diff options
Diffstat (limited to 'old')
584 files changed, 45701 insertions, 0 deletions
diff --git a/old/69872-0.txt b/old/69872-0.txt new file mode 100644 index 0000000..54e89ec --- /dev/null +++ b/old/69872-0.txt @@ -0,0 +1,21305 @@ +The Project Gutenberg eBook of Le monde de la mer, by Alfred Frédol + +This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and +most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions +whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms +of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at +www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you +will have to check the laws of the country where you are located before +using this eBook. + +Title: Le monde de la mer + +Author: Alfred Frédol + +Release Date: January 24, 2023 [eBook #69872] + +Language: French + +Produced by: Claudine Corbasson and the Online Distributed Proofreading + Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from + images generously made available by The Internet Archive) + +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MONDE DE LA MER *** + + + + + + Au lecteur + + Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version + originale. Les erreurs manifestes de typographie ont été corrigées. + + La ponctuation a pu faire l'objet de quelques corrections mineures. + + + + + LE MONDE + + DE LA MER + + + + +Paris.--Imprimerie de E. MARTINET, rue Mignon, 2. + + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XIII. + P. Lackerbauer Chr. Lith. d'après C. Vogt. Imp. Becquet à Paris. + + APOLÉMIE CONTOURNÉE. + MÉDUSE DE LA CÔTE DE NICE] + + + + + LE MONDE + DE LA MER + + PAR + + ALFRED FRÉDOL + + ILLUSTRÉ + + DE 22 PLANCHES TIRÉES EN COULEUR + DE 14 PLANCHES EN NOIR TIRÉES A PART + ET DE 320 VIGNETTES INTERCALÉES DANS LE TEXTE + + DEUXIÈME ÉDITION + + PARIS + + LIBRAIRIE DE L. HACHETTE et Cie + BOULEVARD SAINT-GERMAIN, Nº 77 + + 1866 + + Droit de traduction réservé. + + + + +[Illustration] + +PRÉFACE +DE LA PREMIÈRE ÉDITION. + + +Le _Monde de la mer_ est l'œuvre posthume d'un savant dont la carrière +a été consacrée aux plus sérieuses spéculations de la science. + +L'auteur s'est proposé, comme délassement à ses travaux, d'initier le +plus grand nombre à la science qu'il cultivait avec amour et qui fut la +grande passion de sa vie. Il a rassemblé, dans une histoire naturelle +sans nomenclature barbare, sans prétention scientifique, sans anatomie +repoussante, un nombre considérable de faits intéressants et d'aperçus +nouveaux. + +Frappé d'admiration à la vue du tableau grandiose de l'Océan, touché du +magique spectacle de la vie des eaux, l'auteur peint le monde de la +mer dans son luxe et ses agitations. + +Il décrit les êtres avec originalité et poésie; il expose leurs +développements et leurs métamorphoses, leurs ruses et leurs industries, +leurs combats et leurs amours; il insiste sur les produits de la mer, +sur l'abondance de ses fruits, sur l'utilité de sa culture; parfois il +descend dans la description des organismes, et fait «admirer, et la +magnificence de l'Exécution, et la simplicité du Dessin». + +La mort a surpris l'auteur alors que ce livre était presque terminé. Sa +famille s'est fait un pieux devoir de le publier tel qu'il l'a laissé, +et de respecter, à tous égards, ses dernières volontés. Le _Monde de +la mer_ a paru sous le pseudonyme d'A. FRÉDOL, l'auteur du _Noyer de +Maguelonne_, des _Jujubes de Montpellier_, etc. + +Des savants distingués, des amis, ont obligeamment contribué au _Monde +de la mer_. MM. C. Vogt, de Genève; Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Coste, +de Quatrefages, E. Blanchard, Deshayes, Lacaze-Duthiers; P. H. Gosse, +d'Angleterre; Sabin Berthelot, des îles Canaries; Aug. Duméril, Gerbe, +Lespés, Auzias-Turenne....., ont communiqué des notes curieuses ou +importantes, et des dessins inédits d'animaux parfois inconnus. + +M. Gudin et M. Biard ont bien voulu permettre la reproduction de leurs +tableaux de la _Mer calme_, de la _Mer agitée_ et de la _Chasse aux +Morses_. + +Que ces savants et ces artistes reçoivent l'expression d'une gratitude +que l'auteur eût été heureux de leur témoigner lui-même. + + Paris, novembre 1864. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +AVERTISSEMENT +DE LA DEUXIÈME ÉDITION. + + +L'accueil fait au _Monde de la mer_ nous engage à publier aujourd'hui +cette seconde édition, que nous avons cru devoir enrichir des conquêtes +nouvelles de la science et des progrès récents de la culture des eaux. + +Un long séjour sur les bords de la mer, dans les laboratoires de +Concarneau, nous a permis d'ajouter des observations nouvelles, et de +donner, d'après nature, un plus grand nombre de dessins. + +L'ouvrage est en outre augmenté d'un aperçu du développement des êtres; +on peut suivre dans une série de planches les phases successives de +leur formation. + +Les savants et les amis qui s'étaient intéressés à la première édition +du _Monde de la mer_ ont bien voulu continuer leur précieux concours. + +Nous devons surtout des remercîments à MM. Coste, Milne Edwards, +Gratiolet, Lacaze-Duthiers, Charles Robin, Gerbe, Lespés, L. +Hautefeuille, Sabin Berthelot, Balestrier, qui nous ont aidé de leur +science et de leurs découvertes, et ont mis à notre disposition des +dessins originaux. + +Puisse le lecteur retrouver dans ce tableau de la vie des eaux un peu +du coloris du Modèle! + + OLIVIER FRÉDOL. + + Concarneau, septembre 1865. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE PREMIER +CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. + + «Il nomma aussi l'amas des eaux, _mers_; + et Dieu vit que cela étoit bon.» + + (_Genèse._) + + Ἄριστον μὲν ὕδωρ + + (PINDARE.) + + +I + +Tout le monde sait que la mer couvre à peu près les deux tiers de la +surface de la terre. Voici le calcul exact donné par les savants. +La surface de la terre est évaluée à 5 098 857 myriamètres carrés. +La partie occupée par les eaux est de 3 832 558 myriamètres carrés +environ, et celle qui compose les continents et les îles, de 1 266 299. +D'où il suit que la surface baignée est à la surface non baignée comme +3,8 est à 1,2. Par conséquent, l'eau recouvre un peu plus des sept +dixièmes ou un peu moins des trois quarts de la surface entière. + +A la surface du globe, l'eau est la généralité, la terre est +l'exception. (Michelet.) + +Ce volume d'eau est divisé par les géographes en cinq grands océans: le +_Glacial arctique_, l'_Atlantique_, l'_Indien_, le _Pacifique_ et le +_Glacial antarctique_. + +L'océan Glacial arctique s'étend depuis le pôle jusqu'au cercle +polaire; il est situé entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique. + +L'océan Atlantique commence au cercle polaire arctique et arrive +jusqu'au cap Horn. Il est situé entre l'Amérique, l'Europe et +l'Afrique. Il présente une longueur d'environ 9000 milles, sur une +largeur moyenne de 2700. Il couvre une surface de 25 millions de milles +carrés. Il est situé entre l'ancien et le nouveau monde. Au delà du +cap des Tempêtes, il n'est plus séparé que par une ligne imaginaire +des vastes mers du Sud, immenses plaines où prennent naissance les +ondes qui sont la principale source des marées, et qui se propagent en +grandes vagues à travers l'Atlantique. (Maury.) + +L'océan Indien est borné au nord par l'Asie, à l'ouest par l'Afrique, +et à l'est par la presqu'île de Malacca, les îles de la Sonde et +l'Australie. + +L'océan Pacifique, ou grand Océan, s'étend du nord au sud, depuis +le cercle polaire arctique jusqu'au cercle polaire antarctique. Il +est borné d'un côté par l'Asie, les îles de la Sonde et l'Australie, +et de l'autre par l'Amérique. Cet océan contraste d'une manière +frappante avec l'Atlantique. L'un a sa plus grande dimension nord et +sud; l'autre, est et ouest. Les courants du premier sont larges et +lents; ceux du second, étroits et rapides. Les marées de celui-ci sont +très-basses; celles de celui-là, très-hautes. Si l'on représente le +volume des eaux pluviales qui tombent dans le Pacifique par 1, celui +que reçoit l'Atlantique sera représenté par un cinquième. L'océan +Pacifique est la plus tranquille des mers; l'océan Atlantique est la +plus orageuse. + +L'océan Glacial antarctique s'étend depuis le cercle polaire +antarctique jusqu'au pôle austral. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. I. + P. Lackerbauer del. Desjardins et Picart. fac-simile sc. + + MER CALME + Une vue de Gibraltar d'après Gudin. + + _Imp. Geny-Gros 28, r. du Plâtre St. Jacques, Paris._] + +Il est remarquable qu'une moitié du globe soit entièrement couverte +d'eau, tandis que l'autre contient moins d'eau que de terre. De plus, +la distribution des mers et des terres est encore très-inégale, si, en +faisant abstraction de la forme des bassins océaniques, on compare les +hémisphères séparés par l'équateur, et les moitiés boréale et australe +du globe. + +[Illustration] + +Les océans communiquent avec les continents et les îles par des +_côtes_, lesquelles sont dites _escarpées_, quand un sol de roche +s'étend et arrive brusquement jusqu'aux rivages, comme en Bretagne, en +Norvége et en Écosse. Dans ce genre de côtes, certaines sont dentelées, +c'est-à-dire ceintes de rochers, soit au-dessus, soit au-dessous de +l'eau, formant souvent des labyrinthes d'îles. D'autres s'enfoncent +tout d'un coup, laissent la mer libre, et produisent des _falaises_: +telles sont les côtes de la Manche. Les côtes sont dites _basses_, +quand elles sont formées par des terrains argileux et mous qui +s'abaissent en pentes douces. On en distingue de deux sortes, celles +par collines et celles par dunes. + + +II + +Quelle est la profondeur de la mer? Il est bien difficile de répondre +exactement à cette question, à cause des grandes difficultés qu'on +rencontre dans les sondages, déterminées par les déviations des +courants sous-marins. + +Laplace a trouvé, par des considérations astronomiques, que la +profondeur moyenne de l'Océan ne peut pas dépasser 3000 mètres. +Humboldt admet le même chiffre. Le docteur Young attribue à l'océan +Atlantique une profondeur moyenne d'environ 1000 mètres, et à l'océan +Pacifique une profondeur de 4000. + +Dupetit-Thouars, pendant son voyage scientifique sur la frégate _la +Vénus_, a exécuté deux sondages très-remarquables. L'un, dans le grand +Océan méridional, n'a pas donné de fond à 2411 brasses, c'est-à-dire à +un peu moins de 4000 mètres; le second, dans le grand Océan équinoxial, +a indiqué un fond à 3790. + +Dans la dernière expédition à la recherche d'un passage au pôle +nord-ouest, le capitaine Ross n'a pu, par 76° et 77° de latitude nord, +rencontrer le fond à une profondeur de 9143 mètres. + +Le lieutenant américain Walsh a trouvé, non loin des côtes des +États-Unis, une profondeur de 10 424 mètres: c'est la plus grande que +l'on connaisse; elle est supérieure à la hauteur des sommets les plus +élevés de l'Inde et de l'Amérique. + +La profondeur de la Méditerranée n'est pas considérable. Entre +Gibraltar et Ceuta, le capitaine Smith a compté 1740 mètres, et +seulement de 915 à 293 dans les parties les plus resserrées du +détroit. Près de Nice, Saussure a rencontré le fond à 990 mètres. On +dit que ce fond est moins bas dans la mer Adriatique, et qu'il n'arrive +qu'à 44 mètres entre les côtes de la Dalmatie et l'embouchure du Pô. + +La mer Baltique est une des mers les moins profondes du globe. Son +maximum ne dépasse pas 200 mètres. + +Le fond de la mer paraît avoir des inégalités semblables à celles +qu'on observe à la surface des continents. Il y a des montagnes et des +vallées, des collines et des plaines. + + +III + +Quelques auteurs ont calculé que toutes les eaux de la mer réunies +formeraient une sphère de 50 à 60 lieues de diamètre, et, en supposant +la surface du globe parfaitement unie, ces eaux la submergeraient +d'environ 200 mètres. + +En admettant que la profondeur moyenne de la mer soit de 4000 mètres, +on a calculé que l'Océan doit contenir à peu près deux milliards deux +cent cinquante millions de milles cubes d'eau. On croit que si la mer +était mise à sec, tous les fleuves de la terre devraient verser leurs +eaux pendant 40 000 ans pour en combler de nouveau le bassin. + + +IV + +Si nous imaginons le globe entier divisé en 1786 parties égales en +poids, nous trouverons approximativement que le poids total des eaux de +l'Océan est équivalent à une de ces parties. (J. Herschel.) + +Le poids spécifique de l'eau de la mer est un peu au-dessus de celui de +l'eau douce. Tandis que celle-ci pèse un kilogramme par litre, ou 1000 +kilogrammes par mètre cube, l'eau de la mer pèse 1027. + +La mer Morte, ne recevant pas assez d'eau douce pour se maintenir +au niveau des mers voisines, acquiert un degré de salure plus +considérable, et pèse 1228 kilogrammes au lieu de 1027. + +Le poids spécifique de l'eau de la mer est à peu près celui du lait de +femme. + + +V + +A une grande distance du rivage, l'Océan paraît bleu et le plus souvent +d'une belle couleur d'azur (_cœruleum mare_). Cette teinte s'adoucit +insensiblement jusqu'à ce qu'elle se confonde avec le ciel. Tout près +de la côte, elle devient d'un vert plus ou moins glauque et plus ou +moins brillant. Il y a des jours où l'Océan se montre un peu livide, et +d'autres jours où il est d'un vert assez pur. Mise dans un vase, l'eau +de la mer paraît transparente et sans couleur. D'après Scoresby, les +régions polaires sont d'une teinte bleu d'outremer. Suivant Costaz, la +Méditerranée est bleu céleste. Suivant Tuckey, l'Atlantique équinoxial +est d'un bleu vif. + +Plusieurs causes locales influent sur la couleur des eaux marines. +L'eau semble blanche dans le golfe de Guinée, jaunâtre près du Japon, +verdâtre à l'ouest des Canaries, et noire autour des îles Maldives. La +Méditerranée, vers l'Archipel, devient quelquefois plus ou moins rouge. +La mer _Vermeille_, près de la Californie, présente une teinte analogue. + +Les noms de _mer Blanche_ et de _mer Noire_ paraissent provenir +seulement des glaces de la première de ces deux mers et des tempêtes de +la seconde. + +Près des côtes où de fortes marées agitent un fond vaseux ou +sablonneux, la teinte de la mer devient plus ou moins grisâtre; mais, +quand dans les eaux les plus pures et les plus calmes, la couleur +jaunâtre du fond se laisse voir à travers l'azur du liquide, il en +résulte une teinte verte que les rayons du soleil nuancent quelquefois +de reflets brillants, comme les feux de l'émeraude et du saphir. + +Quand on descend dans l'Océan, on voit s'évanouir peu à peu les teintes +azurées. A l'éclat du jour succède une lumière douce et uniforme; +bientôt, on entre dans un crépuscule rougeâtre et terne; les couleurs +se fondent, s'assombrissent, et l'on arrive par degrés à une nuit +profonde. + + +VI + +La mer présente une salure particulière, légèrement âcre, mêlée à une +amertume un peu nauséabonde. Elle a une odeur _sui generis_. Elle est +faiblement visqueuse. + +On sait que l'eau pure est le produit de la combinaison de 1 volume +d'oxygène et de 2 volumes d'hydrogène. Ce qui fait, en poids, 100 +oxygène et 12,50 hydrogène. L'eau de la mer est composée de même; +mais on y trouve, en sus, d'autres éléments dont les chimistes nous +ont révélé la présence. Sur 100 grammes d'eau de l'océan Atlantique, +l'analyse a montré: + + Grammes. + Eau 96,470 + Chlorure de sodium 2,700 + Chlorure de magnésium 0,360 + Chlorure de potassium 0,070 + Bromure de magnésium 0,002 + Sulfate de magnésie 0,230 + Sulfate de chaux 0,140 + Carbonate de chaux 0,003 + Résidu 0,025 + +Outre ces substances, on a découvert encore, dans l'eau de la mer, en +quantité minime il est vrai, de l'iode, du soufre, de la silice, de +l'ammoniaque, du fer et du cuivre. + +En examinant, à Valparaiso, des feuilles de cuivre retirées de la +carène d'un bâtiment depuis longtemps submergé, on y a constaté des +traces d'argent déposées par la mer. + +Enfin, on trouve encore, en dissolution dans les eaux de l'Océan, une +mucosité particulière, qui semble de nature végéto-animale, matière +organique provenant de la décomposition successive des innombrables +générations qui ont paru et disparu depuis l'origine du monde vivant. +Cette matière a été parfaitement décrite par le comte Marsigli, qui la +désigne tantôt sous le nom de _glu_, tantôt sous celui d'_onctuosité_. + +Les sels nombreux qui existent dans l'Océan ne peuvent ni se déposer +dans son lit, ni être enlevés par les vapeurs pour être restitués +au sol par les pluies. Des agents particuliers les retiennent, les +transforment et les empêchent de s'accumuler. De cette manière, les +eaux possèdent toujours le même degré de salure et d'amertume, et +l'Océan d'aujourd'hui présente les mêmes caractères chimiques ou +physiques que l'Océan d'autrefois. + +D'après les calculs du professeur Schafhäutl, de Munich, le total des +sels contenus en dissolution dans la mer donnerait une masse de 4 +millions et demi de lieues cubes. Le sel commun en compose, à lui seul, +dans cette masse, 3 051 342, ce qui fait un corps d'un tiers plus petit +que l'Himalaya et cinq fois aussi considérable que les Alpes. + +La salure de la Méditerranée est plus forte que celle de l'Océan, +probablement parce que cette mer perd, par l'évaporation, plus d'eau +qu'elle n'en reçoit de ses fleuves. Par une raison contraire, la mer +Noire et la mer Caspienne sont moins chargées de sel. La mer Morte +renferme une quantité de sel si considérable, qu'un homme reste en +suspension à sa surface comme un morceau de liége sur l'eau douce. + +La salure de la mer semble en général moindre vers les pôles que sous +l'équateur. Cependant il y a des exceptions pour certains pays. + +Dans la mer d'Irlande, près du Cumberland, l'eau contient, en sel, +le 40e de son poids; sur les côtes de la France, le 32e; dans la mer +Baltique, le 30e; sur les côtes de Ténériffe, le 28e, et sur celles de +l'Espagne, le 16e. + +En plusieurs endroits la mer est moins salée à la superficie qu'au fond. + +Dans le détroit de Constantinople, la proportion est de 72 à 62; dans +la Méditerranée, de 32 à 29. On prétend qu'en augmentant de salure, à +une certaine profondeur, la mer diminue d'amertume. A l'embouchure des +grands fleuves, il est à peine besoin de le dire, la mer est toujours +moins salée que sur les côtes qui ne reçoivent aucun cours d'eau douce. + + +VII + +L'Océan est sans cesse agité. Son immense surface se soulève et +s'abaisse, comme si elle était douée d'une douce respiration +(Schleiden). Ses mouvements, faibles ou puissants, lents ou brusques, +sont déterminés d'abord par des différences de température. + +La chaleur change le volume, et par suite le poids de l'eau, qui se +dilate ou se resserre. + +A mesure qu'il se refroidit, le liquide devient plus lourd et descend +dans les profondeurs, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à 4°,25, température +qu'il conserve sous toutes les latitudes, à 1000 mètres de profondeur. +(D'Urville.) + +Si l'eau continue à se refroidir et si elle arrive à zéro, elle devient +plus légère qu'elle n'était à 4°,25, et elle remonte; de sorte que la +congélation, par suite d'une admirable prévoyance de la nature, ne peut +avoir lieu qu'à la surface. + +Tant que la température est au-dessus de 4°,25, l'eau chaude et légère +se transporte à la surface, et l'eau froide descend dans le fond. A +partir de 4°,25 et au-dessous, l'opposé a lieu: les couches froides +montent, et les chaudes descendent à leur tour. Le premier phénomène +se passe surtout sous les tropiques, et le second près des pôles; +d'où résultent, d'une part, le refroidissement, et, de l'autre, la +persistance d'une température moins basse dans les profondeurs des mers +les plus chaudes ou les plus froides. + +De l'élévation des couches chaudes provient l'évaporation qui forme les +nuages, et les pertes que les mers éprouvent, par cela même, sont sans +cesse compensées par les courants d'eau froide venus des pôles. + +D'un autre côté, les pluies produites par les nuages condensés sont +plus chaudes ou plus froides que les couches supérieures de la mer. +Dans le premier cas, l'eau tombée reste à leur surface; dans le second, +elle descend. + +Les eaux des fleuves agissent aussi par leur température, par leur +légèreté spécifique et par leur impulsion. + +Les mouvements de l'air, les vents et les ouragans exercent encore une +influence manifeste sur les agitations de l'eau. + +Enfin, les attractions combinées de la lune et du soleil entraînent, +chaque jour, autour du globe, deux ondes immenses qui, vers les +nouvelles et les pleines lunes, s'élèvent à leur plus grande hauteur, +et baignent les parties du rivage ordinairement découvertes. Ces grands +mouvements sont désignés sous le nom de _marées_. Durant une moitié de +l'année, les plus hautes marées ont lieu pendant le jour, et durant +l'autre moitié, pendant la nuit. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. II. + P. Lackerbauer del. Desjardins et Picart. fac-simile sc. + + BRISANTS + d'après un tableau de Gudin.] + +Les marées, en plein Océan, ne s'élèvent qu'à une hauteur de 65 +centimètres à un mètre. Mais, à la rencontre des continents, qui leur +font obstacle, elles envahissent le littoral avec la vitesse d'un +torrent, et montent à une hauteur qui varie depuis 3 mètres jusqu'à +20. Ces courants quotidiens balayent et purifient nos rivages, nos +rades, nos ports, les embouchures de nos fleuves, répandent partout +une fraîcheur vivifiante et salutaire. Soumis aux influences des corps +célestes que des millions de lieues séparent de nous, ils n'en ont pas +moins, dans leurs retours périodiques, toute la régularité mathématique +du mouvement de ces corps. L'énorme volume d'eau qu'ils soulèvent, et +qui renverserait les plus formidables barrières, s'arrête doucement au +moment prévu, sans dépasser la limite qui lui est tracée. (Maury.) + +[Illustration: VAGUE CREUSE.] + +Parmi les beaux spectacles de la mer, il faut placer les _vagues_, +avec leur marche incessante et régulière, leur mugissement continu et +monotone, et leur écume impatiente et fugitive, qui monte, descend, +remonte, et vient mourir sur le rivage. Quelquefois la lame est lancée +dans les falaises; mais, à la marée basse, elle retourne dans son +lit, en formant mille cascades, mille ruisseaux, mille petites veines +sinueuses. + +Le volume et la puissance des vagues augmentent avec l'épaisseur de +l'eau. On peut même, connaissant leur grandeur et leur vitesse, dans +une région donnée, en déduire jusqu'à un certain point la profondeur de +l'eau dans cette région. (Airy.) + +La hauteur des vagues ordinaires peut aller jusqu'à 11 mètres. Leur +force vient à bout des roches les plus dures; elle use leurs débris +et finit par les arrondir; elle ballotte les galets, les froisse, les +polit, les atténue et les réduit en sable fin, qui s'accumule dans les +abîmes de la mer ou se dépose sur ses rives. + +Les vagues les plus fortes heurtent les escarpements sous-marins et +tendent à s'élancer en fusées; mais, arrêtés et déviés par les couches +d'eau qui les couvrent, ces courants ascendants se changent en _flots +de fond_, lesquels se meuvent avec une effrayante vitesse et déferlent +contre la plage avec une puissance irrésistible. Pendant la tempête de +1822, dans la baie de Biscaye, les vagues, parties des rochers d'Arta, +avaient jusqu'à 400 mètres d'amplitude, et par conséquent parcouraient +20 mètres par seconde. Elles marchaient donc deux fois plus vite qu'une +locomotive faisant dix lieues à l'heure. (Quatrefages.) + +D'après le colonel Emy, les flots de fond agissent par une profondeur +de 130 mètres, et peuvent élever, au-dessus du niveau de la mer, +des colonnes d'eau de plus de 50 mètres de hauteur, de 2 à 3000 +mètres cubes de volume, et pesant de 2 à 3 millions de kilogrammes. +Ces flots de fond jouent un rôle considérable dans la plupart des +phénomènes de l'Océan. On les rencontre dans toutes les mers. Ce sont +eux, et non les ondulations de la surface, qui poussent jusqu'au +rivage les galets, les sables, les débris des coquillages et tous les +objets submergés. Ce sont eux encore qui, sur les bancs sous-marins, +produisent ces _brisants_ si redoutés des matelots, qui rendent +quelquefois impraticables, même par les temps les plus calmes, la passe +de certaines baies. (Emy). + +C'est par les flots de fond qu'on a expliqué le singulier phénomène +qui a lieu à l'embouchure des grands fleuves, appelé la _barre_ par +les mariniers de la Seine, _mascaret_ par ceux de la Dordogne, et +_pororoca_ par les riverains de l'Amazone. + +A la terminaison de ce dernier fleuve, lors des grandes marées des +pleines et des nouvelles lunes, la mer, au lieu d'employer six heures +à monter, atteint sa plus grande hauteur en deux ou trois minutes. +Un flot de 4 à 5 mètres d'élévation s'étend sur toute la largeur du +fleuve. Il est bientôt suivi de deux ou trois autres semblables, et +tous remontent le courant avec un bruit effroyable et une rapidité +telle, qu'ils brisent tout ce qui résiste, déracinent les arbres, et +emportent de vastes étendues de terrain. Le pororoca se fait sentir +jusqu'à 200 lieues dans l'intérieur des terres. (Adalbert.) + +Un autre terrible tourbillon de la mer a été désigné sous le nom de +_mäström_ ou _mälström_: c'est une espèce de trombe permanente et +éternelle qui se fait remarquer dans les mers du Nord, entre Mosken et +le cap sud de l'archipel de Lofoden, en Norvége. Lorsque les tempêtes +de l'ouest poussent du large une mer houleuse, et que souffle une belle +brise de terre, de grandes vagues, hautes comme des collines, accourent +de tous les points de l'horizon, et se précipitent les unes sur les +autres avec une fureur inouïe, pour disparaître comme englouties dans +un abîme. Le mäström attire les vaisseaux à une grande distance, et dès +qu'on sent l'influence de son courant, on est irrévocablement perdu. +Il était très-redouté des anciens, qui le nommaient _nombril de la +mer_[1]. + + [1] En temps calme, le mälström est un fort courant ordinaire où + les étrangers se promènent en bateau. + +Les tremblements de terre donnent quelquefois naissance à des vagues +gigantesques. Le 23 décembre 1854, à neuf heures quarante-cinq minutes +du matin, la frégate russe _Diana_, qui était à l'ancre dans la baie de +Simoda, près de Yédo (Japon), ressentit les premières atteintes d'un +tremblement de terre. Quelques minutes après, une vague immense pénétra +dans la baie, le niveau de l'eau s'éleva subitement, et la ville parut +engloutie. Une seconde vague suivit la première, et quand toutes deux +se furent retirées, il ne restait plus une maison debout. La frégate +elle-même, qui avait talonné plusieurs fois, finit par s'échouer sur +le rivage. Or, le même jour, quelques heures plus tard, sur la côte de +Californie, à plus de 8000 kilomètres du Japon, les échelles de marée +conservèrent les marques de plusieurs vagues d'une hauteur excessive. +Il est à croire que c'étaient les mêmes vagues qui avaient causé +l'échouage de la _Diana_, lesquelles (on en a fait le calcul) devaient +avoir une largeur de 412 kilomètres et une vitesse de 700 kilomètres à +l'heure. (Maury.) + +Il existe dans les mers trois grands courants, qui prennent naissance, +l'un dans le grand Océan, l'autre dans l'océan Atlantique, et le +troisième dans la mer des Indes. Ces courants sont des espèces de +fleuves marins immenses, qui déterminent des différences très-notables +dans la température de beaucoup de régions. + +Le premier a reçu le nom de _courant de Humboldt_. Parti du pôle sud, +il longe les côtes du Chili et du Pérou. Ce courant est froid. + +Le courant de l'océan Atlantique atteint l'extrémité australe de +l'Afrique, où il se partage en deux. La partie méridionale se détache +de la côte et la contourne à distance. La branche nord suit la côte +occidentale de l'Afrique, du sud au nord. Dans la région équatoriale, +elle change de direction, traverse l'océan Atlantique dans sa plus +grande largeur, de l'est à l'ouest, et remonte la côte du Brésil, où +elle se partage en deux. Ce courant est appelé _courant équinoxial_. Le +courant nord suit les côtes du Brésil, de la Guyane, entre dans la mer +des Antilles, se dirige vers la baie de Honduras, traverse le golfe du +Mexique, et prend alors le nom de _Gulf-stream_. Il sort par le canal +de Bahama, et court, en s'élargissant et avec une grande rapidité, au +nord-est. Sa vitesse est plus grande que celle du Mississippi ou de +l'Amazone. On dit qu'il fait cinq milles à l'heure. Il n'existe pas +sur la terre un cours d'eau plus majestueux. Le Gulf-stream se jette +dans l'océan Arctique. Ses dernières branches vont se perdre sur les +côtes occidentales du Spitzberg. Ce courant est chaud. En longeant +adroitement, avec sa barque, le bord de ce fleuve marin, un matelot +pourrait tremper en même temps l'une de ses mains dans l'eau chaude et +l'autre dans l'eau froide. + +On a vu le Gulf-stream amener jusque sur les côtes de l'Écosse les +débris d'un vaisseau de guerre anglais, le _Tilbury_, qui fut détruit +par un incendie dans le voisinage de la Jamaïque. (Schleiden.) + +Le courant de la mer des Indes se dirige à l'est, et rencontre la côte +occidentale de la Nouvelle-Hollande. Une partie de ses eaux longe le +sud de ce continent, et retombe dans le courant circulaire du grand +Océan. L'autre partie remonte au nord, suit l'équateur, de l'est à +l'ouest, descend au sud, en passant entre l'Afrique et Madagascar, +contourne la pointe sud de l'Afrique, et va se jeter dans le courant de +l'océan Atlantique. + +«L'eau, dans son mouvement, n'est pas seulement le principal, mais +aussi le plus fort et le plus terrible des éléments.» (Pindare.) + + +VIII + +La mer se congèle vers les pôles, et revêt alors un caractère tout +particulier. Ce phénomène semble naître à mesure que la salure diminue +et que le mouvement de rotation devient moins rapide. On rencontre +déjà, vers le 40e degré de latitude, de gros morceaux de glace +flottant sur la mer. Ces morceaux ont été détachés de quelque région +plus septentrionale et entraînés par les courants qui vont du pôle +à l'équateur. A 50°, il est assez ordinaire de voir les bords de la +mer se couvrir de glace. A 60°, les golfes et les mers intérieures se +gèlent souvent sur toute leur surface. A 70°, les glaçons flottants +deviennent très-nombreux et très-gros. Ils forment quelquefois de +véritables îles, lesquelles peuvent offrir jusqu'à une demi-lieue de +diamètre. Enfin, vers le 80e degré, on trouve généralement des glaces +fixes, c'est-à-dire accumulées, arrêtées et soudées. + +Les glaces polaires sont teintes des couleurs les plus vives: on dirait +des blocs de pierres précieuses. On y trouve l'éclat du diamant et les +nuances éblouissantes du saphir et de l'émeraude. Ces amas d'eau solide +forment tantôt de vastes champs, tantôt des montagnes élevées. + +Les champs de glace composent souvent des bancs immenses. Ces champs +sont quelquefois parfaitement unis, sans fissure, ni creux, ni +monticules. Scoresby en a vu un flottant, sur lequel une voiture aurait +pu parcourir trente-cinq lieues en ligne droite, sans le moindre +empêchement. Cook en a trouvé un autre, étroit, qui joignait l'Asie à +l'Amérique septentrionale. + +Lorsque ces masses immenses viennent à se rencontrer, il en résulte des +chocs épouvantables dont le fracas est semblable à celui du tonnerre. + +[Illustration: ASPECT DES GLACES AU PÔLE.] + +Les montagnes de glace sont produites par les îles. Ces dernières, +glissant les unes sur les autres, finissent par former des +accumulations gigantesques qui s'élèvent jusqu'à 40 mètres. Ces +masses flottantes, sans cesse minées par la mer, changent de figure, +pour ainsi dire, à chaque instant. Elles se heurtent, se poussent, +se brisent ou se soudent. Les montagnes de glace ont communément +une surface carrée taillée à pic du côté de l'Océan. De loin, elles +représentent de gigantesques découpures blanches qui entament la +voûte bleue du ciel. Vues de près, elles offrent une surface unie ou +hérissée de mamelons. On dirait des pyramides de cristal ou de diamant, +des colonnes élancées, des aiguilles pointues, ou bien des édifices +bizarres et majestueux, avec des arcades, des frontons, des chapiteaux. +Mais bientôt ces pyramides se fendent et s'écroulent, une colonne +s'affaisse et s'arrondit, une aiguille se transforme en escalier, un +édifice se change en champignon..... Spectacle toujours imposant, où +l'inconstance des formes rivalise avec leur variété, et la grandeur des +blocs avec leur bizarrerie. + +Scoresby s'est souvent amusé à plonger ses matelots dans la +stupéfaction, en allumant sa pipe avec un glaçon taillé. Il +dégrossissait le morceau à la hache, le raclait avec un couteau, et le +polissait avec la chaleur de la main, en le soutenant avec un gant de +laine. Un jour, il se procura de la sorte une lentille merveilleusement +transparente, de 35 centimètres de diamètre. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE II + +LA VIE DANS LA MER. + + «Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient + vie et qui se meuvent!» + + (_Genèse._) + + +I + +A l'aspect de la haute mer, libre de tout rivage, celui qui aime +à créer en lui-même un monde à part où puisse s'exercer librement +l'activité spontanée de son âme, celui-là se sent rempli de l'idée +sublime de l'infini. Son regard cherche surtout l'horizon lointain. Il +y voit le ciel et l'eau qui s'unissent en un contour vaporeux où les +astres montent et descendent, paraissent et disparaissent tour à tour. +Mais bientôt cette éternelle vicissitude de la nature réveille en lui +le vague sentiment de tristesse qui est au fond de toutes les joies de +notre cœur. (Humboldt.) + +Des émotions d'un autre genre, et tout aussi sérieuses, sont produites +par la contemplation et par l'étude des innombrables êtres organisés +qui peuplent l'Océan. + +En effet, cette immense masse d'eau qu'on appelle la _mer_ n'est pas un +vaste désert liquide. La vie habite dans son sein, comme elle habite +sur la terre. Elle y règne en souveraine, avec ses épanouissements, son +luxe et ses agitations. + +La vie plaît à Dieu. C'est la plus belle, la plus brillante, la plus +noble et la plus incompréhensible de ses manifestations. + +On l'a dit il y a bien longtemps, la vie est partout, et le monde +n'est rien que par la vie. Les êtres qui en jouissent la transmettent +fidèlement à d'autres êtres, leurs enfants et leurs successeurs, qui en +seront comme eux les dépositaires ou les usufruitiers. Le merveilleux +héritage traverse ainsi les années et les siècles, sans être dénaturé +ni amoindri, et le globe possède toujours la même quantité de vie qui +lui a été si libéralement distribuée. + +On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu'elle est +(Lamartine), et cette ignorance est peut-être l'aiguillon puissant qui +excite notre curiosité et provoque nos études. + +Au sein de toute chose animée, il se livre un combat incessant et muet, +entre la vie, qui assimile, et la mort, qui désagrége. La première est +d'abord la plus puissante, elle maîtrise la matière. Cependant son +règne est limité; elle s'affaiblit graduellement avec l'âge, et finit +par s'éteindre avec le temps: alors les lois physiques et chimiques +reprennent le dessus et détruisent l'organisation. Mais les éléments +de cette dernière, d'abord inertes, sont bientôt ressaisis et remis en +œuvre par une nouvelle vie. Ainsi, chaque plante, chaque animal se lie +avec le passé et se confond avec l'avenir; car toute génération qui +surgit n'est que le corollaire de celle qui expire et le prélude d'une +autre qui va naître. La vie est le séminaire de la mort. La mort est la +nourrice de la vie. + + +II + +La vie ne s'est pas manifestée sur le globe au moment même où il a +été formé. Elle a paru tard; elle n'est venue qu'après les autres +phénomènes naturels. Pour la recevoir, il fallait un sol convenablement +préparé et un ensemble déterminé de conditions physiques et chimiques. + +L'apparition et la diffusion des êtres vivants n'ont pas marché au +hasard, elles ont suivi un ordre rigoureux. La connaissance des débris +fossiles a jeté le plus grand jour sur ce développement régulier et +progressif de l'organisation. L'évolution des êtres vivants a commencé +par les plus rudimentaires. Les couches très-anciennes de la terre ne +recèlent rien qui ait vécu; les traces des corps organisés n'existent +que dans des terrains de formation relativement récente. Les végétaux +se montrent les premiers, et, parmi ces végétaux, ce sont d'abord les +plus inférieurs. Paraissent ensuite les animaux, et en première ligne +ceux qui se rapprochent le plus du règne végétal, et qui appartiennent, +par conséquent, aux tribus les moins parfaites. Ainsi, les combinaisons +de la vie, d'abord simples, sont devenues de plus en plus compliquées, +jusqu'au moment de la création de l'homme, cet admirable chef-d'œuvre +de l'organisation. + +Si l'on met au printemps, dans une soucoupe exposée à l'air et à la +lumière, une certaine quantité d'eau pure, on voit bientôt se produire +des nuages légèrement jaunâtres ou verdâtres. Ces nuages, examinés au +microscope, présentent des milliers de végétaux agglomérés. Bientôt +naissent des animalcules qui nagent au milieu de ces nuages vivants et +se nourrissent de leur substance; puis se forment d'autres animalcules +qui poursuivent et dévorent les premiers. + +En résumé, la vie transforme la matière brute en matière organisée. +Les végétaux apparaissent tout d'abord; puis viennent les animaux +herbivores, puis les animaux carnassiers. La vie entretient la vie. La +mort des uns alimente le développement des autres. Car tout s'enchaîne, +tout s'entr'aide, tout se métamorphose dans le monde organisé comme +dans le monde minéral, et il en résulte une harmonie générale toujours +profonde, toujours la même et toujours digne de notre admiration. Dieu +seul est permanent, tout le reste est transition. + + +III + +Les eaux ont beaucoup plus d'habitants que les parties solides de la +terre[2]. Sur une surface moins variée que celle des continents, la mer +renferme dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région +du globe ne pourrait donner l'idée (Humboldt). + + [2] La vie est partout sur une plage: + La vie est partout dans nos lits. + + (AUTRAN.) + +La vie s'épanouit au nord comme au midi, à l'est comme à l'ouest. +Partout les mers sont peuplées; partout, au sein de l'abîme, s'agitent +et s'ébattent des créatures qui se correspondent et s'harmonisent; +partout le naturaliste trouve à s'instruire et le philosophe à méditer; +et ces changements mêmes ne font qu'imprimer davantage dans notre +âme un sentiment de reconnaissance pour l'Auteur de l'univers. (J. +Franklin.) + +Oui, les rives de l'Océan et ses profondeurs, ses plaines et ses +montagnes, ses vallées et ses précipices, même ses ruines, sont animés +et embellis par d'innombrables êtres organisés. Ce sont d'abord des +plantes solitaires ou sociales, dressées ou pendantes, étalées en +prairies, groupées en oasis ou rassemblées en immenses forêts. Ces +plantes protégent et nourrissent des millions d'animaux qui rampent, +qui courent, qui nagent, qui volent, qui s'enfoncent dans le sable, +s'attachent à des rochers, se logent dans des crevasses ou se +construisent des abris; qui se recherchent ou se fuient, se poursuivent +ou se battent, se caressent avec amour ou se dévorent sans pitié. + +Charles Darwin remarque, avec raison, que nos forêts terrestres +n'entretiennent pas, à beaucoup près, autant d'animaux que celles de la +mer. + +L'Océan, qui est pour l'homme l'_élément de l'asphyxie et de la mort_, +est, pour des milliards d'animaux, un élément de vie et de santé. _Il y +a de la joie dans ses flots; il y a du bonheur sur ses rives; il y a du +bleu partout!_ + + +IV + +La mer influe sur ses nombreux habitants, végétaux ou animaux, par +sa température, par sa densité, par sa salure, par son amertume, par +l'agitation de ses flots et par la rapidité de ses courants. + +On a vu, dans le chapitre qui précède, que les eaux marines ne se +congèlent qu'à la surface, et qu'à 1000 mètres de profondeur, il existe +une température permanente, la même sous toutes les latitudes. D'un +autre côté, on a reconnu que l'effet des agitations les plus puissantes +et celui des ouragans les plus forts s'étendent tout au plus à 25 +mètres de profondeur (Bergmann). D'où il résulte que les végétaux et +les animaux, en descendant plus ou moins, suivant le froid ou les +mouvements qui les dérangent, peuvent toujours avoir un milieu qui leur +convienne. + +Les hôtes de la mer se distinguent par une mollesse particulière. +Certaines plantes pélagiques ne présentent qu'une faible, une +très-faible consistance; un grand nombre se transforment, par +l'ébullition dans l'eau, en une sorte de gelée. Les animaux marins +offrent une chair plus ou moins flasque; beaucoup semblent n'être +composés que d'un mucilage diaphane. Le squelette des espèces les plus +parfaites est plus ou moins flexible et plus ou moins cartilagineux; +il ressemble rarement, quant au poids et à la consistance, aux os +des vertébrés terrestres. Cependant les coquilles et les coraux sont +remarquables par leur solidité pierreuse. Parmi les corps organisés +marins, se trouvent donc à la fois, et les plus mous, et les plus durs! + +La répartition des êtres organisés nourris par l'Océan est soumise à +des lois fixes. On ne trouve pas, sur les côtes, les mêmes espèces +qu'on rencontre éloignées des continents, ni à la surface celles qui se +cachent dans les profondeurs. + +Quelle immense variété de tailles, de formes et de couleurs, depuis +la végétation presque invisible qui sert de nourriture aux petits +coquillages, jusqu'aux algues élancées, longues de 50 mètres, depuis +l'infusoire microscopique jusqu'à la baleine gigantesque! + +On trouve dans la mer animée de l'unité et de la diversité, qui +constituent le beau; de la grandeur et de la simplicité, qui forment le +sublime; de la puissance et de l'immensité, qui commandent le respect. +(Lacépède.) + +On a décrit et figuré bien des plantes et bien des animaux. Mais +combien en reste-t-il encore à figurer et à décrire? Depuis plus de +deux mille ans que les recherches se multiplient et se succèdent sans +interruption, combien la science ne laisse-t-elle pas encore à désirer, +même pour amener les connaissances déjà acquises au degré de perfection +dont elles sont susceptibles! (Lamarck.) + + +V + +Lorsque la marée se retire des bords de l'Océan, la mer abandonne +sur la plage quelques-uns des êtres si nombreux qu'elle abrite dans +son sein. Le naturaliste et l'amateur peuvent, dans les premiers +moments, recueillir une foule de végétaux et d'animaux avec tous leurs +caractères, toutes leurs couleurs et toutes leurs propriétés. + +Les populations riveraines y trouvent les éléments de leur nourriture, +de leur commerce ou de leur industrie. Aussi s'empressent-elles +d'accourir à la marée basse. Les villages et les hameaux les plus +rapprochés y envoient tout leur contingent. Hommes et femmes, vieux +et jeunes, chacun est propre à la récolte, suivant ses forces et son +activité. On s'arme de bâtons, de perches et de pioches; on apporte +des corbeilles, des paniers, des sacs, même des filets. On amène des +brouettes et des chariots. + +[Illustration: FILETS DE PÊCHE.] + +Des pêcheurs ramassent les _Zostères_ rubanées, les _Ulves_ +membraneuses, les _Fucus_ rembrunis, et en font des chargements +considérables. D'autres recueillent les petits coquillages disséminés +sur la grève. Les jeunes garçons enlèvent adroitement sur les +rochers, des _Rans_ ou _Buccins_, des _Vignettes_ ou _Turbos_, et des +_Oreilles de mer_ ou _Ormiers_. Ils détachent aussi des _Bénicles_ +ou _Patelles_. Les jeunes filles font la chasse aux _Mactres_, aux +_Cythérées_ et aux _Bucardes_. Des femmes entrent dans l'eau jusqu'à +mi-jambes, et vont arracher des quantités considérables de _Modioles_ +et de _Moules_. + +On retourne les pierres, ou bien on sonde les crevasses avec un crochet +attaché au bout d'une latte. On y surprend des _Poulpes_, des _Sèches_ +et des _Calmars_, quelquefois même des _Anguilles de mer_ ou _Congres_, +qui s'y sont réfugiés. + +On explore les petites mares que la mer a formées en se retirant. On +y plonge une pochette longuement emmanchée; on y promène un filet à +mailles très-petites, et l'on s'empare ainsi des animaux qui s'y sont +attardés, mollusques, crustacés ou poissons. + +Des hommes creusent le sable, et mettent à nu des _Oursins_, des +_Donaces_ et des _Manches de couteau_. + + +VI + +Dans la Méditerranée et dans les petites mers, la marée est nulle +ou presque nulle, au grand détriment des populations du voisinage. +Il existe, d'ailleurs, un grand nombre de végétaux et d'animaux, +appartenant à la haute mer, que les flots ou les courants n'amènent +presque jamais sur la plage. Il en est d'autres tellement fugaces ou si +fortement collés à leurs rochers, qu'on ne peut bien les étudier que +dans les endroits mêmes qu'ils habitent. Il faut aller les surprendre +flottant à la surface des eaux ou retirés dans leurs mystérieux asiles. +Voilà pourquoi les naturalistes sérieux doivent étudier beaucoup de +productions vivantes de l'eau salée au sein même de la mer, et non sur +les rivages. + +La plupart des explorateurs emploient dans ce but la drague, la sonde +et d'autres engins propres à racler et à briser les rochers les plus +durs. + +[Illustration: DRAGUEURS.] + +Dans son voyage sur les côtes de la Sicile, M. Milne Edwards a eu +l'excellente idée de se servir de l'appareil inventé par le colonel +Paulin, ancien commandant des pompiers de Paris. Cet appareil consiste +en un casque métallique pourvu d'une visière de verre, et par +conséquent transparente, qui se fixe au cou à l'aide d'un tablier de +cuir maintenu par un collier rembourré. Ce casque est une véritable +cloche à plongeur en miniature. Il communique avec une pompe foulante +au moyen d'un tube flexible. Quatre hommes sont employés au service de +cette pompe: deux la mettent en exercice, pendant que les deux autres +se reposent. D'autres hommes tiennent l'extrémité d'une corde (qui +passe dans une poulie attachée à une certaine élévation), laquelle +permet de hisser rapidement le plongeur. Un observateur vigilant tient +dans la main le petit cordon destiné aux signaux. L'immersion du +plongeur est facilitée par de lourdes semelles de plomb, lesquelles +favorisent en même temps la station verticale au fond de la mer. Il +faut près de deux minutes pour retirer un homme de l'eau et pour le +débarrasser de son casque. M. Milne Edwards se faisait descendre, avec +cet appareil, jusqu'à 8 ou 9 mètres de profondeur. Ses recherches +ont été couronnées du succès le plus complet. Dans ses excursions +sous-marines, ce savant naturaliste a pu étudier sur place, dans leurs +retraites les plus cachées et en apparence les moins accessibles, +des animaux rayonnés, des mollusques, des crustacés, des annélides, +surtout des larves et des œufs, et a contribué puissamment à faire +connaître les développements, les fonctions et les mœurs d'un certain +nombre d'habitants de la mer, que leur séjour et leur manière de vivre +semblaient soustraire pour toujours à nos investigations. + +On a proposé, dans ces derniers temps, pour tous les travaux qui +exigent un séjour plus ou moins long au sein des eaux, le bateau +plongeur de MM. Lamiral et Payerne. Ce bateau est un réservoir d'air +atmosphérique comprimé, qu'on descend à différentes profondeurs. Il +fournit les éléments de la respiration, sans communication extérieure; +il favorise le contact direct avec les objets submergés et permet +facilement la locomotion sous l'eau. + + +VII + +On peut encore étudier les êtres vivants abrités par la mer, en les +conservant dans des vases convenables. C'est à M. Charles des Moulins +(de Bordeaux) qu'on doit la possibilité de ces éducations à domicile +(1830). + +Quand on place dans un bocal rempli d'eau douce, des mollusques, des +crustacés ou des poissons, on voit, au bout de quelques jours, le +liquide perdre sa transparence et sa pureté, et se corrompre peu à peu. +Il faut nécessairement changer ce dernier de temps à autre, changement +qui dérange, fait souffrir et même périr les animaux. L'eau nouvelle, +d'ailleurs, n'offre pas toujours la même composition, ni la même +aération, ni la même température que l'eau remplacée. M. Charles des +Moulins a proposé de mettre dans le vase un certain nombre de plantes +aquatiques, flottantes ou submergées, par exemple des lentilles d'eau, +des volants d'eau, des potamogets. Ces plantes agissent sur le liquide +en sens inverse des animaux qui l'habitent. On sait que les végétaux +assimilent le carbone, en décomposant l'acide carbonique, produit de +la respiration des animaux, et dégagent l'oxygène indispensable à ces +derniers. De cette manière, on n'a plus besoin de changer le liquide, +ni même de l'agiter, et l'on ne trouble pas ses habitants. + +M. Dujardin, en 1838, M. Thysme, en 1846, et M. Warrington, en 1849, +ont eu l'heureuse idée de faire pour l'eau salée ce que M. Ch. des +Moulins avait conseillé pour l'eau douce. Il va sans dire que les +plantes dont ils se servent sont des ulves et des fucus. Enfin, M. +Philippe Henri Gosse et M. Bowerbank ont imaginé des réservoirs sur une +plus grande échelle, espèces de bassins transparents auxquels ils ont +donné le nom d'_aquariums_. + +Les aquariums sont pour les populations aquatiques ce que les volières +sont pour les oiseaux. Seulement, au lieu de cages de fer, ce sont des +cages de verre, et au lieu d'air, c'est de l'eau. (Millet.) + +Les aquariums de cabinet affectent généralement une forme +rectangulaire. Qu'on se représente des bassins dont le fond est une +table d'ardoise ou une lame de zinc. Quatre colonnettes de fonte ou de +fer soutiennent quatre glaces verticales, surmontées par un encadrement +de métal. Ce sont des maisons de verre qui dévoilent, avec tous leurs +secrets, les mouvements, les mœurs, les habitudes du monde aquatique. + +[Illustration: AQUARIUM.] + +Afin d'élever un plus grand nombre d'animaux, et pour imiter jusqu'à +un certain point l'agitation des eaux et leur incessante aération, +on a imaginé de renouveler le liquide petit à petit et d'une manière +continue, à l'aide d'un appareil spécial. On fait arriver l'eau, soit +en un filet plus ou moins grêle, soit seulement goutte à goutte. Le +liquide s'échappe par un trop-plein. + +On a soin de placer, dans le réservoir, des pierres creuses, des +tuyaux, pour offrir des abris aux animaux qui fuient la lumière. On +peut aussi former des écrans, soit avec une planche ou une lame de +carton, soit avec une pièce d'étoffe ou un verre dépoli. On ménage sur +l'écran quelques petites ouvertures qui permettent d'observer sans +être vu. De cette manière on ne dérange en aucune façon les fonctions +des animaux, et l'on saisit tous les détails de leur vie intérieure. +C'est en réalité la maison de verre des sages de l'antiquité (Millet). + +Il est bon d'appliquer un couvercle sur l'aquarium, pour arrêter les +animaux qui pourraient en sortir, soit en sautant, soit en rampant, et +pour empêcher la poussière de tomber sur l'eau, de s'y accumuler et de +pénétrer dans sa masse. + +En 1853, M. Mitchell, secrétaire de la Société zoologique de Londres, +construisit dans le jardin de Regent's Park un aquarium avec des +dimensions qu'on n'avait pas encore employées. Le succès de ce petit +musée vivant de la mer excita en Angleterre de véritables transports +d'admiration (Rufz de Lavison). + +Le plus grand, le plus beau et le plus complet des aquariums établis +jusqu'à ce jour, est celui du Jardin zoologique du bois de Boulogne, à +Paris, inauguré le 3 octobre 1861. + +Qu'on se figure un bâtiment, solidement construit en pierre, de +40 mètres de long sur 10 de large, offrant une rangée de quatorze +réservoirs, d'ardoise d'Angers, alignés du côté du nord. Ces réservoirs +sont à peu près cubiques, et offrent des devants de forte glace de +Saint-Gobain, qui permettent de voir l'intérieur. Ils sont éclairés par +le haut: il en résulte un demi-jour verdâtre, uniforme, mystérieux, +qui donne une idée exacte des faibles clartés sous-marines. Chaque +réservoir contient environ 900 litres d'eau; il est garni de rochers +disposés un peu en amphithéâtre et d'une manière pittoresque. Sur ces +rochers s'étalent ou s'élèvent diverses espèces de plantes aquatiques. +Les réservoirs ont dans le fond une couche de galets, de gravier et de +sable, pour donner à certains animaux des retraites suffisantes. + +Dix de ces réservoirs sont destinés aux animaux marins. + +La quantité d'eau employée est d'environ 22 700 litres. Cette eau n'est +jamais changée, mais elle est sans cesse en mouvement, elle circule. +Ce mouvement est produit de la manière suivante. On profite d'un +courant d'eau amené par le grand tuyau de la concession qui alimente +le bois de Boulogne. Cette eau, soumise à une forte pression, comprime +une certaine masse d'air. Cet air, dès qu'on lui permet d'agir sur +une partie de l'eau de mer contenue dans un cylindre fermé qui se +trouve au-dessous du niveau de l'aquarium, la fait monter et entrer +avec une grande force dans chaque réservoir, où elle s'introduit par +un petit jet. L'eau de mer, pressée, absorbe beaucoup d'air, qu'elle +entraîne avec elle dans les réservoirs. Un tuyau placé dans un coin de +ces derniers reçoit le trop-plein du liquide, et le conduit dans un +filtre de charbon très-serré, d'où il passe dans un grand réservoir +souterrain, de fonte, doublé de gutta-percha. De là, l'eau revient +au cylindre fermé, y subit encore la pression de l'air, et remonte +de nouveau dans l'aquarium. Les cylindres étant sous terre, on y +maintient facilement une température égale de 16 degrés centigrades +environ: ce qui est à peu près la température uniforme de l'eau dans +l'Océan. Pendant l'hiver, le bâtiment de l'aquarium est chauffé +artificiellement. (Lloyd.) + +A l'aide d'une disposition très-simple, on peut, dans chaque réservoir, +diminuer la quantité de l'eau, et imiter le flux et le reflux de la +mer. On peut même, en baissant considérablement le liquide, exposer +périodiquement certains animaux à l'air atmosphérique. + +Dans cette circulation et cette agitation de l'eau, sa masse tend à +diminuer par l'évaporation. Les matières qu'elle contient restant dans +le liquide, ce dernier finirait par devenir trop salé. Pour remédier +à cet inconvénient, on y ajoute de l'eau pure. A l'aide d'un appareil +spécial, on fait entrer de temps en temps, dans le grand réservoir, +une certaine quantité d'eau pluviale qui vient du toit du bâtiment. Un +hydromètre indique le moment où cette addition d'eau douce est devenue +nécessaire. + +«_La lengua no basta para decir, ni la mano para escribir todas las +maravillas del mar!_» (Christophe Colomb.) + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE III + +LA PHOSPHORESCENCE DE LA MER. + + Lumière sans feu, mais pas sans vie. + + +I + +Les Infusoires sont une des principales causes de ce beau phénomène +que présente la mer dans les pays chauds, surtout pendant l'été; nous +voulons parler de la _phosphorescence_. + +Dès que le soleil a disparu de l'horizon, des essaims innombrables +d'animalcules lumineux sont attirés à la surface du liquide par +certaines circonstances météorologiques (Humboldt). Une nouvelle clarté +surgit du sein des flots. On dirait que l'Océan essaye de rendre +pendant la nuit les torrents de lumière qu'il a reçus pendant le jour. +Mais cette lumière étrange n'éclaire pas uniformément le milieu dans +lequel elle se produit; elle naît çà et là par une foule de points qui +tout à coup s'allument et scintillent. + +Quand la mer est bien tranquille, on croit voir à sa surface des +millions de vives étincelles qui flottent et se balancent, et, au +milieu d'elles, de capricieux feux follets qui se poursuivent et se +croisent. Ces soudaines apparitions se réunissent, se séparent, se +rejoignent, et finissent par former une vaste nappe de phosphorescence +bleuâtre ou blanchâtre, pâle et vacillante, au sein de laquelle +se font distinguer encore, d'espace en espace, de petits soleils +éblouissants qui conservent leur éclat. + +Quand la mer est très-agitée, les flots semblent s'embraser. Ils +s'élèvent, roulent, bouillonnent, et se brisent en flocons d'écume +qui brillent et disparaissent comme les bluettes d'un immense foyer. +En déferlant sur les rochers du rivage, les vagues les ceignent d'une +bordure lumineuse: le moindre écueil a son cercle de feu. (Quatrefages.) + +Rien n'est gracieux comme une troupe de Dauphins qui se jouent au +milieu de la nuit, frappant, divisant, éparpillant, pulvérisant cette +onde merveilleuse. (Humboldt.) + +Chaque coup de rame fait jaillir de l'Océan des jets de lumière: ici +faibles, peu mobiles et presque contigus; là resplendissants, vagabonds +et dispersés comme un semis de perles chatoyantes. + +Les roues des bateaux à vapeur agitent, soulèvent et précipitent des +gerbes enflammées. Quand un vaisseau fend les ondes, il pousse devant +lui deux vagues de phosphore liquide; il trace en même temps, derrière +sa poupe, un long sillon de feu qui s'efface avec lenteur, comme la +queue d'une comète! + +Quel beau sujet d'études pour les savants, et quelle admirable source +d'inspirations pour les poëtes! + +Lorsque la _Vénus_ mit à l'ancre à Simon's-town, la mer exhalait une +phosphorescence si abondante, que la chambre des naturalistes de +l'expédition semblait éclairée par une torche. + +L'eau brillante, puisée dans un seau, présente en coulant l'aspect du +plomb fondu (Quatrefages). Quand on y plonge la main, on la retire +couverte de corpuscules lumineux et dégouttante de diamants vivants. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. III. + P. Lackerbauer del. Picart. fac-simile sc. + + FLORE DE LA MER. + + 1 Dictyota dichotoma. (_Greville._) + 2 Padina pavonia. (_Lamouroux._) + 3 Laminaria saccharina. _(Agardh._) + 4 Alaria esculenta. (_Greville._) + 5 Laminaria digitata. (_Agardh._) + 6 Macrocystis Humboldii. (_Agardh._) + 7 Lessonia fuscescens. (_Bory._) + 8 Lessonia ovata. (_Hook._) + 9 Macrocystis luxurians. (_Hook. fils et Harv._) + + _Imp. Geny Gros r. du Plâtre 28, Paris._] + +Certains animalcules, doués d'une phosphorescence peu marquée, peuvent, +lorsqu'ils sont très-nombreux, rendre les eaux tout à fait blanches. +Ce phénomène est désigné par les marins hollandais sous le nom de _mer +de lait_ ou _mer de neige_. Les bestioles dont il s'agit, offrent à +peine un ou deux dixièmes de millimètre de longueur et l'épaisseur +d'un cheveu. Ce sont des géants parmi les Infusoires! Elles adhèrent +les unes aux autres par les extrémités, et forment de longues files +quelquefois extrêmement nombreuses. + +En 1854, dans le golfe du Bengale, le capitaine Kingmann navigua +pendant trente milles au milieu d'une énorme tache blanche: c'était une +mer de lait. + +Dans la nuit du 20 au 21 août 1860, M. Trébuchet, commandant la frégate +_la Capricieuse_, en rade d'Amboine, fut témoin d'un magnifique +spectacle de même genre, qui dura jusqu'au lever du jour. L'Océan +ressemblait à certaines plaines de terrain crayeux fortement éclairées +par la lune. + + +II + +La _Noctiluque miliaire_ est un des Infusoires pélagiens qui +contribuent le plus à la phosphorescence de la mer (Rigaut, Suriray). +Cet animalcule, oublié par Cuvier dans son _Règne animal_, a été +rapproché par les naturalistes, tantôt des Anémones[3], et tantôt des +Méduses[4] et des Foraminifères[5]. Dans 30 centimètres cubes d'eau, il +peut en exister 25 000!... + + [3] Voyez le chapitre XII. + + [4] Voyez le chapitre XIII. + + [5] Voyez le chapitre VI. + +[Illustration: NOCTILUQUE MILIAIRE + +(_Noctiluca miliaris_ Lamarck).] + +La Noctiluque paraît, au premier abord, comme un globule de gelée +transparente[6]. Avec un grossissement un peu fort, on distingue sa +forme sphérique plus ou moins régulière, un peu déprimée et légèrement +ombiliquée en dessous. Au centre de l'ombilic se trouve la bouche, +qui communique avec un œsophage en forme d'entonnoir. Il en sort un +tentacule filiforme, très-grêle, mobile, qui naît dans cet endroit, +comme la queue dans une pomme. Ce tentacule semble tubuleux. Blainville +suppose qu'il est terminé par un suçoir: ce serait alors une espèce de +trompe. + + [6] Ce globule présente de 1/5e à 1/3 de millimètre de diamètre. + +Dans certaines contractions, le corps devient réniforme; dans d'autres, +il perd son tentacule. + +La Noctiluque offre çà et là, dans son intérieur, des granules, +probablement des germes, et des points lumineux. Ceux-ci paraissent et +disparaissent avec rapidité: la moindre agitation détermine leur éclat. +Ces points forment tout au plus la vingt-cinquième ou la trentième +partie du grand diamètre du globule. Les Noctiluques émaillent la +surface de l'eau comme de petites constellations tombées du firmament. + + +III + +Les Infusoires, on le sait aujourd'hui, ne sont pas les seuls animaux +producteurs de la phosphorescence. Cet état brillant de la mer est +encore déterminé par des Méduses, des Astéries, des Mollusques, des +Néréides, des Crustacés et même des Poissons[7]..... Ces animaux +engendrent la lumière comme la Torpille engendre l'électricité. Ils +multiplient et diversifient les effets du phénomène. La lumière qu'ils +produisent passe tantôt au verdâtre, tantôt au rougeâtre. A certains +moments, on croit voir, dans le sombre royaume, des disques rayonnants, +des plumets étoilés, des franges flamboyantes. Plusieurs animaux +paraissent de loin comme des masses métalliques rougies à blanc, ou +comme des bouquets de feu lançant des étincelles. Il y a des festons +de verres de couleur comparables aux guirlandes de nos illuminations +publiques, et des météores incandescents, allongés ou globuleux, qui se +poursuivent à travers les vagues, montent, descendent, s'atteignent, +se groupent, se confondent, se disjoignent, décrivent mille courbes +capricieuses, et s'éteignent pour se rallumer et se poursuivre de +nouveau. + + [7] Viviani a trouvé (seulement dans les parages de Gênes) quatorze + espèces d'animaux phosphoriques. MM. Van Beneden et de Quatrefages + en signalent une soixantaine. + + +IV + +Spallanzani a fait un grand nombre d'expériences sur la lumière des +Méduses[8], particulièrement sur celle de l'_Aurélie phosphorique_[9]. +Il a reconnu que cette remarquable propriété réside dans les grands +bras ou tentacules, dans la zone musculaire du corps et dans la cavité +de l'estomac. Le reste de l'animal ne brille que par réverbération. +La source de la phosphorescence est due à la sécrétion d'un liquide +visqueux qui suinte à la surface des organes. Si l'on mêle cette humeur +à d'autres liquides, ceux-ci deviennent plus ou moins lumineux. Une +seule Aurélie, pressée dans 850 grammes de lait de vache, rendit ce +lait si brillant, qu'on put lire une lettre à un mètre de distance. + + [8] Voyez le chapitre XIII. + + [9] _Aurelia phosphorica_ Péron et Lesueur. + +Pline savait que les _Pholades dattes_[10], petits mollusques à deux +valves dont nous parlerons bientôt, présentent aussi une clarté +phosphorescente, qui se répand sur les lèvres des personnes qui mangent +ces pauvres bêtes. Il nous apprend que cette même lueur brille sur +les habits, lorsqu'ils sont mouillés par quelques gouttes du fluide +phosphorescent échappé de l'animal. + + [10] _Pholas dactylus_ Linné. + +Réaumur, après avoir manié quelque temps une Pholade, se lava les +mains dans un vase d'eau. Ayant porté cette eau dans l'obscurité, elle +répandit une lueur d'un blanc bleuâtre. + +M. Milne Edwards ayant mis dans l'alcool des Pholades vivantes, la +matière lumineuse qui suinta du corps de ces mollusques descendit dans +le fond du bocal, et y forma une couche d'un éclat aussi vif qu'au +contact de l'air. + + +V + +La plupart des animaux lumineux paraissent maîtres de leur +phosphorescence, comme les Vers luisants de leur petit fanal; car +plusieurs d'entre eux en augmentent ou en diminuent l'intensité, +suivant les circonstances, et peuvent même l'éteindre tout à fait. +C'est principalement à l'époque de la reproduction... ou des amours, +que la merveilleuse clarté se manifeste avec toute sa splendeur et +toute son animation, triomphe impatient d'une vie exubérante et +généreuse qui veut s'épandre et se donner. + + +VI + +Les plantes contribuent aussi au resplendissant météore de la mer. +Meyen a décrit une _Oscillatoire_ qui donne des lueurs assez éclatantes. + +Tous les marins savent que, pendant les fortes chaleurs, quand on +retire certaines Algues du sein de l'eau, qu'on les agite ou qu'on les +frotte, elles deviennent plus ou moins phosphorescentes. + +[Illustration: PHOSPHORESCENCE.] + +Beaucoup de naturalistes et de physiciens admettent que ce magnifique +phénomène peut résulter encore de diverses matières animales ou +végétales tenues en suspension dans la mer, et surtout de la +décomposition de ces matières. + +Les anciens l'attribuaient faussement à la salure de l'Océan ou à +l'_Esprit salé_. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE IV + +LES PLANTES DE LA MER. + + _Plasén jardi, plus qu'autre jos lo cél._ + + (A. CRUSA, 1471.) + + +I + +La flore de l'Océan mérite sous tous les rapports l'attention du +botaniste, du philosophe et de l'artiste; car il existe, au milieu des +eaux comme sur la terre, dans l'eau salée comme dans l'eau douce, des +plantes curieuses, utiles et pittoresques. + +Ces plantes offrent une diversité de formes telle, qu'un paysage au +fond de la mer n'est ni moins intéressant, ni moins varié que celui +d'une contrée à laquelle le soleil a imprimé le cachet de la végétation +si riche des tropiques. (Schleiden.) + +Cependant, disons-le tout d'abord, la vie végétale est moins largement +représentée dans les mers que sur les continents (Humboldt). La masse +des végétaux terrestres est incomparablement plus grande que celle +des végétaux marins. Mais la nature a compensé cette différence au +sein de l'Océan, ainsi que nous le montrerons ailleurs, en créant les +_Polypiers_, c'est-à-dire des animalcules réunis en sociétés nombreuses +plus ou moins arborisées, qui composent une flore d'un autre genre, +plus compliquée, plus animée, plus étonnante: ce sont, pour ainsi dire, +des animaux dans des plantes et des minéraux dans des animaux. + +La flore océanique appartient presque exclusivement à une seule classe +de végétaux, celle des _Algues_. + +Linné n'a signalé qu'une cinquantaine de ces plantes; on en connaît +aujourd'hui plus de 2000. Dans les eaux de l'Angleterre seulement, on +compte 105 genres et 370 espèces! + +La flore marine est assez nombreuse et assez brillante dans la zone +tempérée; elle diminue graduellement de richesse vers l'équateur et +vers les pôles. (Schleiden.) + + +II + +Les plantes de la mer ont souvent une taille tout à fait microscopique. +Freycinet et Turrel, à bord de la corvette _la Créole_, ont observé, +dans le voisinage de Tajo (île de Luçon), une étendue d'eau de 60 +millions de mètres carrés colorée en rouge écarlate. Cette teinte +provenait de la présence d'une chétive plantule, dont il faut 40 000 +individus pour occuper l'espace d'un millimètre carré! Comme cette +coloration s'étendait à une profondeur assez considérable, il serait +impossible d'évaluer, même d'une manière approximative, le nombre de +tous ces êtres vivants. (Schleiden.) + +La mer Rouge présente aussi, dans certaines circonstances, une +coloration analogue qui lui a valu son nom. Cette coloration est due +également à une Algue microscopique. «Le 10 décembre, dit M. Ehrenberg, +je vis à Tor, près du mont Sinaï, toute la baie qui forme le port de +cette ville, rouge de sang. La haute mer, en dehors de l'enceinte des +coraux, conservait sa couleur ordinaire. De courtes vagues apportaient +sur le rivage, pendant la chaleur du jour, une matière mucilagineuse +pourpre, et la déposaient sur le sable; en sorte que, dans l'espace +d'une demi-heure, toute la baie, à marée basse, fut entourée d'une +ceinture rouge..... Je puisai de l'eau avec des verres, que j'emportai +dans ma tente. Il fut facile de reconnaître que cette coloration +était due à de petits flocons à peine visibles, souvent verdâtres, +quelquefois d'un vert intense, mais pour la plupart d'un rouge foncé. +Toutefois l'eau dans laquelle ils nageaient était parfaitement +incolore. J'observai cette matière au microscope. Les flocons étaient +formés de faisceaux de filaments. Ces faisceaux avaient rarement plus +de 2 millimètres de longueur; ils étaient fusiformes et contenus dans +une sorte de gaîne mucilagineuse. Durant le jour ils se maintenaient +à la surface de l'eau, mais pendant la nuit ils gagnaient le fond +du verre; quelque temps après, ils remontaient.» Cette Algue a été +désignée sous le nom de _Trichodesmie rouge_[11]. + + [11] _Trichodesmium erythræum_ Ehrenberg. + +M. Évenot Dupont, avocat distingué de l'île Maurice, raconte, de son +côté, que le 15 juillet 1843, il vit la même mer teinte en rouge +aussi loin que l'œil pouvait s'étendre. Sa surface était partout +couverte d'une matière fine d'un rouge de brique un peu orangé. La +sciure du bois d'acajou produirait à peu près le même effet. M. Dupont +fit recueillir, à l'aide d'un seau attaché au bout d'une corde, une +certaine quantité de cette substance; puis, avec une cuiller, il en +remplit un flacon. Le lendemain, elle était devenue d'un violet foncé, +et l'eau avait pris une jolie teinte rose. Le contenu fut vidé sur +un linge de coton; l'eau passa au travers, et la substance adhéra au +tissu: en se séchant, elle devint verte. + +M. Montagne a étudié cette matière, et constaté que c'était une petite +Algue du même genre que la précédente. Il l'a nommée _Trichodesmie +d'Ehrenberg_[12]. Cette Algue est composée de filaments articulés et +juxtaposés, variant entre un dixième et un vingtième de millimètre. Le +microscope y fait découvrir des cellules régulièrement soudées bout à +bout, fortement pressées et un peu quadrilatères. + + [12] _Trichodesmium Ehrenbergii_ Montagne. Il en existe encore une + autre espèce, appelée par les savants _Trichodesmium Hindsii_. + +[Illustration: TRICHODESMIE D'EHRENBERG + +(_Trichodesmium Ehrenbergii_ Montagne).] + +D'autres plantes marines présentent au contraire une taille +gigantesque. Humboldt a vu pêcher un Fucus qui avait plus de 500 mètres +de longueur! + + +III + +Les plantes de l'Océan ne ressemblent pas beaucoup à celles qui ornent +nos bois et nos vallons. D'abord elles n'ont pas de racines. + +Celles qui flottent sont globuleuses ou ovoïdes, tubulées ou +membraneuses, sans apparence aucune de corps radiculaire. + +Celles qui adhèrent sont fixées par une sorte d'empatement superficiel +plus ou moins lobé ou divisé. La terre n'est pour rien dans leur +développement, car leur point d'origine est toujours extérieur. +Tout se passe dans l'eau; tout vient d'elle, et tout retourne à elle +(Quatrefages). + +[Illustration: THALASSIOPHYLLUM PERFORÉ + +(_Thalassiophyllum clathrus_ Montagne).] + +Les plantes terrestres choisissent tel ou tel terrain; elles ne +prospèrent bien que dans un sol déterminé. Les plantes marines +sont indifférentes au rocher qui les supporte. Qu'il soit calcaire +ou granitique, elles n'en profitent pas; aussi croissent-elles +indistinctement partout, même sur des coraux ou des coquilles. + +[Illustrations: + +LAURENCIE PINNATIFIDE + +(_Laurencia pinnatifida_ Lamouroux). + +CLADOSTÈPHE VERTICILLÉE + +(_Cladostephus verticillatus_ Hooker).] + +Ces hydrophytes ne possèdent ni vraies tiges, ni vraies feuilles; +elles se dilatent souvent en lames ou lamelles larges ou étroites, +d'une seule ou de plusieurs pièces, qui tiennent lieu de ces organes. +Elles ressemblent tantôt à des lanières onduleuses, tantôt à des +filaments crispés; celles-ci épaisses et coriaces, celles-là minces +et membraneuses. Il y en a qu'on prendrait pour de petits ballons +transparents, pour des étoffes régulièrement gaufrées, pour des +lambeaux de gelée tremblante, pour des rubans de corne blonde, +pour des baudriers de peau tannée, ou pour des éventails de papier +vert! Leur surface est tantôt lisse, polie, même luisante, tantôt +couverte de papilles, de verrues ou de véritables poils. On y trouve +un enduit visqueux, une poussière saline, une efflorescence sucrée, +et quelquefois un dépôt crétacé. Leur couleur est olivâtre, fauve, +jaunâtre, d'un brun plus ou moins obscur, d'un vert plus ou moins gai, +d'un rose plus ou moins tendre, ou d'un carmin plus ou moins vif. + +[Illustration: CAULERPE A FEUILLES D'IF (1/4) + +(_Caulerpa taxifolia_ Agardh).] + +[Illustrations: + +PADINE PAON + +(_Padina pavonia_ Lamouroux). + +DELESSÉRIE ROUGE + +(_Delesseria sanguinea_ Lamouroux).] + +[Illustration: PLOCAMIE PLUMEUSE + +(_Plocamium plumosum_ Lamouroux).] + +Quelques auteurs les ont divisées d'après leurs teintes dominantes en +trois grandes sections: les _brunes_ ou _noires_ (_Mélanospermées_), +les _vertes_ (_Chlorospermées_), et les _rouges_ (_Rhodospermées_). +Les premières sont de beaucoup les plus nombreuses. Elles s'enfoncent +plus ou moins, et semblent occuper dans l'Océan trois régions plus ou +moins distinctes; elles constituent la plus grande partie des forêts +sous-marines. Les vertes sont superficielles et souvent flottantes. Les +rouges se rencontrent habituellement à de faibles profondeurs et sur +les rochers peu éloignés des rivages[13]. + + [13] Voyez la planche IV. + + +IV + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. IV. + Riocreux pinx. Picart sc. + + ALGUES MARINES + + 1 Tetraspora gelatinosa (_Agardh_) + 2 Callithamnion corymbosum (_Lyngbye_) + 3 Plocamium vulgare (_Lamouroux_) + 4 Polysiphonia fibrata (_Harvey_) + 5 Rivularia nitida (_Agardh_) + 6 Delesseria hypoglossum (_Lamouroux_) + 7 Chondrus crispus (_Lyngbye_) + 8 Laminaria saccharina (_Lamouroux_) + 9 Chorda filum (_Stackhouse_) + 10 Laminaria digitata (_Lamouroux_) + + _Imp. Geny-Gros r. Domat 28._] + +Si du fond de la mer un volcan soulève tout à coup au-dessus des +flots un rocher inerte couvert de scories, la force organique est +prête à faire naître la vie à sa surface (Humboldt). A peine l'air +a-t-il touché la pierre nue, qu'il s'y forme de toutes petites plantes +adhérentes qui la rongent et la détruisent peu à peu. Ce sont d'abord +des taches jaunâtres ou grisâtres, puis bleuâtres ou verdâtres, +simples ou doubles, bordées par des lignes saillantes ou traversées +par des sillons entrecroisés. A mesure que ces taches vieillissent, +leur couleur devient un peu plus foncée, et leur épaisseur un peu plus +grande. Au bout d'un certain temps, elles se transforment +en filets de velours. Mais bientôt ceux-ci se décomposent, et, du +milieu de leurs dépouilles, surgissent d'autres plantules à taille +un peu plus haute, à végétation moins chétive et à caractères plus +tranchés. + + +V + +Les plantes de l'Océan qui végètent à sa surface, sans adhérence, +s'entrelacent souvent et forment des îles herbacées, lesquelles sont +poussées par les courants et vont échouer vers quelque plage inconnue, +ou bien sont dispersées par les orages. + +[Illustration: VAREC PORTE-BAIES (1/4) + +(_Sargassum bacciferum_ Agardh).] + +Au sud-est de Terre-Neuve, non loin des Açores, on rencontre un +immense banc de plantes pélagiennes, composé du _Varec nageur_ ou +_porte-baies_[14], l'un des plus répandus parmi les Fucus de l'Océan. +On appelle ce banc, la _mer des Sargasses_ (_mar de Sargasso_). +C'est cette masse gigantesque qui frappa si vivement l'imagination +de Christophe Colomb, et qui est nommée par Oviédo, la _prairie des +Varecs_ (_praderias de Yerva_). (Humboldt.) + + [14] _Sargassum bacciferum_ Agardh. + +[Illustration: ULVE + +(_Ulva Linza_ Linné).] + +Ces lits d'herbes flottantes se rassemblent quelquefois autour des +vaisseaux d'une manière très-serrée. Les premiers navigateurs les +regardaient comme la limite de l'Océan navigable. On assure que Colomb +employa trois mortelles semaines à franchir la prairie des Sargasses. + +Beaucoup d'autres Algues flottent aussi à la surface de la mer, tantôt +réunies, tantôt en petit nombre, et composant d'étroites plates-bandes +ou de petites oasis. Parmi ces plantes, nous devons citer surtout les +_Laitues de mer_ (_Ulves_), avec leur ample et mince feuillage, d'un +vert tendre ou d'un violet obscur. Une espèce ressemble à un long tube +comprimé; une autre, à un fil mince tortueux. + +A ces Algues viennent s'entremêler différentes herbes marines, qui +s'étaient développées dans les bas-fonds, que les vagues ont détachées, +et dont les rameaux déliés ont été soulevés jusqu'à la surface par +leurs cellules gonflées d'air (Humboldt). M. de Martius croit que +beaucoup de ces Algues flottantes ont été arrachées par les Baleines. + +Une fois arrivés à la surface de la mer, les Fucus poussent des +branches et des lobes dans toutes les directions, qui s'enlacent et +s'entortillent de toutes les manières. + +Ces plantes de la surface de la mer ont une exubérance de végétation si +fougueuse, si l'on peut parler ainsi, qu'elle dépasse le développement +de l'_Anacharis du Canada_[15]. Cette plante d'eau douce, transportée +accidentellement, il y a quelques années, dans les eaux de la Tamise, +menace aujourd'hui d'encombrer ce fleuve et d'arrêter la navigation! + + [15] _Anacharis canadensis_ G. Planchon. + +Un des caractères des prairies de Varecs, c'est la simplicité de leur +composition. Dans une prairie terrestre, on observe un assez grand +nombre d'espèces végétales; dans une prairie marine, on n'en compte que +deux ou trois, et souvent même qu'une seule. + +Mais les prairies flottantes sont bien moins nombreuses et moins +remarquables que les prairies sous-marines. + +On voit au fond de l'Océan de riches pelouses étalées sur le sol, à +plantes serrées et comme confondues, semblables à des tapis de moquette. + +On y découvre des buissons et des bosquets, des jardins et des bois. Il +existe un petit nombre de forêts vierges sur la terre; on en rencontre +presque partout sous les ondes, car la végétation des mers est mieux +défendue et mieux respectée que la végétation des continents. L'homme +mutile, exploite, arrache, incendie les bois de l'Amérique, mais +il n'aborde que très-timidement, avec beaucoup de précautions, et +seulement pour quelques minutes, les bois de l'Océan. + +Les hydrophytes submergées confondent leurs feuillages d'une manière +très-lâche ou très-compacte, et composent des berceaux arrondis, des +galeries mystérieuses, ou des fourrés impénétrables... Il y a dans +les harmonies végétales de la mer comme une splendide répétition des +magnificences de la terre. + +Quelques-unes de ces plantes sous-marines sont à peine couvertes d'eau, +d'autres se cachent plus ou moins profondément. + +Dans les parages des îles Canaries, Humboldt et Bonpland ont retiré +d'une profondeur de 67 mètres une _Caulerpe à feuilles de Vigne_. Elle +offrait une admirable couleur verte. + +Entre l'île de France et les îles Mascareignes, Bory de Saint-Vincent a +recueilli une touffe de _Varec turbiné_[16] à une profondeur d'environ +200 mètres. + + [16] _Sargassum turbinatum_ Agardh. + +[Illustration: CALLITHAMNE GRANIFÈRE. + +(_Callithamnion graniferum_ Meneghini).] + +Les _Céramies_ se font remarquer, entre toutes les plantes de la mer, +par la merveilleuse délicatesse de leur organisation, par l'élégance +de leur branchage et par leurs belles teintes écarlates ou violettes. + +[Illustration: LAMINAIRES.] + +Les _Laminaires_ s'allongent comme d'immenses courroies, souvent +frangées et plissées, qui flottent au gré des courants et se tordent +aux vents des tempêtes. + +Les _Agares_ étalent leurs languettes onduleuses ou leurs larges +éventails à bords crispés ou découpés. + +[Illustration: AGARE DE GMELIN (1/6) + +(_Agarum Gmelini_ Mertens).] + +Les _Alariées_ s'élancent dans le liquide avec leur support grêle +et roide, surmonté d'une délicieuse collerette de rubans étroits et +sinueux, du milieu de laquelle s'élève une lanière longue de plus de 15 +mètres, d'abord étroite, puis égale, puis graduellement rétrécie. + +Le _Varec porte-poire_[17] de la Terre de Feu compose de larges +buissons ramifiés, dont chaque branche est terminée par un renflement +creux, espèce de vessie natatoire gonflée d'air, qu'on serait tenté de +prendre pour un fruit. Ce Fucus peut atteindre jusqu'à une hauteur de +300 mètres (Cook, G. Forster); il dépasse, par conséquent, celle de nos +arbres verts les plus élevés. + + [17] _Macrocystis pyrifera_ Agardh. + +[Illustration: ALARIÉE (1/75) + +(_Alaria fistulosa_ Postels et Ruprecht).] + +Les _Néréocystées_ ont une fausse tige filiforme, flexueuse, haute de +20 à 30 mètres, grossissant légèrement vers l'extrémité, où elle se +dilate brusquement en une petite poire, de l'œil de laquelle s'échappe +une touffe d'appendices dichotomes longs de 10 à 12 mètres, étroits et +flexueux, composant un immense bouquet. + +[Illustration: NÉRÉOCYSTÉE (1/350) + +(_Nereocystis Lütkeana_ Postels et Ruprecht).] + +N'oublions pas de mentionner les _Acétabules_, organisations +gracieuses, longtemps mal connues, regardées par Tournefort comme des +Algues[18], et par Linné comme des Polypiers[19]. + + [18] C'est aussi l'opinion de Donati, de Cavolini, d'Agardh, de + Delile, de Link, de Kützing, de Zanardini, de Nägeli, de Woronine. + + [19] C'était aussi l'opinion de Cuvier, de Lamarck, de Blainville. + +Ce sont de petits plateaux orbiculaires, minces, en forme de parasols +très-déprimés, striés en rayons, et plus ou moins semblables au chapeau +de certains champignons, par exemple celui de l'_Agaric androsacé_[20]. + + [20] _Agaricus androsaceus_ Linné. + +Au centre de l'ombelle, en dessous, se voit une tige très-grêle, longue +et fistuleuse, qui sert de support. Les rayons sont creux, et leur tube +communique avec la grande cavité du chapeau. Le végétal tout entier ne +forme qu'_une seule cellule_. (Nägeli.) + +La peau de la plante contient de la chaux carbonatée, grenue, disposée +par couches concentriques. + +[Illustration: ACÉTABULE MARINE + +(_Acetabulum mediterraneum_ Lamarck).] + +Delile a laissé parmi ses papiers une monographie inédite de ce bizarre +végétal. M. Woronine vient de publier une excellente étude sur son +organisation. + +«Les tiges grandissent par le sommet, et produisent plusieurs +verticilles successifs de rameaux confervoïdes. Les inférieurs +périssent, étant caducs, et leurs points d'attache s'oblitèrent. De +nouveaux verticilles supérieurs continuent de croître. Il arrive +un degré auquel il semble qu'une soudure de tubes verticillés +forme un bouton circulaire, véritable disque ou plateau celluleux +à compartiments rayonnants. Ce plateau, d'abord demi-transparent, +s'élargit jusqu'à maturité. Les verticilles confervoïdes inférieurs +subsistent quelquefois par fragments, ou laissent des traces +annulaires, tandis qu'une houppe de ramifications flottantes s'allonge +au milieu du plateau.» (Delile.) + +Quelquefois on rencontre deux chapeaux l'un au-dessus de l'autre. +(Woronine.) + + +VI + +Les plantes pélagiennes ne produisent ni calice, ni corolle; elles +n'ont ni vraies étamines, ni vrais pistils: mais, par une merveilleuse +compensation, ainsi qu'on le verra dans les chapitres suivants, +beaucoup d'animaux de la mer sont organisés et quelquefois groupés +comme de véritables fleurs!..... Bizarre élément, où le règne animal +_fleurit_, et où le règne végétal _ne fleurit pas!_ + +Pendant longtemps les botanistes ont ignoré le mode générateur des +végétaux de l'Océan. Ils les rangeaient parmi les plantes _à noces +cachées_ (_Cryptogames_). On sait aujourd'hui que les Algues se +reproduisent par le moyen de corpuscules, les uns mâles, les autres +femelles, souvent doués d'une mobilité singulière. Si les animaux +marins ont emprunté aux végétaux terrestres la forme de leurs fleurs, +les végétaux marins, à leur tour, ont pris aux animaux une partie de +leur locomotion! + +En 1793, Girod-Chantrans signala, le premier, mais sans bien s'en +rendre compte, une _sorte de mouvement spontané_ dans la matière +granuleuse verte de certaines Algues. Il considérait mal à propos cette +matière comme une _agglomération d'animalcules_ analogues à ceux des +Polypiers[21]. + + [21] Voyez le chapitre VII. + +En 1817, Bory de Saint-Vincent découvrit d'une manière certaine, et +démontra de la façon la plus évidente, la faculté locomotile des +granulations dont il s'agit. Ses observations furent confirmées par +Gaillon, à Paris, et par Agardh, à Stockholm. Les études plus récentes +de MM. Derbès et Solier, et surtout de MM. Thuret et Pringsheim, ont +jeté le plus grand jour sur la propagation des végétaux marins. + +Les Algues rouges se reproduisent par des spores de deux espèces. Les +premières, ou _tétraspores_, se développent au nombre de quatre dans +des cellules appartenant à des frondes spéciales; elles paraissent +ressembler à des bulbilles, et portent en elles-mêmes la raison de leur +germination. Les spores proprement dites naissent dans des capsules, +ou _polyspores_; l'action des _anthéridies_ semble nécessaire à leur +entier développement: ce sont de véritables graines. + +Les anthéridies sont de formes très-variables, et finissent par se +diviser en nombreuses cellules. Ces cellules deviennent libres; elles +ne germent pas, mais il est probable que leur action sur les polyspores +est analogue à ce que nous offrent celles des Algues vertes. + +Le plus souvent chacun de ces organes appartient à une plante +distincte, de telle sorte que l'espèce comprend trois formes +d'individus; ce qui est encore plus compliqué que chez le Dattier, où +il y a seulement des pieds mâles et des pieds femelles. + +Les Algues vertes se propagent principalement par des _zoospores_ et +par des _spores_. + +Les _zoospores_ sont des corpuscules microscopiques d'environ un ou +deux centièmes de millimètre de longueur, de forme ovoïde ou turbinée, +et remplis aux deux tiers d'une matière verte (_chlorophylle_). +L'extrémité antérieure, ou rostre, est atténuée en pointe et surmontée +le plus souvent par deux ou quatre cils plus longs que le corpuscule +tout entier. Dans certaines Algues (_Phéosporées_), les cils sont +inégaux, le plus long dirigé en avant, le plus court traînant par +derrière comme une sorte de gouvernail. Vers la naissance du rostre, +on observe fréquemment un point rougeâtre, qui subsiste encore quelque +temps après que la germination est commencée. + +[Illustration: ZOOSPORES.] + +Le _Myrionema_, parasite qui forme sur la surface des autres Algues +de petites taches brunes ayant à peine quelques lignes de large, et +l'_Haligenia_, dont la fronde étalée atteint jusqu'à douze pieds de +diamètre, se reproduisent par des zoospores semblables, présentant la +même petitesse et la même simplicité d'organisation. L'analogie nous +conduit de même à supposer que les immenses _Lessonia_ arborescents de +l'océan Austral se propagent aussi par des zoospores dont la longueur +ne dépasse guère un centième de millimètre. (Thuret.) + +Certaines Algues jouissent dans toutes les parties de leur tissu de la +faculté de produire des zoospores; dans d'autres espèces, au contraire, +leur formation est plus ou moins localisée dans quelques parties de la +fronde. + +Ces corpuscules semblent toujours produits par une sorte de coagulation +de la matière contenue dans les cellules. Cette matière s'agglomère +en masses plus ou moins nombreuses, d'abord confuses et mal limitées +(fig. 1), plus tard nettement circonscrites (fig. 2), et constituant +alors autant de zoospores distinctes (fig. 3). + +[Illustration: FORMATION ET ÉMISSION DES ZOOSPORES (1/330) + +(_Bryopsis hypnoides_ Lamarck).] + +L'émission des zoospores a presque toujours lieu avec une sorte de +violence, déterminée par la pression exercée sur les parois de la +cellule par le liquide mucilagineux qui en remplit la cavité. Ce +liquide augmente peu à peu de volume par endosmose, et finit par en +déterminer la rupture. + +Aussitôt libres (fig. Z), les zoospores s'agitent dans tous les sens, +présentant presque toujours leur rostre en avant. Leurs mouvements sont +vifs et capricieux; quelquefois elles reviennent subitement en arrière; +souvent on les voit pirouetter sur leur grand axe. Si le vase qui les +contient est placé dans le voisinage d'une fenêtre, elles se dirigent +le plus souvent vers la lumière. (Thuret.) + +[Illustration: DÉVELOPPEMENT DE LA ZOOSPORE ET FORMATION DE LA JEUNE PLANTE +(1/330) + +(_Haligenia bulbosa_ Decaisne).] + +Après s'être ainsi démenées pendant plusieurs heures ou plusieurs +jours, suivant les espèces, les zoospores (fig. Z) se fixent par leur +rostre au moyen d'une sécrétion mucilagineuse; leur corps s'arrondit; +les cils, décomposés ou détachés, disparaissent; en même temps +l'extrémité opposée grossit et s'allonge en un tube qui ne tarde pas +à se cloisonner. Souvent même ce développement est si rapide, qu'il +suffit de quelques jours pour voir se former une jeune fronde (fig. +11). (Thuret.) + +La _spore_ est une petite masse ronde remplie d'une substance olivâtre, +et qui reçoit, de corpuscules ciliés (_anthérozoïdes_), la propriété +de reproduire un individu semblable à celui qui lui a donné naissance. +Elle est contenue dans un sac (_sporange_) fixé par un court pédicule +aux parois d'une cavité (_conceptacle_) qui s'ouvre à l'extérieur +par un petit orifice (_ostiole_). Le sporange contient, suivant les +espèces, une ou plusieurs spores. + +[Illustration: CONCEPTACLE RENFERMANT LES SPORANGES + +(_Fucus vesiculosus_ Linné).] + +[Illustration: INSERTION DU SPORANGE, ÉMISSION DE L'OCTOSPORE + +(_Fucus vesiculosus_ Linné).] + +Les anthérozoïdes consistent en des corpuscules microscopiques d'un +ou deux centièmes de millimètre de longueur environ, renfermant un +granule coloré qui semble faire saillie à la surface, et muni de deux +cils locomoteurs très-ténus. Ils sont en grand nombre dans un petit +sac ovoïde transparent (_anthéridie_) inséré par sa base sur des poils +rameux et articulés. Ces poils naissent des parois d'un conceptacle, +et convergent vers l'ostiole, comme pour guider les anthérozoïdes à la +sortie de leur cavité. + +[Illustration: CONCEPTACLE RENFERMANT LES ANTHÉRIDIES + +(_Fucus vesiculosus_ Linné).] + +[Illustrations: + + 1. INSERTION DES ANTHÉRIDIES.--2. ÉMISSION DES ANTHÉROZOÏDES + +(_Fucus vesiculosus_ Linné).] + +Les sporanges et les anthéridies peuvent être, selon les espèces, +réunis dans un même conceptacle, ou séparés dans des individus +différents et dans des conceptacles distincts. + +Voici, d'après les beaux travaux de M. Thuret, la suite des +phénomènes auxquels donne lieu ce mode de reproduction dans le _Fucus +vésiculeux_[22]: + +Les sporanges tirent leur origine des cellules de la cavité +conceptaculaire. Quelques-unes d'entre ces cellules forment au-dessus +des autres une petite protubérance qui se dédouble au moyen d'une +cloison transversale: l'inférieure cesse de grossir, et forme dès lors +le pédicule; la supérieure continue de s'accroître, se remplit d'une +matière olivâtre et s'organise en sporange. Bientôt cette matière se +segmente en huit parties qui constitueront autant de spores; leur +réunion est l'_octospore_. Ce corps se présente sous la forme d'une +masse opaque et brunâtre entourée de deux membranes transparentes. +La membrane extérieure (_périspore_) appartient au sporange, et +reste fixée au pédicule quand celui-ci crève. La membrane interne +(_épispore_) reste adhérente à la masse commune, et retient les spores +fortement serrées entre elles. Une fois sorties des sporanges, les +octospores glissent jusqu'à l'orifice du conceptacle et se dispersent +dans l'eau. + + [22] Voyez les figures de la planche V, dont les éléments nous ont + été libéralement communiqués par M. Thuret. + +Bientôt elles augmentent de volume; en même temps la membrane +enveloppante (épispore) commence à se dissoudre à la partie supérieure, +et l'on s'aperçoit alors (fig. 1) que les spores sont encore revêtues +d'une troisième membrane extrêmement délicate. La portion inférieure +de l'épispore, qui ne s'est pas dissoute, se replie sur elle-même +pour livrer passage aux spores (fig. 2), s'en sépare complétement et +ne tient plus que par sa base à la membrane interne (fig. 3); enfin, +cette dernière se brise et laisse échapper les spores (fig. 4). Tous +ces phénomènes s'accomplissent en moins d'une heure. Les spores libres +sont parfaitement rondes, d'un jaune olivâtre, absolument dépourvues +de tégument; c'est à ce moment que l'action des anthérozoïdes (fig. +A) devra intervenir pour féconder la spore dégagée de ses enveloppes. +Il suffit pour cela que quelques anthéridies soient mélangées à l'eau +qui contient les corps reproducteurs. Sous l'influence de l'humidité, +les anthérozoïdes se dégagent de leur anthéridie (fig. _a_), entourent +la spore, s'attachent à sa surface (fig. 5), et, au moyen de leurs +cils locomoteurs, lui communiquent un mouvement de rotation très-vif. +Peu à peu ce mouvement se ralentit, et au bout d'une demi-heure il +a entièrement cessé. Quelques heures après, la spore se revêt d'une +membrane; plus tard encore une cloison apparaît, qui la divise en +deux cellules (fig. 6). En même temps (fig. 7) se montre un petit +épaississement qui continue à s'allonger, et finit par se convertir en +un filament transparent, dépourvu de matière verte, et ne renfermant +que quelques grains jaunâtres à son extrémité. Bientôt plusieurs de ces +radicules naissent à la base de la spore, et servent à fixer la jeune +fronde (fig. 7, 8, 9, 10). Celle-ci, dont les cellules ont continué +à se multiplier par la production de nouvelles cloisons dans les +cellules déjà existantes, s'allonge peu à peu en une petite expansion +de forme obovale et de couleur brune (fig. 11, 12). La jeune fronde est +maintenant formée; elle présente déjà, en plus petit, il est vrai, les +organes fondamentaux de la plante mère. Encore quelques jours, elle +aura acquis son entier développement, et sera capable à son tour de +reproduire des individus semblables à elle-même. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. V. + Riocreux del. d'après Mr. Thuret. Rapine. sc. + + REPRODUCTION ET GERMINATION D'UNE ALGUE. + (Fucus vesiculosus Linné.) + + 1. 2. 3. Formation des ovules.--4. Leur émission.--A. A. Anthérozoïdes. + _a._ Leur émission.--5. Union des Anthérozoïdes et de l'ovule. + 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Germination et Développement de la jeune plante.] + + +VII + +Chaque marée, et surtout chaque ouragan accumule sur les côtes +occidentales de l'Europe d'énormes monceaux de Varecs ou _Goëmons_. +On les recueille et on les transporte dans les champs pour y servir +d'engrais. Les pauvres gens les font sécher, c'est là leur combustible. +D'autres fois on prépare avec ces plantes marines la _soude de +Varec_, ou _soude naturelle_. Les Goëmons couvrent la plage et les +rochers submergés. Ils forment sur le sable de longues traînées +flexueuses indiquant la limite atteinte par la vague. Les principaux +sont le _Vraigin_, ou _Varec à nœuds_[23], renflé d'espace en espace +de vésicules pleines d'air; le _Craquet_, ou _Varec vésiculeux_, +caractérisé aussi par de petites outres semblables à des pois; et le +_Vraiplat_, ou _Varec dentelé_[24], dont les lanières ont les bords +découpés en scie et la surface parsemée de petits enfoncements. On +exploite aussi le _Varec à siliques_[25], qui porte des capsules +allongées et comprimées, marquées de cloisons transversales, comme les +fruits des choux et des navets. + + [23] _Fucus nodosus_ Linné. + + [24] _Fucus serratus_ Linné. + + [25] _Fucus siliquosus_ Linné. + +[Illustration: VAREC VÉSICULEUX + +(_Fucus vesiculosus_ Linné).] + +Dans certaines baies il y a jusqu'à 30 000 personnes qui accourent +sur la grève pour ramasser les Goëmons que la mer a jetés, ou pour +couper ceux qui végètent sur les rochers. Comme dans cette sorte de +récolte... ou de pillage, les plus riches, qui disposent de nombreux +attelages et de beaucoup de bras, seraient toujours les mieux partagés, +les prêtres catholiques du moyen âge avaient établi une coutume +aussi ingénieuse que noble. C'était de n'admettre, le premier jour, +à la récolte du Varec, que les habitants peu aisés de la paroisse. +Ceux-ci empruntaient à leurs voisins des charrettes et des chevaux, et +parvenaient ainsi à faire une bonne récolte. Dans le Finistère, où les +mœurs antiques sont en partie conservées, cet usage se retrouve encore: +le premier jour de la coupe du Goëmon s'y appelle le _jour du pauvre_. +Le prêtre vient à la grève dès le matin, et si un riche se présente +pour récolter:--«Laissez les pauvres gens ramasser leur pain», dit le +recteur. Et le riche se retire. (_Mag. pittor._) + +Les ouvriers qui se livrent à la fabrication de la soude de Varec +sont appelés _barilleurs_ ou _soudiers_, aux environs de Brest et de +Cherbourg. + +Les barilleurs se rendent dans les lieux les plus favorables par +groupes de six hommes, et construisent au centre de l'espace qu'ils +veulent exploiter une sorte de cabane dans laquelle ils se retirent +pour passer la nuit. Quand la mer est basse, les ouvriers se dispersent +sur les rochers, arrachent les Varecs et en forment de grands tas. +Ils transportent ceux-ci vers un endroit déterminé du rivage, soit +en les faisant flotter, soit avec des civières, soit tout simplement +sur leur dos. Ils les étalent sur la grève, au soleil. Quand la +dessiccation est suffisante, ils les empilent dans des fours formés +de quatre pierres plates disposées en rectangle, et y mettent le feu. +La combustion s'opère lentement en répandant une fumée abondante des +plus désagréables. Les Goëmons, constamment remués avec une barre de +fer, développent une forte chaleur; les cendres subissent une sorte +de vitrification, et se prennent en masse: c'est cette matière qui +constitue la soude de Varec. + +Anciennement, dans les seules îles Orkneys, 20 000 hommes étaient +occupés toute l'année à ramasser des Fucus et à les brûler. +Aujourd'hui, dans ces mêmes îles, l'industrie de la soude a été +remplacée par celle de l'iode, laquelle est bien loin de donner les +mêmes avantages. (L. Wraxall.) + +Un autre produit de la mer, exploité sur les bords de l'Océan, +c'est la _Zostère marine_[26], plante remarquable par ses longues +feuilles rubanées, d'un vert sombre. Cette plante n'est pas une +Algue; elle appartient à la famille des _Zostéracées_. Elle a des +racines très-grêles qui l'attachent aux sables mouvants; elle possède +de véritables fleurs, à la vérité bien petites et bien modestes. La +Zostère est employée, dans beaucoup d'endroits, pour les matelas, les +coussins, et surtout pour les emballages. En Hollande, à l'entrée du +Zuyderzée, on s'en sert, sous le nom de _Wier_, pour la construction +des digues. (De Candolle.) + + [26] _Zostera marina_ Linné. + +On est vraiment saisi d'admiration, quand on réfléchit sur les énormes +masses de végétaux marins que chaque marée ou chaque tempête rejette +et accumule sur les plages tous les ans, tous les mois, même tous les +jours, sans que jamais leur quantité paraisse s'amoindrir. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE V + +LES ANIMAUX INFUSOIRES. + + «_Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est._» + + (PLINE.) + + +I + +La Providence a distribué avec une grande profusion les espèces et les +individus inférieurs de l'animalité. Dieu semble avoir voulu consoler +(et même égayer) les abîmes de la mer en y répandant par millions et +par milliards les représentants les plus mobiles de la vie. + +[Illustration: MICROSCOPE.] + +L'Océan est donc peuplé de légions innombrables d'infiniment petits... +Ces infiniment petits échapperaient encore à nos regards, si nous ne +possédions pas le _microscope_, ce sixième sens de l'homme, comme +l'appelle M. Michelet. + +Le microscope! merveilleux instrument qui a fait pour l'organisation ce +que le télescope a fait pour les étoiles[27]! + + [27] «Le microscope précise les caractères des infiniment petits, + comme le télescope rapproche les infiniment grands.» (LEIBNITZ.) + +La connaissance des Infusoires est, sans contredit, une des plus belles +conquêtes de l'optique. C'est un monde entièrement nouveau que nous a +révélé la précieuse lunette, et l'une des sources les plus fécondes de +notre admiration pour la puissance créatrice. + +«Il n'y a chose, en ce monde, tant soit elle estimée petite et +lesgière, qui ne nous soit tesmoignage de la grandeur de nostre +supernaturel et plus que nonpareil Ouvrier.» (Belon.) + +[Illustration: MICROSCOPE SOLAIRE.] + +Les animalcules infusoires sont tellement petits, qu'une gouttelette de +liquide en contient plusieurs millions. + +Toutes les eaux en présentent, les douces comme les salées, les froides +comme les chaudes. Les grands fleuves en charrient constamment des +quantités énormes dans la mer. + +Le Gange en transporte, dans l'espace d'une année, une masse égale à +six ou huit fois le volume de la plus grande pyramide d'Égypte. Parmi +ces animalcules, on a compté soixante et onze espèces différentes. +(Ehrenberg.) + +L'eau et la vase recueillies entre les îles Philippines et les îles +Mariannes, à une profondeur de 6600 mètres, en ont donné cent seize +espèces. + +[Illustration: INFUSOIRES DIVERS.] + +Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient pas +exister, on rencontre encore des myriades d'Infusoires. Ceux qu'on a +observés dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine +James Ross, offraient une richesse toute particulière d'organisations +inconnues jusqu'ici et souvent d'une élégance remarquable. Dans les +résidus de la fonte des glaces qui flottent en blocs arrondis, par 70° +10´ de latitude, on a trouvé près de cinquante espèces différentes. +(Ehrenberg.) + +A des profondeurs de la mer qui dépassent les hauteurs des plus +puissantes montagnes, chaque couche d'eau est animée par des phalanges +innombrables d'imperceptibles habitants. (Humboldt.) + +Les Infusoires sont donc à la fois les animaux les plus petits et les +plus nombreux de la nature. Ces êtres microscopiques constituent, aussi +bien que l'espèce humaine, un des rouages de la machine si compliquée +de notre globe. Ils sont à leur rang et à leur échelon: ainsi l'a voulu +la grande Pensée première! Supprimez ces microscopiques bestiolettes, +et le monde sera incomplet! On l'a dit il y a longtemps, il n'est rien +de si petit à la vue qui ne devienne grand par la réflexion! + + +II + +Les Infusoires sont tous plus ou moins translucides. Ils n'ont pas +assez de substance pour arriver à l'opacité! + +[Illustration: COTHURNIE + +(_Cothurnia pyxidiformis_ J. d'Udckem[28]).] + + [28] Infusoire d'eau douce des environs de Lille, réduit d'après un + dessin communiqué par M. Lacaze-Duthiers. + +Leur corps est plus ou moins globuleux ou ovoïde, quelquefois façonné +en navette ou courbé en croissant, enflé comme une ampoule, aplati +comme un disque, aminci comme une feuille.... Certains ressemblent à +un têtard, à un dé, à une clochette, à un sabot, à un bouton de rose, à +une fleur, à une graine.... + +[Illustration: MONADES.] + +Les _Monades_[29], ces petits des petits, semblent n'être que des +molécules de substance absorbante, des atomes agités, des points qui se +meuvent. Ces délicates créatures n'ont environ qu'un trois-millième de +millimètre de grand diamètre!... + + [29] _Monas termo_ Müller. + + +III + +On a regardé d'abord les Infusoires comme privés de toute espèce +d'organisation. On a cru qu'ils se nourrissaient par absorption, +uniquement par absorption. Mais on a fini par découvrir que certaines +espèces étaient assez compliquées. Il en est (_polygastriques_) qui +n'ont pas moins de quatre estomacs (_vacuoles_) bien distincts. Les +mammifères ruminants n'en présentent pas davantage. M. Ehrenberg +assure avoir vu des Infusoires pourvus de deux cents estomacs!.... +L'appétit de ces animaux est-il en rapport avec ce luxe stomacal? + +[Illustration: INFUSOIRE GROSSI + +(_Paramecium bursaria_ Pritchard).] + +Pour étudier les organes de ces imperceptibles vies, il faut colorer +avec du carmin ou de l'indigo le liquide dans lequel elles s'agitent. +Puis, plaçant une goutte de cette liqueur colorée sur un morceau de +verre, auprès d'une goutte d'eau pure, on fait communiquer les deux +gouttes par un point, avec une aiguille. Les animalcules arrivent de +la goutte colorée dans la goutte incolore, et viennent s'offrir à +l'observateur avec les estomacs et le canal alimentaire remplis de +carmin ou d'indigo. + +Les difficultés que présente l'examen des Infusoires et l'imagination +des observateurs ont été pendant longtemps des obstacles sérieux à +la connaissance de ces infiniment petits. Leuwenhoeck, si habile à +se servir des microscopes qu'il fabriquait lui-même, apporta dans +leur étude une préoccupation qui lui fit toujours supposer des faits +au delà de ceux qu'il voyait réellement. Il s'extasiait devant la +complexité et la perfection de ces êtres microscopiques, et voulait +admettre, jusque dans leur filament caudal, des vaisseaux, des muscles +et des nerfs (Dujardin). Joblot allait plus loin: il voyait, parmi +eux, des cornemuses vivantes, des poules huppées, des poissons d'or et +d'argent!.... On sait aujourd'hui que les Infusoires ne sont, ni aussi +compliqués que l'ont écrit certains auteurs, ni aussi simples que l'ont +voulu plusieurs autres. C'est au savant professeur Ehrenberg, et plus +tard à MM. de Siebold, Claparède, Lachmann, Lieberkühn et Balbiani, que +nous devons les travaux les plus complets et les plus intéressants que +possède la science sur ces jolis petits nains de l'animalité. + +[Illustration: PARAMÉCIES.] + +Les Infusoires sont pourvus, en avant ou tout autour du corps, d'un +certain nombre de cils plus ou moins fins, égaux ou inégaux, toujours +en mouvement, lesquels produisent des tourbillons et des courants qui +attirent dans la bouche de la plus petite bête (quand elle en a une) +les parcelles organiques qui doivent la nourrir. Les cils dont il +s'agit, servent non-seulement à l'alimentation de l'animalcule, mais +encore à sa respiration et à ses mouvements. + +Les Infusoires ne possèdent pas de membres proprement dits. +Quelques-uns ont une queue plus ou moins longue. + +Ces miniatures animales nagent comme des Poissons, rampent comme des +Serpents, ou se tortillent comme des Lombrics. Les _Volvoces_[30] +roulent et tournoient constamment sur eux-mêmes, semblables à des +boules abandonnées sur un plan incliné. + + [30] _Volvox globator_ Linné. + +[Illustration: VOLVOCES.] + +La plus petite bête qui remue, comme la plus petite fleur qui éclôt, +éveille dans notre cœur un sentiment profond qui nous surprend et nous +réjouit, nous émeut et nous fait rêver!.... + + +IV + +Les Infusoires se propagent de diverses manières. D'abord par division +spontanée (_scissiparité_): ils se partagent en deux parties égales +qui deviennent chacune exactement semblables à l'individu primitif; de +telle sorte que, littéralement, le fils est la moitié de sa mère, et le +petit-fils le quart de son aïeule. D'autres se perpétuent par émission +de bourgeons (_gemmiparité_). Comme on le pense bien, ces sortes d'œufs +doivent être d'une excessive petitesse. + +[Illustration: PROPAGATION D'UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.] + +Dans l'espace de quelques jours, on voit naître, dans un verre d'eau de +mer, soit par division, soit par germes, plusieurs millions d'individus. + +Tout récemment on a découvert, chez plusieurs espèces, des individus +mâles et des individus femelles[31]. + + [31] D'après M. Balbiani, les Infusoires seraient des + _hermaphrodites complets_ dans le genre des Limaçons. (Voyez le + chapitre XXIII et la planche V _bis_, communiquée par M. Gerbe.) + +Deux Infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se +réunissent, se greffent par leur partie antérieure (fig. 1), se +fusionnent (fig. 2, 3, 4, 5), et ne forment plus qu'une masse homogène +(fig. 6). Celle-ci s'entoure d'une enveloppe transparente, et laisse +voir dans son intérieur quatre points nébuleux (fig. 7) qui s'étendent +et se transforment en quatre corps oviformes (fig. 8). Bientôt +l'enveloppe se déchire et laisse échapper les corps oviformes (fig. +9), lesquels, comme certaines graines, attendront peut-être des années +avant de trouver les circonstances nécessaires à leur développement. +Alors la semence germe (fig. 10, 11), l'Infusoire se dessine (fig. +12), grossit rapidement (fig. 13, 14), et, devenu adulte (fig. 15), +reprend sa course capricieuse à la recherche de quelque autre Infusoire +de son espèce, auquel il unira sa destinée. + +Il peut donc y avoir de l'amour et des caresses dans une goutte d'eau! +O Jéhovah! + + +V + +La vie est répandue dans la Nature avec une telle abondance, que +de très-petits Infusoires s'établissent en parasites sur d'autres +Infusoires _un peu plus grands_, et servent à leur tour de demeure et +de pâture à d'autres animalcules _encore plus petits_. (Humboldt.) + +[Illustration: UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.] + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. V bis. + P. Lackerbauer del. d'après Mr Gerbe. Lebrun. sc. + + REPRODUCTION ET DÉVELOPPEMENT D'UN INFUSOIRE. + (Kolpoda cucullus. O. E. Müller.) + + 1. 2. 3. 4. 5. Diverses phases de la fusion de deux individus. + --6.Fusion complète.--7. 8. Division de la masse commune en corps + oviformes.--9. Leur émission.--10. 11. Corps oviformes libres. + --12. 13. 14. Jeunes nés de ces corps; leur développement. + --15. Infusoire adulte.] + +Les parasites de la _Paramécie Aurélie_[32] sont tantôt sous la forme +de massettes cylindriques, pourvues de quelques suçoirs assez courts +et revêtues de cils natatoires; tantôt sphériques et dépouillées de +leur revêtement ciliaire, mais conservant leurs suçoirs. Les premiers +nagent librement dans l'eau et vont à la chasse des Paramécies. Les +seconds attendent dans une immobilité complète qu'un Infusoire vienne +les effleurer en passant: ils sont à l'affût. Ils s'attachent à leur +victime et se laissent emporter par elle. Bientôt ils s'enfoncent dans +sa chair, où ils se multiplient avec une telle rapidité, qu'il y en a +quelquefois jusqu'à cinquante dans un seul individu. + + [32] _Paramecium Aurelia_ Müller. + + +VI + +Un des phénomènes les plus surprenants qu'on rencontre dans l'étude +des Infusoires, c'est leur désorganisation par _diffluence_. Cette +décomposition arrive entièrement ou partiellement. Müller a vu une +_Kolpode pintade_[33] se résoudre en molécules jusqu'à la sixième +partie du corps; puis le reste se mettre à nager, _comme si de rien +n'était!_ + + [33] _Kolpoda meleagris_ Müller. + +Les Infusoires offrent encore un autre genre de décomposition. Si l'on +approche de la goutte d'eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume +trempée dans de l'ammoniaque, l'animalcule s'arrête, mais continue à +mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour, +il se fait une échancrure qui s'agrandit peu à peu, jusqu'à ce que +l'animal entier soit _dissous_. Si l'on ajoute une goutte d'eau +pure, la décomposition est brusquement enrayée, et _ce qui reste_ de +l'animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin), toujours +_comme si de rien n'était!_ + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE VI + +LES FORAMINIFÈRES. + + _Siès pichoto, ségur, maï qué dé souveni!_ + + (AUBANEL.) + + +I + +Lorsqu'on examine au microscope le sable de la mer, on y distingue un +grand nombre de corpuscules solides, réguliers, souvent géométriques. + +Beccaria paraît être le premier qui ait fait attention à ces petits +grains, à peine visibles à cause de leur taille; il les découvrit dans +le sable de Ravenne. On crut mal à propos, pendant longtemps, que ces +productions microscopiques n'existaient que sur les bords de la mer +Adriatique. On en recueillit plus tard en France, en Angleterre, en +Allemagne, et enfin sur les rivages de toutes les mers. + +Des recherches d'une patience infinie, entreprises par Bianchi, +Soldani, Walker, Fichtel et Moll, et surtout par Alcide d'Orbigny, ont +fait connaître un grand nombre de ces petits corps. + +Ces granulations ne sont autre chose que la charpente solide ou la +coquille d'une foule d'animalcules marins, lesquels constituent un +ordre tout entier des plus curieux parmi les habitants de l'eau salée. +La grève en est tellement remplie, dans certains endroits, qu'elles +forment presque la moitié de sa composition. Bianchi en a trouvé 6000 +dans 30 grammes de sable de la mer Adriatique. D'Orbigny en a compté +3 millions 840 000 dans une quantité semblable recueillie dans les +Antilles. Par conséquent, un mètre cube de ce dernier sable en renferme +un nombre qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer! + +Ces petites coquilles varient beaucoup dans leurs figures. Les +micrographes y ont constaté plus de deux mille organisations +différentes, symétriques ou non symétriques, souvent remarquables par +leur bizarrerie et presque toujours par leur élégance. Il y en a de +globulaires, de discoïdes, d'étoilées, de festonnées, de contournées en +limaçon, d'allongées en massue, de façonnées en amphore..... Les unes +ont une ouverture très-élargie, les autres un orifice très-étroit. + +Elles sont divisées généralement en plusieurs chambrettes +(_polythalames_), lesquelles communiquent entre elles par de petits +trous; elles offrent aussi des pores qui s'ouvrent à l'extérieur. De +là le nom de _Foraminifères_, c'est-à-dire _porte-trous_, donné par +d'Orbigny aux animalcules auxquels appartiennent ces dépouilles. + +On a mis à profit la forme générale de ces coquilles, le nombre et +la disposition de leurs chambrettes, pour les grouper en familles. +La classification de d'Orbigny est assez heureuse et méritait d'être +adoptée, quoique ses dénominations ne brillent pas par l'euphonie. Ce +savant naturaliste (qui peut être regardé comme le grand historiographe +de ces infiniment petits) distingue cinq familles de Foraminifères, +lesquelles comprennent environ soixante genres. + +Les cellules sont quelquefois simples et comme enfilées sur un axe +droit ou peu courbé (_Stichostègues_), ou bien disposées en deux séries +alternatives (_Énallostègues_), ou bien encore rassemblées en petit +nombre et ramassées comme en peloton (_Agathistègues_). + +D'autres fois elles sont groupées en spirale (_Hélicostègues_), et dans +ce cas les tours de la spire s'enveloppent ou ne se recouvrent pas, ou +bien s'élèvent les uns au-dessus des autres. + +[Illustration: STICHOSTÈGUES.] + +Dans certaines espèces, les cavités ne sont plus simples comme dans les +familles précédentes, mais subdivisées par des cloisons transversales, +de manière que la coupe de la coquille représente une sorte de treillis +(_Entomostègues_). Que de géométrie, que de mécanique, que d'harmonie +dans les plus chétives des organisations! + +[Illustrations: ÉNALLOSTÈGUES. AGATHISTÈGUES.] + +La ressemblance de ces petits tests avec les coquilles polythalames des +Nautiles fit croire d'abord qu'ils étaient produits par des animaux +semblables ou analogues à ces derniers, mais extrêmement petits. C'est +pourquoi les naturalistes proposèrent de rapprocher les Foraminifères +des Mollusques céphalopodes[34]. Ils les regardèrent comme des Nautiles +microscopiques et dégradés. Mais la découverte de quelques espèces +vivantes, et un examen attentif de leurs caractères, apprirent bientôt +que ces animalcules constituaient une tribu beaucoup plus simple en +organisation que celle de ces derniers Mollusques. Dujardin les a +considérés comme des Infusoires[35]. D'autres ont conseillé de les +placer dans le voisinage des Méduses[36]. + + [34] Voyez le chapitre XXV. + + [35] Voyez le chapitre V. + + [36] Voyez le chapitre XIII. + +[Illustration: HÉLICOSTÈGUES.] + +[Illustration: ENTOMOSTÈGUES.] + +Cuvier se borne à dire, sur les habitants de ces coquilles, qu'ils ont +le corps oblong, couronné par des tentacules nombreux et rouges..... +Les observateurs modernes ont reconnu qu'ils sont formés d'une gelée +transparente qui remplit les chambrettes dont nous avons parlé, et que +les différentes parties de la petite bête communiquent entre elles par +les pores des cloisons. Les trous extérieurs de la coquille laissent +sortir des filaments capillaires (_pseudopodies_) très-longs, flexueux, +de forme indéterminée, incessamment variables, diaphanes, semblables +à du verre filé, lesquels s'étendent en rayonnant autour de l'animal. +Dans certaines espèces, on en compte seulement huit ou dix; dans +d'autres, il y en a un plus grand nombre. Ces filaments se meuvent en +divers sens et avec assez de vivacité. Ce sont à la fois des pieds et +des bras, mais d'une ténuité excessive. L'animal s'en sert pour ramper +et pour saisir sa proie. Ces fils paraissent avoir quelque chose de +venimeux. Le docteur Schultze (de Greifswalde) a remarqué à plusieurs +reprises que des Infusoires vivants étaient privés tout à coup et tout +à fait de leurs mouvements par le simple contact de ces bras. C'est +probablement ainsi que le Foraminifère réussit à pêcher ses petits +aliments..... + +[Illustrations: DISCORBINE. MILIOLE.] + +N'est-il pas digne de remarque que des êtres si petits soient, malgré +leur taille exiguë, des _carnassiers impitoyables!_ Ainsi, avec une +dose homœopathique de venin, la bestiole la plus faible et la plus +microscopique peut devenir un redoutable destructeur! + +Dujardin a constaté dans les _Milioles_, que lorsqu'un individu veut +grimper sur les parois d'un vase, il compose à l'instant, aux dépens +de sa substance, une sorte de pied _provisoire_, qui s'allonge et qui +fonctionne comme un membre permanent. Puis, le besoin satisfait, ce +pied temporaire _rentre dans la masse commune et se confond avec le +corps_. + +La volonté d'une fonction à remplir a donc le pouvoir de créer un +organe? Et dire que l'Homme, malgré la perfection de son intelligence, +n'a pas le privilége de faire naître un tout petit cheveu! Comme c'est +humiliant! + +Il paraît que les filaments de toutes les espèces peuvent aussi se +rétracter complétement, et se confondre avec le reste de la substance. +O Nature! que tes combinaisons sont admirables! + +Les Foraminifères n'ont pas d'estomac proprement dit, mais la +Nature leur a donné ce tissu particulier, glaireux et contractile, +essentiellement assimilateur (_sarcode_), que Dujardin a découvert chez +les animalcules infusoires. + + +II + +Les pseudopodies ne se rencontrent pas seulement dans les +Foraminifères; ces sortes de fils pêcheurs sont le caractère important +de toute une classe d'animalcules. Comme ces organes ressemblent au +chevelu des racines, on désigne ces animaux sous le nom collectif de +_Rhizopodes_ (pieds-racines). + +Les Rhizopodes comprennent, avec les _Foraminifères_, dont le test est +calcaire, des animaux dépourvus de toute espèce de coquille, comme les +_Amœbinées_, et d'autres dont le test est siliceux: ces derniers sont +les _Radiolaires_. + +[Illustration: PROTÉE + +(_Amiba divergens_ Bory de Saint-Vincent).] + +Les _Amœbinées_ sont des Infusoires à fils pêcheurs, des _Infusoires +rhizopodes_; elles peuvent être regardées comme des animaux non +encore asservis à un plan d'organisation nettement déterminé. +Ce sont des masses microscopiques informes, mais susceptibles +d'expansion et de contraction. Comme exemple, nous citerons les +_Amibes_[37]. Imaginez-vous une gouttelette de matière demi-solide, +demi-transparente, demi-gélatineuse, homogène, douée de mouvement +volontaire. Elle s'agite dans divers sens, se dilate ou se resserre, +adopte les figures les plus irrégulières et les plus inattendues. Quand +on place l'animalcule sur le porte-objet d'un microscope, il glisse +comme une gouttelette d'huile, se déforme et se reforme. Véritable +Protée, il est, suivant les moments, circulaire, oblong, échancré, +sinueux, lobé, étoilé et même tout à fait rameux..... + + [37] _Amiba divergens_ Bory de Saint-Vincent. + +La _Lieberkuhnia de Wagener_ est aussi une Amœbinée; elle présente un +nombre considérable de pseudopodies, qui roulent dans tous les sens, se +soudent ou se séparent, s'allongent ou se raccourcissent, paraissent ou +disparaissent. + +[Illustration: LIEBERKUHNIA DE WAGENER + +(_Lieberkuhnia Wageneri_ Claparède et Lachmann).] + +Les _Radiolaires_ flottent en abondance à la surface de la mer. Sous +le beau ciel de Messine, on les voit parcourir les eaux bleues, aussi +profondément que l'œil peut les distinguer, sous l'aspect d'une masse +de gelée molle, diaphane, incolore, en apparence immobile. Leur taille +varie d'une ligne à un point, rarement plus, souvent moins. Leur +forme est sphérique ou elliptique, ou cylindrique, parfois contournée +en couronne. Si l'on essaye de les saisir avec une pince, elles se +déchirent; si l'on tente de les pêcher au filet, elles restent collées +aux mailles: on les mutile quand on essaye de les détacher. On ne peut +les avoir intactes qu'en les recueillant avec un vase de verre où elles +puissent flotter librement. + +[Illustration: RADIOLAIRE MONOZOA + +(_Amphilonche heteracantha_ Haeckel).] + +[Illustration: RADIOLAIRE POLYZOA + +(_Sphærozoum ovodimare_ Haeckel).] + +Vues alors à la lumière, ces gelées ne tranchent sur l'eau par aucun +contour déterminé, et l'œil aperçoit à peine à leur surface quelques +points clairs ou sombres. Sous un fort grossissement, ces bestioles +montrent toute la délicatesse et la beauté de leur organisation. +On peut voir, dans le magnifique ouvrage de M. Haeckel, la variété +de forme, la bizarrerie des contours de ces légions innombrables +d'infiniment petits. + +M. Haeckel a distingué les Radiolaires qui vivent isolées, et qu'il +appelle _Monozoa_, de celles qui forment des associations, sortes de +colonies flottantes qui sont emportées par les courants: ces dernières +sont les _Polyzoa_. + +Les _Monozoa_ sont très-nombreux et forment vingt-neuf genres[38]. + + [38] Voyez planche VI, fig. 1, 2, 3, 4, 5, 7. + +Les _Polyzoa_ ne comprennent que quatre genres[39]. + + [39] Voyez planche VI, fig. 6. + + +III + +Les recherches de d'Orbigny, relativement à ces organisations +microscopiques, tendent à prouver que les débris des Foraminifères +constituent en grande partie les bancs sous-marins qui, par leur +accumulation, avec les Polypiers[40], interrompent les courses des +navigateurs, comblent les ports, ferment les baies et les détroits, et +donnent naissance à ces récifs et à ces îles qui s'élèvent dans les +régions chaudes de l'océan Pacifique. + + [40] Voyez le chapitre VIII. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. VI. + D'après Haeckel. Lebrun sc. + + ANIMAUX RADIÉS + (Radiolaria Hel.) + + 1 Acanthostaurus purpurascens (_Hel._) + 2 Amphilonche anormala (_Hel._) + 3 Dyctiosoma trigonizon (_Hel._) + 4 Dorataspis polyancistra (_Hel._) + 5 Diploconus fasces (_Hel._) + 6 Sphærozoum italicum (_Hel._) + 7 Arachnocorys circumtexta (_Hel._) + + _Imp. Geny-Gros r. Domat 28 Paris._] + +Ces créatures, en apparence si frêles et si imparfaites, se retrouvent +sous toutes les latitudes et à toutes les profondeurs. Que sont en +comparaison les nécropoles des Éléphants et des Baleines? Ne +semble-t-il pas que plus l'animalcule est petit, plus sa dépouille +occupe de place dans l'univers? (Blerzy.) + + +IV + +Les coquilles des Foraminifères se rencontrent très-souvent, et plus +souvent qu'on ne le pense, à l'état fossile. Elles forment à elles +seules des chaînes entières de collines élevées et des bancs immenses +de pierre à bâtir. + +Le calcaire grossier des environs de Paris est, dans certains endroits, +tellement rempli de ces dépouilles, qu'un centimètre cube des carrières +de Gentilly, carrières par couches d'une grande épaisseur, en renferme +au moins 20 000; ce qui fait, par mètre cube, le chiffre énorme de 20 +000 000 000. + +Quand nous passons près d'une maison en démolition ou d'un édifice que +l'on construit, et que nous sommes enveloppés par un nuage de poussière +qui pénètre dans notre gosier, nous avalons souvent, sans nous en +douter, des centaines de ces infiniment petits. + +Comme tous les édifices de Paris et une grande partie des maisons +des départements voisins sont bâtis avec des pierres extraites des +carrières des environs, il est évident que, sans exagération, la +capitale de la France, et beaucoup de villages et de villes tout +autour, sont construits avec des carcasses de Foraminifères. + +La pierre dite de Laon est formée, assure-t-on, d'un amas considérable +de _Camérines_, charmante espèce de forme lenticulaire, à cellules +très-nombreuses disposées en spirale. Mais cette espèce n'est pas +microscopique. + +Les pyramides d'Égypte sont construites avec des pierres analogues et +fondées sur des rochers de même genre. + +Les Foraminifères ont donc sécrété une partie du sol sur lequel nous +marchons, des maisons qui nous abritent et des édifices que nous +léguons à la postérité. Chaque animalcule a fourni son grain solide, +chaque race a déposé sa couche imperceptible, et Dieu, qui préside à ce +mystérieux travail, a rassemblé ces grains et ces couches dans la durée +des siècles, et en a composé des masses imposantes! + +Les espèces qui vivent aujourd'hui préparent en silence, au sein de +l'Océan, des pierres de taille pour les constructions des générations +futures! + +«C'est sans raison que l'on mépriserait ces animaux, dont le grand +Ouvrier de la nature a pris soin de relever la petitesse en les douant +d'industrie et de force. Il a montré par là que la grandeur pouvait +se trouver dans les petites choses aussi bien que la force dans la +faiblesse. Apprenons donc à respecter le Créateur jusque dans les +ouvrages qui nous paraissent les plus vils.» (Tertullien.) + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE VII + +LES ÉPONGES. + + Heureux qui, satisfait de son humble fortune, + Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont placé. + + (RACINE.) + + +I + +Le sein de l'Océan est rempli de mystères. Parmi les associations +animales qu'il renferme et qu'il nourrit, une des moins connues est +peut-être celle qu'on désigne communément sous le nom d'_Éponge_. + +Cette association apparaît comme une masse de tissu léger, résistant, +élastique, lacuneux, de forme très-variée, et d'un fauve brun ou blond +tirant un peu sur le rougeâtre. + +Les opinions les plus diverses ont régné tour à tour dans la science +sur la nature des Éponges. Parmi les anciens, les uns les regardaient +comme des plantes, les autres comme des animaux; certains faisaient du +juste-milieu, ils les prenaient pour une espèce de nid feutré de nature +végétale, servant d'habitation à des Polypes. Ces animalcules n'étaient +pas attachés à leurs petites loges, ils pouvaient en sortir et y +rentrer à volonté. Les Polypes du Corail ne sont pas aussi heureux!... + +Pline, Dioscoride et leurs commentateurs ont prétendu que les Éponges +étaient sensibles, qu'elles adhéraient aux rochers par une _force +particulière_, et qu'elles fuyaient la main qui voulait les saisir... +Ils les ont même distinguées en mâles et en femelles. + +Les premiers naturalistes, pour le rappeler en passant, voyaient des +mâles et des femelles partout. L'Homme a toujours voulu trouver quelque +chose à sa ressemblance, même dans les corps organisés les plus obscurs. + +Érasme, critiquant les assertions de Pline, conclut qu'il faut _passer +l'éponge_ sur tout ce qu'il a écrit à ce sujet. + +Nieremberg, et plus tard Peyssonnel et Trembley, ont soutenu avec +raison l'animalité des Éponges. Leur manière de voir a été adoptée par +Linné, par Guettard, par Donati, par Ellis et par Lamouroux.... + +Les Éponges habitent dans presque toutes les mers, principalement dans +la Méditerranée, dans la mer Rouge, et dans le golfe du Mexique. Elles +aiment les eaux chaudes ou tempérées, et les lieux les moins exposés +aux vagues et aux courants. + +Ces colonies vivent dans les fonds marins de cinq à vingt-cinq brasses, +parmi les excavations et les anfractuosités des rochers, et sont +toujours adhérentes. Elles se développent non-seulement sur les corps +inorganiques, mais encore sur les végétaux et sur les animaux. + +Elles sont étalées, dressées ou pendantes, suivant les endroits où +elles croissent, suivant les corps qui les supportent et suivant leur +propre forme. + +C'est un caractère bien singulier que la fixation de certaines espèces +animales. Les personnes du monde s'imaginent que tous les animaux +jouissent de la faculté de se transporter d'un endroit dans un autre; +en un mot, qu'ils sont _locomotiles_, pour nous servir d'un mot +consacré par la science. Cependant il n'en est pas ainsi; il existe +des tribus entières et nombreuses qui sont adhérentes, qui vivent et +meurent attachées au même point. Tels sont les _Polypiers_, telles sont +les Éponges..... + +[Illustration: ÉPONGE SUR UNE ALGUE. + +(Pêchée par soixante brasses de profondeur.--Dessin de Riocreux.)] + +Il résulte de l'adhérence des corps organisés, qu'ils sont plus soumis +à la puissance des agents extérieurs et plus influencés par eux que +les animaux locomotiles, lesquels ne manquent pas de se soustraire à +ces mêmes agents par leurs fréquents changements de place, quelquefois +même par des migrations périodiques. De là de grandes différences dans +les fonctions, dans les mœurs, dans les caractères, entre les animaux +fixés et les animaux non fixés. + + +II + +On connaît plus de trois cents espèces d'Éponges. Il y en a de +pédiculées et de non pédiculées, de foliacées, de globuleuses, de +concaves, de fistuleuses, de digitées. Cette variété de formes nous +explique les noms plus ou moins singuliers qui leur ont été donnés par +les marins: la _Plume_, l'_Éventail_, la _Cloche_, la _Corbeille_, +le _Calice_, la _Lyre_, la _Trompette_, la _Quenouille_, la _Corne +d'élan_, le _Pied de lion_, la _Patte d'oie_, la _Queue de paon_, le +_Gant de Neptune_.... + +La Nature a mis autant de soin à organiser les plus humbles habitants +des eaux que les êtres qui appartiennent aux ordres les plus élevés de +la création. + +L'_Éponge usuelle_ est une masse irrégulièrement arrondie, souvent un +peu concave en dessus. Quand on examine à la loupe son tissu, on le +trouve composé de fibres fines, flexibles, entrelacées, formant un +grand nombre d'orifices, les uns très-petits (_pores_), et répandus en +grand nombre sur toute la surface de l'Éponge, les autres beaucoup plus +grands (_oscules_), et généralement situés à la partie supérieure. + +Dans l'intérieur, des conduits irréguliers de toutes les dimensions +s'abouchent les uns dans les autres, et font communiquer les pores et +les ostioles. + +Le tissu est comme feutré de corps durs, appelés _spicules_, calcaires +ou siliceux, effilés comme des navettes étroites, simples ou divisées +en deux ou trois branches. + +A l'état vivant, cette masse est recouverte d'une couche muqueuse, qui +coule gluante quand on retire le Polypier de l'eau. + +[Illustration: GANT DE NEPTUNE.] + +Pendant la vie de l'Éponge, on voit sortir de chaque cellule ou de +chaque Polype un torrent d'eau impétueux, sorte de fontaine vivante +qui semble ne s'arrêter jamais. Pauvres petites bêtes qui reçoivent +leur nourriture du flot qui les baigne, qui aspirent et expirent +l'onde amère toute leur vie, et qui ne savent pas ce qui se passe à 2 +millimètres de leur bouche! + +[Illustration: VARIÉTÉS DE SPICULES D'ÉPONGE.] + +[Illustration: FRAGMENT D'ÉPONGE USUELLE, TRÈS-GROSSI.] + +Dans les mois d'avril et de mai, ces animalcules engendrent des +germes arrondis jaunâtres ou blanchâtres, d'où naissent des embryons +ovoïdes, granuleux, munis vers le gros bout de petits cils vibratiles. +Ces embryons sont rejetés par le courant qui sort de l'estomac, et +forment des essaims de larves autour du Polypier. Ces larves nagent, +la partie la plus dilatée en avant, comme les larves du Corail, par +des mouvements doux et réguliers qui ressemblent à un glissement +onduleux. Quand elles sont restées quelque temps dans l'eau, elles +viennent ordinairement à la surface, mais elles sont souvent entraînées +par les courants. Pendant deux ou trois jours, elles semblent chercher +un endroit convenable pour se fixer. Une fois fixée, la larve perd les +cils vibratiles, s'étale, et prend la forme d'un disque gélatineux +très-aplati. + +Dans l'intérieur s'organisent des cellules contractiles et de nombreux +spicules. + +On ne sait pas exactement combien de temps les Éponges mettent à se +développer. On pense que, dès la troisième année, on peut revenir dans +les lieux précédemment épuisés. + + +III + +La pêche des Éponges est principalement exploitée par les Grecs et par +les Syriens, depuis Beyrouth jusqu'à Alexandrie. Les Grecs commencent à +pêcher en mai et finissent en août; les Syriens continuent jusqu'à la +fin de septembre. + +Les embarcations portent quatre ou cinq hommes. + +Chaque plongeur est armé d'un couteau à forte lame, ou bien d'un +trident à branches tranchantes, recourbées et garnies d'une poche faite +de filet. + +Les bateaux arrivent sur les côtes rocheuses habitées par les Éponges. +Lorsque la mer est très-calme, on aperçoit assez distinctement ces +Polypiers, et l'on commence à plonger ou à draguer. + +Ce dernier genre de récolte offre l'inconvénient de déchirer le tissu; +aussi les Éponges obtenues de cette manière se vendent-elles 30 pour +100 de moins que les Éponges dites _plongées_. (Lamiral.) + +Dans le golfe du Mexique, où ces Polypiers croissent à de faibles +profondeurs, les marins enfoncent dans l'eau une longue perche amarrée +près du bateau, se laissent glisser sur les Éponges et les arrachent +avec facilité. (Lamiral.) + +Après la pêche, on nettoie les Éponges, on les débarrasse de la matière +animale, des spicules et des corps étrangers qu'elles contiennent. + +Une fois préparé, le tissu prend une teinte roussâtre plus ou moins +dorée. Son élasticité, sa perméabilité et sa résistance à la macération +sont connues de tout le monde. Certaines espèces, habituellement +très-colorées, perdent leurs nuances en se séchant, et deviennent plus +ou moins blanches. + +M. Lamiral a publié un excellent mémoire sur les moyens d'acclimater et +de multiplier les Éponges dans les eaux françaises de la Méditerranée, +et sur la nécessité de réglementer leur pêche. Il insiste sur +l'introduction, dans nos parages, de l'Éponge fine de Syrie, appelée +_chimousse_. La Société zoologique d'acclimatation a résolu d'essayer +cette introduction; elle a donné (avril 1862) une mission spéciale à M. +Lamiral pour aller chercher dans l'Orient des Éponges _pleines d'œufs_. +Le succès n'a pas couronné cette première expérience. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE VIII + +LES POLYPES. + + Diviser, c'est donc multiplier. + + +I + +Les Polypes sont de grands personnages. Plusieurs peuvent atteindre +jusqu'à un centimètre de hauteur! + +[Illustration: POLYPES.] + +Ces animaux ne sont pas rares. Les savants ont beaucoup écrit sur leur +organisation et sur leurs mœurs. On en parle très-souvent; ils sont +presque populaires!... Toutes les fois que, dans une conversation +(ou dans un livre), on veut comparer un animal bien simple à notre +propre espèce, le nom de Polype se présente aussitôt. Dans combien +de circonstances n'avons-nous pas répété ce membre de phrase devenu +presque banal: _Depuis le Polype jusqu'à l'Homme?_ + +Eh bien! demandez à une personne quelconque ce que c'est qu'un Polype, +si c'est un animal marin ou fluviatile; s'il est écailleux ou velu, +s'il a une tête ou une queue? Vous verrez ce que l'on vous répondra... +La quasi-popularité de notre curieux animal se réduit le plus +habituellement à la connaissance de son nom. + +Rien n'est plus commun que le nom..... + +C'est pourquoi nous allons consacrer un chapitre spécial à l'étude du +Polype. + + +II + +Le Polype par excellence est le _Polype d'eau douce_, ou _Hydre +verte_[41]. Qu'on se représente un petit sac étroit, tubuleux, +diaphane, vert ou verdâtre, ouvert à une seule extrémité, façonné comme +un cornet de trictrac ou comme un tube sinueux, et portant autour de +l'ouverture six appendices (rarement huit ou dix) grêles, filiformes, +flexueux, disposés en couronne. Voilà tout l'animal: le sac est son +corps, l'ouverture sa bouche, et la cavité son estomac; les appendices +sont ses bras. + + [41] _Hydra viridis_ Linné. + +Si l'on compare cette modeste organisation, nous ne dirons pas à +l'Homme, mais à un quadrupède quelconque, on la regardera comme +_imparfaite_. Et l'on aura bien tort! car un animal qui possède toutes +les parties dont il a besoin pour subsister, est en réalité un animal +_parfait_ dans son genre. La privation des organes qui sont absolument +nécessaires à un autre, n'est point en lui une imperfection. En effet, +la perfection d'un composé ne consiste pas dans l'abondance de ses +parties, mais uniquement dans leur proportion et dans leur aptitude à +faire les fonctions auxquelles elles sont destinées (Lessep). Chaque +Polype est donc aussi parfait, dans son espèce, qu'un quadrupède dans +la sienne; et il serait aussi absurde de lui contester cette qualité +qu'il y aurait d'extravagance à soutenir qu'il n'y a point d'Éléphant +achevé sans ailes et point de Cheval accompli sans nageoires. + +[Illustration: POLYPE ISOLÉ.] + +En histoire naturelle, les savants emploient souvent l'adjectif +_imparfait_, mais seulement comme terme relatif, et pour dire d'un +seul mot, que telle espèce présente une organisation beaucoup moins +compliquée que telle autre. Nous suivrons l'exemple des savants. + +Le Polype recherche la lumière; il est sensible au moindre bruit. +Il s'attache aux plantes aquatiques, et aux autres corps solides +submergés, par l'extrémité aveugle de son sac. Il s'y amarre comme à +une rive. Trembley a vu une longue planche qui en était si exactement +bordée, qu'elle paraissait comme garnie d'une frange toujours +en mouvement. Presque tous les Limaçons fluviatiles en portent +quelques-uns sur leur coquille. Le mollusque leur sert de voiture, +et quoiqu'il nage ou marche avec lenteur, il leur fait parcourir +cependant, en quelques minutes, plus de chemin qu'ils n'en pourraient +faire seuls dans tout un jour. D'autres Polypes vont encore plus vite: +ce sont ceux qui s'établissent sur les fourreaux des Friganes, jolies +larves aquatiques, légères et très-vives, qui s'agitent et serpentent +dans les lits des bassins et des ruisseaux. (Trembley.) + +Les Polypes se balancent mollement et gracieusement sur leur point +d'appui, étendant leurs membres capillaires dans tous les sens. Ces +organes sont aussi longs ou plus longs que le corps lui-même, et +recouverts de cils vibratiles microscopiques qui exécutent jusqu'à +trois cent cinquante mouvements par minute! + +Quand une malheureuse bestiole aquatique vient à passer près du Polype +et à toucher un de ses bras, celui-ci la saisit et l'entraîne dans sa +bouche; aussitôt le ravisseur rapproche ses tentacules, contracte son +sac, et digère en repos. Quand il a fini, il se débarrasse du _caput +mortuum_ de son repas, par une sorte de vomissement. Il en est de +même, du reste, de tous les animaux chez lesquels la Nature, dans la +constitution du tube digestif, a voulu économiser une ouverture. + +Lorsque beaucoup de Polypes sont agglomérés dans un endroit, si l'on +jette un Ver au milieu d'eux, il est enlacé, garrotté en peu de temps, +et de mille manières, par un nombre prodigieux de bras. Quelque mêlés +que soient ces derniers, ils se séparent ensuite sans confusion, et +cette multitude de fils déliés qui se touchaient presque, s'allongent, +se raccourcissent et se tordent sans aucune espèce d'embarras. +(Trembley.) + +Un Polype avale quelquefois un volume d'aliments trois ou quatre fois +plus considérable que son corps. Il peut enfermer dans son long estomac +jusqu'à une douzaine de Pucerons à la file les uns des autres. Son +corps tubuleux offre alors autant de renflements qu'il y a d'insectes +avalés. + +Quand un Polype a trop mangé, il se laisse tomber au fond de l'eau. +Il n'en peut plus. Parfois il vomit une partie de son trop-plein: +excellente détermination qui lui permet de digérer le reste! La +voracité des Polypes fait voir, pour le noter en passant, que saint +François de Sales a été un peu trop loin, lorsque, voulant présenter +aux hommes les vertus des bêtes comme exemples à suivre, il dit +qu'_elles sont sobres, tempérantes, et ne mangent jamais au delà de +leur appétit!_.... + +On a prétendu que les animaux dont les dents sont _molles_ ont les +mœurs douces. Les Polypes, qui ne possèdent pas de dents ni même de +mâchoires, et dont tout le corps est assez mou, devraient être des +types de douceur! Fiez-vous donc aux apparences! + +Les petits Vers avalés par les Polypes cherchent souvent à s'échapper, +ce qui est fort naturel. Le ravisseur les retient alors avec un de ses +bras _plongé dans sa cavité digestive_. Chose admirable! cette cavité +digère les Vers et respecte le bras. + +Quand on coupe la partie postérieure d'un Polype, et qu'on ouvre ainsi +le fond de son estomac, le petit ogre ne discontinue pas de saisir +des animalcules et de les avaler; il mange, mange toujours.... Mais +ces animalcules, entrés par la bouche, sortent immédiatement par +l'ouverture qu'on a faite. Le Polype devient alors _insatiable_. C'est +le tonneau des Danaïdes; c'est le cheval de M. de Crac!... + +La nourriture des Polypes influe momentanément sur la couleur de leur +corps. Les Naïs les rendent rouges, les Pucerons, verts, et les +Têtards, noirs. Figurez-vous un homme qui deviendrait rouge après avoir +mangé des cerises, ou vert après avoir mangé des petits pois! + +A la surface extérieure du sac digestif, on voit bourgeonner de temps +en temps des tubercules (_gemmes_), qui grossissent, s'allongent, se +creusent et se transforment en miniatures de Polypes, en _Polypules_, +lesquels se séparent et s'en vont dès qu'ils sont en état de pourvoir à +leurs besoins. + +[Illustration: UN POLYPE ET SES REJETONS + +(_Arbre généalogique vivant_).] + +Les bourgeons qui naissent en automne se détachent, sans se développer, +comme des œufs; ils tombent et se conservent dans l'eau pendant l'hiver. + +Pendant qu'un jeune Polype est encore adhérent à sa mère, il pousse +souvent, sur son propre corps, un nouveau petit, qui lui-même en donne +un troisième, et ce dernier un quatrième; de telle sorte que la maman +porte à la fois son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils! +Le Polype, ainsi chargé de sa postérité, compose avec elle une sorte +d'_arbre généalogique vivant_, suivant l'heureuse expression de Charles +Bonnet. + + +III + +Si l'on divise un Polype en sept ou huit fragments, au bout de deux +jours chaque fragment deviendra un Polype tout entier. + +Rœsel assure avoir vu des bras coupés par petits morceaux donner +naissance à des Polypes complets! Un seul individu pourrait donc se +créer toute une famille _avec un bras!_ + +Et notez bien que, après l'opération, _il lui repousserait un autre +bras!!_ + +Si l'on hache un de ces animaux, chaque parcelle formera bientôt un +individu pareil à l'individu haché (Trembley). Une armée de Polypes +_taillée en pièces_ serait loin d'être anéantie!... + +Autre singularité: on peut retourner un Polype comme on retourne un +doigt de gant. L'animal continue de vivre (Trembley); mais alors sa +peau intérieure respire et sa peau extérieure digère. Respiration et +digestion _à l'envers_. + +Un Polype qu'on retourne porte souvent des petits naissants à la +surface de son corps. Après l'opération, ces petits se trouvent +enfermés dans l'estomac. Ceux qui ont déjà pris assez d'accroissement, +se développent et grandissent dans la cavité digestive; ils sortent +ensuite par la bouche: ils sont vomis. Ceux, au contraire, qui sont peu +avancés, _se retournent d'eux-mêmes_, et surgissent à l'extérieur du +sac maternel, à la surface duquel ils achèvent de pousser. (Trembley.) + +Un Polype retourné plusieurs fois ne cesse point de s'acquitter +de toutes ses fonctions. Il y a plus, le même individu peut être +successivement coupé, retourné, recoupé et _reretourné_, sans que son +économie en paraisse bien malade. (Trembley.) + +Il faut avouer cependant que cette pauvre bête n'_aime pas_ à demeurer +retournée. (Ce doit être un singulier _malaise_ que celui d'avoir +ses organes à l'envers!) Le Polype s'efforce de se remettre dans son +premier état; il se _déretourne_ en tout ou en partie. On l'empêche d'y +réussir en le transperçant près de la bouche avec une soie de sanglier. +Cette espèce de transpercement, naturellement peu agréable, ne porte en +définitive aucun obstacle bien sérieux aux fonctions de l'animal. + +Les premières expériences sur les Polypes surprirent grandement tous +les naturalistes. Ils ne connaissaient rien d'analogue dans le règne +animal. «Nous ne jugeons des choses que par comparaison, disait Charles +Bonnet; nous avions pris nos idées d'animalité chez les grands animaux, +et un animal qu'on coupe, qu'on retourne, qu'on recoupe, et qui se +_porte bien_, nous choque singulièrement. Combien de faits, encore +ignorés et qui viendront un jour déranger nos idées sur des sujets que +nous croyons connaître! Nous en savons au moins assez pour que nous ne +devions être surpris de rien. La surprise sied peu à un philosophe; +ce qui lui sied est d'observer, de se souvenir de son ignorance et de +s'attendre à tout.» + + +IV + +Il y a vraiment de quoi être confondu, quand on réfléchit sur tout ce +que présente l'histoire des Polypes! Personne ne regarde ce qui est +à ses pieds, et bien souvent il s'y passe de curieux phénomènes qui +renferment de grands enseignements! + +Les Polypes, on l'a vu plus haut, n'ont ni cœur, ni poumon, ni foie, ni +intestin. Ils manquent de tête et de cerveau. Six filaments très-grêles +et très-simples remplissent les fonctions de pieds, de bras, de lèvres +et de tous les organes des sens.... Et cependant ces animaux guettent +une proie, l'_aperçoivent_, la saisissent, la dévorent.... Ils ne se +trompent jamais sur sa nature et sur sa taille, et manquent rarement +leur coup. Ils se battent entre eux, se repoussent ou se recherchent. +Ils savent se sauver et se mettre à l'abri, quand un danger les +menace. Ils élèvent leurs petits (à leur manière).... Comment +peuvent-ils accomplir tous ces actes variés? La Providence leur a +donné une impulsion vitale particulière, appelée _instinct_, impulsion +indépendante de la prévoyance, de l'expérience, de l'éducation, et +peut-être même de la réflexion, qui leur tient lieu d'intelligence. +Le mot _instinct_ vient du verbe latin _instinguere_, qui veut dire +_pousser, exciter_.... L'instinct et l'intelligence sont deux +facultés qui se compensent, et dont l'une supplée à l'autre, comme, +à d'autres égards, la fécondité supplée à la force ou à la longévité +(Cuvier). L'instinct est l'intelligence des animaux inférieurs. + + +V + +Les Polypes de la mer ressemblent beaucoup aux Polypes des eaux douces. +L'animal est toujours composé d'un corps, d'une ouverture, d'une poche +et de plusieurs bras. Le corps peut être long ou court, quelquefois +étroit comme un tuyau de plume, d'autres fois arrondi comme une bourse, +plus rarement façonné en entonnoir. L'ouverture est plus ou moins +large, et sert toujours à l'entrée de l'aliment et à la sortie de +l'excrément. La poche tend à se compliquer; elle offre souvent un tube +distinct, entouré de canaux verticaux où viennent aboutir des organes +bizarres en forme d'intestins. Les bras sont en nombre variable. On en +trouve quelquefois jusqu'à douze; mais généralement il y en a huit. Ils +ressemblent à des cils, à des vrilles, à des rubans, à des pétales. +Leurs bords sont souvent granuleux ou barbelés. + +Avec cette organisation de l'Hydre verte et avec des modifications +très-légères, mais très-variées, la Nature a composé la plus grande +partie des animaux dits _imparfaits_ qui peuplent l'Océan. + +[Illustration] + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. VII. + P. Lackerbauer del. d'après Mr Deshayes Lebrun fac-simile sc. + + ANTHOZOANTHE PARASITE. + (Polypier des côtes de l'Algérie)] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE IX + +LES POLYPIERS. + + «Le travail en commun centuple le produit.» + + (UN SAINT-SIMONIEN.) + + +I + +Les Polypes ne vivent pas toujours à l'état d'isolement, ils sont le +plus souvent agrégés..... L'arbre généalogique temporaire est devenu +permanent! La famille a reçu le nom de _Polypier_. + +Linné appelle ces associations _animaux composés_ (_animalia +composita_). + +[Illustration: POLYPIER HYDRAIRE + +(_Sertularia ramea_, d'après Dalyell).] + +Ces habitants d'une même agrégation vivent dans une harmonie parfaite. +Ils constituent un peuple de frères unis physiquement d'une manière +très-intime. Ils occupent la même maison; chacun y tient une cellule, +mais il lui est défendu d'en sortir tout à fait, et par conséquent +de visiter, de déranger ou de tourmenter son voisin. Attachés à leur +chambrette, ces demi-reclus attendent du hasard, ou, pour mieux dire, +de la Providence, des aliments qui ne manquent jamais; et ce qui +est mangé par chaque bouche profite à la communauté. Poussés par un +admirable instinct, les Polypes travaillent ensemble au même ouvrage: +_isolés, ils seraient faibles; réunis, ils deviennent forts_. Ils ont +une vie d'ensemble et des vies particulières. Mêmes besoins, mêmes +goûts, mêmes idées (et Dieu sait quelles idées!). Ils partagent leurs +peines et leurs jouissances, quelque bornées et quelque confuses +qu'elles soient; et, s'il est vrai que les chagrins s'adoucissent quand +ils sont épanchés, et que les plaisirs augmentent quand ils sont goûtés +en commun, les Polypes doivent être des animalcules fort heureux! + +[Illustration: POLYPIER ACTINIAIRE + +(_Gerardia Lamarckii_, d'après Lacaze-Duthiers).] + +Les Polypiers ont été mal connus pendant longtemps. Ce n'est qu'à +l'aide du microscope et par l'étude des individus vivants qu'on +est parvenu à connaître leur organisation et leur genre de vie, et +qu'on a mis un certain ordre dans la classification des espèces et de +leurs variétés. M. Lacaze-Duthiers a ainsi démontré que l'_Antipathes +glaberrima_ et le _Gorgonia tuberculata_ de Lamarck, le _Leiopathes +glaberrima_ de Gray et le _Leiopathes Lamarckii_ de J. Haime, n'étaient +qu'un seul et même Polypier, la _Gérardie de Lamarck_. + +On a reconnu aujourd'hui que, sous la dénomination générale de +Polypiers, étaient groupés des animaux distincts. Les uns étaient +construits sur le type de l'Hydre, les autres sur le type de l'Actinie; +d'autres, enfin, comme les _Plumulaires_, sur un plan d'organisation +totalement différent. Les premiers sont les _Polypiers Hydraires_; les +seconds, les _Polypiers Actiniaires_; les derniers appartiennent à +plusieurs classes d'animaux. + + +II + +Les _Polypiers Hydraires_ sont de faux Polypiers. Des travaux modernes +ont appris que ces arborisations sont, pour la plupart, une forme +dégradée et transitoire des Méduses. La Méduse fait le Polypier; le +Polypier fera la Méduse. + +Les Polypiers Hydraires sont très-abondants sur nos côtes. Ils +appartiennent au groupe des _Tubulaires_, des _Campanulaires_, des +_Sertulaires_... + +La _Tubulaire chalumeau_ est un Polypier des plus curieux. Ses tiges, +nombreuses, sont cornées, jaunes et marquées d'espace en espace de +nœuds inégaux; elles ressemblent à des brins de paille. Leur partie +inférieure est tortueuse et très-adhérente aux corps étrangers; +la partie supérieure est à peu près droite, ou mieux, légèrement +flexueuse. L'ensemble représente un végétal fleuri, sans feuilles ni +rameaux. + +Au sommet de chaque tige, se développe une double corolle écarlate de +quinze à trente-cinq pétales par rangée, les extérieurs étalés, les +intérieurs relevés en houppe. Un peu au-dessous paraissent les ovaires, +qui pendent, quand ils sont mûrs, comme des grappes orangées. Au bout +d'un certain temps, les corolles se flétrissent, tombent et meurent. +Un bouton les remplace, lequel produit un nouveau Polype; et ainsi +de suite. Cette succession détermine l'allongement des tiges, chaque +prétendue fleur élevant un peu le tube qu'elle termine, et chaque +addition ajoutant un nœud de plus à l'axe qu'elle allonge. + +[Illustration: TUBULAIRE CHALUMEAU + +(_Tubularia indivisa_, d'après Dalyell).] + +La _Tubulaire rameuse_ est une des productions animales les plus +singulières et les plus intéressantes. Parfois elle ressemble à +un vieil arbre ruiné par le temps; d'autres fois elle rappelle un +vigoureux arbrisseau en miniature, tout fleuri, élevant au-dessus d'une +tige brun foncé un grand nombre de branches et de rameaux touffus, +que terminent autant de petites Hydres d'un beau jaune ou d'un rouge +éclatant. + +[Illustration: CAMPANULAIRE + +(_Campanularia dichotoma_, d'après Dalyell).] + +Les _Campanulaires_ diffèrent davantage. Les bouts de leurs branches +par où sortent les Polypes sont élargis en forme de clochettes. + +L'espèce appelée _dichotome_ est une des plus délicates et des +plus élégantes. Elle offre une tige mince comme un fil de soie, +résistante, élastique et brune. Les Polypes sont assez nombreux. Sur +une arborisation haute de 20 centimètres, il en existe peut-être douze +cents. + +[Illustration: SERTULAIRE + +(_Sertularia [Plumularia] falcata_, d'après Dalyell).] + +Les _Sertulaires_ sont encore des Polypiers Hydraires. Ceux-ci ont une +tige cornée, tantôt simple, tantôt rameuse: on les prendrait pour de +petites plantes. Leur nom est dérivé du latin _sertum_ (bouquet). On +peut les comparer à des arbustes en miniature, à branches flexibles, +demi-transparentes et jaunâtres. + +[Illustration: SERTULAIRE ARGENTÉE + +(_Sertularia argentea_, d'après Dalyell).] + +Dans chaque Sertulaire, il y a sept, huit, douze, vingt petits +panaches, contenant chacun cinq cents animalcules, ce qui fait jusqu'à +dix mille Polypes par association. On assure que, dans un pied de +_Sertulaire argentée_, il existe au moins cent mille individus. + +Le _Sertularia falcata_ rappelle, par l'élégance de son port et la +délicatesse de ses rameaux, les plus belles Mimoses. Ce Polypier fait +partie aujourd'hui des _Polypiers Bryozoaires_. + +Les petites cellules qui logent les Polypes ne sont pas toujours +distribuées de la même manière. Il y en a tantôt des deux côtés, +tantôt d'un seul. Quelquefois elles se groupent comme de petits tuyaux +d'orgue; d'autres fois elles s'enroulent en spirale autour de la tige, +ou forment çà et là des anneaux horizontaux. + + +III + +Parmi les _Polypiers Actiniaires_, on a formé deux tribus d'après le +nombre des tentacules de leurs animaux. Tantôt ces tentacules sont au +nombre de six ou de ses multiples: ce sont les _Zoanthaires_; tantôt au +nombre de huit: ce sont les _Alcyonaires_. + +Les Zoanthaires comprennent les _Actinies_, les _Zoanthes_ proprement +dits, les _Antipathes_ et les _Madrépores_. + +On regarde comme intermédiaires entre les Polypiers et les _Anémones +de mer_, dont nous traiterons plus loin[42], des Zoophytes élégants, +désignés sous le nom de _Zoanthes_. Ces animaux sont réunis en nombre +souvent considérable sur une base commune. Cette base est tantôt +dilatée en large surface, tantôt vermiculée comme une racine rampante. + + [42] Voyez le chapitre XII. + +[Illustration: ZOANTHE DES MOLUQUES + +(_Zoantha thalassanthos_ Lesson).] + +Le _Zoanthe des Moluques_[43] compose de larges touffes gazonnantes +sur les rochers de Corail. Ses animalcules sont assez rapprochés, +et imitent, à faire illusion, un amas de fleurs épanouies. Ils sont +portés par de fausses racines d'un blanc pur enlacées les unes dans les +autres. Leur corps est fusiforme, rétréci et comme pédiculé à la base, +tronqué au sommet, d'un rouge brun marqué de stries longitudinales plus +colorées; sa consistance est ferme et parcheminée. De ce corps sort un +tube étroit, musculaire, contractile, rougeâtre, terminé par huit bras +allongés, d'un jaune pur au sommet et traversés par une nervure de la +même couleur. Sur les côtés de ces bras naissent des pinnules fines, +parallèles, d'une couleur marron clair, semblables aux barbes d'une +plume. + + [43] _Zoantha thalassanthos_ Lesson. + +Les bras de ce Zoanthe sont sans cesse en mouvement; ils forment +dans l'eau divers petits courants, dans l'oscillation desquels sont +précipités, comme dans un torrent, les animalcules dont le Polype se +nourrit. Au moindre mouvement, le Zoophyte replie ses bras. (Lesson.) + +[Illustration: ANTIPATHE + +(_Antipathes arborea_ Dana).] + +Les _Antipathes_ ont un polypier toujours fragile, et cassant, quand il +est desséché; les ramifications, toujours grêles, déliées, ressemblent +aux barbules délicates d'une plume. La couleur est noirâtre foncé, ou +plutôt bistre et terre de Sienne. Au microscope ou à une forte loupe, +les extrémités des branches apparaissent hérissées de petites pointes +(_spinules_), et le tronc est formé de couches ovales concentriques et +inégales: ce sont les zones de la croissance. Sa consistance est assez +ferme pour qu'il soit travaillé et converti en chapelets de perles et +autres bijoux, connus dans le commerce sous le nom de _Corail noir_. + +[Illustration: POLYPE GROSSI D'ANTIPATHE + +(_Antipathes arborea_ Dana).] + +[Illustration: COUPE GROSSIE D'UNE TIGE D'ANTIPATHE. + +(D'après une préparation de M. Potteau.)] + +L'écorce est molle, dépourvue de grains calcaires ou siliceux, et se +détruit après la mort. Elle reçoit des Polypes de forme allongée, et +le plus souvent de couleur jaune. + +[Illustration: ANTIPATHE GROSSI POUR MONTRER LES SPINULES + +(_Antipathes subpinnita_, d'après Lacaze-Duthiers).] + +La Gérardie pêchée par M. Lacaze-Duthiers dans les eaux de l'Algérie +est un genre voisin très-curieux que ce savant naturaliste a fait +connaître dans une suite de beaux mémoires dont il a bien voulu nous +communiquer les dessins originaux. + +[Illustration: POLYPE DE LA GÉRARDIE.] + +La Gérardie vivante est couverte de fleurs jaunâtres ou orangées à +vingt-quatre pétales souvent très-allongés et pendants. + +[Illustration: COUPE D'UN POLYPE DE LA GÉRARDIE.] + +L'intérieur du Polype présente autant de cloisons que de tentacules. +Le polypier est très-rameux et très-élancé quand il est adulte. Dans +le jeune âge, l'écorce se développe plus rapidement que le support; +aussi la Gérardie se greffe-t-elle à tous les corps à sa portée. +Malheur à la Gorgone qu'elle envahit, elle ne tarde pas à l'étouffer +sous sa végétation exubérante. De là, souvent, cet aspect gorgonien que +présentent les jeunes Polypiers. M. Lacaze-Duthiers a trouvé une de ces +colonies, qui s'était développée sur un œuf de Squale. + +[Illustration: MADRÉPORAIRES.] + +Les _Madréporaires_ sont très-nombreux; ils forment le groupe le plus +important des Polypiers Actiniaires. Tous sont pierreux: ce sont eux +surtout qui constituent les récifs et les îles à coraux. On connaît peu +leurs Polypes. + +Parmi les plus curieux, on doit citer les _Caryophyllies_, les +_Madrépores_ proprement dits, les _Astrées_, les _Méandrines_ et les +_Poritides_... + +Les _Caryophyllies_ présentent des cellules tubuleuses en partie +isolées les unes des autres, ce qui donne à la masse un aspect comme +rameux. Chaque branche est occupée par un Polype. + +[Illustration: CARYOPHYLLIE DE SMITH + +(_Caryophyllia Smithii_ Stokes et W. P. Broderip).] + +[Illustration: ASTRÉE + +(_Astræa pallida_ Dana).] + +Une des plus belles est la _Caryophyllie de Smith_[44], avec sa +robe jaunâtre, plus pâle à la base et au sommet, ornée de lignes +longitudinales d'un blanc léger! Son disque, d'abord brun, devient +blanc et puis vert; ses tentacules, à peu près triangulaires, sont +presque transparents. Ils ressemblent à des festons de dentelle +finement bordés d'un ourlet blanchâtre et terminés chacun par un pois +blanc. + + [44] Voyez figure 1, planche X. + +[Illustration: MÉANDRINE + +(_Meandrina cerebriformis_ Lamarck).] + +Les _Madrépores_ proprement dits sont des associations bizarres des +plus variées et des plus intéressantes. Qu'on se rappelle un gâteau de +cire sorti d'une ruche, avec des larves d'Abeilles dans chaque cellule; +qu'on suppose ce gâteau de pierre et non de cire, et chaque larve +remplacée par un Polype, et l'on aura le Madrépore désigné sous le nom +d'_Astrée_: c'est un des plus connus. + +Les _Méandrines_ diffèrent des Astrées par une surface creusée de +lignes allongées et tortueuses, sillonnées en travers. Leurs cellules +sont placées régulièrement dans les vallons. + +[Illustration: PORITIDE AVEC SES POLYPES ÉPANOUIS + +(_Goniopora columna_ Dana).] + +Les _Poritides_ ont des branches qui s'élèvent peu, généralement +dichotomes, à lobes obtus. Leurs Polypes sont des miniatures +d'Anémones, portant autour de leur bouche douze tentacules radiés. +Leur polypier est pierreux, fixé, rameux ou lobé, à surface libre, +présentant un grand nombre d'étoiles régulières, superficielles +ou excavées, à bords imparfaits ou nuls. Ces étoiles sont +caractéristiques; on ne saurait les confondre avec celles d'une Astrée +ou d'un Madrépore. + +[Illustration: PORITIDE: SON POLYPIER CALCAIRE + +(_Porites mordax_ Dana).] + +Les _Polypiers Alcyonaires_ réunissent les _Alcyonides_, les +_Tubiporides_, les _Gorgonides_ et les _Pennatulides_, dont nous +traiterons dans un chapitre spécial. + +[Illustration: ALCYONIDE + +(_Xenia elongata_ Dana).] + +Les _Alcyonides_ sont très-communs; on en trouve souvent sur les +coquilles de Saint-Jacques, sous la forme de masses charnues arrondies, +à lobes irréguliers et de couleur rouge: cette masse est toute une +colonie. Placée dans de l'eau de mer pure et fraîche, on ne tarde pas +à voir apparaître des points opalins ou jaunâtres, qui se gonflent peu +à peu, font saillie, et s'épanouissent en une corolle transparente et +animée. Chacun de ces Polypes a huit pétales dentelés; au centre, est +la bouche. Le corps du Polype est tubuleux: sa partie extérieure est +plus ou moins longue; sa partie intérieure traverse au dedans, jusqu'à +la base, la masse totale, qui n'est, d'ailleurs, que l'agglomération de +tous les individus de l'association réunis par un tissu commun, criblé +de spicules rouges et sillonné de vaisseaux. + +La _Bebryce tendre_[45] est un Alcyonide. Ce Polypier, incomplet comme +tous les Alcyons, ne possède qu'une écorce qui contient les Polypes. +L'axe qui lui sert de soutien est un support d'emprunt. + + [45] Voyez la planche VIII. + +[Illustration: TUBIPORIDE (CORAIL MUSIQUE) + +(_Tubipora musica_ Linné.)] + +Parmi les _Tubiporides_, se trouve le _Corail musique_, de l'archipel +des Indes, caractérisé par ses tubes pierreux, simples, nombreux, +rapprochés, droits ou flexueux, parallèles et un peu rayonnants, d'un +beau rouge pourpre, unis ensemble de distance en distance par des lames +transversales. On a comparé leur ensemble à un amas de tuyaux d'orgue. + +Ses Polypes sont d'un vert d'herbe brillant (Péron); ils ont des +tentacules garnis de chaque côté de deux ou trois rangées de papilles +granuleuses charnues, au nombre de soixante à quatre-vingts (Lesson). + +[Illustration: GORGONIDE + +(Pêchée par quarante brasses de profondeur, côtes du Finistère).] + +Les _Gorgonides_ ont une écorce tellement pénétrée de grains calcaires +ou siliceux (_spicules_), qu'elle forme une croûte en se desséchant. +Cette croûte est friable, et conserve souvent les couleurs plus ou +moins brillantes qui la caractérisent. Leurs cellules sont creusées +tantôt dans une surface plane, tantôt dans des mamelons saillants; +ceux-ci sont lisses, hérissés ou écailleux, quelquefois pendants les +uns sur les autres. + +C'est à ce groupe qu'appartiennent les _Isis_ et le _Corail_, dont +l'étude nous occupera dans le chapitre suivant, et toutes ces +arborisations noires, lisses et flexibles, que l'on observe sur nos +côtes. C'est encore à côté des Gorgonides que M. Deshayes a placé +le beau Polypier pêché à la Calle, l'_Anthozoanthe parasite_[46], +magnifique arbrisseau redressé et non pendant, avec des axes d'un brun +foncé, une écorce d'un rose vif, et des Polypes d'un jaune d'or. + + [46] Voyez la planche VII, communiquée par M. Deshayes. + + +IV + +Les Polypiers sont fixés aux corps solides. Quelquefois ils s'attachent +les uns aux autres, se greffent dans tous les sens ou s'enlacent dans +toutes les directions. + +Il y en a de blanchâtres, de tout à fait blancs, de jaunâtres, de +vert-pomme. Leurs nuances passent du brun olivâtre au bleu foncé, du +vermillon au violet, et du jaune pâle au gris de perle. + +Chaque tuyau ou cellule contient un individu. Les loges sont plus ou +moins profondes, suivant les espèces. Les animalcules sont composés +généralement d'une partie cachée plus ou moins tubuleuse, et d'une +partie étoilée plus ou moins apparente. Cette dernière présente de huit +à douze barbillons lisses ou granuleux, susceptibles de s'épanouir +comme les pétales d'une fleur. Quand ces appendices sont étalés, ils +atteignent souvent le double de la hauteur du corps; ils sont alors +presque transparents, excepté vers l'extrémité. + +Les Polypes étendent ou resserrent leurs barbillons, dilatent ou +contractent leur bouche, suivant les besoins; mais leur tube digestif +est soudé à leur cellule, et les axes qui portent les cellules sont +condamnés à l'immobilité. Singulière combinaison! des arbustes +moitié animés et croissant au fond de l'eau; des animalcules moitié +emprisonnés et rivés à leur prison; des estomacs dans une écorce, des +bras sur une branche, et le mouvement sur le repos! + +Les animalcules des Polypiers se reproduisent par de petites larves +vomies par l'animal et par des bourgeons développés dans leur écorce. + +[Illustration: POLYPES ÉPANOUIS SORTIS DE LEUR LOGE + +(_Sertularia pumila_ Linné).] + +Dans les Polypiers Hydraires, les œufs sont souvent contenus dans des +capsules cornées spéciales, qui se brisent lors de la maturation. Leurs +formes sont très-variées, suivant les espèces. + +Qu'on imagine un ellipsoïde transparent comme du cristal, dont les +parois sont décorées de rampes à créneaux disposées en spirale, +interrompues à chaque tour, et laissant voir par transparence cinq ou +six œufs ronds, d'un jaune safrané, et l'on aura la capsule ovigère +d'un _Polypier Bryozoaire_, la _Plumulaire plume_. + +[Illustration: POLYPIER BRYOZOAIRE: SON SAC A ŒUFS ET SES LOGES +A POLYPES, GROSSIS + +(_Plumularia pluma_ Linné).] + +Chez les Campanulaires, il existe des branches mâles et des branches +femelles: les unes chargées de loges dans lesquelles se développent les +œufs; les autres portant des capsules mâles surmontées chacune d'un +bouquet d'élégants tentacules. + +[Illustration: POLYPIER HYDRAIRE PRODUISANT UNE MÉDUSE] + +Mais un des phénomènes les plus curieux que présente l'étude des +Polypiers Hydraires, est celui que les savants ont désigné sous le nom +de _génération médusipare_. A une certaine époque de l'année, apparaît, +chez les _Campanulaires_, les _Syncorines_, etc., une sorte de hernie +extérieure, au centre de laquelle tourbillonne le liquide nourricier. +C'est un bourgeon qui, peu à peu, se revêt d'un bourrelet de substance +transparente, grandit rapidement, et ne tarde pas à montrer des +traces d'organisation intérieure. On voit alors le liquide nourricier +circuler dans quatre canaux; quatre points noirs se dessinent au +sommet du bourgeon, à l'extrémité des quatre canaux: ce sont les +yeux. Insensiblement le bourgeon prend un aspect plus campanuliforme; +son extrémité se dilate, les yeux s'écartent, et dans leur voisinage +naissent quatre tentacules. Le réservoir central augmente de capacité, +se limite par une membrane distincte, et forme l'estomac. L'animal est +développé: c'est une vraie Méduse. Dans peu de temps, elle rompra son +pédicule par de violentes contractions, et prendra son essor vers la +haute mer. + +La jeune Méduse, aussitôt libre, atteint en peu de jours le double de +son volume. La déchirure de son pédicule se cicatrise, les tentacules +s'allongent; l'estomac acquiert une bouche. Quelques semaines encore, +et l'intestin de chacune de ces petites Méduses présentera un +contour onduleux, comme mamelonné: ce sont des œufs qui se forment, +grossissent, se développent, et se détacheront par un mécanisme +semblable (Desor). + + +V + +Les Polypes sont de petits ouvriers silencieux, actifs, infatigables, +qui sécrètent et organisent les gâteaux ou les axes qui les portent +et les logent. Éclatante industrie, qui sera sans cesse un objet +d'admiration! Population modeste, digne des plus grands éloges, +réservée dans ce qu'elle consomme, magnifique dans ce qu'elle produit! + +Les Polypes aiment les régions chaudes de l'Océan, et prospèrent mal +dans les pays froids. + +Les uns forment des pelouses de vie sous-marines qui tapissent les +rochers; les autres composent des stalactites animées, de grands +arbrisseaux, de petits arbres ou d'immenses forêts. Le câble électrique +qui relie la Sardaigne au fort Génois était incrusté d'un si grand +nombre de Polypiers et de _Bryozoaires_, que certaines parties retirées +de l'eau avaient le volume d'un baril. (Lacaze-Duthiers.) + +Les Polypiers occupent quelquefois des espaces immenses qui +grandissent sous les flots, s'élèvent en récifs, entourent les îles, +les joignent entre elles, les unissent aux continents, et comblent +ainsi la profondeur des mers. + +En 1702, un voyageur anglais, Strachan, observa que les Polypiers +étaient capables de former de grandes masses de rochers. En 1780, +Forster, savant compagnon du capitaine Cook, établit d'une manière +positive que la plupart des îles de la mer du Sud doivent leur +existence à la multiplication excessive et à l'agglomération compacte +des Polypiers. Cette manière de voir a été confirmée par un grand +nombre de marins, de zoologistes et de géologues. + +Ces Zoophytes sont réunis au fond de l'eau par masses innombrables. Ils +absorbent les sels calcaires contenus dans l'Océan, et en composent +leurs cellules et leurs axes; ils produisent ainsi des associations +souvent colossales. + +Leurs germes tombent autour d'eux, et donnent naissance à de nouveaux +gâteaux. Les derniers venus s'élancent tout autour des premiers +et au-dessus d'eux, et les étouffent; ceux-ci laissent après leur +mort leurs cellules de pierre greffées les unes sur les autres. Ces +couches de matière devenue inerte servent de fondement à de nouvelles +générations qui se superposent régulièrement comme les assises dans une +maçonnerie. Il résulte de ces agglomérations gigantesques des rochers +immenses qui atteignent jusqu'à deux ou trois cents lieues de longueur! + +Ces rochers s'élèvent peu à peu du fond de la mer, sans trouble, sans +effort, sans réaction. Au bout d'un certain temps, ils composent des +îles; ces îles forment de vastes terres. Il faut des siècles, il est +vrai, pour que ce travail s'accomplisse, mais le temps ne manque jamais +à la Nature! + +Les auteurs de ces constructions séculaires sont des animalcules +gélatineux, fragiles, chétifs, presque toujours microscopiques; mais +ils sont extrêmement nombreux... il y en a des milliards. Ils peuvent +donc produire, par l'entassement de leurs squelettes, des maçonneries +dont le genre humain tout entier, travaillât-il cent mille ans, +n'enfanterait qu'une bien faible partie! + +[Illustration: VUE GÉNÉRALE D'ÎLES A CORAUX. + +(Ile de Clermont-Tonnerre, archipel Pomotou.)] + +Une fois arrivés à la surface de l'eau, les Polypiers cessent de +croître, parce que leurs animalcules sont des êtres essentiellement +aquatiques. Enfants de la mer, ils doivent vivre dans la mer; ils +meurent à l'air et au soleil. Voilà pourquoi les couches les plus +élevées de ces gigantesques édifices sont toujours privées de vie. + +Les vagues qui se brisent contre ces îles ou ces rochers en détachent +des quartiers, les roulent, les ballottent et les réduisent en +poussière. Il en résulte d'abord un gravier blanchâtre parsemé de +quelques blocs arrondis, puis un sable plus ou moins fin et plus +ou moins grisâtre. Les flots apportent des restes de végétaux, de +Mollusques, de Crustacés, de Poissons..... Ces restes se décomposent +et se mêlent aux débris madréporiques: la terre végétale commence à +se former. C'est ainsi que la Providence a fait surgir de l'Océan des +espaces de terrain considérables. + +Le massif, monté au niveau de la mer, est bientôt envahi par la +végétation et embelli par l'animalité. Les vagues y abandonnent +quelques graines; celles-ci se développent. Les végétaux prennent pied +dans le terrain, et l'île est bientôt couverte de verdure. Des troncs +d'arbres arrachés par la mer sur les côtes voisines, et poussés par +les courants, abordent sur sa plage. Des Vers, des coquillages, des +Insectes et d'autres petits animaux apportés avec ces troncs se hâtent +de gagner la terre; ils y pullulent et en constituent la première +population. Les Tortues de mer accourent vers l'île naissante, et +viennent y déposer leurs œufs. Les Oiseaux, attirés de loin par la +verdure, arrivent pour s'y reposer et pour y construire leurs nids. +Enfin, les habitants des îles voisines, chassés par quelque coup de +vent ou séduits par la beauté du site et par l'abondance de ses fruits, +s'y rendent avec leurs pirogues, y bâtissent des cabanes, y fondent une +tribu; et l'industrie de l'Homme complète et vivifie l'industrie des +Polypiers! + +Les actions si puissantes des animalcules les plus petits et les +plus faibles sont empreintes, dans la Nature, d'un charme et d'une +philosophie que ne donneront jamais dans nos musées les formes les +plus élégantes de leurs cadavres soigneusement conservés et savamment +classés. + +Les Infusoires, les Foraminifères et les Polypes existent dans la mer +par milliards de milliards... C'est l'infini vivant! + +[Illustration] + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. VIII. + P. Lackerbauer, d'après Mr. Lacaze du Thiers. Digeon fac-simile sc. + + CORAIL + Portion de Macciotta pêchée à 80 brasses de profondeur. + + 1 Corail rouge. (_C. rubrum, Lamarck_.) + 2 Bebryce tendre. (_B. mollis, Philippi_.) + 3 Gorgone délicate. (_G. subtilis, Valenciennes_.) + 4. 4'. 4''. Éponges. + 5 Balanophyllie d'Italie. (_B. Italica, Michelin_.) + 6 Flabellum. (_F. anthophyllum, Ehrenberg_.) + 7 Thécidie de la Méditerranée. (_T. Mediterranea, Defrance_.) + 8 Térébratule tête de serpent. (_T. caput serpentis, Lamarck_.)] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE X + +LE CORAIL. + + «CURALIUM _decus liquidi_.» + + (PRISCIEN.) + + +I + +Dans certaines régions de la mer, au milieu des rochers les plus +accidentés, s'étendent de petites forêts purpurines. Ces forêts +aquatiques sont composées par le _Corail rouge_, un des plus brillants +et des plus célèbres parmi les Polypiers. _Curalium decus liquidi!_ + +Pendant longtemps, le Corail a été pris pour une plante marine. Les +anciens Grecs appelaient cette prétendue plante, _fille de la mer_[47]. +Le comte Marsigli lui-même considérait cette curieuse production comme +faisant partie du règne végétal. + + [47] Κοράλλιον, de κόρη, fille, ἁλὸς, de la mer, d'où les Latins + ont fait _curalium_, puis _corallium_ ou _coralium_. + +Peyssonnel, chirurgien de la marine, reconnut le premier la véritable +nature de l'arbrisseau Corail. Il fit part de sa découverte au célèbre +Réaumur, qui hésita quelque temps à la transmettre à l'Académie royale +des sciences. Ce ne fut qu'en 1727 qu'il se décida à la communiquer à +l'illustre compagnie, mais sans l'adopter encore lui-même. + +Les observations de Peyssonnel furent contestées jusqu'au moment où +Trembley (de Genève) eût publié ses belles expériences sur le Polype +d'eau douce, et que les savants eussent constaté la grande ressemblance +qui existe entre la nature de ce curieux Invertébré et les animalcules +du Corail. + +Guettard (d'Etampes) et Bernard de Jussieu firent exprès un voyage sur +nos côtes pour vérifier les assertions de Peyssonnel. + +[Illustration: CORAIL ROUGE + +(_Corallium rubrum_ Lamarck).] + +Aujourd'hui, pour tous les naturalistes, le Corail est une famille de +Polypes vivant ensemble et composant un _Polypier_. + +Ce Polypier habite surtout dans la Méditerranée et dans la mer Rouge. +Il se trouve à diverses profondeurs. Cependant il n'est jamais à moins +de 3 mètres, ni à plus de 300. + +Observé sur place, le Corail est mêlé avec d'autres Polypiers +et avec d'autres animaux marins. Il en résulte un assemblage +lâche ou compacte, quelquefois inextricable, qui a reçu le nom de +_macciotta_[48]. + + [48] La planche VIII représente une portion de _macciotta_ retirée + de quatre-vingts brasses de profondeur, dans les eaux de la Calle, + dessinée et coloriée par M. Lacaze-Duthiers (juillet 1862). + +Chaque pied de Corail ressemble à un joli sous-arbrisseau rouge, sans +feuilles, portant de délicates petites fleurs étoilées à rayons blancs. + +Les axes de ce sous-arbrisseau sont les parties communes à +l'association; les fleurettes sont les Polypes. + +[Illustration: SPICULES DE CORAIL. + +(D'après les dessins communiqués par M. Lacaze-Duthiers.)] + +Les arborisations dont il s'agit se dirigent ordinairement de haut en +bas, et non de bas en haut, comme celles des plantes. Elles forment +des buissons, des taillis, et, comme nous l'avons dit plus haut, de +véritables forêts. Ces axes offrent une écorce molle, comme réticulée, +pénétrée d'un suc laiteux, et creusée de petites cavités, qui sont les +loges des Polypes. De petits corps durs (_spicules_) sont contenus en +grand nombre dans son épaisseur. Au-dessous de l'écorce, se trouve +le Corail proprement dit, qui égale le marbre en dureté, et qui est +remarquable par sa surface striée, par sa belle couleur rouge, par +son extrême dureté et par le poli brillant dont il est susceptible. +Les anciens croyaient que sa substance était molle dans l'eau, et ne +prenait de la consistance qu'au contact de l'air[49]. + + [49] Sic et coralium, quo primum contigit auras + Tempore, durescit..... (OVIDE.) + +[Illustration: COUPE GROSSIE DE LA TIGE DU CORAIL. + +(D'après les dessins communiqués de M. Lacaze-Duthiers.)] + +Les Polypes sont composés, comme ceux de la plupart des Polypiers, +d'une partie sacciforme enfermée dans la loge corticale, et d'une +partie extérieure cylindrique, entourée de huit petits barbillons qui +divergent comme les pétales d'un Œillet. Ces barbillons sont aplatis, +larges, pointus et garnis sur les bords de barbules courtes et creuses. +Quand ils sont épanouis, l'ensemble représente une charmante fleurette +blanchâtre et diaphane, à huit pétales découpés, placés sur un mamelon +rose, renflé parfois en forme d'urne. Le comte Marsigli avait très-bien +vu les Polypes du Corail. «_Ce sont des fleurs_, dit-il, _qui rentrent +dans leurs tubules dès que la plante est retirée de l'eau. Ces fleurs +adoptent en mourant une teinte jaune safranée._» + +[Illustration: UN POLYPE DU CORAIL ROUGE.] + +Le Corail est donc, comme on l'a dit avec justesse, animal (ou animaux) +en dehors et rocher en dedans. + +M. Lacaze-Duthiers a étudié tout récemment la reproduction du Corail. +Il est arrivé à des résultats extrêmement intéressants. Suivant ce +savant zoologiste, les individus de la colonie sont tantôt mâles, +tantôt femelles, tantôt hermaphrodites. Ordinairement les Polypes d'un +sexe l'emportent en nombre, dans une même branche, sur ceux d'un autre +sexe. Ainsi, tel rameau présente presque exclusivement des mâles, et +tel autre des femelles. Quant aux hermaphrodites, ils semblent les +moins nombreux. + +On trouve dans le règne végétal des plantes dites _polygames_, qui +offrent dans la distribution de leurs fleurs mâles, femelles ou +hermaphrodites, un arrangement analogue: l'_Épinard d'Espagne_ est dans +ce cas. Qui aurait pu soupçonner un rapport physiologique quelconque +entre le Corail et l'Épinard? + +Les œufs du Corail ont des pédicules longs et grêles; ils font saillie +à l'extérieur des lames minces qui se trouvent dans le sac digestif. +Ils sont sphériques, opaques et d'un blanc de lait. Ils se détachent +par la rupture de leur support, et tombent dans la cavité générale, +cavité qui sert tout à la fois d'estomac et de poche incubatrice, dans +l'intérieur de laquelle deux matières bien différentes peuvent, à côté +l'une de l'autre, la première se dissoudre et servir à l'entretien +de l'animal, la seconde se développer et produire un être nouveau! +(Lacaze-Duthiers.) + +Les œufs s'allongent et se revêtent de cils vibratiles. Dès qu'ils +sont pondus (ou, pour mieux dire, vomis), ils se creusent d'une cavité +qui s'ouvre au dehors par un pore destiné à devenir la bouche. Alors +ils prennent la forme d'un petit ver blanchâtre et demi-transparent; +ces larves nagent en tous sens avec une assez grande agilité, en se +détournant quand elles se rencontrent. Elles montent et descendent +dans les vases qui les contiennent, portant toujours en avant leur +grosse extrémité ou leur base, tandis que leur bouche est en arrière. +De là vient, lorsqu'elles trouvent des obstacles, qu'elles buttent +contre eux. Elles ont une tendance à s'accoler, puis à adhérer, et cela +d'autant plus, que leur genre de progression favorise leur contact en +les poussant contre les objets. Ainsi, ce sont les mouvements mêmes +qui semblent destinés à faire cesser cette période de liberté, en +facilitant l'adhérence de la partie du corps qui répondra plus tard à +la base du Polype. (Lacaze-Duthiers.) + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. IX. + Mesnel del. d'après les dessins de Mr Lacaze-Duthiers. Rapine. sc. + + DÉVELOPPEMENT DU CORAIL. + (Corallium rubrum, Lamarck.) + + 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Diverses phases de la larve libre. + --9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. Fixation de la larve et développement + du Polypier. + + _Imp. Geny-Gros 28 r. Domat._] + +Arrive bientôt le moment où les larves vont se fixer. L'animal +abandonne sa forme de ver; il s'étale, pour ainsi dire, et perd +en hauteur ce qu'il gagne en largeur: il se raccourcit et devient +comme discoïde. L'extrémité la plus effilée, celle qui porte la +bouche, rentre dans le tissu, et, en s'enfonçant au milieu du disque, +elle s'entoure d'un bourrelet circulaire (Lacaze-Duthiers). Sur ce +bourrelet, naissent les rudiments des huit tentacules, qui se couvrent +bientôt de festons latéraux. + +Ce premier Polype fixé devient le fondateur d'une grande colonie +arborisée. Des gemmes ou bourgeons se forment sur ses axes, et +produisent, en se développant, tout un petit peuple de Coraux[50]. + + [50] Voyez la planche IX, dont les éléments nous ont été + communiqués par M. Lacaze-Duthiers. + +Chez les animaux adhérents, les larves sont mobiles. C'est une loi +générale! Les jeunes Polypes, au sortir de l'œuf, diffèrent presque en +tout de leurs parents. Ils doivent subir des métamorphoses pour arriver +à l'état parfait, mais des métamorphoses inverses, à certains égards, +de celles des Insectes. Chez ces derniers, la chrysalide, qui est +immobile, se change en Papillon qui vole. Chez les Coraux, la larve, +qui nage, se transforme en Polype qui adhère!... Il n'y a peut-être pas +dans la Nature une loi qui, renversée, ne devienne une autre loi. + + +II + +On a distingué des vrais Coraux les _Mélites_ et les _Isis_, dont les +ramifications sont articulées, et dont les Polypes possèdent six +tentacules au lieu de huit; ces tentacules sont entiers et non frangés. + +[Illustration: COUPE GROSSIE DE LA TIGE D'ISIS. + +(D'après une préparation de M. Poteau.)] + +Dans le premier genre, les axes sont noueux d'espace en espace, et +recouverts d'un encroûtement adhérent et persistant; dans le second, +ils sont étranglés et revêtus d'un encroûtement libre et caduc. + +Le tissu des Mélites est pierreux et homogène, celui des Isis est +composé de deux substances distinctes; leurs étranglements sont cornés +et noirâtres, leurs articulations sont calcaires et striées. + +On emploie souvent, dans le commerce, la tige des Isis pour du Corail +blanc; la structure des deux espèces de tiges est si différente, qu'il +suffit d'une loupe pour les distinguer. Les deux figures ci-dessus +montrent la grossièreté de la fraude. + +[Illustration: COUPE GROSSIE DE LA TIGE DU CORAIL ROUGE. + +(D'après une préparation de M. Poteau.)] + +Chaque Corail, vrai ou faux, est un atelier distinct de petits +travailleurs, habiles, toujours nombreux, toujours actifs; atelier +merveilleux où se fabriquent à la fois la matière première, corne ou +marbre, qui lui est indispensable, et les ouvrages élégants, tiges ou +branches, qui lui sont particuliers. + + +III + +D'après ce que l'on vient de voir sur la nature des Coraux, on peut +en conclure que ces Polypiers ressemblent plus à des plantes qu'à des +animaux. C'est à cause de cela qu'on les a souvent désignés sous le nom +de _Zoophytes_, c'est-à-dire _animaux-plantes_, dénomination appliquée +plus tard, par extension, à un grand nombre d'Invertébrés marins. + +Cette structure remarquable établit entre les deux règnes organiques +les rapports les plus curieux. Nous trouvons dans ces animaux, comme +dans les végétaux, une tige, des branches et des rameaux recouverts +d'une véritable écorce. Leurs axes sont cornés ou calcaires; dans les +végétaux, ils sont herbacés ou ligneux. Des deux côtés, le tissu est +plus ou moins solide, strié, cannelé, tordu et composé de couches +concentriques. De plus, l'écorce animale est spongieuse et plus ou +moins tendre, comme l'écorce végétale. + +Les gemmes représentent les bourgeons; les Polypes représentent les +fleurs. Les barbillons s'étalent en rosettes comme des pétales; ils +forment une corolle animée qui s'épanouit et se ferme alternativement. + +Dans le Polypier, de même que dans le végétal, les individus +élémentaires sont aux extrémités des axes ou sur les côtés, ou bien +tout à la fois terminaux et latéraux. + +Enfin, une dernière ressemblance se rencontre dans leur reproduction. +Le Corail et le végétal donnent des individus isolés, œufs ou graines, +qui se détachent de la collection, se développent et produisent une +colonie dont les membres demeurent adhérents, et par suite d'autres +Coraux et d'autres végétaux, c'est-à-dire d'autres êtres collectifs. +C'est la synthèse qui engendre l'analyse, et l'analyse qui reconstitue +la synthèse! + +Tout en _s'arborisant_, le Polype _se minéralise_. Ne dirait-on pas que +le règne animal, le règne par excellence, abandonne sa suprématie, et +cherche à se confondre avec les autres règnes? + + +IV + +On fait la pêche du Corail principalement à l'entrée de la mer +Adriatique, aux environs de Bone et de la Calle, et dans le détroit de +Bonifacio. Cette pêche donne naissance à une industrie considérable, +qu'il serait important d'encourager et de régulariser. + +Sur les côtes de la Sicile, la pêche est extrêmement simple. Trois ou +quatre pêcheurs, placés sur une barque, plongent dans la mer une sorte +de croix de bois horizontale, à branches égales, portant à chaque +extrémité un filet de forme conoïde, tissé avec de l'étoupe. Au centre +de l'appareil est ajustée en dessous une grosse pierre, qui l'entraîne +rapidement au fond de l'eau. La croix est attachée à une corde; on +la descend à une profondeur de 60 à 100 mètres. Un pêcheur élève et +abaisse alternativement cet appareil; en même temps les autres rament +lentement, de manière à balayer la surface d'un certain nombre de +rochers. Les mailles lâches des quatre filets promenés sur les Coraux +accrochent leurs branches, les cassent, ou arrachent les Polypiers +tout entiers. Quand on suppose que la prise est suffisante, on retire +l'appareil; on détache la récolte, et on la dépose dans le bateau. + +A la place de l'instrument que nous venons de décrire, on emploie +quelquefois un autre engin, composé d'un cercle de fer de 50 +centimètres de diamètre, qui forme l'ouverture d'une petite poche +destinée à recevoir les branches qu'on brise. A droite et à gauche sont +suspendus deux filets. Le cercle est situé à l'extrémité d'une grande +poutre, quelquefois plus longue que la barque. Cette poutre est portée +par deux cordes, et, tout près du cercle de fer, on a fixé une pierre. +On introduit cet instrument dans des cavités où le premier n'a pas pu +pénétrer. + +Dans d'autres localités, on se sert de bâtons garnis d'étoupes, que +l'on traîne au fond de la mer avec un boulet. Derrière se trouve un +filet à larges mailles, où tombe le Corail à mesure qu'il est détaché. + +Le Corail ainsi obtenu est toujours mêlé à d'autres Polypiers, à divers +animaux, et même à des plantes marines. + +Anciennement, on pêchait ce Zoophyte avec de grandes cloches dans +lesquelles un homme était placé. Par ce moyen, on obtenait le Corail +pur et non brisé. + +En 1857, M. Focillon a fait ressortir la possibilité d'employer le +_bateau plongeur_ de MM. Lamiral et Payerne pour la récolte du Corail, +et les avantages qu'offrirait l'application de cet appareil. + +Dans certains pays, les pêcheurs plongent à des profondeurs plus ou +moins considérables, et récoltent le Corail à la main. + +Malgré les efforts du gouvernement français, et malgré les bénéfices de +l'industrie coraillère, nos pêcheries dans le détroit de Bonifacio et +sur le littoral africain ne sont guère fréquentées que par des marins +étrangers. + +En 1852, les corailleurs qui exploitèrent le détroit de Bonifacio +étaient tous des Italiens. Le produit de la campagne ne donna qu'une +quarantaine de mille francs. + +En 1853, sur 211 bateaux pêcheurs qui se rendirent sur les côtes +d'Afrique, il n'y en avait que 19 français; la plupart étaient +napolitains. La même chose a lieu presque tous les ans. + +D'après les documents publiés par le ministère de la guerre, les côtes +de Bone et de la Calle ont fourni, en 1853, 35 800 kilogrammes de +Corail, lesquels, vendus en majeure partie aux fabricants de Naples, à +raison de 60 francs le kilogramme, ont représenté une valeur brute de 2 +148 000 francs. Beaucoup de bateaux, la plupart napolitains, dont les +frais ne dépassaient pas au maximum 8000 francs, ont emporté 4 à 500 +kilogrammes de Corail, et ont eu par conséquent un bénéfice de 16 à 22 +000 francs. + +Sur la côte ouest, la pêche a été exploitée, la même année, par des +corailleurs espagnols, qui avaient pris leurs patentes dans les ports +de Mers-el-Kébir, Tenez et Arzew. Chaque embarcation a recueilli en +moyenne de 350 à 400 kilogrammes de Corail. + + +V + +Les anciens regardaient le Corail comme une matière d'un grand prix, et +lui attribuaient des vertus merveilleuses. Les Gaulois en décoraient +leurs casques, leurs boucliers et leurs autres instruments de guerre. +Les Romains en portaient des fragments ou des grains comme amulettes et +comme ornements agréables aux dieux. Ils en fabriquaient des colliers +pour préserver leurs nouveau-nés des maladies contagieuses. Dans +beaucoup de circonstances, ils croyaient les préparations de Corail +excellentes pour conjurer les malheurs. + +Il n'y a pas longtemps que les médecins français considéraient le +Corail comme une des ressources de la thérapeutique. Lémery le croyait +propre à _réjouir le cœur_. Ce qui n'est pas aussi certain que sa vertu +pour nettoyer les dents, bien que cette dernière se réduise à une +simple action physique. + +Le Corail est plus estimé aujourd'hui comme ornement que comme remède. +On fabrique des bijoux recherchés non-seulement en Europe, mais aussi +en Afrique et en Asie, surtout au Japon. + +Le Corail des côtes de France, mieux choisi peut-être que celui des +autres pays, passe pour avoir la couleur la plus vive et la plus +éclatante. Celui d'Italie rivalise en beauté avec le nôtre; celui de +Barbarie est le plus gros et le moins brillant. + +Dans le commerce, on distingue cinq variétés de Corail, auxquelles on +donne des noms assez bizarres: 1º l'_écume de sang_, 2º la _fleur de +sang_, 3º le _premier sang_, 4º le _second sang_, 5º le _troisième +sang_. + +Le Corail _rose_ est très-rare et très-cher. Le Corail travaillé par +les Napolitains donne des bijoux quelquefois un peu grossiers. Celui +de Marseille, façonné par d'habiles artistes, produit des résultats +supérieurs. On a vu, à l'exposition de 1830, des ornements dont la +taille, le poli et le bon goût étaient à l'abri de toute critique. On y +remarquait particulièrement un jeu d'échecs, représentant l'armée des +Sarrasins et celle des croisés, qui valait 10 000 francs. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XI + +LA PLUME DE MER. + + Quantes fois, lorsque sur les ondes + Ce nouveau miracle flottoit..... + + (MALHERBE.) + + +I + +La contemplation des animaux qui habitent dans un milieu différent du +nôtre, et qui cependant accomplissent sans gêne les diverses phases +de la vie avec des mœurs particulières, avec leurs joies et leurs +souffrances, n'est-elle pas faite pour nous plonger dans une sorte de +ravissement! + +Tous les Zoophytes marins, sans exception, peuvent être le sujet de nos +études et de notre enthousiasme. Mais parmi ces animaux, un des plus +merveilleux est bien certainement la _Plume de mer_ ou _Pennatule_. + +Ce Polypier habite loin des rivages, il aime la haute mer; aussi +n'est-il pas adhérent, mais libre. Son organisation complexe ressemble +grossièrement à une plume. + +Cette agglomération animale offre un axe ou partie commune, et des +espèces de barbes sur lesquelles sont établis des Polypes. + +L'axe est composé de deux parties, une antérieure, qui porte les +barbes, et une postérieure, qui est nue. La première est plus ou +moins étroite et déprimée; la seconde ressemble à un cœur allongé. +Son extrémité est obtuse et percée d'un trou aveugle, que certains +naturalistes ont pris mal à propos pour une bouche. + +[Illustration: PLUME DE MER ÉPINEUSE + +(_Pennatula spinosa_ Deshayes).] + +Dans l'intérieur de l'axe, au milieu d'un tissu charnu et contractile, +se trouve une baguette dure, aplatie, grisâtre, de nature calcaire. +Cette baguette offre en dessus et en dessous deux rainures, une à +droite et l'autre à gauche. Elle est enfermée dans une membrane +très-mince. + +On observe encore, dans l'épaisseur de la Plume, trois cavités, dont +une moyenne et supérieure et deux latérales. La cavité moyenne, qui +est assez grande, diminue vers l'extrémité antérieure, où l'on voit un +véritable orifice. Des deux côtés de cette même cavité se trouvent des +brides formant des loges celluleuses qui semblent communiquer avec les +barbes. + +A certains moments, l'agrégation aspire de l'eau et se gonfle, puis +elle rejette le liquide et s'amoindrit. + +Les barbes sont plus grandes au milieu de la tige qu'à l'extrémité. +Leur ensemble forme des espèces d'ailerons aux deux côtés de +l'axe. Leur bord postérieur est subdivisé en lames qui présentent +inférieurement de petites aiguilles calcaires, dures, blanches et +cassantes. Ces lames soutiennent les Polypes. + +[Illustration: POLYPES DE LA PLUME DE MER ÉPINEUSE.] + +Ceux-ci sont rapprochés et alignés, implantés obliquement et répartis +avec inégalité. Ils ont la forme d'une bourse divisée en deux portions: +une de ces dernières offre la bouche bordée de huit tentacules; l'autre +comprend les organes de la digestion et les sacs des œufs. + +En définitive, ces Polypes, comme la plupart des animaux inférieurs, +ressemblent toujours plus ou moins à des fleurs vivantes, mais à des +fleurs vivantes qui frémissent d'une sensibilité encore bien incomplète +et qui jouissent d'une volonté encore bien limitée! + +Les Plumes de mer sont épineuses. On en connaît une d'un +rouge-cannelle[51], et une autre d'un gris sale[52]. Le soir, la +première devient phosphorescente, et balance mollement ses lueurs à la +surface de la mer. + + [51] _Pennatula phosphorea_ Linné. + + [52] _Pennatula grisea_ Esper. + +Ces Polypiers peuvent contracter la partie postérieure et renflée de +leur axe, de même que leurs ailerons. Ces derniers semblent leur +servir de nageoires ou de rames. Mais les Pennatules ne réussissent +qu'à produire des mouvements très-imparfaits. Les eaux les poussent +dans un sens ou dans un autre, et les courants ne tardent pas à les +entraîner. Flottant sans volonté, du moins apparente, au gré des vagues +et des vents, elles vont partout, et partout elles rencontrent ce qu'il +faut pour leur nourriture, ce qui convient à leur bien-être et ce qui +est nécessaire à leur reproduction! + +[Illustrations] + +D'après les observations récentes de M. Lacaze-Duthiers, ces Polypes +des Pennatules sont tous mâles ou tous femelles, exclusivement; +de manière que chaque communauté ne présente qu'un seul sexe. On +sait qu'il existe des végétaux organisés d'une manière analogue, +c'est-à-dire à fleurs mâles et à fleurs femelles séparées sur des pieds +différents (dioïques): par exemple, les Pistachiers, les Dattiers, les +Épinards..... + + +II + +L'_Ombellulaire_, qu'on ne rencontre que sur les côtes du Groenland, et +les _Virgulaires_ de Lamarck, sont des Pennatulides. + +[Illustrations: + +OMBELLULAIRE DU GROENLAND + +(_Umbellularia groenlandica_ Lamarck). + +VIRGULAIRE ADMIRABLE + +(_Virgularia mirabilis_ Lamarck).] + +La _Virgulaire admirable_ est un des plus beaux Polypiers de l'Océan. + +Deux séries d'ailes en demi-lune, obliquement horizontales, sont +placées avec symétrie autour d'un axe étroit et léger, qu'elles +embrassent alternativement. On dirait deux larges rubans enroulés en +sens inverse, de manière à produire deux rampes opposées. Ces ailes +sont un peu onduleuses, découpées et frangées sur le bord libre, et +d'un jaune assez brillant. Les dentelures de leurs franges servent de +logement à de jolis petits Polypes, qui montrent de temps en temps leur +bouche béante et leurs barbillons étalés. Ces Polypes sont blanchâtres +et demi-transparents. Quand ils épanouissent leurs rayons, ils ajoutent +à la marge de chaque aile une bordure d'étoiles argentées. + + +III + +Chez la plupart des Polypiers, les individus élémentaires, malgré +leur adhérence entre eux, possèdent une activité vitale propre, et, à +certains égards, indépendante. Ils ont des volontés _particulaires_ +qu'il leur serait difficile de réunir, de confondre en une volonté +générale. C'est probablement à cause de cette difficulté insurmontable, +que la Nature a rendu ces corporations fixées et sédentaires. Elle a +empêché leurs Polypes de prendre aucune détermination collective, et de +mouvoir leur ensemble comme un seul individu. + +Il n'en est pas ainsi chez les Plumes de mer; leur association +constitue un Polypier non adhérent. Ce Polypier se remue, obscurément à +la vérité, mais enfin il se remue. A quoi cela tient-il? A ce que les +parties communes qu'il présente, au lieu d'être cornées ou calcaires, +c'est-à-dire complétement inertes, sont charnues et contractiles, +c'est-à-dire manifestement animées. Par conséquent, les Polypes d'une +Plume de mer sont moins indépendants les uns des autres que les +Polypes d'un Corail. Ils ont un organe central irritable, peut-être +même sensible, qui appartient à tous, qui les relie plus intimement les +uns aux autres, et qui donne plus d'unité à leur ensemble. Le Corail +n'a pas de volonté, la Plume de mer en a une. + +Les Polypiers fluviatiles (ou _Polypes à panache_ de Trembley), +véritables miniatures des Polypiers marins, ne sont pas tous fixés. Il +en existe aussi de libres, tels que les _Cristatelles_. L'Auteur de la +Nature a placé çà et là, dans les bassins et les ruisseaux, de petites +créatures imperceptibles, analogues aux grands Zoophytes vagabonds que +les ondes nourrissent et ballottent dans l'immensité de l'Océan!... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XII + +LES ANÉMONES DE MER. + + ..... Living flowers, + Which like a bud comparted, + Their purple lips contracted; + And now in open blossoms spread, + Stretched like green anthers many a seeking head. + + (SOUTHEY.) + + +I + +Qu'on suppose un Polype bien grand et bien trapu, possédant, au lieu +de six modestes barbillons, un grand nombre de brillants appendices +disposés comme une riche collerette, et l'on aura une _Anémone de mer_. + +Le Polype d'eau douce semble l'ébauche de l'Anémone de mer. + +Ce nom d'_Anémone_ est admirablement choisi; car ce Polype perfectionné +ressemble beaucoup plus à une fleur qu'à une bête. On dirait, en effet, +une gracieuse Anémone ou une jolie corolle de Cactus. + +Les poëtes ont regardé ces fleurs vivantes comme les _Roses du monde +des Zoophytes_. + +On a donné encore à ces charmantes créatures le nom d'_Actinies_ +(Brown), pour indiquer leur conformation radiée ou étoilée. + +Les Anémones de mer sont des animaux charnus, plus ou moins coriaces, +ordinairement fixés par la _base_, offrant un corps ou _colonne_ en +forme de bourse, avec un aplatissement terminal ou _disque_ bordé de +_tentacules_, au centre duquel est percée la _bouche_. + +[Illustration: ANÉMONES DE MER.] + +La _base_ des Anémones est, en général, une surface plane, au moyen +de laquelle l'animal adhère aux corps solides sous-marins (rochers ou +plantes). Dans quelques espèces, elle se dilate plus ou moins, et peut +même produire comme deux ailerons demi-circulaires; dans d'autres, +au contraire, elle se rétrécit considérablement, au point de ne plus +pouvoir remplir sa fonction. L'animal n'adhère plus. + +La _colonne_ est raccourcie le plus souvent; mais, dans certains cas, +elle devient cylindrique et allongée comme une tige. Celle-ci est +lisse, verruqueuse ou sillonnée. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. X. + P. Lackerbauer del. Lebrun fac-simile sc. + + ANÉMONES DE MER + + 1 Caryophyllia Smithii (_Stokes et J. W. Brod._) + 2 Sagartia coccinea (_Gosse_) + 3 Phyllangia americana (_Gosse_) + 4 Edwarsia callimorpha (_Gosse_) + 5 Edwarsia carnea (_Gosse_) + 6 Sagartia viduata (_Gosse_) + 7 Sagartia rosæa (_Gosse_) + 8 _et_ 9 Sagartia Sphyrodeta (_Gosse_) + 10 Sagartia rosæa (_Gosse_) + 11 Ceriantus Lloydii (_Gosse_) + 12 Actinoloba dianthus (_Blainv._) + 13 Sagartia rosæa (_Gosse_) + 14 Sagartia venusta (_Gosse_) + 15 Gregoria fenestrata (_Gosse_) + 16 Balanophyllia regia (_Gosse_) + 17 Sagartia chrysosplenium (_Gosse_)] + +Le _disque_ varie en étendue. + +Les _tentacules_ sont des cônes creux disposés circulairement sur un +ou plusieurs rangs horizontaux et concentriques. Ils sont très-longs +ou très-courts, filiformes ou pétaloïdes, renflés ou aplatis, souvent +pointus, quelquefois ciliés ou frangés, d'autres fois ramifiés. Il y +en a qui ressemblent à de gros Vers cylindriques, demi-transparents et +demi-laiteux. + +[Illustration: ANÉMONE DE COUCH ANÉMONE ŒILLET + +(_Aiptasia Couchii_ Gosse). (_Actinoloba dianthus_ Blainville).] + +Charles Bonnet a compté dans une espèce cent cinquante tentacules, +alignés sur trois rangs. De ces jolis appendices s'élançaient de temps +en temps de petits jets d'eau. + +La _bouche_ est presque toujours très-large. Elle présente une lèvre +circulaire généralement épaisse, tantôt déprimée, tantôt élevée sur une +sorte de saillie. + +Linné n'a mentionné que cinq espèces d'Actinies. Rapp en a caractérisé +vingt-trois, et Lamarck vingt-cinq. Aujourd'hui on en connaît plus de +cent. + +Ces brillants Zoophytes sont blancs, gris, roses, rouges, pourpres, +fauves, jaunes, nankins, orangés, lilas, azurés, verts..... + +Regardez cette charmante espèce à barbillons violets finement +pointillés de blanc, et cette autre à tentacules rouges légèrement +maculés de gris. Examinez celle-ci qui les étale verts, terminés par +une pointe d'un blanc mat, et celle-là qui les agite d'un blanc de +lait, avec une belle écharpe rose!... + +Le corps, le disque et les tentacules n'ont pas toujours la même +couleur; ce qui contribue puissamment à varier la parure de ces +corolles animées. Voici une Anémone à corps fauve et à disque couleur +d'abricot, entouré de tentacules d'un blanc mat. En voilà une seconde +dont le centre est rouge, avec des tentacules gris, et une troisième où +il est vert, avec des tentacules fauves. + +Comme la Nature est féconde et diversifiée dans ses nombreuses +créations! Que de variations et de surprises avec le même thème! + + +II + +Les Anémones de mer se tiennent parmi les rochers, souvent dans des +crevasses ou des fentes. Il y en a qui logent leur corps dans quelque +vieille coquille abandonnée, épanouissant leur collerette autour de son +ouverture. + +Les individus laissés à découvert par les flots rapprochent leurs +tentacules et se dessèchent. Quand la mer revient, ils se gonflent, +s'ouvrent et rayonnent de nouveau. + +Quoique ces animaux soient très-adhérents, ils peuvent cependant se +mouvoir, mais ils le font avec lenteur, par des contractions et des +relâchements successifs. Quand ils changent de place, ils étendent par +une action imperceptible un des bords de leur base, et retirent le bord +opposé. Ils se traînent quelquefois à l'aide de leurs tentacules, qui +leur servent alors comme de pieds. + +Le professeur Forbes avait une Actinie qui se promenait sur les parois +d'un bocal, adhérant alternativement par sa base et par son disque, à +la manière des Sangsues (Rymer Jones). Il y a donc, dans la Nature, des +_fleurs qui se promènent!_ + +A l'approche de l'hiver, les Anémones de nos côtes détachent leur +bourse, se laissent emporter par les flots, et vont chercher une +température plus douce dans des eaux plus profondes. L'instinct de ces +délicieuses bêtes, si différentes des animaux terrestres, est plus +assuré, dans ses inspirations, que ne le sont souvent, dans leurs +conséquences, les _raisonnements_ suivis des Vertébrés supérieurs. La +connaissance de l'instinct chez les animaux est bien certainement une +des plus grandes et des plus nobles parties de l'histoire naturelle. +Cette partie devrait être étudiée beaucoup plus qu'on ne le fait +habituellement. + +Lorsqu'une vive lumière éclaire une Anémone, elle épanouit ses +tentacules comme un capitule de Pâquerette qui étale ses demi-fleurons. +Ces organes s'allongent et se raccourcissent, vont et viennent, se +balancent et se tordent autour de sa bouche dilatée. Touchez l'animal +avec le bout d'une baguette, ou bien agitez l'eau qui l'environne, et +soudain tout se rapproche, se ferme, se contracte et s'amoindrit. + +Pendant que l'Anémone étale sa brillante collerette, si un petit ver, +un jeune crustacé, un poisson nouvellement éclos, viennent s'y heurter +étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l'animal vorace pousse +l'imprudente victime vers sa gueule béante, et la précipite dans sa +bourse, c'est-à-dire dans son estomac... _et consummatum est!_ La vie +des Anémones est un affût continuel! + +Les tentacules filamenteux de certaines espèces semblent être de +véritables armes offensives. M. Gosse a surpris un de ces filaments +au moment où il s'attachait à un petit poisson. La pauvre bête fit +quelques efforts pour fuir, et ne tarda pas à succomber. M. Hollard a +vu de jeunes Maquereaux se coucher sur le flanc et mourir au simple +contact d'une Actinie. + +Quand on touche ces tentacules, dit M. Rymer Jones, ils occasionnent +une cuisson assez vive. Pendant plus d'une heure, la main demeure +rouge, enflammée et douloureuse. Si l'on mord un de ces organes, et +qu'on applique la langue sur la partie mordue, on éprouve une sensation +brûlante et corrosive. + +La propriété toxique des tentacules réside dans de petits organes +qui s'étendent sur toute leur peau, et consistent en des capsules +innombrables, visibles seulement au microscope, lesquelles contiennent +un gros fil entortillé. Au moindre contact, ces capsules semblent se +crever et lancer leur fil au dehors. Celui-ci s'attache aux corps +étrangers, comme certains fruits épineux (Rymer Jones). Ce fil est +ordinairement entouré d'une ou de plusieurs bandes en spirale, dont +chacune porte une série de petites barbes. L'appareil tout entier sert +à l'émission d'un fluide très-venimeux (Gosse). + +Les Anémones sont voraces et vigoureuses. Rien ne peut échapper à leur +gloutonnerie: tous les animaux qui s'approchent sont saisis, précipités +et dévorés. + +Malgré la puissance de leur bouche, ces estomacs insatiables ne +retiennent pas toujours la proie qu'ils ont avalée. Dans certaines +circonstances, celle-ci réussit à s'échapper; dans d'autres, elle est +adroitement enlevée par quelque maraudeur du voisinage, plus rusé et +plus actif que l'Anémone. + +On voit quelquefois, dans les aquariums, des Crevettes, qui ont senti +de loin la proie mangée, se précipiter sur le ravisseur, lui prendre +audacieusement sa nourriture et la dévorer à sa place, au grand +désappointement de celui-ci. Bien plus, lorsque le morceau savoureux a +été complétement englouti, la Crevette, redoublant d'efforts, réussit +à s'en emparer au milieu même de l'estomac. Elle fond en plein sur le +disque étendu de l'Anémone: avec ses petits pieds, elle l'empêche de +rapprocher ses tentacules; elle introduit en même temps ses pinces +dans la cavité digestive, et saisit l'aliment. L'Anémone essaye en +vain de contracter ses barbillons et de fermer sa bouche... Parfois le +conflit devient très-grave entre le Zoophyte sédentaire et le Crustacé +vagabond... Quand le premier est un peu robuste, l'agression est +repoussée, et la Crevette court le risque de former un supplément au +repas de l'Anémone..... + +Pendant leur digestion, les Actinies semblent dormir; elles entrent en +torpeur. Elles tiennent alors leurs tentacules appliqués les uns contre +les autres, formant un dôme pointu au-dessus de leur bouche. Ainsi +resserrées, elles figurent assez bien un bouton de plante radiée, par +exemple celui d'une Marguerite ou d'un Souci. + +La cavité viscérale de ces animaux paraît grande et régulièrement +divisée en loges rayonnantes. + +Il est remarquable que les papiers réactifs plongés dans cet organe, +soit chez l'animal à jeun, soit pendant sa digestion, ne donnent aucun +signe, ni d'acidité, ni d'alcalinité. (Hollard.) + +Comme les Polypes d'eau douce, les Anémones prennent souvent une +quantité de nourriture hors de proportion avec leur cavité stomacale. +En moins d'une heure elles peuvent vider la coquille d'une Moule +ou réduire un Crabe à ses parties dures, qu'elles ne tardent pas à +rejeter, en renversant leur poche digestive. (Hollard.) + +Le docteur Johnson rapporte qu'il trouva une _Anémone crassicorne_[53] +qui avait avalé une valve de Pèlerine géante, laquelle était entrée en +travers et divisait l'estomac en deux compartiments, l'un supérieur +et l'autre inférieur. Ce dernier ne communiquait plus avec la bouche; +le corps, fortement distendu, était devenu d'une minceur extrême. +Une nouvelle bouche, pourvue de deux rangées de tentacules, s'était +formée du côté de la base et desservait l'estomac inférieur. L'animal +mangeait ainsi par en haut et par en bas!... Un accident qui aurait été +funeste à un animal vertébré avait _doublé les jouissances de l'Anémone +crassicorne!_... + + [53] _Tealia crassicornis_ Gosse. + +Les Actinies supportent des jeûnes prolongés. Cela devait être chez +des organismes adhérents, qui sont forcés d'attendre patiemment la +nourriture, et par conséquent exposés à ce qu'elle n'arrive pas +toujours à point nommé. Quand nos bêtes ne mangent pas, leur corps +diminue graduellement de volume; il s'atrophie, et peut se réduire au +dixième de sa masse. Mais quand l'abondance revient, il _regrossit_ +avec rapidité, et reprend bientôt son premier embonpoint. On assure +qu'une Anémone peut vivre deux ans, même trois, sans nourriture. + +Quand on irrite l'_Anémone rousse_[54], elle lance avec force l'eau +contenue dans sa bourse stomacale. Cette singulière habitude, bien +connue des pêcheurs provençaux, lui a fait donner le sobriquet peu +honnête de _pissuso_. + + [54] _Actinia mesembrianthemum_ Ellis. + +Les Anémones ont les sens très-obtus. Elles ne paraissent pas se +douter du voisinage de leurs proies; elles ne les sentent pas à la plus +faible distance; elles ne font rien non plus pour éloigner d'elles un +danger. Chose étrange! si l'eau qui les baigne s'évapore, elles n'ont +jamais l'_idée_ de s'approcher d'une flaque voisine, quand bien même +leurs tentacules pourraient y atteindre sans changer de place (Rymer +Jones). Cependant on a vu plus haut que dans certaines circonstances, +conseillées par leur instinct, elles savent à propos se détacher de +leur rocher et se laisser emporter par le flot. + +L'abbé Dicquemare croit avoir reconnu qu'elles sentent les moindres +variations atmosphériques. Est-il vrai qu'elles montent et descendent +dans les bocaux, suivant le vent qui domine? (Hollard.) + +Les Actinies vivent longtemps en domesticité. Une Anémone rousse a été +conservée chez sir John Dalyell l'espace de vingt ans; elle devait +avoir au moins dix ans lorsqu'elle fut prise dans la mer. Une autre +est restée chez le même observateur treize ou quatorze ans. Ces deux +patriarches étaient pleins de vigueur à l'époque où l'on a parlé de +leur longévité, et semblaient devoir vivre encore de longues années. + + +III + +A certaines époques, on remarque, dans les tentacules des Anémones, +des germes et des embryons; les premiers en repos, les autres en +mouvement. Le meilleur moyen pour étudier ces corps, c'est de couper +les tentacules avec un instrument tranchant. + +Sir J. Dalyell, ayant opéré vers la fin d'octobre sur une Anémone +rousse, il tomba de la blessure deux corpuscules. Le premier resta +immobile; mais le second déploya une sorte de double mouvement +rotatoire, tournant sur lui-même avec beaucoup d'activité. L'un était +un œuf, et l'autre une larve. + +Ces animaux portent donc leurs œufs et leurs petits, non pas sur leurs +bras, mais _dans leurs bras!_ + +[Illustration: NAISSANCE D'ANÉMONES + +(_Actinia equina_ Linné).] + +Généralement, les larves passent des tentacules dans la cavité +stomacale, et sont ensuite rejetées par la bouche, en même temps que le +résidu de l'alimentation. Voilà une bouche qui cumule, en dehors de ses +fonctions habituelles, deux emplois bien singuliers! + +Les _Anémones pâquerettes_[55] du Jardin zoologique de Paris ont vomi +plusieurs fois de jolis petits embryons, lesquels se sont éparpillés +et fixés dans divers endroits de l'aquarium, et ont produit des +miniatures d'Anémones exactement semblables à leur mère. + + [55] _Sagartia bellis_ Gosse. + +Une Actinie qui avait pris un repas trop copieux, rendit, au bout de +vingt-quatre heures, une portion de ses aliments, au milieu de laquelle +se trouvèrent trente-huit jeunes individus (Dalyell). C'était un +accouchement dans une indigestion! + +Les animaux des classes inférieures ont en général, comme fondement de +leur organisation, _un sac avec une seule ouverture_. Cette ouverture +remplit (ainsi qu'on l'a vu) des usages très-divers; elle reçoit et +rejette, elle avale et vomit. Le _vomissement_, devenu nécessaire, +habituel, normal, ne doit plus être douloureux... Peut-être même +s'exécute-t-il avec quelque plaisir; car ce n'est plus une maladie, +c'est une fonction, et même une fonction multiple. Chez les Anémones, +il expulse l'excrément et pond les œufs; chez d'autres, il sert encore +à la respiration. Nos animaux-fleurs jouissent donc d'un vomissement +perfectionné et régularisé. + +Chez quelques espèces, les petits se forment et naissent à la base +de la bourse, en dehors. Par exemple, dans l'_Anémone déchirée_[56], +la partie inférieure du corps devient rugueuse, surtout pendant les +mois d'août et de septembre. On aperçoit bientôt, aux bords de cette +base, des espèces de bourgeons ou gemmes, lesquels se transforment en +embryons, et se séparent de la mère pour constituer autant de nouvelles +Actinies. (Dalyell.) + + [56] _Sagartia viduata_ Gosse (voy. planche X, fig. 6). + +M. Rymer Jones a vu une Anémone déchirée donner vingt petites larves +dans un mois, et soixante et dix dans une année. + +Parlons maintenant d'un autre mode reproducteur, bien plus +extraordinaire. Une _Anémone œillet_[57], de l'aquarium de M. J. +Hogg, adhérait si fortement à la paroi du réservoir, qu'au lieu de se +détacher sous l'influence d'efforts très-violents, elle se déchira +inférieurement, et laissa contre le verre six petits fragments du bord +extérieur de sa base. Ces morceaux, solidement collés, ne servirent, +pendant plusieurs jours, qu'à indiquer l'endroit où l'Anémone avait +vécu. Au bout d'une semaine, M. Hogg, essayant de les enlever avec +une baguette, découvrit, à sa grande surprise, que lesdits fragments +se contractaient lorsqu'ils étaient touchés. Peu de jours après, il +distingua une rangée de tentacules poussant sur la partie supérieure de +chacun d'eux. Bientôt il y eut autant d'Anémones parfaitement formées +qu'il y avait de petits morceaux!... + + [57] _Actinoloba dianthus_ Blainville (voy. planche X, fig. 12). + +De son côté, la mère s'était guérie de sa perte de substance, et se +trouvait aussi complète, aussi bien portante qu'avant la déchirure. +(Rymer Jones.) + + +IV + +Les Anémones jouissent, comme les Polypes d'eau douce, de l'admirable +faculté de reproduire les morceaux qu'on leur enlève. Si on leur ampute +les tentacules, ces organes repoussent avec rapidité, et l'on peut +répéter l'expérience, pour ainsi dire, à l'infini..... + +Si l'on coupe la bête transversalement par le milieu, la moitié +inférieure du corps produit une couronne de tentacules et se complète. +Quant à la moitié supérieure, elle continue à saisir des proies et +à les engloutir comme par le passé, sans faire attention que la +nourriture sort immédiatement par l'ouverture inférieure. Mais bientôt +l'Anémone se ravise, et apprend à retenir son repas; et voici ce qui +arrive. Tantôt cette seconde ouverture se resserre, se ferme, et il +s'organise une nouvelle base; tantôt il naît des tentacules à son +pourtour, et il se forme une seconde bouche, opposée à la première; en +sorte que l'animal saisit des proies et les avale par en haut et par +en bas. Plus tard, il s'opère un étranglement vers le milieu du corps, +d'abord faible, et graduellement plus fort. Il en résulte deux Anémones +attachées base à base ou dos à dos: _Ritta-Christina_-Anémone! A cet +étranglement succède une rupture, et l'on a des animaux parfaitement +indépendants. Ritta et Christina se sont émancipées. + +Si l'on divise un de ces Zoophytes dans le sens vertical, de manière à +partager sa bourse en deux parties égales, en peu de jours les bords se +soudent dans chaque demi-bête, et l'on obtient deux Anémones complètes, +mais un peu plus étroites que dans l'état habituel. + +Trembley a rendu célèbres les Polypes d'eau douce; l'abbé Dicquemare +a illustré les Anémones. Il a fait de nombreuses expériences sur ces +curieux animaux, plus remarquables encore par leur ténacité à la vie +que par la vivacité de leurs couleurs. Il les a mutilés de toutes les +manières; il a toujours vu les fragments isolés supporter vaillamment +les douleurs de la vivisection, et sortir tout à fait triomphants de +cette rude épreuve. + +«On m'accusera peut-être de cruauté, dit cet excellent homme; +mais je crois que, vu le résultat de mes expériences, ces animaux +auraient plutôt lieu de _se féliciter_ d'en avoir été l'objet. Car, +non-seulement j'augmentais la durée de leur vie, mais encore je les +_rajeunissais_.» + + +V + +Les Anémones sont bonnes à manger. + +En Provence, on recherche la _rousse_ et l'_Anthée_. Du temps de +Rondelet, la _crassicorne_ se vendait à Bordeaux à un bon prix. +L'abbé Dicquemare regarde cette dernière comme la meilleure pour la +table. Lorsqu'elle a bouilli dans l'eau de mer, elle devient ferme et +très-appétissante: elle a l'odeur de l'Écrevisse. Le même auteur assure +que l'_Œillet_ est aussi très-estimé. Plancus a conseillé de l'apprêter +à la manière des Huîtres. + + +VI + +Les _Lucernaires_, très-voisines des Anémones, en diffèrent par un +tissu plus mou et par leur partie supérieure dilatée comme un parasol +renversé. Leur corps est porté par un pédicule. Leurs tentacules sont +réunis en faisceaux; ils entourent quatre espèces de cornes qui partent +de la cavité digestive, et contiennent une matière grenue de couleur +rouge. + +Elles s'attachent aux Varecs et aux autres corps marins. + +La _Campanule_ est probablement la plus jolie espèce du genre. Son nom +de fleur lui convient à merveille. Figurez-vous une corolle en forme +de cloche, haute d'environ 25 millimètres, d'un brun foncé uniforme, +attachée par un pédicule mince et court. Sa gorge est fermée par une +lame transversale un peu concave, au milieu de laquelle s'ouvre une +petite bouche carrée, placée sur un mamelon. Les bords de la corolle +sont régulièrement découpés en huit lobes, portant chacun un bouquet +de tentacules microscopiques terminés par un bouton glandulaire d'un +rose vif. Quand on regarde cette charmante bestiole de côté, les +huit touffes de tentacules ressemblent aux étamines polyadelphes de +certaines Myrtacées (_Métaleuques_). + +[Illustration: DEUX LUCERNAIRES CAMPANULES SUR UNE ALGUE + +(_Lucernaria octoradiata_ Lamarck).] + +Nous aurions bien des choses à dire encore sur les Anémones et sur +les animaux qui leur ressemblent, et cependant, malgré la belle +monographie de M. P. H. Gosse, ces Zoophytes sont encore très-mal +connus. «L'histoire naturelle est un vaste pays dont nous connaissons à +peine les frontières, et cependant nous voulons en dresser la carte!» +(Ch. Bonnet.) L'Homme est toujours pressé, il ne sait pas attendre. +Ératosthène et Hipparque ont rédigé la géographie du globe avant +Christophe Colomb et Vasco de Gama. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XIII + +LES MÉDUSES. + + «Le Polypier fit la Méduse; la Méduse fait le Polypier.» + + (MICHELET.) + + +I + +[Illustration: MÉDUSE CROISÉE + +(_Rhizostoma cruciata_ Lesson).] + +Voyez ces cloches demi-transparentes qui flottent gracieusement dans +la mer! Ce sont des _Méduses_, organisations extraordinaires qui +constituent une grande classe d'animaux fragiles et vagabonds, désignés +par Cuvier sous le nom d'_Acalèphes_. Nous dirons plus loin pourquoi +ce nom. + +[Illustration: MÉDUSE DE GAUDICHAUD + +(_Chrysaora Gaudichaudii_ Lesson).] + +Les Méduses ressemblent à des calottes, à des ombrelles, ou mieux +peut-être à des Champignons élégants et délicats, dont le pédicule +serait remplacé par un corps également central, mais profondément +divisé en lobes divergents. Ces lobes sont sinueux, tordus, crispés, +frangés..... Au premier abord, on serait tenté de les prendre pour des +espèces de racines. + +Les bords de l'ombrelle sont entiers ou denticulés, quelquefois +découpés, souvent ciliés, ou bien pourvus de longs appendices +filiformes qui descendent verticalement dans l'eau. + +Tantôt l'animal est incolore et d'une limpidité presque égale à celle +du cristal; tantôt il paraît légèrement opalin, d'un bleu tendre ou +d'un rose affaibli. D'autres fois il présente les teintes les plus +vives et les reflets les plus brillants. + +[Illustration: MÉDUSE AUX BEAUX CHEVEUX + +(_Cyanæa euplocamia_ Lesson).] + +Dans certaines espèces, les parties centrales seulement sont colorées; +elles se montrent rouges ou jaunes, bleues ou violettes. Le reste est +sans couleur. + +Dans d'autres, la masse centrale semble vêtue d'un voile extrêmement +mince, diaphane et irisé, semblable à la lame légère et fugace d'une +bulle de savon, ou bien à la cloche transparente qui recouvre un +bouquet de fleurs artificielles. + +Les Acalèphes sont des animaux sans consistance, pénétrés de beaucoup +d'eau. On a de la peine à comprendre comment leur trame délicate +peut résister à l'agitation des flots et à la force des courants. La +vague les balance sans les meurtrir; la tempête les disperse sans les +tuer. Quand on retire de la mer ces favoris de la Nature et qu'on les +jette sur la plage, leur substance se dissout; l'animal se décompose, +il se réduit à presque rien. Si le soleil est bien ardent, cette +désorganisation s'opère en un clin d'œil. + +Les vagues, en se retirant, déposent souvent sur la grève des amas de +pauvres Méduses, qui s'y fondent comme des glaçons. + +On dit que certaines espèces très-grandes, du poids de 5 à 6 +kilogrammes, ne contiennent que 10 à 12 grammes de matière solide. + +M. Telfair vit, en 1819, sur le rivage de Bombay, une Méduse énorme +abandonnée; elle pesait plusieurs tonneaux. Trois jours après, +l'animal commençait à se putréfier. M. Telfair fit surveiller cette +décomposition par les pêcheurs du voisinage, afin de recueillir les os +ou les _cartilages_ de cette grosse bête, si par hasard elle en avait. +Mais elle se pourrit tout entière et ne laissa aucun reste. Il fallut +pourtant neuf mois pour qu'elle disparût complétement. + +Les Acalèphes de nos côtes sont loin d'avoir une taille aussi +monstrueuse; beaucoup peuvent passer pour de petits animaux. Un des +plus délicats est la _Turris négligée_[58], qu'on a décrite comme une +clochette de verre rouge ornée de quatre raies transversales et de +quatre appendices blancs disposés en croix. Aux bords de la clochette +règne une frange neigeuse du plus joli effet. + + [58] _Turris neglecta_ Lesson. + +Les Acalèphes sont quelquefois réunis en nombre considérable. Les +barques qui traversent l'étang de Thau rencontrent, à certaines époques +de l'année, des colonies nombreuses d'une espèce de la taille d'un +petit melon, presque transparente, blanchâtre comme de l'eau troublée +par un nuage d'anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour +une collection flottante de bonnets grecs de mousseline. + +[Illustration: LIZZIA DE KÖLLIKER (TRÈS-GROSSIE) + +(_Lizzia Kœllikeri_ Gegenbauer).] + +La _Lizzia de Kölliker_ est si petite, qu'on la distingue à peine dans +la transparence de l'eau. + +Sur les côtes du Groenland, on remarque souvent de grands espaces +colorés en brun foncé par la jolie _Méduse brune_ tachetée. Un +centimètre cube d'eau en contient, dit-on, plus de 3000, et un de +leurs bancs, qui présente une étendue insignifiante par rapport à +l'Océan, se compose au moins de 1600 milliards de ces animalcules +(Schleiden). Quelle source de réflexions philosophiques et de poétiques +rêveries! + +Les Méduses étant flottantes et légères, les courants et les autres +mouvements de la mer les entraînent souvent à de très-grandes distances +de leur pays natal. Les myriades d'individus que mangent les Baleines +sont transportés des côtes du Mexique jusqu'aux îles Hébrides, l'une +des principales stations de ces énormes Cétacés. + + +II + +Pendant longtemps, les Acalèphes ont été négligés par les naturalistes, +qui les prenaient, comme l'avait fait Réaumur, pour des _masses de +gelée_ ou pour une _eau gélatinée_. On ignorait que c'étaient de +véritables animaux. Constant Duméril eut l'idée d'injecter leurs +cavités avec du lait. Il vit ce liquide se distribuer dans des canaux +nombreux, d'une grande régularité. On découvrit bientôt les organes de +la digestion et ceux de la circulation..... M. Ehrenberg montra, dans +une espèce d'_Aurélie_, une complication des plus inattendues. Enfin, +la science réussit à pénétrer tout à fait dans les mystères de leur +structure intérieure..... + +Quoi qu'il en soit de ces études de plus en plus merveilleuses, les +gélatines vivantes dont il s'agit sont toujours des ébauches de la vie, +et, comme on l'a dit très-justement, elles fondent et refondent des +millions de fois avant que la Nature élabore avec leur substance une +portion quelconque d'un animal solidement constitué! + + +III + +Les Méduses se nourrissent de petits animaux marins, principalement +de Vers et de Mollusques. Leur bouche est placée au milieu de leur +pédicule; quelques-unes possèdent plusieurs bouches. + +Ces singulières bêtes sont très-gloutonnes et avalent leur proie +sans la mâcher, voire même sans la diviser. Quand celle-ci résiste, +l'Acalèphe tient bon, jusqu'à ce que la malheureuse victime soit +épuisée de fatigue. On a vu une Méduse ne pas lâcher un animal qu'elle +avait saisi par la tête, quoique celui-ci, par ses efforts énergiques, +lui eût _complétement tourné l'estomac à l'envers_. + +Des Méduses emprisonnées dans un vase avec des Crustacés ou des +Poissons de petite taille les dévorent fréquemment. Et cependant +ces derniers, plus compliqués en organisation, sont doués d'une +intelligence plus que suffisante pour apercevoir le danger. +Apparemment, dit M. Forbes, les Méduses trouvent des jouissances +_toutes démocratiques_ dans la destruction des animaux des _classes +élevées!_ O rivalité des castes et des conditions! Il y a donc partout +de la démocratie et de l'aristocratie! + + +IV + +Le corps des Méduses se dilate et se contracte alternativement. Ce +double mouvement est un des principaux éléments de leur progression. +Il avait été observé par les anciens, et comparé par eux à ceux de la +poitrine humaine pendant la respiration. C'est pourquoi ils appelaient +nos animaux, _Poumons de mer_. + +Quand les Méduses voyagent, leur partie convexe est toujours en avant, +de manière que la petite calotte devient un peu oblique. Si, pendant +qu'elles naviguent, on les touche, même légèrement, elles replient +leurs tentacules, contractent leur ombrelle, et s'enfoncent dans la mer. + +Une étude attentive des parties marginales des Acalèphes a fait +découvrir, chez un certain nombre, des organes visuels et auditifs. M. +Kölliker avait constaté l'existence des premiers dans une _Océanie_. M. +Gegenbauer les a retrouvés dans plusieurs autres genres (_Rhizostomes_, +_Pélagies_); il a reconnu en même temps la présence des seconds. Les +yeux consistent en de petites masses hémisphériques, celluleuses, +colorées, dans lesquelles sont enfoncés à moitié de petits cristallins +globuleux, dont la partie libre est parfaitement à nu. + +Les appareils auditifs se trouvent accolés à ces organes; ce sont de +petites vésicules remplies de liquide. Il existe donc des yeux sans +paupières et sans cornée, et des oreilles sans ouverture et sans +pavillon!... + + +V + +Mais c'est la reproduction de ces êtres fugitifs, parfaitement étudiée +de nos jours, qui a présenté de merveilleux phénomènes. + +A une époque de l'année, les Méduses sont chargées d'œufs ornés des +couleurs les plus vives, suspendus en larges festons à leurs corps +flottants. Ces œufs sont très-petits. + +Dans certaines espèces, ils se développent greffés au corps de la +Méduse, et ne se détachent qu'après leur complet développement. + +Dans d'autres, les larves qu'ils produisent ne ressemblent nullement à +leur mère. Elles sont allongées, vermiformes, un peu élargies à leur +extrémité: on dirait des Sangsues microscopiques. Elles possèdent des +cils vibratiles à peine perceptibles, qui exécutent des mouvements +assez vifs. Au bout d'un certain temps, elles se transforment en +Polypes pourvus de huit tentacules. + +[Illustration: NAISSANCE DE MÉDUSES + +(D'après un dessin de M. Lacaze-Duthiers).] + +Cette sorte d'animal préparatoire, créature vraiment surprenante, jouit +de la faculté de se reproduire par des tubercules ou bourgeons, qui +naissent à la surface de son corps, et aussi par des filaments qui en +surgissent çà et là. Un seul individu peut devenir ainsi la source +d'une nombreuse colonie. + +Ce Polype subit une transformation des plus remarquables. Sa structure +se complique; son corps s'articule, et paraît composé d'une douzaine de +disques empilés les uns sur les autres, comme les rondelles d'une pile +de Volta. + +[Illustration: LARVES DE MÉDUSES.] + +Le disque supérieur est bombé; il se sépare de la colonne après +des efforts convulsifs: il devient libre. Il en résulte une Méduse +excessivement petite, assez semblable à une étoile[59]. + + [59] Voyez la planche XI. + +Tous les disques, c'est-à-dire tous les individus, s'isolent les uns +après les autres et de la même manière. + +Ainsi, des Zoophytes sexués se propagent suivant les lois ordinaires; +mais ils engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas, et qui +sont neutres, c'est-à-dire non sexués (_agames_). Ceux-ci produisent, +par bourgeonnement et par fissiparité, des individus semblables à eux. +Ils peuvent donner aussi des individus sexués; mais, avant l'apparition +de ceux-ci, l'animal, qui était simple, se transforme en animal +composé, et c'est de la désagrégation des éléments de ce dernier que +naissent des individus pourvus de sexe, c'est-à-dire les animaux les +plus complets. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XI. + Mesnel del. d'après Sars et Ehrenberg. Rapine sc. + + DÉVELOPPEMENT D'UNE MÉDUSE. + (Cyanea capillata et Aurelia aurita.) + + 1. 2. 3. Larve libre.--4. 5. 6. 7. Phases diverses de la larve fixée. + 8. 9. 10. Division en disques superposés 11. Séparation des disques. + 12. 13. 14. Développement du disque et formation de la jeune Méduse.] + +Ces deux modes de propagation si différents (la _sexuelle_ et la _non +sexuelle_) se succèdent d'une manière régulière. Ils constituent +ainsi une combinaison qui a reçu le nom de _génération alternante_, +génération dans laquelle, ainsi que nous venons de le dire, les enfants +ne ressemblent jamais à leur mère, mais bien à leur grand'mère. + +On appelle _nourrices_ (dénomination assez mal choisie) les individus +neutres qui produisent les individus sexués. + +Ces transformations successives qui ont lieu dans le même animal +paraissent, au premier abord, bien extraordinaires. Cependant il +se passe autour de nous, et chaque jour, des phénomènes analogues +auxquels nous n'accordons qu'une assez mince attention, probablement +parce qu'ils sont très-communs et que nous y sommes très-habitués. Par +exemple, les Papillons les plus brillants et les plus vagabonds pondent +des œufs immobiles, arrondis et sans aucune espèce d'élégance. Ces +œufs produisent des chenilles destinées à ramper avec peine, vêtues le +plus souvent avec simplicité. Ces chenilles, à leur tour, se changent +en chrysalides condamnées à un repos léthargique, ovoïdes, couleur de +corne, et ressemblant à des momies. Enfin, celles-ci se transforment +en riches, légers et pétulants Papillons. Supposons ces insectes +excessivement rares et cachés dans les profondeurs de l'Océan, n'est-il +pas vrai qu'il aurait fallu beaucoup de temps pour reconnaître que +l'œuf, la chenille, la chrysalide et le Papillon ne sont qu'un même +animal? Si cet insecte avait une organisation moins compliquée, il est +probable que sa chenille ou sa chrysalide (et peut-être même son œuf!) +pourraient se reproduire gemmiparement ou fissiparement, c'est-à-dire +par bourgeons et par scissions, et nous aurions des phénomènes +exactement semblables à ceux qui se présentent dans l'évolution d'une +Méduse. + +Tous les médecins savent aujourd'hui que les _Ténias_, vers parasites +rubanés et articulés, ont des larves (_Cysticerques_) très-différentes +de l'état parfait, qui possèdent la faculté de produire d'autres +larves. Chose étonnante! ces curieux animaux sont simples à une époque +de leur vie, composés à une seconde époque, et redeviennent simples à +une troisième. + +Nous ne saurions trop le répéter, tout change et rechange dans la +Nature. Dieu seul ne change pas! + +Ce qui est digne de remarque chez les Papillons, c'est cette alternance +de vitalité exaltée et de vitalité latente, de mouvement et de repos, +qu'on observe dans la succession de leurs métamorphoses. L'œuf est +immobile, la chenille rampe, la chrysalide dort, et le Papillon +s'élance dans les airs. Chaque temps d'évolution est précédé par un +temps d'arrêt. C'est là une des grandes lois de la physiologie. Voyez +le modeste Ver à soie: toutes les fois qu'il se dispose à changer de +vêtement, il demeure quelque temps dans une sorte de torpeur. Il se +prépare, par un simulacre de la mort, aux mouvements d'une nouvelle vie. + +«La tendance aux métamorphoses, dans le règne animal, considérée +dans son ensemble, devient de plus en plus prononcée, à mesure qu'on +s'éloigne davantage des types les plus élevés de l'organisation.» +(Quatrefages.) + + +VI + +Quelques Méduses donnent naissance, quand on les touche, à une +sensation brûlante qui rappelle celle des Orties. De là les noms +d'_Orties de mer_ et d'_Acalèphes_ sous lesquels on a désigné ces +animaux. + +Une des plus redoutables, parmi ces espèces remarquables, c'est la +_Méduse chevelue_[60], la terreur des baigneurs et des baigneuses. +L'animal représente une jolie ombrelle brune, découpée et festonnée, +avec un gros pédicule et des bras nombreux, longs et rubanés, qui +forment après elle une chevelure flottante, d'autant plus dangereuse +qu'elle est presque diaphane. Quand on s'embarrasse imprudemment au +milieu de ces filaments empoisonnés, on sent bientôt des douleurs +aiguës insupportables. La Méduse, en fuyant, abandonne souvent ses +cheveux, qui se détachent. Ces derniers, quoique isolés, agissent +toujours, comme si l'animal était présent et comme s'il voulait se +venger de leur séparation. + + [60] _Cyanæa capillata_ Eschscholtz. + +Les organes _urticants_ des Méduses sont des coques très-petites +disséminées dans leur peau, sur laquelle elles forment des saillies +plus ou moins tuberculeuses. On les observe surtout à l'extrémité ou le +long des tentacules. Ces coques sont dures, diaphanes et doublées d'une +membrane mince et flexible. Au fond de leur cavité se trouve un fil +long et ténu, enroulé sur lui-même pendant le repos. Ce fil peut sortir +de la bourse, et l'on voit alors à sa base une ou plusieurs pointes +aiguës en forme de dards. Ces poignards microscopiques, probablement +creusés d'un petit canal, sont portés par une glande qui sécrète une +sorte de venin. C'est avec ces petits appareils que les Méduses, dont +le tissu est si faible, si délicat, et l'intelligence si obtuse, si +bornée, peuvent se défendre et même attaquer. La sensation brûlante +qu'elles déterminent, quand on a l'imprudence de les toucher, est +si forte, qu'elle peut produire l'effet d'un vésicatoire, et donner +naissance à une affection qui dure quelques jours. + +La _Méduse d'Aldrovande_[61], qui vit dans la Méditerranée, et la +_Méduse de Cuvier_[62], qui se trouve dans la Manche, sécrètent une +bave qui offre des propriétés assez irritantes. On assure qu'une seule +goutte suffit pour déterminer une inflammation de la conjonctive et +même des paupières. Cette bave fait naître sur la main de très-petites +élevures, accompagnées d'une vive démangeaison. + + [61] _Rhizostoma Aldrovandi_ Péron. + + [62] _Rhizostoma Cuvierii_ Péron. + + +VII + +C'est dans la classe des Acalèphes que les naturalistes ont placé les +_Béroés_ et les _Vélelles_. + +[Illustration: BÉROÉ + +(_Beroe pileus_ Gmelin).] + +Les Béroés ont un corps ovoïde ou globuleux, garni de côtes plus +ou moins saillantes ornées de dentelles et hérissées de filaments. +Ces côtes forment quelquefois des sortes d'ailes. Certains Béroés +ressemblent à de petits barils sans fond; leurs couleurs sont +éclatantes: on dirait des émaux vivants. + +L'espèce des côtes de l'Irlande, appelée _pomiforme_[63], est une +petite sphère du plus pur cristal, nuancée des couleurs de l'iris. +Quand elle mange, on distingue sa proie à travers son tissu. Ses côtes +sont frangées; on y remarque des cils diaphanes très-mobiles, à l'aide +desquels le délicieux ballon glisse et avance dans les eaux, comme +un petit météore. Les mouvements des cils ont lieu avec alternance, +c'est-à-dire que ceux d'une rangée s'agitent avec vivacité pendant +que ceux de la rangée voisine se reposent, et que ces derniers, à +leur tour, se mettent en mouvement quand les premiers sont en repos. +Ce Béroé semble capricieux dans ses évolutions: quelquefois il monte +à la surface de la mer, lentement, comme une bulle qui s'élève, et +redescend avec la même lenteur; d'autres fois il opère une ascension +d'une excessive rapidité et une descente comme la chute d'une pierre. +D'autres fois encore, sans s'élever ni descendre, il pirouette sur son +axe vertical, et décrit une suite de cercles transversaux, comme un +gracieux valseur. (Rymer Jones.) + + [63] _Cydippe pomiformia_ Patterson. + +Cette jolie espèce possède deux tentacules six fois plus longs que +son corps, très-fins, très-délicats, composés d'un axe capillaire +flexueux, donnant des branches latérales courtes et arborisées. Ces +tentacules descendent en divergeant de la partie inférieure du corps; +ils sont très-onduleux et ressemblent à des fils d'Araignée. On assure +que leur surface est couverte de vésicules microscopiques étroites +et piquantes, qui servent probablement à étourdir ou à tuer la proie +(Strethill Wright). L'organe le plus faible a toujours quelque moyen +de perfection; il peut même devenir, comme on voit, un instrument +très-dangereux. + +On connaît un Béroé phosphorescent[64]. Quand il tourbillonne, il +produit l'effet d'un petit corps lumineux en forme de colonne torse, +qui change constamment de place en tournant sur lui-même. + + [64] On a signalé plusieurs autres Acalèphes avec une propriété + analogue, par exemple la _Dianæa cyanella_ de Lamarck, et + l'_Oceania phosphorica_ de Péron et Lesueur. + +[Illustration: VÉLELLE + +(_Velella limbosa_ Lamarck).] + +Les _Vélelles_ ont un cartilage intérieur, ovale et transparent, qui +soutient la substance gélatineuse de leur corps. Celui-ci est une +ombrelle d'un bleu foncé, garnie en dessous de nombreux suçoirs. Une +crête verticale, en forme de voile, est implantée sur son cartilage et +croise obliquement son dos. + +Les Vélelles flottent souvent en grand nombre à la surface des vagues, +maintenues à fleur d'eau par l'air qui les leste et poussées par le +zéphyr qui frappe sur leur voile. + + +VIII + +On a nommé _Hydrostatiques_ ou _Hydroméduses_, les animaux de la même +classe, essentiellement nageurs, qui possèdent une ou plusieurs vessies +ordinairement remplies d'air, ou bien des cloches natatoires de forme +variée. Ces élégants animaux flottent souvent sur les ondes, au milieu +des plus grandes agitations de la mer, comme de faibles nacelles +surprises par la tempête; mais ils sont insubmersibles, et, quoi qu'il +arrive, ils restent toujours à la surface. + +[Illustration: HYDROMÉDUSE + +(_Vogtia_).] + +Ces autres Acalèphes présentent généralement des tentacules grêles ou +_fils pêcheurs_, plus ou moins longs, souvent nombreux et de la plus +grande délicatesse. + +Leurs vessies ou leurs cloches les soutiennent dans la mer; leurs +tentacules les dirigent dans leur marche, et leurs fils pêcheurs leur +servent à la fois d'organes de défense, d'organes de préhension et +d'organes de succion. + +Les Hydroméduses sont des animaux _composés_, des sortes de Polypiers +voyageurs. Leurs colonies forment des franges, des guirlandes, des +grappes d'une légèreté remarquable. Ces colonies peuvent offrir trois +sortes d'animalcules élémentaires: des individus nourriciers stériles, +des individus prolifères sans bouche, et des individus à la fois +nourriciers et fertiles. Les premiers ne manquent à aucun genre; les +seconds et les troisièmes n'existent pas toujours. On rencontre encore, +chez les Hydroméduses, des bourgeons reproducteurs, soit isolés, soit +agglomérés. (C. Vogt.) + +Ces curieux animaux présentent, ou bien une grande ampoule qui domine +toute leur organisation, ou bien des cloches natatoires égales ou +inégales, simplement rapprochées ou diversement emboîtées. + +Les organes natatoires sont passifs dans les _Physalies_. + +Voyez, sur la mer calme, cette grande vessie oblongue, relevée en +dessus d'une crête saillante, oblique et ridée, qui ressemble à une +petite voile de pourpre et d'azur tendue sur une nacelle de nacre. Ce +brillant Zoophyte est désigné par les marins sous les noms de _Vessie +de mer_, de _petite Galère_, de _Vaisseau de guerre portugais_..... +Les savants l'appellent _Physalie pélagique_[65]. En dessous de la +vessie, naissent un grand nombre de tentacules charnus, cylindriques, +tordus, rayés, qui descendent perpendiculairement comme des sondes de +soie bleue. Ceux du milieu portent des groupes de petits filaments; les +latéraux se divisent en deux branches grêles, souvent très-inégales. +Ces longs filaments sont semés de gouttelettes chatoyantes ou de perles +étoilées couleur indigo, qui dessinent des bordures, des zigzags ou des +spirales d'une élégance peu commune. + + [65] _Physalia pelagica_ Lamarck. + +[Illustration: PHYSALIE + +(_Physalia antarctica_ Lesson).] + +«Les Galères, dit Lesson, cheminent parées des plus riches couleurs. La +partie vésiculeuse et la crête, remplies d'air, sont d'un blanc nacré +argentin, auquel s'unissent les teintes les mieux fondues de bleu, +de violet et de pourpre. Un carmin vif colore les _bouillonnements_ +du biseau de la crête, et le bleu d'outremer le plus suave teint les +divers tentacules.» + +Gardez-vous de toucher à ce petit vaisseau vivant: une cuisson plus +brûlante que celle de la piqûre des Orties punirait la main téméraire +qui oserait le saisir. Cette sensation est produite par un liquide +corrosif bleu, de consistance légèrement sirupeuse (Lesson). Le mal +dure assez longtemps. Il entraîne quelquefois une tendance syncopale +(Dutertre, Leblond). Mais, en général, il ne s'étend pas au delà de la +main. + +«La Vessie de mer, dit le père Feuillée, m'occasionna, en la touchant, +des douleurs si vives, que j'en eus des convulsions.» + +Le père Dutertre, étant aux Antilles, dans une petite embarcation, vit +un jour une Galère; il essaya de la saisir: «Je ne l'eus pas plutôt +prise, que toutes ses fibres m'engluèrent la main, et à peine en +eus-je senti la fraischeur (car elles sont froides au toucher), qu'il +me sembla avoir plongé mon bras, jusqu'à l'épaule, dans une chaudière +d'huile bouillante, et cela avec de si estranges douleurs, que quelque +violence que je pusse faire pour me contenir, de peur qu'on ne se +moquast de moy, je ne pus m'empescher de crier par plusieurs fois à +pleine teste: Miséricorde, mon Dieu! je brusle! je brusle!...» + +Leblond, dans son _Voyage aux Antilles_, donne une figure de la +Physalie pélagique, et dit: «Un jour, je me baignais avec quelques amis +dans une grande anse, devant mon habitation. Pendant qu'on pêchait de +la Sardine pour le déjeuner, je m'amusais à plonger à la manière des +Caraïbes, dans la lame près de se déployer... Cette prouesse faillit +me coûter la vie. Une Galère (il y en avait plusieurs d'échouées +sur le sable) se fixa sur mon épaule gauche, au moment où la mer me +rapportait à terre; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses +filaments restèrent collés à ma peau, jusqu'au bras. Bientôt je sentis +à l'aisselle une douleur si vive, que, près de m'évanouir, je saisis +un flacon d'huile qui était là, et j'en avalai la moitié pendant qu'on +me frottait avec l'autre; mais la douleur s'étendant au cœur, j'eus un +évanouissement. Revenu à moi, je me sentis assez bien pour retourner à +la maison, où deux heures de repos me rétablirent, à la cuisson près, +qui se dissipa dans la nuit.» + +Meyen, pendant le premier voyage de la _Princesse-Louise_ autour du +monde, remarqua une magnifique Physalie qui passait près du navire. Un +jeune matelot, hardi et courageux, sauta nu dans la mer pour s'emparer +de l'animal, nagea vers lui et le saisit. Celui-ci entoura son +ravisseur avec ses nombreux filaments (ils avaient près d'un mètre de +longueur); le jeune homme, épouvanté et sentant une douleur brûlante, +cria au secours... Il eut à peine la force d'atteindre le vaisseau et +de se faire hisser à bord; mais la douleur et l'inflammation furent si +violentes, qu'une fièvre cérébrale se déclara, et l'on fut très-inquiet +sur sa santé. + +Les organes natatoires sont actifs dans les _Diphyes_ de Cuvier, les +_Physophores_ de Forskäl, les _Apolémies_ de Lesson. + +Chez les Diphyes, deux cloches inégales ou deux individus différents +sont toujours ensemble, mais bien autrement unis que Philémon et +Baucis. Un des individus s'emboîte dans une cavité de l'autre. +L'emboîtant produit une sorte de chapelet qui traverse un demi-canal de +l'emboîté! + +Ces animaux sont gélatineux, pyramidaux, ovoïdes, quelquefois en forme +de Campanule ou de sabot. On peut les séparer sans mutilation, et les +conserver vivants. Mais quand un individu est isolé, on reconnaît sans +peine qu'il s'ennuie, qu'il souffre, qu'il dépérit..... Il lui manque +quelque chose! + +[Illustration: DIPHYE + +(_Diphyes Bory_ Guoy et Gaimard).] + +Quelques auteurs regardent chaque paire d'individus comme un mâle et +une femelle, comme deux époux étroitement unis. Singulière destinée +qu'une vie d'embrassements continus, sans trêve ni repos! L'amour n'est +qu'un épisode dans la vie des trois quarts des animaux; c'est la vie +entière dans les Diphyes. + +[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XII. + P. Lackerbauer Chr Lith d'après C. Vogt. Imp. Becquet à Paris. + + GALÉOLAIRE ORANGÉE. + MÉDUSE DE LA CÔTE DE NICE + + 1 Colonie mâle + 2 Colonie femelle] + +Si l'on fait naître entre les deux cloches d'une Diphye un long +filament capillaire, plus ou moins transparent, avec de nombreuses +branches unilatérales parallèles, descendant verticalement dans l'eau +et portant de petits corps piriformes colorés, on aura la _Galéolaire +orangée_[66], merveilleuse colonie hydrostatique découverte par M. +Vogt aux environs de Nice. Ici les deux cloches n'ont pas de sexe; on +les considère comme des vessies natatoires communes aux individus, et +destinées à les soutenir dans l'eau. Ceux-ci sont les corps piriformes +dont nous venons de parler. Il y en a de mâles et de femelles, les +premiers orangés, et les seconds jaunâtres; ils ne vivent pas ensemble, +ils forment des associations unisexuées. Il est probable que plusieurs +Diphyes sont des animaux mutilés, c'est-à-dire privés de leurs +filaments, et par conséquent incomplets. + + [66] _Galeolaria aurantiaca_ C. Vogt (voy. planche XII, exécutée + d'après ce savant auteur). + +[Illustration: PHYSOPHORE + +(_Physophora hydrostatica_ Forskål).] + +Les _Physophores_, ou _Porte-vessies_, ont des cloches nombreuses. + +[Illustration: PHYSOPHORE DISTIQUE + +(_Physophora disticha_ Lesson).] + +La _Physophore distique_ est une des espèces les plus délicates et les +plus jolies de ce groupe. A l'extrémité supérieure d'un axe grêle et +flexueux s'élève une petite vessie oblongue et transparente, mamelonnée +en dessus. A droite et à gauche de cet axe naissent trois appendices +opposés, d'un jaune de soufre, trilobés, c'est-à-dire composés d'une +sorte de clochette courte, pourvue de chaque côté d'une ampoule ovoïde. +En dessous, l'axe supporte une trentaine de tentacules composant un +bouquet renversé, cylindriques, atténués à leur naissance et à leur +terminaison, par conséquent légèrement fusiformes, demi-transparents, +d'un rose pourpre, plus pâle vers l'extrémité inférieure, se terminant +chacun par un petit suçoir. Ils sont traversés par un filament +capillaire d'un pourpre vif, tordu en zigzag. Cette association +est-elle complète? N'avait-elle pas des filaments capillaires, comme la +Galéolaire dont nous venons de parler? + +Dans les _Apolémies_, les cloches sont encore plus nombreuses. + +La _contournée_[67] réunit la forme la plus gracieuse à une délicatesse +de tissu et une transparence étonnantes (Vogt). Elle ressemble, en +nageant, à un plumet formé de petites floques très-déliées, d'une +couleur rouge ardente. Cette charmante espèce a été décrite avec une +rare exactitude par MM. Milne Edwards et C. Vogt. Ce dernier savant en +a publié une excellente figure que nous reproduisons. + + [67] _Apolemia contorta_ C. Vogt (voy. planche XIII). + +Les cloches natatoires de cette espèce composent une masse ayant +la forme d'un œuf allongé, coupé par le milieu, au sommet duquel +s'élève une vésicule aérienne très-petite, portée par un col court. +Dans cette masse, on compte une douzaine de séries verticales de +cloches de cristal, emboîtées mutuellement par les bords et attachées +symétriquement à un axe commun, tordu en spirale. Chacune d'elles +présente une tache jaune. L'axe commun est un ruban rose garni dans +toute sa longueur d'aspérités creuses. Les longs filaments capillaires +qui en naissent sont onduleux, transparents et à peine visibles à l'œil +nu; ils portent de petits corps oblongs, suspendus comme des boucles +d'oreilles. + +Les individus nourriciers sont très-petits et remarquables au premier +coup d'œil par la teinte pourpre de leur cavité digestive. Ils sont +fixés sur le tronc commun, à des distances assez égales, et presque +toujours en quinconce, au moyen de pédicules allongés. + +La partie antérieure de l'animalcule est armée de capsules urticantes. +Sur sa partie moyenne existent douze bourrelets longitudinaux (cellules +biliaires) qu'on est tenté de prendre pour des ovules. A la base de la +tige naît le fil pêcheur, qui est extrêmement délié et garni d'une +multitude de vrilles urticantes rouges attachées à des fils secondaires +dépendant du fil pêcheur. Les organes urticants sont de deux sortes: de +petits _sabres_ serrés verticalement les uns contre les autres, et des +_fèves_, un peu plus grandes, posées sur les bords du cordon rouge. La +vrille se termine par un fil incolore tordu en spirale et couvert de +_lentilles_ urticantes. (C. Vogt.) + +Les individus reproducteurs sont placés entre les individus +nourriciers. On les a comparés à des boyaux allongés et dilatables; +ils n'ont pas de bouche et sont toujours disposés par paire sur un +pédoncule bifide. A leur base se voit souvent un fil pêcheur rabougri, +court, hérissé sur toute sa surface de capsules urticantes. (C. Vogt.) + +Quelle complication, quelle variété et quel développement dans ces +petits appareils d'attaque et de défense! Mais aussi les élégantes +Apolémies, si légères et si fragiles, n'ont guère plus de consistance +qu'un amas de bulles de savon. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XIV + +LES ÉTOILES DE MER. + + _Vos etz l'Estèla dé la mar._ + + (R. STAIREM, 1468.) + + +I + +Que de formes variées dans les populations aquatiques! _Nature se plaît +en diversité_[68], disait avec raison un ancien roi de France. Voici +des animaux dont la charpente paraît dessinée par quelque géomètre: on +les appelle _Étoiles de mer_ ou _Astéries_. + + [68] «_Ludens polymorpha natura._» (LINNÉ.) + +[Illustration: ÉTOILES DE MER.] + +Leur ressemblance avec la figure bien connue que nous nommons +_étoile_ a frappé depuis longtemps tous les naturalistes et tous les +amateurs. Cependant l'organisation de nos bêtes marines est loin +d'être rigoureusement régulière; car la puissance créatrice, dans la +construction des animaux, emploie bien rarement les lignes parfaitement +droites: elle préfère les cercles ou les arcs, elle ondule! + +[Illustration: ASTÉRIE VIOLETTE + +(_Uraster violaceus_ Müller).] + +Les Étoiles de mer sont des animaux sans vertèbres, le plus souvent +déprimés, pentagonaux, à branches à peu près égales entre elles +et disposées comme des rayons. Ces rayons sont plus ou moins +triangulaires. L'animal en offre habituellement cinq: il a cinq +branches, comme une croix d'honneur. + +Les Étoiles de mer jonchent le sol des forêts sous-marines. + +Les sondages récemment faits par le capitaine Mac Clintock, pour +explorer le trajet du télégraphe nord-atlantique, ont fait découvrir, +à une profondeur de plus de 500 mètres, des Astéries vivantes, qui +appartiennent à des espèces dont on a retrouvé les traces dans les +couches de terrain les plus anciennes, et qui prospèrent, sous cette +énorme pression, dans une région presque inaccessible à la lumière du +soleil. + +Il n'existe rien dans les eaux douces qui ressemble aux Astéries. Ce +sont par conséquent des animaux essentiellement marins. + +Certaines espèces sont extrêmement nombreuses, à tel point qu'on en +charge des tombereaux pour les transporter dans les champs et pour en +fumer les terres. + +Edward Forbes a observé, dans les _Luidies_, une singulière faculté. +L'animal peut se détruire en quelque sorte de lui-même, en détachant et +abandonnant d'abord ses bras, qui se rompent, et en se divisant ensuite +par morceaux. Ne pouvant pas se défendre tout entier, il se tue en +détail. C'est un suicide partiel! + + +II + +Les Étoiles de mer offrent les couleurs les plus variées: il y en a +d'un gris jaunâtre, d'un jaune orangé, d'un rouge grenat, d'un violet +enfumé, d'un roux obscur..... + +Leur corps est soutenu par une enveloppe calcaire composée de pièces +juxtaposées réunies par des fibres tendineuses, et armé de tubercules +et de piquants. + +M. Gaudry a évalué à plus de 11 000 les pièces solides qui se trouvent +dans l'_Étoile de mer rougeâtre_[69], une des espèces les plus communes +de l'Europe. + + [69] _Asteracanthion rubens_ Müller et Troschel. + +Les Astéries ont la bouche au centre de la surface inférieure. De cette +bouche partent autant de gouttières ou sillons qu'il y a d'appendices +brachiaux. Ces gouttières donnent passage aux organes du mouvement. + +[Illustration: ASTÉRIE VUE EN DESSUS ET EN DESSOUS + +(_Astropecten spinulosus_ Müller et Troschel).] + +Ceux-ci forment une double ou quadruple rangée. Ils consistent en des +cylindres charnus, grêles, tubuleux, terminés, dans le plus grand +nombre, par une petite vésicule globuleuse remplie d'un liquide +aqueux. Ils sont très-extensibles. Quand les pieds sortent, la vessie +contractée pousse l'eau dans le tube, qui se roidit. Quand les pieds +rentrent, leur peau musculaire renvoie leur contenu dans la vessie. +L'Étoile s'accroche aux corps étrangers au moyen de ces organes, +et réussit à exécuter les faibles mouvements qui constituent sa +progression. + +Malgré ce prodigieux attirail de jambes, l'animal ne va guère plus vite +que beaucoup d'habitants de l'eau salée qui n'en ont qu'une seule ou +qui n'en possèdent pas. + +[Illustration: ASTÉRIE ÉQUESTRE + +(_Goniaster equestris_ Gmelin).] + +Si l'on renverse une Astérie sur le dos, elle reste d'abord immobile, +les pieds enfermés. Bientôt elle fait sortir ces derniers, semblables +à autant de petits Vers; elle les porte en avant et en arrière, comme +pour reconnaître le terrain; elle les incline vers le fond du vase, et +les fixe les uns après les autres. Quand il y en a un nombre suffisant +d'attachés, l'animal se retourne. + +On croit que ces organes jouent en même temps un rôle important dans la +respiration. Par moments, même pendant le repos, ils sont traversés par +des courants intérieurs de corpuscules. + +La bouche des Astéries se rend presque immédiatement dans l'estomac. +Celui-ci forme un grand sac qui envoie un long prolongement dans +l'intérieur de chaque bras. Ces prolongements sont des espèces +d'intestins... _Des intestins dans des bras!_ + +Ces animaux sont très-voraces: ils engloutissent leur proie vivante +d'un seul morceau. Quand la victime est trop grosse pour la bouche, +l'estomac se porte au-devant d'elle. + +Chez la plupart des animaux, les lèvres sont les pourvoyeuses de la +cavité digestive. Ici cette dernière se passe des lèvres, elle se +pourvoit toute seule! + +Les Étoiles de mer peuvent manger jusqu'à des Huîtres. Est-ce bien +vrai? Leur bouche est étroite et non dilatable, et une Huître est +un morceau assez volumineux! Voici comment procèdent les Astéries, +suivant M. Rymer Jones. Elles saisissent l'Huître entre leurs rayons, +et la maintiennent sous leur bouche au moyen de leurs suçoirs; elles +retournent leur estomac, qui enveloppe de ses replis le malheureux +mollusque, et distille peut-être sur son corps un liquide stupéfiant +(?). Bientôt la pauvre victime écarte les volets de sa coquille, livre +ses organes à merci, et devient la proie du ravisseur étoilé. + +Les Astéries jouent un rôle important dans la police et l'hygiène de +la mer. Elles aiment les viandes mortes de toute nature, et déploient +une activité merveilleuse à rechercher, à dévorer, à faire disparaître +les diverses matières animales corrompues. Cet important travail +de propreté et de salubrité est accompli sur une immense échelle, +silencieusement, tranquillement et continuellement... Gloire à Dieu! + +C'est M. Ehrenberg qui a découvert les yeux des Astéries. Ils sont +placés à l'extrémité inférieure, au bout de chaque bras. (L'œil dans +la main, comme Figaro!) Ce sont des globules d'un rouge vif, entourés +d'un rempart de cils épineux. Pour s'en servir, l'animal est obligé de +les ramener en dessous en relevant son rayon. Du reste, ces organes +doivent être bien imparfaits, puisque, malgré les recherches les plus +minutieuses, on n'a pu y trouver un cristallin (Valentin). Cependant +Edward Forbes raconte avec beaucoup d'esprit l'histoire d'une Étoile +de mer de la Méditerranée, la _Luidie ciliaire_[70], qui, après lui +avoir échappé, en sacrifiant ses bras, ouvrait et fermait sa paupière +épineuse, et _le regardait avec un air moqueur!_ + + [70] _Luidia ciliaris_ Dujardin. + + +III + +Le frai des Étoiles de mer passe pour un poison violent. + +Leurs œufs sont en nombre très-considérable. La mère les porte dans une +cavité formée par la courbure du corps et des rayons. Ils sont logés de +manière que l'animal est obligé de fermer sa cavité digestive et de se +passer de nourriture pendant tout le temps de sa gestation. On a vu une +Astérie rester ainsi onze jours sans aliments. Les femelles de presque +tous les animaux mangent double, quand elles sont dans une situation +intéressante! + +Les œufs sont jaunâtres ou rougeâtres; ils produisent des petits +ovoïdes et sans rayons, mais pourvus de cils vibratiles qui leur +donnent l'aspect des Infusoires. Ils nagent avec vivacité. + +Au bout de quelques jours, des appendices bourgeonnent sur la partie +antérieure du corps, et forment comme quatre petits bras, à l'aide +desquels la larve se fixe sur sa mère. Ce ne sont encore que des +membres provisoires. Le corps s'aplatit ensuite graduellement, et se +transforme en un disque d'abord arrondi, sur une des faces duquel, vers +le milieu, surgissent, sous forme de protubérances globulaires, les +rudiments des suçoirs. Il y en a dix rangées concentriques. Enfin, le +corps devient pentagonal et plus ou moins semblable à une étoile. Les +rayons sortent des angles, et l'animal est complet. + +[Illustration: ASTÉRIE EN PLEINE REPRODUCTION DE SES RAYONS + +Dessinée d'après le vivant (Concarneau).] + +Les Étoiles de mer jouissent à un haut degré du phénomène vital de +la _rédintégration_; elles reproduisent avec une facilité étonnante +des parties qui leur ont été enlevées. Les individus qui perdent par +accident un ou plusieurs bras, les remplacent plus tard par des bras +exactement semblables. Ces nouveaux membres en voie de développement +sont d'abord très-petits, d'où il résulte nécessairement une aberration +dans la figure étoilée de l'Astérie. + +Il existe une espèce de l'océan Indien[71], qui offre souvent quatre +bras, sur cinq, nouvellement reproduits, et par conséquent plus petits +que le cinquième. L'_étoile_ a pris l'aspect d'une _comète_. + + [71] _Ophidiaster miliaris_ Müller et Troschel. + +Sir John Dalyell recueillit, le 10 juin, un rayon isolé d'une Astérie. +Ce rayon ne donnait aucun signe de reproduction. Mais, le 15, parurent +les rudiments de quatre nouveaux rayons, indiqués par de petites +proéminences. Vers le soir, un de ces rudiments avait grossi du double; +les autres se trouvaient moins avancés. Un orifice, c'est-à-dire une +bouche, commençait à se former au centre du nouveau groupe. Le travail +reproducteur fut alors en pleine activité, et, trois jours plus tard, +l'animal possédait cinq rayons, dont quatre lilliputiens, comparés +au rayon primitif. Au bout d'un mois, ce dernier tomba par morceaux, +laissant l'Étoile nouvelle composée de quatre petites branches +symétriques. Le vieux rayon était remplacé par un jeune animal complet. +(Rymer Jones.) + + +IV + +Les Astéries sont tourmentées par des parasites. Il n'est peut-être pas +d'animal, marin ou non marin, qui ne serve de retraite et de nourriture +à un autre animal ou à plusieurs autres animaux. Vivre aux dépens +d'autrui, est une des grandes lois de la physiologie. Généralement, les +parasites appartiennent à un groupe moins élevé en organisation que +la victime qu'ils exploitent. Le contraire arrive rarement. En voici +un exemple: c'est un petit Poisson qui passe sa vie dans la cavité +intestinale d'une Astérie. Ce petit poisson s'appelle _Oxybate de +Brandes_[72]; l'Astérie se nomme _Culcite discoïde_[73]. Un Vertébré +vivant dans un Invertébré[74]! + + [72] _Oxybates Brandesii_ Bleker. + + [73] _Culcita discoidea_ Agassiz. + + [74] Un autre petit Poisson, le _Fierasfer Fontanesii_ de Risso, + habite en parasite dans le gros intestin de l'_Holothurie royale_ + de Cuvier. + + +V + +Certaines Étoiles de mer ont un corps en forme de petit disque plus ou +moins rond, d'où partent des rayons soutenus par une série d'osselets: +ce sont les _Ophiures_, ainsi appelées à cause de la ressemblance +grossière qui existe entre leurs bras et la queue d'un Serpent. Ces +bras sont allongés, grêles, flexibles, onduleux, quelquefois garnis sur +les côtés d'épines ou de soies. + +Chez plusieurs espèces, dites _Astrophytes_, ils se bifurquent vers +leur origine, puis se subdivisent en deux ou trois rameaux qui émettent +des ramuscules plus ou moins nombreux, très-fins et très-contournés. +Dans un individu, on a compté 81 920 ramifications. + +Les rayons élégants des Ophiures s'agitent et se tordent suivant les +besoins; ils saisissent les proies qui sont à leur portée, et les +dirigent vers la bouche, placée toujours au-dessous et au centre de +l'Étoile. + +Chez les Astrophytes, l'ensemble des bras forme comme un filet pour +prendre les victimes, et même comme un panier pour les tenir en réserve. + +La cavité viscérale est absolument limitée au centre de la bête, et ne +se prolonge pas dans les bras, comme chez les Astéries. + +Quand on met une Ophiure dans une eau malpropre, ses rayons tombent +les uns après les autres, morceau par morceau, jusqu'à ce qu'il ne +reste plus que le disque. Figurez-vous une roue réduite à son moyeu. +Cependant l'animal vit encore et mange toujours avec avidité. (Rymer +Jones.) + +[Illustration: ASTROPHYTE VERRUQUEUX + +(_Astrophyton verrucosum_ Müller et Troschel).] + +Vers le commencement d'avril, les bords du disque se gonflent; l'espace +intermédiaire entre les rayons est envahi par le frai. Les œufs sont +ovoïdes et d'un rouge brillant. + +Vers les mois d'août et de septembre, paraissent les petits. Au moment +de leur naissance, ils sont presque microscopiques, transparents et +légèrement verdâtres; ils présentent une forme très-bizarre. On les +a comparés au _chevalet d'un peintre_. La partie supérieure du corps +semble conoïde; la partie inférieure est divisée en huit prolongements +de diverses dimensions, disposés en deux groupes divergents. Ces +prolongements offrent des cils, et sont légèrement orangés vers leur +extrémité. Chacun est soutenu par un petit support calcaire intérieur. +Ces larves singulières ont été décrites sous le nom de _Pluteus +paradoxus_. + +[Illustration: LARVE GROSSIE D'ÉCHINODERME + +(_Pluteus paradoxus_ J. Müller).] + + +VI + +En terminant ce chapitre, nous devons dire un mot de la _Tête de +Méduse_[75], l'une des productions les plus extraordinaires de la mer. + + [75] _Pentacrinus caput Medusæ_ Müller. + +Cet animal est très-rare. Il a été pêché plusieurs fois, à de grandes +profondeurs, dans la mer des Antilles. On l'a désigné d'abord sous le +nom de _Palmier marin_. + +Son corps est pédiculé et revêtu d'un test calcaire (_calice_) +semblable à une fleur. Cette enveloppe a des plaques polygonales et des +rayons élégants. + +La Tête de Méduse est une Astérie adhérente (nous allions dire une +étoile fixe!), et par conséquent imparfaite. + +[Illustration: PENTACRINE D'EUROPE + +(_Pentacrinus europæus_ Thompson).] + +Elle n'a pas de bouche, et son appareil digestif paraît +très-rudimentaire. Son pédicule est grêle, anguleux et articulé; il +permet à l'animal de se balancer dans tous les sens, et semble jouir +d'une sorte de sensibilité. + +Entre les animaux qui ne changent pas de place et les animaux qui se +meuvent, il faut mettre, comme intermédiaires, les animaux fixés qui se +balancent. Toujours des transitions! + +En 1823, M. Thompson a découvert une seconde espèce de Tête de Méduse, +dans les mers d'Europe. + +La _Pentacrine d'Europe_ est très-petite. Ses rayons sont profondément +divisés en deux parties; l'animal semble en avoir dix. Ils sont ornés +de cils tentaculaires disposés avec régularité. Le pédicule de cette +espèce est grêle comme un fil. + +Que d'organisations encore inconnues renfermées dans les profondeurs de +l'Océan! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XV + +LES OURSINS. + + _Atra magis pisces et ECHINOS æquora celent._ + + (HORACE.) + + +I + +Les Astéries ressemblent à des étoiles, les _Oursins_ ressemblent à +des melons. Tous appartiennent pourtant à la même classe: ce sont des +_Échinodermes_. + +Les Oursins sont vêtus d'une tunique calcaire souvent globuleuse +ou ovoïde, quelquefois déprimée, composée de plaques (_assules_) +hexagonales ou polygonales soudées intimement entre elles, formant +vingt rangées symétriques distribuées par paires. Les rangées les plus +larges portent des piquants mobiles (_baguettes_), qui sont à la fois +des organes de protection et des organes de mouvement; les autres sont +percées de pores en séries longitudinales régulières comme les allées +d'un jardin (_ambulacres_), lesquels donnent issue à des filaments +(_tentacules_) dont l'animal se sert pour respirer et pour marcher. + +Dans l'_Oursin comestible_[76], la coquille est composée d'au moins +10 000 pièces distinctes, admirablement assemblées et si solidement +unies, que l'ensemble paraît former un seul corps. + + [76] _Sphærechinus esculentus_ Desor. + +[Illustration: OURSIN MAMELONÉ + +(_Echinus mamillatus_ Lamarck).] + +Les piquants sont souvent très-nombreux; ils recouvrent et protégent +l'enveloppe. De là le nom de _Hérissons de mer_ qu'on a souvent donné +à ces animaux. Les mots _Oursin_, _Echinus_, _Échinoderme_, indiquent +aussi cette armure épineuse. Dans une espèce, on a compté jusqu'à +2000 piquants; dans l'Oursin comestible, il y en a au moins 3000. Ces +appendices cachent tout à fait la tunique calcaire qui les porte, +comme les perles nombreuses qui couvraient le fameux habit du duc de +Saint-Simon. L'étoffe était de soie, mais _on ne la voyait pas!_ + +Les piquants des Oursins offrent à la base une petite tête lisse, +séparée par un étranglement. La face inférieure de cette tête est +creusée d'une facette concave qui s'articule avec un tubercule de la +coque. Chaque piquant est mis en mouvement par un appareil spécial. + +Ces épines présentent une structure poreuse. Elles sont souvent +sillonnées longitudinalement ou formées de lamelles rayonnantes partant +de leur axe, toutes criblées de trous et réunies entre elles par des +prolongements transverses; de telle sorte qu'on ne voit à l'extérieur +que les bords de ces lames revêtus d'une membrane garnie de cils +vibratiles. + +Les dimensions et les formes des piquants sont extrêmement variables. +Des Oursins ont des épines trois ou quatre fois plus longues que le +diamètre de leur enveloppe testacée; tandis que d'autres en ont de +trois ou quatre fois plus courtes. Dans quelques-uns, ces organes sont +réduits à de petites soies couchées sur la coque protectrice. + +Les appendices dont il s'agit paraissent ordinairement subulés et +pointus, ou cylindriques et obtus. Certaines espèces en offrent +d'aplatis, même de tranchants sur les bords. + +Dans les Oursins fossiles, on trouve des piquants tantôt creusés +en entonnoir, tantôt dilatés en olive. On donnait autrefois à ces +derniers, très-communs dans le terrain jurassique, le nom de _pierres +judaïques_. + +Chez une espèce[77] qui vit à la Nouvelle-Hollande, M. Hupé a trouvé +un Mollusque gastéropode du genre _Stylifer_, enfermé dans un de ses +piquants, creusé et profondément modifié, quant à sa forme et quant à +sa structure, par la présence de ce petit parasite! + + [77] _Leiocidaris imperialis_ Desor. + +De tous les tableaux que nous offre la Nature, il en est peu qui aient +plus de charmes que ceux dans lesquels nous voyons les créatures +se donner les unes aux autres abri, nourriture et protection..... +volontairement ou involontairement. L'instinct du _Stylifer_ n'est-il +pas merveilleux? La Nature protége un animal en hérissant son corps +d'une armure de poignards. Arrive un autre animal qui _se met en sûreté +dans un de ces poignards!_ + +[Illustration: OURSIN GRIMPANT CONTRE LA PAROI D'UN AQUARIUM. + +(Dessiné d'après le vivant, à Concarneau.)] + +Quand les piquants sont tombés, les Oursins de nos côtes prennent la +physionomie de petits fruits globuleux ornés de côtes et de tubercules +symétriquement distribués. Leur forme arrondie, et plus encore leur +substance calcaire, leur ont fait donner, dans certaines localités, le +nom d'_œufs de mer_. + +Les espèces déprimées ou tout à fait aplaties ressemblent beaucoup plus +à des galettes qu'à des œufs. + +Les filaments tentaculaires des Oursins sont tubuleux, très-extensibles +et terminés par une petite ampoule. Ils peuvent se gonfler et se +roidir; ils dépassent alors la longueur des piquants, et vont se fixer +aux corps étrangers. + +Ces organes sont très-nombreux dans l'Oursin ordinaire, il y en a au +moins 1400, et dans l'Oursin melon environ 4300. (Caillaud.) + +Les Oursins se meuvent avec leurs filaments et leurs épines. Edward +Forbes en a vu _grimper_ sur les parois verticales d'un vase très-lisse. + +Pour comprendre la manière dont ces animaux se servent de leurs +organes, supposons un individu au repos. Tous ses piquants sont +immobiles et tous ses filaments retirés dans la coque. Quelques-uns de +ces derniers commencent à sortir, ils s'allongent et tâtent le terrain +tout autour; d'autres les suivent. L'animal les fixe solidement. S'il +veut changer de place, les filaments antérieurs se contractent, pendant +que ceux de derrière lâchent prise, et la coquille est portée en avant. +L'Oursin marche ainsi avec aisance, et même avec rapidité. Pendant sa +progression, les suçoirs ne sont que très-faiblement aidés par les +piquants; ceux-ci ne servent que de points d'appui sur lesquels roule +l'animal. + +Les Oursins peuvent voyager sur le dos comme sur le ventre. Quelle que +soit leur posture, il y a toujours un certain nombre de piquants qui +les portent et de suçoirs qui les fixent. Dans certaines circonstances, +l'animal marche en tournant sur lui-même, comme une roue en mouvement. + + +II + +La bouche des Oursins est située au-dessous du corps, ordinairement +vers le milieu. + +Autour de cet orifice existent des tentacules charnus, palmés, peu ou +point rétractiles. Ce sont les organes de la préhension alimentaire. + +[Illustration: APPAREIL BUCCAL GROSSI D'UN OURSIN + +(_Lanterne d'Aristote_).] + +Le système digestif présente un appareil osseux très-compliqué, +de forme bizarre, connu depuis longtemps sous le nom de _lanterne +d'Aristote_. Cet appareil se compose de cinq sortes de parties: les +_dents_, les _plumules_, les _pyramides_, les _faux_, les _compas_. Les +dents sont au nombre de cinq; elles ont une base prolongée et dilatée +qui constitue la plumule; elles sont contenues dans une gouttière +résultant de l'assemblage des pyramides. Celles-ci, au nombre de dix, +sont réunies par deux; leur partie inférieure est consolidée par +les cinq faux et par les cinq compas. Ce qui fait que, en résumé, +l'appareil dentaire présente trente pièces[78]. Il faut beaucoup de +bonne volonté pour lui trouver le moindre rapport avec une lanterne! + + [78] D'après M. Caillaud, il existe quarante pièces dans l'appareil + de l'_Oursin livide_, réduites à vingt par soudure. + +Les dents sont longues, aiguës, arquées et très-dures. Leur tranchant +est parfaitement organisé pour couper les substances les plus +résistantes. Cependant, malgré sa dureté pierreuse, il serait bien vite +limé par le travail; mais la Nature y a sagement pourvu. Les dents +croissent par la base, à mesure qu'elles s'usent par la pointe, comme +les incisives des Lièvres et des Souris; de telle sorte qu'elles se +maintiennent toujours aiguisées et toujours en bon état. + +Les Oursins mangent des Varecs, des Vers, des Mollusques et même des +Poissons. + +M. Rymer Jones a vu un individu s'emparer d'un Crabe vivant, lequel +parut comme paralysé et ne tenta aucune résistance. + +Un autre Oursin enlaça une _Galatée striée_[79] avec ses appendices +buccaux; mais cette dernière, heureusement pour elle, ouvrit une de ses +pinces, coupa les appendices, et se délivra de la fatale étreinte. + + [79] _Galatea strigosa_ Latreille. + + +III + +Plusieurs Oursins, ne se trouvant pas suffisamment protégés et par leur +coque calcaire et par leurs piquants pointus, se taillent une demeure +dans les roches les plus dures, dans le grès et le granit: cette +demeure semble faite avec un emporte-pièce. L'animal s'y loge et s'y +retranche merveilleusement. Il en défend l'entrée avec une partie de +ses épines. + +[Illustration: OURSINS DANS LE ROC.] + +Des observations très-suivies et très-intéressantes ont été publiées +par MM. Caillaud, Robert et Lory, sur la propriété perforante des +Oursins. Les jeunes individus, alors qu'ils sont à peine gros comme des +pois, creusent des trous en rapport avec leur taille. Ils se fixent +d'abord au corps solide à l'aide de leurs filaments tentaculaires, +entament ce corps avec leurs fortes dents et le rongent peu à peu. Ils +enlèvent au fur et à mesure, avec leurs épines, les détritus qu'ils ont +ainsi détachés. + +Pauvres petits piqueurs de pierres! passer une partie de leur vie à +travailler le granit avec les dents! + +Lorsqu'un Oursin s'est aventuré un peu trop vers le rivage, et que la +marée l'abandonne sur la côte, il s'enterre dans le sable, qu'il creuse +avec ses appendices épineux. Sa cachette est reconnaissable au trou en +entonnoir qui reste béant au-dessus. Les pêcheurs prétendent prévoir +les orages d'après la profondeur plus ou moins grande où se tient le +Hérisson de mer (Rymer Jones). + + +IV + +Linné n'a mentionné que dix-sept espèces d'Oursins. Gmelin en a signalé +cent sept. Aujourd'hui, on en connaît plusieurs centaines, et ce petit +groupe d'animaux (_Echinus_) est devenu le type d'une classe tout +entière (_Échinodermes_). + +Dans beaucoup de pays, on mange les Oursins crus. Les ovaires de la +plupart des espèces sont d'un rouge orangé et d'un goût agréable. + +On estime en Provence le _comestible_, le _granuleux_[80] et le +_livide_[81]. Cette dernière espèce est recherchée à Naples et sur les +côtes de la Manche. On sert sur les tables, en Corse et en Algérie, +l'_Oursin melon_[82]. + + [80] _Toxopneustes granularis_ Agassiz. + + [81] _Toxopneustes lividus_ Agassiz. + + [82] _Echinus melo_ Lamarck. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XVI + +LES HOLOTHURIES. + + Pourquoi des animaux faits comme des _cornichons?_--Et pourquoi des + _cornichons?_ + + +I + +Les savants comprennent dans la même famille que les Oursins de +modestes animaux appelés _Holothuries_, ou plus vulgairement, +_Cornichons de mer_. + +[Illustration: HOLOTHURIE TUBULEUSE. + +(_Holothuria tubulosa_ Gmelin).] + +Ces animaux sont allongés, tantôt cylindriques, tantôt pentagonaux, +droits ou arqués, quelquefois sans forme déterminée. Plusieurs +ressemblent à de gros Vers disgracieux..... + +Leur longueur varie de quelques centimètres à un mètre. Les plus petits +sont les moins rares. + +Les Cornichons de mer ont une peau coriace, opaque ou transparente, +souvent raboteuse ou granuleuse, farcie (c'est bien le mot) de +parties calcaires. A travers cette enveloppe, sortent habituellement +des filaments (_pieds tentaculaires_), creux, extensibles, épars ou +symétriques, terminés, comme les pieds des Oursins, par une ventouse en +miniature. + +[Illustration: HOLOTHURIE ÉLÉGANTE + +(_Holothuria elegans_ O. F. Müller).] + +La bouche est placée à l'un des bouts du cylindre. On voit autour des +appendices lobés, pinnés ou ramifiés. Cette bouche offre en dedans un +anneau osseux, de dix à douze pièces calcaires. C'est un rudiment de la +_lanterne d'Aristote_. A l'extrémité postérieure, se trouve un autre +orifice par où jaillit de temps en temps un courant d'eau semblable à +une petite fontaine. + +Les Holothuries habitent généralement à de grandes profondeurs. Leurs +mouvements sont assez bornés. Elles exécutent une sorte de reptation +au moyen des ondulations plus ou moins fortes de leur corps, ou bien à +l'aide des contractions plus ou moins nombreuses de leurs pieds. + + Toujours baisent la terre et rampent tristement..... + +Leurs pieds sont tantôt vers le milieu du ventre, dans un endroit qui +forme comme un disque (sur lequel rampe l'animal à la manière des +Limaces); tantôt disposés en séries nombreuses tout le long du corps. +Chez l'_Holothurie frondeuse_[83], des mers du Nord, ils forment cinq +rangées longitudinales. + + [83] _Cucumaria frondosa_ Blainville. + +Certaines espèces sont armées de petits organes en forme d'hameçons ou +d'ancres, qui leur permettent de s'amarrer aux roches sous-marines. +Lorsque ces crochets agissent sur la peau des mains, ils peuvent causer +une sensation cuisante de brûlure. + +Une Holothurie de la baie de Matavaï, dans l'île d'Otaïti[84], +décrite par Lesson, longue d'un mètre et très-contractile (au point +de se réduire à 33 centimètres), est lubrifiée par un liquide âcre +et corrosif qui fait naître un prurit intolérable sur les doigts, +lorsqu'on la touche sans précaution. Aussi les naturels de la mer du +Sud témoignent-ils la plus grande répugnance à sa vue. (Lesson.) + + [84] _Holothuria (Intestinaria) oceanica_ Lesson. + +Beaucoup de Cornichons de mer, quand on les irrite, rejettent +volontairement et brusquement leurs viscères, et ne tardent pas à +périr. Ce phénomène est bien une des choses les plus étonnantes et les +plus inexplicables qui existent dans les mœurs des animaux! + +«Il est bon de comprendre clairement, dit le père Malebranche, qu'il +est des choses qui sont absolument incompréhensibles.» + +Le docteur Johnston raconte qu'il avait oublié une pauvre Holothurie, +pendant deux ou trois jours, dans de l'eau non renouvelée. L'infortunée +devint triste et malade (on le serait à moins). Bientôt elle vomit +tout à la fois ses tentacules, son appareil buccal, son tube digestif +et une partie de ses ovaires..... Ces organes tombèrent çà et là au +fond du vase. L'effort musculaire avait été sans doute bien terrible, +pour déterminer un pareil effet, et cependant la vie de la malheureuse +n'était pas éteinte; car sa peau vide se contractait au moindre +attouchement, et prouvait, par ses contorsions, qu'elle n'avait presque +rien perdu de son irritabilité. + +Mais ce qui est plus extraordinaire encore que ce vomissement et +cette contraction, c'est que l'animal, privé de ses anciens viscères, +en _reproduisit de nouveaux_ au bout de trois ou quatre mois, et +recommença, _tout joyeux_, son train de vie habituel. (J. Dalyell.) + +La division spontanée de certaines Holothuries, qui se partagent en +deux morceaux, n'est pas moins digne de remarque que le rejet et +la restauration de leurs organes. L'individu demeure quelque temps +stationnaire; chacune de ses extrémités s'élargit et s'aplatit. En +même temps, sa partie moyenne devient graduellement étroite, et +finit par se réduire à un fil très-mince. Ce fil se rompt. On a +alors deux demi-Holothuries de grosseur égale ou inégale. Plus tard, +chaque portion se complète, et il en résulte deux animaux exactement +semblables au premier. (Rymer Jones.) + + +II + +Les Chinois mangent les Holothuries, ils estiment surtout le _Trépang_. +Cet animal est chez eux l'objet d'un commerce considérable. Des +milliers de jonques malaises sont équipées, tous les ans, pour la pêche +de ce Zoophyte, et même des navires anglais et anglo-américains se +livrent à la vente de cette denrée. + +La récolte du Trépang exige beaucoup de patience et d'adresse. Le +pêcheur malais se tient penché sur le bord de son embarcation, ayant +dans les mains une longue perche formée de plusieurs bambous attachés +bout à bout, et terminée par un crochet acéré. Sous le beau ciel de ce +pays, son œil exercé aperçoit à une profondeur souvent considérable +l'Holothurie qui rampe sur les fonds de sable ou de roche. Alors le +Malais descend doucement le harpon, et, d'un coup prompt et sûr, il +accroche l'animal. + +[Illustration: PÊCHE MALAISE DU TRÉPANG + +(_Trepang edulis_ Jäger).] + +On fait ensuite dégorger les Trépangs dans de la chaux de corail, et on +les dessèche à la fumée (Lesson). La plus grande partie est expédiée en +Chine. La tonne se vend jusqu'à 1800 francs. + +Coupés en filaments, on en fait des potages qui rappellent, par leur +délicatesse, la soupe à la Tortue. + +La pêche a dépouillé les localités où ces animaux étaient autrefois +très-abondants. Il serait à désirer qu'elle fût soumise à une +réglementation. + +Aux îles Mariannes, on recherche le _Guam_[85], et à Naples, la +tubuleuse. + + [85] _Mulleria guamensis_ Jäger. + + +III + +Il est des animaux analogues aux Holothuries qui méritent notre +attention: ce sont les _Synaptes_. + +[Illustration: SPICULES DES TENTACULES DE SYNAPTE.] + +Ces animaux sont dépourvus de pieds tentaculaires; leur peau est +transparente et laisse voir leur intérieur. Le microscope montre +dans leur tissu des spicules nombreux qui occupent une disposition +particulière dans les tentacules. + +Les Synaptes vivent dans le sable tourbeux; elles se nourrissent des +matières organiques qu'elles y rencontrent. + +L'une des espèces les plus curieuses est la _Synapte de Duvernoy_[86], +découverte aux îles de Chausey par M. de Quatrefages. + + [86] _Synapta Duvernæa_ Quatrefages (voy. planche XIV). + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XIV. + P. Lackerbauer del. Lebrun fac-simile sc. + + HOLOTHURIE DES ÎLES DE CHAUSEY + Fucus vesiculosus (_Lin_) Delesseria Bonnemaisonii (_Agardh_). + + _Imp. Lamoureux r. Lacépède, 38, Paris._] + +Figurez-vous un cylindre de cristal, d'un rose tendre un peu lilas, +ayant quelquefois jusqu'à cinquante centimètres de longueur, parcouru +dans toute son étendue par cinq petites bandelettes de soie blanche +opaque, et surmonté d'une fleur vivante à douze pétales étroits et +pinnatifides, d'un blanc mat, garnis de petites ventouses qui se +recourbent gracieusement en arrière. Au milieu de ces tissus dont +la délicatesse semble défier les produits les plus raffinés de notre +industrie, placez un intestin de la gaze la plus ténue, gorgé d'un bout +à l'autre de corpuscules de granit dont l'œil distingue parfaitement +les pointes vives et les arêtes tranchantes. Les parois du corps ont à +peine un demi-millimètre d'épaisseur, et cependant on peut y compter +sept couches plus ou moins distinctes, une peau, des muscles, des +membranes..... L'animal est protégé par une espèce de mosaïque composée +de petits boucliers calcaires, hérissés de doubles hameçons dont les +pointes sont dentelées comme des flèches de Caraïbe. (Quatrefages.) + +Lorsque l'on conserve pendant quelque temps les Synaptes vivantes +dans un vase d'eau de mer, on les voit se morceler d'elles-mêmes. Il +se forme un étranglement dans une partie du corps, et la séparation +s'opère brusquement. On dirait que l'animal, sentant qu'il ne peut +se nourrir tout entier, supprime successivement les parties dont +l'entretien coûterait trop à l'ensemble, à peu près comme on chasse les +bouches inutiles d'une ville assiégée. Singulier moyen de combattre +la famine, et qu'il emploie jusqu'au dernier moment! Car, au bout +de quelques jours, il ne reste souvent qu'un petit ballon sphérique +couronné de tentacules. La Synapte, pour conserver la vie à sa tête, +s'est à peu près retranché tout le corps! (Quatrefages.) + +Que de merveilles dans la vie et dans les mœurs des animaux de l'Océan! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XVII + +LES BRYOZOAIRES. + + «_Sigillatim mortales, cunctim perpetui._» + + (APULÉE.) + + +I + +Les plantes marines sont quelquefois recouvertes d'une matière +abondante, veloutée, parasite, qui ressemble à un tapis de mousse. +Cette matière, étudiée au microscope, paraît comme une agrégation +d'animalcules à cellules charnues, cornées ou calcaires, le plus +souvent transparentes. Ces animalcules sont des _Bryozoaires_ ou +_Animaux-mousse_. + +Chaque cellule loge une bestiole délicate, laquelle, à certains +moments, fait sortir de nombreux petits bras; les étale, les agite, les +balance, pour guetter, attirer et saisir sa proie. Cette proie doit +être bien mignonne! + +Au moindre danger, au plus léger frôlement, les Bryozoaires se +contractent et se retirent dans leur logette d'écaille ou de cristal. + +Cette cellule n'est pas inerte comme celle de la plupart des Polypiers; +elle jouit de la faculté de se mouvoir, surtout quand elle est bien +éclairée. Lorsqu'on l'excite, elle s'incline vivement, comme un +rameau de Sensitive qu'on touche avec le doigt. Elle tombe sur une de +ses voisines; celle-ci se précipite sur une autre, celle-là sur une +quatrième, et, au bout d'une seconde, toute la communauté est mise en +mouvement. Mais bientôt la tranquillité se rétablit, et les bras, qui +s'étaient repliés et retirés, reparaissent et s'étalent de nouveau. +(Rymer Jones.) + +[Illustration: LAGONCULE RAMPANTE + +(_Laguncula repens_ Farre).] + +Les Animaux-mousse ont été bien étudiés par MM. Ehrenberg et J. W. +Thompson, qui ont fait connaître les différences qui les éloignent des +Polypiers ordinaires. + +On les regarde comme des Mollusques dégradés[87]. + + [87] Voyez les chapitres suivants. + +La petite loge de chaque animalcule est formée par une sorte de +couvercle membraneux, qui se retourne comme le doigt d'un gant toutes +les fois que le Mollusque veut sortir. Cette loge est plutôt une boîte +qu'une maison. + +Quand le Bryozoaire se déploie, un cercle de soies microscopiques, +d'une ténuité excessive, se montre tout d'abord, s'élevant au-dessus du +sommet de la cellule. Il est suivi de son support, lequel est plus ou +moins flexible. Les tentacules passent ensuite entre les soies, et les +poussent de côté. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XV. + Mesnel del d'après Mr. Olivier Frédol + + ANIMAUX MOUSSE + (Flustra cormata)] + +Ces tentacules sont armés, sur le dos, d'une douzaine d'appendices +semblables à des cheveux très-fins, attachés presque à angle droit. +Ils ont de plus, de chaque côté, un nombre très-considérable de cils +vibratiles. + +Les cils vibratiles jouent un rôle très-important chez la plupart des +animaux microscopiques. Il n'est peut-être pas d'organes plus répandus +et plus simples, chargés de fonctions aussi utiles et aussi variées..... + +Au moment où les tentacules paraissent à l'extérieur, la tunique de +l'animalcule se déroule peu à peu. + +Bientôt, le Bryozoaire étale ses jolis petits bras. Les appendices et +les cils de ces derniers commencent leurs rapides vibrations. L'œil, +trompé par la vivacité et par la régularité des mouvements qu'ils +exécutent, croit voir des chapelets de gouttelettes de rosée balancés, +tordus, noués et dénoués! + +Les corpuscules qui flottent autour de l'animal sont violemment agités, +comme s'ils étaient sous l'influence de quelque tourbillon. Malheur, +dans ce moment, aux infortunés Infusoires que le hasard amène dans ce +cercle fatal! (Rymer Jones.) + +Dans plusieurs espèces, les observateurs ont découvert un organe +particulier, le _vibracule_, sur lequel nous arrêterons quelques +moments notre attention. C'est un filament creux, situé à l'angle +supérieur et extérieur de chaque cellule, rempli d'une substance comme +fibreuse et contractile, qui lui permet d'exécuter des mouvements +très-remarquables. Ces mouvements ont lieu à des intervalles réguliers, +ordinairement très-courts. D'abord, le filament se porte vers le bas, +frémit, oscille et semble balayer; puis il revient sur lui-même, et +descend dans la direction opposée, où il répète le même jeu, avec le +même ordre et dans le même temps. Ces fonctions sont-elles, comme +on l'a dit, indépendantes, jusqu'à un certain point, de la volonté +du Bryozoaire? Quel est leur but? On pense que cet organe sert à +nettoyer et surtout à fortifier l'entrée de la cellule. Il s'agite +encore quelque temps après qu'on a mutilé ou tué le petit animal. La +pauvre bestiole malade ou morte est encore défendue par son vibracule +protecteur! + + +II + +D'après ce qui précède, on voit que les animalcules des Bryozoaires +sont plus compliqués que ceux des Polypiers. L'étude de leur anatomie +confirme pleinement cette conclusion. Ainsi leur appareil digestif +n'est pas réduit à un simple sac avec un seul orifice. Il présente une +bouche, un pharynx, un œsophage, un gésier, un estomac membraneux, et +des intestins avec une ouverture spéciale..... On a décrit des espèces +dans lesquelles le gésier semble pourvu d'un certain nombre de dents +intérieures, formant un merveilleux pavé, un moulin vivant, destiné à +broyer la nourriture avant son entrée dans le second estomac. + +L'organisme de la plus petite bête révèle à nos yeux étonnés une +combinaison savante, un art admirable qui dépasse infiniment tout ce +que l'industrie humaine pourrait offrir de plus parfait! + + +III + +Les savants s'accordent aujourd'hui à placer parmi les Bryozoaires +un certain nombre de faux Polypiers, dont les animalcules étaient +restés pendant longtemps mal étudiés et mal connus: par exemple, les +_Flustres_ et les _Eschares_. + +Les Flustres[88] ont de petites loges plus ou moins cornées, groupées +symétriquement comme les alvéoles des Abeilles. Tantôt elles composent +des croûtes qui recouvrent les Algues et les autres corps marins, +tantôt elles forment des feuilles minces ou des tiges rubanées. Dans +certaines espèces, il n'existe de cellules que d'un seul côté; dans +d'autres, il y en a sur les deux. Leurs orifices sont extrêmement +petits et défendus par des épines microscopiques. + + [88] Voyez planche XV. + +[Illustration: FLUSTRE FOLIACÉE + +(_Flustra foliacea_ Linné).] + +Leurs tentacules sont couverts de cils vibratiles (toujours des cils +vibratiles!) disposés en séries droites, qui produisent, dans leurs +mouvements, l'effet d'une rangée de perles animées qui rouleraient de +la base à la pointe de l'organe. + +Les Eschares forment des expansions comme foliacées. L'entrée de leurs +cellules possède aussi son épine protectrice. + +Les expansions représentent encore des ruches microscopiques, dont les +citoyens jouissent à la fois d'une existence commune et d'une existence +indépendante. Comme chez les Polypiers, chacun mange pour le compte de +l'association et pour son propre compte. Travail et nutrition pour la +république; travail et nutrition pour soi! + +Très-probablement il règne, entre tous les habitants d'un même groupe, +des sentiments de fraternité d'une nature particulière, dont nous +n'avons aucune idée. Puisque ce qui est digéré par un membre de la +famille profite jusqu'à un certain point à tous les autres, ne doit-il +pas y avoir entre tous les divers individus, surtout entre les plus +rapprochés, un lien physiologique plus ou moins étroit, lequel entraîne +peut-être... un lien moral plus ou moins fort? Et, s'il en était +ainsi, les animalcules d'une Flustre ou d'une Eschare ne devraient pas +connaître le sentiment de l'égoïsme?..... + +Que de combinaisons organiques et que de vitalités étranges sous le +brillant azur de l'Océan! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XVIII + +LES MOLLUSQUES AGRÉGÉS. + + ..... S'attachent l'un à l'autre + Par un je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer. + + (CORNEILLE.) + + +I + +Comme leur nom l'indique, les _Mollusques_ sont des animaux +essentiellement mous ou _mollasses_, comme disait Cuvier. Ils offrent +pour caractère constant de n'être jamais articulés. + +Leur chair est froide, humide, visqueuse, souvent grisâtre. Leur peau +présente généralement un repli plus ou moins ample, souple, qui cède et +qui résiste, désigné sous le nom de _manteau_. + +Quelques-uns sont _nus_, c'est-à-dire sans organe solide de défense, du +moins apparent, semblables aux Limaces de nos jardins. Ils ont alors, +ou une peau épaisse et coriace, un véritable cuir protecteur, ou une +enveloppe mince et délicate, dans laquelle s'épanouit au-dessus du cœur +et du poumon une lame cornée ou crétacée (_Limacelle_), plus ou moins +épaisse et plus ou moins dure, sorte de bouclier rudimentaire destiné +à garantir les viscères les plus nobles. + +Mais ordinairement ces animaux sont protégés, contre les flots +et contre leurs ennemis, par une véritable cuirasse calcaire +(_coquille_), double ou simple, dans laquelle ils s'enferment plus ou +moins complétement, quand un danger les menace. On les appelle alors +_testacés_, ou plus vulgairement, _coquillages_. + +Chez les Vertébrés, ce sont les parties molles qui recouvrent la +charpente calcaire. Chez les Mollusques, c'est la charpente calcaire +qui recouvre les parties molles. L'idée de considérer le test comme un +_squelette extérieur_ est loin d'être nouvelle. Charles Bonnet disait, +il y a longtemps: «_On pourrait regarder la coquille comme l'os de +l'animal qui l'occupe._» + +Pour les gens du monde, la distinction des Mollusques en nus et en +testacés est une distinction parfaite. Pour les naturalistes, l'absence +ou la présence de la coquille est un caractère à peu près sans valeur. +En effet, on trouve dans la mer toutes les nuances intermédiaires +possibles entre les Mollusques nus et les Mollusques testacés. La +nature ne passe jamais brusquement d'une forme à une autre. + +Il existe des Mollusques, de vrais Mollusques, avec une demi-coquille, +d'autres avec un quart de coquille, d'autres avec un cinquième, un +dixième, un vingtième de coquille..... + +On a même constaté que beaucoup d'espèces, tout à fait nues, sont +couvertes, dans la première période de leur vie, par une coquille +parfaitement caractérisée, quelquefois même pourvue d'un couvercle, qui +disparaît pendant leur accroissement. (Sars.) + +Pour quiconque aime à surprendre les secrets de l'organisme, l'étude +de la formation et du développement de la coquille est une source +très-féconde d'instruction. + +Les Mollusques sont _Agrégés_ ou _solitaires_. Nous parlerons d'abord +des premiers, dont la constitution est la plus simple, et qui sont les +plus rapprochés des Polypiers et des Bryozoaires. + +Les Mollusques Agrégés sont _agglomérés_, comme les grappes de certains +fruits, ou _enchaînés_, comme les grains d'un chapelet. + + +II + +Les Mollusques agglomérés présentent des associations assez curieuses. +Les principaux sont peut-être les _Ascidies_ dites _sociales_, masses +de gelée translucide, tantôt d'une teinte uniforme, verte, brune, +rouge, violacée, souvent très-pâle; tantôt, au contraire, multicolores +et splendidement pointillées, rayées ou panachées. + +[Illustration: ASCIDIES SOCIALES + +(_Perophora Listeri_ Wiegmann).] + +Les Mollusques agglomérés sont attachés aux rochers, étalés à leur +surface, comme des plaques de Lichens, ou suspendus à leurs arêtes, +comme des groupes de glaçons. Les Varecs à larges feuilles abandonnés +sur le sable après une tempête paraissent presque toujours couverts +de ces animaux bizarres, protégés par leur manteau glaireux. Ces +ensembles figurent quelquefois une pléiade de gracieuses étoiles, un +bouquet, une rosette. Leurs individus élémentaires sont allongés ou +arrondis, et souvent anguleux ou découpés. + +Lorsqu'on introduit une de ces masses dans un aquarium, elle a l'air +aussi apathique qu'une Éponge, et ne donne d'autre signe de vie +apparent qu'un léger resserrement au pourtour des orifices. Mais, en +l'examinant de près, on découvre qu'elle n'est pas aussi inanimée qu'on +l'avait d'abord supposé, et que, par les mêmes ouvertures, entrent et +sortent des courants d'eau extrêmement rapides, faisant parfois l'effet +de tourbillons. (Rymer Jones.) + +Les larves de ces animaux multiples sont isolées et libres. Alternance +continuelle d'esclavage et de liberté! + +A une époque de leur vie, ces larves se fixent. Quand l'animal a perdu +la faculté de se mouvoir et qu'il a suffisamment grandi, on voit naître +à la surface de son corps un certain nombre de petits tubercules qui +s'allongent, se creusent et forment autant de nouveaux individus. +Ceux-ci restent adhérents au corps de la mère, laquelle devient le +fondateur d'une nouvelle colonie. + +Il existe une très-grande diversité dans l'arrangement des membres de +chaque association. Mais tous ces arrangements, quels qu'ils soient, +présentent toujours un ordre rigoureux et une régularité géométrique. + +Les habitants de ces brillantes compagnies sont plus ou moins +nombreux, suivant les espèces; ils reçoivent en famille les mêmes +rayons du soleil, les mêmes caresses de la vague, les mêmes coups +de la tempête!... Tous remplissent leurs devoirs particuliers avec +exactitude et zèle, sans trouble et sans humeur. L'accord le plus +parfait règne entre eux, comme entre les animalcules des Polypiers et +des Bryozoaires. Admirables communautés, dont les citoyens sont plus +intimes et plus _unis_ que beaucoup d'autres! N'est-ce pas là le beau +idéal de l'association républicaine? _E pluribus unum._ + + +III + +Un des genres les plus intéressants, parmi ces animaux, a été désigné +sous le nom de _Botrylle_. + +[Illustration: BOTRYLLE DORÉ + +(_Botryllus gemmeus_ Savigny).] + +Les individus de chaque corporation sont au nombre de dix, de quinze, +de vingt, ovoïdes, oblongs ou piriformes, et disposés comme les rayons +symétriques d'une roue. + +Quand on irrite une des branches de l'ensemble, un seul Mollusque se +contracte. Quand on tourmente le centre, ils se contractent tous. +(Cuvier.) + +Les orifices buccaux se trouvent aux extrémités extérieures des rayons; +mais les terminaisons intestinales aboutissent à une cavité commune, +qui est au moyeu de la roue. + +Voilà donc des animaux qui mangent séparément et qui remplissent +ensemble une singulière fonction! Ce genre d'union et de communauté +nous rappelle ce qui se passait dans _Ritta-Christina_. Mais, chez +nos Mollusques, au lieu de deux individus soudés, nous en avons une +quinzaine! + +On peut considérer l'étoile entière comme une seule bête à plusieurs +bouches! Mais alors il y a, chez elle, luxe d'organes pour la fonction +intelligente, qui cherche et qui choisit, et parcimonie pour la +fonction stupide, qui ne cherche pas et qui ne choisit pas! + +Chez les _Pyrosomes_, la colonie n'est plus adhérente. Elle constitue +une masse brillamment colorée, cylindrique, creuse, ouverte à une +extrémité, fermée à l'autre. Cette masse flotte et se balance sur les +eaux comme la Plume de mer. + +L'espèce surnommée _atlantique_[89] varie singulièrement dans ses +nuances. Elle passe avec rapidité du rouge vif à l'aurore, à l'orangé, +au verdâtre, au bleu d'azur, d'une manière vraiment admirable +(Lamarck). Elle est, de plus, phosphorescente. + + [89] _Pyrosoma atlantica_ Lamarck. + +Le nom de _Pyrosome_ signifie littéralement _corps de feu_. Humboldt a +vu une troupe de ces splendides Mollusques côtoyer son vaisseau comme +une bande de globes enflammés vivants, projetant des cercles de lumière +de cinquante centimètres de diamètre, qui lui faisaient apercevoir à +une profondeur de cinq mètres, et pendant plusieurs semaines, des Thons +et d'autres poissons qui suivaient le navire. + +Bibra, dans son voyage au Brésil, prit une fois sept ou huit Pyrosomes +atlantiques et les porta dans sa cabine. A l'aide de leur lumière, il +put lire, à l'un de ses amis, la description qu'il en avait faite sur +son carnet[90]. + + [90] Voyez le chapitre III. + + +IV + +Les _Salpes_ ou _Biphores_ offrent un groupement qui ressemble beaucoup +moins à celui des Polypiers. Ces animaux ne sont plus agglomérés, mais +disposés en séries. Ils font le passage des Mollusques que nous venons +d'étudier aux Mollusques _solitaires_. + +[Illustration: CHAÎNES DE SALPES PHOSPHORESCENTES ENTRAÎNÉES PAR +LES COURANTS.] + +On trouve les Salpes réunies en longues files transparentes, d'une +grande délicatesse de tissu: cordons composés d'individus placés côte à +côte et greffés transversalement; rubans dans lesquels chaque bestiole +est greffée bout à bout avec ses sœurs; doubles chaînes parallèles de +créatures sociales, tantôt alternes, tantôt opposées..... Merveilleuse +symétrie qui ne déroge jamais aux lois qui la régissent! Chapelets +vivants dont chaque perle est un individu! + +Ces sociétés voyageuses occupent jusqu'à 30 ou 40 milles d'étendue..... + +Leurs Mollusques élémentaires ont un corps oblong, à peu près +cylindrique; irrégulier, contractile, souvent irisé, quelquefois +phosphorescent, ouvert à chaque extrémité; d'une transparence +cristalline, avec une teinte rosée ou rougeâtre à l'intérieur. + +Les colonnes de Salpes glissent dans les eaux tranquilles par des +ondulations régulières. Les petites nageuses de chaque file se +contractent et se dilatent simultanément. Elles manœuvrent de concert +comme une compagnie de soldats bien disciplinés; chaque série ne semble +offrir qu'un seul individu qui flotte en serpentant. Les matelots ont +donné à la chaîne le nom de _Serpent de mer_. (Rymer Jones.) + +Ces animaux nagent habituellement le dos en bas: ils font la _planche_. +Ils se meuvent surtout en aspirant une certaine quantité d'eau par +l'ouverture postérieure (qui est munie d'une valvule) et en la rejetant +par l'orifice antérieur. En sorte que leur corps est toujours poussé en +arrière, et qu'il chemine à reculons (Cuvier). Bizarre locomotion, qui +ne ressemble en rien à celle des autres animaux! + +Lorsqu'on retire de l'eau ces chaînes animées, leurs anneaux se +séparent, et leurs individus se désagrégent. La compagnie est +licenciée. Les Salpes perdent la faculté d'adhérer ensemble; les +soldats ne peuvent plus s'aligner..... + +On rencontre quelquefois, dans la mer, des Salpes _solitaires_. On +serait tenté de les regarder comme d'un genre différent, si de +récentes découvertes n'avaient prouvé que ce sont les mères ou les +filles des Salpes enchaînées. On a constaté, en effet, que ces petites +Salpes solitaires s'unissent ensemble en longs rubans à une époque de +leur vie, et que ceux-ci engendrent des Salpes isolées. En un mot, les +Salpes enchaînées ne produisent pas des Salpes enchaînées, mais des +Salpes solitaires, et celles-ci, à leur tour, donnent naissance non +à des individus distincts comme elles, mais à des Salpes enchaînées. +Par conséquent, une Salpe n'est pas organisée comme sa mère, ni comme +sa fille, mais elle ressemble à sa sœur, à sa grand'mère et à sa +petite-fille. (Chamisso, Krohn, Milne Edwards.) + +[Illustration: SALPE SOLITAIRE + +(_Salpa democratica_ Forskål).] + +Que de recherches ne faut-il pas, que de patience et que de temps, pour +arracher à la nature un admirable secret, que l'on apprend souvent en +trois minutes! + +Malgré leur organisation si limitée et leurs fonctions si réduites, +les Salpes vivent et se reproduisent aussi certainement et aussi +heureusement que les autres animaux. Elles s'élancent après leur +proie ou l'attendent à l'affût. Elles ont des appétits, des +instincts, peut-être même des caprices..... Véritables sybarites, +elles passent leur vie à manger et à dormir; elles se promènent +toujours en compagnie, sans trouble et sans fatigue; elles sont +balancées constamment, doucement et mollement..... Ces associations +enrégimentées ne révèlent-elles pas tout un monde nouveau de conditions +particulières, de phénomènes collectifs et de sentiments confondus? + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XIX + +LES MOLLUSQUES ACÉPHALES. + + Mais de cervelle point! + + (LA FONTAINE.) + + +Les Mollusques solitaires sont les vrais Mollusques. Il en existe un +très-grand nombre. On peut les ranger tous sous deux types généraux. +Les uns _sans tête_, c'est-à-dire à structure plus ou moins simple: on +les appelle _Acéphales_. Les autres pourvus d'une tête, c'est-à-dire à +structure plus ou moins compliquée: on les nomme _Céphalés_. + +Occupons-nous d'abord des Acéphales. + +Ces Mollusques sont tantôt nus, et tantôt enfermés dans une coquille +(_testacés_). + + +I + +Les Acéphales nus rampent sur les rochers, sur les Fucus et sur les +animaux. Il y en a qui flottent en peuplades innombrables à la surface +de la mer. Quelques-uns, collés contre les corps solides, ne paraissent +avoir aucun mode de progression bien caractérisé. + +Parmi ces Mollusques, mentionnons d'abord les _Ascidies solitaires_. +Pauvres Ascidies! Figurez-vous des animaux en forme de sac irrégulier, +qui adhèrent par une extrémité à quelque pierre ou à quelque coquille, +et qui sont condamnés à vivre, à se reproduire et à mourir, sans +changer de position. On en pêche fréquemment, à Cette, une espèce bien +connue, de très-vilaine forme, et qu'on appelle _Bichus_[91]. On la +dépouille de sa peau coriace, épaisse, ridée, d'un gris brunâtre; on +isole ses viscères, qui sont d'un jaune pâle, et on les mange. Ils ont +un goût d'abord salé, puis douceâtre, puis un peu piquant et comme +poivré. + + [91] Cette Ascidie se vend, au marché, 2 centimes et demi la pièce + (15 mars 1863). + +Ces Mollusques présentent deux orifices, à marge quelquefois ciliée, +par lesquels, à la moindre pression, ils projettent avec beaucoup de +force une certaine quantité d'eau[92]. + + [92] «_Ascidiæ exspuunt aquam tanquam e siphone._» (LINNÉ.) + +Les Ascidies n'ont pas de mains, ni de lèvres pour saisir leur proie. +Leur bouche est placée très-défavorablement; elle se trouve au fond +du sac, et non à l'une de ses extrémités. Mais la nature n'a pas +oublié qu'un animal, avant tout, doit se nourrir. La surface interne +de la poche viscérale est couverte d'une multitude de cils vibratiles +très-serrés, qui produisent dans l'eau de forts courants, tous +dirigés vers l'orifice buccal. Vus au microscope, les cils dont il +s'agit, font l'effet de roues ovales délicatement dentelées, tournant +continuellement de gauche à droite. Ce mouvement engendre de toutes +petites vagues; celles-ci entraînent les substances alimentaires +vivantes ou inanimées, qui entrent dans le sac avec l'eau de la +respiration, et les conduisent jusqu'à la bouche. Ainsi, chez ces +curieux animaux (comme du reste chez beaucoup d'autres), manger et +respirer sont deux fonctions qui se confondent! La Providence est +économe d'organes, quand il faut! + +Quelques auteurs attribuent des yeux aux Ascidies. Ils regardent comme +tels six ou huit taches rouges (dans les organisations inférieures, les +yeux sont souvent rouges) disposées en cercle autour des orifices de la +peau. Il est difficile de comprendre à quoi serviraient des yeux chez +des animaux privés de la faculté de se mouvoir et dont la structure +est si dégradée. Mais qui sait, dit un savant naturaliste, de quelles +_nonchalantes jouissances_ les Ascidies peuvent être susceptibles? +(Rymer Jones.) + +Les larves des Ascidies ne sont pas adhérentes comme leur mère. Elles +se transportent librement d'un endroit dans un autre; elles nagent. +Leur corps est rougeâtre. Elles ont une grosse tête presque opaque, +avec une tache noire antérieure, et une petite queue aplatie qui +constitue leur principal instrument de natation. Elles ressemblent à un +têtard de Grenouille ou de Crapaud. + +A l'époque où ces larves doivent se fixer, voici ce qui arrive. Elles +appuient leur tête contre un corps solide, et restent là, la queue en +l'air. Représentez-vous des baladins qui feraient l'_homme droit_. En +même temps, leur face s'élargit et semble se creuser. L'animal sort +alors de son calme habituel; il témoigne, par de violentes commotions, +que ce n'est pas volontairement qu'il est retenu. L'amour de la liberté +semble plus fort chez lui que le besoin de la transformation. Il fait +tous ses efforts pour se dégager. Les vibrations de sa queue deviennent +si rapides, qu'on ne peut presque plus la distinguer. Hélas! la pauvre +bête est collée, solidement collée et pour toujours collée! Enfin cette +agitation s'apaise. Une matière sort des bords de la tête, s'étale sur +le corps solide, et la larve demeure irrévocablement fixée. La queue +disparaît; elle n'était plus bonne à rien. Une tunique résistante +s'organise autour de l'animal, et, sur les marges de la partie +adhérente, surgissent de nombreuses saillies radiculaires qui assurent +sa fixation (J. Dalyell.) + +L'Ascidie adulte et immobile se rappelle-t-elle les courses vagabondes +de son premier âge? Le Papillon se souvient-il du ramper de la chenille? + +L'_Ascidie laineuse_[93], contrairement aux habitudes de ses +congénères, est libre. Ici l'adulte a conservé les prérogatives de +l'enfant. Cette espèce habite dans les eaux profondes, parmi le sable. +Son sac est arrondi et d'un brun rougeâtre, avec l'intérieur des +orifices écarlate. On ignore si l'extrémité inférieure du Mollusque +est ou non enfoncée dans le sol; mais, en captivité, l'Ascidie reste +couchée horizontalement, sans faire le moindre effort pour descendre +plus bas ou pour changer de position. (Rymer Jones.) + + [93] _Ascidia ampulla_ Bruguière. + + +II + +Les Acéphales testacés sont plus nombreux que les Acéphales nus. + +On les appelle _bivalves_, parce qu'ils possèdent une coquille à deux +battants (_valves_). Ils sont abrités dans cette double carapace comme +un livre dans sa couverture. + +Quoiqu'ils manquent de tête, ils se nourrissent, ils sentent et ils se +reproduisent. Ils ont des amitiés et des inimitiés, peut-être même des +passions..... Toutefois ces dernières ne doivent pas être bien vives; +car la plupart de ces animaux ont de la peine à changer de place, même +à faire le moindre mouvement. Plusieurs demeurent fixés au rocher +qui les a vus naître. Or, les sentiments tumultueux ne sont guère +compatibles avec l'immobilité..... + +Les bivalves sont répandus dans toutes les mers. On trouve partout des +_Vénus_, des _Tellines_ et des _Arches_. Quelques espèces semblent +cantonnées dans certaines régions: les _Pandores_ n'appartiennent +qu'aux mers du Nord; les _Cames_ ne prospèrent, au contraire, que dans +la zone australe. Les _Tridacnes_ n'ont été encore trouvées que dans +les eaux situées entre l'Inde et l'Australie..... + +Les bivalves habitent dans le sable ou dans la vase, sur des rochers et +au milieu des plantes aquatiques. Ils peuvent vivre à de très-grandes +profondeurs. La sonde a retiré, de 2800 mètres, une _Huître_ et une +_Pèlerine_ pleines de vie et de santé (A. Edwards). + +Les bivalves ont une coquille ovoïde, globuleuse, trigone, en forme de +cœur, allongée comme une gousse ou aplatie comme une feuille. Cette +coquille est une sorte d'étui à charnières, composé de battants égaux +ou inégaux. Parfois l'un de ces battants est bombé et l'autre plat. +Leur partie antérieure ressemble à la postérieure, ou en diffère d'une +manière plus ou moins tranchée. + +Les deux valves peuvent offrir plusieurs pièces accessoires; de là le +nom de _multivalves_ que les anciens avaient donné aux coquilles ainsi +organisées. + +Les bivalves, un peu locomotiles, changent de place à l'aide d'un pied +charnu extensible, qui ressemble moins à un véritable pied qu'à une +grosse langue. Cet organe varie beaucoup quant à sa forme. C'est tour +à tour une hache, une ventouse, une perche, une alène, un doigt, une +sorte de fouet, une espèce de ressort. Ce pied est simple, fourchu ou +frangé. Chez quelques espèces, son tissu paraît spongieux et capable de +recevoir une quantité d'eau considérable. Alors l'organe se gonfle, +s'allonge et se roidit. Puis, expulsant brusquement tout le liquide +qu'il contient, il redevient petit et flasque, et peut rentrer dans la +coquille. + +[Illustration: TELLINE ÉLÉGANTE + +(_Tellina pulcherrima_ Sowerby).] + +Les Mollusques se servent de leur pied très-habilement. Ils l'étendent, +le fixent par l'extrémité, le contractent sur son point d'appui, et se +portent en avant. Réaumur a comparé la progression de ces animaux à +celle d'un homme placé sur le ventre, qui allonge un bras, saisit un +objet solide et entraîne son corps vers cet objet. Il y a cette seule +différence que, chez le Mollusque, le membre se contracte tout entier. + +[Illustration: MODIOLE LITHOPHAGE + +(_Modiola lithophaga_ Lamarck).] + +Dans quelques cas rares, le bivalve agit exactement en sens inverse: il +appuie fortement son pied contre le sable, le roidit, et fait reculer +son corps, à peu près comme le batelier qui dirige sa nacelle en +pressant avec sa rame contre le fond de la rivière. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XVI. + P. Lackerbauer del. d'après Mr. Deshayes Lebrun fac-simile sc. + + LIMA TENERA + (Côtes de l'Algérie) + + _Imp. Lamoureux r. Lacépède, 38, Paris._] + +Certains Acéphales exécutent de petits bonds et même de véritables +sauts, mais c'est par un autre mécanisme: c'est en ouvrant et +fermant leurs valves à plusieurs reprises et brusquement. Les +_Pèlerines_ s'élancent quelquefois à travers les ondes pour éviter un +danger. Les _Limes_[94] voltigent dans l'eau _comme les papillons dans +l'air_, avec la même légèreté et la même étourderie. Leur locomotion +est favorisée par une centaine de tentacules allongés, grêles, +cylindriques, très-contractiles et très-mobiles, placés sur les bords +du manteau, et composés de nombreux petits articles qui rentrent, au +besoin, les uns dans les autres. (Deshayes.) + + [94] Voyez la planche XVI, de la _Lima tenera_, que nous devons à + l'obligeance de M. Deshayes. + + +III + +Les _Manches de couteau_, ou _Solens_, s'enfoncent verticalement et +profondément dans le sable. Leurs places sont indiquées par des trous +qui correspondent au siphon de l'animal. Quand le Mollusque est alarmé, +il rejette hors de son trou une certaine quantité de liquide, qu'il +lance comme un petit jet d'eau. Ces Mollusques s'enterrent avec leur +énorme pied conique, qu'ils allongent outre mesure; ils en font une +dague naturelle qui s'aplatit, se fait pointue et perfore admirablement +le terrain, puis qui redevient cylindrique, se renfle à l'extrémité et +tire le coquillage de haut en bas. Il faut très-peu de temps pour qu'un +Manche de couteau ait pénétré à une profondeur de 50 centimètres. + +Les _Dattes de mer_, les _Pétricoles_, les _Saxicaves_ et les +_Pholades_ se pratiquent une résidence dans le bois et dans les +pierres. Leur cellule semble faite avec un emporte-pièce. Les +Mollusques y sont logés étroitement, comme dans un étui, à pli de +corps. + +[Illustration: PHOLADE DANS LA PIERRE + +(_Pholas dactylus_ Linné).] + +Comment ces animaux parviennent-ils à creuser les matières les plus +dures? Aldrovande croyait qu'ils naissaient dans le sein même de la +roche, pendant qu'elle était encore molle. Réaumur pensait qu'ils +y entraient à cette même époque. Mais comment naissaient-ils ou +s'introduisaient-ils dans le bois? D'autres ont supposé que le courant +d'eau déterminé par leur respiration entamait à la longue les solides, +comme la goutte d'eau use le granit. Mais la loge d'une Pholade est +creusée en quelques mois! Suivant quelques-uns, le pied et le bord du +manteau, pénétrés de particules siliceuses, frottent le roc comme du +papier de verre, et râpent peu à peu le calcaire ou le silex. Suivant +d'autres, le Mollusque est pourvu d'un liquide dissolvant qui attaque +la substance dans laquelle il veut entrer. Enfin, un grand nombre +soutiennent que l'animal perfore par un mouvement rotatoire de sa +coquille, laquelle agit comme une sorte de tarière. Ces deux dernières +opinions paraissent les seules vraies. Les bivalves qui se logent +dans les calcaires tendres y entrent, les uns à l'aide d'une sécrétion +acide, les autres par un moyen mécanique. Les bivalves qui creusent +le gneiss, le grès, le bois, se servent du moyen mécanique seulement +(Caillaud). Tous ces Mollusques pénètrent de plus en plus profondément, +et rendent leur demeure de plus en plus spacieuse à mesure qu'ils +grossissent. + +[Illustration: MODIOLES LITHOPHAGES DANS LE ROCHER.] + +La perforation des bivalves est en définitive un combat entre un corps +dur et un corps mou, singulier combat dans lequel le corps mou a le +dessus. Pourquoi triomphe-t-il? Parce que la vie domine et dominera +toujours la matière. Le corps mou est animé, et le corps dur est inerte! + +Il est des bivalves qui produisent une soie résistante, brune ou dorée, +dont ils forment des câbles (_byssus_) qui les amarrent solidement +aux rochers. Chez les _Moules_, le byssus est court et rude; chez les +_Pinnes_, il est long et soyeux. On a essayé de filer et de tisser ce +dernier. Les habitants de Tarente en font des gants et des bas. On en +fabrique aussi des draps d'un brun fauve assez brillant, recherchés +pour leur finesse et leur moelleux. On en a vu de très-beaux, à Paris, +à l'exposition de l'an IX et à celle de 1855. M. J. Cloquet a offert, +l'année dernière, à la Société zoologique d'acclimatation, une paire de +mitaines faites de byssus de Pinne. + +Chez quelques espèces, le byssus sert au Mollusque, non-seulement +à s'attacher aux divers corps, mais encore à réunir ensemble de +petites pierres, des morceaux de corail, des fragments de coquilles +et d'autres matières solides, dont l'ensemble compose un manteau +raboteux, dans lequel elles attendent leur proie, patiemment et à +l'abri (Draparnaud). En construisant cette enveloppe, le Mollusque, +par un artifice singulier, file et tisse la matière de son byssus, +la tapisse intérieurement d'une couche plus fine et plus unie, et la +renforce extérieurement avec les petits corps durs dont il vient d'être +question, qu'il associe avec adresse et maçonne avec solidité. Son +travail est donc en même temps, celui du tisserand, celui du tapissier +et celui du maçon! + +Ainsi vêtus d'un habillement calcaire ou d'un manteau feutré, enfoncés +dans une roche ou attachés par un câble, les bivalves, animaux +très-mous et très-délicats, peuvent vivre sans avaries et sans trouble, +au milieu d'un élément toujours agité, quelquefois turbulent, souvent +terrible!... + + +IV + +Les plus petits bivalves ont à peine un demi-millimètre de longueur. + +L'espèce la plus grande, la _Tridacne gigantesque_[95], peut dépasser +un mètre. On l'appelle vulgairement _Bénitier_, parce qu'on se sert +de ses valves, dans les églises, comme réservoirs d'eau bénite. +Il en existe un bel échantillon à Montpellier, dans l'église de +Sainte-Eulalie. Il y en a deux autres encore plus grands, à Paris, dans +l'église de Saint-Sulpice. Ces derniers avaient été envoyés en présent +à François Ier, par la république de Venise. Le curé Languet se les fit +donner par Louis XIV. On dit que l'animal de ce bivalve, isolé, peut +atteindre le poids de 15 kilogrammes, et que chaque valve peut dépasser +celui de 300! + + [95] _Tridacna gigas_ Lamarck. + +Le manteau des Acéphales est une sorte de tunique membraneuse +très-grande, à deux pans, épaissie et même frangée sur les bords. Ce +manteau les protége, et il est lui-même protégé par les deux volets de +la coquille. + +L'animal possède quelquefois des yeux et des oreilles; mais, comme il +n'a pas de tête pour les porter, ses yeux sont placés à la marge du +manteau, et ses oreilles dans le ventre!..... + +Les _Tellines_, les _Pinnes_, les _Arches_, les _Pétoncles_, ont des +organes oculaires assez distincts, mais très-petits. Ces animaux sont, +du reste, très-myopes, et le grand jour les éblouit..... + +Les oreilles sont de petites ampoules qui contiennent un caillou +microscopique suspendu dans une goutte d'eau..... + +Lorsque l'on compare entre eux les organes des diverses espèces +animales, on reconnaît bientôt qu'ils passent de l'état le plus simple +à l'état le plus compliqué par des nuances infinies. Mais les parties +de ces mêmes organes n'arrivent pas toutes à la même perfection d'un +pas égal. Il en est même qui s'arrêtent en route, pendant que d'autres +accomplissent leur évolution. + +Ce qui a lieu entre les éléments d'un même organe s'effectue de la +même manière entre les organes d'un même appareil ou entre les +appareils d'un même organisme[96]. Il semble même exister une harmonie +compensatrice qui préside à ces inégalités de développement, souvent si +prononcées, accordant à certaines parties ce qu'elle refuse à d'autres, +de telle sorte que le budget de la nature se maintient toujours dans un +équilibre parfait. (Gœthe.) + + [96] Voyez le chapitre XXX. + + +V + +C'est parmi les Mollusques Acéphales que se trouvent les redoutables +animaux marins connus sous le nom de _Tarets_. + +Ces Vandales d'un nouveau genre attaquent tous les bois submergés, +à peu près comme les larves de certains insectes attaquent les bois +exposés à l'air. En quelques mois, en quelques semaines, des planches +épaisses, des poutres de sapin, des madriers de chêne, sont vermoulus +de manière à n'offrir aucune résistance et à céder au moindre choc. On +a vu des navires s'ouvrir en pleine mer sous les pieds des marins, que +rien n'avait avertis du danger. + +Linné appelait les Tarets, la _calamité des navires_ (_calamitas +navium_). + +Dans le commencement du siècle dernier, la moitié de la Hollande +faillit périr sous les flots, parce que les pilotis de toutes ses +grandes digues avaient été minés par les Tarets. Il en coûta des +millions pour résister aux désordres produits par un chétif animal! + +Les Tarets ont le corps allongé, vermiforme, mou, demi-transparent, +d'un blanc légèrement grisâtre, terminé à une extrémité par une partie +arrondie, improprement appelée _tête_, et à l'autre par une sorte de +queue bifurquée. + +[Illustration: TARET COMMUN + +(_Teredo navalis_ Linné).] + +Ils peuvent atteindre jusqu'à 35 centimètres de longueur. + +Ils sont enfouis dans un long étui creusé aux dépens du bois, la partie +céphalique au fond et la queue bifide en haut. + +Les parois de l'étui sont revêtues d'un enduit mucoso-calcaire +blanchâtre, très-fin, qui en rend les murs à la fois plus unis et plus +solides. + +La partie arrondie ou céphalique du Mollusque offre deux petites +valves très-minces et très-fragiles, semblables à deux demi-coques de +noisette. Ces valves sont immobiles et ne protégent qu'une très-faible +portion de l'animal. + +Les Tarets forment en quelque sorte le passage entre les Acéphales nus +et les Acéphales bivalves. + +Leur manteau constitue une espèce de fourreau charnu; il se divise en +deux tubes que le Mollusque allonge et raccourcit à volonté. L'un de +ces tubes sert à introduire l'eau aérée, qui va baigner les organes +de la respiration et apporter jusque dans la bouche les molécules +organiques dont le bivalve se nourrit. L'autre rejette au dehors cette +eau épuisée, ainsi que les résidus de la digestion qu'elle entraîne en +passant. + +Les organes du Taret, au lieu d'être placés _à côté_ les uns des +autres, sont disposés les uns _derrière_ les autres, à cause de la +forme étroite et allongée de l'animal. + +Quand on réfléchit à la _mollesse_ des Tarets, on a peine à comprendre +comment ils peuvent entamer et détruire les bois les plus durs. + +La larve de ce Mollusque est pourvue d'une couronne de cils natatoires. +Elle nage avec facilité, monte et descend, cherchant le bois dans +lequel elle doit pénétrer. Quand elle a rencontré une pièce à sa +convenance, elle se promène quelque temps à sa surface, à la manière +des chenilles arpenteuses. Elle y exerce une pression en se mouvant +de droite à gauche et de gauche à droite, et pratique d'abord un tout +petit godet dans lequel elle loge la moitié de son corps. Le jeune +Taret se recouvre alors d'une couche de substance muqueuse qui se +condense, brunit un peu, et offre au centre un et quelquefois deux +petits trous pour le passage des siphons. Cette première couche, +qui le lendemain, et surtout le troisième jour, devient calcaire, +est l'origine du tube de l'animal. On ne peut voir ce qui se passe +au-dessous, à cause de son opacité. Mais en sacrifiant et en détachant +du bois quelques jeunes individus, on reconnaît que l'animal sécrète +avec une très-grande promptitude une nouvelle coquille blanche, tout à +fait semblable à celle de l'adulte, parsemée, comme cette dernière, de +stries à dentelures très-fines. + +L'apparition de la nouvelle coquille coïncide si exactement avec la +térébration du bois et la formation rapide d'un trou relativement +profond, qu'on doit la considérer évidemment comme l'instrument +principal de la perforation. + +Le jeune Taret mange les molécules du bois râpé. (L. Laurent.) + +On protége les bois contre les ravages des Tarets en enfonçant dans +leur tissu des clous à grosse tête. Ces clous se rouillent par l'action +de l'eau salée, et le bois se trouve bientôt couvert d'une épaisse +cuirasse d'oxyde de fer. Les Tarets éprouvent une forte antipathie +contre la rouille et respectent le bois qui en est imprégné. On +pourrait encore empoisonner le tissu ligneux avec le procédé bien connu +du docteur Boucherie. On garantit les navires en les doublant de cuivre. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XX + +L'HUITRE. + + «_Mensarum palma et gloria!_» + + (PLINE.) + + +I + +Les sociétés protectrices des animaux accordent des récompenses aux +personnes sensibles qui ont entouré de soins affectueux la vieillesse +des chiens et des chevaux; elles recommandent les bons traitements et +la douceur envers tous les quadrupèdes, voire même envers les oiseaux, +et blâment sévèrement les hommes endurcis qui les frappent, les +blessent, les torturent[97]. Dans leur excès de zèle, elles voudraient +même décider l'autorité à défendre aux professeurs, dans les écoles +vétérinaires et dans les facultés, de faire des opérations et des +expériences sur les animaux vivants. + + [97] «Malheur à l'homme qui ne sait pas compatir aux souffrances + des animaux, les alléger dans leurs peines, leur accorder des soins + qui assurent leur force et la durée de leurs services! Malheur à + celui qui les traite avec violence!» (BUFFON.) + +On sait que le _fidèle ami de l'homme_ était déjà, du temps de Linné, +une des principales victimes des expérimentateurs (_anatomicorum +victima!_). + +D'un autre côté, la loi Gramont punit les charretiers et les cochers +qui traitent leurs solipèdes un peu trop brutalement. + +Eh bien! les sociétés protectrices et la loi Gramont n'ont jamais rien +dit sur la conduite barbare des hommes..... envers les pauvres Huîtres! + +Essayons de combler cette lacune. + +On commence par pêcher les Huîtres, c'est-à-dire par les tirer de +leur élément. On les place ensuite dans des parcs d'eau plus ou +moins saumâtre, malpropre, remplie d'une vilaine matière verte, qui +s'introduit peu à peu dans leur appareil respiratoire, l'imprègne, +l'obstrue et le colore. L'Huître se gonfle, engraisse, et arrive +bientôt à un état d'obésité voisine de la maladie. + +Quand la misérable n'en peut plus et que son séjour dans un pareil +milieu l'a rendue d'un vert livide, on la pêche une seconde fois. +Hélas! elle ne doit plus revoir ni la mer, ni son parc, ni son +rocher natal! Elle n'aura d'autre eau à sa disposition que la petite +quantité de liquide retenue entre ses deux coquilles, quantité à peine +suffisante pour l'empêcher d'être asphyxiée. + +Bientôt les Huîtres sont enfermées dans une bourriche étroite et +obscure (prison ignoble, sans porte ni fenêtre!). On oublie que ce sont +des animaux; on les empile comme une marchandise inerte, on les entasse +comme des pavés... + +La bourriche est emportée et secouée par un chemin de fer. Elle +s'arrête devant un restaurant. + +Nous voici au moment le plus critique pour les malheureuses bêtes. Une +femme sans pitié les saisit l'une après l'autre; avec un gros couteau +ébréché, elle ampute brutalement la partie de leur corps adhérente à +la coquille plate, et détache violemment cette coquille, après avoir +rompu la charnière[98]. + + [98] Les anciens ouvraient les Huîtres sur la table même. Sénèque + le dit très-expressément. + +Cette cruelle opération terminée, l'animal est exposé aux courants +d'air, sans aucune précaution. On l'apporte tout souffrant sur une +table. Là un gastronome impitoyable jette du poivre pulvérisé ou du jus +de citron (c'est-à-dire des acides citrique et malique) sur le corps de +l'infortunée et sur la blessure encore saignante. Eheu! Puis avec un +petit couteau d'argent, _qui ne coupe jamais_, on incise une seconde +fois la reine des Mollusques, ou, pour mieux dire, on la scie, on la +déchire, on l'arrache de son battant concave. On la saisit avec deux +crocs pointus qu'on enfonce dans son foie et dans son estomac, et on la +précipite dans la bouche. Les dents la pressent, l'écrasent, la broient +toute vivante et toute palpitante, réduisant à une masse informe ses +organes d'abord meurtris, puis triturés, imbibés de son sang, de sa +graisse et de sa bile!!! + +On dira peut-être que les Huîtres n'ont ni tête, ni jambes, ni bras; +qu'elles sont sans yeux, sans oreilles et sans nez; qu'elles ne bougent +pas, qu'elles ne crient pas!..... + +D'accord! parfaitement d'accord! mais tous ces caractères négatifs ne +les empêchent pas d'_être sensibles_. Deux célèbres Allemands, MM. +Brandt et Ratzeburg, ont montré qu'elles possèdent un système nerveux +assez développé. Or, si elles sont sensibles, elles peuvent souffrir. +Ce qu'il fallait démontrer[99]! + + [99] «L'animal a-t-il des nerfs pour être impassible? Qu'on ne + suppose pas cette impertinente contradiction dans la nature.» + (VOLTAIRE.) + +Hâtons-nous toutefois de tranquilliser les pêcheurs, les éducateurs, +les vendeurs, les ouvreuses et les consommateurs! On excuse +l'indifférence des sociétés protectrices et le mutisme de la loi +Gramont, par l'énorme différence qui existe entre ces Mollusques +imparfaits et les animaux supérieurs, différence si grande, que leur +physionomie ne rappelle pas l'idée que les gens du monde se font +d'un animal. Ce sont des citoyens d'un autre élément que le nôtre, +vivant dans un milieu où nous ne vivons pas, offrant une structure +dégradée, une vitalité obscure, des mouvements indécis et des mœurs +insaisissables..... On peut donc les voir mutiler, les mutiler +soi-même, les mâcher et les avaler sans émotion et sans remords! + +Un savant des bords de la mer se fit un jour apporter une douzaine +d'Huîtres. Il voulait étudier leur organisation. Il les tourna, les +retourna, examina leurs diverses parties en dehors et en dedans, les +dessina et les décrivit. Après son travail, ces intéressants Mollusques +n'avaient rien perdu de leurs excellentes qualités, et leur étude ne +_porta aucun préjudice à la consommation_. + +Cette histoire nous paraît apocryphe; parce que généralement, quand +on a disséqué une bête, bien ou mal, on n'est guère tenté de la +manger. Il y a plus: les zoologistes, qui connaissent _ex professo_ +l'organisation des Huîtres, cherchent ordinairement à ne pas penser à +leurs dissections passées, ou à s'étourdir sur leur savoir, quand ils +veulent savourer sans répugnance ces très-estimables animaux. + +C'est pourquoi nous avons hésité quelque temps à placer dans cet +ouvrage un exposé plus ou moins anatomique de ce qu'on a écrit sur les +organes de nos illustres et malheureux bivalves..... + +Du reste, nous supplions le lecteur, s'il est au moment de déjeuner +avec des Huîtres, de ne pas lire les détails que nous allons donner. +Nous ne voulons dégoûter personne. + + +II + +Supposons devant nos yeux une Huître bien grasse, bien fraîche, bien +ouverte, bien épanouie dans son battant concave. + +Nous voyons d'abord un animal très-aplati, compacte, mou, +demi-transparent, grisâtre ou gris verdâtre. Sa figure ressemble +grossièrement à celle d'un ovale dont on aurait tronqué le petit bout. +La partie tronquée répond à la charnière des battants et représente +le sommet du coquillage. La ligne courbe qui naît à gauche forme sa +partie antérieure; celle qui naît à droite, et qui est moins arrondie, +représente sa région postérieure ou son dos, et le gros bout de l'ovale +représente sa partie inférieure. Au sommet de l'animal, on aperçoit +un corps semblable à un petit coussin irrégulièrement quadrilatère et +légèrement renflé. + +L'Huître est revêtue d'un _manteau_ très-ample, mince, lisse, +contractile, plié sur lui-même, offrant deux lobes séparés dans la +plus grande partie de sa circonférence, c'est-à-dire en avant, au gros +bout de l'ovale, et en arrière, vers la partie inférieure. Ce manteau +peut être comparé à une sorte de capuchon fortement comprimé, dont le +sommet serait tourné vers la charnière. Les bords de cette tunique +sont légèrement épaissis; on y remarque une multitude de petits corps +ciliés, disposés sur un rang du côté intérieur, qui est comme frangé, +et sur trois ou quatre rangs du côté extérieur, qui est comme plissé +et festonné. Ces corps paraissent doués d'une sensibilité assez vive. +L'animal peut les allonger et les raccourcir à volonté. + +Si l'on écarte les lobes du manteau en avant, on observe à +l'endroit de leur réunion, dans l'intérieur du repli, quatre pièces +irrégulièrement triangulaires, plates, appliquées les unes contre +les autres. Ce sont les parties de l'animal chargées de choisir +sa nourriture et de l'introduire dans la bouche. On les appelle +_tentacules_ ou _palpes labiaux_. La _bouche_ est située au milieu; +elle paraît grande et dilatable; elle s'ouvre immédiatement dans +l'_estomac_. Celui-ci a la forme d'une poche cylindrique; il est caché +dans l'intérieur du coussinet quadrilatère. De la partie postérieure de +l'estomac part un _intestin_ grêle, sinueux, qui se dirige obliquement +vers le côté antérieur, descend un peu, puis remonte, passe derrière +la cavité stomacale, se boucle en haut d'arrière en avant, descend +vers le dos, et se termine à sa partie moyenne par un canal flottant, +dont l'extrémité est à peu près en forme d'entonnoir. Là on trouve +l'ouverture par où sont expulsés les excréments. + +L'estomac et l'intestin sont entourés de tous côtés et pressés par une +matière épaisse, noirâtre, abondante, pénétrée d'une liqueur d'un jaune +foncé. Cette matière n'est autre chose que le _foie_; la liqueur jaune, +c'est la _bile_. + +Ainsi, en résumant, on peut dire que les Huîtres ont l'estomac et +l'intestin dans le foie, l'ouverture de la bouche sur l'estomac et +l'ouverture de l'intestin dans le dos. + +Depuis longtemps, les gastronomes ont constaté que le coussinet +quadrilatère était, dans nos coquillages, la partie la plus savoureuse +et la plus excitante. Aussi, aux environs de Cette, où les Huîtres +sont fort grandes, certains amateurs, très-distingués, adoptent +et proclament le principe de diviser transversalement le corps du +Mollusque et de manger seulement le coussinet. L'histoire naturelle a +expliqué cette petite découverte de la gastronomie. Elle a reconnu que +c'est la bile sécrétée par le foie et contenue dans sa substance, qui +active, qui effrite chez nous la surface gustative de la langue et du +palais, et qui vient encore en aide aux fonctions de l'estomac. + +Au-dessous du foie paraît le _cœur_ (car les Huîtres ont un +cœur), composé de deux cavités distinctes, une _oreillette_ et un +_ventricule_: la première presque carrée, à parois épaisses et d'un +brun noir; la seconde en forme de petite poire, à parois minces et +comme grise. Les deux angles antérieurs de l'oreillette reçoivent +chacun un gros _vaisseau_, dans lequel s'ouvrent trois autres conduits +formés par la réunion de plusieurs veines déliées. La pointe du +ventricule donne naissance à un _canal_ qui se sépare, à sa sortie, en +trois branches divergentes: l'une qui se dirige vers la bouche et les +tentacules; la seconde, qui se rend au foie; la troisième, qui fournit +aux parties inférieures et postérieures du Mollusque. + +Le cœur entoure étroitement, embrasse, si l'on veut, la partie +terminale de l'intestin, le _rectum_; de telle sorte que celui-ci +semble passer sans façon au milieu du noble organe, pour arriver plus +vite à sa porte de sortie. Quand le cœur se contracte, il pousse le +sang, mais il pousse aussi bien autre chose!... O bizarrerie des +bizarreries! + +Le _sang_ est incolore. Il arrive vivifié dans la cavité de +l'oreillette. Celle-ci se contracte et le verse dans le ventricule. +Cette poche se contracte à son tour, le précipite dans le gros vaisseau +qui en naît, et le répand dans tout le corps. + +Les Huîtres respirent au sein de l'eau. La nature leur a donné des +organes pour séparer de ce liquide la petite quantité d'air qui s'y +trouve mêlée. C'est l'oxygène de cet air qui vivifie le sang et qui le +renouvelle. Les parties respiratoires sont deux paires de feuillets, +ou _branchies_, courbes comme des arcs, formés d'une double série de +canaux très-fins et très-serrés, attachés transversalement et disposés +avec beaucoup de symétrie: on dirait les dents d'un joli peigne. Ils +sont cachés sous les bords libres du manteau. Ils naissent près des +tentacules, et se terminent vers le milieu de la partie postérieure. +Les externes sont plus courts que les internes. + +Les Huîtres, étant sans tête, ne devaient pas offrir de _cerveau_. Il +est remplacé par un petit corps blanchâtre, bilobé, situé près de la +bouche. De ce corps naissent deux _nerfs_ déliés qui embrassent le foie +et l'estomac, et vont aboutir à un autre renflement, de même nature et +de même forme, placé au-dessous de ces organes. + +Le premier renflement fournit des nerfs à la bouche et aux tentacules; +le second en donne aux feuillets de la respiration. + +Les Huîtres n'ont point d'organes pour voir, ni pour entendre, ni pour +flairer. Le toucher réside, chez elles, dans les quatre tentacules +de la bouche. Le goût a son siége autour de ce dernier orifice, et +peut-être à la surface interne des tentacules intérieurs. Il semble +fort obscur. + +Les Huîtres sont peut-être, de tous les coquillages, ceux dont les +facultés paraissent le plus bornées. En les rendant à peu près +immobiles dans leur station, en les emprisonnant à perpétuité dans +leur coquille, et en leur refusant des sexes séparés, ainsi qu'on le +verra plus loin, la Providence ne pouvait guère leur donner des besoins +et des désirs bien nombreux, bien variés et surtout bien ardents; +elle en fait des animaux presque apathiques, vivant et digérant dans +une douce quiétude voisine de l'indifférence. Toutefois, comme ces +Mollusques sont essentiellement sociaux et composent ordinairement des +agglomérations extrêmement considérables, il ne serait pas impossible +que, malgré leur faible intelligence, il n'y ait chez les Huîtres des +sympathies et des répulsions..... nous n'osons pas dire des rivalités +et des tracasseries! + +[Illustration: GROUPE D'HUÎTRES.] + +Il n'existe, chez nos bivalves, qu'un appareil très-simple et +très-imparfait pour la locomotion. Il ne faut pas s'étonner si ces +coquillages demeurent à peu près toute leur vie sur le rocher où +ils ont pris naissance. L'organe des mouvements est immédiatement +au-dessous du cœur. C'est un corps charnu, épais, moitié grisâtre, +moitié blanc, qui traverse le manteau des deux côtés et va s'attacher +vers le milieu des valves. L'écaillère coupe en travers ce corps +charnu, quand elle veut ouvrir une Huître et la dépouiller d'un +battant. Nous incisons ce muscle une seconde fois, quand nous voulons +manger le malheureux Mollusque. + +C'est en contractant fortement le corps dont il s'agit, que l'Huître se +tient hermétiquement enfermée dans son habitation. Lorsqu'elle relâche +son muscle, un _ligament élastique_, placé à la charnière, agit sur +les volets et les écarte l'un de l'autre. On assure qu'en ouvrant et +en fermant plusieurs fois et brusquement ces deux battants, l'animal +réussit à changer sa position, et parvient même à se traîner un peu sur +son rocher; mais je n'ose y croire. + +Voltaire écrivait en 1767: «Je suis toujours embarrassé de savoir +comment les Huîtres font l'amour[100].» + + [100] Voyez le chapitre XXIII, § 6. + +Les Huîtres possèdent les deux sexes. Elles remplissent donc à la +fois les rôles paternel et maternel. Ce qui paraîtra tout aussi +singulier, c'est que les organes de la fécondité n'apparaissent, chez +nos Mollusques, comme les fleurs dans les végétaux, qu'à l'époque +déterminée où leur fonction doit s'accomplir. Passé ce temps, ils se +flétrissent et disparaissent. + +Les _œufs_ sont logés entre les lobes du manteau et entre les feuillets +respiratoires. Leur nombre est très-considérable. Suivant Baster, un +seul individu peut en porter 100 000. Suivant Poli, il en produirait +jusqu'à 1 million 200 000, et suivant Leuwenhoeck, jusqu'à 10 millions. +D'après les naturalistes modernes, le nombre est d'environ 2 millions. +Ce qui paraît très-raisonnable. + +Ces œufs sont jaunâtres. + +Ils éclosent dans le sein du Mollusque, qui met au monde ses petits en +respirant. + +Les jeunes Huîtres forment un nuage blanchâtre vivant, plus ou moins +épais, qui trouble un moment la transparence du liquide, s'éloigne du +foyer dont il émane, et que les mouvements de l'eau dispersent. (Coste.) + +Ces larves sont pourvues d'un appareil transitoire de natation qui leur +permet de se répandre au loin, et d'aller à la recherche d'un corps +solide où elles puissent s'attacher. Cet appareil se compose d'une +sorte de bourrelet sinueux, couvert de cils nombreux et serrés; il sort +des valves et y rentre à volonté. Il est muni de muscles puissants +destinés à le mouvoir (Davaine). + +A l'aide de cet appareil, les jeunes Huîtres peuvent _nager_ avec +facilité. Quand elles ont quitté leur mère, elles flottent autour de +celle-ci. On assure que dans les commencements, au moindre danger, +elles se réfugient entre les valves maternelles. + +[Illustration: JEUNES HUÎTRES AVEC LEURS CILS NATATOIRES.] + +Bientôt les larves se fixent à quelque corps résistant. Elles s'y +accroissent, y prospèrent et arrivent à l'état adulte. Il faut environ +trois ans pour que le Mollusque ait acquis une taille ordinaire. +(Coste.) + + +III + +Les Huîtres aiment à vivre sur les côtes, à une faible profondeur et +dans une eau peu agitée. Elles se développent quelquefois en masses +considérables. C'est ce qu'on appelle _bancs d'Huîtres_. + +Il est de ces bancs qui ont plusieurs kilomètres d'étendue et qui +semblent inépuisables. On en découvrit un, en 1819, près d'une des îles +de la Zélande, qui alimenta les Pays-Bas pendant un an en si grande +abondance, que le prix de ces Mollusques était tombé à un franc le +cent. Mais, comme ce banc était placé presque au niveau de la basse +mer, l'hiver étant rigoureux, il fut entièrement détruit. (Deshayes.) + +Les espèces d'Huîtres qu'on mange en France sont: + +Sur les côtes de l'Océan, l'_Huître commune_[101] et le +_Pied-de-cheval_[102]. + + [101] _Ostrea edulis_ Linné. + + [102] _Ostrea hippopus_ Linné. + +Sur les côtes de la Méditerranée, l'_Huître rosacée_[103] et le +_Pelocestiou_[104]. + + [103] _Ostrea rosacea_ Favanne. + + [104] _Ostrea lacteola_ Moquin. + +Et en Corse, l'_Huître lamelleuse_[105]. + + [105] _Ostrea lamellosa_ Brocchi. + +On trouve encore dans la Méditerranée, l'_Huître en crête_[106] et +l'_Huître plissée_[107]. Mais ces dernières sont petites et peu +recherchées. + + [106] _Ostrea cristata_ Born. + + [107] _Ostrea plicata_ Chemnitz. + +Dans les ports de mer, on distingue ces Mollusques suivant les endroits +de la mer où ils ont été récoltés. Il y a les Huîtres arrachées des +lits profonds (ce sont les moins estimées), celles des bancs rapprochés +de la côte et celles des parcs artificiels. + +L'Huître commune présente en France deux variétés principales, qui +diffèrent par la taille et par la délicatesse. Ce sont l'Huître de +_Cancale_ et l'Huître d'_Ostende_. Quand la première a séjourné quelque +temps dans un parc, et qu'elle a pris une couleur verdâtre, on la +désigne sous le nom d'Huître de _Marennes_. Nous parlerons tout à +l'heure de la nature et de la source de sa coloration. + + +IV + +L'Huître ordinaire est _la palme et la gloire de la table_. «Elle peut +être considérée comme l'aliment digestible par excellence; c'est la +base de toutes les substances capables de nourrir et de guérir sans +effort l'estomac; c'est le premier degré de l'échelle des plaisirs de +la table réservés par la Providence aux estomacs délicats, aux malades +et aux convalescents[108]. + + [108] Adolphe Pasquier, Sainte-Marie. + +«L'expérience, d'ailleurs, a si bien démontré ces vérités +gastronomiques, qu'il n'est pas de festin, de repas digne des +connaisseurs, où l'Huître ne figure honorablement et en première ligne. +C'est elle, en effet, qui ouvre les voies, qui les excite doucement, +qui semble commander à l'estomac à se préparer aux sublimes fonctions +de la digestion; en un mot, l'Huître est la clef de ce paradis qu'on +nomme l'appétit. + +«Il n'est point de substance alimentaire, sans même en excepter +le pain, qui ne produise des indigestions dans une circonstance +donnée; les Huîtres, jamais! C'est un hommage qui leur est dû. On +peut en manger aujourd'hui, demain, toujours, en manger à profusion, +l'indigestion n'est point à redouter.» (Reveillé-Parise.) + +On a vu des personnes engloutir sans inconvénient des quantités énormes +de ces Mollusques. On assure que le docteur Gastaldi (il fut frappé +d'apoplexie à table, devant un pâté de foie gras) avalait impunément +trente à quarante douzaines d'Huîtres. Tout un banc y aurait passé[109]. + + [109] Vitellius, disent les historiens, en mangeait quatre fois par + jour, et douze cents à chaque repas. Ce qui fait _quatre mille huit + cents!_ Est-ce possible! + +Montaigne a dit: «Être sujet à la colique ou se priver de manger des +Huîtres, ce sont deux maux pour un; puisqu'il faut choisir entre les +deux, hasardons quelque chose à la suite du plaisir.» + +D'après M. Payen, seize douzaines d'Huîtres représentent les 315 +grammes de substance azotée sèche nécessaires à la nourriture +journalière d'un homme de moyenne taille. Par conséquent, pour +alimenter cent personnes pendant un jour, uniquement avec ces +Mollusques, il en faudrait _dix-neuf mille deux cents!_ + + +V + +On pêche les Huîtres de différentes manières. Autour de Minorque, des +plongeurs intrépides, armés d'un marteau attaché à leur main droite, +descendent jusqu'à douze brasses de profondeur, et chargent leur +bras gauche d'un certain nombre de bivalves. Deux marins s'associent +d'ordinaire pour cette récolte. Ils plongent alternativement et +remplissent souvent leur bateau. + +Sur les côtes de France et sur les côtes d'Angleterre, la pêche dont +il s'agit s'effectue avec la drague. Chaque embarcation est montée par +deux hommes et pourvue de deux engins pesant 9 kilogrammes en moyenne. +Ces dragues sont attachées au bout d'une corde. On les descend dans la +mer; elles sillonnent les fonds, raclent, détachent et ramassent les +Huîtres qui s'y trouvent. + +On divise les bancs naturels en plusieurs zones qu'on exploite +successivement et qu'on laisse reposer pendant un temps déterminé, de +manière que les zones puissent se repeupler facilement et régulièrement. + +Sur la côte de Campêche, au Mexique, les Huîtres s'établissent entre +les racines submergées des Mangliers, et s'y développent en quantités +considérables. Les Indiens coupent les branches radicales de ces +arbres, sans en détacher les grappes de bivalves, et portent au marché +de véritables _régimes_ d'Huîtres. (Jourdanet.) + + +VI + +A différentes époques on a eu l'idée de _cultiver_ les Huîtres. Sergius +Orata, suivant Pline, est le premier qui imagina de les parquer +dans les environs de Baies, au temps de l'orateur L. Crassus, avant +la guerre des Marses. Ce fut le même Sergius qui fit la réputation +des Huîtres du lac Lucrin, en leur attribuant le premier une saveur +exquise. Alors, comme aujourd'hui, remarque Reveillé-Parise, les +industriels spéculaient sur les faiblesses et sur la gourmandise +humaines..... + +Sergius avait réellement créé une industrie, dont les pratiques sont +encore suivies à quelques milles du lieu où il l'avait exercée, ainsi +que M. Coste l'a démontré tout récemment. Pour exprimer le degré de +perfection où Sergius avait porté cette industrie, ses contemporains +disaient de lui, par allusion aux bancs suspendus dont il était +l'inventeur, que si on l'empêchait d'élever des Huîtres dans le lac +Lucrin, il saurait _en faire pousser sur les toits_. + +Qu'est devenu ce fameux lac? Hélas! il n'existe plus; tout a disparu. +Le président des Brosses, ce spirituel et malin voyageur, gourmand +achevé, voulut voir ce lac célèbre. Voici ce qu'il en dit: «Ce n'est +plus qu'un mauvais margouillis bourbeux. Ces Huîtres précieuses du +grand-père de Catilina, qui adoucissent à nos yeux l'horreur des +forfaits de son petit-fils, sont métamorphosées en malheureuses +anguilles qui sautent dans la vase. Une vilaine montagne de cendres, de +charbon et de pierres ponces, qui, en 1538, s'avisa de sortir de terre, +tout en une nuit, comme un champignon, a réduit ce pauvre lac dans le +triste état que je vous raconte.» + +Rondelet parle d'un pêcheur qui connaissait l'art de _semer_ les +Huîtres. + +On sait aujourd'hui que le terrible Achéron des poëtes, le lac Fusaro +des Napolitains, est une grande, une très-grande _huîtrière_, où +l'industrie aide la nature dans la multiplication de ses produits. + +[Illustration: BANC D'HUÎTRES ARTIFICIEL ENTOURÉ DE SES PIEUX.] + +Son pourtour est occupé par des fragments de rochers en forme de blocs +arrondis. Sur ces blocs on apporte des Huîtres de Tarente, et l'on +transforme chacun d'eux en un petit banc artificiel; on place, tout +autour, des pieux enfoncés et rapprochés. Ces pieux s'élèvent un peu +au-dessus de la surface de l'eau, afin qu'on puisse facilement les +saisir avec la main et les ôter, quand cela devient utile. D'autres +pieux, disposés par rangées, sont unis ensemble avec des cordes, d'où +pendent d'autres cordes portant des paquets de fascines plongées +dans l'eau. Ces dernières ont pour but de recueillir la _poussière_ +(larves microscopiques) répandue, chaque année, dans la mer. A une +époque déterminée, on enlève les fascines et l'on récolte les Huîtres. +(Coste.) + +Dans le siècle dernier, le marquis de Pombal, ayant fait jeter quelques +cargaisons d'Huîtres sur les côtes de son pays, qui n'en produisait +pas, ces Mollusques s'y multiplièrent tellement, qu'ils y sont +aujourd'hui très-communs. + +[Illustration: FASCINES SUSPENDUES POUR RECEVOIR LES JEUNES HUITRES.] + +Vers la même époque, en Angleterre, un propriétaire, M. de Carnarvon, +ayant disséminé une certaine quantité de ces Mollusques dans le détroit +de Menai, ils s'y propagèrent rapidement, et furent pour lui, pendant +longtemps, une source considérable de revenu. Excité par cet exemple, +le gouvernement anglais fit porter des chargements d'Huîtres sur divers +points des côtes de l'Angleterre, où elles prospérèrent également. + +La création des bancs artificiels d'Huîtres a multiplié et régularisé +la production de ces Mollusques. Sur les côtes des comtés d'Essex et de +Kent, l'_ostréiculture_ est pratiquée avec méthode. Ce qui se fait dans +le lac Fusaro a servi d'exemple dans beaucoup de pays. + +En France, l'ostréiculture n'a pas été négligée. Mais c'est surtout +depuis quelques années que, grâce à l'impulsion donnée par M. Coste, +cette industrie produit des résultats de plus en plus satisfaisants. + +Sur toutes nos côtes, des industriels se sont mis à l'œuvre. La marine +a fourni ses navires et ses matelots, et des huîtrières artificielles +ont surgi sur un grand nombre de points. + +Les premières tentatives sérieuses ont été faites dans la baie de +Saint-Brieuc, pendant les mois de mars et d'avril 1858, à la suite d'un +rapport de M. Coste à Sa Majesté l'Empereur. On opéra, à de grandes +profondeurs, une sorte de semis d'Huîtres près de pondre (environ +3 millions), autour et au-dessus desquelles furent déposés, comme +collecteurs des nourrissons qu'elles allaient émettre, des fascines, +des tuiles, des fragments de poteries, des valves de coquillages... Au +bout de huit mois, on vérifia le degré de développement de l'huîtrière. +La drague, promenée pendant quelques minutes, amena chaque fois plus de +_deux mille_ Huîtres comestibles; et trois fascines prises au hasard +en contenaient près de 20 000 du diamètre de 3 à 5 centimètres. Deux +de ces fascines, exposées à Binic et à Portrieux, ont excité pendant +plusieurs jours l'étonnement de toutes les populations du littoral. Ces +fascines ressemblaient à des branches très-rameuses dont chaque feuille +était un coquillage vivant. + +Des savants distingués, parmi lesquels on doit citer M. Van Beneden, +professeur à Louvain, et M. Eschricht, professeur à Copenhague, envoyés +par leurs gouvernements respectifs, sont venus étudier le procédé +d'ostréiculture mis en usage dans nos mers, pour en faire l'application +sur les côtes de la Belgique et du Danemark. + +M. Coste a montré, de plus, que l'industrie huîtrière pouvait être +fixée sur les terrains à marée basse. Par suite de ses conseils, le +bassin d'Arcachon est aujourd'hui transformé en un vaste champ de +production qui s'accroît chaque jour, et fait présager des récoltes +très-abondantes. + +Déjà cent douze capitalistes, associés à cent douze marins, y +exploitent une surface de 400 hectares de terrains émergents. Pour +donner l'exemple, l'État y a organisé deux fermes modèles, destinées +à faire l'essai des divers appareils propres à fixer la semence et à +favoriser la récolte. + +Des toits collecteurs formés par des tuiles adossées ou imbriquées, +des planchers mobiles, les uns servant de couvert à des fascines, les +autres ayant une de leurs faces enduite d'une couche de mastic hérissée +de Bucardes, y sont alignés sur des chemins d'exploitation, comme les +maisons d'une rue. En dehors des appareils, de vastes surfaces de +terrain ont été recouvertes de coquilles d'Huîtres et de Bucardes, +afin de recevoir les très-jeunes individus non fixés. Ces divers corps +étrangers sont tellement chargés de petites Huîtres, que sur une tuile +on en a compté jusqu'à 1 000. + +Ce genre d'éducation à marée basse permet de voir régulièrement l'état +des coquillages, et de soigner l'huîtrière comme on soigne les fruits +dans un espalier, si l'on veut permettre cette comparaison. + +Dans le rapport (octobre 1865) de M. Chaumel, commandant le garde-pêche +d'Arcachon, on trouve les chiffres suivants pour le parc de 4 hectares +de Lahillon, établi sur une plage détestable. + +Les frais du parc, tout garni, installé et entretenu, ont été de 28 500 +francs, ainsi répartis: + +Défrichement, 2 800 francs; achat d'outils, 200 francs; achat +d'Huîtres, 20 000 francs; achat de ponton, 1 000 francs; gardiennage, +2 600 francs; corvées, 1500 francs; achat de tuiles, 400 francs. + +[Illustration: HUITRES D'ENVIRON DIX-HUIT MOIS SUR UNE TUILE RECOUVERTE +DE CIMENT + +(BAIE DE LA FORÊT).] + +Aujourd'hui, la population actuelle du parc est évaluée à 1 259 248 +jeunes Huîtres fixées aux tuiles, 2 680 000 jeunes Huîtres attachées +aux Huîtres mères, 1 246 000 jeunes Huîtres collées aux coquillages +et aux pieux collecteurs: soit un total de 5 185 248. Leur valeur en +argent peut être estimée, au plus bas, à 200 000 francs. Si l'on tient +compte des pertes probables, le bénéfice sera au moins de 100 000 +francs. + +Dans l'île de Ré, sur une longueur de près de quatre lieues, plusieurs +milliers d'hommes venus de l'intérieur des terres ont pris possession +d'une immense et stérile vasière, et l'ont transformée, depuis +deux ans seulement, en un riche domaine. Quinze cents parcs y sont +dans ce moment en pleine activité, et deux mille autres en voie de +construction. Ces établissements formeront bientôt une ceinture autour +de l'île. L'industrie a réussi à écouler les vasières en pratiquant +des empierrements composés de fragments de rochers. Les Huîtres se +développent avec une facilité étonnante au milieu de ces fragments. +Les agents de l'administration ont pu en compter, en moyenne, 600 par +mètre carré, la plupart ayant déjà une taille marchande. Or, la surface +en exploitation étant aujourd'hui de 630 000 mètres carrés, il en +résulte que le nombre d'élèves fixés sur cette plage, jadis inculte et +dépeuplée, est déjà de 378 millions; ce qui représente une valeur de 6 +à 8 millions de francs. + +L'Océan n'a pas été le seul théâtre des essais de M. Coste. Près de +500 000 Huîtres ont été portées dans la rade de Toulon et dans l'étang +de Thau. Un fragment de clayonnage pris au milieu de l'huîtrière +artificielle de Toulon, au bout de huit mois, a été trouvé très-riche +en coquillages. + +La culture des _fruits_ de la mer est une branche d'industrie +extrêmement féconde, que tous les gouvernements devraient encourager. + + +VII + +A l'exemple des Romains, on dépose les Huîtres dans de grands +réservoirs pour les faire grossir et _verdir_. Cela s'appelle _parquer_ +les Huîtres. + +A Marennes, ces réservoirs portent le nom de _claires_. Ce sont comme +autant de champs inondés, çà et là, sur les deux rives de l'anse de la +Seudre. Ces claires diffèrent des viviers et des parcs en ce qu'elles +ne sont pas submergées à chaque marée (Coste). Il faut deux ans de +séjour pour qu'une Huître âgée de six à huit mois atteigne la grandeur +et la _perfection_ convenables. Mais la plupart de celles qu'on livre +à la consommation sont loin d'offrir les qualités requises. Placées +adultes dans les réservoirs, elles verdissent en quelques jours. +(Coste.) + +On sait que la coloration des _Huîtres vertes_ n'est pas générale. Elle +se montre particulièrement sur les quatre feuillets respiratoires. On +en trouve aussi des traces à la face interne de la première paire de +palpes labiaux, à la face externe de la seconde, et dans une partie du +tube digestif. + +On a cru pendant longtemps que la _viridité_ des Huîtres était due au +sol même des réservoirs, ou bien à la décomposition des Ulves et des +autres hydrophytes, ou bien encore à une maladie du foie, à une sorte +de jaunisse (plutôt _verdisse_) qui teindrait en vert le parenchyme +de l'appareil respiratoire. Gaillon a prétendu qu'elle venait d'une +espèce d'animalcule infusoire en forme de navette, qui pénétrait +dans la substance du Mollusque. Bory de Saint-Vincent a prouvé que +l'infusoire en question n'était pas normalement vert, mais coloré, dans +certaines circonstances, comme l'Huître, et par la même cause. Suivant +ce naturaliste, la source de la viridité est une substance moléculaire +(_matière verte_ de Priestley) qui se développe dans toutes les eaux +par l'effet de la lumière. Suivant M. Valenciennes, cette couleur est +formée par une production animale distincte de toutes les substances +organiques déjà étudiées. M. Berthelot a analysé cette matière, et a +reconnu qu'elle présente en effet des caractères particuliers. Elle ne +ressemble ni à l'élément colorant de la bile, ni à celui du sang, ni à +la plupart des matières colorantes organiques. + +Les molécules vertes dont il s'agit, pénètrent dans les branchies par +l'effet du mouvement respiratoire, s'y arrêtent, les gorgent, les +obstruent et les colorent. En même temps, le pauvre animal, gêné dans +une de ses fonctions essentielles, s'infiltre, se dilate, et subit une +sorte d'anasarque qui rend son tissu..... plus tendre et plus délicat! + + +VIII + +En 1828, nos bancs d'Huîtres ne fournissaient que 52 millions +d'individus. Déjà, en 1847, le petit port de Granville, seulement, +occupait depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril, soixante et +douze bateaux qui ne faisaient pas autre chose que pêcher des Huîtres. + +Vers 1840, la vente des Huîtres d'Arcachon n'atteignait guère qu'un +millier de francs. En 1861, la pêche libre, faite en dehors des parcs +réservés, a valu aux marins 280 000 francs. (Mouls.) + +Le prix des Huîtres était, à Paris, il y a cent cinquante ans, de 1 +franc 50 centimes le mille. Il s'élevait, au commencement de ce siècle, +de 12 à 14 francs. Il a été porté plus tard à 20, à 25 et à 30. Il est +aujourd'hui à 40 francs. + +En 1861, on a vendu à Paris 55 131 100 Huîtres au prix moyen de 4 +francs 2 centimes le cent; ce qui donne un prix total de 2 216 270 +francs. + +Pendant la saison de 1848 à 1849, on a vendu à Londres 130 000 +bourriches d'Huîtres. A cent Huîtres par bourriche, cela fait 13 +millions d'individus. + +Un journal racontait, en 1845, qu'à Varsovie, un général s'était fait +une belle réputation d'amphitryon, principalement par les Huîtres. Il +en servait à ses convives des quantités considérables. Chacune lui +revenait à 75 centimes; ce qui faisait 75 francs le cent et 750 francs +le mille. On n'est pas plus magnifique! + +N'oublions pas de dire, en terminant ce chapitre, que, pendant son +dernier voyage en Zélande, le roi des Pays-Bas a été reçu, dans un +village de la côte, sous un arc de triomphe construit en _coquilles +d'Huîtres_... et sans odeur! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXI + +LA MOULE. + + _Ecce inter virides jactatur Mytilus algas._ + + (ANTHOLOGIE.) + + +I + +La _Moule_[110] n'a pas le goût exquis ni la réputation de l'Huître. +Cette dernière passe, avec raison, pour le coquillage par excellence. +C'est le bivalve de l'aristocratie (_nobilissimus cibus_). + + [110] _Mytilus edulis_ Linné. + +Toutefois ne disons pas trop de mal de la modeste Moule. Son abondance +et son prix la rendent accessible aux classes peu aisées; elle peut +donc être regardée, après la Clovisse, comme le bivalve de la pauvreté +(_vilissimus cibus_). + +La Moule se fait distinguer, entre tous les coquillages, par le bleu +violet de ses battants et par le jaune roux de ses viscères. L'Huître +n'a pas cette parure, ni à l'extérieur, ni à l'intérieur. Elle ne +brille pas par sa livrée, quoiqu'elle écrase sa rivale par d'autres +qualités, sans doute plus solides. + +La Moule est encore caractérisée par sa figure, par son pied et par son +byssus. + +1º Sa figure deltoïde n'est pas sans élégance. Ses valves sont égales +entre elles, bombées et à peu près triangulaires. Un des côtés de +l'angle aigu forme la charnière, où l'on observe un ligament étroit et +allongé. La partie antérieure du Mollusque est logée dans l'angle aigu. + +2º Le prétendu pied de notre Mollusque est organisé comme un petit +doigt. Il peut atteindre jusqu'à 5 centimètres de longueur; il est +creusé d'un sillon longitudinal. C'est un organe de tact bien plus +qu'un instrument de reptation. A ce point de vue, la Moule est plus +favorisée que l'Huître, et si elle a _plus de tact_, elle est plus +intelligente..... + +Cette différence nous explique peut-être pourquoi l'on dit +proverbialement: _Bête comme une Huître_, tandis qu'on n'a jamais dit: +_Bête comme une Moule!_ (Reveillé-Parise.) + +3º Le byssus est un assemblage de petits câbles divergents qui amarrent +le bivalve d'une manière si solide, qu'il peut _braver l'effort de la +tempête_. On a plus de peine à le détacher qu'à le casser. + +La glande qui sécrète le byssus se trouve près de la base du pied. Il +en sort une matière d'abord demi-liquide qui remplit le sillon de cet +organe, sillon qui se convertit en canal, dans lequel le fil se moule +et s'organise. + +Quand le Mollusque veut fixer son byssus, il allonge le pied, le porte +à droite et à gauche, tâte les objets, appuie sa pointe contre le +corps qu'il a choisi, dépose l'extrémité du fil, et, retirant le pied +brusquement, il laisse cette extrémité adhérente. Le bivalve répète +plusieurs fois ce petit manége, et chaque fois il attache un nouveau +fil. Il en fixe ainsi quatre ou cinq par vingt-quatre heures, chacun +long de plusieurs centimètres et terminé par un empatement. Son +ancrage est complet quand il en a produit un faisceau. Le byssus de +certaines Moules présente jusqu'à _cent cinquante petits câbles_: nos +vaisseaux ne sont pas amarrés aussi solidement! + +Quand la Moule a tendu un premier cordage, elle le met à l'épreuve pour +s'assurer s'il est bien attaché. Elle le tire fortement, comme pour le +rompre. S'il résiste à cet effort, elle travaille à la production et à +la fixation du second fil, qu'elle essaye comme le premier. Décidément +la Moule a plus d'esprit que l'Huître! + +A l'aide de son byssus, notre bivalve se suspend à différentes +hauteurs; il touche rarement le sol. Voilà pourquoi sa coquille est +toujours bien unie et bien proprette. On ne peut pas en dire autant +du test de son orgueilleuse rivale, dont les battants, grisâtres et +raboteux, retiennent le plus souvent, dans les intervalles de leurs +feuillets, de la terre, de la boue et toute sorte d'ordures étrangères. +Évidemment, l'habit ne fait pas toujours le moine! + +Les Moules sont, comme les Huîtres, des Mollusques sociables. On les +trouve nombreuses presque partout. Elles aiment le mélange des eaux +douces et des eaux salées: il est peu de rochers, à l'embouchure des +fleuves, où l'on n'en rencontre quelque florissante colonie. Elles +s'attachent tantôt aux branches des Polypiers et aux racines des +arbres, tantôt aux bois submergés, aux piquets du rivage et à la carène +des bateaux..... + + +II + +On mange la Moule tantôt crue, tantôt cuite. Mais la saveur de ce +coquillage ne plaît pas à tout le monde; cependant nous avons connu +des gourmets qui l'avaient en grande estime. Louis XVIII aimait +passionnément les Moules: chaque semaine, on lui en faisait venir de la +Rochelle. Le monarque, dans un jour de belle humeur, enseigna, dit-on, +à M. de Talleyrand la recette d'une sauce au poivre de Cayenne, qui +plaçait désormais ce bivalve au rang des mets du premier ordre. + +Toutefois nous devons convenir que la Moule est moins appétissante que +l'Huître, moins excitante et surtout moins légère. + +N'oublions pas une recommandation gastronomique qui n'est pas sans +importance. On doit manger les Moules pendant tous les mois sans +_r_, tandis que les amateurs ne prisent les Huîtres que dans les +mois dont le nom contient cette lettre. + +Un pharmacien d'Orléans a publié un mémoire sur l'emploi de la Moule +dans les affections des voies respiratoires (?)..... + +Hélas! on adresse à notre coquillage le grave reproche d'être malsain, +même nuisible à certaines époques de l'année, et malheureusement ces +époques ne sont pas exactement connues. La Moule occasionne alors +des nausées, des coliques, un saisissement à la gorge, une éruption +cutanée, une sorte d'empoisonnement..... Les médecins sont embarrassés +pour expliquer ce genre d'action. Au moyen âge, on croyait que les +_phases de la lune_ et la _malice des sorciers_ y étaient pour quelque +chose. Aujourd'hui, on est plus raisonnable, mais est-on mieux +renseigné? On accuse tour à tour: la présence des pyrites cuivreuses +dans les parages habités par la Moule; le séjour de ce bivalve contre +la coque des navires tapissée de vert-de-gris; une maladie qui lui +serait particulière; la fermentation ou la décomposition de son tissu; +certains petits Crabes logés entre ses valves; enfin, le frai des +Étoiles de mer (Lamouroux) et celui des Méduses (Durandeau). Ces deux +dernières causes semblent être les plus habituelles. + + +III + +De bonne heure on a eu l'idée d'élever les Moules. Il existe une +_mytiliculture_ comme il existe une _ostréiculture_. + +L'éducation de nos bivalves a lieu sur une très-grande échelle dans +diverses localités, particulièrement à Esnandes, à Marsilly et à +Charron, dans la baie de l'Aiguillon, près de la Rochelle. + +[Illustration: PIEUX COLLECTEURS DU FRAI.] + +Les premiers parcs furent établis, en 1235, par un patron de barque +irlandais, nommé Patrice Walton, jeté sur nos côtes à la suite d'un +naufrage. La nécessité lui suggéra l'idée de tirer parti de ces plages +abandonnées, et il fonda la _mytiliculture_. + +Les descendants de Walton habitent encore à Esnandes, entourés de +l'estime publique. Ils continuent avec succès l'industrie créée par +leur aïeul. + +On pratique des parcs artificiels, formés de pieux et de palissades +réunis par un clayonnage grossier haut de 2 mètres et tapissé de Fucus. +Ces palissades avancent dans l'Océan quelquefois jusqu'à une lieue; +elles dessinent un triangle dont la base est tournée vers le rivage +et la pointe vers la mer. A cette pointe, on pratique un passage +étroit. Le triangle dont il s'agit est le champ où l'on sème, où l'on +éclaircit, où l'on _repique_, où l'on _plante_, où l'on _récolte_ les +Moules. (Quatrefages.) + +[Illustration: CLAYONNAGE CHARGÉ DE MOULES.] + +Ces parcs sont désignés sous le nom de _bouchots_; on appelle +_boucholeurs_ les pêcheurs qui les exploitent. + +La plupart des boucholeurs possèdent plusieurs bouchots, comme certains +propriétaires plusieurs fermes. Quelques-uns, les plus pauvres, n'ont +pour tout patrimoine que la moitié, le tiers, le quart, ou même le +cinquième de l'un de ces établissements, qu'ils soignent en commun avec +leurs associés, et dont ils partagent les charges et les bénéfices. +(Coste.) + +On récolte les Moules toute l'année, excepté pendant les grandes +chaleurs et à l'époque du frai. On attend que la marée soit basse, mais +alors le bouchot n'est plus qu'une vasière. Pour ne pas s'enfoncer +dans le sol, qui est très-mou, le boucholeur fait usage d'une sorte de +nacelle, moitié bateau, moitié patin, nommée _acon_ ou _pousse-pied_. +Cet instrument ingénieux est long de 2 mètres et large de 50 +centimètres. Il se compose de quatre planches minces. Celle du fond, +de bois de noyer, se relève en avant et s'appelle _sol_ ou _semelle_; +les trois autres, de sapin, forment les flancs et l'arrière, lequel est +coupé carrément. + +[Illustration: BOUCHOLEUR DANS SON ACON.] + +Quand il veut se servir de l'acon, le boucholeur se met à cheval sur +l'un des bords, tient ployée sous lui une jambe, se penche en avant, +et s'appuie sur les deux mains, qui étreignent les deux côtés de la +nacelle. Il pousse avec l'autre jambe enfoncée dans la vase, et glisse +avec rapidité sur la surface du bouchot. Le pêcheur peut prendre une +personne avec lui dans son acon. + +C'est de la sorte que les boucholeurs se rendent à leurs bouchots, +qu'une longue habitude leur permet de distinguer de ceux de leurs +voisins, même pendant les nuits les plus obscures, malgré tous les +détours de l'immense labyrinthe que forment sur la vasière les six +mille palissades qui la recouvrent aujourd'hui. (Coste.) + +D'Orbigny père a publié en 1847, sur la mytiliculture, un mémoire +très-intéressant. A cette époque, les bouchots étaient disposés sur +quatre rangs au plus. En 1852, M. de Quatrefages a vu sept rangs de +bouchots. Au lieu de simples pieux, on employait des poutres énormes, +et l'ensemble formait une immense estacade continue de 4 kilomètres de +large sur 10 de long. + +Il résulte, des recherches faites par d'Orbigny, que, antérieurement +à 1834, trois cent quarante bouchots, ayant coûté 700 000 francs en +nombre rond, et exigeant annuellement près de 400 000 francs de frais +d'entretien, y compris l'intérêt du capital engagé, donnaient 124 000 +francs de revenu net, et entraînaient un mouvement de charrettes, de +chevaux ou de barques, représentant un solde annuel de plus de 500 000 +francs. Mais tout grandit vite de nos jours. Au lieu de trois cent +quarante bouchots, il y en a maintenant plus de cinq cents, formés par +mille palissades. Chaque bouchot représentant en moyenne une longueur +de 450 mètres, il s'ensuit que l'ensemble compose un clayonnage de 225 +000 mètres de long. (Coste.) + +La mytiliculture est donc une des branches les plus fécondes de la +culture de la mer! + +On devrait élever une statue au batelier Walton!..... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXII + +LA NACRE ET LES PERLES. + + Ainsi la nacre industrieuse + Jette la perle précieuse. + + (A. CHÉNIER.) + + +I + +La nacre et les perles sont produites principalement par un coquillage +bivalve que les conchyliologistes désignent sous le nom de _Pintadine +mère aux perles_. + +[Illustration: PINTADINE MÈRE AUX PERLES + +(_Meleagrina margaritifera_ Lamarck).] + +Ce bivalve est amarré au fond de la mer par un byssus très-fort, de +couleur brune. + +Les battants de sa coquille sont irrégulièrement arrondis. Pendant +leur jeunesse, ils paraissent en dehors légèrement feuilletés et ornés +de bandes verdâtres et blanchâtres, qui partent du sommet en rayonnant +et en se divisant en deux ou trois branches peu écartées. Dans leur +vieillesse, leur surface devient rude et noirâtre. + +Les plus belles coquilles sont âgées de huit à dix ans. Leur taille +peut atteindre alors jusqu'à 15 centimètres de diamètre, et une +épaisseur de 27 millimètres. + + +II + +On appelle _nacre_, la substance très-dure et très-brillante qui forme +la partie interne de ces valves. Cette matière est blanche, soyeuse, un +peu azurée et plus ou moins irisée. + +La plupart des bivalves peuvent fournir de la nacre. Il y en a même qui +en donnent de bleuâtre, de bleue et de violette. + +L'_Oreille de mer Iris_[111] offre une nacre d'un beau vert d'émeraude +chatoyant, avec quelques reflets d'un violet pourpre. Certains _Turbos_ +présentent leur bouche brillante comme l'argent[112] ou éclatante comme +l'or[113]. Mais ce sont les Pintadines qui donnent la nacre la plus +blanche, la plus uniforme et surtout la plus épaisse. + + [111] _Haliotis Iris_ Gmelin. + + [112] _Turbo argyrostomus_ Linné. + + [113] _Turbo chrysostomus_ Linné. + +Cette production doit à un jeu de lumière son aspect brillant et irisé. + +Les marchands usent avec un instrument, ou dissolvent avec un acide +toute la partie extérieure des coquilles bivalves ou univalves, et +mettent à nu la couche nacrée. Tantôt ils dénudent cette dernière en +entier, tantôt ils la font paraître par portions et par dessins. + + +III + +Les _perles_, ces _gouttes de rosée solidifiée_, suivant les Orientaux, +sont des sécrétions maladives de l'organe de la nacre. La matière, au +lieu de se déposer sur les valves par couches très-minces, se condense, +soit contre ces mêmes valves, soit dans l'intérieur des organes, et +forme des corps plus ou moins arrondis. Les perles déposées sur les +valves sont généralement adhérentes; celles qui naissent dans le +manteau ou dans le corps sont toujours libres. Généralement, on trouve +dans leur centre un petit corps étranger, qui a servi de noyau à la +concrétion. Ce corps peut être un ovule stérile du Mollusque, un œuf +de poisson, un animalcule arrondi, un grain de sable..... La matière +solide est disposée tout autour, par couches minces et concentriques. + +Les Chinois et les Indiens ont mis à profit cette observation pour +faire produire à divers bivalves, soit des perles, soit des camées +artificiels. Ils introduisent dans le manteau du Mollusque, ou bien +ils appliquent à la face interne d'une valve des fragments arrondis +de verre ou de métal. Dans un cas, ils obtiennent des perles libres, +et dans l'autre des perles adhérentes. Voici contre une valve un +chapelet tout entier, et sur une autre, une douzaine de jolis camées +représentant des Chinois assis. Dans le chapelet sont des grains de +quartz attachés par un fil, et dans les camées, des plaques d'étain +représentant des figurines. + +Une seule Pintadine contient quelquefois plusieurs perles. On en cite +une qui en renfermait cent cinquante. Cela est-il bien exact? + +[Illustration: PERLES ET CAMÉES CHINOIS ARTIFICIELS. + +(_Symphynota bialata_, Lea).] + +Les perles sont d'abord très-petites. Elles s'accroissent par couches +annuelles. Leur éclat et leur nuance varient comme ceux de la nacre qui +les produit: tantôt elles sont diaphanes, soyeuses, lustrées et plus +ou moins chatoyantes; tantôt mates, sales, obscures et plus ou moins +enfumées. + + +IV + +Les plus importantes pêcheries de Pintadines sont dans le golfe du +Bengale, à Ceylan, et dans la mer des Indes. Avant 1795, ces pêcheries +appartenaient aux Hollandais. Pendant la guerre des Indes, les Anglais +s'en emparèrent, et la possession leur en fut définitivement cédée en +1802, avec celle de Ceylan, par suite du traité d'Amiens. + +Avant le commencement de la pêche, le gouvernement ordonne une +inspection des côtes. Il fait quelquefois la récolte à ses risques +et périls. D'autres fois il s'adresse à des entrepreneurs. La saison +de la pêche, en 1804, fut cédée à un capitaliste pour une somme de 3 +millions. Afin de ne pas dépeupler toutes les zones à la fois, on ne +va, tous les ans, que dans une partie du golfe. + +La pêche des Pintadines, dans le golfe de Manaar, à Ceylan, commence en +février ou en mars, et dure une trentaine de jours. Elle occupe plus de +deux cent cinquante bateaux, qui arrivent des différentes parties de la +côte. + +Ces bateaux partent de dix heures du soir à minuit. Un coup de canon +leur donne le signal. Dès que le jour arrive, les plongeurs se mettent +à l'œuvre. Chaque barque est montée par _vingt hommes et un nègre_; +les rameurs sont au nombre de dix. Les plongeurs se partagent en deux +groupes de cinq hommes, qui travaillent et se reposent alternativement. +Ils descendent jusqu'à la profondeur de 12 mètres, en se servant, pour +accélérer leur descente, d'une grosse pierre pyramidale portée par une +corde, dont l'autre extrémité vient s'amarrer au bateau. + +D'après certains voyageurs, on fait souvent, avec les avirons et +d'autres pièces de bois, une espèce d'échafaudage à jour, qui dépasse +les deux côtés du bateau, et auquel on suspend la pierre à plonger. +Celle-ci a la forme d'un pain de sucre et pèse 25 kilogrammes. La corde +qui la soutient porte, à la partie inférieure, un étrier pour recevoir +le pied du plongeur. + +Au moment de descendre dans l'eau, chaque homme met son pied droit +dans cet étrier, ou bien passe entre les doigts de ce pied la corde à +laquelle la pierre est attachée. Il place entre ceux du pied gauche +le filet qui doit recevoir les Pintadines; puis, saisissant de la main +droite une corde d'appel convenablement disposée, et se bouchant les +narines de la main gauche, il plonge, se tenant droit ou accroupi sur +les talons. + +Chaque homme n'a pour vêtement qu'un morceau de calicot qui lui +enveloppe les reins. Aussitôt arrivé au fond, il retire son pied de +l'étrier ou ses doigts de la corde. On remonte sur-le-champ la pierre, +qu'on accroche de nouveau à l'aviron. Alors le plongeur se jette la +face contre terre, et ramasse tout ce qu'il peut atteindre. Il met les +Pintadines dans son filet. Quand il veut remonter, il secoue fortement +la corde d'appel, et on le retire le plus tôt possible. + +Il y a toujours, pour une pierre à plonger, deux pêcheurs qui +descendent alternativement; l'un se repose et se rafraîchit pendant que +l'autre travaille. + +Le temps qu'un habile plongeur peut demeurer sous l'eau excède rarement +trente secondes. Lorsque les circonstances sont favorables, chaque +individu peut faire quinze à vingt descentes. Souvent il ne plonge +guère que trois ou quatre fois. Ce travail est pénible. Les plongeurs, +revenus dans la barque, rendent quelquefois par la bouche, le nez et +les oreilles, de l'eau teintée de sang: aussi deviennent-ils rarement +vieux. + +On pêche habituellement jusqu'à midi. Un second coup de canon donne +le signal de la retraite. Les propriétaires attendent leurs canots et +surveillent leur déchargement, lequel doit avoir lieu avant la nuit. + +En 1797, le produit de la pêche, à Ceylan, fut de 3 600 000 francs, +et, en 1798, de 4 800 000 francs. A partir de 1802, la pêcherie était +affermée pour la somme de 3 millions; mais, depuis une quinzaine +d'années, les bancs de Pintadines sont moins productifs. (Lamiral.) + +Les indigènes des côtes du golfe du Bengale, ceux des mers de la Chine, +du Japon et de l'archipel Indien, se livrent aussi à la pêche des +Pintadines. Le produit de cette industrie est estimé, dans ce pays, à +une vingtaine de millions. + +Des pêcheries analogues ont lieu sur les côtes opposées à la Perse, sur +celles de l'Arabie, jusqu'à Mascate et la mer Rouge. + +Dans ces pays, la pêche ne se fait qu'en juillet et août, la mer +n'étant pas assez calme dans les autres mois de l'année. Arrivés sur +les bancs de Pintadines, les pêcheurs rangent leurs barques à quelque +distance les unes des autres, et jettent l'ancre à une profondeur de 5 +à 6 mètres. Les plongeurs se passent alors sous les aisselles une corde +dont l'extrémité communique avec une sonnette placée dans la barque. +Ils mettent du coton dans leurs oreilles et pincent leurs narines avec +une petite pièce de bois ou de corne. Ils ferment hermétiquement la +bouche, attachent une grosse pierre à leurs pieds, et se laissent aller +au fond de l'eau. Ils ramassent indistinctement tous les coquillages +qui sont à leur portée, et les jettent dans un sac suspendu au-dessus +des hanches. Dès qu'ils ont besoin de reprendre haleine, ils tirent la +sonnette, et aussitôt on les aide à remonter. + +Sur les bancs de l'île de Bahrein, la pêche des perles produit +seule environ 6 millions de francs, et, si l'on y ajoute les +approvisionnements fournis par les autres pêcheries du voisinage, +la somme totale donnée par ces côtes arabes peut s'élever jusqu'à 9 +millions. (Wilson.) + +Dans les mers du sud de l'Amérique, il existe aussi des pêcheries de +même genre. Avant la conquête du Mexique et du Pérou, les pêcheries +étaient situées entre Acapulco et le golfe de Tehuantepec. Mais, après +cette époque, d'autres exploitations furent établies auprès des îles +de Cubagua, de Marguerite et de Panama. Les résultats en devinrent si +productifs, que des villes populeuses ne tardèrent pas à s'élever dans +ces divers lieux. (Lamiral.) + +Sous le règne de Charles-Quint, l'Amérique envoyait des perles à +l'Espagne pour une valeur annuelle de plus de 4 millions de francs. +Aujourd'hui, l'importance des pêcheries américaines n'est plus évaluée +qu'à 1 500 000 francs. + +Les plongeurs des côtes dont il vient d'être question descendent tout +nus dans la mer. Ils y demeurent vingt-cinq à trente secondes, pendant +lesquelles ils arrachent seulement deux ou trois Pintadines. Ils +plongent ainsi douze à quinze fois de suite: ce qui donne, en moyenne, +de trente à quarante Pintadines par plongeur. + + +V + +Les Pintadines, apportées sur le rivage, sont étalées sur des nattes de +sparterie. Les Mollusques meurent et ne tardent pas à se putréfier: il +faut dix jours pour qu'ils se corrompent. Quand ils sont dans un état +convenable de décomposition, on les jette dans de grands réservoirs +remplis d'eau de mer; puis on les ouvre, on les lave, et on les livre +aux _rogueurs_. + +Les valves fournissent la nacre, et le parenchyme les perles. + +On nettoie les valves et on les entasse dans des caisses ou des +tonneaux. En enlevant leur surface extérieure, on obtient des plaques +de nacre plus ou moins épaisses, suivant l'âge du Mollusque. + +On distingue, dans le commerce, trois sortes de nacres: la _franche +argentée_, la _bâtarde blanche_, la _bâtarde noire_. + +La première se vend par caisses de 125 à 140 kilogrammes. On l'apporte +des Indes, de la Chine et du Pérou. Les navires marchands français, +hollandais, anglais et américains importent dans nos ports des +coquilles _en vrac_, c'est-à-dire à fond de cale, pour servir de lest. + +La seconde nacre est livrée en _cafas_ de 125 kilogrammes, ou par +tonneaux. Elle est d'un blanc jaunâtre et quelquefois verdâtre ou +rougeâtre, et plus ou moins irisée. + +La troisième est une variété d'un blanc bleuâtre tirant sur le noir, +avec des reflets rouges, bleus et verts. (Lamiral.) + + +VI + +Les perles forment la partie la plus importante de cette industrie. + +Quand elles sont adhérentes aux valves, on les détache avec des +tenailles. Mais, habituellement, les rogueurs les cherchent au milieu +du parenchyme de l'animal. Puis on fait bouillir ce même parenchyme, +et on le tamise pour obtenir les plus petites, ou bien les grosses +oubliées dans la première opération. + +Quelques mois après qu'on a jeté le Mollusque putréfié, on voit encore +de misérables Indiens remuer ces masses corrompues, pour y chercher les +petites perles qui ont pu échapper à la sagacité des industriels. + +On nomme _baroques_ les perles adhérentes à la coquille: leur forme +est plus ou moins irrégulière; elles se vendent au poids. On appelle +_vierges_ ou _parangons_ les perles isolées, formées dans le tissu +de l'animal: elles sont globuleuses, ovoïdes ou piriformes; elles se +vendent à la pièce. + +On nettoie les perles recueillies. On les travaille avec de la poudre +de nacre, afin de leur donner de la rondeur et du poli. Enfin, on +les fait passer dans divers cribles de cuivre pour les séparer en +catégories. + +Ces cribles, au nombre de onze, sont faits de manière à pouvoir +s'enchâsser les uns dans les autres; chacun est percé d'un nombre de +trous qui détermine la grosseur des perles et leur donne leur numéro +commercial. Ainsi, le crible nº 20 est percé de vingt trous, et les +cribles nos 30, 50, 80, 100, 200, 600, 800, 1000, sont percés d'un +nombre de trous égal à ces chiffres. Les perles qui restent au fond +des cribles nos 20 à 80 sont comprises sous la dénomination de classe +_mell_, ou perles du premier ordre. Celles qui traversent les cribles +nos 100 à 800 sont de la classe _vadivoo_, ou perles du second ordre. +Enfin, celles qui passent au travers du crible nº 1000 appartiennent +à la classe nommée _tool_, ou _semence de perles_, qui sont celles du +troisième ordre. (Lamiral.) + +On enfile avec de la soie blanche ou bleue les perles moyennes et les +petites; on réunit les rangs par un nœud de ruban bleu ou par une +houppe de soie rouge, et on les expédie ainsi par masses de plusieurs +rangs, suivant le choix des perles. + +Les très-petites perles, dites _semence_, se vendent à la mesure de +capacité ou au poids. + +En Amérique, on ouvre les bivalves l'un après l'autre, avec un couteau, +et l'on cherche les perles en écrasant le Mollusque entre les doigts. +On n'attend pas que son parenchyme ait été ramolli par la putréfaction, +et on ne le fait pas bouillir. Ce travail est plus long et moins +sûr que le procédé des Indes orientales décrit plus haut; mais les +Américains prétendent que leur manière d'opérer conserve mieux aux +perles leur fraîcheur et leur _orient_. + + +VII + +Divers auteurs ont donné la mesure ou le prix de plusieurs perles +célèbres. + +Une perle de Panama, en forme de poire et grosse comme un œuf de +pigeon, fut présentée, en 1579, à Philippe II, roi d'Espagne. Elle +était estimée 100 000 francs. + +Une dame de Madrid possédait, en 1605, une perle américaine du prix de +31 000 ducats. + +Le pape Léon X acheta une perle à un joaillier vénitien pour la somme +de 350 000 francs. + +Une autre perle donnée par la république de Venise à Soliman, empereur +des Turcs, valait 400 000 francs. + +Jules César offrit à Servilia une perle évaluée à un million de +sesterces, environ 1 200 000 francs de notre monnaie. + +On ne connaît pas au juste le volume ni la valeur des deux fameuses +perles de Cléopâtre: l'une que cette reine eut le singulier caprice +de faire dissoudre dans du vinaigre et de boire (Dieu nous préserve +d'une pareille boisson!); l'autre qui fut partagée en deux parties +et suspendue aux oreilles de la Vénus du Capitole. Quelques auteurs +pensent que la première de ces perles valait 1 500 000 francs. + +Il y a deux siècles, une perle fut achetée à Califa par le voyageur +Tavernier, et vendue au schah de Perse pour le prix énorme de 2 700 000 +francs. + +Un prince de Mascate a possédé une perle extrêmement belle, non à +cause de sa grosseur, car elle ne pesait que 12 carats 1/16e, mais +parce qu'elle était si claire et si transparente, qu'on voyait le jour +à travers. On lui en offrit 2000 tomans, environ 100 000 francs. Il +refusa de la céder. + +On trouve dans le musée Zozima, à Moscou, une perle presque aussi +diaphane. On l'appelle _pellegrina_. Elle pèse près de 28 carats; sa +forme est globuleuse. + +On dit que la perle de la couronne de Rodolphe II pesait 30 carats, et +qu'elle était grosse comme une poire. Ce volume est plus que douteux. + +Le schah de Perse actuel possède un long chapelet dont chaque perle est +à peu près de la grosseur d'une noisette. Ce joyau est inappréciable. + +En 1855, à l'Exposition universelle de Paris, la reine d'Angleterre +nous a fait voir de magnifiques trésors de perles fines, et l'Empereur +des Français en a montré une collection de 408, chacune pesant 16 +grammes, d'une forme parfaite et d'une belle eau. Elles valent ensemble +plus de 500 000 francs. + +Les Romains estimaient beaucoup les perles fines; ils ont transmis +leur passion aux Orientaux. Ceux-ci attachent une idée de grandeur et +de puissance à la possession des perles les plus grosses et les plus +éclatantes. + + +VIII + +Les Pintadines ne sont pas les seuls bivalves de la mer qui puissent +donner des perles. Presque tous les Mollusques sont sujets à la maladie +qui façonne la nacre en tubérosités arrondies ou ovoïdes. + +M. Lamiral a vu une perle de la grosseur d'un œuf de poule Bantam, +parfaitement sphérique et blanche comme du lait, provenant du _grand +Bénitier_. + +[Illustration: PINNE DE LA MÉDITERRANÉE + +(_Pinna nobilis_ Linné).] + +La _Pinne marine_ produit des perles roses. L'_Oreille de mer Iris_ en +donne de vertes. D'autres bivalves en fournissent de bleues, de grises, +de jaunes et même de noires. Ces dernières sont très-peu communes. + +Il y en avait un collier dans le trésor de l'empereur de la Chine. +Est-ce le même dont on a fait présent à une auguste souveraine? + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXIII + +LES MOLLUSQUES CÉPHALÉS. + + _Ame tout aquéu poble eïmable é banaru._ + + (C. REYBAUD.) + + +Les Mollusques sans tête (Acéphales) nous conduisent naturellement à +ceux qui en ont une, les _Mollusques Céphalés_. + +Nous trouvons encore, parmi ces derniers, des espèces nues et des +espèces testacées. + + +I + +Les Céphalés nus[114] varient assez dans leurs formes. Les plus communs +sont ovoïdes, plus ou moins allongés, bombés en dessus, plans en +dessous, avec une tête antérieure plus ou moins caractérisée, portant +plusieurs organes sensitifs, entre autres deux yeux bombés et humides, +et presque toujours des cornes ou tentacules, des barbillons ou des +panaches. + + [114] Voyez les planches XVII, XVIII et XIX.--Les dessins de ces + deux planches nous ont été communiqués par M. Deshayes et par M. de + Quatrefages. + +Un trait distinctif, assez général chez ces animaux, bien prononcé, +surtout chez ceux qui jouissent de la faculté de marcher (ou, pour +mieux dire, de ramper), c'est la présence d'une dilatation charnue +abdominale, sorte de disque énorme, formé d'un entrelacement +inextricable de fibres musculaires, avec lequel le Mollusque exécute +une série de petites ondulations successives qui ont été comparées +à des _vagues en miniature_. A cause de ce _pied-ventre_, Cuvier a +désigné ces individus sous le nom de _Gastéropodes_. + +Signalons tout d'abord les _Aplysies_[115], ou _Lièvres de mer_, petits +Mollusques qui ressemblent, jusqu'à un certain point, aux quadrupèdes +dont on leur a donné le nom. + + [115] _Aplysia_ Linné. + +Ils vivent parmi les plantes marines. Ils ont un cou plus ou moins +long et deux prolongements supérieurs creusés comme des oreilles de +Quadrupède. + +Leurs dents ne sont pas dans la bouche, mais dans l'estomac. Ce dernier +est Quadruple; il se compose d'un jabot énorme, membraneux, d'un +gésier musculeux, d'une autre poche accessoire, et d'une quatrième +en forme de sac aveugle (Cuvier). Le gésier est armé de plusieurs +saillies cartilagineuses, pyramidales, à base rhomboïde, dont les +faces irrégulières se réunissent en un sommet partagé en deux ou trois +pointes émoussées. Il y en a douze grandes placées en quinconce sur +trois rangs, et sept ou huit petites disposées en ligne sur le bord +supérieur. Les hauteurs de ces pyramides sont telles, que leurs pointes +se touchent au milieu du gésier, et qu'il reste entre elles très-peu +d'espace pour le passage des aliments, qu'elles doivent par conséquent +triturer avec force (Cuvier). Dans le troisième estomac, il existe une +armure tout aussi singulière: ce sont de petits crochets arqués et +pointus, dirigés vers le gésier. Cuvier ne peut leur attribuer d'autre +destination que d'arrêter au passage les aliments qui n'auraient pas été +suffisamment broyés. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XVII. + P. Lackerbauer pt. d'après Mr. Deshayes Pierre fac-simile sc. + + MOLLUSQUES NUS. + + 1 Doris tunicata. (_Desh._) + 2 Doris floridella. (_Desh._) + 3 Doris albescens. (_Schultz._) + 4 Goniodoris cœlestis. (_Desh._) + 5 Goniodoris elegans. (_Cautraine._) + 6 Doto Forbesi. (_Desh._) + 7 Eolis Alderiana. (_Desh._) + 8 Custiphorus vesiculosus. (_Desh._) + 9 Dolabrifera ornata. (_Desh._)] + +En général, chez les Mollusques, par une merveilleuse compensation, la +puissance de l'estomac est toujours en raison inverse de l'insuffisance +des dents. Cet organe est d'autant plus faible, que la mâchoire est +mieux garnie, et d'autant plus énergique, que l'appareil dentaire est +plus imparfait. Dans certaines circonstances, comme chez le Lièvre +de mer, l'estomac a reçu, en supplément d'organisation, des pièces +solides, plus ou moins semblables aux dents, qui lui permettent de +fonctionner à la fois et comme estomac et comme bouche. + +Les Aplysies exhalent une odeur désagréable[116]; elles sécrètent une +humeur limpide particulière, fort âcre dans certaines espèces, qui +peut faire enfler les mains de ceux qui les touchent imprudemment. +Des bords de leur manteau suinte en abondance une autre liqueur d'un +pourpre obscur, dont l'animal colore autour de lui l'eau de mer, quand +il aperçoit quelque danger. + + [116] «_Fœtidissima ad nauseam usque._» (LINNÉ.) + +Ces Mollusques sont doux et timides. + +Les Lièvres de mer étaient regardés par les anciens comme des animaux +malfaisants. On leur attribuait une influence magique, par exemple +celle d'agir sur le cœur du beau sexe et sur ses déterminations. +Apulée fut accusé de sorcellerie pour avoir acheté des Aplysies à des +pêcheurs. Il venait d'épouser une jeune et riche veuve; son principal +crime était son mariage, et son principal accusateur le fils de cette +veuve! + +Les Aplysies ont des organes respiratoires frangés cachés sous leur +manteau. + +Chez les _Tritonies_, Céphalés peu différents des Lièvres de mer, ces +derniers organes sont à découvert. Ils ressemblent à de petits arbustes. + +Le long de nos côtes, nous avons une grande espèce de ce genre, couleur +de cuivre, décrite par Cuvier[117]. Dans les eaux de la Sicile, nous +en rencontrons une autre encore plus jolie, découverte par M. de +Quatrefages. Qu'on se représente une sorte de petite Limace allongée, +portant sur ses flancs une rangée de buissons animés, d'une excessive +délicatesse. Sa tête est ornée, en avant, d'un voile étoilé de la plus +fine gaze, et surmontée de deux grandes cornes transparentes comme du +verre, à l'extrémité desquelles s'épanouit un bouquet de branchages +roses entremêlés de fleurs violettes. + + [117] _Tritonia Hombergii_ Cuvier. + +Tout près des Tritonies viennent se ranger les _Scyllées_. + +Une d'elles, bien connue, la _Scyllée pélagique_[118], est commune +parmi les Varecs de toutes les mers. Son corps est comprimé; le +Mollusque embrasse avec son pied étroit, creusé d'un sillon, les tiges +des plantes aquatiques. Il a sur le dos plusieurs séries d'organes +respiratoires qui s'élèvent comme deux paires de crêtes membraneuses, +donnant naissance, à leur face interne, à des pinceaux de filaments. +Ses tentacules sont terminés par un creux, d'où sort une petite pointe +à surface inégale. La bouche possède une sorte de trompe. Enfin, son +estomac présente un anneau charnu, armé de lames cornées, tranchantes +comme des couteaux. (Cuvier.) + + [118] _Scyllæa pelagica_ Linné. + +Forster a décrit, sous le nom de _Glauque_ (_Glaucus_), un genre de +Gastéropodes peu différent des Scyllées. Ce sont de charmants petits +Mollusques nageurs, à corps allongé, gélatineux, rétréci d'avant +en arrière, et terminé par une queue grêle et pointue, comme une +queue de Salamandre (Cuvier). Leur couleur est d'un gris de perle +passant au bleu céleste, avec le dos nacré, traversé par deux bandes +longitudinales d'un bleu foncé brillant, et le ventre taché de brun. +Leur tête est petite; elle agite en avant quatre tentacules courts, +coniques, disposés par paires. De chaque côté du corps s'étalent trois +ou quatre appendices (_nageoires branchiales_) opposés, semblables +à de grands éventails ovalaires ou arrondis, d'un gris bleu plus ou +moins pur, avec une zone plus foncée. Chaque éventail est composé d'une +palette horizontale, bordée de digitations longues, flexueuses et +pointues. Les éventails antérieurs sont les plus grands et pourvus d'un +pédicule. Les autres diminuent graduellement de taille et manquent de +support. + +L'animal se tient habituellement renversé sur le dos. Quoique +paresseux, il nage avec vitesse; il est aussi distingué dans ses +mouvements que recherché dans sa parure. + +Cuvier a nommé _Éolides_[119] d'autres Gastéropodes nus, d'une +physionomie tout aussi remarquable. Il les signale comme de petites +Limaces sans cuirasse ni manteau. Leur tête porte quatre tentacules, +et leur bouche deux petits barbillons. Leurs organes respiratoires +consistent en lamelles ou filaments groupés par paquets, toujours des +deux côtés du dos. Chez le _Dendronote arborescent_, les branchies sont +au nombre de six ou sept paires; chacune porte quatre ou cinq branches +principales, divisées et subdivisées en un grand nombre de ramuscules. + + [119] Voyez fig. =7= et 7, planche XVII, et les figures de la + planche XVIII. + +Quand ces Mollusques se reposent, leurs branchies affaissées +s'entrecroisent, et leurs grands tentacules sont tordus comme les +cornes d'un Bélier. Quand ils marchent, ils redressent ces derniers +appendices et les brandissent fièrement au-dessus de leur petite tête. + +[Illustration: DENDRONOTE ARBORESCENT + +(_Dendronotus arborescens_ Alder et Hancock).] + +Les Éolides sont des créatures vives, irritables, querelleuses: elles +se disputent les proies avec acharnement; elles se mordent et se +mutilent. Leurs organes saillants, tentacules ou branchies, se trouvent +souvent, après le combat, dans un état déplorable. Il est vrai que tout +cela peut _repousser_. M. Rymer Jones a vu un tentacule tout entier +refait à neuf au bout de deux semaines. + +Nous avons sous les yeux une petite Éolide qui rampe tranquillement +sur les parois d'un bocal. Elle a 4 centimètres de longueur, et un +corps demi-transparent, légèrement azuré. Sa tête est à peine renflée +et sa queue assez pointue. Son dos paraît jaunâtre et chatoyant. Ses +cornes antérieures sont grêles et flexueuses; les postérieures, un peu +moins longues et légèrement écartées, droites et roides. Les branchies +forment quatre touffes rapprochées de lobes lancéolés-linéaires, un peu +aigus, d'un rose vif, passant au pourpre à la partie inférieure, et +devenant couleur de chair pâle vers le sommet. Leur pointe est incolore +et transparente. + +Il serait difficile de rendre une vilaine Loche plus élégante et plus +gracieuse. + +Pour terminer dignement ce paragraphe, nous décrirons, d'après M. de +Quatrefages, la délicieuse _Amphorine d'Albert_[120], découverte par M. +Camille Dareste, près de Bréhat, parmi les Goëmons. + + [120] _Amphorina Alberti_ Quatrefages (voy. fig. =5= et 5, + planche XIX). Cette espèce serait, d'après Alder et Hancock, un jeune + de l'_Eolis Ferrani_. + +L'animal est allongé, avec une tête plus grosse et surtout plus haute +que le corps, et la queue très-effilée et très-pointue. Il possède +quatre cornes inégales, disposées comme celles des Colimaçons; il +a deux yeux petits, violets, placés non pas au bout des grandes +cornes, mais à leur base et en arrière. Les appendices branchiaux, au +nombre de douze et sur deux rangs, ne ressemblent en rien à ceux des +autres Céphalés. Ils sont alternativement fusiformes et ovoïdes, les +uns petits, les autres grands; les premiers semblables à des urnes +lacrymales, et les seconds à des amphores! + +Ce Mollusque paraît légèrement rugueux et d'un beau blanc mat. La +partie moyenne de ses cornes est d'un jaune d'or. Un cercle de la même +couleur se trouve vers l'extrémité supérieure des branchies, et donne +à leur sommet l'apparence d'un couvercle qui fermerait une ouverture +à rebord coloré. Sur la ligne médiane du dos, il existe une série de +taches jaunes. L'Amphorine est un vrai bijou de la nature. + + +II + +Les Céphalés testacés possèdent une coquille d'une seule pièce. +C'est pourquoi on les a nommés _univalves_. Cette coquille présente +quelquefois une porte appelée _opercule_. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XVIII. + P Lackerbauer del. d'après Mr. Olivier Frédol. Rapine sc. + + DÉVELOPPEMENT D'UN MOLLUSQUE NU. + (Fionia nobilis. Alder et Hancock.) + + 1. Œuf fraîchement pondu.--2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Diverses + phases de son développement. 12. Éclosion du jeune.--13.14.15.16. + Quatre positions différentes du jeune pendant une révolution. 17. + Fionie en pleine ponte.--_a._ Paquet d'œufs enroulé.--_b._ Paquet + d'œufs déroulé.] + +Chez les _Nérites_, la porte se meut sur un petit gond. + +La coquille des Céphalés est habituellement _tordue en spirale_. +«_Quelle est la loi de cette organisation?_» nous demandait un jour un +jeune bachelier de la plus haute espérance. Voici notre réponse: + +«Quand l'œuf des Mollusques univalves vient d'être pondu, il contient +un germe punctiforme à peu près microscopique[121]. Ce germe n'est +autre chose, suivant les savants, que le _vitellus_, c'est-à-dire le +_jaune_ (il ne mérite pas ce dernier nom, attendu qu'il est gris). +Tout autour se trouve une certaine quantité de _blanc_ ou _albumen_, +incolore et transparent. Au bout de quelques jours, le jaune se +transforme en _embryon_. Celui-ci se met à tourner lentement sur +lui-même; il fait la cabriole. Puis, il change de place et chemine le +long de la paroi de son enveloppe protectrice, décrivant une ellipse. +Ce double mouvement a été comparé avec raison _à celui des corps +planétaires_. Il est produit par un certain nombre de cils vibratiles +extrêmement petits, inégalement placés, qui revêtent l'animal dans les +premiers temps de son existence. Ces cils absorbent l'air et la matière +nutritive nécessaires au Mollusque; ils servent à sa respiration et à +sa nutrition à une époque où les organes spéciaux de ces deux fonctions +n'existent pas encore. Mais, pour remplir ces deux rôles, il est +indispensable qu'ils s'agitent. En s'agitant, ils déterminent des +courants réguliers, et, par suite, le double mouvement de rotation qui +vient d'être décrit. + + [121] Voyez les figures de la planche XVIII. + +»Quand le Mollusque grossit, les cils s'oblitèrent et disparaissent peu +à peu. Ce qui fait que les mouvements se ralentissent insensiblement. +Au moment de la naissance, il n'existe de cils que sur l'appareil +respiratoire, autour de cet appareil et sur les tentacules. De +générales, leurs fonctions sont devenues locales. + +»A l'époque où les mouvements rotatoires sont dans leur plus grande +activité, l'embryon se développe et s'allonge, et, comme il est +très-mou, _il se tord forcément en tire-bouchon_. L'animal, tournant +sur lui-même un peu obliquement, sa torsion devait offrir le même +caractère. Remarquez que le pied, la tête et la queue, c'est-à-dire +les parties les _plus fermes_, ne sont jamais en spirale, tandis que +le _tortillon_, qui offre toujours, même chez les individus adultes et +chez les espèces les plus volumineuses, un tissu _plus ou moins mou_, +se trouve l'organe contourné par excellence. + +»La coquille, qui s'organise un peu plus tard, se moule sur l'embryon, +et _adopte la forme spirale qu'il a lui-même revêtue_.» + +Les coquilles spirales peuvent être considérées comme des tubes +calcaires qui vont en s'élargissant du sommet à la base, et qui sont +plus ou moins enroulés sur eux-mêmes, d'après différents modes. + +L'axe réel ou idéal sur lequel le tube opère sa révolution a reçu le +nom de _columelle_. Quand cette columelle est creuse, son ouverture +inférieure s'appelle _ombilic_. + +La spire des univalves tourne le plus souvent de droite à gauche; elle +est _dextre_. Charles Bonnet en a fait la remarque il y a longtemps: +«Il existe, dit-il, un plus grand nombre de coquilles dont les tours +de spirale montent de droite à gauche que de celles dont les tours +montent en sens contraire.»--_Pourquoi cette direction dominante?_ +(C'est encore une question de notre bachelier.) + +«Le soleil tourne sur lui-même de droite à gauche. Il en est de même +des mouvements de rotation et de translation de la terre, des autres +planètes de ce monde, de la lune et des autres satellites..... _La +dextrosité est une loi de la nature!_» + +L'homme se sert plus habituellement de ses membres droits que de +ses membres gauches. La déviation vertébrale des rachitiques est +très-souvent tournée du côté droit! Nos escaliers, nos tire-bouchons, +nos vis, nos serrures, les roues de nos charrettes, les aiguilles de +nos cadrans, les ressorts de nos pendules, les fils de nos bobines..... +_sont généralement dextres comme nos Colimaçons!_ + +Il existe cependant des coquilles spirales, à la vérité en petit +nombre, qui tournent normalement de gauche à droite, c'est-à-dire qui +sont _sénestres_. Elles n'avaient pas échappé à l'attention de Charles +Bonnet: ce sont des exceptions. + +Quelquefois les Testacés dextres deviennent sénestres _par monstruosité_. +Ils sont alors très-recherchés par les _collectionneurs_. On sait, pour +le dire en passant, que l'homme, dont le foie est à droite et le cœur à +gauche, présente dans certains cas, par exception, la situation de ces +organes renversée (_situs inversus_), c'est-à-dire le foie à gauche et +le cœur à droite. C'est une anomalie analogue à celle de ces derniers +Mollusques. + +D'autres fois les Testacés sénestres deviennent dextres. Ce sont des +_retours à l'ordre habituel_. + +Plusieurs coquillages ne sont pas tordus en spirale. Par exemple, les +_Patelles_, qui ressemblent à d'énormes Cochenilles ou à de larges +éteignoirs. Mais ces espèces, dans leur jeune âge, offraient une +torsion manifeste; elles avaient deux tours, trois tours..... Elles +rentrent, par conséquent, dans la règle générale. + + +III + +Certains univalves vivent à la surface de la mer, et flottent +nécessairement et gracieusement, quelle que soit l'agitation de l'eau. + +[Illustration: JANTHINE COMMUNE + +(_Janthina communis_ Lamarck).] + +Le charmant petit coquillage appelé _Janthine_, protégé par une tunique +mince, fragile, d'un violet tendre, se suspend à une masse spongieuse, +sorte de tissu hydrostatique composé de petites vessies cartilagineuses +semblables à de l'écume de savon consolidée[122]. Ce singulier +parachute l'empêche de couler à fond. + + [122] «_Spuma cartilaginea._» (FABIUS COLUMNA.) + +A la plus légère alarme, la Janthine répand une liqueur d'un rouge +sombre, devient plus lourde que la vague, et descend dans la mer. Bosc +pense qu'elle vide alors ses vessies, mais cela n'est pas certain. + +D'autres Mollusques déploient une sorte de voile produit par le bord +dilaté de leur manteau ou par quelque appendice développé en forme de +nageoire. Ils voyagent de la sorte, à la surface des flots, entraînés +par la lame ou poussés par le vent. + +Mais la plupart des espèces ont besoin d'être plus ou moins submergées, +quelquefois même à des profondeurs considérables. Les _Littorines_ +ne s'éloignent pas des côtes. On a pêché des _Fuseaux_ qui vivaient +au-dessous de 2800 mètres. + +Les Mollusques testacés habitent, soit parmi les plantes, soit parmi +les rochers. Les uns restent collés à la surface des corps solides (on +assure que les _Patelles_ opposent à l'isolement une résistance de 75 +kilogrammes); les autres s'enfoncent dans la vase et s'y creusent des +retraites..... + +La _Natice mille points_[123] coupe le sable avec son pied dilaté en +avant et tranchant comme une pelle; elle chemine ainsi horizontalement +dans l'épaisseur du sol (Deshayes). Son manteau, qui est très-ample, se +replie sur sa coquille, protége les cornes, les yeux et l'orifice de la +respiration contre les frottements entre deux terres, et rend en même +temps la marche plus glissante. + + [123] _Natica millepuncta_ Lamarck. + +Les univalves marins offrent dans leurs coquilles une immense variété +de formes et de couleurs. + +Ceux-ci sont enroulés en toupie, en vis, en escalier. Ceux-là sont +façonnés en tonne, en bouton, en cadran. Quelques-uns représentent un +casque, un turban, une mitre, un bonnet chinois. Certains rappellent +une harpe, une olive, un radis, une tarière, une feuille de chicorée, +une aile de chauve-souris, un pied de pélican, un casse-tête de +sauvage..... Leur surface est lisse, polie, luisante, ou bien mate, +rugueuse, et même treillissée. On y voit des plis, des côtes, des +lames, des varices élevées, des saillies épineuses et des tubes droits +ou infléchis..... + +[Illustration: OLIVE DU PÉROU + +(_Oliva peruviana_ Lamarck).] + +[Illustration: PTÉROCÈRE ORANGÉ + +(_Pterocera aurantia_ Lamarck).] + +Tous ces coquillages, ou presque tous, sont recouverts d'un _drap +marin_, sorte de vêtement épidermique corné, brunâtre, qui masque +leur éclat et protége leurs couleurs. Celles-ci paraissent fauves, +brunes, blanches, jaunes, dorées, roses, rouges, bleues, violettes, +vertes[124]..... Les brunes sont les plus nombreuses et les vertes les +plus rares. Il y a des univalves mouchetés ou tigrés, ou marbrés ou +rayés. Quelques-uns présentent les dessins les plus bizarres ou les +hiéroglyphes les plus inattendus. D'autres, une broderie fantastique, +un air noté, une carte de géographie, le zigzag de la foudre, les +sinuosités d'une rivière ou les ramifications d'un arbrisseau. +Plusieurs sont peints somptueusement et comme drapés de pourpre et +d'or. La belle parure et la grande rareté de certaines espèces de +_Cônes_ ou de _Porcelaines_ leur donnent un prix très-élevé. Les +amateurs les payent 500, 600 et même 800 francs. On cite un _Cône +cedonulli_ qui fut acheté, au commencement du XVIIIe siècle, plus de +cinquante louis. La _Scalaire précieuse_[125] s'est vendue jusqu'à 2000 +francs. La _Porcelaine orange_[126] a été estimée pendant longtemps à +un très-haut prix. Les chefs de tribu, dans la Nouvelle-Hollande, la +portent encore à leur cou, comme un symbole de leur dignité. + + [124] Sæpè ego digestos volui numerare colores, + Nec potui; numero copia major erat. + (OVIDE.) + + [125] _Scalaria pretiosa_ Lamarck. + + [126] _Cypræa aurora_ Solander. + +[Illustration: CÔNE DAMIER + +(_Conus marmoreus_ Linné).] + +[Illustration: PORCELAINE CERVINE + +(_Cypræa cervina_ Lamarck).] + +Les savants ont créé, pour les coquillages, une nomenclature régulière, +avec des mots souvent prétentieux, généralement tirés du grec ou +du latin. Les amateurs et les marchands ne prennent pas autant de +peine. Ils choisissent des noms quelquefois bizarres, il est vrai, +qui rappellent la forme ou la couleur plus ou moins frappante de +chaque espèce; ils ont même transporté dans la conchyliologie les +grades ou les dignités de certaines professions. Il y a des Cônes +appelés _ambassadeurs_, _gouverneurs_, _commandants_, _capitaines_, +_soldats_..... Il y en a de nommés _vicaires_, _évêques_, +_archevêques_, _cardinaux_.... + + +IV + +Les Mollusques univalves ont une mâchoire supérieure ou deux mâchoires +latérales, ou bien trois mâchoires: une en haut et deux sur les côtés. +Ces mâchoires sont cornées, dures, tranchantes, et plus ou moins +courbées en arc, avec des côtes saillantes, verticales, en avant, et +des denticules pointues, ou des crénelures émoussées sur les bords. + +Ces animaux offrent une langue cartilagineuse, recouverte d'une +membrane sèche, striée, guillochée, garnie de papilles ou de crochets. +Cette langue est presque toujours en mouvement; elle lèche, lape, +frotte, lime avec beaucoup de force. Le plus souvent elle fait +antagonisme à la mâchoire d'en haut, et semble fonctionner comme une +mâchoire inférieure. + +La membrane de la langue est reçue, en arrière de la bouche, dans +une poche en forme de talon recourbé (Cuvier), où elle s'enroule sur +elle-même (Saint-Simon). + +Dans le _Vignot commun_[127], elle paraît comme un filament blanc +de 5 centimètres de longueur, d'une substance délicate, résistante, +diaphane, hérissée de denticules épineuses, qui ont la texture et +l'éclat du verre. Ces denticules sont disposées régulièrement sur trois +lignes; celles qui constituent la rangée médiane sont à trois pointes, +tandis que celles des rangées latérales offrent une dent trifide +alternant avec une dent plus grosse, ayant la forme d'une moitié de +bateau. Toutes se dressent en courbes concaves, et se dirigent dans +le même sens (Gosse). Comparées à cet organe, nos râpes et nos limes +paraissent de grossiers outils. + + [127] _Littorina vulgaris_ Sowerby. + +Le ruban lingual est quelquefois très-long. Chez le _Turbo +rugueux_[128], la membrane déroulée présente une étendue qui égale au +moins trois fois la longueur de son corps! Quel prodigieux organe! Quel +singulier Mollusque! un animal _trois fois plus court que sa langue!_ + + [128] _Turbo rugosus_ Linné. + +A mesure que la partie antérieure de la membrane dont il s'agit s'use +par l'exercice et perd ses denticules ou ses crochets, le ruban est +poussé en avant par un mécanisme spécial, à peu près comme la lame de +fer dans le rabot du menuisier. De telle sorte que la partie agissante +est toujours neuve et dans les meilleures conditions pour fonctionner. + +Les univalves dépourvus de mâchoire sont en même temps privés de +langue. Ils ont alors une trompe musculeuse et mobile. Cette trompe est +tantôt charnue, plus ou moins extensible et sans pièces solides; tantôt +coriace, avec des denticules ou des saillies capables d'entamer les +corps les plus résistants. + +Chez la _Pourpre teinture_[129], cet organe se retourne comme le doigt +d'un gant. Son extrémité offre des espèces de lèvres qui peuvent être +séparées ou rapprochées suivant le besoin. En dedans existent des +crochets aigus, supportés par deux longs leviers cartilagineux. Ces +crochets sont alternativement élevés et abaissés. Par la répétition de +ces mouvements, le Mollusque entame et perfore les coquilles les plus +dures, comme s'il avait une lime au bout de son museau. M. Rymer Jones +a vu, dans l'espace d'une après-midi, une Pourpre teinture percer la +coquille d'un Pétoncle et en dévorer l'animal. + + [129] _Purpura lapillus_ Lamarck. + +La nourriture des univalves varie suivant leur organisation. Les uns +sont herbivores, les autres carnassiers, un certain nombre polyphages. + +Les petites espèces mangent des végétaux microscopiques ou des +animalcules, des graines ou des œufs.... + +Le Vignot commun, dont nous venons de parler, consomme ces infiniment +petites plantules qu'engendrent les milliards de spores impalpables +tenues en suspension dans la mer. + +Ces plantules et ces spores sont déposées sur les parois des aquariums, +où elles se développent avec rapidité. Elles ne tarderaient pas à les +recouvrir d'une couche opaque de verdure. Mais on a soin de placer +dans ces réservoirs un certain nombre de nos petits Gastéropodes, +lesquels arrêtent cette intempérance végétale, et entretiennent +très-efficacement, à coups de langue, la propreté et la transparence du +cristal. (Gosse.) + + +V + +Les Céphalés possèdent un cerveau nettement caractérisé; mais le noble +organe n'est pas placé dans leur tête, il est _au-dessus du cou_, et +fait partie du collier nerveux qui entoure le commencement du tube +digestif. Ce collier est ordinairement lâche et mobile; il avance ou +recule, suivant les mouvements: d'où il résulte que le cerveau, au gré +de l'animal, peut être porté d'arrière en avant, ou d'avant en arrière, +entrer dans la tête et se réfugier dans le corps! Habituellement, il +repose sur la nuque. Ce qui explique, pour le dire en passant, pourquoi +un Escargot _ne meurt pas nécessairement quand on lui a coupé la tête_. + +Le cerveau est blanchâtre, jaunâtre, jaune orangé, rougeâtre et même +noirâtre. + +Les Mollusques univalves ont des organes pour voir, pour entendre et +pour odorer. + +[Illustration: NÉRITE POLIE + +(_Nerita polita_ Linné).] + +Leurs yeux sont placés sur un mamelon, à la base externe ou interne des +tentacules. Ils sont simples, myopes, et fonctionnent très-mal au grand +jour. + +Les organes auditifs sont à la base du cou, en dedans. On n'y voit +ni pavillon saillant, ni orifice extérieur. Ce sont des poches +membraneuses et transparentes remplies d'un liquide assez limpide, +qui tient en suspension de très-petites pierres (_otolithes_) douées +d'un mouvement ou frémissement particulier. Dans quelques espèces, +les poches ont à peine un vingtième de millimètre de diamètre, et +contiennent de cinquante à soixante pierres. + +Le sens de l'odorat réside à la surface des tentacules. Ceux-ci, au +nombre de deux, représentent chacun un _demi-nez_. + +Chez l'homme, les cavités nasales se trouvent à l'entrée du canal +respiratoire; l'arrivée de l'air amène nécessairement les molécules +odorantes dans leur intérieur. Chez les univalves, où les demi-nez sont +éloignés de l'orifice de la respiration et doués d'une assez grande +mobilité, _c'est l'organe qui va au-devant des molécules odorantes_. + +Les tentacules sont recouverts d'un duvet microscopique, à poils +très-courts, _toujours en mouvement_, qui détermine des courants +rapides et continus autour de ces organes. + + +VI + +La plupart des Céphalés sont _androgynes_, c'est-à-dire à la fois mâle +et femelle. + +«--Je voudrais bien savoir, nous disait dernièrement une jeune et +jolie dame très-avide d'instruction, si les Mollusques _à deux sexes_ +connaissent l'amour? + +»--Madame, les _Limaçons_ et les _Limaces_ ont été créés tout exprès +pour vous donner une réponse affirmative. + +»Épiez ces animaux, d'apparence si apathique, un soir d'été, après +une légère pluie, dans une allée de votre jardin ou sur le bord de +quelque haie. Vous les verrez s'approcher lentement, se saluer, +tourner l'un autour de l'autre; s'approcher davantage, tendre le cou, +dresser la tête, se flairer respectueusement; se palper, d'abord avec +hésitation, puis avec assurance, puis avec familiarité; se baiser la +tête, le front, le mufle, les bords de la bouche.....; se lécher bien +délicatement, se chatouiller avec tendresse; retirer précipitamment les +cornes, comme si le frôlement était trop vif; les allonger de nouveau; +enfin les incliner doucement et les laisser pendantes, comme si le +plaisir les fatiguait!.....» + +«Un jour, M. Bouchard-Chantereaux fut témoin d'un mouvement de colère +très-prononcé, chez une _Limace agreste_[130] qui avait des prétentions +fort amoureuses, et qui, en rencontrant une autre très-froide et +très-réservée, lui fit pendant une demi-heure les caresses et les +agaceries habituelles, sans être payée le moins du monde de retour. +Fatiguée de ses avances, elle agita la tête brusquement, mordit au +mufle la belle indifférente, et s'éloigna avec dédain. Cette Limace +pensait, avec raison, que l'amour n'exclut pas la dignité!» + + [130] _Limax agrestis_ Linné. + +«Les Céphalés de la mer sont organisés comme les Céphalés de la terre, +et soumis aux mêmes lois. Ils ont les mœurs des Limaçons et des +Limaces; _ils aiment!_» + +Les Mollusques à deux sexes, pourvus d'une tête, peuvent donc éprouver +et manifester _ce je ne sais quoi dont les effets sont incroyables_ +(suivant la juste remarque de Pascal); et, si l'amour n'est pas chez +eux aussi profond, aussi exquis, aussi durable que chez les Vertébrés +supérieurs, comme ces animaux sont à la fois mâle et femelle, ils le +sentent nécessairement de _deux manières différentes_, ce qui produit +un ravissant cumul! «_Aimer longtemps, infatigablement, toujours_, dit +M. Michelet, _c'est ce qui rend les faibles forts_.» S'il en est ainsi, +_aimer double_ doit être l'_énergie de l'énergie!_ + +Les Mollusques Acéphales, notons-le en passant, ne sont pas favorisés, +sans doute, comme leurs frères les Céphalés. Car, malgré l'opinion +généralement admise, le véritable amour _vient de la tête et non du +cœur_, parce que c'est dans la tête que se trouve le cerveau. Voilà +pourquoi cette admirable sympathie ne paraît guère manifeste que chez +les animaux qui _possèdent une tête_. + +Toutefois notre proposition n'est rigoureusement exacte que pour les +animaux chez lesquels le centre sensitif est logé dans ladite tête (les +_intra-Vertébrés_); elle ne l'est plus pour ceux où il réside _sur +le cou_ (les _extra-Vertébrés_). Les Limaces et les Limaçons sentent +l'amour _avec la nuque!_ + +Cette noble affection ne se montre donc suffisamment développée, +chez les Mollusques, que dans les espèces céphalées, c'est-à-dire +les plus parfaites, ou, si vous l'aimez mieux, les plus sensibles et +les plus locomotiles. Elle offre certainement, chez elles, quelque +chose de délicat, peut-être même d'idéal. Mais les pauvres Acéphales +ne comprennent pas les tendres sentiments. Est-ce un malheur pour +eux? Nous ne le pensons pas; car l'Auteur de toutes choses a donné +généreusement à chaque bête tous les sentiments, toutes les sympathies, +tous les plaisirs dont elle avait besoin!..... + +La tendresse sexuelle n'existe pas probablement dans l'_Huître_ et +dans la _Moule_; si elle s'y trouve, elle y est à coup sûr bien +indéterminée, bien obscure et encore moins _morale_, s'il est permis de +parler ainsi, que dans la Limace et dans le Limaçon. + +Linné allait beaucoup trop loin, quand il se laissait entraîner par +son imagination souvent si poétique. Il voyait l'amour _jusque dans +les fleurs_. Il a publié un mémoire très-remarquable sur le _mariage +des plantes_ (_Sponsalia plantarum_), accompagné d'une gravure qui +représente deux _Mercuriales_ (mâle et femelle) dont la fécondation est +_favorisée par le zéphyr_. Il a inscrit ces mots, très-significatifs, +au-dessus des deux figures: «_L'amour unit les plantes_» (_Amor unit +plantas_). Linné savait très-bien que la plupart des fleurs sont +bisexuées (comme les Limaçons). Il avait vu et voyait tous les jours, +dans un _Œillet_ par exemple, les étamines, ou les mâles, entourer +les pistils, ou les femelles, se précipiter sur leurs stigmates, +les presser, les embrasser, les couvrir de pollen; mais l'immortel +naturaliste abusait étrangement de l'analogie, quand il croyait trouver +dans la physiologie de cette fleur le sentiment presque divin qui +enflamme et ennoblit les animaux supérieurs, voire même les Limaçons et +les Limaces!..... Mais revenons à nos Mollusques de la mer. + +Les Céphalés de l'Océan pondent des œufs isolés ou agglomérés, +sessiles ou pédiculés. Quand ces derniers sont en nombre considérable, +ils forment des sphères, des rosettes, des étoiles, des coupes, +des entonnoirs, des cylindres, des paquets, des grappes, des +guirlandes..... Voyez le gracieux ruban des œufs de la _Bullée_ autour +d'une branche de Varec[131]. + + [131] Voyez le dessin communiqué par M. de Quatrefages, planche XII, + fig. 7. + +Les œufs sont blancs, jaunes, oranges, rouges, roses, d'un fauve clair, +ou d'un brun foncé. Plusieurs sont entourés d'une substance gélatineuse +(_nidamentum_) plus ou moins transparente, ou enfermés dans une capsule +(_oothèque_) plus ou moins membraneuse. + +Certains Mollusques portent leurs œufs collés au dos de leur coquille +et disposés en quinconce. La _Janthine_ suspend les siens, enfermés +dans des espèces d'ampoules, à ses vessies natatoires. Ces ampoules, +qui ressemblent à des graines de courge, en contiennent plus d'un +million. (Quoy.) + + +VII + +On regarde comme très-voisine des Céphalés une petite tribu de +Mollusques qui nagent dans la haute mer à l'aide de deux larges +ailes ou nageoires membraneuses situées à droite et à gauche de leur +tête. Ces expansions sont à la fois des organes de mouvement et des +organes de respiration. Les animaux qui les possèdent ont été nommés +_Ptéropodes_ (_pieds-ailes_). + +On a comparé ces Mollusques à des Papillons qui auraient les +ailes étendues. Cette comparaison, il faut l'avouer, n'est pas +très-rigoureuse. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XIX. + P. Lackerbauer pt. d'après Mr. de Quatrefages Pierre fac-simile sc. + + MOLLUSQUES NUS. + + 1 Phanérobranche doriforme. (.........._Q_) + 2 Phanérobranche à chevrons. (......_Q_) + 3 Polycère. (..........) + 4 Polycère. (..........) + 5 Amphorine d'Albert. (_A. Alberti_.........._Q_) + 6 Polycère. (..........) + 7 Œufs de Bulla cornea. + + _Imp. Lamoureux r. Lacépède, 38, Paris._] + +Un des plus connus parmi les Ptéropodes, c'est la _Clio boréale_, jolie +petite créature qui se trouve par millions dans les mers du Nord. Les +Baleines en consomment des quantités prodigieuses. C'est pourquoi +les matelots anglais appellent ces bestioles, _pâture de la Baleine_. + +[Illustration: CLIO BORÉALE + +(_Clio borealis_ Linné).] + +Les voyageurs racontent que ces petits Papillons marins donnent en +quelque sorte la vie aux lugubres régions qu'ils habitent, par leur +nombre et par leurs évolutions. Les Clios nagent joyeusement, et +semblent danser ou gambader en dépit de tout. Par les temps calmes, +elles s'élèvent à la surface du liquide; mais à peine ont-elles touché +l'air, qu'elles replongent aussitôt. Quelquefois elles jettent leurs +ailes ou nageoires autour des hydrophytes et semblent les embrasser +étroitement. + +Ces gracieuses vagabondes sont bleues, violettes ou purpurines. + +Leur tête fournit une nouvelle preuve de la sagesse qui a présidé à +leur organisation. Autour de la bouche naissent six tentacules, dont +chacun est couvert d'environ 3000 taches rouges, que l'on voit, au +microscope, comme des cylindres transparents. Ces cylindres contiennent +environ vingt petits suçoirs qui ont la faculté de se projeter au +dehors, et de saisir leur mince proie. Il y a donc 360 000 de ces +suçoirs sur la tête d'une Clio. Peut-être n'existe-t-il pas, dans toute +la nature, un appareil semblable à celui-là pour opérer la préhension! +(J. Franklin.) + +Les plus chétifs des organes des plus chétifs animaux, examinés de +près, excitent d'abord notre étonnement et presque aussitôt notre +enthousiasme. On ne saurait trop le répéter, il n'y a rien de négligé +dans la nature! + +[Illustrations: + +HYALE TRIDENTÉE + +(_Hyalæa tridentata_ Lamarck). + +HYALE BORDÉE + +(_Hyalæa limbata_ d'Orbigny).] + +Un autre Ptéropode tout aussi mignon et tout aussi remarquable que la +Clio, c'est l'_Hyale tridentée_. Cette espèce manque de tentacules, +mais elle a une coquille. Ses nageoires sont très-grandes, jaunâtres, +avec une tache d'un beau violet à la base. + +Sa coquille est plane en dessus, bombée en dessous et fendue +latéralement. La partie supérieure est plus longue que l'inférieure, +et la ligne transverse qui les unit présente trois saillies en forme +de dents. Cette coquille est demi-transparente et d'un jaune d'ambre. +Quand l'animal nage, il fait sortir les deux expansions de son manteau +par les fentes latérales de son test. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXIV + +LA POURPRE DES ANCIENS. + + «_COLORES dicti sunt quòd CALORE ignis vel solis perficiantur._» + + (SAINT ISIDORE.) + + +I + +La pourpre des anciens était une couleur très-belle et très-estimée. +Cette couleur fut, dans l'antiquité, l'apanage des seigneurs et des +rois. Son nom désignait la puissance ou la royauté. Les grands étaient +appelés _purpurati_, parce qu'ils avaient le droit de porter un habit +pourpre. La matière dont il s'agit se vendait, en Asie, au poids de +l'argent. + +Aujourd'hui, la pourpre est à peu près abandonnée. Les personnes du +monde ignorent même généralement la signification exacte que les +anciens attribuaient à ce mot, signification un peu différente de celle +que nous lui donnons aujourd'hui. Car on n'appelait pas _pourpre_ une +teinte rouge, glacée de vermillon, mais une sorte de violet. Dans +le principe, c'était même un violet foncé; plus tard, à l'aide de +certaines manipulations, on rendit la nuance plus ou moins rouge. + +On nommait pourpre _dibaphe_ celle des étoffes teintes deux fois. Cette +nuance avait beaucoup de réputation. + + +II + +M. Lacaze-Duthiers rapporte que, lorsqu'il faisait des recherches à +Port-Mahon, en 1858, son pêcheur Alonzo, en l'attendant dans sa barque, +employait souvent ses loisirs à marquer son linge et ses vêtements: +il y dessinait tant bien que mal quelque croix ou quelque petit ange +gardien. Il se servait d'une baguette de bois qu'il trempait dans +les mucosités du manteau déchiré d'un coquillage nommé dans le pays, +_Cor de fel_. Ce coquillage était la _Pourpre bouche de sang_ des +conchyliologistes. + +[Illustration: POURPRE BOUCHE DE SANG + +(_Purpura hæmastoma_ Lamarck).] + +Avec sa baguette, le pêcheur traçait des traits jaunâtres. + +«Il n'y paraîtra guère? lui dit M. Lacaze-Duthiers. + +»--Cela deviendra _colorado_, répondit Alonzo, quand _le soleil l'aura +frappé_.» + +M. Lacaze-Duthiers pria le pêcheur de faire sous ses yeux, sur le tissu +de ses vêtements, quelques-uns des traits ou dessins qu'il savait +exécuter. Alonzo obéit. M. Lacaze-Duthiers continua ses explorations. +Mais bientôt, c'est-à-dire au bout de deux minutes, il fut poursuivi +par une odeur horriblement fétide. Il vit en même temps les parties +marquées sur son linge prendre une couleur violette d'une vivacité +remarquable. + + +III + +Les coquillages qui fournissaient la pourpre aux Grecs et aux Romains +étaient des Gastéropodes. Ces coquillages appartenaient au genre +_Pourpre_ (_Purpura_) et au genre _Rocher_ (_Murex_). + +Parmi les Pourpres, on doit citer la _bouche de sang_, dont nous venons +de parler, et la _teinture_[132]. + + [132] _Purpura lapillus_ Lamarck. + +Il est probable que la plupart des espèces du même groupe, sinon +toutes, peuvent donner cette admirable couleur. + +Parmi les Rochers, nous signalerons le _fascié_[133], le +_hérisson_[134] et la _petite Massue_ ou _droite épine_. + + [133] _Murex trunculus_ Linné. + + [134] _Murex erinaceus_ Linné. + +[Illustration: PETITE MASSUE + +(_Murex brandaris_ Linné).] + +On a découvert à Pompéi des tas de coquilles de la première espèce, +près de la boutique de plusieurs teinturiers. + +Lesson croyait que la _Janthine commune_ donnait aussi la pourpre des +anciens. + +Quand on laisse mourir les Mollusques producteurs de la pourpre, +non-seulement la partie qui renferme cette matière se colore en violet, +mais encore les tissus environnants. + +Les directeurs des musées ont remarqué que les individus conservés dans +l'alcool, ou dans tout autre liquide, communiquent la même teinte au +milieu dans lequel ils sont plongés. + +[Illustration: JANTHINE COMMUNE + +(_Janthina communis_ Lamarck).] + +Jusqu'à ces derniers temps, l'organe purpurifère n'a pas été connu. +Quelques naturalistes avaient cru que c'était l'estomac ou le foie, ou +le rein, et avaient regardé la pourpre comme le suc gastrique, la bile +ou l'urine de l'animal. D'autres, mieux avisés, avaient émis l'idée que +la pourpre était produite par un organe spécial. Mais où se trouve cet +organe? Quelles sont ses connexions? Quelle est sa forme? Évidemment, +on ne l'avait jamais observé, puisque, dans les divers ouvrages de +malacologie, on parle d'une veine, d'un réservoir, d'un sac, d'une +poche..... C'est à M. Lacaze-Duthiers que la science est redevable de +la découverte de cette glande. Il l'a étudiée dans plusieurs espèces, +et l'a décrite avec soin. + +L'organe purpurifère se trouve à la face inférieure du manteau, entre +l'intestin et l'appareil respiratoire, plus près de ce dernier que du +premier. Il a la forme d'une bandelette. Sa couleur est blanchâtre et +souvent d'un jaune léger. Cet organe ne varie pas beaucoup dans les +divers Mollusques. + + +IV + +La matière de la pourpre est blanche ou faiblement jaune, parfois +un peu grisâtre. Soumise à l'action de la lumière, elle devient +d'abord jaune-citron, puis jaune verdâtre, puis verte, puis violette. +Cette dernière teinte se fonce de plus en plus. Ces transformations +successives sont accompagnées d'une odeur très-vive et très-pénétrante, +qu'on a comparée tantôt à celle de la poudre qui vient de prendre +feu, ou à celle de l'oignon brûlé, tantôt à celle de l'essence d'ail +ou à celle de l'asa fœtida. Cette odeur se conserve longtemps, et se +manifeste surtout lorsqu'on humecte le tissu, même un an après sa +coloration. + +La teinte de la pourpre perd un peu de sa vivacité par le lavage; +ensuite elle persiste. C'est pourquoi l'idée de s'en servir pour +marquer le linge est une excellente idée. + +En recueillant cette matière, M. Lacaze-Duthiers en a répandu plusieurs +fois sur l'ongle de son pouce. Cet ongle s'est bientôt coloré, et il +est resté violet pendant plus de cinq semaines. + +La substance purpurigène, quand elle n'est pas encore violette, est +soluble dans l'eau. Elle devient parfaitement insoluble quand elle a +pris cette couleur. + +Cette sécrétion, sous l'influence du soleil, est donc insoluble et +inaltérable. + +Réaumur pensait que l'apparition de la couleur pourpre au bout d'un +certain temps était due à l'action de l'air. Un renouvellement de ce +fluide était absolument nécessaire, suivant ce célèbre physicien, pour +produire la modification dont il s'agit. + +Duhamel a mieux étudié le phénomène. Il a constaté qu'il résultait de +l'action des rayons lumineux; mais, au lieu d'y voir une propriété +_photogénique_ de la matière sécrétée, il a cru que le soleil +déterminait la pourpre comme il produit sur les pêches, les pommes +d'api et quantité d'autres fruits, une belle couleur rouge. Il a +confondu l'action des rayons solaires sur une substance qui n'est plus +soumise à la force vitale, avec son influence sur un tissu régi par +cette force. + +M. Lacaze-Duthiers fait observer avec beaucoup de justesse, que, sous +les climats brûlants et le ciel toujours si lumineux de l'Italie et de +la Grèce, la pourpre ne devait pas se faner comme les autres couleurs, +surtout comme celles tirées du règne végétal. La Cochenille, dont parle +Pline, qui fournissait l'écarlate, ne devait point résister à l'action +du soleil. La pourpre, au contraire, qui s'est développée directement +sous l'influence de la lumière même, ne peut s'altérer comme les autres +couleurs. Évidemment, tout ce qu'aurait pu faire le soleil, et les +anciens étaient souvent exposés à ses rayons dans leurs cérémonies +publiques, c'eût été de renforcer le ton des étoffes, et l'on doit voir +là certainement une des raisons de cette estime de la pourpre entre +toutes les couleurs. + + +V + +La pourpre est donc une substance tout à fait photogénique. + +M. Lacaze-Duthiers a fait des expériences importantes sur la +_sensibilité_ de ce produit et sur les avantages qu'on pourrait en +retirer. + +Il conseille de recueillir la matière purpurigène avec une brosse plate +dont on a raccourci les poils. On frotte doucement, et plusieurs fois, +l'organe sécréteur. La brosse est bientôt chargée d'une substance +visqueuse et filante. «Alors on n'a qu'à barbouiller les tissus que +l'on veut imprégner, en répétant fréquemment sur eux un mouvement +de moulinet ou de va-et-vient; on arrive ainsi à étendre en couche +uniforme la mucosité recueillie, qui fait d'abord un peu de bave ou de +mousse, mais qui bientôt ne forme plus qu'un liquide, quoique épais, +où toutes les bulles d'air disparaissent progressivement. Pour que le +tissu se trouve imprégné à peu près uniformément, on charge le pinceau +une seconde, une troisième, une quatrième fois, en ayant soin de bien +fondre les limites des différents points sur lesquels on apporte +successivement de la nouvelle matière.» (Lacaze-Duthiers.) + +Il faut un certain temps d'exposition au soleil pour obtenir la +coloration de la matière. Ce temps varie suivant la vivacité des rayons +lumineux. Dans le midi de l'Espagne, la teinte violette se développe +après deux ou trois minutes. Dans d'autres circonstances, une image se +dessine au bout de quatre ou cinq. Avec un ciel nuageux, un portrait +n'a été fini qu'au bout de trois quarts d'heure. La lumière diffuse, +très-faible, demande encore plus de temps. + +On doit avoir soin d'humecter la matière avec quelques gouttes d'eau de +mer. + +La Pourpre bouche de sang donne un violet léger, quand la substance +est peu abondante, et un pourpre plus ou moins foncé, quand elle est +considérable. + +La Pourpre teinture produit un violet des plus beaux, quelquefois avec +des reflets bleuâtres des plus remarquables. + +Le Rocher fascié fournit une teinte bleuâtre. Les dessins obtenus à +Mahon étaient, les uns d'un violet bleuâtre, avec des parties tout à +fait bleues, les autres d'un violet foncé. + +Le Rocher hérisson des côtes de Pornic et de la Rochelle offre +constamment du violet. Toutefois, sans savoir pourquoi, M. +Lacaze-Duthiers a obtenu des teintes plus vineuses, plus bleuâtres ou +plus rosées, en opérant dans des conditions qui paraissaient exactement +les mêmes. + +La petite Massue présente un violet parfois clair et rosé, extrêmement +délicat. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXV + +LES CÉPHALOPODES. + + _Monstrum horrendum, informe, ingens._.... + + (VIRGILE.) + + +I + +Qu'on se figure un sac épais et coriace, ovoïde ou cylindrique, lisse, +visqueux, offrant à une extrémité une grosse tête arrondie, avec des +yeux latéraux énormes, aplatis, et vers le sommet, une bouche, ou, +pour mieux dire, un bec de corne, dur et tranchant comme celui d'un +Perroquet; qu'on ajoute autour de ce bec huit ou dix bras vigoureux, +dont deux souvent très-longs et comme pédiculés, et l'on aura l'idée de +ces Mollusques bizarres et redoutables désignés par Cuvier sous le nom +de _Céphalopodes_[135]. + + [135] Voyez la planche XX. + +On les distingue en trois groupes principaux: 1º les _Sèches_, dont le +sac est bordé d'une nageoire dans toute sa longueur; 2º les _Calmars_, +qui ont deux nageoires distinctes vers l'extrémité du corps; 3º les +_Poulpes_, qui n'en possèdent nulle part. Cette division a été indiquée +par Aristote. Ce grand naturaliste paraît avoir connu l'histoire de +ces animaux, et même leur anatomie, à un degré vraiment étonnant. +(Cuvier.) + +Les Céphalopodes occupent le premier rang parmi les Mollusques. Ce sont +les princes de cet embranchement. + +[Illustrations: + +CALMAR VULGAIRE + +(_Loligo vulgaris_ Lamarck). + +CALMARET VERMICULAIRE + +(_Loligopsis vermicularis_ Ruppel).] + +Ces animaux pullulent dans l'Océan et dans la Méditerranée. Les uns +ne s'éloignent pas des côtes, les autres se réfugient dans les eaux +les plus profondes. Tous se nourrissent de coquillages, de crabes, de +poissons..... + +Ils sont rusés. Ils se blottissent dans des trous, étendant leurs +membres au dehors. Ils guettent leur proie comme des voleurs de grand +chemin. Ils la flagellent, l'enlacent, l'étouffent avec leurs bras, la +déchirent avec leur bec, et la dévorent sans pitié. + +Ils détruisent souvent pour le seul plaisir de détruire. Alcide +d'Orbigny a vu un de ces animaux, de petite taille, laissé par la +marée au milieu d'une troupe de petits Poissons, désappointés comme +lui, en faire un massacre épouvantable sans les manger, et cela _par +délassement_. + +C'est ainsi que s'entretient le cercle continuel des destructions et +des renouvellements, qui sont une des conditions de l'harmonie générale +de l'univers..... + +Les Céphalopodes expulsent le résidu de leur digestion par un orifice +situé en avant du cou, _près de la bouche_. Singulière place! Leurs +organes respiratoires se trouvent dans le sac, et ressemblent à des +feuilles de Fougère. Curieuse organisation! + +Ils ont _trois cœurs_, ou, pour mieux dire, un cœur divisé en trois +parties. (Cuvier.) + +Les Céphalopodes sont nocturnes et crépusculaires. Ils se cramponnent +aux rochers pendant les tempêtes, avec leurs bras les plus longs, qui +fonctionnent comme deux ancres, les autres restant libres et prêts à +saisir quelque victime. + +Ces bras sont armés de deux ou trois rangées de ventouses ou suçoirs, +petites coupes circulaires avec une ouverture au centre, laquelle +conduit à une cavité. + +A cet orifice s'adapte une sorte de piston. Ces ventouses s'appliquent +et adhèrent avec une force surprenante au corps glissant des Poissons, +des Mollusques et des autres habitants de la mer. On a calculé que, +dans une Sèche, il y a neuf cents de ces ventouses. + +Quelquefois les suçoirs des extrémités présentent, au centre de chaque +coupe, une griffe acérée et recourbée. On comprend, d'après cette +organisation, que la victime la plus lisse et la plus visqueuse ne +puisse pas échapper au vorace destructeur. + +Dans le _Cirroteuthis de Müller_, les bras sont réunis par une +expansion membraneuse, couleur lilas clair, en forme de cloche +légèrement lobée, semblable à la corolle d'un Solanum ou d'un +Convolvulus. + +Les Céphalopodes marchent la tête en bas et le corps presque vertical. +Les bras leur servent alors de pieds. + +[Illustration: CIRROTEUTHIS DE MULLER + +(_Cirroteuthis Mülleri_ Eschricht).] + +Une espèce de l'océan Pacifique peut faire des bonds considérables. On +a vu un de ces Mollusques s'élancer hors de l'eau, et tomber sur le +pont d'un navire, où il fut pris (J. Franklin). James Ross rapporte +qu'un certain nombre de Sèches bondirent sur son vaisseau, élevé de +16 pieds anglais. On en recueillit plus de cinquante. Quelques-unes +passèrent par-dessus le pont et retombèrent dans la mer. + +Dans l'intérieur des Céphalopodes se trouve une poche qui renferme une +liqueur noire comme de l'encre, brune comme du bistre, ou d'un violet +foncé. Cette poche communique avec l'extérieur, au moyen d'un petit +canal. Lorsqu'ils sont poursuivis ou menacés, ils lâchent une partie +de leur liqueur, qui trouble l'eau, et ils profitent du brouillard +artificiel qu'elle a produit pour se sauver au plus vite. + +Un écrivain anglais compare le stratagème de nos Mollusques à la +vieille tactique de certains hommes politiques ou théologiens, qui, +pour échapper aux raisons qu'on leur oppose, ne trouvent rien de mieux +que de _répandre du noir_ dans la discussion. «L'obscurité devient +leur force et leur triomphe. Ils troublent la vue des esprits faibles +ou peureux, se dérobent à l'examen, et passent pour invulnérables à +travers les siècles, comme les Céphalopodes à travers les eaux noircies +de l'Océan.» (J. Franklin.) + +[Illustration: SÈCHE ÉLÉGANTE + +(_Sepia elegans_ Blainville).] + +Avec l'encre des Sèches, pour le rappeler en passant, on prépare la +_sépia de Rome_, employée dans la peinture à l'aquarelle. Les beaux +dessins qui accompagnent une partie des mémoires de l'illustre Cuvier +sur l'anatomie des Mollusques ont été exécutés avec l'humeur fournie +par plusieurs des individus qu'il disséquait (Duvernoy). + +On a prétendu pendant longtemps que les Chinois composaient l'_encre de +Chine_ avec la liqueur d'un Céphalopode voisin de nos Sèches (Bosc). +Il paraît presque certain que cette encre est préparée surtout avec du +noir de fumée. + +Dans le dos des Sèches existe ce corps plat, léger et friable, appelé +_os de Sèche_, dont se servent les orfévres et qu'on donne à becqueter +aux Canaris. Dans celui des Calmars, on trouve, à la place de ce corps, +une lame cartilagineuse, demi-transparente, qui ressemble à une plume. + +[Illustrations: OS DE CALMAR. OS DE SÈCHE.] + +Les Céphalopodes ont un regard fixe singulièrement désagréable. Leur +iris est doré. L'ouverture de leur pupille représente un rectangle +allongé. Leurs yeux brillent la nuit, comme ceux des chats. (Cuvier.) + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XX. + + POULPE.--SÈCHE LANÇANT SON NOIR.--CALMAR. + Dessinés sur les croquis d'après nature d'Olivier Frédol (aquarium de + Concarneau).] + +Ces animaux sont ovipares. Ils pondent des œufs agglomérés en grappes +rameuses, que les pêcheurs désignent sous le nom de _raisins de mer_. +Ces œufs sont ovoïdes, lisses, un peu mous et transparents. Au moment +de la ponte, ils sont recouverts d'une matière gluante qui, en se +durcissant, les attache à l'herbier par une sorte de boucle, et leur +forme une enveloppe protectrice d'un brun obscur. La marée les apporte +souvent sur le rivage. M. Lacaze-Duthiers en a vu que la sonde avait +retirés de plus de 1600 mètres de profondeur. + +[Illustration: ŒUFS DE CÉPHALOPODE (RAISINS DE MER).] + +Plusieurs Sèches jouissent de la merveilleuse faculté de changer de +couleur. Elles passent du blanc purpurin au gris livide, et du gris +livide au brun rougeâtre. Leurs teintes disparaissent et reparaissent +tour à tour, se mélangent, se confondent ou se séparent de la manière +la plus fantastique. Quand l'animal est effrayé ou irrité, ses taches +grandissent ou se déplacent avec une rapidité bien supérieure aux +changements du Caméléon. Quelques naturalistes supposent que ces +curieuses transformations ont pour but d'épouvanter les ennemis. + +Quand on entre dans les bas-fonds habités par de grands Céphalopodes, +par exemple par des Poulpes, il faut se méfier de leur voisinage. Avec +leurs bras gluants, ces vilains Mollusques enlacent les membres des +nageurs d'une manière si serrée, qu'on a souvent beaucoup de peine à +s'en débarrasser. + +[Illustration: ŒUF DE SÈCHE. + +(_Son enveloppe déchirée et sa boucle._) (_Dépourvu de son enveloppe._)] + +Le docteur J. Franklin a vu des Sèches se cramponner ainsi fort +indiscrètement aux jambes des baigneurs..... et des baigneuses. Il +se souviendra toujours de la frayeur d'une jeune femme qu'une de +ces méchantes bêtes avait saisie un peu plus haut que la jambe..... +L'animal ne lâcha prise que lorsqu'on lui eut versé quelques gouttes de +vinaigre sur le dos. Il trouva le procédé extrêmement désagréable. + + +II + +A diverses époques, on a parlé de Calmars ou de Poulpes gigantesques, +hors de proportion avec les espèces les plus grosses de nos côtes. + +Des naturalistes ou des marins ont signalé des individus d'une taille +tellement grande, qu'ils n'ont pas craint de les comparer à des +Baleines. + +Pline parle d'un monstre qui avait l'habitude d'aborder à Castria, sur +la côte d'Espagne, pour dévaster les étangs. Il en dévorait tous les +poissons. Cet animal pesait 350 kilogrammes. Ses bras gluants étaient +longs de 10 mètres. Sa tête était grosse comme un tonneau; elle offrait +la capacité de quinze amphores, et fut envoyée au proconsul L. Lucullus. + +Olaüs Magnus raconte les hauts faits d'un Céphalopode colossal, qui +avait au moins _un mille de longueur_, et dont l'apparition au sein des +eaux ressemblait plus à une île qu'à un animal[136] (_similiorem insulæ +quàm bestiæ_). Ce terrible Mollusque avait été nommé _Kraken_. + + [136] Des pêcheurs de la Manche affirment encore avoir rencontré + dans la haute mer des Calmars _grands comme des îles_. + (Lacaze-Duthiers.) + +L'évêque de Nidaros découvrit un de ces animaux gigantesques, qui +dormait tranquillement au soleil, et le prit pour un immense rocher. +Il fit dresser un autel sur son dos, et y célébra la messe. Le Kraken +demeura immobile tout le temps de la cérémonie. Mais à peine l'évêque +eut-il regagné le rivage, que le monstre replongea dans la mer. +(Bartholin.) + +Les excréments de cette affreuse bête répandaient un parfum si suave, +que les Poissons d'alentour accouraient en toute hâte pour s'en +repaître. Alors l'impitoyable Gargantua ouvrait son effroyable gueule, +_semblable à un golfe ou à un détroit_ (_instar sinûs aut freti_), et +engloutissait tous les malheureux petits ou grands qui se trouvaient à +sa portée. (Bartholin.) + +Pontoppidan, évêque de Bergen, regarde comme très-authentique +l'histoire de ce fameux Kraken. Il assure qu'un régiment pourrait +manœuvrer à l'aise sur son dos! + +Linné, dans la première édition de son _Système de la nature_, admet +l'existence de ce monstre imaginaire, et le désigne sous le nom de +_Sepia microcosmus_. Plus tard, mieux instruit, il l'effaça de la liste +des animaux vivants. + +Sonnini n'a pas suivi l'exemple du grand naturaliste suédois. Il a +_représenté_, dans ses _Suites à Buffon_, ce géant des Céphalopodes +étreignant dans ses bras démesurés un vaisseau de haut bord, et +cherchant à l'engloutir. Inutile de dire que son dessin n'est pas +_d'après nature!_ + +Pernetti parle d'un monstre du même genre et de la même taille, qui +réussit à faire sombrer un autre vaisseau. + +L'existence du Kraken est regardée comme une fable. La science la +repousse comme les récits exagérés, analogues, de Pline et d'Élien. +Nous ne sommes plus au temps où l'on croyait à des animaux marins +tellement volumineux, qu'il leur eût été _impossible de passer par le +détroit de Gibraltar!_ + +Cependant il est bien reconnu aujourd'hui qu'il se trouve, dans la +Méditerranée et dans l'Océan, des Céphalopodes réellement énormes, non +pas, toutefois, de la grandeur d'un vaisseau, d'une Baleine, d'une +île....., ou plus larges qu'un détroit....., mais d'une taille assez +extraordinaire pour mériter le nom de gigantesques. + +Aristote parle d'un grand Calmar (Τεῦθος) de la Méditerranée, long de +cinq coudées (3m,10). + +Le fameux plongeur Piscinola, qui descendit dans le détroit de Messine, +à la prière de l'empereur Frédéric II, y vit avec effroi d'énormes +Poulpes attachés aux rochers, et dont les membres, de plusieurs aunes +de long, étaient plus que suffisants pour étouffer un homme. Ce +témoignage n'a pas assez fixé l'attention des naturalistes de notre âge. + +Nous en dirons autant de l'_ex-voto_ suspendu dans une église de +Saint-Malo, lequel représente une embarcation arrêtée, sur la +côte d'Angole, par les longs bras d'un Céphalopode colossal. C'est +très-probablement ce fait, exagéré par l'imagination de Sonnini, qui a +servi de modèle ou de prétexte à la figure dont nous avons parlé. + +Les naturalistes modernes ont signalé, dans nos mers, des Céphalopodes +d'une assez belle taille. M. Verany parle d'un Calmar qui avait 1m,655 +de longueur, et qui pesait 12 kilogrammes. On a pêché près de Nice +un autre individu qui pesait 15 kilogrammes. On possède au musée de +Trieste le corps d'un animal analogue, trouvé en Dalmatie, sur les +bords de la mer. + +Un Calmar de très-grande taille (1m,820) a été pris non loin de +Cette, il y a une vingtaine d'années; il fait partie en ce moment +des collections de la Faculté des sciences de Montpellier[137]. (P. +Gervais.) + + [137] C'est probablement l'_Ommastrephes pteropus_ Steenstrup. + +Le voyageur Péron a rencontré près de la terre de Van-Diemen une Sèche +_aussi grosse qu'un baril_, roulant pesamment sur les vagues, dont les +bras avaient jusqu'à 2m,33 de longueur et une vingtaine de centimètres +de diamètre à leur base. Ces bras se tordaient comme de hideux Serpents. + +Quoy et Gaimard ont recueilli dans l'océan Atlantique, près de +l'équateur, pendant un temps parfaitement calme, les débris d'un énorme +Mollusque de la même famille, dont ils ont évalué le poids à plus de 50 +kilogrammes. Il n'y avait que la moitié du corps, sans les bras. + +Rang a découvert dans les mêmes eaux un Céphalopode, de couleur rouge, +dont le corps offrait le volume d'un tonneau. + +Pennant donne les mesures d'une Sèche dont le corps avait 12 pieds +anglais de diamètre; ses bras en présentaient 54. + +Swediaur rapporte que des baleiniers ont retiré de la gueule d'un +Cachalot des fragments d'une autre Sèche qui avaient 25 pieds de +longueur. + +On conserve au Collége des chirurgiens de Londres une mandibule de +Céphalopode, qui paraît venir des mers du Nord. Elle est plus grande +que la main. + +M. Steenstrup (de Copenhague) a publié des observations +très-intéressantes sur un Céphalopode gigantesque[138] rejeté en 1853 +sur le rivage du Jutland. Le corps de cet animal, dépecé par les +pêcheurs, fournit la charge de plusieurs brouettes. Son arrière-bouche +était grande comme la tête d'un enfant. + + [138] _Architeuthis dux_ Steenstrup. + +Le même naturaliste a fait connaître un autre Mollusque colossal[139], +qu'on suppose rapporté de Saint-Thomas. Il a montré à M. le professeur +Auguste Duméril un tronçon de bras d'une autre espèce, de la grosseur +de la cuisse. + + [139] _Dosidicus Eschrichtii_ Steenstrup. + +Enfin, M. Harting a décrit et figuré diverses parties plus ou moins +volumineuses d'un individu du même groupe, qui se trouvent dans le +musée d'Utrecht. + +Toutes ces observations s'appliquent évidemment à plusieurs espèces de +Céphalopodes voisines des Sèches, des Calmars ou des Poulpes, dont la +taille dépasse de beaucoup celle de tous les Invertébrés connus. (M. +Edwards.) + + +III + +Quoi qu'il en soit, voici un exemple authentique d'un de ces énormes +animaux, observé _entier et vivant_, à quarante lieues N. E. de +Ténériffe, par l'aviso à vapeur _l'Alecton_. + +L'histoire de cette découverte est extraite du rapport officiel du +commandant Bouyer, lieutenant de vaisseau, et d'une relation de M. +Sabin Berthelot, consul de France aux îles Canaries. + +Le 30 novembre 1861, l'aviso à vapeur _l'Alecton_, se rendant à +Cayenne, rencontra, entre Madère et les îles Canaries, un Céphalopode +monstrueux qui nageait à la surface de l'eau. Cet animal mesurait 5 à 6 +mètres de longueur, sans compter les huit bras formidables couverts de +ventouses qui couronnaient sa tête. Ses yeux, à fleur de tête, avaient +un développement prodigieux, une teinte glauque et une effrayante +fixité. Sa bouche, en bec de perroquet, pouvait offrir 50 centimètres +d'ouverture. Son corps, fusiforme, mais très-renflé vers le milieu, +présentait une énorme masse, dont le poids a été estimé à plus de 2000 +kilogrammes. Ses nageoires, situées à l'extrémité postérieure, étaient +arrondies en deux lobes charnus d'un très-grand volume. + +Ce fut à deux heures de l'après-midi que l'équipage de l'_Alecton_ +aperçut ce terrible Céphalopode. + +«Commandant! la vigie signale un débris flottant par bâbord devant. + +--C'est rougeâtre, on dirait un bout de mât. + +--C'est un paquet d'herbes. + +--C'est une barrique. + +--C'est un animal, on voit les pattes.» + +Cependant l'_Alecton_ approchait du grand Mollusque de toute la vitesse +de sa machine. Le commandant fit stopper, et, malgré les dimensions +de l'animal, il manœuvra pour s'en emparer. Malheureusement, une +forte houle prenait l'_Alecton_ en travers, lui imprimait des roulis +désordonnés et gênait ses évolutions; tandis que, de son côté, +le Mollusque, quoique toujours à fleur d'eau, se déplaçait avec +intelligence, et semblait vouloir éviter le navire. + +En toute hâte on chargea des fusils; on prépara des harpons et l'on +disposa des nœuds coulants. Mais, aux premières balles qu'il reçut, le +monstre plongea et passa sous le navire. Il ne tarda pas à reparaître +à l'autre bord. Attaqué avec les harpons et blessé par de nouvelles +décharges, il disparut deux ou trois fois, et chaque fois il se +montrait, quelques instants après, à fleur d'eau. Il agitait ses longs +bras dans tous les sens. Mais le navire le suivait toujours, ou bien +arrêtait sa marche, selon les mouvements de l'animal. Cette chasse dura +plus de trois heures..... + +Le commandant de l'_Alecton_ voulait en finir, à tout prix, avec cet +ennemi d'un nouveau genre. Néanmoins il n'osa pas risquer la vie de ses +marins en faisant armer une embarcation. Il pensa, avec raison, que le +monstre aurait pu la faire chavirer, en la saisissant avec un de ses +formidables bras. Les harpons qu'on lançait s'enfonçaient dans un tissu +mollasse, sans consistance, et en sortaient sans succès. Plusieurs +balles (au moins une vingtaine) avaient traversé inutilement divers +endroits de son corps. Cependant il en reçut une qui parut le blesser +grièvement; car il vomit une grande quantité d'écume et de sang mêlés à +des matières gluantes qui répandirent une forte odeur de musc. Ce fut +dans cet instant qu'on parvint à le saisir avec un harpon et avec un +nœud coulant. Mais la corde glissa le long du corps élastique, et ne +s'arrêta que vers l'extrémité, à l'endroit des deux nageoires. + +On tenta de le hisser à bord. Déjà la plus grande partie du Mollusque +se trouvait hors de l'eau, quand un violent mouvement fit déraper +le harpon. L'énorme poids de la masse agit sur le nœud coulant, qui +pénétra dans les chairs, les déchira, et sépara la partie postérieure +du reste de l'animal. Alors le monstre, dégagé de cette étreinte, +retomba lourdement dans la mer, et disparut. + +Le morceau détaché pesait une vingtaine de kilogrammes. On l'a porté à +Sainte-Croix de Ténériffe. + +Il est probable que ce Mollusque colossal était malade ou épuisé par +une lutte récente, soit avec un Céphalopode de sa taille, soit avec +quelque autre monstre de la mer. On expliquerait ainsi pourquoi il +avait quitté les profondeurs de l'Océan et les rochers qui lui servent +de repaire, pourquoi il présentait une sorte de lenteur et, pour +ainsi dire, de gêne dans ses mouvements, et pourquoi enfin il n'a pas +obscurci les flots avec son encre. A en juger par sa taille, il aurait +dû lâcher au moins un baril de liqueur noire, s'il avait été bien +portant et qu'il n'eût pas épuisé ce moyen de défense dans un récent +combat. + +M. Berthelot a interrogé de vieux pêcheurs canariens, qui lui +ont assuré avoir vu plusieurs fois, vers la haute mer, de grands +Céphalopodes rougeâtres, de 2 mètres et plus de longueur, dont ils +n'avaient pas osé s'emparer. Aujourd'hui, ce n'est pas sans une +certaine émotion qu'ils ont appris l'existence, dans leurs parages, +d'un voisin aussi redoutable, quoique + + ..... Il _ait_ perdu la queue à la bataille. + +Très-probablement ce monstre n'est pas le seul de son espèce, ni +peut-être de sa taille, aux environs de Ténériffe. + +Ce Mollusque est-il un Calmar ou un Céphalopode voisin des Calmars, +ainsi que plusieurs journaux ont paru le décider? Si nous en jugeons +par la figure que M. S. Berthelot a bien voulu nous communiquer +(cette figure a été dessinée, pendant la lutte, par un des officiers +de l'_Alecton_), l'animal possède deux nageoires terminales, comme +les Calmars; mais il a huit bras égaux entre eux, comme les Poulpes. +On sait que les Calmars, comme les Sèches, ont dix bras, dont deux +très-longs. Est-ce une espèce intermédiaire entre les Calmars et les +Poulpes? Faut-il admettre, avec MM. Crosse et Fischer, que le Mollusque +avait probablement perdu ses grands bras dans quelque lutte antérieure? + +Les deux savants malacologistes que nous venons de citer, proposent de +désigner le nouveau monstre sous le nom de _Calmar de Bouyer_[140]. + + [140] _Loligo Bouyeri_ Crosse et Fischer. + + +IV + +De même que les autres Mollusques, les Céphalopodes sont tantôt nus, +tantôt pourvus d'une coquille. Les premiers sont plus nombreux que les +seconds. C'est l'inverse, comme on l'a déjà vu, chez les Acéphales et +les Céphalés. + +Les Céphalopodes testacés sont l'_Argonaute_ et le _Nautile_. + +L'_Argonaute papyracé_[141] est un mollusque bien connu des anciens, de +Pline, par exemple. + + [141] _Argonauta Argo_ Linné. + +L'animal se fait remarquer par ses huit tentacules, assez grands, +couverts de deux rangées de suçoirs, dont six étroits, amincis vers +l'extrémité et pointus, et deux terminés par une large dilatation +membraneuse. + +Sa coquille est mince, fragile, roulée en spirale et cannelée +onduleusement et symétriquement. Son dernier tour est si grand, +proportionnellement, qu'elle a l'air d'une élégante chaloupe dont la +spire serait la poupe. (Cuvier.) + +Comme le corps de l'Argonaute ne pénètre pas jusqu'au fond de la spire +de la coquille, et qu'il n'y adhère point, plusieurs auteurs ont +pensé que cette enveloppe n'est pas produite par l'animal, mais qu'il +l'habite en parasite après en avoir tué le propriétaire (Rafinesque). +Cependant, comme on a toujours trouvé le Mollusque dans la même +coquille et jamais dans une autre, et qu'enfin on a constaté déjà dans +l'œuf le rudiment de cette même enveloppe (Poli), il faut rejeter cette +opinion. + +L'Argonaute se sert de sa coquille comme d'un bateau léger, employant +ses tentacules étroits, comme des rames qui frappent l'eau de chaque +côté, et, d'après Pline, relevant ses tentacules dilatés, comme des +voiles. Cette coquille serait un navire dont le matelot se trouverait à +la fois le gouvernail, le mât, les rames et la voile (Ch. Bonnet). On +a peut-être un peu poétisé l'industrie nautique de ce joli navigateur. +Cependant il est très-vrai que, pendant les temps calmes, on voit des +troupes d'Argonautes flotter et se promener à la surface de la mer. + +Au moindre danger, ces Mollusques plient leurs voiles, rentrent leurs +bras, contractent leur corps, et descendent dans la mer. + +Le _Nautile commun_ est peut-être plus curieux que l'Argonaute papyracé. + +Celui-ci ressemble davantage aux Céphalopodes sans coquille. Il a, +comme ces derniers, un sac viscéral, des yeux énormes et un bec de +perroquet. Mais sa tête, au lieu de porter de grands tentacules, +est entourée de plusieurs cercles de petits bras nombreux, fins, +contractiles et privés de suçoirs. (Rumph.) + +La coquille du Nautile est grande, épaisse, ornée en dehors de bandes +et de flammes d'un fauve rougeâtre. Son intérieur paraît nacré d'une +manière assez brillante. Cette coquille est contournée en spirale. +Les tours croissent très-rapidement, de telle sorte que les derniers +enveloppent les premiers. Mais ce qui la distingue essentiellement, +c'est sa distribution en chambres symétriques, séparées par des +cloisons transversales et concaves. Vers le milieu de ces dernières, +se trouve un trou assez petit, répondant à un entonnoir étroit, lequel +produit un siphon qui va d'une chambre dans une autre. + +[Illustration: COQUILLE DU NAUTILE COMMUN + +(_Nautilus Pompilius_ Linné).] + +L'animal demeure principalement dans la dernière chambre, qui est la +plus spacieuse et la seule largement ouverte. Une sorte de cordon, qui +paraît à la fois un tube et un ligament, naît de sa région dorsale, +parcourt tous les siphons, et relie ensemble les différentes parties de +son corps logées dans les diverses chambres. + +Ce Céphalopode _polythalame_ représente jusqu'à un certain point, dans +nos mers actuelles, ces coquilles si nombreuses de l'ancien monde, +connues sous le nom de _Cornes d'Ammon_ (_Ammonites_). + +On sait que ces fossiles sont divisés aussi en plusieurs chambres; +mais leur dernière loge est relativement petite, et non très-vaste. +Leurs cloisons sont anguleuses, tantôt ondulées, tantôt déchiquetées. +Certaines ressemblent à des feuilles d'Acanthe. Il existe des Cornes +d'Ammon depuis la taille d'une lentille jusqu'à celle d'une roue de +carrosse. (Cuvier.) + +Quelques naturalistes ont cru que ces dépouilles étaient des coquilles +_intérieures_. On trouve encore, aujourd'hui vivant, un petit +Céphalopode testacé, appelé _Cornet de postillon_[142], qui renferme +dans la partie postérieure de son corps une coquille blanche, qu'on ne +saurait mieux comparer qu'à un cône très-allongé, tordu sur lui-même +dans un seul plan, et divisé transversalement en une série de cellules +par des lames très-concaves. + + [142] _Spirula Peronii_ Lamarck. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXVI + +L'UNITÉ DE COMPOSITION. + + «L'unité dans la variété.» + + (LEIBNITZ.) + + +I + +Les Céphalopodes sont remarquables surtout par la situation de leurs +membres au-dessus de la tête. Leur nom signifie littéralement _pieds en +tête_. On appelle _Octopodes_ ceux qui ont huit membres, et _Décapodes_ +ceux qui en ont dix. Cette bizarre structure, et le singulier mode de +progression qui en est la conséquence, ont frappé tous les naturalistes. + +L'étude approfondie des anomalies _apparentes_ de la nature conduit +souvent à reconnaître, dans ses prétendues déviations, une confirmation +nouvelle de la sagesse de ses lois. + +Il y a trente ans, deux ingénieux observateurs, MM. Laurencet et +Meyranx, examinant la manière dont sont placés relativement les +viscères des Céphalopodes, eurent la pensée de ramener cette classe +au type général des Vertébrés. Ils considérèrent ces Mollusques comme +des Vertébrés dont le tronc serait replié sur lui-même en arrière, à +peu près dans la région de l'ombilic, de manière que la nuque touchât +le bassin et que les mains fussent rapprochées des pieds. Cette +disposition est exactement celle que prennent les baladins, sur nos +places publiques, lorsqu'ils renversent leurs épaules pour marcher à la +fois sur les mains et sur les pieds. + +Geoffroy Saint-Hilaire, saisissant avidement cette nouvelle vue, +annonça, dans un rapport circonstancié, qu'elle établissait, entre les +Céphalopodes et les animaux supérieurs, une ressemblance jusqu'alors +méconnue, et fournissait en même temps une nouvelle preuve en faveur de +la grande loi qu'il avait appelée _unité de composition organique_. + +Cette interprétation détruisait l'opinion émise par Cuvier dans la +plupart de ses ouvrages, sur la grande différence qui sépare les +Mollusques des Vertébrés. L'illustre anatomiste réclama avec force, +peut-être même avec aigreur, contre les assertions et les conclusions +de son savant confrère. + +De là cette discussion solennelle qui éclata entre les deux grands +naturalistes devant l'Académie des sciences, le 15 février 1830, +discussion qui fixa un moment l'attention de l'Europe tout entière. + +Il s'agissait, en définitive, de savoir si la philosophie zoologique, +telle que l'a conçue Aristote, telle que l'ont continuée les +découvertes de vingt-deux siècles, telle enfin que Cuvier l'avait +illustrée par d'admirables dissections, si cette philosophie était +insuffisante, et devait céder la place aux doctrines récemment +introduites dans l'anatomie comparée, en Allemagne et en France, +par plusieurs naturalistes éminents, et en particulier par Geoffroy +Saint-Hilaire. + +Quand les discussions scientifiques, disait un éminent critique de +l'époque, ne roulent que sur des travaux de détail, elles demeurent +enfermées dans l'enceinte des Académies. Mais quand elles portent +sur les hautes généralités de toute une science; quand de leur choc +doit résulter une de ces révolutions qui comptent dans l'histoire du +progrès; quand elles sont engagées et soutenues par des hommes dont le +nom est européen, alors la curiosité publique s'éveille et s'y attache. +Toutes les sciences sont, par contre-coup, mises en cause, et ont un +intérêt majeur à leur résultat. + +La controverse élevée entre Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier offrit +tous ces caractères. + +Les questions en litige étaient telles, qu'indépendamment de leur +valeur vraiment scientifique, elles devaient saisir l'imagination +de tout homme qui pense, et s'emparer fortement de toutes les +intelligences pour lesquelles le spectacle de la nature animée est une +source féconde d'émotions. + +Tous les journaux scientifiques de l'époque, et même les grandes +feuilles quotidiennes, ouvrirent leurs colonnes à l'important débat qui +agitait l'Académie. + +Un des écrivains les plus puissants et les plus aimés de l'Allemagne, +l'illustre Gœthe[143], entreprit de résumer et de commenter la célèbre +discussion. Il annonça que les sciences naturelles allaient recevoir +une nouvelle direction, et que l'esprit humain était sur le point de +faire un très-grand pas..... + + [143] Il avait alors quatre-vingt-trois ans. + +La sensation profonde que produisit l'aurore de cette transformation +scientifique durait encore le lendemain de cette autre révolution +(juillet 1830) qui venait de renverser une ancienne dynastie. On +raconte qu'un voyageur récemment arrivé de France s'étant présenté +devant Gœthe, celui-ci lui dit aussitôt: «Eh bien! que pensez-vous de +ce grand événement? le volcan a fait éruption!--C'est une terrible +catastrophe, répondit le visiteur; mais que pouvait-on attendre d'un +pareil ministère, si ce n'est que tout cela finirait par l'expulsion de +la famille royale!--_Il s'agit bien de ces gens-là! je vous parle du +débat entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire!_...» (Sorel.) + + +II + +Geoffroy Saint-Hilaire posait en principe que la nature a formé tous +les êtres vivants d'après un plan unique, le même dans son essence, +mais varié dans ses applications. Les formes nombreuses que présentent +les espèces d'une même classe d'animaux dérivent les unes des autres. +Il a suffi à la puissance créatrice de changer quelques-unes des +proportions des organes, pour en étendre ou pour en restreindre les +fonctions, ou pour leur en donner de nouvelles. Les différences +viennent d'une autre complication ou d'une autre modification. + +«Toutes les parties essentielles semblent indiquer, comme disait +Buffon, qu'en créant les animaux, l'Être suprême n'a voulu employer +qu'une idée, et la varier en même temps de toutes les manières +possibles, afin que l'homme pût admirer à la fois, et la magnificence +de l'exécution, et la simplicité du dessin.» + +Avec le fil conducteur de la nouvelle méthode, on peut suivre et +reconnaître une partie quelconque de l'organisation à travers ses mille +usages et ses mille transformations, et expliquer facilement pourquoi +elle est libre dans tel animal, soudée dans tel autre, largement +développée dans celui-ci et tout à fait atrophiée dans celui-là[144]. + + [144] M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a résumé les doctrines + philosophiques de son illustre père dans un ouvrage remarquable, où + l'élégance et la variété du style s'allient heureusement avec la + justesse et la profondeur des appréciations. La mort prématurée de + ce digne fils a été une perte irréparable pour la science et pour + l'amitié. + +[Illustration: ÉTIENNE GEOFFROY SAINT-HILAIRE.] + +Cuvier s'efforçait de démontrer que si, par unité de composition, on +entend _identité_, on dit une chose contraire au plus simple témoignage +des sens. Si, par là, on entend _ressemblance_, _analogie_, on énonce +une proposition vraie dans certaines limites, mais aussi vieille dans +son principe que la zoologie elle-même, et à laquelle les découvertes +les plus récentes n'ont fait qu'ajouter, dans certains cas, des traits +plus ou moins importants, sans rien altérer dans sa nature. + +Geoffroy répondait que l'unité de composition n'était, ni une parfaite +identité, ni une simple analogie, mais quelque chose entre-deux; +qu'elle s'appliquait aux connexions et non aux formes, aux ensembles et +non aux détails; qu'elle s'attachait surtout aux éléments organiques, +et présidait au plan général de l'organisme, et non à ses arrangements +partiels. + +Cuvier n'avait-il pas été forcé d'admettre quatre types distincts dans +le règne animal? or, les animaux de chacun de ces types, tous les +Vertébrés par exemple, offraient-ils entre eux des identités ou des +analogies? + +[Illustration: CUVIER.] + +A la vérité, le grand zoologiste déclarait que la nature a laissé entre +ces divers plans des _hiatus_ manifestes, et que les Céphalopodes, par +exemple, diffèrent notablement de tous les autres animaux, _et ne sont +le passage de rien_. + +Dans ses belles _Recherches sur les ossements fossiles_, Cuvier, +antiquaire d'une nouvelle espèce, n'avait-il pas abandonné plusieurs +fois sa méthode rigoureuse d'analyse, et n'était-il pas arrivé +hardiment, par la synthèse philosophique, à des résultats inattendus, +féconds, admirables, qui plaidaient éloquemment en faveur de la +doctrine de son illustre antagoniste? + + +III + +Près d'un demi-siècle s'est écoulé depuis cette mémorable discussion. +Les prédictions de Gœthe se sont réalisées. + +«L'esprit, disait ce profond penseur, gouvernera la matière. On +apercevra les grandes maximes de la création; on pénétrera dans +l'atelier mystérieux de Dieu! Que sont d'ailleurs nos relations +avec la nature, si nous nous occupons simplement des individualités +matérielles, et si nous ne sentons pas le souffle primordial qui donne +à chaque partie sa direction, et qui ordonne et sanctionne chaque +déviation au moyen d'une loi inhérente?» + +[Illustration: GŒTHE.] + +L'unité de composition et les lois secondaires qui en dérivent se +sont introduites peu à peu dans les idées, dans les livres et dans +l'enseignement; elles ont produit les résultats les plus féconds et +préparé l'heureuse transformation de la science. La nouvelle doctrine +n'est autre chose, comme le disait Geoffroy Saint-Hilaire lui-même, que +la confirmation du principe de Leibnitz, qui définissait l'univers: +_L'unité dans la variété_. L'histoire naturelle ainsi comprise est la +première des philosophies (Villemain). + +Les deux grands hommes qui ont exercé une influence si diverse sur +les progrès modernes de la zoologie avaient travaillé ensemble dans +leur jeunesse et publié plusieurs mémoires en commun; mais bientôt la +divergence de leurs vues les conduisit à désunir leurs efforts. + +Esprit positif, froid et mesuré, Cuvier appliquait principalement +son génie à l'observation rigoureuse des faits et aux conséquences +immédiates résultant de cette observation. Il proclamait la suprême +autorité de l'analyse, et redoutait les conclusions prématurées de la +synthèse. Il était finaliste exagéré, et par cela même partisan de +l'invariabilité absolue des espèces; il ne s'attachait qu'à trouver des +caractères distinctifs. Il n'admettait d'autres lois dans les organes +que des lois de coexistence et d'harmonie. Enfin, il voyait dans les +classifications l'idéal auquel doit tendre l'histoire naturelle, et, +dans cet idéal une fois réalisé, la science tout entière. + +Penseur enthousiaste et hardi, Geoffroy Saint-Hilaire donnait une +très-grande importance aux rapprochements de la synthèse, et croyait +que la science devait être désormais dirigée par le flambeau de la +philosophie; il proclamait la variété limitée des espèces, sous +l'influence des milieux ambiants; il admettait des harmonies acquises +et non originelles, contingentes et non nécessaires; il embrassait +tous les êtres organisés dans une même loi, et n'accordait aux +classifications qu'une valeur très-secondaire. + +En résumé, Cuvier défendait la doctrine des différences, et +représentait l'école analytique; Geoffroy soutenait la doctrine des +ressemblances, et personnifiait l'école synthétique. L'un était +l'historien de la nature, l'autre voulait en être l'interprète! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXVII + +LES ANNÉLIDES. + + ..... Tout ce grand mouvement, + Qu'on jette un peu de sable, il cesse en un moment. + + (DELILLE.) + + +I + +Voici un groupe d'animaux vermiformes confondus pendant longtemps avec +les Vers, à cause de leur physionomie. + +Au premier abord, vous allez croire qu'ils sont fort laids et peu +intéressants.--Fi donc! des animaux qui ressemblent à des vers! + +Mais, comme le dit Aristote, la nature ne renferme rien de bas, ni de +méprisable. Tout y est sublime, tout y est digne de notre admiration. +Vous le verrez bientôt. Les Annélides sont peut-être, parmi les bêtes +de la mer, celles qui présentent les formes les plus gracieuses, les +appendices les plus élégants et les couleurs les plus brillantes[145]. + + [145] Voyez la planche XXI. + +Cuvier, un des premiers, étudia ces animaux d'une manière sérieuse. +Il les désigna sous le nom de _Vers à sang rouge_, parce qu'il avait +remarqué dans beaucoup d'entre eux le fluide sanguin d'une teinte plus +ou moins semblable à celle qu'il présente chez les animaux supérieurs. +Mais, depuis l'illustre zoologiste, on a reconnu dans ces groupes des +espèces à sang jaune, et d'autres à sang violet, à sang bleuâtre, et +même à sang vert. Il y en a aussi dont le sang est sans couleur. + +Lamarck a proposé, pour ces animaux, le nom d'_Annélides_ (pourquoi +pas _Annelides_? disait Constant Duméril), aujourd'hui généralement +adopté. Ce nom est tiré de la structure particulière du corps, +formé comme d'une suite d'_anneaux_. Ces anneaux sont au nombre de +vingt, de trente, de soixante, de quatre-vingts..... Dans _l'Eunice +sanguine_[146], il y en a au moins trois cents. Dans la _Phyllodoce +lamelleuse_[147], on en compte jusqu'à neuf cents (l'animal offre à +peine 8 décimètres de longueur). + + [146] _Eunice sanguinea_ Savigny. + + [147] _Phyllodoce laminosa_ Audouin et M. Edwards. + +Ces anneaux sont des rides minces ou épaisses, aplaties ou saillantes, +séparées par des étranglements. Chacun ressemble à celui qui le précède +et à celui qui le suit. Ceux de la tête, ou partie céphalique, et ceux +de la queue, sont ordinairement un peu modifiés. + +Les zoologistes ont donné aux Annélides les désignations les plus +euphoniques, empruntées à la mythologie: _Amphitrite_, _Aphrodite_, +_Polynoé_, _Euphrosine_, _Alciope_, _Néréis_..... Il y a quelque chose +de merveilleusement doux dans cette étude de la nature, qui attache un +nom à tous les êtres, une pensée à tous les noms, une affection et des +souvenirs à toutes les pensées. (Nodier.) + +Le corps des Annélides est nu, ou bien protégé par un vêtement solide. + +Les espèces nues sont celles qui ressemblent le plus à des Vers ou à +des larves. Quelques-unes se creusent, dans la terre ou dans la vase, +des galeries étroites, dans lesquelles elles se logent. D'autres +s'établissent par centaines, par milliers, dans des mottes de sable, +qui ressemblent alors à des gâteaux de ruche à miel. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXI. + P. Lackerbauer del. d'après Mr. de Quatrefages. Picart fac-simile sc. + + ANNÉLIDES. + + 1 Térébelle Emmaline. (_T. Emmalina. Q._) + 2 Eunice magnifique. (_E. magnifica. Q._) + 3 Hésione de Schmarda. (_H. Schmardæ. Q._) + 4 Hétéronéreïde vagabonde. (_H. vagans. Q._) + 5 Hermelles alvéolaires dans leurs tubes. (_H. alveolata. Sav._) + 6 Vermilies sociales groupées. (_V. socialis. Q._) + 7 Sabelle perforante. (_S. terebrans. Q._) + 8 Serpule fasciculaire. (_S. fascicularis. Lamarck._) + 9 Serpule triangulaire. (_S. triangularis. Q._)] + +Les espèces à vêtement solide possèdent un étui calcaire épais, droit +ou flexueux, dans lequel elles peuvent se retirer entièrement, comme +dans une coquille. + +Cuvier fait remarquer que les Annélides nues ont les organes +respiratoires sur la partie moyenne du corps, le long des côtés, et +que les Annélides à vêtement solide offrent ces mêmes organes attachés +à la tête ou à la partie antérieure. Ce grand naturaliste nomme les +premières _Dorsibranches_, et les secondes _Tubicoles_[148]. + + [148] Voyez la planche XXII. + +Le corps des Annélides est plus ou moins cylindrique, souvent déprimé. +Il s'amincit en avant et en arrière. Il est susceptible de contraction +et d'extension. + +Ces animaux ont des yeux en nombre variable: chez plusieurs, on en +compte jusqu'à soixante. M. Ehrenberg a fait connaître une curieuse +espèce qui en porte deux à la tête et deux à la queue. Deux yeux à la +queue! On en a décrit une autre, véritable petit Argus, qui a plusieurs +yeux sur la tête, deux sur chaque anneau du corps et quatre sur la +queue. Quelle richesse d'organes visuels! + +Fourier n'a donc rien imaginé! L'idée d'un œil au bout d'une queue est, +en définitive, une assez pauvre idée. Voyez la nature! Elle en a mis +deux dans une bête, et quatre dans une autre! + +Plusieurs Annélides possèdent le long du corps deux ou plusieurs +rangées de soies courtes ou allongées, molles ou roides. D'autres +sont entourées de mille petits filaments gracieusement mobiles, +qui deviennent, suivant le besoin, des mains, des pieds ou des +nageoires..... + +Les _Cirratules_ offrent de longs appendices capillaires qui s'agitent +de toutes parts autour d'elles, et qu'elles étendent au loin comme +autant de cordages animés. Ce sont à la fois des bras et des +branchies, et le sang qui les remplit et les abandonne tour à tour, +leur communique une belle teinte d'un rouge cramoisi, ou laisse après +lui une couleur d'un jaune d'ambre. Voyez comme elles allongent leur +mufle pointu, surmonté d'un double œil en fer à cheval, comme elles se +ramassent pour échapper à l'éclat inaccoutumé de la lumière qui les +frappe! Les voilà qui forment un peloton plus inextricable cent fois +que le nœud tranché par Alexandre. Mais, ici, le câble est vivant; les +replis glissent les uns dans les autres, se dénouant et se renouant +sans cesse, et toujours renvoyant à votre œil de lumineux reflets. +(Quatrefages.) + +Les Annélides sont des animaux très-timides, un rien les effraye. +Cependant elles sont destinées à vivre de rapine. Les unes se tiennent +en embuscade, et attendent au passage les pauvres petites bêtes +imprudentes qui s'aventurent dans leurs eaux, les enlacent avec leurs +bras ou les saisissent avec leur trompe. Les autres perforent les +coquilles les plus dures et dévorent les Mollusques les mieux abrités. + +D'un autre côté, ces animaux sont en butte aux attaques d'un grand +nombre d'ennemis; ils avaient donc besoin d'être armés d'une manière +convenable. La Providence y a sagement et largement pourvu. + +Il n'est peut-être pas d'arme blanche, dit un savant naturaliste, +inventée par le génie meurtrier de l'homme, dont on ne puisse trouver +le modèle dans la tribu des Annélides. Voilà des lames recourbées, +dont la pointe présente un double tranchant prolongé, tantôt sur le +bord concave, comme dans le yatagan des Arabes, tantôt sur le côté +convexe, comme dans le cimeterre oriental. En voici qui rappellent +la latte de nos cuirassiers, le sabre-poignard de nos artilleurs, +ou le sabre-baïonnette des chasseurs de Vincennes. Et puis ce sont +des harpons, des hameçons, des lames tranchantes de toute forme, +légèrement soudées à l'extrémité d'une tige aiguë. Ces pièces mobiles +sont destinées à rester dans le corps de l'ennemi, tandis que le +manche qui les supporte deviendra une longue pique tout aussi acérée +qu'auparavant. Voici encore des poignards droits ou ondulés, des crocs +tranchants, des flèches barbelées à rebours, pour mieux déchirer la +plaie, et qu'une gaîne protectrice entoure soigneusement, de peur que +leurs fines dentelures ne viennent à s'émousser par le frottement ou +à se briser dans quelque choc imprévu. Enfin, si l'ennemi méprise ces +premières blessures et ces armes qui l'atteignent de loin, voilà que +de chaque pied va sortir un épieu plus court, mais aussi plus fort, +plus solide, et que des muscles particuliers mettent en jeu, dès qu'il +s'agit de combattre tout à fait corps à corps..... (Quatrefages.) + + +II + +En tête des Annélides dorsibranches, on peut placer les _Néréides_, +avec leurs tentacules en nombre pair attachés aux côtés de l'extrémité +céphalique. Leurs branchies forment de petites lames. Chacun de leurs +membres offre deux tubercules, deux faisceaux de soies et deux cirres. +Lorsque tous ces organes s'unissent pour frapper la vague de concert, +l'animal glisse à travers l'eau avec une aisance et une grâce au-dessus +de toute expression. + +Les Annélides dorsibranches présentent souvent des couleurs éclatantes. +Une des plus riches par sa robe est la _Nephthys perle_[149], dont le +corps est d'un jaune d'orpiment ou d'un rouge orangé, avec une ligne +longitudinale plus sombre, courant le long du dos. Toute sa surface est +chatoyante. Ses mâchoires sont noires et ses yeux bleus. + + [149] _Nephthys margaritacea_ Sars. + +Une espèce voisine, l'_Eunice géante_[150] de la mer des Antilles, +peut être regardée comme la plus grande Annélide connue; elle atteint +jusqu'à un mètre et demi de longueur. Elle possède plus de quatre +cent cinquante articulations. Elle est ornée de teintes irisées +resplendissantes, qui rappellent les magnificences du soleil des +tropiques. Sa tête est émaillée des plus vives couleurs. Il en sort une +trompe énorme, rose, armée de trois paires de mâchoires. Autour de la +bouche se font remarquer cinq tentacules. Les organes respiratoires, +placés sur les deux flancs, paraissent comme des panaches vermillon, +surtout lorsqu'ils sont remplis de sang. On peut suivre ce fluide +jusque dans le grand vaisseau qui parcourt la région dorsale. L'animal +possède dix-sept cents organes locomoteurs en forme de larges palettes, +d'où sortent des faisceaux de dards qui lui servent de rames, et qui +se meuvent tous à la fois avec une rapidité si grande, que l'œil ne +peut pas les distinguer dans leur évolution. Quand l'Annélide ondule, +qu'elle se tord en spirale, contractant et relâchant alternativement +ses anneaux, elle projette par moments des éclats de lumière où +brillent tour à tour les sept couleurs de l'arc-en-ciel. + + [150] _Eunice gigantea_ Cuvier. + +Dans l'_Eunice sanguine_, dont nous avons déjà parlé, on compte deux +cent quatre-vingts estomacs, trois cents cerveaux (ganglions) et trente +mille muscles!..... + +Regardez cette autre Annélide du même groupe, c'est peut-être la plus +belle des espèces qui vivent sur nos côtes. On l'appelle _Chenille +de mer_ (_Aphrodite hérissée_[151]). Elle est ovoïde, assez pointue +aux extrémités et déprimée. Elle a le dos légèrement convexe et le +ventre plat. Il règne en dessus deux rangées longitudinales de larges +écailles membraneuses, quelquefois boursouflées, mal à propos désignées +sous le nom d'_élytres_. Ces écailles sont recouvertes par une +fourrure épaisse, brune, semblable à de l'étoupe, qui prend naissance +principalement sur les côtés. Ce manteau de feutre est perméable à +l'eau. Des parties latérales naissent des groupes de fortes épines, qui +percent en partie la fourrure, et des faisceaux de soies flexueuses, +brillantes de tout l'éclat de l'or, et changeantes en toutes les +teintes de l'iris (Cuvier). En effet, on y remarque le jaune, l'orangé, +le bleu, le pourpre, l'écarlate, et surtout le vert doré. Ces nuances +ont des reflets métalliques, et se jouent de mille manières, produisant +les effets les plus merveilleux. L'Aphrodite hérissée ne le cède en +beauté ni au plumage des Colibris, ni à ce que les pierres précieuses +ont de plus vif. (Cuvier.) + + [151] _Aphrodite aculeata_ Baster. + +L'animal offre sur les côtés quarante tubercules, d'où sortent des +cônes charnus et des aiguilles de trois grosseurs différentes. Il a +deux petits tentacules. Son œsophage est très-épais, musculeux et +susceptible d'être renversé en dehors. Il peut alors servir de trompe. +Ses organes respiratoires, au nombre d'une quinzaine, sont placés sur +le dos et protégés par les fausses élytres dont nous avons parlé; ils +ont la forme de petites crêtes charnues. Pendant qu'ils fonctionnent, +les écailles s'élèvent et s'abaissent alternativement. + +Les soies de l'Aphrodite sont aussi remarquables par leur structure +que par leur éclat. On peut les regarder comme des harpons dont la +pointe serait armée d'une double rangée de fortes barbes; de sorte +que, lorsque l'Annélide hérisse ses piquants, l'ennemi le plus +courageux hésite à attaquer ce petit Porc-Épic si bien défendu. Ces +soies rentrent au besoin dans l'intérieur du corps. Chacune possède +un fourreau particulier, lisse, corné, composé de deux lames, entre +lesquelles l'instrument est rétracté sans blesser ni même irriter les +chairs de l'animal. (Rymer Jones.) + +L'Aphrodite est timide et paresseuse. Elle se remue à peine, au moins +pendant le jour; elle reste habituellement dans la même position, +blottie sous une pierre ou sous quelque coquille. L'extrémité +postérieure de son corps est recourbée, et il sort constamment de +l'orifice qui s'y trouve un courant d'eau si rapide, qu'il détermine +tout autour un petit tourbillon. + +Cependant ces Annélides peuvent nager avec facilité. Elles sortent +ordinairement la nuit pour aller chercher leur proie. Elles sont +très-voraces et n'épargnent même pas leur propre espèce. + +M. Rymer Jones rapporte que deux individus, de taille inégale et +probablement d'âge différent, avaient été mis dans un aquarium. Après +avoir vécu en paix pendant deux ou trois jours, le plus grand essaya +de manger son compagnon. Il en avait déjà introduit la moitié dans sa +grande et robuste trompe œsophagienne. La victime faisait des efforts +désespérés pour se dégager. L'agresseur, après l'avoir retenue pendant +quelque temps, fut enfin obligé de rendre gorge. Mais le malheureux +patient avait eu, dans le combat, quelques écailles arrachées et les +reins cassés. Le lendemain, il n'en restait plus que la moitié, l'autre +avait été dévorée. Le vainqueur dardait çà et là sa trompe affamée, +pour saisir le reste de la pauvre bête qui gisait immobile dans un coin +de l'aquarium..... + + +III + +Les Annélides dorsibranches sont _errantes_; les tubicoles sont +_sédentaires_. + +Celles-ci se font remarquer surtout par l'élégance de leurs organes +respiratoires, disposés en aigrettes, en couronnes, en éventails ou en +panaches..... + +L'entrée de leur habitation est ordinairement petite. C'est cependant +la seule issue par laquelle nos recluses peuvent jeter un regard sur le +monde de la mer, battre l'eau avec leurs branchies, et pourvoir à leurs +besoins. + +Parmi ces Annélides, citons d'abord les _Hermelles_[152]. + + [152] Voyez la figure 5 de la planche XXI. + +Il en existe une dans les eaux de la Méditerranée, longue de 5 +centimètres, et logée dans un étui de sable. Elle montre de temps en +temps sa tête bifurquée, portant une double couronne de soies fortes, +aiguës et dentelées, d'un beau jaune d'or. Ces couronnes forment les +deux battants d'une porte solide. Ce sont de véritables herses qui +ferment hermétiquement l'entrée de l'habitation, lorsque l'Annélide +effrayée disparaît comme un éclair dans sa maison de terre. + +La moindre brise qui agite le liquide, ou qui _fait rider la face de +l'eau_, suffit pour déterminer le timide animal à se blottir dans sa +fortification. + +Des bords de la fente céphalique sortent, au nombre de cinquante à +soixante, des filaments déliés, d'un violet tendre, sans cesse agités +comme de petits Serpents. Ces espèces de bras s'allongent ou se +raccourcissent alternativement, saisissent la proie au passage et +l'amènent dans la bouche. Ce sont eux encore qui ont ramassé un à +un, et mis en place, les grains de quartz ou de calcaire qui entrent +dans la composition du logement tubulé. Ces grains solides sont +reliés ensemble par une sorte de mucosité qui joue le rôle de mortier +hydraulique. + +Sur les côtés du corps, on aperçoit des mamelons d'où sortent des +faisceaux de lances aiguës et tranchantes, ou de larges éventails +dentelés comme des scies en demi-cercle. Ce sont là les pieds de +l'Hermelle. Enfin, sur le dos se trouvent des cirres recourbés en +forme de faux, et dont la couleur varie du rouge sombre au vert-pré. +(Quatrefages.) + +Lorsqu'on drague sur les côtes de la mer, dans une eau profonde, +on ramène souvent de vieilles coquilles et des tessons de poterie +auxquels sont attachées des masses de tubes calcaires, d'un blanc sale, +allongés, vermiculés, contournés, entrelacés en tous sens. Ces tubes +sont les demeures des _Serpules_[153], petits habitants de l'eau salée, +dont la brillante parure contraste singulièrement avec la modeste +cellule. Ces Annélides vivent dans leur étui comme les Teignes dans +leur fourreau. La coupe de cet étui est tantôt ronde, tantôt anguleuse, +suivant les espèces. (Cuvier.) + + [153] Voyez les figures 6, 8 et 9 de la planche XXI. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXII. + + ANNÉLIDE TUBICOLE + (SABELLE UNISPIRALE). + + Dessin de Lackerbauer, d'après nature (aquarium de Concarneau).] + +Pour bien voir les Serpules dans un aquarium, il faut user de grandes +précautions; car le moindre mouvement suffit pour les faire rentrer +dans leur tube. + +On aperçoit d'abord à l'ouverture une espèce de bouton écarlate, en +forme de cône renversé, porté par une longue tige flexible: c'est +un tentacule destiné à fermer l'entrée du tuyau, quand l'animal +s'y retire tout à fait. Que dites-vous d'une massue servant de porte +cochère? L'Annélide possède un autre tentacule à l'état de rudiment. +Le bouton est richement nuancé de vermillon et d'orange parfois strié +de blanc pur. Son extrémité aplatie est divisée par des sillons qui +rayonnent du centre à la circonférence, où ils sont armés de dents +microscopiques. + +Dans quelques espèces, cette sorte d'opercule se trouve tout à fait +plat. Sa surface est tantôt lisse, tantôt hérissée de pointes. Dans la +_Serpule géante_[154], on y remarque deux petites cornes rameuses comme +des bois de cerf. Dans la _Serpule étoilée_[155], l'opercule est formé +de trois plaques enfilées; ce qui fait que l'animal ferme sa maison +avec trois portes successives. + + [154] _Serpula gigantea_ Pallas. + + [155] _Serpula stellata_ Grube. + +Quand l'Annélide sort de son fourreau, elle épanouit peu à peu un +splendide panache disposé en entonnoir. Ce panache est composé de +filaments d'un beau rouge ou d'un bleu clair, ou variés de jaune et de +violet. Il paraît toujours en mouvement, mais le mouvement est doux +et onduleux. Il est tapissé de petits cils vibratiles. Dans plusieurs +espèces, l'appareil se roule en spirale au moment où il s'enferme dans +le tube. + +A proprement parler, les Serpules n'ont pas de tête distincte. La +partie antérieure de leur corps représente une sorte de manteau, +au-dessous duquel s'ouvre l'estomac. Leur poitrine est composée de +sept segments qui offrent chacun, sur les côtés, une paire de pieds +en forme de tubercules, traversés au sommet par un faisceau de +soies fines, élastiques et dures qui peuvent sortir de l'organe ou +y rentrer à volonté. On compte, par pinceau, vingt à trente de ces +poils, lesquels, au microscope, offrent l'apparence d'un tuyau jaune, +transparent et de consistance cornée, se dilatant à son extrémité en +nœud armé de quatre pointes. Trois de ces pointes sont ténues; la +quatrième se prolonge en lame acérée, très-élastique. Lorsque l'animal +veut sortir, il pousse au dehors des pieds les pinceaux du premier +segment, dont les pointes pénètrent dans la fine membrane qui tapisse +l'intérieur du tube et leur fournit un point d'appui. Les segments +postérieurs se contractent, les pinceaux de la dernière paire de pieds +s'épanouissent à leur tour et s'arc-boutent de la même manière, tandis +que ceux de la première paire rentrent dans le fourreau et permettent +au corps de s'allonger. S'agit-il de revenir sur ses pas, la nature y +a pourvu par un appareil préhenseur encore plus délicat. Chaque pied +est pourvu sur le dos d'une ligne jaunâtre, perpendiculaire à l'axe du +corps, ligne imperceptible à l'œil nu, mais qui, sous un grossissement +de 300 diamètres, présente l'aspect d'un ruban musculaire érectile, +garni sur toute sa longueur de plaques triangulaires parallèles, +découpées en sept dents, dont six se recourbent dans un sens, et dont +la septième se dirige en sens opposé, en faisant face aux autres. Il +existe cent trente-six plaques par ruban; et, comme il y a autant +de rubans que de pieds, c'est-à-dire quatorze, on peut évaluer à +dix-neuf cents le nombre total de ces petites pièces préhensiles, +toutes mues par un muscle distinct. Chaque plaque étant armée de sept +dents, l'Annélide dispose donc de treize mille trois cents crochets +susceptibles de s'implanter à volonté dans la membrane de son tube. Il +n'est pas étonnant qu'avec tant de muscles faisant agir ces myriades de +griffes, elle puisse s'enfermer et se cacher avec une telle rapidité. +Quel merveilleux appareil moteur prodigué à un si misérable ver! +(Gosse.) + +En réalité, tous les mouvements des Serpules se réduisent à élever la +partie antérieure ou supérieure de leur corps à une petite distance +au-dessus de leur résidence calcaire. L'animal, ainsi qu'on vient de le +voir, grimpe dans son tuyau, à l'aide de ses crochets, comme un _petit +ramoneur dans une cheminée_. (Rymer Jones.) + +Une autre Annélide, pourvue de même d'un vêtement calcaire, mais +de taille extrêmement petite, habite sur les fucus et les autres +hydrophytes, sur les coquillages et sur les rochers. Celle-ci a été +nommée _Spirorbe nautiloïde_[156]. Elle sécrète un tuyau plus régulier +que celui de la Serpule, enroulé sur lui-même comme la coquille de +plusieurs mollusques fluviatiles désignés sous le nom de _Planorbes_. +Cette jolie petite bête est grosse comme une tête d'épingle; elle +adhère fortement aux corps solides par l'un des côtés plats de sa +coquille. Elle fait sortir de temps en temps une couronne de six +tentacules plumeux et frémissants, au milieu desquels s'ouvre sa +bouche. Elle épanouit sa couronne et la tourne dans tous les sens avec +une harmonie et une grâce parfaites. + + [156] _Spirorbis nautiloides_ Lamarck. + +Ce pauvre animal est sans tête, sans yeux et même sans mâchoire. Il +ferme hermétiquement sa maisonnette avec un septième tentacule terminé +par une massue, à peu près comme celui de la Serpule. + +Les _Térébelles_[157] sont aussi des Annélides tubicoles. Elles se font +distinguer par leurs nombreux appendices filiformes, susceptibles d'une +grande extension, placés autour de la bouche, et par leurs trois paires +d'organes respiratoires en forme d'arbuscules et non pas en éventail. + + [157] Voyez figure 1, planche XXI. + +Les tentacules de ces Annélides ressemblent, au premier abord, à +des fils charnus, cylindriques, d'une extrême flexibilité. Mais en +y regardant plus attentivement, on reconnaît qu'ils sont aplatis +et rubanés, et qu'ils offrent une rainure longitudinale pouvant se +transformer en pli et saisir alors les corps étrangers qui sont à leur +portée. + +Dans une espèce, la rainure dont il s'agit est bordée, de chaque côté, +par une série de denticules. + +Les organes respiratoires des Térébelles sont fort beaux. Ils offrent, +dans leurs divisions, une grande profusion d'angles, de courbures et de +pointes. Leurs couleurs sont très-variées et très-brillantes. + +Le tube protecteur de ces animaux est composé de vase, d'argile, de +grains de sable et de fragments de coquilles agglutinés. Il a une forme +cylindrique. On remarque, à son orifice, des bords prolongés en petites +branches de même nature, qui servent à loger les tentacules. + +Si l'on met dans un aquarium une Térébelle privée de son fourreau, on +verra l'Annélide étendre ses fils tentaculaires, balayer le sable, et +l'accumuler dans un coin pour en construire une nouvelle habitation. Le +petit architecte développe une grande activité dans la mise en œuvre de +ces matériaux. Quand le tube est en partie formé, il s'y enferme et y +demeure caché tout le long du jour. Vers midi, l'animal manifeste une +certaine inquiétude, laquelle augmente au fur et à mesure que le soir +approche. Aussitôt que le soleil est couché, les tentacules sortent +de la maisonnette, et se mettent à l'ouvrage. Chacun saisit un grain +de sable et le transporte au sommet du tube commencé. Quand un de ces +bras, maladroit ou fatigué, laisse échapper sa petite charge, il la +cherche jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée, et ne l'abandonne plus jusqu'à +ce qu'il l'ait portée à sa destination. + +Dans certaines espèces, les tentacules semblent s'être divisé le +travail: les uns sont occupés au choix des matériaux, les autres au +transport; certains les alignent et les agglutinent; quelques-uns +ramassent soigneusement les débris qui tombent du chantier. + +[Illustration: TÉRÉBELLE COQUILLIÈRE + +(_Terebella conchilega_ Gmelin).] + +Le travail de construction se continue pendant plusieurs heures, sans +relâche, par un véritable procédé de fourmi; il semble marcher avec +lenteur. Cependant, le lendemain, on est étonné des progrès qu'a +faits le petit édifice. Durant la nuit la tour s'est allongée, et, au +milieu des parois nues, on aperçoit maintenant des particules de sable +régulièrement et solidement unies ensemble, qui en constituent le +revêtement extérieur. L'architecte, satisfait, se repose alors de ses +travaux et au milieu de ses travaux. Mais ce repos ne dure que jusqu'au +soir. (Rymer Jones.) + +L'intérieur du tube est tapissé d'une mince couche de matière +semblable à de la soie, laquelle réunit et fortifie les éléments de la +maçonnerie, et décore en même temps d'une jolie tenture les murs de la +chambrette. Cette matière provient d'une humeur gluante sécrétée par la +peau de l'Annélide, humeur précieuse qui sert à la fois de ciment et +d'ornement. + +Quand on arrache brusquement une Térébelle de son tube, on la blesse +quelquefois; on entame ses anneaux ou l'on mutile ses tentacules. +L'animal paraît peu affecté de ces accidents. Un bras de moins n'est +pas un grand malheur pour notre infatigable architecte. Il recommence +une nouvelle maison, comme s'il ne lui était rien arrivé! + +La _Térébelle tisserand_[158] ne se borne pas à construire une +maisonnette tubuleuse avec du sable et de la vase; elle fabrique aussi +une sorte de toile d'araignée, une manière de filet pour entourer ses +œufs. Cette toile est très-mince, un peu irrégulière, et composée de +fils si fins et si transparents, qu'ils sont presque invisibles. C'est +un travail fort compliqué, où se trouvent au moins cinquante fils de la +longueur du petit tisserand. + + [158] _Terebella textrix_ Dalyell. + +M. de Quatrefages a désigné sous le nom de _Térébelle Emmaline_[159] +une nouvelle espèce ravissante, dont il a bien voulu nous communiquer +un dessin. + + [159] _Terebella Emmalina_ Quatrefages (voy. la figure 1 de la + planche XXI). + +Le corps de cette espèce est allongé, déprimé et comme rubané; il +s'amincit fortement en arrière. En dessus, il offre une belle teinte +bleu d'azur, qui passe bientôt au vert gai, puis au lilas clair, +et enfin au jaune d'ocre. Le dessous est plus ou moins doré. Les +articulations, à peine sensibles à la partie antérieure, deviennent +de plus en plus marquées dans la région caudale. On prendrait cette +dernière pour un rameau de Salicorne. Ses bords sont garnis d'une +rangée de petits pieds en forme de mamelons; les quinze premières +paires pourpres et terminées par un pinceau de poils ou de crochets; +les autres, jaunâtres et sans armure. + +Les six branchies forment en avant et en dessus, à gauche et à +droite, deux rangées latérales de panaches d'un beau rouge vermillon, +semblables à des arbustes de Corail en miniature. La paire antérieure +est la plus grande; la postérieure, la plus petite. + +Sur le front naissent de soixante à quatre-vingts tentacules ou cirres +trois fois au moins plus longs que l'Annélide, presque aussi minces +que des fils d'araignée, demi-transparents et jaunâtres. Les uns sont +droits, les autres flexueux, quelques-uns tordus en spirale. Tous +creusés d'un canal central, en communication avec la cavité abdominale. + +Ils divergent, et forment autour de la Térébelle un appareil capillaire +de la plus grande délicatesse. Ce n'est pas un réseau, car tous les +cirres sont distincts. C'est presque un nuage, tant ils sont légers +et diaphanes! C'est une sorte de soleil filamenteux et contractile +qui rappelle l'aigrette soyeuse et tremblante qui couronne les fruits +de certaines composées. Ces tentacules servent en même temps à la +préhension des aliments et à la locomotion de l'Annélide. Ce sont +encore, malgré leur ténuité, des organes d'attaque et de défense; +car leur surface est garnie de vésicules urticantes en forme de +petites bouteilles à col court, dont l'orifice laisse passer un dard +microscopique très-pointu, traversé probablement par un canal qui +communique avec une glande venimeuse placée au fond de la bouteille. + +Si l'on ajoute, en avant de la partie céphalique d'une Térébelle, des +pailles de couleur dorée, disposées sur plusieurs rangs en peignes ou +en couronnes, on aura une _Amphitrite_. + +Celle qu'on désigne sous le nom d'_éventail_[160] est bien certainement +une des plus jolies Annélides de nos mers. + + [160] _Amphitrite ventilabrum_ Gmelin. + +Son tube ressemble à un fourreau de cuir. Il est étroit et s'élargit +graduellement de bas en haut. + +L'Annélide étant mise dans de l'eau fraîche, on voit, après quelques +moments de repos, s'échapper de son tube plusieurs petites bulles +d'air. Bientôt sortent graduellement les pointes d'un pinceau bigarré, +qui s'élève peu à peu, jusqu'à ce qu'il forme un merveilleux panache, +composé d'une multitude de filaments plumeux d'un carmin vif. Ce +panache s'étale et prend la forme de deux éventails demi-verticaux, +arrondis, concaves, disposés de manière à produire un immense +entonnoir. Chaque filament est grêle, pointu et garni sur les côtés +de barbes extrêmement fines, arrangées avec une grande symétrie. Ils +sont serrés inférieurement et divergent plus ou moins vers la moitié +supérieure. Cette dernière moitié est presque toujours d'un rouge +pourpre. La base de l'entonnoir plumeux paraît d'un jaune doré, avec +cinq ou six petites zones transversales et parallèles de ponctuations +purpurines. + +On remarque au milieu deux antennes triangulaires, pointues, brunes et +vertes, et au-dessous deux espèces de lobes charnus qu'on a comparés +à deux truelles. Entre ces lobes surgit un organe qui ressemble à une +languette. + +Le reste du corps est grêle, comme festonné, et peint en jaune, en +vert, en rouge et même en brun. + +Au plus léger choc, toutes ces brillantes parties s'affaissent, se +resserrent et disparaissent. On ne voit plus qu'un vilain fourreau. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXVIII + +LES SANGSUES DE MER. + + «Tu rassasies chaque créature vivante suivant son goût et son + désir!» + + (DAVID.) + + +I + +Il existe des Sangsues dans l'Océan comme il en existe dans les marais. +Il y a des parasites partout. Mais les suceuses de sang qui vivent dans +l'eau salée diffèrent notablement de celles qui serpentent dans l'eau +douce. + +Et d'abord, au lieu d'une peau mince et délicate, elles ont une +enveloppe épaisse et coriace. Elles sont vêtues plus solidement, plus +confortablement que les Sangsues ordinaires, sans doute pour mieux +résister à la température froide, aux sels pénétrants et aux agitations +incessantes du grand milieu qu'elles habitent. + +Par suite de l'épaisseur et de la rigidité de leur habillement, +ces Annélides n'ont pas les mouvements faciles et gracieux qui +caractérisent nos sémillantes Sangsues médicinales. Elles ne peuvent +pas se contracter en olive (Rondelet), et leur corps, plus ou moins +roide, reste toujours plus ou moins étendu. En second lieu, leur +ventouse de devant est en forme d'écuelle et non en bec de flûte; elle +ressemble, à s'y méprendre, à celle de derrière; elle est seulement +plus petite. + +Quelle singulière organisation qu'une bête cylindrique, avec une +écuelle en guise de tête et une écuelle en guise de queue! + +Les Sangsues de mer ont été appelées _Albiones_ et _Branchellions_. +(Ces noms sont bien jolis pour des Sangsues!) + + +[Illustration: + + _P. L._ _F. L._ + +ALBIONE ÉPINEUSE + +(_Albione muricata_ Savigny).] + + +[Illustration: + + _P. L._ _F. L._ + +BRANCHELLION DE LA TORPILLE + +(_Branchellion Torpedinis_ Savigny).] + +Les premières, nommées aussi _Pontobdelles_ ou _Ponbdelles_, ont un +corps généralement hérissé de verrues plus ou moins épineuses; elles +manquent de branchies et respirent par la peau. + +Les secondes ont un corps non verruqueux; mais les deux tiers +postérieurs de l'animal sont garnis sur les côtés de branchies +extérieures, demi-circulaires, onduleuses, semblables à de petites +feuilles transversales superposées. Ces branchies composent ainsi deux +franges élégantes. + +Les Albiones se trouvent principalement sur les Raies, et les +Branchellions sur les Torpilles. + +Les Sangsues de mer adhèrent fortement à ces poissons au moyen +de leurs ventouses. Elles ont l'instinct de choisir la racine des +nageoires, les bords des yeux, l'orifice des branchies; c'est-à-dire +les endroits où la peau est à la fois le plus riche en vaisseaux +sanguins, le plus mince et le plus vulnérable. + +Ces animaux ne sont pas pourvus, comme les Sangsues médicinales, de +trois mâchoires cartilagineuses, robustes, armées d'une soixantaine de +dents pointues, en forme de chevrons. On n'y découvre que trois petits +tubercules, sans aucune dureté. Comment ces parasites parviennent-ils +à diviser les téguments des Raies et des Torpilles? Leur bouche est +organisée tout à fait comme une vraie ventouse; elle s'applique contre +la peau d'une manière très-solide, et la déchire par une très-forte +aspiration. Cette enveloppe est rompue, déchirée et non sciée; ce qui +fait que la blessure doit être irrégulière et non trifide. + +Les verrues épineuses, et peut-être aussi les branchies foliacées, +empêchent ces Annélides de glisser sur l'enveloppe rugueuse des +Poissons, surtout quand ces derniers s'agitent brusquement. Pendant +le jour, elles demeurent immobiles. Le soir, elles sortent de leur +apathie, sucent les Raies et les Torpilles, ou bien voyagent sur leur +corps. + + +II + +Les Albiones et les Branchellions aiment le sang rouge. Chacun son +goût! Voilà pourquoi ces animaux dédaignent les Mollusques et attaquent +les Poissons. Ils préfèrent les Poissons cartilagineux et plats à tous +les autres: probablement parce que ces derniers n'ont pas la peau +revêtue de fortes écailles protectrices; peut-être aussi parce qu'ils +se tiennent dans les endroits vaseux, presque toujours au fond ou près +du fond, circonstance favorable aux évolutions, aux mœurs et à la ponte +de nos sanguinaires Annélides. + +Les animaux parasites, qui se nourrissent exclusivement de sang, +enlèvent presque toujours ce fluide à d'autres animaux doués d'une +structure plus compliquée que la leur, ou, comme disent les savants, +d'un _organisme plus parfait_. Or, dans une bête quelconque, le sang +peut être regardé comme la quintessence de son alimentation. Par +conséquent, une très-petite quantité de ce fluide devrait suffire +à un animal _très-dégradé_. Pourquoi donc toutes les Sangsues en +prennent-elles aussi abondamment? + +Personne n'ignore que le Ver à soie mange, dans un repas, une quantité +de feuilles plus pesante que son corps (Tyson). On conçoit cette +voracité, les feuilles du mûrier étant peu nourrissantes et l'animal +devant grandir avec rapidité! Mais le sang de l'homme ou du poisson est +un liquide très-nutritif pour des Sangsues, et les Sangsues grossissent +lentement! Cette habitude de gloutonnerie tiendrait-elle à ce que nos +bêtes sanguivores supportent de longs jeûnes, de très-longs jeûnes, et +à ce que chaque repas doit représenter chez elles un certain nombre de +repas? + +Les Sangsues médicinales absorbent sept fois et demie leur poids de +sang humain. Les Sangsues de mer ne prennent que deux fois leur poids +de sang de poisson. A quoi tient cette différence? A une circonstance +de structure fondamentale, qui influe sur les appétits des unes et +des autres. Les premières possèdent onze paires d'estomacs énormes, +d'autant plus vastes, qu'ils sont plus postérieurs, et dont la dernière +est à elle seule presque aussi grande que toutes les autres réunies. +Les secondes ont un estomac tubuleux, droit, sans poches latérales. +Ajoutons à cette différence que les Sangsues médicinales sont revêtues +d'une peau mince, facilement dilatable, et que les Sangsues marines +sont habillées d'un cuir épais très-résistant. + +Mais le sang du poisson nourrit moins que celui de l'homme. Les +Albiones et les Branchellions devraient donc faire de plus gros repas +que les Sangsues médicinales? Pourquoi est-ce l'inverse qui a lieu?... +Voilà une question physiologique dont nous ignorons la solution. Il +s'en présente et s'en présentera souvent de semblables. «Tous ces +mystères, dirait Pline, sont impénétrables à la raison humaine, et +restent cachés dans la majesté de la nature[161].» + + [161] «_Omnia incerta ratione, et in naturæ majestate abdita._» + (PLINE.) + + +III + +La quantité de sang que font perdre les Sangsues de mer est, en +définitive, peu considérable relativement à la corpulence de l'animal +sucé. Le plus souvent, ce dernier ne semble pas s'apercevoir de la +voracité de son parasite. Il est à peine affaibli, il n'est jamais +épuisé. On serait même tenté d'admettre qu'à certaines époques, les +très-petites saignées qu'on lui pratique le rendent plus leste, plus +dispos et lui donnent plus d'appétit! + + _O bonne, ô sainte, ô divine saignée!_ + + (J. DU BELLAY.) + +On l'a dit avec raison, les parasites s'attaquent moins à l'organisme +qu'à ses produits surabondants. (Van Beneden.) + +Ce qui constitue surtout le _parasitisme_ (qu'on nous passe ce mot), +c'est le fait remarquable, que l'individu vivant aux dépens d'un +autre individu ne fait pas périr ce dernier; à moins de circonstances +particulières, lesquelles, par bonheur, se rencontrent rarement. S'il +n'en était pas ainsi, l'espèce du parasite, ou celle de l'animal qui le +nourrit, devrait nécessairement disparaître, conséquence contraire aux +lois essentiellement harmoniques qui régissent l'univers. + + +IV + +Comme les Sangsues ordinaires, les Albiones et les Branchellions sont +à la fois mâle et femelle (_androgynes_). Dans leurs amours, chaque +Annélide est en même temps poursuivante et poursuivie, fécondante +et fécondée, et par conséquent père et mère; double devoir qu'elle +accomplit sans se donner plus de peine ou de souci que n'en prennent +les autres animaux qui sont réduits à un seul rôle! + + _Toutes choses se meuuent en leur fin._ + + (RABELAIS.) + +Les Albiones se reproduisent par des capsules rarement solitaires, +le plus souvent réunies par groupes de vingt, trente, quarante et +même de cinquante. Elles les attachent à l'extérieur ou à l'intérieur +de quelque vieille coquille. Chaque capsule est un sphéroïde de 5 +millimètres de diamètre, porté par un pédicule très-court, dilaté à sa +base en un épatement arrondi qui le fixe solidement au corps étranger. +Ce sphéroïde est lisse et creusé, au sommet, d'un petit ombilic; il +paraît d'abord blanchâtre ou couleur de chair; il brunit peu à peu. Au +bout de quatre ou cinq jours, le blanchâtre primitif est devenu brun +olivâtre. + +[Illustration: ŒUFS D'ALBIONE SUR UNE COQUILLE.] + +Cette capsule globuleuse ne ressemble en rien aux _cocons_ ovoïdes des +Sangsues médicinales, ni aux bourses coriaces, plus ou moins aplaties, +des animaux voisins. + +Au lieu de plusieurs œufs, les capsules dont il s'agit n'en contiennent +qu'un seul. La petite Albione éclôt par l'ombilic; elle naît du +sphéroïde par en haut. Chez les Sangsues médicinales, les enfants +sortent du cocon par les deux bouts. + +Comment se reproduisent les Branchellions? Les savants n'en savent +rien..... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXIX + +LES ZOONITES. + + «_Natura non facit saltus._» + + (LINNÉ.) + + +I + +L'étude des Annélides, si ardemment poursuivie depuis le commencement +de ce siècle, a déjà rendu de très-grands services à l'anatomie et à la +physiologie comparées. + +Ces animaux, avec leurs _articles_ placés bout à bout, présentent une +organisation des plus curieuses. On trouve généralement, dans ces +articles, les _mêmes organes_ régulièrement répétés et symétriquement +associés. + +Tout le monde connaît la _Sangsue médicinale_[162]. Cet animal est +regardé comme un des types de la classe des Annélides, bien qu'il en +soit un des moins brillants. + + [162] _Hirudo medicinalis_ Linné. + +Cette Sangsue offre un corps vermiforme, atténué antérieurement, +composé d'environ quatre-vingt-quinze articles. En avant et en arrière, +se trouvent deux ventouses: l'une, dite _orale_, taillée en bec de +flûte; l'autre, dite _anale_, en forme de soupape. + +Si vous examinez la région dorsale d'une Sangsue, vous y observerez +six bandes longitudinales parallèles, roussâtres, ornées de taches d'un +brun foncé, de forme triangulaire ou carrée. _Ces taches se répètent +régulièrement de cinq en cinq anneaux._ + +Dans la _Sangsue dragon_, les bandes sont interrompues et les taches +isolées; ce qui rend la disposition symétrique de ces dernières encore +plus apparente. + +[Illustration: SANGSUE DRAGON + +(_Hirudo troctina_ Johnson).] + +Essuyez une Sangsue, et saupoudrez-la avec de la farine ou de la craie +pulvérisée, elle prendra alors une couleur grisâtre; si ensuite vous la +distendez et la fixez par le dos, sur une planche, vous distinguerez +bientôt, à la partie inférieure du corps, sur les côtés, de petites +taches produites par certaines portions de farine ou de craie délayées +dans de la mucosité sortie de deux séries d'appareils sécrétoires que +l'animal possède dans ses flancs. _Une paire de ces petites taches se +fait remarquer de cinq en cinq anneaux._ + +Disséquons maintenant l'animal, et nous serons surpris de voir le +rapport qui existe entre la symétrie des parties extérieures et la +symétrie des organes intérieurs. Ainsi, pour le système nerveux, la +Sangsue nous présente, _de cinq en cinq anneaux_, à la même distance +que les taches dorsales ou que les glandes mucipares, un ganglion +nerveux bilobé. + +[Illustration: PORTION DE SANGSUE MÉDICINALE + +(_anneaux médians_).] + +L'estomac se compose de onze paires de poches correspondant chacune à +un ganglion, et disposées par conséquent _de cinq en cinq anneaux_. + +Sur les parties latérales, on remarque de petits canaux allongés, +intestiniformes, qui communiquent avec une ampoule membraneuse. Ces +appareils sécrètent une partie de la mucosité destinée à lubrifier la +Sangsue. Il y en a dix-sept paires, que nous trouvons encore _à chaque +distance de cinq anneaux_. + +Le système vasculaire nous offre le même genre de répétition. +Il se compose d'un vaisseau dorsal, d'un vaisseau abdominal, et +de deux vaisseaux latéraux. Ces derniers fournissent tous, _à un +même intervalle de cinq anneaux_, une branche transversale avec un +renflement qui n'est autre chose qu'un petit cœur. (Gratiolet.) + +Dans l'enveloppe coriace (_dermato-squelette_), nous retrouvons, _de +cinq en cinq anneaux_, le même groupe de faisceaux musculaires. + +Enfin, si nous considérons l'appareil reproducteur, nous découvrons +encore une répétition des parties et une symétrie du même genre. + +Ainsi, la Sangsue nous offre, par _chaque fragment de cinq anneaux_, +un système nerveux, un système stomacal, des systèmes glandulaire, +vasculaire, musculaire et reproducteur; en un mot, un _organisme +complet_, c'est-à-dire _tout ce qui est nécessaire pour constituer un +individu_. On pourrait la comparer à une série d'animaux symétriquement +alignés et soudés! + +La Sangsue n'est donc pas un être _simple_, mais un être _multiple_. +Nous en dirons autant du _Ver de terre_, du _Mille-pieds_, du +_Ténia_..... + +Tous les zoologistes ont constaté depuis longtemps, que certains êtres +jouissant de l'animalité, les Polypiers, par exemple, diffèrent des +animaux ordinaires en ce que, au lieu d'être isolés, ils sont groupés +ensemble et vivent en société[163]. + + [163] Voyez les chapitres VIII, IX, X, XI, XVII et XVIII. + +Il y a donc, dans la nature, des animaux isolés, ou _unitaires_, et des +animaux composés, ou _associés_. + +Eh bien! entre ces deux sortes d'animaux viennent se ranger, comme +intermédiaires, d'autres animaux qui ne présentent, ni l'_unité +parfaite_ des premiers, ni la _multiplicité manifeste_ des seconds. +_La nature ne fait pas de sauts!_..... + +La Sangsue médicinale est un de ces êtres _juste-milieu_ les mieux +caractérisés. + +Les autres Annélides possèdent une organisation identique ou analogue. + +On a désigné (1826) ces organismes individuels sous le nom de +_zoonites_. + +Les zoonites n'embrassent pas nécessairement un intervalle de cinq +anneaux. Il y en a de quatre, de trois, de deux et même d'un seul. + +Ces organismes sont sur une seule ligne (_unisériés_) chez les +Annélides et chez tous les animaux dits _Articulés_ ou _Annelés_; mais, +chez d'autres espèces, pour le dire en passant, les zoonites sont +_multisériés_, c'est-à-dire disposés tantôt suivant deux dimensions, +comme chez les _Étoiles de mer_[164], tantôt dans tous les sens, comme +chez les _Pyrosomes_[165]. Ces derniers font le passage vers les +animaux associés. + + [164] Voyez le chapitre XIV. + + [165] Voyez le chapitre XVIII. + +On ne doit plus s'étonner de l'erreur dans laquelle sont tombés +certains auteurs, en comparant la Sangsue aux Vertébrés. C'est une +_portion_ de Sangsue seulement, un zoonite, qu'il fallait leur comparer. + +On s'est souvent demandé pourquoi un quadrupède auquel on coupe la +tête mourait presque instantanément, tandis qu'une Sangsue, après une +semblable mutilation, vit encore _plus d'une année_. Ce fait est facile +à expliquer. Le quadrupède n'a qu'un seul centre sensitif, un cerveau, +contenu dans la tête. Si vous le retranchez, l'animal doit périr. Chez +la Sangsue, il y a plusieurs centres de vie, et vous ne faites mourir +que l'organisme sur lequel vous agissez. + + +II + +De nombreuses objections ont été élevées contre la _théorie des +zoonites_. + +«Nous reconnaissons volontiers, dans une Sangsue, a-t-on dit, des +ressemblances assez fortes entre les _organismes de la partie moyenne_; +mais nous ne pouvons admettre que l'on compare à ces mêmes organismes +_ceux des extrémités_, qui présentent en avant une ventouse en bec de +flûte, les yeux et la bouche, et, en arrière, une ventouse en forme +de soucoupe et l'ouverture anale. La théorie de la multiplicité des +organes est donc insoutenable.» + +On a répondu à cela: + +1º La ventouse orale et la ventouse anale ont des rapports tellement +sensibles, qu'on les a désignées l'une et l'autre sous le même nom, le +nom de _ventouse_. + +D'un autre côté, ces deux ventouses se ressemblent si fort, chez les +_Sangsues de mer_, qu'un savant zoologiste, Baster, a pris la première +pour la postérieure, et celle-ci pour celle de la bouche! + +2º Dans un Papillon, on distingue une tête, un corselet et un abdomen, +trois parties bien différentes. Or, avant d'être Papillon, l'animal +avait été chrysalide; avant d'être chrysalide, il avait été chenille! +Eh bien! sous cette dernière forme, il existait sans doute, _en germe_ +ou _en puissance_, une tête, un corselet et un abdomen; mais ces +parties offraient alors _une même organisation_. Dans l'animal adulte, +elles ne se ressemblent plus. + +3º Les _Planaires_, petits animaux aquatiques, d'eau douce et d'eau +salée, voisins des Sangsues, présentent, à la partie moyenne du ventre, +une poche munie d'une petite trompe. Voilà tout leur système digestif. +C'est avec cette trompe que l'animal saisit sa proie et l'introduit +dans son estomac. Quand l'aliment est digéré, il rejette les parties +excrémentitielles avec le même organe. + +Si, à l'aide d'un instrument tranchant, on coupe transversalement +une Planaire en deux parties, on formera deux êtres nouveaux. Mais +l'estomac étant unique, suivant l'endroit où l'on aura opéré la +division, il se trouvera dans l'une ou dans l'autre des deux moitiés. +Si vous coupez en avant de la poche digestive, cette poche sera dans +la queue; si vous coupez en arrière, elle sera dans la tête. Au bout +de quelque temps, apparaît sur le milieu de chaque fragment un point +blanchâtre qui s'étend, se creuse et donne naissance à un nouvel +appareil. L'estomac ancien, quelle que soit la place qu'il occupe, se +flétrit et disparaît. (Il y a un moment où les Planaires possèdent deux +estomacs, un normal, dans la situation ordinaire, et un autre plus ou +moins atrophié, dans la queue ou dans la tête!) Nous pouvons donc, +suivant le lieu où nous porterons le scalpel, faire naître l'estomac _à +l'endroit que nous voudrons!_ Que résulte-t-il de là? Que chez certains +Invertébrés, il est permis de _considérer comme identiques des parties +ou des organes qui, au premier abord, ne se ressemblent pas_. + + +III + +On a recueilli, depuis quelques années, un grand nombre de faits +physiologiques qui prouvent que la Sangsue n'a pas seulement une vie +générale, _une vie d'association_, si l'on peut parler ainsi, mais +aussi des vies particulières, des _vies de zoonites_. + +Pour l'harmonie générale, la nature a pourvu cette Annélide de Cordons +nerveux de communication qui relient entre eux les organismes +particuliers. Le premier zoonite, qui offre le centre sensitif le plus +développé et qui porte les organes des sens, peut être regardé comme +le chef des organismes, le régulateur de l'association, le pilote du +vaisseau. Si l'on détruit ce zoonite, les autres continuent de vivre, +mais d'une vie obscure et confuse. L'animal ne peut plus pourvoir à sa +nourriture, ni à ses principaux besoins. + +Voici quelques expériences qui montrent manifestement que les vies des +zoonites sont, jusqu'à un certain point, indépendantes les unes des +autres. + +1º Si l'on mouille avec de l'eau salée ou avec un acide affaibli les +premiers zoonites d'une Sangsue pleine de sang, les estomacs qui leur +correspondent se dégorgent, les autres conservent le sang qui les +remplit. + +2º Si l'on plonge partiellement une Sangsue dans un acide concentré ou +dans l'alcool, on ne détruit que la vitalité de la portion plongée. + +3º Si l'on coupe en deux une Sangsue aux trois quarts gorgée et encore +attachée à la peau, la moitié antérieure continue de sucer, et l'on +voit le sang couler par son extrémité ouverte. + +4º Si, d'une manière quelconque, on fait périr un zoonite de la région +moyenne, les parties antérieure et postérieure ne cessent pas de vivre. +Seulement, d'un animal _multiple_, on en a fait deux. + +5º Si l'on coupe ou si on lie, en avant et en arrière d'un ganglion, +les cordons qui l'unissent avec ses deux voisins, le zoonite de ce +ganglion conserve sa sensibilité, mais on a donné naissance à un animal +_isolé_, placé entre deux animaux _multiples_. Les piqûres qu'on fait +éprouver à cet animal ne sont senties que par lui seul. + +6º Enfin, quand on coupe ou qu'on lie le cordon médullaire d'une +Sangsue, dans la partie moyenne du corps, on produit et l'on isole +deux animaux _multiples_. Il se crée à l'instant _deux volontés_ bien +distinctes, et les phénomènes sensitifs et locomotifs qui se passent +dans la moitié antérieure n'ont rien de commun avec ceux de l'autre +moitié. + +Le docteur Vernière a conservé pendant plus de deux mois une Sangsue +soumise à cette opération. Rien n'était plus singulier, dit-il, que le +conflit des deux volontés entre les deux _demi-Sangsues_, lorsque la +ventouse de chacune se trouvait fixée aux parois du vase. On voyait +s'engager une lutte dans laquelle chaque moitié se montrait tour à +tour contractée ou tiraillée, suivant qu'elle était ou plus forte ou +plus faible. Ce combat durait jusqu'à ce que l'une des deux, moins +solidement attachée ou moins robuste, vînt à céder; alors la moitié +victorieuse la traînait à sa suite. Mais, à son état de contraction et +d'immobilité, il était aisé de voir que c'était à contre-cœur, s'il est +permis de le dire, que la moitié vaincue se sentait forcée d'obéir à sa +compagne. + +7º Si l'on coupe une Sangsue de manière à isoler plusieurs fragments, +chacun vivra, même pendant un temps considérable. + +On a conservé des tronçons, sans nourriture, pendant quatre, six et +onze mois. Carena et Rossi assurent en avoir gardé deux ans. + +Ces tronçons présentaient, du reste, des signes notables +d'amaigrissement: ils ne mangeaient pas. Tout porte à croire que, si +par un procédé quelconque on avait pu les nourrir, en introduisant, par +exemple, de temps à autre, quelques gouttes de sang dans leur cavité +digestive, leur vie se serait prolongée plus longtemps encore. + +Qui sait même si, dans ce cas, il n'y aurait pas reproduction des +organes amputés? + +«La théorie, a dit un penseur profond, est le seul chemin qui conduise +à Dieu, à travers la nature. Il ne suffit pas de voir la création, +il faut voir derrière elle le Créateur. Linné, avant de commencer son +immortel inventaire des trésors de notre globe, se demande quel est +le but suprême de l'histoire naturelle, et se répond solennellement +que c'est _la glorification du Créateur_. Cette belle pensée est aussi +forte par sa droiture que par sa piété. Plus nous nous séparons des +effets par la vertu du perfectionnement de la science, pour remonter +vers les principes, plus nous nous rapprochons de la cause première, +et plus sa gloire éclate et nous encourage. Il n'y a, en histoire +naturelle, que les points de vue pris dans les lois générales qui +aillent vers l'infini. Les quitte-t-on pour descendre vers les détails, +ces détails ne trouvent plus d'appui que dans la réalité la plus +vulgaire, et la science, humiliée, perd son auréole.» (J. Reynaud.) + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXX + +LES CIRRIPÈDES. + + «Les méthodes les plus parfaites sont des espèces de filets + scientifiques dont, malgré toutes nos précautions, il s'échappe + toujours quelque chose.» + + (MONTBEILLARD.) + + +I + +La mer est bien plus riche que les continents en productions +singulières, disait Charles Bonnet. Que de bizarres animaux elle fait +et défait à chaque instant! + +Parmi ses habitants les plus extraordinaires, il faut ranger les +_Anatifes_. + +Ces animaux ont une physionomie _sui generis_. Ils sont enfermés dans +une sorte de mitre calcaire comprimée, composée de cinq pièces, deux de +chaque côté, et la cinquième sur le bord dorsal. Cette mitre est portée +par un pédicule très-gros, qui la fixe à quelque corps solide; pédicule +ridé transversalement, tubuleux, flexible, opaque et brunâtre vers le +haut, demi-transparent et couleur de chair à sa partie inférieure. + +La fixation d'un animal est un indice d'infériorité organique: car la +faculté de se mouvoir volontairement constitue un des grands attributs +de la sensibilité. Dès qu'un être vivant est capable d'éprouver des +sympathies et des antipathies, il faut nécessairement qu'il puisse +se porter vers les objets qui lui conviennent et s'éloigner de ceux +qui lui déplaisent. Un arbre, qui est insensible, ne se meut pas. Un +oiseau, qui sent, est locomotile. Aussi, pour le dire en passant, +l'invention des Hamadryades de la Fable était une combinaison tout à +fait déraisonnable, nous allions dire absurde. La Providence ne pouvait +pas créer des êtres animés sensibles comme des femmes et enracinés +comme des arbres: c'eût été le comble de la barbarie (de Candolle). + +[Illustration: ANATIFES LISSES + +(_Anatifa lævis_ Lamarck).] + +D'après ce qui précède, il est permis de conclure que plus un animal +est sensible, plus il est locomotile; ou bien, en retournant la +proposition, moins il est locomotile, moins il est sensible, ou, ce qui +revient au même, moins compliqué en organisation. + +Les Anatifes ne possèdent pas la faculté de se mouvoir. On pourrait +donc décider à priori que ce sont des animaux à structure dégradée. +Cependant, parmi les Invertébrés fixés, on les regarde comme les plus +élevés par la structure. + +Les Anatifes forment une classe désignée sous les noms de _Cirripèdes_ +ou _Cirropodes_, comme on voudra. + +Les naturalistes ont été longtemps en désaccord sur les affinités +naturelles de cette classe. Les uns la mettaient parmi les Mollusques, +les autres parmi les Articulés. On la place aujourd'hui avec ces +derniers, et l'on regarde les Cirripèdes comme intermédiaires entre +les Crustacés et les Annélides, ou comme des Crustacés dégradés et +sédentaires. (Thompson, Burmeister.) + +La Nature s'est toujours jouée et se jouera toujours de nos +classifications! + +Le pédicule des Cirripèdes peut cependant se mouvoir dans un certain +rayon, et porter l'animal en haut, en bas, à droite et à gauche. Ces +mouvements sont lents, imparfaits, mais très-certainement volontaires. + +Les Anatifes s'attachent aux rochers, aux troncs d'arbres baignés +par la mer, aux débris des navires naufragés. On les rencontre assez +souvent sur les fragments de bois à moitié pourris, apportés par les +marées. + +Les pièces calcaires qui protégent les organes s'écartent de temps à +autre, et l'Anatife fait sortir des bras ou pieds, appelés _cirres_; +d'où les noms de _Cirripèdes_ et de _Cirropodes_. Ces bras sont +ordinairement au nombre de douze et disposés longitudinalement sur deux +rangs, six de chaque côté. Ils sont formés de petites articulations +garnies de cils, et semblent plumeux. Dans l'état de repos, ils +s'enroulent comme de jeunes feuilles de Fougère ou comme la crosse d'un +évêque. Quand l'animal veut s'en servir, il les déploie et les allonge. + + +II + +Le nom d'_Anatife_ vient de _Anas_ (canard), et _fero_ (je porte, je +produis), parce que l'on a cru pendant longtemps, sur les côtes de +l'Écosse, que cette curieuse bête était une sorte d'_œuf pédiculé_, qui +donnait, au bout d'un certain temps, un oiseau palmipède, de la famille +des Canards! Des pêcheurs ont même assuré avoir entendu les cris confus +du jeune poussin encore enfermé dans la mitre testacée. D'autres ont +raconté avec détail comment l'oiseau prenait naissance. Il montre +d'abord les pattes, puis le corps, et puis le bec; il éclôt à reculons +et tout nu. Il tombe dans la mer, où il revêt bientôt son plumage, et +devient alors, ou une _Bernache_, ou une _Macreuse_..... + +Quelle est la source de cette croyance populaire? On suppose qu'elle +vient de la grossière ressemblance qui existe entre les cirres +d'apparence plumeuse de l'Anatife et les ailes d'un oiseau! + + +III + +Les Cirripèdes se nourrissent de bestioles microscopiques. Ils +les attirent et les saisissent par un mécanisme très-simple et +très-élégant. Les cirres, placés vers l'orifice de la coquille, sont +presque toujours en action; ils sortent et rentrent alternativement, +et battent l'eau avec rapidité et symétrie. Lorsque ces organes sont +tout à fait étendus, leurs tiges flexibles et plumeuses constituent +douze jolis appareils collecteurs, qui attirent, balayent, rassemblent +et poussent dans la bouche les animalcules et les autres parcelles +nutritives qui sont à leur portée. + +La bouche de l'Anatife est placée, non pas à l'entrée de la coquille, +comme les bras, mais dans le fond. Elle présente deux mâchoires +latérales. + + +IV + +Nos pauvres Cirripèdes, fixés par un pédicule, sans tête et sans +jambes, semblent, au premier abord, bien déshérités par la Providence. +Mais, quand on les examine de près et avec un peu d'attention, on y +découvre des instincts qui surprennent, des actes qui confondent et des +combinaisons merveilleuses qui redoublent nos sentiments d'admiration +pour la puissance créatrice. + +Comme les Anatifes ne changent pas de place, il ne devait pas y avoir, +chez eux, de mâles et de femelles séparés. Car, s'il y en avait eu, +comment ces malheureuses bêtes auraient-elles pu aller les unes vers +les autres, se poursuivre, s'atteindre et se choisir? L'amour suppose +toujours le mouvement. Voyez comme, aux époques fortunées, tous les +animaux de la Nature, dans l'eau comme dans l'air, deviennent agités et +remuants! + +On comprend pourquoi, chez nos immobiles Cirripèdes, les deux sexes +se trouvent associés dans le même individu, comme ils le sont dans la +plupart des fleurs, dans une Rose, par exemple. + +Autre merveille! Les nouveau-nés ne ressemblent en aucune manière à +leurs parents. Au sortir de l'œuf, _ils n'ont pas de pédicule et nagent +librement_. Ils se meuvent même avec beaucoup d'activité. Et, comme +pour se transporter d'un endroit dans un autre, il faut pouvoir se +diriger, la Nature leur a octroyé, avec des nageoires très-mobiles, un +œil très-gros, placé au milieu du front. + +[Illustration: CIRRIPÈDE JEUNE ET LIBRE + +(_Larve du Chthamalus stellatus_ Darwin).] + +Ces nageoires et cet œil n'existent plus chez l'adulte. La locomotion +et la vision devenaient inutiles dans un animal adhérent. + +[Illustration: CIRRIPÈDE ADULTE ET ADHÉRENT + +(_Balanus tintinnabulum_ Darwin).] + +Voilà donc une bête dont la larve est, à certains égards, _plus +compliquée en organisation que l'animal PARFAIT!_ + +Si les pauvres Anatifes, esclaves de leur pédicule, avaient des +yeux, ils verraient leurs jeunes larves nager autour d'eux, bondir +et folâtrer..... Que penseraient-ils de cette émancipation si +extraordinaire et si complète? Probablement ce que pense une Poule +éplorée, enchaînée au rivage, quand sa couvée de Canards se précipite +dans une pièce d'eau? Heureusement, les Anatifes ne jouissent pas du +sens de la vue..... Mais leurs petits, qui ont un œil, que pensent-ils, +les vagabonds! de l'immobilité de leur maman? + +Un phénomène analogue se rencontre chez d'autres Invertébrés, par +exemple chez plusieurs animalcules infusoires. M. Ehrenberg a trouvé, +dans les jeunes _Eudorines_, un œil rouge qui manque chez la mère. Les +petits sont ici plus clairvoyants que les parents! + +Dans la société des hommes, la loi commune protége toujours les +mineurs, c'est-à-dire les plus faibles et les moins expérimentés. Dans +l'économie de la Nature, la sagesse infinie défend les larves encore +plus efficacement. Elle leur donne les moyens de résister elles-mêmes +à tous les agents de destruction, animés ou inanimés, dont elles +sont entourées. Dans son immense bonté, la Providence est pleine de +tendresse et de sollicitude pour ses moindres enfants. + +Plusieurs savants zoologistes, partant de l'idée que l'Homme +représente l'organisme le plus parfait de la Nature, ont considéré les +animaux comme des embryons plus ou moins avancés, arrêtés dans leur +développement, et jetés avant terme dans ce monde. Suivant eux, la +limite d'évolution pour une espèce n'est que le premier, le second, +le troisième degré pour une autre espèce....., et l'animal le plus +compliqué a passé, pour arriver à la combinaison de ses organes, par +une série de variations fœtales qui correspondent aux états définitifs +de plusieurs autres animaux moins heureusement organisés. + +Cette théorie est séduisante, au premier abord. Mais l'exemple des +larves qui ont des nageoires et des yeux et qui les perdent en devenant +adultes, démontre que, dans la formation des organismes, il y a autre +chose que des développements successifs arrêtés à différents degrés. + +On peut ajouter que les diverses parties qui entrent dans la +composition d'un animal donné ne présentent pas, généralement, entre +elles, une complication correspondante. Tel organisme qui se trouve +au-dessus d'un autre par son appareil respiratoire, est quelquefois +au-dessous par son appareil locomoteur; tandis que tel autre, qui +ressemble à ce dernier par ces deux ordres d'organes, peut en +différer essentiellement par son système nerveux ou par son système +digestif..... On rencontre d'ailleurs, dans des espèces plus ou moins +simples, des instruments qui n'existent pas même à l'état de rudiment, +dans des espèces plus ou moins compliquées!..... + +L'harmonie générale des animaux obéit à des lois plus nombreuses et +plus difficiles à formuler que celles qui président à l'embryogénie de +tel ou tel individu..... + +Tout ce qui précède fait voir que la théorie ancienne, reproduite +de nos jours, d'une série linéaire continue des êtres organisés, ou +d'une _chaîne animale_, est une hypothèse inadmissible. La Nature a +lié les organismes par un réseau plutôt que par une chaîne. Une carte +géographique suffirait à peine pour indiquer les rapports multipliés +qui unissent, soit les familles entre elles, soit les genres dans une +même famille, soit les espèces dans un même genre. + +Mais ne nous perdons pas dans des divagations étrangères au sujet de +nos études, et hâtons-nous de revenir aux Anatifes. + +Les larves _cyclopes_ de nos animaux ont un corps à peu près +triangulaire, couvert d'un large bouclier. Elles présentent en avant +deux petites cornes divergentes, et en arrière une queue double. Elles +possèdent, sur les côtés, six nageoires inégales: les deux antérieures +très-grandes et très-simples, les quatre autres très-courtes et +bifides. Ces larves grossissent lentement. A une époque déterminée, +elles perdent non-seulement leurs nageoires et leur œil, mais encore +leurs antennes et leur queue..... Elles se transforment en Anatifes; +elles sont alors fixées, pédiculées et mitrées. C'est une autre +organisation. + +«Chaque animal a ses beautés naturelles. Plus l'Homme les considère, +plus elles excitent son admiration, et plus elles le portent à +glorifier l'Auteur de la nature.» (Saint Augustin.) + + +V + +Les autres Cirripèdes diffèrent plus ou moins des Anatifes. La plupart +n'ont pas de pédicules. La mitre, ou le corps qui la représente, est +adhérente sans intermédiaire; quelquefois elle s'enfonce profondément +dans le tissu. + +Le nombre de pièces qui composent la coquille peut être au-dessus ou +au-dessous de cinq. + +Les _Glands de mer_, ou _Balanes_, ont un tube calcaire court, à +plusieurs pans, dont l'ouverture est fermée plus ou moins par deux ou +quatre battants mobiles. + +Ces animaux s'attachent à la carapace des Tortues de mer, ou se +greffent à la peau des Cétacés. Ils varient suivant les monstres +marins sur lesquels ils sont placés. Chaque espèce de Baleine a ses +parasites propres, lesquels sont tantôt des _Coronules_, tantôt des +_Tubicinelles_. + +Les Coronules forment des taches circulaires, hexagonales, qui maculent +le dos de ces gigantesques animaux. + +[Illustration: CORONULE DE LA BALEINE + +(_Coronula diadema_ Lamarck).] + +Sur un petit lambeau de 40 centimètres de long et de 10 de large, +détaché de la lèvre d'une Baleine, conservé dans le musée de l'École +supérieure de pharmacie de Paris, nous avons compté quarante-cinq +Coronules, la plupart adultes, symétriquement arrangées comme les +pierres d'un pavé. + +[Illustration: TUBICINELLE DE LA BALEINE + +(_Tubicinella Balænarum_ Lamarck).] + +Les Tubicinelles sont moins déprimées et plus étroites que les +Coronules: elles pénètrent à un décimètre et plus dans l'épaisseur de +la peau; elles vivent dans le lard. Vous figurez-vous exactement ce que +doit être une habitation, une prison, toute une existence dans le lard +d'une Baleine? + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXI + +LES ROTIFÈRES. + + «Et quand leurs _roues_ marchoient, ils marchoient; et quand elles + s'arrêtoient, ils s'arrêtoient: car l'esprit de ces animaux étoit + dans leurs _roues_.» + + (ÉZÉCHIEL.) + + +I + +Les _Rotifères_, ou _Porte-roues_, ainsi nommés parce qu'ils semblent +avoir deux roues au devant de la bouche, sont des animalcules +aquatiques, diaphanes, jaunâtres ou rosés, considérés d'abord comme des +Infusoires, et plus tard comme des Annelés. + +[Illustration: FURCULAIRES.] + +On les a comparés aux Crustacés microscopiques. + +Ces animaux ont le corps oblong ou ovoïde, contractile, protégé par un +petit fourreau solide et transparent. + +Dans les espèces dites _univalves_, ce fourreau est d'une seule pièce. +C'est une sorte de bouclier, de verre mince, qui couvre seulement +le dessus de l'animal, ou bien une manière de capsule qui enveloppe +tout son corps. Cette singulière carapace est ovalaire, fusiforme, +cylindrique ou quadrangulaire, quelquefois dentée en avant, d'autres +fois bilobée en arrière. + +[Illustration: BRACHIONS.] + +Dans les espèces dites _bivalves_, la tunique est de deux pièces, +jointes ensemble dans toute la longueur du dos. C'est un paletot-sac +qui se ferme par derrière ou par dessus. + +L'organe singulier, plus ou moins dilaté, _rotiforme_ (adjectif +peut-être trop savant!), qui caractérise surtout nos animalcules, +paraît toujours bordé de cils. Il offre souvent une échancrure +dans sa partie moyenne, laquelle lui donne la figure d'un 8 couché +horizontalement. On croit alors voir deux roues indépendantes, +accolées (Dutrochet). Comme les cils des bords sont vibratiles, et +qu'ils décrivent avec une rapidité extrême des cercles dans la même +direction, les expansions qui les portent prennent l'apparence de deux +roues d'engrenage tournant en sens contraire, de dehors en dedans +(Dujardin). Dutrochet supposait mal à propos l'existence d'une bordure +membraneuse, plissée régulièrement, comme une collerette, et agitée +d'un mouvement ondulatoire continu. + +Les cils vibratiles précipitent vers la bouche les corpuscules tenus +en suspension dans l'eau; ils mettent le Rotifère en rapport constant +avec l'air dissous dans le liquide, et contribuent en même temps à sa +progression. + +La puissance créatrice sait tirer le plus grand parti possible de ses +moindres combinaisons. Elle fait souvent beaucoup avec très-peu. Elle +remplit trois ou quatre fonctions avec un cil! + +Plusieurs Rotifères sont sans queue (_Anurées_). Certains en ont une +toute petite, d'autres une longue; et celle-ci est tantôt simple +(_Siliquelles_), tantôt bifurquée (_Furculaires_), quelquefois à trois +branches et à trois pointes (_Ézéchiélines_). Dans les _Ptérodines_, +cet organe se termine par une fossette en forme de ventouse. Lorsqu'on +voit ces animaux pour la première fois, on croit aborder le domaine du +fantastique. + +Quand les Rotifères nagent, la queue leur sert de gouvernail. En même +temps les lobes ciliés paraissent se mouvoir comme les roues d'un +bateau à vapeur. + +Plusieurs de ces petites créatures portent sur le front une sorte +de prolongement en forme de corne ou de trompe, dont on ignore la +fonction. Est-ce une arme offensive ou défensive? + +La bouche est très-ample et très-contractile. Elle a la forme d'un +entonnoir ou d'une cloche. Elle offre deux mâchoires latérales; ce sont +de simples tiges cornées et coudées, terminées par une ou plusieurs +dents; ou bien des arcs tendus, dans lesquels les dents sont disposées +comme le seraient des flèches prêtes à partir. (Ehrenberg.) + +Leur système digestif est assez compliqué. On y trouve un estomac +très-long ou très-large, garni souvent d'appendices latéraux, et un +gros intestin dilaté en forme de vessie..... + +Les Rotifères ont un cœur toujours en action. On le voit, à travers la +carapace, se contracter et se dilater alternativement. Son existence +est liée avec une circulation évidente, et, à ce point de vue, les +Rotifères sont plus favorisés que les Insectes. + +Les anciens naturalistes croyaient que les animaux étaient d'autant +plus simples en organisation, qu'ils étaient plus petits. Le microscope +a singulièrement modifié leur opinion à cet égard. + +Nos animalcules porte-roues n'offrent généralement qu'un seul œil +arrondi et mobile, rouge ou rougeâtre, situé au milieu du front +(_Brachions_). Un petit nombre d'espèces, mieux douées, en possèdent +deux, trois et même quatre. D'autres n'en ont pas (_Lapadelles_). + +Ce qui est digne de remarque, c'est que cet organe est quelquefois +placé sur la nuque et même sur le dos (Ehrenberg, Nitzsch); de manière +que l'animal voit plutôt au-dessus de lui ou en arrière de lui qu'au +devant de lui. Pourquoi cette organisation? + +M. Ehrenberg assure avoir constaté dans certaines espèces la présence +d'un système nerveux. Un système nerveux dans des _bestiolettes_ qu'un +grain de sable peut couvrir! + +Les Rotifères sont ovipares. Ils portent leurs œufs suspendus à +l'origine de la queue, comme la plupart des Crustacés. + + +II + +Spallanzani a donné beaucoup d'importance aux Porte-roues. Il a +découvert que ces animaux peuvent être desséchés, aplatis, collés à une +feuille de papier; rester ainsi, pendant un an ou deux, immobiles et +dans un état complet de léthargie ou de mort apparente, et puis revenir +à la vie. Il suffit de les mouiller pour les _ressusciter!_ + +Au contact de l'eau, la petite carcasse se gonfle, remue la queue, +tord le ventre, se décolle, agite les cils de sa roue, et se met à +nager!..... Heureux Rotifère! + +Blainville et Bory de Saint-Vincent ont refusé de croire à l'admirable +faculté dont il s'agit. On a protesté, de tous côtés, contre le +scepticisme de nos deux savants naturalistes. L'exactitude du sévère +Spallanzani pouvait-elle être en défaut? M. Schultze a publié des +expériences décisives qui ont confirmé les résultats obtenus par +l'illustre physiologiste italien. Il est bien démontré aujourd'hui +que cette merveilleuse propriété existe. Mais, pour réussir dans les +opérations d'engourdissement et de réveil, il faut dessécher les +petites bêtes graduellement, bien graduellement; ne pas trop les +comprimer; ne pas les exposer à une température trop élevée, surtout +pendant qu'elles sont encore humides; ne pas les garder trop longtemps +endormies, et les ranimer avec lenteur et précaution. M. Doyère a fait +connaître les conditions de ce remarquable _désengourdissement_. + +C'est sur le _Rotifère commun_[166] qu'on observe le curieux, +l'incompréhensible phénomène dont nous venons de parler. Cet animalcule +habite dans l'eau douce, ou, pour mieux dire, au milieu de la mousse +humide, sur les murs et sur les toits. Il est long de trois quarts de +millimètre; il a des roues sept ou huit fois plus petites que son corps. + + [166] _Rotifer redivivus_ Cuvier. + +Les Rotifères de la mer périssent sans retour par la dessiccation. +Pourquoi la vie est-elle moins tenace dans l'eau salée que dans l'eau +douce? + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXII + +LES CRUSTACÉS. + + _C'est li Loups famillieux qui tout tue et dévore; + Quanque tient devant eulx tout mort, riens n'assavore._ + + (GIRART DE ROSSILLON, 1316.) + + +Les Crustacés sont les Insectes de la mer; mais ils ont plus de taille, +plus de force et plus de voracité que les Insectes ordinaires. Au lieu +d'une tunique coriace, ils sont revêtus d'une armure calcaire plus ou +moins épaisse et plus ou moins dure, souvent hérissée de poils roides, +de tubercules épineux, même de pointes acérées. + +Partout où dans l'Insecte nous trouvons la corne, dans le Crustacé nous +rencontrons la pierre. C'est à peu près la même construction, seulement +le Constructeur a changé ses matériaux. + +Les Crustacés ont presque tous d'énormes pinces crochues et dentelées, +dont ils se servent comme de puissantes tenailles ou comme d'engins de +guerre redoutables. On les a comparés à ces lourds chevaliers du moyen +âge, audacieux et cruels, bardés d'acier de pied en cap. Visière et +corselet, brassards et cuissards, rien n'y manque..... + +[Illustration: CRABE EN PLEINE MUE.] + +Ces chevaliers marins vivent sur la plage, au milieu des rochers, à une +faible distance du rivage; ou bien au sein de la mer, à des profondeurs +considérables. Quelques-uns se cachent dans le sable; d'autres se +tapissent sous les pierres. Certains, comme le _Crabe commun_ ou _Crabe +enragé_[167], aiment l'air du rivage presque autant que l'eau salée, et +se tiennent presque toujours sur le bord humide des falaises. + + [167] _Carcinus mænas_ Leach. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXIII. + P. Lackerbauer pinxt. Digeon fac-simile. sc. + + CRUSTACÉS + + 1 Crevette. (_Palemon serratus. Leach._) + 2 Crabe tourteau. (_Platycarcinus pagurus. M. Edwards._) + 3 Araignée de mer longue patte. (_Leptopus longipes._) + 4 Homard commun. (_Homarus vulgaris. M. Edwards._) + + _Imp. Lamoureux r. Lacépède. 38. Paris._] + +La solidité de leur carapace calcaire l'empêche de s'étendre; ils ne +peuvent grandir qu'à condition de muer. A une époque déterminée, la +Nature dépouille le guerrier de sa cuirasse. La bête mue; la croûte +calcaire tombe, et laisse à découvert une tunique mince, pâle et +délicate. Dans cet état, le Crustacé ne mérite plus son nom. Sa peau +est devenue presque aussi vulnérable que celle d'un Mollusque. Mais il +a l'instinct de sa faiblesse: il se retire prudemment à l'écart; il se +cache honteusement dans quelque trou obscur, jusqu'à ce qu'une autre +vestiture résistante, appropriée à sa nouvelle taille, lui ait rendu, +et son armure de combat, et sa dignité de Crustacé. Malheur à lui si, +pendant sa période de faiblesse, il est rencontré par un de ses anciens +opprimés. Il est à sa merci, et paye alors chèrement, comme on dit, ses +cruautés d'autrefois. + +[Illustration: SQUILLE MANTE + +(_Squilla mantis_ Rondelet).] + +Les Crustacés n'ont pas, comme les animaux supérieurs, une _colonne +vertébrale_, c'est-à-dire un axe calcaire intérieur, à la fois dur +et mobile, portant des appendices de même nature, avec lesquels il +forme une charpente solide ou _squelette_. Mais ils possèdent, ainsi +qu'on vient de le voir, une enveloppe pierreuse. L'élément osseux ne +s'est point condensé dans le corps, il s'est accumulé à la périphérie. +Leur peau tient donc la place du squelette. Geoffroy Saint-Hilaire +disait que les Crustacés vivent, non pas en dehors de leur colonne +osseuse, comme les Mammifères, mais en dedans, comme les Mollusques, et +qu'ils sont _logés dans leurs vertèbres_. Il existe donc des animaux +à squelette intérieur, à _véritable squelette_, et des animaux à +squelette tégumentaire ou _dermato-squelette_. + +Les Crustacés ont une armure sombre, bronzée ou gris de fer, comme les +métaux forgés pour les combats. Quelques-uns sont rouges ou rougeâtres, +comme le sang de leurs victimes; quelques autres, d'un jaune terreux ou +d'un bleu livide, comme la chair qui se corrompt. + +Leur croûte calcaire est épaisse et résistante, surtout dans la région +dorsale. Leurs membres ont aussi une dureté très-remarquable. + +Cependant, chez les petites espèces, on observe souvent un test +fort mince et d'une transparence cristalline, qui permet de suivre +au travers les actes de leur digestion et les mouvements de leur +circulation. + +Plusieurs Crustacés tout à fait microscopiques contribuent parfois à +colorer les eaux de la mer en rouge pourpre ou violacé. Telles sont la +_Grimotée d'Urville_[168] et la _Grimotée sociale_[169]..... + + [168] _Grimotea Durvillei_ Milne Edwards. + + [169] _Grimotea gregaria_ Leach. + +Chez les _Araignées de mer_, où le cou n'existe pas, la tête est fondue +dans la poitrine (_céphalothorax_), mais le ventre reste distinct. +Le milieu du corps présente un resserrement, une taille quelquefois +étroite et gracieuse. Chez les Crustacés, il n'y a plus ni cou ni +taille. La tête, la poitrine et le ventre ne forment plus qu'une seule +masse, souvent courte, trapue, athlétique et difficile à entamer. + +Plusieurs de ces animaux possèdent une queue puissante, composée d'un +certain nombre de palettes ciliées, avec laquelle ils battent l'eau +à reculons, et dont ils se servent habilement pour étourdir leurs +ennemis. N'oublions pas de dire que la partie appelée _queue_, par les +gens du monde, est la _queue plus le ventre_[170]. + + [170] Ce qu'on mange dans une _Écrevisse_ n'est pas sa queue, mais + son _dos_, ou, si l'on veut, son _râble_. + +En leur qualité d'animaux aquatiques, les Crustacés respirent par des +_branchies_. Chez les grosses espèces, ces branchies sont des lamelles +ou des filaments dont les supports sont parcourus par deux canaux: +l'un qui amène le sang dans l'économie; l'autre qui le dirige vers +le cœur. Ces organes sont enfermés dans le corps. Chez les petites +espèces, les branchies paraissent souvent extérieures et pendent dans +l'eau comme des franges. Quelquefois ces mêmes organes servent en même +temps à respirer et à nager. Ce sont des _branchies-pattes_ ou des +_nageoires-branchies_. D'autres fois l'animal ne possède pas d'appareil +spécial pour la respiration. + +[Illustration: ARAIGNÉE DE MER + +(_Pisa tetraodon_ Leach).] + +Presque tous les Crustacés sont robustes, hardis et destructeurs. Ils +forment dans la mer une horde de brigands nocturnes, ou de maraudeurs +impitoyables, qui ne reculent devant aucun guet-apens. Ils se battent +à outrance, non-seulement avec leurs ennemis, mais souvent entre +eux, pour une proie ou pour une femelle, quelquefois uniquement pour +le plaisir de se battre. Les misérables! Ils luttent audacieusement +avec leurs pinces vigoureuses. D'ordinaire la carapace résiste aux +coups les plus terribles; mais les pattes, la queue, et surtout les +antennes, subissent les plus affreuses mutilations. Heureusement, fort +heureusement pour les vaincus, que les membres emportés _repoussent_ +après quelques semaines de repos! C'est pour cela qu'on rencontre +maintes fois des Crustacés avec des serres de grosseur très-inégale; +la plus petite est celle qui renaît pour remplacer une perte éprouvée +dans un combat. La Nature n'a pas voulu que les Crustacés restassent +longtemps invalides. Ils reviennent bientôt sur le champ de bataille, +tout à fait remis de leurs blessures. On a vu des _Homards_[171] qui, +dans une rencontre malheureuse, avaient perdu une jambe malade et +débile, reparaître au bout de quelques mois avec une jambe complète, +vigoureuse et d'un excellent service. + + [171] _Homarus vulgaris_ Milne Edwards (voy. planche XXIII, fig. 4). + +O Nature! comme tu remplis notre âme d'étonnement et de respect! + +Dans les ports d'Espagne, quand on a pris une espèce de Crabe appelée +_Boccace_ (singulier nom pour un Crustacé!), on se contente de lui +couper les grosses pinces, regardées comme un excellent manger. On +jette ensuite dans la mer le pauvre animal mutilé, pour le repêcher +plus tard, quand il aura _refait_ des pinces toutes neuves. + +Les Crustacés sont carnivores. Ils mangent avec avidité les autres +animaux, soit vivants, soit morts, soit frais, soit corrompus. Peu +leur importent la qualité et l'état de la victime! + +Il est amusant de voir l'adresse et la gravité avec lesquelles le Crabe +commun, lorsqu'il s'est emparé d'une malheureuse Moule, tient une valve +soulevée avec une pince et détache l'animal avec l'autre, rapidement +et proprement, portant chaque morceau à la bouche, comme on le fait +avec la main, jusqu'à ce que la coquille soit entièrement vidée! (Rymer +Jones.) + +Ce Crustacé ne mord pas directement sur sa proie comme l'Écrevisse. Il +est aussi goulu, mais mieux appris. + +M. Charles Lespés a surpris, sur la plage de Royan, une troupe de +Crabes au moment de leur repas. Ce jour-là ils dînaient en commun, +_et Dieu sait la joie_, comme dit le bon la Fontaine. Ils étaient en +rang, tous tournés du même côté, et presque debout sur leurs huit +pattes. Ils saisissaient à terre de petits objets et les portaient à +la bouche prestement et régulièrement. Chaque main avait son tour. +Quand la droite arrivait à l'orifice buccal, la gauche prenait à terre; +quand celle-ci à son tour donnait l'aliment, la première ramassait. +Il n'y avait pas de temps perdu. Figurez-vous une troupe de zouaves +disciplinés, mangeant avec ordre à la gamelle. Ce Crustacé, vous le +voyez, a le bonheur d'être ambidextre. + +Les _Corophies à longues cornes_[172], si remarquables par la gracilité +de leur corps, savent très-bien couper le byssus des Moules, pour faire +tomber ces bivalves dans la vase et les avoir à leur portée. + + [172] _Corophium longicorne_ Latreille. + +Est-il vrai que d'autres Crustacés, grands mangeurs d'Huîtres, ont +assez de ruse ou d'instinct (comme on voudra) pour attaquer ces +Mollusques sans s'exposer au danger de leurs battants? Quand le +bivalve entr'ouvre sa coquille, espèce de trappe vivante, pour jouir +d'un rayon de soleil ou pour prendre son repas, le malin Crustacé y +glisse au plus vite une petite pierre. Cela fait, il dévore à son aise +le pauvre coquillage, qui ne peut plus se barricader[173]. + + [173] L'oiseau appelé _Huîtrier_ (_Hæmatopus ostralegus_ Linné) + procède ainsi sur nos plages. Mais il possède un bec comprimé, en + forme de couteau, merveilleusement disposé pour s'introduire dans + la maison du bivalve. + +[Illustration: COROPHIE A LONGUES CORNES + +(_Corophium longicorne_ Latreille).] + +Les Corophies, dont il vient d'être question, sont extrêmement +nombreuses sur les bords de l'Océan, surtout à la fin de l'été et +dans l'automne. Elles font la guerre, sans relâche, aux Vers marins. +On les voit par myriades s'agiter en tous sens, battre la vase avec +leurs longues antennes et la pétrir pour y trouver quelque proie. +Rencontrent-elles une Néréide ou une Arénicole, souvent cent fois plus +grosse que leur corps, elles se réunissent en troupe pour l'attaquer et +pour la dévorer. + +Les Corophies rendent cependant d'immenses services aux éducateurs +de Moules des environs de la Rochelle. Pendant l'hiver, la vase des +bouchots où l'on élève ces bivalves est délayée et très-inégalement +amoncelée. Lorsque la saison devient chaude, les parties les plus +élevées s'égouttent, se durcissent et rendent la récolte des +Mollusques tout à fait impraticable. Il faudrait niveler ces plaines +de vase en partie desséchée et en partie demi-liquide, ce qui serait +très-difficile et très-coûteux. Eh bien! les Corophies, toutes seules, +se chargent de ce soin. Elles démolissent et aplanissent plusieurs +lieues carrées couvertes de rugosités et de sillons. Elles délayent la +vase, qui est emportée hors des bouchots à chaque marée, et la surface +de la vasière se trouve aussi unie et aussi praticable qu'à la fin de +l'automne précédent. Il faudrait des milliers d'hommes et peut-être +tout le cours de l'été pour obtenir ce résultat, exécuté en quelques +semaines par un chétif animal. + +Nous avons dit que les Crustacés ne se respectaient guère entre eux. +Souvent, dans une même espèce, les gros dévorent les petits. _Rara +concordia fratrum!_ + +Un jour, M. Rymer Jones avait introduit dans un aquarium six _Crabes +tourteaux_[174] de différentes tailles. Un d'eux s'aventura vers +le milieu du réservoir, et fut bientôt accosté par un autre un peu +plus gros, qui, le prenant avec ses pinces _comme il aurait pris un +biscuit_, se mit à briser sa carapace et à se frayer un chemin jusqu'à +sa chair. Il y enfonça ses doigts crochus avec aisance et volupté, +paraissant s'inquiéter fort peu des yeux affamés et jaloux d'un autre +compagnon, plus fort et tout aussi cruel, qui s'avançait vers lui, +contemplant avec délices ce spectacle abominable. Mais, comme l'a +dit Horace (et il n'a pas été le premier à le dire), _personne n'est +heureux de tout point dans ce bas monde_[175]. Notre féroce Tourteau +continuait paisiblement son repas, lorsque le voisin le saisit +exactement comme il avait saisi son frère, le brise et le déchire avec +le même sans-façon, pénétrant jusqu'au milieu de ses entrailles avec la +même sauvagerie..... Et pendant ce temps, la victime, chose singulière! +ne se dérangea pas un seul instant; elle continua de dépecer et de +manger le premier Crabe, jusqu'à ce qu'elle fût elle-même entièrement +déchirée par son bourreau, présentant un exemple remarquable +d'insensibilité, pendant qu'on lui infligeait cruellement la loi du +talion! + + [174] _Platycarcinus pagurus_ Milne Edwards (voy. planche XXIII, + fig. 2). + + [175] Nihil est ab omni parte beatum. (HORACE.) + +Manger les autres et être mangé soi-même, est une des grandes lois de +la Nature! + +«Toutes les espèces de la mer, dit Buffon, sont presque également +voraces; elles vivent sur elles-mêmes ou sur les autres, et +s'entre-dévorent perpétuellement sans jamais se détruire, parce que +la fécondité y est aussi grande que la déprédation, et que presque +toute la nourriture, toute la consommation tourne au profit de la +reproduction.» + +Le lendemain matin de ce tragique spectacle, il ne restait en vie que +deux des six Tourteaux du jour précédent, les plus gros et les plus +robustes; chacun, blotti dans un angle de l'aquarium, regardait son +rival avec une mine concentrée, malicieuse et défiante. M. Rymer Jones +ne voulut pas troubler cette _féroce méditation_[176]. + + [176] Multa tamen lætus tristia pontus habet. (OVIDE.) + +Dans une autre circonstance, quatre petits Crabes communs se trouvaient +dans un même réservoir. Un d'eux devint aussitôt la proie d'un de ses +frères affamés. Peu d'instants après, un second fut saisi par les +pinces du plus gros. On l'en arracha très-difficilement: l'infortuné y +laissa plusieurs de ses membres. On le transporta, par pitié, dans un +autre aquarium. A peine en sûreté, il se mit à manger quelques morceaux +de Moule avec autant de plaisir et de sang-froid que s'il ne lui était +rien arrivé; et cependant il avait subi une effroyable mutilation, +puisque, de ses dix pattes, il en avait perdu sept! Il ne lui restait +que les deux pinces et la patte droite de derrière. Eheu!..... + +Quatre-vingt-quatorze jours après ce _désagrément_, le Crabe changea de +carapace, et alors les dix pattes se _trouvèrent au complet_. Toutefois +nous devons avouer que les sept nouvelles étaient plus petites que les +précédentes, quoique du reste aussi parfaites. (Dalyell.) + +L'animal resta probablement un peu boiteux tout le temps de sa +convalescence!..... + +Quoique essentiellement carnassiers, les Crustacés mangent quelquefois +des végétaux marins, surtout dans les temps de famine. Plusieurs +néanmoins semblent préférer les fruits aux matières animales. Tel est +le Crabe, si commun dans les îles de la Polynésie, qui se nourrit +presque exclusivement de noix de coco. Ce Crabe a des pinces épaisses +et fortes; les autres pattes sont relativement étroites et faibles. Au +premier abord, il semble impossible qu'il puisse entamer une grosse +noix de coco, entourée d'une couche épaisse de filasse et protégée +par un noyau très-dur. Mais M. Liesk l'a vu très-souvent faire cette +opération. Le Crabe commence par arracher le tissu fibre par fibre à +l'extrémité où se trouvent les fossettes du fruit. (Il ne se trompe +jamais d'extrémité.) Quand cela est fini, il frappe avec ses grosses +pinces sur l'une de ces dernières, jusqu'à ce qu'il ait fait une +ouverture. Puis, à l'aide de ses pinces étroites, et tournant sur +lui-même, il extrait la substance blanche de la noix. Cette adroite +manœuvre est un exemple bien curieux de l'instinct des Crustacés. + +Les Crustacés ont des yeux de deux sortes, des yeux simples et des +yeux composés: les premiers, sessiles et immobiles, peu saillants et +très-bombés; les seconds, portés par une courte tige calcaire et formés +d'une quantité considérable de petits yeux symétriquement agglomérés. +La réunion de toutes les cornées microscopiques d'un œil composé +ressemble à une calotte chagrinée ou taillée à facettes. On dit que +dans un œil de Homard se trouvent 2500 petits yeux[177]. + + [177] Ce nombre est sans doute considérable, mais il l'est bien + davantage dans certains Insectes. On a compté 4000 petits yeux dans + la _Mouche domestique_, 7000 dans le _Taon_ du Bœuf, 8000 dans le + _Hanneton_, 11 300 dans le _Cossus gâte-bois_, 25 000 dans une + _Mordelle_, et 34 650 dans un _Papillon_. (Blanchard.) + +Les yeux simples sont myopes; les yeux composés sont presbytes. Ainsi +un Homard peut voir de près ou de loin, _ad libitum_, bien entendu sans +avoir recours à nos instruments d'optique! + +Les Crustacés paraissent jouir d'un odorat subtil: ils arrivent de +très-loin vers une proie. Si l'on met un petit Poisson mort sous une +pierre, on verra bientôt cette dernière entourée d'une multitude +d'affamés. On sait avec quelle rapidité affluent vers un morceau de +viande, même fraîche, les Écrevisses qui peuplent nos ruisseaux. Si, +comme le pensent beaucoup de naturalistes, l'organe de l'odorat réside +dans les antennes, la longueur souvent excessive de ces organes chez +les Crustacés expliquerait très-bien le développement de ce sens. + +Beaucoup de Crustacés ne savent pas nager; ils marchent plus ou moins +rapidement au fond de l'eau ou hors de l'eau. Il y en a qui courent +obliquement, et qui se servent de leurs pattes aussi habilement dans +le recul que dans la progression. On dit que le _Cavalier_[178] des +côtes de Syrie doit son nom à la rapidité avec laquelle il parcourt de +grandes distances. Est-il vrai qu'il va plus vite qu'un cheval? + + [178] _Ocypode cursor_ Fabricius. + +Les Crustacés qui nagent s'élancent par bonds et par saccades, ou bien +glissent mollement et régulièrement, soutenus et poussés par deux +rangées de rames parallèles qui se meuvent avec régularité, comme les +rames des galères. + +La _Porcellane large pince_[179] est un mauvais nageur. Elle se +contente d'agiter son abdomen, lequel l'aide à descendre obliquement +et à reculons jusqu'au fond de l'eau. Elle se fixe sous la première +pierre venue et s'y tient blottie pendant des mois entiers. Ses longues +antennes, sans cesse en mouvement, l'avertissent de la nature des +objets qui s'approchent. Ses pattes-mâchoires sont alternativement et +sans relâche projetées en avant et ramenées ensuite vers la bouche. +Ces pattes ressemblent à des faucilles. Elles sont formées de cinq +articulations bordées intérieurement de soies courbes parallèles, +lesquelles, à chaque déploiement de pattes, s'étalent comme les +branches d'un éventail, et se rapprochent quand le membre se replie. +Examinée au microscope, chaque soie paraît garnie elle-même d'un rang +de poils plus courts, implantés perpendiculairement à sa longueur. Dans +le mouvement de rétraction, les poils de chaque soie, s'entrecroisant +avec ceux qui garnissent les soies latérales, forment un véritable +treillis qui doit enfermer et entraîner les animalcules flottants +à leur portée; tandis que, au déploiement, les soies s'écartent et +laissent s'échapper tout ce que rejette le Crustacé, lequel peut ainsi +se procurer sa nourriture sans changer de place. (Gosse.) + + [179] _Porcellana platycheles_ Latreille. + +Les _Chevrettes_ ou _Crevettes_[180] offrent, à l'extrémité de la +première paire de pattes, un appendice semblable à un râteau, composé +de poils très-courts placés sur le membre à peu près à angle droit. +L'animal emploie ce râteau à rassembler les plus petites épluchures, +qu'une paire de secondes pattes porte délicatement à sa bouche. Après +quoi le râteau devient une brosse dont la Chevrette se sert pour le +nettoyage des fausses pattes de son ventre et des lobes de sa queue. +Quand il travaille à sa toilette, notre petit Crustacé prend une +position grotesque. Son corps s'élève sur les quatre dernières paires +de membres; le ventre et la queue se recourbent en avant, de manière +que la partie postérieure de la Chevrette se trouve rapprochée des +organes du brossage. (Rymer Jones.) + + [180] On désigne sous ces noms deux Crustacés, le _Palæmon + serratus_ de Leach (voy. planche XXIII, fig. 1) et le _Crangon + vulgaris_ de Fabricius. + +[Illustration: CRANGON COMMUN + +(_Crangon vulgaris_ Fabricius).] + +Les Crustacés ont les sexes séparés. Les mâles ressemblent plus ou +moins aux femelles. Cependant, chez certaines espèces parasites +des Poissons, on rencontre, entre les deux sexes, des différences +très-notables, non-seulement dans la forme, mais surtout dans la +taille. Le mâle est cinquante fois, cent fois, _même mille fois_ plus +petit que sa femelle! Évidemment, dans ce ménage, c'est l'époux qui +doit être dirigé et maîtrisé par l'épouse! Cette dernière loge presque +toujours son mari... dans une ride de son dos! + +Les fausses pattes des Crustacés sont employées par les femelles à +soutenir les œufs qu'elles transportent avec elles. + +On a compté dans une Chevrette 6807 œufs, et dans un Crabe 21 699. Dans +d'autres espèces, on en a trouvé 25 000, 30 000 et jusqu'à 100 000. +Trois ou quatre de ces derniers Crustacés seraient suffisants pour +engendrer en six mois une famille égale en nombre à la population du +Portugal! + +Les œufs des Crustacés sont petits, globuleux ou ovoïdes, jaunâtres ou +rougeâtres. Ceux des Chevrettes paraissent d'un roux brun; ceux des +Langoustes, d'un jaune d'or. + +Les œufs de quelques espèces se conservent desséchés pendant un grand +nombre d'années, et ne se développent que lorsque les circonstances +favorables se présentent. + +Quand les œufs sont près d'éclore, ils sont plus gros et plus +transparents. A travers leur mince enveloppe, on distingue parfaitement +les yeux de l'embryon. Celui-ci ne communique pas avec le jaune par le +ventre, comme l'embryon de la Poule, mais _par le dos_ (Hérold), comme +celui du Ver à soie. + +[Illustration: ZOÉ + +(_Larve du Crabe commun_).] + +Les petits ne ressemblent pas beaucoup aux parents. Ils ont souvent +un aspect assez étrange, à tel point que les naturalistes les avaient +d'abord pris pour des animaux particuliers, et en avaient fait un genre +distinct, sous le nom de _Zoé_ (Thompson). Tous sont plus ou moins +arrondis, avec une longue pointe dirigée en avant, arquée comme le +bec d'un Ibis, et une autre partant de la nuque, proéminente comme +une épine de Groseillier; un ventre singulièrement grêle, une queue +fourchue plus ou moins ramifiée, et de longues pattes articulées, +pourvues chacune d'un long appendice dont l'extrémité digitée est +garnie de cils vibratiles propres à la natation. Ces larves ne +possèdent pas de pinces; elles nagent avec une très-grande rapidité. On +sait que l'animal adulte n'est pas organisé pour la natation. «Rien, en +un mot, dit M. de Quatrefages, ne rappelle, chez eux, ce Crabe à corps +aplati, verdâtre, qui fuit sans trop de hâte devant le promeneur, et +semble, dans sa marche oblique et saccadée, lui adresser le geste bien +connu des gamins de Paris!» + +A chaque pas, dans l'étude de la Nature, _on est terrassé de surprise_, +comme dit M. Michelet. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXIII + +LES HOMARDS, LES LANGOUSTES, LES CHEVRETTES. + + Géants et nains parmi les Écrevisses. + + +Sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée, certains Crustacés sont +l'objet d'une industrie et d'un commerce assez importants. Nous voulons +parler des _Homards_, des _Langoustes_ et des _Chevrettes_. + +Les Homards et les Langoustes peuvent être regardés comme les chefs de +file ou les grands seigneurs de la gent crustacée: ce sont d'énormes +Écrevisses marines. Les premiers ont des pinces très-grandes et le dos +lisse; les secondes, des pinces petites et le dos épineux. + +Tibère César fit déchirer le visage d'un pauvre pêcheur avec la +cuirasse raboteuse d'une Langouste. + +La saison des amours commence en septembre pour les Langoustes, et en +octobre pour les Homards. (Vous représentez-vous un Homard amoureux?) +Elle se prolonge jusqu'au mois de janvier. C'est M. Coste qui nous le +dit. Par conséquent, les Langoustes sont plus longtemps amoureuses que +les Homards!... Heureuses Langoustes! + +Les femelles des deux espèces pondent des œufs en nombre +très-considérable. Les Langoustes sont beaucoup plus fécondes que les +Homards (cela devait être!). Les Homards produisent 20 000 œufs; les +Langoustes en donnent 100 000 et 120 000. (Gerbe.) + +[Illustration: LANGOUSTE GRAINÉE.] + +Ces œufs sont réunis en paquets et appliqués contre la face ventrale de +la queue. Ils sont englués, collés et retenus par une humeur visqueuse +particulière. + +Les femelles chargées d'œufs sont dites _grainées_. + +Suivant qu'elles fléchissent ou qu'elles redressent la queue, elles +peuvent tenir leur _portée_ dans l'obscurité ou la présenter à la +lumière. Tantôt elles laissent leurs œufs immobiles ou simplement +immergés; tantôt elles leur font subir des lavages successifs, en +agitant doucement les fausses pattes qui les protégent à droite et à +gauche. (Coste.) + +L'évolution des germes dure six mois. Au moment de l'éclosion, les +femelles _couveuses_ étendent la queue. Elles impriment aux œufs de +légères oscillations, pour semer les larves prêtes à déchirer leur +coque, et se délivrent en un ou deux jours de leur portée entière. +(Coste.) + +Aussitôt nés, les jeunes Crustacés s'éloignent de leur mère, et +montent à la surface de l'eau, pour gagner la haute mer. Ils nagent +en tourbillonnant. Mais cette vie pélagienne n'est pas de longue +durée; ils la quittent à la quatrième mue, qui survient le trentième +ou le quarantième jour, et leur fait perdre les organes transitoires +qui servaient à la natation. Alors, ne pouvant plus se soutenir à la +surface de la mer, ils tombent au fond, pour y séjourner désormais, +et, à partir de ce moment, la marche devient leur mode habituel de +locomotion. (Coste.) + +Voilà donc des animaux qui courent ou nagent (ce qui revient au même) +avant de savoir marcher! L'observation donne souvent les démentis les +plus formels aux généralisations les plus accréditées. + +A mesure qu'ils grandissent, les jeunes Crustacés se rapprochent des +rivages qu'ils avaient momentanément abandonnés. Ils reviennent vers +les lieux habités par leurs parents. + +Les formes des larves diffèrent tellement de celles des adultes, qu'il +serait bien difficile, si l'on n'avait assisté à leur éclosion, de +les rapporter à l'espèce dont elles proviennent. C'est à tel point, +que les naturalistes avaient considéré les embryons des Langoustes +comme des animaux parfaits, et en avaient constitué un genre distinct, +sous le nom de _Phyllosome_, jusqu'au moment où M. Gerbe est venu les +éclairer[181]. + + [181] Ceci nous rappelle que Linné a décrit comme une Cochenille + (_Coccus aquaticus_) la capsule ovigère... d'une espèce de Sangsue + (_Nephelis octoculata_ Savigny). Ce grand homme connut plus tard la + vérité, et s'empressa de confesser loyalement sa méprise. «_J'ai + vu_, dit-il, _et j'ai été stupéfait_» (_Vidi et obstupui_). + +[Illustrations: Vue en dessous. Vue en dessus. + +LARVES DE LANGOUSTE (PHYLLOSOMES). + +(D'après les dessins inédits communiqués par M. Gerbe.)] + +Les embryons des Homards et des Langoustes portent aux pieds des +panaches caducs, sortes de rames vibratiles à l'aide desquelles ils se +tiennent en suspension permanente et se meuvent avec facilité, jusqu'au +moment de la quatrième mue. + +Les Homards n'atteignent la taille adulte et ne sont aptes à se +reproduire qu'à la fin de leur cinquième année. + +D'après les observations de M. Coste, chaque jeune animal perd et +refait sa carapace huit à dix fois la première année, de cinq à sept la +seconde, trois ou quatre fois la troisième année, et deux ou trois la +quatrième. D'où il résulte que les plus petits Homards servis sur nos +tables ont changé en moyenne _vingt et une fois_ de vêtement calcaire, +et en sont à leur vingt-deuxième habit! + +[Illustration: JEUNES HOMARDS 1/6. + +(Troisième mue.)] + +La taille réglementaire d'un Homard a été fixée à 20 centimètres. Tout +individu plus court, vendu au marché, est un Homard de contrebande. + +Les habitants de Blainville vont s'établir tous les ans à Chausey, pour +la pêche des Homards. + +On prend ces Crustacés avec des espèces de paniers en forme de cônes +tronqués, dont le sommet offre une ouverture disposée de telle sorte +que l'animal, une fois entré, ne peut plus sortir. Que de traquenards +dans l'industrie! + +Le nombre de Homards que chaque famille de pêcheur capture dans une +saison peut être évalué à mille ou douze cents. Chausey expédie donc +annuellement de huit à neuf mille de ces Crustacés, dont le produit, +payé à Coutances, est de 10 000 à 12 000 francs. Chaque maître pêcheur +retire à peine 1300 à 1400 francs de cette campagne, qui dure près de +neuf mois. (Quatrefages.) + +En Norvége, on prend beaucoup de Homards. On les expédie en Angleterre, +à bord de navires dont la cale est divisée en grands compartiments qui +communiquent avec la mer. Chaque compartiment peut contenir sept à huit +mille individus[182]. + + [182] L'Angleterre en reçoit annuellement pour une somme de 500 000 + francs. On en a vu arriver jusqu'à 30 000 par jour. + +[Illustration: ENGINS DE PÊCHE.] + +On peut garder les Homards pendant quelque temps, avec la plus grande +facilité. Jadis on les enfermait dans de grandes caisses de bois +percées de trous. Aujourd'hui, on les met dans de véritables bassins. +M. Richard Scowell possède à Hamble, près de Southampton, un réservoir +de briques revêtues d'une couche de ciment, dont l'eau se renouvelle au +moyen d'écluses et de conduites, et dans lequel 50 000 Homards peuvent +tenir à l'aise et vivre en bonne santé pendant cinq à six semaines. + +Quand les réservoirs sont bien installés, il suffit de quelques mètres +cubes d'eau pour conserver un grand nombre de Crustacés. Dans les +viviers-parcs de Concarneau, creusés dans le roc de la falaise, et +recevant, avec les marées, l'eau fraîche de la pleine mer, nous avons +vu plus de 12 000 Langoustes, sans compter un nombre considérable de +Homards, entassés dans un espace de moins de 400 mètres carrés. Par les +fortes chaleurs du mois d'août, ces animaux se portaient bien et la +mortalité était insignifiante. De temps en temps on leur distribuait +les poissons de rebut que laissaient à bon compte les pêcheurs de +Sardine de la localité. + +Pour empêcher ces animaux de s'entre-détruire, on paralyse les +mouvements de leurs pinces au moyen d'une cheville de bois enfoncée +dans une de leurs articulations. + +Les Langoustes sont les Homards de la Méditerranée; elles passent pour +un manger plus délicat et moins indigeste. + +Elles sont abondantes, surtout dans le détroit de Bonifacio. + +Les Chevrettes sont très-recherchées dans certaines villes. On en fait +une assez grande consommation à Paris. + +Ces jolis petits Crustacés ressemblent assez aux Écrevisses. Si, comme +ces dernières, ils avaient de fortes pinces, ce seraient des miniatures +d'Écrevisses. + +La pêche des Chevrettes est très-simple. Il suffit d'entrer dans l'eau +jusqu'au-dessus du genou, muni d'un filet appelé _truble_ ou _havenau_, +en forme de grande poche, dont le bord est tendu par un demi-cercle +de bois et une corde qui fait le diamètre. Un bâton est attaché par +l'un de ses bouts au milieu de la corde. Le milieu du demi-cercle y +est aussi fixé solidement, et le pêcheur s'en sert pour ratisser les +herbiers avec la corde tendue, en tenant l'autre bout du manche appuyé +contre la poitrine[183]. + + [183] Voyez la planche XXIV. + +On ne peut exploiter de cette manière que des côtes très-basses, en +suivant le mouvement des eaux et par un temps très-calme. Pour rendre +la pêche plus fructueuse et mettre à contribution une plus grande +étendue de mer, deux pêcheurs prennent un bateau, et disposent trois ou +quatre filets de manière qu'ils parcourent le fond comme des trubles de +grande dimension. En les jetant et en les retirant de temps en temps, +ils font une ample récolte de nos petits Crustacés. + +Mais, en général, ce genre de pêche est confié aux femmes et aux +enfants. + +A Chausey, la récolte des Chevrettes est abandonnée aux femmes, qui, +au nombre de dix environ, se livrent à cette modeste industrie. +Armées de leurs _bouquetouts_, elles parcourent les anfractuosités de +l'archipel, fouillent sous les roches et dans les mares, et peuvent, +avec de l'activité, en recueillir deux kilogrammes par jour. Mais +cette pêche n'est possible que lorsque les marées sont assez fortes. +Le produit total de la campagne ne peut guère être évalué au delà de +200 à 300 kilogrammes par personne. C'est donc environ 2500 kilogrammes +de Chevrettes que l'on retire tous les ans de Chausey, et dont la plus +grande partie s'envoie à Paris. Ce petit commerce rapporte environ 800 +francs par personne, à peu près 8000 francs en tout. (Quatrefages.) + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXIV. + + PÊCHE DE LA CHEVRETTE A MARÉE BASSE. + Dessin de Riou, d'après la photographie du commandant + L. Hautefeuille.] + +Pendant l'hiver, les Chevrettes se retirent dans de plus grands fonds, +où il n'est plus possible de les atteindre avec les havenaux. On se +sert alors de casiers de filets, de forme assez semblable à ceux qu'on +emploie pour la pêche du Homard. Dans ces derniers temps, le commandant +L. Hautefeuille a eu l'heureuse idée de remplacer les filets que l'on +devait changer tous les mois, par de la toile métallique galvanisée, +dont la durée est de deux à trois ans. Cet excellent engin est déjà +très-répandu. + + +Les Chevrettes se conservent parfaitement, dans des parcs d'une +contenance restreinte, pourvu que l'eau de mer soit suffisamment +renouvelée. Elles y grossissent même, si on leur donne une nourriture +appropriée. L'expérience en a été faite dans les viviers de Concarneau, +sur plus de 1500 kilogrammes, représentant une valeur de près de 3000 +francs. + +A la Rochelle, on a des bassins particuliers pour faire reproduire les +Chevrettes. + +Les Chevrettes rougissent par la cuisson, mais ne prennent jamais une +teinte aussi foncée que les Homards et les Langoustes. Elles sont +plutôt d'un rose très-vif que d'un rouge très-brillant. Une variété +pêchée dans la Garonne, au-dessus du bec d'Ambez, ne rougit pas; elle +blanchit au contraire, si elle a toujours vécu dans l'eau douce. Mais, +après avoir passé quelques jours dans l'eau salée, l'anomalie commence +à disparaître. + +Les autres Crustacés sont loin d'être recherchés comme les Homards, les +Langoustes et les Chevrettes. + +Cependant, à Venise, on vend, dit-on, chaque année, pour près de +500 000 francs de Crabes ordinaires. Ce chiffre nous paraît bien élevé: +à un centime la pièce, il représenterait cinquante millions d'individus. + +Dans d'autres pays, on mange les _Tourteaux_[184], les _Étrilles_[185], +les _Squinado_[186], les _Salicoques_[187], les _Caramotes_[188], les +_Nika_[189].... + + [184] _Platycarcinus pagurus_ Linné. + + [185] _Portunus puber_ Fabricius. + + [186] _Maia squinado_ Lamarck. + + [187] _Palæmon squilla_ Leach. + + [188] _Pæneus caramote_ Latreille. + + [189] _Nika edulis_ Risso. + +L'utilité alimentaire des Crustacés et des autres habitants de la mer +est reconnue par tout le monde. Aussi nous comprenons parfaitement +(et nous approuvons même) la classification peu savante, mais +essentiellement pratique, proposée par le comte Marsigli, pour les +animaux de la Méditerranée: _Animaux que l'on mange_; _Animaux que l'on +ne mange pas_[190]. + + [190] Le nombre des Homards et des Crabes consommés à Londres est + évalué à deux millions et demi. On porte au même chiffre ceux qu'on + mange dans le reste de l'Angleterre. Somme totale, cinq millions! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXIV + +LE BERNARD L'ERMITE. + + Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu. + + (BOILEAU.) + + +I + +Le _Bernard l'ermite_, ou _Soldat_, est un Crustacé très-bizarre et +très-curieux, qui vit sur les bords de la mer. Il mérite bien un +chapitre spécial. + +Il diffère des Crustacés proprement dits en ce que, au lieu d'avoir le +corps protégé par une armure calcaire plus ou moins épaisse et plus +ou moins solide, il n'offre de cuirasse qu'en avant, c'est-à-dire +à la tête et à la poitrine; tout le reste n'est revêtu que d'une +peau molle et peu résistante. La partie vulnérable du Bernard est un +morceau friand pour ses voraces compatriotes. Mais notre malin Crustacé +connaît parfaitement la misérable faiblesse de son train postérieur. +La prudence lui fait chercher quelque coquille vide, d'une taille en +rapport avec la sienne. Quand il n'en trouve pas, il attaque un testacé +vivant, le tue sans pitié, le mange sans remords, et s'empare de son +logement, sans autre forme de procès. Une fois maître de la coquille, +il s'y introduit à reculons; il s'y installe et s'y retranche comme +dans un petit fort. + +[Illustration: BERNARD L'ERMITE + +(_Pagurus Bernhardus_ Fabr.)] + +Aux heures des repas (et à celles des amours), le Bernard montre la +tête et les pattes, surtout les grosses pinces. Il agite au-devant +de lui ses deux cornes, qui sont _longuettes et menues_, suivant +les expressions d'Ambroise Paré. Quand il marche, il accroche avec +ses tenailles les corps qui l'avoisinent, et entraîne avec lui son +habitation, comme l'Escargot la sienne. Mais les parties de son corps +mal défendues restent toujours enfermées et protégées. + +Voyez, à la marée basse, les Bernards disséminés sur les grèves +rocailleuses. On croit apercevoir un grand nombre de coquillages +de diverses grandeurs, qui se meuvent dans toutes les directions, +avec des allures différentes de celles qui appartiennent à leur race +essentiellement lente et mesurée. Si on les touche, ils s'arrêtent +brusquement. On découvre bientôt que chaque maisonnette sert de +résidence non pas à un Mollusque, mais à un Crustacé. + +Le Bernard vit seul dans sa petite citadelle, comme un cénobite dans +sa cellule ou une sentinelle dans sa guérite. Il serait bien difficile +qu'il en fût autrement. C'est pourquoi on l'a surnommé l'_ermite_ ou le +_soldat_. + +Quand notre Crustacé grossit et que son habitation d'emprunt devient +gênante, il se met en quête d'un autre coquillage un peu plus grand et +mieux approprié à sa taille, et il change de maison. + +Le Bernard profite souvent, avons-nous dit, des coquilles vides +abandonnées. Quand la marée se retire, il n'en manque pas. Il faut +le voir, alors, chercher, tourner, retourner, et surtout essayer son +nouveau domicile. Il fait glisser lestement son abdomen, qui est +gros et contourné, tantôt dans une coquille, tantôt dans une autre, +regardant avec méfiance autour de lui, et revenant bien vite à son +ancien logis, si le nouveau ne lui paraît pas confortable. Il en essaye +souvent un grand nombre, comme on essaye des vêtements neufs, avant +d'en avoir rencontré un qui lui convienne. + +Dans ses déménagements successifs, le petit sybarite, tout en se +donnant un ermitage de plus en plus spacieux, ne manque pas de suivre +son goût et son caprice, dans la couleur et dans l'architecture de sa +nouvelle habitation. + + L'ennui naquit un jour de l'uniformité! + +Le rusé compère choisit une maisonnette tantôt grise ou jaune, tantôt +rouge ou brune, globuleuse ou cylindrique, en forme de tourelle ou +de tonneau, souvent armée de dentelures, de créneaux, de lames +tranchantes ou de prolongements pointus. + +Cependant notre Diogène Crustacé préfère les coquilles en spirale un +peu allongée: par exemple, les Cérites, les Buccins et les Rochers..... + +[Illustration: HABITATION D'UN BERNARD L'ERMITE[191].] + +Le Bernard est timide. Au moindre bruit, il se retire dans son gîte, +et s'y tapit sans mouvement. Il rentre la plus petite de ses pinces et +ferme la porte avec la plus grosse. Celle-ci offre souvent des poils, +des tubercules ou des dents. Notre prudent cénobite se cramponne si +fortement au fond de sa retraite, qu'on le mettrait en pièces plutôt +que de l'en arracher. Sa queue est transformée en une sorte d'appareil +d'adhérence (_haftorgan_) à l'aide duquel elle le fixe solidement à sa +nouvelle habitation. + + [191] Pêché à la drague par trente brasses de profondeur, au sud + des îles de Glenans. + +Ce Crustacé est robuste et vorace. Il mange avec délices les Poissons +morts et les débris de Mollusques et de Vers. Il attaque aussi les +animaux vivants. + +Quand on introduit un Bernard dans un aquarium, il l'a bientôt +bouleversé et dévasté, avec ses courses désordonnées et avec sa +rapacité insatiable. + +On réussit quelquefois à conserver en bonne harmonie plusieurs +individus dans le même réservoir, mais cela tient plutôt à +l'impossibilité où ils se trouvent de s'attaquer entre eux, étant +bien barricadés et bien rusés, qu'à la douceur de leur caractère ou à +l'amour de leur prochain. + +En effet, ces animaux sont très-querelleurs. Deux Bernards ne peuvent +guère se rencontrer sans manifester des sentiments hostiles. Chacun +étend ses longues pinces et semble tâter l'autre, comme font les +Araignées quand elles cherchent à saisir une mouche du côté le plus +vulnérable. En général, ils se contentent de ces preuves de hardiesse +mutuelle, et chaque agresseur, trouvant l'ennemi parfaitement fortifié, +s'empresse de battre prudemment en retraite. Souvent il y a une +véritable passe d'armes: les bras s'écartent, les pinces s'ouvrent et +s'agitent d'une manière menaçante; les deux adversaires se culbutent et +roulent l'un sur l'autre, mais plus effrayés que meurtris[192]. + + [192] Voyez la planche XXV. + +M. Gosse a vu, une fois, la lutte se terminer par un dénoûment +tragique. Un Bernard s'approcha d'un confrère agréablement logé dans +une coquille plus grande que la sienne, le saisit par la tête avec +ses puissantes tenailles, l'arracha de son asile avec la rapidité de +l'éclair, et s'y logea non moins promptement, laissant le malheureux +dépossédé se débattre sur le sable, dans les convulsions de l'agonie. + +Nos combats, dit Charles Bonnet, n'ont presque jamais lieu pour un +objet aussi important! Il s'agissait d'une maison! + + +II + +Une jolie espèce d'Anémone de mer, l'_Anémone parasite_, aime à vivre +avec le Bernard. Il est des sympathies tout à fait inexplicables! Dans +les aquariums, cette Anémone se fixe presque toujours sur la coquille +qui sert de demeure au Crustacé, et l'on peut dire que là où s'établit +le Bernard, s'établit aussi l'Anémone. + +Ces deux animaux vivent ensemble en parfaite intelligence. Les +observations de M. Gosse nous ont appris qu'il y a entre eux une +entente cordiale et réciprocité d'affection. Ce savant observateur +vit un jour un Bernard qui venait de changer d'habitation, détacher +délicatement de sa vieille demeure sa chère compagne l'Anémone, la +transporter avec précaution et la placer confortablement sur la +nouvelle coquille, et puis, avec ses larges pinces, donner à sa +bien-aimée plusieurs _petites tapes_ pour qu'elle se fixât plus +promptement. + +M. A. Lloyd a été témoin plusieurs fois du même phénomène, dans son +établissement de Portland-road. Il a même vu un Crustacé renoncer à +changer de domicile, parce qu'il n'avait pu décider son Anémone, qui +était souffrante, à déménager avec lui. + +Une autre espèce de Bernard a pour compagne l'_Anémone manteau_. On +assure que lorsque le Crabe vient à mourir, son amie inconsolable ne +tarde pas à succomber. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXV. + + COMBATS DE BERNARDS L'ERMITE. + Dessinés d'après nature (aquarium de Concarneau).] + +On connaît aussi une Annélide, la _Néréide à deux lignes_, qui +forme avec notre Crustacé une association encore plus intime. Elle +s'introduit dans la coquille même qu'il habite et partage son logis. +Les pêcheurs de Weymouth, qui connaissent cette particularité, ne +manquent pas de briser cette coquille pour en retirer le Ver marin, +dont ils font un excellent appât. + + +III + +Nous avons rencontré un Bernard, qui probablement n'avait pas trouvé de +coquille à sa convenance, blotti dans une vieille Éponge. + +Nous en avons découvert un autre installé dans un morceau de pierre +ponce. + +Au Jardin zoologique d'acclimatation, il existait, en juillet 1861, +un Bernard qui avait introduit son abdomen dans une Anémone de mer +_vivante_. Il la traînait avec lui, bon gré mal gré, partout où il +lui plaisait. L'Anémone, quand elle n'était pas trop secouée, étalait +paisiblement les rayons de sa collerette, et semblait presque habituée +à l'occupation de sa poche digestive. Cependant elle ne mangeait pas! +Les déjections du Bernard lui servaient-elles d'aliment? Comment +l'estomac de l'Anémone n'exerçait-il aucune action dissolvante sur la +queue et sur le ventre du Bernard? Toujours des faits qui embarrassent +la science! + + +IV + +Un petit animal de la famille de notre Crustacé choisit une pierre +plate et la couche sur son dos, comme un abri solide. Il la retient +avec ses deux pattes de derrière. + +La _Dromie globuleuse_ se couvre et se protége avec une valve de +coquille. Elle la porte sur elle comme un bouclier. + +M. Spencer Bate avait mis dans un verre quelques _Puces de mer_, +avec une petite Ulve verte. Au bout d'une heure ou deux, il vit avec +surprise que l'une de ces petites créatures avait enroulé autour d'elle +la plante marine, et s'en était fait une sorte de tube protecteur, dans +lequel elle vivait commodément et paisiblement, n'en sortant que la +tête et les antennes. Lorsqu'on la tourmentait, elle se retirait bien +vite au centre de sa maisonnette, s'y retournait, et sortait alors la +tête par l'autre extrémité. + +L'_Amphithoé rougeâtre_[193] cherche sous les pierres, dans les +crevasses des rochers ou entre les tiges des Fucus, des endroits bien +abrités, et là elle se construit un _petit nid_, composé d'une matière +soyeuse et de corpuscules étrangers étroitement unis et mastiqués. +Examiné au microscope, ce nid présente une grande quantité de fils +très-fins entrelacés et comme tissus d'une manière très-serrée. Çà et +là on remarque quelques soies plus fortes, doubles, tordues en spirale. +(Spencer Bate.) + + [193] _Amphithoe rubricata_ Leach. + + +V + +Le _Pinnothère_[194], joli Crustacé d'un rose vif, de la taille d'un +pois, se fait le commensal de quelque grosse Huître. Il entre et vit +dans la maison du bivalve exactement comme chez lui. + + [194] _Pinnotheres veterum_ Bosc. + +Pline croyait que ce petit Crabe reconnaissait, en hôte généreux, +l'hospitalité qu'on lui accorde (à la vérité un peu forcément). +L'Huître, disait-il, est aveugle et pourrait être surprise par quelque +méchant animal. Le Pinnothère, qui a des yeux très-gros et un esprit +très-attentif, pince le manteau de sa patronne, toutes les fois qu'un +danger la menace. Il oblige ainsi cette dernière à rapprocher ses deux +battants et à fermer sa maison[195]. + + [195] Ostrea in conchis tuta fuêre suis. (OVIDE.) + +[Illustration: PINNOTHÈRE DES ANCIENS + +(_Pinnotheres veterum_ Bosc).] + +Plutarque apprécie différemment les services que le Pinnothère rend +aux bivalves. Voici son opinion, exprimée par Montaigne: «Dans la +coquille de la Nacre se trouve le Pinnothère, luy servant d'huissier +et de portier, assis à l'ouverture de cette coquille qu'il tient +continuellement entrebaillée, jusqu'à ce qu'il y voye entrer quelque +petit poisson propre à leur prinse. Car, alors, il entre dans la +Nacre, et luy va pinceant la chair vifve, et la contraint de fermer sa +coquille. Lors, eulx deux, ensemble, mangent la proye enfermée dans +leur fort.» + +Il est vraiment dommage que ces histoires, tant celle de Pline que +celle de Plutarque, soient des histoires faites à plaisir. Il n'y a +de vrai que la présence du Pinnothère dans les bivalves, présence +déterminée par l'instinct de sa conservation. + +Ce petit Crustacé est timide et paresseux; pour se mettre en sûreté, il +se loge dans les Huîtres, dans les Pinnes[196], dans les Moules et dans +les Modioles..... + + [196] Le nom de _Pinnothère_ ou _Pinnotère_ signifie littéralement + «pourvoyeur de la Pinne» (_venator Pinnæ_) ou «gardien de la Pinne» + (_custos Pinnæ_). + +Suivant M. W. Thompson, sur dix-huit Moules des côtes de l'Irlande, +on a trouvé quatorze Pinnothères femelles. Il n'est pas rare de +rencontrer, dans le même bivalve, deux femelles et même trois, un mâle +et plusieurs petits. Le Pinnothère, comme on voit, n'est pas égoïste; +quand il a découvert une belle et bonne Moule, il ne la prend pas pour +lui seul, il s'y établit en famille. + +Il n'y a rien d'isolé dans la création. L'animal le plus humble a des +rapports intimes, non-seulement avec la mer, avec les nuages, avec +l'air, avec le soleil..... mais encore avec les plantes et avec les +autres animaux. L'harmonie est la grande loi de la Nature. (Channing.) + +Mais qui peut se vanter, dans l'Océan, de n'avoir pas d'ennemi? Le +pauvre Pinnothère, quand il change de coquille, s'il ne prend pas bien +ses précautions, est bientôt appréhendé au corps par quelque Crustacé +plus gros et plus robuste, qui le dépèce et le dévore en un clin +d'œil..... + + +VI + +Le Bernard et les Crustacés, qui ont besoin d'un abri, terminent nos +études sur les Animaux sans vertèbres. + +Dans les chapitres suivants, nous traiterons des Vertébrés. + +Nous marchons du simple au composé. + +En zoologie, le mot _composé_ peut être pris dans trois sens +différents. Il exprime d'abord la réunion en communauté d'un certain +nombre d'individus élémentaires, plus ou moins distincts les uns des +autres; secondement, la fusion plus ou moins complète de plusieurs +organismes particuliers ou zoonites; troisièmement, la complication +plus ou moins grande des individus isolés. + +Les Polypiers sont des réunions d'individus distincts. + +Les Crustacés sont des associations de zoonites adhérents. + +Les Poissons sont des individus isolés compliqués. + +Les Coraux ont une organisation _arborisée_. Leurs animalcules sont +associés, comme les fleurs dans une plante. + +Les Anémones, les Étoiles, les Oursins....., possèdent une organisation +_rayonnée_. Dans un grand nombre, cette structure est à peu près +rigoureuse. Leurs parties répétées sont arrangées autour d'un point +ou d'un axe commun, dont elles divergent presque géométriquement. +Quelquefois l'ensemble présente en même temps comme une moitié droite +et une moitié gauche (Dujardin). C'est un passage entre la symétrie +_rayonnée_ et la symétrie _bilatérale_. + +Les Annélides, les Crustacés et les autres animaux dits _Annelés_, +possèdent une organisation _unisériée_. Mais comme chaque zoonite se +trouve composé de deux moitiés semblables latéralement accolées, il en +résulte que l'ensemble est plutôt _bisérié_ qu'_unisérié_; en d'autres +termes, que ces animaux ont à la fois, et la structure _sériée_, et la +structure _bilatérale_. + +Enfin, les Vertébrés, qu'on a nommés aussi _unitaires_, ne présentent +plus, dans leur organisme, ni disposition _rayonnée_, ni groupement +sérié; mais ils offrent deux moitiés semblables: une à droite, l'autre +à gauche. Leur symétrie est simplement _bilatérale_. + +L'arrangement _rayonné_ est celui des animaux les plus simples. +L'arrangement _bilatéral_ est celui des animaux les plus parfaits. + +Dans le règne végétal, pour le dire en passant, les fleurs offrent +aussi, dans la disposition de leurs parties similaires, tantôt le +plan _rayonné_, tantôt le plan _bilatéral_. Il suffit, pour s'en +convaincre, de jeter les yeux sur une _Renoncule_ ou sur un _Œillet_, +et sur une _Linaire_ ou sur une _Sauge_. Les botanistes, nous en +ignorons la raison, appellent _régulier_ ce premier mode d'arrangement, +et _irrégulier_ le second. Dans leurs classifications, ils regardent +les plantes à fleurs régulières comme plus parfaites que les plantes +à fleurs irrégulières. On vient de voir que les fleurs dites +_irrégulières_ ne diffèrent des autres que par une symétrie différente. +Si les caractères avaient la même importance dans les deux règnes, les +fleurs à symétrie _bilatérale_ seraient plus élevées en organisation +que les fleurs à symétrie _rayonnée_. + +Les botanistes et les zoologistes devraient de temps en temps, sortir +de leurs études exclusives, regarder un peu ce qui se fait de bon chez +le voisin, et se mettre d'accord avec lui. La science y gagnerait. + +Lecteur, veuillez pardonner les considérations générales qui terminent +ce chapitre. Nous venons d'aborder, sans nous en douter, un des sujets +les plus importants de la zoologie. Ce n'était peut-être pas la place +dans un livre qui n'est pas savant et dont l'auteur ne cherche pas à le +paraître..... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXV + +LES POISSONS. + + Des mers pour eux il entr'ouvrit les eaux. + + (RACINE.) + + +I + +Les Poissons sont les habitants de l'eau par excellence. Ils naissent +dans l'eau, vivent dans l'eau et meurent dans l'eau. Quand on les +retire de ce milieu, ils succombent à une sorte d'asphyxie. Les +Poissons sont les principaux hôtes de l'Océan, c'est-à-dire, les plus +nombreux, les plus variés, les plus vifs et les plus brillants..... + +Dans le premier chapitre de cet ouvrage, nous avons rappelé que les +sept dixièmes de la surface de la terre sont baignés par les mers. +On serait tenté de croire, disait un homme d'esprit, frappé de cette +immense étendue d'eau, que _notre globe a été créé surtout pour les +Poissons!_ + +Les Poissons sont en quelque sorte le lien qui unit les Animaux +vertébrés aux Animaux sans vertèbres. Ils ont une organisation plus +compliquée que toutes les bêtes, petites ou grandes, dont nous avons +parlé jusqu'à présent. + +Pline n'a signalé que 94 espèces de Poissons; Linné en a caractérisé +tant bien que mal 478; les savants d'aujourd'hui en connaissent plus +de 13 000, parmi lesquelles le dixième tout au plus appartient à l'eau +douce..... + +Les Poissons ne sont pas dispersés çà et là au hasard. Au milieu des +mers, comme sur la terre, la distribution des animaux est soumise à +des lois. Poussée par son instinct, chaque race choisit les eaux les +plus favorables à son organisation. Beaucoup de Poissons occupent +des localités déterminées, et ne peuvent point impunément changer +d'habitation. Les uns sont répandus dans de vastes espaces, les +autres cantonnés, pour ainsi dire, dans des localités restreintes. Il +y en a qui vivent tout à fait à la surface des eaux, par exemple le +_Chauffe-soleil_[197] des Antilles. D'autres, au contraire, ne quittent +pas les profondeurs. Au nombre de ces derniers, citons le _Chien de +mer_, nommé _Hexanche_[198] à cause des six fentes respiratoires qu'il +a sur les côtés; le _Malarmat cuirassé_[199], qui ne sort de ses abîmes +qu'à l'époque de la ponte; le _Télescope_[200], si remarquable par +la grosseur de ses yeux, et le _Grenadier_[201], si singulier par la +carène de ses écailles. Ce dernier, suivant Risso, vit toute l'année à +1 200 mètres de profondeur. + + [197] _Glysiphodon saxatile_ Cuvier et Valenciennes. + + [198] _Hexanchus griseus_ Rafinesque. + + [199] _Peristedion cataphractes_ Lacépède. + + [200] _Pomatomus telescopus_ Risso. + + [201] _Macropus rupestris_ Bloch. + +Quelques espèces ne quittent que rarement la vase: par exemple, la +_Clavelade_[202], la _Pastenague_[203] et la _Baudroie_[204]. + + [202] _Raja clavata_ Linné. + + [203] _Raja pastinaca_ Linné. + + [204] _Lophius piscatorius_ Linné, vulgairement _Grenouille_ ou + _Diable de mer_ (_Rana piscatrix_). + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXVI. + P. Lackerbauer inv. et pinx. Lebrun et Desjardins fac-simile sc. + + POISSONS VOLANTS, DORADES, ALBATROS.] + +Presque tous les Poissons marins réclament l'eau salée; c'est pourquoi +ils se tiennent éloignés de l'embouchure des grands fleuves. Il en est, +au contraire, qui cherchent de préférence les endroits où il se fait +un mélange habituel d'eau douce et d'eau de mer. Le _Muge_[205], la +_Daurade_[206], le _Flet_[207], offrent de remarquables exemples de cette +nécessité d'un séjour dans un milieu saumâtre. + + [205] _Mugil cephalus_ Linné, vulgairement _Mulet de mer_. + + [206] _Chrysophrys aurata_ Cuvier. + + [207] _Pleuronectes flesus_ Linné, vulgairement _Picaud_. + +Certains Poissons vivent à peu près isolés; d'autres se réunissent en +troupes innombrables. + +Il y en a qui semblent obéir, chaque année, comme les Pigeons et les +Grues, à un instinct d'émigration. Ils se rassemblent par millions, et +forment dans la mer des colonnes épaisses et serrées, longues souvent +de plusieurs lieues. + + +II + +Les Poissons ont une forme allongée, amincie en avant et en arrière, +renflée vers le centre, et plus ou moins comprimée. Ils sont +admirablement taillés pour l'élément auquel ils appartiennent. Beaucoup +ressemblent à des navettes glissantes ou à des fuseaux effilés. + +[Illustration: SCORPÈNE DE L'ILE DE FRANCE + +(_Scorpæna nesogallica_ Cuvier, Valenciennes).] + +Chez les animaux supérieurs, à organisme très-complexe, la Nature a +fort peu modulé les nuances de leur structure intérieure. Il existe une +parenté bien étroite entre tous les membres de la nombreuse classe des +Poissons; leur anatomie varie à peine, quoique leur physionomie soit +souvent très-différente! + +Que ces animaux habitent les profondeurs de la mer, les rochers du +rivage ou l'embouchure des cours d'eau; qu'ils soient écailleux ou +chagrinés, osseux ou cartilagineux, leur composition organique reste +la même ou à peu près la même, dans ses éléments essentiels. Ils +ont tous un fond constant, à travers des milliers de broderies. Ils +sont semblables et néanmoins divers. Toujours l'unité et toujours le +changement! + +[Illustration: LE MARTEAU MAILLET + +(_Zygæna tudes_ [_Cestracion_ Klein] Valenciennes).] + +Cependant, dans la classe des Poissons, comme dans les groupes les +plus naturels, on rencontre quelques espèces de forme bizarre, +exceptionnelle, et pour ainsi dire anomale. Celui-ci est ventru comme +une outre, ou comprimé comme une lame; celui-là ressemble à un marteau. +En voici un qui paraît plus haut que long, avec la bouche au milieu du +ventre et des nageoires en croissant. En voilà un autre qui s'allonge +en spatule, avec la tête à peine distincte de la queue, et des ouïes +percées comme les trous d'un flageolet!... + +[Illustration: LE COFFRE TRIANGULAIRE + +(_Ostracion triqueter_ Linné).] + +Les Poissons sont couverts d'écailles minces, dures et serrées, nacrées +ou colorées, aplaties, carénées ou ciselées, toujours disposées avec +symétrie et le plus généralement comme les tuiles sur un toit. Ces +écailles, quelquefois très-petites, semblent ne pas exister dans +l'_Anguille_[208]. + + [208] _Muræna anguilla_ Linné. + +[Illustration: MONOCENTRE DU JAPON + +(_Monocentris japonicus_ Bloch, Schneider).] + +La peau des Poissons est toujours lubrifiée par un enduit visqueux. +Leur tissu est pénétré d'une graisse huileuse qui l'empêche d'être +altéré par l'eau salée. + +Ces animaux présentent les couleurs les plus brillantes et les costumes +les plus élégants. Ils ne le cèdent en rien, pour la beauté de la +parure, ni aux Papillons, ni aux Oiseaux, ni aux coquillages si variés +de l'Océan. + +[Illustration: ROUGET + +(_Mullus barbatus_ Linné).] + +Les _Rougets_ sont vêtus de pourpre. La _Coquette_[209] est tachetée +de vermillon et de violet. La _Jarretière_[210] ressemble à un serpent +argenté, qui nage par ondulations, réfléchissant des teintes de rose et +d'azur. Les _Zées_ sont décorés d'une riche et somptueuse broderie. Les +_Scares_, les _Maquereaux_, les _Daurades_, étincellent de l'éclat de +l'émeraude, du rubis, de la topaze et du saphir..... + + [209] _Holacanthus tricolor_ Lacépède. + + [210] _Lepidopus argyreus_ Cuvier. + +Toutes ces couleurs sont souvent distribuées en banderoles flexueuses +ou en taches ocellées. + +La plupart des teintes, même les plus vives, paraissent extrêmement +fugaces: elles s'affaiblissent quand l'animal devient malade ou vieux; +elles se ternissent quand il n'est plus dans son élément; elles se +transforment dans l'hiver; elles s'évanouissent au moment de la mort... +Les Romains prenaient plaisir à contempler les changements de couleur +qu'éprouve le Rouget pendant son agonie (Sénèque). + +On assure que certaines espèces phosphorescentes ont été vues +distinctement à 7 mètres de profondeur, pendant une mer calme. (Borda.) + +Bennet a fait connaître un _Requin_ remarquable par la phosphorescence +d'un vert brillant qui régnait sur toute la partie inférieure de son +corps. Un individu porté dans une chambre la remplit de lumière. Le +poisson avait un aspect horrible; sa lumière était permanente, mais +elle ne paraissait augmenter ni par le mouvement, ni par le frottement. +Quand le Requin mourut (ce qui arriva trois heures après sa sortie de +l'eau), la lumière du ventre disparut la première, celle des autres +parties s'éteignit graduellement; les mâchoires et les nageoires +restèrent les dernières phosphorescentes. La seule partie de la surface +inférieure du monstre qui ne brilla pas, fut la bande noire de la gorge. + +La petitesse des nageoires dans cette espèce est cause qu'elle ne nage +pas facilement. + +Comme elle vit de rapine et qu'elle est nocturne, Bennet conjecture +qu'avec sa phosphorescence elle fait venir sa proie, comme le pêcheur +avec une torche attire le poisson. + + +III + +Les Poissons se nourrissent de plantes marines succulentes, de vers, de +coquillages et de petits crustacés. Certains mangent d'autres Poissons, +et même se dévorent entre eux. Les gros engloutissent les petits, sans +respecter leur propre espèce, ni même leur famille! En général, ces +animaux sont très-voraces; ils avalent les morceaux sans les mâcher, le +plus souvent même sans les couper. + +[Illustration: SCORPION DE MER OU CHABOT. + +(_Cottus bubalis_ Euphrasen.)] + +Nous avons vu un Chabot qui avait avalé un jeune Rouget une fois et +demie plus long que lui. + +John Barrow rapporte qu'un _Chien de mer_ harponné près de l'île de +Java avait dans son estomac un grand nombre d'ossements, fragments +d'une grosse Tortue; une tête de Vache buffle et un Veau. + +Brünnich, étudiant à Marseille les Poissons de la Méditerranée, trouva, +dans un autre Chien de mer, deux Thons et un matelot tout habillé. + +Dans un troisième individu des mêmes parages, l'estomac contenait un +soldat avec son sabre. + +Müller assure que dans un de ces animaux, du poids de 750 kilogrammes, +pris aux environs des îles Sainte-Marguerite, le tube digestif +renfermait un _Cheval tout entier!_ Ce fait est-il bien authentique? + +Au combat naval du 12 avril 1782, le feu ayant pris au vaisseau +français _le César_, plusieurs matelots qui s'étaient jetés à la +mer furent déchirés et dévorés par des Requins rangés entre les +deux flottes. Ces monstres marins se disputaient leur proie avec +acharnement, sans être effrayés par les bordées d'artillerie qui +tonnaient des deux côtés. (Ch. Douglas.) + +Le père Labat affirme, de _la façon la plus formelle_, que les Requins +_préfèrent la chair des noirs à celle des blancs_, et cela parce +qu'elle est plus savoureuse et _plus parfumée_. Il ajoute que les +_Anglais sont plus prisés_ des Requins _que les Français_. + +Les Poissons ont des dents non-seulement sur les bords des mâchoires, +mais quelquefois encore sur le palais, dans le gosier et même sur la +langue. + +Chez les Mammifères, dit Cuvier, il n'y a que trois os qui puissent +porter les dents; chez les Poissons, il y en a huit. + +Les dents sont coniques et pointues, ou bien comprimées et tranchantes, +ou bien encore déprimées et arrondies. + +Celles de la _Raie_ représentent de petites plaques d'ivoire serrées +les unes contre les autres, et disposées comme le carrelage d'un pavé. +Celles de quelques autres Poissons sont arquées ou recourbées, et +ressemblent moins à des dents qu'à des crochets. + +Les plus terribles, parmi ces organes, sont peut-être ceux des +_Loups de mer_. Ces dents sont triangulaires, aiguës, tranchantes +et quelquefois _garnies de denticules sur les bords_. Le poisson en +possède généralement six rangées. Steller était présent lorsqu'on +prit un Loup de mer sur la côte du Kamtchatka. L'animal saisit avec +la gueule un levier avec lequel on le frappait, et le brisa comme un +morceau de verre. Schœnfeld assure que ce monstre laisse l'empreinte de +ses dents sur les ancres des navires. + +Existe-t-il réellement, dans la mer du Sud, des Poissons à dents +acérées, qui broutent le Corail comme un mouton broute l'herbe? + +On connaît des Poissons dont les dents nombreuses sont si fines et si +rapprochées, qu'en promenant les doigts dessus, on croit toucher du +velours. + +Les organes respiratoires ou branchies des Poissons offrent une +organisation peu variée. Ce sont généralement des filaments ou petits +tubes attachés en séries parallèles à des espèces d'arcs osseux, +comme les brins d'une frange. Chez les _Aiguilles de mer_[211] et +les _Chevaux chenilles_[212], au lieu d'être disposés en peigne, ces +organes sont groupés en touffes arrondies. + + [211] _Syngnathus acus._ + + [212] _Hippocampus._ + +Les orifices des branchies sont les _ouïes_, fermées par les +_opercules_. + +Les mouvements habituels de la bouche et des opercules ont donné lieu +à l'opinion vulgaire que le Poisson _boit constamment de l'eau_. De là +le proverbe: _Altéré comme un Poisson_; proverbe absurde, attendu que, +lorsque cet animal prend du liquide, il ne boit pas, il respire. (J. +Franklin.) + +Les branchies offrent l'admirable propriété de s'emparer d'une quantité +d'oxygène d'autant plus considérable, qu'elles fonctionnent à une plus +grande profondeur. (Biot et Delaroche.) + + +IV + +Les Poissons passent pour muets; cependant plusieurs d'entre eux +produisent des sons bien caractérisés. Le _Coin-coin_[213] fait +entendre un grognement particulier, que M. Valenciennes compare à la +voix peu harmonieuse du Canard. La _Vieille_[214] jette un cri plaintif +quand on s'empare d'elle. Les _Thons_[215] vagissent comme des enfants, +quand on les tire de l'eau. Le _Tambour_[216] fait, en nageant, un +bruit étrange qui ressemble au roulement d'une baguette sur une peau +d'âne bien tendue. Ce n'est qu'à l'époque du frai que ce Poisson se +fait entendre; le reste de l'année, il est muet: la basane est détendue. + + [213] _Pristipoma anas_ Valenciennes. + + [214] _Balistes vetula_ Linné. + + [215] _Scomber thynnus_ Linné. + + [216] _Pogonias chromis_ Linné. + +On a découvert tout récemment en Amérique, dans la baie de Pailou, +située au nord de la province d'Esmeraldas, dans la république de +l'Équateur, de petits Poissons de couleur blanche, avec quelques taches +bleuâtres vers le dos, qui ont non-seulement de la voix, mais _une +sorte de chant_. + +M. O. de Thoron longeait un jour une plage, au coucher du soleil, +quand tout à coup un son étrange, très-grave et très-prolongé, vint +frapper son oreille. Notre voyageur crut d'abord au voisinage de +quelque insecte de grandeur extraordinaire. Il regarda autour de lui et +ne vit rien; il questionna un rameur. + +«Monsieur, répondit celui-ci, c'est un Poisson qui chante. + +--Comment, un Poisson qui chante! + +--Oui, monsieur, un Poisson, un véritable Poisson. Les uns l'appellent +_Sirène_, les autres _Musico_ (musicien).» + +M. de Thoron fit arrêter sa pirogue, pour mieux apprécier le phénomène. +Il entendit une multitude de voix qui formaient ensemble un singulier +concert. + +Ce chant est sonore; il ressemble, à s'y méprendre, aux sons moyens des +orgues d'église entendus d'une certaine distance. + +Les Poissons chantent sans sortir de l'eau, comme la _sirène_ de M. +Cagniard-Latour..... C'est vers le coucher du soleil qu'ils commencent +à se faire entendre, et ils continuent pendant la nuit. La présence +des auditeurs n'intimide nullement ces musiciens d'une nouvelle +espèce[217]. (Thoron.) + + [217] Les Nègres croient que ces petits Poissons, quand on les + mange, rendent _amoureux_, au point qu'on aime toujours sans + pouvoir jamais guérir. + +Nous ne dirons plus: _Muet comme un Poisson!_ + +Les Poissons possèdent des espèces de rames appelées _nageoires_, qui +leur servent à se soutenir dans l'eau et à nager. Le plus grand nombre +en ont deux paires: deux devant (_pectorales_), qui sont les bras, et +deux plus ou moins en arrière (_abdominales_), qui sont les jambes. +Quand on redresse l'animal sur sa queue, la seconde paire se trouve +placée, le plus généralement, à une certaine distance au-dessous de +la première, comme le seraient les jambes postérieures par rapport aux +antérieures, chez un Chien roquet qui danse sur ses pattes de derrière. +Mais, dans plusieurs espèces, les nageoires abdominales et pectorales +sont très-rapprochées, de manière à paraître les unes au-dessous des +autres, quand l'animal est dans sa position habituelle, ou sur le même +niveau, quand il est vertical. + +[Illustration: AMPHACANTHE CERCLÉ + +(_Amphacanthus doliatus_ Cuvier et Valenciennes).] + +Les autres nageoires sont ordinairement impaires: la _caudale_ +(c'est-à-dire la queue); l'_anale_ (simple ou double), à la racine de +cette dernière, en dessous; et la _dorsale_ (simple, double ou triple), +sur le bord supérieur. + +Le nombre maximum des nageoires est donc de dix: quatre paires et six +impaires. + +Ces organes ont des _rayons_ plus ou moins nombreux, tantôt durs, +tantôt mous, qui représentent les doigts des mains et des pieds. + +Les Poissons sont de parfaits nageurs..... Ils savent avancer et +reculer sans effort, tourner en tous sens, bondir, s'élancer et +s'arrêter brusquement. Les uns, comme de légères bulles d'air, +remontent perpendiculairement du sein des plantes submergées. Les +autres, comme des corps graves, semblent descendre jusqu'aux régions +les plus profondes. Ceux-ci décrivent une route oblique et tortueuse; +ceux-là se balancent mollement à la surface du liquide, comme des +navettes d'or et d'argent ou comme des paillons d'acier poli. Tous +s'avancent, reviennent, se pressent, se forment en escadrons, +s'éparpillent, se réunissent de nouveau, s'égarent, disparaissent, +et la trace de feu qu'ils ont laissée scintille encore à nos yeux +émerveillés. + +L'agitation et l'inconstance de la mer semblent s'empreindre, sur les +êtres qui vivent au milieu de ses ondes, dans la souplesse, la rapidité +et la vivacité de leurs allures. Que d'harmonies ravissantes dans le +sein de l'Océan! + +Quelques Poissons résistent aux vagues les plus fortes; d'autres, au +contraire, sont entraînés par les courants les plus légers. On a vu des +_Bonites_[218] et des _Orbes_[219] amenés par le Gulf-stream dans la +Manche, sur la côte du Devonshire. + + [218] _Thynnus vagans_ Lesson. + + [219] _Diodon._ + +La queue des Poissons est plus ou moins longue, arrondie, carrée, +échancrée ou bifide, mais, suivant les espèces, toujours comprimée, +c'est-à-dire verticale. + +Chez l'_Hippocampe_, cette nageoire est grêle et susceptible de +s'enrouler autour des tiges de Corail ou de Fucus, comme la queue de +certains singes autour des branches des forêts. Cette queue est prête à +saisir tous les corps qu'elle peut embrasser. Lorsque deux Hippocampes +se rencontrent étourdiment, ils s'entrelacent souvent l'un l'autre. + +[Illustration: GRONDIN + +(_Trigla gurnardus_ Linné).] + +Certains Poissons, comme le _Grondin_, ont des nageoires +très-étendues, très-minces et semblables à des ailes. Ils peuvent même +faire de temps en temps des excursions aériennes. Car il existe des +Poissons volants, comme il existe des Oiseaux nageurs. Les principaux +sont les _Exocets_[220], le _Trigle_[221] et la _Rascasse_[222]..... +Ces poissons s'élèvent à un ou deux mètres de hauteur, et parcourent +une étendue d'environ 100, 150 et même 1000 mètres. Mais bientôt leurs +nageoires se dessèchent, perdent leur flexibilité, et l'animal retombe +dans la mer. Pauvres Poissons volants! lorsqu'ils sont poursuivis +par une Daurade ou par un Dauphin, ils ont beau s'élancer hors du +milieu qu'ils habitent, un Albatros ou une Frégate fond sur eux +et manque rarement son coup. Danger dans l'eau, danger dans l'air, +danger partout: les infortunés échappent difficilement à leur cruelle +destinée[223]. + + [220] _Exocetus volitans_ Linné, _E. evolans_ Linné, _E. exiliens_ + Linné. + + [221] _Dactylopterus volitans_ Lacépède. + + [222] _Pteroïs volitans_ Cuvier. + + [223] Voyez la planche XXVI. + +[Illustration: POISSON SENNAL SUR UN PALMIER.] + +Les _Trigles milans_[224] offrent l'intérieur de la bouche lumineux. +Lorsque, pendant la nuit, une compagnie de ces poissons vole au-dessus +de la mer, on croit voir un groupe d'étoiles filantes[225]. + + [224] _Trigla lucerna_ Linné. + + [225] Voyez le chapitre V. + +On trouve au Malabar un petit poisson appelé _Sennal_, qui se donne +le plaisir de sortir de l'eau, non pas en volant, mais en rampant et +grimpant le long d'une tige de Palmier. On en a vu s'élever jusqu'à +deux mètres de hauteur. Son appareil respiratoire peut retenir une +certaine quantité d'eau, et l'animal peut vivre quelque temps dans +l'air. + +[Illustration: SENNAL + +(_Anabas scandens_ Cuvier).] + +Le _Hassar_[226], de l'Amérique méridionale, quand son marais se +dessèche, se met aussitôt en quête pour en avoir un autre. Il fait +de longs voyages à terre; il marche toute la nuit. Il se traîne avec +ses écailles et ses nageoires. On dit qu'il résiste plusieurs heures +au soleil le plus chaud. S'il trouve tous les marais desséchés, il +s'enfonce dans la terre humide, comme une Sangsue, et reste enfoui +jusqu'au retour de l'eau. + + [226] _Doras costata_ Lacépède. + + +V + +Les Poissons ne manquent pas d'intelligence. + +Le _Rémore_, que les marins français nomment _Sucet_, porte sur la tête +un disque ovale, à bords épais et contractiles et à fond plat, garni de +plusieurs rangées de lames transversales, quelquefois denticulées. A +l'aide de cette espèce de ventouse, l'animal se fixe aux corps solides +sous-marins. Il s'attache quelquefois au ventre du Requin, et se met +ainsi sous la protection de ce monstre, qui l'emporte avec lui et +malgré lui. + +Le Rémore voyage de la sorte rapidement, sans danger et sans fatigue. + +[Illustration: LE RÉMORE OU SUCET + +(_Echeneis remora_ Linné).] + +Les anciens croyaient que ce bizarre poisson pouvait _arrêter dans +sa course_ le plus grand vaisseau[227]. Les rames, les voiles, les +flots soulevés par la tempête, rien n'était capable de vaincre la +puissance de notre petit animal. Le navire restait toujours à la place +où il l'avait fixé. A la bataille d'Actium, le vaisseau d'Antoine fut +retenu par cet invisible obstacle, et c'est ainsi qu'Auguste obtint la +victoire et l'empire. Pline rapporte très-sérieusement cette histoire, +généralement admise de son temps. + + [227] Le Rémore, fichant son débile museau + Contre le moitte bord du tempeste vaisseau, + L'arreste tout d'un coup au milieu d'une flotte. + + (DU BARTAS.) + +«Que les vents soufflent tant qu'ils voudront, s'écrie le naturaliste +romain, que les tempêtes exercent leur rage, le petit poisson commande +à leur furie et met des bornes à leur puissance[228].» + + [228] Dy nous en quel endroit, ô Rémore, tu caches + L'ancre qui tout d'un coup bride les mouvemens + D'un vaisseau combattu de tous les élémens? + + (IDEM.) + +Cette fable ridicule n'était pas la seule, du reste, dont le Rémore +était l'objet. L'innocente bête passait encore pour _entraver le cours +de la justice_, pour _éteindre les feux de l'amour_, et pour _protéger +les femmes dans une situation intéressante_..... + +Les _Raies_ et les _Pastenagues_ se tiennent en embuscade pour saisir +les faibles animaux qui nagent sans méfiance au-dessus de leur retraite. + +Le _Filou_[229] demeure immobile au fond de l'eau; quand il voit +un jeune poisson à sa portée, il allonge brusquement le museau, et +s'empare aussitôt de l'imprudent. + + [229] _Epibulus insidiator_ Cuvier. + +La _Baudroie_ possède des appendices flexibles, terminés par deux lobes +charnus qu'elle laisse flotter, et au moyen desquels elle entraîne dans +sa bouche béante les poissons inexpérimentés trompés par ce faux appât. +Rondelet rapporte qu'une Baudroie déposée parmi les herbes aquatiques +saisit avec les dents la patte d'un jeune Renard, et le retint +prisonnier. Que diable ce Renard allait-il faire parmi les herbes +aquatiques? + +Les _Rascasses_ poursuivent avec audace et déchirent avec acharnement +les Morues les plus grosses, même des individus vingt fois plus grands +qu'elles. Ce ne sont pas toujours les gros qui mangent les petits! + +Le _Soufflet_[230] de l'Inde, dont le museau est long et tubuleux, +quand il découvre une mouche posée sur une des plantes qui croissent +dans ses eaux, s'en approche doucement; puis, avec une dextérité +surprenante, il lance une goutte d'eau, qui frappe le diptère et le +précipite dans la mer. + + [230] _Chelmon longirostris_ Cuvier. + +L'_Archer_[231] de Java fait la chasse aux insectes de la même manière, +avec la même adresse et le même succès. + + [231] _Toxotes jaculator_ Cuvier. + +La Nature a donné aux Poissons divers moyens pour résister à leurs +ennemis. Beaucoup ont le corps cuirassé de plaques osseuses ou garni de +crochets pointus. Certains relèvent les piquants de leurs nageoires, +et percent vivement la main qui les saisit; d'autres ont le corps +tout couvert d'aiguillons, ils s'arrondissent en boule et prennent +l'apparence d'un Hérisson contracté. + +Ces derniers sont appelés _Orbes épineux_[232]. Le père Dutertre +raconte d'une manière très-naïve comment on les prend aux Antilles: + +«La pesche de ce poisson, dit-il, est un tres-agreable passetemps. On +luy jette la ligne, au bout de laquelle est attaché un petit ameçon +d'acier, couvert d'un morceau de cancre de mer, duquel il s'approche +tout incontinent. Mais, voyant la ligne qui tient l'ameçon, il entre en +deffiance et fait mille petites caracolles autour de luy; il le gouste +quelquefois sans le serrer, puis le lasche tout à coup: il se frotte +à l'encontre et le frappe de sa queuë, comme s'il n'en avoit aucune +envie: et s'il voit que pendant cette ceremonie, ou plustost pendant +cette singerie, la ligne ne bransle point, il se jette brusquement +dessus, avalle l'ameçon et l'appas, et se met en estat de fuyr. Mais, +se sentant arresté par le pescheur qui tire la ligne à soy, il entre +en une telle rage et furie, qu'il dresse et herisse toutes ses armes, +s'enfle de vent comme un balon, et bouffe comme un poulet d'Inde +qui fait la roüe. Il se darde en avant, à droite et à gauche, pour +offenser ses ennemis de ses pointes, mais en vain; car, pendant, s'il +faut ainsi dire, qu'il enrage de bon cœur et creve de despit, les +spectateurs s'eventrent de rire. Enfin, voyant que toutes ses violences +ne luy servent de rien, il employe les ruses: il besse tout à fait +ses pointes, soufle tout son vent dehors, et devient flasque comme un +gand moüillé: en sorte qu'il semble, qu'au lieu du poisson armé qui +menaçoit tout le monde de ses pointes, on ayt pris un méchant chiffon +moüillé. Cependant on le tire à terre, et alors, connoissant que toute +son artifice ne luy a de rien servy, que tout de bon on a envie d'avoir +sa peau, et que desjà il touche le roch ou le gravier de la rive, il +entre en de nouvelles boutades, fait le petit enragé, et se démene +estrangement. Se voyant à terre, il herisse tellement ses pointes, +qu'il est impossible de le prendre par aucune partie de son corps, si +bien qu'on est contraint de le porter avec le bout de la ligne un peu +loin du rivage, où il expire un peu de temps après.» + + [232] Ou _Diodons_. + +Dans l'_Espadon_[233], la mâchoire supérieure est prolongée en forme +d'épée ou de broche aplatie, sorte de machine de guerre horizontale, +puissante, terrible, avec laquelle le poisson peut attaquer les plus +grands animaux marins. Les coups qu'il porte sous l'eau, contre les +navires, sont assez forts pour en _percer_ les bordages. On possède, +au Musée royal de Londres, un fragment de carène _traversé_ par l'épée +d'un Espadon. + + [233] _Xiphias gladius_ Cuvier. + +La _Scie_[234] offre en avant du museau, non plus un glaive, mais, +comme son nom l'indique, une véritable scie. C'est une lame longue +(quelquefois de trois mètres), large, extrêmement dure, armée sur +les deux bords d'épines osseuses un peu écartées, très-fortes et +très-pointues. Ces épines sont implantées dans les alvéoles et +ressemblent à des dents, mais elles n'en ont pas la texture. (Les +vraies dents de l'animal se trouvent sur ses mâchoires; elles +ressemblent à de petits pavés.) Avec ce terrible instrument, le +monstre réussit à déchirer le ventre des Baleines ou les flancs des +Cachalots... Quelles affreuses blessures! + + [234] _Pristis antiquorum_ Latham. + +Le _Chirurgien_[235] et le _Docteur_[236] présentent aussi une arme +dangereuse pour attaquer et se défendre, mais cette arme se trouve +à la queue et non à la bouche; elle est petite. C'est une sorte de +_lancette_. + + [235] _Acanthurus chirurgus_ Bloch. + + [236] _Acanthurus cœruleus_ Bloch. + +Enfin, plusieurs espèces sont armées d'un appareil admirable, avec +lequel elles peuvent atteindre au loin, par une puissance invisible, et +frapper avec la rapidité de l'éclair. Nous voulons parler des Poissons +électriques, dont le plus connu est la _Torpille_[237], poissons qui +semblent avoir dérobé au ciel, et transporté sous l'eau, une étincelle +du majestueux météore qui éclate dans les airs. + + [237] _Torpedo Galvanii_ Risso. + + +VI + +La Providence semble laisser au hasard, chez les Poissons, la +reproduction de l'espèce, et pourtant tout est si bien disposé, que le +grand but ne manque jamais d'être atteint. + +A l'époque de la reproduction, les femelles s'approchent du rivage et +des grèves sablonneuses exposées au soleil. Elles y pondent leurs œufs. +Les mâles arrivent peu de temps après et les fécondent. + +Pour que le vœu de la Nature s'accomplisse, il n'est pas nécessaire +que ces derniers aient aucun rapport direct avec les femelles. Chez la +plupart des espèces, les deux sexes ne se voient pas, peut-être même ne +se sont-ils jamais vus. Par conséquent, ils ignorent tout à fait les +tendres sentiments! A quoi leur servirait l'affection sexuelle? Sous ce +rapport, les Escargots nous semblent plus heureux[238]. + + [238] Voyez le chapitre XXIII, § 6. + +Chez les _Épinoches_[239], les choses se passent un peu différemment. +Quoique ces poissons appartiennent à l'eau douce, nous devons dire +quelques mots de leurs allures. Le mâle, revêtu de sa livrée d'amour, +construit un nid avec des racines, des herbes et des fibres végétales +artistement entrelacées. Ce nid a deux portes. Lorsqu'il est prêt, +l'Épinoche appelle une femelle, l'encourage à le suivre. Si elle +oppose quelque résistance, il la saisit par une nageoire et l'entraîne +violemment. Il la fait entrer dans le domicile conjugal, la surveille +pendant qu'elle pond, et puis la chasse par la seconde porte. Alors il +entre lui-même dans le nid pour arranger et féconder les œufs, glisse +et _reglisse_ par-dessus en _frétillant_; les quitte pour réparer le +dégât fait à la couchette; puis court chercher une autre femelle près +de pondre, et répète le même manége jusqu'à ce que le berceau soit +suffisamment rempli. Alors il ferme la seconde ouverture et ne laisse +qu'une porte. Il demeure en sentinelle près des œufs, pour les défendre +contre les autres Épinoches. Suspendu verticalement au-dessus du nid, +le museau à l'entrée, il agite l'eau sans cesse avec ses nageoires. Il +paraît content, mais il est trop inquiet pour avoir un bonheur parfait. + + [239] _Gasterosteus aculeatus_ Linné. + +Guillaume Pellicier, évêque de Montpellier, avait reconnu, il y a bien +longtemps, que les _Gobies_ et les _Hippocampes_ ont aussi l'habitude +de construire des nids pour recevoir leurs œufs. + +Certains Poissons ne peuvent pas frayer au milieu des eaux salées. +Ils se rendent dans les fleuves, ainsi que dans leurs affluents. Ils +ont la faculté de nager contre le courant; ils courent en arrière. +Les plus célèbres sont les _Esturgeons_[240], qui abandonnent la mer, +et particulièrement la mer Caspienne et la mer Noire, où ils vivent +en troupes nombreuses, pour gagner les eaux douces de la Volga et du +Danube; les _Aloses_[241], si recherchées pour la table quand on les +prend à l'époque de l'émigration, et si peu estimées au contraire au +moment de leur retour; et les _Saumons_, qui remontent les fleuves et +les rivières, et vont le plus près possible des sources, franchissant, +à l'aide d'une force musculaire excessive, des obstacles en apparence +insurmontables. + + [240] _Acipenser_ Linné. + + [241] _Clupea alosa_ Linné. + +[Illustration: PÉGASE VOLANT + +(_Pegasus volans_ Linné, Gmelin).] + +Poussés par un instinct analogue à celui qui ramène les Hirondelles à +leurs nids, ces poissons reviennent chaque année dans les mêmes eaux, +après être retournés à la mer. (A. Duméril.) + +Deslandes, commissaire général de la marine, ayant acheté douze Saumons +aux pêcheurs de Châteaulin, près de Brest, leur mit un anneau de cuivre +à la queue, et leur rendit la liberté. Les années suivantes on en +reprit quelques-uns. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXVII. + P. Lackerbauer Chr. Lit. d'après Mr Gerbe. Imp. Becquet à Paris. + + DÉVELOPPEMENT D'UN POISSON. + + (SALMO SALAR. Linné.) + + 1. Apparition de la tache embryonnaire. 2. Premiers linéaments de + l'embryon. 3. Embryon plus développé; apparition du cœur. 4. Embryon + complètement formé. 5. Embryon prêt à éclore. 6 Embryon éclos.] + +Les Poissons sont d'une fécondité excessive. Leur multiplicité +dépasserait tout ce qu'on peut imaginer, si mille causes de destruction +ne s'y opposaient pas. Un nombre immense de germes périssent avant leur +éclosion. Les courants les dispersent, les tempêtes les meurtrissent, +le soleil les dessèche. A peine un pour cent, parmi ces œufs, +produisent-ils une créature vivante. Des milliers de petits sont +dévorés; des quantités considérables d'adultes servent de nourriture +à d'autres Poissons, à des Oiseaux, à d'autres animaux marins et à +l'Homme lui-même..... + +On a trouvé par le calcul: + + Chez un _Rouget_[242]............................... 81 586 œufs. + Chez une _Sole_[243]................................ 100 362 + Chez un _Maquereau_[244]............................ 546 681 + Chez une _Carpe_[245] de 45 centim............ 600 000 à 700 000 + Chez un _Esturgeon_ pris à Neuilly.................. 1 467 856 + Chez une _Plie_[246] de 30 centimètres.............. 6 000 000 + Chez un _Turbot_[247] de 50 centimètres............. 9 000 000 + Chez un _Muge à grosses lèvres_[248]................ 13 000 000 + + [242] _Mullus barbatus_ Linné. + + [243] _Solea vulgaris_ Cuvier. + + [244] _Scomber scombrus_ Linné. + + [245] _Cyprinus carpio_ Linné. + + [246] _Platessa vulgaris_ Cuvier. + + [247] _Rhombus maximus_ Cuvier. + + [248] _Mugil chelo_ Cuvier. + +Après la ponte[249], l'œuf devient plus transparent, et l'on voit +apparaître sur un point de la surface du globe intérieur, au milieu +d'un amas de gouttelettes d'huile, une petite tache circulaire +blanchâtre. Chez les Poissons d'été, une heure ou deux suffisent +pour que cette tache, qui représente le germe, se réalise; tandis +qu'il en faut huit ou dix chez les Salmonidés. Puis on voit ce germe +s'affaisser, diminuer d'épaisseur, mais en même temps s'agrandir et +se transformer en membrane. Son extension augmente de plus en plus, +envahit le tiers, la moitié, enfin la totalité du globe intérieur de +l'œuf. En même temps l'embryon se manifeste sous la forme d'une ligne +blanchâtre occupant un quart de la circonférence de l'œuf. Plus tard, +les formes du jeune Poisson se dessinent à travers la membrane externe, +et les yeux apparaissent comme des points noirâtres. Enfin, les œufs +ne tardent pas à éclore. Il faut une semaine d'incubation dans la +Carpe, une vingtaine de jours chez le Brochet, et deux ou trois mois +chez la Truite et le Saumon. + + [249] Voyez planche XXVII. + +La plupart des Poissons blancs se dispersent presque aussitôt nés. Les +Salmonidés portent, au sortir de l'œuf, une énorme vésicule, qui les +rend incapables de se soustraire par la fuite à la voracité de leurs +ennemis; ils se retirent à l'abri de la vive lumière, et se nourrissent +des éléments renfermés dans leur énorme poche abdominale. Vers la +cinquième ou sixième semaine, cette poche abdominale a disparu, et le +jeune Poisson est semblable à ses parents. + +Ordinairement la mère ne prend aucun soin des petits. Il y a peu +d'exceptions à cette règle. + +On cite comme exemple du contraire le _Hassar_[250], dont nous avons +déjà parlé. Cette espèce construit un berceau qu'on a comparé au nid +de la Pie. Il est arrondi, un peu aplati vers les pôles, et disposé de +manière que sa partie supérieure arrive jusqu'à la surface de l'eau. +L'orifice est petit: il a juste ce qu'il faut pour laisser passer une +femelle. Celle-ci veille, avec le soin maternel le plus actif, jusqu'à +la sortie des petits. + + [250] _Doras costata_ Lacépède. + +Quand on veut prendre ce poisson, on place un panier devant son nid; +on frappe légèrement sur ce dernier. Le Hassar, en colère, hérisse ses +piquants et sort à l'instant de la couchette; il se précipite dans le +panier. (R. Schomburgk.) + +Le père poisson, qui montre quelquefois tant d'affection pour les œufs +à une époque où ils ne sont pas encore vivifiés, et où, par conséquent, +il n'est pour rien dans leur organisation, ne regarde plus ces mêmes +œufs, fécondés par lui, quand ils éclosent, et les jeunes poissons, ses +propres enfants, quand ils sont nés! O bizarrerie de la paternité! + +On assure cependant que l'Épinoche mâle, après avoir courageusement +protégé son nid et les œufs de ses femelles, prend soin des petits qui +viennent d'éclore. Il les défend comme une Poule défend ses poussins, +les empêche de sortir du berceau pendant les premiers temps, et leur +apporte progressivement une nourriture convenable. + +On dit aussi que l'_Aiguille de mer_ mâle[251] présente sous la queue +deux appendices mous, qui peuvent former une poche en se rapprochant. +Il enferme dans cette poche les œufs de sa femelle. Ces œufs sont +ainsi soumis à une sorte d'incubation. Au mois de juin, les petits +éclosent et quittent la bourse; mais ils suivent leur père. Toutes +les fois qu'un danger les menace, ils retournent chercher un refuge +dans la poche protectrice, comme font les jeunes Kanguroos de la +Nouvelle-Hollande dans la poche maternelle. Mais, chez notre petit +poisson, c'est le mâle qui est la mère. + + [251] _Syngnathus acus_ Linné, vulgairement _Poisson tube_. + +Il ne faut pas croire, avec Plutarque, que le _Requin_ ne le cède en +_bonté paternelle_ à aucune créature vivante. L'illustre historien dit +que le père et la mère se disputent le soin d'alimenter leurs tendres +nourrissons et de leur apprendre à nager, et qu'ils les reçoivent dans +leur _gueule protectrice_, quand il survient quelque ennemi. + +Il est heureux que le bon Plutarque ait été plus exact sur les faits et +gestes des grands hommes que sur les habitudes des Requins. + + +VII + +La mer est une abondante source de productions pour les population des +côtes. Elles puisent dans son sein les éléments de leurs richesses. La +ligne ou la drague, le filet flottant ou le chalut[252], tout est bon +pour retirer du sombre abîme le coquillage ou le poisson qui peut être +de quelque utilité ou de quelque agrément. + + [252] Voyez la planche XXVIII. + +Les gouvernements ont dû mettre un frein à cette sorte de pillage, et +protéger les populations contre elles-mêmes. Mais en même temps qu'on +réglait les moissons marines, on a cherché à les multiplier par la +pisciculture. + +Cet art a une origine très-ancienne. Les Chinois le pratiquent depuis +un temps immémorial; les Romains le faisaient servir à leur amusement +et au luxe de leur table. + +On retenait prisonniers dans des piscines les poissons qu'amenait la +marée montante, ou que les pêcheurs rapportaient de leurs courses. On +les élevait, on les engraissait comme les bestiaux de nos étables. On +obtenait ainsi des élèves excellents et très-recherchés. + +Cette sorte de parcage est pratiqué de nos jours sur des points +nombreux de la côte où la montée du poisson est abondante. L'industrie +du lac Comacchio est l'une des plus considérables. + +Au milieu du XVIIe siècle, une découverte vint transformer la +pisciculture. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXVIII. + + PÊCHE DE NUIT: AVISO LE SYLPHE RELEVANT LE CHALUT. + Dessin de Riou, d'après le commandant L. Hautefeuille.] + +On savait que les Truites et les Saumons, quand vient l'époque de la +ponte, remontent les ruisseaux qui roulent une eau limpide sur un +fond de gravier; y choisissent une place où ils s'arrêtent; écartent +les pierres avec leur tête et leur queue, les rangent de manière à +former des espèces de digues qui puissent faire obstacle à la rapidité +du courant, et dans les interstices desquelles leur progéniture se +trouve à l'abri. C'est là, en effet, que la femelle dépose ses œufs. +Les uns s'arrêtent sous un caillou, les autres sous un coquillage ou +tout autre abri, jusqu'à ce que toutes les anfractuosités du lit +qui a été préparé pour eux en soient garnies. Dans cette position, le +choc continuel de l'eau ne peut les emporter, mais il les conserve +dans un état de propreté indispensable à leur développement ultérieur. +On savait encore qu'au moment où la femelle vient de pondre, le mâle +verse sa laitance sur les œufs, et que cette laitance, entraînée +par le liquide qui lui sert de véhicule, passe sur eux comme un +nuage bienfaisant, les imprègne, leur communique la propriété de se +développer, et se dissipe après avoir troublé la transparence de l'eau. +(Coste.) + +Le savant naturaliste Jacobi eut l'idée d'imiter dans un ruisseau +artificiel ce que tous les jours il voyait se passer normalement dans +la nature; il alla plus loin: il comprit toute la portée industrielle +de sa découverte, et démontra, par des essais d'une précision et d'un +bon sens pratique admirable, l'excellence des résultats. + +C'est dans le Hanovre, près de Nortlem, que ces premiers essais furent +tentés. Ils devinrent la source d'un commerce important. L'Angleterre +accorda une récompense publique à leur auteur. + +Dans ces dernières années, à l'occasion d'une réclamation de priorité +à l'Académie des sciences, on apprit que, dans une des vallées les +plus reculées de la chaîne des Vosges, un pêcheur de la Bresse, doué +d'un remarquable esprit d'observation, et voulant porter remède au +dépérissement de son industrie, avait passé plusieurs années de sa +vie à refaire laborieusement la série des procédés de la fécondation +artificielle. La nouvelle de cette application faite pour la première +fois en France avec plein succès eut un grand retentissement. + +On se demanda si l'on n'était pas en droit d'espérer le repeuplement +des rivières et des lacs, et si l'on ne pourrait point étendre la main +sur les champs inexplorés de la mer. + +Un savant que sa position et ses travaux d'embryogénie comparée +appelaient, tous les ans, à exposer dans ses cours les principes sur +lesquels repose la nouvelle méthode, concourut puissamment à son +organisation naissante, en lui accordant un bienveillant patronage et +mettant à son service les laboratoires du Collége de France. C'est dans +ces laboratoires que furent construits et perfectionnés les modèles de +tous les appareils de pisciculture envoyés par les différents pays à la +dernière exposition de Londres (Coumes). + +[Illustration: VUE GÉNÉRALE DE L'ÉTABLISSEMENT D'HUNINGUE.] + +M. Coste fit ressortir de quelle utilité serait pour les populations +l'ensemencement des eaux, et éleva la question à la hauteur d'un +intérêt public (Coumes). + +Sur sa proposition, fut décrétée la création de l'établissement +d'Huningue pour la pisciculture d'eau douce, et des viviers +laboratoires de Concarneau pour l'étude des animaux marins. + +L'établissement d'Huningue est un vaste appareil d'éclosion. Des +bâtiments considérables contiennent les auges d'incubation, et les +bassins pour recevoir les jeunes nouvellement éclos. Des réservoirs +extérieurs sont destinés à la stabulation de l'alevin et à son +acclimatement aux intempéries de l'atmosphère. + +[Illustration: BASSINS POUR LES ESSAIS D'ÉLEVAGE A L'EXTÉRIEUR +(HUNINGUE).] + +Cet établissement distribue un grand nombre d'œufs et de jeunes dans +les lacs et les rivières de la France et des pays voisins. Son utilité +est si générale, que sa construction a été suivie de constructions +semblables à l'étranger. + +Les viviers de Concarneau sont des laboratoires où la science et la +pratique se prêtent un mutuel appui dans l'étude des animaux marins. + +[Illustration: VUE GÉNÉRALE DES VIVIERS DE CONCARNEAU.] + +Des bassins sont réservés pour les animaux en expérience; d'autres, +plus spacieux, servent au parcage des Crevettes, des Langoustes +et des Homards, qui donnent lieu à un commerce considérable. Des +aquariums nombreux contiennent une grande variété d'animaux. On voit se +développer, dans cette maison transparente, les moindres particularités +de la vie marine; Lucine elle-même n'a plus de mystère. + +[Illustration: ŒUFS DE CHAT DE MER PONDUS EN CAPTIVITÉ (CONCARNEAU). + +(_Squalus catulus_ Linné).] + +On y est témoin de la voracité des Vieilles et des Turbots, des Poulpes +et des Sèches. On y voit la délicate opération de la mue des Homards +et des Langoustes; l'accouplement des Aplysies, l'incubation des Plies +toutes rondes de frai; la ponte pénible du Chat de mer, qui attache +ses dix-huit œufs, par leurs longs filaments contournés en vrille, +aux Goëmons et aux rochers, où ils seront retenus tout le temps que +durera le travail embryonnaire. Enfin, on assiste à l'accouchement +laborieux des Syngnathes et de l'Hippocampe. Rien de plus curieux que +de voir cette pauvre bête fixée par l'enroulement de sa queue à une +branche de Gorgone, tantôt noire, tantôt verte, tantôt pâle de douleur, +donner successivement naissance, par intervalles irréguliers, à plus +de cent cinquante petits, qui, aussitôt nés, se mettent à nager dans +toutes les directions, emportés par leur caprice ou leur étourderie, +indifférents aux souffrances de leur mère; tandis que le mâle, tournant +autour de sa femelle, la caressant, l'entourant de sa queue, imite ses +attitudes et ses changements de couleur, comme pour lui témoigner sa +sympathie pour tant de souffrances. + +Sous la haute direction et la puissante activité de l'inspecteur +général des pêches, s'accumulent des matériaux considérables pour +l'histoire des animaux et pour le progrès de la pisciculture marine. +(L. Soubeiran.) + +Ce n'est que par l'observation et l'expérience que l'on peut connaître +les mœurs et les habitudes des Poissons, et que la science, mieux +informée, fournira les données nécessaires pour concilier les intérêts +de la reproduction des eaux avec ceux de la libre pratique, les +exigences de l'industrie avec les besoins permanents du repeuplement. + +On ne verra plus détruire par _centaines de millions_ (Coste) ces +tourbillons de jeunes poissons de toute espèce, qui surgissent sur les +plages vers le mois d'avril. Ces générations nouvelles descendront +dans les vallées sous-marines pour aller s'y transformer en troupeaux +de grande taille, ou seront retenues dans des viviers-parcs, où on +les contraindra suivant qu'on les nourrira en liberté ou en prison +cellulaire, à grandir soit en longueur, soit en épaisseur, comme le +Bœuf et le Mouton que l'art façonne dans nos étables, comme le Turbot +que l'on voit engraisser dans les viviers-laboratoires de Concarneau. +(Coste.) + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXVI + +LE HARENG. + + «Millions de millions, milliards de milliards, qui osera hasarder + de deviner le nombre de ces légions?» + + (MICHELET.) + + +I + +«Moïse était un pêcheur à la ligne. Jésus-Christ a choisi la plupart +de ses apôtres parmi de simples pêcheurs, et n'a jamais blâmé leur +occupation; tandis qu'il a condamné celle des scribes et des changeurs +d'argent. Après sa résurrection, quand il revit plusieurs de ses +disciples, il les retrouva pêchant, et se garda bien de les gronder.» +(J. Walton.) + +La pêche est donc une industrie fort ancienne et fort honorable. + +Si Moïse revenait sur la terre, il trouverait le nombre des pêcheurs +à la ligne prodigieusement augmenté et leur art singulièrement +perfectionné. Mais il verrait, en même temps, d'autres genres de pêche +plus ingénieux, plus rapides et surtout plus lucratifs..... + +On assure que les pêcheurs d'Angleterre retirent annuellement, de +l'Océan, une richesse de plus de 60 millions. Nous n'avons pas de peine +à le croire. En 1857, la seule ville de Paris a consommé pour 9 169 547 +francs de marée! + + +II + +Parmi les bienfaits alimentaires les plus précieux que nous devons à +l'eau salée, on doit ranger les _Harengs_. + +Tout le monde connaît ces poissons. Il n'est personne qui n'en ait vu, +sinon vivants et dans la mer, du moins desséchés et dans des tonnes, à +l'état de momies dorées, enfumées, entassées, symétrisées. + +[Illustration: TÊTE DE HARENG + +(_Clupea harengus_ Linné).] + +Les Harengs sont des Poissons sociaux et voyageurs, qui se réunissent +en bandes nombreuses et serrées, lesquelles présentent jusqu'à 30 +kilomètres de longueur et 5 ou 6 de largeur!..... Qui pourrait calculer +le nombre immense des individus qui composent ces effrayantes masses! +Elles émigrent du pôle boréal vers les côtes de la Norvége, de la +Hollande et de l'Angleterre..... Philippe de Maizières écrivait à +Charles VI: «Les Harengs font leur passage de la mer du Nord dans la +Baltique de septembre en octobre, et tant y en passe, qu'on pourroit +_les tailler avec l'espée_.» + +Les Harengs glissent rapidement à travers les flots. La lumière, +décomposée dans leurs écailles, semble se transformer en rubans de +nacre ou en navettes de métal, qui contrastent avec l'azur de leur +habitation; et leurs lueurs phosphorescentes scintillent, ondulent et +dansent sur les flots, comme le dit si bien M. Michelet. + +Le poids de ces poissons atteint bien rarement deux cents grammes. Ils +ont le dos d'un bleu verdâtre, et le reste du corps d'un blanc argenté. +Leur mâchoire inférieure est un peu plus courte que la supérieure. +L'une et l'autre sont garnies de jolies petites dents; on observe même, +sur leur langue, des papilles pointues, assez fortes pour retenir une +proie. Ils aiment à lever la tête au-dessus de l'eau, comme pour humer +l'air. Les mille mouvements d'une colonne de Harengs imitent le bruit +d'une pluie qui tombe à grosses gouttes. (J. Franklin.) + +Quelques centaines de Cétacés et plusieurs milliers d'Oiseaux de mer +accompagnent ces pauvres bêtes et les détruisent par millions. On +assure que, dans le voisinage des Hébrides, les seuls Fous dévorent +annuellement plus de cent millions de Harengs. Un autre poisson, appelé +Sey[253], poursuit nos voyageurs à outrance, se jette au milieu de +leurs colonnes, et les disperse, au grand préjudice des pêcheurs. + + [253] _Merlangus virens_ Cuvier. + +La mer, comme la terre, est un théâtre éternel de naissances et de +destructions. Tout s'y reproduit pour s'y détruire, et s'y détruit pour +s'y reconstituer! (Virey.) + +«Les Harengs vont comme un élément aveugle et fatal, et nulle +destruction ne les décourage. Hommes, poissons, tout fond sur eux; +ils vont, ils voguent toujours. Il ne faut pas s'en étonner: c'est +qu'en naviguant, ils aiment. Plus on en tue, plus ils produisent et +multiplient chemin faisant. Les colonnes épaisses, profondes, dans +l'électricité commune, flottent livrées uniquement à la grande œuvre +du bonheur. Le tout va à l'impulsion du flot, et du flot électrique. +Prenez dans la masse, au hasard, vous en trouverez de féconds, vous en +trouverez qui le furent, et d'autres qui voudraient l'être. Dans ce +monde qui ne connaît pas l'union fixe, le plaisir est une aventure, +l'amour une navigation. Sur toute la route ils épanchent des torrents +de fécondité.» (Michelet.) + +On a trouvé dans un Hareng 20 000 œufs; dans un autre, 36 000; dans un +troisième, 70 000!..... + +Aussi, malgré les pertes annuelles, si considérables, si effroyables +que leur font éprouver les autres hôtes de la mer... et les filets des +pêcheurs, on ne s'est jamais aperçu que leur nombre diminuât. Cette +fécondité a bien de quoi calmer les inquiétudes des économistes alarmés +sur le sort des générations futures. + + +III + +En Norvége, à la côte méridionale et occidentale de l'île de Karnsa, +l'avant-garde des Harengs d'hiver se présente vers les premiers jours +de janvier. Ces Harengs sont bientôt suivis de phalanges nombreuses et +compactes. + +Divers auteurs ont prétendu que les migrations régulières des Harengs +sont soumises à une discipline rigoureuse, et que leurs nombreuses +évolutions étaient dirigées par un ou plusieurs chefs, qu'on a nommés +_Harengs royaux_ ou _rois_. Les Hollandais respectent beaucoup ces +prétendus chefs. Ils les épargnent avec soin, quand ils les trouvent +dans leurs filets, et les rejettent dans la mer, afin de ne pas +détruire les guides de la nation Hareng. Les ichthyologistes n'ont pas +confirmé cette discipline; ils ont reconnu seulement que les divers +mouvements des bandes voyageuses sont gouvernés par les saisons. + +L'arrivée annuelle de ces poissons dans les diverses régions de l'Océan +est ordinairement assez régulière. Cependant elle éprouve, de temps à +autre, des vicissitudes qui influent non-seulement sur l'époque de la +visite, mais encore sur la quantité de visiteurs. + +On a eu l'idée tout récemment de mettre à profit le télégraphe +électrique qui longe la Scandinavie, pour annoncer aux pêcheurs +l'avant-garde et le corps d'armée de ces malheureux et bienfaisants +poissons. + +Le document le plus ancien, relatif à la pêche du Hareng, est daté de +709. Il existe dans les chroniques du monastère d'Evesham. + +Les Français s'occupaient déjà de cette pêche dès le XIe siècle: on +connaît une charte authentique de 1030. Il paraît qu'à cette époque, +des vaisseaux sortis de Dieppe allaient prendre ce précieux poisson +dans la mer du Nord. Mais ces premiers industriels ne furent pas imités +par leurs compatriotes. + +Dans le XIIe siècle, la pêche du Hareng commença en Hollande; elle y +prit une grande faveur, à tel point que, dans le siècle suivant, les +Hollandais allaient pêcher jusque sur les côtes de la Grande-Bretagne. +Ils consacraient au moins deux mille bâtiments à cette exploitation. + +Les Anglais suivirent bientôt cet exemple lucratif, et donnèrent à +cette industrie un développement considérable. Les Français, de leur +côté, ne voulurent pas rester en arrière. Les Danois, les Suédois et +les Norvégiens arrivèrent à leur tour. + +Parmi ces peuples, les Anglais, les Hollandais et peut-être les +Norvégiens, semblent avoir aujourd'hui le monopole de l'exportation. +Les pêcheries françaises, danoises et suédoises n'excèdent guère la +consommation de leurs pays respectifs. + +La quantité de Harengs récoltée chaque année par nos voisins +d'outre-Manche est véritablement énorme. Dans le petit port de Yarmouth +seulement, on équipe quatre cents navires de 40 à 70 tonnes, dont les +plus grands sont montés par douze hommes. Le revenu est d'environ 17 +500 000 francs. En 1857, trois de ces navires, appartenant au même +propriétaire, apportèrent 3 762 000 poissons. + +Depuis le commencement de ce siècle, les pêcheurs de l'Écosse ont +commencé à rivaliser de zèle avec ceux de l'Angleterre. En 1826, les +pêcheries écossaises employaient déjà 40 633 bateaux, 44 695 pêcheurs +et 74 041 saleurs. + +En 1603, la valeur des Harengs exportés par la Hollande s'élevait à +près de 50 millions. Leur pêche occupait 2000 bateaux et 37 000 marins. +Trois ans plus tard, nous trouvons que les Provinces-Unies envoyaient +3000 barques à la mer; que 9000 navires transportaient les Harengs dans +les autres pays, et que le commerce de ce précieux poisson employait +environ 200 000 personnes. + +Bloch rapporte que, de son temps, les Hollandais salaient jusqu'à 624 +millions de ces animaux. Suivant un dicton des Pays-Bas, _Amsterdam est +fondée sur des têtes de Hareng_. + +Quoique aujourd'hui très-active, la pêche hollandaise est loin de la +splendeur qu'elle avait il y a deux siècles. En 1858, elle a employé +quatre-vingt-quinze navires; en 1859, quatre-vingt-dix-sept, et en +1860, quatre-vingt-douze. En 1858, la Hollande a importé 16 940 tonnes +de 1 000 pièces; en 1859, 23 198, et en 1860, 27 230. Cette dernière +année, la pêche a rapporté 1 191 179 francs, soit 12 749 francs par +navire. + +Le Hareng, dit Lacépède, est une des productions dont l'emploi décide +de la destinée des empires. Aussi, dans le nord de l'Europe, la pêche +de ce poisson est-elle appelée la _grande pêche_, tandis que celle de +la Baleine est appelée la _petite_. + +Quelquefois, chez les peuples où la pêche du Hareng n'est pas +habituellement l'objet d'un grand mouvement industriel, il se fait, par +exception, des prises extraordinaires. + +Cuvier et Valenciennes assurent qu'un pêcheur de Dieppe rapporta, dans +une seule nuit, 280 000 Harengs, et qu'il en avait rejeté un nombre +égal à la mer. Total, 560 000 individus. + +En 1781, la ville de Gothembourg, en Suède, exporta 136 649 barils de +Harengs, contenant chacun 1 200 poissons. Ce qui donne un chiffre de +163 978 800 Harengs. + +[Illustration: UNE PÊCHE AU HARENG.] + +«Les Harengs, dit Duhamel, entrent parfois en si grande quantité dans +la Manche, qu'ils ressemblent aux flots d'une mer agitée: c'est ce que +les pêcheurs nomment des _lits_ ou _bouillons de Harengs_. Quand les +filets donnent dans ces bouillons, il arrive qu'ils sont tellement +chargés de poisson, qu'ils se rompent et coulent bas.» + +Les bâtiments équipés pour la pêche du Hareng sont du port d'une +soixantaine de tonneaux. On les charge de petits bateaux, de filets, de +sel et de _caques_. + +Comme on pêche pendant la nuit, pour prévenir toute espèce de +collision, et peut-être aussi pour attirer le poisson, chaque +embarcation porte un ou deux petits fanaux. Au banc de Yarmouth, où +plusieurs milliers de bateaux sillonnent la mer à la fois, toutes ces +lumières qui se meuvent et s'entrecroisent, produisent une scène +véritablement féerique. (L. Wraxall.) + +Les filets présentent jusqu'à 220 mètres de longueur, et la grandeur +des mailles est telle, que le Hareng y est retenu par les ouïes et les +nageoires pectorales, lorsque sa tête s'y engage. + +Le pauvre poisson s'embarrasse dans l'immense mur perpendiculaire qu'on +lui oppose, et reste suspendu, sans pouvoir avancer ni reculer, jusqu'à +ce que le pêcheur vienne le détacher et le prendre. + +Les caques sont de bois de chêne. Les autres qualités de bois, +particulièrement les résineux, communiquent au poisson une odeur et une +saveur désagréables. + +Les Harengs pêchés sont divisés en trois catégories: les _vierges_, +c'est-à-dire ceux qui n'ont pas encore frayé; les _pleins_, ceux qui +portent de la laite ou des œufs (_laités_ ou _œuvés_); les _vides_, +ceux qui viennent de se débarrasser de leur laite ou de leurs œufs. Ces +derniers sont les moins estimés. + +On fait une première salaison à bord des navires, ou bien sur la côte, +si elle n'est pas trop éloignée. Plus tard, on les remanie et les sale +de nouveau. Enfin, avant de les expédier, les négociants les changent +ordinairement de sel, quelquefois même de caque. + +Les _Harengs saurs_ sont embrochés, suspendus et exposés à la fumée et +à l'air chaud. + +Les Norvégiens accourent, de toute la partie méridionale de leur pays, +vers les parages fréquentés par les Harengs. Ils préparent des filets +de 25 à 30 mètres de longueur sur 7 à 8 de largeur. Chaque bateau porte +de quarante à soixante filets. + +Lorsque le Hareng pénètre dans l'intérieur des baies, on le barre avec +de grands filets de 250 à 300 mètres de longueur, sur une largeur de +33 à 40. On se sert ensuite de filets plus petits pour l'amener à terre. + +Dès qu'il est pêché, le Hareng se vend, soit aux petits navires des +environs, qui le transportent frais à Bergen et dans le voisinage, soit +aux saleurs, qui ont des magasins dans tous les parages où se fait la +pêche. (Baars.) + +La mi-janvier passée, d'autres masses de Harengs se jettent sur les +côtes de Bremanger, de Batalden et de Kinn, à environ dix ou douze +lieues au nord de Bergen, où les attendent d'autres milliers de +pêcheurs. Ici la pêche se fait presque exclusivement à l'aide de +filets ordinaires, les localités se prêtant moins au barrage que les +parages du sud. A mesure que la saison avance, les masses de Harengs se +dirigent un peu vers le sud-est, et, après avoir frayé vers le milieu +de mars, elles quittent la côte. (Baars.) + +Au mois de février et au commencement de mars, on prend aussi beaucoup +de Harengs entre Bremanger et Aalsund. + +Le produit de la pêche, au nord de Bergen, se sale sur les lieux mêmes, +où se trouvent de grands magasins, ou bien il est transporté dans +les environs par de petits navires. On l'évalue à 500 000 ou 600 000 +barils. Chaque baril contient de 450 à 500 poissons. Ce qui fait, par +conséquent, jusqu'à 300 millions d'individus. On assure qu'en 1860, le +chiffre fut encore plus élevé. Ce sont les Harengs d'hiver. + +Cette pêche terminée, les avant-coureurs des Harengs d'été commencent +à se montrer dans les environs de Bergen. Ceux-ci sont d'abord petits +et maigres; mais au fur et à mesure que la saison avance, on les voit +grossir et devenir de meilleure qualité: à la mi-juin, on en trouve de +très-beaux. + +La pêche commence à se faire en grand vers le milieu du mois de +juillet; elle dure jusqu'au mois de septembre. + +Elle s'opère avec de grands filets à barres. Vers la fin, cependant, on +emploie quelques filets ordinaires. + +Cette pêche donne au moins 40 000 barils, ce qui fait jusqu'à 20 +millions d'individus. La moitié environ de ces Harengs est consommée +dans le pays. + +La pêche norvégienne a donné en 1862, dans la saison dite du +_printemps_, 659 000 tonnes de Harengs, c'est-à-dire 764 440 +hectolitres, dont il faut retrancher 25 pour 100 pour la consommation +intérieure. Il reste donc, comme objet de commerce avec l'étranger, 494 +250 tonnes ou 573 330 hectolitres, représentant sur place une valeur +_minimum_ de 8 551 675 francs, et _maximum_ de 11 274 600 francs. + +Les Harengs fournissent une huile qui peut remplacer l'huile de +Baleine. Pour préparer cette huile, on fait bouillir le poisson dans +l'eau douce pendant cinq ou six heures, en ayant soin de remuer +constamment. Lorsque le Hareng est réduit en bouillie, on laisse +refroidir la masse, puis on recueille l'huile qui surnage. On la +clarifie par le filtrage ou par de simples décantations successives, et +on la met dans des barils. (La Morinière.) + +Le résidu qui reste au fond des chaudières est appelé _tangrum_. Les +Suédois le regardent comme un excellent engrais. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXVII + +LA SARDINE. + + «_Est enim divitiarum fructus in copia._» + + (CICÉRON.) + + +I + +La _Sardine_[254] est une très-proche parente du Hareng. + + [254] _Clupea sardina_ Cuvier. + +On prétend qu'elle doit son nom à l'île de Sardaigne. Est-ce bien vrai? +Ne serait-ce pas plutôt cette belle île qui doit son nom à la Sardine? + +Quoi qu'il en soit, ce délicieux habitant de l'eau salée jouissait déjà +d'une haute réputation avant que l'Homme ait inventé le moyen de le +_confire_. Épicharme en parle dans ses vers comme d'une des friandises +servies à Hébé _pour son déjeuner de mariage!_ (J. Franklin.) + +La Sardine est un joli petit poisson qui a la tête pointue, les yeux +gros et les opercules ciselés. Quand on le retire de la mer, son dos +paraît bleu, diapré de teintes plus obscures; ses côtes sont argentines +et moirées de vert brillant ou de bleu tendre. Mais il faut la voir, +cette élégante nageuse, s'ébattre librement, par un beau soleil de +juillet, dans la transparence d'une mer calme et limpide. + +On est émerveillé de la grâce et de la perfection de ses formes, de +la souplesse et de l'agilité de ses mouvements, de l'éclat et de la +variété de ses couleurs. Son riche corsage de nacre semble refléter +l'azur et l'émeraude..... + +La fécondité de ce poisson paraît miraculeuse. C'est surtout aux +Sardines, dit un auteur moderne, que semblent s'adresser les promesses +de la Bible: «Je multiplierai ta race, qui deviendra aussi nombreuse +que les grains de sable de la mer et que les étoiles du firmament.» +Si la bénédiction se mesure à la fécondité, comme le croyaient les +Israélites, ces poissons doivent être spécialement bénis entre tous les +animaux..... + +Les Sardines habitent l'océan Atlantique boréal, la Baltique et la +Méditerranée. Elles se trouvent dans la profondeur des baies, à l'abri +des rivages. Elles aiment le remous des courants et les endroits où la +mer est peu agitée. + +Comme les Harengs, les Sardines se rassemblent par colonnes compactes, +souvent très-longues et très-larges. + +Leurs légions émaillées arrivent en Bretagne vers le mois de mai. Leur +présence est indiquée par les bouillonnements de la surface de la mer +et par la teinte de l'eau, tantôt bleuâtre, tantôt blanchâtre, ces +animaux présentant alternativement au soleil leur dos d'azur ou leur +ventre d'argent. + +Ces brillants poissons arrivent au printemps dans la Méditerranée. Ils +en sortent avant l'hiver (S. Berthelot). + + +II + +On pêche les Sardines avec des seines et avec d'autres filets +traînants. Les seines sont tirées à terre ou relevées à la mer. + +Dans la Méditerranée, on a le _sardinal_, filet à petites mailles +et d'une seule nappe, qui flotte entre deux eaux, verticalement, en +décrivant des courbes à une certaine distance du rivage. On le tend +pendant la nuit. L'une de ses extrémités est attachée au bateau, qui +dérive avec lui au gré des courants. (S. Berthelot.) + +En Bretagne, on emploie aussi des filets flottants. La grandeur de la +maille est calculée de telle sorte que le poisson puisse passer la tête. + +Pendant la saison des Sardines, il y a, sur les côtes de Bretagne, deux +mille à deux mille cinq cents embarcations occupées à cette pêche. +Chaque barque ou _pesqueresse_ porte quatre ou cinq hommes: le patron, +deux ou trois matelots et un mousse; elle a cinq ou six filets, de la +rogue et des paniers. + +Les embarcations partent de grand matin. Elles se rendent à trois ou +quatre lieues de la côte: elles doivent être sur le lieu de pêche au +lever du soleil. Alors on amène les voiles et les mâts, et tandis que +les matelots rament lentement, on laisse couler à la mer un filet, qui +descend verticalement dans l'eau, soutenu par les liéges qui flottent à +la surface. Le patron, debout à l'arrière, jette la rogue par poignées, +tantôt d'un côté du filet, tantôt de l'autre, jusqu'à ce que le poisson +soit monté des profondeurs. Aussitôt, prenant une écuelle d'eau, il la +lance brusquement et bruyamment pour effaroucher et rabattre le poisson +sur le filet. La Sardine s'effraye, fuit précipitamment, et engage +sa tête dans les mailles, où elle reste prisonnière par les ouïes. +Le patron reconnaît que les filets sont chargés de poisson lorsque +les liéges entrent dans l'eau. Alors on les hale à bord les uns après +les autres; on en retire les Sardines, que l'on dépose au fond du +bateau[255]. + + [255] Voyez planche XXIX. + +Lorsque les Sardines sont abondantes, on peut en prendre jusqu'à un +tonneau d'un seul coup de filet. Quand la pêche est bonne, chaque +embarcation revient avec 25 000 à 30 000 individus. On assure en avoir +vu qui en portaient jusqu'à trente-cinq milliers. + +Cette pêche dure cinq ou six mois, pendant lesquels on ne compte guère +que cent journées de travail. Elle produit 7500 millions de Sardines, +lesquelles, vendues fraîches, procurent 7 500 000 francs. Le tiers est +la part de l'équipage, ce qui fait, par journée de travail, 2 francs 22 +centimes pour le pêcheur et 1 franc 11 centimes pour le mousse. + +Le 5 octobre 1767, dans la baie de Saint-Yves en Cornouailles, on a +pêché 7000 barriques de Sardines. Chacune en renfermait environ 35 000; +total, 245 millions. (Borlase.) + +Les Basques se servent, pour prendre les Sardines, d'un filet fermé +comme un sac avec des anneaux de corne. + +Les Anglais emploient une grande seine, manœuvrée à contre-courant par +trois ou quatre chaloupes montées chacune par six marins. Ils ramènent +quelquefois, d'un seul coup de filet, jusqu'à 40 tonneaux de poisson. + + +III + +On prépare les Sardines de plusieurs manières. Elles sont salées: _en +vert_, quand on les saupoudre seulement de sel blanc; _en grenier_, +lorsqu'on en forme des tas avec du sel entre chaque couche; _en +malestan_, quand on les lave dans de l'eau de mer, qu'on les met en +barils par couches saupoudrées de sel, puis, qu'au bout d'un séjour +d'un mois, et après les avoir lavées de nouveau dans de la saumure +et déposées symétriquement dans de nouvelles barriques, on les presse +jusqu'à ce que leur huile et la saumure se soient écoulées. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXIX. + + PÊCHE A LA SARDINE, CÔTES DE BRETAGNE. + Dessin de Riou, d'après la photographie du commandant + L. Hautefeuille.] + +On les dit _anchoisées_, lorsqu'on les met en barils, avec du sel mêlé +d'ocre rouge pulvérisée. + +On les _saurit_, après les avoir salées, en les suspendant pendant sept +ou huit jours dans un lieu où l'on allume un feu de copeaux de chêne. + +On a réussi à confire les Sardines dans l'huile. Dès qu'elles arrivent +de la pêche par paniers de cent à deux cents, des femmes leur tranchent +la tête, et du même coup leur enlèvent les entrailles; puis elles +jettent les poissons dans de la saumure, où ils restent une heure ou +deux, suivant leur grosseur et leur fraîcheur. On les lave ensuite +à grande eau, on les étale sur des claies d'osier ou de fil de fer +galvanisé. Pour les faire sécher, on les plonge dans de l'huile en +ébullition, où on les laisse cuire quelques minutes. Quand ils sont +refroidis, on les met dans de petites boîtes de fer-blanc qu'on remplit +d'huile, et dont on soude le couvercle. Enfin, on passe le tout à l'eau +bouillante pour bien assurer la conservation (Balestrier). C'est ce +qu'on appelle _Sardines en boîtes_. Il faut que l'huile soit _vierge_, +c'est-à-dire de première qualité. Cette huile se fige totalement en +hiver, et ressemble à des flocons de neige safranée. + +On conserve aussi les Sardines dans du beurre fondu (_Sardines en +daube_). + +Suivant Marco Polo, les habitants de certaines contrées de l'Arabie en +font une espèce de gâteau, en les séchant au soleil et en les réduisant +en poudre. + +Dans d'autres parties de l'Orient, les nègres les font bouillir avec +des herbes et du poivre. + +Dans beaucoup de pays, les Sardines sont employées comme assaisonnement. + +Ce poisson a une chair très-délicate, mais on n'apprécie bien son goût +exquis qu'en le mangeant au moment où il vient d'être pêché. Lorsqu'il +est bien frais, sa peau s'enlève facilement par la cuisson, et ses +flancs se détachent en entier comme deux _filets_ aplatis. + +Les Sardines salées et fumées excitent l'appétit, mais les estomacs +débiles s'en accommodent avec peine. + + +IV + +Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler de l'_Anchois_, petit +poisson du même genre, si délicat et si précieux dans la science +culinaire. + +[Illustration: ANCHOIS ORDINAIRE + +(_Clupea encrasicholus_ Linné).] + +L'Anchois est le compagnon de la Sardine. On le trouve commun dans la +Méditerranée et rare dans l'Océan. + +Les Anchois de la Provence jouissent d'une excellente réputation. + +On pêche habituellement les Anchois à Antibes, à Fréjus et à +Saint-Tropez. Les femmes de ce pays ont une habileté très-remarquable +pour enlever avec l'ongle, et d'un seul coup, les ouïes, le foie et +les entrailles. On sale ensuite les Anchois. On les met dans des +miniatures de barils, et on les apporte à la foire de Beaucaire, d'où +ils se répandent dans le monde entier. + + +V + +M. Sabin Berthelot pense que ces myriades de très-petits poissons, +presque imperceptibles, à chair molle, gélatineuse et transparente, qui +pullulent au printemps dans les environs d'Antibes et de Nice, sont +peut-être le fretin des Sardines et des Anchois (?). + +Les pêcheurs et les cuisiniers du pays les appellent _Nonnats_ ou +_Non-nats_ (pas encore nés). + +Risso en parle dans son _Ichthyologie_; il y découvre trois espèces, +ni plus ni moins! Trop zélé Risso! Il a décrit plus d'un animal auquel +la Nature n'avait jamais songé!..... Voici le signalement qu'il +donne à l'une de ces trois miniatures de poissons: «_Museau pointu; +tête rougeâtre, aplatie; prunelles d'un noir de jais. Un manteau +blanc s'étend sur tout son corps, et n'est relevé que par six taches +rondes d'un noir d'ébène, qui descendent jusqu'à_...» (Le reste est +trop _shocking!_) Il nomme cette espèce _Stolephorus Risso_. Et pour +qu'on ne suppose pas qu'il s'est dédié ledit poisson à lui-même, par +amour-propre (le public est si malin!), notre prudent naturaliste +s'empresse d'ajouter sentimentalement: «_Je l'ai consacré comme un +monument de la piété filiale aux mânes de mon père... La teinte de son +corps est l'image de sa candeur, comme celle des taches noires est +celle de mes regrets!_...» + +Quoi qu'il en soit, les Nonnats se plaisent dans les fonds sablonneux, +à l'embouchure des rivières, et pénètrent même dans les étangs salés +en communication avec la mer. A Nice, ils habitent de préférence les +fonds de galets, et s'introduisent dans les vides que ces pierres +roulées laissent entre elles. + +La pêche de ces petits poissons est souvent si abondante, qu'ils ne se +vendent que 30 centimes le demi-kilogramme. On en fait d'excellentes +fritures et de délicieux ragoûts au lait (S. Berthelot). + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXVIII + +LA MORUE. + + _Mar cuajado de peces._ + + (VIERA.) + + +I + +Les Harengs et les Sardines peuvent être classés parmi les petits +habitants de la mer, mais ils compensent l'exiguïté de leur taille par +la richesse de leur nombre et par l'étendue de leurs phalanges. + +[Illustration: MORUE + +(_Morrhua vulgaris_ H. Cloquet).] + +Les _Morues_ sont à la fois de gros poissons et des poissons nombreux. + +Elles fréquentent principalement les mers du Nord. Chaque année, +vers le milieu de janvier, on voit arriver des masses considérables +de Morues qui viennent du grand Océan et pénètrent à l'entrée de +l'archipel de Lofoden. Ces pauvres bêtes accourent pour frayer, et ne +prévoient guère le sort cruel qui les attend. + +D'un autre côté, un nombre vraiment incalculable de ces poissons se +rassemble périodiquement sur la montagne sous-marine américaine, +appelée _banc de Terre-Neuve_. Les Morues occupent, assure-t-on, un +espace long de deux cents lieues et large de soixante. + +Les Morues sont en forme de fuseau; leur corps est arqué comme les +bâtiments bons marcheurs. Les habitants des villes, qui n'ont jamais +vu ces poissons que chez les marchands de comestibles, les croient +_aplatis comme des Soles_. Ils ignorent qu'avant de les sécher, on leur +coupe la tête, on les ouvre et on les _étale_. Les Morues vivantes +ont la peau d'un gris jaunâtre, le dos tacheté de brun et le ventre +blanchâtre. Elles offrent une ligne longitudinale claire de chaque +côté. Leur longueur moyenne est de 80 centimètres, et leur poids de 12 +kilogrammes. + +De leur mâchoire inférieure descend un petit barbillon. + +Ce poisson est vorace. Il se nourrit surtout de Harengs. + +La Morue appartient à la famille des Gadoïdes, tribu gloutonne s'il en +fut, qui, de ses yeux écartés, ne voit guère, n'en mange que mieux, et +qui n'est, pour ainsi dire, qu'estomac. (Michelet.) + +La fécondité de ce poisson a toujours été citée comme exemple. +Leuwenhoeck a calculé qu'une seule femelle peut porter environ 9 384 +000 œufs. Un autre observateur en a compté 11 millions..... + +Supposez, dans le banc de Terre-Neuve seulement, cent millions de +Morues femelles, et calculez le nombre effrayant de germes qu'elles +produiront, même en n'admettant qu'une ponte par individu! O +intarissable et merveilleuse puissance créatrice!.... Le chanoine +canarien Viera pourrait bien dire, dans son style si expressif et +si poétique, en parlant de la fécondité des Morues, que _la mer est +caillée de poissons_[256]. + + [256] _Mar cuajado de peces_ (Viera).--_Cuajar_ (_coagulare_) + signifie littéralement «épaissir, figer, cailler». + +On a réussi à élever des Morues dans des étangs en communication avec +la mer. Le docteur Jonathan Franklin rapporte qu'il a visité, il y +a quelques années, un de ces étangs, sur la côte ouest de l'Écosse. +Les Morues s'approchaient familièrement pour happer des Moules qu'on +leur présentait débarrassées de leur coquille. Elles se poussaient, se +bousculaient les unes les autres, comme font les volailles dans une +basse-cour, à la vue de la fermière qui leur apporte à manger. Elles +venaient prendre les Moules jusque dans la main. La femme du gardien +mit un de ces poissons, des plus grands, sur ses genoux, le caressa, le +flatta, disant: _Pauvre ami! pauvre ami!_ absolument comme si c'eût été +un enfant. Elle lui ouvrit la bouche, et y introduisit une Moule, que +le poisson avala en donnant des signes qu'il la trouvait bonne. Puis, +elle le remit dans l'eau. + + +II + +La pêche de la Morue forme la source principale des richesses de +Granville, Saint-Malo, Saint-Brieuc, dans les départements de la +Manche, de l'Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord. + +Les Anglais et les Américains se livrent à cette lucrative industrie +avec la même ardeur que les Français. + +C'est principalement sur le banc de Terre-Neuve qu'on va chercher ce +précieux poisson. + +La Morue y arrive au printemps. + +La quantité des poissons qui s'y rassemblent est vraiment +phénoménale. Il y a plus de trois siècles que toutes les nations du +monde s'y donnent rendez-vous, y viennent prendre des chargements +considérables, et l'on n'y a pas encore constaté de diminution sensible. + +En 1578, la France avait, sur le banc de Terre-Neuve, 150 navires; +l'Espagne, 125; le Portugal, 50, et l'Angleterre, 40. + +Pendant la moitié du XVIIIe siècle, la pêche fut exploitée par les +Français, les Anglais et les Américains. + +Le relevé de neuf années, commençant avec 1823 et finissant avec 1831, +nous a appris que la France avait envoyé à Terre-Neuve 341 navires +jaugeant 36 680 tonneaux, montés par 7085 matelots. Ces navires ont +exporté 25 718 466 kilogrammes de poisson, dont 8 974 238 salé, 16 744 +228 de Morue _verte_, et 1 217 008 d'huile. En estimant à 20 francs le +quintal métrique de poisson, et à 100 francs celui de l'huile, nous +trouvons un chiffre de 6 360 746 francs par année moyenne. + +On assure que l'Angleterre emploie annuellement près de 2000 navires et +environ 30 000 marins à la pêche de la Morue. + +On dit que les Américains mettent en mouvement, pour la même industrie, +3000 navires et 45 000 marins. + +On a calculé que les navires anglais et américains rapportent chacun, +en moyenne, 40 000 poissons. + +La Hollande n'est pas en arrière des autres nations. Elle a exporté, +en 1856, 1 172 203 kilogrammes de ce poisson préparé de différentes +manières; en 1857, 1 297 666 kilogrammes; en 1858, 1 702 431, et en +1859, 1 507 788. + +Sur les côtes de la Norvége, depuis la frontière de la Russie jusqu'au +cap Lindesness, la pêche de la Morue forme la source d'une industrie et +d'un commerce extrêmement considérables. Elle dure environ trois mois. +On évalue à plus de 20 millions le nombre de Morues qu'elle procure à +la consommation. + +Dans ce pays, cette pêche occupe plus de 20 000 pêcheurs, montés sur +au moins 5000 bateaux. Elle se fait à une distance de deux lieues +norvégiennes (15 au degré) de la terre, dans une profondeur de 100 à +160 mètres. + +D'après le rapport officiel fait au roi de Suède par l'inspecteur en +chef de la pêche à Lofoden, on a mis en mer, en 1856, 4623 bateaux, et +en 1860, 5675. Cette dernière année, on a employé 3453 appareils de +profondeur, 7775 pêcheurs à la ligne, et 13 038 pêcheurs au filet. + +Suivant le même rapport, on a salé, cette même année, à l'est de +Lofoden, 10 080 000 Morues _fendues_, et à l'ouest, 2 640 000. On +estime les _poissons ronds_, c'est-à-dire les Morues non fendues, à 9 +000 000. Si l'on ajoute à ces chiffres les Morues consommées pendant la +pêche, on arrivera au total de 24 millions. + +Les œufs obtenus en 1860 ont rempli 16 000 tonneaux, et l'huile, 40 000. + +Les côtes de l'Islande sont aussi très-riches en Morues. + +La France a fourni pour la pêche de ce poisson: en 1860, 210 bâtiments +et 3275 hommes; en 1861, 222 bâtiments et 3602 hommes, et en 1862, 232 +bâtiments et 3741 hommes. Le port de Dunkerque seul a donné, cette +dernière année, 134 navires et 2157 marins. + + +III + +On prend les Morues, soit avec des filets, soit avec des lignes. + +Le filet employé à Terre-Neuve est une seine, grand filet rectangulaire +garni de plomb au bord inférieur et de liége au bord supérieur. On en +fixe une extrémité près de la côte, et, avec un bateau, on va porter +l'autre extrémité en pleine mer, ayant soin de décrire une courbe, +laquelle enferme le poisson dans un enclos circulaire. En tirant sur +les deux extrémités, des hommes entraînent tout le poisson. Un seul +coup en donne quelquefois la charge de plusieurs bateaux. On conçoit +que ce genre de pêche ne peut se pratiquer que le long d'une côte. + +En Norvége, chaque bateau porte ordinairement soixante filets de 40 +mètres de longueur sur 7 mètres de profondeur. Ces filets sont mis à la +mer le soir, et n'en sont retirés que le matin. On en dispose à la fois +vingt à trente, noués les uns aux autres. Sur le halin ou haussière, et +à 2 mètres l'une de l'autre, sont fixées des pierres qui tiennent les +filets en place. En outre, des bouées, formées de sphères de verre, de +liége ou de bois, maintiennent la partie supérieure des filets à une +distance déterminée de la surface de la mer. A chaque bout, se trouve +un petit baril portant le nom du propriétaire. (Baars.) + +Tout le monde connaît l'organisation des lignes. On les tend le jour et +la nuit, par dix ou douze à la fois. + +Chaque bateau norvégien en porte une vingtaine, armées chacune de deux +cents hameçons. + +On se sert, pour appât, de Harengs salés, et quand ils manquent, de +rogues de Morue, ou même de petits morceaux de ce poisson. + +A Terre-Neuve, chaque pêcheur est muni de deux lignes, qu'il tient +à droite et à gauche du bateau. Il arrive souvent que pendant qu'il +en retire une, un poisson mord à l'autre, et ainsi de suite. On a vu +des pêcheurs habiles prendre chacun jusqu'à quatre cents Morues dans +un jour, ce qui est un terrible travail pour leurs bras. Ces lignes +sont appelées _lignes de main_. On nomme _lignes de fond_, celles qui +consistent en cordes très-fortes, sur lesquelles on fixe un certain +nombre de lignes partielles armées chacune d'un hameçon. A l'une des +extrémités de la corde est attachée une petite ancre à plusieurs pattes +(_grappin_), qui l'entraîne au fond de l'eau, et l'on fixe une autre +ancre à l'autre bout. Chacune de ces ancres tient à un petit câble +(_orin_) amarré à une bouée de liége. On peut disposer ainsi deux à +trois mille hameçons. + + +IV + +Dès que les pêcheurs sont revenus à terre, ils enlèvent aux Morues la +rogue, le foie, la tête et les entrailles. + +Les rogues sont salées dans des barils percés de trous, par où s'écoule +la saumure. + +Les foies sont mis dans des barils de chêne. Ils se liquéfient en se +décomposant. On soumet leur résidu à l'action du feu et on le comprime. +Les premières huiles sont dites _blanches_ ou _blondes_, et les +dernières _brunes_ ou _noires_. Ce sont les premières surtout dont on +se sert en médecine. Les dernières sont employées principalement par +les corroyeurs. Depuis quelques années, on prépare l'huile de Morue en +plaçant les foies _frais_, coupés par morceaux, dans de grandes cornues +hors du contact de l'air, et en les faisant distiller au bain-marie. + +La tête et les entrailles sont séchées, pour être vendues plus tard à +la grande fabrique de _guano de poisson_ établie à Lofoden. + +Les corps des Morues sont suspendus et abandonnés à l'action des vents +secs, qui les transforment en _stockfisch_. + +[Illustration: PRÉPARATION DES MORUES A TERRE-NEUVE.] + +D'autres fois, après avoir fendu l'animal et enlevé presque toute +l'arête, on le lave, on le sale; on le met en presse, on retire les +parties liquides, puis on le sèche au soleil. C'est là ce qui constitue +le _klipfisch_. + +La préparation de l'huile de foie et celle du klipfisch ont lieu +ordinairement après la pêche, lorsque les bateaux sont rentrés. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XXXIX + +LE THON. + + Ne pourrait-on pas pêcher sans massacrer? + + +I + +Le _Thon_ est encore plus grand que la Morue. C'est un des princes de +la nombreuse classe des Poissons. Il pèse habituellement de 25 à 100 +kilogrammes. + +[Illustration: THON + +(_Scomber thynnus_ Linné).] + +Le Thon est très-commun dans la Méditerranée. Son dos est d'un bleu +noir, et son ventre d'un blanc argenté; ses rayons dorsaux sont dorés, +et ses nageoires anales présentent de six à huit zigzags irisés. + +Son corps, robuste, lisse et fusiforme, semble moulé pour la course. +Les rayons épineux de ses nageoires, principalement ceux de la dorsale +et de l'anale, dénotent, à première vue, leur action puissante dans +les fonctions qu'ils ont à remplir. Le grand aileron du centre de la +nageoire du dos est armé d'un premier rayon qui, au besoin, peut servir +de défense; une rangée d'autres petits ailerons, très-courts et lobés à +leur extrémité, s'étend jusqu'à la naissance de la queue, et ces mêmes +organes se montrent aussi vers la nageoire anale, non moins robuste que +celle du dos. Tout ce système de natation est en parfaite harmonie: +pectorales vigoureuses, caudale des plus fourchues. (S. Berthelot.) + +Comme presque toutes les espèces de sa famille, le Thon a l'habitude +de s'élancer hors de l'eau d'une manière particulière, en sautant par +bonds rapides. Quand ces animaux sont réunis en troupe, ils nagent +généralement en formant une sorte de triangle. + +Ces poissons ne manquent ni d'instinct, ni d'une certaine sagacité. +Ce sont des touristes enragés, comme les Harengs et les Morues. +Les anciens, qui avaient remarqué la régularité de leurs marches +et de leurs contre-marches, les regardaient comme _très-habiles en +stratégie_; ils assuraient même qu'ils étaient _bons géomètres_. +Montaigne a répété et commenté cette singulière assertion. Évidemment, +l'auteur des _Essais_ connaissait mieux le cœur de l'Homme que +l'intelligence des Poissons. + + +II + +On pêche le Thon de plusieurs manières différentes. + +Les Basques emploient le _grand couple_, et les Provençaux la +_courantille_. + +On appelle _grand couple_, un ensemble de lignes gigantesques, qui +portent des centaines d'appâts traînés par des barques montées par huit +ou dix hommes. + +La _courantille_ est une espèce de seine, de 500 à 700 mètres de +longueur, que l'on promène sur un espace de deux à trois lieues. + +[Illustration: PÊCHE AU THON.] + +Un certain nombre de bateaux dirigés par un chef se disposent en +demi-cercle, et réunissent leurs filets de manière à former une sorte +de clôture. Ils entourent les Thons et les serrent pêle-mêle les uns +contre les autres. On les entraîne peu à peu vers le rivage. Lorsqu'on +s'approche de la terre, les pêcheurs jettent un large filet terminé par +une poche longue et conique. Les Thons se précipitent dans cette poche. +On tue les plus gros à coups de perche et de crochet, et l'on saisit +vivants les plus petits. + + +III + +Mais la plus curieuse des pêches qu'on ait imaginée est bien +certainement celle à la _madrague_[257], si connue des Marseillais. + +La madrague est un véritable parc, avec des allées de chasse +aboutissant à un vaste labyrinthe composé de chambres qui s'ouvrent +les unes dans les autres. Ces chambres conduisent toutes à une chambre +principale, appelée _chambre de mort_ ou _corpou_, située à l'extrémité +de la construction. + + [257] Appelée _tonnara_ en Italie, et _pig's catcher_ en Amérique. + +Les murs de ce parc ont quelquefois plusieurs lieues de développement. +Aussi, pour transporter une madrague, faut-il souvent un navire ou un +bateau à vapeur. + +A l'aide de pierres attachées à la partie inférieure de ces filets et +de bouées fixées à leur bord supérieur, on les fait plonger dans la +mer et on les maintient verticaux. On amarre solidement l'édifice avec +des ancres, de manière qu'il puisse résister pendant toute la belle +saison aux plus violents orages. Ce filet gigantesque est plus perfide +et plus meurtrier que la toile d'araignée la plus savante. On le tend +ordinairement à l'entrée de quelque baie. + +«Le Thon arrive sans défiance, jouant à fleur d'eau; il va devant lui, +sans quitter la paroi, qu'il côtoie, soit parce qu'il espère en voir +bientôt la fin, soit parce que cela lui plaît de heurter son museau sur +cette surface résistante où il trouve probablement de petits poissons +qui lui servent de pâture; soit encore parce que c'est le propre des +Poissons en général, voire même de tous les animaux, d'avancer coûte +que coûte, tant qu'ils peuvent, sans réfléchir à leur retraite.» (E. +Carrey.) + +Le Thon suit, suit toujours les allées de l'engin destructeur. +Quelquefois les pêcheurs le poursuivent et le poussent de chambre en +chambre. Le poisson passe des unes dans les autres, par des portes +qui se referment derrière lui. Il arrive ainsi jusqu'à la chambre de +mort. Celle-ci forme une prison spacieuse, où les captifs peuvent +vivre plusieurs jours, même plusieurs semaines. Là le Thon est pris +sans salut possible, à moins de sauter par-dessus les bords; ce qu'il +pourrait facilement exécuter, mais l'idée ne lui en vient jamais. + +Ce filet-vivier possède un plancher mobile, formé par un petit filet +horizontal, attaché à des cordages disposés de manière que, à un +instant donné, on peut exhausser le plancher et le rapprocher de la +surface de la mer. + +Lorsqu'on a réussi à rassembler dans la chambre de mort un certain +nombre de poissons, on élève peu à peu le plancher dont il vient d'être +question. Généralement, on y travaille toute la nuit. On rend ainsi +de moins en moins profonde l'enceinte où sont accumulés ces pauvres +animaux. + +Bientôt on voit les Thons s'agiter, nager, bondir dans tous les sens, +passer les uns sur les autres, se précipiter contre les murailles des +filets, les éviter, y revenir et s'en éloigner encore. + +Au milieu de la chambre de mort se trouve une petite yole qui porte le +chef principal de la pêche. + +A mesure que le plancher s'élève et que les Thons deviennent apparents, +la yole court sur eux, les effraye, les poursuit, et les oblige à +s'élancer vers les bords du parc. + +Là se trouvent tout autour un certain nombre d'embarcations montées par +des pêcheurs expérimentés, qui harponnent les poissons, ou les tuent +toutes les fois qu'ils s'approchent. Ils les manquent rarement. + +Le massacre est bientôt général. + +Les Thons, harponnés et retirés de l'eau, se tordent avec force, +donnent de vigoureux coups de queue et vagissent comme des enfants. + +Les blessés fuient l'ennemi et plongent au plus vite, mais ils +rencontrent l'inévitable plancher qui les arrête. Ils vont, ils +viennent, effarés, épouvantés et désorientés, rougissant la mer de leur +sang. Ils ne tardent pas à se heurter contre un autre filet et contre +une autre embarcation. On leur jette un nouveau harpon, plus adroit ou +plus heureux que le premier, et, cette fois, les malheureuses bêtes, +solidement accrochées et promptement hissées, sont jetées au milieu des +morts et des mourants, que les pêcheurs acharnés entassent dans leurs +barques. + +Quand les Thons sont très-nombreux et qu'on peut les approcher, les +pêcheurs leur plongent hardiment la main dans la gueule, et passent une +corde dans une ouïe; ils tendent cette corde à un camarade, qui hale la +victime sur le pont du bateau. + +Il faut souvent deux ou trois hommes pour enlever un Thon ainsi saisi +et enfilé. + +Lorsque, par hasard, un d'eux se débat trop vivement aux mains de ses +bourreaux, un pêcheur lui arrache brutalement, avec le doigt, quelque +chose au fond de la bouche. Aussitôt le sang coule à flots, par jets, +et presque en même temps la victime, épuisée, se laisse hisser sans +mouvement. + +En 1861, dans la baie de Porto-Ferrajo, on a pris à la madrague +cent soixante Thons gros et petits, depuis des Thons bébés d'un +kilogramme environ jusqu'à des Thons vieillards de 120 et même de +150 kilogrammes..... En estimant chaque poisson, en moyenne, à 25 +kilogrammes, cette pêche a donné environ 4000 kilogrammes de Thon! (E. +Carrey.) + +Lorsque Louis XIII visita sa bonne ville de Marseille, on organisa +en son honneur une grande pêche à la madrague. Ce massacre officiel +enchanta tellement le monarque, peu sensible et peu facile à divertir, +comme chacun sait, qu'on l'entendit dire plusieurs fois que c'était _la +plus agréable journée de son voyage_. Heureux roi!... et pauvres Thons!! + +Ne pourrait-on pas pêcher sans massacrer? + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XL + +LES TORTUES DE MER. + + «_Esse et in piscatu voluptatem maxime + Testitudinum._» + + (PLINE.) + + +I + +Les Reptiles sont rares dans la mer; mais ceux, en petit nombre, +qu'elle nourrit, se font remarquer par leur organisation, par leurs +mœurs et par leur utilité. Nous voulons parler des _Tortues_. Aristote +désignait ces animaux sous le nom de _Thalassites_. + +Comme les Tortues terrestres, les Tortues marines sont revêtues d'une +cuirasse osseuse et écailleuse très-dure et très-solide, fortifiée par +huit paires de côtes. + +Cette cuirasse forme en dessus une _carapace_ plus ou moins bombée, et +en dessous, un _plastron_ plus ou moins aplati. + +La carapace et le plastron composent une sorte de boîte protectrice, +dans laquelle le reptile tient son corps à l'abri, et retire, au +besoin, son cou et sa queue. Chez les Tortues de terre, dont la tête +et les pattes sont proportionnellement moins grandes, l'animal peut +encore les rentrer et les loger dans son armure[258]. + + [258] Tutam ad omnes ictus video esse. + + (PHÈDRE.) + +Si l'on n'avait jamais vu de Tortue, soit de terre, soit de mer, +et qu'on rencontrât pour la première fois une de ces bizarres +organisations, ne serait-on pas bien étonné? + +[Illustration: TORTUES.] + +Un montagnard du centre de la France trouva un jour, à la fête de son +village, un marchand algérien qui étalait devant lui une cinquantaine +de Tortues communes. + +«Et combien vendez-vous ces drôles de petites bêtes? + +--Trente sous, monsir, sans marchander. + +--Trente sous! c'est bien cher pour une espèce de grenouille!..... Et +combien en voulez-vous _sans la boîte_?» + + +II + +On connaît trois espèces principales de Tortues de mer: la _Caouane_, +la _franche_ et le _Caret_. + +La _Tortue caouane_ est assez commune dans la Méditerranée, la mer +Rouge, l'archipel de Madagascar et les Maldives. + +[Illustration: TORTUE CAOUANE + +(_Chelonia caouanca_ Schweigger).] + +C'est la reine des Tortues de mer. Il y en a une très-belle dans les +galeries du Muséum d'histoire naturelle, rapportée de Rio-Janeiro par +Delalande. Cette espèce peut arriver à environ 126 centimètres de grand +diamètre et dépasser le poids de 200 kilogrammes. + +Sa carapace est couverte de plaques cornées, grandes, minces, +transparentes, et d'un brun moucheté de blanc et de jaune vif. + +La _Tortue franche_ ou _Midas_[259] se trouve dans l'océan Atlantique. +On la rencontre quelquefois à Madère et aux îles Canaries. + + [259] _Chelonia Midas_ Schweigger; vulgairement aussi, _Tortue + verte_, _Tortue commune_. + +Elle a de 150 à 160 centimètres de grand diamètre; elle pèse +généralement une centaine de kilogrammes. + +Sa carapace offre des places marron glacées de verdâtre, veinées +longitudinalement de nuances plus claires. Son plastron est d'un +jaune-serin verdâtre. + +Pline assure qu'il en existe dans la mer des Indes, qui sont si +grandes, que leur carapace sert de nacelle aux habitants des îles de +la mer Rouge, et qu'une seule suffit _pour couvrir une maison_. La +véracité du naturaliste romain est quelquefois un peu suspecte..... + +Quelques voyageurs prétendent qu'on rencontre, aux Antilles, des +Tortues de mer sur le dos desquelles quatorze hommes peuvent se tenir +debout à la fois (?). + +Dampierre cite un individu très-grand dont la dépouille formait un +petit bateau. Un enfant de neuf à dix ans, le fils du capitaine Rocky, +s'y embarqua pour aller, à un quart de mille de distance, gagner le +navire de son père. + +En 1752, la mer jeta dans le port de Dieppe une Tortue franche qui +avait 2 mètres de long et 130 centimètres de large, et qui pesait 450 +kilogrammes. + +En 1754, on en prit une autre dans le pertuis d'Antioche, à la hauteur +de l'île de Ré, qui offrait à peu près le même poids. Elle mesurait 2 +mètres 60 centimètres depuis le museau jusqu'à la queue. La carapace +seule avait plus d'un mètre et demi de longueur. Quand on lui coupa la +tête, elle répandit huit litres de sang. On en retira 50 kilogrammes +de graisse. Son foie se trouva, dit-on, assez volumineux pour donner à +dîner à plus de cent personnes (?). + +La _Tortue caret_ se trouve dans l'océan des Indes et dans l'Océan +américain. + +Cette espèce a 73 centimètres de grand diamètre. Elle est, par +conséquent, moins grosse que la précédente. + +Sa carapace est marbrée de brun sur un fond fauve et jaune. + +[Illustration: TORTUE CARET + +(_Chelonia imbricata_ Schweigger).] + +Dans ces trois Tortues, la carapace est écailleuse; mais il en existe +une quatrième, qui ne présente autour de cette armure qu'une simple +peau coriace, avec trois arêtes saillantes dirigées longitudinalement: +c'est le _Luth_[260], espèce assez rare, qui habite la Méditerranée et +l'océan Atlantique. + + [260] _Sphargis coriacea_ Gray. + +Elle offre environ 2 mètres de longueur. + +Rondelet parle d'un Luth long de cinq coudées, qui avait été pêché à +Frontignan. + +Amoreux en a décrit un autre pris dans le port de Cette. + +Delafond en signale un troisième, capturé à l'embouchure de la Loire en +1726. + +Borlase en a figuré un quatrième, harponné sur les côtes de +Cornouailles en 1756. + + +III + +Les Tortues de mer ont des mâchoires sans dents. Leurs gencives sont +cornées, dures, à bords tranchants comme le bec d'un oiseau de proie. +Elles coupent les Zostères, les Ulves, les Varecs, dont ces animaux +font leur principale nourriture. + +La Caouane est simplement herbivore, tandis que la Tortue franche mange +non-seulement des matières végétales, mais encore des Zoophytes et des +Sèches. + +[Illustration: TÊTE DE TORTUE DE MER.] + +Les Tortues de mer passent pour des animaux lourds, timides et assez +doux. Leurs membres sont transformés en rames aplaties, légèrement +courbées d'avant en arrière. Les antérieurs dépassent du tiers les +postérieurs. + +Les Tortues marines nagent et plongent avec la plus grande facilité; +elles peuvent rester longtemps sous l'eau. L'orifice externe de +leur canal nasal est surmonté d'une masse charnue, dans l'épaisseur +de laquelle on distingue le jeu d'une soupape que l'animal soulève +lorsqu'il est dans l'air, et qu'il ferme hermétiquement lorsqu'il +s'enfonce dans l'eau (Duméril). Leur marche est assez pénible. Le +missionnaire Labat s'est fait plus d'une fois porter par cette lourde +et un peu cahotante voiture. + +Dans les parages tranquilles, on aperçoit de temps en temps, à la +surface de la mer, à sept ou huit cents lieues de terre, des Tortues +qui flottent dans une immobilité absolue. Elles dorment. + +Ces reptiles n'ont pas d'armes pour se défendre, mais leur carapace les +protége jusqu'à un certain point. Ils ont, du reste, la vie très-dure. +On en a vu, la tête coupée et le cœur arraché, remuer encore les +nageoires, et donner des signes de souffrance. + +Les Tortues de mer sont ovipares. A l'époque de la ponte, les femelles +se rendent à terre après le coucher du soleil, pour déposer leurs +œufs. Elles creusent un trou sur le rivage, écartant très-habilement +le sable avec leurs pieds postérieurs, qui fonctionnent alors comme +de larges pelles. Ce trou peut avoir une soixantaine de centimètres +de profondeur. Le prince Maximilien de Neuwied rapporte avoir vu une +Tortue franche, sur la côte du Brésil, qui creusait ainsi la grève. On +s'approcha doucement; elle ne se dérangea pas. Il fallut quatre hommes +pour la soulever. Bientôt elle se mit à pondre. Un soldat recueillit +une centaine d'œufs dans l'espace de dix minutes. Cette espèce peut, du +reste, en déposer jusqu'à cent cinquante. + +On dit que les Luths en produisent de deux cents à deux cent soixante. + +Après avoir pondu, la mère recouvre ses œufs avec le sable amoncelé +derrière elle, et nivelle si parfaitement la surface du sol, que peu de +personnes reconnaîtraient qu'on a remué quelque chose en cet endroit. +Cette opération terminée, l'animal retourne à la mer. + +Les œufs sont arrondis, un peu déprimés et revêtus d'une coque coriace. +La chaleur du soleil suffit pour les faire éclore. + +Les jeunes Tortues naissent au bout de trois semaines. Au sortir de +l'œuf, elles sont grosses comme de petites Grenouilles, presque +aussi molles, et blanchâtres. Elles se dirigent aussitôt vers la mer. +Les vagues les reçoivent quelquefois avec de rudes caresses, et les +rejettent de leur sein. + +Pendant son séjour aux Florides, plusieurs pêcheurs assurèrent au +célèbre naturaliste Audubon, que toute Tortue prise à la place même où +elle dépose ses œufs, et transportée à une distance de plus de cent +milles, si on lui rend ensuite la liberté, regagne le lieu où elle a +coutume de pondre, soit immédiatement, soit dans la saison suivante. + + +IV + +On emploie différents procédés pour prendre les Tortues. + +Dans certains parages, on profite de l'époque où les femelles se +rendent à terre pendant la nuit pour déposer leurs œufs. On va les +chercher principalement dans les îles désertes. On reconnaît leur +passage aux traces qu'elles laissent sur le sable. On les guette, on +leur coupe la retraite, et on les renverse sur le dos, soit avec les +mains, soit avec des leviers. Ces animaux, ainsi retournés, cherchent +quelque point d'appui; ils ne peuvent se redresser, et on les retrouve, +le lendemain, à la même place et dans la même situation. + +Il existe entre Vera-Cruz et Tampico un petit îlot désert, grand tout +au plus comme la place de la Concorde, appelé _isla de los Lobos_ (île +des Loups), on ne sait pourquoi, attendu que, bien certainement, jamais +Loup, ni carnassier semblable au Loup, n'y a posé le pied. + +Les Tortues ont pris cet îlot en affection; elles y trouvent un +asile paisible, entouré de grands récifs et bien défendu contre leurs +ennemis, et, de plus, des plages de sable en pente douce, excellentes +pour leurs œufs. + +En 1862, vers dix heures du soir, l'équipage d'un navire français +surprit dans l'île de los Lobos, à la faveur de la nuit, une énorme +Tortue femelle qui rampait sur le rivage. Elle avait une tête grosse +comme celle d'un enfant et un bec quatre fois plus grand que celui d'un +perroquet. Elle paraissait chercher un endroit pour pondre. Six hommes +s'attachèrent à sa carapace et firent de vains efforts pour la retenir; +ils ralentissaient sa marche, mais ils ne l'arrêtaient pas: elle les +entraînait vers la mer. D'autres matelots arrivèrent à temps, et l'on +réussit à la renverser sur le dos. + +Dans cet état, on lui amarra un petit mât entre les nageoires, et on +l'emporta au vaisseau. Le monstre pesait 130 kilogrammes. Il fournit à +manger à tout l'équipage. Il avait trois cent quarante-sept œufs dans +le corps. (De Jonquières.) + +Les Carets, qui ont le dos plus bombé que les Tortues franches et les +mouvements plus vifs, pourraient se _déretourner_. A cause de cela, on +les charge d'une pierre, ou bien on les tue sur place. + +Une seconde manière de prendre ces reptiles consiste à tendre, le soir, +un grand filet de cordes à mailles lâches, appelé _folle_, qui leur +barre le passage lorsqu'elles se rendent à terre pour y pondre. Elles +engagent la tête ou les nageoires dans les mailles, et s'entortillent +de telle sorte, qu'elles ne peuvent plus venir respirer à la surface de +l'eau, et qu'elles finissent par se noyer. Il faut avoir la précaution +de teindre ce filet: quand il est grisâtre ou blanchâtre, les Tortues +s'en défient et rebroussent chemin. + +Certains pêcheurs font la chasse aux Tortues lorsqu'elles viennent en +pleine mer, à la surface de l'eau, pour respirer. Ils leur lancent +un harpon, espèce de javelot à pointe triangulaire comme celle d'une +flèche acérée et tranchante, portant un anneau auquel une corde est +attachée. On se sert aussi d'une _varre_, autre harpon à pointe sans +crochet. Il faut de l'adresse pour faire pénétrer cet instrument. +Quand il est entré dans l'écaille de la Tortue, c'est comme un clou +enfoncé dans une planche, et qui ne peut en être arraché sans de grands +efforts. Dès que l'animal se sent blessé, il plonge et entraîne le +trait avec lui. On lâche d'abord une certaine longueur de corde, puis +on attire la Tortue sur le bord de l'embarcation. + +Dans les mers du Sud, des plongeurs habiles et exercés profitent +du moment où les Tortues sont endormies à la surface de la mer, +s'en approchent doucement, et lorsqu'ils sont à portée, ils percent +l'animal. Si la Tortue n'est pas très-grande, ils la saisissent sans la +harponner. + +Les Tortues sont souvent d'une force extraordinaire, à cause de leur +taille, et peuvent entraîner le canot à une grande distance et même le +faire chavirer. + +Plusieurs auteurs ont rapporté un fait curieux qui s'est passé à la +Martinique, en 1696. Un Indien esclave, étant seul à pêcher dans un +petit canot, aperçut une Tortue qui dormait sur l'eau. Il s'en approche +doucement, et lui passe autour d'une patte un nœud coulant, ayant +d'avance fixé l'autre bout de la corde à l'avant du canot. La Tortue +s'éveille, et se met à fuir, comme si elle ne traînait rien après +elle. L'Indien ne s'épouvante pas de se voir emporté avec tant de +vitesse. Il se tenait à l'arrière, et gouvernait avec sa pagaie pour +parer les lames, espérant que la Tortue se lasserait enfin ou qu'elle +étoufferait. Mais il eut le malheur de chavirer, et de perdre dans +cet accident sa pagaie, son couteau, ses lignes et ses instruments de +pêche. Quoiqu'il fût habile nageur et marin expérimenté, il ne parvint +qu'avec beaucoup de peine à retrouver son canot. Comme il ne pouvait +plus gouverner, le même accident lui arriva neuf ou dix fois, et à +chacune, pendant qu'il travaillait, la Tortue se reposait, reprenait +des forces, et recommençait ensuite une nouvelle course aussi rapide +que la première. Elle le traîna ainsi _un jour et deux nuits_, sans +qu'il lui fût possible de détacher ou de couper la corde. La bête se +lassa enfin, et le bonheur voulut qu'elle échouât sur un haut-fond, où +l'Indien acheva de la tuer, étant lui-même demi-mort de faim, de soif +et de fatigue. + +Sur les côtes de Cuba et de Mozambique, les pêcheurs se servent, pour +prendre les Tortues de mer, de certains poissons vivants, dressés, pour +ainsi dire, à cette chasse. Ces poissons, voisins du Rémore, sont plus +grands et plus longs. On les appelle _Poissons pêcheurs_ ou _Sucets_. +Les Espagnols les nomment _Revés_ (_reversi_), parce que, au premier +abord, on est tenté de prendre leur dos pour leur ventre. + +Ces poissons portent au sommet de la tête une plaque ovale, à rebords +charnus, offrant intérieurement une vingtaine de lamelles parallèles, +formant deux séries garnies sur leur bord de petits crochets qui +ressemblent aux pointes d'une carde. Les pêcheurs tiennent plusieurs +Sucets dans des baquets pleins d'eau, et chaque nacelle a son baquet +particulier. Quand on voit de loin quelque Tortue endormie, on s'en +approche sans bruit, puis on jette à la mer un de ces poissons. +Aussitôt que celui-ci aperçoit le reptile, il se précipite sous lui, et +s'y cramponne fortement avec sa dilatation céphalique. + +Le Revé, dit Colomb, se laisserait mettre en pièces plutôt que de +lâcher le corps auquel il adhère. + +Ce poisson étant attaché à une longue corde tressée avec de l'écorce de +palmier, au moyen d'un anneau dont sa queue est garnie, les pêcheurs +tirent cette corde et amènent dans leur barque et le poisson et la +Tortue. + +Quand cette dernière est prise, on détache le Sucet en lui imprimant un +mouvement d'arrière en avant, lequel fait renverser à l'instant tous +les crochets. + +En général, la pêche des Tortues de mer est faite sans discernement et +sans frein; d'où il résulte comme conséquence inévitable, qu'au bout +d'un temps peu éloigné, ces précieux animaux deviendront rares. + +Il existe, il est vrai, dans plusieurs pays, des parcs à Tortues, +donnant lieu à un commerce considérable. Ces parcs sont approvisionnés +par la pêche vulgaire, mais on ne s'y occupe guère de la multiplication +de l'espèce. On assure cependant que, dans l'île de l'Ascension, on +respecte les œufs et l'on protége les jeunes sujets jusqu'à ce que leur +carapace ait assez de dureté pour défendre suffisamment l'animal. + +M. Salles, capitaine au long cours, a proposé de multiplier les Tortues +de mer dans la Méditerranée. La Société zoologique d'acclimatation +s'est empressée d'approuver et d'encourager les conclusions de son +mémoire. Le succès est d'autant plus certain, qu'il s'agit non pas +d'introduire une nouvelle espèce dans les localités qui en étaient +privées jusqu'à ce jour, mais seulement de repeupler des régions +aujourd'hui très-appauvries et où les Tortues se trouvaient autrefois +en nombre considérable. + + +V + +Les Tortues de mer constituent un mets abondant, sain et nutritif. +On peut faire cuire la chair dans sa propre carapace. Cette +casserole naturelle est un moyen expéditif dont se servent les +sauvages. + +Les Anglais aiment beaucoup la chair de la Tortue franche; ils la +trouvent supérieure à celle du Bœuf. La graisse de cette Tortue est +d'un vert assez foncé, et si abondante, qu'il n'est pas rare d'en +extraire jusqu'à vingt-huit litres d'un seul individu. + +On sait que _la soupe à la Tortue_ jouit d'une certaine réputation chez +nos voisins d'outre-Manche. C'est l'amiral Anson qui apporta en 1752 la +première Tortue qui fut mangée à Londres. + +La chair du Caret passe pour très-médiocre, mais les œufs sont fort +délicats. Les paquebots apportent régulièrement en Angleterre des +quantités considérables de Tortues de mer. Malheureusement, le prix +de plus en plus élevé de ces animaux ne permet pas de les servir sur +toutes les tables. C'est pour cela sans doute que, dans la fameuse +soupe à la Tortue, on substitue souvent à la chair du précieux animal +de petits cubes de tête de veau! + +Les Tortues de mer fournissent à l'industrie les matériaux d'une foule +de jolis petits meubles. + +Carvilius Pollio, d'après Pline, homme extravagant, mais inventif, +paraît être le premier qui tailla et façonna les plaques des Tortues. +Il en orna des armoires et des bois de lit. + +Les patriciens, sous le règne d'Auguste, en décoraient les portes et +les colonnes de leurs palais. + +Les Romains faisaient venir les plaques de l'Égypte. Lorsque Jules +César s'empara d'Alexandrie, il trouva dans les magasins une si grande +quantité d'écailles, qu'il s'en servit pour embellir son entrée +triomphale. + +L'écaille des Tortues est douce au toucher et _riante à l'œil_, comme +disent les marchands, mais en même temps assez fragile. + +Le Caret est l'espèce dont les plaques sont les plus estimées. + +On distingue dans le commerce quatre variétés de cette écaille. La +meilleure est celle qui vient des mers de la Chine et des Philippines. +Ces plaques sont noires, avec des jaspures d'un jaune clair, bien +transparentes et parfaitement détachées. Le Caret des îles Seychelles +(qui arrive par Bourbon) a des plaques plus épaisses, d'une couleur +vineuse, avec des taches d'un jaune moins clair, moins transparent et +moins tranché. Le Caret de l'Inde, appelé souvent _écaille d'Egypte_, +parce qu'il est expédié par la voie d'Alexandrie, offre une teinte +brune nuancée de rouge, avec des taches d'un rouge brun et d'un +jaune-citron. + +Les plaques de la Caouane sont les moins recherchées: elles se +rapprochent de l'apparence de la corne. Elles sont de couleur brun +noirâtre ou brun rougeâtre, avec de grandes taches transparentes d'un +blanc sale, et de plus petites opaques ou d'un blanc mat. + +La Tortue franche a des plaques minces, flexibles, élastiques, +transparentes, d'un jaune pâle, marquetées de jaune rougeâtre et de +noir. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLI + +LES OISEAUX DE MER. + + Voulez-vous aimer, vous aimez. + Un lieu vous déplaît-il, vous allez dans un autre. + + (DESHOULIÈRES.) + + +I + +Les Oiseaux sont fils de l'air, comme les Poissons fils de l'eau. Mais, +parmi eux, une tribu considérable réclame ces deux éléments. + +Ceux-ci, dits _aquatiques_, habitent en familles nombreuses au milieu +de la mer et sur ses rives, sur les lacs et sur les fleuves. + +Les Oiseaux qui fréquentent, soit exclusivement, soit ordinairement, +l'eau salée, sont appelés _marins_ ou _pélagiens_. Ils composent, +suivant Charles Bonaparte, la quatorzième partie de tous les Oiseaux du +globe[261]. + + [261] Le nombre de toutes les espèces du globe est de 9400. + +Les Oiseaux aquatiques offrent généralement des pattes avec les +doigts réunis par des membranes, ce qui les a fait nommer _Palmés_ ou +_Palmipèdes_. Cette structure existe chez presque toutes les espèces +marines. + +Les pieds palmés forment comme deux petites rames légères, admirables +pour naviguer. + +Ordinairement, les membranes unissent seulement les trois doigts +antérieurs, celui de derrière restant libre; d'où il résulte une +palette triangulaire à trois nervures (_Canards_, _Pétrels_). Mais, +dans quelques espèces (_Cormorans_, _Pélicans_), les doigts de devant +et le postérieur sont tous unis. Ils composent ainsi une rame beaucoup +plus grande que celle des Palmipèdes proprement dits; laquelle n'est +plus triangulaire, mais en forme de trapèze. + +[Illustration: PATTES D'OISEAUX PALMIPÈDES.] + +Les rames des Oiseaux sont d'autant plus commodes, qu'il n'est pas +besoin, comme pour les rames ordinaires, de les sortir de l'eau à +chaque coup; il suffit que les doigts se rapprochent pour que la patte +puisse, presque sans effort, être ramenée en avant. Là les doigts +s'écartent de nouveau, la membrane s'étend, et la palette se reforme +pour frapper le liquide une seconde fois. + + +II + +Les Oiseaux marins pourraient être rangés géographiquement en quatre +groupes: + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXX. + P. Lackerbauer inv. et pinx. Lebrun et Desjardins fac-simile sc. + + GOËLANDS ARGENTÉS. + + Imp. Geny Gros. du Plâtre Jacques, 28.] + +1º Les _Voiliers_ (ou _Longipennes_), tels que les _Albatros_ et +les _Pétrels_, qui fréquentent la haute mer. On les rencontre à des +distances inouïes de toute terre; ils s'approchent rarement du rivage. + +2º Les _Maritimes ordinaires_, tels que les _Mouettes_ et les Fous, qui +s'avancent assez loin du rivage, mais qui reviennent, chaque soir, vers +les îles ou vers la terre ferme. + +3º Les _Riverains_, tels que les _Canards_ et les _Harles_, qui +s'écartent très-peu des côtes, et semblent même préférer à la mer les +étangs, les marais et les embouchures des cours d'eau. + +4º Les _Nageurs_, tels que les _Pingouins_ et les _Manchots_, qui se +tiennent aussi à une faible distance du rivage. Ceux-ci sont privés +de la faculté de voler, mais ils nagent et plongent d'une manière +merveilleuse. + + +III + +Nous ne connaissons pas d'Oiseaux qui représentent mieux la grande +tribu des Palmipèdes que les _Goëlands_. + +Parmi ceux-ci, on pourrait regarder comme type principal le _Goëland +argenté_[262], si commun dans les mers du Nord. + + [262] _Larus argentatus_ Brünnich (voy. la planche XVIII). + +Ce bel Oiseau est de la taille d'une Corneille, mais il a des ailes +plus longues et plus effilées. Son corps paraît bien pris, ni trop +massif, ni trop élancé. Il porte un manteau uniforme, d'un cendré +clair, légèrement bleuâtre. Les extrémités de ses ailes sont de velours +noir, avec des pointes d'un blanc de neige. Sa tête présente des yeux +d'un jaune pâle (ce qui ne les empêche pas d'être expressifs), et +un bec robuste couleur d'ocre, avec une tache de corail à l'angle +inférieur. Les pieds sont couleur de chair un peu grisâtre. + +[Illustration: GOËLAND A MANTEAU GRIS + +(_Larus argentatus_ Brünnich).] + +Ce Goëland est défiant et farouche, cependant on l'apprivoise avec +facilité. Il tient la tête haute, un peu ramenée en arrière, et la +gorge légèrement renflée, ce qui lui donne un air d'importance, +moins caractérisé, toutefois, que celui des Canards. Tantôt il se +couche doucement et paresseusement sur le sable, au soleil, les yeux +demi-fermés ou fixés sur la mer, dans la situation d'une Poule sur +ses œufs, ou bien les ailes à moitié ouvertes, écartées, pendantes, +comme une Perdrix sur ses poussins; tantôt il se redresse sur un +pied, cachant l'autre dans son duvet, et demeure des heures entières +immobile, muet, méditatif, semblable à un Échassier à pattes courtes +qui digère son repas. + +Quand le Goëland argenté marche, il a de l'assurance et de la dignité; +mais il ne se dandine pas. Il court assez vite. Lorsqu'il nage, il fend +l'eau avec lenteur. Il plonge rarement et péniblement: on voit qu'il +n'a pas l'habitude d'aller chercher sa proie au fond de l'eau. + +Son vol est ferme et soutenu; il le dirige en ligne droite par des +battements d'ailes énergiques et fréquents, avec des balancements +légers et onduleux qui ajoutent à sa grâce sans rien ôter à sa rapidité. + + +IV + +Les Oiseaux palmipèdes aiment en général les grands balancements de +la mer et le fracas des tempêtes. Ils semblent plus rares dans les +beaux temps ou plus difficiles à approcher. On dirait que l'agitation +des vagues est nécessaire pour leur fournir plus aisément les +Mollusques et les Poissons qui font leur nourriture, et que, dans les +grandes perturbations de l'atmosphère, ils ont un plaisir instinctif +particulier à lutter contre les ouragans et à se jouer des flots en +courroux. (Lesson.) + +Les ailes blanches des Mouettes et des Hirondelles de mer, quand ces +oiseaux se jouent au milieu d'une tourmente, produisent un admirable +contraste avec les nuages noirs qui obscurcissent l'horizon. + +[Illustration: ALBATROS MOUTON + +(_Diomedea exulans_ Linné).] + +Les Oiseaux marins varient beaucoup pour la taille. Le plus grand est +l'_Albatros_, surnommé _Mouton du Cap_ ou _Vaisseau de guerre_, qui +offre une envergure de 4 mètres environ. Le plus petit est l'_Oiseau de +tempête_, qui atteint à peine la taille du Moineau. L'Albatros est le +géant des Palmipèdes, l'Oiseau de tempête en est le nain. + +[Illustration: OISEAU DE TEMPÊTE + +(_Thalassidroma pelagica_ Temminck).] + +Les Oiseaux grands voiliers ont un corps élancé, des ailes effilées +et une longue queue. Ils sont organisés pour le vol de longue haleine. +Mais les nageurs présentent un corps trapu, des ailes réduites à des +moignons et une queue rudimentaire. Tous portent un plumage serré, +garni de duvet et enduit d'une humeur huileuse qui le protége contre +l'eau. + + +V + +Les Palmipèdes se nourrissent de substances végétales, de Mollusques et +de Poissons. + +Nos pêcheurs se réjouissent à la vue du _Stercoraire parasite_[263]; il +leur décèle les grandes colonnes de Harengs, qu'il accompagne ou qu'il +poursuit. + + [263] _Lestris parasitica_ Boje. + +Les Goëlands et les Pétrels se précipitent sur les Cachalots et sur les +Dauphins échoués, et leur arrachent des lambeaux de chair huileuse. + +Les Albatros, ces vautours de l'Océan, sentent une Baleine morte d'une +distance vraiment considérable. + +Les Canards ont le bec garni sur les bords de cannelures parallèles, +admirablement disposées pour permettre à l'oiseau, lorsqu'il barbote, +de cribler les matières dont il veut faire son repas. Ce bec est aplati +comme une pelle, avec une mandibule inférieure en forme de cuiller. Il +semble frapper l'eau. + +[Illustration: TÊTE DE HARLE + +(_Mergus serrator_ Linné).] + +Les _Harles_, intrépides pêcheurs, cousins germains des Canards, +présentent à la marge de leurs mandibules des dentelures très-pointues, +à l'aide desquelles ils retiennent solidement les pauvres poissons. Ces +dentelures sont dirigées d'avant en arrière, de manière que la proie ne +peut pas s'échapper de la pince vivante qui la retient, mais peut être +dirigée facilement vers le gosier. + +Les Goëlands ont l'extrémité du bec courbée en crochet. Ils frappent +et harponnent avec cette arme toujours aiguisée les animaux marins les +plus glissants. Ils s'élancent le plus souvent entre deux vagues avec +la rapidité d'une flèche, et reparaissent au bout d'un instant, tenant +au bec quelque animal. + +Les _Hirondelles de mer fuligineuses_[264] ne plongent jamais la tête +en bas et verticalement, comme les autres piscivores, mais passent +au-dessus des animaux marins en décrivant une courbe et les enlevant +avec dextérité. On les voit planer dans le sillage de quelque Marsouin, +tandis que ce dernier poursuit sa proie, et à l'instant où, faisant +jaillir les ondes, le Cétacé amène à la surface le fretin épouvanté, +l'oiseau se précipite dans l'eau bouillonnante et emporte en passant un +ou deux petits poissons. (Audubon.) + + [264] _Haliplana fuliginosa_ Wagler. + +Le _Bec-en-ciseaux_ possède des mandibules comprimées et tranchantes, +disposées comme les branches d'une paire de ciseaux. L'oiseau rase la +surface de la mer, et coupe en deux la proie qu'il peut atteindre. + +[Illustration: TÊTE DE BEC-EN-CISEAUX + +(_Rhynchops nigra_ Linné).] + +Les _Pélicans_ offrent au-dessous du bec un sac de peau singulièrement +extensible. Ils le remplissent de poissons, qu'ils apportent à leurs +petits. + +M. Nordmann raconte, dans sa _Faune de la mer Noire_, que les +Pélicans, très-nombreux dans l'Orient, font souvent des pêches en +commun sur les lacs qui avoisinent cette mer. + +[Illustration: PELICAN BLANC + +(_Pelecanus onocrotalus_ Linné).] + +«C'est ordinairement, dit-il, dans les heures de la matinée ou le +soir que ces oiseaux se réunissent dans ce but, procédant d'après un +plan systématique qui est apparemment le résultat d'une espèce de +convention. Après avoir choisi un endroit convenable, une baie où l'eau +soit basse et le fond lisse, ils se placent tout autour, en formant un +grand croissant ou un fer à cheval. La distance d'un oiseau à un autre +semble être mesurée; elle équivaut à son envergure (3 à 4 mètres). En +battant fréquemment la surface de l'eau avec leurs ailes déployées et +en plongeant de temps en temps avec la moitié du corps, le cou tendu +en avant, les Pélicans s'approchent lentement du rivage, jusqu'à ce +que les poissons réunis de la sorte se trouvent enfermés dans un espace +étroit. Alors commence le repas commun. + +»Outre les quarante-neuf Pélicans dont la compagnie se composait ce +jour-là, il s'était rassemblé sur les tas d'ulves, de conferves et +de coquilles rejetées par les vagues et amoncelées sur le rivage, +des centaines de Mouettes, d'Hirondelles de mer, de Choucas, qui se +préparaient à happer les poissons chassés hors de l'eau et à partager +entre eux les restes du repas. Enfin, plusieurs Grèbes, de la petite +et de la moyenne espèce, nageant dans l'espace circonscrit par le +demi-cercle, tant que cet espace fut encore assez grand, prirent, eux +aussi, leur part du festin, en plongeant fréquemment après les poissons +effrayés et étourdis. + +»Quand tous furent rassasiés, la compagnie entière se rassembla sur +le rivage pour attendre le commencement de la digestion. Les Pélicans +lustraient leur plumage, recourbaient le cou pour le laisser reposer +sur le dos, et faisaient ainsi, à côté des petites et frêles Mouettes, +l'effet de colosses informes. Leur troupe se composait d'oiseaux de +différents âges; il y en avait de tout blancs, de bigarrés et de gris. +De temps en temps quelqu'un de ces oiseaux vidait sa poche bien garnie, +en étendait le contenu devant lui, et se plaisait à le contempler. Les +poissons qui se débattaient encore avaient bientôt la tête écrasée d'un +coup de bec.» + +Les _Cormorans_ ont une gibecière du même genre que celle des Pélicans, +mais beaucoup moins développée. Les Chinois élèvent ces animaux et les +emploient comme pêcheurs. Ils leur passent au cou un anneau étroit +pour les empêcher d'avaler les proies qu'ils ont saisies. Mais quand +l'oiseau a travaillé quelque temps pour son maître, celui-ci enlève le +collier, et permet au Cormoran de pêcher pour son propre compte. + +Certains Oiseaux de mer, qui ne possèdent ni bec tranchant, ni +gibecière gutturale, et qui se nourrissent de coquillages operculés et +solidement barricadés, ont l'instinct de les porter dans les hauteurs +de l'atmosphère, et de les laisser tomber sur un rocher pour briser +leur enveloppe. + +Les _Pétrels_, qui ne mangent guère que des poissons, sont tellement +huileux, que les habitants des îles Feroë tuent ces oiseaux, leur +passent une mèche à travers le corps, l'allument, et se servent du +Palmipède comme d'une lampe. + +Du reste, beaucoup d'Oiseaux piscivores sont chargés d'une graisse peu +consistante, qu'ils doivent à leur genre de nourriture. A cause de +cette circonstance, certains d'entre eux ont été nommés _Pingouins_, +mot dérivé du latin _pinguis_ (gras, huileux). + +Sur les côtes de la Patagonie, où les _Manchots_ sont abondants, on +prend ces oiseaux, on les écorche, et l'on fait de l'huile avec leur +peau. Cette enveloppe, doublée d'une couche de graisse plus ou moins +forte, est soumise à l'action d'une presse, qui ne laisse d'autre +résidu que le derme et le duvet. On retire un demi-litre d'huile de +chaque animal. Il faut 2000 Manchots pour remplir un tonneau. + +Quand on saisit un _Fulmar_[265], il vomit une huile couleur d'ambre, +qui est regardée par les habitants de Saint-Kilda comme un bon remède +dans plusieurs maladies extérieures, surtout dans le rhumatisme. +On brûle aussi cette huile. La meilleure est produite par les vieux +oiseaux. + + [265] _Procellaria glacialis_ Linné. + +On surprend les Fulmars pendant la nuit. On leur presse le bec, et on +leur fait rendre environ deux cuillerées d'huile. (L. Wraxall.) + +Ce sont les Oiseaux marins qui produisent cette matière précieuse +appelée _guano_, ou, pour mieux dire, _huanu_, si recherchée par les +agriculteurs. + +Le guano[266] est un amas d'excréments déposés au sein de la mer, sur +des rochers ou sur des îles. On a calculé qu'un Palmipède de taille +moyenne en fournit à peu près 25 grammes par jour. Or, sur certains +rochers, on trouve des couches de guano offrant jusqu'à 30 mètres +d'épaisseur. Il a donc fallu des centaines d'années et des milliers +d'oiseaux pour former ces dépôts. (Boussingault.) + + [266] Le guano n'étant que du poisson digéré, il est évident que + le poisson naturel doit constituer aussi un engrais d'une grande + valeur. Dans les localités maritimes où l'on se livre aux grandes + pêches du Hareng, de la Sardine, de la Morue, on utilise les + poissons avariés ou les débris inutiles, pour composer un fumier + appelé _engrais-poisson_, lequel remplacera peut-être, un jour, le + guano, dont les couches sont loin d'être inépuisables. + + A cet effet, on fait cuire le poisson; on le presse, on le + dessèche, on le réduit en poudre. Cet engrais étant à un point de + décomposition moins avancé que le guano, agit moins rapidement que + ce dernier. Il en a toutefois les principales propriétés. + +L'île de Cincha, près du Pérou, à 100 milles au sud de Calao, est un +des endroits les plus riches en guano. Les couches supérieures de cette +matière sont d'un brun grisâtre, et les couches intérieures couleur de +rouille. La dureté du guano est d'autant plus grande, qu'il est situé +plus profondément. + +Les Oiseaux producteurs du guano sont surtout le _Fou varié_[267], le +_Goëland modeste_[268], l'_Anhinga_[269], le _Bec-en-ciseaux_, le +_Pélican thagus_, le _Cormoran de Gaimard_[270], et le _Cormoran de +Bougainville_[271]. + + [267] _Dysporus variegatus_ Ch. Bonaparte. + + [268] _Blasipus Bridgesii_ Ch. Bonaparte. + + [269] _Plotus anhinga_ Linné. + + [270] _Stictocarbo Gaimardi_ Ch. Bonaparte. + + [271] _Hypoleucus Bougainvillei_ Lesson. + + +VI + +La voix des Oiseaux marins n'est jamais douce et harmonieuse comme +celle de plusieurs oiseaux terrestres. Elle est nasillarde et +retentissante, et tient souvent du rauque ou du lugubre. Cependant les +Goëlands et les Mouettes jettent des cris aigus qui dominent le bruit +de la tempête. Certains Canards rendent une clangueur perçante comme +celle du clairon. + +[Illustration: CANARD MACREUSE + +(_Anas nigra_ Linné).] + +Quelques Palmipèdes, dont la trachée est grande et recourbée, imitent +plus exactement le son de la trompette. + +Il y a des Oiseaux pélagiens qui semblent pleurer comme de petits +enfants, ou ricaner comme de vieilles femmes. + +Les Grecs avaient désigné le _Pélican_[272] sous le nom d'_Onocrotale_ +(cri de l'âne), parce que cet oiseau semble braire. + + [272] _Pelecanus onocrotalus_ Linné. + +[Illustration: PINGOUIN COMMUN + +(_Alca torda_ Linné).] + +Les _Pingouins_ ont un croassement tout aussi grave et tout aussi +désagréable. Lesson dit que, dans l'île de Falkland, le soir, au +coucher du soleil, tous les Pingouins poussaient ensemble, à gorge +déployée, un immense cri, qui retentissait au loin comme les clameurs +d'une armée en révolte. + +Un observateur très-original, habitant d'un port de mer, a étudié +pendant huit ans la langue du _Pierre-garin_[273]. Il en a composé +le dictionnaire, prenant pour modèle le travail de Dupont de Nemours +sur la langue du Corbeau. Il a distingué cinquante mots exprimant +chacun, suivant lui, une idée particulière: _Ici... là... en avant... +en arrière... à droite... à gauche... plus vite... plus lentement... +halte... garde à vous... nourriture... danger... Je t'aime... moi +de même... méchant... marions-nous... quel bonheur... un nid... +nos œufs... couvons... nos petits... Maman... papa... j'ai faim... +Tais-toi..._ + + [273] _Sterna hirundo_ Linné. + +Voici le commencement de ce dictionnaire: _Kia, kié, kii, kioi, kioui. +Djia, djié, djii, djioi, djioui. Tsia, tsié, tsii, tsioi, tsioui...._ + + +VII + +Les Oiseaux pélagiens ont souvent des pattes courtes, attachées plus ou +moins en arrière; ils marchent avec mauvaise grâce et en se balançant; +plusieurs semblent boiteux. + +Les Nageurs se tiennent redressés sur leurs pattes de derrière et +presque verticaux. Les _Manchots_, vus de loin sur la plage, semblent +assis sur leur croupion: on dirait des enfants de chœur en camail +(Pernetty). D'autres se traînent péniblement sur le sable, rampant +presque à plat ventre. Ils se servent quelquefois de leurs ailerons en +guise de pattes, ce qui les convertit momentanément en quadrupèdes. + +Quelques espèces aiment à s'arrêter sur les vagues. Le _Pétrel damier_, +ainsi nommé à cause de son dos bigarré de blanc et de noir, se repose +habituellement dans le sillage des navires, où le remous lui apporte +de nombreux petits mollusques. Le nom de _Pétrel_, qui signifie _petit +Pierre_, fait allusion au miracle de saint Pierre marchant sur les +eaux. + +Les Palmipèdes savent nager avec autant d'élégance que de facilité. + +[Illustration: MANCHOT DE PATAGONIE + +(_Aptenodytes patagonica_ Gmelin).] + +Les Canards et les Harles se balancent avec grâce à la surface des +eaux, et se jouent avec tranquillité au milieu des flots les plus +rapides. Ces oiseaux ont le corps taillé comme la carène d'un navire; +leurs pattes, comme on l'a vu plus haut, servent de rames, et leurs +ailes demi-déployées représentent les voiles de ce petit vaisseau +vivant. + +Les espèces privées de la faculté de voler sont les plus habiles dans +l'art de nager et de plonger. Leurs ailes, plus ou moins courtes, +fonctionnent comme des nageoires, de manière que l'oiseau possède +quatre rames, deux en avant et deux en arrière, exactement comme un +poisson. + +Suivant leurs besoins, ces oiseaux s'élèvent ou s'enfoncent dans le +liquide. Ils voguent généralement la tête en l'air. Les Pingouins +s'élancent par bonds, à la manière des Bonites. + +[Illustration: PÉTREL DAMIER + +(_Procellaria capensis_ Latham).] + +Mais le vol constitue la fonction principale des Oiseaux. L'atmosphère +est pour eux ce que l'Océan est pour les Poissons. La natation et le +vol, dit Lacépède, ne sont, pour ainsi dire, que le même acte exécuté +dans des fluides différents. L'Oiseau nage dans l'atmosphère et le +Poisson vole dans l'eau (Virey). + +Ce sont surtout les Longipennes et les Maritimes ordinaires qui +excellent à voler. + +Les _Hirondelles de mer_, agiles et vagabondes, légères comme le +vent, savent planer, cingler, plonger dans l'air, selon la proie qui +les attire, l'ennemi qui les poursuit ou la gaieté qui les emporte +(Buffon). Rivales des Hirondelles domestiques, elles parcourent +comme elles les régions de l'atmosphère, et dans tous les sens, comme +pour en jouir dans tous les détails. Toujours maîtresses de leur vol, +elles semblent décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif, +dont les routes se croisent, s'entrelacent, se heurtent, se roulent, +montent, descendent, se perdent et reparaissent pour se croiser et se +rebrouiller de nouveau. (Montbeillard.) + +[Illustration: HIRONDELLE DE MER + +(_Sterna hirundo_ Linné).] + +Les _Frégates_[274] sont peut-être, de tous les oiseaux, ceux dont le +vol est le plus puissant et le plus fier. Elles se tiennent dans les +régions les plus élevées de l'atmosphère; elles se précipitent comme +une flèche et se balancent comme une nacelle, tantôt résistant à la +puissance du vent le plus violent, et tantôt se laissant emporter par +la plus légère brise. + + [274] _Tachypetes aquila_ Vieillot. + +Elles pêchent mal, mais elles remplacent la maladresse par l'audace. +Elles suivent et persécutent les Mouettes qui ont pris quelque animal, +leur font rendre gorge, et saisissent prestement la proie dans sa +chute, avant qu'elle soit arrivée à l'eau. + +Audubon observa un jour une Frégate qui venait d'enlever un assez gros +poisson à une Hirondelle de mer. L'oiseau emportait sa victime en +travers du bec. Il la jeta en l'air, pour l'avaler la tête la première. +Il la reprit comme elle tombait, mais par la queue. Il la lâcha une +seconde fois, et la rattrapa encore par la queue. Le poids de la tête +en était la cause. La Frégate recommença une troisième fois. Le poisson +fut enfin reçu comme il fallait, la tête en bas, et avalé sur-le-champ. + +Les Albatros ou les Frégates qui ont saisi dans l'air un malheureux +Poisson volant, regagnent aussitôt les hautes régions de l'atmosphère. +Mais, souvent, plusieurs maraudeurs de leur espèce, qui les guettaient, +les suivent au milieu des nuages, s'en approchent, les harcèlent. C'est +à qui leur ravira leur proie. L'un d'eux s'en empare; un autre l'a déjà +reprise, mais la bande entière est à ses trousses. L'infortuné poisson, +ballotté de bec en bec, meurtri, mourant, finit par tomber et par +disparaître sous les flots. Cruel désappointement pour tous ces ventres +affamés! (Audubon.) + +Le _Stercoraire parasite_, vrai forban de l'air, fait aussi la chasse +aux espèces plus petites et plus faibles que lui, leur donne des coups +de bec, les force à vomir une partie de leur repas, et se précipite sur +cette proie dégoûtante. + +Le vol des _Phaétons_, ou _Pailles-en-queue_, est calme, paisible et +composé de battements d'ailes fréquents, parfois interrompus par des +sortes de chutes ou des mouvements brusques. (Lesson.) + +Ces oiseaux défient la furie des orages; au milieu des tempêtes les +plus horribles, ils conservent leur sang-froid. Tranquilles et +contents, ils s'élèvent avec la lame, et redescendent avec elle dans +l'abîme. + +Les Phaétons voyagent à plus de cinq cents lieues en mer, et peuvent +regagner, chaque soir, les îles ou les récifs qui leur servent de +refuge. Du reste, ils s'arrêtent à peine le temps nécessaire pour +dormir. Ils semblent faits pour voler, voler, toujours voler..... + +[Illustration: STERCORAIRE PARASITE EN CHASSE.] + +Les Oiseaux de mer sont en général pour les navigateurs les indices +de la terre. Les vieux matelots interprètent leur apparition et se +trompent rarement. Le Pétrel damier leur annonce le voisinage du cap +de Bonne-Espérance; le Paille-en-queue leur apprend qu'ils sont sous +les tropiques; les Frégates, les Mouettes et les Hirondelles de mer +leur prédisent, par la direction et la hauteur de leur vol, le beau +temps, l'agitation des flots ou l'arrivée de la tempête. + +[Illustration: PAILLE-EN-QUEUE PHAÉTON + +(_Phaeton phœnicurus_ Latham).] + +Le livre de la Nature est une source féconde d'instruction! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLII + +LES NIDS ET LES ŒUFS. + + «Le Passereau a bien trouvé sa maison, et l'Hirondelle son nid, où + elle a mis ses petits.» + + (DAVID.) + + +I + +Dans la saison des amours, les Oiseaux marins abandonnent les vagues et +les eaux, et gagnent les rives et les grèves. + +Beaucoup d'espèces se rassemblent en grandes troupes sur des rochers +stériles ou dans des îles désertes. Faber croit que ces oiseaux +obéissent à un instinct particulier de sociabilité. Boje pense qu'ils +sont attirés par l'abondance de la nourriture. Ces deux raisons peuvent +être également conformes à la vérité. Mais, probablement aussi, il +en existe d'autres: par exemple, la disposition des récifs, dont les +cavités et les saillies présentent d'excellents abris; l'absence +des animaux carnassiers, l'éloignement de l'Homme; en deux mots, la +solitude et la tranquillité. + +Graba fait observer que les Palmipèdes choisissent toujours, pour +nicher, les rochers tournés à l'ouest et au nord-ouest, et qu'ils +dédaignent les autres expositions. + +Parmi les îles les plus fréquentées par les Oiseaux nicheurs, il faut +placer en première ligne le petit archipel des Feroë, entre l'Islande +et les îles Shetland. Cet archipel est formé par vingt-cinq grands +rochers à Oiseaux (_Vögelberg_). + +Ces écueils ont été souvent décrits. Il y en a un, surtout, qui mérite +une attention particulière. + + +Qu'on imagine un rocher noir, composé d'assises horizontales, s'élevant +verticalement à 400 ou 500 mètres au-dessus de la mer, qui mugit et +brise à ses pieds. L'eau s'élance souvent, pendant les tempêtes, à +plus de 30 mètres de hauteur, et retombe en cascade le long de la +paroi verticale. Mais, par un temps calme, elle ondule doucement, +en se jouant autour des écueils. Ces escarpements présentent alors +l'aspect le plus singulier: des milliers d'Oiseaux sont rangés sur les +corniches, à côté les uns des autres; les femelles sur leurs nids, +les mâles près d'elles ou volant à une faible distance. Une salle +de spectacle, un cirque, un amphithéâtre remplis de spectateurs, ne +donnent qu'une faible idée du nombre prodigieux d'animaux qui sont +ainsi placés avec symétrie, la tête tournée vers la mer. L'arrivée de +l'Homme ne les trouble nullement, et le bruit d'un coup de fusil ne +fait envoler que les mâles, les femelles restent sur leurs œufs. Elles +ne les quittent même que lorsqu'on s'approche d'elles, et la plupart se +laissent prendre sur leur couvée. + + +Les différentes espèces d'Oiseaux établies sur ces rochers ne sont pas +éparpillées au hasard. Chacune semble avoir son campement particulier. + +Sur la plage, on trouve le _Goëland à manteau noir_[275] et le +_Perroquet de mer_[276]. + + [275] _Larus marinus_ Linné. + + [276] Vulgairement, _Macareux moine_. + +[Illustration: PERROQUET DE MER (MACAREUX) + +(_Mormon fratercula_ Temminck).] + +Au second rang, dans les endroits couverts de plantes, paraît la +_Mouette argentée_[277]. + + [277] _Larus argentatus_ Brünnich. + +Au-dessus, sur les rochers les plus découverts, sommeillent les +stupides _Cormorans_[278]. + + [278] _Phalacrocorax carbo_ Ch. Bonaparte. + +Non loin de là, sur les falaises baignées par la mer, s'entassent les +élégantes _Mouettes à trois doigts_[279] et les _Guillemots à miroir +blanc_[280]. + + [279] _Larus tridactylus_ Latham. + + [280] _Uria grylle_ Latham. + +Tout à côté, parmi les Varecs amoncelés, se redressent les _Guillemots +à capuchon_[281] et les ineptes _Pingouins_[282]. + + [281] _Uria troile_ Latham. + + [282] _Alca torda_ Linné. + +Tous ces oiseaux vivent en bonne intelligence. Souvent des femelles +d'espèces différentes sont assises, côte à côte, sur leurs œufs, et +l'on croirait, en voyant les mouvements de leur tête et les claquements +de leur bec, qu'elles sont engagées dans une conversation animée, pour +faire diversion aux ennuis d'une incubation un peu trop longue. + +On peut indiquer encore, comme rendez-vous général des Oiseaux marins, +les îles Hébrides, et particulièrement celle de Saint-Kilda. + +Cette dernière offre cinq milles environ de tour. Elle sort presque +perpendiculairement du sein des flots, et forme à son extrémité +orientale, qui s'élève à plus de 440 mètres, le promontoire le plus +haut des îles Britanniques. + +En approchant de l'île de Saint-Kilda, on aperçoit un spectacle presque +impossible à décrire. Les rocs sont cachés par des myriades d'Oiseaux +aquatiques occupés à couver. + +D'énormes essaims de _Fous_[283] blanchissent les sommets sur +lesquels ils reposent. Ces plateaux ou ces pics semblent de loin +couverts de neige. Les _Mouettes à trois doigts_ et les _Mouettes à +pieds bleus_[284] ont envahi chaque crête un peu élevée. Plus bas, +les _Fulmars_[285], les _Puffins_[286] et les Guillemots ont pris +possession de tous les talus, de toutes les pentes, de tous les +endroits où il existe un peu d'herbe. Au bord de la mer, à l'entrée des +excavations, perchent des Cormorans, droits et immobiles, comme des +sentinelles avancées. (L. Wraxall.) + + [283] _Sula alba_ Meyer. + + [284] _Larus canus_ Linné. + + [285] _Procellaria glacialis_ Linné. + + [286] _Procellaria puffinus_ Linné. + +Tout autour, au sein des eaux, des milliers de nageurs de toute espèce +plongent, barbotent, se poursuivent, se becquètent ou se battent. +D'autres remplissent l'air de leurs cris rauques ou aigus, allant de la +mer à leurs nids ou de leurs nids à la mer; appelant leurs femelles, +tournoyant au-dessus d'elles, caressant leurs petits, jouant avec +leurs frères, et manifestant, d'une manière bruyante et naïve, leurs +craintes, leurs besoins, leur joie ou leur bonheur..... + +Lorsqu'un fragment de rocher se détache et roule du haut de l'île dans +les flots, il devient le signal d'un tumulte extraordinaire. La frayeur +s'empare de toute la colonie. Le bloc écrase de malheureux Fulmars +accroupis sur leur couchette, et entraîne, en bondissant au milieu d'un +fracas épouvantable, les herbes et le sable, les œufs et les poussins. +Des nuées d'oiseaux épouvantés s'enfuient sur son passage. Mais bientôt +ils reviennent à leurs nids, et tout reprend le calme habituel. (L. +Wraxall.) + +En Hollande, d'innombrables troupes de Mouettes et d'Hirondelles de mer +nichent, toutes les années, dans l'île d'_Eierland_ (pays des œufs), et +dans les autres îles septentrionales du Texel. Il en est de même dans +celles du Slesvig et du Jutland. + +Dans la saison de la ponte, les Palmipèdes arrivent par milliers. +Beaucoup d'Échassiers se mêlent à leurs troupes. + +Les œufs sont pondus par des Goëlands, des Mouettes, des Hirondelles +de mer, des Guillemots, des Pingouins, des Canards, et aussi par des +Huîtriers, des Pluviers, des Barges, des Vanneaux..... + + +II + +Les Oiseaux marins placent leur nid, soit dans un simple enfoncement, +derrière deux ou trois galets, soit parmi les herbes, entre les joncs +ou sous quelque arbrisseau, soit encore dans les creux des rochers. + +La Mouette tridactyle a l'instinct de s'établir dans les lieux les plus +inaccessibles; aussi est-elle rarement troublée par les ramasseurs +d'œufs. + +Les Pingouins et les Manchots se creusent dans le sable un trou +horizontal. Les Macareux s'emparent des terriers des lapins; ils +aiment à nicher en société et à couver les uns près des autres. +L'endroit qu'ils ont choisi est quelquefois tellement miné, qu'en +posant le pied dessus, on s'enfonce jusqu'au genou. Les _Tadornes_[287] +ont aussi l'habitude de nicher dans des souterrains. Les anciens +donnaient à ces oiseaux le nom d'_Oies-renards_. + + [287] _Anas tadorna_ Linné. + +Naumann a vu, dans la petite île de Sylt, un très-grand nombre de +Tadornes réunis par groupes dans des excavations artificielles. Il +a compté jusqu'à treize nids dans un espace quadrangulaire, avec +une entrée commune. Au-dessus de chaque nid était un trou couvert +d'une touffe de gazon. Quand on soulevait cette touffe, on voyait un +Tadorne accroupi. Chaque habitant du village possédait plusieurs de +ces souterrains, d'où il retirait par jour, pendant trois semaines, de +vingt à trente œufs. Il en laissait six à chaque nid pour l'incubation. + +Dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance, les Albatros se réunissent +en colonies pour nicher. Ils partagent le terrain en carrés réguliers, +un pour chaque nid. Ces carrés communiquent par des chemins. L'ensemble +est défendu par une chaussée de pierres. + +Les Cormorans nichent tantôt au milieu des joncs et des roseaux, tantôt +sur les troncs des vieux saules ou sur des arbres élevés, tantôt encore +sur des rochers, toujours dans le voisinage de la mer. Ils construisent +de grands nids informes, composés de rameaux et de bûchettes +grossièrement assemblés. On trouve souvent plusieurs de ces nids sur le +même arbre. + +[Illustration: CORMORAN ORDINAIRE + +(_Phalacrocorax carbo_ Cuvier).] + +Au commencement de ce siècle, les Cormorans étaient assez rares sur les +bords de la mer Baltique. Vers 1810, plusieurs couples vinrent nicher +dans la proximité de l'île de Fionie, parmi les rochers du rivage et +dans les forêts. Leur nombre augmenta peu à peu. Au printemps de 1812, +quatre paires de ces oiseaux se rendirent dans la terre de Neudorf, +près de la ville de Leutjenbourg, et s'établirent dans un bois voisin +de la mer, sur de grands hêtres qui, depuis plusieurs années, servaient +de retraite à une multitude de Hérons et de Freux. Ils expulsèrent de +leurs nids ces derniers oiseaux, firent deux pontes, l'une en mai et +l'autre en juillet, et quittèrent la contrée en automne. Leur nombre +s'élevait alors à une trentaine. Pendant le printemps de 1813 et les +années suivantes, ils revinrent régulièrement. Bientôt on calcula qu'il +y avait 7000 couples de nicheurs. Au mois de juin 1815, on voyait +des cinquantaines de nids sur certains arbres, et les innombrables +vols des Cormorans, mêlés avec les Hérons, remplissaient l'air de +leurs cris sauvages. L'âcreté de leurs ordures brûlait la feuille +des arbres, et les débris des poissons corrompus dont ils jonchaient +le sol empoisonnaient au loin l'atmosphère. D'après les ordres du +gouvernement, on leur fit la chasse. Il y eut des jours où l'on en tua +jusqu'à cinq cents. Ce ne fut que l'année suivante que l'on parvint à +les éloigner de la contrée. (Boje.) + +Dans certaines îles, les nids des Oiseaux marins sont si rapprochés, +qu'on ne saurait faire un pas sans écraser des œufs, et qu'il arrive +souvent à une mère de pondre dans la couchette d'une autre mère. +(Schinz.) + +C'est ainsi que Naumann a trouvé un œuf d'_Hirondelle de mer à longue +queue_[288] dans le nid d'un _Huîtrier_[289], et ailleurs, un œuf de +ce dernier oiseau dans le nid d'un Goëland. Cependant chaque couveuse +reconnaît ses propres œufs et ne s'y trompe jamais. Ce que nous +croirions impossible, si l'instinct des animaux ne nous avait pas +habitués à des miracles. + + [288] _Sterna Dougalli_ Montagu. + + [289] _Hæmatopus ostralegus_ Linné. + + +III + +La plupart des œufs, chez les Oiseaux marins, ont un gros et un petit +bout, et ressemblent, à cet égard, aux œufs de la Poule. Ceux des +Cormorans sont plus allongés et paraissent avoir deux petits bouts. +Ceux de quelques Manchots sont tout à fait ronds. + +Les œufs des Cormorans sont assez petits relativement à la taille de +l'oiseau. Ceux des Guillemots sont au contraire assez grands. Celui du +Guillemot à capuchon est plus gros que l'œuf de l'Oie; l'oiseau est un +peu plus petit que le Pigeon ramier. + +Le _Pingouin brachyptère_, ou _grand Pingouin_, est l'oiseau d'Europe +qui donne l'œuf le plus volumineux. Cet œuf, très-recherché par les +amateurs, devient chaque jour plus rare. On le paye aujourd'hui de 500 +à 800 francs. + +[Illustration: GRAND PINGOUIN + +(_Pinguinus impennis_ Ch. Bonaparte).] + +Les Pétrels ont les œufs blancs; ceux des Harles sont jaunâtres, et +ceux des Canards verdâtres. Les Goëlands et les Mouettes en pondent +d'olivâtres, avec des marbrures brunes généralement plus nombreuses et +plus fortes vers le gros bout. + +Le grand Pingouin, dont nous venons de parler, donne un œuf d'un blanc +isabelle, avec des raies et des taches peu nombreuses, qui rappellent, +dit Temminck, les formes singulières des caractères chinois. + +Le _Guillemot bridé_[290] produit un œuf plus remarquable encore par +les traits ou les zigzags nombreux qui décorent sa coquille. + + [290] _Uria rhingvia_ Brünnich. + +Les Plongeons sont les oiseaux connus qui offrent les œufs les plus +foncés en couleur. Ces œufs sont couleur chocolat plus ou moins +olivâtre, avec des taches noirâtres plus ou moins irrégulières. + +[Illustration: PLONGEON IMBRIM + +(_Colymbus glacialis_ Linné).] + +Les œufs des Cormorans et des Fous sont revêtus d'un enduit crétacé, +blanc, qu'on enlève facilement avec l'ongle. Cet enduit est tellement +friable sur l'œuf du _Flamant_[291], que si l'on promène sa coque sur +la manche d'un habit noir, on la blanchit comme si on l'avait frottée +avec un morceau de plâtre. + + [291] _Phœnicopterus ruber_ Linné. + + +IV + +Quand le nid d'un Oiseau est préparé, la jeune mère doit être bien +surprise, après les douleurs de l'enfantement, de trouver sur sa +couchette, au lieu d'un poussin délicat qui lui ressemble, un sphéroïde +inanimé, qui _ne dit rien_; elle a mis au monde une espèce de boule, +blanche comme de la craie, quelquefois d'un bleu clair de turquoise, +ou d'un rouge vineux d'acajou, pointillée, maculée, veinée comme du +marbre ou de l'agate!..... Un œuf n'est pas un Oiseau, pas plus qu'une +graine n'est un arbre; c'est quelque chose d'antérieur, quelque chose +qui contient les rudiments d'un animal, mais qui n'est pas encore un +animal, quelque chose qui ressemble plus à une production minérale qu'à +un germe organisé. + +L'instinct de la mère vient en aide à son inexpérience. Elle s'attache +à ce corps inerte avec une passion que nous ne comprenons pas et +que nous ne pouvons pas comprendre. Est-ce de l'amour maternel? +Certainement non! C'est un sentiment voisin, très-voisin, préliminaire, +si l'on veut; mais à coup sûr bien différent. L'amour maternel n'existe +pas encore; il ne viendra que plus tard, il viendra quand les petits +seront éclos.... + +Cet attachement pour les œufs pousse les Oiseaux à s'accroupir sur ces +bizarres produits et à les échauffer..... Ils _pressent ces cailloux +contre leur cœur_ (Michelet). + +Les parents qui couvent pour la première fois savent-ils quels seront +les résultats de leur incubation? L'instinct est encore ici leur +directeur et leur mobile. Aussi voit-on souvent des femelles et même +des mâles (ce qui est plus étonnant), quand ils couvent, oublier le +boire et le manger. Tant est grand l'_amour de l'œuf_. + +Pendant que la femelle de l'Hirondelle de mer fuligineuse couve, son +mâle arrive de temps en temps et vient se reposer près du nid. Là il +dégorge quelque petit poisson à portée de sa compagne. Il regarde +ensuite cette dernière. Les deux époux se font plusieurs inclinations +de tête, souvent singulières, par lesquelles très-probablement ils +se témoignent l'un à l'autre leur tendre affection et leur doux +contentement. (Audubon.) + + +V + +Le développement de l'œuf n'est plus un mystère. Si l'on brise +délicatement la coque d'un certain nombre d'œufs aux différentes +époques de l'incubation, on peut assister aux diverses phases de +l'évolution du nouvel être. + +Au moment de l'incubation, on voit sous la coquille protectrice une +membrane extérieure enveloppant une épaisse couche d'albumine. Au +milieu est suspendu par les _chalazes_ le jaune ou _vitellus_. A la +partie supérieure du jaune se trouve le germe; il est blanchâtre et +composé de deux feuillets: le supérieur deviendra les organes de la vie +animale; l'inférieur produira ceux de la vie végétative; une couche +intermédiaire formera le cœur et les principaux vaisseaux. + +Plus tard, le centre du germe est divisé par une ligne médiane +transparente en deux moitiés latérales symétriques. Ce sont là les +premiers linéaments de l'embryon. Puis les contours du crâne se +dessinent, les vertèbres s'accusent; les légers battements du cœur +apparaissent; le sang, d'abord clair et transparent, se colore; et la +respiration, devenue insuffisante dans le réseau vasculaire du jaune, +passe dans un poumon transitoire qui se déploie sous la coque. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXI. + Mesnel pinxt. et lith. Imp. Becquet à Paris. + + DÉVELOPPEMENT D'UN OISEAU. + (CHARADRIUS PLUVIALIS. Linné.) + + 1. Œuf fraîchement pondu. 2. Influence de l'incubation. 3. Apparition + de l'embryon. 4 et 5. Développement de l'organe de la respiration + transitoire (_Allantoïde_.) 6. Terme du développement. 7. Éclosion; + jeune nouvellement éclos.] + +L'animal croît alors rapidement. Les tiges des plumes germent en +grand nombre; les écailles des pieds et les ongles se montrent. L'œil +est grand et complet; le squelette prend, par l'ossification, de la +consistance et de la solidité. Le corps tout entier se porte alors de +l'axe transversal de l'œuf dans son axe longitudinal, la tête repliée +contre la poitrine et cachée sous l'aile. + +L'oiseau, ainsi constitué, déchire la membrane de la coque, pénètre +dans la chambre à air; et, plus à l'aise dans sa prison, il attaque +la coquille à l'aide du petit corps dur transitoirement placé sur +l'extrémité du bec, la brise, et naît enfin au monde extérieur[292]. + + [292] Voyez la planche XXXI. + + +VI + +Les Oiseaux marins défendent avec courage leurs œufs et leurs petits. + +Lorsque le capitaine Ross découvrit l'île de la Possession, il y trouva +une quantité prodigieuse de Pingouins: on en voyait jusqu'au sommet +des collines. Ces oiseaux s'avancèrent vers le rivage en colonnes +serrées, et attaquèrent hardiment, à coups de bec, les Anglais qui +voulaient occuper leur pays au nom de Victoria. Honneur au courage et +au patriotisme des Pingouins! + +La femelle du _Canard sauvage_, quand elle se rend à son nid, s'abat +au moins à cent pas de l'endroit où il se trouve. Une fois à terre, +elle se dirige vers sa couchette obliquement et tortueusement, ayant +toujours l'œil aux aguets, pour observer s'il n'y a point d'ennemi qui +la regarde. + +Que de jouissances réservées à ceux qui étudient la Nature! + +On assure que le petit _Pluvier à collier_[293], lorsqu'un chien ou +un enfant s'approchent de son nid, n'attend pas leur arrivée, mais +s'avance résolûment; puis, tout à coup, prend son vol avec un grand +cri, comme s'il était surpris sur ses œufs. (Il en est souvent éloigné +d'une trentaine de pas.) Alors il volète, il laisse tomber une aile, il +court, il traîne une patte, il fait le boiteux, jusqu'à ce qu'il ait +conduit le chien ou l'enfant à une grande distance de sa couvée, et +détourne ainsi le danger. + + [293] _Charadrius minor_ Meyer.--Ce n'est pas un Palmipède, mais un + Échassier. + + +VII + +La récolte des œufs forme, dans beaucoup de pays, une branche +d'industrie considérable. + +Les pauvres habitants des îles Feroë se nourrissent de ceux de presque +tous les Palmipèdes qui fréquentent leurs parages. Ils mangent aussi +les poussins, et même les parents, quand ils peuvent les saisir. + +Au péril de leur vie, ils se suspendent à une corde, ou bien ils +grimpent aux parois verticales des rochers, en marchant le long des +étroites corniches sur lesquelles couvent ces oiseaux. Là le moindre +faux pas est une mort inévitable, et, chaque année, plusieurs Feroëens +sont les victimes de cette chasse périlleuse. + +Une poursuite sans danger est celle qui se fait en canot. Le chasseur +s'arme d'un filet conique, qui rappelle celui avec lequel on prend +les papillons; mais il est tissu d'un fil de laine, et par conséquent +plus fort. Comme ces oiseaux ne sont nullement sauvages, on s'approche +d'eux, on abat le filet sur leur tête, qui s'engage dans les mailles, +et l'on s'en empare facilement. De cette manière, on se rend maître +des oiseaux qui volent à la surface de la mer ou qui pêchent sur les +rochers à fleur d'eau. + +Mais le plus grand nombre se trouve sur les escarpements des falaises. +Pour les atteindre, quatre chasseurs se réunissent. L'un, armé d'une +perche terminée par une petite planche horizontale, pousse l'autre +jusqu'à ce qu'il soit au niveau d'une corniche; celui-ci, à son tour, +hisse son camarade avec une corde. Là ils saisissent les oiseaux sur +leurs œufs ou les attrapent au vol avec le filet. Ils les tuent à +mesure, et les jettent à leurs camarades qui maintiennent la barque +au-dessous du rocher. Ils voyagent ainsi de corniche en corniche, +et l'on a vu des chasseurs prendre en quelques heures des centaines +d'oiseaux. + +Enfin, la méthode la plus profitable, mais la plus dangereuse de +toutes, est la suivante. Les chasseurs sont munis d'une corde épaisse +de 6 centimètres et longue de 200 à 400 mètres, laquelle porte une +espèce de siége. On place une poutre sur le bord du rocher, afin que le +câble ne se coupe pas en raguant sur la pierre. Six hommes descendent +le preneur d'oiseaux (_fuglemand_). Celui-ci tient à la main une +cordelette avec laquelle il peut faire à ses compagnons certains signes +convenus. Il faut une habileté toute particulière pour empêcher le +câble de se tordre, sans quoi le malheureux tourne sur lui-même, et se +brise contre les rochers. Arrivé à une corniche, le _fuglemand_ quitte +la corde, l'amarre à une saillie de rocher, et tue le plus grand nombre +d'oiseaux possible, en les prenant à la main ou en les attrapant avec +son filet. Aperçoit-il une caverne ou une corniche qu'il ne puisse +atteindre, et où perchent beaucoup de Palmipèdes, alors il s'assoit +de nouveau sur la planchette, et imprime à la corde des mouvements +d'oscillation qui atteignent quelquefois 30 mètres, et le lancent à la +partie du rocher qu'il veut explorer. (_Mag. pittor._) + +On assure que sur un seul petit écueil des îles Feroë, on prend +annuellement jusqu'à 2400 Perroquets de mer. + +Les gardiens des îles du Texel sont exclusivement en possession de +tous les œufs. Mais, pour jouir de ce privilége, ils payent une somme +considérable au gouvernement. + +[Illustration: VÖGELBERG.] + +On prétend que les œufs du seul Goëland argenté, recueillis +journellement, s'élèvent à trois ou quatre cents, et souvent même +jusqu'à huit cents! Passé la Saint-Jean, on n'enlève plus les œufs, et +on laisse ces oiseaux couver en paix ceux qu'ils pondent après cette +époque. (Schinz.) + +Naumann rapporte que, chaque année, on retire de la petite île de +Sylt 50 000 œufs de grandes Mouettes, et tout autant d'espèces moins +grosses et d'Hirondelles de mer. Parmi les premiers, il y en a au moins +10 000 qui appartiennent au Goëland argenté. Trois hommes sont occupés +à recueillir ces œufs depuis huit heures du matin jusqu'à l'entrée de +la nuit. Ils reçoivent en payement les œufs des petites espèces. + +Le Fulmar est pour les habitants de Saint-Kilda une des productions les +plus précieuses de leur île. + +Les dénicheurs risquent leur vie pour atteindre ces oiseaux. Ils sont +ordinairement par deux. L'un, solidement attaché sous les bras avec +une grosse corde, est descendu par l'autre sur quelque roche escarpée +bien peuplée de Fulmars. Il fait sa provision d'œufs, de petits et de +couveuses; puis, il est hissé par son compagnon. L'habileté de ces +hommes est très-grande; la moindre surface leur suffit pour se tenir. +On les voit, déjà chargés de butin, se traîner sur les genoux et sur +les mains, et marcher sur les saillies les plus étroites et les moins +avancées. La force de celui qui tient la corde est telle, que si le +dénicheur fait un faux pas et tombe dans l'espace, il supporte le choc +et sauve le malheureux. (L. Wraxall.) + +On dit que dans les Hébrides on tue annuellement plus de 20 000 Fous. + +On a calculé que dans le Groenland on consomme, dans le même espace de +temps, 200 000 œufs d'Oiseaux aquatiques. + +Audubon a vu des chercheurs d'œufs espagnols, venus de la Havane +dans l'_île aux Oiseaux_ (golfe du Mexique), emporter une cargaison +d'environ huit tonnes d'œufs de deux espèces d'Hirondelles de mer. Il +leur demanda quel pouvait en être le nombre; ils répondirent qu'ils ne +les comptaient jamais, même en les vendant, et qu'ils les donnaient à +raison de 75 _cents_ par gallon. En un seul marché, ils se faisaient +quelquefois 200 dollars, et il ne leur fallait qu'une semaine pour +aller et revenir compléter un nouveau chargement. D'autres chercheurs, +qui arrivent de la Clef de l'ouest, vendent leurs œufs 12 cents et demi +la douzaine. + + +VIII + +Disons, en terminant, quelques mots sur le fameux _Canard eider_[294]. + + [294] _Anas mollissima_ Linné. + +Cette remarquable espèce a près de deux fois la taille du Canard +ordinaire. Son cou est comparativement court; ses jambes sont un peu +hautes. + +Ce Canard pond principalement en Islande. Il est protégé par les lois. +Tout homme qui se permet de le tuer à l'époque de sa reproduction, est +condamné à une amende qui s'élève jusqu'à 30 dollars. On sauvegarde +ainsi une des industries les plus lucratives que puissent fournir les +Oiseaux de mer: nous voulons parler de l'exploitation et de la vente de +ce moelleux duvet connu sous le nom d'_édredon_. + +Mackensie rapporte, dans son _Voyage en Islande_, que lorsque son +bateau approcha de cette île, il traversa de véritables troupeaux de ce +précieux Canard. Les Eiders ne prenaient pas la peine de se déranger +sur son passage: ils semblaient comprendre qu'ils étaient protégés par +le gouvernement! Entre le rivage et la maison du bailli, le terrain +était littéralement couvert d'oiseaux, si serrés, que les visiteurs +étaient obligés de marcher avec beaucoup de précaution pour ne pas +les blesser. On voyait des Eiders occupés à couver, sur les murs des +jardins, sur les toits des maisons, dans leur intérieur, et _même dans +l'église_. Quand on les approchait, ils ne changeaient pas de place; +ils se laissaient toucher, et frappaient légèrement avec le bec la main +des étrangers. + +Les nids des Eiders sont arrondis et peu profonds; ils sont construits +avec des bûchettes sèches entrelacées avec soin, de la mousse et des +plantes marines. L'oiseau y dépose cinq ou six œufs, rarement sept ou +huit. Audubon en a compté une fois jusqu'à dix. Ces œufs sont plus gros +que ceux du Canard ordinaire, lisses et d'un gris olivâtre clair. Ils +passent pour un mets très-délicat. + +Chaque nid est tapissé de _duvet_, que l'oiseau arrache de sa poitrine. +Les œufs y sont profondément enfoncés. Autour de la couchette on voit +une quantité de plumes suffisante pour couvrir les œufs, quand la mère, +à marée basse, va chercher sa nourriture. + +«On ne peut contempler, sans être attendri, cette bonté divine qui +donne l'industrie au faible et la prévoyance à l'insouciant!» + +On enlève le duvet à deux époques différentes. Mais la pauvre femelle +est quelquefois obligée de fournir à une troisième récolte. Elle se +plume et se replume, pour tenir son nid convenablement chaud. + +Lorsqu'elle a épuisé sa provision de duvet brunâtre, le mâle arrive et +lui vient en aide. Il sacrifie, à son tour, son édredon blanc de neige +et rosé. + +Chaque nid peut fournir environ 125 grammes de beau duvet. + + +IX + +Quand on réfléchit aux rassemblements considérables d'Oiseaux marins +qui habitent et qui nichent sur les côtes de toutes les îles de +l'Europe septentrionale, on est vraiment pénétré d'admiration. Les +grèves les plus arides, les rochers les plus escarpés, les crevasses +les plus inaccessibles, tout est envahi et souvent encombré par des +nids et par des couveurs. + +Souvent chaque femelle ne pond qu'un œuf, et cet œuf est placé dans un +endroit tel, qu'on a peine à comprendre comment l'incubation peut avoir +lieu. + +Les Aigles de mer, les Faucons, les Mouettes, sucent les œufs ou +emportent les petits. + +Le _Stercoraire parasite_[295] nourrit sa couvée avec de jeunes Fous, +des Pingouins et des Fulmars qu'il arrache à leurs parents. + + [295] _Lestris parasitica_ Boje. + +Les grands Poissons happent aussi plus d'un pauvre oiseau, gros ou +petit..... + +Des centaines d'individus meurent de froid pendant l'hiver. + +Des nichées entières sont surprises par les marées, ou balayées par les +ouragans. + +Et combien en périt-il sacrifiés pour nos besoins et pour nos plaisirs? +(L. Wraxall.) + +Malgré ces causes de pertes, le nombre des Oiseaux marins se maintient +constamment le même, et les déserts de l'Océan sont toujours animés par +leur présence et embellis par leurs amours!... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLIII + +LES CÉTACÉS. + + «Ce sont des quadrupèdes _estropiés_.» + + (UN VIEIL AUTEUR.) + + +I + +Chez les animaux très-simples en structure, le tissu est homogène, et +remplit toutes les fonctions par toutes ses parties. A la vérité, ces +fonctions se trouvent singulièrement bornées et réduites généralement +au nécessaire ou à l'indispensable. + +A mesure que les animaux se compliquent, des organes plus ou moins +distincts apparaissent, et les fonctions se _localisent_. Chaque partie +est alors chargée d'un rôle spécial. + +La _division du travail_ est, sans contredit, une des lois les plus +importantes et les plus curieuses de la Nature. (Milne Edwards.) + +Cette division est d'autant plus grande, que l'animal est plus +_parfait_. Quand elle augmente, les organes et les fonctions deviennent +plus nombreux. + +Chez les animaux les plus voisins de l'Homme, l'instrument de chaque +fonction est tantôt simple, tantôt double; mais, dans le premier +cas, formé de moitiés semblables, cohérentes. Voilà le maximum de la +perfection organique. + +Les organes essentiels d'un Vertébré (cerveau, cœur) sont ceux qui, par +soudure, acquièrent l'unité. + +Les autres organes (oreilles, mains) conservent la dualité. + +Chez les Annelés, presque tous les organes sont multiples. Certaines +espèces ont 10 mâchoires, d'autres 60 tentacules, d'autres 200 dents; +celles-ci 300 pattes, celles-là 3000, 15 000, 30 000 petits yeux!..... + +Le plus souvent, ce sont les organismes tout entiers (zoonites) qui se +répètent. On en compte une vingtaine dans une Sangsue; il y en a au +moins 2000 dans un Ténia[296]. Cependant l'animal s'éloigne beaucoup +d'un Vertébré, et par sa constitution, et par son intelligence. + + [296] Voyez le chapitre XXIX. + +Il est autrement compliqué; car sa complication résulte, non de la +perfection de ses organes, mais du nombre de ses organismes. Chaque +zoonite, pris séparément, diffère notablement de l'admirable ensemble +d'un Mammifère ou d'un Oiseau, et la réunion de ces zoonites, quoique +formant un tout supérieur à celui d'un zoonite isolé, se trouve encore +bien au-dessous de l'organisme d'un Vertébré quelconque. + +Chez les animaux les plus inférieurs, ce ne sont plus les organes ou +les organismes qui se répètent, mais les individus eux-mêmes tout +entiers. Ils s'associent et forment un être collectif, un animal +composé. + +Dans la _division du travail_, il y a donc quatre modes à considérer: + +1º Plusieurs individus pour une association. + +2º Plusieurs ensembles d'organes (zoonites) pour un individu. + +3º Plusieurs instruments pour une même fonction. + +4º Des instruments spéciaux (doubles) pour des fonctions spéciales. + +Une notion même légère des grandes choses a son prix (Leibnitz); c'est +pourquoi on nous pardonnera le caractère un peu sérieux (nous allions +dire un peu savant) de cette introduction. Arrivons maintenant aux +Mammifères. + + +II + +Les Mammifères, ou, comme on les appelait anciennement, les +_Quadrupèdes vivipares_, sont les Vertébrés les plus rapprochés de +l'Homme. Ceux qui vivent dans la mer constituent trois sections +d'animaux assez différentes, et par leur structure, et par leurs mœurs: + +1º Les Mammifères dont les membres antérieurs, plus ou moins +incomplets, sont transformés en rames ou nageoires, et qui manquent de +membres postérieurs: on les appelle _Cétacés_. + +2º Ceux qui ont quatre membres tous convertis en rames ou nageoires: ce +sont les _Phoques_ et les _Morses_. + +3º Ceux qui ont quatre membres plus ou moins semblables à ceux des +Quadrupèdes ordinaires: ce sont les _Loutres de mer_ et les _Ours +blancs_. + +Les premiers et les seconds peuvent être regardés comme les _Mammifères +marins_ proprement dits. + +Les Cétacés sont les moins _parfaits_ en organisation. + + +III + +Les Cétacés sont des Mammifères marins essentiellement aquatiques. +La plupart ne viennent jamais à terre. En général, ils se tiennent +toujours dans l'eau; mais comme ils respirent par des poumons, ils sont +forcés de monter à sa surface pour prendre de l'air. + +Lorsque, par suite de quelque gros temps, les grandes espèces se sont +échouées, il leur est ordinairement impossible de se remettre à flot. + +La tête des Cétacés se joint à leur tronc par un cou si court et si +gros, qu'on n'aperçoit en cet endroit aucun rétrécissement. Leur +tronc se termine par une queue épaisse et charnue. Cette queue est +déprimée ou horizontale, et non verticale ou comprimée, comme celle des +Poissons. A cause de cette structure, on leur avait donné anciennement +le nom de _Plagiures_ (_Pisces plagiuri_). Ils frappent l'eau de haut +en bas et non de droite à gauche. + +Un vieux marin, qui avait toujours une histoire prête, disait un jour à +un jeune novice, à propos d'un Marsouin[297] qu'on venait de harponner: +«Vois-tu, mon petit, le Marsouin, c'est comme le Dauphin[298], deux +cousins germains qui naviguent depuis le commencement du monde. Dans +le principe, ils avaient la queue _en travers_; aussi filaient-ils si +vite, si vite, qu'ils dépassaient les chevaux du père Tropique. Ça le +vexa, le bonhomme. C'est pourquoi il leur tordit la queue pour leur +ralentir le pas!» (S. Berthelot.) + + [297] Voyez le chapitre XLV. + + [298] Ibidem. + +Les Cétacés ont au-dessus de la tête un ou deux orifices appelés +_évents_, qui communiquent avec le fond de la bouche, au moyen desquels +l'animal expulse, sous forme de jet de vapeur, l'air humide qu'il +a pris pendant sa respiration. Cet appareil leur a valu le nom de +_Souffleurs_. + +Les meilleurs plongeurs que l'on connaisse ne peuvent rester sous l'eau +qu'un petit nombre de minutes. Les Cétacés demeurent submergés des +demi-heures entières, sans paraître souffrir le moins du monde. Un de +nos plus savants anatomistes, le professeur Breschet, a découvert, en +disséquant un de ces animaux qu'il possédait, le long de la colonne +vertébrale, un réseau considérable de grosses veines, lequel n'existe +pas chez les autres Mammifères. Ce réseau lui a paru destiné à servir +de refuge au sang durant le temps que l'amphibie reste plongé sous +l'eau. Il forme comme un réservoir où se rend le trop-plein de la tête +et des organes importants. Aussitôt que le Cétacé retourne à l'air, +et que le jeu de la respiration se rétablit, le sang s'échappe de ce +réseau et se précipite dans les poumons. + +Les Cétacés vivent par troupes souvent nombreuses. Il en existe une +centaine d'espèces. + +Les uns sont carnassiers, les autres herbivores. Ces derniers sortent +parfois sur le rivage, y rampent à l'aide de leurs nageoires, et y +_paissent_ comme des Ruminants. Ils font ainsi exception à la règle +générale. + +Plusieurs espèces, quand elles allaitent leur petit, dressent leur +corps verticalement, et tiennent toute sa partie supérieure hors de +l'eau. Elles embrassent leur nourrisson avec les nageoires, comme +une femme tient son enfant avec ses bras. En apercevant de loin ces +femelles dans cette posture et dans cette occupation, on a pu leur +trouver une certaine ressemblance avec l'espèce humaine, et de là les +noms de _Femmes marines_, de _Nymphes marines_, de _Sirènes_..... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLIV + +LES CACHALOTS. + + Grosse tête et petit cerveau. + + +I + +Les _Cachalots_ sont des Cétacés de grande taille, caractérisés par la +grosseur de leurs dents inférieures. Un Cachalot ordinaire mesure 25 +mètres; sa tête plus de 10 mètres (L. Hautefeuille). + +Plusieurs zoologistes pensent qu'il en existe au moins dix espèces; +d'autres n'en reconnaissent que trois; quelques-uns n'en admettent +qu'une seule. Les grandes bêtes ne sont guère mieux connues que les +petites. + +Le _Cachalot grosse tête_, appelé aussi et plus pompeusement, +_macrocéphale_[299], se rencontre dans presque toutes les mers. + + [299] _Physeter macrocephalus_ Linné (_Sperma ceti Whale_ des + Anglais, _Pottfisch_ des Allemands). + +Anderson en a mesuré un qui avait à peu près 70 pieds anglais de +longueur. + +Cet animal est d'un noir bleuâtre, plus foncé sur le dos. Sa mâchoire +d'en haut est sans dents, ou n'en offre que de rudimentaires cachées +sous les gencives. La mâchoire d'en bas est plus courte d'un mètre et +plus étroite; elle semble hors de proportion avec cette dernière. Nous +parlerons tout à l'heure des grosses dents qu'elle présente. + +L'évent est unique. Les yeux sont placés sur des éminences. + +La nageoire dorsale est réduite à une saillie calleuse. La queue est +bilobée. + +L'ensemble de l'animal est épais, lourd et disgracieux. Dans sa +physionomie sans élégance, il y a moins du Poisson que du Têtard. + +Le Cachalot grosse tête nage ordinairement à fleur d'eau, montrant le +dos et l'éminence charnue qui entoure l'évent. Il vient donner l'essor +aux humides bouffées de son organe, comme un bourgeois hollandais vient +fumer sa pipe au soleil (Melville). Sa progression n'est pas rapide. +Dans les bas-fonds, on le voit quelquefois dresser verticalement hors +de la mer toute la partie supérieure de son corps. + +Quand les Cachalots voyagent, le plus grand et le plus fort marche +toujours à la tête de la phalange. C'est lui qui donne ordinairement le +signal du combat. + +En 1741, un individu énorme échoua vers l'embouchure de l'Adour, près +de Bayonne. + +En 1769, un autre fut jeté sur la côte, à peu de distance de +Saint-Valery, dans la baie de la Somme. + +En 1784, trente-deux Cachalots échouèrent dans la baie d'Audierne, sur +le rivage de la commune de Primelin, en basse Bretagne. + +Le squelette conservé dans une des cours du Muséum de Paris a été +acheté à Londres en 1821. + +[Illustration: CACHALOT GROSSE TÊTE + +(_Physeter macrocephalus_ Linné).] + +Tout récemment (novembre 1862) un petit Cachalot a été trouvé par les +douaniers dans les récifs du Darmon (Var). Sa longueur est de 12m,70, +et sa circonférence de 8 mètres. Sa gueule, ouverte, peut recevoir un +homme debout et l'avaler sans lui faire subir la moindre pression. On +estime son poids à 40 000 kilogrammes. Il a été acheté par M. Bienvenu, +ex-maître de port, pour la somme de cinquante francs. Le squelette a +été vendu pour le musée de Draguignan. + + +II + +La pêche des Cachalots est l'objet d'une industrie considérable. + +Nous devons au commandant L. Hautefeuille quelques détails sur cette +pêche intéressante et lucrative. + +Chaque capitaine possède à son bord deux hommes en observation au +sommet des mâts, et quatre ou cinq canots aigus aux deux extrémités +(_baleinières_). Aussitôt qu'un malheureux Cachalot a été signalé, les +canots sont détachés, chacun monté par quatre rameurs intrépides, par +un officier qui dirige l'embarcation à l'aide d'un aviron de queue, et +par un harponneur expérimenté, ordinairement vieux loup de mer, doué de +sang-froid, d'un coup d'œil juste et d'un poignet vigoureux. + +Dès que l'animal se sent harponné, il s'élance rapidement vers le +fond de la mer. Après quelques minutes, il reparaît à la surface pour +respirer. La colonne d'air et d'eau jetée par son évent est parfois +ensanglantée. Il replonge, mais auparavant un second et même un +troisième harpon ont été lancés d'une autre chaloupe. + +Quelquefois les pêcheurs emploient un harpon particulier, renfermé +dans un appareil semblable à un grand tromblon de cuivre. Au moyen +d'un puissant ressort, cet instrument part comme une flèche, et va +s'implanter dans la peau du Cétacé. Récemment encore on a imaginé un +troisième et plus terrible moyen de destruction: c'est une sorte de +pétard qui éclate quand il a pénétré dans les chairs. Tous ces nouveaux +systèmes sont généralement peu employés. + +Cependant l'animal, épuisé, remonte à la surface, où ses apparitions +deviennent plus fréquentes. C'est à peine s'il peut plonger encore à +quelques brasses et retarder sa mort de quelques instants. + +A ce moment, les chaloupes, réunies en cercle, le cernent et l'achèvent +à coups de lance: mais, souvent, il arrive que le Cachalot se défend +et vend chèrement sa vie. Malheur alors à l'imprudent canot qui s'est +un peu trop avancé! D'un coup de sa queue puissante, le monstre balaye +tout ce qui se trouve à sa portée. + +Le Cachalot mort ou mourant, les embarcations le traînent à la +remorque. Le navire aborde l'animal et le retient fixé à l'avant par la +queue. + +L'équipage dîne joyeusement. Il procède ensuite au dépècement, +opération toujours accompagnée de rasades de genièvre et de chansons. + +D'abord on enlève tout autour du corps de larges bandes de graisse +destinées à la cuisson dans de grandes cuves de cuivre. On épuise +l'huile et la graisse dans le corps, surtout dans la tête, où on la +recueille quelquefois avec des seaux. + +L'huile de la région céphalique est la plus épaisse, et elle forme à +elle seule le tiers au moins de la masse totale. + +Lorsque le corps est entièrement épuisé, on le sépare de son chef, et +l'on abandonne la carcasse aux Oiseaux et aux Requins. + +La tête seule est hissée sur le pont, où l'on achève de la dépouiller. +Cette opération est possible sur des individus de taille moyenne. + +Le dépècement, la cuisson et la préparation demandent quarante-huit +heures, et occupent de vingt à trente hommes. + +Une fois épurée, l'huile est mise dans des tonnes. + +Un Cachalot peut fournir, suivant sa taille, de quatre-vingts à cent +cinquante tonnes d'huile. Un individu long de 18 mètres, et pesant 60 +000 kilogrammes, en rend de quatre-vingt-quinze à cent barils. Rarement +on en trouve qui en donnent davantage. + +La pêche d'un trois mâts est d'environ cinquante individus. Il peut les +avoir pêchés dans l'espace variable d'un à trois ans. + +Cette pêche est faite de nos jours principalement par les Américains, +quelques Anglais, et peu de Français et de Portugais. (L. Hautefeuille.) + + +III + +Les Cachalots fournissent à l'industrie et aux arts, non-seulement de +l'huile, mais encore de l'ivoire, du blanc de baleine et de l'ambre +gris. + +L'ivoire se retire de leurs dents. Il est d'assez mauvaise qualité. + +[Illustration: DENT DE CACHALOT.] + +La mâchoire inférieure porte de chaque côté de vingt à vingt-cinq +grosses dents[300]. Ces dents sont cylindriques et coniques au +sommet, à peine recourbées d'avant en arrière, légèrement comprimées +inférieurement et un peu pointues. Nous en avons une sous les yeux qui +présente 20 centimètres de hauteur: nous en avons vu une autre qui +pesait plus d'un kilogramme. + + [300] «_Dentes 46 inferioris maxillæ._» (LINNÉ.) + +Le blanc de baleine se trouve au milieu des grandes cavités de la +partie supérieure du crâne, au-dessus du cerveau. Ce dernier est petit, +relativement au volume de la tête. Camper a trouvé que, sur une tête de +6 mètres de longueur, la cavité crânienne n'avait que 32 centimètres. + +Pendant la vie de l'animal, le blanc de baleine est dissous dans +un liquide huileux. Il se fige après la mort. On l'obtient pur en +l'exprimant dans un sac de laine. On le fait bouillir ensuite dans une +lessive alcaline, pour le débarrasser de la partie huileuse restante. +On le lave et on le fond. + +Dans un Cachalot des Moluques, long de 19 mètres et demi, M. Quoy +a calculé qu'il y avait vingt-quatre barils de blanc de baleine, +contenant chacun 125 kilogrammes. Par conséquent, cet animal en a +fourni 3000 kilogrammes. + +Cette matière est solide, blanche, brillante, comme nacrée, un peu +transparente et très-douce au toucher. Elle se casse facilement et par +écailles. + +C'est un des éléments de la pommade anglaise, le _cold-cream_, +recommandée pour adoucir la peau. + +L'ambre gris n'est autre chose qu'une sorte de calcul intestinal, ou +plutôt une partie des aliments des Cachalots, très-incomplétement et +très-imparfaitement digérés. + +Cette matière, si recherchée dans la parfumerie et si estimée par +beaucoup de belles dames, cette matière présente, comme on voit, +une nature très-peu noble et une source très-peu respectable. +L'inconvenance de son origine n'en rend que plus étonnante la suavité +de son odeur! + +L'ambre, qui se forme dans le corps du Cachalot, est rendu..... avec +les excréments. + +Plusieurs zoologistes pensent que tous les Cachalots rejettent +normalement cette substance. D'autres supposent qu'elle est le résultat +de certaines maladies, et par conséquent un produit accidentel. + +On trouve l'ambre gris, tantôt flottant sur la mer ou déposé sur la +plage, parmi les déjections des Cétacés, tantôt dans les intestins +mêmes de ces animaux. + +C'est sur les côtes du Japon, des îles Moluques, de l'Inde, de +Madagascar et du Brésil, qu'on récolte habituellement cette substance. + +La nourriture prise par les Cachalots semble influer sur la production +de l'ambre. Il paraît que ce sont les Poulpes musqués, nommés +_Élédones_, les Sèches et plusieurs autres Mollusques, même des +Poissons odorants, mal digérés et accumulés, qui donnent naissance à +cette matière. On sait que, parmi les animaux marins, il en est un +certain nombre qui exhalent une odeur de musc plus ou moins forte. + +Lorsque les pêcheurs américains découvrent des morceaux d'ambre gris +dans un parage, ils en concluent aussitôt qu'il doit être fréquenté par +quelque Cachalot. + +L'ambre gris est une matière solide, assez dure, grasse, cireuse, plus +légère que l'eau. Sa couleur est d'un gris noirâtre un peu cendré, +quelquefois jaunâtre ou brunâtre, souvent masquée par une efflorescence +blanche qui se forme à sa surface et qui pénètre même un peu dans son +intérieur. Cette matière offre une odeur douce, suave, susceptible +d'une grande expansion. + +L'ambre gris est en masses irrégulières, composées tantôt de couches +concentriques, comme superposées, tantôt de petits grains inégaux +plus ou moins arrondis. On trouve quelquefois, dans son intérieur, +des débris de mollusques et de poissons, tels que des mandibules, des +écailles, des arêtes. + +Ces masses pèsent habituellement de 50 à 500 grammes. On en trouve, +cependant, de 5 à 10 kilogrammes. Le Cachalot échoué en 1741, près +de Bayonne, avait dans ses intestins un morceau d'ambre du poids de +5kil.,30. Un baleinier en retira 20 kilogrammes des entrailles d'un +individu, et 52 de celles d'un autre. La Compagnie des Indes en avait +une masse, en 1695, du poids de 73 kilogrammes. Valmont de Bomare en +vit un bloc, en 1721, de 100 kilogrammes. On a parlé d'un autre de 293 +kilogrammes, ce qui paraît bien extraordinaire. + +On prétend que les Renards sont très-friands de l'ambre gris, qu'ils +viennent chercher sur les côtes de la mer. Ils le mangent et le +rendent tel qu'ils l'ont avalé, quant à son parfum, mais altéré dans +sa couleur. C'est au résultat de ce goût qu'on attribue l'existence +de quelques morceaux d'ambre blanchâtre, qu'on trouve à une certaine +distance de l'Océan, dans les Landes aquitaniques, et que les habitants +du pays appellent ambre _renardé_ (Bory)?. Cette seconde qualité +de matière parfumée aurait donc traversé le tube digestif de deux +Mammifères différents, et aurait toujours conservé son excellente odeur. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLV + +LES DAUPHINS. + + «_Velocissimum omnium animalium non solùm marinorum est DELPHINUS, + ocyor volucre, ocyor telo._» + + (PLINE.) + + +I + +Les _Dauphins_ sont des Cétacés souvent petits, élancés et gracieux. Il +y en a cependant d'une taille colossale. + +On les rencontre dans toutes les mers. + +Le plus commun est le _Delphis_[301], que les pêcheurs nomment _Oie de +mer_ et _Bec-d'Oie_, à cause de son museau effilé et pointu, structure +qui le distingue du _Marsouin_[302], autre espèce à museau court et +tronqué. + + [301] _Delphinus delphis_ Linné. + + [302] _Delphinus phocæna_ Linné. + +Le _Delphis_ offre dans son palais un double sillon recouvert par la +peau. Il a quarante-cinq paires de dents à chaque mâchoire. + +Sur une tête qui fait partie du musée de l'École de pharmacie de Paris, +nous avons compté 104 dents à la mâchoire supérieure (52 de chaque +côté), et 98 à la mâchoire inférieure (49 de chaque côté); en tout, +202. Ces dents sont très-petites, très-égales, très-blanches, pointues +et légèrement courbées. + +Les Dauphins ne manquent pas d'intelligence. Mais les écrivains grecs +et les écrivains romains ont singulièrement exagéré leurs différentes +aptitudes. Ils ont prétendu qu'ils étaient sensibles à la musique et +qu'ils pouvaient rendre à l'Homme des services signalés..... + +Pline rapporte très-sérieusement que, de son temps, sur la côte de +Narbonne, des Dauphins aidaient les pêcheurs à prendre des poissons, et +qu'on les récompensait de leurs peines, non-seulement par une portion +de la pêche, mais encore par du pain trempé dans du vin. + +On a été jusqu'à dire que des Dauphins avaient porté des hommes sur +leur dos. On a parlé d'un individu très-apprivoisé, qui, n'ayant plus +revu l'enfant qu'il affectionnait, mourut bientôt de chagrin! + +Les Dauphins fendent les vagues plus rapidement qu'un oiseau qui +traverse les airs (_ocyor volucre_). Avant-coureurs d'un vent frais, +ils accourent du bout de l'horizon, et bondissent sur la lame comme +pour saluer le navire. Aussi les marins regardent-ils leur arrivée +comme un heureux présage (S. Berthelot). Des troupes vagabondes +suivent les vaisseaux pendant des journées entières, les dépassent en +sautant, les croisent en se poursuivant, plongent sous leur quille, +disparaissent, et reviennent pour recommencer leur premier jeu. Ces +troupes sont composées de cinq ou six individus, rarement d'un plus +grand nombre. Cependant on en a vu formées d'une vingtaine. Les +Dauphins chassent en meute dans l'eau, comme les Loups sur la terre. +(Audubon.) + +Les Dauphins sont _l'amour et l'orgueil des ondes_, suivant les belles +expressions d'Oppien. Ces animaux se témoignent les uns aux autres une +sympathie vraiment remarquable, et bien plus réelle que leur affection +prétendue pour l'espèce humaine. Du moment que l'un d'eux est pris, +tous ceux de la troupe s'approchent et l'entourent, jusqu'à ce qu'on +l'ait enlevé sur le pont. Alors ils s'éloignent ensemble, et aucun +ne veut plus mordre, quelque chose qu'on lui jette. Cependant cela +n'a lieu que lorsqu'il s'agit de gros individus rusés et méfiants, +qui se tiennent à part des jeunes, comme on l'observe dans plusieurs +espèces d'oiseaux. Au contraire, si vous avez affaire à une troupe de +jeunes, ils resteront tous sous l'avant du vaisseau, et continueront de +mordre, l'un après l'autre, comme empressés de voir par eux-mêmes ce +qu'est devenu le camarade, et de cette manière ils sont tous capturés +(Audubon). + +La plus grande espèce connue est l'_Orque_ ou _Épaulard_[303]. + + [303] _Delphinus orca_ Linné. + +On en prit un dans la Tamise, en 1787, long de 8 mètres, et un autre +dans la Loire, en 1793, long de 6. On assure qu'il peut atteindre +jusqu'à 10 mètres. + +Deux individus, un jeune et une femelle, ont échoué, en 1844, près +d'Ostende. + +Ce beau Dauphin a le dessus du corps noir, et le dessous blanc. +Il offre une tache blanchâtre, en forme de croissant, à la partie +supérieure des yeux. Ses dents sont coniques et un peu crochues. + +Il passe pour le plus redoutable des Cétacés qui visitent nos parages. +Il attaque les Mammifères de la mer, même les plus grands; il ose +poursuivre la Baleine. + +Une troupe d'Épaulards harcèlent le roi des Cétacés, jusqu'à ce +qu'il ouvre la gueule, et alors ils lui dévorent la langue (Cuvier). +Rien n'est intéressant comme d'entendre les récits des pêcheurs du +Groenland et du Spitzberg, sur la férocité et la gloutonnerie de ces +dangereux animaux. + +Le 1er août 1862, un beau mâle est venu se perdre sur la côte du +Jutland. La nouvelle en a été donnée immédiatement au professeur +Eschricht, à Copenhague, lequel s'est rendu sur les lieux. Ce savant +zoologiste a voulu savoir, avant tout, de quoi le monstre s'était +nourri pendant les dernières heures. Il a retiré de son estomac _treize +Marsouins_ et _quinze Phoques!_ + + +II + +La pêche du Dauphin est une des occupations les plus importantes et les +plus fructueuses des habitants des îles Feroë. + +L'espèce principale qu'on rencontre autour de ces îles est l'_Épaulard +à tête ronde_[304], remarquable par la saillie excessive de son front, +qui représente un casque antique. Ce Dauphin vit en troupes nombreuses, +conduites par un grand individu. + + [304] _Delphinus globiceps_ Cuvier. + +Lemaout, pharmacien à Saint-Brieuc, en a observé soixante et dix jetés +sur la côte, près de Paimpol. En 1806, il en échoua quatre-vingt-douze +dans la baie de Scapay, à Pomona, l'une des Orcades. L'année précédente +on en avait poussé jusqu'à trois cent dix sur le rivage de Shetland. +Scoresby en a vu jusqu'à mille réunis en une seule troupe. (Des +Moulins.) + +«Dès qu'un pêcheur des îles Feroë a reconnu en pleine mer la présence +d'une bande de Dauphins, il la signale aussitôt aux habitants de la +côte, en arborant un pavillon particulier. Ceux-ci s'en vont sur la +montagne, allument un feu de gazon, et bientôt ce signal télégraphique +annonce à toutes les îles la joyeuse nouvelle. Les tourbillons de fumée +flottent dans les airs, les feux éclatent de sommet en sommet; leur +nombre et leur position indiquent aux habitants des côtes éloignées +l'endroit où se trouvent les Dauphins. + +»A l'instant, le pêcheur détache sa barque du rivage. Ses parents, +ses voisins, accourent à la hâte se joindre à lui. Des femmes leur +préparent des provisions, et ils s'élancent gaiement sur les flots. A +Thorshavn, la capitale des îles Feroë, il y a, ce jour-là, un mouvement +dont on ne saurait se faire une idée. Des femmes, des enfants, vont +tout effarés à travers la ville, en criant: _Gryndabud! Gryndabud!_ +(Nouvelle du Dauphin!) A ce cri de bénédiction, toutes les portes +s'ouvrent, toutes les familles sont en rumeur. C'est à qui ira le plus +vite à son bateau, à qui sera le plus tôt prêt pour fendre la lame +avec l'aviron ou à déployer la voile. Le gouverneur et le _landfogde_ +accourent aussi, et se mettent à la tête de la caravane, avec leur +chaloupe conduite par dix chasseurs en uniforme, et portant au haut du +mât la banderole danoise. + +»Quand tous les pêcheurs sont réunis à l'endroit désigné, ils se +rangent en ordre de bataille, s'avancent, selon la position des lieux, +en colonne serrée, ou forment un grand demi-cercle. Ils enlacent dans +cette barrière les Dauphins étonnés, les poursuivent, les chassent +jusqu'à ce qu'ils les amènent au fond d'une baie. Là le cercle se +resserre, les Dauphins sont pris entre les bateaux et la terre, arrêtés +d'un côté par des mains armées de lances ou de pieux, et de l'autre par +la grève, où le moindre mouvement imprudent les fait échouer..... + +»Bientôt il se fait un carnage horrible. Les pêcheurs frappent, +égorgent, massacrent. Le sang ruisselle, la mer devient toute rouge; +et ceux des Dauphins qui pourraient encore s'échapper, perdent dans +la vague ensanglantée leur agilité distinctive, et tombent comme les +autres sous le fer acéré. Souvent on compte les victimes par centaines. + +»Quand le carnage est fini, on traîne les Dauphins sur le sable. Le +_sysselmand_ apprécie la valeur de chaque Cétacé, leur grave une marque +sur le dos, et le gouverneur en fait le partage. D'abord on prend, à +titre de dîme, une part pour le roi, pour l'Église, pour les prêtres, +une autre pour les fonctionnaires, une troisième pour les pauvres, une +quatrième pour ceux qui sont associés à la pêche, tant par barque et +tant par homme. Celui qui a découvert le troupeau a droit de choisir +le plus gros de tous les Dauphins. Ceux qui ont été blessés ou qui ont +souffert quelque avarie dans l'expédition ont une part supplémentaire. +Enfin, on en réserve encore une part pour les propriétaires du sol où +la pêche s'est faite, et celle-ci est presque toute dévolue au roi, qui +est le plus grand propriétaire du pays. + +»Quand le partage est terminé, les animaux sont dépecés. On en retire +la peau, qui sert à fabriquer des courroies; la chair et le lard, qui +forment une des meilleures provisions de la famille feroëenne. Avec la +graisse on fait de l'huile, et la vessie desséchée sert de vase pour la +contenir. Les entrailles sont portées par chaque bateau en pleine mer, +afin de ne pas infecter la côte. + +»Un Dauphin de moyenne grandeur donne ordinairement une tonne d'huile, +qui se vend, à Thorshavn, de 30 à 40 francs. La chair et le lard ont à +peu près la même valeur.» (_Mag. pittor._) + +Audubon rapporte que, pendant un long calme, des troupes de superbes +Dauphins glissaient près des flancs de son vaisseau, étincelant comme +de l'or bruni à travers la lumière et semblables en éclat aux météores +de la nuit. Le capitaine et les matelots les surprenaient habilement +avec l'hameçon, ou les perçaient avec un instrument à cinq pointes, +appelé _pique_. + +Quand il a senti l'hameçon, le Dauphin se débat violemment et s'élance +avec impétuosité jusqu'au bout de la ligne. Alors, se trouvant soudain +arrêté, il saute souvent tout droit hors de l'eau, et parvient +quelquefois à se détacher. Quand il est bien pris, le pêcheur +expérimenté le laisse d'abord faire ses évolutions; bientôt l'animal +s'apaise, et on le hisse sur le pont. Quelques personnes préfèrent le +tirer tout de suite, mais rarement elles réussissent; car ses brusques +secousses, lorsqu'il se sent hors de son élément, suffisent en général +pour le dégager. (Audubon.) + + +III + +Les Dauphins nous rappellent naturellement le _Narwal_, ou _Licorne de +mer_[305], grosse espèce des mers arctiques, agile et audacieuse, armée +d'un instrument de combat très-puissant et très-redoutable. + + [305] _Monodon monoceros_ Linné. + +Le Narwal est long de 6 à 9 mètres. Il porte au devant de la gueule +une sorte de grande hallebarde, de longue épée d'ivoire, horizontale, +étroite, pointue, cannelée, comme tordue en spirale. Cette énorme dent +sort d'un alvéole commun à la partie extérieure de l'os maxillaire et +à l'os incisif de l'un des côtés. Elle dépasse quelquefois de 2 mètres +l'extrémité du museau. + +C'est cette défense qu'on appelait autrefois _corne de Licorne_. + +On en conserve deux dans le musée de la Faculté de médecine de Paris, +dont la plus grande offre 2m,25 de longueur et une circonférence, à la +base, de 48 centimètres. Ces deux dents faisaient anciennement partie +du trésor de l'abbaye de Saint-Denis. Dans quel but des cornes de +Licorne étaient-elles conservées par des abbés? + +[Illustration: NARWAL + +(_Monodon monoceros_ Linné).] + +La dent correspondante, c'est-à-dire celle de l'autre côté, est +habituellement très-peu développée, et reste cachée dans l'os de la +mâchoire. + +Le Narwal est un Cétacé d'un blanc grisâtre, avec des taches blanches +qui semblent pénétrer dans la peau. + +Dans l'estomac d'un individu, on a trouvé un bras de Sèche et des +morceaux de Carrelet. + +Pendant son voyage au Groenland, Scoresby rencontra un jour un grand +nombre de Narwals qui nageaient près du vaisseau, en bandes de quinze à +vingt. La plus grande partie étaient des mâles. Ils paraissaient fort +gais, élevaient leurs défenses au-dessus de l'eau, et les croisaient +comme pour faire des armes. Ils produisaient un bruit tout à fait +extraordinaire et qui ressemblait au _glouglou_ que fait l'eau dans la +gorge..... La plupart suivaient le navire et semblaient attirés par la +curiosité. Comme l'eau était transparente, on put très-nettement les +voir descendre jusqu'à la quille, et s'amuser avec le gouvernail..... + +Il n'est guère possible de reconnaître le Narwal dans le passage où +Pline a décrit la Licorne. Il donne à cet animal la tête du Cerf, les +pieds de l'Éléphant et la queue du Sanglier. Ce qui ne l'empêche pas, +dit-il, de ressembler à un Cheval. Sa corne est noire et naît au milieu +du front!! + + +IV + +On mange les différentes espèces de Dauphins. Que ne mange-t-on pas? +Les plus petites passent pour les plus délicates. Les Saxons et les +Anglais, au moyen âge, estimaient beaucoup la chair des Marsouins. + +En 1426, on acheta plusieurs de ces animaux pour la table de Henri III. +L'évêque de Swinfield, qui vivait à cette époque, s'en régalait toutes +les fois qu'il en trouvait l'occasion. + +On servit des Marsouins dans un somptueux banquet offert à Richard II, +à Durham-House. On dit qu'à l'installation solennelle de l'archevêque +Nevill, quatre Cétacés de cette espèce figurèrent honorablement. + +En 1491, les baillis d'Yarmouth firent présent à lord Oxford d'un +beau Marsouin, qu'ils accompagnèrent d'une adresse dans laquelle ils +disaient qu'ils lui envoyaient ce présent parce qu'ils pensaient que +rien ne pouvait être plus agréable à Sa Seigneurie. (Révoil.) + +On servit, au repas de noce de Henri V, plusieurs plats de haut goût, +préparés avec la chair de ce Dauphin. Au festin du couronnement de +Henri VII, parurent encore des Marsouins; il y en avait de rôtis, de +bouillis, en pâtés et en puddings. + +La reine Élisabeth elle-même, qui avait le goût très-raffiné, aimait la +chair de Marsouin. + +On vendit de ces animaux sur les marchés d'Angleterre jusqu'en 1575, +époque où ils cessèrent d'être recherchés. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLVI + +LA BALEINE. + + «_Maximum omnium animalium._» + + (LINNÉ.) + + +I + +Les _Baleines_ sont les plus grands animaux de la mer, et en même temps +les plus grands animaux connus. + +La _Baleine franche_[306], ou _Nordcaper_, a fixé de très-bonne heure +l'attention des marins et des naturalistes. + + [306] _Balæna mysticetus_ Linné. + +On a fait observer que cette bête gigantesque devait être +nécessairement aquatique. Si elle avait été terrestre, quelles jambes +auraient pu la soutenir? Si elle avait été aérienne, quelles ailes +auraient pu la soulever? La Providence a donc bien fait de placer les +Baleines dans l'eau. Elle leur a donné en même temps la forme d'un +poisson, pour s'y mouvoir avec plus de facilité. + +Les dimensions de la Baleine sont telles qu'on peut saisir sans peine +leur rapport avec les plus grandes mesures terrestres. Des auteurs ont +prétendu que des individus très-âgés ont offert une longueur égale à +la cent millième partie du quart du méridien (?). + +Lacépède affirme qu'une Baleine dressée contre une des tours de +Notre-Dame la dépasserait d'un tiers (?). + +[Illustration: BALEINE DU GROENLAND + +(_Balæna mysticetus_ Linné).] + +En réduisant les exagérations des marins..... ou des naturalistes, +on peut dire que les plus grosses Baleines présentent de 25 à 30 et +peut-être 35 mètres de longueur. Tout récemment (avril 1863), la plage +de Dunkerque a été visitée par un de ces énormes Cétacés, jeté à la +côte par un violent coup de vent de sud-est. Il avait 30 mètres de +longueur et 20 mètres de circonférence. L'agonie du pauvre Léviathan +a duré près de deux heures après son échouement; dans ses derniers +débats, il faisait voler le sable à 100 mètres de la plage. Puis, +un effroyable sifflement annonça que la nature était enfin vaincue. +(_Mémorial d'Amiens._) + +Les auteurs prétendent que le poids de cet animal peut atteindre 250 +000 kilogrammes (?). Une Baleine de 20 mètres, mesurée par Scoresby, +n'en pesait que 70 000. + +Le corps de la Baleine franche est un cylindre colossal et irrégulier, +dont le petit diamètre égale à peu près la troisième partie du plus +grand. + +Ce corps «_n'ha ny poil, ny escailles, mais est couvert d'un cuir uny, +noir, dur et espez, soubz lequel y a du lard environ l'espesseur d'un +grand pied._» (Belon.) + +La peau de ce géant de la mer offre cependant quelques poils, surtout +chez les jeunes sujets. + +Sa tête égale en grosseur presque le tiers du volume total; elle a une +forme arquée. On voit de loin cette tête colossale s'élever au-dessus +de la mer, comme un monticule d'un brun noir. + + +II + +Sa gueule est d'une grandeur prodigieuse, d'une capacité si grande, que +dans celle d'un individu de 24 mètres de longueur, pris en 1726 au cap +Hourdel, dans la baie de la Somme, deux hommes pouvaient entrer sans se +baisser. (Duhamel.) + +Sa mâchoire supérieure porte environ sept cents lames verticales, de +nature cornée, à bords frangés, qui pendent des deux côtés. Ces lames, +connues dans la science sous le nom de _fanons_, et dans le commerce +sous celui de _baleines_, sont longues de 4 à 5 mètres. + +Sa langue est monstrueuse. On assure qu'elle atteint jusqu'à 8 mètres +de longueur et jusqu'à 4 de largeur. Elle fournit à elle seule cinq +ou six barils d'huile. A proprement parler, ce n'est plus une vraie +langue, mais un gros matelas épais, mou, tout rembourré de graisse, +étalé sur le plancher buccal. Ce matelas est collé dans toute son +étendue, et par conséquent _immobile_. On a de la peine à concevoir une +langue qui ne peut pas sortir de la bouche! + +La Baleine se nourrit de Méduses, de Mollusques et d'autres petits +animaux marins. Ces pauvres bêtes sont entraînées avec la masse d'eau +qui les contient. Le monstre nage à la surface de la mer, la gueule +ouverte. Il n'a qu'à fermer les mâchoires pour retenir des populations +entières. L'eau, tamisée à travers les filets des fanons (véritable +forêt de fibres rapprochées), y laisse les malheureux petits animaux. +Chaque repas en détruit plusieurs milliers. + +Les gros mangent les petits. C'est la Nature qui le veut. Et, +quelquefois, comme dans le cas actuel, les très-gros mangent les +très-petits. Car les bestioles englouties par le colosse des colosses +n'ont guère, en moyenne, que 2 ou 3 centimètres de longueur..... Mais +le nombre des individus avalés compense, et bien au delà, l'exiguïté +de leur taille. On a vu ailleurs que ces petits habitants de l'eau +salée se multiplient par millions. Si leur destruction ne portait pas +remède à leur fécondité, il arriverait qu'en fort peu de générations, +ils encombreraient l'Océan et finiraient par le corrompre ou par le +solidifier! + +Quelle étrange chose que de voir le Gargantua de l'animalité poursuivre +de chétives bestioles gluantes et transparentes, presque sans forme et +sans consistance, et souvent à peine perceptibles! + +On assure cependant que la Baleine mange de temps à autre quelques +poissons, même des poissons assez gros. Dans l'estomac d'une Baleine on +a trouvé un Thon tout entier (Breschet). + +Les Baleines vivent comme les Poissons et respirent comme les +Quadrupèdes. On dit que le souffle de ces animaux exhale une odeur +insupportable, putride et presque cadavéreuse. Est-il vrai qu'on les +entend _ronfler_ de loin[307]? Ce doit être un bien épouvantable +ronflement! + + [307] «_Balænæ stertere audiuntur._» (PLINE.) + +Il existe, dans le musée de la Faculté de médecine de Paris, une +tranche verticale du plus grand vaisseau d'une Baleine (l'_aorte_). +_Un enfant pourrait passer au travers de cet anneau_, lequel offre un +diamètre de 36 centimètres et dont les parois ont une épaisseur de 4 +centimètres. + +Quelle énorme colonne de sang indiquée par cet anneau! + + +III + +Le poids du cerveau d'une Baleine représente à peine la vingt-cinq +millième partie du poids total du Cétacé. + +Quoique doué d'une force prodigieuse, cet animal est très-timide. Quand +on le poursuit, il cherche habituellement à fuir et non à se défendre. + +Il a des ennemis qui le tourmentent et dont il ne sait pas toujours se +défendre ou s'éloigner. Les Espadons le percent, les Scies lui font +d'affreuses déchirures; les Marsouins lui arrachent de gros morceaux de +chair. + +Le diamètre de l'œil d'une Baleine égale la cent quatre-vingt-douzième +partie de sa longueur totale. Le professeur Carus compare le volume +entier du globe oculaire à une orange, et le docteur Gros, à la tête +d'un enfant nouveau-né. + +La pupille est transversalement ovale, comme celle des Ruminants. + +Quoique ces immenses Mammifères-Poissons manquent de pieds, ils nagent +cependant avec une extrême vitesse. Ils se jouent avec les montagnes +d'eau soulevées par les tempêtes. Ils se servent admirablement de +leurs deux bras, qui forment deux nageoires gigantesques, et surtout +de leur queue colossale, composée de deux lobes d'une étendue et d'une +force prodigieuses. Aussi, lorsque les baleiniers veulent ralentir la +course d'un individu harponné, c'est à cette dernière partie qu'ils +adressent leurs coups. Avec une pelle triangulaire bien tranchante, ils +pratiquent quelquefois plus de cinquante vigoureuses entailles à la +naissance de la queue, et diminuent de moitié la puissance de l'animal +fuyant. + +Quand une Baleine frappe l'eau avec sa queue, elle produit un +clapotement. + +On dit qu'une Baleine parcourt, en moyenne, dix milles par heure; +mais lorsqu'elle est blessée ou poursuivie, elle s'élance bien plus +rapidement. Quelquefois elle s'élève au-dessus de l'eau et se laisse +retomber. Elle produit alors une tempête en miniature, qui se fait +sentir assez loin. + + +IV + +Les Baleines sont sensibles à l'amour. Le mâle accompagne presque +toujours sa femelle. + +En 1723, on rencontra deux époux Baleines qui traversaient l'Océan. +C'était peut-être un voyage de noces! On les attaqua, on les blessa. Un +des deux ayant cessé de vivre, l'autre se jeta sur son corps bien-aimé +avec d'effroyables mugissements (Duhamel). + +A l'embouchure de l'Elbe, la même année, huit femelles échouèrent. Près +de leurs cadavres on vit bientôt arriver leurs huit mâles. + +Le mâle suit toujours la femelle blessée et reste avec elle. La +femelle ne montre, ni la même tendresse, ni la même sollicitude (L. +Hautefeuille). + +Comme tous les Mammifères, les Baleines nourrissent leur petit avec +leur lait. Combien donnent-elles de litres de la précieuse nourriture à +chaque tetée? + +La mère témoigne pour son nourrisson d'un attachement très-ardent et +très-courageux. + +Quand un Baleineau a été harponné, on peut être certain que la mère ne +tardera pas à venir à son secours. Elle le joint à la surface de l'eau +quand il y monte pour respirer; elle semble l'exciter à fuir; souvent +elle passe sous lui, le charge sur son dos et l'emporte, tandis que le +petit, glissant et parfois chavirant sous l'action de la lame, cherche +à se maintenir avec ses deux nageoires. Il est très-rare qu'elle +l'abandonne, tant qu'il est vivant. + +«Dans ces moments, on peut la blesser facilement; car elle oublie +entièrement le soin de sa propre sûreté, pour ne s'occuper que de la +conservation de son petit. Elle se lance au milieu des ennemis, méprise +les périls; même après avoir été frappée plusieurs fois, elle reste +auprès de son nourrisson, si elle ne peut pas l'entraîner avec elle. +Dans son angoisse maternelle, elle court çà et là, bat la mer avec +violence, et l'irrégularité de ses mouvements est un indice certain de +la vivacité de sa douleur.» (Scoresby.) + + +V + +On appelle _fausses Baleines_, ou _Rorquals_, les espèces qui portent +une nageoire sur le dos et de larges rides sous le ventre. Leur corps +est moins massif que celui de la Baleine; ils nagent avec plus de +rapidité, et quand ils plongent, ils restent plus longtemps sous l'eau. +Aussi les pêcheurs leur donnent-ils rarement la chasse. + +Les Rorquals sont encore plus grands que les Baleines. Scoresby parle +d'un individu qui avait 120 pieds anglais de longueur! + +Ces animaux sont les vrais géants de la création! + +En 1828, la mer jeta sur la plage de Saint-Cyprien, dans les +Pyrénées-Orientales, un très-beau Rorqual, qui a été décrit par M. +Companyo. + + +VI + +Parmi les grandes pêches qui ont lieu dans les différentes mers, celle +de la Baleine, ou du Rorqual, est, sans contredit, la plus renommée, la +plus difficile et la plus périlleuse[308]. + + [308] Voyez planche XXXII. + +On prenait autrefois de grands Cétacés dans les régions tempérées de +l'Europe, soit dans l'Océan, soit dans la Méditerranée. + +Divers actes nous apprennent que, jusqu'au XIIe siècle, ces animaux, +assez nombreux dans le golfe de Gascogne, y étaient l'objet d'une pêche +régulière. Aujourd'hui, ces énormes Mammifères sont devenus de plus +en plus rares, et leur apparition dans ces mêmes eaux est considérée +comme un véritable phénomène. + +Cuvier croyait que la Baleine du golfe de Gascogne était la même que la +Baleine du cercle polaire. Le professeur Eschricht, de Copenhague, nous +a appris que ce sont deux espèces différentes. + +Les premiers baleiniers paraissent donc avoir été des Basques. Vinrent +ensuite les Asturiens, puis les Anglais, et puis les Hollandais. + +Le théâtre des pêches, transporté du Midi dans le Nord, a bien souvent +changé de parages. + +Anciennement, la côte orientale du Groenland passait pour une des +meilleures stations. Dans ce moment, cette partie de la mer est +complétement déserte. Depuis quelque temps, les Esquimaux ne comptent +presque plus sur ce colosse de la mer, qui n'apparaît qu'aux environs +de Holsteinborg, et encore très-rarement. + +Les pêcheurs anglais en ont entièrement dépeuplé la baie de Baffin. + +Il y a trente ans, cent navires, appartenant à diverses nations, +se livraient à la pêche de la Baleine dans le détroit de Davis. +Aujourd'hui, il en vient tout au plus cinq ou six, et encore +n'arrivent-ils qu'avec l'espoir d'un butin fort problématique (Ch. +Edmond). + +La pêche est descendue successivement des Açores au Brésil, du Brésil +aux côtes sud d'Afrique, de là au Chili et à la Terre de Feu, puis à la +Nouvelle-Hollande et à la Nouvelle-Zélande. Elle se fait, de nos jours, +dans les mers du Japon et sur les côtes du Kamtchatka. + +Les bâtiments employés à la pêche de la Baleine sont en général du port +de 350 à 450 tonneaux, et portent de trente à quarante-cinq hommes +d'équipage. Chaque canot, ou baleinière, est pourvu d'un harponneur +placé à l'avant, d'un chef qui tient l'aviron de queue, et de quatre +rameurs. Il a quatre harpons et deux lances. + +Le harpon est long d'environ un mètre. Sa tige est de fer. Son +extrémité antérieure porte une dilatation deltoïde, pointue, à deux +branches divergentes aiguës, offrant intérieurement comme un petit +crochet. Du côté opposé est une douille également de fer, dans laquelle +entre le manche qui sert à lancer l'instrument. Ce manche est une +sorte de bâton d'environ un mètre et demi. Au-dessus de la douille se +trouve fixée une boucle de chanvre natté, qui reçoit l'extrémité de la +_ligne_. On appelle ainsi une corde longue de 300 brasses et épaisse de +2 centimètres. + +La lance est une tige de fer longue de 3 à 4 mètres, y compris la +hampe, qui en offre à peu près 2 et demi. Elle présente à son extrémité +une dilatation ovalaire ou elliptique, aplatie, à bords très-tranchants. + +[Illustration: BALEINE HARPONNÉE.] + +Lorsque le bâtiment est arrivé dans les parages fréquentés par les +Baleines, deux matelots se mettent en vigie au haut du grand mât et +du mât de misaine. Aussitôt que l'un aperçoit un de ces animaux, il +donne le signal. On met les canots à la mer; on s'approche doucement +de la Baleine, sans l'effrayer. Le canot qui, le premier, se trouve à +distance convenable, commence l'attaque. L'homme placé à l'avant lance +son harpon. Il le fait avec adresse et avec toute la force dont il est +capable. Le géant des ondes, se sentant blessé, donne d'ordinaire un +violent coup de queue, et plonge en même temps. Il déroule et entraîne +la ligne qui porte le harpon. La baleinière est entraînée à la remorque +avec une vitesse effrayante; elle creuse un profond sillon, et soulève +devant elle deux grosses lames qui cachent l'horizon aux yeux des +matelots. + +Les canots ont soin de ne pas se tenir dans la direction de la partie +postérieure du Cétacé. Ce voisinage, on le comprend, serait fatal à +l'embarcation. Quand la Baleine plonge, sa queue s'élève, se balance +quelques instants dans l'air et retombe à plat. Son poids seul peut +écraser un canot. Qu'on suppose maintenant le monstre blessé et irrité, +et l'on verra combien ses chocs peuvent être redoutables. + +La ligne est emportée avec une si grande force et une telle rapidité, +qu'elle enflammerait les bords du canot, si l'on n'avait pas le soin de +les mouiller de temps en temps. + +Si, par malheur, cette corde est arrêtée par un nœud ou par tout autre +obstacle, l'embarcation est presque toujours submergée. + +Au bout d'un certain temps, dix à quinze minutes, la Baleine reparaît à +la surface de la mer, quelquefois à une grande distance de l'endroit où +elle avait plongé. + +Au moment de son apparition, il peut arriver aux canots un accident +terrible, quoique très-rare. C'est le cas où ils sont pris par-dessous +et chavirés. + +«Dans l'année 1802, dit Scoresby, le capitaine Lyons, faisant la pêche +sur les côtes du Labrador, aperçut assez près de son bâtiment une +grande Baleine. Il envoya aussitôt quatre canots à sa poursuite. Deux +de ces canots abordèrent l'animal en même temps, et plantèrent leur +harpon. La Baleine frappée plongea, mais revint bientôt à la surface, +et, ressortant dans la direction du troisième canot, qui avait cherché +à prendre l'avance, elle le lança en l'air comme une bombe. Le canot +fut porté à plus de 5 mètres, et, s'étant retourné par l'effet du choc, +il retomba la quille en haut. Les hommes s'accrochèrent à un autre +canot qui était à portée; un seul fut noyé.» + +Quand la Baleine est revenue sur l'eau, on la frappe avec un second et +même un troisième harpon. Puis on l'attaque à coups de lance. + +Dès que le monstre a cessé de vivre, on le traîne vers le bâtiment, on +l'amarre le long du bord, et l'on procède au dépeçage. + +On enlève d'abord les parties grasses de la tête, les lippes, la gorge +avec la langue, l'os de la mâchoire supérieure et les fanons; puis on +trace une bande de lard d'environ 1m,50 de largeur, que l'on détache et +que l'on hisse au moyen de palans, en déroulant la Baleine[309]. (On +peut se représenter l'opération en pelant une poire en spirale, du gros +bout vers la queue.) + + [309] Voyez la planche XXXII. + +Lorsque la bande est hissée jusqu'au haut, on fait, à l'aide d'un +couteau à deux mains, une incision longitudinale dans la bande; on +y introduit l'estrope du second palan que l'on fixe au moyen d'un +morceau de bois en travers. On coupe alors la bande un peu au-dessus +de l'incision, et l'on continue à hisser. Le morceau ainsi obtenu est +descendu dans l'entrepont, où il sera coupé en petits morceaux pour +être fondu. + +Pour dépecer la bande de lard, deux officiers baleiniers se placent +en dehors du navire, sur de petits échafauds. Celui qui se trouve sur +l'avant trace la bande sur le corps de la Baleine; celui de l'arrière +aide au décollement des chairs. (L. Hautefeuille.) + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXII. + + PÊCHE ET DÉPÈCEMENT DE LA BALEINE. + Dessin de Morel-Fatio, d'après des documents inédits.] + + +Puis, on abandonne sa chair aux Oiseaux aquatiques, aux Phoques et aux +Ours. + +La pêche de la Baleine peut offrir des dangers encore plus grands que +ceux qui viennent d'être signalés. + +On rapporte qu'un navire américain, l'_Essex_, se trouvant, le 13 +novembre 1820, dans la mer du Sud, aperçut un certain nombre de +Baleines, vers lesquelles il se dirigea. Arrivé au milieu de ces +animaux, il mit, suivant la coutume, les canots à la mer. La petite +flottille s'avançait rapidement, et le navire la suivait de près. +Tout à coup la plus grosse Baleine se détacha du groupe (qui semblait +former une famille), et, dédaignant les embarcations, s'élança droit +sur le vaisseau, qu'elle prit sans doute, et non sans raison, pour +le chef de ses ennemis. Du premier choc, elle fracassa une partie de +la fausse quille, et elle s'efforça ensuite de saisir le navire en +divers endroits avec ses gigantesques mâchoires. Elle ne put y réussir; +elle s'éloigna d'environ 200 mètres, et revint frapper de toute sa +force contre la proue du bâtiment. Le navire recula avec une vitesse +de quatre nœuds par seconde. Il en résulta une vague très-haute. La +mer entra dans l'_Essex_ par les fenêtres de l'arrière, en remplit la +coque, et le fit coucher de côté. Vainement les canots arrivèrent pour +sauver le navire, il n'était plus temps. Tout ce qu'on put faire, fut, +en enfonçant le pont, d'extraire une petite quantité de pain et d'eau, +que l'on déposa dans les embarcations (?). + + +VII + +Dans les mers du Nord, la prise d'une Baleine est une bonne fortune. + +Quand les Esquimaux aperçoivent un de ces monstres, ils revêtent à +l'instant leurs plus beaux habits. C'est peut-être la seule occasion +où hommes et femmes se nettoient et fassent toilette! On assure qu'ils +prennent garde surtout de ne pas mettre un vêtement qui ait été en +contact avec un cadavre humain. S'ils négligeaient cette précaution, +la Baleine prendrait la fuite aussitôt, quand même elle aurait dans le +corps plusieurs harpons. Cette assertion est-elle bien exacte? + +Quoi qu'il en soit, les dispositions convenables une fois prises, toute +une flottille s'élance à la mer. On harponne l'animal, on le crible à +coups de javelots, on l'épuise, on le tue..... + +La Baleine est ensuite traînée jusqu'à la côte, et dépecée, le corps +étant moitié dans l'eau. + +Les gens qui ont assisté en simples spectateurs à la lutte participent +au partage tout aussi bien que ceux qui y ont pris part. Hommes, +femmes, enfants, tous se précipitent sur le Cétacé. C'est à qui +pratiquera la plus profonde entaille, à qui emportera le plus +gros morceau. Pendant quelques jours, la Baleine devient ainsi un +garde-manger général, où chacun vient prendre sa pitance quotidienne. +(Ch. Edmond.) + + +VIII + +Linné dit que l'huile fournie par une seule Baleine est souvent si +abondante, qu'elle peut suffire à la _charge d'un vaisseau_. Cette +quantité est évaluée à 12 tonneaux. + +La pêche de ce précieux Cétacé dans les mers polaires a donné: en +1859, 2078 barils d'huile; en 1860, 1909, et en 1861, 1710. Sur ces +derniers 1710 barils, 1013 appartenaient aux navires de Dundee, et 697 +seulement aux autres ports. (_Revue marit._) + +En 1861, une transformation s'est opérée dans le matériel des armements +pour la pêche de la Baleine. Les bâtiments à hélice ont été substitués +aux bâtiments à voiles, et les résultats de la deuxième saison ont été +assez encourageants pour engager les armateurs à persévérer dans leurs +tentatives. Par suite même de ces succès, un grand nombre de navires à +voiles, surtout à Peterhead, ont été vendus, et l'on semble reconnaître +aujourd'hui que la question est résolue, et que l'avenir appartient +désormais aux navires pourvus d'un moteur à hélice. (_Revue marit._) + +On voit que les mers polaires ne sont pas inaccessibles aux progrès. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLVII + +LES PHOQUES. + + _Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer._ + + (PETIT THALAMUS DE MONTPELLIER, 1383.) + + +I + +Les _Phoques_ sont moins marins que les Baleines. + +Ils viennent de temps en temps à terre. + +Ils possèdent quatre nageoires, et ont le corps velu, _pélos_..... Ils +s'éloignent moins des Quadrupèdes..... + +Par leurs formes et par leurs habitudes, les Phoques ont donné +naissance aux fables des Tritons et des hommes marins. Celle qui fait +garder par Protée les troupeaux de Neptune repose plus particulièrement +sur l'observation imparfaite de ces Mammifères pisciformes, dont les +bandes nombreuses se jouent gaiement à la surface des vagues, viennent +ramper sur les plages désertes, ou s'arrêter sur les roches à fleur +d'eau pour y recevoir l'action bienfaisante des rayons du soleil (P. +Gervais). + +Le _Phoque commun_[310] est assez abondant sur nos côtes. On en trouve +beaucoup dans la mer Adriatique, dans les eaux de l'Archipel et dans +certains parages de l'Afrique. On en rencontre aussi dans l'Océan. Il +en vient exclusivement des troupes assez nombreuses dans la baie de la +Somme. Les pêcheurs ont donné à cet animal les noms de _Loup marin_ et +de _Veau marin_. + + [310] _Phoca vitulina_ Linné. + +Le Phoque a le corps allongé, vêtu d'une fourrure serrée et soyeuse. Sa +tête ressemble à celle d'un Chien auquel on aurait coupé les oreilles. +Il a de fortes moustaches, comme un Chat, et deux beaux yeux vert de +mer, veloutés et limpides comme les yeux d'un enfant. + +Sa vue est perçante et son ouïe fine. Ses narines sont munies d'une +sorte de petite porte (_valvule_), que l'animal ouvre et ferme à +volonté, et qui empêche l'eau de pénétrer dans son nez. + +Deux paires de nageoires fort longues lui tiennent lieu de mains et de +pieds. Celles de derrière, unies à la queue, forment, à droite et à +gauche de cette dernière, comme deux grandes oreillettes. + +Le régime du Phoque est principalement animal; il consiste en +Mollusques nus, en Crabes et en Poissons. Ce gracieux Mammifère mange +aussi des végétaux, surtout des fruits. Il s'accoutume parfaitement au +pain mouillé. + + +II + +Le Phoque est timide et sauvage. Il a une physionomie très-douce et un +regard très-expressif. + +Il ne manque pas d'intelligence, et il est susceptible +d'apprivoisement, même d'une certaine éducation. On montre de temps en +temps, dans les ménageries, de malheureux Phoques emprisonnés dans une +cuve, mal nourris, chétifs, malades, dont on vante les hautes qualités; +qualités qui se réduisent, le plus souvent, à reconnaître la voix du +cornac, et à venir prendre familièrement un poisson ou un morceau de +pain qu'on leur présente. + +Le cri de ce Mammifère est doux et flûté, et rappelle certains mots +usités dans toutes les langues, en particulier les syllabes _pa-pa_, +_ma-ma_. D'où les charlatans s'empressent de conclure que ces animaux +peuvent apprendre à parler... Ne croyez pas que les Phoques soient +capables, comme on l'a dit, de prononcer les mots _gâteau_, _café_, +_manger_, _merci_, et encore moins les phrases: _Vive le roi_, _Bonjour +monsieur_, _Je suis Français_.... + +En les tenant dans une quantité d'eau suffisante pour leur permettre +de nager, et en les nourrissant avec du poisson frais, on peut les +conserver pendant plusieurs années. + +Quelques naturalistes modernes ont pensé qu'il ne serait pas impossible +à l'Homme d'assujettir complétement à sa puissance ces fugitifs +habitants de la mer. On peut s'étonner, dit Frédéric Cuvier, que les +peuples pêcheurs n'aient pas dressé les Phoques à la pêche, comme +les peuples chasseurs ont dressé le Chien à la chasse. M. Babinet a +insisté, tout récemment, sur les services nombreux que ces Mammifères +pourraient nous rendre, si nous les élevions auprès de nous. Il +voudrait en voir jusque dans nos _eaux douces!_ + +Il existe, depuis plusieurs années, deux Phoques au Jardin zoologique +d'Amsterdam. Ils vivent dans un grand parc d'eau salée. On assure +qu'ils s'y sont reproduits par deux fois. Non-seulement ils distinguent +la voix des gardiens qui les soignent, mais encore ils saisissent au +loin le bruit des pas du directeur. Ils jettent de petits cris dès +qu'ils l'entendent, et se précipitent au-devant de lui. + +Un vieillard, accompagné d'une petite fille et d'un griffon de la +Havane gros comme le poing, venait souvent visiter nos deux Phoques et +leur apporter des friandises. Ceux-ci sortaient de l'eau, rampaient +devant le chien et la petite fille, leurs amis, et venaient s'ébattre +sur le sable avec eux. On se roulait, on se faisait des niches, on +partageait fraternellement les fruits ou les gâteaux que contenait le +panier de la petite fille..... Or, un jour, au milieu de ces jeux, +le chien manque son élan, passe par-dessus la tête d'un Phoque, et +tombe dans le bassin. Le pauvre roquet se démène un instant, et +disparaît..... Aussitôt les deux Phoques jettent un cri, rampent au +plus vite jusqu'à l'eau et s'y précipitent. En un clin d'œil le mâle +reparaît, tenant délicatement dans sa gueule le griffon sans mouvement. +Il le dépose aux pieds de la petite fille. (H. Berthoud.) + +Le Phoque nage très-bien et plonge encore mieux. Il peut retenir sa +respiration pendant un temps assez long. Il montre dans ses évolutions +une prestesse et une élégance remarquables. + +Il vient de temps en temps se coucher et se reposer sur le sable du +rivage, ayant soin de ne pas s'éloigner de plus de 5 à 6 mètres. A la +moindre alerte, il se précipite dans l'eau et regagne la haute mer. + +Son allure, sur terre, est lente et disgracieuse; il se traîne plutôt +qu'il ne marche. Il avance au moyen de sauts petits et fréquents, +produits par les contractions de tout son corps, ses nageoires +antérieures appliquées contre les flancs. + + +III + +Chaque Phoque se retire avec sa famille sur un quartier de rocher, +qui devient comme son domicile et sa propriété exclusive. L'intrusion +d'un étranger amène aussitôt un combat terrible. Ordinairement chaque +famille vit à une certaine distance des familles voisines. + +Le mâle rassemble d'ordinaire un sérail de femelles, pour lesquelles il +a beaucoup d'affection et dont il défend l'approche aux autres mâles. +Il en a jusqu'à cinquante. + +A l'époque des amours, les mâles se battent entre eux avec fureur. + +Lorsqu'ils sont vieux, leurs femelles les abandonnent sans pitié. + +Quand les femelles vont faire leurs petits, le mâle les conduit sur le +rivage, à une place tapissée de plantes marines. Les mères y déposent +leurs nourrissons, pour lesquels elles montrent un attachement très-vif. + +Les petits aiment à jouer et à folâtrer les uns avec les autres. Quand +ils ont atteint l'âge de cinq ou six mois, le père, les jugeant assez +forts pour vivre par eux-mêmes, les chasse et les force à s'établir +ailleurs. + + +IV + +Les Phoques de la Somme sont l'objet d'une chasse remplie d'attraits +pour les amateurs, laquelle donne lieu à une branche d'industrie +maritime qui n'est pas sans importance. M. Ch. de Rylé a publié des +détails fort intéressants sur cette chasse. + +La saison la plus favorable est le mois de juin, époque où les +femelles viennent de mettre bas, et sont accompagnées de leurs +petits. Ces derniers, moins rusés que leurs parents, se laissent plus +aisément surprendre. Les Phoques adultes, de leur côté, se résignent +difficilement à abandonner leurs nourrissons. On a donc plus de chance +de les tirer à belle portée. + +Il y a deux manières de chasser les Phoques, sur terre, et dans l'eau. + +Pour les tirer sur terre, il faut profiter du moment où ces animaux se +trouvent à une certaine distance du rivage: ce qui n'est pas facile. +Les chasseurs se placent dans un canot et suivent les courants. +Ils tirent sur les individus qu'ils surprennent sur les rives. Ils +emploient des armes à longue portée et de grande précision. Car +l'animal, épouvanté à la vue de l'embarcation qui s'avance, cherche à +fuir rapidement, et il faut quelquefois le tirer à 200 ou 300 mètres de +distance. + +D'autres fois, le chasseur débarque sans bruit, laissant au matelot qui +l'accompagne la garde du canot. Il se traîne sur le sable, en rampant +comme le sauvage qui veut surprendre un ennemi. Il parcourt souvent, de +cette manière, un kilomètre et plus, poussant sa carabine devant lui. +Il s'arrête par intervalles, pour donner à la proie qu'il ambitionne +le temps de se rassurer, si elle paraît inquiète, et dissimule en un +mot sa présence, autant que possible, jusqu'au moment où, jugeant le +Phoque à portée, il fait feu. M. de Rylé a bien décrit les ruses et la +patience qu'il faut avoir dans cette circonstance. + +La chasse dans l'eau est plus simple, mais moins certaine. On tire le +Phoque au moment où il se montre à la surface de la mer. Il faut savoir +que l'animal sort seulement la tête, la laisse voir tout au plus une +minute, et plonge immédiatement. Quand on est assez adroit pour le +toucher, on court risque de le perdre. Si le Phoque n'est que blessé, +il regagne la pleine mer; s'il est tué roide, il coule au fond de +l'eau, et ce n'est pas sans peine qu'on réussit à le pêcher. + + +V + +On a distingué dans les Phoques deux groupes différents: + +Les _Otaries_, qui présentent une oreille externe et des incisives +de forme particulière: on rencontre ces espèces dans l'océan +Pacifique[311]; + +Les _Phoques_ proprement dits, qui sont dépourvus d'oreille externe, +et dont les incisives sont pointues. Dans le Groenland, il en existe +plusieurs espèces différentes du Phoque commun: ce sont le _Phoque +de Gmelin_ ou _capuchonné_[312], celui de _Müller_[313], et celui de +_Schreber_[314]. + + [311] Voyez la planche XXXIII, dessinée d'après un vélin du Muséum + d'histoire naturelle, et libéralement communiquée par M. Milne + Edwards. + + [312] _Phoca cristata_ Gmelin. + + [313] _Phoca groenlandica_ Müller. + + [314] _Phoca hispida_ Schreber. + +La chasse de ces animaux se fait en pleine mer et avec le harpon. + +Ce harpon est long de 2 mètres, et terminé par une pointe de fer +mobile, encastrée dans un os, retenue par une courroie et pouvant se +détacher au moment où elle pénètre dans la chair de l'animal. Une +vessie qui flotte au bout de la ligne indique l'endroit où le Phoque +blessé a plongé sous l'eau. Le harpon glisse sur une navette de bois +excessivement polie: ce qui lui donne plus de force et lui fait suivre +plus sûrement la direction voulue. + +Les autres projectiles sont confectionnés de la même manière, et on les +lance par le même procédé. + +Aussitôt que le Phoque, forcé de venir à la surface de l'eau pour +respirer, a révélé sa présence, l'Esquimau cherche à le surprendre, en +se tenant sous le vent et en tournant le dos au soleil, afin de n'être +ni vu ni entendu. Il se penche sur son kayack, de façon que la vague +dérobe le plus possible sa figure. Arrivé à une trentaine de mètres, il +prend la pagaie de la main gauche, ajuste son harpon sur la navette et +le lance avec vigueur. Si le coup a porté juste, le fer se détache de +la lance et dévide la ligne roulée en spirale sur l'avant du kayack. La +vessie qui termine la ligne est jetée instantanément dans l'eau. + +Le Phoque, atteint, plonge avec une extrême rapidité. Nous avons déjà +signalé, chez les Cachalots et les Baleines, ce besoin impérieux de +s'enfoncer dans l'eau, que manifestent tous les Mammifères marins qui +ont été frappés. + +Le pêcheur donne ensuite un tour de pagaie, et ramasse son harpon qui +flotte. + +Il arrive, parfois, que le Phoque entraîne avec lui la vessie; mais, +forcé de respirer, il reparaît bientôt à la surface de la mer, et il +n'y a pas à craindre qu'on ne le retrouve plus. + +L'Esquimau _pousse au monstre_, et lui fait avec sa lance de profondes +blessures. Il l'achève enfin à coups de javelots. Quand l'animal est +mort, il bouche ses plaies avec de petits tampons de bois, empêchant +ainsi la déperdition du sang. Il le gonfle ensuite, en soufflant entre +la chair et la peau, et l'amarre à la gauche de son kayack. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXIII. + + OTARIES SUR LA PLAGE. + Vélin du Muséum, peint par Bocourt, d'après M. Milne Edwards.] + +Cette chasse n'est pas sans danger. Quelquefois la ligne, en se +dévidant, s'enroule autour du bras ou du cou du pêcheur. D'autres +fois, dans les ébats de l'agonie, le Phoque se jette du côté opposé du +kayack, l'entraîne, le renverse, et l'homme est bientôt noyé. Ou bien +encore, quand la chasse est finie, le Phoque, qui n'est pas mort, se +jette furieux sur l'Esquimau, et le mord aux bras et au visage. + +Cet animal est surtout terrible quand il défend son petit. Il se +précipite alors sur le kayack et en arrache des lambeaux. La vague +remplit l'embarcation, et le pêcheur, sans aucune chance de salut, est +submergé avec elle. + +[Illustration: PHOQUE + +(_Phoca vitulina_ Linné).] + +La pêche au Phoque se fait, en hiver, dans le même pays, d'une façon +bien différente. On a remarqué que cet animal se pratique alors dans la +glace des ouvertures par lesquelles il vient respirer l'air. L'Esquimau +le guette, et quand la victime a fait son apparition, il se glisse sur +le ventre en imitant son cri. Le Phoque le prend pour un frère, le +laisse approcher, et ne reconnaît son erreur que lorsqu'il a reçu le +coup mortel. (Ch. Edmond.) + + +VI + +La peau des Phoques est assez estimée. Les Esquimaux l'emploient dans +la construction de leurs bateaux, de leurs kayacks et de leurs tentes. +Ils en font aussi des courroies, des vêtements et des chaussures. + +On retire de ces animaux une huile recherchée pour les chariots et pour +l'éclairage....., et même pour _fabriquer l'huile de foie de morue_. + +Les Esquimaux mangent la chair des Phoques. Ils préparent avec leur +sang un potage épais et substantiel. Ils composent avec ses intestins +une sorte de fil. Ils confectionnent avec sa vessie les rideaux de +leurs tentes, leurs chemises et les petits ballons attachés à leurs +instruments de pêche. Ils façonnent avec leurs os la pointe de presque +tous leurs instruments..... + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLVIII + +LE MORSE. + + «_Deus ità artifex in magnis, ut minor non sit in parvis._» + + (SAINT AUGUSTIN.) + + +I + +Existe-t-il dans la mer un _Cheval marin_, une _Vache marine_, un +_Éléphant marin_? + +En aucune manière. Mais on y trouve un Mammifère de forte taille, le +_Morse_[315], auquel on a donné mal à propos chacun de ces trois noms. + + [315] _Trichechus rosmarus_ Linné (voy. la planche XXXIV). + +Le Morse vit dans les régions arctiques, au milieu des glaces. On le +rencontre surtout dans le détroit de Beering. + +Le Morse est plus gros et plus laid que le Phoque. + +On en trouve qui ont jusqu'à 7 mètres de longueur. On peut donc le +regarder comme une des grandes bêtes de la mer. + +Sa peau est épaisse, rugueuse, garnie de poils ras, peu nombreux et de +couleur fauve roussâtre. Elle recouvre une forte couche de graisse. + +Les yeux du Morse sont petits. Sa lèvre est hérissée de quelques poils +jaunes, demi-transparents, épais comme des pailles. + +De son museau, court et large, sortent deux grosses dents d'ivoire, +allongées, un peu verdâtres, qui forment des défenses très-dures et +très-fortes. Ces dents sont recourbées en arrière, comme les deux fers +d'une pioche. + +A cause de ces défenses, les marins appellent quelquefois le Morse, la +_bête à grandes dents_. + +L'animal emploie ces énormes crochets, soit à se cramponner aux corps +solides, soit à détacher les herbes de la mer, soit encore à racler +le sol submergé pour mettre à nu les petits animaux dont il fait sa +nourriture. + +Le Morse possède aussi des dents molaires; et, chose digne de remarque, +celles d'en haut s'emboîtent dans celles d'en bas, _comme un pilon dans +son mortier_. (F. CUVIER.) + +Notre Mammifère, comme on le voit, n'offre rien qui permette de +l'assimiler sérieusement au Cheval, à la Vache ou bien à l'Éléphant. + +Quand le temps est beau, on voit quelquefois des centaines de Morses +qui se jouent, en faisant retentir l'air de leurs mugissements, +lesquels ressemblent aux beuglements du taureau; d'autres sont +paresseusement couchés au soleil. Quand ils dorment, il y a toujours +une sentinelle vigilante, l'œil ouvert, le cou tendu, qui avertit la +troupe s'il survient quelque danger. + +On a élevé plusieurs fois des Morses dans le nord de l'Europe. On leur +donnait de la bouillie d'avoine ou de millet. + +Il y a plusieurs années, on a réussi à en conduire un jusqu'à Londres; +mais il n'y a vécu que quelques jours. On le nourrissait avec des +Crabes; ce qui lui convenait mieux que l'avoine ou le millet. + +On a montré, pendant quelque temps, en Angleterre, un autre individu +âgé de trois mois. Il se mettait en colère toutes les fois qu'on +voulait le toucher; il entrait même en fureur. La seule chose que +l'éducation avait pu obtenir de lui, était de suivre son maître en +grondant, quand celui-ci lui offrait à manger. (E. Worst.) + +On s'accorde à dire que le Morse a moins d'intelligence et de douceur +que le Phoque. Cependant il n'est pas féroce, il n'attaque pas l'Homme, +mais il se défend avec un indomptable courage. Quand on le poursuit +au large, il faut prendre beaucoup de précautions; car il arrive +souvent que toute une troupe de Morses se jette audacieusement sur les +embarcations, les entoure et cherche à les submerger. + + +II + +Le capitaine Buchanan soutint un jour un combat, un véritable combat, +contre des Morses. C'était en 1818, dans les parages du Spitzberg. + +L'équipage avait aperçu, le soir, un grand nombre de ces animaux qui se +dirigeaient vers un plateau de glace. Des embarcations furent aussitôt +équipées pour les poursuivre. Le premier troupeau prit la fuite; mais +le second se groupa sur le plateau avec une telle impétuosité, qu'il +dérangea le plan de bataille des marins, et les empêcha d'intercepter +leur marche. Les Morses étaient nombreux, et le combat s'annonçait +avec des apparences très-sérieuses. Aux premiers coups de feu, ils +s'élancèrent contre les marins, grognant, beuglant avec colère, +saisissant les bords des embarcations avec leurs longues dents ou +les frappant avec leur tête. Dans cette lutte violente, et périlleuse +pour l'équipage, les Morses étaient conduits et comme commandés par un +individu, un mâle, plus grand et plus terrible que ses frères. Ce fut +sur celui-ci, principalement, que les matelots dirigèrent leurs coups. +Mais il recevait les atteintes de leurs massues sans fléchir, et les +lances, malheureusement peu aiguisées, ne pouvaient pénétrer dans sa +rude cuirasse. Le troupeau était si nombreux, et ses attaques étaient +si vives et si réitérées, que les matelots n'avaient pas le temps de +charger leurs grosses carabines. Par bonheur, le commis aux vivres +avait son fusil prêt; il visa adroitement le chef Morse et lui envoya +ses balles dans les entrailles. L'animal tomba sur le dos, au milieu +de ses compagnons. Ceux-ci abandonnèrent à l'instant même le champ de +bataille, se rassemblèrent autour de leur général, et le soutinrent +à la surface de l'eau avec leurs formidables dents. Probablement +ils agissaient ainsi par une sagacité naturelle, pour l'empêcher de +suffoquer. (Buchanan.) + +On raconte que des pêcheurs, ayant découvert, également au Spitzberg, +un petit Morse dans une caverne au bord de la mer, s'en emparèrent +et le mirent dans un bateau. Le père et la mère, furieux de ne plus +trouver leur nourrisson, poursuivirent l'embarcation, et l'un d'eux, +l'ayant accrochée avec ses défenses, la fit tellement pencher, qu'un +des pêcheurs glissa dans la mer. L'autre Morse se jeta sur lui avec +acharnement, et il fut impossible aux autres pêcheurs de sauver le +malheureux. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXIV. + + Lackerbauer d'après Biard. C. Pierre et Picart fac-simile sc. + + CHASSE AUX MORSES + + _Imp. Geny Gros r. Domat, 28._] + +Dans une autre circonstance, toujours au Spitzberg, une chaloupe +attaqua un mâle et une femelle. Cette dernière fut blessée pendant +qu'elle allaitait son petit, attaché à sa poitrine. Le mâle, pour +se venger, donna une forte secousse au bateau. La femelle serra +étroitement son nourrisson sous sa nageoire gauche, et se dirigea, +malgré ses blessures, vers un plateau de glace. (Elle avait trois +lances enfoncées dans la poitrine.) Arrivée là, elle y déposa son +petit. Mais, celui-ci, à l'instant même, s'en revint vers l'embarcation +avec une telle rage, qu'il l'eût certainement fait chavirer, s'il en +avait eu la force. Il reçut une blessure à la tête, et retourna vers +sa mère, qui se traînait péniblement de glaçon en glaçon. Le mâle, +redoutant une nouvelle attaque, prit sa malheureuse compagne avec les +dents, et l'entraîna dans l'eau jusqu'à ce qu'elle fût hors d'atteinte. +(Buchanan.) + +[Illustration: MORSE ET SES PETITS + +(_Trichechus rosmarus_ Linné).] + + +III + +La chasse au Morse est facile et productive. + +Généralement, ces pauvres bêtes se laissent tuer sans montrer beaucoup +de ruse à fuir les assaillants. Un bateau pêcheur en prend d'ordinaire +deux à trois cents par saison. En 1608, l'équipage de Welden en tua +plus de mille sur les côtes de l'île Cherry. Au rapport de Gmelin, les +Anglais en prirent, en 1705 et 1706, sept à huit cents dans six heures; +en 1708, neuf cents dans sept heures, et en 1710, huit cents dans une +semaine. On assure que, chaque année, dans les mers du Nord, on en +détruit près de trois à quatre mille. + +Quand un Morse, surpris à terre, se sent blessé, il entre dans une +colère effrayante. Il brise les armes du chasseur imprudent, ou bien +les lui arrache. S'il ne peut pas atteindre l'ennemi, il frappe le sol +de côté et d'autre avec ses défenses. Poussé à bout et comme enragé, il +met sa tête entre ses nageoires, et, profitant de la pente du rivage, +il se laisse rouler dans la mer. Si on l'attaque dans l'eau, il se +défend avec fureur. + + +IV + +Comme les Phoques, les Morses fournissent une certaine quantité d'huile. + +On tire parti de leur peau pour faire des soupentes. Cette peau était +anciennement précieuse pour la navigation: on la coupait en lanières +que l'on tordait, et l'on obtenait ainsi des câbles d'une très-grande +résistance. + +Les dents de Morse sont préférables à l'ivoire, parce qu'elles sont +plus dures et moins sujettes à jaunir. Malheureusement, elles n'ont +pas le volume des défenses de l'Éléphant; cependant on en trouve +qui offrent plus de 80 centimètres de longueur, et près de 33 de +circonférence à leur sortie de l'alvéole. L'ivoire des Morses est +compacte, susceptible d'un beau poli, mais sans stries. De petits +grains ronds, placés pêle-mêle comme les cailloux dans un poudingue, +forment la partie moyenne de la défense (Cuvier). + +Ces dents sont utilisées de différentes manières. Les prisonniers +russes, en Sibérie, les travaillent très-adroitement, à peu près comme +les forçats de Toulon cisèlent les noix de coco. Ils en fabriquent des +coffrets, des boîtes, des étuis, des chaînes et d'autres petits bijoux +élégants, vrais chefs-d'œuvre d'art et de patience. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE XLIX + +LA LOUTRE DE MER. + + «Vestus d'habits moult somptueusement, très-bien fourrés.....» + + (SAINT-GELAIS.) + + +I + +Les Mammifères marins, nous l'avons dit dans les chapitres précédents, +ne sont pas organisés comme les Mammifères terrestres. Leur corps est +plus ou moins pisciforme, et leurs membres ressemblent plus ou moins à +des nageoires. + +Voici maintenant un petit quadrupède qui diffère à peine, par sa +structure, de ceux qui vivent sur la terre, et qui est néanmoins un +animal exclusivement marin. C'est peut-être le seul qui existe (?)..... + +Tout le monde connaît la _Loutre ordinaire_[316], petit Mammifère +carnassier à pieds palmés et onguiculés, et à queue longue presque +arrondie. + + [316] _Lutra vulgaris_ Erxleben. + +La _Loutre de mer_, ou _Enhydre_, présente une taille un peu plus +grande. Elle peut atteindre jusqu'à un mètre et demi de longueur. + +Sa tête est médiocre, arrondie, et ressemble un peu à celle du Chat. +Elle porte des oreilles courtes, des yeux presque circulaires et +noirs, et des moustaches blanches, longues et pendantes. Sa queue est +proportionnellement moins développée que dans la Loutre ordinaire. +Ses pattes sont plus petites et plus adaptées à la vie aquatique. Les +postérieures ressemblent moins à des pieds qu'à des nageoires. + +[Illustration: LOUTRE DE MER + +(_Enhydris marina_ Fleming).] + +Cependant ces organes diffèrent notablement des nageoires des Morses +et des Phoques; et, quoique leurs doigts, réunis par des membranes, +composent de véritables palettes destinées à frapper l'eau, l'animal, +en définitive, est plutôt organisé comme un Mammifère terrestre que +comme un Mammifère marin. + +Ce petit quadrupède habite dans une grande partie de l'océan Pacifique +boréal, entre le 50e et le 56e degré de latitude nord. On le rencontre +jusque dans les parages du Japon. + +On le voit souvent couché sur des îles flottantes de Néréocystés, se +réchauffant aux rayons du soleil, ou guettant quelque proie. C'est +pourquoi, dans certains pays, les végétaux dont il s'agit sont désignés +sous le nom de _Choux aux Loutres_. + +Ce Mammifère se nourrit de Poissons, de Crustacés, de coquillages, et, +au besoin, de plantes marines. + +Il plonge comme les Morses et les Phoques, mais il ne reste pas aussi +longtemps sous l'eau. + +[Illustration: LOUTRE FEMELLE ET SON PETIT.] + +Il est d'un brun marron en dessus, et d'un brunâtre argenté en dessous. + +La Loutre de mer vit par couples. La femelle ne met bas qu'un seul +petit. Elle s'en sépare rarement et s'occupe de son éducation avec +beaucoup de tendresse. Souvent on voit à côté de la mère, non-seulement +le nourrisson de l'année, mais encore celui de l'année précédente. +Elle joue avec eux sur la glace ou dans les flots. Elle les jette dans +la mer, et leur apprend à nager et à plonger. Quand elle dort à la +surface de l'eau, le ventre en l'air, et qu'elle s'abandonne au gré +des vagues, elle tient son petit au-dessus d'elle, entre ses pattes +de devant. Steller a représenté une mère dans cette position. Les +chasseurs surprennent souvent ces pauvres bêtes ainsi endormies, et +réussissent presque toujours à les tuer. + +Quand on enlève ses petits à une Loutre de mer, elle pousse des +cris plaintifs; elle suit même le ravisseur de loin, appelant ses +nourrissons d'une manière suppliante: ceux-ci lui répondent par des +vagissements. + +Steller découvrit une fois une Loutre couchée sur la glace; son +petit dormait entre ses pattes. Notre savant naturaliste s'approcha +doucement. La mère, vigilante, ouvrit les yeux, reconnut le danger, +éveilla son nourrisson et l'excita à fuir. Mais l'innocent préférait le +sommeil. La Loutre le saisit vigoureusement, et l'entraîna malgré lui +vers la mer. + + +II + +Le pelage de cet animal est très-serré, très-moelleux et très-lustré. +On le recherche comme fourrure précieuse, et l'on a bien raison, car +c'est une des plus belles qui existent. + +On appelle _bobry_ les mâles adultes, _matka_ les femelles, _koschloki_ +les petits d'un an, et _medwieki_ les petits de quelques mois. + +Les navires russes ou les navires américains qui chassent les Loutres +de mer, ou qui en font le commerce, les vendent principalement en +Chine, où leurs peaux sont employées comme ornement et comme signe +distinctif par les hauts fonctionnaires. On en apporte rarement +en Europe. Cependant beaucoup de seigneurs russes estiment cette +remarquable fourrure presque autant que les mandarins chinois. + +Suivant leur degré de conservation et la finesse ou le lustre de leur +poil, ces peaux valent, en Chine, de 800 à 1500 francs pièce. Mais on +constate d'année en année que le nombre des Loutres diminue dans les +parages où on les prenait autrefois assez facilement; aussi leur prix +tend-il considérablement à augmenter (P. Gervais). + +On assure que, dans ces derniers temps, plusieurs fourrures ont été +vendues, à Saint-Pétersbourg, jusqu'à 2000 francs (Nordmann). + +Du temps de Steller, l'équipage d'un seul navire pouvait tuer +jusqu'à 800 individus dans une seule campagne. Aujourd'hui, les +pêcheurs d'Enhydres ne sont pas aussi favorisés. Ils ont beaucoup de +peine à s'en procurer quelques couples. Dans beaucoup de parages, +et particulièrement sur les côtes du Japon, les Loutres de mer ne +paraissent plus en quelque sorte qu'accidentellement. + +Il faudrait réglementer la chasse de ce précieux Mammifère et le +ménager un peu, pour empêcher que, dans un avenir peu éloigné, son +espèce n'ait complétement disparu. + +La Loutre de mer présente un intérêt historique: c'est, en grande +partie, en la poursuivant, que les Russes sont arrivés d'abord jusqu'au +Kamtchatka, et plus tard jusqu'en Amérique. + +L'Enhydre est rare dans les musées, on en comprend la raison. Le +cabinet de Munich possède un squelette de cet animal, qui lui a été +donné par le duc de Leuchtenberg. Le Muséum d'histoire naturelle de +Paris s'est enrichi, en 1853, de deux squelettes, un mâle et une +femelle, qui lui ont été envoyés par le professeur Nordmann. + + +III + +Les Loutres mâles ont des mamelles..... à la vérité très-imparfaites. +Il en est de même, du reste, chez tous les Mammifères. Nous nous sommes +bien souvent demandé le _cui bono_ de ces mamelles. + +Les organes des animaux ont généralement des _fonctions déterminées_. +L'aile sert au vol, l'œil à la vue, l'oreille à l'audition..... + +Dans certaines circonstances, des arrêts ou des excès de développement +modifient la constitution des parties, et l'ensemble peut remplir un +usage différent. C'est ainsi que l'aile du Manchot devient nageoire, +tandis que la nageoire de l'Exocet devient aile..... + +Habituellement, l'organe modifié conserve l'ancien usage, en même temps +qu'il s'applique au nouveau. Le nez du Tapir et celui de l'Éléphant +sont toujours affectés à l'olfaction, quoiqu'ils soient devenus +_boutoir_ et _trompe_, c'est-à-dire appendice pour creuser et membre +pour saisir..... + +Mais quand l'arrêt de développement est arrivé de trop bonne heure, +l'organe n'apparaît plus que comme un _rudiment_. Dans cet état, _à +quoi sert-il? Peut-il servir à quelque chose?_ + +Quelles sont les fonctions des yeux _atrophiés_ ou couverts par la peau +chez la Taupe? Quelles sont celles des _tubercules oculaires_ chez les +Sangsues, ou des _points oculiformes_ chez les Planariés? + +Pourquoi existe-t-il des mamelles _rabougries_ chez le mâle de la +Loutre de mer, et chez ceux des autres quadrupèdes? + +Étienne Geoffroy Saint-Hilaire regardait ces développements incomplets +comme des éléments du plan primitif de l'organisme, et par conséquent +comme des indices de la symétrie générale conservés dans les symétries +particulières. + +Plusieurs éminents zoologistes ont voulu voir, dans ces rudiments, +des _tendances de la Nature_ vers un but déterminé, c'est-à-dire des +ébauches abandonnées ou des efforts non réussis. + +Cette explication est-elle préférable à celle de Geoffroy Saint-Hilaire? + +La nature active, en d'autres termes la puissance créatrice ne +ressemble en rien à la puissance humaine, qui essaye, qui prend de +la peine, et qui n'aboutit pas toujours. Dieu n'a jamais eu besoin +de tentatives ni d'efforts, même pour ses combinaisons les plus +transcendantes ou pour ses organismes les plus ingénieux! Il a toujours +fait ce qu'il a voulu et dans le temps qu'il a voulu, appareils +très-compliqués ou très-simples, ensembles d'organes, portions +d'organes, et, si l'on veut, _semblants_ d'organes!..... + +Le mot _tendance_ renferme cependant une idée philosophique; il serait +parfait si les animaux étaient la création des hommes. Comment faut-il +le remplacer, les animaux étant la création de Dieu? + +A quoi servent donc les mamelles chez les mâles?--Nous l'ignorons +complétement, et nous avouons franchement notre ignorance. + +Dieu seul pourrait nous l'apprendre, car _Dieu sait beaucoup de +choses_, comme disait Abd-el-Kader! + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + +CHAPITRE L + +L'OURS BLANC. + + Il couche sur la neige, et soupe quand il tue. + + (A. DE MUSSET.) + + +I + +On l'a déjà vu, les mers du Nord ne sont pas déshéritées de la vie; +elles ont aussi leurs habitants, même leurs populations insouciantes et +joyeuses, sur les amas de neige ou sur les bancs de glace, au milieu +des eaux les plus froides ou des brouillards les plus épais. + +L'_Ours blanc_ ou _polaire_[317] est comme le souverain de ces +populations. Il règne en despote cruel sur les animaux du pôle +arctique. Il habite toutes les mers; il fréquente toutes les côtes. Il +aime le froid comme les autres aiment le chaud. + + [317] _Thalarctos maritimus_ Gray. + +Il y en avait anciennement un très-grand nombre dans l'île Cherry, +appelée d'abord _Beeren eiland_, c'est-à-dire _île des Ours_. + +L'Ours blanc est un véritable quadrupède terrestre. Mais il diffère +de son homonyme l'Ours des Alpes, par sa taille plus grande et plus +élancée, par ses membres plus élevés, pourvus de pieds plus robustes, +par son cou plus long, et par sa tête plus étroite et plus fixe. + +Il peut acquérir de grandes dimensions. Certains individus n'ont pas +moins de 2 mètres de longueur (P. Gervais). + +En 1596, le voyageur Guillaume Barentz en tua deux dont il conserva les +peaux. L'une était longue de 3 mètres et demi, et l'autre d'environ 4 +mètres. + +On assure que les plus gros individus pèsent quelquefois jusqu'à 500 +kilogrammes. + +L'Ours polaire est vêtu d'une fourrure blanche très-légèrement +jaunâtre, à tissu soyeux et serré. Les pêcheurs norvégiens l'appellent +pittoresquement le _gros homme en pelisse_. On conçoit comment, avec +cet excellent habit, il peut résister aux grands abaissements de +température, si communs dans son pays. + +Ses yeux offrent une teinte foncée. Il a le bout du museau, l'intérieur +de la gueule et les ongles noirs. + +L'Ours blanc se nourrit de Phoques, de Poissons et de plusieurs +autres animaux marins. On dit qu'il attaque les jeunes Baleines. Il +mange aussi des substances végétales, surtout pendant l'été. Il peut +supporter de très-longues abstinences. + +Il suit les Phoques à la piste. Pour les saisir, il s'accroupit sur +les pattes de devant, avance peu à peu et sans secousse avec celles +de derrière, confondu par sa couleur avec la neige et les glaçons, et +c'est seulement à quelques mètres qu'il s'élance sur l'animal qu'il +veut saisir. + + [Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXV. + Lackerbauer del. C. Pierre et Picart fac-simile sc. + + OURS BLANCS] + +Quand le dégel commence, il se forme, dans les régions septentrionales, +des ruisseaux qui glissent silencieusement sur la neige, comme des +rubans argentés posés sur du velours blanc. Nos féroces quadrupèdes +viennent se désaltérer dans ces petits ruisseaux. + +L'Ours blanc a les doigts unis à leur origine par de fortes membranes. +C'est encore un caractère qui le distingue de l'Ours brun. Du reste, +comme ce dernier, il marche sur la plante des pieds, et peut au besoin +se tenir debout sur ses membres postérieurs. + +Il nage rapidement et plonge avec facilité. Mais il ne passe pas toute +l'année au sein de la mer; pendant la belle saison, il vient à terre, +et se rend dans les bois. Il court sur le terrain comme les quadrupèdes +ordinaires. Il peut faire jusqu'à trois milles par heure. Pendant +l'hiver, quand les neiges recouvrent le sol, il retourne à l'Océan, +accompagné de ses petits. Lorsque le froid augmente, on voit les Ours +blancs rôder sur la glace, grimper sur les blocs, et plonger dans +l'eau qui n'est pas encore gelée. Ils se réunissent, à cette époque, +en nombre plus ou moins considérable. Ce sont, du reste, les seuls +Mammifères du même groupe chez lesquels on observe des dispositions +pour la sociabilité (P. Gervais). Ce qui est d'autant plus remarquable, +qu'ils sont extrêmement cruels, et que les animaux d'un naturel +semblable vivent généralement plus ou moins isolés. + +Quelques Ours blancs, placés sur des glaçons flottants comme sur des +radeaux, se laissent entraîner et emporter d'un pays dans un autre. +C'est ainsi qu'on a vu des individus en quelque sorte échoués sur +les côtes de l'Islande et de la Norvége. On assure même que d'autres +ont traversé, accidentellement, le détroit de Beering, et qu'on en a +rencontré jusque dans l'archipel du Japon (Siebold). + +Parfois, emportés vers la haute mer par les glaces, ils ne peuvent plus +regagner la terre, ni quitter leur îlot; alors ils meurent de faim, ou +se dévorent les uns les autres. + +Cet animal est plus terrible que l'Ours des Alpes. La force de sa +mâchoire est telle, qu'on l'a vu couper en deux une lame de fer de 10 +millimètres d'épaisseur. (Scoresby.) + +[Illustration: TÊTE D'OURS BLANC + +(_Thalarctos maritimus_ Gray).] + +Lorsqu'un Ours blanc débarque dans une île peu habitée, il en attaque +les troupeaux et leurs propriétaires avec fureur. Il égorge et dévore +tous les malheureux qui tombent sous ses griffes. Il dévaste même les +cimetières: les cadavres conservés par le froid lui fournissent une +nourriture abondante. + + Rien n'est sûr en son passage, + Ce qu'il trouve, il le ravage. + + (MALHERBE.) + +A l'apparition d'un Ours en Islande, les insulaires alarmés se +rassemblent pour combattre le redoutable carnassier et pour sauver +le bétail. Ce sont les côtes du Groenland qui sont le plus exposées +aux invasions de ces déprédateurs. Le capitaine Scoresby en vit dans +ces parages un si grand nombre, qu'il compare leurs réunions à des +troupeaux de moutons. + + +II + +Il y a quelques années, trois jeunes chasseurs passant ensemble l'hiver +au Labrador laissèrent leur cabane pour aller visiter des piéges tendus +dans la forêt. A leur retour, ils furent étonnés de trouver leur +porte arrachée et jetée sur la neige. Ils crurent d'abord que quelque +voisin, mauvais plaisant, avait voulu leur jouer un tour pendant leur +absence. Tout avait été bouleversé: le poêle et son tuyau étaient par +terre, l'armoire vidée, la provision de lard pillée; le sac de farine +avait disparu; il manquait encore une tasse de fer-blanc, un paletot +et une paire de bottes..... Il y avait eu vol avec effraction. Nos +trois jeunes gens se mettent en quête du voleur ou des voleurs..... +On cherche, et l'on découvre que tout le dégât avait été causé par +deux Ours blancs. A peu de distance de la cabane était le sac vidé +et déchiré; un peu plus loin gisait la tasse, portant l'empreinte de +fortes dents... Quant au paletot, à la paire de bottes, les gaillards +les avaient emportés! (Ferland.) + + +III + +En général, les Ours blancs n'attaquent pas l'Homme, à moins qu'ils +ne soient affamés; ils évitent même ordinairement sa rencontre. +Mais, lorsqu'on les provoque et qu'on les met dans la nécessité de +se défendre, le combat n'est pas sans danger pour les assaillants. A +cause de cela, les Ours sont très-redoutés par les petites embarcations +qui cherchent à leur donner la chasse. On assure, toutefois, que +ces animaux sont moins courageux qu'on ne serait tenté de le croire, +et qu'ils désertent vite le champ de bataille lorsqu'ils se sentent +blessés. + +Un baleinier se trouvait bloqué par les glaces dans le détroit de +Davis, sur les côtes du Labrador. Un Ours blanc s'approcha du navire à +la distance de quelques mètres. Un matelot fut tenté de s'en emparer +tout seul, pendant que ses compagnons étaient encore à table. Il +descendit sur la glace, armé d'une pique; il courut sur l'animal. +Celui-ci ne recula point, désarma son faible adversaire, le saisit par +le milieu du dos avec les dents, et l'entraîna si rapidement, qu'il fut +impossible de lui porter secours. + +Un autre baleinier arrêté sur les côtes du Groenland était amarré +à un bloc de glace. Il découvrit au loin un Ours énorme occupé à +guetter des Phoques. Un matelot, dont le courage était exalté par une +forte dose de rhum, forma le projet d'aller attaquer le redoutable +animal. Aucune remontrance ne put calmer son ardeur belliqueuse. Il +part sans autre arme qu'un harpon, traverse les neiges, et, après +une course d'une demi-heure, harassé et commençant à reprendre son +sang-froid, il se trouve devant l'ennemi, lequel, à sa grande surprise, +n'est nullement intimidé, et l'attend de pied ferme. L'effet du rhum +s'affaiblissait, et l'Ours était si grand, et son regard annonçait +tant d'assurance!..... Le matelot fut sur le point de renoncer à +l'offensive. Il s'arrête, préparant son arme. L'Ours ne bougeait point. +Le marin essaye de se donner du courage, excité surtout par la crainte +des railleries dont ses camarades ne manqueraient pas de l'accabler. +Mais, tandis qu'il songeait aux moyens de commencer le combat, +l'Ours, moins préoccupé que son adversaire, se met en mouvement, et +semble vouloir attaquer le premier. Cette fois, la valeur du matelot +s'évanouit, et la honte d'une retraite ne peut le retenir: il prend la +fuite. L'Ours le poursuit. Accoutumé aux courses sur la neige et sur +la glace, l'animal gagnait continuellement du terrain sur l'imprudent +matelot, et la terreur de celui-ci était au comble. L'arme qu'il +portait encore n'était qu'un poids inutile, un embarras de plus; il +la jette afin de courir plus lestement. L'Ours aperçoit cet objet, le +flaire, le soumet à l'épreuve de ses pattes et de ses dents, et, en +perdant ainsi quelques minutes, il donne au fuyard un répit dont il +profite de son mieux. Enfin, l'Ours abandonne le harpon et reprend sa +course. Le matelot, se sentant près d'être atteint, cherche encore +quelque autre moyen de distraire et d'arrêter son terrible ennemi, +il lui jette une de ses mitaines. Ce fut assez pour occuper pendant +quelques minutes l'insouciant et curieux animal, et ce retard vint très +à propos, car les forces du pauvre matelot étaient presque épuisées. +L'Ours ayant laissé l'objet de sa distraction pour continuer sa +poursuite, le fugitif fit le sacrifice de son autre mitaine; il en vint +ensuite à son chapeau. + +L'équipage, qui assistait de loin à cette comédie, vit enfin qu'elle +devenait trop sérieuse, que l'irritation du carnassier se montrait de +plus en plus menaçante, et que le malheureux matelot allait succomber. +Une troupe vint arrêter l'impétuosité de la poursuite et protéger le +pauvre fuyard aussi tremblant qu'épuisé de fatigue. A l'aspect de +ses nouveaux et nombreux adversaires, l'Ours fit d'abord mine de se +battre; mais, ayant été blessé, il reconnut habilement qu'une honorable +retraite était le seul parti convenable. Il mit bientôt entre les +poursuivants et lui un espace de neiges et de glaces raboteuses que les +matelots n'osèrent pas franchir. (_Mag. pittor._) + + +IV + +Au mois de septembre 1596, un vaisseau hollandais commandé par +Guillaume Barentz, arrivé au delà de la Nouvelle-Zemble, fut surpris +pendant la nuit dans un port de glaces, et tellement enfermé de toutes +parts, qu'aucun effort humain n'aurait pu le dégager. Barentz fut donc +réduit à la triste perspective d'hiverner dans cette région d'horreur. + +Le vaisseau, assiégé et tourmenté par les mouvements des glaçons, +craquait en plusieurs endroits. On prit la résolution de traîner le +canot à terre, et l'on y transporta le biscuit, le vin, les armes, de +la poudre et du plomb. On dressa une tente près du canot; plus tard, on +construisit une hutte..... Le 15 septembre, pendant qu'on travaillait, +un matelot vit venir trois Ours d'inégale grosseur. Le plus petit +demeura derrière un gros glaçon; les autres continuèrent d'avancer. +L'un d'eux plongea la tête dans un cuvier où l'on avait mis de la +viande à tremper. L'équipage tira, et l'animal tomba mort. L'autre Ours +s'arrêta, comme ébahi, regarda fièrement son compagnon, le flaira, et, +comme s'il eût reconnu le péril, il retourna sur ses traces. D'après +l'ordre de Barentz, on ouvrit l'Ours mort, on lui ôta les entrailles, +et on le plaça sur ses quatre jambes, pour le laisser geler dans cette +posture, et le porter en Hollande, si l'on parvenait à dégager le +vaisseau. + +Le 23, on eut le malheur de perdre le charpentier; il fut enterré dans +une fente de la montagne: on n'avait pu ouvrir la terre pour y creuser +une fosse..... + +L'équipage ne consistait plus qu'en seize hommes. + +Le 27, il gela si fort, que si quelqu'un mettait un clou dans sa +bouche, comme il arrive souvent pendant le travail, il ne pouvait le +tirer sans emporter la peau..... + +Le 25 octobre, comme on était occupé à transporter les agrès sur +des traîneaux, Barentz vit derrière le vaisseau trois Ours qui +s'avançaient. Il fit de grands cris, auxquels se joignirent ceux des +matelots qui étaient avec lui. Mais les trois animaux n'en furent pas +effrayés. Alors on résolut de se défendre. On trouva heureusement +deux hallebardes; Barentz en prit une, et Girard de Veer l'autre. Les +matelots coururent au vaisseau; mais, en passant sur la glace, un +d'entre eux tomba dans une crevasse. Cet accident fit trembler pour +lui; on ne douta point qu'il ne fût le premier dévoré. Cependant les +Ours suivaient ceux qui couraient vers le vaisseau. D'un autre côté, +Barentz et de Veer en firent le tour pour entrer par derrière. Le +matelot tombé se releva de sa chute, et eut le bonheur de rejoindre +l'équipage. Tout le monde était dans le navire. + +Les Ours, furieux, cherchaient à monter sur le pont. On les arrêta +d'abord avec des pièces de bois et divers ustensiles qu'on se hâta de +leur lancer à la tête, et sur lesquels ils se précipitaient chaque +fois, comme les chiens après les pierres qu'on leur jette. Il n'y avait +point à bord d'autres armes que les deux hallebardes dont il vient +d'être question. On voulut allumer du feu, brûler quelques poignées +de poudre. Mais, dans la confusion, rien de ce qu'on entreprenait ne +pouvait s'exécuter. + +Cependant, les Ours revenant à l'assaut avec la même furie, on +commençait à manquer d'ustensiles et de bois pour les amuser. Les +Hollandais ne durent leur salut qu'au plus heureux des hasards. +Barentz, réduit à l'extrémité, agissant par désespoir plutôt que par +prudence, lança sa hallebarde contre le plus grand de ces animaux. +L'Ours fut atteint sur le museau et si fortement blessé, qu'il jeta un +grand cri et fit retraite tout de suite. + +Les deux autres le suivirent, quoique d'un pas assez lent..... + +Les Ours ne reparurent qu'avec le retour du soleil. + +Le 6 avril, il en descendit un jusqu'à la porte de la hutte. Elle était +ouverte. On se hâta de la fermer et de la soutenir. L'Ours s'en alla. + +Cependant il revint deux heures après, et monta sur la hutte, où il fit +un bruit effroyable. Il essaya de renverser la cheminée. On le crut +plus d'une fois maître de ce passage. Il déchira la voile dont elle +était entourée. Enfin, il ne s'éloigna qu'après avoir fait un ravage +extraordinaire. + +Le mois suivant, pendant qu'on mettait la chaloupe en état de partir, +parut un Ours énorme. Les pauvres marins rentrèrent aussitôt dans la +hutte, et les plus habiles tireurs se distribuèrent les trois portes, +attendant l'animal de pied ferme; un autre monta sur la cheminée avec +son fusil. L'Ours marcha fièrement sur la hutte. Un coup de mousquet le +renversa; on acheva aisément de le tuer. On trouva dans son ventre des +morceaux entiers de Chien marin, avec la peau et le poil. + +Le 30, les matelots, travaillant au radoub du vaisseau, furent surpris +par un Ours, qui vint hardiment à eux. Tous prirent la fuite vers la +hutte. L'animal les suivit, mais une salve de trois coups de fusil, qui +portèrent tous, l'étendit mort sur la neige. Cette victoire coûta cher +aux pauvres marins; car, ayant dépecé la terrible bête, et en ayant +fait cuire le foie, qu'ils mangèrent avec plaisir, ils en furent tous +malades. Trois, entre autres, parurent comme morts pendant quelques +heures. (G. de Veer.) + +Dans le voyage au Spitzberg de Manby, le capitaine Lewis, accompagné +de cinq hommes, voulut attaquer un Ours blanc. A quarante pas environ +de l'animal, quatre matelots firent feu en même temps et blessèrent +le quadrupède. L'Ours, furieux, courut sur les assaillants, la gueule +ouverte. Comme il s'en approchait avec des hurlements épouvantables, +le matelot et le capitaine, qui n'avaient pas tiré, firent feu et lui +brisèrent l'épaule. + +Avant qu'on eût eu le temps de recharger, l'Ours était tout près des +chasseurs. Ceux-ci se sauvèrent vers le rivage. L'animal courait +toujours, quoique boiteux. Il était sur le point de les atteindre, +quand deux d'entre eux se jetèrent dans le bateau; les autres se +cachèrent derrière des blocs de glace, et firent feu aussitôt qu'ils +purent. Les nouvelles blessures de l'animal ne firent qu'augmenter sa +rage. Enfin, il s'approcha de si près, que les marins sautèrent dans +la mer, d'un roc perpendiculaire assez élevé. L'Ours sauta après eux, +et il avait presque saisi un de ces pauvres matelots, lorsque, fort +heureusement, les forces lui manquèrent, et il rendit le dernier soupir. + +Quand on eut porté son corps sur le rivage, on constata qu'il avait +reçu huit balles. + + +V + +Le cri de l'Ours blanc ressemble plutôt, assure-t-on, à l'aboiement +d'un chien enroué qu'au murmure grave des autres espèces. (Boitard.) + +Ce quadrupède a de l'intelligence et de la sagacité. + +Un Phoque reposait sur la glace, près d'un trou qui devait assurer sa +fuite, en cas de péril. Un Ours, qui l'épiait, s'approche en silence et +à couvert, aussi près qu'il peut. Il plonge alors dans la mer, gagne +sous les flots le trou de la retraite, s'élance par ce trou, et saisit +le malheureux Phoque. + +Le capitaine d'un vaisseau baleinier voulait avoir une peau d'Ours +blanc bien entière, et, par conséquent, il fallait prendre l'animal +sans le tuer avec une arme à feu. Il imagina d'étendre sur la neige une +corde avec un nœud coulant dans lequel il mit un appât. Un Ours qui +rôdait sur les glaces des environs fut attiré; il saisit l'insidieuse +pâture, serra la corde, et l'une de ses pattes s'y trouva prise. Il +parvint à se dégager à l'aide de l'autre patte, et emporta la provision +pour la manger en lieu sûr. + +On rétablit le piége. L'Ours revint, et, conservant le souvenir de ce +qui lui était arrivé, il écarta prudemment la corde et saisit la proie. + +Dans une troisième épreuve, la corde fut recouverte de neige et +parfaitement cachée. On ne fut pas plus heureux. + +Pour dernière tentative, on plaça l'appât au fond d'un trou assez +profond, pour que l'Ours ne pût le prendre qu'en y plongeant la tête. +On arrangea le nœud coulant autour de l'ouverture, toujours masquée +par de la neige. Le succès semblait certain. Vain espoir! L'animal +méfiant commença par enlever délicatement la neige, découvrit la corde, +l'écarta prudemment, enleva l'appât, et disparut. (_Mag. pittor._) + +Scoresby prétend que, lorsqu'un Ours frappé réussit à fuir, il se +retire derrière quelque éminence, et là, en sûreté, comme s'il avait +connaissance de l'effet styptique du froid, il applique de la neige sur +sa blessure avec la patte. + + +VI + +La femelle met bas au mois de mars. Elle fait habituellement un ou deux +petits, rarement trois. + +Les jeunes Ours blancs sont proportionnellement d'une petitesse +remarquable. + +L'attachement des femelles pour leurs petits leur inspire quelquefois +un courage bien digne d'admiration. + +Voici ce qui a été observé par la frégate sur laquelle le fameux Nelson +commença sa carrière navale. Cette frégate se trouvait en 1773 dans +les régions polaires. A l'aube du jour, on signala, du haut des hunes, +trois Ours blancs qui marchaient sur la glace avec une grande vitesse, +et qui se dirigeaient vers le vaisseau. On reconnut que c'était une +femelle accompagnée de deux Oursons déjà presque aussi forts que leur +mère. Tous les trois coururent vers un foyer où l'on avait jeté les +restes d'un Morse. Ils en tirèrent les chairs que le feu n'avait pas +encore consumées. La mère fit la distribution, donnant à ses petits la +plus grosse part. + +Les chasseurs embusqués saisirent ce moment pour faire feu sur les deux +Oursons, qui restèrent sur la place. Ils tirèrent ensuite sur la mère, +qu'ils atteignirent aussi, mais qui ne fut point abattue. Son désespoir +eût ému les cœurs les moins accessibles à la compassion. Sans faire +attention aux blessures dont elle était couverte, ni au sang qu'elle +répandait, elle ne s'occupait que de ses deux petits, les appelait par +des cris lamentables, plaçait devant eux la part de nourriture qu'elle +s'était réservée et la leur dépeçait. Comme ils restaient immobiles, +ses gémissements devinrent encore plus touchants. Elle essaya de +relever les pauvres créatures, et, reconnaissant l'impuissance de +ses efforts, elle s'écarta de quelques pas et renouvela ses appels. +Retournant auprès des deux morts, elle lécha leurs blessures, et ne les +quitta que lorsqu'elle fut bien convaincue qu'ils avaient perdu la vie. + +Alors des hurlements épouvantables dirigés vers le vaisseau accusèrent +les meurtriers, qui leur répondirent par une nouvelle décharge. La +malheureuse mère vint expirer auprès de ses petits, léchant leurs +blessures jusqu'au dernier moment. + + +VII + +Les Ours blancs s'habituent facilement à nos ménageries. + +Comme ils souffrent presque toujours de la chaleur, on leur jette +de temps en temps un seau d'eau fraîche sur le corps. On a soin +d'entretenir près d'eux un bassin d'eau froide, dans lequel ils vont se +mouiller le museau, se désaltérer ou se plonger. + +Ceux du Jardin des plantes de Paris attirent constamment, devant leur +fosse, un nombre considérable de curieux. + +Ces animaux ont souvent une apparence haletante, comme les chiens dans +l'été, lorsqu'ils viennent de courir. Ils exécutent avec leur tête, +leur cou et leur train de devant une sorte de balancement continuel qui +captive d'abord l'attention par sa singularité, mais qui la fatigue +bientôt par sa monotonie. + +Dans la servitude, ces Ours ne se montrent susceptibles d'aucune +éducation et d'aucun attachement. Ils conservent toujours leur +sauvagerie brutale et stupide. (Boitard.) + +Il paraît que cette espèce était connue des anciens. Cuvier pense que +c'est un Ours blanc que Ptolémée Philadelphe fit venir à Alexandrie, et +dont parlent Callixène le Rhodien et Athénée. + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + + TABLE DES CHAPITRES + + + Préface V + + Avertissement IX + + CHAPITRE Ier Considérations générales. 1 + + CHAPITRE II La Vie dans la mer. 19 + + CHAPITRE III La Phosphorescence de la mer. 35 + + CHAPITRE IV Les Plantes de la mer. 43 + + CHAPITRE V Les Animaux infusoires. 73 + + CHAPITRE VI Les Foraminifères. 85 + + CHAPITRE VII Les Éponges. 97 + + CHAPITRE VIII Les Polypes. 105 + + CHAPITRE IX Les Polypiers. 115 + + CHAPITRE X Le Corail. 145 + + CHAPITRE XI La Plume de mer. 159 + + CHAPITRE XII Les Anémones de mer. 167 + + CHAPITRE XIII Les Méduses. 183 + + CHAPITRE XIV Les Étoiles de mer. 209 + + CHAPITRE XV Les Oursins. 223 + + CHAPITRE XVI Les Holothuries. 233 + + CHAPITRE XVII Les Bryozoaires. 241 + + CHAPITRE XVIII Les Mollusques Agrégés. 247 + + CHAPITRE XIX Les Mollusques Acéphales. 257 + + CHAPITRE XX L'Huître. 273 + + CHAPITRE XXI La Moule. 297 + + CHAPITRE XXII La Nacre et les perles. 305 + + CHAPITRE XXIII Les Mollusques Céphalés. 319 + + CHAPITRE XXIV La Pourpre des anciens. 343 + + CHAPITRE XXV Les Céphalopodes. 351 + + CHAPITRE XXVI L'Unité de composition. 371 + + CHAPITRE XXVII Les Annélides. 379 + + CHAPITRE XXVIII Les Sangsues de mer. 397 + + CHAPITRE XXIX Les Zoonites. 405 + + CHAPITRE XXX Les Cirripèdes. 415 + + CHAPITRE XXXI Les Rotifères. 425 + + CHAPITRE XXXII Les Crustacés. 431 + + CHAPITRE XXXIII Les Homards, les Langoustes, les + Chevrettes. 447 + + CHAPITRE XXXIV Le Bernard l'ermite. 457 + + CHAPITRE XXXV Les Poissons. 469 + + CHAPITRE XXXVI Le Hareng. 503 + + CHAPITRE XXXVII La Sardine. 513 + + CHAPITRE XXXVIII La Morue. 521 + + CHAPITRE XXXIX Le Thon. 529 + + CHAPITRE XL Les Tortues de mer. 537 + + CHAPITRE XLI Les Oiseaux de mer. 551 + + CHAPITRE XLII Les Nids et les œufs. 573 + + CHAPITRE XLIII Les Cétacés. 593 + + CHAPITRE XLIV Les Cachalots. 599 + + CHAPITRE XLV Les Dauphins. 609 + + CHAPITRE XLVI La Baleine. 619 + + CHAPITRE XLVII Les Phoques. 635 + + CHAPITRE XLVIII Le Morse. 645 + + CHAPITRE XLIX La Loutre de mer. 653 + + CHAPITRE L L'Ours blanc. 661 + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + + TABLE DES PLANCHES + + + PLANCHE Ire Mer calme 2 + + PLANCHE II Brisants 10 + + PLANCHE III Flore de la mer 36 + + PLANCHE IV Algues marines 50 + + PLANCHE V Développement des Algues 68 + + PLANCHE V _bis_ Développement d'un Infusoire 82 + + PLANCHE VI Radiolaires 94 + + PLANCHE VII Anthozoanthe parasite 115 + + PLANCHE VIII Corail 144 + + PLANCHE IX Développement du Corail 150 + + PLANCHE X Anémones de mer 168 + + PLANCHE XI Développement de la Méduse 192 + + PLANCHE XII Galéolaire orangée 204 + + PLANCHE XIII Apolémie contournée Frontispice + + PLANCHE XIV Synapte de Duvernoy 238 + + PLANCHE XV Animaux-mousse 242 + + PLANCHE XVI Lima tenera 262 + + PLANCHE XVII Mollusques nus 320 + + PLANCHE XVIII Développement d'un Mollusque 326 + + PLANCHE XIX Mollusques nus 340 + + PLANCHE XX Céphalopodes 356 + + PLANCHE XXI Annélides 380 + + PLANCHE XXII Sabelle unispirale 388 + + PLANCHE XXIII Crustacés 432 + + PLANCHE XXIV Pêche à la chevrette 454 + + PLANCHE XXV Combats de Bernards l'ermite 462 + + PLANCHE XXVI Poissons volants 470 + + PLANCHE XXVII Développement d'un poisson 492 + + PLANCHE XXVIII Pêche de nuit (aviso _le Sylphe_ + relevant le chalut) 496 + + PLANCHE XXIX Pêche à la Sardine 516 + + PLANCHE XXX Goëlands argentés 552 + + PLANCHE XXXI Développement d'un oiseau 584 + + PLANCHE XXXII Pêche à la Baleine 630 + + PLANCHE XXXIII Otaries sur la plage 642 + + PLANCHE XXXIV Morses 648 + + PLANCHE XXXV Ours blancs 662 + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + + TABLE DES FIGURES + INTERCALÉES DANS LE TEXTE. + + + Acétabule marine. 59 + + Acon ou pousse-pied. 303 + + Agare de Gmelin. 56 + + Agathistègues. 87 + + Alariée. 57 + + Albatros. 556 + + Albione épineuse. 398 + + -- (ses œufs). 402 + + Alcyonide. 134 + + Amibe protée. 91 + + Amphacanthe cerclé. 481 + + Anatifes lisses. 416 + + Anchois ordinaire. 518 + + Anémones de mer. 168 + + -- (leur naissance). 176 + + -- de Couch. 169 + + -- œillet. 169 + + Anthéridies, leur insertion et leur émission. 66 + + Antipathe. 125 + + -- (coupe grossie d'une tige). 126 + + -- grossi pour montrer les spinules. 127 + + -- (polype grossi). 126 + + Aquarium. 30 + + Araignée de mer. 435 + + Ascidies sociales. 249 + + Aspect des glaces au pôle. 17 + + Astérie vue en dessous et en dessus. 212 + + Astérie équestre. 213 + + -- en pleine reproduction. 216 + + -- violette. 210 + + Astrée. 130 + + Astrophyte verruqueux. 219 + + Baleine du Groenland. 620 + + Baleine harponnée. 628 + + Bec-en-ciseaux (tête). 559 + + Bernard l'ermite. 458 + + -- (une habitation de). 460 + + Béroé globuleux. 196 + + Botrylle doré. 251 + + Brachions. 426 + + Branchellion de la Torpille. 398 + + Cachalot grosse tête. 601 + + -- (dent de). 604 + + Callithamne granifère. 55 + + Calmar commun. 352 + + -- (os de). 356 + + Calmaret vermiculaire. 352 + + Campanulaire dichotome. 120 + + Caryophyllie de Smith. 130 + + Caulerpe à feuilles d'If. 49 + + Céphalopode (œufs). 357 + + Chabot. 476 + + Chat de mer (ses œufs). 501 + + Cirripède adulte. 420 + + -- jeune. 420 + + Cirroteuthis de Müller. 354 + + Cladostèphe verticillée. 48 + + Clio boréale. 341 + + Coffre triangulaire. 473 + + Concarneau (vue générale). 500 + + Conceptacles à sporanges. 65 + + -- à anthéridies. 66 + + Cône damier. 332 + + Corail musique. 135 + + -- rouge. 146 + + -- (son polype). 149 + + -- (coupe du polypier). 153 + + -- (décortication de la tige). 148 + + Cormorans ordinaires. 579 + + Coronule de la Baleine. 424 + + Corophie à longues cornes. 438 + + Cothurnie d'eau douce. 76 + + Coupe d'Isis. 152 + + Crabe en pleine mue. 432 + + -- commun. 445 + + Delessérie rouge. 49 + + Dendronote arborescent. 324 + + Diphye. 204 + + Discorbine. 89 + + Dragueurs. 27 + + Echinoderme (larve). 220 + + Énallostègues. 87 + + Engins de pêche. 452 + + Entomostègues. 88 + + Éponge gant de Neptune. 101 + + -- sur une Algue. 99 + + -- usuelle, très-grossie. 102 + + Étoiles de mer. 209 + + Filets de pêche. 25 + + Flustre foliacée. 245 + + Furculaires. 425 + + Geoffroy Saint-Hilaire (Étienne). 375 + + Gérardie (polype de la). 128 + + -- (coupe d'un polype). 128 + + Goëland à manteau gris. 554 + + Gœthe. 377 + + Gorgonide. 136 + + Grondin. 483 + + Hareng (tête). 504 + + Hélicostègues. 88 + + Hirondelle de mer Pierre-garin. 569 + + Holothurie élégante. 234 + + -- tubuleuse. 233 + + -- (pêche malaise). 237 + + Homards (jeunes). 451 + + Huîtres. 281 + + -- banc artificiel. 288 + + -- jeunes. 283 + + -- jeunes dans les fascines. 289 + + Huningue (vue générale). 498 + + -- (bassin d'élevage). 499 + + Hyale bordée . 342 + + -- tridentée. 342 + + Hydroméduse. 199 + + Iles à coraux. 143 + + Infusoires divers. 75 + + -- (leur propagation). 81 + + -- (leurs parasites). 82 + + -- grossis. 78 + + Janthine commune. 329-346 + + Lagoncule rampante. 242 + + Laminaires. 55 + + Langouste grainée. 448 + + -- (larves). 450 + + Laurencie pinnatifide. 48 + + Lieberkuhnia de Wagener. 92 + + Lizzia de Kolliker. 187 + + Loutre de mer. 654 + + -- femelle et son petit. 655 + + Lucernaire campanule. 181 + + Macareux moine. 575 + + Macreuse. 564 + + Madréporaires. 129 + + Manchot de Patagonie. 567 + + Marteau maillet. 472 + + Méandrine. 131 + + Méduse croisée. 183 + + -- de Gaudichaud. 184 + + -- aux beaux cheveux. 185 + + -- (leur naissance). 191 + + -- (larves). 192 + + Microscope. 73 + + -- solaire. 74 + + Miliole. 89 + + Modiole lithophage. 262 + + -- lithophages dans le rocher. 265 + + Monades. 77 + + Monocentre du Japon. 473 + + Morse et ses petits. 649 + + Morue. 521 + + -- (préparation à Terre-Neuve). 528 + + Moules (clayonnage chargé de). 302 + + -- (pieux collecteurs du frai). 301 + + Narwal. 616 + + Nautile commun (coquille). 368 + + Néréocystée. 58 + + Nérite polie. 336 + + Noctiluque miliaire. 37 + + Octospore, son émission. 66 + + Oiseau de tempête. 557 + + Olive du Pérou. 331 + + Ombellulaire du Groenland. 163 + + Ours blanc (tête). 664 + + Oursin livide. 230 + + -- (appareil buccal). 228 + + -- dans le rocher. 230 + + -- grimpant contre les parois d'un aquarium. 226 + + -- mamelonné. 224 + + Padine paon. 49 + + Paille-en-queue phaéton. 572 + + Palmipède (pattes). 552 + + Paramécies. 79 + + Pégase volant. 492 + + Pélican blanc. 560 + + Pentacrine d'Europe. 221 + + Perles et camées chinois artificiels. 308 + + Perroquet de mer (Macareux). 575 + + Petite Massue. 345 + + Pétrel damier. 568 + + Pholade dans la pierre. 264 + + Phoque. 643 + + Phosphorescence (allégorie). 41 + + Physalie de l'océan Atlantique austral. 201 + + Physophore hydrostatique. 205 + + Pingouin commun. 565 + + -- brachyptère. 581 + + Pinne de la Méditerranée. 317 + + Pinnothère des anciens. 465 + + Pintadine mère perle. 305 + + Plocamie plumeuse. 50 + + Plongeon imbrim. 582 + + Plume de mer épineuse. 160 + + -- (ses polypes). 161 + + Plumes de mer (allégories). 162 + + Polypes. 105 + + -- groupés. 110 + + -- isolé. 107 + + Polypier Actiniaire. 117 + + -- Bryozoaire. 139 + + -- Hydraire. 116, 140 + + Porcelaine cervine. 332 + + Poritide. 132, 133 + + Pourpre bouche de sang. 344 + + Ptérocère orangé. 331 + + Radiolaire monozoa. 93 + + -- polyzoa. 93 + + Rémore ou Sucet. 486 + + Rouget. 474 + + Salpe solitaire. 255 + + Salpes phosphorescentes (chaînes de). 253 + + Sangsue dragon. 406 + + -- médicinale (anatomie). 407 + + Scorpène de l'île de France. 471 + + Sèche élégante. 355 + + -- (œufs de). 357, 358 + + -- (os de). 356 + + Sennal. 485 + + -- sur un Palmier. 484 + + Sertulaire. 121, 138 + + -- argentée. 122 + + Spicules du Corail. 147 + + -- de Synapte. 238 + + Squille mante. 433 + + Stercoraire parasite. 571 + + Stichostègues. 87 + + Taret commun. 269 + + Telline élégante. 262 + + Térébelle coquillière. 393 + + Thalassiophyllum perforé. 47 + + Thon. 529 + + Thon (pêche du). 531 + + Tortues de mer. 538 + + Tortue caouane. 539 + + -- caret. 541 + + -- de mer (tête). 542 + + Trichodesmie d'Ehrenberg. 46 + + Tubicinelle de la Baleine. 424 + + Tubulaire chalumeau. 119 + + Tuile recouverte d'Huîtres. 292 + + Ulve. 52 + + Vagues creuses. 11 + + Varec vésiculeux. 69 + + -- porte-baies. 51 + + Vélelle. 198 + + Virgulaire admirable. 163 + + Vögelberg. 588 + + Volvoces. 80 + + Zoanthe des Moluques . 124 + + Zoé. 445 + + Zoospores. 62 + + -- (leur émission). 63 + + -- (leur développement). 64 + +[Illustration] + + + + +[Illustration] + + TABLE ALPHABÉTIQUE + + + A + + Acétabule, 59. + + Actinies, 123. + + Agare de Gmelin, 56. + + Agaric androsacé, 59. + + Aiguille de mer, 478, 495. + + Alariée, 57. + + Albatros, 556. + + Albione épineuse, 398. + + Alcyonaires, 123. + + Alcyonide, 134. + + Algues, 44. + + Alose, 492. + + Amphacanthe cerclé, 481. + + Amphithoé rougeâtre, 464. + + Amphorine d'Albert, pl. XIX, fig. 5, 340. + + Anacharis du Canada, 53. + + Anatifes, 415. + + -- lisses, 416. + + Anchois, 518. + + Anémones de mer, 168. + + -- Anthée, 180. + + -- crassicorne, 174, 180. + + Anémone de Couch, 169. + + -- déchirée, 177. + + -- equina, 176. + + -- œillet, 169, 178, 180. + + -- pâquerette, 176. + + -- parasite, 462. + + -- rousse, 174, 180. + + Anguille, 473. + + Anhinga, 563. + + Animaux-mousse, 241. + + Annélides, 379. + + -- dorsibranches, 381, 383. + + -- tubicoles, 381, 387. + + Anthéridie, 61, 66. + + Anthérozoïdes, 64, 66. + + Anthozoanthe parasite, 137. + + Antipathes, 123, 125. + + Aphrodite hérissée, 385. + + Aplysie, 320. + + Aquarium, 28. + + Araignée de mer, 434. + + Archer, 487. + + Arches, 261, 267. + + Argonaute papyracé, 366. + + Ascidies sociales, 249. + + -- laineuse, 260. + + -- solitaire, 258. + + Asteria rubens, 211. + + Astérie, 39, 210. + + Astrées, 130. + + Astropecten spinulosus, 212. + + Astrophytes, 218. + + Aurélie phosphorique, 39. + + + B + + Balanes, 423. + + Baleine, 619. + + -- du Groenland, 620. + + -- fausse, 626. + + -- franche, 619. + + Baudroie, 470, 487. + + Bebryce tendre, 135. + + Bec-en-ciseaux, 559, 564. + + Bénitier, 267. + + -- (grand), 317. + + Bernard l'ermite, 457. + + Biphores, 253. + + Bonite, 482. + + Botrylle doré, 251. + + Brachions, 426. + + Branchellions, 398. + + Bryopsis, 63. + + Bryozoaires, 241. + + Bullée, 340. + + + C + + Cachalot, 599. + + -- grosse tête, 599. + + -- macrocéphale, 599. + + Callithamne granifère, 55. + + Calmars, 351, 352. + + -- de Bouyer, 366. + + -- (os de), 356. + + Calmaret vermiculaire, 352. + + Camées chinois, 308. + + Cames, 261. + + Campanulaire, 118, 120, 140. + + -- dichotome, 120. + + Canard eider, 590. + + -- macreuse, 564. + + -- sauvage, 585. + + Carpe, 493. + + Caryophyllie de Smith, 130. + + Caulerpe à feuilles de Vigne, 54. + + -- à feuilles d'If, 49. + + Céphalopodes, 351. + + -- (œufs de), 357. + + Cétacés, 593. + + Chabot, 476. + + Chat de mer, 501. + + Chauffe-soleil, 470. + + Chenille de mer, 385. + + Cheval marin, 645. + + Chevaux chenilles, 478. + + Chevrettes, 443, 447. + + Chien de mer, 470, 477. + + Cirratules, 382. + + Cirripèdes, 415. + + -- (jeunes), 420. + + -- (adultes), 420. + + Cirroteuthis de Müller, 353, 354. + + Cladostèphe verticillée, 48. + + Clavelade, 470. + + Clio boréale, 340. + + Coffre triangulaire, 473. + + Coin-coin, 479. + + Concarneau, 500. + + Conceptacle, 64, 65, 66. + + Cône damier, 332. + + -- cedonulli, 332. + + Coquette, 474. + + Corail, 145, 147. + + -- musique, 135. + + -- (spicules), 147. + + Cormorans, 575, 579. + + -- de Bougainville, 564. + + -- de Gaimard, 564. + + Cornes d'Ammon, 369. + + Cornet de postillon, 369. + + Coronules, 423. + + -- de la Baleine, 424. + + Corophie à longues cornes, 437. + + Cothurnie, 76. + + Crabe Boccace, 436. + + -- caramote, 455. + + -- commun, 432. + + -- étrille, 455. + + -- nika, 455. + + -- squinado, 455. + + -- tourteau, 439, 455. + + Crustacés, 431. + + Culcite discoïde, 218. + + + D + + Dattes de mer, 263. + + Dauphin, 609. + + Daurade, 470, 474. + + Delessérie rouge, 49. + + Dendronote arborescent, 323, 324. + + Dromie globuleuse, 463. + + + E + + Échinodermes, 224. + + -- (larves), 220. + + Éléphant marin, 645. + + Éolides, 323. + + Eolis Ferrani, 325. + + Épaulard, 611. + + -- à tête ronde, 612. + + Épinoche, 491. + + Épispore, 67. + + Eschares, 244. + + Espadon, 489. + + Esturgeon, 491, 493. + + Étoiles de mer, 210. + + -- équestre, 213. + + -- rougeâtre, 211. + + -- violette, 210. + + Eunice géante, 384. + + -- sanguine, 380, 384. + + Exocet, 483. + + + F + + Filou, 487. + + Flamant, 582. + + Flet, 470. + + Flustre, 244. + + -- foliacée, 245. + + Fou, 563. + + -- varié, 563. + + Frégate, 569. + + Fucus vésiculeux, 65, 66, 67. + + Fulmar, 562, 576, 589. + + Furculaires, 425. + + Fuseau, 330. + + + G + + Galatée striée, 229. + + Gastéropodes, 320. + + Gérardie, 127, 128. + + -- de Lamarck, 117. + + Gland de mer, 423. + + Glauque, 322. + + Gobies, 491. + + Goëlands, 553. + + -- argenté, 553, 555, 588. + + -- à manteau noir, 575. + + -- modeste, 563. + + Goëmons, 69. + + Gorgonides, 136. + + -- (spicules), 136. + + Grenadier, 470. + + Grimotée d'Urville, 434. + + -- sociale, 434. + + Grondin, 483. + + Guillemot à capuchon, 575. + + -- à miroir blanc, 575. + + -- bridé, 582. + + + H + + Haligenia, 62, 64. + + Hareng, 503. + + Harle, 558. + + Hassar, 485, 494. + + Hérisson de mer, 230. + + Hermelles, 387. + + Hexanche, 470. + + Hippocampe, 482, 491. + + Hirondelle de mer, 568, 580. + + -- à longue queue, 580. + + -- fuligineuse, 559. + + -- Pierre-garin, 565. + + Holothurie, 233. + + -- élégante, 234. + + -- frondeuse, 235. + + -- guam, 237. + + -- trépang, 236. + + -- tubuleuse, 233. + + -- (pêche), 237. + + -- (spicules), 238. + + Homards, 436, 447. + + -- jeunes, 451. + + Huître, 261, 273. + + -- commune, 284. + + -- de Cancale, 284. + + -- de Marennes, 284. + + -- d'Ostende, 284. + + -- en crête, 284. + + -- jeunes, 283. + + -- lamelleuse, 284. + + -- pelocestiou, 284. + + -- pied-de-cheval, 284. + + -- plissée, 284. + + -- rosacée, 284. + + -- verte, 294. + + Huîtrier, 438, 580. + + Huningue, 498. + + Hyale bordée, 342. + + -- tridentée, 342. + + Hydre verte, 106. + + + I + + Infusoires, 73. + + Iles à coraux, 143. + + Isis, 137, 151. + + + J + + Janthine, 329. + + -- commune, 329, 346. + + Jarretière, 474. + + + L + + Lagoncule rampante, 242. + + Laitue de mer, 53. + + Laminaires, 55. + + Laminaria digitata, 36. + + -- saccharina, 36. + + Langouste, 447. + + -- jeune, 450. + + Lanterne d'Aristote, 227. + + Lapadelles, 428. + + Laurencie pinnatifide, 48. + + Lessonia, 62. + + Lessonia fuscescens, pl. III, fig. 7, 36. + + -- ovata, pl. III, fig. 8, 36. + + Licorne de mer, 615. + + Lièvre de mer, 320. + + Limace, 322. + + -- agreste, 337. + + Lime, 263. + + Littorine, 330. + + Lizzia de Kölliker, 187. + + Loup de mer, 478. + + -- marin, 636. + + Loutre de mer, 653. + + -- enhydre, 654. + + Lucernaire campanule, 181. + + Luidies, 211. + + -- ciliaire, 215. + + + M + + Macareux moine, 575, 577. + + Macrocystis Humboldtii, pl. III, fig. 6, 36. + + -- luxurians, pl. III, fig. 9, 36. + + Madrépores, 129. + + Malarmat cuirassé, 470. + + Manches de couteau, 263. + + Manchot, 562, 566. + + -- de Patagonie, 567. + + Maquereau, 474, 493. + + Marsouin, 609. + + Marteau maillet, 472. + + Méandrines, 131. + + Méduses, 39, 183. + + -- aux beaux cheveux, 185. + + -- brune tachetée, 187. + + -- croisée, 183. + + -- de Gaudichaud, 184. + + -- (larves), 192. + + Mélite, 151. + + Mer de lait, 37. + + -- de neige, 37. + + Modiole, 265. + + -- lithophage, 262. + + Mollusques, 39. + + -- Acéphales, 257. + + Mollusques Agrégés, 247. + + Monade, 77. + + Monocentre du Japon, 473. + + Morse, 645. + + Morue, 521. + + Mouette argentée, 575. + + -- à pieds bleus, 576. + + -- à trois doigts, 575, 576. + + Moules, 265, 297. + + Muge, 470. + + -- à grosses lèvres, 493. + + Myrionema, 62. + + Mytiliculture, 301. + + + N + + Nacre, 305. + + Narwal, 615, 616. + + Natice mille points, 330. + + Nautile, 366. + + -- commun, 367. + + Nephthys, 384. + + Néréides, 39. + + -- à deux lignes, 463. + + Néréocystées, 57. + + Nérites, 326. + + -- polie, 336. + + Noctiluque miliaire, 37. + + Nonnats, 519. + + Nordcaper, 620. + + + O + + Océanie, 190. + + Octospore, 65, 67. + + Œufs de Bulla cornea, pl. XIX, fig. 7, 340. + + Oie de mer, 609. + + Oiseaux de mer, 551. + + -- (développement), pl. XXXI, 584. + + Oiseaux de tempête, 556. + + -- maritimes ordinaires, 553. + + -- nageurs, 553. + + -- riverains, 553. + + -- voiliers, 553. + + Olive du Pérou, 331. + + Ombellulaire, 163. + + Ophidiaster miliaris, 217. + + Ophiures, 218. + + Orbe, 482. + + -- arbre épineux, 488. + + Oreille de mer iris, 306, 317. + + Orque, 611. + + Oscillatoire, 41. + + Ostiole, 65. + + Ostréiculture, 289, 290. + + Otaries, pl. XXXIII, 642. + + Ours blanc, 661, pl. XXXV, 662. + + -- polaire, 661. + + Oursin, 223. + + -- comestible, 223, 231. + + -- granuleux, 231. + + -- livide, 226, 231. + + -- mamelonné, 224. + + -- melon, 231. + + Oxybate de Brandes, 218. + + + P + + Padine paon, 49. + + Paille-en-queue, 570, 572. + + Patelle, 328, 330. + + Palmier marin, 220. + + Palmipèdes, 551. + + Pandore, 261. + + Paramécie, 79. + + Pastenague, 470, 487. + + Pégase volant, 492. + + Pèlerines, 263. + + Pélican, 559, 565. + + Pélican blanc, 560. + + -- thagus, 564. + + Pennatule épineuse, 160. + + -- (ses polypes), 161. + + Pentacrine d'Europe, 221. + + Périspore, 67. + + Perles, 305, 307. + + -- chinoises, 308. + + Perroquet de mer, 575. + + Pétoncle, 267. + + Pétrel, 553, 562. + + -- damier, 566, 568. + + Pétricole, 263. + + Phaéton, 570. + + Phanérobranche à chevrons, pl. XIX, fig. 2, 340. + + -- doriforme, pl. XIX, fig. 1, 340. + + Phéosporées, 62. + + Pholade, 263, 264. + + -- datte, 40. + + Phoque, 635. + + -- capuchonné, 641. + + -- commun, 636. + + -- de Gmelin, 641. + + -- de Müller, 641. + + -- de Schreber, 641. + + -- otarie, 641. + + Phosphorescence, 36. + + Phyllangia americana, pl. X, fig. 3, 168. + + Phyllodoce lamelleuse, 380. + + Phyllosome, 450. + + Pingouin, 562, 565, 575. + + -- commun, 565. + + -- brachyptère, 581. + + -- (grand), 581. + + Pinne, 265, 267. + + -- marine, 317. + + Pinnothère, 464. + + Pisciculture, 495. + + Plagiure, 596. + + Planaire, 410. + + Planorbe, 391. + + Plie, 493. + + Plocamie plumeuse, 50. + + Plongeon imbrim, 582. + + Plume de mer, 159. + + Pluvier à collier, 585. + + Poissons, 469. + + -- (développement), pl. XXVII, 492. + + Poisson chirurgien, 490. + + -- docteur, 490. + + -- volants, pl. XXVI, 470. + + Polycère, pl. XIX, fig. 3, 340. + + -- pl. XIX, fig. 4, 340. + + -- pl. XIX, fig. 6, 340. + + Polypes, 107. + + -- d'eau douce, 106. + + -- de la mer, 113. + + Polypiers, 43, 115. + + -- Actiniaires, 118, 123. + + -- Alcyonaires, 134. + + -- Hydraires, 118. + + Pontobdelle, 398. + + Porcelaine, 332. + + -- cervine, 332. + + -- orange, 332. + + Porcellane large pince, 443. + + Poritide, 132. + + Porpite, 191. + + Poulpe, 351. + + Pourpre, 343. + + -- bouche de sang, 344, 349. + + -- teinture, 334, 345, 349. + + Ptérocère orangée, 331. + + Ptéropodes, 340. + + Puffin, 576. + + Pyrosome, 252. + + + R + + Raie, 478, 487. + + Rascasse, 483, 487. + + Rémore, 485. + + Requin, 475, 495. + + Revés, 547. + + Rocher, 345. + + -- droite épine, 345. + + -- fascié, 345, 350. + + -- hérisson, 345, 350. + + -- petite massue, 345, 350. + + Rorqual, 626. + + Rotifères, 425. + + -- commun, 429. + + Rouget, 474, 493. + + + S + + Sabelle fasciculaire, pl. XXI, fig. 8, 386. + + -- perforante, pl. XXI, fig. 7, 386. + + -- triangulaire, pl. XXI, fig. 9, 386. + + -- unispirale, pl. XXII, 388. + + Sagartia coccinea, pl. X, fig. 2, 168. + + -- chrysosplenium, pl. X, fig. 17, 168. + + -- rosea, pl. X, fig. 7, 10 et 13, 168. + + -- sphyrodeta, pl. X, fig. 8 et 9, 168. + + -- venusta, pl. X, fig. 14, 168. + + -- viduata, pl. X, fig. 6, 168. + + Salicoques, 455. + + Salpe, 253. + + Sangsues de mer, 397. + + -- (anatomie), 407. + + -- dragon, 406. + + Sardine, 513. + + -- (pêche de la), pl. XXIX, 518. + + Sargasses, 52. + + Saumon, 492. + + Saxicave, 263. + + Scalaire précieuse, 332. + + Scie, 489. + + Scorpène de l'île de France, 471. + + Scyllée, 322. + + Scyllée pélagique, 322. + + Sèches, 351. + + -- élégante, 355. + + -- (œufs), 358. + + -- (os), 356. + + Sennal, 483. + + -- sur un palmier, 484. + + Serpules, 388. + + -- étoilée, 389. + + -- géante, 389. + + Sertulaires, 121. + + -- argentée, 123. + + Sertularia falcata, 123. + + Sertularia pumila, 138. + + Sey, 505. + + Sole, 493. + + Solen, 263. + + Soufflet, 487. + + Souffleur, 596. + + Sphærozoum ovodimare, 93. + + -- italicum, pl. VI, fig. 6, 94. + + Spirorbe nautiloïde, 391. + + Sporanges, 64. + + Spores, 61, 64. + + Stercoraire parasite, 558, 570, 592. + + Stolephorus Risso, 519. + + Stylifère, 225. + + Sucet, 486, 547, 548. + + Synapte de Duvernoy, 238. + + Syncorines, 140. + + + T + + Tadorne, 578. + + Ténia, 408. + + Tambour, 479. + + Taret, 268. + + -- commun, 269. + + Télescope, 470. + + Telline, 261, 267. + + -- élégante, 262. + + Térébelles, 391. + + -- Amphitrite, 395. + + -- Amphitrite éventail, 396. + + -- coquillière, 393. + + -- Emmaline, 394, pl. XXI, fig. 1, 386. + + -- tisserand, 394. + + Térébratule tête de serpent, pl. VIII, fig. 8, 144. + + Tête de Méduse, 220. + + Tétraspore, 61. + + Thalassiophyllum, 47. + + Thécidie de la Méditerranée, pl. VIII, fig. 7, 144. + + Thon, 479, 529. + + Torpille, 490. + + Tortue de mer, 537. + + -- Caouane, 539. + + -- caret, 539. + + -- franche, 539. + + -- Midas, 539. + + Trichodesmie rouge, 45. + + -- d'Ehrenberg, 45. + + Tridacne, 261. + + -- gigantesque, 266. + + Trigle, 483. + + -- milan, 484. + + Tritonie, 321. + + Tubicinelles, 423. + + -- de la Baleine, 424. + + Tubiporides, 135. + + Tubulaires, 118, 119. + + -- chalumeau, 118. + + -- rameuse, 119. + + Turbo rugueux, 334. + + Turbot, 306, 493, 502. + + Turris négligée, 186. + + + U + + Ulve, 52. + + Unité de composition, 372. + + + V + + Vache marine, 645. + + Varec à siliques, 70. + + -- dentelé, 70. + + -- porte-baies, 51. + + -- porte-poire, 56. + + -- turbiné, 54. + + Veau marin, 636. + + Vénus, 261. + + Vermilies sociales, pl. XXI, fig. 6, 386. + + Vieille, 479. + + Vignot commun, 333, 335. + + Virgulaire, 163. + + Volvoce, 80. + + + Z + + Zées, 474. + + Zoanthaires, 123. + + Zoanthes, 123. + + -- des Moluques, 123. + + Zoé, 445. + + Zoonites, 405. + + Zoospores, 61, 62, 63. + + Zostéracées, 71. + + Zostères marines, 71. + +[Illustration] + + +Paris.--Imprimerie de E. MARTINET, rue Mignon, 2 + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MONDE DE LA MER *** + +Updated editions will replace the previous one--the old editions will +be renamed. + +Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright +law means that no one owns a United States copyright in these works, +so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the +United States without permission and without paying copyright +royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part +of this license, apply to copying and distributing Project +Gutenberg™ electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG™ +concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, +and may not be used if you charge for an eBook, except by following +the terms of the trademark license, including paying royalties for use +of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for +copies of this eBook, complying with the trademark license is very +easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation +of derivative works, reports, performances and research. Project +Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may +do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected +by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark +license, especially commercial redistribution. + +START: FULL LICENSE + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase “Project +Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full +Project Gutenberg™ License available with this file or online at +www.gutenberg.org/license. + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project +Gutenberg™ electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg™ +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or +destroy all copies of Project Gutenberg™ electronic works in your +possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a +Project Gutenberg™ electronic work and you do not agree to be bound +by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the +person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph +1.E.8. + +1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg™ electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg™ electronic works if you follow the terms of this +agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg™ +electronic works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the +Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection +of Project Gutenberg™ electronic works. Nearly all the individual +works in the collection are in the public domain in the United +States. If an individual work is unprotected by copyright law in the +United States and you are located in the United States, we do not +claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, +displaying or creating derivative works based on the work as long as +all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope +that you will support the Project Gutenberg™ mission of promoting +free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg™ +works in compliance with the terms of this agreement for keeping the +Project Gutenberg™ name associated with the work. You can easily +comply with the terms of this agreement by keeping this work in the +same format with its attached full Project Gutenberg™ License when +you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are +in a constant state of change. If you are outside the United States, +check the laws of your country in addition to the terms of this +agreement before downloading, copying, displaying, performing, +distributing or creating derivative works based on this work or any +other Project Gutenberg™ work. The Foundation makes no +representations concerning the copyright status of any work in any +country other than the United States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other +immediate access to, the full Project Gutenberg™ License must appear +prominently whenever any copy of a Project Gutenberg™ work (any work +on which the phrase “Project Gutenberg” appears, or with which the +phrase “Project Gutenberg” is associated) is accessed, displayed, +performed, viewed, copied or distributed: + + This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and + most other parts of the world at no cost and with almost no + restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it + under the terms of the Project Gutenberg License included with this + eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the + United States, you will have to check the laws of the country where + you are located before using this eBook. + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is +derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not +contain a notice indicating that it is posted with permission of the +copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in +the United States without paying any fees or charges. If you are +redistributing or providing access to a work with the phrase “Project +Gutenberg” associated with or appearing on the work, you must comply +either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or +obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg™ +trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any +additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms +will be linked to the Project Gutenberg™ License for all works +posted with the permission of the copyright holder found at the +beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg™ +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg™. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg™ License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including +any word processing or hypertext form. However, if you provide access +to or distribute copies of a Project Gutenberg™ work in a format +other than “Plain Vanilla ASCII” or other format used in the official +version posted on the official Project Gutenberg™ website +(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense +to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means +of obtaining a copy upon request, of the work in its original “Plain +Vanilla ASCII” or other form. Any alternate format must include the +full Project Gutenberg™ License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg™ works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg™ electronic works +provided that: + +• You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg™ works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed + to the owner of the Project Gutenberg™ trademark, but he has + agreed to donate royalties under this paragraph to the Project + Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid + within 60 days following each date on which you prepare (or are + legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty + payments should be clearly marked as such and sent to the Project + Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in + Section 4, “Information about donations to the Project Gutenberg + Literary Archive Foundation.” + +• You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg™ + License. You must require such a user to return or destroy all + copies of the works possessed in a physical medium and discontinue + all use of and all access to other copies of Project Gutenberg™ + works. + +• You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of + any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days of + receipt of the work. + +• You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg™ works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project +Gutenberg™ electronic work or group of works on different terms than +are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing +from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of +the Project Gutenberg™ trademark. Contact the Foundation as set +forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +works not protected by U.S. copyright law in creating the Project +Gutenberg™ collection. Despite these efforts, Project Gutenberg™ +electronic works, and the medium on which they may be stored, may +contain “Defects,” such as, but not limited to, incomplete, inaccurate +or corrupt data, transcription errors, a copyright or other +intellectual property infringement, a defective or damaged disk or +other medium, a computer virus, or computer codes that damage or +cannot be read by your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the “Right +of Replacement or Refund” described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg™ trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg™ electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium +with your written explanation. The person or entity that provided you +with the defective work may elect to provide a replacement copy in +lieu of a refund. If you received the work electronically, the person +or entity providing it to you may choose to give you a second +opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If +the second copy is also defective, you may demand a refund in writing +without further opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you “AS-IS”, WITH NO +OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT +LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of +damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement +violates the law of the state applicable to this agreement, the +agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or +limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or +unenforceability of any provision of this agreement shall not void the +remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in +accordance with this agreement, and any volunteers associated with the +production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ +electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, +including legal fees, that arise directly or indirectly from any of +the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this +or any Project Gutenberg™ work, (b) alteration, modification, or +additions or deletions to any Project Gutenberg™ work, and (c) any +Defect you cause. + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg™ + +Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of +computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It +exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations +from people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™'s +goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg™ and future +generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see +Sections 3 and 4 and the Foundation information page at +www.gutenberg.org + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by +U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West, +Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up +to date contact information can be found at the Foundation's website +and official page at www.gutenberg.org/contact + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without +widespread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine-readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To SEND +DONATIONS or determine the status of compliance for any particular +state visit www.gutenberg.org/donate + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. To +donate, please visit: www.gutenberg.org/donate + +Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project +Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be +freely shared with anyone. For forty years, he produced and +distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of +volunteer support. + +Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in +the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not +necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper +edition. + +Most people start at our website which has the main PG search +facility: www.gutenberg.org + +This website includes information about Project Gutenberg™, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/69872-0.zip b/old/69872-0.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3006239 --- /dev/null +++ b/old/69872-0.zip diff --git a/old/69872-h.zip b/old/69872-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..228d205 --- /dev/null +++ b/old/69872-h.zip diff --git a/old/69872-h/69872-h.htm b/old/69872-h/69872-h.htm new file mode 100644 index 0000000..a3187e9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/69872-h.htm @@ -0,0 +1,24396 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=utf-8" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title>The Project Gutenberg EBook of Le monde de la mer by Alfred Frédol</title> + <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" /> + + <style type="text/css"> + +/* Typographie */ +body {margin-left: 15%; margin-right: 15%; width: 38em;} + + +.texte {width: 38em;} +.x-ebookmaker texte {max-width: 38em;} + +p {text-align: justify; text-indent: 1.5em; margin-top: 0.75em; margin-bottom: 0.75em;} + +/* headings centered */ +h1, h2 {text-align: center;} + +h1 {font-size: 3em; line-height: 1.2em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.1em; +margin-top: 1.5em; margin-bottom: 1em;} + +h2 {font-size: 2em; line-height: 1.4em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0em; +word-spacing: 0.2em; margin-top: 2em; margin-bottom: 1em;} + +.h2line2 {font-size: 0.65em; word-spacing: 0.3em; page-break-before: avoid;} + +.h2notes {font-size: 1em; page-break-before: avoid;} + +.h2note_lecteur {text-align: left; font-size: 1em; font-family: sans-serif; margin-left: 3em; +page-break-before: avoid;} + +.nobreak {page-break-before: avoid;} +.x-ebookmaker .nobreak {page-break-before: avoid;} + +/* lines */ +hr.full {width: 100%; margin: 5em auto 5em auto; height: 0.25em; +border-width: 0.25em 0em 0em 0em; border-style: solid; border-color: #000000; +clear: both;} + +hr.chap {width: 30%; margin: 2em 35% 0em 35%; border-color: #A9A9A9; +border-style: solid; clear: both;} + +hr.small3 {margin: 0em 45% 2em 45%; border-color: #000000; border-style: solid; +clear: both;} + +hr.small3a {margin: 2em 42% 1em 42%; border-color:#879bbb; border-style: solid; +clear: both;} + +hr.small3b {margin: 1em 42% 2em 42%; border-color:#879bbb; border-style: solid; +clear: both;} + +/* titre*/ +.titlepage {text-align: center; margin-top: 4em; page-break-before: always; +page-break-after: always;} +.x-ebookmaker .titlepage {page-break-before: always; page-break-after: always;} + +.title1 {font-size: 3em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em; margin-top: 2em;} + +.title2 {font-size: 4em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.15em; +text-align: center; text-indent: 0em; margin-top: -0.3em;} + +.title3 {font-size: 1.4em; letter-spacing: 0.05em; word-spacing: 0.3em; text-align: center; +margin-bottom: 1em; text-indent: 0em;} + +.title4 {font-size: 1em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.1em; +text-align: center; text-indent: 0em;} + +.title5a {font-size: 1.2em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em;} +.title5b {font-size: 0.9em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em;} +.title5c {font-size: 0.7em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em;} + +.title6a {font-size: 1.4em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em;} + +.title6b {font-size: 1.4em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em;} + +.title6c {font-size: 1em; font-weight: lighter; letter-spacing: 0.05em; +text-align: center; text-indent: 0em;} + +/* chapitres et sous-chapitres */ +div.chapter {page-break-before: always;} + +.souschapitre {font-size: 1em; text-align: center; text-indent: 0em; +letter-spacing: 0.05em; word-spacing: 0.2em; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em;} + +/* codes de base */ +.smcap {font-variant: small-caps; font-size: 85%;} +sup {font-size: 70%; vertical-align: 30%;} + +.small70 {font-size: 0.7em;} +.big140 {font-size: 1.4em;} + +.center {text-align: center; text-indent: 0em;} +.right {text-align: right;} + +.right2 {text-align: right; margin-top: 0em;} +.br {margin-top: 1.5em;} +.br2 {margin-top: 3em;} +.noindent {text-indent: 0em;} +.hidden {display: none; visibility: hidden;} + +.margintop4 {margin-top: 4em;} +.marginright4 {margin-right: 4em;} +.marginleftminus2 {margin-left: -2em;} +.marginleft2 {margin-left: 2em;} +.marginleft4 {margin-left: 4em;} +.marginleft6 {margin-left: 6em;} + +/* letters */ +.ldate {text-align: left; margin: 1em auto 1em 0.5em;} +.rsignature {text-align: right; margin: 1em 4em 1em auto;} + +.epigraph1 {margin: 1em 1em 1em 17em;} +.epigraph2 {text-align : left; display: inline-block; margin: -1em 1em 1em 17em;} +.epigraph3 {text-align : left; display: inline-block; margin: 1em 1em 1em 15em;} +.auteur {text-align: right; margin-right: 3em;} + + /* poems */ +.cpoesie {text-align: center;} +.x-ebookmaker .cpoesie {text-align: center;} +.poem {text-align : left; display: inline-block; margin-left: 0%; margin-right: 0%;} +.poem span.i0 {margin-left: 0em;} +.poem span.i2 {margin-left: 1em;} +.poem span.i4 {margin-left: 2em;} +.poem span.i8 {margin-left: 4em;} +.poem span.i10 {margin-left: 5em;} +.poem span.i24 {margin-left: 12em;} + +/* images */ +img {margin: 0em; page-break-inside: avoid; max-width: 100%; height: auto;} + +.figcenter1 {margin: 1em auto 0em auto; text-align: center; text-indent: 0;} /* top chapter */ +.x-ebookmaker .figcenter1 {margin: 0em auto; text-align: center; text-indent: 0em;} + +.figcenter2 {margin: 2em auto 2em auto; text-align: center; text-indent: 0em;} /* middle */ +.x-ebookmaker .figcenter2 {margin: 0em auto; text-align: center; text-indent: 0em;} + +.figcenter3 {margin: 2em auto 4em auto; text-align: center; text-indent: 0em;} /* end chapter */ +.x-ebookmaker .figcenter3 {margin: 0em auto; text-align: center; text-indent: 0em;} + +.caption {text-align: center; margin: 0em auto 1em auto; font-size: 0.9em; color: #7d8489; text-indent: 0em;} +.x-ebookmaker .caption {text-align: center; margin: -0.9em auto 0em auto; font-size: 1em; color: #6d5541; text-indent: 0em;} + +/* tables */ +table {margin: 1.25em auto; width: auto;} +.x-ebookmaker table {width: auto;} + +.tdlbl {text-align: left; vertical-align: baseline; padding-right: 0.5em;} +.tdlbl2 {text-align: left; vertical-align: baseline; padding-right: 1em;} +.tdc {text-align: center; line-height: 0.1em; vertical-align: top;} + +.tdrb {text-align: right; vertical-align: bottom; padding-left: 1em;} +.tdrb2 {text-align: right; vertical-align: bottom; padding-right: 3em; padding-left: 1em;} + +/* page numbers */ +.pagenum {position: absolute; left: 5%; font-size: 90%; +font-weight: normal; font-style: normal; text-align: right; +color: #C0C0C0; background-color: inherit;} + +/* index */ +ul {list-style-type: none;} +li {margin: 0.15em auto;} + +/* Notes */ +.footnotes {clear: both; padding: 1em; margin: 4em auto; border: solid 1px #ccc;} +.x-ebookmaker .footnotes {page-break-before: always; page-break-after: always; page-break-inside: avoid;} + +.fnanchor {vertical-align: super; font-size: 0.8em; +text-decoration: none; font-style: normal;} + +.label {text-align: right; font-size: 0.8em; position: relative; right: 1em;} + +a {color:#879bbb; text-decoration: none;} + +/* note au lecteur */ +.tnote {padding: 5px 5px 5px 5px; font-family: sans-serif; font-size: 80%; border: solid 1px #ccc; +color: #000000; background-color: #F5F5F5; margin: 4em 20%;} +.fontnote {font-family: sans-serif; margin-right: 1em; margin-left: 1em;} + + </style> + </head> + <body> +<div lang='en' xml:lang='en'> +<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>Le monde de la mer</span>, by Alfred Frédol</p> +<div style='display:block; margin:1em 0'> +This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and +most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions +whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms +of the Project Gutenberg License included with this eBook or online +at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you +are not located in the United States, you will have to check the laws of the +country where you are located before using this eBook. +</div> +</div> + +<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>Le monde de la mer</span></p> +<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Alfred Frédol</p> +<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: January 24, 2023 [eBook #69872]</p> +<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p> + <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Claudine Corbasson and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive)</p> +<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>LE MONDE DE LA MER</span> ***</div> + +<hr class="full" /> + +<div class="texte"> + <div class="figcenter3 x-ebookmaker-drop" style="width: 403px;"> + <img src="images/couverture.jpg" alt="" width="403" height="600" /> + </div> + + <p><a href="#note_au_lecteur">Au lecteur</a></p> + + <p><a href="#notes">Notes</a></p> + + <p><a href="#table_des_matieres">Table des chapitres</a> — <a href="#table_alpha">Table alphabétique</a> — <a href="#table_des_planches">Table des planches</a> — <a href="#table_des_figures">Table des figures</a></p> + + <h1><span class="small70">LE MONDE</span><br /> + DE LA MER</h1> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <p class="center br2">Paris.—Imprimerie de <span class="smcap">E. Martinet</span>, rue Mignon, 2.</p> + + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_II">II</span></p> + + <div class="figcenter2 br2" id="pl-XIII" style="width: 375px;"> + <img src="images/frontispice.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-frontispice.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <span class="pagenum hidden" id="Page_III">III</span> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="titlepage"> + <p class="title1">LE MONDE</p> + <p class="title2">DE LA MER</p> + + <p class="center smcap">PAR</p> + + <p class="title3">ALFRED FRÉDOL</p> + <p class="title4">ILLUSTRÉ</p> + <p class="title5a">DE 22 PLANCHES TIRÉES EN COULEUR</p> + <p class="title5b">DE 14 PLANCHES EN NOIR TIRÉES A PART</p> + <p class="title5c">ET DE 320 VIGNETTES INTERCALÉES DANS LE TEXTE</p> + + <hr class="small3a" /> + + <p class="center">DEUXIÈME ÉDITION</p> + + <hr class="small3b" /> + + <p class="title6a">PARIS</p> + <p class="title6b">LIBRAIRIE DE L. HACHETTE et C<sup>ie</sup></p> + <p class="title6c">BOULEVARD SAINT-GERMAIN, N<sup>o</sup> 77</p> + <p class="center big140">1866</p> + + <p class="center">Droit de traduction réservé.</p> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_V">V</span></p> + + <div class="figcenter1" id="ch_a" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">PRÉFACE<br /> + <span class="h2line2">DE LA PREMIÈRE ÉDITION.</span></h2> + </div> + + <p>Le <i>Monde de la mer</i> est l’œuvre posthume d’un savant dont la + carrière a été consacrée aux plus sérieuses spéculations de la science.</p> + + <p>L’auteur s’est proposé, comme délassement à ses travaux, d’initier le + plus grand nombre à la science qu’il cultivait avec amour et qui fut la + grande passion de sa vie. Il a rassemblé, dans une histoire naturelle + sans nomenclature barbare, sans prétention scientifique, sans anatomie + repoussante, un nombre considérable de faits intéressants et d’aperçus + nouveaux.</p> + + <p>Frappé d’admiration à la vue du tableau grandiose de l’Océan, touché du + magique spectacle de la vie <span class="pagenum" style="font-size: 0.8em;" id="Page_VI">VI</span> des eaux, l’auteur peint le monde de + la mer dans son luxe et ses agitations.</p> + + <p>Il décrit les êtres avec originalité et poésie; il expose leurs + développements et leurs métamorphoses, leurs ruses et leurs industries, + leurs combats et leurs amours; il insiste sur les produits de la mer, + sur l’abondance de ses fruits, sur l’utilité de sa culture; parfois il + descend dans la description des organismes, et fait «admirer, et la + magnificence de l’Exécution, et la simplicité du Dessin».</p> + + <p>La mort a surpris l’auteur alors que ce livre était presque terminé. Sa + famille s’est fait un pieux devoir de le publier tel qu’il l’a laissé, + et de respecter, à tous égards, ses dernières volontés. Le <i>Monde de + la mer</i> a paru sous le pseudonyme d’<span class="smcap">A. Frédol</span>, l’auteur du + <i>Noyer de Maguelonne</i>, des <i>Jujubes de Montpellier</i>, etc.</p> + + <p>Des savants distingués, des amis, ont obligeamment contribué au + <i>Monde de la mer</i>. MM. C. Vogt, de Genève; Is. Geoffroy + Saint-Hilaire, Coste, de Quatrefages, E. Blanchard, Deshayes, + Lacaze-Duthiers; P. H. Gosse, d’Angleterre; Sabin Berthelot, des + îles Canaries; Aug. Duméril, Gerbe, Lespés, Auzias-Turenne....., ont + communiqué des notes curieuses <span class="pagenum" style="font-size: 0.8em;" id="Page_VII">VII</span> ou importantes, et des dessins + inédits d’animaux parfois inconnus.</p> + + <p>M. Gudin et M. Biard ont bien voulu permettre la reproduction de leurs + tableaux de la <i>Mer calme</i>, de la <i>Mer agitée</i> et de la + <i>Chasse aux Morses</i>.</p> + + <p>Que ces savants et ces artistes reçoivent l’expression d’une gratitude + que l’auteur eût été heureux de leur témoigner lui-même.</p> + + <p class="ldate">Paris, novembre 1864.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_IX">IX</span></p> + + <div class="figcenter1" id="ch_b" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">AVERTISSEMENT<br /> + <span class="h2line2">DE LA DEUXIÈME ÉDITION.</span></h2> + </div> + + <p>L’accueil fait au <i>Monde de la mer</i> nous engage à publier + aujourd’hui cette seconde édition, que nous avons cru devoir enrichir + des conquêtes nouvelles de la science et des progrès récents de la + culture des eaux.</p> + + <p>Un long séjour sur les bords de la mer, dans les laboratoires de + Concarneau, nous a permis d’ajouter des observations nouvelles, et de + donner, d’après nature, un plus grand nombre de dessins.</p> + + <p>L’ouvrage est en outre augmenté d’un aperçu du développement des êtres; + on peut suivre dans une série de planches les phases successives de + leur formation.</p> + + <p><span class="pagenum" style="font-size: 0.8em;" id="Page_X">X</span></p> + + <p>Les savants et les amis qui s’étaient intéressés à la première édition + du <i>Monde de la mer</i> ont bien voulu continuer leur précieux + concours.</p> + + <p>Nous devons surtout des remercîments à MM. Coste, Milne Edwards, + Gratiolet, Lacaze-Duthiers, Charles Robin, Gerbe, Lespés, L. + Hautefeuille, Sabin Berthelot, Balestrier, qui nous ont aidé de leur + science et de leurs découvertes, et ont mis à notre disposition des + dessins originaux.</p> + + <p>Puisse le lecteur retrouver dans ce tableau de la vie des eaux un peu + du coloris du Modèle!</p> + + <p class="rsignature">OLIVIER FRÉDOL.</p> + + <p class="ldate">Concarneau, septembre 1865.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_1">1</span></p> + + <div class="figcenter1" id="ch_1" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE PREMIER<br /> + <span class="h2line2">CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Il nomma aussi l’amas des eaux, <i>mers</i>;<br /> + et Dieu vit que cela étoit bon.»</p> + + <p class="auteur">(<i>Genèse.</i>)</p> + + <p class="marginright4" xml:lang="el" lang="el">Ἄριστον μὲν ὕδωρ</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Pindare.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Tout le monde sait que la mer couvre à peu près les deux tiers de la + surface de la terre. Voici le calcul exact donné par les savants. + La surface de la terre est évaluée à 5 098 857 myriamètres carrés. + La partie occupée par les eaux est de 3 832 558 myriamètres carrés + environ, et celle qui compose les continents et les îles, de 1 266 299. + D’où il suit que la surface baignée est à la surface non baignée comme + 3,8 est à 1,2. Par conséquent, l’eau recouvre un peu plus des sept + dixièmes ou un peu moins des trois quarts de la surface entière.</p> + + <p>A la surface du globe, l’eau est la généralité, la terre est + l’exception. (Michelet.)</p> + + <p>Ce volume d’eau est divisé par les géographes en cinq grands océans: + le <i>Glacial arctique</i>, l’<i>Atlantique</i>, l’<i>Indien</i>, le + <i>Pacifique</i> et le <i>Glacial antarctique</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_2">2</span></p> + + <p>L’océan Glacial arctique s’étend depuis le pôle jusqu’au cercle + polaire; il est situé entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique.</p> + + <p>L’océan Atlantique commence au cercle polaire arctique et arrive + jusqu’au cap Horn. Il est situé entre l’Amérique, l’Europe et + l’Afrique. Il présente une longueur d’environ 9000 milles, sur une + largeur moyenne de 2700. Il couvre une surface de 25 millions de milles + carrés. Il est situé entre l’ancien et le nouveau monde. Au delà du + cap des Tempêtes, il n’est plus séparé que par une ligne imaginaire + des vastes mers du Sud, immenses plaines où prennent naissance les + ondes qui sont la principale source des marées, et qui se propagent en + grandes vagues à travers l’Atlantique. (Maury.)</p> + + <p>L’océan Indien est borné au nord par l’Asie, à l’ouest par l’Afrique, + et à l’est par la presqu’île de Malacca, les îles de la Sonde et + l’Australie.</p> + + <p>L’océan Pacifique, ou grand Océan, s’étend du nord au sud, depuis + le cercle polaire arctique jusqu’au cercle polaire antarctique. Il + est borné d’un côté par l’Asie, les îles de la Sonde et l’Australie, + et de l’autre par l’Amérique. Cet océan contraste d’une manière + frappante avec l’Atlantique. L’un a sa plus grande dimension nord et + sud; l’autre, est et ouest. Les courants du premier sont larges et + lents; ceux du second, étroits et rapides. Les marées de celui-ci sont + très-basses; celles de celui-là, très-hautes. Si l’on représente le + volume des eaux pluviales qui tombent dans le Pacifique par 1, celui + que reçoit l’Atlantique sera représenté par un cinquième. L’océan + Pacifique est la plus tranquille des mers; l’océan Atlantique est la + plus orageuse.</p> + + <p>L’océan Glacial antarctique s’étend depuis le cercle polaire + antarctique jusqu’au pôle austral.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-I" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-002bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-002bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Il est remarquable qu’une moitié du globe soit entièrement <span class="pagenum" id="Page_3">3</span> + couverte d’eau, tandis que l’autre contient moins d’eau que de + terre. De plus, la distribution des mers et des terres est encore + très-inégale, si, en faisant abstraction de la forme des bassins + océaniques, on compare les hémisphères séparés par l’équateur, et les + moitiés boréale et australe du globe.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-003" style="width: 482px;"> + <img src="images/page-003.jpg" alt="" width="482" height="453" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-003.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Les océans communiquent avec les continents et les îles par des + <i>côtes</i>, lesquelles sont dites <i>escarpées</i>, quand un sol + de roche s’étend et arrive brusquement jusqu’aux rivages, comme en + Bretagne, en Norvége et en Écosse. Dans ce genre de côtes, certaines + sont dentelées, c’est-à-dire ceintes de rochers, soit au-dessus, soit + au-dessous de l’eau, formant souvent des labyrinthes d’îles. D’autres + s’enfoncent tout d’un coup, laissent la mer libre, et produisent des + <i>falaises</i>: telles sont les côtes de la Manche. Les côtes sont + dites <i>basses</i>, quand elles sont formées par des terrains argileux + <span class="pagenum" id="Page_4">4</span> et mous qui s’abaissent en pentes douces. On en distingue de deux + sortes, celles par collines et celles par dunes.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Quelle est la profondeur de la mer? Il est bien difficile de répondre + exactement à cette question, à cause des grandes difficultés qu’on + rencontre dans les sondages, déterminées par les déviations des + courants sous-marins.</p> + + <p>Laplace a trouvé, par des considérations astronomiques, que la + profondeur moyenne de l’Océan ne peut pas dépasser 3000 mètres. + Humboldt admet le même chiffre. Le docteur Young attribue à l’océan + Atlantique une profondeur moyenne d’environ 1000 mètres, et à l’océan + Pacifique une profondeur de 4000.</p> + + <p>Dupetit-Thouars, pendant son voyage scientifique sur la frégate <i>la + Vénus</i>, a exécuté deux sondages très-remarquables. L’un, dans + le grand Océan méridional, n’a pas donné de fond à 2411 brasses, + c’est-à-dire à un peu moins de 4000 mètres; le second, dans le grand + Océan équinoxial, a indiqué un fond à 3790.</p> + + <p>Dans la dernière expédition à la recherche d’un passage au pôle + nord-ouest, le capitaine Ross n’a pu, par 76° et 77° de latitude nord, + rencontrer le fond à une profondeur de 9143 mètres.</p> + + <p>Le lieutenant américain Walsh a trouvé, non loin des côtes des + États-Unis, une profondeur de 10 424 mètres: c’est la plus grande que + l’on connaisse; elle est supérieure à la hauteur des sommets les plus + élevés de l’Inde et de l’Amérique.</p> + + <p>La profondeur de la Méditerranée n’est pas considérable. Entre + Gibraltar et Ceuta, le capitaine Smith a compté 1740 mètres, et + seulement de 915 à 293 dans les parties <span class="pagenum" id="Page_5">5</span> les plus resserrées du + détroit. Près de Nice, Saussure a rencontré le fond à 990 mètres. On + dit que ce fond est moins bas dans la mer Adriatique, et qu’il n’arrive + qu’à 44 mètres entre les côtes de la Dalmatie et l’embouchure du Pô.</p> + + <p>La mer Baltique est une des mers les moins profondes du globe. Son + maximum ne dépasse pas 200 mètres.</p> + + <p>Le fond de la mer paraît avoir des inégalités semblables à celles + qu’on observe à la surface des continents. Il y a des montagnes et des + vallées, des collines et des plaines.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Quelques auteurs ont calculé que toutes les eaux de la mer réunies + formeraient une sphère de 50 à 60 lieues de diamètre, et, en supposant + la surface du globe parfaitement unie, ces eaux la submergeraient + d’environ 200 mètres.</p> + + <p>En admettant que la profondeur moyenne de la mer soit de 4000 mètres, + on a calculé que l’Océan doit contenir à peu près deux milliards deux + cent cinquante millions de milles cubes d’eau. On croit que si la mer + était mise à sec, tous les fleuves de la terre devraient verser leurs + eaux pendant 40 000 ans pour en combler de nouveau le bassin.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Si nous imaginons le globe entier divisé en 1786 parties égales en + poids, nous trouverons approximativement que le poids total des eaux de + l’Océan est équivalent à une de ces parties. (J. Herschel.)</p> + + <p>Le poids spécifique de l’eau de la mer est un peu au-dessus de celui de + l’eau douce. Tandis que celle-ci pèse un kilogramme par litre, ou 1000 + kilogrammes par mètre cube, l’eau de la mer pèse 1027.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_6">6</span></p> + + <p>La mer Morte, ne recevant pas assez d’eau douce pour se maintenir + au niveau des mers voisines, acquiert un degré de salure plus + considérable, et pèse 1228 kilogrammes au lieu de 1027.</p> + + <p>Le poids spécifique de l’eau de la mer est à peu près celui du lait de + femme.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>A une grande distance du rivage, l’Océan paraît bleu et le plus souvent + d’une belle couleur d’azur (<i xml:lang="la" lang="la">cœruleum mare</i>). Cette teinte + s’adoucit insensiblement jusqu’à ce qu’elle se confonde avec le ciel. + Tout près de la côte, elle devient d’un vert plus ou moins glauque et + plus ou moins brillant. Il y a des jours où l’Océan se montre un peu + livide, et d’autres jours où il est d’un vert assez pur. Mise dans un + vase, l’eau de la mer paraît transparente et sans couleur. D’après + Scoresby, les régions polaires sont d’une teinte bleu d’outremer. + Suivant Costaz, la Méditerranée est bleu céleste. Suivant Tuckey, + l’Atlantique équinoxial est d’un bleu vif.</p> + + <p>Plusieurs causes locales influent sur la couleur des eaux marines. + L’eau semble blanche dans le golfe de Guinée, jaunâtre près du Japon, + verdâtre à l’ouest des Canaries, et noire autour des îles Maldives. La + Méditerranée, vers l’Archipel, devient quelquefois plus ou moins rouge. + La mer <i>Vermeille</i>, près de la Californie, présente une teinte + analogue.</p> + + <p>Les noms de <i>mer Blanche</i> et de <i>mer Noire</i> paraissent + provenir seulement des glaces de la première de ces deux mers et des + tempêtes de la seconde.</p> + + <p>Près des côtes où de fortes marées agitent un fond vaseux ou + sablonneux, la teinte de la mer devient plus ou moins grisâtre; mais, + quand dans les eaux les plus pures et les plus calmes, la couleur + jaunâtre du fond se laisse voir à <span class="pagenum" id="Page_7">7</span> travers l’azur du liquide, il en + résulte une teinte verte que les rayons du soleil nuancent quelquefois + de reflets brillants, comme les feux de l’émeraude et du saphir.</p> + + <p>Quand on descend dans l’Océan, on voit s’évanouir peu à peu les teintes + azurées. A l’éclat du jour succède une lumière douce et uniforme; + bientôt, on entre dans un crépuscule rougeâtre et terne; les couleurs + se fondent, s’assombrissent, et l’on arrive par degrés à une nuit + profonde.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>La mer présente une salure particulière, légèrement âcre, mêlée à une + amertume un peu nauséabonde. Elle a une odeur <i xml:lang="la" lang="la">sui generis</i>. Elle + est faiblement visqueuse.</p> + + <p>On sait que l’eau pure est le produit de la combinaison de 1 volume + d’oxygène et de 2 volumes d’hydrogène. Ce qui fait, en poids, 100 + oxygène et 12,50 hydrogène. L’eau de la mer est composée de même; + mais on y trouve, en sus, d’autres éléments dont les chimistes nous + ont révélé la présence. Sur 100 grammes d’eau de l’océan Atlantique, + l’analyse a montré:</p> + + <table id="table_01" summary=""> + <colgroup span="2"> + <col width="80%" /> + <col width="20%" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td colspan="2" class="tdrb">Grammes.</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Eau</td> + <td class="tdrb">96,470</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Chlorure de sodium</td> + <td class="tdrb">2,700</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Chlorure de magnésium</td> + <td class="tdrb"> 0,360</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Chlorure de potassium</td> + <td class="tdrb">0,070</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Bromure de magnésium</td> + <td class="tdrb">0,002</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Sulfate de magnésie</td> + <td class="tdrb">0,230</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Sulfate de chaux</td> + <td class="tdrb">0,140</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Carbonate de chaux</td> + <td class="tdrb">0,003</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Résidu</td> + <td class="tdrb"> 0,025</td> + </tr> + </tbody> + </table> + + <p>Outre ces substances, on a découvert encore, dans l’eau de la mer, en + quantité minime il est vrai, de l’iode, du soufre, de la silice, de + l’ammoniaque, du fer et du cuivre.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_8">8</span></p> + + <p>En examinant, à Valparaiso, des feuilles de cuivre retirées de la + carène d’un bâtiment depuis longtemps submergé, on y a constaté des + traces d’argent déposées par la mer.</p> + + <p>Enfin, on trouve encore, en dissolution dans les eaux de l’Océan, une + mucosité particulière, qui semble de nature végéto-animale, matière + organique provenant de la décomposition successive des innombrables + générations qui ont paru et disparu depuis l’origine du monde vivant. + Cette matière a été parfaitement décrite par le comte Marsigli, + qui la désigne tantôt sous le nom de <i>glu</i>, tantôt sous celui + d’<i>onctuosité</i>.</p> + + <p>Les sels nombreux qui existent dans l’Océan ne peuvent ni se déposer + dans son lit, ni être enlevés par les vapeurs pour être restitués + au sol par les pluies. Des agents particuliers les retiennent, les + transforment et les empêchent de s’accumuler. De cette manière, les + eaux possèdent toujours le même degré de salure et d’amertume, et + l’Océan d’aujourd’hui présente les mêmes caractères chimiques ou + physiques que l’Océan d’autrefois.</p> + + <p>D’après les calculs du professeur Schafhäutl, de Munich, le total des + sels contenus en dissolution dans la mer donnerait une masse de 4 + millions et demi de lieues cubes. Le sel commun en compose, à lui seul, + dans cette masse, 3 051 342, ce qui fait un corps d’un tiers plus petit + que l’Himalaya et cinq fois aussi considérable que les Alpes.</p> + + <p>La salure de la Méditerranée est plus forte que celle de l’Océan, + probablement parce que cette mer perd, par l’évaporation, plus d’eau + qu’elle n’en reçoit de ses fleuves. Par une raison contraire, la mer + Noire et la mer Caspienne sont moins chargées de sel. La mer Morte + renferme une quantité de sel si considérable, qu’un homme reste en + suspension à sa surface comme un morceau de liége sur l’eau douce.</p> + + <p>La salure de la mer semble en général moindre vers les <span class="pagenum" id="Page_9">9</span> pôles que + sous l’équateur. Cependant il y a des exceptions pour certains pays.</p> + + <p>Dans la mer d’Irlande, près du Cumberland, l’eau contient, en sel, le + 40<sup>e</sup> de son poids; sur les côtes de la France, le 32<sup>e</sup>; dans la mer + Baltique, le 30<sup>e</sup>; sur les côtes de Ténériffe, le 28<sup>e</sup>, et sur celles + de l’Espagne, le 16<sup>e</sup>.</p> + + <p>En plusieurs endroits la mer est moins salée à la superficie qu’au fond.</p> + + <p>Dans le détroit de Constantinople, la proportion est de 72 à 62; dans + la Méditerranée, de 32 à 29. On prétend qu’en augmentant de salure, à + une certaine profondeur, la mer diminue d’amertume. A l’embouchure des + grands fleuves, il est à peine besoin de le dire, la mer est toujours + moins salée que sur les côtes qui ne reçoivent aucun cours d’eau douce.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>L’Océan est sans cesse agité. Son immense surface se soulève et + s’abaisse, comme si elle était douée d’une douce respiration + (Schleiden). Ses mouvements, faibles ou puissants, lents ou brusques, + sont déterminés d’abord par des différences de température.</p> + + <p>La chaleur change le volume, et par suite le poids de l’eau, qui se + dilate ou se resserre.</p> + + <p>A mesure qu’il se refroidit, le liquide devient plus lourd et descend + dans les profondeurs, jusqu’à ce qu’il soit arrivé à 4°,25, température + qu’il conserve sous toutes les latitudes, à 1000 mètres de profondeur. + (D’Urville.)</p> + + <p>Si l’eau continue à se refroidir et si elle arrive à zéro, elle devient + plus légère qu’elle n’était à 4°,25, et elle remonte; de sorte que la + congélation, par suite d’une admirable prévoyance de la nature, ne peut + avoir lieu qu’à la surface.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_10">10</span></p> + + <p>Tant que la température est au-dessus de 4°,25, l’eau chaude et légère + se transporte à la surface, et l’eau froide descend dans le fond. A + partir de 4°,25 et au-dessous, l’opposé a lieu: les couches froides + montent, et les chaudes descendent à leur tour. Le premier phénomène + se passe surtout sous les tropiques, et le second près des pôles; + d’où résultent, d’une part, le refroidissement, et, de l’autre, la + persistance d’une température moins basse dans les profondeurs des mers + les plus chaudes ou les plus froides.</p> + + <p>De l’élévation des couches chaudes provient l’évaporation qui forme les + nuages, et les pertes que les mers éprouvent, par cela même, sont sans + cesse compensées par les courants d’eau froide venus des pôles.</p> + + <p>D’un autre côté, les pluies produites par les nuages condensés sont + plus chaudes ou plus froides que les couches supérieures de la mer. + Dans le premier cas, l’eau tombée reste à leur surface; dans le second, + elle descend.</p> + + <p>Les eaux des fleuves agissent aussi par leur température, par leur + légèreté spécifique et par leur impulsion.</p> + + <p>Les mouvements de l’air, les vents et les ouragans exercent encore une + influence manifeste sur les agitations de l’eau.</p> + + <p>Enfin, les attractions combinées de la lune et du soleil entraînent, + chaque jour, autour du globe, deux ondes immenses qui, vers les + nouvelles et les pleines lunes, s’élèvent à leur plus grande hauteur, + et baignent les parties du rivage ordinairement découvertes. Ces grands + mouvements sont désignés sous le nom de <i>marées</i>. Durant une + moitié de l’année, les plus hautes marées ont lieu pendant le jour, et + durant l’autre moitié, pendant la nuit.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-II" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-010bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-010bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Les marées, en plein Océan, ne s’élèvent qu’à une hauteur de 65 + centimètres à un mètre. Mais, à la rencontre des continents, qui leur + font obstacle, elles envahissent le <span class="pagenum" id="Page_11">11</span> littoral avec la vitesse d’un torrent, et montent à une hauteur qui + varie depuis 3 mètres jusqu’à 20. Ces courants quotidiens balayent + et purifient nos rivages, nos rades, nos ports, les embouchures de + nos fleuves, répandent partout une fraîcheur vivifiante et salutaire. + Soumis aux influences des corps célestes que des millions de lieues + séparent de nous, ils n’en ont pas moins, dans leurs retours + périodiques, toute la régularité mathématique du mouvement de ces + corps. L’énorme volume d’eau qu’ils soulèvent, et qui renverserait les + plus formidables barrières, s’arrête doucement au moment prévu, sans + dépasser la limite qui lui est tracée. (Maury.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-011" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-011.jpg" alt="" width="600" height="438" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-011.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VAGUE CREUSE.</p> + </div> + </div> + + <p>Parmi les beaux spectacles de la mer, il faut placer les <i>vagues</i>, + avec leur marche incessante et régulière, leur mugissement continu et + monotone, et leur écume impatiente et fugitive, qui monte, descend, + remonte, et vient mourir sur <span class="pagenum" id="Page_12">12</span> le rivage. Quelquefois la lame est + lancée dans les falaises; mais, à la marée basse, elle retourne dans + son lit, en formant mille cascades, mille ruisseaux, mille petites + veines sinueuses.</p> + + <p>Le volume et la puissance des vagues augmentent avec l’épaisseur de + l’eau. On peut même, connaissant leur grandeur et leur vitesse, dans + une région donnée, en déduire jusqu’à un certain point la profondeur de + l’eau dans cette région. (Airy.)</p> + + <p>La hauteur des vagues ordinaires peut aller jusqu’à 11 mètres. Leur + force vient à bout des roches les plus dures; elle use leurs débris + et finit par les arrondir; elle ballotte les galets, les froisse, les + polit, les atténue et les réduit en sable fin, qui s’accumule dans les + abîmes de la mer ou se dépose sur ses rives.</p> + + <p>Les vagues les plus fortes heurtent les escarpements sous-marins + et tendent à s’élancer en fusées; mais, arrêtés et déviés par les + couches d’eau qui les couvrent, ces courants ascendants se changent en + <i>flots de fond</i>, lesquels se meuvent avec une effrayante vitesse + et déferlent contre la plage avec une puissance irrésistible. Pendant + la tempête de 1822, dans la baie de Biscaye, les vagues, parties + des rochers d’Arta, avaient jusqu’à 400 mètres d’amplitude, et par + conséquent parcouraient 20 mètres par seconde. Elles marchaient donc + deux fois plus vite qu’une locomotive faisant dix lieues à l’heure. + (Quatrefages.)</p> + + <p>D’après le colonel Emy, les flots de fond agissent par une profondeur + de 130 mètres, et peuvent élever, au-dessus du niveau de la mer, des + colonnes d’eau de plus de 50 mètres de hauteur, de 2 à 3000 mètres + cubes de volume, et pesant de 2 à 3 millions de kilogrammes. Ces flots + de fond jouent un rôle considérable dans la plupart des phénomènes + de l’Océan. On les rencontre dans toutes les mers. Ce sont eux, <span class="pagenum" id="Page_13">13</span> + et non les ondulations de la surface, qui poussent jusqu’au rivage + les galets, les sables, les débris des coquillages et tous les + objets submergés. Ce sont eux encore qui, sur les bancs sous-marins, + produisent ces <i>brisants</i> si redoutés des matelots, qui rendent + quelquefois impraticables, même par les temps les plus calmes, la passe + de certaines baies. (Emy).</p> + + <p>C’est par les flots de fond qu’on a expliqué le singulier phénomène qui + a lieu à l’embouchure des grands fleuves, appelé la <i>barre</i> par + les mariniers de la Seine, <i>mascaret</i> par ceux de la Dordogne, et + <i>pororoca</i> par les riverains de l’Amazone.</p> + + <p>A la terminaison de ce dernier fleuve, lors des grandes marées des + pleines et des nouvelles lunes, la mer, au lieu d’employer six heures + à monter, atteint sa plus grande hauteur en deux ou trois minutes. + Un flot de 4 à 5 mètres d’élévation s’étend sur toute la largeur du + fleuve. Il est bientôt suivi de deux ou trois autres semblables, et + tous remontent le courant avec un bruit effroyable et une rapidité + telle, qu’ils brisent tout ce qui résiste, déracinent les arbres, et + emportent de vastes étendues de terrain. Le pororoca se fait sentir + jusqu’à 200 lieues dans l’intérieur des terres. (Adalbert.)</p> + + <p>Un autre terrible tourbillon de la mer a été désigné sous le nom + de <i>mäström</i> ou <i>mälström</i>: c’est une espèce de trombe + permanente et éternelle qui se fait remarquer dans les mers du Nord, + entre Mosken et le cap sud de l’archipel de Lofoden, en Norvége. + Lorsque les tempêtes de l’ouest poussent du large une mer houleuse, + et que souffle une belle brise de terre, de grandes vagues, hautes + comme des collines, accourent de tous les points de l’horizon, et + se précipitent les unes sur les autres avec une fureur inouïe, pour + disparaître comme englouties dans un abîme. Le mäström attire les + vaisseaux à une grande distance, et dès qu’on sent l’influence de son + courant, on est irrévocablement perdu. Il <span class="pagenum" id="Page_14">14</span> était très-redouté des + anciens, qui le nommaient <i>nombril de la mer</i><a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + + <p>Les tremblements de terre donnent quelquefois naissance à des vagues + gigantesques. Le 23 décembre 1854, à neuf heures quarante-cinq minutes + du matin, la frégate russe <i>Diana</i>, qui était à l’ancre dans la + baie de Simoda, près de Yédo (Japon), ressentit les premières atteintes + d’un tremblement de terre. Quelques minutes après, une vague immense + pénétra dans la baie, le niveau de l’eau s’éleva subitement, et la + ville parut engloutie. Une seconde vague suivit la première, et quand + toutes deux se furent retirées, il ne restait plus une maison debout. + La frégate elle-même, qui avait talonné plusieurs fois, finit par + s’échouer sur le rivage. Or, le même jour, quelques heures plus tard, + sur la côte de Californie, à plus de 8000 kilomètres du Japon, les + échelles de marée conservèrent les marques de plusieurs vagues d’une + hauteur excessive. Il est à croire que c’étaient les mêmes vagues qui + avaient causé l’échouage de la <i>Diana</i>, lesquelles (on en a fait + le calcul) devaient avoir une largeur de 412 kilomètres et une vitesse + de 700 kilomètres à l’heure. (Maury.)</p> + + <p>Il existe dans les mers trois grands courants, qui prennent naissance, + l’un dans le grand Océan, l’autre dans l’océan Atlantique, et le + troisième dans la mer des Indes. Ces courants sont des espèces de + fleuves marins immenses, qui déterminent des différences très-notables + dans la température de beaucoup de régions.</p> + + <p>Le premier a reçu le nom de <i>courant de Humboldt</i>. Parti du pôle + sud, il longe les côtes du Chili et du Pérou. Ce courant est froid.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_15">15</span></p> + + <p>Le courant de l’océan Atlantique atteint l’extrémité australe de + l’Afrique, où il se partage en deux. La partie méridionale se + détache de la côte et la contourne à distance. La branche nord suit + la côte occidentale de l’Afrique, du sud au nord. Dans la région + équatoriale, elle change de direction, traverse l’océan Atlantique + dans sa plus grande largeur, de l’est à l’ouest, et remonte la + côte du Brésil, où elle se partage en deux. Ce courant est appelé + <i>courant équinoxial</i>. Le courant nord suit les côtes du Brésil, + de la Guyane, entre dans la mer des Antilles, se dirige vers la baie + de Honduras, traverse le golfe du Mexique, et prend alors le nom de + <i>Gulf-stream</i>. Il sort par le canal de Bahama, et court, en + s’élargissant et avec une grande rapidité, au nord-est. Sa vitesse est + plus grande que celle du Mississippi ou de l’Amazone. On dit qu’il + fait cinq milles à l’heure. Il n’existe pas sur la terre un cours + d’eau plus majestueux. Le Gulf-stream se jette dans l’océan Arctique. + Ses dernières branches vont se perdre sur les côtes occidentales du + Spitzberg. Ce courant est chaud. En longeant adroitement, avec sa + barque, le bord de ce fleuve marin, un matelot pourrait tremper en même + temps l’une de ses mains dans l’eau chaude et l’autre dans l’eau froide.</p> + + <p>On a vu le Gulf-stream amener jusque sur les côtes de l’Écosse les + débris d’un vaisseau de guerre anglais, le <i>Tilbury</i>, qui fut + détruit par un incendie dans le voisinage de la Jamaïque. (Schleiden.)</p> + + <p>Le courant de la mer des Indes se dirige à l’est, et rencontre la côte + occidentale de la Nouvelle-Hollande. Une partie de ses eaux longe le + sud de ce continent, et retombe dans le courant circulaire du grand + Océan. L’autre partie remonte au nord, suit l’équateur, de l’est à + l’ouest, descend au sud, en passant entre l’Afrique et Madagascar, + contourne la pointe sud de l’Afrique, et va se jeter dans le courant de + l’océan Atlantique.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_16">16</span></p> + + <p>«L’eau, dans son mouvement, n’est pas seulement le principal, mais + aussi le plus fort et le plus terrible des éléments.» (Pindare.)</p> + + <p class="souschapitre">VIII</p> + + <p>La mer se congèle vers les pôles, et revêt alors un caractère tout + particulier. Ce phénomène semble naître à mesure que la salure diminue + et que le mouvement de rotation devient moins rapide. On rencontre + déjà, vers le 40<sup>e</sup> degré de latitude, de gros morceaux de glace + flottant sur la mer. Ces morceaux ont été détachés de quelque région + plus septentrionale et entraînés par les courants qui vont du pôle + à l’équateur. A 50°, il est assez ordinaire de voir les bords de la + mer se couvrir de glace. A 60°, les golfes et les mers intérieures se + gèlent souvent sur toute leur surface. A 70°, les glaçons flottants + deviennent très-nombreux et très-gros. Ils forment quelquefois de + véritables îles, lesquelles peuvent offrir jusqu’à une demi-lieue de + diamètre. Enfin, vers le 80<sup>e</sup> degré, on trouve généralement des glaces + fixes, c’est-à-dire accumulées, arrêtées et soudées.</p> + + <p>Les glaces polaires sont teintes des couleurs les plus vives: on dirait + des blocs de pierres précieuses. On y trouve l’éclat du diamant et les + nuances éblouissantes du saphir et de l’émeraude. Ces amas d’eau solide + forment tantôt de vastes champs, tantôt des montagnes élevées.</p> + + <p>Les champs de glace composent souvent des bancs immenses. Ces champs + sont quelquefois parfaitement unis, sans fissure, ni creux, ni + monticules. Scoresby en a vu un flottant, sur lequel une voiture aurait + pu parcourir trente-cinq lieues en ligne droite, sans le moindre + empêchement. Cook en a trouvé un autre, étroit, qui joignait l’Asie à + l’Amérique septentrionale.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_17">17</span></p> + + <p>Lorsque ces masses immenses viennent à se rencontrer, il en résulte des + chocs épouvantables dont le fracas est semblable à celui du tonnerre.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-017" style="width: 430px;"> + <img src="images/page-017.jpg" alt="" width="430" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-017.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASPECT DES GLACES AU PÔLE.</p> + </div> + </div> + + <p>Les montagnes de glace sont produites par les îles. Ces dernières, + glissant les unes sur les autres, finissent par former des + accumulations gigantesques qui s’élèvent jusqu’à 40 mètres. Ces masses + flottantes, sans cesse minées par la mer, changent de figure, pour + ainsi dire, à chaque instant. <span class="pagenum" id="Page_18">18</span> Elles se heurtent, se poussent, + se brisent ou se soudent. Les montagnes de glace ont communément + une surface carrée taillée à pic du côté de l’Océan. De loin, elles + représentent de gigantesques découpures blanches qui entament la + voûte bleue du ciel. Vues de près, elles offrent une surface unie ou + hérissée de mamelons. On dirait des pyramides de cristal ou de diamant, + des colonnes élancées, des aiguilles pointues, ou bien des édifices + bizarres et majestueux, avec des arcades, des frontons, des chapiteaux. + Mais bientôt ces pyramides se fendent et s’écroulent, une colonne + s’affaisse et s’arrondit, une aiguille se transforme en escalier, un + édifice se change en champignon..... Spectacle toujours imposant, où + l’inconstance des formes rivalise avec leur variété, et la grandeur des + blocs avec leur bizarrerie.</p> + + <p>Scoresby s’est souvent amusé à plonger ses matelots dans la + stupéfaction, en allumant sa pipe avec un glaçon taillé. Il + dégrossissait le morceau à la hache, le raclait avec un couteau, et le + polissait avec la chaleur de la main, en le soutenant avec un gant de + laine. Un jour, il se procura de la sorte une lentille merveilleusement + transparente, de 35 centimètres de diamètre.</p> + + <div class="figcenter3" style="width:300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_19">19</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_2" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE II<br /> + <span class="h2line2">LA VIE DANS LA MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui aient + vie et qui se meuvent!»</p> + + <p class="auteur">(<i>Genèse.</i>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>A l’aspect de la haute mer, libre de tout rivage, celui qui aime + à créer en lui-même un monde à part où puisse s’exercer librement + l’activité spontanée de son âme, celui-là se sent rempli de l’idée + sublime de l’infini. Son regard cherche surtout l’horizon lointain. Il + y voit le ciel et l’eau qui s’unissent en un contour vaporeux où les + astres montent et descendent, paraissent et disparaissent tour à tour. + Mais bientôt cette éternelle vicissitude de la nature réveille en lui + le vague sentiment de tristesse qui est au fond de toutes les joies de + notre cœur. (Humboldt.)</p> + + <p>Des émotions d’un autre genre, et tout aussi sérieuses, sont produites + par la contemplation et par l’étude des innombrables êtres organisés + qui peuplent l’Océan.</p> + + <p>En effet, cette immense masse d’eau qu’on appelle la <i>mer</i> + n’est pas un vaste désert liquide. La vie habite dans son sein, + comme elle habite sur la terre. Elle y règne en souveraine, avec ses + épanouissements, son luxe et ses agitations.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_20">20</span></p> + + <p>La vie plaît à Dieu. C’est la plus belle, la plus brillante, la plus + noble et la plus incompréhensible de ses manifestations.</p> + + <p>On l’a dit il y a bien longtemps, la vie est partout, et le monde + n’est rien que par la vie. Les êtres qui en jouissent la transmettent + fidèlement à d’autres êtres, leurs enfants et leurs successeurs, qui en + seront comme eux les dépositaires ou les usufruitiers. Le merveilleux + héritage traverse ainsi les années et les siècles, sans être dénaturé + ni amoindri, et le globe possède toujours la même quantité de vie qui + lui a été si libéralement distribuée.</p> + + <p>On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu’elle est + (Lamartine), et cette ignorance est peut-être l’aiguillon puissant qui + excite notre curiosité et provoque nos études.</p> + + <p>Au sein de toute chose animée, il se livre un combat incessant et muet, + entre la vie, qui assimile, et la mort, qui désagrége. La première est + d’abord la plus puissante, elle maîtrise la matière. Cependant son + règne est limité; elle s’affaiblit graduellement avec l’âge, et finit + par s’éteindre avec le temps: alors les lois physiques et chimiques + reprennent le dessus et détruisent l’organisation. Mais les éléments + de cette dernière, d’abord inertes, sont bientôt ressaisis et remis en + œuvre par une nouvelle vie. Ainsi, chaque plante, chaque animal se lie + avec le passé et se confond avec l’avenir; car toute génération qui + surgit n’est que le corollaire de celle qui expire et le prélude d’une + autre qui va naître. La vie est le séminaire de la mort. La mort est la + nourrice de la vie.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>La vie ne s’est pas manifestée sur le globe au moment même où il a été + formé. Elle a paru tard; elle n’est venue <span class="pagenum" id="Page_21">21</span> qu’après les autres + phénomènes naturels. Pour la recevoir, il fallait un sol convenablement + préparé et un ensemble déterminé de conditions physiques et chimiques.</p> + + <p>L’apparition et la diffusion des êtres vivants n’ont pas marché au + hasard, elles ont suivi un ordre rigoureux. La connaissance des débris + fossiles a jeté le plus grand jour sur ce développement régulier et + progressif de l’organisation. L’évolution des êtres vivants a commencé + par les plus rudimentaires. Les couches très-anciennes de la terre ne + recèlent rien qui ait vécu; les traces des corps organisés n’existent + que dans des terrains de formation relativement récente. Les végétaux + se montrent les premiers, et, parmi ces végétaux, ce sont d’abord les + plus inférieurs. Paraissent ensuite les animaux, et en première ligne + ceux qui se rapprochent le plus du règne végétal, et qui appartiennent, + par conséquent, aux tribus les moins parfaites. Ainsi, les combinaisons + de la vie, d’abord simples, sont devenues de plus en plus compliquées, + jusqu’au moment de la création de l’homme, cet admirable chef-d’œuvre + de l’organisation.</p> + + <p>Si l’on met au printemps, dans une soucoupe exposée à l’air et à la + lumière, une certaine quantité d’eau pure, on voit bientôt se produire + des nuages légèrement jaunâtres ou verdâtres. Ces nuages, examinés au + microscope, présentent des milliers de végétaux agglomérés. Bientôt + naissent des animalcules qui nagent au milieu de ces nuages vivants et + se nourrissent de leur substance; puis se forment d’autres animalcules + qui poursuivent et dévorent les premiers.</p> + + <p>En résumé, la vie transforme la matière brute en matière organisée. + Les végétaux apparaissent tout d’abord; puis viennent les animaux + herbivores, puis les animaux carnassiers. La vie entretient la vie. La + mort des uns alimente le développement des autres. Car tout s’enchaîne, + tout s’entr’aide, tout se métamorphose dans le monde organisé <span class="pagenum" id="Page_22">22</span> + comme dans le monde minéral, et il en résulte une harmonie générale + toujours profonde, toujours la même et toujours digne de notre + admiration. Dieu seul est permanent, tout le reste est transition.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les eaux ont beaucoup plus d’habitants que les parties solides de la + terre<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>. Sur une surface moins variée que celle des continents, la mer + renferme dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région + du globe ne pourrait donner l’idée (Humboldt).</p> + + <p>La vie s’épanouit au nord comme au midi, à l’est comme à l’ouest. + Partout les mers sont peuplées; partout, au sein de l’abîme, s’agitent + et s’ébattent des créatures qui se correspondent et s’harmonisent; + partout le naturaliste trouve à s’instruire et le philosophe à méditer; + et ces changements mêmes ne font qu’imprimer davantage dans notre + âme un sentiment de reconnaissance pour l’Auteur de l’univers. (J. + Franklin.)</p> + + <p>Oui, les rives de l’Océan et ses profondeurs, ses plaines et ses + montagnes, ses vallées et ses précipices, même ses ruines, sont animés + et embellis par d’innombrables êtres organisés. Ce sont d’abord des + plantes solitaires ou sociales, dressées ou pendantes, étalées en + prairies, groupées en oasis ou rassemblées en immenses forêts. Ces + plantes protégent et nourrissent des millions d’animaux qui rampent, + qui courent, qui nagent, qui volent, qui s’enfoncent dans le sable, + s’attachent à des rochers, se logent dans des crevasses <span class="pagenum" id="Page_23">23</span> ou se + construisent des abris; qui se recherchent ou se fuient, se poursuivent + ou se battent, se caressent avec amour ou se dévorent sans pitié.</p> + + <p>Charles Darwin remarque, avec raison, que nos forêts terrestres + n’entretiennent pas, à beaucoup près, autant d’animaux que celles de la + mer.</p> + + <p>L’Océan, qui est pour l’homme l’<i>élément de l’asphyxie et de la + mort</i>, est, pour des milliards d’animaux, un élément de vie et de + santé. <i>Il y a de la joie dans ses flots; il y a du bonheur sur ses + rives; il y a du bleu partout!</i></p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>La mer influe sur ses nombreux habitants, végétaux ou animaux, par + sa température, par sa densité, par sa salure, par son amertume, par + l’agitation de ses flots et par la rapidité de ses courants.</p> + + <p>On a vu, dans le chapitre qui précède, que les eaux marines ne se + congèlent qu’à la surface, et qu’à 1000 mètres de profondeur, il existe + une température permanente, la même sous toutes les latitudes. D’un + autre côté, on a reconnu que l’effet des agitations les plus puissantes + et celui des ouragans les plus forts s’étendent tout au plus à 25 + mètres de profondeur (Bergmann). D’où il résulte que les végétaux et + les animaux, en descendant plus ou moins, suivant le froid ou les + mouvements qui les dérangent, peuvent toujours avoir un milieu qui leur + convienne.</p> + + <p>Les hôtes de la mer se distinguent par une mollesse particulière. + Certaines plantes pélagiques ne présentent qu’une faible, une + très-faible consistance; un grand nombre se transforment, par + l’ébullition dans l’eau, en une sorte de gelée. Les animaux marins + offrent une chair plus ou moins <span class="pagenum" id="Page_24">24</span> flasque; beaucoup semblent n’être + composés que d’un mucilage diaphane. Le squelette des espèces les plus + parfaites est plus ou moins flexible et plus ou moins cartilagineux; + il ressemble rarement, quant au poids et à la consistance, aux os + des vertébrés terrestres. Cependant les coquilles et les coraux sont + remarquables par leur solidité pierreuse. Parmi les corps organisés + marins, se trouvent donc à la fois, et les plus mous, et les plus durs!</p> + + <p>La répartition des êtres organisés nourris par l’Océan est soumise à + des lois fixes. On ne trouve pas, sur les côtes, les mêmes espèces + qu’on rencontre éloignées des continents, ni à la surface celles qui se + cachent dans les profondeurs.</p> + + <p>Quelle immense variété de tailles, de formes et de couleurs, depuis + la végétation presque invisible qui sert de nourriture aux petits + coquillages, jusqu’aux algues élancées, longues de 50 mètres, depuis + l’infusoire microscopique jusqu’à la baleine gigantesque!</p> + + <p>On trouve dans la mer animée de l’unité et de la diversité, qui + constituent le beau; de la grandeur et de la simplicité, qui forment le + sublime; de la puissance et de l’immensité, qui commandent le respect. + (Lacépède.)</p> + + <p>On a décrit et figuré bien des plantes et bien des animaux. Mais + combien en reste-t-il encore à figurer et à décrire? Depuis plus de + deux mille ans que les recherches se multiplient et se succèdent sans + interruption, combien la science ne laisse-t-elle pas encore à désirer, + même pour amener les connaissances déjà acquises au degré de perfection + dont elles sont susceptibles! (Lamarck.)</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Lorsque la marée se retire des bords de l’Océan, la mer abandonne + sur la plage quelques-uns des êtres si nombreux <span class="pagenum" id="Page_25">25</span> qu’elle abrite + dans son sein. Le naturaliste et l’amateur peuvent, dans les premiers + moments, recueillir une foule de végétaux et d’animaux avec tous leurs + caractères, toutes leurs couleurs et toutes leurs propriétés.</p> + + <p>Les populations riveraines y trouvent les éléments de leur nourriture, + de leur commerce ou de leur industrie. Aussi s’empressent-elles + d’accourir à la marée basse. Les villages et les hameaux les plus + rapprochés y envoient tout leur contingent. Hommes et femmes, vieux + et jeunes, chacun est propre à la récolte, suivant ses forces et son + activité. On s’arme de bâtons, de perches et de pioches; on apporte + des corbeilles, des paniers, des sacs, même des filets. On amène des + brouettes et des chariots.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-025" style="width: 405px;"> + <img src="images/page-025.jpg" alt="" width="405" height="326" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-025.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">FILETS DE PÊCHE.</p> + </div> + </div> + + <p>Des pêcheurs ramassent les <i>Zostères</i> rubanées, les <i>Ulves</i> + membraneuses, les <i>Fucus</i> rembrunis, et en font des chargements + considérables. D’autres recueillent les petits coquillages disséminés + sur la grève. Les jeunes garçons enlèvent adroitement sur les + rochers, des <i>Rans</i> ou <i>Buccins</i>, des <i>Vignettes</i> ou + <i>Turbos</i>, et des <i>Oreilles de mer</i> ou <i>Ormiers</i>. Ils + <span class="pagenum" id="Page_26">26</span> détachent aussi des <i>Bénicles</i> ou <i>Patelles</i>. Les jeunes + filles font la chasse aux <i>Mactres</i>, aux <i>Cythérées</i> et aux + <i>Bucardes</i>. Des femmes entrent dans l’eau jusqu’à mi-jambes, et + vont arracher des quantités considérables de <i>Modioles</i> et de + <i>Moules</i>.</p> + + <p>On retourne les pierres, ou bien on sonde les crevasses avec un crochet + attaché au bout d’une latte. On y surprend des <i>Poulpes</i>, des + <i>Sèches</i> et des <i>Calmars</i>, quelquefois même des <i>Anguilles + de mer</i> ou <i>Congres</i>, qui s’y sont réfugiés.</p> + + <p>On explore les petites mares que la mer a formées en se retirant. On + y plonge une pochette longuement emmanchée; on y promène un filet à + mailles très-petites, et l’on s’empare ainsi des animaux qui s’y sont + attardés, mollusques, crustacés ou poissons.</p> + + <p>Des hommes creusent le sable, et mettent à nu des <i>Oursins</i>, des + <i>Donaces</i> et des <i>Manches de couteau</i>.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Dans la Méditerranée et dans les petites mers, la marée est nulle + ou presque nulle, au grand détriment des populations du voisinage. + Il existe, d’ailleurs, un grand nombre de végétaux et d’animaux, + appartenant à la haute mer, que les flots ou les courants n’amènent + presque jamais sur la plage. Il en est d’autres tellement fugaces ou si + fortement collés à leurs rochers, qu’on ne peut bien les étudier que + dans les endroits mêmes qu’ils habitent. Il faut aller les surprendre + flottant à la surface des eaux ou retirés dans leurs mystérieux asiles. + Voilà pourquoi les naturalistes sérieux doivent étudier beaucoup de + productions vivantes de l’eau salée au sein même de la mer, et non sur + les rivages.</p> + + <p>La plupart des explorateurs emploient dans ce but la <span class="pagenum" id="Page_27">27</span> drague, la + sonde et d’autres engins propres à racler et à briser les rochers les + plus durs.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-027" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-027.jpg" alt="" width="600" height="423" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-027.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">DRAGUEURS.</p> + </div> + </div> + + <p>Dans son voyage sur les côtes de la Sicile, M. Milne Edwards a eu + l’excellente idée de se servir de l’appareil inventé par le colonel + Paulin, ancien commandant des pompiers de Paris. Cet appareil consiste + en un casque métallique pourvu d’une visière de verre, et par + conséquent transparente, qui se fixe au cou à l’aide d’un tablier de + cuir maintenu par un collier rembourré. Ce casque est une véritable + cloche à plongeur en miniature. Il communique avec une pompe foulante + au moyen d’un tube flexible. Quatre hommes sont employés au service de + cette pompe: deux la mettent en exercice, pendant que les deux autres + se reposent. D’autres hommes tiennent l’extrémité d’une corde (qui + passe dans une poulie attachée à une certaine élévation), laquelle + permet de hisser rapidement le plongeur. Un observateur vigilant tient + dans la main le <span class="pagenum" id="Page_28">28</span> petit cordon destiné aux signaux. L’immersion du + plongeur est facilitée par de lourdes semelles de plomb, lesquelles + favorisent en même temps la station verticale au fond de la mer. Il + faut près de deux minutes pour retirer un homme de l’eau et pour le + débarrasser de son casque. M. Milne Edwards se faisait descendre, avec + cet appareil, jusqu’à 8 ou 9 mètres de profondeur. Ses recherches + ont été couronnées du succès le plus complet. Dans ses excursions + sous-marines, ce savant naturaliste a pu étudier sur place, dans leurs + retraites les plus cachées et en apparence les moins accessibles, + des animaux rayonnés, des mollusques, des crustacés, des annélides, + surtout des larves et des œufs, et a contribué puissamment à faire + connaître les développements, les fonctions et les mœurs d’un certain + nombre d’habitants de la mer, que leur séjour et leur manière de vivre + semblaient soustraire pour toujours à nos investigations.</p> + + <p>On a proposé, dans ces derniers temps, pour tous les travaux qui + exigent un séjour plus ou moins long au sein des eaux, le bateau + plongeur de MM. Lamiral et Payerne. Ce bateau est un réservoir d’air + atmosphérique comprimé, qu’on descend à différentes profondeurs. Il + fournit les éléments de la respiration, sans communication extérieure; + il favorise le contact direct avec les objets submergés et permet + facilement la locomotion sous l’eau.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>On peut encore étudier les êtres vivants abrités par la mer, en les + conservant dans des vases convenables. C’est à M. Charles des Moulins + (de Bordeaux) qu’on doit la possibilité de ces éducations à domicile + (1830).</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_29">29</span></p> + + <p>Quand on place dans un bocal rempli d’eau douce, des mollusques, des + crustacés ou des poissons, on voit, au bout de quelques jours, le + liquide perdre sa transparence et sa pureté, et se corrompre peu à peu. + Il faut nécessairement changer ce dernier de temps à autre, changement + qui dérange, fait souffrir et même périr les animaux. L’eau nouvelle, + d’ailleurs, n’offre pas toujours la même composition, ni la même + aération, ni la même température que l’eau remplacée. M. Charles des + Moulins a proposé de mettre dans le vase un certain nombre de plantes + aquatiques, flottantes ou submergées, par exemple des lentilles d’eau, + des volants d’eau, des potamogets. Ces plantes agissent sur le liquide + en sens inverse des animaux qui l’habitent. On sait que les végétaux + assimilent le carbone, en décomposant l’acide carbonique, produit de + la respiration des animaux, et dégagent l’oxygène indispensable à ces + derniers. De cette manière, on n’a plus besoin de changer le liquide, + ni même de l’agiter, et l’on ne trouble pas ses habitants.</p> + + <p>M. Dujardin, en 1838, M. Thysme, en 1846, et M. Warrington, en 1849, + ont eu l’heureuse idée de faire pour l’eau salée ce que M. Ch. des + Moulins avait conseillé pour l’eau douce. Il va sans dire que les + plantes dont ils se servent sont des ulves et des fucus. Enfin, M. + Philippe Henri Gosse et M. Bowerbank ont imaginé des réservoirs sur une + plus grande échelle, espèces de bassins transparents auxquels ils ont + donné le nom d’<i>aquariums</i>.</p> + + <p>Les aquariums sont pour les populations aquatiques ce que les volières + sont pour les oiseaux. Seulement, au lieu de cages de fer, ce sont des + cages de verre, et au lieu d’air, c’est de l’eau. (Millet.)</p> + + <p>Les aquariums de cabinet affectent généralement une forme + rectangulaire. Qu’on se représente des bassins dont le fond est une + table d’ardoise ou une lame de zinc. Quatre <span class="pagenum" id="Page_30">30</span> colonnettes de fonte + ou de fer soutiennent quatre glaces verticales, surmontées par un + encadrement de métal. Ce sont des maisons de verre qui dévoilent, avec + tous leurs secrets, les mouvements, les mœurs, les habitudes du monde + aquatique.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-030" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-030.jpg" alt="" width="600" height="465" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-030.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">AQUARIUM.</p> + </div> + </div> + + <p>Afin d’élever un plus grand nombre d’animaux, et pour imiter jusqu’à + un certain point l’agitation des eaux et leur incessante aération, + on a imaginé de renouveler le liquide petit à petit et d’une manière + continue, à l’aide d’un appareil spécial. On fait arriver l’eau, soit + en un filet plus ou moins grêle, soit seulement goutte à goutte. Le + liquide s’échappe par un trop-plein.</p> + + <p>On a soin de placer, dans le réservoir, des pierres creuses, des + tuyaux, pour offrir des abris aux animaux qui fuient la lumière. On + peut aussi former des écrans, soit avec une planche ou une lame de + carton, soit avec une pièce d’étoffe ou un verre dépoli. On ménage sur + l’écran quelques petites <span class="pagenum" id="Page_31">31</span> ouvertures qui permettent d’observer sans + être vu. De cette manière on ne dérange en aucune façon les fonctions + des animaux, et l’on saisit tous les détails de leur vie intérieure. + C’est en réalité la maison de verre des sages de l’antiquité (Millet).</p> + + <p>Il est bon d’appliquer un couvercle sur l’aquarium, pour arrêter les + animaux qui pourraient en sortir, soit en sautant, soit en rampant, et + pour empêcher la poussière de tomber sur l’eau, de s’y accumuler et de + pénétrer dans sa masse.</p> + + <p>En 1853, M. Mitchell, secrétaire de la Société zoologique de Londres, + construisit dans le jardin de Regent’s Park un aquarium avec des + dimensions qu’on n’avait pas encore employées. Le succès de ce petit + musée vivant de la mer excita en Angleterre de véritables transports + d’admiration (Rufz de Lavison).</p> + + <p>Le plus grand, le plus beau et le plus complet des aquariums établis + jusqu’à ce jour, est celui du Jardin zoologique du bois de Boulogne, à + Paris, inauguré le 3 octobre 1861.</p> + + <p>Qu’on se figure un bâtiment, solidement construit en pierre, de + 40 mètres de long sur 10 de large, offrant une rangée de quatorze + réservoirs, d’ardoise d’Angers, alignés du côté du nord. Ces réservoirs + sont à peu près cubiques, et offrent des devants de forte glace de + Saint-Gobain, qui permettent de voir l’intérieur. Ils sont éclairés par + le haut: il en résulte un demi-jour verdâtre, uniforme, mystérieux, + qui donne une idée exacte des faibles clartés sous-marines. Chaque + réservoir contient environ 900 litres d’eau; il est garni de rochers + disposés un peu en amphithéâtre et d’une manière pittoresque. Sur ces + rochers s’étalent ou s’élèvent diverses espèces de plantes aquatiques. + Les réservoirs ont dans le fond une couche de galets, de gravier et de + sable, pour donner à certains animaux des retraites suffisantes.</p> + + <p>Dix de ces réservoirs sont destinés aux animaux marins.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_32">32</span></p> + + <p>La quantité d’eau employée est d’environ 22 700 litres. Cette eau n’est + jamais changée, mais elle est sans cesse en mouvement, elle circule. + Ce mouvement est produit de la manière suivante. On profite d’un + courant d’eau amené par le grand tuyau de la concession qui alimente + le bois de Boulogne. Cette eau, soumise à une forte pression, comprime + une certaine masse d’air. Cet air, dès qu’on lui permet d’agir sur + une partie de l’eau de mer contenue dans un cylindre fermé qui se + trouve au-dessous du niveau de l’aquarium, la fait monter et entrer + avec une grande force dans chaque réservoir, où elle s’introduit par + un petit jet. L’eau de mer, pressée, absorbe beaucoup d’air, qu’elle + entraîne avec elle dans les réservoirs. Un tuyau placé dans un coin de + ces derniers reçoit le trop-plein du liquide, et le conduit dans un + filtre de charbon très-serré, d’où il passe dans un grand réservoir + souterrain, de fonte, doublé de gutta-percha. De là, l’eau revient + au cylindre fermé, y subit encore la pression de l’air, et remonte + de nouveau dans l’aquarium. Les cylindres étant sous terre, on y + maintient facilement une température égale de 16 degrés centigrades + environ: ce qui est à peu près la température uniforme de l’eau dans + l’Océan. Pendant l’hiver, le bâtiment de l’aquarium est chauffé + artificiellement. (Lloyd.)</p> + + <p>A l’aide d’une disposition très-simple, on peut, dans chaque réservoir, + diminuer la quantité de l’eau, et imiter le flux et le reflux de la + mer. On peut même, en baissant considérablement le liquide, exposer + périodiquement certains animaux à l’air atmosphérique.</p> + + <p>Dans cette circulation et cette agitation de l’eau, sa masse tend à + diminuer par l’évaporation. Les matières qu’elle contient restant + dans le liquide, ce dernier finirait par devenir trop salé. Pour + remédier à cet inconvénient, on y ajoute de l’eau pure. A l’aide d’un + appareil spécial, on fait <span class="pagenum" id="Page_33">33</span> entrer de temps en temps, dans le grand + réservoir, une certaine quantité d’eau pluviale qui vient du toit du + bâtiment. Un hydromètre indique le moment où cette addition d’eau douce + est devenue nécessaire.</p> + + <p>«<i xml:lang="es" lang="es">La lengua no basta para decir, ni la mano para escribir todas las + maravillas del mar!</i>» (Christophe Colomb.)</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_35">35</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_3" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE III<br /> + <span class="h2line2">LA PHOSPHORESCENCE DE LA MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class=" marginleft2">Lumière sans feu, mais pas sans vie.</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Infusoires sont une des principales causes de ce beau phénomène + que présente la mer dans les pays chauds, surtout pendant l’été; nous + voulons parler de la <i>phosphorescence</i>.</p> + + <p>Dès que le soleil a disparu de l’horizon, des essaims innombrables + d’animalcules lumineux sont attirés à la surface du liquide par + certaines circonstances météorologiques (Humboldt). Une nouvelle clarté + surgit du sein des flots. On dirait que l’Océan essaye de rendre + pendant la nuit les torrents de lumière qu’il a reçus pendant le jour. + Mais cette lumière étrange n’éclaire pas uniformément le milieu dans + lequel elle se produit; elle naît çà et là par une foule de points qui + tout à coup s’allument et scintillent.</p> + + <p>Quand la mer est bien tranquille, on croit voir à sa surface des + millions de vives étincelles qui flottent et se balancent, et, au + milieu d’elles, de capricieux feux follets qui se poursuivent et se + croisent. Ces soudaines apparitions se réunissent, se séparent, se + rejoignent, et finissent par former une vaste nappe de phosphorescence + bleuâtre ou <span class="pagenum" id="Page_36">36</span> blanchâtre, pâle et vacillante, au sein de laquelle + se font distinguer encore, d’espace en espace, de petits soleils + éblouissants qui conservent leur éclat.</p> + + <p>Quand la mer est très-agitée, les flots semblent s’embraser. Ils + s’élèvent, roulent, bouillonnent, et se brisent en flocons d’écume + qui brillent et disparaissent comme les bluettes d’un immense foyer. + En déferlant sur les rochers du rivage, les vagues les ceignent d’une + bordure lumineuse: le moindre écueil a son cercle de feu. (Quatrefages.)</p> + + <p>Rien n’est gracieux comme une troupe de Dauphins qui se jouent au + milieu de la nuit, frappant, divisant, éparpillant, pulvérisant cette + onde merveilleuse. (Humboldt.)</p> + + <p>Chaque coup de rame fait jaillir de l’Océan des jets de lumière: ici + faibles, peu mobiles et presque contigus; là resplendissants, vagabonds + et dispersés comme un semis de perles chatoyantes.</p> + + <p>Les roues des bateaux à vapeur agitent, soulèvent et précipitent des + gerbes enflammées. Quand un vaisseau fend les ondes, il pousse devant + lui deux vagues de phosphore liquide; il trace en même temps, derrière + sa poupe, un long sillon de feu qui s’efface avec lenteur, comme la + queue d’une comète!</p> + + <p>Quel beau sujet d’études pour les savants, et quelle admirable source + d’inspirations pour les poëtes!</p> + + <p>Lorsque la <i>Vénus</i> mit à l’ancre à Simon’s-town, la mer exhalait + une phosphorescence si abondante, que la chambre des naturalistes de + l’expédition semblait éclairée par une torche.</p> + + <p>L’eau brillante, puisée dans un seau, présente en coulant l’aspect du + plomb fondu (Quatrefages). Quand on y plonge la main, on la retire + couverte de corpuscules lumineux et dégouttante de diamants vivants.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-III" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-036bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-036bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Certains animalcules, doués d’une phosphorescence peu <span class="pagenum" id="Page_37">37</span> + marquée, peuvent, lorsqu’ils sont très-nombreux, rendre les eaux tout + à fait blanches. Ce phénomène est désigné par les marins hollandais + sous le nom de <i>mer de lait</i> ou <i>mer de neige</i>. Les bestioles + dont il s’agit, offrent à peine un ou deux dixièmes de millimètre de + longueur et l’épaisseur d’un cheveu. Ce sont des géants parmi les + Infusoires! Elles adhèrent les unes aux autres par les extrémités, et + forment de longues files quelquefois extrêmement nombreuses.</p> + + <p>En 1854, dans le golfe du Bengale, le capitaine Kingmann navigua + pendant trente milles au milieu d’une énorme tache blanche: c’était une + mer de lait.</p> + + <p>Dans la nuit du 20 au 21 août 1860, M. Trébuchet, commandant la frégate + <i>la Capricieuse</i>, en rade d’Amboine, fut témoin d’un magnifique + spectacle de même genre, qui dura jusqu’au lever du jour. L’Océan + ressemblait à certaines plaines de terrain crayeux fortement éclairées + par la lune.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>La <i>Noctiluque miliaire</i> est un des Infusoires pélagiens qui + contribuent le plus à la phosphorescence de la mer (Rigaut, Suriray). + Cet animalcule, oublié par Cuvier dans son <i>Règne animal</i>, a été + rapproché par les naturalistes, <span class="pagenum" id="Page_38">38</span> tantôt des Anémones<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>, et tantôt + des Méduses<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a> et des Foraminifères<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>. Dans 30 centimètres cubes + d’eau, il peut en exister 25 000!...</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-037" style="width: 266px;"> + <img src="images/page-037.jpg" alt="" width="266" height="209" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-037.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">NOCTILUQUE MILIAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Noctiluca miliaris</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>La Noctiluque paraît, au premier abord, comme un globule de gelée + transparente<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a>. Avec un grossissement un peu fort, on distingue sa + forme sphérique plus ou moins régulière, un peu déprimée et légèrement + ombiliquée en dessous. Au centre de l’ombilic se trouve la bouche, + qui communique avec un œsophage en forme d’entonnoir. Il en sort un + tentacule filiforme, très-grêle, mobile, qui naît dans cet endroit, + comme la queue dans une pomme. Ce tentacule semble tubuleux. Blainville + suppose qu’il est terminé par un suçoir: ce serait alors une espèce de + trompe.</p> + + <p>Dans certaines contractions, le corps devient réniforme; dans d’autres, + il perd son tentacule.</p> + + <p>La Noctiluque offre çà et là, dans son intérieur, des granules, + probablement des germes, et des points lumineux. Ceux-ci paraissent et + disparaissent avec rapidité: la moindre agitation détermine leur éclat. + Ces points forment tout au plus la vingt-cinquième ou la trentième + partie du grand diamètre du globule. Les Noctiluques émaillent la + surface de l’eau comme de petites constellations tombées du firmament.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Infusoires, on le sait aujourd’hui, ne sont pas les seuls animaux + producteurs de la phosphorescence. Cet état brillant de la mer est + encore déterminé par des Méduses, <span class="pagenum" id="Page_39">39</span> des Astéries, des Mollusques, + des Néréides, des Crustacés et même des Poissons<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a>..... Ces animaux + engendrent la lumière comme la Torpille engendre l’électricité. Ils + multiplient et diversifient les effets du phénomène. La lumière qu’ils + produisent passe tantôt au verdâtre, tantôt au rougeâtre. A certains + moments, on croit voir, dans le sombre royaume, des disques rayonnants, + des plumets étoilés, des franges flamboyantes. Plusieurs animaux + paraissent de loin comme des masses métalliques rougies à blanc, ou + comme des bouquets de feu lançant des étincelles. Il y a des festons + de verres de couleur comparables aux guirlandes de nos illuminations + publiques, et des météores incandescents, allongés ou globuleux, qui se + poursuivent à travers les vagues, montent, descendent, s’atteignent, + se groupent, se confondent, se disjoignent, décrivent mille courbes + capricieuses, et s’éteignent pour se rallumer et se poursuivre de + nouveau.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Spallanzani a fait un grand nombre d’expériences sur la lumière + des Méduses<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>, particulièrement sur celle de l’<i>Aurélie + phosphorique</i><a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a>. Il a reconnu que cette remarquable propriété + réside dans les grands bras ou tentacules, dans la zone musculaire du + corps et dans la cavité de l’estomac. Le reste de l’animal ne brille + que par réverbération. La source de la phosphorescence est due à la + sécrétion d’un liquide visqueux qui suinte à la surface des organes. + Si l’on mêle cette humeur à d’autres liquides, ceux-ci deviennent <span class="pagenum" id="Page_40">40</span> + plus ou moins lumineux. Une seule Aurélie, pressée dans 850 grammes de + lait de vache, rendit ce lait si brillant, qu’on put lire une lettre à + un mètre de distance.</p> + + <p>Pline savait que les <i>Pholades dattes</i><a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a>, petits mollusques à + deux valves dont nous parlerons bientôt, présentent aussi une clarté + phosphorescente, qui se répand sur les lèvres des personnes qui mangent + ces pauvres bêtes. Il nous apprend que cette même lueur brille sur + les habits, lorsqu’ils sont mouillés par quelques gouttes du fluide + phosphorescent échappé de l’animal.</p> + + <p>Réaumur, après avoir manié quelque temps une Pholade, se lava les + mains dans un vase d’eau. Ayant porté cette eau dans l’obscurité, elle + répandit une lueur d’un blanc bleuâtre.</p> + + <p>M. Milne Edwards ayant mis dans l’alcool des Pholades vivantes, la + matière lumineuse qui suinta du corps de ces mollusques descendit dans + le fond du bocal, et y forma une couche d’un éclat aussi vif qu’au + contact de l’air.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>La plupart des animaux lumineux paraissent maîtres de leur + phosphorescence, comme les Vers luisants de leur petit fanal; car + plusieurs d’entre eux en augmentent ou en diminuent l’intensité, + suivant les circonstances, et peuvent même l’éteindre tout à fait. + C’est principalement à l’époque de la reproduction... ou des amours, + que la merveilleuse clarté se manifeste avec toute sa splendeur et + toute son animation, triomphe impatient d’une vie exubérante et + généreuse qui veut s’épandre et se donner.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_41">41</span></p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Les plantes contribuent aussi au resplendissant météore de la mer. + Meyen a décrit une <i>Oscillatoire</i> qui donne des lueurs assez + éclatantes.</p> + + <p>Tous les marins savent que, pendant les fortes chaleurs, quand on + retire certaines Algues du sein de l’eau, qu’on les agite ou qu’on les + frotte, elles deviennent plus ou moins phosphorescentes.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-041" style="width: 459px;"> + <img src="images/page-041.jpg" alt="" width="459" height="331" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-041.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PHOSPHORESCENCE.</p> + </div> + </div> + + <p>Beaucoup de naturalistes et de physiciens admettent que ce magnifique + phénomène peut résulter encore de diverses matières animales ou + végétales tenues en suspension dans la mer, et surtout de la + décomposition de ces matières.</p> + + <p>Les anciens l’attribuaient faussement à la salure de l’Océan ou à + l’<i>Esprit salé</i>.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_43">43</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_4" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE IV<br /> + <span class="h2line2">LES PLANTES DE LA MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft2"><i>Plasén jardi, plus qu’autre jos lo cél.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">A. Crusa</span>, 1471.)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La flore de l’Océan mérite sous tous les rapports l’attention du + botaniste, du philosophe et de l’artiste; car il existe, au milieu des + eaux comme sur la terre, dans l’eau salée comme dans l’eau douce, des + plantes curieuses, utiles et pittoresques.</p> + + <p>Ces plantes offrent une diversité de formes telle, qu’un paysage au + fond de la mer n’est ni moins intéressant, ni moins varié que celui + d’une contrée à laquelle le soleil a imprimé le cachet de la végétation + si riche des tropiques. (Schleiden.)</p> + + <p>Cependant, disons-le tout d’abord, la vie végétale est moins largement + représentée dans les mers que sur les continents (Humboldt). La masse + des végétaux terrestres est incomparablement plus grande que celle + des végétaux marins. Mais la nature a compensé cette différence au + sein de l’Océan, ainsi que nous le montrerons ailleurs, en créant les + <i>Polypiers</i>, c’est-à-dire des animalcules réunis en sociétés + nombreuses plus ou moins arborisées, qui composent une flore d’un + autre genre, plus compliquée, plus animée, plus étonnante: ce sont, + pour ainsi dire, des animaux dans des plantes et des minéraux dans des + animaux.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_44">44</span></p> + + <p>La flore océanique appartient presque exclusivement à une seule classe + de végétaux, celle des <i>Algues</i>.</p> + + <p>Linné n’a signalé qu’une cinquantaine de ces plantes; on en connaît + aujourd’hui plus de 2000. Dans les eaux de l’Angleterre seulement, on + compte 105 genres et 370 espèces!</p> + + <p>La flore marine est assez nombreuse et assez brillante dans la zone + tempérée; elle diminue graduellement de richesse vers l’équateur et + vers les pôles. (Schleiden.)</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les plantes de la mer ont souvent une taille tout à fait microscopique. + Freycinet et Turrel, à bord de la corvette <i>la Créole</i>, ont + observé, dans le voisinage de Tajo (île de Luçon), une étendue d’eau de + 60 millions de mètres carrés colorée en rouge écarlate. Cette teinte + provenait de la présence d’une chétive plantule, dont il faut 40 000 + individus pour occuper l’espace d’un millimètre carré! Comme cette + coloration s’étendait à une profondeur assez considérable, il serait + impossible d’évaluer, même d’une manière approximative, le nombre de + tous ces êtres vivants. (Schleiden.)</p> + + <p>La mer Rouge présente aussi, dans certaines circonstances, une + coloration analogue qui lui a valu son nom. Cette coloration est + due également à une Algue microscopique. «Le 10 décembre, dit M. + Ehrenberg, je vis à Tor, près du mont Sinaï, toute la baie qui forme + le port de cette ville, rouge de sang. La haute mer, en dehors de + l’enceinte des coraux, conservait sa couleur ordinaire. De courtes + vagues apportaient sur le rivage, pendant la chaleur du jour, une + matière mucilagineuse pourpre, et la déposaient sur le sable; en sorte + que, dans l’espace d’une demi-heure, toute la baie, à marée basse, fut + entourée d’une ceinture <span class="pagenum" id="Page_45">45</span> rouge..... Je puisai de l’eau avec des + verres, que j’emportai dans ma tente. Il fut facile de reconnaître + que cette coloration était due à de petits flocons à peine visibles, + souvent verdâtres, quelquefois d’un vert intense, mais pour la plupart + d’un rouge foncé. Toutefois l’eau dans laquelle ils nageaient était + parfaitement incolore. J’observai cette matière au microscope. Les + flocons étaient formés de faisceaux de filaments. Ces faisceaux avaient + rarement plus de 2 millimètres de longueur; ils étaient fusiformes et + contenus dans une sorte de gaîne mucilagineuse. Durant le jour ils se + maintenaient à la surface de l’eau, mais pendant la nuit ils gagnaient + le fond du verre; quelque temps après, ils remontaient.» Cette Algue a + été désignée sous le nom de <i>Trichodesmie rouge</i><a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a>.</p> + + <p>M. Évenot Dupont, avocat distingué de l’île Maurice, raconte, de son + côté, que le 15 juillet 1843, il vit la même mer teinte en rouge + aussi loin que l’œil pouvait s’étendre. Sa surface était partout + couverte d’une matière fine d’un rouge de brique un peu orangé. La + sciure du bois d’acajou produirait à peu près le même effet. M. Dupont + fit recueillir, à l’aide d’un seau attaché au bout d’une corde, une + certaine quantité de cette substance; puis, avec une cuiller, il en + remplit un flacon. Le lendemain, elle était devenue d’un violet foncé, + et l’eau avait pris une jolie teinte rose. Le contenu fut vidé sur + un linge de coton; l’eau passa au travers, et la substance adhéra au + tissu: en se séchant, elle devint verte.</p> + + <p>M. Montagne a étudié cette matière, et constaté que c’était une petite + Algue du même genre que la précédente. Il l’a nommée <i>Trichodesmie + d’Ehrenberg</i><a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>. Cette Algue est composée <span class="pagenum" id="Page_46">46</span> de filaments + articulés et juxtaposés, variant entre un dixième et un vingtième de + millimètre. Le microscope y fait découvrir des cellules régulièrement + soudées bout à bout, fortement pressées et un peu quadrilatères.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-046" style="width: 304px;"> + <img src="images/page-046.jpg" alt="" width="304" height="195" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-046.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TRICHODESMIE D’EHRENBERG<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Trichodesmium Ehrenbergii</i> Montagne).</p> + </div> + </div> + + <p>D’autres plantes marines présentent au contraire une taille + gigantesque. Humboldt a vu pêcher un Fucus qui avait plus de 500 mètres + de longueur!</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les plantes de l’Océan ne ressemblent pas beaucoup à celles qui ornent + nos bois et nos vallons. D’abord elles n’ont pas de racines.</p> + + <p>Celles qui flottent sont globuleuses ou ovoïdes, tubulées ou + membraneuses, sans apparence aucune de corps radiculaire.</p> + + <p>Celles qui adhèrent sont fixées par une sorte d’empatement superficiel + plus ou moins lobé ou divisé. La terre n’est pour rien dans leur + développement, car leur point d’origine <span class="pagenum" id="Page_47">47</span> est toujours extérieur. + Tout se passe dans l’eau; tout vient d’elle, et tout retourne à elle + (Quatrefages).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-047" style="width: 448px;"> + <img src="images/page-047.jpg" alt="" width="448" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-047.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">THALASSIOPHYLLUM PERFORÉ<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Thalassiophyllum clathrus</i> Montagne).</p> + </div> + </div> + + <p>Les plantes terrestres choisissent tel ou tel terrain; elles ne + prospèrent bien que dans un sol déterminé. Les plantes marines + sont indifférentes au rocher qui les supporte. Qu’il soit calcaire + ou granitique, elles n’en profitent pas; aussi croissent-elles + indistinctement partout, même sur des coraux ou des coquilles.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-048" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-048.jpg" alt="" width="600" height="447" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-048.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 3em">LAURENCIE PINNATIFIDE</span> <span style="margin-left: 3em">CLADOSTÈPHE VERTICILLÉE</span><br /> + <span style="margin-right: 2em">(<i xml:lang="la" lang="la">Laurencia pinnatifida</i> Lamouroux).</span> <span style="margin-left: 3.5em">(<i xml:lang="la" lang="la">Cladostephus verticillatus</i> Hooker).</span></p> + </div> + </div> + + <p>Ces hydrophytes ne possèdent ni vraies tiges, ni vraies feuilles; elles + se dilatent souvent en lames ou lamelles <span class="pagenum" id="Page_48">48</span> larges ou étroites, d’une seule ou de plusieurs pièces, qui tiennent + lieu de ces organes. Elles ressemblent tantôt à des lanières + onduleuses, tantôt à des filaments crispés; celles-ci épaisses et + coriaces, celles-là minces et membraneuses. Il y en a qu’on prendrait + pour de petits ballons transparents, pour des étoffes régulièrement + gaufrées, pour des lambeaux de gelée tremblante, pour des rubans de + corne blonde, pour des baudriers de peau tannée, ou pour des éventails + de papier vert! Leur surface est tantôt lisse, polie, même luisante, + tantôt couverte de papilles, de verrues ou de véritables poils. On y + trouve un enduit visqueux, une poussière saline, une efflorescence + sucrée, et quelquefois un dépôt crétacé. Leur couleur est olivâtre, + fauve, jaunâtre, d’un brun plus ou moins obscur, d’un vert plus ou + moins gai, d’un rose plus ou moins tendre, ou d’un carmin plus ou moins + vif.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_49">49</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-049a" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-049a.jpg" alt="" width="600" height="345" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-049a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CAULERPE A FEUILLES D'IF (1/4)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Caulerpa taxifolia</i> Agardh).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-049b" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-049b.jpg" alt="" width="600" height="293" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-049b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 6em">PADINE PAON</span> <span style="margin-left: 6em">DELESSÉRIE ROUGE</span><br /> + <span style="margin-right: 0.5em">(<i xml:lang="la" lang="la">Padina pavonia</i> Lamouroux).</span>      <span style="margin-left: 6em">(<i xml:lang="la" lang="la">Delesseria sanguinea</i> Lamouroux).</span></p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-050" style="width: 336px;"> + <img src="images/page-050.jpg" alt="" width="336" height="261" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-050.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PLOCAMIE PLUMEUSE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Plocamium plumosum</i> Lamouroux).</p> + </div> + </div> + + <p>Quelques auteurs les ont divisées d’après leurs teintes dominantes + en trois grandes sections: les <i>brunes</i> ou <i>noires</i> + (<i>Mélanospermées</i>), les <i>vertes</i> (<i>Chlorospermées</i>), + et les <i>rouges</i> (<i>Rhodospermées</i>). Les premières sont de + beaucoup les plus nombreuses. Elles s’enfoncent plus ou moins, et + semblent occuper dans l’Océan trois régions plus ou moins distinctes; + <span class="pagenum" id="Page_50">50</span> elles constituent la plus grande partie des forêts sous-marines. + Les vertes sont superficielles et souvent flottantes. Les rouges se + rencontrent habituellement à de faibles profondeurs et sur les rochers + peu éloignés des rivages<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-IV" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-050bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-050bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Si du fond de la mer un volcan soulève tout à coup au-dessus des + flots un rocher inerte couvert de scories, la force organique est + prête à faire naître la vie à sa surface (Humboldt). A peine l’air + a-t-il touché la pierre nue, qu’il s’y forme de toutes petites plantes + adhérentes qui la rongent et la détruisent peu à peu. Ce sont d’abord + des taches jaunâtres ou grisâtres, puis bleuâtres ou verdâtres, + simples ou doubles, bordées par des lignes saillantes ou traversées + par des sillons entrecroisés. A mesure que ces taches vieillissent, + leur couleur devient un peu plus foncée, et leur épaisseur un peu plus + grande. Au bout d’un certain temps, elles se transforment <span class="pagenum" id="Page_51">51</span> + en filets de velours. Mais bientôt ceux-ci se décomposent, et, du + milieu de leurs dépouilles, surgissent d’autres plantules à taille + un peu plus haute, à végétation moins chétive et à caractères plus + tranchés.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les plantes de l’Océan qui végètent à sa surface, sans adhérence, + s’entrelacent souvent et forment des îles herbacées, lesquelles sont + poussées par les courants et vont échouer vers quelque plage inconnue, + ou bien sont dispersées par les orages.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-051" style="width: 495px;"> + <img src="images/page-051.jpg" alt="" width="495" height="361" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-051.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VAREC PORTE-BAIES (1/4)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sargassum bacciferum</i> Agardh).</p> + </div> + </div> + + <p>Au sud-est de Terre-Neuve, non loin des Açores, on rencontre un + immense banc de plantes pélagiennes, composé du <i>Varec nageur</i> + ou <i>porte-baies</i><a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a>, l’un des plus répandus parmi les Fucus de + l’Océan. On appelle ce banc, la <i>mer des <span class="pagenum" id="Page_52">52</span> Sargasses</i> (<i>mar + de Sargasso</i>). C’est cette masse gigantesque qui frappa si vivement + l’imagination de Christophe Colomb, et qui est nommée par Oviédo, la + <i>prairie des Varecs</i> (<i>praderias de Yerva</i>). (Humboldt.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-052" style="width: 406px;"> + <img src="images/page-052.jpg" alt="" width="406" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-052.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ULVE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Ulva Linza</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Ces lits d’herbes flottantes se rassemblent quelquefois autour des + vaisseaux d’une manière très-serrée. Les premiers navigateurs les + regardaient comme la limite de l’Océan navigable. On assure que Colomb + employa trois mortelles semaines à franchir la prairie des Sargasses.</p> + + <p>Beaucoup d’autres Algues flottent aussi à la surface de <span class="pagenum" id="Page_53">53</span> la mer, + tantôt réunies, tantôt en petit nombre, et composant d’étroites + plates-bandes ou de petites oasis. Parmi ces plantes, nous devons citer + surtout les <i>Laitues de mer</i> (<i>Ulves</i>), avec leur ample et + mince feuillage, d’un vert tendre ou d’un violet obscur. Une espèce + ressemble à un long tube comprimé; une autre, à un fil mince tortueux.</p> + + <p>A ces Algues viennent s’entremêler différentes herbes marines, qui + s’étaient développées dans les bas-fonds, que les vagues ont détachées, + et dont les rameaux déliés ont été soulevés jusqu’à la surface par + leurs cellules gonflées d’air (Humboldt). M. de Martius croit que + beaucoup de ces Algues flottantes ont été arrachées par les Baleines.</p> + + <p>Une fois arrivés à la surface de la mer, les Fucus poussent des + branches et des lobes dans toutes les directions, qui s’enlacent et + s’entortillent de toutes les manières.</p> + + <p>Ces plantes de la surface de la mer ont une exubérance de végétation si + fougueuse, si l’on peut parler ainsi, qu’elle dépasse le développement + de l’<i>Anacharis du Canada</i><a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>. Cette plante d’eau douce, + transportée accidentellement, il y a quelques années, dans les eaux de + la Tamise, menace aujourd’hui d’encombrer ce fleuve et d’arrêter la + navigation!</p> + + <p>Un des caractères des prairies de Varecs, c’est la simplicité de leur + composition. Dans une prairie terrestre, on observe un assez grand + nombre d’espèces végétales; dans une prairie marine, on n’en compte que + deux ou trois, et souvent même qu’une seule.</p> + + <p>Mais les prairies flottantes sont bien moins nombreuses et moins + remarquables que les prairies sous-marines.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_54">54</span></p> + + <p>On voit au fond de l’Océan de riches pelouses étalées sur le sol, à + plantes serrées et comme confondues, semblables à des tapis de moquette.</p> + + <p>On y découvre des buissons et des bosquets, des jardins et des bois. Il + existe un petit nombre de forêts vierges sur la terre; on en rencontre + presque partout sous les ondes, car la végétation des mers est mieux + défendue et mieux respectée que la végétation des continents. L’homme + mutile, exploite, arrache, incendie les bois de l’Amérique, mais + il n’aborde que très-timidement, avec beaucoup de précautions, et + seulement pour quelques minutes, les bois de l’Océan.</p> + + <p>Les hydrophytes submergées confondent leurs feuillages d’une manière + très-lâche ou très-compacte, et composent des berceaux arrondis, des + galeries mystérieuses, ou des fourrés impénétrables... Il y a dans + les harmonies végétales de la mer comme une splendide répétition des + magnificences de la terre.</p> + + <p>Quelques-unes de ces plantes sous-marines sont à peine couvertes d’eau, + d’autres se cachent plus ou moins profondément.</p> + + <p>Dans les parages des îles Canaries, Humboldt et Bonpland ont retiré + d’une profondeur de 67 mètres une <i>Caulerpe à feuilles de Vigne</i>. + Elle offrait une admirable couleur verte.</p> + + <p>Entre l’île de France et les îles Mascareignes, Bory de Saint-Vincent + a recueilli une touffe de <i>Varec turbiné</i><a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a> à une profondeur + d’environ 200 mètres.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-055a" style="width: 323px;"> + <img src="images/page-055a.jpg" alt="" width="323" height="350" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-055a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CALLITHAMNE GRANIFÈRE.<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Callithamnion graniferum</i> Meneghini).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Céramies</i> se font remarquer, entre toutes les plantes de la + mer, par la merveilleuse délicatesse de leur organisation, <span class="pagenum" id="Page_55">55</span> par + l’élégance de leur branchage et par leurs belles teintes écarlates ou + violettes.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-055b" style="width: 356px;"> + <img src="images/page-055b.jpg" alt="" width="356" height="361" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-055b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LAMINAIRES.</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Laminaires</i> s’allongent comme d’immenses courroies, souvent + frangées et plissées, qui flottent au gré des courants et se tordent + aux vents des tempêtes.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_56">56</span></p> + + <p>Les <i>Agares</i> étalent leurs languettes onduleuses ou leurs larges + éventails à bords crispés ou découpés.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-056" style="width: 346px;"> + <img src="images/page-056.jpg" alt="" width="346" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-056.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">AGARE DE GMELIN (1/6)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Agarum Gmelini</i> Mertens).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Alariées</i> s’élancent dans le liquide avec leur support grêle + et roide, surmonté d’une délicieuse collerette de rubans étroits et + sinueux, du milieu de laquelle s’élève une lanière longue de plus de 15 + mètres, d’abord étroite, puis égale, puis graduellement rétrécie.</p> + + <p>Le <i>Varec porte-poire</i><a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> de la Terre de Feu compose de larges + buissons ramifiés, dont chaque branche est terminée par un renflement + creux, espèce de vessie natatoire gonflée <span class="pagenum" id="Page_57">57</span> d’air, qu’on serait + tenté de prendre pour un fruit. Ce Fucus peut atteindre jusqu’à une + hauteur de 300 mètres (Cook, G. Forster); il dépasse, par conséquent, + celle de nos arbres verts les plus élevés.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-057" style="width: 379px;"> + <img src="images/page-057.jpg" alt="" width="379" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-057.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ALARIÉE (1/75)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Alaria fistulosa</i> Postels et Ruprecht).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Néréocystées</i> ont une fausse tige filiforme, flexueuse, haute + de 20 à 30 mètres, grossissant légèrement vers l’extrémité, où elle se + dilate brusquement en une petite poire, de l’œil de laquelle s’échappe + une touffe d’appendices dichotomes <span class="pagenum" id="Page_58">58</span> longs de 10 à 12 mètres, + étroits et flexueux, composant un immense bouquet.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-058" style="width: 397px;"> + <img src="images/page-058.jpg" alt="" width="397" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-058.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">NÉRÉOCYSTÉE (1/350)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Nereocystis Lütkeana</i> Postels et Ruprecht).</p> + </div> + </div> + + <p>N’oublions pas de mentionner les <i>Acétabules</i>, organisations + gracieuses, longtemps mal connues, regardées par Tournefort comme des + Algues<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>, et par Linné comme des Polypiers<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_59">59</span></p> + + <p>Ce sont de petits plateaux orbiculaires, minces, en forme de parasols + très-déprimés, striés en rayons, et plus ou moins semblables au + chapeau de certains champignons, par exemple celui de l’<i>Agaric + androsacé</i><a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">[20]</a>.</p> + + <p>Au centre de l’ombelle, en dessous, se voit une tige très-grêle, longue + et fistuleuse, qui sert de support. Les rayons sont creux, et leur tube + communique avec la grande cavité du chapeau. Le végétal tout entier ne + forme qu’<i>une seule cellule</i>. (Nägeli.)</p> + + <p>La peau de la plante contient de la chaux carbonatée, grenue, disposée + par couches concentriques.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-059" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-059.jpg" alt="" width="195" height="164" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-059.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ACÉTABULE MARINE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Acetabulum mediterraneum</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Delile a laissé parmi ses papiers une monographie inédite de ce bizarre + végétal. M. Woronine vient de publier une excellente étude sur son + organisation.</p> + + <p>«Les tiges grandissent par le sommet, et produisent plusieurs + verticilles successifs de rameaux confervoïdes. Les inférieurs + périssent, étant caducs, et leurs points d’attache s’oblitèrent. De + nouveaux verticilles supérieurs continuent de croître. Il arrive un + degré auquel il semble qu’une soudure de tubes verticillés forme + un bouton circulaire, véritable disque ou plateau celluleux à + compartiments rayonnants. <span class="pagenum" id="Page_60">60</span> Ce plateau, d’abord demi-transparent, + s’élargit jusqu’à maturité. Les verticilles confervoïdes inférieurs + subsistent quelquefois par fragments, ou laissent des traces + annulaires, tandis qu’une houppe de ramifications flottantes s’allonge + au milieu du plateau.» (Delile.)</p> + + <p>Quelquefois on rencontre deux chapeaux l’un au-dessus de l’autre. + (Woronine.)</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Les plantes pélagiennes ne produisent ni calice, ni corolle; elles + n’ont ni vraies étamines, ni vrais pistils: mais, par une merveilleuse + compensation, ainsi qu’on le verra dans les chapitres suivants, + beaucoup d’animaux de la mer sont organisés et quelquefois groupés + comme de véritables fleurs!..... Bizarre élément, où le règne animal + <i>fleurit</i>, et où le règne végétal <i>ne fleurit pas!</i></p> + + <p>Pendant longtemps les botanistes ont ignoré le mode générateur des + végétaux de l’Océan. Ils les rangeaient parmi les plantes <i>à noces + cachées</i> (<i>Cryptogames</i>). On sait aujourd’hui que les Algues + se reproduisent par le moyen de corpuscules, les uns mâles, les autres + femelles, souvent doués d’une mobilité singulière. Si les animaux + marins ont emprunté aux végétaux terrestres la forme de leurs fleurs, + les végétaux marins, à leur tour, ont pris aux animaux une partie de + leur locomotion!</p> + + <p>En 1793, Girod-Chantrans signala, le premier, mais sans bien s’en + rendre compte, une <i>sorte de mouvement spontané</i> dans la matière + granuleuse verte de certaines Algues. Il considérait mal à propos cette + matière comme une <i>agglomération d’animalcules</i> analogues à ceux + des Polypiers<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">[21]</a>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_61">61</span></p> + + <p>En 1817, Bory de Saint-Vincent découvrit d’une manière certaine, et + démontra de la façon la plus évidente, la faculté locomotile des + granulations dont il s’agit. Ses observations furent confirmées par + Gaillon, à Paris, et par Agardh, à Stockholm. Les études plus récentes + de MM. Derbès et Solier, et surtout de MM. Thuret et Pringsheim, ont + jeté le plus grand jour sur la propagation des végétaux marins.</p> + + <p>Les Algues rouges se reproduisent par des spores de deux espèces. Les + premières, ou <i>tétraspores</i>, se développent au nombre de quatre + dans des cellules appartenant à des frondes spéciales; elles paraissent + ressembler à des bulbilles, et portent en elles-mêmes la raison de leur + germination. Les spores proprement dites naissent dans des capsules, ou + <i>polyspores</i>; l’action des <i>anthéridies</i> semble nécessaire à + leur entier développement: ce sont de véritables graines.</p> + + <p>Les anthéridies sont de formes très-variables, et finissent par se + diviser en nombreuses cellules. Ces cellules deviennent libres; elles + ne germent pas, mais il est probable que leur action sur les polyspores + est analogue à ce que nous offrent celles des Algues vertes.</p> + + <p>Le plus souvent chacun de ces organes appartient à une plante + distincte, de telle sorte que l’espèce comprend trois formes + d’individus; ce qui est encore plus compliqué que chez le Dattier, où + il y a seulement des pieds mâles et des pieds femelles.</p> + + <p>Les Algues vertes se propagent principalement par des <i>zoospores</i> + et par des <i>spores</i>.</p> + + <p>Les <i>zoospores</i> sont des corpuscules microscopiques d’environ + un ou deux centièmes de millimètre de longueur, de forme ovoïde + ou turbinée, et remplis aux deux tiers d’une matière verte + (<i>chlorophylle</i>). L’extrémité antérieure, ou <span class="pagenum" id="Page_62">62</span> rostre, est + atténuée en pointe et surmontée le plus souvent par deux ou quatre + cils plus longs que le corpuscule tout entier. Dans certaines Algues + (<i>Phéosporées</i>), les cils sont inégaux, le plus long dirigé + en avant, le plus court traînant par derrière comme une sorte de + gouvernail. Vers la naissance du rostre, on observe fréquemment un + point rougeâtre, qui subsiste encore quelque temps après que la + germination est commencée.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-062" style="width: 159px;"> + <img src="images/page-062.jpg" alt="" width="159" height="133" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-062.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"> ZOOSPORES.</p> + </div> + </div> + + <p>Le <i>Myrionema</i>, parasite qui forme sur la surface des autres + Algues de petites taches brunes ayant à peine quelques lignes de + large, et l’<i>Haligenia</i>, dont la fronde étalée atteint jusqu’à + douze pieds de diamètre, se reproduisent par des zoospores semblables, + présentant la même petitesse et la même simplicité d’organisation. + L’analogie nous conduit de même à supposer que les immenses + <i>Lessonia</i> arborescents de l’océan Austral se propagent aussi + par des zoospores dont la longueur ne dépasse guère un centième de + millimètre. (Thuret.)</p> + + <p>Certaines Algues jouissent dans toutes les parties de leur tissu de la + faculté de produire des zoospores; dans d’autres espèces, au contraire, + leur formation est plus ou moins localisée dans quelques parties de la + fronde.</p> + + <p>Ces corpuscules semblent toujours produits par une sorte de coagulation + de la matière contenue dans les cellules. Cette matière s’agglomère en + masses plus ou moins nombreuses, <span class="pagenum" id="Page_63">63</span> d’abord confuses et mal limitées + (fig. 1), plus tard nettement circonscrites (fig. 2), et constituant + alors autant de zoospores distinctes (fig. 3).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-063" style="width: 400px;"> + <img src="images/page-063.jpg" alt="" width="400" height="407" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-063.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">FORMATION ET ÉMISSION DES ZOOSPORES (1/330)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Bryopsis hypnoides</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>L’émission des zoospores a presque toujours lieu avec une sorte de + violence, déterminée par la pression exercée sur les parois de la + cellule par le liquide mucilagineux qui en remplit la cavité. Ce + liquide augmente peu à peu de volume par endosmose, et finit par en + déterminer la rupture.</p> + + <p>Aussitôt libres (fig. Z), les zoospores s’agitent dans tous les sens, + présentant presque toujours leur rostre en avant. Leurs mouvements sont + vifs et capricieux; quelquefois elles reviennent subitement en arrière; + souvent on les voit pirouetter sur leur grand axe. Si le vase qui les + contient est placé dans le voisinage d’une fenêtre, elles se dirigent + le plus souvent vers la lumière. (Thuret.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_64">64</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-064" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-064.jpg" alt="" width="398" height="445" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-064.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">DÉVELOPPEMENT DE LA ZOOSPORE ET FORMATION DE LA JEUNE PLANTE (1/330)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Haligenia bulbosa</i> Decaisne).</p> + </div> + </div> + + <p>Après s’être ainsi démenées pendant plusieurs heures ou plusieurs + jours, suivant les espèces, les zoospores (fig. Z) se fixent par leur + rostre au moyen d’une sécrétion mucilagineuse; leur corps s’arrondit; + les cils, décomposés ou détachés, disparaissent; en même temps + l’extrémité opposée grossit et s’allonge en un tube qui ne tarde pas + à se cloisonner. Souvent même ce développement est si rapide, qu’il + suffit de quelques jours pour voir se former une jeune fronde (fig. 11). + (Thuret.)</p> + + <p>La <i>spore</i> est une petite masse ronde remplie d’une substance + olivâtre, et qui reçoit, de corpuscules ciliés (<i>anthérozoïdes</i>), + la propriété de reproduire un individu semblable à celui qui lui a + donné naissance. Elle est contenue dans un sac (<i>sporange</i>) fixé + par un court pédicule aux parois d’une cavité (<i>conceptacle</i>) qui + s’ouvre à l’extérieur <span class="pagenum" id="Page_65">65</span> par un petit orifice (<i>ostiole</i>). Le + sporange contient, suivant les espèces, une ou plusieurs spores.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-065a" style="width: 483px;"> + <img src="images/page-065a.jpg" alt="" width="483" height="335" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-065a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CONCEPTACLE RENFERMANT LES SPORANGES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Fucus vesiculosus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-065b" style="width: 416px;"> + <img src="images/page-065b.jpg" alt="" width="416" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-065b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">INSERTION DU SPORANGE, ÉMISSION DE L’OCTOSPORE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Fucus vesiculosus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les anthérozoïdes consistent en des corpuscules microscopiques d’un ou + deux centièmes de millimètre de longueur <span class="pagenum" id="Page_66">66</span> environ, renfermant un + granule coloré qui semble faire saillie à la surface, et muni de deux + cils locomoteurs très-ténus. Ils sont en grand nombre dans un petit sac + ovoïde transparent (<i>anthéridie</i>) inséré par sa base sur des poils + rameux et articulés. Ces poils naissent des parois d’un conceptacle, + et convergent vers l’ostiole, comme pour guider les anthérozoïdes à la + sortie de leur cavité.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-066a" style="width: 499px;"> + <img src="images/page-066a.jpg" alt="" width="499" height="326" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-066a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CONCEPTACLE RENFERMANT LES ANTHÉRIDIES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Fucus vesiculosus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-066b" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-066b.jpg" alt="" width="600" height="309" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-066b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">1. INSERTION DES ANTHÉRIDIES.—2. ÉMISSION DES ANTHÉROZOÏDES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Fucus vesiculosus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_67">67</span></p> + + <p>Les sporanges et les anthéridies peuvent être, selon les espèces, + réunis dans un même conceptacle, ou séparés dans des individus + différents et dans des conceptacles distincts.</p> + + <p>Voici, d’après les beaux travaux de M. Thuret, la suite des phénomènes + auxquels donne lieu ce mode de reproduction dans le <i>Fucus + vésiculeux</i><a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">[22]</a>:</p> + + <p>Les sporanges tirent leur origine des cellules de la cavité + conceptaculaire. Quelques-unes d’entre ces cellules forment au-dessus + des autres une petite protubérance qui se dédouble au moyen d’une + cloison transversale: l’inférieure cesse de grossir, et forme dès + lors le pédicule; la supérieure continue de s’accroître, se remplit + d’une matière olivâtre et s’organise en sporange. Bientôt cette + matière se segmente en huit parties qui constitueront autant de + spores; leur réunion est l’<i>octospore</i>. Ce corps se présente sous + la forme d’une masse opaque et brunâtre entourée de deux membranes + transparentes. La membrane extérieure (<i>périspore</i>) appartient au + sporange, et reste fixée au pédicule quand celui-ci crève. La membrane + interne (<i>épispore</i>) reste adhérente à la masse commune, et + retient les spores fortement serrées entre elles. Une fois sorties des + sporanges, les octospores glissent jusqu’à l’orifice du conceptacle et + se dispersent dans l’eau.</p> + + <p>Bientôt elles augmentent de volume; en même temps la membrane + enveloppante (épispore) commence à se dissoudre à la partie supérieure, + et l’on s’aperçoit alors (fig. 1) que les spores sont encore revêtues + d’une troisième membrane extrêmement délicate. La portion inférieure + de l’épispore, qui ne s’est pas dissoute, se replie sur elle-même pour + livrer <span class="pagenum" id="Page_68">68</span> passage aux spores (fig. 2), s’en sépare complétement et + ne tient plus que par sa base à la membrane interne (fig. 3); enfin, + cette dernière se brise et laisse échapper les spores (fig. 4). Tous + ces phénomènes s’accomplissent en moins d’une heure. Les spores libres + sont parfaitement rondes, d’un jaune olivâtre, absolument dépourvues + de tégument; c’est à ce moment que l’action des anthérozoïdes (fig. A) + devra intervenir pour féconder la spore dégagée de ses enveloppes. Il + suffit pour cela que quelques anthéridies soient mélangées à l’eau qui + contient les corps reproducteurs. Sous l’influence de l’humidité, les + anthérozoïdes se dégagent de leur anthéridie (fig. <i>a</i>), entourent + la spore, s’attachent à sa surface (fig. 5), et, au moyen de leurs + cils locomoteurs, lui communiquent un mouvement de rotation très-vif. + Peu à peu ce mouvement se ralentit, et au bout d’une demi-heure il + a entièrement cessé. Quelques heures après, la spore se revêt d’une + membrane; plus tard encore une cloison apparaît, qui la divise en + deux cellules (fig. 6). En même temps (fig. 7) se montre un petit + épaississement qui continue à s’allonger, et finit par se convertir en + un filament transparent, dépourvu de matière verte, et ne renfermant + que quelques grains jaunâtres à son extrémité. Bientôt plusieurs de ces + radicules naissent à la base de la spore, et servent à fixer la jeune + fronde (fig. 7, 8, 9, 10). Celle-ci, dont les cellules ont continué + à se multiplier par la production de nouvelles cloisons dans les + cellules déjà existantes, s’allonge peu à peu en une petite expansion + de forme obovale et de couleur brune (fig. 11, 12). La jeune fronde est + maintenant formée; elle présente déjà, en plus petit, il est vrai, les + organes fondamentaux de la plante mère. Encore quelques jours, elle + aura acquis son entier développement, et sera capable à son tour de + reproduire des individus semblables à elle-même.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-V" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-068bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-068bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_69">69</span></p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>Chaque marée, et surtout chaque ouragan accumule sur les côtes + occidentales de l’Europe d’énormes monceaux de Varecs ou + <i>Goëmons</i>. On les recueille et on les transporte dans les champs + pour y servir d’engrais. Les pauvres gens les font sécher, c’est là + leur combustible. D’autres fois on prépare avec ces plantes marines la + <i>soude de Varec</i>, ou <i>soude naturelle</i>. Les Goëmons couvrent + la plage et les rochers submergés. Ils forment sur le sable de longues + traînées flexueuses indiquant la limite atteinte par la vague. Les + principaux sont le <i>Vraigin</i>, ou <i>Varec à nœuds</i><a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">[23]</a>, renflé + d’espace en espace de vésicules pleines d’air; le <i>Craquet</i>, + ou <i>Varec vésiculeux</i>, caractérisé aussi par de petites outres + <span class="pagenum" id="Page_70">70</span> semblables à des pois; et le <i>Vraiplat</i>, ou <i>Varec + dentelé</i><a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">[24]</a>, dont les lanières ont les bords découpés en scie et la + surface parsemée de petits enfoncements. On exploite aussi le <i>Varec + à siliques</i><a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">[25]</a>, qui porte des capsules allongées et comprimées, + marquées de cloisons transversales, comme les fruits des choux et des + navets.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-069" style="width: 334px;"> + <img src="images/page-069.jpg" alt="" width="334" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-069.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VAREC VÉSICULEUX.<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Fucus vesiculosus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans certaines baies il y a jusqu’à 30 000 personnes qui accourent sur + la grève pour ramasser les Goëmons que la mer a jetés, ou pour couper + ceux qui végètent sur les rochers. Comme dans cette sorte de récolte... + ou de pillage, les plus riches, qui disposent de nombreux attelages et + de beaucoup de bras, seraient toujours les mieux partagés, les prêtres + catholiques du moyen âge avaient établi une coutume aussi ingénieuse + que noble. C’était de n’admettre, le premier jour, à la récolte du + Varec, que les habitants peu aisés de la paroisse. Ceux-ci empruntaient + à leurs voisins des charrettes et des chevaux, et parvenaient ainsi + à faire une bonne récolte. Dans le Finistère, où les mœurs antiques + sont en partie conservées, cet usage se retrouve encore: le premier + jour de la coupe du Goëmon s’y appelle le <i>jour du pauvre</i>. Le + prêtre vient à la grève dès le matin, et si un riche se présente pour + récolter:—«Laissez les pauvres gens ramasser leur pain», dit le + recteur. Et le riche se retire. (<i>Mag. pittor.</i>)</p> + + <p>Les ouvriers qui se livrent à la fabrication de la soude de Varec sont + appelés <i>barilleurs</i> ou <i>soudiers</i>, aux environs de Brest et + de Cherbourg.</p> + + <p>Les barilleurs se rendent dans les lieux les plus favorables par + groupes de six hommes, et construisent au centre de l’espace qu’ils + veulent exploiter une sorte de <span class="pagenum" id="Page_71">71</span> cabane dans laquelle ils se + retirent pour passer la nuit. Quand la mer est basse, les ouvriers + se dispersent sur les rochers, arrachent les Varecs et en forment de + grands tas. Ils transportent ceux-ci vers un endroit déterminé du + rivage, soit en les faisant flotter, soit avec des civières, soit tout + simplement sur leur dos. Ils les étalent sur la grève, au soleil. Quand + la dessiccation est suffisante, ils les empilent dans des fours formés + de quatre pierres plates disposées en rectangle, et y mettent le feu. + La combustion s’opère lentement en répandant une fumée abondante des + plus désagréables. Les Goëmons, constamment remués avec une barre de + fer, développent une forte chaleur; les cendres subissent une sorte + de vitrification, et se prennent en masse: c’est cette matière qui + constitue la soude de Varec.</p> + + <p>Anciennement, dans les seules îles Orkneys, 20 000 hommes étaient + occupés toute l’année à ramasser des Fucus et à les brûler. + Aujourd’hui, dans ces mêmes îles, l’industrie de la soude a été + remplacée par celle de l’iode, laquelle est bien loin de donner les + mêmes avantages. (L. Wraxall.)</p> + + <p>Un autre produit de la mer, exploité sur les bords de l’Océan, c’est + la <i>Zostère marine</i><a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">[26]</a>, plante remarquable par ses longues + feuilles rubanées, d’un vert sombre. Cette plante n’est pas une Algue; + elle appartient à la famille des <i>Zostéracées</i>. Elle a des + racines très-grêles qui l’attachent aux sables mouvants; elle possède + de véritables fleurs, à la vérité bien petites et bien modestes. La + Zostère est employée, dans beaucoup d’endroits, pour les matelas, les + coussins, et surtout pour les emballages. En Hollande, à l’entrée + du Zuyderzée, on s’en sert, sous le nom de <i>Wier</i>, pour la + construction des digues. (De Candolle.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_72">72</span></p> + + <p>On est vraiment saisi d’admiration, quand on réfléchit sur les énormes + masses de végétaux marins que chaque marée ou chaque tempête rejette + et accumule sur les plages tous les ans, tous les mois, même tous les + jours, sans que jamais leur quantité paraisse s’amoindrir.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_73">73</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_5" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE V<br /> + <span class="h2line2">LES ANIMAUX INFUSOIRES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«<i xml:lang="la" lang="la">Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Pline.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La Providence a distribué avec une grande profusion les espèces et les + individus inférieurs de l’animalité. Dieu semble avoir voulu consoler + (et même égayer) les abîmes de la mer en y répandant par millions et + par milliards les représentants les plus mobiles de la vie.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-073" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-073.jpg" alt="" width="273" height="276" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-073.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MICROSCOPE.</p> + </div> + </div> + + <p>L’Océan est donc peuplé de légions innombrables d’infiniment petits... + Ces infiniment petits échapperaient encore à nos regards, si nous ne + possédions pas le <i>microscope</i>, ce sixième sens de l’homme, comme + l’appelle M. Michelet.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_74">74</span></p> + + <p>Le microscope! merveilleux instrument qui a fait pour l’organisation ce + que le télescope a fait pour les étoiles<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">[27]</a>!</p> + + <p>La connaissance des Infusoires est, sans contredit, une des plus belles + conquêtes de l’optique. C’est un monde entièrement nouveau que nous a + révélé la précieuse lunette, et l’une des sources les plus fécondes de + notre admiration pour la puissance créatrice.</p> + + <p>«Il n’y a chose, en ce monde, tant soit elle estimée petite et + lesgière, qui ne nous soit tesmoignage de la grandeur de nostre + supernaturel et plus que nonpareil Ouvrier.» (Belon.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-074" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-074.jpg" alt="" width="600" height="367" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-074.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MICROSCOPE SOLAIRE.</p> + </div> + </div> + + <p>Les animalcules infusoires sont tellement petits, qu’une gouttelette de + liquide en contient plusieurs millions.</p> + + <p>Toutes les eaux en présentent, les douces comme les salées, les froides + comme les chaudes. Les grands fleuves en charrient constamment des + quantités énormes dans la mer.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_75">75</span></p> + + <p>Le Gange en transporte, dans l’espace d’une année, une masse égale à + six ou huit fois le volume de la plus grande pyramide d’Égypte. Parmi + ces animalcules, on a compté soixante et onze espèces différentes. + (Ehrenberg.)</p> + + <p>L’eau et la vase recueillies entre les îles Philippines et les îles + Mariannes, à une profondeur de 6600 mètres, en ont donné cent seize + espèces.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-075" style="width: 269px;"> + <img src="images/page-075.jpg" alt="" width="269" height="269" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-075.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">INFUSOIRES DIVERS.</p> + </div> + </div> + + <p>Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient pas + exister, on rencontre encore des myriades d’Infusoires. Ceux qu’on a + observés dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine + James Ross, offraient une richesse toute particulière d’organisations + inconnues jusqu’ici et souvent d’une élégance remarquable. Dans les + résidus de la fonte des glaces qui flottent en blocs arrondis, par 70° + 10´ de latitude, on a trouvé près de cinquante espèces différentes. + (Ehrenberg.)</p> + + <p>A des profondeurs de la mer qui dépassent les hauteurs des plus + puissantes montagnes, chaque couche d’eau est animée par des phalanges + innombrables d’imperceptibles habitants. (Humboldt.)</p> + + <p>Les Infusoires sont donc à la fois les animaux les plus <span class="pagenum" id="Page_76">76</span> petits et + les plus nombreux de la nature. Ces êtres microscopiques constituent, + aussi bien que l’espèce humaine, un des rouages de la machine si + compliquée de notre globe. Ils sont à leur rang et à leur échelon: + ainsi l’a voulu la grande Pensée première! Supprimez ces microscopiques + bestiolettes, et le monde sera incomplet! On l’a dit il y a longtemps, + il n’est rien de si petit à la vue qui ne devienne grand par la + réflexion!</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Infusoires sont tous plus ou moins translucides. Ils n’ont pas + assez de substance pour arriver à l’opacité!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-076" style="width: 400px;"> + <img src="images/page-076.jpg" alt="" width="245" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-076.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COTHURNIE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Cothurnia pyxidiformis</i> J. d’Udckem<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">[28]</a>).</p> + </div> + </div> + + <p>Leur corps est plus ou moins globuleux ou ovoïde, quelquefois façonné + en navette ou courbé en croissant, enflé comme une ampoule, aplati + comme un disque, aminci <span class="pagenum" id="Page_77">77</span> comme une feuille.... Certains ressemblent + à un têtard, à un dé, à une clochette, à un sabot, à un bouton de rose, + à une fleur, à une graine....</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-077" style="width: 270px;"> + <img src="images/page-077.jpg" alt="" width="270" height="264" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-077.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MONADES.</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Monades</i><a id="FNanchor_29" href="#Footnote_29" class="fnanchor">[29]</a>, ces petits des petits, semblent n’être que des + molécules de substance absorbante, des atomes agités, des points qui se + meuvent. Ces délicates créatures n’ont environ qu’un trois-millième de + millimètre de grand diamètre!...</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>On a regardé d’abord les Infusoires comme privés de toute espèce + d’organisation. On a cru qu’ils se nourrissaient par absorption, + uniquement par absorption. Mais on a fini par découvrir que certaines + espèces étaient assez compliquées. Il en est (<i>polygastriques</i>) + qui n’ont pas moins de quatre estomacs (<i>vacuoles</i>) bien + distincts. Les mammifères ruminants n’en présentent pas davantage. M. + Ehrenberg <span class="pagenum" id="Page_78">78</span> assure avoir vu des Infusoires pourvus de deux cents + estomacs!.... L’appétit de ces animaux est-il en rapport avec ce luxe + stomacal?</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-078" style="width: 320px;"> + <img src="images/page-078.jpg" alt="" width="320" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-078.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">INFUSOIRE GROSSI<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Paramecium bursaria</i> Pritchard).</p> + </div> + </div> + + <p>Pour étudier les organes de ces imperceptibles vies, il faut colorer + avec du carmin ou de l’indigo le liquide dans lequel elles s’agitent. + Puis, plaçant une goutte de cette liqueur colorée sur un morceau de + verre, auprès d’une goutte d’eau pure, on fait communiquer les deux + gouttes par un point, avec une aiguille. Les animalcules arrivent de + la goutte colorée dans la goutte incolore, et viennent s’offrir à + l’observateur avec les estomacs et le canal alimentaire remplis de + carmin ou d’indigo.</p> + + <p>Les difficultés que présente l’examen des Infusoires et l’imagination + des observateurs ont été pendant longtemps des obstacles sérieux à la + connaissance de ces infiniment petits. Leuwenhoeck, si habile à se + servir des microscopes qu’il fabriquait lui-même, apporta dans leur + étude une préoccupation qui lui fit toujours supposer des faits au + delà <span class="pagenum" id="Page_79">79</span> de ceux qu’il voyait réellement. Il s’extasiait devant la + complexité et la perfection de ces êtres microscopiques, et voulait + admettre, jusque dans leur filament caudal, des vaisseaux, des muscles + et des nerfs (Dujardin). Joblot allait plus loin: il voyait, parmi + eux, des cornemuses vivantes, des poules huppées, des poissons d’or et + d’argent!.... On sait aujourd’hui que les Infusoires ne sont, ni aussi + compliqués que l’ont écrit certains auteurs, ni aussi simples que l’ont + voulu plusieurs autres. C’est au savant professeur Ehrenberg, et plus + tard à MM. de Siebold, Claparède, Lachmann, Lieberkühn et Balbiani, que + nous devons les travaux les plus complets et les plus intéressants que + possède la science sur ces jolis petits nains de l’animalité.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-079" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-079.jpg" alt="" width="273" height="271" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-079.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PARAMÉCIES.</p> + </div> + </div> + + <p>Les Infusoires sont pourvus, en avant ou tout autour du corps, d’un + certain nombre de cils plus ou moins fins, égaux ou inégaux, toujours + en mouvement, lesquels produisent des tourbillons et des courants qui + attirent dans la bouche de la plus petite bête (quand elle en a une) + les parcelles organiques qui doivent la nourrir. Les cils dont il + s’agit, servent non-seulement à l’alimentation de l’animalcule, mais + encore à sa respiration et à ses mouvements.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_80">80</span></p> + + <p>Les Infusoires ne possèdent pas de membres proprement dits. + Quelques-uns ont une queue plus ou moins longue.</p> + + <p>Ces miniatures animales nagent comme des Poissons, rampent comme des + Serpents, ou se tortillent comme des Lombrics. Les <i>Volvoces</i><a id="FNanchor_30" href="#Footnote_30" class="fnanchor">[30]</a> + roulent et tournoient constamment sur eux-mêmes, semblables à des + boules abandonnées sur un plan incliné.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-080" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-080.jpg" alt="" width="273" height="272" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-080.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VOLVOCES.</p> + </div> + </div> + + <p>La plus petite bête qui remue, comme la plus petite fleur qui éclôt, + éveille dans notre cœur un sentiment profond qui nous surprend et nous + réjouit, nous émeut et nous fait rêver!....</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Infusoires se propagent de diverses manières. D’abord par division + spontanée (<i>scissiparité</i>): ils se partagent en deux parties + égales qui deviennent chacune exactement semblables à l’individu + primitif; de telle sorte que, littéralement, le fils est la moitié + de sa mère, et le petit-fils le quart de son aïeule. D’autres se + perpétuent <span class="pagenum" id="Page_81">81</span> par émission de bourgeons (<i>gemmiparité</i>). Comme + on le pense bien, ces sortes d’œufs doivent être d’une excessive + petitesse.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-081" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-081.jpg" alt="" width="600" height="345" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-081.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PROPAGATION D’UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.</p> + </div> + </div> + + <p>Dans l’espace de quelques jours, on voit naître, dans un verre d’eau de + mer, soit par division, soit par germes, plusieurs millions d’individus.</p> + + <p>Tout récemment on a découvert, chez plusieurs espèces, des individus + mâles et des individus femelles<a id="FNanchor_31" href="#Footnote_31" class="fnanchor">[31]</a>.</p> + + <p>Deux Infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se + réunissent, se greffent par leur partie antérieure (fig. 1), se + fusionnent (fig. 2, 3, 4, 5), et ne forment plus qu’une masse homogène + (fig. 6). Celle-ci s’entoure d’une enveloppe transparente, et laisse + voir dans son intérieur quatre points nébuleux (fig. 7) qui s’étendent + et se transforment en quatre corps oviformes (fig. 8). Bientôt + l’enveloppe se déchire et laisse échapper les corps oviformes (fig. 9), + lesquels, comme certaines graines, attendront peut-être des années + avant de trouver les circonstances nécessaires à leur développement. + Alors la semence <span class="pagenum" id="Page_82">82</span> germe (fig. 10, 11), l’Infusoire se dessine (fig. 12), + grossit rapidement (fig. 13, 14), et, devenu adulte (fig. 15), + reprend sa course capricieuse à la recherche de quelque autre Infusoire + de son espèce, auquel il unira sa destinée.</p> + + <p>Il peut donc y avoir de l’amour et des caresses dans une goutte d’eau! + O Jéhovah!</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>La vie est répandue dans la Nature avec une telle abondance, que + de très-petits Infusoires s’établissent en parasites sur d’autres + Infusoires <i>un peu plus grands</i>, et servent à leur tour de + demeure et de pâture à d’autres animalcules <i>encore plus petits</i>. + (Humboldt.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-082" style="width: 425px;"> + <img src="images/page-082.jpg" alt="" width="425" height="318" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-082.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="pl-Vbis" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-082bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-082bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Les parasites de la <i>Paramécie Aurélie</i><a id="FNanchor_32" href="#Footnote_32" class="fnanchor">[32]</a> sont tantôt sous la + forme de massettes cylindriques, pourvues de quelques suçoirs assez + courts et revêtues de cils natatoires; tantôt sphériques et dépouillées + de leur revêtement ciliaire, mais conservant leurs suçoirs. Les + premiers nagent librement <span class="pagenum" id="Page_83">83</span> + dans l’eau et vont à la chasse des Paramécies. Les seconds attendent + dans une immobilité complète qu’un Infusoire vienne les effleurer en + passant: ils sont à l’affût. Ils s’attachent à leur victime et se + laissent emporter par elle. Bientôt ils s’enfoncent dans sa chair, où + ils se multiplient avec une telle rapidité, qu’il y en a quelquefois + jusqu’à cinquante dans un seul individu.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Un des phénomènes les plus surprenants qu’on rencontre dans l’étude des + Infusoires, c’est leur désorganisation par <i>diffluence</i>. Cette + décomposition arrive entièrement ou partiellement. Müller a vu une + <i>Kolpode pintade</i><a id="FNanchor_33" href="#Footnote_33" class="fnanchor">[33]</a> se résoudre en molécules jusqu’à la sixième + partie du corps; puis le reste se mettre à nager, <i>comme si de rien + n’était!</i></p> + + <p>Les Infusoires offrent encore un autre genre de décomposition. Si l’on + approche de la goutte d’eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume + trempée dans de l’ammoniaque, l’animalcule s’arrête, mais continue à + mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour, + il se fait une échancrure qui s’agrandit peu à peu, jusqu’à ce que + l’animal entier soit <i>dissous</i>. Si l’on ajoute une goutte d’eau + pure, la décomposition est brusquement enrayée, et <i>ce qui reste</i> + de l’animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin), toujours + <i>comme si de rien n’était!</i></p> + + <div class="figcenter3" style="width:214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_85">85</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_6" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE VI<br /> + <span class="h2line2">LES FORAMINIFÈRES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p><i>Siès pichoto, ségur, maï qué dé souveni!</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Aubanel.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Lorsqu’on examine au microscope le sable de la mer, on y distingue un + grand nombre de corpuscules solides, réguliers, souvent géométriques.</p> + + <p>Beccaria paraît être le premier qui ait fait attention à ces petits + grains, à peine visibles à cause de leur taille; il les découvrit dans + le sable de Ravenne. On crut mal à propos, pendant longtemps, que ces + productions microscopiques n’existaient que sur les bords de la mer + Adriatique. On en recueillit plus tard en France, en Angleterre, en + Allemagne, et enfin sur les rivages de toutes les mers.</p> + + <p>Des recherches d’une patience infinie, entreprises par Bianchi, + Soldani, Walker, Fichtel et Moll, et surtout par Alcide d’Orbigny, ont + fait connaître un grand nombre de ces petits corps.</p> + + <p>Ces granulations ne sont autre chose que la charpente solide ou la + coquille d’une foule d’animalcules marins, lesquels constituent un + ordre tout entier des plus curieux <span class="pagenum" id="Page_86">86</span> parmi les habitants de l’eau + salée. La grève en est tellement remplie, dans certains endroits, + qu’elles forment presque la moitié de sa composition. Bianchi en a + trouvé 6000 dans 30 grammes de sable de la mer Adriatique. D’Orbigny + en a compté 3 millions 840 000 dans une quantité semblable recueillie + dans les Antilles. Par conséquent, un mètre cube de ce dernier sable en + renferme un nombre qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer!</p> + + <p>Ces petites coquilles varient beaucoup dans leurs figures. Les + micrographes y ont constaté plus de deux mille organisations + différentes, symétriques ou non symétriques, souvent remarquables par + leur bizarrerie et presque toujours par leur élégance. Il y en a de + globulaires, de discoïdes, d’étoilées, de festonnées, de contournées en + limaçon, d’allongées en massue, de façonnées en amphore..... Les unes + ont une ouverture très-élargie, les autres un orifice très-étroit.</p> + + <p>Elles sont divisées généralement en plusieurs chambrettes + (<i>polythalames</i>), lesquelles communiquent entre elles par + de petits trous; elles offrent aussi des pores qui s’ouvrent à + l’extérieur. De là le nom de <i>Foraminifères</i>, c’est-à-dire + <i>porte-trous</i>, donné par d’Orbigny aux animalcules auxquels + appartiennent ces dépouilles.</p> + + <p>On a mis à profit la forme générale de ces coquilles, le nombre et + la disposition de leurs chambrettes, pour les grouper en familles. + La classification de d’Orbigny est assez heureuse et méritait d’être + adoptée, quoique ses dénominations ne brillent pas par l’euphonie. Ce + savant naturaliste (qui peut être regardé comme le grand historiographe + de ces infiniment petits) distingue cinq familles de Foraminifères, + lesquelles comprennent environ soixante genres.</p> + + <p>Les cellules sont quelquefois simples et comme enfilées <span class="pagenum" id="Page_87">87</span> sur un axe + droit ou peu courbé (<i>Stichostègues</i>), ou bien disposées en deux + séries alternatives (<i>Énallostègues</i>), ou bien encore rassemblées + en petit nombre et ramassées comme en peloton (<i>Agathistègues</i>).</p> + + <p>D’autres fois elles sont groupées en spirale (<i>Hélicostègues</i>), + et dans ce cas les tours de la spire s’enveloppent ou ne se recouvrent + pas, ou bien s’élèvent les uns au-dessus des autres.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-087a" style="width: 319px;"> + <img src="images/page-087a.jpg" alt="" width="319" height="144" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-087a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">STICHOSTÈGUES.</p> + </div> + </div> + + <p>Dans certaines espèces, les cavités ne sont plus simples comme dans les + familles précédentes, mais subdivisées par des cloisons transversales, + de manière que la coupe de la coquille représente une sorte de treillis + (<i>Entomostègues</i>). Que de géométrie, que de mécanique, que + d’harmonie dans les plus chétives des organisations!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-087b" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-087b.jpg" alt="" width="600" height="181" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-087b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 4em">ÉNALLOSTÈGUES.</span> <span style="margin-left: 11em">AGATHISTÈGUES.</span></p> + </div> + </div> + + <p>La ressemblance de ces petits tests avec les coquilles polythalames + des Nautiles fit croire d’abord qu’ils étaient produits par des + animaux semblables ou analogues à ces <span class="pagenum" id="Page_88">88</span> derniers, mais extrêmement + petits. C’est pourquoi les naturalistes proposèrent de rapprocher les + Foraminifères des Mollusques céphalopodes<a id="FNanchor_34" href="#Footnote_34" class="fnanchor">[34]</a>. Ils les regardèrent + comme des Nautiles microscopiques et dégradés. Mais la découverte de + quelques espèces vivantes, et un examen attentif de leurs caractères, + apprirent bientôt que ces animalcules constituaient une tribu beaucoup + plus simple en organisation que celle de ces derniers Mollusques. + Dujardin les a considérés comme des Infusoires<a id="FNanchor_35" href="#Footnote_35" class="fnanchor">[35]</a>. D’autres ont + conseillé de les placer dans le voisinage des Méduses<a id="FNanchor_36" href="#Footnote_36" class="fnanchor">[36]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-088a" style="width: 310px;"> + <img src="images/page-088a.jpg" alt="" width="310" height="220" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-088a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HÉLICOSTÈGUES.</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-088b" style="width: 205px;"> + <img src="images/page-088b.jpg" alt="" width="205" height="177" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-088b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ENTOMOSTÈGUES.</p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_89">89</span></p> + + <p>Cuvier se borne à dire, sur les habitants de ces coquilles, qu’ils ont + le corps oblong, couronné par des tentacules nombreux et rouges..... + Les observateurs modernes ont reconnu qu’ils sont formés d’une gelée + transparente qui remplit les chambrettes dont nous avons parlé, et que + les différentes parties de la petite bête communiquent entre elles par + les pores des cloisons. Les trous extérieurs de la coquille laissent + sortir des filaments capillaires (<i>pseudopodies</i>) très-longs, + flexueux, de forme indéterminée, incessamment variables, diaphanes, + semblables à du verre filé, lesquels s’étendent en rayonnant autour + de l’animal. Dans certaines espèces, on en compte seulement huit ou + dix; dans d’autres, il y en a un plus grand nombre. Ces filaments se + meuvent en divers sens et avec assez de vivacité. Ce sont à la fois des + pieds et des bras, mais d’une ténuité excessive. L’animal s’en sert + pour ramper et pour saisir sa proie. Ces fils paraissent avoir quelque + chose de venimeux. Le docteur Schultze (de Greifswalde) a remarqué à + plusieurs reprises que des Infusoires vivants étaient privés tout à + coup et tout à fait de leurs mouvements par le simple contact de ces + bras. C’est probablement ainsi que le Foraminifère réussit à pêcher ses + petits aliments.....</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-089" style="width: 419px;"> + <img src="images/page-089.jpg" alt="" width="419" height="194" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-089.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 4em">DISCORBINE.</span> <span style="margin-left: 11em">MILIOLE.</span></p> + </div> + </div> + + <p>N’est-il pas digne de remarque que des êtres si petits <span class="pagenum" id="Page_90">90</span> soient, + malgré leur taille exiguë, des <i>carnassiers impitoyables!</i> Ainsi, + avec une dose homœopathique de venin, la bestiole la plus faible et la + plus microscopique peut devenir un redoutable destructeur!</p> + + <p>Dujardin a constaté dans les <i>Milioles</i>, que lorsqu’un individu + veut grimper sur les parois d’un vase, il compose à l’instant, aux + dépens de sa substance, une sorte de pied <i>provisoire</i>, qui + s’allonge et qui fonctionne comme un membre permanent. Puis, le besoin + satisfait, ce pied temporaire <i>rentre dans la masse commune et se + confond avec le corps</i>.</p> + + <p>La volonté d’une fonction à remplir a donc le pouvoir de créer un + organe? Et dire que l’Homme, malgré la perfection de son intelligence, + n’a pas le privilége de faire naître un tout petit cheveu! Comme c’est + humiliant!</p> + + <p>Il paraît que les filaments de toutes les espèces peuvent aussi se + rétracter complétement, et se confondre avec le reste de la substance. + O Nature! que tes combinaisons sont admirables!</p> + + <p>Les Foraminifères n’ont pas d’estomac proprement dit, mais la + Nature leur a donné ce tissu particulier, glaireux et contractile, + essentiellement assimilateur (<i>sarcode</i>), que Dujardin a découvert + chez les animalcules infusoires.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les pseudopodies ne se rencontrent pas seulement dans les + Foraminifères; ces sortes de fils pêcheurs sont le caractère important + de toute une classe d’animalcules. Comme ces organes ressemblent au + chevelu des racines, on désigne ces animaux sous le nom collectif de + <i>Rhizopodes</i> (pieds-racines).</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_91">91</span></p> + + <p>Les Rhizopodes comprennent, avec les <i>Foraminifères</i>, dont le + test est calcaire, des animaux dépourvus de toute espèce de coquille, + comme les <i>Amœbinées</i>, et d’autres dont le test est siliceux: ces + derniers sont les <i>Radiolaires</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-091" style="width: 357px;"> + <img src="images/page-091.jpg" alt="" width="357" height="272" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-091.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PROTÉE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Amiba divergens</i> Bory de Saint-Vincent).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Amœbinées</i> sont des Infusoires à fils pêcheurs, des + <i>Infusoires rhizopodes</i>; elles peuvent être regardées comme + des animaux non encore asservis à un plan d’organisation nettement + déterminé. Ce sont des masses microscopiques informes, mais + susceptibles d’expansion et de contraction. Comme exemple, nous + citerons les <i>Amibes</i><a id="FNanchor_37" href="#Footnote_37" class="fnanchor">[37]</a>. Imaginez-vous une gouttelette de + matière demi-solide, demi-transparente, demi-gélatineuse, homogène, + douée de mouvement volontaire. Elle s’agite dans divers sens, se + dilate ou se resserre, adopte les figures les plus irrégulières et les + plus inattendues. Quand on place l’animalcule sur le porte-objet d’un + microscope, il glisse comme une gouttelette d’huile, se déforme et se + reforme. Véritable Protée, il est, suivant les moments, circulaire, + oblong, échancré, sinueux, lobé, étoilé et même tout à fait rameux.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_92">92</span></p> + + <p>La <i>Lieberkuhnia de Wagener</i> est aussi une Amœbinée; elle présente + un nombre considérable de pseudopodies, qui roulent dans tous les sens, + se soudent ou se séparent, s’allongent ou se raccourcissent, paraissent + ou disparaissent.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-092" style="width: 448px;"> + <img src="images/page-092.jpg" alt="" width="448" height="552" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-092.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LIEBERKUHNIA DE WAGENER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Lieberkuhnia Wageneri</i> Claparède et Lachmann).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Radiolaires</i> flottent en abondance à la surface de la mer. + Sous le beau ciel de Messine, on les voit parcourir les eaux bleues, + aussi profondément que l’œil peut les distinguer, sous l’aspect d’une + masse de gelée molle, diaphane, incolore, en apparence immobile. Leur + taille varie d’une ligne à un point, rarement plus, souvent moins. Leur + forme est sphérique ou elliptique, ou cylindrique, parfois contournée + en couronne. Si l’on essaye de les saisir avec une pince, elles se + déchirent; si l’on tente de les pêcher au <span class="pagenum" id="Page_93">93</span> filet, elles restent + collées aux mailles: on les mutile quand on essaye de les détacher. On + ne peut les avoir intactes qu’en les recueillant avec un vase de verre + où elles puissent flotter librement.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-093a" style="width: 326px;"> + <img src="images/page-093a.jpg" alt="" width="326" height="175" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-093a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">RADIOLAIRE MONOZOA<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Amphilonche heteracantha</i> Haeckel).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-093b" style="width: 413px;"> + <img src="images/page-093b.jpg" alt="" width="413" height="418" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-093b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">RADIOLAIRE POLYZOA<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sphærozoum ovodimare</i> Haeckel).</p> + </div> + </div> + + <p>Vues alors à la lumière, ces gelées ne tranchent sur l’eau par + aucun contour déterminé, et l’œil aperçoit à peine à leur surface + quelques points clairs ou sombres. Sous un <span class="pagenum" id="Page_94">94</span> fort grossissement, + ces bestioles montrent toute la délicatesse et la beauté de leur + organisation. On peut voir, dans le magnifique ouvrage de M. Haeckel, + la variété de forme, la bizarrerie des contours de ces légions + innombrables d’infiniment petits.</p> + + <p>M. Haeckel a distingué les Radiolaires qui vivent isolées, et qu’il + appelle <i>Monozoa</i>, de celles qui forment des associations, sortes + de colonies flottantes qui sont emportées par les courants: ces + dernières sont les <i>Polyzoa</i>.</p> + + <p>Les <i>Monozoa</i> sont très-nombreux et forment vingt-neuf genres<a id="FNanchor_38" href="#Footnote_38" class="fnanchor">[38]</a>.</p> + + <p>Les <i>Polyzoa</i> ne comprennent que quatre genres<a id="FNanchor_39" href="#Footnote_39" class="fnanchor">[39]</a>.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les recherches de d’Orbigny, relativement à ces organisations + microscopiques, tendent à prouver que les débris des Foraminifères + constituent en grande partie les bancs sous-marins qui, par leur + accumulation, avec les Polypiers<a id="FNanchor_40" href="#Footnote_40" class="fnanchor">[40]</a>, interrompent les courses des + navigateurs, comblent les ports, ferment les baies et les détroits, et + donnent naissance à ces récifs et à ces îles qui s’élèvent dans les + régions chaudes de l’océan Pacifique.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-VI" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-094bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-094bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Ces créatures, en apparence si frêles et si imparfaites, se retrouvent + sous toutes les latitudes et à toutes les profondeurs. Que sont en + comparaison les nécropoles des <span class="pagenum" id="Page_95">95</span> + Éléphants et des Baleines? Ne semble-t-il pas que plus l’animalcule est + petit, plus sa dépouille occupe de place dans l’univers? (Blerzy.)</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les coquilles des Foraminifères se rencontrent très-souvent, et plus + souvent qu’on ne le pense, à l’état fossile. Elles forment à elles + seules des chaînes entières de collines élevées et des bancs immenses + de pierre à bâtir.</p> + + <p>Le calcaire grossier des environs de Paris est, dans certains endroits, + tellement rempli de ces dépouilles, qu’un centimètre cube des carrières + de Gentilly, carrières par couches d’une grande épaisseur, en renferme + au moins 20 000; ce qui fait, par mètre cube, le chiffre énorme de 20 + 000 000 000.</p> + + <p>Quand nous passons près d’une maison en démolition ou d’un édifice que + l’on construit, et que nous sommes enveloppés par un nuage de poussière + qui pénètre dans notre gosier, nous avalons souvent, sans nous en + douter, des centaines de ces infiniment petits.</p> + + <p>Comme tous les édifices de Paris et une grande partie des maisons + des départements voisins sont bâtis avec des pierres extraites des + carrières des environs, il est évident que, sans exagération, la + capitale de la France, et beaucoup de villages et de villes tout + autour, sont construits avec des carcasses de Foraminifères.</p> + + <p>La pierre dite de Laon est formée, assure-t-on, d’un amas considérable + de <i>Camérines</i>, charmante espèce de forme lenticulaire, à cellules + très-nombreuses disposées en spirale. Mais cette espèce n’est pas + microscopique.</p> + + <p>Les pyramides d’Égypte sont construites avec des <span class="pagenum" id="Page_96">96</span> pierres analogues + et fondées sur des rochers de même genre.</p> + + <p>Les Foraminifères ont donc sécrété une partie du sol sur lequel nous + marchons, des maisons qui nous abritent et des édifices que nous + léguons à la postérité. Chaque animalcule a fourni son grain solide, + chaque race a déposé sa couche imperceptible, et Dieu, qui préside à ce + mystérieux travail, a rassemblé ces grains et ces couches dans la durée + des siècles, et en a composé des masses imposantes!</p> + + <p>Les espèces qui vivent aujourd’hui préparent en silence, au sein de + l’Océan, des pierres de taille pour les constructions des générations + futures!</p> + + <p>«C’est sans raison que l’on mépriserait ces animaux, dont le grand + Ouvrier de la nature a pris soin de relever la petitesse en les douant + d’industrie et de force. Il a montré par là que la grandeur pouvait + se trouver dans les petites choses aussi bien que la force dans la + faiblesse. Apprenons donc à respecter le Créateur jusque dans les + ouvrages qui nous paraissent les plus vils.» (Tertullien.)</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_97">97</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_7" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE VII<br /> + <span class="h2line2">LES ÉPONGES.</span></h2> + + <div class="epigraph2"> + <p class="noindent">Heureux qui, satisfait de son humble fortune,<br /> + Vit dans l’état obscur où les dieux l’ont placé.</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Racine.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Le sein de l’Océan est rempli de mystères. Parmi les associations + animales qu’il renferme et qu’il nourrit, une des moins connues est + peut-être celle qu’on désigne communément sous le nom d’<i>Éponge</i>.</p> + + <p>Cette association apparaît comme une masse de tissu léger, résistant, + élastique, lacuneux, de forme très-variée, et d’un fauve brun ou blond + tirant un peu sur le rougeâtre.</p> + + <p>Les opinions les plus diverses ont régné tour à tour dans la science + sur la nature des Éponges. Parmi les anciens, les uns les regardaient + comme des plantes, les autres comme des animaux; certains faisaient du + juste-milieu, ils les prenaient pour une espèce de nid feutré de nature + végétale, servant d’habitation à des Polypes. Ces animalcules n’étaient + pas attachés à leurs petites loges, ils pouvaient en sortir et y + rentrer à volonté. Les Polypes du Corail ne sont pas aussi heureux!...</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_98">98</span></p> + + <p>Pline, Dioscoride et leurs commentateurs ont prétendu que les Éponges + étaient sensibles, qu’elles adhéraient aux rochers par une <i>force + particulière</i>, et qu’elles fuyaient la main qui voulait les + saisir... Ils les ont même distinguées en mâles et en femelles.</p> + + <p>Les premiers naturalistes, pour le rappeler en passant, voyaient des + mâles et des femelles partout. L’Homme a toujours voulu trouver quelque + chose à sa ressemblance, même dans les corps organisés les plus obscurs.</p> + + <p>Érasme, critiquant les assertions de Pline, conclut qu’il faut + <i>passer l’éponge</i> sur tout ce qu’il a écrit à ce sujet.</p> + + <p>Nieremberg, et plus tard Peyssonnel et Trembley, ont soutenu avec + raison l’animalité des Éponges. Leur manière de voir a été adoptée par + Linné, par Guettard, par Donati, par Ellis et par Lamouroux....</p> + + <p>Les Éponges habitent dans presque toutes les mers, principalement dans + la Méditerranée, dans la mer Rouge, et dans le golfe du Mexique. Elles + aiment les eaux chaudes ou tempérées, et les lieux les moins exposés + aux vagues et aux courants.</p> + + <p>Ces colonies vivent dans les fonds marins de cinq à vingt-cinq brasses, + parmi les excavations et les anfractuosités des rochers, et sont + toujours adhérentes. Elles se développent non-seulement sur les corps + inorganiques, mais encore sur les végétaux et sur les animaux.</p> + + <p>Elles sont étalées, dressées ou pendantes, suivant les endroits où + elles croissent, suivant les corps qui les supportent et suivant leur + propre forme.</p> + + <p>C’est un caractère bien singulier que la fixation de certaines espèces + animales. Les personnes du monde s’imaginent que tous les animaux + jouissent de la faculté de se transporter d’un endroit dans un autre; + en un mot, qu’ils sont <i>locomotiles</i>, pour nous servir d’un + mot consacré par la <span class="pagenum" id="Page_99">99</span> science. Cependant il n’en est pas ainsi; + il existe des tribus entières et nombreuses qui sont adhérentes, + qui vivent et meurent attachées au même point. Tels sont les + <i>Polypiers</i>, telles sont les Éponges.....</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-099" style="width: 452px;"> + <img src="images/page-099.jpg" alt="" width="452" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-099.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ÉPONGE SUR UNE ALGUE.<br /> + (Pêchée par soixante brasses de profondeur.—Dessin de Riocreux.)</p> + </div> + </div> + + <p>Il résulte de l’adhérence des corps organisés, qu’ils sont plus + soumis à la puissance des agents extérieurs et plus <span class="pagenum" id="Page_100">100</span> influencés + par eux que les animaux locomotiles, lesquels ne manquent pas de se + soustraire à ces mêmes agents par leurs fréquents changements de place, + quelquefois même par des migrations périodiques. De là de grandes + différences dans les fonctions, dans les mœurs, dans les caractères, + entre les animaux fixés et les animaux non fixés.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On connaît plus de trois cents espèces d’Éponges. Il y en a de + pédiculées et de non pédiculées, de foliacées, de globuleuses, de + concaves, de fistuleuses, de digitées. Cette variété de formes + nous explique les noms plus ou moins singuliers qui leur ont été + donnés par les marins: la <i>Plume</i>, l’<i>Éventail</i>, la + <i>Cloche</i>, la <i>Corbeille</i>, le <i>Calice</i>, la <i>Lyre</i>, + la <i>Trompette</i>, la <i>Quenouille</i>, la <i>Corne d’élan</i>, le + <i>Pied de lion</i>, la <i>Patte d’oie</i>, la <i>Queue de paon</i>, le + <i>Gant de Neptune</i>....</p> + + <p>La Nature a mis autant de soin à organiser les plus humbles habitants + des eaux que les êtres qui appartiennent aux ordres les plus élevés de + la création.</p> + + <p>L’<i>Éponge usuelle</i> est une masse irrégulièrement arrondie, souvent + un peu concave en dessus. Quand on examine à la loupe son tissu, on + le trouve composé de fibres fines, flexibles, entrelacées, formant + un grand nombre d’orifices, les uns très-petits (<i>pores</i>), et + répandus en grand nombre sur toute la surface de l’Éponge, les autres + beaucoup plus grands (<i>oscules</i>), et généralement situés à la + partie supérieure.</p> + + <p>Dans l’intérieur, des conduits irréguliers de toutes les dimensions + s’abouchent les uns dans les autres, et font communiquer les pores et + les ostioles.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_101">101</span></p> + + <p>Le tissu est comme feutré de corps durs, appelés <i>spicules</i>, + calcaires ou siliceux, effilés comme des navettes étroites, simples ou + divisées en deux ou trois branches.</p> + + <p>A l’état vivant, cette masse est recouverte d’une couche muqueuse, qui + coule gluante quand on retire le Polypier de l’eau.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-101" style="width: 295px;"> + <img src="images/page-101.jpg" alt="" width="295" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-101.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GANT DE NEPTUNE.</p> + </div> + </div> + + <p>Pendant la vie de l’Éponge, on voit sortir de chaque cellule ou de + chaque Polype un torrent d’eau impétueux, sorte de fontaine vivante + qui semble ne s’arrêter jamais. Pauvres petites bêtes qui reçoivent + leur nourriture du flot qui les baigne, qui aspirent et expirent + l’onde amère toute leur vie, et qui ne savent pas ce qui se passe à 2 + millimètres de leur bouche!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_102">102</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-102a" style="width: 515px;"> + <img src="images/page-102a.jpg" alt="" width="515" height="323" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-102a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"> VARIÉTÉS DE SPICULES D’ÉPONGE.</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-102b" style="width: 400px;"> + <img src="images/page-102b.jpg" alt="" width="311" height="292" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-102b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">FRAGMENT D’ÉPONGE USUELLE, TRÈS-GROSSI.</p> + </div> + </div> + + <p>Dans les mois d’avril et de mai, ces animalcules engendrent des + germes arrondis jaunâtres ou blanchâtres, d’où naissent des embryons + ovoïdes, granuleux, munis vers le gros bout de petits cils vibratiles. + Ces embryons sont rejetés par le courant qui sort de l’estomac, et + forment des essaims de larves autour du Polypier. Ces larves nagent, + la partie la plus dilatée en avant, comme les larves du Corail, par + des mouvements doux et réguliers qui ressemblent à un glissement <span class="pagenum" id="Page_103">103</span> + onduleux. Quand elles sont restées quelque temps dans l’eau, elles + viennent ordinairement à la surface, mais elles sont souvent entraînées + par les courants. Pendant deux ou trois jours, elles semblent chercher + un endroit convenable pour se fixer. Une fois fixée, la larve perd les + cils vibratiles, s’étale, et prend la forme d’un disque gélatineux + très-aplati.</p> + + <p>Dans l’intérieur s’organisent des cellules contractiles et de nombreux + spicules.</p> + + <p>On ne sait pas exactement combien de temps les Éponges mettent à se + développer. On pense que, dès la troisième année, on peut revenir dans + les lieux précédemment épuisés.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>La pêche des Éponges est principalement exploitée par les Grecs et par + les Syriens, depuis Beyrouth jusqu’à Alexandrie. Les Grecs commencent à + pêcher en mai et finissent en août; les Syriens continuent jusqu’à la + fin de septembre.</p> + + <p>Les embarcations portent quatre ou cinq hommes.</p> + + <p>Chaque plongeur est armé d’un couteau à forte lame, ou bien d’un + trident à branches tranchantes, recourbées et garnies d’une poche faite + de filet.</p> + + <p>Les bateaux arrivent sur les côtes rocheuses habitées par les Éponges. + Lorsque la mer est très-calme, on aperçoit assez distinctement ces + Polypiers, et l’on commence à plonger ou à draguer.</p> + + <p>Ce dernier genre de récolte offre l’inconvénient de déchirer le tissu; + aussi les Éponges obtenues de cette manière se vendent-elles 30 pour + 100 de moins que les Éponges dites <i>plongées</i>. (Lamiral.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_104">104</span></p> + + <p>Dans le golfe du Mexique, où ces Polypiers croissent à de faibles + profondeurs, les marins enfoncent dans l’eau une longue perche amarrée + près du bateau, se laissent glisser sur les Éponges et les arrachent + avec facilité. (Lamiral.)</p> + + <p>Après la pêche, on nettoie les Éponges, on les débarrasse de la matière + animale, des spicules et des corps étrangers qu’elles contiennent.</p> + + <p>Une fois préparé, le tissu prend une teinte roussâtre plus ou moins + dorée. Son élasticité, sa perméabilité et sa résistance à la macération + sont connues de tout le monde. Certaines espèces, habituellement + très-colorées, perdent leurs nuances en se séchant, et deviennent plus + ou moins blanches.</p> + + <p>M. Lamiral a publié un excellent mémoire sur les moyens d’acclimater et + de multiplier les Éponges dans les eaux françaises de la Méditerranée, + et sur la nécessité de réglementer leur pêche. Il insiste sur + l’introduction, dans nos parages, de l’Éponge fine de Syrie, appelée + <i>chimousse</i>. La Société zoologique d’acclimatation a résolu + d’essayer cette introduction; elle a donné (avril 1862) une mission + spéciale à M. Lamiral pour aller chercher dans l’Orient des Éponges + <i>pleines d’œufs</i>. Le succès n’a pas couronné cette première + expérience.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_105">105</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_8" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE VIII<br /> + <span class="h2line2">LES POLYPES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4">Diviser, c’est donc multiplier.</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Polypes sont de grands personnages. Plusieurs peuvent atteindre + jusqu’à un centimètre de hauteur!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-105" style="width: 319px;"> + <img src="images/page-105.jpg" alt="" width="319" height="222" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-105.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPES.</p> + </div> + </div> + + <p>Ces animaux ne sont pas rares. Les savants ont beaucoup écrit sur leur + organisation et sur leurs mœurs. On en parle très-souvent; ils sont + presque populaires!... Toutes les fois que, dans une conversation (ou + dans un livre), on veut comparer un animal bien simple à notre propre + espèce, <span class="pagenum" id="Page_106">106</span> le nom de Polype se présente aussitôt. Dans combien de + circonstances n’avons-nous pas répété ce membre de phrase devenu + presque banal: <i>Depuis le Polype jusqu’à l’Homme?</i></p> + + <p>Eh bien! demandez à une personne quelconque ce que c’est qu’un Polype, + si c’est un animal marin ou fluviatile; s’il est écailleux ou velu, + s’il a une tête ou une queue? Vous verrez ce que l’on vous répondra... + La quasi-popularité de notre curieux animal se réduit le plus + habituellement à la connaissance de son nom.</p> + + <p>Rien n’est plus commun que le nom.....</p> + + <p>C’est pourquoi nous allons consacrer un chapitre spécial à l’étude du + Polype.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Le Polype par excellence est le <i>Polype d’eau douce</i>, ou <i>Hydre + verte</i><a id="FNanchor_41" href="#Footnote_41" class="fnanchor">[41]</a>. Qu’on se représente un petit sac étroit, tubuleux, + diaphane, vert ou verdâtre, ouvert à une seule extrémité, façonné comme + un cornet de trictrac ou comme un tube sinueux, et portant autour de + l’ouverture six appendices (rarement huit ou dix) grêles, filiformes, + flexueux, disposés en couronne. Voilà tout l’animal: le sac est son + corps, l’ouverture sa bouche, et la cavité son estomac; les appendices + sont ses bras.</p> + + <p>Si l’on compare cette modeste organisation, nous ne dirons pas à + l’Homme, mais à un quadrupède quelconque, on la regardera comme + <i>imparfaite</i>. Et l’on aura bien tort! car un animal qui possède + toutes les parties dont il a besoin pour subsister, est en réalité un + animal <i>parfait</i> dans son genre. La privation des organes qui + sont absolument nécessaires <span class="pagenum" id="Page_107">107</span> à un autre, n’est point en lui une + imperfection. En effet, la perfection d’un composé ne consiste pas + dans l’abondance de ses parties, mais uniquement dans leur proportion + et dans leur aptitude à faire les fonctions auxquelles elles sont + destinées (Lessep). Chaque Polype est donc aussi parfait, dans son + espèce, qu’un quadrupède dans la sienne; et il serait aussi absurde de + lui contester cette qualité qu’il y aurait d’extravagance à soutenir + qu’il n’y a point d’Éléphant achevé sans ailes et point de Cheval + accompli sans nageoires.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-107" style="width: 228px;"> + <img src="images/page-107.jpg" alt="" width="228" height="295" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-107.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPE ISOLÉ.</p> + </div> + </div> + + <p>En histoire naturelle, les savants emploient souvent l’adjectif + <i>imparfait</i>, mais seulement comme terme relatif, et pour dire d’un + seul mot, que telle espèce présente une organisation beaucoup moins + compliquée que telle autre. Nous suivrons l’exemple des savants.</p> + + <p>Le Polype recherche la lumière; il est sensible au moindre bruit. + Il s’attache aux plantes aquatiques, et aux autres corps solides + submergés, par l’extrémité aveugle de son sac. Il s’y amarre comme à + une rive. Trembley a vu une longue planche qui en était si exactement + bordée, qu’elle paraissait comme garnie d’une frange toujours en + <span class="pagenum" id="Page_108">108</span> mouvement. Presque tous les Limaçons fluviatiles en portent + quelques-uns sur leur coquille. Le mollusque leur sert de voiture, + et quoiqu’il nage ou marche avec lenteur, il leur fait parcourir + cependant, en quelques minutes, plus de chemin qu’ils n’en pourraient + faire seuls dans tout un jour. D’autres Polypes vont encore plus vite: + ce sont ceux qui s’établissent sur les fourreaux des Friganes, jolies + larves aquatiques, légères et très-vives, qui s’agitent et serpentent + dans les lits des bassins et des ruisseaux. (Trembley.)</p> + + <p>Les Polypes se balancent mollement et gracieusement sur leur point + d’appui, étendant leurs membres capillaires dans tous les sens. Ces + organes sont aussi longs ou plus longs que le corps lui-même, et + recouverts de cils vibratiles microscopiques qui exécutent jusqu’à + trois cent cinquante mouvements par minute!</p> + + <p>Quand une malheureuse bestiole aquatique vient à passer près du Polype + et à toucher un de ses bras, celui-ci la saisit et l’entraîne dans sa + bouche; aussitôt le ravisseur rapproche ses tentacules, contracte son + sac, et digère en repos. Quand il a fini, il se débarrasse du <i>caput + mortuum</i> de son repas, par une sorte de vomissement. Il en est de + même, du reste, de tous les animaux chez lesquels la Nature, dans la + constitution du tube digestif, a voulu économiser une ouverture.</p> + + <p>Lorsque beaucoup de Polypes sont agglomérés dans un endroit, si l’on + jette un Ver au milieu d’eux, il est enlacé, garrotté en peu de temps, + et de mille manières, par un nombre prodigieux de bras. Quelque mêlés + que soient ces derniers, ils se séparent ensuite sans confusion, et + cette multitude de fils déliés qui se touchaient presque, s’allongent, + se raccourcissent et se tordent sans aucune espèce d’embarras. + (Trembley.)</p> + + <p>Un Polype avale quelquefois un volume d’aliments trois <span class="pagenum" id="Page_109">109</span> ou quatre + fois plus considérable que son corps. Il peut enfermer dans son + long estomac jusqu’à une douzaine de Pucerons à la file les uns des + autres. Son corps tubuleux offre alors autant de renflements qu’il y a + d’insectes avalés.</p> + + <p>Quand un Polype a trop mangé, il se laisse tomber au fond de l’eau. + Il n’en peut plus. Parfois il vomit une partie de son trop-plein: + excellente détermination qui lui permet de digérer le reste! La + voracité des Polypes fait voir, pour le noter en passant, que saint + François de Sales a été un peu trop loin, lorsque, voulant présenter + aux hommes les vertus des bêtes comme exemples à suivre, il dit + qu’<i>elles sont sobres, tempérantes, et ne mangent jamais au delà de + leur appétit!</i>....</p> + + <p>On a prétendu que les animaux dont les dents sont <i>molles</i> ont + les mœurs douces. Les Polypes, qui ne possèdent pas de dents ni même + de mâchoires, et dont tout le corps est assez mou, devraient être des + types de douceur! Fiez-vous donc aux apparences!</p> + + <p>Les petits Vers avalés par les Polypes cherchent souvent à s’échapper, + ce qui est fort naturel. Le ravisseur les retient alors avec un de ses + bras <i>plongé dans sa cavité digestive</i>. Chose admirable! cette + cavité digère les Vers et respecte le bras.</p> + + <p>Quand on coupe la partie postérieure d’un Polype, et qu’on ouvre ainsi + le fond de son estomac, le petit ogre ne discontinue pas de saisir + des animalcules et de les avaler; il mange, mange toujours.... Mais + ces animalcules, entrés par la bouche, sortent immédiatement par + l’ouverture qu’on a faite. Le Polype devient alors <i>insatiable</i>. + C’est le tonneau des Danaïdes; c’est le cheval de M. de Crac!...</p> + + <p>La nourriture des Polypes influe momentanément sur la couleur de leur + corps. Les Naïs les rendent rouges, les <span class="pagenum" id="Page_110">110</span> Pucerons, verts, et les + Têtards, noirs. Figurez-vous un homme qui deviendrait rouge après avoir + mangé des cerises, ou vert après avoir mangé des petits pois!</p> + + <p>A la surface extérieure du sac digestif, on voit bourgeonner de + temps en temps des tubercules (<i>gemmes</i>), qui grossissent, + s’allongent, se creusent et se transforment en miniatures de Polypes, + en <i>Polypules</i>, lesquels se séparent et s’en vont dès qu’ils sont + en état de pourvoir à leurs besoins.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-110" style="width: 311px;"> + <img src="images/page-110.jpg" alt="" width="311" height="329" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-110.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">UN POLYPE ET SES REJETONS<br /> + (<i>Arbre généalogique vivant</i>).</p> + </div> + </div> + + <p>Les bourgeons qui naissent en automne se détachent, sans se développer, + comme des œufs; ils tombent et se conservent dans l’eau pendant l’hiver.</p> + + <p>Pendant qu’un jeune Polype est encore adhérent à sa mère, il pousse + souvent, sur son propre corps, un nouveau petit, qui lui-même en donne + un troisième, et ce dernier un quatrième; de telle sorte que la maman + porte à la fois son fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils! + Le Polype, ainsi chargé de sa postérité, compose avec elle une sorte + d’<i>arbre généalogique vivant</i>, suivant l’heureuse expression de + Charles Bonnet.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_111">111</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Si l’on divise un Polype en sept ou huit fragments, au bout de deux + jours chaque fragment deviendra un Polype tout entier.</p> + + <p>Rœsel assure avoir vu des bras coupés par petits morceaux donner + naissance à des Polypes complets! Un seul individu pourrait donc se + créer toute une famille <i>avec un bras!</i></p> + + <p>Et notez bien que, après l’opération, <i>il lui repousserait un autre + bras!!</i></p> + + <p>Si l’on hache un de ces animaux, chaque parcelle formera bientôt un + individu pareil à l’individu haché (Trembley). Une armée de Polypes + <i>taillée en pièces</i> serait loin d’être anéantie!...</p> + + <p>Autre singularité: on peut retourner un Polype comme on retourne un + doigt de gant. L’animal continue de vivre (Trembley); mais alors sa + peau intérieure respire et sa peau extérieure digère. Respiration et + digestion <i>à l’envers</i>.</p> + + <p>Un Polype qu’on retourne porte souvent des petits naissants à la + surface de son corps. Après l’opération, ces petits se trouvent + enfermés dans l’estomac. Ceux qui ont déjà pris assez d’accroissement, + se développent et grandissent dans la cavité digestive; ils sortent + ensuite par la bouche: ils sont vomis. Ceux, au contraire, qui sont peu + avancés, <i>se retournent d’eux-mêmes</i>, et surgissent à l’extérieur + du sac maternel, à la surface duquel ils achèvent de pousser. + (Trembley.)</p> + + <p>Un Polype retourné plusieurs fois ne cesse point de s’acquitter + de toutes ses fonctions. Il y a plus, le même individu peut être + successivement coupé, retourné, recoupé <span class="pagenum" id="Page_112">112</span> et <i>reretourné</i>, sans + que son économie en paraisse bien malade. (Trembley.)</p> + + <p>Il faut avouer cependant que cette pauvre bête n’<i>aime pas</i> à + demeurer retournée. (Ce doit être un singulier <i>malaise</i> que celui + d’avoir ses organes à l’envers!) Le Polype s’efforce de se remettre + dans son premier état; il se <i>déretourne</i> en tout ou en partie. + On l’empêche d’y réussir en le transperçant près de la bouche avec + une soie de sanglier. Cette espèce de transpercement, naturellement + peu agréable, ne porte en définitive aucun obstacle bien sérieux aux + fonctions de l’animal.</p> + + <p>Les premières expériences sur les Polypes surprirent grandement tous + les naturalistes. Ils ne connaissaient rien d’analogue dans le règne + animal. «Nous ne jugeons des choses que par comparaison, disait Charles + Bonnet; nous avions pris nos idées d’animalité chez les grands animaux, + et un animal qu’on coupe, qu’on retourne, qu’on recoupe, et qui se + <i>porte bien</i>, nous choque singulièrement. Combien de faits, encore + ignorés et qui viendront un jour déranger nos idées sur des sujets que + nous croyons connaître! Nous en savons au moins assez pour que nous ne + devions être surpris de rien. La surprise sied peu à un philosophe; + ce qui lui sied est d’observer, de se souvenir de son ignorance et de + s’attendre à tout.»</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Il y a vraiment de quoi être confondu, quand on réfléchit sur tout ce + que présente l’histoire des Polypes! Personne ne regarde ce qui est + à ses pieds, et bien souvent il s’y passe de curieux phénomènes qui + renferment de grands enseignements!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_113">113</span></p> + + <p>Les Polypes, on l’a vu plus haut, n’ont ni cœur, ni poumon, ni foie, ni + intestin. Ils manquent de tête et de cerveau. Six filaments très-grêles + et très-simples remplissent les fonctions de pieds, de bras, de lèvres + et de tous les organes des sens.... Et cependant ces animaux guettent + une proie, l’<i>aperçoivent</i>, la saisissent, la dévorent.... Ils ne + se trompent jamais sur sa nature et sur sa taille, et manquent rarement + leur coup. Ils se battent entre eux, se repoussent ou se recherchent. + Ils savent se sauver et se mettre à l’abri, quand un danger les menace. + Ils élèvent leurs petits (à leur manière).... Comment peuvent-ils + accomplir tous ces actes variés? La Providence leur a donné une + impulsion vitale particulière, appelée <i>instinct</i>, impulsion + indépendante de la prévoyance, de l’expérience, de l’éducation, et + peut-être même de la réflexion, qui leur tient lieu d’intelligence. Le + mot <i>instinct</i> vient du verbe latin <i xml:lang="la" lang="la">instinguere</i>, qui veut + dire <i>pousser</i>, <i>exciter</i>.... L’instinct et l’intelligence + sont deux facultés qui se compensent, et dont l’une supplée à + l’autre, comme, à d’autres égards, la fécondité supplée à la force ou + à la longévité (Cuvier). L’instinct est l’intelligence des animaux + inférieurs.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Polypes de la mer ressemblent beaucoup aux Polypes des eaux douces. + L’animal est toujours composé d’un corps, d’une ouverture, d’une poche + et de plusieurs bras. Le corps peut être long ou court, quelquefois + étroit comme un tuyau de plume, d’autres fois arrondi comme une bourse, + plus rarement façonné en entonnoir. L’ouverture est plus ou moins + large, et sert toujours à l’entrée de l’aliment et à la sortie de + l’excrément. La poche tend à se compliquer; elle <span class="pagenum" id="Page_114">114</span> offre souvent + un tube distinct, entouré de canaux verticaux où viennent aboutir + des organes bizarres en forme d’intestins. Les bras sont en nombre + variable. On en trouve quelquefois jusqu’à douze; mais généralement il + y en a huit. Ils ressemblent à des cils, à des vrilles, à des rubans, à + des pétales. Leurs bords sont souvent granuleux ou barbelés.</p> + + <p>Avec cette organisation de l’Hydre verte et avec des modifications + très-légères, mais très-variées, la Nature a composé la plus grande + partie des animaux dits <i>imparfaits</i> qui peuplent l’Océan.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <div class="figcenter2" id="pl-VII" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-114bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-114bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_115">115</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_9" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE IX<br /> + <span class="h2line2">LES POLYPIERS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Le travail en commun centuple le produit.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Un saint-simonien.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Polypes ne vivent pas toujours à l’état d’isolement, ils sont le + plus souvent agrégés..... L’arbre généalogique temporaire est devenu + permanent! La famille a reçu le nom de <i>Polypier</i>.</p> + + <p>Linné appelle ces associations <i>animaux composés</i> (<i xml:lang="la" lang="la">animalia + composita</i>).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-116" style="width: 456px;"> + <img src="images/page-116.jpg" alt="" width="456" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-116.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPIER HYDRAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sertularia ramea</i>, d’après Dalyell).</p> + </div> + </div> + + <p>Ces habitants d’une même agrégation vivent dans une harmonie parfaite. + Ils constituent un peuple de frères unis physiquement d’une manière + très-intime. Ils occupent la même maison; chacun y tient une cellule, + mais il lui est défendu d’en sortir tout à fait, et par conséquent + de visiter, de déranger ou de tourmenter son voisin. Attachés à leur + chambrette, ces demi-reclus attendent du hasard, ou, pour mieux dire, + de la Providence, des aliments qui ne manquent jamais; et ce qui + est mangé par chaque bouche profite à la communauté. Poussés par un + admirable instinct, les Polypes travaillent ensemble au même ouvrage: + <i>isolés, ils seraient faibles; réunis, ils deviennent forts</i>. Ils + ont une vie d’ensemble et des vies particulières. Mêmes besoins, mêmes + goûts, mêmes idées (et Dieu sait quelles idées!). Ils partagent <span class="pagenum" id="Page_116">116</span> + leurs peines et leurs jouissances, quelque bornées et quelque confuses + qu’elles soient; et, s’il est vrai que les chagrins s’adoucissent quand + ils sont épanchés, et que les plaisirs augmentent quand ils sont goûtés + en commun, les Polypes doivent être des animalcules fort heureux!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-117" style="width: 481px;"> + <img src="images/page-117.jpg" alt="" width="481" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-117.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPIER ACTINIAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Gerardia Lamarckii</i>, d’après Lacaze-Duthiers).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Polypiers ont été mal connus pendant longtemps. Ce n’est qu’à + l’aide du microscope et par l’étude des individus <span class="pagenum" id="Page_117">117</span> vivants qu’on + est parvenu à connaître leur organisation et leur genre de vie, et + qu’on a mis un certain ordre dans la classification des espèces et de + leurs variétés. M. Lacaze-Duthiers a ainsi démontré que l’<i>Antipathes + glaberrima</i> et le <i xml:lang="la" lang="la">Gorgonia tuberculata</i> de Lamarck, le + <i xml:lang="la" lang="la">Leiopathes glaberrima</i> de Gray et le <i xml:lang="la" lang="la">Leiopathes Lamarckii</i> + de J. Haime, n’étaient qu’un seul et même Polypier, la <i>Gérardie de + Lamarck</i>.</p> + + <p>On a reconnu aujourd’hui que, sous la dénomination générale de + Polypiers, étaient groupés des animaux distincts. <span class="pagenum" id="Page_118">118</span> Les uns + étaient construits sur le type de l’Hydre, les autres sur le type de + l’Actinie; d’autres, enfin, comme les <i>Plumulaires</i>, sur un plan + d’organisation totalement différent. Les premiers sont les <i>Polypiers + Hydraires</i>; les seconds, les <i>Polypiers Actiniaires</i>; les + derniers appartiennent à plusieurs classes d’animaux.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les <i>Polypiers Hydraires</i> sont de faux Polypiers. Des travaux + modernes ont appris que ces arborisations sont, pour la plupart, une + forme dégradée et transitoire des Méduses. La Méduse fait le Polypier; + le Polypier fera la Méduse.</p> + + <p>Les Polypiers Hydraires sont très-abondants sur nos côtes. + Ils appartiennent au groupe des <i>Tubulaires</i>, des + <i>Campanulaires</i>, des <i>Sertulaires</i>...</p> + + <p>La <i>Tubulaire chalumeau</i> est un Polypier des plus curieux. Ses + tiges, nombreuses, sont cornées, jaunes et marquées d’espace en espace + de nœuds inégaux; elles ressemblent à des brins de paille. Leur partie + inférieure est tortueuse et très-adhérente aux corps étrangers; + la partie supérieure est à peu près droite, ou mieux, légèrement + flexueuse. L’ensemble représente un végétal fleuri, sans feuilles ni + rameaux.</p> + + <p>Au sommet de chaque tige, se développe une double corolle écarlate de + quinze à trente-cinq pétales par rangée, les extérieurs étalés, les + intérieurs relevés en houppe. Un peu au-dessous paraissent les ovaires, + qui pendent, quand ils sont mûrs, comme des grappes orangées. Au bout + d’un certain temps, les corolles se flétrissent, tombent et meurent. + Un bouton les remplace, lequel produit un nouveau Polype; et ainsi + de suite. Cette succession détermine l’allongement des tiges, chaque + prétendue fleur élevant un <span class="pagenum" id="Page_119">119</span> peu le tube qu’elle termine, et chaque + addition ajoutant un nœud de plus à l’axe qu’elle allonge.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-119" style="width: 454px;"> + <img src="images/page-119.jpg" alt="" width="454" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-119.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TUBULAIRE CHALUMEAU<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Tubularia indivisa</i>, d’après Dalyell).</p> + </div> + </div> + + <p>La <i>Tubulaire rameuse</i> est une des productions animales les + plus singulières et les plus intéressantes. Parfois elle ressemble + à un vieil arbre ruiné par le temps; d’autres fois elle rappelle un + vigoureux arbrisseau en miniature, tout fleuri, élevant au-dessus d’une + tige brun foncé un grand nombre <span class="pagenum" id="Page_120">120</span> de branches et de rameaux touffus, + que terminent autant de petites Hydres d’un beau jaune ou d’un rouge + éclatant.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-120" style="width: 378px;"> + <img src="images/page-120.jpg" alt="" width="378" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-120.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CAMPANULAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Campanularia dichotoma</i>, d’après Dalyell).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Campanulaires</i> diffèrent davantage. Les bouts de leurs + branches par où sortent les Polypes sont élargis en forme de clochettes.</p> + + <p>L’espèce appelée <i>dichotome</i> est une des plus délicates <span class="pagenum" id="Page_121">121</span> et + des plus élégantes. Elle offre une tige mince comme un fil de soie, + résistante, élastique et brune. Les Polypes sont assez nombreux. Sur + une arborisation haute de 20 centimètres, il en existe peut-être douze + cents.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-121" style="width: 297px;"> + <img src="images/page-121.jpg" alt="" width="297" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-121.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SERTULAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sertularia [Plumularia] falcata</i>, d’après Dalyell).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Sertulaires</i> sont encore des Polypiers Hydraires. Ceux-ci ont + une tige cornée, tantôt simple, tantôt rameuse: <span class="pagenum" id="Page_122">122</span> on les prendrait + pour de petites plantes. Leur nom est dérivé du latin <i xml:lang="la" lang="la">sertum</i> + (bouquet). On peut les comparer à des arbustes en miniature, à branches + flexibles, demi-transparentes et jaunâtres.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-122" style="width: 353px;"> + <img src="images/page-122.jpg" alt="" width="353" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-122.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SERTULAIRE ARGENTÉE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sertularia argentea</i>, d’après Dalyell).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans chaque Sertulaire, il y a sept, huit, douze, vingt <span class="pagenum" id="Page_123">123</span> petits + panaches, contenant chacun cinq cents animalcules, ce qui fait jusqu’à + dix mille Polypes par association. On assure que, dans un pied de + <i>Sertulaire argentée</i>, il existe au moins cent mille individus.</p> + + <p>Le <i xml:lang="la" lang="la">Sertularia falcata</i> rappelle, par l’élégance de son port et la + délicatesse de ses rameaux, les plus belles Mimoses. Ce Polypier fait + partie aujourd’hui des <i>Polypiers Bryozoaires</i>.</p> + + <p>Les petites cellules qui logent les Polypes ne sont pas toujours + distribuées de la même manière. Il y en a tantôt des deux côtés, + tantôt d’un seul. Quelquefois elles se groupent comme de petits tuyaux + d’orgue; d’autres fois elles s’enroulent en spirale autour de la tige, + ou forment çà et là des anneaux horizontaux.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Parmi les <i>Polypiers Actiniaires</i>, on a formé deux tribus d’après + le nombre des tentacules de leurs animaux. Tantôt ces tentacules sont + au nombre de six ou de ses multiples: ce sont les <i>Zoanthaires</i>; + tantôt au nombre de huit: ce sont les <i>Alcyonaires</i>.</p> + + <p>Les Zoanthaires comprennent les <i>Actinies</i>, les <i>Zoanthes</i> + proprement dits, les <i>Antipathes</i> et les <i>Madrépores</i>.</p> + + <p>On regarde comme intermédiaires entre les Polypiers et les <i>Anémones + de mer</i>, dont nous traiterons plus loin<a id="FNanchor_42" href="#Footnote_42" class="fnanchor">[42]</a>, des Zoophytes élégants, + désignés sous le nom de <i>Zoanthes</i>. Ces animaux sont réunis en + nombre souvent considérable sur une base commune. Cette base est tantôt + dilatée en large surface, tantôt vermiculée comme une racine rampante.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_124">124</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-124" style="width: 404px;"> + <img src="images/page-124.jpg" alt="" width="404" height="298" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-124.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ZOANTHE DES MOLUQUES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Zoantha thalassanthos</i> Lesson).</p> + </div> + </div> + + <p>Le <i>Zoanthe des Moluques</i><a id="FNanchor_43" href="#Footnote_43" class="fnanchor">[43]</a> compose de larges touffes + gazonnantes sur les rochers de Corail. Ses animalcules sont assez + rapprochés, et imitent, à faire illusion, un amas de fleurs épanouies. + Ils sont portés par de fausses racines d’un blanc pur enlacées les + unes dans les autres. Leur corps est fusiforme, rétréci et comme + pédiculé à la base, tronqué au sommet, d’un rouge brun marqué de stries + longitudinales plus colorées; sa consistance est ferme et parcheminée. + De ce corps sort un tube étroit, musculaire, contractile, rougeâtre, + terminé par huit bras allongés, d’un jaune pur au sommet et traversés + par une nervure de la même couleur. Sur les côtés de ces bras naissent + des pinnules fines, parallèles, d’une couleur marron clair, semblables + aux barbes d’une plume.</p> + + <p>Les bras de ce Zoanthe sont sans cesse en mouvement; ils forment dans + l’eau divers petits courants, dans l’oscillation <span class="pagenum" id="Page_125">125</span> desquels sont + précipités, comme dans un torrent, les animalcules dont le Polype se + nourrit. Au moindre mouvement, le Zoophyte replie ses bras. (Lesson.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-125" style="width: 568px;"> + <img src="images/page-125.jpg" alt="" width="568" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-125.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ANTIPATHE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Antipathes arborea</i> Dana).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Antipathes</i> ont un polypier toujours fragile, et cassant, + quand il est desséché; les ramifications, toujours grêles, déliées, + ressemblent aux barbules délicates d’une plume. La couleur est noirâtre + foncé, ou plutôt bistre et terre de Sienne. Au microscope ou à une + forte loupe, les extrémités des branches apparaissent hérissées de + petites pointes (<i>spinules</i>), et le tronc est formé de couches + ovales <span class="pagenum" id="Page_126">126</span> concentriques et inégales: ce sont les zones de la + croissance. Sa consistance est assez ferme pour qu’il soit travaillé + et converti en chapelets de perles et autres bijoux, connus dans le + commerce sous le nom de <i>Corail noir</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-126a" style="width: 345px;"> + <img src="images/page-126a.jpg" alt="" width="345" height="164" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-126a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPE GROSSI D’ANTIPATHE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Antipathes arborea</i> Dana).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-126b" style="width: 423px;"> + <img src="images/page-126b.jpg" alt="" width="423" height="423" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-126b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COUPE GROSSIE D’UNE TIGE D’ANTIPATHE.<br /> + (D’après une préparation de M. Potteau.)</p> + </div> + </div> + + <p>L’écorce est molle, dépourvue de grains calcaires ou siliceux, et se + détruit après la mort. Elle reçoit des <span class="pagenum" id="Page_127">127</span> Polypes de forme allongée, + et le plus souvent de couleur jaune.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-127" style="width: 530px;"> + <img src="images/page-127.jpg" alt="" width="530" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-127.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ANTIPATHE GROSSI POUR MONTRER LES SPINULES<br /> + (<i>Antipathes subpinnita</i>, d’après Lacaze-Duthiers).</p> + </div> + </div> + + <p>La Gérardie pêchée par M. Lacaze-Duthiers dans les eaux de l’Algérie + est un genre voisin très-curieux que ce savant naturaliste a fait + connaître dans une suite de beaux mémoires dont il a bien voulu nous + communiquer les dessins originaux.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_128">128</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-128a" style="width: 276px;"> + <img src="images/page-128a.jpg" alt="" width="276" height="189" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-128a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPE DE LA GÉRARDIE.</p> + </div> + </div> + + <p>La Gérardie vivante est couverte de fleurs jaunâtres ou orangées à + vingt-quatre pétales souvent très-allongés et pendants.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-128b" style="width: 504px;"> + <img src="images/page-128b.jpg" alt="" width="504" height="429" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-128b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COUPE D’UN POLYPE DE LA GÉRARDIE.</p> + </div> + </div> + + <p>L’intérieur du Polype présente autant de cloisons que de tentacules. + Le polypier est très-rameux et très-élancé quand il est adulte. Dans + le jeune âge, l’écorce se développe plus rapidement que le support; + aussi la Gérardie se <span class="pagenum" id="Page_129">129</span> greffe-t-elle à tous les corps à sa portée. + Malheur à la Gorgone qu’elle envahit, elle ne tarde pas à l’étouffer + sous sa végétation exubérante. De là, souvent, cet aspect gorgonien que + présentent les jeunes Polypiers. M. Lacaze-Duthiers a trouvé une de ces + colonies, qui s’était développée sur un œuf de Squale.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-129" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-129.jpg" alt="" width="600" height="515" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-129.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MADRÉPORAIRES.</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Madréporaires</i> sont très-nombreux; ils forment le groupe le + plus important des Polypiers Actiniaires. Tous sont pierreux: ce sont + eux surtout qui constituent les récifs et les îles à coraux. On connaît + peu leurs Polypes.</p> + + <p>Parmi les plus curieux, on doit citer les <i>Caryophyllies</i>, + les <i>Madrépores</i> proprement dits, les <i>Astrées</i>, les + <i>Méandrines</i> et les <i>Poritides</i>...</p> + + <p>Les <i>Caryophyllies</i> présentent des cellules tubuleuses en partie + isolées les unes des autres, ce qui donne à la masse <span class="pagenum" id="Page_130">130</span> un aspect + comme rameux. Chaque branche est occupée par un Polype.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-130a" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-130a.jpg" alt="" width="279" height="204" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-130a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CARYOPHYLLIE DE SMITH<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Caryophyllia Smithii</i> Stokes et W. P. Broderip).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-130b" style="width: 481px;"> + <img src="images/page-130b.jpg" alt="" width="481" height="305" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-130b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASTRÉE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Astræa pallida</i> Dana).</p> + </div> + </div> + + <p>Une des plus belles est la <i>Caryophyllie de Smith</i><a id="FNanchor_44" href="#Footnote_44" class="fnanchor">[44]</a>, avec + sa robe jaunâtre, plus pâle à la base et au sommet, ornée de lignes + longitudinales d’un blanc léger! Son disque, d’abord brun, devient + blanc et puis vert; ses tentacules, à peu près triangulaires, sont + presque transparents. Ils ressemblent <span class="pagenum" id="Page_131">131</span> à des festons de dentelle + finement bordés d’un ourlet blanchâtre et terminés chacun par un pois + blanc.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-131" style="width: 500px;"> + <img src="images/page-131.jpg" alt="" width="600" height="531" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-131.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MÉANDRINE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Meandrina cerebriformis</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Madrépores</i> proprement dits sont des associations bizarres + des plus variées et des plus intéressantes. Qu’on se rappelle un gâteau + de cire sorti d’une ruche, avec des larves d’Abeilles dans chaque + cellule; qu’on suppose ce gâteau de pierre et non de cire, et chaque + larve remplacée par un Polype, et l’on aura le Madrépore désigné sous + le nom d’<i>Astrée</i>: c’est un des plus connus.</p> + + <p>Les <i>Méandrines</i> diffèrent des Astrées par une surface creusée de + lignes allongées et tortueuses, sillonnées en travers. Leurs cellules + sont placées régulièrement dans les vallons.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_132">132</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-132" style="width: 489px;"> + <img src="images/page-132.jpg" alt="" width="489" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-132.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PORITIDE AVEC SES POLYPES ÉPANOUIS<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Goniopora columna</i> Dana).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Poritides</i> ont des branches qui s’élèvent peu, généralement + dichotomes, à lobes obtus. Leurs Polypes sont des miniatures + d’Anémones, portant autour de leur bouche douze tentacules radiés. + Leur polypier est pierreux, fixé, rameux ou lobé, à surface libre, + présentant un grand nombre d’étoiles régulières, superficielles + ou excavées, à bords imparfaits ou nuls. Ces étoiles sont + caractéristiques; <span class="pagenum" id="Page_133">133</span> on ne saurait les confondre avec celles d’une + Astrée ou d’un Madrépore.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-133" style="width: 479px;"> + <img src="images/page-133.jpg" alt="" width="479" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-133.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PORITIDE: SON POLYPIER CALCAIRE<br /> + (<i>Porites mordax</i> Dana).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Polypiers Alcyonaires</i> réunissent les <i>Alcyonides</i>, les + <i>Tubiporides</i>, les <i>Gorgonides</i> et les <i>Pennatulides</i>, + dont nous traiterons dans un chapitre spécial.</p> + +<p><span class="pagenum" id="Page_134">134</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-134" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-134.jpg" alt="" width="600" height="485" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-134.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ALCYONIDE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Xenia elongata</i> Dana).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Alcyonides</i> sont très-communs; on en trouve souvent sur les + coquilles de Saint-Jacques, sous la forme de masses charnues arrondies, + à lobes irréguliers et de couleur rouge: cette masse est toute une + colonie. Placée dans de l’eau de mer pure et fraîche, on ne tarde pas + à voir apparaître des points opalins ou jaunâtres, qui se gonflent peu + à peu, font saillie, et s’épanouissent en une corolle transparente et + animée. Chacun de ces Polypes a huit pétales dentelés; au centre, est + la bouche. Le corps du Polype est tubuleux: sa partie extérieure est + plus ou moins longue; sa partie intérieure traverse au dedans, jusqu’à + la base, la masse totale, qui n’est, d’ailleurs, que l’agglomération de + tous les individus de l’association réunis par un tissu <span class="pagenum" id="Page_135">135</span> commun, + criblé de spicules rouges et sillonné de vaisseaux.</p> + + <p>La <i>Bebryce tendre</i><a id="FNanchor_45" href="#Footnote_45" class="fnanchor">[45]</a> est un Alcyonide. Ce Polypier, incomplet + comme tous les Alcyons, ne possède qu’une écorce qui contient les + Polypes. L’axe qui lui sert de soutien est un support d’emprunt.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-135" style="width: 477px;"> + <img src="images/page-135.jpg" alt="" width="477" height="404" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-135.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TUBIPORIDE (CORAIL MUSIQUE)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Tubipora musica</i> Linné.)</p> + </div> + </div> + + <p>Parmi les <i>Tubiporides</i>, se trouve le <i>Corail musique</i>, de + l’archipel des Indes, caractérisé par ses tubes pierreux, simples, + nombreux, rapprochés, droits ou flexueux, parallèles et un peu + rayonnants, d’un beau rouge pourpre, unis ensemble de distance en + distance par des lames transversales. On a comparé leur ensemble à un + amas de tuyaux d’orgue.</p> + + <p>Ses Polypes sont d’un vert d’herbe brillant (Péron); ils <span class="pagenum" id="Page_136">136</span> ont des + tentacules garnis de chaque côté de deux ou trois rangées de papilles + granuleuses charnues, au nombre de soixante à quatre-vingts (Lesson).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-136" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-136.jpg" alt="" width="600" height="461" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-136.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GORGONIDE<br /> + (Pêchée par quarante brasses de profondeur, côtes du Finistère).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Gorgonides</i> ont une écorce tellement pénétrée de grains + calcaires ou siliceux (<i>spicules</i>), qu’elle forme une croûte + en se desséchant. Cette croûte est friable, et conserve souvent les + couleurs plus ou moins brillantes qui la caractérisent. Leurs cellules + sont creusées tantôt dans une surface plane, tantôt dans des mamelons + saillants; ceux-ci sont lisses, hérissés ou écailleux, quelquefois + pendants les uns sur les autres.</p> + + <p>C’est à ce groupe qu’appartiennent les <i>Isis</i> et le <i>Corail</i>, + dont l’étude nous occupera dans le chapitre suivant, et toutes ces + arborisations noires, lisses et flexibles, que l’on observe sur nos + côtes. C’est encore à côté des Gorgonides <span class="pagenum" id="Page_137">137</span> que M. Deshayes a placé + le beau Polypier pêché à la Calle, l’<i>Anthozoanthe parasite</i><a id="FNanchor_46" href="#Footnote_46" class="fnanchor">[46]</a>, + magnifique arbrisseau redressé et non pendant, avec des axes d’un brun + foncé, une écorce d’un rose vif, et des Polypes d’un jaune d’or.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Polypiers sont fixés aux corps solides. Quelquefois ils s’attachent + les uns aux autres, se greffent dans tous les sens ou s’enlacent dans + toutes les directions.</p> + + <p>Il y en a de blanchâtres, de tout à fait blancs, de jaunâtres, de + vert-pomme. Leurs nuances passent du brun olivâtre au bleu foncé, du + vermillon au violet, et du jaune pâle au gris de perle.</p> + + <p>Chaque tuyau ou cellule contient un individu. Les loges sont plus ou + moins profondes, suivant les espèces. Les animalcules sont composés + généralement d’une partie cachée plus ou moins tubuleuse, et d’une + partie étoilée plus ou moins apparente. Cette dernière présente de huit + à douze barbillons lisses ou granuleux, susceptibles de s’épanouir + comme les pétales d’une fleur. Quand ces appendices sont étalés, ils + atteignent souvent le double de la hauteur du corps; ils sont alors + presque transparents, excepté vers l’extrémité.</p> + + <p>Les Polypes étendent ou resserrent leurs barbillons, dilatent ou + contractent leur bouche, suivant les besoins; mais leur tube digestif + est soudé à leur cellule, et les axes qui portent les cellules sont + condamnés à l’immobilité. Singulière combinaison! des arbustes + moitié animés et croissant au fond de l’eau; des animalcules moitié + emprisonnés <span class="pagenum" id="Page_138">138</span> et rivés à leur prison; des estomacs dans une écorce, + des bras sur une branche, et le mouvement sur le repos!</p> + + <p>Les animalcules des Polypiers se reproduisent par de petites larves + vomies par l’animal et par des bourgeons développés dans leur écorce.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-138" style="width: 486px;"> + <img src="images/page-138.jpg" alt="" width="486" height="492" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-138.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPES ÉPANOUIS SORTIS DE LEUR LOGE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sertularia pumila</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans les Polypiers Hydraires, les œufs sont souvent contenus dans des + capsules cornées spéciales, qui se brisent lors de la maturation. Leurs + formes sont très-variées, suivant les espèces.</p> + + <p>Qu’on imagine un ellipsoïde transparent comme du cristal, dont les + parois sont décorées de rampes à créneaux disposées en spirale, + interrompues à chaque tour, et laissant <span class="pagenum" id="Page_139">139</span> voir par transparence cinq + ou six œufs ronds, d’un jaune safrané, et l’on aura la capsule ovigère + d’un <i>Polypier Bryozoaire</i>, la <i>Plumulaire plume</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-139" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-139.jpg" alt="" width="600" height="537" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-139.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPIER BRYOZOAIRE: SON SAC A ŒUFS ET SES LOGES A POLYPES, GROSSIS<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Plumularia pluma</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Chez les Campanulaires, il existe des branches mâles et des branches + femelles: les unes chargées de loges dans lesquelles se développent les + œufs; les autres portant des capsules mâles surmontées chacune d’un + bouquet d’élégants tentacules.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-140" style="width: 504px;"> + <img src="images/page-140.jpg" alt="" width="504" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-140.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPIER HYDRAIRE PRODUISANT UNE MÉDUSE</p> + </div> + </div> + + <p>Mais un des phénomènes les plus curieux que présente l’étude des + Polypiers Hydraires, est celui que les savants ont désigné sous le nom + de <i>génération médusipare</i>. A une certaine époque de l’année, + apparaît, chez les <i>Campanulaires</i>, les <i>Syncorines</i>, etc., + une sorte de hernie extérieure, <span class="pagenum" id="Page_140">140</span> + au centre de laquelle tourbillonne le liquide nourricier. C’est + un bourgeon qui, peu à peu, se revêt d’un bourrelet de substance + transparente, grandit rapidement, et ne tarde pas à montrer des + traces d’organisation intérieure. On voit alors le liquide nourricier + circuler dans quatre canaux; quatre points noirs se dessinent au + sommet du bourgeon, à l’extrémité des quatre canaux: ce sont les + yeux. Insensiblement le bourgeon prend un aspect plus campanuliforme; + son extrémité se dilate, les yeux s’écartent, et dans leur voisinage + naissent quatre tentacules. Le réservoir central <span class="pagenum" id="Page_141">141</span> augmente de + capacité, se limite par une membrane distincte, et forme l’estomac. + L’animal est développé: c’est une vraie Méduse. Dans peu de temps, elle + rompra son pédicule par de violentes contractions, et prendra son essor + vers la haute mer.</p> + + <p>La jeune Méduse, aussitôt libre, atteint en peu de jours le double de + son volume. La déchirure de son pédicule se cicatrise, les tentacules + s’allongent; l’estomac acquiert une bouche. Quelques semaines encore, + et l’intestin de chacune de ces petites Méduses présentera un + contour onduleux, comme mamelonné: ce sont des œufs qui se forment, + grossissent, se développent, et se détacheront par un mécanisme + semblable (Desor).</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Polypes sont de petits ouvriers silencieux, actifs, infatigables, + qui sécrètent et organisent les gâteaux ou les axes qui les portent + et les logent. Éclatante industrie, qui sera sans cesse un objet + d’admiration! Population modeste, digne des plus grands éloges, + réservée dans ce qu’elle consomme, magnifique dans ce qu’elle produit!</p> + + <p>Les Polypes aiment les régions chaudes de l’Océan, et prospèrent mal + dans les pays froids.</p> + + <p>Les uns forment des pelouses de vie sous-marines qui tapissent les + rochers; les autres composent des stalactites animées, de grands + arbrisseaux, de petits arbres ou d’immenses forêts. Le câble électrique + qui relie la Sardaigne au fort Génois était incrusté d’un si grand + nombre de Polypiers et de <i>Bryozoaires</i>, que certaines parties + retirées de l’eau avaient le volume d’un baril. (Lacaze-Duthiers.)</p> + + <p>Les Polypiers occupent quelquefois des espaces immenses <span class="pagenum" id="Page_142">142</span> qui + grandissent sous les flots, s’élèvent en récifs, entourent les îles, + les joignent entre elles, les unissent aux continents, et comblent + ainsi la profondeur des mers.</p> + + <p>En 1702, un voyageur anglais, Strachan, observa que les Polypiers + étaient capables de former de grandes masses de rochers. En 1780, + Forster, savant compagnon du capitaine Cook, établit d’une manière + positive que la plupart des îles de la mer du Sud doivent leur + existence à la multiplication excessive et à l’agglomération compacte + des Polypiers. Cette manière de voir a été confirmée par un grand + nombre de marins, de zoologistes et de géologues.</p> + + <p>Ces Zoophytes sont réunis au fond de l’eau par masses innombrables. Ils + absorbent les sels calcaires contenus dans l’Océan, et en composent + leurs cellules et leurs axes; ils produisent ainsi des associations + souvent colossales.</p> + + <p>Leurs germes tombent autour d’eux, et donnent naissance à de nouveaux + gâteaux. Les derniers venus s’élancent tout autour des premiers + et au-dessus d’eux, et les étouffent; ceux-ci laissent après leur + mort leurs cellules de pierre greffées les unes sur les autres. Ces + couches de matière devenue inerte servent de fondement à de nouvelles + générations qui se superposent régulièrement comme les assises dans une + maçonnerie. Il résulte de ces agglomérations gigantesques des rochers + immenses qui atteignent jusqu’à deux ou trois cents lieues de longueur!</p> + + <p>Ces rochers s’élèvent peu à peu du fond de la mer, sans trouble, sans + effort, sans réaction. Au bout d’un certain temps, ils composent des + îles; ces îles forment de vastes terres. Il faut des siècles, il est + vrai, pour que ce travail s’accomplisse, mais le temps ne manque jamais + à la Nature!</p> + + <p>Les auteurs de ces constructions séculaires sont des animalcules + gélatineux, fragiles, chétifs, presque toujours microscopiques; mais + ils sont extrêmement nombreux... <span class="pagenum" id="Page_143">143</span> il y en a des milliards. Ils + peuvent donc produire, par l’entassement de leurs squelettes, des + maçonneries dont le genre humain tout entier, travaillât-il cent mille + ans, n’enfanterait qu’une bien faible partie!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-143" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-143.jpg" alt="" width="600" height="379" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-143.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VUE GÉNÉRALE D’ÎLES A CORAUX.<br /> + (Ile de Clermont-Tonnerre, archipel Pomotou.)</p> + </div> + </div> + + <p>Une fois arrivés à la surface de l’eau, les Polypiers cessent de + croître, parce que leurs animalcules sont des êtres essentiellement + aquatiques. Enfants de la mer, ils doivent vivre dans la mer; ils + meurent à l’air et au soleil. Voilà pourquoi les couches les plus + élevées de ces gigantesques édifices sont toujours privées de vie.</p> + + <p>Les vagues qui se brisent contre ces îles ou ces rochers en détachent + des quartiers, les roulent, les ballottent et les réduisent en + poussière. Il en résulte d’abord un gravier blanchâtre parsemé de + quelques blocs arrondis, puis un sable plus ou moins fin et plus + ou moins grisâtre. Les flots apportent des restes de végétaux, de + Mollusques, de Crustacés, de Poissons..... Ces restes se décomposent et + se mêlent <span class="pagenum" id="Page_144">144</span> aux débris madréporiques: la terre végétale commence à + se former. C’est ainsi que la Providence a fait surgir de l’Océan des + espaces de terrain considérables.</p> + + <p>Le massif, monté au niveau de la mer, est bientôt envahi par la + végétation et embelli par l’animalité. Les vagues y abandonnent + quelques graines; celles-ci se développent. Les végétaux prennent pied + dans le terrain, et l’île est bientôt couverte de verdure. Des troncs + d’arbres arrachés par la mer sur les côtes voisines, et poussés par + les courants, abordent sur sa plage. Des Vers, des coquillages, des + Insectes et d’autres petits animaux apportés avec ces troncs se hâtent + de gagner la terre; ils y pullulent et en constituent la première + population. Les Tortues de mer accourent vers l’île naissante, et + viennent y déposer leurs œufs. Les Oiseaux, attirés de loin par la + verdure, arrivent pour s’y reposer et pour y construire leurs nids. + Enfin, les habitants des îles voisines, chassés par quelque coup de + vent ou séduits par la beauté du site et par l’abondance de ses fruits, + s’y rendent avec leurs pirogues, y bâtissent des cabanes, y fondent une + tribu; et l’industrie de l’Homme complète et vivifie l’industrie des + Polypiers!</p> + + <p>Les actions si puissantes des animalcules les plus petits et les + plus faibles sont empreintes, dans la Nature, d’un charme et d’une + philosophie que ne donneront jamais dans nos musées les formes les + plus élégantes de leurs cadavres soigneusement conservés et savamment + classés.</p> + + <p>Les Infusoires, les Foraminifères et les Polypes existent dans la mer + par milliards de milliards... C’est l’infini vivant!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <div class="figcenter2" id="pl-VIII" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-144bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-144bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_145">145</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_10" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE X<br /> + <span class="h2line2">LE CORAIL.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4" xml:lang="la" lang="la">«<span class="smcap">Curalium</span> <i>decus liquidi</i>.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Priscien.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Dans certaines régions de la mer, au milieu des rochers les plus + accidentés, s’étendent de petites forêts purpurines. Ces forêts + aquatiques sont composées par le <i>Corail rouge</i>, un des plus + brillants et des plus célèbres parmi les Polypiers. <i xml:lang="la" lang="la">Curalium decus + liquidi!</i></p> + + <p>Pendant longtemps, le Corail a été pris pour une plante marine. Les + anciens Grecs appelaient cette prétendue plante, <i>fille de la + mer</i><a id="FNanchor_47" href="#Footnote_47" class="fnanchor">[47]</a>. Le comte Marsigli lui-même considérait cette curieuse + production comme faisant partie du règne végétal.</p> + + <p>Peyssonnel, chirurgien de la marine, reconnut le premier la véritable + nature de l’arbrisseau Corail. Il fit part de sa découverte au célèbre + Réaumur, qui hésita quelque temps à la transmettre à l’Académie royale + des sciences. Ce ne fut qu’en 1727 qu’il se décida à la communiquer à + l’illustre compagnie, mais sans l’adopter encore lui-même.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_146">146</span></p> + + <p>Les observations de Peyssonnel furent contestées jusqu’au moment où + Trembley (de Genève) eût publié ses belles expériences sur le Polype + d’eau douce, et que les savants eussent constaté la grande ressemblance + qui existe entre la nature de ce curieux Invertébré et les animalcules + du Corail.</p> + + <p>Guettard (d’Etampes) et Bernard de Jussieu firent exprès un voyage sur + nos côtes pour vérifier les assertions de Peyssonnel.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-146" style="width: 279px;"> + <img src="images/page-146.jpg" alt="" width="279" height="364" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-146.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CORAIL ROUGE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Corallium rubrum</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Aujourd’hui, pour tous les naturalistes, le Corail est une famille de + Polypes vivant ensemble et composant un <i>Polypier</i>.</p> + + <p>Ce Polypier habite surtout dans la Méditerranée et dans la mer Rouge. + Il se trouve à diverses profondeurs. Cependant il n’est jamais à moins + de 3 mètres, ni à plus de 300.</p> + + <p>Observé sur place, le Corail est mêlé avec d’autres Polypiers et + avec d’autres animaux marins. Il en résulte un <span class="pagenum" id="Page_147">147</span> assemblage + lâche ou compacte, quelquefois inextricable, qui a reçu le nom de + <i>macciotta</i><a id="FNanchor_48" href="#Footnote_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p> + + <p>Chaque pied de Corail ressemble à un joli sous-arbrisseau rouge, sans + feuilles, portant de délicates petites fleurs étoilées à rayons blancs.</p> + + <p>Les axes de ce sous-arbrisseau sont les parties communes à + l’association; les fleurettes sont les Polypes.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-147" style="width: 455px;"> + <img src="images/page-147.jpg" alt="" width="455" height="289" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-147.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SPICULES DE CORAIL.<br /> + (D’après les dessins communiqués par M. Lacaze-Duthiers.)</p> + </div> + </div> + + <p>Les arborisations dont il s’agit se dirigent ordinairement de haut en + bas, et non de bas en haut, comme celles des plantes. Elles forment + des buissons, des taillis, et, comme nous l’avons dit plus haut, de + véritables forêts. Ces axes offrent une écorce molle, comme réticulée, + pénétrée d’un suc laiteux, et creusée de petites cavités, qui sont les + loges des Polypes. De petits corps durs (<i>spicules</i>) sont contenus + en grand nombre dans son épaisseur. Au-dessous de l’écorce, se trouve + le Corail proprement dit, qui égale le <span class="pagenum" id="Page_148">148</span> marbre en dureté, et qui + est remarquable par sa surface striée, par sa belle couleur rouge, par + son extrême dureté et par le poli brillant dont il est susceptible. + Les anciens croyaient que sa substance était molle dans l’eau, et ne + prenait de la consistance qu’au contact de l’air<a id="FNanchor_49" href="#Footnote_49" class="fnanchor">[49]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-148" style="width: 491px;"> + <img src="images/page-148.jpg" alt="" width="491" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-148.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COUPE GROSSIE DE LA TIGE DU CORAIL.<br /> + (D’après les dessins communiqués de M. Lacaze-Duthiers.)</p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_149">149</span></p> + + <p>Les Polypes sont composés, comme ceux de la plupart des Polypiers, + d’une partie sacciforme enfermée dans la loge corticale, et d’une + partie extérieure cylindrique, entourée de huit petits barbillons qui + divergent comme les pétales d’un Œillet. Ces barbillons sont aplatis, + larges, pointus et garnis sur les bords de barbules courtes et creuses. + Quand ils sont épanouis, l’ensemble représente une charmante fleurette + blanchâtre et diaphane, à huit pétales découpés, placés sur un mamelon + rose, renflé parfois en forme d’urne. Le comte Marsigli avait très-bien + vu les Polypes du Corail. «<i>Ce sont des fleurs</i>, dit-il, <i>qui + rentrent dans leurs tubules dès que la plante est retirée de l’eau. Ces + fleurs adoptent en mourant une teinte jaune safranée.</i>»</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-149" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-149.jpg" alt="" width="152" height="218" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-149.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">UN POLYPE DU CORAIL ROUGE.</p> + </div> + </div> + + <p>Le Corail est donc, comme on l’a dit avec justesse, animal (ou animaux) + en dehors et rocher en dedans.</p> + + <p>M. Lacaze-Duthiers a étudié tout récemment la reproduction du Corail. + Il est arrivé à des résultats extrêmement intéressants. Suivant ce + savant zoologiste, les individus de la colonie sont tantôt mâles, + tantôt femelles, tantôt hermaphrodites. Ordinairement les Polypes d’un + sexe l’emportent en nombre, dans une même branche, sur ceux d’un autre + sexe. Ainsi, tel rameau présente presque exclusivement <span class="pagenum" id="Page_150">150</span> des mâles, + et tel autre des femelles. Quant aux hermaphrodites, ils semblent les + moins nombreux.</p> + + <p>On trouve dans le règne végétal des plantes dites <i>polygames</i>, + qui offrent dans la distribution de leurs fleurs mâles, femelles ou + hermaphrodites, un arrangement analogue: l’<i>Épinard d’Espagne</i> + est dans ce cas. Qui aurait pu soupçonner un rapport physiologique + quelconque entre le Corail et l’Épinard?</p> + + <p>Les œufs du Corail ont des pédicules longs et grêles; ils font saillie + à l’extérieur des lames minces qui se trouvent dans le sac digestif. + Ils sont sphériques, opaques et d’un blanc de lait. Ils se détachent + par la rupture de leur support, et tombent dans la cavité générale, + cavité qui sert tout à la fois d’estomac et de poche incubatrice, dans + l’intérieur de laquelle deux matières bien différentes peuvent, à côté + l’une de l’autre, la première se dissoudre et servir à l’entretien + de l’animal, la seconde se développer et produire un être nouveau! + (Lacaze-Duthiers.)</p> + + <p>Les œufs s’allongent et se revêtent de cils vibratiles. Dès qu’ils + sont pondus (ou, pour mieux dire, vomis), ils se creusent d’une cavité + qui s’ouvre au dehors par un pore destiné à devenir la bouche. Alors + ils prennent la forme d’un petit ver blanchâtre et demi-transparent; + ces larves nagent en tous sens avec une assez grande agilité, en se + détournant quand elles se rencontrent. Elles montent et descendent + dans les vases qui les contiennent, portant toujours en avant leur + grosse extrémité ou leur base, tandis que leur bouche est en arrière. + De là vient, lorsqu’elles trouvent des obstacles, qu’elles buttent + contre eux. Elles ont une tendance à s’accoler, puis à adhérer, et cela + d’autant plus, que leur genre de progression favorise leur contact en + les poussant contre les objets. Ainsi, ce sont les mouvements mêmes qui + semblent destinés à faire cesser cette période de liberté, en facilitant + l’adhérence de la partie du corps qui répondra plus tard à la base du + Polype. (Lacaze-Duthiers.)</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-IX" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-150bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-150bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_151">151</span></p> + + <p>Arrive bientôt le moment où les larves vont se fixer. L’animal + abandonne sa forme de ver; il s’étale, pour ainsi dire, et perd + en hauteur ce qu’il gagne en largeur: il se raccourcit et devient + comme discoïde. L’extrémité la plus effilée, celle qui porte la + bouche, rentre dans le tissu, et, en s’enfonçant au milieu du disque, + elle s’entoure d’un bourrelet circulaire (Lacaze-Duthiers). Sur ce + bourrelet, naissent les rudiments des huit tentacules, qui se couvrent + bientôt de festons latéraux.</p> + + <p>Ce premier Polype fixé devient le fondateur d’une grande colonie + arborisée. Des gemmes ou bourgeons se forment sur ses axes, et + produisent, en se développant, tout un petit peuple de Coraux<a id="FNanchor_50" href="#Footnote_50" class="fnanchor">[50]</a>.</p> + + <p>Chez les animaux adhérents, les larves sont mobiles. C’est une loi + générale! Les jeunes Polypes, au sortir de l’œuf, diffèrent presque en + tout de leurs parents. Ils doivent subir des métamorphoses pour arriver + à l’état parfait, mais des métamorphoses inverses, à certains égards, + de celles des Insectes. Chez ces derniers, la chrysalide, qui est + immobile, se change en Papillon qui vole. Chez les Coraux, la larve, + qui nage, se transforme en Polype qui adhère!... Il n’y a peut-être pas + dans la Nature une loi qui, renversée, ne devienne une autre loi.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On a distingué des vrais Coraux les <i>Mélites</i> et les <i>Isis</i>, + dont les ramifications sont articulées, et dont les Polypes <span class="pagenum" id="Page_152">152</span> + possèdent six tentacules au lieu de huit; ces tentacules sont entiers + et non frangés.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-152" style="width: 426px;"> + <img src="images/page-152.jpg" alt="" width="426" height="422" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-152.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COUPE GROSSIE DE LA TIGE D’ISIS.<br /> + (D’après une préparation de M. Poteau.)</p> + </div> + </div> + + <p>Dans le premier genre, les axes sont noueux d’espace en espace, et + recouverts d’un encroûtement adhérent et persistant; dans le second, + ils sont étranglés et revêtus d’un encroûtement libre et caduc.</p> + + <p>Le tissu des Mélites est pierreux et homogène, celui des Isis est + composé de deux substances distinctes; leurs étranglements sont cornés + et noirâtres, leurs articulations sont calcaires et striées.</p> + + <p>On emploie souvent, dans le commerce, la tige des Isis pour du Corail + blanc; la structure des deux espèces de tiges est si différente, qu’il + suffit d’une loupe pour les distinguer. Les deux figures ci-dessus + montrent la grossièreté de la fraude.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_153">153</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-153" style="width: 422px;"> + <img src="images/page-153.jpg" alt="" width="422" height="415" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-153.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COUPE GROSSIE DE LA TIGE DU CORAIL ROUGE.<br /> + (D’après une préparation de M. Poteau.)</p> + </div> + </div> + + <p>Chaque Corail, vrai ou faux, est un atelier distinct de petits + travailleurs, habiles, toujours nombreux, toujours actifs; atelier + merveilleux où se fabriquent à la fois la matière première, corne ou + marbre, qui lui est indispensable, et les ouvrages élégants, tiges ou + branches, qui lui sont particuliers.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>D’après ce que l’on vient de voir sur la nature des Coraux, on peut + en conclure que ces Polypiers ressemblent plus à des plantes qu’à des + animaux. C’est à cause de cela qu’on les a souvent désignés sous le nom + de <i>Zoophytes</i>, c’est-à-dire <i>animaux-plantes</i>, dénomination + appliquée plus tard, par extension, à un grand nombre d’Invertébrés + marins.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_154">154</span></p> + + <p>Cette structure remarquable établit entre les deux règnes organiques + les rapports les plus curieux. Nous trouvons dans ces animaux, comme + dans les végétaux, une tige, des branches et des rameaux recouverts + d’une véritable écorce. Leurs axes sont cornés ou calcaires; dans les + végétaux, ils sont herbacés ou ligneux. Des deux côtés, le tissu est + plus ou moins solide, strié, cannelé, tordu et composé de couches + concentriques. De plus, l’écorce animale est spongieuse et plus ou + moins tendre, comme l’écorce végétale.</p> + + <p>Les gemmes représentent les bourgeons; les Polypes représentent les + fleurs. Les barbillons s’étalent en rosettes comme des pétales; ils + forment une corolle animée qui s’épanouit et se ferme alternativement.</p> + + <p>Dans le Polypier, de même que dans le végétal, les individus + élémentaires sont aux extrémités des axes ou sur les côtés, ou bien + tout à la fois terminaux et latéraux.</p> + + <p>Enfin, une dernière ressemblance se rencontre dans leur reproduction. + Le Corail et le végétal donnent des individus isolés, œufs ou graines, + qui se détachent de la collection, se développent et produisent une + colonie dont les membres demeurent adhérents, et par suite d’autres + Coraux et d’autres végétaux, c’est-à-dire d’autres êtres collectifs. + C’est la synthèse qui engendre l’analyse, et l’analyse qui reconstitue + la synthèse!</p> + + <p>Tout en <i>s’arborisant</i>, le Polype <i>se minéralise</i>. Ne + dirait-on pas que le règne animal, le règne par excellence, abandonne + sa suprématie, et cherche à se confondre avec les autres règnes?</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>On fait la pêche du Corail principalement à l’entrée de la mer + Adriatique, aux environs de Bone et de la Calle, et <span class="pagenum" id="Page_155">155</span> dans le + détroit de Bonifacio. Cette pêche donne naissance à une industrie + considérable, qu’il serait important d’encourager et de régulariser.</p> + + <p>Sur les côtes de la Sicile, la pêche est extrêmement simple. Trois ou + quatre pêcheurs, placés sur une barque, plongent dans la mer une sorte + de croix de bois horizontale, à branches égales, portant à chaque + extrémité un filet de forme conoïde, tissé avec de l’étoupe. Au centre + de l’appareil est ajustée en dessous une grosse pierre, qui l’entraîne + rapidement au fond de l’eau. La croix est attachée à une corde; on + la descend à une profondeur de 60 à 100 mètres. Un pêcheur élève et + abaisse alternativement cet appareil; en même temps les autres rament + lentement, de manière à balayer la surface d’un certain nombre de + rochers. Les mailles lâches des quatre filets promenés sur les Coraux + accrochent leurs branches, les cassent, ou arrachent les Polypiers + tout entiers. Quand on suppose que la prise est suffisante, on retire + l’appareil; on détache la récolte, et on la dépose dans le bateau.</p> + + <p>A la place de l’instrument que nous venons de décrire, on emploie + quelquefois un autre engin, composé d’un cercle de fer de 50 + centimètres de diamètre, qui forme l’ouverture d’une petite poche + destinée à recevoir les branches qu’on brise. A droite et à gauche sont + suspendus deux filets. Le cercle est situé à l’extrémité d’une grande + poutre, quelquefois plus longue que la barque. Cette poutre est portée + par deux cordes, et, tout près du cercle de fer, on a fixé une pierre. + On introduit cet instrument dans des cavités où le premier n’a pas pu + pénétrer.</p> + + <p>Dans d’autres localités, on se sert de bâtons garnis d’étoupes, que + l’on traîne au fond de la mer avec un boulet. Derrière se trouve un + filet à larges mailles, où tombe le Corail à mesure qu’il est détaché.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_156">156</span></p> + + <p>Le Corail ainsi obtenu est toujours mêlé à d’autres Polypiers, à divers + animaux, et même à des plantes marines.</p> + + <p>Anciennement, on pêchait ce Zoophyte avec de grandes cloches dans + lesquelles un homme était placé. Par ce moyen, on obtenait le Corail + pur et non brisé.</p> + + <p>En 1857, M. Focillon a fait ressortir la possibilité d’employer le + <i>bateau plongeur</i> de MM. Lamiral et Payerne pour la récolte du + Corail, et les avantages qu’offrirait l’application de cet appareil.</p> + + <p>Dans certains pays, les pêcheurs plongent à des profondeurs plus ou + moins considérables, et récoltent le Corail à la main.</p> + + <p>Malgré les efforts du gouvernement français, et malgré les bénéfices de + l’industrie coraillère, nos pêcheries dans le détroit de Bonifacio et + sur le littoral africain ne sont guère fréquentées que par des marins + étrangers.</p> + + <p>En 1852, les corailleurs qui exploitèrent le détroit de Bonifacio + étaient tous des Italiens. Le produit de la campagne ne donna qu’une + quarantaine de mille francs.</p> + + <p>En 1853, sur 211 bateaux pêcheurs qui se rendirent sur les côtes + d’Afrique, il n’y en avait que 19 français; la plupart étaient + napolitains. La même chose a lieu presque tous les ans.</p> + + <p>D’après les documents publiés par le ministère de la guerre, les côtes + de Bone et de la Calle ont fourni, en 1853, 35 800 kilogrammes de + Corail, lesquels, vendus en majeure partie aux fabricants de Naples, à + raison de 60 francs le kilogramme, ont représenté une valeur brute de 2 + 148 000 francs. Beaucoup de bateaux, la plupart napolitains, dont les + frais ne dépassaient pas au maximum 8000 francs, ont emporté 4 à 500 + kilogrammes de Corail, et ont eu par conséquent un bénéfice de 16 à 22 + 000 francs.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_157">157</span></p> + + <p>Sur la côte ouest, la pêche a été exploitée, la même année, par des + corailleurs espagnols, qui avaient pris leurs patentes dans les ports + de Mers-el-Kébir, Tenez et Arzew. Chaque embarcation a recueilli en + moyenne de 350 à 400 kilogrammes de Corail.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les anciens regardaient le Corail comme une matière d’un grand prix, et + lui attribuaient des vertus merveilleuses. Les Gaulois en décoraient + leurs casques, leurs boucliers et leurs autres instruments de guerre. + Les Romains en portaient des fragments ou des grains comme amulettes et + comme ornements agréables aux dieux. Ils en fabriquaient des colliers + pour préserver leurs nouveau-nés des maladies contagieuses. Dans + beaucoup de circonstances, ils croyaient les préparations de Corail + excellentes pour conjurer les malheurs.</p> + + <p>Il n’y a pas longtemps que les médecins français considéraient le + Corail comme une des ressources de la thérapeutique. Lémery le croyait + propre à <i>réjouir le cœur</i>. Ce qui n’est pas aussi certain que sa + vertu pour nettoyer les dents, bien que cette dernière se réduise à une + simple action physique.</p> + + <p>Le Corail est plus estimé aujourd’hui comme ornement que comme remède. + On fabrique des bijoux recherchés non-seulement en Europe, mais aussi + en Afrique et en Asie, surtout au Japon.</p> + + <p>Le Corail des côtes de France, mieux choisi peut-être que celui des + autres pays, passe pour avoir la couleur la plus vive et la plus + éclatante. Celui d’Italie rivalise en <span class="pagenum" id="Page_158">158</span> beauté avec le nôtre; celui + de Barbarie est le plus gros et le moins brillant.</p> + + <p>Dans le commerce, on distingue cinq variétés de Corail, auxquelles + on donne des noms assez bizarres: 1<sup>o</sup> l’<i>écume de sang</i>, 2<sup>o</sup> la + <i>fleur de sang</i>, 3<sup>o</sup> le <i>premier sang</i>, 4<sup>o</sup> le <i>second + sang</i>, 5<sup>o</sup> le <i>troisième sang</i>.</p> + + <p>Le Corail <i>rose</i> est très-rare et très-cher. Le Corail travaillé + par les Napolitains donne des bijoux quelquefois un peu grossiers. + Celui de Marseille, façonné par d’habiles artistes, produit des + résultats supérieurs. On a vu, à l’exposition de 1830, des ornements + dont la taille, le poli et le bon goût étaient à l’abri de toute + critique. On y remarquait particulièrement un jeu d’échecs, + représentant l’armée des Sarrasins et celle des croisés, qui valait 10 + 000 francs.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_159">159</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_11" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XI<br /> + <span class="h2line2">LA PLUME DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph2"> + <p class="noindent marginleft4">Quantes fois, lorsque sur les ondes<br /> + Ce nouveau miracle flottoit.....</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Malherbe.)</span></p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La contemplation des animaux qui habitent dans un milieu différent du + nôtre, et qui cependant accomplissent sans gêne les diverses phases + de la vie avec des mœurs particulières, avec leurs joies et leurs + souffrances, n’est-elle pas faite pour nous plonger dans une sorte de + ravissement!</p> + + <p>Tous les Zoophytes marins, sans exception, peuvent être le sujet de + nos études et de notre enthousiasme. Mais parmi ces animaux, un des + plus merveilleux est bien certainement la <i>Plume de mer</i> ou + <i>Pennatule</i>.</p> + + <p>Ce Polypier habite loin des rivages, il aime la haute mer; aussi + n’est-il pas adhérent, mais libre. Son organisation complexe ressemble + grossièrement à une plume.</p> + + <p>Cette agglomération animale offre un axe ou partie commune, et des + espèces de barbes sur lesquelles sont établis des Polypes.</p> + + <p>L’axe est composé de deux parties, une antérieure, qui <span class="pagenum" id="Page_160">160</span> porte + les barbes, et une postérieure, qui est nue. La première est plus ou + moins étroite et déprimée; la seconde ressemble à un cœur allongé. + Son extrémité est obtuse et percée d’un trou aveugle, que certains + naturalistes ont pris mal à propos pour une bouche.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-160" style="width: 211px;"> + <img src="images/page-160.jpg" alt="" width="211" height="346" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-160.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PLUME DE MER ÉPINEUSE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pennatula spinosa</i> Deshayes).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans l’intérieur de l’axe, au milieu d’un tissu charnu et contractile, + se trouve une baguette dure, aplatie, grisâtre, de nature calcaire. + Cette baguette offre en dessus et en dessous deux rainures, une à + droite et l’autre à gauche. Elle est enfermée dans une membrane + très-mince.</p> + + <p>On observe encore, dans l’épaisseur de la Plume, trois cavités, dont + une moyenne et supérieure et deux latérales. La cavité moyenne, qui + est assez grande, diminue vers l’extrémité antérieure, où l’on voit un + véritable orifice. Des deux côtés de cette même cavité se trouvent des + brides formant des loges celluleuses qui semblent communiquer avec les + barbes.</p> + + <p>A certains moments, l’agrégation aspire de l’eau et se gonfle, puis + elle rejette le liquide et s’amoindrit.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_161">161</span></p> + + <p>Les barbes sont plus grandes au milieu de la tige qu’à l’extrémité. + Leur ensemble forme des espèces d’ailerons aux deux côtés de + l’axe. Leur bord postérieur est subdivisé en lames qui présentent + inférieurement de petites aiguilles calcaires, dures, blanches et + cassantes. Ces lames soutiennent les Polypes.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-161" style="width: 350px;"> + <img src="images/page-161.jpg" alt="" width="132" height="194" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-161.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POLYPES DE LA PLUME DE MER ÉPINEUSE.</p> + </div> + </div> + + <p>Ceux-ci sont rapprochés et alignés, implantés obliquement et répartis + avec inégalité. Ils ont la forme d’une bourse divisée en deux portions: + une de ces dernières offre la bouche bordée de huit tentacules; l’autre + comprend les organes de la digestion et les sacs des œufs.</p> + + <p>En définitive, ces Polypes, comme la plupart des animaux inférieurs, + ressemblent toujours plus ou moins à des fleurs vivantes, mais à des + fleurs vivantes qui frémissent d’une sensibilité encore bien incomplète + et qui jouissent d’une volonté encore bien limitée!</p> + + <p>Les Plumes de mer sont épineuses. On en connaît une d’un + rouge-cannelle<a id="FNanchor_51" href="#Footnote_51" class="fnanchor">[51]</a>, et une autre d’un gris sale<a id="FNanchor_52" href="#Footnote_52" class="fnanchor">[52]</a>. Le soir, la + première devient phosphorescente, et balance mollement ses lueurs à la + surface de la mer.</p> + + <p>Ces Polypiers peuvent contracter la partie postérieure et renflée de + leur axe, de même que leurs ailerons. Ces derniers <span class="pagenum" id="Page_162">162</span> semblent leur + servir de nageoires ou de rames. Mais les Pennatules ne réussissent + qu’à produire des mouvements très-imparfaits. Les eaux les poussent + dans un sens ou dans un autre, et les courants ne tardent pas à les + entraîner. Flottant sans volonté, du moins apparente, au gré des vagues + et des vents, elles vont partout, et partout elles rencontrent ce qu’il + faut pour leur nourriture, ce qui convient à leur bien-être et ce qui + est nécessaire à leur reproduction!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-162a" style="width: 287px;"> + <img src="images/page-162a.jpg" alt="" width="287" height="167" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-162a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-162b" style="width: 338px;"> + <img src="images/page-162b.jpg" alt="" width="338" height="160" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-162b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>D’après les observations récentes de M. Lacaze-Duthiers, ces Polypes + des Pennatules sont tous mâles ou tous femelles, exclusivement; + de manière que chaque communauté ne présente qu’un seul sexe. On + sait qu’il existe des végétaux organisés d’une manière analogue, + c’est-à-dire à fleurs mâles et à fleurs femelles séparées sur des pieds + différents (dioïques): par exemple, les Pistachiers, les Dattiers, les + Épinards.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_163">163</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>L’<i>Ombellulaire</i>, qu’on ne rencontre que sur les côtes du + Groenland, et les <i>Virgulaires</i> de Lamarck, sont des Pennatulides.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-163" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-163.jpg" alt="" width="508" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-163.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 2em">OMBELLULAIRE DU GROENLAND</span> <span style="margin-left: 3em">VIRGULAIRE ADMIRABLE</span><br /> + <span style="margin-right: 1em">(<i xml:lang="la" lang="la">Umbellularia groenlandica</i> Lamarck).</span> <span style="margin-left: 4em">(<i xml:lang="la" lang="la">Virgularia mirabilis</i> Lamarck).</span></p> + </div> + </div> + + <p>La <i>Virgulaire admirable</i> est un des plus beaux Polypiers de + l’Océan.</p> + + <p>Deux séries d’ailes en demi-lune, obliquement horizontales, sont + placées avec symétrie autour d’un axe étroit et <span class="pagenum" id="Page_164">164</span> léger, qu’elles + embrassent alternativement. On dirait deux larges rubans enroulés en + sens inverse, de manière à produire deux rampes opposées. Ces ailes + sont un peu onduleuses, découpées et frangées sur le bord libre, et + d’un jaune assez brillant. Les dentelures de leurs franges servent de + logement à de jolis petits Polypes, qui montrent de temps en temps leur + bouche béante et leurs barbillons étalés. Ces Polypes sont blanchâtres + et demi-transparents. Quand ils épanouissent leurs rayons, ils ajoutent + à la marge de chaque aile une bordure d’étoiles argentées.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Chez la plupart des Polypiers, les individus élémentaires, + malgré leur adhérence entre eux, possèdent une activité vitale + propre, et, à certains égards, indépendante. Ils ont des volontés + <i>particulaires</i> qu’il leur serait difficile de réunir, de + confondre en une volonté générale. C’est probablement à cause de cette + difficulté insurmontable, que la Nature a rendu ces corporations + fixées et sédentaires. Elle a empêché leurs Polypes de prendre aucune + détermination collective, et de mouvoir leur ensemble comme un seul + individu.</p> + + <p>Il n’en est pas ainsi chez les Plumes de mer; leur association + constitue un Polypier non adhérent. Ce Polypier se remue, obscurément à + la vérité, mais enfin il se remue. A quoi cela tient-il? A ce que les + parties communes qu’il présente, au lieu d’être cornées ou calcaires, + c’est-à-dire complétement inertes, sont charnues et contractiles, + c’est-à-dire manifestement animées. Par conséquent, les Polypes d’une + Plume de mer sont moins indépendants les uns des autres <span class="pagenum" id="Page_165">165</span> que les + Polypes d’un Corail. Ils ont un organe central irritable, peut-être + même sensible, qui appartient à tous, qui les relie plus intimement les + uns aux autres, et qui donne plus d’unité à leur ensemble. Le Corail + n’a pas de volonté, la Plume de mer en a une.</p> + + <p>Les Polypiers fluviatiles (ou <i>Polypes à panache</i> de Trembley), + véritables miniatures des Polypiers marins, ne sont pas tous fixés. Il + en existe aussi de libres, tels que les <i>Cristatelles</i>. L’Auteur + de la Nature a placé çà et là, dans les bassins et les ruisseaux, + de petites créatures imperceptibles, analogues aux grands Zoophytes + vagabonds que les ondes nourrissent et ballottent dans l’immensité de + l’Océan!...</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_167">167</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_12" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XII<br /> + <span class="h2line2">LES ANÉMONES DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph3"> + <div class="poem" xml:lang="en" lang="en"> + <span class="i10">..... Living flowers,</span><br /> + <span class="i4">Which like a bud comparted,</span><br /> + <span class="i4">Their purple lips contracted;</span><br /> + <span class="i4">And now in open blossoms spread,</span><br /> + <span class="i0">Stretched like green anthers many a seeking head.</span> + </div> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Southey.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Qu’on suppose un Polype bien grand et bien trapu, possédant, au lieu + de six modestes barbillons, un grand nombre de brillants appendices + disposés comme une riche collerette, et l’on aura une <i>Anémone de + mer</i>.</p> + + <p>Le Polype d’eau douce semble l’ébauche de l’Anémone de mer.</p> + + <p>Ce nom d’<i>Anémone</i> est admirablement choisi; car ce Polype + perfectionné ressemble beaucoup plus à une fleur qu’à une bête. On + dirait, en effet, une gracieuse Anémone ou une jolie corolle de Cactus.</p> + + <p>Les poëtes ont regardé ces fleurs vivantes comme les <i>Roses du monde + des Zoophytes</i>.</p> + + <p>On a donné encore à ces charmantes créatures le nom d’<i>Actinies</i> + (Brown), pour indiquer leur conformation radiée ou étoilée.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_168">168</span></p> + + <p>Les Anémones de mer sont des animaux charnus, plus ou moins coriaces, + ordinairement fixés par la <i>base</i>, offrant un corps ou + <i>colonne</i> en forme de bourse, avec un aplatissement terminal ou + <i>disque</i> bordé de <i>tentacules</i>, au centre duquel est percée + la <i>bouche</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-168" style="width: 338px;"> + <img src="images/page-168.jpg" alt="" width="338" height="424" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-168.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ANÉMONES DE MER.</p> + </div> + </div> + + <p>La <i>base</i> des Anémones est, en général, une surface plane, au + moyen de laquelle l’animal adhère aux corps solides sous-marins + (rochers ou plantes). Dans quelques espèces, elle se dilate plus ou + moins, et peut même produire comme deux ailerons demi-circulaires; dans + d’autres, au contraire, elle se rétrécit considérablement, au point de + ne plus pouvoir remplir sa fonction. L’animal n’adhère plus.</p> + + <p>La <i>colonne</i> est raccourcie le plus souvent; mais, dans certains + cas, elle devient cylindrique et allongée comme une tige. Celle-ci est + lisse, verruqueuse ou sillonnée.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-X" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-168bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-168bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"></p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_169">169</span></p> + + <p>Le <i>disque</i> varie en étendue.</p> + + <p>Les <i>tentacules</i> sont des cônes creux disposés circulairement sur + un ou plusieurs rangs horizontaux et concentriques. Ils sont très-longs + ou très-courts, filiformes ou pétaloïdes, renflés ou aplatis, souvent + pointus, quelquefois ciliés ou frangés, d’autres fois ramifiés. Il y + en a qui ressemblent à de gros Vers cylindriques, demi-transparents et + demi-laiteux.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-169" style="width: 520px;"> + <img src="images/page-169.jpg" alt="" width="520" height="357" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-169.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 8em">ANÉMONE DE COUCH</span> <span style="margin-left: 0em">ANÉMONE ŒILLET       </span><br /> + <span style="margin-right: -4em">(<i xml:lang="la" lang="la">Aiptasia Couchii</i> Gosse).</span> <span style="margin-left: 10em">(<i xml:lang="la" lang="la">Actinoloba dianthus</i> Blainville).</span></p> + </div> + </div> + + <p>Charles Bonnet a compté dans une espèce cent cinquante tentacules, + alignés sur trois rangs. De ces jolis appendices s’élançaient de temps + en temps de petits jets d’eau.</p> + + <p>La <i>bouche</i> est presque toujours très-large. Elle présente une + lèvre circulaire généralement épaisse, tantôt déprimée, tantôt élevée + sur une sorte de saillie.</p> + + <p>Linné n’a mentionné que cinq espèces d’Actinies. Rapp en a caractérisé + vingt-trois, et Lamarck vingt-cinq. Aujourd’hui on en connaît plus de + cent.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_170">170</span></p> + + <p>Ces brillants Zoophytes sont blancs, gris, roses, rouges, pourpres, + fauves, jaunes, nankins, orangés, lilas, azurés, verts.....</p> + + <p>Regardez cette charmante espèce à barbillons violets finement + pointillés de blanc, et cette autre à tentacules rouges légèrement + maculés de gris. Examinez celle-ci qui les étale verts, terminés par + une pointe d’un blanc mat, et celle-là qui les agite d’un blanc de + lait, avec une belle écharpe rose!...</p> + + <p>Le corps, le disque et les tentacules n’ont pas toujours la même + couleur; ce qui contribue puissamment à varier la parure de ces + corolles animées. Voici une Anémone à corps fauve et à disque couleur + d’abricot, entouré de tentacules d’un blanc mat. En voilà une seconde + dont le centre est rouge, avec des tentacules gris, et une troisième où + il est vert, avec des tentacules fauves.</p> + + <p>Comme la Nature est féconde et diversifiée dans ses nombreuses + créations! Que de variations et de surprises avec le même thème!</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Anémones de mer se tiennent parmi les rochers, souvent dans des + crevasses ou des fentes. Il y en a qui logent leur corps dans quelque + vieille coquille abandonnée, épanouissant leur collerette autour de son + ouverture.</p> + + <p>Les individus laissés à découvert par les flots rapprochent leurs + tentacules et se dessèchent. Quand la mer revient, ils se gonflent, + s’ouvrent et rayonnent de nouveau.</p> + + <p>Quoique ces animaux soient très-adhérents, ils peuvent cependant se + mouvoir, mais ils le font avec lenteur, par des contractions et des + relâchements successifs. Quand ils changent <span class="pagenum" id="Page_171">171</span> de place, ils étendent + par une action imperceptible un des bords de leur base, et retirent le + bord opposé. Ils se traînent quelquefois à l’aide de leurs tentacules, + qui leur servent alors comme de pieds.</p> + + <p>Le professeur Forbes avait une Actinie qui se promenait sur les parois + d’un bocal, adhérant alternativement par sa base et par son disque, à + la manière des Sangsues (Rymer Jones). Il y a donc, dans la Nature, des + <i>fleurs qui se promènent!</i></p> + + <p>A l’approche de l’hiver, les Anémones de nos côtes détachent leur + bourse, se laissent emporter par les flots, et vont chercher une + température plus douce dans des eaux plus profondes. L’instinct de ces + délicieuses bêtes, si différentes des animaux terrestres, est plus + assuré, dans ses inspirations, que ne le sont souvent, dans leurs + conséquences, les <i>raisonnements</i> suivis des Vertébrés supérieurs. + La connaissance de l’instinct chez les animaux est bien certainement + une des plus grandes et des plus nobles parties de l’histoire + naturelle. Cette partie devrait être étudiée beaucoup plus qu’on ne le + fait habituellement.</p> + + <p>Lorsqu’une vive lumière éclaire une Anémone, elle épanouit ses + tentacules comme un capitule de Pâquerette qui étale ses demi-fleurons. + Ces organes s’allongent et se raccourcissent, vont et viennent, se + balancent et se tordent autour de sa bouche dilatée. Touchez l’animal + avec le bout d’une baguette, ou bien agitez l’eau qui l’environne, et + soudain tout se rapproche, se ferme, se contracte et s’amoindrit.</p> + + <p>Pendant que l’Anémone étale sa brillante collerette, si un petit ver, + un jeune crustacé, un poisson nouvellement éclos, viennent s’y heurter + étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l’animal vorace pousse + l’imprudente victime vers sa gueule béante, et la précipite dans + sa <span class="pagenum" id="Page_172">172</span> bourse, c’est-à-dire dans son estomac... <i xml:lang="la" lang="la">et consummatum + est!</i> La vie des Anémones est un affût continuel!</p> + + <p>Les tentacules filamenteux de certaines espèces semblent être de + véritables armes offensives. M. Gosse a surpris un de ces filaments + au moment où il s’attachait à un petit poisson. La pauvre bête fit + quelques efforts pour fuir, et ne tarda pas à succomber. M. Hollard a + vu de jeunes Maquereaux se coucher sur le flanc et mourir au simple + contact d’une Actinie.</p> + + <p>Quand on touche ces tentacules, dit M. Rymer Jones, ils occasionnent + une cuisson assez vive. Pendant plus d’une heure, la main demeure + rouge, enflammée et douloureuse. Si l’on mord un de ces organes, et + qu’on applique la langue sur la partie mordue, on éprouve une sensation + brûlante et corrosive.</p> + + <p>La propriété toxique des tentacules réside dans de petits organes + qui s’étendent sur toute leur peau, et consistent en des capsules + innombrables, visibles seulement au microscope, lesquelles contiennent + un gros fil entortillé. Au moindre contact, ces capsules semblent se + crever et lancer leur fil au dehors. Celui-ci s’attache aux corps + étrangers, comme certains fruits épineux (Rymer Jones). Ce fil est + ordinairement entouré d’une ou de plusieurs bandes en spirale, dont + chacune porte une série de petites barbes. L’appareil tout entier sert + à l’émission d’un fluide très-venimeux (Gosse).</p> + + <p>Les Anémones sont voraces et vigoureuses. Rien ne peut échapper à leur + gloutonnerie: tous les animaux qui s’approchent sont saisis, précipités + et dévorés.</p> + + <p>Malgré la puissance de leur bouche, ces estomacs insatiables ne + retiennent pas toujours la proie qu’ils ont avalée. Dans certaines + circonstances, celle-ci réussit à s’échapper; dans d’autres, elle est + adroitement enlevée par quelque <span class="pagenum" id="Page_173">173</span> maraudeur du voisinage, plus rusé + et plus actif que l’Anémone.</p> + + <p>On voit quelquefois, dans les aquariums, des Crevettes, qui ont senti + de loin la proie mangée, se précipiter sur le ravisseur, lui prendre + audacieusement sa nourriture et la dévorer à sa place, au grand + désappointement de celui-ci. Bien plus, lorsque le morceau savoureux a + été complétement englouti, la Crevette, redoublant d’efforts, réussit + à s’en emparer au milieu même de l’estomac. Elle fond en plein sur le + disque étendu de l’Anémone: avec ses petits pieds, elle l’empêche de + rapprocher ses tentacules; elle introduit en même temps ses pinces + dans la cavité digestive, et saisit l’aliment. L’Anémone essaye en + vain de contracter ses barbillons et de fermer sa bouche... Parfois le + conflit devient très-grave entre le Zoophyte sédentaire et le Crustacé + vagabond... Quand le premier est un peu robuste, l’agression est + repoussée, et la Crevette court le risque de former un supplément au + repas de l’Anémone.....</p> + + <p>Pendant leur digestion, les Actinies semblent dormir; elles entrent en + torpeur. Elles tiennent alors leurs tentacules appliqués les uns contre + les autres, formant un dôme pointu au-dessus de leur bouche. Ainsi + resserrées, elles figurent assez bien un bouton de plante radiée, par + exemple celui d’une Marguerite ou d’un Souci.</p> + + <p>La cavité viscérale de ces animaux paraît grande et régulièrement + divisée en loges rayonnantes.</p> + + <p>Il est remarquable que les papiers réactifs plongés dans cet organe, + soit chez l’animal à jeun, soit pendant sa digestion, ne donnent aucun + signe, ni d’acidité, ni d’alcalinité. (Hollard.)</p> + + <p>Comme les Polypes d’eau douce, les Anémones prennent souvent une + quantité de nourriture hors de proportion avec leur cavité stomacale. + En moins d’une heure elles peuvent <span class="pagenum" id="Page_174">174</span> vider la coquille d’une Moule + ou réduire un Crabe à ses parties dures, qu’elles ne tardent pas à + rejeter, en renversant leur poche digestive. (Hollard.)</p> + + <p>Le docteur Johnson rapporte qu’il trouva une <i>Anémone + crassicorne</i><a id="FNanchor_53" href="#Footnote_53" class="fnanchor">[53]</a> qui avait avalé une valve de Pèlerine géante, + laquelle était entrée en travers et divisait l’estomac en deux + compartiments, l’un supérieur et l’autre inférieur. Ce dernier ne + communiquait plus avec la bouche; le corps, fortement distendu, était + devenu d’une minceur extrême. Une nouvelle bouche, pourvue de deux + rangées de tentacules, s’était formée du côté de la base et desservait + l’estomac inférieur. L’animal mangeait ainsi par en haut et par en + bas!... Un accident qui aurait été funeste à un animal vertébré avait + <i>doublé les jouissances de l’Anémone crassicorne!</i>...</p> + + <p>Les Actinies supportent des jeûnes prolongés. Cela devait être chez + des organismes adhérents, qui sont forcés d’attendre patiemment + la nourriture, et par conséquent exposés à ce qu’elle n’arrive + pas toujours à point nommé. Quand nos bêtes ne mangent pas, leur + corps diminue graduellement de volume; il s’atrophie, et peut se + réduire au dixième de sa masse. Mais quand l’abondance revient, + il <i>regrossit</i> avec rapidité, et reprend bientôt son premier + embonpoint. On assure qu’une Anémone peut vivre deux ans, même trois, + sans nourriture.</p> + + <p>Quand on irrite l’<i>Anémone rousse</i><a id="FNanchor_54" href="#Footnote_54" class="fnanchor">[54]</a>, elle lance avec force + l’eau contenue dans sa bourse stomacale. Cette singulière habitude, + bien connue des pêcheurs provençaux, lui a fait donner le sobriquet peu + honnête de <i>pissuso</i>.</p> + + <p>Les Anémones ont les sens très-obtus. Elles ne paraissent <span class="pagenum" id="Page_175">175</span> pas + se douter du voisinage de leurs proies; elles ne les sentent pas à + la plus faible distance; elles ne font rien non plus pour éloigner + d’elles un danger. Chose étrange! si l’eau qui les baigne s’évapore, + elles n’ont jamais l’<i>idée</i> de s’approcher d’une flaque voisine, + quand bien même leurs tentacules pourraient y atteindre sans changer + de place (Rymer Jones). Cependant on a vu plus haut que dans certaines + circonstances, conseillées par leur instinct, elles savent à propos se + détacher de leur rocher et se laisser emporter par le flot.</p> + + <p>L’abbé Dicquemare croit avoir reconnu qu’elles sentent les moindres + variations atmosphériques. Est-il vrai qu’elles montent et descendent + dans les bocaux, suivant le vent qui domine? (Hollard.)</p> + + <p>Les Actinies vivent longtemps en domesticité. Une Anémone rousse a été + conservée chez sir John Dalyell l’espace de vingt ans; elle devait + avoir au moins dix ans lorsqu’elle fut prise dans la mer. Une autre + est restée chez le même observateur treize ou quatorze ans. Ces deux + patriarches étaient pleins de vigueur à l’époque où l’on a parlé de + leur longévité, et semblaient devoir vivre encore de longues années.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>A certaines époques, on remarque, dans les tentacules des Anémones, + des germes et des embryons; les premiers en repos, les autres en + mouvement. Le meilleur moyen pour étudier ces corps, c’est de couper + les tentacules avec un instrument tranchant.</p> + + <p>Sir J. Dalyell, ayant opéré vers la fin d’octobre sur une Anémone + rousse, il tomba de la blessure deux corpuscules. Le premier resta + immobile; mais le second déploya une <span class="pagenum" id="Page_176">176</span> sorte de double mouvement + rotatoire, tournant sur lui-même avec beaucoup d’activité. L’un était + un œuf, et l’autre une larve.</p> + + <p>Ces animaux portent donc leurs œufs et leurs petits, non pas sur leurs + bras, mais <i>dans leurs bras!</i></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-176" style=" width:600px;"> + <img src="images/page-176.jpg" alt="" width="600" height="529" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-176.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">NAISSANCE D’ANÉMONES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Actinia equina</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Généralement, les larves passent des tentacules dans la cavité + stomacale, et sont ensuite rejetées par la bouche, en même temps que le + résidu de l’alimentation. Voilà une bouche qui cumule, en dehors de ses + fonctions habituelles, deux emplois bien singuliers!</p> + + <p>Les <i>Anémones pâquerettes</i><a id="FNanchor_55" href="#Footnote_55" class="fnanchor">[55]</a> du Jardin zoologique de Paris ont + vomi plusieurs fois de jolis petits embryons, lesquels se <span class="pagenum" id="Page_177">177</span> sont + éparpillés et fixés dans divers endroits de l’aquarium, et ont produit + des miniatures d’Anémones exactement semblables à leur mère.</p> + + <p>Une Actinie qui avait pris un repas trop copieux, rendit, au bout de + vingt-quatre heures, une portion de ses aliments, au milieu de laquelle + se trouvèrent trente-huit jeunes individus (Dalyell). C’était un + accouchement dans une indigestion!</p> + + <p>Les animaux des classes inférieures ont en général, comme fondement + de leur organisation, <i>un sac avec une seule ouverture</i>. Cette + ouverture remplit (ainsi qu’on l’a vu) des usages très-divers; elle + reçoit et rejette, elle avale et vomit. Le <i>vomissement</i>, devenu + nécessaire, habituel, normal, ne doit plus être douloureux... Peut-être + même s’exécute-t-il avec quelque plaisir; car ce n’est plus une + maladie, c’est une fonction, et même une fonction multiple. Chez les + Anémones, il expulse l’excrément et pond les œufs; chez d’autres, il + sert encore à la respiration. Nos animaux-fleurs jouissent donc d’un + vomissement perfectionné et régularisé.</p> + + <p>Chez quelques espèces, les petits se forment et naissent à la base de + la bourse, en dehors. Par exemple, dans l’<i>Anémone déchirée</i><a id="FNanchor_56" href="#Footnote_56" class="fnanchor">[56]</a>, + la partie inférieure du corps devient rugueuse, surtout pendant les + mois d’août et de septembre. On aperçoit bientôt, aux bords de cette + base, des espèces de bourgeons ou gemmes, lesquels se transforment en + embryons, et se séparent de la mère pour constituer autant de nouvelles + Actinies. (Dalyell.)</p> + + <p>M. Rymer Jones a vu une Anémone déchirée donner vingt petites larves + dans un mois, et soixante et dix dans une année.</p> + + <p>Parlons maintenant d’un autre mode reproducteur, <span class="pagenum" id="Page_178">178</span> bien plus + extraordinaire. Une <i>Anémone œillet</i><a id="FNanchor_57" href="#Footnote_57" class="fnanchor">[57]</a>, de l’aquarium de M. J. + Hogg, adhérait si fortement à la paroi du réservoir, qu’au lieu de se + détacher sous l’influence d’efforts très-violents, elle se déchira + inférieurement, et laissa contre le verre six petits fragments du bord + extérieur de sa base. Ces morceaux, solidement collés, ne servirent, + pendant plusieurs jours, qu’à indiquer l’endroit où l’Anémone avait + vécu. Au bout d’une semaine, M. Hogg, essayant de les enlever avec + une baguette, découvrit, à sa grande surprise, que lesdits fragments + se contractaient lorsqu’ils étaient touchés. Peu de jours après, il + distingua une rangée de tentacules poussant sur la partie supérieure de + chacun d’eux. Bientôt il y eut autant d’Anémones parfaitement formées + qu’il y avait de petits morceaux!...</p> + + <p>De son côté, la mère s’était guérie de sa perte de substance, et se + trouvait aussi complète, aussi bien portante qu’avant la déchirure. + (Rymer Jones.)</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Anémones jouissent, comme les Polypes d’eau douce, de l’admirable + faculté de reproduire les morceaux qu’on leur enlève. Si on leur ampute + les tentacules, ces organes repoussent avec rapidité, et l’on peut + répéter l’expérience, pour ainsi dire, à l’infini.....</p> + + <p>Si l’on coupe la bête transversalement par le milieu, la moitié + inférieure du corps produit une couronne de tentacules et se complète. + Quant à la moitié supérieure, elle continue à saisir des proies et à + les engloutir comme par le <span class="pagenum" id="Page_179">179</span> passé, sans faire attention que la + nourriture sort immédiatement par l’ouverture inférieure. Mais bientôt + l’Anémone se ravise, et apprend à retenir son repas; et voici ce qui + arrive. Tantôt cette seconde ouverture se resserre, se ferme, et il + s’organise une nouvelle base; tantôt il naît des tentacules à son + pourtour, et il se forme une seconde bouche, opposée à la première; en + sorte que l’animal saisit des proies et les avale par en haut et par + en bas. Plus tard, il s’opère un étranglement vers le milieu du corps, + d’abord faible, et graduellement plus fort. Il en résulte deux Anémones + attachées base à base ou dos à dos: <i>Ritta-Christina</i>-Anémone! + A cet étranglement succède une rupture, et l’on a des animaux + parfaitement indépendants. Ritta et Christina se sont émancipées.</p> + + <p>Si l’on divise un de ces Zoophytes dans le sens vertical, de manière à + partager sa bourse en deux parties égales, en peu de jours les bords se + soudent dans chaque demi-bête, et l’on obtient deux Anémones complètes, + mais un peu plus étroites que dans l’état habituel.</p> + + <p>Trembley a rendu célèbres les Polypes d’eau douce; l’abbé Dicquemare + a illustré les Anémones. Il a fait de nombreuses expériences sur ces + curieux animaux, plus remarquables encore par leur ténacité à la vie + que par la vivacité de leurs couleurs. Il les a mutilés de toutes les + manières; il a toujours vu les fragments isolés supporter vaillamment + les douleurs de la vivisection, et sortir tout à fait triomphants de + cette rude épreuve.</p> + + <p>«On m’accusera peut-être de cruauté, dit cet excellent homme; mais je + crois que, vu le résultat de mes expériences, ces animaux auraient + plutôt lieu de <i>se féliciter</i> d’en avoir été l’objet. Car, + non-seulement j’augmentais la durée de leur vie, mais encore je les + <i>rajeunissais</i>.»</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_180">180</span></p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Anémones sont bonnes à manger.</p> + + <p>En Provence, on recherche la <i>rousse</i> et l’<i>Anthée</i>. Du temps + de Rondelet, la <i>crassicorne</i> se vendait à Bordeaux à un bon prix. + L’abbé Dicquemare regarde cette dernière comme la meilleure pour la + table. Lorsqu’elle a bouilli dans l’eau de mer, elle devient ferme et + très-appétissante: elle a l’odeur de l’Écrevisse. Le même auteur assure + que l’<i>Œillet</i> est aussi très-estimé. Plancus a conseillé de + l’apprêter à la manière des Huîtres.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Les <i>Lucernaires</i>, très-voisines des Anémones, en diffèrent par un + tissu plus mou et par leur partie supérieure dilatée comme un parasol + renversé. Leur corps est porté par un pédicule. Leurs tentacules sont + réunis en faisceaux; ils entourent quatre espèces de cornes qui partent + de la cavité digestive, et contiennent une matière grenue de couleur + rouge.</p> + + <p>Elles s’attachent aux Varecs et aux autres corps marins.</p> + + <p>La <i>Campanule</i> est probablement la plus jolie espèce du genre. + Son nom de fleur lui convient à merveille. Figurez-vous une corolle + en forme de cloche, haute d’environ 25 millimètres, d’un brun foncé + uniforme, attachée par un pédicule mince et court. Sa gorge est fermée + par une lame transversale un peu concave, au milieu de laquelle + s’ouvre une petite bouche carrée, placée sur un mamelon. Les bords de + la corolle sont régulièrement découpés en huit <span class="pagenum" id="Page_181">181</span> lobes, portant + chacun un bouquet de tentacules microscopiques terminés par un bouton + glandulaire d’un rose vif. Quand on regarde cette charmante bestiole + de côté, les huit touffes de tentacules ressemblent aux étamines + polyadelphes de certaines Myrtacées (<i>Métaleuques</i>).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-181" style="width: 400px;"> + <img src="images/page-181.jpg" alt="" width="184" height="290" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-181.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">DEUX LUCERNAIRES CAMPANULES SUR UNE ALGUE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Lucernaria octoradiata</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Nous aurions bien des choses à dire encore sur les Anémones et sur + les animaux qui leur ressemblent, et cependant, malgré la belle + monographie de M. P. H. Gosse, ces Zoophytes sont encore très-mal + connus. «L’histoire naturelle est un vaste pays dont nous connaissons à + peine les frontières, et cependant nous voulons en dresser la carte!» + (Ch. Bonnet.) L’Homme est toujours pressé, il ne sait pas attendre. + Ératosthène et Hipparque ont rédigé la géographie du globe avant + Christophe Colomb et Vasco de Gama.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_183">183</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_13" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XIII<br /> + <span class="h2line2">LES MÉDUSES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Le Polypier fit la Méduse; la Méduse fait le Polypier.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Michelet.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-183" style="width: 357px;"> + <img src="images/page-183.jpg" alt="" width="357" height="401" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-183.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MÉDUSE CROISÉE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Rhizostoma cruciata</i> Lesson).</p> + </div> + </div> + + <p>Voyez ces cloches demi-transparentes qui flottent gracieusement dans + la mer! Ce sont des <i>Méduses</i>, organisations extraordinaires qui + constituent une grande classe d’animaux fragiles et vagabonds, désignés + par Cuvier <span class="pagenum" id="Page_184">184</span> sous le nom d’<i>Acalèphes</i>. Nous dirons plus loin + pourquoi ce nom.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-184" style="width: 322px;"> + <img src="images/page-184.jpg" alt="" width="322" height="475" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-184.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MÉDUSE DE GAUDICHAUD<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Chrysaora Gaudichaudii</i> Lesson).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Méduses ressemblent à des calottes, à des ombrelles, ou mieux + peut-être à des Champignons élégants et délicats, dont le pédicule + serait remplacé par un corps également central, mais profondément + divisé en lobes divergents. Ces lobes sont sinueux, tordus, crispés, + frangés..... Au premier abord, on serait tenté de les prendre pour des + espèces de racines.</p> + + <p>Les bords de l’ombrelle sont entiers ou denticulés, quelquefois + découpés, souvent ciliés, ou bien pourvus de longs appendices + filiformes qui descendent verticalement dans l’eau.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_185">185</span></p> + + <p>Tantôt l’animal est incolore et d’une limpidité presque égale à celle + du cristal; tantôt il paraît légèrement opalin, d’un bleu tendre ou + d’un rose affaibli. D’autres fois il présente les teintes les plus + vives et les reflets les plus brillants.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-185" style="width: 332px;"> + <img src="images/page-185.jpg" alt="" width="332" height="475" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-185.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MÉDUSE AUX BEAUX CHEVEUX<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Cyanæa euplocamia</i> Lesson).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans certaines espèces, les parties centrales seulement sont colorées; + elles se montrent rouges ou jaunes, bleues ou violettes. Le reste est + sans couleur.</p> + + <p>Dans d’autres, la masse centrale semble vêtue d’un voile extrêmement + mince, diaphane et irisé, semblable à la lame légère et fugace d’une + bulle de savon, ou bien à la cloche transparente qui recouvre un + bouquet de fleurs artificielles.</p> + + <p>Les Acalèphes sont des animaux sans consistance, pénétrés <span class="pagenum" id="Page_186">186</span> de + beaucoup d’eau. On a de la peine à comprendre comment leur trame + délicate peut résister à l’agitation des flots et à la force des + courants. La vague les balance sans les meurtrir; la tempête les + disperse sans les tuer. Quand on retire de la mer ces favoris de la + Nature et qu’on les jette sur la plage, leur substance se dissout; + l’animal se décompose, il se réduit à presque rien. Si le soleil est + bien ardent, cette désorganisation s’opère en un clin d’œil.</p> + + <p>Les vagues, en se retirant, déposent souvent sur la grève des amas de + pauvres Méduses, qui s’y fondent comme des glaçons.</p> + + <p>On dit que certaines espèces très-grandes, du poids de 5 à 6 + kilogrammes, ne contiennent que 10 à 12 grammes de matière solide.</p> + + <p>M. Telfair vit, en 1819, sur le rivage de Bombay, une Méduse énorme + abandonnée; elle pesait plusieurs tonneaux. Trois jours après, + l’animal commençait à se putréfier. M. Telfair fit surveiller cette + décomposition par les pêcheurs du voisinage, afin de recueillir les os + ou les <i>cartilages</i> de cette grosse bête, si par hasard elle en + avait. Mais elle se pourrit tout entière et ne laissa aucun reste. Il + fallut pourtant neuf mois pour qu’elle disparût complétement.</p> + + <p>Les Acalèphes de nos côtes sont loin d’avoir une taille aussi + monstrueuse; beaucoup peuvent passer pour de petits animaux. Un des + plus délicats est la <i>Turris négligée</i><a id="FNanchor_58" href="#Footnote_58" class="fnanchor">[58]</a>, qu’on a décrite comme + une clochette de verre rouge ornée de quatre raies transversales et de + quatre appendices blancs disposés en croix. Aux bords de la clochette + règne une frange neigeuse du plus joli effet.</p> + + <p>Les Acalèphes sont quelquefois réunis en nombre considérable. <span class="pagenum" id="Page_187">187</span> Les + barques qui traversent l’étang de Thau rencontrent, à certaines époques + de l’année, des colonies nombreuses d’une espèce de la taille d’un + petit melon, presque transparente, blanchâtre comme de l’eau troublée + par un nuage d’anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour + une collection flottante de bonnets grecs de mousseline.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-187" style="width: 480px;"> + <img src="images/page-187.jpg" alt="" width="480" height="518" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-187.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LIZZIA DE KÖLLIKER (TRÈS-GROSSIE)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Lizzia Kœllikeri</i> Gegenbauer).</p> + </div> + </div> + + <p>La <i>Lizzia de Kölliker</i> est si petite, qu’on la distingue à peine + dans la transparence de l’eau.</p> + + <p>Sur les côtes du Groenland, on remarque souvent de grands espaces + colorés en brun foncé par la jolie <i>Méduse brune</i> tachetée. Un + centimètre cube d’eau en contient, <span class="pagenum" id="Page_188">188</span> dit-on, plus de 3000, et un + de leurs bancs, qui présente une étendue insignifiante par rapport + à l’Océan, se compose au moins de 1600 milliards de ces animalcules + (Schleiden). Quelle source de réflexions philosophiques et de poétiques + rêveries!</p> + + <p>Les Méduses étant flottantes et légères, les courants et les autres + mouvements de la mer les entraînent souvent à de très-grandes distances + de leur pays natal. Les myriades d’individus que mangent les Baleines + sont transportés des côtes du Mexique jusqu’aux îles Hébrides, l’une + des principales stations de ces énormes Cétacés.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Pendant longtemps, les Acalèphes ont été négligés par les naturalistes, + qui les prenaient, comme l’avait fait Réaumur, pour des <i>masses de + gelée</i> ou pour une <i>eau gélatinée</i>. On ignorait que c’étaient + de véritables animaux. Constant Duméril eut l’idée d’injecter leurs + cavités avec du lait. Il vit ce liquide se distribuer dans des canaux + nombreux, d’une grande régularité. On découvrit bientôt les organes de + la digestion et ceux de la circulation..... M. Ehrenberg montra, dans + une espèce d’<i>Aurélie</i>, une complication des plus inattendues. + Enfin, la science réussit à pénétrer tout à fait dans les mystères de + leur structure intérieure.....</p> + + <p>Quoi qu’il en soit de ces études de plus en plus merveilleuses, les + gélatines vivantes dont il s’agit sont toujours des ébauches de la vie, + et, comme on l’a dit très-justement, elles fondent et refondent des + millions de fois avant que la Nature élabore avec leur substance une + portion quelconque d’un animal solidement constitué!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_189">189</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Méduses se nourrissent de petits animaux marins, principalement + de Vers et de Mollusques. Leur bouche est placée au milieu de leur + pédicule; quelques-unes possèdent plusieurs bouches.</p> + + <p>Ces singulières bêtes sont très-gloutonnes et avalent leur proie + sans la mâcher, voire même sans la diviser. Quand celle-ci résiste, + l’Acalèphe tient bon, jusqu’à ce que la malheureuse victime soit + épuisée de fatigue. On a vu une Méduse ne pas lâcher un animal qu’elle + avait saisi par la tête, quoique celui-ci, par ses efforts énergiques, + lui eût <i>complétement tourné l’estomac à l’envers</i>.</p> + + <p>Des Méduses emprisonnées dans un vase avec des Crustacés ou des + Poissons de petite taille les dévorent fréquemment. Et cependant + ces derniers, plus compliqués en organisation, sont doués d’une + intelligence plus que suffisante pour apercevoir le danger. + Apparemment, dit M. Forbes, les Méduses trouvent des jouissances + <i>toutes démocratiques</i> dans la destruction des animaux des + <i>classes élevées!</i> O rivalité des castes et des conditions! Il y a + donc partout de la démocratie et de l’aristocratie!</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Le corps des Méduses se dilate et se contracte alternativement. Ce + double mouvement est un des principaux éléments de leur progression. + Il avait été observé par les anciens, et comparé par eux à ceux de la + poitrine humaine pendant la respiration. C’est pourquoi ils appelaient + nos animaux, <i>Poumons de mer</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_190">190</span></p> + + <p>Quand les Méduses voyagent, leur partie convexe est toujours en avant, + de manière que la petite calotte devient un peu oblique. Si, pendant + qu’elles naviguent, on les touche, même légèrement, elles replient + leurs tentacules, contractent leur ombrelle, et s’enfoncent dans la mer.</p> + + <p>Une étude attentive des parties marginales des Acalèphes a fait + découvrir, chez un certain nombre, des organes visuels et auditifs. + M. Kölliker avait constaté l’existence des premiers dans une + <i>Océanie</i>. M. Gegenbauer les a retrouvés dans plusieurs autres + genres (<i>Rhizostomes</i>, <i>Pélagies</i>); il a reconnu en même + temps la présence des seconds. Les yeux consistent en de petites masses + hémisphériques, celluleuses, colorées, dans lesquelles sont enfoncés + à moitié de petits cristallins globuleux, dont la partie libre est + parfaitement à nu.</p> + + <p>Les appareils auditifs se trouvent accolés à ces organes; ce sont de + petites vésicules remplies de liquide. Il existe donc des yeux sans + paupières et sans cornée, et des oreilles sans ouverture et sans + pavillon!...</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Mais c’est la reproduction de ces êtres fugitifs, parfaitement étudiée + de nos jours, qui a présenté de merveilleux phénomènes.</p> + + <p>A une époque de l’année, les Méduses sont chargées d’œufs ornés des + couleurs les plus vives, suspendus en larges festons à leurs corps + flottants. Ces œufs sont très-petits.</p> + + <p>Dans certaines espèces, ils se développent greffés au corps de la + Méduse, et ne se détachent qu’après leur complet développement.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_191">191</span></p> + + <p>Dans d’autres, les larves qu’ils produisent ne ressemblent nullement à + leur mère. Elles sont allongées, vermiformes, un peu élargies à leur + extrémité: on dirait des Sangsues microscopiques. Elles possèdent des + cils vibratiles à peine perceptibles, qui exécutent des mouvements + assez vifs. Au bout d’un certain temps, elles se transforment en + Polypes pourvus de huit tentacules.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-191" style="width: 484px;"> + <img src="images/page-191.jpg" alt="" width="484" height="549" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-191.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">NAISSANCE DE MÉDUSES<br /> + (D’après un dessin de M. Lacaze-Duthiers).</p> + </div> + </div> + + <p>Cette sorte d’animal préparatoire, créature vraiment surprenante, jouit + de la faculté de se reproduire par des tubercules ou bourgeons, qui + naissent à la surface de son corps, et aussi par des filaments qui en + surgissent çà et là. <span class="pagenum" id="Page_192">192</span> Un seul individu peut devenir ainsi la source + d’une nombreuse colonie.</p> + + <p>Ce Polype subit une transformation des plus remarquables. Sa structure + se complique; son corps s’articule, et paraît composé d’une douzaine de + disques empilés les uns sur les autres, comme les rondelles d’une pile + de Volta.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-192" style="width: 332px;"> + <img src="images/page-192.jpg" alt="" width="332" height="194" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-192.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LARVES DE MÉDUSES.</p> + </div> + </div> + + <p>Le disque supérieur est bombé; il se sépare de la colonne après + des efforts convulsifs: il devient libre. Il en résulte une Méduse + excessivement petite, assez semblable à une étoile<a id="FNanchor_59" href="#Footnote_59" class="fnanchor">[59]</a>.</p> + + <p>Tous les disques, c’est-à-dire tous les individus, s’isolent les uns + après les autres et de la même manière.</p> + + <p>Ainsi, des Zoophytes sexués se propagent suivant les lois ordinaires; + mais ils engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas, et + qui sont neutres, c’est-à-dire non sexués (<i>agames</i>). Ceux-ci + produisent, par bourgeonnement et par fissiparité, des individus + semblables à eux. Ils peuvent donner aussi des individus sexués; + mais, avant l’apparition de ceux-ci, l’animal, qui était simple, se + transforme en animal composé, et c’est de la désagrégation des éléments + de ce dernier que naissent des individus pourvus de sexe, c’est-à-dire + les animaux les plus complets.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XI" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-192bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-192bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"></p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_193">193</span></p> + + <p>Ces deux modes de propagation si différents (la <i>sexuelle</i> et + la <i>non sexuelle</i>) se succèdent d’une manière régulière. Ils + constituent ainsi une combinaison qui a reçu le nom de <i>génération + alternante</i>, génération dans laquelle, ainsi que nous venons de le + dire, les enfants ne ressemblent jamais à leur mère, mais bien à leur + grand’mère.</p> + + <p>On appelle <i>nourrices</i> (dénomination assez mal choisie) les + individus neutres qui produisent les individus sexués.</p> + + <p>Ces transformations successives qui ont lieu dans le même animal + paraissent, au premier abord, bien extraordinaires. Cependant il + se passe autour de nous, et chaque jour, des phénomènes analogues + auxquels nous n’accordons qu’une assez mince attention, probablement + parce qu’ils sont très-communs et que nous y sommes très-habitués. Par + exemple, les Papillons les plus brillants et les plus vagabonds pondent + des œufs immobiles, arrondis et sans aucune espèce d’élégance. Ces + œufs produisent des chenilles destinées à ramper avec peine, vêtues le + plus souvent avec simplicité. Ces chenilles, à leur tour, se changent + en chrysalides condamnées à un repos léthargique, ovoïdes, couleur de + corne, et ressemblant à des momies. Enfin, celles-ci se transforment + en riches, légers et pétulants Papillons. Supposons ces insectes + excessivement rares et cachés dans les profondeurs de l’Océan, n’est-il + pas vrai qu’il aurait fallu beaucoup de temps pour reconnaître que + l’œuf, la chenille, la chrysalide et le Papillon ne sont qu’un même + animal? Si cet insecte avait une organisation moins compliquée, il est + probable que sa chenille ou sa chrysalide (et peut-être même son œuf!) + pourraient se reproduire gemmiparement ou fissiparement, c’est-à-dire + par bourgeons et par scissions, et nous aurions des phénomènes + exactement semblables à ceux qui se présentent dans l’évolution d’une + Méduse.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_194">194</span></p> + + <p>Tous les médecins savent aujourd’hui que les <i>Ténias</i>, vers + parasites rubanés et articulés, ont des larves (<i>Cysticerques</i>) + très-différentes de l’état parfait, qui possèdent la faculté de + produire d’autres larves. Chose étonnante! ces curieux animaux sont + simples à une époque de leur vie, composés à une seconde époque, et + redeviennent simples à une troisième.</p> + + <p>Nous ne saurions trop le répéter, tout change et rechange dans la + Nature. Dieu seul ne change pas!</p> + + <p>Ce qui est digne de remarque chez les Papillons, c’est cette alternance + de vitalité exaltée et de vitalité latente, de mouvement et de repos, + qu’on observe dans la succession de leurs métamorphoses. L’œuf est + immobile, la chenille rampe, la chrysalide dort, et le Papillon + s’élance dans les airs. Chaque temps d’évolution est précédé par un + temps d’arrêt. C’est là une des grandes lois de la physiologie. Voyez + le modeste Ver à soie: toutes les fois qu’il se dispose à changer de + vêtement, il demeure quelque temps dans une sorte de torpeur. Il se + prépare, par un simulacre de la mort, aux mouvements d’une nouvelle vie.</p> + + <p>«La tendance aux métamorphoses, dans le règne animal, considérée + dans son ensemble, devient de plus en plus prononcée, à mesure qu’on + s’éloigne davantage des types les plus élevés de l’organisation.» + (Quatrefages.)</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Quelques Méduses donnent naissance, quand on les touche, à une + sensation brûlante qui rappelle celle des Orties. De là les noms + d’<i>Orties de mer</i> et d’<i>Acalèphes</i> sous lesquels on a désigné + ces animaux.</p> + + <p>Une des plus redoutables, parmi ces espèces remarquables, <span class="pagenum" id="Page_195">195</span> c’est la + <i>Méduse chevelue</i><a id="FNanchor_60" href="#Footnote_60" class="fnanchor">[60]</a>, la terreur des baigneurs et des baigneuses. + L’animal représente une jolie ombrelle brune, découpée et festonnée, + avec un gros pédicule et des bras nombreux, longs et rubanés, qui + forment après elle une chevelure flottante, d’autant plus dangereuse + qu’elle est presque diaphane. Quand on s’embarrasse imprudemment au + milieu de ces filaments empoisonnés, on sent bientôt des douleurs + aiguës insupportables. La Méduse, en fuyant, abandonne souvent ses + cheveux, qui se détachent. Ces derniers, quoique isolés, agissent + toujours, comme si l’animal était présent et comme s’il voulait se + venger de leur séparation.</p> + + <p>Les organes <i>urticants</i> des Méduses sont des coques très-petites + disséminées dans leur peau, sur laquelle elles forment des saillies + plus ou moins tuberculeuses. On les observe surtout à l’extrémité ou le + long des tentacules. Ces coques sont dures, diaphanes et doublées d’une + membrane mince et flexible. Au fond de leur cavité se trouve un fil + long et ténu, enroulé sur lui-même pendant le repos. Ce fil peut sortir + de la bourse, et l’on voit alors à sa base une ou plusieurs pointes + aiguës en forme de dards. Ces poignards microscopiques, probablement + creusés d’un petit canal, sont portés par une glande qui sécrète une + sorte de venin. C’est avec ces petits appareils que les Méduses, dont + le tissu est si faible, si délicat, et l’intelligence si obtuse, si + bornée, peuvent se défendre et même attaquer. La sensation brûlante + qu’elles déterminent, quand on a l’imprudence de les toucher, est + si forte, qu’elle peut produire l’effet d’un vésicatoire, et donner + naissance à une affection qui dure quelques jours.</p> + + <p>La <i>Méduse d’Aldrovande</i><a id="FNanchor_61" href="#Footnote_61" class="fnanchor">[61]</a>, qui vit dans la Méditerranée, <span class="pagenum" id="Page_196">196</span> + et la <i>Méduse de Cuvier</i><a id="FNanchor_62" href="#Footnote_62" class="fnanchor">[62]</a>, qui se trouve dans la Manche, + sécrètent une bave qui offre des propriétés assez irritantes. On assure + qu’une seule goutte suffit pour déterminer une inflammation de la + conjonctive et même des paupières. Cette bave fait naître sur la main + de très-petites élevures, accompagnées d’une vive démangeaison.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>C’est dans la classe des Acalèphes que les naturalistes ont placé les + <i>Béroés</i> et les <i>Vélelles</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-196" style="width: 200px;"> + <img src="images/page-196.jpg" alt="" width="152" height="308" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-196.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BÉROÉ<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Beroe pileus</i> Gmelin).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Béroés ont un corps ovoïde ou globuleux, garni de côtes plus + ou moins saillantes ornées de dentelles et hérissées de filaments. + Ces côtes forment quelquefois des sortes d’ailes. Certains Béroés + ressemblent à de petits barils sans fond; leurs couleurs sont + éclatantes: on dirait des émaux vivants.</p> + + <p>L’espèce des côtes de l’Irlande, appelée <i>pomiforme</i><a id="FNanchor_63" href="#Footnote_63" class="fnanchor">[63]</a>, est une + petite sphère du plus pur cristal, nuancée des couleurs <span class="pagenum" id="Page_197">197</span> de l’iris. + Quand elle mange, on distingue sa proie à travers son tissu. Ses côtes + sont frangées; on y remarque des cils diaphanes très-mobiles, à l’aide + desquels le délicieux ballon glisse et avance dans les eaux, comme + un petit météore. Les mouvements des cils ont lieu avec alternance, + c’est-à-dire que ceux d’une rangée s’agitent avec vivacité pendant + que ceux de la rangée voisine se reposent, et que ces derniers, à + leur tour, se mettent en mouvement quand les premiers sont en repos. + Ce Béroé semble capricieux dans ses évolutions: quelquefois il monte + à la surface de la mer, lentement, comme une bulle qui s’élève, et + redescend avec la même lenteur; d’autres fois il opère une ascension + d’une excessive rapidité et une descente comme la chute d’une pierre. + D’autres fois encore, sans s’élever ni descendre, il pirouette sur son + axe vertical, et décrit une suite de cercles transversaux, comme un + gracieux valseur. (Rymer Jones.)</p> + + <p>Cette jolie espèce possède deux tentacules six fois plus longs que + son corps, très-fins, très-délicats, composés d’un axe capillaire + flexueux, donnant des branches latérales courtes et arborisées. Ces + tentacules descendent en divergeant de la partie inférieure du corps; + ils sont très-onduleux et ressemblent à des fils d’Araignée. On assure + que leur surface est couverte de vésicules microscopiques étroites + et piquantes, qui servent probablement à étourdir ou à tuer la proie + (Strethill Wright). L’organe le plus faible a toujours quelque moyen + de perfection; il peut même devenir, comme on voit, un instrument + très-dangereux.</p> + + <p>On connaît un Béroé phosphorescent<a id="FNanchor_64" href="#Footnote_64" class="fnanchor">[64]</a>. Quand il tourbillonne, il + produit l’effet d’un petit corps lumineux en forme <span class="pagenum" id="Page_198">198</span> de colonne + torse, qui change constamment de place en tournant sur lui-même.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-198" style="width: 549px;"> + <img src="images/page-198.jpg" alt="" width="549" height="343" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-198.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VÉLELLE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Velella limbosa</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Vélelles</i> ont un cartilage intérieur, ovale et transparent, + qui soutient la substance gélatineuse de leur corps. Celui-ci est une + ombrelle d’un bleu foncé, garnie en dessous de nombreux suçoirs. Une + crête verticale, en forme de voile, est implantée sur son cartilage et + croise obliquement son dos.</p> + + <p>Les Vélelles flottent souvent en grand nombre à la surface des vagues, + maintenues à fleur d’eau par l’air qui les leste et poussées par le + zéphyr qui frappe sur leur voile.</p> + + <p class="souschapitre">VIII</p> + + <p>On a nommé <i>Hydrostatiques</i> ou <i>Hydroméduses</i>, les animaux de + la même classe, essentiellement nageurs, qui possèdent une ou plusieurs + vessies ordinairement remplies d’air, ou bien des cloches natatoires de + forme variée. Ces élégants <span class="pagenum" id="Page_199">199</span> animaux flottent souvent sur les ondes, + au milieu des plus grandes agitations de la mer, comme de faibles + nacelles surprises par la tempête; mais ils sont insubmersibles, et, + quoi qu’il arrive, ils restent toujours à la surface.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-199" style="width: 455px;"> + <img src="images/page-199.jpg" alt="" width="455" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-199.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HYDROMÉDUSE<br /> + (<i>Vogtia</i>).</p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_200">200</span></p> + + <p>Ces autres Acalèphes présentent généralement des tentacules grêles ou + <i>fils pêcheurs</i>, plus ou moins longs, souvent nombreux et de la + plus grande délicatesse.</p> + + <p>Leurs vessies ou leurs cloches les soutiennent dans la mer; leurs + tentacules les dirigent dans leur marche, et leurs fils pêcheurs leur + servent à la fois d’organes de défense, d’organes de préhension et + d’organes de succion.</p> + + <p>Les Hydroméduses sont des animaux <i>composés</i>, des sortes + de Polypiers voyageurs. Leurs colonies forment des franges, des + guirlandes, des grappes d’une légèreté remarquable. Ces colonies + peuvent offrir trois sortes d’animalcules élémentaires: des individus + nourriciers stériles, des individus prolifères sans bouche, et des + individus à la fois nourriciers et fertiles. Les premiers ne manquent à + aucun genre; les seconds et les troisièmes n’existent pas toujours. On + rencontre encore, chez les Hydroméduses, des bourgeons reproducteurs, + soit isolés, soit agglomérés. (C. Vogt.)</p> + + <p>Ces curieux animaux présentent, ou bien une grande ampoule qui domine + toute leur organisation, ou bien des cloches natatoires égales ou + inégales, simplement rapprochées ou diversement emboîtées.</p> + + <p>Les organes natatoires sont passifs dans les <i>Physalies</i>.</p> + + <p>Voyez, sur la mer calme, cette grande vessie oblongue, relevée en + dessus d’une crête saillante, oblique et ridée, qui ressemble à + une petite voile de pourpre et d’azur tendue sur une nacelle de + nacre. Ce brillant Zoophyte est désigné par les marins sous les noms + de <i>Vessie de mer</i>, de <i>petite Galère</i>, de <i>Vaisseau + de guerre portugais</i>..... Les savants l’appellent <i>Physalie + pélagique</i><a id="FNanchor_65" href="#Footnote_65" class="fnanchor">[65]</a>. En dessous de la vessie, naissent un grand nombre de + tentacules charnus, <span class="pagenum" id="Page_201">201</span> cylindriques, tordus, rayés, qui descendent + perpendiculairement comme des sondes de soie bleue. Ceux du milieu + portent des groupes de petits filaments; les latéraux se divisent en + deux branches grêles, souvent très-inégales. Ces longs filaments sont + semés de gouttelettes chatoyantes ou de perles étoilées couleur indigo, + qui dessinent des bordures, des zigzags ou des spirales d’une élégance + peu commune.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-201" style="width: 255px;"> + <img src="images/page-201.jpg" alt="" width="255" height="488" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-201.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PHYSALIE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Physalia antarctica</i> Lesson).</p> + </div> + </div> + + <p>«Les Galères, dit Lesson, cheminent parées des plus riches couleurs. La + partie vésiculeuse et la crête, remplies d’air, sont d’un blanc nacré + argentin, auquel s’unissent les teintes les mieux fondues de bleu, de + violet et de pourpre. Un carmin vif colore les <i>bouillonnements</i> + du biseau de la crête, et le bleu d’outremer le plus suave teint les + divers tentacules.»</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_202">202</span></p> + + <p>Gardez-vous de toucher à ce petit vaisseau vivant: une cuisson plus + brûlante que celle de la piqûre des Orties punirait la main téméraire + qui oserait le saisir. Cette sensation est produite par un liquide + corrosif bleu, de consistance légèrement sirupeuse (Lesson). Le mal + dure assez longtemps. Il entraîne quelquefois une tendance syncopale + (Dutertre, Leblond). Mais, en général, il ne s’étend pas au delà de la + main.</p> + + <p>«La Vessie de mer, dit le père Feuillée, m’occasionna, en la touchant, + des douleurs si vives, que j’en eus des convulsions.»</p> + + <p>Le père Dutertre, étant aux Antilles, dans une petite embarcation, vit + un jour une Galère; il essaya de la saisir: «Je ne l’eus pas plutôt prise, + que toutes ses fibres m’engluèrent la main, et à peine en eus-je senti + la fraischeur (car elles sont froides au toucher), qu’il me sembla + avoir plongé mon bras, jusqu’à l’épaule, dans une chaudière d’huile + bouillante, et cela avec de si estranges douleurs, que quelque violence + que je pusse faire pour me contenir, de peur qu’on ne se moquast de + moy, je ne pus m’empescher de crier par plusieurs fois à pleine teste: + Miséricorde, mon Dieu! je brusle! je brusle!...»</p> + + <p>Leblond, dans son <i>Voyage aux Antilles</i>, donne une figure de la + Physalie pélagique, et dit: «Un jour, je me baignais avec quelques amis + dans une grande anse, devant mon habitation. Pendant qu’on pêchait de + la Sardine pour le déjeuner, je m’amusais à plonger à la manière des + Caraïbes, dans la lame près de se déployer... Cette prouesse faillit me + coûter la vie. Une Galère (il y en avait plusieurs d’échouées sur le + sable) se fixa sur mon épaule gauche, au moment où la mer me rapportait + à terre; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses filaments + restèrent collés à ma peau, jusqu’au bras. Bientôt je sentis à + l’aisselle une douleur si <span class="pagenum" id="Page_203">203</span> vive, que, près de m’évanouir, je saisis + un flacon d’huile qui était là, et j’en avalai la moitié pendant qu’on + me frottait avec l’autre; mais la douleur s’étendant au cœur, j’eus un + évanouissement. Revenu à moi, je me sentis assez bien pour retourner à + la maison, où deux heures de repos me rétablirent, à la cuisson près, + qui se dissipa dans la nuit.»</p> + + <p>Meyen, pendant le premier voyage de la <i>Princesse-Louise</i> autour + du monde, remarqua une magnifique Physalie qui passait près du navire. + Un jeune matelot, hardi et courageux, sauta nu dans la mer pour + s’emparer de l’animal, nagea vers lui et le saisit. Celui-ci entoura + son ravisseur avec ses nombreux filaments (ils avaient près d’un + mètre de longueur); le jeune homme, épouvanté et sentant une douleur + brûlante, cria au secours... Il eut à peine la force d’atteindre + le vaisseau et de se faire hisser à bord; mais la douleur et + l’inflammation furent si violentes, qu’une fièvre cérébrale se déclara, + et l’on fut très-inquiet sur sa santé.</p> + + <p>Les organes natatoires sont actifs dans les <i>Diphyes</i> de Cuvier, + les <i>Physophores</i> de Forskäl, les <i>Apolémies</i> de Lesson.</p> + + <p>Chez les Diphyes, deux cloches inégales ou deux individus différents + sont toujours ensemble, mais bien autrement unis que Philémon et + Baucis. Un des individus s’emboîte dans une cavité de l’autre. + L’emboîtant produit une sorte de chapelet qui traverse un demi-canal de + l’emboîté!</p> + + <p>Ces animaux sont gélatineux, pyramidaux, ovoïdes, quelquefois en forme + de Campanule ou de sabot. On peut les séparer sans mutilation, et les + conserver vivants. Mais quand un individu est isolé, on reconnaît sans + peine qu’il s’ennuie, qu’il souffre, qu’il dépérit..... Il lui manque + quelque chose!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-204" style="width: 557px;"> + <img src="images/page-204.jpg" alt="" width="557" height="396" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-204.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">DIPHYE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Diphyes Bory</i> Guoy et Gaimard).</p> + </div> + </div> + + <p>Quelques auteurs regardent chaque paire d’individus <span class="pagenum" id="Page_204">204</span> comme un mâle + et une femelle, comme deux époux étroitement unis. Singulière destinée + qu’une vie d’embrassements continus, sans trêve ni repos! L’amour n’est + qu’un épisode dans la vie des trois quarts des animaux; c’est la vie + entière dans les Diphyes.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XII" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-204bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-204bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Si l’on fait naître entre les deux cloches d’une Diphye un long + filament capillaire, plus ou moins transparent, avec de nombreuses + branches unilatérales parallèles, descendant verticalement dans l’eau + et portant de petits corps piriformes colorés, on aura la <i>Galéolaire + orangée</i><a id="FNanchor_66" href="#Footnote_66" class="fnanchor">[66]</a>, merveilleuse colonie hydrostatique découverte par M. + Vogt aux environs de Nice. Ici les deux cloches n’ont pas de sexe; on + les considère comme des vessies natatoires communes <span class="pagenum" id="Page_205">205</span> aux individus, et + destinées à les soutenir dans l’eau. Ceux-ci sont les corps piriformes + dont nous venons de parler. Il y en a de mâles et de femelles, les + premiers orangés, et les seconds jaunâtres; ils ne vivent pas ensemble, + ils forment <span class="pagenum" id="Page_206">206</span> des + associations unisexuées. Il est probable que plusieurs Diphyes sont + des animaux mutilés, c’est-à-dire privés de leurs filaments, et par + conséquent incomplets.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-205" style="width: 423px;"> + <img src="images/page-205.jpg" alt="" width="423" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-205.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PHYSOPHORE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Physophora hydrostatica</i> Forskål).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Physophores</i>, ou <i>Porte-vessies</i>, ont des cloches + nombreuses.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-206" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-206.jpg" alt="" width="145" height="261" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-206.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PHYSOPHORE DISTIQUE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Physophora disticha</i> Lesson).</p> + </div> + </div> + + <p>La <i>Physophore distique</i> est une des espèces les plus délicates + et les plus jolies de ce groupe. A l’extrémité supérieure d’un axe + grêle et flexueux s’élève une petite vessie oblongue et transparente, + mamelonnée en dessus. A droite et à gauche de cet axe naissent trois + appendices opposés, d’un jaune de soufre, trilobés, c’est-à-dire + composés d’une sorte de clochette courte, pourvue de chaque côté + d’une ampoule ovoïde. En dessous, l’axe supporte une trentaine de + tentacules composant un bouquet renversé, cylindriques, atténués à leur + naissance et à leur terminaison, par conséquent légèrement fusiformes, + demi-transparents, d’un rose pourpre, plus pâle vers l’extrémité + inférieure, se terminant chacun par un petit suçoir. Ils sont traversés + par un filament capillaire d’un pourpre vif, tordu en zigzag. Cette + association est-elle complète? N’avait-elle pas des filaments + capillaires, comme la Galéolaire dont nous venons de parler?</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_207">207</span></p> + + <p>Dans les <i>Apolémies</i>, les cloches sont encore plus nombreuses.</p> + + <p>La <i>contournée</i><a id="FNanchor_67" href="#Footnote_67" class="fnanchor">[67]</a> réunit la forme la plus gracieuse à + une délicatesse de tissu et une transparence étonnantes (Vogt). + Elle ressemble, en nageant, à un plumet formé de petites floques + très-déliées, d’une couleur rouge ardente. Cette charmante espèce a été + décrite avec une rare exactitude par MM. Milne Edwards et C. Vogt. Ce + dernier savant en a publié une excellente figure que nous reproduisons.</p> + + <p>Les cloches natatoires de cette espèce composent une masse ayant + la forme d’un œuf allongé, coupé par le milieu, au sommet duquel + s’élève une vésicule aérienne très-petite, portée par un col court. + Dans cette masse, on compte une douzaine de séries verticales de + cloches de cristal, emboîtées mutuellement par les bords et attachées + symétriquement à un axe commun, tordu en spirale. Chacune d’elles + présente une tache jaune. L’axe commun est un ruban rose garni dans + toute sa longueur d’aspérités creuses. Les longs filaments capillaires + qui en naissent sont onduleux, transparents et à peine visibles à l’œil + nu; ils portent de petits corps oblongs, suspendus comme des boucles + d’oreilles.</p> + + <p>Les individus nourriciers sont très-petits et remarquables au premier + coup d’œil par la teinte pourpre de leur cavité digestive. Ils sont + fixés sur le tronc commun, à des distances assez égales, et presque + toujours en quinconce, au moyen de pédicules allongés.</p> + + <p>La partie antérieure de l’animalcule est armée de capsules urticantes. + Sur sa partie moyenne existent douze bourrelets longitudinaux (cellules + biliaires) qu’on est tenté de prendre pour des ovules. A la base de la + tige naît le fil <span class="pagenum" id="Page_208">208</span> pêcheur, qui est extrêmement délié et garni d’une + multitude de vrilles urticantes rouges attachées à des fils secondaires + dépendant du fil pêcheur. Les organes urticants sont de deux sortes: de + petits <i>sabres</i> serrés verticalement les uns contre les autres, et + des <i>fèves</i>, un peu plus grandes, posées sur les bords du cordon + rouge. La vrille se termine par un fil incolore tordu en spirale et + couvert de <i>lentilles</i> urticantes. (C. Vogt.)</p> + + <p>Les individus reproducteurs sont placés entre les individus + nourriciers. On les a comparés à des boyaux allongés et dilatables; + ils n’ont pas de bouche et sont toujours disposés par paire sur un + pédoncule bifide. A leur base se voit souvent un fil pêcheur rabougri, + court, hérissé sur toute sa surface de capsules urticantes. (C. Vogt.)</p> + + <p>Quelle complication, quelle variété et quel développement dans ces + petits appareils d’attaque et de défense! Mais aussi les élégantes + Apolémies, si légères et si fragiles, n’ont guère plus de consistance + qu’un amas de bulles de savon.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_209">209</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_14" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XIV<br /> + <span class="h2line2">LES ÉTOILES DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4"><i>Vos etz l’Estèla dé la mar.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">R. Stairem</span>, 1468.)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Que de formes variées dans les populations aquatiques! <i>Nature + se plaît en diversité</i><a id="FNanchor_68" href="#Footnote_68" class="fnanchor">[68]</a>, disait avec raison un ancien roi de + France. Voici des animaux dont la charpente paraît dessinée par quelque + géomètre: on les appelle <i>Étoiles de mer</i> ou <i>Astéries</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-209" style="width: 426px;"> + <img src="images/page-209.jpg" alt="" width="426" height="302" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-209.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ÉTOILES DE MER.</p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_210">210</span></p> + + <p>Leur ressemblance avec la figure bien connue que nous nommons + <i>étoile</i> a frappé depuis longtemps tous les naturalistes et tous + les amateurs. Cependant l’organisation de nos bêtes marines est loin + d’être rigoureusement régulière; car la puissance créatrice, dans la + construction des animaux, emploie bien rarement les lignes parfaitement + droites: elle préfère les cercles ou les arcs, elle ondule!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-210" style="width: 269px;"> + <img src="images/page-210.jpg" alt="" width="269" height="261" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-210.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASTÉRIE VIOLETTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Uraster violaceus</i> Müller).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Étoiles de mer sont des animaux sans vertèbres, le plus souvent + déprimés, pentagonaux, à branches à peu près égales entre elles + et disposées comme des rayons. Ces rayons sont plus ou moins + triangulaires. L’animal en offre habituellement cinq: il a cinq + branches, comme une croix d’honneur.</p> + + <p>Les Étoiles de mer jonchent le sol des forêts sous-marines.</p> + + <p>Les sondages récemment faits par le capitaine Mac Clintock, pour + explorer le trajet du télégraphe nord-atlantique, ont fait découvrir, + à une profondeur de plus de 500 mètres, des Astéries vivantes, qui + appartiennent à des espèces dont on a retrouvé les traces dans les + couches de terrain les plus anciennes, et qui prospèrent, sous cette + <span class="pagenum" id="Page_211">211</span> énorme pression, dans une région presque inaccessible à la lumière + du soleil.</p> + + <p>Il n’existe rien dans les eaux douces qui ressemble aux Astéries. Ce + sont par conséquent des animaux essentiellement marins.</p> + + <p>Certaines espèces sont extrêmement nombreuses, à tel point qu’on en + charge des tombereaux pour les transporter dans les champs et pour en + fumer les terres.</p> + + <p>Edward Forbes a observé, dans les <i>Luidies</i>, une singulière + faculté. L’animal peut se détruire en quelque sorte de lui-même, en + détachant et abandonnant d’abord ses bras, qui se rompent, et en se + divisant ensuite par morceaux. Ne pouvant pas se défendre tout entier, + il se tue en détail. C’est un suicide partiel!</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Étoiles de mer offrent les couleurs les plus variées: il y en a + d’un gris jaunâtre, d’un jaune orangé, d’un rouge grenat, d’un violet + enfumé, d’un roux obscur.....</p> + + <p>Leur corps est soutenu par une enveloppe calcaire composée de pièces + juxtaposées réunies par des fibres tendineuses, et armé de tubercules + et de piquants.</p> + + <p>M. Gaudry a évalué à plus de 11 000 les pièces solides qui se trouvent + dans l’<i>Étoile de mer rougeâtre</i><a id="FNanchor_69" href="#Footnote_69" class="fnanchor">[69]</a>, une des espèces les plus + communes de l’Europe.</p> + + <p>Les Astéries ont la bouche au centre de la surface inférieure. De cette + bouche partent autant de gouttières ou sillons qu’il y a d’appendices + brachiaux. Ces gouttières donnent passage aux organes du mouvement.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_212">212</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-212" style="width: 575px;"> + <img src="images/page-212.jpg" alt="" width="575" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-212.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASTÉRIE VUE EN DESSUS ET EN DESSOUS<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Astropecten spinulosus</i> Müller et Troschel).</p> + </div> + </div> + + <p>Ceux-ci forment une double ou quadruple rangée. Ils consistent en des + cylindres charnus, grêles, tubuleux, terminés, dans le plus grand + nombre, par une petite vésicule globuleuse remplie d’un liquide + aqueux. Ils sont très-extensibles. Quand les pieds sortent, la vessie + contractée pousse l’eau dans le tube, qui se roidit. Quand les pieds + rentrent, leur peau musculaire renvoie leur contenu dans la vessie. + L’Étoile s’accroche aux corps étrangers au moyen <span class="pagenum" id="Page_213">213</span> de ces organes, + et réussit à exécuter les faibles mouvements qui constituent sa + progression.</p> + + <p>Malgré ce prodigieux attirail de jambes, l’animal ne va guère plus vite + que beaucoup d’habitants de l’eau salée qui n’en ont qu’une seule ou + qui n’en possèdent pas.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-213" style="width: 291px;"> + <img src="images/page-213.jpg" alt="" width="291" height="296" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-213.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASTÉRIE ÉQUESTRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Goniaster equestris</i> Gmelin).</p> + </div> + </div> + + <p>Si l’on renverse une Astérie sur le dos, elle reste d’abord immobile, + les pieds enfermés. Bientôt elle fait sortir ces derniers, semblables + à autant de petits Vers; elle les porte en avant et en arrière, comme + pour reconnaître le terrain; elle les incline vers le fond du vase, et + les fixe les uns après les autres. Quand il y en a un nombre suffisant + d’attachés, l’animal se retourne.</p> + + <p>On croit que ces organes jouent en même temps un rôle important dans la + respiration. Par moments, même pendant le repos, ils sont traversés par + des courants intérieurs de corpuscules.</p> + + <p>La bouche des Astéries se rend presque immédiatement dans l’estomac. + Celui-ci forme un grand sac qui envoie un long prolongement dans + l’intérieur de chaque bras. Ces <span class="pagenum" id="Page_214">214</span> prolongements sont des espèces + d’intestins... <i>Des intestins dans des bras!</i></p> + + <p>Ces animaux sont très-voraces: ils engloutissent leur proie vivante + d’un seul morceau. Quand la victime est trop grosse pour la bouche, + l’estomac se porte au-devant d’elle.</p> + + <p>Chez la plupart des animaux, les lèvres sont les pourvoyeuses de la + cavité digestive. Ici cette dernière se passe des lèvres, elle se + pourvoit toute seule!</p> + + <p>Les Étoiles de mer peuvent manger jusqu’à des Huîtres. Est-ce bien + vrai? Leur bouche est étroite et non dilatable, et une Huître est + un morceau assez volumineux! Voici comment procèdent les Astéries, + suivant M. Rymer Jones. Elles saisissent l’Huître entre leurs rayons, + et la maintiennent sous leur bouche au moyen de leurs suçoirs; elles + retournent leur estomac, qui enveloppe de ses replis le malheureux + mollusque, et distille peut-être sur son corps un liquide stupéfiant + (?). Bientôt la pauvre victime écarte les volets de sa coquille, livre + ses organes à merci, et devient la proie du ravisseur étoilé.</p> + + <p>Les Astéries jouent un rôle important dans la police et l’hygiène de + la mer. Elles aiment les viandes mortes de toute nature, et déploient + une activité merveilleuse à rechercher, à dévorer, à faire disparaître + les diverses matières animales corrompues. Cet important travail + de propreté et de salubrité est accompli sur une immense échelle, + silencieusement, tranquillement et continuellement... Gloire à Dieu!</p> + + <p>C’est M. Ehrenberg qui a découvert les yeux des Astéries. Ils sont + placés à l’extrémité inférieure, au bout de chaque bras. (L’œil dans la + main, comme Figaro!) Ce sont des globules d’un rouge vif, entourés d’un + rempart de cils épineux. Pour s’en servir, l’animal est obligé de les + ramener en dessous en relevant son rayon. Du reste, ces <span class="pagenum" id="Page_215">215</span> organes + doivent être bien imparfaits, puisque, malgré les recherches les plus + minutieuses, on n’a pu y trouver un cristallin (Valentin). Cependant + Edward Forbes raconte avec beaucoup d’esprit l’histoire d’une Étoile de + mer de la Méditerranée, la <i>Luidie ciliaire</i><a id="FNanchor_70" href="#Footnote_70" class="fnanchor">[70]</a>, qui, après lui + avoir échappé, en sacrifiant ses bras, ouvrait et fermait sa paupière + épineuse, et <i>le regardait avec un air moqueur!</i></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Le frai des Étoiles de mer passe pour un poison violent.</p> + + <p>Leurs œufs sont en nombre très-considérable. La mère les porte dans une + cavité formée par la courbure du corps et des rayons. Ils sont logés de + manière que l’animal est obligé de fermer sa cavité digestive et de se + passer de nourriture pendant tout le temps de sa gestation. On a vu une + Astérie rester ainsi onze jours sans aliments. Les femelles de presque + tous les animaux mangent double, quand elles sont dans une situation + intéressante!</p> + + <p>Les œufs sont jaunâtres ou rougeâtres; ils produisent des petits + ovoïdes et sans rayons, mais pourvus de cils vibratiles qui leur + donnent l’aspect des Infusoires. Ils nagent avec vivacité.</p> + + <p>Au bout de quelques jours, des appendices bourgeonnent sur la partie + antérieure du corps, et forment comme quatre petits bras, à l’aide + desquels la larve se fixe sur sa mère. Ce ne sont encore que des + membres provisoires. Le corps s’aplatit ensuite graduellement, et se + transforme en un disque d’abord arrondi, sur une des faces duquel, vers + le milieu, surgissent, sous forme de protubérances globulaires, <span class="pagenum" id="Page_216">216</span> + les rudiments des suçoirs. Il y en a dix rangées concentriques. Enfin, + le corps devient pentagonal et plus ou moins semblable à une étoile. + Les rayons sortent des angles, et l’animal est complet.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-216" style="width: 557px;"> + <img src="images/page-216.jpg" alt="" width="557" height="488" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-216.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASTÉRIE EN PLEINE REPRODUCTION DE SES RAYONS<br /> + Dessinée d’après le vivant (Concarneau).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Étoiles de mer jouissent à un haut degré du phénomène vital de la + <i>rédintégration</i>; elles reproduisent avec une facilité étonnante + des parties qui leur ont été enlevées. Les individus qui perdent par + accident un ou plusieurs bras, les remplacent plus tard par des bras + exactement semblables. Ces nouveaux membres en voie de développement + sont d’abord très-petits, d’où il résulte nécessairement une aberration + dans la figure étoilée de l’Astérie.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_217">217</span></p> + + <p>Il existe une espèce de l’océan Indien<a id="FNanchor_71" href="#Footnote_71" class="fnanchor">[71]</a>, qui offre souvent quatre + bras, sur cinq, nouvellement reproduits, et par conséquent plus petits + que le cinquième. L’<i>étoile</i> a pris l’aspect d’une <i>comète</i>.</p> + + <p>Sir John Dalyell recueillit, le 10 juin, un rayon isolé d’une Astérie. + Ce rayon ne donnait aucun signe de reproduction. Mais, le 15, parurent + les rudiments de quatre nouveaux rayons, indiqués par de petites + proéminences. Vers le soir, un de ces rudiments avait grossi du double; + les autres se trouvaient moins avancés. Un orifice, c’est-à-dire une + bouche, commençait à se former au centre du nouveau groupe. Le travail + reproducteur fut alors en pleine activité, et, trois jours plus tard, + l’animal possédait cinq rayons, dont quatre lilliputiens, comparés + au rayon primitif. Au bout d’un mois, ce dernier tomba par morceaux, + laissant l’Étoile nouvelle composée de quatre petites branches + symétriques. Le vieux rayon était remplacé par un jeune animal complet. + (Rymer Jones.)</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Astéries sont tourmentées par des parasites. Il n’est peut-être pas + d’animal, marin ou non marin, qui ne serve de retraite et de nourriture + à un autre animal ou à plusieurs autres animaux. Vivre aux dépens + d’autrui, est une des grandes lois de la physiologie. Généralement, les + parasites appartiennent à un groupe moins élevé en organisation que + la victime qu’ils exploitent. Le contraire arrive rarement. En voici + un exemple: c’est un petit Poisson qui passe sa vie dans la cavité + intestinale d’une Astérie. <span class="pagenum" id="Page_218">218</span> Ce petit poisson s’appelle <i>Oxybate + de Brandes</i><a id="FNanchor_72" href="#Footnote_72" class="fnanchor">[72]</a>; l’Astérie se nomme <i>Culcite discoïde</i><a id="FNanchor_73" href="#Footnote_73" class="fnanchor">[73]</a>. Un + Vertébré vivant dans un Invertébré<a id="FNanchor_74" href="#Footnote_74" class="fnanchor">[74]</a>!</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Certaines Étoiles de mer ont un corps en forme de petit disque plus ou + moins rond, d’où partent des rayons soutenus par une série d’osselets: + ce sont les <i>Ophiures</i>, ainsi appelées à cause de la ressemblance + grossière qui existe entre leurs bras et la queue d’un Serpent. Ces + bras sont allongés, grêles, flexibles, onduleux, quelquefois garnis sur + les côtés d’épines ou de soies.</p> + + <p>Chez plusieurs espèces, dites <i>Astrophytes</i>, ils se bifurquent + vers leur origine, puis se subdivisent en deux ou trois rameaux + qui émettent des ramuscules plus ou moins nombreux, très-fins et + très-contournés. Dans un individu, on a compté 81 920 ramifications.</p> + + <p>Les rayons élégants des Ophiures s’agitent et se tordent suivant les + besoins; ils saisissent les proies qui sont à leur portée, et les + dirigent vers la bouche, placée toujours au-dessous et au centre de + l’Étoile.</p> + + <p>Chez les Astrophytes, l’ensemble des bras forme comme un filet pour + prendre les victimes, et même comme un panier pour les tenir en réserve.</p> + + <p>La cavité viscérale est absolument limitée au centre de la bête, et ne + se prolonge pas dans les bras, comme chez les Astéries.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_219">219</span></p> + + <p>Quand on met une Ophiure dans une eau malpropre, ses rayons tombent + les uns après les autres, morceau par morceau, jusqu’à ce qu’il ne + reste plus que le disque. Figurez-vous une roue réduite à son moyeu. + Cependant l’animal vit encore et mange toujours avec avidité. (Rymer + Jones.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-219" style="width: 475px;"> + <img src="images/page-219.jpg" alt="" width="475" height="450" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-219.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASTROPHYTE VERRUQUEUX<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Astrophyton verrucosum</i> Müller et Troschel).</p> + </div> + </div> + + <p>Vers le commencement d’avril, les bords du disque se gonflent; l’espace + intermédiaire entre les rayons est envahi par le frai. Les œufs sont + ovoïdes et d’un rouge brillant.</p> + + <p>Vers les mois d’août et de septembre, paraissent les petits. Au moment + de leur naissance, ils sont presque microscopiques, transparents et + légèrement verdâtres; ils présentent une forme très-bizarre. On les + a comparés au <i>chevalet d’un peintre</i>. La partie supérieure + du corps semble <span class="pagenum" id="Page_220">220</span> conoïde; la partie inférieure est divisée en + huit prolongements de diverses dimensions, disposés en deux groupes + divergents. Ces prolongements offrent des cils, et sont légèrement + orangés vers leur extrémité. Chacun est soutenu par un petit support + calcaire intérieur. Ces larves singulières ont été décrites sous le nom + de <i xml:lang="la" lang="la">Pluteus paradoxus</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-220" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-220.jpg" alt="" width="270" height="253" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-220.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LARVE GROSSIE D’ÉCHINODERME<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pluteus paradoxus</i> J. Müller).</p> + </div> + </div> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>En terminant ce chapitre, nous devons dire un mot de la <i>Tête de + Méduse</i><a id="FNanchor_75" href="#Footnote_75" class="fnanchor">[75]</a>, l’une des productions les plus extraordinaires de la + mer.</p> + + <p>Cet animal est très-rare. Il a été pêché plusieurs fois, à de grandes + profondeurs, dans la mer des Antilles. On l’a désigné d’abord sous le + nom de <i>Palmier marin</i>.</p> + + <p>Son corps est pédiculé et revêtu d’un test calcaire (<i>calice</i>) + semblable à une fleur. Cette enveloppe a des plaques polygonales et des + rayons élégants.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_221">221</span></p> + + <p>La Tête de Méduse est une Astérie adhérente (nous allions dire une + étoile fixe!), et par conséquent imparfaite.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-221" style="width: 281px;"> + <img src="images/page-221.jpg" alt="" width="281" height="396" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-221.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PENTACRINE D’EUROPE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pentacrinus europæus</i> Thompson).</p> + </div> + </div> + + <p>Elle n’a pas de bouche, et son appareil digestif paraît + très-rudimentaire. Son pédicule est grêle, anguleux et articulé; il + permet à l’animal de se balancer dans tous les sens, et semble jouir + d’une sorte de sensibilité.</p> + + <p>Entre les animaux qui ne changent pas de place et les animaux qui se + meuvent, il faut mettre, comme intermédiaires, les animaux fixés qui se + balancent. Toujours des transitions!</p> + + <p>En 1823, M. Thompson a découvert une seconde espèce de Tête de Méduse, + dans les mers d’Europe.</p> + + <p>La <i>Pentacrine d’Europe</i> est très-petite. Ses rayons sont + profondément divisés en deux parties; l’animal semble en <span class="pagenum" id="Page_222">222</span> avoir + dix. Ils sont ornés de cils tentaculaires disposés avec régularité. Le + pédicule de cette espèce est grêle comme un fil.</p> + + <p>Que d’organisations encore inconnues renfermées dans les profondeurs de + l’Océan!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_223">223</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_15" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XV<br /> + <span class="h2line2">LES OURSINS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p xml:lang="la" lang="la"><i>Atra magis pisces et <span class="smcap">Echinos</span> æquora celent.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Horace.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Astéries ressemblent à des étoiles, les <i>Oursins</i> ressemblent + à des melons. Tous appartiennent pourtant à la même classe: ce sont des + <i>Échinodermes</i>.</p> + + <p>Les Oursins sont vêtus d’une tunique calcaire souvent globuleuse ou + ovoïde, quelquefois déprimée, composée de plaques (<i>assules</i>) + hexagonales ou polygonales soudées intimement entre elles, formant + vingt rangées symétriques distribuées par paires. Les rangées les plus + larges portent des piquants mobiles (<i>baguettes</i>), qui sont à la + fois des organes de protection et des organes de mouvement; les autres + sont percées de pores en séries longitudinales régulières comme les + allées d’un jardin (<i>ambulacres</i>), lesquels donnent issue à des + filaments (<i>tentacules</i>) dont l’animal se sert pour respirer et + pour marcher.</p> + + <p>Dans l’<i>Oursin comestible</i><a id="FNanchor_76" href="#Footnote_76" class="fnanchor">[76]</a>, la coquille est composée d’au + moins 10 000 pièces distinctes, admirablement assemblées <span class="pagenum" id="Page_224">224</span> et si + solidement unies, que l’ensemble paraît former un seul corps.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-224" style="width: 534px;"> + <img src="images/page-224.jpg" alt="" width="534" height="412" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-224.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">OURSIN MAMELONÉ<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Echinus mamillatus</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Les piquants sont souvent très-nombreux; ils recouvrent et protégent + l’enveloppe. De là le nom de <i>Hérissons de mer</i> qu’on a souvent + donné à ces animaux. Les mots <i>Oursin</i>, <i>Echinus</i>, + <i>Échinoderme</i>, indiquent aussi cette armure épineuse. Dans une + espèce, on a compté jusqu’à 2000 piquants; dans l’Oursin comestible, + il y en a au moins 3000. Ces appendices cachent tout à fait la tunique + calcaire qui les porte, comme les perles nombreuses qui couvraient le + fameux habit du duc de Saint-Simon. L’étoffe était de soie, mais <i>on + ne la voyait pas!</i></p> + + <p>Les piquants des Oursins offrent à la base une petite tête lisse, + séparée par un étranglement. La face inférieure de cette tête est + creusée d’une facette concave qui s’articule <span class="pagenum" id="Page_225">225</span> avec un tubercule de + la coque. Chaque piquant est mis en mouvement par un appareil spécial.</p> + + <p>Ces épines présentent une structure poreuse. Elles sont souvent + sillonnées longitudinalement ou formées de lamelles rayonnantes partant + de leur axe, toutes criblées de trous et réunies entre elles par des + prolongements transverses; de telle sorte qu’on ne voit à l’extérieur + que les bords de ces lames revêtus d’une membrane garnie de cils + vibratiles.</p> + + <p>Les dimensions et les formes des piquants sont extrêmement variables. + Des Oursins ont des épines trois ou quatre fois plus longues que le + diamètre de leur enveloppe testacée; tandis que d’autres en ont de + trois ou quatre fois plus courtes. Dans quelques-uns, ces organes sont + réduits à de petites soies couchées sur la coque protectrice.</p> + + <p>Les appendices dont il s’agit paraissent ordinairement subulés et + pointus, ou cylindriques et obtus. Certaines espèces en offrent + d’aplatis, même de tranchants sur les bords.</p> + + <p>Dans les Oursins fossiles, on trouve des piquants tantôt creusés + en entonnoir, tantôt dilatés en olive. On donnait autrefois à ces + derniers, très-communs dans le terrain jurassique, le nom de <i>pierres + judaïques</i>.</p> + + <p>Chez une espèce<a id="FNanchor_77" href="#Footnote_77" class="fnanchor">[77]</a> qui vit à la Nouvelle-Hollande, M. Hupé a trouvé un + Mollusque gastéropode du genre <i>Stylifer</i>, enfermé dans un de ses + piquants, creusé et profondément modifié, quant à sa forme et quant à + sa structure, par la présence de ce petit parasite!</p> + + <p>De tous les tableaux que nous offre la Nature, il en est peu qui aient + plus de charmes que ceux dans lesquels nous voyons les créatures se + donner les unes aux autres abri, <span class="pagenum" id="Page_226">226</span> nourriture et protection..... + volontairement ou involontairement. L’instinct du <i>Stylifer</i> + n’est-il pas merveilleux? La Nature protége un animal en hérissant son + corps d’une armure de poignards. Arrive un autre animal qui <i>se met + en sûreté dans un de ces poignards!</i></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-226" style="width: 450px;"> + <img src="images/page-226.jpg" alt="" width="429" height="377" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-226.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">OURSIN GRIMPANT CONTRE LA PAROI D’UN AQUARIUM.<br /> + (Dessiné d’après le vivant, à Concarneau.)</p> + </div> + </div> + + <p>Quand les piquants sont tombés, les Oursins de nos côtes prennent la + physionomie de petits fruits globuleux ornés de côtes et de tubercules + symétriquement distribués. Leur forme arrondie, et plus encore leur + substance calcaire, leur ont fait donner, dans certaines localités, le + nom d’<i>œufs de mer</i>.</p> + + <p>Les espèces déprimées ou tout à fait aplaties ressemblent beaucoup plus + à des galettes qu’à des œufs.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_227">227</span></p> + + <p>Les filaments tentaculaires des Oursins sont tubuleux, très-extensibles + et terminés par une petite ampoule. Ils peuvent se gonfler et se + roidir; ils dépassent alors la longueur des piquants, et vont se fixer + aux corps étrangers.</p> + + <p>Ces organes sont très-nombreux dans l’Oursin ordinaire, il y en a au + moins 1400, et dans l’Oursin melon environ 4300. (Caillaud.)</p> + + <p>Les Oursins se meuvent avec leurs filaments et leurs épines. Edward + Forbes en a vu <i>grimper</i> sur les parois verticales d’un vase + très-lisse.</p> + + <p>Pour comprendre la manière dont ces animaux se servent de leurs + organes, supposons un individu au repos. Tous ses piquants sont + immobiles et tous ses filaments retirés dans la coque. Quelques-uns de + ces derniers commencent à sortir, ils s’allongent et tâtent le terrain + tout autour; d’autres les suivent. L’animal les fixe solidement. S’il + veut changer de place, les filaments antérieurs se contractent, pendant + que ceux de derrière lâchent prise, et la coquille est portée en avant. + L’Oursin marche ainsi avec aisance, et même avec rapidité. Pendant sa + progression, les suçoirs ne sont que très-faiblement aidés par les + piquants; ceux-ci ne servent que de points d’appui sur lesquels roule + l’animal.</p> + + <p>Les Oursins peuvent voyager sur le dos comme sur le ventre. Quelle que + soit leur posture, il y a toujours un certain nombre de piquants qui + les portent et de suçoirs qui les fixent. Dans certaines circonstances, + l’animal marche en tournant sur lui-même, comme une roue en mouvement.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_228">228</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>La bouche des Oursins est située au-dessous du corps, ordinairement + vers le milieu.</p> + + <p>Autour de cet orifice existent des tentacules charnus, palmés, peu ou + point rétractiles. Ce sont les organes de la préhension alimentaire.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-228" style="width: 380px;"> + <img src="images/page-228.jpg" alt="" width="380" height="339" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-228.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">APPAREIL BUCCAL GROSSI D’UN OURSIN<br /> + (<i>Lanterne d’Aristote</i>).</p> + </div> + </div> + + <p>Le système digestif présente un appareil osseux très-compliqué, de + forme bizarre, connu depuis longtemps sous le nom de <i>lanterne + d’Aristote</i>. Cet appareil se compose de cinq sortes de parties: + les <i>dents</i>, les <i>plumules</i>, les <i>pyramides</i>, les + <i>faux</i>, les <i>compas</i>. Les dents sont au nombre de cinq; + elles ont une base prolongée et dilatée qui constitue la plumule; + elles sont contenues dans une gouttière résultant de l’assemblage des + pyramides. Celles-ci, au nombre de dix, sont réunies par deux; leur + partie <span class="pagenum" id="Page_229">229</span> inférieure est consolidée par les cinq faux et par les + cinq compas. Ce qui fait que, en résumé, l’appareil dentaire présente + trente pièces<a id="FNanchor_78" href="#Footnote_78" class="fnanchor">[78]</a>. Il faut beaucoup de bonne volonté pour lui trouver + le moindre rapport avec une lanterne!</p> + + <p>Les dents sont longues, aiguës, arquées et très-dures. Leur tranchant + est parfaitement organisé pour couper les substances les plus + résistantes. Cependant, malgré sa dureté pierreuse, il serait bien vite + limé par le travail; mais la Nature y a sagement pourvu. Les dents + croissent par la base, à mesure qu’elles s’usent par la pointe, comme + les incisives des Lièvres et des Souris; de telle sorte qu’elles se + maintiennent toujours aiguisées et toujours en bon état.</p> + + <p>Les Oursins mangent des Varecs, des Vers, des Mollusques et même des + Poissons.</p> + + <p>M. Rymer Jones a vu un individu s’emparer d’un Crabe vivant, lequel + parut comme paralysé et ne tenta aucune résistance.</p> + + <p>Un autre Oursin enlaça une <i>Galatée striée</i><a id="FNanchor_79" href="#Footnote_79" class="fnanchor">[79]</a> avec ses + appendices buccaux; mais cette dernière, heureusement pour elle, ouvrit + une de ses pinces, coupa les appendices, et se délivra de la fatale + étreinte.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Plusieurs Oursins, ne se trouvant pas suffisamment protégés et par leur + coque calcaire et par leurs piquants pointus, se taillent une demeure + dans les roches les plus dures, <span class="pagenum" id="Page_230">230</span> dans le grès et le granit: cette + demeure semble faite avec un emporte-pièce. L’animal s’y loge et s’y + retranche merveilleusement. Il en défend l’entrée avec une partie de + ses épines.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-230" style="width: 344px;"> + <img src="images/page-230.jpg" alt="" width="344" height="215" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-230.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">OURSINS DANS LE ROC.</p> + </div> + </div> + + <p>Des observations très-suivies et très-intéressantes ont été publiées + par MM. Caillaud, Robert et Lory, sur la propriété perforante des + Oursins. Les jeunes individus, alors qu’ils sont à peine gros comme des + pois, creusent des trous en rapport avec leur taille. Ils se fixent + d’abord au corps solide à l’aide de leurs filaments tentaculaires, + entament ce corps avec leurs fortes dents et le rongent peu à peu. Ils + enlèvent au fur et à mesure, avec leurs épines, les détritus qu’ils ont + ainsi détachés.</p> + + <p>Pauvres petits piqueurs de pierres! passer une partie de leur vie à + travailler le granit avec les dents!</p> + + <p>Lorsqu’un Oursin s’est aventuré un peu trop vers le rivage, et que la + marée l’abandonne sur la côte, il s’enterre dans le sable, qu’il creuse + avec ses appendices épineux. Sa cachette est reconnaissable au trou en + entonnoir qui reste béant au-dessus. Les pêcheurs prétendent prévoir + les orages d’après la profondeur plus ou moins grande où se tient le + Hérisson de mer (Rymer Jones).</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_231">231</span></p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Linné n’a mentionné que dix-sept espèces d’Oursins. Gmelin en a signalé + cent sept. Aujourd’hui, on en connaît plusieurs centaines, et ce petit + groupe d’animaux (<i>Echinus</i>) est devenu le type d’une classe tout + entière (<i>Échinodermes</i>).</p> + + <p>Dans beaucoup de pays, on mange les Oursins crus. Les ovaires de la + plupart des espèces sont d’un rouge orangé et d’un goût agréable.</p> + + <p>On estime en Provence le <i>comestible</i>, le <i>granuleux</i><a id="FNanchor_80" href="#Footnote_80" class="fnanchor">[80]</a> et + le <i>livide</i><a id="FNanchor_81" href="#Footnote_81" class="fnanchor">[81]</a>. Cette dernière espèce est recherchée à Naples + et sur les côtes de la Manche. On sert sur les tables, en Corse et en + Algérie, l’<i>Oursin melon</i><a id="FNanchor_82" href="#Footnote_82" class="fnanchor">[82]</a>.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_233">233</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_16" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XVI<br /> + <span class="h2line2">LES HOLOTHURIES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>Pourquoi des animaux faits comme des <i>cornichons?</i>—Et + pourquoi des <i>cornichons?</i></p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les savants comprennent dans la même famille que les Oursins de + modestes animaux appelés <i>Holothuries</i>, ou plus vulgairement, + <i>Cornichons de mer</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-233" style="width: 355px;"> + <img src="images/page-233.jpg" alt="" width="355" height="139" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-233.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HOLOTHURIE TUBULEUSE.<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Holothuria tubulosa</i> Gmelin).</p> + </div> + </div> + + <p>Ces animaux sont allongés, tantôt cylindriques, tantôt pentagonaux, + droits ou arqués, quelquefois sans forme déterminée. Plusieurs + ressemblent à de gros Vers disgracieux.....</p> + + <p>Leur longueur varie de quelques centimètres à un mètre. Les plus petits + sont les moins rares.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_234">234</span></p> + + <p>Les Cornichons de mer ont une peau coriace, opaque ou transparente, + souvent raboteuse ou granuleuse, farcie (c’est bien le mot) de parties + calcaires. A travers cette enveloppe, sortent habituellement des + filaments (<i>pieds tentaculaires</i>), creux, extensibles, épars ou + symétriques, terminés, comme les pieds des Oursins, par une ventouse en + miniature.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-234" style="width: 388px;"> + <img src="images/page-234.jpg" alt="" width="388" height="165" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-234.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HOLOTHURIE ÉLÉGANTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Holothuria elegans</i> O. F. Müller).</p> + </div> + </div> + + <p>La bouche est placée à l’un des bouts du cylindre. On voit autour des + appendices lobés, pinnés ou ramifiés. Cette bouche offre en dedans un + anneau osseux, de dix à douze pièces calcaires. C’est un rudiment de + la <i>lanterne d’Aristote</i>. A l’extrémité postérieure, se trouve + un autre orifice par où jaillit de temps en temps un courant d’eau + semblable à une petite fontaine.</p> + + <p>Les Holothuries habitent généralement à de grandes profondeurs. Leurs + mouvements sont assez bornés. Elles exécutent une sorte de reptation + au moyen des ondulations plus ou moins fortes de leur corps, ou bien à + l’aide des contractions plus ou moins nombreuses de leurs pieds.</p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">Toujours baisent la terre et rampent tristement.....</p> + </div> + </div> + + <p>Leurs pieds sont tantôt vers le milieu du ventre, dans un endroit qui + forme comme un disque (sur lequel rampe l’animal à la manière des + Limaces); tantôt disposés en <span class="pagenum" id="Page_235">235</span> séries nombreuses tout le long du + corps. Chez l’<i>Holothurie frondeuse</i><a id="FNanchor_83" href="#Footnote_83" class="fnanchor">[83]</a>, des mers du Nord, ils + forment cinq rangées longitudinales.</p> + + <p>Certaines espèces sont armées de petits organes en forme d’hameçons ou + d’ancres, qui leur permettent de s’amarrer aux roches sous-marines. + Lorsque ces crochets agissent sur la peau des mains, ils peuvent causer + une sensation cuisante de brûlure.</p> + + <p>Une Holothurie de la baie de Matavaï, dans l’île d’Otaïti<a id="FNanchor_84" href="#Footnote_84" class="fnanchor">[84]</a>, + décrite par Lesson, longue d’un mètre et très-contractile (au point + de se réduire à 33 centimètres), est lubrifiée par un liquide âcre + et corrosif qui fait naître un prurit intolérable sur les doigts, + lorsqu’on la touche sans précaution. Aussi les naturels de la mer du + Sud témoignent-ils la plus grande répugnance à sa vue. (Lesson.)</p> + + <p>Beaucoup de Cornichons de mer, quand on les irrite, rejettent + volontairement et brusquement leurs viscères, et ne tardent pas à + périr. Ce phénomène est bien une des choses les plus étonnantes et les + plus inexplicables qui existent dans les mœurs des animaux!</p> + + <p>«Il est bon de comprendre clairement, dit le père Malebranche, qu’il + est des choses qui sont absolument incompréhensibles.»</p> + + <p>Le docteur Johnston raconte qu’il avait oublié une pauvre Holothurie, + pendant deux ou trois jours, dans de l’eau non renouvelée. L’infortunée + devint triste et malade (on le serait à moins). Bientôt elle vomit tout + à la fois ses tentacules, son appareil buccal, son tube digestif et + une partie de ses ovaires..... Ces organes tombèrent çà et là au fond + du vase. L’effort musculaire avait été sans doute bien <span class="pagenum" id="Page_236">236</span> terrible, + pour déterminer un pareil effet, et cependant la vie de la malheureuse + n’était pas éteinte; car sa peau vide se contractait au moindre + attouchement, et prouvait, par ses contorsions, qu’elle n’avait presque + rien perdu de son irritabilité.</p> + + <p>Mais ce qui est plus extraordinaire encore que ce vomissement et cette + contraction, c’est que l’animal, privé de ses anciens viscères, en + <i>reproduisit de nouveaux</i> au bout de trois ou quatre mois, et + recommença, <i>tout joyeux</i>, son train de vie habituel. (J. Dalyell.)</p> + + <p>La division spontanée de certaines Holothuries, qui se partagent en + deux morceaux, n’est pas moins digne de remarque que le rejet et + la restauration de leurs organes. L’individu demeure quelque temps + stationnaire; chacune de ses extrémités s’élargit et s’aplatit. En + même temps, sa partie moyenne devient graduellement étroite, et + finit par se réduire à un fil très-mince. Ce fil se rompt. On a + alors deux demi-Holothuries de grosseur égale ou inégale. Plus tard, + chaque portion se complète, et il en résulte deux animaux exactement + semblables au premier. (Rymer Jones.)</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Chinois mangent les Holothuries, ils estiment surtout le + <i>Trépang</i>. Cet animal est chez eux l’objet d’un commerce + considérable. Des milliers de jonques malaises sont équipées, tous + les ans, pour la pêche de ce Zoophyte, et même des navires anglais et + anglo-américains se livrent à la vente de cette denrée.</p> + + <p>La récolte du Trépang exige beaucoup de patience et d’adresse. Le + pêcheur malais se tient penché sur le bord <span class="pagenum" id="Page_237">237</span> de son embarcation, + ayant dans les mains une longue perche formée de plusieurs bambous + attachés bout à bout, et terminée par un crochet acéré. Sous le beau + ciel de ce pays, son œil exercé aperçoit à une profondeur souvent + considérable l’Holothurie qui rampe sur les fonds de sable ou de roche. + Alors le Malais descend doucement le harpon, et, d’un coup prompt et + sûr, il accroche l’animal.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-237" style="width: 473px;"> + <img src="images/page-237.jpg" alt="" width="473" height="298" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-237.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PÊCHE MALAISE DU TRÉPANG<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Trepang edulis</i> Jäger).</p> + </div> + </div> + + <p>On fait ensuite dégorger les Trépangs dans de la chaux de corail, et on + les dessèche à la fumée (Lesson). La plus grande partie est expédiée en + Chine. La tonne se vend jusqu’à 1800 francs.</p> + + <p>Coupés en filaments, on en fait des potages qui rappellent, par leur + délicatesse, la soupe à la Tortue.</p> + + <p>La pêche a dépouillé les localités où ces animaux étaient autrefois + très-abondants. Il serait à désirer qu’elle fût soumise à une + réglementation.</p> + + <p>Aux îles Mariannes, on recherche le <i>Guam</i><a id="FNanchor_85" href="#Footnote_85" class="fnanchor">[85]</a>, et à Naples, la + tubuleuse.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_238">238</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Il est des animaux analogues aux Holothuries qui méritent notre + attention: ce sont les <i>Synaptes</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-238" style="width: 407px;"> + <img src="images/page-238.jpg" alt="" width="407" height="231" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-238.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SPICULES DES TENTACULES DE SYNAPTE.</p> + </div> + </div> + + <p>Ces animaux sont dépourvus de pieds tentaculaires; leur peau est + transparente et laisse voir leur intérieur. Le microscope montre + dans leur tissu des spicules nombreux qui occupent une disposition + particulière dans les tentacules.</p> + + <p>Les Synaptes vivent dans le sable tourbeux; elles se nourrissent des + matières organiques qu’elles y rencontrent.</p> + + <p>L’une des espèces les plus curieuses est la <i>Synapte de + Duvernoy</i><a id="FNanchor_86" href="#Footnote_86" class="fnanchor">[86]</a>, découverte aux îles de Chausey par M. de Quatrefages.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XIV" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-238bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-238bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"></p> + </div> + </div> + + <p>Figurez-vous un cylindre de cristal, d’un rose tendre un peu lilas, + ayant quelquefois jusqu’à cinquante centimètres de longueur, parcouru + dans toute son étendue par cinq petites bandelettes de soie blanche + opaque, et surmonté d’une fleur vivante à douze pétales étroits et + pinnatifides, d’un blanc mat, garnis de petites ventouses qui se + recourbent <span class="pagenum" id="Page_239">239</span> gracieusement en arrière. Au milieu de ces tissus dont la + délicatesse semble défier les produits les plus raffinés de notre + industrie, placez un intestin de la gaze la plus ténue, gorgé d’un bout + à l’autre de corpuscules de granit dont l’œil distingue parfaitement + les pointes vives et les arêtes tranchantes. Les parois du corps ont à + peine un demi-millimètre d’épaisseur, et cependant on peut y compter + sept couches plus ou moins distinctes, une peau, des muscles, des + membranes..... L’animal est protégé par une espèce de mosaïque composée + de petits boucliers calcaires, hérissés de doubles hameçons dont les + pointes sont dentelées comme des flèches de Caraïbe. (Quatrefages.)</p> + + <p>Lorsque l’on conserve pendant quelque temps les Synaptes vivantes + dans un vase d’eau de mer, on les voit se morceler d’elles-mêmes. Il + se forme un étranglement dans une partie du corps, et la séparation + s’opère brusquement. On dirait que l’animal, sentant qu’il ne peut + se nourrir tout entier, supprime successivement les parties dont + l’entretien coûterait trop à l’ensemble, à peu près comme on chasse les + bouches inutiles d’une ville assiégée. Singulier moyen de combattre + la famine, et qu’il emploie jusqu’au dernier moment! Car, au bout + de quelques jours, il ne reste souvent qu’un petit ballon sphérique + couronné de tentacules. La Synapte, pour conserver la vie à sa tête, + s’est à peu près retranché tout le corps! (Quatrefages.)</p> + + <p>Que de merveilles dans la vie et dans les mœurs des animaux de l’Océan!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_241">241</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_17" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XVII<br /> + <span class="h2line2">LES BRYOZOAIRES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«<i xml:lang="la" lang="la">Sigillatim mortales, cunctim perpetui.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Apulée.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les plantes marines sont quelquefois recouvertes d’une matière + abondante, veloutée, parasite, qui ressemble à un tapis de mousse. + Cette matière, étudiée au microscope, paraît comme une agrégation + d’animalcules à cellules charnues, cornées ou calcaires, le plus + souvent transparentes. Ces animalcules sont des <i>Bryozoaires</i> ou + <i>Animaux-mousse</i>.</p> + + <p>Chaque cellule loge une bestiole délicate, laquelle, à certains + moments, fait sortir de nombreux petits bras; les étale, les agite, les + balance, pour guetter, attirer et saisir sa proie. Cette proie doit + être bien mignonne!</p> + + <p>Au moindre danger, au plus léger frôlement, les Bryozoaires se + contractent et se retirent dans leur logette d’écaille ou de cristal.</p> + + <p>Cette cellule n’est pas inerte comme celle de la plupart des Polypiers; + elle jouit de la faculté de se mouvoir, surtout quand elle est bien + éclairée. Lorsqu’on l’excite, elle <span class="pagenum" id="Page_242">242</span> s’incline vivement, comme un + rameau de Sensitive qu’on touche avec le doigt. Elle tombe sur une de + ses voisines; celle-ci se précipite sur une autre, celle-là sur une + quatrième, et, au bout d’une seconde, toute la communauté est mise en + mouvement. Mais bientôt la tranquillité se rétablit, et les bras, qui + s’étaient repliés et retirés, reparaissent et s’étalent de nouveau. + (Rymer Jones.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-242" style="width: 336px;"> + <img src="images/page-242.jpg" alt="" width="336" height="162" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-242.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LAGONCULE RAMPANTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Laguncula repens</i> Farre).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Animaux-mousse ont été bien étudiés par MM. Ehrenberg et J. W. + Thompson, qui ont fait connaître les différences qui les éloignent des + Polypiers ordinaires.</p> + + <p>On les regarde comme des Mollusques dégradés<a id="FNanchor_87" href="#Footnote_87" class="fnanchor">[87]</a>.</p> + + <p>La petite loge de chaque animalcule est formée par une sorte de + couvercle membraneux, qui se retourne comme le doigt d’un gant toutes + les fois que le Mollusque veut sortir. Cette loge est plutôt une boîte + qu’une maison.</p> + + <p>Quand le Bryozoaire se déploie, un cercle de soies microscopiques, + d’une ténuité excessive, se montre tout d’abord, s’élevant au-dessus du + sommet de la cellule. Il est suivi de son support, lequel est plus ou + moins flexible. Les tentacules passent ensuite entre les soies, et les + poussent de côté.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XV" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-242bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-242bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_243">243</span></p> + + <p>Ces tentacules sont armés, sur le dos, d’une douzaine d’appendices + semblables à des cheveux très-fins, attachés presque à angle droit. + Ils ont de plus, de chaque côté, un nombre très-considérable de cils + vibratiles.</p> + + <p>Les cils vibratiles jouent un rôle très-important chez la plupart des + animaux microscopiques. Il n’est peut-être pas d’organes plus répandus + et plus simples, chargés de fonctions aussi utiles et aussi variées.....</p> + + <p>Au moment où les tentacules paraissent à l’extérieur, la tunique de + l’animalcule se déroule peu à peu.</p> + + <p>Bientôt, le Bryozoaire étale ses jolis petits bras. Les appendices et + les cils de ces derniers commencent leurs rapides vibrations. L’œil, + trompé par la vivacité et par la régularité des mouvements qu’ils + exécutent, croit voir des chapelets de gouttelettes de rosée balancés, + tordus, noués et dénoués!</p> + + <p>Les corpuscules qui flottent autour de l’animal sont violemment agités, + comme s’ils étaient sous l’influence de quelque tourbillon. Malheur, + dans ce moment, aux infortunés Infusoires que le hasard amène dans ce + cercle fatal! (Rymer Jones.)</p> + + <p>Dans plusieurs espèces, les observateurs ont découvert un organe + particulier, le <i>vibracule</i>, sur lequel nous arrêterons quelques + moments notre attention. C’est un filament creux, situé à l’angle + supérieur et extérieur de chaque cellule, rempli d’une substance comme + fibreuse et contractile, qui lui permet d’exécuter des mouvements + très-remarquables. Ces mouvements ont lieu à des intervalles réguliers, + ordinairement très-courts. D’abord, le filament se porte vers le bas, + frémit, oscille et semble balayer; puis il revient sur lui-même, et + descend dans la direction opposée, où il répète le même jeu, avec le + même ordre et dans le même temps. Ces fonctions sont-elles, comme on + l’a dit, <span class="pagenum" id="Page_244">244</span> indépendantes, jusqu’à un certain point, de la volonté + du Bryozoaire? Quel est leur but? On pense que cet organe sert à + nettoyer et surtout à fortifier l’entrée de la cellule. Il s’agite + encore quelque temps après qu’on a mutilé ou tué le petit animal. La + pauvre bestiole malade ou morte est encore défendue par son vibracule + protecteur!</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>D’après ce qui précède, on voit que les animalcules des Bryozoaires + sont plus compliqués que ceux des Polypiers. L’étude de leur anatomie + confirme pleinement cette conclusion. Ainsi leur appareil digestif + n’est pas réduit à un simple sac avec un seul orifice. Il présente une + bouche, un pharynx, un œsophage, un gésier, un estomac membraneux, et + des intestins avec une ouverture spéciale..... On a décrit des espèces + dans lesquelles le gésier semble pourvu d’un certain nombre de dents + intérieures, formant un merveilleux pavé, un moulin vivant, destiné à + broyer la nourriture avant son entrée dans le second estomac.</p> + + <p>L’organisme de la plus petite bête révèle à nos yeux étonnés une + combinaison savante, un art admirable qui dépasse infiniment tout ce + que l’industrie humaine pourrait offrir de plus parfait!</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les savants s’accordent aujourd’hui à placer parmi les Bryozoaires + un certain nombre de faux Polypiers, dont les animalcules étaient + restés pendant longtemps mal étudiés et mal connus: par exemple, les + <i>Flustres</i> et les <i>Eschares</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_245">245</span></p> + + <p>Les Flustres<a id="FNanchor_88" href="#Footnote_88" class="fnanchor">[88]</a> ont de petites loges plus ou moins cornées, groupées + symétriquement comme les alvéoles des Abeilles. Tantôt elles composent + des croûtes qui recouvrent les Algues et les autres corps marins, + tantôt elles forment des feuilles minces ou des tiges rubanées. Dans + certaines espèces, il n’existe de cellules que d’un seul côté; dans + d’autres, il y en a sur les deux. Leurs orifices sont extrêmement + petits et défendus par des épines microscopiques.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-245" style="width: 270px;"> + <img src="images/page-245.jpg" alt="" width="270" height="309" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-245.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">FLUSTRE FOLIACÉE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Flustra foliacea</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Leurs tentacules sont couverts de cils vibratiles (toujours des cils + vibratiles!) disposés en séries droites, qui produisent, dans leurs + mouvements, l’effet d’une rangée de perles animées qui rouleraient de + la base à la pointe de l’organe.</p> + + <p>Les Eschares forment des expansions comme foliacées. L’entrée de leurs + cellules possède aussi son épine protectrice.</p> + + <p>Les expansions représentent encore des ruches microscopiques, <span class="pagenum" id="Page_246">246</span> + dont les citoyens jouissent à la fois d’une existence commune et d’une + existence indépendante. Comme chez les Polypiers, chacun mange pour le + compte de l’association et pour son propre compte. Travail et nutrition + pour la république; travail et nutrition pour soi!</p> + + <p>Très-probablement il règne, entre tous les habitants d’un même groupe, + des sentiments de fraternité d’une nature particulière, dont nous + n’avons aucune idée. Puisque ce qui est digéré par un membre de la + famille profite jusqu’à un certain point à tous les autres, ne doit-il + pas y avoir entre tous les divers individus, surtout entre les plus + rapprochés, un lien physiologique plus ou moins étroit, lequel entraîne + peut-être... un lien moral plus ou moins fort? Et, s’il en était + ainsi, les animalcules d’une Flustre ou d’une Eschare ne devraient pas + connaître le sentiment de l’égoïsme?.....</p> + + <p>Que de combinaisons organiques et que de vitalités étranges sous le + brillant azur de l’Océan!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_247">247</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_18" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XVIII<br /> + <span class="h2line2">LES MOLLUSQUES AGRÉGÉS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <div class="poem"> + <span class="i8">..... S’attachent l’un à l’autre</span><br /> + <span class="i0">Par un je ne sais quoi qu’on ne peut expliquer.</span> + </div> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Corneille.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Comme leur nom l’indique, les <i>Mollusques</i> sont des animaux + essentiellement mous ou <i>mollasses</i>, comme disait Cuvier. Ils + offrent pour caractère constant de n’être jamais articulés.</p> + + <p>Leur chair est froide, humide, visqueuse, souvent grisâtre. Leur peau + présente généralement un repli plus ou moins ample, souple, qui cède et + qui résiste, désigné sous le nom de <i>manteau</i>.</p> + + <p>Quelques-uns sont <i>nus</i>, c’est-à-dire sans organe solide de + défense, du moins apparent, semblables aux Limaces de nos jardins. + Ils ont alors, ou une peau épaisse et coriace, un véritable cuir + protecteur, ou une enveloppe mince et délicate, dans laquelle + s’épanouit au-dessus du cœur et du poumon une lame cornée ou crétacée + (<i>Limacelle</i>), plus ou moins épaisse et plus ou moins dure, sorte + de bouclier <span class="pagenum" id="Page_248">248</span> rudimentaire destiné à garantir les viscères les plus + nobles.</p> + + <p>Mais ordinairement ces animaux sont protégés, contre les flots + et contre leurs ennemis, par une véritable cuirasse calcaire + (<i>coquille</i>), double ou simple, dans laquelle ils s’enferment plus + ou moins complétement, quand un danger les menace. On les appelle alors + <i>testacés</i>, ou plus vulgairement, <i>coquillages</i>.</p> + + <p>Chez les Vertébrés, ce sont les parties molles qui recouvrent la + charpente calcaire. Chez les Mollusques, c’est la charpente calcaire + qui recouvre les parties molles. L’idée de considérer le test comme un + <i>squelette extérieur</i> est loin d’être nouvelle. Charles Bonnet + disait, il y a longtemps: «<i>On pourrait regarder la coquille comme + l’os de l’animal qui l’occupe.</i>»</p> + + <p>Pour les gens du monde, la distinction des Mollusques en nus et en + testacés est une distinction parfaite. Pour les naturalistes, l’absence + ou la présence de la coquille est un caractère à peu près sans valeur. + En effet, on trouve dans la mer toutes les nuances intermédiaires + possibles entre les Mollusques nus et les Mollusques testacés. La + nature ne passe jamais brusquement d’une forme à une autre.</p> + + <p>Il existe des Mollusques, de vrais Mollusques, avec une demi-coquille, + d’autres avec un quart de coquille, d’autres avec un cinquième, un + dixième, un vingtième de coquille.....</p> + + <p>On a même constaté que beaucoup d’espèces, tout à fait nues, sont + couvertes, dans la première période de leur vie, par une coquille + parfaitement caractérisée, quelquefois même pourvue d’un couvercle, qui + disparaît pendant leur accroissement. (Sars.)</p> + + <p>Pour quiconque aime à surprendre les secrets de l’organisme, <span class="pagenum" id="Page_249">249</span> + l’étude de la formation et du développement de la coquille est une + source très-féconde d’instruction.</p> + + <p>Les Mollusques sont <i>Agrégés</i> ou <i>solitaires</i>. Nous parlerons + d’abord des premiers, dont la constitution est la plus simple, et qui + sont les plus rapprochés des Polypiers et des Bryozoaires.</p> + + <p>Les Mollusques Agrégés sont <i>agglomérés</i>, comme les grappes de + certains fruits, ou <i>enchaînés</i>, comme les grains d’un chapelet.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Mollusques agglomérés présentent des associations assez + curieuses. Les principaux sont peut-être les <i>Ascidies</i> dites + <i>sociales</i>, masses de gelée translucide, tantôt d’une teinte + uniforme, verte, brune, rouge, violacée, souvent très-pâle; tantôt, + au contraire, multicolores et splendidement pointillées, rayées ou + panachées.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-249" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-249.jpg" alt="" width="224" height="143" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-249.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ASCIDIES SOCIALES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Perophora Listeri</i> Wiegmann).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Mollusques agglomérés sont attachés aux rochers, étalés à leur + surface, comme des plaques de Lichens, ou suspendus à leurs arêtes, + comme des groupes de glaçons. Les Varecs à larges feuilles abandonnés + sur le sable après une tempête paraissent presque toujours couverts + de ces <span class="pagenum" id="Page_250">250</span> animaux bizarres, protégés par leur manteau glaireux. Ces + ensembles figurent quelquefois une pléiade de gracieuses étoiles, un + bouquet, une rosette. Leurs individus élémentaires sont allongés ou + arrondis, et souvent anguleux ou découpés.</p> + + <p>Lorsqu’on introduit une de ces masses dans un aquarium, elle a l’air + aussi apathique qu’une Éponge, et ne donne d’autre signe de vie + apparent qu’un léger resserrement au pourtour des orifices. Mais, en + l’examinant de près, on découvre qu’elle n’est pas aussi inanimée qu’on + l’avait d’abord supposé, et que, par les mêmes ouvertures, entrent et + sortent des courants d’eau extrêmement rapides, faisant parfois l’effet + de tourbillons. (Rymer Jones.)</p> + + <p>Les larves de ces animaux multiples sont isolées et libres. Alternance + continuelle d’esclavage et de liberté!</p> + + <p>A une époque de leur vie, ces larves se fixent. Quand l’animal a perdu + la faculté de se mouvoir et qu’il a suffisamment grandi, on voit naître + à la surface de son corps un certain nombre de petits tubercules qui + s’allongent, se creusent et forment autant de nouveaux individus. + Ceux-ci restent adhérents au corps de la mère, laquelle devient le + fondateur d’une nouvelle colonie.</p> + + <p>Il existe une très-grande diversité dans l’arrangement des membres de + chaque association. Mais tous ces arrangements, quels qu’ils soient, + présentent toujours un ordre rigoureux et une régularité géométrique.</p> + + <p>Les habitants de ces brillantes compagnies sont plus ou moins + nombreux, suivant les espèces; ils reçoivent en famille les mêmes + rayons du soleil, les mêmes caresses de la vague, les mêmes coups + de la tempête!... Tous remplissent leurs devoirs particuliers avec + exactitude et zèle, sans trouble et sans humeur. L’accord le plus + parfait règne <span class="pagenum" id="Page_251">251</span> entre eux, comme entre les animalcules des Polypiers + et des Bryozoaires. Admirables communautés, dont les citoyens sont plus + intimes et plus <i>unis</i> que beaucoup d’autres! N’est-ce pas là le + beau idéal de l’association républicaine? <i xml:lang="la" lang="la">E pluribus unum.</i></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Un des genres les plus intéressants, parmi ces animaux, a été désigné + sous le nom de <i>Botrylle</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-251" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-251.jpg" alt="" width="152" height="232" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-251.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BOTRYLLE DORÉ<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Botryllus gemmeus</i> Savigny).</p> + </div> + </div> + + <p>Les individus de chaque corporation sont au nombre de dix, de quinze, + de vingt, ovoïdes, oblongs ou piriformes, et disposés comme les rayons + symétriques d’une roue.</p> + + <p>Quand on irrite une des branches de l’ensemble, un seul Mollusque se + contracte. Quand on tourmente le centre, ils se contractent tous. + (Cuvier.)</p> + + <p>Les orifices buccaux se trouvent aux extrémités extérieures des rayons; + mais les terminaisons intestinales aboutissent à une cavité commune, + qui est au moyeu de la roue.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_252">252</span></p> + + <p>Voilà donc des animaux qui mangent séparément et qui remplissent + ensemble une singulière fonction! Ce genre d’union et de communauté + nous rappelle ce qui se passait dans <i>Ritta-Christina</i>. Mais, chez + nos Mollusques, au lieu de deux individus soudés, nous en avons une + quinzaine!</p> + + <p>On peut considérer l’étoile entière comme une seule bête à plusieurs + bouches! Mais alors il y a, chez elle, luxe d’organes pour la fonction + intelligente, qui cherche et qui choisit, et parcimonie pour la + fonction stupide, qui ne cherche pas et qui ne choisit pas!</p> + + <p>Chez les <i>Pyrosomes</i>, la colonie n’est plus adhérente. Elle + constitue une masse brillamment colorée, cylindrique, creuse, ouverte à + une extrémité, fermée à l’autre. Cette masse flotte et se balance sur + les eaux comme la Plume de mer.</p> + + <p>L’espèce surnommée <i>atlantique</i><a id="FNanchor_89" href="#Footnote_89" class="fnanchor">[89]</a> varie singulièrement dans + ses nuances. Elle passe avec rapidité du rouge vif à l’aurore, à + l’orangé, au verdâtre, au bleu d’azur, d’une manière vraiment admirable + (Lamarck). Elle est, de plus, phosphorescente.</p> + + <p>Le nom de <i>Pyrosome</i> signifie littéralement <i>corps de feu</i>. + Humboldt a vu une troupe de ces splendides Mollusques côtoyer son + vaisseau comme une bande de globes enflammés vivants, projetant des + cercles de lumière de cinquante centimètres de diamètre, qui lui + faisaient apercevoir à une profondeur de cinq mètres, et pendant + plusieurs semaines, des Thons et d’autres poissons qui suivaient le + navire.</p> + + <p>Bibra, dans son voyage au Brésil, prit une fois sept ou huit Pyrosomes + atlantiques et les porta dans sa cabine. <span class="pagenum" id="Page_253">253</span> A l’aide de leur lumière, + il put lire, à l’un de ses amis, la description qu’il en avait faite + sur son carnet<a id="FNanchor_90" href="#Footnote_90" class="fnanchor">[90]</a>.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les <i>Salpes</i> ou <i>Biphores</i> offrent un groupement qui + ressemble beaucoup moins à celui des Polypiers. Ces animaux ne sont + plus agglomérés, mais disposés en séries. Ils font le passage des + Mollusques que nous venons d’étudier aux Mollusques <i>solitaires</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-253" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-253.jpg" alt="" width="532" height="381" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-253.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CHAÎNES DE SALPES PHOSPHORESCENTES ENTRAÎNÉES PAR LES COURANTS.</p> + </div> + </div> + + <p>On trouve les Salpes réunies en longues files transparentes, d’une + grande délicatesse de tissu: cordons composés d’individus placés côte à + côte et greffés transversalement; rubans dans lesquels chaque bestiole + est greffée bout à bout avec ses sœurs; doubles chaînes parallèles + de <span class="pagenum" id="Page_254">254</span> créatures sociales, tantôt alternes, tantôt opposées..... + Merveilleuse symétrie qui ne déroge jamais aux lois qui la régissent! + Chapelets vivants dont chaque perle est un individu!</p> + + <p>Ces sociétés voyageuses occupent jusqu’à 30 ou 40 milles d’étendue.....</p> + + <p>Leurs Mollusques élémentaires ont un corps oblong, à peu près + cylindrique; irrégulier, contractile, souvent irisé, quelquefois + phosphorescent, ouvert à chaque extrémité; d’une transparence + cristalline, avec une teinte rosée ou rougeâtre à l’intérieur.</p> + + <p>Les colonnes de Salpes glissent dans les eaux tranquilles par des + ondulations régulières. Les petites nageuses de chaque file se + contractent et se dilatent simultanément. Elles manœuvrent de concert + comme une compagnie de soldats bien disciplinés; chaque série ne semble + offrir qu’un seul individu qui flotte en serpentant. Les matelots ont + donné à la chaîne le nom de <i>Serpent de mer</i>. (Rymer Jones.)</p> + + <p>Ces animaux nagent habituellement le dos en bas: ils font la + <i>planche</i>. Ils se meuvent surtout en aspirant une certaine + quantité d’eau par l’ouverture postérieure (qui est munie d’une + valvule) et en la rejetant par l’orifice antérieur. En sorte que leur + corps est toujours poussé en arrière, et qu’il chemine à reculons + (Cuvier). Bizarre locomotion, qui ne ressemble en rien à celle des + autres animaux!</p> + + <p>Lorsqu’on retire de l’eau ces chaînes animées, leurs anneaux se + séparent, et leurs individus se désagrégent. La compagnie est + licenciée. Les Salpes perdent la faculté d’adhérer ensemble; les + soldats ne peuvent plus s’aligner.....</p> + + <p>On rencontre quelquefois, dans la mer, des Salpes <i>solitaires</i>. + On serait tenté de les regarder comme d’un genre <span class="pagenum" id="Page_255">255</span> différent, si + de récentes découvertes n’avaient prouvé que ce sont les mères ou les + filles des Salpes enchaînées. On a constaté, en effet, que ces petites + Salpes solitaires s’unissent ensemble en longs rubans à une époque de + leur vie, et que ceux-ci engendrent des Salpes isolées. En un mot, les + Salpes enchaînées ne produisent pas des Salpes enchaînées, mais des + Salpes solitaires, et celles-ci, à leur tour, donnent naissance non + à des individus distincts comme elles, mais à des Salpes enchaînées. + Par conséquent, une Salpe n’est pas organisée comme sa mère, ni comme + sa fille, mais elle ressemble à sa sœur, à sa grand’mère et à sa + petite-fille. (Chamisso, Krohn, Milne Edwards.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-255" style="width: 430px;"> + <img src="images/page-255.jpg" alt="" width="430" height="225" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-255.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"> SALPE SOLITAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Salpa democratica</i> Forskål).</p> + </div> + </div> + + <p>Que de recherches ne faut-il pas, que de patience et que de temps, pour + arracher à la nature un admirable secret, que l’on apprend souvent en + trois minutes!</p> + + <p>Malgré leur organisation si limitée et leurs fonctions si réduites, + les Salpes vivent et se reproduisent aussi certainement et aussi + heureusement que les autres animaux. Elles s’élancent après leur + proie ou l’attendent à l’affût. Elles ont des appétits, des + instincts, peut-être même des caprices..... Véritables sybarites, + elles passent leur vie à <span class="pagenum" id="Page_256">256</span> manger et à dormir; elles se promènent + toujours en compagnie, sans trouble et sans fatigue; elles sont + balancées constamment, doucement et mollement..... Ces associations + enrégimentées ne révèlent-elles pas tout un monde nouveau de conditions + particulières, de phénomènes collectifs et de sentiments confondus?</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_257">257</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_19" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XIX<br /> + <span class="h2line2">LES MOLLUSQUES ACÉPHALES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4">Mais de cervelle point!</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">La Fontaine.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p>Les Mollusques solitaires sont les vrais Mollusques. Il en existe un + très-grand nombre. On peut les ranger tous sous deux types généraux. + Les uns <i>sans tête</i>, c’est-à-dire à structure plus ou moins + simple: on les appelle <i>Acéphales</i>. Les autres pourvus d’une + tête, c’est-à-dire à structure plus ou moins compliquée: on les nomme + <i>Céphalés</i>.</p> + + <p>Occupons-nous d’abord des Acéphales.</p> + + <p>Ces Mollusques sont tantôt nus, et tantôt enfermés dans une coquille + (<i>testacés</i>).</p> + + <p class="souschapitre">I</p> + + <p>Les Acéphales nus rampent sur les rochers, sur les Fucus et sur les + animaux. Il y en a qui flottent en peuplades innombrables à la surface + de la mer. Quelques-uns, collés contre les corps solides, ne paraissent + avoir aucun mode de progression bien caractérisé.</p> + + <p>Parmi ces Mollusques, mentionnons d’abord les <i>Ascidies <span class="pagenum" id="Page_258">258</span> + solitaires</i>. Pauvres Ascidies! Figurez-vous des animaux en forme + de sac irrégulier, qui adhèrent par une extrémité à quelque pierre ou + à quelque coquille, et qui sont condamnés à vivre, à se reproduire + et à mourir, sans changer de position. On en pêche fréquemment, à + Cette, une espèce bien connue, de très-vilaine forme, et qu’on appelle + <i>Bichus</i><a id="FNanchor_91" href="#Footnote_91" class="fnanchor">[91]</a>. On la dépouille de sa peau coriace, épaisse, ridée, + d’un gris brunâtre; on isole ses viscères, qui sont d’un jaune pâle, et + on les mange. Ils ont un goût d’abord salé, puis douceâtre, puis un peu + piquant et comme poivré.</p> + + <p>Ces Mollusques présentent deux orifices, à marge quelquefois ciliée, + par lesquels, à la moindre pression, ils projettent avec beaucoup de + force une certaine quantité d’eau<a id="FNanchor_92" href="#Footnote_92" class="fnanchor">[92]</a>.</p> + + <p>Les Ascidies n’ont pas de mains, ni de lèvres pour saisir leur proie. + Leur bouche est placée très-défavorablement; elle se trouve au fond + du sac, et non à l’une de ses extrémités. Mais la nature n’a pas + oublié qu’un animal, avant tout, doit se nourrir. La surface interne + de la poche viscérale est couverte d’une multitude de cils vibratiles + très-serrés, qui produisent dans l’eau de forts courants, tous + dirigés vers l’orifice buccal. Vus au microscope, les cils dont il + s’agit, font l’effet de roues ovales délicatement dentelées, tournant + continuellement de gauche à droite. Ce mouvement engendre de toutes + petites vagues; celles-ci entraînent les substances alimentaires + vivantes ou inanimées, qui entrent dans le sac avec l’eau de la + respiration, et les conduisent jusqu’à la bouche. Ainsi, chez ces + curieux animaux (comme du reste chez beaucoup d’autres), <span class="pagenum" id="Page_259">259</span> manger + et respirer sont deux fonctions qui se confondent! La Providence est + économe d’organes, quand il faut!</p> + + <p>Quelques auteurs attribuent des yeux aux Ascidies. Ils regardent comme + tels six ou huit taches rouges (dans les organisations inférieures, les + yeux sont souvent rouges) disposées en cercle autour des orifices de la + peau. Il est difficile de comprendre à quoi serviraient des yeux chez + des animaux privés de la faculté de se mouvoir et dont la structure + est si dégradée. Mais qui sait, dit un savant naturaliste, de quelles + <i>nonchalantes jouissances</i> les Ascidies peuvent être susceptibles? + (Rymer Jones.)</p> + + <p>Les larves des Ascidies ne sont pas adhérentes comme leur mère. Elles + se transportent librement d’un endroit dans un autre; elles nagent. + Leur corps est rougeâtre. Elles ont une grosse tête presque opaque, + avec une tache noire antérieure, et une petite queue aplatie qui + constitue leur principal instrument de natation. Elles ressemblent à un + têtard de Grenouille ou de Crapaud.</p> + + <p>A l’époque où ces larves doivent se fixer, voici ce qui arrive. Elles + appuient leur tête contre un corps solide, et restent là, la queue en + l’air. Représentez-vous des baladins qui feraient l’<i>homme droit</i>. + En même temps, leur face s’élargit et semble se creuser. L’animal sort + alors de son calme habituel; il témoigne, par de violentes commotions, + que ce n’est pas volontairement qu’il est retenu. L’amour de la liberté + semble plus fort chez lui que le besoin de la transformation. Il fait + tous ses efforts pour se dégager. Les vibrations de sa queue deviennent + si rapides, qu’on ne peut presque plus la distinguer. Hélas! la pauvre + bête est collée, solidement collée et pour toujours collée! Enfin cette + agitation s’apaise. Une matière sort des bords de la tête, s’étale sur + le corps solide, et la larve demeure irrévocablement <span class="pagenum" id="Page_260">260</span> fixée. La + queue disparaît; elle n’était plus bonne à rien. Une tunique résistante + s’organise autour de l’animal, et, sur les marges de la partie + adhérente, surgissent de nombreuses saillies radiculaires qui assurent + sa fixation (J. Dalyell.)</p> + + <p>L’Ascidie adulte et immobile se rappelle-t-elle les courses vagabondes + de son premier âge? Le Papillon se souvient-il du ramper de la chenille?</p> + + <p>L’<i>Ascidie laineuse</i><a id="FNanchor_93" href="#Footnote_93" class="fnanchor">[93]</a>, contrairement aux habitudes de ses + congénères, est libre. Ici l’adulte a conservé les prérogatives de + l’enfant. Cette espèce habite dans les eaux profondes, parmi le sable. + Son sac est arrondi et d’un brun rougeâtre, avec l’intérieur des + orifices écarlate. On ignore si l’extrémité inférieure du Mollusque + est ou non enfoncée dans le sol; mais, en captivité, l’Ascidie reste + couchée horizontalement, sans faire le moindre effort pour descendre + plus bas ou pour changer de position. (Rymer Jones.)</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Acéphales testacés sont plus nombreux que les Acéphales nus.</p> + + <p>On les appelle <i>bivalves</i>, parce qu’ils possèdent une coquille + à deux battants (<i>valves</i>). Ils sont abrités dans cette double + carapace comme un livre dans sa couverture.</p> + + <p>Quoiqu’ils manquent de tête, ils se nourrissent, ils sentent et ils se + reproduisent. Ils ont des amitiés et des inimitiés, peut-être même des + passions..... Toutefois ces dernières ne doivent pas être bien vives; + car la plupart de ces animaux ont de la peine à changer de place, même + à faire le <span class="pagenum" id="Page_261">261</span> moindre mouvement. Plusieurs demeurent fixés au rocher + qui les a vus naître. Or, les sentiments tumultueux ne sont guère + compatibles avec l’immobilité.....</p> + + <p>Les bivalves sont répandus dans toutes les mers. On trouve partout + des <i>Vénus</i>, des <i>Tellines</i> et des <i>Arches</i>. Quelques + espèces semblent cantonnées dans certaines régions: les <i>Pandores</i> + n’appartiennent qu’aux mers du Nord; les <i>Cames</i> ne prospèrent, + au contraire, que dans la zone australe. Les <i>Tridacnes</i> n’ont + été encore trouvées que dans les eaux situées entre l’Inde et + l’Australie.....</p> + + <p>Les bivalves habitent dans le sable ou dans la vase, sur des rochers et + au milieu des plantes aquatiques. Ils peuvent vivre à de très-grandes + profondeurs. La sonde a retiré, de 2800 mètres, une <i>Huître</i> et + une <i>Pèlerine</i> pleines de vie et de santé (A. Edwards).</p> + + <p>Les bivalves ont une coquille ovoïde, globuleuse, trigone, en forme de + cœur, allongée comme une gousse ou aplatie comme une feuille. Cette + coquille est une sorte d’étui à charnières, composé de battants égaux + ou inégaux. Parfois l’un de ces battants est bombé et l’autre plat. + Leur partie antérieure ressemble à la postérieure, ou en diffère d’une + manière plus ou moins tranchée.</p> + + <p>Les deux valves peuvent offrir plusieurs pièces accessoires; de là le + nom de <i>multivalves</i> que les anciens avaient donné aux coquilles + ainsi organisées.</p> + + <p>Les bivalves, un peu locomotiles, changent de place à l’aide d’un pied + charnu extensible, qui ressemble moins à un véritable pied qu’à une + grosse langue. Cet organe varie beaucoup quant à sa forme. C’est tour + à tour une hache, une ventouse, une perche, une alène, un doigt, une + sorte de fouet, une espèce de ressort. Ce pied est simple, fourchu ou + frangé. Chez quelques espèces, son tissu paraît spongieux et capable + de recevoir une quantité d’eau considérable. <span class="pagenum" id="Page_262">262</span> Alors l’organe se + gonfle, s’allonge et se roidit. Puis, expulsant brusquement tout le + liquide qu’il contient, il redevient petit et flasque, et peut rentrer + dans la coquille.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-262a" style="width: 384px;"> + <img src="images/page-262a.jpg" alt="" width="384" height="155" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-262a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TELLINE ÉLÉGANTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Tellina pulcherrima</i> Sowerby).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Mollusques se servent de leur pied très-habilement. Ils l’étendent, + le fixent par l’extrémité, le contractent sur son point d’appui, et se + portent en avant. Réaumur a comparé la progression de ces animaux à + celle d’un homme placé sur le ventre, qui allonge un bras, saisit un + objet solide et entraîne son corps vers cet objet. Il y a cette seule + différence que, chez le Mollusque, le membre se contracte tout entier.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-262b" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-262b.jpg" alt="" width="158" height="67" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-262b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MODIOLE LITHOPHAGE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Modiola lithophaga</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans quelques cas rares, le bivalve agit exactement en sens inverse: il + appuie fortement son pied contre le sable, le roidit, et fait reculer + son corps, à peu près comme le batelier qui dirige sa nacelle en + pressant avec sa rame contre le fond de la rivière.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XVI" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-262bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-262bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"></p> + </div> + </div> + + <p>Certains Acéphales exécutent de petits bonds et même de véritables + sauts, mais c’est par un autre mécanisme: <span class="pagenum" id="Page_263">263</span> + c’est en ouvrant et fermant leurs valves à plusieurs reprises et + brusquement. Les <i>Pèlerines</i> s’élancent quelquefois à travers + les ondes pour éviter un danger. Les <i>Limes</i><a id="FNanchor_94" href="#Footnote_94" class="fnanchor">[94]</a> voltigent dans + l’eau <i>comme les papillons dans l’air</i>, avec la même légèreté et + la même étourderie. Leur locomotion est favorisée par une centaine + de tentacules allongés, grêles, cylindriques, très-contractiles et + très-mobiles, placés sur les bords du manteau, et composés de nombreux + petits articles qui rentrent, au besoin, les uns dans les autres. + (Deshayes.)</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les <i>Manches de couteau</i>, ou <i>Solens</i>, s’enfoncent + verticalement et profondément dans le sable. Leurs places sont + indiquées par des trous qui correspondent au siphon de l’animal. Quand + le Mollusque est alarmé, il rejette hors de son trou une certaine + quantité de liquide, qu’il lance comme un petit jet d’eau. Ces + Mollusques s’enterrent avec leur énorme pied conique, qu’ils allongent + outre mesure; ils en font une dague naturelle qui s’aplatit, se fait + pointue et perfore admirablement le terrain, puis qui redevient + cylindrique, se renfle à l’extrémité et tire le coquillage de haut en + bas. Il faut très-peu de temps pour qu’un Manche de couteau ait pénétré + à une profondeur de 50 centimètres.</p> + + <p>Les <i>Dattes de mer</i>, les <i>Pétricoles</i>, les <i>Saxicaves</i> + et les <i>Pholades</i> se pratiquent une résidence dans le bois et + dans les pierres. Leur cellule semble faite avec un emporte-pièce. Les + Mollusques y sont logés étroitement, comme dans un étui, à pli de corps.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_264">264</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-264" style="width: 225px;"> + <img src="images/page-264.jpg" alt="" width="165" height="322" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-264.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PHOLADE DANS LA PIERRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pholas dactylus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Comment ces animaux parviennent-ils à creuser les matières les plus + dures? Aldrovande croyait qu’ils naissaient dans le sein même de la + roche, pendant qu’elle était encore molle. Réaumur pensait qu’ils + y entraient à cette même époque. Mais comment naissaient-ils ou + s’introduisaient-ils dans le bois? D’autres ont supposé que le courant + d’eau déterminé par leur respiration entamait à la longue les solides, + comme la goutte d’eau use le granit. Mais la loge d’une Pholade est + creusée en quelques mois! Suivant quelques-uns, le pied et le bord du + manteau, pénétrés de particules siliceuses, frottent le roc comme du + papier de verre, et râpent peu à peu le calcaire ou le silex. Suivant + d’autres, le Mollusque est pourvu d’un liquide dissolvant qui attaque + la substance dans laquelle il veut entrer. Enfin, un grand nombre + soutiennent que l’animal perfore par un mouvement rotatoire de sa + coquille, laquelle agit comme une sorte de tarière. Ces deux dernières + opinions paraissent les seules vraies. Les <span class="pagenum" id="Page_265">265</span> bivalves qui se logent + dans les calcaires tendres y entrent, les uns à l’aide d’une sécrétion + acide, les autres par un moyen mécanique. Les bivalves qui creusent + le gneiss, le grès, le bois, se servent du moyen mécanique seulement + (Caillaud). Tous ces Mollusques pénètrent de plus en plus profondément, + et rendent leur demeure de plus en plus spacieuse à mesure qu’ils + grossissent.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-265" style="width: 350px;"> + <img src="images/page-265.jpg" alt="" width="279" height="314" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-265.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MODIOLES LITHOPHAGES DANS LE ROCHER.</p> + </div> + </div> + + <p>La perforation des bivalves est en définitive un combat entre un corps + dur et un corps mou, singulier combat dans lequel le corps mou a le + dessus. Pourquoi triomphe-t-il? Parce que la vie domine et dominera + toujours la matière. Le corps mou est animé, et le corps dur est inerte!</p> + + <p>Il est des bivalves qui produisent une soie résistante, brune ou + dorée, dont ils forment des câbles (<i>byssus</i>) qui les amarrent + solidement aux rochers. Chez les <i>Moules</i>, le byssus est court et + rude; chez les <i>Pinnes</i>, il est long et soyeux. On a essayé de + filer et de tisser ce dernier. Les habitants de Tarente en font des + gants et des bas. On en fabrique aussi des draps d’un brun fauve assez + brillant, <span class="pagenum" id="Page_266">266</span> recherchés pour leur finesse et leur moelleux. On en + a vu de très-beaux, à Paris, à l’exposition de l’an IX et à celle de + 1855. M. J. Cloquet a offert, l’année dernière, à la Société zoologique + d’acclimatation, une paire de mitaines faites de byssus de Pinne.</p> + + <p>Chez quelques espèces, le byssus sert au Mollusque, non-seulement + à s’attacher aux divers corps, mais encore à réunir ensemble de + petites pierres, des morceaux de corail, des fragments de coquilles + et d’autres matières solides, dont l’ensemble compose un manteau + raboteux, dans lequel elles attendent leur proie, patiemment et à + l’abri (Draparnaud). En construisant cette enveloppe, le Mollusque, + par un artifice singulier, file et tisse la matière de son byssus, + la tapisse intérieurement d’une couche plus fine et plus unie, et la + renforce extérieurement avec les petits corps durs dont il vient d’être + question, qu’il associe avec adresse et maçonne avec solidité. Son + travail est donc en même temps, celui du tisserand, celui du tapissier + et celui du maçon!</p> + + <p>Ainsi vêtus d’un habillement calcaire ou d’un manteau feutré, enfoncés + dans une roche ou attachés par un câble, les bivalves, animaux + très-mous et très-délicats, peuvent vivre sans avaries et sans trouble, + au milieu d’un élément toujours agité, quelquefois turbulent, souvent + terrible!...</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les plus petits bivalves ont à peine un demi-millimètre de longueur.</p> + + <p>L’espèce la plus grande, la <i>Tridacne gigantesque</i><a id="FNanchor_95" href="#Footnote_95" class="fnanchor">[95]</a>, peut <span class="pagenum" id="Page_267">267</span> + dépasser un mètre. On l’appelle vulgairement <i>Bénitier</i>, parce + qu’on se sert de ses valves, dans les églises, comme réservoirs d’eau + bénite. Il en existe un bel échantillon à Montpellier, dans l’église de + Sainte-Eulalie. Il y en a deux autres encore plus grands, à Paris, dans + l’église de Saint-Sulpice. Ces derniers avaient été envoyés en présent + à François I<sup>er</sup>, par la république de Venise. Le curé Languet se les + fit donner par Louis XIV. On dit que l’animal de ce bivalve, isolé, + peut atteindre le poids de 15 kilogrammes, et que chaque valve peut + dépasser celui de 300!</p> + + <p>Le manteau des Acéphales est une sorte de tunique membraneuse + très-grande, à deux pans, épaissie et même frangée sur les bords. Ce + manteau les protége, et il est lui-même protégé par les deux volets de + la coquille.</p> + + <p>L’animal possède quelquefois des yeux et des oreilles; mais, comme il + n’a pas de tête pour les porter, ses yeux sont placés à la marge du + manteau, et ses oreilles dans le ventre!.....</p> + + <p>Les <i>Tellines</i>, les <i>Pinnes</i>, les <i>Arches</i>, les + <i>Pétoncles</i>, ont des organes oculaires assez distincts, mais + très-petits. Ces animaux sont, du reste, très-myopes, et le grand jour + les éblouit.....</p> + + <p>Les oreilles sont de petites ampoules qui contiennent un caillou + microscopique suspendu dans une goutte d’eau.....</p> + + <p>Lorsque l’on compare entre eux les organes des diverses espèces + animales, on reconnaît bientôt qu’ils passent de l’état le plus simple + à l’état le plus compliqué par des nuances infinies. Mais les parties + de ces mêmes organes n’arrivent pas toutes à la même perfection d’un + pas égal. Il en est même qui s’arrêtent en route, pendant que d’autres + accomplissent leur évolution.</p> + + <p>Ce qui a lieu entre les éléments d’un même organe s’effectue de la + même manière entre les organes d’un même <span class="pagenum" id="Page_268">268</span> appareil ou entre les + appareils d’un même organisme<a id="FNanchor_96" href="#Footnote_96" class="fnanchor">[96]</a>. Il semble même exister une harmonie + compensatrice qui préside à ces inégalités de développement, souvent si + prononcées, accordant à certaines parties ce qu’elle refuse à d’autres, + de telle sorte que le budget de la nature se maintient toujours dans un + équilibre parfait. (Gœthe.)</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>C’est parmi les Mollusques Acéphales que se trouvent les redoutables + animaux marins connus sous le nom de <i>Tarets</i>.</p> + + <p>Ces Vandales d’un nouveau genre attaquent tous les bois submergés, + à peu près comme les larves de certains insectes attaquent les bois + exposés à l’air. En quelques mois, en quelques semaines, des planches + épaisses, des poutres de sapin, des madriers de chêne, sont vermoulus + de manière à n’offrir aucune résistance et à céder au moindre choc. On + a vu des navires s’ouvrir en pleine mer sous les pieds des marins, que + rien n’avait avertis du danger.</p> + + <p>Linné appelait les Tarets, la <i>calamité des navires</i> (<i xml:lang="la" lang="la">calamitas + navium</i>).</p> + + <p>Dans le commencement du siècle dernier, la moitié de la Hollande + faillit périr sous les flots, parce que les pilotis de toutes ses + grandes digues avaient été minés par les Tarets. Il en coûta des + millions pour résister aux désordres produits par un chétif animal!</p> + + <p>Les Tarets ont le corps allongé, vermiforme, mou, demi-transparent, + <span class="pagenum" id="Page_269">269</span> d’un blanc légèrement grisâtre, terminé à une extrémité par une + partie arrondie, improprement appelée <i>tête</i>, et à l’autre par une + sorte de queue bifurquée.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-269" style="width: 200px;"> + <img src="images/page-269.jpg" alt="" width="111" height="391" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-269.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TARET COMMUN<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Teredo navalis</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Ils peuvent atteindre jusqu’à 35 centimètres de longueur.</p> + + <p>Ils sont enfouis dans un long étui creusé aux dépens du bois, la partie + céphalique au fond et la queue bifide en haut.</p> + + <p>Les parois de l’étui sont revêtues d’un enduit mucoso-calcaire + blanchâtre, très-fin, qui en rend les murs à la fois plus unis et plus + solides.</p> + + <p>La partie arrondie ou céphalique du Mollusque offre deux petites + valves très-minces et très-fragiles, semblables à deux demi-coques de + noisette. Ces valves sont immobiles et ne protégent qu’une très-faible + portion de l’animal.</p> + + <p>Les Tarets forment en quelque sorte le passage entre les Acéphales nus + et les Acéphales bivalves.</p> + + <p>Leur manteau constitue une espèce de fourreau charnu; <span class="pagenum" id="Page_270">270</span> il se divise + en deux tubes que le Mollusque allonge et raccourcit à volonté. L’un + de ces tubes sert à introduire l’eau aérée, qui va baigner les organes + de la respiration et apporter jusque dans la bouche les molécules + organiques dont le bivalve se nourrit. L’autre rejette au dehors cette + eau épuisée, ainsi que les résidus de la digestion qu’elle entraîne en + passant.</p> + + <p>Les organes du Taret, au lieu d’être placés <i>à côté</i> les uns des + autres, sont disposés les uns <i>derrière</i> les autres, à cause de la + forme étroite et allongée de l’animal.</p> + + <p>Quand on réfléchit à la <i>mollesse</i> des Tarets, on a peine à + comprendre comment ils peuvent entamer et détruire les bois les plus + durs.</p> + + <p>La larve de ce Mollusque est pourvue d’une couronne de cils natatoires. + Elle nage avec facilité, monte et descend, cherchant le bois dans + lequel elle doit pénétrer. Quand elle a rencontré une pièce à sa + convenance, elle se promène quelque temps à sa surface, à la manière + des chenilles arpenteuses. Elle y exerce une pression en se mouvant + de droite à gauche et de gauche à droite, et pratique d’abord un tout + petit godet dans lequel elle loge la moitié de son corps. Le jeune + Taret se recouvre alors d’une couche de substance muqueuse qui se + condense, brunit un peu, et offre au centre un et quelquefois deux + petits trous pour le passage des siphons. Cette première couche, + qui le lendemain, et surtout le troisième jour, devient calcaire, + est l’origine du tube de l’animal. On ne peut voir ce qui se passe + au-dessous, à cause de son opacité. Mais en sacrifiant et en détachant + du bois quelques jeunes individus, on reconnaît que l’animal sécrète + avec une très-grande promptitude une nouvelle coquille blanche, tout à + fait semblable à celle de l’adulte, parsemée, comme cette dernière, de + stries à dentelures très-fines.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_271">271</span></p> + + <p>L’apparition de la nouvelle coquille coïncide si exactement avec la + térébration du bois et la formation rapide d’un trou relativement + profond, qu’on doit la considérer évidemment comme l’instrument + principal de la perforation.</p> + + <p>Le jeune Taret mange les molécules du bois râpé. (L. Laurent.)</p> + + <p>On protége les bois contre les ravages des Tarets en enfonçant dans + leur tissu des clous à grosse tête. Ces clous se rouillent par l’action + de l’eau salée, et le bois se trouve bientôt couvert d’une épaisse + cuirasse d’oxyde de fer. Les Tarets éprouvent une forte antipathie + contre la rouille et respectent le bois qui en est imprégné. On + pourrait encore empoisonner le tissu ligneux avec le procédé bien connu + du docteur Boucherie. On garantit les navires en les doublant de cuivre.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_273">273</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_20" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XX<br /> + <span class="h2line2">L’HUITRE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4">«<i xml:lang="la" lang="la">Mensarum palma et gloria!</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Pline.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les sociétés protectrices des animaux accordent des récompenses aux + personnes sensibles qui ont entouré de soins affectueux la vieillesse + des chiens et des chevaux; elles recommandent les bons traitements et + la douceur envers tous les quadrupèdes, voire même envers les oiseaux, + et blâment sévèrement les hommes endurcis qui les frappent, les + blessent, les torturent<a id="FNanchor_97" href="#Footnote_97" class="fnanchor">[97]</a>. Dans leur excès de zèle, elles voudraient + même décider l’autorité à défendre aux professeurs, dans les écoles + vétérinaires et dans les facultés, de faire des opérations et des + expériences sur les animaux vivants.</p> + + <p>On sait que le <i>fidèle ami de l’homme</i> était déjà, du temps + <span class="pagenum" id="Page_274">274</span> de Linné, une des principales victimes des expérimentateurs + (<i xml:lang="la" lang="la">anatomicorum victima!</i>).</p> + + <p>D’un autre côté, la loi Gramont punit les charretiers et les cochers + qui traitent leurs solipèdes un peu trop brutalement.</p> + + <p>Eh bien! les sociétés protectrices et la loi Gramont n’ont jamais rien + dit sur la conduite barbare des hommes..... envers les pauvres Huîtres!</p> + + <p>Essayons de combler cette lacune.</p> + + <p>On commence par pêcher les Huîtres, c’est-à-dire par les tirer de + leur élément. On les place ensuite dans des parcs d’eau plus ou + moins saumâtre, malpropre, remplie d’une vilaine matière verte, qui + s’introduit peu à peu dans leur appareil respiratoire, l’imprègne, + l’obstrue et le colore. L’Huître se gonfle, engraisse, et arrive + bientôt à un état d’obésité voisine de la maladie.</p> + + <p>Quand la misérable n’en peut plus et que son séjour dans un pareil + milieu l’a rendue d’un vert livide, on la pêche une seconde fois. + Hélas! elle ne doit plus revoir ni la mer, ni son parc, ni son + rocher natal! Elle n’aura d’autre eau à sa disposition que la petite + quantité de liquide retenue entre ses deux coquilles, quantité à peine + suffisante pour l’empêcher d’être asphyxiée.</p> + + <p>Bientôt les Huîtres sont enfermées dans une bourriche étroite et + obscure (prison ignoble, sans porte ni fenêtre!). On oublie que ce sont + des animaux; on les empile comme une marchandise inerte, on les entasse + comme des pavés...</p> + + <p>La bourriche est emportée et secouée par un chemin de fer. Elle + s’arrête devant un restaurant.</p> + + <p>Nous voici au moment le plus critique pour les malheureuses bêtes. Une + femme sans pitié les saisit l’une après l’autre; avec un gros couteau + ébréché, elle ampute brutalement la partie de leur corps adhérente à la + coquille plate, <span class="pagenum" id="Page_275">275</span> et détache violemment cette coquille, après avoir + rompu la charnière<a id="FNanchor_98" href="#Footnote_98" class="fnanchor">[98]</a>.</p> + + <p>Cette cruelle opération terminée, l’animal est exposé aux courants + d’air, sans aucune précaution. On l’apporte tout souffrant sur une + table. Là un gastronome impitoyable jette du poivre pulvérisé ou du jus + de citron (c’est-à-dire des acides citrique et malique) sur le corps + de l’infortunée et sur la blessure encore saignante. Eheu! Puis avec + un petit couteau d’argent, <i>qui ne coupe jamais</i>, on incise une + seconde fois la reine des Mollusques, ou, pour mieux dire, on la scie, + on la déchire, on l’arrache de son battant concave. On la saisit avec + deux crocs pointus qu’on enfonce dans son foie et dans son estomac, + et on la précipite dans la bouche. Les dents la pressent, l’écrasent, + la broient toute vivante et toute palpitante, réduisant à une masse + informe ses organes d’abord meurtris, puis triturés, imbibés de son + sang, de sa graisse et de sa bile!!!</p> + + <p>On dira peut-être que les Huîtres n’ont ni tête, ni jambes, ni bras; + qu’elles sont sans yeux, sans oreilles et sans nez; qu’elles ne bougent + pas, qu’elles ne crient pas!.....</p> + + <p>D’accord! parfaitement d’accord! mais tous ces caractères négatifs ne + les empêchent pas d’<i>être sensibles</i>. Deux célèbres Allemands, MM. + Brandt et Ratzeburg, ont montré qu’elles possèdent un système nerveux + assez développé. Or, si elles sont sensibles, elles peuvent souffrir. + Ce qu’il fallait démontrer<a id="FNanchor_99" href="#Footnote_99" class="fnanchor">[99]</a>!</p> + + <p>Hâtons-nous toutefois de tranquilliser les pêcheurs, les éducateurs, + les vendeurs, les ouvreuses et les consommateurs! <span class="pagenum" id="Page_276">276</span> On excuse + l’indifférence des sociétés protectrices et le mutisme de la loi + Gramont, par l’énorme différence qui existe entre ces Mollusques + imparfaits et les animaux supérieurs, différence si grande, que leur + physionomie ne rappelle pas l’idée que les gens du monde se font + d’un animal. Ce sont des citoyens d’un autre élément que le nôtre, + vivant dans un milieu où nous ne vivons pas, offrant une structure + dégradée, une vitalité obscure, des mouvements indécis et des mœurs + insaisissables..... On peut donc les voir mutiler, les mutiler + soi-même, les mâcher et les avaler sans émotion et sans remords!</p> + + <p>Un savant des bords de la mer se fit un jour apporter une douzaine + d’Huîtres. Il voulait étudier leur organisation. Il les tourna, les + retourna, examina leurs diverses parties en dehors et en dedans, les + dessina et les décrivit. Après son travail, ces intéressants Mollusques + n’avaient rien perdu de leurs excellentes qualités, et leur étude ne + <i>porta aucun préjudice à la consommation</i>.</p> + + <p>Cette histoire nous paraît apocryphe; parce que généralement, quand on + a disséqué une bête, bien ou mal, on n’est guère tenté de la manger. + Il y a plus: les zoologistes, qui connaissent <i xml:lang="la" lang="la">ex professo</i> + l’organisation des Huîtres, cherchent ordinairement à ne pas penser à + leurs dissections passées, ou à s’étourdir sur leur savoir, quand ils + veulent savourer sans répugnance ces très-estimables animaux.</p> + + <p>C’est pourquoi nous avons hésité quelque temps à placer dans cet + ouvrage un exposé plus ou moins anatomique de ce qu’on a écrit sur les + organes de nos illustres et malheureux bivalves.....</p> + + <p>Du reste, nous supplions le lecteur, s’il est au moment de déjeuner + avec des Huîtres, de ne pas lire les détails que nous allons donner. + Nous ne voulons dégoûter personne.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_277">277</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Supposons devant nos yeux une Huître bien grasse, bien fraîche, bien + ouverte, bien épanouie dans son battant concave.</p> + + <p>Nous voyons d’abord un animal très-aplati, compacte, mou, + demi-transparent, grisâtre ou gris verdâtre. Sa figure ressemble + grossièrement à celle d’un ovale dont on aurait tronqué le petit bout. + La partie tronquée répond à la charnière des battants et représente + le sommet du coquillage. La ligne courbe qui naît à gauche forme sa + partie antérieure; celle qui naît à droite, et qui est moins arrondie, + représente sa région postérieure ou son dos, et le gros bout de l’ovale + représente sa partie inférieure. Au sommet de l’animal, on aperçoit + un corps semblable à un petit coussin irrégulièrement quadrilatère et + légèrement renflé.</p> + + <p>L’Huître est revêtue d’un <i>manteau</i> très-ample, mince, lisse, + contractile, plié sur lui-même, offrant deux lobes séparés dans la + plus grande partie de sa circonférence, c’est-à-dire en avant, au gros + bout de l’ovale, et en arrière, vers la partie inférieure. Ce manteau + peut être comparé à une sorte de capuchon fortement comprimé, dont le + sommet serait tourné vers la charnière. Les bords de cette tunique + sont légèrement épaissis; on y remarque une multitude de petits corps + ciliés, disposés sur un rang du côté intérieur, qui est comme frangé, + et sur trois ou quatre rangs du côté extérieur, qui est comme plissé + et festonné. Ces corps paraissent doués d’une sensibilité assez vive. + L’animal peut les allonger et les raccourcir à volonté.</p> + + <p>Si l’on écarte les lobes du manteau en avant, on observe <span class="pagenum" id="Page_278">278</span> à + l’endroit de leur réunion, dans l’intérieur du repli, quatre pièces + irrégulièrement triangulaires, plates, appliquées les unes contre + les autres. Ce sont les parties de l’animal chargées de choisir + sa nourriture et de l’introduire dans la bouche. On les appelle + <i>tentacules</i> ou <i>palpes labiaux</i>. La <i>bouche</i> est située + au milieu; elle paraît grande et dilatable; elle s’ouvre immédiatement + dans l’<i>estomac</i>. Celui-ci a la forme d’une poche cylindrique; + il est caché dans l’intérieur du coussinet quadrilatère. De la partie + postérieure de l’estomac part un <i>intestin</i> grêle, sinueux, + qui se dirige obliquement vers le côté antérieur, descend un peu, + puis remonte, passe derrière la cavité stomacale, se boucle en haut + d’arrière en avant, descend vers le dos, et se termine à sa partie + moyenne par un canal flottant, dont l’extrémité est à peu près en + forme d’entonnoir. Là on trouve l’ouverture par où sont expulsés les + excréments.</p> + + <p>L’estomac et l’intestin sont entourés de tous côtés et pressés par une + matière épaisse, noirâtre, abondante, pénétrée d’une liqueur d’un jaune + foncé. Cette matière n’est autre chose que le <i>foie</i>; la liqueur + jaune, c’est la <i>bile</i>.</p> + + <p>Ainsi, en résumant, on peut dire que les Huîtres ont l’estomac et + l’intestin dans le foie, l’ouverture de la bouche sur l’estomac et + l’ouverture de l’intestin dans le dos.</p> + + <p>Depuis longtemps, les gastronomes ont constaté que le coussinet + quadrilatère était, dans nos coquillages, la partie la plus savoureuse + et la plus excitante. Aussi, aux environs de Cette, où les Huîtres + sont fort grandes, certains amateurs, très-distingués, adoptent + et proclament le principe de diviser transversalement le corps du + Mollusque et de manger seulement le coussinet. L’histoire naturelle a + expliqué cette petite découverte de la gastronomie. Elle a reconnu que + c’est la bile sécrétée par le foie et contenue <span class="pagenum" id="Page_279">279</span> dans sa substance, + qui active, qui effrite chez nous la surface gustative de la langue et + du palais, et qui vient encore en aide aux fonctions de l’estomac.</p> + + <p>Au-dessous du foie paraît le <i>cœur</i> (car les Huîtres ont un + cœur), composé de deux cavités distinctes, une <i>oreillette</i> et un + <i>ventricule</i>: la première presque carrée, à parois épaisses et + d’un brun noir; la seconde en forme de petite poire, à parois minces + et comme grise. Les deux angles antérieurs de l’oreillette reçoivent + chacun un gros <i>vaisseau</i>, dans lequel s’ouvrent trois autres + conduits formés par la réunion de plusieurs veines déliées. La pointe + du ventricule donne naissance à un <i>canal</i> qui se sépare, à + sa sortie, en trois branches divergentes: l’une qui se dirige vers + la bouche et les tentacules; la seconde, qui se rend au foie; la + troisième, qui fournit aux parties inférieures et postérieures du + Mollusque.</p> + + <p>Le cœur entoure étroitement, embrasse, si l’on veut, la partie + terminale de l’intestin, le <i>rectum</i>; de telle sorte que celui-ci + semble passer sans façon au milieu du noble organe, pour arriver plus + vite à sa porte de sortie. Quand le cœur se contracte, il pousse le + sang, mais il pousse aussi bien autre chose!... O bizarrerie des + bizarreries!</p> + + <p>Le <i>sang</i> est incolore. Il arrive vivifié dans la cavité de + l’oreillette. Celle-ci se contracte et le verse dans le ventricule. + Cette poche se contracte à son tour, le précipite dans le gros vaisseau + qui en naît, et le répand dans tout le corps.</p> + + <p>Les Huîtres respirent au sein de l’eau. La nature leur a donné des + organes pour séparer de ce liquide la petite quantité d’air qui s’y + trouve mêlée. C’est l’oxygène de cet air qui vivifie le sang et qui le + renouvelle. Les parties respiratoires sont deux paires de feuillets, + ou <i>branchies</i>, courbes comme des arcs, formés d’une double série + de <span class="pagenum" id="Page_280">280</span> canaux très-fins et très-serrés, attachés transversalement + et disposés avec beaucoup de symétrie: on dirait les dents d’un joli + peigne. Ils sont cachés sous les bords libres du manteau. Ils naissent + près des tentacules, et se terminent vers le milieu de la partie + postérieure. Les externes sont plus courts que les internes.</p> + + <p>Les Huîtres, étant sans tête, ne devaient pas offrir de <i>cerveau</i>. + Il est remplacé par un petit corps blanchâtre, bilobé, situé près de la + bouche. De ce corps naissent deux <i>nerfs</i> déliés qui embrassent + le foie et l’estomac, et vont aboutir à un autre renflement, de même + nature et de même forme, placé au-dessous de ces organes.</p> + + <p>Le premier renflement fournit des nerfs à la bouche et aux tentacules; + le second en donne aux feuillets de la respiration.</p> + + <p>Les Huîtres n’ont point d’organes pour voir, ni pour entendre, ni pour + flairer. Le toucher réside, chez elles, dans les quatre tentacules + de la bouche. Le goût a son siége autour de ce dernier orifice, et + peut-être à la surface interne des tentacules intérieurs. Il semble + fort obscur.</p> + + <p>Les Huîtres sont peut-être, de tous les coquillages, ceux dont les + facultés paraissent le plus bornées. En les rendant à peu près + immobiles dans leur station, en les emprisonnant à perpétuité dans + leur coquille, et en leur refusant des sexes séparés, ainsi qu’on le + verra plus loin, la Providence ne pouvait guère leur donner des besoins + et des désirs bien nombreux, bien variés et surtout bien ardents; + elle en fait des animaux presque apathiques, vivant et digérant dans + une douce quiétude voisine de l’indifférence. Toutefois, comme ces + Mollusques sont essentiellement sociaux et composent ordinairement des + agglomérations extrêmement considérables, il ne serait pas impossible + que, malgré leur faible intelligence, il n’y ait chez les <span class="pagenum" id="Page_281">281</span> Huîtres + des sympathies et des répulsions..... nous n’osons pas dire des + rivalités et des tracasseries!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-281" style="width: 404px;"> + <img src="images/page-281.jpg" alt="" width="404" height="246" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-281.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GROUPE D’HUÎTRES.</p> + </div> + </div> + + <p>Il n’existe, chez nos bivalves, qu’un appareil très-simple et + très-imparfait pour la locomotion. Il ne faut pas s’étonner si ces + coquillages demeurent à peu près toute leur vie sur le rocher où + ils ont pris naissance. L’organe des mouvements est immédiatement + au-dessous du cœur. C’est un corps charnu, épais, moitié grisâtre, + moitié blanc, qui traverse le manteau des deux côtés et va s’attacher + vers le milieu des valves. L’écaillère coupe en travers ce corps + charnu, quand elle veut ouvrir une Huître et la dépouiller d’un + battant. Nous incisons ce muscle une seconde fois, quand nous voulons + manger le malheureux Mollusque.</p> + + <p>C’est en contractant fortement le corps dont il s’agit, que l’Huître se + tient hermétiquement enfermée dans son habitation. Lorsqu’elle relâche + son muscle, un <i>ligament élastique</i>, placé à la charnière, agit + sur les volets et les écarte l’un de l’autre. On assure qu’en ouvrant + et en fermant plusieurs fois et brusquement ces deux battants, l’animal + réussit à changer sa position, et parvient même à se traîner un peu sur + son rocher; mais je n’ose y croire.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_282">282</span></p> + + <p>Voltaire écrivait en 1767: «Je suis toujours embarrassé de savoir + comment les Huîtres font l’amour<a id="FNanchor_100" href="#Footnote_100" class="fnanchor">[100]</a>.»</p> + + <p>Les Huîtres possèdent les deux sexes. Elles remplissent donc à la + fois les rôles paternel et maternel. Ce qui paraîtra tout aussi + singulier, c’est que les organes de la fécondité n’apparaissent, chez + nos Mollusques, comme les fleurs dans les végétaux, qu’à l’époque + déterminée où leur fonction doit s’accomplir. Passé ce temps, ils se + flétrissent et disparaissent.</p> + + <p>Les <i>œufs</i> sont logés entre les lobes du manteau et entre les + feuillets respiratoires. Leur nombre est très-considérable. Suivant + Baster, un seul individu peut en porter 100 000. Suivant Poli, il en + produirait jusqu’à 1 million 200 000, et suivant Leuwenhoeck, jusqu’à + 10 millions. D’après les naturalistes modernes, le nombre est d’environ + 2 millions. Ce qui paraît très-raisonnable.</p> + + <p>Ces œufs sont jaunâtres.</p> + + <p>Ils éclosent dans le sein du Mollusque, qui met au monde ses petits en + respirant.</p> + + <p>Les jeunes Huîtres forment un nuage blanchâtre vivant, plus ou moins + épais, qui trouble un moment la transparence du liquide, s’éloigne du + foyer dont il émane, et que les mouvements de l’eau dispersent. (Coste.)</p> + + <p>Ces larves sont pourvues d’un appareil transitoire de natation qui leur + permet de se répandre au loin, et d’aller à la recherche d’un corps + solide où elles puissent s’attacher. Cet appareil se compose d’une + sorte de bourrelet sinueux, couvert de cils nombreux et serrés; il sort + des valves et y rentre à volonté. Il est muni de muscles puissants + destinés à le mouvoir (Davaine).</p> + + <p>A l’aide de cet appareil, les jeunes Huîtres peuvent <i>nager</i> <span class="pagenum" id="Page_283">283</span> + avec facilité. Quand elles ont quitté leur mère, elles flottent autour + de celle-ci. On assure que dans les commencements, au moindre danger, + elles se réfugient entre les valves maternelles.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-283" style="width: 409px;"> + <img src="images/page-283.jpg" alt="" width="409" height="185" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-283.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">JEUNES HUÎTRES AVEC LEURS CILS NATATOIRES.</p> + </div> + </div> + + <p>Bientôt les larves se fixent à quelque corps résistant. Elles s’y + accroissent, y prospèrent et arrivent à l’état adulte. Il faut environ + trois ans pour que le Mollusque ait acquis une taille ordinaire. + (Coste.)</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Huîtres aiment à vivre sur les côtes, à une faible profondeur et + dans une eau peu agitée. Elles se développent quelquefois en masses + considérables. C’est ce qu’on appelle <i>bancs d’Huîtres</i>.</p> + + <p>Il est de ces bancs qui ont plusieurs kilomètres d’étendue et qui + semblent inépuisables. On en découvrit un, en 1819, près d’une des îles + de la Zélande, qui alimenta les Pays-Bas pendant un an en si grande + abondance, que le prix de ces Mollusques était tombé à un franc le + cent. Mais, comme ce banc était placé presque au niveau de la basse + mer, l’hiver étant rigoureux, il fut entièrement détruit. (Deshayes.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_284">284</span></p> + + <p>Les espèces d’Huîtres qu’on mange en France sont:</p> + + <p>Sur les côtes de l’Océan, l’<i>Huître commune</i><a id="FNanchor_101" href="#Footnote_101" class="fnanchor">[101]</a> et le + <i>Pied-de-cheval</i><a id="FNanchor_102" href="#Footnote_102" class="fnanchor">[102]</a>.</p> + + <p>Sur les côtes de la Méditerranée, l’<i>Huître rosacée</i><a id="FNanchor_103" href="#Footnote_103" class="fnanchor">[103]</a> et le + <i>Pelocestiou</i><a id="FNanchor_104" href="#Footnote_104" class="fnanchor">[104]</a>.</p> + + <p>Et en Corse, l’<i>Huître lamelleuse</i><a id="FNanchor_105" href="#Footnote_105" class="fnanchor">[105]</a>.</p> + + <p>On trouve encore dans la Méditerranée, l’<i>Huître en crête</i><a id="FNanchor_106" href="#Footnote_106" class="fnanchor">[106]</a> et + l’<i>Huître plissée</i><a id="FNanchor_107" href="#Footnote_107" class="fnanchor">[107]</a>. Mais ces dernières sont petites et peu + recherchées.</p> + + <p>Dans les ports de mer, on distingue ces Mollusques suivant les endroits + de la mer où ils ont été récoltés. Il y a les Huîtres arrachées des + lits profonds (ce sont les moins estimées), celles des bancs rapprochés + de la côte et celles des parcs artificiels.</p> + + <p>L’Huître commune présente en France deux variétés principales, qui + diffèrent par la taille et par la délicatesse. Ce sont l’Huître de + <i>Cancale</i> et l’Huître d’<i>Ostende</i>. Quand la première a + séjourné quelque temps dans un parc, et qu’elle a pris une couleur + verdâtre, on la désigne sous le nom d’Huître de <i>Marennes</i>. Nous + parlerons tout à l’heure de la nature et de la source de sa coloration.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>L’Huître ordinaire est <i>la palme et la gloire de la table</i>. «Elle + peut être considérée comme l’aliment digestible par excellence; c’est + la base de toutes les substances capables <span class="pagenum" id="Page_285">285</span> de nourrir et de guérir + sans effort l’estomac; c’est le premier degré de l’échelle des plaisirs + de la table réservés par la Providence aux estomacs délicats, aux + malades et aux convalescents<a id="FNanchor_108" href="#Footnote_108" class="fnanchor">[108]</a>.</p> + + <p>«L’expérience, d’ailleurs, a si bien démontré ces vérités + gastronomiques, qu’il n’est pas de festin, de repas digne des + connaisseurs, où l’Huître ne figure honorablement et en première ligne. + C’est elle, en effet, qui ouvre les voies, qui les excite doucement, + qui semble commander à l’estomac à se préparer aux sublimes fonctions + de la digestion; en un mot, l’Huître est la clef de ce paradis qu’on + nomme l’appétit.</p> + + <p>«Il n’est point de substance alimentaire, sans même en excepter + le pain, qui ne produise des indigestions dans une circonstance + donnée; les Huîtres, jamais! C’est un hommage qui leur est dû. On + peut en manger aujourd’hui, demain, toujours, en manger à profusion, + l’indigestion n’est point à redouter.» (Reveillé-Parise.)</p> + + <p>On a vu des personnes engloutir sans inconvénient des quantités énormes + de ces Mollusques. On assure que le docteur Gastaldi (il fut frappé + d’apoplexie à table, devant un pâté de foie gras) avalait impunément + trente à quarante douzaines d’Huîtres. Tout un banc y aurait passé<a id="FNanchor_109" href="#Footnote_109" class="fnanchor">[109]</a>.</p> + + <p>Montaigne a dit: «Être sujet à la colique ou se priver de manger des + Huîtres, ce sont deux maux pour un; puisqu’il faut choisir entre les + deux, hasardons quelque chose à la suite du plaisir.»</p> + + <p>D’après M. Payen, seize douzaines d’Huîtres représentent <span class="pagenum" id="Page_286">286</span> les + 315 grammes de substance azotée sèche nécessaires à la nourriture + journalière d’un homme de moyenne taille. Par conséquent, pour + alimenter cent personnes pendant un jour, uniquement avec ces + Mollusques, il en faudrait <i>dix-neuf mille deux cents!</i></p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>On pêche les Huîtres de différentes manières. Autour de Minorque, des + plongeurs intrépides, armés d’un marteau attaché à leur main droite, + descendent jusqu’à douze brasses de profondeur, et chargent leur + bras gauche d’un certain nombre de bivalves. Deux marins s’associent + d’ordinaire pour cette récolte. Ils plongent alternativement et + remplissent souvent leur bateau.</p> + + <p>Sur les côtes de France et sur les côtes d’Angleterre, la pêche dont + il s’agit s’effectue avec la drague. Chaque embarcation est montée par + deux hommes et pourvue de deux engins pesant 9 kilogrammes en moyenne. + Ces dragues sont attachées au bout d’une corde. On les descend dans la + mer; elles sillonnent les fonds, raclent, détachent et ramassent les + Huîtres qui s’y trouvent.</p> + + <p>On divise les bancs naturels en plusieurs zones qu’on exploite + successivement et qu’on laisse reposer pendant un temps déterminé, de + manière que les zones puissent se repeupler facilement et régulièrement.</p> + + <p>Sur la côte de Campêche, au Mexique, les Huîtres s’établissent entre + les racines submergées des Mangliers, et s’y développent en quantités + considérables. Les Indiens coupent les branches radicales de ces + arbres, sans en détacher les grappes de bivalves, et portent au marché + de véritables <i>régimes</i> d’Huîtres. (Jourdanet.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_287">287</span></p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>A différentes époques on a eu l’idée de <i>cultiver</i> les Huîtres. + Sergius Orata, suivant Pline, est le premier qui imagina de les parquer + dans les environs de Baies, au temps de l’orateur L. Crassus, avant + la guerre des Marses. Ce fut le même Sergius qui fit la réputation + des Huîtres du lac Lucrin, en leur attribuant le premier une saveur + exquise. Alors, comme aujourd’hui, remarque Reveillé-Parise, les + industriels spéculaient sur les faiblesses et sur la gourmandise + humaines.....</p> + + <p>Sergius avait réellement créé une industrie, dont les pratiques sont + encore suivies à quelques milles du lieu où il l’avait exercée, ainsi + que M. Coste l’a démontré tout récemment. Pour exprimer le degré de + perfection où Sergius avait porté cette industrie, ses contemporains + disaient de lui, par allusion aux bancs suspendus dont il était + l’inventeur, que si on l’empêchait d’élever des Huîtres dans le lac + Lucrin, il saurait <i>en faire pousser sur les toits</i>.</p> + + <p>Qu’est devenu ce fameux lac? Hélas! il n’existe plus; tout a disparu. + Le président des Brosses, ce spirituel et malin voyageur, gourmand + achevé, voulut voir ce lac célèbre. Voici ce qu’il en dit: «Ce n’est + plus qu’un mauvais margouillis bourbeux. Ces Huîtres précieuses du + grand-père de Catilina, qui adoucissent à nos yeux l’horreur des + forfaits de son petit-fils, sont métamorphosées en malheureuses + anguilles qui sautent dans la vase. Une vilaine montagne de cendres, de + charbon et de pierres ponces, qui, en 1538, s’avisa de sortir de terre, + tout en une nuit, comme un champignon, a réduit ce pauvre lac dans le + triste état que je vous raconte.»</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_288">288</span></p> + + <p>Rondelet parle d’un pêcheur qui connaissait l’art de <i>semer</i> les + Huîtres.</p> + + <p>On sait aujourd’hui que le terrible Achéron des poëtes, le lac Fusaro + des Napolitains, est une grande, une très-grande <i>huîtrière</i>, où + l’industrie aide la nature dans la multiplication de ses produits.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-288" style="width: 450px;"> + <img src="images/page-288.jpg" alt="" width="409" height="297" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-288.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BANC D’HUÎTRES ARTIFICIEL ENTOURÉ DE SES PIEUX.</p> + </div> + </div> + + <p>Son pourtour est occupé par des fragments de rochers en forme de blocs + arrondis. Sur ces blocs on apporte des Huîtres de Tarente, et l’on + transforme chacun d’eux en un petit banc artificiel; on place, tout + autour, des pieux enfoncés et rapprochés. Ces pieux s’élèvent un peu + au-dessus de la surface de l’eau, afin qu’on puisse facilement les + saisir avec la main et les ôter, quand cela devient utile. D’autres + pieux, disposés par rangées, sont unis ensemble avec des cordes, d’où + pendent d’autres cordes portant des paquets de fascines plongées dans + l’eau. Ces dernières ont pour but de recueillir la <i>poussière</i> + (larves microscopiques) répandue, chaque année, dans la mer. A une + époque déterminée, on enlève les fascines et l’on récolte les Huîtres. + (Coste.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_289">289</span></p> + + <p>Dans le siècle dernier, le marquis de Pombal, ayant fait jeter quelques + cargaisons d’Huîtres sur les côtes de son pays, qui n’en produisait + pas, ces Mollusques s’y multiplièrent tellement, qu’ils y sont + aujourd’hui très-communs.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-289" style="width: 542px;"> + <img src="images/page-289.jpg" alt="" width="542" height="345" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-289.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">FASCINES SUSPENDUES POUR RECEVOIR LES JEUNES HUITRES.</p> + </div> + </div> + + <p>Vers la même époque, en Angleterre, un propriétaire, M. de Carnarvon, + ayant disséminé une certaine quantité de ces Mollusques dans le détroit + de Menai, ils s’y propagèrent rapidement, et furent pour lui, pendant + longtemps, une source considérable de revenu. Excité par cet exemple, + le gouvernement anglais fit porter des chargements d’Huîtres sur divers + points des côtes de l’Angleterre, où elles prospérèrent également.</p> + + <p>La création des bancs artificiels d’Huîtres a multiplié et régularisé + la production de ces Mollusques. Sur les côtes des comtés d’Essex et de + Kent, l’<i>ostréiculture</i> est pratiquée avec méthode. Ce qui se fait + dans le lac Fusaro a servi d’exemple dans beaucoup de pays.</p> + + <p>En France, l’ostréiculture n’a pas été négligée. Mais <span class="pagenum" id="Page_290">290</span> c’est + surtout depuis quelques années que, grâce à l’impulsion donnée par + M. Coste, cette industrie produit des résultats de plus en plus + satisfaisants.</p> + + <p>Sur toutes nos côtes, des industriels se sont mis à l’œuvre. La marine + a fourni ses navires et ses matelots, et des huîtrières artificielles + ont surgi sur un grand nombre de points.</p> + + <p>Les premières tentatives sérieuses ont été faites dans la baie de + Saint-Brieuc, pendant les mois de mars et d’avril 1858, à la suite d’un + rapport de M. Coste à Sa Majesté l’Empereur. On opéra, à de grandes + profondeurs, une sorte de semis d’Huîtres près de pondre (environ + 3 millions), autour et au-dessus desquelles furent déposés, comme + collecteurs des nourrissons qu’elles allaient émettre, des fascines, + des tuiles, des fragments de poteries, des valves de coquillages... Au + bout de huit mois, on vérifia le degré de développement de l’huîtrière. + La drague, promenée pendant quelques minutes, amena chaque fois plus + de <i>deux mille</i> Huîtres comestibles; et trois fascines prises au + hasard en contenaient près de 20 000 du diamètre de 3 à 5 centimètres. + Deux de ces fascines, exposées à Binic et à Portrieux, ont excité + pendant plusieurs jours l’étonnement de toutes les populations du + littoral. Ces fascines ressemblaient à des branches très-rameuses dont + chaque feuille était un coquillage vivant.</p> + + <p>Des savants distingués, parmi lesquels on doit citer M. Van Beneden, + professeur à Louvain, et M. Eschricht, professeur à Copenhague, envoyés + par leurs gouvernements respectifs, sont venus étudier le procédé + d’ostréiculture mis en usage dans nos mers, pour en faire l’application + sur les côtes de la Belgique et du Danemark.</p> + + <p>M. Coste a montré, de plus, que l’industrie huîtrière pouvait être + fixée sur les terrains à marée basse. Par <span class="pagenum" id="Page_291">291</span> suite de ses conseils, + le bassin d’Arcachon est aujourd’hui transformé en un vaste champ de + production qui s’accroît chaque jour, et fait présager des récoltes + très-abondantes.</p> + + <p>Déjà cent douze capitalistes, associés à cent douze marins, y + exploitent une surface de 400 hectares de terrains émergents. Pour + donner l’exemple, l’État y a organisé deux fermes modèles, destinées + à faire l’essai des divers appareils propres à fixer la semence et à + favoriser la récolte.</p> + + <p>Des toits collecteurs formés par des tuiles adossées ou imbriquées, + des planchers mobiles, les uns servant de couvert à des fascines, les + autres ayant une de leurs faces enduite d’une couche de mastic hérissée + de Bucardes, y sont alignés sur des chemins d’exploitation, comme les + maisons d’une rue. En dehors des appareils, de vastes surfaces de + terrain ont été recouvertes de coquilles d’Huîtres et de Bucardes, + afin de recevoir les très-jeunes individus non fixés. Ces divers corps + étrangers sont tellement chargés de petites Huîtres, que sur une tuile + on en a compté jusqu’à 1 000.</p> + + <p>Ce genre d’éducation à marée basse permet de voir régulièrement l’état + des coquillages, et de soigner l’huîtrière comme on soigne les fruits + dans un espalier, si l’on veut permettre cette comparaison.</p> + + <p>Dans le rapport (octobre 1865) de M. Chaumel, commandant le garde-pêche + d’Arcachon, on trouve les chiffres suivants pour le parc de 4 hectares + de Lahillon, établi sur une plage détestable.</p> + + <p>Les frais du parc, tout garni, installé et entretenu, ont été de 28 500 + francs, ainsi répartis:</p> + + <p>Défrichement, 2 800 francs; achat d’outils, 200 francs; achat + d’Huîtres, 20 000 francs; achat de ponton, 1 000 francs; <span class="pagenum" id="Page_292">292</span> + gardiennage, 2 600 francs; corvées, 1500 francs; achat de tuiles, 400 + francs.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-292" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-292.jpg" alt="" width="494" height="472" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-292.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HUITRES D’ENVIRON DIX-HUIT MOIS SUR UNE TUILE RECOUVERTE DE CIMENT<br /> + (BAIE DE LA FORÊT).</p> + </div> + </div> + + <p>Aujourd’hui, la population actuelle du parc est évaluée à 1 259 248 + jeunes Huîtres fixées aux tuiles, 2 680 000 jeunes Huîtres attachées + aux Huîtres mères, 1 246 000 jeunes Huîtres collées aux coquillages + et aux pieux collecteurs: soit un total de 5 185 248. Leur valeur en + argent peut être estimée, au plus bas, à 200 000 francs. Si l’on tient + compte des pertes probables, le bénéfice sera au moins de 100 000 + francs.</p> + + <p>Dans l’île de Ré, sur une longueur de près de quatre lieues, plusieurs + milliers d’hommes venus de l’intérieur des terres ont pris possession + d’une immense et stérile vasière, <span class="pagenum" id="Page_293">293</span> et l’ont transformée, depuis + deux ans seulement, en un riche domaine. Quinze cents parcs y sont + dans ce moment en pleine activité, et deux mille autres en voie de + construction. Ces établissements formeront bientôt une ceinture autour + de l’île. L’industrie a réussi à écouler les vasières en pratiquant + des empierrements composés de fragments de rochers. Les Huîtres se + développent avec une facilité étonnante au milieu de ces fragments. + Les agents de l’administration ont pu en compter, en moyenne, 600 par + mètre carré, la plupart ayant déjà une taille marchande. Or, la surface + en exploitation étant aujourd’hui de 630 000 mètres carrés, il en + résulte que le nombre d’élèves fixés sur cette plage, jadis inculte et + dépeuplée, est déjà de 378 millions; ce qui représente une valeur de 6 + à 8 millions de francs.</p> + + <p>L’Océan n’a pas été le seul théâtre des essais de M. Coste. Près de + 500 000 Huîtres ont été portées dans la rade de Toulon et dans l’étang + de Thau. Un fragment de clayonnage pris au milieu de l’huîtrière + artificielle de Toulon, au bout de huit mois, a été trouvé très-riche + en coquillages.</p> + + <p>La culture des <i>fruits</i> de la mer est une branche d’industrie + extrêmement féconde, que tous les gouvernements devraient encourager.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>A l’exemple des Romains, on dépose les Huîtres dans de grands + réservoirs pour les faire grossir et <i>verdir</i>. Cela s’appelle + <i>parquer</i> les Huîtres.</p> + + <p>A Marennes, ces réservoirs portent le nom de <i>claires</i>. Ce sont + comme autant de champs inondés, çà et là, sur les deux rives de l’anse + de la Seudre. Ces claires diffèrent des <span class="pagenum" id="Page_294">294</span> viviers et des parcs en ce + qu’elles ne sont pas submergées à chaque marée (Coste). Il faut deux + ans de séjour pour qu’une Huître âgée de six à huit mois atteigne la + grandeur et la <i>perfection</i> convenables. Mais la plupart de celles + qu’on livre à la consommation sont loin d’offrir les qualités requises. + Placées adultes dans les réservoirs, elles verdissent en quelques + jours. (Coste.)</p> + + <p>On sait que la coloration des <i>Huîtres vertes</i> n’est pas générale. + Elle se montre particulièrement sur les quatre feuillets respiratoires. + On en trouve aussi des traces à la face interne de la première paire de + palpes labiaux, à la face externe de la seconde, et dans une partie du + tube digestif.</p> + + <p>On a cru pendant longtemps que la <i>viridité</i> des Huîtres était + due au sol même des réservoirs, ou bien à la décomposition des Ulves + et des autres hydrophytes, ou bien encore à une maladie du foie, à + une sorte de jaunisse (plutôt <i>verdisse</i>) qui teindrait en vert + le parenchyme de l’appareil respiratoire. Gaillon a prétendu qu’elle + venait d’une espèce d’animalcule infusoire en forme de navette, qui + pénétrait dans la substance du Mollusque. Bory de Saint-Vincent a + prouvé que l’infusoire en question n’était pas normalement vert, + mais coloré, dans certaines circonstances, comme l’Huître, et par + la même cause. Suivant ce naturaliste, la source de la viridité est + une substance moléculaire (<i>matière verte</i> de Priestley) qui se + développe dans toutes les eaux par l’effet de la lumière. Suivant M. + Valenciennes, cette couleur est formée par une production animale + distincte de toutes les substances organiques déjà étudiées. M. + Berthelot a analysé cette matière, et a reconnu qu’elle présente en + effet des caractères particuliers. Elle ne ressemble ni à l’élément + colorant de la bile, ni à celui du sang, ni à la plupart des matières + colorantes organiques.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_295">295</span></p> + + <p>Les molécules vertes dont il s’agit, pénètrent dans les branchies par + l’effet du mouvement respiratoire, s’y arrêtent, les gorgent, les + obstruent et les colorent. En même temps, le pauvre animal, gêné dans + une de ses fonctions essentielles, s’infiltre, se dilate, et subit une + sorte d’anasarque qui rend son tissu..... plus tendre et plus délicat!</p> + + <p class="souschapitre">VIII</p> + + <p>En 1828, nos bancs d’Huîtres ne fournissaient que 52 millions + d’individus. Déjà, en 1847, le petit port de Granville, seulement, + occupait depuis le mois d’octobre jusqu’au mois d’avril, soixante et + douze bateaux qui ne faisaient pas autre chose que pêcher des Huîtres.</p> + + <p>Vers 1840, la vente des Huîtres d’Arcachon n’atteignait guère qu’un + millier de francs. En 1861, la pêche libre, faite en dehors des parcs + réservés, a valu aux marins 280 000 francs. (Mouls.)</p> + + <p>Le prix des Huîtres était, à Paris, il y a cent cinquante ans, de 1 + franc 50 centimes le mille. Il s’élevait, au commencement de ce siècle, + de 12 à 14 francs. Il a été porté plus tard à 20, à 25 et à 30. Il est + aujourd’hui à 40 francs.</p> + + <p>En 1861, on a vendu à Paris 55 131 100 Huîtres au prix moyen de 4 + francs 2 centimes le cent; ce qui donne un prix total de 2 216 270 + francs.</p> + + <p>Pendant la saison de 1848 à 1849, on a vendu à Londres 130 000 + bourriches d’Huîtres. A cent Huîtres par bourriche, cela fait 13 + millions d’individus.</p> + + <p>Un journal racontait, en 1845, qu’à Varsovie, un général s’était fait + une belle réputation d’amphitryon, principalement par les Huîtres. Il + en servait à ses convives des quantités <span class="pagenum" id="Page_296">296</span> considérables. Chacune lui + revenait à 75 centimes; ce qui faisait 75 francs le cent et 750 francs + le mille. On n’est pas plus magnifique!</p> + + <p>N’oublions pas de dire, en terminant ce chapitre, que, pendant son + dernier voyage en Zélande, le roi des Pays-Bas a été reçu, dans un + village de la côte, sous un arc de triomphe construit en <i>coquilles + d’Huîtres</i>... et sans odeur!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_297">297</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_21" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXI<br /> + <span class="h2line2">LA MOULE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p><i xml:lang="la" lang="la">Ecce inter virides jactatur Mytilus algas.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Anthologie.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La <i>Moule</i><a id="FNanchor_110" href="#Footnote_110" class="fnanchor">[110]</a> n’a pas le goût exquis ni la réputation de + l’Huître. Cette dernière passe, avec raison, pour le coquillage par + excellence. C’est le bivalve de l’aristocratie (<i xml:lang="la" lang="la">nobilissimus + cibus</i>).</p> + + <p>Toutefois ne disons pas trop de mal de la modeste Moule. Son abondance + et son prix la rendent accessible aux classes peu aisées; elle peut + donc être regardée, après la Clovisse, comme le bivalve de la pauvreté + (<i xml:lang="la" lang="la">vilissimus cibus</i>).</p> + + <p>La Moule se fait distinguer, entre tous les coquillages, par le bleu + violet de ses battants et par le jaune roux de ses viscères. L’Huître + n’a pas cette parure, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur. Elle ne + brille pas par sa livrée, quoiqu’elle écrase sa rivale par d’autres + qualités, sans doute plus solides.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_298">298</span></p> + + <p>La Moule est encore caractérisée par sa figure, par son pied et par son + byssus.</p> + + <p>1<sup>o</sup> Sa figure deltoïde n’est pas sans élégance. Ses valves sont égales + entre elles, bombées et à peu près triangulaires. Un des côtés de + l’angle aigu forme la charnière, où l’on observe un ligament étroit et + allongé. La partie antérieure du Mollusque est logée dans l’angle aigu.</p> + + <p>2<sup>o</sup> Le prétendu pied de notre Mollusque est organisé comme un petit + doigt. Il peut atteindre jusqu’à 5 centimètres de longueur; il est + creusé d’un sillon longitudinal. C’est un organe de tact bien plus + qu’un instrument de reptation. A ce point de vue, la Moule est plus + favorisée que l’Huître, et si elle a <i>plus de tact</i>, elle est plus + intelligente.....</p> + + <p>Cette différence nous explique peut-être pourquoi l’on dit + proverbialement: <i>Bête comme une Huître</i>, tandis qu’on n’a jamais + dit: <i>Bête comme une Moule!</i> (Reveillé-Parise.)</p> + + <p>3<sup>o</sup> Le byssus est un assemblage de petits câbles divergents qui + amarrent le bivalve d’une manière si solide, qu’il peut <i>braver + l’effort de la tempête</i>. On a plus de peine à le détacher qu’à le + casser.</p> + + <p>La glande qui sécrète le byssus se trouve près de la base du pied. Il + en sort une matière d’abord demi-liquide qui remplit le sillon de cet + organe, sillon qui se convertit en canal, dans lequel le fil se moule + et s’organise.</p> + + <p>Quand le Mollusque veut fixer son byssus, il allonge le pied, le porte + à droite et à gauche, tâte les objets, appuie sa pointe contre le + corps qu’il a choisi, dépose l’extrémité du fil, et, retirant le pied + brusquement, il laisse cette extrémité adhérente. Le bivalve répète + plusieurs fois ce petit manége, et chaque fois il attache un nouveau + fil. Il en fixe ainsi quatre ou cinq par vingt-quatre heures, chacun + long de plusieurs centimètres et terminé par un empatement. <span class="pagenum" id="Page_299">299</span> Son + ancrage est complet quand il en a produit un faisceau. Le byssus de + certaines Moules présente jusqu’à <i>cent cinquante petits câbles</i>: + nos vaisseaux ne sont pas amarrés aussi solidement!</p> + + <p>Quand la Moule a tendu un premier cordage, elle le met à l’épreuve pour + s’assurer s’il est bien attaché. Elle le tire fortement, comme pour le + rompre. S’il résiste à cet effort, elle travaille à la production et à + la fixation du second fil, qu’elle essaye comme le premier. Décidément + la Moule a plus d’esprit que l’Huître!</p> + + <p>A l’aide de son byssus, notre bivalve se suspend à différentes + hauteurs; il touche rarement le sol. Voilà pourquoi sa coquille est + toujours bien unie et bien proprette. On ne peut pas en dire autant + du test de son orgueilleuse rivale, dont les battants, grisâtres et + raboteux, retiennent le plus souvent, dans les intervalles de leurs + feuillets, de la terre, de la boue et toute sorte d’ordures étrangères. + Évidemment, l’habit ne fait pas toujours le moine!</p> + + <p>Les Moules sont, comme les Huîtres, des Mollusques sociables. On les + trouve nombreuses presque partout. Elles aiment le mélange des eaux + douces et des eaux salées: il est peu de rochers, à l’embouchure des + fleuves, où l’on n’en rencontre quelque florissante colonie. Elles + s’attachent tantôt aux branches des Polypiers et aux racines des + arbres, tantôt aux bois submergés, aux piquets du rivage et à la carène + des bateaux.....</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On mange la Moule tantôt crue, tantôt cuite. Mais la saveur de ce + coquillage ne plaît pas à tout le monde; cependant nous avons connu + des gourmets qui l’avaient <span class="pagenum" id="Page_300">300</span> en grande estime. Louis XVIII aimait + passionnément les Moules: chaque semaine, on lui en faisait venir de la + Rochelle. Le monarque, dans un jour de belle humeur, enseigna, dit-on, + à M. de Talleyrand la recette d’une sauce au poivre de Cayenne, qui + plaçait désormais ce bivalve au rang des mets du premier ordre.</p> + + <p>Toutefois nous devons convenir que la Moule est moins appétissante que + l’Huître, moins excitante et surtout moins légère.</p> + + <p>N’oublions pas une recommandation gastronomique qui n’est pas sans + importance. On doit manger les Moules pendant tous les mois sans + <b><i>r</i></b>, tandis que les amateurs ne prisent les Huîtres que + dans les mois dont le nom contient cette lettre.</p> + + <p>Un pharmacien d’Orléans a publié un mémoire sur l’emploi de la Moule + dans les affections des voies respiratoires (?).....</p> + + <p>Hélas! on adresse à notre coquillage le grave reproche d’être malsain, + même nuisible à certaines époques de l’année, et malheureusement + ces époques ne sont pas exactement connues. La Moule occasionne + alors des nausées, des coliques, un saisissement à la gorge, une + éruption cutanée, une sorte d’empoisonnement..... Les médecins sont + embarrassés pour expliquer ce genre d’action. Au moyen âge, on croyait + que les <i>phases de la lune</i> et la <i>malice des sorciers</i> y + étaient pour quelque chose. Aujourd’hui, on est plus raisonnable, + mais est-on mieux renseigné? On accuse tour à tour: la présence des + pyrites cuivreuses dans les parages habités par la Moule; le séjour + de ce bivalve contre la coque des navires tapissée de vert-de-gris; + une maladie qui lui serait particulière; la fermentation ou la + décomposition de son tissu; certains petits Crabes logés entre ses + valves; enfin, le frai des Étoiles de mer <span class="pagenum" id="Page_301">301</span> (Lamouroux) et celui des + Méduses (Durandeau). Ces deux dernières causes semblent être les plus + habituelles.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>De bonne heure on a eu l’idée d’élever les Moules. Il existe une + <i>mytiliculture</i> comme il existe une <i>ostréiculture</i>.</p> + + <p>L’éducation de nos bivalves a lieu sur une très-grande échelle dans + diverses localités, particulièrement à Esnandes, à Marsilly et à + Charron, dans la baie de l’Aiguillon, près de la Rochelle.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-301" style="width: 547px;"> + <img src="images/page-301.jpg" alt="" width="547" height="342" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-301.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PIEUX COLLECTEURS DU FRAI.</p> + </div> + </div> + + <p>Les premiers parcs furent établis, en 1235, par un patron de barque + irlandais, nommé Patrice Walton, jeté sur nos côtes à la suite d’un + naufrage. La nécessité lui suggéra l’idée de tirer parti de ces plages + abandonnées, et il fonda la <i>mytiliculture</i>.</p> + + <p>Les descendants de Walton habitent encore à Esnandes, entourés de + l’estime publique. Ils continuent avec succès l’industrie créée par + leur aïeul.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_302">302</span></p> + + <p>On pratique des parcs artificiels, formés de pieux et de palissades + réunis par un clayonnage grossier haut de 2 mètres et tapissé de Fucus. + Ces palissades avancent dans l’Océan quelquefois jusqu’à une lieue; + elles dessinent un triangle dont la base est tournée vers le rivage + et la pointe vers la mer. A cette pointe, on pratique un passage + étroit. Le triangle dont il s’agit est le champ où l’on sème, où l’on + éclaircit, où l’on <i>repique</i>, où l’on <i>plante</i>, où l’on + <i>récolte</i> les Moules. (Quatrefages.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-302" style="width: 546px;"> + <img src="images/page-302.jpg" alt="" width="546" height="341" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-302.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CLAYONNAGE CHARGÉ DE MOULES.</p> + </div> + </div> + + <p>Ces parcs sont désignés sous le nom de <i>bouchots</i>; on appelle + <i>boucholeurs</i> les pêcheurs qui les exploitent.</p> + + <p>La plupart des boucholeurs possèdent plusieurs bouchots, comme certains + propriétaires plusieurs fermes. Quelques-uns, les plus pauvres, n’ont + pour tout patrimoine que la moitié, le tiers, le quart, ou même le + cinquième de l’un de ces établissements, qu’ils soignent en commun avec + leurs associés, et dont ils partagent les charges et les bénéfices. + (Coste.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_303">303</span></p> + + <p>On récolte les Moules toute l’année, excepté pendant les grandes + chaleurs et à l’époque du frai. On attend que la marée soit basse, mais + alors le bouchot n’est plus qu’une vasière. Pour ne pas s’enfoncer + dans le sol, qui est très-mou, le boucholeur fait usage d’une sorte + de nacelle, moitié bateau, moitié patin, nommée <i>acon</i> ou + <i>pousse-pied</i>. Cet instrument ingénieux est long de 2 mètres et + large de 50 centimètres. Il se compose de quatre planches minces. Celle + du fond, de bois de noyer, se relève en avant et s’appelle <i>sol</i> + ou <i>semelle</i>; les trois autres, de sapin, forment les flancs et + l’arrière, lequel est coupé carrément.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-303" style="width: 397px;"> + <img src="images/page-303.jpg" alt="" width="397" height="256" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-303.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BOUCHOLEUR DANS SON ACON.</p> + </div> + </div> + + <p>Quand il veut se servir de l’acon, le boucholeur se met à cheval sur + l’un des bords, tient ployée sous lui une jambe, se penche en avant, + et s’appuie sur les deux mains, qui étreignent les deux côtés de la + nacelle. Il pousse avec l’autre jambe enfoncée dans la vase, et glisse + avec rapidité sur la surface du bouchot. Le pêcheur peut prendre une + personne avec lui dans son acon.</p> + + <p>C’est de la sorte que les boucholeurs se rendent à leurs bouchots, + qu’une longue habitude leur permet de distinguer de ceux de leurs + voisins, même pendant les nuits les <span class="pagenum" id="Page_304">304</span> plus obscures, malgré tous + les détours de l’immense labyrinthe que forment sur la vasière les six + mille palissades qui la recouvrent aujourd’hui. (Coste.)</p> + + <p>D’Orbigny père a publié en 1847, sur la mytiliculture, un mémoire + très-intéressant. A cette époque, les bouchots étaient disposés sur + quatre rangs au plus. En 1852, M. de Quatrefages a vu sept rangs de + bouchots. Au lieu de simples pieux, on employait des poutres énormes, + et l’ensemble formait une immense estacade continue de 4 kilomètres de + large sur 10 de long.</p> + + <p>Il résulte, des recherches faites par d’Orbigny, que, antérieurement + à 1834, trois cent quarante bouchots, ayant coûté 700 000 francs en + nombre rond, et exigeant annuellement près de 400 000 francs de frais + d’entretien, y compris l’intérêt du capital engagé, donnaient 124 000 + francs de revenu net, et entraînaient un mouvement de charrettes, de + chevaux ou de barques, représentant un solde annuel de plus de 500 000 + francs. Mais tout grandit vite de nos jours. Au lieu de trois cent + quarante bouchots, il y en a maintenant plus de cinq cents, formés par + mille palissades. Chaque bouchot représentant en moyenne une longueur + de 450 mètres, il s’ensuit que l’ensemble compose un clayonnage de 225 + 000 mètres de long. (Coste.)</p> + + <p>La mytiliculture est donc une des branches les plus fécondes de la + culture de la mer!</p> + + <p>On devrait élever une statue au batelier Walton!.....</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_305">305</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_22" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXII<br /> + <span class="h2line2">LA NACRE ET LES PERLES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <div class="poem"> + <p class="marginleft6 noindent">Ainsi la nacre industrieuse<br /> + Jette la perle précieuse.</p> + </div> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">A. Chénier.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La nacre et les perles sont produites principalement par un coquillage + bivalve que les conchyliologistes désignent sous le nom de <i>Pintadine + mère aux perles</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-305" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-305.jpg" alt="" width="180" height="237" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-305.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PINTADINE MÈRE AUX PERLES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Meleagrina margaritifera</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Ce bivalve est amarré au fond de la mer par un byssus très-fort, de + couleur brune.</p> + + <p>Les battants de sa coquille sont irrégulièrement arrondis. <span class="pagenum" id="Page_306">306</span> Pendant + leur jeunesse, ils paraissent en dehors légèrement feuilletés et ornés + de bandes verdâtres et blanchâtres, qui partent du sommet en rayonnant + et en se divisant en deux ou trois branches peu écartées. Dans leur + vieillesse, leur surface devient rude et noirâtre.</p> + + <p>Les plus belles coquilles sont âgées de huit à dix ans. Leur taille + peut atteindre alors jusqu’à 15 centimètres de diamètre, et une + épaisseur de 27 millimètres.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On appelle <i>nacre</i>, la substance très-dure et très-brillante qui + forme la partie interne de ces valves. Cette matière est blanche, + soyeuse, un peu azurée et plus ou moins irisée.</p> + + <p>La plupart des bivalves peuvent fournir de la nacre. Il y en a même qui + en donnent de bleuâtre, de bleue et de violette.</p> + + <p>L’<i>Oreille de mer Iris</i><a id="FNanchor_111" href="#Footnote_111" class="fnanchor">[111]</a> offre une nacre d’un beau vert + d’émeraude chatoyant, avec quelques reflets d’un violet pourpre. + Certains <i>Turbos</i> présentent leur bouche brillante comme + l’argent<a id="FNanchor_112" href="#Footnote_112" class="fnanchor">[112]</a> ou éclatante comme l’or<a id="FNanchor_113" href="#Footnote_113" class="fnanchor">[113]</a>. Mais ce sont les Pintadines + qui donnent la nacre la plus blanche, la plus uniforme et surtout la + plus épaisse.</p> + + <p>Cette production doit à un jeu de lumière son aspect brillant et irisé.</p> + + <p>Les marchands usent avec un instrument, ou dissolvent avec un acide + toute la partie extérieure des coquilles bivalves ou univalves, et + mettent à nu la couche nacrée. <span class="pagenum" id="Page_307">307</span> Tantôt ils dénudent cette dernière + en entier, tantôt ils la font paraître par portions et par dessins.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les <i>perles</i>, ces <i>gouttes de rosée solidifiée</i>, suivant les + Orientaux, sont des sécrétions maladives de l’organe de la nacre. La + matière, au lieu de se déposer sur les valves par couches très-minces, + se condense, soit contre ces mêmes valves, soit dans l’intérieur des + organes, et forme des corps plus ou moins arrondis. Les perles déposées + sur les valves sont généralement adhérentes; celles qui naissent dans + le manteau ou dans le corps sont toujours libres. Généralement, on + trouve dans leur centre un petit corps étranger, qui a servi de noyau à + la concrétion. Ce corps peut être un ovule stérile du Mollusque, un œuf + de poisson, un animalcule arrondi, un grain de sable..... La matière + solide est disposée tout autour, par couches minces et concentriques.</p> + + <p>Les Chinois et les Indiens ont mis à profit cette observation pour + faire produire à divers bivalves, soit des perles, soit des camées + artificiels. Ils introduisent dans le manteau du Mollusque, ou bien + ils appliquent à la face interne d’une valve des fragments arrondis + de verre ou de métal. Dans un cas, ils obtiennent des perles libres, + et dans l’autre des perles adhérentes. Voici contre une valve un + chapelet tout entier, et sur une autre, une douzaine de jolis camées + représentant des Chinois assis. Dans le chapelet sont des grains de + quartz attachés par un fil, et dans les camées, des plaques d’étain + représentant des figurines.</p> + + <p>Une seule Pintadine contient quelquefois plusieurs perles. <span class="pagenum" id="Page_308">308</span> On en + cite une qui en renfermait cent cinquante. Cela est-il bien exact?</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-308" style="width: 514px;"> + <img src="images/page-308.jpg" alt="" width="514" height="400" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-308.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PERLES ET CAMÉES CHINOIS ARTIFICIELS.<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Symphynota bialata</i>, Lea).</p> + </div> + </div> + + <p>Les perles sont d’abord très-petites. Elles s’accroissent par couches + annuelles. Leur éclat et leur nuance varient comme ceux de la nacre qui + les produit: tantôt elles sont diaphanes, soyeuses, lustrées et plus + ou moins chatoyantes; tantôt mates, sales, obscures et plus ou moins + enfumées.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les plus importantes pêcheries de Pintadines sont dans le golfe du + Bengale, à Ceylan, et dans la mer des Indes. Avant 1795, ces pêcheries + appartenaient aux Hollandais. Pendant la guerre des Indes, les Anglais + s’en emparèrent, <span class="pagenum" id="Page_309">309</span> et la possession leur en fut définitivement cédée + en 1802, avec celle de Ceylan, par suite du traité d’Amiens.</p> + + <p>Avant le commencement de la pêche, le gouvernement ordonne une + inspection des côtes. Il fait quelquefois la récolte à ses risques + et périls. D’autres fois il s’adresse à des entrepreneurs. La saison + de la pêche, en 1804, fut cédée à un capitaliste pour une somme de 3 + millions. Afin de ne pas dépeupler toutes les zones à la fois, on ne + va, tous les ans, que dans une partie du golfe.</p> + + <p>La pêche des Pintadines, dans le golfe de Manaar, à Ceylan, commence en + février ou en mars, et dure une trentaine de jours. Elle occupe plus de + deux cent cinquante bateaux, qui arrivent des différentes parties de la + côte.</p> + + <p>Ces bateaux partent de dix heures du soir à minuit. Un coup de + canon leur donne le signal. Dès que le jour arrive, les plongeurs + se mettent à l’œuvre. Chaque barque est montée par <i>vingt hommes + et un nègre</i>; les rameurs sont au nombre de dix. Les plongeurs + se partagent en deux groupes de cinq hommes, qui travaillent et se + reposent alternativement. Ils descendent jusqu’à la profondeur de 12 + mètres, en se servant, pour accélérer leur descente, d’une grosse + pierre pyramidale portée par une corde, dont l’autre extrémité vient + s’amarrer au bateau.</p> + + <p>D’après certains voyageurs, on fait souvent, avec les avirons et + d’autres pièces de bois, une espèce d’échafaudage à jour, qui dépasse + les deux côtés du bateau, et auquel on suspend la pierre à plonger. + Celle-ci a la forme d’un pain de sucre et pèse 25 kilogrammes. La corde + qui la soutient porte, à la partie inférieure, un étrier pour recevoir + le pied du plongeur.</p> + + <p>Au moment de descendre dans l’eau, chaque homme met son pied droit + dans cet étrier, ou bien passe entre les doigts de ce pied la corde + à laquelle la pierre est attachée. <span class="pagenum" id="Page_310">310</span> Il place entre ceux du pied + gauche le filet qui doit recevoir les Pintadines; puis, saisissant + de la main droite une corde d’appel convenablement disposée, et se + bouchant les narines de la main gauche, il plonge, se tenant droit ou + accroupi sur les talons.</p> + + <p>Chaque homme n’a pour vêtement qu’un morceau de calicot qui lui + enveloppe les reins. Aussitôt arrivé au fond, il retire son pied de + l’étrier ou ses doigts de la corde. On remonte sur-le-champ la pierre, + qu’on accroche de nouveau à l’aviron. Alors le plongeur se jette la + face contre terre, et ramasse tout ce qu’il peut atteindre. Il met les + Pintadines dans son filet. Quand il veut remonter, il secoue fortement + la corde d’appel, et on le retire le plus tôt possible.</p> + + <p>Il y a toujours, pour une pierre à plonger, deux pêcheurs qui + descendent alternativement; l’un se repose et se rafraîchit pendant que + l’autre travaille.</p> + + <p>Le temps qu’un habile plongeur peut demeurer sous l’eau excède rarement + trente secondes. Lorsque les circonstances sont favorables, chaque + individu peut faire quinze à vingt descentes. Souvent il ne plonge + guère que trois ou quatre fois. Ce travail est pénible. Les plongeurs, + revenus dans la barque, rendent quelquefois par la bouche, le nez et + les oreilles, de l’eau teintée de sang: aussi deviennent-ils rarement + vieux.</p> + + <p>On pêche habituellement jusqu’à midi. Un second coup de canon donne + le signal de la retraite. Les propriétaires attendent leurs canots et + surveillent leur déchargement, lequel doit avoir lieu avant la nuit.</p> + + <p>En 1797, le produit de la pêche, à Ceylan, fut de 3 600 000 francs, + et, en 1798, de 4 800 000 francs. A partir de 1802, la pêcherie était + affermée pour la somme de 3 millions; mais, depuis une quinzaine + d’années, les bancs de Pintadines sont moins productifs. (Lamiral.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_311">311</span></p> + + <p>Les indigènes des côtes du golfe du Bengale, ceux des mers de la Chine, + du Japon et de l’archipel Indien, se livrent aussi à la pêche des + Pintadines. Le produit de cette industrie est estimé, dans ce pays, à + une vingtaine de millions.</p> + + <p>Des pêcheries analogues ont lieu sur les côtes opposées à la Perse, sur + celles de l’Arabie, jusqu’à Mascate et la mer Rouge.</p> + + <p>Dans ces pays, la pêche ne se fait qu’en juillet et août, la mer + n’étant pas assez calme dans les autres mois de l’année. Arrivés sur + les bancs de Pintadines, les pêcheurs rangent leurs barques à quelque + distance les unes des autres, et jettent l’ancre à une profondeur de 5 + à 6 mètres. Les plongeurs se passent alors sous les aisselles une corde + dont l’extrémité communique avec une sonnette placée dans la barque. + Ils mettent du coton dans leurs oreilles et pincent leurs narines avec + une petite pièce de bois ou de corne. Ils ferment hermétiquement la + bouche, attachent une grosse pierre à leurs pieds, et se laissent aller + au fond de l’eau. Ils ramassent indistinctement tous les coquillages + qui sont à leur portée, et les jettent dans un sac suspendu au-dessus + des hanches. Dès qu’ils ont besoin de reprendre haleine, ils tirent la + sonnette, et aussitôt on les aide à remonter.</p> + + <p>Sur les bancs de l’île de Bahrein, la pêche des perles produit + seule environ 6 millions de francs, et, si l’on y ajoute les + approvisionnements fournis par les autres pêcheries du voisinage, + la somme totale donnée par ces côtes arabes peut s’élever jusqu’à 9 + millions. (Wilson.)</p> + + <p>Dans les mers du sud de l’Amérique, il existe aussi des pêcheries de + même genre. Avant la conquête du Mexique et du Pérou, les pêcheries + étaient situées entre <span class="pagenum" id="Page_312">312</span> Acapulco et le golfe de Tehuantepec. Mais, + après cette époque, d’autres exploitations furent établies auprès des + îles de Cubagua, de Marguerite et de Panama. Les résultats en devinrent + si productifs, que des villes populeuses ne tardèrent pas à s’élever + dans ces divers lieux. (Lamiral.)</p> + + <p>Sous le règne de Charles-Quint, l’Amérique envoyait des perles à + l’Espagne pour une valeur annuelle de plus de 4 millions de francs. + Aujourd’hui, l’importance des pêcheries américaines n’est plus évaluée + qu’à 1 500 000 francs.</p> + + <p>Les plongeurs des côtes dont il vient d’être question descendent tout + nus dans la mer. Ils y demeurent vingt-cinq à trente secondes, pendant + lesquelles ils arrachent seulement deux ou trois Pintadines. Ils + plongent ainsi douze à quinze fois de suite: ce qui donne, en moyenne, + de trente à quarante Pintadines par plongeur.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Pintadines, apportées sur le rivage, sont étalées sur des nattes de + sparterie. Les Mollusques meurent et ne tardent pas à se putréfier: il + faut dix jours pour qu’ils se corrompent. Quand ils sont dans un état + convenable de décomposition, on les jette dans de grands réservoirs + remplis d’eau de mer; puis on les ouvre, on les lave, et on les livre + aux <i>rogueurs</i>.</p> + + <p>Les valves fournissent la nacre, et le parenchyme les perles.</p> + + <p>On nettoie les valves et on les entasse dans des caisses ou des + tonneaux. En enlevant leur surface extérieure, on <span class="pagenum" id="Page_313">313</span> obtient des + plaques de nacre plus ou moins épaisses, suivant l’âge du Mollusque.</p> + + <p>On distingue, dans le commerce, trois sortes de nacres: la <i>franche + argentée</i>, la <i>bâtarde blanche</i>, la <i>bâtarde noire</i>.</p> + + <p>La première se vend par caisses de 125 à 140 kilogrammes. On l’apporte + des Indes, de la Chine et du Pérou. Les navires marchands français, + hollandais, anglais et américains importent dans nos ports des + coquilles <i>en vrac</i>, c’est-à-dire à fond de cale, pour servir de + lest.</p> + + <p>La seconde nacre est livrée en <i>cafas</i> de 125 kilogrammes, ou + par tonneaux. Elle est d’un blanc jaunâtre et quelquefois verdâtre ou + rougeâtre, et plus ou moins irisée.</p> + + <p>La troisième est une variété d’un blanc bleuâtre tirant sur le noir, + avec des reflets rouges, bleus et verts. (Lamiral.)</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Les perles forment la partie la plus importante de cette industrie.</p> + + <p>Quand elles sont adhérentes aux valves, on les détache avec des + tenailles. Mais, habituellement, les rogueurs les cherchent au milieu + du parenchyme de l’animal. Puis on fait bouillir ce même parenchyme, + et on le tamise pour obtenir les plus petites, ou bien les grosses + oubliées dans la première opération.</p> + + <p>Quelques mois après qu’on a jeté le Mollusque putréfié, on voit encore + de misérables Indiens remuer ces masses corrompues, pour y chercher les + petites perles qui ont pu échapper à la sagacité des industriels.</p> + + <p>On nomme <i>baroques</i> les perles adhérentes à la coquille: <span class="pagenum" id="Page_314">314</span> + leur forme est plus ou moins irrégulière; elles se vendent au poids. + On appelle <i>vierges</i> ou <i>parangons</i> les perles isolées, + formées dans le tissu de l’animal: elles sont globuleuses, ovoïdes ou + piriformes; elles se vendent à la pièce.</p> + + <p>On nettoie les perles recueillies. On les travaille avec de la poudre + de nacre, afin de leur donner de la rondeur et du poli. Enfin, on + les fait passer dans divers cribles de cuivre pour les séparer en + catégories.</p> + + <p>Ces cribles, au nombre de onze, sont faits de manière à pouvoir + s’enchâsser les uns dans les autres; chacun est percé d’un nombre de + trous qui détermine la grosseur des perles et leur donne leur numéro + commercial. Ainsi, le crible n<sup>o</sup> 20 est percé de vingt trous, et les + cribles n<sup>os</sup> 30, 50, 80, 100, 200, 600, 800, 1000, sont percés d’un + nombre de trous égal à ces chiffres. Les perles qui restent au fond des + cribles n<sup>os</sup> 20 à 80 sont comprises sous la dénomination de classe + <i>mell</i>, ou perles du premier ordre. Celles qui traversent les + cribles n<sup>os</sup> 100 à 800 sont de la classe <i>vadivoo</i>, ou perles + du second ordre. Enfin, celles qui passent au travers du crible n<sup>o</sup> + 1000 appartiennent à la classe nommée <i>tool</i>, ou <i>semence de + perles</i>, qui sont celles du troisième ordre. (Lamiral.)</p> + + <p>On enfile avec de la soie blanche ou bleue les perles moyennes et les + petites; on réunit les rangs par un nœud de ruban bleu ou par une + houppe de soie rouge, et on les expédie ainsi par masses de plusieurs + rangs, suivant le choix des perles.</p> + + <p>Les très-petites perles, dites <i>semence</i>, se vendent à la mesure + de capacité ou au poids.</p> + + <p>En Amérique, on ouvre les bivalves l’un après l’autre, avec un couteau, + et l’on cherche les perles en écrasant le Mollusque entre les doigts. + On n’attend pas que son parenchyme ait été ramolli par la putréfaction, + et on ne le fait <span class="pagenum" id="Page_315">315</span> pas bouillir. Ce travail est plus long et moins + sûr que le procédé des Indes orientales décrit plus haut; mais les + Américains prétendent que leur manière d’opérer conserve mieux aux + perles leur fraîcheur et leur <i>orient</i>.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>Divers auteurs ont donné la mesure ou le prix de plusieurs perles + célèbres.</p> + + <p>Une perle de Panama, en forme de poire et grosse comme un œuf de + pigeon, fut présentée, en 1579, à Philippe II, roi d’Espagne. Elle + était estimée 100 000 francs.</p> + + <p>Une dame de Madrid possédait, en 1605, une perle américaine du prix de + 31 000 ducats.</p> + + <p>Le pape Léon X acheta une perle à un joaillier vénitien pour la somme + de 350 000 francs.</p> + + <p>Une autre perle donnée par la république de Venise à Soliman, empereur + des Turcs, valait 400 000 francs.</p> + + <p>Jules César offrit à Servilia une perle évaluée à un million de + sesterces, environ 1 200 000 francs de notre monnaie.</p> + + <p>On ne connaît pas au juste le volume ni la valeur des deux fameuses + perles de Cléopâtre: l’une que cette reine eut le singulier caprice + de faire dissoudre dans du vinaigre et de boire (Dieu nous préserve + d’une pareille boisson!); l’autre qui fut partagée en deux parties + et suspendue aux oreilles de la Vénus du Capitole. Quelques auteurs + pensent que la première de ces perles valait 1 500 000 francs.</p> + + <p>Il y a deux siècles, une perle fut achetée à Califa par le voyageur + Tavernier, et vendue au schah de Perse pour le prix énorme de 2 700 000 + francs.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_316">316</span></p> + + <p>Un prince de Mascate a possédé une perle extrêmement belle, non à + cause de sa grosseur, car elle ne pesait que 12 carats 1/16<sup>e</sup>, mais + parce qu’elle était si claire et si transparente, qu’on voyait le jour + à travers. On lui en offrit 2000 tomans, environ 100 000 francs. Il + refusa de la céder.</p> + + <p>On trouve dans le musée Zozima, à Moscou, une perle presque aussi + diaphane. On l’appelle <i>pellegrina</i>. Elle pèse près de 28 carats; + sa forme est globuleuse.</p> + + <p>On dit que la perle de la couronne de Rodolphe II pesait 30 carats, et + qu’elle était grosse comme une poire. Ce volume est plus que douteux.</p> + + <p>Le schah de Perse actuel possède un long chapelet dont chaque perle est + à peu près de la grosseur d’une noisette. Ce joyau est inappréciable.</p> + + <p>En 1855, à l’Exposition universelle de Paris, la reine d’Angleterre + nous a fait voir de magnifiques trésors de perles fines, et l’Empereur + des Français en a montré une collection de 408, chacune pesant 16 + grammes, d’une forme parfaite et d’une belle eau. Elles valent ensemble + plus de 500 000 francs.</p> + + <p>Les Romains estimaient beaucoup les perles fines; ils ont transmis + leur passion aux Orientaux. Ceux-ci attachent une idée de grandeur et + de puissance à la possession des perles les plus grosses et les plus + éclatantes.</p> + + <p class="souschapitre">VIII</p> + + <p>Les Pintadines ne sont pas les seuls bivalves de la mer qui puissent + donner des perles. Presque tous les Mollusques sont sujets à la maladie + qui façonne la nacre en tubérosités arrondies ou ovoïdes.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_317">317</span></p> + + <p>M. Lamiral a vu une perle de la grosseur d’un œuf de poule Bantam, + parfaitement sphérique et blanche comme du lait, provenant du <i>grand + Bénitier</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-317" style="width: 393px;"> + <img src="images/page-317.jpg" alt="" width="393" height="372" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-317.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PINNE DE LA MÉDITERRANÉE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pinna nobilis</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>La <i>Pinne marine</i> produit des perles roses. L’<i>Oreille de mer + Iris</i> en donne de vertes. D’autres bivalves en fournissent de + bleues, de grises, de jaunes et même de noires. Ces dernières sont + très-peu communes.</p> + + <p>Il y en avait un collier dans le trésor de l’empereur de la Chine. + Est-ce le même dont on a fait présent à une auguste souveraine?</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_319">319</span></p> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_"></span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_23" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXIII<br /> + <span class="h2line2">LES MOLLUSQUES CÉPHALÉS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p><i>Ame tout aquéu poble eïmable é banaru.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">C. Reybaud.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p class="margintop4">Les Mollusques sans tête (Acéphales) nous conduisent naturellement à + ceux qui en ont une, les <i>Mollusques Céphalés</i>.</p> + + <p>Nous trouvons encore, parmi ces derniers, des espèces nues et des + espèces testacées.</p> + + <p class="souschapitre">I</p> + + <p>Les Céphalés nus<a id="FNanchor_114" href="#Footnote_114" class="fnanchor">[114]</a> varient assez dans leurs formes. Les plus communs + sont ovoïdes, plus ou moins allongés, bombés en dessus, plans en + dessous, avec une tête antérieure plus ou moins caractérisée, portant + plusieurs organes sensitifs, entre autres deux yeux bombés et humides, + et presque toujours des cornes ou tentacules, des barbillons ou des + panaches.</p> + + <p>Un trait distinctif, assez général chez ces animaux, bien <span class="pagenum" id="Page_320">320</span> + prononcé, surtout chez ceux qui jouissent de la faculté de marcher + (ou, pour mieux dire, de ramper), c’est la présence d’une dilatation + charnue abdominale, sorte de disque énorme, formé d’un entrelacement + inextricable de fibres musculaires, avec lequel le Mollusque exécute + une série de petites ondulations successives qui ont été comparées + à des <i>vagues en miniature</i>. A cause de ce <i>pied-ventre</i>, + Cuvier a désigné ces individus sous le nom de <i>Gastéropodes</i>.</p> + + <p>Signalons tout d’abord les <i>Aplysies</i><a id="FNanchor_115" href="#Footnote_115" class="fnanchor">[115]</a>, ou <i>Lièvres de + mer</i>, petits Mollusques qui ressemblent, jusqu’à un certain point, + aux quadrupèdes dont on leur a donné le nom.</p> + + <p>Ils vivent parmi les plantes marines. Ils ont un cou plus ou moins + long et deux prolongements supérieurs creusés comme des oreilles de + Quadrupède.</p> + + <p>Leurs dents ne sont pas dans la bouche, mais dans l’estomac. Ce dernier + est Quadruple; il se compose d’un jabot énorme, membraneux, d’un + gésier musculeux, d’une autre poche accessoire, et d’une quatrième + en forme de sac aveugle (Cuvier). Le gésier est armé de plusieurs + saillies cartilagineuses, pyramidales, à base rhomboïde, dont les + faces irrégulières se réunissent en un sommet partagé en deux ou trois + pointes émoussées. Il y en a douze grandes placées en quinconce sur + trois rangs, et sept ou huit petites disposées en ligne sur le bord + supérieur. Les hauteurs de ces pyramides sont telles, que leurs pointes + se touchent au milieu du gésier, et qu’il reste entre elles très-peu + d’espace pour le passage des aliments, qu’elles doivent par conséquent + triturer avec force (Cuvier). Dans le troisième estomac, il existe une + armure tout aussi singulière: ce sont de petits crochets arqués et + pointus, dirigés vers le gésier. Cuvier ne peut leur attribuer d’autre + destination que d’arrêter au passage les aliments qui n’auraient pas été + suffisamment broyés.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XVII" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-320bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-320bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_321">321</span></p> + + <p>En général, chez les Mollusques, par une merveilleuse compensation, la + puissance de l’estomac est toujours en raison inverse de l’insuffisance + des dents. Cet organe est d’autant plus faible, que la mâchoire est + mieux garnie, et d’autant plus énergique, que l’appareil dentaire est + plus imparfait. Dans certaines circonstances, comme chez le Lièvre + de mer, l’estomac a reçu, en supplément d’organisation, des pièces + solides, plus ou moins semblables aux dents, qui lui permettent de + fonctionner à la fois et comme estomac et comme bouche.</p> + + <p>Les Aplysies exhalent une odeur désagréable<a id="FNanchor_116" href="#Footnote_116" class="fnanchor">[116]</a>; elles sécrètent une + humeur limpide particulière, fort âcre dans certaines espèces, qui + peut faire enfler les mains de ceux qui les touchent imprudemment. + Des bords de leur manteau suinte en abondance une autre liqueur d’un + pourpre obscur, dont l’animal colore autour de lui l’eau de mer, quand + il aperçoit quelque danger.</p> + + <p>Ces Mollusques sont doux et timides.</p> + + <p>Les Lièvres de mer étaient regardés par les anciens comme des animaux + malfaisants. On leur attribuait une influence magique, par exemple + celle d’agir sur le cœur du beau sexe et sur ses déterminations. + Apulée fut accusé de sorcellerie pour avoir acheté des Aplysies à des + pêcheurs. Il venait d’épouser une jeune et riche veuve; son principal + crime était son mariage, et son principal accusateur le fils de cette + veuve!</p> + + <p>Les Aplysies ont des organes respiratoires frangés cachés sous leur + manteau.</p> + + <p>Chez les <i>Tritonies</i>, Céphalés peu différents des Lièvres <span class="pagenum" id="Page_322">322</span> de + mer, ces derniers organes sont à découvert. Ils ressemblent à de petits + arbustes.</p> + + <p>Le long de nos côtes, nous avons une grande espèce de ce genre, couleur + de cuivre, décrite par Cuvier<a id="FNanchor_117" href="#Footnote_117" class="fnanchor">[117]</a>. Dans les eaux de la Sicile, nous + en rencontrons une autre encore plus jolie, découverte par M. de + Quatrefages. Qu’on se représente une sorte de petite Limace allongée, + portant sur ses flancs une rangée de buissons animés, d’une excessive + délicatesse. Sa tête est ornée, en avant, d’un voile étoilé de la plus + fine gaze, et surmontée de deux grandes cornes transparentes comme du + verre, à l’extrémité desquelles s’épanouit un bouquet de branchages + roses entremêlés de fleurs violettes.</p> + + <p>Tout près des Tritonies viennent se ranger les <i>Scyllées</i>.</p> + + <p>Une d’elles, bien connue, la <i>Scyllée pélagique</i><a id="FNanchor_118" href="#Footnote_118" class="fnanchor">[118]</a>, est commune + parmi les Varecs de toutes les mers. Son corps est comprimé; le + Mollusque embrasse avec son pied étroit, creusé d’un sillon, les tiges + des plantes aquatiques. Il a sur le dos plusieurs séries d’organes + respiratoires qui s’élèvent comme deux paires de crêtes membraneuses, + donnant naissance, à leur face interne, à des pinceaux de filaments. + Ses tentacules sont terminés par un creux, d’où sort une petite pointe + à surface inégale. La bouche possède une sorte de trompe. Enfin, son + estomac présente un anneau charnu, armé de lames cornées, tranchantes + comme des couteaux. (Cuvier.)</p> + + <p>Forster a décrit, sous le nom de <i>Glauque</i> (<i>Glaucus</i>), un + genre de Gastéropodes peu différent des Scyllées. Ce sont de charmants + petits Mollusques nageurs, à corps allongé, gélatineux, rétréci d’avant + en arrière, et terminé par une <span class="pagenum" id="Page_323">323</span> queue grêle et pointue, comme une + queue de Salamandre (Cuvier). Leur couleur est d’un gris de perle + passant au bleu céleste, avec le dos nacré, traversé par deux bandes + longitudinales d’un bleu foncé brillant, et le ventre taché de brun. + Leur tête est petite; elle agite en avant quatre tentacules courts, + coniques, disposés par paires. De chaque côté du corps s’étalent trois + ou quatre appendices (<i>nageoires branchiales</i>) opposés, semblables + à de grands éventails ovalaires ou arrondis, d’un gris bleu plus ou + moins pur, avec une zone plus foncée. Chaque éventail est composé d’une + palette horizontale, bordée de digitations longues, flexueuses et + pointues. Les éventails antérieurs sont les plus grands et pourvus d’un + pédicule. Les autres diminuent graduellement de taille et manquent de + support.</p> + + <p>L’animal se tient habituellement renversé sur le dos. Quoique + paresseux, il nage avec vitesse; il est aussi distingué dans ses + mouvements que recherché dans sa parure.</p> + + <p>Cuvier a nommé <i>Éolides</i><a id="FNanchor_119" href="#Footnote_119" class="fnanchor">[119]</a> d’autres Gastéropodes nus, d’une + physionomie tout aussi remarquable. Il les signale comme de petites + Limaces sans cuirasse ni manteau. Leur tête porte quatre tentacules, + et leur bouche deux petits barbillons. Leurs organes respiratoires + consistent en lamelles ou filaments groupés par paquets, toujours des + deux côtés du dos. Chez le <i>Dendronote arborescent</i>, les branchies + sont au nombre de six ou sept paires; chacune porte quatre ou cinq + branches principales, divisées et subdivisées en un grand nombre de + ramuscules.</p> + + <p>Quand ces Mollusques se reposent, leurs branchies affaissées + s’entrecroisent, et leurs grands tentacules sont tordus comme les + cornes d’un Bélier. Quand ils marchent, ils <span class="pagenum" id="Page_324">324</span> redressent ces + derniers appendices et les brandissent fièrement au-dessus de leur + petite tête.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-324" style="width: 490px;"> + <img src="images/page-324.jpg" alt="" width="490" height="548" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-324.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">DENDRONOTE ARBORESCENT<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Dendronotus arborescens</i> Alder et Hancock).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Éolides sont des créatures vives, irritables, querelleuses: elles + se disputent les proies avec acharnement; elles se mordent et se + mutilent. Leurs organes saillants, tentacules ou branchies, se trouvent + souvent, après le combat, dans un état déplorable. Il est vrai que + tout cela peut <i>repousser</i>. M. Rymer Jones a vu un tentacule tout + entier refait à neuf au bout de deux semaines.</p> + + <p>Nous avons sous les yeux une petite Éolide qui rampe tranquillement sur + les parois d’un bocal. Elle a 4 centimètres <span class="pagenum" id="Page_325">325</span> de longueur, et un + corps demi-transparent, légèrement azuré. Sa tête est à peine renflée + et sa queue assez pointue. Son dos paraît jaunâtre et chatoyant. Ses + cornes antérieures sont grêles et flexueuses; les postérieures, un peu + moins longues et légèrement écartées, droites et roides. Les branchies + forment quatre touffes rapprochées de lobes lancéolés-linéaires, un peu + aigus, d’un rose vif, passant au pourpre à la partie inférieure, et + devenant couleur de chair pâle vers le sommet. Leur pointe est incolore + et transparente.</p> + + <p>Il serait difficile de rendre une vilaine Loche plus élégante et plus + gracieuse.</p> + + <p>Pour terminer dignement ce paragraphe, nous décrirons, d’après M. de + Quatrefages, la délicieuse <i>Amphorine d’Albert</i><a id="FNanchor_120" href="#Footnote_120" class="fnanchor">[120]</a>, découverte + par M. Camille Dareste, près de Bréhat, parmi les Goëmons.</p> + + <p>L’animal est allongé, avec une tête plus grosse et surtout plus haute + que le corps, et la queue très-effilée et très-pointue. Il possède + quatre cornes inégales, disposées comme celles des Colimaçons; il + a deux yeux petits, violets, placés non pas au bout des grandes + cornes, mais à leur base et en arrière. Les appendices branchiaux, au + nombre de douze et sur deux rangs, ne ressemblent en rien à ceux des + autres Céphalés. Ils sont alternativement fusiformes et ovoïdes, les + uns petits, les autres grands; les premiers semblables à des urnes + lacrymales, et les seconds à des amphores!</p> + + <p>Ce Mollusque paraît légèrement rugueux et d’un beau blanc mat. La + partie moyenne de ses cornes est d’un jaune d’or. Un cercle de la même + couleur se trouve vers l’extrémité supérieure des branchies, et donne + à leur sommet l’apparence d’un couvercle qui fermerait une ouverture à + <span class="pagenum" id="Page_326">326</span> rebord coloré. Sur la ligne médiane du dos, il existe une série de + taches jaunes. L’Amphorine est un vrai bijou de la nature.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Céphalés testacés possèdent une coquille d’une seule pièce. C’est + pourquoi on les a nommés <i>univalves</i>. Cette coquille présente + quelquefois une porte appelée <i>opercule</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XVIII" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-326bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-326bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Chez les <i>Nérites</i>, la porte se meut sur un petit gond.</p> + + <p>La coquille des Céphalés est habituellement <i>tordue en spirale</i>. + «<i>Quelle est la loi de cette organisation?</i>» nous demandait un + jour un jeune bachelier de la plus haute espérance. Voici notre réponse:</p> + + <p>«Quand l’œuf des Mollusques univalves vient d’être pondu, il contient + un germe punctiforme à peu près microscopique<a id="FNanchor_121" href="#Footnote_121" class="fnanchor">[121]</a>. Ce germe n’est + autre chose, suivant les savants, que le <i>vitellus</i>, c’est-à-dire + le <i>jaune</i> (il ne mérite pas ce dernier nom, attendu qu’il est + gris). Tout autour se trouve une certaine quantité de <i>blanc</i> ou + <i>albumen</i>, incolore et transparent. Au bout de quelques jours, + le jaune se transforme en <i>embryon</i>. Celui-ci se met à tourner + lentement sur lui-même; il fait la cabriole. Puis, il change de place + et chemine le long de la paroi de son enveloppe protectrice, décrivant + une ellipse. Ce double mouvement a été comparé avec raison <i>à celui + des corps planétaires</i>. Il est produit par un certain nombre de + cils vibratiles extrêmement petits, inégalement placés, qui revêtent + l’animal dans les premiers temps de son existence. Ces cils absorbent + l’air et la matière nutritive nécessaires au Mollusque; ils servent à + sa respiration et à sa nutrition à une époque où les organes spéciaux + de ces deux fonctions n’existent pas <span class="pagenum" id="Page_327">327</span> encore. Mais, pour remplir ces deux rôles, il est indispensable qu’ils + s’agitent. En s’agitant, ils déterminent des courants réguliers, et, + par suite, le double mouvement de rotation qui vient d’être décrit.</p> + + <p>»Quand le Mollusque grossit, les cils s’oblitèrent et disparaissent peu + à peu. Ce qui fait que les mouvements se ralentissent insensiblement. + Au moment de la naissance, il n’existe de cils que sur l’appareil + respiratoire, autour de cet appareil et sur les tentacules. De + générales, leurs fonctions sont devenues locales.</p> + + <p>»A l’époque où les mouvements rotatoires sont dans leur plus grande + activité, l’embryon se développe et s’allonge, et, comme il est + très-mou, <i>il se tord forcément en tire-bouchon</i>. L’animal, + tournant sur lui-même un peu obliquement, sa torsion devait offrir + le même caractère. Remarquez que le pied, la tête et la queue, + c’est-à-dire les parties les <i>plus fermes</i>, ne sont jamais en + spirale, tandis que le <i>tortillon</i>, qui offre toujours, même + chez les individus adultes et chez les espèces les plus volumineuses, + un tissu <i>plus ou moins mou</i>, se trouve l’organe contourné par + excellence.</p> + + <p>»La coquille, qui s’organise un peu plus tard, se moule sur l’embryon, + et <i>adopte la forme spirale qu’il a lui-même revêtue</i>.»</p> + + <p>Les coquilles spirales peuvent être considérées comme des tubes + calcaires qui vont en s’élargissant du sommet à la base, et qui sont + plus ou moins enroulés sur eux-mêmes, d’après différents modes.</p> + + <p>L’axe réel ou idéal sur lequel le tube opère sa révolution a reçu + le nom de <i>columelle</i>. Quand cette columelle est creuse, son + ouverture inférieure s’appelle <i>ombilic</i>.</p> + + <p>La spire des univalves tourne le plus souvent de droite à gauche; + elle est <i>dextre</i>. Charles Bonnet en a fait la remarque il y a + longtemps: «Il existe, dit-il, un plus grand <span class="pagenum" id="Page_328">328</span> nombre de coquilles + dont les tours de spirale montent de droite à gauche que de celles dont + les tours montent en sens contraire.»—<i>Pourquoi cette direction + dominante?</i> (C’est encore une question de notre bachelier.)</p> + + <p>«Le soleil tourne sur lui-même de droite à gauche. Il en est de même + des mouvements de rotation et de translation de la terre, des autres + planètes de ce monde, de la lune et des autres satellites..... <i>La + dextrosité est une loi de la nature!</i>»</p> + + <p>L’homme se sert plus habituellement de ses membres droits que de + ses membres gauches. La déviation vertébrale des rachitiques est + très-souvent tournée du côté droit! Nos escaliers, nos tire-bouchons, + nos vis, nos serrures, les roues de nos charrettes, les aiguilles de + nos cadrans, les ressorts de nos pendules, les fils de nos bobines..... + <i>sont généralement dextres comme nos Colimaçons!</i></p> + + <p>Il existe cependant des coquilles spirales, à la vérité en petit + nombre, qui tournent normalement de gauche à droite, c’est-à-dire qui + sont <i>sénestres</i>. Elles n’avaient pas échappé à l’attention de + Charles Bonnet: ce sont des exceptions.</p> + + <p>Quelquefois les Testacés dextres deviennent sénestres <i>par + monstruosité</i>. Ils sont alors très-recherchés par les + <i>collectionneurs</i>. On sait, pour le dire en passant, que l’homme, + dont le foie est à droite et le cœur à gauche, présente dans certains + cas, par exception, la situation de ces organes renversée (<i xml:lang="la" lang="la">situs + inversus</i>), c’est-à-dire le foie à gauche et le cœur à droite. C’est + une anomalie analogue à celle de ces derniers Mollusques.</p> + + <p>D’autres fois les Testacés sénestres deviennent dextres. Ce sont des + <i>retours à l’ordre habituel</i>.</p> + + <p>Plusieurs coquillages ne sont pas tordus en spirale. Par exemple, les + <i>Patelles</i>, qui ressemblent à d’énormes Cochenilles <span class="pagenum" id="Page_329">329</span> ou à de + larges éteignoirs. Mais ces espèces, dans leur jeune âge, offraient une + torsion manifeste; elles avaient deux tours, trois tours..... Elles + rentrent, par conséquent, dans la règle générale.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Certains univalves vivent à la surface de la mer, et flottent + nécessairement et gracieusement, quelle que soit l’agitation de l’eau.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-329" style="width: 289px;"> + <img src="images/page-329.jpg" alt="" width="289" height="144" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-329.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">JANTHINE COMMUNE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Janthina communis</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Le charmant petit coquillage appelé <i>Janthine</i>, protégé par une + tunique mince, fragile, d’un violet tendre, se suspend à une masse + spongieuse, sorte de tissu hydrostatique composé de petites vessies + cartilagineuses semblables à de l’écume de savon consolidée<a id="FNanchor_122" href="#Footnote_122" class="fnanchor">[122]</a>. Ce + singulier parachute l’empêche de couler à fond.</p> + + <p>A la plus légère alarme, la Janthine répand une liqueur d’un rouge + sombre, devient plus lourde que la vague, et descend dans la mer. Bosc + pense qu’elle vide alors ses vessies, mais cela n’est pas certain.</p> + + <p>D’autres Mollusques déploient une sorte de voile produit par le bord + dilaté de leur manteau ou par quelque appendice développé en forme + de nageoire. Ils voyagent <span class="pagenum" id="Page_330">330</span> de la sorte, à la surface des flots, + entraînés par la lame ou poussés par le vent.</p> + + <p>Mais la plupart des espèces ont besoin d’être plus ou moins submergées, + quelquefois même à des profondeurs considérables. Les <i>Littorines</i> + ne s’éloignent pas des côtes. On a pêché des <i>Fuseaux</i> qui + vivaient au-dessous de 2800 mètres.</p> + + <p>Les Mollusques testacés habitent, soit parmi les plantes, soit parmi + les rochers. Les uns restent collés à la surface des corps solides (on + assure que les <i>Patelles</i> opposent à l’isolement une résistance de + 75 kilogrammes); les autres s’enfoncent dans la vase et s’y creusent + des retraites.....</p> + + <p>La <i>Natice mille points</i><a id="FNanchor_123" href="#Footnote_123" class="fnanchor">[123]</a> coupe le sable avec son pied + dilaté en avant et tranchant comme une pelle; elle chemine ainsi + horizontalement dans l’épaisseur du sol (Deshayes). Son manteau, qui + est très-ample, se replie sur sa coquille, protége les cornes, les + yeux et l’orifice de la respiration contre les frottements entre deux + terres, et rend en même temps la marche plus glissante.</p> + + <p>Les univalves marins offrent dans leurs coquilles une immense variété + de formes et de couleurs.</p> + + <p>Ceux-ci sont enroulés en toupie, en vis, en escalier. Ceux-là sont + façonnés en tonne, en bouton, en cadran. Quelques-uns représentent un + casque, un turban, une mitre, un bonnet chinois. Certains rappellent + une harpe, une olive, un radis, une tarière, une feuille de chicorée, + une aile de chauve-souris, un pied de pélican, un casse-tête de + sauvage..... Leur surface est lisse, polie, luisante, ou bien mate, + rugueuse, et même treillissée. On y voit des plis, des côtes, des + lames, des varices élevées, des saillies épineuses et des tubes droits + ou infléchis.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_331">331</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-331a" style="width: 305px;"> + <img src="images/page-331a.jpg" alt="" width="305" height="124" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-331a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">OLIVE DU PÉROU<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Oliva peruviana</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-331b" style="width: 435px;"> + <img src="images/page-331b.jpg" alt="" width="435" height="184" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-331b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PTÉROCÈRE ORANGÉ<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pterocera aurantia</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Tous ces coquillages, ou presque tous, sont recouverts d’un <i>drap + marin</i>, sorte de vêtement épidermique corné, brunâtre, qui masque + leur éclat et protége leurs couleurs. Celles-ci paraissent fauves, + brunes, blanches, jaunes, dorées, roses, rouges, bleues, violettes, + vertes<a id="FNanchor_124" href="#Footnote_124" class="fnanchor">[124]</a>..... Les brunes sont les plus nombreuses et les vertes + les plus rares. Il y a des univalves mouchetés ou tigrés, ou marbrés + ou rayés. Quelques-uns présentent les dessins les plus bizarres + ou les hiéroglyphes les plus inattendus. D’autres, une broderie + fantastique, un air noté, une carte de géographie, le zigzag de + la foudre, les sinuosités d’une rivière ou les ramifications d’un + arbrisseau. Plusieurs sont peints somptueusement et comme drapés de + pourpre et d’or. La belle parure et la grande rareté de certaines + espèces de <i>Cônes</i> <span class="pagenum" id="Page_332">332</span> ou de <i>Porcelaines</i> leur donnent un + prix très-élevé. Les amateurs les payent 500, 600 et même 800 francs. + On cite un <i>Cône cedonulli</i> qui fut acheté, au commencement du + <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, plus de cinquante louis. La <i>Scalaire + précieuse</i><a id="FNanchor_125" href="#Footnote_125" class="fnanchor">[125]</a> s’est vendue jusqu’à 2000 francs. La <i>Porcelaine + orange</i><a id="FNanchor_126" href="#Footnote_126" class="fnanchor">[126]</a> a été estimée pendant longtemps à un très-haut prix. + Les chefs de tribu, dans la Nouvelle-Hollande, la portent encore à leur + cou, comme un symbole de leur dignité.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-332a" style="width: 313px;"> + <img src="images/page-332a.jpg" alt="" width="313" height="172" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-332a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CÔNE DAMIER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Conus marmoreus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <div class="figcenter2" id="fig-332b" style="width: 276px;"> + <img src="images/page-332b.jpg" alt="" width="276" height="127" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-332b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PORCELAINE CERVINE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Cypræa cervina</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Les savants ont créé, pour les coquillages, une nomenclature régulière, + avec des mots souvent prétentieux, généralement tirés du grec ou + du latin. Les amateurs et les marchands ne prennent pas autant de + peine. Ils choisissent des noms quelquefois bizarres, il est vrai, + qui rappellent la forme ou la couleur plus ou moins frappante de + chaque espèce; ils ont même transporté dans la conchyliologie + les <span class="pagenum" id="Page_333">333</span> grades ou les dignités de certaines professions. Il y + a des Cônes appelés <i>ambassadeurs</i>, <i>gouverneurs</i>, + <i>commandants</i>, <i>capitaines</i>, <i>soldats</i>..... Il y en + a de nommés <i>vicaires</i>, <i>évêques</i>, <i>archevêques</i>, + <i>cardinaux</i>....</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Mollusques univalves ont une mâchoire supérieure ou deux mâchoires + latérales, ou bien trois mâchoires: une en haut et deux sur les côtés. + Ces mâchoires sont cornées, dures, tranchantes, et plus ou moins + courbées en arc, avec des côtes saillantes, verticales, en avant, et + des denticules pointues, ou des crénelures émoussées sur les bords.</p> + + <p>Ces animaux offrent une langue cartilagineuse, recouverte d’une + membrane sèche, striée, guillochée, garnie de papilles ou de crochets. + Cette langue est presque toujours en mouvement; elle lèche, lape, + frotte, lime avec beaucoup de force. Le plus souvent elle fait + antagonisme à la mâchoire d’en haut, et semble fonctionner comme une + mâchoire inférieure.</p> + + <p>La membrane de la langue est reçue, en arrière de la bouche, dans + une poche en forme de talon recourbé (Cuvier), où elle s’enroule sur + elle-même (Saint-Simon).</p> + + <p>Dans le <i>Vignot commun</i><a id="FNanchor_127" href="#Footnote_127" class="fnanchor">[127]</a>, elle paraît comme un filament blanc + de 5 centimètres de longueur, d’une substance délicate, résistante, + diaphane, hérissée de denticules épineuses, qui ont la texture et + l’éclat du verre. Ces denticules sont disposées régulièrement sur trois + lignes; celles qui constituent la rangée médiane sont à trois pointes, + tandis que celles des rangées latérales offrent une dent trifide + alternant avec une dent plus grosse, ayant la forme d’une <span class="pagenum" id="Page_334">334</span> moitié + de bateau. Toutes se dressent en courbes concaves, et se dirigent dans + le même sens (Gosse). Comparées à cet organe, nos râpes et nos limes + paraissent de grossiers outils.</p> + + <p>Le ruban lingual est quelquefois très-long. Chez le <i>Turbo + rugueux</i><a id="FNanchor_128" href="#Footnote_128" class="fnanchor">[128]</a>, la membrane déroulée présente une étendue qui égale + au moins trois fois la longueur de son corps! Quel prodigieux organe! + Quel singulier Mollusque! un animal <i>trois fois plus court que sa + langue!</i></p> + + <p>A mesure que la partie antérieure de la membrane dont il s’agit s’use + par l’exercice et perd ses denticules ou ses crochets, le ruban est + poussé en avant par un mécanisme spécial, à peu près comme la lame de + fer dans le rabot du menuisier. De telle sorte que la partie agissante + est toujours neuve et dans les meilleures conditions pour fonctionner.</p> + + <p>Les univalves dépourvus de mâchoire sont en même temps privés de + langue. Ils ont alors une trompe musculeuse et mobile. Cette trompe est + tantôt charnue, plus ou moins extensible et sans pièces solides; tantôt + coriace, avec des denticules ou des saillies capables d’entamer les + corps les plus résistants.</p> + + <p>Chez la <i>Pourpre teinture</i><a id="FNanchor_129" href="#Footnote_129" class="fnanchor">[129]</a>, cet organe se retourne comme le + doigt d’un gant. Son extrémité offre des espèces de lèvres qui peuvent + être séparées ou rapprochées suivant le besoin. En dedans existent des + crochets aigus, supportés par deux longs leviers cartilagineux. Ces + crochets sont alternativement élevés et abaissés. Par la répétition de + ces mouvements, le Mollusque entame et perfore les coquilles les plus + dures, comme s’il avait une lime au bout de son museau. M. Rymer Jones + a vu, dans l’espace d’une après-midi, <span class="pagenum" id="Page_335">335</span> une Pourpre teinture percer + la coquille d’un Pétoncle et en dévorer l’animal.</p> + + <p>La nourriture des univalves varie suivant leur organisation. Les uns + sont herbivores, les autres carnassiers, un certain nombre polyphages.</p> + + <p>Les petites espèces mangent des végétaux microscopiques ou des + animalcules, des graines ou des œufs....</p> + + <p>Le Vignot commun, dont nous venons de parler, consomme ces infiniment + petites plantules qu’engendrent les milliards de spores impalpables + tenues en suspension dans la mer.</p> + + <p>Ces plantules et ces spores sont déposées sur les parois des aquariums, + où elles se développent avec rapidité. Elles ne tarderaient pas à les + recouvrir d’une couche opaque de verdure. Mais on a soin de placer + dans ces réservoirs un certain nombre de nos petits Gastéropodes, + lesquels arrêtent cette intempérance végétale, et entretiennent + très-efficacement, à coups de langue, la propreté et la transparence du + cristal. (Gosse.)</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Céphalés possèdent un cerveau nettement caractérisé; mais le noble + organe n’est pas placé dans leur tête, il est <i>au-dessus du cou</i>, + et fait partie du collier nerveux qui entoure le commencement du tube + digestif. Ce collier est ordinairement lâche et mobile; il avance ou + recule, suivant les mouvements: d’où il résulte que le cerveau, au gré + de l’animal, peut être porté d’arrière en avant, ou d’avant en arrière, + entrer dans la tête et se réfugier dans le corps! Habituellement, il + repose sur la nuque. Ce qui explique, pour le dire en passant, pourquoi + un Escargot <i>ne meurt pas nécessairement quand on lui a coupé la + tête</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_336">336</span></p> + + <p>Le cerveau est blanchâtre, jaunâtre, jaune orangé, rougeâtre et même + noirâtre.</p> + + <p>Les Mollusques univalves ont des organes pour voir, pour entendre et + pour odorer.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-336" style="width: 277px;"> + <img src="images/page-336.jpg" alt="" width="277" height="128" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-336.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">NÉRITE POLIE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Nerita polita</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Leurs yeux sont placés sur un mamelon, à la base externe ou interne des + tentacules. Ils sont simples, myopes, et fonctionnent très-mal au grand + jour.</p> + + <p>Les organes auditifs sont à la base du cou, en dedans. On n’y voit + ni pavillon saillant, ni orifice extérieur. Ce sont des poches + membraneuses et transparentes remplies d’un liquide assez limpide, qui + tient en suspension de très-petites pierres (<i>otolithes</i>) douées + d’un mouvement ou frémissement particulier. Dans quelques espèces, + les poches ont à peine un vingtième de millimètre de diamètre, et + contiennent de cinquante à soixante pierres.</p> + + <p>Le sens de l’odorat réside à la surface des tentacules. Ceux-ci, au + nombre de deux, représentent chacun un <i>demi-nez</i>.</p> + + <p>Chez l’homme, les cavités nasales se trouvent à l’entrée du canal + respiratoire; l’arrivée de l’air amène nécessairement les molécules + odorantes dans leur intérieur. Chez les univalves, où les demi-nez + sont éloignés de l’orifice de la respiration et doués d’une assez + grande mobilité, <i>c’est l’organe qui va au-devant des molécules + odorantes</i>.</p> + + <p>Les tentacules sont recouverts d’un duvet microscopique, à poils + très-courts, <i>toujours en mouvement</i>, qui détermine des courants + rapides et continus autour de ces organes.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_337">337</span></p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>La plupart des Céphalés sont <i>androgynes</i>, c’est-à-dire à la fois + mâle et femelle.</p> + + <p>«—Je voudrais bien savoir, nous disait dernièrement une jeune et jolie + dame très-avide d’instruction, si les Mollusques <i>à deux sexes</i> + connaissent l’amour?</p> + + <p>»—Madame, les <i>Limaçons</i> et les <i>Limaces</i> ont été créés tout + exprès pour vous donner une réponse affirmative.</p> + + <p>»Épiez ces animaux, d’apparence si apathique, un soir d’été, après + une légère pluie, dans une allée de votre jardin ou sur le bord de + quelque haie. Vous les verrez s’approcher lentement, se saluer, + tourner l’un autour de l’autre; s’approcher davantage, tendre le cou, + dresser la tête, se flairer respectueusement; se palper, d’abord avec + hésitation, puis avec assurance, puis avec familiarité; se baiser la + tête, le front, le mufle, les bords de la bouche.....; se lécher bien + délicatement, se chatouiller avec tendresse; retirer précipitamment les + cornes, comme si le frôlement était trop vif; les allonger de nouveau; + enfin les incliner doucement et les laisser pendantes, comme si le + plaisir les fatiguait!.....»</p> + + <p>«Un jour, M. Bouchard-Chantereaux fut témoin d’un mouvement de + colère très-prononcé, chez une <i>Limace agreste</i><a id="FNanchor_130" href="#Footnote_130" class="fnanchor">[130]</a> qui avait + des prétentions fort amoureuses, et qui, en rencontrant une autre + très-froide et très-réservée, lui fit pendant une demi-heure les + caresses et les agaceries habituelles, sans être payée le moins + du monde de retour. Fatiguée de ses avances, elle agita la tête + brusquement, mordit au mufle la belle indifférente, et s’éloigna avec + dédain. <span class="pagenum" id="Page_338">338</span> Cette Limace pensait, avec raison, que l’amour n’exclut + pas la dignité!»</p> + + <p>«Les Céphalés de la mer sont organisés comme les Céphalés de la terre, + et soumis aux mêmes lois. Ils ont les mœurs des Limaçons et des + Limaces; <i>ils aiment!</i>»</p> + + <p>Les Mollusques à deux sexes, pourvus d’une tête, peuvent donc + éprouver et manifester <i>ce je ne sais quoi dont les effets sont + incroyables</i> (suivant la juste remarque de Pascal); et, si l’amour + n’est pas chez eux aussi profond, aussi exquis, aussi durable que + chez les Vertébrés supérieurs, comme ces animaux sont à la fois + mâle et femelle, ils le sentent nécessairement de <i>deux manières + différentes</i>, ce qui produit un ravissant cumul! «<i>Aimer + longtemps, infatigablement, toujours</i>, dit M. Michelet, <i>c’est ce + qui rend les faibles forts</i>.» S’il en est ainsi, <i>aimer double</i> + doit être l’<i>énergie de l’énergie!</i></p> + + <p>Les Mollusques Acéphales, notons-le en passant, ne sont pas favorisés, + sans doute, comme leurs frères les Céphalés. Car, malgré l’opinion + généralement admise, le véritable amour <i>vient de la tête et non du + cœur</i>, parce que c’est dans la tête que se trouve le cerveau. Voilà + pourquoi cette admirable sympathie ne paraît guère manifeste que chez + les animaux qui <i>possèdent une tête</i>.</p> + + <p>Toutefois notre proposition n’est rigoureusement exacte que pour les + animaux chez lesquels le centre sensitif est logé dans ladite tête (les + <i>intra-Vertébrés</i>); elle ne l’est plus pour ceux où il réside + <i>sur le cou</i> (les <i>extra-Vertébrés</i>). Les Limaces et les + Limaçons sentent l’amour <i>avec la nuque!</i></p> + + <p>Cette noble affection ne se montre donc suffisamment développée, chez + les Mollusques, que dans les espèces céphalées, c’est-à-dire les + plus parfaites, ou, si vous l’aimez mieux, les plus sensibles et les + plus locomotiles. Elle offre certainement, chez elles, quelque chose + de délicat, peut-être <span class="pagenum" id="Page_339">339</span> même d’idéal. Mais les pauvres Acéphales + ne comprennent pas les tendres sentiments. Est-ce un malheur pour + eux? Nous ne le pensons pas; car l’Auteur de toutes choses a donné + généreusement à chaque bête tous les sentiments, toutes les sympathies, + tous les plaisirs dont elle avait besoin!.....</p> + + <p>La tendresse sexuelle n’existe pas probablement dans l’<i>Huître</i> et + dans la <i>Moule</i>; si elle s’y trouve, elle y est à coup sûr bien + indéterminée, bien obscure et encore moins <i>morale</i>, s’il est + permis de parler ainsi, que dans la Limace et dans le Limaçon.</p> + + <p>Linné allait beaucoup trop loin, quand il se laissait entraîner par son + imagination souvent si poétique. Il voyait l’amour <i>jusque dans les + fleurs</i>. Il a publié un mémoire très-remarquable sur le <i>mariage + des plantes</i> (<i xml:lang="la" lang="la">Sponsalia plantarum</i>), accompagné d’une gravure + qui représente deux <i>Mercuriales</i> (mâle et femelle) dont la + fécondation est <i>favorisée par le zéphyr</i>. Il a inscrit ces mots, + très-significatifs, au-dessus des deux figures: «<i>L’amour unit les + plantes</i>» (<i xml:lang="es" lang="es">Amor unit plantas</i>). Linné savait très-bien que la + plupart des fleurs sont bisexuées (comme les Limaçons). Il avait vu et + voyait tous les jours, dans un <i>Œillet</i> par exemple, les étamines, + ou les mâles, entourer les pistils, ou les femelles, se précipiter sur + leurs stigmates, les presser, les embrasser, les couvrir de pollen; + mais l’immortel naturaliste abusait étrangement de l’analogie, quand il + croyait trouver dans la physiologie de cette fleur le sentiment presque + divin qui enflamme et ennoblit les animaux supérieurs, voire même les + Limaçons et les Limaces!..... Mais revenons à nos Mollusques de la mer.</p> + + <p>Les Céphalés de l’Océan pondent des œufs isolés ou agglomérés, sessiles + ou pédiculés. Quand ces derniers sont en nombre considérable, ils + forment des sphères, des <span class="pagenum" id="Page_340">340</span> rosettes, des étoiles, des coupes, + des entonnoirs, des cylindres, des paquets, des grappes, des + guirlandes..... Voyez le gracieux ruban des œufs de la <i>Bullée</i> + autour d’une branche de Varec<a id="FNanchor_131" href="#Footnote_131" class="fnanchor">[131]</a>.</p> + + <p>Les œufs sont blancs, jaunes, oranges, rouges, roses, d’un fauve clair, + ou d’un brun foncé. Plusieurs sont entourés d’une substance gélatineuse + (<i xml:lang="la" lang="la">nidamentum</i>) plus ou moins transparente, ou enfermés dans une + capsule (<i>oothèque</i>) plus ou moins membraneuse.</p> + + <p>Certains Mollusques portent leurs œufs collés au dos de leur coquille + et disposés en quinconce. La <i>Janthine</i> suspend les siens, + enfermés dans des espèces d’ampoules, à ses vessies natatoires. Ces + ampoules, qui ressemblent à des graines de courge, en contiennent plus + d’un million. (Quoy.)</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>On regarde comme très-voisine des Céphalés une petite tribu de + Mollusques qui nagent dans la haute mer à l’aide de deux larges + ailes ou nageoires membraneuses situées à droite et à gauche de leur + tête. Ces expansions sont à la fois des organes de mouvement et des + organes de respiration. Les animaux qui les possèdent ont été nommés + <i>Ptéropodes</i> (<i>pieds-ailes</i>).</p> + + <p>On a comparé ces Mollusques à des Papillons qui auraient les + ailes étendues. Cette comparaison, il faut l’avouer, n’est pas + très-rigoureuse.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XIX" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-340bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-340bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Un des plus connus parmi les Ptéropodes, c’est la <i>Clio boréale</i>, + jolie petite créature qui se trouve par millions dans les mers du Nord. + Les Baleines en consomment des <span class="pagenum" id="Page_341">341</span> quantités prodigieuses. C’est pourquoi les matelots anglais appellent + ces bestioles, <i>pâture de la Baleine</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-341" style="width: 150px;"> + <img src="images/page-341.jpg" alt="" width="111" height="123" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-341.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CLIO BORÉALE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Clio borealis</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les voyageurs racontent que ces petits Papillons marins donnent en + quelque sorte la vie aux lugubres régions qu’ils habitent, par leur + nombre et par leurs évolutions. Les Clios nagent joyeusement, et + semblent danser ou gambader en dépit de tout. Par les temps calmes, + elles s’élèvent à la surface du liquide; mais à peine ont-elles touché + l’air, qu’elles replongent aussitôt. Quelquefois elles jettent leurs + ailes ou nageoires autour des hydrophytes et semblent les embrasser + étroitement.</p> + + <p>Ces gracieuses vagabondes sont bleues, violettes ou purpurines.</p> + + <p>Leur tête fournit une nouvelle preuve de la sagesse qui a présidé à + leur organisation. Autour de la bouche naissent six tentacules, dont + chacun est couvert d’environ 3000 taches rouges, que l’on voit, au + microscope, comme des cylindres transparents. Ces cylindres contiennent + environ vingt petits suçoirs qui ont la faculté de se projeter au + dehors, et de saisir leur mince proie. Il y a donc 360 000 de ces + suçoirs sur la tête d’une Clio. Peut-être n’existe-t-il pas, dans toute + la nature, un appareil semblable à celui-là pour opérer la préhension! + (J. Franklin.)</p> + + <p>Les plus chétifs des organes des plus chétifs animaux, examinés de + près, excitent d’abord notre étonnement et <span class="pagenum" id="Page_342">342</span> presque aussitôt notre + enthousiasme. On ne saurait trop le répéter, il n’y a rien de négligé + dans la nature!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-342" style="width: 468px;"> + <img src="images/page-342.jpg" alt="" width="468" height="161" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-342.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 5em">HYALE TRIDENTÉE</span> <span style="margin-left: 6em">HYALE BORDÉE</span><br /> + <span style="margin-right: 0.5em">(<i xml:lang="la" lang="la">Hyalæa tridentata</i> Lamarck).</span>      <span style="margin-left: 6em">(<i xml:lang="la" lang="la">Hyalæa limbata</i> d’Orbigny).</span></p> + </div> + </div> + + <p>Un autre Ptéropode tout aussi mignon et tout aussi remarquable que + la Clio, c’est l’<i>Hyale tridentée</i>. Cette espèce manque de + tentacules, mais elle a une coquille. Ses nageoires sont très-grandes, + jaunâtres, avec une tache d’un beau violet à la base.</p> + + <p>Sa coquille est plane en dessus, bombée en dessous et fendue + latéralement. La partie supérieure est plus longue que l’inférieure, + et la ligne transverse qui les unit présente trois saillies en forme + de dents. Cette coquille est demi-transparente et d’un jaune d’ambre. + Quand l’animal nage, il fait sortir les deux expansions de son manteau + par les fentes latérales de son test.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_343">343</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_24" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXIV<br /> + <span class="h2line2">LA POURPRE DES ANCIENS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p xml:lang="la" lang="la">«<i><span class="smcap">Colores</span> dicti sunt quòd <span class="smcap">CALORE</span> ignis vel + solis perficiantur.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Saint Isidore.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La pourpre des anciens était une couleur très-belle et très-estimée. + Cette couleur fut, dans l’antiquité, l’apanage des seigneurs et des + rois. Son nom désignait la puissance ou la royauté. Les grands étaient + appelés <i>purpurati</i>, parce qu’ils avaient le droit de porter un + habit pourpre. La matière dont il s’agit se vendait, en Asie, au poids + de l’argent.</p> + + <p>Aujourd’hui, la pourpre est à peu près abandonnée. Les personnes du + monde ignorent même généralement la signification exacte que les + anciens attribuaient à ce mot, signification un peu différente de celle + que nous lui donnons aujourd’hui. Car on n’appelait pas <i>pourpre</i> + une teinte rouge, glacée de vermillon, mais une sorte de violet. Dans + le principe, c’était même un violet foncé; plus tard, à l’aide de + certaines manipulations, on rendit la nuance plus ou moins rouge.</p> + + <p>On nommait pourpre <i>dibaphe</i> celle des étoffes teintes deux fois. + Cette nuance avait beaucoup de réputation.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_344">344</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>M. Lacaze-Duthiers rapporte que, lorsqu’il faisait des recherches à + Port-Mahon, en 1858, son pêcheur Alonzo, en l’attendant dans sa barque, + employait souvent ses loisirs à marquer son linge et ses vêtements: + il y dessinait tant bien que mal quelque croix ou quelque petit ange + gardien. Il se servait d’une baguette de bois qu’il trempait dans les + mucosités du manteau déchiré d’un coquillage nommé dans le pays, <i>Cor + de fel</i>. Ce coquillage était la <i>Pourpre bouche de sang</i> des + conchyliologistes.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-344" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-344.jpg" alt="" width="126" height="189" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-344.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POURPRE BOUCHE DE SANG<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Purpura hæmastoma</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Avec sa baguette, le pêcheur traçait des traits jaunâtres.</p> + + <p>«Il n’y paraîtra guère? lui dit M. Lacaze-Duthiers.</p> + + <p>»—Cela deviendra <i>colorado</i>, répondit Alonzo, quand <i>le soleil + l’aura frappé</i>.»</p> + + <p>M. Lacaze-Duthiers pria le pêcheur de faire sous ses yeux, sur le tissu + de ses vêtements, quelques-uns des traits ou dessins qu’il savait + exécuter. Alonzo obéit. M. Lacaze-Duthiers continua ses explorations. + Mais bientôt, c’est-à-dire au bout de deux minutes, il fut poursuivi + par une odeur horriblement fétide. Il vit en même temps les parties + marquées sur son linge prendre une couleur violette d’une vivacité + remarquable.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_345">345</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les coquillages qui fournissaient la pourpre aux Grecs et aux + Romains étaient des Gastéropodes. Ces coquillages appartenaient au + genre <i>Pourpre</i> (<i>Purpura</i>) et au genre <i>Rocher</i> + (<i>Murex</i>).</p> + + <p>Parmi les Pourpres, on doit citer la <i>bouche de sang</i>, dont nous + venons de parler, et la <i>teinture</i><a id="FNanchor_132" href="#Footnote_132" class="fnanchor">[132]</a>.</p> + + <p>Il est probable que la plupart des espèces du même groupe, sinon + toutes, peuvent donner cette admirable couleur.</p> + + <p>Parmi les Rochers, nous signalerons le <i>fascié</i><a id="FNanchor_133" href="#Footnote_133" class="fnanchor">[133]</a>, le + <i>hérisson</i><a id="FNanchor_134" href="#Footnote_134" class="fnanchor">[134]</a> et la <i>petite Massue</i> ou <i>droite épine</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-345" style="width: 219px;"> + <img src="images/page-345.jpg" alt="" width="219" height="306" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-345.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PETITE MASSUE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Murex brandaris</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>On a découvert à Pompéi des tas de coquilles de la première espèce, + près de la boutique de plusieurs teinturiers.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_346">346</span></p> + + <p>Lesson croyait que la <i>Janthine commune</i> donnait aussi la pourpre + des anciens.</p> + + <p>Quand on laisse mourir les Mollusques producteurs de la pourpre, + non-seulement la partie qui renferme cette matière se colore en violet, + mais encore les tissus environnants.</p> + + <p>Les directeurs des musées ont remarqué que les individus conservés dans + l’alcool, ou dans tout autre liquide, communiquent la même teinte au + milieu dans lequel ils sont plongés.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-346" style="width: 289px;"> + <img src="images/page-329.jpg" alt="" width="289" height="144" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-329.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">JANTHINE COMMUNE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Janthina communis</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Jusqu’à ces derniers temps, l’organe purpurifère n’a pas été connu. + Quelques naturalistes avaient cru que c’était l’estomac ou le foie, ou + le rein, et avaient regardé la pourpre comme le suc gastrique, la bile + ou l’urine de l’animal. D’autres, mieux avisés, avaient émis l’idée que + la pourpre était produite par un organe spécial. Mais où se trouve cet + organe? Quelles sont ses connexions? Quelle est sa forme? Évidemment, + on ne l’avait jamais observé, puisque, dans les divers ouvrages de + malacologie, on parle d’une veine, d’un réservoir, d’un sac, d’une + poche..... C’est à M. Lacaze-Duthiers que la science est redevable de + la découverte de cette glande. Il l’a étudiée dans plusieurs espèces, + et l’a décrite avec soin.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_347">347</span></p> + + <p>L’organe purpurifère se trouve à la face inférieure du manteau, entre + l’intestin et l’appareil respiratoire, plus près de ce dernier que du + premier. Il a la forme d’une bandelette. Sa couleur est blanchâtre et + souvent d’un jaune léger. Cet organe ne varie pas beaucoup dans les + divers Mollusques.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>La matière de la pourpre est blanche ou faiblement jaune, parfois + un peu grisâtre. Soumise à l’action de la lumière, elle devient + d’abord jaune-citron, puis jaune verdâtre, puis verte, puis violette. + Cette dernière teinte se fonce de plus en plus. Ces transformations + successives sont accompagnées d’une odeur très-vive et très-pénétrante, + qu’on a comparée tantôt à celle de la poudre qui vient de prendre + feu, ou à celle de l’oignon brûlé, tantôt à celle de l’essence d’ail + ou à celle de l’asa fœtida. Cette odeur se conserve longtemps, et se + manifeste surtout lorsqu’on humecte le tissu, même un an après sa + coloration.</p> + + <p>La teinte de la pourpre perd un peu de sa vivacité par le lavage; + ensuite elle persiste. C’est pourquoi l’idée de s’en servir pour + marquer le linge est une excellente idée.</p> + + <p>En recueillant cette matière, M. Lacaze-Duthiers en a répandu plusieurs + fois sur l’ongle de son pouce. Cet ongle s’est bientôt coloré, et il + est resté violet pendant plus de cinq semaines.</p> + + <p>La substance purpurigène, quand elle n’est pas encore violette, est + soluble dans l’eau. Elle devient parfaitement insoluble quand elle a + pris cette couleur.</p> + + <p>Cette sécrétion, sous l’influence du soleil, est donc insoluble et + inaltérable.</p> + + <p>Réaumur pensait que l’apparition de la couleur pourpre <span class="pagenum" id="Page_348">348</span> au bout + d’un certain temps était due à l’action de l’air. Un renouvellement de + ce fluide était absolument nécessaire, suivant ce célèbre physicien, + pour produire la modification dont il s’agit.</p> + + <p>Duhamel a mieux étudié le phénomène. Il a constaté qu’il résultait de + l’action des rayons lumineux; mais, au lieu d’y voir une propriété + <i>photogénique</i> de la matière sécrétée, il a cru que le soleil + déterminait la pourpre comme il produit sur les pêches, les pommes + d’api et quantité d’autres fruits, une belle couleur rouge. Il a + confondu l’action des rayons solaires sur une substance qui n’est plus + soumise à la force vitale, avec son influence sur un tissu régi par + cette force.</p> + + <p>M. Lacaze-Duthiers fait observer avec beaucoup de justesse, que, sous + les climats brûlants et le ciel toujours si lumineux de l’Italie et de + la Grèce, la pourpre ne devait pas se faner comme les autres couleurs, + surtout comme celles tirées du règne végétal. La Cochenille, dont parle + Pline, qui fournissait l’écarlate, ne devait point résister à l’action + du soleil. La pourpre, au contraire, qui s’est développée directement + sous l’influence de la lumière même, ne peut s’altérer comme les autres + couleurs. Évidemment, tout ce qu’aurait pu faire le soleil, et les + anciens étaient souvent exposés à ses rayons dans leurs cérémonies + publiques, c’eût été de renforcer le ton des étoffes, et l’on doit voir + là certainement une des raisons de cette estime de la pourpre entre + toutes les couleurs.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>La pourpre est donc une substance tout à fait photogénique.</p> + + <p>M. Lacaze-Duthiers a fait des expériences importantes <span class="pagenum" id="Page_349">349</span> sur la + <i>sensibilité</i> de ce produit et sur les avantages qu’on pourrait en + retirer.</p> + + <p>Il conseille de recueillir la matière purpurigène avec une brosse plate + dont on a raccourci les poils. On frotte doucement, et plusieurs fois, + l’organe sécréteur. La brosse est bientôt chargée d’une substance + visqueuse et filante. «Alors on n’a qu’à barbouiller les tissus que + l’on veut imprégner, en répétant fréquemment sur eux un mouvement + de moulinet ou de va-et-vient; on arrive ainsi à étendre en couche + uniforme la mucosité recueillie, qui fait d’abord un peu de bave ou de + mousse, mais qui bientôt ne forme plus qu’un liquide, quoique épais, + où toutes les bulles d’air disparaissent progressivement. Pour que le + tissu se trouve imprégné à peu près uniformément, on charge le pinceau + une seconde, une troisième, une quatrième fois, en ayant soin de bien + fondre les limites des différents points sur lesquels on apporte + successivement de la nouvelle matière.» (Lacaze-Duthiers.)</p> + + <p>Il faut un certain temps d’exposition au soleil pour obtenir la + coloration de la matière. Ce temps varie suivant la vivacité des rayons + lumineux. Dans le midi de l’Espagne, la teinte violette se développe + après deux ou trois minutes. Dans d’autres circonstances, une image se + dessine au bout de quatre ou cinq. Avec un ciel nuageux, un portrait + n’a été fini qu’au bout de trois quarts d’heure. La lumière diffuse, + très-faible, demande encore plus de temps.</p> + + <p>On doit avoir soin d’humecter la matière avec quelques gouttes d’eau de + mer.</p> + + <p>La Pourpre bouche de sang donne un violet léger, quand la substance + est peu abondante, et un pourpre plus ou moins foncé, quand elle est + considérable.</p> + + <p>La Pourpre teinture produit un violet des plus beaux, <span class="pagenum" id="Page_350">350</span> quelquefois + avec des reflets bleuâtres des plus remarquables.</p> + + <p>Le Rocher fascié fournit une teinte bleuâtre. Les dessins obtenus à + Mahon étaient, les uns d’un violet bleuâtre, avec des parties tout à + fait bleues, les autres d’un violet foncé.</p> + + <p>Le Rocher hérisson des côtes de Pornic et de la Rochelle offre + constamment du violet. Toutefois, sans savoir pourquoi, M. + Lacaze-Duthiers a obtenu des teintes plus vineuses, plus bleuâtres ou + plus rosées, en opérant dans des conditions qui paraissaient exactement + les mêmes.</p> + + <p>La petite Massue présente un violet parfois clair et rosé, extrêmement + délicat.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_351">351</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_25" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXV<br /> + <span class="h2line2">LES CÉPHALOPODES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p><i xml:lang="la" lang="la">Monstrum horrendum, informe, ingens.</i>....</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Virgile.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Qu’on se figure un sac épais et coriace, ovoïde ou cylindrique, lisse, + visqueux, offrant à une extrémité une grosse tête arrondie, avec des + yeux latéraux énormes, aplatis, et vers le sommet, une bouche, ou, + pour mieux dire, un bec de corne, dur et tranchant comme celui d’un + Perroquet; qu’on ajoute autour de ce bec huit ou dix bras vigoureux, + dont deux souvent très-longs et comme pédiculés, et l’on aura l’idée de + ces Mollusques bizarres et redoutables désignés par Cuvier sous le nom + de <i>Céphalopodes</i><a id="FNanchor_135" href="#Footnote_135" class="fnanchor">[135]</a>.</p> + + <p>On les distingue en trois groupes principaux: 1<sup>o</sup> les <i>Sèches</i>, + dont le sac est bordé d’une nageoire dans toute sa longueur; 2<sup>o</sup> les + <i>Calmars</i>, qui ont deux nageoires distinctes vers l’extrémité du + corps; 3<sup>o</sup> les <i>Poulpes</i>, qui n’en possèdent nulle part. Cette + division a été indiquée par Aristote. Ce grand naturaliste paraît avoir + connu l’histoire de ces <span class="pagenum" id="Page_352">352</span> animaux, et même leur anatomie, à un degré + vraiment étonnant. (Cuvier.)</p> + + <p>Les Céphalopodes occupent le premier rang parmi les Mollusques. Ce sont + les princes de cet embranchement.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-352" style="width: 493px;"> + <img src="images/page-352.jpg" alt="" width="493" height="483" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-352.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 0.5em">CALMAR VULGAIRE</span> <span style="margin-left: 6em">CALMARET VERMICULAIRE</span><br /> + <span style="margin-right: 0.5em">(<i xml:lang="la" lang="la">Loligo vulgaris</i> Lamarck).</span>      <span style="margin-left: 6em">(<i xml:lang="la" lang="la">Loligopsis vermicularis</i> Ruppel).</span></p> + </div> + </div> + + <p>Ces animaux pullulent dans l’Océan et dans la Méditerranée. Les uns + ne s’éloignent pas des côtes, les autres se réfugient dans les eaux + les plus profondes. Tous se nourrissent de coquillages, de crabes, de + poissons.....</p> + + <p>Ils sont rusés. Ils se blottissent dans des trous, étendant leurs + membres au dehors. Ils guettent leur proie comme des voleurs de grand + chemin. Ils la flagellent, l’enlacent, l’étouffent avec leurs bras, la + déchirent avec leur bec, et la dévorent sans pitié.</p> + + <p>Ils détruisent souvent pour le seul plaisir de détruire. <span class="pagenum" id="Page_353">353</span> Alcide + d’Orbigny a vu un de ces animaux, de petite taille, laissé par la + marée au milieu d’une troupe de petits Poissons, désappointés comme + lui, en faire un massacre épouvantable sans les manger, et cela <i>par + délassement</i>.</p> + + <p>C’est ainsi que s’entretient le cercle continuel des destructions et + des renouvellements, qui sont une des conditions de l’harmonie générale + de l’univers.....</p> + + <p>Les Céphalopodes expulsent le résidu de leur digestion par un orifice + situé en avant du cou, <i>près de la bouche</i>. Singulière place! + Leurs organes respiratoires se trouvent dans le sac, et ressemblent à + des feuilles de Fougère. Curieuse organisation!</p> + + <p>Ils ont <i>trois cœurs</i>, ou, pour mieux dire, un cœur divisé en + trois parties. (Cuvier.)</p> + + <p>Les Céphalopodes sont nocturnes et crépusculaires. Ils se cramponnent + aux rochers pendant les tempêtes, avec leurs bras les plus longs, qui + fonctionnent comme deux ancres, les autres restant libres et prêts à + saisir quelque victime.</p> + + <p>Ces bras sont armés de deux ou trois rangées de ventouses ou suçoirs, + petites coupes circulaires avec une ouverture au centre, laquelle + conduit à une cavité.</p> + + <p>A cet orifice s’adapte une sorte de piston. Ces ventouses s’appliquent + et adhèrent avec une force surprenante au corps glissant des Poissons, + des Mollusques et des autres habitants de la mer. On a calculé que, + dans une Sèche, il y a neuf cents de ces ventouses.</p> + + <p>Quelquefois les suçoirs des extrémités présentent, au centre de chaque + coupe, une griffe acérée et recourbée. On comprend, d’après cette + organisation, que la victime la plus lisse et la plus visqueuse ne + puisse pas échapper au vorace destructeur.</p> + + <p>Dans le <i>Cirroteuthis de Müller</i>, les bras sont réunis par + une expansion membraneuse, couleur lilas clair, en forme <span class="pagenum" id="Page_354">354</span> de + cloche légèrement lobée, semblable à la corolle d’un Solanum ou d’un + Convolvulus.</p> + + <p>Les Céphalopodes marchent la tête en bas et le corps presque vertical. + Les bras leur servent alors de pieds.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-354" style="width: 313px;"> + <img src="images/page-354.jpg" alt="" width="313" height="290" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-354.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CIRROTEUTHIS DE MULLER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Cirroteuthis Mülleri</i> Eschricht).</p> + </div> + </div> + + <p>Une espèce de l’océan Pacifique peut faire des bonds considérables. On + a vu un de ces Mollusques s’élancer hors de l’eau, et tomber sur le + pont d’un navire, où il fut pris (J. Franklin). James Ross rapporte + qu’un certain nombre de Sèches bondirent sur son vaisseau, élevé de + 16 pieds anglais. On en recueillit plus de cinquante. Quelques-unes + passèrent par-dessus le pont et retombèrent dans la mer.</p> + + <p>Dans l’intérieur des Céphalopodes se trouve une poche qui renferme une + liqueur noire comme de l’encre, brune comme du bistre, ou d’un violet + foncé. Cette poche communique avec l’extérieur, au moyen d’un petit + canal. Lorsqu’ils sont poursuivis ou menacés, ils lâchent une partie + de leur liqueur, qui trouble l’eau, et ils profitent du brouillard + artificiel qu’elle a produit pour se sauver au plus vite.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_355">355</span></p> + + <p>Un écrivain anglais compare le stratagème de nos Mollusques à la + vieille tactique de certains hommes politiques ou théologiens, qui, + pour échapper aux raisons qu’on leur oppose, ne trouvent rien de mieux + que de <i>répandre du noir</i> dans la discussion. «L’obscurité devient + leur force et leur triomphe. Ils troublent la vue des esprits faibles + ou peureux, se dérobent à l’examen, et passent pour invulnérables à + travers les siècles, comme les Céphalopodes à travers les eaux noircies + de l’Océan.» (J. Franklin.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-355" style="width: 230px;"> + <img src="images/page-355.jpg" alt="" width="230" height="374" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-355.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SÈCHE ÉLÉGANTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sepia elegans</i> Blainville).</p> + </div> + </div> + + <p>Avec l’encre des Sèches, pour le rappeler en passant, on prépare la + <i>sépia de Rome</i>, employée dans la peinture à l’aquarelle. Les + beaux dessins qui accompagnent une partie des mémoires de l’illustre + Cuvier sur l’anatomie des Mollusques ont été exécutés avec l’humeur + fournie par plusieurs des individus qu’il disséquait (Duvernoy).</p> + + <p>On a prétendu pendant longtemps que les Chinois composaient l’<i>encre + de Chine</i> avec la liqueur d’un Céphalopode <span class="pagenum" id="Page_356">356</span> voisin de nos Sèches + (Bosc). Il paraît presque certain que cette encre est préparée surtout + avec du noir de fumée.</p> + + <p>Dans le dos des Sèches existe ce corps plat, léger et friable, appelé + <i>os de Sèche</i>, dont se servent les orfévres et qu’on donne à + becqueter aux Canaris. Dans celui des Calmars, on trouve, à la place de + ce corps, une lame cartilagineuse, demi-transparente, qui ressemble à + une plume.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-356" style="width: 400px;"> + <img src="images/page-356.jpg" alt="" width="294" height="303" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-356.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 5em">OS DE CALMAR.</span> <span style="margin-left: 3em"> OS DE SÈCHE.</span></p> + </div> + </div> + + <p>Les Céphalopodes ont un regard fixe singulièrement désagréable. Leur + iris est doré. L’ouverture de leur pupille représente un rectangle + allongé. Leurs yeux brillent la nuit, comme ceux des chats. (Cuvier.)</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XX" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-356bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-356bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Ces animaux sont ovipares. Ils pondent des œufs agglomérés en grappes + rameuses, que les pêcheurs désignent sous le nom de <i>raisins de + mer</i>. Ces œufs sont ovoïdes, lisses, un peu mous et transparents. Au + moment de la ponte, ils sont recouverts d’une matière gluante qui, en + se durcissant, les attache à l’herbier par une sorte de boucle, et leur + forme une enveloppe protectrice d’un brun obscur. La marée les apporte + souvent sur le rivage. M. Lacaze-Duthiers <span class="pagenum" id="Page_357">357</span> + en a vu que la sonde avait retirés de plus de 1600 mètres de profondeur.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-357" style="width: 554px;"> + <img src="images/page-357.jpg" alt="" width="554" height="485" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-357.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ŒUFS DE CÉPHALOPODE (RAISINS DE MER).</p> + </div> + </div> + + <p>Plusieurs Sèches jouissent de la merveilleuse faculté de changer de + couleur. Elles passent du blanc purpurin au gris livide, et du gris + livide au brun rougeâtre. Leurs teintes disparaissent et reparaissent + tour à tour, se mélangent, se confondent ou se séparent de la manière + la plus fantastique. Quand l’animal est effrayé ou irrité, ses taches + grandissent ou se déplacent avec une rapidité bien supérieure aux + changements du Caméléon. Quelques naturalistes supposent que ces + curieuses transformations ont pour but d’épouvanter les ennemis.</p> + + <p>Quand on entre dans les bas-fonds habités par de grands <span class="pagenum" id="Page_358">358</span> + Céphalopodes, par exemple par des Poulpes, il faut se méfier de leur + voisinage. Avec leurs bras gluants, ces vilains Mollusques enlacent les + membres des nageurs d’une manière si serrée, qu’on a souvent beaucoup + de peine à s’en débarrasser.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-358" style="width: 500px;"> + <img src="images/page-358.jpg" alt="" width="302" height="194" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-358.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ŒUF DE SÈCHE.<br /> + (<i>Son enveloppe déchirée et sa boucle.</i>)        (<i>Dépourvu de son enveloppe.</i>)</p> + </div> + </div> + + <p>Le docteur J. Franklin a vu des Sèches se cramponner ainsi fort + indiscrètement aux jambes des baigneurs..... et des baigneuses. Il + se souviendra toujours de la frayeur d’une jeune femme qu’une de + ces méchantes bêtes avait saisie un peu plus haut que la jambe..... + L’animal ne lâcha prise que lorsqu’on lui eut versé quelques gouttes de + vinaigre sur le dos. Il trouva le procédé extrêmement désagréable.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>A diverses époques, on a parlé de Calmars ou de Poulpes gigantesques, + hors de proportion avec les espèces les plus grosses de nos côtes.</p> + + <p>Des naturalistes ou des marins ont signalé des individus d’une taille + tellement grande, qu’ils n’ont pas craint de les comparer à des + Baleines.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_359">359</span></p> + + <p>Pline parle d’un monstre qui avait l’habitude d’aborder à Castria, sur + la côte d’Espagne, pour dévaster les étangs. Il en dévorait tous les + poissons. Cet animal pesait 350 kilogrammes. Ses bras gluants étaient + longs de 10 mètres. Sa tête était grosse comme un tonneau; elle offrait + la capacité de quinze amphores, et fut envoyée au proconsul L. Lucullus.</p> + + <p>Olaüs Magnus raconte les hauts faits d’un Céphalopode colossal, qui + avait au moins <i>un mille de longueur</i>, et dont l’apparition + au sein des eaux ressemblait plus à une île qu’à un animal<a id="FNanchor_136" href="#Footnote_136" class="fnanchor">[136]</a> + (<i xml:lang="la" lang="la">similiorem insulæ quàm bestiæ</i>). Ce terrible Mollusque avait été + nommé <i>Kraken</i>.</p> + + <p>L’évêque de Nidaros découvrit un de ces animaux gigantesques, qui + dormait tranquillement au soleil, et le prit pour un immense rocher. + Il fit dresser un autel sur son dos, et y célébra la messe. Le Kraken + demeura immobile tout le temps de la cérémonie. Mais à peine l’évêque + eut-il regagné le rivage, que le monstre replongea dans la mer. + (Bartholin.)</p> + + <p>Les excréments de cette affreuse bête répandaient un parfum si suave, + que les Poissons d’alentour accouraient en toute hâte pour s’en + repaître. Alors l’impitoyable Gargantua ouvrait son effroyable gueule, + <i>semblable à un golfe ou à un détroit</i> (<i xml:lang="la" lang="la">instar sinûs aut + freti</i>), et engloutissait tous les malheureux petits ou grands qui + se trouvaient à sa portée. (Bartholin.)</p> + + <p>Pontoppidan, évêque de Bergen, regarde comme très-authentique + l’histoire de ce fameux Kraken. Il assure qu’un régiment pourrait + manœuvrer à l’aise sur son dos!</p> + + <p>Linné, dans la première édition de son <i>Système de la <span class="pagenum" id="Page_360">360</span> + nature</i>, admet l’existence de ce monstre imaginaire, et le désigne + sous le nom de <i xml:lang="la" lang="la">Sepia microcosmus</i>. Plus tard, mieux instruit, il + l’effaça de la liste des animaux vivants.</p> + + <p>Sonnini n’a pas suivi l’exemple du grand naturaliste suédois. Il a + <i>représenté</i>, dans ses <i>Suites à Buffon</i>, ce géant des + Céphalopodes étreignant dans ses bras démesurés un vaisseau de haut + bord, et cherchant à l’engloutir. Inutile de dire que son dessin n’est + pas <i>d’après nature!</i></p> + + <p>Pernetti parle d’un monstre du même genre et de la même taille, qui + réussit à faire sombrer un autre vaisseau.</p> + + <p>L’existence du Kraken est regardée comme une fable. La science la + repousse comme les récits exagérés, analogues, de Pline et d’Élien. + Nous ne sommes plus au temps où l’on croyait à des animaux marins + tellement volumineux, qu’il leur eût été <i>impossible de passer par le + détroit de Gibraltar!</i></p> + + <p>Cependant il est bien reconnu aujourd’hui qu’il se trouve, dans la + Méditerranée et dans l’Océan, des Céphalopodes réellement énormes, non + pas, toutefois, de la grandeur d’un vaisseau, d’une Baleine, d’une + île....., ou plus larges qu’un détroit....., mais d’une taille assez + extraordinaire pour mériter le nom de gigantesques.</p> + + <p>Aristote parle d’un grand Calmar (Τεῦθος) de la Méditerranée, long de + cinq coudées (3<sup>m</sup>,10).</p> + + <p>Le fameux plongeur Piscinola, qui descendit dans le détroit de Messine, + à la prière de l’empereur Frédéric II, y vit avec effroi d’énormes + Poulpes attachés aux rochers, et dont les membres, de plusieurs aunes + de long, étaient plus que suffisants pour étouffer un homme. Ce + témoignage n’a pas assez fixé l’attention des naturalistes de notre âge.</p> + + <p>Nous en dirons autant de l’<i>ex-voto</i> suspendu dans une église de + Saint-Malo, lequel représente une embarcation <span class="pagenum" id="Page_361">361</span> arrêtée, sur la + côte d’Angole, par les longs bras d’un Céphalopode colossal. C’est + très-probablement ce fait, exagéré par l’imagination de Sonnini, qui a + servi de modèle ou de prétexte à la figure dont nous avons parlé.</p> + + <p>Les naturalistes modernes ont signalé, dans nos mers, des Céphalopodes + d’une assez belle taille. M. Verany parle d’un Calmar qui avait 1<sup>m</sup>,655 + de longueur, et qui pesait 12 kilogrammes. On a pêché près de Nice + un autre individu qui pesait 15 kilogrammes. On possède au musée de + Trieste le corps d’un animal analogue, trouvé en Dalmatie, sur les + bords de la mer.</p> + + <p>Un Calmar de très-grande taille (1<sup>m</sup>,820) a été pris non loin de + Cette, il y a une vingtaine d’années; il fait partie en ce moment + des collections de la Faculté des sciences de Montpellier<a id="FNanchor_137" href="#Footnote_137" class="fnanchor">[137]</a>. (P. + Gervais.)</p> + + <p>Le voyageur Péron a rencontré près de la terre de Van-Diemen une Sèche + <i>aussi grosse qu’un baril</i>, roulant pesamment sur les vagues, + dont les bras avaient jusqu’à 2<sup>m</sup>,33 de longueur et une vingtaine de + centimètres de diamètre à leur base. Ces bras se tordaient comme de + hideux Serpents.</p> + + <p>Quoy et Gaimard ont recueilli dans l’océan Atlantique, près de + l’équateur, pendant un temps parfaitement calme, les débris d’un énorme + Mollusque de la même famille, dont ils ont évalué le poids à plus de 50 + kilogrammes. Il n’y avait que la moitié du corps, sans les bras.</p> + + <p>Rang a découvert dans les mêmes eaux un Céphalopode, de couleur rouge, + dont le corps offrait le volume d’un tonneau.</p> + + <p>Pennant donne les mesures d’une Sèche dont le corps avait 12 pieds + anglais de diamètre; ses bras en présentaient 54.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_362">362</span></p> + + <p>Swediaur rapporte que des baleiniers ont retiré de la gueule d’un + Cachalot des fragments d’une autre Sèche qui avaient 25 pieds de + longueur.</p> + + <p>On conserve au Collége des chirurgiens de Londres une mandibule de + Céphalopode, qui paraît venir des mers du Nord. Elle est plus grande + que la main.</p> + + <p>M. Steenstrup (de Copenhague) a publié des observations + très-intéressantes sur un Céphalopode gigantesque<a id="FNanchor_138" href="#Footnote_138" class="fnanchor">[138]</a> rejeté en 1853 + sur le rivage du Jutland. Le corps de cet animal, dépecé par les + pêcheurs, fournit la charge de plusieurs brouettes. Son arrière-bouche + était grande comme la tête d’un enfant.</p> + + <p>Le même naturaliste a fait connaître un autre Mollusque colossal<a id="FNanchor_139" href="#Footnote_139" class="fnanchor">[139]</a>, + qu’on suppose rapporté de Saint-Thomas. Il a montré à M. le professeur + Auguste Duméril un tronçon de bras d’une autre espèce, de la grosseur + de la cuisse.</p> + + <p>Enfin, M. Harting a décrit et figuré diverses parties plus ou moins + volumineuses d’un individu du même groupe, qui se trouvent dans le + musée d’Utrecht.</p> + + <p>Toutes ces observations s’appliquent évidemment à plusieurs espèces de + Céphalopodes voisines des Sèches, des Calmars ou des Poulpes, dont la + taille dépasse de beaucoup celle de tous les Invertébrés connus. (M. + Edwards.)</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Quoi qu’il en soit, voici un exemple authentique d’un de ces énormes + animaux, observé <i>entier et vivant</i>, à quarante lieues N. E. de + Ténériffe, par l’aviso à vapeur <i>l’Alecton</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_363">363</span></p> + + <p>L’histoire de cette découverte est extraite du rapport officiel du + commandant Bouyer, lieutenant de vaisseau, et d’une relation de M. + Sabin Berthelot, consul de France aux îles Canaries.</p> + + <p>Le 30 novembre 1861, l’aviso à vapeur <i>l’Alecton</i>, se rendant à + Cayenne, rencontra, entre Madère et les îles Canaries, un Céphalopode + monstrueux qui nageait à la surface de l’eau. Cet animal mesurait 5 à 6 + mètres de longueur, sans compter les huit bras formidables couverts de + ventouses qui couronnaient sa tête. Ses yeux, à fleur de tête, avaient + un développement prodigieux, une teinte glauque et une effrayante + fixité. Sa bouche, en bec de perroquet, pouvait offrir 50 centimètres + d’ouverture. Son corps, fusiforme, mais très-renflé vers le milieu, + présentait une énorme masse, dont le poids a été estimé à plus de 2000 + kilogrammes. Ses nageoires, situées à l’extrémité postérieure, étaient + arrondies en deux lobes charnus d’un très-grand volume.</p> + + <p>Ce fut à deux heures de l’après-midi que l’équipage de l’<i>Alecton</i> + aperçut ce terrible Céphalopode.</p> + + <p>«Commandant! la vigie signale un débris flottant par bâbord devant.</p> + + <p>—C’est rougeâtre, on dirait un bout de mât.</p> + + <p>—C’est un paquet d’herbes.</p> + + <p>—C’est une barrique.</p> + + <p>—C’est un animal, on voit les pattes.»</p> + + <p>Cependant l’<i>Alecton</i> approchait du grand Mollusque de toute + la vitesse de sa machine. Le commandant fit stopper, et, malgré les + dimensions de l’animal, il manœuvra pour s’en emparer. Malheureusement, + une forte houle prenait l’<i>Alecton</i> en travers, lui imprimait des + roulis désordonnés et gênait ses évolutions; tandis que, de son côté, + le Mollusque, quoique toujours à fleur d’eau, se <span class="pagenum" id="Page_364">364</span> déplaçait avec + intelligence, et semblait vouloir éviter le navire.</p> + + <p>En toute hâte on chargea des fusils; on prépara des harpons et l’on + disposa des nœuds coulants. Mais, aux premières balles qu’il reçut, le + monstre plongea et passa sous le navire. Il ne tarda pas à reparaître + à l’autre bord. Attaqué avec les harpons et blessé par de nouvelles + décharges, il disparut deux ou trois fois, et chaque fois il se + montrait, quelques instants après, à fleur d’eau. Il agitait ses longs + bras dans tous les sens. Mais le navire le suivait toujours, ou bien + arrêtait sa marche, selon les mouvements de l’animal. Cette chasse dura + plus de trois heures.....</p> + + <p>Le commandant de l’<i>Alecton</i> voulait en finir, à tout prix, avec + cet ennemi d’un nouveau genre. Néanmoins il n’osa pas risquer la vie de + ses marins en faisant armer une embarcation. Il pensa, avec raison, que + le monstre aurait pu la faire chavirer, en la saisissant avec un de ses + formidables bras. Les harpons qu’on lançait s’enfonçaient dans un tissu + mollasse, sans consistance, et en sortaient sans succès. Plusieurs + balles (au moins une vingtaine) avaient traversé inutilement divers + endroits de son corps. Cependant il en reçut une qui parut le blesser + grièvement; car il vomit une grande quantité d’écume et de sang mêlés à + des matières gluantes qui répandirent une forte odeur de musc. Ce fut + dans cet instant qu’on parvint à le saisir avec un harpon et avec un + nœud coulant. Mais la corde glissa le long du corps élastique, et ne + s’arrêta que vers l’extrémité, à l’endroit des deux nageoires.</p> + + <p>On tenta de le hisser à bord. Déjà la plus grande partie du Mollusque + se trouvait hors de l’eau, quand un violent mouvement fit déraper + le harpon. L’énorme poids de la masse agit sur le nœud coulant, + qui pénétra dans les chairs, <span class="pagenum" id="Page_365">365</span> les déchira, et sépara la partie + postérieure du reste de l’animal. Alors le monstre, dégagé de cette + étreinte, retomba lourdement dans la mer, et disparut.</p> + + <p>Le morceau détaché pesait une vingtaine de kilogrammes. On l’a porté à + Sainte-Croix de Ténériffe.</p> + + <p>Il est probable que ce Mollusque colossal était malade ou épuisé par + une lutte récente, soit avec un Céphalopode de sa taille, soit avec + quelque autre monstre de la mer. On expliquerait ainsi pourquoi il + avait quitté les profondeurs de l’Océan et les rochers qui lui servent + de repaire, pourquoi il présentait une sorte de lenteur et, pour + ainsi dire, de gêne dans ses mouvements, et pourquoi enfin il n’a pas + obscurci les flots avec son encre. A en juger par sa taille, il aurait + dû lâcher au moins un baril de liqueur noire, s’il avait été bien + portant et qu’il n’eût pas épuisé ce moyen de défense dans un récent + combat.</p> + + <p>M. Berthelot a interrogé de vieux pêcheurs canariens, qui lui + ont assuré avoir vu plusieurs fois, vers la haute mer, de grands + Céphalopodes rougeâtres, de 2 mètres et plus de longueur, dont ils + n’avaient pas osé s’emparer. Aujourd’hui, ce n’est pas sans une + certaine émotion qu’ils ont appris l’existence, dans leurs parages, + d’un voisin aussi redoutable, quoique</p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">..... Il <i>ait</i> perdu la queue à la bataille.</p> + </div> + </div> + + <p>Très-probablement ce monstre n’est pas le seul de son espèce, ni + peut-être de sa taille, aux environs de Ténériffe.</p> + + <p>Ce Mollusque est-il un Calmar ou un Céphalopode voisin des Calmars, + ainsi que plusieurs journaux ont paru le décider? Si nous en jugeons + par la figure que M. S. Berthelot a bien voulu nous communiquer (cette + figure a été dessinée, pendant la lutte, par un des officiers de + l’<i>Alecton</i>), l’animal <span class="pagenum" id="Page_366">366</span> possède deux nageoires terminales, + comme les Calmars; mais il a huit bras égaux entre eux, comme les + Poulpes. On sait que les Calmars, comme les Sèches, ont dix bras, dont + deux très-longs. Est-ce une espèce intermédiaire entre les Calmars + et les Poulpes? Faut-il admettre, avec MM. Crosse et Fischer, que le + Mollusque avait probablement perdu ses grands bras dans quelque lutte + antérieure?</p> + + <p>Les deux savants malacologistes que nous venons de citer, proposent de + désigner le nouveau monstre sous le nom de <i>Calmar de Bouyer</i><a id="FNanchor_140" href="#Footnote_140" class="fnanchor">[140]</a>.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>De même que les autres Mollusques, les Céphalopodes sont tantôt nus, + tantôt pourvus d’une coquille. Les premiers sont plus nombreux que les + seconds. C’est l’inverse, comme on l’a déjà vu, chez les Acéphales et + les Céphalés.</p> + + <p>Les Céphalopodes testacés sont l’<i>Argonaute</i> et le <i>Nautile</i>.</p> + + <p>L’<i>Argonaute papyracé</i><a id="FNanchor_141" href="#Footnote_141" class="fnanchor">[141]</a> est un mollusque bien connu des + anciens, de Pline, par exemple.</p> + + <p>L’animal se fait remarquer par ses huit tentacules, assez grands, + couverts de deux rangées de suçoirs, dont six étroits, amincis vers + l’extrémité et pointus, et deux terminés par une large dilatation + membraneuse.</p> + + <p>Sa coquille est mince, fragile, roulée en spirale et cannelée + onduleusement et symétriquement. Son dernier tour est si grand, + proportionnellement, qu’elle a l’air d’une élégante chaloupe dont la + spire serait la poupe. (Cuvier.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_367">367</span></p> + + <p>Comme le corps de l’Argonaute ne pénètre pas jusqu’au fond de la spire + de la coquille, et qu’il n’y adhère point, plusieurs auteurs ont + pensé que cette enveloppe n’est pas produite par l’animal, mais qu’il + l’habite en parasite après en avoir tué le propriétaire (Rafinesque). + Cependant, comme on a toujours trouvé le Mollusque dans la même + coquille et jamais dans une autre, et qu’enfin on a constaté déjà dans + l’œuf le rudiment de cette même enveloppe (Poli), il faut rejeter cette + opinion.</p> + + <p>L’Argonaute se sert de sa coquille comme d’un bateau léger, employant + ses tentacules étroits, comme des rames qui frappent l’eau de chaque + côté, et, d’après Pline, relevant ses tentacules dilatés, comme des + voiles. Cette coquille serait un navire dont le matelot se trouverait à + la fois le gouvernail, le mât, les rames et la voile (Ch. Bonnet). On + a peut-être un peu poétisé l’industrie nautique de ce joli navigateur. + Cependant il est très-vrai que, pendant les temps calmes, on voit des + troupes d’Argonautes flotter et se promener à la surface de la mer.</p> + + <p>Au moindre danger, ces Mollusques plient leurs voiles, rentrent leurs + bras, contractent leur corps, et descendent dans la mer.</p> + + <p>Le <i>Nautile commun</i> est peut-être plus curieux que l’Argonaute + papyracé.</p> + + <p>Celui-ci ressemble davantage aux Céphalopodes sans coquille. Il a, + comme ces derniers, un sac viscéral, des yeux énormes et un bec de + perroquet. Mais sa tête, au lieu de porter de grands tentacules, + est entourée de plusieurs cercles de petits bras nombreux, fins, + contractiles et privés de suçoirs. (Rumph.)</p> + + <p>La coquille du Nautile est grande, épaisse, ornée en dehors de bandes + et de flammes d’un fauve rougeâtre. Son intérieur paraît nacré d’une + manière assez brillante. Cette <span class="pagenum" id="Page_368">368</span> coquille est contournée en spirale. + Les tours croissent très-rapidement, de telle sorte que les derniers + enveloppent les premiers. Mais ce qui la distingue essentiellement, + c’est sa distribution en chambres symétriques, séparées par des + cloisons transversales et concaves. Vers le milieu de ces dernières, + se trouve un trou assez petit, répondant à un entonnoir étroit, lequel + produit un siphon qui va d’une chambre dans une autre.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-368" style="width: 463px;"> + <img src="images/page-368.jpg" alt="" width="463" height="420" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-368.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COQUILLE DU NAUTILE COMMUN<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Nautilus Pompilius</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>L’animal demeure principalement dans la dernière chambre, qui est la + plus spacieuse et la seule largement ouverte. Une sorte de cordon, qui + paraît à la fois un tube et un ligament, naît de sa région dorsale, + parcourt tous les siphons, et relie ensemble les différentes parties de + son corps logées dans les diverses chambres.</p> + + <p>Ce Céphalopode <i>polythalame</i> représente jusqu’à un certain <span class="pagenum" id="Page_369">369</span> + point, dans nos mers actuelles, ces coquilles si nombreuses de l’ancien + monde, connues sous le nom de <i>Cornes d’Ammon</i> (<i>Ammonites</i>).</p> + + <p>On sait que ces fossiles sont divisés aussi en plusieurs chambres; + mais leur dernière loge est relativement petite, et non très-vaste. + Leurs cloisons sont anguleuses, tantôt ondulées, tantôt déchiquetées. + Certaines ressemblent à des feuilles d’Acanthe. Il existe des Cornes + d’Ammon depuis la taille d’une lentille jusqu’à celle d’une roue de + carrosse. (Cuvier.)</p> + + <p>Quelques naturalistes ont cru que ces dépouilles étaient des coquilles + <i>intérieures</i>. On trouve encore, aujourd’hui vivant, un petit + Céphalopode testacé, appelé <i>Cornet de postillon</i><a id="FNanchor_142" href="#Footnote_142" class="fnanchor">[142]</a>, qui + renferme dans la partie postérieure de son corps une coquille blanche, + qu’on ne saurait mieux comparer qu’à un cône très-allongé, tordu sur + lui-même dans un seul plan, et divisé transversalement en une série de + cellules par des lames très-concaves.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_371">371</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_26" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXVI<br /> + <span class="h2line2">L’UNITÉ DE COMPOSITION.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft6">«L’unité dans la variété.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Leibnitz.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Céphalopodes sont remarquables surtout par la situation de leurs + membres au-dessus de la tête. Leur nom signifie littéralement <i>pieds + en tête</i>. On appelle <i>Octopodes</i> ceux qui ont huit membres, et + <i>Décapodes</i> ceux qui en ont dix. Cette bizarre structure, et le + singulier mode de progression qui en est la conséquence, ont frappé + tous les naturalistes.</p> + + <p>L’étude approfondie des anomalies <i>apparentes</i> de la nature + conduit souvent à reconnaître, dans ses prétendues déviations, une + confirmation nouvelle de la sagesse de ses lois.</p> + + <p>Il y a trente ans, deux ingénieux observateurs, MM. Laurencet et + Meyranx, examinant la manière dont sont placés relativement les + viscères des Céphalopodes, eurent la pensée de ramener cette classe + au type général des Vertébrés. Ils considérèrent ces Mollusques comme + des Vertébrés dont le tronc serait replié sur lui-même en arrière, + <span class="pagenum" id="Page_372">372</span> à peu près dans la région de l’ombilic, de manière que la nuque + touchât le bassin et que les mains fussent rapprochées des pieds. Cette + disposition est exactement celle que prennent les baladins, sur nos + places publiques, lorsqu’ils renversent leurs épaules pour marcher à la + fois sur les mains et sur les pieds.</p> + + <p>Geoffroy Saint-Hilaire, saisissant avidement cette nouvelle vue, + annonça, dans un rapport circonstancié, qu’elle établissait, entre les + Céphalopodes et les animaux supérieurs, une ressemblance jusqu’alors + méconnue, et fournissait en même temps une nouvelle preuve en faveur de + la grande loi qu’il avait appelée <i>unité de composition organique</i>.</p> + + <p>Cette interprétation détruisait l’opinion émise par Cuvier dans la + plupart de ses ouvrages, sur la grande différence qui sépare les + Mollusques des Vertébrés. L’illustre anatomiste réclama avec force, + peut-être même avec aigreur, contre les assertions et les conclusions + de son savant confrère.</p> + + <p>De là cette discussion solennelle qui éclata entre les deux grands + naturalistes devant l’Académie des sciences, le 15 février 1830, + discussion qui fixa un moment l’attention de l’Europe tout entière.</p> + + <p>Il s’agissait, en définitive, de savoir si la philosophie zoologique, + telle que l’a conçue Aristote, telle que l’ont continuée les + découvertes de vingt-deux siècles, telle enfin que Cuvier l’avait + illustrée par d’admirables dissections, si cette philosophie était + insuffisante, et devait céder la place aux doctrines récemment + introduites dans l’anatomie comparée, en Allemagne et en France, + par plusieurs naturalistes éminents, et en particulier par Geoffroy + Saint-Hilaire.</p> + + <p>Quand les discussions scientifiques, disait un éminent <span class="pagenum" id="Page_373">373</span> critique + de l’époque, ne roulent que sur des travaux de détail, elles demeurent + enfermées dans l’enceinte des Académies. Mais quand elles portent + sur les hautes généralités de toute une science; quand de leur choc + doit résulter une de ces révolutions qui comptent dans l’histoire du + progrès; quand elles sont engagées et soutenues par des hommes dont le + nom est européen, alors la curiosité publique s’éveille et s’y attache. + Toutes les sciences sont, par contre-coup, mises en cause, et ont un + intérêt majeur à leur résultat.</p> + + <p>La controverse élevée entre Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier offrit + tous ces caractères.</p> + + <p>Les questions en litige étaient telles, qu’indépendamment de leur + valeur vraiment scientifique, elles devaient saisir l’imagination + de tout homme qui pense, et s’emparer fortement de toutes les + intelligences pour lesquelles le spectacle de la nature animée est une + source féconde d’émotions.</p> + + <p>Tous les journaux scientifiques de l’époque, et même les grandes + feuilles quotidiennes, ouvrirent leurs colonnes à l’important débat qui + agitait l’Académie.</p> + + <p>Un des écrivains les plus puissants et les plus aimés de l’Allemagne, + l’illustre Gœthe<a id="FNanchor_143" href="#Footnote_143" class="fnanchor">[143]</a>, entreprit de résumer et de commenter la célèbre + discussion. Il annonça que les sciences naturelles allaient recevoir + une nouvelle direction, et que l’esprit humain était sur le point de + faire un très-grand pas.....</p> + + <p>La sensation profonde que produisit l’aurore de cette transformation + scientifique durait encore le lendemain de cette autre révolution + (juillet 1830) qui venait de renverser une ancienne dynastie. On + raconte qu’un voyageur <span class="pagenum" id="Page_374">374</span> récemment arrivé de France s’étant présenté + devant Gœthe, celui-ci lui dit aussitôt: «Eh bien! que pensez-vous de + ce grand événement? le volcan a fait éruption!—C’est une terrible + catastrophe, répondit le visiteur; mais que pouvait-on attendre d’un + pareil ministère, si ce n’est que tout cela finirait par l’expulsion de + la famille royale!—<i>Il s’agit bien de ces gens-là! je vous parle du + débat entre Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire!</i>...» (Sorel.)</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Geoffroy Saint-Hilaire posait en principe que la nature a formé tous + les êtres vivants d’après un plan unique, le même dans son essence, + mais varié dans ses applications. Les formes nombreuses que présentent + les espèces d’une même classe d’animaux dérivent les unes des autres. + Il a suffi à la puissance créatrice de changer quelques-unes des + proportions des organes, pour en étendre ou pour en restreindre les + fonctions, ou pour leur en donner de nouvelles. Les différences + viennent d’une autre complication ou d’une autre modification.</p> + + <p>«Toutes les parties essentielles semblent indiquer, comme disait + Buffon, qu’en créant les animaux, l’Être suprême n’a voulu employer + qu’une idée, et la varier en même temps de toutes les manières + possibles, afin que l’homme pût admirer à la fois, et la magnificence + de l’exécution, et la simplicité du dessin.»</p> + + <p>Avec le fil conducteur de la nouvelle méthode, on peut suivre et + reconnaître une partie quelconque de l’organisation à travers ses mille + usages et ses mille transformations, et expliquer facilement pourquoi + elle est libre dans tel animal, <span class="pagenum" id="Page_375">375</span> soudée dans tel autre, largement + développée dans celui-ci et tout à fait atrophiée dans celui-là<a id="FNanchor_144" href="#Footnote_144" class="fnanchor">[144]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-375" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-375.jpg" alt="" width="273" height="275" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-375.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ÉTIENNE GEOFFROY SAINT-HILAIRE.</p> + </div> + </div> + + <p>Cuvier s’efforçait de démontrer que si, par unité de composition, on + entend <i>identité</i>, on dit une chose contraire au plus simple + témoignage des sens. Si, par là, on entend <i>ressemblance</i>, + <i>analogie</i>, on énonce une proposition vraie dans certaines + limites, mais aussi vieille dans son principe que la zoologie + elle-même, et à laquelle les découvertes les plus récentes n’ont fait + qu’ajouter, dans certains cas, des traits plus ou moins importants, + sans rien altérer dans sa nature.</p> + + <p>Geoffroy répondait que l’unité de composition n’était, ni une parfaite + identité, ni une simple analogie, mais quelque chose entre-deux; + qu’elle s’appliquait aux connexions et non aux formes, aux ensembles et + non aux détails; qu’elle s’attachait surtout aux éléments organiques, + et présidait au plan général de l’organisme, et non à ses arrangements + partiels.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_376">376</span></p> + + <p>Cuvier n’avait-il pas été forcé d’admettre quatre types distincts dans + le règne animal? or, les animaux de chacun de ces types, tous les + Vertébrés par exemple, offraient-ils entre eux des identités ou des + analogies?</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-376" style="width: 268px;"> + <img src="images/page-376.jpg" alt="" width="268" height="272" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-376.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CUVIER.</p> + </div> + </div> + + <p>A la vérité, le grand zoologiste déclarait que la nature a laissé entre + ces divers plans des <i>hiatus</i> manifestes, et que les Céphalopodes, + par exemple, diffèrent notablement de tous les autres animaux, <i>et ne + sont le passage de rien</i>.</p> + + <p>Dans ses belles <i>Recherches sur les ossements fossiles</i>, Cuvier, + antiquaire d’une nouvelle espèce, n’avait-il pas abandonné plusieurs + fois sa méthode rigoureuse d’analyse, et n’était-il pas arrivé + hardiment, par la synthèse philosophique, à des résultats inattendus, + féconds, admirables, qui plaidaient éloquemment en faveur de la + doctrine de son illustre antagoniste?</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Près d’un demi-siècle s’est écoulé depuis cette mémorable discussion. + Les prédictions de Gœthe se sont réalisées.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_377">377</span></p> + + <p>«L’esprit, disait ce profond penseur, gouvernera la matière. On + apercevra les grandes maximes de la création; on pénétrera dans + l’atelier mystérieux de Dieu! Que sont d’ailleurs nos relations + avec la nature, si nous nous occupons simplement des individualités + matérielles, et si nous ne sentons pas le souffle primordial qui donne + à chaque partie sa direction, et qui ordonne et sanctionne chaque + déviation au moyen d’une loi inhérente?»</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-377" style="width: 270px;"> + <img src="images/page-377.jpg" alt="" width="270" height="268" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-377.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GŒTHE.</p> + </div> + </div> + + <p>L’unité de composition et les lois secondaires qui en dérivent se + sont introduites peu à peu dans les idées, dans les livres et dans + l’enseignement; elles ont produit les résultats les plus féconds et + préparé l’heureuse transformation de la science. La nouvelle doctrine + n’est autre chose, comme le disait Geoffroy Saint-Hilaire lui-même, que + la confirmation du principe de Leibnitz, qui définissait l’univers: + <i>L’unité dans la variété</i>. L’histoire naturelle ainsi comprise est + la première des philosophies (Villemain).</p> + + <p>Les deux grands hommes qui ont exercé une influence si diverse sur les + progrès modernes de la zoologie avaient travaillé ensemble dans leur + jeunesse et publié plusieurs <span class="pagenum" id="Page_378">378</span> mémoires en commun; mais bientôt la + divergence de leurs vues les conduisit à désunir leurs efforts.</p> + + <p>Esprit positif, froid et mesuré, Cuvier appliquait principalement + son génie à l’observation rigoureuse des faits et aux conséquences + immédiates résultant de cette observation. Il proclamait la suprême + autorité de l’analyse, et redoutait les conclusions prématurées de la + synthèse. Il était finaliste exagéré, et par cela même partisan de + l’invariabilité absolue des espèces; il ne s’attachait qu’à trouver des + caractères distinctifs. Il n’admettait d’autres lois dans les organes + que des lois de coexistence et d’harmonie. Enfin, il voyait dans les + classifications l’idéal auquel doit tendre l’histoire naturelle, et, + dans cet idéal une fois réalisé, la science tout entière.</p> + + <p>Penseur enthousiaste et hardi, Geoffroy Saint-Hilaire donnait une + très-grande importance aux rapprochements de la synthèse, et croyait + que la science devait être désormais dirigée par le flambeau de la + philosophie; il proclamait la variété limitée des espèces, sous + l’influence des milieux ambiants; il admettait des harmonies acquises + et non originelles, contingentes et non nécessaires; il embrassait + tous les êtres organisés dans une même loi, et n’accordait aux + classifications qu’une valeur très-secondaire.</p> + + <p>En résumé, Cuvier défendait la doctrine des différences, et + représentait l’école analytique; Geoffroy soutenait la doctrine des + ressemblances, et personnifiait l’école synthétique. L’un était + l’historien de la nature, l’autre voulait en être l’interprète!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_379">379</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_27" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXVII<br /> + <span class="h2line2">LES ANNÉLIDES.</span></h2> + + <div class="epigraph3"> + <div class="poem"> + <span class="i8">..... Tout ce grand mouvement,</span><br /> + <span class="i0">Qu’on jette un peu de sable, il cesse en un moment.</span> + </div> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Delille.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Voici un groupe d’animaux vermiformes confondus pendant longtemps avec + les Vers, à cause de leur physionomie.</p> + + <p>Au premier abord, vous allez croire qu’ils sont fort laids et peu + intéressants.—Fi donc! des animaux qui ressemblent à des vers!</p> + + <p>Mais, comme le dit Aristote, la nature ne renferme rien de bas, ni de + méprisable. Tout y est sublime, tout y est digne de notre admiration. + Vous le verrez bientôt. Les Annélides sont peut-être, parmi les bêtes + de la mer, celles qui présentent les formes les plus gracieuses, les + appendices les plus élégants et les couleurs les plus brillantes<a id="FNanchor_145" href="#Footnote_145" class="fnanchor">[145]</a>.</p> + + <p>Cuvier, un des premiers, étudia ces animaux d’une manière sérieuse. + Il les désigna sous le nom de <i>Vers à sang rouge</i>, parce qu’il + avait remarqué dans beaucoup d’entre eux le fluide sanguin d’une teinte + plus ou moins semblable <span class="pagenum" id="Page_380">380</span> à celle qu’il présente chez les animaux + supérieurs. Mais, depuis l’illustre zoologiste, on a reconnu dans ces + groupes des espèces à sang jaune, et d’autres à sang violet, à sang + bleuâtre, et même à sang vert. Il y en a aussi dont le sang est sans + couleur.</p> + + <p>Lamarck a proposé, pour ces animaux, le nom d’<i>Annélides</i> + (pourquoi pas <i>Annelides</i>? disait Constant Duméril), aujourd’hui + généralement adopté. Ce nom est tiré de la structure particulière du + corps, formé comme d’une suite d’<i>anneaux</i>. Ces anneaux sont au + nombre de vingt, de trente, de soixante, de quatre-vingts..... Dans + <i>l’Eunice sanguine</i><a id="FNanchor_146" href="#Footnote_146" class="fnanchor">[146]</a>, il y en a au moins trois cents. Dans + la <i>Phyllodoce lamelleuse</i><a id="FNanchor_147" href="#Footnote_147" class="fnanchor">[147]</a>, on en compte jusqu’à neuf cents + (l’animal offre à peine 8 décimètres de longueur).</p> + + <p>Ces anneaux sont des rides minces ou épaisses, aplaties ou saillantes, + séparées par des étranglements. Chacun ressemble à celui qui le précède + et à celui qui le suit. Ceux de la tête, ou partie céphalique, et ceux + de la queue, sont ordinairement un peu modifiés.</p> + + <p>Les zoologistes ont donné aux Annélides les désignations les + plus euphoniques, empruntées à la mythologie: <i>Amphitrite</i>, + <i>Aphrodite</i>, <i>Polynoé</i>, <i>Euphrosine</i>, <i>Alciope</i>, + <i>Néréis</i>..... Il y a quelque chose de merveilleusement doux dans + cette étude de la nature, qui attache un nom à tous les êtres, une + pensée à tous les noms, une affection et des souvenirs à toutes les + pensées. (Nodier.)</p> + + <p>Le corps des Annélides est nu, ou bien protégé par un vêtement solide.</p> + + <p>Les espèces nues sont celles qui ressemblent le plus à des Vers ou à + des larves. Quelques-unes se creusent, dans la terre ou dans la vase, + des galeries étroites, dans lesquelles <span class="pagenum" id="Page_381">381</span> + elles se logent. D’autres s’établissent par centaines, par milliers, + dans des mottes de sable, qui ressemblent alors à des gâteaux de ruche + à miel.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXI" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-380bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-380bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"></p> + </div> + </div> + + <p>Les espèces à vêtement solide possèdent un étui calcaire épais, droit + ou flexueux, dans lequel elles peuvent se retirer entièrement, comme + dans une coquille.</p> + + <p>Cuvier fait remarquer que les Annélides nues ont les organes + respiratoires sur la partie moyenne du corps, le long des côtés, et + que les Annélides à vêtement solide offrent ces mêmes organes attachés + à la tête ou à la partie antérieure. Ce grand naturaliste nomme les + premières <i>Dorsibranches</i>, et les secondes <i>Tubicoles</i><a id="FNanchor_148" href="#Footnote_148" class="fnanchor">[148]</a>.</p> + + <p>Le corps des Annélides est plus ou moins cylindrique, souvent déprimé. + Il s’amincit en avant et en arrière. Il est susceptible de contraction + et d’extension.</p> + + <p>Ces animaux ont des yeux en nombre variable: chez plusieurs, on en + compte jusqu’à soixante. M. Ehrenberg a fait connaître une curieuse + espèce qui en porte deux à la tête et deux à la queue. Deux yeux à la + queue! On en a décrit une autre, véritable petit Argus, qui a plusieurs + yeux sur la tête, deux sur chaque anneau du corps et quatre sur la + queue. Quelle richesse d’organes visuels!</p> + + <p>Fourier n’a donc rien imaginé! L’idée d’un œil au bout d’une queue est, + en définitive, une assez pauvre idée. Voyez la nature! Elle en a mis + deux dans une bête, et quatre dans une autre!</p> + + <p>Plusieurs Annélides possèdent le long du corps deux ou plusieurs + rangées de soies courtes ou allongées, molles ou roides. D’autres + sont entourées de mille petits filaments gracieusement mobiles, + qui deviennent, suivant le besoin, des mains, des pieds ou des + nageoires.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_382">382</span></p> + + <p>Les <i>Cirratules</i> offrent de longs appendices capillaires qui + s’agitent de toutes parts autour d’elles, et qu’elles étendent au loin + comme autant de cordages animés. Ce sont à la fois des bras et des + branchies, et le sang qui les remplit et les abandonne tour à tour, + leur communique une belle teinte d’un rouge cramoisi, ou laisse après + lui une couleur d’un jaune d’ambre. Voyez comme elles allongent leur + mufle pointu, surmonté d’un double œil en fer à cheval, comme elles se + ramassent pour échapper à l’éclat inaccoutumé de la lumière qui les + frappe! Les voilà qui forment un peloton plus inextricable cent fois + que le nœud tranché par Alexandre. Mais, ici, le câble est vivant; les + replis glissent les uns dans les autres, se dénouant et se renouant + sans cesse, et toujours renvoyant à votre œil de lumineux reflets. + (Quatrefages.)</p> + + <p>Les Annélides sont des animaux très-timides, un rien les effraye. + Cependant elles sont destinées à vivre de rapine. Les unes se tiennent + en embuscade, et attendent au passage les pauvres petites bêtes + imprudentes qui s’aventurent dans leurs eaux, les enlacent avec leurs + bras ou les saisissent avec leur trompe. Les autres perforent les + coquilles les plus dures et dévorent les Mollusques les mieux abrités.</p> + + <p>D’un autre côté, ces animaux sont en butte aux attaques d’un grand + nombre d’ennemis; ils avaient donc besoin d’être armés d’une manière + convenable. La Providence y a sagement et largement pourvu.</p> + + <p>Il n’est peut-être pas d’arme blanche, dit un savant naturaliste, + inventée par le génie meurtrier de l’homme, dont on ne puisse trouver + le modèle dans la tribu des Annélides. Voilà des lames recourbées, + dont la pointe présente un double tranchant prolongé, tantôt sur le + bord concave, comme dans le yatagan des Arabes, tantôt sur le côté + convexe, comme dans le cimeterre oriental. En voici qui rappellent + <span class="pagenum" id="Page_383">383</span> la latte de nos cuirassiers, le sabre-poignard de nos artilleurs, + ou le sabre-baïonnette des chasseurs de Vincennes. Et puis ce sont + des harpons, des hameçons, des lames tranchantes de toute forme, + légèrement soudées à l’extrémité d’une tige aiguë. Ces pièces mobiles + sont destinées à rester dans le corps de l’ennemi, tandis que le + manche qui les supporte deviendra une longue pique tout aussi acérée + qu’auparavant. Voici encore des poignards droits ou ondulés, des crocs + tranchants, des flèches barbelées à rebours, pour mieux déchirer la + plaie, et qu’une gaîne protectrice entoure soigneusement, de peur que + leurs fines dentelures ne viennent à s’émousser par le frottement ou + à se briser dans quelque choc imprévu. Enfin, si l’ennemi méprise ces + premières blessures et ces armes qui l’atteignent de loin, voilà que + de chaque pied va sortir un épieu plus court, mais aussi plus fort, + plus solide, et que des muscles particuliers mettent en jeu, dès qu’il + s’agit de combattre tout à fait corps à corps..... (Quatrefages.)</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>En tête des Annélides dorsibranches, on peut placer les + <i>Néréides</i>, avec leurs tentacules en nombre pair attachés aux + côtés de l’extrémité céphalique. Leurs branchies forment de petites + lames. Chacun de leurs membres offre deux tubercules, deux faisceaux de + soies et deux cirres. Lorsque tous ces organes s’unissent pour frapper + la vague de concert, l’animal glisse à travers l’eau avec une aisance + et une grâce au-dessus de toute expression.</p> + + <p>Les Annélides dorsibranches présentent souvent des couleurs éclatantes. + Une des plus riches par sa robe est la <span class="pagenum" id="Page_384">384</span> <i>Nephthys perle</i><a id="FNanchor_149" href="#Footnote_149" class="fnanchor">[149]</a>, + dont le corps est d’un jaune d’orpiment ou d’un rouge orangé, avec + une ligne longitudinale plus sombre, courant le long du dos. Toute sa + surface est chatoyante. Ses mâchoires sont noires et ses yeux bleus.</p> + + <p>Une espèce voisine, l’<i>Eunice géante</i><a id="FNanchor_150" href="#Footnote_150" class="fnanchor">[150]</a> de la mer des Antilles, + peut être regardée comme la plus grande Annélide connue; elle atteint + jusqu’à un mètre et demi de longueur. Elle possède plus de quatre + cent cinquante articulations. Elle est ornée de teintes irisées + resplendissantes, qui rappellent les magnificences du soleil des + tropiques. Sa tête est émaillée des plus vives couleurs. Il en sort une + trompe énorme, rose, armée de trois paires de mâchoires. Autour de la + bouche se font remarquer cinq tentacules. Les organes respiratoires, + placés sur les deux flancs, paraissent comme des panaches vermillon, + surtout lorsqu’ils sont remplis de sang. On peut suivre ce fluide + jusque dans le grand vaisseau qui parcourt la région dorsale. L’animal + possède dix-sept cents organes locomoteurs en forme de larges palettes, + d’où sortent des faisceaux de dards qui lui servent de rames, et qui + se meuvent tous à la fois avec une rapidité si grande, que l’œil ne + peut pas les distinguer dans leur évolution. Quand l’Annélide ondule, + qu’elle se tord en spirale, contractant et relâchant alternativement + ses anneaux, elle projette par moments des éclats de lumière où + brillent tour à tour les sept couleurs de l’arc-en-ciel.</p> + + <p>Dans l’<i>Eunice sanguine</i>, dont nous avons déjà parlé, on compte + deux cent quatre-vingts estomacs, trois cents cerveaux (ganglions) et + trente mille muscles!.....</p> + + <p>Regardez cette autre Annélide du même groupe, c’est <span class="pagenum" id="Page_385">385</span> peut-être + la plus belle des espèces qui vivent sur nos côtes. On l’appelle + <i>Chenille de mer</i> (<i>Aphrodite hérissée</i><a id="FNanchor_151" href="#Footnote_151" class="fnanchor">[151]</a>). Elle est + ovoïde, assez pointue aux extrémités et déprimée. Elle a le dos + légèrement convexe et le ventre plat. Il règne en dessus deux + rangées longitudinales de larges écailles membraneuses, quelquefois + boursouflées, mal à propos désignées sous le nom d’<i>élytres</i>. Ces + écailles sont recouvertes par une fourrure épaisse, brune, semblable + à de l’étoupe, qui prend naissance principalement sur les côtés. Ce + manteau de feutre est perméable à l’eau. Des parties latérales naissent + des groupes de fortes épines, qui percent en partie la fourrure, et + des faisceaux de soies flexueuses, brillantes de tout l’éclat de l’or, + et changeantes en toutes les teintes de l’iris (Cuvier). En effet, on + y remarque le jaune, l’orangé, le bleu, le pourpre, l’écarlate, et + surtout le vert doré. Ces nuances ont des reflets métalliques, et se + jouent de mille manières, produisant les effets les plus merveilleux. + L’Aphrodite hérissée ne le cède en beauté ni au plumage des Colibris, + ni à ce que les pierres précieuses ont de plus vif. (Cuvier.)</p> + + <p>L’animal offre sur les côtés quarante tubercules, d’où sortent des + cônes charnus et des aiguilles de trois grosseurs différentes. Il a + deux petits tentacules. Son œsophage est très-épais, musculeux et + susceptible d’être renversé en dehors. Il peut alors servir de trompe. + Ses organes respiratoires, au nombre d’une quinzaine, sont placés sur + le dos et protégés par les fausses élytres dont nous avons parlé; ils + ont la forme de petites crêtes charnues. Pendant qu’ils fonctionnent, + les écailles s’élèvent et s’abaissent alternativement.</p> + + <p>Les soies de l’Aphrodite sont aussi remarquables par <span class="pagenum" id="Page_386">386</span> leur + structure que par leur éclat. On peut les regarder comme des harpons + dont la pointe serait armée d’une double rangée de fortes barbes; de + sorte que, lorsque l’Annélide hérisse ses piquants, l’ennemi le plus + courageux hésite à attaquer ce petit Porc-Épic si bien défendu. Ces + soies rentrent au besoin dans l’intérieur du corps. Chacune possède + un fourreau particulier, lisse, corné, composé de deux lames, entre + lesquelles l’instrument est rétracté sans blesser ni même irriter les + chairs de l’animal. (Rymer Jones.)</p> + + <p>L’Aphrodite est timide et paresseuse. Elle se remue à peine, au moins + pendant le jour; elle reste habituellement dans la même position, + blottie sous une pierre ou sous quelque coquille. L’extrémité + postérieure de son corps est recourbée, et il sort constamment de + l’orifice qui s’y trouve un courant d’eau si rapide, qu’il détermine + tout autour un petit tourbillon.</p> + + <p>Cependant ces Annélides peuvent nager avec facilité. Elles sortent + ordinairement la nuit pour aller chercher leur proie. Elles sont + très-voraces et n’épargnent même pas leur propre espèce.</p> + + <p>M. Rymer Jones rapporte que deux individus, de taille inégale et + probablement d’âge différent, avaient été mis dans un aquarium. Après + avoir vécu en paix pendant deux ou trois jours, le plus grand essaya + de manger son compagnon. Il en avait déjà introduit la moitié dans sa + grande et robuste trompe œsophagienne. La victime faisait des efforts + désespérés pour se dégager. L’agresseur, après l’avoir retenue pendant + quelque temps, fut enfin obligé de rendre gorge. Mais le malheureux + patient avait eu, dans le combat, quelques écailles arrachées et + les reins cassés. Le lendemain, il n’en restait plus que la moitié, + l’autre avait été dévorée. Le vainqueur dardait çà et là sa <span class="pagenum" id="Page_387">387</span> trompe + affamée, pour saisir le reste de la pauvre bête qui gisait immobile + dans un coin de l’aquarium.....</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Annélides dorsibranches sont <i>errantes</i>; les tubicoles sont + <i>sédentaires</i>.</p> + + <p>Celles-ci se font remarquer surtout par l’élégance de leurs organes + respiratoires, disposés en aigrettes, en couronnes, en éventails ou en + panaches.....</p> + + <p>L’entrée de leur habitation est ordinairement petite. C’est cependant + la seule issue par laquelle nos recluses peuvent jeter un regard sur le + monde de la mer, battre l’eau avec leurs branchies, et pourvoir à leurs + besoins.</p> + + <p>Parmi ces Annélides, citons d’abord les <i>Hermelles</i><a id="FNanchor_152" href="#Footnote_152" class="fnanchor">[152]</a>.</p> + + <p>Il en existe une dans les eaux de la Méditerranée, longue de 5 + centimètres, et logée dans un étui de sable. Elle montre de temps en + temps sa tête bifurquée, portant une double couronne de soies fortes, + aiguës et dentelées, d’un beau jaune d’or. Ces couronnes forment les + deux battants d’une porte solide. Ce sont de véritables herses qui + ferment hermétiquement l’entrée de l’habitation, lorsque l’Annélide + effrayée disparaît comme un éclair dans sa maison de terre.</p> + + <p>La moindre brise qui agite le liquide, ou qui <i>fait rider la face de + l’eau</i>, suffit pour déterminer le timide animal à se blottir dans sa + fortification.</p> + + <p>Des bords de la fente céphalique sortent, au nombre de cinquante à + soixante, des filaments déliés, d’un violet tendre, sans cesse agités + comme de petits Serpents. Ces <span class="pagenum" id="Page_388">388</span> espèces de bras s’allongent ou se + raccourcissent alternativement, saisissent la proie au passage et + l’amènent dans la bouche. Ce sont eux encore qui ont ramassé un à + un, et mis en place, les grains de quartz ou de calcaire qui entrent + dans la composition du logement tubulé. Ces grains solides sont + reliés ensemble par une sorte de mucosité qui joue le rôle de mortier + hydraulique.</p> + + <p>Sur les côtés du corps, on aperçoit des mamelons d’où sortent des + faisceaux de lances aiguës et tranchantes, ou de larges éventails + dentelés comme des scies en demi-cercle. Ce sont là les pieds de + l’Hermelle. Enfin, sur le dos se trouvent des cirres recourbés en + forme de faux, et dont la couleur varie du rouge sombre au vert-pré. + (Quatrefages.)</p> + + <p>Lorsqu’on drague sur les côtes de la mer, dans une eau profonde, + on ramène souvent de vieilles coquilles et des tessons de poterie + auxquels sont attachées des masses de tubes calcaires, d’un blanc + sale, allongés, vermiculés, contournés, entrelacés en tous sens. Ces + tubes sont les demeures des <i>Serpules</i><a id="FNanchor_153" href="#Footnote_153" class="fnanchor">[153]</a>, petits habitants de + l’eau salée, dont la brillante parure contraste singulièrement avec la + modeste cellule. Ces Annélides vivent dans leur étui comme les Teignes + dans leur fourreau. La coupe de cet étui est tantôt ronde, tantôt + anguleuse, suivant les espèces. (Cuvier.)</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXII" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-388bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-388bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Pour bien voir les Serpules dans un aquarium, il faut user de grandes + précautions; car le moindre mouvement suffit pour les faire rentrer + dans leur tube.</p> + + <p>On aperçoit d’abord à l’ouverture une espèce de bouton écarlate, en + forme de cône renversé, porté par une longue tige flexible: c’est un + tentacule destiné à fermer l’entrée <span class="pagenum" id="Page_389">389</span> + du tuyau, quand l’animal s’y retire tout à fait. Que dites-vous d’une + massue servant de porte cochère? L’Annélide possède un autre tentacule + à l’état de rudiment. Le bouton est richement nuancé de vermillon et + d’orange parfois strié de blanc pur. Son extrémité aplatie est divisée + par des sillons qui rayonnent du centre à la circonférence, où ils sont + armés de dents microscopiques.</p> + + <p>Dans quelques espèces, cette sorte d’opercule se trouve tout à fait + plat. Sa surface est tantôt lisse, tantôt hérissée de pointes. Dans la + <i>Serpule géante</i><a id="FNanchor_154" href="#Footnote_154" class="fnanchor">[154]</a>, on y remarque deux petites cornes rameuses + comme des bois de cerf. Dans la <i>Serpule étoilée</i><a id="FNanchor_155" href="#Footnote_155" class="fnanchor">[155]</a>, l’opercule + est formé de trois plaques enfilées; ce qui fait que l’animal ferme sa + maison avec trois portes successives.</p> + + <p>Quand l’Annélide sort de son fourreau, elle épanouit peu à peu un + splendide panache disposé en entonnoir. Ce panache est composé de + filaments d’un beau rouge ou d’un bleu clair, ou variés de jaune et de + violet. Il paraît toujours en mouvement, mais le mouvement est doux + et onduleux. Il est tapissé de petits cils vibratiles. Dans plusieurs + espèces, l’appareil se roule en spirale au moment où il s’enferme dans + le tube.</p> + + <p>A proprement parler, les Serpules n’ont pas de tête distincte. La + partie antérieure de leur corps représente une sorte de manteau, + au-dessous duquel s’ouvre l’estomac. Leur poitrine est composée de + sept segments qui offrent chacun, sur les côtés, une paire de pieds + en forme de tubercules, traversés au sommet par un faisceau de soies + fines, élastiques et dures qui peuvent sortir de l’organe ou y + rentrer à volonté. On compte, par pinceau, vingt à trente <span class="pagenum" id="Page_390">390</span> de ces + poils, lesquels, au microscope, offrent l’apparence d’un tuyau jaune, + transparent et de consistance cornée, se dilatant à son extrémité en + nœud armé de quatre pointes. Trois de ces pointes sont ténues; la + quatrième se prolonge en lame acérée, très-élastique. Lorsque l’animal + veut sortir, il pousse au dehors des pieds les pinceaux du premier + segment, dont les pointes pénètrent dans la fine membrane qui tapisse + l’intérieur du tube et leur fournit un point d’appui. Les segments + postérieurs se contractent, les pinceaux de la dernière paire de pieds + s’épanouissent à leur tour et s’arc-boutent de la même manière, tandis + que ceux de la première paire rentrent dans le fourreau et permettent + au corps de s’allonger. S’agit-il de revenir sur ses pas, la nature y + a pourvu par un appareil préhenseur encore plus délicat. Chaque pied + est pourvu sur le dos d’une ligne jaunâtre, perpendiculaire à l’axe du + corps, ligne imperceptible à l’œil nu, mais qui, sous un grossissement + de 300 diamètres, présente l’aspect d’un ruban musculaire érectile, + garni sur toute sa longueur de plaques triangulaires parallèles, + découpées en sept dents, dont six se recourbent dans un sens, et dont + la septième se dirige en sens opposé, en faisant face aux autres. Il + existe cent trente-six plaques par ruban; et, comme il y a autant + de rubans que de pieds, c’est-à-dire quatorze, on peut évaluer à + dix-neuf cents le nombre total de ces petites pièces préhensiles, + toutes mues par un muscle distinct. Chaque plaque étant armée de sept + dents, l’Annélide dispose donc de treize mille trois cents crochets + susceptibles de s’implanter à volonté dans la membrane de son tube. Il + n’est pas étonnant qu’avec tant de muscles faisant agir ces myriades de + griffes, elle puisse s’enfermer et se cacher avec une telle rapidité. + Quel merveilleux appareil moteur prodigué à un si misérable ver! + (Gosse.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_391">391</span></p> + + <p>En réalité, tous les mouvements des Serpules se réduisent à élever la + partie antérieure ou supérieure de leur corps à une petite distance + au-dessus de leur résidence calcaire. L’animal, ainsi qu’on vient de + le voir, grimpe dans son tuyau, à l’aide de ses crochets, comme un + <i>petit ramoneur dans une cheminée</i>. (Rymer Jones.)</p> + + <p>Une autre Annélide, pourvue de même d’un vêtement calcaire, mais + de taille extrêmement petite, habite sur les fucus et les autres + hydrophytes, sur les coquillages et sur les rochers. Celle-ci a été + nommée <i>Spirorbe nautiloïde</i><a id="FNanchor_156" href="#Footnote_156" class="fnanchor">[156]</a>. Elle sécrète un tuyau plus + régulier que celui de la Serpule, enroulé sur lui-même comme la + coquille de plusieurs mollusques fluviatiles désignés sous le nom de + <i>Planorbes</i>. Cette jolie petite bête est grosse comme une tête + d’épingle; elle adhère fortement aux corps solides par l’un des côtés + plats de sa coquille. Elle fait sortir de temps en temps une couronne + de six tentacules plumeux et frémissants, au milieu desquels s’ouvre sa + bouche. Elle épanouit sa couronne et la tourne dans tous les sens avec + une harmonie et une grâce parfaites.</p> + + <p>Ce pauvre animal est sans tête, sans yeux et même sans mâchoire. Il + ferme hermétiquement sa maisonnette avec un septième tentacule terminé + par une massue, à peu près comme celui de la Serpule.</p> + + <p>Les <i>Térébelles</i><a id="FNanchor_157" href="#Footnote_157" class="fnanchor">[157]</a> sont aussi des Annélides tubicoles. Elles se + font distinguer par leurs nombreux appendices filiformes, susceptibles + d’une grande extension, placés autour de la bouche, et par leurs trois + paires d’organes respiratoires en forme d’arbuscules et non pas en + éventail.</p> + + <p>Les tentacules de ces Annélides ressemblent, au premier <span class="pagenum" id="Page_392">392</span> abord, + à des fils charnus, cylindriques, d’une extrême flexibilité. Mais + en y regardant plus attentivement, on reconnaît qu’ils sont aplatis + et rubanés, et qu’ils offrent une rainure longitudinale pouvant se + transformer en pli et saisir alors les corps étrangers qui sont à leur + portée.</p> + + <p>Dans une espèce, la rainure dont il s’agit est bordée, de chaque côté, + par une série de denticules.</p> + + <p>Les organes respiratoires des Térébelles sont fort beaux. Ils offrent, + dans leurs divisions, une grande profusion d’angles, de courbures et de + pointes. Leurs couleurs sont très-variées et très-brillantes.</p> + + <p>Le tube protecteur de ces animaux est composé de vase, d’argile, de + grains de sable et de fragments de coquilles agglutinés. Il a une forme + cylindrique. On remarque, à son orifice, des bords prolongés en petites + branches de même nature, qui servent à loger les tentacules.</p> + + <p>Si l’on met dans un aquarium une Térébelle privée de son fourreau, on + verra l’Annélide étendre ses fils tentaculaires, balayer le sable, et + l’accumuler dans un coin pour en construire une nouvelle habitation. Le + petit architecte développe une grande activité dans la mise en œuvre de + ces matériaux. Quand le tube est en partie formé, il s’y enferme et y + demeure caché tout le long du jour. Vers midi, l’animal manifeste une + certaine inquiétude, laquelle augmente au fur et à mesure que le soir + approche. Aussitôt que le soleil est couché, les tentacules sortent + de la maisonnette, et se mettent à l’ouvrage. Chacun saisit un grain + de sable et le transporte au sommet du tube commencé. Quand un de ces + bras, maladroit ou fatigué, laisse échapper sa petite charge, il la + cherche jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée, et ne l’abandonne plus jusqu’à + ce qu’il l’ait portée à sa destination.</p> + + <p>Dans certaines espèces, les tentacules semblent s’être <span class="pagenum" id="Page_393">393</span> divisé + le travail: les uns sont occupés au choix des matériaux, les autres + au transport; certains les alignent et les agglutinent; quelques-uns + ramassent soigneusement les débris qui tombent du chantier.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-393" style="width: 355px;"> + <img src="images/page-393.jpg" alt="" width="355" height="362" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-393.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TÉRÉBELLE COQUILLIÈRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Terebella conchilega</i> Gmelin).</p> + </div> + </div> + + <p>Le travail de construction se continue pendant plusieurs heures, sans + relâche, par un véritable procédé de fourmi; il semble marcher avec + lenteur. Cependant, le lendemain, on est étonné des progrès qu’a + faits le petit édifice. Durant la nuit la tour s’est allongée, et, au + milieu des parois nues, on aperçoit maintenant des particules de sable + régulièrement et solidement unies ensemble, qui en constituent le + revêtement extérieur. L’architecte, satisfait, se repose alors de ses + travaux et au milieu de ses travaux. Mais ce repos ne dure que jusqu’au + soir. (Rymer Jones.)</p> + + <p>L’intérieur du tube est tapissé d’une mince couche de matière + semblable à de la soie, laquelle réunit et fortifie les éléments de la + maçonnerie, et décore en même temps <span class="pagenum" id="Page_394">394</span> d’une jolie tenture les murs + de la chambrette. Cette matière provient d’une humeur gluante sécrétée + par la peau de l’Annélide, humeur précieuse qui sert à la fois de + ciment et d’ornement.</p> + + <p>Quand on arrache brusquement une Térébelle de son tube, on la blesse + quelquefois; on entame ses anneaux ou l’on mutile ses tentacules. + L’animal paraît peu affecté de ces accidents. Un bras de moins n’est + pas un grand malheur pour notre infatigable architecte. Il recommence + une nouvelle maison, comme s’il ne lui était rien arrivé!</p> + + <p>La <i>Térébelle tisserand</i><a id="FNanchor_158" href="#Footnote_158" class="fnanchor">[158]</a> ne se borne pas à construire une + maisonnette tubuleuse avec du sable et de la vase; elle fabrique aussi + une sorte de toile d’araignée, une manière de filet pour entourer ses + œufs. Cette toile est très-mince, un peu irrégulière, et composée de + fils si fins et si transparents, qu’ils sont presque invisibles. C’est + un travail fort compliqué, où se trouvent au moins cinquante fils de la + longueur du petit tisserand.</p> + + <p>M. de Quatrefages a désigné sous le nom de <i>Térébelle + Emmaline</i><a id="FNanchor_159" href="#Footnote_159" class="fnanchor">[159]</a> une nouvelle espèce ravissante, dont il a bien voulu + nous communiquer un dessin.</p> + + <p>Le corps de cette espèce est allongé, déprimé et comme rubané; il + s’amincit fortement en arrière. En dessus, il offre une belle teinte + bleu d’azur, qui passe bientôt au vert gai, puis au lilas clair, + et enfin au jaune d’ocre. Le dessous est plus ou moins doré. Les + articulations, à peine sensibles à la partie antérieure, deviennent + de plus en plus marquées dans la région caudale. On prendrait cette + dernière pour un rameau de Salicorne. Ses bords sont garnis d’une + rangée de petits pieds en forme de mamelons; les quinze <span class="pagenum" id="Page_395">395</span> premières + paires pourpres et terminées par un pinceau de poils ou de crochets; + les autres, jaunâtres et sans armure.</p> + + <p>Les six branchies forment en avant et en dessus, à gauche et à + droite, deux rangées latérales de panaches d’un beau rouge vermillon, + semblables à des arbustes de Corail en miniature. La paire antérieure + est la plus grande; la postérieure, la plus petite.</p> + + <p>Sur le front naissent de soixante à quatre-vingts tentacules ou cirres + trois fois au moins plus longs que l’Annélide, presque aussi minces + que des fils d’araignée, demi-transparents et jaunâtres. Les uns sont + droits, les autres flexueux, quelques-uns tordus en spirale. Tous + creusés d’un canal central, en communication avec la cavité abdominale.</p> + + <p>Ils divergent, et forment autour de la Térébelle un appareil capillaire + de la plus grande délicatesse. Ce n’est pas un réseau, car tous les + cirres sont distincts. C’est presque un nuage, tant ils sont légers + et diaphanes! C’est une sorte de soleil filamenteux et contractile + qui rappelle l’aigrette soyeuse et tremblante qui couronne les fruits + de certaines composées. Ces tentacules servent en même temps à la + préhension des aliments et à la locomotion de l’Annélide. Ce sont + encore, malgré leur ténuité, des organes d’attaque et de défense; + car leur surface est garnie de vésicules urticantes en forme de + petites bouteilles à col court, dont l’orifice laisse passer un dard + microscopique très-pointu, traversé probablement par un canal qui + communique avec une glande venimeuse placée au fond de la bouteille.</p> + + <p>Si l’on ajoute, en avant de la partie céphalique d’une Térébelle, des + pailles de couleur dorée, disposées sur plusieurs rangs en peignes ou + en couronnes, on aura une <i>Amphitrite</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_396">396</span></p> + + <p>Celle qu’on désigne sous le nom d’<i>éventail</i><a id="FNanchor_160" href="#Footnote_160" class="fnanchor">[160]</a> est bien + certainement une des plus jolies Annélides de nos mers.</p> + + <p>Son tube ressemble à un fourreau de cuir. Il est étroit et s’élargit + graduellement de bas en haut.</p> + + <p>L’Annélide étant mise dans de l’eau fraîche, on voit, après quelques + moments de repos, s’échapper de son tube plusieurs petites bulles + d’air. Bientôt sortent graduellement les pointes d’un pinceau bigarré, + qui s’élève peu à peu, jusqu’à ce qu’il forme un merveilleux panache, + composé d’une multitude de filaments plumeux d’un carmin vif. Ce + panache s’étale et prend la forme de deux éventails demi-verticaux, + arrondis, concaves, disposés de manière à produire un immense + entonnoir. Chaque filament est grêle, pointu et garni sur les côtés + de barbes extrêmement fines, arrangées avec une grande symétrie. Ils + sont serrés inférieurement et divergent plus ou moins vers la moitié + supérieure. Cette dernière moitié est presque toujours d’un rouge + pourpre. La base de l’entonnoir plumeux paraît d’un jaune doré, avec + cinq ou six petites zones transversales et parallèles de ponctuations + purpurines.</p> + + <p>On remarque au milieu deux antennes triangulaires, pointues, brunes et + vertes, et au-dessous deux espèces de lobes charnus qu’on a comparés + à deux truelles. Entre ces lobes surgit un organe qui ressemble à une + languette.</p> + + <p>Le reste du corps est grêle, comme festonné, et peint en jaune, en + vert, en rouge et même en brun.</p> + + <p>Au plus léger choc, toutes ces brillantes parties s’affaissent, se + resserrent et disparaissent. On ne voit plus qu’un vilain fourreau.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 218px;"> + <img src="images/end-chapter3.jpg" alt="" width="218" height="35" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_397">397</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_28" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXVIII<br /> + <span class="h2line2">LES SANGSUES DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Tu rassasies chaque créature vivante suivant son goût et son + désir!»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">David.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Il existe des Sangsues dans l’Océan comme il en existe dans les marais. + Il y a des parasites partout. Mais les suceuses de sang qui vivent dans + l’eau salée diffèrent notablement de celles qui serpentent dans l’eau + douce.</p> + + <p>Et d’abord, au lieu d’une peau mince et délicate, elles ont une + enveloppe épaisse et coriace. Elles sont vêtues plus solidement, plus + confortablement que les Sangsues ordinaires, sans doute pour mieux + résister à la température froide, aux sels pénétrants et aux agitations + incessantes du grand milieu qu’elles habitent.</p> + + <p>Par suite de l’épaisseur et de la rigidité de leur habillement, + ces Annélides n’ont pas les mouvements faciles et gracieux qui + caractérisent nos sémillantes Sangsues médicinales. Elles ne peuvent + pas se contracter en olive (Rondelet), et leur corps, plus ou moins + roide, reste toujours plus ou moins étendu. En second lieu, leur + ventouse de <span class="pagenum" id="Page_398">398</span> devant est en forme d’écuelle et non en bec de + flûte; elle ressemble, à s’y méprendre, à celle de derrière; elle est + seulement plus petite.</p> + + <p>Quelle singulière organisation qu’une bête cylindrique, avec une + écuelle en guise de tête et une écuelle en guise de queue!</p> + + <p>Les Sangsues de mer ont été appelées <i>Albiones</i> et + <i>Branchellions</i>. (Ces noms sont bien jolis pour des Sangsues!)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-398" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-398.jpg" alt="" width="366" height="275" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-398.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: -4em">ALBIONE ÉPINEUSE</span> <span style="margin-left: 10em">BRANCHELLION DE LA TORPILLE</span><br /> + <span style="margin-right: 3em">(<i xml:lang="la" lang="la">Albione muricata</i> Savigny).</span> <span style="margin-left: 3.5em">(<i xml:lang="la" lang="la">Branchellion Torpedinis</i> Savigny).</span></p> + </div> + </div> + + <p>Les premières, nommées aussi <i>Pontobdelles</i> ou <i>Ponbdelles</i>, + ont un corps généralement hérissé de verrues plus ou moins épineuses; + elles manquent de branchies et respirent par la peau.</p> + + <p>Les secondes ont un corps non verruqueux; mais les deux tiers + postérieurs de l’animal sont garnis sur les côtés de branchies + extérieures, demi-circulaires, onduleuses, semblables à de petites + feuilles transversales superposées. Ces branchies composent ainsi deux + franges élégantes.</p> + + <p>Les Albiones se trouvent principalement sur les Raies, et les + Branchellions sur les Torpilles.</p> + + <p>Les Sangsues de mer adhèrent fortement à ces poissons <span class="pagenum" id="Page_399">399</span> au moyen + de leurs ventouses. Elles ont l’instinct de choisir la racine des + nageoires, les bords des yeux, l’orifice des branchies; c’est-à-dire + les endroits où la peau est à la fois le plus riche en vaisseaux + sanguins, le plus mince et le plus vulnérable.</p> + + <p>Ces animaux ne sont pas pourvus, comme les Sangsues médicinales, de + trois mâchoires cartilagineuses, robustes, armées d’une soixantaine de + dents pointues, en forme de chevrons. On n’y découvre que trois petits + tubercules, sans aucune dureté. Comment ces parasites parviennent-ils + à diviser les téguments des Raies et des Torpilles? Leur bouche est + organisée tout à fait comme une vraie ventouse; elle s’applique contre + la peau d’une manière très-solide, et la déchire par une très-forte + aspiration. Cette enveloppe est rompue, déchirée et non sciée; ce qui + fait que la blessure doit être irrégulière et non trifide.</p> + + <p>Les verrues épineuses, et peut-être aussi les branchies foliacées, + empêchent ces Annélides de glisser sur l’enveloppe rugueuse des + Poissons, surtout quand ces derniers s’agitent brusquement. Pendant + le jour, elles demeurent immobiles. Le soir, elles sortent de leur + apathie, sucent les Raies et les Torpilles, ou bien voyagent sur leur + corps.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Albiones et les Branchellions aiment le sang rouge. Chacun son + goût! Voilà pourquoi ces animaux dédaignent les Mollusques et attaquent + les Poissons. Ils préfèrent les Poissons cartilagineux et plats à tous + les autres: probablement parce que ces derniers n’ont pas la peau + revêtue de fortes écailles protectrices; peut-être aussi parce qu’ils + se tiennent dans les endroits vaseux, presque toujours au fond <span class="pagenum" id="Page_400">400</span> ou + près du fond, circonstance favorable aux évolutions, aux mœurs et à la + ponte de nos sanguinaires Annélides.</p> + + <p>Les animaux parasites, qui se nourrissent exclusivement de sang, + enlèvent presque toujours ce fluide à d’autres animaux doués d’une + structure plus compliquée que la leur, ou, comme disent les savants, + d’un <i>organisme plus parfait</i>. Or, dans une bête quelconque, le + sang peut être regardé comme la quintessence de son alimentation. Par + conséquent, une très-petite quantité de ce fluide devrait suffire à + un animal <i>très-dégradé</i>. Pourquoi donc toutes les Sangsues en + prennent-elles aussi abondamment?</p> + + <p>Personne n’ignore que le Ver à soie mange, dans un repas, une quantité + de feuilles plus pesante que son corps (Tyson). On conçoit cette + voracité, les feuilles du mûrier étant peu nourrissantes et l’animal + devant grandir avec rapidité! Mais le sang de l’homme ou du poisson est + un liquide très-nutritif pour des Sangsues, et les Sangsues grossissent + lentement! Cette habitude de gloutonnerie tiendrait-elle à ce que nos + bêtes sanguivores supportent de longs jeûnes, de très-longs jeûnes, et + à ce que chaque repas doit représenter chez elles un certain nombre de + repas?</p> + + <p>Les Sangsues médicinales absorbent sept fois et demie leur poids de + sang humain. Les Sangsues de mer ne prennent que deux fois leur poids + de sang de poisson. A quoi tient cette différence? A une circonstance + de structure fondamentale, qui influe sur les appétits des unes et + des autres. Les premières possèdent onze paires d’estomacs énormes, + d’autant plus vastes, qu’ils sont plus postérieurs, et dont la dernière + est à elle seule presque aussi grande que toutes les autres réunies. + Les secondes ont un estomac tubuleux, droit, sans poches latérales. + Ajoutons à cette différence que les Sangsues médicinales sont revêtues + d’une peau mince, facilement dilatable, et que <span class="pagenum" id="Page_401">401</span> les Sangsues + marines sont habillées d’un cuir épais très-résistant.</p> + + <p>Mais le sang du poisson nourrit moins que celui de l’homme. Les + Albiones et les Branchellions devraient donc faire de plus gros repas + que les Sangsues médicinales? Pourquoi est-ce l’inverse qui a lieu?... + Voilà une question physiologique dont nous ignorons la solution. Il + s’en présente et s’en présentera souvent de semblables. «Tous ces + mystères, dirait Pline, sont impénétrables à la raison humaine, et + restent cachés dans la majesté de la nature<a id="FNanchor_161" href="#Footnote_161" class="fnanchor">[161]</a>.»</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>La quantité de sang que font perdre les Sangsues de mer est, en + définitive, peu considérable relativement à la corpulence de l’animal + sucé. Le plus souvent, ce dernier ne semble pas s’apercevoir de la + voracité de son parasite. Il est à peine affaibli, il n’est jamais + épuisé. On serait même tenté d’admettre qu’à certaines époques, les + très-petites saignées qu’on lui pratique le rendent plus leste, plus + dispos et lui donnent plus d’appétit!</p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent"><i>O bonne, ô sainte, ô divine saignée!</i></p> + + <p class="smcap right">(<span class="smcap">J. Du Bellay.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p>On l’a dit avec raison, les parasites s’attaquent moins à l’organisme + qu’à ses produits surabondants. (Van Beneden.)</p> + + <p>Ce qui constitue surtout le <i>parasitisme</i> (qu’on nous passe ce + mot), c’est le fait remarquable, que l’individu vivant aux dépens d’un + autre individu ne fait pas périr ce dernier; à moins de circonstances + particulières, lesquelles, par <span class="pagenum" id="Page_402">402</span> bonheur, se rencontrent rarement. + S’il n’en était pas ainsi, l’espèce du parasite, ou celle de l’animal + qui le nourrit, devrait nécessairement disparaître, conséquence + contraire aux lois essentiellement harmoniques qui régissent l’univers.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Comme les Sangsues ordinaires, les Albiones et les Branchellions sont à + la fois mâle et femelle (<i>androgynes</i>). Dans leurs amours, chaque + Annélide est en même temps poursuivante et poursuivie, fécondante + et fécondée, et par conséquent père et mère; double devoir qu’elle + accomplit sans se donner plus de peine ou de souci que n’en prennent + les autres animaux qui sont réduits à un seul rôle!</p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent"><i>Toutes choses se meuuent en leur fin.</i></p> + + <p class="smcap right">(<span class="smcap">Rabelais.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p>Les Albiones se reproduisent par des capsules rarement solitaires, + le plus souvent réunies par groupes de vingt, trente, quarante et + même de cinquante. Elles les attachent à l’extérieur ou à l’intérieur + de quelque vieille coquille. Chaque capsule est un sphéroïde de 5 + millimètres de diamètre, porté par un pédicule très-court, dilaté à + sa base en un épatement arrondi qui le fixe solidement au corps <span class="pagenum" id="Page_403">403</span> + étranger. Ce sphéroïde est lisse et creusé, au sommet, d’un petit + ombilic; il paraît d’abord blanchâtre ou couleur de chair; il brunit + peu à peu. Au bout de quatre ou cinq jours, le blanchâtre primitif est + devenu brun olivâtre.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-402" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-402.jpg" alt="" width="233" height="166" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-402.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ŒUFS D’ALBIONE SUR UNE COQUILLE.</p> + </div> + </div> + + <p>Cette capsule globuleuse ne ressemble en rien aux <i>cocons</i> ovoïdes + des Sangsues médicinales, ni aux bourses coriaces, plus ou moins + aplaties, des animaux voisins.</p> + + <p>Au lieu de plusieurs œufs, les capsules dont il s’agit n’en contiennent + qu’un seul. La petite Albione éclôt par l’ombilic; elle naît du + sphéroïde par en haut. Chez les Sangsues médicinales, les enfants + sortent du cocon par les deux bouts.</p> + + <p>Comment se reproduisent les Branchellions? Les savants n’en savent + rien.....</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_405">405</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_29" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXIX<br /> + <span class="h2line2">LES ZOONITES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4">«<i xml:lang="la" lang="la">Natura non facit saltus.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Linné.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>L’étude des Annélides, si ardemment poursuivie depuis le commencement + de ce siècle, a déjà rendu de très-grands services à l’anatomie et à la + physiologie comparées.</p> + + <p>Ces animaux, avec leurs <i>articles</i> placés bout à bout, présentent + une organisation des plus curieuses. On trouve généralement, dans + ces articles, les <i>mêmes organes</i> régulièrement répétés et + symétriquement associés.</p> + + <p>Tout le monde connaît la <i>Sangsue médicinale</i><a id="FNanchor_162" href="#Footnote_162" class="fnanchor">[162]</a>. Cet animal est + regardé comme un des types de la classe des Annélides, bien qu’il en + soit un des moins brillants.</p> + + <p>Cette Sangsue offre un corps vermiforme, atténué antérieurement, + composé d’environ quatre-vingt-quinze articles. En avant et en arrière, + se trouvent deux ventouses: l’une, dite <i>orale</i>, taillée en bec de + flûte; l’autre, dite <i>anale</i>, en forme de soupape.</p> + + <p>Si vous examinez la région dorsale d’une Sangsue, vous <span class="pagenum" id="Page_406">406</span> y + observerez six bandes longitudinales parallèles, roussâtres, ornées de + taches d’un brun foncé, de forme triangulaire ou carrée. <i>Ces taches + se répètent régulièrement de cinq en cinq anneaux.</i></p> + + <p>Dans la <i>Sangsue dragon</i>, les bandes sont interrompues et les + taches isolées; ce qui rend la disposition symétrique de ces dernières + encore plus apparente.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-406" style="width: 200px;"> + <img src="images/page-406.jpg" alt="" width="168" height="364" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-406.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SANGSUE DRAGON<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Hirudo troctina</i> Johnson).</p> + </div> + </div> + + <p>Essuyez une Sangsue, et saupoudrez-la avec de la farine ou de la craie + pulvérisée, elle prendra alors une couleur grisâtre; si ensuite vous la + distendez et la fixez par le dos, sur une planche, vous distinguerez + bientôt, à la partie inférieure du corps, sur les côtés, de petites + taches produites par certaines portions de farine ou de craie délayées + dans de la mucosité sortie de deux séries d’appareils sécrétoires que + l’animal possède dans ses flancs. <i>Une paire de ces petites taches se + fait remarquer de cinq en cinq anneaux.</i></p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_407">407</span></p> + + <p>Disséquons maintenant l’animal, et nous serons surpris de voir le + rapport qui existe entre la symétrie des parties extérieures et la + symétrie des organes intérieurs. Ainsi, pour le système nerveux, la + Sangsue nous présente, <i>de cinq en cinq anneaux</i>, à la même + distance que les taches dorsales ou que les glandes mucipares, un + ganglion nerveux bilobé.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-407" style="width: 300px;"> + <img src="images/page-407.jpg" alt="" width="222" height="406" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-407.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PORTION DE SANGSUE MÉDICINALE<br /> + (<i>anneaux médians</i>).</p> + </div> + </div> + + <p>L’estomac se compose de onze paires de poches correspondant chacune à + un ganglion, et disposées par conséquent <i>de cinq en cinq anneaux</i>.</p> + + <p>Sur les parties latérales, on remarque de petits canaux allongés, + intestiniformes, qui communiquent avec une ampoule membraneuse. Ces + appareils sécrètent une partie de la mucosité destinée à lubrifier + la Sangsue. Il y en a dix-sept paires, que nous trouvons encore <i>à + chaque distance de cinq anneaux</i>.</p> + + <p>Le système vasculaire nous offre le même genre de répétition. <span class="pagenum" id="Page_408">408</span> + Il se compose d’un vaisseau dorsal, d’un vaisseau abdominal, et de + deux vaisseaux latéraux. Ces derniers fournissent tous, <i>à un même + intervalle de cinq anneaux</i>, une branche transversale avec un + renflement qui n’est autre chose qu’un petit cœur. (Gratiolet.)</p> + + <p>Dans l’enveloppe coriace (<i>dermato-squelette</i>), nous retrouvons, + <i>de cinq en cinq anneaux</i>, le même groupe de faisceaux musculaires.</p> + + <p>Enfin, si nous considérons l’appareil reproducteur, nous découvrons + encore une répétition des parties et une symétrie du même genre.</p> + + <p>Ainsi, la Sangsue nous offre, par <i>chaque fragment de cinq + anneaux</i>, un système nerveux, un système stomacal, des systèmes + glandulaire, vasculaire, musculaire et reproducteur; en un mot, un + <i>organisme complet</i>, c’est-à-dire <i>tout ce qui est nécessaire + pour constituer un individu</i>. On pourrait la comparer à une série + d’animaux symétriquement alignés et soudés!</p> + + <p>La Sangsue n’est donc pas un être <i>simple</i>, mais un être + <i>multiple</i>. Nous en dirons autant du <i>Ver de terre</i>, du + <i>Mille-pieds</i>, du <i>Ténia</i>.....</p> + + <p>Tous les zoologistes ont constaté depuis longtemps, que certains êtres + jouissant de l’animalité, les Polypiers, par exemple, diffèrent des + animaux ordinaires en ce que, au lieu d’être isolés, ils sont groupés + ensemble et vivent en société<a id="FNanchor_163" href="#Footnote_163" class="fnanchor">[163]</a>.</p> + + <p>Il y a donc, dans la nature, des animaux isolés, ou <i>unitaires</i>, + et des animaux composés, ou <i>associés</i>.</p> + + <p>Eh bien! entre ces deux sortes d’animaux viennent se ranger, comme + intermédiaires, d’autres animaux qui ne présentent, ni l’<i>unité + parfaite</i> des premiers, ni la <span class="pagenum" id="Page_409">409</span> <i>multiplicité manifeste</i> des + seconds. <i>La nature ne fait pas de sauts!</i>.....</p> + + <p>La Sangsue médicinale est un de ces êtres <i>juste-milieu</i> les mieux + caractérisés.</p> + + <p>Les autres Annélides possèdent une organisation identique ou analogue.</p> + + <p>On a désigné (1826) ces organismes individuels sous le nom de + <i>zoonites</i>.</p> + + <p>Les zoonites n’embrassent pas nécessairement un intervalle de cinq + anneaux. Il y en a de quatre, de trois, de deux et même d’un seul.</p> + + <p>Ces organismes sont sur une seule ligne (<i>unisériés</i>) chez + les Annélides et chez tous les animaux dits <i>Articulés</i> ou + <i>Annelés</i>; mais, chez d’autres espèces, pour le dire en passant, + les zoonites sont <i>multisériés</i>, c’est-à-dire disposés tantôt + suivant deux dimensions, comme chez les <i>Étoiles de mer</i><a id="FNanchor_164" href="#Footnote_164" class="fnanchor">[164]</a>, + tantôt dans tous les sens, comme chez les <i>Pyrosomes</i><a id="FNanchor_165" href="#Footnote_165" class="fnanchor">[165]</a>. Ces + derniers font le passage vers les animaux associés.</p> + + <p>On ne doit plus s’étonner de l’erreur dans laquelle sont tombés + certains auteurs, en comparant la Sangsue aux Vertébrés. C’est une + <i>portion</i> de Sangsue seulement, un zoonite, qu’il fallait leur + comparer.</p> + + <p>On s’est souvent demandé pourquoi un quadrupède auquel on coupe la + tête mourait presque instantanément, tandis qu’une Sangsue, après une + semblable mutilation, vit encore <i>plus d’une année</i>. Ce fait est + facile à expliquer. Le quadrupède n’a qu’un seul centre sensitif, un + cerveau, contenu dans la tête. Si vous le retranchez, l’animal doit + périr. Chez la Sangsue, il y a plusieurs centres de vie, et vous ne + faites mourir que l’organisme sur lequel vous agissez.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_410">410</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>De nombreuses objections ont été élevées contre la <i>théorie des + zoonites</i>.</p> + + <p>«Nous reconnaissons volontiers, dans une Sangsue, a-t-on dit, des + ressemblances assez fortes entre les <i>organismes de la partie + moyenne</i>; mais nous ne pouvons admettre que l’on compare à ces mêmes + organismes <i>ceux des extrémités</i>, qui présentent en avant une + ventouse en bec de flûte, les yeux et la bouche, et, en arrière, une + ventouse en forme de soucoupe et l’ouverture anale. La théorie de la + multiplicité des organes est donc insoutenable.»</p> + + <p>On a répondu à cela:</p> + + <p>1<sup>o</sup> La ventouse orale et la ventouse anale ont des rapports tellement + sensibles, qu’on les a désignées l’une et l’autre sous le même nom, le + nom de <i>ventouse</i>.</p> + + <p>D’un autre côté, ces deux ventouses se ressemblent si fort, chez les + <i>Sangsues de mer</i>, qu’un savant zoologiste, Baster, a pris la + première pour la postérieure, et celle-ci pour celle de la bouche!</p> + + <p>2<sup>o</sup> Dans un Papillon, on distingue une tête, un corselet et un abdomen, + trois parties bien différentes. Or, avant d’être Papillon, l’animal + avait été chrysalide; avant d’être chrysalide, il avait été chenille! + Eh bien! sous cette dernière forme, il existait sans doute, <i>en + germe</i> ou <i>en puissance</i>, une tête, un corselet et un abdomen; + mais ces parties offraient alors <i>une même organisation</i>. Dans + l’animal adulte, elles ne se ressemblent plus.</p> + + <p>3<sup>o</sup> Les <i>Planaires</i>, petits animaux aquatiques, d’eau douce et + d’eau salée, voisins des Sangsues, présentent, à la partie moyenne du + ventre, une poche munie d’une petite trompe. Voilà tout leur système + digestif. C’est avec cette trompe que <span class="pagenum" id="Page_411">411</span> l’animal saisit sa proie et + l’introduit dans son estomac. Quand l’aliment est digéré, il rejette + les parties excrémentitielles avec le même organe.</p> + + <p>Si, à l’aide d’un instrument tranchant, on coupe transversalement + une Planaire en deux parties, on formera deux êtres nouveaux. Mais + l’estomac étant unique, suivant l’endroit où l’on aura opéré la + division, il se trouvera dans l’une ou dans l’autre des deux moitiés. + Si vous coupez en avant de la poche digestive, cette poche sera dans + la queue; si vous coupez en arrière, elle sera dans la tête. Au bout + de quelque temps, apparaît sur le milieu de chaque fragment un point + blanchâtre qui s’étend, se creuse et donne naissance à un nouvel + appareil. L’estomac ancien, quelle que soit la place qu’il occupe, se + flétrit et disparaît. (Il y a un moment où les Planaires possèdent deux + estomacs, un normal, dans la situation ordinaire, et un autre plus ou + moins atrophié, dans la queue ou dans la tête!) Nous pouvons donc, + suivant le lieu où nous porterons le scalpel, faire naître l’estomac + <i>à l’endroit que nous voudrons!</i> Que résulte-t-il de là? Que chez + certains Invertébrés, il est permis de <i>considérer comme identiques + des parties ou des organes qui, au premier abord, ne se ressemblent + pas</i>.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>On a recueilli, depuis quelques années, un grand nombre de faits + physiologiques qui prouvent que la Sangsue n’a pas seulement une vie + générale, <i>une vie d’association</i>, si l’on peut parler ainsi, mais + aussi des vies particulières, des <i>vies de zoonites</i>.</p> + + <p>Pour l’harmonie générale, la nature a pourvu cette Annélide de Cordons + nerveux de communication qui relient <span class="pagenum" id="Page_412">412</span> entre eux les organismes + particuliers. Le premier zoonite, qui offre le centre sensitif le plus + développé et qui porte les organes des sens, peut être regardé comme + le chef des organismes, le régulateur de l’association, le pilote du + vaisseau. Si l’on détruit ce zoonite, les autres continuent de vivre, + mais d’une vie obscure et confuse. L’animal ne peut plus pourvoir à sa + nourriture, ni à ses principaux besoins.</p> + + <p>Voici quelques expériences qui montrent manifestement que les vies des + zoonites sont, jusqu’à un certain point, indépendantes les unes des + autres.</p> + + <p>1<sup>o</sup> Si l’on mouille avec de l’eau salée ou avec un acide affaibli les + premiers zoonites d’une Sangsue pleine de sang, les estomacs qui leur + correspondent se dégorgent, les autres conservent le sang qui les + remplit.</p> + + <p>2<sup>o</sup> Si l’on plonge partiellement une Sangsue dans un acide concentré ou + dans l’alcool, on ne détruit que la vitalité de la portion plongée.</p> + + <p>3<sup>o</sup> Si l’on coupe en deux une Sangsue aux trois quarts gorgée et encore + attachée à la peau, la moitié antérieure continue de sucer, et l’on + voit le sang couler par son extrémité ouverte.</p> + + <p>4<sup>o</sup> Si, d’une manière quelconque, on fait périr un zoonite de la région + moyenne, les parties antérieure et postérieure ne cessent pas de vivre. + Seulement, d’un animal <i>multiple</i>, on en a fait deux.</p> + + <p>5<sup>o</sup> Si l’on coupe ou si on lie, en avant et en arrière d’un ganglion, + les cordons qui l’unissent avec ses deux voisins, le zoonite de ce + ganglion conserve sa sensibilité, mais on a donné naissance à un animal + <i>isolé</i>, placé entre deux animaux <i>multiples</i>. Les piqûres + qu’on fait éprouver à cet animal ne sont senties que par lui seul.</p> + + <p>6<sup>o</sup> Enfin, quand on coupe ou qu’on lie le cordon médullaire d’une + Sangsue, dans la partie moyenne du corps, on <span class="pagenum" id="Page_413">413</span> produit et l’on + isole deux animaux <i>multiples</i>. Il se crée à l’instant <i>deux + volontés</i> bien distinctes, et les phénomènes sensitifs et locomotifs + qui se passent dans la moitié antérieure n’ont rien de commun avec ceux + de l’autre moitié.</p> + + <p>Le docteur Vernière a conservé pendant plus de deux mois une Sangsue + soumise à cette opération. Rien n’était plus singulier, dit-il, que le + conflit des deux volontés entre les deux <i>demi-Sangsues</i>, lorsque + la ventouse de chacune se trouvait fixée aux parois du vase. On voyait + s’engager une lutte dans laquelle chaque moitié se montrait tour à + tour contractée ou tiraillée, suivant qu’elle était ou plus forte ou + plus faible. Ce combat durait jusqu’à ce que l’une des deux, moins + solidement attachée ou moins robuste, vînt à céder; alors la moitié + victorieuse la traînait à sa suite. Mais, à son état de contraction et + d’immobilité, il était aisé de voir que c’était à contre-cœur, s’il est + permis de le dire, que la moitié vaincue se sentait forcée d’obéir à sa + compagne.</p> + + <p>7<sup>o</sup> Si l’on coupe une Sangsue de manière à isoler plusieurs fragments, + chacun vivra, même pendant un temps considérable.</p> + + <p>On a conservé des tronçons, sans nourriture, pendant quatre, six et + onze mois. Carena et Rossi assurent en avoir gardé deux ans.</p> + + <p>Ces tronçons présentaient, du reste, des signes notables + d’amaigrissement: ils ne mangeaient pas. Tout porte à croire que, si + par un procédé quelconque on avait pu les nourrir, en introduisant, par + exemple, de temps à autre, quelques gouttes de sang dans leur cavité + digestive, leur vie se serait prolongée plus longtemps encore.</p> + + <p>Qui sait même si, dans ce cas, il n’y aurait pas reproduction des + organes amputés?</p> + + <p>«La théorie, a dit un penseur profond, est le seul chemin qui conduise + à Dieu, à travers la nature. Il ne suffit pas de <span class="pagenum" id="Page_414">414</span> voir la création, + il faut voir derrière elle le Créateur. Linné, avant de commencer son + immortel inventaire des trésors de notre globe, se demande quel est le + but suprême de l’histoire naturelle, et se répond solennellement que + c’est <i>la glorification du Créateur</i>. Cette belle pensée est aussi + forte par sa droiture que par sa piété. Plus nous nous séparons des + effets par la vertu du perfectionnement de la science, pour remonter + vers les principes, plus nous nous rapprochons de la cause première, + et plus sa gloire éclate et nous encourage. Il n’y a, en histoire + naturelle, que les points de vue pris dans les lois générales qui + aillent vers l’infini. Les quitte-t-on pour descendre vers les détails, + ces détails ne trouvent plus d’appui que dans la réalité la plus + vulgaire, et la science, humiliée, perd son auréole.» (J. Reynaud.)</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_415">415</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_30" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXX<br /> + <span class="h2line2">LES CIRRIPÈDES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Les méthodes les plus parfaites sont des espèces de filets + scientifiques dont, malgré toutes nos précautions, il s’échappe + toujours quelque chose.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Montbeillard.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La mer est bien plus riche que les continents en productions + singulières, disait Charles Bonnet. Que de bizarres animaux elle fait + et défait à chaque instant!</p> + + <p>Parmi ses habitants les plus extraordinaires, il faut ranger les + <i>Anatifes</i>.</p> + + <p>Ces animaux ont une physionomie <i xml:lang="la" lang="la">sui generis</i>. Ils sont enfermés + dans une sorte de mitre calcaire comprimée, composée de cinq pièces, + deux de chaque côté, et la cinquième sur le bord dorsal. Cette mitre + est portée par un pédicule très-gros, qui la fixe à quelque corps + solide; pédicule ridé transversalement, tubuleux, flexible, opaque et + brunâtre vers le haut, demi-transparent et couleur de chair à sa partie + inférieure.</p> + + <p>La fixation d’un animal est un indice d’infériorité organique: car la + faculté de se mouvoir volontairement constitue un des grands attributs + de la sensibilité. Dès qu’un être <span class="pagenum" id="Page_416">416</span> vivant est capable d’éprouver + des sympathies et des antipathies, il faut nécessairement qu’il puisse + se porter vers les objets qui lui conviennent et s’éloigner de ceux + qui lui déplaisent. Un arbre, qui est insensible, ne se meut pas. Un + oiseau, qui sent, est locomotile. Aussi, pour le dire en passant, + l’invention des Hamadryades de la Fable était une combinaison tout à + fait déraisonnable, nous allions dire absurde. La Providence ne pouvait + pas créer des êtres animés sensibles comme des femmes et enracinés + comme des arbres: c’eût été le comble de la barbarie (de Candolle).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-416" style="width: 377px;"> + <img src="images/page-416.jpg" alt="" width="377" height="394" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-416.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ANATIFES LISSES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Anatifa lævis</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>D’après ce qui précède, il est permis de conclure que plus un animal + est sensible, plus il est locomotile; ou bien, en retournant la + proposition, moins il est locomotile, moins il est sensible, ou, ce qui + revient au même, moins compliqué en organisation.</p> + + <p>Les Anatifes ne possèdent pas la faculté de se mouvoir. <span class="pagenum" id="Page_417">417</span> On + pourrait donc décider à priori que ce sont des animaux à structure + dégradée. Cependant, parmi les Invertébrés fixés, on les regarde comme + les plus élevés par la structure.</p> + + <p>Les Anatifes forment une classe désignée sous les noms de + <i>Cirripèdes</i> ou <i>Cirropodes</i>, comme on voudra.</p> + + <p>Les naturalistes ont été longtemps en désaccord sur les affinités + naturelles de cette classe. Les uns la mettaient parmi les Mollusques, + les autres parmi les Articulés. On la place aujourd’hui avec ces + derniers, et l’on regarde les Cirripèdes comme intermédiaires entre + les Crustacés et les Annélides, ou comme des Crustacés dégradés et + sédentaires. (Thompson, Burmeister.)</p> + + <p>La Nature s’est toujours jouée et se jouera toujours de nos + classifications!</p> + + <p>Le pédicule des Cirripèdes peut cependant se mouvoir dans un certain + rayon, et porter l’animal en haut, en bas, à droite et à gauche. Ces + mouvements sont lents, imparfaits, mais très-certainement volontaires.</p> + + <p>Les Anatifes s’attachent aux rochers, aux troncs d’arbres baignés + par la mer, aux débris des navires naufragés. On les rencontre assez + souvent sur les fragments de bois à moitié pourris, apportés par les + marées.</p> + + <p>Les pièces calcaires qui protégent les organes s’écartent de + temps à autre, et l’Anatife fait sortir des bras ou pieds, + appelés <i>cirres</i>; d’où les noms de <i>Cirripèdes</i> et de + <i>Cirropodes</i>. Ces bras sont ordinairement au nombre de douze et + disposés longitudinalement sur deux rangs, six de chaque côté. Ils + sont formés de petites articulations garnies de cils, et semblent + plumeux. Dans l’état de repos, ils s’enroulent comme de jeunes feuilles + de Fougère ou comme la crosse d’un évêque. Quand l’animal veut s’en + servir, il les déploie et les allonge.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_418">418</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Le nom d’<i>Anatife</i> vient de <i>Anas</i> (canard), et <i>fero</i> + (je porte, je produis), parce que l’on a cru pendant longtemps, sur les + côtes de l’Écosse, que cette curieuse bête était une sorte d’<i>œuf + pédiculé</i>, qui donnait, au bout d’un certain temps, un oiseau + palmipède, de la famille des Canards! Des pêcheurs ont même assuré + avoir entendu les cris confus du jeune poussin encore enfermé dans + la mitre testacée. D’autres ont raconté avec détail comment l’oiseau + prenait naissance. Il montre d’abord les pattes, puis le corps, et puis + le bec; il éclôt à reculons et tout nu. Il tombe dans la mer, où il + revêt bientôt son plumage, et devient alors, ou une <i>Bernache</i>, ou + une <i>Macreuse</i>.....</p> + + <p>Quelle est la source de cette croyance populaire? On suppose qu’elle + vient de la grossière ressemblance qui existe entre les cirres + d’apparence plumeuse de l’Anatife et les ailes d’un oiseau!</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Cirripèdes se nourrissent de bestioles microscopiques. Ils + les attirent et les saisissent par un mécanisme très-simple et + très-élégant. Les cirres, placés vers l’orifice de la coquille, sont + presque toujours en action; ils sortent et rentrent alternativement, et + battent l’eau avec rapidité et symétrie. Lorsque ces organes sont tout + à fait étendus, leurs tiges flexibles et plumeuses constituent douze + jolis appareils collecteurs, qui attirent, balayent, rassemblent et + <span class="pagenum" id="Page_419">419</span> poussent dans la bouche les animalcules et les autres parcelles + nutritives qui sont à leur portée.</p> + + <p>La bouche de l’Anatife est placée, non pas à l’entrée de la coquille, + comme les bras, mais dans le fond. Elle présente deux mâchoires + latérales.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Nos pauvres Cirripèdes, fixés par un pédicule, sans tête et sans + jambes, semblent, au premier abord, bien déshérités par la Providence. + Mais, quand on les examine de près et avec un peu d’attention, on y + découvre des instincts qui surprennent, des actes qui confondent et des + combinaisons merveilleuses qui redoublent nos sentiments d’admiration + pour la puissance créatrice.</p> + + <p>Comme les Anatifes ne changent pas de place, il ne devait pas y avoir, + chez eux, de mâles et de femelles séparés. Car, s’il y en avait eu, + comment ces malheureuses bêtes auraient-elles pu aller les unes vers + les autres, se poursuivre, s’atteindre et se choisir? L’amour suppose + toujours le mouvement. Voyez comme, aux époques fortunées, tous les + animaux de la Nature, dans l’eau comme dans l’air, deviennent agités et + remuants!</p> + + <p>On comprend pourquoi, chez nos immobiles Cirripèdes, les deux sexes + se trouvent associés dans le même individu, comme ils le sont dans la + plupart des fleurs, dans une Rose, par exemple.</p> + + <p>Autre merveille! Les nouveau-nés ne ressemblent en aucune manière à + leurs parents. Au sortir de l’œuf, <i>ils n’ont pas de pédicule et + nagent librement</i>. Ils se meuvent même avec beaucoup d’activité. + Et, comme pour se transporter d’un endroit dans un autre, il faut + pouvoir se diriger, <span class="pagenum" id="Page_420">420</span> la Nature leur a octroyé, avec des nageoires + très-mobiles, un œil très-gros, placé au milieu du front.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-420a" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-420a.jpg" alt="" width="273" height="291" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-420a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CIRRIPÈDE JEUNE ET LIBRE<br /> + (<i>Larve du Chthamalus stellatus</i> Darwin).</p> + </div> + </div> + + <p>Ces nageoires et cet œil n’existent plus chez l’adulte. La locomotion + et la vision devenaient inutiles dans un animal adhérent.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-420b" style="width: 325px;"> + <img src="images/page-420b.jpg" alt="" width="325" height="266" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-420b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CIRRIPÈDE ADULTE ET ADHÉRENT<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Balanus tintinnabulum</i> Darwin).</p> + </div> + </div> + + <p>Voilà donc une bête dont la larve est, à certains égards, <i>plus + compliquée en organisation que l’animal <span class="smcap">PARFAIT</span>!</i></p> + + <p>Si les pauvres Anatifes, esclaves de leur pédicule, avaient des + yeux, ils verraient leurs jeunes larves nager <span class="pagenum" id="Page_421">421</span> autour d’eux, + bondir et folâtrer..... Que penseraient-ils de cette émancipation si + extraordinaire et si complète? Probablement ce que pense une Poule + éplorée, enchaînée au rivage, quand sa couvée de Canards se précipite + dans une pièce d’eau? Heureusement, les Anatifes ne jouissent pas du + sens de la vue..... Mais leurs petits, qui ont un œil, que pensent-ils, + les vagabonds! de l’immobilité de leur maman?</p> + + <p>Un phénomène analogue se rencontre chez d’autres Invertébrés, par + exemple chez plusieurs animalcules infusoires. M. Ehrenberg a trouvé, + dans les jeunes <i>Eudorines</i>, un œil rouge qui manque chez la mère. + Les petits sont ici plus clairvoyants que les parents!</p> + + <p>Dans la société des hommes, la loi commune protége toujours les + mineurs, c’est-à-dire les plus faibles et les moins expérimentés. Dans + l’économie de la Nature, la sagesse infinie défend les larves encore + plus efficacement. Elle leur donne les moyens de résister elles-mêmes + à tous les agents de destruction, animés ou inanimés, dont elles + sont entourées. Dans son immense bonté, la Providence est pleine de + tendresse et de sollicitude pour ses moindres enfants.</p> + + <p>Plusieurs savants zoologistes, partant de l’idée que l’Homme + représente l’organisme le plus parfait de la Nature, ont considéré les + animaux comme des embryons plus ou moins avancés, arrêtés dans leur + développement, et jetés avant terme dans ce monde. Suivant eux, la + limite d’évolution pour une espèce n’est que le premier, le second, + le troisième degré pour une autre espèce....., et l’animal le plus + compliqué a passé, pour arriver à la combinaison de ses organes, par + une série de variations fœtales qui correspondent aux états définitifs + de plusieurs autres animaux moins heureusement organisés.</p> + + <p>Cette théorie est séduisante, au premier abord. Mais <span class="pagenum" id="Page_422">422</span> l’exemple des + larves qui ont des nageoires et des yeux et qui les perdent en devenant + adultes, démontre que, dans la formation des organismes, il y a autre + chose que des développements successifs arrêtés à différents degrés.</p> + + <p>On peut ajouter que les diverses parties qui entrent dans la + composition d’un animal donné ne présentent pas, généralement, entre + elles, une complication correspondante. Tel organisme qui se trouve + au-dessus d’un autre par son appareil respiratoire, est quelquefois + au-dessous par son appareil locomoteur; tandis que tel autre, qui + ressemble à ce dernier par ces deux ordres d’organes, peut en + différer essentiellement par son système nerveux ou par son système + digestif..... On rencontre d’ailleurs, dans des espèces plus ou moins + simples, des instruments qui n’existent pas même à l’état de rudiment, + dans des espèces plus ou moins compliquées!.....</p> + + <p>L’harmonie générale des animaux obéit à des lois plus nombreuses et + plus difficiles à formuler que celles qui président à l’embryogénie de + tel ou tel individu.....</p> + + <p>Tout ce qui précède fait voir que la théorie ancienne, reproduite de + nos jours, d’une série linéaire continue des êtres organisés, ou d’une + <i>chaîne animale</i>, est une hypothèse inadmissible. La Nature a + lié les organismes par un réseau plutôt que par une chaîne. Une carte + géographique suffirait à peine pour indiquer les rapports multipliés + qui unissent, soit les familles entre elles, soit les genres dans une + même famille, soit les espèces dans un même genre.</p> + + <p>Mais ne nous perdons pas dans des divagations étrangères au sujet de + nos études, et hâtons-nous de revenir aux Anatifes.</p> + + <p>Les larves <i>cyclopes</i> de nos animaux ont un corps à peu près + triangulaire, couvert d’un large bouclier. Elles présentent en + avant deux petites cornes divergentes, et en <span class="pagenum" id="Page_423">423</span> arrière une queue + double. Elles possèdent, sur les côtés, six nageoires inégales: les + deux antérieures très-grandes et très-simples, les quatre autres + très-courtes et bifides. Ces larves grossissent lentement. A une époque + déterminée, elles perdent non-seulement leurs nageoires et leur œil, + mais encore leurs antennes et leur queue..... Elles se transforment en + Anatifes; elles sont alors fixées, pédiculées et mitrées. C’est une + autre organisation.</p> + + <p>«Chaque animal a ses beautés naturelles. Plus l’Homme les considère, + plus elles excitent son admiration, et plus elles le portent à + glorifier l’Auteur de la nature.» (Saint Augustin.)</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les autres Cirripèdes diffèrent plus ou moins des Anatifes. La plupart + n’ont pas de pédicules. La mitre, ou le corps qui la représente, est + adhérente sans intermédiaire; quelquefois elle s’enfonce profondément + dans le tissu.</p> + + <p>Le nombre de pièces qui composent la coquille peut être au-dessus ou + au-dessous de cinq.</p> + + <p>Les <i>Glands de mer</i>, ou <i>Balanes</i>, ont un tube calcaire + court, à plusieurs pans, dont l’ouverture est fermée plus ou moins par + deux ou quatre battants mobiles.</p> + + <p>Ces animaux s’attachent à la carapace des Tortues de mer, ou se + greffent à la peau des Cétacés. Ils varient suivant les monstres + marins sur lesquels ils sont placés. Chaque espèce de Baleine a ses + parasites propres, lesquels sont tantôt des <i>Coronules</i>, tantôt + des <i>Tubicinelles</i>.</p> + + <p>Les Coronules forment des taches circulaires, hexagonales, qui maculent + le dos de ces gigantesques animaux.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-424a" style="width: 389px;"> + <img src="images/page-424a.jpg" alt="" width="389" height="227" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-424a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CORONULE DE LA BALEINE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Coronula diadema</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Sur un petit lambeau de 40 centimètres de long et de 10 de large, + détaché de la lèvre d’une Baleine, conservé <span class="pagenum" id="Page_424">424</span> dans le musée + de l’École supérieure de pharmacie de Paris, nous avons compté + quarante-cinq Coronules, la plupart adultes, symétriquement arrangées + comme les pierres d’un pavé.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-424b" style="width: 288px;"> + <img src="images/page-424b.jpg" alt="" width="288" height="194" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-424b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TUBICINELLE DE LA BALEINE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Tubicinella Balænarum</i> Lamarck).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Tubicinelles sont moins déprimées et plus étroites que les + Coronules: elles pénètrent à un décimètre et plus dans l’épaisseur de + la peau; elles vivent dans le lard. Vous figurez-vous exactement ce que + doit être une habitation, une prison, toute une existence dans le lard + d’une Baleine?</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_425">425</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_31" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXI<br /> + <span class="h2line2">LES ROTIFÈRES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Et quand leurs <i>roues</i> marchoient, ils marchoient; et quand + elles s’arrêtoient, ils s’arrêtoient: car l’esprit de ces animaux + étoit dans leurs <i>roues</i>.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Ézéchiel.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les <i>Rotifères</i>, ou <i>Porte-roues</i>, ainsi nommés parce qu’ils + semblent avoir deux roues au devant de la bouche, sont des animalcules + aquatiques, diaphanes, jaunâtres ou rosés, considérés d’abord comme des + Infusoires, et plus tard comme des Annelés.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-425" style="width: 283px;"> + <img src="images/page-425.jpg" alt="" width="283" height="280" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-425.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">FURCULAIRES.</p> + </div> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_426">426</span></p> + + <p>On les a comparés aux Crustacés microscopiques.</p> + + <p>Ces animaux ont le corps oblong ou ovoïde, contractile, protégé par un + petit fourreau solide et transparent.</p> + + <p>Dans les espèces dites <i>univalves</i>, ce fourreau est d’une seule + pièce. C’est une sorte de bouclier, de verre mince, qui couvre + seulement le dessus de l’animal, ou bien une manière de capsule qui + enveloppe tout son corps. Cette singulière carapace est ovalaire, + fusiforme, cylindrique ou quadrangulaire, quelquefois dentée en avant, + d’autres fois bilobée en arrière.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-426" style="width: 281px;"> + <img src="images/page-426.jpg" alt="" width="281" height="281" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-426.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BRACHIONS.</p> + </div> + </div> + + <p>Dans les espèces dites <i>bivalves</i>, la tunique est de deux pièces, + jointes ensemble dans toute la longueur du dos. C’est un paletot-sac + qui se ferme par derrière ou par dessus.</p> + + <p>L’organe singulier, plus ou moins dilaté, <i>rotiforme</i> (adjectif + peut-être trop savant!), qui caractérise surtout nos animalcules, + paraît toujours bordé de cils. Il offre souvent une échancrure + dans sa partie moyenne, laquelle lui donne la figure d’un 8 couché + horizontalement. On croit alors voir deux roues indépendantes, accolées + (Dutrochet). Comme les cils des bords sont vibratiles, et qu’ils + décrivent avec <span class="pagenum" id="Page_427">427</span> une rapidité extrême des cercles dans la même + direction, les expansions qui les portent prennent l’apparence de deux + roues d’engrenage tournant en sens contraire, de dehors en dedans + (Dujardin). Dutrochet supposait mal à propos l’existence d’une bordure + membraneuse, plissée régulièrement, comme une collerette, et agitée + d’un mouvement ondulatoire continu.</p> + + <p>Les cils vibratiles précipitent vers la bouche les corpuscules tenus + en suspension dans l’eau; ils mettent le Rotifère en rapport constant + avec l’air dissous dans le liquide, et contribuent en même temps à sa + progression.</p> + + <p>La puissance créatrice sait tirer le plus grand parti possible de ses + moindres combinaisons. Elle fait souvent beaucoup avec très-peu. Elle + remplit trois ou quatre fonctions avec un cil!</p> + + <p>Plusieurs Rotifères sont sans queue (<i>Anurées</i>). Certains en + ont une toute petite, d’autres une longue; et celle-ci est tantôt + simple (<i>Siliquelles</i>), tantôt bifurquée (<i>Furculaires</i>), + quelquefois à trois branches et à trois pointes (<i>Ézéchiélines</i>). + Dans les <i>Ptérodines</i>, cet organe se termine par une fossette en + forme de ventouse. Lorsqu’on voit ces animaux pour la première fois, on + croit aborder le domaine du fantastique.</p> + + <p>Quand les Rotifères nagent, la queue leur sert de gouvernail. En même + temps les lobes ciliés paraissent se mouvoir comme les roues d’un + bateau à vapeur.</p> + + <p>Plusieurs de ces petites créatures portent sur le front une sorte + de prolongement en forme de corne ou de trompe, dont on ignore la + fonction. Est-ce une arme offensive ou défensive?</p> + + <p>La bouche est très-ample et très-contractile. Elle a la forme d’un + entonnoir ou d’une cloche. Elle offre deux mâchoires latérales; ce + sont de simples tiges cornées et <span class="pagenum" id="Page_428">428</span> coudées, terminées par une ou + plusieurs dents; ou bien des arcs tendus, dans lesquels les dents sont + disposées comme le seraient des flèches prêtes à partir. (Ehrenberg.)</p> + + <p>Leur système digestif est assez compliqué. On y trouve un estomac + très-long ou très-large, garni souvent d’appendices latéraux, et un + gros intestin dilaté en forme de vessie.....</p> + + <p>Les Rotifères ont un cœur toujours en action. On le voit, à travers la + carapace, se contracter et se dilater alternativement. Son existence + est liée avec une circulation évidente, et, à ce point de vue, les + Rotifères sont plus favorisés que les Insectes.</p> + + <p>Les anciens naturalistes croyaient que les animaux étaient d’autant + plus simples en organisation, qu’ils étaient plus petits. Le microscope + a singulièrement modifié leur opinion à cet égard.</p> + + <p>Nos animalcules porte-roues n’offrent généralement qu’un seul œil + arrondi et mobile, rouge ou rougeâtre, situé au milieu du front + (<i>Brachions</i>). Un petit nombre d’espèces, mieux douées, + en possèdent deux, trois et même quatre. D’autres n’en ont pas + (<i>Lapadelles</i>).</p> + + <p>Ce qui est digne de remarque, c’est que cet organe est quelquefois + placé sur la nuque et même sur le dos (Ehrenberg, Nitzsch); de manière + que l’animal voit plutôt au-dessus de lui ou en arrière de lui qu’au + devant de lui. Pourquoi cette organisation?</p> + + <p>M. Ehrenberg assure avoir constaté dans certaines espèces la présence + d’un système nerveux. Un système nerveux dans des <i>bestiolettes</i> + qu’un grain de sable peut couvrir!</p> + + <p>Les Rotifères sont ovipares. Ils portent leurs œufs suspendus à + l’origine de la queue, comme la plupart des Crustacés.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_429">429</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Spallanzani a donné beaucoup d’importance aux Porte-roues. Il a + découvert que ces animaux peuvent être desséchés, aplatis, collés à une + feuille de papier; rester ainsi, pendant un an ou deux, immobiles et + dans un état complet de léthargie ou de mort apparente, et puis revenir + à la vie. Il suffit de les mouiller pour les <i>ressusciter!</i></p> + + <p>Au contact de l’eau, la petite carcasse se gonfle, remue la queue, + tord le ventre, se décolle, agite les cils de sa roue, et se met à + nager!..... Heureux Rotifère!</p> + + <p>Blainville et Bory de Saint-Vincent ont refusé de croire à l’admirable + faculté dont il s’agit. On a protesté, de tous côtés, contre le + scepticisme de nos deux savants naturalistes. L’exactitude du sévère + Spallanzani pouvait-elle être en défaut? M. Schultze a publié des + expériences décisives qui ont confirmé les résultats obtenus par + l’illustre physiologiste italien. Il est bien démontré aujourd’hui + que cette merveilleuse propriété existe. Mais, pour réussir dans les + opérations d’engourdissement et de réveil, il faut dessécher les + petites bêtes graduellement, bien graduellement; ne pas trop les + comprimer; ne pas les exposer à une température trop élevée, surtout + pendant qu’elles sont encore humides; ne pas les garder trop longtemps + endormies, et les ranimer avec lenteur et précaution. M. Doyère a fait + connaître les conditions de ce remarquable <i>désengourdissement</i>.</p> + + <p>C’est sur le <i>Rotifère commun</i><a id="FNanchor_166" href="#Footnote_166" class="fnanchor">[166]</a> qu’on observe le curieux, + l’incompréhensible phénomène dont nous venons de parler. Cet animalcule + habite dans l’eau douce, ou, pour mieux <span class="pagenum" id="Page_430">430</span> dire, au milieu de la + mousse humide, sur les murs et sur les toits. Il est long de trois + quarts de millimètre; il a des roues sept ou huit fois plus petites que + son corps.</p> + + <p>Les Rotifères de la mer périssent sans retour par la dessiccation. + Pourquoi la vie est-elle moins tenace dans l’eau salée que dans l’eau + douce?</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_431">431</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_32" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXII<br /> + <span class="h2line2">LES CRUSTACÉS.</span></h2> + + <div class="epigraph3"> + <p class="noindent"><i>C’est li Loups famillieux qui tout tue et dévore;<br /> + Quanque tient devant eulx tout mort, riens n’assavore.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Girart de Rossillon</span>, 1316.)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Crustacés sont les Insectes de la mer; mais ils ont plus de taille, + plus de force et plus de voracité que les Insectes ordinaires. Au lieu + d’une tunique coriace, ils sont revêtus d’une armure calcaire plus ou + moins épaisse et plus ou moins dure, souvent hérissée de poils roides, + de tubercules épineux, même de pointes acérées.</p> + + <p>Partout où dans l’Insecte nous trouvons la corne, dans le Crustacé nous + rencontrons la pierre. C’est à peu près la même construction, seulement + le Constructeur a changé ses matériaux.</p> + + <p>Les Crustacés ont presque tous d’énormes pinces crochues et dentelées, + dont ils se servent comme de puissantes tenailles ou comme d’engins de + guerre redoutables. On les a comparés à ces lourds chevaliers du moyen + âge, audacieux et cruels, bardés d’acier de pied en cap. Visière et + corselet, brassards et cuissards, rien n’y manque.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_432">432</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-432" style="width: 549px;"> + <img src="images/page-432.jpg" alt="" width="549" height="483" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-432.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CRABE EN PLEINE MUE.</p> + </div> + </div> + + <p>Ces chevaliers marins vivent sur la plage, au milieu des rochers, à une + faible distance du rivage; ou bien au sein de la mer, à des profondeurs + considérables. Quelques-uns se cachent dans le sable; d’autres se + tapissent sous les pierres. Certains, comme le <i>Crabe commun</i> ou + <i>Crabe enragé</i><a id="FNanchor_167" href="#Footnote_167" class="fnanchor">[167]</a>, aiment l’air du rivage presque autant que + l’eau salée, et se tiennent presque toujours sur le bord humide des + falaises.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXIII" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-432bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-432bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>La solidité de leur carapace calcaire l’empêche de s’étendre; ils ne + peuvent grandir qu’à condition de muer. A une époque déterminée, la + Nature dépouille le guerrier de sa cuirasse. La bête mue; la croûte + calcaire tombe, <span class="pagenum" id="Page_433">433</span> + et laisse à découvert une tunique mince, pâle et délicate. Dans cet + état, le Crustacé ne mérite plus son nom. Sa peau est devenue presque + aussi vulnérable que celle d’un Mollusque. Mais il a l’instinct de sa + faiblesse: il se retire prudemment à l’écart; il se cache honteusement + dans quelque trou obscur, jusqu’à ce qu’une autre vestiture résistante, + appropriée à sa nouvelle taille, lui ait rendu, et son armure de + combat, et sa dignité de Crustacé. Malheur à lui si, pendant sa période + de faiblesse, il est rencontré par un de ses anciens opprimés. Il + est à sa merci, et paye alors chèrement, comme on dit, ses cruautés + d’autrefois.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-433" style="width: 293px;"> + <img src="images/page-433.jpg" alt="" width="293" height="146" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-433.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SQUILLE MANTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Squilla mantis</i> Rondelet).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Crustacés n’ont pas, comme les animaux supérieurs, une <i>colonne + vertébrale</i>, c’est-à-dire un axe calcaire intérieur, à la fois dur + et mobile, portant des appendices de même nature, avec lesquels il + forme une charpente solide ou <i>squelette</i>. Mais ils possèdent, + ainsi qu’on vient de le voir, une enveloppe pierreuse. L’élément + osseux ne s’est point condensé dans le corps, il s’est accumulé à + la périphérie. Leur peau tient donc la place du squelette. Geoffroy + Saint-Hilaire disait que les Crustacés vivent, non pas en dehors de + leur colonne osseuse, comme les Mammifères, mais en dedans, comme les + Mollusques, et qu’ils sont <i>logés dans leurs vertèbres</i>. Il existe + donc des animaux à squelette intérieur, à <i>véritable squelette</i>, + et des animaux à squelette tégumentaire ou <i>dermato-squelette</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_434">434</span></p> + + <p>Les Crustacés ont une armure sombre, bronzée ou gris de fer, comme les + métaux forgés pour les combats. Quelques-uns sont rouges ou rougeâtres, + comme le sang de leurs victimes; quelques autres, d’un jaune terreux ou + d’un bleu livide, comme la chair qui se corrompt.</p> + + <p>Leur croûte calcaire est épaisse et résistante, surtout dans la région + dorsale. Leurs membres ont aussi une dureté très-remarquable.</p> + + <p>Cependant, chez les petites espèces, on observe souvent un test + fort mince et d’une transparence cristalline, qui permet de suivre + au travers les actes de leur digestion et les mouvements de leur + circulation.</p> + + <p>Plusieurs Crustacés tout à fait microscopiques contribuent parfois + à colorer les eaux de la mer en rouge pourpre ou violacé. Telles + sont la <i>Grimotée d’Urville</i><a id="FNanchor_168" href="#Footnote_168" class="fnanchor">[168]</a> et la <i>Grimotée + sociale</i><a id="FNanchor_169" href="#Footnote_169" class="fnanchor">[169]</a>.....</p> + + <p>Chez les <i>Araignées de mer</i>, où le cou n’existe pas, la tête est + fondue dans la poitrine (<i>céphalothorax</i>), mais le ventre reste + distinct. Le milieu du corps présente un resserrement, une taille + quelquefois étroite et gracieuse. Chez les Crustacés, il n’y a plus ni + cou ni taille. La tête, la poitrine et le ventre ne forment plus qu’une + seule masse, souvent courte, trapue, athlétique et difficile à entamer.</p> + + <p>Plusieurs de ces animaux possèdent une queue puissante, composée d’un + certain nombre de palettes ciliées, avec laquelle ils battent l’eau + à reculons, et dont ils se servent habilement pour étourdir leurs + ennemis. N’oublions pas de dire que la partie appelée <i>queue</i>, par + les gens du monde, est la <i>queue plus le ventre</i><a id="FNanchor_170" href="#Footnote_170" class="fnanchor">[170]</a>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_435">435</span></p> + + <p>En leur qualité d’animaux aquatiques, les Crustacés respirent par des + <i>branchies</i>. Chez les grosses espèces, ces branchies sont des + lamelles ou des filaments dont les supports sont parcourus par deux + canaux: l’un qui amène le sang dans l’économie; l’autre qui le dirige + vers le cœur. Ces organes sont enfermés dans le corps. Chez les petites + espèces, les branchies paraissent souvent extérieures et pendent dans + l’eau comme des franges. Quelquefois ces mêmes organes servent en même + temps à respirer et à nager. Ce sont des <i>branchies-pattes</i> ou + des <i>nageoires-branchies</i>. D’autres fois l’animal ne possède pas + d’appareil spécial pour la respiration.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-435" style="width: 546px;"> + <img src="images/page-435.jpg" alt="" width="546" height="477" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-435.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ARAIGNÉE DE MER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pisa tetraodon</i> Leach).</p> + </div> + </div> + + <p>Presque tous les Crustacés sont robustes, hardis et destructeurs. + Ils forment dans la mer une horde de brigands <span class="pagenum" id="Page_436">436</span> nocturnes, ou de + maraudeurs impitoyables, qui ne reculent devant aucun guet-apens. + Ils se battent à outrance, non-seulement avec leurs ennemis, mais + souvent entre eux, pour une proie ou pour une femelle, quelquefois + uniquement pour le plaisir de se battre. Les misérables! Ils luttent + audacieusement avec leurs pinces vigoureuses. D’ordinaire la carapace + résiste aux coups les plus terribles; mais les pattes, la queue, + et surtout les antennes, subissent les plus affreuses mutilations. + Heureusement, fort heureusement pour les vaincus, que les membres + emportés <i>repoussent</i> après quelques semaines de repos! C’est + pour cela qu’on rencontre maintes fois des Crustacés avec des serres + de grosseur très-inégale; la plus petite est celle qui renaît pour + remplacer une perte éprouvée dans un combat. La Nature n’a pas voulu + que les Crustacés restassent longtemps invalides. Ils reviennent + bientôt sur le champ de bataille, tout à fait remis de leurs blessures. + On a vu des <i>Homards</i><a id="FNanchor_171" href="#Footnote_171" class="fnanchor">[171]</a> qui, dans une rencontre malheureuse, + avaient perdu une jambe malade et débile, reparaître au bout de + quelques mois avec une jambe complète, vigoureuse et d’un excellent + service.</p> + + <p>O Nature! comme tu remplis notre âme d’étonnement et de respect!</p> + + <p>Dans les ports d’Espagne, quand on a pris une espèce de Crabe appelée + <i>Boccace</i> (singulier nom pour un Crustacé!), on se contente de + lui couper les grosses pinces, regardées comme un excellent manger. On + jette ensuite dans la mer le pauvre animal mutilé, pour le repêcher + plus tard, quand il aura <i>refait</i> des pinces toutes neuves.</p> + + <p>Les Crustacés sont carnivores. Ils mangent avec avidité les autres + animaux, soit vivants, soit morts, soit frais, soit <span class="pagenum" id="Page_437">437</span> corrompus. Peu + leur importent la qualité et l’état de la victime!</p> + + <p>Il est amusant de voir l’adresse et la gravité avec lesquelles le Crabe + commun, lorsqu’il s’est emparé d’une malheureuse Moule, tient une valve + soulevée avec une pince et détache l’animal avec l’autre, rapidement + et proprement, portant chaque morceau à la bouche, comme on le fait + avec la main, jusqu’à ce que la coquille soit entièrement vidée! (Rymer + Jones.)</p> + + <p>Ce Crustacé ne mord pas directement sur sa proie comme l’Écrevisse. Il + est aussi goulu, mais mieux appris.</p> + + <p>M. Charles Lespés a surpris, sur la plage de Royan, une troupe de + Crabes au moment de leur repas. Ce jour-là ils dînaient en commun, + <i>et Dieu sait la joie</i>, comme dit le bon la Fontaine. Ils étaient + en rang, tous tournés du même côté, et presque debout sur leurs huit + pattes. Ils saisissaient à terre de petits objets et les portaient à + la bouche prestement et régulièrement. Chaque main avait son tour. + Quand la droite arrivait à l’orifice buccal, la gauche prenait à terre; + quand celle-ci à son tour donnait l’aliment, la première ramassait. + Il n’y avait pas de temps perdu. Figurez-vous une troupe de zouaves + disciplinés, mangeant avec ordre à la gamelle. Ce Crustacé, vous le + voyez, a le bonheur d’être ambidextre.</p> + + <p>Les <i>Corophies à longues cornes</i><a id="FNanchor_172" href="#Footnote_172" class="fnanchor">[172]</a>, si remarquables par la + gracilité de leur corps, savent très-bien couper le byssus des Moules, + pour faire tomber ces bivalves dans la vase et les avoir à leur portée.</p> + + <p>Est-il vrai que d’autres Crustacés, grands mangeurs d’Huîtres, ont + assez de ruse ou d’instinct (comme on voudra) pour attaquer ces + Mollusques sans s’exposer au <span class="pagenum" id="Page_438">438</span> danger de leurs battants? Quand le + bivalve entr’ouvre sa coquille, espèce de trappe vivante, pour jouir + d’un rayon de soleil ou pour prendre son repas, le malin Crustacé y + glisse au plus vite une petite pierre. Cela fait, il dévore à son aise + le pauvre coquillage, qui ne peut plus se barricader<a id="FNanchor_173" href="#Footnote_173" class="fnanchor">[173]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-438" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-438.jpg" alt="" width="190" height="95" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-438.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">COROPHIE A LONGUES CORNES<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Corophium longicorne</i> Latreille).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Corophies, dont il vient d’être question, sont extrêmement + nombreuses sur les bords de l’Océan, surtout à la fin de l’été et + dans l’automne. Elles font la guerre, sans relâche, aux Vers marins. + On les voit par myriades s’agiter en tous sens, battre la vase avec + leurs longues antennes et la pétrir pour y trouver quelque proie. + Rencontrent-elles une Néréide ou une Arénicole, souvent cent fois plus + grosse que leur corps, elles se réunissent en troupe pour l’attaquer et + pour la dévorer.</p> + + <p>Les Corophies rendent cependant d’immenses services aux éducateurs + de Moules des environs de la Rochelle. Pendant l’hiver, la vase des + bouchots où l’on élève ces bivalves est délayée et très-inégalement + amoncelée. Lorsque la saison devient chaude, les parties les plus + élevées s’égouttent, se durcissent et rendent la récolte des + Mollusques tout à fait impraticable. Il faudrait niveler ces plaines + de vase en partie desséchée et en partie demi-liquide, ce qui serait + très-difficile et très-coûteux. Eh bien! les Corophies, <span class="pagenum" id="Page_439">439</span> toutes + seules, se chargent de ce soin. Elles démolissent et aplanissent + plusieurs lieues carrées couvertes de rugosités et de sillons. Elles + délayent la vase, qui est emportée hors des bouchots à chaque marée, et + la surface de la vasière se trouve aussi unie et aussi praticable qu’à + la fin de l’automne précédent. Il faudrait des milliers d’hommes et + peut-être tout le cours de l’été pour obtenir ce résultat, exécuté en + quelques semaines par un chétif animal.</p> + + <p>Nous avons dit que les Crustacés ne se respectaient guère entre eux. + Souvent, dans une même espèce, les gros dévorent les petits. <i xml:lang="la" lang="la">Rara + concordia fratrum!</i></p> + + <p>Un jour, M. Rymer Jones avait introduit dans un aquarium six <i>Crabes + tourteaux</i><a id="FNanchor_174" href="#Footnote_174" class="fnanchor">[174]</a> de différentes tailles. Un d’eux s’aventura vers + le milieu du réservoir, et fut bientôt accosté par un autre un peu + plus gros, qui, le prenant avec ses pinces <i>comme il aurait pris + un biscuit</i>, se mit à briser sa carapace et à se frayer un chemin + jusqu’à sa chair. Il y enfonça ses doigts crochus avec aisance et + volupté, paraissant s’inquiéter fort peu des yeux affamés et jaloux + d’un autre compagnon, plus fort et tout aussi cruel, qui s’avançait + vers lui, contemplant avec délices ce spectacle abominable. Mais, comme + l’a dit Horace (et il n’a pas été le premier à le dire), <i>personne + n’est heureux de tout point dans ce bas monde</i><a id="FNanchor_175" href="#Footnote_175" class="fnanchor">[175]</a>. Notre féroce + Tourteau continuait paisiblement son repas, lorsque le voisin le saisit + exactement comme il avait saisi son frère, le brise et le déchire + avec le même sans-façon, pénétrant jusqu’au milieu de ses entrailles + avec la même sauvagerie..... Et pendant ce temps, la victime, chose + singulière! ne se dérangea pas un seul instant; elle continua de + dépecer et <span class="pagenum" id="Page_440">440</span> de manger le premier Crabe, jusqu’à ce qu’elle fût + elle-même entièrement déchirée par son bourreau, présentant un exemple + remarquable d’insensibilité, pendant qu’on lui infligeait cruellement + la loi du talion!</p> + + <p>Manger les autres et être mangé soi-même, est une des grandes lois de + la Nature!</p> + + <p>«Toutes les espèces de la mer, dit Buffon, sont presque également + voraces; elles vivent sur elles-mêmes ou sur les autres, et + s’entre-dévorent perpétuellement sans jamais se détruire, parce que + la fécondité y est aussi grande que la déprédation, et que presque + toute la nourriture, toute la consommation tourne au profit de la + reproduction.»</p> + + <p>Le lendemain matin de ce tragique spectacle, il ne restait en vie que + deux des six Tourteaux du jour précédent, les plus gros et les plus + robustes; chacun, blotti dans un angle de l’aquarium, regardait son + rival avec une mine concentrée, malicieuse et défiante. M. Rymer Jones + ne voulut pas troubler cette <i>féroce méditation</i><a id="FNanchor_176" href="#Footnote_176" class="fnanchor">[176]</a>.</p> + + <p>Dans une autre circonstance, quatre petits Crabes communs se trouvaient + dans un même réservoir. Un d’eux devint aussitôt la proie d’un de ses + frères affamés. Peu d’instants après, un second fut saisi par les + pinces du plus gros. On l’en arracha très-difficilement: l’infortuné y + laissa plusieurs de ses membres. On le transporta, par pitié, dans un + autre aquarium. A peine en sûreté, il se mit à manger quelques morceaux + de Moule avec autant de plaisir et de sang-froid que s’il ne lui était + rien arrivé; et cependant il avait subi une effroyable mutilation, + puisque, de ses dix pattes, il en avait perdu sept! Il ne lui restait + que les deux pinces et la patte droite de derrière. Eheu!.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_441">441</span></p> + + <p>Quatre-vingt-quatorze jours après ce <i>désagrément</i>, le Crabe + changea de carapace, et alors les dix pattes se <i>trouvèrent au + complet</i>. Toutefois nous devons avouer que les sept nouvelles + étaient plus petites que les précédentes, quoique du reste aussi + parfaites. (Dalyell.)</p> + + <p>L’animal resta probablement un peu boiteux tout le temps de sa + convalescence!.....</p> + + <p>Quoique essentiellement carnassiers, les Crustacés mangent quelquefois + des végétaux marins, surtout dans les temps de famine. Plusieurs + néanmoins semblent préférer les fruits aux matières animales. Tel est + le Crabe, si commun dans les îles de la Polynésie, qui se nourrit + presque exclusivement de noix de coco. Ce Crabe a des pinces épaisses + et fortes; les autres pattes sont relativement étroites et faibles. Au + premier abord, il semble impossible qu’il puisse entamer une grosse + noix de coco, entourée d’une couche épaisse de filasse et protégée + par un noyau très-dur. Mais M. Liesk l’a vu très-souvent faire cette + opération. Le Crabe commence par arracher le tissu fibre par fibre à + l’extrémité où se trouvent les fossettes du fruit. (Il ne se trompe + jamais d’extrémité.) Quand cela est fini, il frappe avec ses grosses + pinces sur l’une de ces dernières, jusqu’à ce qu’il ait fait une + ouverture. Puis, à l’aide de ses pinces étroites, et tournant sur + lui-même, il extrait la substance blanche de la noix. Cette adroite + manœuvre est un exemple bien curieux de l’instinct des Crustacés.</p> + + <p>Les Crustacés ont des yeux de deux sortes, des yeux simples et des + yeux composés: les premiers, sessiles et immobiles, peu saillants et + très-bombés; les seconds, portés par une courte tige calcaire et formés + d’une quantité considérable de petits yeux symétriquement agglomérés. + La réunion de toutes les cornées microscopiques d’un œil <span class="pagenum" id="Page_442">442</span> composé + ressemble à une calotte chagrinée ou taillée à facettes. On dit que + dans un œil de Homard se trouvent 2500 petits yeux<a id="FNanchor_177" href="#Footnote_177" class="fnanchor">[177]</a>.</p> + + <p>Les yeux simples sont myopes; les yeux composés sont presbytes. Ainsi + un Homard peut voir de près ou de loin, <i xml:lang="la" lang="la">ad libitum</i>, bien entendu + sans avoir recours à nos instruments d’optique!</p> + + <p>Les Crustacés paraissent jouir d’un odorat subtil: ils arrivent de + très-loin vers une proie. Si l’on met un petit Poisson mort sous une + pierre, on verra bientôt cette dernière entourée d’une multitude + d’affamés. On sait avec quelle rapidité affluent vers un morceau de + viande, même fraîche, les Écrevisses qui peuplent nos ruisseaux. Si, + comme le pensent beaucoup de naturalistes, l’organe de l’odorat réside + dans les antennes, la longueur souvent excessive de ces organes chez + les Crustacés expliquerait très-bien le développement de ce sens.</p> + + <p>Beaucoup de Crustacés ne savent pas nager; ils marchent plus ou moins + rapidement au fond de l’eau ou hors de l’eau. Il y en a qui courent + obliquement, et qui se servent de leurs pattes aussi habilement dans le + recul que dans la progression. On dit que le <i>Cavalier</i><a id="FNanchor_178" href="#Footnote_178" class="fnanchor">[178]</a> des + côtes de Syrie doit son nom à la rapidité avec laquelle il parcourt de + grandes distances. Est-il vrai qu’il va plus vite qu’un cheval?</p> + + <p>Les Crustacés qui nagent s’élancent par bonds et par saccades, ou bien + glissent mollement et régulièrement, soutenus et poussés par deux + rangées de rames parallèles <span class="pagenum" id="Page_443">443</span> qui se meuvent avec régularité, comme + les rames des galères.</p> + + <p>La <i>Porcellane large pince</i><a id="FNanchor_179" href="#Footnote_179" class="fnanchor">[179]</a> est un mauvais nageur. Elle se + contente d’agiter son abdomen, lequel l’aide à descendre obliquement + et à reculons jusqu’au fond de l’eau. Elle se fixe sous la première + pierre venue et s’y tient blottie pendant des mois entiers. Ses longues + antennes, sans cesse en mouvement, l’avertissent de la nature des + objets qui s’approchent. Ses pattes-mâchoires sont alternativement et + sans relâche projetées en avant et ramenées ensuite vers la bouche. + Ces pattes ressemblent à des faucilles. Elles sont formées de cinq + articulations bordées intérieurement de soies courbes parallèles, + lesquelles, à chaque déploiement de pattes, s’étalent comme les + branches d’un éventail, et se rapprochent quand le membre se replie. + Examinée au microscope, chaque soie paraît garnie elle-même d’un rang + de poils plus courts, implantés perpendiculairement à sa longueur. Dans + le mouvement de rétraction, les poils de chaque soie, s’entrecroisant + avec ceux qui garnissent les soies latérales, forment un véritable + treillis qui doit enfermer et entraîner les animalcules flottants + à leur portée; tandis que, au déploiement, les soies s’écartent et + laissent s’échapper tout ce que rejette le Crustacé, lequel peut ainsi + se procurer sa nourriture sans changer de place. (Gosse.)</p> + + <p>Les <i>Chevrettes</i> ou <i>Crevettes</i><a id="FNanchor_180" href="#Footnote_180" class="fnanchor">[180]</a> offrent, à l’extrémité + de la première paire de pattes, un appendice semblable à un râteau, + composé de poils très-courts placés sur le membre à peu près à angle + droit. L’animal emploie ce râteau à rassembler les plus petites + épluchures, qu’une paire de <span class="pagenum" id="Page_444">444</span> secondes pattes porte délicatement à + sa bouche. Après quoi le râteau devient une brosse dont la Chevrette se + sert pour le nettoyage des fausses pattes de son ventre et des lobes de + sa queue. Quand il travaille à sa toilette, notre petit Crustacé prend + une position grotesque. Son corps s’élève sur les quatre dernières + paires de membres; le ventre et la queue se recourbent en avant, de + manière que la partie postérieure de la Chevrette se trouve rapprochée + des organes du brossage. (Rymer Jones.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-444" style="width: 327px;"> + <img src="images/page-444.jpg" alt="" width="327" height="147" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-444.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CRANGON COMMUN<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Crangon vulgaris</i> Fabricius).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Crustacés ont les sexes séparés. Les mâles ressemblent plus ou + moins aux femelles. Cependant, chez certaines espèces parasites + des Poissons, on rencontre, entre les deux sexes, des différences + très-notables, non-seulement dans la forme, mais surtout dans la + taille. Le mâle est cinquante fois, cent fois, <i>même mille fois</i> + plus petit que sa femelle! Évidemment, dans ce ménage, c’est l’époux + qui doit être dirigé et maîtrisé par l’épouse! Cette dernière loge + presque toujours son mari... dans une ride de son dos!</p> + + <p>Les fausses pattes des Crustacés sont employées par les femelles à + soutenir les œufs qu’elles transportent avec elles.</p> + + <p>On a compté dans une Chevrette 6807 œufs, et dans un Crabe 21 699. Dans + d’autres espèces, on en a trouvé 25 000, 30 000 et jusqu’à 100 000. + Trois ou quatre de ces derniers Crustacés seraient suffisants pour + engendrer <span class="pagenum" id="Page_445">445</span> en six mois une famille égale en nombre à la population + du Portugal!</p> + + <p>Les œufs des Crustacés sont petits, globuleux ou ovoïdes, jaunâtres ou + rougeâtres. Ceux des Chevrettes paraissent d’un roux brun; ceux des + Langoustes, d’un jaune d’or.</p> + + <p>Les œufs de quelques espèces se conservent desséchés pendant un grand + nombre d’années, et ne se développent que lorsque les circonstances + favorables se présentent.</p> + + <p>Quand les œufs sont près d’éclore, ils sont plus gros et plus + transparents. A travers leur mince enveloppe, on distingue parfaitement + les yeux de l’embryon. Celui-ci ne communique pas avec le jaune par le + ventre, comme l’embryon de la Poule, mais <i>par le dos</i> (Hérold), + comme celui du Ver à soie.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-445" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-445.jpg" alt="" width="273" height="310" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-445.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ZOÉ<br /> + (<i>Larve du Crabe commun</i>).</p> + </div> + </div> + + <p>Les petits ne ressemblent pas beaucoup aux parents. Ils ont souvent + un aspect assez étrange, à tel point que les naturalistes les avaient + d’abord pris pour des animaux particuliers, et en avaient fait un genre + distinct, sous le nom de <i>Zoé</i> (Thompson). Tous sont plus ou + moins arrondis, avec une longue pointe dirigée en avant, arquée comme + le <span class="pagenum" id="Page_446">446</span> bec d’un Ibis, et une autre partant de la nuque, proéminente + comme une épine de Groseillier; un ventre singulièrement grêle, une + queue fourchue plus ou moins ramifiée, et de longues pattes articulées, + pourvues chacune d’un long appendice dont l’extrémité digitée est + garnie de cils vibratiles propres à la natation. Ces larves ne + possèdent pas de pinces; elles nagent avec une très-grande rapidité. On + sait que l’animal adulte n’est pas organisé pour la natation. «Rien, en + un mot, dit M. de Quatrefages, ne rappelle, chez eux, ce Crabe à corps + aplati, verdâtre, qui fuit sans trop de hâte devant le promeneur, et + semble, dans sa marche oblique et saccadée, lui adresser le geste bien + connu des gamins de Paris!»</p> + + <p>A chaque pas, dans l’étude de la Nature, <i>on est terrassé de + surprise</i>, comme dit M. Michelet.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_447">447</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_33" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXIII<br /> + <span class="h2line2">LES HOMARDS, LES LANGOUSTES, LES CHEVRETTES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft2">Géants et nains parmi les Écrevisses.</p> + </div> + </div> + + <p class="br2">Sur les côtes de l’Océan et de la Méditerranée, certains Crustacés + sont l’objet d’une industrie et d’un commerce assez importants. Nous + voulons parler des <i>Homards</i>, des <i>Langoustes</i> et des + <i>Chevrettes</i>.</p> + + <p>Les Homards et les Langoustes peuvent être regardés comme les chefs de + file ou les grands seigneurs de la gent crustacée: ce sont d’énormes + Écrevisses marines. Les premiers ont des pinces très-grandes et le dos + lisse; les secondes, des pinces petites et le dos épineux.</p> + + <p>Tibère César fit déchirer le visage d’un pauvre pêcheur avec la + cuirasse raboteuse d’une Langouste.</p> + + <p>La saison des amours commence en septembre pour les Langoustes, et en + octobre pour les Homards. (Vous représentez-vous un Homard amoureux?) + Elle se prolonge jusqu’au mois de janvier. C’est M. Coste qui nous le + dit. Par conséquent, les Langoustes sont plus longtemps amoureuses que + les Homards!... Heureuses Langoustes!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_448">448</span></p> + + <p>Les femelles des deux espèces pondent des œufs en nombre + très-considérable. Les Langoustes sont beaucoup plus fécondes que les + Homards (cela devait être!). Les Homards produisent 20 000 œufs; les + Langoustes en donnent 100 000 et 120 000. (Gerbe.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-448" style="width: 489px;"> + <img src="images/page-448.jpg" alt="" width="489" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-448.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LANGOUSTE GRAINÉE.</p> + </div> + </div> + + <p>Ces œufs sont réunis en paquets et appliqués contre la face ventrale de + la queue. Ils sont englués, collés et retenus par une humeur visqueuse + particulière.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_449">449</span></p> + + <p>Les femelles chargées d’œufs sont dites <i>grainées</i>.</p> + + <p>Suivant qu’elles fléchissent ou qu’elles redressent la queue, elles + peuvent tenir leur <i>portée</i> dans l’obscurité ou la présenter à + la lumière. Tantôt elles laissent leurs œufs immobiles ou simplement + immergés; tantôt elles leur font subir des lavages successifs, en + agitant doucement les fausses pattes qui les protégent à droite et à + gauche. (Coste.)</p> + + <p>L’évolution des germes dure six mois. Au moment de l’éclosion, les + femelles <i>couveuses</i> étendent la queue. Elles impriment aux œufs + de légères oscillations, pour semer les larves prêtes à déchirer leur + coque, et se délivrent en un ou deux jours de leur portée entière. + (Coste.)</p> + + <p>Aussitôt nés, les jeunes Crustacés s’éloignent de leur mère, et + montent à la surface de l’eau, pour gagner la haute mer. Ils nagent + en tourbillonnant. Mais cette vie pélagienne n’est pas de longue + durée; ils la quittent à la quatrième mue, qui survient le trentième + ou le quarantième jour, et leur fait perdre les organes transitoires + qui servaient à la natation. Alors, ne pouvant plus se soutenir à la + surface de la mer, ils tombent au fond, pour y séjourner désormais, + et, à partir de ce moment, la marche devient leur mode habituel de + locomotion. (Coste.)</p> + + <p>Voilà donc des animaux qui courent ou nagent (ce qui revient au même) + avant de savoir marcher! L’observation donne souvent les démentis les + plus formels aux généralisations les plus accréditées.</p> + + <p>A mesure qu’ils grandissent, les jeunes Crustacés se rapprochent des + rivages qu’ils avaient momentanément abandonnés. Ils reviennent vers + les lieux habités par leurs parents.</p> + + <p>Les formes des larves diffèrent tellement de celles des adultes, qu’il + serait bien difficile, si l’on n’avait assisté à leur éclosion, de les + rapporter à l’espèce dont elles proviennent. <span class="pagenum" id="Page_450">450</span> C’est à tel point, + que les naturalistes avaient considéré les embryons des Langoustes + comme des animaux parfaits, et en avaient constitué un genre distinct, + sous le nom de <i>Phyllosome</i>, jusqu’au moment où M. Gerbe est venu + les éclairer<a id="FNanchor_181" href="#Footnote_181" class="fnanchor">[181]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-450" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-450.jpg" alt="" width="600" height="279" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-450.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"><span style="margin-right: 7em">Vue en dessous.</span> <span style="margin-left: 7em">Vue en dessus.</span><br /><br /> + LARVES DE LANGOUSTE (PHYLLOSOMES).<br /> + (D’après les dessins inédits communiqués par M. Gerbe.)</p> + </div> + </div> + + <p>Les embryons des Homards et des Langoustes portent aux pieds des + panaches caducs, sortes de rames vibratiles à l’aide desquelles ils se + tiennent en suspension permanente et se meuvent avec facilité, jusqu’au + moment de la quatrième mue.</p> + + <p>Les Homards n’atteignent la taille adulte et ne sont aptes à se + reproduire qu’à la fin de leur cinquième année.</p> + + <p>D’après les observations de M. Coste, chaque jeune animal perd et + refait sa carapace huit à dix fois la première année, de cinq à sept la + seconde, trois ou quatre fois la <span class="pagenum" id="Page_451">451</span> troisième année, et deux ou trois + la quatrième. D’où il résulte que les plus petits Homards servis sur + nos tables ont changé en moyenne <i>vingt et une fois</i> de vêtement + calcaire, et en sont à leur vingt-deuxième habit!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-451" style="width: 546px;"> + <img src="images/page-451.jpg" alt="" width="546" height="346" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-451.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">JEUNES HOMARDS 1/6.<br /> + (Troisième mue.)</p> + </div> + </div> + + <p>La taille réglementaire d’un Homard a été fixée à 20 centimètres. Tout + individu plus court, vendu au marché, est un Homard de contrebande.</p> + + <p>Les habitants de Blainville vont s’établir tous les ans à Chausey, pour + la pêche des Homards.</p> + + <p>On prend ces Crustacés avec des espèces de paniers en forme de cônes + tronqués, dont le sommet offre une ouverture disposée de telle sorte + que l’animal, une fois entré, ne peut plus sortir. Que de traquenards + dans l’industrie!</p> + + <p>Le nombre de Homards que chaque famille de pêcheur capture dans une + saison peut être évalué à mille ou douze cents. Chausey expédie donc + annuellement de huit à neuf mille de ces Crustacés, dont le produit, + payé à Coutances, est de 10 000 à 12 000 francs. Chaque maître pêcheur + <span class="pagenum" id="Page_452">452</span> retire à peine 1300 à 1400 francs de cette campagne, qui dure près + de neuf mois. (Quatrefages.)</p> + + <p>En Norvége, on prend beaucoup de Homards. On les expédie en Angleterre, + à bord de navires dont la cale est divisée en grands compartiments qui + communiquent avec la mer. Chaque compartiment peut contenir sept à huit + mille individus<a id="FNanchor_182" href="#Footnote_182" class="fnanchor">[182]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-452" style="width: 516px;"> + <img src="images/page-452.jpg" alt="" width="516" height="360" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-452.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ENGINS DE PÊCHE.</p> + </div> + </div> + + <p>On peut garder les Homards pendant quelque temps, avec la plus grande + facilité. Jadis on les enfermait dans de grandes caisses de bois + percées de trous. Aujourd’hui, on les met dans de véritables bassins. + M. Richard Scowell possède à Hamble, près de Southampton, un réservoir + de briques revêtues d’une couche de ciment, dont l’eau se renouvelle au + moyen d’écluses et de conduites, et dans lequel 50 000 Homards peuvent + tenir à l’aise et vivre en bonne santé pendant cinq à six semaines.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_453">453</span></p> + + <p>Quand les réservoirs sont bien installés, il suffit de quelques mètres + cubes d’eau pour conserver un grand nombre de Crustacés. Dans les + viviers-parcs de Concarneau, creusés dans le roc de la falaise, et + recevant, avec les marées, l’eau fraîche de la pleine mer, nous avons + vu plus de 12 000 Langoustes, sans compter un nombre considérable de + Homards, entassés dans un espace de moins de 400 mètres carrés. Par les + fortes chaleurs du mois d’août, ces animaux se portaient bien et la + mortalité était insignifiante. De temps en temps on leur distribuait + les poissons de rebut que laissaient à bon compte les pêcheurs de + Sardine de la localité.</p> + + <p>Pour empêcher ces animaux de s’entre-détruire, on paralyse les + mouvements de leurs pinces au moyen d’une cheville de bois enfoncée + dans une de leurs articulations.</p> + + <p>Les Langoustes sont les Homards de la Méditerranée; elles passent pour + un manger plus délicat et moins indigeste.</p> + + <p>Elles sont abondantes, surtout dans le détroit de Bonifacio.</p> + + <p>Les Chevrettes sont très-recherchées dans certaines villes. On en fait + une assez grande consommation à Paris.</p> + + <p>Ces jolis petits Crustacés ressemblent assez aux Écrevisses. Si, comme + ces dernières, ils avaient de fortes pinces, ce seraient des miniatures + d’Écrevisses.</p> + + <p>La pêche des Chevrettes est très-simple. Il suffit d’entrer dans l’eau + jusqu’au-dessus du genou, muni d’un filet appelé <i>truble</i> ou + <i>havenau</i>, en forme de grande poche, dont le bord est tendu par + un demi-cercle de bois et une corde qui fait le diamètre. Un bâton + est attaché par l’un de ses bouts au milieu de la corde. Le milieu du + demi-cercle y est aussi fixé solidement, et le pêcheur s’en sert pour + ratisser les herbiers avec la corde tendue, <span class="pagenum" id="Page_454">454</span> en tenant l’autre bout + du manche appuyé contre la poitrine<a id="FNanchor_183" href="#Footnote_183" class="fnanchor">[183]</a>.</p> + + <p>On ne peut exploiter de cette manière que des côtes très-basses, en + suivant le mouvement des eaux et par un temps très-calme. Pour rendre + la pêche plus fructueuse et mettre à contribution une plus grande + étendue de mer, deux pêcheurs prennent un bateau, et disposent trois ou + quatre filets de manière qu’ils parcourent le fond comme des trubles de + grande dimension. En les jetant et en les retirant de temps en temps, + ils font une ample récolte de nos petits Crustacés.</p> + + <p>Mais, en général, ce genre de pêche est confié aux femmes et aux + enfants.</p> + + <p>A Chausey, la récolte des Chevrettes est abandonnée aux femmes, qui, + au nombre de dix environ, se livrent à cette modeste industrie. Armées + de leurs <i>bouquetouts</i>, elles parcourent les anfractuosités de + l’archipel, fouillent sous les roches et dans les mares, et peuvent, + avec de l’activité, en recueillir deux kilogrammes par jour. Mais + cette pêche n’est possible que lorsque les marées sont assez fortes. + Le produit total de la campagne ne peut guère être évalué au delà de + 200 à 300 kilogrammes par personne. C’est donc environ 2500 kilogrammes + de Chevrettes que l’on retire tous les ans de Chausey, et dont la plus + grande partie s’envoie à Paris. Ce petit commerce rapporte environ 800 + francs par personne, à peu près 8000 francs en tout. (Quatrefages.)</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXIV" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-454bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-454bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Pendant l’hiver, les Chevrettes se retirent dans de plus grands fonds, + où il n’est plus possible de les atteindre avec les havenaux. On se + sert alors de casiers de filets, de forme assez semblable à ceux qu’on + emploie pour la pêche du <span class="pagenum" id="Page_455">455</span> + Homard. Dans ces derniers temps, le commandant L. Hautefeuille a eu + l’heureuse idée de remplacer les filets que l’on devait changer tous + les mois, par de la toile métallique galvanisée, dont la durée est de + deux à trois ans. Cet excellent engin est déjà très-répandu.</p> + + <p>Les Chevrettes se conservent parfaitement, dans des parcs d’une + contenance restreinte, pourvu que l’eau de mer soit suffisamment + renouvelée. Elles y grossissent même, si on leur donne une nourriture + appropriée. L’expérience en a été faite dans les viviers de Concarneau, + sur plus de 1500 kilogrammes, représentant une valeur de près de 3000 + francs.</p> + + <p>A la Rochelle, on a des bassins particuliers pour faire reproduire les + Chevrettes.</p> + + <p>Les Chevrettes rougissent par la cuisson, mais ne prennent jamais une + teinte aussi foncée que les Homards et les Langoustes. Elles sont + plutôt d’un rose très-vif que d’un rouge très-brillant. Une variété + pêchée dans la Garonne, au-dessus du bec d’Ambez, ne rougit pas; elle + blanchit au contraire, si elle a toujours vécu dans l’eau douce. Mais, + après avoir passé quelques jours dans l’eau salée, l’anomalie commence + à disparaître.</p> + + <p>Les autres Crustacés sont loin d’être recherchés comme les Homards, les + Langoustes et les Chevrettes.</p> + + <p>Cependant, à Venise, on vend, dit-on, chaque année, pour près de 500 + 000 francs de Crabes ordinaires. Ce chiffre nous paraît bien élevé: + à un centime la pièce, il représenterait cinquante millions d’individus.</p> + + <p>Dans d’autres pays, on mange les <i>Tourteaux</i><a id="FNanchor_184" href="#Footnote_184" class="fnanchor">[184]</a>, + les <i>Étrilles</i><a id="FNanchor_185" href="#Footnote_185" class="fnanchor">[185]</a>, les <i>Squinado</i><a id="FNanchor_186" href="#Footnote_186" class="fnanchor">[186]</a>, les + <i>Salicoques</i><a id="FNanchor_187" href="#Footnote_187" class="fnanchor">[187]</a>, les <i>Caramotes</i><a id="FNanchor_188" href="#Footnote_188" class="fnanchor">[188]</a>, les + <i>Nika</i><a id="FNanchor_189" href="#Footnote_189" class="fnanchor">[189]</a>....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_456">456</span></p> + + <p>L’utilité alimentaire des Crustacés et des autres habitants de la mer + est reconnue par tout le monde. Aussi nous comprenons parfaitement + (et nous approuvons même) la classification peu savante, mais + essentiellement pratique, proposée par le comte Marsigli, pour les + animaux de la Méditerranée: <i>Animaux que l’on mange</i>; <i>Animaux + que l’on ne mange pas</i><a id="FNanchor_190" href="#Footnote_190" class="fnanchor">[190]</a>.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_457">457</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_34" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXIV<br /> + <span class="h2line2">LE BERNARD L’ERMITE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleftminus2">Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu.</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Boileau.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Le <i>Bernard l’ermite</i>, ou <i>Soldat</i>, est un Crustacé + très-bizarre et très-curieux, qui vit sur les bords de la mer. Il + mérite bien un chapitre spécial.</p> + + <p>Il diffère des Crustacés proprement dits en ce que, au lieu d’avoir le + corps protégé par une armure calcaire plus ou moins épaisse et plus + ou moins solide, il n’offre de cuirasse qu’en avant, c’est-à-dire + à la tête et à la poitrine; tout le reste n’est revêtu que d’une + peau molle et peu résistante. La partie vulnérable du Bernard est un + morceau friand pour ses voraces compatriotes. Mais notre malin Crustacé + connaît parfaitement la misérable faiblesse de son train postérieur. + La prudence lui fait chercher quelque coquille vide, d’une taille en + rapport avec la sienne. Quand il n’en trouve pas, il attaque un testacé + vivant, le tue sans pitié, le mange sans remords, et s’empare de son + logement, sans autre forme de procès. Une fois maître de la coquille, + <span class="pagenum" id="Page_458">458</span> il s’y introduit à reculons; il s’y installe et s’y retranche + comme dans un petit fort.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-458" style="width: 551px;"> + <img src="images/page-458.jpg" alt="" width="551" height="469" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-458.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BERNARD L’ERMITE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pagurus Bernhardus</i> Fabr.)</p> + </div> + </div> + + <p>Aux heures des repas (et à celles des amours), le Bernard montre la + tête et les pattes, surtout les grosses pinces. Il agite au-devant de + lui ses deux cornes, qui sont <i>longuettes et menues</i>, suivant + les expressions d’Ambroise Paré. Quand il marche, il accroche avec + ses tenailles les corps qui l’avoisinent, et entraîne avec lui son + habitation, comme l’Escargot la sienne. Mais les parties de son corps + mal défendues restent toujours enfermées et protégées.</p> + + <p>Voyez, à la marée basse, les Bernards disséminés sur les grèves + rocailleuses. On croit apercevoir un grand nombre de coquillages de + diverses grandeurs, qui se meuvent dans <span class="pagenum" id="Page_459">459</span> toutes les directions, + avec des allures différentes de celles qui appartiennent à leur race + essentiellement lente et mesurée. Si on les touche, ils s’arrêtent + brusquement. On découvre bientôt que chaque maisonnette sert de + résidence non pas à un Mollusque, mais à un Crustacé.</p> + + <p>Le Bernard vit seul dans sa petite citadelle, comme un cénobite dans + sa cellule ou une sentinelle dans sa guérite. Il serait bien difficile + qu’il en fût autrement. C’est pourquoi on l’a surnommé l’<i>ermite</i> + ou le <i>soldat</i>.</p> + + <p>Quand notre Crustacé grossit et que son habitation d’emprunt devient + gênante, il se met en quête d’un autre coquillage un peu plus grand et + mieux approprié à sa taille, et il change de maison.</p> + + <p>Le Bernard profite souvent, avons-nous dit, des coquilles vides + abandonnées. Quand la marée se retire, il n’en manque pas. Il faut + le voir, alors, chercher, tourner, retourner, et surtout essayer son + nouveau domicile. Il fait glisser lestement son abdomen, qui est + gros et contourné, tantôt dans une coquille, tantôt dans une autre, + regardant avec méfiance autour de lui, et revenant bien vite à son + ancien logis, si le nouveau ne lui paraît pas confortable. Il en essaye + souvent un grand nombre, comme on essaye des vêtements neufs, avant + d’en avoir rencontré un qui lui convienne.</p> + + <p>Dans ses déménagements successifs, le petit sybarite, tout en se + donnant un ermitage de plus en plus spacieux, ne manque pas de suivre + son goût et son caprice, dans la couleur et dans l’architecture de sa + nouvelle habitation.</p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">L’ennui naquit un jour de l’uniformité!</p> + </div> + </div> + + <p>Le rusé compère choisit une maisonnette tantôt grise ou jaune, tantôt + rouge ou brune, globuleuse ou cylindrique, en forme de tourelle ou + de tonneau, souvent armée de <span class="pagenum" id="Page_460">460</span> dentelures, de créneaux, de lames + tranchantes ou de prolongements pointus.</p> + + <p>Cependant notre Diogène Crustacé préfère les coquilles en spirale un + peu allongée: par exemple, les Cérites, les Buccins et les Rochers.....</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-460" style="width: 489px;"> + <img src="images/page-460.jpg" alt="" width="489" height="553" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-460.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HABITATION D’UN BERNARD L’ERMITE<a id="FNanchor_191" href="#Footnote_191" class="fnanchor">[191]</a>.</p> + </div> + </div> + + <p>Le Bernard est timide. Au moindre bruit, il se retire dans son gîte, + et s’y tapit sans mouvement. Il rentre la plus petite de ses pinces et + ferme la porte avec la plus grosse. Celle-ci offre souvent des poils, + des tubercules ou des dents. Notre prudent cénobite se cramponne si + fortement au fond <span class="pagenum" id="Page_461">461</span> de sa retraite, qu’on le mettrait en pièces + plutôt que de l’en arracher. Sa queue est transformée en une sorte + d’appareil d’adhérence (<i>haftorgan</i>) à l’aide duquel elle le fixe + solidement à sa nouvelle habitation.</p> + + <p>Ce Crustacé est robuste et vorace. Il mange avec délices les Poissons + morts et les débris de Mollusques et de Vers. Il attaque aussi les + animaux vivants.</p> + + <p>Quand on introduit un Bernard dans un aquarium, il l’a bientôt + bouleversé et dévasté, avec ses courses désordonnées et avec sa + rapacité insatiable.</p> + + <p>On réussit quelquefois à conserver en bonne harmonie plusieurs + individus dans le même réservoir, mais cela tient plutôt à + l’impossibilité où ils se trouvent de s’attaquer entre eux, étant + bien barricadés et bien rusés, qu’à la douceur de leur caractère ou à + l’amour de leur prochain.</p> + + <p>En effet, ces animaux sont très-querelleurs. Deux Bernards ne peuvent + guère se rencontrer sans manifester des sentiments hostiles. Chacun + étend ses longues pinces et semble tâter l’autre, comme font les + Araignées quand elles cherchent à saisir une mouche du côté le plus + vulnérable. En général, ils se contentent de ces preuves de hardiesse + mutuelle, et chaque agresseur, trouvant l’ennemi parfaitement fortifié, + s’empresse de battre prudemment en retraite. Souvent il y a une + véritable passe d’armes: les bras s’écartent, les pinces s’ouvrent et + s’agitent d’une manière menaçante; les deux adversaires se culbutent et + roulent l’un sur l’autre, mais plus effrayés que meurtris<a id="FNanchor_192" href="#Footnote_192" class="fnanchor">[192]</a>.</p> + + <p>M. Gosse a vu, une fois, la lutte se terminer par un dénoûment + tragique. Un Bernard s’approcha d’un confrère agréablement logé dans + une coquille plus grande que la sienne, le saisit par la tête avec ses + puissantes tenailles, <span class="pagenum" id="Page_462">462</span> l’arracha de son asile avec la rapidité de + l’éclair, et s’y logea non moins promptement, laissant le malheureux + dépossédé se débattre sur le sable, dans les convulsions de l’agonie.</p> + + <p>Nos combats, dit Charles Bonnet, n’ont presque jamais lieu pour un + objet aussi important! Il s’agissait d’une maison!</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Une jolie espèce d’Anémone de mer, l’<i>Anémone parasite</i>, aime à + vivre avec le Bernard. Il est des sympathies tout à fait inexplicables! + Dans les aquariums, cette Anémone se fixe presque toujours sur la + coquille qui sert de demeure au Crustacé, et l’on peut dire que là où + s’établit le Bernard, s’établit aussi l’Anémone.</p> + + <p>Ces deux animaux vivent ensemble en parfaite intelligence. Les + observations de M. Gosse nous ont appris qu’il y a entre eux une + entente cordiale et réciprocité d’affection. Ce savant observateur + vit un jour un Bernard qui venait de changer d’habitation, détacher + délicatement de sa vieille demeure sa chère compagne l’Anémone, la + transporter avec précaution et la placer confortablement sur la + nouvelle coquille, et puis, avec ses larges pinces, donner à sa + bien-aimée plusieurs <i>petites tapes</i> pour qu’elle se fixât plus + promptement.</p> + + <p>M. A. Lloyd a été témoin plusieurs fois du même phénomène, dans son + établissement de Portland-road. Il a même vu un Crustacé renoncer à + changer de domicile, parce qu’il n’avait pu décider son Anémone, qui + était souffrante, à déménager avec lui.</p> + + <p>Une autre espèce de Bernard a pour compagne l’<i>Anémone manteau</i>. + On assure que lorsque le Crabe vient à mourir, son amie inconsolable ne + tarde pas à succomber.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXV" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-462bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-462bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_463">463</span></p> + + <p>On connaît aussi une Annélide, la <i>Néréide à deux lignes</i>, qui + forme avec notre Crustacé une association encore plus intime. Elle + s’introduit dans la coquille même qu’il habite et partage son logis. + Les pêcheurs de Weymouth, qui connaissent cette particularité, ne + manquent pas de briser cette coquille pour en retirer le Ver marin, + dont ils font un excellent appât.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Nous avons rencontré un Bernard, qui probablement n’avait pas trouvé de + coquille à sa convenance, blotti dans une vieille Éponge.</p> + + <p>Nous en avons découvert un autre installé dans un morceau de pierre + ponce.</p> + + <p>Au Jardin zoologique d’acclimatation, il existait, en juillet 1861, + un Bernard qui avait introduit son abdomen dans une Anémone de mer + <i>vivante</i>. Il la traînait avec lui, bon gré mal gré, partout où il + lui plaisait. L’Anémone, quand elle n’était pas trop secouée, étalait + paisiblement les rayons de sa collerette, et semblait presque habituée + à l’occupation de sa poche digestive. Cependant elle ne mangeait pas! + Les déjections du Bernard lui servaient-elles d’aliment? Comment + l’estomac de l’Anémone n’exerçait-il aucune action dissolvante sur la + queue et sur le ventre du Bernard? Toujours des faits qui embarrassent + la science!</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Un petit animal de la famille de notre Crustacé choisit une pierre + plate et la couche sur son dos, comme un abri solide. Il la retient + avec ses deux pattes de derrière.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_464">464</span></p> + + <p>La <i>Dromie globuleuse</i> se couvre et se protége avec une valve de + coquille. Elle la porte sur elle comme un bouclier.</p> + + <p>M. Spencer Bate avait mis dans un verre quelques <i>Puces de mer</i>, + avec une petite Ulve verte. Au bout d’une heure ou deux, il vit avec + surprise que l’une de ces petites créatures avait enroulé autour d’elle + la plante marine, et s’en était fait une sorte de tube protecteur, dans + lequel elle vivait commodément et paisiblement, n’en sortant que la + tête et les antennes. Lorsqu’on la tourmentait, elle se retirait bien + vite au centre de sa maisonnette, s’y retournait, et sortait alors la + tête par l’autre extrémité.</p> + + <p>L’<i>Amphithoé rougeâtre</i><a id="FNanchor_193" href="#Footnote_193" class="fnanchor">[193]</a> cherche sous les pierres, dans les + crevasses des rochers ou entre les tiges des Fucus, des endroits + bien abrités, et là elle se construit un <i>petit nid</i>, composé + d’une matière soyeuse et de corpuscules étrangers étroitement unis et + mastiqués. Examiné au microscope, ce nid présente une grande quantité + de fils très-fins entrelacés et comme tissus d’une manière très-serrée. + Çà et là on remarque quelques soies plus fortes, doubles, tordues en + spirale. (Spencer Bate.)</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Le <i>Pinnothère</i><a id="FNanchor_194" href="#Footnote_194" class="fnanchor">[194]</a>, joli Crustacé d’un rose vif, de la taille + d’un pois, se fait le commensal de quelque grosse Huître. Il entre et + vit dans la maison du bivalve exactement comme chez lui.</p> + + <p>Pline croyait que ce petit Crabe reconnaissait, en hôte généreux, + l’hospitalité qu’on lui accorde (à la vérité un peu forcément). + L’Huître, disait-il, est aveugle et pourrait <span class="pagenum" id="Page_465">465</span> être surprise par + quelque méchant animal. Le Pinnothère, qui a des yeux très-gros et un + esprit très-attentif, pince le manteau de sa patronne, toutes les fois + qu’un danger la menace. Il oblige ainsi cette dernière à rapprocher ses + deux battants et à fermer sa maison<a id="FNanchor_195" href="#Footnote_195" class="fnanchor">[195]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-465" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-465.jpg" alt="" width="129" height="102" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-465.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PINNOTHÈRE DES ANCIENS<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pinnotheres veterum</i> Bosc).</p> + </div> + </div> + + <p>Plutarque apprécie différemment les services que le Pinnothère rend + aux bivalves. Voici son opinion, exprimée par Montaigne: «Dans la + coquille de la Nacre se trouve le Pinnothère, luy servant d’huissier + et de portier, assis à l’ouverture de cette coquille qu’il tient + continuellement entrebaillée, jusqu’à ce qu’il y voye entrer quelque + petit poisson propre à leur prinse. Car, alors, il entre dans la + Nacre, et luy va pinceant la chair vifve, et la contraint de fermer sa + coquille. Lors, eulx deux, ensemble, mangent la proye enfermée dans + leur fort.»</p> + + <p>Il est vraiment dommage que ces histoires, tant celle de Pline que + celle de Plutarque, soient des histoires faites à plaisir. Il n’y a + de vrai que la présence du Pinnothère dans les bivalves, présence + déterminée par l’instinct de sa conservation.</p> + + <p>Ce petit Crustacé est timide et paresseux; pour se mettre en sûreté, il + se loge dans les Huîtres, dans les Pinnes<a id="FNanchor_196" href="#Footnote_196" class="fnanchor">[196]</a>, dans les Moules et dans + les Modioles.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_466">466</span></p> + + <p>Suivant M. W. Thompson, sur dix-huit Moules des côtes de l’Irlande, + on a trouvé quatorze Pinnothères femelles. Il n’est pas rare de + rencontrer, dans le même bivalve, deux femelles et même trois, un mâle + et plusieurs petits. Le Pinnothère, comme on voit, n’est pas égoïste; + quand il a découvert une belle et bonne Moule, il ne la prend pas pour + lui seul, il s’y établit en famille.</p> + + <p>Il n’y a rien d’isolé dans la création. L’animal le plus humble a des + rapports intimes, non-seulement avec la mer, avec les nuages, avec + l’air, avec le soleil..... mais encore avec les plantes et avec les + autres animaux. L’harmonie est la grande loi de la Nature. (Channing.)</p> + + <p>Mais qui peut se vanter, dans l’Océan, de n’avoir pas d’ennemi? Le + pauvre Pinnothère, quand il change de coquille, s’il ne prend pas bien + ses précautions, est bientôt appréhendé au corps par quelque Crustacé + plus gros et plus robuste, qui le dépèce et le dévore en un clin + d’œil.....</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Le Bernard et les Crustacés, qui ont besoin d’un abri, terminent nos + études sur les Animaux sans vertèbres.</p> + + <p>Dans les chapitres suivants, nous traiterons des Vertébrés.</p> + + <p>Nous marchons du simple au composé.</p> + + <p>En zoologie, le mot <i>composé</i> peut être pris dans trois sens + différents. Il exprime d’abord la réunion en communauté d’un certain + nombre d’individus élémentaires, plus ou moins distincts les uns des + autres; secondement, la fusion plus ou moins complète de plusieurs + organismes particuliers ou zoonites; troisièmement, la complication + plus ou moins grande des individus isolés.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_467">467</span></p> + + <p>Les Polypiers sont des réunions d’individus distincts.</p> + + <p>Les Crustacés sont des associations de zoonites adhérents.</p> + + <p>Les Poissons sont des individus isolés compliqués.</p> + + <p>Les Coraux ont une organisation <i>arborisée</i>. Leurs animalcules + sont associés, comme les fleurs dans une plante.</p> + + <p>Les Anémones, les Étoiles, les Oursins....., possèdent une organisation + <i>rayonnée</i>. Dans un grand nombre, cette structure est à peu près + rigoureuse. Leurs parties répétées sont arrangées autour d’un point + ou d’un axe commun, dont elles divergent presque géométriquement. + Quelquefois l’ensemble présente en même temps comme une moitié droite + et une moitié gauche (Dujardin). C’est un passage entre la symétrie + <i>rayonnée</i> et la symétrie <i>bilatérale</i>.</p> + + <p>Les Annélides, les Crustacés et les autres animaux dits <i>Annelés</i>, + possèdent une organisation <i>unisériée</i>. Mais comme chaque zoonite + se trouve composé de deux moitiés semblables latéralement accolées, il + en résulte que l’ensemble est plutôt <i>bisérié</i> qu’<i>unisérié</i>; + en d’autres termes, que ces animaux ont à la fois, et la structure + <i>sériée</i>, et la structure <i>bilatérale</i>.</p> + + <p>Enfin, les Vertébrés, qu’on a nommés aussi <i>unitaires</i>, ne + présentent plus, dans leur organisme, ni disposition <i>rayonnée</i>, + ni groupement sérié; mais ils offrent deux moitiés semblables: + une à droite, l’autre à gauche. Leur symétrie est simplement + <i>bilatérale</i>.</p> + + <p>L’arrangement <i>rayonné</i> est celui des animaux les plus simples. + L’arrangement <i>bilatéral</i> est celui des animaux les plus parfaits.</p> + + <p>Dans le règne végétal, pour le dire en passant, les fleurs offrent + aussi, dans la disposition de leurs parties similaires, tantôt le plan + <i>rayonné</i>, tantôt le plan <i>bilatéral</i>. <span class="pagenum" id="Page_468">468</span> Il suffit, pour + s’en convaincre, de jeter les yeux sur une <i>Renoncule</i> ou sur + un <i>Œillet</i>, et sur une <i>Linaire</i> ou sur une <i>Sauge</i>. + Les botanistes, nous en ignorons la raison, appellent <i>régulier</i> + ce premier mode d’arrangement, et <i>irrégulier</i> le second. Dans + leurs classifications, ils regardent les plantes à fleurs régulières + comme plus parfaites que les plantes à fleurs irrégulières. On vient + de voir que les fleurs dites <i>irrégulières</i> ne diffèrent des + autres que par une symétrie différente. Si les caractères avaient + la même importance dans les deux règnes, les fleurs à symétrie + <i>bilatérale</i> seraient plus élevées en organisation que les fleurs + à symétrie <i>rayonnée</i>.</p> + + <p>Les botanistes et les zoologistes devraient de temps en temps, sortir + de leurs études exclusives, regarder un peu ce qui se fait de bon chez + le voisin, et se mettre d’accord avec lui. La science y gagnerait.</p> + + <p>Lecteur, veuillez pardonner les considérations générales qui terminent + ce chapitre. Nous venons d’aborder, sans nous en douter, un des sujets + les plus importants de la zoologie. Ce n’était peut-être pas la place + dans un livre qui n’est pas savant et dont l’auteur ne cherche pas à le + paraître.....</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_469">469</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_35" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXV<br /> + <span class="h2line2">LES POISSONS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>Des mers pour eux il entr’ouvrit les eaux.</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Racine.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Poissons sont les habitants de l’eau par excellence. Ils naissent + dans l’eau, vivent dans l’eau et meurent dans l’eau. Quand on les + retire de ce milieu, ils succombent à une sorte d’asphyxie. Les + Poissons sont les principaux hôtes de l’Océan, c’est-à-dire, les plus + nombreux, les plus variés, les plus vifs et les plus brillants.....</p> + + <p>Dans le premier chapitre de cet ouvrage, nous avons rappelé que les + sept dixièmes de la surface de la terre sont baignés par les mers. + On serait tenté de croire, disait un homme d’esprit, frappé de cette + immense étendue d’eau, que <i>notre globe a été créé surtout pour les + Poissons!</i></p> + + <p>Les Poissons sont en quelque sorte le lien qui unit les Animaux + vertébrés aux Animaux sans vertèbres. Ils ont une organisation plus + compliquée que toutes les bêtes, petites ou grandes, dont nous avons + parlé jusqu’à présent.</p> + + <p>Pline n’a signalé que 94 espèces de Poissons; Linné en a caractérisé + tant bien que mal 478; les savants d’aujourd’hui en connaissent plus + de 13 000, parmi lesquelles le dixième tout au plus appartient à l’eau + douce.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_470">470</span></p> + + <p>Les Poissons ne sont pas dispersés çà et là au hasard. Au milieu des + mers, comme sur la terre, la distribution des animaux est soumise à + des lois. Poussée par son instinct, chaque race choisit les eaux les + plus favorables à son organisation. Beaucoup de Poissons occupent + des localités déterminées, et ne peuvent point impunément changer + d’habitation. Les uns sont répandus dans de vastes espaces, les + autres cantonnés, pour ainsi dire, dans des localités restreintes. + Il y en a qui vivent tout à fait à la surface des eaux, par exemple + le <i>Chauffe-soleil</i><a id="FNanchor_197" href="#Footnote_197" class="fnanchor">[197]</a> des Antilles. D’autres, au contraire, + ne quittent pas les profondeurs. Au nombre de ces derniers, citons + le <i>Chien de mer</i>, nommé <i>Hexanche</i><a id="FNanchor_198" href="#Footnote_198" class="fnanchor">[198]</a> à cause des + six fentes respiratoires qu’il a sur les côtés; le <i>Malarmat + cuirassé</i><a id="FNanchor_199" href="#Footnote_199" class="fnanchor">[199]</a>, qui ne sort de ses abîmes qu’à l’époque de la + ponte; le <i>Télescope</i><a id="FNanchor_200" href="#Footnote_200" class="fnanchor">[200]</a>, si remarquable par la grosseur de ses + yeux, et le <i>Grenadier</i><a id="FNanchor_201" href="#Footnote_201" class="fnanchor">[201]</a>, si singulier par la carène de ses + écailles. Ce dernier, suivant Risso, vit toute l’année à 1 200 mètres + de profondeur.</p> + + <p>Quelques espèces ne quittent que rarement la vase: par exemple, + la <i>Clavelade</i><a id="FNanchor_202" href="#Footnote_202" class="fnanchor">[202]</a>, la <i>Pastenague</i><a id="FNanchor_203" href="#Footnote_203" class="fnanchor">[203]</a> et la + <i>Baudroie</i><a id="FNanchor_204" href="#Footnote_204" class="fnanchor">[204]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXVI" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-470bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-470bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Presque tous les Poissons marins réclament l’eau salée; c’est pourquoi + ils se tiennent éloignés de l’embouchure des grands fleuves. Il en est, + au contraire, qui cherchent de préférence les endroits où il se fait un + mélange habituel d’eau douce et d’eau de mer. Le <i>Muge</i><a id="FNanchor_205" href="#Footnote_205" class="fnanchor">[205]</a>, la + <i>Daurade</i><a id="FNanchor_206" href="#Footnote_206" class="fnanchor">[206]</a>, le <i>Flet</i><a id="FNanchor_207" href="#Footnote_207" class="fnanchor">[207]</a>, + <span class="pagenum" id="Page_471">471</span> offrent de remarquables + exemples de cette nécessité d’un séjour dans un milieu saumâtre.</p> + + <p>Certains Poissons vivent à peu près isolés; d’autres se réunissent en + troupes innombrables.</p> + + <p>Il y en a qui semblent obéir, chaque année, comme les Pigeons et les + Grues, à un instinct d’émigration. Ils se rassemblent par millions, et + forment dans la mer des colonnes épaisses et serrées, longues souvent + de plusieurs lieues.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Poissons ont une forme allongée, amincie en avant et en arrière, + renflée vers le centre, et plus ou moins comprimée. Ils sont + admirablement taillés pour l’élément auquel ils appartiennent. Beaucoup + ressemblent à des navettes glissantes ou à des fuseaux effilés.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-471" style="width: 426px;"> + <img src="images/page-471.jpg" alt="" width="426" height="245" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-471.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SCORPÈNE DE L’ILE DE FRANCE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Scorpæna nesogallica</i> Cuvier, Valenciennes).</p> + </div> + </div> + + <p>Chez les animaux supérieurs, à organisme très-complexe, la Nature a + fort peu modulé les nuances de leur structure intérieure. Il existe une + parenté bien étroite entre tous les membres de la nombreuse classe des + Poissons; leur anatomie varie à peine, quoique leur physionomie soit + souvent très-différente!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_472">472</span></p> + + <p>Que ces animaux habitent les profondeurs de la mer, les rochers du + rivage ou l’embouchure des cours d’eau; qu’ils soient écailleux ou + chagrinés, osseux ou cartilagineux, leur composition organique reste + la même ou à peu près la même, dans ses éléments essentiels. Ils + ont tous un fond constant, à travers des milliers de broderies. Ils + sont semblables et néanmoins divers. Toujours l’unité et toujours le + changement!</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-472" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-472.jpg" alt="" width="600" height="504" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-472.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LE MARTEAU MAILLET<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Zygæna tudes</i> [<i xml:lang="la" lang="la">Cestracion</i> Klein] Valenciennes).</p> + </div> + </div> + + <p>Cependant, dans la classe des Poissons, comme dans les groupes les + plus naturels, on rencontre quelques espèces de forme bizarre, + exceptionnelle, et pour ainsi dire anomale. Celui-ci est ventru comme + une outre, ou comprimé comme une lame; celui-là ressemble à un marteau. + En <span class="pagenum" id="Page_473">473</span> voici un qui paraît plus haut que long, avec la bouche au + milieu du ventre et des nageoires en croissant. En voilà un autre qui + s’allonge en spatule, avec la tête à peine distincte de la queue, et + des ouïes percées comme les trous d’un flageolet!...</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-473a" style="width: 293px;"> + <img src="images/page-473a.jpg" alt="" width="293" height="145" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-473a.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LE COFFRE TRIANGULAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Ostracion triqueter</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Poissons sont couverts d’écailles minces, dures et serrées, nacrées + ou colorées, aplaties, carénées ou ciselées, toujours disposées avec + symétrie et le plus généralement comme les tuiles sur un toit. Ces + écailles, quelquefois très-petites, semblent ne pas exister dans + l’<i>Anguille</i><a id="FNanchor_208" href="#Footnote_208" class="fnanchor">[208]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-473b" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-473b.jpg" alt="" width="375" height="234" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-473b.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MONOCENTRE DU JAPON<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Monocentris japonicus</i> Bloch, Schneider).</p> + </div> + </div> + + <p>La peau des Poissons est toujours lubrifiée par un enduit visqueux. + Leur tissu est pénétré d’une graisse huileuse qui l’empêche d’être + altéré par l’eau salée.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_474">474</span></p> + + <p>Ces animaux présentent les couleurs les plus brillantes et les costumes + les plus élégants. Ils ne le cèdent en rien, pour la beauté de la + parure, ni aux Papillons, ni aux Oiseaux, ni aux coquillages si variés + de l’Océan.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-474" style="width: 548px;"> + <img src="images/page-474.jpg" alt="" width="548" height="478" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-474.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ROUGET<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Mullus barbatus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Rougets</i> sont vêtus de pourpre. La <i>Coquette</i><a id="FNanchor_209" href="#Footnote_209" class="fnanchor">[209]</a> est + tachetée de vermillon et de violet. La <i>Jarretière</i><a id="FNanchor_210" href="#Footnote_210" class="fnanchor">[210]</a> ressemble + à un serpent argenté, qui nage par ondulations, réfléchissant des + teintes de rose et d’azur. Les <i>Zées</i> sont décorés d’une riche + et somptueuse broderie. Les <i>Scares</i>, les <i>Maquereaux</i>, les + <i>Daurades</i>, étincellent de l’éclat de l’émeraude, du rubis, de la + topaze et du saphir.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_475">475</span></p> + + <p>Toutes ces couleurs sont souvent distribuées en banderoles flexueuses + ou en taches ocellées.</p> + + <p>La plupart des teintes, même les plus vives, paraissent extrêmement + fugaces: elles s’affaiblissent quand l’animal devient malade ou vieux; + elles se ternissent quand il n’est plus dans son élément; elles se + transforment dans l’hiver; elles s’évanouissent au moment de la mort... + Les Romains prenaient plaisir à contempler les changements de couleur + qu’éprouve le Rouget pendant son agonie (Sénèque).</p> + + <p>On assure que certaines espèces phosphorescentes ont été vues + distinctement à 7 mètres de profondeur, pendant une mer calme. (Borda.)</p> + + <p>Bennet a fait connaître un <i>Requin</i> remarquable par la + phosphorescence d’un vert brillant qui régnait sur toute la partie + inférieure de son corps. Un individu porté dans une chambre la remplit + de lumière. Le poisson avait un aspect horrible; sa lumière était + permanente, mais elle ne paraissait augmenter ni par le mouvement, ni + par le frottement. Quand le Requin mourut (ce qui arriva trois heures + après sa sortie de l’eau), la lumière du ventre disparut la première, + celle des autres parties s’éteignit graduellement; les mâchoires et les + nageoires restèrent les dernières phosphorescentes. La seule partie de + la surface inférieure du monstre qui ne brilla pas, fut la bande noire + de la gorge.</p> + + <p>La petitesse des nageoires dans cette espèce est cause qu’elle ne nage + pas facilement.</p> + + <p>Comme elle vit de rapine et qu’elle est nocturne, Bennet conjecture + qu’avec sa phosphorescence elle fait venir sa proie, comme le pêcheur + avec une torche attire le poisson.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_476">476</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Poissons se nourrissent de plantes marines succulentes, de vers, de + coquillages et de petits crustacés. Certains mangent d’autres Poissons, + et même se dévorent entre eux. Les gros engloutissent les petits, sans + respecter leur propre espèce, ni même leur famille! En général, ces + animaux sont très-voraces; ils avalent les morceaux sans les mâcher, le + plus souvent même sans les couper.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-476" style="width: 534px;"> + <img src="images/page-476.jpg" alt="" width="534" height="471" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-476.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SCORPION DE MER OU CHABOT.<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Cottus bubalis</i> Euphrasen.)</p> + </div> + </div> + + <p>Nous avons vu un Chabot qui avait avalé un jeune Rouget une fois et + demie plus long que lui.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_477">477</span></p> + + <p>John Barrow rapporte qu’un <i>Chien de mer</i> harponné près de l’île + de Java avait dans son estomac un grand nombre d’ossements, fragments + d’une grosse Tortue; une tête de Vache buffle et un Veau.</p> + + <p>Brünnich, étudiant à Marseille les Poissons de la Méditerranée, trouva, + dans un autre Chien de mer, deux Thons et un matelot tout habillé.</p> + + <p>Dans un troisième individu des mêmes parages, l’estomac contenait un + soldat avec son sabre.</p> + + <p>Müller assure que dans un de ces animaux, du poids de 750 kilogrammes, + pris aux environs des îles Sainte-Marguerite, le tube digestif + renfermait un <i>Cheval tout entier!</i> Ce fait est-il bien + authentique?</p> + + <p>Au combat naval du 12 avril 1782, le feu ayant pris au vaisseau + français <i>le César</i>, plusieurs matelots qui s’étaient jetés à + la mer furent déchirés et dévorés par des Requins rangés entre les + deux flottes. Ces monstres marins se disputaient leur proie avec + acharnement, sans être effrayés par les bordées d’artillerie qui + tonnaient des deux côtés. (Ch. Douglas.)</p> + + <p>Le père Labat affirme, de <i>la façon la plus formelle</i>, que les + Requins <i>préfèrent la chair des noirs à celle des blancs</i>, et + cela parce qu’elle est plus savoureuse et <i>plus parfumée</i>. Il + ajoute que les <i>Anglais sont plus prisés</i> des Requins <i>que les + Français</i>.</p> + + <p>Les Poissons ont des dents non-seulement sur les bords des mâchoires, + mais quelquefois encore sur le palais, dans le gosier et même sur la + langue.</p> + + <p>Chez les Mammifères, dit Cuvier, il n’y a que trois os qui puissent + porter les dents; chez les Poissons, il y en a huit.</p> + + <p>Les dents sont coniques et pointues, ou bien comprimées et tranchantes, + ou bien encore déprimées et arrondies.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_478">478</span></p> + + <p>Celles de la <i>Raie</i> représentent de petites plaques d’ivoire + serrées les unes contre les autres, et disposées comme le carrelage + d’un pavé. Celles de quelques autres Poissons sont arquées ou + recourbées, et ressemblent moins à des dents qu’à des crochets.</p> + + <p>Les plus terribles, parmi ces organes, sont peut-être ceux des <i>Loups + de mer</i>. Ces dents sont triangulaires, aiguës, tranchantes et + quelquefois <i>garnies de denticules sur les bords</i>. Le poisson + en possède généralement six rangées. Steller était présent lorsqu’on + prit un Loup de mer sur la côte du Kamtchatka. L’animal saisit avec + la gueule un levier avec lequel on le frappait, et le brisa comme un + morceau de verre. Schœnfeld assure que ce monstre laisse l’empreinte de + ses dents sur les ancres des navires.</p> + + <p>Existe-t-il réellement, dans la mer du Sud, des Poissons à dents + acérées, qui broutent le Corail comme un mouton broute l’herbe?</p> + + <p>On connaît des Poissons dont les dents nombreuses sont si fines et si + rapprochées, qu’en promenant les doigts dessus, on croit toucher du + velours.</p> + + <p>Les organes respiratoires ou branchies des Poissons offrent une + organisation peu variée. Ce sont généralement des filaments ou petits + tubes attachés en séries parallèles à des espèces d’arcs osseux, comme + les brins d’une frange. Chez les <i>Aiguilles de mer</i><a id="FNanchor_211" href="#Footnote_211" class="fnanchor">[211]</a> et les + <i>Chevaux chenilles</i><a id="FNanchor_212" href="#Footnote_212" class="fnanchor">[212]</a>, au lieu d’être disposés en peigne, ces + organes sont groupés en touffes arrondies.</p> + + <p>Les orifices des branchies sont les <i>ouïes</i>, fermées par les + <i>opercules</i>.</p> + + <p>Les mouvements habituels de la bouche et des opercules <span class="pagenum" id="Page_479">479</span> ont donné + lieu à l’opinion vulgaire que le Poisson <i>boit constamment de + l’eau</i>. De là le proverbe: <i>Altéré comme un Poisson</i>; proverbe + absurde, attendu que, lorsque cet animal prend du liquide, il ne boit + pas, il respire. (J. Franklin.)</p> + + <p>Les branchies offrent l’admirable propriété de s’emparer d’une quantité + d’oxygène d’autant plus considérable, qu’elles fonctionnent à une plus + grande profondeur. (Biot et Delaroche.)</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Poissons passent pour muets; cependant plusieurs d’entre eux + produisent des sons bien caractérisés. Le <i>Coin-coin</i><a id="FNanchor_213" href="#Footnote_213" class="fnanchor">[213]</a> fait + entendre un grognement particulier, que M. Valenciennes compare à la + voix peu harmonieuse du Canard. La <i>Vieille</i><a id="FNanchor_214" href="#Footnote_214" class="fnanchor">[214]</a> jette un cri + plaintif quand on s’empare d’elle. Les <i>Thons</i><a id="FNanchor_215" href="#Footnote_215" class="fnanchor">[215]</a> vagissent + comme des enfants, quand on les tire de l’eau. Le <i>Tambour</i><a id="FNanchor_216" href="#Footnote_216" class="fnanchor">[216]</a> + fait, en nageant, un bruit étrange qui ressemble au roulement d’une + baguette sur une peau d’âne bien tendue. Ce n’est qu’à l’époque du frai + que ce Poisson se fait entendre; le reste de l’année, il est muet: la + basane est détendue.</p> + + <p>On a découvert tout récemment en Amérique, dans la baie de Pailou, + située au nord de la province d’Esmeraldas, dans la république de + l’Équateur, de petits Poissons de couleur blanche, avec quelques taches + bleuâtres vers le dos, qui ont non-seulement de la voix, mais <i>une + sorte de chant</i>.</p> + + <p>M. O. de Thoron longeait un jour une plage, au coucher <span class="pagenum" id="Page_480">480</span> du soleil, + quand tout à coup un son étrange, très-grave et très-prolongé, vint + frapper son oreille. Notre voyageur crut d’abord au voisinage de + quelque insecte de grandeur extraordinaire. Il regarda autour de lui et + ne vit rien; il questionna un rameur.</p> + + <p>«Monsieur, répondit celui-ci, c’est un Poisson qui chante.</p> + + <p>—Comment, un Poisson qui chante!</p> + + <p>—Oui, monsieur, un Poisson, un véritable Poisson. Les uns l’appellent + <i>Sirène</i>, les autres <i>Musico</i> (musicien).»</p> + + <p>M. de Thoron fit arrêter sa pirogue, pour mieux apprécier le phénomène. + Il entendit une multitude de voix qui formaient ensemble un singulier + concert.</p> + + <p>Ce chant est sonore; il ressemble, à s’y méprendre, aux sons moyens des + orgues d’église entendus d’une certaine distance.</p> + + <p>Les Poissons chantent sans sortir de l’eau, comme la <i>sirène</i> + de M. Cagniard-Latour..... C’est vers le coucher du soleil qu’ils + commencent à se faire entendre, et ils continuent pendant la nuit. + La présence des auditeurs n’intimide nullement ces musiciens d’une + nouvelle espèce<a id="FNanchor_217" href="#Footnote_217" class="fnanchor">[217]</a>. (Thoron.)</p> + + <p>Nous ne dirons plus: <i>Muet comme un Poisson!</i></p> + + <p>Les Poissons possèdent des espèces de rames appelées <i>nageoires</i>, + qui leur servent à se soutenir dans l’eau et à nager. Le plus grand + nombre en ont deux paires: deux devant (<i>pectorales</i>), qui sont + les bras, et deux plus ou moins en arrière (<i>abdominales</i>), + qui sont les jambes. Quand on redresse l’animal sur sa queue, la + seconde paire se trouve placée, le plus généralement, à une certaine + distance <span class="pagenum" id="Page_481">481</span> au-dessous de la première, comme le seraient les jambes + postérieures par rapport aux antérieures, chez un Chien roquet qui + danse sur ses pattes de derrière. Mais, dans plusieurs espèces, les + nageoires abdominales et pectorales sont très-rapprochées, de manière + à paraître les unes au-dessous des autres, quand l’animal est dans sa + position habituelle, ou sur le même niveau, quand il est vertical.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-481" style="width: 439px;"> + <img src="images/page-481.jpg" alt="" width="439" height="281" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-481.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">AMPHACANTHE CERCLÉ<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Amphacanthus doliatus</i> Cuvier et Valenciennes).</p> + </div> + </div> + + <p>Les autres nageoires sont ordinairement impaires: la <i>caudale</i> + (c’est-à-dire la queue); l’<i>anale</i> (simple ou double), à la racine + de cette dernière, en dessous; et la <i>dorsale</i> (simple, double ou + triple), sur le bord supérieur.</p> + + <p>Le nombre maximum des nageoires est donc de dix: quatre paires et six + impaires.</p> + + <p>Ces organes ont des <i>rayons</i> plus ou moins nombreux, tantôt durs, + tantôt mous, qui représentent les doigts des mains et des pieds.</p> + + <p>Les Poissons sont de parfaits nageurs..... Ils savent avancer et + reculer sans effort, tourner en tous sens, bondir, s’élancer et + s’arrêter brusquement. Les uns, comme de légères bulles d’air, + remontent perpendiculairement <span class="pagenum" id="Page_482">482</span> du sein des plantes submergées. + Les autres, comme des corps graves, semblent descendre jusqu’aux + régions les plus profondes. Ceux-ci décrivent une route oblique et + tortueuse; ceux-là se balancent mollement à la surface du liquide, + comme des navettes d’or et d’argent ou comme des paillons d’acier poli. + Tous s’avancent, reviennent, se pressent, se forment en escadrons, + s’éparpillent, se réunissent de nouveau, s’égarent, disparaissent, + et la trace de feu qu’ils ont laissée scintille encore à nos yeux + émerveillés.</p> + + <p>L’agitation et l’inconstance de la mer semblent s’empreindre, sur les + êtres qui vivent au milieu de ses ondes, dans la souplesse, la rapidité + et la vivacité de leurs allures. Que d’harmonies ravissantes dans le + sein de l’Océan!</p> + + <p>Quelques Poissons résistent aux vagues les plus fortes; d’autres, au + contraire, sont entraînés par les courants les plus légers. On a vu des + <i>Bonites</i><a id="FNanchor_218" href="#Footnote_218" class="fnanchor">[218]</a> et des <i>Orbes</i><a id="FNanchor_219" href="#Footnote_219" class="fnanchor">[219]</a> amenés par le Gulf-stream + dans la Manche, sur la côte du Devonshire.</p> + + <p>La queue des Poissons est plus ou moins longue, arrondie, carrée, + échancrée ou bifide, mais, suivant les espèces, toujours comprimée, + c’est-à-dire verticale.</p> + + <p>Chez l’<i>Hippocampe</i>, cette nageoire est grêle et susceptible de + s’enrouler autour des tiges de Corail ou de Fucus, comme la queue de + certains singes autour des branches des forêts. Cette queue est prête à + saisir tous les corps qu’elle peut embrasser. Lorsque deux Hippocampes + se rencontrent étourdiment, ils s’entrelacent souvent l’un l’autre.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-483" style="width: 547px;"> + <img src="images/page-483.jpg" alt="" width="547" height="480" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-483.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GRONDIN<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Trigla gurnardus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Certains Poissons, comme le <i>Grondin</i>, ont des nageoires + <span class="pagenum" id="Page_483">483</span> + très-étendues, très-minces et semblables à des ailes. Ils peuvent + même faire de temps en temps des excursions aériennes. Car il existe + des Poissons volants, comme il existe des Oiseaux nageurs. Les + principaux sont les <i>Exocets</i><a id="FNanchor_220" href="#Footnote_220" class="fnanchor">[220]</a>, le <i>Trigle</i><a id="FNanchor_221" href="#Footnote_221" class="fnanchor">[221]</a> et la + <i>Rascasse</i><a id="FNanchor_222" href="#Footnote_222" class="fnanchor">[222]</a>..... Ces poissons s’élèvent à un ou deux mètres + de hauteur, et parcourent une étendue d’environ 100, 150 et même 1000 + mètres. Mais bientôt leurs nageoires se dessèchent, perdent leur + flexibilité, et l’animal retombe dans la mer. Pauvres Poissons volants! + lorsqu’ils sont poursuivis par une Daurade <span class="pagenum" id="Page_484">484</span> ou par un Dauphin, + ils ont beau s’élancer hors du milieu qu’ils habitent, un Albatros + ou une Frégate fond sur eux et manque rarement son coup. Danger dans + l’eau, danger dans l’air, danger partout: les infortunés échappent + difficilement à leur cruelle destinée<a id="FNanchor_223" href="#Footnote_223" class="fnanchor">[223]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-484" style="width: 342px;"> + <img src="images/page-484.jpg" alt="" width="342" height="473" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-484.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">POISSON SENNAL SUR UN PALMIER.</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Trigles milans</i><a id="FNanchor_224" href="#Footnote_224" class="fnanchor">[224]</a> offrent l’intérieur de la bouche + lumineux. Lorsque, pendant la nuit, une compagnie de ces poissons vole + au-dessus de la mer, on croit voir un groupe d’étoiles filantes<a id="FNanchor_225" href="#Footnote_225" class="fnanchor">[225]</a>.</p> + + <p>On trouve au Malabar un petit poisson appelé <i>Sennal</i>, qui se + donne le plaisir de sortir de l’eau, non pas en <span class="pagenum" id="Page_485">485</span> volant, mais en + rampant et grimpant le long d’une tige de Palmier. On en a vu s’élever + jusqu’à deux mètres de hauteur. Son appareil respiratoire peut retenir + une certaine quantité d’eau, et l’animal peut vivre quelque temps dans + l’air.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-485" style="width: 279px;"> + <img src="images/page-485.jpg" alt="" width="279" height="138" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-485.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">SENNAL<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Anabas scandens</i> Cuvier).</p> + </div> + </div> + + <p>Le <i>Hassar</i><a id="FNanchor_226" href="#Footnote_226" class="fnanchor">[226]</a>, de l’Amérique méridionale, quand son marais se + dessèche, se met aussitôt en quête pour en avoir un autre. Il fait + de longs voyages à terre; il marche toute la nuit. Il se traîne avec + ses écailles et ses nageoires. On dit qu’il résiste plusieurs heures + au soleil le plus chaud. S’il trouve tous les marais desséchés, il + s’enfonce dans la terre humide, comme une Sangsue, et reste enfoui + jusqu’au retour de l’eau.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Poissons ne manquent pas d’intelligence.</p> + + <p>Le <i>Rémore</i>, que les marins français nomment <i>Sucet</i>, porte + sur la tête un disque ovale, à bords épais et contractiles et à fond + plat, garni de plusieurs rangées de lames transversales, quelquefois + denticulées. A l’aide de cette espèce de ventouse, l’animal se fixe + aux corps solides sous-marins. Il s’attache quelquefois au ventre du + Requin, <span class="pagenum" id="Page_486">486</span> et se met ainsi sous la protection de ce monstre, qui + l’emporte avec lui et malgré lui.</p> + + <p>Le Rémore voyage de la sorte rapidement, sans danger et sans fatigue.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-486" style="width: 408px;"> + <img src="images/page-486.jpg" alt="" width="408" height="109" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-486.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LE RÉMORE OU SUCET<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Echeneis remora</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les anciens croyaient que ce bizarre poisson pouvait <i>arrêter dans + sa course</i> le plus grand vaisseau<a id="FNanchor_227" href="#Footnote_227" class="fnanchor">[227]</a>. Les rames, les voiles, les + flots soulevés par la tempête, rien n’était capable de vaincre la + puissance de notre petit animal. Le navire restait toujours à la place + où il l’avait fixé. A la bataille d’Actium, le vaisseau d’Antoine fut + retenu par cet invisible obstacle, et c’est ainsi qu’Auguste obtint la + victoire et l’empire. Pline rapporte très-sérieusement cette histoire, + généralement admise de son temps.</p> + + <p>«Que les vents soufflent tant qu’ils voudront, s’écrie le naturaliste + romain, que les tempêtes exercent leur rage, le petit poisson commande + à leur furie et met des bornes à leur puissance<a id="FNanchor_228" href="#Footnote_228" class="fnanchor">[228]</a>.»</p> + + <p>Cette fable ridicule n’était pas la seule, du reste, dont le <span class="pagenum" id="Page_487">487</span> + Rémore était l’objet. L’innocente bête passait encore pour <i>entraver + le cours de la justice</i>, pour <i>éteindre les feux de l’amour</i>, + et pour <i>protéger les femmes dans une situation intéressante</i>.....</p> + + <p>Les <i>Raies</i> et les <i>Pastenagues</i> se tiennent en embuscade + pour saisir les faibles animaux qui nagent sans méfiance au-dessus de + leur retraite.</p> + + <p>Le <i>Filou</i><a id="FNanchor_229" href="#Footnote_229" class="fnanchor">[229]</a> demeure immobile au fond de l’eau; quand il voit + un jeune poisson à sa portée, il allonge brusquement le museau, et + s’empare aussitôt de l’imprudent.</p> + + <p>La <i>Baudroie</i> possède des appendices flexibles, terminés par + deux lobes charnus qu’elle laisse flotter, et au moyen desquels elle + entraîne dans sa bouche béante les poissons inexpérimentés trompés par + ce faux appât. Rondelet rapporte qu’une Baudroie déposée parmi les + herbes aquatiques saisit avec les dents la patte d’un jeune Renard, et + le retint prisonnier. Que diable ce Renard allait-il faire parmi les + herbes aquatiques?</p> + + <p>Les <i>Rascasses</i> poursuivent avec audace et déchirent avec + acharnement les Morues les plus grosses, même des individus vingt fois + plus grands qu’elles. Ce ne sont pas toujours les gros qui mangent les + petits!</p> + + <p>Le <i>Soufflet</i><a id="FNanchor_230" href="#Footnote_230" class="fnanchor">[230]</a> de l’Inde, dont le museau est long et tubuleux, + quand il découvre une mouche posée sur une des plantes qui croissent + dans ses eaux, s’en approche doucement; puis, avec une dextérité + surprenante, il lance une goutte d’eau, qui frappe le diptère et le + précipite dans la mer.</p> + + <p>L’<i>Archer</i><a id="FNanchor_231" href="#Footnote_231" class="fnanchor">[231]</a> de Java fait la chasse aux insectes de la même + manière, avec la même adresse et le même succès.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_488">488</span></p> + + <p>La Nature a donné aux Poissons divers moyens pour résister à leurs + ennemis. Beaucoup ont le corps cuirassé de plaques osseuses ou garni de + crochets pointus. Certains relèvent les piquants de leurs nageoires, + et percent vivement la main qui les saisit; d’autres ont le corps + tout couvert d’aiguillons, ils s’arrondissent en boule et prennent + l’apparence d’un Hérisson contracté.</p> + + <p>Ces derniers sont appelés <i>Orbes épineux</i><a id="FNanchor_232" href="#Footnote_232" class="fnanchor">[232]</a>. Le père Dutertre + raconte d’une manière très-naïve comment on les prend aux Antilles: + «La pesche de ce poisson, dit-il, est un tres-agreable passetemps. On + luy jette la ligne, au bout de laquelle est attaché un petit ameçon + d’acier, couvert d’un morceau de cancre de mer, duquel il s’approche + tout incontinent. Mais, voyant la ligne qui tient l’ameçon, il entre en + deffiance et fait mille petites caracolles autour de luy; il le gouste + quelquefois sans le serrer, puis le lasche tout à coup: il se frotte + à l’encontre et le frappe de sa queuë, comme s’il n’en avoit aucune + envie: et s’il voit que pendant cette ceremonie, ou plustost pendant + cette singerie, la ligne ne bransle point, il se jette brusquement + dessus, avalle l’ameçon et l’appas, et se met en estat de fuyr. Mais, + se sentant arresté par le pescheur qui tire la ligne à soy, il entre + en une telle rage et furie, qu’il dresse et herisse toutes ses armes, + s’enfle de vent comme un balon, et bouffe comme un poulet d’Inde + qui fait la roüe. Il se darde en avant, à droite et à gauche, pour + offenser ses ennemis de ses pointes, mais en vain; car, pendant, s’il + faut ainsi dire, qu’il enrage de bon cœur et creve de despit, les + spectateurs s’eventrent de rire. Enfin, voyant que toutes ses violences + ne luy servent de rien, il employe les ruses: il besse tout à fait ses + pointes, soufle <span class="pagenum" id="Page_489">489</span> tout son vent dehors, et devient flasque comme un + gand moüillé: en sorte qu’il semble, qu’au lieu du poisson armé qui + menaçoit tout le monde de ses pointes, on ayt pris un méchant chiffon + moüillé. Cependant on le tire à terre, et alors, connoissant que toute + son artifice ne luy a de rien servy, que tout de bon on a envie d’avoir + sa peau, et que desjà il touche le roch ou le gravier de la rive, il + entre en de nouvelles boutades, fait le petit enragé, et se démene + estrangement. Se voyant à terre, il herisse tellement ses pointes, + qu’il est impossible de le prendre par aucune partie de son corps, si + bien qu’on est contraint de le porter avec le bout de la ligne un peu + loin du rivage, où il expire un peu de temps après.»</p> + + <p>Dans l’<i>Espadon</i><a id="FNanchor_233" href="#Footnote_233" class="fnanchor">[233]</a>, la mâchoire supérieure est prolongée + en forme d’épée ou de broche aplatie, sorte de machine de guerre + horizontale, puissante, terrible, avec laquelle le poisson peut + attaquer les plus grands animaux marins. Les coups qu’il porte sous + l’eau, contre les navires, sont assez forts pour en <i>percer</i> les + bordages. On possède, au Musée royal de Londres, un fragment de carène + <i>traversé</i> par l’épée d’un Espadon.</p> + + <p>La <i>Scie</i><a id="FNanchor_234" href="#Footnote_234" class="fnanchor">[234]</a> offre en avant du museau, non plus un glaive, + mais, comme son nom l’indique, une véritable scie. C’est une lame + longue (quelquefois de trois mètres), large, extrêmement dure, armée + sur les deux bords d’épines osseuses un peu écartées, très-fortes + et très-pointues. Ces épines sont implantées dans les alvéoles + et ressemblent à des dents, mais elles n’en ont pas la texture. + (Les vraies dents de l’animal se trouvent sur ses mâchoires; elles + ressemblent à de petits pavés.) Avec ce terrible instrument, le <span class="pagenum" id="Page_490">490</span> + monstre réussit à déchirer le ventre des Baleines ou les flancs des + Cachalots... Quelles affreuses blessures!</p> + + <p>Le <i>Chirurgien</i><a id="FNanchor_235" href="#Footnote_235" class="fnanchor">[235]</a> et le <i>Docteur</i><a id="FNanchor_236" href="#Footnote_236" class="fnanchor">[236]</a> présentent aussi + une arme dangereuse pour attaquer et se défendre, mais cette arme se + trouve à la queue et non à la bouche; elle est petite. C’est une sorte + de <i>lancette</i>.</p> + + <p>Enfin, plusieurs espèces sont armées d’un appareil admirable, avec + lequel elles peuvent atteindre au loin, par une puissance invisible, et + frapper avec la rapidité de l’éclair. Nous voulons parler des Poissons + électriques, dont le plus connu est la <i>Torpille</i><a id="FNanchor_237" href="#Footnote_237" class="fnanchor">[237]</a>, poissons + qui semblent avoir dérobé au ciel, et transporté sous l’eau, une + étincelle du majestueux météore qui éclate dans les airs.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>La Providence semble laisser au hasard, chez les Poissons, la + reproduction de l’espèce, et pourtant tout est si bien disposé, que le + grand but ne manque jamais d’être atteint.</p> + + <p>A l’époque de la reproduction, les femelles s’approchent du rivage et + des grèves sablonneuses exposées au soleil. Elles y pondent leurs œufs. + Les mâles arrivent peu de temps après et les fécondent.</p> + + <p>Pour que le vœu de la Nature s’accomplisse, il n’est pas nécessaire + que ces derniers aient aucun rapport direct avec les femelles. Chez la + plupart des espèces, les deux sexes ne se voient pas, peut-être même ne + se sont-ils jamais vus. Par conséquent, ils ignorent tout à fait les + tendres sentiments! A quoi leur servirait l’affection sexuelle? Sous ce + rapport, les Escargots nous semblent plus heureux<a id="FNanchor_238" href="#Footnote_238" class="fnanchor">[238]</a>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_491">491</span></p> + + <p>Chez les <i>Épinoches</i><a id="FNanchor_239" href="#Footnote_239" class="fnanchor">[239]</a>, les choses se passent un peu + différemment. Quoique ces poissons appartiennent à l’eau douce, nous + devons dire quelques mots de leurs allures. Le mâle, revêtu de sa + livrée d’amour, construit un nid avec des racines, des herbes et + des fibres végétales artistement entrelacées. Ce nid a deux portes. + Lorsqu’il est prêt, l’Épinoche appelle une femelle, l’encourage + à le suivre. Si elle oppose quelque résistance, il la saisit par + une nageoire et l’entraîne violemment. Il la fait entrer dans le + domicile conjugal, la surveille pendant qu’elle pond, et puis la + chasse par la seconde porte. Alors il entre lui-même dans le nid pour + arranger et féconder les œufs, glisse et <i>reglisse</i> par-dessus + en <i>frétillant</i>; les quitte pour réparer le dégât fait à la + couchette; puis court chercher une autre femelle près de pondre, et + répète le même manége jusqu’à ce que le berceau soit suffisamment + rempli. Alors il ferme la seconde ouverture et ne laisse qu’une porte. + Il demeure en sentinelle près des œufs, pour les défendre contre les + autres Épinoches. Suspendu verticalement au-dessus du nid, le museau + à l’entrée, il agite l’eau sans cesse avec ses nageoires. Il paraît + content, mais il est trop inquiet pour avoir un bonheur parfait.</p> + + <p>Guillaume Pellicier, évêque de Montpellier, avait reconnu, il y a bien + longtemps, que les <i>Gobies</i> et les <i>Hippocampes</i> ont aussi + l’habitude de construire des nids pour recevoir leurs œufs.</p> + + <p>Certains Poissons ne peuvent pas frayer au milieu des eaux salées. + Ils se rendent dans les fleuves, ainsi que dans leurs affluents. Ils + ont la faculté de nager contre le courant; ils courent en arrière. + Les plus célèbres sont les <i>Esturgeons</i><a id="FNanchor_240" href="#Footnote_240" class="fnanchor">[240]</a>, qui abandonnent la + mer, et particulièrement <span class="pagenum" id="Page_492">492</span> la mer Caspienne et la mer Noire, où ils + vivent en troupes nombreuses, pour gagner les eaux douces de la Volga + et du Danube; les <i>Aloses</i><a id="FNanchor_241" href="#Footnote_241" class="fnanchor">[241]</a>, si recherchées pour la + table quand on les prend à l’époque de l’émigration, et si peu estimées + au contraire au moment de leur retour; et les <i>Saumons</i>, qui + remontent les fleuves et les rivières, et vont le plus près possible + des sources, franchissant, à l’aide d’une force musculaire excessive, + des obstacles en apparence insurmontables.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-492" style="width: 272px;"> + <img src="images/page-492.jpg" alt="" width="272" height="174" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-492.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PÉGASE VOLANT<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pegasus volans</i> Linné, Gmelin).</p> + </div> + </div> + + <p>Poussés par un instinct analogue à celui qui ramène les Hirondelles à + leurs nids, ces poissons reviennent chaque année dans les mêmes eaux, + après être retournés à la mer. (A. Duméril.)</p> + + <p>Deslandes, commissaire général de la marine, ayant acheté douze Saumons + aux pêcheurs de Châteaulin, près de Brest, leur mit un anneau de cuivre + à la queue, et leur rendit la liberté. Les années suivantes on en + reprit quelques-uns.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXVII" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-492bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-492bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Les Poissons sont d’une fécondité excessive. Leur multiplicité + dépasserait tout ce qu’on peut imaginer, si mille causes de destruction + ne s’y opposaient pas. Un nombre immense de germes périssent avant leur + éclosion. Les courants les dispersent, les tempêtes les meurtrissent, + le soleil <span class="pagenum" id="Page_493">493</span> + les dessèche. A peine un pour cent, parmi ces œufs, produisent-ils une + créature vivante. Des milliers de petits sont dévorés; des quantités + considérables d’adultes servent de nourriture à d’autres Poissons, à + des Oiseaux, à d’autres animaux marins et à l’Homme lui-même.....</p> + + <p>On a trouvé par le calcul:</p> + + <table id="table_02" summary=""> + <colgroup span="2"> + <col width="60%" /> + <col width="40%" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez un <i>Rouget</i>.<a id="FNanchor_242" href="#Footnote_242" class="fnanchor">[242]</a></td> + <td class="tdrb">81 586 œufs.</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez une <i>Sole</i>.<a id="FNanchor_243" href="#Footnote_243" class="fnanchor">[243]</a></td> + <td class="tdrb2">100 362</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez un <i>Maquereau</i>.<a id="FNanchor_244" href="#Footnote_244" class="fnanchor">[244]</a></td> + <td class="tdrb2">546 681</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez une <i>Carpe</i>.<a id="FNanchor_245" href="#Footnote_245" class="fnanchor">[245]</a> de 45 centim.</td> + <td class="tdrb2">600 000 à 700 000</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez un <i>Esturgeon</i> pris à Neuilly.</td> + <td class="tdrb2">1 467 856</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez une <i>Plie</i><a id="FNanchor_246" href="#Footnote_246" class="fnanchor">[246]</a> de 30 centimètres.</td> + <td class="tdrb2">6 000 000</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez un <i>Turbot</i><a id="FNanchor_247" href="#Footnote_247" class="fnanchor">[247]</a> de 50 centimètres.</td> + <td class="tdrb2">9 000 000</td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl2">Chez un <i>Muge à grosses lèvres</i>.<a id="FNanchor_248" href="#Footnote_248" class="fnanchor">[248]</a></td> + <td class="tdrb2">13 000 000</td> + </tr> + </tbody> + </table> + + <p>Après la ponte<a id="FNanchor_249" href="#Footnote_249" class="fnanchor">[249]</a>, l’œuf devient plus transparent, et l’on voit + apparaître sur un point de la surface du globe intérieur, au milieu + d’un amas de gouttelettes d’huile, une petite tache circulaire + blanchâtre. Chez les Poissons d’été, une heure ou deux suffisent + pour que cette tache, qui représente le germe, se réalise; tandis + qu’il en faut huit ou dix chez les Salmonidés. Puis on voit ce germe + s’affaisser, diminuer d’épaisseur, mais en même temps s’agrandir et + se transformer en membrane. Son extension augmente de plus en plus, + envahit le tiers, la moitié, enfin la totalité du globe intérieur de + l’œuf. En même temps l’embryon se manifeste sous la forme d’une ligne + blanchâtre occupant un quart de la circonférence de l’œuf. Plus tard, + les formes du jeune Poisson se dessinent à travers la membrane externe, + et les yeux apparaissent comme des points noirâtres. <span class="pagenum" id="Page_494">494</span> Enfin, les + œufs ne tardent pas à éclore. Il faut une semaine d’incubation dans la + Carpe, une vingtaine de jours chez le Brochet, et deux ou trois mois + chez la Truite et le Saumon.</p> + + <p>La plupart des Poissons blancs se dispersent presque aussitôt nés. Les + Salmonidés portent, au sortir de l’œuf, une énorme vésicule, qui les + rend incapables de se soustraire par la fuite à la voracité de leurs + ennemis; ils se retirent à l’abri de la vive lumière, et se nourrissent + des éléments renfermés dans leur énorme poche abdominale. Vers la + cinquième ou sixième semaine, cette poche abdominale a disparu, et le + jeune Poisson est semblable à ses parents.</p> + + <p>Ordinairement la mère ne prend aucun soin des petits. Il y a peu + d’exceptions à cette règle.</p> + + <p>On cite comme exemple du contraire le <i>Hassar</i><a id="FNanchor_250" href="#Footnote_250" class="fnanchor">[250]</a>, dont nous + avons déjà parlé. Cette espèce construit un berceau qu’on a comparé au + nid de la Pie. Il est arrondi, un peu aplati vers les pôles, et disposé + de manière que sa partie supérieure arrive jusqu’à la surface de l’eau. + L’orifice est petit: il a juste ce qu’il faut pour laisser passer une + femelle. Celle-ci veille, avec le soin maternel le plus actif, jusqu’à + la sortie des petits.</p> + + <p>Quand on veut prendre ce poisson, on place un panier devant son nid; + on frappe légèrement sur ce dernier. Le Hassar, en colère, hérisse ses + piquants et sort à l’instant de la couchette; il se précipite dans le + panier. (R. Schomburgk.)</p> + + <p>Le père poisson, qui montre quelquefois tant d’affection pour les œufs + à une époque où ils ne sont pas encore vivifiés, et où, par conséquent, + il n’est pour rien dans leur organisation, ne regarde plus ces mêmes + œufs, fécondés par lui, quand ils éclosent, et les jeunes poissons, ses + propres enfants, quand ils sont nés! O bizarrerie de la paternité!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_495">495</span></p> + + <p>On assure cependant que l’Épinoche mâle, après avoir courageusement + protégé son nid et les œufs de ses femelles, prend soin des petits qui + viennent d’éclore. Il les défend comme une Poule défend ses poussins, + les empêche de sortir du berceau pendant les premiers temps, et leur + apporte progressivement une nourriture convenable.</p> + + <p>On dit aussi que l’<i>Aiguille de mer</i> mâle<a id="FNanchor_251" href="#Footnote_251" class="fnanchor">[251]</a> présente sous + la queue deux appendices mous, qui peuvent former une poche en se + rapprochant. Il enferme dans cette poche les œufs de sa femelle. Ces + œufs sont ainsi soumis à une sorte d’incubation. Au mois de juin, les + petits éclosent et quittent la bourse; mais ils suivent leur père. + Toutes les fois qu’un danger les menace, ils retournent chercher un + refuge dans la poche protectrice, comme font les jeunes Kanguroos de + la Nouvelle-Hollande dans la poche maternelle. Mais, chez notre petit + poisson, c’est le mâle qui est la mère.</p> + + <p>Il ne faut pas croire, avec Plutarque, que le <i>Requin</i> ne le + cède en <i>bonté paternelle</i> à aucune créature vivante. L’illustre + historien dit que le père et la mère se disputent le soin d’alimenter + leurs tendres nourrissons et de leur apprendre à nager, et qu’ils + les reçoivent dans leur <i>gueule protectrice</i>, quand il survient + quelque ennemi.</p> + + <p>Il est heureux que le bon Plutarque ait été plus exact sur les faits et + gestes des grands hommes que sur les habitudes des Requins.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>La mer est une abondante source de productions pour les population des + côtes. Elles puisent dans son sein les éléments de leurs richesses. La + ligne ou la drague, le filet flottant <span class="pagenum" id="Page_496">496</span> ou le chalut<a id="FNanchor_252" href="#Footnote_252" class="fnanchor">[252]</a>, tout est + bon pour retirer du sombre abîme le coquillage ou le poisson qui peut + être de quelque utilité ou de quelque agrément.</p> + + <p>Les gouvernements ont dû mettre un frein à cette sorte de pillage, et + protéger les populations contre elles-mêmes. Mais en même temps qu’on + réglait les moissons marines, on a cherché à les multiplier par la + pisciculture.</p> + + <p>Cet art a une origine très-ancienne. Les Chinois le pratiquent depuis + un temps immémorial; les Romains le faisaient servir à leur amusement + et au luxe de leur table.</p> + + <p>On retenait prisonniers dans des piscines les poissons qu’amenait la + marée montante, ou que les pêcheurs rapportaient de leurs courses. On + les élevait, on les engraissait comme les bestiaux de nos étables. On + obtenait ainsi des élèves excellents et très-recherchés.</p> + + <p>Cette sorte de parcage est pratiqué de nos jours sur des points + nombreux de la côte où la montée du poisson est abondante. L’industrie + du lac Comacchio est l’une des plus considérables.</p> + + <p>Au milieu du <span class="smcap">XVII</span><sup>e</sup> siècle, une découverte vint transformer la + pisciculture.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXVIII" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-496bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-496bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>On savait que les Truites et les Saumons, quand vient l’époque de la + ponte, remontent les ruisseaux qui roulent une eau limpide sur un fond + de gravier; y choisissent une place où ils s’arrêtent; écartent les + pierres avec leur tête et leur queue, les rangent de manière à former + des espèces de digues qui puissent faire obstacle à la rapidité du + courant, et dans les interstices desquelles leur progéniture se trouve + à l’abri. C’est là, en effet, que la femelle dépose ses œufs. Les uns + s’arrêtent sous un caillou, les autres sous un coquillage ou tout autre + abri, jusqu’à ce que toutes les <span class="pagenum" id="Page_497">497</span> + anfractuosités du lit qui a été préparé pour eux en soient garnies. + Dans cette position, le choc continuel de l’eau ne peut les emporter, + mais il les conserve dans un état de propreté indispensable à leur + développement ultérieur. On savait encore qu’au moment où la femelle + vient de pondre, le mâle verse sa laitance sur les œufs, et que cette + laitance, entraînée par le liquide qui lui sert de véhicule, passe + sur eux comme un nuage bienfaisant, les imprègne, leur communique + la propriété de se développer, et se dissipe après avoir troublé la + transparence de l’eau. (Coste.)</p> + + <p>Le savant naturaliste Jacobi eut l’idée d’imiter dans un ruisseau + artificiel ce que tous les jours il voyait se passer normalement dans + la nature; il alla plus loin: il comprit toute la portée industrielle + de sa découverte, et démontra, par des essais d’une précision et d’un + bon sens pratique admirable, l’excellence des résultats.</p> + + <p>C’est dans le Hanovre, près de Nortlem, que ces premiers essais furent + tentés. Ils devinrent la source d’un commerce important. L’Angleterre + accorda une récompense publique à leur auteur.</p> + + <p>Dans ces dernières années, à l’occasion d’une réclamation de priorité + à l’Académie des sciences, on apprit que, dans une des vallées les + plus reculées de la chaîne des Vosges, un pêcheur de la Bresse, doué + d’un remarquable esprit d’observation, et voulant porter remède au + dépérissement de son industrie, avait passé plusieurs années de sa + vie à refaire laborieusement la série des procédés de la fécondation + artificielle. La nouvelle de cette application faite pour la première + fois en France avec plein succès eut un grand retentissement.</p> + + <p>On se demanda si l’on n’était pas en droit d’espérer le repeuplement + des rivières et des lacs, et si l’on ne pourrait point étendre la main + sur les champs inexplorés de la mer.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_498">498</span></p> + + <p>Un savant que sa position et ses travaux d’embryogénie comparée + appelaient, tous les ans, à exposer dans ses cours les principes sur + lesquels repose la nouvelle méthode, concourut puissamment à son + organisation naissante, en lui accordant un bienveillant patronage et + mettant à son service les laboratoires du Collége de France. C’est dans + ces laboratoires que furent construits et perfectionnés les modèles de + tous les appareils de pisciculture envoyés par les différents pays à la + dernière exposition de Londres (Coumes).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-498" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-498.jpg" alt="" width="600" height="478" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-498.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VUE GÉNÉRALE DE L’ÉTABLISSEMENT D’HUNINGUE.</p> + </div> + </div> + + <p>M. Coste fit ressortir de quelle utilité serait pour les populations + l’ensemencement des eaux, et éleva la question à la hauteur d’un + intérêt public (Coumes).</p> + + <p>Sur sa proposition, fut décrétée la création de l’établissement + d’Huningue pour la pisciculture d’eau douce, et <span class="pagenum" id="Page_499">499</span> des viviers + laboratoires de Concarneau pour l’étude des animaux marins.</p> + + <p>L’établissement d’Huningue est un vaste appareil d’éclosion. Des + bâtiments considérables contiennent les auges d’incubation, et les + bassins pour recevoir les jeunes nouvellement éclos. Des réservoirs + extérieurs sont destinés à la stabulation de l’alevin et à son + acclimatement aux intempéries de l’atmosphère.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-499" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-499.jpg" alt="" width="600" height="490" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-499.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BASSINS POUR LES ESSAIS D’ÉLEVAGE A L’EXTÉRIEUR + (HUNINGUE).</p> + </div> + </div> + + <p>Cet établissement distribue un grand nombre d’œufs et de jeunes dans + les lacs et les rivières de la France et des pays voisins. Son utilité + est si générale, que sa construction a été suivie de constructions + semblables à l’étranger.</p> + + <p>Les viviers de Concarneau sont des laboratoires où la science et la + pratique se prêtent un mutuel appui dans l’étude des animaux marins.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_500">500</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-500" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-500.jpg" alt="" width="600" height="484" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-500.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VUE GÉNÉRALE DES VIVIERS DE CONCARNEAU.</p> + </div> + </div> + + <p>Des bassins sont réservés pour les animaux en expérience; d’autres, + plus spacieux, servent au parcage des Crevettes, des Langoustes + et des Homards, qui donnent lieu à un commerce considérable. Des + aquariums nombreux contiennent une grande variété d’animaux. On voit se + développer, dans cette maison transparente, les moindres particularités + de la vie marine; Lucine elle-même n’a plus de mystère.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-501" style="width: 469px;"> + <img src="images/page-501.jpg" alt="" width="469" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-501.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center"> ŒUFS DE CHAT DE MER PONDUS EN CAPTIVITÉ + (CONCARNEAU).<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Squalus catulus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>On y est témoin de la voracité des Vieilles et des Turbots, des Poulpes + et des Sèches. On y voit la délicate opération de la mue des Homards + et des Langoustes; l’accouplement des Aplysies, l’incubation des Plies + toutes rondes de frai; la ponte pénible du Chat de mer, qui attache + ses dix-huit œufs, par leurs longs filaments contournés en vrille, aux + Goëmons et aux rochers, où ils seront <span class="pagenum" id="Page_501">501</span> + retenus tout le temps que durera le travail embryonnaire. Enfin, on + assiste à l’accouchement laborieux des Syngnathes et de l’Hippocampe. + Rien de plus curieux que de voir cette pauvre bête fixée par + l’enroulement de sa queue à une branche de Gorgone, tantôt noire, + tantôt verte, tantôt pâle de douleur, donner successivement naissance, + par intervalles <span class="pagenum" id="Page_502">502</span> irréguliers, à plus de cent cinquante petits, qui, + aussitôt nés, se mettent à nager dans toutes les directions, emportés + par leur caprice ou leur étourderie, indifférents aux souffrances + de leur mère; tandis que le mâle, tournant autour de sa femelle, + la caressant, l’entourant de sa queue, imite ses attitudes et ses + changements de couleur, comme pour lui témoigner sa sympathie pour tant + de souffrances.</p> + + <p>Sous la haute direction et la puissante activité de l’inspecteur + général des pêches, s’accumulent des matériaux considérables pour + l’histoire des animaux et pour le progrès de la pisciculture marine. + (L. Soubeiran.)</p> + + <p>Ce n’est que par l’observation et l’expérience que l’on peut connaître + les mœurs et les habitudes des Poissons, et que la science, mieux + informée, fournira les données nécessaires pour concilier les intérêts + de la reproduction des eaux avec ceux de la libre pratique, les + exigences de l’industrie avec les besoins permanents du repeuplement.</p> + + <p>On ne verra plus détruire par <i>centaines de millions</i> (Coste) ces + tourbillons de jeunes poissons de toute espèce, qui surgissent sur les + plages vers le mois d’avril. Ces générations nouvelles descendront + dans les vallées sous-marines pour aller s’y transformer en troupeaux + de grande taille, ou seront retenues dans des viviers-parcs, où on + les contraindra suivant qu’on les nourrira en liberté ou en prison + cellulaire, à grandir soit en longueur, soit en épaisseur, comme le + Bœuf et le Mouton que l’art façonne dans nos étables, comme le Turbot + que l’on voit engraisser dans les viviers-laboratoires de Concarneau. + (Coste.)</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_503">503</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_36" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXVI<br /> + <span class="h2line2">LE HARENG.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Millions de millions, milliards de milliards, qui osera hasarder + de deviner le nombre de ces légions?»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Michelet.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>«Moïse était un pêcheur à la ligne. Jésus-Christ a choisi la plupart + de ses apôtres parmi de simples pêcheurs, et n’a jamais blâmé leur + occupation; tandis qu’il a condamné celle des scribes et des changeurs + d’argent. Après sa résurrection, quand il revit plusieurs de ses + disciples, il les retrouva pêchant, et se garda bien de les gronder.» + (J. Walton.)</p> + + <p>La pêche est donc une industrie fort ancienne et fort honorable.</p> + + <p>Si Moïse revenait sur la terre, il trouverait le nombre des pêcheurs + à la ligne prodigieusement augmenté et leur art singulièrement + perfectionné. Mais il verrait, en même temps, d’autres genres de pêche + plus ingénieux, plus rapides et surtout plus lucratifs.....</p> + + <p>On assure que les pêcheurs d’Angleterre retirent annuellement, de + l’Océan, une richesse de plus de 60 millions. Nous n’avons pas de peine + à le croire. En 1857, la seule ville de Paris a consommé pour 9 169 547 + francs de marée!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_504">504</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Parmi les bienfaits alimentaires les plus précieux que nous devons à + l’eau salée, on doit ranger les <i>Harengs</i>.</p> + + <p>Tout le monde connaît ces poissons. Il n’est personne qui n’en ait vu, + sinon vivants et dans la mer, du moins desséchés et dans des tonnes, à + l’état de momies dorées, enfumées, entassées, symétrisées.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-504" style="width: 275px;"> + <img src="images/page-504.jpg" alt="" width="227" height="126" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-504.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TÊTE DE HARENG<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Clupea harengus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Harengs sont des Poissons sociaux et voyageurs, qui se réunissent + en bandes nombreuses et serrées, lesquelles présentent jusqu’à 30 + kilomètres de longueur et 5 ou 6 de largeur!..... Qui pourrait calculer + le nombre immense des individus qui composent ces effrayantes masses! + Elles émigrent du pôle boréal vers les côtes de la Norvége, de la + Hollande et de l’Angleterre..... Philippe de Maizières écrivait à + Charles VI: «Les Harengs font leur passage de la mer du Nord dans la + Baltique de septembre en octobre, et tant y en passe, qu’on pourroit + <i>les tailler avec l’espée</i>.»</p> + + <p>Les Harengs glissent rapidement à travers les flots. La lumière, + décomposée dans leurs écailles, semble se transformer en rubans de + nacre ou en navettes de métal, qui contrastent avec l’azur de leur + habitation; et leurs lueurs <span class="pagenum" id="Page_505">505</span> phosphorescentes scintillent, ondulent + et dansent sur les flots, comme le dit si bien M. Michelet.</p> + + <p>Le poids de ces poissons atteint bien rarement deux cents grammes. Ils + ont le dos d’un bleu verdâtre, et le reste du corps d’un blanc argenté. + Leur mâchoire inférieure est un peu plus courte que la supérieure. + L’une et l’autre sont garnies de jolies petites dents; on observe même, + sur leur langue, des papilles pointues, assez fortes pour retenir une + proie. Ils aiment à lever la tête au-dessus de l’eau, comme pour humer + l’air. Les mille mouvements d’une colonne de Harengs imitent le bruit + d’une pluie qui tombe à grosses gouttes. (J. Franklin.)</p> + + <p>Quelques centaines de Cétacés et plusieurs milliers d’Oiseaux de mer + accompagnent ces pauvres bêtes et les détruisent par millions. On + assure que, dans le voisinage des Hébrides, les seuls Fous dévorent + annuellement plus de cent millions de Harengs. Un autre poisson, appelé + Sey<a id="FNanchor_253" href="#Footnote_253" class="fnanchor">[253]</a>, poursuit nos voyageurs à outrance, se jette au milieu de + leurs colonnes, et les disperse, au grand préjudice des pêcheurs.</p> + + <p>La mer, comme la terre, est un théâtre éternel de naissances et de + destructions. Tout s’y reproduit pour s’y détruire, et s’y détruit pour + s’y reconstituer! (Virey.)</p> + + <p>«Les Harengs vont comme un élément aveugle et fatal, et nulle + destruction ne les décourage. Hommes, poissons, tout fond sur eux; + ils vont, ils voguent toujours. Il ne faut pas s’en étonner: c’est + qu’en naviguant, ils aiment. Plus on en tue, plus ils produisent et + multiplient chemin faisant. Les colonnes épaisses, profondes, dans + l’électricité commune, flottent livrées uniquement à la grande œuvre du + bonheur. Le tout va à l’impulsion du flot, et du flot <span class="pagenum" id="Page_506">506</span> électrique. + Prenez dans la masse, au hasard, vous en trouverez de féconds, vous en + trouverez qui le furent, et d’autres qui voudraient l’être. Dans ce + monde qui ne connaît pas l’union fixe, le plaisir est une aventure, + l’amour une navigation. Sur toute la route ils épanchent des torrents + de fécondité.» (Michelet.)</p> + + <p>On a trouvé dans un Hareng 20 000 œufs; dans un autre, 36 000[; dans un + troisième, 70 000!.....</p> + + <p>Aussi, malgré les pertes annuelles, si considérables, si effroyables + que leur font éprouver les autres hôtes de la mer... et les filets des + pêcheurs, on ne s’est jamais aperçu que leur nombre diminuât. Cette + fécondité a bien de quoi calmer les inquiétudes des économistes alarmés + sur le sort des générations futures.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>En Norvége, à la côte méridionale et occidentale de l’île de Karnsa, + l’avant-garde des Harengs d’hiver se présente vers les premiers jours + de janvier. Ces Harengs sont bientôt suivis de phalanges nombreuses et + compactes.</p> + + <p>Divers auteurs ont prétendu que les migrations régulières des Harengs + sont soumises à une discipline rigoureuse, et que leurs nombreuses + évolutions étaient dirigées par un ou plusieurs chefs, qu’on a nommés + <i>Harengs royaux</i> ou <i>rois</i>. Les Hollandais respectent + beaucoup ces prétendus chefs. Ils les épargnent avec soin, quand ils + les trouvent dans leurs filets, et les rejettent dans la mer, afin de + ne pas détruire les guides de la nation Hareng. Les ichthyologistes + n’ont pas confirmé cette discipline; ils ont reconnu seulement que les + divers mouvements des bandes voyageuses sont gouvernés par les saisons.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_507">507</span></p> + + <p>L’arrivée annuelle de ces poissons dans les diverses régions de l’Océan + est ordinairement assez régulière. Cependant elle éprouve, de temps à + autre, des vicissitudes qui influent non-seulement sur l’époque de la + visite, mais encore sur la quantité de visiteurs.</p> + + <p>On a eu l’idée tout récemment de mettre à profit le télégraphe + électrique qui longe la Scandinavie, pour annoncer aux pêcheurs + l’avant-garde et le corps d’armée de ces malheureux et bienfaisants + poissons.</p> + + <p>Le document le plus ancien, relatif à la pêche du Hareng, est daté de + 709. Il existe dans les chroniques du monastère d’Evesham.</p> + + <p>Les Français s’occupaient déjà de cette pêche dès le <span class="smcap">XI</span><sup>e</sup> + siècle: on connaît une charte authentique de 1030. Il paraît qu’à cette + époque, des vaisseaux sortis de Dieppe allaient prendre ce précieux + poisson dans la mer du Nord. Mais ces premiers industriels ne furent + pas imités par leurs compatriotes.</p> + + <p>Dans le <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup> siècle, la pêche du Hareng commença en Hollande; + elle y prit une grande faveur, à tel point que, dans le siècle + suivant, les Hollandais allaient pêcher jusque sur les côtes de la + Grande-Bretagne. Ils consacraient au moins deux mille bâtiments à cette + exploitation.</p> + + <p>Les Anglais suivirent bientôt cet exemple lucratif, et donnèrent à + cette industrie un développement considérable. Les Français, de leur + côté, ne voulurent pas rester en arrière. Les Danois, les Suédois et + les Norvégiens arrivèrent à leur tour.</p> + + <p>Parmi ces peuples, les Anglais, les Hollandais et peut-être les + Norvégiens, semblent avoir aujourd’hui le monopole de l’exportation. + Les pêcheries françaises, danoises et suédoises n’excèdent guère la + consommation de leurs pays respectifs.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_508">508</span></p> + + <p>La quantité de Harengs récoltée chaque année par nos voisins + d’outre-Manche est véritablement énorme. Dans le petit port de Yarmouth + seulement, on équipe quatre cents navires de 40 à 70 tonnes, dont les + plus grands sont montés par douze hommes. Le revenu est d’environ 17 + 500 000 francs. En 1857, trois de ces navires, appartenant au même + propriétaire, apportèrent 3 762 000 poissons.</p> + + <p>Depuis le commencement de ce siècle, les pêcheurs de l’Écosse ont + commencé à rivaliser de zèle avec ceux de l’Angleterre. En 1826, les + pêcheries écossaises employaient déjà 40 633 bateaux, 44 695 pêcheurs + et 74 041 saleurs.</p> + + <p>En 1603, la valeur des Harengs exportés par la Hollande s’élevait à + près de 50 millions. Leur pêche occupait 2000 bateaux et 37 000 marins. + Trois ans plus tard, nous trouvons que les Provinces-Unies envoyaient + 3000 barques à la mer; que 9000 navires transportaient les Harengs dans + les autres pays, et que le commerce de ce précieux poisson employait + environ 200 000 personnes.</p> + + <p>Bloch rapporte que, de son temps, les Hollandais salaient jusqu’à 624 + millions de ces animaux. Suivant un dicton des Pays-Bas, <i>Amsterdam + est fondée sur des têtes de Hareng</i>.</p> + + <p>Quoique aujourd’hui très-active, la pêche hollandaise est loin de la + splendeur qu’elle avait il y a deux siècles. En 1858, elle a employé + quatre-vingt-quinze navires; en 1859, quatre-vingt-dix-sept, et en + 1860, quatre-vingt-douze. En 1858, la Hollande a importé 16 940 tonnes + de 1 000 pièces; en 1859, 23 198, et en 1860, 27 230. Cette dernière + année, la pêche a rapporté 1 191 179 francs, soit 12 749 francs par + navire.</p> + + <p>Le Hareng, dit Lacépède, est une des productions dont l’emploi décide + de la destinée des empires. Aussi, dans le nord de l’Europe, la pêche + de ce poisson est-elle appelée la <i>grande pêche</i>, tandis que celle + de la Baleine est appelée la <i>petite</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_509">509</span></p> + + <p>Quelquefois, chez les peuples où la pêche du Hareng n’est pas + habituellement l’objet d’un grand mouvement industriel, il se fait, par + exception, des prises extraordinaires.</p> + + <p>Cuvier et Valenciennes assurent qu’un pêcheur de Dieppe rapporta, dans + une seule nuit, 280 000 Harengs, et qu’il en avait rejeté un nombre + égal à la mer. Total, 560 000 individus.</p> + + <p>En 1781, la ville de Gothembourg, en Suède, exporta 136 649 barils de + Harengs, contenant chacun 1 200 poissons. Ce qui donne un chiffre de + 163 978 800 Harengs.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-509" style="width: 307px;"> + <img src="images/page-509.jpg" alt="" width="307" height="194" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-509.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">UNE PÊCHE AU HARENG.</p> + </div> + </div> + + <p>«Les Harengs, dit Duhamel, entrent parfois en si grande quantité dans + la Manche, qu’ils ressemblent aux flots d’une mer agitée: c’est ce que + les pêcheurs nomment des <i>lits</i> ou <i>bouillons de Harengs</i>. + Quand les filets donnent dans ces bouillons, il arrive qu’ils sont + tellement chargés de poisson, qu’ils se rompent et coulent bas.»</p> + + <p>Les bâtiments équipés pour la pêche du Hareng sont du port d’une + soixantaine de tonneaux. On les charge de petits bateaux, de filets, de + sel et de <i>caques</i>.</p> + + <p>Comme on pêche pendant la nuit, pour prévenir toute espèce de + collision, et peut-être aussi pour attirer le poisson, chaque + embarcation porte un ou deux petits fanaux. Au banc de Yarmouth, où + plusieurs milliers de bateaux sillonnent la mer à la fois, toutes ces + lumières <span class="pagenum" id="Page_510">510</span> qui se meuvent et s’entrecroisent, produisent une scène + véritablement féerique. (L. Wraxall.)</p> + + <p>Les filets présentent jusqu’à 220 mètres de longueur, et la grandeur + des mailles est telle, que le Hareng y est retenu par les ouïes et les + nageoires pectorales, lorsque sa tête s’y engage.</p> + + <p>Le pauvre poisson s’embarrasse dans l’immense mur perpendiculaire qu’on + lui oppose, et reste suspendu, sans pouvoir avancer ni reculer, jusqu’à + ce que le pêcheur vienne le détacher et le prendre.</p> + + <p>Les caques sont de bois de chêne. Les autres qualités de bois, + particulièrement les résineux, communiquent au poisson une odeur et une + saveur désagréables.</p> + + <p>Les Harengs pêchés sont divisés en trois catégories: les + <i>vierges</i>, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas encore frayé; les + <i>pleins</i>, ceux qui portent de la laite ou des œufs (<i>laités</i> + ou <i>œuvés</i>); les <i>vides</i>, ceux qui viennent de se débarrasser + de leur laite ou de leurs œufs. Ces derniers sont les moins estimés.</p> + + <p>On fait une première salaison à bord des navires, ou bien sur la côte, + si elle n’est pas trop éloignée. Plus tard, on les remanie et les sale + de nouveau. Enfin, avant de les expédier, les négociants les changent + ordinairement de sel, quelquefois même de caque.</p> + + <p>Les <i>Harengs saurs</i> sont embrochés, suspendus et exposés à la + fumée et à l’air chaud.</p> + + <p>Les Norvégiens accourent, de toute la partie méridionale de leur pays, + vers les parages fréquentés par les Harengs. Ils préparent des filets + de 25 à 30 mètres de longueur sur 7 à 8 de largeur. Chaque bateau porte + de quarante à soixante filets.</p> + + <p>Lorsque le Hareng pénètre dans l’intérieur des baies, on le barre avec + de grands filets de 250 à 300 mètres de <span class="pagenum" id="Page_511">511</span> longueur, sur une largeur + de 33 à 40. On se sert ensuite de filets plus petits pour l’amener à + terre.</p> + + <p>Dès qu’il est pêché, le Hareng se vend, soit aux petits navires des + environs, qui le transportent frais à Bergen et dans le voisinage, soit + aux saleurs, qui ont des magasins dans tous les parages où se fait la + pêche. (Baars.)</p> + + <p>La mi-janvier passée, d’autres masses de Harengs se jettent sur les + côtes de Bremanger, de Batalden et de Kinn, à environ dix ou douze + lieues au nord de Bergen, où les attendent d’autres milliers de + pêcheurs. Ici la pêche se fait presque exclusivement à l’aide de + filets ordinaires, les localités se prêtant moins au barrage que les + parages du sud. A mesure que la saison avance, les masses de Harengs se + dirigent un peu vers le sud-est, et, après avoir frayé vers le milieu + de mars, elles quittent la côte. (Baars.)</p> + + <p>Au mois de février et au commencement de mars, on prend aussi beaucoup + de Harengs entre Bremanger et Aalsund.</p> + + <p>Le produit de la pêche, au nord de Bergen, se sale sur les lieux mêmes, + où se trouvent de grands magasins, ou bien il est transporté dans + les environs par de petits navires. On l’évalue à 500 000 ou 600 000 + barils. Chaque baril contient de 450 à 500 poissons. Ce qui fait, par + conséquent, jusqu’à 300 millions d’individus. On assure qu’en 1860, le + chiffre fut encore plus élevé. Ce sont les Harengs d’hiver.</p> + + <p>Cette pêche terminée, les avant-coureurs des Harengs d’été commencent + à se montrer dans les environs de Bergen. Ceux-ci sont d’abord petits + et maigres; mais au fur et à mesure que la saison avance, on les voit + grossir et devenir de meilleure qualité: à la mi-juin, on en trouve de + très-beaux.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_512">512</span></p> + + <p>La pêche commence à se faire en grand vers le milieu du mois de + juillet; elle dure jusqu’au mois de septembre.</p> + + <p>Elle s’opère avec de grands filets à barres. Vers la fin, cependant, on + emploie quelques filets ordinaires.</p> + + <p>Cette pêche donne au moins 40 000 barils, ce qui fait jusqu’à 20 + millions d’individus. La moitié environ de ces Harengs est consommée + dans le pays.</p> + + <p>La pêche norvégienne a donné en 1862, dans la saison dite du + <i>printemps</i>, 659 000 tonnes de Harengs, c’est-à-dire 764 440 + hectolitres, dont il faut retrancher 25 pour 100 pour la consommation + intérieure. Il reste donc, comme objet de commerce avec l’étranger, 494 + 250 tonnes ou 573 330 hectolitres, représentant sur place une valeur + <i>minimum</i> de 8 551 675 francs, et <i>maximum</i> de 11 274 600 + francs.</p> + + <p>Les Harengs fournissent une huile qui peut remplacer l’huile de + Baleine. Pour préparer cette huile, on fait bouillir le poisson dans + l’eau douce pendant cinq ou six heures, en ayant soin de remuer + constamment. Lorsque le Hareng est réduit en bouillie, on laisse + refroidir la masse, puis on recueille l’huile qui surnage. On la + clarifie par le filtrage ou par de simples décantations successives, et + on la met dans des barils. (La Morinière.)</p> + + <p>Le résidu qui reste au fond des chaudières est appelé <i>tangrum</i>. + Les Suédois le regardent comme un excellent engrais.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_513">513</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_37" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXVII<br /> + <span class="h2line2">LA SARDINE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft2">«<i xml:lang="la" lang="la">Est enim divitiarum fructus in copia.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Cicéron.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>La <i>Sardine</i><a id="FNanchor_254" href="#Footnote_254" class="fnanchor">[254]</a> est une très-proche parente du Hareng.</p> + + <p>On prétend qu’elle doit son nom à l’île de Sardaigne. Est-ce bien vrai? + Ne serait-ce pas plutôt cette belle île qui doit son nom à la Sardine?</p> + + <p>Quoi qu’il en soit, ce délicieux habitant de l’eau salée jouissait + déjà d’une haute réputation avant que l’Homme ait inventé le moyen de + le <i>confire</i>. Épicharme en parle dans ses vers comme d’une des + friandises servies à Hébé <i>pour son déjeuner de mariage!</i> (J. + Franklin.)</p> + + <p>La Sardine est un joli petit poisson qui a la tête pointue, les yeux + gros et les opercules ciselés. Quand on le retire de la mer, son dos + paraît bleu, diapré de teintes plus obscures; ses côtes sont argentines + et moirées de vert brillant ou de bleu tendre. Mais il faut la voir, + cette élégante nageuse, s’ébattre librement, par un beau soleil de + juillet, dans la transparence d’une mer calme et limpide.</p> + + <p>On est émerveillé de la grâce et de la perfection de ses <span class="pagenum" id="Page_514">514</span> formes, + de la souplesse et de l’agilité de ses mouvements, de l’éclat et de la + variété de ses couleurs. Son riche corsage de nacre semble refléter + l’azur et l’émeraude.....</p> + + <p>La fécondité de ce poisson paraît miraculeuse. C’est surtout aux + Sardines, dit un auteur moderne, que semblent s’adresser les promesses + de la Bible: «Je multiplierai ta race, qui deviendra aussi nombreuse + que les grains de sable de la mer et que les étoiles du firmament.» + Si la bénédiction se mesure à la fécondité, comme le croyaient les + Israélites, ces poissons doivent être spécialement bénis entre tous les + animaux.....</p> + + <p>Les Sardines habitent l’océan Atlantique boréal, la Baltique et la + Méditerranée. Elles se trouvent dans la profondeur des baies, à l’abri + des rivages. Elles aiment le remous des courants et les endroits où la + mer est peu agitée.</p> + + <p>Comme les Harengs, les Sardines se rassemblent par colonnes compactes, + souvent très-longues et très-larges.</p> + + <p>Leurs légions émaillées arrivent en Bretagne vers le mois de mai. Leur + présence est indiquée par les bouillonnements de la surface de la mer + et par la teinte de l’eau, tantôt bleuâtre, tantôt blanchâtre, ces + animaux présentant alternativement au soleil leur dos d’azur ou leur + ventre d’argent.</p> + + <p>Ces brillants poissons arrivent au printemps dans la Méditerranée. Ils + en sortent avant l’hiver (S. Berthelot).</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On pêche les Sardines avec des seines et avec d’autres filets + traînants. Les seines sont tirées à terre ou relevées à la mer.</p> + + <p>Dans la Méditerranée, on a le <i>sardinal</i>, filet à petites + <span class="pagenum" id="Page_515">515</span> mailles et d’une seule nappe, qui flotte entre deux eaux, + verticalement, en décrivant des courbes à une certaine distance du + rivage. On le tend pendant la nuit. L’une de ses extrémités est + attachée au bateau, qui dérive avec lui au gré des courants. (S. + Berthelot.)</p> + + <p>En Bretagne, on emploie aussi des filets flottants. La grandeur de la + maille est calculée de telle sorte que le poisson puisse passer la tête.</p> + + <p>Pendant la saison des Sardines, il y a, sur les côtes de Bretagne, deux + mille à deux mille cinq cents embarcations occupées à cette pêche. + Chaque barque ou <i>pesqueresse</i> porte quatre ou cinq hommes: le + patron, deux ou trois matelots et un mousse; elle a cinq ou six filets, + de la rogue et des paniers.</p> + + <p>Les embarcations partent de grand matin. Elles se rendent à trois ou + quatre lieues de la côte: elles doivent être sur le lieu de pêche au + lever du soleil. Alors on amène les voiles et les mâts, et tandis que + les matelots rament lentement, on laisse couler à la mer un filet, qui + descend verticalement dans l’eau, soutenu par les liéges qui flottent à + la surface. Le patron, debout à l’arrière, jette la rogue par poignées, + tantôt d’un côté du filet, tantôt de l’autre, jusqu’à ce que le poisson + soit monté des profondeurs. Aussitôt, prenant une écuelle d’eau, il la + lance brusquement et bruyamment pour effaroucher et rabattre le poisson + sur le filet. La Sardine s’effraye, fuit précipitamment, et engage + sa tête dans les mailles, où elle reste prisonnière par les ouïes. + Le patron reconnaît que les filets sont chargés de poisson lorsque + les liéges entrent dans l’eau. Alors on les hale à bord les uns après + les autres; on en retire les Sardines, que l’on dépose au fond du + bateau<a id="FNanchor_255" href="#Footnote_255" class="fnanchor">[255]</a>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_516">516</span></p> + + <p>Lorsque les Sardines sont abondantes, on peut en prendre jusqu’à un + tonneau d’un seul coup de filet. Quand la pêche est bonne, chaque + embarcation revient avec 25 000 à 30 000 individus. On assure en avoir + vu qui en portaient jusqu’à trente-cinq milliers.</p> + + <p>Cette pêche dure cinq ou six mois, pendant lesquels on ne compte guère + que cent journées de travail. Elle produit 7500 millions de Sardines, + lesquelles, vendues fraîches, procurent 7 500 000 francs. Le tiers est + la part de l’équipage, ce qui fait, par journée de travail, 2 francs 22 + centimes pour le pêcheur et 1 franc 11 centimes pour le mousse.</p> + + <p>Le 5 octobre 1767, dans la baie de Saint-Yves en Cornouailles, on a + pêché 7000 barriques de Sardines. Chacune en renfermait environ 35 000; + total, 245 millions. (Borlase.)</p> + + <p>Les Basques se servent, pour prendre les Sardines, d’un filet fermé + comme un sac avec des anneaux de corne.</p> + + <p>Les Anglais emploient une grande seine, manœuvrée à contre-courant par + trois ou quatre chaloupes montées chacune par six marins. Ils ramènent + quelquefois, d’un seul coup de filet, jusqu’à 40 tonneaux de poisson.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>On prépare les Sardines de plusieurs manières. Elles sont salées: + <i>en vert</i>, quand on les saupoudre seulement de sel blanc; <i>en + grenier</i>, lorsqu’on en forme des tas avec du sel entre chaque + couche; <i>en malestan</i>, quand on les lave dans de l’eau de mer, + qu’on les met en barils par couches saupoudrées de sel, puis, qu’au + bout d’un séjour d’un mois, <span class="pagenum" id="Page_517">517</span> + et après les avoir lavées de nouveau dans de la saumure et déposées + symétriquement dans de nouvelles barriques, on les presse jusqu’à ce + que leur huile et la saumure se soient écoulées.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXIX" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-516bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-516bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>On les dit <i>anchoisées</i>, lorsqu’on les met en barils, avec du sel + mêlé d’ocre rouge pulvérisée.</p> + + <p>On les <i>saurit</i>, après les avoir salées, en les suspendant pendant + sept ou huit jours dans un lieu où l’on allume un feu de copeaux de + chêne.</p> + + <p>On a réussi à confire les Sardines dans l’huile. Dès qu’elles arrivent + de la pêche par paniers de cent à deux cents, des femmes leur tranchent + la tête, et du même coup leur enlèvent les entrailles; puis elles + jettent les poissons dans de la saumure, où ils restent une heure ou + deux, suivant leur grosseur et leur fraîcheur. On les lave ensuite + à grande eau, on les étale sur des claies d’osier ou de fil de fer + galvanisé. Pour les faire sécher, on les plonge dans de l’huile en + ébullition, où on les laisse cuire quelques minutes. Quand ils sont + refroidis, on les met dans de petites boîtes de fer-blanc qu’on remplit + d’huile, et dont on soude le couvercle. Enfin, on passe le tout à + l’eau bouillante pour bien assurer la conservation (Balestrier). C’est + ce qu’on appelle <i>Sardines en boîtes</i>. Il faut que l’huile soit + <i>vierge</i>, c’est-à-dire de première qualité. Cette huile se fige + totalement en hiver, et ressemble à des flocons de neige safranée.</p> + + <p>On conserve aussi les Sardines dans du beurre fondu (<i>Sardines en + daube</i>).</p> + + <p>Suivant Marco Polo, les habitants de certaines contrées de l’Arabie en + font une espèce de gâteau, en les séchant au soleil et en les réduisant + en poudre.</p> + + <p>Dans d’autres parties de l’Orient, les nègres les font bouillir avec + des herbes et du poivre.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_518">518</span></p> + + <p>Dans beaucoup de pays, les Sardines sont employées comme assaisonnement.</p> + + <p>Ce poisson a une chair très-délicate, mais on n’apprécie bien son goût + exquis qu’en le mangeant au moment où il vient d’être pêché. Lorsqu’il + est bien frais, sa peau s’enlève facilement par la cuisson, et ses + flancs se détachent en entier comme deux <i>filets</i> aplatis.</p> + + <p>Les Sardines salées et fumées excitent l’appétit, mais les estomacs + débiles s’en accommodent avec peine.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler de l’<i>Anchois</i>, + petit poisson du même genre, si délicat et si précieux dans la science + culinaire.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-518" style="width: 279px;"> + <img src="images/page-518.jpg" alt="" width="279" height="98" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-518.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ANCHOIS ORDINAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Clupea encrasicholus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>L’Anchois est le compagnon de la Sardine. On le trouve commun dans la + Méditerranée et rare dans l’Océan.</p> + + <p>Les Anchois de la Provence jouissent d’une excellente réputation.</p> + + <p>On pêche habituellement les Anchois à Antibes, à Fréjus et à + Saint-Tropez. Les femmes de ce pays ont une habileté très-remarquable + pour enlever avec l’ongle, et d’un seul coup, les ouïes, le foie et + les entrailles. On sale ensuite <span class="pagenum" id="Page_519">519</span> les Anchois. On les met dans des + miniatures de barils, et on les apporte à la foire de Beaucaire, d’où + ils se répandent dans le monde entier.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>M. Sabin Berthelot pense que ces myriades de très-petits poissons, + presque imperceptibles, à chair molle, gélatineuse et transparente, qui + pullulent au printemps dans les environs d’Antibes et de Nice, sont + peut-être le fretin des Sardines et des Anchois (?).</p> + + <p>Les pêcheurs et les cuisiniers du pays les appellent <i>Nonnats</i> ou + <i>Non-nats</i> (pas encore nés).</p> + + <p>Risso en parle dans son <i>Ichthyologie</i>; il y découvre trois + espèces, ni plus ni moins! Trop zélé Risso! Il a décrit plus d’un + animal auquel la Nature n’avait jamais songé!..... Voici le signalement + qu’il donne à l’une de ces trois miniatures de poissons: «<i>Museau + pointu; tête rougeâtre, aplatie; prunelles d’un noir de jais. Un + manteau blanc s’étend sur tout son corps, et n’est relevé que par six + taches rondes d’un noir d’ébène, qui descendent jusqu’à</i>...» (Le + reste est trop <i>shocking!</i>) Il nomme cette espèce <i xml:lang="la" lang="la">Stolephorus + Risso</i>. Et pour qu’on ne suppose pas qu’il s’est dédié ledit poisson + à lui-même, par amour-propre (le public est si malin!), notre prudent + naturaliste s’empresse d’ajouter sentimentalement: «<i>Je l’ai consacré + comme un monument de la piété filiale aux mânes de mon père... La + teinte de son corps est l’image de sa candeur, comme celle des taches + noires est celle de mes regrets!</i>...»</p> + + <p>Quoi qu’il en soit, les Nonnats se plaisent dans les fonds sablonneux, + à l’embouchure des rivières, et pénètrent même dans les étangs salés + en communication avec la mer. <span class="pagenum" id="Page_520">520</span> A Nice, ils habitent de préférence + les fonds de galets, et s’introduisent dans les vides que ces pierres + roulées laissent entre elles.</p> + + <p>La pêche de ces petits poissons est souvent si abondante, qu’ils ne se + vendent que 30 centimes le demi-kilogramme. On en fait d’excellentes + fritures et de délicieux ragoûts au lait (S. Berthelot).</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_521">521</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_38" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXVIII<br /> + <span class="h2line2">LA MORUE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft6"><i xml:lang="es" lang="es">Mar cuajado de peces.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Viera.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Harengs et les Sardines peuvent être classés parmi les petits + habitants de la mer, mais ils compensent l’exiguïté de leur taille par + la richesse de leur nombre et par l’étendue de leurs phalanges.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-521" style="width: 433px;"> + <img src="images/page-521.jpg" alt="" width="433" height="163" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-521.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MORUE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Morrhua vulgaris</i> H. Cloquet).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Morues</i> sont à la fois de gros poissons et des poissons + nombreux.</p> + + <p>Elles fréquentent principalement les mers du Nord. Chaque année, vers + le milieu de janvier, on voit arriver des masses considérables de + Morues qui viennent du grand <span class="pagenum" id="Page_522">522</span> Océan et pénètrent à l’entrée de + l’archipel de Lofoden. Ces pauvres bêtes accourent pour frayer, et ne + prévoient guère le sort cruel qui les attend.</p> + + <p>D’un autre côté, un nombre vraiment incalculable de ces poissons se + rassemble périodiquement sur la montagne sous-marine américaine, + appelée <i>banc de Terre-Neuve</i>. Les Morues occupent, assure-t-on, + un espace long de deux cents lieues et large de soixante.</p> + + <p>Les Morues sont en forme de fuseau; leur corps est arqué comme les + bâtiments bons marcheurs. Les habitants des villes, qui n’ont jamais + vu ces poissons que chez les marchands de comestibles, les croient + <i>aplatis comme des Soles</i>. Ils ignorent qu’avant de les sécher, + on leur coupe la tête, on les ouvre et on les <i>étale</i>. Les Morues + vivantes ont la peau d’un gris jaunâtre, le dos tacheté de brun et le + ventre blanchâtre. Elles offrent une ligne longitudinale claire de + chaque côté. Leur longueur moyenne est de 80 centimètres, et leur poids + de 12 kilogrammes.</p> + + <p>De leur mâchoire inférieure descend un petit barbillon.</p> + + <p>Ce poisson est vorace. Il se nourrit surtout de Harengs.</p> + + <p>La Morue appartient à la famille des Gadoïdes, tribu gloutonne s’il en + fut, qui, de ses yeux écartés, ne voit guère, n’en mange que mieux, et + qui n’est, pour ainsi dire, qu’estomac. (Michelet.)</p> + + <p>La fécondité de ce poisson a toujours été citée comme exemple. + Leuwenhoeck a calculé qu’une seule femelle peut porter environ 9 384 + 000 œufs. Un autre observateur en a compté 11 millions.....</p> + + <p>Supposez, dans le banc de Terre-Neuve seulement, cent millions de + Morues femelles, et calculez le nombre effrayant de germes qu’elles + produiront, même en n’admettant qu’une ponte par individu! O + intarissable et merveilleuse puissance créatrice!.... Le chanoine + canarien Viera pourrait <span class="pagenum" id="Page_523">523</span> bien dire, dans son style si expressif et + si poétique, en parlant de la fécondité des Morues, que <i>la mer est + caillée de poissons</i><a id="FNanchor_256" href="#Footnote_256" class="fnanchor">[256]</a>.</p> + + <p>On a réussi à élever des Morues dans des étangs en communication avec + la mer. Le docteur Jonathan Franklin rapporte qu’il a visité, il y + a quelques années, un de ces étangs, sur la côte ouest de l’Écosse. + Les Morues s’approchaient familièrement pour happer des Moules qu’on + leur présentait débarrassées de leur coquille. Elles se poussaient, se + bousculaient les unes les autres, comme font les volailles dans une + basse-cour, à la vue de la fermière qui leur apporte à manger. Elles + venaient prendre les Moules jusque dans la main. La femme du gardien + mit un de ces poissons, des plus grands, sur ses genoux, le caressa, + le flatta, disant: <i>Pauvre ami! pauvre ami!</i> absolument comme si + c’eût été un enfant. Elle lui ouvrit la bouche, et y introduisit une + Moule, que le poisson avala en donnant des signes qu’il la trouvait + bonne. Puis, elle le remit dans l’eau.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>La pêche de la Morue forme la source principale des richesses de + Granville, Saint-Malo, Saint-Brieuc, dans les départements de la + Manche, de l’Ille-et-Vilaine et des Côtes-du-Nord.</p> + + <p>Les Anglais et les Américains se livrent à cette lucrative industrie + avec la même ardeur que les Français.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_524">524</span></p> + + <p>C’est principalement sur le banc de Terre-Neuve qu’on va chercher ce + précieux poisson.</p> + + <p>La Morue y arrive au printemps.</p> + + <p>La quantité des poissons qui s’y rassemblent est vraiment + phénoménale. Il y a plus de trois siècles que toutes les nations du + monde s’y donnent rendez-vous, y viennent prendre des chargements + considérables, et l’on n’y a pas encore constaté de diminution sensible.</p> + + <p>En 1578, la France avait, sur le banc de Terre-Neuve, 150 navires; + l’Espagne, 125; le Portugal, 50, et l’Angleterre, 40.</p> + + <p>Pendant la moitié du <span class="smcap">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, la pêche fut exploitée + par les Français, les Anglais et les Américains.</p> + + <p>Le relevé de neuf années, commençant avec 1823 et finissant avec 1831, + nous a appris que la France avait envoyé à Terre-Neuve 341 navires + jaugeant 36 680 tonneaux, montés par 7085 matelots. Ces navires ont + exporté 25 718 466 kilogrammes de poisson, dont 8 974 238 salé, 16 + 744 228 de Morue <i>verte</i>, et 1 217 008 d’huile. En estimant à + 20 francs le quintal métrique de poisson, et à 100 francs celui de + l’huile, nous trouvons un chiffre de 6 360 746 francs par année moyenne.</p> + + <p>On assure que l’Angleterre emploie annuellement près de 2000 navires et + environ 30 000 marins à la pêche de la Morue.</p> + + <p>On dit que les Américains mettent en mouvement, pour la même industrie, + 3000 navires et 45 000 marins.</p> + + <p>On a calculé que les navires anglais et américains rapportent chacun, + en moyenne, 40 000 poissons.</p> + + <p>La Hollande n’est pas en arrière des autres nations. Elle a exporté, + en 1856, 1 172 203 kilogrammes de ce poisson préparé de différentes + manières; en 1857, 1 297 666 kilogrammes; en 1858, 1 702 431, et en + 1859, 1 507 788.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_525">525</span></p> + + <p>Sur les côtes de la Norvége, depuis la frontière de la Russie jusqu’au + cap Lindesness, la pêche de la Morue forme la source d’une industrie et + d’un commerce extrêmement considérables. Elle dure environ trois mois. + On évalue à plus de 20 millions le nombre de Morues qu’elle procure à + la consommation.</p> + + <p>Dans ce pays, cette pêche occupe plus de 20 000 pêcheurs, montés sur + au moins 5000 bateaux. Elle se fait à une distance de deux lieues + norvégiennes (15 au degré) de la terre, dans une profondeur de 100 à + 160 mètres.</p> + + <p>D’après le rapport officiel fait au roi de Suède par l’inspecteur en + chef de la pêche à Lofoden, on a mis en mer, en 1856, 4623 bateaux, et + en 1860, 5675. Cette dernière année, on a employé 3453 appareils de + profondeur, 7775 pêcheurs à la ligne, et 13 038 pêcheurs au filet.</p> + + <p>Suivant le même rapport, on a salé, cette même année, à l’est de + Lofoden, 10 080 000 Morues <i>fendues</i>, et à l’ouest, 2 640 000. On + estime les <i>poissons ronds</i>, c’est-à-dire les Morues non fendues, + à 9 000 000. Si l’on ajoute à ces chiffres les Morues consommées + pendant la pêche, on arrivera au total de 24 millions.</p> + + <p>Les œufs obtenus en 1860 ont rempli 16 000 tonneaux, et l’huile, 40 000.</p> + + <p>Les côtes de l’Islande sont aussi très-riches en Morues.</p> + + <p>La France a fourni pour la pêche de ce poisson: en 1860, 210 bâtiments + et 3275 hommes; en 1861, 222 bâtiments et 3602 hommes, et en 1862, 232 + bâtiments et 3741 hommes. Le port de Dunkerque seul a donné, cette + dernière année, 134 navires et 2157 marins.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_526">526</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>On prend les Morues, soit avec des filets, soit avec des lignes.</p> + + <p>Le filet employé à Terre-Neuve est une seine, grand filet rectangulaire + garni de plomb au bord inférieur et de liége au bord supérieur. On en + fixe une extrémité près de la côte, et, avec un bateau, on va porter + l’autre extrémité en pleine mer, ayant soin de décrire une courbe, + laquelle enferme le poisson dans un enclos circulaire. En tirant sur + les deux extrémités, des hommes entraînent tout le poisson. Un seul + coup en donne quelquefois la charge de plusieurs bateaux. On conçoit + que ce genre de pêche ne peut se pratiquer que le long d’une côte.</p> + + <p>En Norvége, chaque bateau porte ordinairement soixante filets de 40 + mètres de longueur sur 7 mètres de profondeur. Ces filets sont mis à la + mer le soir, et n’en sont retirés que le matin. On en dispose à la fois + vingt à trente, noués les uns aux autres. Sur le halin ou haussière, et + à 2 mètres l’une de l’autre, sont fixées des pierres qui tiennent les + filets en place. En outre, des bouées, formées de sphères de verre, de + liége ou de bois, maintiennent la partie supérieure des filets à une + distance déterminée de la surface de la mer. A chaque bout, se trouve + un petit baril portant le nom du propriétaire. (Baars.)</p> + + <p>Tout le monde connaît l’organisation des lignes. On les tend le jour et + la nuit, par dix ou douze à la fois.</p> + + <p>Chaque bateau norvégien en porte une vingtaine, armées chacune de deux + cents hameçons.</p> + + <p>On se sert, pour appât, de Harengs salés, et quand ils manquent, de + rogues de Morue, ou même de petits morceaux de ce poisson.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_527">527</span></p> + + <p>A Terre-Neuve, chaque pêcheur est muni de deux lignes, qu’il tient à + droite et à gauche du bateau. Il arrive souvent que pendant qu’il en + retire une, un poisson mord à l’autre, et ainsi de suite. On a vu des + pêcheurs habiles prendre chacun jusqu’à quatre cents Morues dans un + jour, ce qui est un terrible travail pour leurs bras. Ces lignes sont + appelées <i>lignes de main</i>. On nomme <i>lignes de fond</i>, celles + qui consistent en cordes très-fortes, sur lesquelles on fixe un certain + nombre de lignes partielles armées chacune d’un hameçon. A l’une des + extrémités de la corde est attachée une petite ancre à plusieurs pattes + (<i>grappin</i>), qui l’entraîne au fond de l’eau, et l’on fixe une + autre ancre à l’autre bout. Chacune de ces ancres tient à un petit + câble (<i>orin</i>) amarré à une bouée de liége. On peut disposer ainsi + deux à trois mille hameçons.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Dès que les pêcheurs sont revenus à terre, ils enlèvent aux Morues la + rogue, le foie, la tête et les entrailles.</p> + + <p>Les rogues sont salées dans des barils percés de trous, par où s’écoule + la saumure.</p> + + <p>Les foies sont mis dans des barils de chêne. Ils se liquéfient en se + décomposant. On soumet leur résidu à l’action du feu et on le comprime. + Les premières huiles sont dites <i>blanches</i> ou <i>blondes</i>, et + les dernières <i>brunes</i> ou <i>noires</i>. Ce sont les premières + surtout dont on se sert en médecine. Les dernières sont employées + principalement par les corroyeurs. Depuis quelques années, on prépare + l’huile de Morue en plaçant les foies <i>frais</i>, coupés par + morceaux, dans de grandes cornues hors du contact de l’air, et en les + faisant distiller au bain-marie.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_528">528</span></p> + + <p>La tête et les entrailles sont séchées, pour être vendues plus tard à + la grande fabrique de <i>guano de poisson</i> établie à Lofoden.</p> + + <p>Les corps des Morues sont suspendus et abandonnés à l’action des vents + secs, qui les transforment en <i>stockfisch</i>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-528" style="width: 475px;"> + <img src="images/page-528.jpg" alt="" width="475" height="347" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-528.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PRÉPARATION DES MORUES A TERRE-NEUVE.</p> + </div> + </div> + + <p>D’autres fois, après avoir fendu l’animal et enlevé presque toute + l’arête, on le lave, on le sale; on le met en presse, on retire les + parties liquides, puis on le sèche au soleil. C’est là ce qui constitue + le <i>klipfisch</i>.</p> + + <p>La préparation de l’huile de foie et celle du klipfisch ont lieu + ordinairement après la pêche, lorsque les bateaux sont rentrés.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_529">529</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_39" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XXXIX<br /> + <span class="h2line2">LE THON.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>Ne pourrait-on pas pêcher sans massacrer?</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Le <i>Thon</i> est encore plus grand que la Morue. C’est un des princes + de la nombreuse classe des Poissons. Il pèse habituellement de 25 à 100 + kilogrammes.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-529" style="width: 447px;"> + <img src="images/page-529.jpg" alt="" width="447" height="210" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-529.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">THON<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Scomber thynnus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Le Thon est très-commun dans la Méditerranée. Son dos est d’un bleu + noir, et son ventre d’un blanc argenté; ses rayons dorsaux sont dorés, + et ses nageoires anales présentent de six à huit zigzags irisés.</p> + + <p>Son corps, robuste, lisse et fusiforme, semble moulé pour <span class="pagenum" id="Page_530">530</span> la + course. Les rayons épineux de ses nageoires, principalement ceux de la + dorsale et de l’anale, dénotent, à première vue, leur action puissante + dans les fonctions qu’ils ont à remplir. Le grand aileron du centre de + la nageoire du dos est armé d’un premier rayon qui, au besoin, peut + servir de défense; une rangée d’autres petits ailerons, très-courts et + lobés à leur extrémité, s’étend jusqu’à la naissance de la queue, et + ces mêmes organes se montrent aussi vers la nageoire anale, non moins + robuste que celle du dos. Tout ce système de natation est en parfaite + harmonie: pectorales vigoureuses, caudale des plus fourchues. (S. + Berthelot.)</p> + + <p>Comme presque toutes les espèces de sa famille, le Thon a l’habitude + de s’élancer hors de l’eau d’une manière particulière, en sautant par + bonds rapides. Quand ces animaux sont réunis en troupe, ils nagent + généralement en formant une sorte de triangle.</p> + + <p>Ces poissons ne manquent ni d’instinct, ni d’une certaine sagacité. + Ce sont des touristes enragés, comme les Harengs et les Morues. + Les anciens, qui avaient remarqué la régularité de leurs marches + et de leurs contre-marches, les regardaient comme <i>très-habiles + en stratégie</i>; ils assuraient même qu’ils étaient <i>bons + géomètres</i>. Montaigne a répété et commenté cette singulière + assertion. Évidemment, l’auteur des <i>Essais</i> connaissait mieux le + cœur de l’Homme que l’intelligence des Poissons.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On pêche le Thon de plusieurs manières différentes.</p> + + <p>Les Basques emploient le <i>grand couple</i>, et les Provençaux la + <i>courantille</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_531">531</span></p> + + <p>On appelle <i>grand couple</i>, un ensemble de lignes gigantesques, qui + portent des centaines d’appâts traînés par des barques montées par huit + ou dix hommes.</p> + + <p>La <i>courantille</i> est une espèce de seine, de 500 à 700 mètres de + longueur, que l’on promène sur un espace de deux à trois lieues.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-531" style="width: 457px;"> + <img src="images/page-531.jpg" alt="" width="457" height="210" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-531.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PÊCHE AU THON.</p> + </div> + </div> + + <p>Un certain nombre de bateaux dirigés par un chef se disposent en + demi-cercle, et réunissent leurs filets de manière à former une sorte + de clôture. Ils entourent les Thons et les serrent pêle-mêle les uns + contre les autres. On les entraîne peu à peu vers le rivage. Lorsqu’on + s’approche de la terre, les pêcheurs jettent un large filet terminé par + une poche longue et conique. Les Thons se précipitent dans cette poche. + On tue les plus gros à coups de perche et de crochet, et l’on saisit + vivants les plus petits.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Mais la plus curieuse des pêches qu’on ait imaginée est bien + certainement celle à la <i>madrague</i><a id="FNanchor_257" href="#Footnote_257" class="fnanchor">[257]</a>, si connue des Marseillais.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_532">532</span></p> + + <p>La madrague est un véritable parc, avec des allées de chasse + aboutissant à un vaste labyrinthe composé de chambres qui s’ouvrent + les unes dans les autres. Ces chambres conduisent toutes à une chambre + principale, appelée <i>chambre de mort</i> ou <i>corpou</i>, située à + l’extrémité de la construction.</p> + + <p>Les murs de ce parc ont quelquefois plusieurs lieues de développement. + Aussi, pour transporter une madrague, faut-il souvent un navire ou un + bateau à vapeur.</p> + + <p>A l’aide de pierres attachées à la partie inférieure de ces filets et + de bouées fixées à leur bord supérieur, on les fait plonger dans la + mer et on les maintient verticaux. On amarre solidement l’édifice avec + des ancres, de manière qu’il puisse résister pendant toute la belle + saison aux plus violents orages. Ce filet gigantesque est plus perfide + et plus meurtrier que la toile d’araignée la plus savante. On le tend + ordinairement à l’entrée de quelque baie.</p> + + <p>«Le Thon arrive sans défiance, jouant à fleur d’eau; il va devant lui, + sans quitter la paroi, qu’il côtoie, soit parce qu’il espère en voir + bientôt la fin, soit parce que cela lui plaît de heurter son museau sur + cette surface résistante où il trouve probablement de petits poissons + qui lui servent de pâture; soit encore parce que c’est le propre des + Poissons en général, voire même de tous les animaux, d’avancer coûte + que coûte, tant qu’ils peuvent, sans réfléchir à leur retraite.» (E. + Carrey.)</p> + + <p>Le Thon suit, suit toujours les allées de l’engin destructeur. + Quelquefois les pêcheurs le poursuivent et le poussent de chambre en + chambre. Le poisson passe des unes dans les autres, par des portes + qui se referment derrière lui. Il arrive ainsi jusqu’à la chambre de + mort. Celle-ci forme une prison spacieuse, où les captifs peuvent vivre + plusieurs <span class="pagenum" id="Page_533">533</span> jours, même plusieurs semaines. Là le Thon est pris + sans salut possible, à moins de sauter par-dessus les bords; ce qu’il + pourrait facilement exécuter, mais l’idée ne lui en vient jamais.</p> + + <p>Ce filet-vivier possède un plancher mobile, formé par un petit filet + horizontal, attaché à des cordages disposés de manière que, à un + instant donné, on peut exhausser le plancher et le rapprocher de la + surface de la mer.</p> + + <p>Lorsqu’on a réussi à rassembler dans la chambre de mort un certain + nombre de poissons, on élève peu à peu le plancher dont il vient d’être + question. Généralement, on y travaille toute la nuit. On rend ainsi + de moins en moins profonde l’enceinte où sont accumulés ces pauvres + animaux.</p> + + <p>Bientôt on voit les Thons s’agiter, nager, bondir dans tous les sens, + passer les uns sur les autres, se précipiter contre les murailles des + filets, les éviter, y revenir et s’en éloigner encore.</p> + + <p>Au milieu de la chambre de mort se trouve une petite yole qui porte le + chef principal de la pêche.</p> + + <p>A mesure que le plancher s’élève et que les Thons deviennent apparents, + la yole court sur eux, les effraye, les poursuit, et les oblige à + s’élancer vers les bords du parc.</p> + + <p>Là se trouvent tout autour un certain nombre d’embarcations montées par + des pêcheurs expérimentés, qui harponnent les poissons, ou les tuent + toutes les fois qu’ils s’approchent. Ils les manquent rarement.</p> + + <p>Le massacre est bientôt général.</p> + + <p>Les Thons, harponnés et retirés de l’eau, se tordent avec force, + donnent de vigoureux coups de queue et vagissent comme des enfants.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_534">534</span></p> + + <p>Les blessés fuient l’ennemi et plongent au plus vite, mais ils + rencontrent l’inévitable plancher qui les arrête. Ils vont, ils + viennent, effarés, épouvantés et désorientés, rougissant la mer de leur + sang. Ils ne tardent pas à se heurter contre un autre filet et contre + une autre embarcation. On leur jette un nouveau harpon, plus adroit ou + plus heureux que le premier, et, cette fois, les malheureuses bêtes, + solidement accrochées et promptement hissées, sont jetées au milieu des + morts et des mourants, que les pêcheurs acharnés entassent dans leurs + barques.</p> + + <p>Quand les Thons sont très-nombreux et qu’on peut les approcher, les + pêcheurs leur plongent hardiment la main dans la gueule, et passent une + corde dans une ouïe; ils tendent cette corde à un camarade, qui hale la + victime sur le pont du bateau.</p> + + <p>Il faut souvent deux ou trois hommes pour enlever un Thon ainsi saisi + et enfilé.</p> + + <p>Lorsque, par hasard, un d’eux se débat trop vivement aux mains de ses + bourreaux, un pêcheur lui arrache brutalement, avec le doigt, quelque + chose au fond de la bouche. Aussitôt le sang coule à flots, par jets, + et presque en même temps la victime, épuisée, se laisse hisser sans + mouvement.</p> + + <p>En 1861, dans la baie de Porto-Ferrajo, on a pris à la madrague + cent soixante Thons gros et petits, depuis des Thons bébés d’un + kilogramme environ jusqu’à des Thons vieillards de 120 et même de + 150 kilogrammes..... En estimant chaque poisson, en moyenne, à 25 + kilogrammes, cette pêche a donné environ 4000 kilogrammes de Thon! (E. + Carrey.)</p> + + <p>Lorsque Louis XIII visita sa bonne ville de Marseille, on organisa + en son honneur une grande pêche à la madrague. Ce massacre officiel + enchanta tellement le <span class="pagenum" id="Page_535">535</span> monarque, peu sensible et peu facile à + divertir, comme chacun sait, qu’on l’entendit dire plusieurs fois que + c’était <i>la plus agréable journée de son voyage</i>. Heureux roi!... + et pauvres Thons!!</p> + + <p>Ne pourrait-on pas pêcher sans massacrer?</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_537">537</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_40" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XL<br /> + <span class="h2line2">LES TORTUES DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«<i xml:lang="la" lang="la">Esse et in piscatu voluptatem maxime + Testitudinum.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Pline.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Reptiles sont rares dans la mer; mais ceux, en petit nombre, + qu’elle nourrit, se font remarquer par leur organisation, par leurs + mœurs et par leur utilité. Nous voulons parler des <i>Tortues</i>. + Aristote désignait ces animaux sous le nom de <i>Thalassites</i>.</p> + + <p>Comme les Tortues terrestres, les Tortues marines sont revêtues d’une + cuirasse osseuse et écailleuse très-dure et très-solide, fortifiée par + huit paires de côtes.</p> + + <p>Cette cuirasse forme en dessus une <i>carapace</i> plus ou moins + bombée, et en dessous, un <i>plastron</i> plus ou moins aplati.</p> + + <p>La carapace et le plastron composent une sorte de boîte protectrice, + dans laquelle le reptile tient son corps à l’abri, et retire, au + besoin, son cou et sa queue. Chez les Tortues <span class="pagenum" id="Page_538">538</span> de terre, dont la + tête et les pattes sont proportionnellement moins grandes, l’animal + peut encore les rentrer et les loger dans son armure<a id="FNanchor_258" href="#Footnote_258" class="fnanchor">[258]</a>.</p> + + <p>Si l’on n’avait jamais vu de Tortue, soit de terre, soit de mer, + et qu’on rencontrât pour la première fois une de ces bizarres + organisations, ne serait-on pas bien étonné?</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-538" style="width: 468px;"> + <img src="images/page-538.jpg" alt="" width="468" height="392" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-538.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TORTUES.</p> + </div> + </div> + + <p>Un montagnard du centre de la France trouva un jour, à la fête de son + village, un marchand algérien qui étalait devant lui une cinquantaine + de Tortues communes.</p> + + <p>«Et combien vendez-vous ces drôles de petites bêtes?</p> + + <p>—Trente sous, monsir, sans marchander.</p> + + <p>—Trente sous! c’est bien cher pour une espèce de grenouille!..... Et + combien en voulez-vous <i>sans la boîte</i>?»</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_539">539</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>On connaît trois espèces principales de Tortues de mer: la + <i>Caouane</i>, la <i>franche</i> et le <i>Caret</i>.</p> + + <p>La <i>Tortue caouane</i> est assez commune dans la Méditerranée, la mer + Rouge, l’archipel de Madagascar et les Maldives.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-539" style="width: 299px;"> + <img src="images/page-539.jpg" alt="" width="299" height="318" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-539.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TORTUE CAOUANE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Chelonia caouanca</i> Schweigger).</p> + </div> + </div> + + <p>C’est la reine des Tortues de mer. Il y en a une très-belle dans les + galeries du Muséum d’histoire naturelle, rapportée de Rio-Janeiro par + Delalande. Cette espèce peut arriver à environ 126 centimètres de grand + diamètre et dépasser le poids de 200 kilogrammes.</p> + + <p>Sa carapace est couverte de plaques cornées, grandes, minces, + transparentes, et d’un brun moucheté de blanc et de jaune vif.</p> + + <p>La <i>Tortue franche</i> ou <i>Midas</i><a id="FNanchor_259" href="#Footnote_259" class="fnanchor">[259]</a> se trouve dans l’océan + <span class="pagenum" id="Page_540">540</span> Atlantique. On la rencontre quelquefois à Madère et aux îles + Canaries.</p> + + <p>Elle a de 150 à 160 centimètres de grand diamètre; elle pèse + généralement une centaine de kilogrammes.</p> + + <p>Sa carapace offre des places marron glacées de verdâtre, veinées + longitudinalement de nuances plus claires. Son plastron est d’un + jaune-serin verdâtre.</p> + + <p>Pline assure qu’il en existe dans la mer des Indes, qui sont si + grandes, que leur carapace sert de nacelle aux habitants des îles de la + mer Rouge, et qu’une seule suffit <i>pour couvrir une maison</i>. La + véracité du naturaliste romain est quelquefois un peu suspecte.....</p> + + <p>Quelques voyageurs prétendent qu’on rencontre, aux Antilles, des + Tortues de mer sur le dos desquelles quatorze hommes peuvent se tenir + debout à la fois (?).</p> + + <p>Dampierre cite un individu très-grand dont la dépouille formait un + petit bateau. Un enfant de neuf à dix ans, le fils du capitaine Rocky, + s’y embarqua pour aller, à un quart de mille de distance, gagner le + navire de son père.</p> + + <p>En 1752, la mer jeta dans le port de Dieppe une Tortue franche qui + avait 2 mètres de long et 130 centimètres de large, et qui pesait 450 + kilogrammes.</p> + + <p>En 1754, on en prit une autre dans le pertuis d’Antioche, à la hauteur + de l’île de Ré, qui offrait à peu près le même poids. Elle mesurait 2 + mètres 60 centimètres depuis le museau jusqu’à la queue. La carapace + seule avait plus d’un mètre et demi de longueur. Quand on lui coupa la + tête, elle répandit huit litres de sang. On en retira 50 kilogrammes + de graisse. Son foie se trouva, dit-on, assez volumineux pour donner à + dîner à plus de cent personnes (?).</p> + + <p>La <i>Tortue caret</i> se trouve dans l’océan des Indes et dans l’Océan + américain.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_541">541</span></p> + + <p>Cette espèce a 73 centimètres de grand diamètre. Elle est, par + conséquent, moins grosse que la précédente.</p> + + <p>Sa carapace est marbrée de brun sur un fond fauve et jaune.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-541" style="width: 260px;"> + <img src="images/page-541.jpg" alt="" width="235" height="288" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-541.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TORTUE CARET<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Chelonia imbricata</i> Schweigger).</p> + </div> + </div> + + <p>Dans ces trois Tortues, la carapace est écailleuse; + mais il en existe une quatrième, qui ne présente autour de cette armure + qu’une simple peau coriace, avec trois arêtes saillantes dirigées + longitudinalement: c’est le <i>Luth</i><a id="FNanchor_260" href="#Footnote_260" class="fnanchor">[260]</a>, espèce assez rare, qui + habite la Méditerranée et l’océan Atlantique.</p> + + <p>Elle offre environ 2 mètres de longueur.</p> + + <p>Rondelet parle d’un Luth long de cinq coudées, qui avait été pêché à + Frontignan.</p> + + <p>Amoreux en a décrit un autre pris dans le port de Cette.</p> + + <p>Delafond en signale un troisième, capturé à l’embouchure de la Loire en + 1726.</p> + + <p>Borlase en a figuré un quatrième, harponné sur les côtes de + Cornouailles en 1756.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_542">542</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Tortues de mer ont des mâchoires sans dents. Leurs gencives sont + cornées, dures, à bords tranchants comme le bec d’un oiseau de proie. + Elles coupent les Zostères, les Ulves, les Varecs, dont ces animaux + font leur principale nourriture.</p> + + <p>La Caouane est simplement herbivore, tandis que la Tortue franche mange + non-seulement des matières végétales, mais encore des Zoophytes et des + Sèches.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-542" style="width: 242px;"> + <img src="images/page-542.jpg" alt="" width="242" height="142" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-542.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TÊTE DE TORTUE DE MER.</p> + </div> + </div> + + <p>Les Tortues de mer passent pour des animaux lourds, timides et assez + doux. Leurs membres sont transformés en rames aplaties, légèrement + courbées d’avant en arrière. Les antérieurs dépassent du tiers les + postérieurs.</p> + + <p>Les Tortues marines nagent et plongent avec la plus grande facilité; + elles peuvent rester longtemps sous l’eau. L’orifice externe de + leur canal nasal est surmonté d’une masse charnue, dans l’épaisseur + de laquelle on distingue le jeu d’une soupape que l’animal soulève + lorsqu’il est dans l’air, et qu’il ferme hermétiquement lorsqu’il + s’enfonce dans l’eau (Duméril). Leur marche est assez pénible. Le + missionnaire Labat s’est fait plus d’une fois porter par cette lourde + et un peu cahotante voiture.</p> + + <p>Dans les parages tranquilles, on aperçoit de temps en <span class="pagenum" id="Page_543">543</span> temps, à la + surface de la mer, à sept ou huit cents lieues de terre, des Tortues + qui flottent dans une immobilité absolue. Elles dorment.</p> + + <p>Ces reptiles n’ont pas d’armes pour se défendre, mais leur carapace les + protége jusqu’à un certain point. Ils ont, du reste, la vie très-dure. + On en a vu, la tête coupée et le cœur arraché, remuer encore les + nageoires, et donner des signes de souffrance.</p> + + <p>Les Tortues de mer sont ovipares. A l’époque de la ponte, les femelles + se rendent à terre après le coucher du soleil, pour déposer leurs + œufs. Elles creusent un trou sur le rivage, écartant très-habilement + le sable avec leurs pieds postérieurs, qui fonctionnent alors comme + de larges pelles. Ce trou peut avoir une soixantaine de centimètres + de profondeur. Le prince Maximilien de Neuwied rapporte avoir vu une + Tortue franche, sur la côte du Brésil, qui creusait ainsi la grève. On + s’approcha doucement; elle ne se dérangea pas. Il fallut quatre hommes + pour la soulever. Bientôt elle se mit à pondre. Un soldat recueillit + une centaine d’œufs dans l’espace de dix minutes. Cette espèce peut, du + reste, en déposer jusqu’à cent cinquante.</p> + + <p>On dit que les Luths en produisent de deux cents à deux cent soixante.</p> + + <p>Après avoir pondu, la mère recouvre ses œufs avec le sable amoncelé + derrière elle, et nivelle si parfaitement la surface du sol, que peu de + personnes reconnaîtraient qu’on a remué quelque chose en cet endroit. + Cette opération terminée, l’animal retourne à la mer.</p> + + <p>Les œufs sont arrondis, un peu déprimés et revêtus d’une coque coriace. + La chaleur du soleil suffit pour les faire éclore.</p> + + <p>Les jeunes Tortues naissent au bout de trois semaines. Au sortir de + l’œuf, elles sont grosses comme de petites <span class="pagenum" id="Page_544">544</span> Grenouilles, presque + aussi molles, et blanchâtres. Elles se dirigent aussitôt vers la mer. + Les vagues les reçoivent quelquefois avec de rudes caresses, et les + rejettent de leur sein.</p> + + <p>Pendant son séjour aux Florides, plusieurs pêcheurs assurèrent au + célèbre naturaliste Audubon, que toute Tortue prise à la place même où + elle dépose ses œufs, et transportée à une distance de plus de cent + milles, si on lui rend ensuite la liberté, regagne le lieu où elle a + coutume de pondre, soit immédiatement, soit dans la saison suivante.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>On emploie différents procédés pour prendre les Tortues.</p> + + <p>Dans certains parages, on profite de l’époque où les femelles se + rendent à terre pendant la nuit pour déposer leurs œufs. On va les + chercher principalement dans les îles désertes. On reconnaît leur + passage aux traces qu’elles laissent sur le sable. On les guette, on + leur coupe la retraite, et on les renverse sur le dos, soit avec les + mains, soit avec des leviers. Ces animaux, ainsi retournés, cherchent + quelque point d’appui; ils ne peuvent se redresser, et on les retrouve, + le lendemain, à la même place et dans la même situation.</p> + + <p>Il existe entre Vera-Cruz et Tampico un petit îlot désert, grand tout + au plus comme la place de la Concorde, appelé <i xml:lang="es" lang="es">isla de los Lobos</i> + (île des Loups), on ne sait pourquoi, attendu que, bien certainement, + jamais Loup, ni carnassier semblable au Loup, n’y a posé le pied.</p> + + <p>Les Tortues ont pris cet îlot en affection; elles y trouvent <span class="pagenum" id="Page_545">545</span> un + asile paisible, entouré de grands récifs et bien défendu contre leurs + ennemis, et, de plus, des plages de sable en pente douce, excellentes + pour leurs œufs.</p> + + <p>En 1862, vers dix heures du soir, l’équipage d’un navire français + surprit dans l’île de los Lobos, à la faveur de la nuit, une énorme + Tortue femelle qui rampait sur le rivage. Elle avait une tête grosse + comme celle d’un enfant et un bec quatre fois plus grand que celui d’un + perroquet. Elle paraissait chercher un endroit pour pondre. Six hommes + s’attachèrent à sa carapace et firent de vains efforts pour la retenir; + ils ralentissaient sa marche, mais ils ne l’arrêtaient pas: elle les + entraînait vers la mer. D’autres matelots arrivèrent à temps, et l’on + réussit à la renverser sur le dos.</p> + + <p>Dans cet état, on lui amarra un petit mât entre les nageoires, et on + l’emporta au vaisseau. Le monstre pesait 130 kilogrammes. Il fournit à + manger à tout l’équipage. Il avait trois cent quarante-sept œufs dans + le corps. (De Jonquières.)</p> + + <p>Les Carets, qui ont le dos plus bombé que les Tortues franches et les + mouvements plus vifs, pourraient se <i>déretourner</i>. A cause de + cela, on les charge d’une pierre, ou bien on les tue sur place.</p> + + <p>Une seconde manière de prendre ces reptiles consiste à tendre, le + soir, un grand filet de cordes à mailles lâches, appelé <i>folle</i>, + qui leur barre le passage lorsqu’elles se rendent à terre pour y + pondre. Elles engagent la tête ou les nageoires dans les mailles, et + s’entortillent de telle sorte, qu’elles ne peuvent plus venir respirer + à la surface de l’eau, et qu’elles finissent par se noyer. Il faut + avoir la précaution de teindre ce filet: quand il est grisâtre ou + blanchâtre, les Tortues s’en défient et rebroussent chemin.</p> + + <p>Certains pêcheurs font la chasse aux Tortues lorsqu’elles viennent en + pleine mer, à la surface de l’eau, pour respirer. <span class="pagenum" id="Page_546">546</span> Ils leur lancent + un harpon, espèce de javelot à pointe triangulaire comme celle d’une + flèche acérée et tranchante, portant un anneau auquel une corde est + attachée. On se sert aussi d’une <i>varre</i>, autre harpon à pointe + sans crochet. Il faut de l’adresse pour faire pénétrer cet instrument. + Quand il est entré dans l’écaille de la Tortue, c’est comme un clou + enfoncé dans une planche, et qui ne peut en être arraché sans de grands + efforts. Dès que l’animal se sent blessé, il plonge et entraîne le + trait avec lui. On lâche d’abord une certaine longueur de corde, puis + on attire la Tortue sur le bord de l’embarcation.</p> + + <p>Dans les mers du Sud, des plongeurs habiles et exercés profitent + du moment où les Tortues sont endormies à la surface de la mer, + s’en approchent doucement, et lorsqu’ils sont à portée, ils percent + l’animal. Si la Tortue n’est pas très-grande, ils la saisissent sans la + harponner.</p> + + <p>Les Tortues sont souvent d’une force extraordinaire, à cause de leur + taille, et peuvent entraîner le canot à une grande distance et même le + faire chavirer.</p> + + <p>Plusieurs auteurs ont rapporté un fait curieux qui s’est passé à la + Martinique, en 1696. Un Indien esclave, étant seul à pêcher dans un + petit canot, aperçut une Tortue qui dormait sur l’eau. Il s’en approche + doucement, et lui passe autour d’une patte un nœud coulant, ayant + d’avance fixé l’autre bout de la corde à l’avant du canot. La Tortue + s’éveille, et se met à fuir, comme si elle ne traînait rien après + elle. L’Indien ne s’épouvante pas de se voir emporté avec tant de + vitesse. Il se tenait à l’arrière, et gouvernait avec sa pagaie pour + parer les lames, espérant que la Tortue se lasserait enfin ou qu’elle + étoufferait. Mais il eut le malheur de chavirer, et de perdre dans + cet accident sa pagaie, son couteau, ses lignes et ses instruments + de pêche. Quoiqu’il fût habile nageur et marin expérimenté, il ne + parvint <span class="pagenum" id="Page_547">547</span> qu’avec beaucoup de peine à retrouver son canot. Comme + il ne pouvait plus gouverner, le même accident lui arriva neuf ou dix + fois, et à chacune, pendant qu’il travaillait, la Tortue se reposait, + reprenait des forces, et recommençait ensuite une nouvelle course + aussi rapide que la première. Elle le traîna ainsi <i>un jour et deux + nuits</i>, sans qu’il lui fût possible de détacher ou de couper la + corde. La bête se lassa enfin, et le bonheur voulut qu’elle échouât sur + un haut-fond, où l’Indien acheva de la tuer, étant lui-même demi-mort + de faim, de soif et de fatigue.</p> + + <p>Sur les côtes de Cuba et de Mozambique, les pêcheurs se servent, pour + prendre les Tortues de mer, de certains poissons vivants, dressés, + pour ainsi dire, à cette chasse. Ces poissons, voisins du Rémore, sont + plus grands et plus longs. On les appelle <i>Poissons pêcheurs</i> ou + <i>Sucets</i>. Les Espagnols les nomment <i>Revés</i> (<i>reversi</i>), + parce que, au premier abord, on est tenté de prendre leur dos pour leur + ventre.</p> + + <p>Ces poissons portent au sommet de la tête une plaque ovale, à rebords + charnus, offrant intérieurement une vingtaine de lamelles parallèles, + formant deux séries garnies sur leur bord de petits crochets qui + ressemblent aux pointes d’une carde. Les pêcheurs tiennent plusieurs + Sucets dans des baquets pleins d’eau, et chaque nacelle a son baquet + particulier. Quand on voit de loin quelque Tortue endormie, on s’en + approche sans bruit, puis on jette à la mer un de ces poissons. + Aussitôt que celui-ci aperçoit le reptile, il se précipite sous lui, et + s’y cramponne fortement avec sa dilatation céphalique.</p> + + <p>Le Revé, dit Colomb, se laisserait mettre en pièces plutôt que de + lâcher le corps auquel il adhère.</p> + + <p>Ce poisson étant attaché à une longue corde tressée avec de l’écorce + de palmier, au moyen d’un anneau dont sa <span class="pagenum" id="Page_548">548</span> queue est garnie, les + pêcheurs tirent cette corde et amènent dans leur barque et le poisson + et la Tortue.</p> + + <p>Quand cette dernière est prise, on détache le Sucet en lui imprimant un + mouvement d’arrière en avant, lequel fait renverser à l’instant tous + les crochets.</p> + + <p>En général, la pêche des Tortues de mer est faite sans discernement et + sans frein; d’où il résulte comme conséquence inévitable, qu’au bout + d’un temps peu éloigné, ces précieux animaux deviendront rares.</p> + + <p>Il existe, il est vrai, dans plusieurs pays, des parcs à Tortues, + donnant lieu à un commerce considérable. Ces parcs sont approvisionnés + par la pêche vulgaire, mais on ne s’y occupe guère de la multiplication + de l’espèce. On assure cependant que, dans l’île de l’Ascension, on + respecte les œufs et l’on protége les jeunes sujets jusqu’à ce que leur + carapace ait assez de dureté pour défendre suffisamment l’animal.</p> + + <p>M. Salles, capitaine au long cours, a proposé de multiplier les Tortues + de mer dans la Méditerranée. La Société zoologique d’acclimatation + s’est empressée d’approuver et d’encourager les conclusions de son + mémoire. Le succès est d’autant plus certain, qu’il s’agit non pas + d’introduire une nouvelle espèce dans les localités qui en étaient + privées jusqu’à ce jour, mais seulement de repeupler des régions + aujourd’hui très-appauvries et où les Tortues se trouvaient autrefois + en nombre considérable.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Tortues de mer constituent un mets abondant, sain et nutritif. + On peut faire cuire la chair dans sa propre carapace. Cette + casserole naturelle est un moyen expéditif dont se servent les sauvages.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_549">549</span></p> + + <p>Les Anglais aiment beaucoup la chair de la Tortue franche; ils la + trouvent supérieure à celle du Bœuf. La graisse de cette Tortue est + d’un vert assez foncé, et si abondante, qu’il n’est pas rare d’en + extraire jusqu’à vingt-huit litres d’un seul individu.</p> + + <p>On sait que <i>la soupe à la Tortue</i> jouit d’une certaine réputation + chez nos voisins d’outre-Manche. C’est l’amiral Anson qui apporta en + 1752 la première Tortue qui fut mangée à Londres.</p> + + <p>La chair du Caret passe pour très-médiocre, mais les œufs sont fort + délicats. Les paquebots apportent régulièrement en Angleterre des + quantités considérables de Tortues de mer. Malheureusement, le prix + de plus en plus élevé de ces animaux ne permet pas de les servir sur + toutes les tables. C’est pour cela sans doute que, dans la fameuse + soupe à la Tortue, on substitue souvent à la chair du précieux animal + de petits cubes de tête de veau!</p> + + <p>Les Tortues de mer fournissent à l’industrie les matériaux d’une foule + de jolis petits meubles.</p> + + <p>Carvilius Pollio, d’après Pline, homme extravagant, mais inventif, + paraît être le premier qui tailla et façonna les plaques des Tortues. + Il en orna des armoires et des bois de lit.</p> + + <p>Les patriciens, sous le règne d’Auguste, en décoraient les portes et + les colonnes de leurs palais.</p> + + <p>Les Romains faisaient venir les plaques de l’Égypte. Lorsque Jules + César s’empara d’Alexandrie, il trouva dans les magasins une si grande + quantité d’écailles, qu’il s’en servit pour embellir son entrée + triomphale.</p> + + <p>L’écaille des Tortues est douce au toucher et <i>riante à l’œil</i>, + comme disent les marchands, mais en même temps assez fragile.</p> + + <p>Le Caret est l’espèce dont les plaques sont les plus estimées.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_550">550</span></p> + + <p>On distingue dans le commerce quatre variétés de cette écaille. La + meilleure est celle qui vient des mers de la Chine et des Philippines. + Ces plaques sont noires, avec des jaspures d’un jaune clair, bien + transparentes et parfaitement détachées. Le Caret des îles Seychelles + (qui arrive par Bourbon) a des plaques plus épaisses, d’une couleur + vineuse, avec des taches d’un jaune moins clair, moins transparent + et moins tranché. Le Caret de l’Inde, appelé souvent <i>écaille + d’Egypte</i>, parce qu’il est expédié par la voie d’Alexandrie, offre + une teinte brune nuancée de rouge, avec des taches d’un rouge brun et + d’un jaune-citron.</p> + + <p>Les plaques de la Caouane sont les moins recherchées: elles se + rapprochent de l’apparence de la corne. Elles sont de couleur brun + noirâtre ou brun rougeâtre, avec de grandes taches transparentes d’un + blanc sale, et de plus petites opaques ou d’un blanc mat.</p> + + <p>La Tortue franche a des plaques minces, flexibles, élastiques, + transparentes, d’un jaune pâle, marquetées de jaune rougeâtre et de + noir.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_551">551</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_41" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLI<br /> + <span class="h2line2">LES OISEAUX DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph3"> + <div class="poem"> + <span class="i8">Voulez-vous aimer, vous aimez.</span><br /> + <span class="i4">Un lieu vous déplaît-il, vous allez dans un autre.</span> + </div> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Deshoulières.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Oiseaux sont fils de l’air, comme les Poissons fils de l’eau. Mais, + parmi eux, une tribu considérable réclame ces deux éléments.</p> + + <p>Ceux-ci, dits <i>aquatiques</i>, habitent en familles nombreuses au + milieu de la mer et sur ses rives, sur les lacs et sur les fleuves.</p> + + <p>Les Oiseaux qui fréquentent, soit exclusivement, soit ordinairement, + l’eau salée, sont appelés <i>marins</i> ou <i>pélagiens</i>. Ils + composent, suivant Charles Bonaparte, la quatorzième partie de tous les + Oiseaux du globe<a id="FNanchor_261" href="#Footnote_261" class="fnanchor">[261]</a>.</p> + + <p>Les Oiseaux aquatiques offrent généralement des pattes avec les doigts + réunis par des membranes, ce qui les a fait nommer <i>Palmés</i> ou + <i>Palmipèdes</i>. Cette structure existe chez presque toutes les + espèces marines.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_552">552</span></p> + + <p>Les pieds palmés forment comme deux petites rames légères, admirables + pour naviguer.</p> + + <p>Ordinairement, les membranes unissent seulement les trois doigts + antérieurs, celui de derrière restant libre; d’où il résulte une + palette triangulaire à trois nervures (<i>Canards</i>, <i>Pétrels</i>). + Mais, dans quelques espèces (<i>Cormorans</i>, <i>Pélicans</i>), les + doigts de devant et le postérieur sont tous unis. Ils composent ainsi + une rame beaucoup plus grande que celle des Palmipèdes proprement dits; + laquelle n’est plus triangulaire, mais en forme de trapèze.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-552" style="width: 365px;"> + <img src="images/page-552.jpg" alt="" width="365" height="222" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-552.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PATTES D’OISEAUX PALMIPÈDES.</p> + </div> + </div> + + <p>Les rames des Oiseaux sont d’autant plus commodes, qu’il n’est pas + besoin, comme pour les rames ordinaires, de les sortir de l’eau à + chaque coup; il suffit que les doigts se rapprochent pour que la patte + puisse, presque sans effort, être ramenée en avant. Là les doigts + s’écartent de nouveau, la membrane s’étend, et la palette se reforme + pour frapper le liquide une seconde fois.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Oiseaux marins pourraient être rangés géographiquement en quatre + groupes:</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXX" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-552bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-552bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>1<sup>o</sup> Les <i>Voiliers</i> (ou <i>Longipennes</i>), tels que les + <i>Albatros</i> et <span class="pagenum" id="Page_553">553</span> + les <i>Pétrels</i>, qui fréquentent la haute mer. On les rencontre à + des distances inouïes de toute terre; ils s’approchent rarement du + rivage.</p> + + <p>2<sup>o</sup> Les <i>Maritimes ordinaires</i>, tels que les <i>Mouettes</i> et + les Fous, qui s’avancent assez loin du rivage, mais qui reviennent, + chaque soir, vers les îles ou vers la terre ferme.</p> + + <p>3<sup>o</sup> Les <i>Riverains</i>, tels que les <i>Canards</i> et les + <i>Harles</i>, qui s’écartent très-peu des côtes, et semblent même + préférer à la mer les étangs, les marais et les embouchures des cours + d’eau.</p> + + <p>4<sup>o</sup> Les <i>Nageurs</i>, tels que les <i>Pingouins</i> et les + <i>Manchots</i>, qui se tiennent aussi à une faible distance du rivage. + Ceux-ci sont privés de la faculté de voler, mais ils nagent et plongent + d’une manière merveilleuse.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Nous ne connaissons pas d’Oiseaux qui représentent mieux la grande + tribu des Palmipèdes que les <i>Goëlands</i>.</p> + + <p>Parmi ceux-ci, on pourrait regarder comme type principal le <i>Goëland + argenté</i><a id="FNanchor_262" href="#Footnote_262" class="fnanchor">[262]</a>, si commun dans les mers du Nord.</p> + + <p>Ce bel Oiseau est de la taille d’une Corneille, mais il a des ailes + plus longues et plus effilées. Son corps paraît bien pris, ni trop + massif, ni trop élancé. Il porte un manteau uniforme, d’un cendré + clair, légèrement bleuâtre. Les extrémités de ses ailes sont de velours + noir, avec des pointes d’un blanc de neige. Sa tête présente des yeux + d’un jaune pâle (ce qui ne les empêche pas d’être expressifs), et un + bec robuste couleur d’ocre, avec une tache de corail à <span class="pagenum" id="Page_554">554</span> l’angle + inférieur. Les pieds sont couleur de chair un peu grisâtre.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-554" style="width: 487px;"> + <img src="images/page-554.jpg" alt="" width="487" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-554.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GOËLAND A MANTEAU GRIS<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Larus argentatus</i> Brünnich).</p> + </div> + </div> + + <p>Ce Goëland est défiant et farouche, cependant on l’apprivoise avec + facilité. Il tient la tête haute, un peu ramenée en arrière, et la + gorge légèrement renflée, ce qui lui donne un air d’importance, + moins caractérisé, toutefois, que celui des Canards. Tantôt il se + couche doucement et paresseusement sur le sable, au soleil, les yeux + demi-fermés ou fixés <span class="pagenum" id="Page_555">555</span> sur la mer, dans la situation d’une Poule sur + ses œufs, ou bien les ailes à moitié ouvertes, écartées, pendantes, + comme une Perdrix sur ses poussins; tantôt il se redresse sur un + pied, cachant l’autre dans son duvet, et demeure des heures entières + immobile, muet, méditatif, semblable à un Échassier à pattes courtes + qui digère son repas.</p> + + <p>Quand le Goëland argenté marche, il a de l’assurance et de la dignité; + mais il ne se dandine pas. Il court assez vite. Lorsqu’il nage, il fend + l’eau avec lenteur. Il plonge rarement et péniblement: on voit qu’il + n’a pas l’habitude d’aller chercher sa proie au fond de l’eau.</p> + + <p>Son vol est ferme et soutenu; il le dirige en ligne droite par des + battements d’ailes énergiques et fréquents, avec des balancements + légers et onduleux qui ajoutent à sa grâce sans rien ôter à sa rapidité.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Oiseaux palmipèdes aiment en général les grands balancements de + la mer et le fracas des tempêtes. Ils semblent plus rares dans les + beaux temps ou plus difficiles à approcher. On dirait que l’agitation + des vagues est nécessaire pour leur fournir plus aisément les + Mollusques et les Poissons qui font leur nourriture, et que, dans les + grandes perturbations de l’atmosphère, ils ont un plaisir instinctif + particulier à lutter contre les ouragans et à se jouer des flots en + courroux. (Lesson.)</p> + + <p>Les ailes blanches des Mouettes et des Hirondelles de mer, quand ces + oiseaux se jouent au milieu d’une tourmente, produisent un admirable + contraste avec les nuages noirs qui obscurcissent l’horizon.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_556">556</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-556" style="width: 529px;"> + <img src="images/page-556.jpg" alt="" width="529" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-556.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">ALBATROS MOUTON<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Diomedea exulans</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Oiseaux marins varient beaucoup pour la taille. Le plus grand + est l’<i>Albatros</i>, surnommé <i>Mouton du Cap</i> ou <i>Vaisseau + de guerre</i>, qui offre une envergure de 4 mètres environ. Le plus + petit est l’<i>Oiseau de tempête</i>, qui atteint à peine la taille du + Moineau. L’Albatros est le géant des Palmipèdes, l’Oiseau de tempête en + est le nain.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-557" style="width: 480px;"> + <img src="images/page-557.jpg" alt="" width="480" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-557.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">OISEAU DE TEMPÊTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Thalassidroma pelagica</i> Temminck).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Oiseaux grands voiliers ont un corps élancé, des ailes <span class="pagenum" id="Page_557">557</span> + effilées et une longue queue. Ils sont organisés pour le vol de longue + haleine. Mais les nageurs présentent un corps trapu, des ailes réduites + à des moignons et une queue rudimentaire. Tous portent un plumage + serré, garni de duvet et enduit d’une humeur huileuse qui le protége + contre l’eau.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_558">558</span></p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Les Palmipèdes se nourrissent de substances végétales, de Mollusques et + de Poissons.</p> + + <p>Nos pêcheurs se réjouissent à la vue du <i>Stercoraire + parasite</i><a id="FNanchor_263" href="#Footnote_263" class="fnanchor">[263]</a>; il leur décèle les grandes colonnes de Harengs, + qu’il accompagne ou qu’il poursuit.</p> + + <p>Les Goëlands et les Pétrels se précipitent sur les Cachalots et sur les + Dauphins échoués, et leur arrachent des lambeaux de chair huileuse.</p> + + <p>Les Albatros, ces vautours de l’Océan, sentent une Baleine morte d’une + distance vraiment considérable.</p> + + <p>Les Canards ont le bec garni sur les bords de cannelures parallèles, + admirablement disposées pour permettre à l’oiseau, lorsqu’il barbote, + de cribler les matières dont il veut faire son repas. Ce bec est aplati + comme une pelle, avec une mandibule inférieure en forme de cuiller. Il + semble frapper l’eau.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-558" style="width: 200px;"> + <img src="images/page-558.jpg" alt="" width="175" height="107" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-558.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TÊTE DE HARLE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Mergus serrator</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Harles</i>, intrépides pêcheurs, cousins germains des Canards, + présentent à la marge de leurs mandibules des dentelures très-pointues, + à l’aide desquelles ils retiennent solidement les pauvres poissons. Ces + dentelures sont dirigées d’avant en arrière, de manière que la proie ne + peut <span class="pagenum" id="Page_559">559</span> pas s’échapper de la pince vivante qui la retient, mais peut + être dirigée facilement vers le gosier.</p> + + <p>Les Goëlands ont l’extrémité du bec courbée en crochet. Ils frappent + et harponnent avec cette arme toujours aiguisée les animaux marins les + plus glissants. Ils s’élancent le plus souvent entre deux vagues avec + la rapidité d’une flèche, et reparaissent au bout d’un instant, tenant + au bec quelque animal.</p> + + <p>Les <i>Hirondelles de mer fuligineuses</i><a id="FNanchor_264" href="#Footnote_264" class="fnanchor">[264]</a> ne plongent jamais la + tête en bas et verticalement, comme les autres piscivores, mais passent + au-dessus des animaux marins en décrivant une courbe et les enlevant + avec dextérité. On les voit planer dans le sillage de quelque Marsouin, + tandis que ce dernier poursuit sa proie, et à l’instant où, faisant + jaillir les ondes, le Cétacé amène à la surface le fretin épouvanté, + l’oiseau se précipite dans l’eau bouillonnante et emporte en passant un + ou deux petits poissons. (Audubon.)</p> + + <p>Le <i>Bec-en-ciseaux</i> possède des mandibules comprimées et + tranchantes, disposées comme les branches d’une paire de ciseaux. + L’oiseau rase la surface de la mer, et coupe en deux la proie qu’il + peut atteindre.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-559" style="width: 272px;"> + <img src="images/page-559.jpg" alt="" width="272" height="105" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-559.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TÊTE DE BEC-EN-CISEAUX<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Rhynchops nigra</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Pélicans</i> offrent au-dessous du bec un sac de peau + singulièrement extensible. Ils le remplissent de poissons, qu’ils + apportent à leurs petits.</p> + + <p>M. Nordmann raconte, dans sa <i>Faune de la mer Noire</i>, <span class="pagenum" id="Page_560">560</span> que + les Pélicans, très-nombreux dans l’Orient, font souvent des pêches en + commun sur les lacs qui avoisinent cette mer.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-560" style="width: 431px;"> + <img src="images/page-560.jpg" alt="" width="431" height="484" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-560.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PELICAN BLANC<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pelecanus onocrotalus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>«C’est ordinairement, dit-il, dans les heures de la matinée ou le + soir que ces oiseaux se réunissent dans ce but, procédant d’après un + plan systématique qui est apparemment le résultat d’une espèce de + convention. Après avoir choisi un endroit convenable, une baie où l’eau + soit basse et le fond lisse, ils se placent tout autour, en formant un + grand croissant ou un fer à cheval. La distance d’un oiseau à un autre + semble être mesurée; elle équivaut à son envergure (3 à 4 mètres). En + battant fréquemment la surface de l’eau avec leurs ailes déployées et + en plongeant de temps en temps avec la moitié du corps, le cou tendu en + avant, les Pélicans s’approchent lentement du <span class="pagenum" id="Page_561">561</span> rivage, jusqu’à ce + que les poissons réunis de la sorte se trouvent enfermés dans un espace + étroit. Alors commence le repas commun.</p> + + <p>»Outre les quarante-neuf Pélicans dont la compagnie se composait ce + jour-là, il s’était rassemblé sur les tas d’ulves, de conferves et + de coquilles rejetées par les vagues et amoncelées sur le rivage, + des centaines de Mouettes, d’Hirondelles de mer, de Choucas, qui se + préparaient à happer les poissons chassés hors de l’eau et à partager + entre eux les restes du repas. Enfin, plusieurs Grèbes, de la petite + et de la moyenne espèce, nageant dans l’espace circonscrit par le + demi-cercle, tant que cet espace fut encore assez grand, prirent, eux + aussi, leur part du festin, en plongeant fréquemment après les poissons + effrayés et étourdis.</p> + + <p>»Quand tous furent rassasiés, la compagnie entière se rassembla sur + le rivage pour attendre le commencement de la digestion. Les Pélicans + lustraient leur plumage, recourbaient le cou pour le laisser reposer + sur le dos, et faisaient ainsi, à côté des petites et frêles Mouettes, + l’effet de colosses informes. Leur troupe se composait d’oiseaux de + différents âges; il y en avait de tout blancs, de bigarrés et de gris. + De temps en temps quelqu’un de ces oiseaux vidait sa poche bien garnie, + en étendait le contenu devant lui, et se plaisait à le contempler. Les + poissons qui se débattaient encore avaient bientôt la tête écrasée d’un + coup de bec.»</p> + + <p>Les <i>Cormorans</i> ont une gibecière du même genre que celle des + Pélicans, mais beaucoup moins développée. Les Chinois élèvent ces + animaux et les emploient comme pêcheurs. Ils leur passent au cou un + anneau étroit pour les empêcher d’avaler les proies qu’ils ont saisies. + Mais <span class="pagenum" id="Page_562">562</span> quand l’oiseau a travaillé quelque temps pour son maître, + celui-ci enlève le collier, et permet au Cormoran de pêcher pour son + propre compte.</p> + + <p>Certains Oiseaux de mer, qui ne possèdent ni bec tranchant, ni + gibecière gutturale, et qui se nourrissent de coquillages operculés et + solidement barricadés, ont l’instinct de les porter dans les hauteurs + de l’atmosphère, et de les laisser tomber sur un rocher pour briser + leur enveloppe.</p> + + <p>Les <i>Pétrels</i>, qui ne mangent guère que des poissons, sont + tellement huileux, que les habitants des îles Feroë tuent ces oiseaux, + leur passent une mèche à travers le corps, l’allument, et se servent du + Palmipède comme d’une lampe.</p> + + <p>Du reste, beaucoup d’Oiseaux piscivores sont chargés d’une graisse + peu consistante, qu’ils doivent à leur genre de nourriture. A + cause de cette circonstance, certains d’entre eux ont été nommés + <i>Pingouins</i>, mot dérivé du latin <i>pinguis</i> (gras, huileux).</p> + + <p>Sur les côtes de la Patagonie, où les <i>Manchots</i> sont abondants, + on prend ces oiseaux, on les écorche, et l’on fait de l’huile avec + leur peau. Cette enveloppe, doublée d’une couche de graisse plus ou + moins forte, est soumise à l’action d’une presse, qui ne laisse d’autre + résidu que le derme et le duvet. On retire un demi-litre d’huile de + chaque animal. Il faut 2000 Manchots pour remplir un tonneau.</p> + + <p>Quand on saisit un <i>Fulmar</i><a id="FNanchor_265" href="#Footnote_265" class="fnanchor">[265]</a>, il vomit une huile couleur + d’ambre, qui est regardée par les habitants de Saint-Kilda comme un + bon remède dans plusieurs maladies extérieures, <span class="pagenum" id="Page_563">563</span> surtout dans le + rhumatisme. On brûle aussi cette huile. La meilleure est produite par + les vieux oiseaux.</p> + + <p>On surprend les Fulmars pendant la nuit. On leur presse le bec, et on + leur fait rendre environ deux cuillerées d’huile. (L. Wraxall.)</p> + + <p>Ce sont les Oiseaux marins qui produisent cette matière précieuse + appelée <i>guano</i>, ou, pour mieux dire, <i>huanu</i>, si recherchée + par les agriculteurs.</p> + + <p>Le guano<a id="FNanchor_266" href="#Footnote_266" class="fnanchor">[266]</a> est un amas d’excréments déposés au sein de la mer, sur + des rochers ou sur des îles. On a calculé qu’un Palmipède de taille + moyenne en fournit à peu près 25 grammes par jour. Or, sur certains + rochers, on trouve des couches de guano offrant jusqu’à 30 mètres + d’épaisseur. Il a donc fallu des centaines d’années et des milliers + d’oiseaux pour former ces dépôts. (Boussingault.)</p> + + <p>L’île de Cincha, près du Pérou, à 100 milles au sud de Calao, est un + des endroits les plus riches en guano. Les couches supérieures de cette + matière sont d’un brun grisâtre, et les couches intérieures couleur de + rouille. La dureté du guano est d’autant plus grande, qu’il est situé + plus profondément.</p> + + <p>Les Oiseaux producteurs du guano sont surtout le <i>Fou varié</i><a id="FNanchor_267" href="#Footnote_267" class="fnanchor">[267]</a>, + le <i>Goëland modeste</i><a id="FNanchor_268" href="#Footnote_268" class="fnanchor">[268]</a>, l’<i>Anhinga</i><a id="FNanchor_269" href="#Footnote_269" class="fnanchor">[269]</a>, le + <i>Bec-en-ciseaux</i>, <span class="pagenum" id="Page_564">564</span> le <i>Pélican thagus</i>, le <i>Cormoran de + Gaimard</i><a id="FNanchor_270" href="#Footnote_270" class="fnanchor">[270]</a>, et le <i>Cormoran de Bougainville</i><a id="FNanchor_271" href="#Footnote_271" class="fnanchor">[271]</a>.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>La voix des Oiseaux marins n’est jamais douce et harmonieuse comme + celle de plusieurs oiseaux terrestres. Elle est nasillarde et + retentissante, et tient souvent du rauque ou du lugubre. Cependant les + Goëlands et les Mouettes jettent des cris aigus qui dominent le bruit + de <span class="pagenum" id="Page_565">565</span> la tempête. Certains Canards rendent une clangueur perçante + comme celle du clairon.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-564" style="width: 460px;"> + <img src="images/page-564.jpg" alt="" width="460" height="479" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-564.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CANARD MACREUSE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Anas nigra</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Quelques Palmipèdes, dont la trachée est grande et recourbée, imitent + plus exactement le son de la trompette.</p> + + <p>Il y a des Oiseaux pélagiens qui semblent pleurer comme de petits + enfants, ou ricaner comme de vieilles femmes.</p> + + <p>Les Grecs avaient désigné le <i>Pélican</i><a id="FNanchor_272" href="#Footnote_272" class="fnanchor">[272]</a> sous le nom + d’<i>Onocrotale</i> (cri de l’âne), parce que cet oiseau semble braire.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-565" style="width: 336px;"> + <img src="images/page-565.jpg" alt="" width="336" height="259" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-565.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PINGOUIN COMMUN<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Alca torda</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Pingouins</i> ont un croassement tout aussi grave et tout + aussi désagréable. Lesson dit que, dans l’île de Falkland, le soir, + au coucher du soleil, tous les Pingouins poussaient ensemble, à gorge + déployée, un immense cri, qui retentissait au loin comme les clameurs + d’une armée en révolte.</p> + + <p>Un observateur très-original, habitant d’un port de mer, a étudié + pendant huit ans la langue du <i>Pierre-garin</i><a id="FNanchor_273" href="#Footnote_273" class="fnanchor">[273]</a>. <span class="pagenum" id="Page_566">566</span> Il en + a composé le dictionnaire, prenant pour modèle le travail de Dupont + de Nemours sur la langue du Corbeau. Il a distingué cinquante mots + exprimant chacun, suivant lui, une idée particulière: <i>Ici... là... + en avant... en arrière... à droite... à gauche... plus vite... plus + lentement... halte... garde à vous... nourriture... danger... Je + t’aime... moi de même... méchant... marions-nous... quel bonheur... + un nid... nos œufs... couvons... nos petits... Maman... papa... j’ai + faim... Tais-toi...</i></p> + + <p>Voici le commencement de ce dictionnaire: <i>Kia, kié, kii, kioi, + kioui. Djia, djié, djii, djioi, djioui. Tsia, tsié, tsii, tsioi, + tsioui....</i></p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>Les Oiseaux pélagiens ont souvent des pattes courtes, attachées plus ou + moins en arrière; ils marchent avec mauvaise grâce et en se balançant; + plusieurs semblent boiteux.</p> + + <p>Les Nageurs se tiennent redressés sur leurs pattes de derrière et + presque verticaux. Les <i>Manchots</i>, vus de loin sur la plage, + semblent assis sur leur croupion: on dirait des enfants de chœur en + camail (Pernetty). D’autres se traînent péniblement sur le sable, + rampant presque à plat ventre. Ils se servent quelquefois de leurs + ailerons en guise de pattes, ce qui les convertit momentanément en + quadrupèdes.</p> + + <p>Quelques espèces aiment à s’arrêter sur les vagues. Le <i>Pétrel + damier</i>, ainsi nommé à cause de son dos bigarré de blanc et de noir, + se repose habituellement dans le sillage des navires, où le remous lui + apporte de nombreux petits mollusques. Le nom de <i>Pétrel</i>, qui + signifie <i>petit Pierre</i>, <span class="pagenum" id="Page_567">567</span> fait allusion au miracle de saint + Pierre marchant sur les eaux.</p> + + <p>Les Palmipèdes savent nager avec autant d’élégance que de facilité.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-567" style="width: 341px;"> + <img src="images/page-567.jpg" alt="" width="341" height="538" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-567.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MANCHOT DE PATAGONIE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Aptenodytes patagonica</i> Gmelin).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Canards et les Harles se balancent avec grâce à la surface des + eaux, et se jouent avec tranquillité au milieu des flots les plus + rapides. Ces oiseaux ont le corps taillé comme la carène d’un navire; + leurs pattes, comme on l’a vu plus haut, servent de rames, et leurs + ailes demi-déployées représentent les voiles de ce petit vaisseau + vivant.</p> + + <p>Les espèces privées de la faculté de voler sont les plus habiles dans + l’art de nager et de plonger. Leurs ailes, <span class="pagenum" id="Page_568">568</span> plus ou moins courtes, + fonctionnent comme des nageoires, de manière que l’oiseau possède + quatre rames, deux en avant et deux en arrière, exactement comme un + poisson.</p> + + <p>Suivant leurs besoins, ces oiseaux s’élèvent ou s’enfoncent dans le + liquide. Ils voguent généralement la tête en l’air. Les Pingouins + s’élancent par bonds, à la manière des Bonites.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-568" style="width: 470px;"> + <img src="images/page-568.jpg" alt="" width="470" height="314" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-568.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PÉTREL DAMIER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Procellaria capensis</i> Latham).</p> + </div> + </div> + + <p>Mais le vol constitue la fonction principale des Oiseaux. L’atmosphère + est pour eux ce que l’Océan est pour les Poissons. La natation et le + vol, dit Lacépède, ne sont, pour ainsi dire, que le même acte exécuté + dans des fluides différents. L’Oiseau nage dans l’atmosphère et le + Poisson vole dans l’eau (Virey).</p> + + <p>Ce sont surtout les Longipennes et les Maritimes ordinaires qui + excellent à voler.</p> + + <p>Les <i>Hirondelles de mer</i>, agiles et vagabondes, légères comme le + vent, savent planer, cingler, plonger dans l’air, selon la proie qui + les attire, l’ennemi qui les poursuit ou la gaieté qui les emporte + (Buffon). Rivales des Hirondelles <span class="pagenum" id="Page_569">569</span> domestiques, elles parcourent + comme elles les régions de l’atmosphère, et dans tous les sens, comme + pour en jouir dans tous les détails. Toujours maîtresses de leur vol, + elles semblent décrire au milieu des airs un dédale mobile et fugitif, + dont les routes se croisent, s’entrelacent, se heurtent, se roulent, + montent, descendent, se perdent et reparaissent pour se croiser et se + rebrouiller de nouveau. (Montbeillard.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-569" style="width: 437px;"> + <img src="images/page-569.jpg" alt="" width="437" height="289" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-569.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">HIRONDELLE DE MER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Sterna hirundo</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les <i>Frégates</i><a id="FNanchor_274" href="#Footnote_274" class="fnanchor">[274]</a> sont peut-être, de tous les oiseaux, ceux dont + le vol est le plus puissant et le plus fier. Elles se tiennent dans les + régions les plus élevées de l’atmosphère; elles se précipitent comme + une flèche et se balancent comme une nacelle, tantôt résistant à la + puissance du vent le plus violent, et tantôt se laissant emporter par + la plus légère brise.</p> + + <p>Elles pêchent mal, mais elles remplacent la maladresse par l’audace. + Elles suivent et persécutent les Mouettes qui ont pris quelque animal, + leur font rendre gorge, et saisissent <span class="pagenum" id="Page_570">570</span> prestement la proie dans sa + chute, avant qu’elle soit arrivée à l’eau.</p> + + <p>Audubon observa un jour une Frégate qui venait d’enlever un assez gros + poisson à une Hirondelle de mer. L’oiseau emportait sa victime en + travers du bec. Il la jeta en l’air, pour l’avaler la tête la première. + Il la reprit comme elle tombait, mais par la queue. Il la lâcha une + seconde fois, et la rattrapa encore par la queue. Le poids de la tête + en était la cause. La Frégate recommença une troisième fois. Le poisson + fut enfin reçu comme il fallait, la tête en bas, et avalé sur-le-champ.</p> + + <p>Les Albatros ou les Frégates qui ont saisi dans l’air un malheureux + Poisson volant, regagnent aussitôt les hautes régions de l’atmosphère. + Mais, souvent, plusieurs maraudeurs de leur espèce, qui les guettaient, + les suivent au milieu des nuages, s’en approchent, les harcèlent. C’est + à qui leur ravira leur proie. L’un d’eux s’en empare; un autre l’a déjà + reprise, mais la bande entière est à ses trousses. L’infortuné poisson, + ballotté de bec en bec, meurtri, mourant, finit par tomber et par + disparaître sous les flots. Cruel désappointement pour tous ces ventres + affamés! (Audubon.)</p> + + <p>Le <i>Stercoraire parasite</i>, vrai forban de l’air, fait aussi la + chasse aux espèces plus petites et plus faibles que lui, leur donne + des coups de bec, les force à vomir une partie de leur repas, et se + précipite sur cette proie dégoûtante.</p> + + <p>Le vol des <i>Phaétons</i>, ou <i>Pailles-en-queue</i>, est calme, + paisible et composé de battements d’ailes fréquents, parfois + interrompus par des sortes de chutes ou des mouvements brusques. + (Lesson.)</p> + + <p>Ces oiseaux défient la furie des orages; au milieu des tempêtes les + plus horribles, ils conservent leur sang-froid. <span class="pagenum" id="Page_571">571</span> Tranquilles et + contents, ils s’élèvent avec la lame, et redescendent avec elle dans + l’abîme.</p> + + <p>Les Phaétons voyagent à plus de cinq cents lieues en mer, et peuvent + regagner, chaque soir, les îles ou les récifs qui leur servent de + refuge. Du reste, ils s’arrêtent à peine le temps nécessaire pour + dormir. Ils semblent faits pour voler, voler, toujours voler.....</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-571" style="width: 334px;"> + <img src="images/page-571.jpg" alt="" width="334" height="581" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-571.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">STERCORAIRE PARASITE EN CHASSE.</p> + </div> + </div> + + <p>Les Oiseaux de mer sont en général pour les navigateurs les indices + de la terre. Les vieux matelots interprètent leur apparition et se + trompent rarement. Le Pétrel damier leur <span class="pagenum" id="Page_572">572</span> annonce le voisinage du + cap de Bonne-Espérance; le Paille-en-queue leur apprend qu’ils sont + sous les tropiques; les Frégates, les Mouettes et les Hirondelles de + mer leur prédisent, par la direction et la hauteur de leur vol, le beau + temps, l’agitation des flots ou l’arrivée de la tempête.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-572" style="width: 471px;"> + <img src="images/page-572.jpg" alt="" width="471" height="352" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-572.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PAILLE-EN-QUEUE PHAÉTON<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Phaeton phœnicurus</i> Latham).</p> + </div> + </div> + + <p>Le livre de la Nature est une source féconde d’instruction!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_573">573</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_42" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLII<br /> + <span class="h2line2">LES NIDS ET LES ŒUFS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Le Passereau a bien trouvé sa maison, et l’Hirondelle son nid, où + elle a mis ses petits.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">David.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Dans la saison des amours, les Oiseaux marins abandonnent les vagues et + les eaux, et gagnent les rives et les grèves.</p> + + <p>Beaucoup d’espèces se rassemblent en grandes troupes sur des rochers + stériles ou dans des îles désertes. Faber croit que ces oiseaux + obéissent à un instinct particulier de sociabilité. Boje pense qu’ils + sont attirés par l’abondance de la nourriture. Ces deux raisons peuvent + être également conformes à la vérité. Mais, probablement aussi, il + en existe d’autres: par exemple, la disposition des récifs, dont les + cavités et les saillies présentent d’excellents abris; l’absence + des animaux carnassiers, l’éloignement de l’Homme; en deux mots, la + solitude et la tranquillité.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_574">574</span></p> + + <p>Graba fait observer que les Palmipèdes choisissent toujours, pour + nicher, les rochers tournés à l’ouest et au nord-ouest, et qu’ils + dédaignent les autres expositions.</p> + + <p>Parmi les îles les plus fréquentées par les Oiseaux nicheurs, il faut + placer en première ligne le petit archipel des Feroë, entre l’Islande + et les îles Shetland. Cet archipel est formé par vingt-cinq grands + rochers à Oiseaux (<i>Vögelberg</i>).</p> + + <p>Ces écueils ont été souvent décrits. Il y en a un, surtout, qui mérite + une attention particulière.</p> + + <p class="br">Qu’on imagine un rocher noir, composé d’assises horizontales, + s’élevant verticalement à 400 ou 500 mètres au-dessus de la mer, + qui mugit et brise à ses pieds. L’eau s’élance souvent, pendant les + tempêtes, à plus de 30 mètres de hauteur, et retombe en cascade + le long de la paroi verticale. Mais, par un temps calme, elle + ondule doucement, en se jouant autour des écueils. Ces escarpements + présentent alors l’aspect le plus singulier: des milliers d’Oiseaux + sont rangés sur les corniches, à côté les uns des autres; les + femelles sur leurs nids, les mâles près d’elles ou volant à une + faible distance. Une salle de spectacle, un cirque, un amphithéâtre + remplis de spectateurs, ne donnent qu’une faible idée du nombre + prodigieux d’animaux qui sont ainsi placés avec symétrie, la tête + tournée vers la mer. L’arrivée de l’Homme ne les trouble nullement, + et le bruit d’un coup de fusil ne fait envoler que les mâles, les + femelles restent sur leurs œufs. Elles ne les quittent même que + lorsqu’on s’approche d’elles, et la plupart se laissent prendre sur + leur couvée.</p> + + <p class="br">Les différentes espèces d’Oiseaux établies sur ces rochers ne sont pas + éparpillées au hasard. Chacune semble avoir son campement particulier.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_575">575</span></p> + + <p>Sur la plage, on trouve le <i>Goëland à manteau noir</i><a id="FNanchor_275" href="#Footnote_275" class="fnanchor">[275]</a> et le + <i>Perroquet de mer</i><a id="FNanchor_276" href="#Footnote_276" class="fnanchor">[276]</a>.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-575" style="width: 394px;"> + <img src="images/page-575.jpg" alt="" width="394" height="323" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-575.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PERROQUET DE MER (MACAREUX)<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Mormon fratercula</i> Temminck).</p> + </div> + </div> + + <p>Au second rang, dans les endroits couverts de plantes, paraît la + <i>Mouette argentée</i><a id="FNanchor_277" href="#Footnote_277" class="fnanchor">[277]</a>.</p> + + <p>Au-dessus, sur les rochers les plus découverts, sommeillent les + stupides <i>Cormorans</i><a id="FNanchor_278" href="#Footnote_278" class="fnanchor">[278]</a>.</p> + + <p>Non loin de là, sur les falaises baignées par la mer, s’entassent les + élégantes <i>Mouettes à trois doigts</i><a id="FNanchor_279" href="#Footnote_279" class="fnanchor">[279]</a> et les <i>Guillemots à + miroir blanc</i><a id="FNanchor_280" href="#Footnote_280" class="fnanchor">[280]</a>.</p> + + <p>Tout à côté, parmi les Varecs amoncelés, se redressent les + <i>Guillemots à capuchon</i><a id="FNanchor_281" href="#Footnote_281" class="fnanchor">[281]</a> et les ineptes <i>Pingouins</i><a id="FNanchor_282" href="#Footnote_282" class="fnanchor">[282]</a>.</p> + + <p>Tous ces oiseaux vivent en bonne intelligence. Souvent des femelles + d’espèces différentes sont assises, côte à côte, sur leurs œufs, et + l’on croirait, en voyant les mouvements de leur tête et les claquements + de leur bec, qu’elles sont <span class="pagenum" id="Page_576">576</span> engagées dans une conversation animée, + pour faire diversion aux ennuis d’une incubation un peu trop longue.</p> + + <p>On peut indiquer encore, comme rendez-vous général des Oiseaux marins, + les îles Hébrides, et particulièrement celle de Saint-Kilda.</p> + + <p>Cette dernière offre cinq milles environ de tour. Elle sort presque + perpendiculairement du sein des flots, et forme à son extrémité + orientale, qui s’élève à plus de 440 mètres, le promontoire le plus + haut des îles Britanniques.</p> + + <p>En approchant de l’île de Saint-Kilda, on aperçoit un spectacle presque + impossible à décrire. Les rocs sont cachés par des myriades d’Oiseaux + aquatiques occupés à couver.</p> + + <p>D’énormes essaims de <i>Fous</i><a id="FNanchor_283" href="#Footnote_283" class="fnanchor">[283]</a> blanchissent les sommets + sur lesquels ils reposent. Ces plateaux ou ces pics semblent de + loin couverts de neige. Les <i>Mouettes à trois doigts</i> et les + <i>Mouettes à pieds bleus</i><a id="FNanchor_284" href="#Footnote_284" class="fnanchor">[284]</a> ont envahi chaque crête un peu + élevée. Plus bas, les <i>Fulmars</i><a id="FNanchor_285" href="#Footnote_285" class="fnanchor">[285]</a>, les <i>Puffins</i><a id="FNanchor_286" href="#Footnote_286" class="fnanchor">[286]</a> et + les Guillemots ont pris possession de tous les talus, de toutes les + pentes, de tous les endroits où il existe un peu d’herbe. Au bord de + la mer, à l’entrée des excavations, perchent des Cormorans, droits et + immobiles, comme des sentinelles avancées. (L. Wraxall.)</p> + + <p>Tout autour, au sein des eaux, des milliers de nageurs de toute espèce + plongent, barbotent, se poursuivent, se becquètent ou se battent. + D’autres remplissent l’air de leurs cris rauques ou aigus, allant de la + mer à leurs nids ou de leurs nids à la mer; appelant leurs femelles, + tournoyant au-dessus d’elles, caressant leurs petits, jouant avec + leurs frères, et manifestant, d’une manière bruyante et naïve, leurs + craintes, leurs besoins, leur joie ou leur bonheur.....</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_577">577</span></p> + + <p>Lorsqu’un fragment de rocher se détache et roule du haut de l’île dans + les flots, il devient le signal d’un tumulte extraordinaire. La frayeur + s’empare de toute la colonie. Le bloc écrase de malheureux Fulmars + accroupis sur leur couchette, et entraîne, en bondissant au milieu d’un + fracas épouvantable, les herbes et le sable, les œufs et les poussins. + Des nuées d’oiseaux épouvantés s’enfuient sur son passage. Mais bientôt + ils reviennent à leurs nids, et tout reprend le calme habituel. (L. + Wraxall.)</p> + + <p>En Hollande, d’innombrables troupes de Mouettes et d’Hirondelles de + mer nichent, toutes les années, dans l’île d’<i>Eierland</i> (pays des + œufs), et dans les autres îles septentrionales du Texel. Il en est de + même dans celles du Slesvig et du Jutland.</p> + + <p>Dans la saison de la ponte, les Palmipèdes arrivent par milliers. + Beaucoup d’Échassiers se mêlent à leurs troupes.</p> + + <p>Les œufs sont pondus par des Goëlands, des Mouettes, des Hirondelles + de mer, des Guillemots, des Pingouins, des Canards, et aussi par des + Huîtriers, des Pluviers, des Barges, des Vanneaux.....</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Oiseaux marins placent leur nid, soit dans un simple enfoncement, + derrière deux ou trois galets, soit parmi les herbes, entre les joncs + ou sous quelque arbrisseau, soit encore dans les creux des rochers.</p> + + <p>La Mouette tridactyle a l’instinct de s’établir dans les lieux les plus + inaccessibles; aussi est-elle rarement troublée par les ramasseurs + d’œufs.</p> + + <p>Les Pingouins et les Manchots se creusent dans le sable un trou + horizontal. Les Macareux s’emparent des terriers <span class="pagenum" id="Page_578">578</span> des lapins; + ils aiment à nicher en société et à couver les uns près des + autres. L’endroit qu’ils ont choisi est quelquefois tellement + miné, qu’en posant le pied dessus, on s’enfonce jusqu’au genou. + Les <i>Tadornes</i><a id="FNanchor_287" href="#Footnote_287" class="fnanchor">[287]</a> ont aussi l’habitude de nicher dans + des souterrains. Les anciens donnaient à ces oiseaux le nom + d’<i>Oies-renards</i>.</p> + + <p>Naumann a vu, dans la petite île de Sylt, un très-grand nombre de + Tadornes réunis par groupes dans des excavations artificielles. Il + a compté jusqu’à treize nids dans un espace quadrangulaire, avec + une entrée commune. Au-dessus de chaque nid était un trou couvert + d’une touffe de gazon. Quand on soulevait cette touffe, on voyait un + Tadorne accroupi. Chaque habitant du village possédait plusieurs de + ces souterrains, d’où il retirait par jour, pendant trois semaines, de + vingt à trente œufs. Il en laissait six à chaque nid pour l’incubation.</p> + + <p>Dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance, les Albatros se réunissent + en colonies pour nicher. Ils partagent le terrain en carrés réguliers, + un pour chaque nid. Ces carrés communiquent par des chemins. L’ensemble + est défendu par une chaussée de pierres.</p> + + <p>Les Cormorans nichent tantôt au milieu des joncs et des roseaux, tantôt + sur les troncs des vieux saules ou sur des arbres élevés, tantôt encore + sur des rochers, toujours dans le voisinage de la mer. Ils construisent + de grands nids informes, composés de rameaux et de bûchettes + grossièrement assemblés. On trouve souvent plusieurs de ces nids sur le + même arbre.</p> + +<div class="figcenter2" id="fig-579" style="width: 543px;"> + <img src="images/page-579.jpg" alt="" width="543" height="485" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-579.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CORMORAN ORDINAIRE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Phalacrocorax carbo</i> Cuvier).</p> + </div> + </div> + + <p>Au commencement de ce siècle, les Cormorans étaient assez rares sur les + bords de la mer Baltique. Vers 1810, plusieurs couples vinrent nicher + dans la proximité de l’île de <span class="pagenum" id="Page_579">579</span> + Fionie, parmi les rochers du rivage et dans les forêts. Leur nombre + augmenta peu à peu. Au printemps de 1812, quatre paires de ces + oiseaux se rendirent dans la terre de Neudorf, près de la ville de + Leutjenbourg, et s’établirent dans un bois voisin de la mer, sur de + grands hêtres qui, depuis plusieurs années, servaient de retraite à + une multitude de Hérons et de Freux. Ils expulsèrent de leurs nids + ces derniers oiseaux, firent deux pontes, l’une en mai et l’autre en + juillet, et quittèrent la contrée en automne. Leur nombre s’élevait + alors à une trentaine. Pendant le printemps de 1813 et les années + suivantes, ils revinrent régulièrement. Bientôt on calcula qu’il y + avait 7000 couples de nicheurs. Au mois de juin 1815, on voyait des + cinquantaines de nids sur certains arbres, et les innombrables vols + <span class="pagenum" id="Page_580">580</span> des Cormorans, mêlés avec les Hérons, remplissaient l’air de + leurs cris sauvages. L’âcreté de leurs ordures brûlait la feuille + des arbres, et les débris des poissons corrompus dont ils jonchaient + le sol empoisonnaient au loin l’atmosphère. D’après les ordres du + gouvernement, on leur fit la chasse. Il y eut des jours où l’on en tua + jusqu’à cinq cents. Ce ne fut que l’année suivante que l’on parvint à + les éloigner de la contrée. (Boje.)</p> + + <p>Dans certaines îles, les nids des Oiseaux marins sont si rapprochés, + qu’on ne saurait faire un pas sans écraser des œufs, et qu’il arrive + souvent à une mère de pondre dans la couchette d’une autre mère. + (Schinz.)</p> + + <p>C’est ainsi que Naumann a trouvé un œuf d’<i>Hirondelle de mer à longue + queue</i><a id="FNanchor_288" href="#Footnote_288" class="fnanchor">[288]</a> dans le nid d’un <i>Huîtrier</i><a id="FNanchor_289" href="#Footnote_289" class="fnanchor">[289]</a>, et ailleurs, un + œuf de ce dernier oiseau dans le nid d’un Goëland. Cependant chaque + couveuse reconnaît ses propres œufs et ne s’y trompe jamais. Ce que + nous croirions impossible, si l’instinct des animaux ne nous avait pas + habitués à des miracles.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>La plupart des œufs, chez les Oiseaux marins, ont un gros et un petit + bout, et ressemblent, à cet égard, aux œufs de la Poule. Ceux des + Cormorans sont plus allongés et paraissent avoir deux petits bouts. + Ceux de quelques Manchots sont tout à fait ronds.</p> + + <p>Les œufs des Cormorans sont assez petits relativement à la taille de + l’oiseau. Ceux des Guillemots sont au contraire assez grands. Celui du + Guillemot à capuchon est plus gros <span class="pagenum" id="Page_581">581</span> que l’œuf de l’Oie; l’oiseau + est un peu plus petit que le Pigeon ramier.</p> + + <p>Le <i>Pingouin brachyptère</i>, ou <i>grand Pingouin</i>, est l’oiseau + d’Europe qui donne l’œuf le plus volumineux. Cet œuf, très-recherché + par les amateurs, devient chaque jour plus rare. On le paye aujourd’hui + de 500 à 800 francs.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-581" style="width: 461px;"> + <img src="images/page-581.jpg" alt="" width="461" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-581.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">GRAND PINGOUIN<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Pinguinus impennis</i> Ch. Bonaparte).</p> + </div> + </div> + + <p>Les Pétrels ont les œufs blancs; ceux des Harles sont jaunâtres, et + ceux des Canards verdâtres. Les Goëlands et les Mouettes en pondent + d’olivâtres, avec des marbrures brunes généralement plus nombreuses et + plus fortes vers le gros bout.</p> + + <p>Le grand Pingouin, dont nous venons de parler, donne un œuf d’un blanc + isabelle, avec des raies et des taches peu nombreuses, qui rappellent, + dit Temminck, les formes singulières des caractères chinois.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_582">582</span></p> + + <p>Le <i>Guillemot bridé</i><a id="FNanchor_290" href="#Footnote_290" class="fnanchor">[290]</a> produit un œuf plus remarquable encore + par les traits ou les zigzags nombreux qui décorent sa coquille.</p> + + <p>Les Plongeons sont les oiseaux connus qui offrent les œufs les plus + foncés en couleur. Ces œufs sont couleur chocolat plus ou moins + olivâtre, avec des taches noirâtres plus ou moins irrégulières.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-582" style="width: 449px;"> + <img src="images/page-582.jpg" alt="" width="449" height="364" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-582.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PLONGEON IMBRIM<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Colymbus glacialis</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Les œufs des Cormorans et des Fous sont revêtus d’un enduit crétacé, + blanc, qu’on enlève facilement avec l’ongle. Cet enduit est tellement + friable sur l’œuf du <i>Flamant</i><a id="FNanchor_291" href="#Footnote_291" class="fnanchor">[291]</a>, que si l’on promène sa coque + sur la manche d’un habit noir, on la blanchit comme si on l’avait + frottée avec un morceau de plâtre.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_583">583</span></p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Quand le nid d’un Oiseau est préparé, la jeune mère doit être bien + surprise, après les douleurs de l’enfantement, de trouver sur sa + couchette, au lieu d’un poussin délicat qui lui ressemble, un sphéroïde + inanimé, qui <i>ne dit rien</i>; elle a mis au monde une espèce de + boule, blanche comme de la craie, quelquefois d’un bleu clair de + turquoise, ou d’un rouge vineux d’acajou, pointillée, maculée, veinée + comme du marbre ou de l’agate!..... Un œuf n’est pas un Oiseau, pas + plus qu’une graine n’est un arbre; c’est quelque chose d’antérieur, + quelque chose qui contient les rudiments d’un animal, mais qui n’est + pas encore un animal, quelque chose qui ressemble plus à une production + minérale qu’à un germe organisé.</p> + + <p>L’instinct de la mère vient en aide à son inexpérience. Elle s’attache + à ce corps inerte avec une passion que nous ne comprenons pas et + que nous ne pouvons pas comprendre. Est-ce de l’amour maternel? + Certainement non! C’est un sentiment voisin, très-voisin, préliminaire, + si l’on veut; mais à coup sûr bien différent. L’amour maternel n’existe + pas encore; il ne viendra que plus tard, il viendra quand les petits + seront éclos....</p> + + <p>Cet attachement pour les œufs pousse les Oiseaux à s’accroupir sur ces + bizarres produits et à les échauffer..... Ils <i>pressent ces cailloux + contre leur cœur</i> (Michelet).</p> + + <p>Les parents qui couvent pour la première fois savent-ils quels seront + les résultats de leur incubation? L’instinct est encore ici leur + directeur et leur mobile. Aussi voit-on souvent des femelles et même + des mâles (ce qui est plus étonnant), quand ils couvent, oublier le + boire et le manger. Tant est grand l’<i>amour de l’œuf</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_584">584</span></p> + + <p>Pendant que la femelle de l’Hirondelle de mer fuligineuse couve, son + mâle arrive de temps en temps et vient se reposer près du nid. Là il + dégorge quelque petit poisson à portée de sa compagne. Il regarde + ensuite cette dernière. Les deux époux se font plusieurs inclinations + de tête, souvent singulières, par lesquelles très-probablement ils + se témoignent l’un à l’autre leur tendre affection et leur doux + contentement. (Audubon.)</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Le développement de l’œuf n’est plus un mystère. Si l’on brise + délicatement la coque d’un certain nombre d’œufs aux différentes + époques de l’incubation, on peut assister aux diverses phases de + l’évolution du nouvel être.</p> + + <p>Au moment de l’incubation, on voit sous la coquille protectrice + une membrane extérieure enveloppant une épaisse couche d’albumine. + Au milieu est suspendu par les <i>chalazes</i> le jaune ou + <i>vitellus</i>. A la partie supérieure du jaune se trouve le germe; + il est blanchâtre et composé de deux feuillets: le supérieur deviendra + les organes de la vie animale; l’inférieur produira ceux de la vie + végétative; une couche intermédiaire formera le cœur et les principaux + vaisseaux.</p> + + <p>Plus tard, le centre du germe est divisé par une ligne médiane + transparente en deux moitiés latérales symétriques. Ce sont là les + premiers linéaments de l’embryon. Puis les contours du crâne se + dessinent, les vertèbres s’accusent; les légers battements du cœur + apparaissent; le sang, d’abord clair et transparent, se colore; et la + respiration, devenue insuffisante dans le réseau vasculaire du jaune, + passe dans un poumon transitoire qui se déploie sous la coque.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXXI" style="width: 375px;"> + <img src="images/page-584bis.jpg" alt="" width="375" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-584bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>L’animal croît alors rapidement. Les tiges des plumes <span class="pagenum" id="Page_585">585</span> + germent en grand nombre; les écailles des pieds et les ongles se + montrent. L’œil est grand et complet; le squelette prend, par + l’ossification, de la consistance et de la solidité. Le corps tout + entier se porte alors de l’axe transversal de l’œuf dans son axe + longitudinal, la tête repliée contre la poitrine et cachée sous l’aile.</p> + + <p>L’oiseau, ainsi constitué, déchire la membrane de la coque, pénètre + dans la chambre à air; et, plus à l’aise dans sa prison, il attaque + la coquille à l’aide du petit corps dur transitoirement placé sur + l’extrémité du bec, la brise, et naît enfin au monde extérieur<a id="FNanchor_292" href="#Footnote_292" class="fnanchor">[292]</a>.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Les Oiseaux marins défendent avec courage leurs œufs et leurs petits.</p> + + <p>Lorsque le capitaine Ross découvrit l’île de la Possession, il y trouva + une quantité prodigieuse de Pingouins: on en voyait jusqu’au sommet + des collines. Ces oiseaux s’avancèrent vers le rivage en colonnes + serrées, et attaquèrent hardiment, à coups de bec, les Anglais qui + voulaient occuper leur pays au nom de Victoria. Honneur au courage et + au patriotisme des Pingouins!</p> + + <p>La femelle du <i>Canard sauvage</i>, quand elle se rend à son nid, + s’abat au moins à cent pas de l’endroit où il se trouve. Une fois à + terre, elle se dirige vers sa couchette obliquement et tortueusement, + ayant toujours l’œil aux aguets, pour observer s’il n’y a point + d’ennemi qui la regarde.</p> + + <p>Que de jouissances réservées à ceux qui étudient la Nature!</p> + + <p>On assure que le petit <i>Pluvier à collier</i><a id="FNanchor_293" href="#Footnote_293" class="fnanchor">[293]</a>, lorsqu’un chien + <span class="pagenum" id="Page_586">586</span> ou un enfant s’approchent de son nid, n’attend pas leur arrivée, + mais s’avance résolûment; puis, tout à coup, prend son vol avec un + grand cri, comme s’il était surpris sur ses œufs. (Il en est souvent + éloigné d’une trentaine de pas.) Alors il volète, il laisse tomber + une aile, il court, il traîne une patte, il fait le boiteux, jusqu’à + ce qu’il ait conduit le chien ou l’enfant à une grande distance de sa + couvée, et détourne ainsi le danger.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>La récolte des œufs forme, dans beaucoup de pays, une branche + d’industrie considérable.</p> + + <p>Les pauvres habitants des îles Feroë se nourrissent de ceux de presque + tous les Palmipèdes qui fréquentent leurs parages. Ils mangent aussi + les poussins, et même les parents, quand ils peuvent les saisir.</p> + + <p>Au péril de leur vie, ils se suspendent à une corde, ou bien ils + grimpent aux parois verticales des rochers, en marchant le long des + étroites corniches sur lesquelles couvent ces oiseaux. Là le moindre + faux pas est une mort inévitable, et, chaque année, plusieurs Feroëens + sont les victimes de cette chasse périlleuse.</p> + + <p>Une poursuite sans danger est celle qui se fait en canot. Le chasseur + s’arme d’un filet conique, qui rappelle celui avec lequel on prend + les papillons; mais il est tissu d’un fil de laine, et par conséquent + plus fort. Comme ces oiseaux ne sont nullement sauvages, on s’approche + d’eux, on abat le filet sur leur tête, qui s’engage dans les mailles, + et l’on s’en empare facilement. De cette manière, on se rend maître + des oiseaux qui volent à la surface de la mer ou qui pêchent sur les + rochers à fleur d’eau.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_587">587</span></p> + + <p>Mais le plus grand nombre se trouve sur les escarpements des falaises. + Pour les atteindre, quatre chasseurs se réunissent. L’un, armé d’une + perche terminée par une petite planche horizontale, pousse l’autre + jusqu’à ce qu’il soit au niveau d’une corniche; celui-ci, à son tour, + hisse son camarade avec une corde. Là ils saisissent les oiseaux sur + leurs œufs ou les attrapent au vol avec le filet. Ils les tuent à + mesure, et les jettent à leurs camarades qui maintiennent la barque + au-dessous du rocher. Ils voyagent ainsi de corniche en corniche, + et l’on a vu des chasseurs prendre en quelques heures des centaines + d’oiseaux.</p> + + <p>Enfin, la méthode la plus profitable, mais la plus dangereuse de + toutes, est la suivante. Les chasseurs sont munis d’une corde épaisse + de 6 centimètres et longue de 200 à 400 mètres, laquelle porte une + espèce de siége. On place une poutre sur le bord du rocher, afin que le + câble ne se coupe pas en raguant sur la pierre. Six hommes descendent + le preneur d’oiseaux (<i>fuglemand</i>). Celui-ci tient à la main une + cordelette avec laquelle il peut faire à ses compagnons certains signes + convenus. Il faut une habileté toute particulière pour empêcher le + câble de se tordre, sans quoi le malheureux tourne sur lui-même, et se + brise contre les rochers. Arrivé à une corniche, le <i>fuglemand</i> + quitte la corde, l’amarre à une saillie de rocher, et tue le plus grand + nombre d’oiseaux possible, en les prenant à la main ou en les attrapant + avec son filet. Aperçoit-il une caverne ou une corniche qu’il ne puisse + atteindre, et où perchent beaucoup de Palmipèdes, alors il s’assoit + de nouveau sur la planchette, et imprime à la corde des mouvements + d’oscillation qui atteignent quelquefois 30 mètres, et le lancent à la + partie du rocher qu’il veut explorer. (<i>Mag. pittor.</i>)</p> + + <p>On assure que sur un seul petit écueil des îles Feroë, on prend + annuellement jusqu’à 2400 Perroquets de mer.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_588">588</span></p> + + <p>Les gardiens des îles du Texel sont exclusivement en possession de + tous les œufs. Mais, pour jouir de ce privilége, ils payent une somme + considérable au gouvernement.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-588" style="width: 437px;"> + <img src="images/page-588.jpg" alt="" width="437" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-588.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">VÖGELBERG.</p> + </div> + </div> + + <p>On prétend que les œufs du seul Goëland argenté, recueillis + journellement, s’élèvent à trois ou quatre cents, et souvent même + jusqu’à huit cents! Passé la Saint-Jean, on n’enlève plus les œufs, et + on laisse ces oiseaux couver en paix ceux qu’ils pondent après cette + époque. (Schinz.)</p> + + <p>Naumann rapporte que, chaque année, on retire de la petite île de Sylt + 50 000 œufs de grandes Mouettes, et tout <span class="pagenum" id="Page_589">589</span> autant d’espèces moins + grosses et d’Hirondelles de mer. Parmi les premiers, il y en a au moins + 10 000 qui appartiennent au Goëland argenté. Trois hommes sont occupés + à recueillir ces œufs depuis huit heures du matin jusqu’à l’entrée de + la nuit. Ils reçoivent en payement les œufs des petites espèces.</p> + + <p>Le Fulmar est pour les habitants de Saint-Kilda une des productions les + plus précieuses de leur île.</p> + + <p>Les dénicheurs risquent leur vie pour atteindre ces oiseaux. Ils sont + ordinairement par deux. L’un, solidement attaché sous les bras avec + une grosse corde, est descendu par l’autre sur quelque roche escarpée + bien peuplée de Fulmars. Il fait sa provision d’œufs, de petits et de + couveuses; puis, il est hissé par son compagnon. L’habileté de ces + hommes est très-grande; la moindre surface leur suffit pour se tenir. + On les voit, déjà chargés de butin, se traîner sur les genoux et sur + les mains, et marcher sur les saillies les plus étroites et les moins + avancées. La force de celui qui tient la corde est telle, que si le + dénicheur fait un faux pas et tombe dans l’espace, il supporte le choc + et sauve le malheureux. (L. Wraxall.)</p> + + <p>On dit que dans les Hébrides on tue annuellement plus de 20 000 Fous.</p> + + <p>On a calculé que dans le Groenland on consomme, dans le même espace de + temps, 200 000 œufs d’Oiseaux aquatiques.</p> + + <p>Audubon a vu des chercheurs d’œufs espagnols, venus de la Havane dans + l’<i>île aux Oiseaux</i> (golfe du Mexique), emporter une cargaison + d’environ huit tonnes d’œufs de deux espèces d’Hirondelles de mer. Il + leur demanda quel pouvait en être le nombre; ils répondirent qu’ils ne + les comptaient jamais, même en les vendant, et qu’ils les donnaient + à raison de 75 <i>cents</i> par gallon. En un seul <span class="pagenum" id="Page_590">590</span> marché, ils + se faisaient quelquefois 200 dollars, et il ne leur fallait qu’une + semaine pour aller et revenir compléter un nouveau chargement. D’autres + chercheurs, qui arrivent de la Clef de l’ouest, vendent leurs œufs 12 + cents et demi la douzaine.</p> + + <p class="souschapitre">VIII</p> + + <p>Disons, en terminant, quelques mots sur le fameux <i>Canard + eider</i><a id="FNanchor_294" href="#Footnote_294" class="fnanchor">[294]</a>.</p> + + <p>Cette remarquable espèce a près de deux fois la taille du Canard + ordinaire. Son cou est comparativement court; ses jambes sont un peu + hautes.</p> + + <p>Ce Canard pond principalement en Islande. Il est protégé par les lois. + Tout homme qui se permet de le tuer à l’époque de sa reproduction, est + condamné à une amende qui s’élève jusqu’à 30 dollars. On sauvegarde + ainsi une des industries les plus lucratives que puissent fournir les + Oiseaux de mer: nous voulons parler de l’exploitation et de la vente de + ce moelleux duvet connu sous le nom d’<i>édredon</i>.</p> + + <p>Mackensie rapporte, dans son <i>Voyage en Islande</i>, que lorsque son + bateau approcha de cette île, il traversa de véritables troupeaux de ce + précieux Canard. Les Eiders ne prenaient pas la peine de se déranger + sur son passage: ils semblaient comprendre qu’ils étaient protégés par + le gouvernement! Entre le rivage et la maison du bailli, le terrain + était littéralement couvert d’oiseaux, si serrés, que les visiteurs + étaient obligés de marcher avec beaucoup de précaution pour ne pas + les blesser. On voyait des Eiders occupés à couver, sur les murs des + jardins, sur les toits des maisons, dans leur intérieur, et <i>même + dans l’église</i>. <span class="pagenum" id="Page_591">591</span> Quand on les approchait, ils ne changeaient pas + de place; ils se laissaient toucher, et frappaient légèrement avec le + bec la main des étrangers.</p> + + <p>Les nids des Eiders sont arrondis et peu profonds; ils sont construits + avec des bûchettes sèches entrelacées avec soin, de la mousse et des + plantes marines. L’oiseau y dépose cinq ou six œufs, rarement sept ou + huit. Audubon en a compté une fois jusqu’à dix. Ces œufs sont plus gros + que ceux du Canard ordinaire, lisses et d’un gris olivâtre clair. Ils + passent pour un mets très-délicat.</p> + + <p>Chaque nid est tapissé de <i>duvet</i>, que l’oiseau arrache de sa + poitrine. Les œufs y sont profondément enfoncés. Autour de la couchette + on voit une quantité de plumes suffisante pour couvrir les œufs, quand + la mère, à marée basse, va chercher sa nourriture.</p> + + <p>«On ne peut contempler, sans être attendri, cette bonté divine qui + donne l’industrie au faible et la prévoyance à l’insouciant!»</p> + + <p>On enlève le duvet à deux époques différentes. Mais la pauvre femelle + est quelquefois obligée de fournir à une troisième récolte. Elle se + plume et se replume, pour tenir son nid convenablement chaud.</p> + + <p>Lorsqu’elle a épuisé sa provision de duvet brunâtre, le mâle arrive et + lui vient en aide. Il sacrifie, à son tour, son édredon blanc de neige + et rosé.</p> + + <p>Chaque nid peut fournir environ 125 grammes de beau duvet.</p> + + <p class="souschapitre">IX</p> + + <p>Quand on réfléchit aux rassemblements considérables d’Oiseaux marins + qui habitent et qui nichent sur les côtes de toutes les îles de + l’Europe septentrionale, on est vraiment <span class="pagenum" id="Page_592">592</span> pénétré d’admiration. Les + grèves les plus arides, les rochers les plus escarpés, les crevasses + les plus inaccessibles, tout est envahi et souvent encombré par des + nids et par des couveurs.</p> + + <p>Souvent chaque femelle ne pond qu’un œuf, et cet œuf est placé dans un + endroit tel, qu’on a peine à comprendre comment l’incubation peut avoir + lieu.</p> + + <p>Les Aigles de mer, les Faucons, les Mouettes, sucent les œufs ou + emportent les petits.</p> + + <p>Le <i>Stercoraire parasite</i><a id="FNanchor_295" href="#Footnote_295" class="fnanchor">[295]</a> nourrit sa couvée avec de jeunes + Fous, des Pingouins et des Fulmars qu’il arrache à leurs parents.</p> + + <p>Les grands Poissons happent aussi plus d’un pauvre oiseau, gros ou + petit.....</p> + + <p>Des centaines d’individus meurent de froid pendant l’hiver.</p> + + <p>Des nichées entières sont surprises par les marées, ou balayées par les + ouragans.</p> + + <p>Et combien en périt-il sacrifiés pour nos besoins et pour nos plaisirs? + (L. Wraxall.)</p> + + <p>Malgré ces causes de pertes, le nombre des Oiseaux marins se maintient + constamment le même, et les déserts de l’Océan sont toujours animés par + leur présence et embellis par leurs amours!...</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_593">593</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_43" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLIII<br /> + <span class="h2line2">LES CÉTACÉS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft2">«Ce sont des quadrupèdes <i>estropiés</i>.»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Un vieil auteur.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Chez les animaux très-simples en structure, le tissu est homogène, et + remplit toutes les fonctions par toutes ses parties. A la vérité, ces + fonctions se trouvent singulièrement bornées et réduites généralement + au nécessaire ou à l’indispensable.</p> + + <p>A mesure que les animaux se compliquent, des organes plus ou moins + distincts apparaissent, et les fonctions se <i>localisent</i>. Chaque + partie est alors chargée d’un rôle spécial.</p> + + <p>La <i>division du travail</i> est, sans contredit, une des lois les + plus importantes et les plus curieuses de la Nature. (Milne Edwards.)</p> + + <p>Cette division est d’autant plus grande, que l’animal est plus + <i>parfait</i>. Quand elle augmente, les organes et les fonctions + deviennent plus nombreux.</p> + + <p>Chez les animaux les plus voisins de l’Homme, l’instrument de chaque + fonction est tantôt simple, tantôt double; <span class="pagenum" id="Page_594">594</span> mais, dans le premier + cas, formé de moitiés semblables, cohérentes. Voilà le maximum de la + perfection organique.</p> + + <p>Les organes essentiels d’un Vertébré (cerveau, cœur) sont ceux qui, par + soudure, acquièrent l’unité.</p> + + <p>Les autres organes (oreilles, mains) conservent la dualité.</p> + + <p>Chez les Annelés, presque tous les organes sont multiples. Certaines + espèces ont 10 mâchoires, d’autres 60 tentacules, d’autres 200 dents; + celles-ci 300 pattes, celles-là 3000, 15 000, 30 000 petits yeux!.....</p> + + <p>Le plus souvent, ce sont les organismes tout entiers (zoonites) qui se + répètent. On en compte une vingtaine dans une Sangsue; il y en a au + moins 2000 dans un Ténia<a id="FNanchor_296" href="#Footnote_296" class="fnanchor">[296]</a>. Cependant l’animal s’éloigne beaucoup + d’un Vertébré, et par sa constitution, et par son intelligence.</p> + + <p>Il est autrement compliqué; car sa complication résulte, non de la + perfection de ses organes, mais du nombre de ses organismes. Chaque + zoonite, pris séparément, diffère notablement de l’admirable ensemble + d’un Mammifère ou d’un Oiseau, et la réunion de ces zoonites, quoique + formant un tout supérieur à celui d’un zoonite isolé, se trouve encore + bien au-dessous de l’organisme d’un Vertébré quelconque.</p> + + <p>Chez les animaux les plus inférieurs, ce ne sont plus les organes ou + les organismes qui se répètent, mais les individus eux-mêmes tout + entiers. Ils s’associent et forment un être collectif, un animal + composé.</p> + + <p>Dans la <i>division du travail</i>, il y a donc quatre modes à + considérer:</p> + + <p>1<sup>o</sup> Plusieurs individus pour une association.</p> + + <p>2<sup>o</sup> Plusieurs ensembles d’organes (zoonites) pour un individu.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_595">595</span></p> + + <p>3<sup>o</sup> Plusieurs instruments pour une même fonction.</p> + + <p>4<sup>o</sup> Des instruments spéciaux (doubles) pour des fonctions spéciales.</p> + + <p>Une notion même légère des grandes choses a son prix (Leibnitz); c’est + pourquoi on nous pardonnera le caractère un peu sérieux (nous allions + dire un peu savant) de cette introduction. Arrivons maintenant aux + Mammifères.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Les Mammifères, ou, comme on les appelait anciennement, les + <i>Quadrupèdes vivipares</i>, sont les Vertébrés les plus rapprochés + de l’Homme. Ceux qui vivent dans la mer constituent trois sections + d’animaux assez différentes, et par leur structure, et par leurs mœurs:</p> + + <p>1<sup>o</sup> Les Mammifères dont les membres antérieurs, plus ou moins + incomplets, sont transformés en rames ou nageoires, et qui manquent de + membres postérieurs: on les appelle <i>Cétacés</i>.</p> + + <p>2<sup>o</sup> Ceux qui ont quatre membres tous convertis en rames ou nageoires: + ce sont les <i>Phoques</i> et les <i>Morses</i>.</p> + + <p>3<sup>o</sup> Ceux qui ont quatre membres plus ou moins semblables à ceux des + Quadrupèdes ordinaires: ce sont les <i>Loutres de mer</i> et les + <i>Ours blancs</i>.</p> + + <p>Les premiers et les seconds peuvent être regardés comme les + <i>Mammifères marins</i> proprement dits.</p> + + <p>Les Cétacés sont les moins <i>parfaits</i> en organisation.</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Cétacés sont des Mammifères marins essentiellement aquatiques. La + plupart ne viennent jamais à terre. En <span class="pagenum" id="Page_596">596</span> général, ils se tiennent + toujours dans l’eau; mais comme ils respirent par des poumons, ils sont + forcés de monter à sa surface pour prendre de l’air.</p> + + <p>Lorsque, par suite de quelque gros temps, les grandes espèces se sont + échouées, il leur est ordinairement impossible de se remettre à flot.</p> + + <p>La tête des Cétacés se joint à leur tronc par un cou si court et si + gros, qu’on n’aperçoit en cet endroit aucun rétrécissement. Leur + tronc se termine par une queue épaisse et charnue. Cette queue est + déprimée ou horizontale, et non verticale ou comprimée, comme celle des + Poissons. A cause de cette structure, on leur avait donné anciennement + le nom de <i>Plagiures</i> (<i>Pisces plagiuri</i>). Ils frappent l’eau + de haut en bas et non de droite à gauche.</p> + + <p>Un vieux marin, qui avait toujours une histoire prête, disait un jour à + un jeune novice, à propos d’un Marsouin<a id="FNanchor_297" href="#Footnote_297" class="fnanchor">[297]</a> qu’on venait de harponner: + «Vois-tu, mon petit, le Marsouin, c’est comme le Dauphin<a id="FNanchor_298" href="#Footnote_298" class="fnanchor">[298]</a>, deux + cousins germains qui naviguent depuis le commencement du monde. Dans le + principe, ils avaient la queue <i>en travers</i>; aussi filaient-ils + si vite, si vite, qu’ils dépassaient les chevaux du père Tropique. Ça + le vexa, le bonhomme. C’est pourquoi il leur tordit la queue pour leur + ralentir le pas!» (S. Berthelot.)</p> + + <p>Les Cétacés ont au-dessus de la tête un ou deux orifices appelés + <i>évents</i>, qui communiquent avec le fond de la bouche, au moyen + desquels l’animal expulse, sous forme de jet de vapeur, l’air humide + qu’il a pris pendant sa respiration. Cet appareil leur a valu le nom de + <i>Souffleurs</i>.</p> + + <p>Les meilleurs plongeurs que l’on connaisse ne peuvent rester sous l’eau + qu’un petit nombre de minutes. Les Cétacés demeurent submergés des + demi-heures entières, <span class="pagenum" id="Page_597">597</span> sans paraître souffrir le moins du monde. Un + de nos plus savants anatomistes, le professeur Breschet, a découvert, + en disséquant un de ces animaux qu’il possédait, le long de la colonne + vertébrale, un réseau considérable de grosses veines, lequel n’existe + pas chez les autres Mammifères. Ce réseau lui a paru destiné à servir + de refuge au sang durant le temps que l’amphibie reste plongé sous + l’eau. Il forme comme un réservoir où se rend le trop-plein de la tête + et des organes importants. Aussitôt que le Cétacé retourne à l’air, + et que le jeu de la respiration se rétablit, le sang s’échappe de ce + réseau et se précipite dans les poumons.</p> + + <p>Les Cétacés vivent par troupes souvent nombreuses. Il en existe une + centaine d’espèces.</p> + + <p>Les uns sont carnassiers, les autres herbivores. Ces derniers sortent + parfois sur le rivage, y rampent à l’aide de leurs nageoires, et y + <i>paissent</i> comme des Ruminants. Ils font ainsi exception à la + règle générale.</p> + + <p>Plusieurs espèces, quand elles allaitent leur petit, dressent leur + corps verticalement, et tiennent toute sa partie supérieure hors de + l’eau. Elles embrassent leur nourrisson avec les nageoires, comme + une femme tient son enfant avec ses bras. En apercevant de loin ces + femelles dans cette posture et dans cette occupation, on a pu leur + trouver une certaine ressemblance avec l’espèce humaine, et de là + les noms de <i>Femmes marines</i>, de <i>Nymphes marines</i>, de + <i>Sirènes</i>.....</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_599">599</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_44" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLIV<br /> + <span class="h2line2">LES CACHALOTS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft6">Grosse tête et petit cerveau.</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les <i>Cachalots</i> sont des Cétacés de grande taille, caractérisés + par la grosseur de leurs dents inférieures. Un Cachalot ordinaire + mesure 25 mètres; sa tête plus de 10 mètres (L. Hautefeuille).</p> + + <p>Plusieurs zoologistes pensent qu’il en existe au moins dix espèces; + d’autres n’en reconnaissent que trois; quelques-uns n’en admettent + qu’une seule. Les grandes bêtes ne sont guère mieux connues que les + petites.</p> + + <p>Le <i>Cachalot grosse tête</i>, appelé aussi et plus pompeusement, + <i>macrocéphale</i><a id="FNanchor_299" href="#Footnote_299" class="fnanchor">[299]</a>, se rencontre dans presque toutes les mers.</p> + + <p>Anderson en a mesuré un qui avait à peu près 70 pieds anglais de + longueur.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_600">600</span></p> + + <p>Cet animal est d’un noir bleuâtre, plus foncé sur le dos. Sa mâchoire + d’en haut est sans dents, ou n’en offre que de rudimentaires cachées + sous les gencives. La mâchoire d’en bas est plus courte d’un mètre et + plus étroite; elle semble hors de proportion avec cette dernière. Nous + parlerons tout à l’heure des grosses dents qu’elle présente.</p> + + <p>L’évent est unique. Les yeux sont placés sur des éminences.</p> + + <p>La nageoire dorsale est réduite à une saillie calleuse. La queue est + bilobée.</p> + + <p>L’ensemble de l’animal est épais, lourd et disgracieux. Dans sa + physionomie sans élégance, il y a moins du Poisson que du Têtard.</p> + + <p>Le Cachalot grosse tête nage ordinairement à fleur d’eau, montrant le + dos et l’éminence charnue qui entoure l’évent. Il vient donner l’essor + aux humides bouffées de son organe, comme un bourgeois hollandais vient + fumer sa pipe au soleil (Melville). Sa progression n’est pas rapide. + Dans les bas-fonds, on le voit quelquefois dresser verticalement hors + de la mer toute la partie supérieure de son corps.</p> + + <p>Quand les Cachalots voyagent, le plus grand et le plus fort marche + toujours à la tête de la phalange. C’est lui qui donne ordinairement le + signal du combat.</p> + + <p>En 1741, un individu énorme échoua vers l’embouchure de l’Adour, près + de Bayonne.</p> + + <p>En 1769, un autre fut jeté sur la côte, à peu de distance de + Saint-Valery, dans la baie de la Somme.</p> + + <p>En 1784, trente-deux Cachalots échouèrent dans la baie d’Audierne, sur + le rivage de la commune de Primelin, en basse Bretagne.</p> + + <p>Le squelette conservé dans une des cours du Muséum de Paris a été + acheté à Londres en 1821.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_601">601</span></p> + + <div class="figcenter2" id="fig-601" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-601.jpg" alt="" width="600" height="557" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-601.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">CACHALOT GROSSE TÊTE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Physeter macrocephalus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>Tout récemment (novembre 1862) un petit Cachalot a été trouvé par les + douaniers dans les récifs du Darmon (Var). Sa longueur est de 12<sup>m</sup>,70, + et sa circonférence de 8 mètres. Sa gueule, ouverte, peut recevoir un + homme debout et l’avaler sans lui faire subir la moindre pression. On + estime son poids à 40 000 kilogrammes. Il a été acheté par M. Bienvenu, + ex-maître de port, pour la somme de cinquante francs. Le squelette a + été vendu pour le musée de Draguignan.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_602">602</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>La pêche des Cachalots est l’objet d’une industrie considérable.</p> + + <p>Nous devons au commandant L. Hautefeuille quelques détails sur cette + pêche intéressante et lucrative.</p> + + <p>Chaque capitaine possède à son bord deux hommes en observation au + sommet des mâts, et quatre ou cinq canots aigus aux deux extrémités + (<i>baleinières</i>). Aussitôt qu’un malheureux Cachalot a été signalé, + les canots sont détachés, chacun monté par quatre rameurs intrépides, + par un officier qui dirige l’embarcation à l’aide d’un aviron de queue, + et par un harponneur expérimenté, ordinairement vieux loup de mer, doué + de sang-froid, d’un coup d’œil juste et d’un poignet vigoureux.</p> + + <p>Dès que l’animal se sent harponné, il s’élance rapidement vers le + fond de la mer. Après quelques minutes, il reparaît à la surface pour + respirer. La colonne d’air et d’eau jetée par son évent est parfois + ensanglantée. Il replonge, mais auparavant un second et même un + troisième harpon ont été lancés d’une autre chaloupe.</p> + + <p>Quelquefois les pêcheurs emploient un harpon particulier, renfermé + dans un appareil semblable à un grand tromblon de cuivre. Au moyen + d’un puissant ressort, cet instrument part comme une flèche, et va + s’implanter dans la peau du Cétacé. Récemment encore on a imaginé un + troisième et plus terrible moyen de destruction: c’est une sorte de + pétard qui éclate quand il a pénétré dans les chairs. Tous ces nouveaux + systèmes sont généralement peu employés.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_603">603</span></p> + + <p>Cependant l’animal, épuisé, remonte à la surface, où ses apparitions + deviennent plus fréquentes. C’est à peine s’il peut plonger encore à + quelques brasses et retarder sa mort de quelques instants.</p> + + <p>A ce moment, les chaloupes, réunies en cercle, le cernent et l’achèvent + à coups de lance: mais, souvent, il arrive que le Cachalot se défend + et vend chèrement sa vie. Malheur alors à l’imprudent canot qui s’est + un peu trop avancé! D’un coup de sa queue puissante, le monstre balaye + tout ce qui se trouve à sa portée.</p> + + <p>Le Cachalot mort ou mourant, les embarcations le traînent à la + remorque. Le navire aborde l’animal et le retient fixé à l’avant par la + queue.</p> + + <p>L’équipage dîne joyeusement. Il procède ensuite au dépècement, + opération toujours accompagnée de rasades de genièvre et de chansons.</p> + + <p>D’abord on enlève tout autour du corps de larges bandes de graisse + destinées à la cuisson dans de grandes cuves de cuivre. On épuise + l’huile et la graisse dans le corps, surtout dans la tête, où on la + recueille quelquefois avec des seaux.</p> + + <p>L’huile de la région céphalique est la plus épaisse, et elle forme à + elle seule le tiers au moins de la masse totale.</p> + + <p>Lorsque le corps est entièrement épuisé, on le sépare de son chef, et + l’on abandonne la carcasse aux Oiseaux et aux Requins.</p> + + <p>La tête seule est hissée sur le pont, où l’on achève de la dépouiller. + Cette opération est possible sur des individus de taille moyenne.</p> + + <p>Le dépècement, la cuisson et la préparation demandent quarante-huit + heures, et occupent de vingt à trente hommes.</p> + + <p>Une fois épurée, l’huile est mise dans des tonnes.</p> + + <p>Un Cachalot peut fournir, suivant sa taille, de quatre-vingts <span class="pagenum" id="Page_604">604</span> à + cent cinquante tonnes d’huile. Un individu long de 18 mètres, et pesant + 60 000 kilogrammes, en rend de quatre-vingt-quinze à cent barils. + Rarement on en trouve qui en donnent davantage.</p> + + <p>La pêche d’un trois mâts est d’environ cinquante individus. Il peut les + avoir pêchés dans l’espace variable d’un à trois ans.</p> + + <p>Cette pêche est faite de nos jours principalement par les Américains, + quelques Anglais, et peu de Français et de Portugais. (L. Hautefeuille.)</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Cachalots fournissent à l’industrie et aux arts, non-seulement de + l’huile, mais encore de l’ivoire, du blanc de baleine et de l’ambre + gris.</p> + + <p>L’ivoire se retire de leurs dents. Il est d’assez mauvaise qualité.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-604" style="width: 299px;"> + <img src="images/page-604.jpg" alt="" width="299" height="134" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-604.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">DENT DE CACHALOT.</p> + </div> + </div> + + <p>La mâchoire inférieure porte de chaque côté de vingt à vingt-cinq + grosses dents<a id="FNanchor_300" href="#Footnote_300" class="fnanchor">[300]</a>. Ces dents sont cylindriques et coniques au + sommet, à peine recourbées d’avant en arrière, légèrement comprimées + inférieurement et un peu pointues. Nous en avons une sous les yeux qui + présente <span class="pagenum" id="Page_605">605</span> 20 centimètres de hauteur: nous en avons vu une autre qui + pesait plus d’un kilogramme.</p> + + <p>Le blanc de baleine se trouve au milieu des grandes cavités de la + partie supérieure du crâne, au-dessus du cerveau. Ce dernier est petit, + relativement au volume de la tête. Camper a trouvé que, sur une tête de + 6 mètres de longueur, la cavité crânienne n’avait que 32 centimètres.</p> + + <p>Pendant la vie de l’animal, le blanc de baleine est dissous dans + un liquide huileux. Il se fige après la mort. On l’obtient pur en + l’exprimant dans un sac de laine. On le fait bouillir ensuite dans une + lessive alcaline, pour le débarrasser de la partie huileuse restante. + On le lave et on le fond.</p> + + <p>Dans un Cachalot des Moluques, long de 19 mètres et demi, M. Quoy + a calculé qu’il y avait vingt-quatre barils de blanc de baleine, + contenant chacun 125 kilogrammes. Par conséquent, cet animal en a + fourni 3000 kilogrammes.</p> + + <p>Cette matière est solide, blanche, brillante, comme nacrée, un peu + transparente et très-douce au toucher. Elle se casse facilement et par + écailles.</p> + + <p>C’est un des éléments de la pommade anglaise, le <i>cold-cream</i>, + recommandée pour adoucir la peau.</p> + + <p>L’ambre gris n’est autre chose qu’une sorte de calcul intestinal, ou + plutôt une partie des aliments des Cachalots, très-incomplétement et + très-imparfaitement digérés.</p> + + <p>Cette matière, si recherchée dans la parfumerie et si estimée par + beaucoup de belles dames, cette matière présente, comme on voit, + une nature très-peu noble et une source très-peu respectable. + L’inconvenance de son origine n’en rend que plus étonnante la suavité + de son odeur!</p> + + <p>L’ambre, qui se forme dans le corps du Cachalot, est rendu..... avec + les excréments.</p> + + <p>Plusieurs zoologistes pensent que tous les Cachalots <span class="pagenum" id="Page_606">606</span> rejettent + normalement cette substance. D’autres supposent qu’elle est le résultat + de certaines maladies, et par conséquent un produit accidentel.</p> + + <p>On trouve l’ambre gris, tantôt flottant sur la mer ou déposé sur la + plage, parmi les déjections des Cétacés, tantôt dans les intestins + mêmes de ces animaux.</p> + + <p>C’est sur les côtes du Japon, des îles Moluques, de l’Inde, de + Madagascar et du Brésil, qu’on récolte habituellement cette substance.</p> + + <p>La nourriture prise par les Cachalots semble influer sur la production + de l’ambre. Il paraît que ce sont les Poulpes musqués, nommés + <i>Élédones</i>, les Sèches et plusieurs autres Mollusques, même des + Poissons odorants, mal digérés et accumulés, qui donnent naissance à + cette matière. On sait que, parmi les animaux marins, il en est un + certain nombre qui exhalent une odeur de musc plus ou moins forte.</p> + + <p>Lorsque les pêcheurs américains découvrent des morceaux d’ambre gris + dans un parage, ils en concluent aussitôt qu’il doit être fréquenté par + quelque Cachalot.</p> + + <p>L’ambre gris est une matière solide, assez dure, grasse, cireuse, plus + légère que l’eau. Sa couleur est d’un gris noirâtre un peu cendré, + quelquefois jaunâtre ou brunâtre, souvent masquée par une efflorescence + blanche qui se forme à sa surface et qui pénètre même un peu dans son + intérieur. Cette matière offre une odeur douce, suave, susceptible + d’une grande expansion.</p> + + <p>L’ambre gris est en masses irrégulières, composées tantôt de couches + concentriques, comme superposées, tantôt de petits grains inégaux + plus ou moins arrondis. On trouve quelquefois, dans son intérieur, + des débris de mollusques et de poissons, tels que des mandibules, des + écailles, des arêtes.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_607">607</span></p> + + <p>Ces masses pèsent habituellement de 50 à 500 grammes. On en trouve, + cependant, de 5 à 10 kilogrammes. Le Cachalot échoué en 1741, près + de Bayonne, avait dans ses intestins un morceau d’ambre du poids de + 5<sup>kil.</sup>,30. Un baleinier en retira 20 kilogrammes des entrailles d’un + individu, et 52 de celles d’un autre. La Compagnie des Indes en avait + une masse, en 1695, du poids de 73 kilogrammes. Valmont de Bomare en + vit un bloc, en 1721, de 100 kilogrammes. On a parlé d’un autre de 293 + kilogrammes, ce qui paraît bien extraordinaire.</p> + + <p>On prétend que les Renards sont très-friands de l’ambre gris, qu’ils + viennent chercher sur les côtes de la mer. Ils le mangent et le + rendent tel qu’ils l’ont avalé, quant à son parfum, mais altéré dans + sa couleur. C’est au résultat de ce goût qu’on attribue l’existence + de quelques morceaux d’ambre blanchâtre, qu’on trouve à une certaine + distance de l’Océan, dans les Landes aquitaniques, et que les habitants + du pays appellent ambre <i>renardé</i> (Bory)?. Cette seconde qualité + de matière parfumée aurait donc traversé le tube digestif de deux + Mammifères différents, et aurait toujours conservé son excellente odeur.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_609">609</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_45" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLV<br /> + <span class="h2line2">LES DAUPHINS.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p xml:lang="la" lang="la">«<i>Velocissimum omnium animalium non solùm marinorum est + <span class="smcap">Delphinus</span>, ocyor volucre, ocyor telo.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Pline.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les <i>Dauphins</i> sont des Cétacés souvent petits, élancés et + gracieux. Il y en a cependant d’une taille colossale.</p> + + <p>On les rencontre dans toutes les mers.</p> + + <p>Le plus commun est le <i>Delphis</i><a id="FNanchor_301" href="#Footnote_301" class="fnanchor">[301]</a>, que les pêcheurs nomment + <i>Oie de mer</i> et <i>Bec-d’Oie</i>, à cause de son museau effilé + et pointu, structure qui le distingue du <i>Marsouin</i><a id="FNanchor_302" href="#Footnote_302" class="fnanchor">[302]</a>, autre + espèce à museau court et tronqué.</p> + + <p>Le <i>Delphis</i> offre dans son palais un double sillon recouvert par + la peau. Il a quarante-cinq paires de dents à chaque mâchoire.</p> + + <p>Sur une tête qui fait partie du musée de l’École de pharmacie de Paris, + nous avons compté 104 dents à la mâchoire <span class="pagenum" id="Page_610">610</span> supérieure (52 de chaque + côté), et 98 à la mâchoire inférieure (49 de chaque côté); en tout, + 202. Ces dents sont très-petites, très-égales, très-blanches, pointues + et légèrement courbées.</p> + + <p>Les Dauphins ne manquent pas d’intelligence. Mais les écrivains grecs + et les écrivains romains ont singulièrement exagéré leurs différentes + aptitudes. Ils ont prétendu qu’ils étaient sensibles à la musique et + qu’ils pouvaient rendre à l’Homme des services signalés.....</p> + + <p>Pline rapporte très-sérieusement que, de son temps, sur la côte de + Narbonne, des Dauphins aidaient les pêcheurs à prendre des poissons, et + qu’on les récompensait de leurs peines, non-seulement par une portion + de la pêche, mais encore par du pain trempé dans du vin.</p> + + <p>On a été jusqu’à dire que des Dauphins avaient porté des hommes sur + leur dos. On a parlé d’un individu très-apprivoisé, qui, n’ayant plus + revu l’enfant qu’il affectionnait, mourut bientôt de chagrin!</p> + + <p>Les Dauphins fendent les vagues plus rapidement qu’un oiseau qui + traverse les airs (<i>ocyor volucre</i>). Avant-coureurs d’un vent + frais, ils accourent du bout de l’horizon, et bondissent sur la lame + comme pour saluer le navire. Aussi les marins regardent-ils leur + arrivée comme un heureux présage (S. Berthelot). Des troupes vagabondes + suivent les vaisseaux pendant des journées entières, les dépassent en + sautant, les croisent en se poursuivant, plongent sous leur quille, + disparaissent, et reviennent pour recommencer leur premier jeu. Ces + troupes sont composées de cinq ou six individus, rarement d’un plus + grand nombre. Cependant on en a vu formées d’une vingtaine. Les + Dauphins chassent en meute dans l’eau, comme les Loups sur la terre. + (Audubon.)</p> + + <p>Les Dauphins sont <i>l’amour et l’orgueil des ondes</i>, suivant <span class="pagenum" id="Page_611">611</span> + les belles expressions d’Oppien. Ces animaux se témoignent les uns aux + autres une sympathie vraiment remarquable, et bien plus réelle que leur + affection prétendue pour l’espèce humaine. Du moment que l’un d’eux + est pris, tous ceux de la troupe s’approchent et l’entourent, jusqu’à + ce qu’on l’ait enlevé sur le pont. Alors ils s’éloignent ensemble, et + aucun ne veut plus mordre, quelque chose qu’on lui jette. Cependant + cela n’a lieu que lorsqu’il s’agit de gros individus rusés et méfiants, + qui se tiennent à part des jeunes, comme on l’observe dans plusieurs + espèces d’oiseaux. Au contraire, si vous avez affaire à une troupe de + jeunes, ils resteront tous sous l’avant du vaisseau, et continueront de + mordre, l’un après l’autre, comme empressés de voir par eux-mêmes ce + qu’est devenu le camarade, et de cette manière ils sont tous capturés + (Audubon).</p> + + <p>La plus grande espèce connue est l’<i>Orque</i> ou <i>Épaulard</i><a id="FNanchor_303" href="#Footnote_303" class="fnanchor">[303]</a>.</p> + + <p>On en prit un dans la Tamise, en 1787, long de 8 mètres, et un autre + dans la Loire, en 1793, long de 6. On assure qu’il peut atteindre + jusqu’à 10 mètres.</p> + + <p>Deux individus, un jeune et une femelle, ont échoué, en 1844, près + d’Ostende.</p> + + <p>Ce beau Dauphin a le dessus du corps noir, et le dessous blanc. + Il offre une tache blanchâtre, en forme de croissant, à la partie + supérieure des yeux. Ses dents sont coniques et un peu crochues.</p> + + <p>Il passe pour le plus redoutable des Cétacés qui visitent nos parages. + Il attaque les Mammifères de la mer, même les plus grands; il ose + poursuivre la Baleine.</p> + + <p>Une troupe d’Épaulards harcèlent le roi des Cétacés, jusqu’à ce qu’il + ouvre la gueule, et alors ils lui dévorent la langue (Cuvier). Rien + n’est intéressant comme d’entendre <span class="pagenum" id="Page_612">612</span> les récits des pêcheurs du + Groenland et du Spitzberg, sur la férocité et la gloutonnerie de ces + dangereux animaux.</p> + + <p>Le 1<sup>er</sup> août 1862, un beau mâle est venu se perdre sur la côte du + Jutland. La nouvelle en a été donnée immédiatement au professeur + Eschricht, à Copenhague, lequel s’est rendu sur les lieux. Ce savant + zoologiste a voulu savoir, avant tout, de quoi le monstre s’était + nourri pendant les dernières heures. Il a retiré de son estomac + <i>treize Marsouins</i> et <i>quinze Phoques!</i></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>La pêche du Dauphin est une des occupations les plus importantes et les + plus fructueuses des habitants des îles Feroë.</p> + + <p>L’espèce principale qu’on rencontre autour de ces îles est + l’<i>Épaulard à tête ronde</i><a id="FNanchor_304" href="#Footnote_304" class="fnanchor">[304]</a>, remarquable par la saillie + excessive de son front, qui représente un casque antique. Ce Dauphin + vit en troupes nombreuses, conduites par un grand individu.</p> + + <p>Lemaout, pharmacien à Saint-Brieuc, en a observé soixante et dix jetés + sur la côte, près de Paimpol. En 1806, il en échoua quatre-vingt-douze + dans la baie de Scapay, à Pomona, l’une des Orcades. L’année précédente + on en avait poussé jusqu’à trois cent dix sur le rivage de Shetland. + Scoresby en a vu jusqu’à mille réunis en une seule troupe. (Des + Moulins.)</p> + + <p>«Dès qu’un pêcheur des îles Feroë a reconnu en pleine mer la présence + d’une bande de Dauphins, il la signale <span class="pagenum" id="Page_613">613</span> aussitôt aux habitants de + la côte, en arborant un pavillon particulier. Ceux-ci s’en vont sur la + montagne, allument un feu de gazon, et bientôt ce signal télégraphique + annonce à toutes les îles la joyeuse nouvelle. Les tourbillons de fumée + flottent dans les airs, les feux éclatent de sommet en sommet; leur + nombre et leur position indiquent aux habitants des côtes éloignées + l’endroit où se trouvent les Dauphins.</p> + + <p>»A l’instant, le pêcheur détache sa barque du rivage. Ses parents, + ses voisins, accourent à la hâte se joindre à lui. Des femmes leur + préparent des provisions, et ils s’élancent gaiement sur les flots. + A Thorshavn, la capitale des îles Feroë, il y a, ce jour-là, un + mouvement dont on ne saurait se faire une idée. Des femmes, des + enfants, vont tout effarés à travers la ville, en criant: <i>Gryndabud! + Gryndabud!</i> (Nouvelle du Dauphin!) A ce cri de bénédiction, toutes + les portes s’ouvrent, toutes les familles sont en rumeur. C’est à + qui ira le plus vite à son bateau, à qui sera le plus tôt prêt pour + fendre la lame avec l’aviron ou à déployer la voile. Le gouverneur et + le <i>landfogde</i> accourent aussi, et se mettent à la tête de la + caravane, avec leur chaloupe conduite par dix chasseurs en uniforme, et + portant au haut du mât la banderole danoise.</p> + + <p>»Quand tous les pêcheurs sont réunis à l’endroit désigné, ils se + rangent en ordre de bataille, s’avancent, selon la position des lieux, + en colonne serrée, ou forment un grand demi-cercle. Ils enlacent dans + cette barrière les Dauphins étonnés, les poursuivent, les chassent + jusqu’à ce qu’ils les amènent au fond d’une baie. Là le cercle se + resserre, les Dauphins sont pris entre les bateaux et la terre, arrêtés + d’un côté par des mains armées de lances ou de pieux, et de l’autre par + la grève, où le moindre mouvement imprudent les fait échouer.....</p> + + <p>»Bientôt il se fait un carnage horrible. Les pêcheurs <span class="pagenum" id="Page_614">614</span> frappent, + égorgent, massacrent. Le sang ruisselle, la mer devient toute rouge; + et ceux des Dauphins qui pourraient encore s’échapper, perdent dans + la vague ensanglantée leur agilité distinctive, et tombent comme les + autres sous le fer acéré. Souvent on compte les victimes par centaines.</p> + + <p>»Quand le carnage est fini, on traîne les Dauphins sur le sable. Le + <i>sysselmand</i> apprécie la valeur de chaque Cétacé, leur grave une + marque sur le dos, et le gouverneur en fait le partage. D’abord on + prend, à titre de dîme, une part pour le roi, pour l’Église, pour les + prêtres, une autre pour les fonctionnaires, une troisième pour les + pauvres, une quatrième pour ceux qui sont associés à la pêche, tant + par barque et tant par homme. Celui qui a découvert le troupeau a + droit de choisir le plus gros de tous les Dauphins. Ceux qui ont été + blessés ou qui ont souffert quelque avarie dans l’expédition ont une + part supplémentaire. Enfin, on en réserve encore une part pour les + propriétaires du sol où la pêche s’est faite, et celle-ci est presque + toute dévolue au roi, qui est le plus grand propriétaire du pays.</p> + + <p>»Quand le partage est terminé, les animaux sont dépecés. On en retire + la peau, qui sert à fabriquer des courroies; la chair et le lard, qui + forment une des meilleures provisions de la famille feroëenne. Avec la + graisse on fait de l’huile, et la vessie desséchée sert de vase pour la + contenir. Les entrailles sont portées par chaque bateau en pleine mer, + afin de ne pas infecter la côte.</p> + + <p>»Un Dauphin de moyenne grandeur donne ordinairement une tonne d’huile, + qui se vend, à Thorshavn, de 30 à 40 francs. La chair et le lard ont à + peu près la même valeur.» (<i>Mag. pittor.</i>)</p> + + <p>Audubon rapporte que, pendant un long calme, des troupes de superbes + Dauphins glissaient près des flancs de son vaisseau, étincelant comme + de l’or bruni à travers la <span class="pagenum" id="Page_615">615</span> lumière et semblables en éclat aux + météores de la nuit. Le capitaine et les matelots les surprenaient + habilement avec l’hameçon, ou les perçaient avec un instrument à cinq + pointes, appelé <i>pique</i>.</p> + + <p>Quand il a senti l’hameçon, le Dauphin se débat violemment et s’élance + avec impétuosité jusqu’au bout de la ligne. Alors, se trouvant soudain + arrêté, il saute souvent tout droit hors de l’eau, et parvient + quelquefois à se détacher. Quand il est bien pris, le pêcheur + expérimenté le laisse d’abord faire ses évolutions; bientôt l’animal + s’apaise, et on le hisse sur le pont. Quelques personnes préfèrent le + tirer tout de suite, mais rarement elles réussissent; car ses brusques + secousses, lorsqu’il se sent hors de son élément, suffisent en général + pour le dégager. (Audubon.)</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Dauphins nous rappellent naturellement le <i>Narwal</i>, ou + <i>Licorne de mer</i><a id="FNanchor_305" href="#Footnote_305" class="fnanchor">[305]</a>, grosse espèce des mers arctiques, agile + et audacieuse, armée d’un instrument de combat très-puissant et + très-redoutable.</p> + + <p>Le Narwal est long de 6 à 9 mètres. Il porte au devant de la gueule + une sorte de grande hallebarde, de longue épée d’ivoire, horizontale, + étroite, pointue, cannelée, comme tordue en spirale. Cette énorme dent + sort d’un alvéole commun à la partie extérieure de l’os maxillaire et + à l’os incisif de l’un des côtés. Elle dépasse quelquefois de 2 mètres + l’extrémité du museau.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_616">616</span></p> + + <p>C’est cette défense qu’on appelait autrefois <i>corne de Licorne</i>.</p> + + <p>On en conserve deux dans le musée de la Faculté de médecine de Paris, + dont la plus grande offre 2<sup>m</sup>,25 de longueur et une circonférence, à la + base, de 48 centimètres. Ces deux dents faisaient anciennement partie + du trésor de l’abbaye de Saint-Denis. Dans quel but des cornes de + Licorne étaient-elles conservées par des abbés?</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-616" style="width: 538px;"> + <img src="images/page-616.jpg" alt="" width="538" height="314" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-616.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">NARWAL<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Monodon monoceros</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>La dent correspondante, c’est-à-dire celle de l’autre côté, est + habituellement très-peu développée, et reste cachée dans l’os de la + mâchoire.</p> + + <p>Le Narwal est un Cétacé d’un blanc grisâtre, avec des taches blanches + qui semblent pénétrer dans la peau.</p> + + <p>Dans l’estomac d’un individu, on a trouvé un bras de Sèche et des + morceaux de Carrelet.</p> + + <p>Pendant son voyage au Groenland, Scoresby rencontra un jour un grand + nombre de Narwals qui nageaient près du vaisseau, en bandes de quinze à + vingt. La plus grande <span class="pagenum" id="Page_617">617</span> partie étaient des mâles. Ils paraissaient + fort gais, élevaient leurs défenses au-dessus de l’eau, et les + croisaient comme pour faire des armes. Ils produisaient un bruit tout + à fait extraordinaire et qui ressemblait au <i>glouglou</i> que fait + l’eau dans la gorge..... La plupart suivaient le navire et semblaient + attirés par la curiosité. Comme l’eau était transparente, on put + très-nettement les voir descendre jusqu’à la quille, et s’amuser avec + le gouvernail.....</p> + + <p>Il n’est guère possible de reconnaître le Narwal dans le passage où + Pline a décrit la Licorne. Il donne à cet animal la tête du Cerf, les + pieds de l’Éléphant et la queue du Sanglier. Ce qui ne l’empêche pas, + dit-il, de ressembler à un Cheval. Sa corne est noire et naît au milieu + du front!!</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>On mange les différentes espèces de Dauphins. Que ne mange-t-on pas? + Les plus petites passent pour les plus délicates. Les Saxons et les + Anglais, au moyen âge, estimaient beaucoup la chair des Marsouins.</p> + + <p>En 1426, on acheta plusieurs de ces animaux pour la table de Henri III. + L’évêque de Swinfield, qui vivait à cette époque, s’en régalait toutes + les fois qu’il en trouvait l’occasion.</p> + + <p>On servit des Marsouins dans un somptueux banquet offert à Richard II, + à Durham-House. On dit qu’à l’installation solennelle de l’archevêque + Nevill, quatre Cétacés de cette espèce figurèrent honorablement.</p> + + <p>En 1491, les baillis d’Yarmouth firent présent à lord Oxford d’un + beau Marsouin, qu’ils accompagnèrent d’une adresse dans laquelle ils + disaient qu’ils lui envoyaient ce <span class="pagenum" id="Page_618">618</span> présent parce qu’ils pensaient + que rien ne pouvait être plus agréable à Sa Seigneurie. (Révoil.)</p> + + <p>On servit, au repas de noce de Henri V, plusieurs plats de haut goût, + préparés avec la chair de ce Dauphin. Au festin du couronnement de + Henri VII, parurent encore des Marsouins; il y en avait de rôtis, de + bouillis, en pâtés et en puddings.</p> + + <p>La reine Élisabeth elle-même, qui avait le goût très-raffiné, aimait la + chair de Marsouin.</p> + + <p>On vendit de ces animaux sur les marchés d’Angleterre jusqu’en 1575, + époque où ils cessèrent d’être recherchés.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_619">619</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_46" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLVI<br /> + <span class="h2line2">LA BALEINE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p class="marginleft4">«<i xml:lang="la" lang="la">Maximum omnium animalium.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Linné.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les <i>Baleines</i> sont les plus grands animaux de la mer, et en même + temps les plus grands animaux connus.</p> + + <p>La <i>Baleine franche</i><a id="FNanchor_306" href="#Footnote_306" class="fnanchor">[306]</a>, ou <i>Nordcaper</i>, a fixé de + très-bonne heure l’attention des marins et des naturalistes.</p> + + <p>On a fait observer que cette bête gigantesque devait être + nécessairement aquatique. Si elle avait été terrestre, quelles jambes + auraient pu la soutenir? Si elle avait été aérienne, quelles ailes + auraient pu la soulever? La Providence a donc bien fait de placer les + Baleines dans l’eau. Elle leur a donné en même temps la forme d’un + poisson, pour s’y mouvoir avec plus de facilité.</p> + + <p>Les dimensions de la Baleine sont telles qu’on peut saisir sans peine + leur rapport avec les plus grandes mesures terrestres. Des auteurs ont + prétendu que des individus très-âgés <span class="pagenum" id="Page_620">620</span> ont offert une longueur égale + à la cent millième partie du quart du méridien (?).</p> + + <p>Lacépède affirme qu’une Baleine dressée contre une des tours de + Notre-Dame la dépasserait d’un tiers (?).</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-620" style="width: 557px;"> + <img src="images/page-620.jpg" alt="" width="557" height="600" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-620.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BALEINE DU GROENLAND<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Balæna mysticetus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>En réduisant les exagérations des marins..... ou des naturalistes, + on peut dire que les plus grosses Baleines présentent de 25 à 30 et + peut-être 35 mètres de longueur. Tout récemment (avril 1863), la plage + de Dunkerque a été <span class="pagenum" id="Page_621">621</span> visitée par un de ces énormes Cétacés, jeté à + la côte par un violent coup de vent de sud-est. Il avait 30 mètres de + longueur et 20 mètres de circonférence. L’agonie du pauvre Léviathan + a duré près de deux heures après son échouement; dans ses derniers + débats, il faisait voler le sable à 100 mètres de la plage. Puis, + un effroyable sifflement annonça que la nature était enfin vaincue. + (<i>Mémorial d’Amiens.</i>)</p> + + <p>Les auteurs prétendent que le poids de cet animal peut atteindre 250 + 000 kilogrammes (?). Une Baleine de 20 mètres, mesurée par Scoresby, + n’en pesait que 70 000.</p> + + <p>Le corps de la Baleine franche est un cylindre colossal et irrégulier, + dont le petit diamètre égale à peu près la troisième partie du plus + grand.</p> + + <p>Ce corps «<i>n’ha ny poil, ny escailles, mais est couvert d’un cuir + uny, noir, dur et espez, soubz lequel y a du lard environ l’espesseur + d’un grand pied.</i>» (Belon.)</p> + + <p>La peau de ce géant de la mer offre cependant quelques poils, surtout + chez les jeunes sujets.</p> + + <p>Sa tête égale en grosseur presque le tiers du volume total; elle a une + forme arquée. On voit de loin cette tête colossale s’élever au-dessus + de la mer, comme un monticule d’un brun noir.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Sa gueule est d’une grandeur prodigieuse, d’une capacité si grande, que + dans celle d’un individu de 24 mètres de longueur, pris en 1726 au cap + Hourdel, dans la baie de la Somme, deux hommes pouvaient entrer sans se + baisser. (Duhamel.)</p> + + <p>Sa mâchoire supérieure porte environ sept cents lames verticales, de + nature cornée, à bords frangés, qui pendent des deux côtés. Ces lames, + connues dans la science sous le <span class="pagenum" id="Page_622">622</span> nom de <i>fanons</i>, et dans le + commerce sous celui de <i>baleines</i>, sont longues de 4 à 5 mètres.</p> + + <p>Sa langue est monstrueuse. On assure qu’elle atteint jusqu’à 8 mètres + de longueur et jusqu’à 4 de largeur. Elle fournit à elle seule cinq + ou six barils d’huile. A proprement parler, ce n’est plus une vraie + langue, mais un gros matelas épais, mou, tout rembourré de graisse, + étalé sur le plancher buccal. Ce matelas est collé dans toute son + étendue, et par conséquent <i>immobile</i>. On a de la peine à + concevoir une langue qui ne peut pas sortir de la bouche!</p> + + <p>La Baleine se nourrit de Méduses, de Mollusques et d’autres petits + animaux marins. Ces pauvres bêtes sont entraînées avec la masse d’eau + qui les contient. Le monstre nage à la surface de la mer, la gueule + ouverte. Il n’a qu’à fermer les mâchoires pour retenir des populations + entières. L’eau, tamisée à travers les filets des fanons (véritable + forêt de fibres rapprochées), y laisse les malheureux petits animaux. + Chaque repas en détruit plusieurs milliers.</p> + + <p>Les gros mangent les petits. C’est la Nature qui le veut. Et, + quelquefois, comme dans le cas actuel, les très-gros mangent les + très-petits. Car les bestioles englouties par le colosse des colosses + n’ont guère, en moyenne, que 2 ou 3 centimètres de longueur..... Mais + le nombre des individus avalés compense, et bien au delà, l’exiguïté + de leur taille. On a vu ailleurs que ces petits habitants de l’eau + salée se multiplient par millions. Si leur destruction ne portait pas + remède à leur fécondité, il arriverait qu’en fort peu de générations, + ils encombreraient l’Océan et finiraient par le corrompre ou par le + solidifier!</p> + + <p>Quelle étrange chose que de voir le Gargantua de l’animalité poursuivre + de chétives bestioles gluantes et transparentes, presque sans forme et + sans consistance, et souvent à peine perceptibles!</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_623">623</span></p> + + <p>On assure cependant que la Baleine mange de temps à autre quelques + poissons, même des poissons assez gros. Dans l’estomac d’une Baleine on + a trouvé un Thon tout entier (Breschet).</p> + + <p>Les Baleines vivent comme les Poissons et respirent comme les + Quadrupèdes. On dit que le souffle de ces animaux exhale une odeur + insupportable, putride et presque cadavéreuse. Est-il vrai qu’on les + entend <i>ronfler</i> de loin<a id="FNanchor_307" href="#Footnote_307" class="fnanchor">[307]</a>? Ce doit être un bien épouvantable + ronflement!</p> + + <p>Il existe, dans le musée de la Faculté de médecine de Paris, + une tranche verticale du plus grand vaisseau d’une Baleine + (l’<i>aorte</i>). <i>Un enfant pourrait passer au travers de cet + anneau</i>, lequel offre un diamètre de 36 centimètres et dont les + parois ont une épaisseur de 4 centimètres.</p> + + <p>Quelle énorme colonne de sang indiquée par cet anneau!</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Le poids du cerveau d’une Baleine représente à peine la vingt-cinq + millième partie du poids total du Cétacé.</p> + + <p>Quoique doué d’une force prodigieuse, cet animal est très-timide. Quand + on le poursuit, il cherche habituellement à fuir et non à se défendre.</p> + + <p>Il a des ennemis qui le tourmentent et dont il ne sait pas toujours se + défendre ou s’éloigner. Les Espadons le percent, les Scies lui font + d’affreuses déchirures; les Marsouins lui arrachent de gros morceaux de + chair.</p> + + <p>Le diamètre de l’œil d’une Baleine égale la cent quatre-vingt-douzième + partie de sa longueur totale. Le professeur Carus compare le volume + entier du globe oculaire à une <span class="pagenum" id="Page_624">624</span> orange, et le docteur Gros, à la + tête d’un enfant nouveau-né.</p> + + <p>La pupille est transversalement ovale, comme celle des Ruminants.</p> + + <p>Quoique ces immenses Mammifères-Poissons manquent de pieds, ils nagent + cependant avec une extrême vitesse. Ils se jouent avec les montagnes + d’eau soulevées par les tempêtes. Ils se servent admirablement de + leurs deux bras, qui forment deux nageoires gigantesques, et surtout + de leur queue colossale, composée de deux lobes d’une étendue et d’une + force prodigieuses. Aussi, lorsque les baleiniers veulent ralentir la + course d’un individu harponné, c’est à cette dernière partie qu’ils + adressent leurs coups. Avec une pelle triangulaire bien tranchante, ils + pratiquent quelquefois plus de cinquante vigoureuses entailles à la + naissance de la queue, et diminuent de moitié la puissance de l’animal + fuyant.</p> + + <p>Quand une Baleine frappe l’eau avec sa queue, elle produit un + clapotement.</p> + + <p>On dit qu’une Baleine parcourt, en moyenne, dix milles par heure; + mais lorsqu’elle est blessée ou poursuivie, elle s’élance bien plus + rapidement. Quelquefois elle s’élève au-dessus de l’eau et se laisse + retomber. Elle produit alors une tempête en miniature, qui se fait + sentir assez loin.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Baleines sont sensibles à l’amour. Le mâle accompagne presque + toujours sa femelle.</p> + + <p>En 1723, on rencontra deux époux Baleines qui traversaient l’Océan. + C’était peut-être un voyage de noces! On les attaqua, on les blessa. + Un des deux ayant cessé de vivre, <span class="pagenum" id="Page_625">625</span> l’autre se jeta sur son corps + bien-aimé avec d’effroyables mugissements (Duhamel).</p> + + <p>A l’embouchure de l’Elbe, la même année, huit femelles échouèrent. Près + de leurs cadavres on vit bientôt arriver leurs huit mâles.</p> + + <p>Le mâle suit toujours la femelle blessée et reste avec elle. La + femelle ne montre, ni la même tendresse, ni la même sollicitude (L. + Hautefeuille).</p> + + <p>Comme tous les Mammifères, les Baleines nourrissent leur petit avec + leur lait. Combien donnent-elles de litres de la précieuse nourriture à + chaque tetée?</p> + + <p>La mère témoigne pour son nourrisson d’un attachement très-ardent et + très-courageux.</p> + + <p>Quand un Baleineau a été harponné, on peut être certain que la mère ne + tardera pas à venir à son secours. Elle le joint à la surface de l’eau + quand il y monte pour respirer; elle semble l’exciter à fuir; souvent + elle passe sous lui, le charge sur son dos et l’emporte, tandis que le + petit, glissant et parfois chavirant sous l’action de la lame, cherche + à se maintenir avec ses deux nageoires. Il est très-rare qu’elle + l’abandonne, tant qu’il est vivant.</p> + + <p>«Dans ces moments, on peut la blesser facilement; car elle oublie + entièrement le soin de sa propre sûreté, pour ne s’occuper que de la + conservation de son petit. Elle se lance au milieu des ennemis, méprise + les périls; même après avoir été frappée plusieurs fois, elle reste + auprès de son nourrisson, si elle ne peut pas l’entraîner avec elle. + Dans son angoisse maternelle, elle court çà et là, bat la mer avec + violence, et l’irrégularité de ses mouvements est un indice certain de + la vivacité de sa douleur.» (Scoresby.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_626">626</span></p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>On appelle <i>fausses Baleines</i>, ou <i>Rorquals</i>, les espèces qui + portent une nageoire sur le dos et de larges rides sous le ventre. Leur + corps est moins massif que celui de la Baleine; ils nagent avec plus de + rapidité, et quand ils plongent, ils restent plus longtemps sous l’eau. + Aussi les pêcheurs leur donnent-ils rarement la chasse.</p> + + <p>Les Rorquals sont encore plus grands que les Baleines. Scoresby parle + d’un individu qui avait 120 pieds anglais de longueur!</p> + + <p>Ces animaux sont les vrais géants de la création!</p> + + <p>En 1828, la mer jeta sur la plage de Saint-Cyprien, dans les + Pyrénées-Orientales, un très-beau Rorqual, qui a été décrit par M. + Companyo.</p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>Parmi les grandes pêches qui ont lieu dans les différentes mers, celle + de la Baleine, ou du Rorqual, est, sans contredit, la plus renommée, la + plus difficile et la plus périlleuse<a id="FNanchor_308" href="#Footnote_308" class="fnanchor">[308]</a>.</p> + + <p>On prenait autrefois de grands Cétacés dans les régions tempérées de + l’Europe, soit dans l’Océan, soit dans la Méditerranée.</p> + + <p>Divers actes nous apprennent que, jusqu’au <span class="smcap">XII</span><sup>e</sup> siècle, ces + animaux, assez nombreux dans le golfe de Gascogne, y étaient l’objet + d’une pêche régulière. Aujourd’hui, ces énormes Mammifères sont devenus + de plus en plus rares, <span class="pagenum" id="Page_627">627</span> et leur apparition dans ces mêmes eaux est + considérée comme un véritable phénomène.</p> + + <p>Cuvier croyait que la Baleine du golfe de Gascogne était la même que la + Baleine du cercle polaire. Le professeur Eschricht, de Copenhague, nous + a appris que ce sont deux espèces différentes.</p> + + <p>Les premiers baleiniers paraissent donc avoir été des Basques. Vinrent + ensuite les Asturiens, puis les Anglais, et puis les Hollandais.</p> + + <p>Le théâtre des pêches, transporté du Midi dans le Nord, a bien souvent + changé de parages.</p> + + <p>Anciennement, la côte orientale du Groenland passait pour une des + meilleures stations. Dans ce moment, cette partie de la mer est + complétement déserte. Depuis quelque temps, les Esquimaux ne comptent + presque plus sur ce colosse de la mer, qui n’apparaît qu’aux environs + de Holsteinborg, et encore très-rarement.</p> + + <p>Les pêcheurs anglais en ont entièrement dépeuplé la baie de Baffin.</p> + + <p>Il y a trente ans, cent navires, appartenant à diverses nations, + se livraient à la pêche de la Baleine dans le détroit de Davis. + Aujourd’hui, il en vient tout au plus cinq ou six, et encore + n’arrivent-ils qu’avec l’espoir d’un butin fort problématique (Ch. + Edmond).</p> + + <p>La pêche est descendue successivement des Açores au Brésil, du Brésil + aux côtes sud d’Afrique, de là au Chili et à la Terre de Feu, puis à la + Nouvelle-Hollande et à la Nouvelle-Zélande. Elle se fait, de nos jours, + dans les mers du Japon et sur les côtes du Kamtchatka.</p> + + <p>Les bâtiments employés à la pêche de la Baleine sont en général du port + de 350 à 450 tonneaux, et portent de trente à quarante-cinq hommes + d’équipage. Chaque canot, ou baleinière, est pourvu d’un harponneur + placé à l’avant, <span class="pagenum" id="Page_628">628</span> d’un chef qui tient l’aviron de queue, et de + quatre rameurs. Il a quatre harpons et deux lances.</p> + + <p>Le harpon est long d’environ un mètre. Sa tige est de fer. Son + extrémité antérieure porte une dilatation deltoïde, pointue, à deux + branches divergentes aiguës, offrant intérieurement comme un petit + crochet. Du côté opposé est une douille également de fer, dans laquelle + entre le manche qui sert à lancer l’instrument. Ce manche est une + sorte de bâton d’environ un mètre et demi. Au-dessus de la douille se + trouve fixée une boucle de chanvre natté, qui reçoit l’extrémité de + la <i>ligne</i>. On appelle ainsi une corde longue de 300 brasses et + épaisse de 2 centimètres.</p> + + <p>La lance est une tige de fer longue de 3 à 4 mètres, y compris la + hampe, qui en offre à peu près 2 et demi. Elle présente à son extrémité + une dilatation ovalaire ou elliptique, aplatie, à bords très-tranchants.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-628" style="width: 273px;"> + <img src="images/page-628.jpg" alt="" width="273" height="170" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-628.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">BALEINE HARPONNÉE.</p> + </div> + </div> + + <p>Lorsque le bâtiment est arrivé dans les parages fréquentés par les + Baleines, deux matelots se mettent en vigie au haut du grand mât et + du mât de misaine. Aussitôt que l’un aperçoit un de ces animaux, il + donne le signal. On met les canots à la mer; on s’approche doucement + de la Baleine, sans l’effrayer. Le canot qui, le premier, se trouve à + distance convenable, commence l’attaque. L’homme placé à l’avant lance + son harpon. Il le fait avec adresse et avec <span class="pagenum" id="Page_629">629</span> toute la force dont il + est capable. Le géant des ondes, se sentant blessé, donne d’ordinaire + un violent coup de queue, et plonge en même temps. Il déroule et + entraîne la ligne qui porte le harpon. La baleinière est entraînée à la + remorque avec une vitesse effrayante; elle creuse un profond sillon, et + soulève devant elle deux grosses lames qui cachent l’horizon aux yeux + des matelots.</p> + + <p>Les canots ont soin de ne pas se tenir dans la direction de la partie + postérieure du Cétacé. Ce voisinage, on le comprend, serait fatal à + l’embarcation. Quand la Baleine plonge, sa queue s’élève, se balance + quelques instants dans l’air et retombe à plat. Son poids seul peut + écraser un canot. Qu’on suppose maintenant le monstre blessé et irrité, + et l’on verra combien ses chocs peuvent être redoutables.</p> + + <p>La ligne est emportée avec une si grande force et une telle rapidité, + qu’elle enflammerait les bords du canot, si l’on n’avait pas le soin de + les mouiller de temps en temps.</p> + + <p>Si, par malheur, cette corde est arrêtée par un nœud ou par tout autre + obstacle, l’embarcation est presque toujours submergée.</p> + + <p>Au bout d’un certain temps, dix à quinze minutes, la Baleine reparaît à + la surface de la mer, quelquefois à une grande distance de l’endroit où + elle avait plongé.</p> + + <p>Au moment de son apparition, il peut arriver aux canots un accident + terrible, quoique très-rare. C’est le cas où ils sont pris par-dessous + et chavirés.</p> + + <p>«Dans l’année 1802, dit Scoresby, le capitaine Lyons, faisant la pêche + sur les côtes du Labrador, aperçut assez près de son bâtiment une + grande Baleine. Il envoya aussitôt quatre canots à sa poursuite. Deux + de ces canots abordèrent l’animal en même temps, et plantèrent leur + harpon. La Baleine frappée plongea, mais revint bientôt à la surface, + et, ressortant dans la direction du troisième canot, qui <span class="pagenum" id="Page_630">630</span> avait + cherché à prendre l’avance, elle le lança en l’air comme une bombe. Le + canot fut porté à plus de 5 mètres, et, s’étant retourné par l’effet + du choc, il retomba la quille en haut. Les hommes s’accrochèrent à un + autre canot qui était à portée; un seul fut noyé.»</p> + + <p>Quand la Baleine est revenue sur l’eau, on la frappe avec un second et + même un troisième harpon. Puis on l’attaque à coups de lance.</p> + + <p>Dès que le monstre a cessé de vivre, on le traîne vers le bâtiment, on + l’amarre le long du bord, et l’on procède au dépeçage.</p> + + <p>On enlève d’abord les parties grasses de la tête, les lippes, la gorge + avec la langue, l’os de la mâchoire supérieure et les fanons; puis on + trace une bande de lard d’environ 1<sup>m</sup>,50 de largeur, que l’on détache + et que l’on hisse au moyen de palans, en déroulant la Baleine<a id="FNanchor_309" href="#Footnote_309" class="fnanchor">[309]</a>. (On + peut se représenter l’opération en pelant une poire en spirale, du gros + bout vers la queue.)</p> + + <p>Lorsque la bande est hissée jusqu’au haut, on fait, à l’aide d’un + couteau à deux mains, une incision longitudinale dans la bande; on + y introduit l’estrope du second palan que l’on fixe au moyen d’un + morceau de bois en travers. On coupe alors la bande un peu au-dessus + de l’incision, et l’on continue à hisser. Le morceau ainsi obtenu est + descendu dans l’entrepont, où il sera coupé en petits morceaux pour + être fondu.</p> + + <p>Pour dépecer la bande de lard, deux officiers baleiniers se placent + en dehors du navire, sur de petits échafauds. Celui qui se trouve sur + l’avant trace la bande sur le corps de la Baleine; celui de l’arrière + aide au décollement des chairs. (L. Hautefeuille.)</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXXII" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-630bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-630bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p><span class="pagenum" id="Page_631">631</span></p> + + <p>Puis, on abandonne sa chair aux Oiseaux aquatiques, aux Phoques et aux + Ours.</p> + + <p>La pêche de la Baleine peut offrir des dangers encore plus grands que + ceux qui viennent d’être signalés.</p> + + <p>On rapporte qu’un navire américain, l’<i>Essex</i>, se trouvant, le + 13 novembre 1820, dans la mer du Sud, aperçut un certain nombre de + Baleines, vers lesquelles il se dirigea. Arrivé au milieu de ces + animaux, il mit, suivant la coutume, les canots à la mer. La petite + flottille s’avançait rapidement, et le navire la suivait de près. + Tout à coup la plus grosse Baleine se détacha du groupe (qui semblait + former une famille), et, dédaignant les embarcations, s’élança droit + sur le vaisseau, qu’elle prit sans doute, et non sans raison, pour le + chef de ses ennemis. Du premier choc, elle fracassa une partie de la + fausse quille, et elle s’efforça ensuite de saisir le navire en divers + endroits avec ses gigantesques mâchoires. Elle ne put y réussir; elle + s’éloigna d’environ 200 mètres, et revint frapper de toute sa force + contre la proue du bâtiment. Le navire recula avec une vitesse de + quatre nœuds par seconde. Il en résulta une vague très-haute. La mer + entra dans l’<i>Essex</i> par les fenêtres de l’arrière, en remplit la + coque, et le fit coucher de côté. Vainement les canots arrivèrent pour + sauver le navire, il n’était plus temps. Tout ce qu’on put faire, fut, + en enfonçant le pont, d’extraire une petite quantité de pain et d’eau, + que l’on déposa dans les embarcations (?).</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>Dans les mers du Nord, la prise d’une Baleine est une bonne fortune.</p> + + <p>Quand les Esquimaux aperçoivent un de ces monstres, <span class="pagenum" id="Page_632">632</span> ils revêtent + à l’instant leurs plus beaux habits. C’est peut-être la seule occasion + où hommes et femmes se nettoient et fassent toilette! On assure qu’ils + prennent garde surtout de ne pas mettre un vêtement qui ait été en + contact avec un cadavre humain. S’ils négligeaient cette précaution, + la Baleine prendrait la fuite aussitôt, quand même elle aurait dans le + corps plusieurs harpons. Cette assertion est-elle bien exacte?</p> + + <p>Quoi qu’il en soit, les dispositions convenables une fois prises, toute + une flottille s’élance à la mer. On harponne l’animal, on le crible à + coups de javelots, on l’épuise, on le tue.....</p> + + <p>La Baleine est ensuite traînée jusqu’à la côte, et dépecée, le corps + étant moitié dans l’eau.</p> + + <p>Les gens qui ont assisté en simples spectateurs à la lutte participent + au partage tout aussi bien que ceux qui y ont pris part. Hommes, + femmes, enfants, tous se précipitent sur le Cétacé. C’est à qui + pratiquera la plus profonde entaille, à qui emportera le plus + gros morceau. Pendant quelques jours, la Baleine devient ainsi un + garde-manger général, où chacun vient prendre sa pitance quotidienne. + (Ch. Edmond.)</p> + + <p class="souschapitre">VIII</p> + + <p>Linné dit que l’huile fournie par une seule Baleine est souvent si + abondante, qu’elle peut suffire à la <i>charge d’un vaisseau</i>. Cette + quantité est évaluée à 12 tonneaux.</p> + + <p>La pêche de ce précieux Cétacé dans les mers polaires a donné: en 1859, + 2078 barils d’huile; en 1860, 1909, et en 1861, 1710. Sur ces derniers + 1710 barils, 1013 appartenaient <span class="pagenum" id="Page_633">633</span> aux navires de Dundee, et 697 + seulement aux autres ports. (<i>Revue marit.</i>)</p> + + <p>En 1861, une transformation s’est opérée dans le matériel des armements + pour la pêche de la Baleine. Les bâtiments à hélice ont été substitués + aux bâtiments à voiles, et les résultats de la deuxième saison ont été + assez encourageants pour engager les armateurs à persévérer dans leurs + tentatives. Par suite même de ces succès, un grand nombre de navires à + voiles, surtout à Peterhead, ont été vendus, et l’on semble reconnaître + aujourd’hui que la question est résolue, et que l’avenir appartient + désormais aux navires pourvus d’un moteur à hélice. (<i>Revue + marit.</i>)</p> + + <p>On voit que les mers polaires ne sont pas inaccessibles aux progrès.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_635">635</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_47" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLVII<br /> + <span class="h2line2">LES PHOQUES.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p><i>Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer.</i></p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Petit Thalamus de Montpellier</span>, 1383.)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les <i>Phoques</i> sont moins marins que les Baleines.</p> + + <p>Ils viennent de temps en temps à terre.</p> + + <p>Ils possèdent quatre nageoires, et ont le corps velu, <i>pélos</i>..... + Ils s’éloignent moins des Quadrupèdes.....</p> + + <p>Par leurs formes et par leurs habitudes, les Phoques ont donné + naissance aux fables des Tritons et des hommes marins. Celle qui fait + garder par Protée les troupeaux de Neptune repose plus particulièrement + sur l’observation imparfaite de ces Mammifères pisciformes, dont les + bandes nombreuses se jouent gaiement à la surface des vagues, viennent + ramper sur les plages désertes, ou s’arrêter sur les roches à fleur + d’eau pour y recevoir l’action bienfaisante des rayons du soleil (P. + Gervais).</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_636">636</span></p> + + <p>Le <i>Phoque commun</i><a id="FNanchor_310" href="#Footnote_310" class="fnanchor">[310]</a> est assez abondant sur nos côtes. On en + trouve beaucoup dans la mer Adriatique, dans les eaux de l’Archipel et + dans certains parages de l’Afrique. On en rencontre aussi dans l’Océan. + Il en vient exclusivement des troupes assez nombreuses dans la baie + de la Somme. Les pêcheurs ont donné à cet animal les noms de <i>Loup + marin</i> et de <i>Veau marin</i>.</p> + + <p>Le Phoque a le corps allongé, vêtu d’une fourrure serrée et soyeuse. Sa + tête ressemble à celle d’un Chien auquel on aurait coupé les oreilles. + Il a de fortes moustaches, comme un Chat, et deux beaux yeux vert de + mer, veloutés et limpides comme les yeux d’un enfant.</p> + + <p>Sa vue est perçante et son ouïe fine. Ses narines sont munies d’une + sorte de petite porte (<i>valvule</i>), que l’animal ouvre et ferme à + volonté, et qui empêche l’eau de pénétrer dans son nez.</p> + + <p>Deux paires de nageoires fort longues lui tiennent lieu de mains et de + pieds. Celles de derrière, unies à la queue, forment, à droite et à + gauche de cette dernière, comme deux grandes oreillettes.</p> + + <p>Le régime du Phoque est principalement animal; il consiste en + Mollusques nus, en Crabes et en Poissons. Ce gracieux Mammifère mange + aussi des végétaux, surtout des fruits. Il s’accoutume parfaitement au + pain mouillé.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Le Phoque est timide et sauvage. Il a une physionomie très-douce et un + regard très-expressif.</p> + + <p>Il ne manque pas d’intelligence, et il est susceptible <span class="pagenum" id="Page_637">637</span> + d’apprivoisement, même d’une certaine éducation. On montre de temps en + temps, dans les ménageries, de malheureux Phoques emprisonnés dans une + cuve, mal nourris, chétifs, malades, dont on vante les hautes qualités; + qualités qui se réduisent, le plus souvent, à reconnaître la voix du + cornac, et à venir prendre familièrement un poisson ou un morceau de + pain qu’on leur présente.</p> + + <p>Le cri de ce Mammifère est doux et flûté, et rappelle certains + mots usités dans toutes les langues, en particulier les syllabes + <i>pa-pa</i>, <i>ma-ma</i>. D’où les charlatans s’empressent de + conclure que ces animaux peuvent apprendre à parler... Ne croyez pas + que les Phoques soient capables, comme on l’a dit, de prononcer les + mots <i>gâteau</i>, <i>café</i>, <i>manger</i>, <i>merci</i>, et encore + moins les phrases: <i>Vive le roi</i>, <i>Bonjour monsieur</i>, <i>Je + suis Français</i>....</p> + + <p>En les tenant dans une quantité d’eau suffisante pour leur permettre + de nager, et en les nourrissant avec du poisson frais, on peut les + conserver pendant plusieurs années.</p> + + <p>Quelques naturalistes modernes ont pensé qu’il ne serait pas impossible + à l’Homme d’assujettir complétement à sa puissance ces fugitifs + habitants de la mer. On peut s’étonner, dit Frédéric Cuvier, que les + peuples pêcheurs n’aient pas dressé les Phoques à la pêche, comme + les peuples chasseurs ont dressé le Chien à la chasse. M. Babinet a + insisté, tout récemment, sur les services nombreux que ces Mammifères + pourraient nous rendre, si nous les élevions auprès de nous. Il + voudrait en voir jusque dans nos <i>eaux douces!</i></p> + + <p>Il existe, depuis plusieurs années, deux Phoques au Jardin zoologique + d’Amsterdam. Ils vivent dans un grand parc d’eau salée. On assure + qu’ils s’y sont reproduits par deux fois. Non-seulement ils distinguent + la voix des gardiens <span class="pagenum" id="Page_638">638</span> qui les soignent, mais encore ils saisissent + au loin le bruit des pas du directeur. Ils jettent de petits cris dès + qu’ils l’entendent, et se précipitent au-devant de lui.</p> + + <p>Un vieillard, accompagné d’une petite fille et d’un griffon de la + Havane gros comme le poing, venait souvent visiter nos deux Phoques et + leur apporter des friandises. Ceux-ci sortaient de l’eau, rampaient + devant le chien et la petite fille, leurs amis, et venaient s’ébattre + sur le sable avec eux. On se roulait, on se faisait des niches, on + partageait fraternellement les fruits ou les gâteaux que contenait le + panier de la petite fille..... Or, un jour, au milieu de ces jeux, + le chien manque son élan, passe par-dessus la tête d’un Phoque, et + tombe dans le bassin. Le pauvre roquet se démène un instant, et + disparaît..... Aussitôt les deux Phoques jettent un cri, rampent au + plus vite jusqu’à l’eau et s’y précipitent. En un clin d’œil le mâle + reparaît, tenant délicatement dans sa gueule le griffon sans mouvement. + Il le dépose aux pieds de la petite fille. (H. Berthoud.)</p> + + <p>Le Phoque nage très-bien et plonge encore mieux. Il peut retenir sa + respiration pendant un temps assez long. Il montre dans ses évolutions + une prestesse et une élégance remarquables.</p> + + <p>Il vient de temps en temps se coucher et se reposer sur le sable du + rivage, ayant soin de ne pas s’éloigner de plus de 5 à 6 mètres. A la + moindre alerte, il se précipite dans l’eau et regagne la haute mer.</p> + + <p>Son allure, sur terre, est lente et disgracieuse; il se traîne plutôt + qu’il ne marche. Il avance au moyen de sauts petits et fréquents, + produits par les contractions de tout son corps, ses nageoires + antérieures appliquées contre les flancs.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_639">639</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Chaque Phoque se retire avec sa famille sur un quartier de rocher, + qui devient comme son domicile et sa propriété exclusive. L’intrusion + d’un étranger amène aussitôt un combat terrible. Ordinairement chaque + famille vit à une certaine distance des familles voisines.</p> + + <p>Le mâle rassemble d’ordinaire un sérail de femelles, pour lesquelles il + a beaucoup d’affection et dont il défend l’approche aux autres mâles. + Il en a jusqu’à cinquante.</p> + + <p>A l’époque des amours, les mâles se battent entre eux avec fureur.</p> + + <p>Lorsqu’ils sont vieux, leurs femelles les abandonnent sans pitié.</p> + + <p>Quand les femelles vont faire leurs petits, le mâle les conduit sur le + rivage, à une place tapissée de plantes marines. Les mères y déposent + leurs nourrissons, pour lesquels elles montrent un attachement très-vif.</p> + + <p>Les petits aiment à jouer et à folâtrer les uns avec les autres. Quand + ils ont atteint l’âge de cinq ou six mois, le père, les jugeant assez + forts pour vivre par eux-mêmes, les chasse et les force à s’établir + ailleurs.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Les Phoques de la Somme sont l’objet d’une chasse remplie d’attraits + pour les amateurs, laquelle donne lieu à une branche d’industrie + maritime qui n’est pas sans importance. M. Ch. de Rylé a publié des + détails fort intéressants sur cette chasse.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_640">640</span></p> + + <p>La saison la plus favorable est le mois de juin, époque où les + femelles viennent de mettre bas, et sont accompagnées de leurs + petits. Ces derniers, moins rusés que leurs parents, se laissent plus + aisément surprendre. Les Phoques adultes, de leur côté, se résignent + difficilement à abandonner leurs nourrissons. On a donc plus de chance + de les tirer à belle portée.</p> + + <p>Il y a deux manières de chasser les Phoques, sur terre, et dans l’eau.</p> + + <p>Pour les tirer sur terre, il faut profiter du moment où ces animaux se + trouvent à une certaine distance du rivage: ce qui n’est pas facile. + Les chasseurs se placent dans un canot et suivent les courants. + Ils tirent sur les individus qu’ils surprennent sur les rives. Ils + emploient des armes à longue portée et de grande précision. Car + l’animal, épouvanté à la vue de l’embarcation qui s’avance, cherche à + fuir rapidement, et il faut quelquefois le tirer à 200 ou 300 mètres de + distance.</p> + + <p>D’autres fois, le chasseur débarque sans bruit, laissant au matelot qui + l’accompagne la garde du canot. Il se traîne sur le sable, en rampant + comme le sauvage qui veut surprendre un ennemi. Il parcourt souvent, de + cette manière, un kilomètre et plus, poussant sa carabine devant lui. + Il s’arrête par intervalles, pour donner à la proie qu’il ambitionne + le temps de se rassurer, si elle paraît inquiète, et dissimule en un + mot sa présence, autant que possible, jusqu’au moment où, jugeant le + Phoque à portée, il fait feu. M. de Rylé a bien décrit les ruses et la + patience qu’il faut avoir dans cette circonstance.</p> + + <p>La chasse dans l’eau est plus simple, mais moins certaine. On tire le + Phoque au moment où il se montre à la surface de la mer. Il faut savoir + que l’animal sort seulement la tête, la laisse voir tout au plus une + minute, et plonge immédiatement. <span class="pagenum" id="Page_641">641</span> Quand on est assez adroit pour le + toucher, on court risque de le perdre. Si le Phoque n’est que blessé, + il regagne la pleine mer; s’il est tué roide, il coule au fond de + l’eau, et ce n’est pas sans peine qu’on réussit à le pêcher.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>On a distingué dans les Phoques deux groupes différents:</p> + + <p>Les <i>Otaries</i>, qui présentent une oreille externe et des + incisives de forme particulière: on rencontre ces espèces dans l’océan + Pacifique<a id="FNanchor_311" href="#Footnote_311" class="fnanchor">[311]</a>;</p> + + <p>Les <i>Phoques</i> proprement dits, qui sont dépourvus d’oreille + externe, et dont les incisives sont pointues. Dans le Groenland, + il en existe plusieurs espèces différentes du Phoque commun: ce + sont le <i>Phoque de Gmelin</i> ou <i>capuchonné</i><a id="FNanchor_312" href="#Footnote_312" class="fnanchor">[312]</a>, celui de + <i>Müller</i><a id="FNanchor_313" href="#Footnote_313" class="fnanchor">[313]</a>, et celui de <i>Schreber</i><a id="FNanchor_314" href="#Footnote_314" class="fnanchor">[314]</a>.</p> + + <p>La chasse de ces animaux se fait en pleine mer et avec le harpon.</p> + + <p>Ce harpon est long de 2 mètres, et terminé par une pointe de fer + mobile, encastrée dans un os, retenue par une courroie et pouvant se + détacher au moment où elle pénètre dans la chair de l’animal. Une + vessie qui flotte au bout de la ligne indique l’endroit où le Phoque + blessé a plongé sous l’eau. Le harpon glisse sur une navette de bois + excessivement <span class="pagenum" id="Page_642">642</span> polie: ce qui lui donne plus de force et lui fait + suivre plus sûrement la direction voulue.</p> + + <p>Les autres projectiles sont confectionnés de la même manière, et on les + lance par le même procédé.</p> + + <p>Aussitôt que le Phoque, forcé de venir à la surface de l’eau pour + respirer, a révélé sa présence, l’Esquimau cherche à le surprendre, en + se tenant sous le vent et en tournant le dos au soleil, afin de n’être + ni vu ni entendu. Il se penche sur son kayack, de façon que la vague + dérobe le plus possible sa figure. Arrivé à une trentaine de mètres, il + prend la pagaie de la main gauche, ajuste son harpon sur la navette et + le lance avec vigueur. Si le coup a porté juste, le fer se détache de + la lance et dévide la ligne roulée en spirale sur l’avant du kayack. La + vessie qui termine la ligne est jetée instantanément dans l’eau.</p> + + <p>Le Phoque, atteint, plonge avec une extrême rapidité. Nous avons déjà + signalé, chez les Cachalots et les Baleines, ce besoin impérieux de + s’enfoncer dans l’eau, que manifestent tous les Mammifères marins qui + ont été frappés.</p> + + <p>Le pêcheur donne ensuite un tour de pagaie, et ramasse son harpon qui + flotte.</p> + + <p>Il arrive, parfois, que le Phoque entraîne avec lui la vessie; mais, + forcé de respirer, il reparaît bientôt à la surface de la mer, et il + n’y a pas à craindre qu’on ne le retrouve plus.</p> + + <p>L’Esquimau <i>pousse au monstre</i>, et lui fait avec sa lance de + profondes blessures. Il l’achève enfin à coups de javelots. Quand + l’animal est mort, il bouche ses plaies avec de petits tampons de + bois, empêchant ainsi la déperdition du sang. Il le gonfle ensuite, en + soufflant entre la chair et la peau, et l’amarre à la gauche de son + kayack.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXXIII" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-642bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-642bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Cette chasse n’est pas sans danger. Quelquefois la ligne, en se + dévidant, s’enroule autour du bras ou du cou du <span class="pagenum" id="Page_643">643</span> + pêcheur. D’autres fois, dans les ébats de l’agonie, le Phoque se jette + du côté opposé du kayack, l’entraîne, le renverse, et l’homme est + bientôt noyé. Ou bien encore, quand la chasse est finie, le Phoque, qui + n’est pas mort, se jette furieux sur l’Esquimau, et le mord aux bras et + au visage.</p> + + <p>Cet animal est surtout terrible quand il défend son petit. Il se + précipite alors sur le kayack et en arrache des lambeaux. La vague + remplit l’embarcation, et le pêcheur, sans aucune chance de salut, est + submergé avec elle.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-643" style="width: 420px;"> + <img src="images/page-643.jpg" alt="" width="420" height="249" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-643.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">PHOQUE<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Phoca vitulina</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p>La pêche au Phoque se fait, en hiver, dans le même pays, d’une façon + bien différente. On a remarqué que cet animal se pratique alors dans la + glace des ouvertures par lesquelles il vient respirer l’air. L’Esquimau + le guette, et quand la victime a fait son apparition, il se glisse sur + le ventre en imitant son cri. Le Phoque le prend pour un frère, le + laisse approcher, et ne reconnaît son erreur que lorsqu’il a reçu le + coup mortel. (Ch. Edmond.)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_644">644</span></p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>La peau des Phoques est assez estimée. Les Esquimaux l’emploient dans + la construction de leurs bateaux, de leurs kayacks et de leurs tentes. + Ils en font aussi des courroies, des vêtements et des chaussures.</p> + + <p>On retire de ces animaux une huile recherchée pour les chariots et + pour l’éclairage....., et même pour <i>fabriquer l’huile de foie de + morue</i>.</p> + + <p>Les Esquimaux mangent la chair des Phoques. Ils préparent avec leur + sang un potage épais et substantiel. Ils composent avec ses intestins + une sorte de fil. Ils confectionnent avec sa vessie les rideaux de + leurs tentes, leurs chemises et les petits ballons attachés à leurs + instruments de pêche. Ils façonnent avec leurs os la pointe de presque + tous leurs instruments.....</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_645">645</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_48" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLVIII<br /> + <span class="h2line2">LE MORSE.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«<i xml:lang="la" lang="la">Deus ità artifex in magnis, ut minor non sit in parvis.</i>»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Saint Augustin.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Existe-t-il dans la mer un <i>Cheval marin</i>, une <i>Vache + marine</i>, un <i>Éléphant marin</i>?</p> + + <p>En aucune manière. Mais on y trouve un Mammifère de forte taille, le + <i>Morse</i><a id="FNanchor_315" href="#Footnote_315" class="fnanchor">[315]</a>, auquel on a donné mal à propos chacun de ces trois + noms.</p> + + <p>Le Morse vit dans les régions arctiques, au milieu des glaces. On le + rencontre surtout dans le détroit de Beering.</p> + + <p>Le Morse est plus gros et plus laid que le Phoque.</p> + + <p>On en trouve qui ont jusqu’à 7 mètres de longueur. On peut donc le + regarder comme une des grandes bêtes de la mer.</p> + + <p>Sa peau est épaisse, rugueuse, garnie de poils ras, peu <span class="pagenum" id="Page_646">646</span> nombreux + et de couleur fauve roussâtre. Elle recouvre une forte couche de + graisse.</p> + + <p>Les yeux du Morse sont petits. Sa lèvre est hérissée de quelques poils + jaunes, demi-transparents, épais comme des pailles.</p> + + <p>De son museau, court et large, sortent deux grosses dents d’ivoire, + allongées, un peu verdâtres, qui forment des défenses très-dures et + très-fortes. Ces dents sont recourbées en arrière, comme les deux fers + d’une pioche.</p> + + <p>A cause de ces défenses, les marins appellent quelquefois le Morse, la + <i>bête à grandes dents</i>.</p> + + <p>L’animal emploie ces énormes crochets, soit à se cramponner aux corps + solides, soit à détacher les herbes de la mer, soit encore à racler + le sol submergé pour mettre à nu les petits animaux dont il fait sa + nourriture.</p> + + <p>Le Morse possède aussi des dents molaires; et, chose digne de remarque, + celles d’en haut s’emboîtent dans celles d’en bas, <i>comme un pilon + dans son mortier</i>. (<span class="smcap">F. Cuvier.</span>)</p> + + <p>Notre Mammifère, comme on le voit, n’offre rien qui permette de + l’assimiler sérieusement au Cheval, à la Vache ou bien à l’Éléphant.</p> + + <p>Quand le temps est beau, on voit quelquefois des centaines de Morses + qui se jouent, en faisant retentir l’air de leurs mugissements, + lesquels ressemblent aux beuglements du taureau; d’autres sont + paresseusement couchés au soleil. Quand ils dorment, il y a toujours + une sentinelle vigilante, l’œil ouvert, le cou tendu, qui avertit la + troupe s’il survient quelque danger.</p> + + <p>On a élevé plusieurs fois des Morses dans le nord de l’Europe. On leur + donnait de la bouillie d’avoine ou de millet.</p> + + <p>Il y a plusieurs années, on a réussi à en conduire un jusqu’à Londres; + mais il n’y a vécu que quelques jours. <span class="pagenum" id="Page_647">647</span> On le nourrissait avec des + Crabes; ce qui lui convenait mieux que l’avoine ou le millet.</p> + + <p>On a montré, pendant quelque temps, en Angleterre, un autre individu + âgé de trois mois. Il se mettait en colère toutes les fois qu’on + voulait le toucher; il entrait même en fureur. La seule chose que + l’éducation avait pu obtenir de lui, était de suivre son maître en + grondant, quand celui-ci lui offrait à manger. (E. Worst.)</p> + + <p>On s’accorde à dire que le Morse a moins d’intelligence et de douceur + que le Phoque. Cependant il n’est pas féroce, il n’attaque pas l’Homme, + mais il se défend avec un indomptable courage. Quand on le poursuit + au large, il faut prendre beaucoup de précautions; car il arrive + souvent que toute une troupe de Morses se jette audacieusement sur les + embarcations, les entoure et cherche à les submerger.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Le capitaine Buchanan soutint un jour un combat, un véritable combat, + contre des Morses. C’était en 1818, dans les parages du Spitzberg.</p> + + <p>L’équipage avait aperçu, le soir, un grand nombre de ces animaux qui se + dirigeaient vers un plateau de glace. Des embarcations furent aussitôt + équipées pour les poursuivre. Le premier troupeau prit la fuite; mais + le second se groupa sur le plateau avec une telle impétuosité, qu’il + dérangea le plan de bataille des marins, et les empêcha d’intercepter + leur marche. Les Morses étaient nombreux, et le combat s’annonçait + avec des apparences très-sérieuses. Aux premiers coups de feu, ils + s’élancèrent contre les marins, grognant, beuglant avec colère, + saisissant les bords <span class="pagenum" id="Page_648">648</span> des embarcations avec leurs longues dents ou + les frappant avec leur tête. Dans cette lutte violente, et périlleuse + pour l’équipage, les Morses étaient conduits et comme commandés par un + individu, un mâle, plus grand et plus terrible que ses frères. Ce fut + sur celui-ci, principalement, que les matelots dirigèrent leurs coups. + Mais il recevait les atteintes de leurs massues sans fléchir, et les + lances, malheureusement peu aiguisées, ne pouvaient pénétrer dans sa + rude cuirasse. Le troupeau était si nombreux, et ses attaques étaient + si vives et si réitérées, que les matelots n’avaient pas le temps de + charger leurs grosses carabines. Par bonheur, le commis aux vivres + avait son fusil prêt; il visa adroitement le chef Morse et lui envoya + ses balles dans les entrailles. L’animal tomba sur le dos, au milieu + de ses compagnons. Ceux-ci abandonnèrent à l’instant même le champ de + bataille, se rassemblèrent autour de leur général, et le soutinrent + à la surface de l’eau avec leurs formidables dents. Probablement + ils agissaient ainsi par une sagacité naturelle, pour l’empêcher de + suffoquer. (Buchanan.)</p> + + <p>On raconte que des pêcheurs, ayant découvert, également au Spitzberg, + un petit Morse dans une caverne au bord de la mer, s’en emparèrent + et le mirent dans un bateau. Le père et la mère, furieux de ne plus + trouver leur nourrisson, poursuivirent l’embarcation, et l’un d’eux, + l’ayant accrochée avec ses défenses, la fit tellement pencher, qu’un + des pêcheurs glissa dans la mer. L’autre Morse se jeta sur lui avec + acharnement, et il fut impossible aux autres pêcheurs de sauver le + malheureux.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXXIV" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-648bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-648bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Dans une autre circonstance, toujours au Spitzberg, une chaloupe + attaqua un mâle et une femelle. Cette dernière fut blessée pendant + qu’elle allaitait son petit, attaché à sa poitrine. Le mâle, pour + se venger, donna une forte secousse au bateau. La femelle serra + étroitement son nourrisson <span class="pagenum" id="Page_649">649</span> + sous sa nageoire gauche, et se dirigea, malgré ses blessures, vers + un plateau de glace. (Elle avait trois lances enfoncées dans la + poitrine.) Arrivée là, elle y déposa son petit. Mais, celui-ci, à + l’instant même, s’en revint vers l’embarcation avec une telle rage, + qu’il l’eût certainement fait chavirer, s’il en avait eu la force. Il + reçut une blessure à la tête, et retourna vers sa mère, qui se traînait + péniblement de glaçon en glaçon. Le mâle, redoutant une nouvelle + attaque, prit sa malheureuse compagne avec les dents, et l’entraîna + dans l’eau jusqu’à ce qu’elle fût hors d’atteinte. (Buchanan.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-649" style="width: 400px;"> + <img src="images/page-649.jpg" alt="" width="400" height="269" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-649.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">MORSE ET SES PETITS<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Trichechus rosmarus</i> Linné).</p> + </div> + </div> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>La chasse au Morse est facile et productive.</p> + + <p>Généralement, ces pauvres bêtes se laissent tuer sans montrer beaucoup + de ruse à fuir les assaillants. Un bateau pêcheur en prend d’ordinaire + deux à trois cents par saison. En 1608, l’équipage de Welden en tua + plus de <span class="pagenum" id="Page_650">650</span> mille sur les côtes de l’île Cherry. Au rapport de Gmelin, + les Anglais en prirent, en 1705 et 1706, sept à huit cents dans six + heures; en 1708, neuf cents dans sept heures, et en 1710, huit cents + dans une semaine. On assure que, chaque année, dans les mers du Nord, + on en détruit près de trois à quatre mille.</p> + + <p>Quand un Morse, surpris à terre, se sent blessé, il entre dans une + colère effrayante. Il brise les armes du chasseur imprudent, ou bien + les lui arrache. S’il ne peut pas atteindre l’ennemi, il frappe le sol + de côté et d’autre avec ses défenses. Poussé à bout et comme enragé, il + met sa tête entre ses nageoires, et, profitant de la pente du rivage, + il se laisse rouler dans la mer. Si on l’attaque dans l’eau, il se + défend avec fureur.</p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Comme les Phoques, les Morses fournissent une certaine quantité d’huile.</p> + + <p>On tire parti de leur peau pour faire des soupentes. Cette peau était + anciennement précieuse pour la navigation: on la coupait en lanières + que l’on tordait, et l’on obtenait ainsi des câbles d’une très-grande + résistance.</p> + + <p>Les dents de Morse sont préférables à l’ivoire, parce qu’elles sont + plus dures et moins sujettes à jaunir. Malheureusement, elles n’ont + pas le volume des défenses de l’Éléphant; cependant on en trouve + qui offrent plus de 80 centimètres de longueur, et près de 33 de + circonférence à leur sortie de l’alvéole. L’ivoire des Morses est + compacte, susceptible d’un beau poli, mais sans stries. De petits + grains ronds, placés pêle-mêle comme les cailloux dans un poudingue, + <span class="pagenum" id="Page_651">651</span> forment la partie moyenne de la défense (Cuvier).</p> + + <p>Ces dents sont utilisées de différentes manières. Les prisonniers + russes, en Sibérie, les travaillent très-adroitement, à peu près comme + les forçats de Toulon cisèlent les noix de coco. Ils en fabriquent des + coffrets, des boîtes, des étuis, des chaînes et d’autres petits bijoux + élégants, vrais chefs-d’œuvre d’art et de patience.</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_653">653</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_49" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE XLIX<br /> + <span class="h2line2">LA LOUTRE DE MER.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>«Vestus d’habits moult somptueusement, très-bien fourrés.....»</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">Saint-Gelais.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>Les Mammifères marins, nous l’avons dit dans les chapitres précédents, + ne sont pas organisés comme les Mammifères terrestres. Leur corps est + plus ou moins pisciforme, et leurs membres ressemblent plus ou moins à + des nageoires.</p> + + <p>Voici maintenant un petit quadrupède qui diffère à peine, par sa + structure, de ceux qui vivent sur la terre, et qui est néanmoins un + animal exclusivement marin. C’est peut-être le seul qui existe (?).....</p> + + <p>Tout le monde connaît la <i>Loutre ordinaire</i><a id="FNanchor_316" href="#Footnote_316" class="fnanchor">[316]</a>, petit Mammifère + carnassier à pieds palmés et onguiculés, et à queue longue presque + arrondie.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_654">654</span></p> + + <p>La <i>Loutre de mer</i>, ou <i>Enhydre</i>, présente une taille un peu + plus grande. Elle peut atteindre jusqu’à un mètre et demi de longueur.</p> + + <p>Sa tête est médiocre, arrondie, et ressemble un peu à celle du Chat. + Elle porte des oreilles courtes, des yeux presque circulaires et + noirs, et des moustaches blanches, longues et pendantes. Sa queue est + proportionnellement moins développée que dans la Loutre ordinaire. + Ses pattes sont plus petites et plus adaptées à la vie aquatique. Les + postérieures ressemblent moins à des pieds qu’à des nageoires.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-654" style="width: 489px;"> + <img src="images/page-654.jpg" alt="" width="489" height="310" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-654.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LOUTRE DE MER<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Enhydris marina</i> Fleming).</p> + </div> + </div> + + <p>Cependant ces organes diffèrent notablement des nageoires des Morses + et des Phoques; et, quoique leurs doigts, réunis par des membranes, + composent de véritables palettes destinées à frapper l’eau, l’animal, + en définitive, est plutôt organisé comme un Mammifère terrestre que + comme un Mammifère marin.</p> + + <p>Ce petit quadrupède habite dans une grande partie de l’océan Pacifique + boréal, entre le 50<sup>e</sup> et le 56<sup>e</sup> degré de <span class="pagenum" id="Page_655">655</span> latitude nord. On le + rencontre jusque dans les parages du Japon.</p> + + <p>On le voit souvent couché sur des îles flottantes de Néréocystés, se + réchauffant aux rayons du soleil, ou guettant quelque proie. C’est + pourquoi, dans certains pays, les végétaux dont il s’agit sont désignés + sous le nom de <i>Choux aux Loutres</i>.</p> + + <p>Ce Mammifère se nourrit de Poissons, de Crustacés, de coquillages, et, + au besoin, de plantes marines.</p> + + <p>Il plonge comme les Morses et les Phoques, mais il ne reste pas aussi + longtemps sous l’eau.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-655" style="width: 486px;"> + <img src="images/page-655.jpg" alt="" width="486" height="292" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-655.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">LOUTRE FEMELLE ET SON PETIT.</p> + </div> + </div> + + <p>Il est d’un brun marron en dessus, et d’un brunâtre argenté en dessous.</p> + + <p>La Loutre de mer vit par couples. La femelle ne met bas qu’un seul + petit. Elle s’en sépare rarement et s’occupe de son éducation avec + beaucoup de tendresse. Souvent on voit à côté de la mère, non-seulement + le nourrisson de l’année, mais encore celui de l’année précédente. Elle + joue avec eux sur la glace ou dans les flots. Elle les jette dans la + mer, et leur apprend à nager et à plonger. Quand elle dort à la <span class="pagenum" id="Page_656">656</span> + surface de l’eau, le ventre en l’air, et qu’elle s’abandonne au gré + des vagues, elle tient son petit au-dessus d’elle, entre ses pattes + de devant. Steller a représenté une mère dans cette position. Les + chasseurs surprennent souvent ces pauvres bêtes ainsi endormies, et + réussissent presque toujours à les tuer.</p> + + <p>Quand on enlève ses petits à une Loutre de mer, elle pousse des + cris plaintifs; elle suit même le ravisseur de loin, appelant ses + nourrissons d’une manière suppliante: ceux-ci lui répondent par des + vagissements.</p> + + <p>Steller découvrit une fois une Loutre couchée sur la glace; son + petit dormait entre ses pattes. Notre savant naturaliste s’approcha + doucement. La mère, vigilante, ouvrit les yeux, reconnut le danger, + éveilla son nourrisson et l’excita à fuir. Mais l’innocent préférait le + sommeil. La Loutre le saisit vigoureusement, et l’entraîna malgré lui + vers la mer.</p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Le pelage de cet animal est très-serré, très-moelleux et très-lustré. + On le recherche comme fourrure précieuse, et l’on a bien raison, car + c’est une des plus belles qui existent.</p> + + <p>On appelle <i>bobry</i> les mâles adultes, <i>matka</i> les femelles, + <i>koschloki</i> les petits d’un an, et <i>medwieki</i> les petits de + quelques mois.</p> + + <p>Les navires russes ou les navires américains qui chassent les Loutres + de mer, ou qui en font le commerce, les vendent principalement en + Chine, où leurs peaux sont employées comme ornement et comme signe + distinctif par les hauts fonctionnaires. On en apporte rarement en + Europe. Cependant <span class="pagenum" id="Page_657">657</span> beaucoup de seigneurs russes estiment cette + remarquable fourrure presque autant que les mandarins chinois.</p> + + <p>Suivant leur degré de conservation et la finesse ou le lustre de leur + poil, ces peaux valent, en Chine, de 800 à 1500 francs pièce. Mais on + constate d’année en année que le nombre des Loutres diminue dans les + parages où on les prenait autrefois assez facilement; aussi leur prix + tend-il considérablement à augmenter (P. Gervais).</p> + + <p>On assure que, dans ces derniers temps, plusieurs fourrures ont été + vendues, à Saint-Pétersbourg, jusqu’à 2000 francs (Nordmann).</p> + + <p>Du temps de Steller, l’équipage d’un seul navire pouvait tuer + jusqu’à 800 individus dans une seule campagne. Aujourd’hui, les + pêcheurs d’Enhydres ne sont pas aussi favorisés. Ils ont beaucoup de + peine à s’en procurer quelques couples. Dans beaucoup de parages, + et particulièrement sur les côtes du Japon, les Loutres de mer ne + paraissent plus en quelque sorte qu’accidentellement.</p> + + <p>Il faudrait réglementer la chasse de ce précieux Mammifère et le + ménager un peu, pour empêcher que, dans un avenir peu éloigné, son + espèce n’ait complétement disparu.</p> + + <p>La Loutre de mer présente un intérêt historique: c’est, en grande + partie, en la poursuivant, que les Russes sont arrivés d’abord jusqu’au + Kamtchatka, et plus tard jusqu’en Amérique.</p> + + <p>L’Enhydre est rare dans les musées, on en comprend la raison. Le + cabinet de Munich possède un squelette de cet animal, qui lui a été + donné par le duc de Leuchtenberg. Le Muséum d’histoire naturelle de + Paris s’est enrichi, en 1853, de deux squelettes, un mâle et une + femelle, qui lui ont été envoyés par le professeur Nordmann.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_658">658</span></p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>Les Loutres mâles ont des mamelles..... à la vérité très-imparfaites. + Il en est de même, du reste, chez tous les Mammifères. Nous nous sommes + bien souvent demandé le <i>cui bono</i> de ces mamelles.</p> + + <p>Les organes des animaux ont généralement des <i>fonctions + déterminées</i>. L’aile sert au vol, l’œil à la vue, l’oreille à + l’audition.....</p> + + <p>Dans certaines circonstances, des arrêts ou des excès de développement + modifient la constitution des parties, et l’ensemble peut remplir un + usage différent. C’est ainsi que l’aile du Manchot devient nageoire, + tandis que la nageoire de l’Exocet devient aile.....</p> + + <p>Habituellement, l’organe modifié conserve l’ancien usage, en même temps + qu’il s’applique au nouveau. Le nez du Tapir et celui de l’Éléphant + sont toujours affectés à l’olfaction, quoiqu’ils soient devenus + <i>boutoir</i> et <i>trompe</i>, c’est-à-dire appendice pour creuser et + membre pour saisir.....</p> + + <p>Mais quand l’arrêt de développement est arrivé de trop bonne heure, + l’organe n’apparaît plus que comme un <i>rudiment</i>. Dans cet état, + <i>à quoi sert-il? Peut-il servir à quelque chose?</i></p> + + <p>Quelles sont les fonctions des yeux <i>atrophiés</i> ou couverts par la + peau chez la Taupe? Quelles sont celles des <i>tubercules oculaires</i> + chez les Sangsues, ou des <i>points oculiformes</i> chez les Planariés?</p> + + <p>Pourquoi existe-t-il des mamelles <i>rabougries</i> chez le mâle de la + Loutre de mer, et chez ceux des autres quadrupèdes?</p> + + <p>Étienne Geoffroy Saint-Hilaire regardait ces développements <span class="pagenum" id="Page_659">659</span> + incomplets comme des éléments du plan primitif de l’organisme, et par + conséquent comme des indices de la symétrie générale conservés dans les + symétries particulières.</p> + + <p>Plusieurs éminents zoologistes ont voulu voir, dans ces rudiments, des + <i>tendances de la Nature</i> vers un but déterminé, c’est-à-dire des + ébauches abandonnées ou des efforts non réussis.</p> + + <p>Cette explication est-elle préférable à celle de Geoffroy Saint-Hilaire?</p> + + <p>La nature active, en d’autres termes la puissance créatrice ne + ressemble en rien à la puissance humaine, qui essaye, qui prend de + la peine, et qui n’aboutit pas toujours. Dieu n’a jamais eu besoin + de tentatives ni d’efforts, même pour ses combinaisons les plus + transcendantes ou pour ses organismes les plus ingénieux! Il a toujours + fait ce qu’il a voulu et dans le temps qu’il a voulu, appareils + très-compliqués ou très-simples, ensembles d’organes, portions + d’organes, et, si l’on veut, <i>semblants</i> d’organes!.....</p> + + <p>Le mot <i>tendance</i> renferme cependant une idée philosophique; il + serait parfait si les animaux étaient la création des hommes. Comment + faut-il le remplacer, les animaux étant la création de Dieu?</p> + + <p>A quoi servent donc les mamelles chez les mâles?—Nous l’ignorons + complétement, et nous avouons franchement notre ignorance.</p> + + <p>Dieu seul pourrait nous l’apprendre, car <i>Dieu sait beaucoup de + choses</i>, comme disait Abd-el-Kader!</p> + + <div class="figcenter3" style="width: 214px;"> + <img src="images/end-chapter2.jpg" alt="" width="214" height="56" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_661">661</span></p> + <div class="figcenter1" id="ch_50" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + + <h2 class="nobreak">CHAPITRE L<br /> + <span class="h2line2">L’OURS BLANC.</span></h2> + + <div class="epigraph1"> + <p>Il couche sur la neige, et soupe quand il tue.</p> + + <p class="auteur">(<span class="smcap">A. de Musset.</span>)</p> + </div> + + <p class="souschapitre">I</p> + </div> + + <p>On l’a déjà vu, les mers du Nord ne sont pas déshéritées de la vie; + elles ont aussi leurs habitants, même leurs populations insouciantes et + joyeuses, sur les amas de neige ou sur les bancs de glace, au milieu + des eaux les plus froides ou des brouillards les plus épais.</p> + + <p>L’<i>Ours blanc</i> ou <i>polaire</i><a id="FNanchor_317" href="#Footnote_317" class="fnanchor">[317]</a> est comme le souverain de + ces populations. Il règne en despote cruel sur les animaux du pôle + arctique. Il habite toutes les mers; il fréquente toutes les côtes. Il + aime le froid comme les autres aiment le chaud.</p> + + <p>Il y en avait anciennement un très-grand nombre dans l’île Cherry, + appelée d’abord <i>Beeren eiland</i>, c’est-à-dire <i>île des Ours</i>.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_662">662</span></p> + + <p>L’Ours blanc est un véritable quadrupède terrestre. Mais il diffère + de son homonyme l’Ours des Alpes, par sa taille plus grande et plus + élancée, par ses membres plus élevés, pourvus de pieds plus robustes, + par son cou plus long, et par sa tête plus étroite et plus fixe.</p> + + <p>Il peut acquérir de grandes dimensions. Certains individus n’ont pas + moins de 2 mètres de longueur (P. Gervais).</p> + + <p>En 1596, le voyageur Guillaume Barentz en tua deux dont il conserva les + peaux. L’une était longue de 3 mètres et demi, et l’autre d’environ 4 + mètres.</p> + + <p>On assure que les plus gros individus pèsent quelquefois jusqu’à 500 + kilogrammes.</p> + + <p>L’Ours polaire est vêtu d’une fourrure blanche très-légèrement + jaunâtre, à tissu soyeux et serré. Les pêcheurs norvégiens l’appellent + pittoresquement le <i>gros homme en pelisse</i>. On conçoit comment, + avec cet excellent habit, il peut résister aux grands abaissements de + température, si communs dans son pays.</p> + + <p>Ses yeux offrent une teinte foncée. Il a le bout du museau, l’intérieur + de la gueule et les ongles noirs.</p> + + <p>L’Ours blanc se nourrit de Phoques, de Poissons et de plusieurs + autres animaux marins. On dit qu’il attaque les jeunes Baleines. Il + mange aussi des substances végétales, surtout pendant l’été. Il peut + supporter de très-longues abstinences.</p> + + <p>Il suit les Phoques à la piste. Pour les saisir, il s’accroupit sur + les pattes de devant, avance peu à peu et sans secousse avec celles + de derrière, confondu par sa couleur avec la neige et les glaçons, et + c’est seulement à quelques mètres qu’il s’élance sur l’animal qu’il + veut saisir.</p> + + <div class="figcenter2" id="pl-XXXV" style="width: 600px;"> + <img src="images/page-662bis.jpg" alt="" width="600" height="375" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-662bis.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <p>Quand le dégel commence, il se forme, dans les régions septentrionales, + des ruisseaux qui glissent silencieusement sur la neige, comme des + rubans argentés posés sur du <span class="pagenum" id="Page_663">663</span> + velours blanc. Nos féroces quadrupèdes viennent se désaltérer dans ces + petits ruisseaux.</p> + + <p>L’Ours blanc a les doigts unis à leur origine par de fortes membranes. + C’est encore un caractère qui le distingue de l’Ours brun. Du reste, + comme ce dernier, il marche sur la plante des pieds, et peut au besoin + se tenir debout sur ses membres postérieurs.</p> + + <p>Il nage rapidement et plonge avec facilité. Mais il ne passe pas toute + l’année au sein de la mer; pendant la belle saison, il vient à terre, + et se rend dans les bois. Il court sur le terrain comme les quadrupèdes + ordinaires. Il peut faire jusqu’à trois milles par heure. Pendant + l’hiver, quand les neiges recouvrent le sol, il retourne à l’Océan, + accompagné de ses petits. Lorsque le froid augmente, on voit les Ours + blancs rôder sur la glace, grimper sur les blocs, et plonger dans + l’eau qui n’est pas encore gelée. Ils se réunissent, à cette époque, + en nombre plus ou moins considérable. Ce sont, du reste, les seuls + Mammifères du même groupe chez lesquels on observe des dispositions + pour la sociabilité (P. Gervais). Ce qui est d’autant plus remarquable, + qu’ils sont extrêmement cruels, et que les animaux d’un naturel + semblable vivent généralement plus ou moins isolés.</p> + + <p>Quelques Ours blancs, placés sur des glaçons flottants comme sur des + radeaux, se laissent entraîner et emporter d’un pays dans un autre. + C’est ainsi qu’on a vu des individus en quelque sorte échoués sur + les côtes de l’Islande et de la Norvége. On assure même que d’autres + ont traversé, accidentellement, le détroit de Beering, et qu’on en a + rencontré jusque dans l’archipel du Japon (Siebold).</p> + + <p>Parfois, emportés vers la haute mer par les glaces, ils ne peuvent plus + regagner la terre, ni quitter leur îlot; alors ils meurent de faim, ou + se dévorent les uns les autres.</p> + + <p>Cet animal est plus terrible que l’Ours des Alpes. La force <span class="pagenum" id="Page_664">664</span> de sa + mâchoire est telle, qu’on l’a vu couper en deux une lame de fer de 10 + millimètres d’épaisseur. (Scoresby.)</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-664" style="width: 250px;"> + <img src="images/page-664.jpg" alt="" width="226" height="197" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-664.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + <div class="caption"> + <p class="center">TÊTE D’OURS BLANC<br /> + (<i xml:lang="la" lang="la">Thalarctos maritimus</i> Gray).</p> + </div> + </div> + + <p>Lorsqu’un Ours blanc débarque dans une île peu habitée, il en attaque + les troupeaux et leurs propriétaires avec fureur. Il égorge et dévore + tous les malheureux qui tombent sous ses griffes. Il dévaste même les + cimetières: les cadavres conservés par le froid lui fournissent une + nourriture abondante.</p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">Rien n’est sûr en son passage,<br /> + Ce qu’il trouve, il le ravage.</p> + + <p class="smcap right">(<span class="smcap">Malherbe.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p>A l’apparition d’un Ours en Islande, les insulaires alarmés se + rassemblent pour combattre le redoutable carnassier et pour sauver + le bétail. Ce sont les côtes du Groenland qui sont le plus exposées + aux invasions de ces déprédateurs. Le capitaine Scoresby en vit dans + ces parages un si grand nombre, qu’il compare leurs réunions à des + troupeaux de moutons.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_665">665</span></p> + + <p class="souschapitre">II</p> + + <p>Il y a quelques années, trois jeunes chasseurs passant ensemble l’hiver + au Labrador laissèrent leur cabane pour aller visiter des piéges tendus + dans la forêt. A leur retour, ils furent étonnés de trouver leur + porte arrachée et jetée sur la neige. Ils crurent d’abord que quelque + voisin, mauvais plaisant, avait voulu leur jouer un tour pendant leur + absence. Tout avait été bouleversé: le poêle et son tuyau étaient par + terre, l’armoire vidée, la provision de lard pillée; le sac de farine + avait disparu; il manquait encore une tasse de fer-blanc, un paletot + et une paire de bottes..... Il y avait eu vol avec effraction. Nos + trois jeunes gens se mettent en quête du voleur ou des voleurs..... + On cherche, et l’on découvre que tout le dégât avait été causé par + deux Ours blancs. A peu de distance de la cabane était le sac vidé + et déchiré; un peu plus loin gisait la tasse, portant l’empreinte de + fortes dents... Quant au paletot, à la paire de bottes, les gaillards + les avaient emportés! (Ferland.)</p> + + <p class="souschapitre">III</p> + + <p>En général, les Ours blancs n’attaquent pas l’Homme, à moins qu’ils + ne soient affamés; ils évitent même ordinairement sa rencontre. + Mais, lorsqu’on les provoque et qu’on les met dans la nécessité de + se défendre, le combat n’est pas sans danger pour les assaillants. A + cause de cela, les Ours sont très-redoutés par les petites embarcations + qui cherchent <span class="pagenum" id="Page_666">666</span> à leur donner la chasse. On assure, toutefois, que + ces animaux sont moins courageux qu’on ne serait tenté de le croire, + et qu’ils désertent vite le champ de bataille lorsqu’ils se sentent + blessés.</p> + + <p>Un baleinier se trouvait bloqué par les glaces dans le détroit de + Davis, sur les côtes du Labrador. Un Ours blanc s’approcha du navire à + la distance de quelques mètres. Un matelot fut tenté de s’en emparer + tout seul, pendant que ses compagnons étaient encore à table. Il + descendit sur la glace, armé d’une pique; il courut sur l’animal. + Celui-ci ne recula point, désarma son faible adversaire, le saisit par + le milieu du dos avec les dents, et l’entraîna si rapidement, qu’il fut + impossible de lui porter secours.</p> + + <p>Un autre baleinier arrêté sur les côtes du Groenland était amarré + à un bloc de glace. Il découvrit au loin un Ours énorme occupé à + guetter des Phoques. Un matelot, dont le courage était exalté par une + forte dose de rhum, forma le projet d’aller attaquer le redoutable + animal. Aucune remontrance ne put calmer son ardeur belliqueuse. Il + part sans autre arme qu’un harpon, traverse les neiges, et, après + une course d’une demi-heure, harassé et commençant à reprendre son + sang-froid, il se trouve devant l’ennemi, lequel, à sa grande surprise, + n’est nullement intimidé, et l’attend de pied ferme. L’effet du rhum + s’affaiblissait, et l’Ours était si grand, et son regard annonçait + tant d’assurance!..... Le matelot fut sur le point de renoncer à + l’offensive. Il s’arrête, préparant son arme. L’Ours ne bougeait point. + Le marin essaye de se donner du courage, excité surtout par la crainte + des railleries dont ses camarades ne manqueraient pas de l’accabler. + Mais, tandis qu’il songeait aux moyens de commencer le combat, l’Ours, + moins préoccupé que son adversaire, se met en mouvement, et semble + vouloir attaquer le premier. Cette fois, la valeur <span class="pagenum" id="Page_667">667</span> du matelot + s’évanouit, et la honte d’une retraite ne peut le retenir: il prend la + fuite. L’Ours le poursuit. Accoutumé aux courses sur la neige et sur + la glace, l’animal gagnait continuellement du terrain sur l’imprudent + matelot, et la terreur de celui-ci était au comble. L’arme qu’il + portait encore n’était qu’un poids inutile, un embarras de plus; il + la jette afin de courir plus lestement. L’Ours aperçoit cet objet, le + flaire, le soumet à l’épreuve de ses pattes et de ses dents, et, en + perdant ainsi quelques minutes, il donne au fuyard un répit dont il + profite de son mieux. Enfin, l’Ours abandonne le harpon et reprend sa + course. Le matelot, se sentant près d’être atteint, cherche encore + quelque autre moyen de distraire et d’arrêter son terrible ennemi, + il lui jette une de ses mitaines. Ce fut assez pour occuper pendant + quelques minutes l’insouciant et curieux animal, et ce retard vint très + à propos, car les forces du pauvre matelot étaient presque épuisées. + L’Ours ayant laissé l’objet de sa distraction pour continuer sa + poursuite, le fugitif fit le sacrifice de son autre mitaine; il en vint + ensuite à son chapeau.</p> + + <p>L’équipage, qui assistait de loin à cette comédie, vit enfin qu’elle + devenait trop sérieuse, que l’irritation du carnassier se montrait de + plus en plus menaçante, et que le malheureux matelot allait succomber. + Une troupe vint arrêter l’impétuosité de la poursuite et protéger le + pauvre fuyard aussi tremblant qu’épuisé de fatigue. A l’aspect de + ses nouveaux et nombreux adversaires, l’Ours fit d’abord mine de se + battre; mais, ayant été blessé, il reconnut habilement qu’une honorable + retraite était le seul parti convenable. Il mit bientôt entre les + poursuivants et lui un espace de neiges et de glaces raboteuses que les + matelots n’osèrent pas franchir. (<i>Mag. pittor.</i>)</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_668">668</span></p> + + <p class="souschapitre">IV</p> + + <p>Au mois de septembre 1596, un vaisseau hollandais commandé par + Guillaume Barentz, arrivé au delà de la Nouvelle-Zemble, fut surpris + pendant la nuit dans un port de glaces, et tellement enfermé de toutes + parts, qu’aucun effort humain n’aurait pu le dégager. Barentz fut donc + réduit à la triste perspective d’hiverner dans cette région d’horreur.</p> + + <p>Le vaisseau, assiégé et tourmenté par les mouvements des glaçons, + craquait en plusieurs endroits. On prit la résolution de traîner le + canot à terre, et l’on y transporta le biscuit, le vin, les armes, de + la poudre et du plomb. On dressa une tente près du canot; plus tard, on + construisit une hutte..... Le 15 septembre, pendant qu’on travaillait, + un matelot vit venir trois Ours d’inégale grosseur. Le plus petit + demeura derrière un gros glaçon; les autres continuèrent d’avancer. + L’un d’eux plongea la tête dans un cuvier où l’on avait mis de la + viande à tremper. L’équipage tira, et l’animal tomba mort. L’autre Ours + s’arrêta, comme ébahi, regarda fièrement son compagnon, le flaira, et, + comme s’il eût reconnu le péril, il retourna sur ses traces. D’après + l’ordre de Barentz, on ouvrit l’Ours mort, on lui ôta les entrailles, + et on le plaça sur ses quatre jambes, pour le laisser geler dans cette + posture, et le porter en Hollande, si l’on parvenait à dégager le + vaisseau.</p> + + <p>Le 23, on eut le malheur de perdre le charpentier; il fut enterré dans + une fente de la montagne: on n’avait pu ouvrir la terre pour y creuser + une fosse.....</p> + + <p>L’équipage ne consistait plus qu’en seize hommes.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_669">669</span></p> + + <p>Le 27, il gela si fort, que si quelqu’un mettait un clou dans sa + bouche, comme il arrive souvent pendant le travail, il ne pouvait le + tirer sans emporter la peau.....</p> + + <p>Le 25 octobre, comme on était occupé à transporter les agrès sur + des traîneaux, Barentz vit derrière le vaisseau trois Ours qui + s’avançaient. Il fit de grands cris, auxquels se joignirent ceux des + matelots qui étaient avec lui. Mais les trois animaux n’en furent pas + effrayés. Alors on résolut de se défendre. On trouva heureusement + deux hallebardes; Barentz en prit une, et Girard de Veer l’autre. Les + matelots coururent au vaisseau; mais, en passant sur la glace, un + d’entre eux tomba dans une crevasse. Cet accident fit trembler pour + lui; on ne douta point qu’il ne fût le premier dévoré. Cependant les + Ours suivaient ceux qui couraient vers le vaisseau. D’un autre côté, + Barentz et de Veer en firent le tour pour entrer par derrière. Le + matelot tombé se releva de sa chute, et eut le bonheur de rejoindre + l’équipage. Tout le monde était dans le navire.</p> + + <p>Les Ours, furieux, cherchaient à monter sur le pont. On les arrêta + d’abord avec des pièces de bois et divers ustensiles qu’on se hâta de + leur lancer à la tête, et sur lesquels ils se précipitaient chaque + fois, comme les chiens après les pierres qu’on leur jette. Il n’y avait + point à bord d’autres armes que les deux hallebardes dont il vient + d’être question. On voulut allumer du feu, brûler quelques poignées + de poudre. Mais, dans la confusion, rien de ce qu’on entreprenait ne + pouvait s’exécuter.</p> + + <p>Cependant, les Ours revenant à l’assaut avec la même furie, on + commençait à manquer d’ustensiles et de bois pour les amuser. Les + Hollandais ne durent leur salut qu’au plus heureux des hasards. + Barentz, réduit à l’extrémité, agissant par désespoir plutôt que par + prudence, lança sa hallebarde contre le plus grand de ces animaux. + L’Ours fut <span class="pagenum" id="Page_670">670</span> atteint sur le museau et si fortement blessé, qu’il + jeta un grand cri et fit retraite tout de suite.</p> + + <p>Les deux autres le suivirent, quoique d’un pas assez lent.....</p> + + <p>Les Ours ne reparurent qu’avec le retour du soleil.</p> + + <p>Le 6 avril, il en descendit un jusqu’à la porte de la hutte. Elle était + ouverte. On se hâta de la fermer et de la soutenir. L’Ours s’en alla.</p> + + <p>Cependant il revint deux heures après, et monta sur la hutte, où il fit + un bruit effroyable. Il essaya de renverser la cheminée. On le crut + plus d’une fois maître de ce passage. Il déchira la voile dont elle + était entourée. Enfin, il ne s’éloigna qu’après avoir fait un ravage + extraordinaire.</p> + + <p>Le mois suivant, pendant qu’on mettait la chaloupe en état de partir, + parut un Ours énorme. Les pauvres marins rentrèrent aussitôt dans la + hutte, et les plus habiles tireurs se distribuèrent les trois portes, + attendant l’animal de pied ferme; un autre monta sur la cheminée avec + son fusil. L’Ours marcha fièrement sur la hutte. Un coup de mousquet le + renversa; on acheva aisément de le tuer. On trouva dans son ventre des + morceaux entiers de Chien marin, avec la peau et le poil.</p> + + <p>Le 30, les matelots, travaillant au radoub du vaisseau, furent surpris + par un Ours, qui vint hardiment à eux. Tous prirent la fuite vers la + hutte. L’animal les suivit, mais une salve de trois coups de fusil, qui + portèrent tous, l’étendit mort sur la neige. Cette victoire coûta cher + aux pauvres marins; car, ayant dépecé la terrible bête, et en ayant + fait cuire le foie, qu’ils mangèrent avec plaisir, ils en furent tous + malades. Trois, entre autres, parurent comme morts pendant quelques + heures. (G. de Veer.)</p> + + <p>Dans le voyage au Spitzberg de Manby, le capitaine <span class="pagenum" id="Page_671">671</span> Lewis, + accompagné de cinq hommes, voulut attaquer un Ours blanc. A quarante + pas environ de l’animal, quatre matelots firent feu en même temps et + blessèrent le quadrupède. L’Ours, furieux, courut sur les assaillants, + la gueule ouverte. Comme il s’en approchait avec des hurlements + épouvantables, le matelot et le capitaine, qui n’avaient pas tiré, + firent feu et lui brisèrent l’épaule.</p> + + <p>Avant qu’on eût eu le temps de recharger, l’Ours était tout près des + chasseurs. Ceux-ci se sauvèrent vers le rivage. L’animal courait + toujours, quoique boiteux. Il était sur le point de les atteindre, + quand deux d’entre eux se jetèrent dans le bateau; les autres se + cachèrent derrière des blocs de glace, et firent feu aussitôt qu’ils + purent. Les nouvelles blessures de l’animal ne firent qu’augmenter sa + rage. Enfin, il s’approcha de si près, que les marins sautèrent dans + la mer, d’un roc perpendiculaire assez élevé. L’Ours sauta après eux, + et il avait presque saisi un de ces pauvres matelots, lorsque, fort + heureusement, les forces lui manquèrent, et il rendit le dernier soupir.</p> + + <p>Quand on eut porté son corps sur le rivage, on constata qu’il avait + reçu huit balles.</p> + + <p class="souschapitre">V</p> + + <p>Le cri de l’Ours blanc ressemble plutôt, assure-t-on, à l’aboiement + d’un chien enroué qu’au murmure grave des autres espèces. (Boitard.)</p> + + <p>Ce quadrupède a de l’intelligence et de la sagacité.</p> + + <p>Un Phoque reposait sur la glace, près d’un trou qui devait assurer sa + fuite, en cas de péril. Un Ours, qui l’épiait, s’approche en silence + et à couvert, aussi près qu’il peut. Il <span class="pagenum" id="Page_672">672</span> plonge alors dans la mer, + gagne sous les flots le trou de la retraite, s’élance par ce trou, et + saisit le malheureux Phoque.</p> + + <p>Le capitaine d’un vaisseau baleinier voulait avoir une peau d’Ours + blanc bien entière, et, par conséquent, il fallait prendre l’animal + sans le tuer avec une arme à feu. Il imagina d’étendre sur la neige une + corde avec un nœud coulant dans lequel il mit un appât. Un Ours qui + rôdait sur les glaces des environs fut attiré; il saisit l’insidieuse + pâture, serra la corde, et l’une de ses pattes s’y trouva prise. Il + parvint à se dégager à l’aide de l’autre patte, et emporta la provision + pour la manger en lieu sûr.</p> + + <p>On rétablit le piége. L’Ours revint, et, conservant le souvenir de ce + qui lui était arrivé, il écarta prudemment la corde et saisit la proie.</p> + + <p>Dans une troisième épreuve, la corde fut recouverte de neige et + parfaitement cachée. On ne fut pas plus heureux.</p> + + <p>Pour dernière tentative, on plaça l’appât au fond d’un trou assez + profond, pour que l’Ours ne pût le prendre qu’en y plongeant la tête. + On arrangea le nœud coulant autour de l’ouverture, toujours masquée + par de la neige. Le succès semblait certain. Vain espoir! L’animal + méfiant commença par enlever délicatement la neige, découvrit la corde, + l’écarta prudemment, enleva l’appât, et disparut. (<i>Mag. pittor.</i>)</p> + + <p>Scoresby prétend que, lorsqu’un Ours frappé réussit à fuir, il se + retire derrière quelque éminence, et là, en sûreté, comme s’il avait + connaissance de l’effet styptique du froid, il applique de la neige sur + sa blessure avec la patte.</p> + + <p><span class="pagenum" id="Page_673">673</span></p> + + <p class="souschapitre">VI</p> + + <p>La femelle met bas au mois de mars. Elle fait habituellement un ou deux + petits, rarement trois.</p> + + <p>Les jeunes Ours blancs sont proportionnellement d’une petitesse + remarquable.</p> + + <p>L’attachement des femelles pour leurs petits leur inspire quelquefois + un courage bien digne d’admiration.</p> + + <p>Voici ce qui a été observé par la frégate sur laquelle le fameux Nelson + commença sa carrière navale. Cette frégate se trouvait en 1773 dans + les régions polaires. A l’aube du jour, on signala, du haut des hunes, + trois Ours blancs qui marchaient sur la glace avec une grande vitesse, + et qui se dirigeaient vers le vaisseau. On reconnut que c’était une + femelle accompagnée de deux Oursons déjà presque aussi forts que leur + mère. Tous les trois coururent vers un foyer où l’on avait jeté les + restes d’un Morse. Ils en tirèrent les chairs que le feu n’avait pas + encore consumées. La mère fit la distribution, donnant à ses petits la + plus grosse part.</p> + + <p>Les chasseurs embusqués saisirent ce moment pour faire feu sur les deux + Oursons, qui restèrent sur la place. Ils tirèrent ensuite sur la mère, + qu’ils atteignirent aussi, mais qui ne fut point abattue. Son désespoir + eût ému les cœurs les moins accessibles à la compassion. Sans faire + attention aux blessures dont elle était couverte, ni au sang qu’elle + répandait, elle ne s’occupait que de ses deux petits, les appelait par + des cris lamentables, plaçait devant eux la part de nourriture qu’elle + s’était réservée et la leur dépeçait. Comme ils restaient immobiles, + ses gémissements devinrent <span class="pagenum" id="Page_674">674</span> encore plus touchants. Elle essaya + de relever les pauvres créatures, et, reconnaissant l’impuissance de + ses efforts, elle s’écarta de quelques pas et renouvela ses appels. + Retournant auprès des deux morts, elle lécha leurs blessures, et ne les + quitta que lorsqu’elle fut bien convaincue qu’ils avaient perdu la vie.</p> + + <p>Alors des hurlements épouvantables dirigés vers le vaisseau accusèrent + les meurtriers, qui leur répondirent par une nouvelle décharge. La + malheureuse mère vint expirer auprès de ses petits, léchant leurs + blessures jusqu’au dernier moment.</p> + + <p class="souschapitre">VII</p> + + <p>Les Ours blancs s’habituent facilement à nos ménageries.</p> + + <p>Comme ils souffrent presque toujours de la chaleur, on leur jette + de temps en temps un seau d’eau fraîche sur le corps. On a soin + d’entretenir près d’eux un bassin d’eau froide, dans lequel ils vont se + mouiller le museau, se désaltérer ou se plonger.</p> + + <p>Ceux du Jardin des plantes de Paris attirent constamment, devant leur + fosse, un nombre considérable de curieux.</p> + + <p>Ces animaux ont souvent une apparence haletante, comme les chiens dans + l’été, lorsqu’ils viennent de courir. Ils exécutent avec leur tête, + leur cou et leur train de devant une sorte de balancement continuel qui + captive d’abord l’attention par sa singularité, mais qui la fatigue + bientôt par sa monotonie.</p> + + <p>Dans la servitude, ces Ours ne se montrent susceptibles <span class="pagenum" id="Page_675">675</span> d’aucune + éducation et d’aucun attachement. Ils conservent toujours leur + sauvagerie brutale et stupide. (Boitard.)</p> + + <p>Il paraît que cette espèce était connue des anciens. Cuvier pense que + c’est un Ours blanc que Ptolémée Philadelphe fit venir à Alexandrie, et + dont parlent Callixène le Rhodien et Athénée.</p> + + <div class="figcenter2" id="fig-675" style="width: 324px;"> + <img src="images/page-675.jpg" alt="" width="324" height="186" /> + <p class="x-ebookmaker-drop right2"><a href="images/x-page-675.jpg" title="Agrandir" rel="nofollow">[↔]</a></p> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter margintop4"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_676">676</span></p> + + <div class="footnotes"> + <h2 class="h2notes" id="notes">NOTES</h2> + + <hr class="small3a" /> + + <p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a>En temps calme, le mälström est un fort courant ordinaire + où les étrangers se promènent en bateau.</p> + + <p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">La vie est partout sur une plage:<br /> + La vie est partout dans nos lits.</p> + + <p class="right">(<span class="smcap">Autran.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a>Voyez le chapitre XII.</p> + + <p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a>Voyez le chapitre XIII.</p> + + <p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a>Voyez le chapitre VI.</p> + + <p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a>Ce globule présente de 1/5<sup>e</sup> à 1/3 de millimètre de + diamètre.</p> + + <p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a>Viviani a trouvé (seulement dans les parages de Gênes) + quatorze espèces d’animaux phosphoriques. MM. Van Beneden et de + Quatrefages en signalent une soixantaine.</p> + + <p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a>Voyez le chapitre XIII.</p> + + <p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Aurelia phosphorica</i> Péron et Lesueur.</p> + + <p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pholas dactylus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Trichodesmium erythræum</i> Ehrenberg.</p> + + <p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Trichodesmium Ehrenbergii</i> Montagne. Il en existe + encore une autre espèce, appelée par les savants <i xml:lang="la" lang="la">Trichodesmium + Hindsii</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a>Voyez la planche IV.</p> + + <p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sargassum bacciferum</i> Agardh.</p> + + <p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Anacharis canadensis</i> G. Planchon.</p> + + <p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sargassum turbinatum</i> Agardh.</p> + + <p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Macrocystis pyrifera</i> Agardh.</p> + + <p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a>C’est aussi l’opinion de Donati, de Cavolini, d’Agardh, + de Delile, de Link, de Kützing, de Zanardini, de Nägeli, de Woronine.</p> + + <p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a>C’était aussi l’opinion de Cuvier, de Lamarck, de + Blainville.</p> + + <p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20"><span class="label">[20]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Agaricus androsaceus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21"><span class="label">[21]</span></a>Voyez le chapitre VII.</p> + + <p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22"><span class="label">[22]</span></a>Voyez les figures de la planche V, dont les éléments nous + ont été libéralement communiqués par M. Thuret.</p> + + <p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23"><span class="label">[23]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Fucus nodosus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24"><span class="label">[24]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Fucus serratus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25"><span class="label">[25]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Fucus siliquosus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26"><span class="label">[26]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Zostera marina</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27"><span class="label">[27]</span></a>«Le microscope précise les caractères des infiniment + petits, comme le télescope rapproche les infiniment grands.» + (<span class="smcap">Leibnitz.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28"><span class="label">[28]</span></a>Infusoire d’eau douce des environs de Lille, réduit + d’après un dessin communiqué par M. Lacaze-Duthiers.</p> + + <p><a id="Footnote_29" href="#FNanchor_29"><span class="label">[29]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Monas termo</i> Müller.</p> + + <p><a id="Footnote_30" href="#FNanchor_30"><span class="label">[30]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Volvox globator</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_31" href="#FNanchor_31"><span class="label">[31]</span></a>D’après M. Balbiani, les Infusoires seraient des + <i>hermaphrodites complets</i> dans le genre des Limaçons. (Voyez le + chapitre XXIII et la planche V <i>bis</i>, communiquée par M. Gerbe.)</p> + + <p><a id="Footnote_32" href="#FNanchor_32"><span class="label">[32]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Paramecium Aurelia</i> Müller.</p> + + <p><a id="Footnote_33" href="#FNanchor_33"><span class="label">[33]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Kolpoda meleagris</i> Müller.</p> + + <p><a id="Footnote_34" href="#FNanchor_34"><span class="label">[34]</span></a>Voyez le chapitre XXV.</p> + + <p><a id="Footnote_35" href="#FNanchor_35"><span class="label">[35]</span></a>Voyez le chapitre V.</p> + + <p><a id="Footnote_36" href="#FNanchor_36"><span class="label">[36]</span></a>Voyez le chapitre XIII.</p> + + <p><a id="Footnote_37" href="#FNanchor_37"><span class="label">[37]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Amiba divergens</i> Bory de Saint-Vincent.</p> + + <p><a id="Footnote_38" href="#FNanchor_38"><span class="label">[38]</span></a>Voyez planche VI, fig. 1, 2, 3, 4, 5, 7.</p> + + <p><a id="Footnote_39" href="#FNanchor_39"><span class="label">[39]</span></a>Voyez planche VI, fig. 6.</p> + + <p><a id="Footnote_40" href="#FNanchor_40"><span class="label">[40]</span></a>Voyez le chapitre VIII.</p> + + <p><a id="Footnote_41" href="#FNanchor_41"><span class="label">[41]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Hydra viridis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_42" href="#FNanchor_42"><span class="label">[42]</span></a>Voyez le chapitre XII.</p> + + <p><a id="Footnote_43" href="#FNanchor_43"><span class="label">[43]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Zoantha thalassanthos</i> Lesson.</p> + + <p><a id="Footnote_44" href="#FNanchor_44"><span class="label">[44]</span></a>Voyez figure 1, planche X.</p> + + <p><a id="Footnote_45" href="#FNanchor_45"><span class="label">[45]</span></a>Voyez la planche VIII.</p> + + <p><a id="Footnote_46" href="#FNanchor_46"><span class="label">[46]</span></a>Voyez la planche VII, communiquée par M. Deshayes.</p> + + <p><a id="Footnote_47" href="#FNanchor_47"><span class="label">[47]</span></a>Κοράλλιον, de κόρη, fille, ἁλὸς, de la mer, d’où + les Latins ont fait <i xml:lang="la" lang="la">curalium</i>, puis <i xml:lang="la" lang="la">corallium</i> ou + <i xml:lang="la" lang="la">coralium</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_48" href="#FNanchor_48"><span class="label">[48]</span></a>La planche VIII représente une portion de + <i>macciotta</i> retirée de quatre-vingts brasses de profondeur, dans + les eaux de la Calle, dessinée et coloriée par M. Lacaze-Duthiers + (juillet 1862).</p> + + <p><a id="Footnote_49" href="#FNanchor_49"><span class="label">[49]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent" xml:lang="la" lang="la">Sic et coralium, quo primum contigit auras<br /> + Tempore, durescit.....          (<span class="smcap">Ovide.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_50" href="#FNanchor_50"><span class="label">[50]</span></a>Voyez la planche IX, dont les éléments nous ont été + communiqués par M. Lacaze-Duthiers.</p> + + <p><a id="Footnote_51" href="#FNanchor_51"><span class="label">[51]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pennatula phosphorea</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_52" href="#FNanchor_52"><span class="label">[52]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pennatula grisea</i> Esper.</p> + + <p><a id="Footnote_53" href="#FNanchor_53"><span class="label">[53]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Tealia crassicornis</i> Gosse.</p> + + <p><a id="Footnote_54" href="#FNanchor_54"><span class="label">[54]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Actinia mesembrianthemum</i> Ellis.</p> + + <p><a id="Footnote_55" href="#FNanchor_55"><span class="label">[55]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sagartia bellis</i> Gosse.</p> + + <p><a id="Footnote_56" href="#FNanchor_56"><span class="label">[56]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sagartia viduata</i> Gosse (voy. planche X, fig. 6).</p> + + <p><a id="Footnote_57" href="#FNanchor_57"><span class="label">[57]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Actinoloba dianthus</i> Blainville (voy. planche X, + fig. 12).</p> + + <p><a id="Footnote_58" href="#FNanchor_58"><span class="label">[58]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Turris neglecta</i> Lesson.</p> + + <p><a id="Footnote_59" href="#FNanchor_59"><span class="label">[59]</span></a>Voyez la planche XI.</p> + + <p><a id="Footnote_60" href="#FNanchor_60"><span class="label">[60]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Cyanæa capillata</i> Eschscholtz.</p> + + <p><a id="Footnote_61" href="#FNanchor_61"><span class="label">[61]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Rhizostoma Aldrovandi</i> Péron.</p> + + <p><a id="Footnote_62" href="#FNanchor_62"><span class="label">[62]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Rhizostoma Cuvierii</i> Péron.</p> + + <p><a id="Footnote_63" href="#FNanchor_63"><span class="label">[63]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Cydippe pomiformia</i> Patterson.</p> + + <p><a id="Footnote_64" href="#FNanchor_64"><span class="label">[64]</span></a>On a signalé plusieurs autres Acalèphes avec une + propriété analogue, par exemple la <i xml:lang="la" lang="la">Dianæa cyanella</i> de Lamarck, + et l’<i xml:lang="la" lang="la">Oceania phosphorica</i> de Péron et Lesueur.</p> + + <p><a id="Footnote_65" href="#FNanchor_65"><span class="label">[65]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Physalia pelagica</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_66" href="#FNanchor_66"><span class="label">[66]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Galeolaria aurantiaca</i> C. Vogt (voy. planche XII, + exécutée d’après ce savant auteur).</p> + + <p><a id="Footnote_67" href="#FNanchor_67"><span class="label">[67]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Apolemia contorta</i> C. Vogt (voy. planche XIII).</p> + + <p><a id="Footnote_68" href="#FNanchor_68"><span class="label">[68]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Ludens polymorpha natura.</i>» (<span class="smcap">Linné.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_69" href="#FNanchor_69"><span class="label">[69]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Asteracanthion rubens</i> Müller et Troschel.</p> + + <p><a id="Footnote_70" href="#FNanchor_70"><span class="label">[70]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Luidia ciliaris</i> Dujardin.</p> + + <p><a id="Footnote_71" href="#FNanchor_71"><span class="label">[71]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ophidiaster miliaris</i> Müller et Troschel.</p> + + <p><a id="Footnote_72" href="#FNanchor_72"><span class="label">[72]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Oxybates Brandesii</i> Bleker.</p> + + <p><a id="Footnote_73" href="#FNanchor_73"><span class="label">[73]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Culcita discoidea</i> Agassiz.</p> + + <p><a id="Footnote_74" href="#FNanchor_74"><span class="label">[74]</span></a>Un autre petit Poisson, le <i xml:lang="la" lang="la">Fierasfer Fontanesii</i> + de Risso, habite en parasite dans le gros intestin de l’<i>Holothurie + royale</i> de Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_75" href="#FNanchor_75"><span class="label">[75]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pentacrinus caput Medusæ</i> Müller.</p> + + <p><a id="Footnote_76" href="#FNanchor_76"><span class="label">[76]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sphærechinus esculentus</i> Desor.</p> + + <p><a id="Footnote_77" href="#FNanchor_77"><span class="label">[77]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Leiocidaris imperialis</i> Desor.</p> + + <p><a id="Footnote_78" href="#FNanchor_78"><span class="label">[78]</span></a>D’après M. Caillaud, il existe quarante pièces dans + l’appareil de l’<i>Oursin livide</i>, réduites à vingt par soudure.</p> + + <p><a id="Footnote_79" href="#FNanchor_79"><span class="label">[79]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Galatea strigosa</i> Latreille.</p> + + <p><a id="Footnote_80" href="#FNanchor_80"><span class="label">[80]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Toxopneustes granularis</i> Agassiz.</p> + + <p><a id="Footnote_81" href="#FNanchor_81"><span class="label">[81]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Toxopneustes lividus</i> Agassiz.</p> + + <p><a id="Footnote_82" href="#FNanchor_82"><span class="label">[82]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Echinus melo</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_83" href="#FNanchor_83"><span class="label">[83]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Cucumaria frondosa</i> Blainville.</p> + + <p><a id="Footnote_84" href="#FNanchor_84"><span class="label">[84]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Holothuria (Intestinaria) oceanica</i> Lesson.</p> + + <p><a id="Footnote_85" href="#FNanchor_85"><span class="label">[85]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Mulleria guamensis</i> Jäger.</p> + + <p><a id="Footnote_86" href="#FNanchor_86"><span class="label">[86]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Synapta Duvernæa</i> Quatrefages (voy. planche XIV).</p> + + <p><a id="Footnote_87" href="#FNanchor_87"><span class="label">[87]</span></a>Voyez les chapitres suivants.</p> + + <p><a id="Footnote_88" href="#FNanchor_88"><span class="label">[88]</span></a>Voyez planche XV.</p> + + <p><a id="Footnote_89" href="#FNanchor_89"><span class="label">[89]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pyrosoma atlantica</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_90" href="#FNanchor_90"><span class="label">[90]</span></a>Voyez le chapitre III.</p> + + <p><a id="Footnote_91" href="#FNanchor_91"><span class="label">[91]</span></a>Cette Ascidie se vend, au marché, 2 centimes et demi la + pièce (15 mars 1863).</p> + + <p><a id="Footnote_92" href="#FNanchor_92"><span class="label">[92]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Ascidiæ exspuunt aquam tanquam e siphone.</i>» + (<span class="smcap">Linné.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_93" href="#FNanchor_93"><span class="label">[93]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ascidia ampulla</i> Bruguière.</p> + + <p><a id="Footnote_94" href="#FNanchor_94"><span class="label">[94]</span></a>Voyez la planche XVI, de la <i xml:lang="la" lang="la">Lima tenera</i>, que nous + devons à l’obligeance de M. Deshayes.</p> + + <p><a id="Footnote_95" href="#FNanchor_95"><span class="label">[95]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Tridacna gigas</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_96" href="#FNanchor_96"><span class="label">[96]</span></a>Voyez le chapitre XXX.</p> + + <p><a id="Footnote_97" href="#FNanchor_97"><span class="label">[97]</span></a>«Malheur à l’homme qui ne sait pas compatir aux + souffrances des animaux, les alléger dans leurs peines, leur accorder + des soins qui assurent leur force et la durée de leurs services! + Malheur à celui qui les traite avec violence!» (<span class="smcap">Buffon.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_98" href="#FNanchor_98"><span class="label">[98]</span></a>Les anciens ouvraient les Huîtres sur la table même. + Sénèque le dit très-expressément.</p> + + <p><a id="Footnote_99" href="#FNanchor_99"><span class="label">[99]</span></a>«L’animal a-t-il des nerfs pour être impassible? Qu’on + ne suppose pas cette impertinente contradiction dans la nature.» + (<span class="smcap">Voltaire.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_100" href="#FNanchor_100"><span class="label">[100]</span></a>Voyez le chapitre XXIII, § 6.</p> + + <p><a id="Footnote_101" href="#FNanchor_101"><span class="label">[101]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea edulis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_102" href="#FNanchor_102"><span class="label">[102]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea hippopus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_103" href="#FNanchor_103"><span class="label">[103]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea rosacea</i> Favanne.</p> + + <p><a id="Footnote_104" href="#FNanchor_104"><span class="label">[104]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea lacteola</i> Moquin.</p> + + <p><a id="Footnote_105" href="#FNanchor_105"><span class="label">[105]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea lamellosa</i> Brocchi.</p> + + <p><a id="Footnote_106" href="#FNanchor_106"><span class="label">[106]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea cristata</i> Born.</p> + + <p><a id="Footnote_107" href="#FNanchor_107"><span class="label">[107]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ostrea plicata</i> Chemnitz.</p> + + <p><a id="Footnote_108" href="#FNanchor_108"><span class="label">[108]</span></a>Adolphe Pasquier, Sainte-Marie.</p> + + <p><a id="Footnote_109" href="#FNanchor_109"><span class="label">[109]</span></a>Vitellius, disent les historiens, en mangeait quatre + fois par jour, et douze cents à chaque repas. Ce qui fait <i>quatre + mille huit cents!</i> Est-ce possible!</p> + + <p><a id="Footnote_110" href="#FNanchor_110"><span class="label">[110]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Mytilus edulis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_111" href="#FNanchor_111"><span class="label">[111]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Haliotis Iris</i> Gmelin.</p> + + <p><a id="Footnote_112" href="#FNanchor_112"><span class="label">[112]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Turbo argyrostomus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_113" href="#FNanchor_113"><span class="label">[113]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Turbo chrysostomus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_114" href="#FNanchor_114"><span class="label">[114]</span></a>Voyez les planches XVII, XVIII et XIX.—Les dessins de + ces deux planches nous ont été communiqués par M. Deshayes et par M. de + Quatrefages.</p> + + <p><a id="Footnote_115" href="#FNanchor_115"><span class="label">[115]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Aplysia</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_116" href="#FNanchor_116"><span class="label">[116]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Fœtidissima ad nauseam usque.</i>» (<span class="smcap">Linné.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_117" href="#FNanchor_117"><span class="label">[117]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Tritonia Hombergii</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_118" href="#FNanchor_118"><span class="label">[118]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Scyllæa pelagica</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_119" href="#FNanchor_119"><span class="label">[119]</span></a>Voyez fig. <b>7</b> et 7, planche XVII, et les figures de la planche XVIII.</p> + + <p><a id="Footnote_120" href="#FNanchor_120"><span class="label">[120]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Amphorina Alberti</i> Quatrefages (voy. fig. <b>5</b> + et 5, planche XIX). Cette espèce serait, d’après Alder et Hancock, un jeune de l’<i xml:lang="la" lang="la">Eolis Ferrani</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_121" href="#FNanchor_121"><span class="label">[121]</span></a>Voyez les figures de la planche XVIII.</p> + + <p><a id="Footnote_122" href="#FNanchor_122"><span class="label">[122]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Spuma cartilaginea.</i>» (<span class="smcap">Fabius Columna.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_123" href="#FNanchor_123"><span class="label">[123]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Natica millepuncta</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_124" href="#FNanchor_124"><span class="label">[124]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem" xml:lang="la" lang="la"> + <span class="i0">Sæpè ego digestos volui numerare colores,</span><br /> + <span class="i2">Nec potui; numero copia major erat.</span><br /> + <span class="i24 smcap">(Ovide.)</span> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_125" href="#FNanchor_125"><span class="label">[125]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Scalaria pretiosa</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_126" href="#FNanchor_126"><span class="label">[126]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Cypræa aurora</i> Solander.</p> + + <p><a id="Footnote_127" href="#FNanchor_127"><span class="label">[127]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Littorina vulgaris</i> Sowerby.</p> + + <p><a id="Footnote_128" href="#FNanchor_128"><span class="label">[128]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Turbo rugosus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_129" href="#FNanchor_129"><span class="label">[129]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Purpura lapillus</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_130" href="#FNanchor_130"><span class="label">[130]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Limax agrestis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_131" href="#FNanchor_131"><span class="label">[131]</span></a>Voyez le dessin communiqué par M. de Quatrefages, + planche XII, fig. 7.</p> + + <p><a id="Footnote_132" href="#FNanchor_132"><span class="label">[132]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Purpura lapillus</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_133" href="#FNanchor_133"><span class="label">[133]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Murex trunculus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_134" href="#FNanchor_134"><span class="label">[134]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Murex erinaceus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_135" href="#FNanchor_135"><span class="label">[135]</span></a>Voyez la planche XX.</p> + + <p><a id="Footnote_136" href="#FNanchor_136"><span class="label">[136]</span></a>Des pêcheurs de la Manche affirment encore avoir + rencontré dans la haute mer des Calmars <i>grands comme des îles</i>. + (Lacaze-Duthiers.)</p> + + <p><a id="Footnote_137" href="#FNanchor_137"><span class="label">[137]</span></a>C’est probablement l’<i xml:lang="la" lang="la">Ommastrephes pteropus</i> + Steenstrup.</p> + + <p><a id="Footnote_138" href="#FNanchor_138"><span class="label">[138]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Architeuthis dux</i> Steenstrup.</p> + + <p><a id="Footnote_139" href="#FNanchor_139"><span class="label">[139]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Dosidicus Eschrichtii</i> Steenstrup.</p> + + <p><a id="Footnote_140" href="#FNanchor_140"><span class="label">[140]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Loligo Bouyeri</i> Crosse et Fischer.</p> + + <p><a id="Footnote_141" href="#FNanchor_141"><span class="label">[141]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Argonauta Argo</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_142" href="#FNanchor_142"><span class="label">[142]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Spirula Peronii</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_143" href="#FNanchor_143"><span class="label">[143]</span></a>Il avait alors quatre-vingt-trois ans.</p> + + <p><a id="Footnote_144" href="#FNanchor_144"><span class="label">[144]</span></a>M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a résumé les doctrines + philosophiques de son illustre père dans un ouvrage remarquable, où + l’élégance et la variété du style s’allient heureusement avec la + justesse et la profondeur des appréciations. La mort prématurée de + ce digne fils a été une perte irréparable pour la science et pour + l’amitié.</p> + + <p><a id="Footnote_145" href="#FNanchor_145"><span class="label">[145]</span></a>Voyez la planche XXI.</p> + + <p><a id="Footnote_146" href="#FNanchor_146"><span class="label">[146]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Eunice sanguinea</i> Savigny.</p> + + <p><a id="Footnote_147" href="#FNanchor_147"><span class="label">[147]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phyllodoce laminosa</i> Audouin et M. Edwards.</p> + + <p><a id="Footnote_148" href="#FNanchor_148"><span class="label">[148]</span></a>Voyez la planche XXII.</p> + + <p><a id="Footnote_149" href="#FNanchor_149"><span class="label">[149]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Nephthys margaritacea</i> Sars.</p> + + <p><a id="Footnote_150" href="#FNanchor_150"><span class="label">[150]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Eunice gigantea</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_151" href="#FNanchor_151"><span class="label">[151]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Aphrodite aculeata</i> Baster.</p> + + <p><a id="Footnote_152" href="#FNanchor_152"><span class="label">[152]</span></a>Voyez la figure 5 de la planche XXI.</p> + + <p><a id="Footnote_153" href="#FNanchor_153"><span class="label">[153]</span></a>Voyez les figures 6, 8 et 9 de la planche XXI.</p> + + <p><a id="Footnote_154" href="#FNanchor_154"><span class="label">[154]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Serpula gigantea</i> Pallas.</p> + + <p><a id="Footnote_155" href="#FNanchor_155"><span class="label">[155]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Serpula stellata</i> Grube.</p> + + <p><a id="Footnote_156" href="#FNanchor_156"><span class="label">[156]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Spirorbis nautiloides</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_157" href="#FNanchor_157"><span class="label">[157]</span></a>Voyez figure 1, planche XXI.</p> + + <p><a id="Footnote_158" href="#FNanchor_158"><span class="label">[158]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Terebella textrix</i> Dalyell.</p> + + <p><a id="Footnote_159" href="#FNanchor_159"><span class="label">[159]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Terebella Emmalina</i> Quatrefages (voy. la figure 1 + de la planche XXI).</p> + + <p><a id="Footnote_160" href="#FNanchor_160"><span class="label">[160]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Amphitrite ventilabrum</i> Gmelin.</p> + + <p><a id="Footnote_161" href="#FNanchor_161"><span class="label">[161]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Omnia incerta ratione, et in naturæ majestate + abdita.</i>» (<span class="smcap">Pline.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_162" href="#FNanchor_162"><span class="label">[162]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Hirudo medicinalis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_163" href="#FNanchor_163"><span class="label">[163]</span></a>Voyez les chapitres VIII, IX, X, XI, XVII et XVIII.</p> + + <p><a id="Footnote_164" href="#FNanchor_164"><span class="label">[164]</span></a>Voyez le chapitre XIV.</p> + + <p><a id="Footnote_165" href="#FNanchor_165"><span class="label">[165]</span></a>Voyez le chapitre XVIII.</p> + + <p><a id="Footnote_166" href="#FNanchor_166"><span class="label">[166]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Rotifer redivivus</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_167" href="#FNanchor_167"><span class="label">[167]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Carcinus mænas</i> Leach.</p> + + <p><a id="Footnote_168" href="#FNanchor_168"><span class="label">[168]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Grimotea Durvillei</i> Milne Edwards.</p> + + <p><a id="Footnote_169" href="#FNanchor_169"><span class="label">[169]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Grimotea gregaria</i> Leach.</p> + + <p><a id="Footnote_170" href="#FNanchor_170"><span class="label">[170]</span></a>Ce qu’on mange dans une <i>Écrevisse</i> n’est pas sa + queue, mais son <i>dos</i>, ou, si l’on veut, son <i>râble</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_171" href="#FNanchor_171"><span class="label">[171]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Homarus vulgaris</i> Milne Edwards (voy. planche + XXIII, fig. 4).</p> + + <p><a id="Footnote_172" href="#FNanchor_172"><span class="label">[172]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Corophium longicorne</i> Latreille.</p> + + <p><a id="Footnote_173" href="#FNanchor_173"><span class="label">[173]</span></a>L’oiseau appelé <i>Huîtrier</i> (<i xml:lang="la" lang="la">Hæmatopus + ostralegus</i> Linné) procède ainsi sur nos plages. Mais il possède + un bec comprimé, en forme de couteau, merveilleusement disposé pour + s’introduire dans la maison du bivalve.</p> + + <p><a id="Footnote_174" href="#FNanchor_174"><span class="label">[174]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Platycarcinus pagurus</i> Milne Edwards (voy. planche + XXIII, fig. 2).</p> + + <p><a id="Footnote_175" href="#FNanchor_175"><span class="label">[175]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent" xml:lang="la" lang="la">Nihil est ab omni parte beatum.</p> + + <p class="right">(<span class="smcap">Horace.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_176" href="#FNanchor_176"><span class="label">[176]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent" xml:lang="la" lang="la">Multa tamen lætus tristia pontus habet.</p> + + <p class="right">(<span class="smcap">Ovide.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_177" href="#FNanchor_177"><span class="label">[177]</span></a>Ce nombre est sans doute considérable, mais il l’est + bien davantage dans certains Insectes. On a compté 4000 petits yeux + dans la <i>Mouche domestique</i>, 7000 dans le <i>Taon</i> du Bœuf, + 8000 dans le <i>Hanneton</i>, 11 300 dans le <i>Cossus gâte-bois</i>, + 25 000 dans une <i>Mordelle</i>, et 34 650 dans un <i>Papillon</i>. + (Blanchard.)</p> + + <p><a id="Footnote_178" href="#FNanchor_178"><span class="label">[178]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Ocypode cursor</i> Fabricius.</p> + + <p><a id="Footnote_179" href="#FNanchor_179"><span class="label">[179]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Porcellana platycheles</i> Latreille.</p> + + <p><a id="Footnote_180" href="#FNanchor_180"><span class="label">[180]</span></a>On désigne sous ces noms deux Crustacés, le <i xml:lang="la" lang="la">Palæmon + serratus</i> de Leach (voy. planche XXIII, fig. 1) et le <i xml:lang="la" lang="la">Crangon + vulgaris</i> de Fabricius.</p> + + <p><a id="Footnote_181" href="#FNanchor_181"><span class="label">[181]</span></a>Ceci nous rappelle que Linné a décrit comme une + Cochenille (<i xml:lang="la" lang="la">Coccus aquaticus</i>) la capsule ovigère... d’une espèce + de Sangsue (<i xml:lang="la" lang="la">Nephelis octoculata</i> Savigny). Ce grand homme connut + plus tard la vérité, et s’empressa de confesser loyalement sa méprise. + «<i>J’ai vu</i>, dit-il, <i>et j’ai été stupéfait</i>» (<i xml:lang="la" lang="la">Vidi et + obstupui</i>).</p> + + <p><a id="Footnote_182" href="#FNanchor_182"><span class="label">[182]</span></a>L’Angleterre en reçoit annuellement pour une somme de + 500 000 francs. On en a vu arriver jusqu’à 30 000 par jour.</p> + + <p><a id="Footnote_183" href="#FNanchor_183"><span class="label">[183]</span></a>Voyez la planche XXIV.</p> + + <p><a id="Footnote_184" href="#FNanchor_184"><span class="label">[184]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Platycarcinus pagurus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_185" href="#FNanchor_185"><span class="label">[185]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Portunus puber</i> Fabricius.</p> + + <p><a id="Footnote_186" href="#FNanchor_186"><span class="label">[186]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Maia squinado</i> Lamarck.</p> + + <p><a id="Footnote_187" href="#FNanchor_187"><span class="label">[187]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Palæmon squilla</i> Leach.</p> + + <p><a id="Footnote_188" href="#FNanchor_188"><span class="label">[188]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pæneus caramote</i> Latreille.</p> + + <p><a id="Footnote_189" href="#FNanchor_189"><span class="label">[189]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Nika edulis</i> Risso.</p> + + <p><a id="Footnote_190" href="#FNanchor_190"><span class="label">[190]</span></a>Le nombre des Homards et des Crabes consommés à Londres + est évalué à deux millions et demi. On porte au même chiffre ceux qu’on + mange dans le reste de l’Angleterre. Somme totale, cinq millions!</p> + + <p><a id="Footnote_191" href="#FNanchor_191"><span class="label">[191]</span></a>Pêché à la drague par trente brasses de profondeur, au + sud des îles de Glenans.</p> + + <p><a id="Footnote_192" href="#FNanchor_192"><span class="label">[192]</span></a>Voyez la planche XXV.</p> + + <p><a id="Footnote_193" href="#FNanchor_193"><span class="label">[193]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Amphithoe rubricata</i> Leach.</p> + + <p><a id="Footnote_194" href="#FNanchor_194"><span class="label">[194]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pinnotheres veterum</i> Bosc.</p> + + <p><a id="Footnote_195" href="#FNanchor_195"><span class="label">[195]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent" xml:lang="la" lang="la">Ostrea in conchis tuta fuêre suis.</p> + + <p class="right">(<span class="smcap">Ovide.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_196" href="#FNanchor_196"><span class="label">[196]</span></a>Le nom de <i>Pinnothère</i> ou <i>Pinnotère</i> signifie + littéralement «pourvoyeur de la Pinne» (<i xml:lang="la" lang="la">venator Pinnæ</i>) ou + «gardien de la Pinne» (<i xml:lang="la" lang="la">custos Pinnæ</i>).</p> + + <p><a id="Footnote_197" href="#FNanchor_197"><span class="label">[197]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Glysiphodon saxatile</i> Cuvier et Valenciennes.</p> + + <p><a id="Footnote_198" href="#FNanchor_198"><span class="label">[198]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Hexanchus griseus</i> Rafinesque.</p> + + <p><a id="Footnote_199" href="#FNanchor_199"><span class="label">[199]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Peristedion cataphractes</i> Lacépède.</p> + + <p><a id="Footnote_200" href="#FNanchor_200"><span class="label">[200]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pomatomus telescopus</i> Risso.</p> + + <p><a id="Footnote_201" href="#FNanchor_201"><span class="label">[201]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Macropus rupestris</i> Bloch.</p> + + <p><a id="Footnote_202" href="#FNanchor_202"><span class="label">[202]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Raja clavata</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_203" href="#FNanchor_203"><span class="label">[203]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Raja pastinaca</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_204" href="#FNanchor_204"><span class="label">[204]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Lophius piscatorius</i> Linné, vulgairement + <i>Grenouille</i> ou <i>Diable de mer</i> (<i xml:lang="la" lang="la">Rana piscatrix</i>).</p> + + <p><a id="Footnote_205" href="#FNanchor_205"><span class="label">[205]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Mugil cephalus</i> Linné, vulgairement <i>Mulet de + mer</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_206" href="#FNanchor_206"><span class="label">[206]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Chrysophrys aurata</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_207" href="#FNanchor_207"><span class="label">[207]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pleuronectes flesus</i> Linné, vulgairement + <i>Picaud</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_208" href="#FNanchor_208"><span class="label">[208]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Muræna anguilla</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_209" href="#FNanchor_209"><span class="label">[209]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Holacanthus tricolor</i> Lacépède.</p> + + <p><a id="Footnote_210" href="#FNanchor_210"><span class="label">[210]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Lepidopus argyreus</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_211" href="#FNanchor_211"><span class="label">[211]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Syngnathus acus.</i></p> + + <p><a id="Footnote_212" href="#FNanchor_212"><span class="label">[212]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Hippocampus.</i></p> + + <p><a id="Footnote_213" href="#FNanchor_213"><span class="label">[213]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pristipoma anas</i> Valenciennes.</p> + + <p><a id="Footnote_214" href="#FNanchor_214"><span class="label">[214]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Balistes vetula</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_215" href="#FNanchor_215"><span class="label">[215]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Scomber thynnus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_216" href="#FNanchor_216"><span class="label">[216]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pogonias chromis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_217" href="#FNanchor_217"><span class="label">[217]</span></a>Les Nègres croient que ces petits Poissons, quand on + les mange, rendent <i>amoureux</i>, au point qu’on aime toujours sans + pouvoir jamais guérir.</p> + + <p><a id="Footnote_218" href="#FNanchor_218"><span class="label">[218]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Thynnus vagans</i> Lesson.</p> + + <p><a id="Footnote_219" href="#FNanchor_219"><span class="label">[219]</span></a><i>Diodon.</i></p> + + <p><a id="Footnote_220" href="#FNanchor_220"><span class="label">[220]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Exocetus volitans</i> Linné, <i xml:lang="la" lang="la">E. evolans</i> Linné, + <i xml:lang="la" lang="la">E. exiliens</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_221" href="#FNanchor_221"><span class="label">[221]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Dactylopterus volitans</i> Lacépède.</p> + + <p><a id="Footnote_222" href="#FNanchor_222"><span class="label">[222]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pteroïs volitans</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_223" href="#FNanchor_223"><span class="label">[223]</span></a>Voyez la planche XXVI.</p> + + <p><a id="Footnote_224" href="#FNanchor_224"><span class="label">[224]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Trigla lucerna</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_225" href="#FNanchor_225"><span class="label">[225]</span></a>Voyez le chapitre V.</p> + + <p><a id="Footnote_226" href="#FNanchor_226"><span class="label">[226]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Doras costata</i> Lacépède.</p> + + <p><a id="Footnote_227" href="#FNanchor_227"><span class="label">[227]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">Le Rémore, fichant son débile museau<br /> + Contre le moitte bord du tempeste vaisseau,<br /> + L’arreste tout d’un coup au milieu d’une flotte.</p> + + <p class="right">(<span class="smcap">Du Bartas.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_228" href="#FNanchor_228"><span class="label">[228]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent">Dy nous en quel endroit, ô Rémore, tu caches<br /> + L’ancre qui tout d’un coup bride les mouvemens<br /> + D’un vaisseau combattu de tous les élémens?</p> + <p class="right">(<span class="smcap">Idem.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_229" href="#FNanchor_229"><span class="label">[229]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Epibulus insidiator</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_230" href="#FNanchor_230"><span class="label">[230]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Chelmon longirostris</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_231" href="#FNanchor_231"><span class="label">[231]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Toxotes jaculator</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_232" href="#FNanchor_232"><span class="label">[232]</span></a>Ou <i>Diodons</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_233" href="#FNanchor_233"><span class="label">[233]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Xiphias gladius</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_234" href="#FNanchor_234"><span class="label">[234]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pristis antiquorum</i> Latham.</p> + + <p><a id="Footnote_235" href="#FNanchor_235"><span class="label">[235]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Acanthurus chirurgus</i> Bloch.</p> + + <p><a id="Footnote_236" href="#FNanchor_236"><span class="label">[236]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Acanthurus cœruleus</i> Bloch.</p> + + <p><a id="Footnote_237" href="#FNanchor_237"><span class="label">[237]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Torpedo Galvanii</i> Risso.</p> + + <p><a id="Footnote_238" href="#FNanchor_238"><span class="label">[238]</span></a>Voyez le chapitre XXIII, § 6.</p> + + <p><a id="Footnote_239" href="#FNanchor_239"><span class="label">[239]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Gasterosteus aculeatus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_240" href="#FNanchor_240"><span class="label">[240]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Acipenser</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_241" href="#FNanchor_241"><span class="label">[241]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Clupea alosa</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_242" href="#FNanchor_242"><span class="label">[242]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Mullus barbatus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_243" href="#FNanchor_243"><span class="label">[243]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Solea vulgaris</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_244" href="#FNanchor_244"><span class="label">[244]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Scomber scombrus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_245" href="#FNanchor_245"><span class="label">[245]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Cyprinus carpio</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_246" href="#FNanchor_246"><span class="label">[246]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Platessa vulgaris</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_247" href="#FNanchor_247"><span class="label">[247]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Rhombus maximus</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_248" href="#FNanchor_248"><span class="label">[248]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Mugil chelo</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_249" href="#FNanchor_249"><span class="label">[249]</span></a>Voyez planche XXVII.</p> + + <p><a id="Footnote_250" href="#FNanchor_250"><span class="label">[250]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Doras costata</i> Lacépède.</p> + + <p><a id="Footnote_251" href="#FNanchor_251"><span class="label">[251]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Syngnathus acus</i> Linné, vulgairement <i>Poisson + tube</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_252" href="#FNanchor_252"><span class="label">[252]</span></a>Voyez la planche XXVIII.</p> + + <p><a id="Footnote_253" href="#FNanchor_253"><span class="label">[253]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Merlangus virens</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_254" href="#FNanchor_254"><span class="label">[254]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Clupea sardina</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_255" href="#FNanchor_255"><span class="label">[255]</span></a>Voyez planche XXIX.</p> + + <p><a id="Footnote_256" href="#FNanchor_256"><span class="label">[256]</span></a><i xml:lang="es" lang="es">Mar cuajado de peces</i> (Viera).—<i>Cuajar</i> + (<i>coagulare</i>) signifie littéralement «épaissir, figer, cailler».</p> + + <p><a id="Footnote_257" href="#FNanchor_257"><span class="label">[257]</span></a>Appelée <i>tonnara</i> en Italie, et <i>pig’s + catcher</i> en Amérique.</p> + + <p><a id="Footnote_258" href="#FNanchor_258"><span class="label">[258]</span></a></p> + + <div class="cpoesie"> + <div class="poem"> + <p class="noindent" xml:lang="la" lang="la">Tutam ad omnes ictus video esse.</p> + + <p class="right">(<span class="smcap">Phèdre.</span>)</p> + </div> + </div> + + <p><a id="Footnote_259" href="#FNanchor_259"><span class="label">[259]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Chelonia Midas</i> Schweigger; vulgairement aussi, + <i>Tortue verte</i>, <i>Tortue commune</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_260" href="#FNanchor_260"><span class="label">[260]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sphargis coriacea</i> Gray.</p> + + <p><a id="Footnote_261" href="#FNanchor_261"><span class="label">[261]</span></a>Le nombre de toutes les espèces du globe est de 9400.</p> + + <p><a id="Footnote_262" href="#FNanchor_262"><span class="label">[262]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Larus argentatus</i> Brünnich (voy. la planche + XVIII).</p> + + <p><a id="Footnote_263" href="#FNanchor_263"><span class="label">[263]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Lestris parasitica</i> Boje.</p> + + <p><a id="Footnote_264" href="#FNanchor_264"><span class="label">[264]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Haliplana fuliginosa</i> Wagler.</p> + + <p><a id="Footnote_265" href="#FNanchor_265"><span class="label">[265]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Procellaria glacialis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_266" href="#FNanchor_266"><span class="label">[266]</span></a>Le guano n’étant que du poisson digéré, il est évident + que le poisson naturel doit constituer aussi un engrais d’une grande + valeur. Dans les localités maritimes où l’on se livre aux grandes + pêches du Hareng, de la Sardine, de la Morue, on utilise les poissons + avariés ou les débris inutiles, pour composer un fumier appelé + <i>engrais-poisson</i>, lequel remplacera peut-être, un jour, le guano, + dont les couches sont loin d’être inépuisables.</p> + + <p>A cet effet, on fait cuire le poisson; on le presse, on le dessèche, + on le réduit en poudre. Cet engrais étant à un point de décomposition + moins avancé que le guano, agit moins rapidement que ce dernier. Il en + a toutefois les principales propriétés.</p> + + <p><a id="Footnote_267" href="#FNanchor_267"><span class="label">[267]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Dysporus variegatus</i> Ch. Bonaparte.</p> + + <p><a id="Footnote_268" href="#FNanchor_268"><span class="label">[268]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Blasipus Bridgesii</i> Ch. Bonaparte.</p> + + <p><a id="Footnote_269" href="#FNanchor_269"><span class="label">[269]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Plotus anhinga</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_270" href="#FNanchor_270"><span class="label">[270]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Stictocarbo Gaimardi</i> Ch. Bonaparte.</p> + + <p><a id="Footnote_271" href="#FNanchor_271"><span class="label">[271]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Hypoleucus Bougainvillei</i> Lesson.</p> + + <p><a id="Footnote_272" href="#FNanchor_272"><span class="label">[272]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Pelecanus onocrotalus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_273" href="#FNanchor_273"><span class="label">[273]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sterna hirundo</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_274" href="#FNanchor_274"><span class="label">[274]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Tachypetes aquila</i> Vieillot.</p> + + <p><a id="Footnote_275" href="#FNanchor_275"><span class="label">[275]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Larus marinus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_276" href="#FNanchor_276"><span class="label">[276]</span></a>Vulgairement, <i>Macareux moine</i>.</p> + + <p><a id="Footnote_277" href="#FNanchor_277"><span class="label">[277]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Larus argentatus</i> Brünnich.</p> + + <p><a id="Footnote_278" href="#FNanchor_278"><span class="label">[278]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phalacrocorax carbo</i> Ch. Bonaparte.</p> + + <p><a id="Footnote_279" href="#FNanchor_279"><span class="label">[279]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Larus tridactylus</i> Latham.</p> + + <p><a id="Footnote_280" href="#FNanchor_280"><span class="label">[280]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Uria grylle</i> Latham.</p> + + <p><a id="Footnote_281" href="#FNanchor_281"><span class="label">[281]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Uria troile</i> Latham.</p> + + <p><a id="Footnote_282" href="#FNanchor_282"><span class="label">[282]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Alca torda</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_283" href="#FNanchor_283"><span class="label">[283]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sula alba</i> Meyer.</p> + + <p><a id="Footnote_284" href="#FNanchor_284"><span class="label">[284]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Larus canus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_285" href="#FNanchor_285"><span class="label">[285]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Procellaria glacialis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_286" href="#FNanchor_286"><span class="label">[286]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Procellaria puffinus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_287" href="#FNanchor_287"><span class="label">[287]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Anas tadorna</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_288" href="#FNanchor_288"><span class="label">[288]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Sterna Dougalli</i> Montagu.</p> + + <p><a id="Footnote_289" href="#FNanchor_289"><span class="label">[289]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Hæmatopus ostralegus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_290" href="#FNanchor_290"><span class="label">[290]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Uria rhingvia</i> Brünnich.</p> + + <p><a id="Footnote_291" href="#FNanchor_291"><span class="label">[291]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phœnicopterus ruber</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_292" href="#FNanchor_292"><span class="label">[292]</span></a>Voyez la planche XXXI.</p> + + <p><a id="Footnote_293" href="#FNanchor_293"><span class="label">[293]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Charadrius minor</i> Meyer.—Ce n’est pas un + Palmipède, mais un Échassier.</p> + + <p><a id="Footnote_294" href="#FNanchor_294"><span class="label">[294]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Anas mollissima</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_295" href="#FNanchor_295"><span class="label">[295]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Lestris parasitica</i> Boje.</p> + + <p><a id="Footnote_296" href="#FNanchor_296"><span class="label">[296]</span></a>Voyez le chapitre XXIX.</p> + + <p><a id="Footnote_297" href="#FNanchor_297"><span class="label">[297]</span></a>Voyez le chapitre XLV.</p> + + <p><a id="Footnote_298" href="#FNanchor_298"><span class="label">[298]</span></a>Ibidem.</p> + + <p><a id="Footnote_299" href="#FNanchor_299"><span class="label">[299]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Physeter macrocephalus</i> Linné (<i>Sperma ceti + Whale</i> des Anglais, <i>Pottfisch</i> des Allemands).</p> + + <p><a id="Footnote_300" href="#FNanchor_300"><span class="label">[300]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Dentes 46 inferioris maxillæ.</i>» (<span class="smcap">Linné.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_301" href="#FNanchor_301"><span class="label">[301]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Delphinus delphis</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_302" href="#FNanchor_302"><span class="label">[302]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Delphinus phocæna</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_303" href="#FNanchor_303"><span class="label">[303]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Delphinus orca</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_304" href="#FNanchor_304"><span class="label">[304]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Delphinus globiceps</i> Cuvier.</p> + + <p><a id="Footnote_305" href="#FNanchor_305"><span class="label">[305]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Monodon monoceros</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_306" href="#FNanchor_306"><span class="label">[306]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Balæna mysticetus</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_307" href="#FNanchor_307"><span class="label">[307]</span></a>«<i xml:lang="la" lang="la">Balænæ stertere audiuntur.</i>» (<span class="smcap">Pline.</span>)</p> + + <p><a id="Footnote_308" href="#FNanchor_308"><span class="label">[308]</span></a>Voyez planche XXXII.</p> + + <p><a id="Footnote_309" href="#FNanchor_309"><span class="label">[309]</span></a>Voyez la planche XXXII.</p> + + <p><a id="Footnote_310" href="#FNanchor_310"><span class="label">[310]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phoca vitulina</i> Linné.</p> + + <p><a id="Footnote_311" href="#FNanchor_311"><span class="label">[311]</span></a>Voyez la planche XXXIII, dessinée d’après un vélin du + Muséum d’histoire naturelle, et libéralement communiquée par M. Milne + Edwards.</p> + + <p><a id="Footnote_312" href="#FNanchor_312"><span class="label">[312]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phoca cristata</i> Gmelin.</p> + + <p><a id="Footnote_313" href="#FNanchor_313"><span class="label">[313]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phoca groenlandica</i> Müller.</p> + + <p><a id="Footnote_314" href="#FNanchor_314"><span class="label">[314]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Phoca hispida</i> Schreber.</p> + + <p><a id="Footnote_315" href="#FNanchor_315"><span class="label">[315]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Trichechus rosmarus</i> Linné (voy. la planche + XXXIV).</p> + + <p><a id="Footnote_316" href="#FNanchor_316"><span class="label">[316]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Lutra vulgaris</i> Erxleben.</p> + + <p><a id="Footnote_317" href="#FNanchor_317"><span class="label">[317]</span></a><i xml:lang="la" lang="la">Thalarctos maritimus</i> Gray.</p> + </div> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_677">677</span></p> + <div class="figcenter1" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + </div> + + <table class="nobreak" id="table_des_matieres" summary=""> + <colgroup span="3"> + <col width="30%" /> + <col width="60%" /> + <col width="10%" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td colspan="3" class="tdc"><h2 class="nobreak">TABLE DES CHAPITRES</h2></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="3" class="tdc"><hr class="small3" /></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdlbl"><span class="smcap">Préface</span></td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_a"><span class="smcap">V</span></a></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdlbl"><span class="smcap">Avertissement</span></td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_b"><span class="smcap">IX</span></a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre I</span><sup>er</sup></td> + <td class="tdlbl">Considérations générales.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_1">1</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre II</span></td> + <td class="tdlbl">La Vie dans la mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_2">19</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre III</span></td> + <td class="tdlbl">La Phosphorescence de la mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_3">35</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre IV</span></td> + <td class="tdlbl">Les Plantes de la mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_4">43</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre V</span></td> + <td class="tdlbl">Les Animaux infusoires.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_5">73</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre VI</span></td> + <td class="tdlbl">Les Foraminifères.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_6">85</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre VII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Éponges.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_7">97</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre VIII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Polypes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_8">105</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre IX</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Polypiers.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_9">115</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre X</span></td> + <td class="tdlbl">Le Corail.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_10">145</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XI</span> </td> + <td class="tdlbl">La Plume de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_11">159</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Anémones de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_12">167</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XIII</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Méduses.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_13">183</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XIV</span></td> + <td class="tdlbl">Les Étoiles de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_14">209</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XV</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Oursins.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_15">223</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XVI</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Holothuries.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_16">233</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XVII</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Bryozoaires.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_17">241</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XVIII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Mollusques Agrégés.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_18">247</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XIX</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Mollusques Acéphales.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_19">257</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XX</span></td> + <td class="tdlbl">L’Huître.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_20">273</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXI</span></td> + <td class="tdlbl">La Moule.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_21">297</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXII</span></td> + <td class="tdlbl">La Nacre et les perles.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_22">305</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXIII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Mollusques Céphalés.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_23">319</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXIV</span></td> + <td class="tdlbl">La Pourpre des anciens.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_24">343</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXV</span></td> + <td class="tdlbl">Les Céphalopodes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_25">351</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXVI</span></td> + <td class="tdlbl">L’Unité de composition.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_26">371</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXVII</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Annélides.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_27">379</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXVIII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Sangsues de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_28">397</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="pagenum hidden" id="Page_678">678</span><span class="smcap">Chapitre XXIX</span></td> + <td class="tdlbl">Les Zoonites.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_29">405</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXX</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Cirripèdes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_30">415</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXI</span></td> + <td class="tdlbl">Les Rotifères.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_31">425</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXII</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Crustacés.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_32">431</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXIII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Homards, les Langoustes, les Chevrettes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_33">447</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXIV</span></td> + <td class="tdlbl">Le Bernard l’ermite.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_34">457</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXV</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Poissons.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_35">469</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXVI</span></td> + <td class="tdlbl">Le Hareng.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_36">503</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXVII</span></td> + <td class="tdlbl">La Sardine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_37">513</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXVIII</span> </td> + <td class="tdlbl">La Morue.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_38">521</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XXXIX</span> </td> + <td class="tdlbl">Le Thon.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_39">529</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XL</span></td> + <td class="tdlbl">Les Tortues de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_40">537</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLI</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Oiseaux de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_41">551</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLII</span></td> + <td class="tdlbl">Les Nids et les œufs.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_42">573</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLIII</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Cétacés.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_43">593</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLIV</span></td> + <td class="tdlbl">Les Cachalots.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_44">599</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLV</span></td> + <td class="tdlbl">Les Dauphins.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_45">609</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLVI</span></td> + <td class="tdlbl">La Baleine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_46">619</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLVII</span> </td> + <td class="tdlbl">Les Phoques.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_47">635</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLVIII</span></td> + <td class="tdlbl">Le Morse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_48">645</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre XLIX</span></td> + <td class="tdlbl">La Loutre de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_49">653</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Chapitre L</span></td> + <td class="tdlbl">L’Ours blanc.</td> + <td class="tdrb"><a href="#ch_50">661</a></td> + </tr> + </tbody> + </table> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_679">679</span></p> + <div class="figcenter1" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + </div> + + <table class="nobreak" id="table_des_planches" summary=""> + <colgroup span="3"> + <col width="25%" /> + <col width="65%" /> + <col width="10%" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td colspan="3" class="tdc"><h2 class="nobreak">TABLE DES PLANCHES</h2></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="3" class="tdc"><hr class="small3" /></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche I</span><sup>re</sup></td> + <td class="tdlbl">Mer calme</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-I">2</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche II</span></td> + <td class="tdlbl">Brisants</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-II">10</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche III</span></td> + <td class="tdlbl">Flore de la mer</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-III">36</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche IV</span></td> + <td class="tdlbl">Algues marines</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-IV">50</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche V</span></td> + <td class="tdlbl">Développement des Algues</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-V">68</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche V</span> <i>bis</i></td> + <td class="tdlbl">Développement d’un Infusoire</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-Vbis">82</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche VI</span></td> + <td class="tdlbl">Radiolaires</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-VI">94</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche VII</span></td> + <td class="tdlbl">Anthozoanthe parasite</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-VII">115</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche VIII</span></td> + <td class="tdlbl">Corail</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-VIII">144</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche IX</span></td> + <td class="tdlbl">Développement du Corail</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-IX">150</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche X</span></td> + <td class="tdlbl">Anémones de mer</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-X">168</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XI</span></td> + <td class="tdlbl">Développement de la Méduse</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XI">192</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XII</span></td> + <td class="tdlbl">Galéolaire orangée</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XII">204</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XIII</span></td> + <td class="tdlbl">Apolémie contournée</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XIII">Fronstispice</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XIV</span></td> + <td class="tdlbl">Synapte de Duvernoy</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XIV">238</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XV</span></td> + <td class="tdlbl">Animaux-mousse</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XV">242</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XVI</span></td> + <td class="tdlbl">Lima tenera</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XVI">262</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XVII</span></td> + <td class="tdlbl">Mollusques nus</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XVII">320</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XVIII</span></td> + <td class="tdlbl">Développement d’un Mollusque</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XVIII">326</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XIX</span></td> + <td class="tdlbl">Mollusques nus</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XIX">340</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XX</span></td> + <td class="tdlbl">Céphalopodes</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XX">356</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXI</span></td> + <td class="tdlbl">Annélides</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXI">380</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXII</span></td> + <td class="tdlbl">Sabelle unispirale</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXII">388</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXIII</span></td> + <td class="tdlbl">Crustacés</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXIII">432</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXIV</span></td> + <td class="tdlbl">Pêche à la chevrette</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXIV">454</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXV</span></td> + <td class="tdlbl">Combats de Bernards l’ermite</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXV">462</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXVI</span></td> + <td class="tdlbl">Poissons volants</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXVI">470</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="pagenum hidden" id="Page_680">680</span><span class="smcap">Planche XXVII</span></td> + <td class="tdlbl">Développement d’un poisson</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXVII">492</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXVIII</span></td> + <td class="tdlbl">Pêche de nuit (aviso <i>le Sylphe</i> relevant le chalut)</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXVIII">496</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXIX</span></td> + <td class="tdlbl">Pêche à la Sardine</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXIX">516</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXX</span></td> + <td class="tdlbl">Goëlands argentés</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXX">552</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXXI</span></td> + <td class="tdlbl">Développement d’un oiseau</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXXI">584</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXXII</span></td> + <td class="tdlbl">Pêche à la Baleine</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXXII">630</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXXIII</span></td> + <td class="tdlbl">Otaries sur la plage</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXXIII">642</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXXIV</span></td> + <td class="tdlbl">Morses</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXXIV">648</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="smcap">Planche XXXV</span></td> + <td class="tdlbl">Ours blancs</td> + <td class="tdrb"><a href="#pl-XXXV">662</a></td> + </tr> + </tbody> + </table> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_681">681</span></p> + <div class="figcenter1" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + </div> + + <table class="nobreak" id="table_des_figures" summary=""> + <colgroup span="2"> + <col width="80%" /> + <col width="20%" /> + </colgroup> + <tbody> + <tr> + <td colspan="2" class="tdc"><h2 class="nobreak">TABLE DES FIGURES<br /> + <span class="small70">INTERCALÉES DANS LE TEXTE.</span></h2></td> + </tr> + <tr> + <td colspan="2" class="tdc"><hr class="small3" /></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Acétabule marine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-059">59</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Acon ou pousse-pied.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-303">303</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Agare de Gmelin.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-056">56</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Agathistègues.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-087a">87</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Alariée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-057">57</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Albatros.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-556">556</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Albione épineuse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-398">398</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (ses œufs).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-402">402</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Alcyonide.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-134">134</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Amibe protée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-091">91</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Amphacanthe cerclé.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-481">481</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Anatifes lisses.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-416">416</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Anchois ordinaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-518">518</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Anémones de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-168">168</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (leur naissance).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-176">176</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   de Couch.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-169">169</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   œillet.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-169">169</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Anthéridies, leur insertion et leur émission.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-066b">66</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Antipathe.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-125">125</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (coupe grossie d’une tige).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-126b">126</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   grossi pour montrer les spinules.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-127">127</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (polype grossi).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-126a">126</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Aquarium.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-030">30</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Araignée de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-435">435</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Ascidies sociales.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-249">249</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Aspect des glaces au pôle.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-017">17</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Astérie vue en dessous et en dessus.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-212">212</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Astérie équestre.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-213">213</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   en pleine reproduction.</td> <!--ASTÉRIE EN PLEINE REPRODUCTION DE SES RAYONS--> + <td class="tdrb"><a href="#fig-216">216</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   violette.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-210">210</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Astrée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-130b">130</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Astrophyte verruqueux.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-219">219</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Baleine du Groenland.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-620">620</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Baleine harponnée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-628">628</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Bec-en-ciseaux (tête).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-559">559</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Bernard l’ermite.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-458">458</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (une habitation de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-460">460</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Béroé globuleux.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-196">196</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Botrylle doré.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-251">251</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Brachions.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-426">426</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Branchellion de la Torpille.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-398">398</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Cachalot grosse tête.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-601">601</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (dent de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-604">604</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Callithamne granifère.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-055a">55</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Calmar commun.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-352">352</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (os de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-356">356</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Calmaret vermiculaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-352">352</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Campanulaire dichotome.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-120">120</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Caryophyllie de Smith.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-130a">130</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Caulerpe à feuilles d’If.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-049a">49</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Céphalopode (œufs).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-357">357</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Chabot.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-476">476</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Chat de mer (ses œufs).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-501">501</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="pagenum hidden" id="Page_682">682</span>Cirripède adulte.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-420b">420</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   jeune.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-420a">420</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Cirroteuthis de Müller.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-354">354</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Cladostèphe verticillée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-048">48</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Clio boréale.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-341">341</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Coffre triangulaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-473a">473</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Concarneau (vue générale).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-500">500</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Conceptacles à sporanges.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-065a">65</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   à anthéridies.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-066a">66</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Cône damier.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-332a">332</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Corail musique.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-135">135</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   rouge.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-146">146</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (son polype).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-149">149</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (coupe du polypier).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-153">153</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (décortication de la tige).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-148">148</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Cormorans ordinaires.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-579">579</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Coronule de la Baleine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-424a">424</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Corophie à longues cornes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-438">438</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Cothurnie d’eau douce.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-076">76</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Coupe d’Isis.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-152">152</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Crabe en pleine mue.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-432">432</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   commun.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-445">445</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Delessérie rouge.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-049b">49</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Dendronote arborescent.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-324">324</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Diphye.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-204">204</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Discorbine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-089">89</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Dragueurs.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-027">27</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Echinoderme (larve).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-220">220</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Énallostègues.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-087b">87</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Engins de pêche.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-452">452</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Entomostègues.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-088b">88</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Éponge gant de Neptune.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-101">101</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   sur une Algue.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-099">99</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   usuelle, très-grossie.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-102b">102</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Étoiles de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-209">209</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Filets de pêche.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-025">25</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Flustre foliacée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-245">245</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Furculaires.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-425">425</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Geoffroy Saint-Hilaire (Étienne).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-375">375</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Gérardie (polype de la).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-128a">128</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (coupe d’un polype).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-128b">128</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Goëland à manteau gris.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-554">554</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Gœthe.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-377">377</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Gorgonide.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-136">136</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Grondin.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-483">483</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Hareng (tête).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-504">504</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Hélicostègues.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-088a">88</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Hirondelle de mer Pierre-garin.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-569">569</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Holothurie élégante.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-234">234</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   tubuleuse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-233">233</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (pêche malaise).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-237">237</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Homards (jeunes).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-451">451</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Huîtres.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-281">281</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   banc artificiel.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-288">288</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   jeunes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-283">283</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   jeunes dans les fascines.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-289">289</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Huningue (vue générale).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-498">498</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (bassin d’élevage).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-499">499</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Hyale bordée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-342">342</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   tridentée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-342">342</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Hydroméduse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-199">199</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Iles à coraux.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-143">143</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Infusoires divers.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-075">75</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (leur propagation).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-081">81</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (leurs parasites).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-082">82</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   grossis.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-078">78</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Janthine commune.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-329">329</a>-<a href="#fig-346">346</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Lagoncule rampante.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-242">242</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Laminaires.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-055b">55</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Langouste grainée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-448">448</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (larves).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-450">450</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Laurencie pinnatifide.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-048">48</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Lieberkuhnia de Wagener.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-092">92</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Lizzia de Kolliker.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-187">187</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Loutre de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-654">654</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   femelle et son petit.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-655">655</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Lucernaire campanule.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-181">181</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Macareux moine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-575">575</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Macreuse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-564">564</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Madréporaires.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-129">129</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Manchot de Patagonie.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-567">567</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Marteau maillet.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-472">472</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Méandrine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-131">131</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Méduse croisée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-183">183</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   de Gaudichaud.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-184">184</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   aux beaux cheveux.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-185">185</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (leur naissance).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-191">191</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (larves).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-192">192</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Microscope.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-073">73</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   solaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-074">74</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="pagenum hidden" id="Page_683">683</span>Miliole.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-089">89</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Modiole lithophage.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-262b">262</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   lithophages dans le rocher.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-265">265</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Monades.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-077">77</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Monocentre du Japon.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-473b">473</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Morse et ses petits.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-649">649</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Morue.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-521">521</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (préparation à Terre-Neuve).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-528">528</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Moules (clayonnage chargé de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-302">302</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (pieux collecteurs du frai).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-301">301</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Narwal.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-616">616</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Nautile commun (coquille).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-368">368</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Néréocystée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-058">58</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Nérite polie.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-336">336</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Noctiluque miliaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-037">37</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Octospore, son émission.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-066b">66</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Oiseau de tempête.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-557">557</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Olive du Pérou.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-331a">331</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Ombellulaire du Groenland.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-163">163</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Ours blanc (tête).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-664">664</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Oursin livide.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-230">230</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (appareil buccal).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-228">228</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   dans le rocher.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-230">230</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   grimpant contre les parois + d’un aquarium.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-226">226</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   mamelonné.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-224">224</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Padine paon.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-049b">49</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Paille-en-queue phaéton.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-572">572</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Palmipède (pattes).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-552">552</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Paramécies.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-079">79</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pégase volant.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-492">492</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pélican blanc.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-560">560</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pentacrine d’Europe.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-221">221</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Perles et camées chinois artificiels.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-308">308</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Perroquet de mer (Macareux).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-575">575</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Petite Massue.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-345">345</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pétrel damier.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-568">568</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pholade dans la pierre.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-264">264</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Phoque.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-643">643</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Phosphorescence (allégorie).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-041">41</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Physalie de l’océan Atlantique austral.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-201">201</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Physophore hydrostatique.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-205">205</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pingouin commun.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-565">565</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   brachyptère.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-581">581</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pinne de la Méditerranée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-317">317</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pinnothère des anciens.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-465">465</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pintadine mère perle.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-305">305</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Plocamie plumeuse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-050">50</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Plongeon imbrim.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-582">582</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Plume de mer épineuse.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-160">160</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (ses polypes).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-161">161</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Plumes de mer (allégories).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-162a">162</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Polypes.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-105">105</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   groupés.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-110">110</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   isolé.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-107">107</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Polypier Actiniaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-117">117</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   Bryozoaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-139">139</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   Hydraire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-116">116</a>, <a href="#fig-140">140</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Porcelaine cervine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-332b">332</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Poritide.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-132">132</a>, <a href="#fig-133">133</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Pourpre bouche de sang.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-344">344</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Ptérocère orangé.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-331b">331</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Radiolaire monozoa.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-093a">93</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   polyzoa.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-093b">93</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Rémore ou Sucet.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-486">486</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Rouget.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-474">474</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Salpe solitaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-255">255</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Salpes phosphorescentes (chaînes de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-253">253</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Sangsue dragon.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-406">406</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   médicinale (anatomie).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-407">407</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Scorpène de l’île de France.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-471">471</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Sèche élégante.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-355">355</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (œufs de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-357">357</a>, <a href="#fig-358">358</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (os de).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-356">356</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Sennal.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-485">485</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   sur un Palmier.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-484">484</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Sertulaire.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-121">121</a>, <a href="#fig-138">138</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   argentée.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-122">122</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Spicules du Corail.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-147">147</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   de Synapte.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-238">238</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Squille mante.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-433">433</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Stercoraire parasite.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-571">571</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Stichostègues.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-087a">87</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Taret commun.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-269">269</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Telline élégante.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-262a">262</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Térébelle coquillière.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-393">393</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Thalassiophyllum perforé.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-047">47</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Thon.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-529">529</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl"><span class="pagenum hidden" id="Page_684">684</span>Thon (pêche du).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-531">531</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Tortues de mer.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-538">538</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Tortue caouane.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-539">539</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   caret.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-541">541</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   de mer (tête).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-542">542</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Trichodesmie d’Ehrenberg.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-046">46</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Tubicinelle de la Baleine.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-424b">424</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Tubulaire chalumeau.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-119">119</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Tuile recouverte d’Huîtres.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-292">292</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Ulve.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-052">52</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Vagues creuses.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-011">11</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Varec vésiculeux.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-069">69</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   porte-baies.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-051">51</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Vélelle.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-198">198</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Virgulaire admirable.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-163">163</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Vögelberg.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-588">588</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Volvoces.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-080">80</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Zoanthe des Moluques.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-124">124</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Zoé.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-445">445</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">Zoospores.</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-062">62</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (leur émission).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-063">63</a></td> + </tr> + <tr> + <td class="tdlbl">   —   (leur développement).</td> + <td class="tdrb"><a href="#fig-064">64</a></td> + </tr> + </tbody> + </table> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden">681</span></p> + <div class="figcenter1" id="table_alpha" style="width: 600px;"> + <img src="images/before-chapter.jpg" alt="" width="600" height="105" /> + </div> + </div> + + <h2 class="nobreak">TABLE ALPHABÉTIQUE</h2> + + <hr class="small3" /> + + <ul> + <li class="br">A</li> + + <li class="br">Acétabule, <a href="#Page_59">59</a>.</li> + + <li>Actinies, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>Agare de Gmelin, <a href="#Page_56">56</a>.</li> + + <li>Agaric androsacé, <a href="#Page_59">59</a>.</li> + + <li>Aiguille de mer, <a href="#Page_478">478</a>, <a href="#Page_495">495</a>.</li> + + <li>Alariée, <a href="#Page_57">57</a>.</li> + + <li>Albatros, <a href="#Page_556">556</a>.</li> + + <li>Albione épineuse, <a href="#Page_398">398</a>.</li> + + <li>Alcyonaires, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>Alcyonide, <a href="#Page_134">134</a>.</li> + + <li>Algues, <a href="#Page_44">44</a>.</li> + + <li>Alose, <a href="#Page_492">492</a>.</li> + + <li>Amphacanthe cerclé, <a href="#Page_481">481</a>.</li> + + <li>Amphithoé rougeâtre, <a href="#Page_464">464</a>.</li> + + <li>Amphorine d’Albert, <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 5, 340.</li> + + <li>Anacharis du Canada, <a href="#Page_53">53</a>.</li> + + <li>Anatifes, <a href="#ch_30">415</a>.</li> + + <li>   —   lisses, <a href="#Page_416">416</a>.</li> + + <li>Anchois, <a href="#Page_518">518</a>.</li> + + <li>Anémones de mer, <a href="#Page_168">168</a>.</li> + + <li>   —   Anthée, <a href="#Page_180">180</a>.</li> + + <li>   —   crassicorne, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_180">180</a>.</li> + + <li>Anémone de Couch, <a href="#Page_169">169</a>.</li> + + <li>   —   déchirée, <a href="#Page_177">177</a>.</li> + + <li>   —   equina, <a href="#Page_176">176</a>.</li> + + <li>   —   œillet, <a href="#Page_169">169</a>, <a href="#Page_178">178</a>, <a href="#Page_180">180</a>.</li> + + <li>   —   pâquerette, <a href="#Page_176">176</a>.</li> + + <li>   —   parasite, <a href="#Page_462">462</a>.</li> + + <li>   —   rousse, <a href="#Page_174">174</a>, <a href="#Page_180">180</a>.</li> + + <li>Anguille, <a href="#Page_473">473</a>.</li> + + <li>Anhinga, <a href="#Page_563">563</a>.</li> + + <li>Animaux-mousse, <a href="#ch_17">241</a>.</li> + + <li>Annélides, <a href="#ch_27">379</a>.</li> + + <li>   —   dorsibranches, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_383">383</a>.</li> + + <li>   —   tubicoles, <a href="#Page_381">381</a>, <a href="#Page_387">387</a>.</li> + + <li>Anthéridie, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_66">66</a>.</li> + + <li>Anthérozoïdes, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_66">66</a>.</li> + + <li>Anthozoanthe parasite, <a href="#Page_137">137</a>.</li> + + <li>Antipathes, <a href="#Page_123">123</a>, <a href="#Page_125">125</a>.</li> + + <li>Aphrodite hérissée, <a href="#Page_385">385</a>.</li> + + <li>Aplysie, <a href="#Page_320">320</a>.</li> + + <li>Aquarium, <a href="#Page_28">28</a>.</li> + + <li>Araignée de mer, <a href="#Page_434">434</a>.</li> + + <li>Archer, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Arches, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_267">267</a>.</li> + + <li>Argonaute papyracé, <a href="#Page_366">366</a>.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_686">686</span>Ascidies sociales, <a href="#Page_249">249</a>.</li> + + <li>   —   laineuse, <a href="#Page_260">260</a>.</li> + + <li>   —   solitaire, <a href="#Page_258">258</a>.</li> + + <li>Asteria rubens, <a href="#Page_211">211</a>.</li> + + <li>Astérie, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#Page_210">210</a>.</li> + + <li>Astrées, <a href="#Page_130">130</a>.</li> + + <li>Astropecten spinulosus, <a href="#Page_212">212</a>.</li> + + <li>Astrophytes, <a href="#Page_218">218</a>.</li> + + <li>Aurélie phosphorique, <a href="#Page_39">39</a>.</li> + + <li class="br">B</li> + + <li class="br">Balanes, <a href="#Page_423">423</a>.</li> + + <li>Baleine, <a href="#ch_46">619</a>.</li> + + <li>   —   du Groenland, <a href="#Page_620">620</a>.</li> + + <li>   —   fausse, <a href="#Page_626">626</a>.</li> + + <li>   —   franche, <a href="#ch_46">619</a>.</li> + + <li>Baudroie, <a href="#Page_470">470</a>, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Bebryce tendre, <a href="#Page_135">135</a>.</li> + + <li>Bec-en-ciseaux, <a href="#Page_559">559</a>, <a href="#Page_564">564</a>.</li> + + <li>Bénitier, <a href="#Page_267">267</a>.</li> + + <li>   —   (grand), <a href="#Page_317">317</a>.</li> + + <li>Bernard l’ermite, <a href="#ch_34">457</a>.</li> + + <li>Biphores, <a href="#Page_253">253</a>.</li> + + <li>Bonite, <a href="#Page_482">482</a>.</li> + + <li>Botrylle doré, <a href="#Page_251">251</a>.</li> + + <li>Brachions, <a href="#Page_426">426</a>.</li> + + <li>Branchellions, <a href="#Page_398">398</a>.</li> + + <li>Bryopsis, <a href="#Page_63">63</a>.</li> + + <li>Bryozoaires, <a href="#ch_17">241</a>.</li> + + <li>Bullée, <a href="#Page_340">340</a>.</li> + + <li class="br">C</li> + + <li class="br">Cachalot, <a href="#ch_44">599</a>.</li> + + <li>   —   grosse tête, <a href="#ch_44">599</a>.</li> + + <li>   —   macrocéphale, <a href="#ch_44">599</a>.</li> + + <li>Callithamne granifère, <a href="#fig-055a">55</a>.</li> + + <li>Calmars, <a href="#ch_25">351</a>, <a href="#Page_352">352</a>.</li> + + <li>   —   de Bouyer, <a href="#Page_366">366</a>.</li> + + <li>   —   (os de), <a href="#Page_356">356</a>.</li> + + <li>Calmaret vermiculaire, <a href="#Page_352">352</a>.</li> + + <li>Camées chinois, <a href="#Page_308">308</a>.</li> + + <li>Cames, <a href="#Page_261">261</a>.</li> + + <li>Campanulaire, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_120">120</a>, <a href="#Page_140">140</a>.</li> + + <li>   —   dichotome, <a href="#Page_120">120</a>.</li> + + <li>Canard eider, <a href="#Page_590">590</a>.</li> + + <li>   —   macreuse, <a href="#Page_564">564</a>.</li> + + <li>   —   sauvage, <a href="#Page_585">585</a>.</li> + + <li>Carpe, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li>Caryophyllie de Smith, <a href="#Page_130">130</a>.</li> + + <li>Caulerpe à feuilles de Vigne, <a href="#Page_54">54</a>.</li> + + <li>   —   à feuilles d’If, <a href="#fig-049a">49</a>.</li> + + <li>Céphalopodes, <a href="#ch_25">351</a>.</li> + + <li>   —   (œufs de), <a href="#Page_357">357</a>.</li> + + <li>Cétacés, <a href="#ch_43">593</a>.</li> + + <li>Chabot, <a href="#Page_476">476</a>.</li> + + <li>Chat de mer, <a href="#fig-501">501</a>.</li> + + <li>Chauffe-soleil, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Chenille de mer, <a href="#Page_385">385</a>.</li> + + <li>Cheval marin, <a href="#ch_48">645</a>.</li> + + <li>Chevaux chenilles, <a href="#Page_478">478</a>.</li> + + <li>Chevrettes, <a href="#Page_443">443</a>, <a href="#ch_33">447</a>.</li> + + <li>Chien de mer, <a href="#Page_470">470</a>, <a href="#Page_477">477</a>.</li> + + <li>Cirratules, <a href="#Page_382">382</a>.</li> + + <li>Cirripèdes, <a href="#ch_30">415</a>.</li> + + <li>   —   (jeunes), <a href="#Page_420">420</a>.</li> + + <li>   —   (adultes), <a href="#Page_420">420</a>.</li> + + <li>Cirroteuthis de Müller, <a href="#Page_353">353</a>, <a href="#Page_354">354</a>.</li> + + <li>Cladostèphe verticillée, <a href="#Page_48">48</a>.</li> + + <li>Clavelade, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Clio boréale, <a href="#Page_340">340</a>.</li> + + <li>Coffre triangulaire, <a href="#Page_473">473</a>.</li> + + <li>Coin-coin, <a href="#Page_479">479</a>.</li> + + <li>Concarneau, <a href="#Page_500">500</a>.</li> + + <li>Conceptacle, <a href="#Page_64">64</a>, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>.</li> + + <li>Cône damier, <a href="#Page_332">332</a>.</li> + + <li>   —   cedonulli, <a href="#Page_332">332</a>.</li> + + <li>Coquette, <a href="#Page_474">474</a>.</li> + + <li>Corail, <a href="#ch_10">145</a>, <a href="#Page_147">147</a>.</li> + + <li>   —   musique, <a href="#Page_135">135</a>.</li> + + <li>   —   (spicules), <a href="#Page_147">147</a>.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_687">687</span> Cormorans, <a href="#Page_575">575</a>, <a href="#Page_579">579</a>.</li> + + <li>   —   de Bougainville, <a href="#Page_564">564</a>.</li> + + <li>   —   de Gaimard, <a href="#Page_564">564</a>.</li> + + <li>Cornes d’Ammon, <a href="#Page_369">369</a>.</li> + + <li>Cornet de postillon, <a href="#Page_369">369</a>.</li> + + <li>Coronules, <a href="#Page_423">423</a>.</li> + + <li>   —   de la Baleine, <a href="#Page_424">424</a>.</li> + + <li>Corophie à longues cornes, <a href="#Page_437">437</a>.</li> + + <li>Cothurnie, <a href="#Page_76">76</a>.</li> + + <li>Crabe Boccace, <a href="#Page_436">436</a>.</li> + + <li>   —   caramote, <a href="#Page_455">455</a>.</li> + + <li>   —   commun, <a href="#Page_432">432</a>.</li> + + <li>   —   étrille, <a href="#Page_455">455</a>.</li> + + <li>   —   nika, <a href="#Page_455">455</a>.</li> + + <li>   —   squinado, <a href="#Page_455">455</a>.</li> + + <li>   —   tourteau, <a href="#Page_439">439</a>, <a href="#Page_455">455</a>.</li> + + <li>Crustacés, <a href="#ch_32">431</a>.</li> + + <li>Culcite discoïde, <a href="#Page_218">218</a>.</li> + + <li class="br">D</li> + + <li class="br">Dattes de mer, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Dauphin, <a href="#ch_45">609</a>.</li> + + <li>Daurade, <a href="#Page_470">470</a>, <a href="#Page_474">474</a>.</li> + + <li>Delessérie rouge, <a href="#Page_49">49</a>.</li> + + <li>Dendronote arborescent, <a href="#Page_323">323</a>, <a href="#Page_324">324</a>.</li> + + <li>Dromie globuleuse, <a href="#Page_463">463</a>.</li> + + <li class="br">E</li> + + <li class="br">Échinodermes, <a href="#Page_224">224</a>.</li> + + <li>   —   (larves), <a href="#Page_220">220</a>.</li> + + <li>Éléphant marin, <a href="#ch_48">645</a>.</li> + + <li>Éolides, <a href="#Page_323">323</a>.</li> + + <li>Eolis Ferrani, <a href="#Page_325">325</a>.</li> + + <li>Épaulard, <a href="#Page_611">611</a>.</li> + + <li>   —   à tête ronde, <a href="#Page_612">612</a>.</li> + + <li>Épinoche, <a href="#Page_491">491</a>.</li> + + <li>Épispore, <a href="#Page_67">67</a>.</li> + + <li>Eschares, <a href="#Page_244">244</a>.</li> + + <li>Espadon, <a href="#Page_489">489</a>.</li> + + <li>Esturgeon, <a href="#Page_491">491</a>, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li>Étoiles de mer, <a href="#Page_210">210</a>.</li> + + <li>   —   équestre, <a href="#Page_213">213</a>.</li> + + <li>   —   rougeâtre, <a href="#Page_211">211</a>.</li> + + <li>   —   violette, <a href="#Page_210">210</a>.</li> + + <li>Eunice géante, <a href="#Page_384">384</a>.</li> + + <li>   —   sanguine, <a href="#Page_380">380</a>, <a href="#Page_384">384</a>.</li> + + <li>Exocet, <a href="#Page_483">483</a>.</li> + + <li class="br">F</li> + + <li class="br">Filou, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Flamant, <a href="#Page_582">582</a>.</li> + + <li>Flet, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Flustre, <a href="#Page_244">244</a>.</li> + + <li>   —   foliacée, <a href="#Page_245">245</a>.</li> + + <li>Fou, <a href="#Page_563">563</a>.</li> + + <li>   —   varié, <a href="#Page_563">563</a>.</li> + + <li>Frégate, <a href="#Page_569">569</a>.</li> + + <li>Fucus vésiculeux, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_66">66</a>, <a href="#Page_67">67</a>.</li> + + <li>Fulmar, <a href="#Page_562">562</a>, <a href="#Page_576">576</a>, <a href="#Page_589">589</a>.</li> + + <li>Furculaires, <a href="#ch_31">425</a>.</li> + + <li>Fuseau, <a href="#Page_330">330</a>.</li> + + <li class="br">G</li> + + <li class="br">Galatée striée, <a href="#Page_229">229</a>.</li> + + <li>Gastéropodes, <a href="#Page_320">320</a>.</li> + + <li>Gérardie, <a href="#Page_127">127</a>, <a href="#Page_128">128</a>.</li> + + <li>   —   de Lamarck, <a href="#Page_117">117</a>.</li> + + <li>Gland de mer, <a href="#Page_423">423</a>.</li> + + <li>Glauque, <a href="#Page_322">322</a>.</li> + + <li>Gobies, <a href="#Page_491">491</a>.</li> + + <li>Goëlands, <a href="#Page_553">553</a>.</li> + + <li>   —   argenté, <a href="#Page_553">553</a>, <a href="#Page_555">555</a>, <a href="#Page_588">588</a>.</li> + + <li>   —   à manteau noir, <a href="#Page_575">575</a>.</li> + + <li>   —   modeste, <a href="#Page_563">563</a>.</li> + + <li>Goëmons, <a href="#Page_69">69</a>.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_688">688</span>Gorgonides, <a href="#Page_136">136</a>.</li> + + <li>   —   (spicules), <a href="#Page_136">136</a>.</li> + + <li>Grenadier, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Grimotée d'Urville, <a href="#Page_434">434</a>.</li> + + <li>   —   sociale, <a href="#Page_434">434</a>.</li> + + <li>Grondin, <a href="#Page_483">483</a>.</li> + + <li>Guillemot à capuchon, <a href="#Page_575">575</a>.</li> + + <li>   —   à miroir blanc, <a href="#Page_575">575</a>.</li> + + <li>   —   bridé, <a href="#Page_582">582</a>.</li> + + <li class="br">H</li> + + <li class="br">Haligenia, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_64">64</a>.</li> + + <li>Hareng, <a href="#ch_36">503</a>.</li> + + <li>Harle, <a href="#Page_558">558</a>.</li> + + <li>Hassar, <a href="#Page_485">485</a>, <a href="#Page_494">494</a>.</li> + + <li>Hérisson de mer, <a href="#Page_230">230</a>.</li> + + <li>Hermelles, <a href="#Page_387">387</a>.</li> + + <li>Hexanche, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Hippocampe, <a href="#Page_482">482</a>, <a href="#Page_491">491</a>.</li> + + <li>Hirondelle de mer, <a href="#Page_568">568</a>, <a href="#Page_580">580</a>.</li> + + <li>   —   à longue queue, <a href="#Page_580">580</a>.</li> + + <li>   —   fuligineuse, <a href="#Page_559">559</a>.</li> + + <li>   —   Pierre-garin, <a href="#Page_565">565</a>.</li> + + <li>Holothurie, <a href="#ch_16">233</a>.</li> + + <li>   —   élégante, <a href="#Page_234">234</a>.</li> + + <li>   —   frondeuse, <a href="#Page_235">235</a>.</li> + + <li>   —   guam, <a href="#Page_237">237</a>.</li> + + <li>   —   trépang, <a href="#Page_236">236</a>.</li> + + <li>   —   tubuleuse, <a href="#ch_16">233</a>.</li> + + <li>   —   (pêche), <a href="#Page_237">237</a>.</li> + + <li>   —   (spicules), <a href="#Page_238">238</a>.</li> + + <li>Homards, <a href="#Page_436">436</a>, <a href="#ch_33">447</a>.</li> + + <li>   —   jeunes, <a href="#Page_451">451</a>.</li> + + <li>Huître, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#ch_20">273</a>.</li> + + <li>   —   commune, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   de Cancale, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   de Marennes, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   d’Ostende, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   en crête, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   jeunes, <a href="#Page_283">283</a>.</li> + + <li>   —   lamelleuse, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   pelocestiou, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   pied-de-cheval, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   plissée, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   rosacée, <a href="#Page_284">284</a>.</li> + + <li>   —   verte, <a href="#Page_294">294</a>.</li> + + <li>Huîtrier, <a href="#Page_438">438</a>, <a href="#Page_580">580</a>.</li> + + <li>Huningue, <a href="#Page_498">498</a>.</li> + + <li>Hyale bordée, <a href="#Page_342">342</a>.</li> + + <li>   —   tridentée, <a href="#Page_342">342</a>.</li> + + <li>Hydre verte, <a href="#Page_106">106</a>.</li> + + <li class="br">I</li> + + <li class="br">Infusoires, <a href="#ch_5">73</a>.</li> + + <li>Iles à coraux, <a href="#Page_143">143</a>.</li> + + <li>Isis, <a href="#Page_137">137</a>, <a href="#Page_151">151</a>.</li> + + <li class="br">J</li> + + <li class="br">Janthine, <a href="#Page_329">329</a>.</li> + + <li>   —   commune, <a href="#Page_329">329</a>, <a href="#Page_346">346</a>.</li> + + <li>Jarretière, <a href="#Page_474">474</a>.</li> + + <li class="br">L</li> + + <li class="br">Lagoncule rampante, <a href="#Page_242">242</a>.</li> + + <li>Laitue de mer, <a href="#Page_53">53</a>.</li> + + <li>Laminaires, <a href="#Page_55">55</a>.</li> + + <li>Laminaria digitata, <a href="#Page_36">36</a>.</li> + + <li>   —   saccharina, <a href="#Page_36">36</a>.</li> + + <li>Langouste, <a href="#ch_33">447</a>.</li> + + <li>   —   jeune, <a href="#Page_450">450</a>.</li> + + <li>Lanterne d’Aristote, <a href="#Page_227">227</a>.</li> + + <li>Lapadelles, <a href="#Page_428">428</a>.</li> + + <li>Laurencie pinnatifide, <a href="#Page_48">48</a>.</li> + + <li>Lessonia, <a href="#Page_62">62</a>.</li> + + <li>Lessonia fuscescens, <a href="#pl-III">pl. III</a>, fig. 7, 36.</li> + + <li>   —   ovata, <a href="#pl-III">pl. III</a>, fig. 8, 36.</li> + + <li>Licorne de mer, <a href="#Page_615">615</a>.</li> + + <li>Lièvre de mer, <a href="#Page_320">320</a>.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_689">689</span>Limace, <a href="#Page_322">322</a>.</li> + + <li>   —   agreste, <a href="#Page_337">337</a>.</li> + + <li>Lime, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Littorine, <a href="#Page_330">330</a>.</li> + + <li>Lizzia de Kölliker, <a href="#Page_187">187</a>.</li> + + <li>Loup de mer, <a href="#Page_478">478</a>.</li> + + <li>   —   marin, <a href="#Page_636">636</a>.</li> + + <li>Loutre de mer, <a href="#ch_49">653</a>.</li> + + <li>   —   enhydre, <a href="#Page_654">654</a>.</li> + + <li>Lucernaire campanule, <a href="#fig-181">181</a>.</li> + + <li>Luidies, <a href="#Page_211">211</a>.</li> + + <li>   —   ciliaire, <a href="#Page_215">215</a>.</li> + + <li class="br">M</li> + + <li class="br">Macareux moine, <a href="#Page_575">575</a>, <a href="#Page_577">577</a>.</li> + + <li>Macrocystis Humboldtii, <a href="#pl-III">pl. III</a>, fig. 6, 36.</li> + + <li>   —   luxurians, <a href="#pl-III">pl. III</a>, fig. 9, 36.</li> + + <li>Madrépores, <a href="#Page_129">129</a>.</li> + + <li>Malarmat cuirassé, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Manches de couteau, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Manchot, <a href="#Page_562">562</a>, <a href="#Page_566">566</a>.</li> + + <li>   —   de Patagonie, <a href="#Page_567">567</a>.</li> + + <li>Maquereau, <a href="#Page_474">474</a>, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li>Marsouin, <a href="#ch_45">609</a>.</li> + + <li>Marteau maillet, <a href="#fig-472">472</a>.</li> + + <li>Méandrines, <a href="#Page_131">131</a>.</li> + + <li>Méduses, <a href="#Page_39">39</a>, <a href="#ch_13">183</a>.</li> + + <li>   —   aux beaux cheveux, <a href="#Page_185">185</a>.</li> + + <li>   —   brune tachetée, <a href="#Page_187">187</a>.</li> + + <li>   —   croisée, <a href="#fig-183">183</a>.</li> + + <li>   —   de Gaudichaud, <a href="#Page_184">184</a>.</li> + + <li>   —   (larves), <a href="#Page_192">192</a>.</li> + + <li>Mélite, <a href="#Page_151">151</a>.</li> + + <li>Mer de lait, <a href="#Page_37">37</a>.</li> + + <li>   —   de neige, <a href="#Page_37">37</a>.</li> + + <li>Modiole, <a href="#Page_265">265</a>.</li> + + <li>   —   lithophage, <a href="#Page_262">262</a>.</li> + + <li>Mollusques, <a href="#Page_39">39</a>.</li> + + <li>   —   Acéphales, <a href="#ch_19">257</a>.</li> + + <li>Mollusques Agrégés, <a href="#ch_18">247</a>.</li> + + <li>Monade, <a href="#Page_77">77</a>.</li> + + <li>Monocentre du Japon, <a href="#Page_473">473</a>.</li> + + <li>Morse, <a href="#ch_48">645</a>.</li> + + <li>Morue, <a href="#ch_38">521</a>.</li> + + <li>Mouette argentée, <a href="#Page_575">575</a>.</li> + + <li>   —   à pieds bleus, <a href="#Page_576">576</a>.</li> + + <li>   —   à trois doigts, <a href="#Page_575">575</a>, <a href="#Page_576">576</a>.</li> + + <li>Moules, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#ch_21">297</a>.</li> + + <li>Muge, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>   —   à grosses lèvres, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li>Myrionema, <a href="#Page_62">62</a>.</li> + + <li>Mytiliculture, <a href="#Page_301">301</a>.</li> + + <li class="br">N</li> + + <li class="br">Nacre, <a href="#ch_22">305</a>.</li> + + <li>Narwal, <a href="#Page_615">615</a>, <a href="#Page_616">616</a>.</li> + + <li>Natice mille points, <a href="#Page_330">330</a>.</li> + + <li>Nautile, <a href="#Page_366">366</a>.</li> + + <li>   —   commun, <a href="#Page_367">367</a>.</li> + + <li>Nephthys, <a href="#Page_384">384</a>.</li> + + <li>Néréides, <a href="#Page_39">39</a>.</li> + + <li>   —   à deux lignes, <a href="#Page_463">463</a>.</li> + + <li>Néréocystées, <a href="#Page_57">57</a>.</li> + + <li>Nérites, <a href="#Page_326">326</a>.</li> + + <li>   —   polie, <a href="#Page_336">336</a>.</li> + + <li>Noctiluque miliaire, <a href="#Page_37">37</a>.</li> + + <li>Nonnats, <a href="#Page_519">519</a>.</li> + + <li>Nordcaper, <a href="#ch_46">620</a>.</li> + + <li class="br">O</li> + + <li class="br">Océanie, <a href="#Page_190">190</a>.</li> + + <li>Octospore, <a href="#Page_65">65</a>, <a href="#Page_67">67</a>.</li> + + <li>Œufs de Bulla cornea, <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 7, 340.</li> + + <li>Oie de mer, <a href="#ch_45">609</a>.</li> + + <li>Oiseaux de mer, <a href="#ch_41">551</a>.</li> + + <li>   —   (développement), <a href="#pl-XXXI">pl. XXXI</a>, 584.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_690">690</span>Oiseaux de tempête, <a href="#Page_556">556</a>.</li> + + <li>   —   maritimes ordinaires, <a href="#Page_553">553</a>.</li> + + <li>   —   nageurs, <a href="#Page_553">553</a>.</li> + + <li>   —   riverains, <a href="#Page_553">553</a>.</li> + + <li>   —   voiliers, <a href="#Page_553">553</a>.</li> + + <li>Olive du Pérou, <a href="#Page_331">331</a>.</li> + + <li>Ombellulaire, <a href="#Page_163">163</a>.</li> + + <li>Ophidiaster miliaris, <a href="#Page_217">217</a>.</li> + + <li>Ophiures, <a href="#Page_218">218</a>.</li> + + <li>Orbe, <a href="#Page_482">482</a>.</li> + + <li>   —   arbre épineux, <a href="#Page_488">488</a>.</li> + + <li>Oreille de mer iris, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_317">317</a>.</li> + + <li>Orque, <a href="#Page_611">611</a>.</li> + + <li>Oscillatoire, <a href="#Page_41">41</a>.</li> + + <li>Ostiole, <a href="#Page_65">65</a>.</li> + + <li>Ostréiculture, <a href="#Page_289">289</a>, <a href="#Page_290">290</a>.</li> + + <li>Otaries, <a href="#pl-XXXIII">pl. XXXIII</a>, 642.</li> + + <li>Ours blanc, <a href="#ch_50">661</a>, <a href="#pl-XXXV">pl. XXXV</a>, 662.</li> + + <li>   —   polaire, <a href="#ch_50">661</a>.</li> + + <li>Oursin, <a href="#ch_15">223</a>.</li> + + <li>   —   comestible, <a href="#ch_15">223</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> + + <li>   —   granuleux, <a href="#Page_231">231</a>.</li> + + <li>   —   livide, <a href="#Page_226">226</a>, <a href="#Page_231">231</a>.</li> + + <li>   —   mamelonné, <a href="#Page_224">224</a>.</li> + + <li>   —   melon, <a href="#Page_231">231</a>.</li> + + <li>Oxybate de Brandes, <a href="#Page_218">218</a>.</li> + + <li class="br">P</li> + + <li class="br">Padine paon, <a href="#Page_49">49</a>.</li> + + <li>Paille-en-queue, <a href="#Page_570">570</a>, <a href="#Page_572">572</a>.</li> + + <li>Patelle, <a href="#Page_328">328</a>, <a href="#Page_330">330</a>.</li> + + <li>Palmier marin, <a href="#Page_220">220</a>.</li> + + <li>Palmipèdes, <a href="#ch_41">551</a>.</li> + + <li>Pandore, <a href="#Page_261">261</a>.</li> + + <li>Paramécie, <a href="#Page_79">79</a>.</li> + + <li>Pastenague, <a href="#Page_470">470</a>, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Pégase volant, <a href="#Page_492">492</a>.</li> + + <li>Pèlerines, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Pélican, <a href="#Page_559">559</a>, <a href="#Page_565">565</a>.</li> + + <li>Pélican blanc, <a href="#Page_560">560</a>.</li> + + <li>   —   thagus, <a href="#Page_564">564</a>.</li> + + <li>Pennatule épineuse, <a href="#Page_160">160</a>.</li> + + <li>   —   (ses polypes), <a href="#Page_161">161</a>.</li> + + <li>Pentacrine d’Europe, <a href="#Page_221">221</a>.</li> + + <li>Périspore, <a href="#Page_67">67</a>.</li> + + <li>Perles, <a href="#ch_22">305</a>, <a href="#Page_307">307</a>.</li> + + <li>   —   chinoises, <a href="#Page_308">308</a>.</li> + + <li>Perroquet de mer, <a href="#Page_575">575</a>.</li> + + <li>Pétoncle, <a href="#Page_267">267</a>.</li> + + <li>Pétrel, <a href="#Page_553">553</a>, <a href="#Page_562">562</a>.</li> + + <li>   —   damier, <a href="#Page_566">566</a>, <a href="#Page_568">568</a>.</li> + + <li>Pétricole, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Phaéton, <a href="#Page_570">570</a>.</li> + + <li>Phanérobranche à chevrons, <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 2, 340.</li> + + <li>   —   doriforme, <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 1, 340.</li> + + <li>Phéosporées, <a href="#Page_62">62</a>.</li> + + <li>Pholade, <a href="#Page_263">263</a>, <a href="#Page_264">264</a>.</li> + + <li>   —   datte, <a href="#Page_40">40</a>.</li> + + <li>Phoque, <a href="#ch_47">635</a>.</li> + + <li>   —   capuchonné, <a href="#Page_641">641</a>.</li> + + <li>   —   commun, <a href="#Page_636">636</a>.</li> + + <li>   —   de Gmelin, <a href="#Page_641">641</a>.</li> + + <li>   —   de Müller, <a href="#Page_641">641</a>.</li> + + <li>   —   de Schreber, <a href="#Page_641">641</a>.</li> + + <li>   —   otarie, <a href="#Page_641">641</a>.</li> + + <li>Phosphorescence, <a href="#ch_3">36</a>.</li> + + <li>Phyllangia americana, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 3, 168.</li> + + <li>Phyllodoce lamelleuse, <a href="#Page_380">380</a>.</li> + + <li>Phyllosome, <a href="#Page_450">450</a>.</li> + + <li>Pingouin, <a href="#Page_562">562</a>, <a href="#Page_565">565</a>, <a href="#Page_575">575</a>.</li> + + <li>   —   commun, <a href="#Page_565">565</a>.</li> + + <li>   —   brachyptère, <a href="#Page_581">581</a>.</li> + + <li>   —   (grand), <a href="#Page_581">581</a>.</li> + + <li>Pinne, <a href="#Page_265">265</a>, <a href="#Page_267">267</a>.</li> + + <li>   —   marine, <a href="#Page_317">317</a>.</li> + + <li>Pinnothère, <a href="#Page_464">464</a>.</li> + + <li>Pisciculture, <a href="#Page_495">495</a>.</li> + + <li>Plagiure, <a href="#Page_596">596</a>.</li> + + <li>Planaire, <a href="#Page_410">410</a>.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_691">691</span>Planorbe, <a href="#Page_391">391</a>.</li> + + <li>Plie, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li>Plocamie plumeuse, <a href="#fig-050">50</a>.</li> + + <li>Plongeon imbrim, <a href="#Page_582">582</a>.</li> + + <li>Plume de mer, <a href="#ch_11">159</a>.</li> + + <li>Pluvier à collier, <a href="#Page_585">585</a>.</li> + + <li>Poissons, <a href="#ch_35">469</a>.</li> + + <li>   —   (développement), <a href="#pl-XXVII">pl. XXVII</a>, 492.</li> + + <li>Poisson chirurgien, <a href="#Page_490">490</a>.</li> + + <li>   —   docteur, <a href="#Page_490">490</a>.</li> + + <li>   —   volants, <a href="#pl-XXVI">pl. XXVI</a>, 470.</li> + + <li>Polycère, <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 3, 340.</li> + + <li>   —   <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 4, 340.</li> + + <li>   —   <a href="#pl-XIX">pl. XIX</a>, fig. 6, 340.</li> + + <li>Polypes, <a href="#Page_107">107</a>.</li> + + <li>   —   d’eau douce, <a href="#Page_106">106</a>.</li> + + <li>   —   de la mer, <a href="#Page_113">113</a>.</li> + + <li>Polypiers, <a href="#ch_4">43</a>, <a href="#ch_9">115</a>.</li> + + <li>   —   Actiniaires, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>   —   Alcyonaires, <a href="#Page_134">134</a>.</li> + + <li>   —   Hydraires, <a href="#Page_118">118</a>.</li> + + <li>Pontobdelle, <a href="#Page_398">398</a>.</li> + + <li>Porcelaine, <a href="#Page_332">332</a>.</li> + + <li>   —   cervine, <a href="#Page_332">332</a>.</li> + + <li>   —   orange, <a href="#Page_332">332</a>.</li> + + <li>Porcellane large pince, <a href="#Page_443">443</a>.</li> + + <li>Poritide, <a href="#Page_132">132</a>.</li> + + <li>Porpite, <a href="#Page_191">191</a>.</li> + + <li>Poulpe, <a href="#ch_25">351</a>.</li> + + <li>Pourpre, <a href="#ch_24">343</a>.</li> + + <li>   —   bouche de sang, <a href="#Page_344">344</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li> + + <li>   —   teinture, <a href="#Page_334">334</a>, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_349">349</a>.</li> + + <li>Ptérocère orangée, <a href="#Page_331">331</a>.</li> + + <li>Ptéropodes, <a href="#Page_340">340</a>.</li> + + <li>Puffin, <a href="#Page_576">576</a>.</li> + + <li>Pyrosome, <a href="#Page_252">252</a>.</li> + + <li class="br">R</li> + + <li class="br">Raie, <a href="#Page_478">478</a>, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Rascasse, <a href="#Page_483">483</a>, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Rémore, <a href="#Page_485">485</a>.</li> + + <li>Requin, <a href="#Page_475">475</a>, <a href="#Page_495">495</a>.</li> + + <li>Revés, <a href="#Page_547">547</a>.</li> + + <li>Rocher, <a href="#Page_345">345</a>.</li> + + <li>   —   droite épine, <a href="#Page_345">345</a>.</li> + + <li>   —   fascié, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</li> + + <li>   —   hérisson, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</li> + + <li>   —   petite massue, <a href="#Page_345">345</a>, <a href="#Page_350">350</a>.</li> + + <li>Rorqual, <a href="#Page_626">626</a>.</li> + + <li>Rotifères, <a href="#ch_31">425</a>.</li> + + <li>   —   commun, <a href="#Page_429">429</a>.</li> + + <li>Rouget, <a href="#Page_474">474</a>, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li class="br">S</li> + + <li class="br">Sabelle fasciculaire, <a href="#pl-XXI">pl. XXI</a>, fig. 8, 386.</li> + + <li>   —   perforante, <a href="#pl-XXI">pl. XXI</a>, fig. 7, 386.</li> + + <li>   —   triangulaire, <a href="#pl-XXI">pl. XXI</a>, fig. 9, 386.</li> + + <li>   —   unispirale, <a href="#pl-XXII">pl. XXII</a>, 388.</li> + + <li>Sagartia coccinea, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 2, 168.</li> + + <li>   —   chrysosplenium, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 17, 168.</li> + + <li>   —   rosea, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 7, 10 et 13, 168.</li> + + <li>   —   sphyrodeta, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 8 et 9, 168.</li> + + <li>   —   venusta, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 14, 168.</li> + + <li>   —   viduata, <a href="#pl-X">pl. X</a>, fig. 6, 168.</li> + + <li>Salicoques, <a href="#Page_455">455</a>.</li> + + <li>Salpe, <a href="#Page_253">253</a>.</li> + + <li>Sangsues de mer, <a href="#ch_28">397</a>.</li> + + <li>   —   (anatomie), <a href="#Page_407">407</a>.</li> + + <li>   —   dragon, <a href="#Page_406">406</a>.</li> + + <li>Sardine, <a href="#ch_37">513</a>.</li> + + <li>   —   (pêche de la), <a href="#pl-XXIX">pl. XXIX</a>, 518.</li> + + <li>Sargasses, <a href="#Page_52">52</a>.</li> + + <li>Saumon, <a href="#Page_492">492</a>.</li> + + <li>Saxicave, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Scalaire précieuse, <a href="#Page_332">332</a>.</li> + + <li>Scie, <a href="#Page_489">489</a>.</li> + + <li>Scorpène de l’île de France, <a href="#Page_471">471</a>.</li> + + <li>Scyllée, <a href="#Page_322">322</a>.</li> + + <li><span class="pagenum hidden" id="Page_692">692</span>Scyllée pélagique, <a href="#Page_322">322</a>.</li> + + <li>Sèches, <a href="#ch_25">351</a>.</li> + + <li>   —   élégante, <a href="#Page_355">355</a>.</li> + + <li>   —   (œufs), <a href="#Page_358">358</a>.</li> + + <li>   —   (os), <a href="#Page_356">356</a>.</li> + + <li>Sennal, <a href="#Page_483">483</a>.</li> + + <li>   —   sur un palmier, <a href="#Page_484">484</a>.</li> + + <li>Serpules, <a href="#Page_388">388</a>.</li> + + <li>   —   étoilée, <a href="#Page_389">389</a>.</li> + + <li>   —   géante, <a href="#Page_389">389</a>.</li> + + <li>Sertulaires, <a href="#Page_121">121</a>.</li> + + <li>   —   argentée, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>Sertularia falcata, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>Sertularia pumila, <a href="#Page_138">138</a>.</li> + + <li>Sey, <a href="#Page_505">505</a>.</li> + + <li>Sole, <a href="#Page_493">493</a>.</li> + + <li>Solen, <a href="#Page_263">263</a>.</li> + + <li>Soufflet, <a href="#Page_487">487</a>.</li> + + <li>Souffleur, <a href="#Page_596">596</a>.</li> + + <li>Sphærozoum ovodimare, <a href="#Page_93">93</a>.</li> + + <li>   —   italicum, <a href="#pl-VI">pl. VI</a>, fig. 6, 94.</li> + + <li>Spirorbe nautiloïde, <a href="#Page_391">391</a>.</li> + + <li>Sporanges, <a href="#Page_64">64</a>.</li> + + <li>Spores, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_64">64</a>.</li> + + <li>Stercoraire parasite, <a href="#Page_558">558</a>, <a href="#Page_570">570</a>, <a href="#Page_592">592</a>.</li> + + <li>Stolephorus Risso, <a href="#Page_519">519</a>.</li> + + <li>Stylifère, <a href="#Page_225">225</a>.</li> + + <li>Sucet, <a href="#Page_486">486</a>, <a href="#Page_547">547</a>, <a href="#Page_548">548</a>.</li> + + <li>Synapte de Duvernoy, <a href="#Page_238">238</a>.</li> + + <li>Syncorines, <a href="#Page_140">140</a>.</li> + + <li class="br">T</li> + + <li class="br">Tadorne, <a href="#Page_578">578</a>.</li> + + <li>Ténia, <a href="#Page_408">408</a>.</li> + + <li>Tambour, <a href="#Page_479">479</a>.</li> + + <li>Taret, <a href="#Page_268">268</a>.</li> + + <li>   —   commun, <a href="#Page_269">269</a>.</li> + + <li>Télescope, <a href="#Page_470">470</a>.</li> + + <li>Telline, <a href="#Page_261">261</a>, <a href="#Page_267">267</a>.</li> + + <li>   —   élégante, <a href="#Page_262">262</a>.</li> + + <li>Térébelles, <a href="#Page_391">391</a>.</li> + + <li>   —   Amphitrite, <a href="#Page_395">395</a>.</li> + + <li>   —   Amphitrite éventail, <a href="#Page_396">396</a>.</li> + + <li>   —   coquillière, <a href="#Page_393">393</a>.</li> + + <li>   —   Emmaline, 394, <a href="#pl-XXI">pl. XXI</a>, fig. 1, 386.</li> + + <li>   —   tisserand, <a href="#Page_394">394</a>.</li> + + <li>Térébratule tête de serpent, <a href="#pl-VIII">pl. VIII</a>, fig. 8, 144.</li> + + <li>Tête de Méduse, <a href="#Page_220">220</a>.</li> + + <li>Tétraspore, <a href="#Page_61">61</a>.</li> + + <li>Thalassiophyllum, <a href="#Page_47">47</a>.</li> + + <li>Thécidie de la Méditerranée, <a href="#pl-VIII">pl. VIII</a>, fig. 7, 144.</li> + + <li>Thon, <a href="#Page_479">479</a>, <a href="#ch_39">529</a>.</li> + + <li>Torpille, <a href="#Page_490">490</a>.</li> + + <li>Tortue de mer, <a href="#ch_40">537</a>.</li> + + <li>   —   Caouane, <a href="#Page_539">539</a>.</li> + + <li>   —   caret, <a href="#Page_539">539</a>.</li> + + <li>   —   franche, <a href="#Page_539">539</a>.</li> + + <li>   —   Midas, <a href="#Page_539">539</a>.</li> + + <li>Trichodesmie rouge, <a href="#Page_45">45</a>.</li> + + <li>   —   d’Ehrenberg, <a href="#Page_45">45</a>.</li> + + <li>Tridacne, <a href="#Page_261">261</a>.</li> + + <li>   —   gigantesque, <a href="#Page_266">266</a>.</li> + + <li>Trigle, <a href="#Page_483">483</a>.</li> + + <li>   —   milan, <a href="#Page_484">484</a>.</li> + + <li>Tritonie, <a href="#Page_321">321</a>.</li> + + <li>Tubicinelles, <a href="#Page_423">423</a>.</li> + + <li>   —   de la Baleine, <a href="#Page_424">424</a>.</li> + + <li>Tubiporides, <a href="#Page_135">135</a>.</li> + + <li>Tubulaires, <a href="#Page_118">118</a>, <a href="#Page_119">119</a>.</li> + + <li>   —   chalumeau, <a href="#Page_118">118</a>.</li> + + <li>   —   rameuse, <a href="#Page_119">119</a>.</li> + + <li>Turbo rugueux, <a href="#Page_334">334</a>.</li> + + <li>Turbot, <a href="#Page_306">306</a>, <a href="#Page_493">493</a>, <a href="#Page_502">502</a>.</li> + + <li>Turris négligée, <a href="#Page_186">186</a>.</li> + + <li class="br">U</li> + + <li class="br">Ulve, <a href="#Page_52">52</a>.</li> + + <li>Unité de composition, <a href="#ch_26">372</a>.</li> + + <li class="br"><span class="pagenum hidden" id="Page_693">693</span>V</li> + + <li class="br">Vache marine, <a href="#ch_48">645</a>.</li> + + <li>Varec à siliques, <a href="#Page_70">70</a>.</li> + + <li>   —   dentelé, <a href="#Page_70">70</a>.</li> + + <li>   —   porte-baies, <a href="#Page_51">51</a>.</li> + + <li>   —   porte-poire, <a href="#Page_56">56</a>.</li> + + <li>   —   turbiné, <a href="#Page_54">54</a>.</li> + + <li>Veau marin, <a href="#Page_636">636</a>.</li> + + <li>Vénus, <a href="#Page_261">261</a>.</li> + + <li>Vermilies sociales, <a href="#pl-XXI">pl. XXI</a>, fig. 6, 386.</li> + + <li>Vieille, <a href="#Page_479">479</a>.</li> + + <li>Vignot commun, <a href="#Page_333">333</a>, <a href="#Page_335">335</a>.</li> + + <li>Virgulaire, <a href="#Page_163">163</a>.</li> + + <li>Volvoce, <a href="#Page_80">80</a>.</li> + + <li class="br">Z</li> + + <li class="br">Zées, <a href="#Page_474">474</a>.</li> + + <li>Zoanthaires, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>Zoanthes, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>   —   des Moluques, <a href="#Page_123">123</a>.</li> + + <li>Zoé, <a href="#Page_445">445</a>.</li> + + <li>Zoonites, <a href="#ch_29">405</a>.</li> + + <li>Zoospores, <a href="#Page_61">61</a>, <a href="#Page_62">62</a>, <a href="#Page_63">63</a>.</li> + + <li>Zostéracées, <a href="#Page_71">71</a>.</li> + + <li>Zostères marines, <a href="#Page_71">71</a>.</li> + </ul> + + <div class="figcenter3" style="width: 300px;"> + <img src="images/end-chapter1.jpg" alt="" width="300" height="70" /> + </div> + + <p class="center">Paris.—Imprimerie de <span class="smcap">E. Martinet</span>, rue Mignon, 2</p> + + <hr class="chap x-ebookmaker-drop" /> + + <div class="chapter"> + <p><span class="pagenum hidden" id="Page_694">694</span></p> + + <div class="tnote"> + <h2 class="h2note_lecteur" id="note_au_lecteur">Au lecteur</h2> + + <p class="fontnote">Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version + originale. Les erreurs manifestes de typographie ont été corrigées.</p> + + <p class="fontnote">La ponctuation a pu faire l'objet de quelques corrections mineures.</p> + + <p class="fontnote">La couverture est illustrée par une photographie du Phare d'Eckmühl (Finistère). + Elle appartient au domaine public.</p> + </div> + </div> +</div> + +<hr class="full" /> +<div lang='en' xml:lang='en'> +<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>LE MONDE DE LA MER</span> ***</div> +<div style='text-align:left'> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Updated editions will replace the previous one—the old editions will +be renamed. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright +law means that no one owns a United States copyright in these works, +so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United +States without permission and without paying copyright +royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part +of this license, apply to copying and distributing Project +Gutenberg™ electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG™ +concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark, +and may not be used if you charge for an eBook, except by following +the terms of the trademark license, including paying royalties for use +of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for +copies of this eBook, complying with the trademark license is very +easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation +of derivative works, reports, performances and research. Project +Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away—you may +do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected +by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark +license, especially commercial redistribution. +</div> + +<div style='margin-top:1em; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE</div> +<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE</div> +<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +To protect the Project Gutenberg™ mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase “Project +Gutenberg”), you agree to comply with all the terms of the Full +Project Gutenberg™ License available with this file or online at +www.gutenberg.org/license. +</div> + +<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg™ electronic works +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg™ +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or +destroy all copies of Project Gutenberg™ electronic works in your +possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a +Project Gutenberg™ electronic work and you do not agree to be bound +by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person +or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.B. “Project Gutenberg” is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg™ electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg™ electronic works if you follow the terms of this +agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg™ +electronic works. See paragraph 1.E below. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (“the +Foundation” or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection +of Project Gutenberg™ electronic works. Nearly all the individual +works in the collection are in the public domain in the United +States. If an individual work is unprotected by copyright law in the +United States and you are located in the United States, we do not +claim a right to prevent you from copying, distributing, performing, +displaying or creating derivative works based on the work as long as +all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope +that you will support the Project Gutenberg™ mission of promoting +free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg™ +works in compliance with the terms of this agreement for keeping the +Project Gutenberg™ name associated with the work. You can easily +comply with the terms of this agreement by keeping this work in the +same format with its attached full Project Gutenberg™ License when +you share it without charge with others. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are +in a constant state of change. If you are outside the United States, +check the laws of your country in addition to the terms of this +agreement before downloading, copying, displaying, performing, +distributing or creating derivative works based on this work or any +other Project Gutenberg™ work. The Foundation makes no +representations concerning the copyright status of any work in any +country other than the United States. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other +immediate access to, the full Project Gutenberg™ License must appear +prominently whenever any copy of a Project Gutenberg™ work (any work +on which the phrase “Project Gutenberg” appears, or with which the +phrase “Project Gutenberg” is associated) is accessed, displayed, +performed, viewed, copied or distributed: +</div> + +<blockquote> + <div style='display:block; margin:1em 0'> + This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most + other parts of the world at no cost and with almost no restrictions + whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms + of the Project Gutenberg License included with this eBook or online + at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you + are not located in the United States, you will have to check the laws + of the country where you are located before using this eBook. + </div> +</blockquote> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.2. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is +derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not +contain a notice indicating that it is posted with permission of the +copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in +the United States without paying any fees or charges. If you are +redistributing or providing access to a work with the phrase “Project +Gutenberg” associated with or appearing on the work, you must comply +either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or +obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg™ +trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.3. If an individual Project Gutenberg™ electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any +additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms +will be linked to the Project Gutenberg™ License for all works +posted with the permission of the copyright holder found at the +beginning of this work. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg™ +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg™. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg™ License. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including +any word processing or hypertext form. However, if you provide access +to or distribute copies of a Project Gutenberg™ work in a format +other than “Plain Vanilla ASCII” or other format used in the official +version posted on the official Project Gutenberg™ website +(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense +to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means +of obtaining a copy upon request, of the work in its original “Plain +Vanilla ASCII” or other form. Any alternate format must include the +full Project Gutenberg™ License as specified in paragraph 1.E.1. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg™ works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg™ electronic works +provided that: +</div> + +<div style='margin-left:0.7em;'> + <div style='text-indent:-0.7em'> + • You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg™ works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed + to the owner of the Project Gutenberg™ trademark, but he has + agreed to donate royalties under this paragraph to the Project + Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid + within 60 days following each date on which you prepare (or are + legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty + payments should be clearly marked as such and sent to the Project + Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in + Section 4, “Information about donations to the Project Gutenberg + Literary Archive Foundation.” + </div> + + <div style='text-indent:-0.7em'> + • You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg™ + License. You must require such a user to return or destroy all + copies of the works possessed in a physical medium and discontinue + all use of and all access to other copies of Project Gutenberg™ + works. + </div> + + <div style='text-indent:-0.7em'> + • You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of + any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days of + receipt of the work. + </div> + + <div style='text-indent:-0.7em'> + • You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg™ works. + </div> +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project +Gutenberg™ electronic work or group of works on different terms than +are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing +from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of +the Project Gutenberg™ trademark. Contact the Foundation as set +forth in Section 3 below. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +works not protected by U.S. copyright law in creating the Project +Gutenberg™ collection. Despite these efforts, Project Gutenberg™ +electronic works, and the medium on which they may be stored, may +contain “Defects,” such as, but not limited to, incomplete, inaccurate +or corrupt data, transcription errors, a copyright or other +intellectual property infringement, a defective or damaged disk or +other medium, a computer virus, or computer codes that damage or +cannot be read by your equipment. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the “Right +of Replacement or Refund” described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg™ trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg™ electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium +with your written explanation. The person or entity that provided you +with the defective work may elect to provide a replacement copy in +lieu of a refund. If you received the work electronically, the person +or entity providing it to you may choose to give you a second +opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If +the second copy is also defective, you may demand a refund in writing +without further opportunities to fix the problem. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you ‘AS-IS’, WITH NO +OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT +LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of +damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement +violates the law of the state applicable to this agreement, the +agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or +limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or +unenforceability of any provision of this agreement shall not void the +remaining provisions. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg™ electronic works in +accordance with this agreement, and any volunteers associated with the +production, promotion and distribution of Project Gutenberg™ +electronic works, harmless from all liability, costs and expenses, +including legal fees, that arise directly or indirectly from any of +the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this +or any Project Gutenberg™ work, (b) alteration, modification, or +additions or deletions to any Project Gutenberg™ work, and (c) any +Defect you cause. +</div> + +<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg™ +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Project Gutenberg™ is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of +computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It +exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations +from people in all walks of life. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg™’s +goals and ensuring that the Project Gutenberg™ collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg™ and future +generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see +Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org. +</div> + +<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation’s EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by +U.S. federal laws and your state’s laws. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +The Foundation’s business office is located at 809 North 1500 West, +Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up +to date contact information can be found at the Foundation’s website +and official page at www.gutenberg.org/contact +</div> + +<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Project Gutenberg™ depends upon and cannot survive without widespread +public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine-readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To SEND +DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state +visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Please check the Project Gutenberg web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. To +donate, please visit: www.gutenberg.org/donate +</div> + +<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'> +Section 5. General Information About Project Gutenberg™ electronic works +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project +Gutenberg™ concept of a library of electronic works that could be +freely shared with anyone. For forty years, he produced and +distributed Project Gutenberg™ eBooks with only a loose network of +volunteer support. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Project Gutenberg™ eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in +the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not +necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper +edition. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +Most people start at our website which has the main PG search +facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. +</div> + +<div style='display:block; margin:1em 0'> +This website includes information about Project Gutenberg™, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. +</div> + +</div> +</div> + </body> +</html> diff --git a/old/69872-h/images/before-chapter.jpg b/old/69872-h/images/before-chapter.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..50e2b1a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/before-chapter.jpg diff --git a/old/69872-h/images/couverture.jpg b/old/69872-h/images/couverture.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..05731f5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/couverture.jpg diff --git a/old/69872-h/images/cover.jpg b/old/69872-h/images/cover.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..327b56b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/cover.jpg diff --git a/old/69872-h/images/end-chapter1.jpg b/old/69872-h/images/end-chapter1.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..83231fb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/end-chapter1.jpg diff --git a/old/69872-h/images/end-chapter2.jpg b/old/69872-h/images/end-chapter2.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a8885e3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/end-chapter2.jpg diff --git a/old/69872-h/images/end-chapter3.jpg b/old/69872-h/images/end-chapter3.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..929743d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/end-chapter3.jpg diff --git a/old/69872-h/images/frontispice.jpg b/old/69872-h/images/frontispice.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8269150 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/frontispice.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-002bis.jpg b/old/69872-h/images/page-002bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6ae6374 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-002bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-003.jpg b/old/69872-h/images/page-003.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..221b57c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-003.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-010bis.jpg b/old/69872-h/images/page-010bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c5946ca --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-010bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-011.jpg b/old/69872-h/images/page-011.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..555931d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-011.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-017.jpg b/old/69872-h/images/page-017.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..87b01a8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-017.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-025.jpg b/old/69872-h/images/page-025.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..87baf58 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-025.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-027.jpg b/old/69872-h/images/page-027.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8fb7996 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-027.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-030.jpg b/old/69872-h/images/page-030.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..50567a7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-030.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-036bis.jpg b/old/69872-h/images/page-036bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b3f8df7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-036bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-037.jpg b/old/69872-h/images/page-037.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4b2fae3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-037.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-041.jpg b/old/69872-h/images/page-041.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..90bf900 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-041.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-046.jpg b/old/69872-h/images/page-046.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8ee7a9b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-046.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-047.jpg b/old/69872-h/images/page-047.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5de63e5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-047.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-048.jpg b/old/69872-h/images/page-048.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a749337 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-048.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-049a.jpg b/old/69872-h/images/page-049a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4181c05 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-049a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-049b.jpg b/old/69872-h/images/page-049b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7e857d3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-049b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-050.jpg b/old/69872-h/images/page-050.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..99e5dee --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-050.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-050bis.jpg b/old/69872-h/images/page-050bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d0cac0d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-050bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-051.jpg b/old/69872-h/images/page-051.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b56483c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-051.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-052.jpg b/old/69872-h/images/page-052.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e63cdfa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-052.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-055a.jpg b/old/69872-h/images/page-055a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6d6684f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-055a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-055b.jpg b/old/69872-h/images/page-055b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..274238f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-055b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-056.jpg b/old/69872-h/images/page-056.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6d9bfb3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-056.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-057.jpg b/old/69872-h/images/page-057.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1277252 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-057.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-058.jpg b/old/69872-h/images/page-058.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..600b2a2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-058.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-059.jpg b/old/69872-h/images/page-059.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bc6031a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-059.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-062.jpg b/old/69872-h/images/page-062.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..745d88b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-062.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-063.jpg b/old/69872-h/images/page-063.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..89a4103 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-063.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-064.jpg b/old/69872-h/images/page-064.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f7b113a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-064.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-065a.jpg b/old/69872-h/images/page-065a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4bc1994 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-065a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-065b.jpg b/old/69872-h/images/page-065b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..907ebeb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-065b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-066a.jpg b/old/69872-h/images/page-066a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e922cb1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-066a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-066b.jpg b/old/69872-h/images/page-066b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..762db37 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-066b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-068bis.jpg b/old/69872-h/images/page-068bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..611fbf6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-068bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-069.jpg b/old/69872-h/images/page-069.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f1a9631 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-069.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-073.jpg b/old/69872-h/images/page-073.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b121b62 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-073.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-074.jpg b/old/69872-h/images/page-074.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1252a3e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-074.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-075.jpg b/old/69872-h/images/page-075.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..07acded --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-075.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-076.jpg b/old/69872-h/images/page-076.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7efc5be --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-076.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-077.jpg b/old/69872-h/images/page-077.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3d82c03 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-077.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-078.jpg b/old/69872-h/images/page-078.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5110aec --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-078.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-079.jpg b/old/69872-h/images/page-079.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f38dc36 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-079.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-080.jpg b/old/69872-h/images/page-080.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f860683 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-080.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-081.jpg b/old/69872-h/images/page-081.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ae0df54 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-081.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-082.jpg b/old/69872-h/images/page-082.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a87e961 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-082.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-082bis.jpg b/old/69872-h/images/page-082bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..058708a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-082bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-087a.jpg b/old/69872-h/images/page-087a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..dad15b7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-087a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-087b.jpg b/old/69872-h/images/page-087b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6efcf93 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-087b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-088a.jpg b/old/69872-h/images/page-088a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b5f0c64 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-088a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-088b.jpg b/old/69872-h/images/page-088b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..01a4cdf --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-088b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-089.jpg b/old/69872-h/images/page-089.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6565737 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-089.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-091.jpg b/old/69872-h/images/page-091.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..efb7c9a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-091.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-092.jpg b/old/69872-h/images/page-092.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..81906a6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-092.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-093a.jpg b/old/69872-h/images/page-093a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..342437b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-093a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-093b.jpg b/old/69872-h/images/page-093b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d201e0a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-093b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-094bis.jpg b/old/69872-h/images/page-094bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..60a3028 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-094bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-099.jpg b/old/69872-h/images/page-099.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..743c8a1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-099.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-101.jpg b/old/69872-h/images/page-101.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a80ab69 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-101.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-102a.jpg b/old/69872-h/images/page-102a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cf9c2ff --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-102a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-102b.jpg b/old/69872-h/images/page-102b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7975617 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-102b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-105.jpg b/old/69872-h/images/page-105.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fe60b90 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-105.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-107.jpg b/old/69872-h/images/page-107.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e544d63 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-107.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-110.jpg b/old/69872-h/images/page-110.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fc012e5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-110.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-114bis.jpg b/old/69872-h/images/page-114bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6a9bbef --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-114bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-116.jpg b/old/69872-h/images/page-116.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3352ffa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-116.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-117.jpg b/old/69872-h/images/page-117.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3ca8be3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-117.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-119.jpg b/old/69872-h/images/page-119.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..766e3b2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-119.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-120.jpg b/old/69872-h/images/page-120.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5daf503 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-120.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-121.jpg b/old/69872-h/images/page-121.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3508b54 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-121.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-122.jpg b/old/69872-h/images/page-122.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0a7d024 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-122.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-124.jpg b/old/69872-h/images/page-124.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..19a6957 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-124.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-125.jpg b/old/69872-h/images/page-125.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6eca47b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-125.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-126a.jpg b/old/69872-h/images/page-126a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f4afd4a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-126a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-126b.jpg b/old/69872-h/images/page-126b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..245ef26 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-126b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-127.jpg b/old/69872-h/images/page-127.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ed238a7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-127.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-128a.jpg b/old/69872-h/images/page-128a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8053b40 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-128a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-128b.jpg b/old/69872-h/images/page-128b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b57e473 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-128b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-129.jpg b/old/69872-h/images/page-129.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..001f8cf --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-129.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-130a.jpg b/old/69872-h/images/page-130a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2a849d9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-130a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-130b.jpg b/old/69872-h/images/page-130b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..72287ba --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-130b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-131.jpg b/old/69872-h/images/page-131.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c8c3b24 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-131.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-132.jpg b/old/69872-h/images/page-132.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d6b5592 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-132.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-133.jpg b/old/69872-h/images/page-133.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7b9760d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-133.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-134.jpg b/old/69872-h/images/page-134.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..44cbff1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-134.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-135.jpg b/old/69872-h/images/page-135.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e2ea83b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-135.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-136.jpg b/old/69872-h/images/page-136.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5f6f89d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-136.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-138.jpg b/old/69872-h/images/page-138.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8221ddf --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-138.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-139.jpg b/old/69872-h/images/page-139.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1bc4f74 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-139.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-140.jpg b/old/69872-h/images/page-140.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8d2770f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-140.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-143.jpg b/old/69872-h/images/page-143.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b07199e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-143.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-144bis.jpg b/old/69872-h/images/page-144bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c37f467 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-144bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-146.jpg b/old/69872-h/images/page-146.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..356ec54 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-146.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-147.jpg b/old/69872-h/images/page-147.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4a865a2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-147.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-148.jpg b/old/69872-h/images/page-148.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8cdec01 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-148.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-149.jpg b/old/69872-h/images/page-149.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a3107eb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-149.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-150bis.jpg b/old/69872-h/images/page-150bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..feee301 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-150bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-152.jpg b/old/69872-h/images/page-152.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..70f1f21 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-152.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-153.jpg b/old/69872-h/images/page-153.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fcc81fe --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-153.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-160.jpg b/old/69872-h/images/page-160.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fc08291 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-160.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-161.jpg b/old/69872-h/images/page-161.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fd12d3e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-161.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-162a.jpg b/old/69872-h/images/page-162a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..26a32c2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-162a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-162b.jpg b/old/69872-h/images/page-162b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d11c258 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-162b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-163.jpg b/old/69872-h/images/page-163.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..15f6ca4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-163.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-168.jpg b/old/69872-h/images/page-168.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1910d8f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-168.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-168bis.jpg b/old/69872-h/images/page-168bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2361b9a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-168bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-169.jpg b/old/69872-h/images/page-169.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2684c09 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-169.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-176.jpg b/old/69872-h/images/page-176.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e7edfae --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-176.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-181.jpg b/old/69872-h/images/page-181.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..96faaf5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-181.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-183.jpg b/old/69872-h/images/page-183.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4e92279 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-183.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-184.jpg b/old/69872-h/images/page-184.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6100d61 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-184.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-185.jpg b/old/69872-h/images/page-185.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..311b2b3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-185.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-187.jpg b/old/69872-h/images/page-187.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a9ec204 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-187.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-191.jpg b/old/69872-h/images/page-191.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e3d484a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-191.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-192.jpg b/old/69872-h/images/page-192.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..204e727 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-192.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-192bis.jpg b/old/69872-h/images/page-192bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..eb61699 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-192bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-196.jpg b/old/69872-h/images/page-196.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..60096be --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-196.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-198.jpg b/old/69872-h/images/page-198.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0ebc2c5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-198.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-199.jpg b/old/69872-h/images/page-199.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..86ad9b1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-199.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-201.jpg b/old/69872-h/images/page-201.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..eafdd5b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-201.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-204.jpg b/old/69872-h/images/page-204.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..49b05fd --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-204.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-204bis.jpg b/old/69872-h/images/page-204bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..81da024 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-204bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-205.jpg b/old/69872-h/images/page-205.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f40b45a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-205.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-206.jpg b/old/69872-h/images/page-206.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d6592fc --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-206.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-209.jpg b/old/69872-h/images/page-209.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6ec75a4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-209.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-210.jpg b/old/69872-h/images/page-210.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3aee1fa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-210.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-212.jpg b/old/69872-h/images/page-212.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4446f72 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-212.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-213.jpg b/old/69872-h/images/page-213.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3ea18ab --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-213.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-216.jpg b/old/69872-h/images/page-216.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..434b84b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-216.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-219.jpg b/old/69872-h/images/page-219.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5c71b89 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-219.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-220.jpg b/old/69872-h/images/page-220.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..17de97e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-220.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-221.jpg b/old/69872-h/images/page-221.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a3db3a0 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-221.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-224.jpg b/old/69872-h/images/page-224.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..70a16d6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-224.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-226.jpg b/old/69872-h/images/page-226.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e28a09d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-226.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-228.jpg b/old/69872-h/images/page-228.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a72244c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-228.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-230.jpg b/old/69872-h/images/page-230.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..24a86ca --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-230.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-233.jpg b/old/69872-h/images/page-233.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5aa5478 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-233.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-234.jpg b/old/69872-h/images/page-234.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4b4c8a3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-234.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-237.jpg b/old/69872-h/images/page-237.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1914165 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-237.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-238.jpg b/old/69872-h/images/page-238.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..42291f6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-238.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-238bis.jpg b/old/69872-h/images/page-238bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f2ca280 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-238bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-242.jpg b/old/69872-h/images/page-242.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bcb3cde --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-242.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-242bis.jpg b/old/69872-h/images/page-242bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6f776c1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-242bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-245.jpg b/old/69872-h/images/page-245.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..35eccd8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-245.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-249.jpg b/old/69872-h/images/page-249.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e11d797 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-249.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-251.jpg b/old/69872-h/images/page-251.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6f0b8e7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-251.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-253.jpg b/old/69872-h/images/page-253.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..aec2095 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-253.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-255.jpg b/old/69872-h/images/page-255.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a77675c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-255.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-262a.jpg b/old/69872-h/images/page-262a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fea83be --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-262a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-262b.jpg b/old/69872-h/images/page-262b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7822c86 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-262b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-262bis.jpg b/old/69872-h/images/page-262bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f08a7ac --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-262bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-264.jpg b/old/69872-h/images/page-264.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ed1ac2a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-264.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-265.jpg b/old/69872-h/images/page-265.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f7f50c0 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-265.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-269.jpg b/old/69872-h/images/page-269.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..83b42d7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-269.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-281.jpg b/old/69872-h/images/page-281.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..92db341 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-281.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-283.jpg b/old/69872-h/images/page-283.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7ff24bb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-283.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-288.jpg b/old/69872-h/images/page-288.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fccee79 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-288.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-289.jpg b/old/69872-h/images/page-289.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7388cf7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-289.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-292.jpg b/old/69872-h/images/page-292.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9f5b01d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-292.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-301.jpg b/old/69872-h/images/page-301.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..318fdb4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-301.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-302.jpg b/old/69872-h/images/page-302.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d7eb219 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-302.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-303.jpg b/old/69872-h/images/page-303.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5b54e1c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-303.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-305.jpg b/old/69872-h/images/page-305.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8be8a99 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-305.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-308.jpg b/old/69872-h/images/page-308.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d266638 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-308.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-317.jpg b/old/69872-h/images/page-317.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9d59141 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-317.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-320bis.jpg b/old/69872-h/images/page-320bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a06072c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-320bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-324.jpg b/old/69872-h/images/page-324.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..53e9971 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-324.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-326bis.jpg b/old/69872-h/images/page-326bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..90fa9c8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-326bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-329.jpg b/old/69872-h/images/page-329.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..060e717 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-329.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-331a.jpg b/old/69872-h/images/page-331a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cf97f94 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-331a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-331b.jpg b/old/69872-h/images/page-331b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6a67830 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-331b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-332a.jpg b/old/69872-h/images/page-332a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0049ab7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-332a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-332b.jpg b/old/69872-h/images/page-332b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..76fa54b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-332b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-336.jpg b/old/69872-h/images/page-336.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ea0f146 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-336.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-340bis.jpg b/old/69872-h/images/page-340bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..876d4c9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-340bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-341.jpg b/old/69872-h/images/page-341.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..10bd0df --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-341.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-342.jpg b/old/69872-h/images/page-342.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1a786b2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-342.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-344.jpg b/old/69872-h/images/page-344.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d3400fa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-344.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-345.jpg b/old/69872-h/images/page-345.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3772d84 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-345.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-352.jpg b/old/69872-h/images/page-352.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4571131 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-352.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-354.jpg b/old/69872-h/images/page-354.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5708e1f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-354.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-355.jpg b/old/69872-h/images/page-355.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ebd8806 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-355.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-356.jpg b/old/69872-h/images/page-356.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d7b1108 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-356.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-356bis.jpg b/old/69872-h/images/page-356bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cfedd29 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-356bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-357.jpg b/old/69872-h/images/page-357.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c8ef98b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-357.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-358.jpg b/old/69872-h/images/page-358.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e6cfcbd --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-358.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-368.jpg b/old/69872-h/images/page-368.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..79cc5b4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-368.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-375.jpg b/old/69872-h/images/page-375.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ea086c6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-375.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-376.jpg b/old/69872-h/images/page-376.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c9bac2f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-376.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-377.jpg b/old/69872-h/images/page-377.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1a08ab2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-377.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-380bis.jpg b/old/69872-h/images/page-380bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..eb664b7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-380bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-388bis.jpg b/old/69872-h/images/page-388bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2c173ec --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-388bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-393.jpg b/old/69872-h/images/page-393.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..89e1324 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-393.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-398.jpg b/old/69872-h/images/page-398.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3d7ca33 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-398.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-402.jpg b/old/69872-h/images/page-402.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8c398e6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-402.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-406.jpg b/old/69872-h/images/page-406.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..538f13b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-406.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-407.jpg b/old/69872-h/images/page-407.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d3a7020 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-407.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-416.jpg b/old/69872-h/images/page-416.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..17b3d3d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-416.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-420a.jpg b/old/69872-h/images/page-420a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8a56c03 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-420a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-420b.jpg b/old/69872-h/images/page-420b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1feb056 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-420b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-424a.jpg b/old/69872-h/images/page-424a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bc2d499 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-424a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-424b.jpg b/old/69872-h/images/page-424b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b1fe211 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-424b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-425.jpg b/old/69872-h/images/page-425.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cefb411 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-425.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-426.jpg b/old/69872-h/images/page-426.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4075f4c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-426.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-432.jpg b/old/69872-h/images/page-432.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3f8c6e4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-432.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-432bis.jpg b/old/69872-h/images/page-432bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cfddcfd --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-432bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-433.jpg b/old/69872-h/images/page-433.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f70cf4c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-433.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-435.jpg b/old/69872-h/images/page-435.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bab7e32 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-435.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-438.jpg b/old/69872-h/images/page-438.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fd0eb1d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-438.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-444.jpg b/old/69872-h/images/page-444.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..935c978 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-444.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-445.jpg b/old/69872-h/images/page-445.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..48e1bb5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-445.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-448.jpg b/old/69872-h/images/page-448.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e633d7e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-448.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-450.jpg b/old/69872-h/images/page-450.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..601bcd7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-450.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-451.jpg b/old/69872-h/images/page-451.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0fc53d2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-451.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-452.jpg b/old/69872-h/images/page-452.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6699013 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-452.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-454bis.jpg b/old/69872-h/images/page-454bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9e6bc03 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-454bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-458.jpg b/old/69872-h/images/page-458.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ffcc9fe --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-458.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-460.jpg b/old/69872-h/images/page-460.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b9dd92f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-460.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-462bis.jpg b/old/69872-h/images/page-462bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..de89b5d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-462bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-465.jpg b/old/69872-h/images/page-465.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..895af40 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-465.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-470bis.jpg b/old/69872-h/images/page-470bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..09d37e3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-470bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-471.jpg b/old/69872-h/images/page-471.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ce1a2e8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-471.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-472.jpg b/old/69872-h/images/page-472.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8fab5e6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-472.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-473a.jpg b/old/69872-h/images/page-473a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ed5e9a8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-473a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-473b.jpg b/old/69872-h/images/page-473b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f65e328 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-473b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-474.jpg b/old/69872-h/images/page-474.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a13e1fa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-474.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-476.jpg b/old/69872-h/images/page-476.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..418dfb2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-476.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-481.jpg b/old/69872-h/images/page-481.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b61c884 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-481.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-483.jpg b/old/69872-h/images/page-483.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2619347 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-483.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-484.jpg b/old/69872-h/images/page-484.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fcddafe --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-484.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-485.jpg b/old/69872-h/images/page-485.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..68b3011 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-485.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-486.jpg b/old/69872-h/images/page-486.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e8f0cdb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-486.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-492.jpg b/old/69872-h/images/page-492.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1f84d57 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-492.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-492bis.jpg b/old/69872-h/images/page-492bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1a08ee5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-492bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-496bis.jpg b/old/69872-h/images/page-496bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bbf1eca --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-496bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-498.jpg b/old/69872-h/images/page-498.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1b968ac --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-498.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-499.jpg b/old/69872-h/images/page-499.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4bb0344 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-499.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-500.jpg b/old/69872-h/images/page-500.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..08c386f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-500.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-501.jpg b/old/69872-h/images/page-501.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5dd89e1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-501.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-504.jpg b/old/69872-h/images/page-504.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f5464da --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-504.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-509.jpg b/old/69872-h/images/page-509.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7b48b6a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-509.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-516bis.jpg b/old/69872-h/images/page-516bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4afcffc --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-516bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-518.jpg b/old/69872-h/images/page-518.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bb9d57b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-518.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-521.jpg b/old/69872-h/images/page-521.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b208fd8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-521.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-528.jpg b/old/69872-h/images/page-528.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bfc1293 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-528.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-529.jpg b/old/69872-h/images/page-529.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..19323e2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-529.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-531.jpg b/old/69872-h/images/page-531.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2ee47f2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-531.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-538.jpg b/old/69872-h/images/page-538.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..851728c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-538.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-539.jpg b/old/69872-h/images/page-539.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0596689 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-539.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-541.jpg b/old/69872-h/images/page-541.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a9bc21d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-541.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-542.jpg b/old/69872-h/images/page-542.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fe0464c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-542.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-552.jpg b/old/69872-h/images/page-552.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..10128ae --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-552.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-552bis.jpg b/old/69872-h/images/page-552bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5727d0f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-552bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-554.jpg b/old/69872-h/images/page-554.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b4a7df2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-554.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-556.jpg b/old/69872-h/images/page-556.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..300492f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-556.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-557.jpg b/old/69872-h/images/page-557.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8d43dca --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-557.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-558.jpg b/old/69872-h/images/page-558.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..40ad88d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-558.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-559.jpg b/old/69872-h/images/page-559.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0af00e7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-559.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-560.jpg b/old/69872-h/images/page-560.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b1e4a38 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-560.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-564.jpg b/old/69872-h/images/page-564.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8ced072 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-564.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-565.jpg b/old/69872-h/images/page-565.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..34b8e11 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-565.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-567.jpg b/old/69872-h/images/page-567.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f82d1df --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-567.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-568.jpg b/old/69872-h/images/page-568.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..76601d6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-568.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-569.jpg b/old/69872-h/images/page-569.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cd4f9db --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-569.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-571.jpg b/old/69872-h/images/page-571.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..74b7ba2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-571.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-572.jpg b/old/69872-h/images/page-572.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..71d322a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-572.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-575.jpg b/old/69872-h/images/page-575.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1c446f9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-575.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-579.jpg b/old/69872-h/images/page-579.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..339448a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-579.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-581.jpg b/old/69872-h/images/page-581.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e9059cb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-581.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-582.jpg b/old/69872-h/images/page-582.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6059b7f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-582.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-584bis.jpg b/old/69872-h/images/page-584bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3f073ea --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-584bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-588.jpg b/old/69872-h/images/page-588.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cd1a1fa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-588.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-601.jpg b/old/69872-h/images/page-601.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..509be48 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-601.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-604.jpg b/old/69872-h/images/page-604.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..12ff938 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-604.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-616.jpg b/old/69872-h/images/page-616.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5cb5c71 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-616.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-620.jpg b/old/69872-h/images/page-620.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e418070 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-620.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-628.jpg b/old/69872-h/images/page-628.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6e00d6d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-628.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-630bis.jpg b/old/69872-h/images/page-630bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7632885 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-630bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-642bis.jpg b/old/69872-h/images/page-642bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..719271b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-642bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-643.jpg b/old/69872-h/images/page-643.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1107171 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-643.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-648bis.jpg b/old/69872-h/images/page-648bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5f71a8c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-648bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-649.jpg b/old/69872-h/images/page-649.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..87dd3f7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-649.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-654.jpg b/old/69872-h/images/page-654.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9bce07e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-654.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-655.jpg b/old/69872-h/images/page-655.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1ea5186 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-655.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-662bis.jpg b/old/69872-h/images/page-662bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..397989e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-662bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-664.jpg b/old/69872-h/images/page-664.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7f17512 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-664.jpg diff --git a/old/69872-h/images/page-675.jpg b/old/69872-h/images/page-675.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..44b6620 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/page-675.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-frontispice.jpg b/old/69872-h/images/x-frontispice.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..06277a2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-frontispice.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-002bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-002bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0499664 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-002bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-003.jpg b/old/69872-h/images/x-page-003.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3210913 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-003.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-010bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-010bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c926ce2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-010bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-011.jpg b/old/69872-h/images/x-page-011.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..aa8d830 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-011.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-017.jpg b/old/69872-h/images/x-page-017.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..759c0af --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-017.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-025.jpg b/old/69872-h/images/x-page-025.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0de19e6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-025.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-027.jpg b/old/69872-h/images/x-page-027.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6c98b75 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-027.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-030.jpg b/old/69872-h/images/x-page-030.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fff36d3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-030.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-036bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-036bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..36c28ac --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-036bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-037.jpg b/old/69872-h/images/x-page-037.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ef56141 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-037.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-041.jpg b/old/69872-h/images/x-page-041.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cb80819 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-041.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-046.jpg b/old/69872-h/images/x-page-046.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..69c8a30 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-046.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-047.jpg b/old/69872-h/images/x-page-047.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..61152aa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-047.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-048.jpg b/old/69872-h/images/x-page-048.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cb2465d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-048.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-049a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-049a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c191462 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-049a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-049b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-049b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..aa35cfa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-049b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-050.jpg b/old/69872-h/images/x-page-050.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a02e1ec --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-050.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-050bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-050bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e7681c8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-050bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-051.jpg b/old/69872-h/images/x-page-051.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..64c842e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-051.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-052.jpg b/old/69872-h/images/x-page-052.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c980449 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-052.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-055a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-055a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3257730 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-055a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-055b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-055b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..411c03e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-055b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-056.jpg b/old/69872-h/images/x-page-056.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8c93562 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-056.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-057.jpg b/old/69872-h/images/x-page-057.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8ebb6b8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-057.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-058.jpg b/old/69872-h/images/x-page-058.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3c0df0f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-058.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-059.jpg b/old/69872-h/images/x-page-059.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d1c99f1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-059.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-062.jpg b/old/69872-h/images/x-page-062.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d5baa00 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-062.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-063.jpg b/old/69872-h/images/x-page-063.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c396dda --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-063.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-064.jpg b/old/69872-h/images/x-page-064.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7db4200 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-064.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-065a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-065a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4e6258e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-065a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-065b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-065b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0de0a46 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-065b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-066a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-066a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5d85cd1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-066a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-066b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-066b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..72e1c7c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-066b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-068bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-068bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..63ac50d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-068bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-069.jpg b/old/69872-h/images/x-page-069.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..572d874 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-069.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-073.jpg b/old/69872-h/images/x-page-073.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b338341 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-073.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-074.jpg b/old/69872-h/images/x-page-074.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e2f8119 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-074.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-075.jpg b/old/69872-h/images/x-page-075.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c3c22d1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-075.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-076.jpg b/old/69872-h/images/x-page-076.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e5cb6fa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-076.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-077.jpg b/old/69872-h/images/x-page-077.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..74d412c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-077.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-078.jpg b/old/69872-h/images/x-page-078.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e8e1499 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-078.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-079.jpg b/old/69872-h/images/x-page-079.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9ae80bb --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-079.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-080.jpg b/old/69872-h/images/x-page-080.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d41f5f3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-080.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-081.jpg b/old/69872-h/images/x-page-081.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..51f1990 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-081.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-082.jpg b/old/69872-h/images/x-page-082.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3426c71 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-082.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-082bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-082bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..324034c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-082bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-087a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-087a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e3c55c5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-087a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-087b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-087b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d9b7f62 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-087b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-088a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-088a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..76a0218 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-088a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-088b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-088b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1ef676c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-088b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-089.jpg b/old/69872-h/images/x-page-089.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..897dc3e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-089.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-091.jpg b/old/69872-h/images/x-page-091.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e061faa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-091.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-092.jpg b/old/69872-h/images/x-page-092.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..804d190 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-092.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-093a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-093a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e6c566e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-093a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-093b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-093b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..53682c1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-093b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-094bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-094bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..22a0f71 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-094bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-099.jpg b/old/69872-h/images/x-page-099.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e0ebb17 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-099.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-101.jpg b/old/69872-h/images/x-page-101.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..421df17 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-101.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-102a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-102a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0b8d190 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-102a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-102b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-102b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b622843 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-102b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-105.jpg b/old/69872-h/images/x-page-105.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e27226a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-105.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-107.jpg b/old/69872-h/images/x-page-107.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7a7b060 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-107.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-110.jpg b/old/69872-h/images/x-page-110.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8dfe9f6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-110.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-114bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-114bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..73d603e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-114bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-116.jpg b/old/69872-h/images/x-page-116.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..833c82c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-116.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-117.jpg b/old/69872-h/images/x-page-117.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d9e7784 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-117.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-119.jpg b/old/69872-h/images/x-page-119.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3bf6d7b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-119.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-120.jpg b/old/69872-h/images/x-page-120.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a13dae4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-120.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-121.jpg b/old/69872-h/images/x-page-121.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7a90666 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-121.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-122.jpg b/old/69872-h/images/x-page-122.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a8a67e4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-122.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-124.jpg b/old/69872-h/images/x-page-124.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1d6b498 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-124.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-125.jpg b/old/69872-h/images/x-page-125.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9175b3d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-125.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-126a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-126a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..314ce3f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-126a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-126b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-126b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c465245 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-126b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-127.jpg b/old/69872-h/images/x-page-127.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0fcef73 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-127.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-128a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-128a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..81911a8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-128a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-128b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-128b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9da2097 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-128b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-129.jpg b/old/69872-h/images/x-page-129.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..343a007 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-129.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-130a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-130a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..447f9c6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-130a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-130b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-130b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ade8777 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-130b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-131.jpg b/old/69872-h/images/x-page-131.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..43f779c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-131.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-132.jpg b/old/69872-h/images/x-page-132.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cb8db73 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-132.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-133.jpg b/old/69872-h/images/x-page-133.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8e40e0c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-133.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-134.jpg b/old/69872-h/images/x-page-134.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..184ded7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-134.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-135.jpg b/old/69872-h/images/x-page-135.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fe17387 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-135.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-136.jpg b/old/69872-h/images/x-page-136.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a91926e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-136.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-138.jpg b/old/69872-h/images/x-page-138.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..db050de --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-138.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-139.jpg b/old/69872-h/images/x-page-139.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..af04987 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-139.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-140.jpg b/old/69872-h/images/x-page-140.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..844d059 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-140.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-143.jpg b/old/69872-h/images/x-page-143.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..51dd2d9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-143.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-144bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-144bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f94025e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-144bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-146.jpg b/old/69872-h/images/x-page-146.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..838319b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-146.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-147.jpg b/old/69872-h/images/x-page-147.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1151b04 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-147.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-148.jpg b/old/69872-h/images/x-page-148.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..891805a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-148.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-149.jpg b/old/69872-h/images/x-page-149.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5dcaa10 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-149.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-150bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-150bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1b03b95 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-150bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-152.jpg b/old/69872-h/images/x-page-152.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8c46231 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-152.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-153.jpg b/old/69872-h/images/x-page-153.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..57c0fbf --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-153.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-160.jpg b/old/69872-h/images/x-page-160.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..70015af --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-160.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-161.jpg b/old/69872-h/images/x-page-161.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..85e8c02 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-161.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-162a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-162a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..df684d2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-162a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-162b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-162b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2c54533 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-162b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-163.jpg b/old/69872-h/images/x-page-163.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e557d9e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-163.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-168.jpg b/old/69872-h/images/x-page-168.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bf96889 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-168.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-168bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-168bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..388bd75 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-168bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-169.jpg b/old/69872-h/images/x-page-169.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6f7c029 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-169.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-176.jpg b/old/69872-h/images/x-page-176.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..28f6de8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-176.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-181.jpg b/old/69872-h/images/x-page-181.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9337f94 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-181.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-183.jpg b/old/69872-h/images/x-page-183.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d9e1e5e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-183.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-184.jpg b/old/69872-h/images/x-page-184.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..77bd36f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-184.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-185.jpg b/old/69872-h/images/x-page-185.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..46070a6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-185.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-187.jpg b/old/69872-h/images/x-page-187.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3b20e1d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-187.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-191.jpg b/old/69872-h/images/x-page-191.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cef93d8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-191.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-192.jpg b/old/69872-h/images/x-page-192.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ef37bf7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-192.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-192bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-192bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a499977 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-192bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-196.jpg b/old/69872-h/images/x-page-196.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8b1d903 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-196.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-198.jpg b/old/69872-h/images/x-page-198.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0a45237 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-198.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-199.jpg b/old/69872-h/images/x-page-199.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b7e56ed --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-199.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-201.jpg b/old/69872-h/images/x-page-201.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d34ebc7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-201.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-204.jpg b/old/69872-h/images/x-page-204.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c768da0 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-204.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-204bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-204bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cd63397 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-204bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-205.jpg b/old/69872-h/images/x-page-205.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..99e0945 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-205.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-206.jpg b/old/69872-h/images/x-page-206.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8ad686c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-206.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-209.jpg b/old/69872-h/images/x-page-209.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3828fd4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-209.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-210.jpg b/old/69872-h/images/x-page-210.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5e52916 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-210.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-212.jpg b/old/69872-h/images/x-page-212.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..da210d2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-212.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-213.jpg b/old/69872-h/images/x-page-213.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1201c22 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-213.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-216.jpg b/old/69872-h/images/x-page-216.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bff2d27 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-216.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-219.jpg b/old/69872-h/images/x-page-219.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3ed5ab7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-219.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-220.jpg b/old/69872-h/images/x-page-220.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..59111c8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-220.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-221.jpg b/old/69872-h/images/x-page-221.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2674d96 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-221.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-224.jpg b/old/69872-h/images/x-page-224.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..65ff52a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-224.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-226.jpg b/old/69872-h/images/x-page-226.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..044c72f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-226.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-228.jpg b/old/69872-h/images/x-page-228.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e8139a8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-228.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-230.jpg b/old/69872-h/images/x-page-230.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0ca8ed4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-230.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-233.jpg b/old/69872-h/images/x-page-233.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2400282 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-233.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-234.jpg b/old/69872-h/images/x-page-234.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9eb606c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-234.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-237.jpg b/old/69872-h/images/x-page-237.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1a7b7a2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-237.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-238.jpg b/old/69872-h/images/x-page-238.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8569a6c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-238.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-238bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-238bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..aac5233 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-238bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-242.jpg b/old/69872-h/images/x-page-242.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..21195f8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-242.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-242bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-242bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..43d3490 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-242bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-245.jpg b/old/69872-h/images/x-page-245.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..8289fd3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-245.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-249.jpg b/old/69872-h/images/x-page-249.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4a6ab27 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-249.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-251.jpg b/old/69872-h/images/x-page-251.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3ed60e4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-251.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-253.jpg b/old/69872-h/images/x-page-253.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e12d0b2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-253.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-255.jpg b/old/69872-h/images/x-page-255.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7ade8ba --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-255.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-262a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-262a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9cbb423 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-262a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-262b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-262b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..db3d7c9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-262b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-262bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-262bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ff447db --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-262bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-264.jpg b/old/69872-h/images/x-page-264.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7cb3134 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-264.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-265.jpg b/old/69872-h/images/x-page-265.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b967290 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-265.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-269.jpg b/old/69872-h/images/x-page-269.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..86f7d77 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-269.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-281.jpg b/old/69872-h/images/x-page-281.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0d6c75e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-281.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-283.jpg b/old/69872-h/images/x-page-283.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5c23b0f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-283.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-288.jpg b/old/69872-h/images/x-page-288.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..631adde --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-288.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-289.jpg b/old/69872-h/images/x-page-289.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..39c0bea --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-289.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-292.jpg b/old/69872-h/images/x-page-292.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4b4e7e9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-292.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-301.jpg b/old/69872-h/images/x-page-301.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3223273 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-301.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-302.jpg b/old/69872-h/images/x-page-302.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..95a3842 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-302.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-303.jpg b/old/69872-h/images/x-page-303.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9967118 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-303.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-305.jpg b/old/69872-h/images/x-page-305.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c94bad1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-305.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-308.jpg b/old/69872-h/images/x-page-308.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..174e647 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-308.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-317.jpg b/old/69872-h/images/x-page-317.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4528c53 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-317.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-320bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-320bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a7e5686 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-320bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-324.jpg b/old/69872-h/images/x-page-324.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..40a0ea3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-324.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-326bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-326bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0824c3c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-326bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-329.jpg b/old/69872-h/images/x-page-329.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6ced669 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-329.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-331a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-331a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c4dffdd --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-331a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-331b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-331b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..549c983 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-331b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-332a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-332a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..273e934 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-332a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-332b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-332b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7b35a03 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-332b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-336.jpg b/old/69872-h/images/x-page-336.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1a3e62e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-336.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-340bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-340bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e821a12 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-340bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-341.jpg b/old/69872-h/images/x-page-341.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d586423 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-341.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-342.jpg b/old/69872-h/images/x-page-342.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..25f7f7a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-342.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-344.jpg b/old/69872-h/images/x-page-344.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..87a4fa9 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-344.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-345.jpg b/old/69872-h/images/x-page-345.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6b4224a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-345.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-352.jpg b/old/69872-h/images/x-page-352.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b59dc08 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-352.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-354.jpg b/old/69872-h/images/x-page-354.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..82c7ee8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-354.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-355.jpg b/old/69872-h/images/x-page-355.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..53dba13 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-355.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-356.jpg b/old/69872-h/images/x-page-356.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b5d9917 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-356.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-356bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-356bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9a4f5a6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-356bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-357.jpg b/old/69872-h/images/x-page-357.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ebcb85e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-357.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-358.jpg b/old/69872-h/images/x-page-358.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b05d53c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-358.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-368.jpg b/old/69872-h/images/x-page-368.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cb162a1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-368.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-375.jpg b/old/69872-h/images/x-page-375.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9b7285d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-375.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-376.jpg b/old/69872-h/images/x-page-376.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..50b6ae6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-376.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-377.jpg b/old/69872-h/images/x-page-377.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5366676 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-377.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-380bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-380bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e99ed41 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-380bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-388bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-388bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f632ac2 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-388bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-393.jpg b/old/69872-h/images/x-page-393.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ac00d91 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-393.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-398.jpg b/old/69872-h/images/x-page-398.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1ec972c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-398.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-402.jpg b/old/69872-h/images/x-page-402.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d2e267b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-402.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-406.jpg b/old/69872-h/images/x-page-406.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..661914f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-406.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-407.jpg b/old/69872-h/images/x-page-407.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b7dfaec --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-407.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-416.jpg b/old/69872-h/images/x-page-416.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..52664f8 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-416.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-420a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-420a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..12f3539 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-420a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-420b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-420b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..89e70e6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-420b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-424a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-424a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5c3fffa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-424a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-424b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-424b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f2bb0ee --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-424b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-425.jpg b/old/69872-h/images/x-page-425.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0cf098e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-425.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-426.jpg b/old/69872-h/images/x-page-426.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2ab3a40 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-426.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-432.jpg b/old/69872-h/images/x-page-432.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a92c96f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-432.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-432bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-432bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1cdf4d4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-432bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-433.jpg b/old/69872-h/images/x-page-433.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4d55475 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-433.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-435.jpg b/old/69872-h/images/x-page-435.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..92a57e0 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-435.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-438.jpg b/old/69872-h/images/x-page-438.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d370eb6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-438.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-444.jpg b/old/69872-h/images/x-page-444.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fdf2c30 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-444.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-445.jpg b/old/69872-h/images/x-page-445.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..56afd93 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-445.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-448.jpg b/old/69872-h/images/x-page-448.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b7b5bf7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-448.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-450.jpg b/old/69872-h/images/x-page-450.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..de0858f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-450.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-451.jpg b/old/69872-h/images/x-page-451.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6474afa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-451.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-452.jpg b/old/69872-h/images/x-page-452.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7d5c87d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-452.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-454bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-454bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4d63554 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-454bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-458.jpg b/old/69872-h/images/x-page-458.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..033f13c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-458.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-460.jpg b/old/69872-h/images/x-page-460.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4f40e95 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-460.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-462bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-462bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..71bd9e4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-462bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-465.jpg b/old/69872-h/images/x-page-465.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cd0826d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-465.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-470bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-470bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..19b46b6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-470bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-471.jpg b/old/69872-h/images/x-page-471.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b84e18e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-471.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-472.jpg b/old/69872-h/images/x-page-472.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1a7a93f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-472.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-473a.jpg b/old/69872-h/images/x-page-473a.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cca8f5b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-473a.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-473b.jpg b/old/69872-h/images/x-page-473b.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a30be00 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-473b.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-474.jpg b/old/69872-h/images/x-page-474.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bcba402 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-474.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-476.jpg b/old/69872-h/images/x-page-476.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..542f5d3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-476.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-481.jpg b/old/69872-h/images/x-page-481.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..23c58da --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-481.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-483.jpg b/old/69872-h/images/x-page-483.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4b4306c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-483.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-484.jpg b/old/69872-h/images/x-page-484.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0f1da00 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-484.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-485.jpg b/old/69872-h/images/x-page-485.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4b77a91 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-485.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-486.jpg b/old/69872-h/images/x-page-486.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..58a2151 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-486.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-492.jpg b/old/69872-h/images/x-page-492.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d6dbb30 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-492.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-492bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-492bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1908aad --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-492bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-496bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-496bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..165465f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-496bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-498.jpg b/old/69872-h/images/x-page-498.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f53f5dd --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-498.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-499.jpg b/old/69872-h/images/x-page-499.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c7953aa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-499.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-500.jpg b/old/69872-h/images/x-page-500.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d396ea7 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-500.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-501.jpg b/old/69872-h/images/x-page-501.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5aa45f6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-501.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-504.jpg b/old/69872-h/images/x-page-504.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..90902a6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-504.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-509.jpg b/old/69872-h/images/x-page-509.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..de0322e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-509.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-516bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-516bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9da385c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-516bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-518.jpg b/old/69872-h/images/x-page-518.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9765a02 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-518.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-521.jpg b/old/69872-h/images/x-page-521.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..58f3388 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-521.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-528.jpg b/old/69872-h/images/x-page-528.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f87a954 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-528.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-529.jpg b/old/69872-h/images/x-page-529.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6cd4123 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-529.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-531.jpg b/old/69872-h/images/x-page-531.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a4a9a40 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-531.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-538.jpg b/old/69872-h/images/x-page-538.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b08f34f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-538.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-539.jpg b/old/69872-h/images/x-page-539.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ba96700 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-539.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-541.jpg b/old/69872-h/images/x-page-541.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3c62d9f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-541.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-542.jpg b/old/69872-h/images/x-page-542.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..62b18ee --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-542.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-552.jpg b/old/69872-h/images/x-page-552.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..be3c0fa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-552.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-552bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-552bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fbe907f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-552bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-554.jpg b/old/69872-h/images/x-page-554.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..348a2b4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-554.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-556.jpg b/old/69872-h/images/x-page-556.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..04b1193 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-556.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-557.jpg b/old/69872-h/images/x-page-557.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..785fcfa --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-557.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-558.jpg b/old/69872-h/images/x-page-558.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..204ecd6 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-558.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-559.jpg b/old/69872-h/images/x-page-559.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cd4df2a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-559.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-560.jpg b/old/69872-h/images/x-page-560.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0e650d0 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-560.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-564.jpg b/old/69872-h/images/x-page-564.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..62aaefd --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-564.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-565.jpg b/old/69872-h/images/x-page-565.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..cab05b4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-565.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-567.jpg b/old/69872-h/images/x-page-567.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d638cf5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-567.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-568.jpg b/old/69872-h/images/x-page-568.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..735ed1f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-568.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-569.jpg b/old/69872-h/images/x-page-569.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e1c9ddf --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-569.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-571.jpg b/old/69872-h/images/x-page-571.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a50ed87 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-571.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-572.jpg b/old/69872-h/images/x-page-572.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fbd432a --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-572.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-575.jpg b/old/69872-h/images/x-page-575.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..23ad136 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-575.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-579.jpg b/old/69872-h/images/x-page-579.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..46c73c1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-579.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-581.jpg b/old/69872-h/images/x-page-581.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..af9aaf1 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-581.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-582.jpg b/old/69872-h/images/x-page-582.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ee1e01d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-582.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-584bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-584bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..77ae862 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-584bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-588.jpg b/old/69872-h/images/x-page-588.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3233399 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-588.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-601.jpg b/old/69872-h/images/x-page-601.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..344d794 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-601.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-604.jpg b/old/69872-h/images/x-page-604.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b59d1a4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-604.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-616.jpg b/old/69872-h/images/x-page-616.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..dab49ed --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-616.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-620.jpg b/old/69872-h/images/x-page-620.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3428294 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-620.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-628.jpg b/old/69872-h/images/x-page-628.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2cd703e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-628.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-630bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-630bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..eb3f03c --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-630bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-642bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-642bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..f42292b --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-642bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-643.jpg b/old/69872-h/images/x-page-643.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ff675f3 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-643.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-648bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-648bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..57ac4d4 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-648bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-649.jpg b/old/69872-h/images/x-page-649.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5638dc5 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-649.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-654.jpg b/old/69872-h/images/x-page-654.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..08c5a46 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-654.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-655.jpg b/old/69872-h/images/x-page-655.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..356321f --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-655.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-662bis.jpg b/old/69872-h/images/x-page-662bis.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9ceb260 --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-662bis.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-664.jpg b/old/69872-h/images/x-page-664.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2a7d30d --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-664.jpg diff --git a/old/69872-h/images/x-page-675.jpg b/old/69872-h/images/x-page-675.jpg Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6977f6e --- /dev/null +++ b/old/69872-h/images/x-page-675.jpg |
