au chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition
+testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé
+l’argent disponible pour cette fondation. Comme il étoit
+d’Aurillac, quatre bourses étoient destinées à des enfants de
+cette ville ou du diocèse de Saint-Flour, mais pris de préférence
+dans sa famille. Quatre autres bourses étoient réservées
+pour Paris.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_488" href="#FNanchor_488"><span class="label">[38]</span></a> <i>V.</i> ce que nous avons dit plus haut de ce collége de
+Boissy, situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa
+bibliothèque.</p>
+</div>
+<p>On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement
+par ordre et aux dépens du Roi, au
+Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor,
+la Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la
+Botanique. Le public est averti de l’ouverture
+des Leçons par des Affiches, au commencement
+de l’hiver pour les Dissections Anatomiques, et
+pour les Opérations Chirurgicales, et au commencement
+de l’Eté pour la Démonstration des
+Plantes et pour les Préparations Chimiques<a id="FNanchor_489" href="#Footnote_489" class="fnanchor">[39]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_489" href="#FNanchor_489"><span class="label">[39]</span></a> « Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait
+aussi chaque année des dissections anatomiques et des
+opérations chirurgicales, mais à prix d’argent. » Edit. 1691,
+p. 13.</p>
+</div>
+<p>Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers,
+on fait aussi annuellement et gratuitement tous
+les Hivers des Démonstrations Chirurgicales
+Anatomiques, suivant la fondation de feu
+M. Biennaisse<a id="FNanchor_490" href="#Footnote_490" class="fnanchor">[40]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_490" href="#FNanchor_490"><span class="label">[40]</span></a> « Le public est averti des unes et des autres par des
+affiches. » <i>Ibid.</i> — Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès
+de l’église dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens,
+étoient plus exclusivement chirurgicales que celles de la rue
+de la Bûcherie, dont il a été parlé plus haut. Elles avoient
+eu pour origine la confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien
+fondée, dit-on, par saint Louis. C’est par son testament
+que M. Jean Bienaise, mort le 21 décembre 1681, après
+avoir été un des bons praticiens de son temps, avoit laissé
+six cents livres de rente pour deux professeurs chargés de
+faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il
+est ici question.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p146">-146-</span></p>
+
+<h3 id="c18">MATHÉMATIQUES.</h3>
+
+
+<p>Les Professeurs ès Mathématiques qui sont de
+l’Académie Royale des Sciences et qui ont des
+appartemens à l’Observatoire Royal, pour les
+Observations Astronomiques, sont M<sup>rs</sup> Cassüni<a id="FNanchor_491" href="#Footnote_491" class="fnanchor">[1]</a>,
+de la Hire<a id="FNanchor_492" href="#Footnote_492" class="fnanchor">[2]</a>, Couplet<a id="FNanchor_493" href="#Footnote_493" class="fnanchor">[3]</a>, Sédillot<a id="FNanchor_494" href="#Footnote_494" class="fnanchor">[4]</a> et Cusset<a id="FNanchor_495" href="#Footnote_495" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_491" href="#FNanchor_491"><span class="label">[1]</span></a> Jean Dominique, le premier et le plus célèbre de la
+dynastie des Cassini, né en 1625 à Nice, mort en 1712 à
+Paris. (<i>V.</i> son Eloge dans les <i>Œuvres</i> de Fontenelle, t. V,
+p. 322.) Ses principales découvertes en astronomie s’y
+trouvent analysées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_492" href="#FNanchor_492"><span class="label">[2]</span></a> Philippe de La Hire, de l’Académie des sciences,
+comme Cassini, et professeur de mathématiques et d’astronomie
+au collége de France. Il mourut en 1719 à soixante-dix-neuf
+ans. Fontenelle a fait aussi son éloge, t. VI, p. 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_493" href="#FNanchor_493"><span class="label">[3]</span></a> Claude-Antoine Couplet, qui fut plutôt ingénieur-mécanicien
+qu’astronome. Aussi n’étoit-il logé à l’Observatoire
+que comme garde du cabinet des machines. Il mourut le
+22 juillet 1722, à quatre-vingt-un an. (<i>V.</i> son éloge dans
+Fontenelle, t. VI, p. 159.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_494" href="#FNanchor_494"><span class="label">[4]</span></a> Il n’est guère connu que par la part qu’il prit, en 1718,
+au voyage du second des Cassini, pour la prolongation de
+la mesure du méridien jusqu’à Dunkerque.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_495" href="#FNanchor_495"><span class="label">[5]</span></a> Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant
+du Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science.
+On a de lui, dans les <i>Mémoires de l’Académie</i> de 1703, une
+lettre curieuse à La Hire sur la montagne soi-disant inaccessible
+du Dauphiné.</p>
+</div>
+<p>M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture
+qui se tient au Palais Brion<a id="FNanchor_496" href="#Footnote_496" class="fnanchor">[6]</a>, où il
+fait des leçons publiques d’Architecture, par
+conséquent sur la Coupe des pierres.
+<span class="pagenum" id="p147">-147-</span>M. Rolle<a id="FNanchor_497" href="#Footnote_497" class="fnanchor">[7]</a> qui est aussi de l’Académie Royale
+des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre,
+demeure rue</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_496" href="#FNanchor_496"><span class="label">[6]</span></a> <i>V.</i> plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance
+du Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie
+d’architecture avant d’être installée au Louvre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_497" href="#FNanchor_497"><span class="label">[7]</span></a> Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on
+le dit ici, fut sa science préférée ; il n’eut pas à le regretter.
+Elle le mena droit à l’Académie des sciences, et la solution
+d’un problème posé par Ozanam lui valut une gratification
+de Colbert, que l’abbé Gallois, secrétaire des ministres,
+dont Rolle avoit accepté la collaboration, fit bientôt changer
+en pension durable. Il mourut en 1719, à soixante-sept
+ans. Fontenelle a écrit son éloge. (<i>V.</i> ses <i>Œuvres</i>, t. VI,
+p. 74.)</p>
+</div>
+<p>M. Sauveur<a id="FNanchor_498" href="#Footnote_498" class="fnanchor">[8]</a>, rue    et    rue   
+sont Professeurs Royaux au Collége de Cambray<a id="FNanchor_499" href="#Footnote_499" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_498" href="#FNanchor_498"><span class="label">[8]</span></a> Un des plus illustres savants de son temps, pour les
+mathématiques et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il
+mourut, en 1716, à Paris. (<i>V.</i> son <i>Eloge</i> parmi ceux que
+Fontenelle a faits des membres de l’Académie des sciences,
+t. V, p. 466.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_499" href="#FNanchor_499"><span class="label">[9]</span></a> C’est le collége de France, souvent appelé comme il
+l’est ici, parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de
+Cambray, qui lui-même avoit donné son nom à la place
+où il s’ouvroit. Sauveur professoit au collége de France
+depuis 1686.</p>
+</div>
+<p>M<sup>rs</sup> Hébert, Professeur au Collége de Maitre
+Gervais, rue du Foin<a id="FNanchor_500" href="#Footnote_500" class="fnanchor">[10]</a>, et Varignon<a id="FNanchor_501" href="#Footnote_501" class="fnanchor">[11]</a> au Collége
+Mazarini<a id="FNanchor_502" href="#Footnote_502" class="fnanchor">[12]</a>, sont encore d’une très particuliere
+distinction.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_500" href="#FNanchor_500"><span class="label">[10]</span></a> Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être
+au lieu d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite
+à Caen, où il resta en relation avec Varignon. (<i>V. Histoire
+de l’Académie des sciences</i>, année 1719, p. 39.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_501" href="#FNanchor_501"><span class="label">[11]</span></a> Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris
+en 1722, grand ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle,
+auquel il légua tous ses papiers, et qui a fait son
+éloge, t. VI, p. 182.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_502" href="#FNanchor_502"><span class="label">[12]</span></a> En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie
+des sciences, il étoit fait professeur de mathématiques
+au collége Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après
+avoir fait sa classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il
+avoit aussi une chaire au collége de France.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p148">-148-</span>Les Professeurs qui enseignent chez eux et en
+Ville toutes les parties des Mathématiques, sont
+M<sup>rs</sup> Ozanam, rue de Seine<a id="FNanchor_503" href="#Footnote_503" class="fnanchor">[13]</a>, Lieutault, rue des
+fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries
+Saint Germain, et de Blegny le jeune,
+près la Madelaine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_503" href="#FNanchor_503"><span class="label">[13]</span></a> Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes,
+mort à Paris le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des
+sciences en 1701. Ses <i>Récréations mathématiques et physiques</i>,
+dont la 1<sup>re</sup> édition est de 1699, in-8<sup>o</sup>, sont un des
+premiers ouvrages de physique amusante que l’on ait publiés.
+Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge d’Ozanam.</p>
+</div>
+<p>Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens
+Mathématiques, sont M<sup>rs</sup> le Bas, aux Galleries
+du Louvre<a id="FNanchor_504" href="#Footnote_504" class="fnanchor">[14]</a>, Chapotot<a id="FNanchor_505" href="#Footnote_505" class="fnanchor">[15]</a> et Buterfield<a id="FNanchor_506" href="#Footnote_506" class="fnanchor">[16]</a>, sur le
+Quay de l’Horloge<a id="FNanchor_507" href="#Footnote_507" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_504" href="#FNanchor_504"><span class="label">[14]</span></a> Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe
+Lebas, mort en 1677. Le logement que celui-ci avoit
+occupé depuis le 26 janvier 1670, « avec les autres artisans
+de réputation dans la galerie du Louvre, destinée à cet
+effet », ainsi qu’il étoit dit dans son brevet, avoit été conservé
+à son fils. Un ouvrier du même métier, nommé
+Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (<i>Registres du
+Secrétariat</i>, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr.,
+n<sup>o</sup> 2771.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_505" href="#FNanchor_505"><span class="label">[15]</span></a> Ozanam a parlé de lui dans ses <i>Récréations mathématiques</i>…
+1696, in-8, t. II, p. 277 : « Le sieur Chapotot,
+dit-il, ingénieur du Roi, et fabricateur des instruments de
+mathématiques à Paris, dont l’habitude est de renchérir sur
+les plus belles inventions. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_506" href="#FNanchor_506"><span class="label">[16]</span></a> C’étoit un mécanicien allemand, — Lister dit anglais, — qui
+s’étoit établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et
+que plusieurs mémoires : <i>Niveau d’une nouvelle construction</i>,
+1677, in-12 ; <i>Adomètre nouveau</i>, 1681, in-12, etc.,
+avoient déjà fait avantageusement connoître. Il y mourut en
+1724. On lui doit de grands quarts de cercle qui ont beaucoup
+contribué à sa célébrité. Ses boussoles-cadrans, qu’il
+faisoit d’ordinaire en argent, s’appeloient, de son nom, des
+<i>Butterfield</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_507" href="#FNanchor_507"><span class="label">[17]</span></a> Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit ;
+et déjà sous Louis XIV — Chapotot, d’après notre avant-dernière
+note, en est la preuve — les fabricants d’instruments
+de mathématiques y prenoient le titre « d’ingénieur. » — Quelques
+années après la publication de ce
+<i>Livre commode</i>, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit
+à côté de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon,
+dans ses <i>Diversités curieuses</i>, 1699, in-12, t. II,
+p. 57, a parlé de lui, à propos d’un « cadran équinoxial,
+universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille aimantée, pour
+voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires sur
+toutes sortes de plans… Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement
+inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les
+instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux
+deux globes, sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p149">-149-</span>On trouve des Cartes de Geographie très curieuses
+chez M. Samson<a id="FNanchor_508" href="#Footnote_508" class="fnanchor">[18]</a>, aux Galleries du
+Louvre, et chez Mademoiselle du Val<a id="FNanchor_509" href="#Footnote_509" class="fnanchor">[19]</a>, sur le
+Quay de l’Horloge.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_508" href="#FNanchor_508"><span class="label">[18]</span></a> Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe
+du Roi, comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué
+le 27 août 1648, dans l’une des premières émeutes de la
+Fronde. Adrien Sanson mourut le 16 mai 1703.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_509" href="#FNanchor_509"><span class="label">[19]</span></a> Son père P. Du Val étoit « géographe ordinaire du
+Roi. » Elle vendoit ses livres, entre autres un <i>Traité de
+géographie</i>, revu et augmenté, quand Du Val fut mort, par
+le P. Placide, augustin déchaussé, qui étoit aussi « géographe
+du Roi. » Ce Traité devint la base du volume
+classique, connu sous le titre de <i>Géographie de Crozat</i>, qu’il
+devoit à la fille du riche financier Crozat, pour laquelle
+on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre
+son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares
+exemplaires où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La
+boutique de M<sup>lle</sup> Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge.
+On lit, en effet, sur le titre : « Chez Mademoiselle Du
+Val, fille de l’auteur, rue Saint-Jacques, au Dauphin d’or,
+vis-à-vis la rue de la Parcheminerie. »</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p150">-150-</span></p>
+
+<h3 id="c19">MEDECINE ORDINAIRE.</h3>
+
+
+<p>Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire,
+est celle qui est légitimement pratiquée
+par gens graduez, qui se rapportent assez dans
+les principes et dans les maximes essentielles,
+pour se rendre reciproquement compte de leur
+conduite lors des Consultations.</p>
+
+<p>M. le Premier Medecin du Roy<a id="FNanchor_510" href="#Footnote_510" class="fnanchor">[1]</a>, a son appartement
+au Jardin Roial des Plantes, où il loge
+quand il est à Paris<a id="FNanchor_511" href="#Footnote_511" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_510" href="#FNanchor_510"><span class="label">[1]</span></a> Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi
+étoit Daquin, dont les appointements cumulés ne s’élevoient
+pas à moins de 37,000 livres, suivant l’<i>Etat de France</i> de
+1692, p. 235.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_511" href="#FNanchor_511"><span class="label">[2]</span></a> Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes,
+de la chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet
+3,000 livres, qui se confondoient avec les 37,000 de ses
+appointements généraux.</p>
+</div>
+<p>Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant
+par quartier<a id="FNanchor_512" href="#Footnote_512" class="fnanchor">[3]</a>, qui pratiquent à Paris avec
+beaucoup de réputation, par exemple :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_512" href="#FNanchor_512"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit : deux par
+quartier, ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter,
+dit l’<i>Etat de France</i>, « 273 livres 15 sous de livrées, chacun
+pour sa bouche à cour. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs Lallier<a id="FNanchor_513" href="#Footnote_513" class="fnanchor">[4]</a>, rue des Prouvaires, Du
+Gué<a id="FNanchor_514" href="#Footnote_514" class="fnanchor">[5]</a>, près saint Paul, Fresquière<a id="FNanchor_515" href="#Footnote_515" class="fnanchor">[6]</a>, rue sainte
+Avoye, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_513" href="#FNanchor_513"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier
+d’avril. Il étoit aussi, selon l’<i>Etat de France</i>, médecin de
+la Bastille.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_514" href="#FNanchor_514"><span class="label">[5]</span></a> Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_515" href="#FNanchor_515"><span class="label">[6]</span></a> Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant
+le trimestre de janvier.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p151">-151-</span>Messieurs du Chesne<a id="FNanchor_516" href="#Footnote_516" class="fnanchor">[7]</a>, rue de la Sourdière, et
+Armand<a id="FNanchor_517" href="#Footnote_517" class="fnanchor">[8]</a>, près saint Gervais, sont encore des
+Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup
+d’employ à Paris.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_516" href="#FNanchor_516"><span class="label">[7]</span></a> Il étoit médecin du duc de Bourgogne.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_517" href="#FNanchor_517"><span class="label">[8]</span></a> Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère
+que sous son prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin,
+mais chirurgien, et comme tel attaché à la maison de Madame,
+duchesse d’Orléans.</p>
+</div>
+<p>M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de
+Medecine de Paris, demeure ruë de Bièvre.</p>
+
+<p>M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure
+ruë de Grenelle, quartier saint Honoré.</p>
+
+<p>Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le
+Rat, rue du Four S. Germain, sont Professeurs
+en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau
+Saint Gervais, et de la Carlière, rue du
+Batoir, en Botanique et Pharmacie.</p>
+
+<p>On peut recouvrer la Liste des Docteurs de
+cette Faculté chez le Concierge de leur Collège
+rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens
+d’une profonde érudition, entre lesquels il y en
+a un grand nombre qui sont fort renommez dans
+le public : par exemple, Messieurs Morin<a id="FNanchor_518" href="#Footnote_518" class="fnanchor">[9]</a>, rue
+Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier<a id="FNanchor_519" href="#Footnote_519" class="fnanchor">[10]</a>, rue
+<span class="pagenum" id="p152">-152-</span>de Grenelle, Finot<a id="FNanchor_520" href="#Footnote_520" class="fnanchor">[11]</a>, rue de la Monnoye, Mathon,
+à la Pierre au Lait, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_518" href="#FNanchor_518"><span class="label">[9]</span></a> Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son
+voyage à Paris, dit être « des gens fort instruits. » L’un, né
+à Toulon, étoit naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né
+au Mans, étoit médecin. Ils arrivèrent presque en même
+temps à l’Académie des sciences. Louis Morin, le médecin,
+qui étoit aussi grand botaniste, mourut le 1<sup>er</sup> mars 1715
+ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle a écrit son
+<i>Eloge</i>. (<i>V.</i> le t. V de ses <i>Œuvres</i>, p. 380.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_519" href="#FNanchor_519"><span class="label">[10]</span></a> Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de
+Paris. Son fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de
+l’Académie des sciences. (<i>V.</i> Fontenelle, t. V, p. 54.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_520" href="#FNanchor_520"><span class="label">[11]</span></a> C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit
+qu’il étoit « au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois
+connu à Montpellier. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty<a id="FNanchor_521" href="#Footnote_521" class="fnanchor">[12]</a>, et
+Bourdelot<a id="FNanchor_522" href="#Footnote_522" class="fnanchor">[13]</a>, rue sainte Croix de la Bretonnerie,
+ont chacun un parfait assortiment de tous les
+Livres de Philosophie et de Medecine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_521" href="#FNanchor_521"><span class="label">[12]</span></a> Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634
+à Paris, où il mourut en 1707. On lui doit, entre autres
+ouvrages, la <i lang="la" xml:lang="la">Statica medicina gallica</i>. C’est comme conseiller-médecin
+du prince qu’il logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle
+a écrit son <i>Eloge</i>, t. V, p. 190.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_522" href="#FNanchor_522"><span class="label">[13]</span></a> Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la
+duchesse de Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles.
+Lister vante son savoir, surtout pour l’histoire de la
+science qu’il pratiquoit, ce qui confirme ce qu’on lit ici à
+propos de sa riche bibliothèque : « Je citerai encore, dit-il,
+M. Bourdelot, médecin de la duchesse de Bourgogne, qui
+est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un savant
+homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine. »</p>
+</div>
+<p>M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la
+recherche et vérification des Nouvelles Découvertes
+de Medecine, demeure au Jardin Medicinal
+de Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient
+Bureau rue de Guenegaud tous les jours de relevée.
+Celui là est fort renommé pour les Decentes,
+pour les maux vénériens, pour les maladies des
+femmes et des enfants, pour les hidropisies, pour
+les Rheumatysmes inveterez, et généralement
+pour les maladies extraordinaires.</p>
+
+<p>M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins
+qui travailloient au vieux Louvre<a id="FNanchor_523" href="#Footnote_523" class="fnanchor">[14]</a>, et qui a pris
+<span class="pagenum" id="p153">-153-</span>ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques
+expériences pour les maladies croniques, il demeure
+rue et près les Incurables.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_523" href="#FNanchor_523"><span class="label">[14]</span></a> Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et
+dont M<sup>me</sup> de Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant
+l’eau d’émeraude (édit. Hachette, t. VII, p. 411, 414),
+avoient été deux : le P. Agnan nommé ici, et le P. Rousseau
+qui étoit mort à cette époque. Le nom par lequel on les
+désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la recommandation
+de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit
+donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où,
+pendant près de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler.
+Le frère du P. Rousseau publia en 1697, in-12, un
+volume devenu rare : « <i>Secrets et remèdes éprouvez, dont
+les préparations ont été faites au Louvre, de l’ordre du Roy</i>,
+par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin et médecin
+de Sa Majesté. » Le P. Agnan est nommé dans
+l’avertissement, comme « confrère et co-inventeur de notre
+illustre deffunt. » Il est resté de Rousseau, dans le <i>Codex</i>,
+une sorte d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom
+de vin ou « gouttes de Rousseau. » (<i>V. Le Vieux-Neuf</i>, 2<sup>e</sup>
+édit., t. II, p. 388.) — Le curieux et rare volume publié en
+1693, l’<i>Ancienne médecine à la mode</i>, est du capucin
+Aignan, qui du reste l’a signé.</p>
+</div>
+<p>M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne
+une poudre émétique contre les cours de ventre
+et dissenteries, demeure rue Serpente<a id="FNanchor_524" href="#Footnote_524" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_524" href="#FNanchor_524"><span class="label">[15]</span></a> « Le médecin Hollandais, renommé pour quelques
+remèdes spécifiques, demeure rue Gille Cœur. » Edit. 1691,
+p. 15. — Le remède, auquel Helvétius dut sa réputation
+et sa fortune, étoit l’<i>Ipécacuhana</i> récemment importé du
+Brésil, et que lui avoit fait connoître un droguiste de Paris.
+Reçu docteur en médecine, et naturalisé françois, il obtint,
+le 19 juillet 1688, permission de débiter son remède, pendant
+quatre années, après épreuves faites à l’Hôtel-Dieu par
+Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., <i>mss. Clairambault</i>,
+t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une
+très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent,
+et ne commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique :
+« Helvétius, écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691,
+est en réputation même pour les fièvres, et il va partout
+comme les autres médecins. » On peut lire sur lui quelques
+pages curieuses dans l’<i>Elite des Bons-Mots</i>, 1731, in-12,
+t. I, p. 469. — Son fils fut le riche financier philosophe,
+auteur du livre <i>De l’Esprit</i>.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p154">-154-</span>La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à
+la première page<a id="FNanchor_525" href="#Footnote_525" class="fnanchor">[16]</a>, vend la Biblioteque universelle
+des secrets de Medecine recherchez et publiez,
+par ordre de M. le premier Médecin de Sa
+Majesté<a id="FNanchor_526" href="#Footnote_526" class="fnanchor">[17]</a>, le Recueil des Journaux de Médecine,
+le Traité Medicinal du Thé, du Caffé et du Chocolat<a id="FNanchor_527" href="#Footnote_527" class="fnanchor">[18]</a>,
+les Observations astronomiques et Medicinales
+<span class="pagenum" id="p155">-155-</span>qu’on doit à l’invention des lunettes
+d’aproche, et plusieurs autres Livres curieux à
+l’usage des Medicins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_525" href="#FNanchor_525"><span class="label">[16]</span></a> La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement
+classique, existe encore à la même place sur le quai
+Conti, alors appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis
+Nyon, fils de Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après
+elle, son fils Jean-Luc dirigea sa librairie, et quand il fut
+mort, sa femme, autre veuve Nyon, en garda la direction
+jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle s’appeloit Marie-Anne
+Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de Paris,
+et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut
+dans sa boutique du quai des Augustins, <i>à la Bible d’or</i>,
+le premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_526" href="#FNanchor_526"><span class="label">[17]</span></a> L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails
+sur ce point : « On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre
+de M. le premier médecin du Roi, fait un recueil général
+de tous les remèdes secrets, tant de ceux qui avoient déjà
+été publiés que de ceux qui estoient réservez en manuscrits
+dans les bibliothèques curieuses, ou qui avoient esté communiquez
+par divers particuliers aux médecins de la Société
+royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes
+in-8<sup>o</sup>, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant
+l’abreuvoir Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres
+de M. de Blegny qui en est auteur. » Il nous a dit, en
+effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit « préposé à la recherche et
+vérification des nouvelles découvertes de médecine. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_527" href="#FNanchor_527"><span class="label">[18]</span></a> Blegny, qui tout-à-l’heure fera de si belles réclames à
+ses remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié
+cinq ans auparavant, et dont voici le titre exact : <i>Le bon
+usage du thé, du café et du chocolat, pour la préservation
+et la guérison des maladies</i>. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage
+qui suit doit aussi être de lui, mais nous ne pouvons l’assurer.</p>
+</div>
+<p>Pour la Société Roiale de Medecine, voiez
+l’article des Rapports et Verifications d’Experts.</p>
+
+<p>L’Histoire de la Medecine et des Medecins
+nouvellement publiée par M. Bernier<a id="FNanchor_528" href="#Footnote_528" class="fnanchor">[19]</a>, auteur
+de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon Langrögne,
+rue saint Victor. Les premières parties
+de ce Livre estant comme un extrait du Dictionnaire
+Historique de Morery<a id="FNanchor_529" href="#Footnote_529" class="fnanchor">[20]</a>, on le lit avec
+plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de
+fortes atteintes à l’honneur de gens vertueux et
+recommandables<a id="FNanchor_530" href="#Footnote_530" class="fnanchor">[21]</a>, dont apparemment il a voulu
+se distinguer.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_528" href="#FNanchor_528"><span class="label">[19]</span></a> Ce sont les <i>Essais de médecine</i> de Jean Bernier, auxquels
+il ne donna le titre d’<i>Histoire chronologique de la
+Médecine</i>, qu’à la seconde édition, en 1695. La première
+étoit de 1689. Il avoit fait, comme on le dit ici, une <i>Histoire
+de Blois</i>, sa ville natale.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_529" href="#FNanchor_529"><span class="label">[20]</span></a> Dans le chapitre IV de la 1<sup>re</sup> partie de son livre,
+Bernier fait, en effet, l’histoire chronologique de la médecine
+et des médecins, et n’y reproduit guère que ce qu’on
+en lisoit dans Moréri.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_530" href="#FNanchor_530"><span class="label">[21]</span></a> Les gens « vertueux et recommandables », dont parle
+ici Blegny, sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que
+Bernier malmène d’importance dans son XIII<sup>e</sup> chapitre :
+<i>Des charlatans prétendus médecins, et des médecins charlatans</i>.
+« Quant à nos empiriques, y dit-il par exemple, ce
+ne sont ordinairement… que des banqueroutiers, des gens
+ruinez ou saisis, des fugitifs, des téméraires : au moins des
+gens sans étude, sans principes, sans caractère. » Parmi
+tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit que
+l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se
+venger de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et
+qui lui valut de plus directes représailles. Dans l’<i>Anti-Menagiana</i>,
+publié en 1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé
+dans ses <i>Essais</i>, le nomme sans pitié, et cela dès sa préface,
+p. 16, où, parlant de son almanach et des ennuis qu’il
+lui avoit attirés, il dit : « l’auteur en est Blegny, le bastillé
+et le bastillable. » Ailleurs, p. 118, il y revient dans une
+attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître Notre-Dame,
+« qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans
+l’<i>Almanach des adresses</i> d’Abraham Du Pradel. » Plus loin,
+p. 230-231, autre attaque encore contre l’homme et son
+livre. Blegny, comme on voit, n’avoit gagné à se défendre
+que des horions nouveaux.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p156">-156-</span>La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à
+Lyon en latin et en françois<a id="FNanchor_531" href="#Footnote_531" class="fnanchor">[22]</a>, se trouve chez
+presque tous les Libraires de la rue Saint
+Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_531" href="#FNanchor_531"><span class="label">[22]</span></a> Ce sont les <i>Institutions de médecine</i> de Michel Ettmüller,
+mort en 1683.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c20">MEDECINE EMPIRIQUE.</h3>
+
+
+<p>Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée
+par des particuliers, dont l’étude n’a pas
+esté assez réglée pour parvenir aux degrez, et
+qui se fondent principalement sur les épreuves
+de quelques Receptes medicinales.</p>
+
+<p>Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques
+et des Religieux qui pratiquent à Paris
+cette sorte de Medecine<a id="FNanchor_532" href="#Footnote_532" class="fnanchor">[1]</a> ; par exemple, M. l’Abbé
+Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier,
+et qui demeure à présent à l’Arsenal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_532" href="#FNanchor_532"><span class="label">[1]</span></a> C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier
+dans son chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont
+pour lui la plupart « des moines ignorants, et las de la
+robe,… des pieds déchaux, qui ne savent où donner de la
+tête. »</p>
+</div>
+<p>M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini.</p>
+
+<p>M. le Curé d’Evry, Village de Brie<a id="FNanchor_533" href="#Footnote_533" class="fnanchor">[2]</a>, qui donne
+<span class="pagenum" id="p157">-157-</span>avec permission une boisson sudorifique, par la
+chaleur de la quelle il tache de consommer les
+causes des maladies.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_533" href="#FNanchor_533"><span class="label">[2]</span></a> Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert,
+département de Seine-et-Marne.</p>
+</div>
+<p>Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le
+Prieur, et qui demeure ruë de la Raquette,
+Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour
+un apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus
+facheuses opilations dans les deux sexes<a id="FNanchor_534" href="#Footnote_534" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_534" href="#FNanchor_534"><span class="label">[3]</span></a> Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd.,
+p. 18 : « Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans
+la rue de la Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de
+médecine, et qui se dit très-habile. » Rue de la Raquette,
+c’est, comme on sait, rue de la Roquette. — Bernier, p. 296
+de ses <i>Essais</i>, semble faire allusion à ce remède du prieur :
+« Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à connoître ceux qui
+ont débité et fait valoir aux simples : qui des remèdes pour
+les dents ;… qui… des stipiques à divers usages, des <i>apéritifs</i>… »</p>
+</div>
+<p>Le Frère Ange, Capucin<a id="FNanchor_535" href="#Footnote_535" class="fnanchor">[4]</a>, qui distribue un
+Opiatte et un Sirop mesentirique et epatique,
+est resident au Fauxbourg saint Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_535" href="#FNanchor_535"><span class="label">[4]</span></a> « Renommé pour la cure des maladies chroniques…
+au couvent du faubourg Saint-Jacques,… a un laboratoire
+assez curieux. » Édit. 1691, p. 18.</p>
+</div>
+<p>Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg
+saint Germain, fait des recherches dans la
+Chimie.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c21">OPERATIONS CHIRURGICALES.</h3>
+
+
+<p>Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son
+appartement au vieux Louvre, où il loge quand
+il est à Paris.</p>
+
+<p>M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville,
+Prevoté et Vicomte de Paris<a id="FNanchor_536" href="#Footnote_536" class="fnanchor">[1]</a>, renommé pour la
+<span class="pagenum" id="p158">-158-</span>saignée et pour la grande Chirurgie<a id="FNanchor_537" href="#Footnote_537" class="fnanchor">[2]</a>, demeure
+rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_536" href="#FNanchor_536"><span class="label">[1]</span></a> François Du Tertre, que l’<i>Etat de France</i> pour 1692,
+t. I, p. 240, qualifie « lieutenant des chirurgiens de Paris »,
+retenu par le Roi pour « l’employer où il pourra en avoir
+affaire. Il a cinq mille et tant de livres d’appointements. »
+Les chirurgiens du Roi qui étoient au nombre de neuf, un
+premier ordinaire, et huit ordinaires servant par quartier,
+pouvoient, d’après une déclaration de Louis XIII, « tenir
+ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où seront
+les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers
+chirurgiens. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_537" href="#FNanchor_537"><span class="label">[2]</span></a> Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du
+Parlement.</p>
+</div>
+<p>Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté
+des Chirurgiens Jurez de Paris, sont Messieurs
+David, rue de l’Arbre sec : Cuqüel, rue
+Galande, Caubouë, rue Montorgueil : et Gigot,
+rue saint André.</p>
+
+<p>La Liste générale des maîtres de cette Communauté
+se peut recouvrer aux Ecoles de Chirurgie
+près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude
+du chef d’œuvre<a id="FNanchor_538" href="#Footnote_538" class="fnanchor">[3]</a> et des exercices qui s’y font
+en tout temps, doit faire presumer que cette
+liste n’est composée que d’habiles gens ; et en
+effet il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables
+par quelques endroits : par exemple,
+pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à
+l’Hôtel Dieu<a id="FNanchor_539" href="#Footnote_539" class="fnanchor">[4]</a>. Bessière, près la Trinité<a id="FNanchor_540" href="#Footnote_540" class="fnanchor">[5]</a>. Triboulleau,
+<span class="pagenum" id="p159">-159-</span>rue des Juifs. Roberdeau, rue saint
+André. Haustome, rue de la Truanderie, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_538" href="#FNanchor_538"><span class="label">[3]</span></a> On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les
+corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour
+la communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération
+faite avec succès.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_539" href="#FNanchor_539"><span class="label">[4]</span></a> On a de lui un <i>Traité des maladies des os</i>, et un
+certain nombre de mémoires parmi ceux de l’Académie des
+sciences.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_540" href="#FNanchor_540"><span class="label">[5]</span></a> « M. Bessière, chirurgien fameux pour les playes et
+pour les grandes opérations, demeure rue d’Arnetal (Grenétat),
+près la Trinité. » Edit. 1691, p. 18. — Jacques
+Bessier — c’est son vrai nom — fut, en effet, célèbre.
+C’est un des quatre chirurgiens auxquels le roi accorda des
+lettres de noblesse, il les obtint en 1712. Julien Clément,
+qu’on trouvera tout-à-l’heure, en avoit eu de semblables
+l’année précédente.</p>
+</div>
+<p>Pour les Consultations M. Morel, rue du Bac,
+près les Convalescens<a id="FNanchor_541" href="#Footnote_541" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_541" href="#FNanchor_541"><span class="label">[6]</span></a> « M. Morel, premier chirurgien de la Charité, recherché
+pour les consultations chirurgicales… » Edit. 1691,
+p. 18. — L’hôpital des convalescents, près duquel il demeuroit,
+se trouvoit rue du Bac, à la hauteur du n<sup>o</sup> 98,
+qui le remplace. Il avoit été fondé, en 1642, par M<sup>me</sup> de
+Bullion, femme du surintendant des finances, pour les
+convalescents de la Charité. Tous y étoient admis, à l’exception
+des soldats, des laquais et des prêtres.</p>
+</div>
+<p>Pour la Saignée Messieurs Gillet, rue d’Orléans.
+Passerat, rue Neuve des Petits Champs.
+Canto, rue des Boucheries saint Germain. Gervais,
+rue saint Antoine. Meurisse, rue saint Jacques, etc.</p>
+
+<p>Pour la reduction des os rompus et demis,
+M. Michault, rue Hautefeuille, etc.</p>
+
+<p>Pour les accouchemens, M<sup>rs</sup> Mauriceau, rue
+neuve de Richelieu. Clément, rue et devant le
+petit S. Antoine<a id="FNanchor_542" href="#Footnote_542" class="fnanchor">[7]</a>. Portail et Bonnamy, rue saint
+<span class="pagenum" id="p160">-160-</span>Martin. Desforges, près saint Eustache. De
+Frades, rue Comtesse d’Artois, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_542" href="#FNanchor_542"><span class="label">[7]</span></a> « M. Mauriceau, chirurgien-accoucheur, auteur d’un
+traité des maladies des femmes, qui se vend chez d’Houry,
+rue Saint-Jacques, demeure dans la rue des Petits-Champs. — Monsieur
+Clément, qui a eu l’honneur d’accoucher Madame
+la dauphine, demeure devant le petit Saint-Antoine. »
+Edit. 1691, p. 18. — Mauriceau, qui fut si célèbre pour
+les accouchements, et dont le <i>Traité des femmes grosses</i>,
+qu’il publia en 1681, et qu’il traduisit lui-même en latin,
+resta classique en chirurgie jusqu’à nos jours, avoit en effet
+demeuré rue Neuve-des-Petits-Champs avant d’aller rue de
+Richelieu. Il y logeoit, quand son <i>Traité</i>, qu’il vendoit
+lui-même, parut. On lit sur le titre : « Chez l’auteur, au
+milieu de la rue des Petits-Champs, <i>au bon Médecin</i>. » Cet
+accoucheur avec enseigne ne doit pas surprendre. C’étoit
+l’usage, que les sages-femmes continuent encore. La plupart
+des chirurgiens tenoient d’ailleurs boutique, et une
+enseigne leur étoit nécessaire. On lit dans les <i>Œuvres</i> de
+Santeul, 1698, in-12, 2<sup>e</sup> part., p. 178, un distique qu’il
+avoit fait pour une de ces enseignes : <i>Sur un tableau de la
+charité de Saint Louis</i>, y est-il dit, <i>à la boutique d’un chirurgien,
+proche Saint Martial</i> :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la">Ne medicas adhibere manus dubitaveris œgro,</div>
+<div class="verse i2" lang="la" xml:lang="la">Admonet hæc pietas regia, te que docet.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>Pour l’Anatomie Messieurs Chevalier, rue de
+la Pelleterie, et Dalibourg, rue Neuve de Richelieu.</p>
+
+<p>M. Tolet Opérateur du Roy pour l’opération
+de la Pierre qu’on nomme <i>Lithotomie</i>, demeure
+rue Jacob près la Charité<a id="FNanchor_543" href="#Footnote_543" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_543" href="#FNanchor_543"><span class="label">[8]</span></a> « M. Tolet, qui a été longtemps chirurgien de la
+Charité, où il a pratiqué cette opération (de la pierre), et
+qui est auteur d’un livre qui en traite particulièrement,
+demeure rue Jacob, près le portail de cet hôpital. » Edit.
+1691, p. 18.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Collot père et fils, fameux pour la
+même opération, demeurent rue de Seine quartier
+saint Germain.</p>
+
+<p>M. Gervais, rue Mazarini au coin de la rue de
+Guénegaud, a un particulier talent pour penser
+les loupes, les signes et les porreaux.</p>
+
+<p>M. Girard Chirurgien Opérateur qui s’attache
+particulierement à la Catharacte, et qui fait son
+sejour ordinaire à Chalons en Champagne vient
+à Paris tous les ans au Printemps, et loge rue
+<span class="pagenum" id="p161">-161-</span>de la Huchette à l’enseigne des Capillaires de
+Montpellier<a id="FNanchor_544" href="#Footnote_544" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_544" href="#FNanchor_544"><span class="label">[9]</span></a> Enseigne toute pharmaceutique. Il sera parlé plus
+bas, p. 169, n. 2, du sirop que faisoit Blégny avec « les
+capillaires de Montpellier. »</p>
+</div>
+<p>M. Quarante qui a succédé au feu Sieur Carmeline<a id="FNanchor_545" href="#Footnote_545" class="fnanchor">[10]</a>
+son oncle pour les maladies et pour les
+opérations de Dens, demeure sur le quay de la
+Megisserie devant le Pont neuf.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_545" href="#FNanchor_545"><span class="label">[10]</span></a> Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre
+dès le temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans
+<i>les Mazarinades</i>. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au
+rez-de-chaussée de l’un des deux pavillons de la place Dauphine,
+où, suivant <i>le Chevræana</i> il s’étoit donné pour
+ingénieuse devise ce vers un peu arrangé du VI<sup>e</sup> livre de
+l’<i>Œnéide</i> :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse" lang="la" xml:lang="la"><i>Uno</i> avulso non deficit alter.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier.
+L’arracheur de dents par excellence fut toujours
+Carmeline. Ecoutez Racine dans une lettre à son fils, du
+4 octobre de cette même année 1692 : « Si vous aviez bien
+lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous auriez vu qu’il
+mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il n’auroit
+pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline
+lui eût nettoyé les dents. » En 1696, on ne nomme encore
+que Carmeline ; de son neveu et successeur Quarante pas
+un mot : « C’est, dit Arlequin, à la scène première du premier
+acte d’<i>Arlequin Misanthrope</i> joué cette année-là, c’est
+une beauté surannée, qui oublie qu’elle n’a pas une dent
+dans la bouche sur laquelle Carmeline n’ait une hypothèque
+spéciale. »</p>
+</div>
+<p>Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir,
+Surin et Coupart au Pont Marie, s’exercent aux
+mêmes opérations.</p>
+
+<p>Les Sieurs Langlois<a id="FNanchor_546" href="#Footnote_546" class="fnanchor">[11]</a>, rue Montmartre ; de
+<span class="pagenum" id="p162">-162-</span>Rere et Cuvillier, à la Croix du Tiroir, sont
+occupez à la reduction des os fracturez et disloquez.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_546" href="#FNanchor_546"><span class="label">[11]</span></a> Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier,
+qui soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté
+de Reims, une lutte fort vive, en 1695, contre « les doyens
+et docteurs de la Faculté de Médecine de Paris », qui ne
+vouloient pas les reconnoître, et refusoient de consulter
+avec eux. Après un an de guerre de mémoires et <i lang="la" xml:lang="la">factum</i>,
+le roi donna raison aux deux docteurs provinciaux. Ce
+dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps de
+tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664,
+dans sa IV<sup>e</sup> satire : <i>le Médecin pédant</i> :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i5">… Il traite d’écolier</div>
+<div class="verse">L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>Mademoiselle de Blegny directrice honoraire
+et perpetuelle de la Communauté des Jurées
+Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement
+pour les personnes de la première qualité et
+pour celles qui luy sont confiées, demeure chez
+M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud,
+première porte à droite<a id="FNanchor_547" href="#Footnote_547" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_547" href="#FNanchor_547"><span class="label">[12]</span></a> Cet article est différent, moins long, mais plus curieux
+dans l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer
+sa femme : « la Directrice en chef honoraire et perpétuelle
+des jurées sages-femmes de Paris, dit-il, demeure au
+Jardin médicinal de Pincourt, où les dames de province
+peuvent faire leur couche à un écu par jour. »</p>
+</div>
+<p>Les Directrices agentes de la Communauté,
+sont Mesdames Langlois, rue Dauphine, Soret,
+rue Transnonnain, Cuvilliers, place Baudoyer,
+et Regnault, rue du Crucifix saint Jacques de la
+Boucherie.</p>
+
+<p>Pour les Jurez Chirurgiens et les Jurées Sages-Femmes
+du Châtelet, voyez l’article des Rapports
+et Verifications d’Experts.</p>
+
+<p>On est renvoyé au même endroit pour le Traité
+des Rapports de Chirurgie.</p>
+
+<p>Le Livre des Accouchemens de M. Mauriceau<a id="FNanchor_548" href="#Footnote_548" class="fnanchor">[13]</a>
+<span class="pagenum" id="p163">-163-</span>et celuy des Décentes de M. de Blegny, se vendent
+chez Laurent d’Houry, rue saint Jacques<a id="FNanchor_549" href="#Footnote_549" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_548" href="#FNanchor_548"><span class="label">[13]</span></a> <i>V.</i> plus haut, p. 159-160, sur Mauriceau et son livre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_549" href="#FNanchor_549"><span class="label">[14]</span></a> Il avoit été reçu libraire à la place de Jean d’Houry,
+son père, en 1678.</p>
+</div>
+<p>Le Traité des Maux Vénériens<a id="FNanchor_550" href="#Footnote_550" class="fnanchor">[15]</a> du même
+Auteur, se trouve chez Estienne Michallet, rue
+saint Jacques, et chez la veuve Nion, quay de
+Nesle<a id="FNanchor_551" href="#Footnote_551" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_550" href="#FNanchor_550"><span class="label">[15]</span></a> Les remèdes contre ces maladies étoient les plus
+exploités, et cela pour de honteuses raisons que Lister nous
+explique au chapitre XI et dernier de son <i>Voyage à Paris</i>
+en 1698 : « Ces traitements secrets, dit-il, ont mis en
+pratique de misérables petites espèces de toute sorte, et
+leur ont donné lieu d’insulter les familles, sitôt qu’elles
+ont été au fait de leurs malheurs… Tout le monde ici s’en
+mêle, et veut avoir son spécifique contre cette maladie :
+Apothicaires, barbiers, femmes, moines… »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_551" href="#FNanchor_551"><span class="label">[16]</span></a> Dans l’édit. de 1691, p. 19-20, Blégny donne bien
+mieux qu’ici la liste de ses livres : « Chez la veuve Nion…
+l’on trouve tous les autres livres de M. de Blegny, à sçavoir :
+le <i>Recueil des nouvelles découvertes de médecine</i>, en
+quatre volumes in-douze, qui se vendent huit livres — il
+n’a été parlé plus haut que de l’édit. en deux volumes in-8,
+sans indication de prix ; — le <i>Remède anglois</i>, publié par
+ordre du Roy, qui se vend vingt sols ; l’<i>Art de guérir les
+maladies vénériennes</i>, en trois volumes in-12, qui se vendent
+quatre livres dix sols ; l’<i>Art de guérir les descentes</i>, qui se
+vend une livre dix sols ; la <i>Doctrine des rapports de chirurgie
+fondée sur les maximes d’usage et sur la disposition des
+nouvelles ordonnances</i>, qui se vend une livre cinq sols ; le
+<i>Bon usage du thé, du caffé et du chocolat, pour la préservation
+et pour la guérison des maladies</i>, qui se vend une
+livre dix sols ; les <i>Observations qui ont esté faites dans les
+astres depuis l’invention des lunettes d’approche avec les
+utilitez qu’on en peut tirer pour la pratique de la médecine</i>,
+qui se vend une livre cinq sols, et quelques autres. »</p>
+</div>
+<p>On trouve un grand nombre d’autres Livres
+de Chirurgie chez les mêmes Libraires.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p164">-164-</span></p>
+
+<h3 id="c22">MATIERES MEDÉCINALES<br>
+<span class="small">SIMPLES ET COMPOSÉES.</span></h3>
+
+
+<p>Les Marchands Epiciers qui s’attachent particulièrement
+à la Droguerie medecinale<a id="FNanchor_552" href="#Footnote_552" class="fnanchor">[1]</a>, sont
+pour la plu-part dans la rue des Lombards :
+par exemple, Messieurs Tranchepain, Vilain et
+Michon.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_552" href="#FNanchor_552"><span class="label">[1]</span></a> Les épiciers, sous prétexte de drogueries, s’étoient
+faits de véritables apothicaires, mais cela n’alla pas sans
+procès. Il y en eut un notamment fort grave entre ces
+rivaux de la pilule et des drogues, en 1633. Gui Patin en
+a parlé. (<i>V.</i> ses <i>Lettres</i>, anc. édit., t. I, p. 38, et II, p. 134.)
+A Paris, l’affaire s’arrangea ; mais un siècle après, elle se
+ralluma en province, à Chartres, où le démêlé entre les
+épiciers et les apothicaires fit très-grand bruit en 1758. On
+en trouvera quelques détails dans l’<i>Année littéraire</i> de Fréron,
+1758, t. VIII, p. 256. Pendant que les apothicaires de
+province contestoient aux droguistes la vente des remèdes,
+les droguistes de Paris faisoient la même querelle aux religieux
+carmes ou jésuites qui s’étoient mis avec eux en concurrence :
+« les jésuites, écrit Voltaire à Thiriot le 15
+septembre 1768, eurent, il y a quelques années, un procès
+avec les droguistes de Paris, pour je ne sais quel élixir qu’ils
+vendoient fort cher, après avoir vendu de la grâce suffisante
+qui ne suffisoit point, tandis que les jansénistes vendoient
+de la grâce efficace sans efficacité. Ce monde est une grande
+foire, où chaque Polichinelle cherche à s’attirer la foule ;
+chacun enchérit sur son voisin. »</p>
+</div>
+<p>Il y a néanmoins de ces Droguistes en quelques
+autres endroits de la Ville : par exemple,
+Messieurs Andry, rue de la vieille Bouclerie<a id="FNanchor_553" href="#Footnote_553" class="fnanchor">[2]</a>,
+Brousset, rue neuve saint Mederic<a id="FNanchor_554" href="#Footnote_554" class="fnanchor">[3]</a> ; Moulin, rue
+<span class="pagenum" id="p165">-165-</span>des trois Maures ; Boileau, rue des Lavandières<a id="FNanchor_555" href="#Footnote_555" class="fnanchor">[4]</a>,
+etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_553" href="#FNanchor_553"><span class="label">[2]</span></a> Son fils, qui se faisoit appeler Andry de Boisregard,
+publia, en 1738, un volume sous ce titre : <i>Cléon à Eudoxe,
+touchant la prééminence de la médecine sur la chirurgie</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_554" href="#FNanchor_554"><span class="label">[3]</span></a> « Au coin de la rue Macon. » Edit. 1691, p. 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_555" href="#FNanchor_555"><span class="label">[4]</span></a> « Quartier Sainte-Opportune. » <i>Ibid.</i></p>
+</div>
+<p>Les uns et les autres vendent en gros et en
+détail, généralement tout ce qui peut faire le
+sujet des opérations de la Pharmacie et de la
+Chimie, à l’exception de quelques métaux dont
+il sera parlé dans un chapitre à part ; de la plûpart
+des herbes qui sont vendues dans les Halles
+et Marchez par les Herboristes, et des fleurs
+qu’on trouve dans leurs temps le matin, rue aux
+Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes
+ou Bouquetières.</p>
+
+<p>Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie,
+sont Messieurs Clément à l’Hôtel de
+Soissons ; Gaillard, rue saint Honoré près saint
+Roch, et Martel, rue saint Avoye.</p>
+
+<p>Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs
+Harland, rue saint Jacques de la Boucherie ;
+Boudet, rue saint Martin ; et Chabouillé,
+rue de la Cordonnerie.</p>
+
+<p>Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent
+ensemble qu’un même corps, ont leur
+Bureau au petit cloître sainte Opportune.</p>
+
+<p>Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté
+qui se piquent d’avoir chez eux un grand
+assortiment de préparations Chimiques et Pharmaceutiques :
+par exemple,</p>
+
+<p>Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg<a id="FNanchor_556" href="#Footnote_556" class="fnanchor">[5]</a>, et
+<span class="pagenum" id="p166">-166-</span>Bolduc<a id="FNanchor_557" href="#Footnote_557" class="fnanchor">[6]</a>, rue des Boucheries saint Germain, qui
+opère au Jardin Royal des Plantes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_556" href="#FNanchor_556"><span class="label">[5]</span></a> Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en
+1785. Il se tenoit chez lui des assemblées de savants, dont
+Fontenelle, dans l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir
+toute l’importance (t. VI, p. 487) : « M. Cassini, dit-il,
+y apportoit ses planisphères, le P. Sébastien ses machines,
+M. Joblot ses pierres d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses
+dissections, et M. Homberg des opérations de chymie…
+Ces conférences parurent si bien entendues et si utiles,
+ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de l’établissement
+des expériences de physique dans les colléges. »
+Lister, au chapitre XI de son <i>Voyage à Paris</i>, a décrit
+ainsi l’apothicairerie de Geoffroy : « Elle est, dit-il, dans
+la rue Bourgthibourg : l’entrée de la basse-cour est par
+une porte cochère avec des niches, où sont de grands
+vases de cuivre. Quand vous êtes entré, vous trouvez des
+salles ornées d’énormes vases et de mortiers de bronze, qui
+sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les drogues
+et les préparations sont en des armoires rangées autour de
+ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres
+et parfaitement montés. » Lister parle ensuite du fils
+de Geoffroy, qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé
+avec le comte de Tallard. Il le considère comme un jeune
+homme de la plus belle espérance, ce qu’il ne démentit pas.
+Il arriva, comme médecin, à l’Académie des sciences, et,
+nous l’avons dit, Fontenelle fit son éloge.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_557" href="#FNanchor_557"><span class="label">[6]</span></a> Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le
+plus grand cas : « C’étoit, dit-il (<i>Mémoires</i>, édit. Hachette,
+in-18, t. VI, p. 238), un excellent apothicaire du Roy, qui,
+après son père, avoit toujours été et étoit encore le nôtre
+avec un grand attachement, et qui en savoit pour le moins
+autant que les meilleurs médecins, comme nous l’avons
+expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et d’honneur,
+de discrétion et de sagesse. »</p>
+</div>
+<p>M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale
+des Sciences, a pareillement une Apoticairerie
+fort complette dans sa maison rue de Seine à
+saint Germain des Prez<a id="FNanchor_558" href="#Footnote_558" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_558" href="#FNanchor_558"><span class="label">[7]</span></a> Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon,
+en 1621, mort à Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de
+l’Académie des sciences, dès sa fondation en 1666. Fontenelle,
+qui a écrit son éloge (t. VI, p. 48-50), dit « qu’il
+fit voir à l’Académie près de deux mille analyses de toutes
+sortes de corps. » Il le vante aussi, comme apothicaire,
+« pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes, qu’il
+distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et très-modique. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p167">-167-</span>Il en est de même de M. Habert Syndic en
+Charge des Apoticaires des Maisons Royales,
+qui fait souvent des Cours publics de Chimie en
+son Laboratoire, nie du Four à saint Germain
+des Prez.</p>
+
+<p>M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et
+des Camps et Armées de Sa Majesté<a id="FNanchor_559" href="#Footnote_559" class="fnanchor">[8]</a>, qui
+n’est pas moins curieux dans sa profession et
+qui a fait deux préparations publiques de la
+Theriaque d’Andromachus<a id="FNanchor_560" href="#Footnote_560" class="fnanchor">[9]</a> avec un applaudissement
+général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire
+qui est d’un très grand effet dans les playes
+d’arquebusade, ruë saint Honoré près saint
+<span class="pagenum" id="p168">-168-</span>Roch<a id="FNanchor_561" href="#Footnote_561" class="fnanchor">[10]</a>, où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_559" href="#FNanchor_559"><span class="label">[8]</span></a> Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin
+des Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard.
+On lui dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après
+l’<i>Etat de France</i> de 1692, p. 354, non-seulement apothicaire
+« des camps, hôpitaux et armées », mais aussi du
+Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de Rouvière.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_560" href="#FNanchor_560"><span class="label">[9]</span></a> On attribuoit, d’après Galien (<i lang="la" xml:lang="la">De antidotis</i>, lib. I), la
+composition très-compliquée de la <i>Thériaque</i>, dont le nom
+venoit de la morsure des bêtes venimeuses, <i>thêra</i>, qu’elle
+guérissoit, au médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une
+espèce d’opiat ou d’électuaire liquide composé de drogues
+choisies, dont on finit par faire une sorte de panacée. A
+Venise, les magistrats présidoient à sa composition. Aussi
+est-ce de là que venoit, on le verra plus loin, celle qui inspiroit
+le plus de confiance. A Paris, comme il est dit ici,
+la préparation s’en faisoit chaque année publiquement, et
+il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (<i>V.</i> les <i>Mémoires secrets</i>,
+t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa
+réputation par un ouvrage sur le fameux remède : <i>Thériaque
+d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires
+sur l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients</i>,
+Paris, 1668, in-8.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_561" href="#FNanchor_561"><span class="label">[10]</span></a> Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse,
+« un apothicaire-épicier », Claude-François Péaget,
+dont il tint sur les fonts, le 27 décembre 1685, la fille
+Marie-Charlotte, qui devint la femme de Crébillon le tragique,
+et la mère de l’auteur du <i>Sopha</i>. (Jal, <i>Dict. critique</i>,
+p. 455.)</p>
+</div>
+<p>M. Lemory<a id="FNanchor_562" href="#Footnote_562" class="fnanchor">[11]</a> célèbre par son livre<a id="FNanchor_563" href="#Footnote_563" class="fnanchor">[12]</a> et par ses
+Cours de Chimie<a id="FNanchor_564" href="#Footnote_564" class="fnanchor">[13]</a>, qui a esté gratifié d’un Privilège
+du Roy, en faveur de sa conversion<a id="FNanchor_565" href="#Footnote_565" class="fnanchor">[14]</a>,
+continue ses exercices, et la distribution de ses
+<span class="pagenum" id="p169">-169-</span>préparations Chimiques, et du sel policrete de
+M. Seignette, chez luy au bas de la rue saint
+Jacques<a id="FNanchor_566" href="#Footnote_566" class="fnanchor">[15]</a> où il vend son Livre, qu’on trouve
+d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine
+saint Severin.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_562" href="#FNanchor_562"><span class="label">[11]</span></a> Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas
+Lémery, qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à
+1715, époque de sa mort, et, quoique simple apothicaire, y
+jeta le plus vif éclat. Parmi ses remèdes, qui furent très à
+la mode, et qui l’enrichirent, se trouvoit le <i>magistère de
+Bismuth</i>, qui, tout seul, eût suffi à sa fortune. Ce n’est
+pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393), « que ce
+qu’on appelle du blanc d’Espagne » ; mais il n’y avoit que
+lui qui en eût alors le secret à Paris.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_563" href="#FNanchor_563"><span class="label">[12]</span></a> C’est son <i>Cours de chimie</i> publié en 1675, et dont le
+succès fut tel que, suivant Fontenelle, « il se vendit comme
+un ouvrage de galanterie ou de satire. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_564" href="#FNanchor_564"><span class="label">[13]</span></a> La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à
+la mode, lui attira l’affluence la plus choisie : « Il en ouvrit,
+dit Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande,
+où il se logea. Son laboratoire étoit moins une chambre
+qu’une cave et presque un antre magique éclairé de la seule
+lueur des fourneaux ; cependant l’affluence du monde y étoit
+si grande, qu’à peine avoit-il de la place pour ses opérations. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_565" href="#FNanchor_565"><span class="label">[14]</span></a> Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de
+Nantes l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y
+avoit perdu le droit de s’occuper de la médecine et de ce
+qui en dépendoit. Lémery qui, deux ans auparavant, avoit
+séjourné en Angleterre, songea d’abord à y retourner avec
+tous les siens, mais il se décida enfin pour la conversion,
+dont on parle ici. Dans les premiers mois de 1686, c’étoit
+chose faite.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_566" href="#FNanchor_566"><span class="label">[15]</span></a> Au coin de la rue Galande. <i>V.</i> l’avant-dernière note.</p>
+</div>
+<p>M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du
+Roy sur le quay de Nesle au coin de la rue de
+Guenegaud, tient aussi un assortiment complet
+de toutes les compositions, extraits, eaux distillées,
+sels, et Magisteres de la Pharmacie Galenique,
+et de la Chimie, tant de la préparation
+de Paris, que de celle de Montpellier, de Provence,
+d’Italie, etc., aussi bien que les Baumes verts,
+noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.<a id="FNanchor_567" href="#Footnote_567" class="fnanchor">[16]</a></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_567" href="#FNanchor_567"><span class="label">[16]</span></a> « L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre
+sexe, la crème de perles qui oste les boutons et rougeurs
+du visage, l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la
+bonté des dents ; la véritable eau de la reyne d’Hongrie et
+le vrai sirop de capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé,
+la thériaque de Venise, le baume apoplectique
+d’Angleterre, le baume blanc, le baume vert et le baume
+du Pérou ; la pommade qui amortit les héméroïdes, la
+poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre
+les dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de
+romarin, de sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres
+essences fortes venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau
+impériale et toutes autres eaux distillées, l’emplastre contre
+les loupes et ganglions, le sirop de caffé, la panacée mercurielle,
+la poudre sternutatoire, l’huile de palme. » Edit.
+1691, p. 19.</p>
+</div>
+<p>C’est le seul artiste à qui les descendans du
+Signor Hieronimo de Ferranti Inventeur de
+l’Orvietan<a id="FNanchor_568" href="#Footnote_568" class="fnanchor">[17]</a>, ayent communiqué le secret original<a id="FNanchor_569" href="#Footnote_569" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_568" href="#FNanchor_568"><span class="label">[17]</span></a> C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647,
+par le charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et
+qui fut surtout connu par son surnom <i>Orvietano</i>, qui devint
+bientôt celui de son remède. On le croyoit bon surtout
+contre les poisons et contre les maléfices. C’est pour cela
+que le Sganarelle de l’<i>Amour médecin</i> veut en faire prendre
+à sa fille.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_569" href="#FNanchor_569"><span class="label">[18]</span></a> « L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy
+a été communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier
+héritier du secret. » Edit. 1691, p. 19.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p170">-170-</span>Il dispense aussi tous les Remedes achetez et
+publiez par ordre du Roy.</p>
+
+<p>Une conserve et une liqueur pour la guérison
+des phtisiques et des poulmoniques<a id="FNanchor_570" href="#Footnote_570" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_570" href="#FNanchor_570"><span class="label">[19]</span></a> « La conserve balsamique qui guérit presque tous les
+poulmoniques en six semaines. » <i>Id.</i>, p. 17.</p>
+</div>
+<p>Une tizanne filtrée pour purger doucement et
+agréablement la bile, la pituite et généralement
+toutes les superfluitez.</p>
+
+<p>Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et
+les Ulcères de la gorge, les Cancers, les Ecroüelles
+ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et variqueux
+des jambes et d’ailleurs<a id="FNanchor_571" href="#Footnote_571" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_571" href="#FNanchor_571"><span class="label">[20]</span></a> Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à « l’emplâtre
+philosophique » que sont attribuées toutes ces vertus.</p>
+</div>
+<p>Une Eau anodine qui appaise avec une
+promptitude surprenante la douleur des dents,
+toutes les espèces de Coliques, les Véroliques<a id="FNanchor_572" href="#Footnote_572" class="fnanchor">[21]</a>,
+<span class="pagenum" id="p171">-171-</span>les Rhumatismes, les Douleurs causées par le
+mercure, la Sciatique, et les Gouttes des mains
+et des pieds.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_572" href="#FNanchor_572"><span class="label">[21]</span></a> C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient
+la guérir, faisoient courir par de petits Savoyards,
+selon Palaprat dans la préface de sa comédie des <i>Empiriques</i>
+jouée en 1697, des billets imprimés du genre de celui-ci :
+« M. Mercurini, napolitain, guérit sûrement, promptement,
+agréablement, et sans obliger à garder la maison, toutes
+sortes de maladies secrètes… M. Mercurini voit les
+hommes. Madame Mercurini voit les femmes. » Il nous
+semble bien que ce sont M. et M<sup>me</sup> Blégny, d’autant mieux
+que l’on trouvera plus loin un spécifique de leur façon,
+« qui guérit promptement, sûrement » lesdites maladies. On
+a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le remède de Blégny
+étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de Mercurini que
+lui donne Palaprat.</p>
+</div>
+<p>Une Liqueur de jouvence<a id="FNanchor_573" href="#Footnote_573" class="fnanchor">[22]</a> qui rectifie les
+constitutions vicieuses, qui désopile les viscères
+obstruez, qui corrige les deffauts de la digestion,
+qui guérit radicalement le vertige, la migraine
+et les vapeurs, qui regle les excrétions, en un
+mot qui rajeunit comme une espèce de fontaine
+de jouvence.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_573" href="#FNanchor_573"><span class="label">[22]</span></a> Il y a dans le chap. XIII de la 1<sup>re</sup> partie des <i>Essais
+de médecine</i> de Bernier, quelques lignes contre « une eau
+de Jouvence », qui pourroit bien être cette liqueur de
+Blégny.</p>
+</div>
+<p>Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment
+audessus de la Racine emétique, puis que sans
+faire vomir ni causer la moindre incommodité,
+elle arrête infailliblement en une ou deux prises
+toutes sortes de cours de ventre, de flux de sang
+et de dyssenteries.</p>
+
+<p>Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour
+guérir promptement, seurement et infailliblement
+les Maladies Vénériennes.</p>
+
+<p>Des grains et des liqueurs balsamiques pour
+la guérison des gonorrhées, des pertes blanches,
+de l’impuissance venerienne, de l’incontinence
+d’urine<a id="FNanchor_574" href="#Footnote_574" class="fnanchor">[23]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_574" href="#FNanchor_574"><span class="label">[23]</span></a> « Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient
+toutes espèces de pourriture intérieure, qui consolident
+les ulcères des reins, des urètres, de la vessie et du
+canal urinaire, qui arrêtent les gonorrhées habituelles, qui
+fortifient tous les nerfs, qui réparent l’impuissance de
+Venus, qui épuisent les pertes blanches, et qui contribuent
+très-efficacement à la guérison des descentes et des paralisies. »
+Edit. 1691, p. 16-17. — Cet article y est précédé
+de celui-ci : « les grains dépuratifs, qui dépurent la masse
+du sang, qui desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires,
+qui règlent toutes les fonctions naturelles, qui
+amortissent les levains et qui abaissent les vapeurs, enfin
+qui corrigent tous les vices habituels d’une mauvaise constitution. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p172">-172-</span>Une Epreuve végétale<a id="FNanchor_575" href="#Footnote_575" class="fnanchor">[24]</a> qui guérit à jamais la
+douleur et la carie des Dents.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_575" href="#FNanchor_575"><span class="label">[24]</span></a> « Une essence végétale… » <i>Id.</i>, p. 17. On y lit à la
+suite de cet article : « l’eau rouge de la reine d’Hongrie,
+qui appaise les douleurs de la goutte et des rhumatismes en
+fortifiant toutes les parties… le sirop de vanille, qui a une
+propriété singulière contre la toux et contre les fluxions de
+poitrine. L’antidote universel qui survient (subvient) à
+toutes les maladies des pauvres gens et de leurs bestiaux.
+Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans retour, en très-peu
+de prises, toutes les espèces de fièvres intermittentes. Le
+Trésor d’Esculape, qui contient dans un très-petit volume
+une excellente panacée et divers autres remèdes expérimentez,
+pour survenir (subvenir) à toutes les occasions pressantes
+et subites. »</p>
+</div>
+<p>Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs
+des femmes et qui les delivre sur le champ des
+plus violentes suffocations et de la plupart des
+mauvais travaux.</p>
+
+<p>Les Eaux d’Ange<a id="FNanchor_576" href="#Footnote_576" class="fnanchor">[25]</a>, de Cordoüe, d’Amarante,
+de fleurs d’Oranges, de Thim, et généralement
+les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent
+aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et
+des-infecter les chambres, et pour guérir les maladies
+de sympathie<a id="FNanchor_577" href="#Footnote_577" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_576" href="#FNanchor_576"><span class="label">[25]</span></a> On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur
+par excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de
+l’iris de Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin,
+etc., sur lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs
+d’orange distillées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_577" href="#FNanchor_577"><span class="label">[26]</span></a> Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de
+1691, p. 17, surtout pour les « cassolettes philosophiques. »
+Blégny, comme on va voir, ne les appelle alors que « cassolettes
+royales. » Il parle d’abord d’une sorte d’appareil
+pour le café et le chocolat, dont l’invention rappelle singulièrement
+celle de nos « caléfacteurs », et devoit être
+d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme
+certain gourmet de Regnard à porter « cuisine en poche. »
+Voici ces deux articles : « les caffetières et chocolatières
+portatives, qui n’occupent à peine qu’une seule poche, et
+ne laissent pas de contenir tout ce qu’il faut de thé, de
+caffé, de chocolat et de sucre pour faire trois prises de
+chaque boisson, la lampe, le fourneau, l’esprit de vin, le
+fusil, les gobelets, les soucoupes, les cuillères, etc. — Les
+cassolettes royales, par lesquelles on réduit très-agréablement
+et très-utilement en vapeur les eaux d’Ange, de
+Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe,
+pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et
+à très-peu de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin,
+au-dessus de laquelle on place sur deux petites consoles
+de cuivre, un globule de cristal ayant un bec alongé, par
+lequel ces liqueurs sont attirées au-dedans du globule dès
+qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur que ce soit, et
+par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en vapeur
+presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui
+les fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans
+casser le globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais
+principalement pour les malades, à qui l’on peut faire
+respirer par ce moyen un air chargé de liqueurs médicamenteuses
+qui conviennent à leurs indispositions. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p173">-173-</span>Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir
+très promptement les Decentes, sans opération,
+sans rien prendre par la bouche, et quelquefois
+sans bandage<a id="FNanchor_578" href="#Footnote_578" class="fnanchor">[27]</a> ou sans retraite<a id="FNanchor_579" href="#Footnote_579" class="fnanchor">[28]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_578" href="#FNanchor_578"><span class="label">[27]</span></a> <i>V.</i> sur les bandages ou <i>brayers</i>, depuis le moyen-âge
+jusqu’au <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, le <i>Vieux-Neuf</i>, 2<sup>e</sup> édit., t. I, p. 134,
+et plus haut p. 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_579" href="#FNanchor_579"><span class="label">[28]</span></a> « A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture
+royale des bandages à vis et à ressort qui arrêtent
+les descentes que les bandages ordinaires ne peuvent
+arrêter, et qui contribuent beaucoup par cet assujétissement
+à la guérison de ces maladies. » Edit. 1691, p. 16.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p174">-174-</span>Une Eau diûrétique pour la dissolution et
+l’expulsion des glaires, du gravier et de la pierre
+des reins et de la vessie, et un grand nombre
+d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies
+des yeux, la sourdité, les bourdonnemens
+d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, les
+signes, les porreaux, etc.</p>
+
+<p>Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent
+les fièvres sans retour en très peu de prises.</p>
+
+<p>Tous ces Remèdes sont distribuez dans des
+bouteilles et boëttes cachetées<a id="FNanchor_580" href="#Footnote_580" class="fnanchor">[29]</a>, sur lesquelles
+on fait coller l’imprimé qui enseigne leurs vertus
+et leurs usages<a id="FNanchor_581" href="#Footnote_581" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_580" href="#FNanchor_580"><span class="label">[29]</span></a> Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on
+proverbialement : propre comme une boîte d’apothicaire.
+C’est ce qu’au temps de Rabelais on appeloit des <i>Silènes</i> :
+« Silenes estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes,
+telles que voyons de présent ès bouticques des apothecaires,
+paintes au dessus de figures joyeuses et frivoles,
+comme des harpyes, satires, oysons bridez, lièvres cornuz,
+canes bastées… et aultres telles painctures contrefaictes
+à plaisir pour exciter le monde à rire… mais au dedans,
+l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme, ambre
+gris, amomon, muscq, zivette… » <i>Silènes</i> passoient aussi
+pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce
+sens, lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les <i>Silènes
+d’Alcibiade</i>. (V. le <i>Bulletin du bibliophile</i>, 1857, p. 152.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_581" href="#FNanchor_581"><span class="label">[30]</span></a> On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes
+de pâte de Regnault, et autres.</p>
+</div>
+<p>Une personne solvable qui connoit la vertu
+de ces Remedes, s’oblige quand on le veut d’en
+payer la valeur en l’acquit des malades en cas
+qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent
+de les payer au double pour une parfaite guérison.</p>
+
+<p>Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant
+<span class="pagenum" id="p175">-175-</span>les Ecoles de Medecine, vend toutes sortes d’Eaux
+minérales artificielles<a id="FNanchor_582" href="#Footnote_582" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_582" href="#FNanchor_582"><span class="label">[31]</span></a> « On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la
+Truanderie, au bureau du Messager de Forge. » Edit. de
+1691, p. 19. — Les eaux minérales artificielles sont vivement
+moquées par Bernier dans ses <i>Essais de médecine</i>,
+1<sup>re</sup> part, chap. XIII. On les fait, dit-il, avec beaucoup
+d’eau pure et un peu de vitriol — nous dirions aujourd’hui
+d’acide sulphurique ; — or, les limonades gazeuses
+ne se font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales
+de Fillesac n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse.
+On trouve un curieux prospectus imprimé de sa
+drogue en bouteille dans les <i>Mss.</i> de la collection Delamarre,
+n<sup>o</sup> 21, 738, <i lang="la" xml:lang="la">ad finem</i>. Un certain Barbereau, que La Bruyère
+a désigné par B. B. dans son chapitre <i>des Jugements</i>, § 21,
+lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu. Nous trouvons
+aux <i>Mss.</i> de la Bibl. nat., dans un des registres du
+Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670,
+donnée « au sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy,
+de vendre et debiter les remèdes de son invention. »</p>
+</div>
+<p>Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la
+Crême de tartre, le Sel policreste ordinaire, et
+généralement les Drogueries Chimiques se vendent
+en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac
+des petits Carreaux.</p>
+
+<p>Les huiles d’amandes douces, de noix, de
+semences froides, de pavôts, et autres tirées
+sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires
+et Droguistes par un Epicier qui demeure
+rue Montmartre près l’égout, et par un autre qui
+demeure au carrefour saint Benoist, quartier
+saint Germain.</p>
+
+<p>Les essences fortes et les huiles grasses de
+Provence et de Montpellier sont commercées
+par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et
+par les Provenceaux du cul de sac saint Germain
+l’Auxerrois<a id="FNanchor_583" href="#Footnote_583" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_583" href="#FNanchor_583"><span class="label">[32]</span></a> Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet
+de Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après
+avoir quatre ou cinq fois changé de nom depuis le
+<small>XIII</small><sup>e</sup> siècle, il prit, pour ne plus le quitter, celui de <i>Cul-de-sac
+des Provençaux</i>, qu’il doit aux marchands d’huiles
+et d’essences de Provence, que nous trouvons ici, et dont
+il sera reparlé.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p176">-176-</span>L’Esprit de vin est commercé en gros à la
+devise Royale, sur le quay de Nesle ; chez le
+Sieur Butet, devant saint Roch ; et chez la veuve
+des Barres, rue S. André.</p>
+
+<p>Les Eaux de vie sont aussi commercées en
+gros par ledit sieur Butet, et encore par les
+Sieurs Hazon, rue saint Martin<a id="FNanchor_584" href="#Footnote_584" class="fnanchor">[33]</a>, et Frotin, rue
+des Canettes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_584" href="#FNanchor_584"><span class="label">[33]</span></a> La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie
+furent si longtemps célèbres. C’est le père de celui que
+nous trouvons ici, qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant,
+lui et les négociants de Paris et des villes
+voisines « sur le moyen de rétablir le commerce : — Je
+vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque vous
+êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé,
+et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez
+relevé que pour le renverser de l’autre côté. » Le ministre
+fit grise mine, ce qui empêcha non-seulement Hazon
+d’achever, mais les autres de rien dire. (Amelot de la
+Houssaye, <i>Mémoires histor.</i>, t. II, p. 365.)</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place
+Maubert, et un autre au cimetiere saint Jean,
+font venir des vipères en vie de Poitiers<a id="FNanchor_585" href="#Footnote_585" class="fnanchor">[34]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_585" href="#FNanchor_585"><span class="label">[34]</span></a> La vipère entroit pour une grande part dans les
+préparations de la polypharmacie du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle, surtout
+dans celles qui devoient combattre la blessure même faite
+par la morsure des vipères. C’étoit de l’homœopathie par
+anticipation. Il entroit aussi des trochiques de vipères
+dans la composition de la thériaque. L’apothicaire Charas,
+dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit,
+pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries,
+au coin de celle du Cœur-Volant, des <i>Vipères d’or</i> pour enseigne.
+Cette apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit
+encore un Charas en 1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement
+de ce siècle.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p177">-177-</span>M. Alary Apoticaire<a id="FNanchor_586" href="#Footnote_586" class="fnanchor">[35]</a> privilegié du Roy, qui
+(par l’infidelité de ses Commis) s’est trouvé mal
+des Bureaux qu’il avoit établi dans les Provinces,
+pour la distribution de ses tablettes fébrifuges<a id="FNanchor_587" href="#Footnote_587" class="fnanchor">[36]</a>,
+et de son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas
+d’en continuer la distribution chez luy au bout
+du pont saint Michel devant le quay des Augustins
+à l’enseigne du Page du Roy.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_586" href="#FNanchor_586"><span class="label">[35]</span></a> « De Grou en Provence. » Edit. de 1691, p. 18. — Son
+fils, l’abbé Alary, fut de l’Académie française, et président
+du club philosophique, qui se tenoit chez lui, à
+l’entre-sol de l’hôtel du président Hénault, place Vendôme,
+d’où lui étoit venu le nom de <i>Club de l’entre-sol</i>. L’abbé
+de Longuerue l’avoit stylé à l’érudition : « Il se mit, dit
+le marquis d’Argenson, dans ses <i>Mémoires</i> (édit. Jannet,
+t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé Alary, qui n’étoit
+alors qu’un petit garçon, fils de son apothicaire, trop heureux
+d’écrire sous lui. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_587" href="#FNanchor_587"><span class="label">[36]</span></a> « A cinq sols la prise. » Edit. 1691, p. 18.</p>
+</div>
+<p>Ledit Sieur Alary se propose de publier bien
+tot un spécifique pour les fièvres continues, pour
+la pleuresie, etc., qui agira avec une promptitude
+extraordinaire<a id="FNanchor_588" href="#Footnote_588" class="fnanchor">[37]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_588" href="#FNanchor_588"><span class="label">[37]</span></a> L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci
+ne reproduit pas : « le sieur Soubiron, apoticaire, rue de
+la Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier,
+au carrefour de l’Ecole, vendent des drogues et compositions
+pour les maladies des chevaux. »</p>
+</div>
+<p>On vend rue saint Denis à l’enseigne de la
+Providence près la rue des Précheurs, une pomade
+qui répare tous les deffauts de la peau du
+visage, et qui donne une fort grande fraicheur
+au teint.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p178">-178-</span></p>
+
+<h3 id="c23">PENSION<br>
+<span class="small">POUR LES MALADES.</span></h3>
+
+
+<p>Cette pension est une nouvelle commodité
+qu’on a procurée au public depuis deux ans.
+Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux
+et les Etrangers souffrent, depensent et
+risquent dans les Auberges de Paris, lorsqu’ils
+y tombent malades, en comprendront facilement
+l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que
+cette Pension est placée à Pincourt<a id="FNanchor_589" href="#Footnote_589" class="fnanchor">[1]</a>, c’est à
+dire dans une grande et belle rue qui étoit
+n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie
+des Fauxbourgs de Paris<a id="FNanchor_590" href="#Footnote_590" class="fnanchor">[2]</a>, et qui se trouve entre
+la porte saint Louis<a id="FNanchor_591" href="#Footnote_591" class="fnanchor">[3]</a> et la porte saint Antoine<a id="FNanchor_592" href="#Footnote_592" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_589" href="#FNanchor_589"><span class="label">[1]</span></a> C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a
+repris tout entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de
+Popincourt, premier président du Parlement, de 1403 à
+1413.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_590" href="#FNanchor_590"><span class="label">[2]</span></a> C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit
+été réuni au faubourg Saint-Antoine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_591" href="#FNanchor_591"><span class="label">[3]</span></a> Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux.
+(<i>Registres de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde</i>,
+t. I, p. 48.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_592" href="#FNanchor_592"><span class="label">[4]</span></a> Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé.
+C’est au n<sup>o</sup> 70, rue de Charonne, par exemple, que se
+trouvoit, à la fin du dernier siècle, celle du docteur Belhomme,
+où tant de prévenus du tribunal révolutionnaire
+firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut
+Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi
+d’une de ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de
+la barrière du Trône, que partit le général Malet, avec ses
+complices, pour faire son incroyable coup d’Etat contre
+l’Empire.</p>
+</div>
+<p>La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est
+au milieu de cette ruë, à l’opposite du cours
+<span class="pagenum" id="p179">-179-</span>planté sur le rempart<a id="FNanchor_593" href="#Footnote_593" class="fnanchor">[5]</a> dont elle n’est separée
+que par de vastes marais bien cultivez, ce qui
+forme le plus bel aspect du monde. Outre la
+face et les deux ailes du principal corps de logis,
+il y a encore au bout d’un grand jardin au dessus
+d’une haute terrasse en parterre, un pavillon
+de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez
+des vignobles, des plaines, des collines, des jardins
+et des maisons de plaisance<a id="FNanchor_594" href="#Footnote_594" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_593" href="#FNanchor_593"><span class="label">[5]</span></a> C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit
+alors grande concurrence au Cours la Reine, et qui commença
+la réputation des promenades du Rempart ou du
+Boulevard.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_594" href="#FNanchor_594"><span class="label">[6]</span></a> Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se
+trouvoit, le nom de Pincourt, existait encore en 1715, et
+sembloit même en pleine prospérité. Liger en parloit alors
+ainsi dans le <i>Voyageur fidèle</i>, p. 241-242 : « c’est une
+maison établie pour les étrangers qui tombent malades, et
+où on les traite moyennant une pension, et à bien meilleur
+prix que dans les auberges. Cette maison est située
+entre la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine,
+dans une grande rue où il y avoit autrefois un hameau,
+et composée de deux ailes, qui accompagnent le principal
+corps de logis. Au bout d’un grand jardin, et au-dessus
+d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en belvédère,
+d’où l’on découvre différents objets lointains, qui forment
+une perspective fort agréable. — C’est aussi dans cette
+maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez
+même à Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont
+malades ; ceux qui sont convalescents seulement choisissent
+ce séjour agréable pour y prendre l’air et de nouvelles
+forces. Il y a même des dames qui vont y faire leurs couches
+pour jouir d’un plus grand repos et y trouver plutôt
+qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires. — Il
+n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les
+maux vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui
+veulent y aller, de quelque condition qu’ils soient. Il y a
+aussi, pour cela, des pensions plus ou moins fortes, et
+proportionnées aux moyens des malades qui s’y font porter.
+On y est même traité à forfait si on le souhaite, et le médecin
+soir et matin n’y manque point. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p180">-180-</span>Cette belle situation et le bon air de Pincourt,
+n’en sont pas les seuls agrémens ; les Lumières
+de celuy par qui elle est dirigée, la Bibliotèque,
+le Laboratoire, les Plantes medecinales et les
+autres commoditez qui s’y trouvent, la diverse
+situation et la propreté des appartemens, la
+Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude
+du service, y font trouver goût aux personnes
+mêmes qui sont domiciliées à Paris, et
+qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que
+beaucoup de convalescens et de valetudinaires y
+vont prendre le Lait, les Eaux minéralles, les
+Bains, les Etuves, etc.</p>
+
+<p>Il arrive même bien souvent que des Dames
+de Paris aussi bien que celles de Provinces y
+vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées
+du monde et du bruit, et pour être plus
+seures du secours qu’elles desirent, y ayant un
+Accoucheur et une Sage femme d’une expérience
+consommée.</p>
+
+<p>C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques ;
+et ceux qui souffrent des Rhumatismes
+opiniatres ou des douleurs causées par le mercure,
+trouvent le secours dont il sera parlé à l’article
+suivant.</p>
+
+<p>On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles
+pour rectifier les constitutions vicieuses et guerir
+radicalement toutes les indispositions habituelles
+qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie,
+Migraine, Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes,
+Vieux Ulcères, Cancers, Varices, etc.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p181">-181-</span>On sçait même qu’il y a des lieux destinez
+pour les maniaques et géneralement pour les
+personnes qui doivent être privées de la liberté.</p>
+
+<p>Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y
+sont pas reçues, mais elles sont traitées sous la
+même direction dans une autre maison du voisinage.</p>
+
+<p>A cela près telle que puisse être la condition
+des gens et la nature des maladies chacun y
+peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes
+indigentes sont traitées à vingt et trente sols
+par jour selon le regime qu’elles doivent observer.
+Il y en a d’autres où les gens de service
+sont placés à quarante sols<a id="FNanchor_595" href="#Footnote_595" class="fnanchor">[7]</a> ; enfin il y a des
+chambres particulières et des ordinaires distinguez
+pour les personnes de considération à trois,
+à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la
+dépense qu’ils doivent faire, et les peines qu’ils
+doivent exiger.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_595" href="#FNanchor_595"><span class="label">[7]</span></a> « Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet
+avantage, qu’ils y sont agréablement logez, exactement
+traitez et libéralement nourris pour un écu par jour, et
+même pour quarante sols lorsqu’il s’agit de fièvres, de
+pleurésies, et généralement des maladies qui demandent
+un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière
+pour les gens d’auberge et de service. » Edit. 1691, p. 16.</p>
+</div>
+<p>Soit que la pension soit grosse ou modique,
+toute la dépense s’y trouve comprise sans en
+rien excepter, Traitement, Remedes, Logement,
+Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.</p>
+
+<p>On y trouve même cette commodité quand on
+le souhaite, qu’on y est traité à forfait pour une
+somme dont on convient, au de là de la quelle
+on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue
+que puisse être la maladie.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p182">-182-</span>En tel temps et à telle heure qu’on y puisse
+arriver, on y est reçu, et on y trouve une chambre
+prete en payant par avance la pension de
+huit jours ; et on est même assuré d’y trouver
+le Medecin tous les matins au moins jusqu’à dix
+heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au
+temps du coucher.</p>
+
+<p>Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins
+de cette maison ayent une considérable etendue,
+le progrez de cet établissement fait prendre des
+mesures pour les accroître de beaucoup.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c24">BAINS ET ETUVES.</h3>
+
+
+<p>Les Barbiers Baigneurs<a id="FNanchor_596" href="#Footnote_596" class="fnanchor">[1]</a> qui tiennent des
+Bains, des Etuves et des dépilatoires pour la
+propreté du corps humain, sont Messieurs du
+Pont et Mercier, ruë de Richelieu<a id="FNanchor_597" href="#Footnote_597" class="fnanchor">[2]</a>, Jordanis,
+<span class="pagenum" id="p183">-183-</span>ruë d’Orléans ; du Bois, rue saint André ; du
+Perron, vieille ruë du Temple ; de la Cour, ruë
+des Marmouzets, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_596" href="#FNanchor_596"><span class="label">[1]</span></a> Les baigneurs, — et cela depuis longtemps déjà
+(<i>Anc. poésies</i>, t. II, p. 284, et XIII, p. 204) — non-seulement
+tenoient des bains, mais des chambres garnies, ce
+qui les astreignoit à faire les mêmes déclarations que les
+maîtres des auberges. (<i>Correspond. administr. de Louis XIV</i>,
+t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger quelquefois,
+au grand scandale de M<sup>me</sup> de Sévigné (Edit. Hachette,
+t. I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de
+ces gîtes. Le plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme,
+et que La Vienne, à qui Louis XIV, qu’il avoit
+soigné, fit une grosse fortune, reprit après lui, pour ne
+pas le rendre plus honnête. (<i>V. Hist. amoureuse des
+Gaules</i>, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme
+avoit été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de
+cette année-là le désigne ainsi avec son adresse :
+« M<sup>r</sup> Prud’homme, maître des estuves et faiseur de poil
+(barbier), rue Neuve-Montmartre. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_597" href="#FNanchor_597"><span class="label">[2]</span></a> Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom,
+rue de Richelieu : Gagne et L’Etourneau. (<i>Journal
+du Citoyen</i>, p. 186.)</p>
+</div>
+<p>Les Dames sont baignées chez M. du Bois
+par Mademoiselle son Epouse<a id="FNanchor_598" href="#Footnote_598" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_598" href="#FNanchor_598"><span class="label">[3]</span></a> Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la
+bourgeoisie, les femmes mariées ne se faisoient encore appeler
+que Mademoiselle. Le chevalier Denisart ne devoit
+faire que plus tard sa satire sur les <i>Bourgeoises qui se
+font appeler Madame</i>.</p>
+</div>
+<p>Il y a encore des Etuves de l’ancien usage,
+ruë de Marivaux<a id="FNanchor_599" href="#Footnote_599" class="fnanchor">[4]</a> et ruë du cimetiere saint Nicolas
+des Champs, où les gens de mediocre condition
+vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_599" href="#FNanchor_599"><span class="label">[4]</span></a> Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui
+s’y trouvoit, entre les n<sup>os</sup> 21 et 23, s’appeloit encore, avant
+les démolitions qui l’ont fait disparoître avec la rue, <i>Cul-de-sac
+des Etuves</i>.</p>
+</div>
+<p>Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles
+qui sont causées par le Mercure qui a été donné
+en panacée, en Sublimez et en precipitez : celles
+de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies
+universelles et particulières, les Tumeurs
+froides et beaucoup d’autres maladies, sont infailliblement
+gueries par l’usage des Bagnoires
+et Etuves vaporeuses de nouvelle invention qui
+se tiennent au jardin medecinal de Pincourt,
+entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.</p>
+
+<p>C’est une sorte de machine en laquelle on est
+baigné sans être dans l’eau, et en laquelle on
+suë aussi abondament que l’on veut sans être à
+<span class="pagenum" id="p184">-184-</span>sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la
+constipation du ventre et la faiblesse de poitrine
+comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens,
+la chaleur intérieure, et la difficulté de
+respirer, qui sont les suites ordinaires des
+Etuves echauffées par le feu de bois ou d’esprit
+de vin.</p>
+
+<p>Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu
+où ils reçoivent une vapeur nouvelle,
+anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus
+prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan,
+et que les Bains de Bourbon et de Barrège,
+pendant qu’ils ont la tête hors la machine commodement
+placée sur un oreiller, et qu’ils respirent
+un air rafraichissant, parlent, chantent et
+boivent à leur gré.</p>
+
+<p>Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne
+les ordonne qu’une fois par jour, ne payent qu’un
+écu neuf toute dépense comprise, Logement,
+Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues,
+etc., mais ceux à qui elles conviennent soir et
+matin, payent un ecu et demi.</p>
+
+<p>Ce qu’il y a de commode en cela pour les
+personnes delicates, est que la chaleur de ces
+Etuves peut être donnée à tel degré que l’on
+veut, en sorte qu’on ne luy donne quelquefois
+que la force des fomentations.</p>
+
+<p>Comme le Medecin peut regler le choix des
+herbes dont on fait les décoctions vaporeuses,
+selon la juste indication de chaque maladie, il
+peut en la composant diversement, produire autant
+de différens effets, qu’il y a de distinctions à
+faire dans les maladies qui viennent d’être déduites,
+et dans les tempérammens des personnes
+<span class="pagenum" id="p185">-185-</span>qui en sont atteintes ; outre qu’en plusieurs
+occasions, il donne certains vehicules intérieurs
+qui ont les plus justes proprietez, dans les cas
+mêmes les plus extraordinaires.</p>
+
+<p>Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition,
+les agrémens et les Commoditez du Jardin Médecinal,
+aura recours à l’article.</p>
+
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c25">IMPRESSIONS ET COMMERCE<br>
+<span class="small">DE LIBRAIRIE.</span></h3>
+
+
+<p>La Chambre syndicale des Imprimeurs et
+Marchands Libraires de Paris est ruë et joignant
+l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les
+Livres qui viennent de dehors les Mardis et
+Vendredis de relevée, après que de la Douanne
+où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont
+été retirez sur le billet du Syndic ou d’un Adjoint
+pour être apportez à la Chambre.</p>
+
+<p>Le Sieur Auboüin à présent Syndic<a id="FNanchor_600" href="#Footnote_600" class="fnanchor">[1]</a> en Charge
+demeure sur le quay des Augustins au coin de
+la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de
+<span class="pagenum" id="p186">-186-</span>M. l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé
+Fleury.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_600" href="#FNanchor_600"><span class="label">[1]</span></a> Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de
+communauté, puis syndic. « Il se fait remarquer, dit La
+Caille, tant par sa capacité dans les langues… que par
+la connoissance et le bon choix qu’il sait faire des livres. »
+<i>Hist. de l’Imprimerie</i>, 1689, in-4<sup>o</sup> p. 289. — Il avoit été
+chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie faite à Villejuif
+de 1,500 exemplaires du <i>dictionnaire</i> de Richelet, que
+le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de Genève.
+Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour
+cette saisie, suivie immédiatement de la destruction des
+exemplaires, « fut poignardé le lendemain dans la foule,
+en sortant de la bénédiction de Saint-Benoist, qui étoit
+sa paroisse. » (<i>Lettre de Papillon à Leclerc</i>, dans la correspondance
+<i>inédite</i> du président Bouhier, t. X, p. 104.)</p>
+</div>
+<p>Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence
+de ces mêmes Ordonnances avec les
+anciennes<a id="FNanchor_601" href="#Footnote_601" class="fnanchor">[2]</a>, les Reglemens de Police, le Dictionnaire
+historique de Morery, les Œuvres de
+M. Boileau, et diverses autres pièces importantes
+s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis
+Thierry Libraire rue saint Jacques<a id="FNanchor_602" href="#Footnote_602" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_601" href="#FNanchor_601"><span class="label">[2]</span></a> L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente
+des édits et déclarations : « On les trouve encore au Palais
+chez les sieurs de Luyne, Barbin, Loison et Guignard :
+de même que chez le S<sup>r</sup> Auboüyn, quai des Augustins, et
+chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_602" href="#FNanchor_602"><span class="label">[3]</span></a> Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des
+plus considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du
+<i>Molière</i> de 1675, détruite presque entièrement par un incendie
+du collége Montaigu, où il avoit ses magasins.
+Boileau, dont il étoit le libraire, l’a nommé dans son
+<i>Epître X</i>.</p>
+</div>
+<p>Les Livres de Messieurs de Port Royal se
+vendent même ruë chez les sieurs Desprez<a id="FNanchor_603" href="#Footnote_603" class="fnanchor">[4]</a>,
+Josset<a id="FNanchor_604" href="#Footnote_604" class="fnanchor">[5]</a>, Roulland et Pralard.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_603" href="#FNanchor_603"><span class="label">[4]</span></a> « Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image
+Saint-Prosper, vend une grande partie des livres de Port-Royal
+concernant la Religion. » Edit. 1691, p. 4. — C’est
+le fils de Guillaume Desprez, qui avoit imprimé les œuvres
+de Pascal et des religieux de Port-Royal, et dont il continuoit
+le commerce dans le même esprit. Son père étoit
+mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à
+Port-Royal, où il fut enterré.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_604" href="#FNanchor_604"><span class="label">[5]</span></a> Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles
+rares. <i>V.</i> l’abbé de Vallemont, <i>Réponse à M. Baudelot</i>,
+1706, in-12, p. 79.</p>
+</div>
+<p>Les Opéra, et généralement les Livres de
+Musique, s’impriment et se vendent seulement
+chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais<a id="FNanchor_605" href="#Footnote_605" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_605" href="#FNanchor_605"><span class="label">[6]</span></a> Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy
+pour la musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége
+exclusif qui le mettoit à l’abri de toute concurrence
+pour ce genre d’impression. Puis vint un second Robert
+Ballard, son fils, avec le même monopole, et ensuite
+Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu
+imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution,
+le même privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce
+qu’il avoit d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur
+d’une excellente notice sur les Ballard, retrouva, il y a
+quelques années, un reste de leurs caractères, rue Jean-Jacques
+Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues, qui a
+succédé à la leur.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p187">-187-</span>A l’exception du Livre de M. de la Quintinie<a id="FNanchor_606" href="#Footnote_606" class="fnanchor">[7]</a>
+qui se vend chez le Sieur Barbin sur le Perron
+de la sainte Chapelle<a id="FNanchor_607" href="#Footnote_607" class="fnanchor">[8]</a>. Tous les autres Livres de
+Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de
+Sercy dans la grand’Salle du Palais, où l’on
+trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier Royal et
+bourgeois, et une Instruction pour les Confitures,
+les Liqueurs et les Fruits ; outre plusieurs livres
+de Droit, Civil et Canon sur les Matières Beneficiales
+et autres<a id="FNanchor_608" href="#Footnote_608" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_606" href="#FNanchor_606"><span class="label">[7]</span></a> Il en sera parlé dans une des notes suivantes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_607" href="#FNanchor_607"><span class="label">[8]</span></a> Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui
+Molière et surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent
+ainsi son adresse : « Claude Barbin, sur le second perron
+de la Sainte-Chapelle. » Il avoit logé auparavant, vers
+1664 : « vis-à-vis de la Sainte-Chapelle, au signe de la
+Croix. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_608" href="#FNanchor_608"><span class="label">[9]</span></a> Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages
+sur la cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond
+de la boutique de Sercy. La Caille, <i>Hist. de l’Imprimerie</i>,
+p. 296, n’insiste que sur sa vente des livres de droit. Il
+avoit aussi publié des romans et des poésies licencieuses,
+ce qui empêcha Nicole de consentir à travailler pour lui.
+<i>V.</i> sa <i>Vie</i>, par l’abbé Goujet, p. 6.</p>
+</div>
+<p>Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de
+Varillas, celles de saint Euremont, etc.<a id="FNanchor_609" href="#Footnote_609" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_609" href="#FNanchor_609"><span class="label">[10]</span></a> « Et beaucoup de livres galants. » Edit. de 1691,
+p. 34. — C’est ce qu’on appeloit des <i>barbinades</i>. Le Saint-Evremond
+étoit surtout en grande faveur chez Barbin. Il
+auroit voulu que chaque auteur lui en fît : « le libraire
+Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le <i>Lutrin</i> de Despréaux,
+alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez
+bien : Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond,
+je vous donnerai trente pistoles. Vous m’en avez
+déjà donné dont j’ai été content. » <i>Œuvres</i>, t. IV, p. 75. — Dans
+l’édition de 1691, p. 34, Blégny ajoutoit, à propos
+de Barbin : « On trouve encore chez lui les jardinages
+de feu M. de La Quintinye », c’est-à-dire les <i>Instructions
+pour les jardins fruitiers et potagers</i>, 1690, 2 vol. in-4<sup>o</sup> ;
+puis, à la suite : « le sieur Charles de Sercy, au Palais,
+a un grand assortiment de livres de jardinages. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p188">-188-</span>Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet
+ont au Palais un grand assortiment de Comedies<a id="FNanchor_610" href="#Footnote_610" class="fnanchor">[11]</a>,
+d’Historiens et de Poètes<a id="FNanchor_611" href="#Footnote_611" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_610" href="#FNanchor_610"><span class="label">[11]</span></a> Pierre Trabouillet avoit publié « en compagnie » de
+Thierry, Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et
+ceux de Molière et de Racine. Son adresse est ainsi donnée
+sur les livres qu’il publioit : « Pierre Trabouillet, dans
+la galerie des Prisonniers, à la Fortune. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_611" href="#FNanchor_611"><span class="label">[12]</span></a> Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés
+ici avec Trabouillet : « Guillaume de Luynes, libraire-juré
+au Palais, dans la salle des Merciers, sous la montée
+de la Cour des Aydes. » — « Estienne Loyson, au Palais,
+à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom de Jésus. »</p>
+</div>
+<p>On trouve un grand assortiment de Livres
+étrangers chez les Sieurs Boudot, de la Caille<a id="FNanchor_612" href="#Footnote_612" class="fnanchor">[13]</a>
+et Hortemels<a id="FNanchor_613" href="#Footnote_613" class="fnanchor">[14]</a>, rue saint Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_612" href="#FNanchor_612"><span class="label">[13]</span></a> Dans l’édit. précédente, p. 34 : « Martin » est nommé
+à la place de La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus
+bas sa mention spéciale : « le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques
+à la Prudence, a composé et imprimé l’histoire de
+l’Imprimerie et Librairie. » C’est l’ouvrage que nous avons
+déjà cité plusieurs fois. Il est devenu rare.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_613" href="#FNanchor_613"><span class="label">[14]</span></a> Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la
+fille du libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même
+été reçu de la communauté le 18 septembre 1686.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p189">-189-</span>Même ruë, chez le Sieur Léonard<a id="FNanchor_614" href="#Footnote_614" class="fnanchor">[15]</a>, on trouve
+tous les Reglemens de la Cour des Monnoyes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_614" href="#FNanchor_614"><span class="label">[15]</span></a> Voici son adresse complète : « Frédéric Léonard, rue
+Saint-Jacques, à l’Escu de Venise. » Il avoit succédé à l’un
+des derniers Estienne, en 1662, comme imprimeur ordinaire
+du Roi, et s’étoit fait, à ce titre, éditeur de la collection latine
+<i lang="la" xml:lang="la">ad usum Delphini</i>. On trouve des vers en son honneur dans
+les <i>Œuvres</i> de Santeul (1698, 2<sup>e</sup> partie, p. 122). Il publioit
+volontiers les livres diplomatiques : « Vous avez, écrit le
+12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à Magliabecchi,
+donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire
+de Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose
+que vous marquez qu’on fait en Allemagne touchant les
+traités de paix et autres semblables négociations. » Un livre
+politique, l’<i>Histoire de Venise</i>, par Amelot de la Houssaye,
+qu’il s’avisa de publier ainsi, lui coûta cher : le livre fut
+saisi, et l’auteur mis à la Bastille. (<i>Mss.</i> Delamarre, à la
+Biblioth. nat., n<sup>o</sup> 21,743, fol. 120.)</p>
+</div>
+<p>Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces
+concernant l’Academie Françoise<a id="FNanchor_615" href="#Footnote_615" class="fnanchor">[16]</a>, l’Histoire de
+France de Cordemoy, l’Architecture de Vitruve,
+celle de Scamosy, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_615" href="#FNanchor_615"><span class="label">[16]</span></a> J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault
+comme imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en
+1687, pour remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge
+d’imprimeur de l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer
+le Dictionnaire.</p>
+</div>
+<p>Celle de Vignolle nouvellement commentée,
+se trouve chez le Sieur Langlois<a id="FNanchor_616" href="#Footnote_616" class="fnanchor">[17]</a>, et celle de
+<span class="pagenum" id="p190">-190-</span>Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_616" href="#FNanchor_616"><span class="label">[17]</span></a> Nicolas Langlois, dit <i>Chartres</i>, comme son père François
+auquel il avoit succédé, et dont on a un si curieux
+portrait, en joueur de musette, peint par Van-Dyck. En
+souvenir de ses nombreux voyages à l’étranger, notamment
+en Angleterre, François Langlois avoit pris l’enseigne des
+<i>Colonnes d’Hercule</i>, avec la devise : <i lang="la" xml:lang="la">nec plus ultra</i>, que
+garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur
+succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois
+avoient vendu surtout des estampes et des livres d’architecture.
+On a, de Mariette même, la gravure d’un portrait de
+François Langlois, peint par Vignon. Le privilége de son
+fils, pour la vente des estampes, datoit de 1675. (<i>V. collect.
+Delamarre</i>, n<sup>o</sup> 21,731, p. 53.)</p>
+</div>
+<p>Le même Michallet aussi bien que les Sieurs
+Muguet, ruë de la Harpe, Léonard, Desprez,
+Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent
+les Edits et Déclarations du Roy<a id="FNanchor_617" href="#Footnote_617" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_617" href="#FNanchor_617"><span class="label">[18]</span></a> Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à
+la place de Desprez, et les autres sont désignés avec leur
+prénom : François Muguet, Frédéric Léonard, Estienne
+Michallet et Jean-Baptiste Coignard. A la suite : « le dit
+sieur Muguet imprime aussi, d’ailleurs, tout ce qui concerne
+l’archevêché. »</p>
+</div>
+<p>Ledit Sieur Michallet<a id="FNanchor_618" href="#Footnote_618" class="fnanchor">[19]</a> a d’ailleurs imprimé
+presque tous les Livres de Mathematiques, de
+Messieurs de l’Academie des Sciences.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_618" href="#FNanchor_618"><span class="label">[19]</span></a> « Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue
+Saint-Jacques, à l’Image Saint-Paul. » Ainsi est donnée son
+adresse en tête du livre le plus célèbre qu’il ait publié, <i>les
+Caractères</i> de La Bruyère, dont en onze ans, de 1688 à
+1699, il donna dix éditions. Le produit, d’après l’intention
+formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien, fut, comme on
+sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un fermier général
+épousa. (<i>V.</i> notre <i>Comédie de Jean de La Bruyère</i>,
+t. II, <i lang="la" xml:lang="la">passim</i>.)</p>
+</div>
+<p>On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques
+chez le Sieur Jombert<a id="FNanchor_619" href="#Footnote_619" class="fnanchor">[20]</a>, sur le quay
+des Augustins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_619" href="#FNanchor_619"><span class="label">[20]</span></a> Pierre Jombert, dont on trouve le <i>Catalogue</i> dans la
+collection Delamarre (n<sup>o</sup> 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut
+pas confondre avec Jean Jombert, mort en 1681, premier
+éditeur du <i>Glossaire</i> de Du Cange, et du <i lang="la" xml:lang="la">De re diplomaticâ</i>
+de Mabillon.</p>
+</div>
+<p>On trouve un grand assortiment de Livres de
+Medecine chez le Sieur d’Houry, ruë saint
+Jacques<a id="FNanchor_620" href="#Footnote_620" class="fnanchor">[21]</a>, et chez la veuve Nion, quay de Nesle,
+<span class="pagenum" id="p191">-191-</span>qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de
+Blegny. <i>La Mithologie Phisique</i> de M. Duncan<a id="FNanchor_621" href="#Footnote_621" class="fnanchor">[22]</a>.
+<i>Les Discours Philosophiques</i> de Cordemoy<a id="FNanchor_622" href="#Footnote_622" class="fnanchor">[23]</a>.
+L’<i>Arithmétique des Ingénieurs</i> de La Londe<a id="FNanchor_623" href="#Footnote_623" class="fnanchor">[24]</a>. <i>Les
+Specifiques</i> de M. Boyle<a id="FNanchor_624" href="#Footnote_624" class="fnanchor">[25]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_620" href="#FNanchor_620"><span class="label">[21]</span></a> « Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine
+Saint-Séverin. » Telle est son adresse d’après le titre
+des livres qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus
+haut.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_621" href="#FNanchor_621"><span class="label">[22]</span></a> Ce doit être quelque résumé de l’<i>histoire de l’Animal
+ou la connaissance du corps animé par la mécanique et la
+chimie</i>, ouvrage du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans
+lequel il démontre que la vie, exposée comme elle l’est,
+avec la fragilité de ses ressorts, à l’imminence d’incessants
+dangers, est un miracle continuel aussi étonnant que tous
+les prodiges de la « mythologie. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_622" href="#FNanchor_622"><span class="label">[23]</span></a> « La philosophie » de Cordemoy (édit. précéd., p. 34). — Ce
+sont les six discours de cet académicien, mort alors
+depuis huit ans, sur la distinction de l’âme et du corps.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_623" href="#FNanchor_623"><span class="label">[24]</span></a> Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe,
+dont le fils, ingénieur aussi, avant de devenir archéologue,
+fit de curieuses études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit
+rendre navigable jusqu’à la mer.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_624" href="#FNanchor_624"><span class="label">[25]</span></a> Ces « spécifiques » sont une traduction du livre que
+Boyle avoit publié en 1688, à Londres : <i lang="en" xml:lang="en">Receipt sent to a
+friend in America</i> (recettes envoyées à un ami en Amérique).</p>
+</div>
+<p>Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent
+chez la veuve Thiboult et le Sieur Esclassant<a id="FNanchor_625" href="#Footnote_625" class="fnanchor">[26]</a>,
+place de Cambray, à l’exception de ceux
+des RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la
+veuve Besnard, ruë saint Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_625" href="#FNanchor_625"><span class="label">[26]</span></a> « Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) en
+compagnie. » Edit. 1691, p. 34. — Thiboult est le vrai
+nom. — Expresse défense étoit faite aux libraires, qui
+vendoient les livres pour les classes, d’en racheter aux écoliers.
+(Collection Delamarre, n<sup>o</sup> 21,730, fol. 117.)</p>
+</div>
+<p>Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le
+Journal des Sçavans<a id="FNanchor_626" href="#Footnote_626" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_626" href="#FNanchor_626"><span class="label">[27]</span></a> Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement,
+avoit succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six
+ans après, le 5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction
+de Denis de Salo, le premier numéro du <i>Journal des
+Savants</i>. La périodicité, qui en étoit alors hebdomadaire,
+fut brusquement interrompue à la fin du troisième mois, à
+cause des opinions trop peu ultramontaines du rédacteur,
+et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à la
+condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert,
+l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée
+jusqu’à la Révolution.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p192">-192-</span>Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux,
+les Missels, les Rituels, les Graduels, les Antiphoniers,
+les Offices, etc., voyez l’article des
+affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel,
+voyez l’article des Exercices de Pieté.</p>
+
+<p>Les plus belles Heures se trouvent rue saint
+Jacques chez les Sieurs Angot<a id="FNanchor_627" href="#Footnote_627" class="fnanchor">[28]</a>, Josset, Foucault
+et Hérissant<a id="FNanchor_628" href="#Footnote_628" class="fnanchor">[29]</a> ; au Palais dans la grand’Salle
+chez les Sieurs le Gras<a id="FNanchor_629" href="#Footnote_629" class="fnanchor">[30]</a> et Poirier ; et sur le
+Pont au Change chez les Sieurs Poirion et
+Vaugon.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_627" href="#FNanchor_627"><span class="label">[28]</span></a> Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une
+grande part au règlement qui rendit la communauté des
+relieurs distincte de celle des libraires, dont l’Université
+n’avoit jamais permis jusque-là qu’elle fût séparée.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_628" href="#FNanchor_628"><span class="label">[29]</span></a> Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement
+dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra
+comme objet de luxe, quand la misère de la fin du règne
+fit prendre par Louis XIV des mesures somptuaires. Hérissant
+fut inquiété. (<i>V.</i> sa déclaration dans la <i>collection
+Delamarre</i>, n<sup>o</sup> 21,627, fol. 288.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_629" href="#FNanchor_629"><span class="label">[30]</span></a> Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit
+publié, en 1640, les <i>Antiquités et Annales de Paris</i>, in-fol.,
+par Malingre. Sa réception comme libraire datoit du 10
+septembre 1683. On trouve dans la <i>collection Delamarre</i>,
+n<sup>o</sup> 21,563, f. 289-305, un curieux traité fait avec lui.</p>
+</div>
+<p>On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres
+et ruë Neuve Nôtre Dame.</p>
+
+<p>La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du
+<span class="pagenum" id="p193">-193-</span>Carême, s’imprime chez le Sieur Chevillon ruë
+saint Jacques.</p>
+
+<p>Le Mercure<a id="FNanchor_630" href="#Footnote_630" class="fnanchor">[31]</a> et les autres Livres de l’Histoire
+du Temps, se vendent chez le Sieur Guèroult au
+Palais dans la galerie neuve<a id="FNanchor_631" href="#Footnote_631" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_630" href="#FNanchor_630"><span class="label">[31]</span></a> Le <i>Mercure galant</i>, qui, puisqu’il avoit commencé à
+paroître le 1<sup>re</sup> janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième
+année. Visé, qui l’avoit créé, le dirigeoit toujours ; il en
+garda même la direction pendant plus de dix-huit ans
+encore. Il ne l’abandonna, presque mourant, qu’au mois de
+mai 1710. Durant ces trente-huit années, il n’avoit pas publié
+moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_631" href="#FNanchor_631"><span class="label">[32]</span></a> « Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay
+des Augustins. » Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au
+numéro, comme aujourd’hui les journaux dans les kiosques :
+« M. de Torcy m’a appris, écrit Racine à son fils aîné, le
+6 février 1698, que vous étiez dans la <i>Gazette de Hollande</i> :
+si je l’avois su, je l’aurois fait acheter pour la lire à vos
+petites sœurs, qui vous croiroient devenu un homme d’importance. »
+Une lettre <i>inédite</i> de Dom Calmet, du 4 septembre
+1714, nous donne de curieux détails sur la vente,
+et aussi sur le louage des différents journaux françois et
+étrangers à Paris : « Je me suis informé, dit-il, de la
+commission des journaux des Savants et des Gazettes pour
+M. Olivier. Le journal des Savants se vend 6 sols, et les
+deux gazettes de Hollande, avec les suppléments, 30 sols.
+Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis.
+Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le
+mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que
+ces gens se privent par là du petit gain qu’ils tirent de la
+lecture qu’ils laissent faire dans leur boutique de cette gazette
+pendant deux jours. » En 1655, selon Loret, t. II,
+p. 127, la <i>Gazette de France</i> se vendoit 4 sols et demi.</p>
+</div>
+<p>Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes,
+se vendent à Parisien gros et en détail chez le
+Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve
+Oudot<a id="FNanchor_632" href="#Footnote_632" class="fnanchor">[33]</a>, ruë de la vieille Bouclerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_632" href="#FNanchor_632"><span class="label">[33]</span></a> C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets
+populaires : légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit
+une autre librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit
+surtout cette littérature d’almanachs et de bibliothèque
+bleue. Son fils Jean Oudot lui succéda sous la Régence.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p194">-194-</span>Les Livres de Bibliotèque et genéralement les
+vieux Livres et Manuscrits rares, se peuvent
+recouvrer chez les Sieurs Villery<a id="FNanchor_633" href="#Footnote_633" class="fnanchor">[34]</a> et Moette<a id="FNanchor_634" href="#Footnote_634" class="fnanchor">[35]</a>,
+rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la
+Harpe, Clouzier et Emery, David et plusieurs
+autres, sur le quay des Augustins et place de
+Sorbonne<a id="FNanchor_635" href="#Footnote_635" class="fnanchor">[36]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_633" href="#FNanchor_633"><span class="label">[34]</span></a> Il donnoit ainsi son adresse : « Jacques Villery, rue
+de la Vieille-Bouclerie, <i>à l’Estoille</i>. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_634" href="#FNanchor_634"><span class="label">[35]</span></a> Thomas Moette, libraire depuis 1659 : « Il se fait
+distinguer, dit La Caille qui avoue l’avoir souvent consulté,
+par la grande connaissance qu’il a dans les livres. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_635" href="#FNanchor_635"><span class="label">[36]</span></a> « Et quai de la Tournelle. » Edit. 1691, p. 34.</p>
+</div>
+<p>Les Sieurs le Vasseur<a id="FNanchor_636" href="#Footnote_636" class="fnanchor">[37]</a>, Barnache<a id="FNanchor_637" href="#Footnote_637" class="fnanchor">[38]</a> et Nion<a id="FNanchor_638" href="#Footnote_638" class="fnanchor">[39]</a>,
+fameux Relieurs et Doreurs, qui sont employez
+à la Bibliotèque du Roy, demeurent prés saint
+Hilaire<a id="FNanchor_639" href="#Footnote_639" class="fnanchor">[40]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_636" href="#FNanchor_636"><span class="label">[37]</span></a> Eloy Le Vasseur, qui fut, suivant La Caille, le plus
+célèbre relieur de ce temps-là.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_637" href="#FNanchor_637"><span class="label">[38]</span></a> Ou Bernache, qui, malgré l’édit de 1686, continuoit
+à cumuler le métier de relieur et celui de libraire.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_638" href="#FNanchor_638"><span class="label">[39]</span></a> Denis Nyon, qui fut, après l’édit de 1686, un des
+premiers gardes de la nouvelle corporation des relieurs-doreurs.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_639" href="#FNanchor_639"><span class="label">[40]</span></a> Ce fut jusqu’à nos jours le quartier des relieurs.</p>
+</div>
+<p>Au même endroit, les beaux caractères d’Imprimerie
+se font chez les Sieurs Cottin<a id="FNanchor_640" href="#Footnote_640" class="fnanchor">[41]</a> et Sanlecque<a id="FNanchor_641" href="#Footnote_641" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_640" href="#FNanchor_640"><span class="label">[41]</span></a> Philippe Cottin, qui étoit libraire en même temps que
+fondeur, et donnoit ainsi son adresse : « P. Cottin, fondeur
+de caractères d’imprimerie et libraire, rue Saint-Jacques, à
+l’entrée de la rue du Foin, <i>à la Minerve</i>. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_641" href="#FNanchor_641"><span class="label">[42]</span></a> Jean Sanlecque. C’est chez son père Jacques, que
+Philippe Cottin, qui précède, avoit appris l’art de graver,
+de frapper les matrices et de fondre les caractères. — Le
+P. Sanlecque, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, à
+qui l’on doit de bonnes satires, étoit son grand-oncle.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p195">-195-</span>Le Sieur de la Caille le jeune a le secret de
+faire une matière fort propre aux Fondeurs de
+caractères d’Imprimerie, qui ne finit point et ne
+déchet que de très peu.</p>
+
+
+<p class="c"><i>Livres qui ont été imprimez pendant le courant
+de l’année 1691.</i></p>
+
+<p>Pour le Sieur Michallet outre ceux dont il a
+été parlé,</p>
+
+<p>Une nouvelle édition des Ordonnances pour
+la Marine, in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>La septième édition de la Chimie de Lemery<a id="FNanchor_642" href="#Footnote_642" class="fnanchor">[43]</a>,
+in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_642" href="#FNanchor_642"><span class="label">[43]</span></a> La première édition étoit de 1675.</p>
+</div>
+<p>La sixième édition des Caractères ou Mœurs
+de ce siècle<a id="FNanchor_643" href="#Footnote_643" class="fnanchor">[44]</a>, in-12.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_643" href="#FNanchor_643"><span class="label">[44]</span></a> Cette édition du livre de La Bruyère, quoique publiée,
+comme il est dit ici, en 1691, porte sur son titre la date
+de l’année suivante.</p>
+</div>
+<p><i lang="la" xml:lang="la">Du Hamel Theologia speculatrix et practica</i>,
+in-8<sup>o</sup>, 7 vol.<a id="FNanchor_644" href="#Footnote_644" class="fnanchor">[45]</a></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_644" href="#FNanchor_644"><span class="label">[45]</span></a> C’est la première édition de ce livre célèbre de l’avocat
+Duhamel, de l’Académie des Sciences.</p>
+</div>
+<p><i lang="la" xml:lang="la">Manuduxio ad praxim executionis Litterarum
+S. Pœnitent</i>. 12.</p>
+
+<p>Dictionnaire Mathématique avec explications
+et figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_645" href="#Footnote_645" class="fnanchor">[46]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_645" href="#FNanchor_645"><span class="label">[46]</span></a> <i>Dictionnaire de Mathématiques</i> par Ozanam, qui parut,
+en effet, cette année-là.</p>
+</div>
+<p>La Connoissance des temps, Calendrier et
+Ephemerides du Soleil et de la Lune, in-12.</p>
+
+<p>L’Art d’evaluer toutes sortes de Toisez, in-12.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p196">-196-</span>Traité du légitime Usage des Medicamens
+selon les Modernes, in-12<a id="FNanchor_646" href="#Footnote_646" class="fnanchor">[47]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_646" href="#FNanchor_646"><span class="label">[47]</span></a> Ouvrage de Daniel Tauvri, qui, en 1691, quand il le
+publia, n’avoit que vingt-et-un ans.</p>
+</div>
+<p>Constitutions de l’Abbaye de la Trape, in-12<a id="FNanchor_647" href="#Footnote_647" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_647" href="#FNanchor_647"><span class="label">[48]</span></a> Par l’abbé de la Trappe lui-même, M. de Rancé. En
+1701, un an après sa mort, on y ajouta les <i>Règlements</i> qui
+firent un second volume.</p>
+</div>
+<p>L’Ortografe dans sa pureté<a id="FNanchor_648" href="#Footnote_648" class="fnanchor">[49]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_648" href="#FNanchor_648"><span class="label">[49]</span></a> Le vrai titre de ce livre très-rare est : <i>Traité de
+l’Ortographe françoise</i>, ou <i>l’Ortographe en sa pureté</i>. L’auteur
+s’appeloit De Soule. Quoique ce soit, selon l’abbé
+Goujet, un volume très-inutile, il eut, en 1692, une seconde
+édition un peu moins rare que la première.</p>
+</div>
+<p>La Conquête de la Nouvelle Espagne avec
+figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_649" href="#Footnote_649" class="fnanchor">[50]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_649" href="#FNanchor_649"><span class="label">[50]</span></a> Le vrai titre est : <i>Histoire de la Conqueste du Mexique</i>
+ou de <i>la Nouvelle Espagne</i>, par Fernand Cortez, traduit de
+l’espagnol d’Antonio de Solis, par l’auteur du <i>Triumvirat</i>,
+c’est-à-dire par Citri de la Guette.</p>
+</div>
+<p>Le Desordre du Jeu.</p>
+
+<p>Pour les Sieurs Auboüyn, Emery et Clouzier.</p>
+
+<p>Histoire des Monnoyes de France par M. le
+Blanc, avec figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_650" href="#Footnote_650" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_650" href="#FNanchor_650"><span class="label">[51]</span></a> C’est une seconde édition. La première est de 1690.</p>
+</div>
+<p>Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury,
+2 vol. in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_651" href="#Footnote_651" class="fnanchor">[52]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_651" href="#FNanchor_651"><span class="label">[52]</span></a> Ce sont les deux premiers volumes de cet ouvrage
+célèbre, qui en eut vingt, quoique l’auteur ne l’ait poussé
+que jusqu’à l’année 1414.</p>
+</div>
+<p>Institution du Droit Ecclésiastique, 2 vol.
+in-12<a id="FNanchor_652" href="#Footnote_652" class="fnanchor">[53]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_652" href="#FNanchor_652"><span class="label">[53]</span></a> Autre ouvrage de l’abbé Fleury. Le vrai titre est :
+<i>Institution au droit ecclésiastique</i>.</p>
+</div>
+<p>Relation de divers voyages de Hongrie, avec
+figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_653" href="#Footnote_653" class="fnanchor">[54]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_653" href="#FNanchor_653"><span class="label">[54]</span></a> La révolte du hongrois Tékeli donnoit alors à tous les
+livres sur son pays un à-propos que les libraires s’empressoient
+d’exploiter. Celui-ci fut du nombre. Il est peu connu.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p197">-197-</span>Pratique de la Guerre, par Mattus<a id="FNanchor_654" href="#Footnote_654" class="fnanchor">[55]</a>, avec fig.,
+in-8<sup>o</sup>. Nouvelle édition du Maréchal de Soleisel,
+in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_655" href="#Footnote_655" class="fnanchor">[56]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_654" href="#FNanchor_654"><span class="label">[55]</span></a> Lisez Malthus. Voici le titre détaillé de son livre, qui
+parut pour la première fois, en 1650, chez Clouzier, un des
+trois libraires indiqués ici, et dont une seconde édition in-8
+avoit paru en 1681 : <i>Pratique de la guerre, contenant l’usage
+de l’artillerie, bombes et mortiers, feux artificiels et pétards,
+sappes et mines, ponts et pontons, tranchées et travaux, avec
+l’ordre des assauts aux brèches, ensemble un traité des feux
+de joye</i>, par François Malthus.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_655" href="#FNanchor_655"><span class="label">[56]</span></a> La première édition étoit de 1664.</p>
+</div>
+<p>Le Manege ou l’Art de monter à cheval, du
+même Autheur, avec figures, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_656" href="#Footnote_656" class="fnanchor">[57]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_656" href="#FNanchor_656"><span class="label">[57]</span></a> C’est, avec additions, une traduction du livre du manège,
+ou <i>Méthode nouvelle pour dresser les chevaux</i>, dont
+une première traduct. avoit paru in-fol. en 1691, par le duc
+de New-Castle.</p>
+</div>
+<p>Nouvelle édition de l’Ecole des Arpenteurs,
+in-12<a id="FNanchor_657" href="#Footnote_657" class="fnanchor">[58]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_657" href="#FNanchor_657"><span class="label">[58]</span></a> Par Philippe de la Hire, de l’Académie des Sciences,
+dont il a été parlé plus haut.</p>
+</div>
+<p><i lang="la" xml:lang="la">Huetii Concordantia Rationis et Fidei</i>, in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_658" href="#Footnote_658" class="fnanchor">[59]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_658" href="#FNanchor_658"><span class="label">[59]</span></a> Un des principaux ouvrages de Daniel Huet : <i lang="la" xml:lang="la">Quæstiones
+Alnetanæ de concordia rationis et fidei</i>. C’est à Caen,
+sa ville natale, qu’il l’avoit fait imprimer.</p>
+</div>
+<p>Pour le Sieur Muguet.</p>
+
+<p>Abrégé de l’Histoire universelle, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_659" href="#Footnote_659" class="fnanchor">[60]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_659" href="#FNanchor_659"><span class="label">[60]</span></a> Première édition de l’ouvrage de Claude Delisle, qui,
+plus tard, fut porté à sept volumes : <i>Introduction à l’histoire
+générale et politique de l’Univers</i>, ou <i>Abrégé de l’histoire
+universelle</i>.</p>
+</div>
+<p><i lang="la" xml:lang="la">Acta primorum martyrum</i><a id="FNanchor_660" href="#Footnote_660" class="fnanchor">[61]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_660" href="#FNanchor_660"><span class="label">[61]</span></a> C’est le recueil in-fol. de Ruinart, qui fut plus tard traduit
+en françois par Drouet de Maupertuy, en deux vol. in-8.</p>
+</div>
+<p>Commentaire sur la Regle de saint Benoist
+en François et en Latin, in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p198">-198-</span>La Mort de Dom Muce.</p>
+
+<p>Traité de la verité et du mensonge du R. P.
+Thomassin, in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>La Méthode d’etudier les langues, du même
+Auteur, 2. vol.<a id="FNanchor_661" href="#Footnote_661" class="fnanchor">[62]</a></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_661" href="#FNanchor_661"><span class="label">[62]</span></a> <i>Méthode d’enseigner chrétiennement la grammaire ou
+les langues, par rapport à l’Ecriture Sainte.</i> 2 vol. in-8.</p>
+</div>
+<p>Pour le Sieur Seneuze.</p>
+
+<p>Arlequin Comedien aux champs Elisée<a id="FNanchor_662" href="#Footnote_662" class="fnanchor">[63]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_662" href="#FNanchor_662"><span class="label">[63]</span></a> Comédie en trois actes, en prose, par l’abbé Bordelon,
+qui ne fut jamais jouée, et ne pouvoit l’être, pas plus
+que sa <i>Lotterie de Scapin</i>, qu’il publia deux ans après, à la
+suite de <i>Molière aux Champs-Elysées</i>, un des livrets les plus
+rares sur Molière.</p>
+</div>
+<p>Remarques ou Reflexions Critiques, Morales
+et Historiques de M. l’Abbé Bordelon, in-12<a id="FNanchor_663" href="#Footnote_663" class="fnanchor">[64]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_663" href="#FNanchor_663"><span class="label">[64]</span></a> L’abbé publia deux ans après, à Lyon, chez Briasson,
+un volume faisant suite à celui-ci : <i>Nouvelles remarques</i> ou
+<i>Réflexions critiques</i>, etc. En tête se trouve un beau portrait
+gravé, d’après De Troye, par Drevet. C’est celui de M. François
+Brunet, dont nous avons vu plus haut les parents, et
+qui, après M<sup>me</sup> de Sévigné, habita l’hôtel Carnavalet.</p>
+</div>
+<p>Caractères naturels des hommes en forme de
+dialogues, par le même Auteur, in-12<a id="FNanchor_664" href="#Footnote_664" class="fnanchor">[65]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_664" href="#FNanchor_664"><span class="label">[65]</span></a> L’édition hollandoise, qui parut l’année suivante chez
+Louis et Henry Van-Dole, à La Haye, a pour titre : <i>Les
+Caractères naturels des hommes en cent dialogues</i>, par
+M. Bordelon. Ce livre, qui s’étoit donné le titre mis à la
+mode par La Bruyère, est dédié au comte de Carné.</p>
+</div>
+<p>Le veritable Pénitent, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_665" href="#Footnote_665" class="fnanchor">[66]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_665" href="#FNanchor_665"><span class="label">[66]</span></a> Par le bon prêtre parisien Jean Girard de Villethierry.</p>
+</div>
+<p>Dissertation sur la prison de saint Jean, in-12.</p>
+
+<p>Idée de l’Amitié, par M. de Bellegarde, in-12.</p>
+
+<p>Reflexions sur ce qui peut plaire ou deplaire
+dans le commerce de la vie, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_666" href="#Footnote_666" class="fnanchor">[67]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_666" href="#FNanchor_666"><span class="label">[67]</span></a> Comme le précédent, cet ouvrage est de l’abbé Morvan
+de Bellegarde. Il fait partie de l’édition de ses œuvres qui
+fut publiée en Hollande, et forme 14 petits volumes.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p199">-199-</span>La Morale des Ecclésiastiques, in-12.</p>
+
+<p>Pour le Sieur de la Caille, ruë saint Jacques
+aux trois Cailles.</p>
+
+<p>Mémoires pour l’Université de Paris, par
+M. Cuvilliers, in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>Le 4. tome des Devises du P. Menetrier,
+in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_667" href="#Footnote_667" class="fnanchor">[68]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_667" href="#FNanchor_667"><span class="label">[68]</span></a> Il s’agit de <i>La Science et l’art des devises…</i> par le
+P. Menestrier, qui se publioient sans doute en fascicules.
+Nous ne connaissons, en effet, de lui aucun ouvrage qui ait
+quatre volumes.</p>
+</div>
+<p>Les Fables d’Esope moralisées, avec figures,
+in-12<a id="FNanchor_668" href="#Footnote_668" class="fnanchor">[69]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_668" href="#FNanchor_668"><span class="label">[69]</span></a> Première édition du petit livre de Le Noble : <i>Esprit
+d’Esope</i>, ou <i>nouvelle traduction de ses fables, en vers, avec
+une lettre morale sur chacune</i>. La seconde édition est
+de 1695.</p>
+</div>
+<p>Pour le Sieur Remy, rue saint Jacques.</p>
+
+<p>Avis salutaires sur l’education des enfants,
+in-12.</p>
+
+<p>Pour le Sieur Villette, ruë saint Jacques à la
+Croix d’or.</p>
+
+<p>La Vie des Princes d’Orange pour servir à
+l’Histoire d’Hollande, in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>Les Poësies de Madame des Houllieres, in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_669" href="#Footnote_669" class="fnanchor">[70]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_669" href="#FNanchor_669"><span class="label">[70]</span></a> A la suite venoient les poésies de sa fille Thérèse, ce
+qui formoit un volume en deux parties. En 1694, après la
+mort de M<sup>me</sup> Des Houillères, le même libraire Villette en
+publia une seconde édition.</p>
+</div>
+<p>L’Histoire d’Angleterre, 4 vol. in-12.</p>
+
+<p>Pour le Sieur Hortemels.</p>
+
+<p>Remarques sur la Bibliotèque des Auteurs
+Ecclésiastiques, par M. du Pin, in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_670" href="#Footnote_670" class="fnanchor">[71]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_670" href="#FNanchor_670"><span class="label">[71]</span></a> Ce sont des remarques d’Ellies Dupin sur son propre
+recueil : <i>Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques</i>, qui avoit
+commencé de paroître en 1686. Elles forment trois volumes.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p200">-200-</span>Nouveaux Essais de Morale, in-12<a id="FNanchor_671" href="#Footnote_671" class="fnanchor">[72]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_671" href="#FNanchor_671"><span class="label">[72]</span></a> <i>Nouveaux Essais de morale sur le luxe et les modes</i>,
+par Jean Frain du Tremblay, qui ne se nomma pas sur le
+titre.</p>
+</div>
+<p>La Vie de M. Descartes<a id="FNanchor_672" href="#Footnote_672" class="fnanchor">[73]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_672" href="#FNanchor_672"><span class="label">[73]</span></a> Ce sont les deux volumes in-4<sup>o</sup> d’Adrien Baillet sur
+Descartes, qui parurent, en effet, en 1691.</p>
+</div>
+<p>Les Pseaumes en forme de Prières, in-12<a id="FNanchor_673" href="#Footnote_673" class="fnanchor">[74]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_673" href="#FNanchor_673"><span class="label">[74]</span></a> Cette « paraphrase », comme dit le titre, est du curé
+de Saint-Lambert, François Paris, et du curé de Chevreuse,
+Vincent Loger. La première édition avoit paru
+en 1690.</p>
+</div>
+<p>Prières formées sur la Morale de l’ancien et
+nouveau Testament, in-12<a id="FNanchor_674" href="#Footnote_674" class="fnanchor">[75]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_674" href="#FNanchor_674"><span class="label">[75]</span></a> Autre ouvrage du même François Paris, curé de
+Saint-Lambert.</p>
+</div>
+<p>Dissertation sur la Goutte, in-12<a id="FNanchor_675" href="#Footnote_675" class="fnanchor">[76]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_675" href="#FNanchor_675"><span class="label">[76]</span></a> Ouvrage de l’oratorien Michel Mauduit, dont la première
+édition avoit paru en 1688. Une <i>Réfutation</i> en avoit
+été publiée par le même libraire Hortemels, en 1690.</p>
+</div>
+<p>Traité des Opérations Chirurgicales, par M. de
+la Chariere, in-12.</p>
+
+<p>Homelies sur les Commandemens de Dieu, le
+Symbole et l’Oraison Dominicale, 4 vol. in-12<a id="FNanchor_676" href="#Footnote_676" class="fnanchor">[77]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_676" href="#FNanchor_676"><span class="label">[77]</span></a> Première partie des <i>Homélies</i> de l’abbé de Monmorel,
+qui, peu d’années après, arrivèrent à former dix volumes.
+Il devint alors aumônier de la duchesse de Bourgogne.</p>
+</div>
+<p>Pour les Sieurs Couterot et Guerin en compagnie.</p>
+
+<p>Sermons de M. Fromentieres, Evêque d’Aire,
+6 vol. in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_677" href="#Footnote_677" class="fnanchor">[78]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_677" href="#FNanchor_677"><span class="label">[78]</span></a> M. de Fromentière, évêque d’Aire, étoit mort en
+1684, en ordonnant que rien de ses sermons ne fût imprimé.
+On n’en publia pas moins les six volumes indiqués ici, et
+qui se composent : les trois premiers de <i>Sermons pour les
+fêtes</i>, deux autres de <i>Sermons pour le Carême</i>, et le dernier
+d’<i>Œuvres diverses</i>.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p201">-201-</span>Discours moraux pour la Chaire, 10 vol.
+in-12<a id="FNanchor_678" href="#Footnote_678" class="fnanchor">[79]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_678" href="#FNanchor_678"><span class="label">[79]</span></a> Ouvrage de l’avocat Jean Richard, qui, bien que laïque
+et marié, passa toute sa vie à écrire des sermons, que de
+vrais prêtres se chargeoient de prononcer. Quand il mourut,
+ses <i>Discours moraux pour la chaire</i> n’avoient pas seulement
+dix, mais douze volumes. C’est lui qui avoit été l’éditeur
+de l’ouvrage précédent, <i>les Sermons</i> de l’évêque d’Aire.</p>
+</div>
+<p>Manière de prêcher selon l’esprit de l’Evangile,
+in-12<a id="FNanchor_679" href="#Footnote_679" class="fnanchor">[80]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_679" href="#FNanchor_679"><span class="label">[80]</span></a> Par le capucin de Paris, Albert. Couterot, son éditeur,
+republia ce livre en 1701.</p>
+</div>
+<p>La Main qui conduit au Ciel, du Cardinal
+Bona, in-12<a id="FNanchor_680" href="#Footnote_680" class="fnanchor">[81]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_680" href="#FNanchor_680"><span class="label">[81]</span></a> Ce traité, un des plus célèbres du mystique Bona, est
+le même dont l’abbé Le Duc fit une nouvelle traduction
+avec cet autre titre : <i>le Chemin du Ciel</i>, 1738, in-12.</p>
+</div>
+<p>Conférences morales sur la Religion, 2 vol.
+in-8<sup>o</sup>.</p>
+
+<p>L’Eglise Protestante détruite par elle-même,
+in-12.</p>
+
+<p>Pour le Sieur Pepie, rue saint Jacques à saint
+Basile.</p>
+
+<p>Suite des Instructions Monastiques, in-12.</p>
+
+<p>Satires de Juvénal, par M. de Silvecane, 2 vol.
+in-12<a id="FNanchor_681" href="#Footnote_681" class="fnanchor">[82]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_681" href="#FNanchor_681"><span class="label">[82]</span></a> C’est une des plus anciennes et non des meilleures
+traductions rimées du satirique latin. En voici le vrai titre :
+<i>Traduction des satyres de Juvénal en vers françois, avec des
+remarques et le latin à côté</i>, par Pierre de Silvecane.</p>
+</div>
+<p>Traité des Fièvres, par M. d’Hesse, in-12<a id="FNanchor_682" href="#Footnote_682" class="fnanchor">[83]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_682" href="#FNanchor_682"><span class="label">[83]</span></a> Traduction du hollandois en françois du <i>Traité des
+fièvres</i> de Corneille Boutekoe.</p>
+</div>
+<p>Pensées Chrétiennes, par M. l’Abbé de Choisy,
+in-12<a id="FNanchor_683" href="#Footnote_683" class="fnanchor">[84]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_683" href="#FNanchor_683"><span class="label">[84]</span></a> Un des nombreux écrits religieux que l’abbé de Choisy
+publia après sa conversion, sans grande conviction encore
+et surtout sans grand savoir. N’a-t-il pas dit, après la publication
+de son principal ouvrage en ce genre : « J’ai
+écrit l’histoire ecclésiastique, il ne me reste plus qu’à
+l’apprendre. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p202">-202-</span>Grammaire Italienne, in-12.</p>
+
+<p>Pour le Sieur Roulland fils, ruë saint Jacques.</p>
+
+<p>Analise des Epîtres de saint Paul, etc., 2 vol.
+in-12.</p>
+
+<p>Explication des Prières de la Messe, par M. de
+Meaux, in-12<a id="FNanchor_684" href="#Footnote_684" class="fnanchor">[85]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_684" href="#FNanchor_684"><span class="label">[85]</span></a> Il n’est pas besoin de dire que M. de Meaux, c’est
+Bossuet.</p>
+</div>
+<p>Pratique judiciaire sur les Censives, in-12.</p>
+
+<p>Pour le Sieur Robustel, rue saint Jacques.</p>
+
+<p>Histoire des Empereurs, par M. Tillemont,
+2 vol. in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_685" href="#Footnote_685" class="fnanchor">[86]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_685" href="#FNanchor_685"><span class="label">[86]</span></a> Ce célèbre ouvrage, quand l’auteur mourut en 1698,
+avoit six volumes.</p>
+</div>
+<p>Traité des Etudes Monastiques, par le P. Mabillon,
+in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_686" href="#Footnote_686" class="fnanchor">[87]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_686" href="#FNanchor_686"><span class="label">[87]</span></a> L’ouvrage a deux volumes. Il fut écrit pour réfuter
+l’opinion de l’abbé de la Trappe, qui prétendoit que les
+moines ne peuvent ni ne doivent étudier.</p>
+</div>
+<p>Pour la veuve Coignard et son Fils en compagnie.</p>
+
+<p>Les Offices de Cicéron et autres Œuvres,
+traduits du Latin de Grotius avec des nottes,
+in-8<sup>o</sup><a id="FNanchor_687" href="#Footnote_687" class="fnanchor">[88]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_687" href="#FNanchor_687"><span class="label">[88]</span></a> Cette traduction est de Goibaud Du Bois, de l’Académie
+françoise.</p>
+</div>
+<p>Les Loix Civiles dans leur ordre naturel,
+2 vol. in-4<sup>o</sup><a id="FNanchor_688" href="#Footnote_688" class="fnanchor">[89]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_688" href="#FNanchor_688"><span class="label">[89]</span></a> Ce sont les deux premiers volumes du grand ouvrage
+de Domat. Un troisième compléta bientôt cette partie des
+lois civiles.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p203">-203-</span>Maniere de fortifier selon la métode de M. de
+Vauban, in-12.</p>
+
+<p>Traitez de Metaphisique, d’histoire et de politique
+de feu M. de Cordemoy, in-12<a id="FNanchor_689" href="#Footnote_689" class="fnanchor">[90]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_689" href="#FNanchor_689"><span class="label">[90]</span></a> Recueil des petits traités, de Cordemoy, déjà publiés
+à part, tels que : le <i>Discours physique de la parole</i>, d’où
+Molière tira tout le comique de la scène du professeur de
+philosophie au premier acte du « Bourgeois gentilhomme » ;
+la <i>Lettre sur le système de Descartes</i>, etc., etc.</p>
+</div>
+<p>La Geographie ancienne, moderne et historique,
+2 vol. in-4<sup>o</sup>.</p>
+
+<p><i>Nota.</i> Que dans le courant de la présente
+année 1692, on imprimera chez ledit Sieur
+Cognard fils, Imprimeur du Roy et de l’Academie
+Françoise, le Dictionnaire de ladite Academie<a id="FNanchor_690" href="#Footnote_690" class="fnanchor">[91]</a> :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_690" href="#FNanchor_690"><span class="label">[91]</span></a> Le privilége d’impression du <i>Dictionnaire de l’Académie</i>
+avoit alors déjà huit ans de date. Il est, en effet, de
+1674. (<i>Collect. Delamarre</i>, n<sup>o</sup> 21,739, fol. 79.) La première
+édition parut, non en 1692, mais en 1694, chez
+Coignard, en 2 vol. in-fol.</p>
+</div>
+<p>Pour le Sieur Auroy, rue saint Jacques.</p>
+
+<p>Etablissement de la Foy dans la nouvelle
+France, 2 vol. in-12<a id="FNanchor_691" href="#Footnote_691" class="fnanchor">[92]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_691" href="#FNanchor_691"><span class="label">[92]</span></a> Le titre complet porte par le P. Le C… C’est le
+Père Ch. Le Clercq, récollet.</p>
+</div>
+<p>Nouvelle Relation de la Gaspesie.</p>
+
+<p><i lang="la" xml:lang="la">Barhei Compendium Theologiæ.</i></p>
+
+<p>Pour le Sieur Boudot.</p>
+
+<p>Homelies Theologiques et morales de M. Palafox,
+traduites par M. Amelot de la Houssaye,
+in-12<a id="FNanchor_692" href="#Footnote_692" class="fnanchor">[93]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_692" href="#FNanchor_692"><span class="label">[93]</span></a> Ces homélies, traduites de l’espagnol, ont pour texte
+principal la Passion.</p>
+</div>
+<p>Lettres de M. l’Abbé le Grand à M. Burnet,
+in-12.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p204">-204-</span>Deffense de l’Antiquité des Temps, par le
+R. P. Dom Paul Perron<a id="FNanchor_693" href="#Footnote_693" class="fnanchor">[94]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_693" href="#FNanchor_693"><span class="label">[94]</span></a> C’est une défense de son propre ouvrage, l’<i>Antiquité
+des Temps rétablie</i>, publiée en 1687, et que les PP. Martiany
+et Le Quien avoient fort attaquée.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c26">MUSIQUE.</h3>
+
+
+<p class="c"><i>Grand Maitre de la Musique de la Chapelle
+du Roy.</i></p>
+
+<p>Monseigneur l’Archeveque de Rheims<a id="FNanchor_694" href="#Footnote_694" class="fnanchor">[1]</a>, ruë
+saint Thomas du Louvre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_694" href="#FNanchor_694"><span class="label">[1]</span></a> Charles-Maurice Le Tellier, dont il a déjà été parlé.
+Il avoit, comme « maître de la Chapelle-Musique »,
+1,200 liv. de gages, plus 3,000 « pour sa bouche à
+cour. » <i>Etat de France</i>, 1692, p. 39.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Sur-Intendans de la Musique de la Chambre de
+Sa Majesté.</i></p>
+
+<p>M. de la Lande qui est d’ailleurs Maître de la
+Musique de la Chapelle<a id="FNanchor_695" href="#Footnote_695" class="fnanchor">[2]</a>, et M. Boisset qui est
+Maître de la Musique de la Chambre, en Cour<a id="FNanchor_696" href="#Footnote_696" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_695" href="#FNanchor_695"><span class="label">[2]</span></a> Michel-Richard de Lalande, d’abord violon, claveciniste
+et organiste, compositeur de motets, de pastorales et
+de ballets, puis surintendant de la musique du Roi, charge
+dans laquelle il mourut, en 1726, à quatre-vingt-trois ans.
+Il avoit été fait, le 9 janvier 1689, surintendant de la
+musique de la Chambre, ce qui étoit un acheminement à la
+surintendance générale.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_696" href="#FNanchor_696"><span class="label">[3]</span></a> Jean Boësset, sieur de Haut, fils de Boësset, qui avoit
+été de la musique de Louis XIII, et de qui l’on a quelques
+jolis airs de chansons, entre autres celui des couplets de
+Lingendes, qui furent si célèbres :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Si c’est un crime de l’aimer…</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Boësset étoit maître de musique des pages de la Chambre,
+aux gages de 1,140 liv.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p205">-205-</span><i>Autres Maîtres de la Musique de la Chapelle, de la
+Chambre et des Plaisirs de Sa Majesté.</i></p>
+
+<p>Messieurs Lambert, ruë sainte Anne<a id="FNanchor_697" href="#Footnote_697" class="fnanchor">[4]</a>, Goupille<a id="FNanchor_698" href="#Footnote_698" class="fnanchor">[5]</a>,
+ruë    Minoret<a id="FNanchor_699" href="#Footnote_699" class="fnanchor">[6]</a>, rue    Colasse,
+rue Traversine<a id="FNanchor_700" href="#Footnote_700" class="fnanchor">[7]</a>, et Moreau, rue sainte Croix de
+la Bretonnerie<a id="FNanchor_701" href="#Footnote_701" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_697" href="#FNanchor_697"><span class="label">[4]</span></a> Michel Lambert, si recherché, en 1666, à l’époque de
+la satire du <i>Repas</i> de Boileau, et qui n’avoit pas alors moins
+de quatre-vingt-deux ans. Lulli avoit épousé sa fille, et lui
+avoit donné dans sa maison, qui existe encore aux coins
+des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, l’appartement
+où nous le voyons logé, et où il mourut au mois de juin 1696.
+(<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte des Moulins</i>.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_698" href="#FNanchor_698"><span class="label">[5]</span></a> Lisez Coupillet. Il faisoit, comme prêtre, pendant le
+semestre de janvier, les fonctions ecclésiastiques de maître
+de musique, et avoit soin, durant le même temps, « de la
+nourriture, éducation, conduite et entretien des pages de
+musique. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_699" href="#FNanchor_699"><span class="label">[6]</span></a> Guillaume Minoret. Il avoit, pendant le semestre de
+juillet, les mêmes fonctions que Coupillet pendant celui de
+janvier. Ses motets sur un certain nombre de psaumes
+sont très-estimés. Le Cerf de la Vieuville, dans son livre,
+<i>Comparaison de la musique italienne et de la musique
+françoise</i>, 1706, in-8, 3<sup>e</sup> partie, le met, ainsi que Coupillet,
+sur le même rang, pour la composition, que Collasse et
+Lalande.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_700" href="#FNanchor_700"><span class="label">[7]</span></a> Pascal Collasse, un des meilleurs élèves et héritiers
+de Lulli. Après avoir collaboré avec son maître, il fit seul
+plusieurs opéras, dont celui de <i>Thétis et Pelée</i> est le plus
+célèbre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_701" href="#FNanchor_701"><span class="label">[8]</span></a> Jean-Baptiste Moreau, à qui Madame de Maintenon
+fit écrire, pour Saint-Cyr, la musique des chœurs d’<i>Esther</i>
+et d’<i>Athalie</i>. Il fit aussi les airs de quelques chansons de
+Lainez, son ami de cabaret.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maîtres pour l’Orgue et pour le Clavecin.</i></p>
+
+<p>Messieurs le Begue<a id="FNanchor_702" href="#Footnote_702" class="fnanchor">[9]</a>, rue Simon le Franc,
+<span class="pagenum" id="p206">-206-</span>Taumelin, rue de la Verrerie<a id="FNanchor_703" href="#Footnote_703" class="fnanchor">[10]</a>, Couprin, prés
+saint Gervais<a id="FNanchor_704" href="#Footnote_704" class="fnanchor">[11]</a>, Dandrieux, ruë saint Loüis du
+Palais<a id="FNanchor_705" href="#Footnote_705" class="fnanchor">[12]</a>, Nivert, prés saint Sulpice<a id="FNanchor_706" href="#Footnote_706" class="fnanchor">[13]</a>, Danglebert,
+rue sainte Anne<a id="FNanchor_707" href="#Footnote_707" class="fnanchor">[14]</a>, Martin, rue de l’Echelle, le
+Roux <a id="FNanchor_708" href="#Footnote_708" class="fnanchor">[15]</a>, rue   , Buterne, prés saint Paul<a id="FNanchor_709" href="#Footnote_709" class="fnanchor">[16]</a>,
+Montalan, rue du Cimetiere saint André<a id="FNanchor_710" href="#Footnote_710" class="fnanchor">[17]</a>, Ossu
+<span class="pagenum" id="p207">-207-</span>l’ainé, rue saint Denis<a id="FNanchor_711" href="#Footnote_711" class="fnanchor">[18]</a>, Ossu le cadet, Cloître
+saint Jacques de l’Hôpital, Garnier, rue Traversine,
+La Lande, Cour du Palais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_702" href="#FNanchor_702"><span class="label">[9]</span></a> Nicolas Le Bègue, un des quatre organistes de la
+Chapelle reçus en 1678. Son quartier étoit celui d’octobre.
+Il touchoit l’orgue à Saint-Merry, et l’on a de lui trois
+livres de pièces pour cet instrument. Il mourut très-vieux
+en 1700. Ses ouvrages se vendoient tout près de chez lui,
+dans la même rue. L’édit. de 1691, p. 62, dit, en effet :
+« le livre d’orgues de M. Le Bègue se vend chez M. Noël,
+rue Simon-le-Franc. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_703" href="#FNanchor_703"><span class="label">[10]</span></a> Jacques Tomelin, organiste de la Chapelle, comme Le
+Bègue. Il exerçoit pendant le quartier de janvier.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_704" href="#FNanchor_704"><span class="label">[11]</span></a> François Couperin, le second des trois frères qui fondèrent
+la renommée de cette dynastie de clavecinistes célèbres.
+Nous le voyons ici logé près de Saint-Gervais, parce
+que de 1669 à 1698, il y toucha l’orgue. Il mourut à
+soixante-dix ans, en 1701, écrasé par une voiture. L’année
+précédente, Montéclair lui avoit dédié sa <i>Méthode facile
+de musique</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_705" href="#FNanchor_705"><span class="label">[12]</span></a> On ne le connoît que par son fils, Jean-François
+Dandrieu, qui, de 1720 à 1740, se distingua sur l’orgue et
+le clavecin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_706" href="#FNanchor_706"><span class="label">[13]</span></a> Guill.-Gabriel Nivers, un des quatre organistes de la
+Chapelle. Il avoit été maître de musique de la Reine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_707" href="#FNanchor_707"><span class="label">[14]</span></a> Jean-Baptiste d’Anglebert. Il étoit de la musique de la
+Chambre pour le clavecin, ce qui lui rapportoit 600 liv. de
+gages, 900 de nourriture, 213 de monture, « et 270 pour
+la nourriture de son Porte-épinette. » <i>Etat de France</i>,
+1692, p. 223.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_708" href="#FNanchor_708"><span class="label">[15]</span></a> Il étoit aussi compositeur. V. <i>Le faux Satyrique</i>,
+1706, in-8, p. 11, où il est traité de « fameux maître de
+musique. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_709" href="#FNanchor_709"><span class="label">[16]</span></a> Jean Buterne, un des quatre organistes de la Chapelle-Musique.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_710" href="#FNanchor_710"><span class="label">[17]</span></a> « Messieurs Le Règne — c’est celui qui est désigné
+plus haut sous son vrai nom le Bègue — rue Simon-le-Franc,
+et de Montalan, rue du Cimetière-Saint-André, sont
+renommez pour toucher et enseigner le clavecin. » Edit.
+1691, p. 60. — Claude Rachel de Montalant, après avoir
+enlevé de son couvent, où sans doute il donnoit des leçons,
+la fille de Molière, étoit, vers 1686, devenu son mari. Une
+note de Titon du Tillet (<i>Parnasse françois</i>, 1732, in-fol.,
+p. 318) que nous avons citée le premier dans le <i>Roman
+de Molière</i>, 1862, in-18, p. 129, ne laisse sur ce point
+très-curieux aucun doute : « Elle épousa, dit-il, M. de
+Montaland, gentilhomme, qui a été quelque temps organiste
+de Saint-André des Arts. » Il l’étoit sans doute
+encore en 1691, ce qui expliqueroit pourquoi il logeoit
+tout près de cette église. Titon le traite de gentilhomme
+parce qu’il se faisoit appeler : Claude Rachel, écuyer, sieur
+de Montalant.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_711" href="#FNanchor_711"><span class="label">[18]</span></a> Lisez Houssu. Nous avons su son nom par le curieux
+procès que « les maîtres à danser et joueurs d’instruments
+tant hauts que bas » firent aux clavecinistes, en 1693, pour
+les empêcher d’enseigner à toucher le clavecin avant de
+s’être fait recevoir de leur communauté. Les clavecinistes,
+représentés par plusieurs de ceux qui figurent ici, dont on
+a vu les noms plus haut, ou qu’on trouvera nommés plus
+loin : Médéric Corneil, Nicolas Gigault, Jean-Baptiste de
+La Brune, Marin de la Guerre, Jean Mérault, Antoine
+Houssu, Nicolas Le Bègue, Guillaume-Gabriel Nivers, Jean
+Buterne, François Couprin, appelèrent d’une première
+sentence rendue contre eux par le prévôt de Paris, et
+obtinrent, le 7 mars 1695, un arrêt de la Grand’Chambre
+qui leur donna raison, et leur rendit l’entière liberté d’enseigner.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Autres Maîtres pour le Clavecin.</i></p>
+
+<p>Messieurs le Moine, ruë saint Honoré<a id="FNanchor_712" href="#Footnote_712" class="fnanchor">[19]</a>, Pitay,
+ruë sainte Croix de la Bretonnerie, Eudet et de
+la Cerisaye, ruë sainte Croix de la Cité, Bouton,
+rue Pavée, Mérault et Alexandre, rue saint Denis,
+<span class="pagenum" id="p208">-208-</span>Bernier, rue Tictonne<a id="FNanchor_713" href="#Footnote_713" class="fnanchor">[20]</a>, Hardy et Landrin,
+Cloitre sainte Opportune, Cointereau, place
+Maubert, Saffin, rue des Noyers, Boucher, rue
+des Assis<a id="FNanchor_714" href="#Footnote_714" class="fnanchor">[21]</a>, Corneille, Cloître Notre Dame, de
+Bordeaux, rue saint Jacques, Raison, rue saint
+Estienne, Gigot et Delian, rue saint Martin, la
+Brune, rue des Moineaux, Fouquet, ruë Coquillière,
+de la Guerre<a id="FNanchor_715" href="#Footnote_715" class="fnanchor">[22]</a> et Jacquet, Isle Notre
+Dame, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_712" href="#FNanchor_712"><span class="label">[19]</span></a> Il étoit de la musique de la Chambre pour le
+théorbe.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_713" href="#FNanchor_713"><span class="label">[20]</span></a> Nicolas Bernier, dont le succès fut si grand, surtout
+sous la Régence, pour ses motets, la musique de ses cantates
+et ses airs à boire. Il est fait de lui le plus grand
+éloge dans le poëme de J. de Serré, <i>la Musique</i>, dont la première
+édition date de 1714.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_714" href="#FNanchor_714"><span class="label">[21]</span></a> Lisez des Arcis.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_715" href="#FNanchor_715"><span class="label">[22]</span></a> Son vrai nom étoit Jacquet, le seul que prit son frère
+nommé ici avec lui. Jacquet de la Guerre étoit organiste à
+Saint-Séverin. Sa fille, M<sup>lle</sup> Elisabeth La Guerre, se distingua
+sur le clavecin et fit la musique de l’opéra de <i>Céphale
+et Procris</i>, en 1694. Elle mourut en 1727.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maitresses pour le même Instrument.</i></p>
+
+<p>Mesdames Oves, rue saint Denis, et Louis,
+rue de la Monnoye.</p>
+
+<p>Et encore Mesdemoiselles Rebours et le Tellier,
+fauxbourg saint Germain<a id="FNanchor_716" href="#Footnote_716" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_716" href="#FNanchor_716"><span class="label">[23]</span></a> « Mademoiselle Le Tellier, qui demeure au cul-de-sac
+de la rue Beaubourg. » Edit. 1691, p. 60.</p>
+</div>
+<hr>
+
+
+<p>M. du Clos, rue Bétizy, accorde en perfection
+le Clavecin.</p>
+
+<p>Messieurs Denis, sur le Quay neuf, Richard,
+ruë du Paon<a id="FNanchor_717" href="#Footnote_717" class="fnanchor">[24]</a>, Rosée, rue de Cléry, Créteil, rue
+Poupée, Dathene, rue saint Antoine<a id="FNanchor_718" href="#Footnote_718" class="fnanchor">[25]</a>, Voudry,
+<span class="pagenum" id="p209">-209-</span>rue saint Jacques, Boudet, rue saint Martin,
+Thierry, rue sainte Marguerite, du Catel et
+l’Esclop, rue Omer<a id="FNanchor_719" href="#Footnote_719" class="fnanchor">[26]</a>, Clico, rue Philippot, et le
+Febvre, rue Aubry Boucher, fabriquent, rajustent
+et accordent les Orgues et les Clavecins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_717" href="#FNanchor_717"><span class="label">[24]</span></a> « Près Saint-Nicolas du Chardonnet. » Edit. 1691,
+p. 60.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_718" href="#FNanchor_718"><span class="label">[25]</span></a> « Le sieur Dathene, qui fait des clavecins, demeure
+rue et devant le petit Saint-Antoine. » <i>Id.</i>, p. 64. « Le
+sieur Créteil, faiseur d’orgues, demeure dans la rue Poupée. »
+<i>Ibid.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_719" href="#FNanchor_719"><span class="label">[26]</span></a> Lisez rue au Maire.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maitres pour la Violle.</i></p>
+
+<p>Messieurs de sainte Colombe<a id="FNanchor_720" href="#Footnote_720" class="fnanchor">[27]</a>, rue…; Marais,
+ruë Bertin Poirée<a id="FNanchor_721" href="#Footnote_721" class="fnanchor">[28]</a>, Theobal, rue de Richelieu<a id="FNanchor_722" href="#Footnote_722" class="fnanchor">[29]</a>,
+des Fontaines<a id="FNanchor_723" href="#Footnote_723" class="fnanchor">[30]</a>, rue de Grenelle saint Honoré,
+de Machy, rue des fossez saint Germain, Garnier,
+prés le Palais Royal, Bellier, rue de Mommorency,
+Fourcroy le fils, rue vieille du Temple, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_720" href="#FNanchor_720"><span class="label">[27]</span></a> Il n’est plus connu que parce qu’il fut le maître de
+celui qui vient ici après lui.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_721" href="#FNanchor_721"><span class="label">[28]</span></a> « Monsieur Marais touche la viole par excellence, et donne
+des leçons chez luy, rue Quincampoix. » Edit. 1691, p. 48. — Marin
+Marais, élève de Sainte-Colombe, et le plus habile
+joueur de viole de son temps, il a beaucoup écrit pour cet
+instrument, et, de plus, l’on a de lui plusieurs partitions
+pour l’Opéra, où il avoit commencé à être simple batteur de
+mesures. La plus célèbre est celle d’<i>Alcione</i>, dont la Tempête
+fut un des morceaux les plus à effet de ce temps-là.
+Elle est décrite dans le poëme de <i>la Musique</i> cité plus haut.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_722" href="#FNanchor_722"><span class="label">[29]</span></a> Théobaldo Gaddi, qui, attiré de Florence à Paris par
+son admiration pour Lulli, fut mis par celui-ci dans l’orchestre
+de l’Opéra, où il joua pendant près de cinquante ans
+de la basse de viole. Il avoit fait, en 1691, la musique de
+la pastorale héroïque de <i>Coronis</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_723" href="#FNanchor_723"><span class="label">[30]</span></a> « Le même Des Fontaines montre d’ailleurs à toucher
+le clavecin et la basse de viole. » Edit. 1691, p. 48.</p>
+</div>
+<p>Mademoiselle Mengey, rue saint Honoré, prés
+la rue des Poullies, fait aussi profession de toucher
+et de montrer à toucher la Violle.</p>
+
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p210">-210-</span><i>Maîtres pour le Theorbe<a id="FNanchor_724" href="#Footnote_724" class="fnanchor">[31]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_724" href="#FNanchor_724"><span class="label">[31]</span></a> C’étoit une espèce de grand luth, qui lui-même étoit
+une sorte de guitare.</p>
+</div>
+<p>Messieurs du Pré, rue des Escoufles, et de la
+Barre en Cour, qui sont de la Chambre du Roy<a id="FNanchor_725" href="#Footnote_725" class="fnanchor">[32]</a>,
+et encore Messieurs Pinet<a id="FNanchor_726" href="#Footnote_726" class="fnanchor">[33]</a>, rue    le
+Moyne, Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Aubin,
+rue de l’Escharpe, Poussilac, prés les Jacobins
+saint Jacques, Lavaux, rue    Hurel,
+Quay de la Mégisserie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_725" href="#FNanchor_725"><span class="label">[32]</span></a> Du Pré n’étoit qu’en survivance, en 1692, à la chambre
+du Roi pour le théorbe. Pierre Chabançeau de La Barre,
+beaucoup plus célèbre, jouoit de la grosse-basse ou du
+théorbe à la Chapelle-Musique. Il étoit valet de chambre de
+la Dauphine.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_726" href="#FNanchor_726"><span class="label">[33]</span></a> Lisez Pinel. Il jouoit du théorbe à la chambre du Roi,
+mais y avoit, auparavant, chanté les hautes tailles.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maîtres pour la basse de Violon.</i></p>
+
+<p>Messieurs Marchands père et fils, et Converset,
+rue des Poulies<a id="FNanchor_727" href="#Footnote_727" class="fnanchor">[34]</a>, Boudet, rue saint Antoine,
+Reffiet, rue des vieux Augustins<a id="FNanchor_728" href="#Footnote_728" class="fnanchor">[35]</a>, la Rue, prés
+saint Mederic.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_727" href="#FNanchor_727"><span class="label">[34]</span></a> « Rue Bétizy, Gillet, place du Palais-Royal. » Edit.
+1691, p. 48. — A la chambre du Roi, les deux Marchand :
+Jean Noël, le père, et Jean-Baptiste, le fils, jouoient non la
+basse, mais le dessus de violon.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_728" href="#FNanchor_728"><span class="label">[35]</span></a> Urbain Reffiet. Il étoit un des vingt-cinq violons ordinaires,
+dont Dumanoir étoit le roi.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maîtres pour le dessus de Violon.</i></p>
+
+<p>Messieurs Favre, rue saint Honoré, le Peintre,
+à Versailles<a id="FNanchor_729" href="#Footnote_729" class="fnanchor">[36]</a>, Thoüin, rue de la Verrerie<a id="FNanchor_730" href="#Footnote_730" class="fnanchor">[37]</a>, Verdier,
+<span class="pagenum" id="p211">-211-</span>rue du Chantre, Baptiste, Cloitre saint
+Honoré, du Bois, rue des fossez saint Germain,
+de l’Isle, rue saint Honoré, Charpentier, rue de
+la Harpe, du Chesne, rue Aubry Boucher, Jobert,
+rue saint Antoine, Marchand, rue de Berry, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_729" href="#FNanchor_729"><span class="label">[36]</span></a> Augustin-Jean Le Peintre. Il étoit aussi des vingt-cinq
+violons, et, de plus, un des violons du Cabinet, où il jouoit
+les dessus, avec 600 liv. de gages. Il étoit en outre attaché,
+comme violon, à la maison du Dauphin, ce qui lui valoit
+600 liv. sur la cassette du prince, 400 sur le trésor royal,
+« et quelques autres gratifications », dit l’<i>Etat de France</i>.
+On comprend qu’avec le cumul de ces gages et ce que pouvoient
+lui rapporter ses leçons, il ait pu faire dire à Richelet,
+au mot <i>violon</i> de son dictionnaire : « Le Peintre, l’un des
+meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne plus que Corneille,
+l’un des plus excellents de nos plus fameux poëtes
+françois. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_730" href="#FNanchor_730"><span class="label">[37]</span></a> L’édition précédente l’appelle à tort Thonin.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maîtres pour la Guitarre.</i></p>
+
+<p>Messieurs de Vizé, à Luxembourg<a id="FNanchor_731" href="#Footnote_731" class="fnanchor">[38]</a>, Cheron,
+rue Dauphine<a id="FNanchor_732" href="#Footnote_732" class="fnanchor">[39]</a>, Medard, prés saint Nicolas des
+Champs, le Tellier, rue du Foin, Galet, cul-de-sac
+saint Sulpice, du Gesne, rue des Prouvaires,
+Poussilot<a id="FNanchor_733" href="#Footnote_733" class="fnanchor">[40]</a>, prés les Jacobins saint Jacques, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_731" href="#FNanchor_731"><span class="label">[38]</span></a> C’est-à-dire au palais du Luxembourg. Vizé fut très-célèbre
+en son temps. Palaparat, dans la préface du <i>Grondeur</i>,
+parlant d’un joueur de flûte fameux, dit qu’il tire de
+la flûte allemande « des sons plus doux… »</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Que ceux que De Vizé tire de sa guitarre.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_732" href="#FNanchor_732"><span class="label">[39]</span></a> Nous le trouverons plus loin parmi les faiseurs d’instruments.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_733" href="#FNanchor_733"><span class="label">[40]</span></a> Lisez Poussillac, comme plus haut.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Alexandre Roboam fait des Guitarres
+par excellence<a id="FNanchor_734" href="#Footnote_734" class="fnanchor">[41]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_734" href="#FNanchor_734"><span class="label">[41]</span></a> Il demeurait rue des Arcis.</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maîtres pour le Luth.</i></p>
+
+<p>Messieurs Mouton, rue saint Antoine, et du
+Buc, ruë<a id="FNanchor_735" href="#Footnote_735" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_735" href="#FNanchor_735"><span class="label">[42]</span></a> L’édition de 1691, p. 61, nomme, avec lui, « Gallot
+et Jacqueson. » Mouton étoit, de beaucoup, le plus célèbre.
+On a de lui, d’après de Troyes, un très-beau portrait gravé
+par Edelinck. Mariette en parle ainsi dans une note de l’<i>Abecedario</i>,
+t. II, p. 219, que nous reproduisons avec toute
+sa singularité : « Jean Mouton, célèbre joueur, jouant de
+la guitare — est-ce un luth ? est-ce une guitare ? C’est un
+luth — à demy corps, d’après Fr. De Troyes ; d’après un
+des plus beaux tableaux qu’ait peints M. de Troyes. Il a
+été peint en 1690, Mouton étant, pour lors, âgé de 64 ans.
+J’ai vu, ajoute Mariette, ce tableau en 1755, et j’ose dire
+que le plus beau tableau de Van Dyck ne me paroît pas
+supérieur. » Edelinck grava ce beau portrait pour remercier
+Mouton d’avoir enseigné le luth à sa fille sans vouloir être
+payé. (<i>Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des membres
+de l’Acad. de peinture</i>, t. II, p. 55.)</p>
+</div>
+
+<p class="c"><span class="pagenum" id="p212">-212-</span><i>Maîtres pour le Jeu et pour la Fabrique des
+Instruments à Vent, Flûtes, Flageolets, Hautbois,
+Bassons, Musettes, etc.</i></p>
+
+<p>Messieurs Colin Hotteterre<a id="FNanchor_736" href="#Footnote_736" class="fnanchor">[43]</a>, ruë d’Orléans ;
+Jean Hotteterre, rue des fossez S. Germain ; Fillebert,
+rue S. Antoine<a id="FNanchor_737" href="#Footnote_737" class="fnanchor">[44]</a> ; des Costeaux, Fauxbourg
+<span class="pagenum" id="p213">-213-</span>saint Antoine<a id="FNanchor_738" href="#Footnote_738" class="fnanchor">[45]</a> ; Filidot en Cour<a id="FNanchor_739" href="#Footnote_739" class="fnanchor">[46]</a> ; du
+Mont, rue de Tournon ; Rousselet, rue des Assis ;
+Dupuis, carrefour de l’Ecole<a id="FNanchor_740" href="#Footnote_740" class="fnanchor">[47]</a> ; le Breton et Fremont,
+rue de l’Arbre sec ; Héron, prés le cadran
+saint Honoré ; du Buc, rue de Richelieu ; Roset,
+rue neuve saint Eustache<a id="FNanchor_741" href="#Footnote_741" class="fnanchor">[48]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_736" href="#FNanchor_736"><span class="label">[43]</span></a> Colin étoit un diminutif de Nicolas, son vrai prénom.
+Il étoit basson à la Chapelle-Musique. Lui, et son fils Jean,
+qui le suit ici, et un autre, dont nous ne savons pas le prénom,
+excelloient surtout comme <i>facteurs</i> : « le père,
+lisons-nous dans un <i>Traité de la Musette</i>, etc. (Lyon,
+1682, pet. in-fol., p. 38), est un homme unique pour la
+construction de toutes sortes d’instruments de bois, d’ivoire,
+d’ébeine, comme sont les musettes, flageolets, hautbois ; et
+mesme pour faire des accords parfaits de tous ces instruments.
+Ses fils ne luy cèdent en rien pour la pratique de
+cet art. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_737" href="#FNanchor_737"><span class="label">[44]</span></a> Philibert Rebillé. Très-renommé comme flûtiste et
+acteur de société. Palaprat dit de lui dans une note de son
+théâtre (t. I, p. 183) : « fameux joueur de flûte allemande,
+qui a mérité d’être chanté sur la lyre de M. De La Mothe,
+<i>Ode de la Flûte</i>. » La flûte allemande étoit ce qu’on appelle
+aujourd’hui « flûte traversière. » L’autre étoit la clarinette.
+Philibert eut de très-grands succès à la Cour, comme on le
+voit par les <i>Poésies</i> de Lainez, son ami, et de très-vifs aussi,
+trop vifs même dans la bourgeoisie. Une certaine M<sup>me</sup> Brunet,
+qui s’étoit affolée de lui, empoisonna son mari, et
+l’épousa en secondes noces. Les révélations de La Voisin,
+qui lui avoit fourni le poison, la firent prendre, condamner
+et exécuter. Philibert, dont le roi ne mit pas en doute
+l’innocence, fut sauvé. Il y a, dans les <i>Caractères</i>, une
+allusion à cette affaire. Philibert y est nommé Dracon.
+(<i>Comédie de Jean de La Bruyère</i>, t. I, p. 212-214.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_738" href="#FNanchor_738"><span class="label">[45]</span></a> Il étoit joueur de flûte, comme Philibert, dont il fut
+l’ami dévoué. Il avoit beaucoup connu Molière, et en parloit
+très-curieusement. Sa passion pour les fleurs fut célèbre.
+C’est pour la mieux satisfaire qu’il s’étoit logé au faubourg
+Saint-Antoine, où, comme nous le verrons, se trouvoient les
+grands « floristes. » C’est lui, suivant Math. Marais, qui
+aurait posé pour le curieux de fleurs des <i>Caractères</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_739" href="#FNanchor_739"><span class="label">[46]</span></a> André-Danican Philidor, et non Filidot. Il jouoit de la
+basse à la Chapelle-Musique et dans la chambre du Roi.
+Veuf de Marguerite Monginot, il eut, de son second mariage
+avec Elisabeth Le Roy, un fils qui devint célèbre comme
+compositeur, mais surtout comme joueur d’échecs.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_740" href="#FNanchor_740"><span class="label">[47]</span></a> Nous le retrouverons, avec les quatre autres qui
+suivent, parmi les fabricants d’instruments.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_741" href="#FNanchor_741"><span class="label">[48]</span></a> « Le sieur Rozet est renommé pour les instruments
+de musique de la garde-robe du Roy. Il demeure rue
+Neuve-Saint-Eustache. » Edit. 1691, p. 49.</p>
+</div>
+<p>Plusieurs d’entre les Maîtres de tous les Instrumens
+ci-dessus, travaillent par excellence à
+la composition de la Musique, outre lesquels
+entre les habiles Compositeurs de Paris, on
+compte d’ailleurs Messieurs Oudot à la place
+Royale ; Mignon<a id="FNanchor_742" href="#Footnote_742" class="fnanchor">[49]</a>, cloître Notre Dame<a id="FNanchor_743" href="#Footnote_743" class="fnanchor">[50]</a> ; l’Alloüette,
+<span class="pagenum" id="p214">-214-</span>prés saint Germain de l’Auxerrois<a id="FNanchor_744" href="#Footnote_744" class="fnanchor">[51]</a> ;
+Charpentier, rue Dauphine<a id="FNanchor_745" href="#Footnote_745" class="fnanchor">[52]</a> ; Bertet, Isle Notre
+Dame ; Chaperon, cour du Palais ; Martin, rue
+des saints Pères ; Terrier, prés les Innocens, etc.<a id="FNanchor_746" href="#Footnote_746" class="fnanchor">[53]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_742" href="#FNanchor_742"><span class="label">[49]</span></a> Il étoit maître de la musique de Notre-Dame, et,
+comme on le voit ici, logeoit auprès. Il étoit aussi, à son
+temps perdu, grand amateur de bouts rimés. C’est lui qui,
+en 1682, avoit proposé un prix à quiconque rempliroit le
+mieux à la louange du roi les rimes de <i>pan</i>, <i>guenuche</i>, etc.,
+qui pendant une saison entière occupèrent toutes les sociétés.
+(<i lang="la" xml:lang="la">Menagiana</i>, t. I, p. 35.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_743" href="#FNanchor_743"><span class="label">[50]</span></a> « Colasse, rue Sainte-Anne, Lorenzani… » Edit. 1691,
+p. 62. — Ce dernier est nommé dans les <i>Caractères</i>,
+au § 29 du chapitre de <i>la Mode</i> : « on sait que Lorenzani
+fait de beaux motets. » Il en publia quelques-uns, en
+1693, chez Ballard. Lulli s’étoit opposé de tous ses efforts
+à sa célébrité. Sénecé, qui l’appelle Lorenzain, parle ainsi
+de cette jalousie du Florentin dans le libelle qu’il fit contre
+lui, <i>Lettre de Clément Marot</i>, etc. : « Je t’atteste encore,
+célèbre Lorenzain, à qui un mérite connu de toute l’Europe
+n’a servi qu’à blesser les yeux du jaloux Lulli… »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_744" href="#FNanchor_744"><span class="label">[51]</span></a> Jean-François Lalouette, qui passe pour avoir travaillé
+aux opéras de Lulli, son maître, mais qui fut surtout
+célèbre pour ses motets. Il étoit maître de musique de
+l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, près de laquelle nous le
+voyons logé ici.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_745" href="#FNanchor_745"><span class="label">[52]</span></a> Marc-Antoine Charpentier, que son logement place
+Dauphine mettoit à proximité de la Sainte-Chapelle, où il
+étoit maître de musique. Il enseigna la composition au
+Régent, et fit avec lui l’opéra de <i>Philomèle</i>, qui ne fut ni
+joué, ni imprimé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_746" href="#FNanchor_746"><span class="label">[53]</span></a> A la suite de ces « habiles compositeurs de musique »,
+on lit dans l’édit. précédente, p. 62 : « le sieur Jolly, rue
+des Rosiers, près la vieille rue du Temple, l’enseigne avec
+une grande facilité. »</p>
+</div>
+
+<p class="c"><i>Maîtres pour l’Art de Chanter<a id="FNanchor_747" href="#Footnote_747" class="fnanchor">[54]</a>.</i></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_747" href="#FNanchor_747"><span class="label">[54]</span></a> Ils étoient, depuis quelques années, en grande faveur. «  — Fais-toi
+plutôt maître à chanter, dit Colombine. On
+te donnera deux louis d’or par mois, et tu trouveras peut-être
+quelque écolière à qui tu ne déplairas pas : car voilà
+la grippe des femmes d’aujourd’hui… On est de tous les
+bons repas ; jamais de promenade sans le maître à chanter. »
+(Regnard, <i>La descente de Mezzetin aux Enfers</i>, acte I,
+scène 1<sup>re</sup>.)</p>
+</div>
+<p>Massieurs Dambruy, rue Betizy, du Buisson,
+<span class="pagenum" id="p215">-215-</span>rue Dauphine, du Bousset, rue des Fontaines,
+Hallé, rue des Marais saint Germain, du Parc,
+rue de la Savaterie : Saint Germain, près la
+Madelaine, Chevalier, rue   ; la Pommeraye,
+prés saint Leu de saint Gilles : de Lair,
+rue saint Honoré : Gillier, rue de Berry<a id="FNanchor_748" href="#Footnote_748" class="fnanchor">[55]</a> : Bonnamy,
+rue Tictonne, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_748" href="#FNanchor_748"><span class="label">[55]</span></a> C’est le père de Gillier qui fit tous les divertissements
+de musique à la Comédie et aux Italiens pour les pièces de
+Dancourt, Regnard, etc.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Hallin frères sont renommez pour
+le Jeu de la Trompette et des Timbales qu’on
+trouve de la meilleure Fabrique chez le Sieur
+Crestien, rue de la Ferronnerie, à la Ville de
+Vernon.</p>
+
+<p>Les Cordes de Rome pour les Instrumens, se
+vendent en gros rue saint Denis aux trois Maillets,
+et en détail chez tous les faiseurs d’Instrumens,
+entre lesquels le Sieur Offlard<a id="FNanchor_749" href="#Footnote_749" class="fnanchor">[56]</a>, rue de
+Bussy, et les Sieurs Cheron<a id="FNanchor_750" href="#Footnote_750" class="fnanchor">[57]</a>, rue Dauphine et
+rue de la vieille Bouclerie en ont un grand
+assortiment.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_749" href="#FNanchor_749"><span class="label">[56]</span></a> Il faut, je crois, lire « Offland. » Nous trouvons, en
+effet, un Jean Offland parmi « les maistres faiseurs d’instruments
+de musique », dans un compte du commencement
+du siècle. (<i>Bulletin archéolog.</i>, t. II, p. 542.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_750" href="#FNanchor_750"><span class="label">[57]</span></a> « Luttier. » Edit. precéd., p. 112. Ces deux Chéron
+étoient sans doute frères. L’édit. précédente n’indique que
+celui de la rue Dauphine, qui figure déjà plus haut parmi
+les maîtres de guitare. Un Nicolas Chéron, comme nous le
+voyons par un acte de baptême, étoit déjà « faiseur d’instruments
+de musique », en 1658. Peut-être étoit-ce le père
+de celui-ci.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p216">-216-</span>Il y a une fabrique pour l’Orgue et pour le
+Manicordium<a id="FNanchor_751" href="#Footnote_751" class="fnanchor">[58]</a>, rue saint Julien des Ménetriers<a id="FNanchor_752" href="#Footnote_752" class="fnanchor">[59]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_751" href="#FNanchor_751"><span class="label">[58]</span></a> Sorte de petite épinette à sons amortis par du drap
+étendu sur les cordes. On l’appeloit aussi <i>épinette sourde</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_752" href="#FNanchor_752"><span class="label">[59]</span></a> « Les musettes et les autres instruments à vent, se
+vendent chez les sieurs Dupuis, carrefour de l’Ecole, Le
+Breton et Froment, rue de l’Arbre-Sec, Héron, près le
+cadran Saint-Honoré, et Du Buc, rue de Richelieu. » Edit.
+1691, p. 49. — La musette étoit alors à la mode. Nous
+avons vu, dans une note précédente, comment Van-Dyck
+peignit le libraire Langlois jouant de cet instrument. La
+vielle le remplaça. Sous Louis XV, tout le monde en jouoit.
+<i>V.</i> aux <i>Mss.</i> de la Biblioth. Nat. les <i>Stromates</i> de Jamet,
+t. II, p. 2050.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c27">FAMEUX CURIEUX<br>
+<span class="small">DES OUVRAGES MAGNIFIQUES<a id="FNanchor_753" href="#Footnote_753" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_753" href="#FNanchor_753"><span class="label">[1]</span></a> Le Roux de Lincy a publié cette liste, avec quelques
+notes insuffisantes, dans la <i>Gazette des Beaux-Arts</i> du 15
+février 1859, p. 224. — Nous n’avons pas besoin de dire
+ce qu’on entendoit alors par « curieux », <i>les Caractères</i> de
+La Bruyère nous l’ont assez appris. Nous ajouterons toutefois
+que, sous Louis XIII, le mot avec ce sens n’étoit pas
+encore employé. On disoit des « grippés. » Dans une
+curieuse pièce <i>Ms.</i> du <i>Supplément françois</i>, à la Biblioth.
+Nat., n<sup>o</sup> 12, 491, p. 268, intitulée les <i>Francs grippez</i>, nous
+trouvons : <i>le grippé des fleurs</i>, <i>le grippé des médailles</i>, etc.
+Il y eut aussi alors un ballet, <i>les Grippez à la mode</i>. (<i>V.</i> le
+catal. Soleinne, t. III, p. 85.)</p>
+</div>
+
+<p class="drap">Monsieur le Duc d’Aumont, rue de Jouy<a id="FNanchor_754" href="#Footnote_754" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_754" href="#FNanchor_754"><span class="label">[2]</span></a> C’est le père de celui qui, à la fin du règne, fut ambassadeur
+en Angleterre. Il avoit eu d’abord son cabinet de
+tableaux — c’est ce qu’il collectionnoit — rue Vivien, ou
+Vivienne. La liste des curieux, publiée par Spon dans <i>Les
+Recherches des antiquités et curiosités de la ville de Lyon</i>,
+1673, in-8, p. 212-218, que nous aurons souvent à citer,
+d’après la reproduction qu’en a faite la <i>Revue universelle des
+Arts</i>, t. XV, p. 259, lui donne cette adresse, il s’installa
+ensuite dans l’hôtel de sa famille rue de Jouy, dont nous
+avons déjà parlé. Il y joignit à son goût pour les tableaux,
+celui de l’Antiquité. « Monsieur le duc d’Aumont, écrivoit,
+en 1686, Bourdelot d’Airval au t. II de son livre de l’<i>Utilité
+des Voyages</i>, a bien fait voir qu’il se connoissoit en
+tout dans les conférences qu’il a tenues chez lui, touchant
+l’histoire ancienne : il a découvert depuis peu deux portraits
+en agathe de quelques-uns des tyrans du temps de
+Gallien. »</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p217">-217-</span>M. le Duc de Saint Simon, rue de Taranne<a id="FNanchor_755" href="#Footnote_755" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_755" href="#FNanchor_755"><span class="label">[3]</span></a> Claude de Saint-Simon, père de l’auteur des <i>Mémoires</i>.
+Il ne mourut que l’année suivante. Il avoit des tableaux.
+Son fils (<i>Mém.</i>, édit. in-18, t. I, p. 34) parle entre autres
+de celui de Pomone et Vertumne, un des plus beaux de
+Carrache, que lui avoit donné le duc de Montmorency
+avant de monter à l’échafaud.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Duc de Richelieu, place Royale<a id="FNanchor_756" href="#Footnote_756" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_756" href="#FNanchor_756"><span class="label">[4]</span></a> Père du maréchal duc de Richelieu. Il avoit une fort
+belle galerie de tableaux, avec de nombreux et remarquables
+Rubens : « On en trouve dans cet hôtel, dit G. Brice, 3<sup>e</sup> édit.,
+t. I, p. 330, un plus grand nombre qu’en nul endroit de
+Paris. » De Piles les a décrits dans ses <i>Dissertations sur
+les ouvrages des plus fameux peintres</i>. La description du plus
+beau de tous, <i>la Chute des mauvais Anges</i>, est de M. de
+Richelieu lui-même.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Chevalier de Lorraine, au Palais Royal<a id="FNanchor_757" href="#Footnote_757" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_757" href="#FNanchor_757"><span class="label">[5]</span></a> Le chevalier de Lorraine, dont on sait la faveur équivoque
+près de Monsieur, avoit dans son appartement, l’un
+des plus beaux du Palais-Royal, un cabinet sur le jardin,
+tout rempli de tableaux rares, des italiens surtout, tels que
+l’Albane. On y trouvoit aussi quelques Poussin.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Marquis d’Hauterive<a id="FNanchor_758" href="#Footnote_758" class="fnanchor">[6]</a>, au Cherche Midy.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_758" href="#FNanchor_758"><span class="label">[6]</span></a> Suivant la liste de Spon, ce marquis, souvent nommé
+par Dangeau, avoit aussi le goût des tableaux.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Marquis de Rieux, rue de Seine.</p>
+
+<p class="drap">M. le Comte de Flamarin<a id="FNanchor_759" href="#Footnote_759" class="fnanchor">[7]</a>, prés saint Roch.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_759" href="#FNanchor_759"><span class="label">[7]</span></a> Grossolle de Flamarens. Il paroît avoir eu surtout le
+goût des livres. On en rencontre à ses armes : <i>d’or, au lion
+de gueules, naissant d’une rivière d’argent, chef d’azur
+chargé de trois étoiles d’or</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Comte de Bartolet, rue de Tournon.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p218">-218-</span>M. le Marquis de Rhodes<a id="FNanchor_760" href="#Footnote_760" class="fnanchor">[8]</a>, prés la porte saint
+Honoré.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_760" href="#FNanchor_760"><span class="label">[8]</span></a> Grand maître des cérémonies, charge qu’il vendit, au
+grand blâme de tous, car on l’étoit de père en fils, depuis
+longtemps, dans sa famille.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Baron de Breteuil<a id="FNanchor_761" href="#Footnote_761" class="fnanchor">[9]</a>, rue de Paradis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_761" href="#FNanchor_761"><span class="label">[9]</span></a> Ce baron qui ne l’étoit pas, selon Saint-Simon, est le
+même qui mena avec la présidente Ferrand le scandaleux
+roman dont nous avons parlé. Nous ignorons quels étoient
+ses goûts de curieux.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Comte de Morstein, sur le Quay des
+Théatins<a id="FNanchor_762" href="#Footnote_762" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_762" href="#FNanchor_762"><span class="label">[10]</span></a> M. de Morstein, ancien grand trésorier de Pologne,
+avoit son hôtel, qui devint ensuite celui du maréchal d’Estrées,
+au coin de la rue des Saints-Pères et du quai des
+Théatins, aujourd’hui quai Voltaire. C’étoit un grand curieux
+en toutes choses. Ses jardins à Montrouge étoient magnifiques.
+Rigaud l’avoit peint avec sa fille, puis séparément.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Comte de Renes, rue saint Dominique,
+quartier S. Germain.</p>
+
+<p class="drap">M. le Commandeur d’Hautefeuille, rue du Bac<a id="FNanchor_763" href="#Footnote_763" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_763" href="#FNanchor_763"><span class="label">[11]</span></a> Étienne-Texier d’Hautefeuille, grand prieur d’Aquitaine
+et ambassadeur extraordinaire de la religion de Malthe en
+France. Il mourut le 3 mai 1703, laissant, suivant Saint-Simon
+(t. IV, p. 453), tous ses tableaux à son Ordre. Ils
+étoient d’un grand prix, car au dire de Mariette (<i>Abecedario</i>,
+t. II, p. 345), « il étoit très-grand curieux, et avoit de
+très-belles choses. » Il habitoit dans le haut de la rue du
+Bac une des maisons neuves bâties par l’administration des
+Incurables.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Commandeur de Gaults, derrière saint Roch<a id="FNanchor_764" href="#Footnote_764" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_764" href="#FNanchor_764"><span class="label">[12]</span></a> Sur la liste de Spon, son nom est écrit Gotz, et son
+adresse est donnée au bout de la rue des Petits-Champs.
+Son cabinet, y est-il dit, comprenoit tableaux, médailles
+modernes, curiosités de toutes sortes.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Chevalier de Simonville<a id="FNanchor_765" href="#Footnote_765" class="fnanchor">[13]</a>, rue sainte Croix
+de la Bretonnerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_765" href="#FNanchor_765"><span class="label">[13]</span></a> Lisez de Sémonville. Nous ne savons rien sur ses collections.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p219">-219-</span>M. le Chevalier de Nogent<a id="FNanchor_766" href="#Footnote_766" class="fnanchor">[14]</a>, rue d’Anjou au
+Marais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_766" href="#FNanchor_766"><span class="label">[14]</span></a> Un des favoris préférés de Louvois, qui lui donna une
+maison charmante à Meudon, où il réunit les plus précieuses
+de ses curiosités. Il mourut très-âgé, en 1708.</p>
+</div>
+<p class="drap">Messieurs les Présidens Lambert et Bretonvilliers,
+Isle Notre Dame<a id="FNanchor_767" href="#Footnote_767" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_767" href="#FNanchor_767"><span class="label">[15]</span></a> Nous n’avons pas à insister sur la magnificence des
+hôtels Lambert et Bretonvilliers, elle est connue : tableaux
+rares, meubles du plus grand prix se trouvoient partout dans
+l’un et dans l’autre. On peut s’en faire une idée par ce qu’en
+a dit G. Brice, 3<sup>e</sup> édit., t. II, p. 388-394.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Président Dorieux, prés les Enfans
+Rouges<a id="FNanchor_768" href="#Footnote_768" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_768" href="#FNanchor_768"><span class="label">[16]</span></a> Il étoit fils de Nicolas Dorieu, mort intendant de
+Limoges en 1686, qui lui avoit légué une bibliothèque qu’il
+compléta, et dont le prix venoit surtout des documents
+imprimés et manuscrits qu’elle contenoit sur l’histoire de la
+noblesse de France. Ses livres portoient sur les plats :
+<i>un écusson d’azur à la bande d’or chargée de 3 molettes
+de gueules dans le sens de la bande</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique<a id="FNanchor_769" href="#Footnote_769" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_769" href="#FNanchor_769"><span class="label">[17]</span></a> François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres.
+Nous en avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses
+armes : <i>d’or à l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée
+et membrée de gueules</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine<a id="FNanchor_770" href="#Footnote_770" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_770" href="#FNanchor_770"><span class="label">[18]</span></a> Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de
+Spon, en 1673. Il y est donné comme amateur de tableaux
+modernes.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Caumartin, rue sainte Avoye<a id="FNanchor_771" href="#Footnote_771" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_771" href="#FNanchor_771"><span class="label">[19]</span></a> Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi
+les intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux
+modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son
+portrait, et peignit aussi celui de sa femme.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Mendat, rue saint Loüis du Marais<a id="FNanchor_772" href="#Footnote_772" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_772" href="#FNanchor_772"><span class="label">[20]</span></a> Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des
+requêtes, Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts
+nous sont plus connus que les siens : il étoit bibliophile.
+L’écusson des livres de sa bibliothèque, dont la vente se fit
+en 1755, avec <i>Catalogue</i> dressé par David l’aîné, porte :
+<i>d’azur au lion couronné d’or, au chef d’argent chargé d’une
+hure de sanglier de sable, accostée de deux roses de
+gueules</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p220">-220-</span>M. Jabac, rue Neuve saint Mederic<a id="FNanchor_773" href="#Footnote_773" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_773" href="#FNanchor_773"><span class="label">[21]</span></a> Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France,
+où il devint directeur de la compagnie des Indes orientales,
+et l’un des maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé
+de lui, p. <a href="#p109">109</a>, note 11. Ses acquisitions à Londres,
+après la mort de Charles I<sup>er</sup>, furent considérables selon
+Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures et dessins,
+que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet
+de Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre
+à Mazarin l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard,
+passèrent au Roi, et sont maintenant au Louvre. Puis, la
+ruine à peu près complète ayant suivi, il fallut céder la
+collection entière : 101 tableaux et 5,542 dessins. Le roi
+offrit 200,000 livres, et, au mois de mars 1671, marché
+fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne put
+s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que
+vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques
+tableaux, entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint
+lui-même, l’avoit représenté avec sa femme et ses enfants.
+Il fut vendu à Cologne, en février 1787. — L’hôtel de
+Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe encore en partie
+ainsi que le passage qui le fait communiquer avec la rue
+Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte.
+Au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y
+firent leurs expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit
+appeler par Diderot « Jabach » ces tableaux d’ordre inférieur.
+Un fameux magasin de tabatières s’établit aussitôt
+après à l’hôtel Jabach.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de la Saldiere, rue du gros Chenet<a id="FNanchor_774" href="#Footnote_774" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_774" href="#FNanchor_774"><span class="label">[22]</span></a> Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la
+<span class="sc">Comédie de la Bruyère</span>, le bibliophile Guyon de Sardière qui
+pouvoit alors commencer sa riche collection ? Si ce n’est
+lui, nous ne savons qui c’est.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_775" href="#Footnote_775" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_775" href="#FNanchor_775"><span class="label">[23]</span></a> Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint
+par Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit
+un D’Argenson.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p221">-221-</span>M<sup>rs</sup> Belluchot et le Riche, rue des Massons<a id="FNanchor_776" href="#Footnote_776" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_776" href="#FNanchor_776"><span class="label">[24]</span></a> François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le
+Riche, secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans
+la même maison : Belluchot y collectionnoit avec un grand
+goût des tableaux de maîtres — il en avoit un surtout du
+Guide qui étoit admirable. — Le Riche faisoit, lui, collection
+de livres choisis et d’estampes, dont il avoit beaucoup
+de « très-belles et très-curieuses », dit G. Brice (3<sup>e</sup> édit.,
+t. II, p. 175).</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Furetière, rue du Roy de Cicile<a id="FNanchor_777" href="#Footnote_777" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_777" href="#FNanchor_777"><span class="label">[25]</span></a> Ce n’est pas l’auteur du <i>Dictionnaire</i>, mort alors depuis
+quatre ans, mais son frère Nicolas Furetière, avocat au
+Parlement, qui avoit comme lui le goût des curiosités,
+et peut-être avoit hérité des siennes. Dans sa liste de
+1672, Spon n’avoit pas oublié Furetière, le lexicographe,
+l’auteur du <i>Roman Bourgeois</i>, il nous l’avoit donné comme
+étant curieux de livres rares, d’estampes, de bronzes, etc.
+Son frère, que nous voyons logé rue du Roi-Sicile, pouvoit
+y demeurer alors. Le 9 janvier 1691, il avoit fait baptiser
+une de ses filles à Saint-Gervais, qui est la paroisse de
+cette rue. Il mourut le 9 décembre 1697, à l’île Saint-Louis.
+M. Ferd. de Lasteyrie a retrouvé son inventaire après
+décès. Cent cinquante tableaux y figurent avec « une infinité
+de petits bronzes, de médailles, d’objets en pierre
+dure, etc. » Il avait donc qualité pour compter parmi les
+Curieux. V. <i>Bull. de la Soc. de l’hist. de Paris</i>, t. IV,
+p. 146-150.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Creil, rue de Montmorency<a id="FNanchor_778" href="#Footnote_778" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_778" href="#FNanchor_778"><span class="label">[26]</span></a> Il figure dans la liste de Spon. On y apprend
+qu’il collectionnoit : tableaux anciens et modernes, porcelaines,
+statues de bronze, médailles antiques et modernes.
+Il en brocantoit aussi : « Il y a longtemps, écrit Baudelot
+d’Airval, en 1686, dans l’<i>Utilité des Voyages</i>, que M. de
+Creil règne dans le commerce des choses précieuses… il
+s’en défait aussi avec toute la complaisance possible, lorsque
+les curieux connussent le prix de l’antiquité, et n’estiment
+pas les choses médiocrement. » — Parmi ses tableaux
+modernes, se trouvoit un baptême du Christ que Le Sueur
+avoit peint pour lui.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p222">-222-</span>M<sup>rs</sup> Bertin<a id="FNanchor_779" href="#Footnote_779" class="fnanchor">[27]</a> et de la Touanne, porte Gaillon.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_779" href="#FNanchor_779"><span class="label">[27]</span></a> Trésorier des parties casuelles, « qui, lisons-nous dans
+les <i>Annales de la Cour et de Paris</i>, pour 1697-1698, t. I,
+p. 148, est un des hommes de Paris les plus curieux pour
+les meubles. » Il avoit surtout de merveilleux tapis, acquis
+par lui de la succession du conseiller Pussort. Le Roi les
+vit, les désira, et ils lui furent cédés. <i>Ibid.</i></p>
+</div>
+<p class="drap">M. Despond, aux Incurables.</p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Quenel<a id="FNanchor_780" href="#Footnote_780" class="fnanchor">[28]</a> et de Montigny, à sainte Magloire.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_780" href="#FNanchor_780"><span class="label">[28]</span></a> Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire,
+dont la maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit
+une dépendance. « Il étoit, dit Mariette (<i>Abecedario</i>, t. II,
+p. 230), un peu peintre et un peu brocanteur. » Il avoit
+acquis de Dacquin, évêque de Séez, grand nombre de dessins,
+dont plusieurs excellents de Jules Romain. Il possédoit
+aussi les débris de la collection des dessins de Vasari. Il
+céda le tout à Crozat. <i>Id.</i>, p. 46.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il
+donne entrée aux Curieux tous les matins.</p>
+
+<p class="drap">M. de Blois, rue du Jardinet<a id="FNanchor_781" href="#Footnote_781" class="fnanchor">[29]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_781" href="#FNanchor_781"><span class="label">[29]</span></a> Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan.
+Sa collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles,
+couteaux de Turquie, etc.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Gedouin et Bergeron, rue de la Couture
+sainte Catherine.</p>
+
+<p class="drap">M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg
+S. Antoine<a id="FNanchor_782" href="#Footnote_782" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_782" href="#FNanchor_782"><span class="label">[30]</span></a> Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel
+du Roi, si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de
+qui, entre autres œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements,
+qui passèrent de son cabinet dans la galerie du
+Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui en Angleterre. L’hôtel
+de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit l’ancienne maison
+de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce quartier.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Rappes, rue de la Harpe<a id="FNanchor_783" href="#Footnote_783" class="fnanchor">[31]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_783" href="#FNanchor_783"><span class="label">[31]</span></a> Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il
+possédoit celui d’Hercule et Omphale par François Perrier.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Paillot, prés les Capucins du Marais<a id="FNanchor_784" href="#Footnote_784" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_784" href="#FNanchor_784"><span class="label">[32]</span></a> Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait
+est un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p223">-223-</span>M. de Nassé, rue de Cléry.</p>
+
+<p class="drap">M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle.</p>
+
+<p class="drap">M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle.</p>
+
+<p class="drap">M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere.</p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Bordalou<a id="FNanchor_785" href="#Footnote_785" class="fnanchor">[33]</a> et Rigault, rue de la Sourdière.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_785" href="#FNanchor_785"><span class="label">[33]</span></a> Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son <i>Abecedario</i>,
+l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi
+« les célèbres de la curiosité. » Il possédoit de belles
+estampes du Parmesan, et il avoit été très-curieux des dessins
+de La Fage, que, suivant Mariette, il payoit un louis
+par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé par
+Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa
+vente.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Robert, prés les petits Pères<a id="FNanchor_786" href="#Footnote_786" class="fnanchor">[34]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_786" href="#FNanchor_786"><span class="label">[34]</span></a> C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui
+étoit grand ami de Le Brun.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint
+Germain.</p>
+
+<p class="drap">M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade.</p>
+
+<p class="drap">M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple.</p>
+
+<p class="drap">M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs.</p>
+
+<p class="drap">M. Gamarre, rue du Sepulcre<a id="FNanchor_787" href="#Footnote_787" class="fnanchor">[35]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_787" href="#FNanchor_787"><span class="label">[35]</span></a> Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant
+des chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens
+et modernes.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Briancourt, rue saint André.</p>
+
+<p class="drap">M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins.</p>
+
+<p class="drap">M. de Treville<a id="FNanchor_788" href="#Footnote_788" class="fnanchor">[36]</a>, prés la Sorbonne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_788" href="#FNanchor_788"><span class="label">[36]</span></a> Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’<i>Arsène</i>
+de La Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie
+surtout en livres grecs.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Moreau<a id="FNanchor_789" href="#Footnote_789" class="fnanchor">[37]</a> et de la Gardette, rue saint Nicaise.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_789" href="#FNanchor_789"><span class="label">[37]</span></a> Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui :
+« M. Moreau aime les livres, les manuscrits, les médailles,
+et sait en faire un choix fort judicieux. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p224">-224-</span>M<sup>rs</sup> Aincelin<a id="FNanchor_790" href="#Footnote_790" class="fnanchor">[38]</a>, d’Apoigny<a id="FNanchor_791" href="#Footnote_791" class="fnanchor">[39]</a> et de saint Maurice<a id="FNanchor_792" href="#Footnote_792" class="fnanchor">[40]</a>,
+rue Bardubec.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_790" href="#FNanchor_790"><span class="label">[38]</span></a> Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis,
+qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si
+curieux volume sur les ballets.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_791" href="#FNanchor_791"><span class="label">[39]</span></a> Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers
+généraux des Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts
+de curieux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_792" href="#FNanchor_792"><span class="label">[40]</span></a> Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des
+Inscriptions. (<i>Archives de l’Art françois</i>, t. III, p. 237.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Lhuillier<a id="FNanchor_793" href="#Footnote_793" class="fnanchor">[41]</a> ; rue des Jeusneurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_793" href="#FNanchor_793"><span class="label">[41]</span></a> Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la
+place Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec
+l’hôtel qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est
+aujourd’hui le Ministère de la Justice.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Cormery, prés saint Roch<a id="FNanchor_794" href="#Footnote_794" class="fnanchor">[42]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_794" href="#FNanchor_794"><span class="label">[42]</span></a> Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van
+Fallens, par exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit
+volontiers passer pour des originaux de maîtres. (Mariette,
+<i>Abecedario</i>, t. II, p. 246.) Rigaud fit son portrait et celui
+de sa femme.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Caillet, à l’Hotel de Condé.</p>
+
+<p class="drap">M. Marion, à l’Hotel de Bellingant.</p>
+
+<p class="drap">M. Hedeline, Doyen de saint Honoré<a id="FNanchor_795" href="#Footnote_795" class="fnanchor">[43]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_795" href="#FNanchor_795"><span class="label">[43]</span></a> Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de
+tableaux.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas,
+quartier S. Michel.</p>
+
+<p class="drap">M. Imbert, prés les Chartreux<a id="FNanchor_796" href="#Footnote_796" class="fnanchor">[44]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_796" href="#FNanchor_796"><span class="label">[44]</span></a> Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de
+Parrocel. Il fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge
+ici, et il finit, en 1703, par entrer dans leur Ordre.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> le Febvre<a id="FNanchor_797" href="#Footnote_797" class="fnanchor">[45]</a> et le Ferron<a id="FNanchor_798" href="#Footnote_798" class="fnanchor">[46]</a>, rue Mauconseil.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_797" href="#FNanchor_797"><span class="label">[45]</span></a> Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et
+celui de sa femme.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_798" href="#FNanchor_798"><span class="label">[46]</span></a> Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un
+hôtel de la rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui
+avoit peint une galerie.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Leviez, rue saint Sauveur.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p225">-225-</span>M. l’Abbé Bizot<a id="FNanchor_799" href="#Footnote_799" class="fnanchor">[47]</a>, rue saint Jean de Beauvais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_799" href="#FNanchor_799"><span class="label">[47]</span></a> Baudelot d’Airval, dans son <i>Utilité des Voyages</i>, au
+chapitre des « Cabinets de France », parle ainsi de lui :
+« Monsieur l’abbé Bisot (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) a des talents pour la curiosité
+qui sont incompréhensibles : on peut dire qu’il en est une
+source inépuisable, et que personne ne connoît mieux les
+médailles modernes que lui. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise<a id="FNanchor_800" href="#Footnote_800" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_800" href="#FNanchor_800"><span class="label">[48]</span></a> François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des
+curieux de son temps. Il avoit eu le gouvernement des
+ville, château et principauté de Joinville, par M<sup>me</sup> de Guise
+qui se l’étoit attaché, et qui le logeoit dans son hôtel de la
+rue du Chaume avec ses collections. Elles comprenoient :
+documents de tous genres, lettres originales, copies, dessins,
+estampes, le tout choisi avec une remarquable intelligence.
+Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant
+4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme,
+et 20,000 liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il
+désigneroit. C’étoit donné, aussi ne vit-on là qu’un don de
+la part de Gaignières. Le 17 mars suivant, Coulanges lui
+écrivoit : « Votre cabinet mérite bien l’immortalité, et,
+pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que de le
+joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que
+vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives
+de la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent
+le mérite bien. » Cette acquisition fut la dernière qui fut
+faite sous Louis XIV pour la bibliothèque du Roi. Elle en
+est restée un des fonds les plus importants. — Gaignières se
+mêloit quelquefois de dessiner. On peut voir au Cabinet des
+Estampes, <i>Topographie du Loiret</i> (arrondissement d’Orléans)
+une mauvaise gravure de M. de Caumartin, faite d’après un
+dessin de lui, signé. C’est une vue du château de Cléreau,
+près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit
+connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions
+le prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de
+dire que, suivant G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût
+des dessins et des estampes celui des médailles, et aussi
+celui des portraits contemporains et autres. C’étoit un des
+plus à la mode, comme on le voit par cette fin d’un couplet
+de Coulanges dans son <i>Recueil de chansons choisies</i>,
+1696, in-8, p. 35 :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Venez tous dans mon cabinet,</div>
+<div class="verse i1">Chacun, pour sa parure,</div>
+<div class="verse i2">Aura sa bordure,</div>
+<div class="verse">Avec son cloud à crochet.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>— <i>V.</i> sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails
+dans le <i>Voyage</i> de Lister, chap. IV.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p226">-226-</span>M. de la Ravoire, rue d’Anjou<a id="FNanchor_801" href="#Footnote_801" class="fnanchor">[49]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_801" href="#FNanchor_801"><span class="label">[49]</span></a> Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général
+de La Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections.
+V. sur lui et sa fille une note du chap. sur les <i>Receveurs
+généraux</i>, p. 35-36.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Silly, rue saint Loüis au Marais<a id="FNanchor_802" href="#Footnote_802" class="fnanchor">[50]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_802" href="#FNanchor_802"><span class="label">[50]</span></a> Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon
+a raconté la singulière et ambitieuse fortune (t. III,
+p. 93-96). Il s’étoit donné tous les goûts des gens à la
+mode : Rigaud, par exemple, avoit fait son portrait.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Malot, rue Neuve saint Eustache<a id="FNanchor_803" href="#Footnote_803" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_803" href="#FNanchor_803"><span class="label">[51]</span></a> Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce
+seroit alors le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en
+1698, laissant une belle bibliothèque, dont les livres portoient
+sur les plats un écusson <i>d’azur, au phénix d’or, sur
+son immortalité de même, regardant un soleil aussi d’or
+posé au premier canton</i>. (Guigard, <i>Armorial du Bibliophile</i>,
+t. I, p. 87-88.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Galot, prés le Chevalier du Guet.</p>
+
+<p class="drap">M. Dupuis, rue des Tournelles<a id="FNanchor_804" href="#Footnote_804" class="fnanchor">[52]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_804" href="#FNanchor_804"><span class="label">[52]</span></a> Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières
+copies du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même,
+Coysevox, fut pour lui.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de la Planche, rue de la Planche<a id="FNanchor_805" href="#Footnote_805" class="fnanchor">[53]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_805" href="#FNanchor_805"><span class="label">[53]</span></a> Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche,
+contrôleur et trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut,
+avec Alexandre Comans, directeur d’une manufacture de
+tapisseries, au coin de la rue de la Chaise et de la rue de
+Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à la rue du Bac son premier
+nom de rue de La Planche, il fut ensuite un des
+administrateurs des Gobelins.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme.</p>
+
+<p class="drap">M. le Doyen de la sainte Chapelle.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p227">-227-</span>M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière
+S. André<a id="FNanchor_806" href="#Footnote_806" class="fnanchor">[54]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_806" href="#FNanchor_806"><span class="label">[54]</span></a> Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut,
+p. 129, tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il
+étoit, lui, grand amateur de livres. V. <i>Catalogue des livres
+composant la bibliothèque</i> de feu J.-B. Chassebras, ancien
+docteur de Sorbonne. Paris, 1693, in-8.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Moulle, Bonnet et Bourdelot<a id="FNanchor_807" href="#Footnote_807" class="fnanchor">[55]</a>, rue sainte
+Croix de la Bretonnerie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_807" href="#FNanchor_807"><span class="label">[55]</span></a> Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap.
+<i>Médecine ordinaire</i>, p. 152.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Aubert, rue de la Tixeranderie.</p>
+
+<p class="drap">M. Hubert, rue du Temple.</p>
+
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Guilloire, rue Bourlabé<a id="FNanchor_808" href="#Footnote_808" class="fnanchor">[56]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_808" href="#FNanchor_808"><span class="label">[56]</span></a> Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous
+l’avons déjà trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. du Vivier, à l’Arsenal<a id="FNanchor_809" href="#Footnote_809" class="fnanchor">[57]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_809" href="#FNanchor_809"><span class="label">[57]</span></a> Lister qui, dans son <i>Voyage à Paris</i>, l’appelle à tort
+De Vivier, fait de sa collection une description dont Germain
+Brice (3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 376) confirme les détails :
+« J’ai visité, dit Lister, l’appartement de M. de Vivier à
+l’Arsenal : il consiste en sept ou huit pièces au rez-de-chaussée
+donnant sur le grand jardin. Elles sont petites,
+mais meublées avec la plus grande recherche ; elles sont
+ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux
+choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et
+les peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des
+bureaux et des corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants,
+et quelques tableaux des meilleurs maîtres. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. du Plessy, rue de Jouy<a id="FNanchor_810" href="#Footnote_810" class="fnanchor">[58]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_810" href="#FNanchor_810"><span class="label">[58]</span></a> Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur
+de médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Croissade, rue Coquilliere<a id="FNanchor_811" href="#Footnote_811" class="fnanchor">[59]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_811" href="#FNanchor_811"><span class="label">[59]</span></a> Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier,
+receveur général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux
+celui de François Perrier, <i>Alexandre et le médecin Philippe</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. du Vaux<a id="FNanchor_812" href="#Footnote_812" class="fnanchor">[60]</a>, rue Tictonne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_812" href="#FNanchor_812"><span class="label">[60]</span></a> Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle
+indifféremment de l’une ou l’autre manière. Il avoit de
+beaux tableaux, notamment une vierge du Pesarèse qu’il
+céda à Pasquier, autre amateur. Sa collection d’émaux par
+Petitot étoit célèbre ; il possédoit aussi de très-précieuses
+médailles.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p228">-228-</span>M. de la Forest<a id="FNanchor_813" href="#Footnote_813" class="fnanchor">[61]</a>, rue du Colombier.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_813" href="#FNanchor_813"><span class="label">[61]</span></a> C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des
+meilleurs élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière
+devint le gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest,
+« fameux marchand de tableaux », dont parle le marquis
+de Châtre, et chez lequel le bourreau de Paris, qui étoit
+grand amateur, alloit monter sa collection composée surtout
+de peintures analogues à son métier : tortures, supplices, etc.
+(<i>Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit</i>, 1709, in-12, p. 218-224.)</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Brangeon, quay des Balcons<a id="FNanchor_814" href="#Footnote_814" class="fnanchor">[62]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_814" href="#FNanchor_814"><span class="label">[62]</span></a> C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de
+Béthune, Ile-Saint-Louis.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Desvieux<a id="FNanchor_815" href="#Footnote_815" class="fnanchor">[63]</a> et de la Haye, quay de l’Ecole<a id="FNanchor_816" href="#Footnote_816" class="fnanchor">[64]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_815" href="#FNanchor_815"><span class="label">[63]</span></a> C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la
+compagnie des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui
+faisoit alors son portrait, à vendre, pour des actions, à
+Law ses dessins de la galerie du Luxembourg ; ce qui le
+ruina.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_816" href="#FNanchor_816"><span class="label">[64]</span></a> Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit
+épousé la célèbre M<sup>lle</sup> Sophie Chéron, poëte, musicienne et
+artiste en tous genres : peinture, gravure, etc.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. le Vasseur<a id="FNanchor_817" href="#Footnote_817" class="fnanchor">[65]</a>, rue Grenier saint Lazare.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_817" href="#FNanchor_817"><span class="label">[65]</span></a> L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe
+de l’Académie de peinture, Guillet de Saint-Georges.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré.</p>
+
+<p class="drap">M. le Febvre, rue Beautreillis<a id="FNanchor_818" href="#Footnote_818" class="fnanchor">[66]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_818" href="#FNanchor_818"><span class="label">[66]</span></a> Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges
+avec le voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui
+de cette passion.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Poirée, prés saint Sauveur<a id="FNanchor_819" href="#Footnote_819" class="fnanchor">[67]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_819" href="#FNanchor_819"><span class="label">[67]</span></a> Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi : « M. Poiret,
+à Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres. »</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p229">-229-</span>M. Biet, prés saint Jean en Grève.</p>
+
+<p class="drap">M. Rivet, rue saint Honoré.</p>
+
+<p class="drap">M. Mandin, rue des Victoires.</p>
+
+<p class="drap">M. de Pile<a id="FNanchor_820" href="#Footnote_820" class="fnanchor">[68]</a>, prés les Minimes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_820" href="#FNanchor_820"><span class="label">[68]</span></a> Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint
+meilleur historien de la peinture. Nous avons cité plus haut
+un de ses ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de
+M. Amelot tour à tour ambassadeur à Venise et en Portugal,
+soit avec son fils. Il rapporta de Portugal et d’Espagne
+une curieuse collection de dessins ; et de Hollande, où il
+fut retenu en prison pour avoir trop mêlé la politique aux
+arts, des manuscrits de Rubens et des dessins de Rembrandt.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Sainfroy<a id="FNanchor_821" href="#Footnote_821" class="fnanchor">[69]</a>, rue de l’Egout.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_821" href="#FNanchor_821"><span class="label">[69]</span></a> Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Varlet<a id="FNanchor_822" href="#Footnote_822" class="fnanchor">[70]</a>, rue saint Antoine, prés les Jésuites.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_822" href="#FNanchor_822"><span class="label">[70]</span></a> Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le
+graveur au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. de Lonpré, carrefour saint Benoist<a id="FNanchor_823" href="#Footnote_823" class="fnanchor">[71]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_823" href="#FNanchor_823"><span class="label">[71]</span></a> C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi
+les académistes. Il étoit grand amateur des médailles de
+l’empire, dont il possédoit toute la série moins une. Il paroît
+hors de doute que c’est lui qui figure dans les <i>Caractères</i>
+sous le nom de Diognête, « l’homme aux médailles. »
+V. <i>La Comédie de La Bruyère</i>, 2<sup>e</sup> édit., t. I, p. <small>XXXIV</small>-<small>XXXVI</small>.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> de la Guerre et Chaperon<a id="FNanchor_824" href="#Footnote_824" class="fnanchor">[72]</a>, Cour du Palais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_824" href="#FNanchor_824"><span class="label">[72]</span></a> Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208,
+214, parmi les musiciens, l’un, comme maître de clavecin,
+l’autre, comme compositeur. Peut-être collectionnoient-ils
+des instruments de musique, comme faisoit Dovin, dont a
+parlé M. Bonnaffé dans son charmant petit livre <i>Les Collectionneurs
+de l’ancienne France</i>, p. 60, et qui devroit figurer
+ici.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Tirard<a id="FNanchor_825" href="#Footnote_825" class="fnanchor">[73]</a>, rue du Bout du Monde.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_825" href="#FNanchor_825"><span class="label">[73]</span></a> Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors
+l’amateur dont Rigaud fit le portrait en 1688.</p>
+</div>
+<p class="drap">M<sup>rs</sup> Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois.</p>
+
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p230">-230-</span>M. de Beauchamp, ruë Bailleul<a id="FNanchor_826" href="#Footnote_826" class="fnanchor">[74]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_826" href="#FNanchor_826"><span class="label">[74]</span></a> C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons
+plus loin au chapitre des nobles exercices, et dont
+il a déjà été question, p. 126, note 1. G. Brice parle
+ainsi (3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 268-269) de son cabinet qu’il
+avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans une maison
+neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré
+et des Petits-Champs : « on trouvera dans ce cabinet des
+choses d’une excellente beauté ; mais les tableaux en sont
+la principale partie, qui sont la plupart des plus fameux
+maîtres d’Italie. On y remarquera aussi quantité de porcelaines
+anciennes, très-rares, à présent, des cabinets de
+vernix (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) du Japon, des bronzes et d’autres choses
+curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de connoissance. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours<a id="FNanchor_827" href="#Footnote_827" class="fnanchor">[75]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_827" href="#FNanchor_827"><span class="label">[75]</span></a> C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous
+le trouverons tout-à-l’heure parmi ceux « qui se plaisent à
+troquer les tableaux. »</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Dron, prés saint Thomas du Louvre<a id="FNanchor_828" href="#Footnote_828" class="fnanchor">[76]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_828" href="#FNanchor_828"><span class="label">[76]</span></a> L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont
+il étoit chanoine : « Il a, dit G. Brice (3<sup>e</sup> édit., t. II,
+p. 86), un cabinet de médailles de moyen bronze, dont la
+suite est des plus étendues que l’on puisse voir, et dont le
+choix est admirable. Les sçavants sont charmés de la quantité
+et de la diversité des <i>revers</i> singuliers que l’on y
+remarque, et il seroit bien difficile de rien voir ailleurs de
+mieux conservé et de plus entier. Il a aussi quelques
+tableaux de prix dans son cabinet. » Il mourut le 22 avril
+1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4<sup>o</sup> de lettres
+originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique,
+« avec les empreintes dessinées de quantité de
+médailles. » Elles étoient adressées à Thoynard, Vaillant,
+Morelle, Nicaise, etc. <i>V.</i> le <i>Catal.</i> ms. de l’abbé Goujet à
+la Bibliothèque.</p>
+</div>
+<p class="drap">M. Bonart, rue Hautefeuille.</p>
+
+<p class="drap">M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs.</p>
+
+<p class="drap">M. Fracansani, rue du Petit Lion<a id="FNanchor_829" href="#Footnote_829" class="fnanchor">[77]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_829" href="#FNanchor_829"><span class="label">[77]</span></a> Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de
+Polichinelle à la Comédie Italienne, près de laquelle — étant
+logé, comme nous le voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur — il
+demeuroit. Son père, assez
+proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même
+de l’école de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils
+collectionnoient ensemble livres d’art, estampes, dessins.
+Les études de Le Sueur pour sa galerie des Chartreux, qui
+sont maintenant au Louvre, viennent de la collection de
+Fracanzani : « Il étoit bon curieux, dit Mariette à son nom
+dans l’<i>Abecedario</i> ; il se mêloit de dessiner, et même de
+génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais. »</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p231">-231-</span>M. de Blegny, rue de Guenegaud.</p>
+
+<p class="drap">Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez<a id="FNanchor_830" href="#Footnote_830" class="fnanchor">[78]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_830" href="#FNanchor_830"><span class="label">[78]</span></a> Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans,
+le 14 février 1694. Il étoit très-entendu en numismatique,
+histoire et surtout géographie, comme le prouve son célèbre
+ouvrage sur l’<i>Anonyme de Ravennes</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux.</p>
+
+<p class="drap">Le R. P. Auchereau, aux Celestins<a id="FNanchor_831" href="#Footnote_831" class="fnanchor">[79]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_831" href="#FNanchor_831"><span class="label">[79]</span></a> « J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule
+du R. P. Hochereau, qui a une collection très-choisie
+de tableaux originaux de plusieurs des meilleurs maîtres. »
+Il avoit entre autres le Repentir de saint Pierre, peint par
+Rembrandt, en 1634, et gravé aussitôt par Van Vliet.</p>
+</div>
+<p><i>Au surplus, voyez à la Préface un avis important
+touchant la Curiosité.</i></p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c28">DAMES CURIEUSES.</h3>
+
+
+<p class="drap">Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache<a id="FNanchor_832" href="#Footnote_832" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_832" href="#FNanchor_832"><span class="label">[1]</span></a> Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui,
+veuve du comte de Guiche, avoit épousé Henri de Daillon,
+duc de Lude, veuf lui-même de Rénée-Eléonore de Bouillé.
+Elle étoit magnifique en meubles et en argenterie, mais elle
+sacrifia tout, quand vinrent les désastres. Toute son argenterie,
+ses meubles d’orfévrerie passèrent à la Monnoie, et elle se
+contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort M<sup>me</sup> de Sévigné,
+de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle habitoit,
+près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et Tiquetonne,
+devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe
+encore en partie.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p232">-232-</span>Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique<a id="FNanchor_833" href="#Footnote_833" class="fnanchor">[2]</a>, quartier saint Germain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_833" href="#FNanchor_833"><span class="label">[2]</span></a> Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc
+d’Orval ou d’Erval, troisième fils du duc de Sully.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal<a id="FNanchor_834" href="#Footnote_834" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_834" href="#FNanchor_834"><span class="label">[3]</span></a> Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du
+maréchal, duc d’Humière. « Il étoit, dit Saint-Simon,
+magnifique en tout. » Il collectionnoit des estampes, dont
+quelques-unes lui sont dédiées. Sa femme partageoit ses
+goûts.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul<a id="FNanchor_835" href="#Footnote_835" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_835" href="#FNanchor_835"><span class="label">[4]</span></a> Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique,
+très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique
+sa dot eût été de 800,000 livres. Elle habitoit presque devant
+Saint-Paul, rue Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully,
+et qui existe encore à peu près intact.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons<a id="FNanchor_836" href="#Footnote_836" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_836" href="#FNanchor_836"><span class="label">[5]</span></a> Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de
+son père, qu’on appeloit Morin le Juif : « brocanteuse, dit
+Saint-Simon, se connoissoit aux choses et aux prix, avoit le
+goût excellent, et ne se refusoit rien. »</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Princesse de Meklebourg<a id="FNanchor_837" href="#Footnote_837" class="fnanchor">[6]</a>, près saint Roch.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_837" href="#FNanchor_837"><span class="label">[6]</span></a> Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse
+de Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la
+représente comme « très-avare et très-entasseuse. »</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue<a id="FNanchor_838" href="#Footnote_838" class="fnanchor">[7]</a></p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_838" href="#FNanchor_838"><span class="label">[7]</span></a> Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre,
+Charles II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse,
+l’avoit faite baronne de Petersfield, comtesse de
+Farsam, duchesse d’Aubigny et de Portsmouth. Revenue en
+France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit logée sur le quai des
+Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères, dans un hôtel
+où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre des
+magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le <i>Voyageur
+fidèle</i>, p. 136, vante sa galerie de tableaux.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p233">-233-</span>Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet<a id="FNanchor_839" href="#Footnote_839" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_839" href="#FNanchor_839"><span class="label">[8]</span></a> Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des
+nièces de Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel
+existe encore en partie au n<sup>o</sup> 19 du quai Malaquais. Il avoit
+été bâti par le financier La Bazinière, mais elle l’avoit
+beaucoup transformé et embelli. En juillet 1696, elle y
+faisoit encore travailler. « Les dedans, écrit Liger (p. 135),
+sont plus curieux que les dehors par les tableaux et autres
+meubles et bijoux qui en sont la richesse et l’ornement. »
+Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout magnifique
+en pierreries.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche<a id="FNanchor_840" href="#Footnote_840" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_840" href="#FNanchor_840"><span class="label">[9]</span></a> Fille aînée du président Bailleul, mariée au président
+Girard du Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup
+parler d’elle. <i>V.</i> la <i>Carte du pays de Braquerie</i>, dans l’<i>Histoire
+amoureuse des Gaules</i>, édit. elzévir., t. I, p. 11.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame de Coulange<a id="FNanchor_841" href="#Footnote_841" class="fnanchor">[10]</a>, dans le Temple<a id="FNanchor_842" href="#Footnote_842" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_841" href="#FNanchor_841"><span class="label">[10]</span></a> Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis
+de Coulanges, le chansonnier, parent et ami de M<sup>me</sup> de
+Sévigné. Le mari et la femme étoient l’un et l’autre de fins
+collectionneurs. Coulanges aima d’abord les tableaux : « le
+cabinet de M. de Coulanges, écrit M<sup>me</sup> de Sévigné à sa
+fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il n’étoit ;
+vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés dignement. »
+Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin
+de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences,
+mais les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui
+firent prendre des goûts plus coûteux : il passa aux cornalines,
+aux cristaux, aux agathes. C’est encore une des
+chansons de son <i>Recueil</i> (p. 151) qui nous l’apprend. Sa
+femme recherchoit les raretés curieuses. M<sup>me</sup> de Sévigné
+(t. X, p. 182) nous a raconté son ravissement lorsqu’elle
+retrouva le miroir de toilette de la reine Marguerite.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_842" href="#FNanchor_842"><span class="label">[11]</span></a> Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue
+du Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de
+l’enclos du Temple.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p234">-234-</span>Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame<a id="FNanchor_843" href="#Footnote_843" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_843" href="#FNanchor_843"><span class="label">[12]</span></a> Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par
+conséquent nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous
+avons parlé tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu
+du cardinal, l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de
+Sainte-Marie de Chaillot, et l’avoit emmenée à Londres, où
+il l’avoit épousée. Ils habitoient dans l’île Saint-Louis, sur
+le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé Lauzun, et qui devint
+plus tard celui des Pimodan. <i>V.</i> nos <i>Chroniques et légendes
+des rues de Paris</i>, p. 118-119.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame de Boufflers, ruë de Bourbon<a id="FNanchor_844" href="#Footnote_844" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_844" href="#FNanchor_844"><span class="label">[13]</span></a> Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers.
+Le mari avoit une belle bibliothèque, avec tous les
+livres à ses armes. Nous ne savons quelles étoient, comme
+curieuse, les préférences de sa femme.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Marquise de Quintin, même ruë<a id="FNanchor_845" href="#Footnote_845" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_845" href="#FNanchor_845"><span class="label">[14]</span></a> Suzanne de Montgommery, comtesse — et non marquise — de
+Quintin. Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez
+près par sa femme, a fait d’elle et de ses entours, « la
+meilleure compagnie de la Cour », un bien curieux tableau
+(t. I, p. 326-327).</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul<a id="FNanchor_846" href="#Footnote_846" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_846" href="#FNanchor_846"><span class="label">[15]</span></a> C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé
+le marquis de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme
+célèbre curieuse. L’abbé de Marolles, parlant dans ses <i>Mémoires</i>
+de son cabinet et de celui de M<sup>me</sup> d’Aiguillon, dit : « Ils souffrent
+peu de comparaison pour la magnificence des cristaux, des
+lapis, des agates, des onyces (onyx), des calcédoines, des
+coraux, des turquoises, des aigues marines, des amétystes,
+des escarboucles, des topazes, des grenats, des saphyrs, des
+perles et des autres pierres de grand prix qui y sont mises
+en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des
+vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs,
+des globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres
+choses semblables. »</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais<a id="FNanchor_847" href="#Footnote_847" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_847" href="#FNanchor_847"><span class="label">[16]</span></a> Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari,
+en 1686. C’est tout ce que nous savons sur elle.</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p235">-235-</span>Madame d’Allouy, ruë du Bac<a id="FNanchor_848" href="#Footnote_848" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_848" href="#FNanchor_848"><span class="label">[17]</span></a> Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye,
+et non d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et
+grande confidente de galanteries, quand l’âge l’empêcha de
+s’en occuper autrement.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame de Monchal, près Bellechasse<a id="FNanchor_849" href="#Footnote_849" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_849" href="#FNanchor_849"><span class="label">[18]</span></a> Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle
+bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal,
+conseiller au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce
+à ce titre que sa bru figure ici parmi les curieuses.</p>
+</div>
+<p class="drap">Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint
+Germain.</p>
+
+<p class="drap">Madame de Maillier, rue saint Anastaze.</p>
+
+<p class="drap">Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.</p>
+
+<p class="drap">Madame la Marquise de Polignac, près la Charité<a id="FNanchor_850" href="#Footnote_850" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_850" href="#FNanchor_850"><span class="label">[19]</span></a> Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac,
+tante de l’abbé de Polignac qui devint cardinal, et fit l’<i>Anti-Lucrèce</i>.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier
+S. Germain.</p>
+
+<p class="drap">Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à
+l’Hotel de Beauvais<a id="FNanchor_851" href="#Footnote_851" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_851" href="#FNanchor_851"><span class="label">[20]</span></a> Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari
+Etienne-Claude de L’Aubespine, marquis de Verdronne.
+Nous ignorons aussi pourquoi elle logeoit à l’hôtel de
+Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le fils de la
+favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire, le
+baron de Beauvais.</p>
+</div>
+<p class="drap">Madame de Chevry<a id="FNanchor_852" href="#Footnote_852" class="fnanchor">[21]</a> et Mademoiselle de Clapisson<a id="FNanchor_853" href="#Footnote_853" class="fnanchor">[22]</a>,
+prés les Enfans Rouges.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_852" href="#FNanchor_852"><span class="label">[21]</span></a> Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le
+vieux Chevry, l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot
+et quiétiste, « qui ne laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être
+compté dans Paris. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_853" href="#FNanchor_853"><span class="label">[22]</span></a> Précieuse de la société de M<sup>lle</sup> de Scudéry, qui logeoit
+tout près d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la
+bonne bourgeoisie parisienne, (<i>V. Archives hospitalières</i>,
+Hôtel-Dieu, 1<sup>re</sup> part., p. 107.)</p>
+</div>
+<p class="drap"><span class="pagenum" id="p236">-236-</span>Madame de Lamec<a id="FNanchor_854" href="#Footnote_854" class="fnanchor">[23]</a>, rue saint Antoine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_854" href="#FNanchor_854"><span class="label">[23]</span></a> Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache.
+Rigaud fit son portrait en 1696.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c29">COMMERCE DE CURIOSITEZ<br>
+<span class="small">ET DE BIJOUTERIES.</span></h3>
+
+
+<p>Les Marchands tenans boutique, Acheteurs,
+Vendeurs et Troqueurs de Tableaux, Meubles de
+la Chine<a id="FNanchor_855" href="#Footnote_855" class="fnanchor">[1]</a>, Porcelaines<a id="FNanchor_856" href="#Footnote_856" class="fnanchor">[2]</a>, Cristaux, Coquillages,
+et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs
+d’Hostel<a id="FNanchor_857" href="#Footnote_857" class="fnanchor">[3]</a>, à l’entrée du quay de la Mégisserie,
+<span class="pagenum" id="p237">-237-</span>Malaferre<a id="FNanchor_858" href="#Footnote_858" class="fnanchor">[4]</a> et Varenne<a id="FNanchor_859" href="#Footnote_859" class="fnanchor">[5]</a>, quay de l’Orloge ; la
+Fresnaye<a id="FNanchor_860" href="#Footnote_860" class="fnanchor">[6]</a> et Laisgu<a id="FNanchor_861" href="#Footnote_861" class="fnanchor">[7]</a>, rue saint Honoré ; Quesnel,
+<span class="pagenum" id="p238">-238-</span>rue des Bourdonnois<a id="FNanchor_862" href="#Footnote_862" class="fnanchor">[8]</a> ; Protais, rue des
+Assis ; Fagnany, quay de l’Ecole<a id="FNanchor_863" href="#Footnote_863" class="fnanchor">[9]</a> ; Antheaume,
+derriere l’Hotel de Bourgogne ; Naneau<a id="FNanchor_864" href="#Footnote_864" class="fnanchor">[10]</a>, au Palais,
+etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_855" href="#FNanchor_855"><span class="label">[1]</span></a> Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans
+ses <i>Epigrammes et autres pièces</i> (1717, in-12, p. 272-274),
+nous parle de ce goût pour les meubles et les porcelaines
+de Chine, le « lachinage », comme on disoit en langage de
+marchands (<i>voy.</i> plus bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier,
+dans son curieux livre, le <i>Voyage du Parnasse</i> (1716, in-12,
+p. 174) nous fait voir le cabinet d’un curieux tout lambrissé
+de laque : « c’est, dit-il, une pièce ovalle, revêtue du haut
+jusqu’en bas de morceaux de lacq (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) de la Chine, d’une
+grandeur et d’une beauté surprenantes. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_856" href="#FNanchor_856"><span class="label">[2]</span></a> On ne les vouloit que de la Chine : — « Rappelez-vous,
+dit Lisette, dans la <i>Maison de campagne</i> de Dancourt
+(acte I, sc. 5), celle qui en riant vous cassa toutes ces porcelaines
+de Hollande, parce qu’elle disoit qu’il n’en falloit
+avoir que de Chine. » Une déclaration royale du 2 juillet
+1709 défendit l’importation des porcelaines, faïences et
+poteries étrangères.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_857" href="#FNanchor_857"><span class="label">[3]</span></a> Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans
+les pièces du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans
+<i>Turcaret</i>, et Regnard dans l’<i>Homme à bonnes fortunes</i>,
+scène des <i>Curiosités</i>. — « Est-il curieux ? dit Brocantin. — Bon,
+répond Arlequin, c’est le Dotel du pays. Il troque
+de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant qu’il
+soit deux jours il aura troqué sa femme. » Le financier du
+<i>Voyage du Parnasse</i> se vante, p. 205, d’avoir acheté chez
+lui « une belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon »,
+<i>V.</i> aussi le <i>Théophraste moderne</i>, p. 422 ; l’<i>Ambigu d’Auteuil</i>,
+p. 16-17 ; Gacon, le <i>Poëte sans fard</i>, p. 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_858" href="#FNanchor_858"><span class="label">[4]</span></a> Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de
+Villiers le nomme avec lui dans ses <i>Poésies</i>, p. 149, et seul
+dans son poëme de l’<i>Amitié</i>, p. 48 :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles,</div>
+<div class="verse">Montrer aux curieux mille ornements fragiles,</div>
+<div class="verse">En antiques tourner et le bronze et le fer,</div>
+<div class="verse">Et dans un cabinet mettre tout Malafer…</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment,
+sans vouloir le vendre ni le troquer, le <i>Saturne
+coupant les ailes de l’Amour</i>, par Nicolas Perrier. Il voyoit
+beaucoup artistes et poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme
+habitué dans son café du coin des rues Dauphine et Christine ;
+il fut ainsi mêlé à l’affaire des couplets de Rousseau.
+Il avoit écrit une histoire des peintres, dont nous ne connoissons
+qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le
+<i>Mercure</i>, sept. 1718, p. 69.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_859" href="#FNanchor_859"><span class="label">[5]</span></a> Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands
+de curiosités, mais parmi les curieux : « M. Varenne,
+dit-il, près la Monnoie, tableaux et diverses curiosités. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_860" href="#FNanchor_860"><span class="label">[6]</span></a> Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs
+pièces du temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être
+aussi un peu comme prêteur sur gages. (<i>V.</i> Dancourt, la
+<i>Foire Saint-Germain</i>, sc. XII, et la <i>Femme d’intrigue</i>, acte V,
+sc. IX.) Ses deux fils Eléonor et Pierre lui succédèrent au
+Palais, l’un à l’enseigne <i>de la Croix d’or</i> ; l’autre à celle du
+<i>Dauphin</i>. — On trouve, dans les <i>Mss.</i> Delamarre, n<sup>o</sup> 21, 627,
+p. 170, le procès-verbal d’une visite faite chez La Fresnaye,
+après l’édit contre les dorures, décrété en 1669 et renouvelé
+en 1687 et 1689.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_861" href="#FNanchor_861"><span class="label">[7]</span></a> « Près les pères de l’Oratoire. » Edit. de 1691, p. 24. — Il
+est nommé par l’abbé Bordelon dans son <i>Livre à la
+Mode</i>, 1696, in-12, p. 33. Marianne demande en quoi
+consistent les façons du bel air :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle,</div>
+<div class="verse">A façonner sa bouche, et passer tout le jour</div>
+<div class="verse">Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour ?…</div>
+<div class="verse">A hausser sa fontange en coquette éventée</div>
+<div class="verse">Et renchérir d’abord sur la mode inventée ?</div>
+<div class="verse">A vouloir affecter par un soin assidu</div>
+<div class="verse">Pour ses marchands : Le Gras, La Fresnaye et l’Egu ?</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_862" href="#FNanchor_862"><span class="label">[8]</span></a> Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres,
+sans indication d’adresse, mais avec un détail qui manque
+ici : « Ils vendent pareillement des coquillages, mais le
+sieur Quenel est celui d’entre eux qui s’y attache le plus. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_863" href="#FNanchor_863"><span class="label">[9]</span></a> « A la descente de la Samaritaine. » Edit. de 1691. — Nous
+avons beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage
+dans notre <i>Histoire du Pont-Neuf</i>, t. II, p. 277-281.
+On nous permettra d’y renvoyer. Nous rappellerons seulement
+ici les altérations qu’il fit subir aux planches de Callot,
+dont il possédoit un grand nombre, que son fils mit en
+recueil (<i>Mercure</i>, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie
+qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une
+pièce, où il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur
+comédie les <i>Bains de la porte Saint-Bernard</i>, allèrent
+encore plus loin : ils le nommèrent « el signor Furbagnani. »
+On lit dans le <i>Théophraste moderne</i>, à propos de
+cette loterie : « lui-même y a plus gagné sans avoir de
+billets que tous ceux qui ont eu des lots. » Il gagna beaucoup
+aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les
+aventures scabreuses du moment étoient satiriquement
+représentées. Il en est parlé dans le <i>Retour de la foire de
+Bezons</i>, et mieux encore dans les <i>Souhaits</i> joués en 1693 :
+« <span class="sc">Momus.</span> Qui est-ce qui porte cet épicier à éventer la
+honte de son lit, et à solliciter une place sur les tabatières
+de Fagnany ? La Folie. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_864" href="#FNanchor_864"><span class="label">[10]</span></a> Nous trouvons pour Nanot (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) dans la <i>Collect. Delamarre</i>,
+n<sup>o</sup> 21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite,
+comme celui qui fut dressé chez La Fresnaye.</p>
+</div>
+<p>Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi
+boutique sur le Pont au Change, fait le même
+trafic.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p239">-239-</span>Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs
+Vendeurs et Troqueurs de Curiositez ; comme
+Messieurs Raclot, rue de Harlay ; Poignan, rue
+de Mommorancy ; Roussel, cul de sac de la ruë
+Beaubourg ; Paris, près la Jussienne<a id="FNanchor_865" href="#Footnote_865" class="fnanchor">[11]</a> ; des Dieux,
+rue des Assis au petit Broc, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_865" href="#FNanchor_865"><span class="label">[11]</span></a> L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non
+reproduit ici : « M. l’abbé Du Plessis, près le puits
+d’Amour, le sieur Dalançon, rue Chapon, et le sieur Paris,
+près la Jussienne, se plaisent à troquer des tableaux. »</p>
+</div>
+<p>Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré,
+et Tonnetti, quay de la Mégisserie, ont aussi
+chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font
+trafic.</p>
+
+<p>M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier
+et Mademoiselle le Brun, à l’aport de Paris, ont
+aussi ordinairement de belles pièces de Porcelaines
+et de Lachinage<a id="FNanchor_866" href="#Footnote_866" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_866" href="#FNanchor_866"><span class="label">[12]</span></a> V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.</p>
+</div>
+<p>M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce
+de bons Tableaux<a id="FNanchor_867" href="#Footnote_867" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_867" href="#FNanchor_867"><span class="label">[13]</span></a> Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits.
+Il ne quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant
+sa mort, en 1746, à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme
+on sait, la partie de la rue du Temple actuelle qui s’étendoit
+de la rue Croix-de-la-Bretonnerie à celle des Vieilles-Haudriettes.
+Il logeoit en face de la fontaine placée entre
+les n<sup>os</sup> 40 et 42. <i>V.</i> G. Brice, 3<sup>e</sup> édit., t. I, p. 255.</p>
+</div>
+<p>Autant en font Messieurs Guillemart, prés
+saint Yves, et Muguet, au milieu de la ruë
+Bourlabé.</p>
+
+<p>M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin
+de Bijouteries et Coffres d’Angleterre<a id="FNanchor_868" href="#Footnote_868" class="fnanchor">[14]</a>, de Porcelaines,
+<span class="pagenum" id="p240">-240-</span>de Pagottes<a id="FNanchor_869" href="#Footnote_869" class="fnanchor">[15]</a>, de terre cizelées et de
+Meubles de la Chine<a id="FNanchor_870" href="#Footnote_870" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_868" href="#FNanchor_868"><span class="label">[14]</span></a> Ces « articles » anglais furent longtemps à la mode.
+Le 30 juillet 1743, un privilége de dix ans fut accordé à
+Claude-Imbert Gérin, qui s’établit rue de Charenton, pour
+fabriquer « toutes sortes de fayences, à l’imitation de celles
+d’Angleterre. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_869" href="#FNanchor_869"><span class="label">[15]</span></a> Pour « pagodes. » C’étoit une des chinoiseries les
+plus recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux
+marchand de curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le
+texte de l’adresse que M. de Caylus avoit gravée pour lui,
+en 1740 : « à <span class="sc">La Pagode</span>, <i>Gersaint, marchand jouaillier
+sur le Pont-Notre-Dame, vend toute sorte de clainquaillerie
+nouvelle et de goût, bijoux, glaces, tableaux de cabinet,
+pagodes, vernis et porcelaines au Japon, coquillages et autres
+morceaux d’histoire naturelle, cailloux, agathes, et généralement
+toutes marchandises curieuses et étrangères</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_870" href="#FNanchor_870"><span class="label">[16]</span></a> Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691,
+p. 24. Après une liste à peu près pareille à celle qui commence
+ce chapitre, mais moins longue, on y lit : « Ces
+marchands vendent des porcelaines, des meubles de la
+Chine et des terres cizelées en détail, mais on en trouve
+en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue Briboucher »,
+c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.</p>
+</div>
+<p>M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du
+Louvre, a un particulier talent pour damasquiner
+sur l’acier<a id="FNanchor_871" href="#Footnote_871" class="fnanchor">[17]</a> en Figures et Ornemens de
+la Chine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_871" href="#FNanchor_871"><span class="label">[17]</span></a> Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous,
+mais il avoit été singulièrement perfectionné par un des
+maîtres de La Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien
+Cursinet, mort vers 1670. « Il a fait, dit Félibien, <i>Des principes
+d’architecture</i>, 1676, in-4<sup>o</sup>, p. 455, des ouvrages incomparables
+en cette sorte de travail, tant pour le dessin, que
+pour la belle manière d’appliquer son or, et cizeler de relief
+par dessus. »</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie,
+dit avoir trouvé un secret d’Optique qui fait
+voir dans un Tableau toutes autres Figures que
+celles qui y sont peintes, et même au gré des
+Spectateurs.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p241">-241-</span>Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en
+Bronze, qui est fort renommé pour les Figures
+de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés
+l’Abbaye saint Germain ; il donne une couleur
+de bronze antique aux figures modernes<a id="FNanchor_872" href="#Footnote_872" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_872" href="#FNanchor_872"><span class="label">[18]</span></a> Il se servoit de <i>purpurine</i>, ou bronze moulu, qui s’appliquoit
+soit à l’huile soit au vernis.</p>
+</div>
+<p>Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic,
+et la Pierre, quay des Orfèvres, ont un particulier
+talent pour bien nettoyer les Tableaux.</p>
+
+<p>Le Sieur Pouilly<a id="FNanchor_873" href="#Footnote_873" class="fnanchor">[19]</a>, rue Dauphine, a trouvé
+un secret pour augmenter de beaucoup la vertu
+de l’Aymant et un Microscope qui grossit extraordinairement
+les objets<a id="FNanchor_874" href="#Footnote_874" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_873" href="#FNanchor_873"><span class="label">[19]</span></a> « Faiseur d’instruments mathématiques… vend un
+calandrier de cabinet propre et curieux. » Edit. de 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_874" href="#FNanchor_874"><span class="label">[20]</span></a> Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691,
+p. 24, mais après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu
+ici : « On trouve des estampes de toutes sortes chez le
+portier de l’Académie des peintres, rue de Richelieu. »</p>
+</div>
+<p>Les Tableaux Cilindriques<a id="FNanchor_875" href="#Footnote_875" class="fnanchor">[21]</a> se vendent chez
+le Sieur Amielle, près saint Hilaire.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_875" href="#FNanchor_875"><span class="label">[21]</span></a> Il eût mieux valu dire « miroirs cylindriques. » <i>V.</i> à
+leur sujet, le <i>Diction. des Arts et Métiers</i> de l’abbé Jaubert,
+1773, in-12, t. II, p. 612.</p>
+</div>
+<p>Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et
+pour ses amis d’une beauté extraordinaire<a id="FNanchor_876" href="#Footnote_876" class="fnanchor">[22]</a>, aussi
+bien que des Figures de toutes espèces pour la
+Lanterne magique<a id="FNanchor_877" href="#Footnote_877" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_876" href="#FNanchor_876"><span class="label">[22]</span></a> Les religieux s’occupoient volontiers d’optique ; le
+P. Jean-François Niceron, auteur du <i lang="la" xml:lang="la">Thaumaturgus opticus</i>,
+1646, in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place
+Royale, qui étoient un couvent de son ordre, des tableaux
+changeants d’une habileté et d’un effet surprenants.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_877" href="#FNanchor_877"><span class="label">[23]</span></a> Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin
+et vulgaire. On s’en divertissoit dans le monde, comme à
+cette soirée de l’hôtel de Liancourt, où le spectacle fut une
+lanterne magique, avec deux vielles pour orchestre. <i>V.</i> Loret,
+<i>Muse historique</i>, 13 mai 1656.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p242">-242-</span>Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis,
+devant la ruë aux Ours, fait et vend des Baromettres,
+des Thermomettres et des Hidromettres
+d’une propreté particulière<a id="FNanchor_878" href="#Footnote_878" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_878" href="#FNanchor_878"><span class="label">[24]</span></a> Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon
+le plaçoit sur la liste de ses curieux : « M. Ubin, dit-il,
+émailleur, rue Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours :
+thermomètres, baromètres, larmes d’Hollande, et autres
+curiosités. » Suivant Huet, qui lui fit faire un anémomètre,
+qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite « d’excellent
+ouvrier », il étoit anglois. (<i>Huetiana</i>, p. 56.) C’est lui qui,
+avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus parfaits :
+« les curieux en conservent encore dans leurs cabinets »,
+écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143).
+Il excelloit aussi pour les yeux de verre : « chez Hubins,
+le fabricant d’yeux de verre, dit Lister à la fin du chap. V
+de son <i>Voyage à Paris</i> en 1698, j’en vis de pleins tiroirs,
+de toutes couleurs, de façon à appareiller n’importe quels
+yeux : et il faut qu’il en soit ainsi, car la moindre différence
+seroit intolérable. » L’édit. de 1691, p. 31, n’oublie
+pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et elle lui
+donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous
+retrouverons plus loin. — Hubin était grand ami de Papin,
+dont, en 1674, il avait présenté à l’Académie des sciences
+l’ouvrage important, <i>Nouvelles expériences du vuide</i>.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay,
+aux armes de France, en vend de plus simples
+et à meilleur marché<a id="FNanchor_879" href="#Footnote_879" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_879" href="#FNanchor_879"><span class="label">[25]</span></a> On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31 : « le
+sieur Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en
+émail toutes sortes de figures humaines, et autres représentations.
+Il vend aussi des aigrettes d’émail, qui, avec
+une grande beauté, ont cette propriété de ne pas
+prendre la poussière. » Son fils lui succéda, et ses émaux
+furent encore plus célèbres que les siens. <i>V.</i> l’<i>Année littéraire</i>,
+1755, t. VIII, p. 49, 50 ; et 1758, t. VII, p. 138. Piron
+en possédoit, dont il étoit très-fier.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois
+<span class="pagenum" id="p243">-243-</span>fils ainé<a id="FNanchor_880" href="#Footnote_880" class="fnanchor">[26]</a>, qui imitent et qui raccommodent en
+perfection les Meubles de la Chine, demeurent
+grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés
+l’Hôtel de Bel air<a id="FNanchor_881" href="#Footnote_881" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_880" href="#FNanchor_880"><span class="label">[26]</span></a> En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans
+l’édit. précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un,
+p. 35, qui manque ici, et qui complète l’autre : « les sieurs
+Langlois, père et fils, font des cabinets et paravents, façon
+de la Chine, d’une beauté singulière ; ils demeurent l’un et
+l’autre, grande rue du Faubourg Saint-Antoine, près la rue
+de Charonne. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_881" href="#FNanchor_881"><span class="label">[27]</span></a> « Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du
+Tambourg, fait de moindres ouvrages, façon de la Chine. »
+Edit. 1691, p. 24.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour
+les Figures et Ornemens de la Chine, demeure
+rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat Chirurgien<a id="FNanchor_882" href="#Footnote_882" class="fnanchor">[28]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_882" href="#FNanchor_882"><span class="label">[28]</span></a> Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est : « au
+Cloître Sainte-Catherine de la Couture. »</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay
+de la Megisserie<a id="FNanchor_883" href="#Footnote_883" class="fnanchor">[29]</a>, prés le Fort l’Evêque, imite
+fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre<a id="FNanchor_884" href="#Footnote_884" class="fnanchor">[30]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_883" href="#FNanchor_883"><span class="label">[29]</span></a> « Au milieu du quai de la Mégisserie. » Edit. de 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_884" href="#FNanchor_884"><span class="label">[30]</span></a> Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691,
+p. 24 : « le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé,
+imite le La Chinage en creux et en relief. »</p>
+</div>
+<p>Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à
+l’Etoile ; de Monceau à la Bastille, et Darmé,
+chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie,
+font des Tablettes de poche d’une grande propreté.</p>
+
+<p>Les Cassolettes philosophiques<a id="FNanchor_885" href="#Footnote_885" class="fnanchor">[31]</a> à feu d’Esprit
+de vin et Globule de Cristal qui attire les Liqueurs
+à la façon de l’Eolipile<a id="FNanchor_886" href="#Footnote_886" class="fnanchor">[32]</a>, se vendent sur le quay
+<span class="pagenum" id="p244">-244-</span>de Nesle, à l’Apoticairerie royale<a id="FNanchor_887" href="#Footnote_887" class="fnanchor">[33]</a>, et servent
+non seulement à des-infecter et parfumer les
+chambres agréablement sans fumée et presque
+sans frais<a id="FNanchor_888" href="#Footnote_888" class="fnanchor">[34]</a>, mais encore à guérir plusieurs maladies
+par des vapeurs medecinales.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_885" href="#FNanchor_885"><span class="label">[31]</span></a> Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_886" href="#FNanchor_886"><span class="label">[32]</span></a> L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle,
+et la chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer
+les chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques,
+comme tout ce qui tenoit alors un peu à la
+chimie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_887" href="#FNanchor_887"><span class="label">[33]</span></a> C’est-à-dire chez Blegny.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_888" href="#FNanchor_888"><span class="label">[34]</span></a> On les allumoit derrière les pilastres et les meubles
+des chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées.
+<i>V.</i> l’<i>Art de bien traiter</i>. Paris, 1674, in-12, chap.
+<i>de la Salle à manger</i>.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c30">COMMERCE DES OUVRAGES D’OR,<br>
+<span class="small">D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.</span></h3>
+
+
+<p>La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et
+Gardes de l’Orphevrerie ont leur bureau, et où
+ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous
+les Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë
+des Lavandieres<a id="FNanchor_889" href="#Footnote_889" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_889" href="#FNanchor_889"><span class="label">[1]</span></a> Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune,
+mais la chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui
+alloit de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier.
+Elle avoit été dédiée par la corporation, en 1399,
+à saint Eloi.</p>
+</div>
+<p>C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs
+de la marque pour l’or et pour l’argent<a id="FNanchor_890" href="#Footnote_890" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_890" href="#FNanchor_890"><span class="label">[2]</span></a> Tous les ouvrages sans marque — nous dirions sans
+contrôle — étoient saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août
+1693, une exécution de ce genre contre les orfèvres Bastier,
+Prévost, Turmelle, Ladoireau et Gauché.</p>
+</div>
+<p>Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie
+sont, Messieurs Bretault, place Dauphine,
+Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, quay
+<span class="pagenum" id="p245">-245-</span>de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque,
+quay des Orphévres<a id="FNanchor_891" href="#Footnote_891" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_891" href="#FNanchor_891"><span class="label">[3]</span></a> On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés
+dans la place Dauphine ou sur les quais et les rues qui
+l’entourent. Cette réunion de riches boutiques, sur un même
+point, avoit obligé, au siècle dernier, de placer tout près,
+au terre-plain du Pont-Neuf, un corps de garde du Guet,
+dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au coin du quai
+des Orfèvres.</p>
+</div>
+<p>M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure
+devant les Galleries du Louvre<a id="FNanchor_892" href="#Footnote_892" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_892" href="#FNanchor_892"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit, en effet, « un des illustres qui sont logez sous
+la grande gallerie », comme dit G. Brice. « De Launay,
+orfèvre, ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les
+ouvrages magnifiques que le roi fait faire. » Tout l’ameublement
+de Versailles, « en meubles d’orfèvrerie », tels que
+les bancs d’argent massif, qui se trouvoient devant chaque
+fenêtre de la galerie des glaces, avoit été fait sous sa
+direction. Quand arrivèrent les lois somptuaires dont nous
+avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus épargné. Le commissaire
+Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars 1687,
+et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages
+d’or et d’argent, achevés ou à finir. <i>V.</i> les papiers Delamarre
+à la Biblioth. Nat., n<sup>o</sup> 21, 627, fol. 102 et suiv. On
+apprend par le procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres
+de vendre des soufflets et des grils d’argent, mais qu’en
+revanche ils avoient le droit de mise en vente pour les
+boîtes à poudre, boîtes à savonnettes, sonnettes, écritoires,
+bassinoires et pots de chambre en argent !</p>
+</div>
+<p>M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté
+aux ouvrages d’Orphevrerie, demeure aux
+Gobelins<a id="FNanchor_893" href="#Footnote_893" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_893" href="#FNanchor_893"><span class="label">[5]</span></a> Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de
+tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la
+direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de
+bijouterie, d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de
+gravure, etc. Il n’est donc pas étonnant que nous y trouvions
+l’orfèvre De Villiers, en 1692. Trois ans après, le
+malheur des temps fit fermer la plupart de ces ateliers.</p>
+</div>
+<p>M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de
+<span class="pagenum" id="p246">-246-</span>pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place
+du Carrousel<a id="FNanchor_894" href="#Footnote_894" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_894" href="#FNanchor_894"><span class="label">[6]</span></a> C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son
+nom complet : Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit
+« joaillier ordinaire du Roi », puis, quand son père,
+qui étoit « garde des pierreries de la Couronne », fut mort,
+il prit le même titre, mais en le partageant avec le président
+Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut chargé de constater
+à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la couronne
+d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire de
+plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, <i>Hist. de la
+Sainte-Chapelle</i>, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer
+ici au premier rang des joailliers, auroit pu être classé
+parmi les curieux : « Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie
+remplie de tableaux des plus grands maîtres, de
+bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases
+de cristal de roche, et de mille curiositez d’un goût exquis
+et d’un prix très-considérable. Ces belles choses sont dans
+sa maison, située à l’extrémité du cul-de-sac de Saint-Thomas
+du Louvre. » C’est chez lui qu’on se fournissoit des
+boîtes à portrait du Roi : « Je m’adresse à vous, lui écrit
+Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est
+à Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se
+pourra une boëtte à portrait de huit cents ou mille escus.
+Il faut que le portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la
+façon du Suédois, en cas que vous en ayez un prêt. » Jal,
+à qui nous devons de connoître cette lettre, se demande
+quel peut-être ce peintre suédois. C’est, sans aucun doute,
+Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre alors à Paris
+pour ses miniatures.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Bins<a id="FNanchor_895" href="#Footnote_895" class="fnanchor">[7]</a> et Guyon distinguez pour
+mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent
+aux Galleries du Louvre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_895" href="#FNanchor_895"><span class="label">[7]</span></a> « Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque
+le seul en France qui entende à présent le travail des émaux
+clairs. » Il avoit un logement aux galeries du Louvre, depuis
+le 14 sept. 1671. (<i>Arch. de l’Art françois</i>, t. I,
+p. 220.)</p>
+</div>
+<p>Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du
+Grenier, quay de Nesle, Pierre, quay de la
+<span class="pagenum" id="p247">-247-</span>Megisserie, et Legare<a id="FNanchor_896" href="#Footnote_896" class="fnanchor">[8]</a>, rue de Harlay, sont
+encore renommez pour le même fait.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_896" href="#FNanchor_896"><span class="label">[8]</span></a> Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit
+publié, en 1663, un très-curieux volume sur son art : <i>Livre
+des ouvrages d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du
+Roy, rue de la Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet,
+proche Saint-Pierre des Arcis</i>.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez<a id="FNanchor_897" href="#Footnote_897" class="fnanchor">[9]</a>,
+Catilon, quay de l’Orloge, et Poirier, prés la
+Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_897" href="#FNanchor_897"><span class="label">[9]</span></a> Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu
+passer comme trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons
+à ce que nous avons dit, que — ce qui n’étonnera
+pas — il prêtoit sur gages : « Elle sortit dès huit heures
+du matin, lisons-nous dans <i>La France devenue Italienne</i>,
+pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et de
+la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier,
+pour quatre mille pistoles. » Il brocantoit de joyaux et
+d’antiques même à l’étranger, en se disant agent du Roi.
+<i>V.</i> dans <i>la Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon
+avec l’Italie</i>, t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en
+février 1686 par Michel Germain à Claude Bretagne.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Loir<a id="FNanchor_898" href="#Footnote_898" class="fnanchor">[10]</a>, quay des Orphèvres, et
+Jacob, rue de Gesvres, sont des Orphèvres renommez
+pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_898" href="#FNanchor_898"><span class="label">[10]</span></a> Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité,
+« surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages. »
+Il fut lui-même très-habile dans l’art de son
+père. De plus, il gravoit, et l’Académie le reçut comme
+graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à soixante-treize
+ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un peintre de
+talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la
+Biblioth. Nat., un recueil contenant « dessins de brasiers,
+dont les ornements peuvent servir aux cuvettes ; nouveaux
+dessins de guéridons, éventails, écrans, etc. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place
+du College Mazarini, Blanque, rue Dauphine,
+et les frères Sehut, même rue, ont un particulier
+<span class="pagenum" id="p248">-248-</span>talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.</p>
+
+<p>Messieurs Berthe, rue des deux Ecus<a id="FNanchor_899" href="#Footnote_899" class="fnanchor">[11]</a>, et
+Rondé, rue Bertin Poirée, trafiquent de Barres,
+Lingots et Grenailles d’or et d’argent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_899" href="#FNanchor_899"><span class="label">[11]</span></a> Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié « orfevre »,
+et son adresse est donnée ainsi : « joignant l’hôtel
+de la Monnoye. »</p>
+</div>
+<p>Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et
+Pierreries, se vendent chez plusieurs Marchands
+et Ouvriers etablis aux environs du Temple<a id="FNanchor_900" href="#Footnote_900" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_900" href="#FNanchor_900"><span class="label">[12]</span></a> On les appeloit « diamants du Temple. » <i>Dict. des
+Arts</i>, 1732, in-fol., I, 334.</p>
+</div>
+<p>Les fausses Perles de nouvelle invention argentées
+par dedans, qui ressemblent fort aux
+naturelles<a id="FNanchor_901" href="#Footnote_901" class="fnanchor">[13]</a>, se vendent chez les Sieurs Gregoire,
+rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint
+Denis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_901" href="#FNanchor_901"><span class="label">[13]</span></a> Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette
+« essence d’ablettes », dont le hasard fit découvrir le secret
+au bijoutier Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter,
+avec un nommé Breton, et tous deux le perfectionnèrent si
+bien que, suivant le <i>Mercure galant</i> (août 1686, p. 230),
+ces perles, « façon de fines », trompoient tous les jours les
+joailliers eux-mêmes. Les Jaquin faisoient encore ce commerce
+à la fin du règne de Louis XV. Hubin avoit appris à
+Lister comment elles se fabriquoient : « la pâte, dit-il,
+dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement d’écailles
+d’ablettes, sans autre mélange… un collier de ces perles
+revient à deux ou trois pistoles. »</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c31">PREMIERES INSTRUCTIONS<br>
+<span class="small">DE LA JEUNESSE<a id="FNanchor_902" href="#Footnote_902" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_902" href="#FNanchor_902"><span class="label">[1]</span></a> Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre
+XXXVIII : <i>Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires,
+pour les Leçons et pour les Répétitions du Latin,
+du Grec, de la Philosophie, et des Mathématiques</i>. Il
+commence par ces quelques lignes qui ne se retrouvent pas
+ici : « Entre ces maîtres, les uns sont principalement
+appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne
+sont chez eux pour la plupart qu’à demi pension. »</p>
+</div>
+
+<p>Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et
+Fauxbourg de Paris un Maître et une Maîtresse
+<span class="pagenum" id="p249">-249-</span>de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de
+Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de
+l’autre sexe, le Cathecisme, et les Prieres chretiennes,
+la lecture des Livres latins et françois,
+et les principes de la Grammaire<a id="FNanchor_903" href="#Footnote_903" class="fnanchor">[2]</a>, de l’Ecriture
+et de l’Aritmetique<a id="FNanchor_904" href="#Footnote_904" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_903" href="#FNanchor_903"><span class="label">[2]</span></a> Fleury, <i>Traité des Etudes</i>, 1687, in-12, ch. 22, vouloit
+que l’on commençât par <i>la grammaire</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_904" href="#FNanchor_904"><span class="label">[3]</span></a> <i>V.</i> ce que nous avons dit de ces écoles dans une note
+du chap. 1<sup>er</sup> : <i>Affaires ecclésiastiques</i>.</p>
+</div>
+<p>Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté
+de Maîtres Expers et Jurez Ecrivains, qui
+enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé
+par les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture,
+de l’Ortographe et de l’Aritmetique<a id="FNanchor_905" href="#Footnote_905" class="fnanchor">[4]</a>. Il
+n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par
+excellence tous les differens caracteres d’Ecritures.
+On les distingue des Maîtres des petites
+Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre d’Expert
+ou de Jurez Ecrivain<a id="FNanchor_906" href="#Footnote_906" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_905" href="#FNanchor_905"><span class="label">[4]</span></a> Fleury, au chap. 20-23 du <i>Traité</i> que nous venons de
+citer, vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement
+l’arithmétique, mais le commerce, la banque, le change, la
+manière de tenir leurs comptes, de fournir et recevoir
+quittances, faire des contrats et des transactions.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_906" href="#FNanchor_906"><span class="label">[5]</span></a> Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire
+des pages de la grande Ecurie. Il prenoit le titre de « maître
+écrivain juré. » <i>Etat de France</i>, 1692, t. I, p. 329. Il
+devint « secrétaire de la chambre du roi. » On a de lui :
+<i>Le livre d’exemplaires, composé de toutes sortes de lettres</i>,
+Paris, 1694, in-fol. ; <i>Le nouveau livre d’écriture italienne et
+bâtarde</i>, Paris, Mariette, in-4<sup>o</sup> oblong.</p>
+</div>
+<p>M. des Planches, à present Sindic en charge
+<span class="pagenum" id="p250">-250-</span>de leur Communauté, demeure ruë et devant le
+petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur
+liste lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures
+et signatures suspectes, qu’ils sont seuls
+en droit de vérifier, comme on le verra dans
+l’article des Rapports et Verifications d’Experts.</p>
+
+<p>Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez
+des Fauxbourgs, des Maîtres ès Arts et
+autres tenans pensionnaires pour les leçons et
+pour les répétitions du Latin, du Grec, de la
+Philosophie et des Mathématiques.</p>
+
+<p>Il y a par exemple à cet effet, aux environs du
+College Mazarini, Messieurs Souplet, quay de
+Nesle<a id="FNanchor_907" href="#Footnote_907" class="fnanchor">[6]</a> ; le Page, ruë de Nevers ; Roger, ruë des
+Petits Augustins ; Galande, ruë Mazarini ; Boucher
+et Henrion, près le passage de la rue de
+Seine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_907" href="#FNanchor_907"><span class="label">[6]</span></a> Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est « rue
+Mazarini », ainsi que celle de Garande, appelé ici Galande.
+On y trouve aussi indiqué « le sieur Picard, rue Guénegaud,
+devant l’abrevoir (sic) », qui manque ici.</p>
+</div>
+<p>Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs
+Fleury, ruë saint Estienne des Grecs ;
+Cosson et Blin, ruë Chartiere ; Macet, cloître
+saint Benoist ; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland,
+Guyart, Chastel le jeune et Morice<a id="FNanchor_908" href="#Footnote_908" class="fnanchor">[7]</a>, ruë saint
+Jacques.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_908" href="#FNanchor_908"><span class="label">[7]</span></a> A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit.
+de 1691, p. 58.</p>
+</div>
+<p>Sur les fossez saint Michel<a id="FNanchor_909" href="#Footnote_909" class="fnanchor">[8]</a> jusqu’à l’Estrapade,
+Messieurs Landemaine, l’Elubois, Martin,
+des Fevres, du Tal, le Prieur, des Rohes<a id="FNanchor_910" href="#Footnote_910" class="fnanchor">[9]</a>, Valot,
+Parisot et Martin.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_909" href="#FNanchor_909"><span class="label">[8]</span></a> « Saint Jacques et saint Marcel. » Edit. 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_910" href="#FNanchor_910"><span class="label">[9]</span></a> Sans doute « Des Roches. » Il manque dans l’autre
+édition.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p251">-251-</span>Au Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_911" href="#Footnote_911" class="fnanchor">[10]</a>, Messieurs du
+Catel l’ainé, près la Raquette ; du Catel le
+jeune<a id="FNanchor_912" href="#Footnote_912" class="fnanchor">[11]</a>, ruë de Reuilly ; Desdurcet<a id="FNanchor_913" href="#Footnote_913" class="fnanchor">[12]</a>, rue de
+Charonne ; Castelet, rue de Charenton ; Roger<a id="FNanchor_914" href="#Footnote_914" class="fnanchor">[13]</a>
+et Thomas, grande ruë du Fauxbourg ; Mogey
+le jeune à Pincourt ; Mogey l’ainé, Faucon,
+Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy<a id="FNanchor_915" href="#Footnote_915" class="fnanchor">[14]</a> et
+Guibert à Picquepuce<a id="FNanchor_916" href="#Footnote_916" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_911" href="#FNanchor_911"><span class="label">[10]</span></a> Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet
+article, quelques lignes non reproduites ici : « les Maîtres,
+dont les pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur
+donnent la plupart toutes les instructions nécessaires jusqu’en
+philosophie, sont au faubourg Saint-Antoine… »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_912" href="#FNanchor_912"><span class="label">[11]</span></a> « Et Mauger », dit l’édit. de 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_913" href="#FNanchor_913"><span class="label">[12]</span></a> « Des Urset », dans l’édit. de 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_914" href="#FNanchor_914"><span class="label">[13]</span></a> L’édit. précédente dit « Roger », et ne nomme pas
+celui qui suit.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_915" href="#FNanchor_915"><span class="label">[14]</span></a> Edit. 1691 : « De Bassy. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_916" href="#FNanchor_916"><span class="label">[15]</span></a> On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons
+d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu
+comme complice de la conspiration du chevalier de Rohan,
+en tenoit une de ce côté. Elles y étoient encore nombreuses
+au siècle dernier. Le <i>Journal du Citoyen</i> (1755, in-8, p. 163-165)
+n’en indique pas moins de neuf dans les rues de
+Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.</p>
+</div>
+<p>Et en divers autres quartiers de Paris, sont
+Messieurs Davesne, rue Pavée<a id="FNanchor_917" href="#Footnote_917" class="fnanchor">[16]</a> ; Harivel<a id="FNanchor_918" href="#Footnote_918" class="fnanchor">[17]</a>, rue
+<span class="pagenum" id="p252">-252-</span>de la Cossonnerie ; le Roy, rue Quinquempoix ;
+Mauger, près la Croix du Tiroir ; Fleury, près le
+Palais Royal ; Regnard<a id="FNanchor_919" href="#Footnote_919" class="fnanchor">[18]</a>, rue de Bourbon ; Clément,
+rue Jean de l’Espine ; Milot, porte saint
+Denis ; Bilheult, près le Temple, et du Chesne,
+à Chaillot<a id="FNanchor_920" href="#Footnote_920" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_917" href="#FNanchor_917"><span class="label">[16]</span></a> Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. I<sup>er</sup> du
+<i>Catalogue</i> ms. de l’abbé Goujet : « Je l’ai connu dans mon
+enfance, dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur,
+paroisse de Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que
+j’ai appris à lire, à écrire, les premiers principes de la religion
+et les éléments du latin. C’étoit un très-bon maître,
+et à qui j’ai eu beaucoup d’obligation. Ma famille ne vouloit
+pas me mettre à l’étude, et il commença à m’instruire
+secrètement, me donnant chaque jour plusieurs heures de
+son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me
+laisser livrer à l’étude. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_918" href="#FNanchor_918"><span class="label">[17]</span></a> « Anivel. » Edit. 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_919" href="#FNanchor_919"><span class="label">[18]</span></a> « Au faubourg Saint-Germain. » <i>Id.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_920" href="#FNanchor_920"><span class="label">[19]</span></a> L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y
+ajoute : « Binet, rue des Gravilliers. »</p>
+</div>
+<p>M. de Blegny<a id="FNanchor_921" href="#Footnote_921" class="fnanchor">[20]</a>, maitre Expert et Juré-Ecrivain,
+auteur de l’Ortografe Françoise<a id="FNanchor_922" href="#Footnote_922" class="fnanchor">[21]</a>, demeurant
+à l’entrée de la rue saint André, devant le
+pont saint Michel, vient de donner au public un
+nouveau livre de sa composition<a id="FNanchor_923" href="#Footnote_923" class="fnanchor">[22]</a>, qui comprend
+tout ce qui concerne la premiere education des
+enfans : les Regles et les Exemples de la plus
+parfaite ecriture, et de la plus exacte ortografe,
+et de la plus claire Arithmetique ; les Elements
+de la morale et les formules des lettres, des
+billets et des actes qui se font sous signatures
+privées dans le commerce plus ordinaire de la
+vie civile<a id="FNanchor_924" href="#Footnote_924" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_921" href="#FNanchor_921"><span class="label">[20]</span></a> Etienne de Blegny, parent sans nul doute de l’apothicaire-faiseur,
+dont nous publions le livre.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_922" href="#FNanchor_922"><span class="label">[21]</span></a> Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe
+par Blegny, mais en revanche nous pouvons citer ses <i>Nouveaux
+exemplaires d’écriture d’une beauté singulière escrits
+par Estienne Blegny, et gravés par Berey</i>, recueil de 40
+planches in-8<sup>o</sup>. Claude-Auguste Berey étoit le plus fameux
+graveur d’écriture de son temps. Il fut le créateur de la
+<i>coulée</i>, comme Barbedor son devancier avoit été le créateur
+de la <i>ronde</i>. On a de Berey : <i>Nouveau livre d’écriture financière</i>,
+Paris, 1694, in-4<sup>o</sup> oblong ; <i>L’écriture italienne bâtarde</i>,
+1700 ; <i>Nouveaux exemplaires d’écriture de finance</i>, in-4<sup>o</sup> obl.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_923" href="#FNanchor_923"><span class="label">[22]</span></a> En voici le titre : <i>les Eléments</i> ou <i>première Instruction
+de la jeunesse</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_924" href="#FNanchor_924"><span class="label">[23]</span></a> Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny,
+un chapitre qui a pour titre : <i>Formulaire de petits actes</i>.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p253">-253-</span>Pour le surplus de l’education de la jeunesse,
+voyez l’article des Collèges, celuy des nobles
+exercices, et celuy des Mathématiques.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c32">NOBLES EXERCICES<br>
+<span class="small">POUR LA BELLE EDUCATION<a id="FNanchor_925" href="#Footnote_925" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_925" href="#FNanchor_925"><span class="label">[1]</span></a> Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des
+détails différents, au « chapitre IV, <i>des Académies</i> :…
+Les Académies de la deuxième espèce, où l’on instruit la
+noblesse dans les Sciences et dans les Arts qui regardent la
+discipline militaire, et dans tous les exercices de la danse,
+sont au nombre de cinq ; sçavoir : celle de M. Coulon, rue
+Férou, près Saint-Sulpice ; celle de M. de Long-pré au carrefour
+Saint-Benoist ; celle de M. Bernardi rue de Condé,
+et celle de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université »,
+p. 8.</p>
+</div>
+
+<p>Toutes les Academies de Manège ont esté reduites
+à deux, et reglées de telle sorte que les
+pensionnaires y sont distribuez en nombre egal ;
+l’une est au Carrefour saint Benoist<a id="FNanchor_926" href="#Footnote_926" class="fnanchor">[2]</a>, où il y a
+pour Ecuyers, Messieurs de Lonpré<a id="FNanchor_927" href="#Footnote_927" class="fnanchor">[3]</a>, Bernardy<a id="FNanchor_928" href="#Footnote_928" class="fnanchor">[4]</a>,
+et    et l’autre qui est
+<span class="pagenum" id="p254">-254-</span>dans la ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers,
+M<sup>rs</sup> Vandeüil, Roquefort, et d’Auricour.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_926" href="#FNanchor_926"><span class="label">[2]</span></a> La cour du Dragon fut construite à la place de cette
+académie et de son manége.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_927" href="#FNanchor_927"><span class="label">[3]</span></a> Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux
+de médailles. Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février
+1670. <i>V. Registre du Secrétariat</i>, pour 1670, Biblioth. Nat.,
+f. franç., n<sup>o</sup> 6652, fol. 96 v<sup>o</sup>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_928" href="#FNanchor_928"><span class="label">[4]</span></a> Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand
+« académiste » de ce temps-là. Avant de venir au carrefour
+Saint-Benoît et de s’y associer avec Longpré, Bernardi avoit eu
+une académie de manége rue de Vaugirard, près du Luxembourg,
+où on lui avoit permis d’élever tous les ans un fort
+pour exercer ses élèves aux manœuvres des sièges. Soleysel,
+auteur du <i>Parfait maréchal</i>, dont nous avons parlé plus
+haut, avoit professé dans son manége.</p>
+</div>
+<p>C’est dans ces deux Academies, que les jeunes
+gens sont exercez dans les Sciences et dans les
+Arts qui conviennent à la Noblesse ; c’est-à-dire,
+aux Mathématiques et aux exercices des Armes,
+du Cheval et de la Danse<a id="FNanchor_929" href="#Footnote_929" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_929" href="#FNanchor_929"><span class="label">[5]</span></a> Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses <i>lettres
+diverses</i>, p. 127, que tout bon gentilhomme devoit rester
+deux ans chez Bernardi, et y gagner au moins « un prix à
+la course de bagues. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs le Perche père, rue de la Harpe<a id="FNanchor_930" href="#Footnote_930" class="fnanchor">[6]</a> ;
+Liancourt, rue des Boucheries saint Germain, de
+Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du Chantre,
+sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans
+les deux Academies, pour enseigner l’usage de
+l’Epée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_930" href="#FNanchor_930"><span class="label">[6]</span></a> C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon,
+dans ses <i>Portraits sérieux, galants et critiques</i>, 1696, in-12,
+p. 270, dit de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque :
+« grand homme d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il
+est un des forts écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie
+de Longpré on ne parle que de lui. »</p>
+</div>
+<p>M. de Beaufort, près la porte saint Honoré,
+montre dans l’une et dans l’autre, l’exercice de
+la Pique, du Mousquet et des Evolutions militaires.</p>
+
+<p>Et M<sup>rs</sup> Favier<a id="FNanchor_931" href="#Footnote_931" class="fnanchor">[7]</a> et Du Four, rue Dauphine, y
+montrent à danser.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_931" href="#FNanchor_931"><span class="label">[7]</span></a> C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre
+<i>de la Mode</i>, en souvenir des leçons qu’il donnoit à
+M. Le Duc, son élève : « On sait que Favier est beau
+danseur. » M<sup>me</sup> de Sévigné a aussi parlé de lui, t. IX, p.
+133. Il étoit attaché à l’Opéra.</p>
+</div>
+<p>Il y a d’ailleurs en differens quartiers des
+Maîtres en Fait d’Armes, qui tiennent salle chez
+<span class="pagenum" id="p255">-255-</span>eux, et qui sont dans l’approbation publique ;
+par exemple, Messieurs de saint André, quay
+des Augustins, Chardon, rue de Bussy : Minoux,
+rue des mauvais Garçons : le Perche fils, rue
+Mazarine : Pillait père, rue Dauphine : Pillart
+fils, rue des Cordiers : du Bois, près le Jeu de
+de Metz<a id="FNanchor_932" href="#Footnote_932" class="fnanchor">[8]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_932" href="#FNanchor_932"><span class="label">[8]</span></a> Un des jeux de paume de la rue Mazarine. — On voit
+que, sauf deux, tous ces maîtres d’armes demeuroient
+dans le quartier de l’Université. En 1721, il en étoit encore
+de même. J. de Braye, qui fit paroître alors l’<i>Art de tirer
+les armes</i>, dit qu’il y avoit dans Paris plus de dix mille
+bretteurs, et presque tous dans le quartier latin. Ils n’affluoient
+pas moins, en 1695, dans le faubourg Saint-Germain.
+Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre du 11 juillet
+à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une arrestation
+qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye : « En un
+moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens
+d’épée et de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit
+impossible d’emmener le prisonnier sans rendre un petit
+combat et faire tuer beaucoup de monde. » (P. Clément, <i>la
+Police sous Louis XIV</i>, p. 442.)</p>
+</div>
+<p>M. Liencourt a donné au public un excellent
+traité de la Pratique des Armes.</p>
+
+<p>Il y a pareillement encore pour les hautes
+armes, M. Rousseau, qui est ordinairement en
+Cour<a id="FNanchor_933" href="#Footnote_933" class="fnanchor">[9]</a> : M. Colombon, devant la grande porte
+du Palais : et M. Chevry, rue des Boucheries
+saint Germain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_933" href="#FNanchor_933"><span class="label">[9]</span></a> Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de
+la petite écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne.
+Son fils et son petit-fils, qui avoit épousé une sœur de
+M<sup>me</sup> Campan, furent maîtres d’armes des enfants de France.
+Le dernier ne put échapper à la Terreur : « Il fut pris et
+guillotiné, dit M<sup>me</sup> Lebrun. On m’a dit que le jugement
+rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier : pare celle-ci,
+Rousseau. » (<i>Souvenirs</i>, 1<sup>re</sup> édit., t. I, p. 182.) Amédée
+de Beauplan étoit son fils.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p256">-256-</span>Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens
+endroits, sont d’ailleurs d’une habilité distinguée ;
+par exemple, M. de Beauchamp, Maître
+des Ballets du Roy, et le premier homme de
+l’Europe pour la composition<a id="FNanchor_934" href="#Footnote_934" class="fnanchor">[10]</a>, rue Bailleul :
+M. Reynal l’aîné, maître à danser des Enfans de
+France<a id="FNanchor_935" href="#Footnote_935" class="fnanchor">[11]</a>, ordinairement en Cour : et Messieurs
+d’Olivet et Favier cadet, rue du petit Lion :
+Favre l’aîné, rue de Richelieu : Favre le cadet,
+rue Platriere : Lestang et Pecourt ainé<a id="FNanchor_936" href="#Footnote_936" class="fnanchor">[12]</a> et cadet,
+<span class="pagenum" id="p257">-257-</span>rue Traversine : du Mirail, rue de Seine :
+Bouteville, rue des mauvais Garçons : des Hayes,
+devant la Comédie Françoise : Germain l’ainé,
+rue saint André : Germain le cadet, rue de
+Bussy : Pestor au Marché Neuf, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_934" href="#FNanchor_934"><span class="label">[10]</span></a> G. Brice se contente de dire qu’il est « des plus renommés
+de sa profession, par les beaux ballets qu’il a
+composés, et par les élèves habiles qu’il a formés, qui sont
+à présent admirés de tout le monde, principalement sur le
+théâtre de l’Opéra, où on les voit exécuter des danses
+merveilleuses. » Il a été parlé plus haut, p. 230, de son
+cabinet de curieux.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_935" href="#FNanchor_935"><span class="label">[11]</span></a> Son nom est écrit Rénal dans l’<i>Etat de France</i> de 1702,
+t. II, p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de
+Bourgogne et de son frère le duc de Berry.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_936" href="#FNanchor_936"><span class="label">[12]</span></a> Louis Pécourt, maître à danser des pages de la
+Chambre. Lui et Lestang étoient les maîtres à grands succès,
+et qui gagnoient le plus. Richelet, à ce propos, a dans
+son recueil <i>Les plus belles lettres françoises</i>, 4<sup>e</sup> édit., t. I,
+p. 379, une note bien curieuse, et encore plus amère :
+« M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit proprement, et de
+son temps la danse commençoit à être quelque chose.
+Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est.
+Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il
+faut comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à
+danser. » Regnard, dans sa farce du Théâtre Italien, <i>le
+Divorce</i>, jouée en 1688, parle aussi du succès des leçons de
+ces danseurs et du prix qu’ils y mettoient : « <span class="sc">Colombine.</span>
+Un demi louis d’or pour une leçon ! on ne donnoit autrefois
+aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois. <span class="sc">Arlequin.</span>
+Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser
+n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme
+à présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les
+menoit par toute la ville. »</p>
+</div>
+<p>Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques
+touchant les maîtres qui professent
+et qui enseignent toutes les dépendances, il y a
+d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret,
+Terranneau, Walter, etc., dont on n’a pû recouvrer
+les adresses.</p>
+
+<p>M. Chartrain qui est également sçavant et
+illustre, et qui demeure rue du Four saint Germain,
+enseigne l’Histoire, la Geographie, le
+Blazon, etc.</p>
+
+<p>Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la
+Description de la Ville de Paris<a id="FNanchor_937" href="#Footnote_937" class="fnanchor">[13]</a>, qui demeure
+rue du Sepulcre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_937" href="#FNanchor_937"><span class="label">[13]</span></a> Nous avons parlé de lui dans une de nos premières
+notes, p. 6, et quant à sa <i>Description de Paris</i>, nous l’avons
+assez souvent citée pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en
+étoit encore à ce moment à sa première édition, publiée en
+1684, 2 vol. in-12.</p>
+</div>
+<p>M. Veneroni<a id="FNanchor_938" href="#Footnote_938" class="fnanchor">[14]</a>, Secretaire Interprète du Roy,
+ordinairement nommé dans les Tribunaux pour
+la Traduction et Interpretation des Langues
+Espagnole et Italienne, enseigne ces deux Langues
+chez luy, rue du Cœur Volant<a id="FNanchor_939" href="#Footnote_939" class="fnanchor">[15]</a> et en Ville ;
+c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire<a id="FNanchor_940" href="#Footnote_940" class="fnanchor">[16]</a>,
+<span class="pagenum" id="p258">-258-</span>une Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la
+Langue Italienne<a id="FNanchor_941" href="#Footnote_941" class="fnanchor">[17]</a>, et qui a traduit les Lettres
+du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_938" href="#FNanchor_938"><span class="label">[14]</span></a> Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes,
+n’étoit pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son
+nom véritable, Vigneron.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_939" href="#FNanchor_939"><span class="label">[15]</span></a> Ajoutons, d’après Jal, <i>Dict. critique</i>, p. 1242, « à l’enseigne
+du <i>Chapeau couronné</i>. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_940" href="#FNanchor_940"><span class="label">[16]</span></a> Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup
+plus que son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend
+sans ménagement dans une note du glossaire de ses <i>Noëls
+bourguignons</i> : « le plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du
+dictionnaire italien d’Oudin et l’a fait imprimer sous le nom
+de Vénéroni, étoit un pédant nommé Vigneron. » Il est juste
+d’ajouter qu’il n’avoit pas — ce qu’oublie La Monnoye — nié
+ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné
+une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur
+le titre : « continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni. »
+C’est bien plus tard, lorsqu’il fut mort, que son
+nom italianisé le lui fit attribuer tout entier.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_941" href="#FNanchor_941"><span class="label">[17]</span></a> Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre.
+« Sa méthode, lisons-nous, au mot « Vénéroni », dans le
+<i>Dictionn. histor.</i> de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais
+du fameux Roselli, dont on a imprimé les aventures en
+forme de roman. A son passage en France, il alla prendre
+un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il raisonnoit juste
+sur la langue italienne, l’engagea à faire une grammaire
+pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait
+qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son
+nom. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs Martin, rue saint Sauveur : Gracy,
+rue saint Honoré : et Philippi, rue de Vaugirard,
+enseignent pareillement les Langues Espagnole
+et Italienne.</p>
+
+<p>Les maîtres pour la Langue Allemande sont,
+Messieurs Pascal, rue des mauvais Garçons :
+Leopol, rue saint Martin : Meremberg, Perger
+et Benicourt, au quartier saint Germain des
+Prez.</p>
+
+<p>Les maîtres pour la Langue Angloise sont,
+Messieurs Paul et Dalais<a id="FNanchor_942" href="#Footnote_942" class="fnanchor">[18]</a>, Auteur de l’Histoire
+<span class="pagenum" id="p259">-259-</span>de Sevarambes<a id="FNanchor_943" href="#Footnote_943" class="fnanchor">[19]</a>, rue des Boucheries saint Germain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_942" href="#FNanchor_942"><span class="label">[18]</span></a> Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi
+en Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le
+voit ici, des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en
+1681, une <i>Grammaire françoise méthodique</i>, et, deux ans
+après, un abrégé en anglois de cette grammaire.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_943" href="#FNanchor_943"><span class="label">[19]</span></a> Cette <i>Histoire des Sevarambes</i>, qui a été souvent
+réimprimée, est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation
+de l’<i>Utopie</i> de Thomas Morus, tout un nouveau système de
+gouvernement politique et religieux.</p>
+</div>
+<p>M. de la Croix, près la place des Victoires,
+enseigne à parler le Turc<a id="FNanchor_944" href="#Footnote_944" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_944" href="#FNanchor_944"><span class="label">[20]</span></a> Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’<i>Histoire de Tamerlan</i>,
+celle de <i>Gengiskhan</i>, et, ce qui l’a rendu plus
+célèbre, la traduction des <i>Mille et un Jours</i>, que Le Sage
+revit pour le style. En 1692, l’année même où nous le
+voyons figurer ici, il fut nommé professeur en langue arabe
+au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa mort, en 1713.</p>
+</div>
+<p>Les maîtres pour la langue Arabique sont,
+Messieurs de Lipy<a id="FNanchor_945" href="#Footnote_945" class="fnanchor">[21]</a> et son neveu, au Collège de
+Cambray.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_945" href="#FNanchor_945"><span class="label">[21]</span></a> Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la
+place de professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire
+interprète du Roi. Il professa au collége de France — appelé
+ici Collége de Cambray — de 1670 à 1709. J.-B. de
+Fiennes lui succéda comme secrétaire interprète, et c’est
+Antoine Galland, auteur des <i>Mille et une Nuits</i>, qui eut sa
+chaire d’arabe. Il ne la garda que six ans.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet<a id="FNanchor_946" href="#Footnote_946" class="fnanchor">[22]</a>,
+rue des Boucheries, enseignent la Langue
+Françoise aux Etrangers.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_946" href="#FNanchor_946"><span class="label">[22]</span></a> Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du
+fameux <i>Dictionnaire</i>. Ne pouvant vivre de ses livres ni de
+ses causes, car il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis
+à donner des leçons de langue françoise, sans y gagner autant
+que Pécourt et Létang avec leurs leçons de danse, ce
+qui le rendoit amer comme nous l’avons vu dans une note
+précédente. Bien des gens de son mérite en étoient réduits
+à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le
+cachet : « Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le <i>Longueruana</i>,
+et ces misérables qui envoient leur carrosse à un
+comédien, faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en
+son genre étoit le premier homme de France. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p260">-260-</span>M. Frosne, Architecte, près la fontaine
+S. Ovide, enseigne aux personnes distinguées,
+les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs
+autres parties des Mathematiques ; on
+peut le consulter utilement sur les Batimens et
+sur le Calcul des Toisez.</p>
+
+<p>Messieurs le Pautre<a id="FNanchor_947" href="#Footnote_947" class="fnanchor">[23]</a>, rue du Foin, et d’Honneur
+à l’entrée de la rue de la Coutellerie, enseignent
+la plus excellente pratique du dessein.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_947" href="#FNanchor_947"><span class="label">[23]</span></a> Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé,
+comme dessinateur et graveur, dans les premiers temps du
+règne. Il fut lui-même, dans le même genre, d’un talent
+fort distingué. <i>V.</i>, à son nom, l’<i>Abecedario</i> de Mariette.</p>
+</div>
+<p>Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume
+sont, Messieurs Bidault, rue saint Germain
+l’Auxerrois : Sainctot, rue des mauvais Garçons :
+Mion, rue de Bussy : Jourdain<a id="FNanchor_948" href="#Footnote_948" class="fnanchor">[24]</a>, Cerceau,
+le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore les
+adresses<a id="FNanchor_949" href="#Footnote_949" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_948" href="#FNanchor_948"><span class="label">[24]</span></a> Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans
+la note suivante.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_949" href="#FNanchor_949"><span class="label">[25]</span></a> Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient
+pas de fixe. Ils jouoient « à la représentation », comme on
+diroit aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur
+choix, et cela deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé
+ce privilége, après les avoir vus jouer à Fontainebleau, le
+26 octobre 1687. Dangeau, à qui nous devons ce renseignement,
+nous donne leurs noms, qui diffèrent, pour un ou
+deux, de ceux qui sont ici : « Ils feront, dit-il, afficher
+comme les comédiens. Ils sont cinq : les deux Jourdain, Le
+Pape, Clergé et Servo. » Pour celui-ci, croyons-nous, c’est
+Sercot qu’il faut lire : d’abord parce que ce nom se rapproche
+davantage de celui de Cerceau donné ici ; ensuite
+parce qu’on le trouve comme étant celui d’un fameux paumier
+du temps de la Fronde dans la Mazarinade, <i>Le Ministre
+d’Etat flambé</i>.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p261">-261-</span>M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure
+aux Galeries du Louvre<a id="FNanchor_950" href="#Footnote_950" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_950" href="#FNanchor_950"><span class="label">[26]</span></a> « Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72,
+travaille aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette
+sorte d’une manière qui le distingue fort des autres maîtres
+de sa profession. »</p>
+</div>
+<p>M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure
+sur le Pont au Change.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c33">ARMES ET BAGAGES<br>
+<span class="small">DE GUERRE ET DE CHASSE.</span></h3>
+
+
+<p>Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal,
+sous la direction de M. Titon, Entrepreneur
+Général des fournitures d’Armes<a id="FNanchor_951" href="#Footnote_951" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_951" href="#FNanchor_951"><span class="label">[1]</span></a> Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier
+monument, le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé
+dans une des salles de la Bibliothèque Nationale, et le livre
+qui l’explique, avec la biographie de ceux qui y figuroient
+en statuettes de bronze, fut, comme son père, attaché aux
+fournitures d’armes. Il avoit une charge de commissaire des
+guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne resta pas
+à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il étoit
+transféré à la Bastille : « le Magasin de Titon, lisons-nous
+dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I,
+p. 341, est sur la première porte de la Bastille qui donne
+dans la place. Il est rempli de quantité d’armes de toutes
+les sortes, et l’on y trouve tout ce qu’on peut désirer sur
+cet article. »</p>
+</div>
+<p>Il y a aussi un grand magasin d’Armes et
+Equipages de Guerre, chez M. Benicourt<a id="FNanchor_952" href="#Footnote_952" class="fnanchor">[2]</a>, devant
+l’orloge du Palais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_952" href="#FNanchor_952"><span class="label">[2]</span></a> Il est appelé « De Benicourt », dans l’édit. de 1691,
+p. 22. — Sa maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici
+l’adresse qu’il prenoit alors, et qu’on trouve dans un compte,
+pour achat d’armes, publié par M. P. Paris dans son édition
+de Tallemant, t. IX, p. 474 : « Pierre Bignicourt,
+marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la Barillerie,
+à l’enseigne de <i>la Chasse Royale</i>, devant les loges du
+Palais. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p262">-262-</span>M.    marchand quincallier, à
+l’entrée du quay de la Mégisserie, fait aussi
+beaucoup de fournitures.</p>
+
+<p>Le plomb pour les Armes à feu, se vend en
+gros et en détail chez plusieurs marchands, sous
+l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_953" href="#Footnote_953" class="fnanchor">[3]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_953" href="#FNanchor_953"><span class="label">[3]</span></a> Liger, dans le <i>Voyageur fidèle</i>, 1715, in-12, p. 381,
+reproduit ceci textuellement. Il ajoute : « on vend la poudre
+à tirer à l’Arsenal, où elle se fabrique : elle s’y débite en
+gros et en détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en
+vendent dans plusieurs quartiers de la ville. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers,
+près le Collège Mazarini<a id="FNanchor_954" href="#Footnote_954" class="fnanchor">[4]</a>, ont un grand assortiment
+de Lits, de Tentes et de Pavillons de
+Guerre.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_954" href="#FNanchor_954"><span class="label">[4]</span></a> Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64,
+avec cette adresse plus détaillée : « au deuxième pavillon
+du collége Mazarini, devant l’hôtel de Créquy. »</p>
+</div>
+<p>On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers
+des pilliers des Halles<a id="FNanchor_955" href="#Footnote_955" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_955" href="#FNanchor_955"><span class="label">[5]</span></a> « Qui pour l’ordinaire, ajoute <i>le voyageur fidèle</i>,
+p. 382, en ont un assez grand assortiment en temps de
+guerre. »</p>
+</div>
+<p>Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles
+et neuves, et qui entreprennent la fourniture des
+Régimens, sont placez rue de la Barillerie, près
+le Palais<a id="FNanchor_956" href="#Footnote_956" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_956" href="#FNanchor_956"><span class="label">[6]</span></a> « Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on
+nomme souliers de bottes. » Edit. de 1691, p. 25. On s’en
+servoit encore pour aller par les rues, tant elles étoient
+boueuses : « Quoi qu’il ne pleuve pas, lisons-nous dans la
+traduction d’une <i>Lettre italienne</i> sur Paris, écrite le 20 août
+1692 par un Sicilien, et publiée pour la première fois, dans
+le <i>Saint Evremoniana</i>, 1700, in-8, p. 385, on ne laisse pas
+de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette toutes
+les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats
+ne suffit pas pour les faire nettoyer… Autrefois les hommes
+ne pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit
+demander à un Espagnol, les voyant en cet équipage le jour
+de son arrivée, si toute la ville partoit en poste. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p263">-263-</span>Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré,
+sont de fameux Epronniers<a id="FNanchor_957" href="#Footnote_957" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_957" href="#FNanchor_957"><span class="label">[7]</span></a> <i>Le Voyageur fidèle</i>, p. 382, après avoir parlé du grand
+« commerce d’éperons » qui se faisoit rue Saint-Honoré,
+ajoute : « les quincailliers en vendent aussi, mais qui ne
+valent pas les premiers à beaucoup près. »</p>
+</div>
+<p>Près la porte saint Antoine, on fabrique des
+Tambours pour les troupes.</p>
+
+<p>Les charettes et quaissons de guerre, sont
+fabriquez pour la plus grande part à l’entrée du
+Fauxbourg saint Antoine.</p>
+
+<p>Les Bahutiers qui font les coffres, malles,
+fourreaux de pistolets, etc., sont en grand nombre
+au quartier du Palais, au bout du pont Notre
+Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain,
+et aux environs de saint Honoré.</p>
+
+<p>On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte
+du Fort l’Evêque<a id="FNanchor_958" href="#Footnote_958" class="fnanchor">[8]</a>, diverses sortes de raizeaux
+et tirasses<a id="FNanchor_959" href="#Footnote_959" class="fnanchor">[9]</a> pour la chasse.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_958" href="#FNanchor_958"><span class="label">[8]</span></a> Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son <i>Voyageur
+fidèle</i>, ajoute : « du côté de la rivière », ce qui n’étoit
+pas inutile à dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant
+rue Saint-Germain-l’Auxerrois.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_959" href="#FNanchor_959"><span class="label">[9]</span></a> Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.</p>
+</div>
+<p>Les Oizeleurs du même quay<a id="FNanchor_960" href="#Footnote_960" class="fnanchor">[10]</a>, vendent les
+raizeaux à prendre des Rossignols.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_960" href="#FNanchor_960"><span class="label">[10]</span></a> Il sera reparlé d’eux plus loin.</p>
+</div>
+<p>Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez
+l’article suivant.</p>
+
+<p>La manufacture des Buffles pour la Cavalerie
+est chez M. Jabac, rue neuve saint Medéric<a id="FNanchor_961" href="#Footnote_961" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_961" href="#FNanchor_961"><span class="label">[11]</span></a> C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit
+commencé la fortune de Jabach à Paris : « la France,
+lisons-nous dans un passage du <i>Dictionnaire des arts et
+métiers</i>, par l’abbé Jaubert, t. I, p. 427, qui complètera
+notre première note, est redevable à Colbert de la préparation
+des peaux de buffle : il y attira pour cet effet M. de
+la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne,
+qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture
+à Corbeil. » Cette manufacture fut ensuite transférée
+à Paris, chez Jabach lui-même, où nous la voyons ici.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p264">-264-</span></p>
+
+<h3 id="c34">CHEVAUX ET EQUIPAGES.</h3>
+
+
+<p>Le marché pour les chevaux et pour les mulets,
+se tient les Mercredis et les Samedis non
+fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis
+deux heures de relevée jusqu’à six<a id="FNanchor_962" href="#Footnote_962" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_962" href="#FNanchor_962"><span class="label">[1]</span></a> Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33 :
+« le marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux
+bêtes azines, se tient les mécredis (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) et samedis, le matin
+pour les porcs, et l’après dinée pour le reste, au bout du
+faubourg Saint-Victor. »</p>
+</div>
+<p>Les autres jours on trouve des chevaux de
+toutes espèces, chez les Sieurs Guerte, rue de la
+Bucherie : François Paris, place Maubert :
+Charles Paris, rue des Rats<a id="FNanchor_963" href="#Footnote_963" class="fnanchor">[2]</a> : Grenier, cour de
+la Jussienne<a id="FNanchor_964" href="#Footnote_964" class="fnanchor">[3]</a> : du Pont, cul de sac des Provençaux :
+Guillory, rue Perdue : Prevost, le Moine,
+Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant
+<span class="pagenum" id="p265">-265-</span>les murs saint Martin, où sont encore logez les
+Sieurs Rotelet et Briquet, marchands Hollandois<a id="FNanchor_965" href="#Footnote_965" class="fnanchor">[4]</a>,
+qui ont un grand assortiment des plus
+beaux Chevaux de Carosse.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_963" href="#FNanchor_963"><span class="label">[2]</span></a> Ce quartier de la place Maubert — la rue des Rats,
+qui est aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve — et
+celui des environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout
+ceux des maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle
+à dire, p. 33 : « Il y a un grand nombre de chevaux
+au quartier de la place Maubert et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_964" href="#FNanchor_964"><span class="label">[3]</span></a> On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue
+de la Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps
+qu’une Cour des Miracles.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_965" href="#FNanchor_965"><span class="label">[4]</span></a> Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère
+altération du nom hollandois Becker. Le marquis de <i>la
+Femme d’Intrigue</i>, comédie de Dancourt, jouée en 1692,
+parlant de ses dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit « à
+Jame et à <i>Béquet</i>, tant en chevaux de selle que de carrosse. »</p>
+</div>
+<p>Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent
+dans leurs Chantiers des Carosses tous
+faits et des Chaises montées ; par exemple, les
+Sieurs Gervais et Vignard, rue saint Martin ;
+Bailleul et des Moulins, rue des vieux Augustins ;
+Stoquet, dans l’enclos de la foire saint
+Germain<a id="FNanchor_966" href="#Footnote_966" class="fnanchor">[5]</a> ; Moreau, rue Mazarini ; le Roux, rue
+des petits Champs ; Treverger, rue de Berry ;
+l’Amiral, au petit Marché ; Marceau, rue des
+quatre Vents ; la Ville, rue de Tournon ; Poivret,
+rue de Taranne ; la Place, rue de l’Esgoust, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_966" href="#FNanchor_966"><span class="label">[5]</span></a> « Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs
+magasins dans l’enclos de la foire Saint-Germain. » Edit.
+1691, p. 51.</p>
+</div>
+<p>Plusieurs Boureliers sont renommez pour les
+Harnois de la plus grande propreté ; par exemple,
+les Sieurs Barbier, rue Coquilliere ; Miquelet et
+Langlois, rue de Seine<a id="FNanchor_967" href="#Footnote_967" class="fnanchor">[6]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_967" href="#FNanchor_967"><span class="label">[6]</span></a> Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.</p>
+</div>
+<p>Les beaux et magnifiques Carosses de louage
+pour les Princes, Ambassadeurs et grands Seigneurs
+etrangers, se trouvent chez les Sieurs
+Dalençon<a id="FNanchor_968" href="#Footnote_968" class="fnanchor">[7]</a>, rue Mazarini ; Dauphiné et du Puis,
+<span class="pagenum" id="p266">-266-</span>rue du Four saint Germain ; Clovet, rue des
+vieux Augustins ; David et l’Escuyer, rue de
+Seine ; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain<a id="FNanchor_969" href="#Footnote_969" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_968" href="#FNanchor_968"><span class="label">[7]</span></a> « Et chez la veuve Chavanon… » Edit. 1691, p. 51.
+On y voit aussi indiqués : « Champot, rue de Seine, et
+Ferrat, rue des Boucheries », qui ne se trouvent pas ici.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_969" href="#FNanchor_969"><span class="label">[8]</span></a> Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le
+comte Portland, crut pouvoir prendre une de ces voitures,
+en fut fort content : « Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées,
+ont de bons chevaux et des harnois propres. Les
+étrangers les prennent au jour ou au mois, sur le pied de
+trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit ou
+dix-neuf francs à peu près. »</p>
+</div>
+<p>La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé<a id="FNanchor_970" href="#Footnote_970" class="fnanchor">[9]</a>,
+a aussi de très beaux Carosses de louage<a id="FNanchor_971" href="#Footnote_971" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_970" href="#FNanchor_970"><span class="label">[9]</span></a> Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de
+Thorigny. C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti
+sous Louis XIII par Aubert, fermier de la Gabelle du sel,
+ce qui lui fit donner par le peuple le nom d’hôtel Salé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_971" href="#FNanchor_971"><span class="label">[10]</span></a> Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus
+détaillé : « Il y a encore des magasins de carrosses rue
+Michel-le-Comte, vieille rue du Temple, derrière l’hôtel
+Salé ; rue de Bussy, et rue du Four du faubourg Saint-Germain. »</p>
+</div>
+<p>Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses
+de louage au mois, à la journée, sont
+encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins,
+rue des Boucheries saint Germain, rue des Petits
+Champs, rue de Hurepoix, rue Gît-le-Cœur, rue
+des grands Augustins, rue de Bussy, etc.<a id="FNanchor_972" href="#Footnote_972" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_972" href="#FNanchor_972"><span class="label">[11]</span></a> Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré
+aux mêmes objets, sous ce titre : <i>Des voitures
+parisiennes</i>, se trouvent d’assez curieuses différences,
+p. 50-51 : « Il y a des calèches attelées à vingt sols par
+heure, dans tous les temps du jour, sur le quay des Augustins,
+place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de la
+Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant
+les Jésuites. — Aux mêmes endroits, et en divers autres
+carrefours et places, on trouve des chaises à deux porteurs
+pour un écu par demi-journée, et des chaises à ressorts
+traînées par un seul homme, à un écu par jour, ou
+dix sols par heure. » — L’existence des carrosses à l’heure
+n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint légale et privilégiée
+que par ordonnance du mois d’août 1698. Le tarif en
+fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure,
+et 20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le
+droit de stationner sur les places, réservées désormais à
+ces carrosses à l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises
+qu’on ne pouvoit louer qu’à la demi-journée, au
+jour ou au mois. (<i>Traité de la Police</i>, t. IV, p. 441-442.)</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p267">-267-</span>On trouve des Mulets et des Littières à loüer
+chez M. Mariette, Capitaine des charrois de
+Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez
+un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets,
+à l’entrée de la rue de Richelieu.</p>
+
+<p>Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont
+aux Choux<a id="FNanchor_973" href="#Footnote_973" class="fnanchor">[12]</a> : Dole, vieille rue du Temple :
+Didier, rue des Fossez de Condé : et Jourdain,
+rue de Bourbon, font des Corps de Carosse qui
+resistent fort longtemps.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_973" href="#FNanchor_973"><span class="label">[12]</span></a> Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux
+débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au
+pont-levis jeté sur le fossé, à quelques pas d’un marais
+planté de choux, comme un autre situé un peu plus en
+avant dans la ville, où croissoit l’oseille, avoit donné son
+nom à la rue de l’Oseille. La porte du pont-aux-Choux
+s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.</p>
+</div>
+<p>On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts
+et Arcs de Carosses et de Chaises au petit Arsenal,
+rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers,
+porte saint Antoine, rue du Sepulcre<a id="FNanchor_974" href="#Footnote_974" class="fnanchor">[13]</a> et
+enclos de la Foire S<sup>t</sup> Germain<a id="FNanchor_975" href="#Footnote_975" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_974" href="#FNanchor_974"><span class="label">[13]</span></a> C’est aujourd’hui la rue du Dragon.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_975" href="#FNanchor_975"><span class="label">[14]</span></a> Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59 :
+« Il y a un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch,
+et un troisième devant les Premontrez du faubourg
+Saint-Germain, qui font très-bien des arcs de carosses. »
+On y lit aussi, p. 51 : « les ressorts de la bonne trempe
+se font au même faubourg (Saint-Antoine), près la porte
+et rue de Charenton, devant les Filles angloises » ; et, un
+peu plus bas : « on trouve de vieux arcs et ressorts de
+carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de dépesseurs
+(<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) du quai de la Mégisserie. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p268">-268-</span>Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des
+marchandises des Miroitiers.</p>
+
+<p>On fait et on vend dans plusieurs boutiques
+et angards du Fauxbourg saint Antoine, des
+Chaises et Soufflets<a id="FNanchor_976" href="#Footnote_976" class="fnanchor">[15]</a> à juste prix.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_976" href="#FNanchor_976"><span class="label">[15]</span></a> Les <i>soufflets</i> étoient une sorte de chaise roulante à
+deux roues et fort légère, pour une ou deux personnes,
+dont le dessus de cuir ou de toile cirée se plioit ou se
+replioit comme un <i>soufflet</i>, suivant le temps. Louis XIV se
+servoit souvent d’une de ces petites voitures. (<i>Journal de
+la santé du Roi</i>, publié par M. Le Roy, 1862, in-8,
+p. 299.)</p>
+</div>
+<p>Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes
+sortes d’équipages, sont les Sieurs de Mouy, rue
+Geoffroy Langevin : des Lauriers, rue du Four,
+près l’Hôtel Impérial : la Montagne, place Maubert :
+la Croix, cul de sac des quatre vents :
+Jurande et le Breton, rue Bourlabé : le Febvre,
+rue du petit Heuleu<a id="FNanchor_977" href="#Footnote_977" class="fnanchor">[16]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_977" href="#FNanchor_977"><span class="label">[16]</span></a> Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de
+plus dans l’édit. de l’année précédente, p. 33 : « Jacques
+Jurande, rue Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de
+chevaux et d’équipages. Autant en font le Breton, même
+rue, à la Croix de Fer, le Febvre, rue du Petit-Huleu,
+Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du Cœur-Volant,
+près la foire Saint-Germain. »</p>
+</div>
+<p>Le nommé Loüis, logé devant les murs saint
+Martin, fait principalement le courtage des mules
+et mulets.</p>
+
+<p>Les Sieurs Brie devant les Incurables ; et
+Bouton, rue Git le Cœur, au Gallion, sont des
+<span class="pagenum" id="p269">-269-</span>particuliers qui ont de bons Remedes pour les
+maladies des Chevaux<a id="FNanchor_978" href="#Footnote_978" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_978" href="#FNanchor_978"><span class="label">[17]</span></a> Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux
+Ours, qui étoit le plus expert de ces « médecins de chevaux »,
+comme il les appelle, p. 387.</p>
+</div>
+<p>Entre les Marchands en réputation pour le
+même fait, sont les Sieurs Rabeau, rue de la
+Corne : du Gas, vieille rue du Temple : Mars,
+carrefour des trois Maries ; et Lafond, près l’Hotel
+d’Angoulesme.</p>
+
+<p>La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg
+saint Michel, nettoye parfaitement bien les Carosses
+et Chaises<a id="FNanchor_979" href="#Footnote_979" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_979" href="#FNanchor_979"><span class="label">[18]</span></a> « On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de
+1691, p. 51, et encore tous les mécredis et samedis, des
+charrettes couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent
+aux villages circonvoisins. — On trouve en tous temps
+aux environs du Pont-Royal, des batelets couverts qui
+conduisent où l’on veut à la descente de la rivière. » A la
+porte Saint-Denis le « passage du bois de Boulogne » doit
+son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c35">PASSETEMPS<br>
+<span class="small">ET MENUS-PLAISIRS.</span></h3>
+
+
+<p>Le Théâtre du Palais Royal<a id="FNanchor_980" href="#Footnote_980" class="fnanchor">[1]</a>, où sont representées
+les Tragedies, les Pastoralles et autres
+Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les
+representations les Mardis, les Vendredis et les
+Dimanches, et encore les Jeudis, lors qu’il s’agit
+de Pièces nouvelles<a id="FNanchor_981" href="#Footnote_981" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_980" href="#FNanchor_980"><span class="label">[1]</span></a> L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du
+côté où s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que
+Richelieu avoit fait bâtir pour les représentations de sa
+<i>Mirame</i>, et qui avoit ensuite servi de théâtre à Molière.
+C’est à sa mort que Lulli se l’étoit fait donner par le roi.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_981" href="#FNanchor_981"><span class="label">[2]</span></a> « Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre
+est fermé les jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour
+les places des premières loges, un demi-louis pour celles des
+secondes, et trente sous pour celles du parterre et du second
+amphithéâtre. » Edit. 1691, p. 8.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p270">-270-</span>Les Livres du sujet se vendent à la porte du
+Théâtre trente sols en paroles seulement, et en
+partition onze livres en blanc<a id="FNanchor_982" href="#Footnote_982" class="fnanchor">[3]</a>, et douze livres
+dix sols reliez<a id="FNanchor_983" href="#Footnote_983" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_982" href="#FNanchor_982"><span class="label">[3]</span></a> C’est-à-dire brochées.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_983" href="#FNanchor_983"><span class="label">[4]</span></a> « Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix
+sols reliez en veau », p. 9.</p>
+</div>
+<p>M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet
+du Roy<a id="FNanchor_984" href="#Footnote_984" class="fnanchor">[5]</a>, qui donne les Desseins de toutes les
+décorations, habits et machines des Opera, etc.,
+demeure aux galleries du Louvre<a id="FNanchor_985" href="#Footnote_985" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_984" href="#FNanchor_984"><span class="label">[5]</span></a> Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande
+réputation, que l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est
+pour ses décorations de théâtre que Mariette (<i>Abecedario</i>,
+t. I, p. 119) fait surtout son éloge : « Jamais il n’y eut,
+dit-il, de décorations de théâtre mieux entendues, ni d’habits
+plus riches et d’un meilleur goût que ceux dont il a
+donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour l’Opéra,
+c’est-à-dire pendant presque toute sa vie. » La maquette
+de sa décoration du 5<sup>e</sup> acte d’<i>Armide</i>, en 1686, figure en
+ce moment à l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle.
+On a de lui un recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement :
+<i>Ornements inventez</i> par J. Bérain.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_985" href="#FNanchor_985"><span class="label">[6]</span></a> Il y mourut le 26 janvier 1711 : « Il a un cabinet
+fort curieux, dit Brice, où l’on trouve avec des tableaux
+rares une quantité très-grande de dessins, entre lesquels
+les siens ne sont pas la moins belle partie. »</p>
+</div>
+<p>Les Comediens François qui ont leur Hotel
+rue des fossez saint Germain des prez<a id="FNanchor_986" href="#Footnote_986" class="fnanchor">[7]</a>, représentent
+tous les jours alternativement des Tragedies
+et des Comedies.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_986" href="#FNanchor_986"><span class="label">[7]</span></a> Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui
+est venu de ce théâtre même, qui, du reste, existe encore
+en partie au fond de la cour de la maison qui fait face au
+café Procope. On y emmagasine des papiers peints. Ce fut
+l’atelier de Gros.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p271">-271-</span>Les Comediens italiens, représentent les Dimanches
+et les jours que le Theatre de l’Academie
+Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre
+de l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil<a id="FNanchor_987" href="#Footnote_987" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_987" href="#FNanchor_987"><span class="label">[8]</span></a> A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle
+aux cuirs.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour
+les habits de Theatre<a id="FNanchor_988" href="#Footnote_988" class="fnanchor">[9]</a>, et M. son fils pour les
+masques et autres choses necessaires pour les
+Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise<a id="FNanchor_989" href="#Footnote_989" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_988" href="#FNanchor_988"><span class="label">[9]</span></a> Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur
+de la troupe de Molière. Une sœur utérine de la comédienne
+M<sup>lle</sup> de Brie étoit sa femme depuis 1673. Le
+fils, dont il est parlé ici après lui, étoit né de ce mariage.
+C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit organisé
+la mascarade turque du <i>Bourgeois gentilhomme</i>, en 1670.
+D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y
+avoit pas fourni moins de cent trente-huit habits.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_989" href="#FNanchor_989"><span class="label">[10]</span></a> L’administration et ce qu’on appeloit « le magasin
+de l’Opéra », s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la
+fin du règne de Louis XV.</p>
+</div>
+<p>Les Sieurs du Creux, au bout du pont Notre
+Dame, et Boille, rue du Colombier saint Germain,
+vendent aussi des Masques de Theâtre et
+de Carnaval<a id="FNanchor_990" href="#Footnote_990" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_990" href="#FNanchor_990"><span class="label">[11]</span></a> Ducreux fit aussi les fournitures pour le <i>Bourgeois
+gentilhomme</i>. On voit par le compte cité tout à l’heure, et
+qui s’élève pour lui à 454 livres, que non-seulement il y
+fournit les masques, mais « les jarretières, perruques,
+barbes et autres ustenciles. »</p>
+</div>
+<p>Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vingts,
+rue saint Honoré, fait des Coëffures en
+cheveux pour les Balets et Opera.</p>
+
+<p>Les Sieurs Frangeon et la Croix, Brodeurs
+des Habits pour les Balets du Roy, demeurent
+le premier rue saint Estienne, à la Ville neuve,
+<span class="pagenum" id="p272">-272-</span>et l’autre, rue neuve saint Denis, proche la
+porte.</p>
+
+<p>Le Sieur Roussard, Plumassier du Roy, tient
+un grand magasin de Plumes pour les Balets et
+Tragedies, rue saint Honoré.</p>
+
+<p>Messieurs Cossard et Guerinois vendent toutes
+sortes d’Etoffes or et argent pour les Balets,
+Opéra et Mascarades, ils demeurent ruë saint
+Denis, près le grand Châtelet.</p>
+
+<p>Autant en fait, M. Harlier, ruë de la Coutellerie,
+qui fait et vend des Etoffes brodées or et
+argent.</p>
+
+<p>Le Sieur du Vandiet, Sculpteur, pour la fabrique
+des Marionnettes et Mannequins, demeure
+rue de Hurepoix, près le pont saint Michel<a id="FNanchor_991" href="#Footnote_991" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_991" href="#FNanchor_991"><span class="label">[12]</span></a> Il est appelé « Du Vaudiet » dans l’édit. de 1691,
+p. 49, et son adresse y est différente : « rue de la Huchette
+au Tambour. »</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Careme, qui fait les Feux d’artifices
+de l’Hotel de Ville et de l’Opera<a id="FNanchor_992" href="#Footnote_992" class="fnanchor">[13]</a>, demeure rue
+Frementeau<a id="FNanchor_993" href="#Footnote_993" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_992" href="#FNanchor_992"><span class="label">[13]</span></a> Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort
+en 1688, avoit été « ingénieur des feux d’artifice de S. M. »
+Denis étoit concierge des basses cours du Louvre, ce qui
+explique son logement rue Fromenteau. Ses feux d’artifice
+figurés et colorés n’étoient pas que pour l’Opéra. Il en fit
+aussi pour la Comédie italienne. <i>V.</i> le <i>Théâtre</i> de Ghérardi,
+t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son père, qui
+logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux
+d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (<i>Bibliogr. des
+Mazarin.</i>, t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il
+lui avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à
+lui-même. (<i>Archives de l’Hôtel-Dieu</i>, t. I, p. 130.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_993" href="#FNanchor_993"><span class="label">[14]</span></a> Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition
+de 1691, p. 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit
+pour l’Opéra. « Le sieur Morel », qui vient après,
+s’y trouve aussi. On lit de plus, à la suite : « le sieur
+Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et une veuve
+qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les
+merciers et pour les particuliers qui en ont besoin. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p273">-273-</span>Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de
+Tournon.</p>
+
+<p>Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les
+tours de Gibeciere<a id="FNanchor_994" href="#Footnote_994" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_994" href="#FNanchor_994"><span class="label">[15]</span></a> On s’en amusoit même chez le Roi. <i>V.</i> dans les
+<i>Mélanges histor.</i> de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote
+d’un de ces prestidigitateurs qui, pendant une soirée de
+Versailles, escamota un verre énorme et le fourra dans les
+chausses un peu trop lâchées de ce pauvre abbé Genest,
+l’académicien.</p>
+</div>
+<p>On tient tous les Dimanches matin sur le
+quay de la Mégisserie, du costé du Châtelet,
+une espèce de marché d’Animaux vivans pour
+le plaisir ; sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux
+de cages<a id="FNanchor_995" href="#Footnote_995" class="fnanchor">[16]</a>, Cochons d’Inde, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_995" href="#FNanchor_995"><span class="label">[16]</span></a> Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de
+ce quai, le dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher.
+Les serins, par exemple, qui étoient encore des oiseaux
+assez rares, montoient jusqu’au prix de deux cents livres.
+(Hervieux, <i>Traité des Serins de Canaries</i>, 1709, in-12,
+chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes dames en faisoient
+trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez elles,
+elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, <i>Hist.
+de la Régence</i>, t. II, p. 319.)</p>
+</div>
+<p>La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac<a id="FNanchor_996" href="#Footnote_996" class="fnanchor">[17]</a>, fait
+commerce de petits Chiens pour les Dames<a id="FNanchor_997" href="#Footnote_997" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_996" href="#FNanchor_996"><span class="label">[17]</span></a> « Près les Petites maisons. » Edit. de 1691, p. 33. — On
+l’appelle aujourd’hui, par interversion, petite rue
+du Bac.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_997" href="#FNanchor_997"><span class="label">[18]</span></a> C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon.
+Les plus à la mode étoient encore à ce moment, quoique
+déjà un peu en baisse, comme on le verra plus loin, les
+chiens de Bologne, sorte de carlins, qu’on frottoit aussitôt
+nés d’esprit de vin à toutes les jointures pour les empêcher
+de croître. Ils se vendoient quelquefois fort cher.
+Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un
+extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à
+la princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à
+payer quand elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit
+mois après devint, contre toute apparence jusque-là, reine
+de Pologne. On comprend qu’elle paya alors gaîment les
+cinquante pistoles. L’espèce des chiens de Bologne s’est
+perdue, même à Bologne. (Valery, l’<i>Italie confortable</i>,
+p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les chiens
+<i>Burgos</i> commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la
+mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la
+Régence. Entre eux et les bolonois s’étoient un instant
+glissés les chiens loups : « On ne carresse plus, lisons-nous
+dans la <i>Lettre italienne</i> déjà citée, que ceux qui ont le
+museau de loup et les oreilles coupées, et plus ils sont
+difformes, plus ils sont honorés de baisers et d’embrassements. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p274">-274-</span>Les Boules de Buis et de Gayac à jouer, se
+font en perfection par le Sieur Baudry, Tourneur,
+rue du petit Lion, et par un autre Tourneur
+de la rue Troussevache.</p>
+
+<p>Les Epiciers Orangers de la rue de la Cossonnerie,
+font venir des Boules de Marseille qu’ils
+donnent à fort grand marché.</p>
+
+<p>Les Jeux d’Echets et Triquetracs se font et se
+vendent chez les Tablettiers du Marché Neuf et
+de la rue des Assis.</p>
+
+<p>Les Academies de Jeux de Cartes ont été defendues,
+et on ne joue publiquement dans les
+Jeux de Paume qu’au Billard<a id="FNanchor_998" href="#Footnote_998" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_998" href="#FNanchor_998"><span class="label">[19]</span></a> La défense contre les jeux de cartes n’étoit sans
+doute pas aussi sévère quand avoit paru l’édition de l’année
+précédente, car voici ce qu’on y trouve, p. 49 : « On
+joue aux cartes et au billard dans presque tous les jeux
+de paume, qui sont en plus grand nombre au faubourg
+Saint-Germain qu’ailleurs. » — Les jeux défendus dans
+les maisons publiques ne pullulèrent que plus frauduleusement
+dans les particulières. C’est alors que l’on vit partout
+de « ces femmes brelandières » dont parle la <i>X<sup>e</sup> Sat.</i>
+de Boileau, et que visoit l’abbé de Villiers dans une de
+ses <i>Epîtres</i>, 2<sup>e</sup> édit., p. 375, lorsqu’il nous rappelle</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i4">… L’industrieux génie</div>
+<div class="verse">Qui trouve par le jeu l’art d’avoir compagnie.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>«  — Eh ! dit Colombine dans l’<i>Avocat pour et contre</i>,
+acte III, sc. 7, ne pouvons-nous pas donner à jouer à la
+bassette, et vivre honorablement dans Paris, comme une
+infinité de gens aussi gueux que nous. » Il y eut jusqu’à
+des femmes de conseillers au Parlement qui tinrent ainsi
+des maisons de jeux. <i>V.</i> P. Clément, <i>la Police</i> sous Louis XIV,
+p. 340-341.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p275">-275-</span>Pour les fameux Maîtres de Dance et de
+Paume, voyez l’article des Nobles Exercices.</p>
+
+<p>Pour les Joueurs d’Instrumens, voiez l’article
+de la Musique.</p>
+
+<p>Le Sieur Alexandre Vauboam<a id="FNanchor_999" href="#Footnote_999" class="fnanchor">[20]</a>, rue des Assis,
+fait des Castagnettes en perfection.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_999" href="#FNanchor_999"><span class="label">[20]</span></a> Lisez Roboam. C’est le même qui a été nommé plus
+haut, p. 211, comme « fabricant de guitares en perfection. »</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c36">JARDINAGES.</h3>
+
+
+<p>Monsieur le Marquis de Villacerf<a id="FNanchor_1000" href="#Footnote_1000" class="fnanchor">[1]</a>, Sur-Intendant
+et Ordonnateur des Batimens et Jardins du
+Roy<a id="FNanchor_1001" href="#Footnote_1001" class="fnanchor">[2]</a>, demeure rue de l’Egout, près la place
+Royale.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1000" href="#FNanchor_1000"><span class="label">[1]</span></a> Edouard Colbert, marquis de Villacerf, déjà mentionné
+plus haut, p. 124.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1001" href="#FNanchor_1001"><span class="label">[2]</span></a> Il avoit eu cette place à la mort de Louvois, auquel
+il tenoit par sa mère, comme par son père il tenoit à
+Colbert. Il dut s’en démettre, en 1699, à la suite des trop
+longues malversations de Mesmin, « son commis principal,
+en qui, dit Saint-Simon, il se fioit de tout. »</p>
+</div>
+<p>M. le Nostre, Directeur et Controlleur des
+<span class="pagenum" id="p276">-276-</span>Batimens et Jardins de Sa Majesté<a id="FNanchor_1002" href="#Footnote_1002" class="fnanchor">[3]</a>, demeure
+aux Tuilleries<a id="FNanchor_1003" href="#Footnote_1003" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1002" href="#FNanchor_1002"><span class="label">[3]</span></a> André Le Nostre, trop célèbre pour ses travaux à
+Versailles, à Trianon, à Saint-Germain, aux Tuileries,
+pour que nous ayons à parler de lui longuement.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1003" href="#FNanchor_1003"><span class="label">[4]</span></a> Il y mourut, le 15 septembre 1700, à quatre-vingt-sept
+ans. Il s’y étoit fait, dans une de ses dépendances,
+une collection de tableaux de maîtres, de médailles, de
+porcelaines, etc., dont on peut lire la description au
+chap. IV du <i>Voyage</i> de Lister, et au commencement de la
+<i>Jeunesse de Bachaumont</i>, qui fut publiée en 1859 par les
+soins de Fréderic Lock, d’après un manuscrit de l’Arsenal,
+dans les premières livraisons du <i>Magasin de Librairie</i>.</p>
+</div>
+<p>M. le Bouteux, neveu de M. le Nostre<a id="FNanchor_1004" href="#Footnote_1004" class="fnanchor">[5]</a> et
+Directeur de l’Orangerie des Tuileries<a id="FNanchor_1005" href="#Footnote_1005" class="fnanchor">[6]</a>, demeure
+à l’Arsenal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1004" href="#FNanchor_1004"><span class="label">[5]</span></a> Michel Le Bouteux, fils de celui qui avoit eu un si
+beau jardin, rue de la Madeleine, à la Ville-l’Evêque, où
+tout le monde pouvoit s’aller promener, comme on le voit
+dans le roman de M<sup>me</sup> de Villedieu : <i>Mémoires de la vie
+de Henriette-Sylvie de Molière</i>, édit. de 1701, p. 110. On
+a du père : <i>Plans des bastiments et jardin de la Norville</i> ;
+<i>Plan du jardin et château de Louvois</i> ; <i>Plan du château
+de Presles, près Beaumont</i>, etc. ; et du fils : <i>Plan et élévation
+du château de Villacerf</i>, toutes planches très-rares.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1005" href="#FNanchor_1005"><span class="label">[6]</span></a> Il avoit de plus, en survivance, la conciergerie de
+cette Orangerie. (<i>Etat de France</i>, 1692, p. 498.)</p>
+</div>
+<p>M. Molet, Jardinier ordinaire de Sa Majesté<a id="FNanchor_1006" href="#Footnote_1006" class="fnanchor">[7]</a>,
+demeure au vieux Louvre<a id="FNanchor_1007" href="#Footnote_1007" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1006" href="#FNanchor_1006"><span class="label">[7]</span></a> Charles Mollet, fils de Claude Mollet, qui avoit été
+sous Henri IV, sous Louis XIII et dans les premiers temps
+du règne de Louis XIV, « jardinier ordinaire et dessinateur
+des plans, parcs et jardins des maisons royales », et
+de qui l’on a un livre si curieux : <i>Théâtre des plants et
+jardinages</i>, etc., 1652, pet. in-4<sup>o</sup>. Un autre de ses fils,
+André, frère de Charles, qui est ici, avoit été maître des
+jardins de la reine de Suède, et avoit publié à Stockolm,
+en 1651, in-fol. : <i>le Jardin de Plaisir, contenant plusieurs
+dessins de jardinages, tant parterre en broderie, compartiments
+de gazon, bosquets et autres</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1007" href="#FNanchor_1007"><span class="label">[8]</span></a> Sa charge, qu’il transmit en survivance à son fils
+Armand, le 1<sup>er</sup> février 1692, étoit celle de « jardinier du
+Petit-Jardin parterre, qui est au-devant des fenêtres du
+Louvre. » Il étoit donc tout naturel qu’il logeât dans ce
+palais. Son père avoit demeuré tout près à l’hôtel de Matignon,
+et il avoit fait planter, vers 1606, sur la belle place,
+qui étoit alors au-devant, « quantité de mûriers blancs. »
+(<i>Archives curieuses</i>, 1<sup>re</sup> partie, t. IX, p. 130.)</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p277">-277-</span>M. Carbonnet, aussi Jardinier de Sa Majesté,
+demeure près saint Roch, tous trois après M. le
+Nostre, ont un grand talent pour les desseins de
+Parterres, de Bosquets, etc.</p>
+
+<p>M. Balon, Directeur de la Pépiniere du
+Roule<a id="FNanchor_1008" href="#Footnote_1008" class="fnanchor">[9]</a>, demeure là même.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1008" href="#FNanchor_1008"><span class="label">[9]</span></a> On sait que c’est de cette pépinière du Roule que le
+nom de la rue de la Pépinière est venu. Voici ce qu’on
+lit sur Balon qui la dirigeoit alors, dans l’<i>Etat de France</i>
+de 1692 : « M. Balon, qui est au jardin de la pépinière au
+Roule, établie en 1670, est directeur des plants d’arbres des
+maisons royales. » Noël de Morlaix, que Lister y alla voir
+(<i>V.</i> son <i>Voyage</i>, ch. X), fut le successeur de Balon à la pépinière
+du Roule.</p>
+</div>
+<p>Il y a encore divers autres Jardiniers de
+grands Seigneurs, qui sont renommez pour les
+compartimens, par exemple,</p>
+
+<p>Messieurs de la Saulsaye à l’Hotel de Condé :
+de Marne, rue de l’Egout près la place Royale :
+Godeau, près saint Roch à l’Hôtel de saint
+Poüange<a id="FNanchor_1009" href="#Footnote_1009" class="fnanchor">[10]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1009" href="#FNanchor_1009"><span class="label">[10]</span></a> Il s’ouvroit rue Neuve-des-Petits-Champs et devoit
+son nom au cousin de M. de Villacerf, le marquis Gilbert
+Colbert de Saint-Pouange, dont le fils eut, par mariage,
+en 1702, la principauté de Chabannais. La rue, qui fut
+percée de 1775 à 1777 sur l’emplacement de l’hôtel et de
+son jardin, prit ce dernier nom qu’elle porte encore.</p>
+</div>
+<p>Les Jardiniers qui sont exercez à la construction
+des cabinets et ornemens de treillages<a id="FNanchor_1010" href="#Footnote_1010" class="fnanchor">[11]</a>, sont
+<span class="pagenum" id="p278">-278-</span>entr’autres M<sup>rs</sup> de la Saulsaye<a id="FNanchor_1011" href="#Footnote_1011" class="fnanchor">[12]</a> et Godeau ci-devant
+désignez : Carpentier à l’Hotel de Lesdigüires<a id="FNanchor_1012" href="#Footnote_1012" class="fnanchor">[13]</a>,
+et au Fauxbourg saint Antoine : le
+Roux, rue de Pincourt : Hennetin, rue de la
+Muette<a id="FNanchor_1013" href="#Footnote_1013" class="fnanchor">[14]</a> : et le Normand, rue de Montreuil.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1010" href="#FNanchor_1010"><span class="label">[11]</span></a> On peut voir sur les estampes du temps, qui représentent
+des jardins, et dues pour la plupart aux jardiniers-artistes,
+qui en avoient dessiné l’ordonnance, quelles
+proportions monumentales on donnoit à ces treillages :
+« le grand avantage, dit Lister, qu’ils ont dans les villes,
+c’est, outre la beauté du travail, de cacher le vilain
+aspect des maisons voisines. » <i>Voyage à Paris</i>, chap. IX.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1011" href="#FNanchor_1011"><span class="label">[12]</span></a> On a vu tout à l’heure qu’il étoit jardinier de l’hôtel
+de Condé. Il s’y étoit fort distingué, comme le prouvent
+les deux planches très-rares où sont figurés les treillages
+du jardin, à cette époque.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1012" href="#FNanchor_1012"><span class="label">[13]</span></a> Lisez de Lesdiguières. C’étoit l’ancien hôtel que Zamet
+avoit fait bâtir sous Henri IV, rue de la Cérisaie, près du
+petit Arsenal, dont il n’étoit séparé que par une impasse.
+Il appartenoit alors, à Françoise de Gondi, veuve du duc
+de Lesdiguières. M<sup>me</sup> de Sévigné, dans ses <i>Lettres</i>, en
+vante la beauté, mais en regrette la trop grande solitude
+et le difficile accès. (Edit. Hachette, t. X, p. 374 et 467.)
+Les jardins surtout en étoient magnifiques. Carpentier qui
+en avoit la direction, et qui excelloit, comme on le voit
+ici, pour les treillages, ne les y avoit pas épargnés :
+« Celui du fond, dit Lister, étoit fort noble, et avoit coûté
+dix mille livres ; un autre en avoit coûté six mille. J’en
+remarquai un plus petit, et, le seul que j’ai vu ainsi, tout
+en feuillage de fer peint en vert. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1013" href="#FNanchor_1013"><span class="label">[14]</span></a> Ou de <i>la Meute</i>, comme on l’appeloit en 1540, à
+cause de quelque maison de chasse. C’est dans cette rue,
+qui va de la rue de Charonne à celle de la Roquette, que
+Tamponnet, peut-être sur le même terrain, eut sous le
+premier Empire et la Restauration, ses admirables serres
+qui ne contenoient pas moins de cinq mille orangers de
+toutes tailles, et où l’on vit la première collection de
+<i>camélia</i>. (Dufey, <i>Memorial parisien</i>, 1821, in-12, p. 67.)</p>
+</div>
+<p>Les Jardiniers qui font commerce de Fleurs,
+Arbres et Arbustes pour l’ornement des Jardins,
+<span class="pagenum" id="p279">-279-</span>sont au Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_1014" href="#Footnote_1014" class="fnanchor">[15]</a> : les Sieurs
+Julien et Guyot dit petit Claude, ruë de Pincourt :
+Chevalier, ruë des Amandiers : Tremel
+et Grebey, rue de la Raquette : le Breton, rue
+de Charonne : du Puis, Huby et Hely, ruë de
+Baffroy<a id="FNanchor_1015" href="#Footnote_1015" class="fnanchor">[16]</a> : Gaumont Jacques et du Buisson,
+grande ruë du Fauxbourg : Marechal, rue saint
+Bernard, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1014" href="#FNanchor_1014"><span class="label">[15]</span></a> <i>V.</i> sur ces floristes du faubourg, <i>le Mercure</i> d’avril
+1721, p. 176, et celui de juin-juillet de la même année,
+2<sup>e</sup> partie, p. 112.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1015" href="#FNanchor_1015"><span class="label">[16]</span></a> Elle est adjacente à la rue de Charonne.</p>
+</div>
+<p>Et en divers autres quartiers de la Ville et des
+Fauxbourgs sont les Sieurs Thibaut fils, rue des
+Boullais : Baptiste, près les Invalides : Jacques,
+ruë de Taranne<a id="FNanchor_1016" href="#Footnote_1016" class="fnanchor">[17]</a> : des Crochets, près la porte
+saint Martin : Besnard, Fauxbourg saint Laurent,
+etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1016" href="#FNanchor_1016"><span class="label">[17]</span></a> Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être
+le jardinier, se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité.
+C’étoit un des plus célèbres de Paris pour les plantes
+rares. Le premier <i>filaria</i>, dit Sauval, t. III, p. 4, y fut
+planté.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la
+femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très
+belles fleurs et de très beaux arbustes : mais il
+est ordinairement en Cour.</p>
+
+<p>Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager<a id="FNanchor_1017" href="#Footnote_1017" class="fnanchor">[18]</a>, près
+<span class="pagenum" id="p280">-280-</span>la Barrière des Incurables<a id="FNanchor_1018" href="#Footnote_1018" class="fnanchor">[19]</a>, cultive toutes sortes
+de Fruits et de Legumes precosses avec un succez
+merveilleux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1017" href="#FNanchor_1017"><span class="label">[18]</span></a> C’étoit l’ancien mot, que celui de « maraîcher »
+remplaça. Jaubert l’emploie encore dans son <i>Dictionnaire
+des arts et métiers</i>, t. III, p. 49. La Quintinie avoit cependant
+consacré l’autre depuis longtemps, avec une simple
+différence d’orthographe, dans son livre sur <i>Les jardins</i>,
+préface, p. <small>XVII</small>. Distinguant ceux qui s’occupent d’arbustes
+et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il
+dit : « les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les
+autres qu’on nomme maréchais. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1018" href="#FNanchor_1018"><span class="label">[19]</span></a> Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce « marager »
+de la barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les
+faubourgs Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les
+fleuristes, ils étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis
+longtemps. Dans <i>les Registres criminels du Châtelet</i> (1389-1392),
+il est parlé, t. II, p. 252 et 522, des marais qu’ils
+cultivoient et des gardes qui les préservoient contre les
+maraudeurs. Charles V avoit protégé cette culture de la
+banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez quelques
+descendants de ceux qu’il avoit privilégiés : « On
+conserve, dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par
+<i>le Salon littéraire</i> du 21 août 1843, p. 12, on conserve
+avec soin dans plusieurs familles de maraîchers — les
+Dulac, Deberg et autres — des chartes de Charles V,
+concédant aux ancêtres de ces familles des marais, à la
+condition de les dessécher pour les convertir en jardins.
+Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes
+n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption,
+la profession de jardinier. »</p>
+</div>
+<p>M. Tournesol<a id="FNanchor_1019" href="#Footnote_1019" class="fnanchor">[20]</a>, demonstrateur au Jardin du
+Roy, entend particulierement la culture des
+plantes medecinales<a id="FNanchor_1020" href="#Footnote_1020" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1019" href="#FNanchor_1019"><span class="label">[20]</span></a> Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur,
+qui étoit professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de
+l’Académie des Sciences depuis un an seulement. Lister le
+vit souvent, et parle beaucoup de lui dans son <i>Voyage</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1020" href="#FNanchor_1020"><span class="label">[21]</span></a> Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine,
+comme on le voit par son <i>Traité des matières médicales</i>.</p>
+</div>
+<p>Aussi fait un des Pères Minimes de la Place
+Royale.</p>
+
+<p>On trouve chez les Provençaux, au cul de
+sac de saint Germain l’Auxerrois<a id="FNanchor_1021" href="#Footnote_1021" class="fnanchor">[22]</a>, rue de l’Arbre
+sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins,
+<span class="pagenum" id="p281">-281-</span>des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de
+Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes
+Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons
+Pomplions, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1021" href="#FNanchor_1021"><span class="label">[22]</span></a> Il est derrière le chevet même de l’église, et il prit
+alors pour le garder jusqu’à présent le nom de ces <i>Provençaux</i>
+qui y faisoient leur commerce.</p>
+</div>
+<p>Les Mercredis et Samedis on tient sur le quay
+de la Megisserie, une espèce de marché franc
+pour les fleurs, arbres et arbrisseaux<a id="FNanchor_1022" href="#Footnote_1022" class="fnanchor">[23]</a> ; où l’on
+trouve d’ailleurs des graines de choux-fleurs, et
+des cardons d’Espagne.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1022" href="#FNanchor_1022"><span class="label">[23]</span></a> Ce marché aux fleurs s’étoit d’abord tenu à l’Ile-Saint-Louis,
+« le long du quai Bourbon », dit Sauval, qui
+en vit la fin. On l’appeloit « la foire aux oignons », à cause
+des fleurs à oignons dont on y faisoit surtout le commerce.
+« Tous les ans, dit Sauval, t. II, p. 662, on voit ce
+quartier, tout couvert qu’il soit de maisons, se métamorphoser
+en un instant, et devenir un jardin fleuri, bien
+varié, et qui sent si bon que l’air en est tout embaumé. »</p>
+</div>
+<p>Les Jardiniers d’Orléans qui apportent tous
+les ans à Paris vers la fin de Septembre, une
+fort grande quantité d’arbres fruitiers à hautes
+et basses tiges, logent pour la plûpart grande
+rue du Fauxbourg saint Antoine, au Nom de
+Jésus et aux deux Clefs<a id="FNanchor_1023" href="#Footnote_1023" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1023" href="#FNanchor_1023"><span class="label">[24]</span></a> Il y avoit déjà plus d’un siècle qu’on avoit fait à
+Orléans de grands progrès dans la culture des jeunes
+arbres fruitiers, forestiers et d’agrément. A la fin du dernier
+siècle, on n’y évaluoit pas à moins de 200,000 le
+nombre des pieds d’arbres qui s’y vendoient sur place, ou
+qui s’y exportoient à Paris ou ailleurs, chaque année. Les
+<i>forestiers</i> étoient surtout fournis par les faubourgs Saint-Marc
+et Saint-Vincent, et les arbres à fruit ou d’agrément
+par le faubourg Saint-Marceau, où cette culture s’est
+maintenue et même étendue.</p>
+</div>
+<p>On peut d’ailleurs en tous temps trouver un
+grand assortiment d’arbres fruitiers chez les
+Sieurs Le Faucheur à Bagnolet, et Robineau
+au Menil-Montant.</p>
+
+<p><span class="pagenum" id="p282">-282-</span>Le Sieur de la Forest, concierge de la Samaritaine<a id="FNanchor_1024" href="#Footnote_1024" class="fnanchor">[25]</a>,
+fait des Pompes et autres machines
+pour l’elevation des eaux.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1024" href="#FNanchor_1024"><span class="label">[25]</span></a> La Samaritaine, sur le Pont-Neuf, étant considérée
+comme Château Royal, avoit un concierge, comme nous
+le voyons ici, et un gouverneur.</p>
+</div>
+<p>Ruë saint Pierre, du coté de la rue Montmartre,
+on fabrique une sorte de pompe industrieuse
+qui n’est pas d’une grande depense, et
+au moyen de laquelle un seul homme peut elever
+sans peine et sans effort huit ou dix muids d’eau
+par heure, l’Inventeur offre d’en faire la demonstration
+aux curieux, aussi bien que des Orloges
+et Cadrans pour les vens, au soleil et à la lune,
+qu’il fabrique d’ailleurs pour la commodité du
+public.</p>
+
+<p>Pour les livres de Jardinages, voyez l’article
+du commerce de Librairie.</p>
+
+<p>Le Sieur le Febvre, sur le quay de la Mégisserie,
+a un grand assortiment de graines et oignons
+de Jardins<a id="FNanchor_1025" href="#Footnote_1025" class="fnanchor">[26]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1025" href="#FNanchor_1025"><span class="label">[26]</span></a> Lister, ch. X, <i lang="la" xml:lang="la">ad finem</i>, nous parle de ce M. Lefebvre
+« le marchand de graines », qui avoit, en outre de sa boutique
+du quai, où le même commerce se fait encore, un
+fort beau « jardin fleuriste. » Ses tulipes étoient particulièrement
+superbes : « Il en avoit, dit-il, une grande et
+belle collection, beaucoup de panachées et d’une grande
+variété. »</p>
+</div>
+<p>On vend des pots de terre à ances bronzez et
+dorez pour l’ornement des Jardins, chez le Sieur
+du Vivier, grande rue du Fauxbourg saint Antoine,
+à l’entrée de laquelle on vend d’ailleurs
+des caisses peintes en fayances.</p>
+
+<p>Chacun peut faire fabriquer à son gré des
+<span class="pagenum" id="p283">-283-</span>pots de fayance pour les Jardins à la Fayancerie
+de saint Cloud.</p>
+
+<p>Ceux qui sont emaillez en violet et tachetez
+de blanc, viennent de la Fayancerie de Roüen<a id="FNanchor_1026" href="#Footnote_1026" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1026" href="#FNanchor_1026"><span class="label">[27]</span></a> Il sera parlé plus loin de cette fayencerie, ainsi que
+de celle de Saint-Cloud.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c37">TAPISSERIES<a id="FNanchor_1027" href="#Footnote_1027" class="fnanchor">[1]</a><br>
+<span class="small">ET MEUBLES ORDINAIRES.</span></h3>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1027" href="#FNanchor_1027"><span class="label">[1]</span></a> Le Sicilien, dont la lettre sur Paris fut traduite dans
+le <i>Saint Evremoniana</i>, s’étonna de voir des tapisseries
+partout, sur les murailles des chambres. « C’est un usage
+général, dit-il, comme en Italie de les embellir par des
+sculptures. »</p>
+</div>
+
+<p>Il y a un magasin de Tapisseries de Flandres<a id="FNanchor_1028" href="#Footnote_1028" class="fnanchor">[2]</a>,
+rue du petit Lion<a id="FNanchor_1029" href="#Footnote_1029" class="fnanchor">[3]</a>, et un autre pour les Tapisseries
+de Beauvais<a id="FNanchor_1030" href="#Footnote_1030" class="fnanchor">[4]</a>, rue de Richelieu.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1028" href="#FNanchor_1028"><span class="label">[2]</span></a> Tapisseries de haute lisse — c’est-à-dire faites sur un
+métier perpendiculaire — et à personnages ou à verdures.
+Les ouvriers flamands que Henri IV avoit fait venir en 1603,
+avoient perfectionné ce genre de fabrication aux Gobelins,
+où ils avoient été établis.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1029" href="#FNanchor_1029"><span class="label">[3]</span></a> « Derrière l’hôtel de Bourgogne. » Edit. 1691, p. 35.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1030" href="#FNanchor_1030"><span class="label">[4]</span></a> « Au milieu de la rue de Richelieu. » <i>Id.</i> — La manufacture
+de Beauvais étoit une création de Colbert, en
+1660. Les ouvriers flamands, qu’il y avoit établis, y travailloient
+en haute lisse comme aux Gobelins.</p>
+</div>
+<p>Les Marchands Forains qui negotient les Tapisseries
+d’Aubusson<a id="FNanchor_1031" href="#Footnote_1031" class="fnanchor">[5]</a>, sont rue de la Huchette
+et aux environs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1031" href="#FNanchor_1031"><span class="label">[5]</span></a> Elles étoient de basse lisse, c’est-à-dire faites sur un
+métier horizontal. Fabriquées par des femmes, et avec des
+laines moins fines, le bon marché en rendoit le débit bien
+plus général que celui des tapisseries de Beauvais. Le tarif
+des douanes de 1664 et années suivantes le prouve.</p>
+</div>
+<p>M. Dansvüiche<a id="FNanchor_1032" href="#Footnote_1032" class="fnanchor">[6]</a>, carrefour sainte Opportune,
+<span class="pagenum" id="p284">-284-</span>fait commerce en gros de Bergames<a id="FNanchor_1033" href="#Footnote_1033" class="fnanchor">[7]</a> et Tapisseries
+de Rouen, façon de Hongrie<a id="FNanchor_1034" href="#Footnote_1034" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1032" href="#FNanchor_1032"><span class="label">[6]</span></a> Son nom est écrit « D’Answihc » dans l’édit. précéd. — C’étoit
+certainement un flamand.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1033" href="#FNanchor_1033"><span class="label">[7]</span></a> Les bergames étoient un mélange de laine et de
+bourre de soie que l’on teignoit ordinairement en gris ou
+en rouge.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1034" href="#FNanchor_1034"><span class="label">[8]</span></a> On en faisoit aussi à Paris. Elles étoient fabriquées
+avec de la tonture ou <i>tontisse</i> de laine. C’est de là que les
+premiers papiers peints, qui remplacèrent les tapisseries,
+en les imitant de leur mieux, furent appelés des papiers-tontisses.</p>
+</div>
+<p>Les Tapisseries Bergames, Damas-Caffart<a id="FNanchor_1035" href="#Footnote_1035" class="fnanchor">[9]</a>,
+petites Etoffes, Satin de Bruge<a id="FNanchor_1036" href="#Footnote_1036" class="fnanchor">[10]</a>, Taffetas des
+Indes et diverses etoffes à faire du meuble, se
+vendent en détail et en diverses boutiques et
+magasins près l’aport de Paris.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1035" href="#FNanchor_1035"><span class="label">[9]</span></a> Sorte de damas, dont la trame étoit de fil, et les
+chaînes de soie. C’étoit une étoffe « légère, commode et
+de grand débit », qu’en 1604, un marchand de Troyes
+demanda au Roy de fabriquer dans son pays avec privilége.
+(<i>Archives curieuses</i>, 1<sup>re</sup> série, t. XIV, p. 232.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1036" href="#FNanchor_1036"><span class="label">[10]</span></a> Sorte de damas-caffart, mais avec une rayure différente,
+et qui se rapprochoit aussi beaucoup du <i>satin de
+Chine</i>. Le marchand de Troyes, cité dans la note précédente,
+demanda aussi à fabriquer de ces satins de Bruges,
+en 1604.</p>
+</div>
+<p>Les Marchands Tapissiers renommez pour les
+meubles magnifiques, sont entre plusieurs autres
+Messieurs Bon l’ainé, Tapissier du Roy, rue
+Tictonne ; Bon le cadet, Tapissier de Monsieur,
+rue aux Ours<a id="FNanchor_1037" href="#Footnote_1037" class="fnanchor">[11]</a> ; Barelle, à Luxembourg ; Montonnet,
+<span class="pagenum" id="p285">-285-</span>Cellier et Mendron, rue Michel le Comte<a id="FNanchor_1038" href="#Footnote_1038" class="fnanchor">[12]</a> ;
+Bernier et Malet, rue des Bourdonnois, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1037" href="#FNanchor_1037"><span class="label">[11]</span></a> « Les sieurs Le Bon frères, fameux tapissiers, demeurant
+rue aux Ours et rue Platrière. » Edit. 1691, p. 36. — Leur
+vrai nom étoit, en effet, Le Bon. C’est ainsi que
+l’aîné, Louis, est nommé dans l’<i>Etat de France</i> de 1692,
+p. 179 et 682, en qualité de tapissier du Roi pour le
+trimestre d’avril, et de tapissier ordinaire du duc de Bourgogne.
+Coulange le nomme dans sa chanson sur <i>Un vieux
+lit de famille</i>, p. 72 de son Recueil, mais c’est Bon qu’il
+l’appelle pour la mesure du vers :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Autant de modes que d’années,</div>
+<div class="verse">Aujourd’hui le tapissier Bon,</div>
+<div class="verse">A si bien fait par ses journées</div>
+<div class="verse">Qu’un lit tient toute une maison.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Ces énormes lits des frères Le Bon étaient célèbres. <i>V.</i> le
+<i>Mercure galant</i>, t. III, p. 300.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1038" href="#FNanchor_1038"><span class="label">[12]</span></a> C’est le fils de ce Mandron, tapissier comme lui,
+mais Vieille rue du Temple, qui créa chez lui le théâtre
+de société, d’où sortit Lekain. Mandron lui-même y jouoit
+« les rois ». <i>V.</i> une lettre de lui dans le <i>Journal de
+Paris</i>, 1<sup>er</sup> mars 1778, p. 238.</p>
+</div>
+<p>Messieurs Cussy aux Gobelins, Boulle aux
+galeries du Louvre<a id="FNanchor_1039" href="#Footnote_1039" class="fnanchor">[13]</a>, le Febvre, rue saint Denis
+<span class="pagenum" id="p286">-286-</span>au Chesne vert<a id="FNanchor_1040" href="#Footnote_1040" class="fnanchor">[14]</a>, etc., travaillent par excellence
+aux meubles et autres ouvrages de marquetterie.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1039" href="#FNanchor_1039"><span class="label">[13]</span></a> Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de
+1691. Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi
+se retrouver ici : « les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez
+avec grande perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy,
+devant les galeries du Louvre. M. Boul, son voisin, fait
+des ouvrages de marquetterie d’une beauté singulière. » — Nous
+n’avons pas à nous étendre sur Charles-André
+Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que l’on
+connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à commencer
+par celle de Mariette dans l’<i>Abecedario</i>, où il dit :
+« Ses meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux
+ornements de marquetterie sont d’un goût exquis, et
+la mode ne leur fait rien perdre de leur prix. » Il avoit
+le goût passionné des tableaux, des estampes plus encore,
+et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il étoit déjà la proie
+de ses créanciers, et se trouvoit bien que le Louvre, où
+il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de ce
+qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles
+de l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un
+si admirable cabinet tout de glaces et de marquetteries,
+menaça de lui enlever ce refuge. Voici la lettre impitoyable
+qu’il écrivit à ce sujet, le 4 février 1686, à son agent La
+Chapelle : « Boulle promet à Mgr le Dauphin, depuis longtemps,
+quelques sièges, lesquels il n’achève point. Je vous
+prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire que, s’il
+ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai
+mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers,
+et que je ferai faire son ouvrage par d’autres. » Citée
+par M. Rousset, <i>Hist. de Louvois</i>, t. III, p. 381. En 1704,
+la gêne de Boulle étoit encore plus grande et ses embarras
+plus pressants. Le Roi l’en sauva. (<i>Correspond, admin.
+de Louis XIV</i>, t. II, p. 843.) Le plus grand deuil de sa
+vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la destruction
+par les flammes de la plus grande partie de sa
+collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà
+bien vieux, il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut
+que douze ans plus tard, le 1<sup>er</sup> mars 1732. Il avoit
+quatre-vingt-neuf ans et quelques mois. <i>V.</i> sur lui, dans
+<i>les Archives de l’Art françois</i>, par MM. de Chenevières et
+de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un travail qui résume
+à peu près tout ce qu’on sait sur lui.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1040" href="#FNanchor_1040"><span class="label">[14]</span></a> Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit
+travaillé comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.</p>
+</div>
+<p>M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette,
+vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.</p>
+
+<p>Celles de France se fabriquent près la porte
+saint Antoine.</p>
+
+<p>Les Cabinets<a id="FNanchor_1041" href="#Footnote_1041" class="fnanchor">[15]</a>, Bureaux, Biblioteques et autres
+meubles de placages<a id="FNanchor_1042" href="#Footnote_1042" class="fnanchor">[16]</a>, de noyers, d’ébène,
+de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg
+saint Antoine, à la porte saint Victor, rue
+neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue
+du Mail, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1041" href="#FNanchor_1041"><span class="label">[15]</span></a> Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son <i>Dictionnaire</i>,
+ces meubles, dont la mode revient : « Espèce d’armoire avec
+des tiroirs, faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois,
+propre à serrer des hardes. » On en vendoit aux foires.
+Le Sganarelle de <i>L’Amour médecin</i>, act. I, sc. 2, veut
+donner à sa fille « un cabinet de la foire St-Laurent. »
+Dans le <i>Tarif des droits d’entrée</i>, etc., du 18 sept. 1664,
+se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1042" href="#FNanchor_1042"><span class="label">[16]</span></a> « Et de marqueterie. » Edit. 1691, p. 35.</p>
+</div>
+<p>Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre
+<span class="pagenum" id="p287">-287-</span>de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de
+meubles tournez et non tournez<a id="FNanchor_1043" href="#Footnote_1043" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1043" href="#FNanchor_1043"><span class="label">[17]</span></a> C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine,
+que, sous Henri IV et sous Louis XIII, grâce à une
+exemption de taille et au droit de pouvoir travailler sans
+maîtrise, on avoit attirés dans ce quartier encore désert de la
+Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire de la butte Bonne-Nouvelle,
+rue Bourbon-Villeneuve — aujourd’hui d’Aboukir, — et
+rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même
+métier et le même commerce des meubles s’exercent encore.</p>
+</div>
+<p>Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent
+toutes sortes de meubles<a id="FNanchor_1044" href="#Footnote_1044" class="fnanchor">[18]</a> faits, sont pour la
+plupart sous les pilliers des Halles, rue de la
+Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente
+du Pont Marie, et<a id="FNanchor_1045" href="#Footnote_1045" class="fnanchor">[19]</a> rue Grenier sur l’eau.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1044" href="#FNanchor_1044"><span class="label">[18]</span></a> Ces « louages de meubles » aux Halles sont gaîment
+tournés en ridicule dans une pièce du Théâtre Italien, <i>Le
+grand Sophy</i>, jouée en 1689 : « <span class="sc">Grognard.</span> Je ne sais à
+quoi il tient que je ne jette tous les meubles par la fenêtre. — <span class="sc">Mezzetin</span>.
+N’allez pas faire cette sottise-là, s’il vous
+plaît, il faut que je les rende au fripier. Je ne les ai loués
+que pour deux heures. Allons, meubles, sous les piliers des
+Halles ! (<i>Tous les meubles se plient et disparoissent.</i>) »
+<i>Théâtre</i> de Ghérardi, t. II, p. 158.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1045" href="#FNanchor_1045"><span class="label">[19]</span></a> « Derrière Saint-Gervais. » Edit. précéd., p. 36.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Quenel, rue des Bourdonnois, fait
+venir des Chaises de Jonc d’Angleterre<a id="FNanchor_1046" href="#Footnote_1046" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1046" href="#FNanchor_1046"><span class="label">[20]</span></a> « Les tourneurs qui vendent des chaises garnies de
+jonc et de paille, sont pour la plupart au Marché-Neuf,
+rue Grenier-Saint-Lazare et rue Neuve-Saint-Médéric. »
+<i>Id.</i> — L’usage ne s’en répandit pas chez nous, car lorsque
+Grosley alla en Angleterre au siècle suivant, il trouva
+ce genre de chaise excellent, et nous le recommanda,
+comme si l’essai n’en avoit pas encore été fait. Il a été plus
+heureux de nos jours. <i>V.</i> le curieux livre de Grosley,
+<i>Londres</i>, édit. de 1755, t. I, p. 238.</p>
+</div>
+<p>Il y a plusieurs Argenteurs et Doreurs pour
+les meubles de fer rue Dauphine, rue de la Verrerie
+et Fauxbourg saint Antoine<a id="FNanchor_1047" href="#Footnote_1047" class="fnanchor">[21]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1047" href="#FNanchor_1047"><span class="label">[21]</span></a> L’art. est plus détaillé dans l’édit. précéd., p. 36 :
+« les argenteurs et doreurs, qui vendent des chenets,
+foyers, girandoles, vaisselles et autres ouvrages de fer et
+de leton dorez et argentez, ont leurs boutiques rue Dauphine
+et rue de la Verrerie. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p288">-288-</span>Le Sieur Baudry, Tourneur, rue du petit
+Lion, fait et vend des Mortiers et Pilons de
+Boüis pour les officiers<a id="FNanchor_1048" href="#Footnote_1048" class="fnanchor">[22]</a>, d’une propreté particulière.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1048" href="#FNanchor_1048"><span class="label">[22]</span></a> Lisez : les officines.</p>
+</div>
+<p>Pour les Tableaux et Meubles de la Chine,
+voyez l’article des Curiositez de cabinet.</p>
+
+<p>Il faut neanmoins ajouter que les Sieurs Charpentiers
+et Bourgeois, quay de l’Ecole, peignent
+et vendent les portraits de la Cour en bordures<a id="FNanchor_1049" href="#Footnote_1049" class="fnanchor">[23]</a>
+pour l’ornement des chambres et des salles.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1049" href="#FNanchor_1049"><span class="label">[23]</span></a> Nous dirions « en cadres. » Richelet dit en effet dans
+son <i>Dictionnaire</i> : « <span class="small">BORDURE</span>, bois de menuiserie pour
+mettre un portrait ou une glace de miroir. »</p>
+</div>
+<p>Pour les Lits de Camps, Tentes et Pavillons,
+voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.</p>
+
+<p>Pour le Linge, voyez l’article des Toilles et
+Dentelles de fil.</p>
+
+<p>Les Sieurs Roügeot, vieille rue du Temple,
+et Landois, rue Neuve saint Honoré, ont une
+grande habitude à bien raccommoder et remettre
+en couleur les Tapisseries de haute lisse.</p>
+
+<p>Les Tapisseries peintes sur du Bazin façon de
+haute lisse<a id="FNanchor_1050" href="#Footnote_1050" class="fnanchor">[24]</a>, se vendent dans un magasin prés
+les Quinze vingts.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1050" href="#FNanchor_1050"><span class="label">[24]</span></a> On les peignoit aussi sur du coutil. L’abbé Jaubert
+en parle dans son <i>Dictionnaire des arts et métiers</i>, t. IV,
+p. 205 : « Ces autres tapisseries, dit-il, que l’on fait de
+coutil, sur lequel, avec diverses couleurs, on imite assez
+bien les personnages et les verdures de la haute lisse. »
+Il écrivoit cela en 1773, et ajoutoit que c’était une invention
+assez nouvelle. On voit ici qu’elle datoit de quatre-vingts
+ans au moins.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p289">-289-</span>On vend des Coutils en gros au Bureau des
+Marchands Tapissiers rue saint Martin, et encore
+chez Messieurs Milon, même rue, et Prevost,
+près l’Hotel de la Monnoye.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c38">CHAIR ET POISSON.</h3>
+
+
+<p>Pour le Bureau des Marchands-Bouchers,
+voyez l’article des Bureaux publics.</p>
+
+<p>Les Boucheries de Paris qui sont ordinairement
+ouvertes sont près l’aport de Paris, place
+aux Rats<a id="FNanchor_1051" href="#Footnote_1051" class="fnanchor">[1]</a>, quartier des Quinze-vingts<a id="FNanchor_1052" href="#Footnote_1052" class="fnanchor">[2]</a>, marché
+du Temple<a id="FNanchor_1053" href="#Footnote_1053" class="fnanchor">[3]</a>, coin de S. Paul<a id="FNanchor_1054" href="#Footnote_1054" class="fnanchor">[4]</a>, porte S. Antoine<a id="FNanchor_1055" href="#Footnote_1055" class="fnanchor">[5]</a>,
+marché Neuf<a id="FNanchor_1056" href="#Footnote_1056" class="fnanchor">[6]</a>, montagne sainte Geneviève<a id="FNanchor_1057" href="#Footnote_1057" class="fnanchor">[7]</a>,
+place Maubert<a id="FNanchor_1058" href="#Footnote_1058" class="fnanchor">[8]</a>, Fontaine S. Severin,
+<span class="pagenum" id="p290">-290-</span>quartier S. Nicolas des Champs<a id="FNanchor_1059" href="#Footnote_1059" class="fnanchor">[9]</a>, rue Montmartre<a id="FNanchor_1060" href="#Footnote_1060" class="fnanchor">[10]</a>,
+rue Comtesse d’Artois, pointe saint
+Eustache ; rue de Bussy, petit Marché, Croix
+rouge<a id="FNanchor_1061" href="#Footnote_1061" class="fnanchor">[11]</a>, et ruë des Boucheries saint Germain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1051" href="#FNanchor_1051"><span class="label">[1]</span></a> Rue Saint-Jacques-la-Boucherie, près de l’impasse du
+Chat-Blanc. Sous Louis XV, cette boucherie de l’Apport-Paris
+appartenoit aux anciennes familles bouchères La
+Dehors et Saint-Yon. <i>Mercure</i>, mars 1739, p. 439.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1052" href="#FNanchor_1052"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire en face des Quinze-Vingts, de l’autre
+côté de la rue Saint-Honoré, à l’endroit où se trouvoit la
+rue Jeannisson, qui, jusqu’en 1830, s’étoit appelée pour
+cela <i>rue des Boucheries</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1053" href="#FNanchor_1053"><span class="label">[3]</span></a> Il étoit où fut construite, en 1811, la rotonde du
+Temple, pour <i>la Halle aux vieux linges</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1054" href="#FNanchor_1054"><span class="label">[4]</span></a> Dans la rue Saint-Antoine même.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1055" href="#FNanchor_1055"><span class="label">[5]</span></a> Du côté de la Bastille.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1056" href="#FNanchor_1056"><span class="label">[6]</span></a> Dans la partie qui avoisinoit le pont Saint-Michel.
+C’étoit une des plus anciennes boucheries de Paris. Il s’y
+trouvoit, au-dessus de la porte, des sculptures qu’on disoit
+de Jean Goujon. On l’abattit au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et le Marché-Neuf
+en fut de beaucoup agrandi. Suivant la légende, les
+mouches n’entroient pas dans cette boucherie, et « les
+viandes, dit M. de Paulmy, s’y conservoient par conséquent
+beaucoup plus fraîches que partout ailleurs. »
+<i>Mélanges d’une grande Bibliothèque</i>, t. XLIII, p. 263.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1057" href="#FNanchor_1057"><span class="label">[7]</span></a> Un peu au-dessus du collége de la Marche.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1058" href="#FNanchor_1058"><span class="label">[8]</span></a> Auprès de la fontaine, qu’on y avoit depuis peu
+transférée de la place de Grève.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1059" href="#FNanchor_1059"><span class="label">[9]</span></a> Dans la rue Saint-Martin même.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1060" href="#FNanchor_1060"><span class="label">[10]</span></a> Près de l’égout, c’est-à-dire à la hauteur à peu près
+du passage du Saumon.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1061" href="#FNanchor_1061"><span class="label">[11]</span></a> Vis-à-vis la rue du Cherche-Midi.</p>
+</div>
+<p>Dans toutes ces Boucheries, un Boucher seulement
+vend les jours maigres pour les malades.</p>
+
+<p>En Carême, le détail de la viande de Boucherie,
+de la Volaille et du Gibier appartient à
+l’Hotel Dieu où se tient alors la principale Boucherie<a id="FNanchor_1062" href="#Footnote_1062" class="fnanchor">[12]</a>,
+mais on ne laisse pas de vendre de la
+viande pour les malades au profit de cet Hopital
+à la Boucherie du petit Marché saint Germain,
+à celle du marché du Temple, à celle de la place
+aux Rats, et à celle de la rue saint Honoré près
+les Quinze-vingts.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1062" href="#FNanchor_1062"><span class="label">[12]</span></a> La rigueur étoit telle sous Louis XV, pour cette
+observance du maigre en carême, que Servandoni ayant
+voulu, dans la pièce de <i>Léandre et Héro</i>, jouée pendant le
+carême de 1750, au théâtre des Tuileries, mêler un sacrifice
+à son spectacle, dut obtenir de l’Hôtel-Dieu la permission
+d’acheter la génisse et le veau, qui devoient y jouer les
+rôles de victimes. <i>V.</i> à cette date, l’<i>Inventaire des archives
+de l’Hôtel-Dieu</i>, t. I. V. aussi <i>Rev. des Provinces</i>, 15 fév.
+1866, p. 351.</p>
+</div>
+<p>M. Thibert, Boucher de cet Hopital, demeure
+près l’aport de Paris<a id="FNanchor_1063" href="#Footnote_1063" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1063" href="#FNanchor_1063"><span class="label">[13]</span></a> Il étoit — nous l’avons déjà vu plus haut, note sur
+Le Coulteux — d’une des plus anciennes familles de Paris.
+Son nom, comme celui des Saint-Yon, des Legoix, etc.,
+remontoit à l’époque du règne des bouchers et de Caboche.
+Il le savoit, et, de concert avec les représentants des autres
+vieilles familles bouchères, il en usoit pour se créer un privilége
+et un monopole sur tous les étaux de la grande
+boucherie — celle de l’Apport-Paris — et sur ceux du
+cimetière Saint-Jean. (Depping, introduct. au <i>Livre des
+Métiers</i> d’Est. Boileau, p. <small>LVI</small>.) Le roi, pour en finir avec
+ce monopole de Thibert et des autres, en fit don à M<sup>me</sup> de
+Montespan et à sa sœur M<sup>me</sup> de Thiange. Ils résistèrent,
+et, en 1691, l’époque même où nous sommes, il en résulta
+un curieux procès, dont on peut lire, aux mss. de la Bibliothèque
+Nationale, les pièces et les factums dans la <i>Collection</i>
+Delamarre, n<sup>o</sup> 21, 656, fol. 1-185.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p291">-291-</span>Entre les Bouchers qui font de grosses fournitures
+à la livre pour les grands Seigneurs, sont
+à l’aport de Paris, Messieurs Boücher, Maücousin,
+Crochet et Tibert ; au cimetiere saint Jean,
+Messieurs Charles de Liziere et Aubry ; près
+saint Nicolas des Champs, M<sup>rs</sup> Laval, Triplet,
+Laurent et la veuve Hotaüt ; à la grande Boucherie
+saint Germain, M<sup>rs</sup> Madelin, Cottard,
+Valet, Bricet et Gallier ; à la rue Montmartre,
+M. Parisot ; et montagne sainte Genevieve,
+M<sup>rs</sup> Gaudron et le Lievre.</p>
+
+<p>Les Detailleurs de Tripes et de Pieds de Moutons
+qui sont dispersez dans tous les quartiers,
+les achetent en gros tous les matins près l’aport
+de Paris.</p>
+
+<p>Le Marché aux Bœufs et Moutons se tient à
+Sceau près le Bourg la Reine, les Lundis et
+Mardis ; et celui des Veaux à Paris sur le Port
+de la Greve presque tous les jours et principalement
+le Vendredi<a id="FNanchor_1064" href="#Footnote_1064" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1064" href="#FNanchor_1064"><span class="label">[14]</span></a> Lister, tout anglois qu’il fût, ne trouva pas, sauf
+sur un point, la viande de Paris mauvaise : « le mouton
+et le bœuf, dit-il, sont bons, et valent à peu près les
+nôtres, sans les surpasser toutefois. Quant au veau, il
+n’en faut pas parler : il est rouge et grossier. Je ne pense
+pas, d’ailleurs, qu’il y ait pays en Europe, où l’on réussisse
+pour cet élevage aussi bien qu’en Angleterre. »
+(<i>Voyage à Paris</i>, ch. VI.) Quoique inférieure, cette viande
+entroit pour beaucoup dans la consommation, que la lettre
+du Sicilien, déjà citée, évalue ainsi, probablement avec plus
+de fantaisie que de vérité : « On dit que l’on mange à Paris,
+chaque jour, quinze cents gros bœufs, et plus de seize mille
+moutons, veaux ou porcs. » V. plus bas, note <a href="#Footnote_1067">17</a>, sur les
+<i>offices de Vendeurs de veaux</i>.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p292">-292-</span>Le Marché de la Volaille, du Gibier<a id="FNanchor_1065" href="#Footnote_1065" class="fnanchor">[15]</a>, des
+Agneaux et des Cochons de lait se tient sur le
+quay des grands Augustins presque tous les
+jours<a id="FNanchor_1066" href="#Footnote_1066" class="fnanchor">[16]</a>, mais principalement les Mercredis et
+Samedis<a id="FNanchor_1067" href="#Footnote_1067" class="fnanchor">[17]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1065" href="#FNanchor_1065"><span class="label">[15]</span></a> La même lettre dit que la consommation du gibier
+et de la volaille étoit « prodigieuse. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1066" href="#FNanchor_1066"><span class="label">[16]</span></a> La consommation de la viande étoit telle, même à
+l’Hôtel-Dieu, qu’on y avoit dressé un tournebroche qui
+pouvoit en faire rôtir 1,200 livres à la fois. (<i>Inventaire
+des Archives hospitalières</i>, Hôtel-Dieu, p. 330.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1067" href="#FNanchor_1067"><span class="label">[17]</span></a> Il y avoit, pour ce marché, des « jurés vendeurs et
+conducteurs de volailles », dont les jetons — le Cabinet des
+médailles en possède un de 1709 — sont des plus curieux.
+Ils représentent, au revers, Adam et Eve entourés des animaux
+de la création, et on y lit cette devise : <i lang="la" xml:lang="la">Proderit
+his pecus et volucer</i>, le troupeau et l’oiseau viendront à
+eux. — En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs
+de veaux et volailles, qui produisirent, avec ce que rapporta
+en même temps « le traité des eaux et fontaines », 4,536,400
+liv. (Forbonnais, <i>Essai sur les Finances</i>, année 1694.)</p>
+</div>
+<p>Les Rotisseurs fameux pour les grandes fournitures,
+sont les Sieurs Guerbois près la Boucherie
+saint Honoré<a id="FNanchor_1068" href="#Footnote_1068" class="fnanchor">[18]</a>, et Meüsnier rue du Temple,
+<span class="pagenum" id="p293">-293-</span>qui entreprend d’ailleurs les plus grandes Nopces
+et Festins avec beaucoup de réputation.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1068" href="#FNanchor_1068"><span class="label">[18]</span></a> C’étoit, en effet, un des plus renommés de Paris pour
+les bons repas. Il étoit du meilleur ton d’aller, comme on
+disoit, dîner chez La Guerbois, car c’est la femme qui
+étoit en réputation plus encore que le mari. <i>V.</i> ce que
+nous avons dit de ce cabaret dans notre <i>Histoire de la
+Butte Saint-Roch</i>, p. 126-128. Le nom de Guerbois, qui se
+trouve comme enseigne sur la boutique de quelques pâtissiers-traiteurs :
+rue Croix-des-Petits-Champs, rue des
+Saints-Pères, etc., est un dernier débris de cette renommée
+culinaire.</p>
+</div>
+<p>Entre les Charcutiers renommez, sont les
+Sieurs du Cerceaü rue de l’Arbre sec, pour les
+Jambons façon de Mayence ; Robinot montagne
+sainte Genevieve<a id="FNanchor_1069" href="#Footnote_1069" class="fnanchor">[19]</a> pour les Andoüilles ; et de
+Flandres ruë des Barres pour les bons cervelats.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1069" href="#FNanchor_1069"><span class="label">[19]</span></a> « Devant le portail des Carmes de la place Maubert. »
+Edit. 1691, p. 27. Il y est, comme ici, nommé pour la
+façon des « bonnes andouilles. » Après lui vient, pour la
+même renommée, « la veuve Maheult, rue Montmartre. »</p>
+</div>
+<p>La foire du Lard et des Jambons se tient le
+Mercredi Saint ruë et parvis Notre Dame<a id="FNanchor_1070" href="#Footnote_1070" class="fnanchor">[20]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1070" href="#FNanchor_1070"><span class="label">[20]</span></a> Il est parlé ainsi de cette foire du Parvis dans une
+mazarinade, <i>Suite de la révélation</i>, ou <i>le second oracle
+rendu par le Jeûneur du Parvis Nostre-Dame</i>, 1649, in-4<sup>o</sup>
+p. 3 :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Dans ce Parvis, où l’on contemple</div>
+<div class="verse">La face d’un superbe temple,</div>
+<div class="verse">Jambons croissent de tous côtés,</div>
+<div class="verse">Ainsi que s’ils étoient plantés.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Le Jeûneur de la mazarinade étoit une statue que l’on
+croyoit antique, et qui se trouvoit entre la fontaine du
+Parvis et la porte de l’Hôtel-Dieu. On l’appeloit ainsi parce
+qu’elle étoit seule à ne pas prendre sa part des monceaux
+de victuailles de la foire « au Lard et aux Jambons » du
+Parvis. « Oyez », dit une autre mazarinade :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Oyez la voix d’un sermonneur,</div>
+<div class="verse">Vulgairement nommé Jeûneur,</div>
+<div class="verse">Pour s’estre vu, selon l’histoire</div>
+<div class="verse">Mille ans sans manger et sans boire.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>M. Fagnaült Ecuyer de cuisine<a id="FNanchor_1071" href="#Footnote_1071" class="fnanchor">[21]</a> de Monseigneur
+<span class="pagenum" id="p294">-294-</span>le Prince, fait de très excellentes andoüilles
+qu’il vend à des personnes de connoissance.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1071" href="#FNanchor_1071"><span class="label">[21]</span></a> C’étoit le nom que prenoient la plupart des gens de
+cuisine dans les maisons princières. Chez le Roi, où le
+principal s’appeloit « Ecuyer-bouche », il y avoit, rien
+que pour le cuisinier-commun ou du grand commun :
+douze écuyers, plus huit maîtres queux, et douze enfants
+de cuisine ou <i>galopins</i>.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Olivet près la porte de Richelieu,
+fait un commerce particulier de Boudin blanc
+et de pieds à la sainte Menehoult.</p>
+
+<p>Le Sieur Boursin Traiteur près la place des
+Victoires, est renommé pour le Boudin blanc<a id="FNanchor_1072" href="#Footnote_1072" class="fnanchor">[22]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1072" href="#FNanchor_1072"><span class="label">[22]</span></a> Au chapitre XXXIX, p. 59, de l’édition de 1691, il
+est aussi mentionné. On y trouve, de plus, l’indication de
+son enseigne : « Au Mont Sainte-Catherine », ce qui prouveroit
+qu’il étoit de Rouen. — Les boudins blancs commençoient
+d’être une friandise à la mode, quoique ce ne fût
+guère que l’ancien « blanc manger » du moyen-âge, qui,
+suivant Didier Christol, dans sa traduction du <i lang="la" xml:lang="la">De obsoniis</i>
+de Platine, au chapitre <i lang="la" xml:lang="la">Jusculum album</i>, se composoit
+d’amandes et de blancs de chapons pilés avec de la mie
+de pain mollet, du sucre et du gingembre, etc.</p>
+</div>
+<p>On peut par le Messager de Blois recouvrer
+en hiver de très bonnes Andouilles et Langues
+de porc fourrées, et par celuy de Troyes des
+Langues de porc et de mouton fumées.</p>
+
+<p>On trouve des Mortadelles d’Italie et des
+Saucissons de Boulogne<a id="FNanchor_1073" href="#Footnote_1073" class="fnanchor">[23]</a>, chez le Sieur Pilet
+Epicier grossier<a id="FNanchor_1074" href="#Footnote_1074" class="fnanchor">[24]</a> rue de l’Arbre sec devant saint
+Germain l’Auxerrois.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1073" href="#FNanchor_1073"><span class="label">[23]</span></a> C’est ainsi qu’on prononçoit Bologne.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1074" href="#FNanchor_1074"><span class="label">[24]</span></a> Epicier en gros.</p>
+</div>
+<p>On en trouve aussi quelque fois tout proche
+chez les Provençaux<a id="FNanchor_1075" href="#Footnote_1075" class="fnanchor">[25]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1075" href="#FNanchor_1075"><span class="label">[25]</span></a> <i>V.</i> plus haut ce que nous avons dit sur eux et sur le
+cul-de-sac auquel ils ont laissé leur nom.</p>
+</div>
+<p>Le marché du Poisson d’eau douce pour la
+vente en gros, se tient au quartier des Halles à
+l’entrée de la rue de la Cossonnerie.</p>
+
+<p>La vente en gros du poisson de mer se fait à
+<span class="pagenum" id="p295">-295-</span>la Halle au Poisson<a id="FNanchor_1076" href="#Footnote_1076" class="fnanchor">[26]</a> par les Officiers vendeurs
+de marée<a id="FNanchor_1077" href="#Footnote_1077" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1076" href="#FNanchor_1076"><span class="label">[26]</span></a> Il arrivoit par la voie du Nord, en traversant <i>le Val-Larroneux</i>,
+qui en prit le nom de faubourg et de rue Poissonnière.
+Il étoit apporté, comme on le voit dans les
+lettres-patentes enregistrées le 12 mars 1519, « tout de
+fresche pondeure, par les voituriers et chasseurs de marée,
+à chevaux, sommes et paniers. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1077" href="#FNanchor_1077"><span class="label">[27]</span></a> Comme aujourd’hui, ils vendoient à la criée. L’exposition
+du poisson se faisoit de trois heures du matin à sept
+heures. Le revers du jeton des marchands et jurés faisoit
+allusion à ces heures matinales. On y voyoit un coq, avec
+cette devise : « <i lang="la" xml:lang="la">Vigilantibus omnia fausta</i>. »</p>
+</div>
+<p>Passé huit heures du matin on ne trouve plus
+de Poisson de mer ni d’eau douce aux Halles, si
+ce n’est de la seconde main comme dans les autres
+marchez.</p>
+
+<p>Les Marchands qui font commerce en gros de
+Morues et Harangs, sont M. Corrüe et la veuve
+de Coste rue des Prescheurs, et Mesdames Thibault,
+Levier, Estancelin et Ferrand sous les
+Pilliers des Halles<a id="FNanchor_1078" href="#Footnote_1078" class="fnanchor">[28]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1078" href="#FNanchor_1078"><span class="label">[28]</span></a> Voici les noms tout autres qu’on trouve dans l’édit.
+précédente, p. 61 : « Messieurs Gelée, rue Chanverrerie ;
+De La Marche, rue des Prêcheurs ; Iacinthe, rue Saint-Denis ;
+et Regnauld, sous les piliers des Halles. » Levier,
+nommé tout-à-l’heure, et Gelée étoient de la famille de
+Regnard, enfant des Halles, comme on sait, et de parents
+qui étoient dans ce commerce. <i>V.</i> notre <i>Notice</i> sur lui.</p>
+</div>
+<p>Il y a des bateaux et boutiques de poisson
+sur la riviere entre le Pont neuf et le Pont au
+change, où l’on vend des carpes et brochets
+en gros.</p>
+
+<p>Le Ton mariné se vend chez les Epiciers de
+la rue des Lombars et de la ruë de la Cossonnerie.</p>
+
+<p>La Gelée pour les malades se vend en tous les
+<span class="pagenum" id="p296">-296-</span>quartiers de Paris chez presque tous les Traiteurs,
+et chez quelques Apoticaires, et encore
+aux Enfans trouvez parvis Notre Dame.</p>
+
+<p>Les Hameçons qui servent pour la pêche à la
+ligne, se vendent chez les Chaisnetiers<a id="FNanchor_1079" href="#Footnote_1079" class="fnanchor">[29]</a> du quay
+de Gesvre<a id="FNanchor_1080" href="#Footnote_1080" class="fnanchor">[30]</a> et chez ceux de la rue saint Denis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1079" href="#FNanchor_1079"><span class="label">[29]</span></a> Richelet dit à ce mot dans son Dictionnaire : « Ouvrier,
+qui fait des agrafes, et de toutes sortes de petites
+chaînes, pour pendre des clefs et des trousseaux, et pour
+attacher des chiens, etc. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1080" href="#FNanchor_1080"><span class="label">[30]</span></a> « Sous la galerie de Gesvres. » Edit. 1691, p. 112.
+On appeloit ainsi les boutiques en galerie couverte que le
+marquis de Gesvres, gouverneur de Paris, avoit fait construire
+sur le quai, qui porte son nom, vers 1642.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c39">MARCHANDISES DE BEURRE<br>
+<span class="small">ŒUFS, FROMAGES ET LEGUMES.</span></h3>
+
+
+<p>Le Bureau des Marchands Fruitiers, Orangers,
+Fromagers, Beurriers, etc., est à présent
+au Cloître saint Jacques de l’Hôpital<a id="FNanchor_1081" href="#Footnote_1081" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1081" href="#FNanchor_1081"><span class="label">[1]</span></a> Rue Saint-Denis, au coin de la rue Mauconseil.</p>
+</div>
+<p>Les Jurez en Charge de cette Communauté<a id="FNanchor_1082" href="#Footnote_1082" class="fnanchor">[2]</a>,
+sont les Sieurs Ravenel l’ainé<a id="FNanchor_1083" href="#Footnote_1083" class="fnanchor">[3]</a>, ruë des Precheurs ;
+Marié, place Maubert ; Cheron et Ravenel
+le jeune, sous les piliers des Potiers
+d’étain.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1082" href="#FNanchor_1082"><span class="label">[2]</span></a> Ils n’étoient institués que depuis quelques mois. La
+déclaration royale qui les constituoit, en les réunissant à
+la communauté des fruitiers, orangers, beurriers, fromagers-coquettiers,
+est du 19 juin 1691.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1083" href="#FNanchor_1083"><span class="label">[3]</span></a> Il est appelé Pierre Ravenel dans un arrêt du 9 juin
+1694, confirmant la sentence du lieutenant de police, en
+faveur des marchands fruitiers, etc. « A l’encontre des
+nommez Val, sa femme, et autres soy-disant facteurs des
+marchands forains de beurre, œufs et fromages. »</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p297">-297-</span>Ceux d’entre les Maîtres de cette Communauté
+qui font commerce en gros, de Beurre
+frais et salé, Œufs et Fromage, sont lesdits
+Sieurs Chéron et Ravenel<a id="FNanchor_1084" href="#Footnote_1084" class="fnanchor">[4]</a> ; et encore les Sieurs
+Baron, rue de la Poissonnerie ; le Clerc l’ainé<a id="FNanchor_1085" href="#Footnote_1085" class="fnanchor">[5]</a>,
+rue de la Cossonnerie ; Maloüvrier, Roger<a id="FNanchor_1086" href="#Footnote_1086" class="fnanchor">[6]</a>, le
+Clere le jeune<a id="FNanchor_1087" href="#Footnote_1087" class="fnanchor">[7]</a>, Hüe, Guilbert, Samson ainé et
+Samson cadet sous les mêmes piliers, Bacquet
+ainé, Bacquet cadet, et Guilloü<a id="FNanchor_1088" href="#Footnote_1088" class="fnanchor">[8]</a>, rue des Precheurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1084" href="#FNanchor_1084"><span class="label">[4]</span></a> Sébastien Ravenel, d’après le même arrêt.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1085" href="#FNanchor_1085"><span class="label">[5]</span></a> Jean Leclerc.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1086" href="#FNanchor_1086"><span class="label">[6]</span></a> Nicolas Roger.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1087" href="#FNanchor_1087"><span class="label">[7]</span></a> Julien Leclerc.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1088" href="#FNanchor_1088"><span class="label">[8]</span></a> Jean-Baptiste Guillou.</p>
+</div>
+<p>Autant en font Mesdames Prignet, Bonvallet
+Alexandre et Prevost, rue des Precheurs.</p>
+
+<p>Les Sieurs Bazin frères, rue Mondetour, qui
+font aussi commerce d’œufs<a id="FNanchor_1089" href="#Footnote_1089" class="fnanchor">[9]</a>, tiennent d’ailleurs
+grand magasin de Fromage de Brie, de Beauvais,
+de Marolle, de Pont l’Evêque et autres.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1089" href="#FNanchor_1089"><span class="label">[9]</span></a> Ils se vendoient surtout au détail, ainsi que les fromages
+et le beurre, « aux environs du Pilori. » Edit. 1691,
+p. 27.</p>
+</div>
+<p>Autant en font les Sieurs du Tarre sous les
+mêmes Piliers, et Godeau<a id="FNanchor_1090" href="#Footnote_1090" class="fnanchor">[10]</a> rue des Precheurs.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1090" href="#FNanchor_1090"><span class="label">[10]</span></a> Jacques Godeau.</p>
+</div>
+<p>Sous les mêmes piliers jusqu’à neuf heures du
+matin, on trouve des païsans qui vendent en
+petits pains le beurre de Vanvre<a id="FNanchor_1091" href="#Footnote_1091" class="fnanchor">[11]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1091" href="#FNanchor_1091"><span class="label">[11]</span></a> Il étoit déjà très-célèbre, et le Roi en avoit son fournisseur
+particulier, Blaise Giu, « le seul, disoient les lettres
+du 16 mars 1668, par lesquelles lui étoit constituée sa
+charge de beurrier royal de Vanvres, le seul qui ait
+trouvé la perfection de faire du beurre de Vanvres, dans la
+bonté et excellence qu’il peut être. » Jal, <i>Dictionn. critique</i>,
+p. 214.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p298">-298-</span>Le Beurre en pots et en tinettes d’Isigny et
+autres lieux, est encore commercé par les Epiciers
+de la rue de la Cossonnerie.</p>
+
+<p>On peut recouvrer du Beurre de Bretagne de
+la Prevalaye<a id="FNanchor_1092" href="#Footnote_1092" class="fnanchor">[12]</a> par l’entremise du Messager ordinaire.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1092" href="#FNanchor_1092"><span class="label">[12]</span></a> Les beurres d’Isigny et de la Prévalaye sont, on le
+sait, toujours célèbres.</p>
+</div>
+<p>Il en vient d’Isigny aussi de très excellent en
+petits pots, en hiver seulement, qui est commercé
+principalement par lesdits Sieurs Ravenel,
+Baron, Güilloü et la veuve Prunier.</p>
+
+<p>Les Facteurs des marchandises cy-dessus qui
+vendent pour les Marchands forains<a id="FNanchor_1093" href="#Footnote_1093" class="fnanchor">[13]</a>, sont les
+Sieurs Val, Barthelemy, Ravenel et la Ramée,
+quay des Augustins, et encore lesdits Sieurs
+Baron, Ravenel le jeune, et Samson l’ainé cy
+devant nommez.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1093" href="#FNanchor_1093"><span class="label">[13]</span></a> Ce sont ces facteurs qui eurent, en 1694, un procès
+qu’ils perdirent, ainsi qu’on l’a vu plus haut, avec la communauté
+des fruitiers. Val et Baron, dont les noms suivent,
+y avoient surtout été engagés.</p>
+</div>
+<p>Les Facteurs pour la vente du Beurre de Normandie<a id="FNanchor_1094" href="#Footnote_1094" class="fnanchor">[14]</a>,
+sont les Sieurs Aüfroy, Hüe et Clicot,
+<span class="pagenum" id="p299">-299-</span>rue Betizy ; Levé, rue Tirechappe, et Prévost,
+rue de la Monnoye.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1094" href="#FNanchor_1094"><span class="label">[14]</span></a> Dans l’arrêt rendu pour le procès, dont nous venons
+de parler, sont nommés plusieurs « marchands de volaille,
+beurre et autres marchandises de la province de Normandie »,
+qui avoient pris partie pour les facteurs. Ce sont :
+Nicolas Duchemin, de Thorigny ; François Laurent, de
+Saint-Lô ; Michel Danton, marchand à Caen ; Jacques
+Manninot, Jacques Savart, Michel Laurent, de Falaise ;
+Nicolas Lemoine, Elie Poret, Antoine Guérin, Thomas
+Mane, Pierre Ponnier, Jean Benoist, Jean Martin, Henry
+Chertier, Geoffroy Germain, Pierre Du Moutier, Christophle
+Roussel, Marie Le Doux, etc.</p>
+</div>
+<p>Les Legumes se vendent en gros les matins
+jusqu’à huit heures dans la rue de la Lingerie,
+et en détail dans tous les marchez<a id="FNanchor_1095" href="#Footnote_1095" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1095" href="#FNanchor_1095"><span class="label">[15]</span></a> « Les marchandises de bouche se trouvent en gros et
+de première main, de grand matin, aux Halles, où chaque
+genre de denrées a son département. — Passé huit heures
+dans les marchez et aux Halles mesmes, on n’a presque
+plus rien que de la seconde main. — Les herbages se
+vendent rue de la Lingerie et au coin Saint-Paul, où quelques
+jardiniers du faubourg Saint-Antoine s’arrêtent le
+matin, ainsi qu’au cimetière Saint-Jean, pour ne pas aller
+jusqu’aux Halles. » Edit. 1691, p. 27.</p>
+</div>
+<p>A la decente du Pont Marie qui va au port
+saint Paul, il arrive bien souvent des Fromages
+de Brie qu’on vend en gros<a id="FNanchor_1096" href="#Footnote_1096" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1096" href="#FNanchor_1096"><span class="label">[16]</span></a> Il n’y a pas, surtout dans cette seconde édition, assez
+de détails sur les petits marchés de Paris. Liger, dans <i>le
+Voyageur fidèle</i>, p. 343-354, est plus complet. Il mentionne
+la place ou <i>petit marché au marais du Temple</i> — aujourd’hui
+marché des Enfants-Rouges, — « où l’on vend, dit-il,
+du beurre, des œufs, etc. » ; le <i>petit marché Saint-Jacques</i>,
+près de la porte du même nom, où se fait le même débit,
+mais le mercredi et le samedi seulement ; le <i>petit marché
+de la Croix-Rouge</i>, pour le lait, le fromage, le beurre, les
+légumes, et enfin — ce qui nous fournit une étymologie
+parisienne longtemps cherchée, — « la place appelée <i>la
+Pierre au Lait</i>, proche, dit-il, de l’église de Saint-Jacques-la-Boucherie.
+C’est un petit marché fort étroit,
+ajoute-t-il, où il va beaucoup de laitières. On y trouve
+aussi des œufs frais, du beurre et autres denrées de cette
+sorte. »</p>
+</div>
+<p>Pour les Fromages de Rocfort, voyez l’article
+suivant.</p>
+
+<p>Les Fromages de Lorraine arrivent au Chariot
+d’or devant l’Abbaye saint Antoine, et en quelques
+autres hotelleries du même quartier.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+<p><span class="pagenum" id="p300">-300-</span></p>
+
+<h3 id="c40">OFFICES DE FRUITERIES.</h3>
+
+
+<p>Il y a un grand nombre de Confiseurs rue des
+Lombards<a id="FNanchor_1097" href="#Footnote_1097" class="fnanchor">[1]</a>, et quelques uns ruë saint André, et
+rue saint Honoré près le Palais Royal, qui vendent
+en gros et en détail toutes sortes de confitures
+seches et liquides de Dragées, de Massepains,
+de Biscuits amers<a id="FNanchor_1098" href="#Footnote_1098" class="fnanchor">[2]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1097" href="#FNanchor_1097"><span class="label">[1]</span></a> Il en reste encore quelques-uns. La maison la plus
+célèbre par exemple, celle du <i>fidèle Berger</i>, y exista jusque
+dans ces derniers temps. Elle est déjà mentionnée par
+Roze de Chantoiseau dans son <i>Almanach général d’indication</i>
+pour 1773 : « Ravoisé, y est-il dit, rue des Lombards,
+au <i>Fidèle Berger</i>, confiseur très-renommé, etc. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1098" href="#FNanchor_1098"><span class="label">[2]</span></a> C’est-à-dire aux amandes amères, comme on le verra
+plus bas.</p>
+</div>
+<p>On peut par le Messager de Dijon recouvrer
+deux sortes de Confitures exquises et inimitables ;
+à sçavoir, des Prunes de Moyeux<a id="FNanchor_1099" href="#Footnote_1099" class="fnanchor">[3]</a> et de l’Epine
+vinette<a id="FNanchor_1100" href="#Footnote_1100" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1099" href="#FNanchor_1099"><span class="label">[3]</span></a> C’étoit une sorte de prune confite. Il en venoit encore
+beaucoup de Dijon, lorsqu’en 1741, Savary fit son
+<i>Dictionnaire du Commerce</i>. Le petit marquis, Louis-Provence
+de Grignan, se faisoit un grand régal de cette
+confiture ; aussi M<sup>me</sup> de Sévigné écrit-elle à M<sup>me</sup> de
+Grignan : « Songez à vos moyeux pour Provence. » Lettre
+du 22 sept. 1675.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1100" href="#FNanchor_1100"><span class="label">[4]</span></a> Il venoit de Dijon de l’épine-vinette en grappes
+confites et en pastilles : « J’ai cru me ressouvenir, écrit
+Voltaire à D’Argental, le 4 août 1777, qu’on faisoit autrefois
+des pastilles d’épine-vinette à Dijon, et j’en ai fait
+tenir une petite boîte à votre voisin (Thibouville). »</p>
+</div>
+<p>Il y a un Patissier, rue Bailleul près la Croix
+du Tiroir, et un autre rue saint Nicolas au Fauxbourg
+saint Antoine, qui vendent en gros et à
+juste prix aux Officiers, Aubergistes et Limonadiers,
+<span class="pagenum" id="p301">-301-</span>des biscuits, des macarons, des craquelins<a id="FNanchor_1101" href="#Footnote_1101" class="fnanchor">[5]</a>,
+etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1101" href="#FNanchor_1101"><span class="label">[5]</span></a> Le craquelin étoit un gâteau rond à rebord, fait
+seulement à la farine et au sel, et <i>croquant</i> sous la dent.
+Il se faisoit surtout, comme on le voit ici, chez les pâtissiers
+des faubourgs, où de pauvres femmes s’en fournissoient
+pour les venir revendre en ville.</p>
+</div>
+<p>On trouve des Biscuits, des Macarons, des
+Massepains, des Cornets, etc., chez tous les
+Patissiers de Paris, entre lesquels le Sieur de
+l’Etoile rue saint Antoine près les Filles sainte
+Marie, fait de très bons Biscuits d’amendes
+ameres.</p>
+
+<p>Le Sieur Billard, rue Montorgueil, est renommé
+pour les Biscuits façon de Blois<a id="FNanchor_1102" href="#Footnote_1102" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1102" href="#FNanchor_1102"><span class="label">[6]</span></a> Savary, dans son <i>Dictionn. du Commerce</i>, 1741, in-fol.,
+t. I, col. 965, dit encore : « le commerce des biscuits de
+Blois est très-considérable ; il s’en fait une assez grande
+consommation à Paris. »</p>
+</div>
+<p>Les fruits en gros se vendent le matin à la
+Halle aux bleds depuis trois ou quatre heures
+jusqu’à huit.</p>
+
+<p>Sur la Greve de l’Arsenal, vis à vis l’Isle
+Louvier, il arrive tout l’Eté et tous les jours aux
+mêmes heures, des batteaux de Fruits nouveaux
+venant de saint Seine et Route<a id="FNanchor_1103" href="#Footnote_1103" class="fnanchor">[7]</a>, qui sont vendus
+en gros par paniers aux Fruitieres qui font
+le détail.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1103" href="#FNanchor_1103"><span class="label">[7]</span></a> C’est-à-dire de tous les pays riverains du fleuve, depuis
+Saint-Seine où en est la source.</p>
+</div>
+<p>Il arrive aussi frequemment des batteaux de
+pommes et poires venant de Normandie sur le
+quay de l’Ecole.</p>
+
+<p>Les Vins Muscats et de Canaries se vendent
+en detail aux environs de la Croix du Tiroir<a id="FNanchor_1104" href="#Footnote_1104" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1104" href="#FNanchor_1104"><span class="label">[8]</span></a> Il y avoit là, depuis le règne de Louis XIII, des
+sortes de cabarets en sous-sol, où l’on ne buvoit pas
+d’autres vins. « Un jour, dit Tallemant, que notre Orphée — c’est
+le musicien Lambert — s’estoit laissé entraîner
+dans une de ces caves de vin muscat à la Croix du Trahoir,
+il en sortit la tête en compotes, etc. » (<i>Historiettes</i>, édit.
+P. Paris, t. VI, p. 199.) — Elles se trouvoient, rue Saint-Honoré,
+un peu plus haut que la rue de l’Arbre-Sec, au coin
+de laquelle se voyoit, comme on sait, la Croix du Trahoir.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p302">-302-</span>Les Provençaux qui logent au cul de sac saint
+Germain l’Auxerrois, vendent en gros des Fromages
+de Rocfort, des Olives, des Anchois, du
+Vin de saint Laurent, des Figues, des Raisins,
+des Brugnons, des Amandes et autres fruits secs
+de Provence.</p>
+
+<p>Autant en font les Epiciers de la rue de la
+Cossonnerie, qui vendent d’ailleurs des Capres
+fines, des Oranges et des Citrons de Provence,
+de la Chine<a id="FNanchor_1105" href="#Footnote_1105" class="fnanchor">[9]</a> et de Portugal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1105" href="#FNanchor_1105"><span class="label">[9]</span></a> Ces petites oranges, que nous appelons aujourd’hui des
+mandarines, étoient alors fort recherchées. Il n’y avoit qu’un
+demi-siècle que la culture en avoit commencé en Portugal,
+d’où elles nous venoient. C’est à cause de leur prix que,
+dans <i>l’Avare</i>, voulant mettre hors de lui son père Harpagon,
+Cléante lui propose pour sa collation des plateaux
+entiers d’oranges de la Chine. Tout ce genre de fruits
+étoit, du reste, à la mode, parce qu’il n’étoit pas à la
+portée de tout le monde : « les oranges et les citrons, dit
+<i>la lettre italienne</i> déjà citée, tiennent le premier rang
+entre les choses qui se vendent cher, parce qu’elles viennent
+d’Italie et de Portugal, et ils sont plus estimez que
+les autres fruits : telle est l’inclination de l’homme, qui
+ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup. »</p>
+</div>
+<p>Messieurs Lion, rue de Truanderie<a id="FNanchor_1106" href="#Footnote_1106" class="fnanchor">[10]</a>, et Jourdan,
+ruë S. Denis, au cheval blanc<a id="FNanchor_1107" href="#Footnote_1107" class="fnanchor">[11]</a>, tiennent
+aussi magasin de fruits de Provence<a id="FNanchor_1108" href="#Footnote_1108" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1106" href="#FNanchor_1106"><span class="label">[10]</span></a> Son adresse, dans l’édit. précéd., est « rue Jean de
+l’Epine, à l’enseigne de la ville de Tours. » Cette rue étoit
+près de celle de la Truanderie.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1107" href="#FNanchor_1107"><span class="label">[11]</span></a> <i>V.</i> son art. plus bas, au chap. Epiceries.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1108" href="#FNanchor_1108"><span class="label">[12]</span></a> « On vend des Truffles, rue Serpente, au Messager
+de Toulouse. » Edit. 1691, p. 111.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p303">-303-</span>Le Sieur Chaillou, rue de l’Arbre sec ; de
+Rere, rue Dauphine, et Regnault au Jeu de
+Metz, sont renommez pour le bon Chocolat et
+pour le Caffé en graine et en poudre.</p>
+
+<p>On vend un Traité curieux du Thé, du Caffé
+et du Chocolat, chez la veuve Nion, quay de
+Nesle<a id="FNanchor_1109" href="#Footnote_1109" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1109" href="#FNanchor_1109"><span class="label">[13]</span></a> C’est le traité cité plus haut à l’art. Librairie. Il est
+de Blégny, lui-même, qui ne manque jamais l’occasion de
+rappeler ce qu’il a fait.</p>
+</div>
+<p>Les Sieurs Huré, place Dauphine<a id="FNanchor_1110" href="#Footnote_1110" class="fnanchor">[14]</a>, et Letgüyüe,
+rue Dauphine, sont renommez pour les
+bons melons.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1110" href="#FNanchor_1110"><span class="label">[14]</span></a> Son article est plus curieux dans l’édit. précéd., p. 29 :
+« le sieur Huré, marchand de melons, à qui l’on peut avoir
+toute confiance en payant un bon melon ce qu’il vaut, a
+tous les ans sa boutique à l’entrée de la place Dauphine. »</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Luquet, rue saint Denis, devant la
+rue du petit Lion, fait et vend des carafons de
+liege fort legers et fort propres pour rafraichir
+les liqueurs à la glace<a id="FNanchor_1111" href="#Footnote_1111" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1111" href="#FNanchor_1111"><span class="label">[15]</span></a> On appeloit alors carafons les seaux qu’on remplissoit
+de glace pour y faire rafraîchir le vin en bouteilles. Il avoit
+été fort ingénieux d’y appliquer le liége à cause de sa porosité.
+C’étoit, avec une tout autre matière, le système des
+alcarazas espagnols, où cette porosité entretient la fraîcheur
+par l’évaporation. La glace, dans ces seaux de liége, qui,
+d’ailleurs, sont encore d’usage, se conserve plus longtemps
+que dans les autres.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Joubert, qui demeure au quartier
+de la Croix du Tiroir, rue des vieilles Etuves, à
+l’enseigne du Soulier d’or, vend des Olives et
+des Anchois<a id="FNanchor_1112" href="#Footnote_1112" class="fnanchor">[16]</a> à juste prix pour les Cabaretiers et
+Aubergistes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1112" href="#FNanchor_1112"><span class="label">[16]</span></a> On s’en fournissoit depuis longtemps à Nice, Cannes,
+Antibes, etc. Olivier de Serres, <i>Théât. d’agricult.</i>, 1605,
+in-4<sup>o</sup>, p. 660, parle de « barrils d’anchoies (<i lang="la" xml:lang="la">sic</i>) » qui en
+venoient.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p304">-304-</span>Il y a un magasin de Pistaches<a id="FNanchor_1113" href="#Footnote_1113" class="fnanchor">[17]</a>, rue Bourlabé,
+chez Madame Nave.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1113" href="#FNanchor_1113"><span class="label">[17]</span></a> Les pistaches du Levant étaient en vogue depuis le
+<small>XVI</small><sup>e</sup> siècle. <i>V.</i> A. Paré, Liv. XVIII, ch. 43. On en faisait
+d’excellentes dragées.</p>
+</div>
+<p>Pour le sucre et autres denrées domestique,
+voyez ci-après l’article d’Epiceries et denrées
+domestiques.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c41">PANNETERIE ET PATISSERIE.</h3>
+
+
+<p>Entre les Patissiers renommez pour la patisserie,
+sont les Sieurs le Coq, rue de l’Université,
+quartier saint Germain<a id="FNanchor_1114" href="#Footnote_1114" class="fnanchor">[1]</a> ; le Hongre, rue saint
+<span class="pagenum" id="p305">-305-</span>Antoine, près les Jesuites ; Mignot, rue de la
+Harpe<a id="FNanchor_1115" href="#Footnote_1115" class="fnanchor">[2]</a> ; Berthelot, rue saint Louis du Palais ;
+Luce, près les Basions Royaux<a id="FNanchor_1116" href="#Footnote_1116" class="fnanchor">[3]</a> ; Sonnet, près
+saint Roch ; Bouliet, rue des Déchargeurs ;
+Gravier, à l’entrée de la rue saint Antoine ; la
+veuve Langlois, à la Bazoche, rue saint André<a id="FNanchor_1117" href="#Footnote_1117" class="fnanchor">[4]</a>,
+<span class="pagenum" id="p306">-306-</span>et pour ce qui regarde les Biscuits, Macarons,
+Craquelins, Massepains, Cornets, voyez l’article
+precedent.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1114" href="#FNanchor_1114"><span class="label">[1]</span></a> Dans la 1<sup>re</sup> édit., il est donné, p. 27, comme ayant
+« une grande réputation pour toutes sortes de patisseries. »
+Puis on lit à la suite : « Ainsi en est-il du sieur Flechmer,
+rue Saint-Antoine, au coin Saint-Paul, celuy-ci fait un grand
+débit de fines brioches que les dames prennent chez luy en
+allant au Cours de Vincennes. » — Les marguilliers de
+Saint-Paul, avec lesquels, en bon voisin, il s’entendoit, lui
+faisoient commander tous les pains bénits de la paroisse.
+Ils en avoient une part du profit, ou tout au moins une
+<i>paraguante</i>, comme on appeloit alors le pourboire. Marigny,
+après leur avoir dit, dans son poëme du <i>Pain Bénit</i>, qui
+parut en 1673, tout ce qu’il y avoit de scandaleux dans
+leurs exigences pour que le gâteau fût bien large, bien
+épais, « bien étoffé », ajoute :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Encor ne pouvez-vous souffrir</div>
+<div class="verse">Que le pain que l’on doit offrir</div>
+<div class="verse">S’achète ailleurs qu’en la boutique</div>
+<div class="verse">De Fléchemer, qui pour l’argent,</div>
+<div class="verse">Afin d’avoir votre pratique,</div>
+<div class="verse">Se qualifie effrontément</div>
+<div class="verse">De patissier de la fabrique.</div>
+<div class="verse">Que son pain soit grand ou petit,</div>
+<div class="verse">Il est selon votre appétit.</div>
+<div class="verse">S’il vous donne une <i>paraguante</i>,</div>
+<div class="verse">Et s’il fait bien boire Regnault,</div>
+<div class="verse">Votre fabrique est fort contente :</div>
+<div class="verse">L’offrande est faite comme il faut.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1115" href="#FNanchor_1115"><span class="label">[2]</span></a> « Le sieur Mignot, rue de la Harpe, n’a pas seulement
+beaucoup de réputation pour la patisserie, mais encore
+pour toutes espèces de ragoûts, étant patissier traiteur. »
+Edit. de 1691, p. 28. — Voilà qui le venge de Boileau.
+C’est, en effet, le Mignot de la <i>Satire du Repas</i>, où il est
+donné, il vous en souvient, pour « l’empoisonneur » qui
+sait le mieux son métier. De notre temps, il eût fait au
+satirique un procès en diffamation. Il s’y prit, pour sa
+revanche, comme on s’y prenoit du sien. Il rendit satire
+pour satire. Cotin venoit d’en faire une contre Boileau, dont
+il vouloit aussi se venger. Ils s’entendirent ensemble, et,
+pendant plusieurs semaines, il ne sortit pas un gâteau de
+chez Mignot qui ne fût enveloppé du papier satirique de
+Cotin. Sa boutique, du reste, ne prospéra que mieux du
+mal qu’on en avoit dit : « Ce matin, dit Brossette, à la
+date du 22 oct. 1702, dans ses <i>Mémoires</i> sur Boileau, en
+passant dans la rue de la Harpe, l’on m’a montré la maison
+où Mignot, patissier et traiteur, tenoit autrefois sa boutique.
+C’est vis à vis la rue Percée. Un nommé Couterot tient la
+même boutique de patissier. Mignot a quitté sa profession
+en 1700, et il vit de son bien. » Il avoit eu surtout une
+grande réputation pour les biscuits (Vigneul-Marville, <i>Mélanges</i>,
+t. III, p. 291).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1116" href="#FNanchor_1116"><span class="label">[3]</span></a> Cabaret de la rue Saint-Honoré, dont il sera dit un
+mot plus loin.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1117" href="#FNanchor_1117"><span class="label">[4]</span></a> On y mettoit fort bien les levrauts en pâtés, si l’on en
+croit le procureur de la 3<sup>e</sup> <i>Satire</i> de Furetière. On m’a
+fait, dit-il,</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">On m’a fait un présent d’un levreau d’importance,</div>
+<div class="verse">Que j’aurois plus gardé, n’étoit cette occurence ;</div>
+<div class="verse">Si je le mangeois seul j’aurois quelque remords ;</div>
+<div class="verse">J’ai dit qu’on luy fît faire un brillant juste au corps</div>
+<div class="verse">Et l’ai fait envoyer exprès <i>à la Bazoche</i>.</div>
+<div class="verse">Il fait plus de profit en pâte qu’à la broche.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>M. Prevost, Boulanger de Monsieur et de
+Madame<a id="FNanchor_1118" href="#Footnote_1118" class="fnanchor">[5]</a>, demeure près le Palais Royal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1118" href="#FNanchor_1118"><span class="label">[5]</span></a> Dans l’<i>Etat de France</i> pour 1692, p. 774, c’est Jacques
+Converset qui est indiqué comme boulanger de la maison
+de Madame. Pour celle de Monsieur, p. 736, l’indication
+manque.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Verité, Boulanger, près la Magdelaine<a id="FNanchor_1119" href="#Footnote_1119" class="fnanchor">[6]</a>,
+fournit Nosseigneurs du Parlement, et
+est fort renommé pour le Pain de Seigle et pour
+le Pain au lait<a id="FNanchor_1120" href="#Footnote_1120" class="fnanchor">[7]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1119" href="#FNanchor_1119"><span class="label">[6]</span></a> En la Cité.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1120" href="#FNanchor_1120"><span class="label">[7]</span></a> Ces « pains au lait » étoient spéciaux aux boulangeries
+dites « de petits pains », et ils y avoient des noms
+particuliers suivant leurs formes. On les appeloit <i>pains à la
+mode</i>, <i>pains de Ségovie</i>, et encore <i>pains à la Montauron</i>,
+mais ce nom avoit à peu près passé pour faire place à un
+autre, comme on le verra plus loin. Fagon avoit défendu
+au Roi l’usage de ces pains au lait. (<i>Journal de la Santé</i>,
+p. 211, 223.)</p>
+</div>
+<p>Il y a plusieurs autres Boulangers renommez
+pour diverses sortes de Pains, par exemple, les
+Sieurs Dantan, près les Jacobins, pour le petit
+pain ; de Lorme, rue aux Ours ; et le Comte, au
+cimetiere saint Jean, pour le pain molet<a id="FNanchor_1121" href="#Footnote_1121" class="fnanchor">[8]</a> ; des
+<span class="pagenum" id="p307">-307-</span>Monceaux, rue de Tournon, et le Comte, rue
+Galande, près la place Maubert, pour différentes
+sortes de Pains<a id="FNanchor_1122" href="#Footnote_1122" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1121" href="#FNanchor_1121"><span class="label">[8]</span></a> On l’avoit aussi appelé <i>pain à la Reine</i>. Comme il y
+falloit plus de levure qu’aux autres et qu’il n’étoit pas
+ainsi réglé selon les lois de la médecine, la Police ne
+l’avoit d’abord que toléré (O. de Serres, p. 822). En 1688,
+il faillit être tout à fait défendu à la suite d’un procès
+entre les Boulangers et les Cabaretiers, dont nous avons
+ailleurs donné longuement le détail. <i>V. Le Roman de Molière</i>,
+p. 191-227.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1122" href="#FNanchor_1122"><span class="label">[9]</span></a> Presque tous étoient fort grands, comme notre <i>pain
+Jocko</i>, dont le nom est une altération de celui du <i>pain Coco</i>
+du Languedoc. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre,
+s’étonne de ces pains énormes, et il en parle avec une
+exagération amusante : « le pain est bon, il est blanc, bien
+fait, dit-il, et un seul pain est quelque fois si grand qu’il
+suffit pour rassasier une semaine entière pendant plusieurs
+jours ; ce qui a fait dire à un plaisant que si cette manière
+de faire de grands pains eût été dans la Judée au temps du
+Messie, les cinq mille Juifs qui furent rassasiés se seroient
+plutôt étonnés du four que du miracle. » — Le plus grand
+étoit le <i>grand pain bourgeois</i>, dont Jean Alassin avoit
+obtenu le privilège en juin 1649, et qui avoit fini par être
+accepté, malgré l’opposition des boulangers et surtout des
+meuniers. C’étoit un pain bis-blanc, qui se distribuoit au
+poids en échange du blé (<i>Bibliog. des Mazarinades</i>, t. I,
+p. 411-412). Une brochure in-4<sup>o</sup> de 7 pages et rarissime
+contient sur cette spéculation de boulangerie populaire des
+données curieuses : <i>Tarif des droits que l’entrepreneur du
+Magasin de grand pain Bourgeois, estably dans la rue des
+Rosiers au petit hôtel d’O, a costé de la vieille rue du
+Temple, prend tant pour le déchet ordinaire de la farine au
+moulin ou ailleurs que pour les frais dudit moulin et de la
+fabrique ou du cuisson <span class="rm">(sic)</span> du pain.</i></p>
+</div>
+<p>La veuve Ronay, rue saint Victor, fait un
+pain de table excellent de toutes farines, qu’on
+nomme Pains à la Joyeuse<a id="FNanchor_1123" href="#Footnote_1123" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1123" href="#FNanchor_1123"><span class="label">[10]</span></a> C’est un souvenir du règne de Henri III, où, après les
+noces du duc de Joyeuse avec la sœur de la Reine, tout
+fut « à la Joyeuse » dans Paris, même le pain.</p>
+</div>
+<p>Il y a dans la Cour des Quinze-Vingts plusieurs
+Boulangers qui font un Pain de menage<a id="FNanchor_1124" href="#Footnote_1124" class="fnanchor">[11]</a>
+de toutes farines qui est trouvé d’un bon goût.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1124" href="#FNanchor_1124"><span class="label">[11]</span></a> Cette expression « pain de ménage » est déjà dans
+le <i>Théatre d’agricult.</i> d’O. de Serres, 1605, in-4<sup>o</sup>, p. 824.</p>
+</div>
+<p>Le Boulanger qui fabrique le petit pain de
+<span class="pagenum" id="p308">-308-</span>mouton pour les enfans<a id="FNanchor_1125" href="#Footnote_1125" class="fnanchor">[12]</a>, demeure rue de Seine,
+quartier saint Germain<a id="FNanchor_1126" href="#Footnote_1126" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1125" href="#FNanchor_1125"><span class="label">[12]</span></a> Le <i>pain-mouton</i> étoit une sorte de petit pain saupoudré
+de grains de blés que les valets étoient chargés de
+donner aux enfants pauvres, quand venoient les étrennes.
+Il différoit beaucoup — sauf par le nom — du <i>pain de
+mouton</i>, qui se faisoit avec du beurre, du fromage, et de
+la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet, qu’un
+écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants « un peu devant
+et un peu après le jour de l’an. » L’abbé de Marolles
+a parlé dans les notes de sa traduction d’<i>Athénée</i>, 1680,
+in-4<sup>o</sup> p. <small>XXXIX</small>, où certes l’on ne l’attendoit guère, d’une
+femme qui fut célèbre en son temps, par le débit qu’elle
+faisoit de ces petits pains, en criant par les rues : « à mes
+petits pains de mouton, Mesdames ! »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1126" href="#FNanchor_1126"><span class="label">[13]</span></a> Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est « rue des
+Mauvais Garçons », celle du faubourg Saint-Germain, sans
+doute, près de la rue de Seine.</p>
+</div>
+<p>Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé
+pour le pain Paget<a id="FNanchor_1127" href="#Footnote_1127" class="fnanchor">[14]</a> et pour une sorte
+de pain façon de Gonesse<a id="FNanchor_1128" href="#Footnote_1128" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1127" href="#FNanchor_1127"><span class="label">[14]</span></a> C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec
+un nom plus nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques
+Paget Du Plessis, d’abord maître des requêtes, puis intendant
+des finances, avoit fait fortune en s’arrangeant avec les
+partisans, lorsque Moutauron, un de ceux-ci, avoit sombré
+après quelques années de la plus grande magnificence, qui
+lui valut, comme on sait, la dédicace de <i>Cinna</i>. Tout étant
+de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain
+Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de
+Moutauron.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1128" href="#FNanchor_1128"><span class="label">[15]</span></a> On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on,
+ses qualités à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à
+Paris, dont il formoit en grande partie l’approvisionnement.
+L’arrivage s’en faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa
+halle particulière : « On ne prendra pas Paris, disoit Condé,
+suivant le cardinal de Retz, par des mines, comme Dunkerque,
+et par des attaques, mais si le pain de Gonesse
+lui manquoit huit jours. » Lister le trouva excellent et bien
+supérieur à celui de Paris. « Il est extrêmement blanc,
+dit-il (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est
+ordinairement en pain de trois livres. » Le prix de trois
+deniers anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à
+trente-et-un centimes d’à présent.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p309">-309-</span>Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé
+pour le pain biscuit qu’on mange avec
+les liqueurs.</p>
+
+<p>Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et
+Adam, rue saint Denis, au Roy François<a id="FNanchor_1129" href="#Footnote_1129" class="fnanchor">[16]</a>,
+fabriquent des Fours pour le public.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1129" href="#FNanchor_1129"><span class="label">[16]</span></a> C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des
+Miracles, qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et
+qui devoit son nom à cette enseigne.</p>
+</div>
+<p>Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux<a id="FNanchor_1130" href="#Footnote_1130" class="fnanchor">[17]</a> et
+porte S. Denis.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1130" href="#FNanchor_1130"><span class="label">[17]</span></a> On les appeloit aussi « patissiers de pain d’épice. »
+Ils étoient peu nombreux à Paris, à cause de la concurrence
+de ceux de Reims.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c42">MARCHANDISE DE VINS<br>
+<span class="small">ET D’APRESTS.</span></h3>
+
+
+<p>La Halle aux Vins<a id="FNanchor_1131" href="#Footnote_1131" class="fnanchor">[1]</a> est à la porte saint Bernard,
+où il y a des Bureaux pour les droits du
+Roy<a id="FNanchor_1132" href="#Footnote_1132" class="fnanchor">[2]</a>. On y trouve de bon et franc vin de
+Bourgogne chez le Sieur Compagnot.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1131" href="#FNanchor_1131"><span class="label">[1]</span></a> Elle avoit été établie en 1662.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1132" href="#FNanchor_1132"><span class="label">[2]</span></a> La porte Saint-Bernard, qui avoit la forme d’un arc
+de triomphe, datoit de 1674. Elle se trouvoit sur le quai
+de la Tournelle, un peu au-dessus du pont. On la démolit
+au commencement de la Révolution. Sous l’Empire, la Halle
+aux vins, sa voisine, fut reportée plus haut, sur la plus
+grande partie de l’enclos de l’abbaye Saint-Victor, qu’elle
+occupe toujours. Les travaux d’installation commencèrent
+en 1811.</p>
+</div>
+<p>Le Bureau des Maîtres et Gardes de la marchandise
+<span class="pagenum" id="p310">-310-</span>de vin<a id="FNanchor_1133" href="#Footnote_1133" class="fnanchor">[3]</a>, est rue Grenier, sur l’eau,
+derriere saint Gervais.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1133" href="#FNanchor_1133"><span class="label">[3]</span></a> Ils jouissoient des mêmes priviléges que ceux des six
+corps marchands, et ils pouvoient, comme eux, devenir
+échevins ou consuls. Ils avoient pour armoiries, depuis
+1629, un navire d’argent à bannière de France, flottant
+avec six nefs autour, et une grappe de raisin en chef sur
+champ d’azur.</p>
+</div>
+<p>Tout proche rue des Barres, M. Milon fait
+commerce en gros de Vins de Champagne<a id="FNanchor_1134" href="#Footnote_1134" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1134" href="#FNanchor_1134"><span class="label">[4]</span></a> La mode n’en faisoit que commencer, et le plus souvent
+on ne l’appeloit que <i>Vin de Sillery</i> ou <i>Vin de la
+Maréchale</i>, à cause de la maréchale d’Estrées, à qui appartenoit
+le vignoble de Sillery, par lequel avoit préludé cette
+première vogue. Le Roi y contribua. Le vin de Champagne
+fut longtemps sa seule boisson. (<i>Journal de la Santé</i>, p. 211
+et 350.)</p>
+</div>
+<p>Du nombre des douze Marchands de Vins du
+Roy<a id="FNanchor_1135" href="#Footnote_1135" class="fnanchor">[5]</a>, qui font les grandes fournitures en pieces
+et en bouteilles, pour la Cour, pour l’armée et
+pour le public, sont Messieurs Cresnay rue
+Notre Dame<a id="FNanchor_1136" href="#Footnote_1136" class="fnanchor">[6]</a>, de Bray rue de la Huaumerie,
+<span class="pagenum" id="p311">-311-</span>Bourdois au bout du Pont saint Michel, Petit
+rue des Petits Champs, Bourdois près l’aport de
+Paris, Morisson<a id="FNanchor_1137" href="#Footnote_1137" class="fnanchor">[7]</a> rue de la Huchette, Darboullin
+rue Coquilliere<a id="FNanchor_1138" href="#Footnote_1138" class="fnanchor">[8]</a>, Tardiveau Fauxbourg saint
+Marcel, Hardon<a id="FNanchor_1139" href="#Footnote_1139" class="fnanchor">[9]</a> rue Beaubourg, Triboulleau
+rue de la Mortellerie<a id="FNanchor_1140" href="#Footnote_1140" class="fnanchor">[10]</a>, Alexandre rue des
+Assis, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1135" href="#FNanchor_1135"><span class="label">[5]</span></a> Ils étoient, suivant l’<i>Etat de France</i>, p. 628, les premiers
+privilégiés suivant la Cour. On les appeloit « la Cave
+des Douze. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1136" href="#FNanchor_1136"><span class="label">[6]</span></a> Son enseigne étoit « à la Pomme de pin », et c’est par
+conséquent son cabaret que doit désigner ainsi l’édit. précédente,
+p. 28 : « la Pomme de pin, derrière la Magdelaine. »
+Un autre, portant la même enseigne, indiqué aussi dans cette
+première édition, se trouvoit rue d’Orléans. — On sait que
+Crenet est, comme Mignot, assez maltraité dans <i>la Satire du
+Repas</i>, pour les mélanges « d’auvernat et de lignage » qu’il
+vendoit, dit Boileau, « pour vin de l’Ermitage. » Le reproche
+étoit, paroît-il, assez juste, d’après une anecdote
+que raconte Brossette ; aussi Crenet ne réclama-t-il pas.
+Dancourt l’a mieux traité dans l’<i>Eté des Coquettes</i>, joué en
+1690. On y chante à la fin :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Sans cadeaux et sans promenades</div>
+<div class="verse">L’Amour les tient peu sous ses lois,</div>
+<div class="verse">Et sans Crenet et la Guerbois</div>
+<div class="verse">L’Amour n’a que des plaisirs fades.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1137" href="#FNanchor_1137"><span class="label">[7]</span></a> Edme Maurisson, d’après l’<i>Etat de France</i>, p. 628.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1138" href="#FNanchor_1138"><span class="label">[8]</span></a> Dancourt, à la scène IV des <i>Agioteurs</i>, joués en 1710,
+parle de sa veuve, qui lui avoit alors succédé : « <span class="sc">Suzon</span>…
+Vous irez de là chez Madame Darboulin, rue Coquillière,
+dire qu’on porte au même endroit, dès ce matin, les douze
+douzaines de bouteilles de vin de Bourgogne, et la douzaine
+de Champagne que je payai hier. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1139" href="#FNanchor_1139"><span class="label">[9]</span></a> Hugues Hardoin, et non Hardon.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1140" href="#FNanchor_1140"><span class="label">[10]</span></a> Il étoit le plus en vogue à la fin du siècle. Suivant le
+<i>Théophraste moderne</i>, p. 422, on ne trouvoit bons que les
+vins qu’il vendoit.</p>
+</div>
+<p>Et du Nombre des vingt cinq<a id="FNanchor_1141" href="#Footnote_1141" class="fnanchor">[11]</a> sont M<sup>rs</sup> Groü
+Doyen, Avrillon près le Puits Certain, Coquart
+rue du Temple, Charles rue de la Huchette, Baron
+rue du Paon, Rousseau rue d’Avignon<a id="FNanchor_1142" href="#Footnote_1142" class="fnanchor">[12]</a>,
+<span class="pagenum" id="p312">-312-</span>Sellier montagne sainte Genevieve, Paris près la
+Grève, Moricault l’ainé place Maubert, Roussillard
+près le Pont Marie, Riberolle Isle Notre
+Dame, Moricault le jeune rue des Boucheries
+saint Germain, Forel joignant la Comedie Françoise<a id="FNanchor_1143" href="#Footnote_1143" class="fnanchor">[13]</a>,
+Baron et Guibault au cimetiere saint
+Jean<a id="FNanchor_1144" href="#Footnote_1144" class="fnanchor">[14]</a>, Gaudin près le Pont Notre Dame, True
+rue Galande, la Nopce près le Palais, Courtois,
+rue saint Honoré, le Gendre rue des Noyers,
+Migret Fauxbourg de Richelieu, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1141" href="#FNanchor_1141"><span class="label">[11]</span></a> Les vingt-cinq « cabaretiers », suivant la Cour, qu’il
+ne falloit pas confondre avec les douze « marchands de
+vin », quoiqu’ils en portassent le titre et eussent les mêmes
+privilèges. On pouvoit chez eux non-seulement vendre « le
+vin à pot, mais donner des repas complets. <i>V. Le Traité
+de la Police</i>, t. III, p. 719, et la <i>Correspondance</i> de
+Colbert, t. II, 1<sup>re</sup> partie, p. 169. Les cabaretiers ordinaires,
+qui n’étoient pas en même temps marchands de
+vin comme les vingt-cinq, ne pouvoient au contraire
+fournir pour les noces et repas que leur salle, le pain, le
+vin, les couverts, linges et salades. Il falloit apporter le
+reste. <i>V.</i> à ce sujet un arrêt du 1<sup>er</sup> août 1705, rendu
+contre le cabaretier Joseph Filastreau. — Il sera parlé
+plus loin des marchands de vin qui vendoient surtout au pot.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1142" href="#FNanchor_1142"><span class="label">[12]</span></a> C’est son cabaret qui est indiqué ainsi dans l’édit.
+précéd., p. 28 : « à la Galère, derrière Saint-Jacques la
+Boucherie. » Il avoit, en effet, cette enseigne, déjà ancienne
+dans la rue d’Avignon, qui en prenoit parfois le nom de
+« rue de la Galère. » Sauval, t. I, p. 111. — <i>V.</i> sur la
+maison qu’y occupoit Rousseau, de curieux renseignements
+dans l’édition que M. Cocheris a donnée de l’<i>Histoire du
+Diocèse de Paris</i>, par l’abbé Le Beuf, t. III, p. 506. — Il
+est continuellement parlé de ce fameux cabaretier dans les
+pièces du temps : <i>le Chevalier à la mode</i>, de Dancourt, <i>les
+Chinois</i> et <i>la Fille de bon sens</i> de la Comédie italienne, etc.
+Coulange ne l’a pas oublié dans ses couplets. Il y chante :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Chez Rousseau portons nos écus.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1143" href="#FNanchor_1143"><span class="label">[13]</span></a> Il tenoit le cabaret de <i>l’Alliance</i>, qui étoit, en effet,
+près de la Comédie françoise établie, depuis 1688, rue des
+Fossés-Saint-Germain. (<i>Hist. amour. des Gaules</i>, t. III,
+435.) C’est à sa porte que mourut subitement, en 1701, le
+gros comédien-auteur Champmeslé. <i>L’Alliance</i> est citée, pour
+les débauches qui s’y faisoient, dans plusieurs pièces du
+théâtre italien : <i>la Cause des femmes</i>, <i>Pasquin et Marforio</i>,
+<i>les Aventures des Champs-Elysées</i>, où Forel est nommé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1144" href="#FNanchor_1144"><span class="label">[14]</span></a> Les cabarets y étoient déjà nombreux sous Louis XIII.
+Saint-Amand l’appelle « un cimetière »</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Fait pour enterrer les ennuis.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<p>Il y a plusieurs autres Marchands renommez
+pour les fins Vins et pour la belle Viande, par
+exemple, Messieurs Lamy aux trois Cuilleres rue
+<span class="pagenum" id="p313">-313-</span>aux Ours<a id="FNanchor_1145" href="#Footnote_1145" class="fnanchor">[15]</a>, Loisel aux bons Enfans<a id="FNanchor_1146" href="#Footnote_1146" class="fnanchor">[16]</a> près le
+Palais Royal, Fitte au grand Loüis rue Bailleul<a id="FNanchor_1147" href="#Footnote_1147" class="fnanchor">[17]</a>,
+Berthelot à la Conférence rue Gémis Laurent,
+du Monchel au Soleil d’or rue saint André, du
+Test à la Corne rue Galande, de Sercy à la petite
+Galere rue de Seine<a id="FNanchor_1148" href="#Footnote_1148" class="fnanchor">[18]</a>, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1145" href="#FNanchor_1145"><span class="label">[15]</span></a> Celui-ci étoit en telle vogue, qu’il avoit fini par dédaigner
+le nom de cabaretier, pour prendre celui de traiteur,
+que tous les autres, cela va de soi, prirent aussitôt comme
+lui, même ceux des guinguettes. « <span class="sc">Colombine</span>, <i>déguisée en
+chevalier</i>. Quand vous donnerai-je à souper chez Lamy ? — <span class="sc">Isabelle.</span>
+Vous perdez le respect, chevalier, une fille de ma
+qualité au cabaret ! — <span class="sc">Colombine.</span> Oh ! s’il vous plaît,
+Lamy n’est pas un cabaret, c’est un traiteur de conséquence… »
+<i>Le Banqueroutier</i> (1687), théâtre de Ghérardi,
+t. I, p. 390. Il est nommé dans le prologue du <i>Grondeur</i> (1691).</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1146" href="#FNanchor_1146"><span class="label">[16]</span></a> Il avoit pris pour enseigne le nom même de sa rue,
+qui alloit, du reste, fort bien à un cabaret.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1147" href="#FNanchor_1147"><span class="label">[17]</span></a> Fitte, qui est aussi nommé deux fois dans <i>Turcaret</i>,
+comme l’homme des meilleurs repas, a eu l’honneur d’être
+cité par Chaulieu, en 1704, dans son épître au chevalier de
+Bouillon :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i6">Chevalier, reçois ces vers</div>
+<div class="verse i6">D’une muse libertine.</div>
+<div class="verse">Qu’ils aillent sous ton nom de <i>popine</i> en <i>popine</i></div>
+<div class="verse i6">Apprendre à tout l’univers</div>
+<div class="verse i6">Que <i>Fite</i> et La Morilliére,</div>
+<div class="verse i6">Pour n’avoir point de Césars,</div>
+<div class="verse i6">Ont pourtant sous leur bannière</div>
+<div class="verse i6">Leur héros, ainsi que Mars.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1148" href="#FNanchor_1148"><span class="label">[18]</span></a> C’est chez lui que Saint-Amand étoit mort le 29 décembre
+1661, après une maladie de deux jours : « Son
+ami, l’illustre abbé de Villeloin, si connu dans la République
+des Lettres, dit Fr. Colletet dans <i>l’Abrégé des Annales
+de Paris</i>, 1664, in-12, p. 439, l’assista en ce dernier moment
+et luy rendit ce dernier devoir de son amitié qu’il luy avoit
+juré depuis tant d’années. »</p>
+</div>
+<p>Il y a d’ailleurs en différens quartiers de la
+Ville et du Fauxbourg des Traiteurs et Marchands
+de Vins qui font nopces ou qui tiennent de grands
+<span class="pagenum" id="p314">-314-</span>Cabarets, et où il se fait de gros Ecots, par
+exemple, M<sup>rs</sup> Clossier à la Gerbe d’or rue Gervais
+Laurent, Blanne à la Galere rue de la Savaterie,
+Bedoré au petit Panier rue Tirechape<a id="FNanchor_1149" href="#Footnote_1149" class="fnanchor">[19]</a>, Robert
+près les Consuls<a id="FNanchor_1150" href="#Footnote_1150" class="fnanchor">[20]</a>, Aubrin à la Croix Blanche
+rue de Bercy<a id="FNanchor_1151" href="#Footnote_1151" class="fnanchor">[21]</a>, Martin aux Torches cimetiere
+saint Jean<a id="FNanchor_1152" href="#Footnote_1152" class="fnanchor">[22]</a>, Guérin à la Folie rue de la Poterie,
+Payen au petit Panier rue des Noyers, Cheret à
+la Cornemeuse rue des Prouvaires<a id="FNanchor_1153" href="#Footnote_1153" class="fnanchor">[23]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1149" href="#FNanchor_1149"><span class="label">[19]</span></a> L’édit. de 1691, p. 28, le loge « rue Troussevache. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1150" href="#FNanchor_1150"><span class="label">[20]</span></a> « Au cloître Saint-Méderic, chez Robert. » <i>Id.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1151" href="#FNanchor_1151"><span class="label">[21]</span></a> Un autre cabaret de « la Croix blanche », étoit rue
+aux Ours. Edit. de 1691, p. 28. — Chapelle fréquentoit
+celui de la rue de Bercy, au Marais. Il avoit deux entrées,
+l’une sur cette rue, l’autre sur une rue parallèle, qui en
+avoit pris le nom de rue de la Croix-Blanche. Elles étoient
+toutes deux fort étroites, et il a suffi, en 1850, d’enlever
+l’îlot de maisons qui les séparoient, pour n’avoir qu’une
+seule rue de largeur réglementaire.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1152" href="#FNanchor_1152"><span class="label">[22]</span></a> Ce cabaret est déjà nommé comme un des fameux dans
+les <i>Visions admirables du Pelerin du Parnasse</i>. 1635, in-12.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1153" href="#FNanchor_1153"><span class="label">[23]</span></a> Il est cité dans la pièce <i>Les Souffleurs</i>, acte I, sc. XI.
+Les auteurs y alloient beaucoup. (<i>V.</i> notre Notice sur
+Regnard.) — Dancourt qui, on le sait, par une anecdote
+connue, se consoloit chez Chéret de la chute de ses pièces,
+l’a nommé, dans sa comédie, <i>Madame Artus</i>. Acte I, sc. XI. — Chéret
+fit fortune. Son fils devint procureur au Parlement,
+et ce sont ses petites-filles, M<sup>lles</sup> Chéret, très-ardentes
+jansénistes, qui, en 1758, pour tenir tête au curé de Saint-Séverin,
+créèrent une sorte de petite église qu’elles opposèrent
+à la sienne. (<i>Journal</i> de Barbier, édit. in-18, t. VII,
+p. 81 et 377.)</p>
+</div>
+<p>On peut aussi boire et manger proprement et
+agréablement au Loüis près le Jeu de Metz<a id="FNanchor_1154" href="#Footnote_1154" class="fnanchor">[24]</a>, à
+la porte S. Germain rue des Cordeliers, à la
+<span class="pagenum" id="p315">-315-</span>Reine de Suède rue de Seine, aux Carneaux rue
+des Déchargeurs, à la petite Bastile rue Betizy<a id="FNanchor_1155" href="#Footnote_1155" class="fnanchor">[25]</a>,
+au petit Pere noir rue de la Bucherie<a id="FNanchor_1156" href="#Footnote_1156" class="fnanchor">[26]</a>, aux trois
+Chapelets rue saint André, à la Galère rue saint
+Thomas du Louvre<a id="FNanchor_1157" href="#Footnote_1157" class="fnanchor">[27]</a>, au Soleil des Perdreaux<a id="FNanchor_1158" href="#Footnote_1158" class="fnanchor">[28]</a>
+rue des Petits Champs, au Panier fleuri rue du
+Crucifix saint Jacques de la Boucherie<a id="FNanchor_1159" href="#Footnote_1159" class="fnanchor">[29]</a>, à la
+Porte saint Denis chez Hory, à la Boule blanche,
+et au Jardinier<a id="FNanchor_1160" href="#Footnote_1160" class="fnanchor">[30]</a> Fauxbourg saint Antoine.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1154" href="#FNanchor_1154"><span class="label">[24]</span></a> Deux autres cabarets avoient cette enseigne du
+« Louis » ; l’un, qui étoit peut-être celui de Le Gendre,
+nommé tout-à-l’heure, se trouvoit rue des Noyers ; l’autre,
+rue Bourg-l’Abbé.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1155" href="#FNanchor_1155"><span class="label">[25]</span></a> Il y avoit au port Saint-Paul un autre cabaret de « la
+petite Bastille. » Edit. de 1691, p. 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1156" href="#FNanchor_1156"><span class="label">[26]</span></a> On y venoit de tout Paris, pour la beauté de la cabaretière
+et l’excellence des vins. C’est pour l’hôtesse que
+Coulange fit son couplet :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Si tu veux sans suite et sans bruit, etc.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p>Dans la farce italienne des <i>Deux Arlequins</i>, le vin du
+cabaret du <i>Père Noir</i> est chanté, acte I, sc. III :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i7"><span class="sc">Arlequin.</span></div>
+<div class="verse i1">Qu’un bon levraut suivi d’un dindon tendre</div>
+<div class="verse">Soit tantôt sur le soir pour nous deux apprêté</div>
+<div class="verse">Et prends au <i>Père Noir</i> d’un bon vin velouté</div>
+<div class="verse i1">Deux flacons dignes de m’attendre.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1157" href="#FNanchor_1157"><span class="label">[27]</span></a> C’est le même cabaret de <i>la Galère</i>, qui, dans l’édit.
+précédente, est indiqué « près le Palais-Royal. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1158" href="#FNanchor_1158"><span class="label">[28]</span></a> « Des six perdreaux. » <i>Id.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1159" href="#FNanchor_1159"><span class="label">[29]</span></a> Un autre « Panier fleury » est indiqué rue Tirechappe,
+dans l’édit. précédente. Il donna son nom à un passage,
+qui alloit de cette rue à celle des Bourdonnois. Rousseau
+et Diderot dînoient souvent en pick-nik, au cabaret du
+<i>Panier fleury</i>, dans les premiers temps de leur séjour à Paris.
+(V. <i>les Confessions</i>, 2<sup>e</sup> part., liv. VII.)</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1160" href="#FNanchor_1160"><span class="label">[30]</span></a> « Au Jardinet. » <i>Id.</i></p>
+</div>
+<p>Les Marchands de Vins qui vendent quelquefois
+en gros et qui debitent beaucoup au pot<a id="FNanchor_1161" href="#Footnote_1161" class="fnanchor">[31]</a> et
+<span class="pagenum" id="p316">-316-</span>en bouteilles, sont entr’autres, Messieurs Mariette,
+au carrefour saint Benoist, de la Cour rue
+du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, Bernard
+devant le Pont Neuf, Saulsay rue des
+Poulies, Rougeault près l’aport de Paris, Bricet
+Butte saint Roch, Haumont et Berthelot rue
+des Boucheries saint Germain, des Hottes rue
+de la Fromagerie, Darlu, Hardouin et Joly près
+le Palais Royal.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1161" href="#FNanchor_1161"><span class="label">[31]</span></a> Les bourgeois faisoient vendre la plupart « à pot »
+ou « au pot », chez ces marchands de vin, le produit de
+leurs vendanges : « <span class="sc">M. Bernard.</span> Ne vaut-il pas autant
+vendre mon vin à la campagne que de le faire vendre à
+<i>pot</i> dans Paris, comme la plupart de mes confrères. »
+Dancourt, <i>la Maison de campagne</i>, scène XXXII.</p>
+</div>
+<p>Le même M. Joly donne fort bien à manger à
+trente sols par tête<a id="FNanchor_1162" href="#Footnote_1162" class="fnanchor">[32]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1162" href="#FNanchor_1162"><span class="label">[32]</span></a> L’édition de 1691, p. 28, cite encore quelques autres
+cabarets : « <i>Au petit Paris</i>, rue de la Verrerie ; <i>à la petite
+Epousée</i>, rue Saint-Jean en Grêve ; chez Tessier, au coin
+Saint-Paul ; <i>au Cormier</i>, rue des Fossez-Saint-Germain ; <i>à
+la Vallée Tissart</i>, rue Vaugirard ; <i>au Milieu du Monde</i>, à la
+Grenouillère, où demeure Lognon, renommé pour les matelottes ;
+<i>à la Chasse Royale</i>, près la porte Saint-Louis ; <i>aux
+Bâtons royaux</i>, rue Saint-Honoré. » Les <i>Bâtons royaux</i> se
+trouvoient près de Saint-Roch, dont les marguilliers y
+alloient faire bombance. (<i>V.</i> notre <i>Histoire de la Butte</i>, p. 52.)</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h3 id="c43">HOSTELS GARNIS<br>
+<span class="small">ET TABLES D’AUBERGES.</span></h3>
+
+
+<p>Il y a des Appartemens magnifiquement garnis
+pour les grands Seigneurs à l’Hotel de la
+Reine Marguerite rue de Seine<a id="FNanchor_1163" href="#Footnote_1163" class="fnanchor">[1]</a>, et à l’Hotel de
+Bouillon quay des Théatins.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1163" href="#FNanchor_1163"><span class="label">[1]</span></a> Liger, dans son <i>Voyageur fidèle</i>, p. 325, le met aussi
+au nombre des hôtels garnis renommés. Il existe encore au
+n<sup>o</sup> 6 de la rue de Seine. C’est un pavillon détaché du magnifique
+hôtel que la première femme d’Henri IV s’étoit fait
+construire, et dont les jardins, qui s’étendoient jusqu’à la
+rue des Saints-Pères, ne survivent plus que par un jardinet
+planté de quelques arbres, où l’on descend, comme sous
+Henri IV, par un double perron. La façade du pavillon est
+restée ce qu’elle étoit. On s’est contenté de l’exhausser
+d’un étage, mais du même style, au-dessus duquel on a
+reconstruit les anciennes mansardes. Le conseiller d’Etat
+Gilbert des Voisins l’habitoit au <small>XVIII</small><sup>e</sup> siècle, et les Mirabeau,
+dont les boiseries intérieures conservent encore le
+chiffre, y étoient venus après lui.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p317">-317-</span>Il y a encore plusieurs autres Hotels meublez
+en differens quartiers, par exemple, le grand Duc
+de Bourgogne rue des petits Augustins, l’Hotel
+d’Escosse rue des saints Pères, l’Hotel de Taranne,
+l’Hotel de Savoye, et l’Hotel d’Alby rue
+de Charonne, l’Hotel de l’Isle, l’Hotel de Baviere,
+l’Hotel de France, et la Ville de Montpellier
+rue de Seine, l’Hotel de Venise, et l’Hotel
+de Marseille rue saint Benoist, l’Hotel de Vitry,
+l’Hotel de Bourbon, l’Hotel de France, et l’Hotel
+de Navarre rue des grands Augustins<a id="FNanchor_1164" href="#Footnote_1164" class="fnanchor">[2]</a>, la Ville
+de Rome rue des Marmouzets, l’Hotel de Perpignan
+rue du Haut Moulin, l’Hotel de Tours
+rue du Jardinier<a id="FNanchor_1165" href="#Footnote_1165" class="fnanchor">[3]</a>, l’Hotel de Beauvais rue Dauphine,
+<span class="pagenum" id="p318">-318-</span>l’Hotel d’Orléans rue Mazarine, l’Hotel
+du saint Esprit rue de Guenegaud, l’Hotel de
+saint Agnan rue saint André, l’Hotel d’Hollande<a id="FNanchor_1166" href="#Footnote_1166" class="fnanchor">[4]</a>,
+l’Hotel de Beziers, l’Hotel de Brandebourg,
+l’Hotel de saint Paul et le grand Hotel
+de Luyne rue du Colombier.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1164" href="#FNanchor_1164"><span class="label">[2]</span></a> On peut remarquer que beaucoup de ces hôtels étoient
+dans le faubourg Saint-Germain. Les étrangers le préféroient,
+et les hôtels garnis s’y étoient multipliés en conséquence :
+« depuis que la paix étoit faite, lit-on dans les
+<i>Annales de la Cour et de la Ville</i>, pour les années 1697-1698,
+t. II, p. 135, il y avoit eu dans Paris un si grand
+abord d’étrangers, que l’on en comptoit quinze à seize
+mille dans le faubourg Saint-Germain seulement… Le
+nombre s’accrut encore bientôt de plus de la moitié, en
+sorte que, au commencement de l’année suivante, on trouva
+qu’il y en avoit trente-six mille dans ce seul faubourg. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1165" href="#FNanchor_1165"><span class="label">[3]</span></a> Lisez rue du Jardinet. Cet hôtel, que Liger place avec
+plus de raison rue du Paon, où il en subsista des restes
+jusqu’aux dernières démolitions, devoit son nom aux archevêques
+de Tours, dont il avoit été longtemps la propriété.
+Vauvenargues y descendoit pendant ses congés de semestre.
+Les lettres que lui écrivit Voltaire portent cette adresse.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1166" href="#FNanchor_1166"><span class="label">[4]</span></a> C’est un des hôtels que, dans <i>la Comtesse d’Escarbagnas</i>,
+scène XI, Julie, voulant se moquer de la ridicule
+provinciale, lui nomme comme autant d’hôtels de grands
+seigneurs : « On sait bien mieux, dit-elle, vivre à Paris
+dans ces hôtels, dont la mémoire doit être si chère : cet
+hôtel de Mouhy, Madame, cet hôtel de Lyon, cet hôtel
+d’Hollande. Les agréables demeures que voilà ! »</p>
+</div>
+<p>On mange à table d’Auberge<a id="FNanchor_1167" href="#Footnote_1167" class="fnanchor">[5]</a> dans presque
+toutes les maisons garnies cy-devant designées
+à vingt, à trente ou à quarante sols par repas<a id="FNanchor_1168" href="#Footnote_1168" class="fnanchor">[6]</a> :
+<span class="pagenum" id="p319">-319-</span>mais l’Auteur ignore encore sur quel pied elles
+sont reglées chacune en particulier<a id="FNanchor_1169" href="#Footnote_1169" class="fnanchor">[7]</a>, en attendant
+sur cela un plus grand eclaircissement, les Provinciaux
+peuvent s’assurer qu’on loge et qu’on
+mange d’ailleurs dans les Hotels et Auberges
+ci-après aux differens prix qui seront marquez,
+par exemple :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1167" href="#FNanchor_1167"><span class="label">[5]</span></a> C’étoit encore le mot le plus en usage. Gourville
+dans ses <i>Mémoires</i>, 1<sup>re</sup> édit., t. I, p. 306, dit toutefois déjà
+« Table d’hôte », de même que les deux Hollandois qui
+vinrent à Paris en 1657, et dont M. Faugère a publié le
+curieux <i>Journal de Voyage</i>. V. p. 191. Nous lisons aussi
+dans une pièce de Dancourt : « <span class="sc">M. Bernard.</span> A <i>table d’hôte</i>,
+je vous entends, tant par tête. » <i>La maison de campagne</i>,
+1688, scène <small>XXX</small>. En somme, c’est, je crois, suivant l’importance
+des hôtels et des prix qu’on disoit <i>table d’hôte</i> ou
+<i>table d’auberge</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1168" href="#FNanchor_1168"><span class="label">[6]</span></a> Même les plus chères de ces tables d’hôte ou d’auberge
+n’étoient pas pour les délicats, qui ne vouloient que des
+cabarets « à gros écots », sans prix fixe. Dans <i>les Côteaux</i>
+ou <i>les Marquis friands</i>, qui furent joués à l’hôtel de Bourgogne,
+en 1665, Clidamant et Oronte, deux de ces gourmets,
+s’en expliquent nettement scène XI :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse i8"><span class="sc">Oronte.</span></div>
+<div class="verse">Les repas de grand prix sont bien plus agréables</div>
+<div class="verse">Et la cherté des mets les rend plus délectables.</div>
+<div class="verse i8"><span class="sc">Valère.</span></div>
+<div class="verse">A ce plaisant discours, que réponds-tu, Marquis ?</div>
+<div class="verse i8"><span class="sc">Clidamant.</span></div>
+<div class="verse">Que je ne veux jamais disner à juste prix.</div>
+<div class="verse i8"><span class="sc">Léandre.</span></div>
+<div class="verse">Voilà d’un vrai Marquis le parfait caractère.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1169" href="#FNanchor_1169"><span class="label">[7]</span></a> Selon Liger, p. 326, « ces prix fixes » ne l’étoient pas
+toujours. Ils varioient selon que la cherté des vivres étoit
+plus ou moins grande.</p>
+</div>
+<p>A quarante sols par repas à l’Hotel de Mantouë
+rue Mouton<a id="FNanchor_1170" href="#Footnote_1170" class="fnanchor">[8]</a>, à l’Hotel de l’Isle de France
+rue de Guénégaud, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1170" href="#FNanchor_1170"><span class="label">[8]</span></a> Dans l’édit. précédente, p. 28, se trouve une autre
+adresse, qui est la vraie, et un plus long détail : « le sieur
+de La Motte, à l’hôtel de Mantouë, rue Montmartre, tient
+une fort bonne table à quarante sols par repas, et fournit
+même une seconde table aux intervenants. »</p>
+</div>
+<p>A trente<a id="FNanchor_1171" href="#Footnote_1171" class="fnanchor">[9]</a> au petit Hotel de Luyne rue Gît le
+Cœur, à la Galere rue Zacharie, aux Bœufs et
+aux trois Chandeliers rue de la Huchette, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1171" href="#FNanchor_1171"><span class="label">[9]</span></a> « Rue Saint-André, à l’hôtel de Chateau-Vieux. »
+Edit. 1691, p. 29.</p>
+</div>
+<p>A vingt à l’Hotel d’Anjou rue Dauphine, au
+petit S. Jean<a id="FNanchor_1172" href="#Footnote_1172" class="fnanchor">[10]</a> rue Gît le Cœur, au Coq hardi
+rue saint André<a id="FNanchor_1173" href="#Footnote_1173" class="fnanchor">[11]</a>, à la Croix de fer rue saint
+<span class="pagenum" id="p320">-320-</span>Denis<a id="FNanchor_1174" href="#Footnote_1174" class="fnanchor">[12]</a>, au Pressoir d’or et à l’Hotel de Bruxelle
+rue saint Martin<a id="FNanchor_1175" href="#Footnote_1175" class="fnanchor">[13]</a>, à la Croix d’or rue du Poirier,
+à la Toison rue Beaubourg, etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1172" href="#FNanchor_1172"><span class="label">[10]</span></a> « Et au grand hôtel de Luynes. » <i>Id.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1173" href="#FNanchor_1173"><span class="label">[11]</span></a> « Le sieur Vilain, rue des Lavandières, près la place
+Maubert, à la Galère. » <i>Id.</i> — Il a, p. 63, un petit article
+supplémentaire : « le sieur Vilain, marchand de vin, aussi
+renommé pour ses bons apprêts, demeure rue des Lavandières,
+à l’entrée de la place Maubert, à la Galère. »</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1174" href="#FNanchor_1174"><span class="label">[12]</span></a> Ajoutons près de Saint-Leu. Il y a, sur un dîner à ce
+cabaret, un curieux sonnet de François Colletet, qui se termine
+par ce vers, bien digne d’un pauvre poëte, depuis
+longtemps à jeun :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">Moi, je mange aux repas, et bois sans dire mot.</div>
+</div>
+
+</div>
+<p class="noindent">Un autre hôtel de <i>la Croix de fer</i> se trouvoit rue de la
+Harpe, adossé aux ruines des Thermes. Marmontel y logea
+en arrivant d’Auvergne à Paris.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1175" href="#FNanchor_1175"><span class="label">[13]</span></a> Conrart, chez qui se réunit d’abord la Société littéraire,
+où se recrutèrent les premiers membres de l’Académie
+françoise, logeoit près de cette auberge de la rue Saint-Martin.
+(Marcou, <i>Pellisson</i>, p. 80.) Plus d’une séance de
+la nouvelle Académie dut s’y terminer. Suivant Vigneul-Marville,
+en effet, on ne se séparoit pas sans avoir fait
+légèrement ripaille.</p>
+</div>
+<p>A quinze à la Ville de Bourdeaux et à l’Hotel
+de Mouy rue Dauphine, à l’Hotel couronné rue
+de Savoye, au petit Trianon rue Tictonne, à la
+ville de Stokolm rue de Bussy, à la belle Image
+rue du petit Bourbon<a id="FNanchor_1176" href="#Footnote_1176" class="fnanchor">[14]</a>, au Dauphin rue Maubuée,
+etc.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1176" href="#FNanchor_1176"><span class="label">[14]</span></a> « Rue de la Rose, à la Samaritaine. » Edit. 1691,
+p. 29.</p>
+</div>
+<p>A dix sols<a id="FNanchor_1177" href="#Footnote_1177" class="fnanchor">[15]</a> au Heaume rue du Foin, au Paon
+rue Bourlabé, au Gaillard bois rue de l’Echelle,
+au gros Chapelet rue des Cordiers<a id="FNanchor_1178" href="#Footnote_1178" class="fnanchor">[16]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1177" href="#FNanchor_1177"><span class="label">[15]</span></a> Boileau, <i>satire X</i>, vers 673-676, nous dit à peu près
+ce qu’étoient ces auberges :</p>
+
+<div class="flex">
+<div class="poetry">
+<div class="verse">T’ai-je encore décrit la dame brelandière</div>
+<div class="verse">Qui de joueurs chez soi se fait cabaretière,</div>
+<div class="verse">Et souffre des affronts que ne souffriroit pas</div>
+<div class="verse">L’Hôtesse d’une auberge à dix sous par repas.</div>
+</div>
+
+</div></div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1178" href="#FNanchor_1178"><span class="label">[16]</span></a> « Et à l’hôtel Notre-Dame, rue du Colombier. » Edit.
+de 1691, p. 29.</p>
+</div>
+<p><span class="pagenum" id="p321">-321-</span>Il y a d’ailleurs quelques Auberges où il y a
+trois tables différentes, à quinze, à vingt et à
+trente sols par repas, par exemple, à la Couronne
+d’or rue saint Antoine<a id="FNanchor_1179" href="#Footnote_1179" class="fnanchor">[17]</a>, au petit Bourbon
+sur le quay des Ormes, et à l’Hôtel de Picardie
+rue saint Honoré<a id="FNanchor_1180" href="#Footnote_1180" class="fnanchor">[18]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1179" href="#FNanchor_1179"><span class="label">[17]</span></a> Cette auberge, très-agrandie, subsista jusqu’aux démolitions
+pour la prolongation de la rue de Rivoli. C’est
+de là que partoient les gondoles de Versailles.</p>
+</div>
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1180" href="#FNanchor_1180"><span class="label">[18]</span></a> Un autre hôtel plus célèbre de cette rue étoit
+« l’hôtel Saint-Quentin », où descendit Leibnitz, lorsqu’il
+vint à Paris, et où logea Jean-Jacques Rousseau, dont il
+prit et a gardé le nom. (<i>V.</i> nos <i>Enigmes des rues de Paris</i>.)
+L’abbé de Marolles, dans ses <i>Mémoires</i>, 1755, in-12, t. I,
+p. 75, a parlé de ces intéressants et sérieux hôtels du
+quartier des Grès — la rue des Cordiers en fait partie — où
+se rencontroient théologiens et poëtes.</p>
+</div>
+<p>Les gens qui ne peuvent faire qu’une très
+mediocre dépense, trouvent d’ailleurs dans tous
+les quartiers de Paris de petites Auberges où on
+a de la soupe, de la viande, du pain et de la
+biere à suffisance pour cinq sols<a id="FNanchor_1181" href="#Footnote_1181" class="fnanchor">[19]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1181" href="#FNanchor_1181"><span class="label">[19]</span></a> Liger, p. 327, employant un mot que Saint-Simon
+emploie aussi d’ailleurs, appelle franchement ces « petites
+auberges » <i>gargotes</i>, « où l’on vit, dit-il, à la portion, à si
+petit prix que l’on veut. » On avoit eu aussi déjà l’idée
+d’une sorte de grande marmite économique, pour des
+soupes, au meilleur marché possible. <i>V.</i> Helvétius, <i>Traité
+des Maladies</i>, chap. <i>Bouillon pour les pauvres</i>. — Dans
+les auberges à cinq sous le dîner, on logeoit, suivant
+d’Argenson, à un sou la nuit. Marivaux ne donne pas
+d’autre gîte à son <i>Paysan parvenu</i> arrivant à Paris : « Je
+me mis, lui fait-il dire avec sa préciosité ordinaire, dans
+une de ces petites auberges à qui le mépris de la pauvreté
+a fait donner le nom de gargote. »</p>
+</div>
+
+<p class="c gap small">FIN DU TOME I<sup>er</sup>.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak maigre" id="table">TABLE<br>
+<span class="small">DES ARTICLES</span><br>
+<span class="xsmall">DU</span><br>
+<span class="small">LIVRE DES ADRESSES DE PARIS.<a id="FNanchor_1182" href="#Footnote_1182" class="fnanchor">[1]</a></span></h2>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1182" href="#FNanchor_1182"><span class="label">[1]</span></a> Nous donnerons <a href="#index">à la fin du volume</a>
+la table alphabétique de l’édition de 1691.</p>
+</div>
+
+<p class="c">Tome I</p>
+
+<div class="flex">
+<table>
+<tr><td class="drap">Affaires Ecclésiastiques</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c1">15</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Exercices de piété</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c2">21</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Finances Royales</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c3">26</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Trésoriers Payeurs des Gages et
+Rentes</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c4">40</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Conseils du Roy et Chancellerie</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c5">46</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Secretaires du Roy</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c6">54</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Scéances des Tribunaux</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c7">78</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Vacations des Tribunaux</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c8">86</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Docteurs et Licentiez en Droit</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c9">87</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Secretaires et Greffiers du Conseil,
+des Cours Souveraines et des Juridictions
+Subalternes</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c10">93</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Contraintes Judiciaires</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c11">100</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Bureaux Publics</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c12">106</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Administration des Hospitaux</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c13">112</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Banquiers</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c14">117</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Academies et Conferences publiques</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c15">120</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Biblioteques particulières et publiques</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c16">129</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Collèges et Leçons publiques</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c17">138</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Mathematiques</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c18">146</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Medecine ordinaire</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c19">150</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Medecine empirique</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c20">156</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Opérations chirurgicales</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c21">157</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Matières Médecinales simples et composées</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c22">164</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Pension pour les Malades</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c23">178</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Bains et Etuves</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c24">182</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Impressions et Commerce de Librairie</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c25">185</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Musique</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c26">204</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Fameux Curieux des Ouvrages magnifiques</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c27">216</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Dames Curieuses</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c28">231</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Commerce de Curiositez et de Bijouteries</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c29">236</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Commerce des Ouvrages d’Or, d’Argent,
+de Pierreries, etc.</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c30">244</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Premieres Instructions de la Jeunesse</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c31">248</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Nobles Exercices pour la belle education</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c32">253</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Armes et Bagages de Guerre et de
+Chasse</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c33">261</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Chevaux et Equipages</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c34">264</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Passetemps et Menus Plaisirs</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c35">269</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Jardinages</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c36">275</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Tapisseries et Meubles ordinaires</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c37">283</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Chair et Poisson</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c38">289</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Marchandises de Beurre, Œufs, Fromages
+et Legumes</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c39">296</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Offices de fruiteries</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c40">300</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Panneterie et Patisserie</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c41">304</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Marchandises de Vins et d’Aprests</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c42">309</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Hostels garnis et Tables d’Auberges</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#c43">316</a></div></td></tr>
+</table>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak maigre" id="index">TABLE ALPHABÉTIQUE<br>
+<span class="xsmall">DES PRINCIPALES</span><br>
+<span class="small">MATIÈRES CONTENUES EN CET OUVRAGE<a id="FNanchor_1183" href="#Footnote_1183" class="fnanchor">[1]</a>.</span></h2>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1183" href="#FNanchor_1183"><span class="label">[1]</span></a> Afin de continuer à reproduire aussi exactement que
+possible le livre de Blegny, nous nous sommes conformé
+pour cette table, comme disposition, texte et orthographe,
+à celle qu’il a donnée dans sa première édition et qui — nous
+ignorons pourquoi — ne se retrouve pas dans la
+seconde. Nous nous sommes contenté d’y faire les additions
+nécessaires.</p>
+</div>
+
+<p class="c">A.</p>
+
+<ul>
+<li>Abrégé de la science des temps, II, 205.</li>
+<li>Académies, I, <a href="#p120">120</a>.</li>
+<li>Académie de découvertes, I, <a href="#pxlv">xlv</a>, <a href="#pxlix">xlix</a>, <a href="#p9">9</a>.</li>
+<li>Académie Françoise (Listes de 1676 et 1705), II, 275, 289.</li>
+<li>Accouchements, I, <a href="#p159">159</a> et II, 69.</li>
+<li>Adresses casuelles de la ville de Paris, I, <a href="#pxlij">xlij</a>.</li>
+<li>Affaires ecclésiastiques, I, <a href="#p15">15</a>.</li>
+<li>Adresses recouvertes après l’impression, II, 68.</li>
+<li>Adresses diverses, II, 73.</li>
+<li>Adresses (autres) nouvellement recouvertes, II, 177.</li>
+<li>Affiches, I, <a href="#pvj">vj</a>, <a href="#pxxxij">xxxij</a>, <a href="#pxxxiv">xxxiv</a> ; II, 345, 357.</li>
+<li>Affiches (petites), I, <a href="#p10">10</a>.</li>
+<li>Afficheurs, II, 75.</li>
+<li>Agneaux, I, <a href="#p292">292</a>.</li>
+<li>Aiguilles, II, 24.</li>
+<li>Alimens, I, <a href="#p289">289</a>.</li>
+<li>Almanachs, I, <a href="#p193">193</a> ; II, 190.</li>
+<li>Almanach spirituel, I, <a href="#p26">26</a>.</li>
+<li>Amirauté, I, <a href="#p70">70</a>.</li>
+<li>Andouilles, I, <a href="#p293">293</a>-294.</li>
+<li>Anchois, I, <a href="#p302">302</a>-303.</li>
+<li>Animaux, I, <a href="#p289">289</a>. (Chair et poisson.)</li>
+<li>Apoticaires, II, 69.</li>
+<li>Architecture et Maçonnerie, II, 102.</li>
+<li>Arcs de carosses, I, <a href="#p47">47</a>, <a href="#p267">267</a>.</li>
+<li>Ardoises, II, 118.</li>
+<li>Argenteurs, I, <a href="#p287">287</a>.</li>
+<li>Armes et Bagages de guerre et de chasse, I, <a href="#p261">261</a>.</li>
+<li>Armoires, II, 344.</li>
+<li>Asnes, I, <a href="#p264">264</a>.</li>
+<li>Auberges (tables d’Auberges) et Hostels garnis, I, <a href="#p316">316</a>.</li>
+<li>Avis du Bureau d’adresse (Liste des), II, 302.</li>
+<li>Avis généraux, II, 341.</li>
+<li>Avis du journal général de France (Liste des), II, 373.</li>
+</ul>
+<p class="c">B.</p>
+
+<ul>
+<li>Bailliage du Palais, I, <a href="#p77">77</a>.</li>
+<li>— du Temple, I, <a href="#p86">86</a>.</li>
+<li>— de Saint-Jean de Latran, I, <a href="#p86">86</a>.</li>
+<li>Bains et Etuves, I, <a href="#p182">182</a>.</li>
+<li>Balliveaux, II, 122.</li>
+<li>Bandages, I, <a href="#p13">13</a>.</li>
+<li>Banquiers, I, <a href="#p117">117</a>.</li>
+<li>Banquiers expéditionnaires en cour de Rome, I, <a href="#p18">18</a> et II, 68.</li>
+<li>Baromètres, I, <a href="#p242">242</a>.</li>
+<li>Bas, II, 30.</li>
+<li>Bateaux (gardes), I, <a href="#p111">111</a>.</li>
+<li>Bateurs d’or, II, 46.</li>
+<li>Bâtimens du Roy, II, 87.</li>
+<li>Bénéfices et Bénéficiers, I, <a href="#p19">19</a>.</li>
+<li>Bêtes azines, I, <a href="#p264">264</a>.</li>
+<li>Beurre (Marchandises de), œufs, fromages et légumes, I, <a href="#p296">296</a>.</li>
+<li>Bible polyglotte, II, 319.</li>
+<li>Bibliothèques, I, <a href="#p129">129</a>.</li>
+<li>Bijouteries, I, <a href="#p237">237</a>.</li>
+<li>Bijouterie de cire, II, 68.</li>
+<li>Billards, I, <a href="#p274">274</a>.</li>
+<li>Biscuits, I, <a href="#p301">301</a>.</li>
+<li>Boëtes d’Allemagne, II, 23.</li>
+<li>Bœufs, I, <a href="#p291">291</a>.</li>
+<li>Bois de taillis à vendre, II, 338.</li>
+<li>Bonneterie (Ouvrage et Commerce de), II, 28.</li>
+<li>Bonnets carrés, II, 75.</li>
+<li>Bottes, II, 65.</li>
+<li>Bouchons de liège, II, 7.</li>
+<li>Boucles d’oreilles, II, 317.</li>
+<li>Boulangers, I, <a href="#p306">306</a>.</li>
+<li>Boules à jouer, I, <a href="#p274">274</a>.</li>
+<li>Bois à brûler, II, 8.</li>
+<li>— à bâtir.</li>
+<li>Boudin blanc, I, <a href="#p294">294</a>.</li>
+<li>Bouquetières, I, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Bouteilles de poche, II, 42.</li>
+<li>Brefs et Bréviaires, I, <a href="#p192">192</a>.</li>
+<li>Bureau d’Adresses (Listes générales du), II, 332-346, 356, 364.</li>
+<li>Bureau des Indes Orientales et Occidentales, I, <a href="#p108">108</a>-109.</li>
+<li>Bureau d’adresses ou de rencontre, I, <a href="#pxx">xx</a>, <a href="#pxxiv">xxiv</a> et II, 302.</li>
+<li>Bureau des Merciers, II, 18.</li>
+<li>Bureaux publics, I, <a href="#p106">106</a>.</li>
+<li>Buscs et bois d’Evantails, II, 24.</li>
+</ul>
+<p class="c">C.</p>
+
+<ul>
+<li>Cabarets. V. <i><a href="#traiteurs">Traiteurs</a></i>.</li>
+<li>Cabinets d’ébeine, II, 353, 382.</li>
+<li>Cabinets, I, <a href="#pxxxiv">xxxiv</a>.</li>
+<li>Café et cacao, I, <a href="#p303">303</a>.</li>
+<li>Caffé et chocolat, I, <a href="#p303">303</a>.</li>
+<li>Caisses de jardin, I, <a href="#p282">282</a>.</li>
+<li>Calçons et chaussons de chamois, II, 37.</li>
+<li>Calendrier, II, 218.</li>
+<li>Calottes, II, 75.</li>
+<li>Cancers, I, <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Canepin, II, 75.</li>
+<li>Canifs, II, 48.</li>
+<li>Caractères d’imprimerie, I, <a href="#p194">194</a>.</li>
+<li>Caractères des signes et planètes, II, 200.</li>
+<li>Carrafons, I, <a href="#p303">303</a>.</li>
+<li>Carrières, II, 112, 113.</li>
+<li>Carosses de louage, remises, I, <a href="#p266">266</a>.</li>
+<li>Carosses de route, II, 160.</li>
+<li>Carrosses à vendre, II, 323, 325, 348, 359, 367.</li>
+<li>Cartes à jouer, I, <a href="#p274">274</a>.</li>
+<li>Carte généalogique de France, II, 322.</li>
+<li>Cartons, II, 27.</li>
+<li>Cassolettes philosophiques, I, <a href="#p243">243</a> et II, 35.</li>
+<li>Catherinettes, I, <a href="#px">x</a>, <a href="#pxij">xij</a>.</li>
+<li>Cerisaies à Montmorency, II, 311.</li>
+<li>Chair et poisson, I, <a href="#p289">289</a>.</li>
+<li>Chaircutiers, I, <a href="#p293">293</a>.</li>
+<li>Chaises de moquette, II, 315, 353.</li>
+<li>Chaises de porteur, II, 339.</li>
+<li>Chaises roulantes, II, 317, 333, 366.</li>
+<li>Chaisnetiers, I, <a href="#p296">296</a>.</li>
+<li>Chambre des comptes, I, <a href="#p64">64</a>.</li>
+<li>Chambre souveraine des décimes, I, <a href="#p85">85</a>.</li>
+<li>Chambre du Trésor, I, <a href="#p75">75</a>.</li>
+<li>Chancellerie, I, <a href="#p146">146</a> ; II, 348.</li>
+<li>Changements, I, <a href="#p79">79</a>.</li>
+<li>Chapeaux (Commerce de), II, 38, 63.</li>
+<li>Chapeaux à vendre, II, 320.</li>
+<li>Charbon de terre, charbon de bois, II, 9.</li>
+<li>Charges à vendre, II, 310, 338, 347, 348, 350, 352, 359, 362, 366.</li>
+<li>Charrettes de routes, I, <a href="#p263">263</a> ; II, 174.</li>
+<li>Charité (directrices de), I, <a href="#p23">23</a>.</li>
+<li>Châtelet, I, <a href="#p70">70</a>.</li>
+<li>Chaux, II, 105.</li>
+<li>Chevaux et équipages, I, <a href="#p264">264</a>.</li>
+<li>Chevaux à vendre, II, 317, 319, 321, 323, 327, 333, 347, 353, 359, 360, 367.</li>
+<li>Cheveux (Ouvrages et Marchandises de), II, 39.</li>
+<li>Chiens, I, <a href="#p273">273</a>.</li>
+<li>Chinoiseries, V. <i><a href="#lachinage">Lachinage</a></i>.</li>
+<li>Chirurgiens, II, 68.</li>
+<li>Choses diverses à vendre, II, 316.</li>
+<li>Cicle solaire, II, 211.</li>
+<li>Ciment, II, 105.</li>
+<li>Cireure (cirage) de cordonniers, II, 67.</li>
+<li>Citrons, I, <a href="#p302">302</a>.</li>
+<li>Clavecins, I, <a href="#p205">205</a> ; II, 72.</li>
+<li>Clouds, II, 137.</li>
+<li>Coches par terre et par eaux, II, 172.</li>
+<li>Cochons, I, <a href="#p292">292</a>.</li>
+<li>Coffres, I, <a href="#p239">239</a>.</li>
+<li>Coiffeuses, I, <a href="#p271">271</a> ; II, 41, 73.</li>
+<li>Collèges, I, <a href="#p138">138</a>.</li>
+<li>Colliers de perles à vendre, II, 319, 322, 361.</li>
+<li>Commerce des Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, I, <a href="#p244">244</a>.</li>
+<li><i lang="la" xml:lang="la">Committimus</i> (droit de), II, 375.</li>
+<li>Conférences, I, <a href="#p127">127</a> ; II, 86.</li>
+<li>Connétablie, I, <a href="#p75">75</a>.</li>
+<li>Confiseurs, I, <a href="#p300">300</a>.</li>
+<li>Confituriers I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a>.</li>
+<li>Conseils du Roi et Chancellerie, I, <a href="#p46">46</a>.</li>
+<li>Conserves balsamiques, I, <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Consuls, I, <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li>Consultations chirurgicales, I, <a href="#p158">158</a>.</li>
+<li>Consultations médicinales, I, <a href="#p151">151</a> ; II, 77.</li>
+<li>Contraintes judiciaires, I, <a href="#p100">100</a> ; II, 343.</li>
+<li>Coquillages, I, <a href="#p236">236</a>.</li>
+<li>Cordes à instruments, I, <a href="#p215">215</a>.</li>
+<li>Cordonnerie (Ouvrages et Marchandises de), II, 65.</li>
+<li>Courriers, II, 249.</li>
+<li>Cours des Aides, I, <a href="#p63">63</a> ; II, 78.</li>
+<li>Cours des Monnoyes, I, <a href="#p69">69</a>.</li>
+<li>Courtiers, Couratiers, I, <a href="#pxij">xij</a>, <a href="#p10">10</a>.</li>
+<li>Couteliers, Couteaux, II, 47.</li>
+<li>Craquelins, Biscuits, Macarons, etc., I, <a href="#p301">301</a>.</li>
+<li>Crêpes et Crêpons, II, 13.</li>
+<li>Creusets, II, 75.</li>
+<li>Cristal minéral, I, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Cuirs et vendeurs de cuirs, II, 86.</li>
+<li>Cuivre, II, 46.</li>
+<li>Curé d’Evry, empirique, I, <a href="#p156">156</a>.</li>
+<li>Curieuses (Dames), I, <a href="#p231">231</a>.</li>
+<li>Curieux (Fameux) des Ouvrages magnifiques, I, <a href="#p216">216</a>.</li>
+<li>Curiosités (Commerce de) et de bijouterie, I, <a href="#p236">236</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">D.</p>
+
+<ul>
+<li>Damasquinerie, I, <a href="#p240">240</a>.</li>
+<li>Danse, I, <a href="#p124">124</a>, <a href="#p126">126</a>.</li>
+<li>Déclarations du Roy, I, <a href="#p190">190</a>.</li>
+<li>Découpeurs, I, <a href="#p62">62</a>.</li>
+<li>Demandes pour acheter, II, 327, 340, 354, 368, 382.</li>
+<li>Dents malades, I, <a href="#p170">170</a>-172 ; II, 178.</li>
+<li>Dentelles, Points, Boutons, Galons d’or, II, 16-17.</li>
+<li>Département des courriers, II, 249.</li>
+<li>Descentes (Bandages), I, <a href="#p12">12</a>, <a href="#p173">173</a> et II, 85.</li>
+<li>Diamants du Temple, I, <a href="#p248">248</a> ; II, 316.</li>
+<li>Diamants à vendre, II, 322.</li>
+<li>Docteurs et Licentiez en droit, I, <a href="#p87">87</a>.</li>
+<li>Domestiques, I, <a href="#pvj">vj</a> ; II, 49, 344, 358, 376.</li>
+<li>Doreurs, Argenteurs, I, <a href="#p287">287</a>.</li>
+<li>Draperies, II, 11, 314.</li>
+<li>Drogueries, I, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Drogueries chimiques, I, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Drogueries étrangères et de Montpellier, I, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Durée des jours et des nuits, II, 242.</li>
+</ul>
+<p class="c">E.</p>
+
+<ul>
+<li>Eau catholique de Paracelse, II, 320-321.</li>
+<li>Eau de Cordoue, I, <a href="#p172">172</a> ; II, 34.</li>
+<li>Eaux distillées, I, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Eaux et forêts, I, <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li>Eau histerique, I, <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Eau rouge de la reine d’Hongrie, I, <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Eaux minérales, I, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Eaux de vie, I, <a href="#p176">176</a>.</li>
+<li>Echets, I, <a href="#p274">274</a>.</li>
+<li>Ecoles (petites), I, <a href="#p18">18</a>.</li>
+<li>Ecole médicinale, I, <a href="#p141">141</a>.</li>
+<li>Ecrans, II, 22.</li>
+<li>Eclipses, II, 242.</li>
+<li>Ecritoires, II, 27.</li>
+<li>Ecrivains jurés, I, <a href="#p249">249</a> ; II, 53.</li>
+<li>Edits et déclarations du Roy, I, <a href="#p190">190</a>.</li>
+<li>Eolipiles, II, 324.</li>
+<li>Eguilles et Epingles, II, 24.</li>
+<li>Election, I, <a href="#p77">77</a>.</li>
+<li>Emailleurs, I, <a href="#p242">242</a>.</li>
+<li>Emplâtre de la manufacture royale, I, <a href="#p13">13</a>.</li>
+<li>Epacte et Lunaisons, II, 213.</li>
+<li>Epiciers, I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a>, <a href="#p302">302</a> ; II, 5-6.</li>
+<li>Epiceries et autres denrées domestiques, II, 5.</li>
+<li>Essences de Rome et de Gènes, II, 33.</li>
+<li>Essence végétale, I, <a href="#p14">14</a>,172.</li>
+<li>Estampes et tableaux, I, <a href="#p239">239</a>.</li>
+<li>Etoffes à meubler, I, <a href="#p284">284</a>.</li>
+<li>Etoffes indiennes, II, 13.</li>
+<li>Etoffes d’Italie, II, 13.</li>
+<li>Etoffes de soie d’or et d’argent, I, <a href="#p272">272</a> et II, 13.</li>
+<li>Etoffes de l’Apport-Paris, II, 339.</li>
+<li>Etuves ordinaires, I, <a href="#p182">182</a>.</li>
+<li>Evantails, II, 20.</li>
+<li>Exercices (Nobles) pour la belle éducation, I, <a href="#p253">253</a>.</li>
+<li>Exercices de piété, I, <a href="#p21">21</a>.</li>
+<li>Experts Ecrivains, II, 53.</li>
+<li>— Arithméticiens, II, 54.</li>
+<li>— Maçons, Charpentiers, II, 54.</li>
+<li>— Couvreurs, II, 54.</li>
+<li>— Généalogistes, II, 53.</li>
+</ul>
+<p class="c">F.</p>
+
+<ul>
+<li>Fabrique des Monnoyes, II, 245.</li>
+<li>Fayences, I, <a href="#p283">283</a> ; II, 43.</li>
+<li>Fer (Ouvrages et Marchandises de), II, 129.</li>
+<li>Fer blanc, II, 46, 131.</li>
+<li>Fermiers généraux, I, <a href="#p28">28</a>, <a href="#p32">32</a> ; II, 79.</li>
+<li>Ferme à vendre, II, 313.</li>
+<li>Ferrailles, II, 129.</li>
+<li>Fêtes mobiles, II, 217.</li>
+<li>Feux d’artifices, I, <a href="#p272">272</a>.</li>
+<li>Figures de plâtre bronzées, I, <a href="#p241">241</a>.</li>
+<li>Fileurs d’or, II, 46.</li>
+<li>Finances royales, I, <a href="#p26">26</a>, <a href="#p33">33</a>.</li>
+<li>Flûtes et Flageollets, I, <a href="#p212">212</a>.</li>
+<li>Foires (Etat des plus considérables), II, 266.</li>
+<li>Fontainiers, II, 155.</li>
+<li>Fourneaux, II, 75.</li>
+<li>Fourrures, II, 35, 38.</li>
+<li>Frère Ange, empirique, I, <a href="#p157">157</a>.</li>
+<li>Frères cordonniers, II, 67, 322.</li>
+<li>Frères tailleurs, II, 61.</li>
+<li>Friperie, II, 60.</li>
+<li>Fromages, I, <a href="#p297">297</a>.</li>
+<li>Fruiterie (offices de), I, <a href="#p300">300</a>.</li>
+<li>Fruits secs I, <a href="#p302">302</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">G.</p>
+
+<ul>
+<li>Gants (marchandises des gantiers et parfumeurs), II, 31.</li>
+<li>Garçons de métier, II, 50.</li>
+<li>Garçons de cuisine et de cabaret, II, 49.</li>
+<li>Garnitures de rubans, II, 24.</li>
+<li>Gazettes, I, <a href="#pxvij">xvij</a>, <a href="#pxxix">xxix</a>, <a href="#p193">193</a>.</li>
+<li>Généalogies, II, 53.</li>
+<li>Gibecières, I, <a href="#p273">273</a>.</li>
+<li>Gobelins, II, 92-93.</li>
+<li>Glaces de miroirs, II, 141, 142.</li>
+<li>Grand Conseil, I, <a href="#p61">61</a>.</li>
+<li>Grains balsamiques, I, <a href="#p13">13</a>, <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Grains dépuratifs du sang, I, <a href="#p172">172</a>.</li>
+<li>Graines de jardins, I, <a href="#p282">282</a>.</li>
+<li>Graveurs en taille douce, II, 68.</li>
+<li>Graveurs de médailles, II, 153.</li>
+<li>Graveurs en lettres, II, 152.</li>
+<li>Graveurs en pierre, II, 153.</li>
+<li>Greffiers du Parlement, I, <a href="#p94">94</a>.</li>
+<li>Grenailles, I, <a href="#p248">248</a>.</li>
+<li>Grenier à sels, I, <a href="#p79">79</a>.</li>
+<li>Guainiers, II, 37, 49, 74.</li>
+<li>Guinguettes, II, 305.</li>
+<li>Guipures, II, 17.</li>
+<li>Guitarre, I, <a href="#p211">211</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">H.</p>
+
+<ul>
+<li>Habillements (habits d’hommes et de femmes), II, 58.</li>
+<li>Habits et manteaux à vendre, II, 319.</li>
+<li>Habits faits de théâtre et de mascarade à quatre pistoles par an, I, <a href="#p271">271</a> et II, 62.</li>
+<li>Hameçons, I, <a href="#p296">296</a>.</li>
+<li>Harans, I, <a href="#p295">295</a>.</li>
+<li>Hautbois, I, <a href="#p212">212</a>.</li>
+<li>Herbages, I, <a href="#p165">165</a>.</li>
+<li>Hôtel de Ville, I, <a href="#p75">75</a>.</li>
+<li>Heures, I, <a href="#p192">192</a>.</li>
+<li>Horlogers. V. <i><a href="#orlogeurs">Orlogeurs</a></i>.</li>
+<li>Hospitaux (Administration des), I, <a href="#p112">112</a>.</li>
+<li>Hostels garnis et tables d’Auberges, I, <a href="#p316">316</a>.</li>
+<li>Huile d’amandes et autres tirées sans feu, I, <a href="#p175">175</a>.</li>
+<li>Huile d’olive, II, 5.</li>
+<li>Huissiers, I, <a href="#p100">100</a>.</li>
+<li>Hydromètres, I, <a href="#p242">242</a>.</li>
+<li>Hypocras, I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">I.</p>
+
+<ul>
+<li>Immeubles à louer, à vendre, à échanger, II, 304.</li>
+<li>Indiction romaine, II, 212.</li>
+<li>Instructions (premières) de la jeunesse, I, <a href="#p248">248</a>.</li>
+<li>Instruments mathématiques et de chirurgie, II, 48.</li>
+<li>Instruments à vents, I, <a href="#p212">212</a> ; II, 72.</li>
+</ul>
+<p class="c">J.</p>
+
+<ul>
+<li>Jambons, I, <a href="#p293">293</a>.</li>
+<li>Jardin médicinal, I, <a href="#p26">26</a>.</li>
+<li>Jardin Royal, II, 87.</li>
+<li>Jardinages, I, <a href="#p275">275</a>.</li>
+<li>Jartières, II, 23.</li>
+<li>Jeûnes et solemnitez, II, 215.</li>
+<li>Jurés bourgeois, II, 54.</li>
+<li>Jouailleries, II, 23.</li>
+<li>Juges et Consuls, I, <a href="#p76">76</a>.</li>
+<li><i>Journal des avis et affaires de Paris</i>, I, <a href="#pxxxv">xxxv</a>.</li>
+<li><i>Journal des Savants</i>, I, <a href="#p191">191</a>.</li>
+<li><i>Journal du Bureau de rencontre</i>, I, <a href="#pxxxix">xxxix</a>.</li>
+<li>Juridiction des Poudres et Salpêtres, 1, 79.</li>
+<li>— des Garennes, <i>ibid.</i></li>
+<li>— du Chantre Notre-Dame, I, <a href="#p17">17</a>, <a href="#p20">20</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">L.</p>
+
+<ul>
+<li>Laboratoire du sieur de Blégny, I, <a href="#p169">169</a>.</li>
+<li id="lachinage">Lachinage, I, <a href="#p239">239</a>.</li>
+<li>Lait d’anesses, de chèvres ou de vaches, II, 72.</li>
+<li>Lancettes, II, 47.</li>
+<li>Lapins, I, <a href="#p273">273</a>.</li>
+<li>Laquais, II, 50, 344, 358, 376.</li>
+<li>Lard, I, <a href="#p293">293</a>.</li>
+<li>Leçons particulières, I, <a href="#p138">138</a>.</li>
+<li>Leton, II, 46.</li>
+<li>Lettre Dominicale, II, 211.</li>
+<li>Librairie (impressions et Commerce de), I, <a href="#p19">19</a>, <a href="#p185">185</a>.</li>
+<li>Lieux où se trouveront tous les quinze jours les livres d’avis, II, 330.</li>
+<li>Linges, points et dentelles, II, 15.</li>
+<li>Lingots d’or et d’argent, I, <a href="#p248">248</a>.</li>
+<li>Lits, I, <a href="#p284">284</a>, <a href="#p285">285</a>.</li>
+<li>Lits à vendre, II, 314, 315, 334, 352, 360, 361, 368.</li>
+<li>Litières, I, <a href="#p267">267</a>.</li>
+<li>Livres d’avis, II, 330.</li>
+<li>Livres de Mathématiques, I, <a href="#p190">190</a>.</li>
+<li>Livres de Médecine, I, <a href="#p162">162</a>, <a href="#p163">163</a>, <a href="#p190">190</a>.</li>
+<li>Livres de piété et d’église, I, <a href="#p20">20</a>, <a href="#p26">26</a>.</li>
+<li>Lods et ventes, II, 309.</li>
+<li>Loupes, I, <a href="#p174">174</a>.</li>
+<li>Lustres et girandoles, II, 143.</li>
+<li>Luths, I, <a href="#p211">211</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">M.</p>
+
+<ul>
+<li>Macarons, I, <a href="#p301">301</a>.</li>
+<li>Machinistes, II, 121.</li>
+<li>Maçonnerie (lieutenant général de la), I, <a href="#p78">78</a> ; II, 102.</li>
+<li>Maçons et Manœuvres, II, 102.</li>
+<li>Magistrats (principaux), I, <a href="#p55">55</a>.</li>
+<li>Maisons à louer, 305-308, 333, 362.</li>
+<li>Maisons à vendre, II, 308-313, 334-337, 349, 351, 367, 368.</li>
+<li>Maladies vénériennes, I, <a href="#p171">171</a>.</li>
+<li>Maladies des yeux et des oreilles, I, <a href="#p174">174</a>.</li>
+<li>Marchandises d’Outre-Mer, II, 20.</li>
+<li>— de Dieppe, II, 22.</li>
+<li>— de Saint-Claude, II, 23.</li>
+<li>Maréchaussée, I, <a href="#p75">75</a>.</li>
+<li>Marionnettes et Manequins, I, <a href="#p272">272</a>.</li>
+<li>Marqueterie, I, <a href="#p286">286</a>.</li>
+<li>Manufactures des ouvrages du Roy, II, 87.</li>
+<li>Maroquins, I, <a href="#p109">109</a> ; II, 38.</li>
+<li>Masques, I, <a href="#p271">271</a>.</li>
+<li>Matériaux à bâtir, II, 105.</li>
+<li>Mathématiques, I, <a href="#p146">146</a>, <a href="#p254">254</a> et II, 71.</li>
+<li>Matières métalliques (Commerce de diverses matières), II, 45.</li>
+<li>Matières médicinales, I, <a href="#p164">164</a>.</li>
+<li>Médailles, I, <a href="#p130">130</a>, <a href="#p221">221</a>, <a href="#p223">223</a>, <a href="#p225">225</a>, <a href="#p227">227</a>, <a href="#p230">230</a> ; II, 382.</li>
+<li>Médecine et Médecins, I, <a href="#p150">150</a>.</li>
+<li>Médecine ordinaire, I, <a href="#p150">150</a>.</li>
+<li>Médecine empirique, I, <a href="#p156">156</a>.</li>
+<li>Médecins jurés, II, 52.</li>
+<li>Melons, I, <a href="#p303">303</a>.</li>
+<li>Menus Plaisirs, I, <a href="#p269">269</a>.</li>
+<li>Menuiserie, II, 121.</li>
+<li>Menuisiers en ébène, II, 353.</li>
+<li>Mercerie, Quincaillerie (Commerce de), II, 18.</li>
+<li><i>Mercure galant</i>, I, <a href="#p193">193</a>.</li>
+<li>Mercure d’or, I, <a href="#p13">13</a>.</li>
+<li>Messageries, II, 166.</li>
+<li>Meubles à vendre, II, 314.</li>
+<li>Meubles de la Chine, I, <a href="#p236">236</a>, <a href="#p240">240</a>.</li>
+<li>Meubles ordinaires et Tapisseries, I, <a href="#p283">283</a>.</li>
+<li>Meubles d’orfévrerie, II, 73.</li>
+<li>Meubles vieux, I, <a href="#p287">287</a>.</li>
+<li>Migniatures, II, 97, 98.</li>
+<li>Miroirs, II, 21, 140, 353, 361.</li>
+<li>Mirouettiers, II, 21, 140, 353, 361.</li>
+<li>Moëllons, II, 107, 113.</li>
+<li>Monnoies (Fabrique des nouvelles), II, 244.</li>
+<li>Montres à vendre, II, 322, 361.</li>
+<li>Morrhues, I, <a href="#p295">295</a>.</li>
+<li>Mouches, II, 76.</li>
+<li>Moulin à blé à vendre, II, 324.</li>
+<li>Moutons, I, <a href="#p291">291</a>.</li>
+<li>Mulets, I, <a href="#p264">264</a>.</li>
+<li>Musettes, I, <a href="#p212">212</a>.</li>
+<li>Musique, I, <a href="#p204">204</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">N.</p>
+
+<ul>
+<li>Nombre d’or, II, 210.</li>
+<li>Nomenclateurs, I, <a href="#pvj">vj</a>, <a href="#p7">7</a>.</li>
+<li>Nourrices, II, 49.</li>
+<li>Nourriture, I, <a href="#p289">289</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">O.</p>
+
+<ul>
+<li>Œufs, I, <a href="#p296">296</a>.</li>
+<li>Officialité, I, <a href="#p16">16</a>, <a href="#p18">18</a>, <a href="#p21">21</a>.</li>
+<li>Officiers nouveaux, Metteurs à bord et gardes bateaux, I, <a href="#p111">111</a>.</li>
+<li>Olives, I, <a href="#p303">303</a>.</li>
+<li>Omissions et changements, I, <a href="#p79">79</a>.</li>
+<li>Opérations chirurgicales, I, <a href="#p157">157</a> et II, 68.</li>
+<li>Opérateurs pour la pierre, la cataracte, les dents, I, <a href="#p160">160</a>.</li>
+<li id="orlogeurs">Orlogeurs, II, 73, 349, 361.</li>
+<li>Oranges, I, <a href="#p302">302</a>.</li>
+<li>Ordonnances (Nouvelles), I, <a href="#p186">186</a>.</li>
+<li>Orgues, I, <a href="#p205">205</a>, <a href="#p206">206</a> ; II, 316.</li>
+<li>Orvietan, I, <a href="#p169">169</a>.</li>
+<li>Ouvrages exquis de peinture et de sculpture, II, 92.</li>
+<li>Ouvrages et bois de Menuiserie, II, 121.</li>
+<li>Ouvrages et fournitures de Charpente, II, 115.</li>
+<li>Ouvrages et fournitures de Couvreurs, II, 118.</li>
+<li>Ouvrages d’or, d’argent, de pierreries, de perles, etc. (Commerce des), I, <a href="#p244">244</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">P.</p>
+
+<ul>
+<li>Panneterie et Patisserie, I, <a href="#p304">304</a>.</li>
+<li>Paniers à fruits, I, <a href="#p301">301</a>.</li>
+<li>Papetiers (Marchandises de), II, 26.</li>
+<li>Parfumeurs (Marchandises des), II, 31.</li>
+<li>Parlement, I, <a href="#p86">86</a>.</li>
+<li>Parties casuelles, I, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p108">108</a>.</li>
+<li>Pastel, II, 99.</li>
+<li>Patissiers, I, <a href="#p300">300</a>, <a href="#p304">304</a>.</li>
+<li>Paveurs (Ouvrage des), II, 157.</li>
+<li>Peaux pour les chapeliers, II, 38.</li>
+<li>— pour les foureurs, II, 38.</li>
+<li>Peaux de mouton en chamois, II, 36.</li>
+<li>— de chagrin, II, 37.</li>
+<li>Peintures, sculptures, dorures, II, 144.</li>
+<li>Peintres, II, 178 ; ouvrages de peinture, II, 92, 144.</li>
+<li>Pelleterie et fourrure, II, 35.</li>
+<li>Penitencier (grand), I, <a href="#p17">17</a>.</li>
+<li>Pendules à vendre, II, 349.</li>
+<li>Pension pour les malades, I, <a href="#p178">178</a>.</li>
+<li>Pensions et répétitions pour les écoliers, I, <a href="#p138">138</a>, <a href="#p249">249</a>.</li>
+<li>Perles, I, <a href="#p248">248</a> ; II, 319, 322, 361.</li>
+<li>Perruques, I, <a href="#pxxxiij">xxxiij</a> ; II, 40.</li>
+<li>Philosophes, I, <a href="#p123">123</a>.</li>
+<li>Pieds de porc à la Sainte-Menehould, I, <a href="#p294">294</a>.</li>
+<li>Pierre (qualité et coupe de la), II, 111, 114, 115.</li>
+<li>Pierreries, I, <a href="#p247">247</a>.</li>
+<li>Pigeons, I, <a href="#p273">273</a>.</li>
+<li>Pistaches, I, <a href="#p304">304</a>.</li>
+<li>Placages (meubles de), I, <a href="#p286">286</a>.</li>
+<li>Plâtre, II, 105.</li>
+<li>Plomb en balles et grains, II, 46.</li>
+<li>Plomberies (Ouvrages de), II, 155.</li>
+<li>Planches de Bateaux, I, <a href="#p121">121</a>, <a href="#p122">122</a>.</li>
+<li>Plumes d’acier, II, 76.</li>
+<li>Points, II, 17.</li>
+<li>Poissons, I, <a href="#p294">294</a>, <a href="#p295">295</a>.</li>
+<li>Police, I, <a href="#p186">186</a>.</li>
+<li>Portraits en cire, II, 69.</li>
+<li>Porcelaines, I, <a href="#p239">239</a> et II, 42.</li>
+<li>Porcs, I, <a href="#p292">292</a>.</li>
+<li>Poteries, Carrelage, Vuidange, II, 158.</li>
+<li>Poulmoniques (Conserve et liqueur pour les), I, <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Précisions chronologiques et historiques des temps, II, 209.</li>
+<li>Prévôté de l’Hôtel du Roy et de la Ville, I, <a href="#p74">74</a>.</li>
+<li>Prévôt des Marchands, I, <a href="#p75">75</a>.</li>
+<li>Prieur médecin, I, <a href="#plv">lv</a>, <a href="#p157">157</a>.</li>
+<li>Prisonniers (pauvres), I, <a href="#p24">24</a>.</li>
+<li>Privilégiez, Privileges à vendre, II, 77.</li>
+<li>Prix des Ouvrages de Maçonnerie, II, 105.</li>
+<li>— de Charpente, II, 116.</li>
+<li>— de Menuiserie, II, 122.</li>
+<li>— de Couvreurs, II, 119.</li>
+<li>— des marchandises de fer, II, 131.</li>
+<li>— des Glaces, II, 143.</li>
+<li>— des Pavés, II, 157, 158.</li>
+<li>— des Ouvrages de Sculpture, peinture et dorure, II, 146.</li>
+<li>— des Plombs, II, 156.</li>
+<li>— des Nattes et Frottages, II, 156, 160.</li>
+<li>— des Vitres, II, 138, 139, 140.</li>
+<li>Proxenètes (courtiers antiques), I, <a href="#pvij">vij</a>, <a href="#pviij">viij</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">Q.</p>
+
+<ul>
+<li>Quincailliers, II, 25.</li>
+</ul>
+<p class="c">R.</p>
+
+<ul>
+<li>Rabats, II, 73.</li>
+<li>Recommanderesses, I, <a href="#px">x</a> ; II, 49.</li>
+<li>Recueil de vers, II, 325.</li>
+<li>Remarques sur la durée des jours et des nuits, II, 242.</li>
+<li>— sur les systèmes du monde, II, 203.</li>
+<li>Remèdes pour les chevaux, I, <a href="#p69">69</a>.</li>
+<li>Remèdes du Roi, I, <a href="#p170">170</a>.</li>
+<li>Rentes de l’Hôtel de Ville, I, <a href="#p42">42</a>.</li>
+<li>Répétitions pour les écoliers, I, <a href="#p138">138</a>, <a href="#p249">249</a>.</li>
+<li>Requestes de l’Hôtel du Roy, I, <a href="#p78">78</a>.</li>
+<li>— du Palais, I, <a href="#p78">78</a>.</li>
+<li>Rocfort, fromage, I, <a href="#p299">299</a>.</li>
+<li>Roulliers et charrettes de routes, II, 174.</li>
+<li>Rubans, II, 20.</li>
+</ul>
+<p class="c">S.</p>
+
+<ul>
+<li>Sable, II, 157.</li>
+<li>Sages femmes jurées, II, 69.</li>
+<li>Saignée, I, <a href="#p159">159</a>.</li>
+<li>Savons, II, 7, 33.</li>
+<li>Savoyards, II, 21.</li>
+<li>Science des Temps, II, 205.</li>
+<li>Sculpteurs, II, 92, 145.</li>
+<li>Sculpture (Ouvrages de), II, 145.</li>
+<li>Séances des Tribunaux, I, <a href="#p78">78</a>.</li>
+<li>Secret pour guérir le <i lang="la" xml:lang="la">Miserere</i>, II, 324.</li>
+<li>Secrétaires du Roy, I, <a href="#p54">54</a>.</li>
+<li>Secrétaires et Greffiers, I, <a href="#p93">93</a>.</li>
+<li>Sel policreste, I, <a href="#p169">169</a>.</li>
+<li>Sergens, I, <a href="#p100">100</a>.</li>
+<li>Seringues, II, 77.</li>
+<li>Sermons, I, <a href="#p200">200</a>, <a href="#p201">201</a>.</li>
+<li>Serrures, II, 136.</li>
+<li>Servantes, I, <a href="#px">x</a> ; II, 49.</li>
+<li>Sirop de vanille, I, <a href="#p177">177</a>.</li>
+<li>— de thé, febrifuge, I, <a href="#p177">177</a>.</li>
+<li>Soies, II, 9.</li>
+<li>Souliers, II, 67.</li>
+<li>Squelettes, II, 77.</li>
+<li>Sucres, II, 6.</li>
+<li>Suif, II, 8.</li>
+<li>Supputation des Epoques, II, 210.</li>
+<li>Systêmes du monde, II, 203.</li>
+</ul>
+<p class="c">T.</p>
+
+<ul>
+<li>Table de Marbre (juridiction de la), I, <a href="#p78">78</a>.</li>
+<li>Tableaux, I, <a href="#p239">239</a>.</li>
+<li>Tableaux à vendre, II, 360.</li>
+<li>Tablettes à vendre, II, 359.</li>
+<li>Tablettes d’Alary, I, <a href="#p177">177</a>.</li>
+<li>Tablettes de poche, I, <a href="#p243">243</a>.</li>
+<li>Taillandiers, II, 47.</li>
+<li>Tailleurs, II, 59, 60, 61.</li>
+<li>Tambours, I, <a href="#p263">263</a>.</li>
+<li>Tamis, II, 77.</li>
+<li>Tapisseries à vendre, II, 314, 336, 350, 361.</li>
+<li>Tapissiers fripiers, I, <a href="#p287">287</a> ; II, 326.</li>
+<li>Tapisseries et Meubles ordinaires, I, <a href="#p283">283</a>.</li>
+<li>Tapisseries de cuir doré, I, <a href="#p286">286</a>.</li>
+<li>— d’Auvergne, II, 340.</li>
+<li>— de la Savonnerie, II, 320, 326.</li>
+<li>— de Flandres, I, <a href="#p283">283</a>.</li>
+<li>— de Beauvais, I, <a href="#p283">283</a>.</li>
+<li>— d’Aubusson, I, <a href="#p283">283</a>.</li>
+<li>— de Bergame et de Rouen, I, <a href="#p284">284</a>.</li>
+<li>Tarif des nouvelles monnoyes, II, 244.</li>
+<li>Temporalité, I, <a href="#p79">79</a>.</li>
+<li>Tentes et pavillons de guerre, I, <a href="#p262">262</a>.</li>
+<li>Tentures de haute lice, I, <a href="#p283">283</a> ; II, 315.</li>
+<li>Terre cizellée, I, <a href="#p240">240</a>.</li>
+<li>Théorbes, I, <a href="#p210">210</a> ; II, 326.</li>
+<li>Terres, fiefs et seigneuries à vendre, II, 337, 338, 349, 360, 363, 367.</li>
+<li>Thériaque de Rouvière, I, <a href="#p167">167</a>.</li>
+<li>Thermomètres, I, <a href="#p242">242</a>.</li>
+<li>Tireurs d’or, II, 46.</li>
+<li>Toiles cirées, II, 76.</li>
+<li>Tontine, I, <a href="#p44">44</a>.</li>
+<li>Tourneurs, II, 51, 103-104.</li>
+<li id="traiteurs">Traiteurs, I, <a href="#p314">314</a>, <a href="#p315">315</a>, <a href="#p319">319</a>.</li>
+<li>Treillis d’Allemagne, II, 13.</li>
+<li>Trésor des Almanachs, II, 193.</li>
+<li>Trésor d’Esculape, II, 177.</li>
+<li>Trésor Royal (Gardes du), I, <a href="#p28">28</a>.</li>
+<li>Trésoriers, I, <a href="#p38">38</a>, <a href="#p53">53</a>.</li>
+<li>Tribunaux, I, <a href="#p78">78</a>.</li>
+<li>Triquetracts, I, <a href="#p274">274</a>.</li>
+<li>Trompettes et timbales, I, <a href="#p215">215</a> ; II, 73.</li>
+<li>Truffles, II, 71.</li>
+<li>Tuiles, II, 119.</li>
+<li>Tuyaux de tolle de fer à brûler du bois sans fumée, II, 76.</li>
+</ul>
+<p class="c">V.</p>
+
+<ul>
+<li>Vacations des Tribunaux, I, <a href="#p86">86</a>.</li>
+<li>Vaches de Roussy, II, 37, 38.</li>
+<li>Volailles, I, <a href="#p292">292</a>.</li>
+<li>Vapeurs, I, <a href="#p171">171</a> ; II, 79.</li>
+<li>Veaux, I, <a href="#p291">291</a>.</li>
+<li>Verre (Vitriers), II, 44, 138.</li>
+<li>Verrerie (Commerce des Verriers), II, 41.</li>
+<li>Vérifications et rapports de jurez, II, 52.</li>
+<li>Vins de liqueurs, I, <a href="#p301">301</a>.</li>
+<li>Vins (Marchandises et aprest de), I, <a href="#p309">309</a> et II, 318, 324.</li>
+<li>Violle et Viollon, I, <a href="#p209">209</a>, <a href="#p210">210</a> et II, 317.</li>
+<li>Vieux papiers et parchemins, II, 28.</li>
+<li>Vitriers (Ouvrage des), II, 138.</li>
+<li>Voyer, I, <a href="#p109">109</a>.</li>
+</ul>
+<p class="c">Y.</p>
+
+<ul>
+<li>Yeux artificiels, II, 75.</li>
+</ul>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak">TABLE DU TOME PREMIER</h2>
+
+
+<div class="flex">
+<table>
+<tr><td class="drap">Introduction</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#intro">v</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Le <i>livre commode</i> contenant les adresses de la ville de Paris</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#debut">1</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Table générale des articles</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#table">323</a></div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Table alphabétique des matières contenues dans les deux volumes</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#intro">325</a></div></td></tr>
+</table>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+<div class="trnote">
+<h2 class="nobreak">NOTE DU TRANSCRIPTEUR</h2>
+
+
+<p>L’orthographe est conforme à l’original.</p>
+
+<p>On a recopié, dans cette transcription du tome premier, la partie
+correspondante de la table des articles, ainsi que l’index alphabétique,
+qui figurent dans le tome II de l’original. On a également ajouté une
+table pour le présent tome, sur le modèle de celle du tome II (en
+reprenant les libellés des éléments recopiés, et en extrapolant les
+numéros de page).</p>
+
+</div>
+
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 75205 ***</div>
+</body>
+</html>
+
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index 0000000..0577764
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+++ b/75205-h/images/cover.jpg
Binary files differ
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@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #75205 (https://www.gutenberg.org/ebooks/75205)