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If you are not located in the United States, you -will have to check the laws of the country where you are located before -using this eBook. - -Title: L'Empire Japonais et sa vie économique - -Author: Joseph Dautremer - -Release Date: April 17, 2022 [eBook #67860] - -Language: French - -Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team - at https://www.pgdp.net (This file was produced from images - generously made available by the Bibliothèque nationale de - France (BnF/Gallica)) - -*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE -ÉCONOMIQUE *** - - - - - - - JOSEPH DAUTREMER - Consul de France, - Chargé de Cours à l’École des Langues Orientales. - - L’EMPIRE JAPONAIS - ET - SA VIE ÉCONOMIQUE - - - LIBRAIRIE ORIENTALE & AMÉRICAINE - E. GUILMOTO, Éditeur - 6, Rue de Mézières, PARIS - - - - -[Illustration: Le Parc de Hikone.] - - - - -L’EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE ÉCONOMIQUE - - - - -CHAPITRE PREMIER - -I. L’Empire du Japon.--II. Sa situation géographique; développement des -côtes, superficie, population.--III. Climat.--IV. Humidité -atmosphérique.--V. Système orographique, volcans.--VI. Hydrographie, -rivières et lacs. - - -I.--L’Empire du Japon resta inconnu à l’Europe jusqu’au XIIIe siècle, -époque à laquelle Rubruquis et Marco Polo en dévoilèrent l’existence; -mais ce n’est guère qu’après l’arrivée dans les îles japonaises des -jésuites portugais, c’est-à-dire au XVIe siècle, que ce pays devint un -peu plus familier aux Occidentaux. Je n’ai pas à retracer ici l’histoire -du Japon; qu’il me suffise de dire que depuis 1852, époque à laquelle -les États-Unis forcèrent ses portes, jusqu’à nos jours, le Japon a subi -de telles transformations, il a su si bien secouer sa vieille -civilisation chinoise et adopter le mécanisme européen, qu’il est devenu -un facteur militaire et économique, surtout militaire, avec lequel il -faut compter et qu’on ne saurait négliger. Le fond du caractère -japonais, très guerrier et batailleur, portera encore longtemps ce -peuple vers les choses de la guerre; car, depuis l’antiquité, -l’éducation du jeune Japonais de bonne famille était principalement une -éducation militaire. - - -II.--Tout en longueur, le Japon est situé au Nord-Ouest de l’Océan -Pacifique; il se compose de quatre grandes îles: Nihon ou Honshu; -Shikoku; Kiushu; Yezo ou Hokkaidô; et d’une foule de petites îles parmi -lesquelles les plus considérables sont: Sado, Oki, Awaji, Tsushima. Le -petit archipel des Riukiu compte aussi comme partie intégrante de -l’Empire, bien qu’en réalité les habitants ne soient pas des Japonais. - -En outre, à la suite de la guerre contre la Chine, le Japon a conquis -l’île de Formose et les Pescadores; et à la suite de sa campagne de -Mandchourie contre les Russes, il a réussi à se faire rétrocéder la -partie sud de l’île Sakhalin ou Karafuto, qu’il avait cédée à la Russie -en 1875. - -A l’extrême nord de Yezo, le Japon possède les Kouriles ou Chishima; et, -dans le Pacifique, le groupe des Bonin, en japonais Ogasawara. - -Tout l’Empire est compris entre le 156° 32′ et le 119° 20′ de longitude -Est; et le 21° 48′ et le 50° 56′ de latitude Nord (méridien de -Greenwich). Il est séparé de la Corée, au Nord-Ouest, par la mer du -Japon. - -Les îles principales Honshu, Shikoku, Kiushu et Yezo (plus connu au -Japon sous le nom de Hokkaido), avec les Kouriles, les îles de Sado, -Oki, Awaji, Iki, Tsushima, les Riukiu et les îles Bonin ou Ogasawara ont -un développement de côtes de 7.000 lieues; avec Formose et les -Pescadores de 7.423 lieues. On n’a pas encore actuellement des -renseignements précis pour la partie japonaise de Sakhalin (Karafuto). -Comme superficie, tout ensemble, le territoire japonais a 27.126 lieues -carrées. La population, en 1906 (41e année de meiji), était de -47.674.471 habitants, dont 24.047.953 hommes et 23.626.518 femmes. Au 20 -décembre 1908 elle était de 49.232.822 habitants dont 24.864.385 hommes -et 24.368.437 femmes. - - -III.--Le Japon est très long et très étroit; le climat se ressent de -cette configuration et, tandis qu’au Nord il fait très froid, l’hiver, -au Sud, au contraire, la chaleur est excessive, l’été; en général, -cependant, le climat est tempéré, mais excessivement énervant pour les -Européens, surtout pour les femmes. Les suicides et la neurasthénie -parmi la population blanche sont relativement fréquents. - -On pourrait, au point de vue physique, diviser le Japon en trois zones: -zone du Nord: l’île de Yezo et le Nord de Honshu jusqu’à la baie de -Sendai; zone du centre depuis la baie de Sendai jusqu’à Yokohama et la -baie de Yedo; zone du Sud depuis la baie de Yedo jusqu’à la pointe -extrême de Kiushu. La zone Nord, comme je viens de l’indiquer, est très -froide en hiver; la neige y tombe en abondance et la glace y est -permanente. La zone centrale est plus tempérée, mais les saisons n’y -sont cependant pas aussi nettement déterminées qu’en Europe centrale; et -il y existe toujours, même l’hiver, une certaine humidité; les étés y -sont très chauds sauf sur les hauteurs; ainsi dans la plaine de Tokio, -le thermomètre monte jusqu’à +35° et +36°[1]. - - [1] La pression atmosphérique étant réduite au niveau moyen de la mer - et corrigée de la variation de pesanteur. - -Quant à la zone méridionale, elle est sensiblement moins froide l’hiver -et beaucoup plus chaude l’été; dans sa partie extrême Sud, c’est-à-dire -vers Nagasaki et Kagoshima, les chaleurs d’été sont pénibles. Les trois -zones sont soumises au régime pluvieux de la mousson de suroît et les -mois de juillet et d’août y sont en général aussi humides que sous les -tropiques; les moissons y sont souvent dévastées par les inondations. -Aussi la moyenne de l’humidité atmosphérique est-elle considérable: -Kagoshima, 76 pour 100; Kochi, 75 pour 100; Osaka, 73 pour 100; -Nagasaki, 75 pour 100; Shimonoseki, 77 pour 100; Sakai, 80 pour 100; -Tokio, 73 pour 100; Kanazawa, 79 pour 100; Akita, 78 pour 100; -Ishinomaki, 80 pour 100; Hakodate, 77 pour 100; Nemuro, 81 pour 100. - - -IV.--D’ailleurs, par les tableaux ci-dessous, il est facile de se rendre -compte de l’humidité du pays: - - Nombre de jours Temps clair. - de pluie. - - Kagoshima 178 61 - Kochi 146 49 - Osaka 145 40 - Nagasaki 168 36 - Shimonoseki 174 34 - Sakai 225 23 - Tokio 134 54 - Kanazawa 235 23 - Nagano 176 30 - Akita 224 11 - Ishinomaki 174 36 - Hakodate 203 29 - Nemuro 140 46 - -Ce relevé est celui de l’année 1906[2]. - - [2] Il n’est pas parlé des jours de neige, gelée, etc. - -Il est clair donc que, pour l’Européen, peu habitué à une terre humide, -le climat du Japon n’est pas, malgré tout ce que l’on en dit, le climat -par excellence, et il est notamment inférieur à celui de la Chine. Les -Européens ayant résidé longtemps au Japon et y étant parvenus à la -vieillesse sont bien plus rares qu’en Chine. Cependant au point de vue -pittoresque, par la beauté de ses paysages verdoyants et fleuris, le -Japon l’emporte de beaucoup sur la Chine. - -Voici les maxima et minima de température observés en 1906: - - Maximum. Minimum. - Kagoshima 33° 2 -1° - Kochi 35° -5° - Osaka 35° -3° - Nagasaki 33° -2° - Shimonoseki 34° -6° - Sakai 32° -4° - Tokio 32° -4° - Kanazawa 34° -5° - Nagano 33° -16° - Akita 33° -15° - Ishinomaki 30° -11° - Hakodate 28° -19° - Nemuro 28° -21° - - -V.--Pays essentiellement montagneux, le Japon est coupé du Nord au Sud -par un système de chaînes et de pics, dont quelques-uns assez élevés, se -ramifiant dans toutes les directions. La chaîne principale part du Nord -du Honshu pour se continuer sur Tokio et de là sur Kioto et Shimonoseki, -coupant, pour ainsi dire, en deux, la grande île et divisant son régime -des eaux en deux versants bien distincts Ouest-Nord, Est-Sud, dans la -direction de l’Ouest à l’Est, de Aomori, à la pointe extrême Nord-Est, -jusqu’à Akamagaseki à la pointe Sud-Ouest de la province de Chôshû. De -cette chaîne principale se détachent des chaînes secondaires qui se -dirigent l’une vers la presqu’île d’Idzu au cap Irozaki; l’autre vers -Wakayama au cap Shiwomizaki (Sud de l’île); et une troisième vers la -presqu’île de Noto, au cap Rokkozaki (sur la mer du Japon). - -Les îles du Sud, Shikoku et Kiushu, sont également partagées dans toute -leur longueur en deux versants par une chaîne de montagnes qui court, -pour Shikoku, du Nord-Est (Tokushima) au Sud-Ouest (cap Ashizurimisaki); -et pour Kiushu, du Nord (Kokura) au Sud, où elle se divise en deux -branches (Nomamisaki à l’Ouest et cap Satamisaki à l’Est). - -La grande île d’Yezo n’échappe pas au système montagneux du reste de -l’Empire. Mais les chaînes de montagnes qui la traversent ne la -partagent pas en deux versants bien nets; on pourrait dire qu’elles la -coupent en quatre versants, en prenant comme point central le sommet du -Tokachidaké (3.500 mètres). En effet, du Tokachidaké part une chaîne qui -se dirige vers le Nord au cap Soyamisaki (cette chaîne renferme le mont -Ishikariyama, la seconde montagne de l’île, 2.350 mètres). Du même point -une autre chaîne court vers le Nord-Est où elle se divise en deux -branches pour se terminer aux caps Shiretokozaki et Noshafuzaki; enfin, -toujours du Tokachidaké part une troisième chaîne qui se dirige au Sud -pour finir au cap Yerimisaki. Vers l’Ouest, entre le Tokachidaké et la -ville de Sapporo, une grande dépression forme la plaine de Sapporo, où -s’est répandue jusqu’ici la plus grande partie de l’émigration -japonaise. - -A l’Ouest de Sapporo, au cap Kamoimisaki, le terrain se relève; et, de -ce cap jusqu’à Hakodate, à la pointe extrême Sud de l’île, une autre -chaîne de montagnes coupe cette partie de l’île en deux. - -Des pics élevés se dressent sur toute l’étendue de ce système -orographique, aussi bien au Nord qu’au Sud, et quelques-uns atteignent -des hauteurs de 2.000 à 3.000 mètres. - -Dans la province du Mutsu (district de Tsugaru), au Nord, nous citerons -l’Iwakiyama (1.594 mètres) dit aussi Tsugaru no fuji ou Fuji de Tsugaru -à cause de sa ressemblance comme forme avec le Fuji; il est, d’ailleurs, -célèbre dans toute la région; - -l’Iwateyama, province de Rikuchu; - -l’Osoresan (la montagne qui fait peur), volcan en activité, dans la -province de Mutsu, district de Kitagori; - -le Chôkai san (1.960 mètres), dans la province d’Ugo, district d’Akumi; - -le Gessan (1.700 mètres), province d’Uzen, district de Tagawa; - -le Jide san (1.200 mètres), chaîne plutôt que pic, qui s’étend sur les -provinces de Iwashiro et d’Echigo; - -le Nikkôzan, les montagnes de Nikkô, d’une hauteur d’environ 2.000 -mètres, les plus célèbres montagnes du Japon avec le Fuji et l’Asama. -Elles sont les plus hautes montagnes de la province de Shimodzuké, et on -les appelle aussi Futaharayama ou Kurokamiyama. Elles sont dominées par -leur pic principal, le Nantaisan, situées au Nord-Ouest du district de -Kami tsuga gori; au Nord-Est, le Niôhôzan continue la chaîne et, sur le -versant oriental qui est presque à pic, se trouvent les sept cascades -(nana taki) qui forment la source de l’Inarigawa. Entre ces deux points -se trouvent les deux plateaux de Omanago et Komanago. Au Nord de Omanago -se dresse isolé le Tarodake et, à l’Est du Niôhôzan, se prolonge la -chaîne de l’Akanagi. En s’éloignant de cette chaîne, on aperçoit sur la -rive Nord de l’Inarigawa la colline appelée Toyama; bien qu’elle ne soit -pas très élevée, elle est originale, seule et isolée au milieu du -massif. A l’Est de cette dernière se trouve le Ogurayama; le Konosuyama -s’élève au Sud de la rivière Daiyagawa, et à l’Ouest de cette rivière on -aperçoit le plateau élevé de Nakimushi. Vers le milieu de la chaîne se -développent en ligne droite les plateaux du Tsukimi, Matsu taté, Ni no -miya. - -Un temple est à mi-côte du Futaharayama, et, à quelque trois lieues du -pied de cette montagne, se dresse l’ancien temple de Chusenji. Le lac -qui se trouve là, très froid et très profond, se nomme la mer du bonheur -(Satsu no umi); il est fort célèbre et c’est le plus grand lac des -environs de Nikkô; à l’Est du lac l’eau tombe à pic en formant la -cascade de Kegon et le torrent qui en découle est précisément le Dai ya -gawa. Au Nord-Ouest du Futahara s’élève le Yugatake au pied duquel se -trouvent des sources thermales (yu = eaux chaudes). - -Tout ce que je viens d’énumérer forme le massif intérieur du groupe de -montagnes de Nikkô. A l’extérieur au Nord s’élève le Kôshinzan; les deux -Shirane (Maye = antérieur; oku = postérieur) qui forment la frontière du -Kodzuke et du Shimodzuke au col du Konsei toge. Au Nord-Est de ce col se -trouve le Kinunuma yama avec de nombreux lacs et étangs. - -Dans ces montagnes, pleines de sites admirables et de splendeurs -naturelles, deux Shôgun[3] ont voulu être enterrés. C’est pourquoi on y -rencontre aujourd’hui un nombre incalculable de temples et des -monastères. - - [3] Shôgun, général en chef, lieutenant du Mikado. C’est lui que les - Européens appelaient _Tai Kun_ et avec qui ils signèrent leurs - premiers traités. - -Le Tsukuba san, peu élevé, mais de forme originale, plonge sur les -districts de Tsukuba, Niibari et Makabe dans la province de Hitachi; le -Bandai San (1.900 m.) s’élève au Nord du lac d’Inawashiro; cette -montagne, que l’on croyait depuis longtemps être un volcan éteint, s’est -remise soudainement en activité le 14 juillet 1888 et a détruit de -nombreux villages dont elle a enseveli les habitants[4]. - - [4] L’effet de l’éruption s’est fait sentir jusqu’à Tokio, où je me - trouvais à ce moment, et la ville a été violemment secouée. - -[Illustration: Vue du Fujiyama au col de l’Otomi.] - -Le Fuji san ou Fujiyama a 3.900 ou 4.000 mètres. Cette montagne peut -être nommée la montagne sainte du Japon; d’une forme admirable et -régulière (sauf un petit renflement d’un côté) elle a été de tout temps -l’objet du culte et de l’adoration de tous les Japonais. Bien -qu’actuellement éteint, le Fujiyama a eu dans les époques antérieures -plusieurs éruptions, notamment vers 799 de l’ère chrétienne, puis en -863. - -La dernière éruption eut lieu dans le cinquième mois de la période Hoyei -(1706). C’est de là que le petit renflement signalé plus haut sur un des -flancs de la montagne (au Sud-Est), a reçu le nom de Hoyeizan. Le -cratère a pris sa forme actuelle à la même date en vomissant des masses -considérables de cendres que le vent porta jusqu’à Yedo. - -Le Fuji, tous les étés au mois d’août, est un lieu de pèlerinage très -fréquenté; c’est par milliers qu’hommes et femmes, habillés tout de -blanc, un bâton à la main, font l’ascension de la montagne. - -Du massif du Fuji partent des ramifications assez élevées: les montagnes -de Hakone et la chaîne de l’Amagi. - -L’Asamayama (2.500 mètres) est le plus célèbre des volcans en activité. -Il ne sort plus de son cratère actuellement que d’épaisses fumées et -aussi des cendres; mais il a eu parfois des éruptions terribles, et l’on -peut s’attendre à tout moment au retour de ces phénomènes; en 1783, -notamment, l’éruption détruisit quantité de villages et de vies -humaines. Au Sud de l’Asama se trouvent le Tateshi yama (2.300 mètres) -et le Yatsugadake (2.700 mètres). - -L’Ontake san, qui domine les trois provinces de Shinano, Mino et Hida. - -Le Tateyama (2.000 mètres), dans la province d’Echu. - -Le Hakusan (3.000 mètres), d’où l’on a une vue très étendue sur les -provinces de Kaga, Echizen, Mino et Hida. - -Le Sanshôgataké, dans la province de Yamato; c’est le pic le plus élevé -de la chaîne de montagnes de Yoshino. Les ramifications vont rejoindre -la chaîne de montagnes de Kumano et de Kôya dans la province de Kii. - -L’Unsengatake (1.500 mètres), dans la province de Hizen; volcan en -activité; non loin de là se trouvent des sources d’eaux thermales très -fréquentées. - -Le Sakurajimagataké, volcan en activité dans l’île de Sakurajima, -province d’Osumi. - -Dans les temps de formation géologique, l’action volcanique a dû être -extrêmement violente, et d’ailleurs cette action a continué à se -manifester dans les temps historiques. Des centaines de montagnes, -actuellement au repos, étaient autrefois des brasiers enflammés. Les -annales du Japon sont remplies de ces terribles crachements de cendres, -de feu, de lave vomis par les montagnes au Nord et au Sud, à l’Est et à -l’Ouest; des milliers de vies humaines furent détruites en un instant, -des villages engloutis. A l’époque où nous vivons, les Japonais estiment -que leur pays compte encore à peu près vingt volcans en activité et une -centaine qui dorment mais qui peuvent se réveiller d’un moment à l’autre -avec un épouvantable fracas. En 1874 le volcan de Taromai, dans l’île de -Yezo, dont le cratère, refroidi depuis longtemps, semblait inoffensif, -fit explosion, envoya au loin la croûte qui le fermait et lança des -cendres jusque sur le bord de la mer. - -L’Asayama yama, jamais tranquille, mais jetant constamment de la vapeur -et de la fumée, craquant et tremblant tour à tour, est la terreur des -campagnes environnantes. Le Fuji lui-même, la montagne sainte, posé si -majestueusement dans la plaine de Subashiri, n’offre aucune sécurité. - -Le volcan de Hakuzan, sur la côte Ouest, qui dresse sa crête au-dessus -des nuages, à 3.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et renferme -dans son cratère un lac aux eaux de la plus grande pureté, entra, lui -aussi, un jour en fureur, lança du feu, de la fumée, des rocs, des -cendres et de la lave. Que de fois, par les nuits noires, le pêcheur -Japonais un peu éloigné des côtes aperçoit les feux des volcans -d’Oshima! - -En dehors des champs de scories si nombreux et qui attestent le -caractère volcanique du sol japonais, des lits de soufre abondent -partout comme preuves du feu souterrain. Satsuma, Riukiu, Yezo sont -connus pour la quantité de soufre qu’ils produisent. Des flancs du -Hakuzan il sort d’énormes blocs de soufre; des solfatares existent dans -presque toutes les provinces; enfin, dans les provinces de Shinano et -d’Echigo, les paysans s’éclairent et cuisent leur riz avec le gaz -inflammable qui sort de terre et qu’ils font servir à leurs usages en le -captant dans des tubes. - -Par suite de la nature volcanique du pays, les tremblements de terre -sont nombreux et causent souvent des malheurs terribles. Des villes et -des villages ont été et sont encore constamment détruits, des provinces -ravagées. Le dernier grand tremblement de terre qui a eu lieu à Yedo en -1855 a été l’un des plus effrayants que l’on ait vus: la ville a été à -peu près entièrement détruite et brûlée; les maisons japonaises étant de -bois, le tremblement de terre occasionne à sa suite un incendie qui -achève ce qu’il a commencé. - -En 1891, au mois d’octobre, un autre tremblement de terre qui fut une -vraie catastrophe, désola le pays entre Nagoya et Kioto; il y eut -environ 30.000 victimes. - - -VI.--Le Japon est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau; mais, -par suite du peu d’étendue de ses vallées, lesquelles sont forcément -très resserrées vu le peu de largeur et l’extrême longueur du pays, les -fleuves ont un cours fort modeste et ne sont jamais navigables qu’en -partie, vers leur embouchure. J’en citerai quelques-uns néanmoins: - -Le Fujikawa est formé de trois rivières qui prennent naissance dans la -province de Kai. Il se dirige vers le Sud et traverse la province de -Suruga, passe au pied du mont Fuji avant de se jeter dans la mer. Le -Fujikawa est à proprement parler un torrent qui, aux grandes pluies -d’été, est assez souvent l’ennemi du cultivateur et le destructeur des -récoltes. - -Le Oigawa prend sa source à la limite des provinces de Shinano et de -Kai; il coule vers le Sud, formant la limite des provinces de Suruga et -de Totomi. - -Le Tenriugawa, un peu plus important que les précédents (60 ri de -longueur)[5], prend sa source au lac Suwa. Ce fleuve a son embouchure -dans la province de Shinano; il traverse la province de Totomi en -coulant vers le Sud. - - [5] Le ri représente 3 kilom. 927 mètres. (Voir tableau des mesures de - longueur, à la fin du volume.) - -Le Shinanogawa prend sa source dans la province du même nom sous le nom -de Chikuma gawa, il coule au Nord-Ouest puis au Nord, et traverse la -province d’Echigo où il prend le nom de Shinano gawa. Ce fleuve se jette -dans la mer à Niigata. La longueur de son cours est d’environ 100 ri; -navigable seulement en partie, il offre des rapides qui rendent son -utilisation très peu sûre comme voie de transport. - -Le Kisogawa prend naissance dans le district de Chikuma, province de -Shinano et coule au Sud-Ouest, puis au Sud. Il entre dans la province de -Mino, coule vers l’Ouest et reprend ensuite la direction du Sud; il se -divise alors en plusieurs branches qui vont se jeter dans la mer en -traversant les provinces d’Owari et d’Ise. - -L’Abukumagawa prend naissance dans le district de Shirakawa, province -d’Iwaki et, se dirigeant vers le Nord, entre ensuite dans la province -d’Iwashiro où il coule vers l’Est. Changeant de direction, il rentre -dans la province d’Iwaki, coule vers le Nord jusqu’à la limite de la -province de Rikuzen, puis se dirige vers l’Est pour gagner la mer. - -Le Kitakamigawa a sa source dans le district d’Iwate, province de -Rikuchu; il coule vers le Sud, traverse la province de Rikuzen et se -jette dans la mer au port de Ishinomaki. - -Le Mogamigawa part de la montagne de Dainichi, dans le district de -Oitama, province d’Uzen; il traverse les deux districts de Murayama et -de Mogami en coulant vers le Nord, et se dirige ensuite vers l’Ouest à -la limite de la Province d’Ugo. Il se jette dans la mer à Sakata. - -Le Tonegawa (190 ri), le fleuve le plus considérable du Japon, sort du -Nakanodake, passe à Numata, puis contourne à l’Ouest la chaîne de -l’Akagi pour arriver à la grande ville de Mayebashi (50.000 habitants); -en aval de cette dernière ville, le fleuve se dirige directement à l’Est -jusqu’à la hauteur de Koga (ville d’environ 10.000 habitants), puis vers -le Nord et enfin vers l’Est. Il se jette dans l’Océan Pacifique au Nord -du cap Inubomisaki. Quoique passant pour un grand fleuve au Japon, le -Tonegawa n’a rien des fleuves du continent européen; il n’égale même pas -la Seine, et si quelques jonques à fond plat et quelques petits vapeurs -à faible tirant d’eau peuvent y naviguer jusqu’à Numata, son importance -comme voie commerciale n’est pas considérable. En outre, à son -embouchure, il n’existe pas de bon port; en dehors d’une barre toujours -renouvelée, les vents battent la plage inhospitalière aux navires. Le -Tonegawa bifurque à Sekiyado dans la province de Shimosa, et forme la -branche nommée Yedogawa, qui tombe dans la baie de Yedo, non loin de -Tokio. - -Le Sumidagawa (75 ri), plus connu sous le nom d’Arakawa à sa source dans -le massif du Kokushidake et aussi dans tout son cours supérieur, se -jette à la mer à Tokio après avoir traversé une grande partie de la -ville. Il n’est guère navigable, comme toutes les rivières japonaises, -que vers son embouchure. - -Le Baniugawa, qui a seulement 18 ri de longueur, est un torrent qui -sort, sur les pentes Nord-Est du Fujiyama, du lac de Yamanaka. Comme le -Fujikawa, il cause souvent des désastres l’été. - -Le Yodogawa prend sa source dans le lac Biwa, province d’Omi; il se -dirige vers le Sud, entre dans la province de Yamashiro, puis reprend -son cours vers l’Ouest. Ce fleuve qui, à son origine, porte le nom -d’Ujigawa, passe à Yodo, d’où son nom; il coule alors vers le Sud-Ouest -et sépare les deux provinces de Kawachi et de Setsu. Il se jette dans la -mer en passant par Osaka: il n’a que 20 ri de longueur. - -Le Gôgawa est formé par deux rivières dont la première, nommée -Mioshigawa, prend naissance dans la province de Bingo, et la seconde, -nommée Yoshidagawa, dans la province d’Aki. Le fleuve, formé par la -réunion de ces deux rivières, coule vers le Nord-Ouest et passe dans la -province d’Iwami. Il prend le nom de Gôgawa à son entrée dans cette -province dont il arrose les deux districts d’Ochi et de Naka, en se -détournant un peu de son cours; puis, il retourne vers le Nord-Ouest -pour gagner la mer. La longueur de son cours est de 80 ri. - -Le Yoshigawa prend sa source dans le district de Tosa, dans la même -province, se dirige d’abord vers l’Est, puis incline vers le Nord; il -traverse la province d’Awa, reçoit la rivière Iyogawa et se jette dans -la mer par plusieurs embouchures. - -Le Chikugo ou Chitosegawa est formé par la réunion de deux cours d’eau, -dont l’un vient de la province de Higo et l’autre de la province de -Bungo. Ce fleuve coule d’abord vers le Nord-Ouest jusqu’à la limite des -provinces de Chikuzen et Chikugo; il traverse ensuite cette dernière -province qu’il sépare de Hizen. - -Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme un nombre considérable -de lacs, au Nord aussi bien qu’au Sud: je me bornerai à citer ici les -trois principaux; d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la -province d’Omi; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à sa -configuration en forme de guitare japonaise (Biwa); des bateaux à vapeur -font le service du lac dans tous les sens et offrent le confort -désirable pour bien visiter les endroits remarquables. - -Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour; mais il est très -connu et très fréquenté par suite de sa situation dans un des sites les -plus agréables du Japon. - -Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke, est situé au -sommet des montagnes de Nikkô; il a 8 lieues de circonférence; c’est sur -ses bords que les Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier -pendant les chaleurs de l’été; et grâce au chemin de fer qui relie Tokio -à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence du corps diplomatique -pendant les mois de juillet, août et septembre. - - - - -CHAPITRE II - -I. Aborigènes et conquérants.--II. Infiltration chinoise; Mongols et -Ainos.--III. Le type japonais actuel.--IV. Avant et après la Révolution -de 1868; aristocratie et peuple.--V. Constitution japonaise; le -gouvernement.--VI. Justice, tribunaux.--VII. Loi de finances, -budget.--VIII. Loi électorale.--IX. L’Empereur et le Patriotisme.--X. La -Nation; sa dissimulation et son sourire. Caractère du Japonais.--XI. -Religion et superstition.--XII. Les étrangers au Japon. - - -I.--Par qui le Japon était-il peuplé au début de l’histoire? c’est là un -problème qui n’a pas encore été résolu, et ne le sera, je crois, jamais. -Il est fort probable qu’avant l’arrivée des conquérants, (les Japonais -actuels), les îles de l’Extrême-Orient étaient peuplées, au Nord d’Aino, -de Goldes et de Giliaks, races sibériennes dont on trouve encore des -traces aujourd’hui à Yezo, à Sakhalin et dans la province de l’Amour -soumise aux Russes; le Sud semble avoir été la résidence de tribus -canaques et négritos comme il en existe encore aux Philippines, aux -Bonin, à Nouméa et à Taïti. - -Mais à partir de 660 avant J.-C., date assignée au premier empereur -japonais, ces différentes races ont été remplacées par un flot malais. -Lorsque le chef de guerriers, connu sous le nom de Iwarehiko, vint avec -ses bandes aborder dans l’île de Kiushu, il détruisit ou réduisit en -esclavage les indigènes et, poussant toujours sa conquête vers le Nord, -il atteignit le Honshu (île de Nippon). Proclamé empereur en 660 sous le -nom de Jinmu Tennô, il laissa à ses successeurs, qui s’en acquittèrent -fort bien, la tâche de continuer l’occupation du territoire. Le malais -est donc incontestablement l’élément conquérant et dominateur au Japon. - - -II.--Il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu une infiltration chinoise, -par l’intermédiaire de la Corée. L’écriture, les lettres, les arts et -les sciences de la Chine furent apportés au Japon par des indigènes du -Céleste Empire, et à différentes reprises, les Empereurs du Japon firent -venir dans leur pays des hommes et des femmes pour enseigner l’art de -travailler les métaux et de tisser la soie. Il y eut donc un mélange -mongol, mais il est hors de doute que ce mélange fut peu considérable, -et si l’on retrouve aujourd’hui encore quelques Japonais nettement -mongoloïdes, le fond du peuple présente le type malais bien prononcé; on -rencontre aussi, mais plus rarement, le type indigène aino, et il m’est -arrivé, mais pas souvent il est vrai, de le retrouver chez certains -Japonais ayant une abondante chevelure et une grande barbe noire, qui, -vêtus à l’européenne, auraient pu à la rigueur, passer pour des -Américains du Sud. Par contre, dans le Sud surtout, on découvre -quelquefois le type negritos, cheveux crépus, teint noirâtre et lèvres -épaisses. - - -III.--Groupement d’îles séparées du reste du monde, sans relations -extérieures, sauf avec la Chine par l’intermédiaire de la Corée -(tardivement d’ailleurs), tous ses ports fermés aux Étrangers vers 1617 -à la mort de Iyéyasu: le pays vécut dans un isolement absolu. Ceci -facilita un mélange, un amalgame de toutes les races qui s’étaient -infiltrées sur le sol du Nippon et aujourd’hui le type japonais est bien -un type à part: il est, en général, de petite taille, il a un grand -torse sur des jambes courtes, et il est plutôt laid; quelques types -féminins font exception, mais on peut dire que, prises en bloc, les -Japonaises sont plutôt jolies par leur toilette que par leur physique. - - -IV.--Avant la révolution de 1868 qui rétablit sur le trône le descendant -de Jinmu Tennô et détruisit le pouvoir du Shôgun ou Lieutenant général, -véritable empereur depuis plusieurs siècles, le Japon vivait en état de -féodalité, et, sous l’autorité du Shôgun, les Daïmios ou princes -feudataires détenaient les provinces; le Shôgun occupant pour son propre -compte Yedo (aujourd’hui Tokio) et les provinces environnantes, dont -l’ensemble constituait le Kouan tô. - -Aujourd’hui, la féodalité est anéantie et le Mikado règne sur un pays -uni et centralisé. Mutsu hito, 121e empereur du Japon, est considéré -comme l’héritier direct en ligne continue de Jinmu Tennô; il va sans -dire que ce n’est là qu’une fiction. Les empereurs du Japon n’ont, -depuis bien longtemps, selon toute vraisemblance, dans les veines aucune -goutte de sang de Jinmu; car avec les empereurs enfants qui se sont -succédé sans interruption sous les Fujiwara, les Taira et les -Minamoto[6] (800 à 1200 environ ap. J.-C.), avec le système des -adoptions qui a été en vigueur de tout temps dans la famille impériale -quand il n’y avait pas d’héritier mâle, il est évident que la ligne -directe a été interrompue il y a longtemps. Mais les Japonais en -conservent la fiction, et leur patriotisme exalté leur fait toujours -considérer que leur race impériale descend de la divine Amaterasu, -déesse du soleil (Amaterasu O mi Kami). - - [6] Familles de Shôgun ou lieutenants généraux. - -Les anciens seigneurs féodaux, connus sous le nom de Daïmios, ont tous -fait leur soumission à l’Empereur, et forment aujourd’hui une partie de -l’aristocratie japonaise; je dis une partie, car l’aristocratie -actuelle, en dehors des vieilles familles, compte dans ses rangs de -simples plébéiens anoblis. La noblesse est une noblesse ouverte, comme -en Angleterre, et l’Empereur confère les titres de duc, marquis, comte, -vicomte ou baron à celui de ses sujets qu’il estime l’avoir bien servi, -quelle que soit l’humilité de son origine. - -Au-dessous des nobles viennent les Shizoku, anciens soldats et -serviteurs des Daïmios et du Shôgun; le titre seul les distingue du -Heimin ou peuple, qui vient après eux; car à aucun point de vue il n’y a -de différence entre eux aujourd’hui. - -Grande noblesse ou Kwazoku, petite noblesse ou Shizoku, peuple ou -Heimin, tout le monde est égal devant l’Empereur et devant la loi. - -Le Japonais est un peuple essentiellement facile à gouverner; habitué -sous l’ancien régime à une discipline extraordinaire, il a conservé son -amour de la hiérarchie, de l’autorité, du respect des supérieurs. Un -passant demandant son chemin dans la rue à un agent de police -s’approchera de ce dernier avec une timidité respectueuse; l’agent de -police est le représentant de l’autorité! - - -V.--Habitué à obéir aux ordres de l’Empereur et de ses ministres, le -peuple japonais ignorait ce qu’était une constitution; pour moderniser -davantage les rouages du gouvernement, le Mikado, sur le conseil de ses -ministres, octroya une constitution à son peuple le 11 février 1889, -avec Chambre haute et Chambre basse; cette constitution est calquée sur -la constitution de l’empire allemand, les ministres n’étant responsables -que devant l’Empereur, et pouvant, par suite, se passer du Parlement -lorsqu’ils le jugent à propos. - -Les principaux articles de la constitution japonaise peuvent se résumer -ainsi: - -1. L’Empereur exerce le pouvoir législatif de concert avec les Chambres; -il sanctionne les lois et ordonne leur promulgation. Il convoque les -Chambres, les ferme, les proroge et les dissout. - -2. Quand les Chambres ne siègent pas, les ordonnances impériales ont -force de loi. Il est bien dit que ces ordonnances doivent être soumises -à la prochaine session du Parlement, lequel les révoque s’il ne les -trouve pas à son gré; mais qui oserait se prononcer au Parlement contre -une ordonnance impériale? - -3. L’Empereur détermine l’organisation des différentes administrations -et fixe les salaires des fonctionnaires civils et des officiers. - -4. L’Empereur a le commandement suprême de l’armée et de la marine; il -déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités. - -5. Il confère les titres de noblesse et les honneurs et décorations; il -a le droit de grâce et d’amnistie. - -6. En cas de minorité, il est nommé un régent qui remplit tous les -devoirs de l’Empereur au nom de ce dernier. - -7. Le Parlement impérial comprend deux Chambres: la Chambre des Pairs et -la Chambre des Représentants. - -La Chambre des Pairs est constituée par les membres de la famille -impériale, la noblesse et les personnes que l’Empereur juge dignes d’y -être appelées. - -La Chambre des Représentants est formée des membres élus par la nation -conformément à la loi électorale. - -Les deux Chambres votent les projets de loi qui leur sont soumis par le -gouvernement, et elles peuvent prendre l’initiative des lois. - -Une proposition de loi rejetée par l’une ou l’autre des deux Chambres ne -peut plus être représentée pendant la même session. - -8. Le Parlement est convoqué tous les ans, pendant trois mois; en cas de -nécessité, l’Empereur peut prolonger la session. En cas de circonstance -urgente, l’Empereur peut convoquer le Parlement. Les deux Chambres -siègent en même temps, et si la Chambre basse est dissoute, la Chambre -haute est _ipso facto_ prorogée. - -9. Quand la dissolution est prononcée, de nouvelles élections ont lieu -et la nouvelle Chambre est convoquée dans les cinq mois. - -10. Aucune décision ne peut être prise si un tiers au moins des membres -n’est présent. Toute décision est adoptée à la majorité absolue, la voix -du président étant prépondérante en cas d’égalité des votes. - -11. Les délibérations sont publiques, mais le Gouvernement et les -Chambres peuvent ordonner le huis clos. - -Les Chambres peuvent présenter des pétitions à l’Empereur et en recevoir -des habitants de l’Empire. - -12. Les membres sont inviolables et ne peuvent être arrêtés sans le -consentement des Chambres; sauf dans les cas de flagrant délit, ou de -délit connexe à des troubles intérieurs ou à la guerre étrangère. - -Tous les ministres siègent de droit dans les deux Chambres. - -Avec les Chambres et au-dessus d’elles se trouvent les ministres d’État -et le Conseil privé. - -Les ministres d’État sont responsables devant l’Empereur, et doivent -contresigner toutes lois, ordonnances ou rescrits impériaux de toutes -sortes. - -Les conseillers privés délibèrent sur les importantes questions d’État -quand l’Empereur les consulte. Leurs délibérations sont toujours tenues -secrètes et jamais publiées. - -Voici la composition du Gouvernement à partir de la tête c’est-à-dire de -l’Empereur: - - Nai Kaku (Cabinet); - Ministre de la maison impériale (Ku naishô); - Ministre de l’Intérieur (Nai mu shô); - Ministre de la Justice (Shi hô shô); - Ministre des Finances (O kura shô); - Ministre de l’Agriculture et du Commerce (Nô shô mu shô); - Ministre de la Guerre (Riku gun shô); - Ministre de la Marine (Kai gun shô); - Ministre des Communications (Tei shin shô); - Ministre de l’Instruction publique (Mom bu shô); - Ministre des Affaires étrangères (Gai mu shô); - Conseil privé (Su mitsu in); - Chambre des pairs (Ka zoku gi in); - Chambre des représentants (Koku kai gi in). - -Comme en Europe, ces différentes administrations sont divisées en -directions, sous-directions, bureaux, etc... dont je crois inutile de -donner une énumération ici. - -Il existait autrefois un ministère des Travaux publics, Kô bu shô, mais -il a été supprimé et les divers services qu’il administrait ont été -répartis entre le ministère de l’Agriculture et du Commerce et le -ministère des Communications. - - -VI.--De même que dans tous les pays d’Orient, il n’y avait pas autrefois -au Japon de distinction entre le pouvoir administratif et le pouvoir -judiciaire; en se mettant au niveau des pays d’Occident, le Japon a -déterminé des règlements pour l’établissement de tribunaux, pour le -fonctionnement de la «Justice». - -1. Les jugements sont rendus par des cours de justice établies -conformément à la loi. - -2. Les juges sont pris parmi les sujets de l’empire qui présentent les -qualifications requises par la loi. Aucun juge ne peut être relevé de -ses fonctions sinon sous le coup d’une sentence criminelle ou d’une -punition disciplinaire. - -3. Les débats en cour sont publics; mais, s’il est jugé que la publicité -des débats dans une affaire peut être préjudiciable à la paix, à l’ordre -ou à la moralité publique, la cour peut déclarer le huis clos. - -Toutes les affaires ne relevant pas des tribunaux ordinaires (telles que -les crimes ou délits des militaires et marins) sont jugées par des -tribunaux spéciaux. De même toutes plaintes contre des mesures illégales -ou des abus de l’autorité sont examinées par une cour spéciale des -Litiges administratifs. - - -VII.--La loi de finances, à son tour, a été remaniée ainsi qu’il suit: - -1. L’impôt est fixé par la loi. Les emprunts nationaux et toutes dettes -contractées au nom du Trésor public doivent recevoir l’assentiment du -Parlement. - -2. Les recettes et les dépenses de l’État requièrent l’approbation du -Parlement par le moyen d’un budget annuel; toutes dépenses engagées hors -du budget, une fois que ce dernier est fixé, doivent recevoir la -sanction du Parlement. - -3. Le budget est soumis d’abord à la Chambre des Représentants. - -4. Les dépenses de l’Empereur et de la maison impériale sont supportées -par le Trésor national, mais non soumises à la délibération de la diète, -sauf au cas où une augmentation serait demandée. En général tout ce qui -touche aux dépenses de l’empereur ou de la maison impériale ne peut -subir aucune réduction de la part du Parlement sans le consentement du -Gouvernement. - -En cas d’urgence le Gouvernement peut prendre telles mesures financières -qu’il jugera convenable au moyen d’ordonnances impériales. - -Quand le budget n’est pas voté, le Gouvernement applique le budget de -l’exercice précédent. - -Tous les comptes financiers de recettes et de dépenses de l’État sont -vérifiés par la Cour des comptes. - - -VIII.--Quant à la loi électorale, voici ses dispositions: - -Pour pouvoir être électeur, il faut: - -Être Japonais, âgé de 25 ans; - -Résider depuis un an; - -Payer 15 yen[7] au moins d’impôt direct. - - [7] Le yen vaut 2 fr. 55. - -Les électeurs ne sont pas très nombreux, beaucoup ne sachant pas encore -ce que c’est qu’une élection et s’en souciant fort peu, s’abstiennent de -voter. Dès la première élection, il y eut des gens très au courant déjà -des mœurs électorales qui vendaient leurs voix au plus offrant, cela -atteignait jusqu’à 25 yen (63 fr. 75). - - -IX.--Malgré cette ombre de parlementarisme, il est bien évident que -l’état politique du Japon ne ressemble en rien à ce que nous appelons le -régime constitutionnel. L’État c’est l’Empereur, et sa personne est -sacrée; ses décisions sont respectées comme si elles venaient -effectivement du ciel dont il est le descendant supposé; Fils du ciel, -_Ten shi sama_, ainsi l’appellent les bons sujets du Nippon. Malgré tout -cependant, il est incontestable qu’il se présente déjà quelques fissures -dans cette «foi du charbonnier»; et l’Empereur passant dans les rues de -Tokio n’est souvent regardé qu’avec indifférence; on le respecte, mais -ce n’est plus l’adoration du passé; il m’est même arrivé d’entendre des -Japonais, attendant à une revue l’arrivée de l’Empereur, s’impatienter -et s’exprimer peu poliment sur le compte de «cet empereur qui pourrait -être plus exact». - -Il est cependant une chose qui maintiendra encore longtemps intact -l’amour du peuple pour l’Empereur: c’est le patriotisme farouche, -sauvage même, dont tout Japonais est animé. L’Empereur est -l’identification de la patrie, et la patrie japonaise est une chose -sacro-sainte. Dès l’école primaire, on enseigne aux enfants de cinq ans -qu’il n’y a pas de plus beau pays que le Japon, que c’est le pays des -dieux dont l’Empereur est le fils, et qu’il faut mourir pour le pays et -l’Empereur. Inculqués à une race batailleuse, excessivement orgueilleuse -et guerrière, ces principes en font une nation éminemment combative et -courageuse[8]. - - [8] Une chanson, que l’on trouve dans les livres primaires de lecture, - est bien caractéristique: - - «Les sabres de l’armée sont comme le givre; - «Les balles sont comme la grêle; - «Dans la lutte sur terre - «Les montagnes sont secouées, les rivières frissonnent; - «Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux. - «Ne rompez pas les rangs; franchissez montagnes et rivières; - «Avancez, fixez vos regards sur l’ennemi. - «L’artillerie résonne dans l’air; - «La torpille frémit dans la mer. - «Dans le combat naval le vent se lève, la vague est furieuse; - «Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux; - «Mettez les navires en ligne; franchissez les flots blancs; - «Avancez, fixez vos regards sur les bateaux ennemis.» - - Autre échantillon de «Chanson d’enfants faisant leurs adieux à leur - père»: - - «Pour le départ du père pour la guerre, le frère aîné apporte son - casque et le jeune frère ses bottes; ils sont, les deux frères, plus - calmes que d’habitude. Ils disent à leur père: «Allez maintenant et - rapportez-nous comme cadeaux à la maison des têtes d’ennemis.» Le - père fait un assentiment de la tête.» - - -X.--Au-dessous de l’Empereur on peut dire qu’il n’y a qu’un peuple; la -distinction en classes est, en effet, plus dans les lois que dans les -mœurs; le souverain à part, le Japonais est plutôt démocratique, comme -d’ailleurs le Chinois, et en général l’Oriental; il n’existe pas -d’aristocratie, hautaine comme en Angleterre, ou cassante et dure comme -en Allemagne. - -Par conséquent, au point de vue social, l’égalité existe plus au Japon -que partout ailleurs. Le peuple, du reste, j’entends le paysan, -l’ouvrier, est infiniment plus poli et mieux éduqué ici que dans -n’importe quel pays d’Europe. On est agréablement surpris, quand on -voyage dans la campagne japonaise, de trouver des gens excessivement -courtois, très hospitaliers et, en général, d’une grande propreté; sur -ce point la comparaison avec certaines de nos provinces ne tournerait -pas toujours à notre avantage. Il ne faudrait pas en conclure -d’ailleurs, parce qu’ils sont polis et hospitaliers, qu’ils nous aiment, -nous, Européens; non: ils ne nous aiment pas; ils nous détesteraient -plutôt, mais ils ne le font pas voir. Que pouvons-nous demander de plus? - -Là est l’une des grandes forces du caractère japonais: sa dissimulation. -Habitué, dès la plus tendre enfance, à ne rien laisser paraître sur son -visage de ses chagrins ou de ses joies, le Japonais se compose une -physionomie impénétrable, et il est impossible de deviner sa pensée. -Toutes ses idées se cachent derrière un sourire immuable que nous voyons -partout et en toute circonstance. - -Il est intéressant de reproduire ici, sans appréciation ni commentaire, -un passage paru dans une correspondance japonaise de l’_Avenir du -Tonkin_ sous la signature de «Sujin»: - - «Tout récemment sorti de la féodalité, le Japonais est encore soumis à - l’autorité de l’opinion, que nul ne songe à braver. De là cette - volonté collective dont la puissance a produit cette chose incroyable: - une dissimulation nationale sur un mot d’ordre donné à tout un peuple. - L’humanité dont on fit montre envers les prisonniers a été une - attitude imposée par l’élite de la nation en vue des observateurs - occidentaux. Pareillement, la politesse envers les étrangers recouvre - habilement la haine qu’ils inspirent. - - «L’âme héroïque du vieux Japon, même sans la complication nouvelle de - cette dissimulation, est très difficile à expliquer. Elle dissocie des - idées qui nous paraissent inséparables et inversement. Ainsi le mépris - de la mort, le sacrifice chevaleresque, le loyalisme sont les vertus - caractéristiques du samouraï, et pourtant, l’homme qualifié le plus - brave et le plus loyal n’hésitera pas à surprendre traîtreusement et à - frapper par derrière l’adversaire désarmé qu’il croit devoir haïr. Un - patriote se tue pour signer de sang ses idées, mais il assassinerait - aussi un ministre qu’il juge faire de mauvaise politique. Des exemples - abondent depuis 1869.» - - (_Avenir du Tonkin_, 9 mai 1909.) - - Tout cela s’en ira-t-il avec l’introduction des idées modernes? - L’opinion de M. Kawakami Kiyoshi, l’un des principaux sociologues du - Japon actuel, est à ce propos intéressante à connaître: «Les principes - moraux, et plus spécialement l’esprit chevaleresque qui avaient fourni - à la nation japonaise des règles de conduite pour sa vie quotidienne, - ont été détruits par les récentes révolutions: la révolution politique - et la révolution industrielle. Envie, inimitié, douleur, rage contenue - chez les pauvres; vanité extravagante, luxure et débauche chez les - riches, voilà les symptômes du grand conflit social qui certainement - surviendra au Japon dans un avenir très rapproché.» - - (_Avenir du Tonkin_, 9 mai 1909.) - - -XI.--De religion, le Japonais n’en a pas, ou en a peu; mais par contre, -il est très superstitieux. Autrefois, les lettrés suivaient la doctrine -confucéiste et le peuple les préceptes de Bouddha, tout en reconnaissant -et suivant en même temps le Shintoïsme ou religion des aïeux, ancêtres -du Mikado. - -Primitivement, à l’aurore de l’Empire, après l’établissement de la -monarchie par Jinmu, le Shintoïsme était seul connu: c’était, et c’est -encore aujourd’hui, l’adoration des ancêtres impériaux et notamment de -la déesse du soleil _Amaterasu o mi Kami_. - -A la nombreuse armée des dieux ou _Kami_ que je n’ai pas à énumérer ici, -les Empereurs ajoutèrent les noms de leurs prédécesseurs qu’ils -élevaient au rang de Kami, et c’est ainsi que le Shintoïsme est devenu -le culte des ancêtres impériaux. - -A côté, se sont peu à peu créées des superstitions populaires: celle du -renard à qui on dresse des temples et qu’on apaise par des sacrifices et -des prières; celles des dieux du vent, de la pluie, du tonnerre, etc... - -Après le Shintoïsme, vient le Bouddhisme qui a supplanté le premier dans -le peuple; le Shintoïsme est resté la religion de l’Empereur; le peuple -la respecte, va au besoin faire des prières au temple shintoïste, mais -il a adopté le Bouddhisme, plus à portée de son intelligence, plus -palpable dans ses dogmes et ses cérémonies; c’est par la Corée que le -Bouddhisme a été introduit au Japon sous le règne de Kin Mei tennô, en -563 de J.-C. Il eut, pour s’installer, bien des difficultés, mais la -protection impériale aidant, il prit vite racine et le Japon devint très -rapidement bouddhiste. C’est, à l’heure qu’il est, la religion la plus -répandue. - -En fait donc, les Japonais ont deux religions: le culte des Kami, -vieille religion nationale, et le culte de Bouddha importé de l’Inde par -la Chine et la Corée. Il n’est pas rare de voir un Japonais, un jour de -fête religieuse, aller prier aux deux temples, l’un après l’autre. - -Le Bouddhisme, au Japon, s’est scindé en plusieurs sectes qui toutes ont -leur temple principal à Kiôtô. A l’époque de Ota Nobunaga (1553) Kiôtô -était une vraie forteresse de bonzes qui se révoltaient fréquemment -contre le pouvoir; ils furent souvent châtiés et Nobunaga en fit un -massacre effroyable. - -Aujourd’hui la religion compte pour très peu de chose au Japon et seule -la superstition y a toujours de profondes racines. Les classes élevées, -imbues plus ou moins d’idées européennes, professent le plus souverain -mépris pour tout ce qui est culte et ne conservent que l’habitude des -rites shintoïstes aux jours de fête; par contre il m’a été affirmé de -bonne source, et je n’ai pas de peine à y croire, que les grands -personnages de l’État consultent les sorts tous les matins! - -L’État, en dehors du culte de Shinto, ne se mêle en rien de la religion -de ses sujets, et il est bien plus tolérant en cela que beaucoup de pays -d’Occident: le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie grecque -peuvent s’y développer en toute sécurité, pourvu qu’ils n’aillent pas -contre les lois de l’Empire; il est vrai que l’Empire n’a édicté aucune -loi d’exception contre eux, ce qui leur rend facile la tâche de se -soumettre aux lois communes. Les anciennes lois contre les chrétiens ont -été abrogées. - -Au point de vue politique le clergé n’a donc aucune espèce d’influence -au Japon. Prêtres de toutes sortes et moines de toutes catégories vivent -en paix, ne tracassant personne et n’étant pas tracassés. Les moines -mendiants parcourent même encore la rue le matin, récitant des prières -devant les portes et recevant les aumônes des fidèles. - -Quelques temples bouddhistes sont des monuments remarquables, bien que -construits entièrement en bois; ainsi le voyageur au Japon ne peut aller -à Kiôtô sans visiter: Nishi Hongwan ji et Higashi Hongwan ji; Kio Midzou -dera; Chi on inn. Les deux premiers se trouvent dans la ville même et -n’ont pas le grandiose entourage des deux autres. Élevés sur la colline -de Hiyézan, ils ont un cadre de verdure et d’arbres remarquablement beau -qui rehausse évidemment leur splendeur aux yeux du visiteur. Au mois de -mai Kiôtô et ses temples et ses palais attirent des pèlerins de toutes -les parties du Japon. - -Comme temple shintoïste il faut voir le temple de Gi on; mais les -temples shintoïstes sont de bois blanc, sans peinture aucune, et n’ont -comme ornement que le miroir et le sabre, legs fait au premier empereur -par la divine Amaterasu. On n’y trouvera donc aucun art, aucun décor; -seul le toit, d’architecture et de forme chinoises, mais moins massif, -plus élégant et élancé, est quelquefois une merveille de construction. - - -XII.--Au commencement de leurs relations avec le Japon, les étrangers -vivaient dans les îles en conservant leur statut national. Ils -n’avaient, il est vrai, pas le droit d’habiter en dehors des limites -fixées par les traités, dans les ports de Tokio, Yokohama, Osaka, Kobe, -Nagasaki, Niigata, Hakodate, mais ils ne relevaient pas des lois -japonaises et seuls leurs consuls pouvaient les juger et les condamner; -quand ils voyageaient dans l’intérieur, il leur fallait un passeport -délivré par les autorités japonaises sur la demande de leur ministre, et -ils ne pouvaient s’écarter de l’itinéraire inscrit sur le passeport sous -peine d’être reconduits au port ouvert le plus voisin. - -Aujourd’hui, après la révision des traités (signés pour la France en -1896), tous les étrangers résidant au Japon sont soumis aux lois et -règlements japonais. Ils peuvent, il est vrai, voyager sans passeport -dans tout l’intérieur du pays, mais leurs consuls ne peuvent rien pour -eux; ils sont entièrement soumis à la juridiction japonaise. Aussi, lors -de l’application des nouveaux traités, beaucoup de vieux résidents -européens ont-ils quitté le Japon. Actuellement (au 31 décembre 1906, -dernière statistique), il y a au Japon un total de 19.129 étrangers dont -13.000 Chinois et autres asiatiques. Les étrangers vivent dans les îles -du Soleil Levant sur le même pied que les Japonais, mais ils n’ont pas -le droit de posséder le sol; ils n’ont droit qu’à des baux -emphytéotiques de 99 ans. - -Le traité franco-japonais, signé à Paris le 4 août 1896, et qui est -entré en vigueur quatre ans après, c’est-à-dire en 1899, garantit aux -Français «constante protection pour leurs personnes et leurs -propriétés»; leur donne la faculté de «voyager, résider, et se livrer à -l’exercice de leur profession; acquérir, posséder, et transmettre par -succession des biens, valeurs et effets _mobiliers_ de toute sorte»; -leur garantit libre et facile accès auprès des tribunaux de justice; -leur permet de jouir d’une entière liberté de conscience. - -En ce qui concerne l’agriculture et le droit de propriété sur les biens -immobiliers, il est entendu que les Français jouiront au Japon des mêmes -avantages que les sujets de la nation la plus favorisée. Pour le moment -cette clause est lettre morte, aucun Européen ne pouvant posséder la -terre dans l’Empire du Mikado. La terre est, en effet, supposée -appartenir entièrement à l’Empereur et il ne peut l’aliéner. Il ne peut -que la prêter. - - - - -CHAPITRE III - -I. Provinces et districts.--II. Les trois «Shi».--III. Les quarante-cinq -«Kens».--IV. Administration méticuleuse.--V. Ports principaux. - - -I.--Au point de vue politique le Japon, jusqu’à l’ère de Mei ji (1868), -époque de la restauration impériale, était divisé en provinces (Kuni) au -nombre de 86, disposées en neuf groupes: 1º les provinces impériales (Go -kinai), au nombre de 5; 2º les huit grandes divisions (dô). Ces -dernières divisions étaient: - -Hokurokudô, Sanindô et Hokkaidô, au Nord; - -Tôkaidô et Tôsandô, à l’Est; - -Sanyôdô et Nankaidô, au Sud; - -Saikaidô, à l’Ouest. - -Les noms des provinces ou Kuni ne sont plus politiquement usités; mais, -comme parfois ils sont encore employés, même officiellement, j’en -donnerai ici l’énumération: - -Les Gokinai ou Provinces impériales comprenaient cinq Provinces: -Yamashiro, Yamato, Kawachi, Idzumi, Setsu; - -Le Tôkaidô (circuit du littoral de l’Est) quinze provinces: Iga, Ise, -Shima, Owari, Mikawa, Tôtomi, Suruga, Kai, Idzu, Sagamî, Musashi, Awa, -Kadzusa, Shimosa, Hitachi; - -Le Tôsandô (circuit des montagnes de l’Est) treize provinces: Omi, Mino, -Hida, Shinano, Kodzuke, Shimodzuke, Iwaki, Iwashiro, Rikuzen, Rikuchu, -Mutsu, Uzen, Ugo; - -Le Hokurokudo (circuit du continent du Nord) sept provinces: Wakasa, -Echizen, Kaga, Noto, Echiu, Echigo, Sado; - -Le Sanindô (petit circuit des montagnes) huit provinces: Tamba, Tango, -Tajima, Inaba, Hôki, Idzumo, Iwami, Oki; - -Le San yô dô (grand circuit des montagnes) huit provinces: Harima, -Mimasaka, Bizen, Bichu, Bingo, Aki, Suwo, Nagato; - -Le Nan kai dô (circuit du littoral du Sud) six provinces: Kii, Awaji, -Awa, Sanuki, Iyo, Tosa; - -Le Saikaidô (circuit du littoral de l’Ouest) douze provinces: Chikuzen, -Chikugo, Buzen, Bungo, Hizen, Higo, Hiuga, Osumi, Satsuma, Iki, -Tsushima, plus les îles Riu Kiu; - -Le Hokkaido (circuit du littoral du Nord) onze provinces: Oshima, -Shiribeshi, Iburi, Ishikari, Hitaka, Tokachi, Teshiwo, Kushiro, Nemuro, -Kitami, Chishima (îles Kouriles). - - -II.--Aujourd’hui le Japon est divisé en 3 Shi ou villes et 45 Ken ou -départements. - -Les trois Shi sont: Tôkiô, Kiôtô, Osaka. Tôkiô, capitale de l’Empire -depuis la Restauration de 1868, autrefois Yedo, capitale de Shôgun ou -Lieutenant général, est le siège du gouvernement et la résidence de -l’Empereur; cette ville est divisée en arrondissements (ku) et renferme -deux millions d’habitants. Les arrondissements sont: Kojimachi; Kanda; -Nihombashi; Kyosbashi; Shiba; Azabu; Akasaka; Yotsuya; Ushigome; -Koishikawa; Hongo; Shitaya; Asakusa; Honjo; Fukagawa. - -Les districts suburbains sont: Ebara gôri; Higashi tama gôri; Minami -Toshima gôri; Kita toshima gôri; Minami Adachi gôri; Minami katsushika -gôri. - -Vers le moyen âge, l’emplacement où s’élève aujourd’hui Yedo, n’était -qu’une plage de sable; au XVe siècle, un guerrier nommé Ota Dôkwan prit -possession du village de pêcheurs situé à l’estuaire du Sumida et appelé -Ye do (bouche du fleuve); il y construisit une forteresse en 1456; -Hideyoshi (Taikosama) s’empara de cette forteresse et ce fut son -successeur Iyeyasu qui, en 1603, en fit sa capitale. Elle devint ainsi -capitale des Shôgun, tandis que Kiôtô (miyako) restait la capitale des -Empereurs. Le mikado actuel, Mutsu hito, vint s’y installer en 1868 et, -au mois de septembre, changea le nom de la ville en celui de Tokiô. - -A part les monuments officiels tels que les ministères, les casernes, -l’état-major, les différentes écoles, etc., Tokiô est construit en bois. -Aussi les incendies y font des ravages effroyables et brûlent souvent -une partie de la ville, laquelle se trouve, d’ailleurs, reconstruite au -bout de quinze jours. Les rues sont larges, uniformes, et elles ont un -aspect triste à cause de la couleur grise du bois vieillissant aux -intempéries. L’aspect de la ville n’est pas gai du tout. Des tramways -électriques parcourent les principales rues, en même temps que les -djinrikisha ou voitures à hommes circulent dans toutes les directions. - -Les parties intéressantes de la ville sont: les parcs de Shiba où sont -enterrés deux Shôgun; les temples et les jardins qui précèdent et -entourent la tombe sont de toute beauté; au milieu du parc se trouve le -koyokwan ou cercle de l’Érable, sorte de club japonais fort élégant, qui -donne une idée très nette de la jolie maison nippone; les parcs d’Uyeno, -autre lieu de repos de Shôgun, à côté du lac de Shinobadzu; la colline -d’Atago yama d’où l’on domine toute la ville; les fossés et les portes -de garde de l’ancien château d’Yedo, aujourd’hui encore existant et -entourant le palais impérial; le grand temple d’Asakusa; la digue de -Mukojima. Les quartiers, qui ne sont pas trop européanisés, sont assez -pittoresques et amusants. - -Les environs de Tokiô sont très recherchés aux jours fériés et -aujourd’hui surtout, avec les facilités accordées par les chemins de -fer, la population émigre facilement autour de la ville toutes les fois -qu’un saint bouddhiste doit être fêté. - -Kiôto, l’ancienne capitale (Miyako) des Mikado, la ville sainte du -Japon, est située dans la province de Yamashiro, à environ cent -trente-deux lieues de Tokio, dans la direction du Sud-Ouest; et elle -n’est éloignée d’Osaka et de Kobé que de trois heures de chemin de fer. -La ville est divisée en deux parties: Kami Kio Ku, ou ville haute, et -Shimo Kio Ku ou ville basse. - -C’est en 784 que la dynastie impériale fixa définitivement sa capitale à -Kioto et ce n’est qu’en 1868, lors de la suppression du Shôgunat, que le -trône impérial fut transféré à Tokio. Aujourd’hui la ville de Kioto est -déchue et elle n’a plus guère d’animation; elle est un peu considérée -comme la capitale religieuse du Japon et certes le voyageur peut y -passer facilement un mois à étudier l’architecture bouddhique sous -toutes ses formes. Les principales excursions sont: le palais des -empereurs; Higashi Hongwan ji; Nishi Hon gwan ji; Chi on In; Kiomidzu -dera; San ju san guen dô; Honkoku ji; la colline de Hieizan; le lac -Biwa; les rapides d’Arashiyama ou plutôt du Katsuragawa. - -Kioto fabrique les broderies, la porcelaine et le bronze. - -Le Shi d’Osaka est actuellement le plus important des trois au point de -vue des affaires. La ville est située à environ cent quarante-trois -lieues de Tokio et quinze lieues de Kiôto. De nombreux canaux la -parcourent en tous sens, de sorte que la navigation, pour le transport -par eau, pénètre jusqu’au cœur de la ville, qui a aujourd’hui près d’un -million d’habitants. L’industrie du Japon s’est pour ainsi dire -concentrée dans cette ville, bien située, près de la mer, au centre du -Japon. Osaka est le grand marché commercial de l’Empire, et se trouve -aujourd’hui relié, par eau et par voie ferrée, à tous les points du -Japon. L’industrie y est également très florissante, et la population y -est généralement dans l’aisance. - - -III.--Les Ken ou Départements ont d’abord été au nombre de trente-cinq: - -1º Ken de Kanagawa. Il se compose de trois districts: Tsudzuki, -Tachibana et Kuroki, et d’une partie du district de Tama, province de -Musashi, plus de la province de Sagami. Le chef-lieu est Yokohama, -autrefois le port où résidaient le plus d’étrangers. Les villes -principales de ce département sont: Odawara, dans la province de Sagami; -Yokosuka dans la même province, non loin de Yokohama, place de guerre et -arsenal pour la marine impériale. - -2º Ken de Hiogo. Administre cinq districts de la province de Setsu et -deux districts de la province de Tamba, plus les trois provinces de -Harima, Awaji, Tajima. Le chef-lieu est Kobe, dans la province de Setsu. -Ce port, ouvert au commerce extérieur pendant la première année de Meiji -(1868) est contigu, du côté de l’Ouest, à celui de Hiogo. Au Sud-Est de -Kobe, se trouve la baie d’Osaka et un peu plus loin le détroit de -Tomoshima. La ville de Himeji fait également partie de ce Ken; elle est -située dans la province de Harima, à environ quatorze lieues à l’Ouest -de Kobé. - -3º Ken de Nagasaki. Administre trois provinces: Hizen, Iki et Tsushima. -Le chef-lieu est Nagasaki dans la province de Hizen; cette ville est à -environ trois cent quarante lieues de Tokio. Le port de Nagasaki, ouvert -depuis longtemps au commerce chinois et au commerce hollandais, ne le -fut pour les autres nations que dans la sixième année d’Ansei (1859). Le -port de Nagasaki est fermé de trois côtés par des montagnes; le -quatrième, qui est celui de l’entrée, est protégé par plusieurs îles et -îlots. Ce port est un des plus sûrs et des plus profonds du Japon. La -ville de Saga, dans la province de Hizen, se trouve à environ vingt-huit -lieues au Nord-Est de Nagasaki. - -4º Ken de Niigata. Administre les provinces d’Echigo (dont un seul -district, celui de Tsugawa, fait partie du Ken de Fukushima), et de -Sado. Le chef-lieu est Niigata, province d’Echigo, à environ -quatre-vingt-neuf lieues de Tokio. Elle est peuplée d’environ cinquante -mille habitants. Le port de Niigata fut ouvert au commerce étranger dans -la première année de Meiji (1868); situé à l’embouchure du Shinanogawa, -il est par suite peu profond et mal commode. La ville de Takata, dans la -province d’Echigo, se trouve à trente-trois lieues au Sud-Ouest de -Niigata. - -5º Ken d’Aïchi; formé de deux provinces: Owari et Mikawa; le chef-lieu -est Nagoya, dans la province d’Owari; cette ville est à cent -quatre-vingt-quatorze lieues de Tokio; elle est située au milieu d’une -plaine; ses rues sont larges et animées et c’est un des centres les plus -importants du Japon; il y existe un superbe château-fort (shiro), -ancienne résidence du Daïmio. La ville d’Okasaki, dans la province de -Mikawa, est située à dix lieues au Sud-Est de Nagoya. - -6º Ken d’Ishikawa; formé de trois provinces: Kaga, Noto, Echiu, plus -sept districts de la province d’Echizen. Le chef-lieu est Kanazawa, dans -la province de Kaga. Cette ville est à cent vingt-sept lieues de Tokio; -traversée au Nord et au Sud par deux rivières, le Saigawa et -l’Asanogawa, Kanazawa se trouve à peu près au centre du Hokurokudô. Le -commerce n’y est pas très considérable; villes principales de ce -département: Fukui, dans la province d’Echizen, et Toyama dans la -province d’Echiu. - -7º Ken de Hiroshima; formé des deux provinces d’Aki et de Bingo. Le -chef-lieu est Hiroshima dans la province d’Aki, situé à deux cent trente -lieues de Tokio. Le sol des environs est très fertile et la ville est -arrosée par plusieurs cours d’eau. La ville importante de Fukuyama, dans -la Province de Bingo, se trouve à vingt-six lieues à l’Est de Hiroshima. - -8º Ken de Wakayama formé de la province de Kii (quelques villages de -cette province, situés à l’Est de la rivière Kumano, font partie du Ken -de Miye). Le chef-lieu est Wakayama, à cent soixante-trois lieues de -Tokio. Cette ville, dont le côté Ouest est voisin de la mer et le côté -Nord est arrosé par le Kinogawa, se trouve à l’entrée de la baie -d’Osaka. - -Entourée de collines, Wakayama est fort pittoresque. - -9º Ken de Sakai, formé de trois provinces: Idzumi, Yamato et Kawachi. Le -chef-lieu est Sakai dans la province d’Idzumi; cette ville est à cent -quarante-huit lieues de Tokio. Sakai est situé sur le même littoral que -Osaka, au Nord; elle est arrosée par le Yamato gawa; on y prend des -quantités de poissons. Sakai était autrefois le point de mouillage des -navires étrangers. - -10º Ken de Miyagi, formé de treize districts de la province de Rikuzen -et de trois de la province d’Iwaki. Sendai, dans la province de Rikuzen, -en est le chef-lieu; elle est traversée au Sud-Ouest par le Hirosegawa -et elle est contiguë du côté de l’Est à Shiwogama et Matsushima. Les -environs de cette dernière ville forment un des plus beaux paysages du -Japon. Les productions principales sont le poisson et le sel. Sendai est -à 83 lieues au Nord de Tokio. - -11º Ken de Kôchi, formé des deux provinces de Tosa et d’Awa. Le -chef-lieu est Kôchi dans la province de Tosa; Kôchi est à deux cent -trente-et-une lieues de Tokio. A l’Est se trouve le port de Urato; au -Nord et au Sud coule le Kamigawa; les productions principales sont le -bois et le poisson. - -12º Ken de Kumamoto, formé de la province de Higo, chef-lieu Kumamoto, -ancienne place forte importante, à trois cent vingt-six lieues de Tokio; -arrosée au Sud par le Shirakawa, elle est bornée au Nord-Ouest par un -groupe de montagnes; c’est une des grandes villes du Sai kai dô. - -13º Ken de Shimane, formé de cinq provinces: Idzumo, Hôki, Inaba, Iwami, -Oki. Le chef-lieu est Matsuyé dans la province d’Idzumo, à deux cent -vingt et une lieues de Tokio. - -14º Ken d’Akita, formé d’une partie des provinces d’Ugo et de Rikuchiu; -chef-lieu Akita, dans la province d’Ugo. - -15º Ken de Saitama, formé d’une partie des provinces de Musashi et de -Shimosa; chef-lieu Urawa, province de Musashi. - -16º Ken de Chiba, formé de parties des provinces de Shimosa, Awa et -Kadzousa; chef-lieu Chiba, à onze lieues de Tokio, dans le golfe. - -17º Ken d’Ibaraki, formé de parties des provinces de Hitachi et de -Shimosa; chef-lieu Mito, province de Hitachi, sur l’Océan, à trente et -une lieues de Tokio. - -18º Ken de Tochigi, formé de la province de Shimotsuké; chef-lieu -Tochigi; ville principale Utsunomiya d’où partent la route et le chemin -de fer se dirigeant sur Nikkô. - -19º Ken de Gumma, formé de la province de Kodzuke; chef-lieu Mayebashi, -à vingt-huit lieues de Tokio; avec les villes de Takasaki et de Tomioka, -Mayebashi constitue le centre le plus important du Japon pour le -commerce de la soie. - -20º Ken de Miye, formé des provinces de Ise, Iga et Shima et une partie -de la province de Kii; chef-lieu Tsu, à cent treize lieues de Tokio. - -21º Ken de Shidzuoka, formé des provinces de Suruga, Totomi et Idzu; -chef-lieu Shidzuoka, province de Suruega. - -22º Ken de Yamanashi, formé de la province de Kai, chef-lieu Kôfu, à -trente-huit lieues de Tokio. - -23º Ken de Shiga, formé des provinces de Omi et de Wakasa et une partie -de la province d’Echizen; chef-lieu Otsu, dans la province d’Omi. -Hikone, ville célèbre, à quinze lieues au Nord-Ouest d’Otsu. - -24º Ken de Gifu, formé des provinces de Mino et Hida; chef-lieu Gifu, -ville renommée pour la fabrication des lanternes. - -25º Ken de Nagano, formé de la province de Shinano; chef-lieu Nagano ou -Zenkôji. Temple célèbre, où l’on vient en pèlerinage de toutes les -parties du Japon. - -26º Ken de Fukushima, formé de la province d’Iwashiro, et d’une partie -des provinces d’Iwaki et d’Echigo; chef-lieu Fukushima; ville principale -Wakamatsu. - -27º Ken d’Iwate, formé de parties des provinces de Rikuchu, Rikuzen et -Mutsu; chef-lieu Morioka, province de Rikuchu, à cent quarante lieues de -Tokio. - -28º Ken d’Awomori, formé de parties de la province de Mutsu; point -extrême du Honshu, Awomori en est la capitale, à cent quatre-vingt-onze -lieues de Tokio. - -29º Ken de Yamagata, formé de la province d’Uzen et d’une partie de la -province d’Ugo; chef-lieu Yamagata. - -30º Ken d’Okayama, formé des provinces de Bizen, Bichu et Mimasaka; -chef-lieu Okayama, province de Bizen. - -31º Ken de Yamaguchi, formé des provinces de Suwo et Nagato; chef-lieu -Yamaguchi, province de Suwo, à deux cent soixante-trois lieues de Tokio. - -32º Ken de Ehime, formé des provinces de Iyo et Sanuki; chef-lieu -Matsuyama. - -33º Ken de Fukuoka, formé des provinces de Chikuzen et Chikugo et d’une -partie de la province de Buzen; chef-lieu Fukuoka, à trois cent deux -lieues de Tokio. - -34º Ken d’Oita, formé de la province de Bungo et d’une partie de la -province de Buzen; chef-lieu Oita. - -35º Ken de Kagoshima, formé des provinces de Satsuma, Osumi et Hiuga; -chef-lieu Kagoshima, point extrême Sud de Kiushiu, à trois cent -soixante-dix-huit lieues de Tokio. - -Ces trente-cinq Ken ou départements ont été, ainsi qu’on peut le voir, -formés avec les anciennes provinces, comme en France les départements. -Depuis 1880, dix autres Ken ont été ajoutés à ces trente-cinq dont on a -trouvé quelques-uns trop considérables. C’est ainsi que, dans Kiushiu, -on a formé deux nouveaux Ken: Saga, chef-lieu Saga, et Miyazaki, -chef-lieu Miyazaki. - -Dans la grande île, on a coupé en deux le Ken de Shimane pour créer le -Ken de Tottori; à l’Est d’Osaka on a créé le Ken de Nara; à l’Est du Ken -d’Ishikawa qu’on a coupé, s’est formé le Ken de Toyama; au Sud celui de -Fukui; dans l’île de Shikoku, on a divisé les deux Ken de Ehime et de -Kochi pour y adjoindre ceux de Kagawa, chef-lieu Takamatsu et Tokushima, -capitale Tokushima. - -Enfin les îles Riukiu ont été incorporées à l’Empire sous le nom de -Okinawa Ken. - -L’île de Yezo forme un Chô ou gouvernement spécial; le pays est -également divisé en départements; mais l’administration de ce pays, -considéré comme une colonie plutôt que comme partie intégrante de -l’Empire, est forcément différente de celle des autres parties du Japon. - - -IV.--L’administration japonaise est méticuleuse et terrible dans les -détails. Sa paperasserie pourrait être, à juste titre, rapprochée de la -nôtre. Il faut dire que ce n’est pas chose moderne dans le pays du -Soleil Levant; autrefois, sous la féodalité et le gouvernement shôgunal, -les fonctionnaires avaient avec eux des espions, les _metsuke_, chargés -de les surveiller; il s’ensuit que l’habitude de faire rapport sur -rapport et d’accumuler les papiers se prit très vite. La recherche de -«la petite bête» existe au Japon dans toutes les administrations; les -minuties, les détails insignifiants exaspèrent ceux qui ont affaire aux -bureaux japonais; il faut tâcher d’en avoir besoin le moins possible. - -En voyage, dans l’intérieur, il n’est pas de jour où vous ne soyez -surveillé par les autorités qui envoient, matin et soir, la police vous -demander ce que vous faites, pourquoi vous êtes venu, si vous n’allez -pas bientôt vous en aller. C’est une tracasserie de chaque instant; le -tout, d’ailleurs, accompli avec une politesse exquise de la part de tous -les agents de l’autorité, mais ce n’en est pas moins quelquefois fort -ennuyeux. - -Aussi, à part les globe-trotters, les étrangers qui résident au Japon ne -s’absentent-ils guère au-delà des environs des ports de commerce où ils -habitent généralement. - - -V.--Actuellement les ports où le commerce européen peut s’installer sont -nombreux, mais les résidents des différentes nationalités se concentrent -surtout à Yokohama, Kobé et Nagasaki. - -Yokohama est situé dans la baie de Tokio, tout près du bourg japonais de -Kanagawa; étalé sur le bord de la mer d’un côté et adossé de l’autre à -une colline assez élevée où les Européens ont leurs maisons -d’habitation, tandis qu’ils ont leurs maisons d’affaires et leurs -magasins sur le quai et dans les rues adjacentes. Le quai est une des -jolies promenades de la ville; le port est peu abrité, quoiqu’il soit -aujourd’hui protégé. Quand le vent du Nord-Est souffle violemment, il y -a quelquefois de fortes tempêtes; depuis quelques années on a élevé près -de la douane un appontement où peuvent prendre place quatre paquebots, -ce qui facilite bien le débarquement et l’embarquement des marchandises -et des passagers. Autrefois le port de Yokohama était le grand centre -d’affaires des Européens; aussi y trouvait-on nombreuse société, club et -champ de courses; les dames même avaient fini par s’y installer et de -nombreuses familles y étaient nées qui donnaient à la ville une -physionomie de petit centre européen. Actuellement Kobé s’est développé -un peu au détriment de Yokohama par suite de la proximité d’Osaka où -sont les principales manufactures et industries du Japon. Kobé est sous -le rapport de la situation géographique beaucoup plus agréable et -infiniment plus pittoresque que Yokohama, et les environs en sont -délicieux. Quant à Nagasaki, le premier port où les Européens aient été -admis (c’est là que les Hollandais trafiquaient à Deshima depuis 1640), -il semble plutôt décliner. Peu d’Européens y demeurent et le commerce -devient de moins en moins brillant. - -Voici les autres ports ouverts au commerce: - -Osaka; les grands bateaux n’y viennent pas, mais restent à Kobé, le port -même d’Osaka ne pouvant leur assurer le mouillage. On fait des travaux -en vue d’un port, mais ils sont loin d’être terminés. Ainsi que je l’ai -déjà dit, cette grande ville est le véritable centre de l’activité -industrielle et commerciale du Japon. Situé au milieu des plus riches -provinces de l’Empire, en communications rapides, soit par eau, soit par -terre, avec les diverses parties du pays, Osaka est rapidement devenu le -principal emporium des îles du Soleil Levant. Les grandes cheminées -d’usine s’élèvent à côté du gigantesque château-fort en pierres énormes, -témoin des âges passés, et offrent un contraste frappant entre les deux -époques; - -Niigata, peu important; - -Yebisuminato, dans l’île de Sado, peu important; - -Hakodate, dans l’île de Yeso, ville de 60.000 âmes; peu important au -point de vue du commerce extérieur; - -Kio midzu, province de Suruga; - -Take toyo, province d’Owari; - -Nagoya n’est pas à proprement parler un port: celui-ci se trouve à Miya, -et c’est à cet endroit qu’on débarque pour se rendre à la ville. Les -gros bâtiments ne peuvent pas, du reste, entrer dans le port de Miya, et -c’est surtout par les petits bateaux et par la voie ferrée que -s’exécutent les transactions; - -Yokka ichi, province d’Ise; - -Shizaki, province de Bingô; - -Shimonoseki, province de Nagato; peu important, mais lieu de passage de -tous les bateaux qui entrent dans la mer intérieure ou en sortent; - -Môji, province de Buzen; port important au Nord de l’île de Kiushu, -point terminus du chemin de fer venant de Nagasaki; - -Wakamatsu, province de Chikuzen; - -Hakata, province de Chikuzen; - -Karatsu, province de Hizen; - -Sumi no ye, province de Hizen; - -Kuchi no dzu, province de Hizen; - -Miike, province de Chikuzen; - -Tsuruga, province d’Echizen; - -Awomori, province de Mutsu; - -et quelques autres petits ports dont je juge inutile de citer les noms. - -Le commerce se fait surtout à Yokohama, Kobe, Osaka et Nagasaki. - -Tokio, bien que situé sur la mer, à l’embouchure du Sumidagawa, n’est -pas un port praticable: il n’y a aucune profondeur et des bateaux, même -de moyen tonnage, ne peuvent y mouiller. - -Les quatre grands ports ci-dessus nommés sont pourvus de tout le -matériel moderne pour l’embarquement, le débarquement, la mise en docks -des marchandises. L’outillage et l’administration des ports de commerce -répondent à ce que peuvent désirer les armateurs et les négociants -modernes. - -De Yokohama partent les lignes de paquebots se dirigeant vers l’Europe -et l’Amérique: tous ces bateaux, à service régulier, font escale à Kobé -et Nagasaki. - - - - -CHAPITRE VI - -I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre au Japon.--Le chemin de -fer sibérien; les compagnies de navigation qui font le service.--II. -Prix des passages. Les côtes japonaises.--III. La mer intérieure jusqu’à -Kobé; de Kobé à Yokohama.--IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le -service du Pacifique.--V. Aspect triste des villes japonaises pour celui -qui débarque. - - -I.--Pour se rendre au Japon, à l’heure actuelle, le voyageur n’a que -l’embarras du choix. Très éloigné d’Europe à des époques qui ne sont pas -encore bien lointaines, et où il fallait quarante-cinq jours bien -comptés de Marseille à Yokohama, le pays du Soleil Levant, grâce à la -voie de terre à travers les steppes de Sibérie, n’est plus qu’à vingt -jours de Paris. Voici quelles sont, avec le transsibérien, voie -terrestre, les routes maritimes pour se rendre dans les ports japonais: - -Voie de Sibérie.--Tous les deux jours un train part de Moscou, par Perm, -Ekaterinburg et Tioumen. Cette dernière ville était le dernier point -d’arrêt des chemins de fer russes vers l’Asie lorsque le gouvernement -russe entreprit l’immense travail de pousser le rail jusqu’à -Wladiwostok. De Tioumen, la voie file sur Omsk, Krasnoyarsk et Irkoutsk -d’où elle repart, en contournant le Baïkal, sur Tchita, Nertchinsk pour -pénétrer en Mandchourie et se diriger sur Kharbine. De ce dernier point, -partent deux voies: l’une sur Port-Arthur[9]; l’autre sur Wladiwostok, -point extrême de la voie russe. De ce port un service de bateaux gagne -le Japon. Mais le trajet est un peu plus long; le plus rapide est de -quitter le train russe à Kharbine et de se diriger sur Dalny (Talienwan, -Tairen), d’où le bateau transporte le voyageur jusqu’à Nagasaki. Les -wagons russes sont excessivement confortables, et il est évident qu’ils -ne laissent rien à désirer au point de vue du bien-être; seule la -vitesse pourrait être augmentée, mais il faut se dire qu’il n’existe -qu’une voie, d’abord, ce qui retarde nécessairement la marche des -trains, et, qu’ensuite, la voie est encore toute nouvelle, qu’elle a été -construite rapidement et d’une façon hâtive sur certains points par -suite des nécessités de la dernière guerre et que, par conséquent, elle -n’est pas encore stable partout. Le temps remédiera à ces petits -défauts, et, lorsque la deuxième voie sera exécutée, on pourra aller par -train rapide en dix jours de Paris à Péking. - - [9] Le Sud de cette ligne est aujourd’hui aux mains des Japonais. - -Le prix du voyage, actuellement, se rapproche du prix du passage par -mer; il faut compter 2.000 francs pour voyager en première classe de -Paris à Nagasaki. - -Route de Marseille par l’Océan Indien: - -De Marseille partent plusieurs lignes: d’abord les _Messageries -Maritimes_, dont les bateaux quittent le port les dimanches pour -Port-Saïd, Suez, Aden (une fois sur deux), Djibouti (une fois sur deux), -Colombo, Singapour, Saïgon, Hong-Kong, Shanghaï, Yokohama. Cette -Compagnie possédait autrefois une flotte fort belle et des bateaux très -confortables et très proprement tenus. - -Les étrangers, notamment les Anglais, y venaient en foule et les -préféraient de beaucoup aux bateaux anglais; malheureusement un fait se -produisit qui enleva aux Messageries la clientèle étrangère et aussi -beaucoup de leur clientèle française: c’est que le Gouvernement français -ayant supprimé, pour le transport de ses troupes en Indo-Chine, les -grands bâtiments qui avaient été construits et destinés à cet usage -exclusif, tels que le _Mytho_, le _Bien hoa_, le _Shamrock_, etc., et -ayant conclu avec les Messageries un contrat pour le transport des -officiers et des soldats, cette Compagnie se voit obligée par chaque -courrier de remplir ses paquebots de troupes. Et c’est pour cela que les -étrangers l’ont quittée; que de nombreux passagers français, payant de -leur poche, ont fait de même, et qu’à l’heure actuelle, les bateaux des -Messageries ne transportent que des militaires et des fonctionnaires. Le -service est, d’ailleurs, bien au-dessous de ce qu’il était autrefois. - -La _Peninsular and Oriental_, Compagnie anglaise, fait également le -service de Marseille au Japon par l’Océan Indien et Shanghaï; mais peu -de monde la prend; elle est presque exclusivement chargée de -fonctionnaires et de négociants anglais de l’Inde; le service y est fort -correct; tout y est très propre; le confort y est anglais, c’est tout -dire; mais pour la nourriture elle est fort inférieure, et les estomacs -non encore habitués à la fâcheuse cuisine anglaise arriveront à Yokohama -en bien mauvais état. - -_Norddeutscher Lloyd._--Tout ce qu’ont perdu les Messageries a été gagné -par la Compagnie allemande. Les bateaux ne touchent pas Marseille, il -est vrai; mais comme ce n’est pas sur la clientèle française qu’elle -compte, elle n’a que faire de s’arrêter dans un port français; aussi -a-t-elle deux points de relâche au Nord: Anvers et Southampton, et deux -au Sud: Gênes et Naples. Le Norddeutscher Lloyd est la Compagnie qui, à -l’heure présente, effectue le plus de transports de passagers pour -l’Extrême-Orient. Les bateaux sont très confortables, fort bien tenus; -la cuisine y est bonne; et le personnel très bien dressé; une seule -chose y est atroce: c’est la musique de foire dont on vous fatigue les -oreilles pendant les repas, et même après. Trop de musique! - -_Nippon Yusen Kwaisha._--Cette Compagnie touche à Marseille; les bateaux -sont très beaux et les quelques cabines qu’ils contiennent sont très -confortables; mais ils ne prennent que peu de passagers; d’ailleurs leur -voyage depuis Marseille jusqu’au Japon est fort long par suite de la -durée de leur station aux escales, par conséquent ils ne sont guère -encombrés; il leur arrive en effet de rester quatre et cinq jours dans -un port, et il n’y a que les personnes peu pressées qui les prennent, -par suite du prix bien moindre qu’elles paient pour le voyage. - -En dehors des lignes de paquebots que je viens de citer et qui font un -service régulier tous les quinze jours, il existe également une ligne -autrichienne et une ligne italienne, mais dont les départs et les -arrivées ne sont pas très réguliers. - - -II.--Les prix du passage, sauf en ce qui concerne les Compagnies -japonaise, autrichienne et italienne, sont à peu de chose près les -mêmes: dix-huit cents francs en première classe et onze cents en -seconde; sur les paquebots français et allemands il y a une troisième -classe, mais peu fréquentée; car il n’y a pas d’_émigrants_ pour les -pays d’Orient; il n’y a que des négociants, lesquels vont en première, -et des employés qui vont en seconde. Les bateaux anglais de la -Peninsular and Oriental ont aussi premières et secondes, mais pas de -troisièmes. Toutes les Compagnies délivrent des billets d’aller et -retour, mais les plus longs délais sont donnés par le Norddeutscher -Lloyd. - -Le premier port japonais touché par les paquebots est le port de -Nagasaki. L’entrée en est merveilleuse. Des îlots de verdure y forment -plusieurs passes; devant soi, en contournant tous ces îlots (dont l’un, -le Pappenberg, rappelle le martyre de nombreux chrétiens que les -Japonais précipitaient du haut des falaises à pic sur les roches battues -par les vagues), on aperçoit la colline toute couverte de frondaisons, -et de champs descendant jusqu’à la mer. Çà et là, des rochers sombres -émergent au-dessus des flots, par endroits la côte est à pic; de grands -cèdres dressent leur tête et au milieu, sous leur ombrage protecteur, on -aperçoit de petits temples perchés de côté et d’autre sur les points qui -semblent à première vue les plus inaccessibles. De nombreuses barques de -pêcheurs sillonnent la rade, et, à mesure qu’on s’avance au fond de la -baie, la ville, jusque-là cachée, se découvre. Juste en avant, tout au -fond, Deshima, cette petite langue de terre où autrefois les Hollandais -étaient parqués, et qu’aujourd’hui rien ne distingue plus du reste de la -ville. Derrière Deshima, et de chaque côté, la ville s’étend, aux -petites maisons basses, aux rues étroites, et, brusquement, elle s’élève -et perche ses constructions sur la colline, autour du grand temple -rouge, d’où la vue domine toute la rade. - -Un peu en avant de Deshima, sur la droite de la ville Japonaise, -s’élèvent les habitations européennes, toutes en terrasses; les divers -consulats; l’hôtel Bellevue; les établissements et l’église de la -mission catholique, des sœurs, de l’école des frères maristes; dans le -bas de la colline, la rue marchande, avec le nouvel hôtel, juste sur le -quai; les magasins, les banques, les agences d’affaires, les boutiques -et tous les _general store keepers_ et _ship-chandlers_ ou magasins -généraux d’approvisionnements. - -Nagasaki est, pour le japon, un port très important en raison de la -sûreté et de la profondeur de sa rade, et de sa situation à l’extrémité -Sud de l’Empire, tourné vers les côtes de Chine et de Corée. - -En face de Nagasaki, de l’autre côté de la baie, sont installés des -fonderies et des ateliers de réparations et de constructions. Nagasaki -actuellement renferme une population de près de 180.000 habitants. - - -III.--En quittant le port de Nagasaki, les navires regagnent le Nord par -la côte occidentale de l’île de Kiu shu et pénètrent, par le chenal de -Shimonoseki, dans le Setouchi ou mer intérieure. Cette mer, célèbre dans -le monde entier par la beauté de ses paysages de verdure, de ses -innombrables petites îles couvertes de temples haut perchés où l’on -arrive par des escaliers de cent marches et plus, est subdivisée -précisément par ces îlots en une série de six parties appelées _nada_ -(courant violent, gouffre) qui prennent leur nom des provinces dont -elles mouillent le rivage. Ce sont: Idzumi nada; Harima nada; Bingo -nada; Mishima nada; Iyonada; Suwonada. - -La mer intérieure communique au Sud avec le grand Océan par deux -passages, l’un entre le Honshu et Shikoku; l’autre entre Shikoku et -Kiushu. A l’Est, elle s’unit à la mer du Japon par le détroit qui sépare -Kiushu du Honshu, et où se trouvent au Sud, dans Kiushu, le port de -Môji; au Nord, dans la province de Nagato, Ken de Yamaguchi, le port de -Bakan ou Shimonoseki. On peut naviguer sur la mer intérieure en toutes -saisons, de nuit aussi bien que de jour, grâce au système de phares très -complet et très sûr installé sur tous les points par le gouvernement -japonais. Les marées et les courants sont aujourd’hui bien connus et -sont très réguliers aux sorties Est et Ouest sur l’océan et la mer du -Japon; dans quelques parties resserrées par les îlots, à l’intérieur -même du Setouchi, ils sont d’une grande violence. - -Le voyageur devra toujours s’arranger de façon à faire de jour la -navigation de la mer intérieure du Japon; le plus pratique serait de -quitter le grand paquebot à Shimonoseki et de prendre, pour la traversée -jusqu’à Kobé, un des nombreux petits bateaux côtiers qui font le -cabotage. Le paysage, en effet, vaut, entre tous ceux du Japon, la peine -d’être étudié; non point que l’on se trouve en présence d’une nature -grandiose; non, tout au contraire: la nature y est jolie, attrayante, -charmante par sa verdure, ses villages, ses temples, ses fleurs, le tout -fin et gracieux; quand le soleil brille sur cet ensemble et détache au -loin sur l’azur les collines de Kiushu et Shikoku, on ne se lasserait -pas de ce paysage exquis, doux et un peu languissant, on ne se -détacherait pas de la vision de cette terre à l’air si accueillant et si -inoffensif et qui pourtant nourrit un peuple de guerriers à l’âme dure. - -De Nagasaki à Kobé, par la mer intérieure, il faut compter douze heures -environ. - -Si le port de Nagasaki est excellent et de toute sécurité, il n’en est -pas de même du port de Kobé ou Hiogo. (Kobé est la ville où résident les -Européens; Hiogo la ville japonaise; elles ne sont du reste séparées que -par un pont sur une rivière à sec.) - -Les navires étaient primitivement obligés de mouiller en grande rade, le -port n’étant aucunement protégé des vents du large; aujourd’hui les -autorités ont établi un appontement s’étendant assez loin dans la mer, -mais où seuls les paquebots-poste accostent, par suite des droits assez -élevés; de sorte que tous les cargo-boats, encore aujourd’hui, sont -obligés de jeter l’ancre assez loin, ce qui est un gros désavantage pour -effectuer le débarquement et l’embarquement des marchandises. La ville -européenne de Kobé est assez coquette, tout à plat le long de la mer; -c’est là que se trouvent les hôtels, les magasins, les banques, les -Consulats étrangers; quelques maisons d’habitation fort élégantes y -dressent également leurs murs de briques rouges: plus loin, au-delà de -la ligne de chemin de fer, de l’autre côté de la station de Sannomiya, -sur une colline pas très élevée, mais agréable, des Européens ont -construit leurs demeures privées qu’ils regagnent le soir après la -fermeture de leurs bureaux. On y est en meilleur air et dans un calme -plus reposant. - -Kobé-Hiogo avait une population de 285.000 habitants d’après le dernier -résumé statistique de l’Empire (1908). - -De Kobé à Yokohama on compte généralement trente heures de navigation. -C’est la partie du Japon où la navigation est la plus mauvaise en tout -temps; l’hiver à cause de la mousson de Nord-Est qui souffle avec -violence; l’été par suite de la mousson de suroît qui amène souvent des -typhons redoutables. La navigation est surtout pénible par le travers du -chenal d’Owari; jusqu’à l’entrée de la baie de Tokiô on n’aperçoit rien -des côtes, tout au plus au loin l’île d’Oshima dont le volcan lance -constamment de la fumée; l’entrée de la baie est formée par les deux -pointes d’Awa et de Sagami, et se trouve très resserrée à la hauteur -d’Uraga; le golfe s’élargit ensuite et laisse apercevoir à l’Ouest -Yokosuka, puis Yokohama et Tokio. Depuis le phare de Jô ga shima, en -face de Misaki, sur la pointe de Sagami, jusqu’à Yokohama d’un côté et -jusqu’à Kamakura et Enoshima de l’autre côté, la côte japonaise est -délicieuse, et enchanteresse. Il serait difficile de trouver de plus -charmants endroits que les baies de Yokosuka et d’Uraga, et de plus -agréables plages que celles de Kamakura et d’Enoshima; les Européens -résidant au Japon ont mis à la mode ces stations d’été et aujourd’hui -les Japonais y accourent de Tokio. - -Yokohama, situé sur un ancien marais désigné autrefois aux Européens, -par dérision, comme emplacement a des environs de toute beauté. - -La ville elle-même s’étend le long de la mer, adossée au fond à une -colline assez élevée nommée par tous les Européens le «Bluff». Sur le -quai, et dans les deux rues parallèles en arrière du quai, Water street -et Main street, se trouvent les bureaux, magasins, hôtels, banques, -boutiques de _General store keeper_, magasins généraux où l’on vend de -tout. Les consulats y sont installés également; sur la colline, les -maisons d’habitation que l’on regagne le soir, une fois les bureaux -fermés. Yokohama a toujours été, depuis l’ouverture du Japon, la grosse -place commerciale, et c’est là que se trouve encore aujourd’hui la -colonie la plus importante d’Européens et d’Américains. Le «United club» -les réunit dans une même fraternité, et dans ces réunions il n’est -jamais question de nationalités: on est «blanc». - -De magnifiques hôtels se dressent sur le quai: le Grand-Hôtel, fondé -jadis par un Français, actuellement passé dans les mains d’une Société -américaine et où fréquentent principalement les Américains de passage au -Japon, qui sont toujours très nombreux.--L’Oriental Hôtel, créé et tenu -encore par un Français, somptueusement meublé et décoré et où l’on mange -une cuisine qui n’a pas sa pareille dans tout le Japon.--Enfin le -Club-Hôtel, plus modeste, mais où l’on trouve cependant tout le -confortable désirable. - -La colline ou «bluff» est une ravissante petite ville européenne que -rien absolument ne distingue d’une localité quelconque des environs de -Paris, telles Ablon ou Savigny-sur-Orge. Petites villas coquettes, -entourées d’un jardin; rues très propres et très soignées, mais aucun -cachet particulier. Passé la petite ville, se trouve le champ de -courses, non loin de la Mississipi bay, charmante petite baie, ainsi -nommée par les Américains, lorsqu’en 1852 ils arrivèrent pour la -première fois au Japon. Le champ de courses est la grande promenade pour -les habitants et deux fois par an, au printemps et à l’automne, les -courses y réunissent toute la ville. Ce sont alors les grands jours de -Yokohama. - -Les environs de Yokohama sont tous fort agréables, et les jours fériés -voient de nombreux excursionnistes qui, sans s’éloigner beaucoup, -peuvent charmer leurs loisirs au milieu de la verdure des petites -collines qui dressent leurs sommets autour de la baie. - -Aujourd’hui, avec le chemin de fer, les environs immédiats de la ville -sont un peu abandonnés, mais on va souvent plus loin pour trouver des -endroits moins agréables. - - -IV.--Yokohama est donc le point extrême pour les paquebots qui viennent -d’Europe; il l’est aussi pour ceux qui viennent d’Amérique; de ce côté -également, plusieurs Compagnies font le service: trois entre les -États-Unis et le Japon; une entre le Canada et le Japon. - -Les trois Compagnies qui, de Yokohama, rejoignent les États-Unis sont: - -L’Occidental et Oriental qui va à San-Francisco; - -L’American pacific mail qui va également à San-Francisco; - -La Nippon Yu sen Kwaisha qui va à Seattle. - -Celle qui fait le service du Canada est la Canadian Pacific qui aboutit -à Vancouver. - -Ces bateaux mettent douze jours de Yokohama à Vancouver et quatorze de -Yokohama à San-Francisco; les bateaux américains, une fois sur deux, -font relâche à Honolulu; le départ a lieu tous les quinze jours. - -De Paris à Yokohama par cette route, il faut compter une trentaine de -jours; en effet: - - 1º de Paris à Londres 1 jour - de Londres à Liverpool 1 -- - de Liverpool à Montréal 8 -- - de Montréal à Vancouver 5 -- - de Vancouver à Yokohama 12 -- - -- - Total 27 jours. - -Comme on ne peut pas voyager comme une lettre, il faut compter trois ou -quatre jours de plus. - - 2º de Paris au Havre 1 jour - du Havre à New-York 7 -- - de New-York à San-Francisco 5 -- - de San-Francisco à Yokohama 14 -- - -- - Total 27 jours. - -Mais en revanche, le voyage de ce côté coûte plus cher et il faut -compter sur 3.000 francs en première classe; le moindre séjour en -Angleterre et en Amérique est onéreux et les dépenses effectuées dans -les wagons-restaurants et en bateau sont également très élevées. Aussi, -en dehors des Américains, peu de voyageurs choisissent cette route qui -double presque le tarif du voyage par l’Océan Indien ou la Sibérie. - - -V.--En arrivant au Japon, l’étranger ne doit pas s’attendre à trouver -des monuments, de belles constructions architecturales, des villes de -granit et de marbre comme en Europe et en Amérique. Lorsqu’il a débarqué -à Yokohama, à Kobé ou à Nagasaki, et qu’il a suffisamment parcouru les -rues quasi-européennes bordées de bengalows ou de villas sans style, -quelconques, maisons carrées en briques et bois, construites non pour -l’art mais pour le confort et pour la résistance aux tremblements de -terre, il a hâte de connaître quelque ville indigène, comptant sur une -surprise agréable, avec l’espoir de découvrir quelque chose de riant et -de gai. Le Japon, pour le voyageur qui vient d’Europe, n’est-ce pas le -bariolage des kakémonos? - -Eh bien, il faut le détromper. L’aspect de toute ville japonaise est -immensément triste. Tout est gris. Des maisons basses, en bois devenu -gris avec le temps, recouvertes de tuiles noires, se succèdent sans -interruption; des habitants, hommes et femmes, vêtus de couleurs grises -(il n’y a que les enfants et les jeunes filles habillés de couleurs -voyantes aux jours de fête): tout cela donne une impression complètement -dépourvue de gaîté. Dans de grands centres comme Tokio, Kioto, Osaka, -quelques vastes temples rouges, à la toiture énorme, apportent à -certaines parties de la ville un cachet qui ne manque pas d’une réelle -grandeur, mais les villes elles-mêmes sont misérables et tristes. - -Ce qu’il faut voir au Japon c’est la nature, toujours plaisante et -gracieuse, en hiver comme en été, au printemps comme en automne; rien de -grand, rien d’imposant comme à Java, comme dans l’Inde, comme dans -certaines parties de la Chine occidentale; mais tout est souriant, -aimable et doux. La nature japonaise n’est pas empoignante, elle est -reposante et accueillante; même ses volcans terribles, le Fuji yama, -l’Asama, le Onsengatake n’offrent rien d’effrayant. Les cascades -gigantesques comme celles de Kégon à Chusenji ou de Kirifuri à Nikkô -semblent des joujoux de cascades. Et toujours la même pensée vient à -l’esprit du voyageur quand il a visité un peu ce pays: comment cette -nature, en somme si calme et si gentille, a-t-elle pu conserver aux -habitants ce caractère batailleur des anciens «hommes à deux sabres», -caractère encore sensible aujourd’hui sous une couche d’occidentalisme, -à vrai dire très mince? - - - - -CHAPITRE V - -I. La vie indigène; la nourriture.--II. Coût de la vie au Japon; cherté -des denrées et des loyers.--III. Hôtels à l’européenne.--IV. La famille -japonaise, sa constitution, ses mœurs. Situation de la femme et des -enfants. - - -I.--La nourriture, en général, est fort simple: le riz en est la base -principale avec le poisson, dont les mers du Japon abondent. Cependant -aujourd’hui on commence à trouver du pain un peu partout, dans les -grands centres, et aussi de la viande de boucherie. Néanmoins le -Japonais préfère son riz, son poisson et ses légumes, et si vous -l’invitez à dîner et, par conséquent, s’il mange du pain chez vous, -soyez sûr qu’en rentrant chez lui il mangera son bol de riz; s’il n’a -pas son riz, il n’a pas dîné. - -Le poisson se prépare de différentes façons: grillé souvent et -quelquefois cru. Cependant on n’offre guère du poisson cru (dorade ou -carpe) que dans les grandes occasions; on prend alors le poisson vivant; -on l’écaille et on le coupe tel quel et on mange les tranches en les -trempant dans une sauce noire appelée shôyu. Au début cela paraît -bizarre, mais on s’y fait. - -Les œufs forment aussi une partie de la nourriture japonaise; ils en -préparent une sorte d’omelette que l’on consomme froide. Comme légumes, -les Japonais ont tous les nôtres; mais en plus ils mangent: les oignons -de lys; les racines de lotus; les jeunes tiges de fougère; les jeunes -pousses de bambou; ils aiment beaucoup les fruits confits dans une -espèce de vinaigre; différentes espèces d’herbes conservées d’une -certaine manière. En somme ils ont un régime plutôt végétarien. -Quelquefois, cependant, quand ils ont un ami, ils tueront un poulet et -feront un «torinabé» ou poulet à la casserole en le cuisant avec du -sucre et du vin de riz (sake). - -Les sucreries sont fort appréciées au Japon; aussi les boutiques de -pâtissiers et les marchands de bonbons ambulants sont-ils nombreux. - -Tout le monde, hommes et femmes, fume au Japon, l’usage des cigarettes -est devenu assez répandu; mais cependant on a conservé l’habitude de la -petite pipe en métal d’où l’on tire deux bouffées et qu’on bourre sans -cesse avec du tabac coupé aussi fin que des cheveux. - -On a souvent dit que les Japonais étaient très propres et je l’ai -constaté moi-même. Ils ont la propreté du corps, mais ils n’ont pas le -sens de la propreté des objets dans les mêmes proportions que -l’Européen. Ainsi tout Japonais qui se respecte ira prendre un bain -chaud après son dîner; celui qui n’a pas son «fourô» (baignoire) chez -lui, va aux bains publics où les hommes et les femmes sont ensemble -(séparés par une corde); mais, d’un autre côté, votre servante essuiera -très bien, avec la même serviette, le vase de nuit d’abord et votre -assiette ensuite. - - -II.--Il y a une trentaine d’années la vie était normale, je veux dire -bon marché, et une famille japonaise pouvait vivre facilement avec -quinze yen par mois. C’était le bon temps, mais on n’avait pas de -«gloire». Maintenant on a de la gloire, mais elle coûte très cher, et la -vie est devenue tellement coûteuse qu’actuellement la famille, qui -dépensait quinze yen, est obligée d’en dépenser cinquante. Il s’ensuit -que la misère est effrayante aujourd’hui au Japon; il est vrai que -personne ne s’en plaint et on la supporte sans murmurer jusqu’à présent. -Cela durera-t-il? Tout est imposé à l’extrême et le pays rend tout ce -qu’il peut rendre; car _il est pauvre et ses possibilités sont très -limitées_. - -Si la cherté de la vie a ainsi augmenté pour l’indigène, c’est -naturellement encore bien pis pour l’Européen, qui lui ne se contente -pas de riz et de légumes, mais qui a besoin de viande, de pain, de vin, -d’huile, de vinaigre, de sucre raffiné, de thé, de café, d’alcool, de -pâtes alimentaires, et en général d’une foule de choses qu’il lui faut -importer d’Europe ou d’Amérique. Achat, transport, et droits de douane -formidables font monter les denrées nécessaires à l’Européen à un prix -tellement élevé qu’il faut être très riche aujourd’hui pour vivre au -Japon à l’européenne. - -Une maison japonaise, que l’on payait jadis 30 yen par mois, en vaut 90 -aujourd’hui, un domestique que l’on payait 10 yen en réclame 30, et tout -est à l’avenant. - - -III.--Autrefois, depuis le moment où le Japon a été ouvert aux -Européens, ces derniers devaient habiter dans les cinq ports ouverts de -Yokohama, Nagasaki, Kobé, Niigata et Hakodate; ils ne pouvaient, sous -aucun prétexte, résider en dehors sans passeport délivré par les -autorités japonaises; plus tard les villes de Tokio et d’Osaka leur -furent ouvertes, mais ils furent parqués dans une certaine partie de la -ville avec défense de demeurer en dehors des limites fixées. Ce régime a -pris fin avec la révision des traités, et depuis 1899 les Européens ont -le droit de résider et de voyager partout au Japon sans être inquiétés. -On trouve, dans tous les grands centres, des hôtels installés à -l’européenne et où l’on donne une nourriture anglo-japonaise d’un goût -douteux. Tokio possède l’Imperial Hôtel, grand bâtiment en pierre, -secoué plusieurs fois violemment par les tremblements de terre; le -Métropole Hôtel, plus modeste, mais où l’on avait, autrefois, une -cuisine assez convenable quand il était dirigé par un Français. - -Kiôtô.--Kiôtô-Hôtel, très bien situé dans la partie centrale de la -ville; Myako-Hôtel; Nakamura rô; Ya ami Hôtel; situé dans le parc de -Maruyama, il est d’un séjour fort agréable; les prix sont d’environ 5 à -6 yen par jour. - -Osaka.--Osaka-Hôtel à Nakanoshima, et Nippon-Hôtel. Les hôtels d’Osaka -sont peu fréquentés, parce que les étrangers résident plutôt à Kiôtô et -à Kobé et ne vont qu’en passant à Osaka. - -Nagasaki.--Cliff House; Nagasaki Hôtel sur la colline; Japan Hôtel; -Hôtel Antonetti; Hôtel de France, sur la mer; 5, 6 et 10 yen par jour. - -Kobé.--Club Hôtel; Grand Hôtel; Hôtel Français; Oriental Hôtel Limited, -le plus ancien hôtel de Kobé, très confortable: 5, 6 et 10 yen par jour. - - -IV.--Il va sans dire que le touriste ou même le négociant, qui veut -goûter la saveur locale, peut toujours descendre dans un des nombreux -hôtels japonais, qui se disputent les voyageurs sur tout le territoire -de l’Empire. Il aura soin, alors, de retirer ses souliers avant d’entrer -(bien des Européens, refusant de le faire, ont ainsi nui au bon renom -occidental et ils ont fermé beaucoup d’hôtels indigènes aux étrangers); -il s’assoiera sur les talons, les jambes repliées sous lui, et il -dormira sur le tatami ou grosse natte de paille dans l’épais _fouton_ -(couverture ouatée). Passer quelque temps dans une auberge japonaise n’a -rien de désagréable en somme; et cela permet de prendre contact avec la -vie et les coutumes indigènes. - -Malgré l’installation des étrangers dans les grands centres, il est bien -évident que les mœurs ne se sont point modifiées; un peuple ne change -pas de mentalité en l’espace de cinquante ans, et, s’il lui est -relativement facile d’adopter la civilisation matérielle de l’Occident, -il lui est plus difficile de changer complètement son système social. - -En Europe, le foyer est constitué par la femme, la mère de famille; -c’est autour d’elle que l’on se réunit, c’est vers elle que tout -converge. Au Japon il n’y a pas de foyer. La femme ne compte pas; le -père seul existe, c’est lui le pivot de la famille japonaise; il est le -représentant de la race et son continuateur. Cependant, contrairement à -certains pays d’Orient, où la femme est séquestrée ou tenue dans une -situation tout à fait inférieure, au Japon la femme n’est soumise à -aucune réclusion jalouse; elle tient un rang honorable dans la société -et partage les récréations de ses parents et de son mari, quoique jamais -elle ne soit initiée à leurs affaires. Laissée très libre, elle abuse -rarement de cette liberté, bien que, naturellement, le Japonais ne soit -pas plus à l’abri que l’Européen de certains drames de famille. L’esprit -des femmes japonaises est cultivé aujourd’hui, dans certaines classes, -autant que celui des hommes. D’ailleurs, jadis également, l’éducation -des femmes atteignait quelquefois à une haute culture intellectuelle, et -on trouverait plus d’un nom féminin parmi les historiens, les moralistes -et les poètes. Les femmes japonaises, sans être des beautés, sont de -très gaies et de très agréables compagnes: elles ont beaucoup d’aise et -d’élégance dans leurs manières, sauf lorsqu’elles s’habillent à -l’européenne. Alors elles ont l’air gênées et paraissent en bois. - -Autrefois, la femme mariée, durant toute son existence, était pour ainsi -dire en tutelle; elle dépendait de son mari, ou, à défaut, de son fils -aîné et n’avait aucun droit légal: son témoignage n’était pas admis. Son -mari pouvait introduire, à son choix, autant de concubines qu’il voulait -sous le toit conjugal et pouvait signifier le divorce à sa femme comme -il lui plaisait; par contre elle-même, en aucun cas, ne pouvait exiger -le divorce. Aujourd’hui les lois ont changé la condition de la femme, -mais en pratique le divorce ancien système existe encore, et la femme -japonaise est encore traitée plutôt comme une poupée que comme une -associée et une confidente. - -Il se prépare cependant actuellement une jeunesse japonaise _up to -date_, qui commence à marcher sur les traces des féministes et des -suffragettes. - -L’enfant, à sa naissance, n’est jamais emmailloté et aucun genre -d’empaquètement ne l’empêche de se développer librement. Le trente et -unième jour pour les garçons et le trentième jour pour les filles on le -portait autrefois au temple pour lui donner un nom que la prêtresse -préposée au temple choisissait; aujourd’hui l’enfant est déclaré, dès sa -naissance, à la mairie de son quartier ou de la commune comme en Europe, -et on ne lui donne qu’un nom, alors que, dans les temps anciens et même -à une époque encore peu éloignée, on lui en choisissait plusieurs: il en -changeait même assez souvent. - -L’enfant, au Japon, est excessivement gâté, on le laisse faire ce qu’il -veut; jamais on ne le réprimande et surtout jamais on ne le bat; on lui -passe toutes ses fantaisies, on le bourre de friandises et de sucreries. -Mais, dès sa jeunesse, on lui inculque le mépris de la mort, l’amour du -Pays et de l’Empereur; on lui enseigne à être très poli et déférent -vis-à-vis des personnes âgées et des supérieurs. Vers l’âge de sept ans, -tous, garçons et filles, vont à l’école primaire où ils apprennent les -alphabets et quelques caractères, un peu de géographie et -d’arithmétique. Ceux qui veulent faire des études complètes sont -obligés, d’abord de se mettre en mémoire un certain nombre de caractères -chinois sans lesquels ils ne pourraient acquérir aucune instruction -sérieuse. C’est là, évidemment, pour eux, du temps à peu près perdu, pas -tout à fait cependant puisque, en même temps que les caractères, ils -apprennent l’histoire et la littérature ancienne de leur pays. - -Les fêtes spéciales aux enfants sont nombreuses au Japon, et les deux -plus importantes méritent une description spéciale: elles s’appellent, -pour les filles, la fête de _Hina no sekku_ ou _Hina no matsuri_, elle a -lieu le troisième jour du troisième mois. Celle des garçons se nomme _Go -gatsu no sekku_, elle est célébrée le cinquième jour du cinquième mois. - -La première de ces fêtes est spécialement réservée aux filles et c’est -pour elles le grand jour de réjouissance de l’année. Les Européens l’ont -surnommée la fête des poupées, parce que, ce jour-là, chaque famille -expose les poupées accumulées et conservées pendant plusieurs -générations. Quelques jours avant la fête on peut voir, dans les -magasins, des collections de gentilles poupées hautes de vingt à -cinquante centimètres, habillées plus ou moins richement; chaque famille -qui a eu une fille dans l’année achète une paire de poupées pour donner, -comme jouet, à l’enfant. La petite Japonaise a toujours grand soin des -poupées achetées le jour de la fête de _Hinasama_, et, lorsqu’elle est -grande, et qu’elle se marie, ses poupées la suivent dans sa nouvelle -demeure; elle les donne à ses filles et ajoute encore à la collection -chaque fois qu’une fille lui naît. Le troisième jour du troisième mois -toutes les poupées de la famille sont exposées dans la belle chambre à -la vue de tout le monde. Ces poupées sont faites de bois; elles -représentent l’Empereur et l’Impératrice; les anciens nobles de Kioto ou -_Kuge_, avec leurs femmes et leurs filles; les musiciens de la cour que -l’on a soin de représenter chacun avec son instrument. Quelquefois aussi -ces poupées figurent des Kami (dieux shintoïstes) ou des personnages -mythologiques et historiques. Mais on ne se contente pas de mettre en -ligne ces hauts dignitaires et ces personnages sacrés; on a soin de les -entourer de tous les objets nécessaires à la vie quotidienne: petites -tables en laque, petits ustensiles de ménage, bols, tasses, coffres de -voyage, etc..., le tout proportionné à la taille des poupées. Puis on -offre le vin de riz, le riz et le poisson sec (katsuobushi) à l’Empereur -et à l’Impératrice, et les jeunes filles de la maison, avec la mère et -les amies, se livrent à la joie et aux plaisirs de cette fête. - -Le cinquième jour du cinquième mois est le grand jour pour les garçons. -Ici nous sommes dans tout l’attirail de la guerre. En effet, quelque -temps avant le cinq du mois, les boutiques de la ville exhibent force -effigies et images en bois de demi-dieux et de héros couverts d’armures -brillantes, généraux et soldats de l’antiquité; guerriers qui se sont -couverts de gloire, notamment Taiko Sama et Katô Kiyomasa; il y en a à -pied, il y en a montés sur des chevaux brillamment caparaçonnés; la -couleur rouge domine dans les drapeaux et oriflammes suspendus à -profusion à travers les toits des maisons. Enfin des lances, des arcs et -des flèches, des sabres sont rangés sur des râteliers spéciaux et -alignés aux devantures des magasins. Chaque famille où il est né un fils -fait l’acquisition de guerriers et d’armes, de sorte que, dans certaines -familles, le jour de la fête, l’exposition a peine à tenir dans une -chambre. - -En dehors de l’exposition, chaque famille où il est né un fils dans -l’année, fait flotter au bout d’un long bambou, à l’extérieur, -par-dessus le toit, un immense poisson en papier gonflé; aussi peut-on -voir, tous les ans, le cinquième jour du cinquième mois, une quantité -innombrable d’énormes poissons en papier, flottant au gré du vent -par-dessus les maisons. C’est fort original. Le poisson représenté est -la carpe (Koi) qui est supposée, par les Japonais, remonter les torrents -avec facilité, et qui signifie que chaque homme doit tout surmonter et -résister au courant de la vie. - -La maison japonaise n’est pas une maison; c’est un toit, un toit ouvert -aux quatre vents, sans murs, avec quatre poutres pour le soutenir. La -seule fermeture est représentée par les _to_, sortes de portes glissant -dans des rainures, et que l’on ferme, le soir, quand la famille se livre -au repos. Entre ces portes et les coulisses en papier qui entourent et -ferment la chambre, il y a une petite vérandah d’environ un mètre de -large. Dans la chambre, rien: aucun meuble, aucun siège. Seulement, par -terre, des nattes fines, très épaisses sur lesquelles on s’assied les -jambes repliées sous soi; ainsi on mange, on cause, on fume autour d’un -brasero où brûle du charbon de bois. Pour les repas, la servante (ou la -femme dans les ménages populaires) apporte de petites tables laquées sur -lesquelles repose tout le repas: soupe, poisson, légumes, plus un grand -seau en bois blanc très propre où est le riz chaud, dont chacun prend -dans un bol autant qu’il en désire. Le riz, c’est notre pain. - -Les Japonais absorbent généralement trois repas par jour; en se levant -ils font un bon repas, et ne se contentent pas, comme nous, d’une tasse -de café; puis ils mangent à midi et le soir; c’est le repas de midi qui -est le moins copieux; le soir, souvent, ils prennent un peu de sake ou -vin de riz. - -C’est le soir, après dîner, que les Japonais vont au bain. Aller, après -avoir bien mangé, se plonger dans une cuve d’eau bouillante à 40° et -même 45°, est une coutume qui a toujours stupéfait les Européens qui ont -habité le Japon. Les familles aisées ont toutes une cuve chez elles; -quant au peuple, comme je l’ai déjà dit, il va aux bains publics; puis -les Japonais, rouges comme des écrevisses, se préparent pour la nuit. On -sort de l’armoire, dissimulée dans un côté des cloisons, les gros -matelas appelés _fouton_, et on les étend par terre sur les nattes. Tout -le monde couche ainsi sans drap, avec, comme chemise de nuit, un simple -Kimono de coton. Il m’est arrivé bien souvent, à la chasse ou en voyage, -de passer ainsi la nuit. - -Il existe aujourd’hui à Tokio des maisons à l’européenne, édifiées par -les hauts personnages et par quelques Japonais fortunés; mais cependant, -à côté de ces maisons, et communiquant avec elles, la maison japonaise -existe, et c’est dans la maison japonaise qu’on vit. La maison -européenne sert de temps en temps lorsqu’il faut accueillir des -étrangers, ou lorsqu’on veut se donner le luxe d’une réception à -l’européenne. - -L’Empereur lui-même vit dans un palais japonais, somptueusement décoré, -que j’ai pu visiter comme on venait de l’achever, mais alors que -l’Empereur n’en avait pas encore pris possession. A côté, le palais -européen est utilisé pour les réceptions à l’européenne. - -Au reste, tous les fonctionnaires et tous les officiers, le soir venu, -se hâtent de se dévêtir de leurs redingotes ou uniformes et d’endosser -le costume national. - -Bien que le foyer n’existe pas au Japon dans le sens où nous -l’entendons, il ne faudrait pas croire, cependant, que toute intimité -est inconnue dans la famille japonaise. Pendant les soirées d’hiver, -quand les _to_ sont bien fermés et que le braséro ou _hibatchi_ -réchauffe tant bien que mal les mains gelées, les petits enfants, en -compagnie de leurs parents, réunis autour des charbons tout rouges, -écoutent avidement les histoires et les contes de fées que la grand-mère -leur raconte. Car le folklore japonais abonde en histoires tout aussi -jolies que les contes de Perrault. Elles font défiler Momotaro, le jeune -héros sorti d’une pêche, qu’une vieille femme trouve dans la rivière en -lavant son linge, et qui devient riche et puissant; le vieillard qui -fait fleurir les arbres morts, grâce au génie de son chien tué -méchamment par un voisin jaloux; le miroir de Matsuyama, miroir qu’une -jeune mère donne à sa fille en mourant, lui disant que toujours elle y -verra son image; et la jeune fille, si semblable à sa mère, croit -effectivement y voir l’image de la chère disparue; la bataille du singe -et du crabe; le moineau qui a la langue coupée; le vieillard et les -démons, et tant d’autres contes! La grand-mère (_o ba san_) charme son -auditoire, et les petits enfants ouvrent tout grands les yeux et les -oreilles pour mieux comprendre ces choses merveilleuses. Les vieilles -histoires venues de l’Inde et de la Chine, les faits célèbres, les -exploits de Yamato dakenomikoto et des guerriers des âges lointains, -font aussi les frais de ces soirées familiales, ainsi que les méfaits du -renard qui peut se changer en femme pour tromper les hommes et -réciproquement; le renard (Kitsune), voilà peut-être l’animal le plus -craint au Japon à cause de ses métamorphoses. Aussi le soir ferme-t-on -bien les _to_ pour que maître Kitsune ne vienne pas faire de mauvaises -farces dans la maison. - -Vient l’âge du mariage (le Japonais se marie jeune), il faut trouver une -femme pour le fils et un mari pour la fille. Généralement, les familles -s’entendent bien longtemps auparavant, ce qui simplifie les recherches. -Quand on est tombé d’accord, un certain nombre d’amis du fiancé et -autant d’amies de la fiancée sont désignés pour faire les préparatifs et -décider de la cérémonie, puis on choisit un jour heureux pour la -première entrevue des fiancés, et on fixe le jour du mariage. Alors le -fiancé envoie à sa fiancée des présents en conformité avec sa situation -de fortune et ces présents la fiancée les offre à ses parents en gage de -remerciements, avant de quitter pour toujours leur demeure où elle a -passé sa jeunesse au milieu des soins dévoués. Les parents fournissent -le trousseau et les objets du ménage, comme cela se passe d’ailleurs en -Chine. - -Quant à la cérémonie du mariage, elle est célébrée soit en famille, soit -dans un restaurant choisi. J’ai eu l’occasion, arrivant dans un -restaurant à Osaka, d’être invité fort aimablement par le propriétaire, -au mariage de sa fille, et j’ai donc assisté à toute la cérémonie; la -fiancée a sur la tête un long voile blanc, et elle est accompagnée par -deux amies qui la conduisent dans la salle où la cérémonie doit avoir -lieu. Là, le fiancé se trouve déjà, assis au milieu de ses parents et -amis. Dans le centre de la pièce, est placée une table en laque d’or, -magnifiquement décorée, et supportant un sapin, un prunier en fleur, une -grue et une tortue, qui sont les emblèmes: le sapin, de la force du -mari; le prunier, de la grâce de la femme; la grue et la tortue, d’une -vie heureuse et longue. Sur une petite table, à côté, une coupe et une -bouteille de sake. Après quelques cérémonies, les amies de la jeune -fille, agissant comme demoiselles d’honneur, font approcher les deux -fiancés près de la table en laque et leur offrent la coupe pleine où -chacun, se tenant par la main, boit à son tour. C’est par cet acte de -boire dans la même coupe que le mariage est consacré. - -Alors les invités arrivent pour les félicitations, puis tout le monde -s’assied et prend part au festin. Je me rappellerai toujours avec -plaisir cette cérémonie où j’ai été si gracieusement invité et traité -d’une manière on ne peut plus aimable. - -Il va sans dire que l’état civil existant actuellement au Japon, le -mariage doit être déclaré à la mairie. Le revers de la médaille est la -facilité avec laquelle on divorce; il existe bien de nouvelles lois à ce -sujet, mais les mœurs restent les plus fortes et le chiffre des divorces -est encore considérable. - -Si, dans l’intimité et en famille, le Japonais est assez généralement -gai et libre, dans le monde, il est toujours réservé et cérémonieux. -Dans leurs visites, dans leurs entretiens les Japonais sont toujours -froids et corrects, ils ont néanmoins une sorte de sourire permanent sur -les lèvres; s’ils sont dans l’affliction par suite de la perte d’une -femme ou d’un enfant, ils ont le même sourire; on les a habitués dès -l’enfance à ne laisser rien paraître de leur joie ou de leur douleur. - -Souvent les femmes reçoivent leurs amies, et les hommes les leurs, vers -quatre ou cinq heures de l’après-midi pour boire l’_usu cha_ et causer, -en fumant quelques pipes. L’_usu cha_ est une sorte de thé en poudre, -et, pour le préparer il y a tout un cérémonial; il faut, d’abord, des -tasses en terre spéciale, très estimée au Japon, généralement grises et -biscornues; sont aussi nécessaires une foule de petits instruments dont -chacun est destiné à un usage spécial; il faut savoir prendre l’eau -chaude dans la bouilloire, la verser d’une manière particulière, et -enfin il faut recevoir la tasse, des mains de celui qui vous la -présente, avec une certaine position des mains à la hauteur de la tête, -boire religieusement et rendre la tasse suivant les rites. Et tout cela -se fait très sérieusement, sans que le visage trahisse la moindre envie -de rire. - -Les hommes, souvent aussi, s’invitent à un banquet dans un restaurant à -la mode; alors c’est tout différent. Les invités, après avoir bu le -sake, servi par de jeunes artistes musiciennes et danseuses, sont -invités à se mettre à l’aise, et la soirée s’achève gaiement, après -qu’on a admiré les danses nouvelles et les morceaux les plus choisis du -répertoire. Les hommes seuls se réunissent ainsi; jamais les femmes ne -sont admises à ces banquets. La musique japonaise, pour nos oreilles, -est quelque chose d’atroce; il n’y a dans ces sons rien de ce que nous -appelons un son musical, un rythme: c’est une complainte assez semblable -aux cris de plusieurs chats. Il existe pourtant, actuellement, des -troupes de musiciens à l’européenne, mais on sent qu’ils exécutent -mécaniquement leurs notes et qu’ils ne sentent pas, ne comprennent pas -notre art musical. - -Les Japonais sont assez joueurs et ils ont adopté tous les jeux chinois: -cartes, dés, échecs; ils sont aussi très amateurs de combats de coqs et -de cailles, goût qu’ils ont conservé de leurs ancêtres malais. L’été, -ils sont très friands de parties de campagne, notamment sur l’eau: ils -louent des barques disposées à l’usage des promeneurs et cherchent un -endroit agréable, à l’ombre, d’où ils puissent avoir une belle vue. La -fête de Riogoku bashi à Tokio donne une idée de ces réjouissances en -bateau; pendant plusieurs jours, des barques, pleines de monde, -sillonnent la rivière, et le soir, les feux d’artifices et les -illuminations des restaurants et des maisons qui la bordent, rivalisent -d’éclat avec les lanternes fines et élégantes de Gifu dont la lumière -brille au toit des barques. - -Après cette esquisse de la vie japonaise, il convient de voir comment se -termine la carrière d’une individualité humaine aux îles du Soleil -Levant; c’est peut-être dans les rites funéraires que s’est conservée le -plus exactement la manière antique: quand un Japonais vient à mourir, -ses parents et ses amis lavent le corps et le revêtent d’un vêtement -blanc sur lequel un prêtre a auparavant inscrit quelques caractères -sacrés, généralement le nom posthume du défunt (car, dans la religion -bouddhique chaque défunt a un nom sous lequel il est désigné désormais), -puis on le place dans le cercueil. Au Japon, le cercueil est une caisse -carrée ou un tonneau (ou plutôt la moitié d’un tonneau), dans lequel le -mort est accroupi de façon que ses genoux viennent rencontrer son -visage. Quand tous les préparatifs sont faits, et quand la famille a -également pris le deuil en blanc, les pieds nus dans des sandales de -paille, la procession funéraire commence. Elle est conduite par un -certain nombre de porteurs de torches suivis par les prêtres; puis -viennent les serviteurs, portant des bâtons de bambou où sont accrochées -des lanternes et des bandes de papier blanc ornées de sentences -bouddhiques, en caractères sanscrits. Le cercueil suit immédiatement -après, porté par quatre ou six hommes; il est recouvert d’une espèce de -châsse blanche qui le cache à la vue; alors viennent les amis et -connaissances du défunt qui escortent les hommes de la famille, père, -fils, frères; tout ce monde, d’ailleurs, parents, amis, porteurs, -serviteurs de la maison et du temple, est en grand deuil, c’est-à-dire -que tous sont vêtus de coton blanc. Chez le peuple évidemment ceci est -simplifié et souvent même les femmes conduisent le défunt à sa dernière -demeure. Les femmes de noble et riche famille suivent le cortège -également vêtues de blanc, mais elles ne viennent que derrière et à la -fin, autrefois portées en palanquin, aujourd’hui conduites en voiture. -J’ai assisté ainsi, à Tokio, aux funérailles du prince Arisugawa; son -fils, habillé de blanc, des sandales aux pieds, un bâton à la main -suivait à pied; c’était un enterrement shintoïste, et, arrivé au -cimetière, le corps fut déposé sur une sorte d’autel, devant lequel -chacun vint offrir aux mânes du prince une branche de l’arbre sacré, le -_Sakaki_. - -Chez les shintoïstes, en effet, les cérémonies sont très simples. - -Il n’en est pas de même chez les bouddhistes; le prêtre ici joue un -grand rôle et, après être venu à la maison mortuaire réciter des -prières, il accomplit une cérémonie; il récite enfin d’autres prières au -cimetière. - -Autrefois, les cimetières étaient autour des temples, comme ils sont -chez nous, dans les villages, autour des églises; aussi chaque quartier -de Tokio avait plusieurs cimetières. Les Japonais brûlent, ou enterrent -leurs morts, suivant la secte bouddhique à laquelle ils appartiennent. -Les shintoïstes enterrent toujours. - -A l’intention de ceux qui emploient la crémation, il existe, sur un -point de la banlieue de Tokio, un four crématoire pour les riches, et le -bûcher de sapin pour les pauvres. Le cadavre réduit en cendres, les -cendres sont recueillies dans une urne et enterrées. - -Les tombes se ressemblent toutes: un soubassement en pierre supportant -une petite colonne carrée sur les quatre faces de laquelle sont gravées -toutes sortes de maximes bouddhiques avec le nom posthume du défunt. Les -shintoïstes pauvres se contentent d’un piquet de bois dégrossi sur les -quatre faces, et entouré de bambous supportant des banderoles de paille -et de papier, symbole du shintô. - -Les tombes ne sont pas négligées, au contraire; elles sont toujours -ornées de fleurs, et, au mois de juillet, à l’époque du «_bon_» ou fête -des morts, la foule se presse dans les cimetières, absolument comme on -fait chez nous à la Toussaint. Il existe une croyance qui veut, qu’après -la fête du _bon_, le 26e jour du 8e mois, la lune se lève en trois -langues de feu au-dessus de l’horizon; aussi, tout vrai bouddhiste, ce -soir-là, va-t-il s’installer sur une éminence où il reste en prière -jusqu’à l’apparition des trois langues de feu. Chacune, en effet, -représente un bouddha qui s’élève ainsi au-dessus de la terre et -disparaît presque aussitôt, alors que les trois langues de feu se -réunissent pour former la lune. - -Les Japonais qui suivent les enseignements du bonze dissident, Nichiren, -et qui font partie de la secte du Hokkekio, ont une coutume d’une poésie -vraiment naïve et délicieusement idéale: celui qui a parcouru assez -longtemps les routes du Japon n’a pas été sans rencontrer, dans la -campagne, une pièce de coton suspendue aux quatre coins à des bambous -enfoncés en terre près d’une mare, d’un ruisseau. Derrière cette pièce -de coton, se trouve une planchette avec quelques caractères, -généralement les caractères _Namu miô hô ren ge kiô_ qui veulent dire à -peu près: Gloire au lotus de la bonne loi. Enfin une sorte de gobelet en -bois, avec un long manche, repose sur l’étoffe. Dans le creux des quatre -bambous, souvent, on trouve des fleurs qu’une main pieuse renouvelle. A -première vue un Européen ne comprend pas; mais voici l’explication qui -m’a été donnée: sur l’étoffe de coton est inscrit le nom d’un défunt; -alors le passant pieux, après avoir joint les mains et prié quelques -instants, prend le gobelet et répand de l’eau sur l’étoffe; il attend -que toute l’eau ait traversé l’étoffe avant de poursuivre son chemin; -puis il salue et repart. Cette petite cérémonie est appelée _Nagare -Kanjô_, la prière de l’eau courante. - -[Illustration: Le Dai Butsu de Kamakura.] - - - - -CHAPITRE VI - -I. Le peuplement: sa densité; l’expansion au dehors.--II. Quelques -chiffres.--III. Répartition de la population.--IV. Villes au-dessus de -100.000 habitants.--V. Émigration au Hokkaido (île d’Yezo). - - -I.--La population du Japon augmente, tous les ans, d’une manière -inconnue à l’Europe, même à l’Allemagne et à la Russie, dont, cependant, -l’accroissement de population est déjà fort rapide. On a souvent -prétendu que c’était cette augmentation continuelle qui obligeait les -Japonais à chercher d’autres terres pour vivre, leur pays se trouvant -surpeuplé. Je crois qu’il n’est pas très exact d’énoncer pareille idée -d’une façon absolue. Les Japonais ont encore à peupler tout le Nord du -Honshû et l’île de Yezo et, certainement, ces deux parties de l’Empire -pourraient nourrir des milliers de familles; ce qui chasse les Japonais -de chez eux c’est moins le besoin de nouveaux territoires que leur -esprit d’aventures. En effet, avant la fermeture complète du Japon par -Iyeyasu et l’interdiction absolue de communiquer avec l’étranger, les -jonques des Japonais parcouraient toutes les mers de Chine, et on les -trouve, aux XIVe, XVe, XVIe siècles, un peu partout en Asie: en Corée, -au Siam, en Annam, au Tonkin, où ils commercent, où ils deviennent -ministres, généraux, et où, en somme, ils sont très appréciés. Le vieux -sang malais, le sang des écumeurs de mer qui coule dans leurs veines, en -fait à cette époque des navigateurs de première valeur. L’édit de -Iyeyasu leur fermant la mer, leur fit oublier leurs ardeurs maritimes; -mais depuis que le pays s’est ouvert en grand, ils sont repartis sur les -flots et sont redevenus ce qu’ils étaient, d’excellents marins et des -aventuriers sans égaux. C’est ainsi qu’on les voit en Chine, en -Amérique, aux Hawai, aux Philippines, en Mandchourie, en Corée, voire au -Pérou et au Chili. - - -II.--Quelle que soit, d’ailleurs, la raison particulière qui les fait -ainsi essaimer dans les mers d’Extrême-Orient et dans le Pacifique, il -n’en est pas moins constant que le chiffre de la population japonaise va -toujours en augmentant. De 35.768.584 en 1879, elle est passée en 1905 à -47.674.460 habitants, après avoir été en 1896 de 42.708.264 habitants. - -Le tableau de la population totale de l’Empire, pour les dix dernières -années (le recensement le plus récent étant de 1905, pris dans le -dernier résumé statistique de l’Empire) (1908), donne les chiffres -suivants: - - ANNÉES POPULATION - - 1896 42.708.264 - 1897 43.228.863 - 1898 43.763.855 - 1899 44.260.642 - 1900 44.815.980 - 1901 45.437.032 - 1902 46.022.476 - 1903 46.732.876 - 1904 47.215.630 - 1905 47.674.460 - -Cette population totale était ainsi répartie à la fin de décembre 1903 -(dernier tableau paru): - - 1888 1893 1898 1903 - Honshu central 15.331.659 16.031.432 16.859.998 17.988.546 - -- septentrional 5.992.017 6.316.774 6.642.917 7.075.571 - Honshu occidental 9.096.416 9.374.468 9.825.722 10.396.425 - Shikoku 2.828.821 2.907.280 3.013.817 3.167.707 - Kiushu 6.103.446 7.379.262 6.811.246 7.260.910 - Yezo 254.805 379.097 610.155 843.717 - -En quinze ans, de 1888 à 1903 la population du Japon a augmenté de -7.175.642 habitants; et de 1903 à 1905 de près d’un million (exactement -941.584 habitants). - - -III.--Elle est inégalement répartie dans tout l’Empire et les parties -les plus peuplées du Japon sont celles qui composent le Honshu central, -c’est-à-dire tout le centre de la plus grande île, que les Européens -connaissent plus généralement sous le nom de Nihon ou Nippon, et que les -Japonais appellent _Honshu_ ou terre principale, Nippon et Nihon, chez -eux voulant dire le Japon tout entier. La répartition de la population -par Ken ou département, au 31 décembre 1903 (résumé statistique de -l’Empire du Japon pour 1908) est ainsi établie: - - Shi et Ken (Honshu central). Population. - - Shi de Tokio 1.668.368 - Ken de Kanagawa 866.276 - -- Saitama 1.248.626 - -- Chiba 1.329.362 - -- Ibaraki 1.205.231 - -- Tochigi 858.875 - -- Gumma 850.081 - -- Nagano 1.321.581 - -- Yamanashi 537.938 - -- Shidzuoka 1.294.917 - -- Aichi 1.692.771 - -- Miye 1.051.054 - -- Gifu 1.046.520 - -- Shiga 739.608 - -- Fukui 655.714 - -- Ishikawa 806.748 - -- Toyama 814.876 - - Honshu septentrional: - Ken de Niigata 1.882.574 - -- Fukushima 1.145.606 - -- Miyagi 898.531 - -- Yamagata 889.510 - -- Akita 834.781 - -- Iwate 761.281 - -- Awomori 663.288 - - Honshu occidental: - Shi de Kioto 984.285 - -- d’Osaka 1.432.932 - Ken de Nara 568.265 - -- Wakayama 721.411 - -- Hiogo 1.776.220 - -- Okayama 1.181.204 - -- Hiroshima 1.517.185 - -- Yamaguchi 1.032.879 - -- Shimane 742.844 - -- Tottori 439.200 - - Shikoku: - Ken de Tokushima 729.951 - -- Kagawa 730.947 - -- Ehime 1.056.054 - -- Kôchi 660.755 - - Kiushiu: - Ken de Nagasaki 878.667 - -- Saga 666.158 - -- Fukuoka 1.476.528 - -- Kumamoto 1.212.187 - -- Oita 873.659 - -- Miyazaki 490.275 - -- Kagoshima 1.194.228 - -- Okinawa 468.208 - -Par le tableau ci-dessus, il est facile de se rendre compte de la façon -dont le Japon est peuplé; depuis le recensement de 1903, la population -s’est encore accrue nécessairement, mais aucune statistique officielle -n’a paru à ce sujet; toutefois on peut affirmer, sans se tromper, qu’à -l’heure actuelle (1909), la population japonaise dépasse 50.000.000 -d’habitants. (L’Annuaire économique pour 1908 donne exactement -49.232.822.) - -Les départements (Ken) les plus peuplés sont, avec les Shi (cités) de -Tokio et d’Osaka, ceux de Saitama, Chiba, Ibaraki, Gumma, Shidzuoka, -Aichi, Miye, Gifu dans le Honshu central; Niigata, Tokushima, Hiogo, -Okayama, Hiroshima, Yamaguchi, dans le Honshu occidental; Ehime, dans -l’île de Shikoku; Fukuoka, Kumamoto, Kagoshima, dans l’île de Kiushiu. - -La population de Yezo, appelé plus généralement Hokkaido par les -Japonais, est de 435.248 hommes et 408.469 femmes, soit un total de -843.717, compris dans le total du précédent tableau. - -Comme densité nous trouvons: - - 190 habitants par kilomètre carré pour le Honshu central; - 90 habitants par kilomètre carré pour le Honshu septentrional; - 194 habitants par kilomètre carré pour le Honshu occidental; - 174 pour Shikoku; - 166 pour Kiushiu; - 9 seulement pour l’île de Yezo. - -Ce qui, en moyenne, donne 122 habitants par kilomètre carré; on voit -donc que, comparativement aux pays les plus peuplés d’Europe, la -Belgique par exemple, c’est encore peu de chose, et que le Japon -pourrait contenir une population plus considérable. - - -IV.--La population rurale est très dense, et bien que l’industrie -attire, comme partout ailleurs, les jeunes gens vers les agglomérations -urbaines, cependant on ne trouve guère actuellement qu’une dizaine de -villes ayant une population de 100.000 âmes et au-dessus. - - Tokio 1.818.655 - Osaka 995.945 - Kioto 380.568 - Yokohama 326.035 - Nagoya 288.639 - Kobe 285.002 - Nagasaki 153.293 - Hiroshima 121.196 - Sendai 100.231 - -Toujours, à la date du 31 décembre 1903; donc tous ces chiffres doivent -être majorés aujourd’hui. - - -V.--En 1907, l’immigration au Hokkaido donnait un chiffre de 66.793 -individus dont il faut défalquer 10.092 qui ont abandonné l’île. La -population indigène de cette partie de l’Empire, les Ainos, n’est plus -que d’environ 18.000 individus, à peu près autant d’hommes que de -femmes; elle tend à disparaître complètement devant l’invasion japonaise -qui contribue beaucoup à leur disparition progressive en leur livrant de -mauvais alcool de riz. - -A part les Ainos du Hokkaido, on peut dire qu’à l’heure présente la -population du Japon est homogène. Elle ne forme qu’une même race -d’hommes, parlant la même langue, ayant les mêmes habitudes, les mêmes -mœurs. Évidemment l’isolement dans lequel le Japon s’est trouvé pendant -plus de deux siècles, enfermé dans ses îles, alors que défense était -faite sous peine de mort de quitter de vue les côtes, a contribué -puissamment à mêler les divers éléments constitutifs et à ne faire qu’un -seul peuple; cependant là n’est pas l’unique raison: car nous voyons, en -Europe, la Grande-Bretagne, dont les divers éléments, celtes, gallois et -anglo-saxons, enfermés dans des îles aussi, ne se sont pourtant jamais -fondus ensemble. La constitution politique et l’administration uniques -pour tout le territoire, ont dû contribuer certainement à la réalisation -de l’unité de race dans les îles du Soleil Levant. - -La population étrangère fixée au Japon n’est pas très considérable, et -elle est estimée à environ 19.000 individus. Les Chinois sont les plus -nombreux, avec un total de 12.434; puis viennent les Anglais au nombre -d’environ 2.000 et les Américains des États-Unis au nombre de 1.500. Les -Allemands et les Français ne sont guère plus de 500 à 600. Quant aux -autres pays, ils sont représentés par un nombre de personnes variant de -1 (Grec) à 90 (Italiens) et 200 (Russes). - - - - -CHAPITRE VII - -I. Tokio capitale.--II. Localités à visiter.--III. Environs de -Tokio.--IV. Le Fuji yama.--V. Sendai et les villes du Nord.--VI. Nagoya, -Kioto, Nara.--VII. Osaka et les villes du Sud. - - -I.--La capitale du Japon, Tokio, est située au Nord de la baie d’Yedo; -elle occupe une circonférence de quarante-trois kilomètres, et elle est -arrosée par le Sumida ou Ogawa qui coule à travers la ville, la divisant -en deux parties: la ville proprement dite, et les faubourgs de Honjo et -de Fukagawa. C’est plutôt une agglomération de villages autour du -château qu’une véritable ville, quoique, à l’époque moderne, elle se -soit de plus en plus centralisée. Le château occupe une situation élevée -du côté Ouest du centre de la ville; il est enclos de doubles murailles -et entouré d’un large fossé. C’était là qu’habitait le Shôgun ou -lieutenant général. Le feu, le 3 avril 1872, a tout détruit, et ce n’est -qu’en janvier 1889 qu’un nouveau palais y fut élevé pour le Mikado qui y -réside depuis lors. Les jardins impériaux, appelés Fukiage, sont situés -dans l’enceinte du château. On est admis à les visiter en demandant -l’autorisation au ministère de la maison impériale. A l’extérieur, on -peut admirer les tours à plusieurs étages, quadrangulaires et à toits de -forme chinoise, qui ont été laissées, à juste titre, au-dessus des -portes d’entrée du château. - -Entre le château et les murs d’enceinte de la ville propre, un immense -espace était occupé par les nombreux palais des Daïmios; mais presque -toutes ces constructions féodales ont cédé la place à de hideux -bâtiments de briques construits par des architectes européens et qui -servent de ministères, de casernes, d’écoles très diverses, etc... de -sorte qu’on a peine à avoir une idée de ce qu’était le vieux Yedo au -temps du Shôgunat. Il reste pourtant quelques-uns des anciens bâtiments -qui ont été convertis en bureaux du gouvernement; ce sont des -constructions de bois, très longues, à un seul étage, avec une -couverture en tuiles grises très lourdes, et peintes en noir, ce qui -leur donne un aspect lugubre. - -En dehors des murs de la ville, est éparpillée la cité populaire, très -dense, et où se fait tout le commerce; la rue principale est de -construction européenne, en briques, nommée Ginza, elle est continuée -par la rue qui mène au pont du Japon ou Nihon bashi, d’où sont mesurées -les distances de l’Empire. Ces rues sont très animées, d’autant plus que -Ginza se trouve précisément en face de la station du chemin de fer de -Shimbashi. - -Ces deux rues conduisent jusqu’au parc d’Uyéno où est installé le musée -impérial, et où se tiennent les expositions nationales et de peinture. - - -II.--Parmi les endroits intéressants pour les étrangers, on peut citer -le grand temple de Kowannon à Asakusa, non loin d’Uyeno, et les temples -de Shiba dont j’ai déjà parlé plus haut. Il y a, en tout, près de deux -mille temples à Tokio, mais peu méritent la peine d’être visités. L’un -des plus fréquentés est le temple de Sengakuji, à Shinagawa, où se -trouvent les tombeaux des fameux quarante-sept rônins. - -Les districts de Honjo et Fukagawa sont les côtés calmes et tranquilles -de la capitale; ils sont reliés à la ville propre par cinq ponts: Adzuma -Bashi, Umaya Bashi, Riogoku Bashi, O Hashi, et Eitai Bashi (Hashi, par -euphonie Bashi: Pont). - -Tokio est en pleine transformation, et l’on peut voir, à côté de maisons -européennes, élevées par des nobles ou de riches bourgeois, les maisons -en bois du peuple. L’éclairage à l’électricité a été installé dans les -plus beaux quartiers; les autres étant éclairés soit au gaz, soit à -l’huile de pétrole. Des tramways électriques, des omnibus circulent -partout; mais le caractère général de la ville est bien triste et -sombre, malgré les bouquets de verdure qui sortent par-dessus les petits -toits. - - -III.--Ce qu’il y a de joli ce n’est pas Tokio, ce sont les environs: -Meguro, Ikegami, Kawasaki, Kanazawa, sur le bord de la mer, l’un des -plus ravissants endroits du Japon, d’où l’on a huit points de vue -charmants connus sous le nom de Kanazawa hakkei, les huit vues de -Kanazawa. - -Kamakura, également sur le bord de la mer, aujourd’hui simple bourgade, -autrefois capitale du Shôgun Yoritomo (1185), possède encore quelques -vestiges de sa splendeur ancienne, notamment le temple de Hachiman, et -le grand Bouddha en bronze dans la tête duquel peut tenir un homme de la -taille de deux mètres. - -Enoshima, île sacrée, ressemble assez au Mont Saint-Michel en France, -avec ses temples, ses grottes, ses caves; lieu de pèlerinage d’été, où -les Européens vont souvent passer quelques jours de repos et respirer -l’air marin et l’odeur des sapins. - -Yokosuka, charmante petite ville, d’un côté sur la mer, de l’autre -adossée à des collines verdoyantes; c’est là que les Japonais ont créé, -avec l’aide d’ingénieurs français, leur premier arsenal maritime. -Aujourd’hui c’est un des principaux arsenaux, et l’activité y est -prodigieuse; on y répare et on y construit même des bateaux de guerre, -et on aurait peine à croire, en voyant les environs si riants et la mer -si calme, qu’il se cache là, au fond du golfe, une fabrique de -destruction. - -Hakone.--Cet endroit, situé au milieu des montagnes, assis sur un lac -aux eaux très fraîches, est l’une des stations d’été fréquentées par -beaucoup d’Européens de Tokio et de Yokohama. On va d’abord par le -chemin de fer jusqu’à Kôdzu, et de là un tramway antique, traîné par un -cheval vous laisse au pied de la colline de Miyanoshita. - -Cette dernière bourgade est également fréquentée, et il y existe un bel -hôtel européen pourvu de tout le confort désirable; de là on se dirige -sur Yumoto où se trouvent des sources sulfureuses, et de ce dernier -endroit on parvient à Hakone. Cette petite ville était autrefois la clef -du Kwantô (possessions directes du Shôgun), et les passes occidentales -de Hakone, donnant sur le chemin de Kioto, étaient gardées sévèrement. -Nul ne les franchissait sans passeport. Hakone est l’un des plus -charmants endroits qu’un voyageur, qui n’a pas le temps d’aller loin -dans l’intérieur, puisse visiter. La nature y est admirable; de grands -cryptomérias ombragent les bords du lac, où l’Empereur possède un palais -d’été, et la flore de ces régions est délicieuse. - -Atami (la mer chaude), que l’on atteint en franchissant les montagnes de -Hakone vers la mer, est un séjour où les Japonais vont jouir du calme et -du repos. Des sources d’eaux chaudes intermittentes s’y trouvent et sont -assaillies de nombreux baigneurs. - - -IV.--L’une des plus belles excursions peu éloignées de Tokio est celle -du Fuji yama, auquel on arrive en franchissant, au-dessus de Hakone, le -col de l’Otomitoge. L’ascension de la montagne n’a rien de bien pénible -et il est assez original de la faire au mois d’août, au milieu de tous -les pèlerins japonais. On a, du sommet de l’ancien volcan, une vue -superbe, mais généralement, par suite des nuages, on ne voit rien du -tout. A cette époque de l’année, l’humidité de l’atmosphère au Japon est -telle, qu’il est très rare d’avoir un ciel parfaitement clair. - -Nikko.--A proprement parler, Nikko n’est pas une ville; c’est un -ensemble de temples et de tombeaux dans un cadre de montagnes et de -torrents absolument admirable; autour de ces temples s’était formé un -petit village qui, à la suite de la venue des Européens, s’agrandit et -vit s’élever des maisons et des hôtels. C’est là, en effet, que les -résidents étrangers prirent peu à peu l’habitude d’aller passer l’été, -et aujourd’hui de confortables hôtels à la mode d’Europe se sont -installés. Toutes les maisons et les rues sont éclairées à -l’électricité, et, il faut bien l’avouer, cet envahissement de -l’Occident a fait perdre à Nikko la plus grande partie de son charme. - -Quoi qu’il en soit, l’étranger ne manquera pas de s’y rendre et d’y -visiter les tombeaux et temples de Iyeyasu et de Iyemitsu, les cascades -de Kirifuri et d’Urami, les belles montagnes et le lac de Chusen ji. -Cela constitue un ensemble remarquable, et c’est si vrai que les -Japonais en ont fait un proverbe: _Nikko mi na kereba kekko to yu na;_ -si vous n’avez pas vu Nikko ne dites pas le mot «merveilleux». En dehors -de Nikko, et dans le même massif de montagnes, on peut excursionner, à -Ikao, Ashio, à l’Asama yama, volcan encore en activité, et qui vomit -constamment de la fumée, mais dont on peut faire facilement l’ascension. - - -V.--Sendai.--Cette ville n’a rien de particulièrement intéressant, et si -on la cite, c’est qu’il faut s’y rendre pour visiter la baie de -Matsushima, qui est considérée comme une des merveilles du Japon. C’est -une nuée d’îles vertes et couvertes de sapins, semées dans une baie bien -ouverte; des ponts en bois fort élégants relient parfois deux îles entre -elles; des maisons de thé sont édifiées dans les sites les plus -appréciés des Japonais, et l’œil est dans le ravissement devant ces -merveilles de la nature embellies encore par la finesse du goût -japonais. - -Niigata.--Ville morte; quoique l’un des premiers ports ouverts aux -Européens. Ces derniers n’y sont jamais allés, d’ailleurs, le port étant -très mauvais et les bateaux étant obligés de mouiller très loin au -large. La côte est d’ailleurs fort inhospitalière, surtout pendant la -mousson de nord-est. - -Hakodate.--Encore un des ports ouverts autrefois aux étrangers, c’est la -première ville élevée par les Japonais dans l’île de Yezo. Elle a -aujourd’hui environ 60.000 habitants mais n’offre rien de remarquable. - - -VI.--Nagoya.--Elle vient, pour les Japonais, immédiatement après les -trois _shi_ (Tokio, Kioto, Osaka). Elle n’est pas sur le bord de la mer, -mais on y arrive soit en débarquant au port d’Atsuta no miya, véritable -faubourg de la ville, à laquelle on parvient sans quitter l’alignement -des maisons, soit en prenant le chemin de fer de Tokio qui y conduit en -douze heures. C’est l’une des villes commerçantes et industrielles du -Japon; elle conserve aussi, dans son enceinte, le plus beau des châteaux -féodaux de l’ancien temps, construit en 1615 par le célèbre Kato -Kiomasa, et où se trouve logé aujourd’hui l’état-major de la troisième -division d’infanterie. En dehors du château, il y a quelques temples -remarquables: Asahi jimmei sha; Sakura Temmangui; Da Shu Kwan on; Chô -fukuji. - -Kioto.--Bien que n’atteignant pas le chiffre d’habitants que possèdent -Tokio et Osaka, Kioto est la ville la plus célèbre du Japon au point de -vue historique. Son nom veut dire «la capitale» car elle a été, pendant -plus de mille ans, la résidence des Empereurs. Kioto est élevée de 162 -pieds au-dessus du niveau de la mer, et elle est située près du centre -de la province de Yamashiro à l’extrémité Nord d’une plaine fertile qui -rejoint, du côté Sud, la grande plaine de la baie d’Osaka. De trois -côtés elle est entourée de collines couvertes d’arbres. La plus haute, -du côté Ouest, est l’Atago; au Nord, le Kuruma, et, au Nord-Est, le -Hieizan; vers l’Est, de plus petites collines la séparent du lac Biwa, -et c’est, sur ces collines, que l’on trouve les sites et les temples les -plus remarquables. Des collines du Nord coulent trois ruisseaux qui, en -se réunissant, forment le Kamogawa, petite rivière qui arrose la partie -orientale de la ville. Le plus souvent, d’ailleurs, le Kamogawa n’arrose -rien, son lit étant à sec, et n’offrant à la vue qu’une plaine de sable -et de cailloux, avec, çà et là, quelques trous pleins d’eau. Mais, -pendant les pluies d’été, le Kamogawa roule des flots souvent trop forts -et qui sèment la destruction en débordant dans la ville et la campagne. -Un ancien Empereur avait l’habitude de dire: «Il y a trois choses dont -je n’ai pas encore trouvé moyen de me rendre maître: jeter les dés, -contenir les moines turbulents de Hieizan et régulariser le Kamogawa.» -Deux canaux, communiquant avec le Kamogawa, arrosent les autres parties -de la ville. Elle est divisée en deux circonscriptions administratives: -Kami Kiô Ku ou ville haute (partie Nord), et Shimô Kiô Ku ou ville basse -(partie Sud). - -La population a bien diminué, et elle est loin d’être ce qu’elle était -aux temps féodaux, et surtout à l’époque du moyen âge, alors que la Cour -y habitait. La fondation de Yedo au XVIe siècle, et l’autorité -ascendante des Shôgun, avait déjà porté un coup à Kioto, et, en 1868, -lorsque l’Empereur fixa à Yedo (Tokio) sa résidence, il entraîna avec -lui une grande partie de la population. Actuellement Kioto peut avoir -300.000 habitants. - -Le climat y est sain, généralement doux, mais, cependant, un peu chaud -l’été. La température moyenne est d’environ 14° centigrades; la maxima -étant 36° et la minima 11°. Le mois le plus chaud est août, et le mois -le plus froid janvier. L’air y est assez humide, 77 pour 100; la pluie y -tombe en abondance en juillet et août. - -Ce n’est qu’en 794 que Kioto devint capitale permanente et résidence des -Empereurs, ceux-ci, avant cette époque, n’habitant jamais la même ville -que leurs prédécesseurs. - -En 1868, quand Tokio (Yedo) devint la capitale de l’Empire restauré, -Kioto fut administrée par un préfet (fu). Puis, en 1888, conformément à -la nouvelle loi d’administration municipale, Kioto fut, comme Tokio et -Osaka, administrée par une municipalité avec un maire, un adjoint et -neuf conseillers, ou sous-adjoints. Le conseil municipal comprend -quarante-deux membres. - -Aujourd’hui Kioto a perdu de sa grandeur; mais elle reste toujours la -ville sacrée, l’antique résidence des Empereurs, fils du Soleil Levant, -et elle est intéressante au point de vue artistique. - -[Illustration: Vue générale de Kioto.] - -Les habitants de Kioto ne diffèrent pas essentiellement de ceux des -autres parties du Japon; cependant les modes y sont plus élégantes, la -coiffure des femmes plus originale et plus gracieuse, les manières et -les mœurs plus douces et la langue moins rude. Pour un amateur de -civilisation japonaise et d’études artistiques, Kioto est le séjour -préféré et l’on est tenté, quand on s’y trouve depuis quelque temps, de -ne la quitter jamais. - -En dehors des temples, dont j’ai déjà donné plus haut l’énumération, il -faut visiter le palais impérial (Nishi maru). - -Dans les environs, deux endroits sont très célèbres: Nara, ses parcs et -son grand Bouddha; et les rapides d’Arashiyama. - - -VII.--Osaka est la première ville du Japon moderne au point de vue -industriel et commercial; mais elle est totalement japonaise, les -Européens résidant généralement à Kobé. La ville est bien construite, -les rues en sont droites, propres et très animées. C’est une ville de -progrès ardent, de _go ahead_ américain, et elle est d’un intérêt -considérable pour le visiteur étranger. Elle est située dans la province -de Setsu, et élevée sur les rives de l’Ajikawa à 10 kilomètres environ -de la mer. La rivière n’est navigable que pour de petits bâtiments. Le -monument le plus intéressant, relique des anciens âges, est le château -construit par Toyotomi Hideyoshi. En voyant le cube des pierres -entassées les unes sur les autres, on se demande comment, au XVIe -siècle, dans ce pays qui ne connaissait que la force humaine, on a pu -élever pareille forteresse. La Monnaie impériale est installée à Osaka -et c’est là que toutes les pièces d’or, d’argent et de cuivre sont -frappées. Le papier-monnaie est fabriqué à Tokio. Osaka est surtout -intéressant au point de vue commercial, et je reviendrai sur cette ville -dans le chapitre concernant le commerce et l’industrie du Japon. - -Kobé, Yokohama, Nagasaki.--Ces trois villes n’ont pas un type japonais -qui retienne l’attention. J’ai, d’ailleurs, eu occasion d’en parler à -propos de la navigation. - -Hiroshima est, dans la mer intérieure, sur la rivière et à l’embouchure -de l’Otagawa. Sa situation même, au fond d’une baie, en face -d’innombrables îles, dont l’une, Itsukushima, est très célèbre, en fait -une ville intéressante et agréable à visiter. Elle est célèbre par la -présence, pendant les deux guerres que le Japon a soutenues en -Mandchourie, du grand état-major japonais, qui les deux fois, y fixa sa -résidence, l’Empereur s’y étant transporté lui-même et y exerçant (pro -forma) le commandement suprême. - -Kumamoto, dans la province de Higo, île de Kiushiu, possède un ancien -château fort, célèbre par la victoire du général Tani sur les troupes -révoltées de Saigo en 1877. - -Kagoshima, située dans l’île de Kiushiu, à l’extrémité méridionale de la -province de Satsuma; peu d’étrangers vont la visiter, car elle se trouve -fort loin du centre vivant du Nippon, constitué par Tokio, Kioto, Osaka. -Cependant elle est intéressante et le volcan de Sakurajima, qui s’élève -en face dans l’île du même nom, mérite une ascension. - -En somme, dans toutes ces villes japonaises, il ne faut s’attendre à -voir aucun monument, à part les temples; on ne va pas visiter une ville -japonaise comme on va visiter une ville d’Europe ou d’Amérique; quand on -connaît Kioto on a tout vu en fait d’architecture et d’art japonais. Ce -qu’il faut admirer ailleurs, c’est la diversité des sites et des beautés -naturelles. - - - - -CHAPITRE VIII - -I. Poids et mesures.--II. Monnaies.--III. Postes.--IV. Télégraphes.--V. -Situation postale, télégraphique et téléphonique au 31 décembre -1907.--VI. Instruction publique.--VII. Presse; journaux et -revues.--VIII. Cours et tribunaux. - - -I.--Avant d’examiner les questions qui ont un caractère économique et -statistique, je crois qu’il est bon de fournir au lecteur quelques -indications sur les poids et mesures et les monnaies en usage dans -l’Empire du Soleil Levant. C’est pourquoi je donne ici le tableau -comparatif des systèmes japonais, français et anglais: - - Japonais. Français. Anglais - - Mesures de longueur - - 1 ri. 3.927 mètres. 2 miles 440. - 1 chô. 109 -- 5 chains 422. - 1 ken. 1,81. 1 yard 88. - 1 jô. 3,03. 3,01 -- - 1 shaku. 3 décimètres 03. 11 inches 93. - 1 sun. 3 centimètres 03. 1 inch 19. - 1 bu. 3 millimètres 03. 1 line 43. - 1 ri carré. 15 kil. 423 m. carrés. 5 milles carrés. - - Mesures de surface - - 1 cho carré. 99 ares 17 centiares. 2 acres. - 1 tan. 9 -- 91 -- 0,24 acre. - 1 tsubo. 3 mq. 30 cq. 3 yards carrés. - - Mesures de capacité - - 1 koku. 1 hectol. 80 litres. 39 gallons 70. - 1 to. 1 décal. 80 litres. 3 -- 97. - 1 sho. 1 litre 80 cl. 1 quart 58. - 1 go. 0 litre 80 déc. 1 gill 27. - pour les liquides. - 4 bushels 96. - 1 peck 98. - 0 -- 19. - 0 -- 019. - pour les grains. - - Poids - - 1 kwan. 3 kilog. 75. 8,26 l. avoir du poids. - 1 kin. 6 hectog. 900. 1,32 -- - 1 momme. 3 grammes 75. 2,11 drams. - Ou bien: - 10,04 livre troy. - 1,60 -- - 2,41 pwts. - - N.-B.--Je n’ai pas tenu compte des décimales extrêmes. - - -II.--Le Japon est un pays à étalon d’or. L’unité monétaire est le yen, -qui vaut actuellement 2 fr. 55. (Change moyen; il va quelquefois à 2 fr. -60 ou 2 fr. 65). On ne voit, d’ailleurs, jamais d’or dans le pays; car -l’or sert à payer l’étranger pour les intérêts de la dette et les achats -du Gouvernement. On trouve également peu de yen d’argent, la monnaie -courante est le papier en coupures de 1, 5, 10, 25, 50, 100, 1.000 yen -et aussi de 50 sen et 20 sen, quoique, cependant, la monnaie -divisionnaire en argent soit généralement abondante. - - 1 yen = 100 sen = 2 fr. 55. - 1 sen = 10 rin - 1 rin = 10 mon - -Le rin est encore en usage comme le centime chez nous, et il est frappé -en cuivre; quant au mon c’est une vieille monnaie chinoise (sapèque) -qu’on n’emploie plus effectivement, mais qu’on trouve encore en usage -dans le langage de certaines provinces. - -Il existe des pièces de nickel de 5 sen. - - -III.--Le service postal se faisait, autrefois, par les postes -françaises, anglaises et américaines établies à Yokohama et dans les -autres ports ouverts. En 1871, un premier service postal fut organisé -par le Gouvernement impérial entre les grandes villes de l’Empire; et, -six ans plus tard, en 1877, le Japon fit partie de l’Union postale -universelle; malgré cela, la France et l’Angleterre gardèrent encore -leurs bureaux particuliers jusqu’en 1879, époque à laquelle elles y -renoncèrent définitivement. - -Actuellement, le service postal est fait, au Japon, comme dans tous les -autres pays du globe, très bien fait même et avec minutie. - -Taxes locales.--Lettres: 3 sen pour 4 momme ou fraction. - -Cartes-lettres: 3 sen pour 4 momme ou fraction. - -Cartes postales: 1 sen 1/2. - -Journaux et magazines; livres; photographies; papiers commerciaux; -peintures; échantillons; manuscrits; cartes, etc..., 2 sen pour 30 -momme; - -Graines et produits agricoles: 1 sen pour 30 momme ou fraction. - -Il existe au Japon ce qu’on appelle _distribution rapide_, pour les -articles recommandés et les articles avec valeur déclarée: cette -distribution est faite moyennant le payement de 20 sen pour un article -adressé dans un rayon de 20 ri du bureau-poste. Hors de cette distance -de 20 ri, il est exigé un payement de 15 sen par ri ou fraction; si -l’article à délivrer est adressé à une personne vivant à bord d’un -bateau, le payement du bateau est exigé en sus; - -Recommandation: 7 sen par article; - -Assurance de bijoux et matières d’or et d’argent, et pierres précieuses: -15 sen pour une valeur déclarée ne dépassant pas 10 yen; au delà de 10 -yen, 5 sen pour chaque 10 yen ou fraction en sus. - -Colis postaux locaux.--Pour l’intérieur du Japon jusqu’à 1.600 momme -seulement; pour Formose et Karafuto (Sakhalin) 1.500 momme; 36 et 54 sen -respectivement. - -Pour le Japon: - - jusqu’à 200 momme 8 sen - -- 400 -- 12 -- - -- 600 -- 16 -- - -- 800 -- 20 -- - -- 1000 -- 24 -- - -- 1200 -- 28 -- - -- 1400 -- 32 -- - -- 1600 -- 36 -- - -Pour Formose et Sakhalin: - - jusqu’à 200 momme 30 sen - -- 400 -- 35 -- - -- 600 -- 40 -- - -- 800 -- 50 -- - -- 1200 -- 60 -- - -- 1500 -- 70 -- - -Pour ces deux derniers pays on n’accepte que des colis recommandés ou de -valeur déclarée. - -Tous les règlements japonais sont applicables aux ports Japonais en -Corée et en Chine. - -Mandats-poste: - - Pour 10 yen taxe 6 sen - -- 20 -- -- 10 -- - -- 30 -- -- 15 -- - -- 40 -- -- 18 -- - -- 50 -- -- 22 -- - -Mandats télégraphiques: - - Pour 10 yen taxe 30 sen - -- 20 -- -- 35 -- - -- 30 -- -- 40 -- - -- 40 -- -- 45 -- - -- 50 -- -- 50 -- - -La somme maxima qui peut être expédiée dans les deux cas est 50 yen. - -Pour l’étranger.--Lettres 10 sen pour 20 grammes ou fraction; 6 sen pour -chaque 20 grammes ou fraction en sus; - -Cartes postales: 4 sen; - -Imprimés: 2 sen par 50 grammes; - -Papiers commerciaux: 10 sen pour les 50 premiers grammes; 2 sen pour -chaque 50 grammes ou fraction en sus; - -Échantillons: 4 sen pour les 50 premiers grammes; 2 sen pour chaque 50 -grammes ou fraction en sus; - -Recommandation: 10 sen; - -Distribution spéciale: 12 sen pour un article ordinaire; 20 sen pour un -colis postal; - -Accusés de réception: 5 sen. - - -Les imprimés et papiers commerciaux doivent avoir: - -Poids: 2 kilogs. - -Dimension: 45 centimètres. - -Les rouleaux peuvent avoir 75 centimètres de long et 10 centimètres de -diamètre. - - -Les échantillons doivent avoir: - - Poids: 350 grammes; - - Dimensions: 30 centimètres de long - 20 -- de large - 20 -- de profondeur. - - Les rouleaux: 30 -- de long - 15 -- de diamètre. - -Les colis postaux sont pris pour tous les pays de l’Union postale avec -un maximum de 1.333 momme et un taux variant de 1 yen 50 sen à 2 yen 50 -sen. - -La poste Japonaise accepte aussi des mandats-poste pour toute l’Europe, -les États-Unis et les principales possessions européennes avec un -maximum de 1.000 francs pour le Continent Européen; 100 dollars pour les -États-Unis et le Canada. - -Taxe: 1 sen par 50 francs. - -Le service postal est extrêmement bien fait au Japon et on n’y perd -jamais une lettre; si vous avez changé cinq ou six fois d’adresse, la -lettre vous suivra exactement portant cinq ou six petites bandes de -papier, où, chaque fois, le facteur a marqué votre changement de maison; -dans ce service l’administration méticuleuse triomphe, et il faut bien -dire qu’aucune poste n’est aussi fidèle, pour la remise des -correspondances, que la poste japonaise. Peut-être certaines -correspondances cependant subissent-elles quelque retard dans la -distribution, mais ceci n’appartient pas à notre sujet. - - -Certains objets sont interdits au Japon et ne sont pas admis en -transport postal: - -L’opium et tout ce qui sert à fumer l’opium; la morphine et les dérivés -de l’opium sont absolument interdits. Ne sont pas admis au transport -postal: les imprimés ou envois de toute nature ayant un caractère -immoral; les matières d’or, d’argent, les pierres précieuses, bijoux et -autres objets précieux; les cartes postales en paquet. - - -IV.--Le fil télégraphique pénètre actuellement partout au Japon et -l’étranger, qui voyage dans le pays, ne se trouve isolé nulle part; on -peut se servir des principales langues européennes, mais, cependant--et -comme on peut s’y attendre--c’est l’anglais qui est le plus généralement -en usage. - -Taxes locales.--Pour un télégramme en japonais (Kana ou alphabétique): - -20 sen pour les 15 premières lettres et 5 sen pour chaque 5 lettres ou -fraction en sus (pour les télégrammes expédiés dans la même ville, la -taxe est réduite à 10 sen et 3 sen respectivement). - -Pour les télégrammes en lettres européennes: 25 sen pour les premiers -cinq mots avec un minimum de taxe de 25 sen; et 5 sen pour chaque mot en -sus (dans la même ville, la taxe est réduite à 15 sen et 3 sen -respectivement). - -La longueur d’un mot est fixée à 15 caractères; s’il y en a 16, cela -compte comme deux mots. - -Les groupes de chiffres comptent 5 pour un mot. - -Dans le langage des codes 10 caractères valent 1 mot. - -Un télégramme urgent paye trois fois la taxe. - -Taxes internationales: - - Yen. Sen. - - Amoy 0 78 - Annam 2 10 - Canton 1 04 - Ceylan 2 06 - Chefou 0 96 - Chen Kiang 0 96 - Hang chow 0 96 - Hankow 0 96 - Niou tchouang 0 96 - Ning po 0 96 - Péking 0 96 - Soutcheou 0 96 - Wouhou 0 96 - Siam 2 04 - Shanghaï 0 48 - Indes 2 02 - Corée 0 30 - Europe 2 42 - Russie 1 40 - -États-Unis de 1 yen 60 sen à 2 yen 80 sen suivant les villes; - -Pour l’Amérique du Sud les tarifs sont plus élevés et varient entre 5 -yen 10 pour la République Argentine et 5 yen 90 pour le Pérou. - - -V.--Quelques chiffres feront comprendre la situation où se trouve -actuellement le Japon au point de vue postal, télégraphique et -téléphonique: - -Il existait dans le Honshu, au 31 décembre 1907, 4.698 bureaux de poste; -à Shikoku 391; à Kiushu 989; à Yezo 345, soit en tout 6.423 bureaux d’où -dépendent 54.698 boîtes postales publiques et privées; 676 bureaux de -télégraphe; 4 bureaux téléphoniques ordinaires et 159 bureaux -téléphoniques automatiques. - -Pendant l’année fiscale 1906-1907, il a été expédié: - - 289.018.836 lettres; - 677.189.063 cartes postales; - 175.566.958 journaux et brochures; - 14.914.868 livres; - 8.235.025 documents, épreuves, etc.; - 4.863.018 échantillons et semences; - 61.344.088 objets en franchise; - 15.115.872 colis postaux. - -Pendant la même période 1906-1907, il a été délivré 13.704.148 mandats -locaux, et 12.911 mandats internationaux; il a été expédié 23.498.234 -télégrammes intérieurs et 644.434 télégrammes internationaux. - -Le téléphone possède environ 37.000 abonnés. C’est ce dernier service -qui est le moins développé; mais quand on considère l’état, pour ainsi -dire embryonnaire, du téléphone en France, on ne saurait critiquer le -Japon de son retard en ce genre de correspondance. - - -VI.--Il est de bon ton, dans le monde qui se pique de connaissances -étendues, et qui, en général, d’ailleurs, sait peu de choses, de -raconter que le Japon ne connaît pas d’illettrés; c’est le même public, -du reste, qui, après 1870, disait que le maître d’école prussien nous -avait battus! Ces derniers temps la presse a vanté les instituteurs -japonais, leurs méthodes, etc. Eh bien, il faut en rabattre de toutes -ces idées surfaites, sorties, on ne sait comment, de cerveaux peu ou mal -renseignés. Il existait, au recensement de 1908, en chiffres ronds, -55.000 conscrits sachant à peine lire et écrire et 30.000 ne sachant ni -lire ni écrire. Et c’est le Japon central, la partie centrale ou Honshu, -qui en fournit la plus grande partie. Voilà la vérité. Il ne s’ensuit -pas que le Japon néglige l’instruction publique, loin de là; il est bien -évident qu’il y a quinze ans, la proportion des illettrés était bien -plus considérable qu’elle ne l’est actuellement, et le gouvernement du -Mikado a fait largement le nécessaire pour arriver à donner -l’instruction primaire à tous les Japonais. Aujourd’hui chaque village a -son école. - -Au point de vue instruction supérieure, le Japon possède deux -Universités, l’une à Tokio, l’autre à Kioto. On y enseigne, comme dans -toute Université européenne, les lettres, les sciences et les arts. Ce -sont des Européens qui, les premiers, ont instruit les Japonais dans les -diverses branches de la science humaine: les Allemands dans la médecine; -les Français dans le droit civil et criminel; les Allemands dans le -droit commercial; les Anglais et les Américains dans les sciences -mathématiques, physiques, etc. - -Aujourd’hui tout l’enseignement est passé dans les mains des indigènes; -il y a bien encore quelques Européens çà et là, mais c’est surtout comme -conseillers en cas de difficultés. - -Écoles normales supérieures, à Tokio, à Hiroshima; écoles de commerce à -Tokio, Kobé, Nagasaki; écoles des arts et métiers à Kioto, Osaka, Nagoya -et Kumamoto; école des langues étrangères à Tokio, employant douze -professeurs étrangers; école des beaux-arts à Tokio; école d’aveugles et -de sourds-muets à Tokio; et enfin des écoles supérieures appelées -kôtogakkô et correspondant à nos lycées. - -Toutes ces écoles sont entretenues par l’État; mais, en dehors de lui, -il existe bon nombre d’écoles privées ou sont enseignés: le droit, la -politique, l’administration. L’enseignement est libre sous l’inspection -du gouvernement. C’est ainsi que trois écoles françaises, dirigées par -les frères Marianites, sont en pleine prospérité: à Tokio, ils ont 1.500 -élèves, à Yokohama et à Nagasaki, 500; les Japonais apprécient beaucoup -leur zèle, et les hauts personnages ne craignent pas d’envoyer leurs -fils chez eux. Les Jésuites doivent même installer prochainement à Tokio -une université avec l’autorisation du gouvernement mikadonal. - -La femme japonaise, appartenant au milieu aristocratique ou de riche -bourgeoisie, commence à faire concurrence au sexe fort dans les écoles -et à profiter largement des établissements scientifiques et artistiques -mis à sa disposition. - -De nombreux musées, jardins botaniques, écoles d’apiculture, etc., -viennent compléter l’instruction théorique. Un très beau musée -commercial, notamment, a été installé à Tokio et à Osaka. Des sociétés -multiples se sont fondées: société de géographie, société des antiquités -japonaises, société des industries maritimes, société d’agriculture, -etc.; il serait trop long de les énumérer toutes, qu’il suffise de dire -que les sociétés sont aussi nombreuses au Japon qu’en Europe, peut-être -davantage. Les Japonais forment des sociétés à propos de tout et de -rien. - - -VII.--La presse n’est pas précisément libre au Japon, et des règlements -féroces la maintiennent dans le droit chemin, le chemin de l’approbation -du pouvoir; cependant quelques audacieux critiquent quand même les -gouvernants, et en somme, se tirent encore d’affaire en dégageant de -leurs critiques la personne de l’Empereur et la famille impériale pour -dauber sur les ministres et leurs associés. Il existe aussi une presse -socialiste, mais dans l’ombre, et elle attend son heure. - -A Tokio, il y a plus de cent journaux et revues, quotidiens, -hebdomadaires ou mensuels. A Osaka il en est de même. Dans la province, -chaque préfecture a son journal, et, généralement, une partie est -imprimée en caractères faciles et courants (hirakana) pour ceux qui ne -possèdent pas les caractères chinois. - - -VIII.--Les cours et tribunaux qui connaissent des crimes et délits sont -ainsi répartis: une cour de cassation, 7 cours d’appel, 49 tribunaux de -première instance, 310 tribunaux de la justice de paix. La justice -commence à être assez bien organisée dans tout l’Empire: le Japon a tenu -à honneur de se conformer aux coutumes et usages d’Europe. - -Il y a encore beaucoup à faire pour avoir un personnel de magistrats -réellement compétents, mais c’est une question de temps. - -Le fort du Japonais c’est la police; méfiant et soupçonneux par atavisme -et par éducation il est policier par nature; aussi est-il étonnant dans -le métier de détective. D’ailleurs, si l’on songe qu’il y a, au Japon, -un agent de police pour 1.247 habitants, on comprendra pourquoi la -police est mieux faite à Tokio qu’à Paris et pourquoi il est plus sûr de -se promener à minuit à Riôgoku bashi que sur le pont de la Concorde. On -compte dans tout l’Empire: 731 stations principales ou bureaux de -police; 737 succursales des bureaux de police; 2.746 postes urbains de -police; 12.558 postes ruraux de police; 2.337 inspecteurs et -commissaires de police; 38.581 agents de police. - -Malgré cela il y a eu 985 maisons dévalisées avec effraction; et 232.854 -maisons dévalisées sans effraction; par contre les vols sur les -personnes ne sont que de 28.000 environ pour la même année. - - - - -CHAPITRE IX - -I. Armée; instructeurs français et allemands.--II. Marine; instructeurs -et ingénieurs français; professeurs anglais.--III. Système de -recrutement; dernières modifications; réorganisation actuelle; -augmentation des divisions et de l’artillerie.--IV. État actuel de la -marine; projets de construction.--V. Conclusion. - - -I.--L’Armée et la Marine méritent un chapitre spécial; car c’est ici -qu’est l’âme japonaise. Le Japon a conservé de ses traditions l’amour du -métier des armes, et tout Japonais, on peut le dire, naît soldat. Déjà, -dans l’antiquité, le Japonais avait comme principale occupation: se -battre, et il en fut ainsi à travers le moyen âge, jusqu’à l’époque -actuelle. Il est vrai de dire qu’il y a, jusqu’à présent, fort bien -réussi. - -Les premiers instructeurs de l’armée japonaise moderne furent des -Français, appelés par le gouvernement du Shôgun, vers 1866, alors que la -révolution ne s’était pas encore accomplie et que les Tokugawa étaient -considérés par l’Europe comme les souverains du Japon. Après le -rétablissement du Mikado, malgré nos désastres de 1870, ce furent encore -des officiers français que le Japon demanda pour former son armée; nous -pouvons donc sans forfanterie dire que nous avons fait l’armée -japonaise. Nos officiers y sont restés jusqu’en 1888 et ce n’est qu’à -cette époque que le gouvernement japonais fit venir le Major Meckel de -Berlin, qui passa trois ans à Tokio comme professeur à l’École de -guerre. Aujourd’hui les Japonais se sont affranchis de tout le monde, et -grâce aux nombreux officiers qu’ils envoient en France et en Allemagne, -ils sont parfaitement au courant des choses militaires qu’ils -s’assimilent fort vite, grâce à leur remarquable aptitude naturelle. - - -II.--Pour la Marine, le gouvernement shogunal s’était également adressé -à la France, et c’étaient des ingénieurs français qui, les premiers, -avaient construit l’arsenal de Yokosuka. Mais le gouvernement impérial, -lorsqu’il créa son école navale, fit appel aux Anglais. Ce n’est que -vers 1884 que M. Bertin, un de nos ingénieurs les plus distingués, fut -demandé par les Japonais pour une période de quatre ans. La marine -japonaise a donc été formée par l’Angleterre. - -La campagne contre la Chine étonna d’abord; mais la campagne contre la -Russie surprit bien davantage, et l’Europe et l’Amérique comprirent -qu’un concurrent terrible était né dans le Pacifique et dans les mers de -Chine. - - -III.--Pour ceux qui suivaient de près le développement militaire du -Japon; pour ceux qui savaient, pour y avoir vécu, quelles ressources -d’énergie militaire et d’orgueil patriotique ce pays renferme, les -victoires japonaises n’ont pas été surprenantes; il ne faut du reste pas -oublier que la Russie n’avait, au début, à opposer aux forces -japonaises, que des troupes sans cohésion et très peu nombreuses. - -Il est incontestable que le Japonais est né soldat; en six mois on peut -en faire une excellente machine de guerre; même d’un paysan qu’on sort -de ses champs de riz, on réussit, en bien moins de temps qu’il n’en faut -pour débrouiller un paysan français, à dresser un troupier parfait. Cela -tient, évidemment, à ce que le Japon est encore tout près du moyen âge, -de son moyen âge à lui, qui, en somme, n’a pris fin que voilà quarante -ans à peine. Élevé au bruit des querelles armées, des tueries, des -guerres entre seigneurs, le jeune Japonais était vite passionné pour le -métier des armes. C’est cet atavisme qui lui a permis d’adopter le -militarisme européen, et d’y réaliser des progrès si sérieux. - -A l’heure actuelle, ne se reposant pas sur ses victoires, et, bien au -contraire, ayant toujours l’œil ouvert sur l’avenir, le Japon, depuis -son règlement de comptes avec la Russie, a dépensé des sommes -considérables pour réorganiser, en les modifiant, son système et son -organisation militaires. Sans bruit, mais avec une persévérance et une -ténacité dont il a déjà donné plus d’un exemple, il a fait en sorte que, -dans un temps relativement prochain, il puisse mettre en ligne des -effectifs très puissants. - -Il est très difficile de pénétrer les plans militaires du Japon; tout ce -qui concerne l’armée, les armements, les règlements, est tenu -excessivement secret; aussi, est-il besoin de le dire, on ne peut rien -connaître de ce côté; mais ce qu’on peut voir c’est le travail et -l’activité incessants dans tous les arsenaux et les fabriques -d’équipement militaire; le nombre toujours croissant des régiments; les -sommes toujours plus fortes affectées aux budgets de l’armée et de la -marine; les mille manifestations extérieures qui ne peuvent échapper à -personne et qu’il est, d’ailleurs impossible de cacher. - -Il est un fait certain, indéniable, c’est qu’actuellement, après ses -victoires, le Japon arme avec une fièvre de plus en plus grande. - -Déjà les effectifs qu’on pouvait mettre sur pied lors de la campagne de -Mandchourie ont été doublés, et il n’est pas exagéré de dire que, d’ici -six ans ou sept ans, au plus tard, l’armée japonaise aura sur pied de -guerre le même effectif qu’une bonne armée européenne. Or la matière -combattante, le soldat, est au moins égale à celle de n’importe quel -pays d’Europe, et ne recule pas devant la mort. Il semble, au contraire -que le soldat japonais la désire; de plus, avec une population de près -de cinquante millions d’habitants, et d’habitants tous prêts au -sacrifice suprême, on constate que le Japon n’est pas à bout. Une -anecdote remontant au temps de l’attaque des forts de Taku, en 1900, au -moment des boxeurs, fera voir combien les Japonais méprisent la vie. Les -petits bâtiments de guerre, embossés devant les ports, avaient bombardé -ceux-ci, lorsqu’un colonel japonais, trouvant que l’attaque n’allait pas -assez vite, lança ses hommes à l’assaut sous une grêle de balles. Ils -brisèrent une porte et entrèrent dans le fort, mais la moitié de -l’effectif était par terre; comme un officier étranger faisait remarquer -au colonel japonais qu’on aurait pu arriver au même résultat sans perdre -tant de monde: «Oh! répliqua-t-il, du monde il y en a encore beaucoup au -Japon!» - -Avec de tels hommes on peut tout oser. Le service militaire au Japon est -dû par chaque citoyen indistinctement de dix-sept à quarante ans; -l’appel se fait dans l’année qui suit celle où le jeune homme a atteint -ses vingt ans. Chaque année le nombre des appelés varie entre 515 et -520.000; mais le Japon, n’étant pas riche, ne peut enrôler sous les -drapeaux qu’un nombre d’hommes en rapport avec ses ressources. - -D’après le résumé statistique de l’Empire, le nombre des jeunes gens -recruté était pour: - - 1903 188.822 - 1904 269.284 - 1905 310.866 - 1906 201.714 - -Mais ceci donne les chiffres des hommes recrutés pendant la guerre; -depuis la guerre le contingent n’a pas atteint 100.000 hommes. Le -contingent annuel reste sept ans dans l’armée active et la réserve, dix -ans dans l’armée de réserve ou _Kô bi gun_, puis il passe dans l’armée -nationale ou _Koku min gun_. - -Une partie de ceux qui ne sont pas appelés pour former le contingent -annuel, mais qui sont néanmoins bons pour le service, reçoivent une -instruction militaire sommaire: quant aux autres ils entrent directement -dans le Kokumingun et y restent jusqu’à l’âge de quarante ans. - -En 1907 le ministre de la Guerre a été autorisé par le Parlement à faire -l’essai du service de deux ans; jusqu’à présent le soldat japonais -restait trois ans dans l’armée active. Ceci n’est du reste applicable -quant à présent qu’à l’infanterie, mais, néanmoins, permet -l’incorporation d’un nombre plus considérable d’appelés; ce qui fait -qu’actuellement le contingent annuel sous les drapeaux s’élève au -chiffre d’environ cent trente mille hommes. - -D’autre part, comme la réserve, d’après les lois de 1905 et 1907, fait -actuellement dix ans au lieu de cinq, elle peut fournir un effectif de -cinq cent mille hommes. On admettra que c’est déjà un joli chiffre; mais -ce n’est que le commencement. Si, comme on a tout lieu de le croire, les -ministres de la Guerre du Japon ne s’arrêtent pas en route, (et le -Parlement et le Pays les suivront dans tout ce qu’ils veulent accomplir -au point de vue militaire), avant vingt ans d’ici, le Japon pourra -mettre en ligne une armée de un million cinq cent mille hommes; il est -même fort possible, si on accroît le nombre de jeunes gens actuellement -incorporés qu’on obtiendra ce chiffre avant dix ans. - -En tout état de cause, à supposer que le contingent annuel reste ce -qu’il est aujourd’hui, le Japon pourrait mettre en campagne dans vingt -ans d’ici: un million cinq cent mille hommes complètement instruits -(armée active et réserve); - -Un million d’hommes environ, ceux qu’ils appellent la réserve de -recrutement (en japonais Hô ju) et qui est composée des hommes bons pour -le service mais qui n’ont pas été incorporés et ont seulement reçu une -instruction sommaire; - -Deux cent mille hommes de l’armée territoriale, laquelle se trouve -réduite par suite du maintien dans la réserve, pendant un temps plus -long, des hommes de l’active. - -Enfin s’il faut faire appel à l’armée nationale, à l’armée «de la patrie -en danger», ou _Koku min gun_, le Japon pourrait disposer de cinq -millions d’hommes. Et étant donné l’esprit de suite et de travail -soutenu du Japon dans tout ce qu’il entreprend, la réalisation ne -tardera pas. - -La seule chose qui puisse retarder la solution de ce grand problème -militaire, c’est le manque de fonds. Tout le monde sait que le Japon est -loin d’être un pays fortuné et qu’il n’a pas chez lui les sources de -richesse nécessaires à un peuple qui veut faire grand. Malgré cela le -goût des choses militaires est si vif dans tout le territoire que la -population supporte sans murmurer le fardeau du militarisme. Le -pacifisme est une chose inconnue à Tokio et pendant longtemps encore le -pays peut compter sur l’unanimité de ses enfants pour sa défense. - -Cependant, dans certains centres, notamment à Osaka, ville très -industrielle, centre important d’ouvriers de toutes sortes, les idées -antimilitaristes commencent à trouver un terrain assez propice, et il -est reconnu, par tous les officiers japonais, que la garnison d’Osaka -est la plus indisciplinée. Ce n’est évidemment là qu’un symptôme encore -assez faible, mais il n’en est pas moins vrai que le fait existe et -qu’on a déjà été obligé de sévir à l’égard d’individus qui répandaient -parmi les troupes des pamphlets contre l’armée. - -Les Japonais n’ont pas, comme nous, de corps d’armée; leur unité est la -division et elle est augmentée d’une brigade de réserve; actuellement -l’armée japonaise compte dix-neuf divisions, plus la division de la -garde; on créera, sans doute, au fur et à mesure des ressources -financières d’autres divisions, et il paraît assez probable que le -Japon, alors qu’il aura complété sa nouvelle organisation militaire, -possédera le double des divisions qu’il avait lors de la guerre contre -la Russie, et qui était de douze, plus la division de la garde. On -augmentera la cavalerie divisionnaire et l’artillerie; cette dernière -comprendra de l’artillerie lourde de campagne; enfin les compagnies de -chemins de fer seront portées à seize; celles des télégraphes à huit -avec une compagnie de télégraphie sans fil. - -D’après les différentes revues et journaux militaires, le Japon avait au -moment de la guerre de Mandchourie: - -127 bataillons d’infanterie; 55 escadrons de cavalerie; 39 compagnies du -génie. - -Aujourd’hui il possède déjà: - -229 bataillons d’infanterie; 73 escadrons de cavalerie; 54 compagnies du -génie. - -En trois ans l’augmentation a été, on le voit, considérable et elle -donne une idée de la rapidité avec laquelle le Gouvernement japonais -pousse la complète réorganisation de son instrument de guerre. - -En même temps qu’il songeait à la formation nouvelle de ses divisions, -le Japon opérait des changements considérables dans la tenue de ses -hommes. Elle est de deux sortes: tenue d’hiver en drap et tenue d’été en -kaki; cette dernière a été adoptée à la suite de la guerre -russo-japonaise: jusqu’alors les soldats avaient fait campagne en Chine -et en Mandchourie avec le costume blanc qui a été reconnu trop -impraticable. Le soldat est, en outre, beaucoup moins chargé que chez -nous; il est accompagné de coolies ou porteurs qui le soulagent beaucoup -et il n’a sur lui que le strict nécessaire. - -Le plus compliqué pour l’armée japonaise, c’est le transport et les -vivres; comme le riz forme la base principale de la nourriture (c’est -notre pain), et comme sa cuisson est infiniment plus encombrante, il est -nécessaire d’emporter un matériel qui est l’un des impedimenta les plus -sérieux de l’armée japonaise. Ce matériel doit comprendre tout d’abord -une grande marmite en fer; comme il y a plusieurs marmites par -compagnie, on voit ce que cela représente. Je me rappelle avoir ainsi vu -défiler, au moment de la mobilisation en vue de la campagne de Chine, -des lignes interminables de mulets et de chevaux chargés de deux -immenses marmites placées de chaque côté du bât. - -Dans les deux guerres qu’ils ont eu à soutenir récemment, les Japonais -ont pu opérer leur ravitaillement comme ils ont voulu. Dans le premier -cas, contre la Chine, ils avaient affaire à un ennemi qui s’évanouissait -à leur vue; dans le second à une armée composée de soldats très braves, -mais trop lourds, ne sachant pas manœuvrer et se laissant acculer à -leurs positions; ils ont donc eu toute facilité; mais contre une armée -plus légère, plus rapide, de mouvements plus prompts, peut-être leur -ravitaillement serait-il facile à couper. Somme toute, les Japonais, -jusqu’ici ont fait deux campagnes où ils avaient pour eux tous les -atouts dans leur jeu et où ils n’ont pas eu de grandes difficultés à -surmonter. Contre un ennemi bien organisé et actif, ils auraient certes -le même courage; mais auraient-ils le même succès? - -Malgré cela il est nécessaire pour l’Europe de suivre les progrès -militaires de ce peuple qui a donné tant de témoignages de son -intelligence, de sa vigueur et de son indéniable esprit de méthode et -d’organisation. Déjà, quelques gouvernements ont envoyé et continuent -d’envoyer tous les ans des officiers capables de se mettre au courant -des choses japonaises. Je sais bien que cette habitude de courtoisie -d’échanger des missions militaires ne mène pas à grand chose au point de -vue métier; car, et cela est bien naturel, on ne se montre que ce qui ne -peut pas se cacher; mais on arrive, néanmoins, à pénétrer un peu les -habitudes et les coutumes, la manière de voir et de procéder du peuple -chez lequel on vit. Je ne dis pas pénétrer l’âme: car, s’il est assez -facile de pénétrer l’âme d’un Français, ouvert et franc (trop franc), il -est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’aller jusqu’au fond -de la pensée d’un Chinois ou d’un Japonais. - -Tout ce que je viens d’écrire sur l’armée japonaise au point de vue du -recrutement, de l’organisation et du chiffre d’hommes disponibles est -basé sur les nouvelles lois militaires qui ont été changées ou remaniées -après la guerre de Mandchourie. Quelques points manqueront peut-être -d’une stricte exactitude (ces choses techniques ne pouvant être traitées -à fond que par un militaire), mais cela suffira à donner une idée assez -complète de la formidable machine de guerre que le Japon est en train de -monter et d’agencer. - -Les principales garnisons des régiments sont Tokio, où se trouve -également la division de la garde; Sakura; Sendai; Aomori; Nagoya; -Kanazawa; Osaka; Himeji; Hiroshima; Matsuyama; Kumamoto; Kokura. Depuis -l’augmentation du contingent, on a réparti des bataillons dans d’autres -villes; de plus, une division d’occupation se tient toujours en Corée; -il est même question d’en augmenter l’effectif, la Corée supportant mal -l’introduction, par le Japon, de la civilisation occidentale. Une autre -division d’occupation est stationnée en Mandchourie. - -Hiroshima, situé sur la mer intérieure, bien abrité et bien défendu, a -été, durant les deux dernières guerres, le siège du grand quartier -général où l’Empereur s’était transporté en personne. - -Ainsi que je l’ai dit dans un chapitre précédent, le Japonais est de -petite taille; les hommes mesurent en général de 1 mètre 50 à 1 mètre -55. - -Le classement des recrues, au point de vue de l’instruction, pour 1906, -était le suivant: - -Jeunes gens terminant leurs études aux Écoles supérieures: 717; - -Ayant terminé leurs études et passé les examens des Écoles supérieures: -492; - -Terminant leurs études dans les lycées (Kô tô chu gakkô): 8.419; - -Ayant terminé les études du lycée et passé les examens: 9.277; - -Terminant les études de l’École primaire supérieure: 62.717; - -Ayant terminé les études précédentes: 41.442; - -Terminant les études de l’École primaire: 145.277; - -Ayant terminé les études précédentes: 37.536; - -Sachant à peine lire et écrire: 59.952; - -Ne sachant ni lire ni écrire: 33.564; - -On voit qu’il y a un nombre considérable d’illettrés; car on peut -ajouter les deux derniers chiffres ensemble: sachant à peine lire et -écrire, quand il s’agit de la langue japonaise, c’est, autant dire, ne -rien savoir du tout; cela ferait donc 93.516 illettrés. - -Quant aux nombres de jeunes gens recrutés, ajournés et exemptés, on -pourra s’en faire une idée par les chiffres suivants, également de 1906, -les derniers publiés: - -Dans le _Honshu_, c’est-à-dire dans la grande île: nombre des jeunes -gens recrutés: 150.508; - -Nombre des jeunes gens ajournés: 2.746; - -Nombre des jeunes gens exemptés d’appel: 127.228; - -Nombre des jeunes gens exemptés du service militaire: 24.620; - -Soit un total de 305.102. - -Dans l’île de Shikoku: recrutés: 15.020; ajournés: 256; exemptés -d’appel: 9.087; exemptés définitivement: 2.150; - -Dans l’île de Kiushiu: recrutés: 32.269; ajournés: 376; exemptés -d’appel: 19.700; exemptés définitivement: 6.067; - -Dans l’île de Yézo (Hokkaido): recrutés: 3.917; ajournés: 50; exemptés -d’appel: 3.205; exemptés définitivement: 551; - -Total pour Shikoku, Kiushiu et Yezo, recrutés: 51.206; ajournés: 682; -exemptés d’appel: 31.992; exemptés définitivement: 8.768. - -Ces différents chiffres forment un total général de 397.750 conscrits. -Ce sont là, qu’on ne l’oublie pas, des chiffres de recrutement après la -guerre contre les Russes (1906). - - -IV.--Si le Japon développe ainsi son armée de terre et augmente, d’une -façon aussi complète, sa puissance d’offensive, il n’oublie, certes, pas -non plus sa marine; il sait que c’est pour lui une question de vie ou de -mort que d’être fort sur mer; il sait qu’il lui faut, pour la victoire -pleine et certaine, être maître absolu de la mer: maître des mers de -Chine pour le moment; et, dans ses rêves d’avenir, maître du Pacifique -plus tard. - -Aussi consacre-t-il de fortes sommes à l’œuvre de réfection et de -renouvellement de la flotte de guerre et donne-t-il à la marine -marchande, qui peut et doit lui servir de transports, de nombreux -encouragements. Sa population maritime lui fournit des éléments -audacieux et solides, et il n’est pas près de manquer d’hommes pour -monter ses nombreux bâtiments. Ses officiers ne le cèdent en rien à ceux -des marines européennes, et ils ont cette confiance inébranlable que -donne une double victoire. Aussi, à l’heure qu’il est, la flotte de -guerre du Japon est-elle l’une des plus puissantes qui existe sur le -globe, et avec les années, elle ne fera qu’augmenter en nombre et en -valeur. - -Actuellement le Japon possède 16 cuirassés d’escadre; 11 grands -croiseurs; - -9 croiseurs de seconde classe dont beaucoup sont déjà vieux (Matsushima, -Hashitaté); - -une trentaine de canonnières de haute mer; - -60 contre-torpilleurs (torpedo destroyers); - -78 torpilleurs. - -Il y a en service actif: 77 amiraux, 741 officiers supérieurs, 2.126 -officiers, 7.857 sous-officiers, 29.667 marins. Avec la 1re et la 2e -réserves on arrive à 39.103 hommes d’équipage (non compris les -officiers). (Chiffres de 1908.) - -La marine japonaise a, pour ses constructions et ses réparations, quatre -ports militaires sur le modèle des nôtres: - -Yokosuka, près de Yokohama, dans la baie d’Yedo; - -Kure, dans la province d’Aki, près de Hiroshima; - -Sasebo, dans la province de Hizen, près de Nagasaki; - -Maidzuru, province de Tango, sur la mer intérieure. - -Le budget de 1907-1908 comprenait des crédits s’étendant sur la période -1907 à 1913-1914, destinés à couvrir le reliquat des dépenses de guerre -et s’élevant à 437.500.000 francs; plus une somme de 191.442.500 francs -qui devait, pendant la même période, remplacer les unités de combat qui -seraient rayées de la liste de la flotte. Mais on avait compté sans la -mauvaise situation financière qui ne permettait pas un tel effort -immédiat, et les crédits ci-dessus se sont vus réduits: le premier de -114.528.574 fr.; le deuxième à 77.945.325 francs. - -Les cuirassés _Aki_ et _Satsuma_ sont venus augmenter la flotte de -combat d’unités nouvelles; le _Mikasa_, qui avait sauté et coulé, a été -refondu complètement, et les navires russes pris à Port-Arthur ont été -modifiés en les modernisant. De nouveaux croiseurs, _Tsukuba_ et -_Ikumo_, sont également entrés en service; les constructions neuves ne -chôment pas dans les arsenaux qui ont déjà mis à l’eau le _Satsuma_ et -l’_Aki_ et sont en mesure de livrer un bâtiment aussi bien que n’importe -quel arsenal d’Europe ou d’Amérique. - -Actuellement la marine japonaise est la troisième du monde, après -l’Angleterre et l’Allemagne; après elle viennent les États-Unis, et -nous, qui, il y a quelques années encore, tenions brillamment le second -rang, après l’Angleterre, nous voici relégués au cinquième! - - -V.--A ce résumé des forces japonaises de terre et de mer, je n’ajouterai -qu’une réflexion: Après la guerre du Japon contre la Chine, l’empereur -Guillaume II lança son fameux tableau représentant les puissances -occidentales serrées les unes contre les autres en face du péril jaune -s’avançant à grands pas. Au-dessous il avait inscrit ces mots: «Peuples -d’Europe défendez vos biens les plus sacrés.» On a souri, mais qui sait? -L’avenir répondra. Le présent n’a-t-il pas déjà un peu répondu? - -On ne peut nier, en tout cas, que le Japon, en se préparant d’une façon -si formidable, ne se conforme bien soigneusement et exactement au _si -vis pacem, para bellum_. - - - - -CHAPITRE X - -I. Agriculture; superficie en rizières.--II. Production totale en -céréales.--III. Diverses espèces de riz.--IV. Les haricots, le maïs, la -patate, les différents légumes.--V. Épices et condiments.--VI. Division -de la terre.--VII. Soie et culture du mûrier.--VIII. Culture du -thé.--IX. Chevaux et bétail.--X. Fruits.--XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et -la colonisation. - - -I.--Dans l’antiquité, il n’existait au Japon, comme d’ailleurs dans tout -pays, que deux classes: les agriculteurs et les soldats; c’est là, du -reste, la base de toute société humaine: se nourrir et se défendre. -L’industrie et le commerce ne viennent qu’après. - -Aujourd’hui encore le Japon peut être considéré surtout comme un pays -agricole: 60 pour 100 de sa population vit de la terre. - -Les terrains de production se divisent en deux sortes: les terrains -secs, analogues à ceux des champs en Europe, qui sont les moins -nombreux; et les terrains humides servant exclusivement à la culture du -riz. D’après la statistique la plus récente (1908) la superficie des -rizières est de 2.898.792 chô et celle des autres champs de 1.813.913 -chô. La production du riz et autres céréales sur toute la superficie -arable de l’Empire se répartit ainsi: - - Superficie cultivée en riz, orge, seigle et blé: - - Divisions. Riz. Orge. Seigle. Blé. - (_Chô_). (_Chô_). (_Chô_). (_Chô_). - - Honshu 2.285.453 601.309 325.643 293.475 - Shi Koku 150.787 5.978 118.620 21.866 - Kiushu 441.752 50.474 236.495 118.548 - Yezo 19.800 12.075 19.927 9.917 - - -Si l’on compare les superficies cultivées aujourd’hui à celles d’il y a -dix ans, on ne les trouve pas sensiblement augmentées; le Japon semble -bien être arrivé à son maximum de culture comme riz; tous les terrains -qui ont pu être transformés en rizières l’ont été; depuis trente ans, la -superficie des champs de riz a presque doublé: de 1.611.130 chô en 1878 -elle est montée à 2.898.792 chô en 1908. Le riz est, en effet, la base -de la nourriture japonaise. Les autres céréales, qui en 1878 -représentaient une superficie de 1.433.913 chô, ne représentent en 1908 -que 400.000 chô de plus, soit 1.833.913 chô; parce que ces céréales ne -sont nullement indispensables et servent à différents usages autres que -la nourriture. - - -II.--Voici quelle est la production totale du Japon en céréales; -c’est-à-dire en riz, orge, seigle et froment, le froment n’étant pas le -blé que nous trouvons en Europe, mais une espèce de blé barbu à épi -nettement carré et spécial au Japon. - -Production totale pour tout le Japon: - - Riz 46.302.530 kokus. - Orge 9.445.238 -- - Seigle 6.957.932 -- - Blé 3.962.265 -- - - -III.--Il existe deux sortes de riz: le riz ordinaire appelé urushi et le -riz gluant ou mochigome (riz à gâteaux); elles sont divisées elles-mêmes -en une quantité de variétés, au moins deux cent cinquante au dire des -Japonais, mais que nous ne saurions reconnaître. Le riz se cultive dans -l’eau; cependant on en plante une certaine espèce en montagne, mais en -petite quantité, et, du reste cette espèce ne se voit guère que dans les -pays où il n’y a vraiment pas moyen de faire pousser le riz ordinaire. - -Ce dernier sert, ainsi que je l’ai déjà dit, à la nourriture -quotidienne. Il est employé aussi pour faire de la levure de sake -(alcool de riz) et du vinaigre; réduit en farine il entre dans la -fabrication de différentes pâtes alimentaires. - -Le riz gluant est utilisé pour faire des gâteaux et une espèce de -liqueur sucrée; on l’utilise aussi dans la teinturerie comme empois. - -L’orge sert à faire des sucreries appelées _ame_ ou _midzuame_, des -gâteaux en le grillant et le mélangeant avec du sucre. - -Avec le froment japonais sont fabriquées une espèce de macaroni et de -vermicelle, et une sorte de pâte appelée _fu_. On l’emploie aussi -mélangé avec des haricots, pour la fabrication du _shoyu_ et du _miso_, -deux sortes de sauces; on en fait également des gâteaux. - -Le seigle trouve aussi son emploi comme le blé, et convient également à -la nourriture des animaux. - -En dehors de ces quatre céréales, le sol japonais produit également: - -Haricots: 3.261.881 kokus; - -_Adzuki_: 804.485; (espèce de haricot, le _phaseolus radiatus_); - -Millet: 1.829.027; - -Iye: 205.422 (sorte de millet); - -Kibi: 364.269 (sorte de millet); - -Sarrazin: 1.119.108; - -Colza: 1.018.644. - - -IV.--Le haricot ou _mame_ dont il existe au Japon de nombreuses espèces, -sert à des usages non moins nombreux: car on peut non seulement le -manger cuit ou réduit en farine, mais encore l’employer pour la -fabrication du _shoyu_, du _miso_ et du _tofu_. Le _shoyu_ et le _miso_ -sont deux espèces de sauces et le _tofu_ une sorte de gâteau assez -semblable comme forme à un fromage tout frais. - -La peau, l’enveloppe, les feuilles et la tige des haricots entrent dans -la nourriture des chevaux. - -Les différentes espèces de millet servent à l’alimentation, -principalement sous forme de gâteaux. - -Le Japon produit encore: - - Pommes de terre 117.969.598 kwamme; - Patates 651.678.486 -- - Coton 2.145.625 -- - Chanvre 2.185.425 -- - Tabac 10.877.910 -- - Indigo 9.127.480 -- - -Le maïs ou _tomorokoshi_ a été importé de Chine autrefois et les -Japonais le mangent de deux manières; s’il s’agit de l’épi, on le fait -bouillir au naturel; s’il s’agit de la farine, on en fait une espèce de -soupe ou de bouillie. Quand le maïs est frais, on le mange aussi grillé, -en faisant passer l’épi tout entier au-dessus du feu. - -[Illustration: Le Château fort de Nagoya.] - -Comme légumes, le Japon a presque tous ceux d’Europe: oignon, ail, -carotte, navet, concombre, melon, citrouille, épinard, oseille, etc... -etc... En outre, il possède une quantité de légumes spéciaux et -indigènes, ce qui porte le régime végétal à un point inconnu en Europe. -Au Japon on peut varier ses plats de légumes à l’infini: - -Le lotus, en général cultivé dans les étangs ou les terrains inondés; sa -racine (hasu no ne: racine de lotus) est fort bonne à manger et fournit -de l’amidon; ses fleurs sont fort admirées; le lotus est la fleur sacrée -du bouddhisme; - -Le daikon, espèce de navet énorme et comprenant de nombreuses variétés; -on le mange cuit ou salé; on en fait une sorte de choucroute fort -appréciée des Japonais, mais qui choque l’odorat des Européens; l’_imo_ -ou racine bulbeuse qui comprend une foule de variétés dont les noms ne -sont pas traduisibles en français parce que la plante n’existe pas chez -nous; _tsuku imo_, qui se consomme cuit et dont les graines peuvent se -manger également; - -_Naga imo_; on en fait une espèce de gruau que l’on mange avec une sauce -spéciale, si l’on a soin de le râper et de le piler préalablement; - -_Imo_ proprement dit, comprend _sato imo_, _tono imo_, _yatsuga imo_, -_yegu imo_, etc. L’énumération en serait trop longue. Toutes ces -variétés se mangent cuites. Au printemps, on recouvre de terre les -tubercules de l’yegu imo pour les faire germer; lorsque les petites -pousses, qui portent le nom de _no imo_, apparaissent, on les mange; il -y a une autre variété dite hasu imo dont la tige seule peut être -utilisée; - -_Yuri_, le lis, est employé au Japon tout comme les carottes et les -navets; le sara yuri pousse à l’état sauvage; l’oni yuri réclame les -soins de la culture; ce dernier est supérieur comme goût, et on peut -réduire son bulbe en fécule; - -_Na_, épinard, herbe, etc., on pourrait plutôt traduire par _verdure_; -car on appelle _na_ au Japon toutes les feuilles vertes qui se mangent, -et elles sont nombreuses; - -_Mitsuba_, espèce de plante d’eau (cryptotœnia canadensis); - -_Shiso_, feuilles soit rouges, soit vertes, que l’on sale et que l’on -mange après macération; - -_Takenoko_, jeunes tiges de bambou que l’on fait bouillir et que l’on -assaisonne ensuite une fois qu’elles sont très tendres. - - -V.--Le Japonais aime beaucoup le condiment épicé; il emploie fréquemment -le gingembre (shoga), cru ou conservé. On fait croître les jeunes -pousses dans des caves en recouvrant les racines avec de la terre et des -détritus de végétaux. - -Le wasabi ou raifort est également très apprécié; le togarashi ou -piment, le sansho (Xantoxylum piperitum); les graines de chanvre -grillées, etc... - - -VI.--La superficie de la terre peut se décomposer comme suit: - -Terres appartenant à la Couronne, au Gouvernement, etc., 21.394.805 cho. - -Terres appartenant aux particuliers, 14.172.339 cho. - -La population occupée à la terre peut se chiffrer par environ 5.600.000 -familles, soit 64 pour 100 de la population totale de l’Empire; parmi -ses membres environ 20 pour 100 possèdent une éducation agricole -complète; 350.000 jeunes gens ayant passé par des écoles spéciales. - -La terre est excessivement morcelée et la plus grande partie des champs -de riz, par exemple, n’est que de 4 à 4 ares 50 de superficie, tandis -que les champs proprement dits ne mesurent que 8 à 9 ares. Si l’on -ajoute à cela le terrain qu’il faut sacrifier nécessairement autour des -champs de riz afin d’élever des talus pour contenir l’eau, on voit que -pour un propriétaire qui possède beaucoup de champs dispersés, le -travail de culture est pénible et les pertes assez grandes. Aussi, -depuis 1900, le Gouvernement a-t-il entrepris, de concert avec les -intéressés, et en nommant des experts qualifiés, de réajuster la -propriété et de la répartir d’une façon plus groupée, de manière à -rendre les propriétés plus compactes. Les propriétaires n’ont qu’à y -gagner; aussi se prêtent-ils volontiers à ce mouvement, qui se dessinait -plein de promesses, mais se trouve en suspens faute de fonds. - - -VII.--Le Japon produit de la soie en assez grande quantité; voici les -noms des districts qui en fournissent le plus: - - Ken de Miye 3.312.490 yen. - -- Gumma 9.585.254 -- - -- Aichi 8.358.883 -- - -- Yamanashi 8.346.864 -- - -- Nagano 34.989.371 -- - -- Fukushima 6.188.107 -- - -- Saitama 8.352.784 -- - -- Gifu 6.155.458 -- - -- Yamagata 4.885.739 -- - -Les mûriers occupent la superficie suivante: - - Honshu 337.399 cho. - Shikoku 8.218 -- - Kiushu 16.839 -- - Yezo 2.260 -- - -La culture de cet arbre réussit bien au Japon, et il atteint parfois la -hauteur de vingt à trente pieds. Ses feuilles, cordiformes et dentelées, -sont quelquefois découpées; ses fruits mûrissent en été et ont une -couleur violette; on le plante en ligne comme les vignes dans le centre -de la France, et on coupe les branches au lieu de récolter seulement les -feuilles; de sorte que tous les ans, au printemps, de jeunes branches -sortent avec une nouvelle vigueur. Il existe au Japon deux sortes de -mûriers: l’un qui fleurit en mars, l’autre, plus tardif, qui fleurit -seulement en avril. - - -VIII.--La superficie des champs plantés en thé est: - - Honshu 37.659 chô. - Shikoku 3.498 -- - Kiushiu 9.299 -- - Yezo néant. - -soit, en tout, 50.456 chô. - -Les districts qui produisent le plus de thé sont: - - Ken d’Ibaraki 454.437 yen. - -- Shidzuoka 3.445.679 -- - Shi de Kioto 739.152 -- - Ken de Shiga 374.932 -- - -- Miye 726.211 -- - -- Nara 376.993 -- - -- Kumamoto 519.106 -- - -Je ne m’étends pas particulièrement sur la culture du thé au Japon, qui -ne présente aucun intérêt pour l’Europe. Tout le thé que fournit le -Japon à l’exportation est absorbé par les États-Unis qui s’en sont fait -une spécialité; et je doute qu’il soit jamais apprécié en Europe. - - -IX.--Le cheval, autrefois au Japon, était surtout destiné à porter les -fardeaux des paysans à travers les sentiers dans la campagne, et à -servir de monture aux guerriers. Le cheval japonais est un animal fort -peu élégant, sans poitrail, efflanqué, très peu solide sur ses jambes de -devant et d’une ressource médiocre pour les lourds fardeaux. Le -Gouvernement Japonais a fait tous ses efforts pour améliorer la race, et -instruit par les deux dernières guerres, il a institué une -administration spéciale des haras sous la direction immédiate de la -Maison impériale, avec un conseiller privé et un ancien ministre d’État -à sa tête. Mais les circonstances particulières dans lesquelles se -trouve le Japon s’opposent à un rapide développement de la race -chevaline: en effet, l’absence de plaines étendues, la présence par tout -le pays de champs de riz, l’inutilité presque absolue du cheval pour les -cultivateurs et le public en général, font que l’élevage a toujours été -plus ou moins négligé. - -La nouvelle administration doit avoir constamment à sa disposition 1.500 -étalons étrangers choisis, de façon à les distribuer dans les principaux -centres d’élevage pour les accoupler avec des juments indigènes. Le -programme est établi pour une durée de 28 ans à partir de 1906, et on -estime la dépense à 30.000.000 de yen. - -Les principaux centres d’élevage sont: au Nord l’île de Yezo; les -districts de Nambu, Sendai, Miharu et Akita; au Sud, Kagoshima. - -Le cheval de Nambu est le plus réputé du Japon; il est fort, -relativement large de poitrail et très endurant. Ceux de Hokkaido, -Sendai, Miharu, Akita sont des variétés du Nambu; ils sont dociles et -résistants: le cheval de Kagoshima, au contraire, est petit, vif, -vicieux et souvent intraitable. - -Il y a longtemps déjà que le Gouvernement Japonais a essayé d’introduire -des chevaux étrangers pour améliorer la race indigène; mais jusqu’à -présent il n’a pas réussi. De France, d’Angleterre, d’Amérique, de -Hongrie, d’Arabie, d’Australie sont venus de beaux, de splendides -spécimens; au bout de deux ans au Japon ils étaient ou morts ou malades; -le climat humide et le manque de pâturages les tuent. - -L’Empereur a cependant une écurie de chevaux australiens; mais ces -malheureuses bêtes ne sont que l’ombre de ce qu’elles étaient dans leur -pays. Le cheval chinois lui-même, pourtant si fruste et si résistant, -est bientôt, au Japon, pris de rhumatismes et rendu indisponible. - -Un poulain de deux ans coûte aujourd’hui environ 60 yen s’il est -indigène pur sang, et environ 150 yen s’il est croisé de sang étranger. - -Les bêtes à cornes sont également très chétives; autrefois on ne les -employait que comme bêtes de somme; aujourd’hui encore le paysan -japonais se contente de s’en servir pour la culture ou le transport et -il n’en élève pas pour la boucherie; il s’ensuit que la viande fournie -aux Européens dans les ports est de très mauvaise qualité. Le manque de -bons pâturages empêchera toujours la formation de belles races de bœufs -comme en Europe et en Amérique; le lait est pauvre et rare, et le beurre -qu’on a essayé de produire est détestable. - -Les chèvres et les moutons n’existent pas; on a essayé d’en introduire, -mais ils ne réussissent que difficilement et seulement dans le Nord; en -général, au bout de peu de temps ils sont atteints de maladie et meurent -vite. Il n’est pas rare d’en voir mourir subitement sans cause -apparente. L’humidité du climat doit contribuer à empêcher leur élevage -en grand. - -Porcs et poulets existent en petites quantités; le Japonais mange peu de -porc et n’est pas non plus très friand de volaille. - - -X.--En fruits le Japon est très pauvre; il n’a de bon que le _biwa_ que -nous avons appelé la nèfle du Japon, et qui pousse, transplantée, sur le -littoral méridional de la France et en Algérie; le _kaki_, fruit spécial -à la Chine et au Japon, ressemblant à une tomate, et dont il y a -quatre-vingt-six variétés; le _mikan_, sorte de mandarine. - -Les autres fruits existent, mais sont détestables; la prune (sume) ne -peut se manger crue; elle est employée à faire des confitures ou bien -une espèce de conserve salée que l’on mange le matin en se levant; les -fleurs du prunier, salées, servent à faire des infusions analogues à -celles du thé. - -Le pêcher (momo) porte d’assez beaux fruits qui ne sont pas mangeables -sans être cuits. Les Japonais les conservent en les faisant bouillir -dans du sucre. - -L’abricot (ansu) est gardé séché; cru, il est acide et désagréable. - -Le brugnon (sumomo), la pomme (ringo), la poire (nashi) sont absolument -inférieurs, n’ont que le goût d’eau, et sont insipides crus; on les -mange en compote avec du sucre. - -Le cognassier (kwarin) très inférieur comme grosseur et comme espèce à -celui d’Europe, se mange bouilli avec du miel et du gingembre. - -En dehors du _mikan_ (mandarine) qui est excellent, il existe au Japon -un nombre considérable de variétés de citrons: le koji; le kunembo; le -daïdaï; le zabon; le buntan; le bushu kan; le kinkan; le yudzu. Tous ces -citrons croissent généralement dans le Sud (île de Kiushu), seul, le -yudzu supporte le froid. - -Le jujubier (natsume), le noyer (kurumi), le châtaignier (kuri) existent -également, mais les fruits en sont inférieurs. - -La vigne sauvage (budô) existe en grande quantité, et fournit des fruits -assez agréables au goût. - -Le cerisier (sakura) ne vaut que par ses fleurs qui, au printemps, font -la joie du Japon. - -Depuis une vingtaine d’années on a essayé d’acclimater les cerises, les -pommes, les poires, le raisin, les fraises d’Europe et d’Amérique. On a -réussi assez bien pour les poires et les pommes; on a obtenu également -des cerises et des fraises; mais les plants dégénèrent vite. Le climat -des îles japonaises est beaucoup trop humide, et c’est évidemment ce qui -s’oppose, dans le règne végétal, au développement normal des fruits -d’Europe, et, dans le règne animal, à l’élevage du mouton et de la -chèvre. - - -XI.--Hokkaidô (île de Yézo) très au Nord et loin de toute communication -avec le Japon d’autrefois, est restée longtemps négligée; elle servait -de lieu d’exil, elle n’était guère peuplée que d’Ainos, et Hakodaté -était le seul port, la seule station que les Japonais eussent dans -l’île. Le climat, très froid, ne leur convenait d’ailleurs pas, et -c’était, en outre, un voyage trop long pour s’y rendre. Depuis la -restauration impériale, le Gouvernement a essayé de coloniser l’île de -Yézo, appelée plus communément Hokkaidô; il a d’abord institué un Bureau -de la colonisation, le _Kai taku shi_, spécialement destiné à -l’administration du pays. - -En dehors du colon libre qui ne venait pas en grand nombre dans ces -froides solitudes, le Gouvernement voulut imiter les Russes en Sibérie -et créa des soldats-laboureurs auxquels il donnait la terre et qui -restaient attachés au sol qu’ils devaient défendre. Mais toute cette -organisation ne produisit rien de sérieux. On y renonça et, sans -rattacher encore le Hokkaidô à l’administration générale de l’Empire, on -créa un gouvernement à part, un _chô_, et on divisa l’île en _ken_; puis -on la rattacha au ministère de l’Intérieur. - -Grâce aux mines de houille de Poronai, à la pêche du saumon, du hareng, -de la baleine, grâce aussi à la natalité toujours plus grande de la -nation japonaise, l’île finira probablement par se peupler forcément; -mais il est hors de doute, cependant, que les Japonais ne s’y plaisent -pas et ne s’y expatrient pas volontiers. - -L’État leur donne la terre aux conditions suivantes: - -Terre pour culture 500 chô à 4 yen 50 le chô; - -Terre pour l’élevage 800 chô à 3 yen le chô; - -Forêt 800 chô à 1 yen 50 le chô; - -Terre donnée gratuitement 10 chô. - -La durée au bout de laquelle la terre doit être en rapport est de: - -5 ans pour la terre accordée gratuitement; - -8 ans pour 10 chô; - -10 ans pour 30 chô. - -Pour l’exploitation des terrains forestiers ou pour l’extraction de la -tourbe, la période est doublée. Le colon, qui a rempli les conditions -exigées, a droit à une nouvelle acquisition aux mêmes prix et -obligations. - -Des fermes modèles ont été installées, principalement aux environs de -Sapporo. L’une appartient à la _Shoku yetsu shoku min kwaiska_ et elle -est située à Noboro, (12 kilomètres de Sapporo). La ferme contient 251 -familles; en 1906 la compagnie a retiré un bénéfice net de 5.182 yen. -Une autre appartient au marquis Maeda (ancien daïmio de Kaga); située -près de Sapporo, elle est divisée en exploitation agricole et en -élevage. Le capital employé est d’environ 80.000 yen et le bénéfice de -1906 a été de 5.797 yen. - - - - -CHAPITRE XI - -I. Pêcheries.--II. Les bateaux de pêche; les prises.--III. Prime à la -pêche en haute mer.--IV. La baleine.--V. Sel et salines.--VI. -Forêts.--VII. Quelques-uns des bois les plus répandus du Japon.--VIII. -La forêt de Kisogawa, domaine de la Couronne.--IX. Le camphrier.--X. -Champignons. - - -I.--Les Japonais sont incontestablement nés pêcheurs: plus de trois -millions d’entre eux vivent de l’industrie de la pêche. Cette dernière -est caractérisée par une extrême diversité; par suite de la situation du -pays, chaud au Sud et très froid au Nord, on peut se livrer dans les -mers qui le baignent à des pêches toutes différentes. Dans les mers du -Hokkaidô, on pêche le hareng, la sardine, le saumon, la baleine; dans le -Sud, se trouvent le thon, la bonite, le maquereau, et, en général, le -poisson qui se rencontre sur nos côtes; quantité de langoustes et de -crevettes. Mais le Japon, comme beaucoup d’autres pays, souffre d’une -pêche trop peu réglementée et pratiquée sans méthode; le poisson diminue -et certaines espèces deviennent rares. La loi pour la protection du -poisson de mer et de rivière, qui a été édictée il y a quelques années, -est peu observée. La fécondation artificielle n’est guère appliquée que -pour le saumon au Hokkaidô et pour l’huître à Hiroshima. - -L’influence des deux courants marins, qui longent les côtes Est et Ouest -du Japon, a naturellement une influence toute spéciale sur la vie marine -du Pacifique et de la mer du Japon. Chacune des côtes, étant soumise à -l’action plus ou moins grande d’un courant chaud venant du Sud, et d’un -courant plus froid venant du Nord, la prédominance de l’un ou de l’autre -affecte la température de la mer. Ainsi, le long de la côte Nord, à -partir de Kinkasan (Honshu) la température moyenne est au-dessous de 15° -centig. et le long de la côte Est du Hokkaidô et des Kouriles elle est -au-dessous de 10° centig. à cause de la prédominance des courants -froids. D’un autre côté, étant donné la présence des courants plus -chauds le long de la côte Sud, depuis le groupe d’îles à l’extrémité de -la pointe d’Idzu jusqu’à l’extrémité sud de Kiushu, la température -moyenne est au-dessus de 20° centig., tandis que vers les îles Bonin et -le long de la côte Est de Formose, elle est de + 23° centig. On comprend -donc pourquoi, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la diversité est si -grande dans la faune aussi bien que dans la flore maritime du Japon. - -Si l’on songe que la côte regardant le Pacifique et qui commence au Nord -aux Kouriles pour finir au Sud à Formose, se trouve assise sur 29° de -latitude, il est facile de se rendre compte que les deux extrémités du -pays diffèrent absolument au point de vue de la production maritime. Par -suite, tandis qu’au Nord on pêche le hareng, la sardine, le maquereau, -la morue, dans le Sud on prend plutôt la dorade, le thon, la bonite, le -requin, la sole, etc. - -L’une des scènes les plus curieuses à contempler à Tokio, c’est le matin -à quatre heures, le marché aux poissons à Nihon Bashi. Des quantités de -bateaux sont entrées la nuit dans le canal qui les mène jusqu’au marché, -et là ils ont déchargé toute leur pêche de la journée précédente. C’est -un amas inouï de tous les genres, de toutes les sortes de poissons, -depuis la sardine dédaignée (on la pêche en automne en grande quantité -au large de la baie de Tokio) jusqu’au requin et à la pieuvre, en -passant par des espèces de poissons inconnues à nos mers et présentant -les formes les plus extraordinaires et les plus disgracieuses. - -Les Japonais font une consommation prodigieuse de poisson et ils en -tirent aussi des conserves; la bonite, notamment, est desséchée et -devient tellement dure qu’on la prendrait pour une pierre à repasser les -couteaux; c’est le _katsuobushi_, que toute bonne ménagère a chez elle -et qu’elle râcle dans toutes les soupes et dans toutes les sauces. - -Le requin, jeune, est fort apprécié; la seiche et la pieuvre sont des -mets de choix. - -Quant au hareng on en fait surtout de l’engrais. Il est pêché -principalement au Hokkaidô, à Aomori et à Akita. La saison de pêche va -de mars à mai et la pêche a lieu surtout sur la côte Ouest. D’énormes -quantités de harengs sont prises ainsi; on n’en conserve qu’une très -faible partie pour la nourriture (si petite qu’on n’en voit jamais sur -le marché de Tokio) et on en fabrique une espèce d’huile et de -l’engrais. Cet engrais de hareng est l’une des causes de la prospérité -des pêcheries de l’île de Yézo; mais depuis que l’on a importé de -l’engrais de harengs de Sibérie et de l’engrais de sardines des côtes de -Corée, il y a eu diminution des gains à Yézo. Aussi a-t-on commencé à -Akita et à Aomori notamment à fumer et à saler le hareng pour -l’exportation; ces conserves sont envoyées en Chine et en Australie. - -La sardine est aussi très abondante; les Japonais la mangent fraîche: -c’est le plat du pauvre. On en tire aussi de l’engrais; on a essayé d’en -faire des conserves à l’huile, mais les Japonais n’ont pas encore trouvé -le moyen de les préparer d’une façon convenable. - -La morue et le saumon sont pêchés aussi, en grande quantité, sur les -côtes de l’île de Yezo; on les vend séchés et salés, mais les Japonais -les apprécient peu. - -Le Japon est le pays des langoustes, des crevettes et des coquillages de -toutes sortes. La mer en fournit tous les jours de telles quantités, -sans se lasser, qu’elle semble inépuisable. Néanmoins, on commence à -remarquer un fléchissement dans le rendement des langoustes, que les -Européens, habitant le Japon, consomment en grande quantité et qu’ils -ont mises à la mode. - - -II.--Il existait, en 1906 (dernier relevé statistique), 426.000 bateaux -de pêche, presque tous de 30 shaku de long (90 mètres environ), 24.000 -seulement dépassant cette mesure. Il a été pris cette année-là: - - Seiches et pieuvres pour une valeur de 2.902.436 yen. - Sardines -- -- 4.861.311 -- - Harengs -- -- 5.531.136 -- - Bonites -- -- 5.303.302 -- - Crevettes -- -- 1.415.263 -- - Maquereaux -- -- 1.876.865 -- - Thons -- -- 1.541.679 -- - -Espèce de poisson appelée: - - Queue jaune pour une valeur de 2.828.359 yen. - Dorade -- -- 3.790.119 -- - -De ces différents produits, ont été manufacturés: - - Crevettes desséchées pour une valeur de 816.542 yen. - Seiches -- -- -- 2.219.150 -- - Bonites -- -- -- 5.095.044 -- - Sardines -- -- -- 3.324.872 -- - Sardines pour engrais -- -- 532.942 -- - Harengs pour nourriture -- -- 888.036 -- - -- engrais -- -- 4.643.100 -- - -J’ai dit plus haut qu’on avait essayé au Japon différentes conserves de -poisson, notamment de sardines et de saumons, mais elles sont très mal -faites et il est impossible à un Européen de les manger; le Japon manque -de l’huile nécessaire à la préparation. - - -III.--Une prime à la navigation a été accordée par le Gouvernement en -1897 (loi révisée en 1905) pour les bateaux pratiquant la pêche en haute -mer. Pour les bateaux construits au Japon elle attribue: - -Par tonne brute d’acier ou de fer, 40 yen; - -Par tonne brute, mélange métal et bois, 35 yen; - -Par tonne brute bois, 30 yen. - -Pour machine à vapeur: - -Par cheval-vapeur, 10 yen. - -Pour machine à pétrole: - -Par cheval-vapeur, 20 yen. - -Pour les bateaux construits à l’étranger et battant pavillon japonais: - -Vapeur: 22 yen par tonne brute; - -Voilier: 18 yen. - -Les bateaux désirant participer à la prime doivent avoir, pour la pêche -en eau profonde: de 50 à 200 tonnes pour un vapeur se livrant lui-même à -la pêche; de 10 à 250 tonnes pour un voilier pêchant au filet, et de 30 -à 250 tonnes pour un voilier pêchant avec ses canots. Pour la pêche à la -bonite, le tonnage doit être de 10 à 30 tonnes pour un voilier pêchant -par lui-même et de 50 à 200 tonnes pour un voilier pêchant au moyen de -ses canots. Pour les bateaux servant de transport, le tonnage est de 80 -à 350 tonnes pour un vapeur et de 15 à 150 pour un voilier. - -La prime est garantie pour cinq ans; elle est renouvelable après examen -du bateau et de son matériel. L’équipage doit être pour les 4/5 composé -de Japonais. Jusqu’à présent, la somme totale des primes allouées a été -de 435.389 yen. - - -IV.--Il y a une quarantaine d’années, le Japon occupait une large place -dans la pêche de la baleine et les mers du Japon voyaient chaque année -arriver de nombreux baleiniers d’Europe et d’Amérique. Mais ces -navigateurs firent tant et si bien qu’ils exterminèrent pour ainsi dire -ce cétacé. Heureusement, lassés de n’en plus trouver suffisamment, ils -quittèrent les côtes du Japon, et, comme les Japonais se livraient fort -peu à ce genre de pêche, la baleine se mit à reparaître de telle façon -qu’aujourd’hui, les eaux japonaises et coréennes fournissent un butin -assez abondant. - -Les endroits les plus renommés pour la pêche à la baleine sont: en été, -la côte depuis Kinkazan jusqu’à l’extrémité de la baie de Tokio, ainsi -que les côtes de Kishu, Tosa et Nagato (ces dernières en hiver). - -De 1906 à 1908 il y a eu un nombre de plus en plus considérable de -bateaux employés à cette pêche: - - Mars 1906, vapeurs 5, prises 434 baleines. - -- 1907, -- 10, -- 939 -- - -- -- voiliers 1, -- 19 -- - -- 1908, vapeurs 18, -- 806 -- - -- -- voiliers 2, -- 22 -- - -Pour 1908, sont seulement données les prises dans les eaux -territoriales; si l’on y ajoute les prises faites dans les eaux -coréennes, le total est bien plus considérable. Il est, d’ailleurs, -impossible de donner les résultats exacts et complets; car beaucoup de -baleiniers, ne recevant pas la prime, ne fournissent aucune indication -sur les prises qu’ils ont faites. - -Les chiffres ci-dessus, et ceux qui suivent, sont pris dans les -statistiques japonaises, notamment dans le «Japan year book» et le -«Résumé statistique de l’Empire». On peut les considérer comme donnant -un résultat assez exact, quoique j’aie relevé quelques chiffres -contradictoires. - -Valeur des prises sur les côtes de Corée: - - Total (1906) 2.015.165 yen. - -- (1907) 2.225.521 -- - -Résultats des pêcheries sur la côte de Sakhalin: - - Truites saumonées pour une valeur de 41.544 yen. - Harengs -- -- 19.200 -- - Saumons -- -- 10.677 -- - Divers -- -- 11.900 -- - - -V.--A la pêche se rattache, dans un pays maritime comme le Japon, -l’extraction du sel. Il existe, en effet, fort peu de sel de mines, et -c’est la mer qui le fournit presque entièrement. Tantôt on l’extrait en -faisant dessécher par le soleil des marais savamment étalés au bord de -la mer; tantôt par des procédés artificiels. Les côtes de la mer -intérieure sont les plus productives; toutefois on en produit un peu -partout. Mais depuis l’annexion de Formose, c’est surtout dans cette -dernière île que l’industrie saline a pris un grand développement. -Jusqu’à la dernière guerre avec la Russie, le monopole du sel existait à -Formose, mais la vente en était libre sur le territoire de l’Empire. -Depuis la campagne de Mandchourie, le Gouvernement a établi ce monopole -dans tout le Japon. - -Production du sel: - - Koku. Yen. - - Honshu 2.741.796 5.632.480 - Shikoku 1.603.865 2.692.160 - Kiushiu 521.329 1.889.153 - Yezo 116 407 - -Les principaux districts fournisseurs de sel sont: Hiogo, Okayama, -Hiroshima, Yamaguchi, Tokushima, Kogawa, Oita. - - -VI.--Le Japon a, de tout temps, été un pays de forêts, et le bois y a -servi à toute espèce de constructions et d’industries: les maisons -d’abord sont en bois et, en général, tous les ustensiles de ménage et de -culture. Il s’ensuit que la consommation en est considérable; mais, plus -avisé que son voisin de Chine, qui a laissé son pays se dénuder, au -point que, dans certaines régions, on ne trouve pas un arbre, le -Japonais a toujours replanté au fur et à mesure qu’il a coupé. C’est ce -qui fait, qu’à l’heure actuelle, malgré le pillage des forêts au moment -de la restauration, et l’abatage inconsidéré d’un grand nombre de bois, -malgré aussi les inondations terribles qui dévastent quelquefois des -parties entières de forêts, ces dernières occupent encore à peu près 59 -pour 100 du territoire de l’Empire. On peut les diviser ainsi: - - Forêts de l’État 12.020.218 chô. - Forêts de la Couronne 2.109.099 -- - Forêts des temples et des particuliers 7.991.796 -- - -De cet ensemble 420.096 chô, faisant partie du domaine de l’État et de -la Couronne sont intangibles; le reste, soit 7.991.796 chô pour les -forêts des particuliers et des temples, et 13.709.221 chô pour les -forêts de l’État et de la Couronne, est en exploitation. - -Les districts Nord-Est du Honshu et du Hokkaido (Yezo) abondent en -forêts. Les préfectures qui suivent ont au moins 500.000 chô de terrains -forestiers: Iwate, Tokushima, Niigata, Yamagata, Gumma, Ehime, -Yamaguchi; les Ken de Nagano, Akita, Gifu, Aomori en possèdent plus de -1.000.000 de chô; quant à Yezo, l’île entière renferme 12.250.095 chô de -forêts. - -Il est assez difficile d’avoir les chiffres exacts du rendement des -forêts particulières; car les propriétaires ne tiennent aucune espèce de -comptes pour le travail accompli et les dépenses d’exploitation. - -Pour les forêts de l’État, les relevés de 1906-1907 donnent: - - Recettes 9.169.272 yen. - Dépenses 3.796.862 -- - -Le taux du bénéfice pourrait être encore plus fort, mais en beaucoup -d’endroits les forêts de l’État sont presque inaccessibles; et, d’un -autre côté, l’administration dépense beaucoup pour faire des -reboisements. - - -VII.--Le Japon est très riche en conifères de toutes sortes et possède -des essences inconnues à l’Europe. Il n’est pas sans intérêt de donner -la description des principales. - -_Sugi_ ou _cryptomeria japonica_, est un arbre vert qui atteint une -hauteur variant entre 30 et 40 mètres. Le cœur est rouge; le reste du -bois est blanchâtre; il est employé en architecture; on en fait aussi -des meubles, des boîtes. - -Une des variétés de cet arbre, le _yakusugi_, vient de l’île de Yaku -dans la province de Satsuma; on le trouve aussi dans l’île de Sado. Son -bois est très résineux et son grain très serré. Le _kurobe sugi_, qui -pousse dans les provinces de Hida et de Shinano, est un très beau bois à -grain sinueux. Le _jiudai sugi_, qui n’est autre que le sugi qui a -séjourné longtemps sous terre, se trouve dans le lac de Hakone et ses -environs. Les plus beaux spécimens de cryptoméria actuellement existants -sont ceux qui se dressent des deux côtés de la route qui conduit -d’Utsunomiya à Nikkô et qui ont été plantés il y a près de trois -siècles. Ils sont merveilleux et font l’admiration du voyageur. Quelques -beaux cryptoméria se trouvent également à Hakone, autour du lac. - -_Hinoki_ (chamœciparis obtusa) est aussi un arbre à feuilles -persistantes; son bois, dont le grain est très serré, dégage une odeur -agréable; il occupe la première place parmi les bois de construction; le -meilleur vient de Kiso, dans la province de Shinano. - -_Sawara_ (chamœciparis pisifera ou thuyopsis dolabrata) ressemble -beaucoup au précédent; et son bois est presque aussi bon que celui du -hinoki; on l’emploie également pour la construction des maisons et la -fabrication des meubles. - -_Hiba_, variété du précédent, sorte de Thuyopsis, ressemble au Hinoki, -mais son bois est plus blanc; on le trouve beaucoup à Nikko. - -_Akamatsu_ (pinus densiflora), arbre généralement tordu, à écorce rouge; -le bois est blanc, mais le grain en est grossier. - -_Kuromatsu_ (pinus massoniana) est plus grand que le précédent, mais son -grain est analogue; son écorce est noire; comme il est également bon -marché, et qu’il peut s’employer à différents usages, c’est celui que -l’on consomme le plus au Japon. - -_Kaya_ (torreya nucifera), arbre à feuilles persistantes, qui devient -très gros mais est peu élevé. Son bois est très recherché par les -fabricants de meubles; il vient des provinces de Mutsu, Kii, Mikawa, -Yamato. - -_Tsuga_ (abies tsuga) est de tous les sapins celui qui fournit le plus -beau bois, d’un grain très serré et très dur. Le meilleur vient de la -province de Yamashiro. - -_Momi_ (abies firma) atteint ordinairement une hauteur de 20 à 30 -mètres; on le trouve dans presque toutes les provinces du Japon. La -rapidité de sa croissance le rend précieux et il est employé à toutes -sortes d’usages, constructions et meubles. - -_Icho_ (salisburghia adanthifolia). Cet arbre est à feuilles caduques; -tantôt mâle, tantôt femelle; il atteint une hauteur de 20 à 30 mètres; -son bois est tendre, mais le grain en est cependant très serré; il sert -à la construction de certaines parties des maisons japonaises, et aussi -à la fabrication des meubles. On le trouve partout au Japon, surtout -près des temples; il donne un fruit dont les Japonais mangent l’amande -(gin nan) grillée; crue elle est un poison. - -_Kurumi_ (juglans mandchurica), noyer de Mandchourie, produit un bois -fort beau qui sert à l’ornementation des maisons et à faire des meubles -de valeur. Comme l’arbre qui précède, celui-ci a dû être importé de -Chine. - -_Sawa gurumi_, fournit un bois blanc dont le grain est plus grossier que -le précédent; il est utilisé pour la menuiserie. L’écorce de cet arbre, -connue sous le nom de Jukohi, est employée pour faire de petits objets -qui sont un des produits renommés de Nikko. - -Parmi les chênes nous trouvons: - -_Akagashi_ (quercus acuta), grain très serré et rougeâtre; employé dans -les îles Amakusa, d’où il provient, pour faire des rames. - -_Shirakashi_ (quercus glauca), grain très serré et blanc: sert à faire -des manches d’outils, et aussi du charbon de bois. Originaire de Kiushu -et Amakusa. - -_Shii_ (quercus cuspidata), bois plus tendre que le précédent; son -écorce sert pour la teinture. - -_Kunugi_ (quercus serrata), espèce de chêne dont les feuilles servent à -la nourriture du bombyx _yamamai_ ou ver à soie sauvage. - -_Kashiwa_ (quercus dentata), la coque de ses glands sert à faire de la -teinture noire. - -_Kuri_ (castanea vulgaris) est, comme en Europe, un arbre à feuilles -caduques qui atteint la même hauteur que dans nos pays; son bois sert -dans la construction des maisons et à la fabrication des meubles; on le -rencontre dans presque toutes les provinces. - -_Keyaki_ (planera japonica, planera acuminata, zelkowa Keyaki) est un -arbre à feuilles caduques qui atteint une hauteur moyenne de 15 mètres; -il fournit un bois très beau et très dur et qui est fort recherché. On -l’emploie dans la construction des maisons et pour la fabrication des -meubles de valeur. On trouve certains de ces bois qui ont un grain -annulaire et que l’on nomme _joriu_; on s’en sert pour la sculpture et -pour faire des panneaux d’ornement. Cet arbre croît à Kiushiu, à -Nagasaki, dans le Honshu, à Hakone, à Kokura; aux environs de Tokio, de -Yokohama et de Yokosuka. - -_Enoki_ (celtis sinensis), arbre à feuilles caduques d’une hauteur de 20 -mètres; le grain en est grossier, mais il sert à la menuiserie. - -_Tsuge_ (buscus sempervirens) n’atteint jamais une grande hauteur; son -bois est excessivement dur et jaune; le grain en est très serré; il sert -à faire des peignes de femmes et des planches d’impression; on en fait -également des dents artificielles. Il vient des îles de la province -d’Idzu. - -_Kiri_ (paulownia imperialis) croît très rapidement et atteint une -hauteur de 10 mètres en dix ans. Son bois est très léger et tendre; le -grain en est grossier; il est très recherché par les menuisiers qui en -font des _guétas_ ou socques en bois pour hommes et femmes. Une variété -de ce bois porte le nom de _Shimagiri_ et provient de la province -d’Idzu; le grain du bois est meilleur et plus serré que celui du Kiri. - -_Awogiri_ (firmiana platanifolia), bois blanc, grain grossier; employé -en menuiserie; provenance: Kiushiu. - -_Urushi_ (rhus vernicifera) donne un bois jaune très beau; son grain est -serré. On l’emploie pour la marqueterie et les travaux analogues; on en -fait aussi des navettes de tisserand et des flotteurs pour filets de -pêche. Cet arbre pousse principalement dans le Nord; c’est avec la sève -qu’il donne que l’on compose le vernis à laque; la sève est retirée au -moyen d’incisions sur l’arbre, puis mise dans une grande cuvette en -bois; on la remue ensuite au soleil, au moyen d’une grande spatule, pour -la débarrasser de son excédent d’eau, puis on la travaille. - -_Hagi_ (rhus succedanea) ressemble beaucoup au précédent; son bois, -également jaune, sert à faire des objets de petites dimensions, et ses -fruits produisent de la cire; il pousse dans les provinces du Sud. - -_Momiji_ (acer polymorphum ou palmatum), érable; genre très commun au -Japon où il y en a plus de cent variétés. - -_Kusunoki_ (cinamomum camphora), arbre à feuilles persistantes, d’où -l’on tire le camphre. Sa hauteur atteint quelquefois 15 mètres; son bois -est très compact et très dur; il ne s’altère pas au contact de l’eau et -il est très recherché pour la construction des bateaux. On l’emploie -beaucoup dans l’édification de certaines parties de la maison japonaise, -et aussi pour la menuiserie. La racine présente quelquefois des dessins -originaux dont on fait grand cas pour l’ornementation des appartements. -Cet arbre croît surtout à Kiushu et à Shikoku; mais on le trouve aussi -dans le Honshu à Miyanoshita, Atami, Kanagawa et dans d’autres localités -de la baie de Tokio. - -_Tsubaki_ (camelia japonica), le camélia ordinaire, il peuple les -collines japonaises et il atteint parfois la taille de 10 mètres. Son -bois est dur et il est employé en menuiserie; ses graines servent à -faire de l’huile dont les femmes s’enduisent copieusement les cheveux. - -_Sarusuberi_ (lagerstrœmia indica), arbre où le singe (saru) glisse -(suberi); n’a pas d’écorce, d’où son nom; ce bois est très dur et le -grain en est très serré; on l’emploie pour faire des manches d’outils; -il n’est pas indigène au Japon, mais a évidemment été introduit de -l’Inde. - -_Take_ (bambusa), le Bambou, l’arbre le plus utile et le plus employé au -Japon; on peut dire qu’il sert à tout, absolument à tout. Il se divise -en plusieurs variétés, répandues sur l’ensemble du pays. C’est l’arbre -par excellence, et il pousse avec une telle vigueur et une telle -rapidité qu’on n’en manque jamais. - - -VIII.--Il n’est pas sans intérêt de consacrer quelques lignes à la -fameuse forêt du Kisogawa, dans la province d’Owari, qui est l’une des -plus importantes propriétés de la Couronne. La forêt couvre 153.000 -hectares dont les deux tiers appartiennent à la Couronne; le cadastrage -en fut terminé seulement en 1908, car une grande partie n’était que -forêt vierge et les difficultés d’accès étaient innombrables. Ces forêts -sont presque uniquement plantées de conifères, parmi lesquels domine le -Hinoki. Tous les ans on exploite le bois d’une façon rationnelle, et les -troncs sont lancés sur le Kisogawa dont le courant les emmène à Nagoya; -le ministère de la maison Impériale retire environ 350.000 yen de -bénéfice net chaque année de cette exploitation. Les facilités de -transport manquent et c’est pour cela que l’on n’obtient pas tout le -rendement désirable; mais la ligne de chemin de fer du «Grand Central» -actuellement en construction, et qui doit traverser la forêt, changera -la situation; il paraîtrait que lorsque toutes les dépenses seront -faites pour rendre l’exploitation vraiment productive, les recettes -s’élèveraient à 2.000.000 de yen, ce qui laisserait un bénéfice net de -1.300.000 yen tous les ans à la Couronne. - - -IX.--Le camphrier est l’un des arbres qui méritent une description -spéciale, son produit étant en usage dans le monde entier, et la -fabrication de ce produit se faisant pour une grande partie au Japon et -à Formose. Quand le monopole fut établi à Formose par le gouvernement -Japonais, il pensait que le camphre de l’île conduirait le marché du -monde. Tel ne fut pas le cas; car alors le Japon d’abord, le Sud de la -Chine ensuite se mirent à raffiner davantage; aujourd’hui les camphriers -du Japon ont à peu près disparu, et le gouvernement a étendu à tout le -pays le système du monopole; cela n’a pas remonté le cours, la Chine -continuant à faire concurrence, et les Américains ayant trouvé un -procédé pour fabriquer le camphre chimiquement. Le sol de Formose -possède encore pense-t-on assez d’arbres pour fournir le camphre pendant -quelques dizaines d’années, mais c’est tout. On a replanté de jeunes -camphriers, mais comme il faut au moins soixante ans à un arbre pour -fournir une récolte convenable, l’opération ne «paye pas». - -Les Japonais actuellement essayent un autre procédé chez eux: c’est la -plantation de jeunes camphriers tous les ans et l’abatage des arbres dès -qu’ils ont cinq ans; l’extraction du camphre ne sera pas considérable -sur chaque arbre, mais elle sera constante et pourra fournir un certain -stock si les terrains plantés ont une superficie suffisante. - - -X.--Dans un pays aussi humide et aussi couvert de forêts les champignons -poussent en grand nombre, et les Japonais en sont très friands. - -Le _Matsutaké_ (_agaricus_) vient, comme son nom l’indique, dans les -forêts de pins (matsu); il se mange bouilli ou grillé; il peut se -conserver longtemps salé ou simplement séché. Ce champignon se montre -dans toutes les parties du Japon, mais celui de Kioto est le plus -estimé. - -Le _Hatsudake_ se rencontre dans les forêts; il comprend deux espèces, -l’une qui est brunâtre, l’autre verdâtre. - -Le _Kawatake_ pousse dans les parties des bois où la lumière ne peut -pénétrer, on le conserve séché; son odeur est très agréable et il a un -goût exquis. - -Le _Kikurage_ est un champignon qui pousse sur différents arbres. Les -meilleurs sont ceux que l’on trouve sur le mûrier (_morus alba_), sur le -nire (_ulmus campestris_); on les conserve séchés. - -Le _Shorô_ se rencontre dans les terrains sablonneux où poussent des -pins; il ressemble à une truffe et il est très estimé pour son goût -délicat. - -L’_Iwatake_ se trouve sur les rochers escarpés et les montagnes -abruptes; il est difficile de se le procurer; on le conserve séché. -C’est une espèce de lichen. - -Telles sont les principales espèces, mais il y en a une grande quantité -d’autres; le Japon est par excellence le pays des champignons. Les -indigènes cultivent une espèce dont ils font une grande consommation, le -_Shii take_ (_agaricus campestris_). Ils prennent un morceau de tronc -d’un shii (_quercus cuspidata_) ou d’un autre arbre de la même famille; -ils y pratiquent des incisions, puis mouillent le bois et le laissent -dans un endroit privé de lumière. Au bout d’un certain temps, on voit -apparaître le champignon que l’on nomme suivant la saison Haruko -(champignon de printemps), Natsuko (champignon d’été) et Akiko -(champignon d’automne). Une fois séché on peut le conserver longtemps. - - - - -CHAPITRE XII - -I. L’industrie autrefois.--II. La soie; ses débuts au Japon.--III. Fils -et tissus de soie.--IV. Industrie de la teinture.--V. La poterie.--VI. -Faïence de Satsuma; porcelaines d’Imari.--VII. L’industrie des -métaux.--VIII. La laque.--IX. Éventails, paravents, sculpture sur bois -et ivoire. - - -I.--De tout temps le Japon a été plutôt un pays agricole et militaire -qu’un pays industriel et commercial. Autrefois, les seules industries -qui existaient, étaient entre les mains de certaines familles, ou de -certaines corporations qui en gardaient jalousement le secret. On -travaillait chez soi et, souvent, on mettait vingt ou trente ans à finir -une belle pièce de soie, de laque ou de porcelaine. C’est à Kioto que -vinrent s’établir les premiers artistes et artisans; la cour leur donna -sa protection, et toutes les nouveautés, qui passèrent de Chine au -Japon, trouvèrent d’abord un abri au palais du Mikado. Car toute -industrie arriva de Chine comme le reste. Plus tard, lorsque des élèves -furent formés dans les différents genres, les grands seigneurs -feudataires s’attachèrent des fabricants d’objets les plus variés, et ce -fut dans l’aristocratie que la première industrie japonaise s’épanouit. -Je donnerai donc, en premier lieu, un aperçu de l’industrie de la soie, -qui subsiste encore à Kioto et dans d’autres centres, bien que -transformée et se transformant chaque jour, par suite de l’introduction -de la machinerie européenne. - - -II.--L’industrie de la soie a existé fort anciennement. Les fabriques -des temps anciens étaient forcément primitives et les tissus de soie -étaient de pauvre et mince qualité. C’est vers 192, sous l’Empereur Chu -ai, que la fabrication coréenne, bien supérieure, fut introduite au -Japon à la suite de présents de gaze et de satin faits au Mikado par le -roi du royaume coréen de Shiragi. Puis, en 270, sous le règne de -l’Empereur Ojin, le roi du royaume coréen de Kudara envoya au Japon un -tisseur nommé Saiso. L’Empereur Nintoku fit répandre, dans le pays, des -familles chinoises afin d’enseigner aux populations à élever les vers à -soie et à tisser. Enfin, en 794, lorsque l’Empereur Kwanmu fit de Kioto -sa capitale, il créa une administration spéciale de l’industrie de la -soie. Sous la direction de Hideyoshi, des ouvriers chinois vinrent à -Sakai, port d’Osaka, alors très florissant, et enseignèrent au peuple -l’art de tisser la gaze, le brocart, le brocart d’or, le damas, et aussi -la soie simple, l’étoffe de soie dont on se servait alors en Chine pour -les vêtements, sous la dynastie des Ming. Les Shôguns Tokugawa -favorisèrent cette industrie; beaucoup de daïmios firent de même, -notamment ceux de Yonezawa et Fukuoka. C’est ainsi que le tissage de la -soie se répandit dans l’Est, vers Yedo, où il est très florissant -aujourd’hui. Vers la période Tenshô (1573-1591) un tisseur de Sakai vint -au quartier de Kiôtô appelé Nishi jin (encore actuellement quartier des -tisserands de Kioto) et présenta des tissus de brocart et d’autres -soieries. Bientôt Sakai fut surpassé par son élève et Nishi jin fournit -les meilleurs produits. C’est là que le damas de soie nommé _Aya_ fut -créé. Brocart, damas, satin et autres tissus, pour lesquels Kioto est -renommé, datent de la même époque. Le velours y fut fabriqué plus tard -en imitation de celui qui fut importé par les Hollandais (vers 1596). Le -crêpe de soie date, dit-on, de 1156, mais on ne connaît pas son lieu -d’origine. Ce n’est toutefois qu’en 1573 qu’il parut à Kioto, d’où il se -transmit à Kiriu. A l’heure qu’il est, le tissage à Nishi jin se fait -encore suivant les vieux procédés, bien qu’on ait commencé à introduire -tout récemment le système Jacquard. - -Le crêpe, appelé Kanoko shibori ou kanoko sha chirimen, est une -spécialité de Kioto. - -La broderie, l’un des arts les plus anciens du Japon, est aussi -originaire de Kioto; on y brodait les vêtements de cour, les robes de -prêtres bouddhistes, les cols et ceintures des vêtements de femme, et -aussi les _fukusa_ ou pièces de soie dont on se sert toujours pour -recouvrir les présents qu’on envoie. Le métier à broder est exactement -le même que chez nous. - - -III.--L’origine de l’industrie des fils et tresses de soie est trop -ancienne pour être connue. Durant le règne de l’impératrice Suiko -(593-628), la civilisation chinoise fit beaucoup de progrès. Suiko -encouragea les industries et quantité de pièces pour vêtements -commencèrent à être fabriquées en soie. Quand les vêtements de cour -furent mis à la mode, on se servit d’une tresse de soie nommée _hirao_, -introduite de Corée. La fabrication de cette tresse prospéra à Nara, -alors capitale dans la première partie du VIIIe siècle, et devint -florissante après l’établissement de la capitale à Kioto. Une partie du -palais était assignée aux ouvriers en soie et on l’appelait _ito dokoro_ -ou «place du fil». C’était là qu’était produit le fil en usage pour la -préparation du _Kusudama_, large boule faite de fils de soie de toutes -couleurs entrelacés et qu’on pendait dans les maisons, au printemps, à -un jour fixé, pour préserver des maladies. La cour de Kioto possédait un -atelier de tissage et de broderie. Les princesses et les dames de la -cour avaient des voitures richement décorées de cordons d’or, d’argent -et de soie. Pendant le XIIe siècle, au moment de la lutte des Taira et -des Minamoto, les différentes pièces de l’armure des guerriers étaient -reliées entre elles par des cordes de soie. Durant la guerre du XVe -siècle, les fabriques souffrirent beaucoup, mais elles prirent un nouvel -essor sous l’administration de Hideyoshi (Taikosama). Puis, sous les -Tokugawa, alors que les daïmios devaient venir rendre hommage au Shôgun, -c’était à qui d’entre eux porterait les costumes les plus richement -ornés de tresses de Kioto. Aujourd’hui les tresses de soie sont encore -un des accessoires de la toilette japonaise. - -Les cordes de soie pour instruments de musique sont d’un usage très -ancien. Les Empereurs Inkio (411-453), Monmu (697-707) et Ninmiyo -(834-850) étaient très amateurs de la harpe (biwa) et encourageaient la -fabrication de ces cordes. Vers 1131 un aveugle de la ville de Sakai -inventa le Shamisen (_guitare_), pour lequel il se servit également de -cordes en soie. - -Pendant l’ère de Tempô (1830-1844), alors que l’industrie de la soie -était dans une situation très florissante, il s’établit une corporation -des fabricants de fils de soie et de tresses. Une succursale fut -installée à Yedo où l’on employait beaucoup la tresse de soie pour -l’ornementation de la poignée des sabres. En 1883 et en 1893 la -corporation fut remaniée et réorganisée. - -[Illustration: Entrée du temple de Kiomidzu à Kioto.] - - -IV.--L’industrie de la teinture est très anciennement connue à Kioto; et -la grande habileté acquise par ses ouvriers a amené ceux des autres -localités, qui ne pouvaient pas atteindre à leur fini, à dire que la -teinture de Kioto devait ses qualités à l’excellence de l’eau du -Kamogawa. La célèbre teinture appelée _Yuzen_ est une branche du -commerce de Kioto. En dehors des vieilles teintures connues, telles que -l’indigo (ai), le safran (béni), la garance (akana), les Japonais -employaient également beaucoup d’autres plantes tinctoriales venues des -Tropiques. - -On ignore à quelle époque remonte l’art de la teinture à Kioto, mais on -peut fixer la date de 710 sans trop se tromper; car à ce moment, le -procédé d’application de la cire (rôkitsu), sur les parties de l’étoffe -qui ne devaient pas être teintes, était déjà connu. Cette industrie fit -peu de progrès jusqu’au jour où _Yuzen_, prêtre fameux en même temps -qu’artiste, et résidant dans l’un des nombreux monastères de Kioto, -améliora les méthodes existantes et donna un tel essor, que son nom est -resté attaché aux procédés de teinture employés encore à ce jour, à -Kioto. Ils consistent à couvrir de _Nori_ (espèce de colle de pâte) la -partie de l’étoffe qui ne doit pas être teinte et à retirer ce _Nori_ au -moyen de la vapeur dès que la teinture est définitivement fixée. Les -velours et crêpons de Kioto, genre Yuzen, sont très connus. - - -V.--La poterie est également l’une des industries apportées de Chine qui -ont eu, comme premier foyer au Japon, Kioto. Elle comprend plusieurs -variétés: _Awata_, _Kiyomidzu_, _Raku_, _Kenzan_, _Yeiraku_; les deux -dernières ne se fabriquent plus. La céramique remonte évidemment plus -haut, puisqu’on la trouve mentionnée dans les livres historiques publiés -avant notre ère. Deux cents ans après Jésus-Christ, la céramique avait -déjà fait des progrès, et l’histoire nous dit qu’en l’an 400 on établit -des fabriques de poteries dans les cinq provinces de Yamashiro, Ise, -Setsu, Tamba, Tajima. En 720, un prêtre nommé Giyôgi, natif du district -d’Otori, province d’Idzumi, inventa le tour; à partir de ce moment, -l’art de la céramique semble prendre son essor et se perfectionne -rapidement. On se mit, en effet, à employer les moyens connus des -Chinois et des Coréens et de grandes manufactures furent fondées dans -les provinces de Bizen, Hizen, Owari. En 1510 on voit apparaître pour la -première fois au Japon la porcelaine proprement dite. Grâce aux -manufactures établies dans les provinces de Hizen et d’Owari, ainsi que -dans la ville de Kioto, l’art de la céramique fit de rapides progrès. - -Il y a, au Japon, trois genres bien distincts: _Awata Yaki_, _Satsuma -Yaki_, _Awaji Yaki_. - -L’origine de l’_Awata Yaki_ n’est pas très connue; suivant la tradition, -elle daterait des premières années de l’ère Tempiô (729-748) et aurait -été découverte par un bonze du village de Yamashina, à l’Est d’Awata. A -la fin de la période _Keicho_ (1596-1614) un potier nommé Kiuyemon, -vivant à Awataguchi, mit la marque «Awata» sur tous les objets qu’il -fabriquait, et depuis tous les produits sortant de là ont été nommés -Awata. Aujourd’hui les procédés de fabrication ont été perfectionnés et -les produits _awata_ sont très estimés. - -La poterie de Kiomidzu fut d’abord fabriquée au village de Seikanji; -mais, au commencement du XVIIe siècle, les manufactures furent -transportées à Gojô Zoka, à l’Est de Gojô. Le coloris et la peinture à -l’or furent découvert par Chawanya Kiubei et Nonomura Ninsei. Ce dernier -construisit une fabrique à Sanneizaka où il fabriquait de la faïence -très fine. Au début du XIXe siècle, un certain Kumakichi introduisit des -changements dans la fabrication et la peinture. - -La poterie dite _raku_ a été introduite, vers 1530, par un Chinois ou un -Coréen qui s’installa à Kioto et ne quitta plus le Japon. Son fils, -Chôyu, lui succéda et reçut du Shogûn Hideyoshi, en 1588, l’ordre de -faire de la poterie couleur noir rougeâtre, d’après des dessins fournis -par Rikiu, un fameux maître des cérémonies attaché, pour les cérémonies -du thé, à la personne de ce général. Hideyoshi fut si satisfait du -résultat qu’il fit don à Chôyu d’un cachet avec le caractère _raku_ -(satisfaction, joie, plaisir). D’où le nom de la porcelaine _raku yaki_. - - -VI.--Ce fut Shimazu Yoshihisa, un des généraux envoyés en Corée par -Hideyoshi, qui créa la faïence de Satsuma. A son retour de l’expédition, -en 1598, il ramena dix-sept potiers célèbres qu’il établit dans les deux -provinces de Satsuma et d’Osumi; plus tard il rassembla tous ces -ouvriers dans un endroit nommé Nayeshirogawa. Ne se mariant qu’avec des -Coréennes, ces ouvriers conservèrent pendant longtemps leurs mœurs, leur -langue et leur type distinctif. On trouve actuellement à Nayeshirogawa, -quelques centaines de familles formant un total de trois mille individus -qui exercent tous le métier de leurs ancêtres. En 1630, un célèbre -potier, nommé Boku teigo, découvrit du _Shirotsuchi_ (de la terre -blanche) dans les environs de Nayeshirogawa; cette découverte amena une -amélioration sensible dans la fabrication des produits. C’est à partir -de cette époque que l’on se mit à employer l’or, l’argent et les -matières colorantes pour la décoration de faïences. - -Les porcelaines de Imari (Hizen), de Seto (Owari), de la province de -Mino, de Kutani (Kaga) viennent également de Chine. Ce sont des Chinois -ou des Coréens émigrés qui ont importé les procédés de fabrication; ou -bien des Japonais, comme Gorodayu Shunsui, de la province de Ise, se -rendirent en Chine pour y apprendre à faire la porcelaine et à -construire les fours nécessaires. Toutes ces porcelaines prospérèrent au -Japon entre 1500 et 1600. - -Avant l’arrivée des Européens au Japon, les fabriques d’Imari, de Seto, -de Kutani, fournissaient à la cour et à l’aristocratie des pièces -remarquables, dont quelques-unes sont d’une richesse de couleurs -absolument unique. Il reste peu de ces spécimens d’autrefois, et -aujourd’hui on n’en fabrique plus, ou du moins on en fabrique très -rarement. Les fours travaillent pour l’exportation; et on peut voir, -dans les ports de Yokohama, Kobé et Nagasaki, l’Imari pour -globe-trotters à deux yen la douzaine. Quiconque a voyagé dans -l’Extrême-Orient a pu voir à Shanghaï et dans tous les ports de Chine, à -Singapour, à Rangoon, à Calcutta les magasins de bibelots japonais où -sont exposés, à des prix dérisoires, de grands vases de Satsuma, des -poteries de Kioto et des assiettes d’Imari, produits de la décadence de -l’art céramique japonais. Il faut vendre beaucoup, et à bon marché, donc -mauvais. Les grands magasins d’Europe, au reste, vendent aussi de ces -japonaiseries bon marché, qui feraient honte aux artistes qu’étaient les -anciens fabricants du Nippon. - - -VII.--L’industrie du métal a été connue au Japon aux temps les plus -anciens, et les Japonais ont montré, dans le travail des métaux, un goût -et une adresse remarquables. L’introduction du bouddhisme a marqué une -nouvelle époque dans l’avancement de l’art des métaux, par suite de -l’entrée de différentes sortes d’ornementation dans la construction des -temples, et aussi par la quantité d’objets en cuivre nécessaires aux -cérémonies du culte. Le haut degré d’habileté atteint par les artistes -en métaux sous le règne de l’Empereur Shômu (714-748) est pleinement -attesté par les statues, les vases, les accessoires et autres articles -religieux conservés dans les temples de Kioto et de Nara. La période des -guerres intestines, qui se suivirent sans interruption depuis le XIIe -siècle, laissa les idoles bouddhiques dans le discrédit, et développa -d’autres goûts; les artistes tournèrent leur habileté vers la confection -des armes et armures. Les sabres d’une si belle trempe, signés Masamune, -datent de ce temps-là, et sont aujourd’hui connus dans le monde entier. -Le goût des artistes s’est surtout manifesté dans les ornements du -casque, du sabre et du fourreau. Après l’avènement des Tokugawa et le -retour de la paix, l’industrie guerrière fut patronnée par les Shôgun et -par les daïmios; aujourd’hui les ornementations de casques et de sabres -ont cédé la place à d’autres industries plus considérables. - -On peut dire que les Japonais connaissaient tous les genres -d’ornementation; ils avaient reçu les principes de la fonte, gravure, -moulage, de l’alliage des différents métaux, etc., de la Chine et de la -Corée; le cuivre, le bronze, le fer prenaient sous leurs mains adroites -les formes les plus étranges, et on reste étonné devant les imaginations -bizarres, extraordinaires et généralement macabres de ces artistes. On -dirait souvent des figures et des formes sorties de quelque enfer -dantesque. Les principaux alliages employés pour les moulages -d’ornement, les statues, les instruments de musique, les cloches, sont: - - _Seido_, cuivre vert. - _Udo_, cuivre noir. - _Shido_, cuivre violet. - -Le premier est un alliage de cuivre et de plomb; on y ajoute quelque -fois de l’étain; le second est un alliage de cuivre, d’étain et de plomb -(une variété de l’_udo_ est le _sentokudo_ obtenu par le même alliage, -mais avec d’autres proportions), le troisième se fait avec du cuivre et -du plomb. - -Le _Shinchu_ (cuivre jaune) est fait avec du cuivre et du zinc et -quelquefois une petite quantité de plomb. - -La _Shakudo_ est un alliage de cuivre et d’or. - -Le _Shi bu ichi_ se compose de six parties de cuivre et de quatre -parties d’argent. - -Pour polir ces différents alliages, on les cuit avec du soufre ou bien -l’on emploie du sulfate de fer ou du vinaigre de prune. - - -VIII.--Comme c’est le cas pour toutes les autres industries, les -origines de la préparation de la laque ne sont pas très connues; on dit -que sous le règne de Kôan Tennô (392-291 av. J.-C.), vivait un certain -Mitsumino Sukune qui serait l’ancêtre des familles qui s’occupaient de -cette industrie. Une autre chronique rapporte qu’un jour Yamato dake no -Mikoto, fils de l’Empereur Keiko (71-130 ap. J.-C.), était en expédition -de chasse, lorsque de la sève d’un certain arbre coula sur sa manche et -la salit. Voyant combien il était difficile d’enlever la tache faite par -cette sève et comprenant qu’elle pouvait être employée à protéger les -objets, il s’en servit pour recouvrir son armure; ses gens l’imitèrent -et ce fut le premier emploi de la laque. - -Il est infiniment plus probable, d’ailleurs, que ce n’est là qu’une -légende et que la laque, comme le reste, vient de la Chine et de la -Corée. Il ne faut pas oublier en effet que, alors que la Chine était -déjà fort civilisée sous la dynastie de Tcheou (1123-246 av. J.-C.), à -cette époque le Japon n’était qu’un amas de tribus sauvages, et que -c’est grâce à la Chine et à la Corée que ces tribus sont devenues une -nation civilisée. - -Sous le règne de l’Empereur Kôtoku (645-654) une administration spéciale -fut créée pour surveiller la fabrication de la laque. La laque rouge ne -fut connue que sous le règne de l’Empereur Temmu (673-695); cette laque -se fabriquait et se fabrique encore dans le Nord de la Chine et celle de -Péking est la plus renommée; la laque rouge fabriquée au Japon est très -inférieure. L’Empereur Mommu (697-707), pour encourager les plantations -d’arbres à laque, accepta le payement des impôts en sève de cet arbre. -L’industrie de la laque fit de grands progrès pendant la première moitié -du VIIIe siècle; on trouva alors différents procédés de coloration, -ainsi que l’application de l’or. Les désordres intérieurs, qui se -répétèrent durant le règne de l’Empereur Sujaku (930), arrêtèrent -l’essor de cet art comme de beaucoup d’autres; mais les habitudes -luxueuses des nobles de la cour à Kioto lui redonnèrent vite un nouvel -essor, et les artistes laqueurs furent appelés, chez les daïmios, dans -toutes les parties de l’Empire. Quand Yoritomo établit sa capitale à -Kamakura, nombre de fabricants l’y suivirent, mais le centre de la -fabrication de la laque resta toujours à Kioto. De merveilleuses pièces -des siècles passés peuvent être admirées dans le musée d’Uyeno, à Tokio. -Le Gouvernement japonais rachète très cher toutes les merveilles qui ont -pris le chemin de l’étranger à l’époque des troubles de la Restauration -impériale. Aujourd’hui on ne fait plus rien de solide comme laque; les -artistes d’autrefois mettaient leur vie à créer un objet; de nos jours -on fabrique du clinquant à bon marché pour l’exportation, et les -chefs-d’œuvre sont rares. - -La laque est fournie par la sève du _rhus vernicifera_; il existe au -moins douze façons de préparer le vernis, suivant qu’on le laisse pur ou -qu’on le mélange à d’autres substances telles que le sulfate de fer, -l’eau de tabac, l’huile, le vermillon, l’orpiment, l’indigo. - -Les laques se fabriquent dans plusieurs endroits, entre autres à Aidzu, -province d’Iwashiro; dans la province de Suruga; dans la province de -Wakasa; à Tsugaru; à Wajima; à Noshiro; dans la province de Kii; à -Nikko; à Odawara. Toutes ces villes ne produisent pas de laques de -qualité supérieure, et l’on trouve en général les meilleurs ouvriers et -les plus belles pièces de laque dans les trois villes de Tokio, Kioto, -Osaka. Il en est de même pour les laques d’or, les procédés employés -variant selon les localités. - -Voici les principaux procédés pour la préparation du vernis[10]: - - [10] D’après les publications officielles de l’administration - japonaise. - -L’un consiste à prendre la sève du rhus vernicifera à l’état naturel -dans une grande cuvette en bois, puis on la remue au soleil au moyen -d’une longue spatule afin de la débarrasser par l’évaporation de son -excédent d’eau; on obtient ainsi le _kuro me urushi_. Quand on tamise le -vernis ainsi obtenu, on a le _seshi me urushi_. - -En mélangeant du kuro me urushi, du sulfate de fer et du toshiru, on -produit le _kuro urushi_. (Le toshiru est l’eau plus ou moins trouble -que l’on obtient en aiguisant sur une pierre à repasser les couteaux -servant à couper le tabac). Selon la nature du kuro me urushi employé, -les qualités du mélange portent les différents noms qui suivent: - -_Roiro_, qualité supérieure employée sans être délayée avec de l’huile; - -_Hakushita_, autre qualité supérieure également employée sans huile; - -_Hon kuro_, qualité moyenne délayée avec de l’huile; - -_Iô hana_, autre qualité moyenne; - -_Chin bana_, autre qualité moyenne; - -_Ye bana_, qualité inférieure; - -_Su urushi._ Ce vernis se compose de kuro me urushi et du meilleur -vermillon que l’on puisse obtenir ou de ceux nommés _sanyoshu_ et -_kamiyoshu_; la première qualité moyenne et les suivantes nécessitent -l’emploi de l’huile. Pour la dernière qualité, on se sert du _Benigara_ -(composé d’oxyde rouge de fer) au lieu de vermillon. - -_Awo urushi_: ce vernis s’obtient en mélangeant du kuro me urushi avec -du _shiwo_ (orpiment) et de l’_aïro_ (indigo). Ces deux matières sont -délayées dans l’huile ou employées sèches et en poudre; - -_Ki urushi_, obtenu par un mélange de kuro me urushi de shiwo; - -_Nashiji urushi_, le même que ci-dessus; - -_Sunkei urushi_; on se sert pour ce vernis de kuno me urushi pur; - -_Akahaya urushi_ sert pour les couches intermédiaires; - -_Tamo suni urushi._ Pour la qualité supérieure on emploie le nashi ji -urushi et pour les qualités moyennes, le kuro me urushi; - -_Nashi ji keshi urushi_; le même que le Nashi ji. - -Les matières qui entrent dans la composition de la laque sont: - -_Yi no ko sabi_, composé de pierres à aiguiser (awasedo) pulvérisées et -d’une petite quantité de seshi me urushi; - -_Kiriko sabi_, le même que le précédent, mais plus fin; - -_Tanoko sabi_, pierre à aiguiser très fine mêlée avec du seshi me -urushi; - -_Nikawa sabi_, la même poudre mélangée avec de la colle forte; - -_Nori sabi_, la même poudre mélangée avec de la colle de riz. Cet -amalgame, inconnu autrefois, se compose de vernis et de colle de riz en -proportions égales, auxquels on ajoute de la poudre de pierre à -aiguiser; il offre peu de résistance à la spatule, étant moins épais, et -donne une belle couleur à la couche de vernis supérieure. Cette laque se -décolle pourtant facilement; elle est aussi de qualité très inférieure. - -Voyons maintenant divers procédés employés pour vernir les objets. - -_Kataji roiro nuri_: connu également sous le nom de _kurokise_, est -ainsi pratiqué: - -On prend un morceau de toile de bœhmeria[11] que l’on coupe suivant les -dimensions de l’objet que l’on doit recouvrir, en ayant soin de -l’appliquer de telle façon qu’il n’y ait aucun pli; puis, pour la coller -et la maintenir en cet état, on la recouvre d’une couche de seshime -urushi. On passe ensuite une couche de shiriko sabi par-dessus afin -d’oblitérer toute trace de tissus. Cette couche une fois séchée on la -polit avec une pierre à repasser. Ceci fait, on pose une couche de -tonoko sabi que l’on polit à son tour de la même manière. On applique -ensuite une couche d’encre de Chine, et, avec une spatule, on étend une -couche de yoshino urushi. Après avoir fait sécher, on polit à plusieurs -reprises cette nouvelle couche avec de l’eau et du charbon de bois nommé -koshiwo shinu. Cette opération se fait en prenant un peu de poudre de ce -charbon avec les doigts et en polissant à la main. On recouvre ensuite -le tout d’une couche de vernis ordinaire que l’on a soin de sécher sur -le champ. Une fois sec on applique une couche de roiro urushi que l’on -fait également sécher; on polit ensuite à la main à plusieurs reprises -avec du charbon de bois, puis avec de la corne de cerf pulvérisée. - - [11] Toile de ramie ou ortie de Chine. - -Cette description donnant au lecteur une idée du travail à accomplir -pour laquer un objet, nous nous contenterons d’énumérer les diverses -autres sortes de laques: - -Hana nuri; handa nuri; shunkei nuri; kaki awese nuri; tame nuri; -seishitsu nuri; ki uro nuri; uru mi iro nuri. - -_Tsugaru nuri._ Ce genre de laque est celui qui exige sans contredit le -plus de soin dans sa préparation. On commence par découper soigneusement -les emboîtements du bois au moyen d’un ciseau, puis on bouche les -interstices au moyen de kokudzu, mélange de farine, de sciure de bois et -de vernis brut. Pour les pièces cannées on consolide les joints au moyen -d’une cheville. Ces emboîtements sont ensuite recouverts d’une couche -d’un enduit se composant d’argile calcinée et de vernis brut étendu -d’eau. On étend ensuite le linge, comme d’habitude, sur le bois avec un -mélange de vernis brut et de farine; cette opération se nomme nuno kise. -On applique après cela un mélange de vernis brut et d’argile calcinée à -la jonction des différents morceaux de toile, puis on étale une première -couche de vernis sur le tout et on polit avec une pierre à repasser -grossière. Cette première opération finie, on applique un nouveau -mélange se composant d’argile carbonisée et de pierre à aiguiser -pulvérisée en proportions égales ainsi que du vernis brut. Ceci a pour -but de rendre la couche inférieure bien unie; le tout est enfin poli -avec une pierre à aiguiser plus fine, et, pour effacer les traces -laissées par cette polissure, on dispose une couche de sabi urushi, -c’est-à-dire du vernis brut, mêlé à de la pierre à aiguiser, pulvérisée, -étendue d’eau. Cette nouvelle couche est également polie avec une pierre -à repasser encore plus fine et qui porte le nom d’awoto. On met alors -l’objet dans une armoire, hors des atteintes de la lumière, après -l’avoir recouvert d’une couche de kuro me urushi. Enfin la polissure au -charbon de bois vient terminer la liste de ces opérations minutieuses; -on possède alors un objet uni comme une glace, brillant et sans défaut. - -Pour obtenir les marbrures, on procède de la manière suivante: on mêle -le vernis appelé yoshino urushi, avec diverses matières colorantes et un -blanc d’œuf destiné à donner plus de consistance au mélange, que l’on -frappe avec une spatule très mince; le vernis s’attachant en partie à la -spatule produit des dépressions qui sont la base de marbrures. On -applique ensuite une couche de vernis préparé comme il a été dit plus -haut, puis on ajoute une couche de roiro urushi, destinée à séparer la -précédente d’une nouvelle couche semblable que l’on étale avec une -brosse. On pose après cela une couche de vernis d’une autre couleur, -puis une de roiro urushi et enfin deux couches de vernis de couleurs -différentes. On termine l’opération en faisant bien sécher le tout. Les -objets ainsi séchés sont polis avec trois sortes de pierres à aiguiser -de plus en plus fines, et finalement exposés au soleil pendant deux ou -trois jours, ce qui rend la couleur plus vive et plus brillante. On -continue en effaçant les traces de la précédente polissure au moyen -d’une couche de vernis coloré; on polit de nouveau; puis on ajoute -encore une couche de vernis et on polit avec une pierre nommée Nagurato. -L’effet du soleil sur ces couleurs est de rehausser leur éclat. Quand -tout est terminé on rend l’objet aussi uni et aussi net que possible en -le couvrant d’un mélange d’huile et de pierre à aiguiser pulvérisée dont -on imbibe un tampon en coton, et on frotte jusqu’à ce que l’objet -commence à reluire. On prend alors de l’ouate imprégnée de vernis brut -pour frictionner l’objet, puis on verse de l’huile dessus, on y jette de -la corne de cerf pulvérisée et on essuie le tout avec du papier soyeux -qui donne un brillant parfait. - -Enfin il existe un dernier genre de laque, c’est le _tsui koku nuri_; -inutile d’en donner la description qui ressemble plus ou moins à toutes -les autres, sauf que l’on grave des dessins après que l’on a mis -plusieurs couches de vernis. - -Dans toute cette description de la laque, _nuri_ veut dire laque, -laquer; _nuri mono_ un objet en laque; _urushi_ est le vernis tiré du -_rhus vernicifera_, avec lequel on fait la laque. - -Le triomphe de l’artiste japonais c’était autrefois la laque d’or. Que -de merveilles ont été ainsi créées avec patience dans les âges passés! -Pour s’en rendre compte il faut aller au musée d’Uyéno à Tokio où sont -rassemblées quelques-unes des plus belles pièces du Japon d’autrefois. -Quelques anciens daïmios en possèdent aussi personnellement de fort -jolis échantillons. Cette espèce particulière de laque qu’on ne trouve -qu’au Japon se nomme _Makiye_. - -Aujourd’hui certains artistes japonais ont essayé de reproduire en laque -d’or des objets autres que les boîtes, tables et écrans que l’on faisait -déjà au temps de Kwanmu Tennô (782-805 ap. J.-C.); mais les belles -pièces coûtent fort cher, elles ne sont achetées que par la cour (90 -pour 100 vont à l’Empereur), et données en cadeau. La laque d’or n’est -pas une marchandise qui «paye», comme disent les Anglais; aussi en -voit-on peu. Les Japonais se bornent à une vague imitation bon marché à -l’usage des Européens et du vulgaire. - - -IX.--Les éventails, les paravents, la sculpture sur bois et sur ivoire -furent eux aussi importés de Chine, le cloisonné ou _shippô_ également; -il n’atteignit jamais au Japon la solidité du cloisonné chinois, quoi -qu’il fût plus élégant; aujourd’hui Tokio et Yokohama fabriquent -beaucoup le cloisonné pour l’exportation, mais bien peu de pièces se -conservent sans se détériorer. - -L’ivoire, par contre, a été de tout temps travaillé par les Japonais -avec une adresse et un art qui ont dépassé ceux de leurs maîtres -chinois. Les _netsuke_, dont raffolent les amateurs de japonisme, -offrent des formes innombrables et représentent des scènes et des -personnages variés à l’infini. Les artistes modernes n’ont d’ailleurs, -pas dégénéré, et l’on découvre encore aujourd’hui de véritables -merveilles parmi les nombreux ivoires exposés dans les magasins de -Yokohama. - - -X.--Tout l’art japonais est venu de Chine, et partout, dans les divers -objets fabriqués en bronze, en laque, en kakémono, nous retrouvons les -légendes chinoises et le vieux fond chinois. Il est, toutefois, bien -évident que le Japonais a grandement amélioré l’art primitif du Chinois; -il l’a affiné, et la facture en est plus élégante et plus gracieuse; -mais, en somme, il faut bien avouer que l’engouement que l’on a en -Europe et en Amérique pour l’art japonais est un pur _snobisme_. Un -Européen, qui est resté quinze et vingt ans, au Japon peut finir par -goûter l’art très spécial du pays; mais qu’il revienne en Europe et -qu’il se trouve devant les merveilles de l’art français, italien, -espagnol, flamand, ou anglais; qu’il reprenne contact avec la noblesse -et la grandeur des œuvres élaborées par le génie occidental depuis les -anciens Grecs jusqu’à l’époque chrétienne, aux temps de la Renaissance -et à notre époque contemporaine, et il oubliera vite vases de bronze -encerclés de dragons, brûle-parfums de Satsuma et netsuké d’ivoire! -L’art japonais n’a pas d’envolée: c’est un art de détails délicats, -souvent fort jolis, et dénotant un travail considérable; ce n’est pas un -art de grande envergure. - - - - -CHAPITRE XIII - -I. L’industrie nouvelle.--II. Sociétés industrielles actuellement -existantes.--III. Divers genres d’entreprises.--IV. Principaux districts -de tissage.--V. L’industrie céramique, la laque, les allumettes.--VI. -Les cuirs.--VII. Les conserves alimentaires; le papier, etc.--VIII. -Manufactures d’État.--IX. Concurrence japonaise; emploi des capitaux -européens dans le pays.--X. Gages et salaires.--XI. Esquisse -rétrospective. - - -I.--Après avoir exposé ce qu’était l’industrie dans le Japon ancien, je -vais essayer de donner un aperçu des industries du Japon actuel, du -Japon transformé. Les publications officielles pour l’année 1908-09, -fournissent les éléments statistiques, à l’aide desquels on peut se -faire une idée du développement industriel du Japon, conçu suivant les -idées modernes. - -La plupart des industries nouvelles, qui se sont installées sous le -nouveau régime, ont débuté sous les auspices du Gouvernement: dévidage; -filature de coton et de soie; construction de bateaux; fabrication du -ciment, du verre, des allumettes chimiques, du gaz, de la brique; -métiers à tisser et quelques autres industries, sont toutes dues à -l’initiative officielle. Entre 1880, année où l’on mit en vente les -propriétés de l’État, et 1893, lorsque la filature de Tomioka fut cédée -à la Compagnie Mitsui, presque toutes les manufactures de l’État -passèrent dans les mains des particuliers. Aujourd’hui, en dehors de -quelques industries spéciales qui, par suite de considérations -financières, sont dirigées par l’État sous forme de monopoles, et des -manufactures militaires, l’État n’a plus en main que la Monnaie et une -imprimerie. - - -II.--Comme je l’ai déjà dit précédemment, l’agriculture est la fortune -principale du Japon; l’industrie n’y est encore qu’à ses débuts, et elle -n’est pas en état, malgré toutes les belles publications mises sous les -yeux du public, en français, en anglais et en allemand, de lutter contre -l’industrie d’Europe. Ce qui lui manque le plus ce sont les capitaux. - -Les sociétés industrielles qui existaient en 1906, avec un capital versé -d’au moins 500.000 yen, étaient les suivantes: - - Filatures de coton 38 - Mines et métallurgies 54 - Lampes électriques 89 - Constructions de navires 16 - Puits à pétrole 37 - Fabriques de papier 45 - Gaz 8 - Mines de charbon 32 - Filatures autres que le coton 7 - Raffineries de sucre 8 - Soie écrue 263 - Sake (alcool de riz) 225 - Ciment 17 - Bière 5 - Cordes et filets 13 - Produits chimiques 11 - Engrais 44 - Tissus de laine 11 - Cuirs 13 - Vinaigre, shoyu et miso 120 - Imprimeries et fonderies de caractères 100 - Tissus de soie 53 - Briques et tuiles 45 - Huiles 24 - Nettoyage de grains 107 - Manufactures de cuivre et de fer 28 - Matériel roulant 3 - Fils de lin et de chanvre 2 - Sel 29 - Scieries 50 - Machines à tricoter 17 - Tissus de coton 85 - Glace (à boire) 19 - Autres tissus 50 - Coke 8 - Teintureries et blanchisseries 32 - Moulins 21 - Allumettes 40 - Porcelaines et faïences 31 - -Les industries énumérées ci-dessus ne se sont installées, pour la -plupart, qu’après la révision des traités qui ouvraient tout le pays au -commerce étranger (1899). Celles qui existaient auparavant sont: les -raffineries de sucre, les manufactures de soie écrue, de sake et de -shoyu, et différentes sortes de tissages (excepté les tissages de -laine), les manufactures de papier et d’objets en papier, les tanneries, -les fabriques de tuiles, les teintureries, les manufactures de tabac, -les raffineries de sel, les fabriques d’huile, de porcelaines, les mines -et carrières. - -Le capital effectivement engagé dans ces différentes entreprises, -c’est-à-dire le capital versé, était au chiffre de 131.314.000 yen, soit -334.850.700 francs. - -Le nombre total des manufactures au 31 décembre 1906 était de 10.361, -dont 5.705 ne disposaient que du travail fourni par les ouvriers et -4.656 marchaient à la vapeur. - -La totalité des ouvriers employés était à cette époque de 611.521 -individus, dont 242.288 hommes et 369.233 femmes. - - -III.--Les différents genres d’entreprises étaient ainsi répartis: - - Entreprises. A vapeur. A main. Ouvriers - par jour. - - Textiles: Filatures 2.237 390 150.626 - -- Dévidage 199 45 86.030 - -- Tissage 304 2.300 84.315 - -- Mise en tresses 33 84 4.076 - Mécaniques: Fabrication de machines 221 34 24.543 - -- Construction de navires 25 29 19.535 - -- Outils divers 153 115 11.751 - -- Fonderies 47 62 3.148 - Chimiques: Céramique 89 474 20.332 - -- Gaz 7 » 432 - -- Fabrique de papier 49 43 6.255 - -- Teinturerie 43 138 5.739 - -- Cuirs 11 14 573 - -- Explosifs 62 201 22.328 - -- Engrais 20 2 1.564 - -- Droguerie 45 39 3.040 - -- Divers 49 40 2.442 - Alimentaires: Brasseries 82 654 16.223 - -- Raffineries de sucre 5 4 1.320 - -- Manufactures de tabac 152 62 23.750 - -- -- de thé 19 13 1.270 - -- Limonade, glace, eaux - minérales 10 » 200 - -- Nettoyage de grains et - farine 132 6 2.670 - -- Confection 14 23 913 - -- Ferblanterie 21 16 943 - -- Divers 19 78 1.971 - Non classées: Imprimerie 145 128 12.207 - -- Objets en papier 14 69 2.582 - -- -- en bois et bambou 137 142 9.199 - -- Objets en cuir 5 14 1.031 - -- -- en plumes 5 21 2.282 - -- Roseaux et pailles tressées 1 110 13.589 - -- Tailleurs de pierre 4 5 366 - -- Objets de laque 1 16 322 - -- Divers 40 188 8.597 - Spécialités: Électricité 26 2 976 - -- Métallurgie 154 125 58.611 - -- Charbon 79 21 6.422 - - -IV.--Les principaux districts de tissage sont les ken ou préfectures de: - - Aichi, Chiba, Ehime, Fukui, Fukuoka, Fukushima, Gifu, Gumma, - Hiroshima, Hiogo, Ishikawa, Kioto, Miye, Nara, Niigata, Okayama, - Osaka, Saitama, Shiga, Shidzuoka, Tochigi, Tokushima, Tokio, Toyama, - Wakayama, Yamagata, Yamaguchi, Yamanashi. - -Les fabriques les plus importantes pour la production du coton sont -celles de: - - Saitama qui en fournissent pour 5.766.000 yen. - Aichi -- -- 12.226.000 -- - Ehime -- -- 7.241.000 -- - Miye -- -- 5.700.000 -- - Tochigi -- -- 5.094.000 -- - -Celles qui produisent le plus de soie sont celles de: - - Fukushima qui en fournissent pour 4.987.000 yen. - Fukui -- -- 21.397.000 -- - Kioto -- -- 14.629.000 -- - Ishikawa -- -- 12.082.000 -- - Gumma -- -- 9.532.000 -- - Tokio -- -- 5.111.000 -- - Niigata -- -- 4.854.000 -- - -Les tissus soie et coton sortent principalement des fabriques de: - - Saitama qui en fournissent pour 979.000 yen. - Kioto -- -- 6.888.000 -- - Tochigi -- -- 3.563.000 -- - Gumma -- -- 3.517.000 -- - Aichi -- -- 1.741.000 -- - Gifu -- -- 1.118.000 -- - -La toile et le drap ne figurent que pour un chiffre assez faible; -seules, les fabriques de Shiga en fournissent pour 1.399.000 yen -(chanvre) et celles de Wakayama pour 1.081.000 yen (laine). Yamanashi ne -produit pas de chanvre, mais, en revanche, produit pour 4.330.000 yen de -tissus de laine; c’est le seul district où le tissage de la laine ait -pris une certaine importance. - -En dix ans, depuis 1896 jusqu’au 31 décembre 1906, voici la valeur de la -production des différents tissus, soie, soie et coton, coton, chanvre, -laine; on verra que la progression est constante, sauf pendant les -années 1903 et 1904, au moment de la guerre contre la Russie (en yen): - - Années. Soie. Soie et coton. Coton. Chanvre. Laine. - - 1896 46.361.000 10.281.000 37.053.000 1.965.000 » - 1897 62.663.000 11.727.000 42.032.000 2.903.000 » - 1898 73.045.000 16.216.000 47.996.000 2.967.000 » - 1899 84.147.000 18.546.000 45.577.000 3.161.000 3.384.000 - 1900 74.578.000 20.275.000 57.745.000 2.851.000 5.034.000 - 1901 70.061.000 12.180.000 45.607.000 2.775.000 5.083.000 - 1902 60.904.000 20.538.000 53.030.000 2.420.000 4.040.000 - 1903 36.710.000 13.459.000 45.915.000 2.134.000 4.280.000 - 1904 45.503.000 9.933.000 50.651.000 2.044.000 6.760.000 - 1905 60.384.000 15.371.000 72.844.000 3.528.000 10.047.000 - 1906 93.606.000 20.253.000 86.474.000 3.390.000 6.630.000 - - -V.--L’industrie céramique a passé de 5.063.000 yen en 1897 à 13.385.000 -yen en 1906, avec un chiffre d’exportation de 7.942.000 yen, soit -20.252.100 francs; ces produits, à part quelques pièces remarquables, -sont généralement ceux que nous voyons dans les magasins de -japonaiseries du monde entier, où l’on vend, à l’amateur qui n’y connaît -rien, des _Kaga_ et des _Imari_ de fraîche date comme très anciens et -que l’on fait payer très cher. Les principaux centres de cette industrie -sont Aichi, Fukushima, Gifu, Ishikawa, Kanagawa, Kioto, Saga, Ehime, -Hiogo, Miye, Nagasaki. - -Il en est de même pour la production et l’exportation de la laque. On ne -fabrique plus aujourd’hui de belles pièces, des pièces uniques comme aux -temps anciens, alors que la fabrication et ses secrets étaient la -propriété de quelques familles, dont, souvent, un des membres commençait -un travail qui était achevé par un autre, parce que ce travail demandait -trente ou quarante ans de patience et de labeur. Les échantillons de -laque, même ceux de laque d’or, que nous voyons actuellement, sont tout -à fait inférieurs; c’est du travail pour l’exportation. En 1906 il fut -exporté pour 1.721.000 yen d’objets laqués sur une production totale de -6.809.000 yen. Ishikawa, Fukushima, Shidzuoka, Wakayama sont les -districts où l’on occupe le plus d’ouvriers à ce genre d’industrie. - -Les allumettes genre suédois, sans soufre ni phosphore, sont vite -devenues une spécialité japonaise. L’Extrême-Orient tout entier, sauf -l’Indo-Chine française, est tributaire du Japon pour ce genre de -produit. Depuis les Indes, la Birmanie, le Siam, jusqu’à la Chine, la -Corée et la Mandchourie, la boîte d’allumettes japonaises se trouve -partout, même dans les provinces éloignées de la Chine occidentale, -comme le Yunnan et le Kan Sou. Et elles sont d’un bon marché tel, qu’on -se demande comment le fabricant y trouve un bénéfice. On ne le comprend -que lorsqu’on est au courant des salaires de famine octroyés aux -ouvrières japonaises, généralement des fillettes, qui confectionnent les -boîtes. Ces dernières sont faites d’une façon très intelligente. Ainsi, -celles qui sont exportées en Chine sont revêtues d’une étiquette jaune, -sur laquelle un dragon ou un phénix fait des contorsions; des deux -côtés, se trouve le nom de la fabrique en caractères chinois; souvent, -au lieu du dragon, on représente des enfants chinois, des cérémonies -chinoises, un personnage chinois célèbre dans les annales. Pour les -Indes, la Birmanie et le Siam, il en est de même; chaque boîte -d’allumettes porte une vignette rappelant quelque chose du pays, et -toujours le nom de la maison y est inscrit en la langue du pays. Dans -notre Indo-Chine on a établi, pour imiter la métropole, un monopole des -allumettes; ainsi on paye à Hanoï deux sous ce qui à Bangkok, Rangoon, -Bombay ou Shanghaï se vend un centime. De 24.038.000 grosses en 1897, la -production est passée à 54.802.000 grosses en 1906, et de ce nombre il a -été exporté 38.618.000 grosses pour une valeur de 10.915.000 yen, soit -27.833.250 francs. - - -VI.--Une des industries, où les Japonais ont également réussi, est -l’industrie du cuir; ils arrivent à produire, et meilleur marché qu’en -Europe, toute espèce de cuirs: sellerie, chaussures, malles, sacs, enfin -toute la série des objets en cuir que l’on fabrique en Europe; mais, ici -encore, l’infériorité est palpable, cela n’a rien du solide et du -résistant de la facture européenne. C’est comme disent les Allemands, -_billig aber schlecht_: bon marché mais mauvais. - -Ce qui offre le plus d’intérêt est le papier-cuir, que les Japonais font -en imitation de celui de Cordoue; dans cet ordre de fabrication, ils ont -bien réussi, et l’on peut voir de magnifiques papiers cuirs, ornés de -dessins originaux et gracieux sortis des manufactures de l’Insatsukioku -(imprimerie et papeterie de l’État). De 2.522.472 yen en 1900 la -production du cuir est montée en 1906 à 10.882.984 yen; cet article est -tout entier consommé au Japon et n’est pas exporté. Les principaux -centres de production sont: Hiogo, Nara, Osaka, Tokio, Wakayama, mais -surtout Osaka et Hiogo; on se sert des peaux de vaches et de veaux, et -aussi des peaux de chevaux; en 1906 il avait été employé 7.481 peaux de -vaches et de veaux dans les cinq villes ci-dessus désignées et 2.770 -peaux de chevaux. - - -VII.--Le Japon a voulu aussi faire des conserves; il s’est essayé, -d’abord, avec le lait et les sardines; or, étant donné que les vaches -japonaises ont un lait très rare et très faible, le résultat est fort -médiocre; et, d’un autre côte, comme je l’ai déjà indiqué, le Japon ne -produisant pas la qualité d’huile voulue pour conserver la sardine, le -produit livré sous le nom de «sardines à l’huile» est détestable. Les -Japonais ont aussi voulu faire des conserves de bœuf et de fruits; mais -il n’y a aucune chance que ces préparations fassent jamais concurrence -au fameux «corned beef» de Chicago, et aux fruits en boîtes de -Californie ou d’Australie. Tout ce qu’ils fabriquent en ce genre, -d’ailleurs, est consommé sur place ou exporté en Chine. - -Le Japon est un gros producteur de papier; cet article est d’un usage -très courant au Japon pour toutes sortes de choses, et le papier -japonais, d’ailleurs, est très commode pour servir de serviettes, de -mouchoirs, de nappes; un Japonais ou une Japonaise porte toujours, sur -soi, un épais paquet de feuilles souples et blanches. Aussi, dès les -temps anciens, dès que la fabrication du papier fut connue par -l’intermédiaire des Chinois, on fabriqua du papier au Japon. Pour ne -citer que quelques chiffres récents, la production de papier japonais, -qui était de 12.261.000 yen en 1897, est passée en 1906 à 15.480.000 -yen. Elle n’a donc pas varié beaucoup; mais ce qui a varié, en -augmentant, c’est la production du papier européen, dont les Japonais se -servent, aujourd’hui, pour tous les documents officiels, rapports, -livres, journaux, et dont les écoles font une consommation de plus en -plus grande. D’abord il est meilleur marché que le papier japonais, et, -ensuite, il est plus commode pour écrire; les étudiants qui font des -mathématiques, des sciences physiques et naturelles, de la médecine, -etc., ne pouvaient pas se servir de papier japonais. Aussi, d’une -production évaluée à 2.901.000 yen en 1897, on est arrivé en 1906 à -14.157.000 yen. - -Les principales manufactures de papier européen sont: l’Insatsu kioku ou -papeterie impériale; les fabriques de Oji, près Tokio; de Fuji Seishi; -de Yokkaichi; de la Compagnie Mitsubishi; de Itagami (Tokio); de -Nishimari Seishi; de Senju Seishi; de Kiushu Seishi. - -L’indigo provient de Tokushima et a donné en 1907 une valeur de -1.702.000 yen. - -La menthe (pippermint) vient surtout de Kanagawa et de Hiogo; on en a -fabriqué à Kanagawa pour 245.000 yen; à Hiogo pour 197.869 yen en 1906. - -Outre les diverses industries énumérées ci-dessus, il a été fabriqué -pour 2.171.000 yen d’objets en bambou; 1.581.000 yen d’éventails; -6.111.000 yen de ciment; 1.042.000 yen de chapeaux de feutre; 2.764.000 -yen de savons. Tous ces produits, à part ceux qui sont essentiellement -japonais, comme les objets en bambou et les éventails, sont de très -mauvaise qualité. - - -VIII.--Le Gouvernement japonais dirige, et fait marcher, différentes -fabriques et arsenaux; il n’est pas sans intérêt d’en donner ici la -liste: - -Une imprimerie avec 4 machines; - -Une fonderie de caractères avec 2 machines; - -Une fabrique de papier avec 21 machines; - -Un atelier de monnaie avec 17 machines; - -Des manufactures de tabac avec 52 machines et 17.000 employés; - -L’arsenal de Tokio avec 207 machines et 23.000 ouvriers; - -L’arsenal d’Osaka avec 426 machines et 28.000 ouvriers; - -La fabrique de laines de Senju avec 15 machines; - -L’arsenal de Yokosuka avec 36 machines et 3.000 ouvriers; - -L’arsenal de Kure avec 109 machines et plus de 10.000 ouvriers; - -L’arsenal de Sasebo avec 30 machines et 1.500 ouvriers; - -L’arsenal de Maidzuru avec 14 machines et 1.200 ouvriers; - -La poudrerie de Shimose; le dock de Takeshiki; le dock de Ominato; le -dock de Bako; des aciéries occupant 30.000 ouvriers avec 28 machines; -les ateliers des chemins de fer de Shimbashi, d’Omiya, de Kobé et -d’Iwamigawa, lesquels occupent en bloc 2.000 ouvriers. - - -IX.--Comme industrie acquise de l’étranger, celle du coton a été la plus -vite brillante au Japon, et aujourd’hui l’importation des cotonnades -dans ce pays a baissé dans des proportions formidables; ainsi en 1887 -l’Europe importait dans les îles japonaises 24.630.000 livres de filés -de coton; en 1906 elle n’en importe plus que pour 5.652.000 livres. -Aujourd’hui le Japon inonde la Chine de ses produits de coton sous -toutes les formes, et tellement bon marché qu’il est impossible à -l’Europe, même à l’Allemagne, de lutter. J’ai acheté, dans les ports du -Yangtseu, Kiukiang, Hankow, Ichang, des chaussettes japonaises à cinq -sous la paire; des essuie-mains japonais, genre essuie-mains éponge, à -deux sous la pièce! Il est vrai que, lorsqu’on connaît les salaires de -famine des fabriques japonaises, on est moins étonné. Toute cette -imitation japonaise est d’ailleurs exécrable; mais pour le Chinois, qui -n’a pas le moyen d’acheter cher, c’est précisément ce qu’il faut. - -Une des grosses questions qu’agitent les économistes européens est celle -de savoir si le Japon va devenir un concurrent sérieux au point de vue -industriel. Il y a eu, et il y a encore à ce sujet, de longues -dissertations dans les journaux et revues les plus autorisés d’Europe et -d’Amérique, et «Hippocrate dit oui si Gallien dit non.» Personnellement -je ne crois pas que nous devions nous effrayer, du moins pendant bien -longtemps, du péril jaune industriel. L’industrie est encore dans -l’enfance au Japon, et la machine n’a pas encore suppléé partout à la -main-d’œuvre humaine; au contraire, cette dernière est la plus répandue. -A part les manufactures de coton, qui sont pourtant encore bien loin -d’égaler celles d’Europe, les autres industries sont restées, à beaucoup -de points de vue, ce qu’elles étaient autrefois. Et puis l’argent -manque, les capitaux sont rares dans le pays. Le Japon essaye de les -attirer, et il fait beaucoup de propagande en lançant des publications -sur les industries, le commerce, les finances de l’Empire. Beaucoup de -ces publications sont en anglais, en français, en allemand afin de -donner plus de facilités au lecteur. - -En réalité, la situation industrielle et financière de l’Empire japonais -est loin d’être ce qu’elle peut paraître à la lecture de ces documents -mensuels et hebdomadaires, publiés par les banques, les sociétés -industrielles et commerciales. Le Japon fait de grands efforts, efforts -qu’on ne peut qu’admirer, mais il lui faudra, nécessairement, du temps -encore pour atteindre à la haute et brillante situation à laquelle il -aspire. - -Quant à envoyer des capitaux étrangers dans des affaires japonaises, ce -n’est peut être pas encore le moment: nous devons reconnaître que le -Gouvernement impérial facilite et attire ce genre de placements, mais -les populations ne sont pas encore assez éclairées dans certaines -parties des provinces. - -A Osaka un de nos compatriotes a installé une fabrique de brosses qui -semblait devoir prospérer, mais qui, si j’en crois les dernières -nouvelles, a rencontré les plus grandes difficultés. - -Un autre de nos compatriotes s’était, pour une autre affaire, associé à -un vieux résident français, ingénieur civil, et avait apporté des -capitaux pour les placer au Japon. Ces deux Français avaient obtenu -l’exploitation d’une immense forêt dans le Sud, à Kiushiu, et ils -avaient fait venir des machines, installé des maisons, des hangars, des -magasins; des ouvriers et contre-maîtres français aient été engagés, -enfin tout marchait à souhait et semblait devoir prospérer; deux hauts -personnages européens s’étaient intéressés à l’affaire et y avaient -placé quelques fonds. Une Compagnie s’était formée et il n’y avait plus -qu’à se mettre en train. Les premiers résultats s’annoncèrent -satisfaisants, lorsque le 8 juin 1908, une foule japonaise de quinze -cent à deux mille hommes envahit les chantiers, démolit les machines, -mit le feu aux maisons, enfin détruisit tout; évidemment, dans cette -affaire on ne peut guère rendre responsable des dégâts que l’ignorance -de la foule encore mal instruite et peu éclairée; les autorités du pays -sont les premières à réprouver ces actes et à en souffrir; il n’en est -pas moins vrai que l’affaire est ruinée et les capitaux perdus. - - -IX.--Quoique le Japon se soit assimilé très rapidement les industries -européennes, et fasse, dans cette direction, de grands progrès tous les -jours, je ne crois pas néanmoins, ainsi que je l’ai déjà remarqué -précédemment, que l’Occident ait encore à craindre d’ici longtemps une -concurrence sérieuse. D’ailleurs, il faut bien songer à ceci, c’est que -le Japon ne saurait se mettre, dès à présent, sur le même rang que les -pays manufacturiers d’Europe pour le fini et la solidité de ses -produits; et la preuve en est que, pour les constructions qui lui -tiennent surtout à cœur, et où il veut avoir du solide, comme par -exemple pour les bâtiments de guerre, il fait venir d’Europe et -d’Amérique les aciers et les pièces principales. - -Où il fera à l’Europe une grande concurrence (il la fait déjà -d’ailleurs), c’est en Chine avec ses cotonnades; il est évident que ni -Manchester ni Bombay n’arriveront à fournir aussi bon marché au Chinois -ce dont celui-ci a besoin. Il va sans dire que nous n’en sommes pas -encore arrivés au moment où le Japon aura le monopole du commerce -cotonnier en Chine; mais il a déjà commencé par évincer sérieusement les -produits anglais de la Mandchourie, et il est connu que le marché de -Shanghaï, après la campagne, a beaucoup souffert de la concurrence des -tissus et des filés japonais, et nombre de maisons européennes se sont -trouvées dans une situation difficile. - -C’est, pour le moment, de ce côté que se tournent les efforts des -industriels et des commerçants japonais. - -L’industrie métallurgique aura aussi son tour, son heure, sans nul -doute, mais, pour le moment, elle n’est encore qu’à l’aurore de son -existence. Pour arriver à atteindre le développement colossal que -l’industrie des métaux a acquis en Europe et aux États-Unis, il faut du -temps et de l’argent. - -Il n’y a, au reste, qu’à consulter les chiffres pour se rendre compte -que le Japon est bien en arrière de tous les pays producteurs de métal; -ainsi la fabrique de Wakamatsu, dirigée par le Gouvernement, produit -quelques centaines de mille tonnes de fonte, alors que la France, qui en -produit le moins parmi les grands états industriels, en produit encore -4.000.000 de tonnes et que l’Allemagne seule, sans vouloir mettre en -ligne l’Angleterre et les États-Unis, en produit environ 12.000.000 de -tonnes. Il y a donc encore de la marge. - - -X.--Voici un tableau des salaires moyens de chaque catégorie d’ouvriers: - - Par jour. Yen. Sen. - - Charpentiers 0, 60 - Plâtriers 0, 60 - Tailleurs de pierre 0, 66 - Scieurs 0, 59 - Couvreurs en bardeaux, en chaumes 0, 57 - -- en tuiles 0, 65 - Ouvriers qui briquettent le mur 0, 75 - Briquetiers 0, 55 - Nattiers 0, 51 - Ouvriers en paravents, écrans, etc. 0, 55 - Colleurs de papiers 0, 56 - Menuisiers 0, 55 - Tonneliers 0, 45 - Sabotiers, galochiers 0, 42 - Cordonniers et bottiers 0, 57 - Selliers, bourreliers 0, 62 - Charrons 0, 51 - Tailleurs de vêtements japonais 0, 47 - -- européens 0, 64 - Fabricants de tabatières, blagues, - bourses, portefeuilles, etc. 0, 57 - Teinturiers 0, 32 - Batteurs de coton 0, 41 - Forgerons 0, 55 - Joailliers, bijoutiers 0, 52 - Fabricants d’ustensiles métalliques 0, 53 - Fabricants de poteries 0, 46 - Fabricants d’objets laqués 0, 49 - Récolteurs de vernis 0, 38 - Presseurs d’huile 0, 42 - Fabricants de papier 0, 32 - Coupeurs de tabac 0, 54 - Compositeurs d’imprimerie 0, 42 - Imprimeurs 0, 38 - Charpentiers pour navires 0, 64 - Jardiniers 0, 55 - Journaliers agricoles, hommes 0, 32 - -- femmes 0, 20 - Éleveurs de vers à soie, hommes 0, 29 - -- femmes 0, 23 - Fabricants de tissus, hommes 0, 34 - -- femmes 0, 18 - Fileuses de soie 0, 22 - Confituriers 0, 34 - Pêcheurs 0, 42 - Blanchisseurs de riz 0, 32 - Journaliers 0, 43 - - Par mois. Yen. Sen. - - Fabricants de saké 10, 37 - -- shoyu. 7, 16 - Domestiques 3, 22 - Servantes 1, 79 - - Par an. Yen. Sen. - - Ouvriers agricoles, hommes 37, 54 - -- femmes 20, 13 - -Le yen valant 2 fr. 55, un ouvrier agricole homme se paye par an 95 fr. -72, et une femme 51 fr. 33. Étant donné ces salaires, la lourdeur des -impôts, les dépenses militaires hors de proportions avec les ressources -financières du pays, on ne peut être étonné de la misère qui règne au -Japon. - - -XI.--L’encouragement donné et la protection accordée aux entreprises -industrielles et aux établissements manufacturiers ne datent pas -d’aujourd’hui. - -Déjà, avant la restauration impériale, les trois Daïmios de Satsuma, -Mito et Saga avaient établi, en l’ère de Kayei (1848-1853), un arsenal -de style européen, et commencé à fondre des canons. Le Daïmio de -Satsuma, s’inspirant de la fabrication hollandaise, avait également -monté une fabrique de porcelaine, et en 1861, il avait même fait venir -d’Angleterre des machines pour filatures. Le Daïmio de Mito, de son -côté, avait installé à Ishikawajima (île à l’embouchure du Sumida, dans -la baie de Tokio) un chantier pour la construction des navires; les -Shôgun Tokugawa, pendant l’ère de Ansei (1854-1859), firent également -installer un chantier semblable à Akuura (Hizen), et un autre aussi à -Yokosuka (Sagami); mais ce dernier ne fut achevé qu’après la -restauration impériale; il fut d’ailleurs cédé au département de la -Marine et il est devenu l’un des principaux ateliers de construction et -de réparation de la marine de guerre japonaise. C’est la Compagnie -Mitsubishi qui, en 1884, a pris possession des chantiers de Hizen, -qu’elle détient encore aujourd’hui, et qui sont connus sous le nom de -Chantiers de constructions navales de Nagasaki. - -Le mouvement, dessiné par les princes feudataires et les Shôgun, fut -continué par le gouvernement impérial; une filature de soie, montée -d’après les principes modernes, fut installée à Tomioka en 1872 sous la -direction de M. Brunat, un de nos compatriotes, aidé de contremaîtres et -d’ouvriers français; puis, en 1877, une autre filature pour les déchets -fut ouverte à Shinmachi. Une filature de lainages s’ouvrit peu après à -Senji, faubourg de Tokio, pour le compte du Gouvernement, et, dix ans -après cet exemple officiel, des fabriques de lainages en sociétés -privées s’édifiaient sur divers points du territoire. - -En 1881 et 1883, dans les districts de Aichi et de Hiroshima, le -Gouvernement fit venir d’Angleterre des machines à filer le coton; puis -le tissage du chanvre commença à se développer au Hokkaido (Yézo) où le -Gouvernement installa des contremaîtres et ouvriers venus de Lille. - -En 1875, une fabrique de ciment fut montée à Fukagawa (faubourg de -Tokio), et, en 1876, la première verrerie fit son apparition à Shinagawa -(autre faubourg de Tokio). - -Cependant, autour de ces différents établissements, édifiés et dirigés -aux frais de l’État, d’autres établissements privés avaient pris -naissance, dirigés par des sociétés et des compagnies. Quand l’essor fut -ainsi donné, le Gouvernement impérial se débarrassa peu à peu de tous -ces travaux, et vendit toutes ses usines, ne se réservant que la -manufacture de draps de Senji où il fabrique les draps pour la troupe. - -Quand on voit en combien peu d’années le Japon est arrivé au degré -d’activité industrielle qu’il déploie aujourd’hui, on ne peut s’empêcher -de reconnaître son extrême aptitude à l’imitation, son acharnement au -travail, et, bien que tout ce qu’il produise d’articles européens soit -très inférieur à ce qui se fait en Europe même, il faut lui reconnaître -une grande habileté et une grande réserve de patience. - -Pour pouvoir marcher sans l’aide des Européens, il fallait avoir un -personnel d’ingénieurs suffisamment instruits et éclairés. C’est ce que -le Gouvernement impérial comprit de suite, et, dès 1871, il créa le -collège supérieur des ingénieurs (Kô bu dai gakkô), sous la direction de -professeurs anglais (aujourd’hui ce collège est rattaché à l’Université -de Tokio). - -On y enseignait la mécanique, la construction des bateaux, la science de -l’électricité, l’architecture, la chimie, toute science en général -nécessaire à la profession d’ingénieur, soit ingénieur civil, soit -ingénieur des mines ou électricien. Il sortit de ces établissements des -jeunes gens très instruits, dont les mieux notés allaient faire un -complément d’études en France, en Angleterre, en Allemagne ou aux -États-Unis. - -En 1881 fut créée l’École polytechnique de Tokio, où l’on enseigna la -peinture, le tissage, la céramique, etc.; des écoles semblables furent -ouvertes un peu partout par les autorités provinciales, de sorte -qu’aujourd’hui, à Tokio, à Kioto, à Osaka on compte trois écoles -supérieures d’ingénieurs, et dans les provinces, on trouve plus de 1.200 -écoles techniques. A l’heure actuelle, à part quelques rares exceptions, -les instructeurs européens ont disparu. - -A ces renseignements sur l’industrie japonaise, j’ajouterai que le -Gouvernement japonais a édicté des lois et règlements sur les brevets et -les marques de fabrique; mais c’est une chose qui n’est pas bien entrée -dans les mœurs du pays, et les marques de fabrique sont encore -aujourd’hui aussi outrageusement que maladroitement imitées. - - - - -CHAPITRE XIV - -I. Commerce du Japon avec l’étranger: habutai, kaiki, soieries.--II. -Exportation du thé.--III. Exportation du riz.--IV. Charbon japonais.--V. -Cuivre.--VI. Camphre, nattes, sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII. -Importation: coton brut, lainages; mousselines de laine; la situation de -la France relativement à l’importation de ce dernier article; riz -d’Indo-Chine; métaux; machines.--IX. Importation française.--X. Le -commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties pour les ports -principaux.--XII. Marine marchande japonaise à vapeur.--XIII. Bateaux -français.--XIV. Tarif douanier. - - -I.--Le commerce du Japon avec l’étranger consiste surtout en -exportations de soies; soies grèges qui sont dirigées vers les -États-Unis, la France et l’Italie; déchets de soie qui ne sont guère -achetés que par la France; _habutai_ qui vont en France, aux États-Unis, -en Angleterre, aux Indes anglaises, en Australie; pongés glacés ou -_kaiki_ achetés par les États-Unis, et, enfin, mouchoirs de soie qui -vont aux États-Unis et en Angleterre. - -L’_habutai_ ou pongé est fabriqué principalement dans six provinces du -Japon qui sont généralement des lieux de production de la soie. - -Echizen, dont la capitale est Fukui, est le centre du commerce et le -lieu d’inspection des tissus après les opérations du décreusage. - -En raison de l’importance des transactions, et du peu de confiance qu’il -est possible d’accorder aux marchands intermédiaires, surtout au point -de vue des contrats, qu’ils acceptent, et dont ils n’effectuent pas -livraison, si les cours leur deviennent défavorables; un certain nombre -de maisons européennes ont leurs propres installations à Fukui et -procèdent par elles aux achats. Les tissus sont offerts dans les ventes -à l’encan ayant lieu journellement, et, dans plusieurs parties de la -ville, ils deviennent, naturellement, la propriété du plus offrant; les -cours subissent des variations fréquentes, reflétant d’ailleurs assez -facilement le rapport entre l’offre et la demande. - -Le nombre des métiers, existant à Fukui et dans les faubourgs, était à -la fin de décembre 1904, de 19.959, et la production, du 1er juillet -1904 au 30 juin 1905, a été d’environ 1.200.000 pièces, soit une moyenne -de 60 pièces par métier pour une période de douze mois. - -On peut dire, qu’au moment de la saison, 4.000 ou 5.000 pièces arrivent -chaque jour sur le marché, et, grâce aux organisations spéciales des -banques locales, consentant des avances généreuses sur les tissus -fabriqués qui leur sont remis en nantissement, les paiements peuvent -être effectués au comptant et pour ainsi dire à l’instant même où la -marchandise passe en d’autres mains. Des organisations analogues -existent aussi dans les autres provinces. - -Le district de Kaga, dont la capitale est Kanazawa, ville importante -comptant plus de 200.000 habitants, ne fabrique que les qualités -légères, et plus de la moitié de sa production est destinée aux -États-Unis d’Amérique, qui, en raison du prix élevé des douanes, -recherchent plus spécialement des tissus légers. - -Les pièces les mieux fabriquées atteignent des prix très élevés, -comparativement aux autres, en raison de ces achats pour le compte de -l’Amérique, où les tissus de qualité ordinaire ne trouvent qu’un faible -écoulement. On comprend donc que les tisseurs apportent tous leurs soins -à maintenir et améliorer leur fabrication qui, d’une façon générale, est -soignée. - -La province de Kaga compte 14.500 métiers et la production a été, de -1904 à 1905, de 750.000 pièces. - -Toyama, dans la province d’Etchu, est un centre de fabrication de -moyenne importance; on y compte 5.500 métiers avec une production -annuelle de 150.000 pièces; - -Uzen, 1.200 métiers; production annuelle 42.000 pièces. - -Les tissus fabriqués dans la province de Kawamata s’étaient acquis, dans -ces dernières années, une mauvaise réputation par le fait de la charge -que l’on faisait, dans la plupart des cas, subir aux pièces après -décreusage. Pour atteindre ce but, on les laissait séjourner dans un -bain à base de magnésie, l’augmentation de poids variant, en rapport -direct, avec la durée de l’opération. C’est ainsi que l’on arrivait à -charger les tissus jusqu’à 40 pour 100 en plus de leur poids de soie -pure. - -Il est nécessaire d’ajouter que ce traitement ne donnait aucune qualité -aux étoffes, en altérait au contraire complètement le brillant et -n’avait d’autre but que de tromper l’acheteur. De pareils procédés ne -devaient pas tarder à nuire au commerce de cette région; aussi sa -production arriva-t-elle à être tellement délaissée que, se rendant -compte de la gravité de la situation, le Gouvernement provincial -décréta, en novembre 1904, qu’à dater du 1er avril 1905, aucune pièce ne -serait vendue autrement que pure. Des mesures sévères ayant été -adoptées, les nouveaux règlements sont maintenant correctement observés. - -La province de Kawamata compte 5.300 métiers avec une production -relativement importante de 260.000 pièces. - -Joshu fut le berceau de l’habutai; c’est là, en effet, que quelques -pièces d’un article similaire, fabriqué en Chine, furent, pour la -première fois, imitées au Japon, il y a environ vingt-cinq ans, et les -autres provinces, en présence de la demande, s’emparant peu à peu des -procédés de leurs voisins, et les modifiant, suivant leurs capacités, -arrivèrent à créer cette industrie considérable. - -Le Joshu est, en même temps, un centre très important pour la -fabrication des étoffes de soie employées pour kimonos japonais. - -Sans tenir compte des métiers appliqués à ce dernier genre, on trouve -qu’il existe dans cette région: - -503 métiers pour unis; production annuelle 15.000 pièces; - -800 métiers pour habutai façonné: production annuelle 40.000 pièces; - -2.000 métiers pour soieries; production annuelle 60.000 pièces. - -Kiôtô et Gifu produisent également des étoffes de soie, dont seulement -une partie infime est exportée, les neuf dixièmes, environ, étant -destinés à la consommation intérieure. - -A Gifu, le tissage est réduit aux crêpes de Chine, alors qu’à Kiôtô on -fabrique des étoffes de tous genres, depuis le taffetas jusqu’aux grands -façonnés lamés or et argent. - -C’est à Kiôtô que se trouve la seule grande fabrique méritant d’être -citée; elle est en société anonyme au capital de 2.500.000 francs et -possède 275 métiers mécaniques et 100 métiers à la main, ainsi que -toutes les machines pour le dévidage, montage, ourdissage, pliage, -lissage, etc... Ses ateliers de teinture en fils, teinture en pièces et -apprêts, et, en général, tous ceux que comporte cette industrie, lui -assurent une complète indépendance, et contribuent à la placer au -premier rang parmi les établissements de ce genre existant en dehors de -l’Europe et de l’Amérique[12]. - - [12] _Rapports commerciaux et consulaires_ (1905). - -Pour l’année 1908, l’exportation de la soie a été de 226.000.000 de -francs contre 276.000.000 de francs en 1907: il y a une diminution assez -sérieuse également sur l’habutai. - -D’ailleurs le commerce total du Japon pour 1908 subit une diminution de -282.375.000 francs. - -Tableau des exportations de soies depuis 1904 (en yen, au change moyen -de 2 fr. 55): - - 1904 138.300.000 yen. - 1905 113.460.000 -- - 1906 157.955.000 -- - 1907 160.237.000 -- - - -II.--Le thé est également un des articles d’exportation du Japon; mais -la totalité est absorbée par les États-Unis. Le thé japonais ne -ressemble en rien au thé de Chine et, en général, les Européens ne -l’apprécient pas: il est vert, il a une saveur âcre. Les Japonais en -font une grande consommation; c’est leur boisson habituelle. En dehors -du Japon, l’Amérique seule consomme du thé japonais; il en fut exporté -en: - - 1904 pour 12.833.000 yen. - 1905 -- 10.584.000 -- - 1906 -- 10.767.000 -- - 1907 -- 10.618.000 -- - -De 1896 à 1903 une subvention annuelle de 70.000 yen avait été accordée, -par le Gouvernement, au «syndicat du thé», qui avait essayé de faire la -concurrence au thé de Ceylan, en faisant subir au thé japonais certaines -préparations le rendant propre à être exporté en Europe; mais l’envoi ne -réussit pas, et la subvention fut supprimée en 1903; cette année-là, le -Gouvernement donna encore une subvention de 35.000 yen; puis il cessa -tout encouragement pécuniaire. Le thé japonais ne pourra jamais entrer -en compétition avec le thé de Chine ou de Ceylan; cela tient -probablement au climat japonais qui lui donne ce goût spécial, peu -apprécié des Européens, même de ceux qui ont longtemps résidé dans le -pays. - - -III.--Le riz japonais est l’un des meilleurs riz qui poussent sur le -globe. Aussi s’en exporte-t-il une certaine quantité; les principaux -débouchés pour le riz japonais sont: l’Australie, qui en absorbe pour -une valeur d’environ 2.000.000 de yen; Hawaï, pour 8.000.000 de yen; -l’Angleterre, pour 800.000 yen; la Corée, pour 500.000 yen; la Russie -d’Asie, pour une valeur très variable: en 1903 pour 445.765 yen; en 1904 -pour 17.621 yen; en 1905 pour 306.025 yen; en 1906 pour 472.870 yen. - -La demande des États-Unis n’a cessé de décroître dernièrement, ce qui -s’explique par ce fait que la culture du riz au Texas a pris une grande -extension et a fort bien réussi, ainsi du reste qu’à la Louisiane. -Actuellement, le riz récolté dans ces deux États se vend moins cher que -le riz japonais, et les Japonais établis en Californie consomment, -eux-mêmes, du riz américain. - -Parfois, la récolte au Japon n’est pas suffisante, et le Gouvernement -est obligé d’importer du riz soit de Bangkok, soit de Saïgon ou de -Rangoon: mais, généralement, le riz de ces pays est peu apprécié au -Japon; les grains sont plus petits, et ils sortent de la cuisson -beaucoup moins blancs. - -En 1908, la récolte n’a pas fait défaut; elle a atteint, en effet, -51.897.233 koku, soit 93.415.020 hectolitres: elle a donc été -exceptionnellement belle, plus belle même que celle de l’année 1904, qui -avait été considérée comme la plus belle récolte qui se fût faite au -Japon, et qui s’était élevée à 51.401.497 koku, soit 92.500.000 hectol. - -Ce tableau montre l’exportation du riz japonais pour les trois dernières -années: - - Pays. 1906 1907 1908 - - Chine 503.583 296.460 113.379 - Hong-Kong 1.365 » » - Corée 57.877 63.647 63.372 - Russie d’Asie 472.870 253.809 155.205 - Angleterre 416.179 230.374 626.681 - France 58.352 14.089 415 - Allemagne 35.834 746 168.206 - Belgique 92.871 » » - Autriche-Hongrie 57.363 » » - Hollande 25.536 » » - États-Unis 463.016 744.556 410.892 - Amérique Anglaise 288.050 532.708 356.230 - Australie 274.701 139.039 78.542 - Hanoï 928.975 1.375.729 1.364.057 - - -IV.--L’exportation du charbon va toujours en augmentant; de 14.828.000 -yen en 1904, elle est passée à 16.280.000 yen en 1906 et à 19.052.000 -yen en 1907. Le charbon japonais s’exporte actuellement un peu dans tous -les ports d’Asie; cependant il n’est pas utilisable à l’état pur, et les -bâtiments à vapeur, surtout les navires de guerre, ne l’emploient que -modérément et mélangé avec du Cardiff. Le charbon japonais brûle les -chaudières, et produit une fumée intense, très noire; généralement on le -consomme en briquettes comprimées, et, sous cette forme, il semble -devoir rendre des services; mais il n’arrivera jamais à se substituer au -charbon anglais, et toutes les marines de guerre, y compris la marine de -guerre japonaise, ainsi que les grandes Compagnies de navigation évitent -de se servir du charbon japonais. - -L’exportation de ce produit se fait: vers la Chine (7.689.000 yen en -1907); vers l’Inde britannique (368.000 yen en 1907); vers Hongkong -(5.439.000 yen en 1907); et vers les colonies hollandaises de la -Malaisie (430.000 yen pour 1907). Les États-Unis d’Amérique figurent -pour une somme de 1.163.000 yen en 1907; mais il est probable que ce -chiffre représente le charbon apporté, dans les ports de Californie, -pour l’usage des bateaux japonais faisant le service de San Francisco à -Seattle. - - -V.--Le Japon est, avec les États-Unis, le plus grand producteur de -cuivre, et sa production tend à augmenter constamment. En 1902 elle -était de 48.390.637 kin (1 kin = 600 grammes); en 1903 elle est passée à -55.312.343 kin et en 1904 la production est estimée à 35.000 tonnes. La -progression continue jusqu’en 1907 et 1908 où l’on arrive à environ 38 -et 39.000 tonnes. La production totale pour 1908 donne une valeur -marchande de 26.302.000 yen. - -Comme exportation, la Chine absorbe à elle seule, en 1907, 10.310.000 -yen de cuivre; Hongkong en prend pour 4.782.000 yen; l’Angleterre pour -4.514.000 yen; la France pour 2.364.000 yen; l’Allemagne pour 2.309.000 -yen. L’exportation de ce métal, qui fournissait un chiffre de 25.110.000 -yen en 1906, passait à 29.260.000 yen en 1907, soit une augmentation de -4.150.000 yen. En 1908 elle a sensiblement baissé; cette année, -d’ailleurs, a été fort mauvaise pour le Japon au point de vue -commercial, ainsi que je l’ai noté au début de ce chapitre. - - -VI.--Autrefois, le Japon proprement dit produisait beaucoup de camphre; -mais aujourd’hui le territoire de l’Empire n’en fournit presque plus, et -c’est l’île de Formose qui exporte le plus de cette denrée. Il en est -sorti (année fiscale 1907-1908), tant du Japon que de Formose, pour une -somme de 7.945.000 yen; sur cette somme, 2.919.000 yen reviennent à -Formose, qui, on le voit, exporte relativement bien plus que le Japon, -eu égard à son territoire. - -Voici quels sont les pays qui ont acheté le plus: - - Indes britanniques 1.069.000 yen. - Grande-Bretagne 158.000 -- - France 604.000 -- - Allemagne 1.301.000 -- - États-Unis 1.689.000 -- - -Nattes.--Autrefois la natte japonaise n’avait pas de concurrente, dans -tout l’Extrême-Orient, en raison de sa finesse et du soin apporté à sa -confection; la qualité a beaucoup baissé aujourd’hui, et l’exportation -s’en est ressentie. Le Japonais, d’ailleurs, procède en tout de la même -façon, et il est difficile de se procurer maintenant des marchandises -aussi soignées que celles d’autrefois. Pour les nattes la concurrence -annamite se fait sentir, et si nos fabricants de nattes de Nam dinh s’y -appliquaient, ils arriveraient, certainement, à évincer complètement la -natte japonaise. Les nattes tonkinoises sont, d’ailleurs, tellement en -mesure de lutter contre les nattes japonaises, que des marchands -Japonais vendent, à Hong-Kong et sur les côtes de Chine, aussi bien -qu’aux États-Unis, des nattes tonkinoises pour des nattes japonaises. Ce -sont les États-Unis qui absorbent la majeure partie de ce produit: ils -en prennent bon an mal an pour une valeur d’à peu près 6.000.000 de yen. - -Allumettes.--Le commerce des allumettes est toujours prospère, et se -tient entre 10.000.000 et 11.000.000 de yen. La Chine, Hong-Kong, les -établissements des détroits, la Corée, sont les plus gros acheteurs; le -Siam, la Birmanie et les Indes anglaises viennent ensuite. - - En 1907-1908 la Chine a acheté pour 4.250.000 yen d’allumettes; - L’Inde anglaise pour 849.000 yen; - Hong-Kong pour 2.469.000 yen; - La Corée environ 2.000.000 de yen; - Les établissements des détroits 1.000.000 de yen. - -C’est un des principaux articles japonais d’exportation dans les pays -d’Extrême-Orient, et le commerce d’importation des allumettes -européennes est devenu, par ce fait, insignifiant. - -Saké.--Le vin de riz japonais, ou plutôt l’alcool de riz, ne s’exporte -guère qu’en Corée et en Chine; ou plutôt il serait mieux de dire qu’il -s’est exporté, lors de la campagne de Mandchourie; aujourd’hui que les -armées japonaises sont rentrées, l’exportation tend à diminuer; -cependant il en part encore dans ces deux pays pour une valeur de -800.000 à 1.000.000 de yen. - -Porcelaine et poterie.--Ce sont les États-Unis qui achètent le plus ces -articles au Japon. Sur un total de 7.942.927 yen pour 1906 et de -7.216.000 yen pour 1907, ils en ont absorbé pour une valeur approchant -de 4.000.000 de yen chaque année (exactement en 1906 = 4.332.584 yen; et -en 1907 = 3.816.000 yen). La Chine vient après, puis la Corée; et enfin -l’Angleterre et Hong-Kong. La France n’achète au Japon que pour 110.000 -yen environ de porcelaine, alors que l’Angleterre lui en achète pour -450.000 yen. - -Cigarettes.--Ne s’exportent qu’en Chine et en Corée; 1.228.000 yen en -Chine pour 1907; environ 800.000 yen en Corée pour la même année; mais -il pourrait se faire que cet article d’exportation vînt à tomber -rapidement; car les Chinois se sont mis à fabriquer des cigarettes -absolument semblables aux cigarettes japonaises et les fumeurs chinois -les achètent de préférence. - -Produits maritimes.--La seiche, la bêche de mer, la colle végétale et -les varechs, se dirigent, en totalité, vers la Chine et Hong-Kong. Ce -dernier port achète environ pour 2.000.000 de yen de seiche, et la Chine -pour la même somme de varechs. - - -VII.--Le coton, sous tous ses aspects, est l’un des grands articles -d’exportation du Japon, et c’est la Chine qui absorbe la presque -totalité, sauf une partie pour Hong-Kong et la Corée. Filés, -couvertures, flanelles, crêpes, imitation de Nankin, shirting gris, -nappes et serviettes, tout se dirige vers le marché chinois; ce dernier -prend en général de 30 à 35.000.000 de yen de filés tous les ans, et de -3 à 4.000.000 de yen de shirting gris. Les serviettes genre éponge -commencent à être fort appréciées des Chinois, d’autant plus que le prix -en est réellement infime: ils arrivent à payer une serviette ordinaire 5 -et 6 cents de piastre, c’est-à-dire environ 15 centimes. - -Les principaux exportateurs de cotons sont les filatures suivantes: - - Osaka Boseki avec 1.100 ouvriers et 4.500 ouvrières. - Setsu -- 1.300 -- 4.000 -- - Osaka Godo -- 1.000 -- 4.000 -- - Fukushima -- 450 -- 1.500 -- - Nihon -- 420 -- 2.000 -- - Temma -- 40 -- 205 -- - Nagai -- 300 -- 1.200 -- - Odzu Hoseito -- 180 -- 800 -- - Kobayashi -- 40 -- 110 -- - Sakai -- 200 -- 770 -- - Kishiwada -- 250 -- 1.100 -- - Wakayama -- 280 -- 1.500 -- - Koriyama -- 380 -- 900 -- - Amagasaki -- 270 -- 1.250 -- - -Toutes les filatures ci-dessus appartiennent à la région d’Osaka; sur -les 35.000.000 de yen d’exportation, elles figurent pour 28 à 29.000.000 -de yen; c’est-à-dire que le commerce du coton est concentré dans les -deux villes de Kobé et d’Osaka et les régions voisines. Il est évident -que les Japonais finiront par fournir entièrement le marché chinois du -coton dont il a besoin. La proximité du pays, la main-d’œuvre très bon -marché, les besoins moindres du Japonais, font que le coton européen, -sous toutes ses formes, ne peut pas lutter; évidemment le produit -japonais est très inférieur, mais pour l’acheteur chinois la question -n’est pas là: il lui faut du bon marché, même si la qualité n’est pas de -premier ordre. - - -VIII.--A l’importation, le Japon demande d’abord le coton brut pour ses -filatures. - -Il vient de Chine pour une somme moyenne de 25 à 30.000.000 de yen (1904 -= 30.678.242 de yen; 1907 = 23.465.000 de yen); - -Des Indes Britanniques, qui ont toujours occupé le premier rang pour -l’importation de cet article au Japon, (sauf une éclipse en 1904), et -qui ont fourni, ces dernières années: 1905 = 53.553.000 yen; 1906 = -41.383.000 yen; 1907 = 57.574.000 yen; - -Des États-Unis, qui importent pour une valeur de 28 à 30.000.000 de yen; - -De l’Égypte qui est stationnaire et fournit de 3 à 4.000.000 de yen. - -Le coton brut doux, égrené et non égrené, la matière première, en un -mot, tend à une augmentation continue comme importation; c’est -évidemment un signe de l’activité des filatures japonaises. - -Quant aux autres produits, en coton fabriqué, le Japon en importe bien -moins que jadis, puisqu’il fabrique lui-même. Toutefois il achète encore -des filés, du coutil, de la toile, de la toile imprimée, des satins, des -velours, des shirtings gris, des shirtings croisés et de la toile à -parapluie. C’est l’Angleterre qui fournit presque exclusivement ce -dernier article. - -Les lainages, laines brutes, filés, drap d’Italie, mousselines de -laines, draps, drap mélangé de coton, couvertures, sont importés pour -une somme totale de 20.000.000 de yen environ. L’Angleterre, l’Australie -et l’Allemagne sont les principaux importateurs. La France a eu pendant -longtemps le monopole pour l’importation des mousselines de laine; elle -en importait encore pour 1.235.000 yen en 1901; 2.315.000 yen en 1903; -1.175.000 yen en 1905; mais le chiffre est tombé à 478.000 yen en 1907. -La concurrence de l’Allemagne, et surtout de la Suisse, est pour -beaucoup dans cette décadence de notre commerce de mousselines; mais il -faut également accuser l’indolence de nos fabricants qui, jamais, -n’envoient de voyageurs sérieux étudier sur place les goûts du client et -les changements à apporter à leurs produits. - -Riz.--Malgré les belles années de récolte qu’il réalise généralement, le -Japon importe du riz. Cela tient à ce que les Japonais, sachant leur riz -très supérieur, le conservent, pour le vendre à l’exportation, lorsque -les prix sont élevés, et mangent, eux-mêmes, les riz moins beaux des -tropiques: c’est ainsi que l’Inde envoie au Japon de 13.000.000 à -15.000.000 de yen de riz (venant en presque totalité de Rangoon, -Birmanie); l’Indo-Chine française pour une somme à peu près égale, et le -Siam pour 5.000.000 de yen environ. - -Sucre.--Il est importé par les Indes néerlandaises 16 à 17.000.000 de -yen (1907 = 16.691.000 yen); la Chine: 500.000 yen; les Philippines: -1.000.000 de yen (1907 = 1.218.000 yen). Ce qui précède est le sucre -brut; quant au sucre raffiné il vient: - -De la Russie, environ 2.000.000 de yen. - -De Hongkong, 1.500.000 yen. - -D’Allemagne, 1.000.000 de yen. - -D’Autriche-Hongrie, 1.000.000 de yen. - -Métaux.--La métallurgie a encore beaucoup à espérer comme importation au -Japon; les mines japonaises sont encore très insuffisamment exploitées, -et les capitaux manquent pour installer la grande industrie -métallurgique comme en Europe; le Japon exécute il est vrai, -actuellement, à la fonderie de Wakamatsu et à l’arsenal de Kure, du -matériel de guerre et des projectiles; mais il est encore tributaire de -l’Europe et de l’Amérique pour les métaux travaillés. - -Lingots de fer: il en a été importé en 1907 pour 14.856.000 yen -d’Angleterre; 3.176.000 yen d’Allemagne; 1.162.000 yen des États-Unis; -6.973.000 yen de Belgique. Rails: en 1907, d’Angleterre 483.000 yen; -d’Allemagne 1.579.000 yen; des États-Unis 1.371.000 yen; de Belgique -372.000 yen. Fers en barres, plaques et tôles de fer, tuyaux en fer, -clous, fer étamé en feuilles, fils télégraphiques, acier, plomb, étain, -zinc; toutes ces catégories de métaux trouvent encore au Japon un bon -débouché. - -Les machines et locomotives viennent en 1907: - -De l’Angleterre pour 16.380.000 yen; - -De l’Allemagne pour 3.333.000 yen; - -De Belgique pour 168.000 yen; - -Des États-Unis pour 10.241.000 yen. - -Le pétrole arrive presque entièrement des États-Unis, qui en importent, -tous les ans, pour une valeur de 10.000.000 de yen environ (1907 = -9.507.000 yen). - -Le charbon est importé d’Angleterre pour la marine de guerre japonaise. -En 1904, alors que, par suite de la guerre, le Japon faisait des -approvisionnements considérables, il en a été importé pour 12.199.885 -yen de Cardiff; mais, en temps normal, il n’en est pas de même, et, en -1905, l’importation est tombée à 5.467.705 yen pour rester ensuite à -500.000 yen environ (1906 = 519.980 yen). - -Ainsi, tout ce qui concerne la métallurgie, est importé Angleterre, -d’Allemagne, de Belgique, des États-Unis. Quant à la France elle a -importé en 1907 pour 410.000 yen de machines. - - -IX.--L’importation française au Japon n’est pas considérable et elle -s’élève: en 1906 à 4.997.000 yen; en 1907 à 7.024.000 yen. Il est vrai -que son exportation du Japon se chiffre par 40.228.000 yen en 1906 et -42.592.000 yen en 1907, mais parce qu’elle achète la soie, marchandise -chère. Elle laisse de l’argent au Japon en échange de sa soie, mais elle -ne profite pas du commerce japonais, puisqu’elle n’y fait pas ou presque -pas d’importation. - -Voici les principaux articles que vend la France: - -Lunettes et télescopes; Boîtiers de montre en argent; Mouvements -d’horlogerie; Beurre; Antipyrine; Chlorate de potasse; Drogues et -médecines; Phosphore amorphe; Phosphore jaune; Bois de campêche; Soies -de porc; Tubes de cuivre; Plomb; Livres; Papiers à cigarettes; -Mousselines de laine; Vins en bouteilles; Vins en fûts; Champagnes; -Eaux-de-vie; Autres liqueurs; Bouchons; Savon de toilette; Savon -ordinaire; Parfumerie. - -Ainsi que je l’ai dit plus haut, notre principal article, la mousseline -de laine, nous est peu à peu enlevé. En dehors de la concurrence suisse -et allemande, au reste, il y a aussi la fabrication japonaise qui -s’essaie, et finira par produire, non pas aussi bien que nous, mais -suffisamment «made in Japan» pour satisfaire le goût et la bourse des -clients. - -Quant aux vins, si la France en importe, tout compris, c’est-à-dire vins -rouges et blancs, en fûts et en bouteilles, champagnes, vins mousseux, -pour 400.000 francs, c’est tout. Le Japonais, de même que le Chinois ou -tout autre oriental, ne boit pas de vin. Avec les quelques barriques de -gros vin rouge qu’il fera venir, le Japonais mélangera de la mélasse et -du sucre et fabriquera ainsi du «_vin japonais_», délice des gourmets -dans les restaurants de Tokio. Inutile de dire que ce produit innommable -est horrible pour un palais européen. - -Quant aux eaux-de-vie et liqueurs nous en importons pour 160.000 francs; -c’est pour la consommation de la colonie européenne. - - -X.--Comme on le voit, nous ne faisons pas grand commerce avec le Japon, -et il est difficile pour nous d’y travailler davantage. Nous ne pouvons -lutter avec les autres nations pour fournir aux Japonais ce dont ils ont -le plus besoin: coton brut, métaux de toutes sortes et machines. Nous -venons de voir que nos mousselines de laine sont en décadence et que -notre principal article d’importation, le vin, n’y est pas apprécié. - -Il ne faut pas non plus compter sur les articles dits parisiens, tels -que: articles de Paris, modes, chapeaux, etc., car ils sont peu employés -par les indigènes et, d’ailleurs, ceux qui se trouvent au Japon sont des -articles de Paris fabriqués en Allemagne; ils sont importés au Japon à -des prix que la cherté de la matière première et de la main-d’œuvre -française ne nous permet pas de concurrencer. Il est donc de toute -évidence que nous n’avons pas grand effort à tenter de ce côté. Le Japon -n’est pas, pour nous, un client, même pas un client pour nos objets de -luxe, indiscutablement supérieurs à tous autres, car il est pauvre; et -quand il veut du luxe, il lui vient de Berlin, à bien meilleur compte. - -Le commerçant japonais n’a pas la réputation d’être sérieux et fidèle à -sa parole. Les autorités japonaises ont fait des efforts louables pour -persuader à leurs compatriotes la grande franchise en affaires, et il y -a lieu d’espérer que ces efforts ne resteront pas vains. Mais le -Japonais est bien moins commerçant que le Chinois, et tous ceux qui ont -eu des relations avec les deux peuples, sont unanimes à préférer le -Chinois. D’ailleurs, toutes les grandes maisons européennes établies au -Japon, toutes les banques ont des compradore et des assistants chinois, -jamais de Japonais. Le commerçant japonais ne se fera pas scrupule de ne -pas prendre livraison d’une marchandise si, pendant la traversée, le -change a varié à son détriment; il sait que l’Européen préférera encore -avoir sa marchandise sur les bras plutôt que d’aller perdre son temps en -procès. - -Il m’est arrivé, souvent, de constater, dans des balles de soie -expédiées de l’intérieur, à Yokohama, pour l’exportation, la présence de -briques et de pierres, soigneusement recouvertes de quelques écheveaux, -et il fut un temps où les exportateurs de soie étaient obligés de -vérifier toutes les balles sans exception, vu l’impossibilité de s’en -rapporter à la bonne foi du marchand indigène. - -Ainsi que je l’ai déjà dit, le commerce total du Japon pour 1908 a subi -une diminution de 282.375.000 francs. Peut-être est-ce la conséquence de -la guerre russo-japonaise; peut-être cela vient-il de la crise -économique qui a sévi un peu partout, et qui s’est fait sentir au Japon -comme ailleurs. Nous le verrons bientôt. En tout cas, il est bien -certain que le Japon est las; il a voulu courir et courir vite: il n’en -a plus les moyens. Les journaux reflètent une lassitude, un -découragement général; seul le _Japan chronicle_ ne se décourage pas et -dit que si le Japon se ressent du lourd fardeau supporté depuis la -dernière guerre et d’un système fiscal non moins lourd, il espère -néanmoins le voir se relever; mais, dit-il, _ce sera lent_. - - -XI.--Voici, pour l’année 1907, la dernière dont les résultats aient -paru, les chiffres d’exportation et d’importation afférents à chaque -port. - -EXPORTATION - - Yen. - Yokohama 205.888.000 - Kobé 106.668.000 - Osaka 60.037.000 - Nagasaki 4.654.000 - Hakodate 2.268.000 - Niigata 206.000 - Shimonoseki 4.364.000 - Moji 19.049.000 - Otaru 6.012.000 - Mororan 1.924.000 - Wakamatsu 3.179.000 - Kuchinotsu 4.908.000 - Yokkaichi 3.908.000 - Tsuruga 1.895.000 - -IMPORTATION - - Yen. - Yokohama 172.485.000 - Kobe 223.437.000 - Osaka 34.451.000 - Nagasaki 16.230.000 - Hakodate 673.000 - Niigata 1.067.000 - Shimonoseki 2.480.000 - Moji 26.413.000 - Otaru 122.000 - Mororan 1.000 - Wakamatsu 962.000 - Kuchinotsu 307.000 - Yokkaichi 9.026.000 - Tsuruga 880.000 - - -XII.--Il est entré dans les ports du Japon, en 1907, 8.770 bateaux à -vapeur japonais, 57 chinois, 6.267 anglais, 390 français, 1.858 -allemands, 154 austro-hongrois, 324 russes, 64 danois, 385 norwégiens, -1.618 américains des États-Unis; 317 de différents pavillons, soit en -tout 20.199 navires à vapeur de tous pays dont 8.770 sous pavillon -japonais. En 1895 il y avait un total de 1.749 navires, dont 63 -japonais. - -La première Compagnie japonaise de navigation à vapeur fut formée, en -1877, sous le nom de _Yubin kisen Mitsubishi kaisha_, c’est-à-dire: -Paquebots-poste de la Compagnie Mitsubishi; en 1882, parut la _Kiôdô -uniu kaisha_ ou Union des transports maritimes; et en 1884, la _Osaka -shosen kaisha_ ou Compagnie de navigation maritime d’Osaka. - -La marine marchande à vapeur était créée; il fallait la maintenir et la -développer. En 1885, les deux premières Compagnies, après une -compétition acharnée, s’unirent sous le nom de _Nippon yusen kaisha_ ou -Compagnie des paquebots-poste japonais, Compagnie à laquelle le -gouvernement du Mikado offrit tout l’appui moral et financier -nécessaire; puis la loi sur la navigation, et la loi sur la construction -des navires, accordant des primes assez élevées, vinrent donner un -nouvel essor à la marine marchande à vapeur. - -Suivant la loi sur la navigation, un navire à vapeur japonais, d’au -moins mille tonnes de déplacement, et d’au moins dix nœuds de vitesse, -et destiné au long cours, est apte à recevoir la prime fixée suivant la -distance parcourue et le tonnage du bâtiment. Cette prime, pour un -vapeur de 1.000 tonnes, s’élève à 25 yen par tonne et par 10 nœuds et -peut être augmentée de 10 pour 100 pour chaque 500 tonnes en plus, et de -28 pour 100 pour chaque nœud d’augmentation de vitesse par heure. - -Pour un bateau d’au moins 6.500 tonnes et 18 nœuds, la limite maxima de -la prime sera celle accordée à un bateau de 6.000 tonnes et de 17 nœuds. -Pour avoir la prime entière, le bâtiment ne doit pas avoir plus de cinq -ans; au-dessus de cet âge, la prime diminue de 5 pour 100 chaque année. -Les primes pour le budget 1907-1908 s’élevaient à 11.170.255 yen, soit -28.484.150 fr. 25. - -Des subventions spéciales sont, en outre, accordées à différentes -Compagnies: ainsi, la Nippon Yusen Kaisha reçoit, pour l’année -budgétaire 1908-1909, 4.283.707 yen, plus 220.000 yen; - -La Toyo Kisen Kaisha reçoit 1.013.880 yen, plus 750.000 yen; - -La Japan China Steam Navigation Company reçoit 800.000 yen seulement; - -La Osaka Shôsen Kaisha reçoit 491.000 yen, plus 100.000 yen. - -Les primes, pour la construction des navires, s’élèvent à 1.995.440 yen. - -Un peuple né marin, encouragé de cette façon par le gouvernement, ne -pouvait pas manquer de se créer rapidement une forte marine marchande, -et à l’heure qu’il est, les mers d’Asie sont sillonnées de bateaux -japonais: - -Ligne de Yokohama à Shanghaï; - -Ligne de Yokohama à Tientsin en passant par les ports de Corée; - -Ligne de Nagasaki à Wladiwostok en passant par les ports de Corée; - -Ligne de Yokohama à Shanghaï et aux différents ports du Yangtseu jusqu’à -Hankow et Itchang; - -Ligne de Tsuruga à Wladiwostok; - -Ligne de Yokohama à Bombay. - -Sur l’Europe et l’Amérique: - -Ligne de Yokohama à Marseille, Londres et Anvers; - -Ligne de Hongkong à San Francisco; - -Ligne de Hongkong à Seattle. - -Sur l’Australie: - -Ligne de Yokohama à Melbourne. - -La Toyo Kisen Kaisha avait créé en 1905 un service bisannuel sur -l’Amérique du Sud, mais elle a abandonné son projet de navigation -régulière de ce côté. - -Ces différentes Compagnies sont loin de faire leurs frais, et c’est la -prime fournie par l’État qui les maintient. - -La Nippon Yusen Kaisha possède un capital de 22.000.000 de yen; - -La Osaka Shosen Kaisha un capital de 16.500.000 yen; - -La Toyo Kisen Kaisha, un capital de 6.500.000 yen; - -Et enfin la Japan China Steamship Cº un capital de 8.100.000 yen. - -Ce sont là les quatre principales Compagnies de navigation à vapeur -faisant le long cours; il existe un nombre assez considérable de petites -Compagnies pour le cabotage, et que je juge inutile d’énumérer ici. - - -XIII.--Les seuls navires français qui touchent aux ports japonais sont -ceux des Messageries maritimes; le nombre de nos entrées et de nos -sorties est donc sensiblement le même; ici comme ailleurs, -l’insuffisance de la marine française se manifeste. La Compagnie des -Messageries a bien essayé timidement, il y a quelques années, d’établir -une ligne de cargo-boats pour l’Extrême-Orient, mais ils sont en trop -petit nombre. D’un autre côté, par suite de nos règlements maritimes, -obligeant les Compagnies de bateaux à se servir des inscrits maritimes -et à avoir un nombre fixe d’officiers et de matelots français, les frets -sont plus chers sur nos bateaux que sur les autres, et c’est ainsi que, -dans tout l’Orient, au Japon comme ailleurs, les produits français -arrivent sous pavillon anglais de Londres et sous pavillon allemand -d’Anvers. Cette vieille loi des inscrits a vraiment fait son temps; il -faudrait laisser les Compagnies recruter leur personnel librement, et il -serait nécessaire aussi de modifier nos règlements de navigation -relatifs au personnel de nationalité française. - - -XIV.--Le tarif général japonais, mis en vigueur en 1899, après la -révision des traités, est très lourd pour les produits d’importation -européenne; le gouvernement japonais a bien, il est vrai, accordé un -tarif conventionnel pour certains produits à la France, à l’Angleterre, -à l’Allemagne et aux États-Unis, mais il n’en reste pas moins que, sur -certains articles, le tarif est pour ainsi dire prohibitif. - -Le bétail paye de 10 à 30 pour 100 ad valorem; les conserves de légumes -40 pour 100; les conserves de fruits 45 pour 100, la chicorée 45 pour -100 ad valorem; - -Les épices (poivre, etc.), 18 yen par 100 livres; la moutarde, 45 pour -100 ad valorem; - -Jambon 14 yen par 100 livres; - -Beurre 27 yen, fromage 17 yen, extrait de viande 77 yen par 100 livres; - -Comestibles en général, 40 pour 100 ad valorem; - -Jus de fruits et sirops, 45 pour 100 ad valorem; - -Miel, 50 pour 100 ad valorem; - -Confitures, gelées, 13 yen par 100 livres; - -Vins en bouteilles, 0,80 sen par litre (plus de 2 francs); - -Vins en fûts, 0,30 sen par litre. - -Pour la France il existe un tarif conventionnel pour l’importation des -vins: - -Vins n’excédant pas 16° d’alcool pur, 1 yen 24 sen par hectolitre (en -fûts ou barriques); - -0,67 sen par caisse de 14 demi-bouteilles ou 12 bouteilles; - -Excédant 16° et n’excédant pas 24°: - -0,92 sen (en fûts ou barriques); - -0,68 sen par caisse de 24 demi-bouteilles et 24 bouteilles; - -Champagnes: 2 yen par litre; toutefois les champagnes français payent 1 -yen 55 par caisse de 24 demi-bouteilles ou 12 bouteilles; toute boisson -alcoolisée: 0,90 sen par litre; alcool 0,65 sen par litre; - -Les crins payent de 7 à 55 et 98 yen par cent livres. - -Les produits pharmaceutiques payent très cher. - -Filés de coton, 12 pour 100 et 25 pour 100 par 100 livres; - -Fil de coton à coudre, 29 yen par 100 livres; - -Fil de chanvre 30 pour 100 ad valorem. - -Pour l’importation des cotonnades il existe un tarif conventionnel avec -l’Angleterre; elles payent en général 10 pour 100 ad valorem; - -Mousselines de laine grises et blanches, 1 sen 5 rin et 1 sen 8 rin par -yard carré; les autres genres: 2 sen 1 rin. - -Mouchoirs, couvertures, tapis, rideaux et autres tissus de ce genre -payent 40 et 50 pour 100 ad valorem; - -Chemises, gilets, châles, bretelles payent 40 et 50 pour 100 ad valorem; - -Métaux précieux et bijoux: 50 et 60 pour 100 ad valorem; - -Les métaux, en général, payent moins cher, car le Japon en importe -beaucoup et il les laisse entrer avec des droits raisonnables; - -Les objets mécaniques tels que microscopes, lorgnettes, montres, -télescopes, phonographes, machines à coudre, machines-outils, ressorts, -etc., payent de 15 à 20 et 40 pour 100. - -En somme on peut dire que le tarif douanier japonais est l’un des plus -élevés que l’on connaisse, et les agents des douanes savent l’appliquer -dans toute sa rigueur. - - - - -CHAPITRE XV - -I. Routes.--II. Chemins de fer. État et compagnies. Rachat des lignes -par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III. Principales -lignes.--IV. Tramways.--V. Tarifs des chemins de fer. - - -I.--Les communications, au Japon, se font de deux manières: par les -routes et les chemins de fer. Les communications par eau sont, en effet, -à peu près inexistantes, par suite du manque de rivières navigables, et -elles ne sont guère pratiquées qu’à l’embouchure de certains fleuves, et -dans leur cours inférieur; la navigation intérieure, telle qu’elle -existe en Europe, parallèlement aux moyens de communication par terre, -n’est pas employée au Japon et ne peut l’être, étant donné le système -orographique du pays, et le peu de longueur et de largeur de ses cours -d’eau. - -Les routes, elles-mêmes, sont peu nombreuses et assez mal entretenues; -et il ne semble pas que le Gouvernement japonais s’en préoccupe -beaucoup; il n’y a plus depuis longtemps de ministère des Travaux -publics; il n’existe pas de corps d’ingénieurs des ponts et chaussées et -chaque préfecture, chaque ville et village, entretient ses routes un peu -à sa fantaisie. - -Cela tient à ce qu’on ne voyage pas en voiture au Japon; autrefois les -grands seigneurs et les gens riches circulaient en chaises à porteur; le -peuple allait à cheval ou à pied, et il suffisait, alors, d’un étroit -sentier entre les rizières pour pouvoir passer. Depuis l’introduction -des chemins de fer, tout le monde prend la voie ferrée et le Japon, en -développant son réseau de fer, n’a pas songé à développer parallèlement -son réseau de routes. - -Ce n’est pas, cependant, qu’il n’existe pas du tout de routes dans ce -pays; mais, outre qu’elles sont insuffisantes, comme nombre et comme -largeur, elles sont encore plus insuffisantes comme entretien, et -pendant la saison des pluies, dans certaines provinces, il est -impossible de faire passer même un _jinrikisha_ (pousse-pousse). Je vais -donner ici les principales grandes voies de communication: d’abord les -routes impériales qui, dès l’antiquité, avaient été établies pour relier -ensemble les principaux centres de l’Empire. La plus connue des -Européens est le Tôkaido, qui va de Tokio à Kioto et a 130 lieues de -longueur; elle est célèbre par les dessins de Hiroshigé, et c’était la -route la plus fréquentée, autrefois, par les cortèges du Shôgun et des -Daïmios lorsqu’ils allaient rendre hommage à l’Empereur à Kioto; -aujourd’hui elle est bien délaissée, par suite de la construction du -chemin de fer qui la longe constamment, et elle a perdu le cachet vivant -et affairé qu’elle avait encore il y a seulement une vingtaine d’années. - -Elle part de _Nihonbashi_ (le pont du Japon), point central, d’où sont -calculées les distances, à partir de Tokio, jusqu’à tous les points de -l’Empire, et, après avoir traversé plusieurs villes et villages, dont -les plus importants sont Fujisawa, Odawara, Hakone, Shidzuoka, -Hamamatsu, Atsuta, Yokkaichi, Otsu, arrive à Kioto, où elle a son -terminus au pont de Sanjô Ohashi. - -Le _Nakasendo_, route impériale, part également de Tokio pour aboutir à -Kioto, mais elle franchit le massif central par le Ken de Nagano -(Zenkôji), tandis que le Tôkaidô suit la mer. Le Nakasendo a une -longueur totale de 138 lieues et, de Nihonbashi, se dirige sur Omiya et -Takasaki (40.000 habitants), puis entre à Kutsukake, dans le Ken de -Nagano, et, par Shimonosuwa et Fukushima, tombe à Ochiai, Ken de Gifu; -elle vient aboutir, après avoir franchi Sékigahara et Otsu, à Kioto, au -pont de Sanjô Ohashi. - -Le _Riku u Kaidô_, appelé aussi _Oshu Kaidô_ ou bien _O u kaidô_, va de -Tokio à Aomori (extrémité nord du Honshu). Cette route a 200 lieues de -long; elle part de Nihonbashi, passe à Senji près de Tokio, et, à Sôka, -atteint le Ken de Saitama; à Nakada, elle traverse le Ken de Ibaraki, -et, à Nogi, le Ken de Tochigi. Elle passe à Nihonmatsu, jolie petite -ville de 15.000 habitants, dans le Ken de Fukushima, province -d’Iwashiro, puis atteint Sendai, Ken de Miyagi, province de Rikuzen, -ville importante de plus de 100.000 habitants. De là, continuant vers le -Nord, elle passe à Morioka, Ken d’Iwate, province de Rikuchu, ville de -40.000 habitants, et aboutit enfin à Aomori, Ken d’Aomori, province de -Mutsu, chef-lieu du Ken et ville de 20.000 habitants. - -Le _Akita Kaidô_, de Tokio à Akita, a une longueur de 151 lieues. Elle -se divise à proprement parler en deux tronçons: l’un de Tokio -(Nihonbashi) à Yamagata avec une longueur de 95 lieues; l’autre de -Yamagata à Akita, long de 56 lieues. - -La route impériale, _Akita ken michi_, d’une longueur de 52 lieues, -réunit Akita à Aomori. - -Le _Chukoku Kaidô_, route impériale, part d’Osaka pour rejoindre -Akamagaseki, à l’extrémité Sud-Ouest du Honshû, Ken de Yamaguchi; -longueur 140 lieues; elle traverse Himeji, Ken de Hiogo, province de -Harima (35.000 habitants); Okayama, Ken d’Okayama, province de Bizen -(80.000 habitants); Hiroshima, Ken de Hiroshima, province d’Aki (121.000 -habitants), et se termine à Akamagaseki, petite ville de 35.000 âmes. - -Le _Ehime Kaidô_ relie Osaka à Matsuyama; longueur 95 lieues. - -Le _Fukui Kaidô_, route impériale, réunit Tokio à Fukui (Ken du même -nom); sa longueur est de 136 lieues. De Nihonbashi à Atsuta cette route -se confond avec le Tôkaidô; puis d’Atsuta elle passe à Nagoya, ville -importante de 290.000 habitants, et, après avoir traversé vingt-cinq ou -vingt-six petites villes et villages, vient aboutir à Fukui, chef-lieu -du Ken de Fukui, ville de 50.000 habitants. - -Le _Ishikawa Kaidô_ relie Tokio à Kanazawa (Ken d’Ishikawa). Elle se -divise en trois tronçons: de Tokio (Nihonbashi) à Atsuta, 91 lieues; -d’Atsuta à Fukui, 45 lieues; de Fukui à Kanazawa, 22 lieues. - -Le _Kagoshima Kaidô_, route impériale, part de Kokura au Nord de Kiushu -pour gagner Kagoshima en passant par Kumamoto: 98 lieues. Une deuxième -route part de Kokura pour rejoindre Kagoshima, mais cette dernière passe -par Miyazaki et sa longueur est de 116 lieues. - -Le _Kôchi Kaidô_ relie Osaka à Kôchi (35.000 habitants); longueur 89 -lieues. - -Le _Kôshû Kaidô_, route impériale très fréquentée et généralement en -très mauvais état, réunit Tokio à Kofu, sur une longueur de 35 lieues. - -[Illustration: Route d’Utsunomiya à Nikkô.] - -Le _Nagasaki Kaido_, route impériale, part de Kokura pour rejoindre -Nagasaki, sur une longueur de 63 lieues; elle passe à travers un pays -merveilleux très accidenté. - -Les deux routes impériales de Tokio à Niigata sont nommées _Niigata -Kaidô_; l’une passant par Shimidzu, avec une longueur de 88 lieues; -l’autre par Nagano (Zenkôji) avec une longueur de 112 lieues. - -Telles sont les principales grandes routes du Japon praticables à pied -et à cheval, mais absolument impraticables, dans certaines contrées de -leur parcours, aux voitures et automobiles. Parfois, sur une certaine -longueur, dans le voisinage d’une grande ville, la route fait bon effet -et a quelque ressemblance avec une belle route de France, mais il ne -faut pas aller trop loin pour tomber dans les ornières et les -fondrières. Le système actuel des routes et leur répartition dans -l’Empire ne serait pas mal établi, s’il s’agissait de routes et non, -comme la plupart du temps, de sentiers tantôt larges, tantôt étroits. - - -II.--Le soin que les Japonais ont négligé de donner à leur réseau -routier, ils l’ont consacré tout entier à leur réseau ferré. -Actuellement le Japon est couvert de chemins de fer; le Japonais voyage -beaucoup, il se déplace très facilement. - -Ce fut dès 1869, tout de suite après la restauration impériale, que le -Gouvernement décida de se mettre à l’œuvre afin de doter le Japon de -voies ferrées, et il chargea le département des Affaires civiles et -financières (aujourd’hui supprimé) de préparer des projets. En 1872 le -premier tronçon fut construit entre Tokio (Shimbashi) et Yokohama; -presque aussitôt après on relia Kobé à Osaka et Kiôtô par une autre -ligne. Les voies japonaises sont de un mètre d’écartement. - -Pendant de longues années, les deux tronçons Tokio-Yokohama et -Kobé-Kioto furent les seules voies ferrées existant au Japon; lorsque, -en 1881, la Compagnie des chemins de fer du Japon (Nippon Tetsudô -Kaisha) obtint l’autorisation de commencer la ligne Tokio-Aomori. -C’était, à cette époque, une entreprise qui ne manquait pas d’audace; -car il était difficile de trouver des ouvriers, les travailleurs -ordinaires n’étant pas encore expérimentés en ce genre de travaux; de -plus, la longueur de la ligne nécessitait une mise de fonds importante. -Malgré toutes les difficultés, le Gouvernement ayant décidé de garantir -l’emprunt et de donner toute latitude à la Compagnie, les travaux furent -commencés en 1882 entre Tokio et Mayebashi, et, en 1883, la section -Tokio (Uyeno)-Kumagaye fut livrée au trafic. Ce fut comme un coup -d’éperon; l’émulation s’ensuivit et les Compagnies privées de chemins de -fer, en concurrence avec l’État, se mirent à établir partout des lignes, -avec une hâte fébrile. Dans toutes les provinces se créèrent des -sociétés pour la construction et l’exploitation des voies ferrées, -parfois à peine longues de quelques kilomètres. - -Dès 1903, il existait 1.226 milles de lignes appartenant à l’État et -3.010 milles appartenant à des sociétés privées. Parmi ces dernières, la -Compagnie des chemins de fer japonais possédait 857 milles; la Compagnie -des chemins de fer de Kiushu 416 milles et la Compagnie des chemins de -fer du San yô (Kobe-Yamaguchi), 334 milles. - -Afin du reste que le lecteur puisse se rendre compte de la rapidité avec -laquelle les lignes de chemins de fer se développèrent au Japon, voici -un tableau explicatif: - - ANNÉES Chemins de l’État. Chemins - Au 31 décembre. (En milles anglais). des Compagnies. - - 1872 18 -- - 1877 65 -- - 1882 170 -- - 1887 300 293 - 1892 550 1.320 - 1893 557 1.381 - 1894 580 1.537 - 1895 593 1.697 - 1896 631 1.875 - 1897 661 2.287 - 1898 768 2.652 - 1899 832 2.806 - 1900 949 2.905 - 1901 1.059 2.966 - 1902 1.226 3.010 - -J’ai déjà indiqué que les chemins de fer sont construits sur le gabarit -de 1 mètre; les wagons sont assez confortables pour des Japonais, mais -les sleeping-cars, par exemple, sont tout à fait inutilisables pour un -Européen d’une taille raisonnable. D’ailleurs, en Asie, les seuls wagons -pratiques et confortables sont ceux de l’Inde britannique; je passe sous -silence ceux du Tonkin où il n’existe rien de commode pour passer la -nuit. - -Le stock de machines et de wagons peut s’élever aujourd’hui à 1.500 -locomotives, 5.000 wagons à voyageurs et 21.000 wagons à marchandises. - -Suivant les relevés de mars 1903, le capital souscrit pour les travaux -de chemins de fer, s’élevait à 520.830.963 yen. Dans cette somme la part -de l’État figurait pour 247.655.963 yen, et la part des Compagnies -privées pour 273.175.000 yen. Mais ces sommes ne représentent pas le -capital versé; elles représentent le capital nominal. Le capital versé -fin 1903 peut se figurer ainsi: - -Chemins de l’État, 144.395.060 yen. - -Chemins des Compagnies, 231.808.970 yen. - -En janvier 1905, lors de l’arrivée au pouvoir du cabinet Saionji, le -Gouvernement, après une délibération très longue et très mûrie, apporta -aux Chambres un projet de rachat de toutes les lignes de chemins de fer -par l’État. Présenté à la Chambre des Représentants le 3 mars, le projet -fut adopté le 16 du même mois à une très grande majorité. A la Chambre -des Pairs le nombre des Compagnies à racheter d’abord fut réduit de 32 à -17, mais en somme les deux Chambres votèrent la loi de rachat de tous -les chemins de fer, la nationalisation des voies ferrée de l’Empire. -Immédiatement, un bureau spécial, chargé d’opérer le rachat et de -préparer d’abord les conditions dans lesquelles le rachat devait être -fait, fut créé par ordonnance impériale Nº 117, en date du 23 mai 1906, -en principe les 17 compagnies à racheter devaient l’être en 10 ans; mais -ce long délai a semblé devoir ralentir l’essor dans la construction et -le développement des voies ferrées, et occasionner de grandes pertes -financières. Le Gouvernement décida donc de racheter le plus rapidement -et dans le plus bref délai possible; et le 21 juillet 1906 les lignes -suivantes furent désignées pour un premier rachat: - - Ligne des charbonneries du Yézo, 1er octobre 1906. - -- de Kôbu, 1er octobre 1906. - -- de Nippon, 1er novembre 1906. - -- de Gan yetsu, 1er novembre 1906. - -- de San yô, 1er décembre 1906. - -- de Nishinari, 1er décembre 1906. - -Plus tard, le 3 avril 1907, les lignes suivantes furent désignées pour -le rachat qui eut lieu effectivement: - - Lignes de Kiushu, 1er juillet 1907. - -- Hokkaido, 1er juillet 1907. - -- Kiôtô, 1er août 1907. - -- Hankaku, 1er août 1907. - -- Hokuyetsu, 1er août 1907. - -- Sô Bu, 1er septembre 1907. - -- Bô Sô, 1er septembre 1907. - -- Nanao, 1er septembre 1907. - -- Tokushima, 1er septembre 1907. - -- Kwansai, 1er octobre 1907. - -- Sangu, 1er octobre 1907. - -Toutes ces lignes furent donc rachetées en 1906 et 1907 pour la somme de -720.878.360 yen comme prix fixe d’achat, augmenté de 61.519.075 yen pour -supplément de rachat de constructions, de matériel en stock, etc... ce -qui fait la somme totale de 782.397.435 yen soit 1.995.113.459 fr. 25. -Ce chiffre indique bien que les chemins de fer japonais sont loin -d’avoir la valeur des voies ferrées européennes. - -En dehors des lignes précédentes rachetées par l’État et qui constituent -le principal réseau ferré de l’Empire, il existe encore plusieurs -petites lignes qui continuent à fonctionner en dehors de l’État, entre -les mains de sociétés particulières. Ce sont les lignes de: - -Bisei, 15 milles; tête de ligne: Tsushima (Ken d’Aichi); - -Chugoku, 48 milles; tête de ligne: Okayama; - -Chuyetsu, 83 milles; tête de ligne: Shimôseki (Toyama); - -Hakata wan, 15 milles; tête de ligne: Fukuoka Ken; - -Iyo, 26 milles; tête de ligne: Matsuyama; - -Iôbu, 24 milles; tête de ligne: Saitama ken; - -Kanan, 10 milles; tête de ligne: Osaka fu; - -Kawagoye, 18 milles; tête de ligne: Kawagoye (Saitama); - -Kôtsuke, 21 milles; tête de ligne: Takasaki; - -Kôya, 17 milles; tête de ligne: Mukai (Osaka); - -Mito, 12 milles; tête de ligne: Mito; - -Nankai, 42 milles; tête de ligne: Osaka; - -Narita, 45 milles; tête de ligne: Narita (Chiba ken); - -Ome, 13 milles; tête de ligne: Ome (Tokio); - -Omi, 26 milles; tête de ligne: Shiga Ken; - -Riugasaki, 2 milles; tête de ligne; Riugasaki (Ibaraki); - -Sano, 9 milles; tête de ligne: Tochigi Ken; - -Tôbu, 42 milles; tête de ligne: Tokio; - -Toyokawa, 17 milles; tête de ligne: Toyohashi; - -Zusô, 10 milles; tête de ligne: Tokio; - -La construction de ces différentes lignes a coûté 997.250.000 yen. - -D’une manière générale les voitures sont construites au Japon; seul le -matériel en fer ou acier est acheté à l’étranger, ou fabriqué soit à la -compagnie de construction de wagons d’Osaka, soit à celle de Nagoya, -soit enfin à celle d’Amano, près de Tokio. Quant aux machines -locomotives et à toutes les pièces délicates elles viennent de -l’étranger, soit d’Allemagne: A. Bourrig, Berlin; Berliner machinen -action Gesellschaft; - -Soit des États-Unis d’Amérique: Brooks Loco; Cooke Loco; Pittsburg Loco. - -Soit de Belgique: Société John Cockerill. - -Soit d’Angleterre: North British Loco Cº; Vulcan Foundry; Kitson et Cº, -Leeds. - -Aucun matériel n’est fourni par la France, et il n’est pas difficile de -comprendre pour quels motifs. Un seul serait d’ailleurs suffisant: c’est -que les prix de revient de notre industrie sont tellement au-dessus de -ceux des autres pays industriels que nous ne pouvons rien écouler à -l’étranger. - - -III.--Le voyageur, à l’heure actuelle, circule par tout le Japon en -chemin de fer; il n’y a guère d’endroits que l’on ne puisse atteindre ou -tout au moins dont on ne puisse approcher par ce mode de locomotion. Si -nous prenons Tokio comme point central, pour nous diriger vers le Nord -nous avons la grande ligne de Uyeno (station du chemin de fer du Nord à -Tokio), à Aomori, qui passe par Sendai et Morioka, et dessert une foule -de localités sur son parcours. - -D’Aomori la ligne s’incurve vers le Sud et redescend la côte occidentale -jusqu’à Akita. Au Sud, la ligne du Tokaidô part de Shimbashi (station du -chemin de fer du Sud à Tokio), et arrive à Kiôtô en passant par Nagoya -et desservant un certain nombre de villes importantes comme Numadzu, -Shidzuoka, Hamamatsu; de Kiôtô la voie se dirige sur Osaka et Kobe, et, -de ce dernier port, elle repart jusqu’à Yamaguchi, à l’extrémité -Sud-Ouest du Honshu. Si l’on traverse le bras de mer qui sépare -Shimonoseki de Môji, on peut reprendre la voie ferrée qui conduira -jusqu’à Nagasaki. Ainsi du Nord au Sud, dans toute sa longueur, le Japon -est desservi par une ligne ferrée qui constitue comme l’immense arête de -laquelle les lignes secondaires partent en différents sens sur tous les -points du territoire. Des voies transversales conduisent ainsi jusqu’à -Niigata par Takasaki en venant de Tokio; et jusqu’à Kanazawa et Fukui en -partant de Kiôtô par Komehara. De Tokio également, une ligne centrale va -sur Fukushima et de là sur Akita, rejoignant Aomori et la ligne de -Sendai-Tokio. - -L’île de Yezo possède quelques lignes qui rendent le voyage à travers le -pays moins pénible qu’il n’était autrefois; de Hakodate, à Otaru, à -Sapporô; puis jusqu’au centre de l’île, à Asahigawa; de là à Tokachi; -d’autres prolongements sont en projet. - -L’île de Shikoku n’est pas encore très bien pourvue de voies ferrées; -deux petites lignes seulement existent, à Takamatsu et à Tokushima. - -Le voyage en chemin de fer au Japon est toujours très agréable, parce -qu’on traverse généralement des paysages pittoresques et gais. Et quand -on a ainsi parcouru la plus grande partie de l’Empire du Soleil Levant, -à la saison des cerisiers ou des chrysanthèmes, au milieu des sourires -de la nature et des habitants, on se laisse prendre à cette amabilité -jusqu’à ce qu’on ait appris à mieux connaître. Le voyageur européen qui -ne veut pas manger le _bentô_ du buffet (_bentô_: déjeuner; petite boîte -bien nette et blanche en bois, renfermant du riz et des assaisonnements, -et vendue aux buffets des gares) devra emporter des provisions. Mais -c’est une inutile complication, il est si facile de s’habituer à manger -à la japonaise; ce qu’on vous sert est toujours très propre et très -appétissant. - - -IV.--Les tramways électriques, en ville et hors des villes, ont pris -depuis quelque temps une grande extension; actuellement on compte huit -Compagnies de tramways électriques, chacune possédant un capital de -500.000 yen au moins; le total du capital versé se monte à 37.075.000 -yen. D’autres Compagnies également, avec un capital au-dessous de -500.000 yen chacune, dont l’ensemble donne un chiffre total de -40.143.110 yen, se sont formées, mais beaucoup d’entre elles ne -fonctionnent pas encore. Cependant, pour donner une idée de la quantité -relativement grande de lignes électriques de transport dans tout le -Japon, en voici la liste complète: - - Compagnie des trains électriques de Tokio; - -- de Kei Hin (Tokio-Yokohama); - -- de Yokohama; - -- de Odawara; - -- de Hanshin; - -- de Kioto; - -- de Nagoya; - -- de Ise. - -Toutes ces lignes sont ouvertes au trafic. - -Les lignes en construction, mais qui ne sont pas encore ouvertes au -trafic, sont les suivantes: - - Compagnie des trains électriques de Kobé; - Compagnie de Tokio-Narita (Kei-Sei); - -- Kioto-Osaka (Kei-Han); - -- Kei-so; - -- Oji; - -- Gan Han; - -- Musashi; - -- Mito; - -- Mino-o; - -- Buso; - -- Nara; - -- Awaji; - -- Niigata; - -- Shimonoseki (Bakan); - -- Hachiman (Kioto); - -- Mino; - -- Ina; - -- Yawata (Fukuoka); - -- Horinouchi; - -- Shingu; - -- Otsu-Kioto (Kei-Shin); - -- Jômô; - -- Shintatsu; - -- Okayama; - -- Shiobara; - -- Môji; - -- Maidzuru; - -- Toban; - -- Otsu. - -La longueur de ces lignes va de 13 à 45 milles anglais; la Compagnie des -tramways électriques de Kiôtô, par exemple, a 15 milles, et celle de -Tokio a 45 milles. - - -V.--Le tarif sur les chemins de fer japonais n’est pas très élevé, il -l’est cependant un peu plus que le tarif français. Jusqu’à une distance -de 50 milles, le voyageur paye 1 sen 65 centièmes par mille; jusqu’à 100 -milles, il paye 1 sen 40 centièmes par mille; jusqu’à 200 milles, 1 sen -10 centièmes par mille; jusqu’à 300 milles, 0,20 centièmes de sen; et -au-dessus de 300 milles, 0,82 centièmes de sen par mille. Ce prix est le -prix de la troisième classe; pour avoir le prix de la deuxième classe, -il faut prendre une fois trois quarts le prix de la troisième classe; et -pour le prix de la première classe trois fois le prix de la troisième -classe. Chaque voyageur de première classe a droit à 100 livres -japonaises (kin = 600 gr.) de bagages; chaque voyageur de deuxième a -droit à 60 kin; et celui de troisième à 30 kin. - -Pour les transports de marchandises en général, le tarif est de 2 à 5 et -7 rin (10 rin = 1 sen), par tonne; mais pour les graines, engrais, -sucre, farine, bière, oranges, charbon de bois, patates, le tarif va de -2 sen par tonne jusqu’à 50 tonnes à 1 sen par tonne au-delà de 300 -tonnes; avec un prix intermédiaire de 1 sen 7 rin pour 100 tonnes, et 1 -sen 4 rin pour 200 tonnes. - - - - -CHAPITRE XVI - -I. Mines, dans l’antiquité; au XVe siècle; époque moderne.--II. -Géologie, terrains.--III. Mines en exploitation.--IV. Quelques mines de -charbon.--V. Pétrole.--VI. Divers, graphite, soufre.--VII. Les mineurs, -les règlements miniers.--VIII. Administration des mines.--IX. Les mines -en 1908; le socialisme parmi les ouvriers.--X. Rendement du cuivre et du -charbon. - - -I.--En même temps que se développait le trafic maritime, les voies de -chemins de fer et l’industrie en général, l’industrie spéciale des mines -devenait, elle aussi, un des facteurs importants de la richesse -nationale. - -On ne sait rien d’exact en ce qui concerne l’origine de l’industrie -minière au Japon, mais l’histoire rapporte que, dès le VIIe ou le VIIIe -siècle, l’or, l’argent, le cuivre, le charbon et le pétrole étaient -connus et retirés du sol. Au commencement du IXe siècle, les mines d’or -d’Ikuno, la mine d’argent de Handa, la mine de plomb argentifère de -Hosokura et les deux mines de cuivre de Yoshioka et Osaruzawa furent -ouvertes. Au XVe siècle, et au temps des Shôgun Tokugawa, d’importantes -mines furent également livrées à l’exploitation, parmi lesquelles sont -comprises les mines d’or et d’argent de Sado, Innai, Kamioka, Mozumi, -Serigano, Yamagano et Shikakago; la mine d’argent et de cuivre de -Kosaka; les mines de cuivre d’Ashio, Besshi, Ani, Arakawa, Hibira et -Omodani; la mine d’antimoine d’Ichinokawa; la mine de plomb argentifère -de Kuratani; la mine d’étain de Taniyama; la mine de fer de Kamaishi; et -les mines de charbon de Miike, Takashima et Akaike. Bien entendu, à ces -époques reculées, le travail des mines était fait d’une façon tout à -fait rudimentaire et personne ne s’en occupait avec méthode. Ce n’est -qu’après la restauration impériale de 1868 que l’industrie minière a -fait de réels progrès au Japon. - -Le Gouvernement, en effet, songeant avec raison de quelle utilité et de -quel profit pourrait être pour le pays l’extraction des richesses de son -sous-sol, protégea et encouragea le développement de l’industrie -minière; et, en conséquence, il engagea, à l’étranger, des ingénieurs -des mines, des géologues, des professeurs. En même temps, il prenait à -son compte le travail des principales mines et il appliqua à cette œuvre -les méthodes occidentales, avec l’idée de faire de ces mines des modèles -sur lesquels pourraient se baser ceux qui voudraient entreprendre -l’industrie minière à leur compte. Depuis ce temps des progrès -importants ont été accomplis et le rendement des mines n’a cessé -d’augmenter, notamment pour les mines d’or et d’argent de Sado et -d’Ikuno et la mine d’argent d’Innai. Lorsque les sociétés privées -prirent un développement suffisant, le Gouvernement leur passa au fur et -à mesure les mines qu’il exploitait lui-même, se réservant seulement -celles dont il jugeait avoir besoin pour les entreprises nationales. -Enfin il édicta des lois et réglements qui, mis en pratique en 1892, -définirent nettement les droits des propriétaires et exploiteurs de -mines et leur assurèrent aide et protection; de jeunes ingénieurs -revenus d’Europe avec les connaissances spéciales en ces matières furent -mis à la tête des différents services miniers, et ils provoquèrent de -rapides progrès dans cette branche de l’industrie japonaise. - - -II.--La formation géologique du Japon peut être indiquée comme suit, en -prenant 100 comme total. - - I. FORMATION DES TERRAINS - - Période azoïque 3.78 - Période paléozoïque 10.24 - Période secondaire 7.95 - Période tertiaire 45.84 - - II. ROCHES IGNÉES - - Période ancienne 11.27 - Période moderne 20.92 - ------ - Total 100.00 - -En d’autres termes, la proportion des terrains sédimentaires par rapport -aux roches ignées est de 2 à 1 pour la superficie totale, tandis que -dans les formations sédimentaires, celles qui appartiennent à la période -tertiaire, sont dans la proportion de 1 à 2. - -Les formations géologiques des îles japonaises peuvent être définies par -un arc de cercle s’étendant de l’île de Yézo au Nord-Ouest jusqu’à -Kiushu au Sud-Ouest; par la chaîne du Riukiu et le système montagneux de -Formose. Cet arc de cercle Nord-Sud et la chaîne du Riukiu sont inclinés -vers le Sud-Ouest. Le côté extérieur de l’arc, celui qui fait face à -l’Est, est comparativement parfait au point de vue de la formation -géologique, les terrains qui le composent étant répartis d’une manière -symétrique. - -Le côté intérieur de l’arc, celui qui fait face à l’Ouest, est très -compliqué dans sa formation géologique et abonde en crevasses, en -dislocation des couches et en roches éruptives. Dans ces circonstances, -la distribution des minerais de valeur et la condition et l’état des -dépôts sont spéciales à chacun des côtés de l’arc. Généralement, on -trouve les veines minérales dans la région située dans l’arc intérieur -et aussi dans les roches éruptives ou les couches traversées par lui; -tandis que les couches minérales se rencontrent en plus grand nombre -dans la région extérieure de l’arc. A Formose l’extérieur de l’arc fait -face à l’Est et la formation est relativement symétrique, sauf au Nord, -cependant, où elle est très diffuse par suite d’une coupe brusque qui la -sépare des Riukiu; c’est dans ce district Nord qu’on trouve beaucoup de -veines de minerais. - -Quelques couches de minerais se sont montrées bien formées dans certains -terrains au niveau de la mer. - - -III.--Les principales mines, actuellement en exploitation, sont: - -Mines d’or: Hashidate dans l’Echigo; Yamagano à Satsuma; Zuihô et -Kinkwaseki à Formose. - -Mines d’argent aurifères: Aikawa à Sado; Ikuno à Tajima; Innai à Ugo; -Ponshikaribetsu dans l’île de Yezo; - -Mines de cuivre: Ashio dans Shimodzuke; Osaruzawa, Ani et Arakawa dans -Ugo; Okoya à Koga; Obiye à Bitchu; - -Mines de plomb: Hosokura à Rikuzen; Kamioka à Hida; - -Mines d’antimoine: Ichinokawa à Iyo; - -Mines d’étain: Taniyama à Satsuma. - -De toutes les mines productrices de métaux existant au Japon, les mines -de cuivre sont les plus riches, et on en découvre assez souvent de -nouvelles; le cuivre japonais est, paraît-il, spécial en ce sens qu’il -renferme plus ou moins d’or et d’argent. - -Les principales mines, autres que les mines productrices de métaux, sont -celles de charbon et de pétrole. Le charbon japonais est généralement -bitumineux; les principales veines se trouvent dans le terrain -tertiaire. Cependant quelques anthracites sont extraits des terrains -secondaires dans les provinces de Nagato, Kii et Higo, mais ils sont -insignifiants comme quantité et comme valeur. C’est dans les couches -récentes du terrain tertiaire que se montrent les riches dépôts de -charbon. Les principaux sont: ceux de l’île de Kiushu et de l’île de -Yezo et aussi ceux des provinces de Hitachi et d’Iwaki. Les dépôts -carbonifères de Kiushu comprennent les provinces de Chikuzen et Buzen, -Chikugo (Miike) et Hizen. - - -IV.--Hokkaido (île de Yezo). Les mines de charbon de Sorachi furent les -premières découvertes dans le bassin de l’Ishikari. Dans les mémoires de -Matsura qui fit une exploration complète du Hokkaido, et des autres -régions du Nord du Japon vers 1855, il est fait mention d’une trace -houillère sur les rives de la rivière Sorachi. Environ trois ans plus -tard, un individu nommé Kimura découvrit un autre gisement carbonifère à -Poronai, alors qu’il était occupé à couper des arbres. Mais ce fut un -Américain, M. Lyman, qui fut chargé de la prospection définitive. En -1876, la Direction de la colonisation du Hokkaido confia à cet ingénieur -le travail de prospection dans les terrains houillers de Sorachi, -Poronai et des environs. Son rapport signala la présence de la houille -dans le district de Yubari. En 1879 on creusa un puits à Poronai, mais -ce ne fut qu’à la fin de 1883 que l’extraction commença régulièrement. -De ce moment jusqu’à 1890, le Gouvernement exploita la mine à son -compte; mais cette année-là même il vendit les mines de Sorachi, -Ikushumbetsu et Yubari à la Compagnie du chemin de fer et charbonnages -du Hokkaido (Hokkaido Tankô Tetsudo Kaisha), qui venait de se -constituer. Depuis lors c’est cette Compagnie qui continue -l’exploitation. - -Les charbonnages existent dans les deux districts de Yubari et Sorachi, -dans la province d’Ishikari; les veines sont plus considérables à -Yubari; elles s’étendent sur une longueur de 8 kilomètres, avec une -profondeur variant de 6 à 25 pieds. - -A Sorachi on constata la présence de 13 veines, chacune mesurant 6 pieds -de profondeur. - -A Poronai on a découvert une vingtaine de veines de différentes -longueurs et épaisseurs, mais on ne peut en exploiter que cinq. Les -produits sont bons, et ceux de Sorachi et Yubari peuvent être employés -pour faire du gaz et du coke. - -Ces mines sont exploitées à l’européenne, et emploient environ 4.000 -ouvriers. Le charbon est amené aux ports de Otaru et Mororan où quatre -vapeurs appartenant à la Compagnie le transportent à destination. - -Chiku Hô.--Les charbonnages de Chiku Hô produisent plus de la moitié des -charbons de tout l’Empire; les houilles sont de qualité moyenne et -bitumineuses. En certains endroits, par suite de la présence de dépôts -volcaniques, la houille a été changée naturellement en coke. Bien qu’on -ignore la date exacte de la découverte de ces mines, il est fort -probable qu’elles étaient déjà connues il y a au moins deux cents ans; -mais ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle qu’on a commencé à exploiter -le charbon. A cette époque on se bornait à enlever la couche supérieure, -et ce n’est qu’en 1881 qu’une machine à vapeur fut installée à la mine -de Katsuno et que l’extraction commença à la manière européenne. Cette -méthode fut successivement appliquée aux mines de Namazada, Shin nin, -Meiji, Akaike. - -Vers 1889 certaines parties des houillères furent réservées à l’État à -Tagawa et à Kurate; puis le ministère de l’Agriculture et du Commerce, -de qui dépendait le service des mines, émit des règlements pour -encourager la formation de grandes Compagnies d’exploitation. Enfin le -réseau de voies ferrées, à travers l’île de Kiushu, apporta des -facilités considérables pour diriger la houille vers les ports de Moji -et de Wakamatsu. - -Les charbonnages de Chiku Hô s’étendent sur les cinq districts de -Tagawa, Kurate, Kaho, Onga, Kasuya et mesurent 45 kilomètres du Nord au -Sud et de 15 à 25 kilomètres de l’Ouest à l’Est. Mais les charbons -extraits ne sont pas de qualité supérieure. - -Miike.--La découverte de ces charbonnages remonte à 400 ans. De 1873 à -1887 ce fut le Gouvernement qui entreprit l’exploitation; mais, en 1890, -la Compagnie Mitsui en obtint la concession et travailla la mine avec -une activité qui ne s’est pas démentie jusqu’à ce jour. Cette dernière -s’étend sur une longueur de 15 kilomètres Nord-Sud et de 5 kilomètres -Est-Ouest, dans les deux préfectures de Fukuoka et Kumamoto. - -Le charbon est un peu meilleur que le précédent et peut servir à faire -du gaz et du coke. La mine emploie 6.000 ouvriers, et elle arrive à -fournir 4.000 tonnes dans les vingt-quatre heures. - -Takashima.--Il y a déjà deux siècles que le dépôt carbonifère de -Takashima est connu; en 1817, la mine se trouvait aux mains du daïmio de -Saga, mais, à cette époque, personne ne se souciait des mines de -charbon, puisqu’on en ignorait l’usage. Ce n’est donc qu’en 1867 qu’on -essaya pour la première fois l’exploitation en règle. Six ans après le -Gouvernement reprit la mine, puis la repassa au comte Goto, et en 1881 -elle fut achetée par la Compagnie Mitsubishi qui la détient encore -actuellement. Elle débuta par un rendement de 1.200 tonnes, puis -commença à décliner, lorsqu’on découvrit, en 1898, de nouvelles veines à -Hajima. - -Les galeries se trouvent, pour la plupart, au-dessous du lit de la mer, -ce qui demande une ventilation constante; aussi le ventilateur de -Takashima fournit-il 50.000 pieds cubes d’air à la seconde, et celui de -Hajima 120.000 pieds cubes. La mine est placée dans le district de -Nagasaki et comprend les trois petites îles de Takashima, Hajima, -Nakanoshima situées à sept milles marins du port de Nagasaki. Depuis -1881 elle a fourni plus de 7.000.000 de tonnes de charbon. - - -V.--Le pétrole existe au Japon presque exclusivement dans les terrains -de formation tertiaire: on le trouve au Hokkaido, dans le nord du -Honshu, et dans les provinces de Echigo, Shinano et Totomi. Le principal -centre de production est la province d’Echigo qui renferme les cinq -puits principaux de Higashiyama, Nishiyama, Amaze, Niitsu et Kubiki, -dont les deux premiers sont les plus importants. A Higashiyama, l’huile -est généralement trouvée depuis 20 jusqu’à 300 mètres de profondeur. Le -puits d’Amaze va jusqu’à 854 mètres de profondeur, et la qualité de -l’huile de ce puits est la meilleure; malheureusement il commence à -fournir beaucoup moins. Nishiyama produit une huile inférieure à celle -d’Amaze, et la couche de pétrole se rencontre à 200 mètres de -profondeur. - -C’est dans la septième année de l’Empereur Tenchi (668 ap. J.-C.) que le -pétrole fut découvert dans la province d’Echigo. Les chroniques -rapportent, en effet, qu’à cette époque, de la _terre brûlante_ et de -_l’eau brûlante_ furent présentées à la cour impériale; mais on ne sut -qu’en faire. Ce n’est qu’en 1875 que les mines de Kubiki et de Niitsu -prirent une importance commerciale. La Compagnie japonaise des pétroles -commença en 1890 à extraire l’huile par les procédés européens, et elle -découvrit ensuite les couches schisteuses de Nagamine, Kamada, Hire et -Urase, ce qui lui permit de développer son entreprise et d’arriver à -fournir en 1902 environ 500.000 barils de pétrole. - - -VI.--Le graphite existe au Japon dans les rocs schisteux, en lames, ou -bien dans les rocs stratifiés, en blocs; bien qu’il y en ait une grande -quantité on l’a jusqu’à présent à peu près négligé. - -Le Japon, étant un pays essentiellement volcanique, est très riche en -soufre et on en rencontre des dépôts très considérables. Les principales -mines de soufre se trouvent dans la province de Rikuchu, à Tsurugizan; -et, dans le Hokkaido, à Iwaonobori et Ransu. Les dépôts alluvionnaires -sont de deux sortes: d’or dans le district de Yesashi au Hokkaido et de -fer à Chûgoku. Les premiers sont détachés de roches de quartz aurifère -appartenant à la période secondaire et déposés dans les lits des -rivières, les seconds sont la décomposition du minerai de fer. - - -VII.--Il peut y avoir aujourd’hui, approximativement, 250.000 mineurs au -Japon. Ce nombre comprend les mineurs, les porteurs, les piocheurs, les -fondeurs, les hommes employés aux machines, aux foyers et aux pompes. La -plupart d’entre eux sont satisfaits de leur sort; ils appartiennent -généralement au district où la mine est située: cependant nombre d’entre -eux viennent des provinces éloignées avec leurs familles et s’installent -là jusqu’à leur mort. Avec l’accroissement incessant de la population au -Japon, la main-d’œuvre ne manque jamais. Ces mineurs vivent généralement -dans des maisons fournies par les employeurs; ceux qui ont leurs -familles, dans des chambres séparées, et les célibataires dans des -espèces de grands dortoirs. Inutile de dire que ces installations sont -très sommaires et que les ouvriers et ouvrières sont excessivement mal -logés et encore plus mal nourris. La nourriture leur est vendue par la -mine; une nourriture insuffisante, à des prix très faibles, il est vrai, -mais avec défense d’aller se nourrir ailleurs. Ceci a pour but de les -empêcher de réclamer des augmentations de salaires, ce qui ne manquerait -pas d’arriver si les ouvriers se nourrissaient convenablement au dehors; -car leurs gages actuels n’y suffiraient pas. Ici comme dans l’industrie, -le sweating system est appliqué en grand et il faut que le peuple -japonais meure littéralement de faim pour s’y soumettre sans murmurer. -Il finira, d’ailleurs, probablement par se révolter, et l’explosion de -colère qui s’est manifestée dans les mines d’Ashio, il y a deux ou trois -ans, et où le directeur fut assommé, n’est sans doute que le -commencement d’une protestation générale contre le régime employé -vis-à-vis des ouvriers. - -Ce n’est pas que les patrons ne garantissent les risques d’accident et -de maladie, et ne se chargent de payer les funérailles en cas de décès; -mais c’est là un minimum de responsabilité auquel il leur serait bien -difficile de se soustraire. Quant à l’ouvrier et à l’ouvrière bien -portants, ils sont pressurés abominablement et reçoivent à peine de quoi -se suffire. - -Jusqu’en 1890 le Gouvernement japonais se réservait soit le droit -d’exploiter lui-même, soit le droit d’accorder une concession minière à -un individu moyennant une redevance annuelle; depuis, le système des -concessions permanentes a prévalu et c’est ainsi que, grâce à la -formation de grandes Compagnies minières, le développement de -l’exploitation a été de plus en plus considérable. - -Au début, il était interdit à un étranger d’exploiter une mine au Japon; -il ne pouvait même pas faire partie d’une société minière japonaise, de -sorte que le privilège d’exploitation était uniquement réservé aux -sujets de l’Empire. En 1900 la loi fut modifiée, et elle permit à un -étranger de mettre en valeur une mine, soit seul, soit de concert avec -des Japonais, pourvu, naturellement, que la société, formée en vue de -l’exploitation, fût soumise aux lois et règlements japonais. Je ne crois -pas que des Européens aient jamais profité de cette latitude. - -La législation japonaise ne reconnaît pas le droit de priorité de -découverte; et le droit de faire des essais de forage est accordé au -premier qui en a présenté la demande. Il est valable un an, il est -renouvelable pour une autre année si cela est reconnu nécessaire. Enfin -le droit d’essai ne peut être ni cédé ni hypothéqué; seule la concession -permanente peut être vendue ou hypothéquée. - -Autrefois la concession n’était accordée que pour une durée de quinze -ans; cette circonstance, ajoutée à l’impossibilité, alors existante, -d’hypothéquer la mine, a été, pendant longtemps, une entrave au -développement de l’industrie minière; aujourd’hui que ces deux défauts -de la législation ont été supprimés, les concessionnaires et les -capitalistes ont pu engager de fortes sommes dans l’exploitation du -sous-sol. - -La superficie d’une concession minière est de 10.000 tsubo (1 tsubo = -3,30 m. q.) pour le charbon et de 3.000 tsubo pour les autres minerais; -et elle peut atteindre jusqu’à 600.000 tsubo dans les deux cas. Dans le -cas où plus de deux concessionnaires s’associent, la limite maxima peut -dépasser 600.000 tsubo. - -Le concessionnaire est obligé, avant de commencer le forage, de -soumettre ses plans au chef du bureau de l’inspection des mines; la -concession peut être retirée par le ministre de l’Agriculture et du -Commerce si le travail y est suspendu pendant plus d’une année; tous les -six mois le concessionnaire est obligé de fournir un état de la -situation de la mine; toute association ou tout partage de concession -doit recevoir l’approbation de l’inspecteur du bureau des mines. - -Quant au propriétaire du terrain sur lequel est située la mine, il doit -recevoir une juste compensation en loyer pour la terre et des -dommages-intérêts pour l’installation des puits, des machines, des -tramways, voies ferrées, etc.; il peut exiger le rachat de sa terre au -bout de trois ans; s’il s’élève des différends entre lui et le -concessionnaire, la question est portée d’abord devant l’inspecteur du -bureau des mines, puis devant le ministre de l’Agriculture et du -Commerce, enfin devant les tribunaux. En vue de la protection des -intérêts publics et privés, des règlements spéciaux sur la police des -mines ont été édictés, et sont rendus applicables par l’inspection du -bureau des mines et par le ministère de l’Agriculture et du Commerce. -Voici les principaux articles: - -Sécurité des constructions dans la mine et hors de la mine; - -Protection de la vie et de la santé des ouvriers; - -Protection de la surface et des intérêts publics; - -Tout ce qui serait nuisible à l’intérêt public peut être supprimé par -ordre de l’inspecteur sous peine de suspension; - -L’usage des explosifs, les dispositions pour la ventilation, les -ouvrages souterrains, la construction des cheminées, des chaudières, des -fonderies, etc., sont soumis à des règles strictes pour éviter les -accidents. En outre une protection spéciale est accordée aux ouvriers; -la nature du travail, les heures de travail, le travail des femmes et -des mineurs, tout est réglé minutieusement; et le concessionnaire est, -(du moins sur le papier), obligé de se conformer aux décisions de -l’inspecteur du bureau des mines. - -Les taxes à payer sur les concessions minières sont de deux sortes: taxe -sur la concession et taxe sur le rendement brut; la première est de 30 -sen par 1.000 tsubo et la deuxième de 1 pour 100 de la valeur du -rendement. Cette dernière est fixée d’après les prix des principaux -marchés. Il y a toutefois une quote officielle pour l’or, l’argent, le -cuivre, le plomb, l’antimoine, le charbon et le pétrole. - -Les recherches des minerais dans les sables d’alluvions sont soumises à -un régime un peu différent; ici, en effet, le droit de priorité est -accordé au propriétaire de la terre où se trouvent les minerais. Mais, -si le propriétaire ne veut pas travailler le minerai, il est obligé de -donner la permission à celui qui veut le faire; à condition -naturellement d’être rémunéré d’une façon convenable. Les recherches -dans les terrains alluvionnaires ne sont permises qu’aux sujets -japonais; aucun Européen, soit pour son compte, soit pour le compte -d’une société, n’est autorisé à entreprendre ce travail. - - -VIII.--L’administration des mines présente, cela va de soi, des -caractères spéciaux et elle est forcément différente de l’administration -générale des autres industries. Les fonctionnaires chargés des affaires -de la direction des mines doivent posséder des connaissances spéciales -et particulières sur toutes les questions qui s’y rapportent. Ils -doivent en effet savoir: - -Les règlements concernant l’établissement d’une concession; son retrait; -le droit de transfert; l’obligation pécuniaire pour le concessionnaire; - -Les règlements relatifs au forage d’essai; à l’approbation des plans; à -l’affermage de la surface; à l’association de plusieurs concessionnaires -ou à la division d’une concession en plusieurs sociétés; - -Les règlements de police spéciaux aux mines, tels que ceux relatifs aux -intérêts du public, aux intérêts des ouvriers; à la sécurité des mines -et à la solidité des constructions; - -Ils doivent aussi être prêts à juger équitablement tous les différends -qui peuvent se produire entre les propriétaires du terrain et les -concessionnaires des mines. - -L’administration des affaires minières est divisée en deux sections: - -1º La direction centrale des mines, rattachée au ministère de -l’Agriculture et du Commerce; - -2º Cinq directions locales à la tête desquelles se trouvent cinq -inspecteurs nommés par le même ministère. Les directions locales ont le -pouvoir de surveiller toutes les affaires minières dans leur juridiction -et, suivant la gravité des cas, elles traitent les questions soit sous -leur responsabilité, soit en en référant au département de l’Agriculture -et du Commerce. - - -IX.--Le nombre total des demandes de concessions minières pour 1908 a -été de 4.663; c’est beaucoup moins que les années précédentes; et, dans -le nombre, il y a une quantité de demandes pour concessions qui -n’aboutiront jamais. Le chiffre total de production minière a été, pour -cette même année, de 103.167.395 yen, en diminution de 3.659.626 yen sur -l’année précédente. - -Charbon: 14.468.669 tonnes, pour une valeur de 61.963.500 yen; - -Cuivre: 67.805.639 livres, pour une valeur de 2.242.983 yen; - -Pétrole: 1.639.357 koku, pour une valeur de 6.475.460 yen; - -Argent: 31.259 kwamme pour une valeur de 4.265.717 yen; - -Or: 829 kwamme, pour une valeur de 4.147.485 yen; - -Fer: Saumons: 39.938 tonnes, et acier 1.668 tonnes, pour une valeur de -1.927.245 yen; - -Soufre: 53.815.077 livres, pour une valeur de 766.816 yen; - -Le nombre des Compagnies minières, à la fin de 1908, était de 205, avec -un capital total de 175.809.650 yen; (capital versé: 119.390.800 yen). - -Il y a eu un commencement de grève dans les mines de charbon de -Takashima et aussi dans quelques autres mines; mais cela a été sans -gravité; il est cependant incontestable que l’ouvrier des mines, -actuellement, commence à vouloir imiter ses confrères d’Europe, et -réclame, avec de plus hauts salaires, d’autres conditions de vie. - -«Le socialisme en est à ses débuts au Japon, et ils ne sont pas encore -très brillants; mais il est hors de doute que le peuple, en général, et -l’ouvrier, en particulier, souffrent des résultats onéreux, au point de -vue financier, des deux guerres soutenues en dix ans. La gloire coûte -cher et le Japon n’est pas riche. L’ouvrier, le premier, a essayé des -grèves; son sort est en effet lamentable, et les Japonais, qui ne -veulent pas fermer les yeux quand même, sont les premiers à le déclarer, -témoin le directeur de l’École industrielle de Tokio qui ne craint pas, -dans un long article publié par la Revue _Chu ô kô ron_, de réclamer -plus de bienveillance, plus d’hygiène, plus de moralité envers la classe -ouvrière. Dans deux cents corporations d’ouvriers qu’il a examinées, il -a trouvé une corruption effrayante et des mœurs lamentables; la -protection des mineurs, principalement des jeunes filles, n’existe pas. -Tout le monde vit pêle-mêle comme des bêtes; les ouvrières sont parquées -dans de grandes salles, souvent avec défense de sortir plus d’une fois -par semaine; dans d’autres salles vivent entassés des ouvriers; tout ce -monde est traité comme un vil troupeau et vit en conséquence. - -«Les ouvriers mariés, et qui habitent en ville, ont l’air de se soucier -fort peu de leur propre famille. - -«D’ailleurs, le socialisme a déjà pénétré l’armée. Trouvant un terrain -tout préparé chez les ouvriers si miséreux, il gagne la caserne où l’on -commence à distribuer aux conscrits des brochures subversives; il est -arrivé même à des soldats de déserter en groupes. - -«Devenant de plus en plus un pays industriel, le Japon possèdera bientôt -une classe ouvrière considérable avec laquelle il faudra compter. Ce qui -manque maintenant à cette foule c’est un chef; tout est encore en -formation; mais le jour où ils auront pris conscience de leurs forces et -où ils auront un chef intelligent et pratique, les ouvriers pourront -imposer leurs conditions. Seront-ils sages et calmes à ce moment? ou -bien, grisés, comme tant d’autres en Europe, par de vaines et -fallacieuses promesses, aideront-ils par la violence à l’arrivée de -l’âge d’or qu’on leur a promis?» (_Avenir du Tonkin, 1909._) - - -X.--En 1907, dernière année pour laquelle nous ayons des statistiques -complètes, le rendement des mines de cuivre et de charbon, les deux -catégories de mines que l’on peut considérer comme les plus importantes -du Japon, se répartit de la façon suivante: - - -Cuivre: - - Rendement - Mines: Appartenant à: en livre japonaise - de 600 grammes. - - Arakawa (Akitaken) Mitsubishi 1.256.428 - Ani -- Furukawa 2.089.321 - Ashio (Tochigi) -- 10.666.029 - Beshi (Ehime) Sumitomo 8.911.895 - Dôgamaru (Shimane) Hori 307.943 - Furogura (Akita) Furukawa 772.552 - Hibira (Miyazaki) Naito 1.435.755 - Hidate (Ibaraki) Kuhara 1.355.280 - Hiragama (Gifu) Yokoyama 1.050.331 - Hisaichi (Akita) Mitsubishi 1.201.908 - Homansan (Shimane) Hori 528.933 - Ikuno (Hiogo) Mitsubishi 1.511.289 - Innai (Akita) Furukawa 433.954 - Itsuki (Kumamoto) Itsuki 249.820 - Kano (Fukushima) Kano 720.167 - Komaki (Akita) Mitsubishi 101.443 - Kosaka -- Fujita 12.041.857 - Kusakura (Niigata) Furukawa 501.445 - Nidzusawa (Iwate) -- 350.036 - Nagamatsu (Yamagata) -- 460.698 - Oharasawa (Iwate) Saito 200.025 - Obie (Okayama) Sakamoto 1.176.951 - Okoya (Ishikawa) Yokoyama 1.078.402 - Omodami (Fukui) Mitsubishi 383.459 - Omori (Shimane) Furukawa 390.396 - Otori (Yamagata) -- 199.925 - Osaruzawa (Akita) Mitsubishi 1.937.183 - Sasagaya (Shimane) Hori 235.388 - Takane (Gifu) Asada 175.377 - Takura (Yamaguchi) Mitsubishi 249.821 - Tsubaki (Akita) Takeda 270.882 - Yakuki (Fukushima) Yakuki 298.328 - Yoshioka (Okayama) Mitsubishi 1.435.755 - Yusenji (Ishikawa) Takenouchi 718.264 - -Ainsi donc le Japon a produit, en 1907, 54.697.242 livres japonaises de -cuivre, soit: 32.818.342 kilogrammes. C’est, après celui des États-Unis -d’Amérique, le plus grand rendement connu sur notre globe, et le cuivre -est l’un des principaux produits d’exportation du Japon. - - -Charbon: - - Mines: Propriétaires. Production - en tonnes métriques. - - Poronai (Hokkaido) Hokkaido Cº 163.013 - Yubari -- -- 480.803 - Sorachi -- -- 202.930 - Iriyama (Fukushima) Iriyama Cº 204.537 - Uchigo -- Iwaki Cº 145.515 - Onoda -- -- 188.951 - Ojô -- Ojô Cº 86.289 - Takashima (Nagasaki) Mitsubishi 183.816 - Akasakaguchi (Saga) Takatori 139.273 - Wochi -- Mitsubishi 163.013 - Yoshitani -- Yoshitani Cº 219.858 - Kitakara -- Koga 86.840 - Kamiyamada (Fukuoka) Mitsubishi 90.186 - Otsuji -- Kayejima 212.629 - Miike -- Mitsui 1.482.451 - Onoura -- Kayejima 593.154 - Shin iri -- Mitsubishi 438.572 - Fujidana -- Mitsui 96.321 - Mannoura -- Kayejima 207.372 - Yoshio -- Aso 216.207 - Namadzuda -- Mitsubishi 244.463 - Yamano -- Mitsui 138.850 - Meiji -- Yosukawa 416.421 - Tadakuma -- Sumitomo 67.195 - Kaneda -- Mori 271.328 - Hokoku -- Hiraoka 161.920 - Tagawa -- Mitsui 486.478 - Akaike -- Yasukawa 182.469 - Otô -- Hara 179.130 - Futase -- Gouvernement 366.128 - Furukawa -- Furukawa 376.681 - -Je ne donne ici que le rendement des principales mines, de celles qui -produisent au-dessus de 100.000 tonnes métriques. Le charbon japonais -est très inférieur, comme qualité, à tous les autres charbons connus et -la consommation sera toujours limitée aux mers de Chine; elle finirait -même par cesser tout à fait si on trouvait, (comme il est probable que -cela se produira), des mines de charbon supérieur dans les territoires -chinois et indo-chinois. - - - - -CHAPITRE XVII - -I. Finances japonaises; généralités.--II. Organisation actuelle.--III. -Le budget, les impôts.--IV. Dette publique; emprunts.--V. Finances -locales.--VI. Banques.--VII. Compagnies d’assurances.--VIII. Médecins, -hygiène publique, assistance publique. - - -I.--Avec le chapitre finances, se présente le côté le plus ardu de -l’économie japonaise. C’est la brume, en effet, que nous apercevons de -ce côté. Les Japonais, qui cachent tout ce qu’ils peuvent à l’Europe, -lui cachent leurs finances plus que leurs secrets militaires. Le Japon -est pauvre, très pauvre; le nécessaire manque dans tout le pays, et -l’or, qui peut y exister, sert à payer les coupons de la dette et les -achats à l’étranger. Cependant, si l’on consulte les publications -japonaises, la situation financière est très bonne; c’est qu’il faut -tenir compte, ici, d’une particularité insoupçonnée par ceux qui ne -connaissent pas le Japon[13]: les insulaires du Soleil Levant se -priveront de tout et accepteront de payer les taxes les plus lourdes -pour aider le Gouvernement à montrer à l’Europe une situation prospère. -Le patriotisme japonais est, il faut bien le dire, animé de pas mal -d’orgueil, et ce à quoi il tient le plus, c’est à faire grande figure -devant l’Europe. Mais enfin la corde finit par casser, et il a déjà -fallu boucler le budget de 1908-09 par des surtaxes sur la bière et le -sake, le sucre et la consommation du pétrole. On va loin à ce jeu-là et -le contribuable est rapidement à sec. - - [13] Tous les Japonais ont subi des privations volontaires pendant la - guerre contre la Russie; un grand nombre d’entre eux se sont privés - du nécessaire pour donner aux fonds de guerre. - -D’un autre côté, sur quoi baser un nouvel emprunt? Quelles garanties -donnerait le Gouvernement japonais s’il était à nouveau obligé de -recourir à l’argent de l’étranger? - - -II.--Les finances japonaises, telles qu’elles existent aujourd’hui, ne -datent pas de fort loin; comme bien on le suppose, le système financier, -au lendemain de la restauration impériale, était extrêmement compliqué -et il n’existait pas de méthode régulière d’administration financière. -Il avait fallu rompre avec l’ancien système où chaque daïmio avait ses -finances et ses impôts; il avait fallu centraliser, ici comme dans -toutes les autres administrations, et ce ne fut pas facile. Cependant, -en 1871, on établit l’unité dans les finances en décidant que toute la -comptabilité des différents ministères et administrations publiques -serait, désormais, sous la direction du Trésor, et que les Départements -ministériels n’auraient plus, comme auparavant, leur comptabilité propre -et indépendante des autres. Puis, en 1875, on établit un compte de -recettes et de dépenses qui fut comme le premier budget de l’Empire. En -1880 fut créée la Cour des Comptes, sous le contrôle direct de -l’Empereur. Tous ces remaniements ne se firent pas sans secousse et sans -tâtonnements, et ce fut la gloire des gouvernants de la première heure -d’avoir mené à bien une réforme aussi grave et aussi importante, pour un -pays que la réforme financière. Il fallut, après la création du Trésor -et celle de la Cour des Comptes, encore deux ans avant d’arriver à -établir, sur des bases solides, la comptabilité centrale et la -vérification; cependant, à partir de 1882, toutes les irrégularités -disparurent, et la création de la Banque du Japon (Nippon Ginkô) acheva -la réorganisation. A dater de 1886, les budgets furent rendus publics, -et, lors de la promulgation de la constitution, en 1889, la loi de -Finances fut amendée et les budgets doivent désormais être établis par -le ministre des Finances d’accord avec le Parlement. - - -III.--Le budget ordinaire de l’année 1908-1909 est monté à 619.958.339 -yen, avec un budget extraordinaire et supplémentaire de 3.839.331 yen, -soit un total de 623.797.670 yen, chiffre qui n’avait jamais été atteint -jusqu’à ce jour. - -Pour le budget ordinaire: - - Les recettes étant de 611.043.048 yen - Et les dépenses de 615.958.339 - Il en résulte un déficit de 4.915.291 yen - -Ce déficit a été comblé avec un accroissement d’impôt sur trois -chapitres: - - Sur le sake et la bière 545.343 yen - Sur le sucre 2.819.444 - Sur la consommation du pétrole 1.550.504 - ------------- - Ensemble 4.915.291 yen - -Voici quels sont les divers impôts et autres revenus de l’Empire, source -de l’alimentation des budgets nationaux[14]: - - [14] D’après l’Annuaire financier et économique du Japon (publié par - les soins du ministère des Finances). - -_Impôt foncier._--L’impôt foncier est proportionnel à la valeur des -terrains qui y sont soumis. Cette valeur est déterminée d’après la base -suivante: on calcule le capital qui correspond au revenu net ou au prix -de location du terrain et on l’inscrit sur les registres officiels du -cadastre. - -L’impôt foncier est payé: - -Pour les terrains grevés d’une hypothèque, par le créancier -hypothécaire; - -Pour les terrains loués à bail superficiaire d’une durée de plus de cent -ans, par le locataire qui a acquis le droit de superficie; - -Pour tous les autres terrains par le propriétaire du fonds. - -Le taux annuel de l’impôt foncier est fixé à 2 et demi pour 100 (1 pour -100 dans le Hokkaido) de la valeur de la terre calculée, comme il a été -dit ci-dessus. Mais les lois de 1904 et 1905 y ont ajouté, pour les -diverses catégories de terrains, les surtaxes suivantes: - -Propriétés urbaines bâties: 17,5 pour 100 de leur valeur. - -Propriétés rurales bâties: 5,5 pour 100 de leur valeur. - -Terrains non bâtis: 3 pour 100 de leur valeur. - -_Impôt sur le revenu._--L’économie de la loi qui régit actuellement -l’impôt sur le revenu peut se résumer ainsi: - -Cet impôt est dû: - -_a_) Par les personnes qui ont leur domicile, ou au moins un an de -résidence, dans les localités de l’Empire où ladite loi est en vigueur; - -_b_) Par les personnes qui, sans être domiciliées au Japon ou sans y -résider, ont des biens ou une exploitation soit commerciale, soit -industrielle, ou encore touchent les intérêts de fonds publics ou -d’obligations de Compagnies dans les localités où la loi est appliquée. -Ces personnes ne sont, néanmoins, sujettes à l’impôt qu’à l’égard des -revenus provenant des sources indiquées. - -L’impôt est fixé comme suit: - -Première classe: revenu des personnes légales 2,5 pour 100. Plus: - -_a_) Pour les Compagnies par actions et sociétés coopératives par -actions, ayant au moins 21 actionnaires ou actionnaires et associés... -3,75 pour 100... soit au total 6,15 pour 100. - -_b_) Autres personnes légales: - - Au-dessous de 5.000 yen, 2 pour 100, soit au total 4,50 pour 100. - De 5.000 à 10.000 yen, 2,25 -- -- 4,75 -- - -- 10.000 à 15.000 -- 2,50 -- -- 5, » -- - -- 15.000 à 20.000 -- 3, » -- -- 5,50 -- - -- 20.000 à 30.000 -- 4,25 -- -- 6,75 -- - -- 30.000 à 50.000 -- 5,75 -- -- 8,25 -- - -- 50.000 à 100.000 -- 7,50 -- -- 10, » -- - -- 100.000 et au-dessus, 10, » -- -- 12,50 -- - -Deuxième classe: intérêts des bons d’emprunts publics ou des obligations -de Compagnies reçus dans les localités où la loi est en vigueur, 2 pour -100. - -Troisième classe: revenus autres que les précédents: - - Yen 100.000 et au-dessus 20,35 pour 100. - -- 50.000 -- 17, » -- - -- 30.000 -- 13,95 -- - -- 20.000 -- 11,60 -- - -- 15.000 -- 9,45 -- - -- 10.000 -- 7,50 -- - -- 5.000 -- 6, » -- - -- 3.000 -- 4,60 -- - -- 2.000 -- 3,91 -- - -- 1.000 -- 3,45 -- - -- 500 -- 2.52 -- - -- 300 -- 2, » -- - -Sont exemptés de l’impôt: - -_a_) La solde des militaires et des marins en temps de guerre; - -_b_) Les gratifications et pensions allouées aux veuves et aux orphelins -des soldats ou marins, et les pensions des invalides; - -_c_) Les frais de voyage, bourses pour étudiants et autres fonds reçus à -titre d’assistance de l’État; - -_d_) Les revenus d’une personne légale qui n’exploite aucune affaire -ayant pour but un intérêt matériel; - -_e_) Les bénéfices accidentels qui ne proviennent pas d’une entreprise -ayant le gain pour but; - -_f_) Les revenus qui proviennent de propriétés, d’établissements de -commerce ou d’affaires et d’autres professions, soit à l’étranger, soit -dans les localités où la loi n’est pas en vigueur--excepté cependant les -revenus d’une personne légale qui a son siège principal dans une -localité soumise à l’application de cette loi. - -_g_) Les primes et dividendes payés par une personne légale qui est déjà -imposée par la présente loi. - -Des lois spéciales exemptent de l’impôt sur le revenu les intérêts des -bons d’emprunt nationaux ainsi que les intérêts des bons d’épargne émis -ou à émettre conformément à la loi sur les bons d’épargne de 1904. - -_Patentes._--Cet impôt, établi en 1896, atteint toutes les catégories -d’industrie et de commerce. Comme il porte sur les affaires mêmes qui en -font l’objet, la nature et la qualité de ces affaires sont prises en -considération; c’est pourquoi, en vue d’assurer la répartition équitable -des charges, l’assiette de l’impôt prend pour base les capitaux engagés, -le chiffre des ventes effectuées, la valeur locative des bâtiments, le -nombre des employés, artisans et ouvriers, enfin le montant des -commissions et des contrats. Cet impôt a rapporté 21.854.307 yen en -1908-09. - -DROITS DE SUCCESSION.--La loi qui règle les droits de succession a été -promulguée en janvier 1905, et elle est entrée en vigueur le 1er avril -de cette même année. D’après cette loi, les droits de succession -s’appliquent, lorsqu’une succession vient à s’ouvrir, à tous les biens, -constituant l’héritage, qui se trouvent dans une localité où la loi est -en vigueur, et sans qu’on ait à se préoccuper de savoir si le lieu -d’ouverture de la succession est ou non au Japon, ou si le de cujus est -ou n’est pas sujet japonais. Mais la nature des biens soumis à l’impôt, -et le mode d’évaluation de ces biens, varient suivant que le domicile du -de cujus se trouve ou non dans une localité où la loi est applicable. - -Ces droits ont rapporté 1.530.814 yen pour l’exercice 1908-09. - - -Ont rapporté en 1908-1909: - - L’impôt sur les boissons 71.809.684 yen. - -- le shôyu 4.070.184 -- - -- le sucre 16.293.911 -- - La taxe de consommation sur les pétroles 1.563.089 -- - La taxe sur les médicaments livrés au commerce 204.640 -- - L’impôt sur les mines 2.041.193 -- - -- les bourses 2.041.643 -- - -- l’émission des billets de banque 1.168.234 -- - La taxe sur les voyageurs en chemins de fer, bateaux - à vapeur et tramways électriques 2.337.834 -- - L’impôt de consommation sur les tissus 19.462.196 -- - -Cet impôt a été établi en 1905, et il est prélevé de la manière -suivante: sur les étoffes de laine 15 pour 100 de la valeur; sur les -autres étoffes 10 pour 100. - -Les droits de tonnage, à 5 sen par tonne de jauge légale, ont rapporté -528.027 yen. - -_Droits de Douane._--En 1859, à l’époque où les premiers traités de -commerce furent conclus avec les puissances occidentales, des postes de -douane furent établis, et des droits furent levés, pour la première fois -au Japon, dans quelques ports ouverts désignés à cet effet. Le tarif -douanier de cette époque était entièrement déterminé par les traités, -mais il ne fut appliqué que pendant un temps extrêmement court; le tarif -entier fut, en effet, révisé en 1866. Ce tarif révisé maintint les -droits de douane du Japon sans modification pendant trente-trois ans; -car il resta en vigueur jusqu’en 1899, époque où furent appliqués les -traités de commerce et de navigation conclus avec les puissances -étrangères, et, actuellement, encore en vigueur. Le système des droits -de douane qu’il inaugurait eut une influence sérieuse sur l’économie et -sur les finances nationales. - -La mise en vigueur des traités commerciaux, révisés avec les puissances -étrangères en 1899, rendit possible l’application du tarif général qui, -combiné avec les nouveaux tarifs conventionnels, forma le tarif douanier -du Japon. A cette époque les droits d’exportation furent entièrement -abolis. - -En 1904, le besoin d’argent conduisit à l’imposition de surtaxes sur les -droits de douane aussi bien que sur les autres impôts, et, depuis le 1er -octobre 1906, le tarif applique, sur beaucoup d’articles, des droits -spécifiques. - -Pour l’exercice 1905-1906, les droits de douane ont rapporté la somme de -41.410.920 yen. - -A part ces chapitres de recettes, il en existe d’autres, tels que le -revenu du timbre, qui a rapporté pour l’exercice 1908-1909 la somme de -20.393.538 yen; puis les monopoles, c’est-à-dire: - -Le monopole du tabac qui figure aux recettes du même exercice pour la -somme de 41.723.003 yen; - -Le monopole du camphre pour 62.387 yen; - -Le monopole du sel pour 13.193.163 yen; - -Les revenus des chemins de fer impériaux figuraient, autrefois, dans le -budget général; depuis cette année, ils en ont été distraits, et il a -été établi un compte spécial des chemins de fer, divisé en trois -sections: compte du capital, compte du revenu, compte des réserves. - - -IV.--Pour faire face à ses nombreuses œuvres de réédification nationale -et de transformation à l’européenne, le Japon a été amené à contracter -divers emprunts; en 1908 la somme totale de ces emprunts était de -2.243.000.000 de yen, soit 5.719.650.000 francs, c’est-à-dire une charge -considérable pour le pays, étant donné ses ressources. La dette -intérieure représentait 1.078.194.000 yen et la dette extérieure -1.165.701.000 yen. C’est la guerre contre la Russie qui a été la cause -principale des emprunts japonais; en effet, avant la guerre, la dette -publique était de 535.459.000 yen, et après la guerre de 1.530.263.000 -yen. Comme la Russie s’est refusée à verser une indemnité de guerre -quelconque, le Japon a dû supporter toutes les dépenses de son -expédition, et a été obligé d’emprunter encore. - -Les derniers emprunts, contractés à l’étranger, sont: celui de 4 et demi -pour cent, émis à Londres et à New-York en mars 1905; 30.000.000 de -livres sterling, souscrit à 90 livres pour 100 livres, valeur au pair; -le capital est remboursable en quinze ans, par tirage au sort, à partir -du 14 février 1910 jusqu’au 15 février 1925. Le service de l’emprunt est -assuré par le Gouvernement sur la garantie des profits nets du monopole -du tabac. - -Le second emprunt à 4 et demi pour 100, de 30.000.000 de livres -sterling, a été émis à Londres, à New-York et à Berlin en juillet 1905; -il est remboursable, comme le précédent, en quinze ans, du 9 juillet -1910 au 25 juillet 1925; garanti également par le monopole du tabac, -l’emprunt précédent conservant la priorité. - -Un emprunt de 25.000.000 de livres sterling à 4 pour cent a été émis, en -novembre 1905, à Londres, Paris, New-York, Berlin; à 90 livres pour cent -livres, valeur au pair, remboursable du 1er janvier 1920 au 1er janvier -1931. - -Un emprunt de 23.000.000 de livres sterling à 5 pour cent, a été émis, -en mars 1907, à Londres et à Paris; à 99,10 livres pour 100 livres, -valeur au pair; remboursable en 25 ans du 12 mars 1922 au 12 mars 1947. - -Si l’on ajoute à cela: l’emprunt pour le rachat des chemins de fer; -l’emprunt destiné à consolider les dettes des chemins de fer rachetés -par l’État; l’emprunt pour les dépenses extraordinaires; l’emprunt de -1897 pour les dépenses relatives à la construction des chemins de fer; -les obligations du Trésor émises au moment de la guerre contre la -Russie; le rachat des pensions héréditaires de l’ancien régime; -l’emprunt des Travaux publics; l’emprunt des chemins de fer du Hokkaido; -les divers autres emprunts nationaux, on voit que la situation -financière du Japon est très obérée. Ses idées de gloire et de grandeur -militaires l’ont entraîné très loin; il semble, au reste, s’en rendre -compte, et il déclare, maintenant, qu’il ne veut plus que la paix pour -développer les richesses et rétablir les finances. - - -V.--Suivant la loi en vigueur, les dépenses départementales sont -défrayées au moyen de contributions départementales, de subventions du -Trésor national et de recettes diverses. Les contributions -départementales sont perçues, ou bien par des taxes additionnelles aux -impôts directs, ou bien par des impôts sur des articles désignés à cet -effet. A la première catégorie appartiennent l’impôt foncier, l’impôt -sur le revenu, les patentes; à la seconde les taxes sur les loyers et -les taxes diverses. - -Les villes et les communes disposent, pour le payement de leurs -dépenses, des revenus provenant de leurs propriétés, loyers, droits et -autres recettes diverses; et, si ces sortes de recettes ne suffisent -pas, des contributions municipales ou communales peuvent être levées et -des prestations en nature imposées. - -Quand une assemblée locale décide de faire un emprunt, elle doit -déterminer, en même temps, la manière de le réaliser, le taux de -l’intérêt et la manière de rembourser. L’amortissement des emprunts des -villes et des communes doit commencer, au plus tard, trois ans après la -date de leur émission, et l’emprunt doit être totalement remboursé en -trente ans. - -Pour contracter un emprunt, les assemblées locales, municipalités des -villes ou villages, doivent obtenir l’autorisation du ministre des -Finances et du ministre de l’Intérieur. - - -VI.--Les règlements des Banques, promulgués en novembre 1872, étaient -basés sur le système généralement admis aux États-Unis; quatre banques -nationales furent créées conformément aux nouveaux règlements, lesquels, -entre autres choses, stipulaient le remboursement des billets en or au -pair; mais le manque d’or d’abord, et le nombre excessif de billets -émis, fit bientôt tomber ces derniers bien au-dessous du pair. Le -Gouvernement eut, alors, l’idée de remanier les règlements en 1879, et -d’autoriser les banques à se servir, comme garantie de leurs billets, -des Bons des Pensions héréditaires, s’élevant en bloc à 170.000.000 de -yen; les billets de ces mêmes banques devenant rachetables par des -billets d’État. Cette combinaison réussit et, dans l’espace de quelques -années, il se créa 153 banques désignées par les chiffres de 1 à 153. - -En 1880, lors de l’institution de la Banque du Japon (Nippon Ginkô), les -153 banques nationales furent privées du droit d’émettre des billets; la -plupart se fermèrent; quelques-unes furent converties en banques privées -qui existent encore actuellement. - -La Banque du Japon fut fondée en 1882; son capital autorisé fut d’abord -de 10.000.000 de yen; il est aujourd’hui de 30.000.000 de yen. Elle -possède le privilège d’émettre des billets jusqu’à la somme de -120.000.000 de yen sur garantie de la réserve d’or et d’argent qu’elle -possède et sur les bons du gouvernement. Il est fort probable que la -réserve métallique n’existe que sur le papier, tout l’or que le Japon -peut avoir passant à l’étranger; par conséquent, le billet de la Banque -du Japon n’a de valeur que par la confiance que lui assure l’habitant du -Nippon. - -Les principales banques sont: - -Yokohama Shô Kin Ginkô, Banque de monnaie métallique, d’espèces -sonnantes, fondée en 1880 au capital de 24.000.000 de yen; - -Nippon Kogio Ginkô, Banque industrielle du Japon, avec un capital de -17.500.000 yen; - -La Banque hypothécaire du Japon, avec un capital de 10.000.000 de yen; - -La Banque de Formose; - -La Banque de Hokkaido (île de Yezo). - -En dehors de ces grands établissements, il existe un certain nombre de -banques particulières, notamment les Première, Troisième, Quinzième, -Vingtième, Vingt-septième, Centième, Cent trentième Banques; ce sont les -survivantes des 153 Banques Nationales dont il a été parlé plus haut, et -qui sont devenues des établissements privés; Puis la Kawasaki Ginkô, -établie par M. Kawasaki; la Imamura Ginkô; la Meiji Shôgiô Ginkô; Tei -Koku Shôgiô Ginkô, etc... - -Plusieurs banques européennes sont établies et font des affaires au -Japon: - -La Banque anglo-japonaise, dont les bureaux sont à Yokohama; - -La Chartered bank of India, Australia and China à Yokohama, Kobé et -Nagasaki; - -La Deutsch-Asiatische Bank, à Yokohama, Kobé, Nagasaki; - -La Hongkong and Shanghaï banking Corporation, à Yokohama, Kobé, -Nagasaki; - -L’International Banking Corporation, à Yokohama, Kobé, Nagasaki; - -La Banque russo-chinoise, à Yokohama et Nagasaki. - -Il existait autrefois une Banque française, le Comptoir d’Escompte de -Paris; mais les règlements des Banques françaises sont tellement -restrictifs qu’il leur est impossible de faire des affaires en Orient, -et le Comptoir d’Escompte depuis longtemps a fermé sa succursale. - - -VII.--Les premières Compagnies d’assurances japonaises prirent naissance -en 1881, mais ce n’est qu’en 1890, après la promulgation du Code de -commerce, que des règlements furent établis pour surveiller et contrôler -les Compagnies. En 1900, une loi fut mise en vigueur édictant notamment -la nécessité, pour une association ou société de ce genre, de posséder -un capital d’au moins 100.000 yen; à la même époque, des règlements -parurent au sujet de la surveillance à exercer sur les Compagnies -européennes d’assurances établies et faisant des affaires au Japon. - -Parmi ces dernières toutes sont anglaises ou américaines: - -Union Assurance Society; - -Guardian Assurance Company; - -North British and Mercantile Insurance Cº; - -Phœnix Assurance Cº; - -Yorkshire Insurance Cº; - -Sun Fire Insurance Cº; - -Scottish Union and National Insurance Cº; - -Hongkong Fire Insurance Cº; - -Equitable life; - -New-York life; - -Une Compagnie française, l’Union, figure sur la liste. - - -VIII.--Il y a, au Japon, environ 40.000 médecins, qui tous, emploient -les méthodes européennes. Les maladies du Japon sont à peu près les -maladies d’Europe, sauf la dyssenterie, qui y sévit assez régulièrement -tous les étés. - -L’hygiène est, du reste, fort bien appliquée par les autorités, et, en -cas d’épidémie, je crois qu’aucun pays ne prend autant de précautions -que le Japon, et n’applique les règlements sanitaires avec autant de -ponctualité et de minutie. Ceux qui ont abordé aux ports de Kobé et de -Yokohama, pendant une épidémie de peste ou de choléra, en savent quelque -chose. - -Beaucoup de Japonais meurent phtisiques, et c’est ce qui fait que le -Nord n’est pas très peuplé. Le Japonais est plutôt résistant à la -chaleur qu’au froid, et son tempérament le conduirait plutôt vers les -régions équatoriales d’où ses ancêtres malais sont sortis. - -L’hospitalisation et l’assistance publique sont fort bien comprises, et -les hôpitaux, tenus à l’européenne, sont très propres. - -Les œuvres charitables ont été au début généralement chrétiennes, soit -étrangères, soit indigènes; malgré l’intérêt montré par la Cour -impériale, et notamment par l’Impératrice elle-même, pour toute œuvre de -bienfaisance, les bouddhistes et les shintoïstes ont été longs à diriger -leurs efforts vers le bien à faire à leurs compatriotes misérables. -Cependant, au milieu des Sociétés charitables de toutes sortes, on -commence à voir paraître quelques-unes des Sociétés bouddhiques -répandues un peu dans tout l’Empire. - - - - -CHAPITRE XVIII - -I. Le Japon politique et son avenir.--II. Le Japon commercial et -industriel et son avenir. - - -I.--Le Japon, à force de travail et d’efforts, s’est assimilé, à haute -dose, la civilisation occidentale. Il a surtout compris et adopté, en -première ligne, le mécanisme militaire parce que son tempérament, son -atavisme, son éducation l’y portaient, et il est devenu le facteur -principal de la paix ou de la guerre dans l’Extrême-Orient. - -Il a pris pied sur le continent. Y restera-t-il? Il cherche, évidemment, -la domination de l’Asie orientale, et c’est dans ce but qu’il augmente -sa force militaire. Ne vient-il pas de mettre encore quelques cuirassés -en chantier? Et son service de renseignements n’est-il pas étendu sur -toute l’Asie, d’une façon merveilleuse, depuis l’Inde jusqu’à la -Mongolie? J’ai vu des Japonais au Tonkin, sur les frontières du -Kouang-si, au Yunnan, en Birmanie; j’en ai rencontré à Bhamo, qui -allaient rejoindre des compatriotes venus à Yong Tchang fou par le Siam -et les pays Thai. Toutes les routes de l’Asie leur sont connues aussi -bien que leur propre pays[15]. - - [15] «Le Japon poursuit inlassablement le but qu’il s’est fixé: - devenir une grande puissance continentale, la plus grande de l’Asie. - Il a pris pied sur le continent et goût à l’aventure. - - «Écoutez ce que disait, à la tribune du parlement, le ministre de la - Guerre général Teraoutchi, au mois de mars 1908: «Je suis - profondément convaincu qu’un conflit entre de grandes puissances - aura lieu, non en Europe, mais à l’Est de l’Inde et à l’Ouest et au - Nord du Japon. Conviendra-t-il au peuple japonais de rester - spectateur impuissant en présence de pareille éventualité?» - - «... Le Ministre ajoutait: «En ce qui concerne les troupes - d’occupation de Mandchourie, j’affirme que nous renfermer dans nos - limites actuelles, serait l’équivalent pour nous d’une évacuation?» - - «De là à transporter et à entretenir sur le continent une bonne - partie de son armée, il n’y a pas loin. - - «Certes, en ce moment, Russes, Français, Anglais sont les amis du - Japon; qui ne l’est, du reste? - - «Mais que valent promesses et traités? Que l’on se rappelle le début - de la dernière guerre; que l’on n’oublie pas surtout avec quelle - désinvolture l’Autriche a violé le traité de Berlin... La force - apparaît plus que jamais comme l’exacte définition du droit; et cela - ne va pas sans quelque ironie dans ce temps de conférences, - d’arbitrage et de fraternité internationale. Apôtres de la paix et - propagandistes du désarmement, vous êtes des moutons et vous serez - mangés. Jamais le vieil axiome ne fut plus vrai: _Si vis pacem, para - bellum_. - - «Le Japon, lui, veut la guerre, et il la prépare.» (_France - militaire_, 25 avril 1909.) - -Mais, peut-être, la situation insulaire du Japon l’empêchera-t-elle de -mener à bien ses plans grandioses. L’histoire est là pour nous montrer -qu’il est impossible, à un peuple insulaire, de se maintenir sur le -continent contre un ennemi résolu à l’en empêcher, et les Anglais, qui -ont foulé si longtemps le sol de la France, ont fini par en être -chassés. La Chine, quand elle sera réveillée (et elle commence à ouvrir -les yeux), finira, elle aussi, par rejeter les Japonais à la mer. - -Le Gouvernement japonais aura-t-il toujours les mains libres, et ne -sera-t-il pas arrêté, d’abord, par des agitations intérieures, telles -que la grève et le socialisme, ensuite, par les puissances européennes -et américaines qui ont des intérêts et entendent avoir voix au chapitre -dans les questions d’Asie! - -Le socialisme, il est vrai, n’est pas encore très développé dans -l’Empire japonais; cependant il existe, le fait est indéniable, à tel -point que les commandants de corps d’armée sont obligés de prendre des -mesures pour empêcher la distribution de brochures socialistes et -antimilitaristes dans les casernes. Les ouvriers deviennent de plus en -plus nombreux et leur sort n’est pas toujours enviable; tout n’est pas -pour le mieux dans le monde ouvrier japonais; vienne un meneur sérieux, -un chef qui saura utiliser les mécontentements et, du coup, le parti -socialiste, encore dans le chaos, sera constitué fortement. - -L’année 1907, d’ailleurs, a été traversée par de nombreuses grèves; -quelques-unes ont été à ce point sérieuses qu’elles ont nécessité la -présence de la troupe pour rétablir l’ordre. - -Dans ces conflits entre le capital et le travail, le capital est sorti -victorieux dans presque tous les cas; et les ouvriers, sans organisation -et sans argent, ont été obligés de se soumettre; mais ceci n’est qu’un -début, et prouve, en tout cas, que le Japon n’est pas, plus qu’un autre -pays, à l’abri des idées novatrices. - -En dehors des difficultés intérieures, le Japon en rencontrera sans -doute d’autres dans le choc de ses intérêts contre ceux des puissances -colonisatrices, et la Grande-Bretagne, la première, malgré le traité -d’alliance qui la lie au Japon, sera, peut-être, mise dans le cas de -s’opposer à la trop grande ambition de son vigoureux et énergique allié. - -Des complications se sont déjà élevées et peuvent encore s’élever, plus -graves cette fois, entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre par -suite de l’immigration ininterrompue des Japonais au Canada[16], en -Australie et en Californie, où ils constituent des communautés fortes et -remuantes. - - [16] Consulter à ce sujet: Dr A. Loir, _Canada et Canadiens_ (ch. XVI. - L’invasion jaune). Librairie Orientale et américaine. E. Guilmoto, - éditeur. - - -II.--Si, laissant de côté les possibilités politiques, nous examinons -l’avenir commercial, y trouvons-nous des chances d’augmenter les -échanges et de voir monter le chiffre d’affaires? Je ne le pense pas. Le -Japon n’a, à vendre à l’étranger, que la soie prise tout entière par la -France, les États-Unis et l’Italie; le thé, absorbé uniquement par les -États-Unis; du cuivre, un peu de riz et des bibelots; il n’achète que le -coton brut, quelques lainages et surtout des métaux et fournitures -diverses pour son armée et sa marine. - -Les objets imités de la fabrication européenne, qu’il livre à la Chine, -à l’Indo-Chine et aux Indes, ne peuvent convenir à l’Europe et à -l’Amérique. Il ne peut donc être un client sérieux et il est un -concurrent en Asie. - -Pour nous, Français, nous ne pouvons guère espérer un développement de -nos relations commerciales avec le Japon. Nos mousselines de laine, -achetées autrefois en grande quantité, sont aujourd’hui imitées en -Allemagne et en Suisse, et vendues meilleur marché par ces deux pays; de -plus, elles commencent à être imitées au Japon même; le vin, un de nos -principaux articles, n’est pas apprécié par les indigènes, et ce que -nous en vendons (de 300 à 350.000 francs), est insignifiant. Quant à la -métallurgie, il nous est impossible de la fournir; car nous fabriquons -et nous vendons plus cher que l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et -les États-Unis qui sont les fournisseurs actuels du Japon. - -Le Japon développera naturellement de plus en plus son industrie, et il -deviendra, de plus en plus, le fournisseur des marchés d’Asie, notamment -du marché de Chine où il faut de la marchandise pas chère; il sera, par -contre, de moins en moins un bon client pour l’Europe et l’Amérique. -«Les affaires y deviennent de plus en plus mauvaises et difficiles», -m’écrivait encore, il y a quelque temps, un de nos compatriotes qui -connaît bien le pays où il est établi depuis quarante ans. - -Certes, le Japon ne manque pas de qualités: le courage, la patience, la -persévérance; ce qu’il a accompli dans un laps de temps très court, est -certainement remarquable, pas toutefois si remarquable qu’on le croit -généralement, si l’on veut bien considérer qu’il avait tout à sa -disposition, qu’il n’avait qu’à prendre, et que l’Europe et l’Amérique -l’ont aidé de toutes leurs forces et de toutes les manières. Il n’a pas -eu à chercher; tout était trouvé par les autres, et il n’a eu qu’à -imiter et à adapter[17]; mais ce dont il doit être loué, c’est d’avoir -mis à sa transformation une volonté robuste, un savoir-faire et une -application extraordinaires. En considérant sa grande facilité -d’imitation et d’adaptation, sa mémoire précieuse, le soin méticuleux -qu’il met dans tout ce qu’il entreprend, on ne peut que louer le Japon -des efforts qu’il déploie pour se hausser à un degré d’humanité -supérieure; ce qu’il a fait mérite, certes, d’être remarqué comme il -convient; mais, évidemment, il lui manque encore beaucoup pour arriver -au niveau de l’Europe. Seule, une élite a réussi à se transformer, plus -ou moins complètement, et à s’occidentaliser; mais la masse de sa -population n’a pas bougé, et quand le voyageur quitte les quelques ports -ou cités où l’étranger réside, pour se rendre dans l’intérieur, il -trouve encore le Japonais tel qu’il était il y a cinquante ans. - - [17] Or, si l’on veut bien y réfléchir, il est évident qu’il n’y a - rien de bien difficile à imiter la civilisation matérielle de - l’Occident. C’est une affaire de patience et de méthode. - - - - -CHAPITRE XIX - -I. Les Colonies japonaises. Formose.--II. Finances.--III. -Monopoles.--IV. Banques.--V. Commerce.--VI. Agriculture et -Industries.--VII. Sakhalin et Kwang-Tong. - - -I.--Le Japon n’est pas seulement, aujourd’hui, confiné dans ses îles; il -déborde, et après deux guerres heureuses, il est devenu un peuple -colonial. J’ai donc à passer en revue les différentes possessions que le -hasard de la guerre a fait tomber sous sa domination. - -En premier lieu se présente Formose, en chinois et en japonais, Tai wan. -Cette grande île, située au sud-est de la Chine, dépendait, autrefois, -de la province continentale du Fukien; elle mesure 400 kilomètres sur -140. Une chaîne de montagnes coupe l’île du Nord au Sud et renferme -plusieurs volcans. Les Chinois s’établirent dans cette île en 1430; les -Portugais la visitèrent au XVIe siècle et lui donnèrent le nom de -Formose à cause de la beauté du climat. Les Japonais et les Hollandais y -fondèrent des colonies au commencement du XVIIe siècle; mais en 1661 le -fameux pirate Kochinga s’en empara et en resta maître jusqu’en 1683, -époque à laquelle les Chinois la reprirent. - -Avant d’entrer plus avant dans la statistique et l’économie de la -Formose moderne, il n’est pas sans intérêt de connaître la peinture que -fait de la Formose ancienne le jésuite du Halde: «Je dois parler un peu -au long de cette île, et parce qu’elle a été longtemps inconnue même aux -Chinois, dont elle n’est pas pourtant fort éloignée, et qu’ils n’ont -commencé à y entrer que sous le règne du dernier empereur Kang hi -(1662-1722); et parce que, d’ailleurs, le Gouvernement, les mœurs, les -usages de ces insulaires, bien différents de ceux des Chinois, de même -que les moyens dont ceux-ci se sont rendus maîtres de l’île, méritent un -détail un peu étendu. - -«Toute l’île de Formose n’est pas sous la domination des Chinois; elle -est comme divisée en deux parties, Est et Ouest, par une chaîne de -montagnes qui commence à la partie méridionale de Cha Ma Ki Teou et ne -finit proprement qu’à la mer septentrionale de l’île. Il n’y a que ce -qui est à l’Ouest de ces montagnes qui appartienne à la Chine. - -«La partie orientale, à en croire les Chinois, n’est habitée que par des -barbares. Le pays est montagneux, inculte et sauvage. Le caractère -qu’ils en font ne diffère guère de ce qu’on dit des sauvages d’Amérique. -Ils les dépeignent moins brutaux que les Iroquois, plus chastes que les -Indiens, d’un naturel doux et paisible; s’aimant les uns les autres, se -secourant mutuellement, nullement intéressés, ne faisant nul cas de l’or -et de l’argent dont on dit qu’ils ont plusieurs mines; mais vindicatifs -à l’excès, sans loi, sans gouvernement, sans police, ne vivant que de la -chair des animaux et de la pêche, enfin sans culte et sans religion. - -«Les Chinois, avant même que d’avoir subjugué Formose, savaient qu’il y -avait des mines d’or dans l’île. Ils ne l’eurent pas plutôt soumise à -leur puissance, qu’ils cherchèrent de tous côtés ces mines; comme il ne -s’en trouvait pas dans la partie occidentale, dont ils étaient les -maîtres, ils résolurent de les chercher dans la partie orientale où on -leur avait assuré qu’elles étaient. Ils firent équiper un petit bâtiment -afin d’y aller par mer, ne voulant point s’exposer dans les montagnes -inconnues où ils auraient couru risque de la vie. Ils furent reçus avec -bonté de ces insulaires, qui leur offrirent généreusement leurs maisons, -des vivres et toutes sortes de secours. Les Chinois y demeurèrent -environ huit jours; mais tous les soins qu’ils se donnèrent pour -découvrir les mines furent inutiles, soit faute d’interprète qui -expliquât leur dessein à ces peuples; soit crainte et politique, ne -voulant point faire ombrage à une nation qui avait lieu d’appréhender la -domination chinoise. Quoi qu’il en soit, de tout l’or qu’ils étaient -allés chercher, ils ne découvrirent que quelques lingots, exposés dans -les cabanes, dont ces pauvres gens faisaient peu de cas. Dangereuse -tentation pour un Chinois; peu contents du mauvais succès de leur voyage -et impatients d’avoir ces lingots exposés à leurs yeux, ils s’avisèrent -du stratagème le plus barbare: ils équipèrent leur vaisseau, et ces -bonnes gens leur fournirent tout ce qui était nécessaire pour leur -retour. Ensuite ils invitèrent leurs hôtes à un grand repas qu’ils -avaient préparé, disaient-ils, pour témoigner leur reconnaissance; ils -firent tant boire ces pauvres gens qu’ils les enivrèrent; comme ils -étaient plongés dans le sommeil causé par l’ivresse, les Chinois les -égorgèrent tous, se saisirent des lingots et mirent à la voile. - -«Cette action cruelle ne demeura pas impunie; mais les innocents -portèrent la peine que méritaient les coupables. Le bruit n’en fut pas -plutôt répandu dans la partie orientale de l’île, que les insulaires -entrèrent, à main armée, dans la partie septentrionale qui appartient à -la Chine, massacrèrent impitoyablement tout ce qu’ils rencontrèrent: -hommes, femmes, enfants, et mirent le feu à quelques habitations -chinoises. - -«La partie de Formose que possèdent les Chinois mérite certainement le -nom qu’on lui a donné; c’est un fort beau pays; l’air y est pur et -toujours serein; il est fertile en toutes sortes de graines, arrosé de -quantité de petites rivières, lesquelles descendent des montagnes qui la -séparent de la partie orientale; la terre y porte abondamment du blé, du -riz, etc. On y trouve la plupart des fruits des Indes, des oranges, des -bananes, des ananas, des goyaves, des papayas, des cocos, etc. Il y a -lieu de croire que la terre porterait aussi nos arbres fruitiers -d’Europe, si on les y plantait; on y voit des pêches, des abricots, des -figues, des raisins, des châtaignes, des grenades. Ils cultivent une -sorte de melon; le tabac et le sucre y viennent parfaitement bien[18].» - - [18] DU HALDE, _Description de l’Empire de la Chine_, passim. - -Cette description des magnificences de Formose s’applique fort bien à la -partie Nord de l’île, où les Portugais abordèrent en 1580, et où ils -fondèrent leur établissement de Ki long. Mais la côte occidentale ne -présente aucun bon port, et les navires, embossés au large, sont exposés -au double inconvénient d’un mauvais ancrage et d’une très mauvaise -réception de la part des indigènes; quant à la côte orientale, elle ne -possède que des côtes à pic et des torrents dont les embouchures sont -fermées par les alluvions. - -«Sur la fin de 1620, qui est la première année de l’empereur Tien-Ki, -une escadre japonaise vint aborder à Formose. L’officier qui la -commandait trouva le pays, tout inculte qu’il était, assez propre à y -établir une colonie; il prit la résolution de s’en emparer, et, pour -cela, il y laissa une partie de son monde, avec ordre de prendre toutes -les connaissances nécessaires à l’exécution de son dessein. - -«Environ ce même temps, un vaisseau hollandais, qui allait au Japon ou -en revenait, fut jeté par la tempête à Formose; il y trouva les -Japonais, peu en état de lui faire ombrage. Le pays parut beau aux -Hollandais et avantageux pour leur commerce. Ils prétextèrent le besoin -qu’ils avaient de quelques rafraîchissements et des choses nécessaires -pour radouber leur vaisseau maltraité par la tempête. Quelques-uns d’eux -pénétrèrent dans les terres, et, après avoir examiné le pays, ils -revinrent sur leur bord. - -«Les Hollandais ne touchèrent point à leur vaisseau pendant l’absence de -leurs compagnons; ce ne fut qu’à leur retour qu’ils songèrent à le -radouber. Ils prièrent les Japonais, avec qui ils ne voulaient pas se -brouiller, de peur de nuire à leur commerce, de leur permettre de bâtir -une maison sur le bord de l’île qui est à une des entrées du port, dont -ils pussent dans la suite tirer quelque secours, par rapport au commerce -qu’ils faisaient au Japon. Les Japonais rejetèrent d’abord la -proposition; mais les Hollandais insistèrent de telle sorte en assurant -qu’ils n’occuperaient de terrain que ce qu’en pouvait renfermer une peau -de bœuf, qu’enfin les Japonais y consentirent. - -«Les Hollandais prirent donc une peau de bœuf qu’ils coupèrent en -petites aiguillettes fort fines, puis ils les mirent bout à bout et s’en -servirent pour mesurer le terrain qu’ils souhaitaient. Les Japonais -furent d’abord un peu fâchés de cette supercherie; mais enfin, après -quelque réflexion, la chose leur parut plaisante: ils s’adoucirent et -ils permirent aux Hollandais de faire de ce terrain ce qu’ils jugeraient -à propos; c’est sur ce terrain qu’ils bâtirent le fort, qu’ils nommèrent -Castel Zelandia.» - -Cependant ils en furent chassés en 1661 par Tching Tching Kong, fils de -Tching Tchi Long, riche négociant du Tonkin, qui, après avoir équipé une -flotte, envahit Formose, brûla quatre vaisseaux hollandais et permit à -un autre de se retirer avec les Européens. Il constitua, ensuite, une -sorte de royaume indépendant dans l’île; mais en 1682, sous le règne de -l’empereur Kang hi, Formose devint définitivement une possession -chinoise. - -L’île produit du maïs, des patates, des fruits, du tabac, de l’indigo, -de la canne à sucre, du riz et du thé; mais son principal article -d’exportation est le camphre; on y trouve aussi du charbon, du soufre, -du pétrole. - -Les Japonais, après avoir eu, en même temps que les Hollandais, contact -avec les habitants de Formose, s’étaient retirés également et n’avaient -plus eu de relations avec l’île. En 1874, un navire japonais, jeté sur -la côte orientale, fut pillé par les indigènes et les matelots -massacrés. Le gouvernement du Mikado, par l’entremise de son ministre à -Péking, M. Soyeshima, réclama le châtiment des coupables, mais le Tsong -li ya men répondit que la Chine se désintéressait de la question et que -le Gouvernement japonais était libre de punir les sauvages comme il -l’entendait. - -Une expédition fut donc décidée, et le général Saïgo Tsukumichi fut mis -à la tête des troupes; la lutte ne dura pas longtemps; les indigènes -vinrent de suite à composition et firent la paix avec Saïgo. Mais la -Chine alors, changea d’avis et entra en scène, et, pour éloigner les -Japonais, consentit à une indemnité pour les familles des matelots -massacrés. - -Comme on le voit, les vues du Japon sur Formose datent de loin, et, à la -suite de la guerre contre la Chine, en 1894-1895, l’île est passée sous -sa domination. - -En avril 1896, le régime militaire fit place à l’administration civile; -vers la même époque, le Gouvernement japonais traça un programme, d’une -part pour subjuguer les tribus aborigènes, d’autre part pour organiser -les voies de communication, les finances et les monopoles; depuis lors, -l’application de ce programme a été poursuivie sans interruption. Les -finances de l’île sont devenues indépendantes depuis l’exercice -1905-1906, c’est-à-dire que les recettes du Gouvernement de Formose -suffisent pour faire face aux dépenses administratives sans aucune aide -pécuniaire du Trésor central; bien plus, le revenu de l’île a même -permis de solder les dépenses de certains travaux publics, auxquels on -devait pourvoir au moyen d’emprunts. Pendant les années suivantes, -malgré certains changements survenus dans la nature des recettes -publiques, elles se sont accrues graduellement, et les finances de l’île -se trouvent dans une situation satisfaisante. - - -II.--Dès l’exercice 1897-1898, un compte spécial fut dressé pour les -finances de Formose; il servit de base au Gouvernement pour projeter, -puis réaliser l’autonomie financière de l’île. Le trésor central devait -fournir des sommes importantes pour combler le déficit du budget de -l’île; on pensa que ce subside pourrait être diminué d’année en année; -aussi, le montant annuel fut-il établi en progression décroissante, dans -la prévision que l’exercice 1909-1910 verrait les finances de Formose -complètement indépendantes. Pendant l’exercice 1899-1900, et -simultanément avec le commencement des travaux précités, sont créés les -monopoles du camphre et du sel; les services de bateau entre Formose et -le Japon proprement dit et le long des côtes de l’île sont augmentés, ce -qui facilite l’exécution d’entreprises gouvernementales et privées; puis -un service régulier de vapeurs entre Formose et la Chine est ouvert. - -Tandis qu’en 1900-1901, l’administration consacre ses efforts à -développer la production et les industries de l’île, et élabore des -plans pour une extension des lignes de navigation à vapeur, elle prend -des mesures, l’année suivante, pour perfectionner l’industrie du sucre -et elle entreprend la tâche d’étudier les vieilles coutumes. En -1902-1903, elle s’occupe d’introduire des améliorations dans la -manufacture du papier et du thé. Pendant les deux exercices 1903-1904, -et 1904-1905, les travaux du cadastre ayant été achevés, un emprunt -public est émis, d’un peu plus de 4.080.000 yen, destiné à compenser la -taxe payable au propriétaire principal d’un terrain, et les recettes -provenant de l’impôt foncier augmentent d’un million de yen; puis, -lorsque la loi des taxes spéciales extraordinaires est mise en vigueur, -pour faire face aux dépenses de la guerre avec la Russie, le sucre est -aussi soumis à Formose à une accise, et les étoffes tissées à une taxe -de consommation; de cette façon, on arrive à réaliser l’égalité dans -l’imposition des taxes, et à procurer à l’île, en compensation de ceux -qu’elle devait recevoir du Gouvernement central, les fonds destinés à -combler le déficit de ses finances. Dans l’année 1905-1906, le -Gouvernement de Formose est en mesure de renoncer à une somme d’environ -6.100.000 yen, montant approximatif des subsides qu’il devait recevoir -du Gouvernement central pour combler le déficit survenu depuis ce même -exercice jusqu’à celui de 1909-1910. Il décide, en outre, de payer avec -les revenus de l’île, sans recourir à l’emprunt public, dont il est -question plus haut, les frais de construction du chemin de fer et du -port de Kelung, entreprises dont le coût devait être soldé avec le -montant de cet emprunt. D’ailleurs, le déficit dans les revenus annuels -devait être couvert, désormais, au moyen d’une réforme de l’impôt -foncier et par l’adoption du monopole du tabac. Grâce à ces mesures, le -compte spécial du Gouvernement de Formose passait, graduellement, de -l’état d’indépendance théorique et légale à celui d’une indépendance -réelle. - -Pendant l’année financière 1908-1909, des plans ont été dressés, pour -perfectionner les travaux d’utilisation des cours d’eau, aménager le -port de Taku, améliorer la production du camphre, livrer de nouveaux -terrains à la culture, développer l’exploitation des bois de charpentes -et construire des voies ferrées; un emprunt du Gouvernement fournira la -somme de 38.990.000 yen nécessaires pour ces entreprises. Il a été -décidé que ces travaux seraient commencés pendant l’exercice 1908-1909, -terminés vers 1923-1924, et que l’emprunt serait remboursable dans les -onze années qui suivront leur achèvement. La grande artère Nord-Sud du -chemin de fer, qui va d’une extrémité à l’autre de l’île, a été achevée -en avril 1908, et la longueur totale, soit pour la ligne principale, -soit pour les embranchements, est de 444 kilomètres. Comme les progrès -de l’industrie sucrière à Formose importent non moins au développement -économique de la classe agricole qu’à la prospérité des finances -générales de l’île, le Gouvernement s’est préoccupé d’augmenter -considérablement l’étendue des terres consacrées à la culture de la -canne à sucre; la formation de nouvelles Compagnies, après la guerre -russo-japonaise, jointe à l’augmentation du capital des Compagnies -existantes, fait prévoir une production annuelle de 10.250 tonnes de -sucre à partir de 1908-1910; aussi, pour assurer à cette industrie un -ample approvisionnement de matières premières, le Gouvernement a -augmenté les subventions et allocations destinées à favoriser la -production sucrière, à livrer de nouveaux terrains à la culture dans la -région des aborigènes, à aider la navigation entre l’île et la -métropole, et à élever de nouvelles constructions. Cet accroissement de -dépenses sera équilibré par les recettes de l’accise sur le sucre, les -revenus des chemins de fer et le surplus des recettes de l’exercice -précédent. - - -III.--Le premier monopole introduit à Formose fut celui de l’opium, -suivi plus tard par ceux du sel, du camphre et du tabac. Ce n’est pas -seulement en raison d’une nécessité financière que furent créés ces -monopoles, ce fut aussi «en vue de sauvegarder la santé publique, de -raviver l’industrie et de doter l’île d’une capacité commerciale -effective». - -On voit bien des raisons de santé publique expliquées en ce qui concerne -l’opium, mais pour le sel, le camphre et le tabac, on demeure rêveur. -Quant à développer l’initiative privée dans l’industrie et dans le -commerce en créant des monopoles, c’est une chose qui ne s’est jamais -vue et ne se verra probablement jamais, puisque le fait de monopoliser -tue précisément l’initiative et l’énergie des particuliers. - - -IV.--Quoi qu’il n’existât, au temps de la cession de Formose, aucun -système monétaire organisé dans l’île, il n’en résultait pas de grands -inconvénients dans la circulation des capitaux, en raison de -l’insignifiance des transactions. Mais, avec leur développement, on -sentit la nécessité de créer des banques comme organe de la circulation -monétaire; on établit donc la Banque de Formose (Tai wan ginkô), puis la -Banque du Sud, la Banque d’épargne de Tai wan, la Banque Shôka et la -Banque Kagi. En 1904 et en 1906, le Gouvernement japonais réforma le -vieux système monétaire et aujourd’hui la circulation de la monnaie -japonaise se fait à Formose comme au Japon. - -[Illustration: Nikkô.--L’allée des Bouddhas.] - - -V.--Autrefois le commerce de l’île était tout entier aux mains des -Chinois; par suite, en effet, de la proximité de la province du Fou -Kien, il y avait communication constante, par jonques, entre les deux -côtes. Par le traité de Tien Tsin, les ports de Taku, Anking, Tamsui et -Kelung furent ouverts au commerce étranger, et cet événement fut le -point de départ du commerce de Formose avec les nations occidentales. En -1895, après le traité de Shimonoséki, et la cession de l’île au Japon, -les Japonais commencèrent à s’y établir. - -Le commerce extérieur, pendant 1908, s’est élevé à 71.700.000 yen, soit -une augmentation de 13.300.000 yen sur l’année précédente. - -Dans ce chiffre, les exportations au Japon comptent pour 24.400.000 yen -et celles à l’étranger pour 9.300.000 yen; le total de l’exportation -atteint donc 33.700.000 yen. Les importations du Japon se montent à -20.900.000 yen et celles des pays étrangers à 17.000.000 de yen donnant -ainsi un total de 37.900.000 yen. Le surplus de l’exportation est dû au -riz, au sucre et au thé, en dépit de la diminution subie par le camphre; -l’accroissement de l’importation provient d’une augmentation dans -l’entrée des sucres, des machines, des rails, du ciment et des matériaux -de construction. - - -VI.--Comme l’île de Formose est située en partie dans la zone torride, -et que son sol est fertile, elle est riche en productions naturelles de -toutes sortes. Le riz croît partout, sauf dans les districts montagneux, -et il donne deux récoltes par an. Les progrès des travaux d’irrigation -et le perfectionnement des méthodes de culture ont contribué à augmenter -l’étendue des rizières; la quantité de riz transportée au Japon en 1908 -représente 10.000.000 de yen contre 6.000.000 en 1907. - -La culture de la canne à sucre a pris un développement considérable et -plusieurs raffineries se sont établies; la valeur du sucre transporté au -Japon en 1908 s’élève à 9.400.000 yen. C’est, avec celle du camphre, la -seule industrie de Formose. Les forêts vierges qui recouvrent tout le -centre de l’île n’ont pas encore été exploitées; elles renferment des -cryptomerias, des conifères de toutes sortes et aussi le _hinoki_ ou -chamœcyparis obtusa, arbre très estimé au Japon. - -En somme l’île commence à peine à sortir de son long sommeil; il faudra -du temps et surtout beaucoup d’argent pour en exploiter les richesses -naturelles. - -Pour l’année 1908-1909, les recettes du Gouvernement de Formose ont été -de 33.871.328 yen, c’est-à-dire que le budget s’est balancé exactement. -Ces chiffres sont fournis par les rapports financiers du ministère -japonais; je les donne sans commentaires. - - -VII.--L’île de Sakhalin, en japonais Kara futo, était, autrefois, tout -entière une possession japonaise. Elle avait été cédée aux Russes, en -1875, à une époque récente par conséquent. Après la guerre contre la -Russie, cette dernière puissance rétrocéda au Japon, par le traité de -Portsmouth (États-Unis), la moitié méridionale de l’île. - -Sakhalin a surtout comme ressources la mer et la forêt. Rien n’a encore -été entrepris dans l’île et l’on se trouve dans la période des -observations, des recherches et des tâtonnements. Un millier de familles -japonaises ont été transplantées à Kara futo; on leur a fourni des -graines et du bétail; il paraîtrait en effet qu’une grande superficie de -la partie japonaise de l’île est propre à la culture et aux pâturages. - -Enfin l’or et la houille seraient abondants. Mais l’exploitation en est -réservée à un avenir vraisemblablement lointain. - -Presqu’île du Kwang Tong.--Cette partie du territoire chinois, à -l’extrémité sud de laquelle est située la forteresse de Port-Arthur (Liu -chouen keou, Riô jun kô), se trouve dans la dépendance du Japon par -suite de la défaite des Russes. Ces derniers, en effet, avaient pris à -bail, de la Chine, pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans, la -presqu’île du Kwang Tong avec la forteresse de Port-Arthur, et les -Japonais ont été leurs successeurs dans le bail. - -Le seul port de ce territoire est Dalny (Tairen), déclaré port franc; la -douane maritime chinoise y est installée pour percevoir les droits sur -les marchandises qui quitteraient la zone franche pour entrer en Chine. - -Le total des exportations s’est élevé à 34.726.896 yen et celui des -importations à 31.355.647 yen, soit un total d’échanges de 66.082.543 -yen. - - - - -CHAPITRE XX - -I. La Corée autrefois et aujourd’hui. L’établissement du protectorat -japonais.--II. Le résident général et les attributions.--III. La réforme -financière; l’impôt; les banques.--IV. Les Japonais en Corée; sociétés -agricoles et industrielles; élevage et culture.--V. L’industrie -coréenne; son avenir.--VI. Commerce, importation et exportation pour -1908. - - -I.--Le royaume de Corée est, aujourd’hui, une véritable dépendance du -Japon, bien qu’il ait conservé jusqu’à présent son roi et sa cour. Le -Gouvernement du Mikado y exerce son autorité par l’intermédiaire d’un -résident général représentant le Protectorat. - -La Corée est une grande péninsule qui s’avance en forme de cap dans la -mer orientale (Tong hai), entre la Chine et le Japon. La mer du Japon la -baigne à l’Orient; le golfe du Leao Tong la sépare des provinces du Pe -tche li et du Chan Tong du côté de l’occident. Au Nord, elle confine aux -pays mandchoux; au Midi elle a pour limite la grande mer; enfin le -fleuve Yalu, au Nord-Ouest, la sépare du Leao Tong. Elle a été autrefois -habitée par différents peuples, et elle était divisée en plusieurs -petits royaumes; les trois principaux étaient ceux de Kaoli (Kôrai), Sin -lo (Shinra), et Pe tsi (Hakusai), si souvent mentionnés dans l’histoire -japonaise. - -Au IIIe siècle av. J.-C, l’impératrice japonaise Zingu (Zingu Kôgô) -envahit les trois royaumes et les soumit à un tribut, lequel était -ponctuellement envoyé tous les ans du port de Fusan à la cour du Mikado, -puis à celle de Shôgun. Mais la Chine considérait les royaumes coréens -comme une de ses dépendances; en 1392 elle intervint, comme elle le -faisait toujours quand il y avait des révolutions intérieures, et elle -plaça sur le trône de la Corée, devenue alors un pays centralisé, la -dynastie de Han; les relations avec le Japon s’affaiblirent et même -finirent par cesser complètement au milieu du XVe siècle. - -Cependant les Japonais, se rappelant les hauts faits de leur impératrice -douze siècles auparavant, songeaient toujours à envahir la péninsule, et -ce fut le fameux Hideyoshi (Taikosama) qui, en 1592, entreprit une -nouvelle expédition. Pendant six ans, le malheureux pays de Corée fut -livré au meurtre et au pillage; les Japonais s’étaient avancés très loin -vers le Nord, et ils occupaient toutes les places fortes. Enfin la Chine -s’émut; elle n’avait pas encore alors perdu l’esprit militaire et -guerrier; elle accourut au secours des Coréens, refoula les Japonais -vers le Sud et les rejeta à la mer en 1598. - -Les relations du Japon et de la Corée se trouvèrent de nouveau -interrompues. - -Elles reprirent, par intermittences, jusqu’au moment où, en 1868, une -ambassade japonaise vint informer le régent du royaume de Corée (le Tai -wen Kun) de la restauration impériale et de la révolution qui venait de -s’accomplir au Japon. L’ambassade fut reçue froidement. En 1872 M. -Hanabusa, en 1874 M. Moriyama furent envoyés à Séoul pour essayer de -renouer des pourparlers; mais ils n’y réussirent pas. - -Où la diplomatie et la persuasion échouèrent, la force, comme toujours, -réussit. En effet, un petit bateau de guerre japonais, le _Uniô Kwan_, -fut attaqué en face de la grande île de Kang hoa; les Japonais -demandèrent réparation et s’adressèrent à la Chine. Cette dernière, -occupée ailleurs, de même qu’elle avait désavoué les Formosans en 1874, -désavoua la Corée en 1875, et déclara qu’elle n’était pour rien dans ses -affaires. Les Japonais, ainsi mis à l’aise, conclurent avec le roi de -Corée un traité qui déclara tout d’abord la Corée pays indépendant à -l’égal du Japon. Les ports de Tchemulpo, Fusan, Gensan étaient ouverts -au commerce japonais; la capitale, Séoul, recevait un résident japonais, -et aussitôt les sujets du Mikado s’établirent en nombre considérable -dans les pays qui s’offraient à leur activité. - -En 1882, tout à coup, arrive au Japon la nouvelle que M. Hanabusa, le -ministre résident, a été chassé de Séoul, la légation japonaise -attaquée, quelques agents tués et que toute la colonie s’est réfugiée à -Tchemulpo. Nouvelle intervention japonaise, mais aussi nouvelle -intervention chinoise; les deux pays finissent par s’entendre; et le -Japon s’arrange avec la Corée, en signant un traité commercial très -avantageux pour lui, et en stipulant une forte indemnité. - -De 1884 à 1894, la cour de Corée fut en révolution permanente. La reine, -le Tai wen Kun, le roi, et un certain Kim ok Kiun, révolutionnaire et -novateur, occupent la scène. Kim ok Kiun soulève des bandes de -combattants, les _Tong hak_, qui parcourent le pays et le mettent à feu -et à sang. La Chine et le Japon envoient des troupes; il y a conflit et -en 1894, au mois d’août, le Japon déclare la guerre à la Chine. - -La Chine battue reconnaît l’indépendance de la Corée et retire toutes -ses troupes, laissant le pays sous l’influence absolue du Japon. - -Mais la Russie entre en ligne: négociations russo-japonaises qui -n’aboutissent pas; guerre, traité de Portsmouth sont des événements que -je n’ai pas besoin de rappeler ici. Le Japon est arrivé au but qu’il -poursuivait, il est maître en Corée. - - -II.--Par une convention conclue en août 1904, la Corée s’est engagée à -faire des réformes dans son administration; puis en 1905 une autre -convention régla, d’une façon effective, le protectorat japonais en -établissant la Résidence générale, les résidences des provinces et en -nommant le prince Ito[19] Résident général du Japon en Corée. - - [19] Il vient d’être assassiné à Kharbin, sur territoire russe, par un - Coréen. - -Le Résident général relève directement de l’Empereur du Japon; en ce qui -concerne les affaires extérieures, il communique directement avec le -ministre des Affaires Étrangères et le Président du Conseil qui -soumettent des vues à l’Empereur. Les consulats étrangers en Corée -reçoivent l’exéquatur du Gouvernement japonais. - -C’est le Résident général qui propose les réformes à exécuter, les -travaux à entreprendre, enfin c’est lui qui tient en main tous les fils -de l’administration coréenne. Des résidents japonais sont établis dans -toutes les capitales des provinces. - - -III.--La première chose à faire était de mettre de l’ordre dans les -finances de ce pays à peu près ruiné, ou tout au moins dans un état de -désordre financier complet. La diminution des produits de toutes sortes, -l’absence de budget fixe, les impôts très lourds et prélevés avec une -maladresse et une violence excessives, avaient appauvri la nation -coréenne. A la suite d’une convention conclue en 1907, des agents -japonais furent nommés à des postes officiels dans l’administration -coréenne afin de travailler, de concert avec les fonctionnaires coréens, -à la bonne administration des finances. Un budget régulier fut établi -pour la première fois en 1905; il donna comme recettes une somme de -7.480.287 yen, et comme dépenses celle de 9.556.836 yen. Le dernier -budget, celui de 1909-1910, prévoit 21.434.723 yen de recettes contre -22.268.255 yen de dépenses. - -Le système d’impôts, pratiqué en Corée depuis plusieurs siècles, est -très imparfait; à défaut d’une base sérieuse de recouvrement des taxes, -le Gouvernement se trouvait dans l’impossibilité de percevoir la -totalité du montant prévu, et d’autre part, les fonctionnaires, -individuellement chargés de la perception de l’impôt, avaient -constamment recours aux extorsions les plus injustes; non seulement ils -se laissaient corrompre, mais ils levaient à leur profit des taxes -supplémentaires illégales. Dans de telles conditions, la population ne -pouvait que s’appauvrir. Il était donc indispensable de commencer -immédiatement la réforme sur ce point, d’établir avec justice un nouveau -système de perception des impôts, et de placer les finances de l’État -sur des bases tout à fait solides. - -Les résultats donnés par le recouvrement des impôts pendant le dernier -exercice se répartissent ainsi: - - Impôt foncier 5.628.575 yen. - -- sur les maisons 357.884 -- - -- sur les produits marins 7.584 -- - -- sur le sel 8.958 -- - -- sur les mines 34.601 -- - Droits de douanes 3.179.838 -- - Droits de tonnage 91.951 -- - Taxe des bateaux 6.649 -- - -- des boucheries 28.074 -- - -- des prêteurs sur gages 503 -- - -- du ginseng 621 -- - Arriéré des impôts du précédent exercice 163.166 -- - Autres impôts 13.183 -- - --------- - Total. 9.521.587 yen. - -Le système monétaire coréen est devenu, en tous points, semblable au -système japonais, et la réforme, faite avec beaucoup d’à propos, sans -supprimer brusquement toute monnaie coréenne, a excellemment réussi. -Autrefois, et jusqu’à ces dernières années, il n’existait pas de banques -à proprement parler; la réforme des finances a, naturellement, nécessité -l’établissement d’organes financiers régulièrement constitués. - -Les règlements pour l’organisation et le contrôle des banques, furent -promulgués en 1906, et une banque coréenne fut installée à cette époque. -Actuellement trois banques coréennes fonctionnent: Kanjô Ginkô, Ten -itchi Ginkô, Kan itchi Ginkô, avec leur siège à Seoul et des succursales -à Su Won, Ton Maku, Ma Po, Nam Tai Mun; d’autres banques, destinées à -aider l’agriculture et l’industrie, ont été établies dans plusieurs -villes: à Seoul, Chung Chu, Kai jyou, Kong Chu, Kan Gyon, Chung Jyu, Kai -Syong, Syang Chu, Shin Chu, Masampo, Yong Pyen, Chinampo, Hai Chu, Poku -Chon, Sari Nan, Nam Noa, Choi Chu Do, Pol Kyo Po, Yong Sam Po, Ham -Heung, Ryong-Song, Hoi Ryong, Chong Jin. - -En outre, trois banques japonaises: la Dai itchi Ginkô, dont le bureau -central est à Tokio, la Dai Ju hachi Ginkô, à Nagasaki, et la Dai go ju -hachi Ginkô à Osaka, sont également établies en Corée. - - -IV.--Les Japonais n’avaient pas attendu le protectorat de leur pays sur -la Corée pour s’installer dans le Sud de la péninsule, autour de Fusan. -Dès le premier traité, en 1876, une émigration japonaise assez -considérable s’était dirigée vers ce port et de fait, Fusan ressemblait -étrangement au bout de quelques années à une ville japonaise. -Aujourd’hui, beaucoup des sujets du Mikado ont entrepris le fermage et -l’élevage en grand dans les provinces de Kyung San et Chulla; au lieu de -se contenter des petits jardins maraîchers qui leur suffisaient -autrefois, les colons japonais se sont mis à acquérir de vastes -domaines, même assez loin dans l’intérieur du pays. - -En dehors de la ferme, et de la culture, l’industrie de la soie réussit -fort bien en Corée. Le climat y est sec et la pluie n’y est pas trop -abondante. Le seul danger, ce sont les vers parasites qui sont -terribles, au point de causer une perte considérable (au Japon cette -perte n’est quelquefois pas moindre de quinze millions de yen par an). -Cependant, malgré les inconvénients, et malgré aussi l’inhabileté des -éleveurs coréens, le cocon paye bien; à plus forte raison payera-t-il -davantage quand les sériciculteurs japonais auront introduit les -méthodes rationnelles; déjà une association de dames japonaises et -coréennes a établi un centre d’élevage à Seoul et réussit fort bien. - -La culture expérimentale du coton, qui a été tentée en 1905 par quelques -Japonais éminents, dont plusieurs membres du Gouvernement et de la -Chambre des représentants, a donné, au bout de trois années, des -résultats fort satisfaisants. Des expériences ont été faites à Mokpo, -Chi Nam Po, Yong Sam Po, Laju, Konju et Kun San; deux variétés ont été -plantées, le coton indigène et le coton américain; le premier a donné -des produits supérieurs. On estime actuellement la superficie plantée en -coton à 120.000 hectares, et on croit que, lorsque tout le terrain -susceptible de recevoir du coton sera mis en valeur, on arrivera pour la -Corée à un rendement de 100.000.000 de livres japonaises (Kin = 600 -grammes). En supposant la consommation individuelle de deux livres par -tête, le total pour 14.000.000 de Coréens serait de 30.000.000 de livres -en moyenne, laissant un stock de 70.000.000 de livres à exporter. - -Les mines, sauf les mines d’or alluvionnaires du Nord de la péninsule, -ne sont pas encore exploitées rationnellement; quant aux pêcheries elles -sont entièrement aux mains des Japonais. - -Une Compagnie s’est formée en 1908 dans le but d’exploiter les richesses -de la Corée; elle est au capital de 10.000.000 de yen, divisés en -200.000 obligations de 50 yen; le Gouvernement coréen en a pris 60.000 -en considération de la cession faite par lui d’une certaine superficie -de terrain et le reste a été souscrit par les Japonais. La Compagnie -doit aider les colons japonais aussi bien que les Coréens eux-mêmes; son -privilège est valable pour cent ans, renouvelable avec l’assentiment des -deux Gouvernements japonais et coréen. - - -V.--Les industries indigènes sont tout à fait primitives, et les -quelques industries de luxe qui florissaient autrefois sont depuis -longtemps dans le plus profond déclin. Cependant on peut encore trouver -quelques productions dignes d’être remarquées; ainsi les papiers, les -peaux et les cuirs, le tabac, le vin de riz. Les Coréens sont très -adroits et leurs nattes sont du bon faiseur; tout ce qui se tresse est -habilement fait en Corée. D’après les recherches qui ont été poursuivies -pour savoir quelles sortes d’industries réussiraient en Corée, il a été -admis généralement que les cuirs, le papier, la peausserie, les nattes, -les produits chimiques iodés pouvaient avoir un grand avenir. Les -nattes, notamment celles des provinces de Hwanghai et de Kyongki, sont -très appréciées et elles ont une réputation bien établie. On avait pensé -aussi à encourager l’élevage du bétail dans le Nord de la péninsule, en -vue d’y créer une industrie de conserves de viande de bœuf; mais il est -permis de douter que cette industrie, si toutefois elle s’installe -jamais en Corée, fasse une concurrence sérieuse au _compressed, cooked, -corned beef_ de Chicago! - -Les côtes de Corée fournissent constamment une abondante récolte de -varech et autres plantes marines, et il est hors de doute que l’on peut -en extraire une quantité de produits iodés. - -Quant aux minéraux, l’or, le cuivre, le charbon, le graphite y seraient -abondants. Les dépôts les plus importants de houille se trouvent sur les -rives du fleuve Tadong Kang (en chinois Ta Tong Kiang); les veines -seraient très fournies et auraient une épaisseur de 8 à 10 mètres -suivant les endroits; on estime le rendement possible à des dizaines de -millions de tonnes; la qualité du charbon serait celle de Karatsu -(Kiushiu). - -L’or donne environ une production annuelle de 4.000.000 de yen; le -cuivre est également extrait en quantité considérable. - - -VI.--Pour les cinq dernières années, le commerce de la Corée donne les -chiffres suivants: - -EXPORTATION - - 1904 7.530.715 yen. - 1905 6.916.571 -- - 1906 8.902.387 -- - 1907 17.002.234 -- - 1908 14.113.310 -- - -IMPORTATION - - 1904 26.805.380 yen. - 1905 31.959.582 -- - 1906 29.721.579 -- - 1907 41.436.653 -- - 1908 41.025.523 -- - -Les pays qui ont le plus de relations commerciales avec la Corée sont: -naturellement le Japon en première ligne, puis la Chine. Le Japon -arrive, en 1908, avec un total d’exportation de 10.963.363 yen et un -chiffre d’importation de 21.040.465 yen. La Chine vient ensuite, -exportant pour 2.247.458 yen et important pour 4.882.246 yen. Les -États-Unis et l’Angleterre se placent ensuite avec cinq et six millions -d’importations, le chiffre de leurs exportations étant insignifiant, -5.716 yen pour l’Angleterre, 45.106 yen pour les États-Unis. - -L’Allemagne réalise en Corée pour environ 400.000 yen d’affaires; quant -à la France elle n’y fait rien. - -La Corée ne peut que gagner à se trouver sous le protectorat du Japon; -la méthode et la patience des Japonais arriveront certainement à -organiser et développer cet état qui était jusqu’à présent dans une -situation profondément chaotique. Il est d’ailleurs certain que les pays -qui se sont trouvés, par la force des armes, annexés à l’Empire du -Soleil Levant, vont prendre leur part de sa civilisation, et participer -à son progrès industriel et commercial. Le Gouvernement et le peuple -japonais ont montré ce que peuvent la ténacité dans le travail et -l’intelligence dans l’organisation. Formose, la Corée, Karafuto, le -Kwang Tong chinois vont donc se développer et grandir sous l’égide de -leurs conquérants; la population japonaise a déjà émigré en nombre -considérable dans ces pays, et, grâce à l’activité et à l’énergie de ces -nouveaux colons, des terres qui, jusqu’ici, étaient restées incultes et -pour ainsi dire abandonnées, vont se trouver entraînées dans l’orbite de -la civilisation générale: le Japon est de taille à mener à bien cette -œuvre. - - -Principaux termes géographiques. - - _Yama_ = Montagne. - _San_ = Id. - _Take_ ou _Dake_ = Sommet. - _Saki_ = Cap. - _Toge_ = Col. - _Kawa_ ou _Gawa_ = Rivière, fleuve. - _Hara_ = Plaine. - _Ura_ = Baie. - _Nada_ = Bassin, gouffre. - _Seo_ = Détroit. - _Umi_ = Mer. - _Shima_ ou _Jima_ = Ile. - - -Principales mesures de longueur. - - 1 _ri_ = 3.927 mètres. - 1 _cho_ = 109 -- - 1 _ken_ = 1 m. 81. - 1 _jô_ = 3 m. 30. - 1 _shaku_ = 3 décim. 03. - 1 _sun_ = 3 centim. 03. - 1 _bu_ = 3 millim. 03. - - -Transcription des lettres japonaises et leur lecture en caractères -romains. - - _a_ = a en français. - _e_ = é -- - _i_ = i -- - _o_ = o -- - _u_ = ou -- - _y_ = y -- - _b_ = b -- - _d_ = d -- - _f_ = f -- - _g_ toujours dur: _gi_ = gui. - _h_ très aspirée. - _j_ = dj en français. - _k_ = k -- - _m_ = m -- - _n_ = n en français. - _p_ = p -- - _r_ roulé. - _s_ = s en français, mais toujours dur. - _t_ = t en français. - _w_ = w en anglais. - _z_ = z en français. - _sh_ = ch -- - _ch_ = tch -- - _an_ nasal comme en français, - _on_ -- - _en_ (ein) -- - _in_ = inn. - - - - -[Illustration: L’EXPANSION JAPONAISE.] - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - CHAPITRE PREMIER - - I. L’Empire du Japon.--II. La situation géographique; - développement des côtes; superficie; population.--III. - Climat.--IV. Humidité atmosphérique.--V. Système géographique, - volcans.--IV. Hydrographie; rivières et lacs 1 - - CHAPITRE II - - I. Aborigènes et conquérants.--II. Infiltration chinoise; - Mongols; Ainos.--III. Le type japonais actuel.--IV. Avant et - après la Révolution de 1868; aristocratie et peuple.--V. - Constitution japonaise; le gouvernement.--VI. Justice, - tribunaux.--VII. Loi de finances; budget.--VIII. Loi - électorale.--IX. L’empereur et le patriotisme.--X. La nation; - son sourire et sa dissimulation; caractère du Japonais.--XI. - Religions et superstitions.--XII. Les étrangers au Japon 17 - - CHAPITRE III - - I. Provinces et districts.--II. Les trois «Shi».--III. Les - quarante-cinq «Ken».--IV. Administration méticuleuse.--V. - Ports principaux 35 - - CHAPITRE IV - - I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre d’Europe au - Japon; le chemin de fer sibérien; les compagnies de navigation - qui font le service.--II. Prix des passages; les côtes - japonaises.--III. La mer intérieure jusqu’à Kobe; de Kobe à - Yokohama.--IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le service - du Pacifique.--V. Aspect triste des villes japonaises pour celui - qui débarque 49 - - CHAPITRE V - - I. La vie indigène; la nourriture.--II. Coût de la vie au - Japon; cherté des denrées et des loyers.--III. Hôtels à - l’Européenne.--IV. La famille japonaise, sa constitution, ses - mœurs; situation de la femme et des enfants 63 - - CHAPITRE VI - - I. Le peuplement; sa densité; l’expansion au dehors.--II. - Quelques chiffres.--III. Répartition de la population.--IV. - Villes au-dessus de 100.000 habitants.--V. Émigration au - Hokkaido (île de Yézo) 81 - - CHAPITRE VII - - I. Tokio capitale.--II. Localités à visiter.--III. Environs de - Tokio.--IV. Le Fuji Yama.--V. Sendai et les villes du Nord.--VI. - Nagoya, Kioto, Nara.--VII. Osaka et les villes du Sud 89 - - CHAPITRE VIII - - I. Poids et mesures.--II. Monnaies.--III. Postes.--IV. - Télégraphes.--V. Situation postale, télégraphique et - téléphonique au 31 décembre 1907.--VI. Instruction - publique.--VII. Presse, journaux et revues.--VIII. Cours et - tribunaux 99 - - CHAPITRE IX - - I. Armée: instructeurs français et allemands.--II. Marine. - Instructeurs et ingénieurs français, professeurs anglais.--III. - Système de recrutement; dernières modifications; réorganisation - actuelle; augmentation des divisions et de l’artillerie.--IV. - État actuel de la marine; projets de constructions.--V. - Conclusion 111 - - CHAPITRE X - - I. Agriculture; superficie en rizières.--II. Production - totale en céréales.--III. Diverses espèces de riz.--IV. - Haricots, maïs, patates, différents légumes.--V. Épices et - condiments.--VI. Divisions de la terre.--VII. Soie et culture - du mûrier.--VIII. Culture du thé.--IX. Chevaux et bétail.--X. - Fruits.--XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et la colonisation 125 - - CHAPITRE XI - - I. Pêcheries.--II. Les bateaux de pêche; les prises.--III. - Primes à la pêche en haute mer.--IV. La baleine.--V. Sel et - salines.--VI. Forêts.--VII. Quelques-uns des bois les plus - répandus au Japon.--VIII. La forêt de Kisogawa, domaine de la - couronne.--IX. Le camphrier.--X. Champignons 139 - - CHAPITRE XII - - I. L’industrie autrefois.--II. La soie; ses débuts au - Japon.--III. Fils et tissus de soie.--IV. Industrie de la - teinture.--V. La poterie.--VI. Faïence de Satsuma; porcelaine - d’Owari.--VII. L’industrie des métaux.--VIII. La laque.--IX. - Éventails, paravents, sculpture sur bois et ivoire 157 - - CHAPITRE XIII - - I. L’industrie nouvelle.--II. Sociétés industrielles - actuellement existantes.--III. Divers genres - d’entreprises.--IV. Principaux districts de tissage.--V. - L’industrie céramique; la laque; les allumettes.--VI Les - cuirs.--VII. Les conserves alimentaires; le papier, - etc.--VIII. Manufactures de l’État.--IX. Concurrence japonaise; - emploi des capitaux européens dans le pays.--X. Gages et - salaires.--XI. Esquisse rétrospective 177 - - CHAPITRE XIV - - I. Commerce du Japon avec l’étranger; Habutai, Kaiki, - soieries.--II. Exportation du thé.--III. Exportation du - riz.--IV. Charbon japonais. V.--Cuivre.--VI. Camphre, nattes, - sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII. Importation, coton brut, - lainages, mousselines de laine; la situation de la France - relativement à l’importation de ce dernier article; riz - d’Indo-Chine; métaux et machines.--IX. Importation - française.--X. Le commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties - pour les ports principaux.--XII. Marine marchande japonaise à - vapeur.--XIII. Bateaux français.--XIV. Tarif douanier 197 - - CHAPITRE XV - - I. Routes. Chemins de fer.--II. État et compagnies, rachat des - lignes par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III. - Principales lignes.--IV. Tramways.--V. Tarif des chemins de fer 221 - - CHAPITRE XVI - - I. Mines. Dans l’antiquité; au XVe siècle: époque moderne.--II. - Géologie, terrains.--III. Mines en exploitation.--IV. Quelques - mines de charbon.--V. Pétrole.--VI. Divers: graphite, soufre, - etc...--VII. Les mineurs; les réglements miniers.--VIII. - Administration des mines.--IX. Les mines en 1908, le socialisme - parmi les ouvriers.--X. Rendement du cuivre et du charbon 237 - - CHAPITRE XVII - - I. Finances japonaises; généralités.--II. Organisation - actuelle.--III. Le budget, les impôts.--IV. Dette publique, - emprunts.--V. Finances locales.--VI. Banques.--VII. Compagnies - d’assurances.--VIII. Médecins, hygiène publique, assistance - publique 257 - - CHAPITRE XVIII - - I. Le Japon politique et son avenir.--II. Le Japon commercial - et industriel et son avenir 273 - - CHAPITRE XIX - - Les colonies japonaises. Formose.--II. Finances.--III. - Monopoles.--IV. Banques.--V. Commerce.--VI. Agriculture et - Industries.--VII. Sakhalin et Kwang-Tong 279 - - CHAPITRE XX - - I. La Corée autrefois et aujourd’hui, l’établissement du - protectorat japonais.--II. Le résident général et ses - attributions.--III. La réforme financière; l’impôt; les - banques.--IV. Les Japonais en Corée; sociétés agricoles et - industrielles; élevage et culture.--V. L’industrie coréenne, - son avenir.--VI. Commerce; importation et exportation - pour 1908 293 - - -E. GREVIN--IMPRIMERIE DE LAGNY - - - - -LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE - - - LE P. J. LEMARÉCHAL - - Dictionnaire Japonais-Français. Un volume grand in-8º avec - illustrations, relié 32 » - Petit Dictionnaire Japonais-Français. Un vol. in-12, cartonné - toile 8 50 - - LE P. S. COUVREUR - - Guide de la conversation français-anglais-chinois. - Prononciation figurée en lettres latines. Vocabulaires et - dialogues. Petit in-8º, broché 7 » - Même ouvrage, relié 9 » - - JOSEPH DUBOIS - - L’Empire de l’Argent. Étude sur la Chine financière. Préface de - M. Henri Bamberger. Un volume in-8º, broché 5 » - - G. MASPERO - Membre de l’Institut, - Professeur au Collège de France, - Directeur général du Service des Antiquités du Caire. - - Causeries d’Égypte. Deuxième édition. Un volume in-8º, broché 7 50 - - DR ADRIEN LOIR - Professeur à la Faculté de médecine de Montréal. - - Canada et Canadiens. Un volume in-8º, broché 6 » - - DANIEL BELLET - Professeur à l’École des Sciences politiques. - - Les Grandes Antilles. Étude de Géographie économique. Préface - de M. E. Levasseur, Administrateur du Collège de France. Un - volume in-8º broché, avec carte 6 » - - P. CHEMIN DUPONTÈS - Chargé de la Statistique à l’Office colonial. - - Les Petites Antilles. Étude sur leur évolution économique. - Préface de M. Marcel Dubois, Professeur de Géographie - coloniale à la Sorbonne. Un volume in-8º broché, avec deux - cartes 7 50 - - -5662.--Paris.--Imp. Hemmerlé et Cie.--1-10. - -*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE -ÉCONOMIQUE *** - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the -United States without permission and without paying copyright -royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part -of this license, apply to copying and distributing Project -Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm -concept and trademark. 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