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-The Project Gutenberg eBook of L'Empire Japonais et sa vie
-économique, by Joseph Dautremer
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
-most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
-whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
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-using this eBook.
-
-Title: L'Empire Japonais et sa vie économique
-
-Author: Joseph Dautremer
-
-Release Date: April 17, 2022 [eBook #67860]
-
-Language: French
-
-Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team
- at https://www.pgdp.net (This file was produced from images
- generously made available by the Bibliothèque nationale de
- France (BnF/Gallica))
-
-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE
-ÉCONOMIQUE ***
-
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-
- JOSEPH DAUTREMER
- Consul de France,
- Chargé de Cours à l’École des Langues Orientales.
-
- L’EMPIRE JAPONAIS
- ET
- SA VIE ÉCONOMIQUE
-
-
- LIBRAIRIE ORIENTALE & AMÉRICAINE
- E. GUILMOTO, Éditeur
- 6, Rue de Mézières, PARIS
-
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-[Illustration: Le Parc de Hikone.]
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-L’EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE ÉCONOMIQUE
-
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-
-CHAPITRE PREMIER
-
-I. L’Empire du Japon.--II. Sa situation géographique; développement des
-côtes, superficie, population.--III. Climat.--IV. Humidité
-atmosphérique.--V. Système orographique, volcans.--VI. Hydrographie,
-rivières et lacs.
-
-
-I.--L’Empire du Japon resta inconnu à l’Europe jusqu’au XIIIe siècle,
-époque à laquelle Rubruquis et Marco Polo en dévoilèrent l’existence;
-mais ce n’est guère qu’après l’arrivée dans les îles japonaises des
-jésuites portugais, c’est-à-dire au XVIe siècle, que ce pays devint un
-peu plus familier aux Occidentaux. Je n’ai pas à retracer ici l’histoire
-du Japon; qu’il me suffise de dire que depuis 1852, époque à laquelle
-les États-Unis forcèrent ses portes, jusqu’à nos jours, le Japon a subi
-de telles transformations, il a su si bien secouer sa vieille
-civilisation chinoise et adopter le mécanisme européen, qu’il est devenu
-un facteur militaire et économique, surtout militaire, avec lequel il
-faut compter et qu’on ne saurait négliger. Le fond du caractère
-japonais, très guerrier et batailleur, portera encore longtemps ce
-peuple vers les choses de la guerre; car, depuis l’antiquité,
-l’éducation du jeune Japonais de bonne famille était principalement une
-éducation militaire.
-
-
-II.--Tout en longueur, le Japon est situé au Nord-Ouest de l’Océan
-Pacifique; il se compose de quatre grandes îles: Nihon ou Honshu;
-Shikoku; Kiushu; Yezo ou Hokkaidô; et d’une foule de petites îles parmi
-lesquelles les plus considérables sont: Sado, Oki, Awaji, Tsushima. Le
-petit archipel des Riukiu compte aussi comme partie intégrante de
-l’Empire, bien qu’en réalité les habitants ne soient pas des Japonais.
-
-En outre, à la suite de la guerre contre la Chine, le Japon a conquis
-l’île de Formose et les Pescadores; et à la suite de sa campagne de
-Mandchourie contre les Russes, il a réussi à se faire rétrocéder la
-partie sud de l’île Sakhalin ou Karafuto, qu’il avait cédée à la Russie
-en 1875.
-
-A l’extrême nord de Yezo, le Japon possède les Kouriles ou Chishima; et,
-dans le Pacifique, le groupe des Bonin, en japonais Ogasawara.
-
-Tout l’Empire est compris entre le 156° 32′ et le 119° 20′ de longitude
-Est; et le 21° 48′ et le 50° 56′ de latitude Nord (méridien de
-Greenwich). Il est séparé de la Corée, au Nord-Ouest, par la mer du
-Japon.
-
-Les îles principales Honshu, Shikoku, Kiushu et Yezo (plus connu au
-Japon sous le nom de Hokkaido), avec les Kouriles, les îles de Sado,
-Oki, Awaji, Iki, Tsushima, les Riukiu et les îles Bonin ou Ogasawara ont
-un développement de côtes de 7.000 lieues; avec Formose et les
-Pescadores de 7.423 lieues. On n’a pas encore actuellement des
-renseignements précis pour la partie japonaise de Sakhalin (Karafuto).
-Comme superficie, tout ensemble, le territoire japonais a 27.126 lieues
-carrées. La population, en 1906 (41e année de meiji), était de
-47.674.471 habitants, dont 24.047.953 hommes et 23.626.518 femmes. Au 20
-décembre 1908 elle était de 49.232.822 habitants dont 24.864.385 hommes
-et 24.368.437 femmes.
-
-
-III.--Le Japon est très long et très étroit; le climat se ressent de
-cette configuration et, tandis qu’au Nord il fait très froid, l’hiver,
-au Sud, au contraire, la chaleur est excessive, l’été; en général,
-cependant, le climat est tempéré, mais excessivement énervant pour les
-Européens, surtout pour les femmes. Les suicides et la neurasthénie
-parmi la population blanche sont relativement fréquents.
-
-On pourrait, au point de vue physique, diviser le Japon en trois zones:
-zone du Nord: l’île de Yezo et le Nord de Honshu jusqu’à la baie de
-Sendai; zone du centre depuis la baie de Sendai jusqu’à Yokohama et la
-baie de Yedo; zone du Sud depuis la baie de Yedo jusqu’à la pointe
-extrême de Kiushu. La zone Nord, comme je viens de l’indiquer, est très
-froide en hiver; la neige y tombe en abondance et la glace y est
-permanente. La zone centrale est plus tempérée, mais les saisons n’y
-sont cependant pas aussi nettement déterminées qu’en Europe centrale; et
-il y existe toujours, même l’hiver, une certaine humidité; les étés y
-sont très chauds sauf sur les hauteurs; ainsi dans la plaine de Tokio,
-le thermomètre monte jusqu’à +35° et +36°[1].
-
- [1] La pression atmosphérique étant réduite au niveau moyen de la mer
- et corrigée de la variation de pesanteur.
-
-Quant à la zone méridionale, elle est sensiblement moins froide l’hiver
-et beaucoup plus chaude l’été; dans sa partie extrême Sud, c’est-à-dire
-vers Nagasaki et Kagoshima, les chaleurs d’été sont pénibles. Les trois
-zones sont soumises au régime pluvieux de la mousson de suroît et les
-mois de juillet et d’août y sont en général aussi humides que sous les
-tropiques; les moissons y sont souvent dévastées par les inondations.
-Aussi la moyenne de l’humidité atmosphérique est-elle considérable:
-Kagoshima, 76 pour 100; Kochi, 75 pour 100; Osaka, 73 pour 100;
-Nagasaki, 75 pour 100; Shimonoseki, 77 pour 100; Sakai, 80 pour 100;
-Tokio, 73 pour 100; Kanazawa, 79 pour 100; Akita, 78 pour 100;
-Ishinomaki, 80 pour 100; Hakodate, 77 pour 100; Nemuro, 81 pour 100.
-
-
-IV.--D’ailleurs, par les tableaux ci-dessous, il est facile de se rendre
-compte de l’humidité du pays:
-
- Nombre de jours Temps clair.
- de pluie.
-
- Kagoshima 178 61
- Kochi 146 49
- Osaka 145 40
- Nagasaki 168 36
- Shimonoseki 174 34
- Sakai 225 23
- Tokio 134 54
- Kanazawa 235 23
- Nagano 176 30
- Akita 224 11
- Ishinomaki 174 36
- Hakodate 203 29
- Nemuro 140 46
-
-Ce relevé est celui de l’année 1906[2].
-
- [2] Il n’est pas parlé des jours de neige, gelée, etc.
-
-Il est clair donc que, pour l’Européen, peu habitué à une terre humide,
-le climat du Japon n’est pas, malgré tout ce que l’on en dit, le climat
-par excellence, et il est notamment inférieur à celui de la Chine. Les
-Européens ayant résidé longtemps au Japon et y étant parvenus à la
-vieillesse sont bien plus rares qu’en Chine. Cependant au point de vue
-pittoresque, par la beauté de ses paysages verdoyants et fleuris, le
-Japon l’emporte de beaucoup sur la Chine.
-
-Voici les maxima et minima de température observés en 1906:
-
- Maximum. Minimum.
- Kagoshima 33° 2 -1°
- Kochi 35° -5°
- Osaka 35° -3°
- Nagasaki 33° -2°
- Shimonoseki 34° -6°
- Sakai 32° -4°
- Tokio 32° -4°
- Kanazawa 34° -5°
- Nagano 33° -16°
- Akita 33° -15°
- Ishinomaki 30° -11°
- Hakodate 28° -19°
- Nemuro 28° -21°
-
-
-V.--Pays essentiellement montagneux, le Japon est coupé du Nord au Sud
-par un système de chaînes et de pics, dont quelques-uns assez élevés, se
-ramifiant dans toutes les directions. La chaîne principale part du Nord
-du Honshu pour se continuer sur Tokio et de là sur Kioto et Shimonoseki,
-coupant, pour ainsi dire, en deux, la grande île et divisant son régime
-des eaux en deux versants bien distincts Ouest-Nord, Est-Sud, dans la
-direction de l’Ouest à l’Est, de Aomori, à la pointe extrême Nord-Est,
-jusqu’à Akamagaseki à la pointe Sud-Ouest de la province de Chôshû. De
-cette chaîne principale se détachent des chaînes secondaires qui se
-dirigent l’une vers la presqu’île d’Idzu au cap Irozaki; l’autre vers
-Wakayama au cap Shiwomizaki (Sud de l’île); et une troisième vers la
-presqu’île de Noto, au cap Rokkozaki (sur la mer du Japon).
-
-Les îles du Sud, Shikoku et Kiushu, sont également partagées dans toute
-leur longueur en deux versants par une chaîne de montagnes qui court,
-pour Shikoku, du Nord-Est (Tokushima) au Sud-Ouest (cap Ashizurimisaki);
-et pour Kiushu, du Nord (Kokura) au Sud, où elle se divise en deux
-branches (Nomamisaki à l’Ouest et cap Satamisaki à l’Est).
-
-La grande île d’Yezo n’échappe pas au système montagneux du reste de
-l’Empire. Mais les chaînes de montagnes qui la traversent ne la
-partagent pas en deux versants bien nets; on pourrait dire qu’elles la
-coupent en quatre versants, en prenant comme point central le sommet du
-Tokachidaké (3.500 mètres). En effet, du Tokachidaké part une chaîne qui
-se dirige vers le Nord au cap Soyamisaki (cette chaîne renferme le mont
-Ishikariyama, la seconde montagne de l’île, 2.350 mètres). Du même point
-une autre chaîne court vers le Nord-Est où elle se divise en deux
-branches pour se terminer aux caps Shiretokozaki et Noshafuzaki; enfin,
-toujours du Tokachidaké part une troisième chaîne qui se dirige au Sud
-pour finir au cap Yerimisaki. Vers l’Ouest, entre le Tokachidaké et la
-ville de Sapporo, une grande dépression forme la plaine de Sapporo, où
-s’est répandue jusqu’ici la plus grande partie de l’émigration
-japonaise.
-
-A l’Ouest de Sapporo, au cap Kamoimisaki, le terrain se relève; et, de
-ce cap jusqu’à Hakodate, à la pointe extrême Sud de l’île, une autre
-chaîne de montagnes coupe cette partie de l’île en deux.
-
-Des pics élevés se dressent sur toute l’étendue de ce système
-orographique, aussi bien au Nord qu’au Sud, et quelques-uns atteignent
-des hauteurs de 2.000 à 3.000 mètres.
-
-Dans la province du Mutsu (district de Tsugaru), au Nord, nous citerons
-l’Iwakiyama (1.594 mètres) dit aussi Tsugaru no fuji ou Fuji de Tsugaru
-à cause de sa ressemblance comme forme avec le Fuji; il est, d’ailleurs,
-célèbre dans toute la région;
-
-l’Iwateyama, province de Rikuchu;
-
-l’Osoresan (la montagne qui fait peur), volcan en activité, dans la
-province de Mutsu, district de Kitagori;
-
-le Chôkai san (1.960 mètres), dans la province d’Ugo, district d’Akumi;
-
-le Gessan (1.700 mètres), province d’Uzen, district de Tagawa;
-
-le Jide san (1.200 mètres), chaîne plutôt que pic, qui s’étend sur les
-provinces de Iwashiro et d’Echigo;
-
-le Nikkôzan, les montagnes de Nikkô, d’une hauteur d’environ 2.000
-mètres, les plus célèbres montagnes du Japon avec le Fuji et l’Asama.
-Elles sont les plus hautes montagnes de la province de Shimodzuké, et on
-les appelle aussi Futaharayama ou Kurokamiyama. Elles sont dominées par
-leur pic principal, le Nantaisan, situées au Nord-Ouest du district de
-Kami tsuga gori; au Nord-Est, le Niôhôzan continue la chaîne et, sur le
-versant oriental qui est presque à pic, se trouvent les sept cascades
-(nana taki) qui forment la source de l’Inarigawa. Entre ces deux points
-se trouvent les deux plateaux de Omanago et Komanago. Au Nord de Omanago
-se dresse isolé le Tarodake et, à l’Est du Niôhôzan, se prolonge la
-chaîne de l’Akanagi. En s’éloignant de cette chaîne, on aperçoit sur la
-rive Nord de l’Inarigawa la colline appelée Toyama; bien qu’elle ne soit
-pas très élevée, elle est originale, seule et isolée au milieu du
-massif. A l’Est de cette dernière se trouve le Ogurayama; le Konosuyama
-s’élève au Sud de la rivière Daiyagawa, et à l’Ouest de cette rivière on
-aperçoit le plateau élevé de Nakimushi. Vers le milieu de la chaîne se
-développent en ligne droite les plateaux du Tsukimi, Matsu taté, Ni no
-miya.
-
-Un temple est à mi-côte du Futaharayama, et, à quelque trois lieues du
-pied de cette montagne, se dresse l’ancien temple de Chusenji. Le lac
-qui se trouve là, très froid et très profond, se nomme la mer du bonheur
-(Satsu no umi); il est fort célèbre et c’est le plus grand lac des
-environs de Nikkô; à l’Est du lac l’eau tombe à pic en formant la
-cascade de Kegon et le torrent qui en découle est précisément le Dai ya
-gawa. Au Nord-Ouest du Futahara s’élève le Yugatake au pied duquel se
-trouvent des sources thermales (yu = eaux chaudes).
-
-Tout ce que je viens d’énumérer forme le massif intérieur du groupe de
-montagnes de Nikkô. A l’extérieur au Nord s’élève le Kôshinzan; les deux
-Shirane (Maye = antérieur; oku = postérieur) qui forment la frontière du
-Kodzuke et du Shimodzuke au col du Konsei toge. Au Nord-Est de ce col se
-trouve le Kinunuma yama avec de nombreux lacs et étangs.
-
-Dans ces montagnes, pleines de sites admirables et de splendeurs
-naturelles, deux Shôgun[3] ont voulu être enterrés. C’est pourquoi on y
-rencontre aujourd’hui un nombre incalculable de temples et des
-monastères.
-
- [3] Shôgun, général en chef, lieutenant du Mikado. C’est lui que les
- Européens appelaient _Tai Kun_ et avec qui ils signèrent leurs
- premiers traités.
-
-Le Tsukuba san, peu élevé, mais de forme originale, plonge sur les
-districts de Tsukuba, Niibari et Makabe dans la province de Hitachi; le
-Bandai San (1.900 m.) s’élève au Nord du lac d’Inawashiro; cette
-montagne, que l’on croyait depuis longtemps être un volcan éteint, s’est
-remise soudainement en activité le 14 juillet 1888 et a détruit de
-nombreux villages dont elle a enseveli les habitants[4].
-
- [4] L’effet de l’éruption s’est fait sentir jusqu’à Tokio, où je me
- trouvais à ce moment, et la ville a été violemment secouée.
-
-[Illustration: Vue du Fujiyama au col de l’Otomi.]
-
-Le Fuji san ou Fujiyama a 3.900 ou 4.000 mètres. Cette montagne peut
-être nommée la montagne sainte du Japon; d’une forme admirable et
-régulière (sauf un petit renflement d’un côté) elle a été de tout temps
-l’objet du culte et de l’adoration de tous les Japonais. Bien
-qu’actuellement éteint, le Fujiyama a eu dans les époques antérieures
-plusieurs éruptions, notamment vers 799 de l’ère chrétienne, puis en
-863.
-
-La dernière éruption eut lieu dans le cinquième mois de la période Hoyei
-(1706). C’est de là que le petit renflement signalé plus haut sur un des
-flancs de la montagne (au Sud-Est), a reçu le nom de Hoyeizan. Le
-cratère a pris sa forme actuelle à la même date en vomissant des masses
-considérables de cendres que le vent porta jusqu’à Yedo.
-
-Le Fuji, tous les étés au mois d’août, est un lieu de pèlerinage très
-fréquenté; c’est par milliers qu’hommes et femmes, habillés tout de
-blanc, un bâton à la main, font l’ascension de la montagne.
-
-Du massif du Fuji partent des ramifications assez élevées: les montagnes
-de Hakone et la chaîne de l’Amagi.
-
-L’Asamayama (2.500 mètres) est le plus célèbre des volcans en activité.
-Il ne sort plus de son cratère actuellement que d’épaisses fumées et
-aussi des cendres; mais il a eu parfois des éruptions terribles, et l’on
-peut s’attendre à tout moment au retour de ces phénomènes; en 1783,
-notamment, l’éruption détruisit quantité de villages et de vies
-humaines. Au Sud de l’Asama se trouvent le Tateshi yama (2.300 mètres)
-et le Yatsugadake (2.700 mètres).
-
-L’Ontake san, qui domine les trois provinces de Shinano, Mino et Hida.
-
-Le Tateyama (2.000 mètres), dans la province d’Echu.
-
-Le Hakusan (3.000 mètres), d’où l’on a une vue très étendue sur les
-provinces de Kaga, Echizen, Mino et Hida.
-
-Le Sanshôgataké, dans la province de Yamato; c’est le pic le plus élevé
-de la chaîne de montagnes de Yoshino. Les ramifications vont rejoindre
-la chaîne de montagnes de Kumano et de Kôya dans la province de Kii.
-
-L’Unsengatake (1.500 mètres), dans la province de Hizen; volcan en
-activité; non loin de là se trouvent des sources d’eaux thermales très
-fréquentées.
-
-Le Sakurajimagataké, volcan en activité dans l’île de Sakurajima,
-province d’Osumi.
-
-Dans les temps de formation géologique, l’action volcanique a dû être
-extrêmement violente, et d’ailleurs cette action a continué à se
-manifester dans les temps historiques. Des centaines de montagnes,
-actuellement au repos, étaient autrefois des brasiers enflammés. Les
-annales du Japon sont remplies de ces terribles crachements de cendres,
-de feu, de lave vomis par les montagnes au Nord et au Sud, à l’Est et à
-l’Ouest; des milliers de vies humaines furent détruites en un instant,
-des villages engloutis. A l’époque où nous vivons, les Japonais estiment
-que leur pays compte encore à peu près vingt volcans en activité et une
-centaine qui dorment mais qui peuvent se réveiller d’un moment à l’autre
-avec un épouvantable fracas. En 1874 le volcan de Taromai, dans l’île de
-Yezo, dont le cratère, refroidi depuis longtemps, semblait inoffensif,
-fit explosion, envoya au loin la croûte qui le fermait et lança des
-cendres jusque sur le bord de la mer.
-
-L’Asayama yama, jamais tranquille, mais jetant constamment de la vapeur
-et de la fumée, craquant et tremblant tour à tour, est la terreur des
-campagnes environnantes. Le Fuji lui-même, la montagne sainte, posé si
-majestueusement dans la plaine de Subashiri, n’offre aucune sécurité.
-
-Le volcan de Hakuzan, sur la côte Ouest, qui dresse sa crête au-dessus
-des nuages, à 3.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et renferme
-dans son cratère un lac aux eaux de la plus grande pureté, entra, lui
-aussi, un jour en fureur, lança du feu, de la fumée, des rocs, des
-cendres et de la lave. Que de fois, par les nuits noires, le pêcheur
-Japonais un peu éloigné des côtes aperçoit les feux des volcans
-d’Oshima!
-
-En dehors des champs de scories si nombreux et qui attestent le
-caractère volcanique du sol japonais, des lits de soufre abondent
-partout comme preuves du feu souterrain. Satsuma, Riukiu, Yezo sont
-connus pour la quantité de soufre qu’ils produisent. Des flancs du
-Hakuzan il sort d’énormes blocs de soufre; des solfatares existent dans
-presque toutes les provinces; enfin, dans les provinces de Shinano et
-d’Echigo, les paysans s’éclairent et cuisent leur riz avec le gaz
-inflammable qui sort de terre et qu’ils font servir à leurs usages en le
-captant dans des tubes.
-
-Par suite de la nature volcanique du pays, les tremblements de terre
-sont nombreux et causent souvent des malheurs terribles. Des villes et
-des villages ont été et sont encore constamment détruits, des provinces
-ravagées. Le dernier grand tremblement de terre qui a eu lieu à Yedo en
-1855 a été l’un des plus effrayants que l’on ait vus: la ville a été à
-peu près entièrement détruite et brûlée; les maisons japonaises étant de
-bois, le tremblement de terre occasionne à sa suite un incendie qui
-achève ce qu’il a commencé.
-
-En 1891, au mois d’octobre, un autre tremblement de terre qui fut une
-vraie catastrophe, désola le pays entre Nagoya et Kioto; il y eut
-environ 30.000 victimes.
-
-
-VI.--Le Japon est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau; mais,
-par suite du peu d’étendue de ses vallées, lesquelles sont forcément
-très resserrées vu le peu de largeur et l’extrême longueur du pays, les
-fleuves ont un cours fort modeste et ne sont jamais navigables qu’en
-partie, vers leur embouchure. J’en citerai quelques-uns néanmoins:
-
-Le Fujikawa est formé de trois rivières qui prennent naissance dans la
-province de Kai. Il se dirige vers le Sud et traverse la province de
-Suruga, passe au pied du mont Fuji avant de se jeter dans la mer. Le
-Fujikawa est à proprement parler un torrent qui, aux grandes pluies
-d’été, est assez souvent l’ennemi du cultivateur et le destructeur des
-récoltes.
-
-Le Oigawa prend sa source à la limite des provinces de Shinano et de
-Kai; il coule vers le Sud, formant la limite des provinces de Suruga et
-de Totomi.
-
-Le Tenriugawa, un peu plus important que les précédents (60 ri de
-longueur)[5], prend sa source au lac Suwa. Ce fleuve a son embouchure
-dans la province de Shinano; il traverse la province de Totomi en
-coulant vers le Sud.
-
- [5] Le ri représente 3 kilom. 927 mètres. (Voir tableau des mesures de
- longueur, à la fin du volume.)
-
-Le Shinanogawa prend sa source dans la province du même nom sous le nom
-de Chikuma gawa, il coule au Nord-Ouest puis au Nord, et traverse la
-province d’Echigo où il prend le nom de Shinano gawa. Ce fleuve se jette
-dans la mer à Niigata. La longueur de son cours est d’environ 100 ri;
-navigable seulement en partie, il offre des rapides qui rendent son
-utilisation très peu sûre comme voie de transport.
-
-Le Kisogawa prend naissance dans le district de Chikuma, province de
-Shinano et coule au Sud-Ouest, puis au Sud. Il entre dans la province de
-Mino, coule vers l’Ouest et reprend ensuite la direction du Sud; il se
-divise alors en plusieurs branches qui vont se jeter dans la mer en
-traversant les provinces d’Owari et d’Ise.
-
-L’Abukumagawa prend naissance dans le district de Shirakawa, province
-d’Iwaki et, se dirigeant vers le Nord, entre ensuite dans la province
-d’Iwashiro où il coule vers l’Est. Changeant de direction, il rentre
-dans la province d’Iwaki, coule vers le Nord jusqu’à la limite de la
-province de Rikuzen, puis se dirige vers l’Est pour gagner la mer.
-
-Le Kitakamigawa a sa source dans le district d’Iwate, province de
-Rikuchu; il coule vers le Sud, traverse la province de Rikuzen et se
-jette dans la mer au port de Ishinomaki.
-
-Le Mogamigawa part de la montagne de Dainichi, dans le district de
-Oitama, province d’Uzen; il traverse les deux districts de Murayama et
-de Mogami en coulant vers le Nord, et se dirige ensuite vers l’Ouest à
-la limite de la Province d’Ugo. Il se jette dans la mer à Sakata.
-
-Le Tonegawa (190 ri), le fleuve le plus considérable du Japon, sort du
-Nakanodake, passe à Numata, puis contourne à l’Ouest la chaîne de
-l’Akagi pour arriver à la grande ville de Mayebashi (50.000 habitants);
-en aval de cette dernière ville, le fleuve se dirige directement à l’Est
-jusqu’à la hauteur de Koga (ville d’environ 10.000 habitants), puis vers
-le Nord et enfin vers l’Est. Il se jette dans l’Océan Pacifique au Nord
-du cap Inubomisaki. Quoique passant pour un grand fleuve au Japon, le
-Tonegawa n’a rien des fleuves du continent européen; il n’égale même pas
-la Seine, et si quelques jonques à fond plat et quelques petits vapeurs
-à faible tirant d’eau peuvent y naviguer jusqu’à Numata, son importance
-comme voie commerciale n’est pas considérable. En outre, à son
-embouchure, il n’existe pas de bon port; en dehors d’une barre toujours
-renouvelée, les vents battent la plage inhospitalière aux navires. Le
-Tonegawa bifurque à Sekiyado dans la province de Shimosa, et forme la
-branche nommée Yedogawa, qui tombe dans la baie de Yedo, non loin de
-Tokio.
-
-Le Sumidagawa (75 ri), plus connu sous le nom d’Arakawa à sa source dans
-le massif du Kokushidake et aussi dans tout son cours supérieur, se
-jette à la mer à Tokio après avoir traversé une grande partie de la
-ville. Il n’est guère navigable, comme toutes les rivières japonaises,
-que vers son embouchure.
-
-Le Baniugawa, qui a seulement 18 ri de longueur, est un torrent qui
-sort, sur les pentes Nord-Est du Fujiyama, du lac de Yamanaka. Comme le
-Fujikawa, il cause souvent des désastres l’été.
-
-Le Yodogawa prend sa source dans le lac Biwa, province d’Omi; il se
-dirige vers le Sud, entre dans la province de Yamashiro, puis reprend
-son cours vers l’Ouest. Ce fleuve qui, à son origine, porte le nom
-d’Ujigawa, passe à Yodo, d’où son nom; il coule alors vers le Sud-Ouest
-et sépare les deux provinces de Kawachi et de Setsu. Il se jette dans la
-mer en passant par Osaka: il n’a que 20 ri de longueur.
-
-Le Gôgawa est formé par deux rivières dont la première, nommée
-Mioshigawa, prend naissance dans la province de Bingo, et la seconde,
-nommée Yoshidagawa, dans la province d’Aki. Le fleuve, formé par la
-réunion de ces deux rivières, coule vers le Nord-Ouest et passe dans la
-province d’Iwami. Il prend le nom de Gôgawa à son entrée dans cette
-province dont il arrose les deux districts d’Ochi et de Naka, en se
-détournant un peu de son cours; puis, il retourne vers le Nord-Ouest
-pour gagner la mer. La longueur de son cours est de 80 ri.
-
-Le Yoshigawa prend sa source dans le district de Tosa, dans la même
-province, se dirige d’abord vers l’Est, puis incline vers le Nord; il
-traverse la province d’Awa, reçoit la rivière Iyogawa et se jette dans
-la mer par plusieurs embouchures.
-
-Le Chikugo ou Chitosegawa est formé par la réunion de deux cours d’eau,
-dont l’un vient de la province de Higo et l’autre de la province de
-Bungo. Ce fleuve coule d’abord vers le Nord-Ouest jusqu’à la limite des
-provinces de Chikuzen et Chikugo; il traverse ensuite cette dernière
-province qu’il sépare de Hizen.
-
-Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme un nombre considérable
-de lacs, au Nord aussi bien qu’au Sud: je me bornerai à citer ici les
-trois principaux; d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la
-province d’Omi; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à sa
-configuration en forme de guitare japonaise (Biwa); des bateaux à vapeur
-font le service du lac dans tous les sens et offrent le confort
-désirable pour bien visiter les endroits remarquables.
-
-Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour; mais il est très
-connu et très fréquenté par suite de sa situation dans un des sites les
-plus agréables du Japon.
-
-Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke, est situé au
-sommet des montagnes de Nikkô; il a 8 lieues de circonférence; c’est sur
-ses bords que les Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier
-pendant les chaleurs de l’été; et grâce au chemin de fer qui relie Tokio
-à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence du corps diplomatique
-pendant les mois de juillet, août et septembre.
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-I. Aborigènes et conquérants.--II. Infiltration chinoise; Mongols et
-Ainos.--III. Le type japonais actuel.--IV. Avant et après la Révolution
-de 1868; aristocratie et peuple.--V. Constitution japonaise; le
-gouvernement.--VI. Justice, tribunaux.--VII. Loi de finances,
-budget.--VIII. Loi électorale.--IX. L’Empereur et le Patriotisme.--X. La
-Nation; sa dissimulation et son sourire. Caractère du Japonais.--XI.
-Religion et superstition.--XII. Les étrangers au Japon.
-
-
-I.--Par qui le Japon était-il peuplé au début de l’histoire? c’est là un
-problème qui n’a pas encore été résolu, et ne le sera, je crois, jamais.
-Il est fort probable qu’avant l’arrivée des conquérants, (les Japonais
-actuels), les îles de l’Extrême-Orient étaient peuplées, au Nord d’Aino,
-de Goldes et de Giliaks, races sibériennes dont on trouve encore des
-traces aujourd’hui à Yezo, à Sakhalin et dans la province de l’Amour
-soumise aux Russes; le Sud semble avoir été la résidence de tribus
-canaques et négritos comme il en existe encore aux Philippines, aux
-Bonin, à Nouméa et à Taïti.
-
-Mais à partir de 660 avant J.-C., date assignée au premier empereur
-japonais, ces différentes races ont été remplacées par un flot malais.
-Lorsque le chef de guerriers, connu sous le nom de Iwarehiko, vint avec
-ses bandes aborder dans l’île de Kiushu, il détruisit ou réduisit en
-esclavage les indigènes et, poussant toujours sa conquête vers le Nord,
-il atteignit le Honshu (île de Nippon). Proclamé empereur en 660 sous le
-nom de Jinmu Tennô, il laissa à ses successeurs, qui s’en acquittèrent
-fort bien, la tâche de continuer l’occupation du territoire. Le malais
-est donc incontestablement l’élément conquérant et dominateur au Japon.
-
-
-II.--Il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu une infiltration chinoise,
-par l’intermédiaire de la Corée. L’écriture, les lettres, les arts et
-les sciences de la Chine furent apportés au Japon par des indigènes du
-Céleste Empire, et à différentes reprises, les Empereurs du Japon firent
-venir dans leur pays des hommes et des femmes pour enseigner l’art de
-travailler les métaux et de tisser la soie. Il y eut donc un mélange
-mongol, mais il est hors de doute que ce mélange fut peu considérable,
-et si l’on retrouve aujourd’hui encore quelques Japonais nettement
-mongoloïdes, le fond du peuple présente le type malais bien prononcé; on
-rencontre aussi, mais plus rarement, le type indigène aino, et il m’est
-arrivé, mais pas souvent il est vrai, de le retrouver chez certains
-Japonais ayant une abondante chevelure et une grande barbe noire, qui,
-vêtus à l’européenne, auraient pu à la rigueur, passer pour des
-Américains du Sud. Par contre, dans le Sud surtout, on découvre
-quelquefois le type negritos, cheveux crépus, teint noirâtre et lèvres
-épaisses.
-
-
-III.--Groupement d’îles séparées du reste du monde, sans relations
-extérieures, sauf avec la Chine par l’intermédiaire de la Corée
-(tardivement d’ailleurs), tous ses ports fermés aux Étrangers vers 1617
-à la mort de Iyéyasu: le pays vécut dans un isolement absolu. Ceci
-facilita un mélange, un amalgame de toutes les races qui s’étaient
-infiltrées sur le sol du Nippon et aujourd’hui le type japonais est bien
-un type à part: il est, en général, de petite taille, il a un grand
-torse sur des jambes courtes, et il est plutôt laid; quelques types
-féminins font exception, mais on peut dire que, prises en bloc, les
-Japonaises sont plutôt jolies par leur toilette que par leur physique.
-
-
-IV.--Avant la révolution de 1868 qui rétablit sur le trône le descendant
-de Jinmu Tennô et détruisit le pouvoir du Shôgun ou Lieutenant général,
-véritable empereur depuis plusieurs siècles, le Japon vivait en état de
-féodalité, et, sous l’autorité du Shôgun, les Daïmios ou princes
-feudataires détenaient les provinces; le Shôgun occupant pour son propre
-compte Yedo (aujourd’hui Tokio) et les provinces environnantes, dont
-l’ensemble constituait le Kouan tô.
-
-Aujourd’hui, la féodalité est anéantie et le Mikado règne sur un pays
-uni et centralisé. Mutsu hito, 121e empereur du Japon, est considéré
-comme l’héritier direct en ligne continue de Jinmu Tennô; il va sans
-dire que ce n’est là qu’une fiction. Les empereurs du Japon n’ont,
-depuis bien longtemps, selon toute vraisemblance, dans les veines aucune
-goutte de sang de Jinmu; car avec les empereurs enfants qui se sont
-succédé sans interruption sous les Fujiwara, les Taira et les
-Minamoto[6] (800 à 1200 environ ap. J.-C.), avec le système des
-adoptions qui a été en vigueur de tout temps dans la famille impériale
-quand il n’y avait pas d’héritier mâle, il est évident que la ligne
-directe a été interrompue il y a longtemps. Mais les Japonais en
-conservent la fiction, et leur patriotisme exalté leur fait toujours
-considérer que leur race impériale descend de la divine Amaterasu,
-déesse du soleil (Amaterasu O mi Kami).
-
- [6] Familles de Shôgun ou lieutenants généraux.
-
-Les anciens seigneurs féodaux, connus sous le nom de Daïmios, ont tous
-fait leur soumission à l’Empereur, et forment aujourd’hui une partie de
-l’aristocratie japonaise; je dis une partie, car l’aristocratie
-actuelle, en dehors des vieilles familles, compte dans ses rangs de
-simples plébéiens anoblis. La noblesse est une noblesse ouverte, comme
-en Angleterre, et l’Empereur confère les titres de duc, marquis, comte,
-vicomte ou baron à celui de ses sujets qu’il estime l’avoir bien servi,
-quelle que soit l’humilité de son origine.
-
-Au-dessous des nobles viennent les Shizoku, anciens soldats et
-serviteurs des Daïmios et du Shôgun; le titre seul les distingue du
-Heimin ou peuple, qui vient après eux; car à aucun point de vue il n’y a
-de différence entre eux aujourd’hui.
-
-Grande noblesse ou Kwazoku, petite noblesse ou Shizoku, peuple ou
-Heimin, tout le monde est égal devant l’Empereur et devant la loi.
-
-Le Japonais est un peuple essentiellement facile à gouverner; habitué
-sous l’ancien régime à une discipline extraordinaire, il a conservé son
-amour de la hiérarchie, de l’autorité, du respect des supérieurs. Un
-passant demandant son chemin dans la rue à un agent de police
-s’approchera de ce dernier avec une timidité respectueuse; l’agent de
-police est le représentant de l’autorité!
-
-
-V.--Habitué à obéir aux ordres de l’Empereur et de ses ministres, le
-peuple japonais ignorait ce qu’était une constitution; pour moderniser
-davantage les rouages du gouvernement, le Mikado, sur le conseil de ses
-ministres, octroya une constitution à son peuple le 11 février 1889,
-avec Chambre haute et Chambre basse; cette constitution est calquée sur
-la constitution de l’empire allemand, les ministres n’étant responsables
-que devant l’Empereur, et pouvant, par suite, se passer du Parlement
-lorsqu’ils le jugent à propos.
-
-Les principaux articles de la constitution japonaise peuvent se résumer
-ainsi:
-
-1. L’Empereur exerce le pouvoir législatif de concert avec les Chambres;
-il sanctionne les lois et ordonne leur promulgation. Il convoque les
-Chambres, les ferme, les proroge et les dissout.
-
-2. Quand les Chambres ne siègent pas, les ordonnances impériales ont
-force de loi. Il est bien dit que ces ordonnances doivent être soumises
-à la prochaine session du Parlement, lequel les révoque s’il ne les
-trouve pas à son gré; mais qui oserait se prononcer au Parlement contre
-une ordonnance impériale?
-
-3. L’Empereur détermine l’organisation des différentes administrations
-et fixe les salaires des fonctionnaires civils et des officiers.
-
-4. L’Empereur a le commandement suprême de l’armée et de la marine; il
-déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités.
-
-5. Il confère les titres de noblesse et les honneurs et décorations; il
-a le droit de grâce et d’amnistie.
-
-6. En cas de minorité, il est nommé un régent qui remplit tous les
-devoirs de l’Empereur au nom de ce dernier.
-
-7. Le Parlement impérial comprend deux Chambres: la Chambre des Pairs et
-la Chambre des Représentants.
-
-La Chambre des Pairs est constituée par les membres de la famille
-impériale, la noblesse et les personnes que l’Empereur juge dignes d’y
-être appelées.
-
-La Chambre des Représentants est formée des membres élus par la nation
-conformément à la loi électorale.
-
-Les deux Chambres votent les projets de loi qui leur sont soumis par le
-gouvernement, et elles peuvent prendre l’initiative des lois.
-
-Une proposition de loi rejetée par l’une ou l’autre des deux Chambres ne
-peut plus être représentée pendant la même session.
-
-8. Le Parlement est convoqué tous les ans, pendant trois mois; en cas de
-nécessité, l’Empereur peut prolonger la session. En cas de circonstance
-urgente, l’Empereur peut convoquer le Parlement. Les deux Chambres
-siègent en même temps, et si la Chambre basse est dissoute, la Chambre
-haute est _ipso facto_ prorogée.
-
-9. Quand la dissolution est prononcée, de nouvelles élections ont lieu
-et la nouvelle Chambre est convoquée dans les cinq mois.
-
-10. Aucune décision ne peut être prise si un tiers au moins des membres
-n’est présent. Toute décision est adoptée à la majorité absolue, la voix
-du président étant prépondérante en cas d’égalité des votes.
-
-11. Les délibérations sont publiques, mais le Gouvernement et les
-Chambres peuvent ordonner le huis clos.
-
-Les Chambres peuvent présenter des pétitions à l’Empereur et en recevoir
-des habitants de l’Empire.
-
-12. Les membres sont inviolables et ne peuvent être arrêtés sans le
-consentement des Chambres; sauf dans les cas de flagrant délit, ou de
-délit connexe à des troubles intérieurs ou à la guerre étrangère.
-
-Tous les ministres siègent de droit dans les deux Chambres.
-
-Avec les Chambres et au-dessus d’elles se trouvent les ministres d’État
-et le Conseil privé.
-
-Les ministres d’État sont responsables devant l’Empereur, et doivent
-contresigner toutes lois, ordonnances ou rescrits impériaux de toutes
-sortes.
-
-Les conseillers privés délibèrent sur les importantes questions d’État
-quand l’Empereur les consulte. Leurs délibérations sont toujours tenues
-secrètes et jamais publiées.
-
-Voici la composition du Gouvernement à partir de la tête c’est-à-dire de
-l’Empereur:
-
- Nai Kaku (Cabinet);
- Ministre de la maison impériale (Ku naishô);
- Ministre de l’Intérieur (Nai mu shô);
- Ministre de la Justice (Shi hô shô);
- Ministre des Finances (O kura shô);
- Ministre de l’Agriculture et du Commerce (Nô shô mu shô);
- Ministre de la Guerre (Riku gun shô);
- Ministre de la Marine (Kai gun shô);
- Ministre des Communications (Tei shin shô);
- Ministre de l’Instruction publique (Mom bu shô);
- Ministre des Affaires étrangères (Gai mu shô);
- Conseil privé (Su mitsu in);
- Chambre des pairs (Ka zoku gi in);
- Chambre des représentants (Koku kai gi in).
-
-Comme en Europe, ces différentes administrations sont divisées en
-directions, sous-directions, bureaux, etc... dont je crois inutile de
-donner une énumération ici.
-
-Il existait autrefois un ministère des Travaux publics, Kô bu shô, mais
-il a été supprimé et les divers services qu’il administrait ont été
-répartis entre le ministère de l’Agriculture et du Commerce et le
-ministère des Communications.
-
-
-VI.--De même que dans tous les pays d’Orient, il n’y avait pas autrefois
-au Japon de distinction entre le pouvoir administratif et le pouvoir
-judiciaire; en se mettant au niveau des pays d’Occident, le Japon a
-déterminé des règlements pour l’établissement de tribunaux, pour le
-fonctionnement de la «Justice».
-
-1. Les jugements sont rendus par des cours de justice établies
-conformément à la loi.
-
-2. Les juges sont pris parmi les sujets de l’empire qui présentent les
-qualifications requises par la loi. Aucun juge ne peut être relevé de
-ses fonctions sinon sous le coup d’une sentence criminelle ou d’une
-punition disciplinaire.
-
-3. Les débats en cour sont publics; mais, s’il est jugé que la publicité
-des débats dans une affaire peut être préjudiciable à la paix, à l’ordre
-ou à la moralité publique, la cour peut déclarer le huis clos.
-
-Toutes les affaires ne relevant pas des tribunaux ordinaires (telles que
-les crimes ou délits des militaires et marins) sont jugées par des
-tribunaux spéciaux. De même toutes plaintes contre des mesures illégales
-ou des abus de l’autorité sont examinées par une cour spéciale des
-Litiges administratifs.
-
-
-VII.--La loi de finances, à son tour, a été remaniée ainsi qu’il suit:
-
-1. L’impôt est fixé par la loi. Les emprunts nationaux et toutes dettes
-contractées au nom du Trésor public doivent recevoir l’assentiment du
-Parlement.
-
-2. Les recettes et les dépenses de l’État requièrent l’approbation du
-Parlement par le moyen d’un budget annuel; toutes dépenses engagées hors
-du budget, une fois que ce dernier est fixé, doivent recevoir la
-sanction du Parlement.
-
-3. Le budget est soumis d’abord à la Chambre des Représentants.
-
-4. Les dépenses de l’Empereur et de la maison impériale sont supportées
-par le Trésor national, mais non soumises à la délibération de la diète,
-sauf au cas où une augmentation serait demandée. En général tout ce qui
-touche aux dépenses de l’empereur ou de la maison impériale ne peut
-subir aucune réduction de la part du Parlement sans le consentement du
-Gouvernement.
-
-En cas d’urgence le Gouvernement peut prendre telles mesures financières
-qu’il jugera convenable au moyen d’ordonnances impériales.
-
-Quand le budget n’est pas voté, le Gouvernement applique le budget de
-l’exercice précédent.
-
-Tous les comptes financiers de recettes et de dépenses de l’État sont
-vérifiés par la Cour des comptes.
-
-
-VIII.--Quant à la loi électorale, voici ses dispositions:
-
-Pour pouvoir être électeur, il faut:
-
-Être Japonais, âgé de 25 ans;
-
-Résider depuis un an;
-
-Payer 15 yen[7] au moins d’impôt direct.
-
- [7] Le yen vaut 2 fr. 55.
-
-Les électeurs ne sont pas très nombreux, beaucoup ne sachant pas encore
-ce que c’est qu’une élection et s’en souciant fort peu, s’abstiennent de
-voter. Dès la première élection, il y eut des gens très au courant déjà
-des mœurs électorales qui vendaient leurs voix au plus offrant, cela
-atteignait jusqu’à 25 yen (63 fr. 75).
-
-
-IX.--Malgré cette ombre de parlementarisme, il est bien évident que
-l’état politique du Japon ne ressemble en rien à ce que nous appelons le
-régime constitutionnel. L’État c’est l’Empereur, et sa personne est
-sacrée; ses décisions sont respectées comme si elles venaient
-effectivement du ciel dont il est le descendant supposé; Fils du ciel,
-_Ten shi sama_, ainsi l’appellent les bons sujets du Nippon. Malgré tout
-cependant, il est incontestable qu’il se présente déjà quelques fissures
-dans cette «foi du charbonnier»; et l’Empereur passant dans les rues de
-Tokio n’est souvent regardé qu’avec indifférence; on le respecte, mais
-ce n’est plus l’adoration du passé; il m’est même arrivé d’entendre des
-Japonais, attendant à une revue l’arrivée de l’Empereur, s’impatienter
-et s’exprimer peu poliment sur le compte de «cet empereur qui pourrait
-être plus exact».
-
-Il est cependant une chose qui maintiendra encore longtemps intact
-l’amour du peuple pour l’Empereur: c’est le patriotisme farouche,
-sauvage même, dont tout Japonais est animé. L’Empereur est
-l’identification de la patrie, et la patrie japonaise est une chose
-sacro-sainte. Dès l’école primaire, on enseigne aux enfants de cinq ans
-qu’il n’y a pas de plus beau pays que le Japon, que c’est le pays des
-dieux dont l’Empereur est le fils, et qu’il faut mourir pour le pays et
-l’Empereur. Inculqués à une race batailleuse, excessivement orgueilleuse
-et guerrière, ces principes en font une nation éminemment combative et
-courageuse[8].
-
- [8] Une chanson, que l’on trouve dans les livres primaires de lecture,
- est bien caractéristique:
-
- «Les sabres de l’armée sont comme le givre;
- «Les balles sont comme la grêle;
- «Dans la lutte sur terre
- «Les montagnes sont secouées, les rivières frissonnent;
- «Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux.
- «Ne rompez pas les rangs; franchissez montagnes et rivières;
- «Avancez, fixez vos regards sur l’ennemi.
- «L’artillerie résonne dans l’air;
- «La torpille frémit dans la mer.
- «Dans le combat naval le vent se lève, la vague est furieuse;
- «Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux;
- «Mettez les navires en ligne; franchissez les flots blancs;
- «Avancez, fixez vos regards sur les bateaux ennemis.»
-
- Autre échantillon de «Chanson d’enfants faisant leurs adieux à leur
- père»:
-
- «Pour le départ du père pour la guerre, le frère aîné apporte son
- casque et le jeune frère ses bottes; ils sont, les deux frères, plus
- calmes que d’habitude. Ils disent à leur père: «Allez maintenant et
- rapportez-nous comme cadeaux à la maison des têtes d’ennemis.» Le
- père fait un assentiment de la tête.»
-
-
-X.--Au-dessous de l’Empereur on peut dire qu’il n’y a qu’un peuple; la
-distinction en classes est, en effet, plus dans les lois que dans les
-mœurs; le souverain à part, le Japonais est plutôt démocratique, comme
-d’ailleurs le Chinois, et en général l’Oriental; il n’existe pas
-d’aristocratie, hautaine comme en Angleterre, ou cassante et dure comme
-en Allemagne.
-
-Par conséquent, au point de vue social, l’égalité existe plus au Japon
-que partout ailleurs. Le peuple, du reste, j’entends le paysan,
-l’ouvrier, est infiniment plus poli et mieux éduqué ici que dans
-n’importe quel pays d’Europe. On est agréablement surpris, quand on
-voyage dans la campagne japonaise, de trouver des gens excessivement
-courtois, très hospitaliers et, en général, d’une grande propreté; sur
-ce point la comparaison avec certaines de nos provinces ne tournerait
-pas toujours à notre avantage. Il ne faudrait pas en conclure
-d’ailleurs, parce qu’ils sont polis et hospitaliers, qu’ils nous aiment,
-nous, Européens; non: ils ne nous aiment pas; ils nous détesteraient
-plutôt, mais ils ne le font pas voir. Que pouvons-nous demander de plus?
-
-Là est l’une des grandes forces du caractère japonais: sa dissimulation.
-Habitué, dès la plus tendre enfance, à ne rien laisser paraître sur son
-visage de ses chagrins ou de ses joies, le Japonais se compose une
-physionomie impénétrable, et il est impossible de deviner sa pensée.
-Toutes ses idées se cachent derrière un sourire immuable que nous voyons
-partout et en toute circonstance.
-
-Il est intéressant de reproduire ici, sans appréciation ni commentaire,
-un passage paru dans une correspondance japonaise de l’_Avenir du
-Tonkin_ sous la signature de «Sujin»:
-
- «Tout récemment sorti de la féodalité, le Japonais est encore soumis à
- l’autorité de l’opinion, que nul ne songe à braver. De là cette
- volonté collective dont la puissance a produit cette chose incroyable:
- une dissimulation nationale sur un mot d’ordre donné à tout un peuple.
- L’humanité dont on fit montre envers les prisonniers a été une
- attitude imposée par l’élite de la nation en vue des observateurs
- occidentaux. Pareillement, la politesse envers les étrangers recouvre
- habilement la haine qu’ils inspirent.
-
- «L’âme héroïque du vieux Japon, même sans la complication nouvelle de
- cette dissimulation, est très difficile à expliquer. Elle dissocie des
- idées qui nous paraissent inséparables et inversement. Ainsi le mépris
- de la mort, le sacrifice chevaleresque, le loyalisme sont les vertus
- caractéristiques du samouraï, et pourtant, l’homme qualifié le plus
- brave et le plus loyal n’hésitera pas à surprendre traîtreusement et à
- frapper par derrière l’adversaire désarmé qu’il croit devoir haïr. Un
- patriote se tue pour signer de sang ses idées, mais il assassinerait
- aussi un ministre qu’il juge faire de mauvaise politique. Des exemples
- abondent depuis 1869.»
-
- (_Avenir du Tonkin_, 9 mai 1909.)
-
- Tout cela s’en ira-t-il avec l’introduction des idées modernes?
- L’opinion de M. Kawakami Kiyoshi, l’un des principaux sociologues du
- Japon actuel, est à ce propos intéressante à connaître: «Les principes
- moraux, et plus spécialement l’esprit chevaleresque qui avaient fourni
- à la nation japonaise des règles de conduite pour sa vie quotidienne,
- ont été détruits par les récentes révolutions: la révolution politique
- et la révolution industrielle. Envie, inimitié, douleur, rage contenue
- chez les pauvres; vanité extravagante, luxure et débauche chez les
- riches, voilà les symptômes du grand conflit social qui certainement
- surviendra au Japon dans un avenir très rapproché.»
-
- (_Avenir du Tonkin_, 9 mai 1909.)
-
-
-XI.--De religion, le Japonais n’en a pas, ou en a peu; mais par contre,
-il est très superstitieux. Autrefois, les lettrés suivaient la doctrine
-confucéiste et le peuple les préceptes de Bouddha, tout en reconnaissant
-et suivant en même temps le Shintoïsme ou religion des aïeux, ancêtres
-du Mikado.
-
-Primitivement, à l’aurore de l’Empire, après l’établissement de la
-monarchie par Jinmu, le Shintoïsme était seul connu: c’était, et c’est
-encore aujourd’hui, l’adoration des ancêtres impériaux et notamment de
-la déesse du soleil _Amaterasu o mi Kami_.
-
-A la nombreuse armée des dieux ou _Kami_ que je n’ai pas à énumérer ici,
-les Empereurs ajoutèrent les noms de leurs prédécesseurs qu’ils
-élevaient au rang de Kami, et c’est ainsi que le Shintoïsme est devenu
-le culte des ancêtres impériaux.
-
-A côté, se sont peu à peu créées des superstitions populaires: celle du
-renard à qui on dresse des temples et qu’on apaise par des sacrifices et
-des prières; celles des dieux du vent, de la pluie, du tonnerre, etc...
-
-Après le Shintoïsme, vient le Bouddhisme qui a supplanté le premier dans
-le peuple; le Shintoïsme est resté la religion de l’Empereur; le peuple
-la respecte, va au besoin faire des prières au temple shintoïste, mais
-il a adopté le Bouddhisme, plus à portée de son intelligence, plus
-palpable dans ses dogmes et ses cérémonies; c’est par la Corée que le
-Bouddhisme a été introduit au Japon sous le règne de Kin Mei tennô, en
-563 de J.-C. Il eut, pour s’installer, bien des difficultés, mais la
-protection impériale aidant, il prit vite racine et le Japon devint très
-rapidement bouddhiste. C’est, à l’heure qu’il est, la religion la plus
-répandue.
-
-En fait donc, les Japonais ont deux religions: le culte des Kami,
-vieille religion nationale, et le culte de Bouddha importé de l’Inde par
-la Chine et la Corée. Il n’est pas rare de voir un Japonais, un jour de
-fête religieuse, aller prier aux deux temples, l’un après l’autre.
-
-Le Bouddhisme, au Japon, s’est scindé en plusieurs sectes qui toutes ont
-leur temple principal à Kiôtô. A l’époque de Ota Nobunaga (1553) Kiôtô
-était une vraie forteresse de bonzes qui se révoltaient fréquemment
-contre le pouvoir; ils furent souvent châtiés et Nobunaga en fit un
-massacre effroyable.
-
-Aujourd’hui la religion compte pour très peu de chose au Japon et seule
-la superstition y a toujours de profondes racines. Les classes élevées,
-imbues plus ou moins d’idées européennes, professent le plus souverain
-mépris pour tout ce qui est culte et ne conservent que l’habitude des
-rites shintoïstes aux jours de fête; par contre il m’a été affirmé de
-bonne source, et je n’ai pas de peine à y croire, que les grands
-personnages de l’État consultent les sorts tous les matins!
-
-L’État, en dehors du culte de Shinto, ne se mêle en rien de la religion
-de ses sujets, et il est bien plus tolérant en cela que beaucoup de pays
-d’Occident: le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie grecque
-peuvent s’y développer en toute sécurité, pourvu qu’ils n’aillent pas
-contre les lois de l’Empire; il est vrai que l’Empire n’a édicté aucune
-loi d’exception contre eux, ce qui leur rend facile la tâche de se
-soumettre aux lois communes. Les anciennes lois contre les chrétiens ont
-été abrogées.
-
-Au point de vue politique le clergé n’a donc aucune espèce d’influence
-au Japon. Prêtres de toutes sortes et moines de toutes catégories vivent
-en paix, ne tracassant personne et n’étant pas tracassés. Les moines
-mendiants parcourent même encore la rue le matin, récitant des prières
-devant les portes et recevant les aumônes des fidèles.
-
-Quelques temples bouddhistes sont des monuments remarquables, bien que
-construits entièrement en bois; ainsi le voyageur au Japon ne peut aller
-à Kiôtô sans visiter: Nishi Hongwan ji et Higashi Hongwan ji; Kio Midzou
-dera; Chi on inn. Les deux premiers se trouvent dans la ville même et
-n’ont pas le grandiose entourage des deux autres. Élevés sur la colline
-de Hiyézan, ils ont un cadre de verdure et d’arbres remarquablement beau
-qui rehausse évidemment leur splendeur aux yeux du visiteur. Au mois de
-mai Kiôtô et ses temples et ses palais attirent des pèlerins de toutes
-les parties du Japon.
-
-Comme temple shintoïste il faut voir le temple de Gi on; mais les
-temples shintoïstes sont de bois blanc, sans peinture aucune, et n’ont
-comme ornement que le miroir et le sabre, legs fait au premier empereur
-par la divine Amaterasu. On n’y trouvera donc aucun art, aucun décor;
-seul le toit, d’architecture et de forme chinoises, mais moins massif,
-plus élégant et élancé, est quelquefois une merveille de construction.
-
-
-XII.--Au commencement de leurs relations avec le Japon, les étrangers
-vivaient dans les îles en conservant leur statut national. Ils
-n’avaient, il est vrai, pas le droit d’habiter en dehors des limites
-fixées par les traités, dans les ports de Tokio, Yokohama, Osaka, Kobe,
-Nagasaki, Niigata, Hakodate, mais ils ne relevaient pas des lois
-japonaises et seuls leurs consuls pouvaient les juger et les condamner;
-quand ils voyageaient dans l’intérieur, il leur fallait un passeport
-délivré par les autorités japonaises sur la demande de leur ministre, et
-ils ne pouvaient s’écarter de l’itinéraire inscrit sur le passeport sous
-peine d’être reconduits au port ouvert le plus voisin.
-
-Aujourd’hui, après la révision des traités (signés pour la France en
-1896), tous les étrangers résidant au Japon sont soumis aux lois et
-règlements japonais. Ils peuvent, il est vrai, voyager sans passeport
-dans tout l’intérieur du pays, mais leurs consuls ne peuvent rien pour
-eux; ils sont entièrement soumis à la juridiction japonaise. Aussi, lors
-de l’application des nouveaux traités, beaucoup de vieux résidents
-européens ont-ils quitté le Japon. Actuellement (au 31 décembre 1906,
-dernière statistique), il y a au Japon un total de 19.129 étrangers dont
-13.000 Chinois et autres asiatiques. Les étrangers vivent dans les îles
-du Soleil Levant sur le même pied que les Japonais, mais ils n’ont pas
-le droit de posséder le sol; ils n’ont droit qu’à des baux
-emphytéotiques de 99 ans.
-
-Le traité franco-japonais, signé à Paris le 4 août 1896, et qui est
-entré en vigueur quatre ans après, c’est-à-dire en 1899, garantit aux
-Français «constante protection pour leurs personnes et leurs
-propriétés»; leur donne la faculté de «voyager, résider, et se livrer à
-l’exercice de leur profession; acquérir, posséder, et transmettre par
-succession des biens, valeurs et effets _mobiliers_ de toute sorte»;
-leur garantit libre et facile accès auprès des tribunaux de justice;
-leur permet de jouir d’une entière liberté de conscience.
-
-En ce qui concerne l’agriculture et le droit de propriété sur les biens
-immobiliers, il est entendu que les Français jouiront au Japon des mêmes
-avantages que les sujets de la nation la plus favorisée. Pour le moment
-cette clause est lettre morte, aucun Européen ne pouvant posséder la
-terre dans l’Empire du Mikado. La terre est, en effet, supposée
-appartenir entièrement à l’Empereur et il ne peut l’aliéner. Il ne peut
-que la prêter.
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-I. Provinces et districts.--II. Les trois «Shi».--III. Les quarante-cinq
-«Kens».--IV. Administration méticuleuse.--V. Ports principaux.
-
-
-I.--Au point de vue politique le Japon, jusqu’à l’ère de Mei ji (1868),
-époque de la restauration impériale, était divisé en provinces (Kuni) au
-nombre de 86, disposées en neuf groupes: 1º les provinces impériales (Go
-kinai), au nombre de 5; 2º les huit grandes divisions (dô). Ces
-dernières divisions étaient:
-
-Hokurokudô, Sanindô et Hokkaidô, au Nord;
-
-Tôkaidô et Tôsandô, à l’Est;
-
-Sanyôdô et Nankaidô, au Sud;
-
-Saikaidô, à l’Ouest.
-
-Les noms des provinces ou Kuni ne sont plus politiquement usités; mais,
-comme parfois ils sont encore employés, même officiellement, j’en
-donnerai ici l’énumération:
-
-Les Gokinai ou Provinces impériales comprenaient cinq Provinces:
-Yamashiro, Yamato, Kawachi, Idzumi, Setsu;
-
-Le Tôkaidô (circuit du littoral de l’Est) quinze provinces: Iga, Ise,
-Shima, Owari, Mikawa, Tôtomi, Suruga, Kai, Idzu, Sagamî, Musashi, Awa,
-Kadzusa, Shimosa, Hitachi;
-
-Le Tôsandô (circuit des montagnes de l’Est) treize provinces: Omi, Mino,
-Hida, Shinano, Kodzuke, Shimodzuke, Iwaki, Iwashiro, Rikuzen, Rikuchu,
-Mutsu, Uzen, Ugo;
-
-Le Hokurokudo (circuit du continent du Nord) sept provinces: Wakasa,
-Echizen, Kaga, Noto, Echiu, Echigo, Sado;
-
-Le Sanindô (petit circuit des montagnes) huit provinces: Tamba, Tango,
-Tajima, Inaba, Hôki, Idzumo, Iwami, Oki;
-
-Le San yô dô (grand circuit des montagnes) huit provinces: Harima,
-Mimasaka, Bizen, Bichu, Bingo, Aki, Suwo, Nagato;
-
-Le Nan kai dô (circuit du littoral du Sud) six provinces: Kii, Awaji,
-Awa, Sanuki, Iyo, Tosa;
-
-Le Saikaidô (circuit du littoral de l’Ouest) douze provinces: Chikuzen,
-Chikugo, Buzen, Bungo, Hizen, Higo, Hiuga, Osumi, Satsuma, Iki,
-Tsushima, plus les îles Riu Kiu;
-
-Le Hokkaido (circuit du littoral du Nord) onze provinces: Oshima,
-Shiribeshi, Iburi, Ishikari, Hitaka, Tokachi, Teshiwo, Kushiro, Nemuro,
-Kitami, Chishima (îles Kouriles).
-
-
-II.--Aujourd’hui le Japon est divisé en 3 Shi ou villes et 45 Ken ou
-départements.
-
-Les trois Shi sont: Tôkiô, Kiôtô, Osaka. Tôkiô, capitale de l’Empire
-depuis la Restauration de 1868, autrefois Yedo, capitale de Shôgun ou
-Lieutenant général, est le siège du gouvernement et la résidence de
-l’Empereur; cette ville est divisée en arrondissements (ku) et renferme
-deux millions d’habitants. Les arrondissements sont: Kojimachi; Kanda;
-Nihombashi; Kyosbashi; Shiba; Azabu; Akasaka; Yotsuya; Ushigome;
-Koishikawa; Hongo; Shitaya; Asakusa; Honjo; Fukagawa.
-
-Les districts suburbains sont: Ebara gôri; Higashi tama gôri; Minami
-Toshima gôri; Kita toshima gôri; Minami Adachi gôri; Minami katsushika
-gôri.
-
-Vers le moyen âge, l’emplacement où s’élève aujourd’hui Yedo, n’était
-qu’une plage de sable; au XVe siècle, un guerrier nommé Ota Dôkwan prit
-possession du village de pêcheurs situé à l’estuaire du Sumida et appelé
-Ye do (bouche du fleuve); il y construisit une forteresse en 1456;
-Hideyoshi (Taikosama) s’empara de cette forteresse et ce fut son
-successeur Iyeyasu qui, en 1603, en fit sa capitale. Elle devint ainsi
-capitale des Shôgun, tandis que Kiôtô (miyako) restait la capitale des
-Empereurs. Le mikado actuel, Mutsu hito, vint s’y installer en 1868 et,
-au mois de septembre, changea le nom de la ville en celui de Tokiô.
-
-A part les monuments officiels tels que les ministères, les casernes,
-l’état-major, les différentes écoles, etc., Tokiô est construit en bois.
-Aussi les incendies y font des ravages effroyables et brûlent souvent
-une partie de la ville, laquelle se trouve, d’ailleurs, reconstruite au
-bout de quinze jours. Les rues sont larges, uniformes, et elles ont un
-aspect triste à cause de la couleur grise du bois vieillissant aux
-intempéries. L’aspect de la ville n’est pas gai du tout. Des tramways
-électriques parcourent les principales rues, en même temps que les
-djinrikisha ou voitures à hommes circulent dans toutes les directions.
-
-Les parties intéressantes de la ville sont: les parcs de Shiba où sont
-enterrés deux Shôgun; les temples et les jardins qui précèdent et
-entourent la tombe sont de toute beauté; au milieu du parc se trouve le
-koyokwan ou cercle de l’Érable, sorte de club japonais fort élégant, qui
-donne une idée très nette de la jolie maison nippone; les parcs d’Uyeno,
-autre lieu de repos de Shôgun, à côté du lac de Shinobadzu; la colline
-d’Atago yama d’où l’on domine toute la ville; les fossés et les portes
-de garde de l’ancien château d’Yedo, aujourd’hui encore existant et
-entourant le palais impérial; le grand temple d’Asakusa; la digue de
-Mukojima. Les quartiers, qui ne sont pas trop européanisés, sont assez
-pittoresques et amusants.
-
-Les environs de Tokiô sont très recherchés aux jours fériés et
-aujourd’hui surtout, avec les facilités accordées par les chemins de
-fer, la population émigre facilement autour de la ville toutes les fois
-qu’un saint bouddhiste doit être fêté.
-
-Kiôto, l’ancienne capitale (Miyako) des Mikado, la ville sainte du
-Japon, est située dans la province de Yamashiro, à environ cent
-trente-deux lieues de Tokio, dans la direction du Sud-Ouest; et elle
-n’est éloignée d’Osaka et de Kobé que de trois heures de chemin de fer.
-La ville est divisée en deux parties: Kami Kio Ku, ou ville haute, et
-Shimo Kio Ku ou ville basse.
-
-C’est en 784 que la dynastie impériale fixa définitivement sa capitale à
-Kioto et ce n’est qu’en 1868, lors de la suppression du Shôgunat, que le
-trône impérial fut transféré à Tokio. Aujourd’hui la ville de Kioto est
-déchue et elle n’a plus guère d’animation; elle est un peu considérée
-comme la capitale religieuse du Japon et certes le voyageur peut y
-passer facilement un mois à étudier l’architecture bouddhique sous
-toutes ses formes. Les principales excursions sont: le palais des
-empereurs; Higashi Hongwan ji; Nishi Hon gwan ji; Chi on In; Kiomidzu
-dera; San ju san guen dô; Honkoku ji; la colline de Hieizan; le lac
-Biwa; les rapides d’Arashiyama ou plutôt du Katsuragawa.
-
-Kioto fabrique les broderies, la porcelaine et le bronze.
-
-Le Shi d’Osaka est actuellement le plus important des trois au point de
-vue des affaires. La ville est située à environ cent quarante-trois
-lieues de Tokio et quinze lieues de Kiôto. De nombreux canaux la
-parcourent en tous sens, de sorte que la navigation, pour le transport
-par eau, pénètre jusqu’au cœur de la ville, qui a aujourd’hui près d’un
-million d’habitants. L’industrie du Japon s’est pour ainsi dire
-concentrée dans cette ville, bien située, près de la mer, au centre du
-Japon. Osaka est le grand marché commercial de l’Empire, et se trouve
-aujourd’hui relié, par eau et par voie ferrée, à tous les points du
-Japon. L’industrie y est également très florissante, et la population y
-est généralement dans l’aisance.
-
-
-III.--Les Ken ou Départements ont d’abord été au nombre de trente-cinq:
-
-1º Ken de Kanagawa. Il se compose de trois districts: Tsudzuki,
-Tachibana et Kuroki, et d’une partie du district de Tama, province de
-Musashi, plus de la province de Sagami. Le chef-lieu est Yokohama,
-autrefois le port où résidaient le plus d’étrangers. Les villes
-principales de ce département sont: Odawara, dans la province de Sagami;
-Yokosuka dans la même province, non loin de Yokohama, place de guerre et
-arsenal pour la marine impériale.
-
-2º Ken de Hiogo. Administre cinq districts de la province de Setsu et
-deux districts de la province de Tamba, plus les trois provinces de
-Harima, Awaji, Tajima. Le chef-lieu est Kobe, dans la province de Setsu.
-Ce port, ouvert au commerce extérieur pendant la première année de Meiji
-(1868) est contigu, du côté de l’Ouest, à celui de Hiogo. Au Sud-Est de
-Kobe, se trouve la baie d’Osaka et un peu plus loin le détroit de
-Tomoshima. La ville de Himeji fait également partie de ce Ken; elle est
-située dans la province de Harima, à environ quatorze lieues à l’Ouest
-de Kobé.
-
-3º Ken de Nagasaki. Administre trois provinces: Hizen, Iki et Tsushima.
-Le chef-lieu est Nagasaki dans la province de Hizen; cette ville est à
-environ trois cent quarante lieues de Tokio. Le port de Nagasaki, ouvert
-depuis longtemps au commerce chinois et au commerce hollandais, ne le
-fut pour les autres nations que dans la sixième année d’Ansei (1859). Le
-port de Nagasaki est fermé de trois côtés par des montagnes; le
-quatrième, qui est celui de l’entrée, est protégé par plusieurs îles et
-îlots. Ce port est un des plus sûrs et des plus profonds du Japon. La
-ville de Saga, dans la province de Hizen, se trouve à environ vingt-huit
-lieues au Nord-Est de Nagasaki.
-
-4º Ken de Niigata. Administre les provinces d’Echigo (dont un seul
-district, celui de Tsugawa, fait partie du Ken de Fukushima), et de
-Sado. Le chef-lieu est Niigata, province d’Echigo, à environ
-quatre-vingt-neuf lieues de Tokio. Elle est peuplée d’environ cinquante
-mille habitants. Le port de Niigata fut ouvert au commerce étranger dans
-la première année de Meiji (1868); situé à l’embouchure du Shinanogawa,
-il est par suite peu profond et mal commode. La ville de Takata, dans la
-province d’Echigo, se trouve à trente-trois lieues au Sud-Ouest de
-Niigata.
-
-5º Ken d’Aïchi; formé de deux provinces: Owari et Mikawa; le chef-lieu
-est Nagoya, dans la province d’Owari; cette ville est à cent
-quatre-vingt-quatorze lieues de Tokio; elle est située au milieu d’une
-plaine; ses rues sont larges et animées et c’est un des centres les plus
-importants du Japon; il y existe un superbe château-fort (shiro),
-ancienne résidence du Daïmio. La ville d’Okasaki, dans la province de
-Mikawa, est située à dix lieues au Sud-Est de Nagoya.
-
-6º Ken d’Ishikawa; formé de trois provinces: Kaga, Noto, Echiu, plus
-sept districts de la province d’Echizen. Le chef-lieu est Kanazawa, dans
-la province de Kaga. Cette ville est à cent vingt-sept lieues de Tokio;
-traversée au Nord et au Sud par deux rivières, le Saigawa et
-l’Asanogawa, Kanazawa se trouve à peu près au centre du Hokurokudô. Le
-commerce n’y est pas très considérable; villes principales de ce
-département: Fukui, dans la province d’Echizen, et Toyama dans la
-province d’Echiu.
-
-7º Ken de Hiroshima; formé des deux provinces d’Aki et de Bingo. Le
-chef-lieu est Hiroshima dans la province d’Aki, situé à deux cent trente
-lieues de Tokio. Le sol des environs est très fertile et la ville est
-arrosée par plusieurs cours d’eau. La ville importante de Fukuyama, dans
-la Province de Bingo, se trouve à vingt-six lieues à l’Est de Hiroshima.
-
-8º Ken de Wakayama formé de la province de Kii (quelques villages de
-cette province, situés à l’Est de la rivière Kumano, font partie du Ken
-de Miye). Le chef-lieu est Wakayama, à cent soixante-trois lieues de
-Tokio. Cette ville, dont le côté Ouest est voisin de la mer et le côté
-Nord est arrosé par le Kinogawa, se trouve à l’entrée de la baie
-d’Osaka.
-
-Entourée de collines, Wakayama est fort pittoresque.
-
-9º Ken de Sakai, formé de trois provinces: Idzumi, Yamato et Kawachi. Le
-chef-lieu est Sakai dans la province d’Idzumi; cette ville est à cent
-quarante-huit lieues de Tokio. Sakai est situé sur le même littoral que
-Osaka, au Nord; elle est arrosée par le Yamato gawa; on y prend des
-quantités de poissons. Sakai était autrefois le point de mouillage des
-navires étrangers.
-
-10º Ken de Miyagi, formé de treize districts de la province de Rikuzen
-et de trois de la province d’Iwaki. Sendai, dans la province de Rikuzen,
-en est le chef-lieu; elle est traversée au Sud-Ouest par le Hirosegawa
-et elle est contiguë du côté de l’Est à Shiwogama et Matsushima. Les
-environs de cette dernière ville forment un des plus beaux paysages du
-Japon. Les productions principales sont le poisson et le sel. Sendai est
-à 83 lieues au Nord de Tokio.
-
-11º Ken de Kôchi, formé des deux provinces de Tosa et d’Awa. Le
-chef-lieu est Kôchi dans la province de Tosa; Kôchi est à deux cent
-trente-et-une lieues de Tokio. A l’Est se trouve le port de Urato; au
-Nord et au Sud coule le Kamigawa; les productions principales sont le
-bois et le poisson.
-
-12º Ken de Kumamoto, formé de la province de Higo, chef-lieu Kumamoto,
-ancienne place forte importante, à trois cent vingt-six lieues de Tokio;
-arrosée au Sud par le Shirakawa, elle est bornée au Nord-Ouest par un
-groupe de montagnes; c’est une des grandes villes du Sai kai dô.
-
-13º Ken de Shimane, formé de cinq provinces: Idzumo, Hôki, Inaba, Iwami,
-Oki. Le chef-lieu est Matsuyé dans la province d’Idzumo, à deux cent
-vingt et une lieues de Tokio.
-
-14º Ken d’Akita, formé d’une partie des provinces d’Ugo et de Rikuchiu;
-chef-lieu Akita, dans la province d’Ugo.
-
-15º Ken de Saitama, formé d’une partie des provinces de Musashi et de
-Shimosa; chef-lieu Urawa, province de Musashi.
-
-16º Ken de Chiba, formé de parties des provinces de Shimosa, Awa et
-Kadzousa; chef-lieu Chiba, à onze lieues de Tokio, dans le golfe.
-
-17º Ken d’Ibaraki, formé de parties des provinces de Hitachi et de
-Shimosa; chef-lieu Mito, province de Hitachi, sur l’Océan, à trente et
-une lieues de Tokio.
-
-18º Ken de Tochigi, formé de la province de Shimotsuké; chef-lieu
-Tochigi; ville principale Utsunomiya d’où partent la route et le chemin
-de fer se dirigeant sur Nikkô.
-
-19º Ken de Gumma, formé de la province de Kodzuke; chef-lieu Mayebashi,
-à vingt-huit lieues de Tokio; avec les villes de Takasaki et de Tomioka,
-Mayebashi constitue le centre le plus important du Japon pour le
-commerce de la soie.
-
-20º Ken de Miye, formé des provinces de Ise, Iga et Shima et une partie
-de la province de Kii; chef-lieu Tsu, à cent treize lieues de Tokio.
-
-21º Ken de Shidzuoka, formé des provinces de Suruga, Totomi et Idzu;
-chef-lieu Shidzuoka, province de Suruega.
-
-22º Ken de Yamanashi, formé de la province de Kai, chef-lieu Kôfu, à
-trente-huit lieues de Tokio.
-
-23º Ken de Shiga, formé des provinces de Omi et de Wakasa et une partie
-de la province d’Echizen; chef-lieu Otsu, dans la province d’Omi.
-Hikone, ville célèbre, à quinze lieues au Nord-Ouest d’Otsu.
-
-24º Ken de Gifu, formé des provinces de Mino et Hida; chef-lieu Gifu,
-ville renommée pour la fabrication des lanternes.
-
-25º Ken de Nagano, formé de la province de Shinano; chef-lieu Nagano ou
-Zenkôji. Temple célèbre, où l’on vient en pèlerinage de toutes les
-parties du Japon.
-
-26º Ken de Fukushima, formé de la province d’Iwashiro, et d’une partie
-des provinces d’Iwaki et d’Echigo; chef-lieu Fukushima; ville principale
-Wakamatsu.
-
-27º Ken d’Iwate, formé de parties des provinces de Rikuchu, Rikuzen et
-Mutsu; chef-lieu Morioka, province de Rikuchu, à cent quarante lieues de
-Tokio.
-
-28º Ken d’Awomori, formé de parties de la province de Mutsu; point
-extrême du Honshu, Awomori en est la capitale, à cent quatre-vingt-onze
-lieues de Tokio.
-
-29º Ken de Yamagata, formé de la province d’Uzen et d’une partie de la
-province d’Ugo; chef-lieu Yamagata.
-
-30º Ken d’Okayama, formé des provinces de Bizen, Bichu et Mimasaka;
-chef-lieu Okayama, province de Bizen.
-
-31º Ken de Yamaguchi, formé des provinces de Suwo et Nagato; chef-lieu
-Yamaguchi, province de Suwo, à deux cent soixante-trois lieues de Tokio.
-
-32º Ken de Ehime, formé des provinces de Iyo et Sanuki; chef-lieu
-Matsuyama.
-
-33º Ken de Fukuoka, formé des provinces de Chikuzen et Chikugo et d’une
-partie de la province de Buzen; chef-lieu Fukuoka, à trois cent deux
-lieues de Tokio.
-
-34º Ken d’Oita, formé de la province de Bungo et d’une partie de la
-province de Buzen; chef-lieu Oita.
-
-35º Ken de Kagoshima, formé des provinces de Satsuma, Osumi et Hiuga;
-chef-lieu Kagoshima, point extrême Sud de Kiushiu, à trois cent
-soixante-dix-huit lieues de Tokio.
-
-Ces trente-cinq Ken ou départements ont été, ainsi qu’on peut le voir,
-formés avec les anciennes provinces, comme en France les départements.
-Depuis 1880, dix autres Ken ont été ajoutés à ces trente-cinq dont on a
-trouvé quelques-uns trop considérables. C’est ainsi que, dans Kiushiu,
-on a formé deux nouveaux Ken: Saga, chef-lieu Saga, et Miyazaki,
-chef-lieu Miyazaki.
-
-Dans la grande île, on a coupé en deux le Ken de Shimane pour créer le
-Ken de Tottori; à l’Est d’Osaka on a créé le Ken de Nara; à l’Est du Ken
-d’Ishikawa qu’on a coupé, s’est formé le Ken de Toyama; au Sud celui de
-Fukui; dans l’île de Shikoku, on a divisé les deux Ken de Ehime et de
-Kochi pour y adjoindre ceux de Kagawa, chef-lieu Takamatsu et Tokushima,
-capitale Tokushima.
-
-Enfin les îles Riukiu ont été incorporées à l’Empire sous le nom de
-Okinawa Ken.
-
-L’île de Yezo forme un Chô ou gouvernement spécial; le pays est
-également divisé en départements; mais l’administration de ce pays,
-considéré comme une colonie plutôt que comme partie intégrante de
-l’Empire, est forcément différente de celle des autres parties du Japon.
-
-
-IV.--L’administration japonaise est méticuleuse et terrible dans les
-détails. Sa paperasserie pourrait être, à juste titre, rapprochée de la
-nôtre. Il faut dire que ce n’est pas chose moderne dans le pays du
-Soleil Levant; autrefois, sous la féodalité et le gouvernement shôgunal,
-les fonctionnaires avaient avec eux des espions, les _metsuke_, chargés
-de les surveiller; il s’ensuit que l’habitude de faire rapport sur
-rapport et d’accumuler les papiers se prit très vite. La recherche de
-«la petite bête» existe au Japon dans toutes les administrations; les
-minuties, les détails insignifiants exaspèrent ceux qui ont affaire aux
-bureaux japonais; il faut tâcher d’en avoir besoin le moins possible.
-
-En voyage, dans l’intérieur, il n’est pas de jour où vous ne soyez
-surveillé par les autorités qui envoient, matin et soir, la police vous
-demander ce que vous faites, pourquoi vous êtes venu, si vous n’allez
-pas bientôt vous en aller. C’est une tracasserie de chaque instant; le
-tout, d’ailleurs, accompli avec une politesse exquise de la part de tous
-les agents de l’autorité, mais ce n’en est pas moins quelquefois fort
-ennuyeux.
-
-Aussi, à part les globe-trotters, les étrangers qui résident au Japon ne
-s’absentent-ils guère au-delà des environs des ports de commerce où ils
-habitent généralement.
-
-
-V.--Actuellement les ports où le commerce européen peut s’installer sont
-nombreux, mais les résidents des différentes nationalités se concentrent
-surtout à Yokohama, Kobé et Nagasaki.
-
-Yokohama est situé dans la baie de Tokio, tout près du bourg japonais de
-Kanagawa; étalé sur le bord de la mer d’un côté et adossé de l’autre à
-une colline assez élevée où les Européens ont leurs maisons
-d’habitation, tandis qu’ils ont leurs maisons d’affaires et leurs
-magasins sur le quai et dans les rues adjacentes. Le quai est une des
-jolies promenades de la ville; le port est peu abrité, quoiqu’il soit
-aujourd’hui protégé. Quand le vent du Nord-Est souffle violemment, il y
-a quelquefois de fortes tempêtes; depuis quelques années on a élevé près
-de la douane un appontement où peuvent prendre place quatre paquebots,
-ce qui facilite bien le débarquement et l’embarquement des marchandises
-et des passagers. Autrefois le port de Yokohama était le grand centre
-d’affaires des Européens; aussi y trouvait-on nombreuse société, club et
-champ de courses; les dames même avaient fini par s’y installer et de
-nombreuses familles y étaient nées qui donnaient à la ville une
-physionomie de petit centre européen. Actuellement Kobé s’est développé
-un peu au détriment de Yokohama par suite de la proximité d’Osaka où
-sont les principales manufactures et industries du Japon. Kobé est sous
-le rapport de la situation géographique beaucoup plus agréable et
-infiniment plus pittoresque que Yokohama, et les environs en sont
-délicieux. Quant à Nagasaki, le premier port où les Européens aient été
-admis (c’est là que les Hollandais trafiquaient à Deshima depuis 1640),
-il semble plutôt décliner. Peu d’Européens y demeurent et le commerce
-devient de moins en moins brillant.
-
-Voici les autres ports ouverts au commerce:
-
-Osaka; les grands bateaux n’y viennent pas, mais restent à Kobé, le port
-même d’Osaka ne pouvant leur assurer le mouillage. On fait des travaux
-en vue d’un port, mais ils sont loin d’être terminés. Ainsi que je l’ai
-déjà dit, cette grande ville est le véritable centre de l’activité
-industrielle et commerciale du Japon. Situé au milieu des plus riches
-provinces de l’Empire, en communications rapides, soit par eau, soit par
-terre, avec les diverses parties du pays, Osaka est rapidement devenu le
-principal emporium des îles du Soleil Levant. Les grandes cheminées
-d’usine s’élèvent à côté du gigantesque château-fort en pierres énormes,
-témoin des âges passés, et offrent un contraste frappant entre les deux
-époques;
-
-Niigata, peu important;
-
-Yebisuminato, dans l’île de Sado, peu important;
-
-Hakodate, dans l’île de Yeso, ville de 60.000 âmes; peu important au
-point de vue du commerce extérieur;
-
-Kio midzu, province de Suruga;
-
-Take toyo, province d’Owari;
-
-Nagoya n’est pas à proprement parler un port: celui-ci se trouve à Miya,
-et c’est à cet endroit qu’on débarque pour se rendre à la ville. Les
-gros bâtiments ne peuvent pas, du reste, entrer dans le port de Miya, et
-c’est surtout par les petits bateaux et par la voie ferrée que
-s’exécutent les transactions;
-
-Yokka ichi, province d’Ise;
-
-Shizaki, province de Bingô;
-
-Shimonoseki, province de Nagato; peu important, mais lieu de passage de
-tous les bateaux qui entrent dans la mer intérieure ou en sortent;
-
-Môji, province de Buzen; port important au Nord de l’île de Kiushu,
-point terminus du chemin de fer venant de Nagasaki;
-
-Wakamatsu, province de Chikuzen;
-
-Hakata, province de Chikuzen;
-
-Karatsu, province de Hizen;
-
-Sumi no ye, province de Hizen;
-
-Kuchi no dzu, province de Hizen;
-
-Miike, province de Chikuzen;
-
-Tsuruga, province d’Echizen;
-
-Awomori, province de Mutsu;
-
-et quelques autres petits ports dont je juge inutile de citer les noms.
-
-Le commerce se fait surtout à Yokohama, Kobe, Osaka et Nagasaki.
-
-Tokio, bien que situé sur la mer, à l’embouchure du Sumidagawa, n’est
-pas un port praticable: il n’y a aucune profondeur et des bateaux, même
-de moyen tonnage, ne peuvent y mouiller.
-
-Les quatre grands ports ci-dessus nommés sont pourvus de tout le
-matériel moderne pour l’embarquement, le débarquement, la mise en docks
-des marchandises. L’outillage et l’administration des ports de commerce
-répondent à ce que peuvent désirer les armateurs et les négociants
-modernes.
-
-De Yokohama partent les lignes de paquebots se dirigeant vers l’Europe
-et l’Amérique: tous ces bateaux, à service régulier, font escale à Kobé
-et Nagasaki.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre au Japon.--Le chemin de
-fer sibérien; les compagnies de navigation qui font le service.--II.
-Prix des passages. Les côtes japonaises.--III. La mer intérieure jusqu’à
-Kobé; de Kobé à Yokohama.--IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le
-service du Pacifique.--V. Aspect triste des villes japonaises pour celui
-qui débarque.
-
-
-I.--Pour se rendre au Japon, à l’heure actuelle, le voyageur n’a que
-l’embarras du choix. Très éloigné d’Europe à des époques qui ne sont pas
-encore bien lointaines, et où il fallait quarante-cinq jours bien
-comptés de Marseille à Yokohama, le pays du Soleil Levant, grâce à la
-voie de terre à travers les steppes de Sibérie, n’est plus qu’à vingt
-jours de Paris. Voici quelles sont, avec le transsibérien, voie
-terrestre, les routes maritimes pour se rendre dans les ports japonais:
-
-Voie de Sibérie.--Tous les deux jours un train part de Moscou, par Perm,
-Ekaterinburg et Tioumen. Cette dernière ville était le dernier point
-d’arrêt des chemins de fer russes vers l’Asie lorsque le gouvernement
-russe entreprit l’immense travail de pousser le rail jusqu’à
-Wladiwostok. De Tioumen, la voie file sur Omsk, Krasnoyarsk et Irkoutsk
-d’où elle repart, en contournant le Baïkal, sur Tchita, Nertchinsk pour
-pénétrer en Mandchourie et se diriger sur Kharbine. De ce dernier point,
-partent deux voies: l’une sur Port-Arthur[9]; l’autre sur Wladiwostok,
-point extrême de la voie russe. De ce port un service de bateaux gagne
-le Japon. Mais le trajet est un peu plus long; le plus rapide est de
-quitter le train russe à Kharbine et de se diriger sur Dalny (Talienwan,
-Tairen), d’où le bateau transporte le voyageur jusqu’à Nagasaki. Les
-wagons russes sont excessivement confortables, et il est évident qu’ils
-ne laissent rien à désirer au point de vue du bien-être; seule la
-vitesse pourrait être augmentée, mais il faut se dire qu’il n’existe
-qu’une voie, d’abord, ce qui retarde nécessairement la marche des
-trains, et, qu’ensuite, la voie est encore toute nouvelle, qu’elle a été
-construite rapidement et d’une façon hâtive sur certains points par
-suite des nécessités de la dernière guerre et que, par conséquent, elle
-n’est pas encore stable partout. Le temps remédiera à ces petits
-défauts, et, lorsque la deuxième voie sera exécutée, on pourra aller par
-train rapide en dix jours de Paris à Péking.
-
- [9] Le Sud de cette ligne est aujourd’hui aux mains des Japonais.
-
-Le prix du voyage, actuellement, se rapproche du prix du passage par
-mer; il faut compter 2.000 francs pour voyager en première classe de
-Paris à Nagasaki.
-
-Route de Marseille par l’Océan Indien:
-
-De Marseille partent plusieurs lignes: d’abord les _Messageries
-Maritimes_, dont les bateaux quittent le port les dimanches pour
-Port-Saïd, Suez, Aden (une fois sur deux), Djibouti (une fois sur deux),
-Colombo, Singapour, Saïgon, Hong-Kong, Shanghaï, Yokohama. Cette
-Compagnie possédait autrefois une flotte fort belle et des bateaux très
-confortables et très proprement tenus.
-
-Les étrangers, notamment les Anglais, y venaient en foule et les
-préféraient de beaucoup aux bateaux anglais; malheureusement un fait se
-produisit qui enleva aux Messageries la clientèle étrangère et aussi
-beaucoup de leur clientèle française: c’est que le Gouvernement français
-ayant supprimé, pour le transport de ses troupes en Indo-Chine, les
-grands bâtiments qui avaient été construits et destinés à cet usage
-exclusif, tels que le _Mytho_, le _Bien hoa_, le _Shamrock_, etc., et
-ayant conclu avec les Messageries un contrat pour le transport des
-officiers et des soldats, cette Compagnie se voit obligée par chaque
-courrier de remplir ses paquebots de troupes. Et c’est pour cela que les
-étrangers l’ont quittée; que de nombreux passagers français, payant de
-leur poche, ont fait de même, et qu’à l’heure actuelle, les bateaux des
-Messageries ne transportent que des militaires et des fonctionnaires. Le
-service est, d’ailleurs, bien au-dessous de ce qu’il était autrefois.
-
-La _Peninsular and Oriental_, Compagnie anglaise, fait également le
-service de Marseille au Japon par l’Océan Indien et Shanghaï; mais peu
-de monde la prend; elle est presque exclusivement chargée de
-fonctionnaires et de négociants anglais de l’Inde; le service y est fort
-correct; tout y est très propre; le confort y est anglais, c’est tout
-dire; mais pour la nourriture elle est fort inférieure, et les estomacs
-non encore habitués à la fâcheuse cuisine anglaise arriveront à Yokohama
-en bien mauvais état.
-
-_Norddeutscher Lloyd._--Tout ce qu’ont perdu les Messageries a été gagné
-par la Compagnie allemande. Les bateaux ne touchent pas Marseille, il
-est vrai; mais comme ce n’est pas sur la clientèle française qu’elle
-compte, elle n’a que faire de s’arrêter dans un port français; aussi
-a-t-elle deux points de relâche au Nord: Anvers et Southampton, et deux
-au Sud: Gênes et Naples. Le Norddeutscher Lloyd est la Compagnie qui, à
-l’heure présente, effectue le plus de transports de passagers pour
-l’Extrême-Orient. Les bateaux sont très confortables, fort bien tenus;
-la cuisine y est bonne; et le personnel très bien dressé; une seule
-chose y est atroce: c’est la musique de foire dont on vous fatigue les
-oreilles pendant les repas, et même après. Trop de musique!
-
-_Nippon Yusen Kwaisha._--Cette Compagnie touche à Marseille; les bateaux
-sont très beaux et les quelques cabines qu’ils contiennent sont très
-confortables; mais ils ne prennent que peu de passagers; d’ailleurs leur
-voyage depuis Marseille jusqu’au Japon est fort long par suite de la
-durée de leur station aux escales, par conséquent ils ne sont guère
-encombrés; il leur arrive en effet de rester quatre et cinq jours dans
-un port, et il n’y a que les personnes peu pressées qui les prennent,
-par suite du prix bien moindre qu’elles paient pour le voyage.
-
-En dehors des lignes de paquebots que je viens de citer et qui font un
-service régulier tous les quinze jours, il existe également une ligne
-autrichienne et une ligne italienne, mais dont les départs et les
-arrivées ne sont pas très réguliers.
-
-
-II.--Les prix du passage, sauf en ce qui concerne les Compagnies
-japonaise, autrichienne et italienne, sont à peu de chose près les
-mêmes: dix-huit cents francs en première classe et onze cents en
-seconde; sur les paquebots français et allemands il y a une troisième
-classe, mais peu fréquentée; car il n’y a pas d’_émigrants_ pour les
-pays d’Orient; il n’y a que des négociants, lesquels vont en première,
-et des employés qui vont en seconde. Les bateaux anglais de la
-Peninsular and Oriental ont aussi premières et secondes, mais pas de
-troisièmes. Toutes les Compagnies délivrent des billets d’aller et
-retour, mais les plus longs délais sont donnés par le Norddeutscher
-Lloyd.
-
-Le premier port japonais touché par les paquebots est le port de
-Nagasaki. L’entrée en est merveilleuse. Des îlots de verdure y forment
-plusieurs passes; devant soi, en contournant tous ces îlots (dont l’un,
-le Pappenberg, rappelle le martyre de nombreux chrétiens que les
-Japonais précipitaient du haut des falaises à pic sur les roches battues
-par les vagues), on aperçoit la colline toute couverte de frondaisons,
-et de champs descendant jusqu’à la mer. Çà et là, des rochers sombres
-émergent au-dessus des flots, par endroits la côte est à pic; de grands
-cèdres dressent leur tête et au milieu, sous leur ombrage protecteur, on
-aperçoit de petits temples perchés de côté et d’autre sur les points qui
-semblent à première vue les plus inaccessibles. De nombreuses barques de
-pêcheurs sillonnent la rade, et, à mesure qu’on s’avance au fond de la
-baie, la ville, jusque-là cachée, se découvre. Juste en avant, tout au
-fond, Deshima, cette petite langue de terre où autrefois les Hollandais
-étaient parqués, et qu’aujourd’hui rien ne distingue plus du reste de la
-ville. Derrière Deshima, et de chaque côté, la ville s’étend, aux
-petites maisons basses, aux rues étroites, et, brusquement, elle s’élève
-et perche ses constructions sur la colline, autour du grand temple
-rouge, d’où la vue domine toute la rade.
-
-Un peu en avant de Deshima, sur la droite de la ville Japonaise,
-s’élèvent les habitations européennes, toutes en terrasses; les divers
-consulats; l’hôtel Bellevue; les établissements et l’église de la
-mission catholique, des sœurs, de l’école des frères maristes; dans le
-bas de la colline, la rue marchande, avec le nouvel hôtel, juste sur le
-quai; les magasins, les banques, les agences d’affaires, les boutiques
-et tous les _general store keepers_ et _ship-chandlers_ ou magasins
-généraux d’approvisionnements.
-
-Nagasaki est, pour le japon, un port très important en raison de la
-sûreté et de la profondeur de sa rade, et de sa situation à l’extrémité
-Sud de l’Empire, tourné vers les côtes de Chine et de Corée.
-
-En face de Nagasaki, de l’autre côté de la baie, sont installés des
-fonderies et des ateliers de réparations et de constructions. Nagasaki
-actuellement renferme une population de près de 180.000 habitants.
-
-
-III.--En quittant le port de Nagasaki, les navires regagnent le Nord par
-la côte occidentale de l’île de Kiu shu et pénètrent, par le chenal de
-Shimonoseki, dans le Setouchi ou mer intérieure. Cette mer, célèbre dans
-le monde entier par la beauté de ses paysages de verdure, de ses
-innombrables petites îles couvertes de temples haut perchés où l’on
-arrive par des escaliers de cent marches et plus, est subdivisée
-précisément par ces îlots en une série de six parties appelées _nada_
-(courant violent, gouffre) qui prennent leur nom des provinces dont
-elles mouillent le rivage. Ce sont: Idzumi nada; Harima nada; Bingo
-nada; Mishima nada; Iyonada; Suwonada.
-
-La mer intérieure communique au Sud avec le grand Océan par deux
-passages, l’un entre le Honshu et Shikoku; l’autre entre Shikoku et
-Kiushu. A l’Est, elle s’unit à la mer du Japon par le détroit qui sépare
-Kiushu du Honshu, et où se trouvent au Sud, dans Kiushu, le port de
-Môji; au Nord, dans la province de Nagato, Ken de Yamaguchi, le port de
-Bakan ou Shimonoseki. On peut naviguer sur la mer intérieure en toutes
-saisons, de nuit aussi bien que de jour, grâce au système de phares très
-complet et très sûr installé sur tous les points par le gouvernement
-japonais. Les marées et les courants sont aujourd’hui bien connus et
-sont très réguliers aux sorties Est et Ouest sur l’océan et la mer du
-Japon; dans quelques parties resserrées par les îlots, à l’intérieur
-même du Setouchi, ils sont d’une grande violence.
-
-Le voyageur devra toujours s’arranger de façon à faire de jour la
-navigation de la mer intérieure du Japon; le plus pratique serait de
-quitter le grand paquebot à Shimonoseki et de prendre, pour la traversée
-jusqu’à Kobé, un des nombreux petits bateaux côtiers qui font le
-cabotage. Le paysage, en effet, vaut, entre tous ceux du Japon, la peine
-d’être étudié; non point que l’on se trouve en présence d’une nature
-grandiose; non, tout au contraire: la nature y est jolie, attrayante,
-charmante par sa verdure, ses villages, ses temples, ses fleurs, le tout
-fin et gracieux; quand le soleil brille sur cet ensemble et détache au
-loin sur l’azur les collines de Kiushu et Shikoku, on ne se lasserait
-pas de ce paysage exquis, doux et un peu languissant, on ne se
-détacherait pas de la vision de cette terre à l’air si accueillant et si
-inoffensif et qui pourtant nourrit un peuple de guerriers à l’âme dure.
-
-De Nagasaki à Kobé, par la mer intérieure, il faut compter douze heures
-environ.
-
-Si le port de Nagasaki est excellent et de toute sécurité, il n’en est
-pas de même du port de Kobé ou Hiogo. (Kobé est la ville où résident les
-Européens; Hiogo la ville japonaise; elles ne sont du reste séparées que
-par un pont sur une rivière à sec.)
-
-Les navires étaient primitivement obligés de mouiller en grande rade, le
-port n’étant aucunement protégé des vents du large; aujourd’hui les
-autorités ont établi un appontement s’étendant assez loin dans la mer,
-mais où seuls les paquebots-poste accostent, par suite des droits assez
-élevés; de sorte que tous les cargo-boats, encore aujourd’hui, sont
-obligés de jeter l’ancre assez loin, ce qui est un gros désavantage pour
-effectuer le débarquement et l’embarquement des marchandises. La ville
-européenne de Kobé est assez coquette, tout à plat le long de la mer;
-c’est là que se trouvent les hôtels, les magasins, les banques, les
-Consulats étrangers; quelques maisons d’habitation fort élégantes y
-dressent également leurs murs de briques rouges: plus loin, au-delà de
-la ligne de chemin de fer, de l’autre côté de la station de Sannomiya,
-sur une colline pas très élevée, mais agréable, des Européens ont
-construit leurs demeures privées qu’ils regagnent le soir après la
-fermeture de leurs bureaux. On y est en meilleur air et dans un calme
-plus reposant.
-
-Kobé-Hiogo avait une population de 285.000 habitants d’après le dernier
-résumé statistique de l’Empire (1908).
-
-De Kobé à Yokohama on compte généralement trente heures de navigation.
-C’est la partie du Japon où la navigation est la plus mauvaise en tout
-temps; l’hiver à cause de la mousson de Nord-Est qui souffle avec
-violence; l’été par suite de la mousson de suroît qui amène souvent des
-typhons redoutables. La navigation est surtout pénible par le travers du
-chenal d’Owari; jusqu’à l’entrée de la baie de Tokiô on n’aperçoit rien
-des côtes, tout au plus au loin l’île d’Oshima dont le volcan lance
-constamment de la fumée; l’entrée de la baie est formée par les deux
-pointes d’Awa et de Sagami, et se trouve très resserrée à la hauteur
-d’Uraga; le golfe s’élargit ensuite et laisse apercevoir à l’Ouest
-Yokosuka, puis Yokohama et Tokio. Depuis le phare de Jô ga shima, en
-face de Misaki, sur la pointe de Sagami, jusqu’à Yokohama d’un côté et
-jusqu’à Kamakura et Enoshima de l’autre côté, la côte japonaise est
-délicieuse, et enchanteresse. Il serait difficile de trouver de plus
-charmants endroits que les baies de Yokosuka et d’Uraga, et de plus
-agréables plages que celles de Kamakura et d’Enoshima; les Européens
-résidant au Japon ont mis à la mode ces stations d’été et aujourd’hui
-les Japonais y accourent de Tokio.
-
-Yokohama, situé sur un ancien marais désigné autrefois aux Européens,
-par dérision, comme emplacement a des environs de toute beauté.
-
-La ville elle-même s’étend le long de la mer, adossée au fond à une
-colline assez élevée nommée par tous les Européens le «Bluff». Sur le
-quai, et dans les deux rues parallèles en arrière du quai, Water street
-et Main street, se trouvent les bureaux, magasins, hôtels, banques,
-boutiques de _General store keeper_, magasins généraux où l’on vend de
-tout. Les consulats y sont installés également; sur la colline, les
-maisons d’habitation que l’on regagne le soir, une fois les bureaux
-fermés. Yokohama a toujours été, depuis l’ouverture du Japon, la grosse
-place commerciale, et c’est là que se trouve encore aujourd’hui la
-colonie la plus importante d’Européens et d’Américains. Le «United club»
-les réunit dans une même fraternité, et dans ces réunions il n’est
-jamais question de nationalités: on est «blanc».
-
-De magnifiques hôtels se dressent sur le quai: le Grand-Hôtel, fondé
-jadis par un Français, actuellement passé dans les mains d’une Société
-américaine et où fréquentent principalement les Américains de passage au
-Japon, qui sont toujours très nombreux.--L’Oriental Hôtel, créé et tenu
-encore par un Français, somptueusement meublé et décoré et où l’on mange
-une cuisine qui n’a pas sa pareille dans tout le Japon.--Enfin le
-Club-Hôtel, plus modeste, mais où l’on trouve cependant tout le
-confortable désirable.
-
-La colline ou «bluff» est une ravissante petite ville européenne que
-rien absolument ne distingue d’une localité quelconque des environs de
-Paris, telles Ablon ou Savigny-sur-Orge. Petites villas coquettes,
-entourées d’un jardin; rues très propres et très soignées, mais aucun
-cachet particulier. Passé la petite ville, se trouve le champ de
-courses, non loin de la Mississipi bay, charmante petite baie, ainsi
-nommée par les Américains, lorsqu’en 1852 ils arrivèrent pour la
-première fois au Japon. Le champ de courses est la grande promenade pour
-les habitants et deux fois par an, au printemps et à l’automne, les
-courses y réunissent toute la ville. Ce sont alors les grands jours de
-Yokohama.
-
-Les environs de Yokohama sont tous fort agréables, et les jours fériés
-voient de nombreux excursionnistes qui, sans s’éloigner beaucoup,
-peuvent charmer leurs loisirs au milieu de la verdure des petites
-collines qui dressent leurs sommets autour de la baie.
-
-Aujourd’hui, avec le chemin de fer, les environs immédiats de la ville
-sont un peu abandonnés, mais on va souvent plus loin pour trouver des
-endroits moins agréables.
-
-
-IV.--Yokohama est donc le point extrême pour les paquebots qui viennent
-d’Europe; il l’est aussi pour ceux qui viennent d’Amérique; de ce côté
-également, plusieurs Compagnies font le service: trois entre les
-États-Unis et le Japon; une entre le Canada et le Japon.
-
-Les trois Compagnies qui, de Yokohama, rejoignent les États-Unis sont:
-
-L’Occidental et Oriental qui va à San-Francisco;
-
-L’American pacific mail qui va également à San-Francisco;
-
-La Nippon Yu sen Kwaisha qui va à Seattle.
-
-Celle qui fait le service du Canada est la Canadian Pacific qui aboutit
-à Vancouver.
-
-Ces bateaux mettent douze jours de Yokohama à Vancouver et quatorze de
-Yokohama à San-Francisco; les bateaux américains, une fois sur deux,
-font relâche à Honolulu; le départ a lieu tous les quinze jours.
-
-De Paris à Yokohama par cette route, il faut compter une trentaine de
-jours; en effet:
-
- 1º de Paris à Londres 1 jour
- de Londres à Liverpool 1 --
- de Liverpool à Montréal 8 --
- de Montréal à Vancouver 5 --
- de Vancouver à Yokohama 12 --
- --
- Total 27 jours.
-
-Comme on ne peut pas voyager comme une lettre, il faut compter trois ou
-quatre jours de plus.
-
- 2º de Paris au Havre 1 jour
- du Havre à New-York 7 --
- de New-York à San-Francisco 5 --
- de San-Francisco à Yokohama 14 --
- --
- Total 27 jours.
-
-Mais en revanche, le voyage de ce côté coûte plus cher et il faut
-compter sur 3.000 francs en première classe; le moindre séjour en
-Angleterre et en Amérique est onéreux et les dépenses effectuées dans
-les wagons-restaurants et en bateau sont également très élevées. Aussi,
-en dehors des Américains, peu de voyageurs choisissent cette route qui
-double presque le tarif du voyage par l’Océan Indien ou la Sibérie.
-
-
-V.--En arrivant au Japon, l’étranger ne doit pas s’attendre à trouver
-des monuments, de belles constructions architecturales, des villes de
-granit et de marbre comme en Europe et en Amérique. Lorsqu’il a débarqué
-à Yokohama, à Kobé ou à Nagasaki, et qu’il a suffisamment parcouru les
-rues quasi-européennes bordées de bengalows ou de villas sans style,
-quelconques, maisons carrées en briques et bois, construites non pour
-l’art mais pour le confort et pour la résistance aux tremblements de
-terre, il a hâte de connaître quelque ville indigène, comptant sur une
-surprise agréable, avec l’espoir de découvrir quelque chose de riant et
-de gai. Le Japon, pour le voyageur qui vient d’Europe, n’est-ce pas le
-bariolage des kakémonos?
-
-Eh bien, il faut le détromper. L’aspect de toute ville japonaise est
-immensément triste. Tout est gris. Des maisons basses, en bois devenu
-gris avec le temps, recouvertes de tuiles noires, se succèdent sans
-interruption; des habitants, hommes et femmes, vêtus de couleurs grises
-(il n’y a que les enfants et les jeunes filles habillés de couleurs
-voyantes aux jours de fête): tout cela donne une impression complètement
-dépourvue de gaîté. Dans de grands centres comme Tokio, Kioto, Osaka,
-quelques vastes temples rouges, à la toiture énorme, apportent à
-certaines parties de la ville un cachet qui ne manque pas d’une réelle
-grandeur, mais les villes elles-mêmes sont misérables et tristes.
-
-Ce qu’il faut voir au Japon c’est la nature, toujours plaisante et
-gracieuse, en hiver comme en été, au printemps comme en automne; rien de
-grand, rien d’imposant comme à Java, comme dans l’Inde, comme dans
-certaines parties de la Chine occidentale; mais tout est souriant,
-aimable et doux. La nature japonaise n’est pas empoignante, elle est
-reposante et accueillante; même ses volcans terribles, le Fuji yama,
-l’Asama, le Onsengatake n’offrent rien d’effrayant. Les cascades
-gigantesques comme celles de Kégon à Chusenji ou de Kirifuri à Nikkô
-semblent des joujoux de cascades. Et toujours la même pensée vient à
-l’esprit du voyageur quand il a visité un peu ce pays: comment cette
-nature, en somme si calme et si gentille, a-t-elle pu conserver aux
-habitants ce caractère batailleur des anciens «hommes à deux sabres»,
-caractère encore sensible aujourd’hui sous une couche d’occidentalisme,
-à vrai dire très mince?
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-I. La vie indigène; la nourriture.--II. Coût de la vie au Japon; cherté
-des denrées et des loyers.--III. Hôtels à l’européenne.--IV. La famille
-japonaise, sa constitution, ses mœurs. Situation de la femme et des
-enfants.
-
-
-I.--La nourriture, en général, est fort simple: le riz en est la base
-principale avec le poisson, dont les mers du Japon abondent. Cependant
-aujourd’hui on commence à trouver du pain un peu partout, dans les
-grands centres, et aussi de la viande de boucherie. Néanmoins le
-Japonais préfère son riz, son poisson et ses légumes, et si vous
-l’invitez à dîner et, par conséquent, s’il mange du pain chez vous,
-soyez sûr qu’en rentrant chez lui il mangera son bol de riz; s’il n’a
-pas son riz, il n’a pas dîné.
-
-Le poisson se prépare de différentes façons: grillé souvent et
-quelquefois cru. Cependant on n’offre guère du poisson cru (dorade ou
-carpe) que dans les grandes occasions; on prend alors le poisson vivant;
-on l’écaille et on le coupe tel quel et on mange les tranches en les
-trempant dans une sauce noire appelée shôyu. Au début cela paraît
-bizarre, mais on s’y fait.
-
-Les œufs forment aussi une partie de la nourriture japonaise; ils en
-préparent une sorte d’omelette que l’on consomme froide. Comme légumes,
-les Japonais ont tous les nôtres; mais en plus ils mangent: les oignons
-de lys; les racines de lotus; les jeunes tiges de fougère; les jeunes
-pousses de bambou; ils aiment beaucoup les fruits confits dans une
-espèce de vinaigre; différentes espèces d’herbes conservées d’une
-certaine manière. En somme ils ont un régime plutôt végétarien.
-Quelquefois, cependant, quand ils ont un ami, ils tueront un poulet et
-feront un «torinabé» ou poulet à la casserole en le cuisant avec du
-sucre et du vin de riz (sake).
-
-Les sucreries sont fort appréciées au Japon; aussi les boutiques de
-pâtissiers et les marchands de bonbons ambulants sont-ils nombreux.
-
-Tout le monde, hommes et femmes, fume au Japon, l’usage des cigarettes
-est devenu assez répandu; mais cependant on a conservé l’habitude de la
-petite pipe en métal d’où l’on tire deux bouffées et qu’on bourre sans
-cesse avec du tabac coupé aussi fin que des cheveux.
-
-On a souvent dit que les Japonais étaient très propres et je l’ai
-constaté moi-même. Ils ont la propreté du corps, mais ils n’ont pas le
-sens de la propreté des objets dans les mêmes proportions que
-l’Européen. Ainsi tout Japonais qui se respecte ira prendre un bain
-chaud après son dîner; celui qui n’a pas son «fourô» (baignoire) chez
-lui, va aux bains publics où les hommes et les femmes sont ensemble
-(séparés par une corde); mais, d’un autre côté, votre servante essuiera
-très bien, avec la même serviette, le vase de nuit d’abord et votre
-assiette ensuite.
-
-
-II.--Il y a une trentaine d’années la vie était normale, je veux dire
-bon marché, et une famille japonaise pouvait vivre facilement avec
-quinze yen par mois. C’était le bon temps, mais on n’avait pas de
-«gloire». Maintenant on a de la gloire, mais elle coûte très cher, et la
-vie est devenue tellement coûteuse qu’actuellement la famille, qui
-dépensait quinze yen, est obligée d’en dépenser cinquante. Il s’ensuit
-que la misère est effrayante aujourd’hui au Japon; il est vrai que
-personne ne s’en plaint et on la supporte sans murmurer jusqu’à présent.
-Cela durera-t-il? Tout est imposé à l’extrême et le pays rend tout ce
-qu’il peut rendre; car _il est pauvre et ses possibilités sont très
-limitées_.
-
-Si la cherté de la vie a ainsi augmenté pour l’indigène, c’est
-naturellement encore bien pis pour l’Européen, qui lui ne se contente
-pas de riz et de légumes, mais qui a besoin de viande, de pain, de vin,
-d’huile, de vinaigre, de sucre raffiné, de thé, de café, d’alcool, de
-pâtes alimentaires, et en général d’une foule de choses qu’il lui faut
-importer d’Europe ou d’Amérique. Achat, transport, et droits de douane
-formidables font monter les denrées nécessaires à l’Européen à un prix
-tellement élevé qu’il faut être très riche aujourd’hui pour vivre au
-Japon à l’européenne.
-
-Une maison japonaise, que l’on payait jadis 30 yen par mois, en vaut 90
-aujourd’hui, un domestique que l’on payait 10 yen en réclame 30, et tout
-est à l’avenant.
-
-
-III.--Autrefois, depuis le moment où le Japon a été ouvert aux
-Européens, ces derniers devaient habiter dans les cinq ports ouverts de
-Yokohama, Nagasaki, Kobé, Niigata et Hakodate; ils ne pouvaient, sous
-aucun prétexte, résider en dehors sans passeport délivré par les
-autorités japonaises; plus tard les villes de Tokio et d’Osaka leur
-furent ouvertes, mais ils furent parqués dans une certaine partie de la
-ville avec défense de demeurer en dehors des limites fixées. Ce régime a
-pris fin avec la révision des traités, et depuis 1899 les Européens ont
-le droit de résider et de voyager partout au Japon sans être inquiétés.
-On trouve, dans tous les grands centres, des hôtels installés à
-l’européenne et où l’on donne une nourriture anglo-japonaise d’un goût
-douteux. Tokio possède l’Imperial Hôtel, grand bâtiment en pierre,
-secoué plusieurs fois violemment par les tremblements de terre; le
-Métropole Hôtel, plus modeste, mais où l’on avait, autrefois, une
-cuisine assez convenable quand il était dirigé par un Français.
-
-Kiôtô.--Kiôtô-Hôtel, très bien situé dans la partie centrale de la
-ville; Myako-Hôtel; Nakamura rô; Ya ami Hôtel; situé dans le parc de
-Maruyama, il est d’un séjour fort agréable; les prix sont d’environ 5 à
-6 yen par jour.
-
-Osaka.--Osaka-Hôtel à Nakanoshima, et Nippon-Hôtel. Les hôtels d’Osaka
-sont peu fréquentés, parce que les étrangers résident plutôt à Kiôtô et
-à Kobé et ne vont qu’en passant à Osaka.
-
-Nagasaki.--Cliff House; Nagasaki Hôtel sur la colline; Japan Hôtel;
-Hôtel Antonetti; Hôtel de France, sur la mer; 5, 6 et 10 yen par jour.
-
-Kobé.--Club Hôtel; Grand Hôtel; Hôtel Français; Oriental Hôtel Limited,
-le plus ancien hôtel de Kobé, très confortable: 5, 6 et 10 yen par jour.
-
-
-IV.--Il va sans dire que le touriste ou même le négociant, qui veut
-goûter la saveur locale, peut toujours descendre dans un des nombreux
-hôtels japonais, qui se disputent les voyageurs sur tout le territoire
-de l’Empire. Il aura soin, alors, de retirer ses souliers avant d’entrer
-(bien des Européens, refusant de le faire, ont ainsi nui au bon renom
-occidental et ils ont fermé beaucoup d’hôtels indigènes aux étrangers);
-il s’assoiera sur les talons, les jambes repliées sous lui, et il
-dormira sur le tatami ou grosse natte de paille dans l’épais _fouton_
-(couverture ouatée). Passer quelque temps dans une auberge japonaise n’a
-rien de désagréable en somme; et cela permet de prendre contact avec la
-vie et les coutumes indigènes.
-
-Malgré l’installation des étrangers dans les grands centres, il est bien
-évident que les mœurs ne se sont point modifiées; un peuple ne change
-pas de mentalité en l’espace de cinquante ans, et, s’il lui est
-relativement facile d’adopter la civilisation matérielle de l’Occident,
-il lui est plus difficile de changer complètement son système social.
-
-En Europe, le foyer est constitué par la femme, la mère de famille;
-c’est autour d’elle que l’on se réunit, c’est vers elle que tout
-converge. Au Japon il n’y a pas de foyer. La femme ne compte pas; le
-père seul existe, c’est lui le pivot de la famille japonaise; il est le
-représentant de la race et son continuateur. Cependant, contrairement à
-certains pays d’Orient, où la femme est séquestrée ou tenue dans une
-situation tout à fait inférieure, au Japon la femme n’est soumise à
-aucune réclusion jalouse; elle tient un rang honorable dans la société
-et partage les récréations de ses parents et de son mari, quoique jamais
-elle ne soit initiée à leurs affaires. Laissée très libre, elle abuse
-rarement de cette liberté, bien que, naturellement, le Japonais ne soit
-pas plus à l’abri que l’Européen de certains drames de famille. L’esprit
-des femmes japonaises est cultivé aujourd’hui, dans certaines classes,
-autant que celui des hommes. D’ailleurs, jadis également, l’éducation
-des femmes atteignait quelquefois à une haute culture intellectuelle, et
-on trouverait plus d’un nom féminin parmi les historiens, les moralistes
-et les poètes. Les femmes japonaises, sans être des beautés, sont de
-très gaies et de très agréables compagnes: elles ont beaucoup d’aise et
-d’élégance dans leurs manières, sauf lorsqu’elles s’habillent à
-l’européenne. Alors elles ont l’air gênées et paraissent en bois.
-
-Autrefois, la femme mariée, durant toute son existence, était pour ainsi
-dire en tutelle; elle dépendait de son mari, ou, à défaut, de son fils
-aîné et n’avait aucun droit légal: son témoignage n’était pas admis. Son
-mari pouvait introduire, à son choix, autant de concubines qu’il voulait
-sous le toit conjugal et pouvait signifier le divorce à sa femme comme
-il lui plaisait; par contre elle-même, en aucun cas, ne pouvait exiger
-le divorce. Aujourd’hui les lois ont changé la condition de la femme,
-mais en pratique le divorce ancien système existe encore, et la femme
-japonaise est encore traitée plutôt comme une poupée que comme une
-associée et une confidente.
-
-Il se prépare cependant actuellement une jeunesse japonaise _up to
-date_, qui commence à marcher sur les traces des féministes et des
-suffragettes.
-
-L’enfant, à sa naissance, n’est jamais emmailloté et aucun genre
-d’empaquètement ne l’empêche de se développer librement. Le trente et
-unième jour pour les garçons et le trentième jour pour les filles on le
-portait autrefois au temple pour lui donner un nom que la prêtresse
-préposée au temple choisissait; aujourd’hui l’enfant est déclaré, dès sa
-naissance, à la mairie de son quartier ou de la commune comme en Europe,
-et on ne lui donne qu’un nom, alors que, dans les temps anciens et même
-à une époque encore peu éloignée, on lui en choisissait plusieurs: il en
-changeait même assez souvent.
-
-L’enfant, au Japon, est excessivement gâté, on le laisse faire ce qu’il
-veut; jamais on ne le réprimande et surtout jamais on ne le bat; on lui
-passe toutes ses fantaisies, on le bourre de friandises et de sucreries.
-Mais, dès sa jeunesse, on lui inculque le mépris de la mort, l’amour du
-Pays et de l’Empereur; on lui enseigne à être très poli et déférent
-vis-à-vis des personnes âgées et des supérieurs. Vers l’âge de sept ans,
-tous, garçons et filles, vont à l’école primaire où ils apprennent les
-alphabets et quelques caractères, un peu de géographie et
-d’arithmétique. Ceux qui veulent faire des études complètes sont
-obligés, d’abord de se mettre en mémoire un certain nombre de caractères
-chinois sans lesquels ils ne pourraient acquérir aucune instruction
-sérieuse. C’est là, évidemment, pour eux, du temps à peu près perdu, pas
-tout à fait cependant puisque, en même temps que les caractères, ils
-apprennent l’histoire et la littérature ancienne de leur pays.
-
-Les fêtes spéciales aux enfants sont nombreuses au Japon, et les deux
-plus importantes méritent une description spéciale: elles s’appellent,
-pour les filles, la fête de _Hina no sekku_ ou _Hina no matsuri_, elle a
-lieu le troisième jour du troisième mois. Celle des garçons se nomme _Go
-gatsu no sekku_, elle est célébrée le cinquième jour du cinquième mois.
-
-La première de ces fêtes est spécialement réservée aux filles et c’est
-pour elles le grand jour de réjouissance de l’année. Les Européens l’ont
-surnommée la fête des poupées, parce que, ce jour-là, chaque famille
-expose les poupées accumulées et conservées pendant plusieurs
-générations. Quelques jours avant la fête on peut voir, dans les
-magasins, des collections de gentilles poupées hautes de vingt à
-cinquante centimètres, habillées plus ou moins richement; chaque famille
-qui a eu une fille dans l’année achète une paire de poupées pour donner,
-comme jouet, à l’enfant. La petite Japonaise a toujours grand soin des
-poupées achetées le jour de la fête de _Hinasama_, et, lorsqu’elle est
-grande, et qu’elle se marie, ses poupées la suivent dans sa nouvelle
-demeure; elle les donne à ses filles et ajoute encore à la collection
-chaque fois qu’une fille lui naît. Le troisième jour du troisième mois
-toutes les poupées de la famille sont exposées dans la belle chambre à
-la vue de tout le monde. Ces poupées sont faites de bois; elles
-représentent l’Empereur et l’Impératrice; les anciens nobles de Kioto ou
-_Kuge_, avec leurs femmes et leurs filles; les musiciens de la cour que
-l’on a soin de représenter chacun avec son instrument. Quelquefois aussi
-ces poupées figurent des Kami (dieux shintoïstes) ou des personnages
-mythologiques et historiques. Mais on ne se contente pas de mettre en
-ligne ces hauts dignitaires et ces personnages sacrés; on a soin de les
-entourer de tous les objets nécessaires à la vie quotidienne: petites
-tables en laque, petits ustensiles de ménage, bols, tasses, coffres de
-voyage, etc..., le tout proportionné à la taille des poupées. Puis on
-offre le vin de riz, le riz et le poisson sec (katsuobushi) à l’Empereur
-et à l’Impératrice, et les jeunes filles de la maison, avec la mère et
-les amies, se livrent à la joie et aux plaisirs de cette fête.
-
-Le cinquième jour du cinquième mois est le grand jour pour les garçons.
-Ici nous sommes dans tout l’attirail de la guerre. En effet, quelque
-temps avant le cinq du mois, les boutiques de la ville exhibent force
-effigies et images en bois de demi-dieux et de héros couverts d’armures
-brillantes, généraux et soldats de l’antiquité; guerriers qui se sont
-couverts de gloire, notamment Taiko Sama et Katô Kiyomasa; il y en a à
-pied, il y en a montés sur des chevaux brillamment caparaçonnés; la
-couleur rouge domine dans les drapeaux et oriflammes suspendus à
-profusion à travers les toits des maisons. Enfin des lances, des arcs et
-des flèches, des sabres sont rangés sur des râteliers spéciaux et
-alignés aux devantures des magasins. Chaque famille où il est né un fils
-fait l’acquisition de guerriers et d’armes, de sorte que, dans certaines
-familles, le jour de la fête, l’exposition a peine à tenir dans une
-chambre.
-
-En dehors de l’exposition, chaque famille où il est né un fils dans
-l’année, fait flotter au bout d’un long bambou, à l’extérieur,
-par-dessus le toit, un immense poisson en papier gonflé; aussi peut-on
-voir, tous les ans, le cinquième jour du cinquième mois, une quantité
-innombrable d’énormes poissons en papier, flottant au gré du vent
-par-dessus les maisons. C’est fort original. Le poisson représenté est
-la carpe (Koi) qui est supposée, par les Japonais, remonter les torrents
-avec facilité, et qui signifie que chaque homme doit tout surmonter et
-résister au courant de la vie.
-
-La maison japonaise n’est pas une maison; c’est un toit, un toit ouvert
-aux quatre vents, sans murs, avec quatre poutres pour le soutenir. La
-seule fermeture est représentée par les _to_, sortes de portes glissant
-dans des rainures, et que l’on ferme, le soir, quand la famille se livre
-au repos. Entre ces portes et les coulisses en papier qui entourent et
-ferment la chambre, il y a une petite vérandah d’environ un mètre de
-large. Dans la chambre, rien: aucun meuble, aucun siège. Seulement, par
-terre, des nattes fines, très épaisses sur lesquelles on s’assied les
-jambes repliées sous soi; ainsi on mange, on cause, on fume autour d’un
-brasero où brûle du charbon de bois. Pour les repas, la servante (ou la
-femme dans les ménages populaires) apporte de petites tables laquées sur
-lesquelles repose tout le repas: soupe, poisson, légumes, plus un grand
-seau en bois blanc très propre où est le riz chaud, dont chacun prend
-dans un bol autant qu’il en désire. Le riz, c’est notre pain.
-
-Les Japonais absorbent généralement trois repas par jour; en se levant
-ils font un bon repas, et ne se contentent pas, comme nous, d’une tasse
-de café; puis ils mangent à midi et le soir; c’est le repas de midi qui
-est le moins copieux; le soir, souvent, ils prennent un peu de sake ou
-vin de riz.
-
-C’est le soir, après dîner, que les Japonais vont au bain. Aller, après
-avoir bien mangé, se plonger dans une cuve d’eau bouillante à 40° et
-même 45°, est une coutume qui a toujours stupéfait les Européens qui ont
-habité le Japon. Les familles aisées ont toutes une cuve chez elles;
-quant au peuple, comme je l’ai déjà dit, il va aux bains publics; puis
-les Japonais, rouges comme des écrevisses, se préparent pour la nuit. On
-sort de l’armoire, dissimulée dans un côté des cloisons, les gros
-matelas appelés _fouton_, et on les étend par terre sur les nattes. Tout
-le monde couche ainsi sans drap, avec, comme chemise de nuit, un simple
-Kimono de coton. Il m’est arrivé bien souvent, à la chasse ou en voyage,
-de passer ainsi la nuit.
-
-Il existe aujourd’hui à Tokio des maisons à l’européenne, édifiées par
-les hauts personnages et par quelques Japonais fortunés; mais cependant,
-à côté de ces maisons, et communiquant avec elles, la maison japonaise
-existe, et c’est dans la maison japonaise qu’on vit. La maison
-européenne sert de temps en temps lorsqu’il faut accueillir des
-étrangers, ou lorsqu’on veut se donner le luxe d’une réception à
-l’européenne.
-
-L’Empereur lui-même vit dans un palais japonais, somptueusement décoré,
-que j’ai pu visiter comme on venait de l’achever, mais alors que
-l’Empereur n’en avait pas encore pris possession. A côté, le palais
-européen est utilisé pour les réceptions à l’européenne.
-
-Au reste, tous les fonctionnaires et tous les officiers, le soir venu,
-se hâtent de se dévêtir de leurs redingotes ou uniformes et d’endosser
-le costume national.
-
-Bien que le foyer n’existe pas au Japon dans le sens où nous
-l’entendons, il ne faudrait pas croire, cependant, que toute intimité
-est inconnue dans la famille japonaise. Pendant les soirées d’hiver,
-quand les _to_ sont bien fermés et que le braséro ou _hibatchi_
-réchauffe tant bien que mal les mains gelées, les petits enfants, en
-compagnie de leurs parents, réunis autour des charbons tout rouges,
-écoutent avidement les histoires et les contes de fées que la grand-mère
-leur raconte. Car le folklore japonais abonde en histoires tout aussi
-jolies que les contes de Perrault. Elles font défiler Momotaro, le jeune
-héros sorti d’une pêche, qu’une vieille femme trouve dans la rivière en
-lavant son linge, et qui devient riche et puissant; le vieillard qui
-fait fleurir les arbres morts, grâce au génie de son chien tué
-méchamment par un voisin jaloux; le miroir de Matsuyama, miroir qu’une
-jeune mère donne à sa fille en mourant, lui disant que toujours elle y
-verra son image; et la jeune fille, si semblable à sa mère, croit
-effectivement y voir l’image de la chère disparue; la bataille du singe
-et du crabe; le moineau qui a la langue coupée; le vieillard et les
-démons, et tant d’autres contes! La grand-mère (_o ba san_) charme son
-auditoire, et les petits enfants ouvrent tout grands les yeux et les
-oreilles pour mieux comprendre ces choses merveilleuses. Les vieilles
-histoires venues de l’Inde et de la Chine, les faits célèbres, les
-exploits de Yamato dakenomikoto et des guerriers des âges lointains,
-font aussi les frais de ces soirées familiales, ainsi que les méfaits du
-renard qui peut se changer en femme pour tromper les hommes et
-réciproquement; le renard (Kitsune), voilà peut-être l’animal le plus
-craint au Japon à cause de ses métamorphoses. Aussi le soir ferme-t-on
-bien les _to_ pour que maître Kitsune ne vienne pas faire de mauvaises
-farces dans la maison.
-
-Vient l’âge du mariage (le Japonais se marie jeune), il faut trouver une
-femme pour le fils et un mari pour la fille. Généralement, les familles
-s’entendent bien longtemps auparavant, ce qui simplifie les recherches.
-Quand on est tombé d’accord, un certain nombre d’amis du fiancé et
-autant d’amies de la fiancée sont désignés pour faire les préparatifs et
-décider de la cérémonie, puis on choisit un jour heureux pour la
-première entrevue des fiancés, et on fixe le jour du mariage. Alors le
-fiancé envoie à sa fiancée des présents en conformité avec sa situation
-de fortune et ces présents la fiancée les offre à ses parents en gage de
-remerciements, avant de quitter pour toujours leur demeure où elle a
-passé sa jeunesse au milieu des soins dévoués. Les parents fournissent
-le trousseau et les objets du ménage, comme cela se passe d’ailleurs en
-Chine.
-
-Quant à la cérémonie du mariage, elle est célébrée soit en famille, soit
-dans un restaurant choisi. J’ai eu l’occasion, arrivant dans un
-restaurant à Osaka, d’être invité fort aimablement par le propriétaire,
-au mariage de sa fille, et j’ai donc assisté à toute la cérémonie; la
-fiancée a sur la tête un long voile blanc, et elle est accompagnée par
-deux amies qui la conduisent dans la salle où la cérémonie doit avoir
-lieu. Là, le fiancé se trouve déjà, assis au milieu de ses parents et
-amis. Dans le centre de la pièce, est placée une table en laque d’or,
-magnifiquement décorée, et supportant un sapin, un prunier en fleur, une
-grue et une tortue, qui sont les emblèmes: le sapin, de la force du
-mari; le prunier, de la grâce de la femme; la grue et la tortue, d’une
-vie heureuse et longue. Sur une petite table, à côté, une coupe et une
-bouteille de sake. Après quelques cérémonies, les amies de la jeune
-fille, agissant comme demoiselles d’honneur, font approcher les deux
-fiancés près de la table en laque et leur offrent la coupe pleine où
-chacun, se tenant par la main, boit à son tour. C’est par cet acte de
-boire dans la même coupe que le mariage est consacré.
-
-Alors les invités arrivent pour les félicitations, puis tout le monde
-s’assied et prend part au festin. Je me rappellerai toujours avec
-plaisir cette cérémonie où j’ai été si gracieusement invité et traité
-d’une manière on ne peut plus aimable.
-
-Il va sans dire que l’état civil existant actuellement au Japon, le
-mariage doit être déclaré à la mairie. Le revers de la médaille est la
-facilité avec laquelle on divorce; il existe bien de nouvelles lois à ce
-sujet, mais les mœurs restent les plus fortes et le chiffre des divorces
-est encore considérable.
-
-Si, dans l’intimité et en famille, le Japonais est assez généralement
-gai et libre, dans le monde, il est toujours réservé et cérémonieux.
-Dans leurs visites, dans leurs entretiens les Japonais sont toujours
-froids et corrects, ils ont néanmoins une sorte de sourire permanent sur
-les lèvres; s’ils sont dans l’affliction par suite de la perte d’une
-femme ou d’un enfant, ils ont le même sourire; on les a habitués dès
-l’enfance à ne laisser rien paraître de leur joie ou de leur douleur.
-
-Souvent les femmes reçoivent leurs amies, et les hommes les leurs, vers
-quatre ou cinq heures de l’après-midi pour boire l’_usu cha_ et causer,
-en fumant quelques pipes. L’_usu cha_ est une sorte de thé en poudre,
-et, pour le préparer il y a tout un cérémonial; il faut, d’abord, des
-tasses en terre spéciale, très estimée au Japon, généralement grises et
-biscornues; sont aussi nécessaires une foule de petits instruments dont
-chacun est destiné à un usage spécial; il faut savoir prendre l’eau
-chaude dans la bouilloire, la verser d’une manière particulière, et
-enfin il faut recevoir la tasse, des mains de celui qui vous la
-présente, avec une certaine position des mains à la hauteur de la tête,
-boire religieusement et rendre la tasse suivant les rites. Et tout cela
-se fait très sérieusement, sans que le visage trahisse la moindre envie
-de rire.
-
-Les hommes, souvent aussi, s’invitent à un banquet dans un restaurant à
-la mode; alors c’est tout différent. Les invités, après avoir bu le
-sake, servi par de jeunes artistes musiciennes et danseuses, sont
-invités à se mettre à l’aise, et la soirée s’achève gaiement, après
-qu’on a admiré les danses nouvelles et les morceaux les plus choisis du
-répertoire. Les hommes seuls se réunissent ainsi; jamais les femmes ne
-sont admises à ces banquets. La musique japonaise, pour nos oreilles,
-est quelque chose d’atroce; il n’y a dans ces sons rien de ce que nous
-appelons un son musical, un rythme: c’est une complainte assez semblable
-aux cris de plusieurs chats. Il existe pourtant, actuellement, des
-troupes de musiciens à l’européenne, mais on sent qu’ils exécutent
-mécaniquement leurs notes et qu’ils ne sentent pas, ne comprennent pas
-notre art musical.
-
-Les Japonais sont assez joueurs et ils ont adopté tous les jeux chinois:
-cartes, dés, échecs; ils sont aussi très amateurs de combats de coqs et
-de cailles, goût qu’ils ont conservé de leurs ancêtres malais. L’été,
-ils sont très friands de parties de campagne, notamment sur l’eau: ils
-louent des barques disposées à l’usage des promeneurs et cherchent un
-endroit agréable, à l’ombre, d’où ils puissent avoir une belle vue. La
-fête de Riogoku bashi à Tokio donne une idée de ces réjouissances en
-bateau; pendant plusieurs jours, des barques, pleines de monde,
-sillonnent la rivière, et le soir, les feux d’artifices et les
-illuminations des restaurants et des maisons qui la bordent, rivalisent
-d’éclat avec les lanternes fines et élégantes de Gifu dont la lumière
-brille au toit des barques.
-
-Après cette esquisse de la vie japonaise, il convient de voir comment se
-termine la carrière d’une individualité humaine aux îles du Soleil
-Levant; c’est peut-être dans les rites funéraires que s’est conservée le
-plus exactement la manière antique: quand un Japonais vient à mourir,
-ses parents et ses amis lavent le corps et le revêtent d’un vêtement
-blanc sur lequel un prêtre a auparavant inscrit quelques caractères
-sacrés, généralement le nom posthume du défunt (car, dans la religion
-bouddhique chaque défunt a un nom sous lequel il est désigné désormais),
-puis on le place dans le cercueil. Au Japon, le cercueil est une caisse
-carrée ou un tonneau (ou plutôt la moitié d’un tonneau), dans lequel le
-mort est accroupi de façon que ses genoux viennent rencontrer son
-visage. Quand tous les préparatifs sont faits, et quand la famille a
-également pris le deuil en blanc, les pieds nus dans des sandales de
-paille, la procession funéraire commence. Elle est conduite par un
-certain nombre de porteurs de torches suivis par les prêtres; puis
-viennent les serviteurs, portant des bâtons de bambou où sont accrochées
-des lanternes et des bandes de papier blanc ornées de sentences
-bouddhiques, en caractères sanscrits. Le cercueil suit immédiatement
-après, porté par quatre ou six hommes; il est recouvert d’une espèce de
-châsse blanche qui le cache à la vue; alors viennent les amis et
-connaissances du défunt qui escortent les hommes de la famille, père,
-fils, frères; tout ce monde, d’ailleurs, parents, amis, porteurs,
-serviteurs de la maison et du temple, est en grand deuil, c’est-à-dire
-que tous sont vêtus de coton blanc. Chez le peuple évidemment ceci est
-simplifié et souvent même les femmes conduisent le défunt à sa dernière
-demeure. Les femmes de noble et riche famille suivent le cortège
-également vêtues de blanc, mais elles ne viennent que derrière et à la
-fin, autrefois portées en palanquin, aujourd’hui conduites en voiture.
-J’ai assisté ainsi, à Tokio, aux funérailles du prince Arisugawa; son
-fils, habillé de blanc, des sandales aux pieds, un bâton à la main
-suivait à pied; c’était un enterrement shintoïste, et, arrivé au
-cimetière, le corps fut déposé sur une sorte d’autel, devant lequel
-chacun vint offrir aux mânes du prince une branche de l’arbre sacré, le
-_Sakaki_.
-
-Chez les shintoïstes, en effet, les cérémonies sont très simples.
-
-Il n’en est pas de même chez les bouddhistes; le prêtre ici joue un
-grand rôle et, après être venu à la maison mortuaire réciter des
-prières, il accomplit une cérémonie; il récite enfin d’autres prières au
-cimetière.
-
-Autrefois, les cimetières étaient autour des temples, comme ils sont
-chez nous, dans les villages, autour des églises; aussi chaque quartier
-de Tokio avait plusieurs cimetières. Les Japonais brûlent, ou enterrent
-leurs morts, suivant la secte bouddhique à laquelle ils appartiennent.
-Les shintoïstes enterrent toujours.
-
-A l’intention de ceux qui emploient la crémation, il existe, sur un
-point de la banlieue de Tokio, un four crématoire pour les riches, et le
-bûcher de sapin pour les pauvres. Le cadavre réduit en cendres, les
-cendres sont recueillies dans une urne et enterrées.
-
-Les tombes se ressemblent toutes: un soubassement en pierre supportant
-une petite colonne carrée sur les quatre faces de laquelle sont gravées
-toutes sortes de maximes bouddhiques avec le nom posthume du défunt. Les
-shintoïstes pauvres se contentent d’un piquet de bois dégrossi sur les
-quatre faces, et entouré de bambous supportant des banderoles de paille
-et de papier, symbole du shintô.
-
-Les tombes ne sont pas négligées, au contraire; elles sont toujours
-ornées de fleurs, et, au mois de juillet, à l’époque du «_bon_» ou fête
-des morts, la foule se presse dans les cimetières, absolument comme on
-fait chez nous à la Toussaint. Il existe une croyance qui veut, qu’après
-la fête du _bon_, le 26e jour du 8e mois, la lune se lève en trois
-langues de feu au-dessus de l’horizon; aussi, tout vrai bouddhiste, ce
-soir-là, va-t-il s’installer sur une éminence où il reste en prière
-jusqu’à l’apparition des trois langues de feu. Chacune, en effet,
-représente un bouddha qui s’élève ainsi au-dessus de la terre et
-disparaît presque aussitôt, alors que les trois langues de feu se
-réunissent pour former la lune.
-
-Les Japonais qui suivent les enseignements du bonze dissident, Nichiren,
-et qui font partie de la secte du Hokkekio, ont une coutume d’une poésie
-vraiment naïve et délicieusement idéale: celui qui a parcouru assez
-longtemps les routes du Japon n’a pas été sans rencontrer, dans la
-campagne, une pièce de coton suspendue aux quatre coins à des bambous
-enfoncés en terre près d’une mare, d’un ruisseau. Derrière cette pièce
-de coton, se trouve une planchette avec quelques caractères,
-généralement les caractères _Namu miô hô ren ge kiô_ qui veulent dire à
-peu près: Gloire au lotus de la bonne loi. Enfin une sorte de gobelet en
-bois, avec un long manche, repose sur l’étoffe. Dans le creux des quatre
-bambous, souvent, on trouve des fleurs qu’une main pieuse renouvelle. A
-première vue un Européen ne comprend pas; mais voici l’explication qui
-m’a été donnée: sur l’étoffe de coton est inscrit le nom d’un défunt;
-alors le passant pieux, après avoir joint les mains et prié quelques
-instants, prend le gobelet et répand de l’eau sur l’étoffe; il attend
-que toute l’eau ait traversé l’étoffe avant de poursuivre son chemin;
-puis il salue et repart. Cette petite cérémonie est appelée _Nagare
-Kanjô_, la prière de l’eau courante.
-
-[Illustration: Le Dai Butsu de Kamakura.]
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-I. Le peuplement: sa densité; l’expansion au dehors.--II. Quelques
-chiffres.--III. Répartition de la population.--IV. Villes au-dessus de
-100.000 habitants.--V. Émigration au Hokkaido (île d’Yezo).
-
-
-I.--La population du Japon augmente, tous les ans, d’une manière
-inconnue à l’Europe, même à l’Allemagne et à la Russie, dont, cependant,
-l’accroissement de population est déjà fort rapide. On a souvent
-prétendu que c’était cette augmentation continuelle qui obligeait les
-Japonais à chercher d’autres terres pour vivre, leur pays se trouvant
-surpeuplé. Je crois qu’il n’est pas très exact d’énoncer pareille idée
-d’une façon absolue. Les Japonais ont encore à peupler tout le Nord du
-Honshû et l’île de Yezo et, certainement, ces deux parties de l’Empire
-pourraient nourrir des milliers de familles; ce qui chasse les Japonais
-de chez eux c’est moins le besoin de nouveaux territoires que leur
-esprit d’aventures. En effet, avant la fermeture complète du Japon par
-Iyeyasu et l’interdiction absolue de communiquer avec l’étranger, les
-jonques des Japonais parcouraient toutes les mers de Chine, et on les
-trouve, aux XIVe, XVe, XVIe siècles, un peu partout en Asie: en Corée,
-au Siam, en Annam, au Tonkin, où ils commercent, où ils deviennent
-ministres, généraux, et où, en somme, ils sont très appréciés. Le vieux
-sang malais, le sang des écumeurs de mer qui coule dans leurs veines, en
-fait à cette époque des navigateurs de première valeur. L’édit de
-Iyeyasu leur fermant la mer, leur fit oublier leurs ardeurs maritimes;
-mais depuis que le pays s’est ouvert en grand, ils sont repartis sur les
-flots et sont redevenus ce qu’ils étaient, d’excellents marins et des
-aventuriers sans égaux. C’est ainsi qu’on les voit en Chine, en
-Amérique, aux Hawai, aux Philippines, en Mandchourie, en Corée, voire au
-Pérou et au Chili.
-
-
-II.--Quelle que soit, d’ailleurs, la raison particulière qui les fait
-ainsi essaimer dans les mers d’Extrême-Orient et dans le Pacifique, il
-n’en est pas moins constant que le chiffre de la population japonaise va
-toujours en augmentant. De 35.768.584 en 1879, elle est passée en 1905 à
-47.674.460 habitants, après avoir été en 1896 de 42.708.264 habitants.
-
-Le tableau de la population totale de l’Empire, pour les dix dernières
-années (le recensement le plus récent étant de 1905, pris dans le
-dernier résumé statistique de l’Empire) (1908), donne les chiffres
-suivants:
-
- ANNÉES POPULATION
-
- 1896 42.708.264
- 1897 43.228.863
- 1898 43.763.855
- 1899 44.260.642
- 1900 44.815.980
- 1901 45.437.032
- 1902 46.022.476
- 1903 46.732.876
- 1904 47.215.630
- 1905 47.674.460
-
-Cette population totale était ainsi répartie à la fin de décembre 1903
-(dernier tableau paru):
-
- 1888 1893 1898 1903
- Honshu central 15.331.659 16.031.432 16.859.998 17.988.546
- -- septentrional 5.992.017 6.316.774 6.642.917 7.075.571
- Honshu occidental 9.096.416 9.374.468 9.825.722 10.396.425
- Shikoku 2.828.821 2.907.280 3.013.817 3.167.707
- Kiushu 6.103.446 7.379.262 6.811.246 7.260.910
- Yezo 254.805 379.097 610.155 843.717
-
-En quinze ans, de 1888 à 1903 la population du Japon a augmenté de
-7.175.642 habitants; et de 1903 à 1905 de près d’un million (exactement
-941.584 habitants).
-
-
-III.--Elle est inégalement répartie dans tout l’Empire et les parties
-les plus peuplées du Japon sont celles qui composent le Honshu central,
-c’est-à-dire tout le centre de la plus grande île, que les Européens
-connaissent plus généralement sous le nom de Nihon ou Nippon, et que les
-Japonais appellent _Honshu_ ou terre principale, Nippon et Nihon, chez
-eux voulant dire le Japon tout entier. La répartition de la population
-par Ken ou département, au 31 décembre 1903 (résumé statistique de
-l’Empire du Japon pour 1908) est ainsi établie:
-
- Shi et Ken (Honshu central). Population.
-
- Shi de Tokio 1.668.368
- Ken de Kanagawa 866.276
- -- Saitama 1.248.626
- -- Chiba 1.329.362
- -- Ibaraki 1.205.231
- -- Tochigi 858.875
- -- Gumma 850.081
- -- Nagano 1.321.581
- -- Yamanashi 537.938
- -- Shidzuoka 1.294.917
- -- Aichi 1.692.771
- -- Miye 1.051.054
- -- Gifu 1.046.520
- -- Shiga 739.608
- -- Fukui 655.714
- -- Ishikawa 806.748
- -- Toyama 814.876
-
- Honshu septentrional:
- Ken de Niigata 1.882.574
- -- Fukushima 1.145.606
- -- Miyagi 898.531
- -- Yamagata 889.510
- -- Akita 834.781
- -- Iwate 761.281
- -- Awomori 663.288
-
- Honshu occidental:
- Shi de Kioto 984.285
- -- d’Osaka 1.432.932
- Ken de Nara 568.265
- -- Wakayama 721.411
- -- Hiogo 1.776.220
- -- Okayama 1.181.204
- -- Hiroshima 1.517.185
- -- Yamaguchi 1.032.879
- -- Shimane 742.844
- -- Tottori 439.200
-
- Shikoku:
- Ken de Tokushima 729.951
- -- Kagawa 730.947
- -- Ehime 1.056.054
- -- Kôchi 660.755
-
- Kiushiu:
- Ken de Nagasaki 878.667
- -- Saga 666.158
- -- Fukuoka 1.476.528
- -- Kumamoto 1.212.187
- -- Oita 873.659
- -- Miyazaki 490.275
- -- Kagoshima 1.194.228
- -- Okinawa 468.208
-
-Par le tableau ci-dessus, il est facile de se rendre compte de la façon
-dont le Japon est peuplé; depuis le recensement de 1903, la population
-s’est encore accrue nécessairement, mais aucune statistique officielle
-n’a paru à ce sujet; toutefois on peut affirmer, sans se tromper, qu’à
-l’heure actuelle (1909), la population japonaise dépasse 50.000.000
-d’habitants. (L’Annuaire économique pour 1908 donne exactement
-49.232.822.)
-
-Les départements (Ken) les plus peuplés sont, avec les Shi (cités) de
-Tokio et d’Osaka, ceux de Saitama, Chiba, Ibaraki, Gumma, Shidzuoka,
-Aichi, Miye, Gifu dans le Honshu central; Niigata, Tokushima, Hiogo,
-Okayama, Hiroshima, Yamaguchi, dans le Honshu occidental; Ehime, dans
-l’île de Shikoku; Fukuoka, Kumamoto, Kagoshima, dans l’île de Kiushiu.
-
-La population de Yezo, appelé plus généralement Hokkaido par les
-Japonais, est de 435.248 hommes et 408.469 femmes, soit un total de
-843.717, compris dans le total du précédent tableau.
-
-Comme densité nous trouvons:
-
- 190 habitants par kilomètre carré pour le Honshu central;
- 90 habitants par kilomètre carré pour le Honshu septentrional;
- 194 habitants par kilomètre carré pour le Honshu occidental;
- 174 pour Shikoku;
- 166 pour Kiushiu;
- 9 seulement pour l’île de Yezo.
-
-Ce qui, en moyenne, donne 122 habitants par kilomètre carré; on voit
-donc que, comparativement aux pays les plus peuplés d’Europe, la
-Belgique par exemple, c’est encore peu de chose, et que le Japon
-pourrait contenir une population plus considérable.
-
-
-IV.--La population rurale est très dense, et bien que l’industrie
-attire, comme partout ailleurs, les jeunes gens vers les agglomérations
-urbaines, cependant on ne trouve guère actuellement qu’une dizaine de
-villes ayant une population de 100.000 âmes et au-dessus.
-
- Tokio 1.818.655
- Osaka 995.945
- Kioto 380.568
- Yokohama 326.035
- Nagoya 288.639
- Kobe 285.002
- Nagasaki 153.293
- Hiroshima 121.196
- Sendai 100.231
-
-Toujours, à la date du 31 décembre 1903; donc tous ces chiffres doivent
-être majorés aujourd’hui.
-
-
-V.--En 1907, l’immigration au Hokkaido donnait un chiffre de 66.793
-individus dont il faut défalquer 10.092 qui ont abandonné l’île. La
-population indigène de cette partie de l’Empire, les Ainos, n’est plus
-que d’environ 18.000 individus, à peu près autant d’hommes que de
-femmes; elle tend à disparaître complètement devant l’invasion japonaise
-qui contribue beaucoup à leur disparition progressive en leur livrant de
-mauvais alcool de riz.
-
-A part les Ainos du Hokkaido, on peut dire qu’à l’heure présente la
-population du Japon est homogène. Elle ne forme qu’une même race
-d’hommes, parlant la même langue, ayant les mêmes habitudes, les mêmes
-mœurs. Évidemment l’isolement dans lequel le Japon s’est trouvé pendant
-plus de deux siècles, enfermé dans ses îles, alors que défense était
-faite sous peine de mort de quitter de vue les côtes, a contribué
-puissamment à mêler les divers éléments constitutifs et à ne faire qu’un
-seul peuple; cependant là n’est pas l’unique raison: car nous voyons, en
-Europe, la Grande-Bretagne, dont les divers éléments, celtes, gallois et
-anglo-saxons, enfermés dans des îles aussi, ne se sont pourtant jamais
-fondus ensemble. La constitution politique et l’administration uniques
-pour tout le territoire, ont dû contribuer certainement à la réalisation
-de l’unité de race dans les îles du Soleil Levant.
-
-La population étrangère fixée au Japon n’est pas très considérable, et
-elle est estimée à environ 19.000 individus. Les Chinois sont les plus
-nombreux, avec un total de 12.434; puis viennent les Anglais au nombre
-d’environ 2.000 et les Américains des États-Unis au nombre de 1.500. Les
-Allemands et les Français ne sont guère plus de 500 à 600. Quant aux
-autres pays, ils sont représentés par un nombre de personnes variant de
-1 (Grec) à 90 (Italiens) et 200 (Russes).
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-I. Tokio capitale.--II. Localités à visiter.--III. Environs de
-Tokio.--IV. Le Fuji yama.--V. Sendai et les villes du Nord.--VI. Nagoya,
-Kioto, Nara.--VII. Osaka et les villes du Sud.
-
-
-I.--La capitale du Japon, Tokio, est située au Nord de la baie d’Yedo;
-elle occupe une circonférence de quarante-trois kilomètres, et elle est
-arrosée par le Sumida ou Ogawa qui coule à travers la ville, la divisant
-en deux parties: la ville proprement dite, et les faubourgs de Honjo et
-de Fukagawa. C’est plutôt une agglomération de villages autour du
-château qu’une véritable ville, quoique, à l’époque moderne, elle se
-soit de plus en plus centralisée. Le château occupe une situation élevée
-du côté Ouest du centre de la ville; il est enclos de doubles murailles
-et entouré d’un large fossé. C’était là qu’habitait le Shôgun ou
-lieutenant général. Le feu, le 3 avril 1872, a tout détruit, et ce n’est
-qu’en janvier 1889 qu’un nouveau palais y fut élevé pour le Mikado qui y
-réside depuis lors. Les jardins impériaux, appelés Fukiage, sont situés
-dans l’enceinte du château. On est admis à les visiter en demandant
-l’autorisation au ministère de la maison impériale. A l’extérieur, on
-peut admirer les tours à plusieurs étages, quadrangulaires et à toits de
-forme chinoise, qui ont été laissées, à juste titre, au-dessus des
-portes d’entrée du château.
-
-Entre le château et les murs d’enceinte de la ville propre, un immense
-espace était occupé par les nombreux palais des Daïmios; mais presque
-toutes ces constructions féodales ont cédé la place à de hideux
-bâtiments de briques construits par des architectes européens et qui
-servent de ministères, de casernes, d’écoles très diverses, etc... de
-sorte qu’on a peine à avoir une idée de ce qu’était le vieux Yedo au
-temps du Shôgunat. Il reste pourtant quelques-uns des anciens bâtiments
-qui ont été convertis en bureaux du gouvernement; ce sont des
-constructions de bois, très longues, à un seul étage, avec une
-couverture en tuiles grises très lourdes, et peintes en noir, ce qui
-leur donne un aspect lugubre.
-
-En dehors des murs de la ville, est éparpillée la cité populaire, très
-dense, et où se fait tout le commerce; la rue principale est de
-construction européenne, en briques, nommée Ginza, elle est continuée
-par la rue qui mène au pont du Japon ou Nihon bashi, d’où sont mesurées
-les distances de l’Empire. Ces rues sont très animées, d’autant plus que
-Ginza se trouve précisément en face de la station du chemin de fer de
-Shimbashi.
-
-Ces deux rues conduisent jusqu’au parc d’Uyéno où est installé le musée
-impérial, et où se tiennent les expositions nationales et de peinture.
-
-
-II.--Parmi les endroits intéressants pour les étrangers, on peut citer
-le grand temple de Kowannon à Asakusa, non loin d’Uyeno, et les temples
-de Shiba dont j’ai déjà parlé plus haut. Il y a, en tout, près de deux
-mille temples à Tokio, mais peu méritent la peine d’être visités. L’un
-des plus fréquentés est le temple de Sengakuji, à Shinagawa, où se
-trouvent les tombeaux des fameux quarante-sept rônins.
-
-Les districts de Honjo et Fukagawa sont les côtés calmes et tranquilles
-de la capitale; ils sont reliés à la ville propre par cinq ponts: Adzuma
-Bashi, Umaya Bashi, Riogoku Bashi, O Hashi, et Eitai Bashi (Hashi, par
-euphonie Bashi: Pont).
-
-Tokio est en pleine transformation, et l’on peut voir, à côté de maisons
-européennes, élevées par des nobles ou de riches bourgeois, les maisons
-en bois du peuple. L’éclairage à l’électricité a été installé dans les
-plus beaux quartiers; les autres étant éclairés soit au gaz, soit à
-l’huile de pétrole. Des tramways électriques, des omnibus circulent
-partout; mais le caractère général de la ville est bien triste et
-sombre, malgré les bouquets de verdure qui sortent par-dessus les petits
-toits.
-
-
-III.--Ce qu’il y a de joli ce n’est pas Tokio, ce sont les environs:
-Meguro, Ikegami, Kawasaki, Kanazawa, sur le bord de la mer, l’un des
-plus ravissants endroits du Japon, d’où l’on a huit points de vue
-charmants connus sous le nom de Kanazawa hakkei, les huit vues de
-Kanazawa.
-
-Kamakura, également sur le bord de la mer, aujourd’hui simple bourgade,
-autrefois capitale du Shôgun Yoritomo (1185), possède encore quelques
-vestiges de sa splendeur ancienne, notamment le temple de Hachiman, et
-le grand Bouddha en bronze dans la tête duquel peut tenir un homme de la
-taille de deux mètres.
-
-Enoshima, île sacrée, ressemble assez au Mont Saint-Michel en France,
-avec ses temples, ses grottes, ses caves; lieu de pèlerinage d’été, où
-les Européens vont souvent passer quelques jours de repos et respirer
-l’air marin et l’odeur des sapins.
-
-Yokosuka, charmante petite ville, d’un côté sur la mer, de l’autre
-adossée à des collines verdoyantes; c’est là que les Japonais ont créé,
-avec l’aide d’ingénieurs français, leur premier arsenal maritime.
-Aujourd’hui c’est un des principaux arsenaux, et l’activité y est
-prodigieuse; on y répare et on y construit même des bateaux de guerre,
-et on aurait peine à croire, en voyant les environs si riants et la mer
-si calme, qu’il se cache là, au fond du golfe, une fabrique de
-destruction.
-
-Hakone.--Cet endroit, situé au milieu des montagnes, assis sur un lac
-aux eaux très fraîches, est l’une des stations d’été fréquentées par
-beaucoup d’Européens de Tokio et de Yokohama. On va d’abord par le
-chemin de fer jusqu’à Kôdzu, et de là un tramway antique, traîné par un
-cheval vous laisse au pied de la colline de Miyanoshita.
-
-Cette dernière bourgade est également fréquentée, et il y existe un bel
-hôtel européen pourvu de tout le confort désirable; de là on se dirige
-sur Yumoto où se trouvent des sources sulfureuses, et de ce dernier
-endroit on parvient à Hakone. Cette petite ville était autrefois la clef
-du Kwantô (possessions directes du Shôgun), et les passes occidentales
-de Hakone, donnant sur le chemin de Kioto, étaient gardées sévèrement.
-Nul ne les franchissait sans passeport. Hakone est l’un des plus
-charmants endroits qu’un voyageur, qui n’a pas le temps d’aller loin
-dans l’intérieur, puisse visiter. La nature y est admirable; de grands
-cryptomérias ombragent les bords du lac, où l’Empereur possède un palais
-d’été, et la flore de ces régions est délicieuse.
-
-Atami (la mer chaude), que l’on atteint en franchissant les montagnes de
-Hakone vers la mer, est un séjour où les Japonais vont jouir du calme et
-du repos. Des sources d’eaux chaudes intermittentes s’y trouvent et sont
-assaillies de nombreux baigneurs.
-
-
-IV.--L’une des plus belles excursions peu éloignées de Tokio est celle
-du Fuji yama, auquel on arrive en franchissant, au-dessus de Hakone, le
-col de l’Otomitoge. L’ascension de la montagne n’a rien de bien pénible
-et il est assez original de la faire au mois d’août, au milieu de tous
-les pèlerins japonais. On a, du sommet de l’ancien volcan, une vue
-superbe, mais généralement, par suite des nuages, on ne voit rien du
-tout. A cette époque de l’année, l’humidité de l’atmosphère au Japon est
-telle, qu’il est très rare d’avoir un ciel parfaitement clair.
-
-Nikko.--A proprement parler, Nikko n’est pas une ville; c’est un
-ensemble de temples et de tombeaux dans un cadre de montagnes et de
-torrents absolument admirable; autour de ces temples s’était formé un
-petit village qui, à la suite de la venue des Européens, s’agrandit et
-vit s’élever des maisons et des hôtels. C’est là, en effet, que les
-résidents étrangers prirent peu à peu l’habitude d’aller passer l’été,
-et aujourd’hui de confortables hôtels à la mode d’Europe se sont
-installés. Toutes les maisons et les rues sont éclairées à
-l’électricité, et, il faut bien l’avouer, cet envahissement de
-l’Occident a fait perdre à Nikko la plus grande partie de son charme.
-
-Quoi qu’il en soit, l’étranger ne manquera pas de s’y rendre et d’y
-visiter les tombeaux et temples de Iyeyasu et de Iyemitsu, les cascades
-de Kirifuri et d’Urami, les belles montagnes et le lac de Chusen ji.
-Cela constitue un ensemble remarquable, et c’est si vrai que les
-Japonais en ont fait un proverbe: _Nikko mi na kereba kekko to yu na;_
-si vous n’avez pas vu Nikko ne dites pas le mot «merveilleux». En dehors
-de Nikko, et dans le même massif de montagnes, on peut excursionner, à
-Ikao, Ashio, à l’Asama yama, volcan encore en activité, et qui vomit
-constamment de la fumée, mais dont on peut faire facilement l’ascension.
-
-
-V.--Sendai.--Cette ville n’a rien de particulièrement intéressant, et si
-on la cite, c’est qu’il faut s’y rendre pour visiter la baie de
-Matsushima, qui est considérée comme une des merveilles du Japon. C’est
-une nuée d’îles vertes et couvertes de sapins, semées dans une baie bien
-ouverte; des ponts en bois fort élégants relient parfois deux îles entre
-elles; des maisons de thé sont édifiées dans les sites les plus
-appréciés des Japonais, et l’œil est dans le ravissement devant ces
-merveilles de la nature embellies encore par la finesse du goût
-japonais.
-
-Niigata.--Ville morte; quoique l’un des premiers ports ouverts aux
-Européens. Ces derniers n’y sont jamais allés, d’ailleurs, le port étant
-très mauvais et les bateaux étant obligés de mouiller très loin au
-large. La côte est d’ailleurs fort inhospitalière, surtout pendant la
-mousson de nord-est.
-
-Hakodate.--Encore un des ports ouverts autrefois aux étrangers, c’est la
-première ville élevée par les Japonais dans l’île de Yezo. Elle a
-aujourd’hui environ 60.000 habitants mais n’offre rien de remarquable.
-
-
-VI.--Nagoya.--Elle vient, pour les Japonais, immédiatement après les
-trois _shi_ (Tokio, Kioto, Osaka). Elle n’est pas sur le bord de la mer,
-mais on y arrive soit en débarquant au port d’Atsuta no miya, véritable
-faubourg de la ville, à laquelle on parvient sans quitter l’alignement
-des maisons, soit en prenant le chemin de fer de Tokio qui y conduit en
-douze heures. C’est l’une des villes commerçantes et industrielles du
-Japon; elle conserve aussi, dans son enceinte, le plus beau des châteaux
-féodaux de l’ancien temps, construit en 1615 par le célèbre Kato
-Kiomasa, et où se trouve logé aujourd’hui l’état-major de la troisième
-division d’infanterie. En dehors du château, il y a quelques temples
-remarquables: Asahi jimmei sha; Sakura Temmangui; Da Shu Kwan on; Chô
-fukuji.
-
-Kioto.--Bien que n’atteignant pas le chiffre d’habitants que possèdent
-Tokio et Osaka, Kioto est la ville la plus célèbre du Japon au point de
-vue historique. Son nom veut dire «la capitale» car elle a été, pendant
-plus de mille ans, la résidence des Empereurs. Kioto est élevée de 162
-pieds au-dessus du niveau de la mer, et elle est située près du centre
-de la province de Yamashiro à l’extrémité Nord d’une plaine fertile qui
-rejoint, du côté Sud, la grande plaine de la baie d’Osaka. De trois
-côtés elle est entourée de collines couvertes d’arbres. La plus haute,
-du côté Ouest, est l’Atago; au Nord, le Kuruma, et, au Nord-Est, le
-Hieizan; vers l’Est, de plus petites collines la séparent du lac Biwa,
-et c’est, sur ces collines, que l’on trouve les sites et les temples les
-plus remarquables. Des collines du Nord coulent trois ruisseaux qui, en
-se réunissant, forment le Kamogawa, petite rivière qui arrose la partie
-orientale de la ville. Le plus souvent, d’ailleurs, le Kamogawa n’arrose
-rien, son lit étant à sec, et n’offrant à la vue qu’une plaine de sable
-et de cailloux, avec, çà et là, quelques trous pleins d’eau. Mais,
-pendant les pluies d’été, le Kamogawa roule des flots souvent trop forts
-et qui sèment la destruction en débordant dans la ville et la campagne.
-Un ancien Empereur avait l’habitude de dire: «Il y a trois choses dont
-je n’ai pas encore trouvé moyen de me rendre maître: jeter les dés,
-contenir les moines turbulents de Hieizan et régulariser le Kamogawa.»
-Deux canaux, communiquant avec le Kamogawa, arrosent les autres parties
-de la ville. Elle est divisée en deux circonscriptions administratives:
-Kami Kiô Ku ou ville haute (partie Nord), et Shimô Kiô Ku ou ville basse
-(partie Sud).
-
-La population a bien diminué, et elle est loin d’être ce qu’elle était
-aux temps féodaux, et surtout à l’époque du moyen âge, alors que la Cour
-y habitait. La fondation de Yedo au XVIe siècle, et l’autorité
-ascendante des Shôgun, avait déjà porté un coup à Kioto, et, en 1868,
-lorsque l’Empereur fixa à Yedo (Tokio) sa résidence, il entraîna avec
-lui une grande partie de la population. Actuellement Kioto peut avoir
-300.000 habitants.
-
-Le climat y est sain, généralement doux, mais, cependant, un peu chaud
-l’été. La température moyenne est d’environ 14° centigrades; la maxima
-étant 36° et la minima 11°. Le mois le plus chaud est août, et le mois
-le plus froid janvier. L’air y est assez humide, 77 pour 100; la pluie y
-tombe en abondance en juillet et août.
-
-Ce n’est qu’en 794 que Kioto devint capitale permanente et résidence des
-Empereurs, ceux-ci, avant cette époque, n’habitant jamais la même ville
-que leurs prédécesseurs.
-
-En 1868, quand Tokio (Yedo) devint la capitale de l’Empire restauré,
-Kioto fut administrée par un préfet (fu). Puis, en 1888, conformément à
-la nouvelle loi d’administration municipale, Kioto fut, comme Tokio et
-Osaka, administrée par une municipalité avec un maire, un adjoint et
-neuf conseillers, ou sous-adjoints. Le conseil municipal comprend
-quarante-deux membres.
-
-Aujourd’hui Kioto a perdu de sa grandeur; mais elle reste toujours la
-ville sacrée, l’antique résidence des Empereurs, fils du Soleil Levant,
-et elle est intéressante au point de vue artistique.
-
-[Illustration: Vue générale de Kioto.]
-
-Les habitants de Kioto ne diffèrent pas essentiellement de ceux des
-autres parties du Japon; cependant les modes y sont plus élégantes, la
-coiffure des femmes plus originale et plus gracieuse, les manières et
-les mœurs plus douces et la langue moins rude. Pour un amateur de
-civilisation japonaise et d’études artistiques, Kioto est le séjour
-préféré et l’on est tenté, quand on s’y trouve depuis quelque temps, de
-ne la quitter jamais.
-
-En dehors des temples, dont j’ai déjà donné plus haut l’énumération, il
-faut visiter le palais impérial (Nishi maru).
-
-Dans les environs, deux endroits sont très célèbres: Nara, ses parcs et
-son grand Bouddha; et les rapides d’Arashiyama.
-
-
-VII.--Osaka est la première ville du Japon moderne au point de vue
-industriel et commercial; mais elle est totalement japonaise, les
-Européens résidant généralement à Kobé. La ville est bien construite,
-les rues en sont droites, propres et très animées. C’est une ville de
-progrès ardent, de _go ahead_ américain, et elle est d’un intérêt
-considérable pour le visiteur étranger. Elle est située dans la province
-de Setsu, et élevée sur les rives de l’Ajikawa à 10 kilomètres environ
-de la mer. La rivière n’est navigable que pour de petits bâtiments. Le
-monument le plus intéressant, relique des anciens âges, est le château
-construit par Toyotomi Hideyoshi. En voyant le cube des pierres
-entassées les unes sur les autres, on se demande comment, au XVIe
-siècle, dans ce pays qui ne connaissait que la force humaine, on a pu
-élever pareille forteresse. La Monnaie impériale est installée à Osaka
-et c’est là que toutes les pièces d’or, d’argent et de cuivre sont
-frappées. Le papier-monnaie est fabriqué à Tokio. Osaka est surtout
-intéressant au point de vue commercial, et je reviendrai sur cette ville
-dans le chapitre concernant le commerce et l’industrie du Japon.
-
-Kobé, Yokohama, Nagasaki.--Ces trois villes n’ont pas un type japonais
-qui retienne l’attention. J’ai, d’ailleurs, eu occasion d’en parler à
-propos de la navigation.
-
-Hiroshima est, dans la mer intérieure, sur la rivière et à l’embouchure
-de l’Otagawa. Sa situation même, au fond d’une baie, en face
-d’innombrables îles, dont l’une, Itsukushima, est très célèbre, en fait
-une ville intéressante et agréable à visiter. Elle est célèbre par la
-présence, pendant les deux guerres que le Japon a soutenues en
-Mandchourie, du grand état-major japonais, qui les deux fois, y fixa sa
-résidence, l’Empereur s’y étant transporté lui-même et y exerçant (pro
-forma) le commandement suprême.
-
-Kumamoto, dans la province de Higo, île de Kiushiu, possède un ancien
-château fort, célèbre par la victoire du général Tani sur les troupes
-révoltées de Saigo en 1877.
-
-Kagoshima, située dans l’île de Kiushiu, à l’extrémité méridionale de la
-province de Satsuma; peu d’étrangers vont la visiter, car elle se trouve
-fort loin du centre vivant du Nippon, constitué par Tokio, Kioto, Osaka.
-Cependant elle est intéressante et le volcan de Sakurajima, qui s’élève
-en face dans l’île du même nom, mérite une ascension.
-
-En somme, dans toutes ces villes japonaises, il ne faut s’attendre à
-voir aucun monument, à part les temples; on ne va pas visiter une ville
-japonaise comme on va visiter une ville d’Europe ou d’Amérique; quand on
-connaît Kioto on a tout vu en fait d’architecture et d’art japonais. Ce
-qu’il faut admirer ailleurs, c’est la diversité des sites et des beautés
-naturelles.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-I. Poids et mesures.--II. Monnaies.--III. Postes.--IV. Télégraphes.--V.
-Situation postale, télégraphique et téléphonique au 31 décembre
-1907.--VI. Instruction publique.--VII. Presse; journaux et
-revues.--VIII. Cours et tribunaux.
-
-
-I.--Avant d’examiner les questions qui ont un caractère économique et
-statistique, je crois qu’il est bon de fournir au lecteur quelques
-indications sur les poids et mesures et les monnaies en usage dans
-l’Empire du Soleil Levant. C’est pourquoi je donne ici le tableau
-comparatif des systèmes japonais, français et anglais:
-
- Japonais. Français. Anglais
-
- Mesures de longueur
-
- 1 ri. 3.927 mètres. 2 miles 440.
- 1 chô. 109 -- 5 chains 422.
- 1 ken. 1,81. 1 yard 88.
- 1 jô. 3,03. 3,01 --
- 1 shaku. 3 décimètres 03. 11 inches 93.
- 1 sun. 3 centimètres 03. 1 inch 19.
- 1 bu. 3 millimètres 03. 1 line 43.
- 1 ri carré. 15 kil. 423 m. carrés. 5 milles carrés.
-
- Mesures de surface
-
- 1 cho carré. 99 ares 17 centiares. 2 acres.
- 1 tan. 9 -- 91 -- 0,24 acre.
- 1 tsubo. 3 mq. 30 cq. 3 yards carrés.
-
- Mesures de capacité
-
- 1 koku. 1 hectol. 80 litres. 39 gallons 70.
- 1 to. 1 décal. 80 litres. 3 -- 97.
- 1 sho. 1 litre 80 cl. 1 quart 58.
- 1 go. 0 litre 80 déc. 1 gill 27.
- pour les liquides.
- 4 bushels 96.
- 1 peck 98.
- 0 -- 19.
- 0 -- 019.
- pour les grains.
-
- Poids
-
- 1 kwan. 3 kilog. 75. 8,26 l. avoir du poids.
- 1 kin. 6 hectog. 900. 1,32 --
- 1 momme. 3 grammes 75. 2,11 drams.
- Ou bien:
- 10,04 livre troy.
- 1,60 --
- 2,41 pwts.
-
- N.-B.--Je n’ai pas tenu compte des décimales extrêmes.
-
-
-II.--Le Japon est un pays à étalon d’or. L’unité monétaire est le yen,
-qui vaut actuellement 2 fr. 55. (Change moyen; il va quelquefois à 2 fr.
-60 ou 2 fr. 65). On ne voit, d’ailleurs, jamais d’or dans le pays; car
-l’or sert à payer l’étranger pour les intérêts de la dette et les achats
-du Gouvernement. On trouve également peu de yen d’argent, la monnaie
-courante est le papier en coupures de 1, 5, 10, 25, 50, 100, 1.000 yen
-et aussi de 50 sen et 20 sen, quoique, cependant, la monnaie
-divisionnaire en argent soit généralement abondante.
-
- 1 yen = 100 sen = 2 fr. 55.
- 1 sen = 10 rin
- 1 rin = 10 mon
-
-Le rin est encore en usage comme le centime chez nous, et il est frappé
-en cuivre; quant au mon c’est une vieille monnaie chinoise (sapèque)
-qu’on n’emploie plus effectivement, mais qu’on trouve encore en usage
-dans le langage de certaines provinces.
-
-Il existe des pièces de nickel de 5 sen.
-
-
-III.--Le service postal se faisait, autrefois, par les postes
-françaises, anglaises et américaines établies à Yokohama et dans les
-autres ports ouverts. En 1871, un premier service postal fut organisé
-par le Gouvernement impérial entre les grandes villes de l’Empire; et,
-six ans plus tard, en 1877, le Japon fit partie de l’Union postale
-universelle; malgré cela, la France et l’Angleterre gardèrent encore
-leurs bureaux particuliers jusqu’en 1879, époque à laquelle elles y
-renoncèrent définitivement.
-
-Actuellement, le service postal est fait, au Japon, comme dans tous les
-autres pays du globe, très bien fait même et avec minutie.
-
-Taxes locales.--Lettres: 3 sen pour 4 momme ou fraction.
-
-Cartes-lettres: 3 sen pour 4 momme ou fraction.
-
-Cartes postales: 1 sen 1/2.
-
-Journaux et magazines; livres; photographies; papiers commerciaux;
-peintures; échantillons; manuscrits; cartes, etc..., 2 sen pour 30
-momme;
-
-Graines et produits agricoles: 1 sen pour 30 momme ou fraction.
-
-Il existe au Japon ce qu’on appelle _distribution rapide_, pour les
-articles recommandés et les articles avec valeur déclarée: cette
-distribution est faite moyennant le payement de 20 sen pour un article
-adressé dans un rayon de 20 ri du bureau-poste. Hors de cette distance
-de 20 ri, il est exigé un payement de 15 sen par ri ou fraction; si
-l’article à délivrer est adressé à une personne vivant à bord d’un
-bateau, le payement du bateau est exigé en sus;
-
-Recommandation: 7 sen par article;
-
-Assurance de bijoux et matières d’or et d’argent, et pierres précieuses:
-15 sen pour une valeur déclarée ne dépassant pas 10 yen; au delà de 10
-yen, 5 sen pour chaque 10 yen ou fraction en sus.
-
-Colis postaux locaux.--Pour l’intérieur du Japon jusqu’à 1.600 momme
-seulement; pour Formose et Karafuto (Sakhalin) 1.500 momme; 36 et 54 sen
-respectivement.
-
-Pour le Japon:
-
- jusqu’à 200 momme 8 sen
- -- 400 -- 12 --
- -- 600 -- 16 --
- -- 800 -- 20 --
- -- 1000 -- 24 --
- -- 1200 -- 28 --
- -- 1400 -- 32 --
- -- 1600 -- 36 --
-
-Pour Formose et Sakhalin:
-
- jusqu’à 200 momme 30 sen
- -- 400 -- 35 --
- -- 600 -- 40 --
- -- 800 -- 50 --
- -- 1200 -- 60 --
- -- 1500 -- 70 --
-
-Pour ces deux derniers pays on n’accepte que des colis recommandés ou de
-valeur déclarée.
-
-Tous les règlements japonais sont applicables aux ports Japonais en
-Corée et en Chine.
-
-Mandats-poste:
-
- Pour 10 yen taxe 6 sen
- -- 20 -- -- 10 --
- -- 30 -- -- 15 --
- -- 40 -- -- 18 --
- -- 50 -- -- 22 --
-
-Mandats télégraphiques:
-
- Pour 10 yen taxe 30 sen
- -- 20 -- -- 35 --
- -- 30 -- -- 40 --
- -- 40 -- -- 45 --
- -- 50 -- -- 50 --
-
-La somme maxima qui peut être expédiée dans les deux cas est 50 yen.
-
-Pour l’étranger.--Lettres 10 sen pour 20 grammes ou fraction; 6 sen pour
-chaque 20 grammes ou fraction en sus;
-
-Cartes postales: 4 sen;
-
-Imprimés: 2 sen par 50 grammes;
-
-Papiers commerciaux: 10 sen pour les 50 premiers grammes; 2 sen pour
-chaque 50 grammes ou fraction en sus;
-
-Échantillons: 4 sen pour les 50 premiers grammes; 2 sen pour chaque 50
-grammes ou fraction en sus;
-
-Recommandation: 10 sen;
-
-Distribution spéciale: 12 sen pour un article ordinaire; 20 sen pour un
-colis postal;
-
-Accusés de réception: 5 sen.
-
-
-Les imprimés et papiers commerciaux doivent avoir:
-
-Poids: 2 kilogs.
-
-Dimension: 45 centimètres.
-
-Les rouleaux peuvent avoir 75 centimètres de long et 10 centimètres de
-diamètre.
-
-
-Les échantillons doivent avoir:
-
- Poids: 350 grammes;
-
- Dimensions: 30 centimètres de long
- 20 -- de large
- 20 -- de profondeur.
-
- Les rouleaux: 30 -- de long
- 15 -- de diamètre.
-
-Les colis postaux sont pris pour tous les pays de l’Union postale avec
-un maximum de 1.333 momme et un taux variant de 1 yen 50 sen à 2 yen 50
-sen.
-
-La poste Japonaise accepte aussi des mandats-poste pour toute l’Europe,
-les États-Unis et les principales possessions européennes avec un
-maximum de 1.000 francs pour le Continent Européen; 100 dollars pour les
-États-Unis et le Canada.
-
-Taxe: 1 sen par 50 francs.
-
-Le service postal est extrêmement bien fait au Japon et on n’y perd
-jamais une lettre; si vous avez changé cinq ou six fois d’adresse, la
-lettre vous suivra exactement portant cinq ou six petites bandes de
-papier, où, chaque fois, le facteur a marqué votre changement de maison;
-dans ce service l’administration méticuleuse triomphe, et il faut bien
-dire qu’aucune poste n’est aussi fidèle, pour la remise des
-correspondances, que la poste japonaise. Peut-être certaines
-correspondances cependant subissent-elles quelque retard dans la
-distribution, mais ceci n’appartient pas à notre sujet.
-
-
-Certains objets sont interdits au Japon et ne sont pas admis en
-transport postal:
-
-L’opium et tout ce qui sert à fumer l’opium; la morphine et les dérivés
-de l’opium sont absolument interdits. Ne sont pas admis au transport
-postal: les imprimés ou envois de toute nature ayant un caractère
-immoral; les matières d’or, d’argent, les pierres précieuses, bijoux et
-autres objets précieux; les cartes postales en paquet.
-
-
-IV.--Le fil télégraphique pénètre actuellement partout au Japon et
-l’étranger, qui voyage dans le pays, ne se trouve isolé nulle part; on
-peut se servir des principales langues européennes, mais, cependant--et
-comme on peut s’y attendre--c’est l’anglais qui est le plus généralement
-en usage.
-
-Taxes locales.--Pour un télégramme en japonais (Kana ou alphabétique):
-
-20 sen pour les 15 premières lettres et 5 sen pour chaque 5 lettres ou
-fraction en sus (pour les télégrammes expédiés dans la même ville, la
-taxe est réduite à 10 sen et 3 sen respectivement).
-
-Pour les télégrammes en lettres européennes: 25 sen pour les premiers
-cinq mots avec un minimum de taxe de 25 sen; et 5 sen pour chaque mot en
-sus (dans la même ville, la taxe est réduite à 15 sen et 3 sen
-respectivement).
-
-La longueur d’un mot est fixée à 15 caractères; s’il y en a 16, cela
-compte comme deux mots.
-
-Les groupes de chiffres comptent 5 pour un mot.
-
-Dans le langage des codes 10 caractères valent 1 mot.
-
-Un télégramme urgent paye trois fois la taxe.
-
-Taxes internationales:
-
- Yen. Sen.
-
- Amoy 0 78
- Annam 2 10
- Canton 1 04
- Ceylan 2 06
- Chefou 0 96
- Chen Kiang 0 96
- Hang chow 0 96
- Hankow 0 96
- Niou tchouang 0 96
- Ning po 0 96
- Péking 0 96
- Soutcheou 0 96
- Wouhou 0 96
- Siam 2 04
- Shanghaï 0 48
- Indes 2 02
- Corée 0 30
- Europe 2 42
- Russie 1 40
-
-États-Unis de 1 yen 60 sen à 2 yen 80 sen suivant les villes;
-
-Pour l’Amérique du Sud les tarifs sont plus élevés et varient entre 5
-yen 10 pour la République Argentine et 5 yen 90 pour le Pérou.
-
-
-V.--Quelques chiffres feront comprendre la situation où se trouve
-actuellement le Japon au point de vue postal, télégraphique et
-téléphonique:
-
-Il existait dans le Honshu, au 31 décembre 1907, 4.698 bureaux de poste;
-à Shikoku 391; à Kiushu 989; à Yezo 345, soit en tout 6.423 bureaux d’où
-dépendent 54.698 boîtes postales publiques et privées; 676 bureaux de
-télégraphe; 4 bureaux téléphoniques ordinaires et 159 bureaux
-téléphoniques automatiques.
-
-Pendant l’année fiscale 1906-1907, il a été expédié:
-
- 289.018.836 lettres;
- 677.189.063 cartes postales;
- 175.566.958 journaux et brochures;
- 14.914.868 livres;
- 8.235.025 documents, épreuves, etc.;
- 4.863.018 échantillons et semences;
- 61.344.088 objets en franchise;
- 15.115.872 colis postaux.
-
-Pendant la même période 1906-1907, il a été délivré 13.704.148 mandats
-locaux, et 12.911 mandats internationaux; il a été expédié 23.498.234
-télégrammes intérieurs et 644.434 télégrammes internationaux.
-
-Le téléphone possède environ 37.000 abonnés. C’est ce dernier service
-qui est le moins développé; mais quand on considère l’état, pour ainsi
-dire embryonnaire, du téléphone en France, on ne saurait critiquer le
-Japon de son retard en ce genre de correspondance.
-
-
-VI.--Il est de bon ton, dans le monde qui se pique de connaissances
-étendues, et qui, en général, d’ailleurs, sait peu de choses, de
-raconter que le Japon ne connaît pas d’illettrés; c’est le même public,
-du reste, qui, après 1870, disait que le maître d’école prussien nous
-avait battus! Ces derniers temps la presse a vanté les instituteurs
-japonais, leurs méthodes, etc. Eh bien, il faut en rabattre de toutes
-ces idées surfaites, sorties, on ne sait comment, de cerveaux peu ou mal
-renseignés. Il existait, au recensement de 1908, en chiffres ronds,
-55.000 conscrits sachant à peine lire et écrire et 30.000 ne sachant ni
-lire ni écrire. Et c’est le Japon central, la partie centrale ou Honshu,
-qui en fournit la plus grande partie. Voilà la vérité. Il ne s’ensuit
-pas que le Japon néglige l’instruction publique, loin de là; il est bien
-évident qu’il y a quinze ans, la proportion des illettrés était bien
-plus considérable qu’elle ne l’est actuellement, et le gouvernement du
-Mikado a fait largement le nécessaire pour arriver à donner
-l’instruction primaire à tous les Japonais. Aujourd’hui chaque village a
-son école.
-
-Au point de vue instruction supérieure, le Japon possède deux
-Universités, l’une à Tokio, l’autre à Kioto. On y enseigne, comme dans
-toute Université européenne, les lettres, les sciences et les arts. Ce
-sont des Européens qui, les premiers, ont instruit les Japonais dans les
-diverses branches de la science humaine: les Allemands dans la médecine;
-les Français dans le droit civil et criminel; les Allemands dans le
-droit commercial; les Anglais et les Américains dans les sciences
-mathématiques, physiques, etc.
-
-Aujourd’hui tout l’enseignement est passé dans les mains des indigènes;
-il y a bien encore quelques Européens çà et là, mais c’est surtout comme
-conseillers en cas de difficultés.
-
-Écoles normales supérieures, à Tokio, à Hiroshima; écoles de commerce à
-Tokio, Kobé, Nagasaki; écoles des arts et métiers à Kioto, Osaka, Nagoya
-et Kumamoto; école des langues étrangères à Tokio, employant douze
-professeurs étrangers; école des beaux-arts à Tokio; école d’aveugles et
-de sourds-muets à Tokio; et enfin des écoles supérieures appelées
-kôtogakkô et correspondant à nos lycées.
-
-Toutes ces écoles sont entretenues par l’État; mais, en dehors de lui,
-il existe bon nombre d’écoles privées ou sont enseignés: le droit, la
-politique, l’administration. L’enseignement est libre sous l’inspection
-du gouvernement. C’est ainsi que trois écoles françaises, dirigées par
-les frères Marianites, sont en pleine prospérité: à Tokio, ils ont 1.500
-élèves, à Yokohama et à Nagasaki, 500; les Japonais apprécient beaucoup
-leur zèle, et les hauts personnages ne craignent pas d’envoyer leurs
-fils chez eux. Les Jésuites doivent même installer prochainement à Tokio
-une université avec l’autorisation du gouvernement mikadonal.
-
-La femme japonaise, appartenant au milieu aristocratique ou de riche
-bourgeoisie, commence à faire concurrence au sexe fort dans les écoles
-et à profiter largement des établissements scientifiques et artistiques
-mis à sa disposition.
-
-De nombreux musées, jardins botaniques, écoles d’apiculture, etc.,
-viennent compléter l’instruction théorique. Un très beau musée
-commercial, notamment, a été installé à Tokio et à Osaka. Des sociétés
-multiples se sont fondées: société de géographie, société des antiquités
-japonaises, société des industries maritimes, société d’agriculture,
-etc.; il serait trop long de les énumérer toutes, qu’il suffise de dire
-que les sociétés sont aussi nombreuses au Japon qu’en Europe, peut-être
-davantage. Les Japonais forment des sociétés à propos de tout et de
-rien.
-
-
-VII.--La presse n’est pas précisément libre au Japon, et des règlements
-féroces la maintiennent dans le droit chemin, le chemin de l’approbation
-du pouvoir; cependant quelques audacieux critiquent quand même les
-gouvernants, et en somme, se tirent encore d’affaire en dégageant de
-leurs critiques la personne de l’Empereur et la famille impériale pour
-dauber sur les ministres et leurs associés. Il existe aussi une presse
-socialiste, mais dans l’ombre, et elle attend son heure.
-
-A Tokio, il y a plus de cent journaux et revues, quotidiens,
-hebdomadaires ou mensuels. A Osaka il en est de même. Dans la province,
-chaque préfecture a son journal, et, généralement, une partie est
-imprimée en caractères faciles et courants (hirakana) pour ceux qui ne
-possèdent pas les caractères chinois.
-
-
-VIII.--Les cours et tribunaux qui connaissent des crimes et délits sont
-ainsi répartis: une cour de cassation, 7 cours d’appel, 49 tribunaux de
-première instance, 310 tribunaux de la justice de paix. La justice
-commence à être assez bien organisée dans tout l’Empire: le Japon a tenu
-à honneur de se conformer aux coutumes et usages d’Europe.
-
-Il y a encore beaucoup à faire pour avoir un personnel de magistrats
-réellement compétents, mais c’est une question de temps.
-
-Le fort du Japonais c’est la police; méfiant et soupçonneux par atavisme
-et par éducation il est policier par nature; aussi est-il étonnant dans
-le métier de détective. D’ailleurs, si l’on songe qu’il y a, au Japon,
-un agent de police pour 1.247 habitants, on comprendra pourquoi la
-police est mieux faite à Tokio qu’à Paris et pourquoi il est plus sûr de
-se promener à minuit à Riôgoku bashi que sur le pont de la Concorde. On
-compte dans tout l’Empire: 731 stations principales ou bureaux de
-police; 737 succursales des bureaux de police; 2.746 postes urbains de
-police; 12.558 postes ruraux de police; 2.337 inspecteurs et
-commissaires de police; 38.581 agents de police.
-
-Malgré cela il y a eu 985 maisons dévalisées avec effraction; et 232.854
-maisons dévalisées sans effraction; par contre les vols sur les
-personnes ne sont que de 28.000 environ pour la même année.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
-I. Armée; instructeurs français et allemands.--II. Marine; instructeurs
-et ingénieurs français; professeurs anglais.--III. Système de
-recrutement; dernières modifications; réorganisation actuelle;
-augmentation des divisions et de l’artillerie.--IV. État actuel de la
-marine; projets de construction.--V. Conclusion.
-
-
-I.--L’Armée et la Marine méritent un chapitre spécial; car c’est ici
-qu’est l’âme japonaise. Le Japon a conservé de ses traditions l’amour du
-métier des armes, et tout Japonais, on peut le dire, naît soldat. Déjà,
-dans l’antiquité, le Japonais avait comme principale occupation: se
-battre, et il en fut ainsi à travers le moyen âge, jusqu’à l’époque
-actuelle. Il est vrai de dire qu’il y a, jusqu’à présent, fort bien
-réussi.
-
-Les premiers instructeurs de l’armée japonaise moderne furent des
-Français, appelés par le gouvernement du Shôgun, vers 1866, alors que la
-révolution ne s’était pas encore accomplie et que les Tokugawa étaient
-considérés par l’Europe comme les souverains du Japon. Après le
-rétablissement du Mikado, malgré nos désastres de 1870, ce furent encore
-des officiers français que le Japon demanda pour former son armée; nous
-pouvons donc sans forfanterie dire que nous avons fait l’armée
-japonaise. Nos officiers y sont restés jusqu’en 1888 et ce n’est qu’à
-cette époque que le gouvernement japonais fit venir le Major Meckel de
-Berlin, qui passa trois ans à Tokio comme professeur à l’École de
-guerre. Aujourd’hui les Japonais se sont affranchis de tout le monde, et
-grâce aux nombreux officiers qu’ils envoient en France et en Allemagne,
-ils sont parfaitement au courant des choses militaires qu’ils
-s’assimilent fort vite, grâce à leur remarquable aptitude naturelle.
-
-
-II.--Pour la Marine, le gouvernement shogunal s’était également adressé
-à la France, et c’étaient des ingénieurs français qui, les premiers,
-avaient construit l’arsenal de Yokosuka. Mais le gouvernement impérial,
-lorsqu’il créa son école navale, fit appel aux Anglais. Ce n’est que
-vers 1884 que M. Bertin, un de nos ingénieurs les plus distingués, fut
-demandé par les Japonais pour une période de quatre ans. La marine
-japonaise a donc été formée par l’Angleterre.
-
-La campagne contre la Chine étonna d’abord; mais la campagne contre la
-Russie surprit bien davantage, et l’Europe et l’Amérique comprirent
-qu’un concurrent terrible était né dans le Pacifique et dans les mers de
-Chine.
-
-
-III.--Pour ceux qui suivaient de près le développement militaire du
-Japon; pour ceux qui savaient, pour y avoir vécu, quelles ressources
-d’énergie militaire et d’orgueil patriotique ce pays renferme, les
-victoires japonaises n’ont pas été surprenantes; il ne faut du reste pas
-oublier que la Russie n’avait, au début, à opposer aux forces
-japonaises, que des troupes sans cohésion et très peu nombreuses.
-
-Il est incontestable que le Japonais est né soldat; en six mois on peut
-en faire une excellente machine de guerre; même d’un paysan qu’on sort
-de ses champs de riz, on réussit, en bien moins de temps qu’il n’en faut
-pour débrouiller un paysan français, à dresser un troupier parfait. Cela
-tient, évidemment, à ce que le Japon est encore tout près du moyen âge,
-de son moyen âge à lui, qui, en somme, n’a pris fin que voilà quarante
-ans à peine. Élevé au bruit des querelles armées, des tueries, des
-guerres entre seigneurs, le jeune Japonais était vite passionné pour le
-métier des armes. C’est cet atavisme qui lui a permis d’adopter le
-militarisme européen, et d’y réaliser des progrès si sérieux.
-
-A l’heure actuelle, ne se reposant pas sur ses victoires, et, bien au
-contraire, ayant toujours l’œil ouvert sur l’avenir, le Japon, depuis
-son règlement de comptes avec la Russie, a dépensé des sommes
-considérables pour réorganiser, en les modifiant, son système et son
-organisation militaires. Sans bruit, mais avec une persévérance et une
-ténacité dont il a déjà donné plus d’un exemple, il a fait en sorte que,
-dans un temps relativement prochain, il puisse mettre en ligne des
-effectifs très puissants.
-
-Il est très difficile de pénétrer les plans militaires du Japon; tout ce
-qui concerne l’armée, les armements, les règlements, est tenu
-excessivement secret; aussi, est-il besoin de le dire, on ne peut rien
-connaître de ce côté; mais ce qu’on peut voir c’est le travail et
-l’activité incessants dans tous les arsenaux et les fabriques
-d’équipement militaire; le nombre toujours croissant des régiments; les
-sommes toujours plus fortes affectées aux budgets de l’armée et de la
-marine; les mille manifestations extérieures qui ne peuvent échapper à
-personne et qu’il est, d’ailleurs impossible de cacher.
-
-Il est un fait certain, indéniable, c’est qu’actuellement, après ses
-victoires, le Japon arme avec une fièvre de plus en plus grande.
-
-Déjà les effectifs qu’on pouvait mettre sur pied lors de la campagne de
-Mandchourie ont été doublés, et il n’est pas exagéré de dire que, d’ici
-six ans ou sept ans, au plus tard, l’armée japonaise aura sur pied de
-guerre le même effectif qu’une bonne armée européenne. Or la matière
-combattante, le soldat, est au moins égale à celle de n’importe quel
-pays d’Europe, et ne recule pas devant la mort. Il semble, au contraire
-que le soldat japonais la désire; de plus, avec une population de près
-de cinquante millions d’habitants, et d’habitants tous prêts au
-sacrifice suprême, on constate que le Japon n’est pas à bout. Une
-anecdote remontant au temps de l’attaque des forts de Taku, en 1900, au
-moment des boxeurs, fera voir combien les Japonais méprisent la vie. Les
-petits bâtiments de guerre, embossés devant les ports, avaient bombardé
-ceux-ci, lorsqu’un colonel japonais, trouvant que l’attaque n’allait pas
-assez vite, lança ses hommes à l’assaut sous une grêle de balles. Ils
-brisèrent une porte et entrèrent dans le fort, mais la moitié de
-l’effectif était par terre; comme un officier étranger faisait remarquer
-au colonel japonais qu’on aurait pu arriver au même résultat sans perdre
-tant de monde: «Oh! répliqua-t-il, du monde il y en a encore beaucoup au
-Japon!»
-
-Avec de tels hommes on peut tout oser. Le service militaire au Japon est
-dû par chaque citoyen indistinctement de dix-sept à quarante ans;
-l’appel se fait dans l’année qui suit celle où le jeune homme a atteint
-ses vingt ans. Chaque année le nombre des appelés varie entre 515 et
-520.000; mais le Japon, n’étant pas riche, ne peut enrôler sous les
-drapeaux qu’un nombre d’hommes en rapport avec ses ressources.
-
-D’après le résumé statistique de l’Empire, le nombre des jeunes gens
-recruté était pour:
-
- 1903 188.822
- 1904 269.284
- 1905 310.866
- 1906 201.714
-
-Mais ceci donne les chiffres des hommes recrutés pendant la guerre;
-depuis la guerre le contingent n’a pas atteint 100.000 hommes. Le
-contingent annuel reste sept ans dans l’armée active et la réserve, dix
-ans dans l’armée de réserve ou _Kô bi gun_, puis il passe dans l’armée
-nationale ou _Koku min gun_.
-
-Une partie de ceux qui ne sont pas appelés pour former le contingent
-annuel, mais qui sont néanmoins bons pour le service, reçoivent une
-instruction militaire sommaire: quant aux autres ils entrent directement
-dans le Kokumingun et y restent jusqu’à l’âge de quarante ans.
-
-En 1907 le ministre de la Guerre a été autorisé par le Parlement à faire
-l’essai du service de deux ans; jusqu’à présent le soldat japonais
-restait trois ans dans l’armée active. Ceci n’est du reste applicable
-quant à présent qu’à l’infanterie, mais, néanmoins, permet
-l’incorporation d’un nombre plus considérable d’appelés; ce qui fait
-qu’actuellement le contingent annuel sous les drapeaux s’élève au
-chiffre d’environ cent trente mille hommes.
-
-D’autre part, comme la réserve, d’après les lois de 1905 et 1907, fait
-actuellement dix ans au lieu de cinq, elle peut fournir un effectif de
-cinq cent mille hommes. On admettra que c’est déjà un joli chiffre; mais
-ce n’est que le commencement. Si, comme on a tout lieu de le croire, les
-ministres de la Guerre du Japon ne s’arrêtent pas en route, (et le
-Parlement et le Pays les suivront dans tout ce qu’ils veulent accomplir
-au point de vue militaire), avant vingt ans d’ici, le Japon pourra
-mettre en ligne une armée de un million cinq cent mille hommes; il est
-même fort possible, si on accroît le nombre de jeunes gens actuellement
-incorporés qu’on obtiendra ce chiffre avant dix ans.
-
-En tout état de cause, à supposer que le contingent annuel reste ce
-qu’il est aujourd’hui, le Japon pourrait mettre en campagne dans vingt
-ans d’ici: un million cinq cent mille hommes complètement instruits
-(armée active et réserve);
-
-Un million d’hommes environ, ceux qu’ils appellent la réserve de
-recrutement (en japonais Hô ju) et qui est composée des hommes bons pour
-le service mais qui n’ont pas été incorporés et ont seulement reçu une
-instruction sommaire;
-
-Deux cent mille hommes de l’armée territoriale, laquelle se trouve
-réduite par suite du maintien dans la réserve, pendant un temps plus
-long, des hommes de l’active.
-
-Enfin s’il faut faire appel à l’armée nationale, à l’armée «de la patrie
-en danger», ou _Koku min gun_, le Japon pourrait disposer de cinq
-millions d’hommes. Et étant donné l’esprit de suite et de travail
-soutenu du Japon dans tout ce qu’il entreprend, la réalisation ne
-tardera pas.
-
-La seule chose qui puisse retarder la solution de ce grand problème
-militaire, c’est le manque de fonds. Tout le monde sait que le Japon est
-loin d’être un pays fortuné et qu’il n’a pas chez lui les sources de
-richesse nécessaires à un peuple qui veut faire grand. Malgré cela le
-goût des choses militaires est si vif dans tout le territoire que la
-population supporte sans murmurer le fardeau du militarisme. Le
-pacifisme est une chose inconnue à Tokio et pendant longtemps encore le
-pays peut compter sur l’unanimité de ses enfants pour sa défense.
-
-Cependant, dans certains centres, notamment à Osaka, ville très
-industrielle, centre important d’ouvriers de toutes sortes, les idées
-antimilitaristes commencent à trouver un terrain assez propice, et il
-est reconnu, par tous les officiers japonais, que la garnison d’Osaka
-est la plus indisciplinée. Ce n’est évidemment là qu’un symptôme encore
-assez faible, mais il n’en est pas moins vrai que le fait existe et
-qu’on a déjà été obligé de sévir à l’égard d’individus qui répandaient
-parmi les troupes des pamphlets contre l’armée.
-
-Les Japonais n’ont pas, comme nous, de corps d’armée; leur unité est la
-division et elle est augmentée d’une brigade de réserve; actuellement
-l’armée japonaise compte dix-neuf divisions, plus la division de la
-garde; on créera, sans doute, au fur et à mesure des ressources
-financières d’autres divisions, et il paraît assez probable que le
-Japon, alors qu’il aura complété sa nouvelle organisation militaire,
-possédera le double des divisions qu’il avait lors de la guerre contre
-la Russie, et qui était de douze, plus la division de la garde. On
-augmentera la cavalerie divisionnaire et l’artillerie; cette dernière
-comprendra de l’artillerie lourde de campagne; enfin les compagnies de
-chemins de fer seront portées à seize; celles des télégraphes à huit
-avec une compagnie de télégraphie sans fil.
-
-D’après les différentes revues et journaux militaires, le Japon avait au
-moment de la guerre de Mandchourie:
-
-127 bataillons d’infanterie; 55 escadrons de cavalerie; 39 compagnies du
-génie.
-
-Aujourd’hui il possède déjà:
-
-229 bataillons d’infanterie; 73 escadrons de cavalerie; 54 compagnies du
-génie.
-
-En trois ans l’augmentation a été, on le voit, considérable et elle
-donne une idée de la rapidité avec laquelle le Gouvernement japonais
-pousse la complète réorganisation de son instrument de guerre.
-
-En même temps qu’il songeait à la formation nouvelle de ses divisions,
-le Japon opérait des changements considérables dans la tenue de ses
-hommes. Elle est de deux sortes: tenue d’hiver en drap et tenue d’été en
-kaki; cette dernière a été adoptée à la suite de la guerre
-russo-japonaise: jusqu’alors les soldats avaient fait campagne en Chine
-et en Mandchourie avec le costume blanc qui a été reconnu trop
-impraticable. Le soldat est, en outre, beaucoup moins chargé que chez
-nous; il est accompagné de coolies ou porteurs qui le soulagent beaucoup
-et il n’a sur lui que le strict nécessaire.
-
-Le plus compliqué pour l’armée japonaise, c’est le transport et les
-vivres; comme le riz forme la base principale de la nourriture (c’est
-notre pain), et comme sa cuisson est infiniment plus encombrante, il est
-nécessaire d’emporter un matériel qui est l’un des impedimenta les plus
-sérieux de l’armée japonaise. Ce matériel doit comprendre tout d’abord
-une grande marmite en fer; comme il y a plusieurs marmites par
-compagnie, on voit ce que cela représente. Je me rappelle avoir ainsi vu
-défiler, au moment de la mobilisation en vue de la campagne de Chine,
-des lignes interminables de mulets et de chevaux chargés de deux
-immenses marmites placées de chaque côté du bât.
-
-Dans les deux guerres qu’ils ont eu à soutenir récemment, les Japonais
-ont pu opérer leur ravitaillement comme ils ont voulu. Dans le premier
-cas, contre la Chine, ils avaient affaire à un ennemi qui s’évanouissait
-à leur vue; dans le second à une armée composée de soldats très braves,
-mais trop lourds, ne sachant pas manœuvrer et se laissant acculer à
-leurs positions; ils ont donc eu toute facilité; mais contre une armée
-plus légère, plus rapide, de mouvements plus prompts, peut-être leur
-ravitaillement serait-il facile à couper. Somme toute, les Japonais,
-jusqu’ici ont fait deux campagnes où ils avaient pour eux tous les
-atouts dans leur jeu et où ils n’ont pas eu de grandes difficultés à
-surmonter. Contre un ennemi bien organisé et actif, ils auraient certes
-le même courage; mais auraient-ils le même succès?
-
-Malgré cela il est nécessaire pour l’Europe de suivre les progrès
-militaires de ce peuple qui a donné tant de témoignages de son
-intelligence, de sa vigueur et de son indéniable esprit de méthode et
-d’organisation. Déjà, quelques gouvernements ont envoyé et continuent
-d’envoyer tous les ans des officiers capables de se mettre au courant
-des choses japonaises. Je sais bien que cette habitude de courtoisie
-d’échanger des missions militaires ne mène pas à grand chose au point de
-vue métier; car, et cela est bien naturel, on ne se montre que ce qui ne
-peut pas se cacher; mais on arrive, néanmoins, à pénétrer un peu les
-habitudes et les coutumes, la manière de voir et de procéder du peuple
-chez lequel on vit. Je ne dis pas pénétrer l’âme: car, s’il est assez
-facile de pénétrer l’âme d’un Français, ouvert et franc (trop franc), il
-est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’aller jusqu’au fond
-de la pensée d’un Chinois ou d’un Japonais.
-
-Tout ce que je viens d’écrire sur l’armée japonaise au point de vue du
-recrutement, de l’organisation et du chiffre d’hommes disponibles est
-basé sur les nouvelles lois militaires qui ont été changées ou remaniées
-après la guerre de Mandchourie. Quelques points manqueront peut-être
-d’une stricte exactitude (ces choses techniques ne pouvant être traitées
-à fond que par un militaire), mais cela suffira à donner une idée assez
-complète de la formidable machine de guerre que le Japon est en train de
-monter et d’agencer.
-
-Les principales garnisons des régiments sont Tokio, où se trouve
-également la division de la garde; Sakura; Sendai; Aomori; Nagoya;
-Kanazawa; Osaka; Himeji; Hiroshima; Matsuyama; Kumamoto; Kokura. Depuis
-l’augmentation du contingent, on a réparti des bataillons dans d’autres
-villes; de plus, une division d’occupation se tient toujours en Corée;
-il est même question d’en augmenter l’effectif, la Corée supportant mal
-l’introduction, par le Japon, de la civilisation occidentale. Une autre
-division d’occupation est stationnée en Mandchourie.
-
-Hiroshima, situé sur la mer intérieure, bien abrité et bien défendu, a
-été, durant les deux dernières guerres, le siège du grand quartier
-général où l’Empereur s’était transporté en personne.
-
-Ainsi que je l’ai dit dans un chapitre précédent, le Japonais est de
-petite taille; les hommes mesurent en général de 1 mètre 50 à 1 mètre
-55.
-
-Le classement des recrues, au point de vue de l’instruction, pour 1906,
-était le suivant:
-
-Jeunes gens terminant leurs études aux Écoles supérieures: 717;
-
-Ayant terminé leurs études et passé les examens des Écoles supérieures:
-492;
-
-Terminant leurs études dans les lycées (Kô tô chu gakkô): 8.419;
-
-Ayant terminé les études du lycée et passé les examens: 9.277;
-
-Terminant les études de l’École primaire supérieure: 62.717;
-
-Ayant terminé les études précédentes: 41.442;
-
-Terminant les études de l’École primaire: 145.277;
-
-Ayant terminé les études précédentes: 37.536;
-
-Sachant à peine lire et écrire: 59.952;
-
-Ne sachant ni lire ni écrire: 33.564;
-
-On voit qu’il y a un nombre considérable d’illettrés; car on peut
-ajouter les deux derniers chiffres ensemble: sachant à peine lire et
-écrire, quand il s’agit de la langue japonaise, c’est, autant dire, ne
-rien savoir du tout; cela ferait donc 93.516 illettrés.
-
-Quant aux nombres de jeunes gens recrutés, ajournés et exemptés, on
-pourra s’en faire une idée par les chiffres suivants, également de 1906,
-les derniers publiés:
-
-Dans le _Honshu_, c’est-à-dire dans la grande île: nombre des jeunes
-gens recrutés: 150.508;
-
-Nombre des jeunes gens ajournés: 2.746;
-
-Nombre des jeunes gens exemptés d’appel: 127.228;
-
-Nombre des jeunes gens exemptés du service militaire: 24.620;
-
-Soit un total de 305.102.
-
-Dans l’île de Shikoku: recrutés: 15.020; ajournés: 256; exemptés
-d’appel: 9.087; exemptés définitivement: 2.150;
-
-Dans l’île de Kiushiu: recrutés: 32.269; ajournés: 376; exemptés
-d’appel: 19.700; exemptés définitivement: 6.067;
-
-Dans l’île de Yézo (Hokkaido): recrutés: 3.917; ajournés: 50; exemptés
-d’appel: 3.205; exemptés définitivement: 551;
-
-Total pour Shikoku, Kiushiu et Yezo, recrutés: 51.206; ajournés: 682;
-exemptés d’appel: 31.992; exemptés définitivement: 8.768.
-
-Ces différents chiffres forment un total général de 397.750 conscrits.
-Ce sont là, qu’on ne l’oublie pas, des chiffres de recrutement après la
-guerre contre les Russes (1906).
-
-
-IV.--Si le Japon développe ainsi son armée de terre et augmente, d’une
-façon aussi complète, sa puissance d’offensive, il n’oublie, certes, pas
-non plus sa marine; il sait que c’est pour lui une question de vie ou de
-mort que d’être fort sur mer; il sait qu’il lui faut, pour la victoire
-pleine et certaine, être maître absolu de la mer: maître des mers de
-Chine pour le moment; et, dans ses rêves d’avenir, maître du Pacifique
-plus tard.
-
-Aussi consacre-t-il de fortes sommes à l’œuvre de réfection et de
-renouvellement de la flotte de guerre et donne-t-il à la marine
-marchande, qui peut et doit lui servir de transports, de nombreux
-encouragements. Sa population maritime lui fournit des éléments
-audacieux et solides, et il n’est pas près de manquer d’hommes pour
-monter ses nombreux bâtiments. Ses officiers ne le cèdent en rien à ceux
-des marines européennes, et ils ont cette confiance inébranlable que
-donne une double victoire. Aussi, à l’heure qu’il est, la flotte de
-guerre du Japon est-elle l’une des plus puissantes qui existe sur le
-globe, et avec les années, elle ne fera qu’augmenter en nombre et en
-valeur.
-
-Actuellement le Japon possède 16 cuirassés d’escadre; 11 grands
-croiseurs;
-
-9 croiseurs de seconde classe dont beaucoup sont déjà vieux (Matsushima,
-Hashitaté);
-
-une trentaine de canonnières de haute mer;
-
-60 contre-torpilleurs (torpedo destroyers);
-
-78 torpilleurs.
-
-Il y a en service actif: 77 amiraux, 741 officiers supérieurs, 2.126
-officiers, 7.857 sous-officiers, 29.667 marins. Avec la 1re et la 2e
-réserves on arrive à 39.103 hommes d’équipage (non compris les
-officiers). (Chiffres de 1908.)
-
-La marine japonaise a, pour ses constructions et ses réparations, quatre
-ports militaires sur le modèle des nôtres:
-
-Yokosuka, près de Yokohama, dans la baie d’Yedo;
-
-Kure, dans la province d’Aki, près de Hiroshima;
-
-Sasebo, dans la province de Hizen, près de Nagasaki;
-
-Maidzuru, province de Tango, sur la mer intérieure.
-
-Le budget de 1907-1908 comprenait des crédits s’étendant sur la période
-1907 à 1913-1914, destinés à couvrir le reliquat des dépenses de guerre
-et s’élevant à 437.500.000 francs; plus une somme de 191.442.500 francs
-qui devait, pendant la même période, remplacer les unités de combat qui
-seraient rayées de la liste de la flotte. Mais on avait compté sans la
-mauvaise situation financière qui ne permettait pas un tel effort
-immédiat, et les crédits ci-dessus se sont vus réduits: le premier de
-114.528.574 fr.; le deuxième à 77.945.325 francs.
-
-Les cuirassés _Aki_ et _Satsuma_ sont venus augmenter la flotte de
-combat d’unités nouvelles; le _Mikasa_, qui avait sauté et coulé, a été
-refondu complètement, et les navires russes pris à Port-Arthur ont été
-modifiés en les modernisant. De nouveaux croiseurs, _Tsukuba_ et
-_Ikumo_, sont également entrés en service; les constructions neuves ne
-chôment pas dans les arsenaux qui ont déjà mis à l’eau le _Satsuma_ et
-l’_Aki_ et sont en mesure de livrer un bâtiment aussi bien que n’importe
-quel arsenal d’Europe ou d’Amérique.
-
-Actuellement la marine japonaise est la troisième du monde, après
-l’Angleterre et l’Allemagne; après elle viennent les États-Unis, et
-nous, qui, il y a quelques années encore, tenions brillamment le second
-rang, après l’Angleterre, nous voici relégués au cinquième!
-
-
-V.--A ce résumé des forces japonaises de terre et de mer, je n’ajouterai
-qu’une réflexion: Après la guerre du Japon contre la Chine, l’empereur
-Guillaume II lança son fameux tableau représentant les puissances
-occidentales serrées les unes contre les autres en face du péril jaune
-s’avançant à grands pas. Au-dessous il avait inscrit ces mots: «Peuples
-d’Europe défendez vos biens les plus sacrés.» On a souri, mais qui sait?
-L’avenir répondra. Le présent n’a-t-il pas déjà un peu répondu?
-
-On ne peut nier, en tout cas, que le Japon, en se préparant d’une façon
-si formidable, ne se conforme bien soigneusement et exactement au _si
-vis pacem, para bellum_.
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
-I. Agriculture; superficie en rizières.--II. Production totale en
-céréales.--III. Diverses espèces de riz.--IV. Les haricots, le maïs, la
-patate, les différents légumes.--V. Épices et condiments.--VI. Division
-de la terre.--VII. Soie et culture du mûrier.--VIII. Culture du
-thé.--IX. Chevaux et bétail.--X. Fruits.--XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et
-la colonisation.
-
-
-I.--Dans l’antiquité, il n’existait au Japon, comme d’ailleurs dans tout
-pays, que deux classes: les agriculteurs et les soldats; c’est là, du
-reste, la base de toute société humaine: se nourrir et se défendre.
-L’industrie et le commerce ne viennent qu’après.
-
-Aujourd’hui encore le Japon peut être considéré surtout comme un pays
-agricole: 60 pour 100 de sa population vit de la terre.
-
-Les terrains de production se divisent en deux sortes: les terrains
-secs, analogues à ceux des champs en Europe, qui sont les moins
-nombreux; et les terrains humides servant exclusivement à la culture du
-riz. D’après la statistique la plus récente (1908) la superficie des
-rizières est de 2.898.792 chô et celle des autres champs de 1.813.913
-chô. La production du riz et autres céréales sur toute la superficie
-arable de l’Empire se répartit ainsi:
-
- Superficie cultivée en riz, orge, seigle et blé:
-
- Divisions. Riz. Orge. Seigle. Blé.
- (_Chô_). (_Chô_). (_Chô_). (_Chô_).
-
- Honshu 2.285.453 601.309 325.643 293.475
- Shi Koku 150.787 5.978 118.620 21.866
- Kiushu 441.752 50.474 236.495 118.548
- Yezo 19.800 12.075 19.927 9.917
-
-
-Si l’on compare les superficies cultivées aujourd’hui à celles d’il y a
-dix ans, on ne les trouve pas sensiblement augmentées; le Japon semble
-bien être arrivé à son maximum de culture comme riz; tous les terrains
-qui ont pu être transformés en rizières l’ont été; depuis trente ans, la
-superficie des champs de riz a presque doublé: de 1.611.130 chô en 1878
-elle est montée à 2.898.792 chô en 1908. Le riz est, en effet, la base
-de la nourriture japonaise. Les autres céréales, qui en 1878
-représentaient une superficie de 1.433.913 chô, ne représentent en 1908
-que 400.000 chô de plus, soit 1.833.913 chô; parce que ces céréales ne
-sont nullement indispensables et servent à différents usages autres que
-la nourriture.
-
-
-II.--Voici quelle est la production totale du Japon en céréales;
-c’est-à-dire en riz, orge, seigle et froment, le froment n’étant pas le
-blé que nous trouvons en Europe, mais une espèce de blé barbu à épi
-nettement carré et spécial au Japon.
-
-Production totale pour tout le Japon:
-
- Riz 46.302.530 kokus.
- Orge 9.445.238 --
- Seigle 6.957.932 --
- Blé 3.962.265 --
-
-
-III.--Il existe deux sortes de riz: le riz ordinaire appelé urushi et le
-riz gluant ou mochigome (riz à gâteaux); elles sont divisées elles-mêmes
-en une quantité de variétés, au moins deux cent cinquante au dire des
-Japonais, mais que nous ne saurions reconnaître. Le riz se cultive dans
-l’eau; cependant on en plante une certaine espèce en montagne, mais en
-petite quantité, et, du reste cette espèce ne se voit guère que dans les
-pays où il n’y a vraiment pas moyen de faire pousser le riz ordinaire.
-
-Ce dernier sert, ainsi que je l’ai déjà dit, à la nourriture
-quotidienne. Il est employé aussi pour faire de la levure de sake
-(alcool de riz) et du vinaigre; réduit en farine il entre dans la
-fabrication de différentes pâtes alimentaires.
-
-Le riz gluant est utilisé pour faire des gâteaux et une espèce de
-liqueur sucrée; on l’utilise aussi dans la teinturerie comme empois.
-
-L’orge sert à faire des sucreries appelées _ame_ ou _midzuame_, des
-gâteaux en le grillant et le mélangeant avec du sucre.
-
-Avec le froment japonais sont fabriquées une espèce de macaroni et de
-vermicelle, et une sorte de pâte appelée _fu_. On l’emploie aussi
-mélangé avec des haricots, pour la fabrication du _shoyu_ et du _miso_,
-deux sortes de sauces; on en fait également des gâteaux.
-
-Le seigle trouve aussi son emploi comme le blé, et convient également à
-la nourriture des animaux.
-
-En dehors de ces quatre céréales, le sol japonais produit également:
-
-Haricots: 3.261.881 kokus;
-
-_Adzuki_: 804.485; (espèce de haricot, le _phaseolus radiatus_);
-
-Millet: 1.829.027;
-
-Iye: 205.422 (sorte de millet);
-
-Kibi: 364.269 (sorte de millet);
-
-Sarrazin: 1.119.108;
-
-Colza: 1.018.644.
-
-
-IV.--Le haricot ou _mame_ dont il existe au Japon de nombreuses espèces,
-sert à des usages non moins nombreux: car on peut non seulement le
-manger cuit ou réduit en farine, mais encore l’employer pour la
-fabrication du _shoyu_, du _miso_ et du _tofu_. Le _shoyu_ et le _miso_
-sont deux espèces de sauces et le _tofu_ une sorte de gâteau assez
-semblable comme forme à un fromage tout frais.
-
-La peau, l’enveloppe, les feuilles et la tige des haricots entrent dans
-la nourriture des chevaux.
-
-Les différentes espèces de millet servent à l’alimentation,
-principalement sous forme de gâteaux.
-
-Le Japon produit encore:
-
- Pommes de terre 117.969.598 kwamme;
- Patates 651.678.486 --
- Coton 2.145.625 --
- Chanvre 2.185.425 --
- Tabac 10.877.910 --
- Indigo 9.127.480 --
-
-Le maïs ou _tomorokoshi_ a été importé de Chine autrefois et les
-Japonais le mangent de deux manières; s’il s’agit de l’épi, on le fait
-bouillir au naturel; s’il s’agit de la farine, on en fait une espèce de
-soupe ou de bouillie. Quand le maïs est frais, on le mange aussi grillé,
-en faisant passer l’épi tout entier au-dessus du feu.
-
-[Illustration: Le Château fort de Nagoya.]
-
-Comme légumes, le Japon a presque tous ceux d’Europe: oignon, ail,
-carotte, navet, concombre, melon, citrouille, épinard, oseille, etc...
-etc... En outre, il possède une quantité de légumes spéciaux et
-indigènes, ce qui porte le régime végétal à un point inconnu en Europe.
-Au Japon on peut varier ses plats de légumes à l’infini:
-
-Le lotus, en général cultivé dans les étangs ou les terrains inondés; sa
-racine (hasu no ne: racine de lotus) est fort bonne à manger et fournit
-de l’amidon; ses fleurs sont fort admirées; le lotus est la fleur sacrée
-du bouddhisme;
-
-Le daikon, espèce de navet énorme et comprenant de nombreuses variétés;
-on le mange cuit ou salé; on en fait une sorte de choucroute fort
-appréciée des Japonais, mais qui choque l’odorat des Européens; l’_imo_
-ou racine bulbeuse qui comprend une foule de variétés dont les noms ne
-sont pas traduisibles en français parce que la plante n’existe pas chez
-nous; _tsuku imo_, qui se consomme cuit et dont les graines peuvent se
-manger également;
-
-_Naga imo_; on en fait une espèce de gruau que l’on mange avec une sauce
-spéciale, si l’on a soin de le râper et de le piler préalablement;
-
-_Imo_ proprement dit, comprend _sato imo_, _tono imo_, _yatsuga imo_,
-_yegu imo_, etc. L’énumération en serait trop longue. Toutes ces
-variétés se mangent cuites. Au printemps, on recouvre de terre les
-tubercules de l’yegu imo pour les faire germer; lorsque les petites
-pousses, qui portent le nom de _no imo_, apparaissent, on les mange; il
-y a une autre variété dite hasu imo dont la tige seule peut être
-utilisée;
-
-_Yuri_, le lis, est employé au Japon tout comme les carottes et les
-navets; le sara yuri pousse à l’état sauvage; l’oni yuri réclame les
-soins de la culture; ce dernier est supérieur comme goût, et on peut
-réduire son bulbe en fécule;
-
-_Na_, épinard, herbe, etc., on pourrait plutôt traduire par _verdure_;
-car on appelle _na_ au Japon toutes les feuilles vertes qui se mangent,
-et elles sont nombreuses;
-
-_Mitsuba_, espèce de plante d’eau (cryptotœnia canadensis);
-
-_Shiso_, feuilles soit rouges, soit vertes, que l’on sale et que l’on
-mange après macération;
-
-_Takenoko_, jeunes tiges de bambou que l’on fait bouillir et que l’on
-assaisonne ensuite une fois qu’elles sont très tendres.
-
-
-V.--Le Japonais aime beaucoup le condiment épicé; il emploie fréquemment
-le gingembre (shoga), cru ou conservé. On fait croître les jeunes
-pousses dans des caves en recouvrant les racines avec de la terre et des
-détritus de végétaux.
-
-Le wasabi ou raifort est également très apprécié; le togarashi ou
-piment, le sansho (Xantoxylum piperitum); les graines de chanvre
-grillées, etc...
-
-
-VI.--La superficie de la terre peut se décomposer comme suit:
-
-Terres appartenant à la Couronne, au Gouvernement, etc., 21.394.805 cho.
-
-Terres appartenant aux particuliers, 14.172.339 cho.
-
-La population occupée à la terre peut se chiffrer par environ 5.600.000
-familles, soit 64 pour 100 de la population totale de l’Empire; parmi
-ses membres environ 20 pour 100 possèdent une éducation agricole
-complète; 350.000 jeunes gens ayant passé par des écoles spéciales.
-
-La terre est excessivement morcelée et la plus grande partie des champs
-de riz, par exemple, n’est que de 4 à 4 ares 50 de superficie, tandis
-que les champs proprement dits ne mesurent que 8 à 9 ares. Si l’on
-ajoute à cela le terrain qu’il faut sacrifier nécessairement autour des
-champs de riz afin d’élever des talus pour contenir l’eau, on voit que
-pour un propriétaire qui possède beaucoup de champs dispersés, le
-travail de culture est pénible et les pertes assez grandes. Aussi,
-depuis 1900, le Gouvernement a-t-il entrepris, de concert avec les
-intéressés, et en nommant des experts qualifiés, de réajuster la
-propriété et de la répartir d’une façon plus groupée, de manière à
-rendre les propriétés plus compactes. Les propriétaires n’ont qu’à y
-gagner; aussi se prêtent-ils volontiers à ce mouvement, qui se dessinait
-plein de promesses, mais se trouve en suspens faute de fonds.
-
-
-VII.--Le Japon produit de la soie en assez grande quantité; voici les
-noms des districts qui en fournissent le plus:
-
- Ken de Miye 3.312.490 yen.
- -- Gumma 9.585.254 --
- -- Aichi 8.358.883 --
- -- Yamanashi 8.346.864 --
- -- Nagano 34.989.371 --
- -- Fukushima 6.188.107 --
- -- Saitama 8.352.784 --
- -- Gifu 6.155.458 --
- -- Yamagata 4.885.739 --
-
-Les mûriers occupent la superficie suivante:
-
- Honshu 337.399 cho.
- Shikoku 8.218 --
- Kiushu 16.839 --
- Yezo 2.260 --
-
-La culture de cet arbre réussit bien au Japon, et il atteint parfois la
-hauteur de vingt à trente pieds. Ses feuilles, cordiformes et dentelées,
-sont quelquefois découpées; ses fruits mûrissent en été et ont une
-couleur violette; on le plante en ligne comme les vignes dans le centre
-de la France, et on coupe les branches au lieu de récolter seulement les
-feuilles; de sorte que tous les ans, au printemps, de jeunes branches
-sortent avec une nouvelle vigueur. Il existe au Japon deux sortes de
-mûriers: l’un qui fleurit en mars, l’autre, plus tardif, qui fleurit
-seulement en avril.
-
-
-VIII.--La superficie des champs plantés en thé est:
-
- Honshu 37.659 chô.
- Shikoku 3.498 --
- Kiushiu 9.299 --
- Yezo néant.
-
-soit, en tout, 50.456 chô.
-
-Les districts qui produisent le plus de thé sont:
-
- Ken d’Ibaraki 454.437 yen.
- -- Shidzuoka 3.445.679 --
- Shi de Kioto 739.152 --
- Ken de Shiga 374.932 --
- -- Miye 726.211 --
- -- Nara 376.993 --
- -- Kumamoto 519.106 --
-
-Je ne m’étends pas particulièrement sur la culture du thé au Japon, qui
-ne présente aucun intérêt pour l’Europe. Tout le thé que fournit le
-Japon à l’exportation est absorbé par les États-Unis qui s’en sont fait
-une spécialité; et je doute qu’il soit jamais apprécié en Europe.
-
-
-IX.--Le cheval, autrefois au Japon, était surtout destiné à porter les
-fardeaux des paysans à travers les sentiers dans la campagne, et à
-servir de monture aux guerriers. Le cheval japonais est un animal fort
-peu élégant, sans poitrail, efflanqué, très peu solide sur ses jambes de
-devant et d’une ressource médiocre pour les lourds fardeaux. Le
-Gouvernement Japonais a fait tous ses efforts pour améliorer la race, et
-instruit par les deux dernières guerres, il a institué une
-administration spéciale des haras sous la direction immédiate de la
-Maison impériale, avec un conseiller privé et un ancien ministre d’État
-à sa tête. Mais les circonstances particulières dans lesquelles se
-trouve le Japon s’opposent à un rapide développement de la race
-chevaline: en effet, l’absence de plaines étendues, la présence par tout
-le pays de champs de riz, l’inutilité presque absolue du cheval pour les
-cultivateurs et le public en général, font que l’élevage a toujours été
-plus ou moins négligé.
-
-La nouvelle administration doit avoir constamment à sa disposition 1.500
-étalons étrangers choisis, de façon à les distribuer dans les principaux
-centres d’élevage pour les accoupler avec des juments indigènes. Le
-programme est établi pour une durée de 28 ans à partir de 1906, et on
-estime la dépense à 30.000.000 de yen.
-
-Les principaux centres d’élevage sont: au Nord l’île de Yezo; les
-districts de Nambu, Sendai, Miharu et Akita; au Sud, Kagoshima.
-
-Le cheval de Nambu est le plus réputé du Japon; il est fort,
-relativement large de poitrail et très endurant. Ceux de Hokkaido,
-Sendai, Miharu, Akita sont des variétés du Nambu; ils sont dociles et
-résistants: le cheval de Kagoshima, au contraire, est petit, vif,
-vicieux et souvent intraitable.
-
-Il y a longtemps déjà que le Gouvernement Japonais a essayé d’introduire
-des chevaux étrangers pour améliorer la race indigène; mais jusqu’à
-présent il n’a pas réussi. De France, d’Angleterre, d’Amérique, de
-Hongrie, d’Arabie, d’Australie sont venus de beaux, de splendides
-spécimens; au bout de deux ans au Japon ils étaient ou morts ou malades;
-le climat humide et le manque de pâturages les tuent.
-
-L’Empereur a cependant une écurie de chevaux australiens; mais ces
-malheureuses bêtes ne sont que l’ombre de ce qu’elles étaient dans leur
-pays. Le cheval chinois lui-même, pourtant si fruste et si résistant,
-est bientôt, au Japon, pris de rhumatismes et rendu indisponible.
-
-Un poulain de deux ans coûte aujourd’hui environ 60 yen s’il est
-indigène pur sang, et environ 150 yen s’il est croisé de sang étranger.
-
-Les bêtes à cornes sont également très chétives; autrefois on ne les
-employait que comme bêtes de somme; aujourd’hui encore le paysan
-japonais se contente de s’en servir pour la culture ou le transport et
-il n’en élève pas pour la boucherie; il s’ensuit que la viande fournie
-aux Européens dans les ports est de très mauvaise qualité. Le manque de
-bons pâturages empêchera toujours la formation de belles races de bœufs
-comme en Europe et en Amérique; le lait est pauvre et rare, et le beurre
-qu’on a essayé de produire est détestable.
-
-Les chèvres et les moutons n’existent pas; on a essayé d’en introduire,
-mais ils ne réussissent que difficilement et seulement dans le Nord; en
-général, au bout de peu de temps ils sont atteints de maladie et meurent
-vite. Il n’est pas rare d’en voir mourir subitement sans cause
-apparente. L’humidité du climat doit contribuer à empêcher leur élevage
-en grand.
-
-Porcs et poulets existent en petites quantités; le Japonais mange peu de
-porc et n’est pas non plus très friand de volaille.
-
-
-X.--En fruits le Japon est très pauvre; il n’a de bon que le _biwa_ que
-nous avons appelé la nèfle du Japon, et qui pousse, transplantée, sur le
-littoral méridional de la France et en Algérie; le _kaki_, fruit spécial
-à la Chine et au Japon, ressemblant à une tomate, et dont il y a
-quatre-vingt-six variétés; le _mikan_, sorte de mandarine.
-
-Les autres fruits existent, mais sont détestables; la prune (sume) ne
-peut se manger crue; elle est employée à faire des confitures ou bien
-une espèce de conserve salée que l’on mange le matin en se levant; les
-fleurs du prunier, salées, servent à faire des infusions analogues à
-celles du thé.
-
-Le pêcher (momo) porte d’assez beaux fruits qui ne sont pas mangeables
-sans être cuits. Les Japonais les conservent en les faisant bouillir
-dans du sucre.
-
-L’abricot (ansu) est gardé séché; cru, il est acide et désagréable.
-
-Le brugnon (sumomo), la pomme (ringo), la poire (nashi) sont absolument
-inférieurs, n’ont que le goût d’eau, et sont insipides crus; on les
-mange en compote avec du sucre.
-
-Le cognassier (kwarin) très inférieur comme grosseur et comme espèce à
-celui d’Europe, se mange bouilli avec du miel et du gingembre.
-
-En dehors du _mikan_ (mandarine) qui est excellent, il existe au Japon
-un nombre considérable de variétés de citrons: le koji; le kunembo; le
-daïdaï; le zabon; le buntan; le bushu kan; le kinkan; le yudzu. Tous ces
-citrons croissent généralement dans le Sud (île de Kiushu), seul, le
-yudzu supporte le froid.
-
-Le jujubier (natsume), le noyer (kurumi), le châtaignier (kuri) existent
-également, mais les fruits en sont inférieurs.
-
-La vigne sauvage (budô) existe en grande quantité, et fournit des fruits
-assez agréables au goût.
-
-Le cerisier (sakura) ne vaut que par ses fleurs qui, au printemps, font
-la joie du Japon.
-
-Depuis une vingtaine d’années on a essayé d’acclimater les cerises, les
-pommes, les poires, le raisin, les fraises d’Europe et d’Amérique. On a
-réussi assez bien pour les poires et les pommes; on a obtenu également
-des cerises et des fraises; mais les plants dégénèrent vite. Le climat
-des îles japonaises est beaucoup trop humide, et c’est évidemment ce qui
-s’oppose, dans le règne végétal, au développement normal des fruits
-d’Europe, et, dans le règne animal, à l’élevage du mouton et de la
-chèvre.
-
-
-XI.--Hokkaidô (île de Yézo) très au Nord et loin de toute communication
-avec le Japon d’autrefois, est restée longtemps négligée; elle servait
-de lieu d’exil, elle n’était guère peuplée que d’Ainos, et Hakodaté
-était le seul port, la seule station que les Japonais eussent dans
-l’île. Le climat, très froid, ne leur convenait d’ailleurs pas, et
-c’était, en outre, un voyage trop long pour s’y rendre. Depuis la
-restauration impériale, le Gouvernement a essayé de coloniser l’île de
-Yézo, appelée plus communément Hokkaidô; il a d’abord institué un Bureau
-de la colonisation, le _Kai taku shi_, spécialement destiné à
-l’administration du pays.
-
-En dehors du colon libre qui ne venait pas en grand nombre dans ces
-froides solitudes, le Gouvernement voulut imiter les Russes en Sibérie
-et créa des soldats-laboureurs auxquels il donnait la terre et qui
-restaient attachés au sol qu’ils devaient défendre. Mais toute cette
-organisation ne produisit rien de sérieux. On y renonça et, sans
-rattacher encore le Hokkaidô à l’administration générale de l’Empire, on
-créa un gouvernement à part, un _chô_, et on divisa l’île en _ken_; puis
-on la rattacha au ministère de l’Intérieur.
-
-Grâce aux mines de houille de Poronai, à la pêche du saumon, du hareng,
-de la baleine, grâce aussi à la natalité toujours plus grande de la
-nation japonaise, l’île finira probablement par se peupler forcément;
-mais il est hors de doute, cependant, que les Japonais ne s’y plaisent
-pas et ne s’y expatrient pas volontiers.
-
-L’État leur donne la terre aux conditions suivantes:
-
-Terre pour culture 500 chô à 4 yen 50 le chô;
-
-Terre pour l’élevage 800 chô à 3 yen le chô;
-
-Forêt 800 chô à 1 yen 50 le chô;
-
-Terre donnée gratuitement 10 chô.
-
-La durée au bout de laquelle la terre doit être en rapport est de:
-
-5 ans pour la terre accordée gratuitement;
-
-8 ans pour 10 chô;
-
-10 ans pour 30 chô.
-
-Pour l’exploitation des terrains forestiers ou pour l’extraction de la
-tourbe, la période est doublée. Le colon, qui a rempli les conditions
-exigées, a droit à une nouvelle acquisition aux mêmes prix et
-obligations.
-
-Des fermes modèles ont été installées, principalement aux environs de
-Sapporo. L’une appartient à la _Shoku yetsu shoku min kwaiska_ et elle
-est située à Noboro, (12 kilomètres de Sapporo). La ferme contient 251
-familles; en 1906 la compagnie a retiré un bénéfice net de 5.182 yen.
-Une autre appartient au marquis Maeda (ancien daïmio de Kaga); située
-près de Sapporo, elle est divisée en exploitation agricole et en
-élevage. Le capital employé est d’environ 80.000 yen et le bénéfice de
-1906 a été de 5.797 yen.
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
-I. Pêcheries.--II. Les bateaux de pêche; les prises.--III. Prime à la
-pêche en haute mer.--IV. La baleine.--V. Sel et salines.--VI.
-Forêts.--VII. Quelques-uns des bois les plus répandus du Japon.--VIII.
-La forêt de Kisogawa, domaine de la Couronne.--IX. Le camphrier.--X.
-Champignons.
-
-
-I.--Les Japonais sont incontestablement nés pêcheurs: plus de trois
-millions d’entre eux vivent de l’industrie de la pêche. Cette dernière
-est caractérisée par une extrême diversité; par suite de la situation du
-pays, chaud au Sud et très froid au Nord, on peut se livrer dans les
-mers qui le baignent à des pêches toutes différentes. Dans les mers du
-Hokkaidô, on pêche le hareng, la sardine, le saumon, la baleine; dans le
-Sud, se trouvent le thon, la bonite, le maquereau, et, en général, le
-poisson qui se rencontre sur nos côtes; quantité de langoustes et de
-crevettes. Mais le Japon, comme beaucoup d’autres pays, souffre d’une
-pêche trop peu réglementée et pratiquée sans méthode; le poisson diminue
-et certaines espèces deviennent rares. La loi pour la protection du
-poisson de mer et de rivière, qui a été édictée il y a quelques années,
-est peu observée. La fécondation artificielle n’est guère appliquée que
-pour le saumon au Hokkaidô et pour l’huître à Hiroshima.
-
-L’influence des deux courants marins, qui longent les côtes Est et Ouest
-du Japon, a naturellement une influence toute spéciale sur la vie marine
-du Pacifique et de la mer du Japon. Chacune des côtes, étant soumise à
-l’action plus ou moins grande d’un courant chaud venant du Sud, et d’un
-courant plus froid venant du Nord, la prédominance de l’un ou de l’autre
-affecte la température de la mer. Ainsi, le long de la côte Nord, à
-partir de Kinkasan (Honshu) la température moyenne est au-dessous de 15°
-centig. et le long de la côte Est du Hokkaidô et des Kouriles elle est
-au-dessous de 10° centig. à cause de la prédominance des courants
-froids. D’un autre côté, étant donné la présence des courants plus
-chauds le long de la côte Sud, depuis le groupe d’îles à l’extrémité de
-la pointe d’Idzu jusqu’à l’extrémité sud de Kiushu, la température
-moyenne est au-dessus de 20° centig., tandis que vers les îles Bonin et
-le long de la côte Est de Formose, elle est de + 23° centig. On comprend
-donc pourquoi, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la diversité est si
-grande dans la faune aussi bien que dans la flore maritime du Japon.
-
-Si l’on songe que la côte regardant le Pacifique et qui commence au Nord
-aux Kouriles pour finir au Sud à Formose, se trouve assise sur 29° de
-latitude, il est facile de se rendre compte que les deux extrémités du
-pays diffèrent absolument au point de vue de la production maritime. Par
-suite, tandis qu’au Nord on pêche le hareng, la sardine, le maquereau,
-la morue, dans le Sud on prend plutôt la dorade, le thon, la bonite, le
-requin, la sole, etc.
-
-L’une des scènes les plus curieuses à contempler à Tokio, c’est le matin
-à quatre heures, le marché aux poissons à Nihon Bashi. Des quantités de
-bateaux sont entrées la nuit dans le canal qui les mène jusqu’au marché,
-et là ils ont déchargé toute leur pêche de la journée précédente. C’est
-un amas inouï de tous les genres, de toutes les sortes de poissons,
-depuis la sardine dédaignée (on la pêche en automne en grande quantité
-au large de la baie de Tokio) jusqu’au requin et à la pieuvre, en
-passant par des espèces de poissons inconnues à nos mers et présentant
-les formes les plus extraordinaires et les plus disgracieuses.
-
-Les Japonais font une consommation prodigieuse de poisson et ils en
-tirent aussi des conserves; la bonite, notamment, est desséchée et
-devient tellement dure qu’on la prendrait pour une pierre à repasser les
-couteaux; c’est le _katsuobushi_, que toute bonne ménagère a chez elle
-et qu’elle râcle dans toutes les soupes et dans toutes les sauces.
-
-Le requin, jeune, est fort apprécié; la seiche et la pieuvre sont des
-mets de choix.
-
-Quant au hareng on en fait surtout de l’engrais. Il est pêché
-principalement au Hokkaidô, à Aomori et à Akita. La saison de pêche va
-de mars à mai et la pêche a lieu surtout sur la côte Ouest. D’énormes
-quantités de harengs sont prises ainsi; on n’en conserve qu’une très
-faible partie pour la nourriture (si petite qu’on n’en voit jamais sur
-le marché de Tokio) et on en fabrique une espèce d’huile et de
-l’engrais. Cet engrais de hareng est l’une des causes de la prospérité
-des pêcheries de l’île de Yézo; mais depuis que l’on a importé de
-l’engrais de harengs de Sibérie et de l’engrais de sardines des côtes de
-Corée, il y a eu diminution des gains à Yézo. Aussi a-t-on commencé à
-Akita et à Aomori notamment à fumer et à saler le hareng pour
-l’exportation; ces conserves sont envoyées en Chine et en Australie.
-
-La sardine est aussi très abondante; les Japonais la mangent fraîche:
-c’est le plat du pauvre. On en tire aussi de l’engrais; on a essayé d’en
-faire des conserves à l’huile, mais les Japonais n’ont pas encore trouvé
-le moyen de les préparer d’une façon convenable.
-
-La morue et le saumon sont pêchés aussi, en grande quantité, sur les
-côtes de l’île de Yezo; on les vend séchés et salés, mais les Japonais
-les apprécient peu.
-
-Le Japon est le pays des langoustes, des crevettes et des coquillages de
-toutes sortes. La mer en fournit tous les jours de telles quantités,
-sans se lasser, qu’elle semble inépuisable. Néanmoins, on commence à
-remarquer un fléchissement dans le rendement des langoustes, que les
-Européens, habitant le Japon, consomment en grande quantité et qu’ils
-ont mises à la mode.
-
-
-II.--Il existait, en 1906 (dernier relevé statistique), 426.000 bateaux
-de pêche, presque tous de 30 shaku de long (90 mètres environ), 24.000
-seulement dépassant cette mesure. Il a été pris cette année-là:
-
- Seiches et pieuvres pour une valeur de 2.902.436 yen.
- Sardines -- -- 4.861.311 --
- Harengs -- -- 5.531.136 --
- Bonites -- -- 5.303.302 --
- Crevettes -- -- 1.415.263 --
- Maquereaux -- -- 1.876.865 --
- Thons -- -- 1.541.679 --
-
-Espèce de poisson appelée:
-
- Queue jaune pour une valeur de 2.828.359 yen.
- Dorade -- -- 3.790.119 --
-
-De ces différents produits, ont été manufacturés:
-
- Crevettes desséchées pour une valeur de 816.542 yen.
- Seiches -- -- -- 2.219.150 --
- Bonites -- -- -- 5.095.044 --
- Sardines -- -- -- 3.324.872 --
- Sardines pour engrais -- -- 532.942 --
- Harengs pour nourriture -- -- 888.036 --
- -- engrais -- -- 4.643.100 --
-
-J’ai dit plus haut qu’on avait essayé au Japon différentes conserves de
-poisson, notamment de sardines et de saumons, mais elles sont très mal
-faites et il est impossible à un Européen de les manger; le Japon manque
-de l’huile nécessaire à la préparation.
-
-
-III.--Une prime à la navigation a été accordée par le Gouvernement en
-1897 (loi révisée en 1905) pour les bateaux pratiquant la pêche en haute
-mer. Pour les bateaux construits au Japon elle attribue:
-
-Par tonne brute d’acier ou de fer, 40 yen;
-
-Par tonne brute, mélange métal et bois, 35 yen;
-
-Par tonne brute bois, 30 yen.
-
-Pour machine à vapeur:
-
-Par cheval-vapeur, 10 yen.
-
-Pour machine à pétrole:
-
-Par cheval-vapeur, 20 yen.
-
-Pour les bateaux construits à l’étranger et battant pavillon japonais:
-
-Vapeur: 22 yen par tonne brute;
-
-Voilier: 18 yen.
-
-Les bateaux désirant participer à la prime doivent avoir, pour la pêche
-en eau profonde: de 50 à 200 tonnes pour un vapeur se livrant lui-même à
-la pêche; de 10 à 250 tonnes pour un voilier pêchant au filet, et de 30
-à 250 tonnes pour un voilier pêchant avec ses canots. Pour la pêche à la
-bonite, le tonnage doit être de 10 à 30 tonnes pour un voilier pêchant
-par lui-même et de 50 à 200 tonnes pour un voilier pêchant au moyen de
-ses canots. Pour les bateaux servant de transport, le tonnage est de 80
-à 350 tonnes pour un vapeur et de 15 à 150 pour un voilier.
-
-La prime est garantie pour cinq ans; elle est renouvelable après examen
-du bateau et de son matériel. L’équipage doit être pour les 4/5 composé
-de Japonais. Jusqu’à présent, la somme totale des primes allouées a été
-de 435.389 yen.
-
-
-IV.--Il y a une quarantaine d’années, le Japon occupait une large place
-dans la pêche de la baleine et les mers du Japon voyaient chaque année
-arriver de nombreux baleiniers d’Europe et d’Amérique. Mais ces
-navigateurs firent tant et si bien qu’ils exterminèrent pour ainsi dire
-ce cétacé. Heureusement, lassés de n’en plus trouver suffisamment, ils
-quittèrent les côtes du Japon, et, comme les Japonais se livraient fort
-peu à ce genre de pêche, la baleine se mit à reparaître de telle façon
-qu’aujourd’hui, les eaux japonaises et coréennes fournissent un butin
-assez abondant.
-
-Les endroits les plus renommés pour la pêche à la baleine sont: en été,
-la côte depuis Kinkazan jusqu’à l’extrémité de la baie de Tokio, ainsi
-que les côtes de Kishu, Tosa et Nagato (ces dernières en hiver).
-
-De 1906 à 1908 il y a eu un nombre de plus en plus considérable de
-bateaux employés à cette pêche:
-
- Mars 1906, vapeurs 5, prises 434 baleines.
- -- 1907, -- 10, -- 939 --
- -- -- voiliers 1, -- 19 --
- -- 1908, vapeurs 18, -- 806 --
- -- -- voiliers 2, -- 22 --
-
-Pour 1908, sont seulement données les prises dans les eaux
-territoriales; si l’on y ajoute les prises faites dans les eaux
-coréennes, le total est bien plus considérable. Il est, d’ailleurs,
-impossible de donner les résultats exacts et complets; car beaucoup de
-baleiniers, ne recevant pas la prime, ne fournissent aucune indication
-sur les prises qu’ils ont faites.
-
-Les chiffres ci-dessus, et ceux qui suivent, sont pris dans les
-statistiques japonaises, notamment dans le «Japan year book» et le
-«Résumé statistique de l’Empire». On peut les considérer comme donnant
-un résultat assez exact, quoique j’aie relevé quelques chiffres
-contradictoires.
-
-Valeur des prises sur les côtes de Corée:
-
- Total (1906) 2.015.165 yen.
- -- (1907) 2.225.521 --
-
-Résultats des pêcheries sur la côte de Sakhalin:
-
- Truites saumonées pour une valeur de 41.544 yen.
- Harengs -- -- 19.200 --
- Saumons -- -- 10.677 --
- Divers -- -- 11.900 --
-
-
-V.--A la pêche se rattache, dans un pays maritime comme le Japon,
-l’extraction du sel. Il existe, en effet, fort peu de sel de mines, et
-c’est la mer qui le fournit presque entièrement. Tantôt on l’extrait en
-faisant dessécher par le soleil des marais savamment étalés au bord de
-la mer; tantôt par des procédés artificiels. Les côtes de la mer
-intérieure sont les plus productives; toutefois on en produit un peu
-partout. Mais depuis l’annexion de Formose, c’est surtout dans cette
-dernière île que l’industrie saline a pris un grand développement.
-Jusqu’à la dernière guerre avec la Russie, le monopole du sel existait à
-Formose, mais la vente en était libre sur le territoire de l’Empire.
-Depuis la campagne de Mandchourie, le Gouvernement a établi ce monopole
-dans tout le Japon.
-
-Production du sel:
-
- Koku. Yen.
-
- Honshu 2.741.796 5.632.480
- Shikoku 1.603.865 2.692.160
- Kiushiu 521.329 1.889.153
- Yezo 116 407
-
-Les principaux districts fournisseurs de sel sont: Hiogo, Okayama,
-Hiroshima, Yamaguchi, Tokushima, Kogawa, Oita.
-
-
-VI.--Le Japon a, de tout temps, été un pays de forêts, et le bois y a
-servi à toute espèce de constructions et d’industries: les maisons
-d’abord sont en bois et, en général, tous les ustensiles de ménage et de
-culture. Il s’ensuit que la consommation en est considérable; mais, plus
-avisé que son voisin de Chine, qui a laissé son pays se dénuder, au
-point que, dans certaines régions, on ne trouve pas un arbre, le
-Japonais a toujours replanté au fur et à mesure qu’il a coupé. C’est ce
-qui fait, qu’à l’heure actuelle, malgré le pillage des forêts au moment
-de la restauration, et l’abatage inconsidéré d’un grand nombre de bois,
-malgré aussi les inondations terribles qui dévastent quelquefois des
-parties entières de forêts, ces dernières occupent encore à peu près 59
-pour 100 du territoire de l’Empire. On peut les diviser ainsi:
-
- Forêts de l’État 12.020.218 chô.
- Forêts de la Couronne 2.109.099 --
- Forêts des temples et des particuliers 7.991.796 --
-
-De cet ensemble 420.096 chô, faisant partie du domaine de l’État et de
-la Couronne sont intangibles; le reste, soit 7.991.796 chô pour les
-forêts des particuliers et des temples, et 13.709.221 chô pour les
-forêts de l’État et de la Couronne, est en exploitation.
-
-Les districts Nord-Est du Honshu et du Hokkaido (Yezo) abondent en
-forêts. Les préfectures qui suivent ont au moins 500.000 chô de terrains
-forestiers: Iwate, Tokushima, Niigata, Yamagata, Gumma, Ehime,
-Yamaguchi; les Ken de Nagano, Akita, Gifu, Aomori en possèdent plus de
-1.000.000 de chô; quant à Yezo, l’île entière renferme 12.250.095 chô de
-forêts.
-
-Il est assez difficile d’avoir les chiffres exacts du rendement des
-forêts particulières; car les propriétaires ne tiennent aucune espèce de
-comptes pour le travail accompli et les dépenses d’exploitation.
-
-Pour les forêts de l’État, les relevés de 1906-1907 donnent:
-
- Recettes 9.169.272 yen.
- Dépenses 3.796.862 --
-
-Le taux du bénéfice pourrait être encore plus fort, mais en beaucoup
-d’endroits les forêts de l’État sont presque inaccessibles; et, d’un
-autre côté, l’administration dépense beaucoup pour faire des
-reboisements.
-
-
-VII.--Le Japon est très riche en conifères de toutes sortes et possède
-des essences inconnues à l’Europe. Il n’est pas sans intérêt de donner
-la description des principales.
-
-_Sugi_ ou _cryptomeria japonica_, est un arbre vert qui atteint une
-hauteur variant entre 30 et 40 mètres. Le cœur est rouge; le reste du
-bois est blanchâtre; il est employé en architecture; on en fait aussi
-des meubles, des boîtes.
-
-Une des variétés de cet arbre, le _yakusugi_, vient de l’île de Yaku
-dans la province de Satsuma; on le trouve aussi dans l’île de Sado. Son
-bois est très résineux et son grain très serré. Le _kurobe sugi_, qui
-pousse dans les provinces de Hida et de Shinano, est un très beau bois à
-grain sinueux. Le _jiudai sugi_, qui n’est autre que le sugi qui a
-séjourné longtemps sous terre, se trouve dans le lac de Hakone et ses
-environs. Les plus beaux spécimens de cryptoméria actuellement existants
-sont ceux qui se dressent des deux côtés de la route qui conduit
-d’Utsunomiya à Nikkô et qui ont été plantés il y a près de trois
-siècles. Ils sont merveilleux et font l’admiration du voyageur. Quelques
-beaux cryptoméria se trouvent également à Hakone, autour du lac.
-
-_Hinoki_ (chamœciparis obtusa) est aussi un arbre à feuilles
-persistantes; son bois, dont le grain est très serré, dégage une odeur
-agréable; il occupe la première place parmi les bois de construction; le
-meilleur vient de Kiso, dans la province de Shinano.
-
-_Sawara_ (chamœciparis pisifera ou thuyopsis dolabrata) ressemble
-beaucoup au précédent; et son bois est presque aussi bon que celui du
-hinoki; on l’emploie également pour la construction des maisons et la
-fabrication des meubles.
-
-_Hiba_, variété du précédent, sorte de Thuyopsis, ressemble au Hinoki,
-mais son bois est plus blanc; on le trouve beaucoup à Nikko.
-
-_Akamatsu_ (pinus densiflora), arbre généralement tordu, à écorce rouge;
-le bois est blanc, mais le grain en est grossier.
-
-_Kuromatsu_ (pinus massoniana) est plus grand que le précédent, mais son
-grain est analogue; son écorce est noire; comme il est également bon
-marché, et qu’il peut s’employer à différents usages, c’est celui que
-l’on consomme le plus au Japon.
-
-_Kaya_ (torreya nucifera), arbre à feuilles persistantes, qui devient
-très gros mais est peu élevé. Son bois est très recherché par les
-fabricants de meubles; il vient des provinces de Mutsu, Kii, Mikawa,
-Yamato.
-
-_Tsuga_ (abies tsuga) est de tous les sapins celui qui fournit le plus
-beau bois, d’un grain très serré et très dur. Le meilleur vient de la
-province de Yamashiro.
-
-_Momi_ (abies firma) atteint ordinairement une hauteur de 20 à 30
-mètres; on le trouve dans presque toutes les provinces du Japon. La
-rapidité de sa croissance le rend précieux et il est employé à toutes
-sortes d’usages, constructions et meubles.
-
-_Icho_ (salisburghia adanthifolia). Cet arbre est à feuilles caduques;
-tantôt mâle, tantôt femelle; il atteint une hauteur de 20 à 30 mètres;
-son bois est tendre, mais le grain en est cependant très serré; il sert
-à la construction de certaines parties des maisons japonaises, et aussi
-à la fabrication des meubles. On le trouve partout au Japon, surtout
-près des temples; il donne un fruit dont les Japonais mangent l’amande
-(gin nan) grillée; crue elle est un poison.
-
-_Kurumi_ (juglans mandchurica), noyer de Mandchourie, produit un bois
-fort beau qui sert à l’ornementation des maisons et à faire des meubles
-de valeur. Comme l’arbre qui précède, celui-ci a dû être importé de
-Chine.
-
-_Sawa gurumi_, fournit un bois blanc dont le grain est plus grossier que
-le précédent; il est utilisé pour la menuiserie. L’écorce de cet arbre,
-connue sous le nom de Jukohi, est employée pour faire de petits objets
-qui sont un des produits renommés de Nikko.
-
-Parmi les chênes nous trouvons:
-
-_Akagashi_ (quercus acuta), grain très serré et rougeâtre; employé dans
-les îles Amakusa, d’où il provient, pour faire des rames.
-
-_Shirakashi_ (quercus glauca), grain très serré et blanc: sert à faire
-des manches d’outils, et aussi du charbon de bois. Originaire de Kiushu
-et Amakusa.
-
-_Shii_ (quercus cuspidata), bois plus tendre que le précédent; son
-écorce sert pour la teinture.
-
-_Kunugi_ (quercus serrata), espèce de chêne dont les feuilles servent à
-la nourriture du bombyx _yamamai_ ou ver à soie sauvage.
-
-_Kashiwa_ (quercus dentata), la coque de ses glands sert à faire de la
-teinture noire.
-
-_Kuri_ (castanea vulgaris) est, comme en Europe, un arbre à feuilles
-caduques qui atteint la même hauteur que dans nos pays; son bois sert
-dans la construction des maisons et à la fabrication des meubles; on le
-rencontre dans presque toutes les provinces.
-
-_Keyaki_ (planera japonica, planera acuminata, zelkowa Keyaki) est un
-arbre à feuilles caduques qui atteint une hauteur moyenne de 15 mètres;
-il fournit un bois très beau et très dur et qui est fort recherché. On
-l’emploie dans la construction des maisons et pour la fabrication des
-meubles de valeur. On trouve certains de ces bois qui ont un grain
-annulaire et que l’on nomme _joriu_; on s’en sert pour la sculpture et
-pour faire des panneaux d’ornement. Cet arbre croît à Kiushiu, à
-Nagasaki, dans le Honshu, à Hakone, à Kokura; aux environs de Tokio, de
-Yokohama et de Yokosuka.
-
-_Enoki_ (celtis sinensis), arbre à feuilles caduques d’une hauteur de 20
-mètres; le grain en est grossier, mais il sert à la menuiserie.
-
-_Tsuge_ (buscus sempervirens) n’atteint jamais une grande hauteur; son
-bois est excessivement dur et jaune; le grain en est très serré; il sert
-à faire des peignes de femmes et des planches d’impression; on en fait
-également des dents artificielles. Il vient des îles de la province
-d’Idzu.
-
-_Kiri_ (paulownia imperialis) croît très rapidement et atteint une
-hauteur de 10 mètres en dix ans. Son bois est très léger et tendre; le
-grain en est grossier; il est très recherché par les menuisiers qui en
-font des _guétas_ ou socques en bois pour hommes et femmes. Une variété
-de ce bois porte le nom de _Shimagiri_ et provient de la province
-d’Idzu; le grain du bois est meilleur et plus serré que celui du Kiri.
-
-_Awogiri_ (firmiana platanifolia), bois blanc, grain grossier; employé
-en menuiserie; provenance: Kiushiu.
-
-_Urushi_ (rhus vernicifera) donne un bois jaune très beau; son grain est
-serré. On l’emploie pour la marqueterie et les travaux analogues; on en
-fait aussi des navettes de tisserand et des flotteurs pour filets de
-pêche. Cet arbre pousse principalement dans le Nord; c’est avec la sève
-qu’il donne que l’on compose le vernis à laque; la sève est retirée au
-moyen d’incisions sur l’arbre, puis mise dans une grande cuvette en
-bois; on la remue ensuite au soleil, au moyen d’une grande spatule, pour
-la débarrasser de son excédent d’eau, puis on la travaille.
-
-_Hagi_ (rhus succedanea) ressemble beaucoup au précédent; son bois,
-également jaune, sert à faire des objets de petites dimensions, et ses
-fruits produisent de la cire; il pousse dans les provinces du Sud.
-
-_Momiji_ (acer polymorphum ou palmatum), érable; genre très commun au
-Japon où il y en a plus de cent variétés.
-
-_Kusunoki_ (cinamomum camphora), arbre à feuilles persistantes, d’où
-l’on tire le camphre. Sa hauteur atteint quelquefois 15 mètres; son bois
-est très compact et très dur; il ne s’altère pas au contact de l’eau et
-il est très recherché pour la construction des bateaux. On l’emploie
-beaucoup dans l’édification de certaines parties de la maison japonaise,
-et aussi pour la menuiserie. La racine présente quelquefois des dessins
-originaux dont on fait grand cas pour l’ornementation des appartements.
-Cet arbre croît surtout à Kiushu et à Shikoku; mais on le trouve aussi
-dans le Honshu à Miyanoshita, Atami, Kanagawa et dans d’autres localités
-de la baie de Tokio.
-
-_Tsubaki_ (camelia japonica), le camélia ordinaire, il peuple les
-collines japonaises et il atteint parfois la taille de 10 mètres. Son
-bois est dur et il est employé en menuiserie; ses graines servent à
-faire de l’huile dont les femmes s’enduisent copieusement les cheveux.
-
-_Sarusuberi_ (lagerstrœmia indica), arbre où le singe (saru) glisse
-(suberi); n’a pas d’écorce, d’où son nom; ce bois est très dur et le
-grain en est très serré; on l’emploie pour faire des manches d’outils;
-il n’est pas indigène au Japon, mais a évidemment été introduit de
-l’Inde.
-
-_Take_ (bambusa), le Bambou, l’arbre le plus utile et le plus employé au
-Japon; on peut dire qu’il sert à tout, absolument à tout. Il se divise
-en plusieurs variétés, répandues sur l’ensemble du pays. C’est l’arbre
-par excellence, et il pousse avec une telle vigueur et une telle
-rapidité qu’on n’en manque jamais.
-
-
-VIII.--Il n’est pas sans intérêt de consacrer quelques lignes à la
-fameuse forêt du Kisogawa, dans la province d’Owari, qui est l’une des
-plus importantes propriétés de la Couronne. La forêt couvre 153.000
-hectares dont les deux tiers appartiennent à la Couronne; le cadastrage
-en fut terminé seulement en 1908, car une grande partie n’était que
-forêt vierge et les difficultés d’accès étaient innombrables. Ces forêts
-sont presque uniquement plantées de conifères, parmi lesquels domine le
-Hinoki. Tous les ans on exploite le bois d’une façon rationnelle, et les
-troncs sont lancés sur le Kisogawa dont le courant les emmène à Nagoya;
-le ministère de la maison Impériale retire environ 350.000 yen de
-bénéfice net chaque année de cette exploitation. Les facilités de
-transport manquent et c’est pour cela que l’on n’obtient pas tout le
-rendement désirable; mais la ligne de chemin de fer du «Grand Central»
-actuellement en construction, et qui doit traverser la forêt, changera
-la situation; il paraîtrait que lorsque toutes les dépenses seront
-faites pour rendre l’exploitation vraiment productive, les recettes
-s’élèveraient à 2.000.000 de yen, ce qui laisserait un bénéfice net de
-1.300.000 yen tous les ans à la Couronne.
-
-
-IX.--Le camphrier est l’un des arbres qui méritent une description
-spéciale, son produit étant en usage dans le monde entier, et la
-fabrication de ce produit se faisant pour une grande partie au Japon et
-à Formose. Quand le monopole fut établi à Formose par le gouvernement
-Japonais, il pensait que le camphre de l’île conduirait le marché du
-monde. Tel ne fut pas le cas; car alors le Japon d’abord, le Sud de la
-Chine ensuite se mirent à raffiner davantage; aujourd’hui les camphriers
-du Japon ont à peu près disparu, et le gouvernement a étendu à tout le
-pays le système du monopole; cela n’a pas remonté le cours, la Chine
-continuant à faire concurrence, et les Américains ayant trouvé un
-procédé pour fabriquer le camphre chimiquement. Le sol de Formose
-possède encore pense-t-on assez d’arbres pour fournir le camphre pendant
-quelques dizaines d’années, mais c’est tout. On a replanté de jeunes
-camphriers, mais comme il faut au moins soixante ans à un arbre pour
-fournir une récolte convenable, l’opération ne «paye pas».
-
-Les Japonais actuellement essayent un autre procédé chez eux: c’est la
-plantation de jeunes camphriers tous les ans et l’abatage des arbres dès
-qu’ils ont cinq ans; l’extraction du camphre ne sera pas considérable
-sur chaque arbre, mais elle sera constante et pourra fournir un certain
-stock si les terrains plantés ont une superficie suffisante.
-
-
-X.--Dans un pays aussi humide et aussi couvert de forêts les champignons
-poussent en grand nombre, et les Japonais en sont très friands.
-
-Le _Matsutaké_ (_agaricus_) vient, comme son nom l’indique, dans les
-forêts de pins (matsu); il se mange bouilli ou grillé; il peut se
-conserver longtemps salé ou simplement séché. Ce champignon se montre
-dans toutes les parties du Japon, mais celui de Kioto est le plus
-estimé.
-
-Le _Hatsudake_ se rencontre dans les forêts; il comprend deux espèces,
-l’une qui est brunâtre, l’autre verdâtre.
-
-Le _Kawatake_ pousse dans les parties des bois où la lumière ne peut
-pénétrer, on le conserve séché; son odeur est très agréable et il a un
-goût exquis.
-
-Le _Kikurage_ est un champignon qui pousse sur différents arbres. Les
-meilleurs sont ceux que l’on trouve sur le mûrier (_morus alba_), sur le
-nire (_ulmus campestris_); on les conserve séchés.
-
-Le _Shorô_ se rencontre dans les terrains sablonneux où poussent des
-pins; il ressemble à une truffe et il est très estimé pour son goût
-délicat.
-
-L’_Iwatake_ se trouve sur les rochers escarpés et les montagnes
-abruptes; il est difficile de se le procurer; on le conserve séché.
-C’est une espèce de lichen.
-
-Telles sont les principales espèces, mais il y en a une grande quantité
-d’autres; le Japon est par excellence le pays des champignons. Les
-indigènes cultivent une espèce dont ils font une grande consommation, le
-_Shii take_ (_agaricus campestris_). Ils prennent un morceau de tronc
-d’un shii (_quercus cuspidata_) ou d’un autre arbre de la même famille;
-ils y pratiquent des incisions, puis mouillent le bois et le laissent
-dans un endroit privé de lumière. Au bout d’un certain temps, on voit
-apparaître le champignon que l’on nomme suivant la saison Haruko
-(champignon de printemps), Natsuko (champignon d’été) et Akiko
-(champignon d’automne). Une fois séché on peut le conserver longtemps.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
-I. L’industrie autrefois.--II. La soie; ses débuts au Japon.--III. Fils
-et tissus de soie.--IV. Industrie de la teinture.--V. La poterie.--VI.
-Faïence de Satsuma; porcelaines d’Imari.--VII. L’industrie des
-métaux.--VIII. La laque.--IX. Éventails, paravents, sculpture sur bois
-et ivoire.
-
-
-I.--De tout temps le Japon a été plutôt un pays agricole et militaire
-qu’un pays industriel et commercial. Autrefois, les seules industries
-qui existaient, étaient entre les mains de certaines familles, ou de
-certaines corporations qui en gardaient jalousement le secret. On
-travaillait chez soi et, souvent, on mettait vingt ou trente ans à finir
-une belle pièce de soie, de laque ou de porcelaine. C’est à Kioto que
-vinrent s’établir les premiers artistes et artisans; la cour leur donna
-sa protection, et toutes les nouveautés, qui passèrent de Chine au
-Japon, trouvèrent d’abord un abri au palais du Mikado. Car toute
-industrie arriva de Chine comme le reste. Plus tard, lorsque des élèves
-furent formés dans les différents genres, les grands seigneurs
-feudataires s’attachèrent des fabricants d’objets les plus variés, et ce
-fut dans l’aristocratie que la première industrie japonaise s’épanouit.
-Je donnerai donc, en premier lieu, un aperçu de l’industrie de la soie,
-qui subsiste encore à Kioto et dans d’autres centres, bien que
-transformée et se transformant chaque jour, par suite de l’introduction
-de la machinerie européenne.
-
-
-II.--L’industrie de la soie a existé fort anciennement. Les fabriques
-des temps anciens étaient forcément primitives et les tissus de soie
-étaient de pauvre et mince qualité. C’est vers 192, sous l’Empereur Chu
-ai, que la fabrication coréenne, bien supérieure, fut introduite au
-Japon à la suite de présents de gaze et de satin faits au Mikado par le
-roi du royaume coréen de Shiragi. Puis, en 270, sous le règne de
-l’Empereur Ojin, le roi du royaume coréen de Kudara envoya au Japon un
-tisseur nommé Saiso. L’Empereur Nintoku fit répandre, dans le pays, des
-familles chinoises afin d’enseigner aux populations à élever les vers à
-soie et à tisser. Enfin, en 794, lorsque l’Empereur Kwanmu fit de Kioto
-sa capitale, il créa une administration spéciale de l’industrie de la
-soie. Sous la direction de Hideyoshi, des ouvriers chinois vinrent à
-Sakai, port d’Osaka, alors très florissant, et enseignèrent au peuple
-l’art de tisser la gaze, le brocart, le brocart d’or, le damas, et aussi
-la soie simple, l’étoffe de soie dont on se servait alors en Chine pour
-les vêtements, sous la dynastie des Ming. Les Shôguns Tokugawa
-favorisèrent cette industrie; beaucoup de daïmios firent de même,
-notamment ceux de Yonezawa et Fukuoka. C’est ainsi que le tissage de la
-soie se répandit dans l’Est, vers Yedo, où il est très florissant
-aujourd’hui. Vers la période Tenshô (1573-1591) un tisseur de Sakai vint
-au quartier de Kiôtô appelé Nishi jin (encore actuellement quartier des
-tisserands de Kioto) et présenta des tissus de brocart et d’autres
-soieries. Bientôt Sakai fut surpassé par son élève et Nishi jin fournit
-les meilleurs produits. C’est là que le damas de soie nommé _Aya_ fut
-créé. Brocart, damas, satin et autres tissus, pour lesquels Kioto est
-renommé, datent de la même époque. Le velours y fut fabriqué plus tard
-en imitation de celui qui fut importé par les Hollandais (vers 1596). Le
-crêpe de soie date, dit-on, de 1156, mais on ne connaît pas son lieu
-d’origine. Ce n’est toutefois qu’en 1573 qu’il parut à Kioto, d’où il se
-transmit à Kiriu. A l’heure qu’il est, le tissage à Nishi jin se fait
-encore suivant les vieux procédés, bien qu’on ait commencé à introduire
-tout récemment le système Jacquard.
-
-Le crêpe, appelé Kanoko shibori ou kanoko sha chirimen, est une
-spécialité de Kioto.
-
-La broderie, l’un des arts les plus anciens du Japon, est aussi
-originaire de Kioto; on y brodait les vêtements de cour, les robes de
-prêtres bouddhistes, les cols et ceintures des vêtements de femme, et
-aussi les _fukusa_ ou pièces de soie dont on se sert toujours pour
-recouvrir les présents qu’on envoie. Le métier à broder est exactement
-le même que chez nous.
-
-
-III.--L’origine de l’industrie des fils et tresses de soie est trop
-ancienne pour être connue. Durant le règne de l’impératrice Suiko
-(593-628), la civilisation chinoise fit beaucoup de progrès. Suiko
-encouragea les industries et quantité de pièces pour vêtements
-commencèrent à être fabriquées en soie. Quand les vêtements de cour
-furent mis à la mode, on se servit d’une tresse de soie nommée _hirao_,
-introduite de Corée. La fabrication de cette tresse prospéra à Nara,
-alors capitale dans la première partie du VIIIe siècle, et devint
-florissante après l’établissement de la capitale à Kioto. Une partie du
-palais était assignée aux ouvriers en soie et on l’appelait _ito dokoro_
-ou «place du fil». C’était là qu’était produit le fil en usage pour la
-préparation du _Kusudama_, large boule faite de fils de soie de toutes
-couleurs entrelacés et qu’on pendait dans les maisons, au printemps, à
-un jour fixé, pour préserver des maladies. La cour de Kioto possédait un
-atelier de tissage et de broderie. Les princesses et les dames de la
-cour avaient des voitures richement décorées de cordons d’or, d’argent
-et de soie. Pendant le XIIe siècle, au moment de la lutte des Taira et
-des Minamoto, les différentes pièces de l’armure des guerriers étaient
-reliées entre elles par des cordes de soie. Durant la guerre du XVe
-siècle, les fabriques souffrirent beaucoup, mais elles prirent un nouvel
-essor sous l’administration de Hideyoshi (Taikosama). Puis, sous les
-Tokugawa, alors que les daïmios devaient venir rendre hommage au Shôgun,
-c’était à qui d’entre eux porterait les costumes les plus richement
-ornés de tresses de Kioto. Aujourd’hui les tresses de soie sont encore
-un des accessoires de la toilette japonaise.
-
-Les cordes de soie pour instruments de musique sont d’un usage très
-ancien. Les Empereurs Inkio (411-453), Monmu (697-707) et Ninmiyo
-(834-850) étaient très amateurs de la harpe (biwa) et encourageaient la
-fabrication de ces cordes. Vers 1131 un aveugle de la ville de Sakai
-inventa le Shamisen (_guitare_), pour lequel il se servit également de
-cordes en soie.
-
-Pendant l’ère de Tempô (1830-1844), alors que l’industrie de la soie
-était dans une situation très florissante, il s’établit une corporation
-des fabricants de fils de soie et de tresses. Une succursale fut
-installée à Yedo où l’on employait beaucoup la tresse de soie pour
-l’ornementation de la poignée des sabres. En 1883 et en 1893 la
-corporation fut remaniée et réorganisée.
-
-[Illustration: Entrée du temple de Kiomidzu à Kioto.]
-
-
-IV.--L’industrie de la teinture est très anciennement connue à Kioto; et
-la grande habileté acquise par ses ouvriers a amené ceux des autres
-localités, qui ne pouvaient pas atteindre à leur fini, à dire que la
-teinture de Kioto devait ses qualités à l’excellence de l’eau du
-Kamogawa. La célèbre teinture appelée _Yuzen_ est une branche du
-commerce de Kioto. En dehors des vieilles teintures connues, telles que
-l’indigo (ai), le safran (béni), la garance (akana), les Japonais
-employaient également beaucoup d’autres plantes tinctoriales venues des
-Tropiques.
-
-On ignore à quelle époque remonte l’art de la teinture à Kioto, mais on
-peut fixer la date de 710 sans trop se tromper; car à ce moment, le
-procédé d’application de la cire (rôkitsu), sur les parties de l’étoffe
-qui ne devaient pas être teintes, était déjà connu. Cette industrie fit
-peu de progrès jusqu’au jour où _Yuzen_, prêtre fameux en même temps
-qu’artiste, et résidant dans l’un des nombreux monastères de Kioto,
-améliora les méthodes existantes et donna un tel essor, que son nom est
-resté attaché aux procédés de teinture employés encore à ce jour, à
-Kioto. Ils consistent à couvrir de _Nori_ (espèce de colle de pâte) la
-partie de l’étoffe qui ne doit pas être teinte et à retirer ce _Nori_ au
-moyen de la vapeur dès que la teinture est définitivement fixée. Les
-velours et crêpons de Kioto, genre Yuzen, sont très connus.
-
-
-V.--La poterie est également l’une des industries apportées de Chine qui
-ont eu, comme premier foyer au Japon, Kioto. Elle comprend plusieurs
-variétés: _Awata_, _Kiyomidzu_, _Raku_, _Kenzan_, _Yeiraku_; les deux
-dernières ne se fabriquent plus. La céramique remonte évidemment plus
-haut, puisqu’on la trouve mentionnée dans les livres historiques publiés
-avant notre ère. Deux cents ans après Jésus-Christ, la céramique avait
-déjà fait des progrès, et l’histoire nous dit qu’en l’an 400 on établit
-des fabriques de poteries dans les cinq provinces de Yamashiro, Ise,
-Setsu, Tamba, Tajima. En 720, un prêtre nommé Giyôgi, natif du district
-d’Otori, province d’Idzumi, inventa le tour; à partir de ce moment,
-l’art de la céramique semble prendre son essor et se perfectionne
-rapidement. On se mit, en effet, à employer les moyens connus des
-Chinois et des Coréens et de grandes manufactures furent fondées dans
-les provinces de Bizen, Hizen, Owari. En 1510 on voit apparaître pour la
-première fois au Japon la porcelaine proprement dite. Grâce aux
-manufactures établies dans les provinces de Hizen et d’Owari, ainsi que
-dans la ville de Kioto, l’art de la céramique fit de rapides progrès.
-
-Il y a, au Japon, trois genres bien distincts: _Awata Yaki_, _Satsuma
-Yaki_, _Awaji Yaki_.
-
-L’origine de l’_Awata Yaki_ n’est pas très connue; suivant la tradition,
-elle daterait des premières années de l’ère Tempiô (729-748) et aurait
-été découverte par un bonze du village de Yamashina, à l’Est d’Awata. A
-la fin de la période _Keicho_ (1596-1614) un potier nommé Kiuyemon,
-vivant à Awataguchi, mit la marque «Awata» sur tous les objets qu’il
-fabriquait, et depuis tous les produits sortant de là ont été nommés
-Awata. Aujourd’hui les procédés de fabrication ont été perfectionnés et
-les produits _awata_ sont très estimés.
-
-La poterie de Kiomidzu fut d’abord fabriquée au village de Seikanji;
-mais, au commencement du XVIIe siècle, les manufactures furent
-transportées à Gojô Zoka, à l’Est de Gojô. Le coloris et la peinture à
-l’or furent découvert par Chawanya Kiubei et Nonomura Ninsei. Ce dernier
-construisit une fabrique à Sanneizaka où il fabriquait de la faïence
-très fine. Au début du XIXe siècle, un certain Kumakichi introduisit des
-changements dans la fabrication et la peinture.
-
-La poterie dite _raku_ a été introduite, vers 1530, par un Chinois ou un
-Coréen qui s’installa à Kioto et ne quitta plus le Japon. Son fils,
-Chôyu, lui succéda et reçut du Shogûn Hideyoshi, en 1588, l’ordre de
-faire de la poterie couleur noir rougeâtre, d’après des dessins fournis
-par Rikiu, un fameux maître des cérémonies attaché, pour les cérémonies
-du thé, à la personne de ce général. Hideyoshi fut si satisfait du
-résultat qu’il fit don à Chôyu d’un cachet avec le caractère _raku_
-(satisfaction, joie, plaisir). D’où le nom de la porcelaine _raku yaki_.
-
-
-VI.--Ce fut Shimazu Yoshihisa, un des généraux envoyés en Corée par
-Hideyoshi, qui créa la faïence de Satsuma. A son retour de l’expédition,
-en 1598, il ramena dix-sept potiers célèbres qu’il établit dans les deux
-provinces de Satsuma et d’Osumi; plus tard il rassembla tous ces
-ouvriers dans un endroit nommé Nayeshirogawa. Ne se mariant qu’avec des
-Coréennes, ces ouvriers conservèrent pendant longtemps leurs mœurs, leur
-langue et leur type distinctif. On trouve actuellement à Nayeshirogawa,
-quelques centaines de familles formant un total de trois mille individus
-qui exercent tous le métier de leurs ancêtres. En 1630, un célèbre
-potier, nommé Boku teigo, découvrit du _Shirotsuchi_ (de la terre
-blanche) dans les environs de Nayeshirogawa; cette découverte amena une
-amélioration sensible dans la fabrication des produits. C’est à partir
-de cette époque que l’on se mit à employer l’or, l’argent et les
-matières colorantes pour la décoration de faïences.
-
-Les porcelaines de Imari (Hizen), de Seto (Owari), de la province de
-Mino, de Kutani (Kaga) viennent également de Chine. Ce sont des Chinois
-ou des Coréens émigrés qui ont importé les procédés de fabrication; ou
-bien des Japonais, comme Gorodayu Shunsui, de la province de Ise, se
-rendirent en Chine pour y apprendre à faire la porcelaine et à
-construire les fours nécessaires. Toutes ces porcelaines prospérèrent au
-Japon entre 1500 et 1600.
-
-Avant l’arrivée des Européens au Japon, les fabriques d’Imari, de Seto,
-de Kutani, fournissaient à la cour et à l’aristocratie des pièces
-remarquables, dont quelques-unes sont d’une richesse de couleurs
-absolument unique. Il reste peu de ces spécimens d’autrefois, et
-aujourd’hui on n’en fabrique plus, ou du moins on en fabrique très
-rarement. Les fours travaillent pour l’exportation; et on peut voir,
-dans les ports de Yokohama, Kobé et Nagasaki, l’Imari pour
-globe-trotters à deux yen la douzaine. Quiconque a voyagé dans
-l’Extrême-Orient a pu voir à Shanghaï et dans tous les ports de Chine, à
-Singapour, à Rangoon, à Calcutta les magasins de bibelots japonais où
-sont exposés, à des prix dérisoires, de grands vases de Satsuma, des
-poteries de Kioto et des assiettes d’Imari, produits de la décadence de
-l’art céramique japonais. Il faut vendre beaucoup, et à bon marché, donc
-mauvais. Les grands magasins d’Europe, au reste, vendent aussi de ces
-japonaiseries bon marché, qui feraient honte aux artistes qu’étaient les
-anciens fabricants du Nippon.
-
-
-VII.--L’industrie du métal a été connue au Japon aux temps les plus
-anciens, et les Japonais ont montré, dans le travail des métaux, un goût
-et une adresse remarquables. L’introduction du bouddhisme a marqué une
-nouvelle époque dans l’avancement de l’art des métaux, par suite de
-l’entrée de différentes sortes d’ornementation dans la construction des
-temples, et aussi par la quantité d’objets en cuivre nécessaires aux
-cérémonies du culte. Le haut degré d’habileté atteint par les artistes
-en métaux sous le règne de l’Empereur Shômu (714-748) est pleinement
-attesté par les statues, les vases, les accessoires et autres articles
-religieux conservés dans les temples de Kioto et de Nara. La période des
-guerres intestines, qui se suivirent sans interruption depuis le XIIe
-siècle, laissa les idoles bouddhiques dans le discrédit, et développa
-d’autres goûts; les artistes tournèrent leur habileté vers la confection
-des armes et armures. Les sabres d’une si belle trempe, signés Masamune,
-datent de ce temps-là, et sont aujourd’hui connus dans le monde entier.
-Le goût des artistes s’est surtout manifesté dans les ornements du
-casque, du sabre et du fourreau. Après l’avènement des Tokugawa et le
-retour de la paix, l’industrie guerrière fut patronnée par les Shôgun et
-par les daïmios; aujourd’hui les ornementations de casques et de sabres
-ont cédé la place à d’autres industries plus considérables.
-
-On peut dire que les Japonais connaissaient tous les genres
-d’ornementation; ils avaient reçu les principes de la fonte, gravure,
-moulage, de l’alliage des différents métaux, etc., de la Chine et de la
-Corée; le cuivre, le bronze, le fer prenaient sous leurs mains adroites
-les formes les plus étranges, et on reste étonné devant les imaginations
-bizarres, extraordinaires et généralement macabres de ces artistes. On
-dirait souvent des figures et des formes sorties de quelque enfer
-dantesque. Les principaux alliages employés pour les moulages
-d’ornement, les statues, les instruments de musique, les cloches, sont:
-
- _Seido_, cuivre vert.
- _Udo_, cuivre noir.
- _Shido_, cuivre violet.
-
-Le premier est un alliage de cuivre et de plomb; on y ajoute quelque
-fois de l’étain; le second est un alliage de cuivre, d’étain et de plomb
-(une variété de l’_udo_ est le _sentokudo_ obtenu par le même alliage,
-mais avec d’autres proportions), le troisième se fait avec du cuivre et
-du plomb.
-
-Le _Shinchu_ (cuivre jaune) est fait avec du cuivre et du zinc et
-quelquefois une petite quantité de plomb.
-
-La _Shakudo_ est un alliage de cuivre et d’or.
-
-Le _Shi bu ichi_ se compose de six parties de cuivre et de quatre
-parties d’argent.
-
-Pour polir ces différents alliages, on les cuit avec du soufre ou bien
-l’on emploie du sulfate de fer ou du vinaigre de prune.
-
-
-VIII.--Comme c’est le cas pour toutes les autres industries, les
-origines de la préparation de la laque ne sont pas très connues; on dit
-que sous le règne de Kôan Tennô (392-291 av. J.-C.), vivait un certain
-Mitsumino Sukune qui serait l’ancêtre des familles qui s’occupaient de
-cette industrie. Une autre chronique rapporte qu’un jour Yamato dake no
-Mikoto, fils de l’Empereur Keiko (71-130 ap. J.-C.), était en expédition
-de chasse, lorsque de la sève d’un certain arbre coula sur sa manche et
-la salit. Voyant combien il était difficile d’enlever la tache faite par
-cette sève et comprenant qu’elle pouvait être employée à protéger les
-objets, il s’en servit pour recouvrir son armure; ses gens l’imitèrent
-et ce fut le premier emploi de la laque.
-
-Il est infiniment plus probable, d’ailleurs, que ce n’est là qu’une
-légende et que la laque, comme le reste, vient de la Chine et de la
-Corée. Il ne faut pas oublier en effet que, alors que la Chine était
-déjà fort civilisée sous la dynastie de Tcheou (1123-246 av. J.-C.), à
-cette époque le Japon n’était qu’un amas de tribus sauvages, et que
-c’est grâce à la Chine et à la Corée que ces tribus sont devenues une
-nation civilisée.
-
-Sous le règne de l’Empereur Kôtoku (645-654) une administration spéciale
-fut créée pour surveiller la fabrication de la laque. La laque rouge ne
-fut connue que sous le règne de l’Empereur Temmu (673-695); cette laque
-se fabriquait et se fabrique encore dans le Nord de la Chine et celle de
-Péking est la plus renommée; la laque rouge fabriquée au Japon est très
-inférieure. L’Empereur Mommu (697-707), pour encourager les plantations
-d’arbres à laque, accepta le payement des impôts en sève de cet arbre.
-L’industrie de la laque fit de grands progrès pendant la première moitié
-du VIIIe siècle; on trouva alors différents procédés de coloration,
-ainsi que l’application de l’or. Les désordres intérieurs, qui se
-répétèrent durant le règne de l’Empereur Sujaku (930), arrêtèrent
-l’essor de cet art comme de beaucoup d’autres; mais les habitudes
-luxueuses des nobles de la cour à Kioto lui redonnèrent vite un nouvel
-essor, et les artistes laqueurs furent appelés, chez les daïmios, dans
-toutes les parties de l’Empire. Quand Yoritomo établit sa capitale à
-Kamakura, nombre de fabricants l’y suivirent, mais le centre de la
-fabrication de la laque resta toujours à Kioto. De merveilleuses pièces
-des siècles passés peuvent être admirées dans le musée d’Uyeno, à Tokio.
-Le Gouvernement japonais rachète très cher toutes les merveilles qui ont
-pris le chemin de l’étranger à l’époque des troubles de la Restauration
-impériale. Aujourd’hui on ne fait plus rien de solide comme laque; les
-artistes d’autrefois mettaient leur vie à créer un objet; de nos jours
-on fabrique du clinquant à bon marché pour l’exportation, et les
-chefs-d’œuvre sont rares.
-
-La laque est fournie par la sève du _rhus vernicifera_; il existe au
-moins douze façons de préparer le vernis, suivant qu’on le laisse pur ou
-qu’on le mélange à d’autres substances telles que le sulfate de fer,
-l’eau de tabac, l’huile, le vermillon, l’orpiment, l’indigo.
-
-Les laques se fabriquent dans plusieurs endroits, entre autres à Aidzu,
-province d’Iwashiro; dans la province de Suruga; dans la province de
-Wakasa; à Tsugaru; à Wajima; à Noshiro; dans la province de Kii; à
-Nikko; à Odawara. Toutes ces villes ne produisent pas de laques de
-qualité supérieure, et l’on trouve en général les meilleurs ouvriers et
-les plus belles pièces de laque dans les trois villes de Tokio, Kioto,
-Osaka. Il en est de même pour les laques d’or, les procédés employés
-variant selon les localités.
-
-Voici les principaux procédés pour la préparation du vernis[10]:
-
- [10] D’après les publications officielles de l’administration
- japonaise.
-
-L’un consiste à prendre la sève du rhus vernicifera à l’état naturel
-dans une grande cuvette en bois, puis on la remue au soleil au moyen
-d’une longue spatule afin de la débarrasser par l’évaporation de son
-excédent d’eau; on obtient ainsi le _kuro me urushi_. Quand on tamise le
-vernis ainsi obtenu, on a le _seshi me urushi_.
-
-En mélangeant du kuro me urushi, du sulfate de fer et du toshiru, on
-produit le _kuro urushi_. (Le toshiru est l’eau plus ou moins trouble
-que l’on obtient en aiguisant sur une pierre à repasser les couteaux
-servant à couper le tabac). Selon la nature du kuro me urushi employé,
-les qualités du mélange portent les différents noms qui suivent:
-
-_Roiro_, qualité supérieure employée sans être délayée avec de l’huile;
-
-_Hakushita_, autre qualité supérieure également employée sans huile;
-
-_Hon kuro_, qualité moyenne délayée avec de l’huile;
-
-_Iô hana_, autre qualité moyenne;
-
-_Chin bana_, autre qualité moyenne;
-
-_Ye bana_, qualité inférieure;
-
-_Su urushi._ Ce vernis se compose de kuro me urushi et du meilleur
-vermillon que l’on puisse obtenir ou de ceux nommés _sanyoshu_ et
-_kamiyoshu_; la première qualité moyenne et les suivantes nécessitent
-l’emploi de l’huile. Pour la dernière qualité, on se sert du _Benigara_
-(composé d’oxyde rouge de fer) au lieu de vermillon.
-
-_Awo urushi_: ce vernis s’obtient en mélangeant du kuro me urushi avec
-du _shiwo_ (orpiment) et de l’_aïro_ (indigo). Ces deux matières sont
-délayées dans l’huile ou employées sèches et en poudre;
-
-_Ki urushi_, obtenu par un mélange de kuro me urushi de shiwo;
-
-_Nashiji urushi_, le même que ci-dessus;
-
-_Sunkei urushi_; on se sert pour ce vernis de kuno me urushi pur;
-
-_Akahaya urushi_ sert pour les couches intermédiaires;
-
-_Tamo suni urushi._ Pour la qualité supérieure on emploie le nashi ji
-urushi et pour les qualités moyennes, le kuro me urushi;
-
-_Nashi ji keshi urushi_; le même que le Nashi ji.
-
-Les matières qui entrent dans la composition de la laque sont:
-
-_Yi no ko sabi_, composé de pierres à aiguiser (awasedo) pulvérisées et
-d’une petite quantité de seshi me urushi;
-
-_Kiriko sabi_, le même que le précédent, mais plus fin;
-
-_Tanoko sabi_, pierre à aiguiser très fine mêlée avec du seshi me
-urushi;
-
-_Nikawa sabi_, la même poudre mélangée avec de la colle forte;
-
-_Nori sabi_, la même poudre mélangée avec de la colle de riz. Cet
-amalgame, inconnu autrefois, se compose de vernis et de colle de riz en
-proportions égales, auxquels on ajoute de la poudre de pierre à
-aiguiser; il offre peu de résistance à la spatule, étant moins épais, et
-donne une belle couleur à la couche de vernis supérieure. Cette laque se
-décolle pourtant facilement; elle est aussi de qualité très inférieure.
-
-Voyons maintenant divers procédés employés pour vernir les objets.
-
-_Kataji roiro nuri_: connu également sous le nom de _kurokise_, est
-ainsi pratiqué:
-
-On prend un morceau de toile de bœhmeria[11] que l’on coupe suivant les
-dimensions de l’objet que l’on doit recouvrir, en ayant soin de
-l’appliquer de telle façon qu’il n’y ait aucun pli; puis, pour la coller
-et la maintenir en cet état, on la recouvre d’une couche de seshime
-urushi. On passe ensuite une couche de shiriko sabi par-dessus afin
-d’oblitérer toute trace de tissus. Cette couche une fois séchée on la
-polit avec une pierre à repasser. Ceci fait, on pose une couche de
-tonoko sabi que l’on polit à son tour de la même manière. On applique
-ensuite une couche d’encre de Chine, et, avec une spatule, on étend une
-couche de yoshino urushi. Après avoir fait sécher, on polit à plusieurs
-reprises cette nouvelle couche avec de l’eau et du charbon de bois nommé
-koshiwo shinu. Cette opération se fait en prenant un peu de poudre de ce
-charbon avec les doigts et en polissant à la main. On recouvre ensuite
-le tout d’une couche de vernis ordinaire que l’on a soin de sécher sur
-le champ. Une fois sec on applique une couche de roiro urushi que l’on
-fait également sécher; on polit ensuite à la main à plusieurs reprises
-avec du charbon de bois, puis avec de la corne de cerf pulvérisée.
-
- [11] Toile de ramie ou ortie de Chine.
-
-Cette description donnant au lecteur une idée du travail à accomplir
-pour laquer un objet, nous nous contenterons d’énumérer les diverses
-autres sortes de laques:
-
-Hana nuri; handa nuri; shunkei nuri; kaki awese nuri; tame nuri;
-seishitsu nuri; ki uro nuri; uru mi iro nuri.
-
-_Tsugaru nuri._ Ce genre de laque est celui qui exige sans contredit le
-plus de soin dans sa préparation. On commence par découper soigneusement
-les emboîtements du bois au moyen d’un ciseau, puis on bouche les
-interstices au moyen de kokudzu, mélange de farine, de sciure de bois et
-de vernis brut. Pour les pièces cannées on consolide les joints au moyen
-d’une cheville. Ces emboîtements sont ensuite recouverts d’une couche
-d’un enduit se composant d’argile calcinée et de vernis brut étendu
-d’eau. On étend ensuite le linge, comme d’habitude, sur le bois avec un
-mélange de vernis brut et de farine; cette opération se nomme nuno kise.
-On applique après cela un mélange de vernis brut et d’argile calcinée à
-la jonction des différents morceaux de toile, puis on étale une première
-couche de vernis sur le tout et on polit avec une pierre à repasser
-grossière. Cette première opération finie, on applique un nouveau
-mélange se composant d’argile carbonisée et de pierre à aiguiser
-pulvérisée en proportions égales ainsi que du vernis brut. Ceci a pour
-but de rendre la couche inférieure bien unie; le tout est enfin poli
-avec une pierre à aiguiser plus fine, et, pour effacer les traces
-laissées par cette polissure, on dispose une couche de sabi urushi,
-c’est-à-dire du vernis brut, mêlé à de la pierre à aiguiser, pulvérisée,
-étendue d’eau. Cette nouvelle couche est également polie avec une pierre
-à repasser encore plus fine et qui porte le nom d’awoto. On met alors
-l’objet dans une armoire, hors des atteintes de la lumière, après
-l’avoir recouvert d’une couche de kuro me urushi. Enfin la polissure au
-charbon de bois vient terminer la liste de ces opérations minutieuses;
-on possède alors un objet uni comme une glace, brillant et sans défaut.
-
-Pour obtenir les marbrures, on procède de la manière suivante: on mêle
-le vernis appelé yoshino urushi, avec diverses matières colorantes et un
-blanc d’œuf destiné à donner plus de consistance au mélange, que l’on
-frappe avec une spatule très mince; le vernis s’attachant en partie à la
-spatule produit des dépressions qui sont la base de marbrures. On
-applique ensuite une couche de vernis préparé comme il a été dit plus
-haut, puis on ajoute une couche de roiro urushi, destinée à séparer la
-précédente d’une nouvelle couche semblable que l’on étale avec une
-brosse. On pose après cela une couche de vernis d’une autre couleur,
-puis une de roiro urushi et enfin deux couches de vernis de couleurs
-différentes. On termine l’opération en faisant bien sécher le tout. Les
-objets ainsi séchés sont polis avec trois sortes de pierres à aiguiser
-de plus en plus fines, et finalement exposés au soleil pendant deux ou
-trois jours, ce qui rend la couleur plus vive et plus brillante. On
-continue en effaçant les traces de la précédente polissure au moyen
-d’une couche de vernis coloré; on polit de nouveau; puis on ajoute
-encore une couche de vernis et on polit avec une pierre nommée Nagurato.
-L’effet du soleil sur ces couleurs est de rehausser leur éclat. Quand
-tout est terminé on rend l’objet aussi uni et aussi net que possible en
-le couvrant d’un mélange d’huile et de pierre à aiguiser pulvérisée dont
-on imbibe un tampon en coton, et on frotte jusqu’à ce que l’objet
-commence à reluire. On prend alors de l’ouate imprégnée de vernis brut
-pour frictionner l’objet, puis on verse de l’huile dessus, on y jette de
-la corne de cerf pulvérisée et on essuie le tout avec du papier soyeux
-qui donne un brillant parfait.
-
-Enfin il existe un dernier genre de laque, c’est le _tsui koku nuri_;
-inutile d’en donner la description qui ressemble plus ou moins à toutes
-les autres, sauf que l’on grave des dessins après que l’on a mis
-plusieurs couches de vernis.
-
-Dans toute cette description de la laque, _nuri_ veut dire laque,
-laquer; _nuri mono_ un objet en laque; _urushi_ est le vernis tiré du
-_rhus vernicifera_, avec lequel on fait la laque.
-
-Le triomphe de l’artiste japonais c’était autrefois la laque d’or. Que
-de merveilles ont été ainsi créées avec patience dans les âges passés!
-Pour s’en rendre compte il faut aller au musée d’Uyéno à Tokio où sont
-rassemblées quelques-unes des plus belles pièces du Japon d’autrefois.
-Quelques anciens daïmios en possèdent aussi personnellement de fort
-jolis échantillons. Cette espèce particulière de laque qu’on ne trouve
-qu’au Japon se nomme _Makiye_.
-
-Aujourd’hui certains artistes japonais ont essayé de reproduire en laque
-d’or des objets autres que les boîtes, tables et écrans que l’on faisait
-déjà au temps de Kwanmu Tennô (782-805 ap. J.-C.); mais les belles
-pièces coûtent fort cher, elles ne sont achetées que par la cour (90
-pour 100 vont à l’Empereur), et données en cadeau. La laque d’or n’est
-pas une marchandise qui «paye», comme disent les Anglais; aussi en
-voit-on peu. Les Japonais se bornent à une vague imitation bon marché à
-l’usage des Européens et du vulgaire.
-
-
-IX.--Les éventails, les paravents, la sculpture sur bois et sur ivoire
-furent eux aussi importés de Chine, le cloisonné ou _shippô_ également;
-il n’atteignit jamais au Japon la solidité du cloisonné chinois, quoi
-qu’il fût plus élégant; aujourd’hui Tokio et Yokohama fabriquent
-beaucoup le cloisonné pour l’exportation, mais bien peu de pièces se
-conservent sans se détériorer.
-
-L’ivoire, par contre, a été de tout temps travaillé par les Japonais
-avec une adresse et un art qui ont dépassé ceux de leurs maîtres
-chinois. Les _netsuke_, dont raffolent les amateurs de japonisme,
-offrent des formes innombrables et représentent des scènes et des
-personnages variés à l’infini. Les artistes modernes n’ont d’ailleurs,
-pas dégénéré, et l’on découvre encore aujourd’hui de véritables
-merveilles parmi les nombreux ivoires exposés dans les magasins de
-Yokohama.
-
-
-X.--Tout l’art japonais est venu de Chine, et partout, dans les divers
-objets fabriqués en bronze, en laque, en kakémono, nous retrouvons les
-légendes chinoises et le vieux fond chinois. Il est, toutefois, bien
-évident que le Japonais a grandement amélioré l’art primitif du Chinois;
-il l’a affiné, et la facture en est plus élégante et plus gracieuse;
-mais, en somme, il faut bien avouer que l’engouement que l’on a en
-Europe et en Amérique pour l’art japonais est un pur _snobisme_. Un
-Européen, qui est resté quinze et vingt ans, au Japon peut finir par
-goûter l’art très spécial du pays; mais qu’il revienne en Europe et
-qu’il se trouve devant les merveilles de l’art français, italien,
-espagnol, flamand, ou anglais; qu’il reprenne contact avec la noblesse
-et la grandeur des œuvres élaborées par le génie occidental depuis les
-anciens Grecs jusqu’à l’époque chrétienne, aux temps de la Renaissance
-et à notre époque contemporaine, et il oubliera vite vases de bronze
-encerclés de dragons, brûle-parfums de Satsuma et netsuké d’ivoire!
-L’art japonais n’a pas d’envolée: c’est un art de détails délicats,
-souvent fort jolis, et dénotant un travail considérable; ce n’est pas un
-art de grande envergure.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
-I. L’industrie nouvelle.--II. Sociétés industrielles actuellement
-existantes.--III. Divers genres d’entreprises.--IV. Principaux districts
-de tissage.--V. L’industrie céramique, la laque, les allumettes.--VI.
-Les cuirs.--VII. Les conserves alimentaires; le papier, etc.--VIII.
-Manufactures d’État.--IX. Concurrence japonaise; emploi des capitaux
-européens dans le pays.--X. Gages et salaires.--XI. Esquisse
-rétrospective.
-
-
-I.--Après avoir exposé ce qu’était l’industrie dans le Japon ancien, je
-vais essayer de donner un aperçu des industries du Japon actuel, du
-Japon transformé. Les publications officielles pour l’année 1908-09,
-fournissent les éléments statistiques, à l’aide desquels on peut se
-faire une idée du développement industriel du Japon, conçu suivant les
-idées modernes.
-
-La plupart des industries nouvelles, qui se sont installées sous le
-nouveau régime, ont débuté sous les auspices du Gouvernement: dévidage;
-filature de coton et de soie; construction de bateaux; fabrication du
-ciment, du verre, des allumettes chimiques, du gaz, de la brique;
-métiers à tisser et quelques autres industries, sont toutes dues à
-l’initiative officielle. Entre 1880, année où l’on mit en vente les
-propriétés de l’État, et 1893, lorsque la filature de Tomioka fut cédée
-à la Compagnie Mitsui, presque toutes les manufactures de l’État
-passèrent dans les mains des particuliers. Aujourd’hui, en dehors de
-quelques industries spéciales qui, par suite de considérations
-financières, sont dirigées par l’État sous forme de monopoles, et des
-manufactures militaires, l’État n’a plus en main que la Monnaie et une
-imprimerie.
-
-
-II.--Comme je l’ai déjà dit précédemment, l’agriculture est la fortune
-principale du Japon; l’industrie n’y est encore qu’à ses débuts, et elle
-n’est pas en état, malgré toutes les belles publications mises sous les
-yeux du public, en français, en anglais et en allemand, de lutter contre
-l’industrie d’Europe. Ce qui lui manque le plus ce sont les capitaux.
-
-Les sociétés industrielles qui existaient en 1906, avec un capital versé
-d’au moins 500.000 yen, étaient les suivantes:
-
- Filatures de coton 38
- Mines et métallurgies 54
- Lampes électriques 89
- Constructions de navires 16
- Puits à pétrole 37
- Fabriques de papier 45
- Gaz 8
- Mines de charbon 32
- Filatures autres que le coton 7
- Raffineries de sucre 8
- Soie écrue 263
- Sake (alcool de riz) 225
- Ciment 17
- Bière 5
- Cordes et filets 13
- Produits chimiques 11
- Engrais 44
- Tissus de laine 11
- Cuirs 13
- Vinaigre, shoyu et miso 120
- Imprimeries et fonderies de caractères 100
- Tissus de soie 53
- Briques et tuiles 45
- Huiles 24
- Nettoyage de grains 107
- Manufactures de cuivre et de fer 28
- Matériel roulant 3
- Fils de lin et de chanvre 2
- Sel 29
- Scieries 50
- Machines à tricoter 17
- Tissus de coton 85
- Glace (à boire) 19
- Autres tissus 50
- Coke 8
- Teintureries et blanchisseries 32
- Moulins 21
- Allumettes 40
- Porcelaines et faïences 31
-
-Les industries énumérées ci-dessus ne se sont installées, pour la
-plupart, qu’après la révision des traités qui ouvraient tout le pays au
-commerce étranger (1899). Celles qui existaient auparavant sont: les
-raffineries de sucre, les manufactures de soie écrue, de sake et de
-shoyu, et différentes sortes de tissages (excepté les tissages de
-laine), les manufactures de papier et d’objets en papier, les tanneries,
-les fabriques de tuiles, les teintureries, les manufactures de tabac,
-les raffineries de sel, les fabriques d’huile, de porcelaines, les mines
-et carrières.
-
-Le capital effectivement engagé dans ces différentes entreprises,
-c’est-à-dire le capital versé, était au chiffre de 131.314.000 yen, soit
-334.850.700 francs.
-
-Le nombre total des manufactures au 31 décembre 1906 était de 10.361,
-dont 5.705 ne disposaient que du travail fourni par les ouvriers et
-4.656 marchaient à la vapeur.
-
-La totalité des ouvriers employés était à cette époque de 611.521
-individus, dont 242.288 hommes et 369.233 femmes.
-
-
-III.--Les différents genres d’entreprises étaient ainsi répartis:
-
- Entreprises. A vapeur. A main. Ouvriers
- par jour.
-
- Textiles: Filatures 2.237 390 150.626
- -- Dévidage 199 45 86.030
- -- Tissage 304 2.300 84.315
- -- Mise en tresses 33 84 4.076
- Mécaniques: Fabrication de machines 221 34 24.543
- -- Construction de navires 25 29 19.535
- -- Outils divers 153 115 11.751
- -- Fonderies 47 62 3.148
- Chimiques: Céramique 89 474 20.332
- -- Gaz 7 » 432
- -- Fabrique de papier 49 43 6.255
- -- Teinturerie 43 138 5.739
- -- Cuirs 11 14 573
- -- Explosifs 62 201 22.328
- -- Engrais 20 2 1.564
- -- Droguerie 45 39 3.040
- -- Divers 49 40 2.442
- Alimentaires: Brasseries 82 654 16.223
- -- Raffineries de sucre 5 4 1.320
- -- Manufactures de tabac 152 62 23.750
- -- -- de thé 19 13 1.270
- -- Limonade, glace, eaux
- minérales 10 » 200
- -- Nettoyage de grains et
- farine 132 6 2.670
- -- Confection 14 23 913
- -- Ferblanterie 21 16 943
- -- Divers 19 78 1.971
- Non classées: Imprimerie 145 128 12.207
- -- Objets en papier 14 69 2.582
- -- -- en bois et bambou 137 142 9.199
- -- Objets en cuir 5 14 1.031
- -- -- en plumes 5 21 2.282
- -- Roseaux et pailles tressées 1 110 13.589
- -- Tailleurs de pierre 4 5 366
- -- Objets de laque 1 16 322
- -- Divers 40 188 8.597
- Spécialités: Électricité 26 2 976
- -- Métallurgie 154 125 58.611
- -- Charbon 79 21 6.422
-
-
-IV.--Les principaux districts de tissage sont les ken ou préfectures de:
-
- Aichi, Chiba, Ehime, Fukui, Fukuoka, Fukushima, Gifu, Gumma,
- Hiroshima, Hiogo, Ishikawa, Kioto, Miye, Nara, Niigata, Okayama,
- Osaka, Saitama, Shiga, Shidzuoka, Tochigi, Tokushima, Tokio, Toyama,
- Wakayama, Yamagata, Yamaguchi, Yamanashi.
-
-Les fabriques les plus importantes pour la production du coton sont
-celles de:
-
- Saitama qui en fournissent pour 5.766.000 yen.
- Aichi -- -- 12.226.000 --
- Ehime -- -- 7.241.000 --
- Miye -- -- 5.700.000 --
- Tochigi -- -- 5.094.000 --
-
-Celles qui produisent le plus de soie sont celles de:
-
- Fukushima qui en fournissent pour 4.987.000 yen.
- Fukui -- -- 21.397.000 --
- Kioto -- -- 14.629.000 --
- Ishikawa -- -- 12.082.000 --
- Gumma -- -- 9.532.000 --
- Tokio -- -- 5.111.000 --
- Niigata -- -- 4.854.000 --
-
-Les tissus soie et coton sortent principalement des fabriques de:
-
- Saitama qui en fournissent pour 979.000 yen.
- Kioto -- -- 6.888.000 --
- Tochigi -- -- 3.563.000 --
- Gumma -- -- 3.517.000 --
- Aichi -- -- 1.741.000 --
- Gifu -- -- 1.118.000 --
-
-La toile et le drap ne figurent que pour un chiffre assez faible;
-seules, les fabriques de Shiga en fournissent pour 1.399.000 yen
-(chanvre) et celles de Wakayama pour 1.081.000 yen (laine). Yamanashi ne
-produit pas de chanvre, mais, en revanche, produit pour 4.330.000 yen de
-tissus de laine; c’est le seul district où le tissage de la laine ait
-pris une certaine importance.
-
-En dix ans, depuis 1896 jusqu’au 31 décembre 1906, voici la valeur de la
-production des différents tissus, soie, soie et coton, coton, chanvre,
-laine; on verra que la progression est constante, sauf pendant les
-années 1903 et 1904, au moment de la guerre contre la Russie (en yen):
-
- Années. Soie. Soie et coton. Coton. Chanvre. Laine.
-
- 1896 46.361.000 10.281.000 37.053.000 1.965.000 »
- 1897 62.663.000 11.727.000 42.032.000 2.903.000 »
- 1898 73.045.000 16.216.000 47.996.000 2.967.000 »
- 1899 84.147.000 18.546.000 45.577.000 3.161.000 3.384.000
- 1900 74.578.000 20.275.000 57.745.000 2.851.000 5.034.000
- 1901 70.061.000 12.180.000 45.607.000 2.775.000 5.083.000
- 1902 60.904.000 20.538.000 53.030.000 2.420.000 4.040.000
- 1903 36.710.000 13.459.000 45.915.000 2.134.000 4.280.000
- 1904 45.503.000 9.933.000 50.651.000 2.044.000 6.760.000
- 1905 60.384.000 15.371.000 72.844.000 3.528.000 10.047.000
- 1906 93.606.000 20.253.000 86.474.000 3.390.000 6.630.000
-
-
-V.--L’industrie céramique a passé de 5.063.000 yen en 1897 à 13.385.000
-yen en 1906, avec un chiffre d’exportation de 7.942.000 yen, soit
-20.252.100 francs; ces produits, à part quelques pièces remarquables,
-sont généralement ceux que nous voyons dans les magasins de
-japonaiseries du monde entier, où l’on vend, à l’amateur qui n’y connaît
-rien, des _Kaga_ et des _Imari_ de fraîche date comme très anciens et
-que l’on fait payer très cher. Les principaux centres de cette industrie
-sont Aichi, Fukushima, Gifu, Ishikawa, Kanagawa, Kioto, Saga, Ehime,
-Hiogo, Miye, Nagasaki.
-
-Il en est de même pour la production et l’exportation de la laque. On ne
-fabrique plus aujourd’hui de belles pièces, des pièces uniques comme aux
-temps anciens, alors que la fabrication et ses secrets étaient la
-propriété de quelques familles, dont, souvent, un des membres commençait
-un travail qui était achevé par un autre, parce que ce travail demandait
-trente ou quarante ans de patience et de labeur. Les échantillons de
-laque, même ceux de laque d’or, que nous voyons actuellement, sont tout
-à fait inférieurs; c’est du travail pour l’exportation. En 1906 il fut
-exporté pour 1.721.000 yen d’objets laqués sur une production totale de
-6.809.000 yen. Ishikawa, Fukushima, Shidzuoka, Wakayama sont les
-districts où l’on occupe le plus d’ouvriers à ce genre d’industrie.
-
-Les allumettes genre suédois, sans soufre ni phosphore, sont vite
-devenues une spécialité japonaise. L’Extrême-Orient tout entier, sauf
-l’Indo-Chine française, est tributaire du Japon pour ce genre de
-produit. Depuis les Indes, la Birmanie, le Siam, jusqu’à la Chine, la
-Corée et la Mandchourie, la boîte d’allumettes japonaises se trouve
-partout, même dans les provinces éloignées de la Chine occidentale,
-comme le Yunnan et le Kan Sou. Et elles sont d’un bon marché tel, qu’on
-se demande comment le fabricant y trouve un bénéfice. On ne le comprend
-que lorsqu’on est au courant des salaires de famine octroyés aux
-ouvrières japonaises, généralement des fillettes, qui confectionnent les
-boîtes. Ces dernières sont faites d’une façon très intelligente. Ainsi,
-celles qui sont exportées en Chine sont revêtues d’une étiquette jaune,
-sur laquelle un dragon ou un phénix fait des contorsions; des deux
-côtés, se trouve le nom de la fabrique en caractères chinois; souvent,
-au lieu du dragon, on représente des enfants chinois, des cérémonies
-chinoises, un personnage chinois célèbre dans les annales. Pour les
-Indes, la Birmanie et le Siam, il en est de même; chaque boîte
-d’allumettes porte une vignette rappelant quelque chose du pays, et
-toujours le nom de la maison y est inscrit en la langue du pays. Dans
-notre Indo-Chine on a établi, pour imiter la métropole, un monopole des
-allumettes; ainsi on paye à Hanoï deux sous ce qui à Bangkok, Rangoon,
-Bombay ou Shanghaï se vend un centime. De 24.038.000 grosses en 1897, la
-production est passée à 54.802.000 grosses en 1906, et de ce nombre il a
-été exporté 38.618.000 grosses pour une valeur de 10.915.000 yen, soit
-27.833.250 francs.
-
-
-VI.--Une des industries, où les Japonais ont également réussi, est
-l’industrie du cuir; ils arrivent à produire, et meilleur marché qu’en
-Europe, toute espèce de cuirs: sellerie, chaussures, malles, sacs, enfin
-toute la série des objets en cuir que l’on fabrique en Europe; mais, ici
-encore, l’infériorité est palpable, cela n’a rien du solide et du
-résistant de la facture européenne. C’est comme disent les Allemands,
-_billig aber schlecht_: bon marché mais mauvais.
-
-Ce qui offre le plus d’intérêt est le papier-cuir, que les Japonais font
-en imitation de celui de Cordoue; dans cet ordre de fabrication, ils ont
-bien réussi, et l’on peut voir de magnifiques papiers cuirs, ornés de
-dessins originaux et gracieux sortis des manufactures de l’Insatsukioku
-(imprimerie et papeterie de l’État). De 2.522.472 yen en 1900 la
-production du cuir est montée en 1906 à 10.882.984 yen; cet article est
-tout entier consommé au Japon et n’est pas exporté. Les principaux
-centres de production sont: Hiogo, Nara, Osaka, Tokio, Wakayama, mais
-surtout Osaka et Hiogo; on se sert des peaux de vaches et de veaux, et
-aussi des peaux de chevaux; en 1906 il avait été employé 7.481 peaux de
-vaches et de veaux dans les cinq villes ci-dessus désignées et 2.770
-peaux de chevaux.
-
-
-VII.--Le Japon a voulu aussi faire des conserves; il s’est essayé,
-d’abord, avec le lait et les sardines; or, étant donné que les vaches
-japonaises ont un lait très rare et très faible, le résultat est fort
-médiocre; et, d’un autre côte, comme je l’ai déjà indiqué, le Japon ne
-produisant pas la qualité d’huile voulue pour conserver la sardine, le
-produit livré sous le nom de «sardines à l’huile» est détestable. Les
-Japonais ont aussi voulu faire des conserves de bœuf et de fruits; mais
-il n’y a aucune chance que ces préparations fassent jamais concurrence
-au fameux «corned beef» de Chicago, et aux fruits en boîtes de
-Californie ou d’Australie. Tout ce qu’ils fabriquent en ce genre,
-d’ailleurs, est consommé sur place ou exporté en Chine.
-
-Le Japon est un gros producteur de papier; cet article est d’un usage
-très courant au Japon pour toutes sortes de choses, et le papier
-japonais, d’ailleurs, est très commode pour servir de serviettes, de
-mouchoirs, de nappes; un Japonais ou une Japonaise porte toujours, sur
-soi, un épais paquet de feuilles souples et blanches. Aussi, dès les
-temps anciens, dès que la fabrication du papier fut connue par
-l’intermédiaire des Chinois, on fabriqua du papier au Japon. Pour ne
-citer que quelques chiffres récents, la production de papier japonais,
-qui était de 12.261.000 yen en 1897, est passée en 1906 à 15.480.000
-yen. Elle n’a donc pas varié beaucoup; mais ce qui a varié, en
-augmentant, c’est la production du papier européen, dont les Japonais se
-servent, aujourd’hui, pour tous les documents officiels, rapports,
-livres, journaux, et dont les écoles font une consommation de plus en
-plus grande. D’abord il est meilleur marché que le papier japonais, et,
-ensuite, il est plus commode pour écrire; les étudiants qui font des
-mathématiques, des sciences physiques et naturelles, de la médecine,
-etc., ne pouvaient pas se servir de papier japonais. Aussi, d’une
-production évaluée à 2.901.000 yen en 1897, on est arrivé en 1906 à
-14.157.000 yen.
-
-Les principales manufactures de papier européen sont: l’Insatsu kioku ou
-papeterie impériale; les fabriques de Oji, près Tokio; de Fuji Seishi;
-de Yokkaichi; de la Compagnie Mitsubishi; de Itagami (Tokio); de
-Nishimari Seishi; de Senju Seishi; de Kiushu Seishi.
-
-L’indigo provient de Tokushima et a donné en 1907 une valeur de
-1.702.000 yen.
-
-La menthe (pippermint) vient surtout de Kanagawa et de Hiogo; on en a
-fabriqué à Kanagawa pour 245.000 yen; à Hiogo pour 197.869 yen en 1906.
-
-Outre les diverses industries énumérées ci-dessus, il a été fabriqué
-pour 2.171.000 yen d’objets en bambou; 1.581.000 yen d’éventails;
-6.111.000 yen de ciment; 1.042.000 yen de chapeaux de feutre; 2.764.000
-yen de savons. Tous ces produits, à part ceux qui sont essentiellement
-japonais, comme les objets en bambou et les éventails, sont de très
-mauvaise qualité.
-
-
-VIII.--Le Gouvernement japonais dirige, et fait marcher, différentes
-fabriques et arsenaux; il n’est pas sans intérêt d’en donner ici la
-liste:
-
-Une imprimerie avec 4 machines;
-
-Une fonderie de caractères avec 2 machines;
-
-Une fabrique de papier avec 21 machines;
-
-Un atelier de monnaie avec 17 machines;
-
-Des manufactures de tabac avec 52 machines et 17.000 employés;
-
-L’arsenal de Tokio avec 207 machines et 23.000 ouvriers;
-
-L’arsenal d’Osaka avec 426 machines et 28.000 ouvriers;
-
-La fabrique de laines de Senju avec 15 machines;
-
-L’arsenal de Yokosuka avec 36 machines et 3.000 ouvriers;
-
-L’arsenal de Kure avec 109 machines et plus de 10.000 ouvriers;
-
-L’arsenal de Sasebo avec 30 machines et 1.500 ouvriers;
-
-L’arsenal de Maidzuru avec 14 machines et 1.200 ouvriers;
-
-La poudrerie de Shimose; le dock de Takeshiki; le dock de Ominato; le
-dock de Bako; des aciéries occupant 30.000 ouvriers avec 28 machines;
-les ateliers des chemins de fer de Shimbashi, d’Omiya, de Kobé et
-d’Iwamigawa, lesquels occupent en bloc 2.000 ouvriers.
-
-
-IX.--Comme industrie acquise de l’étranger, celle du coton a été la plus
-vite brillante au Japon, et aujourd’hui l’importation des cotonnades
-dans ce pays a baissé dans des proportions formidables; ainsi en 1887
-l’Europe importait dans les îles japonaises 24.630.000 livres de filés
-de coton; en 1906 elle n’en importe plus que pour 5.652.000 livres.
-Aujourd’hui le Japon inonde la Chine de ses produits de coton sous
-toutes les formes, et tellement bon marché qu’il est impossible à
-l’Europe, même à l’Allemagne, de lutter. J’ai acheté, dans les ports du
-Yangtseu, Kiukiang, Hankow, Ichang, des chaussettes japonaises à cinq
-sous la paire; des essuie-mains japonais, genre essuie-mains éponge, à
-deux sous la pièce! Il est vrai que, lorsqu’on connaît les salaires de
-famine des fabriques japonaises, on est moins étonné. Toute cette
-imitation japonaise est d’ailleurs exécrable; mais pour le Chinois, qui
-n’a pas le moyen d’acheter cher, c’est précisément ce qu’il faut.
-
-Une des grosses questions qu’agitent les économistes européens est celle
-de savoir si le Japon va devenir un concurrent sérieux au point de vue
-industriel. Il y a eu, et il y a encore à ce sujet, de longues
-dissertations dans les journaux et revues les plus autorisés d’Europe et
-d’Amérique, et «Hippocrate dit oui si Gallien dit non.» Personnellement
-je ne crois pas que nous devions nous effrayer, du moins pendant bien
-longtemps, du péril jaune industriel. L’industrie est encore dans
-l’enfance au Japon, et la machine n’a pas encore suppléé partout à la
-main-d’œuvre humaine; au contraire, cette dernière est la plus répandue.
-A part les manufactures de coton, qui sont pourtant encore bien loin
-d’égaler celles d’Europe, les autres industries sont restées, à beaucoup
-de points de vue, ce qu’elles étaient autrefois. Et puis l’argent
-manque, les capitaux sont rares dans le pays. Le Japon essaye de les
-attirer, et il fait beaucoup de propagande en lançant des publications
-sur les industries, le commerce, les finances de l’Empire. Beaucoup de
-ces publications sont en anglais, en français, en allemand afin de
-donner plus de facilités au lecteur.
-
-En réalité, la situation industrielle et financière de l’Empire japonais
-est loin d’être ce qu’elle peut paraître à la lecture de ces documents
-mensuels et hebdomadaires, publiés par les banques, les sociétés
-industrielles et commerciales. Le Japon fait de grands efforts, efforts
-qu’on ne peut qu’admirer, mais il lui faudra, nécessairement, du temps
-encore pour atteindre à la haute et brillante situation à laquelle il
-aspire.
-
-Quant à envoyer des capitaux étrangers dans des affaires japonaises, ce
-n’est peut être pas encore le moment: nous devons reconnaître que le
-Gouvernement impérial facilite et attire ce genre de placements, mais
-les populations ne sont pas encore assez éclairées dans certaines
-parties des provinces.
-
-A Osaka un de nos compatriotes a installé une fabrique de brosses qui
-semblait devoir prospérer, mais qui, si j’en crois les dernières
-nouvelles, a rencontré les plus grandes difficultés.
-
-Un autre de nos compatriotes s’était, pour une autre affaire, associé à
-un vieux résident français, ingénieur civil, et avait apporté des
-capitaux pour les placer au Japon. Ces deux Français avaient obtenu
-l’exploitation d’une immense forêt dans le Sud, à Kiushiu, et ils
-avaient fait venir des machines, installé des maisons, des hangars, des
-magasins; des ouvriers et contre-maîtres français aient été engagés,
-enfin tout marchait à souhait et semblait devoir prospérer; deux hauts
-personnages européens s’étaient intéressés à l’affaire et y avaient
-placé quelques fonds. Une Compagnie s’était formée et il n’y avait plus
-qu’à se mettre en train. Les premiers résultats s’annoncèrent
-satisfaisants, lorsque le 8 juin 1908, une foule japonaise de quinze
-cent à deux mille hommes envahit les chantiers, démolit les machines,
-mit le feu aux maisons, enfin détruisit tout; évidemment, dans cette
-affaire on ne peut guère rendre responsable des dégâts que l’ignorance
-de la foule encore mal instruite et peu éclairée; les autorités du pays
-sont les premières à réprouver ces actes et à en souffrir; il n’en est
-pas moins vrai que l’affaire est ruinée et les capitaux perdus.
-
-
-IX.--Quoique le Japon se soit assimilé très rapidement les industries
-européennes, et fasse, dans cette direction, de grands progrès tous les
-jours, je ne crois pas néanmoins, ainsi que je l’ai déjà remarqué
-précédemment, que l’Occident ait encore à craindre d’ici longtemps une
-concurrence sérieuse. D’ailleurs, il faut bien songer à ceci, c’est que
-le Japon ne saurait se mettre, dès à présent, sur le même rang que les
-pays manufacturiers d’Europe pour le fini et la solidité de ses
-produits; et la preuve en est que, pour les constructions qui lui
-tiennent surtout à cœur, et où il veut avoir du solide, comme par
-exemple pour les bâtiments de guerre, il fait venir d’Europe et
-d’Amérique les aciers et les pièces principales.
-
-Où il fera à l’Europe une grande concurrence (il la fait déjà
-d’ailleurs), c’est en Chine avec ses cotonnades; il est évident que ni
-Manchester ni Bombay n’arriveront à fournir aussi bon marché au Chinois
-ce dont celui-ci a besoin. Il va sans dire que nous n’en sommes pas
-encore arrivés au moment où le Japon aura le monopole du commerce
-cotonnier en Chine; mais il a déjà commencé par évincer sérieusement les
-produits anglais de la Mandchourie, et il est connu que le marché de
-Shanghaï, après la campagne, a beaucoup souffert de la concurrence des
-tissus et des filés japonais, et nombre de maisons européennes se sont
-trouvées dans une situation difficile.
-
-C’est, pour le moment, de ce côté que se tournent les efforts des
-industriels et des commerçants japonais.
-
-L’industrie métallurgique aura aussi son tour, son heure, sans nul
-doute, mais, pour le moment, elle n’est encore qu’à l’aurore de son
-existence. Pour arriver à atteindre le développement colossal que
-l’industrie des métaux a acquis en Europe et aux États-Unis, il faut du
-temps et de l’argent.
-
-Il n’y a, au reste, qu’à consulter les chiffres pour se rendre compte
-que le Japon est bien en arrière de tous les pays producteurs de métal;
-ainsi la fabrique de Wakamatsu, dirigée par le Gouvernement, produit
-quelques centaines de mille tonnes de fonte, alors que la France, qui en
-produit le moins parmi les grands états industriels, en produit encore
-4.000.000 de tonnes et que l’Allemagne seule, sans vouloir mettre en
-ligne l’Angleterre et les États-Unis, en produit environ 12.000.000 de
-tonnes. Il y a donc encore de la marge.
-
-
-X.--Voici un tableau des salaires moyens de chaque catégorie d’ouvriers:
-
- Par jour. Yen. Sen.
-
- Charpentiers 0, 60
- Plâtriers 0, 60
- Tailleurs de pierre 0, 66
- Scieurs 0, 59
- Couvreurs en bardeaux, en chaumes 0, 57
- -- en tuiles 0, 65
- Ouvriers qui briquettent le mur 0, 75
- Briquetiers 0, 55
- Nattiers 0, 51
- Ouvriers en paravents, écrans, etc. 0, 55
- Colleurs de papiers 0, 56
- Menuisiers 0, 55
- Tonneliers 0, 45
- Sabotiers, galochiers 0, 42
- Cordonniers et bottiers 0, 57
- Selliers, bourreliers 0, 62
- Charrons 0, 51
- Tailleurs de vêtements japonais 0, 47
- -- européens 0, 64
- Fabricants de tabatières, blagues,
- bourses, portefeuilles, etc. 0, 57
- Teinturiers 0, 32
- Batteurs de coton 0, 41
- Forgerons 0, 55
- Joailliers, bijoutiers 0, 52
- Fabricants d’ustensiles métalliques 0, 53
- Fabricants de poteries 0, 46
- Fabricants d’objets laqués 0, 49
- Récolteurs de vernis 0, 38
- Presseurs d’huile 0, 42
- Fabricants de papier 0, 32
- Coupeurs de tabac 0, 54
- Compositeurs d’imprimerie 0, 42
- Imprimeurs 0, 38
- Charpentiers pour navires 0, 64
- Jardiniers 0, 55
- Journaliers agricoles, hommes 0, 32
- -- femmes 0, 20
- Éleveurs de vers à soie, hommes 0, 29
- -- femmes 0, 23
- Fabricants de tissus, hommes 0, 34
- -- femmes 0, 18
- Fileuses de soie 0, 22
- Confituriers 0, 34
- Pêcheurs 0, 42
- Blanchisseurs de riz 0, 32
- Journaliers 0, 43
-
- Par mois. Yen. Sen.
-
- Fabricants de saké 10, 37
- -- shoyu. 7, 16
- Domestiques 3, 22
- Servantes 1, 79
-
- Par an. Yen. Sen.
-
- Ouvriers agricoles, hommes 37, 54
- -- femmes 20, 13
-
-Le yen valant 2 fr. 55, un ouvrier agricole homme se paye par an 95 fr.
-72, et une femme 51 fr. 33. Étant donné ces salaires, la lourdeur des
-impôts, les dépenses militaires hors de proportions avec les ressources
-financières du pays, on ne peut être étonné de la misère qui règne au
-Japon.
-
-
-XI.--L’encouragement donné et la protection accordée aux entreprises
-industrielles et aux établissements manufacturiers ne datent pas
-d’aujourd’hui.
-
-Déjà, avant la restauration impériale, les trois Daïmios de Satsuma,
-Mito et Saga avaient établi, en l’ère de Kayei (1848-1853), un arsenal
-de style européen, et commencé à fondre des canons. Le Daïmio de
-Satsuma, s’inspirant de la fabrication hollandaise, avait également
-monté une fabrique de porcelaine, et en 1861, il avait même fait venir
-d’Angleterre des machines pour filatures. Le Daïmio de Mito, de son
-côté, avait installé à Ishikawajima (île à l’embouchure du Sumida, dans
-la baie de Tokio) un chantier pour la construction des navires; les
-Shôgun Tokugawa, pendant l’ère de Ansei (1854-1859), firent également
-installer un chantier semblable à Akuura (Hizen), et un autre aussi à
-Yokosuka (Sagami); mais ce dernier ne fut achevé qu’après la
-restauration impériale; il fut d’ailleurs cédé au département de la
-Marine et il est devenu l’un des principaux ateliers de construction et
-de réparation de la marine de guerre japonaise. C’est la Compagnie
-Mitsubishi qui, en 1884, a pris possession des chantiers de Hizen,
-qu’elle détient encore aujourd’hui, et qui sont connus sous le nom de
-Chantiers de constructions navales de Nagasaki.
-
-Le mouvement, dessiné par les princes feudataires et les Shôgun, fut
-continué par le gouvernement impérial; une filature de soie, montée
-d’après les principes modernes, fut installée à Tomioka en 1872 sous la
-direction de M. Brunat, un de nos compatriotes, aidé de contremaîtres et
-d’ouvriers français; puis, en 1877, une autre filature pour les déchets
-fut ouverte à Shinmachi. Une filature de lainages s’ouvrit peu après à
-Senji, faubourg de Tokio, pour le compte du Gouvernement, et, dix ans
-après cet exemple officiel, des fabriques de lainages en sociétés
-privées s’édifiaient sur divers points du territoire.
-
-En 1881 et 1883, dans les districts de Aichi et de Hiroshima, le
-Gouvernement fit venir d’Angleterre des machines à filer le coton; puis
-le tissage du chanvre commença à se développer au Hokkaido (Yézo) où le
-Gouvernement installa des contremaîtres et ouvriers venus de Lille.
-
-En 1875, une fabrique de ciment fut montée à Fukagawa (faubourg de
-Tokio), et, en 1876, la première verrerie fit son apparition à Shinagawa
-(autre faubourg de Tokio).
-
-Cependant, autour de ces différents établissements, édifiés et dirigés
-aux frais de l’État, d’autres établissements privés avaient pris
-naissance, dirigés par des sociétés et des compagnies. Quand l’essor fut
-ainsi donné, le Gouvernement impérial se débarrassa peu à peu de tous
-ces travaux, et vendit toutes ses usines, ne se réservant que la
-manufacture de draps de Senji où il fabrique les draps pour la troupe.
-
-Quand on voit en combien peu d’années le Japon est arrivé au degré
-d’activité industrielle qu’il déploie aujourd’hui, on ne peut s’empêcher
-de reconnaître son extrême aptitude à l’imitation, son acharnement au
-travail, et, bien que tout ce qu’il produise d’articles européens soit
-très inférieur à ce qui se fait en Europe même, il faut lui reconnaître
-une grande habileté et une grande réserve de patience.
-
-Pour pouvoir marcher sans l’aide des Européens, il fallait avoir un
-personnel d’ingénieurs suffisamment instruits et éclairés. C’est ce que
-le Gouvernement impérial comprit de suite, et, dès 1871, il créa le
-collège supérieur des ingénieurs (Kô bu dai gakkô), sous la direction de
-professeurs anglais (aujourd’hui ce collège est rattaché à l’Université
-de Tokio).
-
-On y enseignait la mécanique, la construction des bateaux, la science de
-l’électricité, l’architecture, la chimie, toute science en général
-nécessaire à la profession d’ingénieur, soit ingénieur civil, soit
-ingénieur des mines ou électricien. Il sortit de ces établissements des
-jeunes gens très instruits, dont les mieux notés allaient faire un
-complément d’études en France, en Angleterre, en Allemagne ou aux
-États-Unis.
-
-En 1881 fut créée l’École polytechnique de Tokio, où l’on enseigna la
-peinture, le tissage, la céramique, etc.; des écoles semblables furent
-ouvertes un peu partout par les autorités provinciales, de sorte
-qu’aujourd’hui, à Tokio, à Kioto, à Osaka on compte trois écoles
-supérieures d’ingénieurs, et dans les provinces, on trouve plus de 1.200
-écoles techniques. A l’heure actuelle, à part quelques rares exceptions,
-les instructeurs européens ont disparu.
-
-A ces renseignements sur l’industrie japonaise, j’ajouterai que le
-Gouvernement japonais a édicté des lois et règlements sur les brevets et
-les marques de fabrique; mais c’est une chose qui n’est pas bien entrée
-dans les mœurs du pays, et les marques de fabrique sont encore
-aujourd’hui aussi outrageusement que maladroitement imitées.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
-I. Commerce du Japon avec l’étranger: habutai, kaiki, soieries.--II.
-Exportation du thé.--III. Exportation du riz.--IV. Charbon japonais.--V.
-Cuivre.--VI. Camphre, nattes, sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII.
-Importation: coton brut, lainages; mousselines de laine; la situation de
-la France relativement à l’importation de ce dernier article; riz
-d’Indo-Chine; métaux; machines.--IX. Importation française.--X. Le
-commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties pour les ports
-principaux.--XII. Marine marchande japonaise à vapeur.--XIII. Bateaux
-français.--XIV. Tarif douanier.
-
-
-I.--Le commerce du Japon avec l’étranger consiste surtout en
-exportations de soies; soies grèges qui sont dirigées vers les
-États-Unis, la France et l’Italie; déchets de soie qui ne sont guère
-achetés que par la France; _habutai_ qui vont en France, aux États-Unis,
-en Angleterre, aux Indes anglaises, en Australie; pongés glacés ou
-_kaiki_ achetés par les États-Unis, et, enfin, mouchoirs de soie qui
-vont aux États-Unis et en Angleterre.
-
-L’_habutai_ ou pongé est fabriqué principalement dans six provinces du
-Japon qui sont généralement des lieux de production de la soie.
-
-Echizen, dont la capitale est Fukui, est le centre du commerce et le
-lieu d’inspection des tissus après les opérations du décreusage.
-
-En raison de l’importance des transactions, et du peu de confiance qu’il
-est possible d’accorder aux marchands intermédiaires, surtout au point
-de vue des contrats, qu’ils acceptent, et dont ils n’effectuent pas
-livraison, si les cours leur deviennent défavorables; un certain nombre
-de maisons européennes ont leurs propres installations à Fukui et
-procèdent par elles aux achats. Les tissus sont offerts dans les ventes
-à l’encan ayant lieu journellement, et, dans plusieurs parties de la
-ville, ils deviennent, naturellement, la propriété du plus offrant; les
-cours subissent des variations fréquentes, reflétant d’ailleurs assez
-facilement le rapport entre l’offre et la demande.
-
-Le nombre des métiers, existant à Fukui et dans les faubourgs, était à
-la fin de décembre 1904, de 19.959, et la production, du 1er juillet
-1904 au 30 juin 1905, a été d’environ 1.200.000 pièces, soit une moyenne
-de 60 pièces par métier pour une période de douze mois.
-
-On peut dire, qu’au moment de la saison, 4.000 ou 5.000 pièces arrivent
-chaque jour sur le marché, et, grâce aux organisations spéciales des
-banques locales, consentant des avances généreuses sur les tissus
-fabriqués qui leur sont remis en nantissement, les paiements peuvent
-être effectués au comptant et pour ainsi dire à l’instant même où la
-marchandise passe en d’autres mains. Des organisations analogues
-existent aussi dans les autres provinces.
-
-Le district de Kaga, dont la capitale est Kanazawa, ville importante
-comptant plus de 200.000 habitants, ne fabrique que les qualités
-légères, et plus de la moitié de sa production est destinée aux
-États-Unis d’Amérique, qui, en raison du prix élevé des douanes,
-recherchent plus spécialement des tissus légers.
-
-Les pièces les mieux fabriquées atteignent des prix très élevés,
-comparativement aux autres, en raison de ces achats pour le compte de
-l’Amérique, où les tissus de qualité ordinaire ne trouvent qu’un faible
-écoulement. On comprend donc que les tisseurs apportent tous leurs soins
-à maintenir et améliorer leur fabrication qui, d’une façon générale, est
-soignée.
-
-La province de Kaga compte 14.500 métiers et la production a été, de
-1904 à 1905, de 750.000 pièces.
-
-Toyama, dans la province d’Etchu, est un centre de fabrication de
-moyenne importance; on y compte 5.500 métiers avec une production
-annuelle de 150.000 pièces;
-
-Uzen, 1.200 métiers; production annuelle 42.000 pièces.
-
-Les tissus fabriqués dans la province de Kawamata s’étaient acquis, dans
-ces dernières années, une mauvaise réputation par le fait de la charge
-que l’on faisait, dans la plupart des cas, subir aux pièces après
-décreusage. Pour atteindre ce but, on les laissait séjourner dans un
-bain à base de magnésie, l’augmentation de poids variant, en rapport
-direct, avec la durée de l’opération. C’est ainsi que l’on arrivait à
-charger les tissus jusqu’à 40 pour 100 en plus de leur poids de soie
-pure.
-
-Il est nécessaire d’ajouter que ce traitement ne donnait aucune qualité
-aux étoffes, en altérait au contraire complètement le brillant et
-n’avait d’autre but que de tromper l’acheteur. De pareils procédés ne
-devaient pas tarder à nuire au commerce de cette région; aussi sa
-production arriva-t-elle à être tellement délaissée que, se rendant
-compte de la gravité de la situation, le Gouvernement provincial
-décréta, en novembre 1904, qu’à dater du 1er avril 1905, aucune pièce ne
-serait vendue autrement que pure. Des mesures sévères ayant été
-adoptées, les nouveaux règlements sont maintenant correctement observés.
-
-La province de Kawamata compte 5.300 métiers avec une production
-relativement importante de 260.000 pièces.
-
-Joshu fut le berceau de l’habutai; c’est là, en effet, que quelques
-pièces d’un article similaire, fabriqué en Chine, furent, pour la
-première fois, imitées au Japon, il y a environ vingt-cinq ans, et les
-autres provinces, en présence de la demande, s’emparant peu à peu des
-procédés de leurs voisins, et les modifiant, suivant leurs capacités,
-arrivèrent à créer cette industrie considérable.
-
-Le Joshu est, en même temps, un centre très important pour la
-fabrication des étoffes de soie employées pour kimonos japonais.
-
-Sans tenir compte des métiers appliqués à ce dernier genre, on trouve
-qu’il existe dans cette région:
-
-503 métiers pour unis; production annuelle 15.000 pièces;
-
-800 métiers pour habutai façonné: production annuelle 40.000 pièces;
-
-2.000 métiers pour soieries; production annuelle 60.000 pièces.
-
-Kiôtô et Gifu produisent également des étoffes de soie, dont seulement
-une partie infime est exportée, les neuf dixièmes, environ, étant
-destinés à la consommation intérieure.
-
-A Gifu, le tissage est réduit aux crêpes de Chine, alors qu’à Kiôtô on
-fabrique des étoffes de tous genres, depuis le taffetas jusqu’aux grands
-façonnés lamés or et argent.
-
-C’est à Kiôtô que se trouve la seule grande fabrique méritant d’être
-citée; elle est en société anonyme au capital de 2.500.000 francs et
-possède 275 métiers mécaniques et 100 métiers à la main, ainsi que
-toutes les machines pour le dévidage, montage, ourdissage, pliage,
-lissage, etc... Ses ateliers de teinture en fils, teinture en pièces et
-apprêts, et, en général, tous ceux que comporte cette industrie, lui
-assurent une complète indépendance, et contribuent à la placer au
-premier rang parmi les établissements de ce genre existant en dehors de
-l’Europe et de l’Amérique[12].
-
- [12] _Rapports commerciaux et consulaires_ (1905).
-
-Pour l’année 1908, l’exportation de la soie a été de 226.000.000 de
-francs contre 276.000.000 de francs en 1907: il y a une diminution assez
-sérieuse également sur l’habutai.
-
-D’ailleurs le commerce total du Japon pour 1908 subit une diminution de
-282.375.000 francs.
-
-Tableau des exportations de soies depuis 1904 (en yen, au change moyen
-de 2 fr. 55):
-
- 1904 138.300.000 yen.
- 1905 113.460.000 --
- 1906 157.955.000 --
- 1907 160.237.000 --
-
-
-II.--Le thé est également un des articles d’exportation du Japon; mais
-la totalité est absorbée par les États-Unis. Le thé japonais ne
-ressemble en rien au thé de Chine et, en général, les Européens ne
-l’apprécient pas: il est vert, il a une saveur âcre. Les Japonais en
-font une grande consommation; c’est leur boisson habituelle. En dehors
-du Japon, l’Amérique seule consomme du thé japonais; il en fut exporté
-en:
-
- 1904 pour 12.833.000 yen.
- 1905 -- 10.584.000 --
- 1906 -- 10.767.000 --
- 1907 -- 10.618.000 --
-
-De 1896 à 1903 une subvention annuelle de 70.000 yen avait été accordée,
-par le Gouvernement, au «syndicat du thé», qui avait essayé de faire la
-concurrence au thé de Ceylan, en faisant subir au thé japonais certaines
-préparations le rendant propre à être exporté en Europe; mais l’envoi ne
-réussit pas, et la subvention fut supprimée en 1903; cette année-là, le
-Gouvernement donna encore une subvention de 35.000 yen; puis il cessa
-tout encouragement pécuniaire. Le thé japonais ne pourra jamais entrer
-en compétition avec le thé de Chine ou de Ceylan; cela tient
-probablement au climat japonais qui lui donne ce goût spécial, peu
-apprécié des Européens, même de ceux qui ont longtemps résidé dans le
-pays.
-
-
-III.--Le riz japonais est l’un des meilleurs riz qui poussent sur le
-globe. Aussi s’en exporte-t-il une certaine quantité; les principaux
-débouchés pour le riz japonais sont: l’Australie, qui en absorbe pour
-une valeur d’environ 2.000.000 de yen; Hawaï, pour 8.000.000 de yen;
-l’Angleterre, pour 800.000 yen; la Corée, pour 500.000 yen; la Russie
-d’Asie, pour une valeur très variable: en 1903 pour 445.765 yen; en 1904
-pour 17.621 yen; en 1905 pour 306.025 yen; en 1906 pour 472.870 yen.
-
-La demande des États-Unis n’a cessé de décroître dernièrement, ce qui
-s’explique par ce fait que la culture du riz au Texas a pris une grande
-extension et a fort bien réussi, ainsi du reste qu’à la Louisiane.
-Actuellement, le riz récolté dans ces deux États se vend moins cher que
-le riz japonais, et les Japonais établis en Californie consomment,
-eux-mêmes, du riz américain.
-
-Parfois, la récolte au Japon n’est pas suffisante, et le Gouvernement
-est obligé d’importer du riz soit de Bangkok, soit de Saïgon ou de
-Rangoon: mais, généralement, le riz de ces pays est peu apprécié au
-Japon; les grains sont plus petits, et ils sortent de la cuisson
-beaucoup moins blancs.
-
-En 1908, la récolte n’a pas fait défaut; elle a atteint, en effet,
-51.897.233 koku, soit 93.415.020 hectolitres: elle a donc été
-exceptionnellement belle, plus belle même que celle de l’année 1904, qui
-avait été considérée comme la plus belle récolte qui se fût faite au
-Japon, et qui s’était élevée à 51.401.497 koku, soit 92.500.000 hectol.
-
-Ce tableau montre l’exportation du riz japonais pour les trois dernières
-années:
-
- Pays. 1906 1907 1908
-
- Chine 503.583 296.460 113.379
- Hong-Kong 1.365 » »
- Corée 57.877 63.647 63.372
- Russie d’Asie 472.870 253.809 155.205
- Angleterre 416.179 230.374 626.681
- France 58.352 14.089 415
- Allemagne 35.834 746 168.206
- Belgique 92.871 » »
- Autriche-Hongrie 57.363 » »
- Hollande 25.536 » »
- États-Unis 463.016 744.556 410.892
- Amérique Anglaise 288.050 532.708 356.230
- Australie 274.701 139.039 78.542
- Hanoï 928.975 1.375.729 1.364.057
-
-
-IV.--L’exportation du charbon va toujours en augmentant; de 14.828.000
-yen en 1904, elle est passée à 16.280.000 yen en 1906 et à 19.052.000
-yen en 1907. Le charbon japonais s’exporte actuellement un peu dans tous
-les ports d’Asie; cependant il n’est pas utilisable à l’état pur, et les
-bâtiments à vapeur, surtout les navires de guerre, ne l’emploient que
-modérément et mélangé avec du Cardiff. Le charbon japonais brûle les
-chaudières, et produit une fumée intense, très noire; généralement on le
-consomme en briquettes comprimées, et, sous cette forme, il semble
-devoir rendre des services; mais il n’arrivera jamais à se substituer au
-charbon anglais, et toutes les marines de guerre, y compris la marine de
-guerre japonaise, ainsi que les grandes Compagnies de navigation évitent
-de se servir du charbon japonais.
-
-L’exportation de ce produit se fait: vers la Chine (7.689.000 yen en
-1907); vers l’Inde britannique (368.000 yen en 1907); vers Hongkong
-(5.439.000 yen en 1907); et vers les colonies hollandaises de la
-Malaisie (430.000 yen pour 1907). Les États-Unis d’Amérique figurent
-pour une somme de 1.163.000 yen en 1907; mais il est probable que ce
-chiffre représente le charbon apporté, dans les ports de Californie,
-pour l’usage des bateaux japonais faisant le service de San Francisco à
-Seattle.
-
-
-V.--Le Japon est, avec les États-Unis, le plus grand producteur de
-cuivre, et sa production tend à augmenter constamment. En 1902 elle
-était de 48.390.637 kin (1 kin = 600 grammes); en 1903 elle est passée à
-55.312.343 kin et en 1904 la production est estimée à 35.000 tonnes. La
-progression continue jusqu’en 1907 et 1908 où l’on arrive à environ 38
-et 39.000 tonnes. La production totale pour 1908 donne une valeur
-marchande de 26.302.000 yen.
-
-Comme exportation, la Chine absorbe à elle seule, en 1907, 10.310.000
-yen de cuivre; Hongkong en prend pour 4.782.000 yen; l’Angleterre pour
-4.514.000 yen; la France pour 2.364.000 yen; l’Allemagne pour 2.309.000
-yen. L’exportation de ce métal, qui fournissait un chiffre de 25.110.000
-yen en 1906, passait à 29.260.000 yen en 1907, soit une augmentation de
-4.150.000 yen. En 1908 elle a sensiblement baissé; cette année,
-d’ailleurs, a été fort mauvaise pour le Japon au point de vue
-commercial, ainsi que je l’ai noté au début de ce chapitre.
-
-
-VI.--Autrefois, le Japon proprement dit produisait beaucoup de camphre;
-mais aujourd’hui le territoire de l’Empire n’en fournit presque plus, et
-c’est l’île de Formose qui exporte le plus de cette denrée. Il en est
-sorti (année fiscale 1907-1908), tant du Japon que de Formose, pour une
-somme de 7.945.000 yen; sur cette somme, 2.919.000 yen reviennent à
-Formose, qui, on le voit, exporte relativement bien plus que le Japon,
-eu égard à son territoire.
-
-Voici quels sont les pays qui ont acheté le plus:
-
- Indes britanniques 1.069.000 yen.
- Grande-Bretagne 158.000 --
- France 604.000 --
- Allemagne 1.301.000 --
- États-Unis 1.689.000 --
-
-Nattes.--Autrefois la natte japonaise n’avait pas de concurrente, dans
-tout l’Extrême-Orient, en raison de sa finesse et du soin apporté à sa
-confection; la qualité a beaucoup baissé aujourd’hui, et l’exportation
-s’en est ressentie. Le Japonais, d’ailleurs, procède en tout de la même
-façon, et il est difficile de se procurer maintenant des marchandises
-aussi soignées que celles d’autrefois. Pour les nattes la concurrence
-annamite se fait sentir, et si nos fabricants de nattes de Nam dinh s’y
-appliquaient, ils arriveraient, certainement, à évincer complètement la
-natte japonaise. Les nattes tonkinoises sont, d’ailleurs, tellement en
-mesure de lutter contre les nattes japonaises, que des marchands
-Japonais vendent, à Hong-Kong et sur les côtes de Chine, aussi bien
-qu’aux États-Unis, des nattes tonkinoises pour des nattes japonaises. Ce
-sont les États-Unis qui absorbent la majeure partie de ce produit: ils
-en prennent bon an mal an pour une valeur d’à peu près 6.000.000 de yen.
-
-Allumettes.--Le commerce des allumettes est toujours prospère, et se
-tient entre 10.000.000 et 11.000.000 de yen. La Chine, Hong-Kong, les
-établissements des détroits, la Corée, sont les plus gros acheteurs; le
-Siam, la Birmanie et les Indes anglaises viennent ensuite.
-
- En 1907-1908 la Chine a acheté pour 4.250.000 yen d’allumettes;
- L’Inde anglaise pour 849.000 yen;
- Hong-Kong pour 2.469.000 yen;
- La Corée environ 2.000.000 de yen;
- Les établissements des détroits 1.000.000 de yen.
-
-C’est un des principaux articles japonais d’exportation dans les pays
-d’Extrême-Orient, et le commerce d’importation des allumettes
-européennes est devenu, par ce fait, insignifiant.
-
-Saké.--Le vin de riz japonais, ou plutôt l’alcool de riz, ne s’exporte
-guère qu’en Corée et en Chine; ou plutôt il serait mieux de dire qu’il
-s’est exporté, lors de la campagne de Mandchourie; aujourd’hui que les
-armées japonaises sont rentrées, l’exportation tend à diminuer;
-cependant il en part encore dans ces deux pays pour une valeur de
-800.000 à 1.000.000 de yen.
-
-Porcelaine et poterie.--Ce sont les États-Unis qui achètent le plus ces
-articles au Japon. Sur un total de 7.942.927 yen pour 1906 et de
-7.216.000 yen pour 1907, ils en ont absorbé pour une valeur approchant
-de 4.000.000 de yen chaque année (exactement en 1906 = 4.332.584 yen; et
-en 1907 = 3.816.000 yen). La Chine vient après, puis la Corée; et enfin
-l’Angleterre et Hong-Kong. La France n’achète au Japon que pour 110.000
-yen environ de porcelaine, alors que l’Angleterre lui en achète pour
-450.000 yen.
-
-Cigarettes.--Ne s’exportent qu’en Chine et en Corée; 1.228.000 yen en
-Chine pour 1907; environ 800.000 yen en Corée pour la même année; mais
-il pourrait se faire que cet article d’exportation vînt à tomber
-rapidement; car les Chinois se sont mis à fabriquer des cigarettes
-absolument semblables aux cigarettes japonaises et les fumeurs chinois
-les achètent de préférence.
-
-Produits maritimes.--La seiche, la bêche de mer, la colle végétale et
-les varechs, se dirigent, en totalité, vers la Chine et Hong-Kong. Ce
-dernier port achète environ pour 2.000.000 de yen de seiche, et la Chine
-pour la même somme de varechs.
-
-
-VII.--Le coton, sous tous ses aspects, est l’un des grands articles
-d’exportation du Japon, et c’est la Chine qui absorbe la presque
-totalité, sauf une partie pour Hong-Kong et la Corée. Filés,
-couvertures, flanelles, crêpes, imitation de Nankin, shirting gris,
-nappes et serviettes, tout se dirige vers le marché chinois; ce dernier
-prend en général de 30 à 35.000.000 de yen de filés tous les ans, et de
-3 à 4.000.000 de yen de shirting gris. Les serviettes genre éponge
-commencent à être fort appréciées des Chinois, d’autant plus que le prix
-en est réellement infime: ils arrivent à payer une serviette ordinaire 5
-et 6 cents de piastre, c’est-à-dire environ 15 centimes.
-
-Les principaux exportateurs de cotons sont les filatures suivantes:
-
- Osaka Boseki avec 1.100 ouvriers et 4.500 ouvrières.
- Setsu -- 1.300 -- 4.000 --
- Osaka Godo -- 1.000 -- 4.000 --
- Fukushima -- 450 -- 1.500 --
- Nihon -- 420 -- 2.000 --
- Temma -- 40 -- 205 --
- Nagai -- 300 -- 1.200 --
- Odzu Hoseito -- 180 -- 800 --
- Kobayashi -- 40 -- 110 --
- Sakai -- 200 -- 770 --
- Kishiwada -- 250 -- 1.100 --
- Wakayama -- 280 -- 1.500 --
- Koriyama -- 380 -- 900 --
- Amagasaki -- 270 -- 1.250 --
-
-Toutes les filatures ci-dessus appartiennent à la région d’Osaka; sur
-les 35.000.000 de yen d’exportation, elles figurent pour 28 à 29.000.000
-de yen; c’est-à-dire que le commerce du coton est concentré dans les
-deux villes de Kobé et d’Osaka et les régions voisines. Il est évident
-que les Japonais finiront par fournir entièrement le marché chinois du
-coton dont il a besoin. La proximité du pays, la main-d’œuvre très bon
-marché, les besoins moindres du Japonais, font que le coton européen,
-sous toutes ses formes, ne peut pas lutter; évidemment le produit
-japonais est très inférieur, mais pour l’acheteur chinois la question
-n’est pas là: il lui faut du bon marché, même si la qualité n’est pas de
-premier ordre.
-
-
-VIII.--A l’importation, le Japon demande d’abord le coton brut pour ses
-filatures.
-
-Il vient de Chine pour une somme moyenne de 25 à 30.000.000 de yen (1904
-= 30.678.242 de yen; 1907 = 23.465.000 de yen);
-
-Des Indes Britanniques, qui ont toujours occupé le premier rang pour
-l’importation de cet article au Japon, (sauf une éclipse en 1904), et
-qui ont fourni, ces dernières années: 1905 = 53.553.000 yen; 1906 =
-41.383.000 yen; 1907 = 57.574.000 yen;
-
-Des États-Unis, qui importent pour une valeur de 28 à 30.000.000 de yen;
-
-De l’Égypte qui est stationnaire et fournit de 3 à 4.000.000 de yen.
-
-Le coton brut doux, égrené et non égrené, la matière première, en un
-mot, tend à une augmentation continue comme importation; c’est
-évidemment un signe de l’activité des filatures japonaises.
-
-Quant aux autres produits, en coton fabriqué, le Japon en importe bien
-moins que jadis, puisqu’il fabrique lui-même. Toutefois il achète encore
-des filés, du coutil, de la toile, de la toile imprimée, des satins, des
-velours, des shirtings gris, des shirtings croisés et de la toile à
-parapluie. C’est l’Angleterre qui fournit presque exclusivement ce
-dernier article.
-
-Les lainages, laines brutes, filés, drap d’Italie, mousselines de
-laines, draps, drap mélangé de coton, couvertures, sont importés pour
-une somme totale de 20.000.000 de yen environ. L’Angleterre, l’Australie
-et l’Allemagne sont les principaux importateurs. La France a eu pendant
-longtemps le monopole pour l’importation des mousselines de laine; elle
-en importait encore pour 1.235.000 yen en 1901; 2.315.000 yen en 1903;
-1.175.000 yen en 1905; mais le chiffre est tombé à 478.000 yen en 1907.
-La concurrence de l’Allemagne, et surtout de la Suisse, est pour
-beaucoup dans cette décadence de notre commerce de mousselines; mais il
-faut également accuser l’indolence de nos fabricants qui, jamais,
-n’envoient de voyageurs sérieux étudier sur place les goûts du client et
-les changements à apporter à leurs produits.
-
-Riz.--Malgré les belles années de récolte qu’il réalise généralement, le
-Japon importe du riz. Cela tient à ce que les Japonais, sachant leur riz
-très supérieur, le conservent, pour le vendre à l’exportation, lorsque
-les prix sont élevés, et mangent, eux-mêmes, les riz moins beaux des
-tropiques: c’est ainsi que l’Inde envoie au Japon de 13.000.000 à
-15.000.000 de yen de riz (venant en presque totalité de Rangoon,
-Birmanie); l’Indo-Chine française pour une somme à peu près égale, et le
-Siam pour 5.000.000 de yen environ.
-
-Sucre.--Il est importé par les Indes néerlandaises 16 à 17.000.000 de
-yen (1907 = 16.691.000 yen); la Chine: 500.000 yen; les Philippines:
-1.000.000 de yen (1907 = 1.218.000 yen). Ce qui précède est le sucre
-brut; quant au sucre raffiné il vient:
-
-De la Russie, environ 2.000.000 de yen.
-
-De Hongkong, 1.500.000 yen.
-
-D’Allemagne, 1.000.000 de yen.
-
-D’Autriche-Hongrie, 1.000.000 de yen.
-
-Métaux.--La métallurgie a encore beaucoup à espérer comme importation au
-Japon; les mines japonaises sont encore très insuffisamment exploitées,
-et les capitaux manquent pour installer la grande industrie
-métallurgique comme en Europe; le Japon exécute il est vrai,
-actuellement, à la fonderie de Wakamatsu et à l’arsenal de Kure, du
-matériel de guerre et des projectiles; mais il est encore tributaire de
-l’Europe et de l’Amérique pour les métaux travaillés.
-
-Lingots de fer: il en a été importé en 1907 pour 14.856.000 yen
-d’Angleterre; 3.176.000 yen d’Allemagne; 1.162.000 yen des États-Unis;
-6.973.000 yen de Belgique. Rails: en 1907, d’Angleterre 483.000 yen;
-d’Allemagne 1.579.000 yen; des États-Unis 1.371.000 yen; de Belgique
-372.000 yen. Fers en barres, plaques et tôles de fer, tuyaux en fer,
-clous, fer étamé en feuilles, fils télégraphiques, acier, plomb, étain,
-zinc; toutes ces catégories de métaux trouvent encore au Japon un bon
-débouché.
-
-Les machines et locomotives viennent en 1907:
-
-De l’Angleterre pour 16.380.000 yen;
-
-De l’Allemagne pour 3.333.000 yen;
-
-De Belgique pour 168.000 yen;
-
-Des États-Unis pour 10.241.000 yen.
-
-Le pétrole arrive presque entièrement des États-Unis, qui en importent,
-tous les ans, pour une valeur de 10.000.000 de yen environ (1907 =
-9.507.000 yen).
-
-Le charbon est importé d’Angleterre pour la marine de guerre japonaise.
-En 1904, alors que, par suite de la guerre, le Japon faisait des
-approvisionnements considérables, il en a été importé pour 12.199.885
-yen de Cardiff; mais, en temps normal, il n’en est pas de même, et, en
-1905, l’importation est tombée à 5.467.705 yen pour rester ensuite à
-500.000 yen environ (1906 = 519.980 yen).
-
-Ainsi, tout ce qui concerne la métallurgie, est importé Angleterre,
-d’Allemagne, de Belgique, des États-Unis. Quant à la France elle a
-importé en 1907 pour 410.000 yen de machines.
-
-
-IX.--L’importation française au Japon n’est pas considérable et elle
-s’élève: en 1906 à 4.997.000 yen; en 1907 à 7.024.000 yen. Il est vrai
-que son exportation du Japon se chiffre par 40.228.000 yen en 1906 et
-42.592.000 yen en 1907, mais parce qu’elle achète la soie, marchandise
-chère. Elle laisse de l’argent au Japon en échange de sa soie, mais elle
-ne profite pas du commerce japonais, puisqu’elle n’y fait pas ou presque
-pas d’importation.
-
-Voici les principaux articles que vend la France:
-
-Lunettes et télescopes; Boîtiers de montre en argent; Mouvements
-d’horlogerie; Beurre; Antipyrine; Chlorate de potasse; Drogues et
-médecines; Phosphore amorphe; Phosphore jaune; Bois de campêche; Soies
-de porc; Tubes de cuivre; Plomb; Livres; Papiers à cigarettes;
-Mousselines de laine; Vins en bouteilles; Vins en fûts; Champagnes;
-Eaux-de-vie; Autres liqueurs; Bouchons; Savon de toilette; Savon
-ordinaire; Parfumerie.
-
-Ainsi que je l’ai dit plus haut, notre principal article, la mousseline
-de laine, nous est peu à peu enlevé. En dehors de la concurrence suisse
-et allemande, au reste, il y a aussi la fabrication japonaise qui
-s’essaie, et finira par produire, non pas aussi bien que nous, mais
-suffisamment «made in Japan» pour satisfaire le goût et la bourse des
-clients.
-
-Quant aux vins, si la France en importe, tout compris, c’est-à-dire vins
-rouges et blancs, en fûts et en bouteilles, champagnes, vins mousseux,
-pour 400.000 francs, c’est tout. Le Japonais, de même que le Chinois ou
-tout autre oriental, ne boit pas de vin. Avec les quelques barriques de
-gros vin rouge qu’il fera venir, le Japonais mélangera de la mélasse et
-du sucre et fabriquera ainsi du «_vin japonais_», délice des gourmets
-dans les restaurants de Tokio. Inutile de dire que ce produit innommable
-est horrible pour un palais européen.
-
-Quant aux eaux-de-vie et liqueurs nous en importons pour 160.000 francs;
-c’est pour la consommation de la colonie européenne.
-
-
-X.--Comme on le voit, nous ne faisons pas grand commerce avec le Japon,
-et il est difficile pour nous d’y travailler davantage. Nous ne pouvons
-lutter avec les autres nations pour fournir aux Japonais ce dont ils ont
-le plus besoin: coton brut, métaux de toutes sortes et machines. Nous
-venons de voir que nos mousselines de laine sont en décadence et que
-notre principal article d’importation, le vin, n’y est pas apprécié.
-
-Il ne faut pas non plus compter sur les articles dits parisiens, tels
-que: articles de Paris, modes, chapeaux, etc., car ils sont peu employés
-par les indigènes et, d’ailleurs, ceux qui se trouvent au Japon sont des
-articles de Paris fabriqués en Allemagne; ils sont importés au Japon à
-des prix que la cherté de la matière première et de la main-d’œuvre
-française ne nous permet pas de concurrencer. Il est donc de toute
-évidence que nous n’avons pas grand effort à tenter de ce côté. Le Japon
-n’est pas, pour nous, un client, même pas un client pour nos objets de
-luxe, indiscutablement supérieurs à tous autres, car il est pauvre; et
-quand il veut du luxe, il lui vient de Berlin, à bien meilleur compte.
-
-Le commerçant japonais n’a pas la réputation d’être sérieux et fidèle à
-sa parole. Les autorités japonaises ont fait des efforts louables pour
-persuader à leurs compatriotes la grande franchise en affaires, et il y
-a lieu d’espérer que ces efforts ne resteront pas vains. Mais le
-Japonais est bien moins commerçant que le Chinois, et tous ceux qui ont
-eu des relations avec les deux peuples, sont unanimes à préférer le
-Chinois. D’ailleurs, toutes les grandes maisons européennes établies au
-Japon, toutes les banques ont des compradore et des assistants chinois,
-jamais de Japonais. Le commerçant japonais ne se fera pas scrupule de ne
-pas prendre livraison d’une marchandise si, pendant la traversée, le
-change a varié à son détriment; il sait que l’Européen préférera encore
-avoir sa marchandise sur les bras plutôt que d’aller perdre son temps en
-procès.
-
-Il m’est arrivé, souvent, de constater, dans des balles de soie
-expédiées de l’intérieur, à Yokohama, pour l’exportation, la présence de
-briques et de pierres, soigneusement recouvertes de quelques écheveaux,
-et il fut un temps où les exportateurs de soie étaient obligés de
-vérifier toutes les balles sans exception, vu l’impossibilité de s’en
-rapporter à la bonne foi du marchand indigène.
-
-Ainsi que je l’ai déjà dit, le commerce total du Japon pour 1908 a subi
-une diminution de 282.375.000 francs. Peut-être est-ce la conséquence de
-la guerre russo-japonaise; peut-être cela vient-il de la crise
-économique qui a sévi un peu partout, et qui s’est fait sentir au Japon
-comme ailleurs. Nous le verrons bientôt. En tout cas, il est bien
-certain que le Japon est las; il a voulu courir et courir vite: il n’en
-a plus les moyens. Les journaux reflètent une lassitude, un
-découragement général; seul le _Japan chronicle_ ne se décourage pas et
-dit que si le Japon se ressent du lourd fardeau supporté depuis la
-dernière guerre et d’un système fiscal non moins lourd, il espère
-néanmoins le voir se relever; mais, dit-il, _ce sera lent_.
-
-
-XI.--Voici, pour l’année 1907, la dernière dont les résultats aient
-paru, les chiffres d’exportation et d’importation afférents à chaque
-port.
-
-EXPORTATION
-
- Yen.
- Yokohama 205.888.000
- Kobé 106.668.000
- Osaka 60.037.000
- Nagasaki 4.654.000
- Hakodate 2.268.000
- Niigata 206.000
- Shimonoseki 4.364.000
- Moji 19.049.000
- Otaru 6.012.000
- Mororan 1.924.000
- Wakamatsu 3.179.000
- Kuchinotsu 4.908.000
- Yokkaichi 3.908.000
- Tsuruga 1.895.000
-
-IMPORTATION
-
- Yen.
- Yokohama 172.485.000
- Kobe 223.437.000
- Osaka 34.451.000
- Nagasaki 16.230.000
- Hakodate 673.000
- Niigata 1.067.000
- Shimonoseki 2.480.000
- Moji 26.413.000
- Otaru 122.000
- Mororan 1.000
- Wakamatsu 962.000
- Kuchinotsu 307.000
- Yokkaichi 9.026.000
- Tsuruga 880.000
-
-
-XII.--Il est entré dans les ports du Japon, en 1907, 8.770 bateaux à
-vapeur japonais, 57 chinois, 6.267 anglais, 390 français, 1.858
-allemands, 154 austro-hongrois, 324 russes, 64 danois, 385 norwégiens,
-1.618 américains des États-Unis; 317 de différents pavillons, soit en
-tout 20.199 navires à vapeur de tous pays dont 8.770 sous pavillon
-japonais. En 1895 il y avait un total de 1.749 navires, dont 63
-japonais.
-
-La première Compagnie japonaise de navigation à vapeur fut formée, en
-1877, sous le nom de _Yubin kisen Mitsubishi kaisha_, c’est-à-dire:
-Paquebots-poste de la Compagnie Mitsubishi; en 1882, parut la _Kiôdô
-uniu kaisha_ ou Union des transports maritimes; et en 1884, la _Osaka
-shosen kaisha_ ou Compagnie de navigation maritime d’Osaka.
-
-La marine marchande à vapeur était créée; il fallait la maintenir et la
-développer. En 1885, les deux premières Compagnies, après une
-compétition acharnée, s’unirent sous le nom de _Nippon yusen kaisha_ ou
-Compagnie des paquebots-poste japonais, Compagnie à laquelle le
-gouvernement du Mikado offrit tout l’appui moral et financier
-nécessaire; puis la loi sur la navigation, et la loi sur la construction
-des navires, accordant des primes assez élevées, vinrent donner un
-nouvel essor à la marine marchande à vapeur.
-
-Suivant la loi sur la navigation, un navire à vapeur japonais, d’au
-moins mille tonnes de déplacement, et d’au moins dix nœuds de vitesse,
-et destiné au long cours, est apte à recevoir la prime fixée suivant la
-distance parcourue et le tonnage du bâtiment. Cette prime, pour un
-vapeur de 1.000 tonnes, s’élève à 25 yen par tonne et par 10 nœuds et
-peut être augmentée de 10 pour 100 pour chaque 500 tonnes en plus, et de
-28 pour 100 pour chaque nœud d’augmentation de vitesse par heure.
-
-Pour un bateau d’au moins 6.500 tonnes et 18 nœuds, la limite maxima de
-la prime sera celle accordée à un bateau de 6.000 tonnes et de 17 nœuds.
-Pour avoir la prime entière, le bâtiment ne doit pas avoir plus de cinq
-ans; au-dessus de cet âge, la prime diminue de 5 pour 100 chaque année.
-Les primes pour le budget 1907-1908 s’élevaient à 11.170.255 yen, soit
-28.484.150 fr. 25.
-
-Des subventions spéciales sont, en outre, accordées à différentes
-Compagnies: ainsi, la Nippon Yusen Kaisha reçoit, pour l’année
-budgétaire 1908-1909, 4.283.707 yen, plus 220.000 yen;
-
-La Toyo Kisen Kaisha reçoit 1.013.880 yen, plus 750.000 yen;
-
-La Japan China Steam Navigation Company reçoit 800.000 yen seulement;
-
-La Osaka Shôsen Kaisha reçoit 491.000 yen, plus 100.000 yen.
-
-Les primes, pour la construction des navires, s’élèvent à 1.995.440 yen.
-
-Un peuple né marin, encouragé de cette façon par le gouvernement, ne
-pouvait pas manquer de se créer rapidement une forte marine marchande,
-et à l’heure qu’il est, les mers d’Asie sont sillonnées de bateaux
-japonais:
-
-Ligne de Yokohama à Shanghaï;
-
-Ligne de Yokohama à Tientsin en passant par les ports de Corée;
-
-Ligne de Nagasaki à Wladiwostok en passant par les ports de Corée;
-
-Ligne de Yokohama à Shanghaï et aux différents ports du Yangtseu jusqu’à
-Hankow et Itchang;
-
-Ligne de Tsuruga à Wladiwostok;
-
-Ligne de Yokohama à Bombay.
-
-Sur l’Europe et l’Amérique:
-
-Ligne de Yokohama à Marseille, Londres et Anvers;
-
-Ligne de Hongkong à San Francisco;
-
-Ligne de Hongkong à Seattle.
-
-Sur l’Australie:
-
-Ligne de Yokohama à Melbourne.
-
-La Toyo Kisen Kaisha avait créé en 1905 un service bisannuel sur
-l’Amérique du Sud, mais elle a abandonné son projet de navigation
-régulière de ce côté.
-
-Ces différentes Compagnies sont loin de faire leurs frais, et c’est la
-prime fournie par l’État qui les maintient.
-
-La Nippon Yusen Kaisha possède un capital de 22.000.000 de yen;
-
-La Osaka Shosen Kaisha un capital de 16.500.000 yen;
-
-La Toyo Kisen Kaisha, un capital de 6.500.000 yen;
-
-Et enfin la Japan China Steamship Cº un capital de 8.100.000 yen.
-
-Ce sont là les quatre principales Compagnies de navigation à vapeur
-faisant le long cours; il existe un nombre assez considérable de petites
-Compagnies pour le cabotage, et que je juge inutile d’énumérer ici.
-
-
-XIII.--Les seuls navires français qui touchent aux ports japonais sont
-ceux des Messageries maritimes; le nombre de nos entrées et de nos
-sorties est donc sensiblement le même; ici comme ailleurs,
-l’insuffisance de la marine française se manifeste. La Compagnie des
-Messageries a bien essayé timidement, il y a quelques années, d’établir
-une ligne de cargo-boats pour l’Extrême-Orient, mais ils sont en trop
-petit nombre. D’un autre côté, par suite de nos règlements maritimes,
-obligeant les Compagnies de bateaux à se servir des inscrits maritimes
-et à avoir un nombre fixe d’officiers et de matelots français, les frets
-sont plus chers sur nos bateaux que sur les autres, et c’est ainsi que,
-dans tout l’Orient, au Japon comme ailleurs, les produits français
-arrivent sous pavillon anglais de Londres et sous pavillon allemand
-d’Anvers. Cette vieille loi des inscrits a vraiment fait son temps; il
-faudrait laisser les Compagnies recruter leur personnel librement, et il
-serait nécessaire aussi de modifier nos règlements de navigation
-relatifs au personnel de nationalité française.
-
-
-XIV.--Le tarif général japonais, mis en vigueur en 1899, après la
-révision des traités, est très lourd pour les produits d’importation
-européenne; le gouvernement japonais a bien, il est vrai, accordé un
-tarif conventionnel pour certains produits à la France, à l’Angleterre,
-à l’Allemagne et aux États-Unis, mais il n’en reste pas moins que, sur
-certains articles, le tarif est pour ainsi dire prohibitif.
-
-Le bétail paye de 10 à 30 pour 100 ad valorem; les conserves de légumes
-40 pour 100; les conserves de fruits 45 pour 100, la chicorée 45 pour
-100 ad valorem;
-
-Les épices (poivre, etc.), 18 yen par 100 livres; la moutarde, 45 pour
-100 ad valorem;
-
-Jambon 14 yen par 100 livres;
-
-Beurre 27 yen, fromage 17 yen, extrait de viande 77 yen par 100 livres;
-
-Comestibles en général, 40 pour 100 ad valorem;
-
-Jus de fruits et sirops, 45 pour 100 ad valorem;
-
-Miel, 50 pour 100 ad valorem;
-
-Confitures, gelées, 13 yen par 100 livres;
-
-Vins en bouteilles, 0,80 sen par litre (plus de 2 francs);
-
-Vins en fûts, 0,30 sen par litre.
-
-Pour la France il existe un tarif conventionnel pour l’importation des
-vins:
-
-Vins n’excédant pas 16° d’alcool pur, 1 yen 24 sen par hectolitre (en
-fûts ou barriques);
-
-0,67 sen par caisse de 14 demi-bouteilles ou 12 bouteilles;
-
-Excédant 16° et n’excédant pas 24°:
-
-0,92 sen (en fûts ou barriques);
-
-0,68 sen par caisse de 24 demi-bouteilles et 24 bouteilles;
-
-Champagnes: 2 yen par litre; toutefois les champagnes français payent 1
-yen 55 par caisse de 24 demi-bouteilles ou 12 bouteilles; toute boisson
-alcoolisée: 0,90 sen par litre; alcool 0,65 sen par litre;
-
-Les crins payent de 7 à 55 et 98 yen par cent livres.
-
-Les produits pharmaceutiques payent très cher.
-
-Filés de coton, 12 pour 100 et 25 pour 100 par 100 livres;
-
-Fil de coton à coudre, 29 yen par 100 livres;
-
-Fil de chanvre 30 pour 100 ad valorem.
-
-Pour l’importation des cotonnades il existe un tarif conventionnel avec
-l’Angleterre; elles payent en général 10 pour 100 ad valorem;
-
-Mousselines de laine grises et blanches, 1 sen 5 rin et 1 sen 8 rin par
-yard carré; les autres genres: 2 sen 1 rin.
-
-Mouchoirs, couvertures, tapis, rideaux et autres tissus de ce genre
-payent 40 et 50 pour 100 ad valorem;
-
-Chemises, gilets, châles, bretelles payent 40 et 50 pour 100 ad valorem;
-
-Métaux précieux et bijoux: 50 et 60 pour 100 ad valorem;
-
-Les métaux, en général, payent moins cher, car le Japon en importe
-beaucoup et il les laisse entrer avec des droits raisonnables;
-
-Les objets mécaniques tels que microscopes, lorgnettes, montres,
-télescopes, phonographes, machines à coudre, machines-outils, ressorts,
-etc., payent de 15 à 20 et 40 pour 100.
-
-En somme on peut dire que le tarif douanier japonais est l’un des plus
-élevés que l’on connaisse, et les agents des douanes savent l’appliquer
-dans toute sa rigueur.
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
-I. Routes.--II. Chemins de fer. État et compagnies. Rachat des lignes
-par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III. Principales
-lignes.--IV. Tramways.--V. Tarifs des chemins de fer.
-
-
-I.--Les communications, au Japon, se font de deux manières: par les
-routes et les chemins de fer. Les communications par eau sont, en effet,
-à peu près inexistantes, par suite du manque de rivières navigables, et
-elles ne sont guère pratiquées qu’à l’embouchure de certains fleuves, et
-dans leur cours inférieur; la navigation intérieure, telle qu’elle
-existe en Europe, parallèlement aux moyens de communication par terre,
-n’est pas employée au Japon et ne peut l’être, étant donné le système
-orographique du pays, et le peu de longueur et de largeur de ses cours
-d’eau.
-
-Les routes, elles-mêmes, sont peu nombreuses et assez mal entretenues;
-et il ne semble pas que le Gouvernement japonais s’en préoccupe
-beaucoup; il n’y a plus depuis longtemps de ministère des Travaux
-publics; il n’existe pas de corps d’ingénieurs des ponts et chaussées et
-chaque préfecture, chaque ville et village, entretient ses routes un peu
-à sa fantaisie.
-
-Cela tient à ce qu’on ne voyage pas en voiture au Japon; autrefois les
-grands seigneurs et les gens riches circulaient en chaises à porteur; le
-peuple allait à cheval ou à pied, et il suffisait, alors, d’un étroit
-sentier entre les rizières pour pouvoir passer. Depuis l’introduction
-des chemins de fer, tout le monde prend la voie ferrée et le Japon, en
-développant son réseau de fer, n’a pas songé à développer parallèlement
-son réseau de routes.
-
-Ce n’est pas, cependant, qu’il n’existe pas du tout de routes dans ce
-pays; mais, outre qu’elles sont insuffisantes, comme nombre et comme
-largeur, elles sont encore plus insuffisantes comme entretien, et
-pendant la saison des pluies, dans certaines provinces, il est
-impossible de faire passer même un _jinrikisha_ (pousse-pousse). Je vais
-donner ici les principales grandes voies de communication: d’abord les
-routes impériales qui, dès l’antiquité, avaient été établies pour relier
-ensemble les principaux centres de l’Empire. La plus connue des
-Européens est le Tôkaido, qui va de Tokio à Kioto et a 130 lieues de
-longueur; elle est célèbre par les dessins de Hiroshigé, et c’était la
-route la plus fréquentée, autrefois, par les cortèges du Shôgun et des
-Daïmios lorsqu’ils allaient rendre hommage à l’Empereur à Kioto;
-aujourd’hui elle est bien délaissée, par suite de la construction du
-chemin de fer qui la longe constamment, et elle a perdu le cachet vivant
-et affairé qu’elle avait encore il y a seulement une vingtaine d’années.
-
-Elle part de _Nihonbashi_ (le pont du Japon), point central, d’où sont
-calculées les distances, à partir de Tokio, jusqu’à tous les points de
-l’Empire, et, après avoir traversé plusieurs villes et villages, dont
-les plus importants sont Fujisawa, Odawara, Hakone, Shidzuoka,
-Hamamatsu, Atsuta, Yokkaichi, Otsu, arrive à Kioto, où elle a son
-terminus au pont de Sanjô Ohashi.
-
-Le _Nakasendo_, route impériale, part également de Tokio pour aboutir à
-Kioto, mais elle franchit le massif central par le Ken de Nagano
-(Zenkôji), tandis que le Tôkaidô suit la mer. Le Nakasendo a une
-longueur totale de 138 lieues et, de Nihonbashi, se dirige sur Omiya et
-Takasaki (40.000 habitants), puis entre à Kutsukake, dans le Ken de
-Nagano, et, par Shimonosuwa et Fukushima, tombe à Ochiai, Ken de Gifu;
-elle vient aboutir, après avoir franchi Sékigahara et Otsu, à Kioto, au
-pont de Sanjô Ohashi.
-
-Le _Riku u Kaidô_, appelé aussi _Oshu Kaidô_ ou bien _O u kaidô_, va de
-Tokio à Aomori (extrémité nord du Honshu). Cette route a 200 lieues de
-long; elle part de Nihonbashi, passe à Senji près de Tokio, et, à Sôka,
-atteint le Ken de Saitama; à Nakada, elle traverse le Ken de Ibaraki,
-et, à Nogi, le Ken de Tochigi. Elle passe à Nihonmatsu, jolie petite
-ville de 15.000 habitants, dans le Ken de Fukushima, province
-d’Iwashiro, puis atteint Sendai, Ken de Miyagi, province de Rikuzen,
-ville importante de plus de 100.000 habitants. De là, continuant vers le
-Nord, elle passe à Morioka, Ken d’Iwate, province de Rikuchu, ville de
-40.000 habitants, et aboutit enfin à Aomori, Ken d’Aomori, province de
-Mutsu, chef-lieu du Ken et ville de 20.000 habitants.
-
-Le _Akita Kaidô_, de Tokio à Akita, a une longueur de 151 lieues. Elle
-se divise à proprement parler en deux tronçons: l’un de Tokio
-(Nihonbashi) à Yamagata avec une longueur de 95 lieues; l’autre de
-Yamagata à Akita, long de 56 lieues.
-
-La route impériale, _Akita ken michi_, d’une longueur de 52 lieues,
-réunit Akita à Aomori.
-
-Le _Chukoku Kaidô_, route impériale, part d’Osaka pour rejoindre
-Akamagaseki, à l’extrémité Sud-Ouest du Honshû, Ken de Yamaguchi;
-longueur 140 lieues; elle traverse Himeji, Ken de Hiogo, province de
-Harima (35.000 habitants); Okayama, Ken d’Okayama, province de Bizen
-(80.000 habitants); Hiroshima, Ken de Hiroshima, province d’Aki (121.000
-habitants), et se termine à Akamagaseki, petite ville de 35.000 âmes.
-
-Le _Ehime Kaidô_ relie Osaka à Matsuyama; longueur 95 lieues.
-
-Le _Fukui Kaidô_, route impériale, réunit Tokio à Fukui (Ken du même
-nom); sa longueur est de 136 lieues. De Nihonbashi à Atsuta cette route
-se confond avec le Tôkaidô; puis d’Atsuta elle passe à Nagoya, ville
-importante de 290.000 habitants, et, après avoir traversé vingt-cinq ou
-vingt-six petites villes et villages, vient aboutir à Fukui, chef-lieu
-du Ken de Fukui, ville de 50.000 habitants.
-
-Le _Ishikawa Kaidô_ relie Tokio à Kanazawa (Ken d’Ishikawa). Elle se
-divise en trois tronçons: de Tokio (Nihonbashi) à Atsuta, 91 lieues;
-d’Atsuta à Fukui, 45 lieues; de Fukui à Kanazawa, 22 lieues.
-
-Le _Kagoshima Kaidô_, route impériale, part de Kokura au Nord de Kiushu
-pour gagner Kagoshima en passant par Kumamoto: 98 lieues. Une deuxième
-route part de Kokura pour rejoindre Kagoshima, mais cette dernière passe
-par Miyazaki et sa longueur est de 116 lieues.
-
-Le _Kôchi Kaidô_ relie Osaka à Kôchi (35.000 habitants); longueur 89
-lieues.
-
-Le _Kôshû Kaidô_, route impériale très fréquentée et généralement en
-très mauvais état, réunit Tokio à Kofu, sur une longueur de 35 lieues.
-
-[Illustration: Route d’Utsunomiya à Nikkô.]
-
-Le _Nagasaki Kaido_, route impériale, part de Kokura pour rejoindre
-Nagasaki, sur une longueur de 63 lieues; elle passe à travers un pays
-merveilleux très accidenté.
-
-Les deux routes impériales de Tokio à Niigata sont nommées _Niigata
-Kaidô_; l’une passant par Shimidzu, avec une longueur de 88 lieues;
-l’autre par Nagano (Zenkôji) avec une longueur de 112 lieues.
-
-Telles sont les principales grandes routes du Japon praticables à pied
-et à cheval, mais absolument impraticables, dans certaines contrées de
-leur parcours, aux voitures et automobiles. Parfois, sur une certaine
-longueur, dans le voisinage d’une grande ville, la route fait bon effet
-et a quelque ressemblance avec une belle route de France, mais il ne
-faut pas aller trop loin pour tomber dans les ornières et les
-fondrières. Le système actuel des routes et leur répartition dans
-l’Empire ne serait pas mal établi, s’il s’agissait de routes et non,
-comme la plupart du temps, de sentiers tantôt larges, tantôt étroits.
-
-
-II.--Le soin que les Japonais ont négligé de donner à leur réseau
-routier, ils l’ont consacré tout entier à leur réseau ferré.
-Actuellement le Japon est couvert de chemins de fer; le Japonais voyage
-beaucoup, il se déplace très facilement.
-
-Ce fut dès 1869, tout de suite après la restauration impériale, que le
-Gouvernement décida de se mettre à l’œuvre afin de doter le Japon de
-voies ferrées, et il chargea le département des Affaires civiles et
-financières (aujourd’hui supprimé) de préparer des projets. En 1872 le
-premier tronçon fut construit entre Tokio (Shimbashi) et Yokohama;
-presque aussitôt après on relia Kobé à Osaka et Kiôtô par une autre
-ligne. Les voies japonaises sont de un mètre d’écartement.
-
-Pendant de longues années, les deux tronçons Tokio-Yokohama et
-Kobé-Kioto furent les seules voies ferrées existant au Japon; lorsque,
-en 1881, la Compagnie des chemins de fer du Japon (Nippon Tetsudô
-Kaisha) obtint l’autorisation de commencer la ligne Tokio-Aomori.
-C’était, à cette époque, une entreprise qui ne manquait pas d’audace;
-car il était difficile de trouver des ouvriers, les travailleurs
-ordinaires n’étant pas encore expérimentés en ce genre de travaux; de
-plus, la longueur de la ligne nécessitait une mise de fonds importante.
-Malgré toutes les difficultés, le Gouvernement ayant décidé de garantir
-l’emprunt et de donner toute latitude à la Compagnie, les travaux furent
-commencés en 1882 entre Tokio et Mayebashi, et, en 1883, la section
-Tokio (Uyeno)-Kumagaye fut livrée au trafic. Ce fut comme un coup
-d’éperon; l’émulation s’ensuivit et les Compagnies privées de chemins de
-fer, en concurrence avec l’État, se mirent à établir partout des lignes,
-avec une hâte fébrile. Dans toutes les provinces se créèrent des
-sociétés pour la construction et l’exploitation des voies ferrées,
-parfois à peine longues de quelques kilomètres.
-
-Dès 1903, il existait 1.226 milles de lignes appartenant à l’État et
-3.010 milles appartenant à des sociétés privées. Parmi ces dernières, la
-Compagnie des chemins de fer japonais possédait 857 milles; la Compagnie
-des chemins de fer de Kiushu 416 milles et la Compagnie des chemins de
-fer du San yô (Kobe-Yamaguchi), 334 milles.
-
-Afin du reste que le lecteur puisse se rendre compte de la rapidité avec
-laquelle les lignes de chemins de fer se développèrent au Japon, voici
-un tableau explicatif:
-
- ANNÉES Chemins de l’État. Chemins
- Au 31 décembre. (En milles anglais). des Compagnies.
-
- 1872 18 --
- 1877 65 --
- 1882 170 --
- 1887 300 293
- 1892 550 1.320
- 1893 557 1.381
- 1894 580 1.537
- 1895 593 1.697
- 1896 631 1.875
- 1897 661 2.287
- 1898 768 2.652
- 1899 832 2.806
- 1900 949 2.905
- 1901 1.059 2.966
- 1902 1.226 3.010
-
-J’ai déjà indiqué que les chemins de fer sont construits sur le gabarit
-de 1 mètre; les wagons sont assez confortables pour des Japonais, mais
-les sleeping-cars, par exemple, sont tout à fait inutilisables pour un
-Européen d’une taille raisonnable. D’ailleurs, en Asie, les seuls wagons
-pratiques et confortables sont ceux de l’Inde britannique; je passe sous
-silence ceux du Tonkin où il n’existe rien de commode pour passer la
-nuit.
-
-Le stock de machines et de wagons peut s’élever aujourd’hui à 1.500
-locomotives, 5.000 wagons à voyageurs et 21.000 wagons à marchandises.
-
-Suivant les relevés de mars 1903, le capital souscrit pour les travaux
-de chemins de fer, s’élevait à 520.830.963 yen. Dans cette somme la part
-de l’État figurait pour 247.655.963 yen, et la part des Compagnies
-privées pour 273.175.000 yen. Mais ces sommes ne représentent pas le
-capital versé; elles représentent le capital nominal. Le capital versé
-fin 1903 peut se figurer ainsi:
-
-Chemins de l’État, 144.395.060 yen.
-
-Chemins des Compagnies, 231.808.970 yen.
-
-En janvier 1905, lors de l’arrivée au pouvoir du cabinet Saionji, le
-Gouvernement, après une délibération très longue et très mûrie, apporta
-aux Chambres un projet de rachat de toutes les lignes de chemins de fer
-par l’État. Présenté à la Chambre des Représentants le 3 mars, le projet
-fut adopté le 16 du même mois à une très grande majorité. A la Chambre
-des Pairs le nombre des Compagnies à racheter d’abord fut réduit de 32 à
-17, mais en somme les deux Chambres votèrent la loi de rachat de tous
-les chemins de fer, la nationalisation des voies ferrée de l’Empire.
-Immédiatement, un bureau spécial, chargé d’opérer le rachat et de
-préparer d’abord les conditions dans lesquelles le rachat devait être
-fait, fut créé par ordonnance impériale Nº 117, en date du 23 mai 1906,
-en principe les 17 compagnies à racheter devaient l’être en 10 ans; mais
-ce long délai a semblé devoir ralentir l’essor dans la construction et
-le développement des voies ferrées, et occasionner de grandes pertes
-financières. Le Gouvernement décida donc de racheter le plus rapidement
-et dans le plus bref délai possible; et le 21 juillet 1906 les lignes
-suivantes furent désignées pour un premier rachat:
-
- Ligne des charbonneries du Yézo, 1er octobre 1906.
- -- de Kôbu, 1er octobre 1906.
- -- de Nippon, 1er novembre 1906.
- -- de Gan yetsu, 1er novembre 1906.
- -- de San yô, 1er décembre 1906.
- -- de Nishinari, 1er décembre 1906.
-
-Plus tard, le 3 avril 1907, les lignes suivantes furent désignées pour
-le rachat qui eut lieu effectivement:
-
- Lignes de Kiushu, 1er juillet 1907.
- -- Hokkaido, 1er juillet 1907.
- -- Kiôtô, 1er août 1907.
- -- Hankaku, 1er août 1907.
- -- Hokuyetsu, 1er août 1907.
- -- Sô Bu, 1er septembre 1907.
- -- Bô Sô, 1er septembre 1907.
- -- Nanao, 1er septembre 1907.
- -- Tokushima, 1er septembre 1907.
- -- Kwansai, 1er octobre 1907.
- -- Sangu, 1er octobre 1907.
-
-Toutes ces lignes furent donc rachetées en 1906 et 1907 pour la somme de
-720.878.360 yen comme prix fixe d’achat, augmenté de 61.519.075 yen pour
-supplément de rachat de constructions, de matériel en stock, etc... ce
-qui fait la somme totale de 782.397.435 yen soit 1.995.113.459 fr. 25.
-Ce chiffre indique bien que les chemins de fer japonais sont loin
-d’avoir la valeur des voies ferrées européennes.
-
-En dehors des lignes précédentes rachetées par l’État et qui constituent
-le principal réseau ferré de l’Empire, il existe encore plusieurs
-petites lignes qui continuent à fonctionner en dehors de l’État, entre
-les mains de sociétés particulières. Ce sont les lignes de:
-
-Bisei, 15 milles; tête de ligne: Tsushima (Ken d’Aichi);
-
-Chugoku, 48 milles; tête de ligne: Okayama;
-
-Chuyetsu, 83 milles; tête de ligne: Shimôseki (Toyama);
-
-Hakata wan, 15 milles; tête de ligne: Fukuoka Ken;
-
-Iyo, 26 milles; tête de ligne: Matsuyama;
-
-Iôbu, 24 milles; tête de ligne: Saitama ken;
-
-Kanan, 10 milles; tête de ligne: Osaka fu;
-
-Kawagoye, 18 milles; tête de ligne: Kawagoye (Saitama);
-
-Kôtsuke, 21 milles; tête de ligne: Takasaki;
-
-Kôya, 17 milles; tête de ligne: Mukai (Osaka);
-
-Mito, 12 milles; tête de ligne: Mito;
-
-Nankai, 42 milles; tête de ligne: Osaka;
-
-Narita, 45 milles; tête de ligne: Narita (Chiba ken);
-
-Ome, 13 milles; tête de ligne: Ome (Tokio);
-
-Omi, 26 milles; tête de ligne: Shiga Ken;
-
-Riugasaki, 2 milles; tête de ligne; Riugasaki (Ibaraki);
-
-Sano, 9 milles; tête de ligne: Tochigi Ken;
-
-Tôbu, 42 milles; tête de ligne: Tokio;
-
-Toyokawa, 17 milles; tête de ligne: Toyohashi;
-
-Zusô, 10 milles; tête de ligne: Tokio;
-
-La construction de ces différentes lignes a coûté 997.250.000 yen.
-
-D’une manière générale les voitures sont construites au Japon; seul le
-matériel en fer ou acier est acheté à l’étranger, ou fabriqué soit à la
-compagnie de construction de wagons d’Osaka, soit à celle de Nagoya,
-soit enfin à celle d’Amano, près de Tokio. Quant aux machines
-locomotives et à toutes les pièces délicates elles viennent de
-l’étranger, soit d’Allemagne: A. Bourrig, Berlin; Berliner machinen
-action Gesellschaft;
-
-Soit des États-Unis d’Amérique: Brooks Loco; Cooke Loco; Pittsburg Loco.
-
-Soit de Belgique: Société John Cockerill.
-
-Soit d’Angleterre: North British Loco Cº; Vulcan Foundry; Kitson et Cº,
-Leeds.
-
-Aucun matériel n’est fourni par la France, et il n’est pas difficile de
-comprendre pour quels motifs. Un seul serait d’ailleurs suffisant: c’est
-que les prix de revient de notre industrie sont tellement au-dessus de
-ceux des autres pays industriels que nous ne pouvons rien écouler à
-l’étranger.
-
-
-III.--Le voyageur, à l’heure actuelle, circule par tout le Japon en
-chemin de fer; il n’y a guère d’endroits que l’on ne puisse atteindre ou
-tout au moins dont on ne puisse approcher par ce mode de locomotion. Si
-nous prenons Tokio comme point central, pour nous diriger vers le Nord
-nous avons la grande ligne de Uyeno (station du chemin de fer du Nord à
-Tokio), à Aomori, qui passe par Sendai et Morioka, et dessert une foule
-de localités sur son parcours.
-
-D’Aomori la ligne s’incurve vers le Sud et redescend la côte occidentale
-jusqu’à Akita. Au Sud, la ligne du Tokaidô part de Shimbashi (station du
-chemin de fer du Sud à Tokio), et arrive à Kiôtô en passant par Nagoya
-et desservant un certain nombre de villes importantes comme Numadzu,
-Shidzuoka, Hamamatsu; de Kiôtô la voie se dirige sur Osaka et Kobe, et,
-de ce dernier port, elle repart jusqu’à Yamaguchi, à l’extrémité
-Sud-Ouest du Honshu. Si l’on traverse le bras de mer qui sépare
-Shimonoseki de Môji, on peut reprendre la voie ferrée qui conduira
-jusqu’à Nagasaki. Ainsi du Nord au Sud, dans toute sa longueur, le Japon
-est desservi par une ligne ferrée qui constitue comme l’immense arête de
-laquelle les lignes secondaires partent en différents sens sur tous les
-points du territoire. Des voies transversales conduisent ainsi jusqu’à
-Niigata par Takasaki en venant de Tokio; et jusqu’à Kanazawa et Fukui en
-partant de Kiôtô par Komehara. De Tokio également, une ligne centrale va
-sur Fukushima et de là sur Akita, rejoignant Aomori et la ligne de
-Sendai-Tokio.
-
-L’île de Yezo possède quelques lignes qui rendent le voyage à travers le
-pays moins pénible qu’il n’était autrefois; de Hakodate, à Otaru, à
-Sapporô; puis jusqu’au centre de l’île, à Asahigawa; de là à Tokachi;
-d’autres prolongements sont en projet.
-
-L’île de Shikoku n’est pas encore très bien pourvue de voies ferrées;
-deux petites lignes seulement existent, à Takamatsu et à Tokushima.
-
-Le voyage en chemin de fer au Japon est toujours très agréable, parce
-qu’on traverse généralement des paysages pittoresques et gais. Et quand
-on a ainsi parcouru la plus grande partie de l’Empire du Soleil Levant,
-à la saison des cerisiers ou des chrysanthèmes, au milieu des sourires
-de la nature et des habitants, on se laisse prendre à cette amabilité
-jusqu’à ce qu’on ait appris à mieux connaître. Le voyageur européen qui
-ne veut pas manger le _bentô_ du buffet (_bentô_: déjeuner; petite boîte
-bien nette et blanche en bois, renfermant du riz et des assaisonnements,
-et vendue aux buffets des gares) devra emporter des provisions. Mais
-c’est une inutile complication, il est si facile de s’habituer à manger
-à la japonaise; ce qu’on vous sert est toujours très propre et très
-appétissant.
-
-
-IV.--Les tramways électriques, en ville et hors des villes, ont pris
-depuis quelque temps une grande extension; actuellement on compte huit
-Compagnies de tramways électriques, chacune possédant un capital de
-500.000 yen au moins; le total du capital versé se monte à 37.075.000
-yen. D’autres Compagnies également, avec un capital au-dessous de
-500.000 yen chacune, dont l’ensemble donne un chiffre total de
-40.143.110 yen, se sont formées, mais beaucoup d’entre elles ne
-fonctionnent pas encore. Cependant, pour donner une idée de la quantité
-relativement grande de lignes électriques de transport dans tout le
-Japon, en voici la liste complète:
-
- Compagnie des trains électriques de Tokio;
- -- de Kei Hin (Tokio-Yokohama);
- -- de Yokohama;
- -- de Odawara;
- -- de Hanshin;
- -- de Kioto;
- -- de Nagoya;
- -- de Ise.
-
-Toutes ces lignes sont ouvertes au trafic.
-
-Les lignes en construction, mais qui ne sont pas encore ouvertes au
-trafic, sont les suivantes:
-
- Compagnie des trains électriques de Kobé;
- Compagnie de Tokio-Narita (Kei-Sei);
- -- Kioto-Osaka (Kei-Han);
- -- Kei-so;
- -- Oji;
- -- Gan Han;
- -- Musashi;
- -- Mito;
- -- Mino-o;
- -- Buso;
- -- Nara;
- -- Awaji;
- -- Niigata;
- -- Shimonoseki (Bakan);
- -- Hachiman (Kioto);
- -- Mino;
- -- Ina;
- -- Yawata (Fukuoka);
- -- Horinouchi;
- -- Shingu;
- -- Otsu-Kioto (Kei-Shin);
- -- Jômô;
- -- Shintatsu;
- -- Okayama;
- -- Shiobara;
- -- Môji;
- -- Maidzuru;
- -- Toban;
- -- Otsu.
-
-La longueur de ces lignes va de 13 à 45 milles anglais; la Compagnie des
-tramways électriques de Kiôtô, par exemple, a 15 milles, et celle de
-Tokio a 45 milles.
-
-
-V.--Le tarif sur les chemins de fer japonais n’est pas très élevé, il
-l’est cependant un peu plus que le tarif français. Jusqu’à une distance
-de 50 milles, le voyageur paye 1 sen 65 centièmes par mille; jusqu’à 100
-milles, il paye 1 sen 40 centièmes par mille; jusqu’à 200 milles, 1 sen
-10 centièmes par mille; jusqu’à 300 milles, 0,20 centièmes de sen; et
-au-dessus de 300 milles, 0,82 centièmes de sen par mille. Ce prix est le
-prix de la troisième classe; pour avoir le prix de la deuxième classe,
-il faut prendre une fois trois quarts le prix de la troisième classe; et
-pour le prix de la première classe trois fois le prix de la troisième
-classe. Chaque voyageur de première classe a droit à 100 livres
-japonaises (kin = 600 gr.) de bagages; chaque voyageur de deuxième a
-droit à 60 kin; et celui de troisième à 30 kin.
-
-Pour les transports de marchandises en général, le tarif est de 2 à 5 et
-7 rin (10 rin = 1 sen), par tonne; mais pour les graines, engrais,
-sucre, farine, bière, oranges, charbon de bois, patates, le tarif va de
-2 sen par tonne jusqu’à 50 tonnes à 1 sen par tonne au-delà de 300
-tonnes; avec un prix intermédiaire de 1 sen 7 rin pour 100 tonnes, et 1
-sen 4 rin pour 200 tonnes.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
-I. Mines, dans l’antiquité; au XVe siècle; époque moderne.--II.
-Géologie, terrains.--III. Mines en exploitation.--IV. Quelques mines de
-charbon.--V. Pétrole.--VI. Divers, graphite, soufre.--VII. Les mineurs,
-les règlements miniers.--VIII. Administration des mines.--IX. Les mines
-en 1908; le socialisme parmi les ouvriers.--X. Rendement du cuivre et du
-charbon.
-
-
-I.--En même temps que se développait le trafic maritime, les voies de
-chemins de fer et l’industrie en général, l’industrie spéciale des mines
-devenait, elle aussi, un des facteurs importants de la richesse
-nationale.
-
-On ne sait rien d’exact en ce qui concerne l’origine de l’industrie
-minière au Japon, mais l’histoire rapporte que, dès le VIIe ou le VIIIe
-siècle, l’or, l’argent, le cuivre, le charbon et le pétrole étaient
-connus et retirés du sol. Au commencement du IXe siècle, les mines d’or
-d’Ikuno, la mine d’argent de Handa, la mine de plomb argentifère de
-Hosokura et les deux mines de cuivre de Yoshioka et Osaruzawa furent
-ouvertes. Au XVe siècle, et au temps des Shôgun Tokugawa, d’importantes
-mines furent également livrées à l’exploitation, parmi lesquelles sont
-comprises les mines d’or et d’argent de Sado, Innai, Kamioka, Mozumi,
-Serigano, Yamagano et Shikakago; la mine d’argent et de cuivre de
-Kosaka; les mines de cuivre d’Ashio, Besshi, Ani, Arakawa, Hibira et
-Omodani; la mine d’antimoine d’Ichinokawa; la mine de plomb argentifère
-de Kuratani; la mine d’étain de Taniyama; la mine de fer de Kamaishi; et
-les mines de charbon de Miike, Takashima et Akaike. Bien entendu, à ces
-époques reculées, le travail des mines était fait d’une façon tout à
-fait rudimentaire et personne ne s’en occupait avec méthode. Ce n’est
-qu’après la restauration impériale de 1868 que l’industrie minière a
-fait de réels progrès au Japon.
-
-Le Gouvernement, en effet, songeant avec raison de quelle utilité et de
-quel profit pourrait être pour le pays l’extraction des richesses de son
-sous-sol, protégea et encouragea le développement de l’industrie
-minière; et, en conséquence, il engagea, à l’étranger, des ingénieurs
-des mines, des géologues, des professeurs. En même temps, il prenait à
-son compte le travail des principales mines et il appliqua à cette œuvre
-les méthodes occidentales, avec l’idée de faire de ces mines des modèles
-sur lesquels pourraient se baser ceux qui voudraient entreprendre
-l’industrie minière à leur compte. Depuis ce temps des progrès
-importants ont été accomplis et le rendement des mines n’a cessé
-d’augmenter, notamment pour les mines d’or et d’argent de Sado et
-d’Ikuno et la mine d’argent d’Innai. Lorsque les sociétés privées
-prirent un développement suffisant, le Gouvernement leur passa au fur et
-à mesure les mines qu’il exploitait lui-même, se réservant seulement
-celles dont il jugeait avoir besoin pour les entreprises nationales.
-Enfin il édicta des lois et réglements qui, mis en pratique en 1892,
-définirent nettement les droits des propriétaires et exploiteurs de
-mines et leur assurèrent aide et protection; de jeunes ingénieurs
-revenus d’Europe avec les connaissances spéciales en ces matières furent
-mis à la tête des différents services miniers, et ils provoquèrent de
-rapides progrès dans cette branche de l’industrie japonaise.
-
-
-II.--La formation géologique du Japon peut être indiquée comme suit, en
-prenant 100 comme total.
-
- I. FORMATION DES TERRAINS
-
- Période azoïque 3.78
- Période paléozoïque 10.24
- Période secondaire 7.95
- Période tertiaire 45.84
-
- II. ROCHES IGNÉES
-
- Période ancienne 11.27
- Période moderne 20.92
- ------
- Total 100.00
-
-En d’autres termes, la proportion des terrains sédimentaires par rapport
-aux roches ignées est de 2 à 1 pour la superficie totale, tandis que
-dans les formations sédimentaires, celles qui appartiennent à la période
-tertiaire, sont dans la proportion de 1 à 2.
-
-Les formations géologiques des îles japonaises peuvent être définies par
-un arc de cercle s’étendant de l’île de Yézo au Nord-Ouest jusqu’à
-Kiushu au Sud-Ouest; par la chaîne du Riukiu et le système montagneux de
-Formose. Cet arc de cercle Nord-Sud et la chaîne du Riukiu sont inclinés
-vers le Sud-Ouest. Le côté extérieur de l’arc, celui qui fait face à
-l’Est, est comparativement parfait au point de vue de la formation
-géologique, les terrains qui le composent étant répartis d’une manière
-symétrique.
-
-Le côté intérieur de l’arc, celui qui fait face à l’Ouest, est très
-compliqué dans sa formation géologique et abonde en crevasses, en
-dislocation des couches et en roches éruptives. Dans ces circonstances,
-la distribution des minerais de valeur et la condition et l’état des
-dépôts sont spéciales à chacun des côtés de l’arc. Généralement, on
-trouve les veines minérales dans la région située dans l’arc intérieur
-et aussi dans les roches éruptives ou les couches traversées par lui;
-tandis que les couches minérales se rencontrent en plus grand nombre
-dans la région extérieure de l’arc. A Formose l’extérieur de l’arc fait
-face à l’Est et la formation est relativement symétrique, sauf au Nord,
-cependant, où elle est très diffuse par suite d’une coupe brusque qui la
-sépare des Riukiu; c’est dans ce district Nord qu’on trouve beaucoup de
-veines de minerais.
-
-Quelques couches de minerais se sont montrées bien formées dans certains
-terrains au niveau de la mer.
-
-
-III.--Les principales mines, actuellement en exploitation, sont:
-
-Mines d’or: Hashidate dans l’Echigo; Yamagano à Satsuma; Zuihô et
-Kinkwaseki à Formose.
-
-Mines d’argent aurifères: Aikawa à Sado; Ikuno à Tajima; Innai à Ugo;
-Ponshikaribetsu dans l’île de Yezo;
-
-Mines de cuivre: Ashio dans Shimodzuke; Osaruzawa, Ani et Arakawa dans
-Ugo; Okoya à Koga; Obiye à Bitchu;
-
-Mines de plomb: Hosokura à Rikuzen; Kamioka à Hida;
-
-Mines d’antimoine: Ichinokawa à Iyo;
-
-Mines d’étain: Taniyama à Satsuma.
-
-De toutes les mines productrices de métaux existant au Japon, les mines
-de cuivre sont les plus riches, et on en découvre assez souvent de
-nouvelles; le cuivre japonais est, paraît-il, spécial en ce sens qu’il
-renferme plus ou moins d’or et d’argent.
-
-Les principales mines, autres que les mines productrices de métaux, sont
-celles de charbon et de pétrole. Le charbon japonais est généralement
-bitumineux; les principales veines se trouvent dans le terrain
-tertiaire. Cependant quelques anthracites sont extraits des terrains
-secondaires dans les provinces de Nagato, Kii et Higo, mais ils sont
-insignifiants comme quantité et comme valeur. C’est dans les couches
-récentes du terrain tertiaire que se montrent les riches dépôts de
-charbon. Les principaux sont: ceux de l’île de Kiushu et de l’île de
-Yezo et aussi ceux des provinces de Hitachi et d’Iwaki. Les dépôts
-carbonifères de Kiushu comprennent les provinces de Chikuzen et Buzen,
-Chikugo (Miike) et Hizen.
-
-
-IV.--Hokkaido (île de Yezo). Les mines de charbon de Sorachi furent les
-premières découvertes dans le bassin de l’Ishikari. Dans les mémoires de
-Matsura qui fit une exploration complète du Hokkaido, et des autres
-régions du Nord du Japon vers 1855, il est fait mention d’une trace
-houillère sur les rives de la rivière Sorachi. Environ trois ans plus
-tard, un individu nommé Kimura découvrit un autre gisement carbonifère à
-Poronai, alors qu’il était occupé à couper des arbres. Mais ce fut un
-Américain, M. Lyman, qui fut chargé de la prospection définitive. En
-1876, la Direction de la colonisation du Hokkaido confia à cet ingénieur
-le travail de prospection dans les terrains houillers de Sorachi,
-Poronai et des environs. Son rapport signala la présence de la houille
-dans le district de Yubari. En 1879 on creusa un puits à Poronai, mais
-ce ne fut qu’à la fin de 1883 que l’extraction commença régulièrement.
-De ce moment jusqu’à 1890, le Gouvernement exploita la mine à son
-compte; mais cette année-là même il vendit les mines de Sorachi,
-Ikushumbetsu et Yubari à la Compagnie du chemin de fer et charbonnages
-du Hokkaido (Hokkaido Tankô Tetsudo Kaisha), qui venait de se
-constituer. Depuis lors c’est cette Compagnie qui continue
-l’exploitation.
-
-Les charbonnages existent dans les deux districts de Yubari et Sorachi,
-dans la province d’Ishikari; les veines sont plus considérables à
-Yubari; elles s’étendent sur une longueur de 8 kilomètres, avec une
-profondeur variant de 6 à 25 pieds.
-
-A Sorachi on constata la présence de 13 veines, chacune mesurant 6 pieds
-de profondeur.
-
-A Poronai on a découvert une vingtaine de veines de différentes
-longueurs et épaisseurs, mais on ne peut en exploiter que cinq. Les
-produits sont bons, et ceux de Sorachi et Yubari peuvent être employés
-pour faire du gaz et du coke.
-
-Ces mines sont exploitées à l’européenne, et emploient environ 4.000
-ouvriers. Le charbon est amené aux ports de Otaru et Mororan où quatre
-vapeurs appartenant à la Compagnie le transportent à destination.
-
-Chiku Hô.--Les charbonnages de Chiku Hô produisent plus de la moitié des
-charbons de tout l’Empire; les houilles sont de qualité moyenne et
-bitumineuses. En certains endroits, par suite de la présence de dépôts
-volcaniques, la houille a été changée naturellement en coke. Bien qu’on
-ignore la date exacte de la découverte de ces mines, il est fort
-probable qu’elles étaient déjà connues il y a au moins deux cents ans;
-mais ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle qu’on a commencé à exploiter
-le charbon. A cette époque on se bornait à enlever la couche supérieure,
-et ce n’est qu’en 1881 qu’une machine à vapeur fut installée à la mine
-de Katsuno et que l’extraction commença à la manière européenne. Cette
-méthode fut successivement appliquée aux mines de Namazada, Shin nin,
-Meiji, Akaike.
-
-Vers 1889 certaines parties des houillères furent réservées à l’État à
-Tagawa et à Kurate; puis le ministère de l’Agriculture et du Commerce,
-de qui dépendait le service des mines, émit des règlements pour
-encourager la formation de grandes Compagnies d’exploitation. Enfin le
-réseau de voies ferrées, à travers l’île de Kiushu, apporta des
-facilités considérables pour diriger la houille vers les ports de Moji
-et de Wakamatsu.
-
-Les charbonnages de Chiku Hô s’étendent sur les cinq districts de
-Tagawa, Kurate, Kaho, Onga, Kasuya et mesurent 45 kilomètres du Nord au
-Sud et de 15 à 25 kilomètres de l’Ouest à l’Est. Mais les charbons
-extraits ne sont pas de qualité supérieure.
-
-Miike.--La découverte de ces charbonnages remonte à 400 ans. De 1873 à
-1887 ce fut le Gouvernement qui entreprit l’exploitation; mais, en 1890,
-la Compagnie Mitsui en obtint la concession et travailla la mine avec
-une activité qui ne s’est pas démentie jusqu’à ce jour. Cette dernière
-s’étend sur une longueur de 15 kilomètres Nord-Sud et de 5 kilomètres
-Est-Ouest, dans les deux préfectures de Fukuoka et Kumamoto.
-
-Le charbon est un peu meilleur que le précédent et peut servir à faire
-du gaz et du coke. La mine emploie 6.000 ouvriers, et elle arrive à
-fournir 4.000 tonnes dans les vingt-quatre heures.
-
-Takashima.--Il y a déjà deux siècles que le dépôt carbonifère de
-Takashima est connu; en 1817, la mine se trouvait aux mains du daïmio de
-Saga, mais, à cette époque, personne ne se souciait des mines de
-charbon, puisqu’on en ignorait l’usage. Ce n’est donc qu’en 1867 qu’on
-essaya pour la première fois l’exploitation en règle. Six ans après le
-Gouvernement reprit la mine, puis la repassa au comte Goto, et en 1881
-elle fut achetée par la Compagnie Mitsubishi qui la détient encore
-actuellement. Elle débuta par un rendement de 1.200 tonnes, puis
-commença à décliner, lorsqu’on découvrit, en 1898, de nouvelles veines à
-Hajima.
-
-Les galeries se trouvent, pour la plupart, au-dessous du lit de la mer,
-ce qui demande une ventilation constante; aussi le ventilateur de
-Takashima fournit-il 50.000 pieds cubes d’air à la seconde, et celui de
-Hajima 120.000 pieds cubes. La mine est placée dans le district de
-Nagasaki et comprend les trois petites îles de Takashima, Hajima,
-Nakanoshima situées à sept milles marins du port de Nagasaki. Depuis
-1881 elle a fourni plus de 7.000.000 de tonnes de charbon.
-
-
-V.--Le pétrole existe au Japon presque exclusivement dans les terrains
-de formation tertiaire: on le trouve au Hokkaido, dans le nord du
-Honshu, et dans les provinces de Echigo, Shinano et Totomi. Le principal
-centre de production est la province d’Echigo qui renferme les cinq
-puits principaux de Higashiyama, Nishiyama, Amaze, Niitsu et Kubiki,
-dont les deux premiers sont les plus importants. A Higashiyama, l’huile
-est généralement trouvée depuis 20 jusqu’à 300 mètres de profondeur. Le
-puits d’Amaze va jusqu’à 854 mètres de profondeur, et la qualité de
-l’huile de ce puits est la meilleure; malheureusement il commence à
-fournir beaucoup moins. Nishiyama produit une huile inférieure à celle
-d’Amaze, et la couche de pétrole se rencontre à 200 mètres de
-profondeur.
-
-C’est dans la septième année de l’Empereur Tenchi (668 ap. J.-C.) que le
-pétrole fut découvert dans la province d’Echigo. Les chroniques
-rapportent, en effet, qu’à cette époque, de la _terre brûlante_ et de
-_l’eau brûlante_ furent présentées à la cour impériale; mais on ne sut
-qu’en faire. Ce n’est qu’en 1875 que les mines de Kubiki et de Niitsu
-prirent une importance commerciale. La Compagnie japonaise des pétroles
-commença en 1890 à extraire l’huile par les procédés européens, et elle
-découvrit ensuite les couches schisteuses de Nagamine, Kamada, Hire et
-Urase, ce qui lui permit de développer son entreprise et d’arriver à
-fournir en 1902 environ 500.000 barils de pétrole.
-
-
-VI.--Le graphite existe au Japon dans les rocs schisteux, en lames, ou
-bien dans les rocs stratifiés, en blocs; bien qu’il y en ait une grande
-quantité on l’a jusqu’à présent à peu près négligé.
-
-Le Japon, étant un pays essentiellement volcanique, est très riche en
-soufre et on en rencontre des dépôts très considérables. Les principales
-mines de soufre se trouvent dans la province de Rikuchu, à Tsurugizan;
-et, dans le Hokkaido, à Iwaonobori et Ransu. Les dépôts alluvionnaires
-sont de deux sortes: d’or dans le district de Yesashi au Hokkaido et de
-fer à Chûgoku. Les premiers sont détachés de roches de quartz aurifère
-appartenant à la période secondaire et déposés dans les lits des
-rivières, les seconds sont la décomposition du minerai de fer.
-
-
-VII.--Il peut y avoir aujourd’hui, approximativement, 250.000 mineurs au
-Japon. Ce nombre comprend les mineurs, les porteurs, les piocheurs, les
-fondeurs, les hommes employés aux machines, aux foyers et aux pompes. La
-plupart d’entre eux sont satisfaits de leur sort; ils appartiennent
-généralement au district où la mine est située: cependant nombre d’entre
-eux viennent des provinces éloignées avec leurs familles et s’installent
-là jusqu’à leur mort. Avec l’accroissement incessant de la population au
-Japon, la main-d’œuvre ne manque jamais. Ces mineurs vivent généralement
-dans des maisons fournies par les employeurs; ceux qui ont leurs
-familles, dans des chambres séparées, et les célibataires dans des
-espèces de grands dortoirs. Inutile de dire que ces installations sont
-très sommaires et que les ouvriers et ouvrières sont excessivement mal
-logés et encore plus mal nourris. La nourriture leur est vendue par la
-mine; une nourriture insuffisante, à des prix très faibles, il est vrai,
-mais avec défense d’aller se nourrir ailleurs. Ceci a pour but de les
-empêcher de réclamer des augmentations de salaires, ce qui ne manquerait
-pas d’arriver si les ouvriers se nourrissaient convenablement au dehors;
-car leurs gages actuels n’y suffiraient pas. Ici comme dans l’industrie,
-le sweating system est appliqué en grand et il faut que le peuple
-japonais meure littéralement de faim pour s’y soumettre sans murmurer.
-Il finira, d’ailleurs, probablement par se révolter, et l’explosion de
-colère qui s’est manifestée dans les mines d’Ashio, il y a deux ou trois
-ans, et où le directeur fut assommé, n’est sans doute que le
-commencement d’une protestation générale contre le régime employé
-vis-à-vis des ouvriers.
-
-Ce n’est pas que les patrons ne garantissent les risques d’accident et
-de maladie, et ne se chargent de payer les funérailles en cas de décès;
-mais c’est là un minimum de responsabilité auquel il leur serait bien
-difficile de se soustraire. Quant à l’ouvrier et à l’ouvrière bien
-portants, ils sont pressurés abominablement et reçoivent à peine de quoi
-se suffire.
-
-Jusqu’en 1890 le Gouvernement japonais se réservait soit le droit
-d’exploiter lui-même, soit le droit d’accorder une concession minière à
-un individu moyennant une redevance annuelle; depuis, le système des
-concessions permanentes a prévalu et c’est ainsi que, grâce à la
-formation de grandes Compagnies minières, le développement de
-l’exploitation a été de plus en plus considérable.
-
-Au début, il était interdit à un étranger d’exploiter une mine au Japon;
-il ne pouvait même pas faire partie d’une société minière japonaise, de
-sorte que le privilège d’exploitation était uniquement réservé aux
-sujets de l’Empire. En 1900 la loi fut modifiée, et elle permit à un
-étranger de mettre en valeur une mine, soit seul, soit de concert avec
-des Japonais, pourvu, naturellement, que la société, formée en vue de
-l’exploitation, fût soumise aux lois et règlements japonais. Je ne crois
-pas que des Européens aient jamais profité de cette latitude.
-
-La législation japonaise ne reconnaît pas le droit de priorité de
-découverte; et le droit de faire des essais de forage est accordé au
-premier qui en a présenté la demande. Il est valable un an, il est
-renouvelable pour une autre année si cela est reconnu nécessaire. Enfin
-le droit d’essai ne peut être ni cédé ni hypothéqué; seule la concession
-permanente peut être vendue ou hypothéquée.
-
-Autrefois la concession n’était accordée que pour une durée de quinze
-ans; cette circonstance, ajoutée à l’impossibilité, alors existante,
-d’hypothéquer la mine, a été, pendant longtemps, une entrave au
-développement de l’industrie minière; aujourd’hui que ces deux défauts
-de la législation ont été supprimés, les concessionnaires et les
-capitalistes ont pu engager de fortes sommes dans l’exploitation du
-sous-sol.
-
-La superficie d’une concession minière est de 10.000 tsubo (1 tsubo =
-3,30 m. q.) pour le charbon et de 3.000 tsubo pour les autres minerais;
-et elle peut atteindre jusqu’à 600.000 tsubo dans les deux cas. Dans le
-cas où plus de deux concessionnaires s’associent, la limite maxima peut
-dépasser 600.000 tsubo.
-
-Le concessionnaire est obligé, avant de commencer le forage, de
-soumettre ses plans au chef du bureau de l’inspection des mines; la
-concession peut être retirée par le ministre de l’Agriculture et du
-Commerce si le travail y est suspendu pendant plus d’une année; tous les
-six mois le concessionnaire est obligé de fournir un état de la
-situation de la mine; toute association ou tout partage de concession
-doit recevoir l’approbation de l’inspecteur du bureau des mines.
-
-Quant au propriétaire du terrain sur lequel est située la mine, il doit
-recevoir une juste compensation en loyer pour la terre et des
-dommages-intérêts pour l’installation des puits, des machines, des
-tramways, voies ferrées, etc.; il peut exiger le rachat de sa terre au
-bout de trois ans; s’il s’élève des différends entre lui et le
-concessionnaire, la question est portée d’abord devant l’inspecteur du
-bureau des mines, puis devant le ministre de l’Agriculture et du
-Commerce, enfin devant les tribunaux. En vue de la protection des
-intérêts publics et privés, des règlements spéciaux sur la police des
-mines ont été édictés, et sont rendus applicables par l’inspection du
-bureau des mines et par le ministère de l’Agriculture et du Commerce.
-Voici les principaux articles:
-
-Sécurité des constructions dans la mine et hors de la mine;
-
-Protection de la vie et de la santé des ouvriers;
-
-Protection de la surface et des intérêts publics;
-
-Tout ce qui serait nuisible à l’intérêt public peut être supprimé par
-ordre de l’inspecteur sous peine de suspension;
-
-L’usage des explosifs, les dispositions pour la ventilation, les
-ouvrages souterrains, la construction des cheminées, des chaudières, des
-fonderies, etc., sont soumis à des règles strictes pour éviter les
-accidents. En outre une protection spéciale est accordée aux ouvriers;
-la nature du travail, les heures de travail, le travail des femmes et
-des mineurs, tout est réglé minutieusement; et le concessionnaire est,
-(du moins sur le papier), obligé de se conformer aux décisions de
-l’inspecteur du bureau des mines.
-
-Les taxes à payer sur les concessions minières sont de deux sortes: taxe
-sur la concession et taxe sur le rendement brut; la première est de 30
-sen par 1.000 tsubo et la deuxième de 1 pour 100 de la valeur du
-rendement. Cette dernière est fixée d’après les prix des principaux
-marchés. Il y a toutefois une quote officielle pour l’or, l’argent, le
-cuivre, le plomb, l’antimoine, le charbon et le pétrole.
-
-Les recherches des minerais dans les sables d’alluvions sont soumises à
-un régime un peu différent; ici, en effet, le droit de priorité est
-accordé au propriétaire de la terre où se trouvent les minerais. Mais,
-si le propriétaire ne veut pas travailler le minerai, il est obligé de
-donner la permission à celui qui veut le faire; à condition
-naturellement d’être rémunéré d’une façon convenable. Les recherches
-dans les terrains alluvionnaires ne sont permises qu’aux sujets
-japonais; aucun Européen, soit pour son compte, soit pour le compte
-d’une société, n’est autorisé à entreprendre ce travail.
-
-
-VIII.--L’administration des mines présente, cela va de soi, des
-caractères spéciaux et elle est forcément différente de l’administration
-générale des autres industries. Les fonctionnaires chargés des affaires
-de la direction des mines doivent posséder des connaissances spéciales
-et particulières sur toutes les questions qui s’y rapportent. Ils
-doivent en effet savoir:
-
-Les règlements concernant l’établissement d’une concession; son retrait;
-le droit de transfert; l’obligation pécuniaire pour le concessionnaire;
-
-Les règlements relatifs au forage d’essai; à l’approbation des plans; à
-l’affermage de la surface; à l’association de plusieurs concessionnaires
-ou à la division d’une concession en plusieurs sociétés;
-
-Les règlements de police spéciaux aux mines, tels que ceux relatifs aux
-intérêts du public, aux intérêts des ouvriers; à la sécurité des mines
-et à la solidité des constructions;
-
-Ils doivent aussi être prêts à juger équitablement tous les différends
-qui peuvent se produire entre les propriétaires du terrain et les
-concessionnaires des mines.
-
-L’administration des affaires minières est divisée en deux sections:
-
-1º La direction centrale des mines, rattachée au ministère de
-l’Agriculture et du Commerce;
-
-2º Cinq directions locales à la tête desquelles se trouvent cinq
-inspecteurs nommés par le même ministère. Les directions locales ont le
-pouvoir de surveiller toutes les affaires minières dans leur juridiction
-et, suivant la gravité des cas, elles traitent les questions soit sous
-leur responsabilité, soit en en référant au département de l’Agriculture
-et du Commerce.
-
-
-IX.--Le nombre total des demandes de concessions minières pour 1908 a
-été de 4.663; c’est beaucoup moins que les années précédentes; et, dans
-le nombre, il y a une quantité de demandes pour concessions qui
-n’aboutiront jamais. Le chiffre total de production minière a été, pour
-cette même année, de 103.167.395 yen, en diminution de 3.659.626 yen sur
-l’année précédente.
-
-Charbon: 14.468.669 tonnes, pour une valeur de 61.963.500 yen;
-
-Cuivre: 67.805.639 livres, pour une valeur de 2.242.983 yen;
-
-Pétrole: 1.639.357 koku, pour une valeur de 6.475.460 yen;
-
-Argent: 31.259 kwamme pour une valeur de 4.265.717 yen;
-
-Or: 829 kwamme, pour une valeur de 4.147.485 yen;
-
-Fer: Saumons: 39.938 tonnes, et acier 1.668 tonnes, pour une valeur de
-1.927.245 yen;
-
-Soufre: 53.815.077 livres, pour une valeur de 766.816 yen;
-
-Le nombre des Compagnies minières, à la fin de 1908, était de 205, avec
-un capital total de 175.809.650 yen; (capital versé: 119.390.800 yen).
-
-Il y a eu un commencement de grève dans les mines de charbon de
-Takashima et aussi dans quelques autres mines; mais cela a été sans
-gravité; il est cependant incontestable que l’ouvrier des mines,
-actuellement, commence à vouloir imiter ses confrères d’Europe, et
-réclame, avec de plus hauts salaires, d’autres conditions de vie.
-
-«Le socialisme en est à ses débuts au Japon, et ils ne sont pas encore
-très brillants; mais il est hors de doute que le peuple, en général, et
-l’ouvrier, en particulier, souffrent des résultats onéreux, au point de
-vue financier, des deux guerres soutenues en dix ans. La gloire coûte
-cher et le Japon n’est pas riche. L’ouvrier, le premier, a essayé des
-grèves; son sort est en effet lamentable, et les Japonais, qui ne
-veulent pas fermer les yeux quand même, sont les premiers à le déclarer,
-témoin le directeur de l’École industrielle de Tokio qui ne craint pas,
-dans un long article publié par la Revue _Chu ô kô ron_, de réclamer
-plus de bienveillance, plus d’hygiène, plus de moralité envers la classe
-ouvrière. Dans deux cents corporations d’ouvriers qu’il a examinées, il
-a trouvé une corruption effrayante et des mœurs lamentables; la
-protection des mineurs, principalement des jeunes filles, n’existe pas.
-Tout le monde vit pêle-mêle comme des bêtes; les ouvrières sont parquées
-dans de grandes salles, souvent avec défense de sortir plus d’une fois
-par semaine; dans d’autres salles vivent entassés des ouvriers; tout ce
-monde est traité comme un vil troupeau et vit en conséquence.
-
-«Les ouvriers mariés, et qui habitent en ville, ont l’air de se soucier
-fort peu de leur propre famille.
-
-«D’ailleurs, le socialisme a déjà pénétré l’armée. Trouvant un terrain
-tout préparé chez les ouvriers si miséreux, il gagne la caserne où l’on
-commence à distribuer aux conscrits des brochures subversives; il est
-arrivé même à des soldats de déserter en groupes.
-
-«Devenant de plus en plus un pays industriel, le Japon possèdera bientôt
-une classe ouvrière considérable avec laquelle il faudra compter. Ce qui
-manque maintenant à cette foule c’est un chef; tout est encore en
-formation; mais le jour où ils auront pris conscience de leurs forces et
-où ils auront un chef intelligent et pratique, les ouvriers pourront
-imposer leurs conditions. Seront-ils sages et calmes à ce moment? ou
-bien, grisés, comme tant d’autres en Europe, par de vaines et
-fallacieuses promesses, aideront-ils par la violence à l’arrivée de
-l’âge d’or qu’on leur a promis?» (_Avenir du Tonkin, 1909._)
-
-
-X.--En 1907, dernière année pour laquelle nous ayons des statistiques
-complètes, le rendement des mines de cuivre et de charbon, les deux
-catégories de mines que l’on peut considérer comme les plus importantes
-du Japon, se répartit de la façon suivante:
-
-
-Cuivre:
-
- Rendement
- Mines: Appartenant à: en livre japonaise
- de 600 grammes.
-
- Arakawa (Akitaken) Mitsubishi 1.256.428
- Ani -- Furukawa 2.089.321
- Ashio (Tochigi) -- 10.666.029
- Beshi (Ehime) Sumitomo 8.911.895
- Dôgamaru (Shimane) Hori 307.943
- Furogura (Akita) Furukawa 772.552
- Hibira (Miyazaki) Naito 1.435.755
- Hidate (Ibaraki) Kuhara 1.355.280
- Hiragama (Gifu) Yokoyama 1.050.331
- Hisaichi (Akita) Mitsubishi 1.201.908
- Homansan (Shimane) Hori 528.933
- Ikuno (Hiogo) Mitsubishi 1.511.289
- Innai (Akita) Furukawa 433.954
- Itsuki (Kumamoto) Itsuki 249.820
- Kano (Fukushima) Kano 720.167
- Komaki (Akita) Mitsubishi 101.443
- Kosaka -- Fujita 12.041.857
- Kusakura (Niigata) Furukawa 501.445
- Nidzusawa (Iwate) -- 350.036
- Nagamatsu (Yamagata) -- 460.698
- Oharasawa (Iwate) Saito 200.025
- Obie (Okayama) Sakamoto 1.176.951
- Okoya (Ishikawa) Yokoyama 1.078.402
- Omodami (Fukui) Mitsubishi 383.459
- Omori (Shimane) Furukawa 390.396
- Otori (Yamagata) -- 199.925
- Osaruzawa (Akita) Mitsubishi 1.937.183
- Sasagaya (Shimane) Hori 235.388
- Takane (Gifu) Asada 175.377
- Takura (Yamaguchi) Mitsubishi 249.821
- Tsubaki (Akita) Takeda 270.882
- Yakuki (Fukushima) Yakuki 298.328
- Yoshioka (Okayama) Mitsubishi 1.435.755
- Yusenji (Ishikawa) Takenouchi 718.264
-
-Ainsi donc le Japon a produit, en 1907, 54.697.242 livres japonaises de
-cuivre, soit: 32.818.342 kilogrammes. C’est, après celui des États-Unis
-d’Amérique, le plus grand rendement connu sur notre globe, et le cuivre
-est l’un des principaux produits d’exportation du Japon.
-
-
-Charbon:
-
- Mines: Propriétaires. Production
- en tonnes métriques.
-
- Poronai (Hokkaido) Hokkaido Cº 163.013
- Yubari -- -- 480.803
- Sorachi -- -- 202.930
- Iriyama (Fukushima) Iriyama Cº 204.537
- Uchigo -- Iwaki Cº 145.515
- Onoda -- -- 188.951
- Ojô -- Ojô Cº 86.289
- Takashima (Nagasaki) Mitsubishi 183.816
- Akasakaguchi (Saga) Takatori 139.273
- Wochi -- Mitsubishi 163.013
- Yoshitani -- Yoshitani Cº 219.858
- Kitakara -- Koga 86.840
- Kamiyamada (Fukuoka) Mitsubishi 90.186
- Otsuji -- Kayejima 212.629
- Miike -- Mitsui 1.482.451
- Onoura -- Kayejima 593.154
- Shin iri -- Mitsubishi 438.572
- Fujidana -- Mitsui 96.321
- Mannoura -- Kayejima 207.372
- Yoshio -- Aso 216.207
- Namadzuda -- Mitsubishi 244.463
- Yamano -- Mitsui 138.850
- Meiji -- Yosukawa 416.421
- Tadakuma -- Sumitomo 67.195
- Kaneda -- Mori 271.328
- Hokoku -- Hiraoka 161.920
- Tagawa -- Mitsui 486.478
- Akaike -- Yasukawa 182.469
- Otô -- Hara 179.130
- Futase -- Gouvernement 366.128
- Furukawa -- Furukawa 376.681
-
-Je ne donne ici que le rendement des principales mines, de celles qui
-produisent au-dessus de 100.000 tonnes métriques. Le charbon japonais
-est très inférieur, comme qualité, à tous les autres charbons connus et
-la consommation sera toujours limitée aux mers de Chine; elle finirait
-même par cesser tout à fait si on trouvait, (comme il est probable que
-cela se produira), des mines de charbon supérieur dans les territoires
-chinois et indo-chinois.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-I. Finances japonaises; généralités.--II. Organisation actuelle.--III.
-Le budget, les impôts.--IV. Dette publique; emprunts.--V. Finances
-locales.--VI. Banques.--VII. Compagnies d’assurances.--VIII. Médecins,
-hygiène publique, assistance publique.
-
-
-I.--Avec le chapitre finances, se présente le côté le plus ardu de
-l’économie japonaise. C’est la brume, en effet, que nous apercevons de
-ce côté. Les Japonais, qui cachent tout ce qu’ils peuvent à l’Europe,
-lui cachent leurs finances plus que leurs secrets militaires. Le Japon
-est pauvre, très pauvre; le nécessaire manque dans tout le pays, et
-l’or, qui peut y exister, sert à payer les coupons de la dette et les
-achats à l’étranger. Cependant, si l’on consulte les publications
-japonaises, la situation financière est très bonne; c’est qu’il faut
-tenir compte, ici, d’une particularité insoupçonnée par ceux qui ne
-connaissent pas le Japon[13]: les insulaires du Soleil Levant se
-priveront de tout et accepteront de payer les taxes les plus lourdes
-pour aider le Gouvernement à montrer à l’Europe une situation prospère.
-Le patriotisme japonais est, il faut bien le dire, animé de pas mal
-d’orgueil, et ce à quoi il tient le plus, c’est à faire grande figure
-devant l’Europe. Mais enfin la corde finit par casser, et il a déjà
-fallu boucler le budget de 1908-09 par des surtaxes sur la bière et le
-sake, le sucre et la consommation du pétrole. On va loin à ce jeu-là et
-le contribuable est rapidement à sec.
-
- [13] Tous les Japonais ont subi des privations volontaires pendant la
- guerre contre la Russie; un grand nombre d’entre eux se sont privés
- du nécessaire pour donner aux fonds de guerre.
-
-D’un autre côté, sur quoi baser un nouvel emprunt? Quelles garanties
-donnerait le Gouvernement japonais s’il était à nouveau obligé de
-recourir à l’argent de l’étranger?
-
-
-II.--Les finances japonaises, telles qu’elles existent aujourd’hui, ne
-datent pas de fort loin; comme bien on le suppose, le système financier,
-au lendemain de la restauration impériale, était extrêmement compliqué
-et il n’existait pas de méthode régulière d’administration financière.
-Il avait fallu rompre avec l’ancien système où chaque daïmio avait ses
-finances et ses impôts; il avait fallu centraliser, ici comme dans
-toutes les autres administrations, et ce ne fut pas facile. Cependant,
-en 1871, on établit l’unité dans les finances en décidant que toute la
-comptabilité des différents ministères et administrations publiques
-serait, désormais, sous la direction du Trésor, et que les Départements
-ministériels n’auraient plus, comme auparavant, leur comptabilité propre
-et indépendante des autres. Puis, en 1875, on établit un compte de
-recettes et de dépenses qui fut comme le premier budget de l’Empire. En
-1880 fut créée la Cour des Comptes, sous le contrôle direct de
-l’Empereur. Tous ces remaniements ne se firent pas sans secousse et sans
-tâtonnements, et ce fut la gloire des gouvernants de la première heure
-d’avoir mené à bien une réforme aussi grave et aussi importante, pour un
-pays que la réforme financière. Il fallut, après la création du Trésor
-et celle de la Cour des Comptes, encore deux ans avant d’arriver à
-établir, sur des bases solides, la comptabilité centrale et la
-vérification; cependant, à partir de 1882, toutes les irrégularités
-disparurent, et la création de la Banque du Japon (Nippon Ginkô) acheva
-la réorganisation. A dater de 1886, les budgets furent rendus publics,
-et, lors de la promulgation de la constitution, en 1889, la loi de
-Finances fut amendée et les budgets doivent désormais être établis par
-le ministre des Finances d’accord avec le Parlement.
-
-
-III.--Le budget ordinaire de l’année 1908-1909 est monté à 619.958.339
-yen, avec un budget extraordinaire et supplémentaire de 3.839.331 yen,
-soit un total de 623.797.670 yen, chiffre qui n’avait jamais été atteint
-jusqu’à ce jour.
-
-Pour le budget ordinaire:
-
- Les recettes étant de 611.043.048 yen
- Et les dépenses de 615.958.339
- Il en résulte un déficit de 4.915.291 yen
-
-Ce déficit a été comblé avec un accroissement d’impôt sur trois
-chapitres:
-
- Sur le sake et la bière 545.343 yen
- Sur le sucre 2.819.444
- Sur la consommation du pétrole 1.550.504
- -------------
- Ensemble 4.915.291 yen
-
-Voici quels sont les divers impôts et autres revenus de l’Empire, source
-de l’alimentation des budgets nationaux[14]:
-
- [14] D’après l’Annuaire financier et économique du Japon (publié par
- les soins du ministère des Finances).
-
-_Impôt foncier._--L’impôt foncier est proportionnel à la valeur des
-terrains qui y sont soumis. Cette valeur est déterminée d’après la base
-suivante: on calcule le capital qui correspond au revenu net ou au prix
-de location du terrain et on l’inscrit sur les registres officiels du
-cadastre.
-
-L’impôt foncier est payé:
-
-Pour les terrains grevés d’une hypothèque, par le créancier
-hypothécaire;
-
-Pour les terrains loués à bail superficiaire d’une durée de plus de cent
-ans, par le locataire qui a acquis le droit de superficie;
-
-Pour tous les autres terrains par le propriétaire du fonds.
-
-Le taux annuel de l’impôt foncier est fixé à 2 et demi pour 100 (1 pour
-100 dans le Hokkaido) de la valeur de la terre calculée, comme il a été
-dit ci-dessus. Mais les lois de 1904 et 1905 y ont ajouté, pour les
-diverses catégories de terrains, les surtaxes suivantes:
-
-Propriétés urbaines bâties: 17,5 pour 100 de leur valeur.
-
-Propriétés rurales bâties: 5,5 pour 100 de leur valeur.
-
-Terrains non bâtis: 3 pour 100 de leur valeur.
-
-_Impôt sur le revenu._--L’économie de la loi qui régit actuellement
-l’impôt sur le revenu peut se résumer ainsi:
-
-Cet impôt est dû:
-
-_a_) Par les personnes qui ont leur domicile, ou au moins un an de
-résidence, dans les localités de l’Empire où ladite loi est en vigueur;
-
-_b_) Par les personnes qui, sans être domiciliées au Japon ou sans y
-résider, ont des biens ou une exploitation soit commerciale, soit
-industrielle, ou encore touchent les intérêts de fonds publics ou
-d’obligations de Compagnies dans les localités où la loi est appliquée.
-Ces personnes ne sont, néanmoins, sujettes à l’impôt qu’à l’égard des
-revenus provenant des sources indiquées.
-
-L’impôt est fixé comme suit:
-
-Première classe: revenu des personnes légales 2,5 pour 100. Plus:
-
-_a_) Pour les Compagnies par actions et sociétés coopératives par
-actions, ayant au moins 21 actionnaires ou actionnaires et associés...
-3,75 pour 100... soit au total 6,15 pour 100.
-
-_b_) Autres personnes légales:
-
- Au-dessous de 5.000 yen, 2 pour 100, soit au total 4,50 pour 100.
- De 5.000 à 10.000 yen, 2,25 -- -- 4,75 --
- -- 10.000 à 15.000 -- 2,50 -- -- 5, » --
- -- 15.000 à 20.000 -- 3, » -- -- 5,50 --
- -- 20.000 à 30.000 -- 4,25 -- -- 6,75 --
- -- 30.000 à 50.000 -- 5,75 -- -- 8,25 --
- -- 50.000 à 100.000 -- 7,50 -- -- 10, » --
- -- 100.000 et au-dessus, 10, » -- -- 12,50 --
-
-Deuxième classe: intérêts des bons d’emprunts publics ou des obligations
-de Compagnies reçus dans les localités où la loi est en vigueur, 2 pour
-100.
-
-Troisième classe: revenus autres que les précédents:
-
- Yen 100.000 et au-dessus 20,35 pour 100.
- -- 50.000 -- 17, » --
- -- 30.000 -- 13,95 --
- -- 20.000 -- 11,60 --
- -- 15.000 -- 9,45 --
- -- 10.000 -- 7,50 --
- -- 5.000 -- 6, » --
- -- 3.000 -- 4,60 --
- -- 2.000 -- 3,91 --
- -- 1.000 -- 3,45 --
- -- 500 -- 2.52 --
- -- 300 -- 2, » --
-
-Sont exemptés de l’impôt:
-
-_a_) La solde des militaires et des marins en temps de guerre;
-
-_b_) Les gratifications et pensions allouées aux veuves et aux orphelins
-des soldats ou marins, et les pensions des invalides;
-
-_c_) Les frais de voyage, bourses pour étudiants et autres fonds reçus à
-titre d’assistance de l’État;
-
-_d_) Les revenus d’une personne légale qui n’exploite aucune affaire
-ayant pour but un intérêt matériel;
-
-_e_) Les bénéfices accidentels qui ne proviennent pas d’une entreprise
-ayant le gain pour but;
-
-_f_) Les revenus qui proviennent de propriétés, d’établissements de
-commerce ou d’affaires et d’autres professions, soit à l’étranger, soit
-dans les localités où la loi n’est pas en vigueur--excepté cependant les
-revenus d’une personne légale qui a son siège principal dans une
-localité soumise à l’application de cette loi.
-
-_g_) Les primes et dividendes payés par une personne légale qui est déjà
-imposée par la présente loi.
-
-Des lois spéciales exemptent de l’impôt sur le revenu les intérêts des
-bons d’emprunt nationaux ainsi que les intérêts des bons d’épargne émis
-ou à émettre conformément à la loi sur les bons d’épargne de 1904.
-
-_Patentes._--Cet impôt, établi en 1896, atteint toutes les catégories
-d’industrie et de commerce. Comme il porte sur les affaires mêmes qui en
-font l’objet, la nature et la qualité de ces affaires sont prises en
-considération; c’est pourquoi, en vue d’assurer la répartition équitable
-des charges, l’assiette de l’impôt prend pour base les capitaux engagés,
-le chiffre des ventes effectuées, la valeur locative des bâtiments, le
-nombre des employés, artisans et ouvriers, enfin le montant des
-commissions et des contrats. Cet impôt a rapporté 21.854.307 yen en
-1908-09.
-
-DROITS DE SUCCESSION.--La loi qui règle les droits de succession a été
-promulguée en janvier 1905, et elle est entrée en vigueur le 1er avril
-de cette même année. D’après cette loi, les droits de succession
-s’appliquent, lorsqu’une succession vient à s’ouvrir, à tous les biens,
-constituant l’héritage, qui se trouvent dans une localité où la loi est
-en vigueur, et sans qu’on ait à se préoccuper de savoir si le lieu
-d’ouverture de la succession est ou non au Japon, ou si le de cujus est
-ou n’est pas sujet japonais. Mais la nature des biens soumis à l’impôt,
-et le mode d’évaluation de ces biens, varient suivant que le domicile du
-de cujus se trouve ou non dans une localité où la loi est applicable.
-
-Ces droits ont rapporté 1.530.814 yen pour l’exercice 1908-09.
-
-
-Ont rapporté en 1908-1909:
-
- L’impôt sur les boissons 71.809.684 yen.
- -- le shôyu 4.070.184 --
- -- le sucre 16.293.911 --
- La taxe de consommation sur les pétroles 1.563.089 --
- La taxe sur les médicaments livrés au commerce 204.640 --
- L’impôt sur les mines 2.041.193 --
- -- les bourses 2.041.643 --
- -- l’émission des billets de banque 1.168.234 --
- La taxe sur les voyageurs en chemins de fer, bateaux
- à vapeur et tramways électriques 2.337.834 --
- L’impôt de consommation sur les tissus 19.462.196 --
-
-Cet impôt a été établi en 1905, et il est prélevé de la manière
-suivante: sur les étoffes de laine 15 pour 100 de la valeur; sur les
-autres étoffes 10 pour 100.
-
-Les droits de tonnage, à 5 sen par tonne de jauge légale, ont rapporté
-528.027 yen.
-
-_Droits de Douane._--En 1859, à l’époque où les premiers traités de
-commerce furent conclus avec les puissances occidentales, des postes de
-douane furent établis, et des droits furent levés, pour la première fois
-au Japon, dans quelques ports ouverts désignés à cet effet. Le tarif
-douanier de cette époque était entièrement déterminé par les traités,
-mais il ne fut appliqué que pendant un temps extrêmement court; le tarif
-entier fut, en effet, révisé en 1866. Ce tarif révisé maintint les
-droits de douane du Japon sans modification pendant trente-trois ans;
-car il resta en vigueur jusqu’en 1899, époque où furent appliqués les
-traités de commerce et de navigation conclus avec les puissances
-étrangères, et, actuellement, encore en vigueur. Le système des droits
-de douane qu’il inaugurait eut une influence sérieuse sur l’économie et
-sur les finances nationales.
-
-La mise en vigueur des traités commerciaux, révisés avec les puissances
-étrangères en 1899, rendit possible l’application du tarif général qui,
-combiné avec les nouveaux tarifs conventionnels, forma le tarif douanier
-du Japon. A cette époque les droits d’exportation furent entièrement
-abolis.
-
-En 1904, le besoin d’argent conduisit à l’imposition de surtaxes sur les
-droits de douane aussi bien que sur les autres impôts, et, depuis le 1er
-octobre 1906, le tarif applique, sur beaucoup d’articles, des droits
-spécifiques.
-
-Pour l’exercice 1905-1906, les droits de douane ont rapporté la somme de
-41.410.920 yen.
-
-A part ces chapitres de recettes, il en existe d’autres, tels que le
-revenu du timbre, qui a rapporté pour l’exercice 1908-1909 la somme de
-20.393.538 yen; puis les monopoles, c’est-à-dire:
-
-Le monopole du tabac qui figure aux recettes du même exercice pour la
-somme de 41.723.003 yen;
-
-Le monopole du camphre pour 62.387 yen;
-
-Le monopole du sel pour 13.193.163 yen;
-
-Les revenus des chemins de fer impériaux figuraient, autrefois, dans le
-budget général; depuis cette année, ils en ont été distraits, et il a
-été établi un compte spécial des chemins de fer, divisé en trois
-sections: compte du capital, compte du revenu, compte des réserves.
-
-
-IV.--Pour faire face à ses nombreuses œuvres de réédification nationale
-et de transformation à l’européenne, le Japon a été amené à contracter
-divers emprunts; en 1908 la somme totale de ces emprunts était de
-2.243.000.000 de yen, soit 5.719.650.000 francs, c’est-à-dire une charge
-considérable pour le pays, étant donné ses ressources. La dette
-intérieure représentait 1.078.194.000 yen et la dette extérieure
-1.165.701.000 yen. C’est la guerre contre la Russie qui a été la cause
-principale des emprunts japonais; en effet, avant la guerre, la dette
-publique était de 535.459.000 yen, et après la guerre de 1.530.263.000
-yen. Comme la Russie s’est refusée à verser une indemnité de guerre
-quelconque, le Japon a dû supporter toutes les dépenses de son
-expédition, et a été obligé d’emprunter encore.
-
-Les derniers emprunts, contractés à l’étranger, sont: celui de 4 et demi
-pour cent, émis à Londres et à New-York en mars 1905; 30.000.000 de
-livres sterling, souscrit à 90 livres pour 100 livres, valeur au pair;
-le capital est remboursable en quinze ans, par tirage au sort, à partir
-du 14 février 1910 jusqu’au 15 février 1925. Le service de l’emprunt est
-assuré par le Gouvernement sur la garantie des profits nets du monopole
-du tabac.
-
-Le second emprunt à 4 et demi pour 100, de 30.000.000 de livres
-sterling, a été émis à Londres, à New-York et à Berlin en juillet 1905;
-il est remboursable, comme le précédent, en quinze ans, du 9 juillet
-1910 au 25 juillet 1925; garanti également par le monopole du tabac,
-l’emprunt précédent conservant la priorité.
-
-Un emprunt de 25.000.000 de livres sterling à 4 pour cent a été émis, en
-novembre 1905, à Londres, Paris, New-York, Berlin; à 90 livres pour cent
-livres, valeur au pair, remboursable du 1er janvier 1920 au 1er janvier
-1931.
-
-Un emprunt de 23.000.000 de livres sterling à 5 pour cent, a été émis,
-en mars 1907, à Londres et à Paris; à 99,10 livres pour 100 livres,
-valeur au pair; remboursable en 25 ans du 12 mars 1922 au 12 mars 1947.
-
-Si l’on ajoute à cela: l’emprunt pour le rachat des chemins de fer;
-l’emprunt destiné à consolider les dettes des chemins de fer rachetés
-par l’État; l’emprunt pour les dépenses extraordinaires; l’emprunt de
-1897 pour les dépenses relatives à la construction des chemins de fer;
-les obligations du Trésor émises au moment de la guerre contre la
-Russie; le rachat des pensions héréditaires de l’ancien régime;
-l’emprunt des Travaux publics; l’emprunt des chemins de fer du Hokkaido;
-les divers autres emprunts nationaux, on voit que la situation
-financière du Japon est très obérée. Ses idées de gloire et de grandeur
-militaires l’ont entraîné très loin; il semble, au reste, s’en rendre
-compte, et il déclare, maintenant, qu’il ne veut plus que la paix pour
-développer les richesses et rétablir les finances.
-
-
-V.--Suivant la loi en vigueur, les dépenses départementales sont
-défrayées au moyen de contributions départementales, de subventions du
-Trésor national et de recettes diverses. Les contributions
-départementales sont perçues, ou bien par des taxes additionnelles aux
-impôts directs, ou bien par des impôts sur des articles désignés à cet
-effet. A la première catégorie appartiennent l’impôt foncier, l’impôt
-sur le revenu, les patentes; à la seconde les taxes sur les loyers et
-les taxes diverses.
-
-Les villes et les communes disposent, pour le payement de leurs
-dépenses, des revenus provenant de leurs propriétés, loyers, droits et
-autres recettes diverses; et, si ces sortes de recettes ne suffisent
-pas, des contributions municipales ou communales peuvent être levées et
-des prestations en nature imposées.
-
-Quand une assemblée locale décide de faire un emprunt, elle doit
-déterminer, en même temps, la manière de le réaliser, le taux de
-l’intérêt et la manière de rembourser. L’amortissement des emprunts des
-villes et des communes doit commencer, au plus tard, trois ans après la
-date de leur émission, et l’emprunt doit être totalement remboursé en
-trente ans.
-
-Pour contracter un emprunt, les assemblées locales, municipalités des
-villes ou villages, doivent obtenir l’autorisation du ministre des
-Finances et du ministre de l’Intérieur.
-
-
-VI.--Les règlements des Banques, promulgués en novembre 1872, étaient
-basés sur le système généralement admis aux États-Unis; quatre banques
-nationales furent créées conformément aux nouveaux règlements, lesquels,
-entre autres choses, stipulaient le remboursement des billets en or au
-pair; mais le manque d’or d’abord, et le nombre excessif de billets
-émis, fit bientôt tomber ces derniers bien au-dessous du pair. Le
-Gouvernement eut, alors, l’idée de remanier les règlements en 1879, et
-d’autoriser les banques à se servir, comme garantie de leurs billets,
-des Bons des Pensions héréditaires, s’élevant en bloc à 170.000.000 de
-yen; les billets de ces mêmes banques devenant rachetables par des
-billets d’État. Cette combinaison réussit et, dans l’espace de quelques
-années, il se créa 153 banques désignées par les chiffres de 1 à 153.
-
-En 1880, lors de l’institution de la Banque du Japon (Nippon Ginkô), les
-153 banques nationales furent privées du droit d’émettre des billets; la
-plupart se fermèrent; quelques-unes furent converties en banques privées
-qui existent encore actuellement.
-
-La Banque du Japon fut fondée en 1882; son capital autorisé fut d’abord
-de 10.000.000 de yen; il est aujourd’hui de 30.000.000 de yen. Elle
-possède le privilège d’émettre des billets jusqu’à la somme de
-120.000.000 de yen sur garantie de la réserve d’or et d’argent qu’elle
-possède et sur les bons du gouvernement. Il est fort probable que la
-réserve métallique n’existe que sur le papier, tout l’or que le Japon
-peut avoir passant à l’étranger; par conséquent, le billet de la Banque
-du Japon n’a de valeur que par la confiance que lui assure l’habitant du
-Nippon.
-
-Les principales banques sont:
-
-Yokohama Shô Kin Ginkô, Banque de monnaie métallique, d’espèces
-sonnantes, fondée en 1880 au capital de 24.000.000 de yen;
-
-Nippon Kogio Ginkô, Banque industrielle du Japon, avec un capital de
-17.500.000 yen;
-
-La Banque hypothécaire du Japon, avec un capital de 10.000.000 de yen;
-
-La Banque de Formose;
-
-La Banque de Hokkaido (île de Yezo).
-
-En dehors de ces grands établissements, il existe un certain nombre de
-banques particulières, notamment les Première, Troisième, Quinzième,
-Vingtième, Vingt-septième, Centième, Cent trentième Banques; ce sont les
-survivantes des 153 Banques Nationales dont il a été parlé plus haut, et
-qui sont devenues des établissements privés; Puis la Kawasaki Ginkô,
-établie par M. Kawasaki; la Imamura Ginkô; la Meiji Shôgiô Ginkô; Tei
-Koku Shôgiô Ginkô, etc...
-
-Plusieurs banques européennes sont établies et font des affaires au
-Japon:
-
-La Banque anglo-japonaise, dont les bureaux sont à Yokohama;
-
-La Chartered bank of India, Australia and China à Yokohama, Kobé et
-Nagasaki;
-
-La Deutsch-Asiatische Bank, à Yokohama, Kobé, Nagasaki;
-
-La Hongkong and Shanghaï banking Corporation, à Yokohama, Kobé,
-Nagasaki;
-
-L’International Banking Corporation, à Yokohama, Kobé, Nagasaki;
-
-La Banque russo-chinoise, à Yokohama et Nagasaki.
-
-Il existait autrefois une Banque française, le Comptoir d’Escompte de
-Paris; mais les règlements des Banques françaises sont tellement
-restrictifs qu’il leur est impossible de faire des affaires en Orient,
-et le Comptoir d’Escompte depuis longtemps a fermé sa succursale.
-
-
-VII.--Les premières Compagnies d’assurances japonaises prirent naissance
-en 1881, mais ce n’est qu’en 1890, après la promulgation du Code de
-commerce, que des règlements furent établis pour surveiller et contrôler
-les Compagnies. En 1900, une loi fut mise en vigueur édictant notamment
-la nécessité, pour une association ou société de ce genre, de posséder
-un capital d’au moins 100.000 yen; à la même époque, des règlements
-parurent au sujet de la surveillance à exercer sur les Compagnies
-européennes d’assurances établies et faisant des affaires au Japon.
-
-Parmi ces dernières toutes sont anglaises ou américaines:
-
-Union Assurance Society;
-
-Guardian Assurance Company;
-
-North British and Mercantile Insurance Cº;
-
-Phœnix Assurance Cº;
-
-Yorkshire Insurance Cº;
-
-Sun Fire Insurance Cº;
-
-Scottish Union and National Insurance Cº;
-
-Hongkong Fire Insurance Cº;
-
-Equitable life;
-
-New-York life;
-
-Une Compagnie française, l’Union, figure sur la liste.
-
-
-VIII.--Il y a, au Japon, environ 40.000 médecins, qui tous, emploient
-les méthodes européennes. Les maladies du Japon sont à peu près les
-maladies d’Europe, sauf la dyssenterie, qui y sévit assez régulièrement
-tous les étés.
-
-L’hygiène est, du reste, fort bien appliquée par les autorités, et, en
-cas d’épidémie, je crois qu’aucun pays ne prend autant de précautions
-que le Japon, et n’applique les règlements sanitaires avec autant de
-ponctualité et de minutie. Ceux qui ont abordé aux ports de Kobé et de
-Yokohama, pendant une épidémie de peste ou de choléra, en savent quelque
-chose.
-
-Beaucoup de Japonais meurent phtisiques, et c’est ce qui fait que le
-Nord n’est pas très peuplé. Le Japonais est plutôt résistant à la
-chaleur qu’au froid, et son tempérament le conduirait plutôt vers les
-régions équatoriales d’où ses ancêtres malais sont sortis.
-
-L’hospitalisation et l’assistance publique sont fort bien comprises, et
-les hôpitaux, tenus à l’européenne, sont très propres.
-
-Les œuvres charitables ont été au début généralement chrétiennes, soit
-étrangères, soit indigènes; malgré l’intérêt montré par la Cour
-impériale, et notamment par l’Impératrice elle-même, pour toute œuvre de
-bienfaisance, les bouddhistes et les shintoïstes ont été longs à diriger
-leurs efforts vers le bien à faire à leurs compatriotes misérables.
-Cependant, au milieu des Sociétés charitables de toutes sortes, on
-commence à voir paraître quelques-unes des Sociétés bouddhiques
-répandues un peu dans tout l’Empire.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
-I. Le Japon politique et son avenir.--II. Le Japon commercial et
-industriel et son avenir.
-
-
-I.--Le Japon, à force de travail et d’efforts, s’est assimilé, à haute
-dose, la civilisation occidentale. Il a surtout compris et adopté, en
-première ligne, le mécanisme militaire parce que son tempérament, son
-atavisme, son éducation l’y portaient, et il est devenu le facteur
-principal de la paix ou de la guerre dans l’Extrême-Orient.
-
-Il a pris pied sur le continent. Y restera-t-il? Il cherche, évidemment,
-la domination de l’Asie orientale, et c’est dans ce but qu’il augmente
-sa force militaire. Ne vient-il pas de mettre encore quelques cuirassés
-en chantier? Et son service de renseignements n’est-il pas étendu sur
-toute l’Asie, d’une façon merveilleuse, depuis l’Inde jusqu’à la
-Mongolie? J’ai vu des Japonais au Tonkin, sur les frontières du
-Kouang-si, au Yunnan, en Birmanie; j’en ai rencontré à Bhamo, qui
-allaient rejoindre des compatriotes venus à Yong Tchang fou par le Siam
-et les pays Thai. Toutes les routes de l’Asie leur sont connues aussi
-bien que leur propre pays[15].
-
- [15] «Le Japon poursuit inlassablement le but qu’il s’est fixé:
- devenir une grande puissance continentale, la plus grande de l’Asie.
- Il a pris pied sur le continent et goût à l’aventure.
-
- «Écoutez ce que disait, à la tribune du parlement, le ministre de la
- Guerre général Teraoutchi, au mois de mars 1908: «Je suis
- profondément convaincu qu’un conflit entre de grandes puissances
- aura lieu, non en Europe, mais à l’Est de l’Inde et à l’Ouest et au
- Nord du Japon. Conviendra-t-il au peuple japonais de rester
- spectateur impuissant en présence de pareille éventualité?»
-
- «... Le Ministre ajoutait: «En ce qui concerne les troupes
- d’occupation de Mandchourie, j’affirme que nous renfermer dans nos
- limites actuelles, serait l’équivalent pour nous d’une évacuation?»
-
- «De là à transporter et à entretenir sur le continent une bonne
- partie de son armée, il n’y a pas loin.
-
- «Certes, en ce moment, Russes, Français, Anglais sont les amis du
- Japon; qui ne l’est, du reste?
-
- «Mais que valent promesses et traités? Que l’on se rappelle le début
- de la dernière guerre; que l’on n’oublie pas surtout avec quelle
- désinvolture l’Autriche a violé le traité de Berlin... La force
- apparaît plus que jamais comme l’exacte définition du droit; et cela
- ne va pas sans quelque ironie dans ce temps de conférences,
- d’arbitrage et de fraternité internationale. Apôtres de la paix et
- propagandistes du désarmement, vous êtes des moutons et vous serez
- mangés. Jamais le vieil axiome ne fut plus vrai: _Si vis pacem, para
- bellum_.
-
- «Le Japon, lui, veut la guerre, et il la prépare.» (_France
- militaire_, 25 avril 1909.)
-
-Mais, peut-être, la situation insulaire du Japon l’empêchera-t-elle de
-mener à bien ses plans grandioses. L’histoire est là pour nous montrer
-qu’il est impossible, à un peuple insulaire, de se maintenir sur le
-continent contre un ennemi résolu à l’en empêcher, et les Anglais, qui
-ont foulé si longtemps le sol de la France, ont fini par en être
-chassés. La Chine, quand elle sera réveillée (et elle commence à ouvrir
-les yeux), finira, elle aussi, par rejeter les Japonais à la mer.
-
-Le Gouvernement japonais aura-t-il toujours les mains libres, et ne
-sera-t-il pas arrêté, d’abord, par des agitations intérieures, telles
-que la grève et le socialisme, ensuite, par les puissances européennes
-et américaines qui ont des intérêts et entendent avoir voix au chapitre
-dans les questions d’Asie!
-
-Le socialisme, il est vrai, n’est pas encore très développé dans
-l’Empire japonais; cependant il existe, le fait est indéniable, à tel
-point que les commandants de corps d’armée sont obligés de prendre des
-mesures pour empêcher la distribution de brochures socialistes et
-antimilitaristes dans les casernes. Les ouvriers deviennent de plus en
-plus nombreux et leur sort n’est pas toujours enviable; tout n’est pas
-pour le mieux dans le monde ouvrier japonais; vienne un meneur sérieux,
-un chef qui saura utiliser les mécontentements et, du coup, le parti
-socialiste, encore dans le chaos, sera constitué fortement.
-
-L’année 1907, d’ailleurs, a été traversée par de nombreuses grèves;
-quelques-unes ont été à ce point sérieuses qu’elles ont nécessité la
-présence de la troupe pour rétablir l’ordre.
-
-Dans ces conflits entre le capital et le travail, le capital est sorti
-victorieux dans presque tous les cas; et les ouvriers, sans organisation
-et sans argent, ont été obligés de se soumettre; mais ceci n’est qu’un
-début, et prouve, en tout cas, que le Japon n’est pas, plus qu’un autre
-pays, à l’abri des idées novatrices.
-
-En dehors des difficultés intérieures, le Japon en rencontrera sans
-doute d’autres dans le choc de ses intérêts contre ceux des puissances
-colonisatrices, et la Grande-Bretagne, la première, malgré le traité
-d’alliance qui la lie au Japon, sera, peut-être, mise dans le cas de
-s’opposer à la trop grande ambition de son vigoureux et énergique allié.
-
-Des complications se sont déjà élevées et peuvent encore s’élever, plus
-graves cette fois, entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre par
-suite de l’immigration ininterrompue des Japonais au Canada[16], en
-Australie et en Californie, où ils constituent des communautés fortes et
-remuantes.
-
- [16] Consulter à ce sujet: Dr A. Loir, _Canada et Canadiens_ (ch. XVI.
- L’invasion jaune). Librairie Orientale et américaine. E. Guilmoto,
- éditeur.
-
-
-II.--Si, laissant de côté les possibilités politiques, nous examinons
-l’avenir commercial, y trouvons-nous des chances d’augmenter les
-échanges et de voir monter le chiffre d’affaires? Je ne le pense pas. Le
-Japon n’a, à vendre à l’étranger, que la soie prise tout entière par la
-France, les États-Unis et l’Italie; le thé, absorbé uniquement par les
-États-Unis; du cuivre, un peu de riz et des bibelots; il n’achète que le
-coton brut, quelques lainages et surtout des métaux et fournitures
-diverses pour son armée et sa marine.
-
-Les objets imités de la fabrication européenne, qu’il livre à la Chine,
-à l’Indo-Chine et aux Indes, ne peuvent convenir à l’Europe et à
-l’Amérique. Il ne peut donc être un client sérieux et il est un
-concurrent en Asie.
-
-Pour nous, Français, nous ne pouvons guère espérer un développement de
-nos relations commerciales avec le Japon. Nos mousselines de laine,
-achetées autrefois en grande quantité, sont aujourd’hui imitées en
-Allemagne et en Suisse, et vendues meilleur marché par ces deux pays; de
-plus, elles commencent à être imitées au Japon même; le vin, un de nos
-principaux articles, n’est pas apprécié par les indigènes, et ce que
-nous en vendons (de 300 à 350.000 francs), est insignifiant. Quant à la
-métallurgie, il nous est impossible de la fournir; car nous fabriquons
-et nous vendons plus cher que l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et
-les États-Unis qui sont les fournisseurs actuels du Japon.
-
-Le Japon développera naturellement de plus en plus son industrie, et il
-deviendra, de plus en plus, le fournisseur des marchés d’Asie, notamment
-du marché de Chine où il faut de la marchandise pas chère; il sera, par
-contre, de moins en moins un bon client pour l’Europe et l’Amérique.
-«Les affaires y deviennent de plus en plus mauvaises et difficiles»,
-m’écrivait encore, il y a quelque temps, un de nos compatriotes qui
-connaît bien le pays où il est établi depuis quarante ans.
-
-Certes, le Japon ne manque pas de qualités: le courage, la patience, la
-persévérance; ce qu’il a accompli dans un laps de temps très court, est
-certainement remarquable, pas toutefois si remarquable qu’on le croit
-généralement, si l’on veut bien considérer qu’il avait tout à sa
-disposition, qu’il n’avait qu’à prendre, et que l’Europe et l’Amérique
-l’ont aidé de toutes leurs forces et de toutes les manières. Il n’a pas
-eu à chercher; tout était trouvé par les autres, et il n’a eu qu’à
-imiter et à adapter[17]; mais ce dont il doit être loué, c’est d’avoir
-mis à sa transformation une volonté robuste, un savoir-faire et une
-application extraordinaires. En considérant sa grande facilité
-d’imitation et d’adaptation, sa mémoire précieuse, le soin méticuleux
-qu’il met dans tout ce qu’il entreprend, on ne peut que louer le Japon
-des efforts qu’il déploie pour se hausser à un degré d’humanité
-supérieure; ce qu’il a fait mérite, certes, d’être remarqué comme il
-convient; mais, évidemment, il lui manque encore beaucoup pour arriver
-au niveau de l’Europe. Seule, une élite a réussi à se transformer, plus
-ou moins complètement, et à s’occidentaliser; mais la masse de sa
-population n’a pas bougé, et quand le voyageur quitte les quelques ports
-ou cités où l’étranger réside, pour se rendre dans l’intérieur, il
-trouve encore le Japonais tel qu’il était il y a cinquante ans.
-
- [17] Or, si l’on veut bien y réfléchir, il est évident qu’il n’y a
- rien de bien difficile à imiter la civilisation matérielle de
- l’Occident. C’est une affaire de patience et de méthode.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
-I. Les Colonies japonaises. Formose.--II. Finances.--III.
-Monopoles.--IV. Banques.--V. Commerce.--VI. Agriculture et
-Industries.--VII. Sakhalin et Kwang-Tong.
-
-
-I.--Le Japon n’est pas seulement, aujourd’hui, confiné dans ses îles; il
-déborde, et après deux guerres heureuses, il est devenu un peuple
-colonial. J’ai donc à passer en revue les différentes possessions que le
-hasard de la guerre a fait tomber sous sa domination.
-
-En premier lieu se présente Formose, en chinois et en japonais, Tai wan.
-Cette grande île, située au sud-est de la Chine, dépendait, autrefois,
-de la province continentale du Fukien; elle mesure 400 kilomètres sur
-140. Une chaîne de montagnes coupe l’île du Nord au Sud et renferme
-plusieurs volcans. Les Chinois s’établirent dans cette île en 1430; les
-Portugais la visitèrent au XVIe siècle et lui donnèrent le nom de
-Formose à cause de la beauté du climat. Les Japonais et les Hollandais y
-fondèrent des colonies au commencement du XVIIe siècle; mais en 1661 le
-fameux pirate Kochinga s’en empara et en resta maître jusqu’en 1683,
-époque à laquelle les Chinois la reprirent.
-
-Avant d’entrer plus avant dans la statistique et l’économie de la
-Formose moderne, il n’est pas sans intérêt de connaître la peinture que
-fait de la Formose ancienne le jésuite du Halde: «Je dois parler un peu
-au long de cette île, et parce qu’elle a été longtemps inconnue même aux
-Chinois, dont elle n’est pas pourtant fort éloignée, et qu’ils n’ont
-commencé à y entrer que sous le règne du dernier empereur Kang hi
-(1662-1722); et parce que, d’ailleurs, le Gouvernement, les mœurs, les
-usages de ces insulaires, bien différents de ceux des Chinois, de même
-que les moyens dont ceux-ci se sont rendus maîtres de l’île, méritent un
-détail un peu étendu.
-
-«Toute l’île de Formose n’est pas sous la domination des Chinois; elle
-est comme divisée en deux parties, Est et Ouest, par une chaîne de
-montagnes qui commence à la partie méridionale de Cha Ma Ki Teou et ne
-finit proprement qu’à la mer septentrionale de l’île. Il n’y a que ce
-qui est à l’Ouest de ces montagnes qui appartienne à la Chine.
-
-«La partie orientale, à en croire les Chinois, n’est habitée que par des
-barbares. Le pays est montagneux, inculte et sauvage. Le caractère
-qu’ils en font ne diffère guère de ce qu’on dit des sauvages d’Amérique.
-Ils les dépeignent moins brutaux que les Iroquois, plus chastes que les
-Indiens, d’un naturel doux et paisible; s’aimant les uns les autres, se
-secourant mutuellement, nullement intéressés, ne faisant nul cas de l’or
-et de l’argent dont on dit qu’ils ont plusieurs mines; mais vindicatifs
-à l’excès, sans loi, sans gouvernement, sans police, ne vivant que de la
-chair des animaux et de la pêche, enfin sans culte et sans religion.
-
-«Les Chinois, avant même que d’avoir subjugué Formose, savaient qu’il y
-avait des mines d’or dans l’île. Ils ne l’eurent pas plutôt soumise à
-leur puissance, qu’ils cherchèrent de tous côtés ces mines; comme il ne
-s’en trouvait pas dans la partie occidentale, dont ils étaient les
-maîtres, ils résolurent de les chercher dans la partie orientale où on
-leur avait assuré qu’elles étaient. Ils firent équiper un petit bâtiment
-afin d’y aller par mer, ne voulant point s’exposer dans les montagnes
-inconnues où ils auraient couru risque de la vie. Ils furent reçus avec
-bonté de ces insulaires, qui leur offrirent généreusement leurs maisons,
-des vivres et toutes sortes de secours. Les Chinois y demeurèrent
-environ huit jours; mais tous les soins qu’ils se donnèrent pour
-découvrir les mines furent inutiles, soit faute d’interprète qui
-expliquât leur dessein à ces peuples; soit crainte et politique, ne
-voulant point faire ombrage à une nation qui avait lieu d’appréhender la
-domination chinoise. Quoi qu’il en soit, de tout l’or qu’ils étaient
-allés chercher, ils ne découvrirent que quelques lingots, exposés dans
-les cabanes, dont ces pauvres gens faisaient peu de cas. Dangereuse
-tentation pour un Chinois; peu contents du mauvais succès de leur voyage
-et impatients d’avoir ces lingots exposés à leurs yeux, ils s’avisèrent
-du stratagème le plus barbare: ils équipèrent leur vaisseau, et ces
-bonnes gens leur fournirent tout ce qui était nécessaire pour leur
-retour. Ensuite ils invitèrent leurs hôtes à un grand repas qu’ils
-avaient préparé, disaient-ils, pour témoigner leur reconnaissance; ils
-firent tant boire ces pauvres gens qu’ils les enivrèrent; comme ils
-étaient plongés dans le sommeil causé par l’ivresse, les Chinois les
-égorgèrent tous, se saisirent des lingots et mirent à la voile.
-
-«Cette action cruelle ne demeura pas impunie; mais les innocents
-portèrent la peine que méritaient les coupables. Le bruit n’en fut pas
-plutôt répandu dans la partie orientale de l’île, que les insulaires
-entrèrent, à main armée, dans la partie septentrionale qui appartient à
-la Chine, massacrèrent impitoyablement tout ce qu’ils rencontrèrent:
-hommes, femmes, enfants, et mirent le feu à quelques habitations
-chinoises.
-
-«La partie de Formose que possèdent les Chinois mérite certainement le
-nom qu’on lui a donné; c’est un fort beau pays; l’air y est pur et
-toujours serein; il est fertile en toutes sortes de graines, arrosé de
-quantité de petites rivières, lesquelles descendent des montagnes qui la
-séparent de la partie orientale; la terre y porte abondamment du blé, du
-riz, etc. On y trouve la plupart des fruits des Indes, des oranges, des
-bananes, des ananas, des goyaves, des papayas, des cocos, etc. Il y a
-lieu de croire que la terre porterait aussi nos arbres fruitiers
-d’Europe, si on les y plantait; on y voit des pêches, des abricots, des
-figues, des raisins, des châtaignes, des grenades. Ils cultivent une
-sorte de melon; le tabac et le sucre y viennent parfaitement bien[18].»
-
- [18] DU HALDE, _Description de l’Empire de la Chine_, passim.
-
-Cette description des magnificences de Formose s’applique fort bien à la
-partie Nord de l’île, où les Portugais abordèrent en 1580, et où ils
-fondèrent leur établissement de Ki long. Mais la côte occidentale ne
-présente aucun bon port, et les navires, embossés au large, sont exposés
-au double inconvénient d’un mauvais ancrage et d’une très mauvaise
-réception de la part des indigènes; quant à la côte orientale, elle ne
-possède que des côtes à pic et des torrents dont les embouchures sont
-fermées par les alluvions.
-
-«Sur la fin de 1620, qui est la première année de l’empereur Tien-Ki,
-une escadre japonaise vint aborder à Formose. L’officier qui la
-commandait trouva le pays, tout inculte qu’il était, assez propre à y
-établir une colonie; il prit la résolution de s’en emparer, et, pour
-cela, il y laissa une partie de son monde, avec ordre de prendre toutes
-les connaissances nécessaires à l’exécution de son dessein.
-
-«Environ ce même temps, un vaisseau hollandais, qui allait au Japon ou
-en revenait, fut jeté par la tempête à Formose; il y trouva les
-Japonais, peu en état de lui faire ombrage. Le pays parut beau aux
-Hollandais et avantageux pour leur commerce. Ils prétextèrent le besoin
-qu’ils avaient de quelques rafraîchissements et des choses nécessaires
-pour radouber leur vaisseau maltraité par la tempête. Quelques-uns d’eux
-pénétrèrent dans les terres, et, après avoir examiné le pays, ils
-revinrent sur leur bord.
-
-«Les Hollandais ne touchèrent point à leur vaisseau pendant l’absence de
-leurs compagnons; ce ne fut qu’à leur retour qu’ils songèrent à le
-radouber. Ils prièrent les Japonais, avec qui ils ne voulaient pas se
-brouiller, de peur de nuire à leur commerce, de leur permettre de bâtir
-une maison sur le bord de l’île qui est à une des entrées du port, dont
-ils pussent dans la suite tirer quelque secours, par rapport au commerce
-qu’ils faisaient au Japon. Les Japonais rejetèrent d’abord la
-proposition; mais les Hollandais insistèrent de telle sorte en assurant
-qu’ils n’occuperaient de terrain que ce qu’en pouvait renfermer une peau
-de bœuf, qu’enfin les Japonais y consentirent.
-
-«Les Hollandais prirent donc une peau de bœuf qu’ils coupèrent en
-petites aiguillettes fort fines, puis ils les mirent bout à bout et s’en
-servirent pour mesurer le terrain qu’ils souhaitaient. Les Japonais
-furent d’abord un peu fâchés de cette supercherie; mais enfin, après
-quelque réflexion, la chose leur parut plaisante: ils s’adoucirent et
-ils permirent aux Hollandais de faire de ce terrain ce qu’ils jugeraient
-à propos; c’est sur ce terrain qu’ils bâtirent le fort, qu’ils nommèrent
-Castel Zelandia.»
-
-Cependant ils en furent chassés en 1661 par Tching Tching Kong, fils de
-Tching Tchi Long, riche négociant du Tonkin, qui, après avoir équipé une
-flotte, envahit Formose, brûla quatre vaisseaux hollandais et permit à
-un autre de se retirer avec les Européens. Il constitua, ensuite, une
-sorte de royaume indépendant dans l’île; mais en 1682, sous le règne de
-l’empereur Kang hi, Formose devint définitivement une possession
-chinoise.
-
-L’île produit du maïs, des patates, des fruits, du tabac, de l’indigo,
-de la canne à sucre, du riz et du thé; mais son principal article
-d’exportation est le camphre; on y trouve aussi du charbon, du soufre,
-du pétrole.
-
-Les Japonais, après avoir eu, en même temps que les Hollandais, contact
-avec les habitants de Formose, s’étaient retirés également et n’avaient
-plus eu de relations avec l’île. En 1874, un navire japonais, jeté sur
-la côte orientale, fut pillé par les indigènes et les matelots
-massacrés. Le gouvernement du Mikado, par l’entremise de son ministre à
-Péking, M. Soyeshima, réclama le châtiment des coupables, mais le Tsong
-li ya men répondit que la Chine se désintéressait de la question et que
-le Gouvernement japonais était libre de punir les sauvages comme il
-l’entendait.
-
-Une expédition fut donc décidée, et le général Saïgo Tsukumichi fut mis
-à la tête des troupes; la lutte ne dura pas longtemps; les indigènes
-vinrent de suite à composition et firent la paix avec Saïgo. Mais la
-Chine alors, changea d’avis et entra en scène, et, pour éloigner les
-Japonais, consentit à une indemnité pour les familles des matelots
-massacrés.
-
-Comme on le voit, les vues du Japon sur Formose datent de loin, et, à la
-suite de la guerre contre la Chine, en 1894-1895, l’île est passée sous
-sa domination.
-
-En avril 1896, le régime militaire fit place à l’administration civile;
-vers la même époque, le Gouvernement japonais traça un programme, d’une
-part pour subjuguer les tribus aborigènes, d’autre part pour organiser
-les voies de communication, les finances et les monopoles; depuis lors,
-l’application de ce programme a été poursuivie sans interruption. Les
-finances de l’île sont devenues indépendantes depuis l’exercice
-1905-1906, c’est-à-dire que les recettes du Gouvernement de Formose
-suffisent pour faire face aux dépenses administratives sans aucune aide
-pécuniaire du Trésor central; bien plus, le revenu de l’île a même
-permis de solder les dépenses de certains travaux publics, auxquels on
-devait pourvoir au moyen d’emprunts. Pendant les années suivantes,
-malgré certains changements survenus dans la nature des recettes
-publiques, elles se sont accrues graduellement, et les finances de l’île
-se trouvent dans une situation satisfaisante.
-
-
-II.--Dès l’exercice 1897-1898, un compte spécial fut dressé pour les
-finances de Formose; il servit de base au Gouvernement pour projeter,
-puis réaliser l’autonomie financière de l’île. Le trésor central devait
-fournir des sommes importantes pour combler le déficit du budget de
-l’île; on pensa que ce subside pourrait être diminué d’année en année;
-aussi, le montant annuel fut-il établi en progression décroissante, dans
-la prévision que l’exercice 1909-1910 verrait les finances de Formose
-complètement indépendantes. Pendant l’exercice 1899-1900, et
-simultanément avec le commencement des travaux précités, sont créés les
-monopoles du camphre et du sel; les services de bateau entre Formose et
-le Japon proprement dit et le long des côtes de l’île sont augmentés, ce
-qui facilite l’exécution d’entreprises gouvernementales et privées; puis
-un service régulier de vapeurs entre Formose et la Chine est ouvert.
-
-Tandis qu’en 1900-1901, l’administration consacre ses efforts à
-développer la production et les industries de l’île, et élabore des
-plans pour une extension des lignes de navigation à vapeur, elle prend
-des mesures, l’année suivante, pour perfectionner l’industrie du sucre
-et elle entreprend la tâche d’étudier les vieilles coutumes. En
-1902-1903, elle s’occupe d’introduire des améliorations dans la
-manufacture du papier et du thé. Pendant les deux exercices 1903-1904,
-et 1904-1905, les travaux du cadastre ayant été achevés, un emprunt
-public est émis, d’un peu plus de 4.080.000 yen, destiné à compenser la
-taxe payable au propriétaire principal d’un terrain, et les recettes
-provenant de l’impôt foncier augmentent d’un million de yen; puis,
-lorsque la loi des taxes spéciales extraordinaires est mise en vigueur,
-pour faire face aux dépenses de la guerre avec la Russie, le sucre est
-aussi soumis à Formose à une accise, et les étoffes tissées à une taxe
-de consommation; de cette façon, on arrive à réaliser l’égalité dans
-l’imposition des taxes, et à procurer à l’île, en compensation de ceux
-qu’elle devait recevoir du Gouvernement central, les fonds destinés à
-combler le déficit de ses finances. Dans l’année 1905-1906, le
-Gouvernement de Formose est en mesure de renoncer à une somme d’environ
-6.100.000 yen, montant approximatif des subsides qu’il devait recevoir
-du Gouvernement central pour combler le déficit survenu depuis ce même
-exercice jusqu’à celui de 1909-1910. Il décide, en outre, de payer avec
-les revenus de l’île, sans recourir à l’emprunt public, dont il est
-question plus haut, les frais de construction du chemin de fer et du
-port de Kelung, entreprises dont le coût devait être soldé avec le
-montant de cet emprunt. D’ailleurs, le déficit dans les revenus annuels
-devait être couvert, désormais, au moyen d’une réforme de l’impôt
-foncier et par l’adoption du monopole du tabac. Grâce à ces mesures, le
-compte spécial du Gouvernement de Formose passait, graduellement, de
-l’état d’indépendance théorique et légale à celui d’une indépendance
-réelle.
-
-Pendant l’année financière 1908-1909, des plans ont été dressés, pour
-perfectionner les travaux d’utilisation des cours d’eau, aménager le
-port de Taku, améliorer la production du camphre, livrer de nouveaux
-terrains à la culture, développer l’exploitation des bois de charpentes
-et construire des voies ferrées; un emprunt du Gouvernement fournira la
-somme de 38.990.000 yen nécessaires pour ces entreprises. Il a été
-décidé que ces travaux seraient commencés pendant l’exercice 1908-1909,
-terminés vers 1923-1924, et que l’emprunt serait remboursable dans les
-onze années qui suivront leur achèvement. La grande artère Nord-Sud du
-chemin de fer, qui va d’une extrémité à l’autre de l’île, a été achevée
-en avril 1908, et la longueur totale, soit pour la ligne principale,
-soit pour les embranchements, est de 444 kilomètres. Comme les progrès
-de l’industrie sucrière à Formose importent non moins au développement
-économique de la classe agricole qu’à la prospérité des finances
-générales de l’île, le Gouvernement s’est préoccupé d’augmenter
-considérablement l’étendue des terres consacrées à la culture de la
-canne à sucre; la formation de nouvelles Compagnies, après la guerre
-russo-japonaise, jointe à l’augmentation du capital des Compagnies
-existantes, fait prévoir une production annuelle de 10.250 tonnes de
-sucre à partir de 1908-1910; aussi, pour assurer à cette industrie un
-ample approvisionnement de matières premières, le Gouvernement a
-augmenté les subventions et allocations destinées à favoriser la
-production sucrière, à livrer de nouveaux terrains à la culture dans la
-région des aborigènes, à aider la navigation entre l’île et la
-métropole, et à élever de nouvelles constructions. Cet accroissement de
-dépenses sera équilibré par les recettes de l’accise sur le sucre, les
-revenus des chemins de fer et le surplus des recettes de l’exercice
-précédent.
-
-
-III.--Le premier monopole introduit à Formose fut celui de l’opium,
-suivi plus tard par ceux du sel, du camphre et du tabac. Ce n’est pas
-seulement en raison d’une nécessité financière que furent créés ces
-monopoles, ce fut aussi «en vue de sauvegarder la santé publique, de
-raviver l’industrie et de doter l’île d’une capacité commerciale
-effective».
-
-On voit bien des raisons de santé publique expliquées en ce qui concerne
-l’opium, mais pour le sel, le camphre et le tabac, on demeure rêveur.
-Quant à développer l’initiative privée dans l’industrie et dans le
-commerce en créant des monopoles, c’est une chose qui ne s’est jamais
-vue et ne se verra probablement jamais, puisque le fait de monopoliser
-tue précisément l’initiative et l’énergie des particuliers.
-
-
-IV.--Quoi qu’il n’existât, au temps de la cession de Formose, aucun
-système monétaire organisé dans l’île, il n’en résultait pas de grands
-inconvénients dans la circulation des capitaux, en raison de
-l’insignifiance des transactions. Mais, avec leur développement, on
-sentit la nécessité de créer des banques comme organe de la circulation
-monétaire; on établit donc la Banque de Formose (Tai wan ginkô), puis la
-Banque du Sud, la Banque d’épargne de Tai wan, la Banque Shôka et la
-Banque Kagi. En 1904 et en 1906, le Gouvernement japonais réforma le
-vieux système monétaire et aujourd’hui la circulation de la monnaie
-japonaise se fait à Formose comme au Japon.
-
-[Illustration: Nikkô.--L’allée des Bouddhas.]
-
-
-V.--Autrefois le commerce de l’île était tout entier aux mains des
-Chinois; par suite, en effet, de la proximité de la province du Fou
-Kien, il y avait communication constante, par jonques, entre les deux
-côtes. Par le traité de Tien Tsin, les ports de Taku, Anking, Tamsui et
-Kelung furent ouverts au commerce étranger, et cet événement fut le
-point de départ du commerce de Formose avec les nations occidentales. En
-1895, après le traité de Shimonoséki, et la cession de l’île au Japon,
-les Japonais commencèrent à s’y établir.
-
-Le commerce extérieur, pendant 1908, s’est élevé à 71.700.000 yen, soit
-une augmentation de 13.300.000 yen sur l’année précédente.
-
-Dans ce chiffre, les exportations au Japon comptent pour 24.400.000 yen
-et celles à l’étranger pour 9.300.000 yen; le total de l’exportation
-atteint donc 33.700.000 yen. Les importations du Japon se montent à
-20.900.000 yen et celles des pays étrangers à 17.000.000 de yen donnant
-ainsi un total de 37.900.000 yen. Le surplus de l’exportation est dû au
-riz, au sucre et au thé, en dépit de la diminution subie par le camphre;
-l’accroissement de l’importation provient d’une augmentation dans
-l’entrée des sucres, des machines, des rails, du ciment et des matériaux
-de construction.
-
-
-VI.--Comme l’île de Formose est située en partie dans la zone torride,
-et que son sol est fertile, elle est riche en productions naturelles de
-toutes sortes. Le riz croît partout, sauf dans les districts montagneux,
-et il donne deux récoltes par an. Les progrès des travaux d’irrigation
-et le perfectionnement des méthodes de culture ont contribué à augmenter
-l’étendue des rizières; la quantité de riz transportée au Japon en 1908
-représente 10.000.000 de yen contre 6.000.000 en 1907.
-
-La culture de la canne à sucre a pris un développement considérable et
-plusieurs raffineries se sont établies; la valeur du sucre transporté au
-Japon en 1908 s’élève à 9.400.000 yen. C’est, avec celle du camphre, la
-seule industrie de Formose. Les forêts vierges qui recouvrent tout le
-centre de l’île n’ont pas encore été exploitées; elles renferment des
-cryptomerias, des conifères de toutes sortes et aussi le _hinoki_ ou
-chamœcyparis obtusa, arbre très estimé au Japon.
-
-En somme l’île commence à peine à sortir de son long sommeil; il faudra
-du temps et surtout beaucoup d’argent pour en exploiter les richesses
-naturelles.
-
-Pour l’année 1908-1909, les recettes du Gouvernement de Formose ont été
-de 33.871.328 yen, c’est-à-dire que le budget s’est balancé exactement.
-Ces chiffres sont fournis par les rapports financiers du ministère
-japonais; je les donne sans commentaires.
-
-
-VII.--L’île de Sakhalin, en japonais Kara futo, était, autrefois, tout
-entière une possession japonaise. Elle avait été cédée aux Russes, en
-1875, à une époque récente par conséquent. Après la guerre contre la
-Russie, cette dernière puissance rétrocéda au Japon, par le traité de
-Portsmouth (États-Unis), la moitié méridionale de l’île.
-
-Sakhalin a surtout comme ressources la mer et la forêt. Rien n’a encore
-été entrepris dans l’île et l’on se trouve dans la période des
-observations, des recherches et des tâtonnements. Un millier de familles
-japonaises ont été transplantées à Kara futo; on leur a fourni des
-graines et du bétail; il paraîtrait en effet qu’une grande superficie de
-la partie japonaise de l’île est propre à la culture et aux pâturages.
-
-Enfin l’or et la houille seraient abondants. Mais l’exploitation en est
-réservée à un avenir vraisemblablement lointain.
-
-Presqu’île du Kwang Tong.--Cette partie du territoire chinois, à
-l’extrémité sud de laquelle est située la forteresse de Port-Arthur (Liu
-chouen keou, Riô jun kô), se trouve dans la dépendance du Japon par
-suite de la défaite des Russes. Ces derniers, en effet, avaient pris à
-bail, de la Chine, pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans, la
-presqu’île du Kwang Tong avec la forteresse de Port-Arthur, et les
-Japonais ont été leurs successeurs dans le bail.
-
-Le seul port de ce territoire est Dalny (Tairen), déclaré port franc; la
-douane maritime chinoise y est installée pour percevoir les droits sur
-les marchandises qui quitteraient la zone franche pour entrer en Chine.
-
-Le total des exportations s’est élevé à 34.726.896 yen et celui des
-importations à 31.355.647 yen, soit un total d’échanges de 66.082.543
-yen.
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
-I. La Corée autrefois et aujourd’hui. L’établissement du protectorat
-japonais.--II. Le résident général et les attributions.--III. La réforme
-financière; l’impôt; les banques.--IV. Les Japonais en Corée; sociétés
-agricoles et industrielles; élevage et culture.--V. L’industrie
-coréenne; son avenir.--VI. Commerce, importation et exportation pour
-1908.
-
-
-I.--Le royaume de Corée est, aujourd’hui, une véritable dépendance du
-Japon, bien qu’il ait conservé jusqu’à présent son roi et sa cour. Le
-Gouvernement du Mikado y exerce son autorité par l’intermédiaire d’un
-résident général représentant le Protectorat.
-
-La Corée est une grande péninsule qui s’avance en forme de cap dans la
-mer orientale (Tong hai), entre la Chine et le Japon. La mer du Japon la
-baigne à l’Orient; le golfe du Leao Tong la sépare des provinces du Pe
-tche li et du Chan Tong du côté de l’occident. Au Nord, elle confine aux
-pays mandchoux; au Midi elle a pour limite la grande mer; enfin le
-fleuve Yalu, au Nord-Ouest, la sépare du Leao Tong. Elle a été autrefois
-habitée par différents peuples, et elle était divisée en plusieurs
-petits royaumes; les trois principaux étaient ceux de Kaoli (Kôrai), Sin
-lo (Shinra), et Pe tsi (Hakusai), si souvent mentionnés dans l’histoire
-japonaise.
-
-Au IIIe siècle av. J.-C, l’impératrice japonaise Zingu (Zingu Kôgô)
-envahit les trois royaumes et les soumit à un tribut, lequel était
-ponctuellement envoyé tous les ans du port de Fusan à la cour du Mikado,
-puis à celle de Shôgun. Mais la Chine considérait les royaumes coréens
-comme une de ses dépendances; en 1392 elle intervint, comme elle le
-faisait toujours quand il y avait des révolutions intérieures, et elle
-plaça sur le trône de la Corée, devenue alors un pays centralisé, la
-dynastie de Han; les relations avec le Japon s’affaiblirent et même
-finirent par cesser complètement au milieu du XVe siècle.
-
-Cependant les Japonais, se rappelant les hauts faits de leur impératrice
-douze siècles auparavant, songeaient toujours à envahir la péninsule, et
-ce fut le fameux Hideyoshi (Taikosama) qui, en 1592, entreprit une
-nouvelle expédition. Pendant six ans, le malheureux pays de Corée fut
-livré au meurtre et au pillage; les Japonais s’étaient avancés très loin
-vers le Nord, et ils occupaient toutes les places fortes. Enfin la Chine
-s’émut; elle n’avait pas encore alors perdu l’esprit militaire et
-guerrier; elle accourut au secours des Coréens, refoula les Japonais
-vers le Sud et les rejeta à la mer en 1598.
-
-Les relations du Japon et de la Corée se trouvèrent de nouveau
-interrompues.
-
-Elles reprirent, par intermittences, jusqu’au moment où, en 1868, une
-ambassade japonaise vint informer le régent du royaume de Corée (le Tai
-wen Kun) de la restauration impériale et de la révolution qui venait de
-s’accomplir au Japon. L’ambassade fut reçue froidement. En 1872 M.
-Hanabusa, en 1874 M. Moriyama furent envoyés à Séoul pour essayer de
-renouer des pourparlers; mais ils n’y réussirent pas.
-
-Où la diplomatie et la persuasion échouèrent, la force, comme toujours,
-réussit. En effet, un petit bateau de guerre japonais, le _Uniô Kwan_,
-fut attaqué en face de la grande île de Kang hoa; les Japonais
-demandèrent réparation et s’adressèrent à la Chine. Cette dernière,
-occupée ailleurs, de même qu’elle avait désavoué les Formosans en 1874,
-désavoua la Corée en 1875, et déclara qu’elle n’était pour rien dans ses
-affaires. Les Japonais, ainsi mis à l’aise, conclurent avec le roi de
-Corée un traité qui déclara tout d’abord la Corée pays indépendant à
-l’égal du Japon. Les ports de Tchemulpo, Fusan, Gensan étaient ouverts
-au commerce japonais; la capitale, Séoul, recevait un résident japonais,
-et aussitôt les sujets du Mikado s’établirent en nombre considérable
-dans les pays qui s’offraient à leur activité.
-
-En 1882, tout à coup, arrive au Japon la nouvelle que M. Hanabusa, le
-ministre résident, a été chassé de Séoul, la légation japonaise
-attaquée, quelques agents tués et que toute la colonie s’est réfugiée à
-Tchemulpo. Nouvelle intervention japonaise, mais aussi nouvelle
-intervention chinoise; les deux pays finissent par s’entendre; et le
-Japon s’arrange avec la Corée, en signant un traité commercial très
-avantageux pour lui, et en stipulant une forte indemnité.
-
-De 1884 à 1894, la cour de Corée fut en révolution permanente. La reine,
-le Tai wen Kun, le roi, et un certain Kim ok Kiun, révolutionnaire et
-novateur, occupent la scène. Kim ok Kiun soulève des bandes de
-combattants, les _Tong hak_, qui parcourent le pays et le mettent à feu
-et à sang. La Chine et le Japon envoient des troupes; il y a conflit et
-en 1894, au mois d’août, le Japon déclare la guerre à la Chine.
-
-La Chine battue reconnaît l’indépendance de la Corée et retire toutes
-ses troupes, laissant le pays sous l’influence absolue du Japon.
-
-Mais la Russie entre en ligne: négociations russo-japonaises qui
-n’aboutissent pas; guerre, traité de Portsmouth sont des événements que
-je n’ai pas besoin de rappeler ici. Le Japon est arrivé au but qu’il
-poursuivait, il est maître en Corée.
-
-
-II.--Par une convention conclue en août 1904, la Corée s’est engagée à
-faire des réformes dans son administration; puis en 1905 une autre
-convention régla, d’une façon effective, le protectorat japonais en
-établissant la Résidence générale, les résidences des provinces et en
-nommant le prince Ito[19] Résident général du Japon en Corée.
-
- [19] Il vient d’être assassiné à Kharbin, sur territoire russe, par un
- Coréen.
-
-Le Résident général relève directement de l’Empereur du Japon; en ce qui
-concerne les affaires extérieures, il communique directement avec le
-ministre des Affaires Étrangères et le Président du Conseil qui
-soumettent des vues à l’Empereur. Les consulats étrangers en Corée
-reçoivent l’exéquatur du Gouvernement japonais.
-
-C’est le Résident général qui propose les réformes à exécuter, les
-travaux à entreprendre, enfin c’est lui qui tient en main tous les fils
-de l’administration coréenne. Des résidents japonais sont établis dans
-toutes les capitales des provinces.
-
-
-III.--La première chose à faire était de mettre de l’ordre dans les
-finances de ce pays à peu près ruiné, ou tout au moins dans un état de
-désordre financier complet. La diminution des produits de toutes sortes,
-l’absence de budget fixe, les impôts très lourds et prélevés avec une
-maladresse et une violence excessives, avaient appauvri la nation
-coréenne. A la suite d’une convention conclue en 1907, des agents
-japonais furent nommés à des postes officiels dans l’administration
-coréenne afin de travailler, de concert avec les fonctionnaires coréens,
-à la bonne administration des finances. Un budget régulier fut établi
-pour la première fois en 1905; il donna comme recettes une somme de
-7.480.287 yen, et comme dépenses celle de 9.556.836 yen. Le dernier
-budget, celui de 1909-1910, prévoit 21.434.723 yen de recettes contre
-22.268.255 yen de dépenses.
-
-Le système d’impôts, pratiqué en Corée depuis plusieurs siècles, est
-très imparfait; à défaut d’une base sérieuse de recouvrement des taxes,
-le Gouvernement se trouvait dans l’impossibilité de percevoir la
-totalité du montant prévu, et d’autre part, les fonctionnaires,
-individuellement chargés de la perception de l’impôt, avaient
-constamment recours aux extorsions les plus injustes; non seulement ils
-se laissaient corrompre, mais ils levaient à leur profit des taxes
-supplémentaires illégales. Dans de telles conditions, la population ne
-pouvait que s’appauvrir. Il était donc indispensable de commencer
-immédiatement la réforme sur ce point, d’établir avec justice un nouveau
-système de perception des impôts, et de placer les finances de l’État
-sur des bases tout à fait solides.
-
-Les résultats donnés par le recouvrement des impôts pendant le dernier
-exercice se répartissent ainsi:
-
- Impôt foncier 5.628.575 yen.
- -- sur les maisons 357.884 --
- -- sur les produits marins 7.584 --
- -- sur le sel 8.958 --
- -- sur les mines 34.601 --
- Droits de douanes 3.179.838 --
- Droits de tonnage 91.951 --
- Taxe des bateaux 6.649 --
- -- des boucheries 28.074 --
- -- des prêteurs sur gages 503 --
- -- du ginseng 621 --
- Arriéré des impôts du précédent exercice 163.166 --
- Autres impôts 13.183 --
- ---------
- Total. 9.521.587 yen.
-
-Le système monétaire coréen est devenu, en tous points, semblable au
-système japonais, et la réforme, faite avec beaucoup d’à propos, sans
-supprimer brusquement toute monnaie coréenne, a excellemment réussi.
-Autrefois, et jusqu’à ces dernières années, il n’existait pas de banques
-à proprement parler; la réforme des finances a, naturellement, nécessité
-l’établissement d’organes financiers régulièrement constitués.
-
-Les règlements pour l’organisation et le contrôle des banques, furent
-promulgués en 1906, et une banque coréenne fut installée à cette époque.
-Actuellement trois banques coréennes fonctionnent: Kanjô Ginkô, Ten
-itchi Ginkô, Kan itchi Ginkô, avec leur siège à Seoul et des succursales
-à Su Won, Ton Maku, Ma Po, Nam Tai Mun; d’autres banques, destinées à
-aider l’agriculture et l’industrie, ont été établies dans plusieurs
-villes: à Seoul, Chung Chu, Kai jyou, Kong Chu, Kan Gyon, Chung Jyu, Kai
-Syong, Syang Chu, Shin Chu, Masampo, Yong Pyen, Chinampo, Hai Chu, Poku
-Chon, Sari Nan, Nam Noa, Choi Chu Do, Pol Kyo Po, Yong Sam Po, Ham
-Heung, Ryong-Song, Hoi Ryong, Chong Jin.
-
-En outre, trois banques japonaises: la Dai itchi Ginkô, dont le bureau
-central est à Tokio, la Dai Ju hachi Ginkô, à Nagasaki, et la Dai go ju
-hachi Ginkô à Osaka, sont également établies en Corée.
-
-
-IV.--Les Japonais n’avaient pas attendu le protectorat de leur pays sur
-la Corée pour s’installer dans le Sud de la péninsule, autour de Fusan.
-Dès le premier traité, en 1876, une émigration japonaise assez
-considérable s’était dirigée vers ce port et de fait, Fusan ressemblait
-étrangement au bout de quelques années à une ville japonaise.
-Aujourd’hui, beaucoup des sujets du Mikado ont entrepris le fermage et
-l’élevage en grand dans les provinces de Kyung San et Chulla; au lieu de
-se contenter des petits jardins maraîchers qui leur suffisaient
-autrefois, les colons japonais se sont mis à acquérir de vastes
-domaines, même assez loin dans l’intérieur du pays.
-
-En dehors de la ferme, et de la culture, l’industrie de la soie réussit
-fort bien en Corée. Le climat y est sec et la pluie n’y est pas trop
-abondante. Le seul danger, ce sont les vers parasites qui sont
-terribles, au point de causer une perte considérable (au Japon cette
-perte n’est quelquefois pas moindre de quinze millions de yen par an).
-Cependant, malgré les inconvénients, et malgré aussi l’inhabileté des
-éleveurs coréens, le cocon paye bien; à plus forte raison payera-t-il
-davantage quand les sériciculteurs japonais auront introduit les
-méthodes rationnelles; déjà une association de dames japonaises et
-coréennes a établi un centre d’élevage à Seoul et réussit fort bien.
-
-La culture expérimentale du coton, qui a été tentée en 1905 par quelques
-Japonais éminents, dont plusieurs membres du Gouvernement et de la
-Chambre des représentants, a donné, au bout de trois années, des
-résultats fort satisfaisants. Des expériences ont été faites à Mokpo,
-Chi Nam Po, Yong Sam Po, Laju, Konju et Kun San; deux variétés ont été
-plantées, le coton indigène et le coton américain; le premier a donné
-des produits supérieurs. On estime actuellement la superficie plantée en
-coton à 120.000 hectares, et on croit que, lorsque tout le terrain
-susceptible de recevoir du coton sera mis en valeur, on arrivera pour la
-Corée à un rendement de 100.000.000 de livres japonaises (Kin = 600
-grammes). En supposant la consommation individuelle de deux livres par
-tête, le total pour 14.000.000 de Coréens serait de 30.000.000 de livres
-en moyenne, laissant un stock de 70.000.000 de livres à exporter.
-
-Les mines, sauf les mines d’or alluvionnaires du Nord de la péninsule,
-ne sont pas encore exploitées rationnellement; quant aux pêcheries elles
-sont entièrement aux mains des Japonais.
-
-Une Compagnie s’est formée en 1908 dans le but d’exploiter les richesses
-de la Corée; elle est au capital de 10.000.000 de yen, divisés en
-200.000 obligations de 50 yen; le Gouvernement coréen en a pris 60.000
-en considération de la cession faite par lui d’une certaine superficie
-de terrain et le reste a été souscrit par les Japonais. La Compagnie
-doit aider les colons japonais aussi bien que les Coréens eux-mêmes; son
-privilège est valable pour cent ans, renouvelable avec l’assentiment des
-deux Gouvernements japonais et coréen.
-
-
-V.--Les industries indigènes sont tout à fait primitives, et les
-quelques industries de luxe qui florissaient autrefois sont depuis
-longtemps dans le plus profond déclin. Cependant on peut encore trouver
-quelques productions dignes d’être remarquées; ainsi les papiers, les
-peaux et les cuirs, le tabac, le vin de riz. Les Coréens sont très
-adroits et leurs nattes sont du bon faiseur; tout ce qui se tresse est
-habilement fait en Corée. D’après les recherches qui ont été poursuivies
-pour savoir quelles sortes d’industries réussiraient en Corée, il a été
-admis généralement que les cuirs, le papier, la peausserie, les nattes,
-les produits chimiques iodés pouvaient avoir un grand avenir. Les
-nattes, notamment celles des provinces de Hwanghai et de Kyongki, sont
-très appréciées et elles ont une réputation bien établie. On avait pensé
-aussi à encourager l’élevage du bétail dans le Nord de la péninsule, en
-vue d’y créer une industrie de conserves de viande de bœuf; mais il est
-permis de douter que cette industrie, si toutefois elle s’installe
-jamais en Corée, fasse une concurrence sérieuse au _compressed, cooked,
-corned beef_ de Chicago!
-
-Les côtes de Corée fournissent constamment une abondante récolte de
-varech et autres plantes marines, et il est hors de doute que l’on peut
-en extraire une quantité de produits iodés.
-
-Quant aux minéraux, l’or, le cuivre, le charbon, le graphite y seraient
-abondants. Les dépôts les plus importants de houille se trouvent sur les
-rives du fleuve Tadong Kang (en chinois Ta Tong Kiang); les veines
-seraient très fournies et auraient une épaisseur de 8 à 10 mètres
-suivant les endroits; on estime le rendement possible à des dizaines de
-millions de tonnes; la qualité du charbon serait celle de Karatsu
-(Kiushiu).
-
-L’or donne environ une production annuelle de 4.000.000 de yen; le
-cuivre est également extrait en quantité considérable.
-
-
-VI.--Pour les cinq dernières années, le commerce de la Corée donne les
-chiffres suivants:
-
-EXPORTATION
-
- 1904 7.530.715 yen.
- 1905 6.916.571 --
- 1906 8.902.387 --
- 1907 17.002.234 --
- 1908 14.113.310 --
-
-IMPORTATION
-
- 1904 26.805.380 yen.
- 1905 31.959.582 --
- 1906 29.721.579 --
- 1907 41.436.653 --
- 1908 41.025.523 --
-
-Les pays qui ont le plus de relations commerciales avec la Corée sont:
-naturellement le Japon en première ligne, puis la Chine. Le Japon
-arrive, en 1908, avec un total d’exportation de 10.963.363 yen et un
-chiffre d’importation de 21.040.465 yen. La Chine vient ensuite,
-exportant pour 2.247.458 yen et important pour 4.882.246 yen. Les
-États-Unis et l’Angleterre se placent ensuite avec cinq et six millions
-d’importations, le chiffre de leurs exportations étant insignifiant,
-5.716 yen pour l’Angleterre, 45.106 yen pour les États-Unis.
-
-L’Allemagne réalise en Corée pour environ 400.000 yen d’affaires; quant
-à la France elle n’y fait rien.
-
-La Corée ne peut que gagner à se trouver sous le protectorat du Japon;
-la méthode et la patience des Japonais arriveront certainement à
-organiser et développer cet état qui était jusqu’à présent dans une
-situation profondément chaotique. Il est d’ailleurs certain que les pays
-qui se sont trouvés, par la force des armes, annexés à l’Empire du
-Soleil Levant, vont prendre leur part de sa civilisation, et participer
-à son progrès industriel et commercial. Le Gouvernement et le peuple
-japonais ont montré ce que peuvent la ténacité dans le travail et
-l’intelligence dans l’organisation. Formose, la Corée, Karafuto, le
-Kwang Tong chinois vont donc se développer et grandir sous l’égide de
-leurs conquérants; la population japonaise a déjà émigré en nombre
-considérable dans ces pays, et, grâce à l’activité et à l’énergie de ces
-nouveaux colons, des terres qui, jusqu’ici, étaient restées incultes et
-pour ainsi dire abandonnées, vont se trouver entraînées dans l’orbite de
-la civilisation générale: le Japon est de taille à mener à bien cette
-œuvre.
-
-
-Principaux termes géographiques.
-
- _Yama_ = Montagne.
- _San_ = Id.
- _Take_ ou _Dake_ = Sommet.
- _Saki_ = Cap.
- _Toge_ = Col.
- _Kawa_ ou _Gawa_ = Rivière, fleuve.
- _Hara_ = Plaine.
- _Ura_ = Baie.
- _Nada_ = Bassin, gouffre.
- _Seo_ = Détroit.
- _Umi_ = Mer.
- _Shima_ ou _Jima_ = Ile.
-
-
-Principales mesures de longueur.
-
- 1 _ri_ = 3.927 mètres.
- 1 _cho_ = 109 --
- 1 _ken_ = 1 m. 81.
- 1 _jô_ = 3 m. 30.
- 1 _shaku_ = 3 décim. 03.
- 1 _sun_ = 3 centim. 03.
- 1 _bu_ = 3 millim. 03.
-
-
-Transcription des lettres japonaises et leur lecture en caractères
-romains.
-
- _a_ = a en français.
- _e_ = é --
- _i_ = i --
- _o_ = o --
- _u_ = ou --
- _y_ = y --
- _b_ = b --
- _d_ = d --
- _f_ = f --
- _g_ toujours dur: _gi_ = gui.
- _h_ très aspirée.
- _j_ = dj en français.
- _k_ = k --
- _m_ = m --
- _n_ = n en français.
- _p_ = p --
- _r_ roulé.
- _s_ = s en français, mais toujours dur.
- _t_ = t en français.
- _w_ = w en anglais.
- _z_ = z en français.
- _sh_ = ch --
- _ch_ = tch --
- _an_ nasal comme en français,
- _on_ --
- _en_ (ein) --
- _in_ = inn.
-
-
-
-
-[Illustration: L’EXPANSION JAPONAISE.]
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- CHAPITRE PREMIER
-
- I. L’Empire du Japon.--II. La situation géographique;
- développement des côtes; superficie; population.--III.
- Climat.--IV. Humidité atmosphérique.--V. Système géographique,
- volcans.--IV. Hydrographie; rivières et lacs 1
-
- CHAPITRE II
-
- I. Aborigènes et conquérants.--II. Infiltration chinoise;
- Mongols; Ainos.--III. Le type japonais actuel.--IV. Avant et
- après la Révolution de 1868; aristocratie et peuple.--V.
- Constitution japonaise; le gouvernement.--VI. Justice,
- tribunaux.--VII. Loi de finances; budget.--VIII. Loi
- électorale.--IX. L’empereur et le patriotisme.--X. La nation;
- son sourire et sa dissimulation; caractère du Japonais.--XI.
- Religions et superstitions.--XII. Les étrangers au Japon 17
-
- CHAPITRE III
-
- I. Provinces et districts.--II. Les trois «Shi».--III. Les
- quarante-cinq «Ken».--IV. Administration méticuleuse.--V.
- Ports principaux 35
-
- CHAPITRE IV
-
- I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre d’Europe au
- Japon; le chemin de fer sibérien; les compagnies de navigation
- qui font le service.--II. Prix des passages; les côtes
- japonaises.--III. La mer intérieure jusqu’à Kobe; de Kobe à
- Yokohama.--IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le service
- du Pacifique.--V. Aspect triste des villes japonaises pour celui
- qui débarque 49
-
- CHAPITRE V
-
- I. La vie indigène; la nourriture.--II. Coût de la vie au
- Japon; cherté des denrées et des loyers.--III. Hôtels à
- l’Européenne.--IV. La famille japonaise, sa constitution, ses
- mœurs; situation de la femme et des enfants 63
-
- CHAPITRE VI
-
- I. Le peuplement; sa densité; l’expansion au dehors.--II.
- Quelques chiffres.--III. Répartition de la population.--IV.
- Villes au-dessus de 100.000 habitants.--V. Émigration au
- Hokkaido (île de Yézo) 81
-
- CHAPITRE VII
-
- I. Tokio capitale.--II. Localités à visiter.--III. Environs de
- Tokio.--IV. Le Fuji Yama.--V. Sendai et les villes du Nord.--VI.
- Nagoya, Kioto, Nara.--VII. Osaka et les villes du Sud 89
-
- CHAPITRE VIII
-
- I. Poids et mesures.--II. Monnaies.--III. Postes.--IV.
- Télégraphes.--V. Situation postale, télégraphique et
- téléphonique au 31 décembre 1907.--VI. Instruction
- publique.--VII. Presse, journaux et revues.--VIII. Cours et
- tribunaux 99
-
- CHAPITRE IX
-
- I. Armée: instructeurs français et allemands.--II. Marine.
- Instructeurs et ingénieurs français, professeurs anglais.--III.
- Système de recrutement; dernières modifications; réorganisation
- actuelle; augmentation des divisions et de l’artillerie.--IV.
- État actuel de la marine; projets de constructions.--V.
- Conclusion 111
-
- CHAPITRE X
-
- I. Agriculture; superficie en rizières.--II. Production
- totale en céréales.--III. Diverses espèces de riz.--IV.
- Haricots, maïs, patates, différents légumes.--V. Épices et
- condiments.--VI. Divisions de la terre.--VII. Soie et culture
- du mûrier.--VIII. Culture du thé.--IX. Chevaux et bétail.--X.
- Fruits.--XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et la colonisation 125
-
- CHAPITRE XI
-
- I. Pêcheries.--II. Les bateaux de pêche; les prises.--III.
- Primes à la pêche en haute mer.--IV. La baleine.--V. Sel et
- salines.--VI. Forêts.--VII. Quelques-uns des bois les plus
- répandus au Japon.--VIII. La forêt de Kisogawa, domaine de la
- couronne.--IX. Le camphrier.--X. Champignons 139
-
- CHAPITRE XII
-
- I. L’industrie autrefois.--II. La soie; ses débuts au
- Japon.--III. Fils et tissus de soie.--IV. Industrie de la
- teinture.--V. La poterie.--VI. Faïence de Satsuma; porcelaine
- d’Owari.--VII. L’industrie des métaux.--VIII. La laque.--IX.
- Éventails, paravents, sculpture sur bois et ivoire 157
-
- CHAPITRE XIII
-
- I. L’industrie nouvelle.--II. Sociétés industrielles
- actuellement existantes.--III. Divers genres
- d’entreprises.--IV. Principaux districts de tissage.--V.
- L’industrie céramique; la laque; les allumettes.--VI Les
- cuirs.--VII. Les conserves alimentaires; le papier,
- etc.--VIII. Manufactures de l’État.--IX. Concurrence japonaise;
- emploi des capitaux européens dans le pays.--X. Gages et
- salaires.--XI. Esquisse rétrospective 177
-
- CHAPITRE XIV
-
- I. Commerce du Japon avec l’étranger; Habutai, Kaiki,
- soieries.--II. Exportation du thé.--III. Exportation du
- riz.--IV. Charbon japonais. V.--Cuivre.--VI. Camphre, nattes,
- sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII. Importation, coton brut,
- lainages, mousselines de laine; la situation de la France
- relativement à l’importation de ce dernier article; riz
- d’Indo-Chine; métaux et machines.--IX. Importation
- française.--X. Le commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties
- pour les ports principaux.--XII. Marine marchande japonaise à
- vapeur.--XIII. Bateaux français.--XIV. Tarif douanier 197
-
- CHAPITRE XV
-
- I. Routes. Chemins de fer.--II. État et compagnies, rachat des
- lignes par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III.
- Principales lignes.--IV. Tramways.--V. Tarif des chemins de fer 221
-
- CHAPITRE XVI
-
- I. Mines. Dans l’antiquité; au XVe siècle: époque moderne.--II.
- Géologie, terrains.--III. Mines en exploitation.--IV. Quelques
- mines de charbon.--V. Pétrole.--VI. Divers: graphite, soufre,
- etc...--VII. Les mineurs; les réglements miniers.--VIII.
- Administration des mines.--IX. Les mines en 1908, le socialisme
- parmi les ouvriers.--X. Rendement du cuivre et du charbon 237
-
- CHAPITRE XVII
-
- I. Finances japonaises; généralités.--II. Organisation
- actuelle.--III. Le budget, les impôts.--IV. Dette publique,
- emprunts.--V. Finances locales.--VI. Banques.--VII. Compagnies
- d’assurances.--VIII. Médecins, hygiène publique, assistance
- publique 257
-
- CHAPITRE XVIII
-
- I. Le Japon politique et son avenir.--II. Le Japon commercial
- et industriel et son avenir 273
-
- CHAPITRE XIX
-
- Les colonies japonaises. Formose.--II. Finances.--III.
- Monopoles.--IV. Banques.--V. Commerce.--VI. Agriculture et
- Industries.--VII. Sakhalin et Kwang-Tong 279
-
- CHAPITRE XX
-
- I. La Corée autrefois et aujourd’hui, l’établissement du
- protectorat japonais.--II. Le résident général et ses
- attributions.--III. La réforme financière; l’impôt; les
- banques.--IV. Les Japonais en Corée; sociétés agricoles et
- industrielles; élevage et culture.--V. L’industrie coréenne,
- son avenir.--VI. Commerce; importation et exportation
- pour 1908 293
-
-
-E. GREVIN--IMPRIMERIE DE LAGNY
-
-
-
-
-LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE
-
-
- LE P. J. LEMARÉCHAL
-
- Dictionnaire Japonais-Français. Un volume grand in-8º avec
- illustrations, relié 32 »
- Petit Dictionnaire Japonais-Français. Un vol. in-12, cartonné
- toile 8 50
-
- LE P. S. COUVREUR
-
- Guide de la conversation français-anglais-chinois.
- Prononciation figurée en lettres latines. Vocabulaires et
- dialogues. Petit in-8º, broché 7 »
- Même ouvrage, relié 9 »
-
- JOSEPH DUBOIS
-
- L’Empire de l’Argent. Étude sur la Chine financière. Préface de
- M. Henri Bamberger. Un volume in-8º, broché 5 »
-
- G. MASPERO
- Membre de l’Institut,
- Professeur au Collège de France,
- Directeur général du Service des Antiquités du Caire.
-
- Causeries d’Égypte. Deuxième édition. Un volume in-8º, broché 7 50
-
- DR ADRIEN LOIR
- Professeur à la Faculté de médecine de Montréal.
-
- Canada et Canadiens. Un volume in-8º, broché 6 »
-
- DANIEL BELLET
- Professeur à l’École des Sciences politiques.
-
- Les Grandes Antilles. Étude de Géographie économique. Préface
- de M. E. Levasseur, Administrateur du Collège de France. Un
- volume in-8º broché, avec carte 6 »
-
- P. CHEMIN DUPONTÈS
- Chargé de la Statistique à l’Office colonial.
-
- Les Petites Antilles. Étude sur leur évolution économique.
- Préface de M. Marcel Dubois, Professeur de Géographie
- coloniale à la Sorbonne. Un volume in-8º broché, avec deux
- cartes 7 50
-
-
-5662.--Paris.--Imp. Hemmerlé et Cie.--1-10.
-
-*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE
-ÉCONOMIQUE ***
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-to date contact information can be found at the Foundation's website
-and official page at www.gutenberg.org/contact
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