summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authornfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-01-22 00:16:36 -0800
committernfenwick <nfenwick@pglaf.org>2025-01-22 00:16:36 -0800
commitd75367b6fcd2ecf371956f2c0da4d9ca9ccff5b3 (patch)
tree28f12b5c9d2205c229ad89d8b4b6696963901da8
Initial commit
-rw-r--r--67860-0.txt9965
-rw-r--r--67860-0.zipbin0 -> 191541 bytes
-rw-r--r--67860-h.zipbin0 -> 1434501 bytes
-rw-r--r--67860-h/67860-h.htm13066
-rw-r--r--67860-h/images/cover.jpgbin0 -> 77726 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu1.jpgbin0 -> 99681 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu2.jpgbin0 -> 80945 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu3.jpgbin0 -> 99287 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu4.jpgbin0 -> 126732 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu5.jpgbin0 -> 137880 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu6.jpgbin0 -> 121236 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu7.jpgbin0 -> 136807 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/illu8.jpgbin0 -> 133003 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/m.pngbin0 -> 201139 bytes
-rw-r--r--67860-h/images/vignette.pngbin0 -> 15779 bytes
15 files changed, 23031 insertions, 0 deletions
diff --git a/67860-0.txt b/67860-0.txt
new file mode 100644
index 0000000..bfc7c84
--- /dev/null
+++ b/67860-0.txt
@@ -0,0 +1,9965 @@
+The Project Gutenberg eBook of L'Empire Japonais et sa vie
+économique, by Joseph Dautremer
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
+most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
+whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
+of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at
+www.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you
+will have to check the laws of the country where you are located before
+using this eBook.
+
+Title: L'Empire Japonais et sa vie économique
+
+Author: Joseph Dautremer
+
+Release Date: April 17, 2022 [eBook #67860]
+
+Language: French
+
+Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team
+ at https://www.pgdp.net (This file was produced from images
+ generously made available by the Bibliothèque nationale de
+ France (BnF/Gallica))
+
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE
+ÉCONOMIQUE ***
+
+
+
+
+
+
+ JOSEPH DAUTREMER
+ Consul de France,
+ Chargé de Cours à l’École des Langues Orientales.
+
+ L’EMPIRE JAPONAIS
+ ET
+ SA VIE ÉCONOMIQUE
+
+
+ LIBRAIRIE ORIENTALE & AMÉRICAINE
+ E. GUILMOTO, Éditeur
+ 6, Rue de Mézières, PARIS
+
+
+
+
+[Illustration: Le Parc de Hikone.]
+
+
+
+
+L’EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE ÉCONOMIQUE
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER
+
+I. L’Empire du Japon.--II. Sa situation géographique; développement des
+côtes, superficie, population.--III. Climat.--IV. Humidité
+atmosphérique.--V. Système orographique, volcans.--VI. Hydrographie,
+rivières et lacs.
+
+
+I.--L’Empire du Japon resta inconnu à l’Europe jusqu’au XIIIe siècle,
+époque à laquelle Rubruquis et Marco Polo en dévoilèrent l’existence;
+mais ce n’est guère qu’après l’arrivée dans les îles japonaises des
+jésuites portugais, c’est-à-dire au XVIe siècle, que ce pays devint un
+peu plus familier aux Occidentaux. Je n’ai pas à retracer ici l’histoire
+du Japon; qu’il me suffise de dire que depuis 1852, époque à laquelle
+les États-Unis forcèrent ses portes, jusqu’à nos jours, le Japon a subi
+de telles transformations, il a su si bien secouer sa vieille
+civilisation chinoise et adopter le mécanisme européen, qu’il est devenu
+un facteur militaire et économique, surtout militaire, avec lequel il
+faut compter et qu’on ne saurait négliger. Le fond du caractère
+japonais, très guerrier et batailleur, portera encore longtemps ce
+peuple vers les choses de la guerre; car, depuis l’antiquité,
+l’éducation du jeune Japonais de bonne famille était principalement une
+éducation militaire.
+
+
+II.--Tout en longueur, le Japon est situé au Nord-Ouest de l’Océan
+Pacifique; il se compose de quatre grandes îles: Nihon ou Honshu;
+Shikoku; Kiushu; Yezo ou Hokkaidô; et d’une foule de petites îles parmi
+lesquelles les plus considérables sont: Sado, Oki, Awaji, Tsushima. Le
+petit archipel des Riukiu compte aussi comme partie intégrante de
+l’Empire, bien qu’en réalité les habitants ne soient pas des Japonais.
+
+En outre, à la suite de la guerre contre la Chine, le Japon a conquis
+l’île de Formose et les Pescadores; et à la suite de sa campagne de
+Mandchourie contre les Russes, il a réussi à se faire rétrocéder la
+partie sud de l’île Sakhalin ou Karafuto, qu’il avait cédée à la Russie
+en 1875.
+
+A l’extrême nord de Yezo, le Japon possède les Kouriles ou Chishima; et,
+dans le Pacifique, le groupe des Bonin, en japonais Ogasawara.
+
+Tout l’Empire est compris entre le 156° 32′ et le 119° 20′ de longitude
+Est; et le 21° 48′ et le 50° 56′ de latitude Nord (méridien de
+Greenwich). Il est séparé de la Corée, au Nord-Ouest, par la mer du
+Japon.
+
+Les îles principales Honshu, Shikoku, Kiushu et Yezo (plus connu au
+Japon sous le nom de Hokkaido), avec les Kouriles, les îles de Sado,
+Oki, Awaji, Iki, Tsushima, les Riukiu et les îles Bonin ou Ogasawara ont
+un développement de côtes de 7.000 lieues; avec Formose et les
+Pescadores de 7.423 lieues. On n’a pas encore actuellement des
+renseignements précis pour la partie japonaise de Sakhalin (Karafuto).
+Comme superficie, tout ensemble, le territoire japonais a 27.126 lieues
+carrées. La population, en 1906 (41e année de meiji), était de
+47.674.471 habitants, dont 24.047.953 hommes et 23.626.518 femmes. Au 20
+décembre 1908 elle était de 49.232.822 habitants dont 24.864.385 hommes
+et 24.368.437 femmes.
+
+
+III.--Le Japon est très long et très étroit; le climat se ressent de
+cette configuration et, tandis qu’au Nord il fait très froid, l’hiver,
+au Sud, au contraire, la chaleur est excessive, l’été; en général,
+cependant, le climat est tempéré, mais excessivement énervant pour les
+Européens, surtout pour les femmes. Les suicides et la neurasthénie
+parmi la population blanche sont relativement fréquents.
+
+On pourrait, au point de vue physique, diviser le Japon en trois zones:
+zone du Nord: l’île de Yezo et le Nord de Honshu jusqu’à la baie de
+Sendai; zone du centre depuis la baie de Sendai jusqu’à Yokohama et la
+baie de Yedo; zone du Sud depuis la baie de Yedo jusqu’à la pointe
+extrême de Kiushu. La zone Nord, comme je viens de l’indiquer, est très
+froide en hiver; la neige y tombe en abondance et la glace y est
+permanente. La zone centrale est plus tempérée, mais les saisons n’y
+sont cependant pas aussi nettement déterminées qu’en Europe centrale; et
+il y existe toujours, même l’hiver, une certaine humidité; les étés y
+sont très chauds sauf sur les hauteurs; ainsi dans la plaine de Tokio,
+le thermomètre monte jusqu’à +35° et +36°[1].
+
+ [1] La pression atmosphérique étant réduite au niveau moyen de la mer
+ et corrigée de la variation de pesanteur.
+
+Quant à la zone méridionale, elle est sensiblement moins froide l’hiver
+et beaucoup plus chaude l’été; dans sa partie extrême Sud, c’est-à-dire
+vers Nagasaki et Kagoshima, les chaleurs d’été sont pénibles. Les trois
+zones sont soumises au régime pluvieux de la mousson de suroît et les
+mois de juillet et d’août y sont en général aussi humides que sous les
+tropiques; les moissons y sont souvent dévastées par les inondations.
+Aussi la moyenne de l’humidité atmosphérique est-elle considérable:
+Kagoshima, 76 pour 100; Kochi, 75 pour 100; Osaka, 73 pour 100;
+Nagasaki, 75 pour 100; Shimonoseki, 77 pour 100; Sakai, 80 pour 100;
+Tokio, 73 pour 100; Kanazawa, 79 pour 100; Akita, 78 pour 100;
+Ishinomaki, 80 pour 100; Hakodate, 77 pour 100; Nemuro, 81 pour 100.
+
+
+IV.--D’ailleurs, par les tableaux ci-dessous, il est facile de se rendre
+compte de l’humidité du pays:
+
+ Nombre de jours Temps clair.
+ de pluie.
+
+ Kagoshima 178 61
+ Kochi 146 49
+ Osaka 145 40
+ Nagasaki 168 36
+ Shimonoseki 174 34
+ Sakai 225 23
+ Tokio 134 54
+ Kanazawa 235 23
+ Nagano 176 30
+ Akita 224 11
+ Ishinomaki 174 36
+ Hakodate 203 29
+ Nemuro 140 46
+
+Ce relevé est celui de l’année 1906[2].
+
+ [2] Il n’est pas parlé des jours de neige, gelée, etc.
+
+Il est clair donc que, pour l’Européen, peu habitué à une terre humide,
+le climat du Japon n’est pas, malgré tout ce que l’on en dit, le climat
+par excellence, et il est notamment inférieur à celui de la Chine. Les
+Européens ayant résidé longtemps au Japon et y étant parvenus à la
+vieillesse sont bien plus rares qu’en Chine. Cependant au point de vue
+pittoresque, par la beauté de ses paysages verdoyants et fleuris, le
+Japon l’emporte de beaucoup sur la Chine.
+
+Voici les maxima et minima de température observés en 1906:
+
+ Maximum. Minimum.
+ Kagoshima 33° 2 -1°
+ Kochi 35° -5°
+ Osaka 35° -3°
+ Nagasaki 33° -2°
+ Shimonoseki 34° -6°
+ Sakai 32° -4°
+ Tokio 32° -4°
+ Kanazawa 34° -5°
+ Nagano 33° -16°
+ Akita 33° -15°
+ Ishinomaki 30° -11°
+ Hakodate 28° -19°
+ Nemuro 28° -21°
+
+
+V.--Pays essentiellement montagneux, le Japon est coupé du Nord au Sud
+par un système de chaînes et de pics, dont quelques-uns assez élevés, se
+ramifiant dans toutes les directions. La chaîne principale part du Nord
+du Honshu pour se continuer sur Tokio et de là sur Kioto et Shimonoseki,
+coupant, pour ainsi dire, en deux, la grande île et divisant son régime
+des eaux en deux versants bien distincts Ouest-Nord, Est-Sud, dans la
+direction de l’Ouest à l’Est, de Aomori, à la pointe extrême Nord-Est,
+jusqu’à Akamagaseki à la pointe Sud-Ouest de la province de Chôshû. De
+cette chaîne principale se détachent des chaînes secondaires qui se
+dirigent l’une vers la presqu’île d’Idzu au cap Irozaki; l’autre vers
+Wakayama au cap Shiwomizaki (Sud de l’île); et une troisième vers la
+presqu’île de Noto, au cap Rokkozaki (sur la mer du Japon).
+
+Les îles du Sud, Shikoku et Kiushu, sont également partagées dans toute
+leur longueur en deux versants par une chaîne de montagnes qui court,
+pour Shikoku, du Nord-Est (Tokushima) au Sud-Ouest (cap Ashizurimisaki);
+et pour Kiushu, du Nord (Kokura) au Sud, où elle se divise en deux
+branches (Nomamisaki à l’Ouest et cap Satamisaki à l’Est).
+
+La grande île d’Yezo n’échappe pas au système montagneux du reste de
+l’Empire. Mais les chaînes de montagnes qui la traversent ne la
+partagent pas en deux versants bien nets; on pourrait dire qu’elles la
+coupent en quatre versants, en prenant comme point central le sommet du
+Tokachidaké (3.500 mètres). En effet, du Tokachidaké part une chaîne qui
+se dirige vers le Nord au cap Soyamisaki (cette chaîne renferme le mont
+Ishikariyama, la seconde montagne de l’île, 2.350 mètres). Du même point
+une autre chaîne court vers le Nord-Est où elle se divise en deux
+branches pour se terminer aux caps Shiretokozaki et Noshafuzaki; enfin,
+toujours du Tokachidaké part une troisième chaîne qui se dirige au Sud
+pour finir au cap Yerimisaki. Vers l’Ouest, entre le Tokachidaké et la
+ville de Sapporo, une grande dépression forme la plaine de Sapporo, où
+s’est répandue jusqu’ici la plus grande partie de l’émigration
+japonaise.
+
+A l’Ouest de Sapporo, au cap Kamoimisaki, le terrain se relève; et, de
+ce cap jusqu’à Hakodate, à la pointe extrême Sud de l’île, une autre
+chaîne de montagnes coupe cette partie de l’île en deux.
+
+Des pics élevés se dressent sur toute l’étendue de ce système
+orographique, aussi bien au Nord qu’au Sud, et quelques-uns atteignent
+des hauteurs de 2.000 à 3.000 mètres.
+
+Dans la province du Mutsu (district de Tsugaru), au Nord, nous citerons
+l’Iwakiyama (1.594 mètres) dit aussi Tsugaru no fuji ou Fuji de Tsugaru
+à cause de sa ressemblance comme forme avec le Fuji; il est, d’ailleurs,
+célèbre dans toute la région;
+
+l’Iwateyama, province de Rikuchu;
+
+l’Osoresan (la montagne qui fait peur), volcan en activité, dans la
+province de Mutsu, district de Kitagori;
+
+le Chôkai san (1.960 mètres), dans la province d’Ugo, district d’Akumi;
+
+le Gessan (1.700 mètres), province d’Uzen, district de Tagawa;
+
+le Jide san (1.200 mètres), chaîne plutôt que pic, qui s’étend sur les
+provinces de Iwashiro et d’Echigo;
+
+le Nikkôzan, les montagnes de Nikkô, d’une hauteur d’environ 2.000
+mètres, les plus célèbres montagnes du Japon avec le Fuji et l’Asama.
+Elles sont les plus hautes montagnes de la province de Shimodzuké, et on
+les appelle aussi Futaharayama ou Kurokamiyama. Elles sont dominées par
+leur pic principal, le Nantaisan, situées au Nord-Ouest du district de
+Kami tsuga gori; au Nord-Est, le Niôhôzan continue la chaîne et, sur le
+versant oriental qui est presque à pic, se trouvent les sept cascades
+(nana taki) qui forment la source de l’Inarigawa. Entre ces deux points
+se trouvent les deux plateaux de Omanago et Komanago. Au Nord de Omanago
+se dresse isolé le Tarodake et, à l’Est du Niôhôzan, se prolonge la
+chaîne de l’Akanagi. En s’éloignant de cette chaîne, on aperçoit sur la
+rive Nord de l’Inarigawa la colline appelée Toyama; bien qu’elle ne soit
+pas très élevée, elle est originale, seule et isolée au milieu du
+massif. A l’Est de cette dernière se trouve le Ogurayama; le Konosuyama
+s’élève au Sud de la rivière Daiyagawa, et à l’Ouest de cette rivière on
+aperçoit le plateau élevé de Nakimushi. Vers le milieu de la chaîne se
+développent en ligne droite les plateaux du Tsukimi, Matsu taté, Ni no
+miya.
+
+Un temple est à mi-côte du Futaharayama, et, à quelque trois lieues du
+pied de cette montagne, se dresse l’ancien temple de Chusenji. Le lac
+qui se trouve là, très froid et très profond, se nomme la mer du bonheur
+(Satsu no umi); il est fort célèbre et c’est le plus grand lac des
+environs de Nikkô; à l’Est du lac l’eau tombe à pic en formant la
+cascade de Kegon et le torrent qui en découle est précisément le Dai ya
+gawa. Au Nord-Ouest du Futahara s’élève le Yugatake au pied duquel se
+trouvent des sources thermales (yu = eaux chaudes).
+
+Tout ce que je viens d’énumérer forme le massif intérieur du groupe de
+montagnes de Nikkô. A l’extérieur au Nord s’élève le Kôshinzan; les deux
+Shirane (Maye = antérieur; oku = postérieur) qui forment la frontière du
+Kodzuke et du Shimodzuke au col du Konsei toge. Au Nord-Est de ce col se
+trouve le Kinunuma yama avec de nombreux lacs et étangs.
+
+Dans ces montagnes, pleines de sites admirables et de splendeurs
+naturelles, deux Shôgun[3] ont voulu être enterrés. C’est pourquoi on y
+rencontre aujourd’hui un nombre incalculable de temples et des
+monastères.
+
+ [3] Shôgun, général en chef, lieutenant du Mikado. C’est lui que les
+ Européens appelaient _Tai Kun_ et avec qui ils signèrent leurs
+ premiers traités.
+
+Le Tsukuba san, peu élevé, mais de forme originale, plonge sur les
+districts de Tsukuba, Niibari et Makabe dans la province de Hitachi; le
+Bandai San (1.900 m.) s’élève au Nord du lac d’Inawashiro; cette
+montagne, que l’on croyait depuis longtemps être un volcan éteint, s’est
+remise soudainement en activité le 14 juillet 1888 et a détruit de
+nombreux villages dont elle a enseveli les habitants[4].
+
+ [4] L’effet de l’éruption s’est fait sentir jusqu’à Tokio, où je me
+ trouvais à ce moment, et la ville a été violemment secouée.
+
+[Illustration: Vue du Fujiyama au col de l’Otomi.]
+
+Le Fuji san ou Fujiyama a 3.900 ou 4.000 mètres. Cette montagne peut
+être nommée la montagne sainte du Japon; d’une forme admirable et
+régulière (sauf un petit renflement d’un côté) elle a été de tout temps
+l’objet du culte et de l’adoration de tous les Japonais. Bien
+qu’actuellement éteint, le Fujiyama a eu dans les époques antérieures
+plusieurs éruptions, notamment vers 799 de l’ère chrétienne, puis en
+863.
+
+La dernière éruption eut lieu dans le cinquième mois de la période Hoyei
+(1706). C’est de là que le petit renflement signalé plus haut sur un des
+flancs de la montagne (au Sud-Est), a reçu le nom de Hoyeizan. Le
+cratère a pris sa forme actuelle à la même date en vomissant des masses
+considérables de cendres que le vent porta jusqu’à Yedo.
+
+Le Fuji, tous les étés au mois d’août, est un lieu de pèlerinage très
+fréquenté; c’est par milliers qu’hommes et femmes, habillés tout de
+blanc, un bâton à la main, font l’ascension de la montagne.
+
+Du massif du Fuji partent des ramifications assez élevées: les montagnes
+de Hakone et la chaîne de l’Amagi.
+
+L’Asamayama (2.500 mètres) est le plus célèbre des volcans en activité.
+Il ne sort plus de son cratère actuellement que d’épaisses fumées et
+aussi des cendres; mais il a eu parfois des éruptions terribles, et l’on
+peut s’attendre à tout moment au retour de ces phénomènes; en 1783,
+notamment, l’éruption détruisit quantité de villages et de vies
+humaines. Au Sud de l’Asama se trouvent le Tateshi yama (2.300 mètres)
+et le Yatsugadake (2.700 mètres).
+
+L’Ontake san, qui domine les trois provinces de Shinano, Mino et Hida.
+
+Le Tateyama (2.000 mètres), dans la province d’Echu.
+
+Le Hakusan (3.000 mètres), d’où l’on a une vue très étendue sur les
+provinces de Kaga, Echizen, Mino et Hida.
+
+Le Sanshôgataké, dans la province de Yamato; c’est le pic le plus élevé
+de la chaîne de montagnes de Yoshino. Les ramifications vont rejoindre
+la chaîne de montagnes de Kumano et de Kôya dans la province de Kii.
+
+L’Unsengatake (1.500 mètres), dans la province de Hizen; volcan en
+activité; non loin de là se trouvent des sources d’eaux thermales très
+fréquentées.
+
+Le Sakurajimagataké, volcan en activité dans l’île de Sakurajima,
+province d’Osumi.
+
+Dans les temps de formation géologique, l’action volcanique a dû être
+extrêmement violente, et d’ailleurs cette action a continué à se
+manifester dans les temps historiques. Des centaines de montagnes,
+actuellement au repos, étaient autrefois des brasiers enflammés. Les
+annales du Japon sont remplies de ces terribles crachements de cendres,
+de feu, de lave vomis par les montagnes au Nord et au Sud, à l’Est et à
+l’Ouest; des milliers de vies humaines furent détruites en un instant,
+des villages engloutis. A l’époque où nous vivons, les Japonais estiment
+que leur pays compte encore à peu près vingt volcans en activité et une
+centaine qui dorment mais qui peuvent se réveiller d’un moment à l’autre
+avec un épouvantable fracas. En 1874 le volcan de Taromai, dans l’île de
+Yezo, dont le cratère, refroidi depuis longtemps, semblait inoffensif,
+fit explosion, envoya au loin la croûte qui le fermait et lança des
+cendres jusque sur le bord de la mer.
+
+L’Asayama yama, jamais tranquille, mais jetant constamment de la vapeur
+et de la fumée, craquant et tremblant tour à tour, est la terreur des
+campagnes environnantes. Le Fuji lui-même, la montagne sainte, posé si
+majestueusement dans la plaine de Subashiri, n’offre aucune sécurité.
+
+Le volcan de Hakuzan, sur la côte Ouest, qui dresse sa crête au-dessus
+des nuages, à 3.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et renferme
+dans son cratère un lac aux eaux de la plus grande pureté, entra, lui
+aussi, un jour en fureur, lança du feu, de la fumée, des rocs, des
+cendres et de la lave. Que de fois, par les nuits noires, le pêcheur
+Japonais un peu éloigné des côtes aperçoit les feux des volcans
+d’Oshima!
+
+En dehors des champs de scories si nombreux et qui attestent le
+caractère volcanique du sol japonais, des lits de soufre abondent
+partout comme preuves du feu souterrain. Satsuma, Riukiu, Yezo sont
+connus pour la quantité de soufre qu’ils produisent. Des flancs du
+Hakuzan il sort d’énormes blocs de soufre; des solfatares existent dans
+presque toutes les provinces; enfin, dans les provinces de Shinano et
+d’Echigo, les paysans s’éclairent et cuisent leur riz avec le gaz
+inflammable qui sort de terre et qu’ils font servir à leurs usages en le
+captant dans des tubes.
+
+Par suite de la nature volcanique du pays, les tremblements de terre
+sont nombreux et causent souvent des malheurs terribles. Des villes et
+des villages ont été et sont encore constamment détruits, des provinces
+ravagées. Le dernier grand tremblement de terre qui a eu lieu à Yedo en
+1855 a été l’un des plus effrayants que l’on ait vus: la ville a été à
+peu près entièrement détruite et brûlée; les maisons japonaises étant de
+bois, le tremblement de terre occasionne à sa suite un incendie qui
+achève ce qu’il a commencé.
+
+En 1891, au mois d’octobre, un autre tremblement de terre qui fut une
+vraie catastrophe, désola le pays entre Nagoya et Kioto; il y eut
+environ 30.000 victimes.
+
+
+VI.--Le Japon est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau; mais,
+par suite du peu d’étendue de ses vallées, lesquelles sont forcément
+très resserrées vu le peu de largeur et l’extrême longueur du pays, les
+fleuves ont un cours fort modeste et ne sont jamais navigables qu’en
+partie, vers leur embouchure. J’en citerai quelques-uns néanmoins:
+
+Le Fujikawa est formé de trois rivières qui prennent naissance dans la
+province de Kai. Il se dirige vers le Sud et traverse la province de
+Suruga, passe au pied du mont Fuji avant de se jeter dans la mer. Le
+Fujikawa est à proprement parler un torrent qui, aux grandes pluies
+d’été, est assez souvent l’ennemi du cultivateur et le destructeur des
+récoltes.
+
+Le Oigawa prend sa source à la limite des provinces de Shinano et de
+Kai; il coule vers le Sud, formant la limite des provinces de Suruga et
+de Totomi.
+
+Le Tenriugawa, un peu plus important que les précédents (60 ri de
+longueur)[5], prend sa source au lac Suwa. Ce fleuve a son embouchure
+dans la province de Shinano; il traverse la province de Totomi en
+coulant vers le Sud.
+
+ [5] Le ri représente 3 kilom. 927 mètres. (Voir tableau des mesures de
+ longueur, à la fin du volume.)
+
+Le Shinanogawa prend sa source dans la province du même nom sous le nom
+de Chikuma gawa, il coule au Nord-Ouest puis au Nord, et traverse la
+province d’Echigo où il prend le nom de Shinano gawa. Ce fleuve se jette
+dans la mer à Niigata. La longueur de son cours est d’environ 100 ri;
+navigable seulement en partie, il offre des rapides qui rendent son
+utilisation très peu sûre comme voie de transport.
+
+Le Kisogawa prend naissance dans le district de Chikuma, province de
+Shinano et coule au Sud-Ouest, puis au Sud. Il entre dans la province de
+Mino, coule vers l’Ouest et reprend ensuite la direction du Sud; il se
+divise alors en plusieurs branches qui vont se jeter dans la mer en
+traversant les provinces d’Owari et d’Ise.
+
+L’Abukumagawa prend naissance dans le district de Shirakawa, province
+d’Iwaki et, se dirigeant vers le Nord, entre ensuite dans la province
+d’Iwashiro où il coule vers l’Est. Changeant de direction, il rentre
+dans la province d’Iwaki, coule vers le Nord jusqu’à la limite de la
+province de Rikuzen, puis se dirige vers l’Est pour gagner la mer.
+
+Le Kitakamigawa a sa source dans le district d’Iwate, province de
+Rikuchu; il coule vers le Sud, traverse la province de Rikuzen et se
+jette dans la mer au port de Ishinomaki.
+
+Le Mogamigawa part de la montagne de Dainichi, dans le district de
+Oitama, province d’Uzen; il traverse les deux districts de Murayama et
+de Mogami en coulant vers le Nord, et se dirige ensuite vers l’Ouest à
+la limite de la Province d’Ugo. Il se jette dans la mer à Sakata.
+
+Le Tonegawa (190 ri), le fleuve le plus considérable du Japon, sort du
+Nakanodake, passe à Numata, puis contourne à l’Ouest la chaîne de
+l’Akagi pour arriver à la grande ville de Mayebashi (50.000 habitants);
+en aval de cette dernière ville, le fleuve se dirige directement à l’Est
+jusqu’à la hauteur de Koga (ville d’environ 10.000 habitants), puis vers
+le Nord et enfin vers l’Est. Il se jette dans l’Océan Pacifique au Nord
+du cap Inubomisaki. Quoique passant pour un grand fleuve au Japon, le
+Tonegawa n’a rien des fleuves du continent européen; il n’égale même pas
+la Seine, et si quelques jonques à fond plat et quelques petits vapeurs
+à faible tirant d’eau peuvent y naviguer jusqu’à Numata, son importance
+comme voie commerciale n’est pas considérable. En outre, à son
+embouchure, il n’existe pas de bon port; en dehors d’une barre toujours
+renouvelée, les vents battent la plage inhospitalière aux navires. Le
+Tonegawa bifurque à Sekiyado dans la province de Shimosa, et forme la
+branche nommée Yedogawa, qui tombe dans la baie de Yedo, non loin de
+Tokio.
+
+Le Sumidagawa (75 ri), plus connu sous le nom d’Arakawa à sa source dans
+le massif du Kokushidake et aussi dans tout son cours supérieur, se
+jette à la mer à Tokio après avoir traversé une grande partie de la
+ville. Il n’est guère navigable, comme toutes les rivières japonaises,
+que vers son embouchure.
+
+Le Baniugawa, qui a seulement 18 ri de longueur, est un torrent qui
+sort, sur les pentes Nord-Est du Fujiyama, du lac de Yamanaka. Comme le
+Fujikawa, il cause souvent des désastres l’été.
+
+Le Yodogawa prend sa source dans le lac Biwa, province d’Omi; il se
+dirige vers le Sud, entre dans la province de Yamashiro, puis reprend
+son cours vers l’Ouest. Ce fleuve qui, à son origine, porte le nom
+d’Ujigawa, passe à Yodo, d’où son nom; il coule alors vers le Sud-Ouest
+et sépare les deux provinces de Kawachi et de Setsu. Il se jette dans la
+mer en passant par Osaka: il n’a que 20 ri de longueur.
+
+Le Gôgawa est formé par deux rivières dont la première, nommée
+Mioshigawa, prend naissance dans la province de Bingo, et la seconde,
+nommée Yoshidagawa, dans la province d’Aki. Le fleuve, formé par la
+réunion de ces deux rivières, coule vers le Nord-Ouest et passe dans la
+province d’Iwami. Il prend le nom de Gôgawa à son entrée dans cette
+province dont il arrose les deux districts d’Ochi et de Naka, en se
+détournant un peu de son cours; puis, il retourne vers le Nord-Ouest
+pour gagner la mer. La longueur de son cours est de 80 ri.
+
+Le Yoshigawa prend sa source dans le district de Tosa, dans la même
+province, se dirige d’abord vers l’Est, puis incline vers le Nord; il
+traverse la province d’Awa, reçoit la rivière Iyogawa et se jette dans
+la mer par plusieurs embouchures.
+
+Le Chikugo ou Chitosegawa est formé par la réunion de deux cours d’eau,
+dont l’un vient de la province de Higo et l’autre de la province de
+Bungo. Ce fleuve coule d’abord vers le Nord-Ouest jusqu’à la limite des
+provinces de Chikuzen et Chikugo; il traverse ensuite cette dernière
+province qu’il sépare de Hizen.
+
+Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme un nombre considérable
+de lacs, au Nord aussi bien qu’au Sud: je me bornerai à citer ici les
+trois principaux; d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la
+province d’Omi; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à sa
+configuration en forme de guitare japonaise (Biwa); des bateaux à vapeur
+font le service du lac dans tous les sens et offrent le confort
+désirable pour bien visiter les endroits remarquables.
+
+Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour; mais il est très
+connu et très fréquenté par suite de sa situation dans un des sites les
+plus agréables du Japon.
+
+Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke, est situé au
+sommet des montagnes de Nikkô; il a 8 lieues de circonférence; c’est sur
+ses bords que les Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier
+pendant les chaleurs de l’été; et grâce au chemin de fer qui relie Tokio
+à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence du corps diplomatique
+pendant les mois de juillet, août et septembre.
+
+
+
+
+CHAPITRE II
+
+I. Aborigènes et conquérants.--II. Infiltration chinoise; Mongols et
+Ainos.--III. Le type japonais actuel.--IV. Avant et après la Révolution
+de 1868; aristocratie et peuple.--V. Constitution japonaise; le
+gouvernement.--VI. Justice, tribunaux.--VII. Loi de finances,
+budget.--VIII. Loi électorale.--IX. L’Empereur et le Patriotisme.--X. La
+Nation; sa dissimulation et son sourire. Caractère du Japonais.--XI.
+Religion et superstition.--XII. Les étrangers au Japon.
+
+
+I.--Par qui le Japon était-il peuplé au début de l’histoire? c’est là un
+problème qui n’a pas encore été résolu, et ne le sera, je crois, jamais.
+Il est fort probable qu’avant l’arrivée des conquérants, (les Japonais
+actuels), les îles de l’Extrême-Orient étaient peuplées, au Nord d’Aino,
+de Goldes et de Giliaks, races sibériennes dont on trouve encore des
+traces aujourd’hui à Yezo, à Sakhalin et dans la province de l’Amour
+soumise aux Russes; le Sud semble avoir été la résidence de tribus
+canaques et négritos comme il en existe encore aux Philippines, aux
+Bonin, à Nouméa et à Taïti.
+
+Mais à partir de 660 avant J.-C., date assignée au premier empereur
+japonais, ces différentes races ont été remplacées par un flot malais.
+Lorsque le chef de guerriers, connu sous le nom de Iwarehiko, vint avec
+ses bandes aborder dans l’île de Kiushu, il détruisit ou réduisit en
+esclavage les indigènes et, poussant toujours sa conquête vers le Nord,
+il atteignit le Honshu (île de Nippon). Proclamé empereur en 660 sous le
+nom de Jinmu Tennô, il laissa à ses successeurs, qui s’en acquittèrent
+fort bien, la tâche de continuer l’occupation du territoire. Le malais
+est donc incontestablement l’élément conquérant et dominateur au Japon.
+
+
+II.--Il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu une infiltration chinoise,
+par l’intermédiaire de la Corée. L’écriture, les lettres, les arts et
+les sciences de la Chine furent apportés au Japon par des indigènes du
+Céleste Empire, et à différentes reprises, les Empereurs du Japon firent
+venir dans leur pays des hommes et des femmes pour enseigner l’art de
+travailler les métaux et de tisser la soie. Il y eut donc un mélange
+mongol, mais il est hors de doute que ce mélange fut peu considérable,
+et si l’on retrouve aujourd’hui encore quelques Japonais nettement
+mongoloïdes, le fond du peuple présente le type malais bien prononcé; on
+rencontre aussi, mais plus rarement, le type indigène aino, et il m’est
+arrivé, mais pas souvent il est vrai, de le retrouver chez certains
+Japonais ayant une abondante chevelure et une grande barbe noire, qui,
+vêtus à l’européenne, auraient pu à la rigueur, passer pour des
+Américains du Sud. Par contre, dans le Sud surtout, on découvre
+quelquefois le type negritos, cheveux crépus, teint noirâtre et lèvres
+épaisses.
+
+
+III.--Groupement d’îles séparées du reste du monde, sans relations
+extérieures, sauf avec la Chine par l’intermédiaire de la Corée
+(tardivement d’ailleurs), tous ses ports fermés aux Étrangers vers 1617
+à la mort de Iyéyasu: le pays vécut dans un isolement absolu. Ceci
+facilita un mélange, un amalgame de toutes les races qui s’étaient
+infiltrées sur le sol du Nippon et aujourd’hui le type japonais est bien
+un type à part: il est, en général, de petite taille, il a un grand
+torse sur des jambes courtes, et il est plutôt laid; quelques types
+féminins font exception, mais on peut dire que, prises en bloc, les
+Japonaises sont plutôt jolies par leur toilette que par leur physique.
+
+
+IV.--Avant la révolution de 1868 qui rétablit sur le trône le descendant
+de Jinmu Tennô et détruisit le pouvoir du Shôgun ou Lieutenant général,
+véritable empereur depuis plusieurs siècles, le Japon vivait en état de
+féodalité, et, sous l’autorité du Shôgun, les Daïmios ou princes
+feudataires détenaient les provinces; le Shôgun occupant pour son propre
+compte Yedo (aujourd’hui Tokio) et les provinces environnantes, dont
+l’ensemble constituait le Kouan tô.
+
+Aujourd’hui, la féodalité est anéantie et le Mikado règne sur un pays
+uni et centralisé. Mutsu hito, 121e empereur du Japon, est considéré
+comme l’héritier direct en ligne continue de Jinmu Tennô; il va sans
+dire que ce n’est là qu’une fiction. Les empereurs du Japon n’ont,
+depuis bien longtemps, selon toute vraisemblance, dans les veines aucune
+goutte de sang de Jinmu; car avec les empereurs enfants qui se sont
+succédé sans interruption sous les Fujiwara, les Taira et les
+Minamoto[6] (800 à 1200 environ ap. J.-C.), avec le système des
+adoptions qui a été en vigueur de tout temps dans la famille impériale
+quand il n’y avait pas d’héritier mâle, il est évident que la ligne
+directe a été interrompue il y a longtemps. Mais les Japonais en
+conservent la fiction, et leur patriotisme exalté leur fait toujours
+considérer que leur race impériale descend de la divine Amaterasu,
+déesse du soleil (Amaterasu O mi Kami).
+
+ [6] Familles de Shôgun ou lieutenants généraux.
+
+Les anciens seigneurs féodaux, connus sous le nom de Daïmios, ont tous
+fait leur soumission à l’Empereur, et forment aujourd’hui une partie de
+l’aristocratie japonaise; je dis une partie, car l’aristocratie
+actuelle, en dehors des vieilles familles, compte dans ses rangs de
+simples plébéiens anoblis. La noblesse est une noblesse ouverte, comme
+en Angleterre, et l’Empereur confère les titres de duc, marquis, comte,
+vicomte ou baron à celui de ses sujets qu’il estime l’avoir bien servi,
+quelle que soit l’humilité de son origine.
+
+Au-dessous des nobles viennent les Shizoku, anciens soldats et
+serviteurs des Daïmios et du Shôgun; le titre seul les distingue du
+Heimin ou peuple, qui vient après eux; car à aucun point de vue il n’y a
+de différence entre eux aujourd’hui.
+
+Grande noblesse ou Kwazoku, petite noblesse ou Shizoku, peuple ou
+Heimin, tout le monde est égal devant l’Empereur et devant la loi.
+
+Le Japonais est un peuple essentiellement facile à gouverner; habitué
+sous l’ancien régime à une discipline extraordinaire, il a conservé son
+amour de la hiérarchie, de l’autorité, du respect des supérieurs. Un
+passant demandant son chemin dans la rue à un agent de police
+s’approchera de ce dernier avec une timidité respectueuse; l’agent de
+police est le représentant de l’autorité!
+
+
+V.--Habitué à obéir aux ordres de l’Empereur et de ses ministres, le
+peuple japonais ignorait ce qu’était une constitution; pour moderniser
+davantage les rouages du gouvernement, le Mikado, sur le conseil de ses
+ministres, octroya une constitution à son peuple le 11 février 1889,
+avec Chambre haute et Chambre basse; cette constitution est calquée sur
+la constitution de l’empire allemand, les ministres n’étant responsables
+que devant l’Empereur, et pouvant, par suite, se passer du Parlement
+lorsqu’ils le jugent à propos.
+
+Les principaux articles de la constitution japonaise peuvent se résumer
+ainsi:
+
+1. L’Empereur exerce le pouvoir législatif de concert avec les Chambres;
+il sanctionne les lois et ordonne leur promulgation. Il convoque les
+Chambres, les ferme, les proroge et les dissout.
+
+2. Quand les Chambres ne siègent pas, les ordonnances impériales ont
+force de loi. Il est bien dit que ces ordonnances doivent être soumises
+à la prochaine session du Parlement, lequel les révoque s’il ne les
+trouve pas à son gré; mais qui oserait se prononcer au Parlement contre
+une ordonnance impériale?
+
+3. L’Empereur détermine l’organisation des différentes administrations
+et fixe les salaires des fonctionnaires civils et des officiers.
+
+4. L’Empereur a le commandement suprême de l’armée et de la marine; il
+déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités.
+
+5. Il confère les titres de noblesse et les honneurs et décorations; il
+a le droit de grâce et d’amnistie.
+
+6. En cas de minorité, il est nommé un régent qui remplit tous les
+devoirs de l’Empereur au nom de ce dernier.
+
+7. Le Parlement impérial comprend deux Chambres: la Chambre des Pairs et
+la Chambre des Représentants.
+
+La Chambre des Pairs est constituée par les membres de la famille
+impériale, la noblesse et les personnes que l’Empereur juge dignes d’y
+être appelées.
+
+La Chambre des Représentants est formée des membres élus par la nation
+conformément à la loi électorale.
+
+Les deux Chambres votent les projets de loi qui leur sont soumis par le
+gouvernement, et elles peuvent prendre l’initiative des lois.
+
+Une proposition de loi rejetée par l’une ou l’autre des deux Chambres ne
+peut plus être représentée pendant la même session.
+
+8. Le Parlement est convoqué tous les ans, pendant trois mois; en cas de
+nécessité, l’Empereur peut prolonger la session. En cas de circonstance
+urgente, l’Empereur peut convoquer le Parlement. Les deux Chambres
+siègent en même temps, et si la Chambre basse est dissoute, la Chambre
+haute est _ipso facto_ prorogée.
+
+9. Quand la dissolution est prononcée, de nouvelles élections ont lieu
+et la nouvelle Chambre est convoquée dans les cinq mois.
+
+10. Aucune décision ne peut être prise si un tiers au moins des membres
+n’est présent. Toute décision est adoptée à la majorité absolue, la voix
+du président étant prépondérante en cas d’égalité des votes.
+
+11. Les délibérations sont publiques, mais le Gouvernement et les
+Chambres peuvent ordonner le huis clos.
+
+Les Chambres peuvent présenter des pétitions à l’Empereur et en recevoir
+des habitants de l’Empire.
+
+12. Les membres sont inviolables et ne peuvent être arrêtés sans le
+consentement des Chambres; sauf dans les cas de flagrant délit, ou de
+délit connexe à des troubles intérieurs ou à la guerre étrangère.
+
+Tous les ministres siègent de droit dans les deux Chambres.
+
+Avec les Chambres et au-dessus d’elles se trouvent les ministres d’État
+et le Conseil privé.
+
+Les ministres d’État sont responsables devant l’Empereur, et doivent
+contresigner toutes lois, ordonnances ou rescrits impériaux de toutes
+sortes.
+
+Les conseillers privés délibèrent sur les importantes questions d’État
+quand l’Empereur les consulte. Leurs délibérations sont toujours tenues
+secrètes et jamais publiées.
+
+Voici la composition du Gouvernement à partir de la tête c’est-à-dire de
+l’Empereur:
+
+ Nai Kaku (Cabinet);
+ Ministre de la maison impériale (Ku naishô);
+ Ministre de l’Intérieur (Nai mu shô);
+ Ministre de la Justice (Shi hô shô);
+ Ministre des Finances (O kura shô);
+ Ministre de l’Agriculture et du Commerce (Nô shô mu shô);
+ Ministre de la Guerre (Riku gun shô);
+ Ministre de la Marine (Kai gun shô);
+ Ministre des Communications (Tei shin shô);
+ Ministre de l’Instruction publique (Mom bu shô);
+ Ministre des Affaires étrangères (Gai mu shô);
+ Conseil privé (Su mitsu in);
+ Chambre des pairs (Ka zoku gi in);
+ Chambre des représentants (Koku kai gi in).
+
+Comme en Europe, ces différentes administrations sont divisées en
+directions, sous-directions, bureaux, etc... dont je crois inutile de
+donner une énumération ici.
+
+Il existait autrefois un ministère des Travaux publics, Kô bu shô, mais
+il a été supprimé et les divers services qu’il administrait ont été
+répartis entre le ministère de l’Agriculture et du Commerce et le
+ministère des Communications.
+
+
+VI.--De même que dans tous les pays d’Orient, il n’y avait pas autrefois
+au Japon de distinction entre le pouvoir administratif et le pouvoir
+judiciaire; en se mettant au niveau des pays d’Occident, le Japon a
+déterminé des règlements pour l’établissement de tribunaux, pour le
+fonctionnement de la «Justice».
+
+1. Les jugements sont rendus par des cours de justice établies
+conformément à la loi.
+
+2. Les juges sont pris parmi les sujets de l’empire qui présentent les
+qualifications requises par la loi. Aucun juge ne peut être relevé de
+ses fonctions sinon sous le coup d’une sentence criminelle ou d’une
+punition disciplinaire.
+
+3. Les débats en cour sont publics; mais, s’il est jugé que la publicité
+des débats dans une affaire peut être préjudiciable à la paix, à l’ordre
+ou à la moralité publique, la cour peut déclarer le huis clos.
+
+Toutes les affaires ne relevant pas des tribunaux ordinaires (telles que
+les crimes ou délits des militaires et marins) sont jugées par des
+tribunaux spéciaux. De même toutes plaintes contre des mesures illégales
+ou des abus de l’autorité sont examinées par une cour spéciale des
+Litiges administratifs.
+
+
+VII.--La loi de finances, à son tour, a été remaniée ainsi qu’il suit:
+
+1. L’impôt est fixé par la loi. Les emprunts nationaux et toutes dettes
+contractées au nom du Trésor public doivent recevoir l’assentiment du
+Parlement.
+
+2. Les recettes et les dépenses de l’État requièrent l’approbation du
+Parlement par le moyen d’un budget annuel; toutes dépenses engagées hors
+du budget, une fois que ce dernier est fixé, doivent recevoir la
+sanction du Parlement.
+
+3. Le budget est soumis d’abord à la Chambre des Représentants.
+
+4. Les dépenses de l’Empereur et de la maison impériale sont supportées
+par le Trésor national, mais non soumises à la délibération de la diète,
+sauf au cas où une augmentation serait demandée. En général tout ce qui
+touche aux dépenses de l’empereur ou de la maison impériale ne peut
+subir aucune réduction de la part du Parlement sans le consentement du
+Gouvernement.
+
+En cas d’urgence le Gouvernement peut prendre telles mesures financières
+qu’il jugera convenable au moyen d’ordonnances impériales.
+
+Quand le budget n’est pas voté, le Gouvernement applique le budget de
+l’exercice précédent.
+
+Tous les comptes financiers de recettes et de dépenses de l’État sont
+vérifiés par la Cour des comptes.
+
+
+VIII.--Quant à la loi électorale, voici ses dispositions:
+
+Pour pouvoir être électeur, il faut:
+
+Être Japonais, âgé de 25 ans;
+
+Résider depuis un an;
+
+Payer 15 yen[7] au moins d’impôt direct.
+
+ [7] Le yen vaut 2 fr. 55.
+
+Les électeurs ne sont pas très nombreux, beaucoup ne sachant pas encore
+ce que c’est qu’une élection et s’en souciant fort peu, s’abstiennent de
+voter. Dès la première élection, il y eut des gens très au courant déjà
+des mœurs électorales qui vendaient leurs voix au plus offrant, cela
+atteignait jusqu’à 25 yen (63 fr. 75).
+
+
+IX.--Malgré cette ombre de parlementarisme, il est bien évident que
+l’état politique du Japon ne ressemble en rien à ce que nous appelons le
+régime constitutionnel. L’État c’est l’Empereur, et sa personne est
+sacrée; ses décisions sont respectées comme si elles venaient
+effectivement du ciel dont il est le descendant supposé; Fils du ciel,
+_Ten shi sama_, ainsi l’appellent les bons sujets du Nippon. Malgré tout
+cependant, il est incontestable qu’il se présente déjà quelques fissures
+dans cette «foi du charbonnier»; et l’Empereur passant dans les rues de
+Tokio n’est souvent regardé qu’avec indifférence; on le respecte, mais
+ce n’est plus l’adoration du passé; il m’est même arrivé d’entendre des
+Japonais, attendant à une revue l’arrivée de l’Empereur, s’impatienter
+et s’exprimer peu poliment sur le compte de «cet empereur qui pourrait
+être plus exact».
+
+Il est cependant une chose qui maintiendra encore longtemps intact
+l’amour du peuple pour l’Empereur: c’est le patriotisme farouche,
+sauvage même, dont tout Japonais est animé. L’Empereur est
+l’identification de la patrie, et la patrie japonaise est une chose
+sacro-sainte. Dès l’école primaire, on enseigne aux enfants de cinq ans
+qu’il n’y a pas de plus beau pays que le Japon, que c’est le pays des
+dieux dont l’Empereur est le fils, et qu’il faut mourir pour le pays et
+l’Empereur. Inculqués à une race batailleuse, excessivement orgueilleuse
+et guerrière, ces principes en font une nation éminemment combative et
+courageuse[8].
+
+ [8] Une chanson, que l’on trouve dans les livres primaires de lecture,
+ est bien caractéristique:
+
+ «Les sabres de l’armée sont comme le givre;
+ «Les balles sont comme la grêle;
+ «Dans la lutte sur terre
+ «Les montagnes sont secouées, les rivières frissonnent;
+ «Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux.
+ «Ne rompez pas les rangs; franchissez montagnes et rivières;
+ «Avancez, fixez vos regards sur l’ennemi.
+ «L’artillerie résonne dans l’air;
+ «La torpille frémit dans la mer.
+ «Dans le combat naval le vent se lève, la vague est furieuse;
+ «Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux;
+ «Mettez les navires en ligne; franchissez les flots blancs;
+ «Avancez, fixez vos regards sur les bateaux ennemis.»
+
+ Autre échantillon de «Chanson d’enfants faisant leurs adieux à leur
+ père»:
+
+ «Pour le départ du père pour la guerre, le frère aîné apporte son
+ casque et le jeune frère ses bottes; ils sont, les deux frères, plus
+ calmes que d’habitude. Ils disent à leur père: «Allez maintenant et
+ rapportez-nous comme cadeaux à la maison des têtes d’ennemis.» Le
+ père fait un assentiment de la tête.»
+
+
+X.--Au-dessous de l’Empereur on peut dire qu’il n’y a qu’un peuple; la
+distinction en classes est, en effet, plus dans les lois que dans les
+mœurs; le souverain à part, le Japonais est plutôt démocratique, comme
+d’ailleurs le Chinois, et en général l’Oriental; il n’existe pas
+d’aristocratie, hautaine comme en Angleterre, ou cassante et dure comme
+en Allemagne.
+
+Par conséquent, au point de vue social, l’égalité existe plus au Japon
+que partout ailleurs. Le peuple, du reste, j’entends le paysan,
+l’ouvrier, est infiniment plus poli et mieux éduqué ici que dans
+n’importe quel pays d’Europe. On est agréablement surpris, quand on
+voyage dans la campagne japonaise, de trouver des gens excessivement
+courtois, très hospitaliers et, en général, d’une grande propreté; sur
+ce point la comparaison avec certaines de nos provinces ne tournerait
+pas toujours à notre avantage. Il ne faudrait pas en conclure
+d’ailleurs, parce qu’ils sont polis et hospitaliers, qu’ils nous aiment,
+nous, Européens; non: ils ne nous aiment pas; ils nous détesteraient
+plutôt, mais ils ne le font pas voir. Que pouvons-nous demander de plus?
+
+Là est l’une des grandes forces du caractère japonais: sa dissimulation.
+Habitué, dès la plus tendre enfance, à ne rien laisser paraître sur son
+visage de ses chagrins ou de ses joies, le Japonais se compose une
+physionomie impénétrable, et il est impossible de deviner sa pensée.
+Toutes ses idées se cachent derrière un sourire immuable que nous voyons
+partout et en toute circonstance.
+
+Il est intéressant de reproduire ici, sans appréciation ni commentaire,
+un passage paru dans une correspondance japonaise de l’_Avenir du
+Tonkin_ sous la signature de «Sujin»:
+
+ «Tout récemment sorti de la féodalité, le Japonais est encore soumis à
+ l’autorité de l’opinion, que nul ne songe à braver. De là cette
+ volonté collective dont la puissance a produit cette chose incroyable:
+ une dissimulation nationale sur un mot d’ordre donné à tout un peuple.
+ L’humanité dont on fit montre envers les prisonniers a été une
+ attitude imposée par l’élite de la nation en vue des observateurs
+ occidentaux. Pareillement, la politesse envers les étrangers recouvre
+ habilement la haine qu’ils inspirent.
+
+ «L’âme héroïque du vieux Japon, même sans la complication nouvelle de
+ cette dissimulation, est très difficile à expliquer. Elle dissocie des
+ idées qui nous paraissent inséparables et inversement. Ainsi le mépris
+ de la mort, le sacrifice chevaleresque, le loyalisme sont les vertus
+ caractéristiques du samouraï, et pourtant, l’homme qualifié le plus
+ brave et le plus loyal n’hésitera pas à surprendre traîtreusement et à
+ frapper par derrière l’adversaire désarmé qu’il croit devoir haïr. Un
+ patriote se tue pour signer de sang ses idées, mais il assassinerait
+ aussi un ministre qu’il juge faire de mauvaise politique. Des exemples
+ abondent depuis 1869.»
+
+ (_Avenir du Tonkin_, 9 mai 1909.)
+
+ Tout cela s’en ira-t-il avec l’introduction des idées modernes?
+ L’opinion de M. Kawakami Kiyoshi, l’un des principaux sociologues du
+ Japon actuel, est à ce propos intéressante à connaître: «Les principes
+ moraux, et plus spécialement l’esprit chevaleresque qui avaient fourni
+ à la nation japonaise des règles de conduite pour sa vie quotidienne,
+ ont été détruits par les récentes révolutions: la révolution politique
+ et la révolution industrielle. Envie, inimitié, douleur, rage contenue
+ chez les pauvres; vanité extravagante, luxure et débauche chez les
+ riches, voilà les symptômes du grand conflit social qui certainement
+ surviendra au Japon dans un avenir très rapproché.»
+
+ (_Avenir du Tonkin_, 9 mai 1909.)
+
+
+XI.--De religion, le Japonais n’en a pas, ou en a peu; mais par contre,
+il est très superstitieux. Autrefois, les lettrés suivaient la doctrine
+confucéiste et le peuple les préceptes de Bouddha, tout en reconnaissant
+et suivant en même temps le Shintoïsme ou religion des aïeux, ancêtres
+du Mikado.
+
+Primitivement, à l’aurore de l’Empire, après l’établissement de la
+monarchie par Jinmu, le Shintoïsme était seul connu: c’était, et c’est
+encore aujourd’hui, l’adoration des ancêtres impériaux et notamment de
+la déesse du soleil _Amaterasu o mi Kami_.
+
+A la nombreuse armée des dieux ou _Kami_ que je n’ai pas à énumérer ici,
+les Empereurs ajoutèrent les noms de leurs prédécesseurs qu’ils
+élevaient au rang de Kami, et c’est ainsi que le Shintoïsme est devenu
+le culte des ancêtres impériaux.
+
+A côté, se sont peu à peu créées des superstitions populaires: celle du
+renard à qui on dresse des temples et qu’on apaise par des sacrifices et
+des prières; celles des dieux du vent, de la pluie, du tonnerre, etc...
+
+Après le Shintoïsme, vient le Bouddhisme qui a supplanté le premier dans
+le peuple; le Shintoïsme est resté la religion de l’Empereur; le peuple
+la respecte, va au besoin faire des prières au temple shintoïste, mais
+il a adopté le Bouddhisme, plus à portée de son intelligence, plus
+palpable dans ses dogmes et ses cérémonies; c’est par la Corée que le
+Bouddhisme a été introduit au Japon sous le règne de Kin Mei tennô, en
+563 de J.-C. Il eut, pour s’installer, bien des difficultés, mais la
+protection impériale aidant, il prit vite racine et le Japon devint très
+rapidement bouddhiste. C’est, à l’heure qu’il est, la religion la plus
+répandue.
+
+En fait donc, les Japonais ont deux religions: le culte des Kami,
+vieille religion nationale, et le culte de Bouddha importé de l’Inde par
+la Chine et la Corée. Il n’est pas rare de voir un Japonais, un jour de
+fête religieuse, aller prier aux deux temples, l’un après l’autre.
+
+Le Bouddhisme, au Japon, s’est scindé en plusieurs sectes qui toutes ont
+leur temple principal à Kiôtô. A l’époque de Ota Nobunaga (1553) Kiôtô
+était une vraie forteresse de bonzes qui se révoltaient fréquemment
+contre le pouvoir; ils furent souvent châtiés et Nobunaga en fit un
+massacre effroyable.
+
+Aujourd’hui la religion compte pour très peu de chose au Japon et seule
+la superstition y a toujours de profondes racines. Les classes élevées,
+imbues plus ou moins d’idées européennes, professent le plus souverain
+mépris pour tout ce qui est culte et ne conservent que l’habitude des
+rites shintoïstes aux jours de fête; par contre il m’a été affirmé de
+bonne source, et je n’ai pas de peine à y croire, que les grands
+personnages de l’État consultent les sorts tous les matins!
+
+L’État, en dehors du culte de Shinto, ne se mêle en rien de la religion
+de ses sujets, et il est bien plus tolérant en cela que beaucoup de pays
+d’Occident: le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie grecque
+peuvent s’y développer en toute sécurité, pourvu qu’ils n’aillent pas
+contre les lois de l’Empire; il est vrai que l’Empire n’a édicté aucune
+loi d’exception contre eux, ce qui leur rend facile la tâche de se
+soumettre aux lois communes. Les anciennes lois contre les chrétiens ont
+été abrogées.
+
+Au point de vue politique le clergé n’a donc aucune espèce d’influence
+au Japon. Prêtres de toutes sortes et moines de toutes catégories vivent
+en paix, ne tracassant personne et n’étant pas tracassés. Les moines
+mendiants parcourent même encore la rue le matin, récitant des prières
+devant les portes et recevant les aumônes des fidèles.
+
+Quelques temples bouddhistes sont des monuments remarquables, bien que
+construits entièrement en bois; ainsi le voyageur au Japon ne peut aller
+à Kiôtô sans visiter: Nishi Hongwan ji et Higashi Hongwan ji; Kio Midzou
+dera; Chi on inn. Les deux premiers se trouvent dans la ville même et
+n’ont pas le grandiose entourage des deux autres. Élevés sur la colline
+de Hiyézan, ils ont un cadre de verdure et d’arbres remarquablement beau
+qui rehausse évidemment leur splendeur aux yeux du visiteur. Au mois de
+mai Kiôtô et ses temples et ses palais attirent des pèlerins de toutes
+les parties du Japon.
+
+Comme temple shintoïste il faut voir le temple de Gi on; mais les
+temples shintoïstes sont de bois blanc, sans peinture aucune, et n’ont
+comme ornement que le miroir et le sabre, legs fait au premier empereur
+par la divine Amaterasu. On n’y trouvera donc aucun art, aucun décor;
+seul le toit, d’architecture et de forme chinoises, mais moins massif,
+plus élégant et élancé, est quelquefois une merveille de construction.
+
+
+XII.--Au commencement de leurs relations avec le Japon, les étrangers
+vivaient dans les îles en conservant leur statut national. Ils
+n’avaient, il est vrai, pas le droit d’habiter en dehors des limites
+fixées par les traités, dans les ports de Tokio, Yokohama, Osaka, Kobe,
+Nagasaki, Niigata, Hakodate, mais ils ne relevaient pas des lois
+japonaises et seuls leurs consuls pouvaient les juger et les condamner;
+quand ils voyageaient dans l’intérieur, il leur fallait un passeport
+délivré par les autorités japonaises sur la demande de leur ministre, et
+ils ne pouvaient s’écarter de l’itinéraire inscrit sur le passeport sous
+peine d’être reconduits au port ouvert le plus voisin.
+
+Aujourd’hui, après la révision des traités (signés pour la France en
+1896), tous les étrangers résidant au Japon sont soumis aux lois et
+règlements japonais. Ils peuvent, il est vrai, voyager sans passeport
+dans tout l’intérieur du pays, mais leurs consuls ne peuvent rien pour
+eux; ils sont entièrement soumis à la juridiction japonaise. Aussi, lors
+de l’application des nouveaux traités, beaucoup de vieux résidents
+européens ont-ils quitté le Japon. Actuellement (au 31 décembre 1906,
+dernière statistique), il y a au Japon un total de 19.129 étrangers dont
+13.000 Chinois et autres asiatiques. Les étrangers vivent dans les îles
+du Soleil Levant sur le même pied que les Japonais, mais ils n’ont pas
+le droit de posséder le sol; ils n’ont droit qu’à des baux
+emphytéotiques de 99 ans.
+
+Le traité franco-japonais, signé à Paris le 4 août 1896, et qui est
+entré en vigueur quatre ans après, c’est-à-dire en 1899, garantit aux
+Français «constante protection pour leurs personnes et leurs
+propriétés»; leur donne la faculté de «voyager, résider, et se livrer à
+l’exercice de leur profession; acquérir, posséder, et transmettre par
+succession des biens, valeurs et effets _mobiliers_ de toute sorte»;
+leur garantit libre et facile accès auprès des tribunaux de justice;
+leur permet de jouir d’une entière liberté de conscience.
+
+En ce qui concerne l’agriculture et le droit de propriété sur les biens
+immobiliers, il est entendu que les Français jouiront au Japon des mêmes
+avantages que les sujets de la nation la plus favorisée. Pour le moment
+cette clause est lettre morte, aucun Européen ne pouvant posséder la
+terre dans l’Empire du Mikado. La terre est, en effet, supposée
+appartenir entièrement à l’Empereur et il ne peut l’aliéner. Il ne peut
+que la prêter.
+
+
+
+
+CHAPITRE III
+
+I. Provinces et districts.--II. Les trois «Shi».--III. Les quarante-cinq
+«Kens».--IV. Administration méticuleuse.--V. Ports principaux.
+
+
+I.--Au point de vue politique le Japon, jusqu’à l’ère de Mei ji (1868),
+époque de la restauration impériale, était divisé en provinces (Kuni) au
+nombre de 86, disposées en neuf groupes: 1º les provinces impériales (Go
+kinai), au nombre de 5; 2º les huit grandes divisions (dô). Ces
+dernières divisions étaient:
+
+Hokurokudô, Sanindô et Hokkaidô, au Nord;
+
+Tôkaidô et Tôsandô, à l’Est;
+
+Sanyôdô et Nankaidô, au Sud;
+
+Saikaidô, à l’Ouest.
+
+Les noms des provinces ou Kuni ne sont plus politiquement usités; mais,
+comme parfois ils sont encore employés, même officiellement, j’en
+donnerai ici l’énumération:
+
+Les Gokinai ou Provinces impériales comprenaient cinq Provinces:
+Yamashiro, Yamato, Kawachi, Idzumi, Setsu;
+
+Le Tôkaidô (circuit du littoral de l’Est) quinze provinces: Iga, Ise,
+Shima, Owari, Mikawa, Tôtomi, Suruga, Kai, Idzu, Sagamî, Musashi, Awa,
+Kadzusa, Shimosa, Hitachi;
+
+Le Tôsandô (circuit des montagnes de l’Est) treize provinces: Omi, Mino,
+Hida, Shinano, Kodzuke, Shimodzuke, Iwaki, Iwashiro, Rikuzen, Rikuchu,
+Mutsu, Uzen, Ugo;
+
+Le Hokurokudo (circuit du continent du Nord) sept provinces: Wakasa,
+Echizen, Kaga, Noto, Echiu, Echigo, Sado;
+
+Le Sanindô (petit circuit des montagnes) huit provinces: Tamba, Tango,
+Tajima, Inaba, Hôki, Idzumo, Iwami, Oki;
+
+Le San yô dô (grand circuit des montagnes) huit provinces: Harima,
+Mimasaka, Bizen, Bichu, Bingo, Aki, Suwo, Nagato;
+
+Le Nan kai dô (circuit du littoral du Sud) six provinces: Kii, Awaji,
+Awa, Sanuki, Iyo, Tosa;
+
+Le Saikaidô (circuit du littoral de l’Ouest) douze provinces: Chikuzen,
+Chikugo, Buzen, Bungo, Hizen, Higo, Hiuga, Osumi, Satsuma, Iki,
+Tsushima, plus les îles Riu Kiu;
+
+Le Hokkaido (circuit du littoral du Nord) onze provinces: Oshima,
+Shiribeshi, Iburi, Ishikari, Hitaka, Tokachi, Teshiwo, Kushiro, Nemuro,
+Kitami, Chishima (îles Kouriles).
+
+
+II.--Aujourd’hui le Japon est divisé en 3 Shi ou villes et 45 Ken ou
+départements.
+
+Les trois Shi sont: Tôkiô, Kiôtô, Osaka. Tôkiô, capitale de l’Empire
+depuis la Restauration de 1868, autrefois Yedo, capitale de Shôgun ou
+Lieutenant général, est le siège du gouvernement et la résidence de
+l’Empereur; cette ville est divisée en arrondissements (ku) et renferme
+deux millions d’habitants. Les arrondissements sont: Kojimachi; Kanda;
+Nihombashi; Kyosbashi; Shiba; Azabu; Akasaka; Yotsuya; Ushigome;
+Koishikawa; Hongo; Shitaya; Asakusa; Honjo; Fukagawa.
+
+Les districts suburbains sont: Ebara gôri; Higashi tama gôri; Minami
+Toshima gôri; Kita toshima gôri; Minami Adachi gôri; Minami katsushika
+gôri.
+
+Vers le moyen âge, l’emplacement où s’élève aujourd’hui Yedo, n’était
+qu’une plage de sable; au XVe siècle, un guerrier nommé Ota Dôkwan prit
+possession du village de pêcheurs situé à l’estuaire du Sumida et appelé
+Ye do (bouche du fleuve); il y construisit une forteresse en 1456;
+Hideyoshi (Taikosama) s’empara de cette forteresse et ce fut son
+successeur Iyeyasu qui, en 1603, en fit sa capitale. Elle devint ainsi
+capitale des Shôgun, tandis que Kiôtô (miyako) restait la capitale des
+Empereurs. Le mikado actuel, Mutsu hito, vint s’y installer en 1868 et,
+au mois de septembre, changea le nom de la ville en celui de Tokiô.
+
+A part les monuments officiels tels que les ministères, les casernes,
+l’état-major, les différentes écoles, etc., Tokiô est construit en bois.
+Aussi les incendies y font des ravages effroyables et brûlent souvent
+une partie de la ville, laquelle se trouve, d’ailleurs, reconstruite au
+bout de quinze jours. Les rues sont larges, uniformes, et elles ont un
+aspect triste à cause de la couleur grise du bois vieillissant aux
+intempéries. L’aspect de la ville n’est pas gai du tout. Des tramways
+électriques parcourent les principales rues, en même temps que les
+djinrikisha ou voitures à hommes circulent dans toutes les directions.
+
+Les parties intéressantes de la ville sont: les parcs de Shiba où sont
+enterrés deux Shôgun; les temples et les jardins qui précèdent et
+entourent la tombe sont de toute beauté; au milieu du parc se trouve le
+koyokwan ou cercle de l’Érable, sorte de club japonais fort élégant, qui
+donne une idée très nette de la jolie maison nippone; les parcs d’Uyeno,
+autre lieu de repos de Shôgun, à côté du lac de Shinobadzu; la colline
+d’Atago yama d’où l’on domine toute la ville; les fossés et les portes
+de garde de l’ancien château d’Yedo, aujourd’hui encore existant et
+entourant le palais impérial; le grand temple d’Asakusa; la digue de
+Mukojima. Les quartiers, qui ne sont pas trop européanisés, sont assez
+pittoresques et amusants.
+
+Les environs de Tokiô sont très recherchés aux jours fériés et
+aujourd’hui surtout, avec les facilités accordées par les chemins de
+fer, la population émigre facilement autour de la ville toutes les fois
+qu’un saint bouddhiste doit être fêté.
+
+Kiôto, l’ancienne capitale (Miyako) des Mikado, la ville sainte du
+Japon, est située dans la province de Yamashiro, à environ cent
+trente-deux lieues de Tokio, dans la direction du Sud-Ouest; et elle
+n’est éloignée d’Osaka et de Kobé que de trois heures de chemin de fer.
+La ville est divisée en deux parties: Kami Kio Ku, ou ville haute, et
+Shimo Kio Ku ou ville basse.
+
+C’est en 784 que la dynastie impériale fixa définitivement sa capitale à
+Kioto et ce n’est qu’en 1868, lors de la suppression du Shôgunat, que le
+trône impérial fut transféré à Tokio. Aujourd’hui la ville de Kioto est
+déchue et elle n’a plus guère d’animation; elle est un peu considérée
+comme la capitale religieuse du Japon et certes le voyageur peut y
+passer facilement un mois à étudier l’architecture bouddhique sous
+toutes ses formes. Les principales excursions sont: le palais des
+empereurs; Higashi Hongwan ji; Nishi Hon gwan ji; Chi on In; Kiomidzu
+dera; San ju san guen dô; Honkoku ji; la colline de Hieizan; le lac
+Biwa; les rapides d’Arashiyama ou plutôt du Katsuragawa.
+
+Kioto fabrique les broderies, la porcelaine et le bronze.
+
+Le Shi d’Osaka est actuellement le plus important des trois au point de
+vue des affaires. La ville est située à environ cent quarante-trois
+lieues de Tokio et quinze lieues de Kiôto. De nombreux canaux la
+parcourent en tous sens, de sorte que la navigation, pour le transport
+par eau, pénètre jusqu’au cœur de la ville, qui a aujourd’hui près d’un
+million d’habitants. L’industrie du Japon s’est pour ainsi dire
+concentrée dans cette ville, bien située, près de la mer, au centre du
+Japon. Osaka est le grand marché commercial de l’Empire, et se trouve
+aujourd’hui relié, par eau et par voie ferrée, à tous les points du
+Japon. L’industrie y est également très florissante, et la population y
+est généralement dans l’aisance.
+
+
+III.--Les Ken ou Départements ont d’abord été au nombre de trente-cinq:
+
+1º Ken de Kanagawa. Il se compose de trois districts: Tsudzuki,
+Tachibana et Kuroki, et d’une partie du district de Tama, province de
+Musashi, plus de la province de Sagami. Le chef-lieu est Yokohama,
+autrefois le port où résidaient le plus d’étrangers. Les villes
+principales de ce département sont: Odawara, dans la province de Sagami;
+Yokosuka dans la même province, non loin de Yokohama, place de guerre et
+arsenal pour la marine impériale.
+
+2º Ken de Hiogo. Administre cinq districts de la province de Setsu et
+deux districts de la province de Tamba, plus les trois provinces de
+Harima, Awaji, Tajima. Le chef-lieu est Kobe, dans la province de Setsu.
+Ce port, ouvert au commerce extérieur pendant la première année de Meiji
+(1868) est contigu, du côté de l’Ouest, à celui de Hiogo. Au Sud-Est de
+Kobe, se trouve la baie d’Osaka et un peu plus loin le détroit de
+Tomoshima. La ville de Himeji fait également partie de ce Ken; elle est
+située dans la province de Harima, à environ quatorze lieues à l’Ouest
+de Kobé.
+
+3º Ken de Nagasaki. Administre trois provinces: Hizen, Iki et Tsushima.
+Le chef-lieu est Nagasaki dans la province de Hizen; cette ville est à
+environ trois cent quarante lieues de Tokio. Le port de Nagasaki, ouvert
+depuis longtemps au commerce chinois et au commerce hollandais, ne le
+fut pour les autres nations que dans la sixième année d’Ansei (1859). Le
+port de Nagasaki est fermé de trois côtés par des montagnes; le
+quatrième, qui est celui de l’entrée, est protégé par plusieurs îles et
+îlots. Ce port est un des plus sûrs et des plus profonds du Japon. La
+ville de Saga, dans la province de Hizen, se trouve à environ vingt-huit
+lieues au Nord-Est de Nagasaki.
+
+4º Ken de Niigata. Administre les provinces d’Echigo (dont un seul
+district, celui de Tsugawa, fait partie du Ken de Fukushima), et de
+Sado. Le chef-lieu est Niigata, province d’Echigo, à environ
+quatre-vingt-neuf lieues de Tokio. Elle est peuplée d’environ cinquante
+mille habitants. Le port de Niigata fut ouvert au commerce étranger dans
+la première année de Meiji (1868); situé à l’embouchure du Shinanogawa,
+il est par suite peu profond et mal commode. La ville de Takata, dans la
+province d’Echigo, se trouve à trente-trois lieues au Sud-Ouest de
+Niigata.
+
+5º Ken d’Aïchi; formé de deux provinces: Owari et Mikawa; le chef-lieu
+est Nagoya, dans la province d’Owari; cette ville est à cent
+quatre-vingt-quatorze lieues de Tokio; elle est située au milieu d’une
+plaine; ses rues sont larges et animées et c’est un des centres les plus
+importants du Japon; il y existe un superbe château-fort (shiro),
+ancienne résidence du Daïmio. La ville d’Okasaki, dans la province de
+Mikawa, est située à dix lieues au Sud-Est de Nagoya.
+
+6º Ken d’Ishikawa; formé de trois provinces: Kaga, Noto, Echiu, plus
+sept districts de la province d’Echizen. Le chef-lieu est Kanazawa, dans
+la province de Kaga. Cette ville est à cent vingt-sept lieues de Tokio;
+traversée au Nord et au Sud par deux rivières, le Saigawa et
+l’Asanogawa, Kanazawa se trouve à peu près au centre du Hokurokudô. Le
+commerce n’y est pas très considérable; villes principales de ce
+département: Fukui, dans la province d’Echizen, et Toyama dans la
+province d’Echiu.
+
+7º Ken de Hiroshima; formé des deux provinces d’Aki et de Bingo. Le
+chef-lieu est Hiroshima dans la province d’Aki, situé à deux cent trente
+lieues de Tokio. Le sol des environs est très fertile et la ville est
+arrosée par plusieurs cours d’eau. La ville importante de Fukuyama, dans
+la Province de Bingo, se trouve à vingt-six lieues à l’Est de Hiroshima.
+
+8º Ken de Wakayama formé de la province de Kii (quelques villages de
+cette province, situés à l’Est de la rivière Kumano, font partie du Ken
+de Miye). Le chef-lieu est Wakayama, à cent soixante-trois lieues de
+Tokio. Cette ville, dont le côté Ouest est voisin de la mer et le côté
+Nord est arrosé par le Kinogawa, se trouve à l’entrée de la baie
+d’Osaka.
+
+Entourée de collines, Wakayama est fort pittoresque.
+
+9º Ken de Sakai, formé de trois provinces: Idzumi, Yamato et Kawachi. Le
+chef-lieu est Sakai dans la province d’Idzumi; cette ville est à cent
+quarante-huit lieues de Tokio. Sakai est situé sur le même littoral que
+Osaka, au Nord; elle est arrosée par le Yamato gawa; on y prend des
+quantités de poissons. Sakai était autrefois le point de mouillage des
+navires étrangers.
+
+10º Ken de Miyagi, formé de treize districts de la province de Rikuzen
+et de trois de la province d’Iwaki. Sendai, dans la province de Rikuzen,
+en est le chef-lieu; elle est traversée au Sud-Ouest par le Hirosegawa
+et elle est contiguë du côté de l’Est à Shiwogama et Matsushima. Les
+environs de cette dernière ville forment un des plus beaux paysages du
+Japon. Les productions principales sont le poisson et le sel. Sendai est
+à 83 lieues au Nord de Tokio.
+
+11º Ken de Kôchi, formé des deux provinces de Tosa et d’Awa. Le
+chef-lieu est Kôchi dans la province de Tosa; Kôchi est à deux cent
+trente-et-une lieues de Tokio. A l’Est se trouve le port de Urato; au
+Nord et au Sud coule le Kamigawa; les productions principales sont le
+bois et le poisson.
+
+12º Ken de Kumamoto, formé de la province de Higo, chef-lieu Kumamoto,
+ancienne place forte importante, à trois cent vingt-six lieues de Tokio;
+arrosée au Sud par le Shirakawa, elle est bornée au Nord-Ouest par un
+groupe de montagnes; c’est une des grandes villes du Sai kai dô.
+
+13º Ken de Shimane, formé de cinq provinces: Idzumo, Hôki, Inaba, Iwami,
+Oki. Le chef-lieu est Matsuyé dans la province d’Idzumo, à deux cent
+vingt et une lieues de Tokio.
+
+14º Ken d’Akita, formé d’une partie des provinces d’Ugo et de Rikuchiu;
+chef-lieu Akita, dans la province d’Ugo.
+
+15º Ken de Saitama, formé d’une partie des provinces de Musashi et de
+Shimosa; chef-lieu Urawa, province de Musashi.
+
+16º Ken de Chiba, formé de parties des provinces de Shimosa, Awa et
+Kadzousa; chef-lieu Chiba, à onze lieues de Tokio, dans le golfe.
+
+17º Ken d’Ibaraki, formé de parties des provinces de Hitachi et de
+Shimosa; chef-lieu Mito, province de Hitachi, sur l’Océan, à trente et
+une lieues de Tokio.
+
+18º Ken de Tochigi, formé de la province de Shimotsuké; chef-lieu
+Tochigi; ville principale Utsunomiya d’où partent la route et le chemin
+de fer se dirigeant sur Nikkô.
+
+19º Ken de Gumma, formé de la province de Kodzuke; chef-lieu Mayebashi,
+à vingt-huit lieues de Tokio; avec les villes de Takasaki et de Tomioka,
+Mayebashi constitue le centre le plus important du Japon pour le
+commerce de la soie.
+
+20º Ken de Miye, formé des provinces de Ise, Iga et Shima et une partie
+de la province de Kii; chef-lieu Tsu, à cent treize lieues de Tokio.
+
+21º Ken de Shidzuoka, formé des provinces de Suruga, Totomi et Idzu;
+chef-lieu Shidzuoka, province de Suruega.
+
+22º Ken de Yamanashi, formé de la province de Kai, chef-lieu Kôfu, à
+trente-huit lieues de Tokio.
+
+23º Ken de Shiga, formé des provinces de Omi et de Wakasa et une partie
+de la province d’Echizen; chef-lieu Otsu, dans la province d’Omi.
+Hikone, ville célèbre, à quinze lieues au Nord-Ouest d’Otsu.
+
+24º Ken de Gifu, formé des provinces de Mino et Hida; chef-lieu Gifu,
+ville renommée pour la fabrication des lanternes.
+
+25º Ken de Nagano, formé de la province de Shinano; chef-lieu Nagano ou
+Zenkôji. Temple célèbre, où l’on vient en pèlerinage de toutes les
+parties du Japon.
+
+26º Ken de Fukushima, formé de la province d’Iwashiro, et d’une partie
+des provinces d’Iwaki et d’Echigo; chef-lieu Fukushima; ville principale
+Wakamatsu.
+
+27º Ken d’Iwate, formé de parties des provinces de Rikuchu, Rikuzen et
+Mutsu; chef-lieu Morioka, province de Rikuchu, à cent quarante lieues de
+Tokio.
+
+28º Ken d’Awomori, formé de parties de la province de Mutsu; point
+extrême du Honshu, Awomori en est la capitale, à cent quatre-vingt-onze
+lieues de Tokio.
+
+29º Ken de Yamagata, formé de la province d’Uzen et d’une partie de la
+province d’Ugo; chef-lieu Yamagata.
+
+30º Ken d’Okayama, formé des provinces de Bizen, Bichu et Mimasaka;
+chef-lieu Okayama, province de Bizen.
+
+31º Ken de Yamaguchi, formé des provinces de Suwo et Nagato; chef-lieu
+Yamaguchi, province de Suwo, à deux cent soixante-trois lieues de Tokio.
+
+32º Ken de Ehime, formé des provinces de Iyo et Sanuki; chef-lieu
+Matsuyama.
+
+33º Ken de Fukuoka, formé des provinces de Chikuzen et Chikugo et d’une
+partie de la province de Buzen; chef-lieu Fukuoka, à trois cent deux
+lieues de Tokio.
+
+34º Ken d’Oita, formé de la province de Bungo et d’une partie de la
+province de Buzen; chef-lieu Oita.
+
+35º Ken de Kagoshima, formé des provinces de Satsuma, Osumi et Hiuga;
+chef-lieu Kagoshima, point extrême Sud de Kiushiu, à trois cent
+soixante-dix-huit lieues de Tokio.
+
+Ces trente-cinq Ken ou départements ont été, ainsi qu’on peut le voir,
+formés avec les anciennes provinces, comme en France les départements.
+Depuis 1880, dix autres Ken ont été ajoutés à ces trente-cinq dont on a
+trouvé quelques-uns trop considérables. C’est ainsi que, dans Kiushiu,
+on a formé deux nouveaux Ken: Saga, chef-lieu Saga, et Miyazaki,
+chef-lieu Miyazaki.
+
+Dans la grande île, on a coupé en deux le Ken de Shimane pour créer le
+Ken de Tottori; à l’Est d’Osaka on a créé le Ken de Nara; à l’Est du Ken
+d’Ishikawa qu’on a coupé, s’est formé le Ken de Toyama; au Sud celui de
+Fukui; dans l’île de Shikoku, on a divisé les deux Ken de Ehime et de
+Kochi pour y adjoindre ceux de Kagawa, chef-lieu Takamatsu et Tokushima,
+capitale Tokushima.
+
+Enfin les îles Riukiu ont été incorporées à l’Empire sous le nom de
+Okinawa Ken.
+
+L’île de Yezo forme un Chô ou gouvernement spécial; le pays est
+également divisé en départements; mais l’administration de ce pays,
+considéré comme une colonie plutôt que comme partie intégrante de
+l’Empire, est forcément différente de celle des autres parties du Japon.
+
+
+IV.--L’administration japonaise est méticuleuse et terrible dans les
+détails. Sa paperasserie pourrait être, à juste titre, rapprochée de la
+nôtre. Il faut dire que ce n’est pas chose moderne dans le pays du
+Soleil Levant; autrefois, sous la féodalité et le gouvernement shôgunal,
+les fonctionnaires avaient avec eux des espions, les _metsuke_, chargés
+de les surveiller; il s’ensuit que l’habitude de faire rapport sur
+rapport et d’accumuler les papiers se prit très vite. La recherche de
+«la petite bête» existe au Japon dans toutes les administrations; les
+minuties, les détails insignifiants exaspèrent ceux qui ont affaire aux
+bureaux japonais; il faut tâcher d’en avoir besoin le moins possible.
+
+En voyage, dans l’intérieur, il n’est pas de jour où vous ne soyez
+surveillé par les autorités qui envoient, matin et soir, la police vous
+demander ce que vous faites, pourquoi vous êtes venu, si vous n’allez
+pas bientôt vous en aller. C’est une tracasserie de chaque instant; le
+tout, d’ailleurs, accompli avec une politesse exquise de la part de tous
+les agents de l’autorité, mais ce n’en est pas moins quelquefois fort
+ennuyeux.
+
+Aussi, à part les globe-trotters, les étrangers qui résident au Japon ne
+s’absentent-ils guère au-delà des environs des ports de commerce où ils
+habitent généralement.
+
+
+V.--Actuellement les ports où le commerce européen peut s’installer sont
+nombreux, mais les résidents des différentes nationalités se concentrent
+surtout à Yokohama, Kobé et Nagasaki.
+
+Yokohama est situé dans la baie de Tokio, tout près du bourg japonais de
+Kanagawa; étalé sur le bord de la mer d’un côté et adossé de l’autre à
+une colline assez élevée où les Européens ont leurs maisons
+d’habitation, tandis qu’ils ont leurs maisons d’affaires et leurs
+magasins sur le quai et dans les rues adjacentes. Le quai est une des
+jolies promenades de la ville; le port est peu abrité, quoiqu’il soit
+aujourd’hui protégé. Quand le vent du Nord-Est souffle violemment, il y
+a quelquefois de fortes tempêtes; depuis quelques années on a élevé près
+de la douane un appontement où peuvent prendre place quatre paquebots,
+ce qui facilite bien le débarquement et l’embarquement des marchandises
+et des passagers. Autrefois le port de Yokohama était le grand centre
+d’affaires des Européens; aussi y trouvait-on nombreuse société, club et
+champ de courses; les dames même avaient fini par s’y installer et de
+nombreuses familles y étaient nées qui donnaient à la ville une
+physionomie de petit centre européen. Actuellement Kobé s’est développé
+un peu au détriment de Yokohama par suite de la proximité d’Osaka où
+sont les principales manufactures et industries du Japon. Kobé est sous
+le rapport de la situation géographique beaucoup plus agréable et
+infiniment plus pittoresque que Yokohama, et les environs en sont
+délicieux. Quant à Nagasaki, le premier port où les Européens aient été
+admis (c’est là que les Hollandais trafiquaient à Deshima depuis 1640),
+il semble plutôt décliner. Peu d’Européens y demeurent et le commerce
+devient de moins en moins brillant.
+
+Voici les autres ports ouverts au commerce:
+
+Osaka; les grands bateaux n’y viennent pas, mais restent à Kobé, le port
+même d’Osaka ne pouvant leur assurer le mouillage. On fait des travaux
+en vue d’un port, mais ils sont loin d’être terminés. Ainsi que je l’ai
+déjà dit, cette grande ville est le véritable centre de l’activité
+industrielle et commerciale du Japon. Situé au milieu des plus riches
+provinces de l’Empire, en communications rapides, soit par eau, soit par
+terre, avec les diverses parties du pays, Osaka est rapidement devenu le
+principal emporium des îles du Soleil Levant. Les grandes cheminées
+d’usine s’élèvent à côté du gigantesque château-fort en pierres énormes,
+témoin des âges passés, et offrent un contraste frappant entre les deux
+époques;
+
+Niigata, peu important;
+
+Yebisuminato, dans l’île de Sado, peu important;
+
+Hakodate, dans l’île de Yeso, ville de 60.000 âmes; peu important au
+point de vue du commerce extérieur;
+
+Kio midzu, province de Suruga;
+
+Take toyo, province d’Owari;
+
+Nagoya n’est pas à proprement parler un port: celui-ci se trouve à Miya,
+et c’est à cet endroit qu’on débarque pour se rendre à la ville. Les
+gros bâtiments ne peuvent pas, du reste, entrer dans le port de Miya, et
+c’est surtout par les petits bateaux et par la voie ferrée que
+s’exécutent les transactions;
+
+Yokka ichi, province d’Ise;
+
+Shizaki, province de Bingô;
+
+Shimonoseki, province de Nagato; peu important, mais lieu de passage de
+tous les bateaux qui entrent dans la mer intérieure ou en sortent;
+
+Môji, province de Buzen; port important au Nord de l’île de Kiushu,
+point terminus du chemin de fer venant de Nagasaki;
+
+Wakamatsu, province de Chikuzen;
+
+Hakata, province de Chikuzen;
+
+Karatsu, province de Hizen;
+
+Sumi no ye, province de Hizen;
+
+Kuchi no dzu, province de Hizen;
+
+Miike, province de Chikuzen;
+
+Tsuruga, province d’Echizen;
+
+Awomori, province de Mutsu;
+
+et quelques autres petits ports dont je juge inutile de citer les noms.
+
+Le commerce se fait surtout à Yokohama, Kobe, Osaka et Nagasaki.
+
+Tokio, bien que situé sur la mer, à l’embouchure du Sumidagawa, n’est
+pas un port praticable: il n’y a aucune profondeur et des bateaux, même
+de moyen tonnage, ne peuvent y mouiller.
+
+Les quatre grands ports ci-dessus nommés sont pourvus de tout le
+matériel moderne pour l’embarquement, le débarquement, la mise en docks
+des marchandises. L’outillage et l’administration des ports de commerce
+répondent à ce que peuvent désirer les armateurs et les négociants
+modernes.
+
+De Yokohama partent les lignes de paquebots se dirigeant vers l’Europe
+et l’Amérique: tous ces bateaux, à service régulier, font escale à Kobé
+et Nagasaki.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI
+
+I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre au Japon.--Le chemin de
+fer sibérien; les compagnies de navigation qui font le service.--II.
+Prix des passages. Les côtes japonaises.--III. La mer intérieure jusqu’à
+Kobé; de Kobé à Yokohama.--IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le
+service du Pacifique.--V. Aspect triste des villes japonaises pour celui
+qui débarque.
+
+
+I.--Pour se rendre au Japon, à l’heure actuelle, le voyageur n’a que
+l’embarras du choix. Très éloigné d’Europe à des époques qui ne sont pas
+encore bien lointaines, et où il fallait quarante-cinq jours bien
+comptés de Marseille à Yokohama, le pays du Soleil Levant, grâce à la
+voie de terre à travers les steppes de Sibérie, n’est plus qu’à vingt
+jours de Paris. Voici quelles sont, avec le transsibérien, voie
+terrestre, les routes maritimes pour se rendre dans les ports japonais:
+
+Voie de Sibérie.--Tous les deux jours un train part de Moscou, par Perm,
+Ekaterinburg et Tioumen. Cette dernière ville était le dernier point
+d’arrêt des chemins de fer russes vers l’Asie lorsque le gouvernement
+russe entreprit l’immense travail de pousser le rail jusqu’à
+Wladiwostok. De Tioumen, la voie file sur Omsk, Krasnoyarsk et Irkoutsk
+d’où elle repart, en contournant le Baïkal, sur Tchita, Nertchinsk pour
+pénétrer en Mandchourie et se diriger sur Kharbine. De ce dernier point,
+partent deux voies: l’une sur Port-Arthur[9]; l’autre sur Wladiwostok,
+point extrême de la voie russe. De ce port un service de bateaux gagne
+le Japon. Mais le trajet est un peu plus long; le plus rapide est de
+quitter le train russe à Kharbine et de se diriger sur Dalny (Talienwan,
+Tairen), d’où le bateau transporte le voyageur jusqu’à Nagasaki. Les
+wagons russes sont excessivement confortables, et il est évident qu’ils
+ne laissent rien à désirer au point de vue du bien-être; seule la
+vitesse pourrait être augmentée, mais il faut se dire qu’il n’existe
+qu’une voie, d’abord, ce qui retarde nécessairement la marche des
+trains, et, qu’ensuite, la voie est encore toute nouvelle, qu’elle a été
+construite rapidement et d’une façon hâtive sur certains points par
+suite des nécessités de la dernière guerre et que, par conséquent, elle
+n’est pas encore stable partout. Le temps remédiera à ces petits
+défauts, et, lorsque la deuxième voie sera exécutée, on pourra aller par
+train rapide en dix jours de Paris à Péking.
+
+ [9] Le Sud de cette ligne est aujourd’hui aux mains des Japonais.
+
+Le prix du voyage, actuellement, se rapproche du prix du passage par
+mer; il faut compter 2.000 francs pour voyager en première classe de
+Paris à Nagasaki.
+
+Route de Marseille par l’Océan Indien:
+
+De Marseille partent plusieurs lignes: d’abord les _Messageries
+Maritimes_, dont les bateaux quittent le port les dimanches pour
+Port-Saïd, Suez, Aden (une fois sur deux), Djibouti (une fois sur deux),
+Colombo, Singapour, Saïgon, Hong-Kong, Shanghaï, Yokohama. Cette
+Compagnie possédait autrefois une flotte fort belle et des bateaux très
+confortables et très proprement tenus.
+
+Les étrangers, notamment les Anglais, y venaient en foule et les
+préféraient de beaucoup aux bateaux anglais; malheureusement un fait se
+produisit qui enleva aux Messageries la clientèle étrangère et aussi
+beaucoup de leur clientèle française: c’est que le Gouvernement français
+ayant supprimé, pour le transport de ses troupes en Indo-Chine, les
+grands bâtiments qui avaient été construits et destinés à cet usage
+exclusif, tels que le _Mytho_, le _Bien hoa_, le _Shamrock_, etc., et
+ayant conclu avec les Messageries un contrat pour le transport des
+officiers et des soldats, cette Compagnie se voit obligée par chaque
+courrier de remplir ses paquebots de troupes. Et c’est pour cela que les
+étrangers l’ont quittée; que de nombreux passagers français, payant de
+leur poche, ont fait de même, et qu’à l’heure actuelle, les bateaux des
+Messageries ne transportent que des militaires et des fonctionnaires. Le
+service est, d’ailleurs, bien au-dessous de ce qu’il était autrefois.
+
+La _Peninsular and Oriental_, Compagnie anglaise, fait également le
+service de Marseille au Japon par l’Océan Indien et Shanghaï; mais peu
+de monde la prend; elle est presque exclusivement chargée de
+fonctionnaires et de négociants anglais de l’Inde; le service y est fort
+correct; tout y est très propre; le confort y est anglais, c’est tout
+dire; mais pour la nourriture elle est fort inférieure, et les estomacs
+non encore habitués à la fâcheuse cuisine anglaise arriveront à Yokohama
+en bien mauvais état.
+
+_Norddeutscher Lloyd._--Tout ce qu’ont perdu les Messageries a été gagné
+par la Compagnie allemande. Les bateaux ne touchent pas Marseille, il
+est vrai; mais comme ce n’est pas sur la clientèle française qu’elle
+compte, elle n’a que faire de s’arrêter dans un port français; aussi
+a-t-elle deux points de relâche au Nord: Anvers et Southampton, et deux
+au Sud: Gênes et Naples. Le Norddeutscher Lloyd est la Compagnie qui, à
+l’heure présente, effectue le plus de transports de passagers pour
+l’Extrême-Orient. Les bateaux sont très confortables, fort bien tenus;
+la cuisine y est bonne; et le personnel très bien dressé; une seule
+chose y est atroce: c’est la musique de foire dont on vous fatigue les
+oreilles pendant les repas, et même après. Trop de musique!
+
+_Nippon Yusen Kwaisha._--Cette Compagnie touche à Marseille; les bateaux
+sont très beaux et les quelques cabines qu’ils contiennent sont très
+confortables; mais ils ne prennent que peu de passagers; d’ailleurs leur
+voyage depuis Marseille jusqu’au Japon est fort long par suite de la
+durée de leur station aux escales, par conséquent ils ne sont guère
+encombrés; il leur arrive en effet de rester quatre et cinq jours dans
+un port, et il n’y a que les personnes peu pressées qui les prennent,
+par suite du prix bien moindre qu’elles paient pour le voyage.
+
+En dehors des lignes de paquebots que je viens de citer et qui font un
+service régulier tous les quinze jours, il existe également une ligne
+autrichienne et une ligne italienne, mais dont les départs et les
+arrivées ne sont pas très réguliers.
+
+
+II.--Les prix du passage, sauf en ce qui concerne les Compagnies
+japonaise, autrichienne et italienne, sont à peu de chose près les
+mêmes: dix-huit cents francs en première classe et onze cents en
+seconde; sur les paquebots français et allemands il y a une troisième
+classe, mais peu fréquentée; car il n’y a pas d’_émigrants_ pour les
+pays d’Orient; il n’y a que des négociants, lesquels vont en première,
+et des employés qui vont en seconde. Les bateaux anglais de la
+Peninsular and Oriental ont aussi premières et secondes, mais pas de
+troisièmes. Toutes les Compagnies délivrent des billets d’aller et
+retour, mais les plus longs délais sont donnés par le Norddeutscher
+Lloyd.
+
+Le premier port japonais touché par les paquebots est le port de
+Nagasaki. L’entrée en est merveilleuse. Des îlots de verdure y forment
+plusieurs passes; devant soi, en contournant tous ces îlots (dont l’un,
+le Pappenberg, rappelle le martyre de nombreux chrétiens que les
+Japonais précipitaient du haut des falaises à pic sur les roches battues
+par les vagues), on aperçoit la colline toute couverte de frondaisons,
+et de champs descendant jusqu’à la mer. Çà et là, des rochers sombres
+émergent au-dessus des flots, par endroits la côte est à pic; de grands
+cèdres dressent leur tête et au milieu, sous leur ombrage protecteur, on
+aperçoit de petits temples perchés de côté et d’autre sur les points qui
+semblent à première vue les plus inaccessibles. De nombreuses barques de
+pêcheurs sillonnent la rade, et, à mesure qu’on s’avance au fond de la
+baie, la ville, jusque-là cachée, se découvre. Juste en avant, tout au
+fond, Deshima, cette petite langue de terre où autrefois les Hollandais
+étaient parqués, et qu’aujourd’hui rien ne distingue plus du reste de la
+ville. Derrière Deshima, et de chaque côté, la ville s’étend, aux
+petites maisons basses, aux rues étroites, et, brusquement, elle s’élève
+et perche ses constructions sur la colline, autour du grand temple
+rouge, d’où la vue domine toute la rade.
+
+Un peu en avant de Deshima, sur la droite de la ville Japonaise,
+s’élèvent les habitations européennes, toutes en terrasses; les divers
+consulats; l’hôtel Bellevue; les établissements et l’église de la
+mission catholique, des sœurs, de l’école des frères maristes; dans le
+bas de la colline, la rue marchande, avec le nouvel hôtel, juste sur le
+quai; les magasins, les banques, les agences d’affaires, les boutiques
+et tous les _general store keepers_ et _ship-chandlers_ ou magasins
+généraux d’approvisionnements.
+
+Nagasaki est, pour le japon, un port très important en raison de la
+sûreté et de la profondeur de sa rade, et de sa situation à l’extrémité
+Sud de l’Empire, tourné vers les côtes de Chine et de Corée.
+
+En face de Nagasaki, de l’autre côté de la baie, sont installés des
+fonderies et des ateliers de réparations et de constructions. Nagasaki
+actuellement renferme une population de près de 180.000 habitants.
+
+
+III.--En quittant le port de Nagasaki, les navires regagnent le Nord par
+la côte occidentale de l’île de Kiu shu et pénètrent, par le chenal de
+Shimonoseki, dans le Setouchi ou mer intérieure. Cette mer, célèbre dans
+le monde entier par la beauté de ses paysages de verdure, de ses
+innombrables petites îles couvertes de temples haut perchés où l’on
+arrive par des escaliers de cent marches et plus, est subdivisée
+précisément par ces îlots en une série de six parties appelées _nada_
+(courant violent, gouffre) qui prennent leur nom des provinces dont
+elles mouillent le rivage. Ce sont: Idzumi nada; Harima nada; Bingo
+nada; Mishima nada; Iyonada; Suwonada.
+
+La mer intérieure communique au Sud avec le grand Océan par deux
+passages, l’un entre le Honshu et Shikoku; l’autre entre Shikoku et
+Kiushu. A l’Est, elle s’unit à la mer du Japon par le détroit qui sépare
+Kiushu du Honshu, et où se trouvent au Sud, dans Kiushu, le port de
+Môji; au Nord, dans la province de Nagato, Ken de Yamaguchi, le port de
+Bakan ou Shimonoseki. On peut naviguer sur la mer intérieure en toutes
+saisons, de nuit aussi bien que de jour, grâce au système de phares très
+complet et très sûr installé sur tous les points par le gouvernement
+japonais. Les marées et les courants sont aujourd’hui bien connus et
+sont très réguliers aux sorties Est et Ouest sur l’océan et la mer du
+Japon; dans quelques parties resserrées par les îlots, à l’intérieur
+même du Setouchi, ils sont d’une grande violence.
+
+Le voyageur devra toujours s’arranger de façon à faire de jour la
+navigation de la mer intérieure du Japon; le plus pratique serait de
+quitter le grand paquebot à Shimonoseki et de prendre, pour la traversée
+jusqu’à Kobé, un des nombreux petits bateaux côtiers qui font le
+cabotage. Le paysage, en effet, vaut, entre tous ceux du Japon, la peine
+d’être étudié; non point que l’on se trouve en présence d’une nature
+grandiose; non, tout au contraire: la nature y est jolie, attrayante,
+charmante par sa verdure, ses villages, ses temples, ses fleurs, le tout
+fin et gracieux; quand le soleil brille sur cet ensemble et détache au
+loin sur l’azur les collines de Kiushu et Shikoku, on ne se lasserait
+pas de ce paysage exquis, doux et un peu languissant, on ne se
+détacherait pas de la vision de cette terre à l’air si accueillant et si
+inoffensif et qui pourtant nourrit un peuple de guerriers à l’âme dure.
+
+De Nagasaki à Kobé, par la mer intérieure, il faut compter douze heures
+environ.
+
+Si le port de Nagasaki est excellent et de toute sécurité, il n’en est
+pas de même du port de Kobé ou Hiogo. (Kobé est la ville où résident les
+Européens; Hiogo la ville japonaise; elles ne sont du reste séparées que
+par un pont sur une rivière à sec.)
+
+Les navires étaient primitivement obligés de mouiller en grande rade, le
+port n’étant aucunement protégé des vents du large; aujourd’hui les
+autorités ont établi un appontement s’étendant assez loin dans la mer,
+mais où seuls les paquebots-poste accostent, par suite des droits assez
+élevés; de sorte que tous les cargo-boats, encore aujourd’hui, sont
+obligés de jeter l’ancre assez loin, ce qui est un gros désavantage pour
+effectuer le débarquement et l’embarquement des marchandises. La ville
+européenne de Kobé est assez coquette, tout à plat le long de la mer;
+c’est là que se trouvent les hôtels, les magasins, les banques, les
+Consulats étrangers; quelques maisons d’habitation fort élégantes y
+dressent également leurs murs de briques rouges: plus loin, au-delà de
+la ligne de chemin de fer, de l’autre côté de la station de Sannomiya,
+sur une colline pas très élevée, mais agréable, des Européens ont
+construit leurs demeures privées qu’ils regagnent le soir après la
+fermeture de leurs bureaux. On y est en meilleur air et dans un calme
+plus reposant.
+
+Kobé-Hiogo avait une population de 285.000 habitants d’après le dernier
+résumé statistique de l’Empire (1908).
+
+De Kobé à Yokohama on compte généralement trente heures de navigation.
+C’est la partie du Japon où la navigation est la plus mauvaise en tout
+temps; l’hiver à cause de la mousson de Nord-Est qui souffle avec
+violence; l’été par suite de la mousson de suroît qui amène souvent des
+typhons redoutables. La navigation est surtout pénible par le travers du
+chenal d’Owari; jusqu’à l’entrée de la baie de Tokiô on n’aperçoit rien
+des côtes, tout au plus au loin l’île d’Oshima dont le volcan lance
+constamment de la fumée; l’entrée de la baie est formée par les deux
+pointes d’Awa et de Sagami, et se trouve très resserrée à la hauteur
+d’Uraga; le golfe s’élargit ensuite et laisse apercevoir à l’Ouest
+Yokosuka, puis Yokohama et Tokio. Depuis le phare de Jô ga shima, en
+face de Misaki, sur la pointe de Sagami, jusqu’à Yokohama d’un côté et
+jusqu’à Kamakura et Enoshima de l’autre côté, la côte japonaise est
+délicieuse, et enchanteresse. Il serait difficile de trouver de plus
+charmants endroits que les baies de Yokosuka et d’Uraga, et de plus
+agréables plages que celles de Kamakura et d’Enoshima; les Européens
+résidant au Japon ont mis à la mode ces stations d’été et aujourd’hui
+les Japonais y accourent de Tokio.
+
+Yokohama, situé sur un ancien marais désigné autrefois aux Européens,
+par dérision, comme emplacement a des environs de toute beauté.
+
+La ville elle-même s’étend le long de la mer, adossée au fond à une
+colline assez élevée nommée par tous les Européens le «Bluff». Sur le
+quai, et dans les deux rues parallèles en arrière du quai, Water street
+et Main street, se trouvent les bureaux, magasins, hôtels, banques,
+boutiques de _General store keeper_, magasins généraux où l’on vend de
+tout. Les consulats y sont installés également; sur la colline, les
+maisons d’habitation que l’on regagne le soir, une fois les bureaux
+fermés. Yokohama a toujours été, depuis l’ouverture du Japon, la grosse
+place commerciale, et c’est là que se trouve encore aujourd’hui la
+colonie la plus importante d’Européens et d’Américains. Le «United club»
+les réunit dans une même fraternité, et dans ces réunions il n’est
+jamais question de nationalités: on est «blanc».
+
+De magnifiques hôtels se dressent sur le quai: le Grand-Hôtel, fondé
+jadis par un Français, actuellement passé dans les mains d’une Société
+américaine et où fréquentent principalement les Américains de passage au
+Japon, qui sont toujours très nombreux.--L’Oriental Hôtel, créé et tenu
+encore par un Français, somptueusement meublé et décoré et où l’on mange
+une cuisine qui n’a pas sa pareille dans tout le Japon.--Enfin le
+Club-Hôtel, plus modeste, mais où l’on trouve cependant tout le
+confortable désirable.
+
+La colline ou «bluff» est une ravissante petite ville européenne que
+rien absolument ne distingue d’une localité quelconque des environs de
+Paris, telles Ablon ou Savigny-sur-Orge. Petites villas coquettes,
+entourées d’un jardin; rues très propres et très soignées, mais aucun
+cachet particulier. Passé la petite ville, se trouve le champ de
+courses, non loin de la Mississipi bay, charmante petite baie, ainsi
+nommée par les Américains, lorsqu’en 1852 ils arrivèrent pour la
+première fois au Japon. Le champ de courses est la grande promenade pour
+les habitants et deux fois par an, au printemps et à l’automne, les
+courses y réunissent toute la ville. Ce sont alors les grands jours de
+Yokohama.
+
+Les environs de Yokohama sont tous fort agréables, et les jours fériés
+voient de nombreux excursionnistes qui, sans s’éloigner beaucoup,
+peuvent charmer leurs loisirs au milieu de la verdure des petites
+collines qui dressent leurs sommets autour de la baie.
+
+Aujourd’hui, avec le chemin de fer, les environs immédiats de la ville
+sont un peu abandonnés, mais on va souvent plus loin pour trouver des
+endroits moins agréables.
+
+
+IV.--Yokohama est donc le point extrême pour les paquebots qui viennent
+d’Europe; il l’est aussi pour ceux qui viennent d’Amérique; de ce côté
+également, plusieurs Compagnies font le service: trois entre les
+États-Unis et le Japon; une entre le Canada et le Japon.
+
+Les trois Compagnies qui, de Yokohama, rejoignent les États-Unis sont:
+
+L’Occidental et Oriental qui va à San-Francisco;
+
+L’American pacific mail qui va également à San-Francisco;
+
+La Nippon Yu sen Kwaisha qui va à Seattle.
+
+Celle qui fait le service du Canada est la Canadian Pacific qui aboutit
+à Vancouver.
+
+Ces bateaux mettent douze jours de Yokohama à Vancouver et quatorze de
+Yokohama à San-Francisco; les bateaux américains, une fois sur deux,
+font relâche à Honolulu; le départ a lieu tous les quinze jours.
+
+De Paris à Yokohama par cette route, il faut compter une trentaine de
+jours; en effet:
+
+ 1º de Paris à Londres 1 jour
+ de Londres à Liverpool 1 --
+ de Liverpool à Montréal 8 --
+ de Montréal à Vancouver 5 --
+ de Vancouver à Yokohama 12 --
+ --
+ Total 27 jours.
+
+Comme on ne peut pas voyager comme une lettre, il faut compter trois ou
+quatre jours de plus.
+
+ 2º de Paris au Havre 1 jour
+ du Havre à New-York 7 --
+ de New-York à San-Francisco 5 --
+ de San-Francisco à Yokohama 14 --
+ --
+ Total 27 jours.
+
+Mais en revanche, le voyage de ce côté coûte plus cher et il faut
+compter sur 3.000 francs en première classe; le moindre séjour en
+Angleterre et en Amérique est onéreux et les dépenses effectuées dans
+les wagons-restaurants et en bateau sont également très élevées. Aussi,
+en dehors des Américains, peu de voyageurs choisissent cette route qui
+double presque le tarif du voyage par l’Océan Indien ou la Sibérie.
+
+
+V.--En arrivant au Japon, l’étranger ne doit pas s’attendre à trouver
+des monuments, de belles constructions architecturales, des villes de
+granit et de marbre comme en Europe et en Amérique. Lorsqu’il a débarqué
+à Yokohama, à Kobé ou à Nagasaki, et qu’il a suffisamment parcouru les
+rues quasi-européennes bordées de bengalows ou de villas sans style,
+quelconques, maisons carrées en briques et bois, construites non pour
+l’art mais pour le confort et pour la résistance aux tremblements de
+terre, il a hâte de connaître quelque ville indigène, comptant sur une
+surprise agréable, avec l’espoir de découvrir quelque chose de riant et
+de gai. Le Japon, pour le voyageur qui vient d’Europe, n’est-ce pas le
+bariolage des kakémonos?
+
+Eh bien, il faut le détromper. L’aspect de toute ville japonaise est
+immensément triste. Tout est gris. Des maisons basses, en bois devenu
+gris avec le temps, recouvertes de tuiles noires, se succèdent sans
+interruption; des habitants, hommes et femmes, vêtus de couleurs grises
+(il n’y a que les enfants et les jeunes filles habillés de couleurs
+voyantes aux jours de fête): tout cela donne une impression complètement
+dépourvue de gaîté. Dans de grands centres comme Tokio, Kioto, Osaka,
+quelques vastes temples rouges, à la toiture énorme, apportent à
+certaines parties de la ville un cachet qui ne manque pas d’une réelle
+grandeur, mais les villes elles-mêmes sont misérables et tristes.
+
+Ce qu’il faut voir au Japon c’est la nature, toujours plaisante et
+gracieuse, en hiver comme en été, au printemps comme en automne; rien de
+grand, rien d’imposant comme à Java, comme dans l’Inde, comme dans
+certaines parties de la Chine occidentale; mais tout est souriant,
+aimable et doux. La nature japonaise n’est pas empoignante, elle est
+reposante et accueillante; même ses volcans terribles, le Fuji yama,
+l’Asama, le Onsengatake n’offrent rien d’effrayant. Les cascades
+gigantesques comme celles de Kégon à Chusenji ou de Kirifuri à Nikkô
+semblent des joujoux de cascades. Et toujours la même pensée vient à
+l’esprit du voyageur quand il a visité un peu ce pays: comment cette
+nature, en somme si calme et si gentille, a-t-elle pu conserver aux
+habitants ce caractère batailleur des anciens «hommes à deux sabres»,
+caractère encore sensible aujourd’hui sous une couche d’occidentalisme,
+à vrai dire très mince?
+
+
+
+
+CHAPITRE V
+
+I. La vie indigène; la nourriture.--II. Coût de la vie au Japon; cherté
+des denrées et des loyers.--III. Hôtels à l’européenne.--IV. La famille
+japonaise, sa constitution, ses mœurs. Situation de la femme et des
+enfants.
+
+
+I.--La nourriture, en général, est fort simple: le riz en est la base
+principale avec le poisson, dont les mers du Japon abondent. Cependant
+aujourd’hui on commence à trouver du pain un peu partout, dans les
+grands centres, et aussi de la viande de boucherie. Néanmoins le
+Japonais préfère son riz, son poisson et ses légumes, et si vous
+l’invitez à dîner et, par conséquent, s’il mange du pain chez vous,
+soyez sûr qu’en rentrant chez lui il mangera son bol de riz; s’il n’a
+pas son riz, il n’a pas dîné.
+
+Le poisson se prépare de différentes façons: grillé souvent et
+quelquefois cru. Cependant on n’offre guère du poisson cru (dorade ou
+carpe) que dans les grandes occasions; on prend alors le poisson vivant;
+on l’écaille et on le coupe tel quel et on mange les tranches en les
+trempant dans une sauce noire appelée shôyu. Au début cela paraît
+bizarre, mais on s’y fait.
+
+Les œufs forment aussi une partie de la nourriture japonaise; ils en
+préparent une sorte d’omelette que l’on consomme froide. Comme légumes,
+les Japonais ont tous les nôtres; mais en plus ils mangent: les oignons
+de lys; les racines de lotus; les jeunes tiges de fougère; les jeunes
+pousses de bambou; ils aiment beaucoup les fruits confits dans une
+espèce de vinaigre; différentes espèces d’herbes conservées d’une
+certaine manière. En somme ils ont un régime plutôt végétarien.
+Quelquefois, cependant, quand ils ont un ami, ils tueront un poulet et
+feront un «torinabé» ou poulet à la casserole en le cuisant avec du
+sucre et du vin de riz (sake).
+
+Les sucreries sont fort appréciées au Japon; aussi les boutiques de
+pâtissiers et les marchands de bonbons ambulants sont-ils nombreux.
+
+Tout le monde, hommes et femmes, fume au Japon, l’usage des cigarettes
+est devenu assez répandu; mais cependant on a conservé l’habitude de la
+petite pipe en métal d’où l’on tire deux bouffées et qu’on bourre sans
+cesse avec du tabac coupé aussi fin que des cheveux.
+
+On a souvent dit que les Japonais étaient très propres et je l’ai
+constaté moi-même. Ils ont la propreté du corps, mais ils n’ont pas le
+sens de la propreté des objets dans les mêmes proportions que
+l’Européen. Ainsi tout Japonais qui se respecte ira prendre un bain
+chaud après son dîner; celui qui n’a pas son «fourô» (baignoire) chez
+lui, va aux bains publics où les hommes et les femmes sont ensemble
+(séparés par une corde); mais, d’un autre côté, votre servante essuiera
+très bien, avec la même serviette, le vase de nuit d’abord et votre
+assiette ensuite.
+
+
+II.--Il y a une trentaine d’années la vie était normale, je veux dire
+bon marché, et une famille japonaise pouvait vivre facilement avec
+quinze yen par mois. C’était le bon temps, mais on n’avait pas de
+«gloire». Maintenant on a de la gloire, mais elle coûte très cher, et la
+vie est devenue tellement coûteuse qu’actuellement la famille, qui
+dépensait quinze yen, est obligée d’en dépenser cinquante. Il s’ensuit
+que la misère est effrayante aujourd’hui au Japon; il est vrai que
+personne ne s’en plaint et on la supporte sans murmurer jusqu’à présent.
+Cela durera-t-il? Tout est imposé à l’extrême et le pays rend tout ce
+qu’il peut rendre; car _il est pauvre et ses possibilités sont très
+limitées_.
+
+Si la cherté de la vie a ainsi augmenté pour l’indigène, c’est
+naturellement encore bien pis pour l’Européen, qui lui ne se contente
+pas de riz et de légumes, mais qui a besoin de viande, de pain, de vin,
+d’huile, de vinaigre, de sucre raffiné, de thé, de café, d’alcool, de
+pâtes alimentaires, et en général d’une foule de choses qu’il lui faut
+importer d’Europe ou d’Amérique. Achat, transport, et droits de douane
+formidables font monter les denrées nécessaires à l’Européen à un prix
+tellement élevé qu’il faut être très riche aujourd’hui pour vivre au
+Japon à l’européenne.
+
+Une maison japonaise, que l’on payait jadis 30 yen par mois, en vaut 90
+aujourd’hui, un domestique que l’on payait 10 yen en réclame 30, et tout
+est à l’avenant.
+
+
+III.--Autrefois, depuis le moment où le Japon a été ouvert aux
+Européens, ces derniers devaient habiter dans les cinq ports ouverts de
+Yokohama, Nagasaki, Kobé, Niigata et Hakodate; ils ne pouvaient, sous
+aucun prétexte, résider en dehors sans passeport délivré par les
+autorités japonaises; plus tard les villes de Tokio et d’Osaka leur
+furent ouvertes, mais ils furent parqués dans une certaine partie de la
+ville avec défense de demeurer en dehors des limites fixées. Ce régime a
+pris fin avec la révision des traités, et depuis 1899 les Européens ont
+le droit de résider et de voyager partout au Japon sans être inquiétés.
+On trouve, dans tous les grands centres, des hôtels installés à
+l’européenne et où l’on donne une nourriture anglo-japonaise d’un goût
+douteux. Tokio possède l’Imperial Hôtel, grand bâtiment en pierre,
+secoué plusieurs fois violemment par les tremblements de terre; le
+Métropole Hôtel, plus modeste, mais où l’on avait, autrefois, une
+cuisine assez convenable quand il était dirigé par un Français.
+
+Kiôtô.--Kiôtô-Hôtel, très bien situé dans la partie centrale de la
+ville; Myako-Hôtel; Nakamura rô; Ya ami Hôtel; situé dans le parc de
+Maruyama, il est d’un séjour fort agréable; les prix sont d’environ 5 à
+6 yen par jour.
+
+Osaka.--Osaka-Hôtel à Nakanoshima, et Nippon-Hôtel. Les hôtels d’Osaka
+sont peu fréquentés, parce que les étrangers résident plutôt à Kiôtô et
+à Kobé et ne vont qu’en passant à Osaka.
+
+Nagasaki.--Cliff House; Nagasaki Hôtel sur la colline; Japan Hôtel;
+Hôtel Antonetti; Hôtel de France, sur la mer; 5, 6 et 10 yen par jour.
+
+Kobé.--Club Hôtel; Grand Hôtel; Hôtel Français; Oriental Hôtel Limited,
+le plus ancien hôtel de Kobé, très confortable: 5, 6 et 10 yen par jour.
+
+
+IV.--Il va sans dire que le touriste ou même le négociant, qui veut
+goûter la saveur locale, peut toujours descendre dans un des nombreux
+hôtels japonais, qui se disputent les voyageurs sur tout le territoire
+de l’Empire. Il aura soin, alors, de retirer ses souliers avant d’entrer
+(bien des Européens, refusant de le faire, ont ainsi nui au bon renom
+occidental et ils ont fermé beaucoup d’hôtels indigènes aux étrangers);
+il s’assoiera sur les talons, les jambes repliées sous lui, et il
+dormira sur le tatami ou grosse natte de paille dans l’épais _fouton_
+(couverture ouatée). Passer quelque temps dans une auberge japonaise n’a
+rien de désagréable en somme; et cela permet de prendre contact avec la
+vie et les coutumes indigènes.
+
+Malgré l’installation des étrangers dans les grands centres, il est bien
+évident que les mœurs ne se sont point modifiées; un peuple ne change
+pas de mentalité en l’espace de cinquante ans, et, s’il lui est
+relativement facile d’adopter la civilisation matérielle de l’Occident,
+il lui est plus difficile de changer complètement son système social.
+
+En Europe, le foyer est constitué par la femme, la mère de famille;
+c’est autour d’elle que l’on se réunit, c’est vers elle que tout
+converge. Au Japon il n’y a pas de foyer. La femme ne compte pas; le
+père seul existe, c’est lui le pivot de la famille japonaise; il est le
+représentant de la race et son continuateur. Cependant, contrairement à
+certains pays d’Orient, où la femme est séquestrée ou tenue dans une
+situation tout à fait inférieure, au Japon la femme n’est soumise à
+aucune réclusion jalouse; elle tient un rang honorable dans la société
+et partage les récréations de ses parents et de son mari, quoique jamais
+elle ne soit initiée à leurs affaires. Laissée très libre, elle abuse
+rarement de cette liberté, bien que, naturellement, le Japonais ne soit
+pas plus à l’abri que l’Européen de certains drames de famille. L’esprit
+des femmes japonaises est cultivé aujourd’hui, dans certaines classes,
+autant que celui des hommes. D’ailleurs, jadis également, l’éducation
+des femmes atteignait quelquefois à une haute culture intellectuelle, et
+on trouverait plus d’un nom féminin parmi les historiens, les moralistes
+et les poètes. Les femmes japonaises, sans être des beautés, sont de
+très gaies et de très agréables compagnes: elles ont beaucoup d’aise et
+d’élégance dans leurs manières, sauf lorsqu’elles s’habillent à
+l’européenne. Alors elles ont l’air gênées et paraissent en bois.
+
+Autrefois, la femme mariée, durant toute son existence, était pour ainsi
+dire en tutelle; elle dépendait de son mari, ou, à défaut, de son fils
+aîné et n’avait aucun droit légal: son témoignage n’était pas admis. Son
+mari pouvait introduire, à son choix, autant de concubines qu’il voulait
+sous le toit conjugal et pouvait signifier le divorce à sa femme comme
+il lui plaisait; par contre elle-même, en aucun cas, ne pouvait exiger
+le divorce. Aujourd’hui les lois ont changé la condition de la femme,
+mais en pratique le divorce ancien système existe encore, et la femme
+japonaise est encore traitée plutôt comme une poupée que comme une
+associée et une confidente.
+
+Il se prépare cependant actuellement une jeunesse japonaise _up to
+date_, qui commence à marcher sur les traces des féministes et des
+suffragettes.
+
+L’enfant, à sa naissance, n’est jamais emmailloté et aucun genre
+d’empaquètement ne l’empêche de se développer librement. Le trente et
+unième jour pour les garçons et le trentième jour pour les filles on le
+portait autrefois au temple pour lui donner un nom que la prêtresse
+préposée au temple choisissait; aujourd’hui l’enfant est déclaré, dès sa
+naissance, à la mairie de son quartier ou de la commune comme en Europe,
+et on ne lui donne qu’un nom, alors que, dans les temps anciens et même
+à une époque encore peu éloignée, on lui en choisissait plusieurs: il en
+changeait même assez souvent.
+
+L’enfant, au Japon, est excessivement gâté, on le laisse faire ce qu’il
+veut; jamais on ne le réprimande et surtout jamais on ne le bat; on lui
+passe toutes ses fantaisies, on le bourre de friandises et de sucreries.
+Mais, dès sa jeunesse, on lui inculque le mépris de la mort, l’amour du
+Pays et de l’Empereur; on lui enseigne à être très poli et déférent
+vis-à-vis des personnes âgées et des supérieurs. Vers l’âge de sept ans,
+tous, garçons et filles, vont à l’école primaire où ils apprennent les
+alphabets et quelques caractères, un peu de géographie et
+d’arithmétique. Ceux qui veulent faire des études complètes sont
+obligés, d’abord de se mettre en mémoire un certain nombre de caractères
+chinois sans lesquels ils ne pourraient acquérir aucune instruction
+sérieuse. C’est là, évidemment, pour eux, du temps à peu près perdu, pas
+tout à fait cependant puisque, en même temps que les caractères, ils
+apprennent l’histoire et la littérature ancienne de leur pays.
+
+Les fêtes spéciales aux enfants sont nombreuses au Japon, et les deux
+plus importantes méritent une description spéciale: elles s’appellent,
+pour les filles, la fête de _Hina no sekku_ ou _Hina no matsuri_, elle a
+lieu le troisième jour du troisième mois. Celle des garçons se nomme _Go
+gatsu no sekku_, elle est célébrée le cinquième jour du cinquième mois.
+
+La première de ces fêtes est spécialement réservée aux filles et c’est
+pour elles le grand jour de réjouissance de l’année. Les Européens l’ont
+surnommée la fête des poupées, parce que, ce jour-là, chaque famille
+expose les poupées accumulées et conservées pendant plusieurs
+générations. Quelques jours avant la fête on peut voir, dans les
+magasins, des collections de gentilles poupées hautes de vingt à
+cinquante centimètres, habillées plus ou moins richement; chaque famille
+qui a eu une fille dans l’année achète une paire de poupées pour donner,
+comme jouet, à l’enfant. La petite Japonaise a toujours grand soin des
+poupées achetées le jour de la fête de _Hinasama_, et, lorsqu’elle est
+grande, et qu’elle se marie, ses poupées la suivent dans sa nouvelle
+demeure; elle les donne à ses filles et ajoute encore à la collection
+chaque fois qu’une fille lui naît. Le troisième jour du troisième mois
+toutes les poupées de la famille sont exposées dans la belle chambre à
+la vue de tout le monde. Ces poupées sont faites de bois; elles
+représentent l’Empereur et l’Impératrice; les anciens nobles de Kioto ou
+_Kuge_, avec leurs femmes et leurs filles; les musiciens de la cour que
+l’on a soin de représenter chacun avec son instrument. Quelquefois aussi
+ces poupées figurent des Kami (dieux shintoïstes) ou des personnages
+mythologiques et historiques. Mais on ne se contente pas de mettre en
+ligne ces hauts dignitaires et ces personnages sacrés; on a soin de les
+entourer de tous les objets nécessaires à la vie quotidienne: petites
+tables en laque, petits ustensiles de ménage, bols, tasses, coffres de
+voyage, etc..., le tout proportionné à la taille des poupées. Puis on
+offre le vin de riz, le riz et le poisson sec (katsuobushi) à l’Empereur
+et à l’Impératrice, et les jeunes filles de la maison, avec la mère et
+les amies, se livrent à la joie et aux plaisirs de cette fête.
+
+Le cinquième jour du cinquième mois est le grand jour pour les garçons.
+Ici nous sommes dans tout l’attirail de la guerre. En effet, quelque
+temps avant le cinq du mois, les boutiques de la ville exhibent force
+effigies et images en bois de demi-dieux et de héros couverts d’armures
+brillantes, généraux et soldats de l’antiquité; guerriers qui se sont
+couverts de gloire, notamment Taiko Sama et Katô Kiyomasa; il y en a à
+pied, il y en a montés sur des chevaux brillamment caparaçonnés; la
+couleur rouge domine dans les drapeaux et oriflammes suspendus à
+profusion à travers les toits des maisons. Enfin des lances, des arcs et
+des flèches, des sabres sont rangés sur des râteliers spéciaux et
+alignés aux devantures des magasins. Chaque famille où il est né un fils
+fait l’acquisition de guerriers et d’armes, de sorte que, dans certaines
+familles, le jour de la fête, l’exposition a peine à tenir dans une
+chambre.
+
+En dehors de l’exposition, chaque famille où il est né un fils dans
+l’année, fait flotter au bout d’un long bambou, à l’extérieur,
+par-dessus le toit, un immense poisson en papier gonflé; aussi peut-on
+voir, tous les ans, le cinquième jour du cinquième mois, une quantité
+innombrable d’énormes poissons en papier, flottant au gré du vent
+par-dessus les maisons. C’est fort original. Le poisson représenté est
+la carpe (Koi) qui est supposée, par les Japonais, remonter les torrents
+avec facilité, et qui signifie que chaque homme doit tout surmonter et
+résister au courant de la vie.
+
+La maison japonaise n’est pas une maison; c’est un toit, un toit ouvert
+aux quatre vents, sans murs, avec quatre poutres pour le soutenir. La
+seule fermeture est représentée par les _to_, sortes de portes glissant
+dans des rainures, et que l’on ferme, le soir, quand la famille se livre
+au repos. Entre ces portes et les coulisses en papier qui entourent et
+ferment la chambre, il y a une petite vérandah d’environ un mètre de
+large. Dans la chambre, rien: aucun meuble, aucun siège. Seulement, par
+terre, des nattes fines, très épaisses sur lesquelles on s’assied les
+jambes repliées sous soi; ainsi on mange, on cause, on fume autour d’un
+brasero où brûle du charbon de bois. Pour les repas, la servante (ou la
+femme dans les ménages populaires) apporte de petites tables laquées sur
+lesquelles repose tout le repas: soupe, poisson, légumes, plus un grand
+seau en bois blanc très propre où est le riz chaud, dont chacun prend
+dans un bol autant qu’il en désire. Le riz, c’est notre pain.
+
+Les Japonais absorbent généralement trois repas par jour; en se levant
+ils font un bon repas, et ne se contentent pas, comme nous, d’une tasse
+de café; puis ils mangent à midi et le soir; c’est le repas de midi qui
+est le moins copieux; le soir, souvent, ils prennent un peu de sake ou
+vin de riz.
+
+C’est le soir, après dîner, que les Japonais vont au bain. Aller, après
+avoir bien mangé, se plonger dans une cuve d’eau bouillante à 40° et
+même 45°, est une coutume qui a toujours stupéfait les Européens qui ont
+habité le Japon. Les familles aisées ont toutes une cuve chez elles;
+quant au peuple, comme je l’ai déjà dit, il va aux bains publics; puis
+les Japonais, rouges comme des écrevisses, se préparent pour la nuit. On
+sort de l’armoire, dissimulée dans un côté des cloisons, les gros
+matelas appelés _fouton_, et on les étend par terre sur les nattes. Tout
+le monde couche ainsi sans drap, avec, comme chemise de nuit, un simple
+Kimono de coton. Il m’est arrivé bien souvent, à la chasse ou en voyage,
+de passer ainsi la nuit.
+
+Il existe aujourd’hui à Tokio des maisons à l’européenne, édifiées par
+les hauts personnages et par quelques Japonais fortunés; mais cependant,
+à côté de ces maisons, et communiquant avec elles, la maison japonaise
+existe, et c’est dans la maison japonaise qu’on vit. La maison
+européenne sert de temps en temps lorsqu’il faut accueillir des
+étrangers, ou lorsqu’on veut se donner le luxe d’une réception à
+l’européenne.
+
+L’Empereur lui-même vit dans un palais japonais, somptueusement décoré,
+que j’ai pu visiter comme on venait de l’achever, mais alors que
+l’Empereur n’en avait pas encore pris possession. A côté, le palais
+européen est utilisé pour les réceptions à l’européenne.
+
+Au reste, tous les fonctionnaires et tous les officiers, le soir venu,
+se hâtent de se dévêtir de leurs redingotes ou uniformes et d’endosser
+le costume national.
+
+Bien que le foyer n’existe pas au Japon dans le sens où nous
+l’entendons, il ne faudrait pas croire, cependant, que toute intimité
+est inconnue dans la famille japonaise. Pendant les soirées d’hiver,
+quand les _to_ sont bien fermés et que le braséro ou _hibatchi_
+réchauffe tant bien que mal les mains gelées, les petits enfants, en
+compagnie de leurs parents, réunis autour des charbons tout rouges,
+écoutent avidement les histoires et les contes de fées que la grand-mère
+leur raconte. Car le folklore japonais abonde en histoires tout aussi
+jolies que les contes de Perrault. Elles font défiler Momotaro, le jeune
+héros sorti d’une pêche, qu’une vieille femme trouve dans la rivière en
+lavant son linge, et qui devient riche et puissant; le vieillard qui
+fait fleurir les arbres morts, grâce au génie de son chien tué
+méchamment par un voisin jaloux; le miroir de Matsuyama, miroir qu’une
+jeune mère donne à sa fille en mourant, lui disant que toujours elle y
+verra son image; et la jeune fille, si semblable à sa mère, croit
+effectivement y voir l’image de la chère disparue; la bataille du singe
+et du crabe; le moineau qui a la langue coupée; le vieillard et les
+démons, et tant d’autres contes! La grand-mère (_o ba san_) charme son
+auditoire, et les petits enfants ouvrent tout grands les yeux et les
+oreilles pour mieux comprendre ces choses merveilleuses. Les vieilles
+histoires venues de l’Inde et de la Chine, les faits célèbres, les
+exploits de Yamato dakenomikoto et des guerriers des âges lointains,
+font aussi les frais de ces soirées familiales, ainsi que les méfaits du
+renard qui peut se changer en femme pour tromper les hommes et
+réciproquement; le renard (Kitsune), voilà peut-être l’animal le plus
+craint au Japon à cause de ses métamorphoses. Aussi le soir ferme-t-on
+bien les _to_ pour que maître Kitsune ne vienne pas faire de mauvaises
+farces dans la maison.
+
+Vient l’âge du mariage (le Japonais se marie jeune), il faut trouver une
+femme pour le fils et un mari pour la fille. Généralement, les familles
+s’entendent bien longtemps auparavant, ce qui simplifie les recherches.
+Quand on est tombé d’accord, un certain nombre d’amis du fiancé et
+autant d’amies de la fiancée sont désignés pour faire les préparatifs et
+décider de la cérémonie, puis on choisit un jour heureux pour la
+première entrevue des fiancés, et on fixe le jour du mariage. Alors le
+fiancé envoie à sa fiancée des présents en conformité avec sa situation
+de fortune et ces présents la fiancée les offre à ses parents en gage de
+remerciements, avant de quitter pour toujours leur demeure où elle a
+passé sa jeunesse au milieu des soins dévoués. Les parents fournissent
+le trousseau et les objets du ménage, comme cela se passe d’ailleurs en
+Chine.
+
+Quant à la cérémonie du mariage, elle est célébrée soit en famille, soit
+dans un restaurant choisi. J’ai eu l’occasion, arrivant dans un
+restaurant à Osaka, d’être invité fort aimablement par le propriétaire,
+au mariage de sa fille, et j’ai donc assisté à toute la cérémonie; la
+fiancée a sur la tête un long voile blanc, et elle est accompagnée par
+deux amies qui la conduisent dans la salle où la cérémonie doit avoir
+lieu. Là, le fiancé se trouve déjà, assis au milieu de ses parents et
+amis. Dans le centre de la pièce, est placée une table en laque d’or,
+magnifiquement décorée, et supportant un sapin, un prunier en fleur, une
+grue et une tortue, qui sont les emblèmes: le sapin, de la force du
+mari; le prunier, de la grâce de la femme; la grue et la tortue, d’une
+vie heureuse et longue. Sur une petite table, à côté, une coupe et une
+bouteille de sake. Après quelques cérémonies, les amies de la jeune
+fille, agissant comme demoiselles d’honneur, font approcher les deux
+fiancés près de la table en laque et leur offrent la coupe pleine où
+chacun, se tenant par la main, boit à son tour. C’est par cet acte de
+boire dans la même coupe que le mariage est consacré.
+
+Alors les invités arrivent pour les félicitations, puis tout le monde
+s’assied et prend part au festin. Je me rappellerai toujours avec
+plaisir cette cérémonie où j’ai été si gracieusement invité et traité
+d’une manière on ne peut plus aimable.
+
+Il va sans dire que l’état civil existant actuellement au Japon, le
+mariage doit être déclaré à la mairie. Le revers de la médaille est la
+facilité avec laquelle on divorce; il existe bien de nouvelles lois à ce
+sujet, mais les mœurs restent les plus fortes et le chiffre des divorces
+est encore considérable.
+
+Si, dans l’intimité et en famille, le Japonais est assez généralement
+gai et libre, dans le monde, il est toujours réservé et cérémonieux.
+Dans leurs visites, dans leurs entretiens les Japonais sont toujours
+froids et corrects, ils ont néanmoins une sorte de sourire permanent sur
+les lèvres; s’ils sont dans l’affliction par suite de la perte d’une
+femme ou d’un enfant, ils ont le même sourire; on les a habitués dès
+l’enfance à ne laisser rien paraître de leur joie ou de leur douleur.
+
+Souvent les femmes reçoivent leurs amies, et les hommes les leurs, vers
+quatre ou cinq heures de l’après-midi pour boire l’_usu cha_ et causer,
+en fumant quelques pipes. L’_usu cha_ est une sorte de thé en poudre,
+et, pour le préparer il y a tout un cérémonial; il faut, d’abord, des
+tasses en terre spéciale, très estimée au Japon, généralement grises et
+biscornues; sont aussi nécessaires une foule de petits instruments dont
+chacun est destiné à un usage spécial; il faut savoir prendre l’eau
+chaude dans la bouilloire, la verser d’une manière particulière, et
+enfin il faut recevoir la tasse, des mains de celui qui vous la
+présente, avec une certaine position des mains à la hauteur de la tête,
+boire religieusement et rendre la tasse suivant les rites. Et tout cela
+se fait très sérieusement, sans que le visage trahisse la moindre envie
+de rire.
+
+Les hommes, souvent aussi, s’invitent à un banquet dans un restaurant à
+la mode; alors c’est tout différent. Les invités, après avoir bu le
+sake, servi par de jeunes artistes musiciennes et danseuses, sont
+invités à se mettre à l’aise, et la soirée s’achève gaiement, après
+qu’on a admiré les danses nouvelles et les morceaux les plus choisis du
+répertoire. Les hommes seuls se réunissent ainsi; jamais les femmes ne
+sont admises à ces banquets. La musique japonaise, pour nos oreilles,
+est quelque chose d’atroce; il n’y a dans ces sons rien de ce que nous
+appelons un son musical, un rythme: c’est une complainte assez semblable
+aux cris de plusieurs chats. Il existe pourtant, actuellement, des
+troupes de musiciens à l’européenne, mais on sent qu’ils exécutent
+mécaniquement leurs notes et qu’ils ne sentent pas, ne comprennent pas
+notre art musical.
+
+Les Japonais sont assez joueurs et ils ont adopté tous les jeux chinois:
+cartes, dés, échecs; ils sont aussi très amateurs de combats de coqs et
+de cailles, goût qu’ils ont conservé de leurs ancêtres malais. L’été,
+ils sont très friands de parties de campagne, notamment sur l’eau: ils
+louent des barques disposées à l’usage des promeneurs et cherchent un
+endroit agréable, à l’ombre, d’où ils puissent avoir une belle vue. La
+fête de Riogoku bashi à Tokio donne une idée de ces réjouissances en
+bateau; pendant plusieurs jours, des barques, pleines de monde,
+sillonnent la rivière, et le soir, les feux d’artifices et les
+illuminations des restaurants et des maisons qui la bordent, rivalisent
+d’éclat avec les lanternes fines et élégantes de Gifu dont la lumière
+brille au toit des barques.
+
+Après cette esquisse de la vie japonaise, il convient de voir comment se
+termine la carrière d’une individualité humaine aux îles du Soleil
+Levant; c’est peut-être dans les rites funéraires que s’est conservée le
+plus exactement la manière antique: quand un Japonais vient à mourir,
+ses parents et ses amis lavent le corps et le revêtent d’un vêtement
+blanc sur lequel un prêtre a auparavant inscrit quelques caractères
+sacrés, généralement le nom posthume du défunt (car, dans la religion
+bouddhique chaque défunt a un nom sous lequel il est désigné désormais),
+puis on le place dans le cercueil. Au Japon, le cercueil est une caisse
+carrée ou un tonneau (ou plutôt la moitié d’un tonneau), dans lequel le
+mort est accroupi de façon que ses genoux viennent rencontrer son
+visage. Quand tous les préparatifs sont faits, et quand la famille a
+également pris le deuil en blanc, les pieds nus dans des sandales de
+paille, la procession funéraire commence. Elle est conduite par un
+certain nombre de porteurs de torches suivis par les prêtres; puis
+viennent les serviteurs, portant des bâtons de bambou où sont accrochées
+des lanternes et des bandes de papier blanc ornées de sentences
+bouddhiques, en caractères sanscrits. Le cercueil suit immédiatement
+après, porté par quatre ou six hommes; il est recouvert d’une espèce de
+châsse blanche qui le cache à la vue; alors viennent les amis et
+connaissances du défunt qui escortent les hommes de la famille, père,
+fils, frères; tout ce monde, d’ailleurs, parents, amis, porteurs,
+serviteurs de la maison et du temple, est en grand deuil, c’est-à-dire
+que tous sont vêtus de coton blanc. Chez le peuple évidemment ceci est
+simplifié et souvent même les femmes conduisent le défunt à sa dernière
+demeure. Les femmes de noble et riche famille suivent le cortège
+également vêtues de blanc, mais elles ne viennent que derrière et à la
+fin, autrefois portées en palanquin, aujourd’hui conduites en voiture.
+J’ai assisté ainsi, à Tokio, aux funérailles du prince Arisugawa; son
+fils, habillé de blanc, des sandales aux pieds, un bâton à la main
+suivait à pied; c’était un enterrement shintoïste, et, arrivé au
+cimetière, le corps fut déposé sur une sorte d’autel, devant lequel
+chacun vint offrir aux mânes du prince une branche de l’arbre sacré, le
+_Sakaki_.
+
+Chez les shintoïstes, en effet, les cérémonies sont très simples.
+
+Il n’en est pas de même chez les bouddhistes; le prêtre ici joue un
+grand rôle et, après être venu à la maison mortuaire réciter des
+prières, il accomplit une cérémonie; il récite enfin d’autres prières au
+cimetière.
+
+Autrefois, les cimetières étaient autour des temples, comme ils sont
+chez nous, dans les villages, autour des églises; aussi chaque quartier
+de Tokio avait plusieurs cimetières. Les Japonais brûlent, ou enterrent
+leurs morts, suivant la secte bouddhique à laquelle ils appartiennent.
+Les shintoïstes enterrent toujours.
+
+A l’intention de ceux qui emploient la crémation, il existe, sur un
+point de la banlieue de Tokio, un four crématoire pour les riches, et le
+bûcher de sapin pour les pauvres. Le cadavre réduit en cendres, les
+cendres sont recueillies dans une urne et enterrées.
+
+Les tombes se ressemblent toutes: un soubassement en pierre supportant
+une petite colonne carrée sur les quatre faces de laquelle sont gravées
+toutes sortes de maximes bouddhiques avec le nom posthume du défunt. Les
+shintoïstes pauvres se contentent d’un piquet de bois dégrossi sur les
+quatre faces, et entouré de bambous supportant des banderoles de paille
+et de papier, symbole du shintô.
+
+Les tombes ne sont pas négligées, au contraire; elles sont toujours
+ornées de fleurs, et, au mois de juillet, à l’époque du «_bon_» ou fête
+des morts, la foule se presse dans les cimetières, absolument comme on
+fait chez nous à la Toussaint. Il existe une croyance qui veut, qu’après
+la fête du _bon_, le 26e jour du 8e mois, la lune se lève en trois
+langues de feu au-dessus de l’horizon; aussi, tout vrai bouddhiste, ce
+soir-là, va-t-il s’installer sur une éminence où il reste en prière
+jusqu’à l’apparition des trois langues de feu. Chacune, en effet,
+représente un bouddha qui s’élève ainsi au-dessus de la terre et
+disparaît presque aussitôt, alors que les trois langues de feu se
+réunissent pour former la lune.
+
+Les Japonais qui suivent les enseignements du bonze dissident, Nichiren,
+et qui font partie de la secte du Hokkekio, ont une coutume d’une poésie
+vraiment naïve et délicieusement idéale: celui qui a parcouru assez
+longtemps les routes du Japon n’a pas été sans rencontrer, dans la
+campagne, une pièce de coton suspendue aux quatre coins à des bambous
+enfoncés en terre près d’une mare, d’un ruisseau. Derrière cette pièce
+de coton, se trouve une planchette avec quelques caractères,
+généralement les caractères _Namu miô hô ren ge kiô_ qui veulent dire à
+peu près: Gloire au lotus de la bonne loi. Enfin une sorte de gobelet en
+bois, avec un long manche, repose sur l’étoffe. Dans le creux des quatre
+bambous, souvent, on trouve des fleurs qu’une main pieuse renouvelle. A
+première vue un Européen ne comprend pas; mais voici l’explication qui
+m’a été donnée: sur l’étoffe de coton est inscrit le nom d’un défunt;
+alors le passant pieux, après avoir joint les mains et prié quelques
+instants, prend le gobelet et répand de l’eau sur l’étoffe; il attend
+que toute l’eau ait traversé l’étoffe avant de poursuivre son chemin;
+puis il salue et repart. Cette petite cérémonie est appelée _Nagare
+Kanjô_, la prière de l’eau courante.
+
+[Illustration: Le Dai Butsu de Kamakura.]
+
+
+
+
+CHAPITRE VI
+
+I. Le peuplement: sa densité; l’expansion au dehors.--II. Quelques
+chiffres.--III. Répartition de la population.--IV. Villes au-dessus de
+100.000 habitants.--V. Émigration au Hokkaido (île d’Yezo).
+
+
+I.--La population du Japon augmente, tous les ans, d’une manière
+inconnue à l’Europe, même à l’Allemagne et à la Russie, dont, cependant,
+l’accroissement de population est déjà fort rapide. On a souvent
+prétendu que c’était cette augmentation continuelle qui obligeait les
+Japonais à chercher d’autres terres pour vivre, leur pays se trouvant
+surpeuplé. Je crois qu’il n’est pas très exact d’énoncer pareille idée
+d’une façon absolue. Les Japonais ont encore à peupler tout le Nord du
+Honshû et l’île de Yezo et, certainement, ces deux parties de l’Empire
+pourraient nourrir des milliers de familles; ce qui chasse les Japonais
+de chez eux c’est moins le besoin de nouveaux territoires que leur
+esprit d’aventures. En effet, avant la fermeture complète du Japon par
+Iyeyasu et l’interdiction absolue de communiquer avec l’étranger, les
+jonques des Japonais parcouraient toutes les mers de Chine, et on les
+trouve, aux XIVe, XVe, XVIe siècles, un peu partout en Asie: en Corée,
+au Siam, en Annam, au Tonkin, où ils commercent, où ils deviennent
+ministres, généraux, et où, en somme, ils sont très appréciés. Le vieux
+sang malais, le sang des écumeurs de mer qui coule dans leurs veines, en
+fait à cette époque des navigateurs de première valeur. L’édit de
+Iyeyasu leur fermant la mer, leur fit oublier leurs ardeurs maritimes;
+mais depuis que le pays s’est ouvert en grand, ils sont repartis sur les
+flots et sont redevenus ce qu’ils étaient, d’excellents marins et des
+aventuriers sans égaux. C’est ainsi qu’on les voit en Chine, en
+Amérique, aux Hawai, aux Philippines, en Mandchourie, en Corée, voire au
+Pérou et au Chili.
+
+
+II.--Quelle que soit, d’ailleurs, la raison particulière qui les fait
+ainsi essaimer dans les mers d’Extrême-Orient et dans le Pacifique, il
+n’en est pas moins constant que le chiffre de la population japonaise va
+toujours en augmentant. De 35.768.584 en 1879, elle est passée en 1905 à
+47.674.460 habitants, après avoir été en 1896 de 42.708.264 habitants.
+
+Le tableau de la population totale de l’Empire, pour les dix dernières
+années (le recensement le plus récent étant de 1905, pris dans le
+dernier résumé statistique de l’Empire) (1908), donne les chiffres
+suivants:
+
+ ANNÉES POPULATION
+
+ 1896 42.708.264
+ 1897 43.228.863
+ 1898 43.763.855
+ 1899 44.260.642
+ 1900 44.815.980
+ 1901 45.437.032
+ 1902 46.022.476
+ 1903 46.732.876
+ 1904 47.215.630
+ 1905 47.674.460
+
+Cette population totale était ainsi répartie à la fin de décembre 1903
+(dernier tableau paru):
+
+ 1888 1893 1898 1903
+ Honshu central 15.331.659 16.031.432 16.859.998 17.988.546
+ -- septentrional 5.992.017 6.316.774 6.642.917 7.075.571
+ Honshu occidental 9.096.416 9.374.468 9.825.722 10.396.425
+ Shikoku 2.828.821 2.907.280 3.013.817 3.167.707
+ Kiushu 6.103.446 7.379.262 6.811.246 7.260.910
+ Yezo 254.805 379.097 610.155 843.717
+
+En quinze ans, de 1888 à 1903 la population du Japon a augmenté de
+7.175.642 habitants; et de 1903 à 1905 de près d’un million (exactement
+941.584 habitants).
+
+
+III.--Elle est inégalement répartie dans tout l’Empire et les parties
+les plus peuplées du Japon sont celles qui composent le Honshu central,
+c’est-à-dire tout le centre de la plus grande île, que les Européens
+connaissent plus généralement sous le nom de Nihon ou Nippon, et que les
+Japonais appellent _Honshu_ ou terre principale, Nippon et Nihon, chez
+eux voulant dire le Japon tout entier. La répartition de la population
+par Ken ou département, au 31 décembre 1903 (résumé statistique de
+l’Empire du Japon pour 1908) est ainsi établie:
+
+ Shi et Ken (Honshu central). Population.
+
+ Shi de Tokio 1.668.368
+ Ken de Kanagawa 866.276
+ -- Saitama 1.248.626
+ -- Chiba 1.329.362
+ -- Ibaraki 1.205.231
+ -- Tochigi 858.875
+ -- Gumma 850.081
+ -- Nagano 1.321.581
+ -- Yamanashi 537.938
+ -- Shidzuoka 1.294.917
+ -- Aichi 1.692.771
+ -- Miye 1.051.054
+ -- Gifu 1.046.520
+ -- Shiga 739.608
+ -- Fukui 655.714
+ -- Ishikawa 806.748
+ -- Toyama 814.876
+
+ Honshu septentrional:
+ Ken de Niigata 1.882.574
+ -- Fukushima 1.145.606
+ -- Miyagi 898.531
+ -- Yamagata 889.510
+ -- Akita 834.781
+ -- Iwate 761.281
+ -- Awomori 663.288
+
+ Honshu occidental:
+ Shi de Kioto 984.285
+ -- d’Osaka 1.432.932
+ Ken de Nara 568.265
+ -- Wakayama 721.411
+ -- Hiogo 1.776.220
+ -- Okayama 1.181.204
+ -- Hiroshima 1.517.185
+ -- Yamaguchi 1.032.879
+ -- Shimane 742.844
+ -- Tottori 439.200
+
+ Shikoku:
+ Ken de Tokushima 729.951
+ -- Kagawa 730.947
+ -- Ehime 1.056.054
+ -- Kôchi 660.755
+
+ Kiushiu:
+ Ken de Nagasaki 878.667
+ -- Saga 666.158
+ -- Fukuoka 1.476.528
+ -- Kumamoto 1.212.187
+ -- Oita 873.659
+ -- Miyazaki 490.275
+ -- Kagoshima 1.194.228
+ -- Okinawa 468.208
+
+Par le tableau ci-dessus, il est facile de se rendre compte de la façon
+dont le Japon est peuplé; depuis le recensement de 1903, la population
+s’est encore accrue nécessairement, mais aucune statistique officielle
+n’a paru à ce sujet; toutefois on peut affirmer, sans se tromper, qu’à
+l’heure actuelle (1909), la population japonaise dépasse 50.000.000
+d’habitants. (L’Annuaire économique pour 1908 donne exactement
+49.232.822.)
+
+Les départements (Ken) les plus peuplés sont, avec les Shi (cités) de
+Tokio et d’Osaka, ceux de Saitama, Chiba, Ibaraki, Gumma, Shidzuoka,
+Aichi, Miye, Gifu dans le Honshu central; Niigata, Tokushima, Hiogo,
+Okayama, Hiroshima, Yamaguchi, dans le Honshu occidental; Ehime, dans
+l’île de Shikoku; Fukuoka, Kumamoto, Kagoshima, dans l’île de Kiushiu.
+
+La population de Yezo, appelé plus généralement Hokkaido par les
+Japonais, est de 435.248 hommes et 408.469 femmes, soit un total de
+843.717, compris dans le total du précédent tableau.
+
+Comme densité nous trouvons:
+
+ 190 habitants par kilomètre carré pour le Honshu central;
+ 90 habitants par kilomètre carré pour le Honshu septentrional;
+ 194 habitants par kilomètre carré pour le Honshu occidental;
+ 174 pour Shikoku;
+ 166 pour Kiushiu;
+ 9 seulement pour l’île de Yezo.
+
+Ce qui, en moyenne, donne 122 habitants par kilomètre carré; on voit
+donc que, comparativement aux pays les plus peuplés d’Europe, la
+Belgique par exemple, c’est encore peu de chose, et que le Japon
+pourrait contenir une population plus considérable.
+
+
+IV.--La population rurale est très dense, et bien que l’industrie
+attire, comme partout ailleurs, les jeunes gens vers les agglomérations
+urbaines, cependant on ne trouve guère actuellement qu’une dizaine de
+villes ayant une population de 100.000 âmes et au-dessus.
+
+ Tokio 1.818.655
+ Osaka 995.945
+ Kioto 380.568
+ Yokohama 326.035
+ Nagoya 288.639
+ Kobe 285.002
+ Nagasaki 153.293
+ Hiroshima 121.196
+ Sendai 100.231
+
+Toujours, à la date du 31 décembre 1903; donc tous ces chiffres doivent
+être majorés aujourd’hui.
+
+
+V.--En 1907, l’immigration au Hokkaido donnait un chiffre de 66.793
+individus dont il faut défalquer 10.092 qui ont abandonné l’île. La
+population indigène de cette partie de l’Empire, les Ainos, n’est plus
+que d’environ 18.000 individus, à peu près autant d’hommes que de
+femmes; elle tend à disparaître complètement devant l’invasion japonaise
+qui contribue beaucoup à leur disparition progressive en leur livrant de
+mauvais alcool de riz.
+
+A part les Ainos du Hokkaido, on peut dire qu’à l’heure présente la
+population du Japon est homogène. Elle ne forme qu’une même race
+d’hommes, parlant la même langue, ayant les mêmes habitudes, les mêmes
+mœurs. Évidemment l’isolement dans lequel le Japon s’est trouvé pendant
+plus de deux siècles, enfermé dans ses îles, alors que défense était
+faite sous peine de mort de quitter de vue les côtes, a contribué
+puissamment à mêler les divers éléments constitutifs et à ne faire qu’un
+seul peuple; cependant là n’est pas l’unique raison: car nous voyons, en
+Europe, la Grande-Bretagne, dont les divers éléments, celtes, gallois et
+anglo-saxons, enfermés dans des îles aussi, ne se sont pourtant jamais
+fondus ensemble. La constitution politique et l’administration uniques
+pour tout le territoire, ont dû contribuer certainement à la réalisation
+de l’unité de race dans les îles du Soleil Levant.
+
+La population étrangère fixée au Japon n’est pas très considérable, et
+elle est estimée à environ 19.000 individus. Les Chinois sont les plus
+nombreux, avec un total de 12.434; puis viennent les Anglais au nombre
+d’environ 2.000 et les Américains des États-Unis au nombre de 1.500. Les
+Allemands et les Français ne sont guère plus de 500 à 600. Quant aux
+autres pays, ils sont représentés par un nombre de personnes variant de
+1 (Grec) à 90 (Italiens) et 200 (Russes).
+
+
+
+
+CHAPITRE VII
+
+I. Tokio capitale.--II. Localités à visiter.--III. Environs de
+Tokio.--IV. Le Fuji yama.--V. Sendai et les villes du Nord.--VI. Nagoya,
+Kioto, Nara.--VII. Osaka et les villes du Sud.
+
+
+I.--La capitale du Japon, Tokio, est située au Nord de la baie d’Yedo;
+elle occupe une circonférence de quarante-trois kilomètres, et elle est
+arrosée par le Sumida ou Ogawa qui coule à travers la ville, la divisant
+en deux parties: la ville proprement dite, et les faubourgs de Honjo et
+de Fukagawa. C’est plutôt une agglomération de villages autour du
+château qu’une véritable ville, quoique, à l’époque moderne, elle se
+soit de plus en plus centralisée. Le château occupe une situation élevée
+du côté Ouest du centre de la ville; il est enclos de doubles murailles
+et entouré d’un large fossé. C’était là qu’habitait le Shôgun ou
+lieutenant général. Le feu, le 3 avril 1872, a tout détruit, et ce n’est
+qu’en janvier 1889 qu’un nouveau palais y fut élevé pour le Mikado qui y
+réside depuis lors. Les jardins impériaux, appelés Fukiage, sont situés
+dans l’enceinte du château. On est admis à les visiter en demandant
+l’autorisation au ministère de la maison impériale. A l’extérieur, on
+peut admirer les tours à plusieurs étages, quadrangulaires et à toits de
+forme chinoise, qui ont été laissées, à juste titre, au-dessus des
+portes d’entrée du château.
+
+Entre le château et les murs d’enceinte de la ville propre, un immense
+espace était occupé par les nombreux palais des Daïmios; mais presque
+toutes ces constructions féodales ont cédé la place à de hideux
+bâtiments de briques construits par des architectes européens et qui
+servent de ministères, de casernes, d’écoles très diverses, etc... de
+sorte qu’on a peine à avoir une idée de ce qu’était le vieux Yedo au
+temps du Shôgunat. Il reste pourtant quelques-uns des anciens bâtiments
+qui ont été convertis en bureaux du gouvernement; ce sont des
+constructions de bois, très longues, à un seul étage, avec une
+couverture en tuiles grises très lourdes, et peintes en noir, ce qui
+leur donne un aspect lugubre.
+
+En dehors des murs de la ville, est éparpillée la cité populaire, très
+dense, et où se fait tout le commerce; la rue principale est de
+construction européenne, en briques, nommée Ginza, elle est continuée
+par la rue qui mène au pont du Japon ou Nihon bashi, d’où sont mesurées
+les distances de l’Empire. Ces rues sont très animées, d’autant plus que
+Ginza se trouve précisément en face de la station du chemin de fer de
+Shimbashi.
+
+Ces deux rues conduisent jusqu’au parc d’Uyéno où est installé le musée
+impérial, et où se tiennent les expositions nationales et de peinture.
+
+
+II.--Parmi les endroits intéressants pour les étrangers, on peut citer
+le grand temple de Kowannon à Asakusa, non loin d’Uyeno, et les temples
+de Shiba dont j’ai déjà parlé plus haut. Il y a, en tout, près de deux
+mille temples à Tokio, mais peu méritent la peine d’être visités. L’un
+des plus fréquentés est le temple de Sengakuji, à Shinagawa, où se
+trouvent les tombeaux des fameux quarante-sept rônins.
+
+Les districts de Honjo et Fukagawa sont les côtés calmes et tranquilles
+de la capitale; ils sont reliés à la ville propre par cinq ponts: Adzuma
+Bashi, Umaya Bashi, Riogoku Bashi, O Hashi, et Eitai Bashi (Hashi, par
+euphonie Bashi: Pont).
+
+Tokio est en pleine transformation, et l’on peut voir, à côté de maisons
+européennes, élevées par des nobles ou de riches bourgeois, les maisons
+en bois du peuple. L’éclairage à l’électricité a été installé dans les
+plus beaux quartiers; les autres étant éclairés soit au gaz, soit à
+l’huile de pétrole. Des tramways électriques, des omnibus circulent
+partout; mais le caractère général de la ville est bien triste et
+sombre, malgré les bouquets de verdure qui sortent par-dessus les petits
+toits.
+
+
+III.--Ce qu’il y a de joli ce n’est pas Tokio, ce sont les environs:
+Meguro, Ikegami, Kawasaki, Kanazawa, sur le bord de la mer, l’un des
+plus ravissants endroits du Japon, d’où l’on a huit points de vue
+charmants connus sous le nom de Kanazawa hakkei, les huit vues de
+Kanazawa.
+
+Kamakura, également sur le bord de la mer, aujourd’hui simple bourgade,
+autrefois capitale du Shôgun Yoritomo (1185), possède encore quelques
+vestiges de sa splendeur ancienne, notamment le temple de Hachiman, et
+le grand Bouddha en bronze dans la tête duquel peut tenir un homme de la
+taille de deux mètres.
+
+Enoshima, île sacrée, ressemble assez au Mont Saint-Michel en France,
+avec ses temples, ses grottes, ses caves; lieu de pèlerinage d’été, où
+les Européens vont souvent passer quelques jours de repos et respirer
+l’air marin et l’odeur des sapins.
+
+Yokosuka, charmante petite ville, d’un côté sur la mer, de l’autre
+adossée à des collines verdoyantes; c’est là que les Japonais ont créé,
+avec l’aide d’ingénieurs français, leur premier arsenal maritime.
+Aujourd’hui c’est un des principaux arsenaux, et l’activité y est
+prodigieuse; on y répare et on y construit même des bateaux de guerre,
+et on aurait peine à croire, en voyant les environs si riants et la mer
+si calme, qu’il se cache là, au fond du golfe, une fabrique de
+destruction.
+
+Hakone.--Cet endroit, situé au milieu des montagnes, assis sur un lac
+aux eaux très fraîches, est l’une des stations d’été fréquentées par
+beaucoup d’Européens de Tokio et de Yokohama. On va d’abord par le
+chemin de fer jusqu’à Kôdzu, et de là un tramway antique, traîné par un
+cheval vous laisse au pied de la colline de Miyanoshita.
+
+Cette dernière bourgade est également fréquentée, et il y existe un bel
+hôtel européen pourvu de tout le confort désirable; de là on se dirige
+sur Yumoto où se trouvent des sources sulfureuses, et de ce dernier
+endroit on parvient à Hakone. Cette petite ville était autrefois la clef
+du Kwantô (possessions directes du Shôgun), et les passes occidentales
+de Hakone, donnant sur le chemin de Kioto, étaient gardées sévèrement.
+Nul ne les franchissait sans passeport. Hakone est l’un des plus
+charmants endroits qu’un voyageur, qui n’a pas le temps d’aller loin
+dans l’intérieur, puisse visiter. La nature y est admirable; de grands
+cryptomérias ombragent les bords du lac, où l’Empereur possède un palais
+d’été, et la flore de ces régions est délicieuse.
+
+Atami (la mer chaude), que l’on atteint en franchissant les montagnes de
+Hakone vers la mer, est un séjour où les Japonais vont jouir du calme et
+du repos. Des sources d’eaux chaudes intermittentes s’y trouvent et sont
+assaillies de nombreux baigneurs.
+
+
+IV.--L’une des plus belles excursions peu éloignées de Tokio est celle
+du Fuji yama, auquel on arrive en franchissant, au-dessus de Hakone, le
+col de l’Otomitoge. L’ascension de la montagne n’a rien de bien pénible
+et il est assez original de la faire au mois d’août, au milieu de tous
+les pèlerins japonais. On a, du sommet de l’ancien volcan, une vue
+superbe, mais généralement, par suite des nuages, on ne voit rien du
+tout. A cette époque de l’année, l’humidité de l’atmosphère au Japon est
+telle, qu’il est très rare d’avoir un ciel parfaitement clair.
+
+Nikko.--A proprement parler, Nikko n’est pas une ville; c’est un
+ensemble de temples et de tombeaux dans un cadre de montagnes et de
+torrents absolument admirable; autour de ces temples s’était formé un
+petit village qui, à la suite de la venue des Européens, s’agrandit et
+vit s’élever des maisons et des hôtels. C’est là, en effet, que les
+résidents étrangers prirent peu à peu l’habitude d’aller passer l’été,
+et aujourd’hui de confortables hôtels à la mode d’Europe se sont
+installés. Toutes les maisons et les rues sont éclairées à
+l’électricité, et, il faut bien l’avouer, cet envahissement de
+l’Occident a fait perdre à Nikko la plus grande partie de son charme.
+
+Quoi qu’il en soit, l’étranger ne manquera pas de s’y rendre et d’y
+visiter les tombeaux et temples de Iyeyasu et de Iyemitsu, les cascades
+de Kirifuri et d’Urami, les belles montagnes et le lac de Chusen ji.
+Cela constitue un ensemble remarquable, et c’est si vrai que les
+Japonais en ont fait un proverbe: _Nikko mi na kereba kekko to yu na;_
+si vous n’avez pas vu Nikko ne dites pas le mot «merveilleux». En dehors
+de Nikko, et dans le même massif de montagnes, on peut excursionner, à
+Ikao, Ashio, à l’Asama yama, volcan encore en activité, et qui vomit
+constamment de la fumée, mais dont on peut faire facilement l’ascension.
+
+
+V.--Sendai.--Cette ville n’a rien de particulièrement intéressant, et si
+on la cite, c’est qu’il faut s’y rendre pour visiter la baie de
+Matsushima, qui est considérée comme une des merveilles du Japon. C’est
+une nuée d’îles vertes et couvertes de sapins, semées dans une baie bien
+ouverte; des ponts en bois fort élégants relient parfois deux îles entre
+elles; des maisons de thé sont édifiées dans les sites les plus
+appréciés des Japonais, et l’œil est dans le ravissement devant ces
+merveilles de la nature embellies encore par la finesse du goût
+japonais.
+
+Niigata.--Ville morte; quoique l’un des premiers ports ouverts aux
+Européens. Ces derniers n’y sont jamais allés, d’ailleurs, le port étant
+très mauvais et les bateaux étant obligés de mouiller très loin au
+large. La côte est d’ailleurs fort inhospitalière, surtout pendant la
+mousson de nord-est.
+
+Hakodate.--Encore un des ports ouverts autrefois aux étrangers, c’est la
+première ville élevée par les Japonais dans l’île de Yezo. Elle a
+aujourd’hui environ 60.000 habitants mais n’offre rien de remarquable.
+
+
+VI.--Nagoya.--Elle vient, pour les Japonais, immédiatement après les
+trois _shi_ (Tokio, Kioto, Osaka). Elle n’est pas sur le bord de la mer,
+mais on y arrive soit en débarquant au port d’Atsuta no miya, véritable
+faubourg de la ville, à laquelle on parvient sans quitter l’alignement
+des maisons, soit en prenant le chemin de fer de Tokio qui y conduit en
+douze heures. C’est l’une des villes commerçantes et industrielles du
+Japon; elle conserve aussi, dans son enceinte, le plus beau des châteaux
+féodaux de l’ancien temps, construit en 1615 par le célèbre Kato
+Kiomasa, et où se trouve logé aujourd’hui l’état-major de la troisième
+division d’infanterie. En dehors du château, il y a quelques temples
+remarquables: Asahi jimmei sha; Sakura Temmangui; Da Shu Kwan on; Chô
+fukuji.
+
+Kioto.--Bien que n’atteignant pas le chiffre d’habitants que possèdent
+Tokio et Osaka, Kioto est la ville la plus célèbre du Japon au point de
+vue historique. Son nom veut dire «la capitale» car elle a été, pendant
+plus de mille ans, la résidence des Empereurs. Kioto est élevée de 162
+pieds au-dessus du niveau de la mer, et elle est située près du centre
+de la province de Yamashiro à l’extrémité Nord d’une plaine fertile qui
+rejoint, du côté Sud, la grande plaine de la baie d’Osaka. De trois
+côtés elle est entourée de collines couvertes d’arbres. La plus haute,
+du côté Ouest, est l’Atago; au Nord, le Kuruma, et, au Nord-Est, le
+Hieizan; vers l’Est, de plus petites collines la séparent du lac Biwa,
+et c’est, sur ces collines, que l’on trouve les sites et les temples les
+plus remarquables. Des collines du Nord coulent trois ruisseaux qui, en
+se réunissant, forment le Kamogawa, petite rivière qui arrose la partie
+orientale de la ville. Le plus souvent, d’ailleurs, le Kamogawa n’arrose
+rien, son lit étant à sec, et n’offrant à la vue qu’une plaine de sable
+et de cailloux, avec, çà et là, quelques trous pleins d’eau. Mais,
+pendant les pluies d’été, le Kamogawa roule des flots souvent trop forts
+et qui sèment la destruction en débordant dans la ville et la campagne.
+Un ancien Empereur avait l’habitude de dire: «Il y a trois choses dont
+je n’ai pas encore trouvé moyen de me rendre maître: jeter les dés,
+contenir les moines turbulents de Hieizan et régulariser le Kamogawa.»
+Deux canaux, communiquant avec le Kamogawa, arrosent les autres parties
+de la ville. Elle est divisée en deux circonscriptions administratives:
+Kami Kiô Ku ou ville haute (partie Nord), et Shimô Kiô Ku ou ville basse
+(partie Sud).
+
+La population a bien diminué, et elle est loin d’être ce qu’elle était
+aux temps féodaux, et surtout à l’époque du moyen âge, alors que la Cour
+y habitait. La fondation de Yedo au XVIe siècle, et l’autorité
+ascendante des Shôgun, avait déjà porté un coup à Kioto, et, en 1868,
+lorsque l’Empereur fixa à Yedo (Tokio) sa résidence, il entraîna avec
+lui une grande partie de la population. Actuellement Kioto peut avoir
+300.000 habitants.
+
+Le climat y est sain, généralement doux, mais, cependant, un peu chaud
+l’été. La température moyenne est d’environ 14° centigrades; la maxima
+étant 36° et la minima 11°. Le mois le plus chaud est août, et le mois
+le plus froid janvier. L’air y est assez humide, 77 pour 100; la pluie y
+tombe en abondance en juillet et août.
+
+Ce n’est qu’en 794 que Kioto devint capitale permanente et résidence des
+Empereurs, ceux-ci, avant cette époque, n’habitant jamais la même ville
+que leurs prédécesseurs.
+
+En 1868, quand Tokio (Yedo) devint la capitale de l’Empire restauré,
+Kioto fut administrée par un préfet (fu). Puis, en 1888, conformément à
+la nouvelle loi d’administration municipale, Kioto fut, comme Tokio et
+Osaka, administrée par une municipalité avec un maire, un adjoint et
+neuf conseillers, ou sous-adjoints. Le conseil municipal comprend
+quarante-deux membres.
+
+Aujourd’hui Kioto a perdu de sa grandeur; mais elle reste toujours la
+ville sacrée, l’antique résidence des Empereurs, fils du Soleil Levant,
+et elle est intéressante au point de vue artistique.
+
+[Illustration: Vue générale de Kioto.]
+
+Les habitants de Kioto ne diffèrent pas essentiellement de ceux des
+autres parties du Japon; cependant les modes y sont plus élégantes, la
+coiffure des femmes plus originale et plus gracieuse, les manières et
+les mœurs plus douces et la langue moins rude. Pour un amateur de
+civilisation japonaise et d’études artistiques, Kioto est le séjour
+préféré et l’on est tenté, quand on s’y trouve depuis quelque temps, de
+ne la quitter jamais.
+
+En dehors des temples, dont j’ai déjà donné plus haut l’énumération, il
+faut visiter le palais impérial (Nishi maru).
+
+Dans les environs, deux endroits sont très célèbres: Nara, ses parcs et
+son grand Bouddha; et les rapides d’Arashiyama.
+
+
+VII.--Osaka est la première ville du Japon moderne au point de vue
+industriel et commercial; mais elle est totalement japonaise, les
+Européens résidant généralement à Kobé. La ville est bien construite,
+les rues en sont droites, propres et très animées. C’est une ville de
+progrès ardent, de _go ahead_ américain, et elle est d’un intérêt
+considérable pour le visiteur étranger. Elle est située dans la province
+de Setsu, et élevée sur les rives de l’Ajikawa à 10 kilomètres environ
+de la mer. La rivière n’est navigable que pour de petits bâtiments. Le
+monument le plus intéressant, relique des anciens âges, est le château
+construit par Toyotomi Hideyoshi. En voyant le cube des pierres
+entassées les unes sur les autres, on se demande comment, au XVIe
+siècle, dans ce pays qui ne connaissait que la force humaine, on a pu
+élever pareille forteresse. La Monnaie impériale est installée à Osaka
+et c’est là que toutes les pièces d’or, d’argent et de cuivre sont
+frappées. Le papier-monnaie est fabriqué à Tokio. Osaka est surtout
+intéressant au point de vue commercial, et je reviendrai sur cette ville
+dans le chapitre concernant le commerce et l’industrie du Japon.
+
+Kobé, Yokohama, Nagasaki.--Ces trois villes n’ont pas un type japonais
+qui retienne l’attention. J’ai, d’ailleurs, eu occasion d’en parler à
+propos de la navigation.
+
+Hiroshima est, dans la mer intérieure, sur la rivière et à l’embouchure
+de l’Otagawa. Sa situation même, au fond d’une baie, en face
+d’innombrables îles, dont l’une, Itsukushima, est très célèbre, en fait
+une ville intéressante et agréable à visiter. Elle est célèbre par la
+présence, pendant les deux guerres que le Japon a soutenues en
+Mandchourie, du grand état-major japonais, qui les deux fois, y fixa sa
+résidence, l’Empereur s’y étant transporté lui-même et y exerçant (pro
+forma) le commandement suprême.
+
+Kumamoto, dans la province de Higo, île de Kiushiu, possède un ancien
+château fort, célèbre par la victoire du général Tani sur les troupes
+révoltées de Saigo en 1877.
+
+Kagoshima, située dans l’île de Kiushiu, à l’extrémité méridionale de la
+province de Satsuma; peu d’étrangers vont la visiter, car elle se trouve
+fort loin du centre vivant du Nippon, constitué par Tokio, Kioto, Osaka.
+Cependant elle est intéressante et le volcan de Sakurajima, qui s’élève
+en face dans l’île du même nom, mérite une ascension.
+
+En somme, dans toutes ces villes japonaises, il ne faut s’attendre à
+voir aucun monument, à part les temples; on ne va pas visiter une ville
+japonaise comme on va visiter une ville d’Europe ou d’Amérique; quand on
+connaît Kioto on a tout vu en fait d’architecture et d’art japonais. Ce
+qu’il faut admirer ailleurs, c’est la diversité des sites et des beautés
+naturelles.
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII
+
+I. Poids et mesures.--II. Monnaies.--III. Postes.--IV. Télégraphes.--V.
+Situation postale, télégraphique et téléphonique au 31 décembre
+1907.--VI. Instruction publique.--VII. Presse; journaux et
+revues.--VIII. Cours et tribunaux.
+
+
+I.--Avant d’examiner les questions qui ont un caractère économique et
+statistique, je crois qu’il est bon de fournir au lecteur quelques
+indications sur les poids et mesures et les monnaies en usage dans
+l’Empire du Soleil Levant. C’est pourquoi je donne ici le tableau
+comparatif des systèmes japonais, français et anglais:
+
+ Japonais. Français. Anglais
+
+ Mesures de longueur
+
+ 1 ri. 3.927 mètres. 2 miles 440.
+ 1 chô. 109 -- 5 chains 422.
+ 1 ken. 1,81. 1 yard 88.
+ 1 jô. 3,03. 3,01 --
+ 1 shaku. 3 décimètres 03. 11 inches 93.
+ 1 sun. 3 centimètres 03. 1 inch 19.
+ 1 bu. 3 millimètres 03. 1 line 43.
+ 1 ri carré. 15 kil. 423 m. carrés. 5 milles carrés.
+
+ Mesures de surface
+
+ 1 cho carré. 99 ares 17 centiares. 2 acres.
+ 1 tan. 9 -- 91 -- 0,24 acre.
+ 1 tsubo. 3 mq. 30 cq. 3 yards carrés.
+
+ Mesures de capacité
+
+ 1 koku. 1 hectol. 80 litres. 39 gallons 70.
+ 1 to. 1 décal. 80 litres. 3 -- 97.
+ 1 sho. 1 litre 80 cl. 1 quart 58.
+ 1 go. 0 litre 80 déc. 1 gill 27.
+ pour les liquides.
+ 4 bushels 96.
+ 1 peck 98.
+ 0 -- 19.
+ 0 -- 019.
+ pour les grains.
+
+ Poids
+
+ 1 kwan. 3 kilog. 75. 8,26 l. avoir du poids.
+ 1 kin. 6 hectog. 900. 1,32 --
+ 1 momme. 3 grammes 75. 2,11 drams.
+ Ou bien:
+ 10,04 livre troy.
+ 1,60 --
+ 2,41 pwts.
+
+ N.-B.--Je n’ai pas tenu compte des décimales extrêmes.
+
+
+II.--Le Japon est un pays à étalon d’or. L’unité monétaire est le yen,
+qui vaut actuellement 2 fr. 55. (Change moyen; il va quelquefois à 2 fr.
+60 ou 2 fr. 65). On ne voit, d’ailleurs, jamais d’or dans le pays; car
+l’or sert à payer l’étranger pour les intérêts de la dette et les achats
+du Gouvernement. On trouve également peu de yen d’argent, la monnaie
+courante est le papier en coupures de 1, 5, 10, 25, 50, 100, 1.000 yen
+et aussi de 50 sen et 20 sen, quoique, cependant, la monnaie
+divisionnaire en argent soit généralement abondante.
+
+ 1 yen = 100 sen = 2 fr. 55.
+ 1 sen = 10 rin
+ 1 rin = 10 mon
+
+Le rin est encore en usage comme le centime chez nous, et il est frappé
+en cuivre; quant au mon c’est une vieille monnaie chinoise (sapèque)
+qu’on n’emploie plus effectivement, mais qu’on trouve encore en usage
+dans le langage de certaines provinces.
+
+Il existe des pièces de nickel de 5 sen.
+
+
+III.--Le service postal se faisait, autrefois, par les postes
+françaises, anglaises et américaines établies à Yokohama et dans les
+autres ports ouverts. En 1871, un premier service postal fut organisé
+par le Gouvernement impérial entre les grandes villes de l’Empire; et,
+six ans plus tard, en 1877, le Japon fit partie de l’Union postale
+universelle; malgré cela, la France et l’Angleterre gardèrent encore
+leurs bureaux particuliers jusqu’en 1879, époque à laquelle elles y
+renoncèrent définitivement.
+
+Actuellement, le service postal est fait, au Japon, comme dans tous les
+autres pays du globe, très bien fait même et avec minutie.
+
+Taxes locales.--Lettres: 3 sen pour 4 momme ou fraction.
+
+Cartes-lettres: 3 sen pour 4 momme ou fraction.
+
+Cartes postales: 1 sen 1/2.
+
+Journaux et magazines; livres; photographies; papiers commerciaux;
+peintures; échantillons; manuscrits; cartes, etc..., 2 sen pour 30
+momme;
+
+Graines et produits agricoles: 1 sen pour 30 momme ou fraction.
+
+Il existe au Japon ce qu’on appelle _distribution rapide_, pour les
+articles recommandés et les articles avec valeur déclarée: cette
+distribution est faite moyennant le payement de 20 sen pour un article
+adressé dans un rayon de 20 ri du bureau-poste. Hors de cette distance
+de 20 ri, il est exigé un payement de 15 sen par ri ou fraction; si
+l’article à délivrer est adressé à une personne vivant à bord d’un
+bateau, le payement du bateau est exigé en sus;
+
+Recommandation: 7 sen par article;
+
+Assurance de bijoux et matières d’or et d’argent, et pierres précieuses:
+15 sen pour une valeur déclarée ne dépassant pas 10 yen; au delà de 10
+yen, 5 sen pour chaque 10 yen ou fraction en sus.
+
+Colis postaux locaux.--Pour l’intérieur du Japon jusqu’à 1.600 momme
+seulement; pour Formose et Karafuto (Sakhalin) 1.500 momme; 36 et 54 sen
+respectivement.
+
+Pour le Japon:
+
+ jusqu’à 200 momme 8 sen
+ -- 400 -- 12 --
+ -- 600 -- 16 --
+ -- 800 -- 20 --
+ -- 1000 -- 24 --
+ -- 1200 -- 28 --
+ -- 1400 -- 32 --
+ -- 1600 -- 36 --
+
+Pour Formose et Sakhalin:
+
+ jusqu’à 200 momme 30 sen
+ -- 400 -- 35 --
+ -- 600 -- 40 --
+ -- 800 -- 50 --
+ -- 1200 -- 60 --
+ -- 1500 -- 70 --
+
+Pour ces deux derniers pays on n’accepte que des colis recommandés ou de
+valeur déclarée.
+
+Tous les règlements japonais sont applicables aux ports Japonais en
+Corée et en Chine.
+
+Mandats-poste:
+
+ Pour 10 yen taxe 6 sen
+ -- 20 -- -- 10 --
+ -- 30 -- -- 15 --
+ -- 40 -- -- 18 --
+ -- 50 -- -- 22 --
+
+Mandats télégraphiques:
+
+ Pour 10 yen taxe 30 sen
+ -- 20 -- -- 35 --
+ -- 30 -- -- 40 --
+ -- 40 -- -- 45 --
+ -- 50 -- -- 50 --
+
+La somme maxima qui peut être expédiée dans les deux cas est 50 yen.
+
+Pour l’étranger.--Lettres 10 sen pour 20 grammes ou fraction; 6 sen pour
+chaque 20 grammes ou fraction en sus;
+
+Cartes postales: 4 sen;
+
+Imprimés: 2 sen par 50 grammes;
+
+Papiers commerciaux: 10 sen pour les 50 premiers grammes; 2 sen pour
+chaque 50 grammes ou fraction en sus;
+
+Échantillons: 4 sen pour les 50 premiers grammes; 2 sen pour chaque 50
+grammes ou fraction en sus;
+
+Recommandation: 10 sen;
+
+Distribution spéciale: 12 sen pour un article ordinaire; 20 sen pour un
+colis postal;
+
+Accusés de réception: 5 sen.
+
+
+Les imprimés et papiers commerciaux doivent avoir:
+
+Poids: 2 kilogs.
+
+Dimension: 45 centimètres.
+
+Les rouleaux peuvent avoir 75 centimètres de long et 10 centimètres de
+diamètre.
+
+
+Les échantillons doivent avoir:
+
+ Poids: 350 grammes;
+
+ Dimensions: 30 centimètres de long
+ 20 -- de large
+ 20 -- de profondeur.
+
+ Les rouleaux: 30 -- de long
+ 15 -- de diamètre.
+
+Les colis postaux sont pris pour tous les pays de l’Union postale avec
+un maximum de 1.333 momme et un taux variant de 1 yen 50 sen à 2 yen 50
+sen.
+
+La poste Japonaise accepte aussi des mandats-poste pour toute l’Europe,
+les États-Unis et les principales possessions européennes avec un
+maximum de 1.000 francs pour le Continent Européen; 100 dollars pour les
+États-Unis et le Canada.
+
+Taxe: 1 sen par 50 francs.
+
+Le service postal est extrêmement bien fait au Japon et on n’y perd
+jamais une lettre; si vous avez changé cinq ou six fois d’adresse, la
+lettre vous suivra exactement portant cinq ou six petites bandes de
+papier, où, chaque fois, le facteur a marqué votre changement de maison;
+dans ce service l’administration méticuleuse triomphe, et il faut bien
+dire qu’aucune poste n’est aussi fidèle, pour la remise des
+correspondances, que la poste japonaise. Peut-être certaines
+correspondances cependant subissent-elles quelque retard dans la
+distribution, mais ceci n’appartient pas à notre sujet.
+
+
+Certains objets sont interdits au Japon et ne sont pas admis en
+transport postal:
+
+L’opium et tout ce qui sert à fumer l’opium; la morphine et les dérivés
+de l’opium sont absolument interdits. Ne sont pas admis au transport
+postal: les imprimés ou envois de toute nature ayant un caractère
+immoral; les matières d’or, d’argent, les pierres précieuses, bijoux et
+autres objets précieux; les cartes postales en paquet.
+
+
+IV.--Le fil télégraphique pénètre actuellement partout au Japon et
+l’étranger, qui voyage dans le pays, ne se trouve isolé nulle part; on
+peut se servir des principales langues européennes, mais, cependant--et
+comme on peut s’y attendre--c’est l’anglais qui est le plus généralement
+en usage.
+
+Taxes locales.--Pour un télégramme en japonais (Kana ou alphabétique):
+
+20 sen pour les 15 premières lettres et 5 sen pour chaque 5 lettres ou
+fraction en sus (pour les télégrammes expédiés dans la même ville, la
+taxe est réduite à 10 sen et 3 sen respectivement).
+
+Pour les télégrammes en lettres européennes: 25 sen pour les premiers
+cinq mots avec un minimum de taxe de 25 sen; et 5 sen pour chaque mot en
+sus (dans la même ville, la taxe est réduite à 15 sen et 3 sen
+respectivement).
+
+La longueur d’un mot est fixée à 15 caractères; s’il y en a 16, cela
+compte comme deux mots.
+
+Les groupes de chiffres comptent 5 pour un mot.
+
+Dans le langage des codes 10 caractères valent 1 mot.
+
+Un télégramme urgent paye trois fois la taxe.
+
+Taxes internationales:
+
+ Yen. Sen.
+
+ Amoy 0 78
+ Annam 2 10
+ Canton 1 04
+ Ceylan 2 06
+ Chefou 0 96
+ Chen Kiang 0 96
+ Hang chow 0 96
+ Hankow 0 96
+ Niou tchouang 0 96
+ Ning po 0 96
+ Péking 0 96
+ Soutcheou 0 96
+ Wouhou 0 96
+ Siam 2 04
+ Shanghaï 0 48
+ Indes 2 02
+ Corée 0 30
+ Europe 2 42
+ Russie 1 40
+
+États-Unis de 1 yen 60 sen à 2 yen 80 sen suivant les villes;
+
+Pour l’Amérique du Sud les tarifs sont plus élevés et varient entre 5
+yen 10 pour la République Argentine et 5 yen 90 pour le Pérou.
+
+
+V.--Quelques chiffres feront comprendre la situation où se trouve
+actuellement le Japon au point de vue postal, télégraphique et
+téléphonique:
+
+Il existait dans le Honshu, au 31 décembre 1907, 4.698 bureaux de poste;
+à Shikoku 391; à Kiushu 989; à Yezo 345, soit en tout 6.423 bureaux d’où
+dépendent 54.698 boîtes postales publiques et privées; 676 bureaux de
+télégraphe; 4 bureaux téléphoniques ordinaires et 159 bureaux
+téléphoniques automatiques.
+
+Pendant l’année fiscale 1906-1907, il a été expédié:
+
+ 289.018.836 lettres;
+ 677.189.063 cartes postales;
+ 175.566.958 journaux et brochures;
+ 14.914.868 livres;
+ 8.235.025 documents, épreuves, etc.;
+ 4.863.018 échantillons et semences;
+ 61.344.088 objets en franchise;
+ 15.115.872 colis postaux.
+
+Pendant la même période 1906-1907, il a été délivré 13.704.148 mandats
+locaux, et 12.911 mandats internationaux; il a été expédié 23.498.234
+télégrammes intérieurs et 644.434 télégrammes internationaux.
+
+Le téléphone possède environ 37.000 abonnés. C’est ce dernier service
+qui est le moins développé; mais quand on considère l’état, pour ainsi
+dire embryonnaire, du téléphone en France, on ne saurait critiquer le
+Japon de son retard en ce genre de correspondance.
+
+
+VI.--Il est de bon ton, dans le monde qui se pique de connaissances
+étendues, et qui, en général, d’ailleurs, sait peu de choses, de
+raconter que le Japon ne connaît pas d’illettrés; c’est le même public,
+du reste, qui, après 1870, disait que le maître d’école prussien nous
+avait battus! Ces derniers temps la presse a vanté les instituteurs
+japonais, leurs méthodes, etc. Eh bien, il faut en rabattre de toutes
+ces idées surfaites, sorties, on ne sait comment, de cerveaux peu ou mal
+renseignés. Il existait, au recensement de 1908, en chiffres ronds,
+55.000 conscrits sachant à peine lire et écrire et 30.000 ne sachant ni
+lire ni écrire. Et c’est le Japon central, la partie centrale ou Honshu,
+qui en fournit la plus grande partie. Voilà la vérité. Il ne s’ensuit
+pas que le Japon néglige l’instruction publique, loin de là; il est bien
+évident qu’il y a quinze ans, la proportion des illettrés était bien
+plus considérable qu’elle ne l’est actuellement, et le gouvernement du
+Mikado a fait largement le nécessaire pour arriver à donner
+l’instruction primaire à tous les Japonais. Aujourd’hui chaque village a
+son école.
+
+Au point de vue instruction supérieure, le Japon possède deux
+Universités, l’une à Tokio, l’autre à Kioto. On y enseigne, comme dans
+toute Université européenne, les lettres, les sciences et les arts. Ce
+sont des Européens qui, les premiers, ont instruit les Japonais dans les
+diverses branches de la science humaine: les Allemands dans la médecine;
+les Français dans le droit civil et criminel; les Allemands dans le
+droit commercial; les Anglais et les Américains dans les sciences
+mathématiques, physiques, etc.
+
+Aujourd’hui tout l’enseignement est passé dans les mains des indigènes;
+il y a bien encore quelques Européens çà et là, mais c’est surtout comme
+conseillers en cas de difficultés.
+
+Écoles normales supérieures, à Tokio, à Hiroshima; écoles de commerce à
+Tokio, Kobé, Nagasaki; écoles des arts et métiers à Kioto, Osaka, Nagoya
+et Kumamoto; école des langues étrangères à Tokio, employant douze
+professeurs étrangers; école des beaux-arts à Tokio; école d’aveugles et
+de sourds-muets à Tokio; et enfin des écoles supérieures appelées
+kôtogakkô et correspondant à nos lycées.
+
+Toutes ces écoles sont entretenues par l’État; mais, en dehors de lui,
+il existe bon nombre d’écoles privées ou sont enseignés: le droit, la
+politique, l’administration. L’enseignement est libre sous l’inspection
+du gouvernement. C’est ainsi que trois écoles françaises, dirigées par
+les frères Marianites, sont en pleine prospérité: à Tokio, ils ont 1.500
+élèves, à Yokohama et à Nagasaki, 500; les Japonais apprécient beaucoup
+leur zèle, et les hauts personnages ne craignent pas d’envoyer leurs
+fils chez eux. Les Jésuites doivent même installer prochainement à Tokio
+une université avec l’autorisation du gouvernement mikadonal.
+
+La femme japonaise, appartenant au milieu aristocratique ou de riche
+bourgeoisie, commence à faire concurrence au sexe fort dans les écoles
+et à profiter largement des établissements scientifiques et artistiques
+mis à sa disposition.
+
+De nombreux musées, jardins botaniques, écoles d’apiculture, etc.,
+viennent compléter l’instruction théorique. Un très beau musée
+commercial, notamment, a été installé à Tokio et à Osaka. Des sociétés
+multiples se sont fondées: société de géographie, société des antiquités
+japonaises, société des industries maritimes, société d’agriculture,
+etc.; il serait trop long de les énumérer toutes, qu’il suffise de dire
+que les sociétés sont aussi nombreuses au Japon qu’en Europe, peut-être
+davantage. Les Japonais forment des sociétés à propos de tout et de
+rien.
+
+
+VII.--La presse n’est pas précisément libre au Japon, et des règlements
+féroces la maintiennent dans le droit chemin, le chemin de l’approbation
+du pouvoir; cependant quelques audacieux critiquent quand même les
+gouvernants, et en somme, se tirent encore d’affaire en dégageant de
+leurs critiques la personne de l’Empereur et la famille impériale pour
+dauber sur les ministres et leurs associés. Il existe aussi une presse
+socialiste, mais dans l’ombre, et elle attend son heure.
+
+A Tokio, il y a plus de cent journaux et revues, quotidiens,
+hebdomadaires ou mensuels. A Osaka il en est de même. Dans la province,
+chaque préfecture a son journal, et, généralement, une partie est
+imprimée en caractères faciles et courants (hirakana) pour ceux qui ne
+possèdent pas les caractères chinois.
+
+
+VIII.--Les cours et tribunaux qui connaissent des crimes et délits sont
+ainsi répartis: une cour de cassation, 7 cours d’appel, 49 tribunaux de
+première instance, 310 tribunaux de la justice de paix. La justice
+commence à être assez bien organisée dans tout l’Empire: le Japon a tenu
+à honneur de se conformer aux coutumes et usages d’Europe.
+
+Il y a encore beaucoup à faire pour avoir un personnel de magistrats
+réellement compétents, mais c’est une question de temps.
+
+Le fort du Japonais c’est la police; méfiant et soupçonneux par atavisme
+et par éducation il est policier par nature; aussi est-il étonnant dans
+le métier de détective. D’ailleurs, si l’on songe qu’il y a, au Japon,
+un agent de police pour 1.247 habitants, on comprendra pourquoi la
+police est mieux faite à Tokio qu’à Paris et pourquoi il est plus sûr de
+se promener à minuit à Riôgoku bashi que sur le pont de la Concorde. On
+compte dans tout l’Empire: 731 stations principales ou bureaux de
+police; 737 succursales des bureaux de police; 2.746 postes urbains de
+police; 12.558 postes ruraux de police; 2.337 inspecteurs et
+commissaires de police; 38.581 agents de police.
+
+Malgré cela il y a eu 985 maisons dévalisées avec effraction; et 232.854
+maisons dévalisées sans effraction; par contre les vols sur les
+personnes ne sont que de 28.000 environ pour la même année.
+
+
+
+
+CHAPITRE IX
+
+I. Armée; instructeurs français et allemands.--II. Marine; instructeurs
+et ingénieurs français; professeurs anglais.--III. Système de
+recrutement; dernières modifications; réorganisation actuelle;
+augmentation des divisions et de l’artillerie.--IV. État actuel de la
+marine; projets de construction.--V. Conclusion.
+
+
+I.--L’Armée et la Marine méritent un chapitre spécial; car c’est ici
+qu’est l’âme japonaise. Le Japon a conservé de ses traditions l’amour du
+métier des armes, et tout Japonais, on peut le dire, naît soldat. Déjà,
+dans l’antiquité, le Japonais avait comme principale occupation: se
+battre, et il en fut ainsi à travers le moyen âge, jusqu’à l’époque
+actuelle. Il est vrai de dire qu’il y a, jusqu’à présent, fort bien
+réussi.
+
+Les premiers instructeurs de l’armée japonaise moderne furent des
+Français, appelés par le gouvernement du Shôgun, vers 1866, alors que la
+révolution ne s’était pas encore accomplie et que les Tokugawa étaient
+considérés par l’Europe comme les souverains du Japon. Après le
+rétablissement du Mikado, malgré nos désastres de 1870, ce furent encore
+des officiers français que le Japon demanda pour former son armée; nous
+pouvons donc sans forfanterie dire que nous avons fait l’armée
+japonaise. Nos officiers y sont restés jusqu’en 1888 et ce n’est qu’à
+cette époque que le gouvernement japonais fit venir le Major Meckel de
+Berlin, qui passa trois ans à Tokio comme professeur à l’École de
+guerre. Aujourd’hui les Japonais se sont affranchis de tout le monde, et
+grâce aux nombreux officiers qu’ils envoient en France et en Allemagne,
+ils sont parfaitement au courant des choses militaires qu’ils
+s’assimilent fort vite, grâce à leur remarquable aptitude naturelle.
+
+
+II.--Pour la Marine, le gouvernement shogunal s’était également adressé
+à la France, et c’étaient des ingénieurs français qui, les premiers,
+avaient construit l’arsenal de Yokosuka. Mais le gouvernement impérial,
+lorsqu’il créa son école navale, fit appel aux Anglais. Ce n’est que
+vers 1884 que M. Bertin, un de nos ingénieurs les plus distingués, fut
+demandé par les Japonais pour une période de quatre ans. La marine
+japonaise a donc été formée par l’Angleterre.
+
+La campagne contre la Chine étonna d’abord; mais la campagne contre la
+Russie surprit bien davantage, et l’Europe et l’Amérique comprirent
+qu’un concurrent terrible était né dans le Pacifique et dans les mers de
+Chine.
+
+
+III.--Pour ceux qui suivaient de près le développement militaire du
+Japon; pour ceux qui savaient, pour y avoir vécu, quelles ressources
+d’énergie militaire et d’orgueil patriotique ce pays renferme, les
+victoires japonaises n’ont pas été surprenantes; il ne faut du reste pas
+oublier que la Russie n’avait, au début, à opposer aux forces
+japonaises, que des troupes sans cohésion et très peu nombreuses.
+
+Il est incontestable que le Japonais est né soldat; en six mois on peut
+en faire une excellente machine de guerre; même d’un paysan qu’on sort
+de ses champs de riz, on réussit, en bien moins de temps qu’il n’en faut
+pour débrouiller un paysan français, à dresser un troupier parfait. Cela
+tient, évidemment, à ce que le Japon est encore tout près du moyen âge,
+de son moyen âge à lui, qui, en somme, n’a pris fin que voilà quarante
+ans à peine. Élevé au bruit des querelles armées, des tueries, des
+guerres entre seigneurs, le jeune Japonais était vite passionné pour le
+métier des armes. C’est cet atavisme qui lui a permis d’adopter le
+militarisme européen, et d’y réaliser des progrès si sérieux.
+
+A l’heure actuelle, ne se reposant pas sur ses victoires, et, bien au
+contraire, ayant toujours l’œil ouvert sur l’avenir, le Japon, depuis
+son règlement de comptes avec la Russie, a dépensé des sommes
+considérables pour réorganiser, en les modifiant, son système et son
+organisation militaires. Sans bruit, mais avec une persévérance et une
+ténacité dont il a déjà donné plus d’un exemple, il a fait en sorte que,
+dans un temps relativement prochain, il puisse mettre en ligne des
+effectifs très puissants.
+
+Il est très difficile de pénétrer les plans militaires du Japon; tout ce
+qui concerne l’armée, les armements, les règlements, est tenu
+excessivement secret; aussi, est-il besoin de le dire, on ne peut rien
+connaître de ce côté; mais ce qu’on peut voir c’est le travail et
+l’activité incessants dans tous les arsenaux et les fabriques
+d’équipement militaire; le nombre toujours croissant des régiments; les
+sommes toujours plus fortes affectées aux budgets de l’armée et de la
+marine; les mille manifestations extérieures qui ne peuvent échapper à
+personne et qu’il est, d’ailleurs impossible de cacher.
+
+Il est un fait certain, indéniable, c’est qu’actuellement, après ses
+victoires, le Japon arme avec une fièvre de plus en plus grande.
+
+Déjà les effectifs qu’on pouvait mettre sur pied lors de la campagne de
+Mandchourie ont été doublés, et il n’est pas exagéré de dire que, d’ici
+six ans ou sept ans, au plus tard, l’armée japonaise aura sur pied de
+guerre le même effectif qu’une bonne armée européenne. Or la matière
+combattante, le soldat, est au moins égale à celle de n’importe quel
+pays d’Europe, et ne recule pas devant la mort. Il semble, au contraire
+que le soldat japonais la désire; de plus, avec une population de près
+de cinquante millions d’habitants, et d’habitants tous prêts au
+sacrifice suprême, on constate que le Japon n’est pas à bout. Une
+anecdote remontant au temps de l’attaque des forts de Taku, en 1900, au
+moment des boxeurs, fera voir combien les Japonais méprisent la vie. Les
+petits bâtiments de guerre, embossés devant les ports, avaient bombardé
+ceux-ci, lorsqu’un colonel japonais, trouvant que l’attaque n’allait pas
+assez vite, lança ses hommes à l’assaut sous une grêle de balles. Ils
+brisèrent une porte et entrèrent dans le fort, mais la moitié de
+l’effectif était par terre; comme un officier étranger faisait remarquer
+au colonel japonais qu’on aurait pu arriver au même résultat sans perdre
+tant de monde: «Oh! répliqua-t-il, du monde il y en a encore beaucoup au
+Japon!»
+
+Avec de tels hommes on peut tout oser. Le service militaire au Japon est
+dû par chaque citoyen indistinctement de dix-sept à quarante ans;
+l’appel se fait dans l’année qui suit celle où le jeune homme a atteint
+ses vingt ans. Chaque année le nombre des appelés varie entre 515 et
+520.000; mais le Japon, n’étant pas riche, ne peut enrôler sous les
+drapeaux qu’un nombre d’hommes en rapport avec ses ressources.
+
+D’après le résumé statistique de l’Empire, le nombre des jeunes gens
+recruté était pour:
+
+ 1903 188.822
+ 1904 269.284
+ 1905 310.866
+ 1906 201.714
+
+Mais ceci donne les chiffres des hommes recrutés pendant la guerre;
+depuis la guerre le contingent n’a pas atteint 100.000 hommes. Le
+contingent annuel reste sept ans dans l’armée active et la réserve, dix
+ans dans l’armée de réserve ou _Kô bi gun_, puis il passe dans l’armée
+nationale ou _Koku min gun_.
+
+Une partie de ceux qui ne sont pas appelés pour former le contingent
+annuel, mais qui sont néanmoins bons pour le service, reçoivent une
+instruction militaire sommaire: quant aux autres ils entrent directement
+dans le Kokumingun et y restent jusqu’à l’âge de quarante ans.
+
+En 1907 le ministre de la Guerre a été autorisé par le Parlement à faire
+l’essai du service de deux ans; jusqu’à présent le soldat japonais
+restait trois ans dans l’armée active. Ceci n’est du reste applicable
+quant à présent qu’à l’infanterie, mais, néanmoins, permet
+l’incorporation d’un nombre plus considérable d’appelés; ce qui fait
+qu’actuellement le contingent annuel sous les drapeaux s’élève au
+chiffre d’environ cent trente mille hommes.
+
+D’autre part, comme la réserve, d’après les lois de 1905 et 1907, fait
+actuellement dix ans au lieu de cinq, elle peut fournir un effectif de
+cinq cent mille hommes. On admettra que c’est déjà un joli chiffre; mais
+ce n’est que le commencement. Si, comme on a tout lieu de le croire, les
+ministres de la Guerre du Japon ne s’arrêtent pas en route, (et le
+Parlement et le Pays les suivront dans tout ce qu’ils veulent accomplir
+au point de vue militaire), avant vingt ans d’ici, le Japon pourra
+mettre en ligne une armée de un million cinq cent mille hommes; il est
+même fort possible, si on accroît le nombre de jeunes gens actuellement
+incorporés qu’on obtiendra ce chiffre avant dix ans.
+
+En tout état de cause, à supposer que le contingent annuel reste ce
+qu’il est aujourd’hui, le Japon pourrait mettre en campagne dans vingt
+ans d’ici: un million cinq cent mille hommes complètement instruits
+(armée active et réserve);
+
+Un million d’hommes environ, ceux qu’ils appellent la réserve de
+recrutement (en japonais Hô ju) et qui est composée des hommes bons pour
+le service mais qui n’ont pas été incorporés et ont seulement reçu une
+instruction sommaire;
+
+Deux cent mille hommes de l’armée territoriale, laquelle se trouve
+réduite par suite du maintien dans la réserve, pendant un temps plus
+long, des hommes de l’active.
+
+Enfin s’il faut faire appel à l’armée nationale, à l’armée «de la patrie
+en danger», ou _Koku min gun_, le Japon pourrait disposer de cinq
+millions d’hommes. Et étant donné l’esprit de suite et de travail
+soutenu du Japon dans tout ce qu’il entreprend, la réalisation ne
+tardera pas.
+
+La seule chose qui puisse retarder la solution de ce grand problème
+militaire, c’est le manque de fonds. Tout le monde sait que le Japon est
+loin d’être un pays fortuné et qu’il n’a pas chez lui les sources de
+richesse nécessaires à un peuple qui veut faire grand. Malgré cela le
+goût des choses militaires est si vif dans tout le territoire que la
+population supporte sans murmurer le fardeau du militarisme. Le
+pacifisme est une chose inconnue à Tokio et pendant longtemps encore le
+pays peut compter sur l’unanimité de ses enfants pour sa défense.
+
+Cependant, dans certains centres, notamment à Osaka, ville très
+industrielle, centre important d’ouvriers de toutes sortes, les idées
+antimilitaristes commencent à trouver un terrain assez propice, et il
+est reconnu, par tous les officiers japonais, que la garnison d’Osaka
+est la plus indisciplinée. Ce n’est évidemment là qu’un symptôme encore
+assez faible, mais il n’en est pas moins vrai que le fait existe et
+qu’on a déjà été obligé de sévir à l’égard d’individus qui répandaient
+parmi les troupes des pamphlets contre l’armée.
+
+Les Japonais n’ont pas, comme nous, de corps d’armée; leur unité est la
+division et elle est augmentée d’une brigade de réserve; actuellement
+l’armée japonaise compte dix-neuf divisions, plus la division de la
+garde; on créera, sans doute, au fur et à mesure des ressources
+financières d’autres divisions, et il paraît assez probable que le
+Japon, alors qu’il aura complété sa nouvelle organisation militaire,
+possédera le double des divisions qu’il avait lors de la guerre contre
+la Russie, et qui était de douze, plus la division de la garde. On
+augmentera la cavalerie divisionnaire et l’artillerie; cette dernière
+comprendra de l’artillerie lourde de campagne; enfin les compagnies de
+chemins de fer seront portées à seize; celles des télégraphes à huit
+avec une compagnie de télégraphie sans fil.
+
+D’après les différentes revues et journaux militaires, le Japon avait au
+moment de la guerre de Mandchourie:
+
+127 bataillons d’infanterie; 55 escadrons de cavalerie; 39 compagnies du
+génie.
+
+Aujourd’hui il possède déjà:
+
+229 bataillons d’infanterie; 73 escadrons de cavalerie; 54 compagnies du
+génie.
+
+En trois ans l’augmentation a été, on le voit, considérable et elle
+donne une idée de la rapidité avec laquelle le Gouvernement japonais
+pousse la complète réorganisation de son instrument de guerre.
+
+En même temps qu’il songeait à la formation nouvelle de ses divisions,
+le Japon opérait des changements considérables dans la tenue de ses
+hommes. Elle est de deux sortes: tenue d’hiver en drap et tenue d’été en
+kaki; cette dernière a été adoptée à la suite de la guerre
+russo-japonaise: jusqu’alors les soldats avaient fait campagne en Chine
+et en Mandchourie avec le costume blanc qui a été reconnu trop
+impraticable. Le soldat est, en outre, beaucoup moins chargé que chez
+nous; il est accompagné de coolies ou porteurs qui le soulagent beaucoup
+et il n’a sur lui que le strict nécessaire.
+
+Le plus compliqué pour l’armée japonaise, c’est le transport et les
+vivres; comme le riz forme la base principale de la nourriture (c’est
+notre pain), et comme sa cuisson est infiniment plus encombrante, il est
+nécessaire d’emporter un matériel qui est l’un des impedimenta les plus
+sérieux de l’armée japonaise. Ce matériel doit comprendre tout d’abord
+une grande marmite en fer; comme il y a plusieurs marmites par
+compagnie, on voit ce que cela représente. Je me rappelle avoir ainsi vu
+défiler, au moment de la mobilisation en vue de la campagne de Chine,
+des lignes interminables de mulets et de chevaux chargés de deux
+immenses marmites placées de chaque côté du bât.
+
+Dans les deux guerres qu’ils ont eu à soutenir récemment, les Japonais
+ont pu opérer leur ravitaillement comme ils ont voulu. Dans le premier
+cas, contre la Chine, ils avaient affaire à un ennemi qui s’évanouissait
+à leur vue; dans le second à une armée composée de soldats très braves,
+mais trop lourds, ne sachant pas manœuvrer et se laissant acculer à
+leurs positions; ils ont donc eu toute facilité; mais contre une armée
+plus légère, plus rapide, de mouvements plus prompts, peut-être leur
+ravitaillement serait-il facile à couper. Somme toute, les Japonais,
+jusqu’ici ont fait deux campagnes où ils avaient pour eux tous les
+atouts dans leur jeu et où ils n’ont pas eu de grandes difficultés à
+surmonter. Contre un ennemi bien organisé et actif, ils auraient certes
+le même courage; mais auraient-ils le même succès?
+
+Malgré cela il est nécessaire pour l’Europe de suivre les progrès
+militaires de ce peuple qui a donné tant de témoignages de son
+intelligence, de sa vigueur et de son indéniable esprit de méthode et
+d’organisation. Déjà, quelques gouvernements ont envoyé et continuent
+d’envoyer tous les ans des officiers capables de se mettre au courant
+des choses japonaises. Je sais bien que cette habitude de courtoisie
+d’échanger des missions militaires ne mène pas à grand chose au point de
+vue métier; car, et cela est bien naturel, on ne se montre que ce qui ne
+peut pas se cacher; mais on arrive, néanmoins, à pénétrer un peu les
+habitudes et les coutumes, la manière de voir et de procéder du peuple
+chez lequel on vit. Je ne dis pas pénétrer l’âme: car, s’il est assez
+facile de pénétrer l’âme d’un Français, ouvert et franc (trop franc), il
+est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’aller jusqu’au fond
+de la pensée d’un Chinois ou d’un Japonais.
+
+Tout ce que je viens d’écrire sur l’armée japonaise au point de vue du
+recrutement, de l’organisation et du chiffre d’hommes disponibles est
+basé sur les nouvelles lois militaires qui ont été changées ou remaniées
+après la guerre de Mandchourie. Quelques points manqueront peut-être
+d’une stricte exactitude (ces choses techniques ne pouvant être traitées
+à fond que par un militaire), mais cela suffira à donner une idée assez
+complète de la formidable machine de guerre que le Japon est en train de
+monter et d’agencer.
+
+Les principales garnisons des régiments sont Tokio, où se trouve
+également la division de la garde; Sakura; Sendai; Aomori; Nagoya;
+Kanazawa; Osaka; Himeji; Hiroshima; Matsuyama; Kumamoto; Kokura. Depuis
+l’augmentation du contingent, on a réparti des bataillons dans d’autres
+villes; de plus, une division d’occupation se tient toujours en Corée;
+il est même question d’en augmenter l’effectif, la Corée supportant mal
+l’introduction, par le Japon, de la civilisation occidentale. Une autre
+division d’occupation est stationnée en Mandchourie.
+
+Hiroshima, situé sur la mer intérieure, bien abrité et bien défendu, a
+été, durant les deux dernières guerres, le siège du grand quartier
+général où l’Empereur s’était transporté en personne.
+
+Ainsi que je l’ai dit dans un chapitre précédent, le Japonais est de
+petite taille; les hommes mesurent en général de 1 mètre 50 à 1 mètre
+55.
+
+Le classement des recrues, au point de vue de l’instruction, pour 1906,
+était le suivant:
+
+Jeunes gens terminant leurs études aux Écoles supérieures: 717;
+
+Ayant terminé leurs études et passé les examens des Écoles supérieures:
+492;
+
+Terminant leurs études dans les lycées (Kô tô chu gakkô): 8.419;
+
+Ayant terminé les études du lycée et passé les examens: 9.277;
+
+Terminant les études de l’École primaire supérieure: 62.717;
+
+Ayant terminé les études précédentes: 41.442;
+
+Terminant les études de l’École primaire: 145.277;
+
+Ayant terminé les études précédentes: 37.536;
+
+Sachant à peine lire et écrire: 59.952;
+
+Ne sachant ni lire ni écrire: 33.564;
+
+On voit qu’il y a un nombre considérable d’illettrés; car on peut
+ajouter les deux derniers chiffres ensemble: sachant à peine lire et
+écrire, quand il s’agit de la langue japonaise, c’est, autant dire, ne
+rien savoir du tout; cela ferait donc 93.516 illettrés.
+
+Quant aux nombres de jeunes gens recrutés, ajournés et exemptés, on
+pourra s’en faire une idée par les chiffres suivants, également de 1906,
+les derniers publiés:
+
+Dans le _Honshu_, c’est-à-dire dans la grande île: nombre des jeunes
+gens recrutés: 150.508;
+
+Nombre des jeunes gens ajournés: 2.746;
+
+Nombre des jeunes gens exemptés d’appel: 127.228;
+
+Nombre des jeunes gens exemptés du service militaire: 24.620;
+
+Soit un total de 305.102.
+
+Dans l’île de Shikoku: recrutés: 15.020; ajournés: 256; exemptés
+d’appel: 9.087; exemptés définitivement: 2.150;
+
+Dans l’île de Kiushiu: recrutés: 32.269; ajournés: 376; exemptés
+d’appel: 19.700; exemptés définitivement: 6.067;
+
+Dans l’île de Yézo (Hokkaido): recrutés: 3.917; ajournés: 50; exemptés
+d’appel: 3.205; exemptés définitivement: 551;
+
+Total pour Shikoku, Kiushiu et Yezo, recrutés: 51.206; ajournés: 682;
+exemptés d’appel: 31.992; exemptés définitivement: 8.768.
+
+Ces différents chiffres forment un total général de 397.750 conscrits.
+Ce sont là, qu’on ne l’oublie pas, des chiffres de recrutement après la
+guerre contre les Russes (1906).
+
+
+IV.--Si le Japon développe ainsi son armée de terre et augmente, d’une
+façon aussi complète, sa puissance d’offensive, il n’oublie, certes, pas
+non plus sa marine; il sait que c’est pour lui une question de vie ou de
+mort que d’être fort sur mer; il sait qu’il lui faut, pour la victoire
+pleine et certaine, être maître absolu de la mer: maître des mers de
+Chine pour le moment; et, dans ses rêves d’avenir, maître du Pacifique
+plus tard.
+
+Aussi consacre-t-il de fortes sommes à l’œuvre de réfection et de
+renouvellement de la flotte de guerre et donne-t-il à la marine
+marchande, qui peut et doit lui servir de transports, de nombreux
+encouragements. Sa population maritime lui fournit des éléments
+audacieux et solides, et il n’est pas près de manquer d’hommes pour
+monter ses nombreux bâtiments. Ses officiers ne le cèdent en rien à ceux
+des marines européennes, et ils ont cette confiance inébranlable que
+donne une double victoire. Aussi, à l’heure qu’il est, la flotte de
+guerre du Japon est-elle l’une des plus puissantes qui existe sur le
+globe, et avec les années, elle ne fera qu’augmenter en nombre et en
+valeur.
+
+Actuellement le Japon possède 16 cuirassés d’escadre; 11 grands
+croiseurs;
+
+9 croiseurs de seconde classe dont beaucoup sont déjà vieux (Matsushima,
+Hashitaté);
+
+une trentaine de canonnières de haute mer;
+
+60 contre-torpilleurs (torpedo destroyers);
+
+78 torpilleurs.
+
+Il y a en service actif: 77 amiraux, 741 officiers supérieurs, 2.126
+officiers, 7.857 sous-officiers, 29.667 marins. Avec la 1re et la 2e
+réserves on arrive à 39.103 hommes d’équipage (non compris les
+officiers). (Chiffres de 1908.)
+
+La marine japonaise a, pour ses constructions et ses réparations, quatre
+ports militaires sur le modèle des nôtres:
+
+Yokosuka, près de Yokohama, dans la baie d’Yedo;
+
+Kure, dans la province d’Aki, près de Hiroshima;
+
+Sasebo, dans la province de Hizen, près de Nagasaki;
+
+Maidzuru, province de Tango, sur la mer intérieure.
+
+Le budget de 1907-1908 comprenait des crédits s’étendant sur la période
+1907 à 1913-1914, destinés à couvrir le reliquat des dépenses de guerre
+et s’élevant à 437.500.000 francs; plus une somme de 191.442.500 francs
+qui devait, pendant la même période, remplacer les unités de combat qui
+seraient rayées de la liste de la flotte. Mais on avait compté sans la
+mauvaise situation financière qui ne permettait pas un tel effort
+immédiat, et les crédits ci-dessus se sont vus réduits: le premier de
+114.528.574 fr.; le deuxième à 77.945.325 francs.
+
+Les cuirassés _Aki_ et _Satsuma_ sont venus augmenter la flotte de
+combat d’unités nouvelles; le _Mikasa_, qui avait sauté et coulé, a été
+refondu complètement, et les navires russes pris à Port-Arthur ont été
+modifiés en les modernisant. De nouveaux croiseurs, _Tsukuba_ et
+_Ikumo_, sont également entrés en service; les constructions neuves ne
+chôment pas dans les arsenaux qui ont déjà mis à l’eau le _Satsuma_ et
+l’_Aki_ et sont en mesure de livrer un bâtiment aussi bien que n’importe
+quel arsenal d’Europe ou d’Amérique.
+
+Actuellement la marine japonaise est la troisième du monde, après
+l’Angleterre et l’Allemagne; après elle viennent les États-Unis, et
+nous, qui, il y a quelques années encore, tenions brillamment le second
+rang, après l’Angleterre, nous voici relégués au cinquième!
+
+
+V.--A ce résumé des forces japonaises de terre et de mer, je n’ajouterai
+qu’une réflexion: Après la guerre du Japon contre la Chine, l’empereur
+Guillaume II lança son fameux tableau représentant les puissances
+occidentales serrées les unes contre les autres en face du péril jaune
+s’avançant à grands pas. Au-dessous il avait inscrit ces mots: «Peuples
+d’Europe défendez vos biens les plus sacrés.» On a souri, mais qui sait?
+L’avenir répondra. Le présent n’a-t-il pas déjà un peu répondu?
+
+On ne peut nier, en tout cas, que le Japon, en se préparant d’une façon
+si formidable, ne se conforme bien soigneusement et exactement au _si
+vis pacem, para bellum_.
+
+
+
+
+CHAPITRE X
+
+I. Agriculture; superficie en rizières.--II. Production totale en
+céréales.--III. Diverses espèces de riz.--IV. Les haricots, le maïs, la
+patate, les différents légumes.--V. Épices et condiments.--VI. Division
+de la terre.--VII. Soie et culture du mûrier.--VIII. Culture du
+thé.--IX. Chevaux et bétail.--X. Fruits.--XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et
+la colonisation.
+
+
+I.--Dans l’antiquité, il n’existait au Japon, comme d’ailleurs dans tout
+pays, que deux classes: les agriculteurs et les soldats; c’est là, du
+reste, la base de toute société humaine: se nourrir et se défendre.
+L’industrie et le commerce ne viennent qu’après.
+
+Aujourd’hui encore le Japon peut être considéré surtout comme un pays
+agricole: 60 pour 100 de sa population vit de la terre.
+
+Les terrains de production se divisent en deux sortes: les terrains
+secs, analogues à ceux des champs en Europe, qui sont les moins
+nombreux; et les terrains humides servant exclusivement à la culture du
+riz. D’après la statistique la plus récente (1908) la superficie des
+rizières est de 2.898.792 chô et celle des autres champs de 1.813.913
+chô. La production du riz et autres céréales sur toute la superficie
+arable de l’Empire se répartit ainsi:
+
+ Superficie cultivée en riz, orge, seigle et blé:
+
+ Divisions. Riz. Orge. Seigle. Blé.
+ (_Chô_). (_Chô_). (_Chô_). (_Chô_).
+
+ Honshu 2.285.453 601.309 325.643 293.475
+ Shi Koku 150.787 5.978 118.620 21.866
+ Kiushu 441.752 50.474 236.495 118.548
+ Yezo 19.800 12.075 19.927 9.917
+
+
+Si l’on compare les superficies cultivées aujourd’hui à celles d’il y a
+dix ans, on ne les trouve pas sensiblement augmentées; le Japon semble
+bien être arrivé à son maximum de culture comme riz; tous les terrains
+qui ont pu être transformés en rizières l’ont été; depuis trente ans, la
+superficie des champs de riz a presque doublé: de 1.611.130 chô en 1878
+elle est montée à 2.898.792 chô en 1908. Le riz est, en effet, la base
+de la nourriture japonaise. Les autres céréales, qui en 1878
+représentaient une superficie de 1.433.913 chô, ne représentent en 1908
+que 400.000 chô de plus, soit 1.833.913 chô; parce que ces céréales ne
+sont nullement indispensables et servent à différents usages autres que
+la nourriture.
+
+
+II.--Voici quelle est la production totale du Japon en céréales;
+c’est-à-dire en riz, orge, seigle et froment, le froment n’étant pas le
+blé que nous trouvons en Europe, mais une espèce de blé barbu à épi
+nettement carré et spécial au Japon.
+
+Production totale pour tout le Japon:
+
+ Riz 46.302.530 kokus.
+ Orge 9.445.238 --
+ Seigle 6.957.932 --
+ Blé 3.962.265 --
+
+
+III.--Il existe deux sortes de riz: le riz ordinaire appelé urushi et le
+riz gluant ou mochigome (riz à gâteaux); elles sont divisées elles-mêmes
+en une quantité de variétés, au moins deux cent cinquante au dire des
+Japonais, mais que nous ne saurions reconnaître. Le riz se cultive dans
+l’eau; cependant on en plante une certaine espèce en montagne, mais en
+petite quantité, et, du reste cette espèce ne se voit guère que dans les
+pays où il n’y a vraiment pas moyen de faire pousser le riz ordinaire.
+
+Ce dernier sert, ainsi que je l’ai déjà dit, à la nourriture
+quotidienne. Il est employé aussi pour faire de la levure de sake
+(alcool de riz) et du vinaigre; réduit en farine il entre dans la
+fabrication de différentes pâtes alimentaires.
+
+Le riz gluant est utilisé pour faire des gâteaux et une espèce de
+liqueur sucrée; on l’utilise aussi dans la teinturerie comme empois.
+
+L’orge sert à faire des sucreries appelées _ame_ ou _midzuame_, des
+gâteaux en le grillant et le mélangeant avec du sucre.
+
+Avec le froment japonais sont fabriquées une espèce de macaroni et de
+vermicelle, et une sorte de pâte appelée _fu_. On l’emploie aussi
+mélangé avec des haricots, pour la fabrication du _shoyu_ et du _miso_,
+deux sortes de sauces; on en fait également des gâteaux.
+
+Le seigle trouve aussi son emploi comme le blé, et convient également à
+la nourriture des animaux.
+
+En dehors de ces quatre céréales, le sol japonais produit également:
+
+Haricots: 3.261.881 kokus;
+
+_Adzuki_: 804.485; (espèce de haricot, le _phaseolus radiatus_);
+
+Millet: 1.829.027;
+
+Iye: 205.422 (sorte de millet);
+
+Kibi: 364.269 (sorte de millet);
+
+Sarrazin: 1.119.108;
+
+Colza: 1.018.644.
+
+
+IV.--Le haricot ou _mame_ dont il existe au Japon de nombreuses espèces,
+sert à des usages non moins nombreux: car on peut non seulement le
+manger cuit ou réduit en farine, mais encore l’employer pour la
+fabrication du _shoyu_, du _miso_ et du _tofu_. Le _shoyu_ et le _miso_
+sont deux espèces de sauces et le _tofu_ une sorte de gâteau assez
+semblable comme forme à un fromage tout frais.
+
+La peau, l’enveloppe, les feuilles et la tige des haricots entrent dans
+la nourriture des chevaux.
+
+Les différentes espèces de millet servent à l’alimentation,
+principalement sous forme de gâteaux.
+
+Le Japon produit encore:
+
+ Pommes de terre 117.969.598 kwamme;
+ Patates 651.678.486 --
+ Coton 2.145.625 --
+ Chanvre 2.185.425 --
+ Tabac 10.877.910 --
+ Indigo 9.127.480 --
+
+Le maïs ou _tomorokoshi_ a été importé de Chine autrefois et les
+Japonais le mangent de deux manières; s’il s’agit de l’épi, on le fait
+bouillir au naturel; s’il s’agit de la farine, on en fait une espèce de
+soupe ou de bouillie. Quand le maïs est frais, on le mange aussi grillé,
+en faisant passer l’épi tout entier au-dessus du feu.
+
+[Illustration: Le Château fort de Nagoya.]
+
+Comme légumes, le Japon a presque tous ceux d’Europe: oignon, ail,
+carotte, navet, concombre, melon, citrouille, épinard, oseille, etc...
+etc... En outre, il possède une quantité de légumes spéciaux et
+indigènes, ce qui porte le régime végétal à un point inconnu en Europe.
+Au Japon on peut varier ses plats de légumes à l’infini:
+
+Le lotus, en général cultivé dans les étangs ou les terrains inondés; sa
+racine (hasu no ne: racine de lotus) est fort bonne à manger et fournit
+de l’amidon; ses fleurs sont fort admirées; le lotus est la fleur sacrée
+du bouddhisme;
+
+Le daikon, espèce de navet énorme et comprenant de nombreuses variétés;
+on le mange cuit ou salé; on en fait une sorte de choucroute fort
+appréciée des Japonais, mais qui choque l’odorat des Européens; l’_imo_
+ou racine bulbeuse qui comprend une foule de variétés dont les noms ne
+sont pas traduisibles en français parce que la plante n’existe pas chez
+nous; _tsuku imo_, qui se consomme cuit et dont les graines peuvent se
+manger également;
+
+_Naga imo_; on en fait une espèce de gruau que l’on mange avec une sauce
+spéciale, si l’on a soin de le râper et de le piler préalablement;
+
+_Imo_ proprement dit, comprend _sato imo_, _tono imo_, _yatsuga imo_,
+_yegu imo_, etc. L’énumération en serait trop longue. Toutes ces
+variétés se mangent cuites. Au printemps, on recouvre de terre les
+tubercules de l’yegu imo pour les faire germer; lorsque les petites
+pousses, qui portent le nom de _no imo_, apparaissent, on les mange; il
+y a une autre variété dite hasu imo dont la tige seule peut être
+utilisée;
+
+_Yuri_, le lis, est employé au Japon tout comme les carottes et les
+navets; le sara yuri pousse à l’état sauvage; l’oni yuri réclame les
+soins de la culture; ce dernier est supérieur comme goût, et on peut
+réduire son bulbe en fécule;
+
+_Na_, épinard, herbe, etc., on pourrait plutôt traduire par _verdure_;
+car on appelle _na_ au Japon toutes les feuilles vertes qui se mangent,
+et elles sont nombreuses;
+
+_Mitsuba_, espèce de plante d’eau (cryptotœnia canadensis);
+
+_Shiso_, feuilles soit rouges, soit vertes, que l’on sale et que l’on
+mange après macération;
+
+_Takenoko_, jeunes tiges de bambou que l’on fait bouillir et que l’on
+assaisonne ensuite une fois qu’elles sont très tendres.
+
+
+V.--Le Japonais aime beaucoup le condiment épicé; il emploie fréquemment
+le gingembre (shoga), cru ou conservé. On fait croître les jeunes
+pousses dans des caves en recouvrant les racines avec de la terre et des
+détritus de végétaux.
+
+Le wasabi ou raifort est également très apprécié; le togarashi ou
+piment, le sansho (Xantoxylum piperitum); les graines de chanvre
+grillées, etc...
+
+
+VI.--La superficie de la terre peut se décomposer comme suit:
+
+Terres appartenant à la Couronne, au Gouvernement, etc., 21.394.805 cho.
+
+Terres appartenant aux particuliers, 14.172.339 cho.
+
+La population occupée à la terre peut se chiffrer par environ 5.600.000
+familles, soit 64 pour 100 de la population totale de l’Empire; parmi
+ses membres environ 20 pour 100 possèdent une éducation agricole
+complète; 350.000 jeunes gens ayant passé par des écoles spéciales.
+
+La terre est excessivement morcelée et la plus grande partie des champs
+de riz, par exemple, n’est que de 4 à 4 ares 50 de superficie, tandis
+que les champs proprement dits ne mesurent que 8 à 9 ares. Si l’on
+ajoute à cela le terrain qu’il faut sacrifier nécessairement autour des
+champs de riz afin d’élever des talus pour contenir l’eau, on voit que
+pour un propriétaire qui possède beaucoup de champs dispersés, le
+travail de culture est pénible et les pertes assez grandes. Aussi,
+depuis 1900, le Gouvernement a-t-il entrepris, de concert avec les
+intéressés, et en nommant des experts qualifiés, de réajuster la
+propriété et de la répartir d’une façon plus groupée, de manière à
+rendre les propriétés plus compactes. Les propriétaires n’ont qu’à y
+gagner; aussi se prêtent-ils volontiers à ce mouvement, qui se dessinait
+plein de promesses, mais se trouve en suspens faute de fonds.
+
+
+VII.--Le Japon produit de la soie en assez grande quantité; voici les
+noms des districts qui en fournissent le plus:
+
+ Ken de Miye 3.312.490 yen.
+ -- Gumma 9.585.254 --
+ -- Aichi 8.358.883 --
+ -- Yamanashi 8.346.864 --
+ -- Nagano 34.989.371 --
+ -- Fukushima 6.188.107 --
+ -- Saitama 8.352.784 --
+ -- Gifu 6.155.458 --
+ -- Yamagata 4.885.739 --
+
+Les mûriers occupent la superficie suivante:
+
+ Honshu 337.399 cho.
+ Shikoku 8.218 --
+ Kiushu 16.839 --
+ Yezo 2.260 --
+
+La culture de cet arbre réussit bien au Japon, et il atteint parfois la
+hauteur de vingt à trente pieds. Ses feuilles, cordiformes et dentelées,
+sont quelquefois découpées; ses fruits mûrissent en été et ont une
+couleur violette; on le plante en ligne comme les vignes dans le centre
+de la France, et on coupe les branches au lieu de récolter seulement les
+feuilles; de sorte que tous les ans, au printemps, de jeunes branches
+sortent avec une nouvelle vigueur. Il existe au Japon deux sortes de
+mûriers: l’un qui fleurit en mars, l’autre, plus tardif, qui fleurit
+seulement en avril.
+
+
+VIII.--La superficie des champs plantés en thé est:
+
+ Honshu 37.659 chô.
+ Shikoku 3.498 --
+ Kiushiu 9.299 --
+ Yezo néant.
+
+soit, en tout, 50.456 chô.
+
+Les districts qui produisent le plus de thé sont:
+
+ Ken d’Ibaraki 454.437 yen.
+ -- Shidzuoka 3.445.679 --
+ Shi de Kioto 739.152 --
+ Ken de Shiga 374.932 --
+ -- Miye 726.211 --
+ -- Nara 376.993 --
+ -- Kumamoto 519.106 --
+
+Je ne m’étends pas particulièrement sur la culture du thé au Japon, qui
+ne présente aucun intérêt pour l’Europe. Tout le thé que fournit le
+Japon à l’exportation est absorbé par les États-Unis qui s’en sont fait
+une spécialité; et je doute qu’il soit jamais apprécié en Europe.
+
+
+IX.--Le cheval, autrefois au Japon, était surtout destiné à porter les
+fardeaux des paysans à travers les sentiers dans la campagne, et à
+servir de monture aux guerriers. Le cheval japonais est un animal fort
+peu élégant, sans poitrail, efflanqué, très peu solide sur ses jambes de
+devant et d’une ressource médiocre pour les lourds fardeaux. Le
+Gouvernement Japonais a fait tous ses efforts pour améliorer la race, et
+instruit par les deux dernières guerres, il a institué une
+administration spéciale des haras sous la direction immédiate de la
+Maison impériale, avec un conseiller privé et un ancien ministre d’État
+à sa tête. Mais les circonstances particulières dans lesquelles se
+trouve le Japon s’opposent à un rapide développement de la race
+chevaline: en effet, l’absence de plaines étendues, la présence par tout
+le pays de champs de riz, l’inutilité presque absolue du cheval pour les
+cultivateurs et le public en général, font que l’élevage a toujours été
+plus ou moins négligé.
+
+La nouvelle administration doit avoir constamment à sa disposition 1.500
+étalons étrangers choisis, de façon à les distribuer dans les principaux
+centres d’élevage pour les accoupler avec des juments indigènes. Le
+programme est établi pour une durée de 28 ans à partir de 1906, et on
+estime la dépense à 30.000.000 de yen.
+
+Les principaux centres d’élevage sont: au Nord l’île de Yezo; les
+districts de Nambu, Sendai, Miharu et Akita; au Sud, Kagoshima.
+
+Le cheval de Nambu est le plus réputé du Japon; il est fort,
+relativement large de poitrail et très endurant. Ceux de Hokkaido,
+Sendai, Miharu, Akita sont des variétés du Nambu; ils sont dociles et
+résistants: le cheval de Kagoshima, au contraire, est petit, vif,
+vicieux et souvent intraitable.
+
+Il y a longtemps déjà que le Gouvernement Japonais a essayé d’introduire
+des chevaux étrangers pour améliorer la race indigène; mais jusqu’à
+présent il n’a pas réussi. De France, d’Angleterre, d’Amérique, de
+Hongrie, d’Arabie, d’Australie sont venus de beaux, de splendides
+spécimens; au bout de deux ans au Japon ils étaient ou morts ou malades;
+le climat humide et le manque de pâturages les tuent.
+
+L’Empereur a cependant une écurie de chevaux australiens; mais ces
+malheureuses bêtes ne sont que l’ombre de ce qu’elles étaient dans leur
+pays. Le cheval chinois lui-même, pourtant si fruste et si résistant,
+est bientôt, au Japon, pris de rhumatismes et rendu indisponible.
+
+Un poulain de deux ans coûte aujourd’hui environ 60 yen s’il est
+indigène pur sang, et environ 150 yen s’il est croisé de sang étranger.
+
+Les bêtes à cornes sont également très chétives; autrefois on ne les
+employait que comme bêtes de somme; aujourd’hui encore le paysan
+japonais se contente de s’en servir pour la culture ou le transport et
+il n’en élève pas pour la boucherie; il s’ensuit que la viande fournie
+aux Européens dans les ports est de très mauvaise qualité. Le manque de
+bons pâturages empêchera toujours la formation de belles races de bœufs
+comme en Europe et en Amérique; le lait est pauvre et rare, et le beurre
+qu’on a essayé de produire est détestable.
+
+Les chèvres et les moutons n’existent pas; on a essayé d’en introduire,
+mais ils ne réussissent que difficilement et seulement dans le Nord; en
+général, au bout de peu de temps ils sont atteints de maladie et meurent
+vite. Il n’est pas rare d’en voir mourir subitement sans cause
+apparente. L’humidité du climat doit contribuer à empêcher leur élevage
+en grand.
+
+Porcs et poulets existent en petites quantités; le Japonais mange peu de
+porc et n’est pas non plus très friand de volaille.
+
+
+X.--En fruits le Japon est très pauvre; il n’a de bon que le _biwa_ que
+nous avons appelé la nèfle du Japon, et qui pousse, transplantée, sur le
+littoral méridional de la France et en Algérie; le _kaki_, fruit spécial
+à la Chine et au Japon, ressemblant à une tomate, et dont il y a
+quatre-vingt-six variétés; le _mikan_, sorte de mandarine.
+
+Les autres fruits existent, mais sont détestables; la prune (sume) ne
+peut se manger crue; elle est employée à faire des confitures ou bien
+une espèce de conserve salée que l’on mange le matin en se levant; les
+fleurs du prunier, salées, servent à faire des infusions analogues à
+celles du thé.
+
+Le pêcher (momo) porte d’assez beaux fruits qui ne sont pas mangeables
+sans être cuits. Les Japonais les conservent en les faisant bouillir
+dans du sucre.
+
+L’abricot (ansu) est gardé séché; cru, il est acide et désagréable.
+
+Le brugnon (sumomo), la pomme (ringo), la poire (nashi) sont absolument
+inférieurs, n’ont que le goût d’eau, et sont insipides crus; on les
+mange en compote avec du sucre.
+
+Le cognassier (kwarin) très inférieur comme grosseur et comme espèce à
+celui d’Europe, se mange bouilli avec du miel et du gingembre.
+
+En dehors du _mikan_ (mandarine) qui est excellent, il existe au Japon
+un nombre considérable de variétés de citrons: le koji; le kunembo; le
+daïdaï; le zabon; le buntan; le bushu kan; le kinkan; le yudzu. Tous ces
+citrons croissent généralement dans le Sud (île de Kiushu), seul, le
+yudzu supporte le froid.
+
+Le jujubier (natsume), le noyer (kurumi), le châtaignier (kuri) existent
+également, mais les fruits en sont inférieurs.
+
+La vigne sauvage (budô) existe en grande quantité, et fournit des fruits
+assez agréables au goût.
+
+Le cerisier (sakura) ne vaut que par ses fleurs qui, au printemps, font
+la joie du Japon.
+
+Depuis une vingtaine d’années on a essayé d’acclimater les cerises, les
+pommes, les poires, le raisin, les fraises d’Europe et d’Amérique. On a
+réussi assez bien pour les poires et les pommes; on a obtenu également
+des cerises et des fraises; mais les plants dégénèrent vite. Le climat
+des îles japonaises est beaucoup trop humide, et c’est évidemment ce qui
+s’oppose, dans le règne végétal, au développement normal des fruits
+d’Europe, et, dans le règne animal, à l’élevage du mouton et de la
+chèvre.
+
+
+XI.--Hokkaidô (île de Yézo) très au Nord et loin de toute communication
+avec le Japon d’autrefois, est restée longtemps négligée; elle servait
+de lieu d’exil, elle n’était guère peuplée que d’Ainos, et Hakodaté
+était le seul port, la seule station que les Japonais eussent dans
+l’île. Le climat, très froid, ne leur convenait d’ailleurs pas, et
+c’était, en outre, un voyage trop long pour s’y rendre. Depuis la
+restauration impériale, le Gouvernement a essayé de coloniser l’île de
+Yézo, appelée plus communément Hokkaidô; il a d’abord institué un Bureau
+de la colonisation, le _Kai taku shi_, spécialement destiné à
+l’administration du pays.
+
+En dehors du colon libre qui ne venait pas en grand nombre dans ces
+froides solitudes, le Gouvernement voulut imiter les Russes en Sibérie
+et créa des soldats-laboureurs auxquels il donnait la terre et qui
+restaient attachés au sol qu’ils devaient défendre. Mais toute cette
+organisation ne produisit rien de sérieux. On y renonça et, sans
+rattacher encore le Hokkaidô à l’administration générale de l’Empire, on
+créa un gouvernement à part, un _chô_, et on divisa l’île en _ken_; puis
+on la rattacha au ministère de l’Intérieur.
+
+Grâce aux mines de houille de Poronai, à la pêche du saumon, du hareng,
+de la baleine, grâce aussi à la natalité toujours plus grande de la
+nation japonaise, l’île finira probablement par se peupler forcément;
+mais il est hors de doute, cependant, que les Japonais ne s’y plaisent
+pas et ne s’y expatrient pas volontiers.
+
+L’État leur donne la terre aux conditions suivantes:
+
+Terre pour culture 500 chô à 4 yen 50 le chô;
+
+Terre pour l’élevage 800 chô à 3 yen le chô;
+
+Forêt 800 chô à 1 yen 50 le chô;
+
+Terre donnée gratuitement 10 chô.
+
+La durée au bout de laquelle la terre doit être en rapport est de:
+
+5 ans pour la terre accordée gratuitement;
+
+8 ans pour 10 chô;
+
+10 ans pour 30 chô.
+
+Pour l’exploitation des terrains forestiers ou pour l’extraction de la
+tourbe, la période est doublée. Le colon, qui a rempli les conditions
+exigées, a droit à une nouvelle acquisition aux mêmes prix et
+obligations.
+
+Des fermes modèles ont été installées, principalement aux environs de
+Sapporo. L’une appartient à la _Shoku yetsu shoku min kwaiska_ et elle
+est située à Noboro, (12 kilomètres de Sapporo). La ferme contient 251
+familles; en 1906 la compagnie a retiré un bénéfice net de 5.182 yen.
+Une autre appartient au marquis Maeda (ancien daïmio de Kaga); située
+près de Sapporo, elle est divisée en exploitation agricole et en
+élevage. Le capital employé est d’environ 80.000 yen et le bénéfice de
+1906 a été de 5.797 yen.
+
+
+
+
+CHAPITRE XI
+
+I. Pêcheries.--II. Les bateaux de pêche; les prises.--III. Prime à la
+pêche en haute mer.--IV. La baleine.--V. Sel et salines.--VI.
+Forêts.--VII. Quelques-uns des bois les plus répandus du Japon.--VIII.
+La forêt de Kisogawa, domaine de la Couronne.--IX. Le camphrier.--X.
+Champignons.
+
+
+I.--Les Japonais sont incontestablement nés pêcheurs: plus de trois
+millions d’entre eux vivent de l’industrie de la pêche. Cette dernière
+est caractérisée par une extrême diversité; par suite de la situation du
+pays, chaud au Sud et très froid au Nord, on peut se livrer dans les
+mers qui le baignent à des pêches toutes différentes. Dans les mers du
+Hokkaidô, on pêche le hareng, la sardine, le saumon, la baleine; dans le
+Sud, se trouvent le thon, la bonite, le maquereau, et, en général, le
+poisson qui se rencontre sur nos côtes; quantité de langoustes et de
+crevettes. Mais le Japon, comme beaucoup d’autres pays, souffre d’une
+pêche trop peu réglementée et pratiquée sans méthode; le poisson diminue
+et certaines espèces deviennent rares. La loi pour la protection du
+poisson de mer et de rivière, qui a été édictée il y a quelques années,
+est peu observée. La fécondation artificielle n’est guère appliquée que
+pour le saumon au Hokkaidô et pour l’huître à Hiroshima.
+
+L’influence des deux courants marins, qui longent les côtes Est et Ouest
+du Japon, a naturellement une influence toute spéciale sur la vie marine
+du Pacifique et de la mer du Japon. Chacune des côtes, étant soumise à
+l’action plus ou moins grande d’un courant chaud venant du Sud, et d’un
+courant plus froid venant du Nord, la prédominance de l’un ou de l’autre
+affecte la température de la mer. Ainsi, le long de la côte Nord, à
+partir de Kinkasan (Honshu) la température moyenne est au-dessous de 15°
+centig. et le long de la côte Est du Hokkaidô et des Kouriles elle est
+au-dessous de 10° centig. à cause de la prédominance des courants
+froids. D’un autre côté, étant donné la présence des courants plus
+chauds le long de la côte Sud, depuis le groupe d’îles à l’extrémité de
+la pointe d’Idzu jusqu’à l’extrémité sud de Kiushu, la température
+moyenne est au-dessus de 20° centig., tandis que vers les îles Bonin et
+le long de la côte Est de Formose, elle est de + 23° centig. On comprend
+donc pourquoi, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la diversité est si
+grande dans la faune aussi bien que dans la flore maritime du Japon.
+
+Si l’on songe que la côte regardant le Pacifique et qui commence au Nord
+aux Kouriles pour finir au Sud à Formose, se trouve assise sur 29° de
+latitude, il est facile de se rendre compte que les deux extrémités du
+pays diffèrent absolument au point de vue de la production maritime. Par
+suite, tandis qu’au Nord on pêche le hareng, la sardine, le maquereau,
+la morue, dans le Sud on prend plutôt la dorade, le thon, la bonite, le
+requin, la sole, etc.
+
+L’une des scènes les plus curieuses à contempler à Tokio, c’est le matin
+à quatre heures, le marché aux poissons à Nihon Bashi. Des quantités de
+bateaux sont entrées la nuit dans le canal qui les mène jusqu’au marché,
+et là ils ont déchargé toute leur pêche de la journée précédente. C’est
+un amas inouï de tous les genres, de toutes les sortes de poissons,
+depuis la sardine dédaignée (on la pêche en automne en grande quantité
+au large de la baie de Tokio) jusqu’au requin et à la pieuvre, en
+passant par des espèces de poissons inconnues à nos mers et présentant
+les formes les plus extraordinaires et les plus disgracieuses.
+
+Les Japonais font une consommation prodigieuse de poisson et ils en
+tirent aussi des conserves; la bonite, notamment, est desséchée et
+devient tellement dure qu’on la prendrait pour une pierre à repasser les
+couteaux; c’est le _katsuobushi_, que toute bonne ménagère a chez elle
+et qu’elle râcle dans toutes les soupes et dans toutes les sauces.
+
+Le requin, jeune, est fort apprécié; la seiche et la pieuvre sont des
+mets de choix.
+
+Quant au hareng on en fait surtout de l’engrais. Il est pêché
+principalement au Hokkaidô, à Aomori et à Akita. La saison de pêche va
+de mars à mai et la pêche a lieu surtout sur la côte Ouest. D’énormes
+quantités de harengs sont prises ainsi; on n’en conserve qu’une très
+faible partie pour la nourriture (si petite qu’on n’en voit jamais sur
+le marché de Tokio) et on en fabrique une espèce d’huile et de
+l’engrais. Cet engrais de hareng est l’une des causes de la prospérité
+des pêcheries de l’île de Yézo; mais depuis que l’on a importé de
+l’engrais de harengs de Sibérie et de l’engrais de sardines des côtes de
+Corée, il y a eu diminution des gains à Yézo. Aussi a-t-on commencé à
+Akita et à Aomori notamment à fumer et à saler le hareng pour
+l’exportation; ces conserves sont envoyées en Chine et en Australie.
+
+La sardine est aussi très abondante; les Japonais la mangent fraîche:
+c’est le plat du pauvre. On en tire aussi de l’engrais; on a essayé d’en
+faire des conserves à l’huile, mais les Japonais n’ont pas encore trouvé
+le moyen de les préparer d’une façon convenable.
+
+La morue et le saumon sont pêchés aussi, en grande quantité, sur les
+côtes de l’île de Yezo; on les vend séchés et salés, mais les Japonais
+les apprécient peu.
+
+Le Japon est le pays des langoustes, des crevettes et des coquillages de
+toutes sortes. La mer en fournit tous les jours de telles quantités,
+sans se lasser, qu’elle semble inépuisable. Néanmoins, on commence à
+remarquer un fléchissement dans le rendement des langoustes, que les
+Européens, habitant le Japon, consomment en grande quantité et qu’ils
+ont mises à la mode.
+
+
+II.--Il existait, en 1906 (dernier relevé statistique), 426.000 bateaux
+de pêche, presque tous de 30 shaku de long (90 mètres environ), 24.000
+seulement dépassant cette mesure. Il a été pris cette année-là:
+
+ Seiches et pieuvres pour une valeur de 2.902.436 yen.
+ Sardines -- -- 4.861.311 --
+ Harengs -- -- 5.531.136 --
+ Bonites -- -- 5.303.302 --
+ Crevettes -- -- 1.415.263 --
+ Maquereaux -- -- 1.876.865 --
+ Thons -- -- 1.541.679 --
+
+Espèce de poisson appelée:
+
+ Queue jaune pour une valeur de 2.828.359 yen.
+ Dorade -- -- 3.790.119 --
+
+De ces différents produits, ont été manufacturés:
+
+ Crevettes desséchées pour une valeur de 816.542 yen.
+ Seiches -- -- -- 2.219.150 --
+ Bonites -- -- -- 5.095.044 --
+ Sardines -- -- -- 3.324.872 --
+ Sardines pour engrais -- -- 532.942 --
+ Harengs pour nourriture -- -- 888.036 --
+ -- engrais -- -- 4.643.100 --
+
+J’ai dit plus haut qu’on avait essayé au Japon différentes conserves de
+poisson, notamment de sardines et de saumons, mais elles sont très mal
+faites et il est impossible à un Européen de les manger; le Japon manque
+de l’huile nécessaire à la préparation.
+
+
+III.--Une prime à la navigation a été accordée par le Gouvernement en
+1897 (loi révisée en 1905) pour les bateaux pratiquant la pêche en haute
+mer. Pour les bateaux construits au Japon elle attribue:
+
+Par tonne brute d’acier ou de fer, 40 yen;
+
+Par tonne brute, mélange métal et bois, 35 yen;
+
+Par tonne brute bois, 30 yen.
+
+Pour machine à vapeur:
+
+Par cheval-vapeur, 10 yen.
+
+Pour machine à pétrole:
+
+Par cheval-vapeur, 20 yen.
+
+Pour les bateaux construits à l’étranger et battant pavillon japonais:
+
+Vapeur: 22 yen par tonne brute;
+
+Voilier: 18 yen.
+
+Les bateaux désirant participer à la prime doivent avoir, pour la pêche
+en eau profonde: de 50 à 200 tonnes pour un vapeur se livrant lui-même à
+la pêche; de 10 à 250 tonnes pour un voilier pêchant au filet, et de 30
+à 250 tonnes pour un voilier pêchant avec ses canots. Pour la pêche à la
+bonite, le tonnage doit être de 10 à 30 tonnes pour un voilier pêchant
+par lui-même et de 50 à 200 tonnes pour un voilier pêchant au moyen de
+ses canots. Pour les bateaux servant de transport, le tonnage est de 80
+à 350 tonnes pour un vapeur et de 15 à 150 pour un voilier.
+
+La prime est garantie pour cinq ans; elle est renouvelable après examen
+du bateau et de son matériel. L’équipage doit être pour les 4/5 composé
+de Japonais. Jusqu’à présent, la somme totale des primes allouées a été
+de 435.389 yen.
+
+
+IV.--Il y a une quarantaine d’années, le Japon occupait une large place
+dans la pêche de la baleine et les mers du Japon voyaient chaque année
+arriver de nombreux baleiniers d’Europe et d’Amérique. Mais ces
+navigateurs firent tant et si bien qu’ils exterminèrent pour ainsi dire
+ce cétacé. Heureusement, lassés de n’en plus trouver suffisamment, ils
+quittèrent les côtes du Japon, et, comme les Japonais se livraient fort
+peu à ce genre de pêche, la baleine se mit à reparaître de telle façon
+qu’aujourd’hui, les eaux japonaises et coréennes fournissent un butin
+assez abondant.
+
+Les endroits les plus renommés pour la pêche à la baleine sont: en été,
+la côte depuis Kinkazan jusqu’à l’extrémité de la baie de Tokio, ainsi
+que les côtes de Kishu, Tosa et Nagato (ces dernières en hiver).
+
+De 1906 à 1908 il y a eu un nombre de plus en plus considérable de
+bateaux employés à cette pêche:
+
+ Mars 1906, vapeurs 5, prises 434 baleines.
+ -- 1907, -- 10, -- 939 --
+ -- -- voiliers 1, -- 19 --
+ -- 1908, vapeurs 18, -- 806 --
+ -- -- voiliers 2, -- 22 --
+
+Pour 1908, sont seulement données les prises dans les eaux
+territoriales; si l’on y ajoute les prises faites dans les eaux
+coréennes, le total est bien plus considérable. Il est, d’ailleurs,
+impossible de donner les résultats exacts et complets; car beaucoup de
+baleiniers, ne recevant pas la prime, ne fournissent aucune indication
+sur les prises qu’ils ont faites.
+
+Les chiffres ci-dessus, et ceux qui suivent, sont pris dans les
+statistiques japonaises, notamment dans le «Japan year book» et le
+«Résumé statistique de l’Empire». On peut les considérer comme donnant
+un résultat assez exact, quoique j’aie relevé quelques chiffres
+contradictoires.
+
+Valeur des prises sur les côtes de Corée:
+
+ Total (1906) 2.015.165 yen.
+ -- (1907) 2.225.521 --
+
+Résultats des pêcheries sur la côte de Sakhalin:
+
+ Truites saumonées pour une valeur de 41.544 yen.
+ Harengs -- -- 19.200 --
+ Saumons -- -- 10.677 --
+ Divers -- -- 11.900 --
+
+
+V.--A la pêche se rattache, dans un pays maritime comme le Japon,
+l’extraction du sel. Il existe, en effet, fort peu de sel de mines, et
+c’est la mer qui le fournit presque entièrement. Tantôt on l’extrait en
+faisant dessécher par le soleil des marais savamment étalés au bord de
+la mer; tantôt par des procédés artificiels. Les côtes de la mer
+intérieure sont les plus productives; toutefois on en produit un peu
+partout. Mais depuis l’annexion de Formose, c’est surtout dans cette
+dernière île que l’industrie saline a pris un grand développement.
+Jusqu’à la dernière guerre avec la Russie, le monopole du sel existait à
+Formose, mais la vente en était libre sur le territoire de l’Empire.
+Depuis la campagne de Mandchourie, le Gouvernement a établi ce monopole
+dans tout le Japon.
+
+Production du sel:
+
+ Koku. Yen.
+
+ Honshu 2.741.796 5.632.480
+ Shikoku 1.603.865 2.692.160
+ Kiushiu 521.329 1.889.153
+ Yezo 116 407
+
+Les principaux districts fournisseurs de sel sont: Hiogo, Okayama,
+Hiroshima, Yamaguchi, Tokushima, Kogawa, Oita.
+
+
+VI.--Le Japon a, de tout temps, été un pays de forêts, et le bois y a
+servi à toute espèce de constructions et d’industries: les maisons
+d’abord sont en bois et, en général, tous les ustensiles de ménage et de
+culture. Il s’ensuit que la consommation en est considérable; mais, plus
+avisé que son voisin de Chine, qui a laissé son pays se dénuder, au
+point que, dans certaines régions, on ne trouve pas un arbre, le
+Japonais a toujours replanté au fur et à mesure qu’il a coupé. C’est ce
+qui fait, qu’à l’heure actuelle, malgré le pillage des forêts au moment
+de la restauration, et l’abatage inconsidéré d’un grand nombre de bois,
+malgré aussi les inondations terribles qui dévastent quelquefois des
+parties entières de forêts, ces dernières occupent encore à peu près 59
+pour 100 du territoire de l’Empire. On peut les diviser ainsi:
+
+ Forêts de l’État 12.020.218 chô.
+ Forêts de la Couronne 2.109.099 --
+ Forêts des temples et des particuliers 7.991.796 --
+
+De cet ensemble 420.096 chô, faisant partie du domaine de l’État et de
+la Couronne sont intangibles; le reste, soit 7.991.796 chô pour les
+forêts des particuliers et des temples, et 13.709.221 chô pour les
+forêts de l’État et de la Couronne, est en exploitation.
+
+Les districts Nord-Est du Honshu et du Hokkaido (Yezo) abondent en
+forêts. Les préfectures qui suivent ont au moins 500.000 chô de terrains
+forestiers: Iwate, Tokushima, Niigata, Yamagata, Gumma, Ehime,
+Yamaguchi; les Ken de Nagano, Akita, Gifu, Aomori en possèdent plus de
+1.000.000 de chô; quant à Yezo, l’île entière renferme 12.250.095 chô de
+forêts.
+
+Il est assez difficile d’avoir les chiffres exacts du rendement des
+forêts particulières; car les propriétaires ne tiennent aucune espèce de
+comptes pour le travail accompli et les dépenses d’exploitation.
+
+Pour les forêts de l’État, les relevés de 1906-1907 donnent:
+
+ Recettes 9.169.272 yen.
+ Dépenses 3.796.862 --
+
+Le taux du bénéfice pourrait être encore plus fort, mais en beaucoup
+d’endroits les forêts de l’État sont presque inaccessibles; et, d’un
+autre côté, l’administration dépense beaucoup pour faire des
+reboisements.
+
+
+VII.--Le Japon est très riche en conifères de toutes sortes et possède
+des essences inconnues à l’Europe. Il n’est pas sans intérêt de donner
+la description des principales.
+
+_Sugi_ ou _cryptomeria japonica_, est un arbre vert qui atteint une
+hauteur variant entre 30 et 40 mètres. Le cœur est rouge; le reste du
+bois est blanchâtre; il est employé en architecture; on en fait aussi
+des meubles, des boîtes.
+
+Une des variétés de cet arbre, le _yakusugi_, vient de l’île de Yaku
+dans la province de Satsuma; on le trouve aussi dans l’île de Sado. Son
+bois est très résineux et son grain très serré. Le _kurobe sugi_, qui
+pousse dans les provinces de Hida et de Shinano, est un très beau bois à
+grain sinueux. Le _jiudai sugi_, qui n’est autre que le sugi qui a
+séjourné longtemps sous terre, se trouve dans le lac de Hakone et ses
+environs. Les plus beaux spécimens de cryptoméria actuellement existants
+sont ceux qui se dressent des deux côtés de la route qui conduit
+d’Utsunomiya à Nikkô et qui ont été plantés il y a près de trois
+siècles. Ils sont merveilleux et font l’admiration du voyageur. Quelques
+beaux cryptoméria se trouvent également à Hakone, autour du lac.
+
+_Hinoki_ (chamœciparis obtusa) est aussi un arbre à feuilles
+persistantes; son bois, dont le grain est très serré, dégage une odeur
+agréable; il occupe la première place parmi les bois de construction; le
+meilleur vient de Kiso, dans la province de Shinano.
+
+_Sawara_ (chamœciparis pisifera ou thuyopsis dolabrata) ressemble
+beaucoup au précédent; et son bois est presque aussi bon que celui du
+hinoki; on l’emploie également pour la construction des maisons et la
+fabrication des meubles.
+
+_Hiba_, variété du précédent, sorte de Thuyopsis, ressemble au Hinoki,
+mais son bois est plus blanc; on le trouve beaucoup à Nikko.
+
+_Akamatsu_ (pinus densiflora), arbre généralement tordu, à écorce rouge;
+le bois est blanc, mais le grain en est grossier.
+
+_Kuromatsu_ (pinus massoniana) est plus grand que le précédent, mais son
+grain est analogue; son écorce est noire; comme il est également bon
+marché, et qu’il peut s’employer à différents usages, c’est celui que
+l’on consomme le plus au Japon.
+
+_Kaya_ (torreya nucifera), arbre à feuilles persistantes, qui devient
+très gros mais est peu élevé. Son bois est très recherché par les
+fabricants de meubles; il vient des provinces de Mutsu, Kii, Mikawa,
+Yamato.
+
+_Tsuga_ (abies tsuga) est de tous les sapins celui qui fournit le plus
+beau bois, d’un grain très serré et très dur. Le meilleur vient de la
+province de Yamashiro.
+
+_Momi_ (abies firma) atteint ordinairement une hauteur de 20 à 30
+mètres; on le trouve dans presque toutes les provinces du Japon. La
+rapidité de sa croissance le rend précieux et il est employé à toutes
+sortes d’usages, constructions et meubles.
+
+_Icho_ (salisburghia adanthifolia). Cet arbre est à feuilles caduques;
+tantôt mâle, tantôt femelle; il atteint une hauteur de 20 à 30 mètres;
+son bois est tendre, mais le grain en est cependant très serré; il sert
+à la construction de certaines parties des maisons japonaises, et aussi
+à la fabrication des meubles. On le trouve partout au Japon, surtout
+près des temples; il donne un fruit dont les Japonais mangent l’amande
+(gin nan) grillée; crue elle est un poison.
+
+_Kurumi_ (juglans mandchurica), noyer de Mandchourie, produit un bois
+fort beau qui sert à l’ornementation des maisons et à faire des meubles
+de valeur. Comme l’arbre qui précède, celui-ci a dû être importé de
+Chine.
+
+_Sawa gurumi_, fournit un bois blanc dont le grain est plus grossier que
+le précédent; il est utilisé pour la menuiserie. L’écorce de cet arbre,
+connue sous le nom de Jukohi, est employée pour faire de petits objets
+qui sont un des produits renommés de Nikko.
+
+Parmi les chênes nous trouvons:
+
+_Akagashi_ (quercus acuta), grain très serré et rougeâtre; employé dans
+les îles Amakusa, d’où il provient, pour faire des rames.
+
+_Shirakashi_ (quercus glauca), grain très serré et blanc: sert à faire
+des manches d’outils, et aussi du charbon de bois. Originaire de Kiushu
+et Amakusa.
+
+_Shii_ (quercus cuspidata), bois plus tendre que le précédent; son
+écorce sert pour la teinture.
+
+_Kunugi_ (quercus serrata), espèce de chêne dont les feuilles servent à
+la nourriture du bombyx _yamamai_ ou ver à soie sauvage.
+
+_Kashiwa_ (quercus dentata), la coque de ses glands sert à faire de la
+teinture noire.
+
+_Kuri_ (castanea vulgaris) est, comme en Europe, un arbre à feuilles
+caduques qui atteint la même hauteur que dans nos pays; son bois sert
+dans la construction des maisons et à la fabrication des meubles; on le
+rencontre dans presque toutes les provinces.
+
+_Keyaki_ (planera japonica, planera acuminata, zelkowa Keyaki) est un
+arbre à feuilles caduques qui atteint une hauteur moyenne de 15 mètres;
+il fournit un bois très beau et très dur et qui est fort recherché. On
+l’emploie dans la construction des maisons et pour la fabrication des
+meubles de valeur. On trouve certains de ces bois qui ont un grain
+annulaire et que l’on nomme _joriu_; on s’en sert pour la sculpture et
+pour faire des panneaux d’ornement. Cet arbre croît à Kiushiu, à
+Nagasaki, dans le Honshu, à Hakone, à Kokura; aux environs de Tokio, de
+Yokohama et de Yokosuka.
+
+_Enoki_ (celtis sinensis), arbre à feuilles caduques d’une hauteur de 20
+mètres; le grain en est grossier, mais il sert à la menuiserie.
+
+_Tsuge_ (buscus sempervirens) n’atteint jamais une grande hauteur; son
+bois est excessivement dur et jaune; le grain en est très serré; il sert
+à faire des peignes de femmes et des planches d’impression; on en fait
+également des dents artificielles. Il vient des îles de la province
+d’Idzu.
+
+_Kiri_ (paulownia imperialis) croît très rapidement et atteint une
+hauteur de 10 mètres en dix ans. Son bois est très léger et tendre; le
+grain en est grossier; il est très recherché par les menuisiers qui en
+font des _guétas_ ou socques en bois pour hommes et femmes. Une variété
+de ce bois porte le nom de _Shimagiri_ et provient de la province
+d’Idzu; le grain du bois est meilleur et plus serré que celui du Kiri.
+
+_Awogiri_ (firmiana platanifolia), bois blanc, grain grossier; employé
+en menuiserie; provenance: Kiushiu.
+
+_Urushi_ (rhus vernicifera) donne un bois jaune très beau; son grain est
+serré. On l’emploie pour la marqueterie et les travaux analogues; on en
+fait aussi des navettes de tisserand et des flotteurs pour filets de
+pêche. Cet arbre pousse principalement dans le Nord; c’est avec la sève
+qu’il donne que l’on compose le vernis à laque; la sève est retirée au
+moyen d’incisions sur l’arbre, puis mise dans une grande cuvette en
+bois; on la remue ensuite au soleil, au moyen d’une grande spatule, pour
+la débarrasser de son excédent d’eau, puis on la travaille.
+
+_Hagi_ (rhus succedanea) ressemble beaucoup au précédent; son bois,
+également jaune, sert à faire des objets de petites dimensions, et ses
+fruits produisent de la cire; il pousse dans les provinces du Sud.
+
+_Momiji_ (acer polymorphum ou palmatum), érable; genre très commun au
+Japon où il y en a plus de cent variétés.
+
+_Kusunoki_ (cinamomum camphora), arbre à feuilles persistantes, d’où
+l’on tire le camphre. Sa hauteur atteint quelquefois 15 mètres; son bois
+est très compact et très dur; il ne s’altère pas au contact de l’eau et
+il est très recherché pour la construction des bateaux. On l’emploie
+beaucoup dans l’édification de certaines parties de la maison japonaise,
+et aussi pour la menuiserie. La racine présente quelquefois des dessins
+originaux dont on fait grand cas pour l’ornementation des appartements.
+Cet arbre croît surtout à Kiushu et à Shikoku; mais on le trouve aussi
+dans le Honshu à Miyanoshita, Atami, Kanagawa et dans d’autres localités
+de la baie de Tokio.
+
+_Tsubaki_ (camelia japonica), le camélia ordinaire, il peuple les
+collines japonaises et il atteint parfois la taille de 10 mètres. Son
+bois est dur et il est employé en menuiserie; ses graines servent à
+faire de l’huile dont les femmes s’enduisent copieusement les cheveux.
+
+_Sarusuberi_ (lagerstrœmia indica), arbre où le singe (saru) glisse
+(suberi); n’a pas d’écorce, d’où son nom; ce bois est très dur et le
+grain en est très serré; on l’emploie pour faire des manches d’outils;
+il n’est pas indigène au Japon, mais a évidemment été introduit de
+l’Inde.
+
+_Take_ (bambusa), le Bambou, l’arbre le plus utile et le plus employé au
+Japon; on peut dire qu’il sert à tout, absolument à tout. Il se divise
+en plusieurs variétés, répandues sur l’ensemble du pays. C’est l’arbre
+par excellence, et il pousse avec une telle vigueur et une telle
+rapidité qu’on n’en manque jamais.
+
+
+VIII.--Il n’est pas sans intérêt de consacrer quelques lignes à la
+fameuse forêt du Kisogawa, dans la province d’Owari, qui est l’une des
+plus importantes propriétés de la Couronne. La forêt couvre 153.000
+hectares dont les deux tiers appartiennent à la Couronne; le cadastrage
+en fut terminé seulement en 1908, car une grande partie n’était que
+forêt vierge et les difficultés d’accès étaient innombrables. Ces forêts
+sont presque uniquement plantées de conifères, parmi lesquels domine le
+Hinoki. Tous les ans on exploite le bois d’une façon rationnelle, et les
+troncs sont lancés sur le Kisogawa dont le courant les emmène à Nagoya;
+le ministère de la maison Impériale retire environ 350.000 yen de
+bénéfice net chaque année de cette exploitation. Les facilités de
+transport manquent et c’est pour cela que l’on n’obtient pas tout le
+rendement désirable; mais la ligne de chemin de fer du «Grand Central»
+actuellement en construction, et qui doit traverser la forêt, changera
+la situation; il paraîtrait que lorsque toutes les dépenses seront
+faites pour rendre l’exploitation vraiment productive, les recettes
+s’élèveraient à 2.000.000 de yen, ce qui laisserait un bénéfice net de
+1.300.000 yen tous les ans à la Couronne.
+
+
+IX.--Le camphrier est l’un des arbres qui méritent une description
+spéciale, son produit étant en usage dans le monde entier, et la
+fabrication de ce produit se faisant pour une grande partie au Japon et
+à Formose. Quand le monopole fut établi à Formose par le gouvernement
+Japonais, il pensait que le camphre de l’île conduirait le marché du
+monde. Tel ne fut pas le cas; car alors le Japon d’abord, le Sud de la
+Chine ensuite se mirent à raffiner davantage; aujourd’hui les camphriers
+du Japon ont à peu près disparu, et le gouvernement a étendu à tout le
+pays le système du monopole; cela n’a pas remonté le cours, la Chine
+continuant à faire concurrence, et les Américains ayant trouvé un
+procédé pour fabriquer le camphre chimiquement. Le sol de Formose
+possède encore pense-t-on assez d’arbres pour fournir le camphre pendant
+quelques dizaines d’années, mais c’est tout. On a replanté de jeunes
+camphriers, mais comme il faut au moins soixante ans à un arbre pour
+fournir une récolte convenable, l’opération ne «paye pas».
+
+Les Japonais actuellement essayent un autre procédé chez eux: c’est la
+plantation de jeunes camphriers tous les ans et l’abatage des arbres dès
+qu’ils ont cinq ans; l’extraction du camphre ne sera pas considérable
+sur chaque arbre, mais elle sera constante et pourra fournir un certain
+stock si les terrains plantés ont une superficie suffisante.
+
+
+X.--Dans un pays aussi humide et aussi couvert de forêts les champignons
+poussent en grand nombre, et les Japonais en sont très friands.
+
+Le _Matsutaké_ (_agaricus_) vient, comme son nom l’indique, dans les
+forêts de pins (matsu); il se mange bouilli ou grillé; il peut se
+conserver longtemps salé ou simplement séché. Ce champignon se montre
+dans toutes les parties du Japon, mais celui de Kioto est le plus
+estimé.
+
+Le _Hatsudake_ se rencontre dans les forêts; il comprend deux espèces,
+l’une qui est brunâtre, l’autre verdâtre.
+
+Le _Kawatake_ pousse dans les parties des bois où la lumière ne peut
+pénétrer, on le conserve séché; son odeur est très agréable et il a un
+goût exquis.
+
+Le _Kikurage_ est un champignon qui pousse sur différents arbres. Les
+meilleurs sont ceux que l’on trouve sur le mûrier (_morus alba_), sur le
+nire (_ulmus campestris_); on les conserve séchés.
+
+Le _Shorô_ se rencontre dans les terrains sablonneux où poussent des
+pins; il ressemble à une truffe et il est très estimé pour son goût
+délicat.
+
+L’_Iwatake_ se trouve sur les rochers escarpés et les montagnes
+abruptes; il est difficile de se le procurer; on le conserve séché.
+C’est une espèce de lichen.
+
+Telles sont les principales espèces, mais il y en a une grande quantité
+d’autres; le Japon est par excellence le pays des champignons. Les
+indigènes cultivent une espèce dont ils font une grande consommation, le
+_Shii take_ (_agaricus campestris_). Ils prennent un morceau de tronc
+d’un shii (_quercus cuspidata_) ou d’un autre arbre de la même famille;
+ils y pratiquent des incisions, puis mouillent le bois et le laissent
+dans un endroit privé de lumière. Au bout d’un certain temps, on voit
+apparaître le champignon que l’on nomme suivant la saison Haruko
+(champignon de printemps), Natsuko (champignon d’été) et Akiko
+(champignon d’automne). Une fois séché on peut le conserver longtemps.
+
+
+
+
+CHAPITRE XII
+
+I. L’industrie autrefois.--II. La soie; ses débuts au Japon.--III. Fils
+et tissus de soie.--IV. Industrie de la teinture.--V. La poterie.--VI.
+Faïence de Satsuma; porcelaines d’Imari.--VII. L’industrie des
+métaux.--VIII. La laque.--IX. Éventails, paravents, sculpture sur bois
+et ivoire.
+
+
+I.--De tout temps le Japon a été plutôt un pays agricole et militaire
+qu’un pays industriel et commercial. Autrefois, les seules industries
+qui existaient, étaient entre les mains de certaines familles, ou de
+certaines corporations qui en gardaient jalousement le secret. On
+travaillait chez soi et, souvent, on mettait vingt ou trente ans à finir
+une belle pièce de soie, de laque ou de porcelaine. C’est à Kioto que
+vinrent s’établir les premiers artistes et artisans; la cour leur donna
+sa protection, et toutes les nouveautés, qui passèrent de Chine au
+Japon, trouvèrent d’abord un abri au palais du Mikado. Car toute
+industrie arriva de Chine comme le reste. Plus tard, lorsque des élèves
+furent formés dans les différents genres, les grands seigneurs
+feudataires s’attachèrent des fabricants d’objets les plus variés, et ce
+fut dans l’aristocratie que la première industrie japonaise s’épanouit.
+Je donnerai donc, en premier lieu, un aperçu de l’industrie de la soie,
+qui subsiste encore à Kioto et dans d’autres centres, bien que
+transformée et se transformant chaque jour, par suite de l’introduction
+de la machinerie européenne.
+
+
+II.--L’industrie de la soie a existé fort anciennement. Les fabriques
+des temps anciens étaient forcément primitives et les tissus de soie
+étaient de pauvre et mince qualité. C’est vers 192, sous l’Empereur Chu
+ai, que la fabrication coréenne, bien supérieure, fut introduite au
+Japon à la suite de présents de gaze et de satin faits au Mikado par le
+roi du royaume coréen de Shiragi. Puis, en 270, sous le règne de
+l’Empereur Ojin, le roi du royaume coréen de Kudara envoya au Japon un
+tisseur nommé Saiso. L’Empereur Nintoku fit répandre, dans le pays, des
+familles chinoises afin d’enseigner aux populations à élever les vers à
+soie et à tisser. Enfin, en 794, lorsque l’Empereur Kwanmu fit de Kioto
+sa capitale, il créa une administration spéciale de l’industrie de la
+soie. Sous la direction de Hideyoshi, des ouvriers chinois vinrent à
+Sakai, port d’Osaka, alors très florissant, et enseignèrent au peuple
+l’art de tisser la gaze, le brocart, le brocart d’or, le damas, et aussi
+la soie simple, l’étoffe de soie dont on se servait alors en Chine pour
+les vêtements, sous la dynastie des Ming. Les Shôguns Tokugawa
+favorisèrent cette industrie; beaucoup de daïmios firent de même,
+notamment ceux de Yonezawa et Fukuoka. C’est ainsi que le tissage de la
+soie se répandit dans l’Est, vers Yedo, où il est très florissant
+aujourd’hui. Vers la période Tenshô (1573-1591) un tisseur de Sakai vint
+au quartier de Kiôtô appelé Nishi jin (encore actuellement quartier des
+tisserands de Kioto) et présenta des tissus de brocart et d’autres
+soieries. Bientôt Sakai fut surpassé par son élève et Nishi jin fournit
+les meilleurs produits. C’est là que le damas de soie nommé _Aya_ fut
+créé. Brocart, damas, satin et autres tissus, pour lesquels Kioto est
+renommé, datent de la même époque. Le velours y fut fabriqué plus tard
+en imitation de celui qui fut importé par les Hollandais (vers 1596). Le
+crêpe de soie date, dit-on, de 1156, mais on ne connaît pas son lieu
+d’origine. Ce n’est toutefois qu’en 1573 qu’il parut à Kioto, d’où il se
+transmit à Kiriu. A l’heure qu’il est, le tissage à Nishi jin se fait
+encore suivant les vieux procédés, bien qu’on ait commencé à introduire
+tout récemment le système Jacquard.
+
+Le crêpe, appelé Kanoko shibori ou kanoko sha chirimen, est une
+spécialité de Kioto.
+
+La broderie, l’un des arts les plus anciens du Japon, est aussi
+originaire de Kioto; on y brodait les vêtements de cour, les robes de
+prêtres bouddhistes, les cols et ceintures des vêtements de femme, et
+aussi les _fukusa_ ou pièces de soie dont on se sert toujours pour
+recouvrir les présents qu’on envoie. Le métier à broder est exactement
+le même que chez nous.
+
+
+III.--L’origine de l’industrie des fils et tresses de soie est trop
+ancienne pour être connue. Durant le règne de l’impératrice Suiko
+(593-628), la civilisation chinoise fit beaucoup de progrès. Suiko
+encouragea les industries et quantité de pièces pour vêtements
+commencèrent à être fabriquées en soie. Quand les vêtements de cour
+furent mis à la mode, on se servit d’une tresse de soie nommée _hirao_,
+introduite de Corée. La fabrication de cette tresse prospéra à Nara,
+alors capitale dans la première partie du VIIIe siècle, et devint
+florissante après l’établissement de la capitale à Kioto. Une partie du
+palais était assignée aux ouvriers en soie et on l’appelait _ito dokoro_
+ou «place du fil». C’était là qu’était produit le fil en usage pour la
+préparation du _Kusudama_, large boule faite de fils de soie de toutes
+couleurs entrelacés et qu’on pendait dans les maisons, au printemps, à
+un jour fixé, pour préserver des maladies. La cour de Kioto possédait un
+atelier de tissage et de broderie. Les princesses et les dames de la
+cour avaient des voitures richement décorées de cordons d’or, d’argent
+et de soie. Pendant le XIIe siècle, au moment de la lutte des Taira et
+des Minamoto, les différentes pièces de l’armure des guerriers étaient
+reliées entre elles par des cordes de soie. Durant la guerre du XVe
+siècle, les fabriques souffrirent beaucoup, mais elles prirent un nouvel
+essor sous l’administration de Hideyoshi (Taikosama). Puis, sous les
+Tokugawa, alors que les daïmios devaient venir rendre hommage au Shôgun,
+c’était à qui d’entre eux porterait les costumes les plus richement
+ornés de tresses de Kioto. Aujourd’hui les tresses de soie sont encore
+un des accessoires de la toilette japonaise.
+
+Les cordes de soie pour instruments de musique sont d’un usage très
+ancien. Les Empereurs Inkio (411-453), Monmu (697-707) et Ninmiyo
+(834-850) étaient très amateurs de la harpe (biwa) et encourageaient la
+fabrication de ces cordes. Vers 1131 un aveugle de la ville de Sakai
+inventa le Shamisen (_guitare_), pour lequel il se servit également de
+cordes en soie.
+
+Pendant l’ère de Tempô (1830-1844), alors que l’industrie de la soie
+était dans une situation très florissante, il s’établit une corporation
+des fabricants de fils de soie et de tresses. Une succursale fut
+installée à Yedo où l’on employait beaucoup la tresse de soie pour
+l’ornementation de la poignée des sabres. En 1883 et en 1893 la
+corporation fut remaniée et réorganisée.
+
+[Illustration: Entrée du temple de Kiomidzu à Kioto.]
+
+
+IV.--L’industrie de la teinture est très anciennement connue à Kioto; et
+la grande habileté acquise par ses ouvriers a amené ceux des autres
+localités, qui ne pouvaient pas atteindre à leur fini, à dire que la
+teinture de Kioto devait ses qualités à l’excellence de l’eau du
+Kamogawa. La célèbre teinture appelée _Yuzen_ est une branche du
+commerce de Kioto. En dehors des vieilles teintures connues, telles que
+l’indigo (ai), le safran (béni), la garance (akana), les Japonais
+employaient également beaucoup d’autres plantes tinctoriales venues des
+Tropiques.
+
+On ignore à quelle époque remonte l’art de la teinture à Kioto, mais on
+peut fixer la date de 710 sans trop se tromper; car à ce moment, le
+procédé d’application de la cire (rôkitsu), sur les parties de l’étoffe
+qui ne devaient pas être teintes, était déjà connu. Cette industrie fit
+peu de progrès jusqu’au jour où _Yuzen_, prêtre fameux en même temps
+qu’artiste, et résidant dans l’un des nombreux monastères de Kioto,
+améliora les méthodes existantes et donna un tel essor, que son nom est
+resté attaché aux procédés de teinture employés encore à ce jour, à
+Kioto. Ils consistent à couvrir de _Nori_ (espèce de colle de pâte) la
+partie de l’étoffe qui ne doit pas être teinte et à retirer ce _Nori_ au
+moyen de la vapeur dès que la teinture est définitivement fixée. Les
+velours et crêpons de Kioto, genre Yuzen, sont très connus.
+
+
+V.--La poterie est également l’une des industries apportées de Chine qui
+ont eu, comme premier foyer au Japon, Kioto. Elle comprend plusieurs
+variétés: _Awata_, _Kiyomidzu_, _Raku_, _Kenzan_, _Yeiraku_; les deux
+dernières ne se fabriquent plus. La céramique remonte évidemment plus
+haut, puisqu’on la trouve mentionnée dans les livres historiques publiés
+avant notre ère. Deux cents ans après Jésus-Christ, la céramique avait
+déjà fait des progrès, et l’histoire nous dit qu’en l’an 400 on établit
+des fabriques de poteries dans les cinq provinces de Yamashiro, Ise,
+Setsu, Tamba, Tajima. En 720, un prêtre nommé Giyôgi, natif du district
+d’Otori, province d’Idzumi, inventa le tour; à partir de ce moment,
+l’art de la céramique semble prendre son essor et se perfectionne
+rapidement. On se mit, en effet, à employer les moyens connus des
+Chinois et des Coréens et de grandes manufactures furent fondées dans
+les provinces de Bizen, Hizen, Owari. En 1510 on voit apparaître pour la
+première fois au Japon la porcelaine proprement dite. Grâce aux
+manufactures établies dans les provinces de Hizen et d’Owari, ainsi que
+dans la ville de Kioto, l’art de la céramique fit de rapides progrès.
+
+Il y a, au Japon, trois genres bien distincts: _Awata Yaki_, _Satsuma
+Yaki_, _Awaji Yaki_.
+
+L’origine de l’_Awata Yaki_ n’est pas très connue; suivant la tradition,
+elle daterait des premières années de l’ère Tempiô (729-748) et aurait
+été découverte par un bonze du village de Yamashina, à l’Est d’Awata. A
+la fin de la période _Keicho_ (1596-1614) un potier nommé Kiuyemon,
+vivant à Awataguchi, mit la marque «Awata» sur tous les objets qu’il
+fabriquait, et depuis tous les produits sortant de là ont été nommés
+Awata. Aujourd’hui les procédés de fabrication ont été perfectionnés et
+les produits _awata_ sont très estimés.
+
+La poterie de Kiomidzu fut d’abord fabriquée au village de Seikanji;
+mais, au commencement du XVIIe siècle, les manufactures furent
+transportées à Gojô Zoka, à l’Est de Gojô. Le coloris et la peinture à
+l’or furent découvert par Chawanya Kiubei et Nonomura Ninsei. Ce dernier
+construisit une fabrique à Sanneizaka où il fabriquait de la faïence
+très fine. Au début du XIXe siècle, un certain Kumakichi introduisit des
+changements dans la fabrication et la peinture.
+
+La poterie dite _raku_ a été introduite, vers 1530, par un Chinois ou un
+Coréen qui s’installa à Kioto et ne quitta plus le Japon. Son fils,
+Chôyu, lui succéda et reçut du Shogûn Hideyoshi, en 1588, l’ordre de
+faire de la poterie couleur noir rougeâtre, d’après des dessins fournis
+par Rikiu, un fameux maître des cérémonies attaché, pour les cérémonies
+du thé, à la personne de ce général. Hideyoshi fut si satisfait du
+résultat qu’il fit don à Chôyu d’un cachet avec le caractère _raku_
+(satisfaction, joie, plaisir). D’où le nom de la porcelaine _raku yaki_.
+
+
+VI.--Ce fut Shimazu Yoshihisa, un des généraux envoyés en Corée par
+Hideyoshi, qui créa la faïence de Satsuma. A son retour de l’expédition,
+en 1598, il ramena dix-sept potiers célèbres qu’il établit dans les deux
+provinces de Satsuma et d’Osumi; plus tard il rassembla tous ces
+ouvriers dans un endroit nommé Nayeshirogawa. Ne se mariant qu’avec des
+Coréennes, ces ouvriers conservèrent pendant longtemps leurs mœurs, leur
+langue et leur type distinctif. On trouve actuellement à Nayeshirogawa,
+quelques centaines de familles formant un total de trois mille individus
+qui exercent tous le métier de leurs ancêtres. En 1630, un célèbre
+potier, nommé Boku teigo, découvrit du _Shirotsuchi_ (de la terre
+blanche) dans les environs de Nayeshirogawa; cette découverte amena une
+amélioration sensible dans la fabrication des produits. C’est à partir
+de cette époque que l’on se mit à employer l’or, l’argent et les
+matières colorantes pour la décoration de faïences.
+
+Les porcelaines de Imari (Hizen), de Seto (Owari), de la province de
+Mino, de Kutani (Kaga) viennent également de Chine. Ce sont des Chinois
+ou des Coréens émigrés qui ont importé les procédés de fabrication; ou
+bien des Japonais, comme Gorodayu Shunsui, de la province de Ise, se
+rendirent en Chine pour y apprendre à faire la porcelaine et à
+construire les fours nécessaires. Toutes ces porcelaines prospérèrent au
+Japon entre 1500 et 1600.
+
+Avant l’arrivée des Européens au Japon, les fabriques d’Imari, de Seto,
+de Kutani, fournissaient à la cour et à l’aristocratie des pièces
+remarquables, dont quelques-unes sont d’une richesse de couleurs
+absolument unique. Il reste peu de ces spécimens d’autrefois, et
+aujourd’hui on n’en fabrique plus, ou du moins on en fabrique très
+rarement. Les fours travaillent pour l’exportation; et on peut voir,
+dans les ports de Yokohama, Kobé et Nagasaki, l’Imari pour
+globe-trotters à deux yen la douzaine. Quiconque a voyagé dans
+l’Extrême-Orient a pu voir à Shanghaï et dans tous les ports de Chine, à
+Singapour, à Rangoon, à Calcutta les magasins de bibelots japonais où
+sont exposés, à des prix dérisoires, de grands vases de Satsuma, des
+poteries de Kioto et des assiettes d’Imari, produits de la décadence de
+l’art céramique japonais. Il faut vendre beaucoup, et à bon marché, donc
+mauvais. Les grands magasins d’Europe, au reste, vendent aussi de ces
+japonaiseries bon marché, qui feraient honte aux artistes qu’étaient les
+anciens fabricants du Nippon.
+
+
+VII.--L’industrie du métal a été connue au Japon aux temps les plus
+anciens, et les Japonais ont montré, dans le travail des métaux, un goût
+et une adresse remarquables. L’introduction du bouddhisme a marqué une
+nouvelle époque dans l’avancement de l’art des métaux, par suite de
+l’entrée de différentes sortes d’ornementation dans la construction des
+temples, et aussi par la quantité d’objets en cuivre nécessaires aux
+cérémonies du culte. Le haut degré d’habileté atteint par les artistes
+en métaux sous le règne de l’Empereur Shômu (714-748) est pleinement
+attesté par les statues, les vases, les accessoires et autres articles
+religieux conservés dans les temples de Kioto et de Nara. La période des
+guerres intestines, qui se suivirent sans interruption depuis le XIIe
+siècle, laissa les idoles bouddhiques dans le discrédit, et développa
+d’autres goûts; les artistes tournèrent leur habileté vers la confection
+des armes et armures. Les sabres d’une si belle trempe, signés Masamune,
+datent de ce temps-là, et sont aujourd’hui connus dans le monde entier.
+Le goût des artistes s’est surtout manifesté dans les ornements du
+casque, du sabre et du fourreau. Après l’avènement des Tokugawa et le
+retour de la paix, l’industrie guerrière fut patronnée par les Shôgun et
+par les daïmios; aujourd’hui les ornementations de casques et de sabres
+ont cédé la place à d’autres industries plus considérables.
+
+On peut dire que les Japonais connaissaient tous les genres
+d’ornementation; ils avaient reçu les principes de la fonte, gravure,
+moulage, de l’alliage des différents métaux, etc., de la Chine et de la
+Corée; le cuivre, le bronze, le fer prenaient sous leurs mains adroites
+les formes les plus étranges, et on reste étonné devant les imaginations
+bizarres, extraordinaires et généralement macabres de ces artistes. On
+dirait souvent des figures et des formes sorties de quelque enfer
+dantesque. Les principaux alliages employés pour les moulages
+d’ornement, les statues, les instruments de musique, les cloches, sont:
+
+ _Seido_, cuivre vert.
+ _Udo_, cuivre noir.
+ _Shido_, cuivre violet.
+
+Le premier est un alliage de cuivre et de plomb; on y ajoute quelque
+fois de l’étain; le second est un alliage de cuivre, d’étain et de plomb
+(une variété de l’_udo_ est le _sentokudo_ obtenu par le même alliage,
+mais avec d’autres proportions), le troisième se fait avec du cuivre et
+du plomb.
+
+Le _Shinchu_ (cuivre jaune) est fait avec du cuivre et du zinc et
+quelquefois une petite quantité de plomb.
+
+La _Shakudo_ est un alliage de cuivre et d’or.
+
+Le _Shi bu ichi_ se compose de six parties de cuivre et de quatre
+parties d’argent.
+
+Pour polir ces différents alliages, on les cuit avec du soufre ou bien
+l’on emploie du sulfate de fer ou du vinaigre de prune.
+
+
+VIII.--Comme c’est le cas pour toutes les autres industries, les
+origines de la préparation de la laque ne sont pas très connues; on dit
+que sous le règne de Kôan Tennô (392-291 av. J.-C.), vivait un certain
+Mitsumino Sukune qui serait l’ancêtre des familles qui s’occupaient de
+cette industrie. Une autre chronique rapporte qu’un jour Yamato dake no
+Mikoto, fils de l’Empereur Keiko (71-130 ap. J.-C.), était en expédition
+de chasse, lorsque de la sève d’un certain arbre coula sur sa manche et
+la salit. Voyant combien il était difficile d’enlever la tache faite par
+cette sève et comprenant qu’elle pouvait être employée à protéger les
+objets, il s’en servit pour recouvrir son armure; ses gens l’imitèrent
+et ce fut le premier emploi de la laque.
+
+Il est infiniment plus probable, d’ailleurs, que ce n’est là qu’une
+légende et que la laque, comme le reste, vient de la Chine et de la
+Corée. Il ne faut pas oublier en effet que, alors que la Chine était
+déjà fort civilisée sous la dynastie de Tcheou (1123-246 av. J.-C.), à
+cette époque le Japon n’était qu’un amas de tribus sauvages, et que
+c’est grâce à la Chine et à la Corée que ces tribus sont devenues une
+nation civilisée.
+
+Sous le règne de l’Empereur Kôtoku (645-654) une administration spéciale
+fut créée pour surveiller la fabrication de la laque. La laque rouge ne
+fut connue que sous le règne de l’Empereur Temmu (673-695); cette laque
+se fabriquait et se fabrique encore dans le Nord de la Chine et celle de
+Péking est la plus renommée; la laque rouge fabriquée au Japon est très
+inférieure. L’Empereur Mommu (697-707), pour encourager les plantations
+d’arbres à laque, accepta le payement des impôts en sève de cet arbre.
+L’industrie de la laque fit de grands progrès pendant la première moitié
+du VIIIe siècle; on trouva alors différents procédés de coloration,
+ainsi que l’application de l’or. Les désordres intérieurs, qui se
+répétèrent durant le règne de l’Empereur Sujaku (930), arrêtèrent
+l’essor de cet art comme de beaucoup d’autres; mais les habitudes
+luxueuses des nobles de la cour à Kioto lui redonnèrent vite un nouvel
+essor, et les artistes laqueurs furent appelés, chez les daïmios, dans
+toutes les parties de l’Empire. Quand Yoritomo établit sa capitale à
+Kamakura, nombre de fabricants l’y suivirent, mais le centre de la
+fabrication de la laque resta toujours à Kioto. De merveilleuses pièces
+des siècles passés peuvent être admirées dans le musée d’Uyeno, à Tokio.
+Le Gouvernement japonais rachète très cher toutes les merveilles qui ont
+pris le chemin de l’étranger à l’époque des troubles de la Restauration
+impériale. Aujourd’hui on ne fait plus rien de solide comme laque; les
+artistes d’autrefois mettaient leur vie à créer un objet; de nos jours
+on fabrique du clinquant à bon marché pour l’exportation, et les
+chefs-d’œuvre sont rares.
+
+La laque est fournie par la sève du _rhus vernicifera_; il existe au
+moins douze façons de préparer le vernis, suivant qu’on le laisse pur ou
+qu’on le mélange à d’autres substances telles que le sulfate de fer,
+l’eau de tabac, l’huile, le vermillon, l’orpiment, l’indigo.
+
+Les laques se fabriquent dans plusieurs endroits, entre autres à Aidzu,
+province d’Iwashiro; dans la province de Suruga; dans la province de
+Wakasa; à Tsugaru; à Wajima; à Noshiro; dans la province de Kii; à
+Nikko; à Odawara. Toutes ces villes ne produisent pas de laques de
+qualité supérieure, et l’on trouve en général les meilleurs ouvriers et
+les plus belles pièces de laque dans les trois villes de Tokio, Kioto,
+Osaka. Il en est de même pour les laques d’or, les procédés employés
+variant selon les localités.
+
+Voici les principaux procédés pour la préparation du vernis[10]:
+
+ [10] D’après les publications officielles de l’administration
+ japonaise.
+
+L’un consiste à prendre la sève du rhus vernicifera à l’état naturel
+dans une grande cuvette en bois, puis on la remue au soleil au moyen
+d’une longue spatule afin de la débarrasser par l’évaporation de son
+excédent d’eau; on obtient ainsi le _kuro me urushi_. Quand on tamise le
+vernis ainsi obtenu, on a le _seshi me urushi_.
+
+En mélangeant du kuro me urushi, du sulfate de fer et du toshiru, on
+produit le _kuro urushi_. (Le toshiru est l’eau plus ou moins trouble
+que l’on obtient en aiguisant sur une pierre à repasser les couteaux
+servant à couper le tabac). Selon la nature du kuro me urushi employé,
+les qualités du mélange portent les différents noms qui suivent:
+
+_Roiro_, qualité supérieure employée sans être délayée avec de l’huile;
+
+_Hakushita_, autre qualité supérieure également employée sans huile;
+
+_Hon kuro_, qualité moyenne délayée avec de l’huile;
+
+_Iô hana_, autre qualité moyenne;
+
+_Chin bana_, autre qualité moyenne;
+
+_Ye bana_, qualité inférieure;
+
+_Su urushi._ Ce vernis se compose de kuro me urushi et du meilleur
+vermillon que l’on puisse obtenir ou de ceux nommés _sanyoshu_ et
+_kamiyoshu_; la première qualité moyenne et les suivantes nécessitent
+l’emploi de l’huile. Pour la dernière qualité, on se sert du _Benigara_
+(composé d’oxyde rouge de fer) au lieu de vermillon.
+
+_Awo urushi_: ce vernis s’obtient en mélangeant du kuro me urushi avec
+du _shiwo_ (orpiment) et de l’_aïro_ (indigo). Ces deux matières sont
+délayées dans l’huile ou employées sèches et en poudre;
+
+_Ki urushi_, obtenu par un mélange de kuro me urushi de shiwo;
+
+_Nashiji urushi_, le même que ci-dessus;
+
+_Sunkei urushi_; on se sert pour ce vernis de kuno me urushi pur;
+
+_Akahaya urushi_ sert pour les couches intermédiaires;
+
+_Tamo suni urushi._ Pour la qualité supérieure on emploie le nashi ji
+urushi et pour les qualités moyennes, le kuro me urushi;
+
+_Nashi ji keshi urushi_; le même que le Nashi ji.
+
+Les matières qui entrent dans la composition de la laque sont:
+
+_Yi no ko sabi_, composé de pierres à aiguiser (awasedo) pulvérisées et
+d’une petite quantité de seshi me urushi;
+
+_Kiriko sabi_, le même que le précédent, mais plus fin;
+
+_Tanoko sabi_, pierre à aiguiser très fine mêlée avec du seshi me
+urushi;
+
+_Nikawa sabi_, la même poudre mélangée avec de la colle forte;
+
+_Nori sabi_, la même poudre mélangée avec de la colle de riz. Cet
+amalgame, inconnu autrefois, se compose de vernis et de colle de riz en
+proportions égales, auxquels on ajoute de la poudre de pierre à
+aiguiser; il offre peu de résistance à la spatule, étant moins épais, et
+donne une belle couleur à la couche de vernis supérieure. Cette laque se
+décolle pourtant facilement; elle est aussi de qualité très inférieure.
+
+Voyons maintenant divers procédés employés pour vernir les objets.
+
+_Kataji roiro nuri_: connu également sous le nom de _kurokise_, est
+ainsi pratiqué:
+
+On prend un morceau de toile de bœhmeria[11] que l’on coupe suivant les
+dimensions de l’objet que l’on doit recouvrir, en ayant soin de
+l’appliquer de telle façon qu’il n’y ait aucun pli; puis, pour la coller
+et la maintenir en cet état, on la recouvre d’une couche de seshime
+urushi. On passe ensuite une couche de shiriko sabi par-dessus afin
+d’oblitérer toute trace de tissus. Cette couche une fois séchée on la
+polit avec une pierre à repasser. Ceci fait, on pose une couche de
+tonoko sabi que l’on polit à son tour de la même manière. On applique
+ensuite une couche d’encre de Chine, et, avec une spatule, on étend une
+couche de yoshino urushi. Après avoir fait sécher, on polit à plusieurs
+reprises cette nouvelle couche avec de l’eau et du charbon de bois nommé
+koshiwo shinu. Cette opération se fait en prenant un peu de poudre de ce
+charbon avec les doigts et en polissant à la main. On recouvre ensuite
+le tout d’une couche de vernis ordinaire que l’on a soin de sécher sur
+le champ. Une fois sec on applique une couche de roiro urushi que l’on
+fait également sécher; on polit ensuite à la main à plusieurs reprises
+avec du charbon de bois, puis avec de la corne de cerf pulvérisée.
+
+ [11] Toile de ramie ou ortie de Chine.
+
+Cette description donnant au lecteur une idée du travail à accomplir
+pour laquer un objet, nous nous contenterons d’énumérer les diverses
+autres sortes de laques:
+
+Hana nuri; handa nuri; shunkei nuri; kaki awese nuri; tame nuri;
+seishitsu nuri; ki uro nuri; uru mi iro nuri.
+
+_Tsugaru nuri._ Ce genre de laque est celui qui exige sans contredit le
+plus de soin dans sa préparation. On commence par découper soigneusement
+les emboîtements du bois au moyen d’un ciseau, puis on bouche les
+interstices au moyen de kokudzu, mélange de farine, de sciure de bois et
+de vernis brut. Pour les pièces cannées on consolide les joints au moyen
+d’une cheville. Ces emboîtements sont ensuite recouverts d’une couche
+d’un enduit se composant d’argile calcinée et de vernis brut étendu
+d’eau. On étend ensuite le linge, comme d’habitude, sur le bois avec un
+mélange de vernis brut et de farine; cette opération se nomme nuno kise.
+On applique après cela un mélange de vernis brut et d’argile calcinée à
+la jonction des différents morceaux de toile, puis on étale une première
+couche de vernis sur le tout et on polit avec une pierre à repasser
+grossière. Cette première opération finie, on applique un nouveau
+mélange se composant d’argile carbonisée et de pierre à aiguiser
+pulvérisée en proportions égales ainsi que du vernis brut. Ceci a pour
+but de rendre la couche inférieure bien unie; le tout est enfin poli
+avec une pierre à aiguiser plus fine, et, pour effacer les traces
+laissées par cette polissure, on dispose une couche de sabi urushi,
+c’est-à-dire du vernis brut, mêlé à de la pierre à aiguiser, pulvérisée,
+étendue d’eau. Cette nouvelle couche est également polie avec une pierre
+à repasser encore plus fine et qui porte le nom d’awoto. On met alors
+l’objet dans une armoire, hors des atteintes de la lumière, après
+l’avoir recouvert d’une couche de kuro me urushi. Enfin la polissure au
+charbon de bois vient terminer la liste de ces opérations minutieuses;
+on possède alors un objet uni comme une glace, brillant et sans défaut.
+
+Pour obtenir les marbrures, on procède de la manière suivante: on mêle
+le vernis appelé yoshino urushi, avec diverses matières colorantes et un
+blanc d’œuf destiné à donner plus de consistance au mélange, que l’on
+frappe avec une spatule très mince; le vernis s’attachant en partie à la
+spatule produit des dépressions qui sont la base de marbrures. On
+applique ensuite une couche de vernis préparé comme il a été dit plus
+haut, puis on ajoute une couche de roiro urushi, destinée à séparer la
+précédente d’une nouvelle couche semblable que l’on étale avec une
+brosse. On pose après cela une couche de vernis d’une autre couleur,
+puis une de roiro urushi et enfin deux couches de vernis de couleurs
+différentes. On termine l’opération en faisant bien sécher le tout. Les
+objets ainsi séchés sont polis avec trois sortes de pierres à aiguiser
+de plus en plus fines, et finalement exposés au soleil pendant deux ou
+trois jours, ce qui rend la couleur plus vive et plus brillante. On
+continue en effaçant les traces de la précédente polissure au moyen
+d’une couche de vernis coloré; on polit de nouveau; puis on ajoute
+encore une couche de vernis et on polit avec une pierre nommée Nagurato.
+L’effet du soleil sur ces couleurs est de rehausser leur éclat. Quand
+tout est terminé on rend l’objet aussi uni et aussi net que possible en
+le couvrant d’un mélange d’huile et de pierre à aiguiser pulvérisée dont
+on imbibe un tampon en coton, et on frotte jusqu’à ce que l’objet
+commence à reluire. On prend alors de l’ouate imprégnée de vernis brut
+pour frictionner l’objet, puis on verse de l’huile dessus, on y jette de
+la corne de cerf pulvérisée et on essuie le tout avec du papier soyeux
+qui donne un brillant parfait.
+
+Enfin il existe un dernier genre de laque, c’est le _tsui koku nuri_;
+inutile d’en donner la description qui ressemble plus ou moins à toutes
+les autres, sauf que l’on grave des dessins après que l’on a mis
+plusieurs couches de vernis.
+
+Dans toute cette description de la laque, _nuri_ veut dire laque,
+laquer; _nuri mono_ un objet en laque; _urushi_ est le vernis tiré du
+_rhus vernicifera_, avec lequel on fait la laque.
+
+Le triomphe de l’artiste japonais c’était autrefois la laque d’or. Que
+de merveilles ont été ainsi créées avec patience dans les âges passés!
+Pour s’en rendre compte il faut aller au musée d’Uyéno à Tokio où sont
+rassemblées quelques-unes des plus belles pièces du Japon d’autrefois.
+Quelques anciens daïmios en possèdent aussi personnellement de fort
+jolis échantillons. Cette espèce particulière de laque qu’on ne trouve
+qu’au Japon se nomme _Makiye_.
+
+Aujourd’hui certains artistes japonais ont essayé de reproduire en laque
+d’or des objets autres que les boîtes, tables et écrans que l’on faisait
+déjà au temps de Kwanmu Tennô (782-805 ap. J.-C.); mais les belles
+pièces coûtent fort cher, elles ne sont achetées que par la cour (90
+pour 100 vont à l’Empereur), et données en cadeau. La laque d’or n’est
+pas une marchandise qui «paye», comme disent les Anglais; aussi en
+voit-on peu. Les Japonais se bornent à une vague imitation bon marché à
+l’usage des Européens et du vulgaire.
+
+
+IX.--Les éventails, les paravents, la sculpture sur bois et sur ivoire
+furent eux aussi importés de Chine, le cloisonné ou _shippô_ également;
+il n’atteignit jamais au Japon la solidité du cloisonné chinois, quoi
+qu’il fût plus élégant; aujourd’hui Tokio et Yokohama fabriquent
+beaucoup le cloisonné pour l’exportation, mais bien peu de pièces se
+conservent sans se détériorer.
+
+L’ivoire, par contre, a été de tout temps travaillé par les Japonais
+avec une adresse et un art qui ont dépassé ceux de leurs maîtres
+chinois. Les _netsuke_, dont raffolent les amateurs de japonisme,
+offrent des formes innombrables et représentent des scènes et des
+personnages variés à l’infini. Les artistes modernes n’ont d’ailleurs,
+pas dégénéré, et l’on découvre encore aujourd’hui de véritables
+merveilles parmi les nombreux ivoires exposés dans les magasins de
+Yokohama.
+
+
+X.--Tout l’art japonais est venu de Chine, et partout, dans les divers
+objets fabriqués en bronze, en laque, en kakémono, nous retrouvons les
+légendes chinoises et le vieux fond chinois. Il est, toutefois, bien
+évident que le Japonais a grandement amélioré l’art primitif du Chinois;
+il l’a affiné, et la facture en est plus élégante et plus gracieuse;
+mais, en somme, il faut bien avouer que l’engouement que l’on a en
+Europe et en Amérique pour l’art japonais est un pur _snobisme_. Un
+Européen, qui est resté quinze et vingt ans, au Japon peut finir par
+goûter l’art très spécial du pays; mais qu’il revienne en Europe et
+qu’il se trouve devant les merveilles de l’art français, italien,
+espagnol, flamand, ou anglais; qu’il reprenne contact avec la noblesse
+et la grandeur des œuvres élaborées par le génie occidental depuis les
+anciens Grecs jusqu’à l’époque chrétienne, aux temps de la Renaissance
+et à notre époque contemporaine, et il oubliera vite vases de bronze
+encerclés de dragons, brûle-parfums de Satsuma et netsuké d’ivoire!
+L’art japonais n’a pas d’envolée: c’est un art de détails délicats,
+souvent fort jolis, et dénotant un travail considérable; ce n’est pas un
+art de grande envergure.
+
+
+
+
+CHAPITRE XIII
+
+I. L’industrie nouvelle.--II. Sociétés industrielles actuellement
+existantes.--III. Divers genres d’entreprises.--IV. Principaux districts
+de tissage.--V. L’industrie céramique, la laque, les allumettes.--VI.
+Les cuirs.--VII. Les conserves alimentaires; le papier, etc.--VIII.
+Manufactures d’État.--IX. Concurrence japonaise; emploi des capitaux
+européens dans le pays.--X. Gages et salaires.--XI. Esquisse
+rétrospective.
+
+
+I.--Après avoir exposé ce qu’était l’industrie dans le Japon ancien, je
+vais essayer de donner un aperçu des industries du Japon actuel, du
+Japon transformé. Les publications officielles pour l’année 1908-09,
+fournissent les éléments statistiques, à l’aide desquels on peut se
+faire une idée du développement industriel du Japon, conçu suivant les
+idées modernes.
+
+La plupart des industries nouvelles, qui se sont installées sous le
+nouveau régime, ont débuté sous les auspices du Gouvernement: dévidage;
+filature de coton et de soie; construction de bateaux; fabrication du
+ciment, du verre, des allumettes chimiques, du gaz, de la brique;
+métiers à tisser et quelques autres industries, sont toutes dues à
+l’initiative officielle. Entre 1880, année où l’on mit en vente les
+propriétés de l’État, et 1893, lorsque la filature de Tomioka fut cédée
+à la Compagnie Mitsui, presque toutes les manufactures de l’État
+passèrent dans les mains des particuliers. Aujourd’hui, en dehors de
+quelques industries spéciales qui, par suite de considérations
+financières, sont dirigées par l’État sous forme de monopoles, et des
+manufactures militaires, l’État n’a plus en main que la Monnaie et une
+imprimerie.
+
+
+II.--Comme je l’ai déjà dit précédemment, l’agriculture est la fortune
+principale du Japon; l’industrie n’y est encore qu’à ses débuts, et elle
+n’est pas en état, malgré toutes les belles publications mises sous les
+yeux du public, en français, en anglais et en allemand, de lutter contre
+l’industrie d’Europe. Ce qui lui manque le plus ce sont les capitaux.
+
+Les sociétés industrielles qui existaient en 1906, avec un capital versé
+d’au moins 500.000 yen, étaient les suivantes:
+
+ Filatures de coton 38
+ Mines et métallurgies 54
+ Lampes électriques 89
+ Constructions de navires 16
+ Puits à pétrole 37
+ Fabriques de papier 45
+ Gaz 8
+ Mines de charbon 32
+ Filatures autres que le coton 7
+ Raffineries de sucre 8
+ Soie écrue 263
+ Sake (alcool de riz) 225
+ Ciment 17
+ Bière 5
+ Cordes et filets 13
+ Produits chimiques 11
+ Engrais 44
+ Tissus de laine 11
+ Cuirs 13
+ Vinaigre, shoyu et miso 120
+ Imprimeries et fonderies de caractères 100
+ Tissus de soie 53
+ Briques et tuiles 45
+ Huiles 24
+ Nettoyage de grains 107
+ Manufactures de cuivre et de fer 28
+ Matériel roulant 3
+ Fils de lin et de chanvre 2
+ Sel 29
+ Scieries 50
+ Machines à tricoter 17
+ Tissus de coton 85
+ Glace (à boire) 19
+ Autres tissus 50
+ Coke 8
+ Teintureries et blanchisseries 32
+ Moulins 21
+ Allumettes 40
+ Porcelaines et faïences 31
+
+Les industries énumérées ci-dessus ne se sont installées, pour la
+plupart, qu’après la révision des traités qui ouvraient tout le pays au
+commerce étranger (1899). Celles qui existaient auparavant sont: les
+raffineries de sucre, les manufactures de soie écrue, de sake et de
+shoyu, et différentes sortes de tissages (excepté les tissages de
+laine), les manufactures de papier et d’objets en papier, les tanneries,
+les fabriques de tuiles, les teintureries, les manufactures de tabac,
+les raffineries de sel, les fabriques d’huile, de porcelaines, les mines
+et carrières.
+
+Le capital effectivement engagé dans ces différentes entreprises,
+c’est-à-dire le capital versé, était au chiffre de 131.314.000 yen, soit
+334.850.700 francs.
+
+Le nombre total des manufactures au 31 décembre 1906 était de 10.361,
+dont 5.705 ne disposaient que du travail fourni par les ouvriers et
+4.656 marchaient à la vapeur.
+
+La totalité des ouvriers employés était à cette époque de 611.521
+individus, dont 242.288 hommes et 369.233 femmes.
+
+
+III.--Les différents genres d’entreprises étaient ainsi répartis:
+
+ Entreprises. A vapeur. A main. Ouvriers
+ par jour.
+
+ Textiles: Filatures 2.237 390 150.626
+ -- Dévidage 199 45 86.030
+ -- Tissage 304 2.300 84.315
+ -- Mise en tresses 33 84 4.076
+ Mécaniques: Fabrication de machines 221 34 24.543
+ -- Construction de navires 25 29 19.535
+ -- Outils divers 153 115 11.751
+ -- Fonderies 47 62 3.148
+ Chimiques: Céramique 89 474 20.332
+ -- Gaz 7 » 432
+ -- Fabrique de papier 49 43 6.255
+ -- Teinturerie 43 138 5.739
+ -- Cuirs 11 14 573
+ -- Explosifs 62 201 22.328
+ -- Engrais 20 2 1.564
+ -- Droguerie 45 39 3.040
+ -- Divers 49 40 2.442
+ Alimentaires: Brasseries 82 654 16.223
+ -- Raffineries de sucre 5 4 1.320
+ -- Manufactures de tabac 152 62 23.750
+ -- -- de thé 19 13 1.270
+ -- Limonade, glace, eaux
+ minérales 10 » 200
+ -- Nettoyage de grains et
+ farine 132 6 2.670
+ -- Confection 14 23 913
+ -- Ferblanterie 21 16 943
+ -- Divers 19 78 1.971
+ Non classées: Imprimerie 145 128 12.207
+ -- Objets en papier 14 69 2.582
+ -- -- en bois et bambou 137 142 9.199
+ -- Objets en cuir 5 14 1.031
+ -- -- en plumes 5 21 2.282
+ -- Roseaux et pailles tressées 1 110 13.589
+ -- Tailleurs de pierre 4 5 366
+ -- Objets de laque 1 16 322
+ -- Divers 40 188 8.597
+ Spécialités: Électricité 26 2 976
+ -- Métallurgie 154 125 58.611
+ -- Charbon 79 21 6.422
+
+
+IV.--Les principaux districts de tissage sont les ken ou préfectures de:
+
+ Aichi, Chiba, Ehime, Fukui, Fukuoka, Fukushima, Gifu, Gumma,
+ Hiroshima, Hiogo, Ishikawa, Kioto, Miye, Nara, Niigata, Okayama,
+ Osaka, Saitama, Shiga, Shidzuoka, Tochigi, Tokushima, Tokio, Toyama,
+ Wakayama, Yamagata, Yamaguchi, Yamanashi.
+
+Les fabriques les plus importantes pour la production du coton sont
+celles de:
+
+ Saitama qui en fournissent pour 5.766.000 yen.
+ Aichi -- -- 12.226.000 --
+ Ehime -- -- 7.241.000 --
+ Miye -- -- 5.700.000 --
+ Tochigi -- -- 5.094.000 --
+
+Celles qui produisent le plus de soie sont celles de:
+
+ Fukushima qui en fournissent pour 4.987.000 yen.
+ Fukui -- -- 21.397.000 --
+ Kioto -- -- 14.629.000 --
+ Ishikawa -- -- 12.082.000 --
+ Gumma -- -- 9.532.000 --
+ Tokio -- -- 5.111.000 --
+ Niigata -- -- 4.854.000 --
+
+Les tissus soie et coton sortent principalement des fabriques de:
+
+ Saitama qui en fournissent pour 979.000 yen.
+ Kioto -- -- 6.888.000 --
+ Tochigi -- -- 3.563.000 --
+ Gumma -- -- 3.517.000 --
+ Aichi -- -- 1.741.000 --
+ Gifu -- -- 1.118.000 --
+
+La toile et le drap ne figurent que pour un chiffre assez faible;
+seules, les fabriques de Shiga en fournissent pour 1.399.000 yen
+(chanvre) et celles de Wakayama pour 1.081.000 yen (laine). Yamanashi ne
+produit pas de chanvre, mais, en revanche, produit pour 4.330.000 yen de
+tissus de laine; c’est le seul district où le tissage de la laine ait
+pris une certaine importance.
+
+En dix ans, depuis 1896 jusqu’au 31 décembre 1906, voici la valeur de la
+production des différents tissus, soie, soie et coton, coton, chanvre,
+laine; on verra que la progression est constante, sauf pendant les
+années 1903 et 1904, au moment de la guerre contre la Russie (en yen):
+
+ Années. Soie. Soie et coton. Coton. Chanvre. Laine.
+
+ 1896 46.361.000 10.281.000 37.053.000 1.965.000 »
+ 1897 62.663.000 11.727.000 42.032.000 2.903.000 »
+ 1898 73.045.000 16.216.000 47.996.000 2.967.000 »
+ 1899 84.147.000 18.546.000 45.577.000 3.161.000 3.384.000
+ 1900 74.578.000 20.275.000 57.745.000 2.851.000 5.034.000
+ 1901 70.061.000 12.180.000 45.607.000 2.775.000 5.083.000
+ 1902 60.904.000 20.538.000 53.030.000 2.420.000 4.040.000
+ 1903 36.710.000 13.459.000 45.915.000 2.134.000 4.280.000
+ 1904 45.503.000 9.933.000 50.651.000 2.044.000 6.760.000
+ 1905 60.384.000 15.371.000 72.844.000 3.528.000 10.047.000
+ 1906 93.606.000 20.253.000 86.474.000 3.390.000 6.630.000
+
+
+V.--L’industrie céramique a passé de 5.063.000 yen en 1897 à 13.385.000
+yen en 1906, avec un chiffre d’exportation de 7.942.000 yen, soit
+20.252.100 francs; ces produits, à part quelques pièces remarquables,
+sont généralement ceux que nous voyons dans les magasins de
+japonaiseries du monde entier, où l’on vend, à l’amateur qui n’y connaît
+rien, des _Kaga_ et des _Imari_ de fraîche date comme très anciens et
+que l’on fait payer très cher. Les principaux centres de cette industrie
+sont Aichi, Fukushima, Gifu, Ishikawa, Kanagawa, Kioto, Saga, Ehime,
+Hiogo, Miye, Nagasaki.
+
+Il en est de même pour la production et l’exportation de la laque. On ne
+fabrique plus aujourd’hui de belles pièces, des pièces uniques comme aux
+temps anciens, alors que la fabrication et ses secrets étaient la
+propriété de quelques familles, dont, souvent, un des membres commençait
+un travail qui était achevé par un autre, parce que ce travail demandait
+trente ou quarante ans de patience et de labeur. Les échantillons de
+laque, même ceux de laque d’or, que nous voyons actuellement, sont tout
+à fait inférieurs; c’est du travail pour l’exportation. En 1906 il fut
+exporté pour 1.721.000 yen d’objets laqués sur une production totale de
+6.809.000 yen. Ishikawa, Fukushima, Shidzuoka, Wakayama sont les
+districts où l’on occupe le plus d’ouvriers à ce genre d’industrie.
+
+Les allumettes genre suédois, sans soufre ni phosphore, sont vite
+devenues une spécialité japonaise. L’Extrême-Orient tout entier, sauf
+l’Indo-Chine française, est tributaire du Japon pour ce genre de
+produit. Depuis les Indes, la Birmanie, le Siam, jusqu’à la Chine, la
+Corée et la Mandchourie, la boîte d’allumettes japonaises se trouve
+partout, même dans les provinces éloignées de la Chine occidentale,
+comme le Yunnan et le Kan Sou. Et elles sont d’un bon marché tel, qu’on
+se demande comment le fabricant y trouve un bénéfice. On ne le comprend
+que lorsqu’on est au courant des salaires de famine octroyés aux
+ouvrières japonaises, généralement des fillettes, qui confectionnent les
+boîtes. Ces dernières sont faites d’une façon très intelligente. Ainsi,
+celles qui sont exportées en Chine sont revêtues d’une étiquette jaune,
+sur laquelle un dragon ou un phénix fait des contorsions; des deux
+côtés, se trouve le nom de la fabrique en caractères chinois; souvent,
+au lieu du dragon, on représente des enfants chinois, des cérémonies
+chinoises, un personnage chinois célèbre dans les annales. Pour les
+Indes, la Birmanie et le Siam, il en est de même; chaque boîte
+d’allumettes porte une vignette rappelant quelque chose du pays, et
+toujours le nom de la maison y est inscrit en la langue du pays. Dans
+notre Indo-Chine on a établi, pour imiter la métropole, un monopole des
+allumettes; ainsi on paye à Hanoï deux sous ce qui à Bangkok, Rangoon,
+Bombay ou Shanghaï se vend un centime. De 24.038.000 grosses en 1897, la
+production est passée à 54.802.000 grosses en 1906, et de ce nombre il a
+été exporté 38.618.000 grosses pour une valeur de 10.915.000 yen, soit
+27.833.250 francs.
+
+
+VI.--Une des industries, où les Japonais ont également réussi, est
+l’industrie du cuir; ils arrivent à produire, et meilleur marché qu’en
+Europe, toute espèce de cuirs: sellerie, chaussures, malles, sacs, enfin
+toute la série des objets en cuir que l’on fabrique en Europe; mais, ici
+encore, l’infériorité est palpable, cela n’a rien du solide et du
+résistant de la facture européenne. C’est comme disent les Allemands,
+_billig aber schlecht_: bon marché mais mauvais.
+
+Ce qui offre le plus d’intérêt est le papier-cuir, que les Japonais font
+en imitation de celui de Cordoue; dans cet ordre de fabrication, ils ont
+bien réussi, et l’on peut voir de magnifiques papiers cuirs, ornés de
+dessins originaux et gracieux sortis des manufactures de l’Insatsukioku
+(imprimerie et papeterie de l’État). De 2.522.472 yen en 1900 la
+production du cuir est montée en 1906 à 10.882.984 yen; cet article est
+tout entier consommé au Japon et n’est pas exporté. Les principaux
+centres de production sont: Hiogo, Nara, Osaka, Tokio, Wakayama, mais
+surtout Osaka et Hiogo; on se sert des peaux de vaches et de veaux, et
+aussi des peaux de chevaux; en 1906 il avait été employé 7.481 peaux de
+vaches et de veaux dans les cinq villes ci-dessus désignées et 2.770
+peaux de chevaux.
+
+
+VII.--Le Japon a voulu aussi faire des conserves; il s’est essayé,
+d’abord, avec le lait et les sardines; or, étant donné que les vaches
+japonaises ont un lait très rare et très faible, le résultat est fort
+médiocre; et, d’un autre côte, comme je l’ai déjà indiqué, le Japon ne
+produisant pas la qualité d’huile voulue pour conserver la sardine, le
+produit livré sous le nom de «sardines à l’huile» est détestable. Les
+Japonais ont aussi voulu faire des conserves de bœuf et de fruits; mais
+il n’y a aucune chance que ces préparations fassent jamais concurrence
+au fameux «corned beef» de Chicago, et aux fruits en boîtes de
+Californie ou d’Australie. Tout ce qu’ils fabriquent en ce genre,
+d’ailleurs, est consommé sur place ou exporté en Chine.
+
+Le Japon est un gros producteur de papier; cet article est d’un usage
+très courant au Japon pour toutes sortes de choses, et le papier
+japonais, d’ailleurs, est très commode pour servir de serviettes, de
+mouchoirs, de nappes; un Japonais ou une Japonaise porte toujours, sur
+soi, un épais paquet de feuilles souples et blanches. Aussi, dès les
+temps anciens, dès que la fabrication du papier fut connue par
+l’intermédiaire des Chinois, on fabriqua du papier au Japon. Pour ne
+citer que quelques chiffres récents, la production de papier japonais,
+qui était de 12.261.000 yen en 1897, est passée en 1906 à 15.480.000
+yen. Elle n’a donc pas varié beaucoup; mais ce qui a varié, en
+augmentant, c’est la production du papier européen, dont les Japonais se
+servent, aujourd’hui, pour tous les documents officiels, rapports,
+livres, journaux, et dont les écoles font une consommation de plus en
+plus grande. D’abord il est meilleur marché que le papier japonais, et,
+ensuite, il est plus commode pour écrire; les étudiants qui font des
+mathématiques, des sciences physiques et naturelles, de la médecine,
+etc., ne pouvaient pas se servir de papier japonais. Aussi, d’une
+production évaluée à 2.901.000 yen en 1897, on est arrivé en 1906 à
+14.157.000 yen.
+
+Les principales manufactures de papier européen sont: l’Insatsu kioku ou
+papeterie impériale; les fabriques de Oji, près Tokio; de Fuji Seishi;
+de Yokkaichi; de la Compagnie Mitsubishi; de Itagami (Tokio); de
+Nishimari Seishi; de Senju Seishi; de Kiushu Seishi.
+
+L’indigo provient de Tokushima et a donné en 1907 une valeur de
+1.702.000 yen.
+
+La menthe (pippermint) vient surtout de Kanagawa et de Hiogo; on en a
+fabriqué à Kanagawa pour 245.000 yen; à Hiogo pour 197.869 yen en 1906.
+
+Outre les diverses industries énumérées ci-dessus, il a été fabriqué
+pour 2.171.000 yen d’objets en bambou; 1.581.000 yen d’éventails;
+6.111.000 yen de ciment; 1.042.000 yen de chapeaux de feutre; 2.764.000
+yen de savons. Tous ces produits, à part ceux qui sont essentiellement
+japonais, comme les objets en bambou et les éventails, sont de très
+mauvaise qualité.
+
+
+VIII.--Le Gouvernement japonais dirige, et fait marcher, différentes
+fabriques et arsenaux; il n’est pas sans intérêt d’en donner ici la
+liste:
+
+Une imprimerie avec 4 machines;
+
+Une fonderie de caractères avec 2 machines;
+
+Une fabrique de papier avec 21 machines;
+
+Un atelier de monnaie avec 17 machines;
+
+Des manufactures de tabac avec 52 machines et 17.000 employés;
+
+L’arsenal de Tokio avec 207 machines et 23.000 ouvriers;
+
+L’arsenal d’Osaka avec 426 machines et 28.000 ouvriers;
+
+La fabrique de laines de Senju avec 15 machines;
+
+L’arsenal de Yokosuka avec 36 machines et 3.000 ouvriers;
+
+L’arsenal de Kure avec 109 machines et plus de 10.000 ouvriers;
+
+L’arsenal de Sasebo avec 30 machines et 1.500 ouvriers;
+
+L’arsenal de Maidzuru avec 14 machines et 1.200 ouvriers;
+
+La poudrerie de Shimose; le dock de Takeshiki; le dock de Ominato; le
+dock de Bako; des aciéries occupant 30.000 ouvriers avec 28 machines;
+les ateliers des chemins de fer de Shimbashi, d’Omiya, de Kobé et
+d’Iwamigawa, lesquels occupent en bloc 2.000 ouvriers.
+
+
+IX.--Comme industrie acquise de l’étranger, celle du coton a été la plus
+vite brillante au Japon, et aujourd’hui l’importation des cotonnades
+dans ce pays a baissé dans des proportions formidables; ainsi en 1887
+l’Europe importait dans les îles japonaises 24.630.000 livres de filés
+de coton; en 1906 elle n’en importe plus que pour 5.652.000 livres.
+Aujourd’hui le Japon inonde la Chine de ses produits de coton sous
+toutes les formes, et tellement bon marché qu’il est impossible à
+l’Europe, même à l’Allemagne, de lutter. J’ai acheté, dans les ports du
+Yangtseu, Kiukiang, Hankow, Ichang, des chaussettes japonaises à cinq
+sous la paire; des essuie-mains japonais, genre essuie-mains éponge, à
+deux sous la pièce! Il est vrai que, lorsqu’on connaît les salaires de
+famine des fabriques japonaises, on est moins étonné. Toute cette
+imitation japonaise est d’ailleurs exécrable; mais pour le Chinois, qui
+n’a pas le moyen d’acheter cher, c’est précisément ce qu’il faut.
+
+Une des grosses questions qu’agitent les économistes européens est celle
+de savoir si le Japon va devenir un concurrent sérieux au point de vue
+industriel. Il y a eu, et il y a encore à ce sujet, de longues
+dissertations dans les journaux et revues les plus autorisés d’Europe et
+d’Amérique, et «Hippocrate dit oui si Gallien dit non.» Personnellement
+je ne crois pas que nous devions nous effrayer, du moins pendant bien
+longtemps, du péril jaune industriel. L’industrie est encore dans
+l’enfance au Japon, et la machine n’a pas encore suppléé partout à la
+main-d’œuvre humaine; au contraire, cette dernière est la plus répandue.
+A part les manufactures de coton, qui sont pourtant encore bien loin
+d’égaler celles d’Europe, les autres industries sont restées, à beaucoup
+de points de vue, ce qu’elles étaient autrefois. Et puis l’argent
+manque, les capitaux sont rares dans le pays. Le Japon essaye de les
+attirer, et il fait beaucoup de propagande en lançant des publications
+sur les industries, le commerce, les finances de l’Empire. Beaucoup de
+ces publications sont en anglais, en français, en allemand afin de
+donner plus de facilités au lecteur.
+
+En réalité, la situation industrielle et financière de l’Empire japonais
+est loin d’être ce qu’elle peut paraître à la lecture de ces documents
+mensuels et hebdomadaires, publiés par les banques, les sociétés
+industrielles et commerciales. Le Japon fait de grands efforts, efforts
+qu’on ne peut qu’admirer, mais il lui faudra, nécessairement, du temps
+encore pour atteindre à la haute et brillante situation à laquelle il
+aspire.
+
+Quant à envoyer des capitaux étrangers dans des affaires japonaises, ce
+n’est peut être pas encore le moment: nous devons reconnaître que le
+Gouvernement impérial facilite et attire ce genre de placements, mais
+les populations ne sont pas encore assez éclairées dans certaines
+parties des provinces.
+
+A Osaka un de nos compatriotes a installé une fabrique de brosses qui
+semblait devoir prospérer, mais qui, si j’en crois les dernières
+nouvelles, a rencontré les plus grandes difficultés.
+
+Un autre de nos compatriotes s’était, pour une autre affaire, associé à
+un vieux résident français, ingénieur civil, et avait apporté des
+capitaux pour les placer au Japon. Ces deux Français avaient obtenu
+l’exploitation d’une immense forêt dans le Sud, à Kiushiu, et ils
+avaient fait venir des machines, installé des maisons, des hangars, des
+magasins; des ouvriers et contre-maîtres français aient été engagés,
+enfin tout marchait à souhait et semblait devoir prospérer; deux hauts
+personnages européens s’étaient intéressés à l’affaire et y avaient
+placé quelques fonds. Une Compagnie s’était formée et il n’y avait plus
+qu’à se mettre en train. Les premiers résultats s’annoncèrent
+satisfaisants, lorsque le 8 juin 1908, une foule japonaise de quinze
+cent à deux mille hommes envahit les chantiers, démolit les machines,
+mit le feu aux maisons, enfin détruisit tout; évidemment, dans cette
+affaire on ne peut guère rendre responsable des dégâts que l’ignorance
+de la foule encore mal instruite et peu éclairée; les autorités du pays
+sont les premières à réprouver ces actes et à en souffrir; il n’en est
+pas moins vrai que l’affaire est ruinée et les capitaux perdus.
+
+
+IX.--Quoique le Japon se soit assimilé très rapidement les industries
+européennes, et fasse, dans cette direction, de grands progrès tous les
+jours, je ne crois pas néanmoins, ainsi que je l’ai déjà remarqué
+précédemment, que l’Occident ait encore à craindre d’ici longtemps une
+concurrence sérieuse. D’ailleurs, il faut bien songer à ceci, c’est que
+le Japon ne saurait se mettre, dès à présent, sur le même rang que les
+pays manufacturiers d’Europe pour le fini et la solidité de ses
+produits; et la preuve en est que, pour les constructions qui lui
+tiennent surtout à cœur, et où il veut avoir du solide, comme par
+exemple pour les bâtiments de guerre, il fait venir d’Europe et
+d’Amérique les aciers et les pièces principales.
+
+Où il fera à l’Europe une grande concurrence (il la fait déjà
+d’ailleurs), c’est en Chine avec ses cotonnades; il est évident que ni
+Manchester ni Bombay n’arriveront à fournir aussi bon marché au Chinois
+ce dont celui-ci a besoin. Il va sans dire que nous n’en sommes pas
+encore arrivés au moment où le Japon aura le monopole du commerce
+cotonnier en Chine; mais il a déjà commencé par évincer sérieusement les
+produits anglais de la Mandchourie, et il est connu que le marché de
+Shanghaï, après la campagne, a beaucoup souffert de la concurrence des
+tissus et des filés japonais, et nombre de maisons européennes se sont
+trouvées dans une situation difficile.
+
+C’est, pour le moment, de ce côté que se tournent les efforts des
+industriels et des commerçants japonais.
+
+L’industrie métallurgique aura aussi son tour, son heure, sans nul
+doute, mais, pour le moment, elle n’est encore qu’à l’aurore de son
+existence. Pour arriver à atteindre le développement colossal que
+l’industrie des métaux a acquis en Europe et aux États-Unis, il faut du
+temps et de l’argent.
+
+Il n’y a, au reste, qu’à consulter les chiffres pour se rendre compte
+que le Japon est bien en arrière de tous les pays producteurs de métal;
+ainsi la fabrique de Wakamatsu, dirigée par le Gouvernement, produit
+quelques centaines de mille tonnes de fonte, alors que la France, qui en
+produit le moins parmi les grands états industriels, en produit encore
+4.000.000 de tonnes et que l’Allemagne seule, sans vouloir mettre en
+ligne l’Angleterre et les États-Unis, en produit environ 12.000.000 de
+tonnes. Il y a donc encore de la marge.
+
+
+X.--Voici un tableau des salaires moyens de chaque catégorie d’ouvriers:
+
+ Par jour. Yen. Sen.
+
+ Charpentiers 0, 60
+ Plâtriers 0, 60
+ Tailleurs de pierre 0, 66
+ Scieurs 0, 59
+ Couvreurs en bardeaux, en chaumes 0, 57
+ -- en tuiles 0, 65
+ Ouvriers qui briquettent le mur 0, 75
+ Briquetiers 0, 55
+ Nattiers 0, 51
+ Ouvriers en paravents, écrans, etc. 0, 55
+ Colleurs de papiers 0, 56
+ Menuisiers 0, 55
+ Tonneliers 0, 45
+ Sabotiers, galochiers 0, 42
+ Cordonniers et bottiers 0, 57
+ Selliers, bourreliers 0, 62
+ Charrons 0, 51
+ Tailleurs de vêtements japonais 0, 47
+ -- européens 0, 64
+ Fabricants de tabatières, blagues,
+ bourses, portefeuilles, etc. 0, 57
+ Teinturiers 0, 32
+ Batteurs de coton 0, 41
+ Forgerons 0, 55
+ Joailliers, bijoutiers 0, 52
+ Fabricants d’ustensiles métalliques 0, 53
+ Fabricants de poteries 0, 46
+ Fabricants d’objets laqués 0, 49
+ Récolteurs de vernis 0, 38
+ Presseurs d’huile 0, 42
+ Fabricants de papier 0, 32
+ Coupeurs de tabac 0, 54
+ Compositeurs d’imprimerie 0, 42
+ Imprimeurs 0, 38
+ Charpentiers pour navires 0, 64
+ Jardiniers 0, 55
+ Journaliers agricoles, hommes 0, 32
+ -- femmes 0, 20
+ Éleveurs de vers à soie, hommes 0, 29
+ -- femmes 0, 23
+ Fabricants de tissus, hommes 0, 34
+ -- femmes 0, 18
+ Fileuses de soie 0, 22
+ Confituriers 0, 34
+ Pêcheurs 0, 42
+ Blanchisseurs de riz 0, 32
+ Journaliers 0, 43
+
+ Par mois. Yen. Sen.
+
+ Fabricants de saké 10, 37
+ -- shoyu. 7, 16
+ Domestiques 3, 22
+ Servantes 1, 79
+
+ Par an. Yen. Sen.
+
+ Ouvriers agricoles, hommes 37, 54
+ -- femmes 20, 13
+
+Le yen valant 2 fr. 55, un ouvrier agricole homme se paye par an 95 fr.
+72, et une femme 51 fr. 33. Étant donné ces salaires, la lourdeur des
+impôts, les dépenses militaires hors de proportions avec les ressources
+financières du pays, on ne peut être étonné de la misère qui règne au
+Japon.
+
+
+XI.--L’encouragement donné et la protection accordée aux entreprises
+industrielles et aux établissements manufacturiers ne datent pas
+d’aujourd’hui.
+
+Déjà, avant la restauration impériale, les trois Daïmios de Satsuma,
+Mito et Saga avaient établi, en l’ère de Kayei (1848-1853), un arsenal
+de style européen, et commencé à fondre des canons. Le Daïmio de
+Satsuma, s’inspirant de la fabrication hollandaise, avait également
+monté une fabrique de porcelaine, et en 1861, il avait même fait venir
+d’Angleterre des machines pour filatures. Le Daïmio de Mito, de son
+côté, avait installé à Ishikawajima (île à l’embouchure du Sumida, dans
+la baie de Tokio) un chantier pour la construction des navires; les
+Shôgun Tokugawa, pendant l’ère de Ansei (1854-1859), firent également
+installer un chantier semblable à Akuura (Hizen), et un autre aussi à
+Yokosuka (Sagami); mais ce dernier ne fut achevé qu’après la
+restauration impériale; il fut d’ailleurs cédé au département de la
+Marine et il est devenu l’un des principaux ateliers de construction et
+de réparation de la marine de guerre japonaise. C’est la Compagnie
+Mitsubishi qui, en 1884, a pris possession des chantiers de Hizen,
+qu’elle détient encore aujourd’hui, et qui sont connus sous le nom de
+Chantiers de constructions navales de Nagasaki.
+
+Le mouvement, dessiné par les princes feudataires et les Shôgun, fut
+continué par le gouvernement impérial; une filature de soie, montée
+d’après les principes modernes, fut installée à Tomioka en 1872 sous la
+direction de M. Brunat, un de nos compatriotes, aidé de contremaîtres et
+d’ouvriers français; puis, en 1877, une autre filature pour les déchets
+fut ouverte à Shinmachi. Une filature de lainages s’ouvrit peu après à
+Senji, faubourg de Tokio, pour le compte du Gouvernement, et, dix ans
+après cet exemple officiel, des fabriques de lainages en sociétés
+privées s’édifiaient sur divers points du territoire.
+
+En 1881 et 1883, dans les districts de Aichi et de Hiroshima, le
+Gouvernement fit venir d’Angleterre des machines à filer le coton; puis
+le tissage du chanvre commença à se développer au Hokkaido (Yézo) où le
+Gouvernement installa des contremaîtres et ouvriers venus de Lille.
+
+En 1875, une fabrique de ciment fut montée à Fukagawa (faubourg de
+Tokio), et, en 1876, la première verrerie fit son apparition à Shinagawa
+(autre faubourg de Tokio).
+
+Cependant, autour de ces différents établissements, édifiés et dirigés
+aux frais de l’État, d’autres établissements privés avaient pris
+naissance, dirigés par des sociétés et des compagnies. Quand l’essor fut
+ainsi donné, le Gouvernement impérial se débarrassa peu à peu de tous
+ces travaux, et vendit toutes ses usines, ne se réservant que la
+manufacture de draps de Senji où il fabrique les draps pour la troupe.
+
+Quand on voit en combien peu d’années le Japon est arrivé au degré
+d’activité industrielle qu’il déploie aujourd’hui, on ne peut s’empêcher
+de reconnaître son extrême aptitude à l’imitation, son acharnement au
+travail, et, bien que tout ce qu’il produise d’articles européens soit
+très inférieur à ce qui se fait en Europe même, il faut lui reconnaître
+une grande habileté et une grande réserve de patience.
+
+Pour pouvoir marcher sans l’aide des Européens, il fallait avoir un
+personnel d’ingénieurs suffisamment instruits et éclairés. C’est ce que
+le Gouvernement impérial comprit de suite, et, dès 1871, il créa le
+collège supérieur des ingénieurs (Kô bu dai gakkô), sous la direction de
+professeurs anglais (aujourd’hui ce collège est rattaché à l’Université
+de Tokio).
+
+On y enseignait la mécanique, la construction des bateaux, la science de
+l’électricité, l’architecture, la chimie, toute science en général
+nécessaire à la profession d’ingénieur, soit ingénieur civil, soit
+ingénieur des mines ou électricien. Il sortit de ces établissements des
+jeunes gens très instruits, dont les mieux notés allaient faire un
+complément d’études en France, en Angleterre, en Allemagne ou aux
+États-Unis.
+
+En 1881 fut créée l’École polytechnique de Tokio, où l’on enseigna la
+peinture, le tissage, la céramique, etc.; des écoles semblables furent
+ouvertes un peu partout par les autorités provinciales, de sorte
+qu’aujourd’hui, à Tokio, à Kioto, à Osaka on compte trois écoles
+supérieures d’ingénieurs, et dans les provinces, on trouve plus de 1.200
+écoles techniques. A l’heure actuelle, à part quelques rares exceptions,
+les instructeurs européens ont disparu.
+
+A ces renseignements sur l’industrie japonaise, j’ajouterai que le
+Gouvernement japonais a édicté des lois et règlements sur les brevets et
+les marques de fabrique; mais c’est une chose qui n’est pas bien entrée
+dans les mœurs du pays, et les marques de fabrique sont encore
+aujourd’hui aussi outrageusement que maladroitement imitées.
+
+
+
+
+CHAPITRE XIV
+
+I. Commerce du Japon avec l’étranger: habutai, kaiki, soieries.--II.
+Exportation du thé.--III. Exportation du riz.--IV. Charbon japonais.--V.
+Cuivre.--VI. Camphre, nattes, sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII.
+Importation: coton brut, lainages; mousselines de laine; la situation de
+la France relativement à l’importation de ce dernier article; riz
+d’Indo-Chine; métaux; machines.--IX. Importation française.--X. Le
+commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties pour les ports
+principaux.--XII. Marine marchande japonaise à vapeur.--XIII. Bateaux
+français.--XIV. Tarif douanier.
+
+
+I.--Le commerce du Japon avec l’étranger consiste surtout en
+exportations de soies; soies grèges qui sont dirigées vers les
+États-Unis, la France et l’Italie; déchets de soie qui ne sont guère
+achetés que par la France; _habutai_ qui vont en France, aux États-Unis,
+en Angleterre, aux Indes anglaises, en Australie; pongés glacés ou
+_kaiki_ achetés par les États-Unis, et, enfin, mouchoirs de soie qui
+vont aux États-Unis et en Angleterre.
+
+L’_habutai_ ou pongé est fabriqué principalement dans six provinces du
+Japon qui sont généralement des lieux de production de la soie.
+
+Echizen, dont la capitale est Fukui, est le centre du commerce et le
+lieu d’inspection des tissus après les opérations du décreusage.
+
+En raison de l’importance des transactions, et du peu de confiance qu’il
+est possible d’accorder aux marchands intermédiaires, surtout au point
+de vue des contrats, qu’ils acceptent, et dont ils n’effectuent pas
+livraison, si les cours leur deviennent défavorables; un certain nombre
+de maisons européennes ont leurs propres installations à Fukui et
+procèdent par elles aux achats. Les tissus sont offerts dans les ventes
+à l’encan ayant lieu journellement, et, dans plusieurs parties de la
+ville, ils deviennent, naturellement, la propriété du plus offrant; les
+cours subissent des variations fréquentes, reflétant d’ailleurs assez
+facilement le rapport entre l’offre et la demande.
+
+Le nombre des métiers, existant à Fukui et dans les faubourgs, était à
+la fin de décembre 1904, de 19.959, et la production, du 1er juillet
+1904 au 30 juin 1905, a été d’environ 1.200.000 pièces, soit une moyenne
+de 60 pièces par métier pour une période de douze mois.
+
+On peut dire, qu’au moment de la saison, 4.000 ou 5.000 pièces arrivent
+chaque jour sur le marché, et, grâce aux organisations spéciales des
+banques locales, consentant des avances généreuses sur les tissus
+fabriqués qui leur sont remis en nantissement, les paiements peuvent
+être effectués au comptant et pour ainsi dire à l’instant même où la
+marchandise passe en d’autres mains. Des organisations analogues
+existent aussi dans les autres provinces.
+
+Le district de Kaga, dont la capitale est Kanazawa, ville importante
+comptant plus de 200.000 habitants, ne fabrique que les qualités
+légères, et plus de la moitié de sa production est destinée aux
+États-Unis d’Amérique, qui, en raison du prix élevé des douanes,
+recherchent plus spécialement des tissus légers.
+
+Les pièces les mieux fabriquées atteignent des prix très élevés,
+comparativement aux autres, en raison de ces achats pour le compte de
+l’Amérique, où les tissus de qualité ordinaire ne trouvent qu’un faible
+écoulement. On comprend donc que les tisseurs apportent tous leurs soins
+à maintenir et améliorer leur fabrication qui, d’une façon générale, est
+soignée.
+
+La province de Kaga compte 14.500 métiers et la production a été, de
+1904 à 1905, de 750.000 pièces.
+
+Toyama, dans la province d’Etchu, est un centre de fabrication de
+moyenne importance; on y compte 5.500 métiers avec une production
+annuelle de 150.000 pièces;
+
+Uzen, 1.200 métiers; production annuelle 42.000 pièces.
+
+Les tissus fabriqués dans la province de Kawamata s’étaient acquis, dans
+ces dernières années, une mauvaise réputation par le fait de la charge
+que l’on faisait, dans la plupart des cas, subir aux pièces après
+décreusage. Pour atteindre ce but, on les laissait séjourner dans un
+bain à base de magnésie, l’augmentation de poids variant, en rapport
+direct, avec la durée de l’opération. C’est ainsi que l’on arrivait à
+charger les tissus jusqu’à 40 pour 100 en plus de leur poids de soie
+pure.
+
+Il est nécessaire d’ajouter que ce traitement ne donnait aucune qualité
+aux étoffes, en altérait au contraire complètement le brillant et
+n’avait d’autre but que de tromper l’acheteur. De pareils procédés ne
+devaient pas tarder à nuire au commerce de cette région; aussi sa
+production arriva-t-elle à être tellement délaissée que, se rendant
+compte de la gravité de la situation, le Gouvernement provincial
+décréta, en novembre 1904, qu’à dater du 1er avril 1905, aucune pièce ne
+serait vendue autrement que pure. Des mesures sévères ayant été
+adoptées, les nouveaux règlements sont maintenant correctement observés.
+
+La province de Kawamata compte 5.300 métiers avec une production
+relativement importante de 260.000 pièces.
+
+Joshu fut le berceau de l’habutai; c’est là, en effet, que quelques
+pièces d’un article similaire, fabriqué en Chine, furent, pour la
+première fois, imitées au Japon, il y a environ vingt-cinq ans, et les
+autres provinces, en présence de la demande, s’emparant peu à peu des
+procédés de leurs voisins, et les modifiant, suivant leurs capacités,
+arrivèrent à créer cette industrie considérable.
+
+Le Joshu est, en même temps, un centre très important pour la
+fabrication des étoffes de soie employées pour kimonos japonais.
+
+Sans tenir compte des métiers appliqués à ce dernier genre, on trouve
+qu’il existe dans cette région:
+
+503 métiers pour unis; production annuelle 15.000 pièces;
+
+800 métiers pour habutai façonné: production annuelle 40.000 pièces;
+
+2.000 métiers pour soieries; production annuelle 60.000 pièces.
+
+Kiôtô et Gifu produisent également des étoffes de soie, dont seulement
+une partie infime est exportée, les neuf dixièmes, environ, étant
+destinés à la consommation intérieure.
+
+A Gifu, le tissage est réduit aux crêpes de Chine, alors qu’à Kiôtô on
+fabrique des étoffes de tous genres, depuis le taffetas jusqu’aux grands
+façonnés lamés or et argent.
+
+C’est à Kiôtô que se trouve la seule grande fabrique méritant d’être
+citée; elle est en société anonyme au capital de 2.500.000 francs et
+possède 275 métiers mécaniques et 100 métiers à la main, ainsi que
+toutes les machines pour le dévidage, montage, ourdissage, pliage,
+lissage, etc... Ses ateliers de teinture en fils, teinture en pièces et
+apprêts, et, en général, tous ceux que comporte cette industrie, lui
+assurent une complète indépendance, et contribuent à la placer au
+premier rang parmi les établissements de ce genre existant en dehors de
+l’Europe et de l’Amérique[12].
+
+ [12] _Rapports commerciaux et consulaires_ (1905).
+
+Pour l’année 1908, l’exportation de la soie a été de 226.000.000 de
+francs contre 276.000.000 de francs en 1907: il y a une diminution assez
+sérieuse également sur l’habutai.
+
+D’ailleurs le commerce total du Japon pour 1908 subit une diminution de
+282.375.000 francs.
+
+Tableau des exportations de soies depuis 1904 (en yen, au change moyen
+de 2 fr. 55):
+
+ 1904 138.300.000 yen.
+ 1905 113.460.000 --
+ 1906 157.955.000 --
+ 1907 160.237.000 --
+
+
+II.--Le thé est également un des articles d’exportation du Japon; mais
+la totalité est absorbée par les États-Unis. Le thé japonais ne
+ressemble en rien au thé de Chine et, en général, les Européens ne
+l’apprécient pas: il est vert, il a une saveur âcre. Les Japonais en
+font une grande consommation; c’est leur boisson habituelle. En dehors
+du Japon, l’Amérique seule consomme du thé japonais; il en fut exporté
+en:
+
+ 1904 pour 12.833.000 yen.
+ 1905 -- 10.584.000 --
+ 1906 -- 10.767.000 --
+ 1907 -- 10.618.000 --
+
+De 1896 à 1903 une subvention annuelle de 70.000 yen avait été accordée,
+par le Gouvernement, au «syndicat du thé», qui avait essayé de faire la
+concurrence au thé de Ceylan, en faisant subir au thé japonais certaines
+préparations le rendant propre à être exporté en Europe; mais l’envoi ne
+réussit pas, et la subvention fut supprimée en 1903; cette année-là, le
+Gouvernement donna encore une subvention de 35.000 yen; puis il cessa
+tout encouragement pécuniaire. Le thé japonais ne pourra jamais entrer
+en compétition avec le thé de Chine ou de Ceylan; cela tient
+probablement au climat japonais qui lui donne ce goût spécial, peu
+apprécié des Européens, même de ceux qui ont longtemps résidé dans le
+pays.
+
+
+III.--Le riz japonais est l’un des meilleurs riz qui poussent sur le
+globe. Aussi s’en exporte-t-il une certaine quantité; les principaux
+débouchés pour le riz japonais sont: l’Australie, qui en absorbe pour
+une valeur d’environ 2.000.000 de yen; Hawaï, pour 8.000.000 de yen;
+l’Angleterre, pour 800.000 yen; la Corée, pour 500.000 yen; la Russie
+d’Asie, pour une valeur très variable: en 1903 pour 445.765 yen; en 1904
+pour 17.621 yen; en 1905 pour 306.025 yen; en 1906 pour 472.870 yen.
+
+La demande des États-Unis n’a cessé de décroître dernièrement, ce qui
+s’explique par ce fait que la culture du riz au Texas a pris une grande
+extension et a fort bien réussi, ainsi du reste qu’à la Louisiane.
+Actuellement, le riz récolté dans ces deux États se vend moins cher que
+le riz japonais, et les Japonais établis en Californie consomment,
+eux-mêmes, du riz américain.
+
+Parfois, la récolte au Japon n’est pas suffisante, et le Gouvernement
+est obligé d’importer du riz soit de Bangkok, soit de Saïgon ou de
+Rangoon: mais, généralement, le riz de ces pays est peu apprécié au
+Japon; les grains sont plus petits, et ils sortent de la cuisson
+beaucoup moins blancs.
+
+En 1908, la récolte n’a pas fait défaut; elle a atteint, en effet,
+51.897.233 koku, soit 93.415.020 hectolitres: elle a donc été
+exceptionnellement belle, plus belle même que celle de l’année 1904, qui
+avait été considérée comme la plus belle récolte qui se fût faite au
+Japon, et qui s’était élevée à 51.401.497 koku, soit 92.500.000 hectol.
+
+Ce tableau montre l’exportation du riz japonais pour les trois dernières
+années:
+
+ Pays. 1906 1907 1908
+
+ Chine 503.583 296.460 113.379
+ Hong-Kong 1.365 » »
+ Corée 57.877 63.647 63.372
+ Russie d’Asie 472.870 253.809 155.205
+ Angleterre 416.179 230.374 626.681
+ France 58.352 14.089 415
+ Allemagne 35.834 746 168.206
+ Belgique 92.871 » »
+ Autriche-Hongrie 57.363 » »
+ Hollande 25.536 » »
+ États-Unis 463.016 744.556 410.892
+ Amérique Anglaise 288.050 532.708 356.230
+ Australie 274.701 139.039 78.542
+ Hanoï 928.975 1.375.729 1.364.057
+
+
+IV.--L’exportation du charbon va toujours en augmentant; de 14.828.000
+yen en 1904, elle est passée à 16.280.000 yen en 1906 et à 19.052.000
+yen en 1907. Le charbon japonais s’exporte actuellement un peu dans tous
+les ports d’Asie; cependant il n’est pas utilisable à l’état pur, et les
+bâtiments à vapeur, surtout les navires de guerre, ne l’emploient que
+modérément et mélangé avec du Cardiff. Le charbon japonais brûle les
+chaudières, et produit une fumée intense, très noire; généralement on le
+consomme en briquettes comprimées, et, sous cette forme, il semble
+devoir rendre des services; mais il n’arrivera jamais à se substituer au
+charbon anglais, et toutes les marines de guerre, y compris la marine de
+guerre japonaise, ainsi que les grandes Compagnies de navigation évitent
+de se servir du charbon japonais.
+
+L’exportation de ce produit se fait: vers la Chine (7.689.000 yen en
+1907); vers l’Inde britannique (368.000 yen en 1907); vers Hongkong
+(5.439.000 yen en 1907); et vers les colonies hollandaises de la
+Malaisie (430.000 yen pour 1907). Les États-Unis d’Amérique figurent
+pour une somme de 1.163.000 yen en 1907; mais il est probable que ce
+chiffre représente le charbon apporté, dans les ports de Californie,
+pour l’usage des bateaux japonais faisant le service de San Francisco à
+Seattle.
+
+
+V.--Le Japon est, avec les États-Unis, le plus grand producteur de
+cuivre, et sa production tend à augmenter constamment. En 1902 elle
+était de 48.390.637 kin (1 kin = 600 grammes); en 1903 elle est passée à
+55.312.343 kin et en 1904 la production est estimée à 35.000 tonnes. La
+progression continue jusqu’en 1907 et 1908 où l’on arrive à environ 38
+et 39.000 tonnes. La production totale pour 1908 donne une valeur
+marchande de 26.302.000 yen.
+
+Comme exportation, la Chine absorbe à elle seule, en 1907, 10.310.000
+yen de cuivre; Hongkong en prend pour 4.782.000 yen; l’Angleterre pour
+4.514.000 yen; la France pour 2.364.000 yen; l’Allemagne pour 2.309.000
+yen. L’exportation de ce métal, qui fournissait un chiffre de 25.110.000
+yen en 1906, passait à 29.260.000 yen en 1907, soit une augmentation de
+4.150.000 yen. En 1908 elle a sensiblement baissé; cette année,
+d’ailleurs, a été fort mauvaise pour le Japon au point de vue
+commercial, ainsi que je l’ai noté au début de ce chapitre.
+
+
+VI.--Autrefois, le Japon proprement dit produisait beaucoup de camphre;
+mais aujourd’hui le territoire de l’Empire n’en fournit presque plus, et
+c’est l’île de Formose qui exporte le plus de cette denrée. Il en est
+sorti (année fiscale 1907-1908), tant du Japon que de Formose, pour une
+somme de 7.945.000 yen; sur cette somme, 2.919.000 yen reviennent à
+Formose, qui, on le voit, exporte relativement bien plus que le Japon,
+eu égard à son territoire.
+
+Voici quels sont les pays qui ont acheté le plus:
+
+ Indes britanniques 1.069.000 yen.
+ Grande-Bretagne 158.000 --
+ France 604.000 --
+ Allemagne 1.301.000 --
+ États-Unis 1.689.000 --
+
+Nattes.--Autrefois la natte japonaise n’avait pas de concurrente, dans
+tout l’Extrême-Orient, en raison de sa finesse et du soin apporté à sa
+confection; la qualité a beaucoup baissé aujourd’hui, et l’exportation
+s’en est ressentie. Le Japonais, d’ailleurs, procède en tout de la même
+façon, et il est difficile de se procurer maintenant des marchandises
+aussi soignées que celles d’autrefois. Pour les nattes la concurrence
+annamite se fait sentir, et si nos fabricants de nattes de Nam dinh s’y
+appliquaient, ils arriveraient, certainement, à évincer complètement la
+natte japonaise. Les nattes tonkinoises sont, d’ailleurs, tellement en
+mesure de lutter contre les nattes japonaises, que des marchands
+Japonais vendent, à Hong-Kong et sur les côtes de Chine, aussi bien
+qu’aux États-Unis, des nattes tonkinoises pour des nattes japonaises. Ce
+sont les États-Unis qui absorbent la majeure partie de ce produit: ils
+en prennent bon an mal an pour une valeur d’à peu près 6.000.000 de yen.
+
+Allumettes.--Le commerce des allumettes est toujours prospère, et se
+tient entre 10.000.000 et 11.000.000 de yen. La Chine, Hong-Kong, les
+établissements des détroits, la Corée, sont les plus gros acheteurs; le
+Siam, la Birmanie et les Indes anglaises viennent ensuite.
+
+ En 1907-1908 la Chine a acheté pour 4.250.000 yen d’allumettes;
+ L’Inde anglaise pour 849.000 yen;
+ Hong-Kong pour 2.469.000 yen;
+ La Corée environ 2.000.000 de yen;
+ Les établissements des détroits 1.000.000 de yen.
+
+C’est un des principaux articles japonais d’exportation dans les pays
+d’Extrême-Orient, et le commerce d’importation des allumettes
+européennes est devenu, par ce fait, insignifiant.
+
+Saké.--Le vin de riz japonais, ou plutôt l’alcool de riz, ne s’exporte
+guère qu’en Corée et en Chine; ou plutôt il serait mieux de dire qu’il
+s’est exporté, lors de la campagne de Mandchourie; aujourd’hui que les
+armées japonaises sont rentrées, l’exportation tend à diminuer;
+cependant il en part encore dans ces deux pays pour une valeur de
+800.000 à 1.000.000 de yen.
+
+Porcelaine et poterie.--Ce sont les États-Unis qui achètent le plus ces
+articles au Japon. Sur un total de 7.942.927 yen pour 1906 et de
+7.216.000 yen pour 1907, ils en ont absorbé pour une valeur approchant
+de 4.000.000 de yen chaque année (exactement en 1906 = 4.332.584 yen; et
+en 1907 = 3.816.000 yen). La Chine vient après, puis la Corée; et enfin
+l’Angleterre et Hong-Kong. La France n’achète au Japon que pour 110.000
+yen environ de porcelaine, alors que l’Angleterre lui en achète pour
+450.000 yen.
+
+Cigarettes.--Ne s’exportent qu’en Chine et en Corée; 1.228.000 yen en
+Chine pour 1907; environ 800.000 yen en Corée pour la même année; mais
+il pourrait se faire que cet article d’exportation vînt à tomber
+rapidement; car les Chinois se sont mis à fabriquer des cigarettes
+absolument semblables aux cigarettes japonaises et les fumeurs chinois
+les achètent de préférence.
+
+Produits maritimes.--La seiche, la bêche de mer, la colle végétale et
+les varechs, se dirigent, en totalité, vers la Chine et Hong-Kong. Ce
+dernier port achète environ pour 2.000.000 de yen de seiche, et la Chine
+pour la même somme de varechs.
+
+
+VII.--Le coton, sous tous ses aspects, est l’un des grands articles
+d’exportation du Japon, et c’est la Chine qui absorbe la presque
+totalité, sauf une partie pour Hong-Kong et la Corée. Filés,
+couvertures, flanelles, crêpes, imitation de Nankin, shirting gris,
+nappes et serviettes, tout se dirige vers le marché chinois; ce dernier
+prend en général de 30 à 35.000.000 de yen de filés tous les ans, et de
+3 à 4.000.000 de yen de shirting gris. Les serviettes genre éponge
+commencent à être fort appréciées des Chinois, d’autant plus que le prix
+en est réellement infime: ils arrivent à payer une serviette ordinaire 5
+et 6 cents de piastre, c’est-à-dire environ 15 centimes.
+
+Les principaux exportateurs de cotons sont les filatures suivantes:
+
+ Osaka Boseki avec 1.100 ouvriers et 4.500 ouvrières.
+ Setsu -- 1.300 -- 4.000 --
+ Osaka Godo -- 1.000 -- 4.000 --
+ Fukushima -- 450 -- 1.500 --
+ Nihon -- 420 -- 2.000 --
+ Temma -- 40 -- 205 --
+ Nagai -- 300 -- 1.200 --
+ Odzu Hoseito -- 180 -- 800 --
+ Kobayashi -- 40 -- 110 --
+ Sakai -- 200 -- 770 --
+ Kishiwada -- 250 -- 1.100 --
+ Wakayama -- 280 -- 1.500 --
+ Koriyama -- 380 -- 900 --
+ Amagasaki -- 270 -- 1.250 --
+
+Toutes les filatures ci-dessus appartiennent à la région d’Osaka; sur
+les 35.000.000 de yen d’exportation, elles figurent pour 28 à 29.000.000
+de yen; c’est-à-dire que le commerce du coton est concentré dans les
+deux villes de Kobé et d’Osaka et les régions voisines. Il est évident
+que les Japonais finiront par fournir entièrement le marché chinois du
+coton dont il a besoin. La proximité du pays, la main-d’œuvre très bon
+marché, les besoins moindres du Japonais, font que le coton européen,
+sous toutes ses formes, ne peut pas lutter; évidemment le produit
+japonais est très inférieur, mais pour l’acheteur chinois la question
+n’est pas là: il lui faut du bon marché, même si la qualité n’est pas de
+premier ordre.
+
+
+VIII.--A l’importation, le Japon demande d’abord le coton brut pour ses
+filatures.
+
+Il vient de Chine pour une somme moyenne de 25 à 30.000.000 de yen (1904
+= 30.678.242 de yen; 1907 = 23.465.000 de yen);
+
+Des Indes Britanniques, qui ont toujours occupé le premier rang pour
+l’importation de cet article au Japon, (sauf une éclipse en 1904), et
+qui ont fourni, ces dernières années: 1905 = 53.553.000 yen; 1906 =
+41.383.000 yen; 1907 = 57.574.000 yen;
+
+Des États-Unis, qui importent pour une valeur de 28 à 30.000.000 de yen;
+
+De l’Égypte qui est stationnaire et fournit de 3 à 4.000.000 de yen.
+
+Le coton brut doux, égrené et non égrené, la matière première, en un
+mot, tend à une augmentation continue comme importation; c’est
+évidemment un signe de l’activité des filatures japonaises.
+
+Quant aux autres produits, en coton fabriqué, le Japon en importe bien
+moins que jadis, puisqu’il fabrique lui-même. Toutefois il achète encore
+des filés, du coutil, de la toile, de la toile imprimée, des satins, des
+velours, des shirtings gris, des shirtings croisés et de la toile à
+parapluie. C’est l’Angleterre qui fournit presque exclusivement ce
+dernier article.
+
+Les lainages, laines brutes, filés, drap d’Italie, mousselines de
+laines, draps, drap mélangé de coton, couvertures, sont importés pour
+une somme totale de 20.000.000 de yen environ. L’Angleterre, l’Australie
+et l’Allemagne sont les principaux importateurs. La France a eu pendant
+longtemps le monopole pour l’importation des mousselines de laine; elle
+en importait encore pour 1.235.000 yen en 1901; 2.315.000 yen en 1903;
+1.175.000 yen en 1905; mais le chiffre est tombé à 478.000 yen en 1907.
+La concurrence de l’Allemagne, et surtout de la Suisse, est pour
+beaucoup dans cette décadence de notre commerce de mousselines; mais il
+faut également accuser l’indolence de nos fabricants qui, jamais,
+n’envoient de voyageurs sérieux étudier sur place les goûts du client et
+les changements à apporter à leurs produits.
+
+Riz.--Malgré les belles années de récolte qu’il réalise généralement, le
+Japon importe du riz. Cela tient à ce que les Japonais, sachant leur riz
+très supérieur, le conservent, pour le vendre à l’exportation, lorsque
+les prix sont élevés, et mangent, eux-mêmes, les riz moins beaux des
+tropiques: c’est ainsi que l’Inde envoie au Japon de 13.000.000 à
+15.000.000 de yen de riz (venant en presque totalité de Rangoon,
+Birmanie); l’Indo-Chine française pour une somme à peu près égale, et le
+Siam pour 5.000.000 de yen environ.
+
+Sucre.--Il est importé par les Indes néerlandaises 16 à 17.000.000 de
+yen (1907 = 16.691.000 yen); la Chine: 500.000 yen; les Philippines:
+1.000.000 de yen (1907 = 1.218.000 yen). Ce qui précède est le sucre
+brut; quant au sucre raffiné il vient:
+
+De la Russie, environ 2.000.000 de yen.
+
+De Hongkong, 1.500.000 yen.
+
+D’Allemagne, 1.000.000 de yen.
+
+D’Autriche-Hongrie, 1.000.000 de yen.
+
+Métaux.--La métallurgie a encore beaucoup à espérer comme importation au
+Japon; les mines japonaises sont encore très insuffisamment exploitées,
+et les capitaux manquent pour installer la grande industrie
+métallurgique comme en Europe; le Japon exécute il est vrai,
+actuellement, à la fonderie de Wakamatsu et à l’arsenal de Kure, du
+matériel de guerre et des projectiles; mais il est encore tributaire de
+l’Europe et de l’Amérique pour les métaux travaillés.
+
+Lingots de fer: il en a été importé en 1907 pour 14.856.000 yen
+d’Angleterre; 3.176.000 yen d’Allemagne; 1.162.000 yen des États-Unis;
+6.973.000 yen de Belgique. Rails: en 1907, d’Angleterre 483.000 yen;
+d’Allemagne 1.579.000 yen; des États-Unis 1.371.000 yen; de Belgique
+372.000 yen. Fers en barres, plaques et tôles de fer, tuyaux en fer,
+clous, fer étamé en feuilles, fils télégraphiques, acier, plomb, étain,
+zinc; toutes ces catégories de métaux trouvent encore au Japon un bon
+débouché.
+
+Les machines et locomotives viennent en 1907:
+
+De l’Angleterre pour 16.380.000 yen;
+
+De l’Allemagne pour 3.333.000 yen;
+
+De Belgique pour 168.000 yen;
+
+Des États-Unis pour 10.241.000 yen.
+
+Le pétrole arrive presque entièrement des États-Unis, qui en importent,
+tous les ans, pour une valeur de 10.000.000 de yen environ (1907 =
+9.507.000 yen).
+
+Le charbon est importé d’Angleterre pour la marine de guerre japonaise.
+En 1904, alors que, par suite de la guerre, le Japon faisait des
+approvisionnements considérables, il en a été importé pour 12.199.885
+yen de Cardiff; mais, en temps normal, il n’en est pas de même, et, en
+1905, l’importation est tombée à 5.467.705 yen pour rester ensuite à
+500.000 yen environ (1906 = 519.980 yen).
+
+Ainsi, tout ce qui concerne la métallurgie, est importé Angleterre,
+d’Allemagne, de Belgique, des États-Unis. Quant à la France elle a
+importé en 1907 pour 410.000 yen de machines.
+
+
+IX.--L’importation française au Japon n’est pas considérable et elle
+s’élève: en 1906 à 4.997.000 yen; en 1907 à 7.024.000 yen. Il est vrai
+que son exportation du Japon se chiffre par 40.228.000 yen en 1906 et
+42.592.000 yen en 1907, mais parce qu’elle achète la soie, marchandise
+chère. Elle laisse de l’argent au Japon en échange de sa soie, mais elle
+ne profite pas du commerce japonais, puisqu’elle n’y fait pas ou presque
+pas d’importation.
+
+Voici les principaux articles que vend la France:
+
+Lunettes et télescopes; Boîtiers de montre en argent; Mouvements
+d’horlogerie; Beurre; Antipyrine; Chlorate de potasse; Drogues et
+médecines; Phosphore amorphe; Phosphore jaune; Bois de campêche; Soies
+de porc; Tubes de cuivre; Plomb; Livres; Papiers à cigarettes;
+Mousselines de laine; Vins en bouteilles; Vins en fûts; Champagnes;
+Eaux-de-vie; Autres liqueurs; Bouchons; Savon de toilette; Savon
+ordinaire; Parfumerie.
+
+Ainsi que je l’ai dit plus haut, notre principal article, la mousseline
+de laine, nous est peu à peu enlevé. En dehors de la concurrence suisse
+et allemande, au reste, il y a aussi la fabrication japonaise qui
+s’essaie, et finira par produire, non pas aussi bien que nous, mais
+suffisamment «made in Japan» pour satisfaire le goût et la bourse des
+clients.
+
+Quant aux vins, si la France en importe, tout compris, c’est-à-dire vins
+rouges et blancs, en fûts et en bouteilles, champagnes, vins mousseux,
+pour 400.000 francs, c’est tout. Le Japonais, de même que le Chinois ou
+tout autre oriental, ne boit pas de vin. Avec les quelques barriques de
+gros vin rouge qu’il fera venir, le Japonais mélangera de la mélasse et
+du sucre et fabriquera ainsi du «_vin japonais_», délice des gourmets
+dans les restaurants de Tokio. Inutile de dire que ce produit innommable
+est horrible pour un palais européen.
+
+Quant aux eaux-de-vie et liqueurs nous en importons pour 160.000 francs;
+c’est pour la consommation de la colonie européenne.
+
+
+X.--Comme on le voit, nous ne faisons pas grand commerce avec le Japon,
+et il est difficile pour nous d’y travailler davantage. Nous ne pouvons
+lutter avec les autres nations pour fournir aux Japonais ce dont ils ont
+le plus besoin: coton brut, métaux de toutes sortes et machines. Nous
+venons de voir que nos mousselines de laine sont en décadence et que
+notre principal article d’importation, le vin, n’y est pas apprécié.
+
+Il ne faut pas non plus compter sur les articles dits parisiens, tels
+que: articles de Paris, modes, chapeaux, etc., car ils sont peu employés
+par les indigènes et, d’ailleurs, ceux qui se trouvent au Japon sont des
+articles de Paris fabriqués en Allemagne; ils sont importés au Japon à
+des prix que la cherté de la matière première et de la main-d’œuvre
+française ne nous permet pas de concurrencer. Il est donc de toute
+évidence que nous n’avons pas grand effort à tenter de ce côté. Le Japon
+n’est pas, pour nous, un client, même pas un client pour nos objets de
+luxe, indiscutablement supérieurs à tous autres, car il est pauvre; et
+quand il veut du luxe, il lui vient de Berlin, à bien meilleur compte.
+
+Le commerçant japonais n’a pas la réputation d’être sérieux et fidèle à
+sa parole. Les autorités japonaises ont fait des efforts louables pour
+persuader à leurs compatriotes la grande franchise en affaires, et il y
+a lieu d’espérer que ces efforts ne resteront pas vains. Mais le
+Japonais est bien moins commerçant que le Chinois, et tous ceux qui ont
+eu des relations avec les deux peuples, sont unanimes à préférer le
+Chinois. D’ailleurs, toutes les grandes maisons européennes établies au
+Japon, toutes les banques ont des compradore et des assistants chinois,
+jamais de Japonais. Le commerçant japonais ne se fera pas scrupule de ne
+pas prendre livraison d’une marchandise si, pendant la traversée, le
+change a varié à son détriment; il sait que l’Européen préférera encore
+avoir sa marchandise sur les bras plutôt que d’aller perdre son temps en
+procès.
+
+Il m’est arrivé, souvent, de constater, dans des balles de soie
+expédiées de l’intérieur, à Yokohama, pour l’exportation, la présence de
+briques et de pierres, soigneusement recouvertes de quelques écheveaux,
+et il fut un temps où les exportateurs de soie étaient obligés de
+vérifier toutes les balles sans exception, vu l’impossibilité de s’en
+rapporter à la bonne foi du marchand indigène.
+
+Ainsi que je l’ai déjà dit, le commerce total du Japon pour 1908 a subi
+une diminution de 282.375.000 francs. Peut-être est-ce la conséquence de
+la guerre russo-japonaise; peut-être cela vient-il de la crise
+économique qui a sévi un peu partout, et qui s’est fait sentir au Japon
+comme ailleurs. Nous le verrons bientôt. En tout cas, il est bien
+certain que le Japon est las; il a voulu courir et courir vite: il n’en
+a plus les moyens. Les journaux reflètent une lassitude, un
+découragement général; seul le _Japan chronicle_ ne se décourage pas et
+dit que si le Japon se ressent du lourd fardeau supporté depuis la
+dernière guerre et d’un système fiscal non moins lourd, il espère
+néanmoins le voir se relever; mais, dit-il, _ce sera lent_.
+
+
+XI.--Voici, pour l’année 1907, la dernière dont les résultats aient
+paru, les chiffres d’exportation et d’importation afférents à chaque
+port.
+
+EXPORTATION
+
+ Yen.
+ Yokohama 205.888.000
+ Kobé 106.668.000
+ Osaka 60.037.000
+ Nagasaki 4.654.000
+ Hakodate 2.268.000
+ Niigata 206.000
+ Shimonoseki 4.364.000
+ Moji 19.049.000
+ Otaru 6.012.000
+ Mororan 1.924.000
+ Wakamatsu 3.179.000
+ Kuchinotsu 4.908.000
+ Yokkaichi 3.908.000
+ Tsuruga 1.895.000
+
+IMPORTATION
+
+ Yen.
+ Yokohama 172.485.000
+ Kobe 223.437.000
+ Osaka 34.451.000
+ Nagasaki 16.230.000
+ Hakodate 673.000
+ Niigata 1.067.000
+ Shimonoseki 2.480.000
+ Moji 26.413.000
+ Otaru 122.000
+ Mororan 1.000
+ Wakamatsu 962.000
+ Kuchinotsu 307.000
+ Yokkaichi 9.026.000
+ Tsuruga 880.000
+
+
+XII.--Il est entré dans les ports du Japon, en 1907, 8.770 bateaux à
+vapeur japonais, 57 chinois, 6.267 anglais, 390 français, 1.858
+allemands, 154 austro-hongrois, 324 russes, 64 danois, 385 norwégiens,
+1.618 américains des États-Unis; 317 de différents pavillons, soit en
+tout 20.199 navires à vapeur de tous pays dont 8.770 sous pavillon
+japonais. En 1895 il y avait un total de 1.749 navires, dont 63
+japonais.
+
+La première Compagnie japonaise de navigation à vapeur fut formée, en
+1877, sous le nom de _Yubin kisen Mitsubishi kaisha_, c’est-à-dire:
+Paquebots-poste de la Compagnie Mitsubishi; en 1882, parut la _Kiôdô
+uniu kaisha_ ou Union des transports maritimes; et en 1884, la _Osaka
+shosen kaisha_ ou Compagnie de navigation maritime d’Osaka.
+
+La marine marchande à vapeur était créée; il fallait la maintenir et la
+développer. En 1885, les deux premières Compagnies, après une
+compétition acharnée, s’unirent sous le nom de _Nippon yusen kaisha_ ou
+Compagnie des paquebots-poste japonais, Compagnie à laquelle le
+gouvernement du Mikado offrit tout l’appui moral et financier
+nécessaire; puis la loi sur la navigation, et la loi sur la construction
+des navires, accordant des primes assez élevées, vinrent donner un
+nouvel essor à la marine marchande à vapeur.
+
+Suivant la loi sur la navigation, un navire à vapeur japonais, d’au
+moins mille tonnes de déplacement, et d’au moins dix nœuds de vitesse,
+et destiné au long cours, est apte à recevoir la prime fixée suivant la
+distance parcourue et le tonnage du bâtiment. Cette prime, pour un
+vapeur de 1.000 tonnes, s’élève à 25 yen par tonne et par 10 nœuds et
+peut être augmentée de 10 pour 100 pour chaque 500 tonnes en plus, et de
+28 pour 100 pour chaque nœud d’augmentation de vitesse par heure.
+
+Pour un bateau d’au moins 6.500 tonnes et 18 nœuds, la limite maxima de
+la prime sera celle accordée à un bateau de 6.000 tonnes et de 17 nœuds.
+Pour avoir la prime entière, le bâtiment ne doit pas avoir plus de cinq
+ans; au-dessus de cet âge, la prime diminue de 5 pour 100 chaque année.
+Les primes pour le budget 1907-1908 s’élevaient à 11.170.255 yen, soit
+28.484.150 fr. 25.
+
+Des subventions spéciales sont, en outre, accordées à différentes
+Compagnies: ainsi, la Nippon Yusen Kaisha reçoit, pour l’année
+budgétaire 1908-1909, 4.283.707 yen, plus 220.000 yen;
+
+La Toyo Kisen Kaisha reçoit 1.013.880 yen, plus 750.000 yen;
+
+La Japan China Steam Navigation Company reçoit 800.000 yen seulement;
+
+La Osaka Shôsen Kaisha reçoit 491.000 yen, plus 100.000 yen.
+
+Les primes, pour la construction des navires, s’élèvent à 1.995.440 yen.
+
+Un peuple né marin, encouragé de cette façon par le gouvernement, ne
+pouvait pas manquer de se créer rapidement une forte marine marchande,
+et à l’heure qu’il est, les mers d’Asie sont sillonnées de bateaux
+japonais:
+
+Ligne de Yokohama à Shanghaï;
+
+Ligne de Yokohama à Tientsin en passant par les ports de Corée;
+
+Ligne de Nagasaki à Wladiwostok en passant par les ports de Corée;
+
+Ligne de Yokohama à Shanghaï et aux différents ports du Yangtseu jusqu’à
+Hankow et Itchang;
+
+Ligne de Tsuruga à Wladiwostok;
+
+Ligne de Yokohama à Bombay.
+
+Sur l’Europe et l’Amérique:
+
+Ligne de Yokohama à Marseille, Londres et Anvers;
+
+Ligne de Hongkong à San Francisco;
+
+Ligne de Hongkong à Seattle.
+
+Sur l’Australie:
+
+Ligne de Yokohama à Melbourne.
+
+La Toyo Kisen Kaisha avait créé en 1905 un service bisannuel sur
+l’Amérique du Sud, mais elle a abandonné son projet de navigation
+régulière de ce côté.
+
+Ces différentes Compagnies sont loin de faire leurs frais, et c’est la
+prime fournie par l’État qui les maintient.
+
+La Nippon Yusen Kaisha possède un capital de 22.000.000 de yen;
+
+La Osaka Shosen Kaisha un capital de 16.500.000 yen;
+
+La Toyo Kisen Kaisha, un capital de 6.500.000 yen;
+
+Et enfin la Japan China Steamship Cº un capital de 8.100.000 yen.
+
+Ce sont là les quatre principales Compagnies de navigation à vapeur
+faisant le long cours; il existe un nombre assez considérable de petites
+Compagnies pour le cabotage, et que je juge inutile d’énumérer ici.
+
+
+XIII.--Les seuls navires français qui touchent aux ports japonais sont
+ceux des Messageries maritimes; le nombre de nos entrées et de nos
+sorties est donc sensiblement le même; ici comme ailleurs,
+l’insuffisance de la marine française se manifeste. La Compagnie des
+Messageries a bien essayé timidement, il y a quelques années, d’établir
+une ligne de cargo-boats pour l’Extrême-Orient, mais ils sont en trop
+petit nombre. D’un autre côté, par suite de nos règlements maritimes,
+obligeant les Compagnies de bateaux à se servir des inscrits maritimes
+et à avoir un nombre fixe d’officiers et de matelots français, les frets
+sont plus chers sur nos bateaux que sur les autres, et c’est ainsi que,
+dans tout l’Orient, au Japon comme ailleurs, les produits français
+arrivent sous pavillon anglais de Londres et sous pavillon allemand
+d’Anvers. Cette vieille loi des inscrits a vraiment fait son temps; il
+faudrait laisser les Compagnies recruter leur personnel librement, et il
+serait nécessaire aussi de modifier nos règlements de navigation
+relatifs au personnel de nationalité française.
+
+
+XIV.--Le tarif général japonais, mis en vigueur en 1899, après la
+révision des traités, est très lourd pour les produits d’importation
+européenne; le gouvernement japonais a bien, il est vrai, accordé un
+tarif conventionnel pour certains produits à la France, à l’Angleterre,
+à l’Allemagne et aux États-Unis, mais il n’en reste pas moins que, sur
+certains articles, le tarif est pour ainsi dire prohibitif.
+
+Le bétail paye de 10 à 30 pour 100 ad valorem; les conserves de légumes
+40 pour 100; les conserves de fruits 45 pour 100, la chicorée 45 pour
+100 ad valorem;
+
+Les épices (poivre, etc.), 18 yen par 100 livres; la moutarde, 45 pour
+100 ad valorem;
+
+Jambon 14 yen par 100 livres;
+
+Beurre 27 yen, fromage 17 yen, extrait de viande 77 yen par 100 livres;
+
+Comestibles en général, 40 pour 100 ad valorem;
+
+Jus de fruits et sirops, 45 pour 100 ad valorem;
+
+Miel, 50 pour 100 ad valorem;
+
+Confitures, gelées, 13 yen par 100 livres;
+
+Vins en bouteilles, 0,80 sen par litre (plus de 2 francs);
+
+Vins en fûts, 0,30 sen par litre.
+
+Pour la France il existe un tarif conventionnel pour l’importation des
+vins:
+
+Vins n’excédant pas 16° d’alcool pur, 1 yen 24 sen par hectolitre (en
+fûts ou barriques);
+
+0,67 sen par caisse de 14 demi-bouteilles ou 12 bouteilles;
+
+Excédant 16° et n’excédant pas 24°:
+
+0,92 sen (en fûts ou barriques);
+
+0,68 sen par caisse de 24 demi-bouteilles et 24 bouteilles;
+
+Champagnes: 2 yen par litre; toutefois les champagnes français payent 1
+yen 55 par caisse de 24 demi-bouteilles ou 12 bouteilles; toute boisson
+alcoolisée: 0,90 sen par litre; alcool 0,65 sen par litre;
+
+Les crins payent de 7 à 55 et 98 yen par cent livres.
+
+Les produits pharmaceutiques payent très cher.
+
+Filés de coton, 12 pour 100 et 25 pour 100 par 100 livres;
+
+Fil de coton à coudre, 29 yen par 100 livres;
+
+Fil de chanvre 30 pour 100 ad valorem.
+
+Pour l’importation des cotonnades il existe un tarif conventionnel avec
+l’Angleterre; elles payent en général 10 pour 100 ad valorem;
+
+Mousselines de laine grises et blanches, 1 sen 5 rin et 1 sen 8 rin par
+yard carré; les autres genres: 2 sen 1 rin.
+
+Mouchoirs, couvertures, tapis, rideaux et autres tissus de ce genre
+payent 40 et 50 pour 100 ad valorem;
+
+Chemises, gilets, châles, bretelles payent 40 et 50 pour 100 ad valorem;
+
+Métaux précieux et bijoux: 50 et 60 pour 100 ad valorem;
+
+Les métaux, en général, payent moins cher, car le Japon en importe
+beaucoup et il les laisse entrer avec des droits raisonnables;
+
+Les objets mécaniques tels que microscopes, lorgnettes, montres,
+télescopes, phonographes, machines à coudre, machines-outils, ressorts,
+etc., payent de 15 à 20 et 40 pour 100.
+
+En somme on peut dire que le tarif douanier japonais est l’un des plus
+élevés que l’on connaisse, et les agents des douanes savent l’appliquer
+dans toute sa rigueur.
+
+
+
+
+CHAPITRE XV
+
+I. Routes.--II. Chemins de fer. État et compagnies. Rachat des lignes
+par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III. Principales
+lignes.--IV. Tramways.--V. Tarifs des chemins de fer.
+
+
+I.--Les communications, au Japon, se font de deux manières: par les
+routes et les chemins de fer. Les communications par eau sont, en effet,
+à peu près inexistantes, par suite du manque de rivières navigables, et
+elles ne sont guère pratiquées qu’à l’embouchure de certains fleuves, et
+dans leur cours inférieur; la navigation intérieure, telle qu’elle
+existe en Europe, parallèlement aux moyens de communication par terre,
+n’est pas employée au Japon et ne peut l’être, étant donné le système
+orographique du pays, et le peu de longueur et de largeur de ses cours
+d’eau.
+
+Les routes, elles-mêmes, sont peu nombreuses et assez mal entretenues;
+et il ne semble pas que le Gouvernement japonais s’en préoccupe
+beaucoup; il n’y a plus depuis longtemps de ministère des Travaux
+publics; il n’existe pas de corps d’ingénieurs des ponts et chaussées et
+chaque préfecture, chaque ville et village, entretient ses routes un peu
+à sa fantaisie.
+
+Cela tient à ce qu’on ne voyage pas en voiture au Japon; autrefois les
+grands seigneurs et les gens riches circulaient en chaises à porteur; le
+peuple allait à cheval ou à pied, et il suffisait, alors, d’un étroit
+sentier entre les rizières pour pouvoir passer. Depuis l’introduction
+des chemins de fer, tout le monde prend la voie ferrée et le Japon, en
+développant son réseau de fer, n’a pas songé à développer parallèlement
+son réseau de routes.
+
+Ce n’est pas, cependant, qu’il n’existe pas du tout de routes dans ce
+pays; mais, outre qu’elles sont insuffisantes, comme nombre et comme
+largeur, elles sont encore plus insuffisantes comme entretien, et
+pendant la saison des pluies, dans certaines provinces, il est
+impossible de faire passer même un _jinrikisha_ (pousse-pousse). Je vais
+donner ici les principales grandes voies de communication: d’abord les
+routes impériales qui, dès l’antiquité, avaient été établies pour relier
+ensemble les principaux centres de l’Empire. La plus connue des
+Européens est le Tôkaido, qui va de Tokio à Kioto et a 130 lieues de
+longueur; elle est célèbre par les dessins de Hiroshigé, et c’était la
+route la plus fréquentée, autrefois, par les cortèges du Shôgun et des
+Daïmios lorsqu’ils allaient rendre hommage à l’Empereur à Kioto;
+aujourd’hui elle est bien délaissée, par suite de la construction du
+chemin de fer qui la longe constamment, et elle a perdu le cachet vivant
+et affairé qu’elle avait encore il y a seulement une vingtaine d’années.
+
+Elle part de _Nihonbashi_ (le pont du Japon), point central, d’où sont
+calculées les distances, à partir de Tokio, jusqu’à tous les points de
+l’Empire, et, après avoir traversé plusieurs villes et villages, dont
+les plus importants sont Fujisawa, Odawara, Hakone, Shidzuoka,
+Hamamatsu, Atsuta, Yokkaichi, Otsu, arrive à Kioto, où elle a son
+terminus au pont de Sanjô Ohashi.
+
+Le _Nakasendo_, route impériale, part également de Tokio pour aboutir à
+Kioto, mais elle franchit le massif central par le Ken de Nagano
+(Zenkôji), tandis que le Tôkaidô suit la mer. Le Nakasendo a une
+longueur totale de 138 lieues et, de Nihonbashi, se dirige sur Omiya et
+Takasaki (40.000 habitants), puis entre à Kutsukake, dans le Ken de
+Nagano, et, par Shimonosuwa et Fukushima, tombe à Ochiai, Ken de Gifu;
+elle vient aboutir, après avoir franchi Sékigahara et Otsu, à Kioto, au
+pont de Sanjô Ohashi.
+
+Le _Riku u Kaidô_, appelé aussi _Oshu Kaidô_ ou bien _O u kaidô_, va de
+Tokio à Aomori (extrémité nord du Honshu). Cette route a 200 lieues de
+long; elle part de Nihonbashi, passe à Senji près de Tokio, et, à Sôka,
+atteint le Ken de Saitama; à Nakada, elle traverse le Ken de Ibaraki,
+et, à Nogi, le Ken de Tochigi. Elle passe à Nihonmatsu, jolie petite
+ville de 15.000 habitants, dans le Ken de Fukushima, province
+d’Iwashiro, puis atteint Sendai, Ken de Miyagi, province de Rikuzen,
+ville importante de plus de 100.000 habitants. De là, continuant vers le
+Nord, elle passe à Morioka, Ken d’Iwate, province de Rikuchu, ville de
+40.000 habitants, et aboutit enfin à Aomori, Ken d’Aomori, province de
+Mutsu, chef-lieu du Ken et ville de 20.000 habitants.
+
+Le _Akita Kaidô_, de Tokio à Akita, a une longueur de 151 lieues. Elle
+se divise à proprement parler en deux tronçons: l’un de Tokio
+(Nihonbashi) à Yamagata avec une longueur de 95 lieues; l’autre de
+Yamagata à Akita, long de 56 lieues.
+
+La route impériale, _Akita ken michi_, d’une longueur de 52 lieues,
+réunit Akita à Aomori.
+
+Le _Chukoku Kaidô_, route impériale, part d’Osaka pour rejoindre
+Akamagaseki, à l’extrémité Sud-Ouest du Honshû, Ken de Yamaguchi;
+longueur 140 lieues; elle traverse Himeji, Ken de Hiogo, province de
+Harima (35.000 habitants); Okayama, Ken d’Okayama, province de Bizen
+(80.000 habitants); Hiroshima, Ken de Hiroshima, province d’Aki (121.000
+habitants), et se termine à Akamagaseki, petite ville de 35.000 âmes.
+
+Le _Ehime Kaidô_ relie Osaka à Matsuyama; longueur 95 lieues.
+
+Le _Fukui Kaidô_, route impériale, réunit Tokio à Fukui (Ken du même
+nom); sa longueur est de 136 lieues. De Nihonbashi à Atsuta cette route
+se confond avec le Tôkaidô; puis d’Atsuta elle passe à Nagoya, ville
+importante de 290.000 habitants, et, après avoir traversé vingt-cinq ou
+vingt-six petites villes et villages, vient aboutir à Fukui, chef-lieu
+du Ken de Fukui, ville de 50.000 habitants.
+
+Le _Ishikawa Kaidô_ relie Tokio à Kanazawa (Ken d’Ishikawa). Elle se
+divise en trois tronçons: de Tokio (Nihonbashi) à Atsuta, 91 lieues;
+d’Atsuta à Fukui, 45 lieues; de Fukui à Kanazawa, 22 lieues.
+
+Le _Kagoshima Kaidô_, route impériale, part de Kokura au Nord de Kiushu
+pour gagner Kagoshima en passant par Kumamoto: 98 lieues. Une deuxième
+route part de Kokura pour rejoindre Kagoshima, mais cette dernière passe
+par Miyazaki et sa longueur est de 116 lieues.
+
+Le _Kôchi Kaidô_ relie Osaka à Kôchi (35.000 habitants); longueur 89
+lieues.
+
+Le _Kôshû Kaidô_, route impériale très fréquentée et généralement en
+très mauvais état, réunit Tokio à Kofu, sur une longueur de 35 lieues.
+
+[Illustration: Route d’Utsunomiya à Nikkô.]
+
+Le _Nagasaki Kaido_, route impériale, part de Kokura pour rejoindre
+Nagasaki, sur une longueur de 63 lieues; elle passe à travers un pays
+merveilleux très accidenté.
+
+Les deux routes impériales de Tokio à Niigata sont nommées _Niigata
+Kaidô_; l’une passant par Shimidzu, avec une longueur de 88 lieues;
+l’autre par Nagano (Zenkôji) avec une longueur de 112 lieues.
+
+Telles sont les principales grandes routes du Japon praticables à pied
+et à cheval, mais absolument impraticables, dans certaines contrées de
+leur parcours, aux voitures et automobiles. Parfois, sur une certaine
+longueur, dans le voisinage d’une grande ville, la route fait bon effet
+et a quelque ressemblance avec une belle route de France, mais il ne
+faut pas aller trop loin pour tomber dans les ornières et les
+fondrières. Le système actuel des routes et leur répartition dans
+l’Empire ne serait pas mal établi, s’il s’agissait de routes et non,
+comme la plupart du temps, de sentiers tantôt larges, tantôt étroits.
+
+
+II.--Le soin que les Japonais ont négligé de donner à leur réseau
+routier, ils l’ont consacré tout entier à leur réseau ferré.
+Actuellement le Japon est couvert de chemins de fer; le Japonais voyage
+beaucoup, il se déplace très facilement.
+
+Ce fut dès 1869, tout de suite après la restauration impériale, que le
+Gouvernement décida de se mettre à l’œuvre afin de doter le Japon de
+voies ferrées, et il chargea le département des Affaires civiles et
+financières (aujourd’hui supprimé) de préparer des projets. En 1872 le
+premier tronçon fut construit entre Tokio (Shimbashi) et Yokohama;
+presque aussitôt après on relia Kobé à Osaka et Kiôtô par une autre
+ligne. Les voies japonaises sont de un mètre d’écartement.
+
+Pendant de longues années, les deux tronçons Tokio-Yokohama et
+Kobé-Kioto furent les seules voies ferrées existant au Japon; lorsque,
+en 1881, la Compagnie des chemins de fer du Japon (Nippon Tetsudô
+Kaisha) obtint l’autorisation de commencer la ligne Tokio-Aomori.
+C’était, à cette époque, une entreprise qui ne manquait pas d’audace;
+car il était difficile de trouver des ouvriers, les travailleurs
+ordinaires n’étant pas encore expérimentés en ce genre de travaux; de
+plus, la longueur de la ligne nécessitait une mise de fonds importante.
+Malgré toutes les difficultés, le Gouvernement ayant décidé de garantir
+l’emprunt et de donner toute latitude à la Compagnie, les travaux furent
+commencés en 1882 entre Tokio et Mayebashi, et, en 1883, la section
+Tokio (Uyeno)-Kumagaye fut livrée au trafic. Ce fut comme un coup
+d’éperon; l’émulation s’ensuivit et les Compagnies privées de chemins de
+fer, en concurrence avec l’État, se mirent à établir partout des lignes,
+avec une hâte fébrile. Dans toutes les provinces se créèrent des
+sociétés pour la construction et l’exploitation des voies ferrées,
+parfois à peine longues de quelques kilomètres.
+
+Dès 1903, il existait 1.226 milles de lignes appartenant à l’État et
+3.010 milles appartenant à des sociétés privées. Parmi ces dernières, la
+Compagnie des chemins de fer japonais possédait 857 milles; la Compagnie
+des chemins de fer de Kiushu 416 milles et la Compagnie des chemins de
+fer du San yô (Kobe-Yamaguchi), 334 milles.
+
+Afin du reste que le lecteur puisse se rendre compte de la rapidité avec
+laquelle les lignes de chemins de fer se développèrent au Japon, voici
+un tableau explicatif:
+
+ ANNÉES Chemins de l’État. Chemins
+ Au 31 décembre. (En milles anglais). des Compagnies.
+
+ 1872 18 --
+ 1877 65 --
+ 1882 170 --
+ 1887 300 293
+ 1892 550 1.320
+ 1893 557 1.381
+ 1894 580 1.537
+ 1895 593 1.697
+ 1896 631 1.875
+ 1897 661 2.287
+ 1898 768 2.652
+ 1899 832 2.806
+ 1900 949 2.905
+ 1901 1.059 2.966
+ 1902 1.226 3.010
+
+J’ai déjà indiqué que les chemins de fer sont construits sur le gabarit
+de 1 mètre; les wagons sont assez confortables pour des Japonais, mais
+les sleeping-cars, par exemple, sont tout à fait inutilisables pour un
+Européen d’une taille raisonnable. D’ailleurs, en Asie, les seuls wagons
+pratiques et confortables sont ceux de l’Inde britannique; je passe sous
+silence ceux du Tonkin où il n’existe rien de commode pour passer la
+nuit.
+
+Le stock de machines et de wagons peut s’élever aujourd’hui à 1.500
+locomotives, 5.000 wagons à voyageurs et 21.000 wagons à marchandises.
+
+Suivant les relevés de mars 1903, le capital souscrit pour les travaux
+de chemins de fer, s’élevait à 520.830.963 yen. Dans cette somme la part
+de l’État figurait pour 247.655.963 yen, et la part des Compagnies
+privées pour 273.175.000 yen. Mais ces sommes ne représentent pas le
+capital versé; elles représentent le capital nominal. Le capital versé
+fin 1903 peut se figurer ainsi:
+
+Chemins de l’État, 144.395.060 yen.
+
+Chemins des Compagnies, 231.808.970 yen.
+
+En janvier 1905, lors de l’arrivée au pouvoir du cabinet Saionji, le
+Gouvernement, après une délibération très longue et très mûrie, apporta
+aux Chambres un projet de rachat de toutes les lignes de chemins de fer
+par l’État. Présenté à la Chambre des Représentants le 3 mars, le projet
+fut adopté le 16 du même mois à une très grande majorité. A la Chambre
+des Pairs le nombre des Compagnies à racheter d’abord fut réduit de 32 à
+17, mais en somme les deux Chambres votèrent la loi de rachat de tous
+les chemins de fer, la nationalisation des voies ferrée de l’Empire.
+Immédiatement, un bureau spécial, chargé d’opérer le rachat et de
+préparer d’abord les conditions dans lesquelles le rachat devait être
+fait, fut créé par ordonnance impériale Nº 117, en date du 23 mai 1906,
+en principe les 17 compagnies à racheter devaient l’être en 10 ans; mais
+ce long délai a semblé devoir ralentir l’essor dans la construction et
+le développement des voies ferrées, et occasionner de grandes pertes
+financières. Le Gouvernement décida donc de racheter le plus rapidement
+et dans le plus bref délai possible; et le 21 juillet 1906 les lignes
+suivantes furent désignées pour un premier rachat:
+
+ Ligne des charbonneries du Yézo, 1er octobre 1906.
+ -- de Kôbu, 1er octobre 1906.
+ -- de Nippon, 1er novembre 1906.
+ -- de Gan yetsu, 1er novembre 1906.
+ -- de San yô, 1er décembre 1906.
+ -- de Nishinari, 1er décembre 1906.
+
+Plus tard, le 3 avril 1907, les lignes suivantes furent désignées pour
+le rachat qui eut lieu effectivement:
+
+ Lignes de Kiushu, 1er juillet 1907.
+ -- Hokkaido, 1er juillet 1907.
+ -- Kiôtô, 1er août 1907.
+ -- Hankaku, 1er août 1907.
+ -- Hokuyetsu, 1er août 1907.
+ -- Sô Bu, 1er septembre 1907.
+ -- Bô Sô, 1er septembre 1907.
+ -- Nanao, 1er septembre 1907.
+ -- Tokushima, 1er septembre 1907.
+ -- Kwansai, 1er octobre 1907.
+ -- Sangu, 1er octobre 1907.
+
+Toutes ces lignes furent donc rachetées en 1906 et 1907 pour la somme de
+720.878.360 yen comme prix fixe d’achat, augmenté de 61.519.075 yen pour
+supplément de rachat de constructions, de matériel en stock, etc... ce
+qui fait la somme totale de 782.397.435 yen soit 1.995.113.459 fr. 25.
+Ce chiffre indique bien que les chemins de fer japonais sont loin
+d’avoir la valeur des voies ferrées européennes.
+
+En dehors des lignes précédentes rachetées par l’État et qui constituent
+le principal réseau ferré de l’Empire, il existe encore plusieurs
+petites lignes qui continuent à fonctionner en dehors de l’État, entre
+les mains de sociétés particulières. Ce sont les lignes de:
+
+Bisei, 15 milles; tête de ligne: Tsushima (Ken d’Aichi);
+
+Chugoku, 48 milles; tête de ligne: Okayama;
+
+Chuyetsu, 83 milles; tête de ligne: Shimôseki (Toyama);
+
+Hakata wan, 15 milles; tête de ligne: Fukuoka Ken;
+
+Iyo, 26 milles; tête de ligne: Matsuyama;
+
+Iôbu, 24 milles; tête de ligne: Saitama ken;
+
+Kanan, 10 milles; tête de ligne: Osaka fu;
+
+Kawagoye, 18 milles; tête de ligne: Kawagoye (Saitama);
+
+Kôtsuke, 21 milles; tête de ligne: Takasaki;
+
+Kôya, 17 milles; tête de ligne: Mukai (Osaka);
+
+Mito, 12 milles; tête de ligne: Mito;
+
+Nankai, 42 milles; tête de ligne: Osaka;
+
+Narita, 45 milles; tête de ligne: Narita (Chiba ken);
+
+Ome, 13 milles; tête de ligne: Ome (Tokio);
+
+Omi, 26 milles; tête de ligne: Shiga Ken;
+
+Riugasaki, 2 milles; tête de ligne; Riugasaki (Ibaraki);
+
+Sano, 9 milles; tête de ligne: Tochigi Ken;
+
+Tôbu, 42 milles; tête de ligne: Tokio;
+
+Toyokawa, 17 milles; tête de ligne: Toyohashi;
+
+Zusô, 10 milles; tête de ligne: Tokio;
+
+La construction de ces différentes lignes a coûté 997.250.000 yen.
+
+D’une manière générale les voitures sont construites au Japon; seul le
+matériel en fer ou acier est acheté à l’étranger, ou fabriqué soit à la
+compagnie de construction de wagons d’Osaka, soit à celle de Nagoya,
+soit enfin à celle d’Amano, près de Tokio. Quant aux machines
+locomotives et à toutes les pièces délicates elles viennent de
+l’étranger, soit d’Allemagne: A. Bourrig, Berlin; Berliner machinen
+action Gesellschaft;
+
+Soit des États-Unis d’Amérique: Brooks Loco; Cooke Loco; Pittsburg Loco.
+
+Soit de Belgique: Société John Cockerill.
+
+Soit d’Angleterre: North British Loco Cº; Vulcan Foundry; Kitson et Cº,
+Leeds.
+
+Aucun matériel n’est fourni par la France, et il n’est pas difficile de
+comprendre pour quels motifs. Un seul serait d’ailleurs suffisant: c’est
+que les prix de revient de notre industrie sont tellement au-dessus de
+ceux des autres pays industriels que nous ne pouvons rien écouler à
+l’étranger.
+
+
+III.--Le voyageur, à l’heure actuelle, circule par tout le Japon en
+chemin de fer; il n’y a guère d’endroits que l’on ne puisse atteindre ou
+tout au moins dont on ne puisse approcher par ce mode de locomotion. Si
+nous prenons Tokio comme point central, pour nous diriger vers le Nord
+nous avons la grande ligne de Uyeno (station du chemin de fer du Nord à
+Tokio), à Aomori, qui passe par Sendai et Morioka, et dessert une foule
+de localités sur son parcours.
+
+D’Aomori la ligne s’incurve vers le Sud et redescend la côte occidentale
+jusqu’à Akita. Au Sud, la ligne du Tokaidô part de Shimbashi (station du
+chemin de fer du Sud à Tokio), et arrive à Kiôtô en passant par Nagoya
+et desservant un certain nombre de villes importantes comme Numadzu,
+Shidzuoka, Hamamatsu; de Kiôtô la voie se dirige sur Osaka et Kobe, et,
+de ce dernier port, elle repart jusqu’à Yamaguchi, à l’extrémité
+Sud-Ouest du Honshu. Si l’on traverse le bras de mer qui sépare
+Shimonoseki de Môji, on peut reprendre la voie ferrée qui conduira
+jusqu’à Nagasaki. Ainsi du Nord au Sud, dans toute sa longueur, le Japon
+est desservi par une ligne ferrée qui constitue comme l’immense arête de
+laquelle les lignes secondaires partent en différents sens sur tous les
+points du territoire. Des voies transversales conduisent ainsi jusqu’à
+Niigata par Takasaki en venant de Tokio; et jusqu’à Kanazawa et Fukui en
+partant de Kiôtô par Komehara. De Tokio également, une ligne centrale va
+sur Fukushima et de là sur Akita, rejoignant Aomori et la ligne de
+Sendai-Tokio.
+
+L’île de Yezo possède quelques lignes qui rendent le voyage à travers le
+pays moins pénible qu’il n’était autrefois; de Hakodate, à Otaru, à
+Sapporô; puis jusqu’au centre de l’île, à Asahigawa; de là à Tokachi;
+d’autres prolongements sont en projet.
+
+L’île de Shikoku n’est pas encore très bien pourvue de voies ferrées;
+deux petites lignes seulement existent, à Takamatsu et à Tokushima.
+
+Le voyage en chemin de fer au Japon est toujours très agréable, parce
+qu’on traverse généralement des paysages pittoresques et gais. Et quand
+on a ainsi parcouru la plus grande partie de l’Empire du Soleil Levant,
+à la saison des cerisiers ou des chrysanthèmes, au milieu des sourires
+de la nature et des habitants, on se laisse prendre à cette amabilité
+jusqu’à ce qu’on ait appris à mieux connaître. Le voyageur européen qui
+ne veut pas manger le _bentô_ du buffet (_bentô_: déjeuner; petite boîte
+bien nette et blanche en bois, renfermant du riz et des assaisonnements,
+et vendue aux buffets des gares) devra emporter des provisions. Mais
+c’est une inutile complication, il est si facile de s’habituer à manger
+à la japonaise; ce qu’on vous sert est toujours très propre et très
+appétissant.
+
+
+IV.--Les tramways électriques, en ville et hors des villes, ont pris
+depuis quelque temps une grande extension; actuellement on compte huit
+Compagnies de tramways électriques, chacune possédant un capital de
+500.000 yen au moins; le total du capital versé se monte à 37.075.000
+yen. D’autres Compagnies également, avec un capital au-dessous de
+500.000 yen chacune, dont l’ensemble donne un chiffre total de
+40.143.110 yen, se sont formées, mais beaucoup d’entre elles ne
+fonctionnent pas encore. Cependant, pour donner une idée de la quantité
+relativement grande de lignes électriques de transport dans tout le
+Japon, en voici la liste complète:
+
+ Compagnie des trains électriques de Tokio;
+ -- de Kei Hin (Tokio-Yokohama);
+ -- de Yokohama;
+ -- de Odawara;
+ -- de Hanshin;
+ -- de Kioto;
+ -- de Nagoya;
+ -- de Ise.
+
+Toutes ces lignes sont ouvertes au trafic.
+
+Les lignes en construction, mais qui ne sont pas encore ouvertes au
+trafic, sont les suivantes:
+
+ Compagnie des trains électriques de Kobé;
+ Compagnie de Tokio-Narita (Kei-Sei);
+ -- Kioto-Osaka (Kei-Han);
+ -- Kei-so;
+ -- Oji;
+ -- Gan Han;
+ -- Musashi;
+ -- Mito;
+ -- Mino-o;
+ -- Buso;
+ -- Nara;
+ -- Awaji;
+ -- Niigata;
+ -- Shimonoseki (Bakan);
+ -- Hachiman (Kioto);
+ -- Mino;
+ -- Ina;
+ -- Yawata (Fukuoka);
+ -- Horinouchi;
+ -- Shingu;
+ -- Otsu-Kioto (Kei-Shin);
+ -- Jômô;
+ -- Shintatsu;
+ -- Okayama;
+ -- Shiobara;
+ -- Môji;
+ -- Maidzuru;
+ -- Toban;
+ -- Otsu.
+
+La longueur de ces lignes va de 13 à 45 milles anglais; la Compagnie des
+tramways électriques de Kiôtô, par exemple, a 15 milles, et celle de
+Tokio a 45 milles.
+
+
+V.--Le tarif sur les chemins de fer japonais n’est pas très élevé, il
+l’est cependant un peu plus que le tarif français. Jusqu’à une distance
+de 50 milles, le voyageur paye 1 sen 65 centièmes par mille; jusqu’à 100
+milles, il paye 1 sen 40 centièmes par mille; jusqu’à 200 milles, 1 sen
+10 centièmes par mille; jusqu’à 300 milles, 0,20 centièmes de sen; et
+au-dessus de 300 milles, 0,82 centièmes de sen par mille. Ce prix est le
+prix de la troisième classe; pour avoir le prix de la deuxième classe,
+il faut prendre une fois trois quarts le prix de la troisième classe; et
+pour le prix de la première classe trois fois le prix de la troisième
+classe. Chaque voyageur de première classe a droit à 100 livres
+japonaises (kin = 600 gr.) de bagages; chaque voyageur de deuxième a
+droit à 60 kin; et celui de troisième à 30 kin.
+
+Pour les transports de marchandises en général, le tarif est de 2 à 5 et
+7 rin (10 rin = 1 sen), par tonne; mais pour les graines, engrais,
+sucre, farine, bière, oranges, charbon de bois, patates, le tarif va de
+2 sen par tonne jusqu’à 50 tonnes à 1 sen par tonne au-delà de 300
+tonnes; avec un prix intermédiaire de 1 sen 7 rin pour 100 tonnes, et 1
+sen 4 rin pour 200 tonnes.
+
+
+
+
+CHAPITRE XVI
+
+I. Mines, dans l’antiquité; au XVe siècle; époque moderne.--II.
+Géologie, terrains.--III. Mines en exploitation.--IV. Quelques mines de
+charbon.--V. Pétrole.--VI. Divers, graphite, soufre.--VII. Les mineurs,
+les règlements miniers.--VIII. Administration des mines.--IX. Les mines
+en 1908; le socialisme parmi les ouvriers.--X. Rendement du cuivre et du
+charbon.
+
+
+I.--En même temps que se développait le trafic maritime, les voies de
+chemins de fer et l’industrie en général, l’industrie spéciale des mines
+devenait, elle aussi, un des facteurs importants de la richesse
+nationale.
+
+On ne sait rien d’exact en ce qui concerne l’origine de l’industrie
+minière au Japon, mais l’histoire rapporte que, dès le VIIe ou le VIIIe
+siècle, l’or, l’argent, le cuivre, le charbon et le pétrole étaient
+connus et retirés du sol. Au commencement du IXe siècle, les mines d’or
+d’Ikuno, la mine d’argent de Handa, la mine de plomb argentifère de
+Hosokura et les deux mines de cuivre de Yoshioka et Osaruzawa furent
+ouvertes. Au XVe siècle, et au temps des Shôgun Tokugawa, d’importantes
+mines furent également livrées à l’exploitation, parmi lesquelles sont
+comprises les mines d’or et d’argent de Sado, Innai, Kamioka, Mozumi,
+Serigano, Yamagano et Shikakago; la mine d’argent et de cuivre de
+Kosaka; les mines de cuivre d’Ashio, Besshi, Ani, Arakawa, Hibira et
+Omodani; la mine d’antimoine d’Ichinokawa; la mine de plomb argentifère
+de Kuratani; la mine d’étain de Taniyama; la mine de fer de Kamaishi; et
+les mines de charbon de Miike, Takashima et Akaike. Bien entendu, à ces
+époques reculées, le travail des mines était fait d’une façon tout à
+fait rudimentaire et personne ne s’en occupait avec méthode. Ce n’est
+qu’après la restauration impériale de 1868 que l’industrie minière a
+fait de réels progrès au Japon.
+
+Le Gouvernement, en effet, songeant avec raison de quelle utilité et de
+quel profit pourrait être pour le pays l’extraction des richesses de son
+sous-sol, protégea et encouragea le développement de l’industrie
+minière; et, en conséquence, il engagea, à l’étranger, des ingénieurs
+des mines, des géologues, des professeurs. En même temps, il prenait à
+son compte le travail des principales mines et il appliqua à cette œuvre
+les méthodes occidentales, avec l’idée de faire de ces mines des modèles
+sur lesquels pourraient se baser ceux qui voudraient entreprendre
+l’industrie minière à leur compte. Depuis ce temps des progrès
+importants ont été accomplis et le rendement des mines n’a cessé
+d’augmenter, notamment pour les mines d’or et d’argent de Sado et
+d’Ikuno et la mine d’argent d’Innai. Lorsque les sociétés privées
+prirent un développement suffisant, le Gouvernement leur passa au fur et
+à mesure les mines qu’il exploitait lui-même, se réservant seulement
+celles dont il jugeait avoir besoin pour les entreprises nationales.
+Enfin il édicta des lois et réglements qui, mis en pratique en 1892,
+définirent nettement les droits des propriétaires et exploiteurs de
+mines et leur assurèrent aide et protection; de jeunes ingénieurs
+revenus d’Europe avec les connaissances spéciales en ces matières furent
+mis à la tête des différents services miniers, et ils provoquèrent de
+rapides progrès dans cette branche de l’industrie japonaise.
+
+
+II.--La formation géologique du Japon peut être indiquée comme suit, en
+prenant 100 comme total.
+
+ I. FORMATION DES TERRAINS
+
+ Période azoïque 3.78
+ Période paléozoïque 10.24
+ Période secondaire 7.95
+ Période tertiaire 45.84
+
+ II. ROCHES IGNÉES
+
+ Période ancienne 11.27
+ Période moderne 20.92
+ ------
+ Total 100.00
+
+En d’autres termes, la proportion des terrains sédimentaires par rapport
+aux roches ignées est de 2 à 1 pour la superficie totale, tandis que
+dans les formations sédimentaires, celles qui appartiennent à la période
+tertiaire, sont dans la proportion de 1 à 2.
+
+Les formations géologiques des îles japonaises peuvent être définies par
+un arc de cercle s’étendant de l’île de Yézo au Nord-Ouest jusqu’à
+Kiushu au Sud-Ouest; par la chaîne du Riukiu et le système montagneux de
+Formose. Cet arc de cercle Nord-Sud et la chaîne du Riukiu sont inclinés
+vers le Sud-Ouest. Le côté extérieur de l’arc, celui qui fait face à
+l’Est, est comparativement parfait au point de vue de la formation
+géologique, les terrains qui le composent étant répartis d’une manière
+symétrique.
+
+Le côté intérieur de l’arc, celui qui fait face à l’Ouest, est très
+compliqué dans sa formation géologique et abonde en crevasses, en
+dislocation des couches et en roches éruptives. Dans ces circonstances,
+la distribution des minerais de valeur et la condition et l’état des
+dépôts sont spéciales à chacun des côtés de l’arc. Généralement, on
+trouve les veines minérales dans la région située dans l’arc intérieur
+et aussi dans les roches éruptives ou les couches traversées par lui;
+tandis que les couches minérales se rencontrent en plus grand nombre
+dans la région extérieure de l’arc. A Formose l’extérieur de l’arc fait
+face à l’Est et la formation est relativement symétrique, sauf au Nord,
+cependant, où elle est très diffuse par suite d’une coupe brusque qui la
+sépare des Riukiu; c’est dans ce district Nord qu’on trouve beaucoup de
+veines de minerais.
+
+Quelques couches de minerais se sont montrées bien formées dans certains
+terrains au niveau de la mer.
+
+
+III.--Les principales mines, actuellement en exploitation, sont:
+
+Mines d’or: Hashidate dans l’Echigo; Yamagano à Satsuma; Zuihô et
+Kinkwaseki à Formose.
+
+Mines d’argent aurifères: Aikawa à Sado; Ikuno à Tajima; Innai à Ugo;
+Ponshikaribetsu dans l’île de Yezo;
+
+Mines de cuivre: Ashio dans Shimodzuke; Osaruzawa, Ani et Arakawa dans
+Ugo; Okoya à Koga; Obiye à Bitchu;
+
+Mines de plomb: Hosokura à Rikuzen; Kamioka à Hida;
+
+Mines d’antimoine: Ichinokawa à Iyo;
+
+Mines d’étain: Taniyama à Satsuma.
+
+De toutes les mines productrices de métaux existant au Japon, les mines
+de cuivre sont les plus riches, et on en découvre assez souvent de
+nouvelles; le cuivre japonais est, paraît-il, spécial en ce sens qu’il
+renferme plus ou moins d’or et d’argent.
+
+Les principales mines, autres que les mines productrices de métaux, sont
+celles de charbon et de pétrole. Le charbon japonais est généralement
+bitumineux; les principales veines se trouvent dans le terrain
+tertiaire. Cependant quelques anthracites sont extraits des terrains
+secondaires dans les provinces de Nagato, Kii et Higo, mais ils sont
+insignifiants comme quantité et comme valeur. C’est dans les couches
+récentes du terrain tertiaire que se montrent les riches dépôts de
+charbon. Les principaux sont: ceux de l’île de Kiushu et de l’île de
+Yezo et aussi ceux des provinces de Hitachi et d’Iwaki. Les dépôts
+carbonifères de Kiushu comprennent les provinces de Chikuzen et Buzen,
+Chikugo (Miike) et Hizen.
+
+
+IV.--Hokkaido (île de Yezo). Les mines de charbon de Sorachi furent les
+premières découvertes dans le bassin de l’Ishikari. Dans les mémoires de
+Matsura qui fit une exploration complète du Hokkaido, et des autres
+régions du Nord du Japon vers 1855, il est fait mention d’une trace
+houillère sur les rives de la rivière Sorachi. Environ trois ans plus
+tard, un individu nommé Kimura découvrit un autre gisement carbonifère à
+Poronai, alors qu’il était occupé à couper des arbres. Mais ce fut un
+Américain, M. Lyman, qui fut chargé de la prospection définitive. En
+1876, la Direction de la colonisation du Hokkaido confia à cet ingénieur
+le travail de prospection dans les terrains houillers de Sorachi,
+Poronai et des environs. Son rapport signala la présence de la houille
+dans le district de Yubari. En 1879 on creusa un puits à Poronai, mais
+ce ne fut qu’à la fin de 1883 que l’extraction commença régulièrement.
+De ce moment jusqu’à 1890, le Gouvernement exploita la mine à son
+compte; mais cette année-là même il vendit les mines de Sorachi,
+Ikushumbetsu et Yubari à la Compagnie du chemin de fer et charbonnages
+du Hokkaido (Hokkaido Tankô Tetsudo Kaisha), qui venait de se
+constituer. Depuis lors c’est cette Compagnie qui continue
+l’exploitation.
+
+Les charbonnages existent dans les deux districts de Yubari et Sorachi,
+dans la province d’Ishikari; les veines sont plus considérables à
+Yubari; elles s’étendent sur une longueur de 8 kilomètres, avec une
+profondeur variant de 6 à 25 pieds.
+
+A Sorachi on constata la présence de 13 veines, chacune mesurant 6 pieds
+de profondeur.
+
+A Poronai on a découvert une vingtaine de veines de différentes
+longueurs et épaisseurs, mais on ne peut en exploiter que cinq. Les
+produits sont bons, et ceux de Sorachi et Yubari peuvent être employés
+pour faire du gaz et du coke.
+
+Ces mines sont exploitées à l’européenne, et emploient environ 4.000
+ouvriers. Le charbon est amené aux ports de Otaru et Mororan où quatre
+vapeurs appartenant à la Compagnie le transportent à destination.
+
+Chiku Hô.--Les charbonnages de Chiku Hô produisent plus de la moitié des
+charbons de tout l’Empire; les houilles sont de qualité moyenne et
+bitumineuses. En certains endroits, par suite de la présence de dépôts
+volcaniques, la houille a été changée naturellement en coke. Bien qu’on
+ignore la date exacte de la découverte de ces mines, il est fort
+probable qu’elles étaient déjà connues il y a au moins deux cents ans;
+mais ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle qu’on a commencé à exploiter
+le charbon. A cette époque on se bornait à enlever la couche supérieure,
+et ce n’est qu’en 1881 qu’une machine à vapeur fut installée à la mine
+de Katsuno et que l’extraction commença à la manière européenne. Cette
+méthode fut successivement appliquée aux mines de Namazada, Shin nin,
+Meiji, Akaike.
+
+Vers 1889 certaines parties des houillères furent réservées à l’État à
+Tagawa et à Kurate; puis le ministère de l’Agriculture et du Commerce,
+de qui dépendait le service des mines, émit des règlements pour
+encourager la formation de grandes Compagnies d’exploitation. Enfin le
+réseau de voies ferrées, à travers l’île de Kiushu, apporta des
+facilités considérables pour diriger la houille vers les ports de Moji
+et de Wakamatsu.
+
+Les charbonnages de Chiku Hô s’étendent sur les cinq districts de
+Tagawa, Kurate, Kaho, Onga, Kasuya et mesurent 45 kilomètres du Nord au
+Sud et de 15 à 25 kilomètres de l’Ouest à l’Est. Mais les charbons
+extraits ne sont pas de qualité supérieure.
+
+Miike.--La découverte de ces charbonnages remonte à 400 ans. De 1873 à
+1887 ce fut le Gouvernement qui entreprit l’exploitation; mais, en 1890,
+la Compagnie Mitsui en obtint la concession et travailla la mine avec
+une activité qui ne s’est pas démentie jusqu’à ce jour. Cette dernière
+s’étend sur une longueur de 15 kilomètres Nord-Sud et de 5 kilomètres
+Est-Ouest, dans les deux préfectures de Fukuoka et Kumamoto.
+
+Le charbon est un peu meilleur que le précédent et peut servir à faire
+du gaz et du coke. La mine emploie 6.000 ouvriers, et elle arrive à
+fournir 4.000 tonnes dans les vingt-quatre heures.
+
+Takashima.--Il y a déjà deux siècles que le dépôt carbonifère de
+Takashima est connu; en 1817, la mine se trouvait aux mains du daïmio de
+Saga, mais, à cette époque, personne ne se souciait des mines de
+charbon, puisqu’on en ignorait l’usage. Ce n’est donc qu’en 1867 qu’on
+essaya pour la première fois l’exploitation en règle. Six ans après le
+Gouvernement reprit la mine, puis la repassa au comte Goto, et en 1881
+elle fut achetée par la Compagnie Mitsubishi qui la détient encore
+actuellement. Elle débuta par un rendement de 1.200 tonnes, puis
+commença à décliner, lorsqu’on découvrit, en 1898, de nouvelles veines à
+Hajima.
+
+Les galeries se trouvent, pour la plupart, au-dessous du lit de la mer,
+ce qui demande une ventilation constante; aussi le ventilateur de
+Takashima fournit-il 50.000 pieds cubes d’air à la seconde, et celui de
+Hajima 120.000 pieds cubes. La mine est placée dans le district de
+Nagasaki et comprend les trois petites îles de Takashima, Hajima,
+Nakanoshima situées à sept milles marins du port de Nagasaki. Depuis
+1881 elle a fourni plus de 7.000.000 de tonnes de charbon.
+
+
+V.--Le pétrole existe au Japon presque exclusivement dans les terrains
+de formation tertiaire: on le trouve au Hokkaido, dans le nord du
+Honshu, et dans les provinces de Echigo, Shinano et Totomi. Le principal
+centre de production est la province d’Echigo qui renferme les cinq
+puits principaux de Higashiyama, Nishiyama, Amaze, Niitsu et Kubiki,
+dont les deux premiers sont les plus importants. A Higashiyama, l’huile
+est généralement trouvée depuis 20 jusqu’à 300 mètres de profondeur. Le
+puits d’Amaze va jusqu’à 854 mètres de profondeur, et la qualité de
+l’huile de ce puits est la meilleure; malheureusement il commence à
+fournir beaucoup moins. Nishiyama produit une huile inférieure à celle
+d’Amaze, et la couche de pétrole se rencontre à 200 mètres de
+profondeur.
+
+C’est dans la septième année de l’Empereur Tenchi (668 ap. J.-C.) que le
+pétrole fut découvert dans la province d’Echigo. Les chroniques
+rapportent, en effet, qu’à cette époque, de la _terre brûlante_ et de
+_l’eau brûlante_ furent présentées à la cour impériale; mais on ne sut
+qu’en faire. Ce n’est qu’en 1875 que les mines de Kubiki et de Niitsu
+prirent une importance commerciale. La Compagnie japonaise des pétroles
+commença en 1890 à extraire l’huile par les procédés européens, et elle
+découvrit ensuite les couches schisteuses de Nagamine, Kamada, Hire et
+Urase, ce qui lui permit de développer son entreprise et d’arriver à
+fournir en 1902 environ 500.000 barils de pétrole.
+
+
+VI.--Le graphite existe au Japon dans les rocs schisteux, en lames, ou
+bien dans les rocs stratifiés, en blocs; bien qu’il y en ait une grande
+quantité on l’a jusqu’à présent à peu près négligé.
+
+Le Japon, étant un pays essentiellement volcanique, est très riche en
+soufre et on en rencontre des dépôts très considérables. Les principales
+mines de soufre se trouvent dans la province de Rikuchu, à Tsurugizan;
+et, dans le Hokkaido, à Iwaonobori et Ransu. Les dépôts alluvionnaires
+sont de deux sortes: d’or dans le district de Yesashi au Hokkaido et de
+fer à Chûgoku. Les premiers sont détachés de roches de quartz aurifère
+appartenant à la période secondaire et déposés dans les lits des
+rivières, les seconds sont la décomposition du minerai de fer.
+
+
+VII.--Il peut y avoir aujourd’hui, approximativement, 250.000 mineurs au
+Japon. Ce nombre comprend les mineurs, les porteurs, les piocheurs, les
+fondeurs, les hommes employés aux machines, aux foyers et aux pompes. La
+plupart d’entre eux sont satisfaits de leur sort; ils appartiennent
+généralement au district où la mine est située: cependant nombre d’entre
+eux viennent des provinces éloignées avec leurs familles et s’installent
+là jusqu’à leur mort. Avec l’accroissement incessant de la population au
+Japon, la main-d’œuvre ne manque jamais. Ces mineurs vivent généralement
+dans des maisons fournies par les employeurs; ceux qui ont leurs
+familles, dans des chambres séparées, et les célibataires dans des
+espèces de grands dortoirs. Inutile de dire que ces installations sont
+très sommaires et que les ouvriers et ouvrières sont excessivement mal
+logés et encore plus mal nourris. La nourriture leur est vendue par la
+mine; une nourriture insuffisante, à des prix très faibles, il est vrai,
+mais avec défense d’aller se nourrir ailleurs. Ceci a pour but de les
+empêcher de réclamer des augmentations de salaires, ce qui ne manquerait
+pas d’arriver si les ouvriers se nourrissaient convenablement au dehors;
+car leurs gages actuels n’y suffiraient pas. Ici comme dans l’industrie,
+le sweating system est appliqué en grand et il faut que le peuple
+japonais meure littéralement de faim pour s’y soumettre sans murmurer.
+Il finira, d’ailleurs, probablement par se révolter, et l’explosion de
+colère qui s’est manifestée dans les mines d’Ashio, il y a deux ou trois
+ans, et où le directeur fut assommé, n’est sans doute que le
+commencement d’une protestation générale contre le régime employé
+vis-à-vis des ouvriers.
+
+Ce n’est pas que les patrons ne garantissent les risques d’accident et
+de maladie, et ne se chargent de payer les funérailles en cas de décès;
+mais c’est là un minimum de responsabilité auquel il leur serait bien
+difficile de se soustraire. Quant à l’ouvrier et à l’ouvrière bien
+portants, ils sont pressurés abominablement et reçoivent à peine de quoi
+se suffire.
+
+Jusqu’en 1890 le Gouvernement japonais se réservait soit le droit
+d’exploiter lui-même, soit le droit d’accorder une concession minière à
+un individu moyennant une redevance annuelle; depuis, le système des
+concessions permanentes a prévalu et c’est ainsi que, grâce à la
+formation de grandes Compagnies minières, le développement de
+l’exploitation a été de plus en plus considérable.
+
+Au début, il était interdit à un étranger d’exploiter une mine au Japon;
+il ne pouvait même pas faire partie d’une société minière japonaise, de
+sorte que le privilège d’exploitation était uniquement réservé aux
+sujets de l’Empire. En 1900 la loi fut modifiée, et elle permit à un
+étranger de mettre en valeur une mine, soit seul, soit de concert avec
+des Japonais, pourvu, naturellement, que la société, formée en vue de
+l’exploitation, fût soumise aux lois et règlements japonais. Je ne crois
+pas que des Européens aient jamais profité de cette latitude.
+
+La législation japonaise ne reconnaît pas le droit de priorité de
+découverte; et le droit de faire des essais de forage est accordé au
+premier qui en a présenté la demande. Il est valable un an, il est
+renouvelable pour une autre année si cela est reconnu nécessaire. Enfin
+le droit d’essai ne peut être ni cédé ni hypothéqué; seule la concession
+permanente peut être vendue ou hypothéquée.
+
+Autrefois la concession n’était accordée que pour une durée de quinze
+ans; cette circonstance, ajoutée à l’impossibilité, alors existante,
+d’hypothéquer la mine, a été, pendant longtemps, une entrave au
+développement de l’industrie minière; aujourd’hui que ces deux défauts
+de la législation ont été supprimés, les concessionnaires et les
+capitalistes ont pu engager de fortes sommes dans l’exploitation du
+sous-sol.
+
+La superficie d’une concession minière est de 10.000 tsubo (1 tsubo =
+3,30 m. q.) pour le charbon et de 3.000 tsubo pour les autres minerais;
+et elle peut atteindre jusqu’à 600.000 tsubo dans les deux cas. Dans le
+cas où plus de deux concessionnaires s’associent, la limite maxima peut
+dépasser 600.000 tsubo.
+
+Le concessionnaire est obligé, avant de commencer le forage, de
+soumettre ses plans au chef du bureau de l’inspection des mines; la
+concession peut être retirée par le ministre de l’Agriculture et du
+Commerce si le travail y est suspendu pendant plus d’une année; tous les
+six mois le concessionnaire est obligé de fournir un état de la
+situation de la mine; toute association ou tout partage de concession
+doit recevoir l’approbation de l’inspecteur du bureau des mines.
+
+Quant au propriétaire du terrain sur lequel est située la mine, il doit
+recevoir une juste compensation en loyer pour la terre et des
+dommages-intérêts pour l’installation des puits, des machines, des
+tramways, voies ferrées, etc.; il peut exiger le rachat de sa terre au
+bout de trois ans; s’il s’élève des différends entre lui et le
+concessionnaire, la question est portée d’abord devant l’inspecteur du
+bureau des mines, puis devant le ministre de l’Agriculture et du
+Commerce, enfin devant les tribunaux. En vue de la protection des
+intérêts publics et privés, des règlements spéciaux sur la police des
+mines ont été édictés, et sont rendus applicables par l’inspection du
+bureau des mines et par le ministère de l’Agriculture et du Commerce.
+Voici les principaux articles:
+
+Sécurité des constructions dans la mine et hors de la mine;
+
+Protection de la vie et de la santé des ouvriers;
+
+Protection de la surface et des intérêts publics;
+
+Tout ce qui serait nuisible à l’intérêt public peut être supprimé par
+ordre de l’inspecteur sous peine de suspension;
+
+L’usage des explosifs, les dispositions pour la ventilation, les
+ouvrages souterrains, la construction des cheminées, des chaudières, des
+fonderies, etc., sont soumis à des règles strictes pour éviter les
+accidents. En outre une protection spéciale est accordée aux ouvriers;
+la nature du travail, les heures de travail, le travail des femmes et
+des mineurs, tout est réglé minutieusement; et le concessionnaire est,
+(du moins sur le papier), obligé de se conformer aux décisions de
+l’inspecteur du bureau des mines.
+
+Les taxes à payer sur les concessions minières sont de deux sortes: taxe
+sur la concession et taxe sur le rendement brut; la première est de 30
+sen par 1.000 tsubo et la deuxième de 1 pour 100 de la valeur du
+rendement. Cette dernière est fixée d’après les prix des principaux
+marchés. Il y a toutefois une quote officielle pour l’or, l’argent, le
+cuivre, le plomb, l’antimoine, le charbon et le pétrole.
+
+Les recherches des minerais dans les sables d’alluvions sont soumises à
+un régime un peu différent; ici, en effet, le droit de priorité est
+accordé au propriétaire de la terre où se trouvent les minerais. Mais,
+si le propriétaire ne veut pas travailler le minerai, il est obligé de
+donner la permission à celui qui veut le faire; à condition
+naturellement d’être rémunéré d’une façon convenable. Les recherches
+dans les terrains alluvionnaires ne sont permises qu’aux sujets
+japonais; aucun Européen, soit pour son compte, soit pour le compte
+d’une société, n’est autorisé à entreprendre ce travail.
+
+
+VIII.--L’administration des mines présente, cela va de soi, des
+caractères spéciaux et elle est forcément différente de l’administration
+générale des autres industries. Les fonctionnaires chargés des affaires
+de la direction des mines doivent posséder des connaissances spéciales
+et particulières sur toutes les questions qui s’y rapportent. Ils
+doivent en effet savoir:
+
+Les règlements concernant l’établissement d’une concession; son retrait;
+le droit de transfert; l’obligation pécuniaire pour le concessionnaire;
+
+Les règlements relatifs au forage d’essai; à l’approbation des plans; à
+l’affermage de la surface; à l’association de plusieurs concessionnaires
+ou à la division d’une concession en plusieurs sociétés;
+
+Les règlements de police spéciaux aux mines, tels que ceux relatifs aux
+intérêts du public, aux intérêts des ouvriers; à la sécurité des mines
+et à la solidité des constructions;
+
+Ils doivent aussi être prêts à juger équitablement tous les différends
+qui peuvent se produire entre les propriétaires du terrain et les
+concessionnaires des mines.
+
+L’administration des affaires minières est divisée en deux sections:
+
+1º La direction centrale des mines, rattachée au ministère de
+l’Agriculture et du Commerce;
+
+2º Cinq directions locales à la tête desquelles se trouvent cinq
+inspecteurs nommés par le même ministère. Les directions locales ont le
+pouvoir de surveiller toutes les affaires minières dans leur juridiction
+et, suivant la gravité des cas, elles traitent les questions soit sous
+leur responsabilité, soit en en référant au département de l’Agriculture
+et du Commerce.
+
+
+IX.--Le nombre total des demandes de concessions minières pour 1908 a
+été de 4.663; c’est beaucoup moins que les années précédentes; et, dans
+le nombre, il y a une quantité de demandes pour concessions qui
+n’aboutiront jamais. Le chiffre total de production minière a été, pour
+cette même année, de 103.167.395 yen, en diminution de 3.659.626 yen sur
+l’année précédente.
+
+Charbon: 14.468.669 tonnes, pour une valeur de 61.963.500 yen;
+
+Cuivre: 67.805.639 livres, pour une valeur de 2.242.983 yen;
+
+Pétrole: 1.639.357 koku, pour une valeur de 6.475.460 yen;
+
+Argent: 31.259 kwamme pour une valeur de 4.265.717 yen;
+
+Or: 829 kwamme, pour une valeur de 4.147.485 yen;
+
+Fer: Saumons: 39.938 tonnes, et acier 1.668 tonnes, pour une valeur de
+1.927.245 yen;
+
+Soufre: 53.815.077 livres, pour une valeur de 766.816 yen;
+
+Le nombre des Compagnies minières, à la fin de 1908, était de 205, avec
+un capital total de 175.809.650 yen; (capital versé: 119.390.800 yen).
+
+Il y a eu un commencement de grève dans les mines de charbon de
+Takashima et aussi dans quelques autres mines; mais cela a été sans
+gravité; il est cependant incontestable que l’ouvrier des mines,
+actuellement, commence à vouloir imiter ses confrères d’Europe, et
+réclame, avec de plus hauts salaires, d’autres conditions de vie.
+
+«Le socialisme en est à ses débuts au Japon, et ils ne sont pas encore
+très brillants; mais il est hors de doute que le peuple, en général, et
+l’ouvrier, en particulier, souffrent des résultats onéreux, au point de
+vue financier, des deux guerres soutenues en dix ans. La gloire coûte
+cher et le Japon n’est pas riche. L’ouvrier, le premier, a essayé des
+grèves; son sort est en effet lamentable, et les Japonais, qui ne
+veulent pas fermer les yeux quand même, sont les premiers à le déclarer,
+témoin le directeur de l’École industrielle de Tokio qui ne craint pas,
+dans un long article publié par la Revue _Chu ô kô ron_, de réclamer
+plus de bienveillance, plus d’hygiène, plus de moralité envers la classe
+ouvrière. Dans deux cents corporations d’ouvriers qu’il a examinées, il
+a trouvé une corruption effrayante et des mœurs lamentables; la
+protection des mineurs, principalement des jeunes filles, n’existe pas.
+Tout le monde vit pêle-mêle comme des bêtes; les ouvrières sont parquées
+dans de grandes salles, souvent avec défense de sortir plus d’une fois
+par semaine; dans d’autres salles vivent entassés des ouvriers; tout ce
+monde est traité comme un vil troupeau et vit en conséquence.
+
+«Les ouvriers mariés, et qui habitent en ville, ont l’air de se soucier
+fort peu de leur propre famille.
+
+«D’ailleurs, le socialisme a déjà pénétré l’armée. Trouvant un terrain
+tout préparé chez les ouvriers si miséreux, il gagne la caserne où l’on
+commence à distribuer aux conscrits des brochures subversives; il est
+arrivé même à des soldats de déserter en groupes.
+
+«Devenant de plus en plus un pays industriel, le Japon possèdera bientôt
+une classe ouvrière considérable avec laquelle il faudra compter. Ce qui
+manque maintenant à cette foule c’est un chef; tout est encore en
+formation; mais le jour où ils auront pris conscience de leurs forces et
+où ils auront un chef intelligent et pratique, les ouvriers pourront
+imposer leurs conditions. Seront-ils sages et calmes à ce moment? ou
+bien, grisés, comme tant d’autres en Europe, par de vaines et
+fallacieuses promesses, aideront-ils par la violence à l’arrivée de
+l’âge d’or qu’on leur a promis?» (_Avenir du Tonkin, 1909._)
+
+
+X.--En 1907, dernière année pour laquelle nous ayons des statistiques
+complètes, le rendement des mines de cuivre et de charbon, les deux
+catégories de mines que l’on peut considérer comme les plus importantes
+du Japon, se répartit de la façon suivante:
+
+
+Cuivre:
+
+ Rendement
+ Mines: Appartenant à: en livre japonaise
+ de 600 grammes.
+
+ Arakawa (Akitaken) Mitsubishi 1.256.428
+ Ani -- Furukawa 2.089.321
+ Ashio (Tochigi) -- 10.666.029
+ Beshi (Ehime) Sumitomo 8.911.895
+ Dôgamaru (Shimane) Hori 307.943
+ Furogura (Akita) Furukawa 772.552
+ Hibira (Miyazaki) Naito 1.435.755
+ Hidate (Ibaraki) Kuhara 1.355.280
+ Hiragama (Gifu) Yokoyama 1.050.331
+ Hisaichi (Akita) Mitsubishi 1.201.908
+ Homansan (Shimane) Hori 528.933
+ Ikuno (Hiogo) Mitsubishi 1.511.289
+ Innai (Akita) Furukawa 433.954
+ Itsuki (Kumamoto) Itsuki 249.820
+ Kano (Fukushima) Kano 720.167
+ Komaki (Akita) Mitsubishi 101.443
+ Kosaka -- Fujita 12.041.857
+ Kusakura (Niigata) Furukawa 501.445
+ Nidzusawa (Iwate) -- 350.036
+ Nagamatsu (Yamagata) -- 460.698
+ Oharasawa (Iwate) Saito 200.025
+ Obie (Okayama) Sakamoto 1.176.951
+ Okoya (Ishikawa) Yokoyama 1.078.402
+ Omodami (Fukui) Mitsubishi 383.459
+ Omori (Shimane) Furukawa 390.396
+ Otori (Yamagata) -- 199.925
+ Osaruzawa (Akita) Mitsubishi 1.937.183
+ Sasagaya (Shimane) Hori 235.388
+ Takane (Gifu) Asada 175.377
+ Takura (Yamaguchi) Mitsubishi 249.821
+ Tsubaki (Akita) Takeda 270.882
+ Yakuki (Fukushima) Yakuki 298.328
+ Yoshioka (Okayama) Mitsubishi 1.435.755
+ Yusenji (Ishikawa) Takenouchi 718.264
+
+Ainsi donc le Japon a produit, en 1907, 54.697.242 livres japonaises de
+cuivre, soit: 32.818.342 kilogrammes. C’est, après celui des États-Unis
+d’Amérique, le plus grand rendement connu sur notre globe, et le cuivre
+est l’un des principaux produits d’exportation du Japon.
+
+
+Charbon:
+
+ Mines: Propriétaires. Production
+ en tonnes métriques.
+
+ Poronai (Hokkaido) Hokkaido Cº 163.013
+ Yubari -- -- 480.803
+ Sorachi -- -- 202.930
+ Iriyama (Fukushima) Iriyama Cº 204.537
+ Uchigo -- Iwaki Cº 145.515
+ Onoda -- -- 188.951
+ Ojô -- Ojô Cº 86.289
+ Takashima (Nagasaki) Mitsubishi 183.816
+ Akasakaguchi (Saga) Takatori 139.273
+ Wochi -- Mitsubishi 163.013
+ Yoshitani -- Yoshitani Cº 219.858
+ Kitakara -- Koga 86.840
+ Kamiyamada (Fukuoka) Mitsubishi 90.186
+ Otsuji -- Kayejima 212.629
+ Miike -- Mitsui 1.482.451
+ Onoura -- Kayejima 593.154
+ Shin iri -- Mitsubishi 438.572
+ Fujidana -- Mitsui 96.321
+ Mannoura -- Kayejima 207.372
+ Yoshio -- Aso 216.207
+ Namadzuda -- Mitsubishi 244.463
+ Yamano -- Mitsui 138.850
+ Meiji -- Yosukawa 416.421
+ Tadakuma -- Sumitomo 67.195
+ Kaneda -- Mori 271.328
+ Hokoku -- Hiraoka 161.920
+ Tagawa -- Mitsui 486.478
+ Akaike -- Yasukawa 182.469
+ Otô -- Hara 179.130
+ Futase -- Gouvernement 366.128
+ Furukawa -- Furukawa 376.681
+
+Je ne donne ici que le rendement des principales mines, de celles qui
+produisent au-dessus de 100.000 tonnes métriques. Le charbon japonais
+est très inférieur, comme qualité, à tous les autres charbons connus et
+la consommation sera toujours limitée aux mers de Chine; elle finirait
+même par cesser tout à fait si on trouvait, (comme il est probable que
+cela se produira), des mines de charbon supérieur dans les territoires
+chinois et indo-chinois.
+
+
+
+
+CHAPITRE XVII
+
+I. Finances japonaises; généralités.--II. Organisation actuelle.--III.
+Le budget, les impôts.--IV. Dette publique; emprunts.--V. Finances
+locales.--VI. Banques.--VII. Compagnies d’assurances.--VIII. Médecins,
+hygiène publique, assistance publique.
+
+
+I.--Avec le chapitre finances, se présente le côté le plus ardu de
+l’économie japonaise. C’est la brume, en effet, que nous apercevons de
+ce côté. Les Japonais, qui cachent tout ce qu’ils peuvent à l’Europe,
+lui cachent leurs finances plus que leurs secrets militaires. Le Japon
+est pauvre, très pauvre; le nécessaire manque dans tout le pays, et
+l’or, qui peut y exister, sert à payer les coupons de la dette et les
+achats à l’étranger. Cependant, si l’on consulte les publications
+japonaises, la situation financière est très bonne; c’est qu’il faut
+tenir compte, ici, d’une particularité insoupçonnée par ceux qui ne
+connaissent pas le Japon[13]: les insulaires du Soleil Levant se
+priveront de tout et accepteront de payer les taxes les plus lourdes
+pour aider le Gouvernement à montrer à l’Europe une situation prospère.
+Le patriotisme japonais est, il faut bien le dire, animé de pas mal
+d’orgueil, et ce à quoi il tient le plus, c’est à faire grande figure
+devant l’Europe. Mais enfin la corde finit par casser, et il a déjà
+fallu boucler le budget de 1908-09 par des surtaxes sur la bière et le
+sake, le sucre et la consommation du pétrole. On va loin à ce jeu-là et
+le contribuable est rapidement à sec.
+
+ [13] Tous les Japonais ont subi des privations volontaires pendant la
+ guerre contre la Russie; un grand nombre d’entre eux se sont privés
+ du nécessaire pour donner aux fonds de guerre.
+
+D’un autre côté, sur quoi baser un nouvel emprunt? Quelles garanties
+donnerait le Gouvernement japonais s’il était à nouveau obligé de
+recourir à l’argent de l’étranger?
+
+
+II.--Les finances japonaises, telles qu’elles existent aujourd’hui, ne
+datent pas de fort loin; comme bien on le suppose, le système financier,
+au lendemain de la restauration impériale, était extrêmement compliqué
+et il n’existait pas de méthode régulière d’administration financière.
+Il avait fallu rompre avec l’ancien système où chaque daïmio avait ses
+finances et ses impôts; il avait fallu centraliser, ici comme dans
+toutes les autres administrations, et ce ne fut pas facile. Cependant,
+en 1871, on établit l’unité dans les finances en décidant que toute la
+comptabilité des différents ministères et administrations publiques
+serait, désormais, sous la direction du Trésor, et que les Départements
+ministériels n’auraient plus, comme auparavant, leur comptabilité propre
+et indépendante des autres. Puis, en 1875, on établit un compte de
+recettes et de dépenses qui fut comme le premier budget de l’Empire. En
+1880 fut créée la Cour des Comptes, sous le contrôle direct de
+l’Empereur. Tous ces remaniements ne se firent pas sans secousse et sans
+tâtonnements, et ce fut la gloire des gouvernants de la première heure
+d’avoir mené à bien une réforme aussi grave et aussi importante, pour un
+pays que la réforme financière. Il fallut, après la création du Trésor
+et celle de la Cour des Comptes, encore deux ans avant d’arriver à
+établir, sur des bases solides, la comptabilité centrale et la
+vérification; cependant, à partir de 1882, toutes les irrégularités
+disparurent, et la création de la Banque du Japon (Nippon Ginkô) acheva
+la réorganisation. A dater de 1886, les budgets furent rendus publics,
+et, lors de la promulgation de la constitution, en 1889, la loi de
+Finances fut amendée et les budgets doivent désormais être établis par
+le ministre des Finances d’accord avec le Parlement.
+
+
+III.--Le budget ordinaire de l’année 1908-1909 est monté à 619.958.339
+yen, avec un budget extraordinaire et supplémentaire de 3.839.331 yen,
+soit un total de 623.797.670 yen, chiffre qui n’avait jamais été atteint
+jusqu’à ce jour.
+
+Pour le budget ordinaire:
+
+ Les recettes étant de 611.043.048 yen
+ Et les dépenses de 615.958.339
+ Il en résulte un déficit de 4.915.291 yen
+
+Ce déficit a été comblé avec un accroissement d’impôt sur trois
+chapitres:
+
+ Sur le sake et la bière 545.343 yen
+ Sur le sucre 2.819.444
+ Sur la consommation du pétrole 1.550.504
+ -------------
+ Ensemble 4.915.291 yen
+
+Voici quels sont les divers impôts et autres revenus de l’Empire, source
+de l’alimentation des budgets nationaux[14]:
+
+ [14] D’après l’Annuaire financier et économique du Japon (publié par
+ les soins du ministère des Finances).
+
+_Impôt foncier._--L’impôt foncier est proportionnel à la valeur des
+terrains qui y sont soumis. Cette valeur est déterminée d’après la base
+suivante: on calcule le capital qui correspond au revenu net ou au prix
+de location du terrain et on l’inscrit sur les registres officiels du
+cadastre.
+
+L’impôt foncier est payé:
+
+Pour les terrains grevés d’une hypothèque, par le créancier
+hypothécaire;
+
+Pour les terrains loués à bail superficiaire d’une durée de plus de cent
+ans, par le locataire qui a acquis le droit de superficie;
+
+Pour tous les autres terrains par le propriétaire du fonds.
+
+Le taux annuel de l’impôt foncier est fixé à 2 et demi pour 100 (1 pour
+100 dans le Hokkaido) de la valeur de la terre calculée, comme il a été
+dit ci-dessus. Mais les lois de 1904 et 1905 y ont ajouté, pour les
+diverses catégories de terrains, les surtaxes suivantes:
+
+Propriétés urbaines bâties: 17,5 pour 100 de leur valeur.
+
+Propriétés rurales bâties: 5,5 pour 100 de leur valeur.
+
+Terrains non bâtis: 3 pour 100 de leur valeur.
+
+_Impôt sur le revenu._--L’économie de la loi qui régit actuellement
+l’impôt sur le revenu peut se résumer ainsi:
+
+Cet impôt est dû:
+
+_a_) Par les personnes qui ont leur domicile, ou au moins un an de
+résidence, dans les localités de l’Empire où ladite loi est en vigueur;
+
+_b_) Par les personnes qui, sans être domiciliées au Japon ou sans y
+résider, ont des biens ou une exploitation soit commerciale, soit
+industrielle, ou encore touchent les intérêts de fonds publics ou
+d’obligations de Compagnies dans les localités où la loi est appliquée.
+Ces personnes ne sont, néanmoins, sujettes à l’impôt qu’à l’égard des
+revenus provenant des sources indiquées.
+
+L’impôt est fixé comme suit:
+
+Première classe: revenu des personnes légales 2,5 pour 100. Plus:
+
+_a_) Pour les Compagnies par actions et sociétés coopératives par
+actions, ayant au moins 21 actionnaires ou actionnaires et associés...
+3,75 pour 100... soit au total 6,15 pour 100.
+
+_b_) Autres personnes légales:
+
+ Au-dessous de 5.000 yen, 2 pour 100, soit au total 4,50 pour 100.
+ De 5.000 à 10.000 yen, 2,25 -- -- 4,75 --
+ -- 10.000 à 15.000 -- 2,50 -- -- 5, » --
+ -- 15.000 à 20.000 -- 3, » -- -- 5,50 --
+ -- 20.000 à 30.000 -- 4,25 -- -- 6,75 --
+ -- 30.000 à 50.000 -- 5,75 -- -- 8,25 --
+ -- 50.000 à 100.000 -- 7,50 -- -- 10, » --
+ -- 100.000 et au-dessus, 10, » -- -- 12,50 --
+
+Deuxième classe: intérêts des bons d’emprunts publics ou des obligations
+de Compagnies reçus dans les localités où la loi est en vigueur, 2 pour
+100.
+
+Troisième classe: revenus autres que les précédents:
+
+ Yen 100.000 et au-dessus 20,35 pour 100.
+ -- 50.000 -- 17, » --
+ -- 30.000 -- 13,95 --
+ -- 20.000 -- 11,60 --
+ -- 15.000 -- 9,45 --
+ -- 10.000 -- 7,50 --
+ -- 5.000 -- 6, » --
+ -- 3.000 -- 4,60 --
+ -- 2.000 -- 3,91 --
+ -- 1.000 -- 3,45 --
+ -- 500 -- 2.52 --
+ -- 300 -- 2, » --
+
+Sont exemptés de l’impôt:
+
+_a_) La solde des militaires et des marins en temps de guerre;
+
+_b_) Les gratifications et pensions allouées aux veuves et aux orphelins
+des soldats ou marins, et les pensions des invalides;
+
+_c_) Les frais de voyage, bourses pour étudiants et autres fonds reçus à
+titre d’assistance de l’État;
+
+_d_) Les revenus d’une personne légale qui n’exploite aucune affaire
+ayant pour but un intérêt matériel;
+
+_e_) Les bénéfices accidentels qui ne proviennent pas d’une entreprise
+ayant le gain pour but;
+
+_f_) Les revenus qui proviennent de propriétés, d’établissements de
+commerce ou d’affaires et d’autres professions, soit à l’étranger, soit
+dans les localités où la loi n’est pas en vigueur--excepté cependant les
+revenus d’une personne légale qui a son siège principal dans une
+localité soumise à l’application de cette loi.
+
+_g_) Les primes et dividendes payés par une personne légale qui est déjà
+imposée par la présente loi.
+
+Des lois spéciales exemptent de l’impôt sur le revenu les intérêts des
+bons d’emprunt nationaux ainsi que les intérêts des bons d’épargne émis
+ou à émettre conformément à la loi sur les bons d’épargne de 1904.
+
+_Patentes._--Cet impôt, établi en 1896, atteint toutes les catégories
+d’industrie et de commerce. Comme il porte sur les affaires mêmes qui en
+font l’objet, la nature et la qualité de ces affaires sont prises en
+considération; c’est pourquoi, en vue d’assurer la répartition équitable
+des charges, l’assiette de l’impôt prend pour base les capitaux engagés,
+le chiffre des ventes effectuées, la valeur locative des bâtiments, le
+nombre des employés, artisans et ouvriers, enfin le montant des
+commissions et des contrats. Cet impôt a rapporté 21.854.307 yen en
+1908-09.
+
+DROITS DE SUCCESSION.--La loi qui règle les droits de succession a été
+promulguée en janvier 1905, et elle est entrée en vigueur le 1er avril
+de cette même année. D’après cette loi, les droits de succession
+s’appliquent, lorsqu’une succession vient à s’ouvrir, à tous les biens,
+constituant l’héritage, qui se trouvent dans une localité où la loi est
+en vigueur, et sans qu’on ait à se préoccuper de savoir si le lieu
+d’ouverture de la succession est ou non au Japon, ou si le de cujus est
+ou n’est pas sujet japonais. Mais la nature des biens soumis à l’impôt,
+et le mode d’évaluation de ces biens, varient suivant que le domicile du
+de cujus se trouve ou non dans une localité où la loi est applicable.
+
+Ces droits ont rapporté 1.530.814 yen pour l’exercice 1908-09.
+
+
+Ont rapporté en 1908-1909:
+
+ L’impôt sur les boissons 71.809.684 yen.
+ -- le shôyu 4.070.184 --
+ -- le sucre 16.293.911 --
+ La taxe de consommation sur les pétroles 1.563.089 --
+ La taxe sur les médicaments livrés au commerce 204.640 --
+ L’impôt sur les mines 2.041.193 --
+ -- les bourses 2.041.643 --
+ -- l’émission des billets de banque 1.168.234 --
+ La taxe sur les voyageurs en chemins de fer, bateaux
+ à vapeur et tramways électriques 2.337.834 --
+ L’impôt de consommation sur les tissus 19.462.196 --
+
+Cet impôt a été établi en 1905, et il est prélevé de la manière
+suivante: sur les étoffes de laine 15 pour 100 de la valeur; sur les
+autres étoffes 10 pour 100.
+
+Les droits de tonnage, à 5 sen par tonne de jauge légale, ont rapporté
+528.027 yen.
+
+_Droits de Douane._--En 1859, à l’époque où les premiers traités de
+commerce furent conclus avec les puissances occidentales, des postes de
+douane furent établis, et des droits furent levés, pour la première fois
+au Japon, dans quelques ports ouverts désignés à cet effet. Le tarif
+douanier de cette époque était entièrement déterminé par les traités,
+mais il ne fut appliqué que pendant un temps extrêmement court; le tarif
+entier fut, en effet, révisé en 1866. Ce tarif révisé maintint les
+droits de douane du Japon sans modification pendant trente-trois ans;
+car il resta en vigueur jusqu’en 1899, époque où furent appliqués les
+traités de commerce et de navigation conclus avec les puissances
+étrangères, et, actuellement, encore en vigueur. Le système des droits
+de douane qu’il inaugurait eut une influence sérieuse sur l’économie et
+sur les finances nationales.
+
+La mise en vigueur des traités commerciaux, révisés avec les puissances
+étrangères en 1899, rendit possible l’application du tarif général qui,
+combiné avec les nouveaux tarifs conventionnels, forma le tarif douanier
+du Japon. A cette époque les droits d’exportation furent entièrement
+abolis.
+
+En 1904, le besoin d’argent conduisit à l’imposition de surtaxes sur les
+droits de douane aussi bien que sur les autres impôts, et, depuis le 1er
+octobre 1906, le tarif applique, sur beaucoup d’articles, des droits
+spécifiques.
+
+Pour l’exercice 1905-1906, les droits de douane ont rapporté la somme de
+41.410.920 yen.
+
+A part ces chapitres de recettes, il en existe d’autres, tels que le
+revenu du timbre, qui a rapporté pour l’exercice 1908-1909 la somme de
+20.393.538 yen; puis les monopoles, c’est-à-dire:
+
+Le monopole du tabac qui figure aux recettes du même exercice pour la
+somme de 41.723.003 yen;
+
+Le monopole du camphre pour 62.387 yen;
+
+Le monopole du sel pour 13.193.163 yen;
+
+Les revenus des chemins de fer impériaux figuraient, autrefois, dans le
+budget général; depuis cette année, ils en ont été distraits, et il a
+été établi un compte spécial des chemins de fer, divisé en trois
+sections: compte du capital, compte du revenu, compte des réserves.
+
+
+IV.--Pour faire face à ses nombreuses œuvres de réédification nationale
+et de transformation à l’européenne, le Japon a été amené à contracter
+divers emprunts; en 1908 la somme totale de ces emprunts était de
+2.243.000.000 de yen, soit 5.719.650.000 francs, c’est-à-dire une charge
+considérable pour le pays, étant donné ses ressources. La dette
+intérieure représentait 1.078.194.000 yen et la dette extérieure
+1.165.701.000 yen. C’est la guerre contre la Russie qui a été la cause
+principale des emprunts japonais; en effet, avant la guerre, la dette
+publique était de 535.459.000 yen, et après la guerre de 1.530.263.000
+yen. Comme la Russie s’est refusée à verser une indemnité de guerre
+quelconque, le Japon a dû supporter toutes les dépenses de son
+expédition, et a été obligé d’emprunter encore.
+
+Les derniers emprunts, contractés à l’étranger, sont: celui de 4 et demi
+pour cent, émis à Londres et à New-York en mars 1905; 30.000.000 de
+livres sterling, souscrit à 90 livres pour 100 livres, valeur au pair;
+le capital est remboursable en quinze ans, par tirage au sort, à partir
+du 14 février 1910 jusqu’au 15 février 1925. Le service de l’emprunt est
+assuré par le Gouvernement sur la garantie des profits nets du monopole
+du tabac.
+
+Le second emprunt à 4 et demi pour 100, de 30.000.000 de livres
+sterling, a été émis à Londres, à New-York et à Berlin en juillet 1905;
+il est remboursable, comme le précédent, en quinze ans, du 9 juillet
+1910 au 25 juillet 1925; garanti également par le monopole du tabac,
+l’emprunt précédent conservant la priorité.
+
+Un emprunt de 25.000.000 de livres sterling à 4 pour cent a été émis, en
+novembre 1905, à Londres, Paris, New-York, Berlin; à 90 livres pour cent
+livres, valeur au pair, remboursable du 1er janvier 1920 au 1er janvier
+1931.
+
+Un emprunt de 23.000.000 de livres sterling à 5 pour cent, a été émis,
+en mars 1907, à Londres et à Paris; à 99,10 livres pour 100 livres,
+valeur au pair; remboursable en 25 ans du 12 mars 1922 au 12 mars 1947.
+
+Si l’on ajoute à cela: l’emprunt pour le rachat des chemins de fer;
+l’emprunt destiné à consolider les dettes des chemins de fer rachetés
+par l’État; l’emprunt pour les dépenses extraordinaires; l’emprunt de
+1897 pour les dépenses relatives à la construction des chemins de fer;
+les obligations du Trésor émises au moment de la guerre contre la
+Russie; le rachat des pensions héréditaires de l’ancien régime;
+l’emprunt des Travaux publics; l’emprunt des chemins de fer du Hokkaido;
+les divers autres emprunts nationaux, on voit que la situation
+financière du Japon est très obérée. Ses idées de gloire et de grandeur
+militaires l’ont entraîné très loin; il semble, au reste, s’en rendre
+compte, et il déclare, maintenant, qu’il ne veut plus que la paix pour
+développer les richesses et rétablir les finances.
+
+
+V.--Suivant la loi en vigueur, les dépenses départementales sont
+défrayées au moyen de contributions départementales, de subventions du
+Trésor national et de recettes diverses. Les contributions
+départementales sont perçues, ou bien par des taxes additionnelles aux
+impôts directs, ou bien par des impôts sur des articles désignés à cet
+effet. A la première catégorie appartiennent l’impôt foncier, l’impôt
+sur le revenu, les patentes; à la seconde les taxes sur les loyers et
+les taxes diverses.
+
+Les villes et les communes disposent, pour le payement de leurs
+dépenses, des revenus provenant de leurs propriétés, loyers, droits et
+autres recettes diverses; et, si ces sortes de recettes ne suffisent
+pas, des contributions municipales ou communales peuvent être levées et
+des prestations en nature imposées.
+
+Quand une assemblée locale décide de faire un emprunt, elle doit
+déterminer, en même temps, la manière de le réaliser, le taux de
+l’intérêt et la manière de rembourser. L’amortissement des emprunts des
+villes et des communes doit commencer, au plus tard, trois ans après la
+date de leur émission, et l’emprunt doit être totalement remboursé en
+trente ans.
+
+Pour contracter un emprunt, les assemblées locales, municipalités des
+villes ou villages, doivent obtenir l’autorisation du ministre des
+Finances et du ministre de l’Intérieur.
+
+
+VI.--Les règlements des Banques, promulgués en novembre 1872, étaient
+basés sur le système généralement admis aux États-Unis; quatre banques
+nationales furent créées conformément aux nouveaux règlements, lesquels,
+entre autres choses, stipulaient le remboursement des billets en or au
+pair; mais le manque d’or d’abord, et le nombre excessif de billets
+émis, fit bientôt tomber ces derniers bien au-dessous du pair. Le
+Gouvernement eut, alors, l’idée de remanier les règlements en 1879, et
+d’autoriser les banques à se servir, comme garantie de leurs billets,
+des Bons des Pensions héréditaires, s’élevant en bloc à 170.000.000 de
+yen; les billets de ces mêmes banques devenant rachetables par des
+billets d’État. Cette combinaison réussit et, dans l’espace de quelques
+années, il se créa 153 banques désignées par les chiffres de 1 à 153.
+
+En 1880, lors de l’institution de la Banque du Japon (Nippon Ginkô), les
+153 banques nationales furent privées du droit d’émettre des billets; la
+plupart se fermèrent; quelques-unes furent converties en banques privées
+qui existent encore actuellement.
+
+La Banque du Japon fut fondée en 1882; son capital autorisé fut d’abord
+de 10.000.000 de yen; il est aujourd’hui de 30.000.000 de yen. Elle
+possède le privilège d’émettre des billets jusqu’à la somme de
+120.000.000 de yen sur garantie de la réserve d’or et d’argent qu’elle
+possède et sur les bons du gouvernement. Il est fort probable que la
+réserve métallique n’existe que sur le papier, tout l’or que le Japon
+peut avoir passant à l’étranger; par conséquent, le billet de la Banque
+du Japon n’a de valeur que par la confiance que lui assure l’habitant du
+Nippon.
+
+Les principales banques sont:
+
+Yokohama Shô Kin Ginkô, Banque de monnaie métallique, d’espèces
+sonnantes, fondée en 1880 au capital de 24.000.000 de yen;
+
+Nippon Kogio Ginkô, Banque industrielle du Japon, avec un capital de
+17.500.000 yen;
+
+La Banque hypothécaire du Japon, avec un capital de 10.000.000 de yen;
+
+La Banque de Formose;
+
+La Banque de Hokkaido (île de Yezo).
+
+En dehors de ces grands établissements, il existe un certain nombre de
+banques particulières, notamment les Première, Troisième, Quinzième,
+Vingtième, Vingt-septième, Centième, Cent trentième Banques; ce sont les
+survivantes des 153 Banques Nationales dont il a été parlé plus haut, et
+qui sont devenues des établissements privés; Puis la Kawasaki Ginkô,
+établie par M. Kawasaki; la Imamura Ginkô; la Meiji Shôgiô Ginkô; Tei
+Koku Shôgiô Ginkô, etc...
+
+Plusieurs banques européennes sont établies et font des affaires au
+Japon:
+
+La Banque anglo-japonaise, dont les bureaux sont à Yokohama;
+
+La Chartered bank of India, Australia and China à Yokohama, Kobé et
+Nagasaki;
+
+La Deutsch-Asiatische Bank, à Yokohama, Kobé, Nagasaki;
+
+La Hongkong and Shanghaï banking Corporation, à Yokohama, Kobé,
+Nagasaki;
+
+L’International Banking Corporation, à Yokohama, Kobé, Nagasaki;
+
+La Banque russo-chinoise, à Yokohama et Nagasaki.
+
+Il existait autrefois une Banque française, le Comptoir d’Escompte de
+Paris; mais les règlements des Banques françaises sont tellement
+restrictifs qu’il leur est impossible de faire des affaires en Orient,
+et le Comptoir d’Escompte depuis longtemps a fermé sa succursale.
+
+
+VII.--Les premières Compagnies d’assurances japonaises prirent naissance
+en 1881, mais ce n’est qu’en 1890, après la promulgation du Code de
+commerce, que des règlements furent établis pour surveiller et contrôler
+les Compagnies. En 1900, une loi fut mise en vigueur édictant notamment
+la nécessité, pour une association ou société de ce genre, de posséder
+un capital d’au moins 100.000 yen; à la même époque, des règlements
+parurent au sujet de la surveillance à exercer sur les Compagnies
+européennes d’assurances établies et faisant des affaires au Japon.
+
+Parmi ces dernières toutes sont anglaises ou américaines:
+
+Union Assurance Society;
+
+Guardian Assurance Company;
+
+North British and Mercantile Insurance Cº;
+
+Phœnix Assurance Cº;
+
+Yorkshire Insurance Cº;
+
+Sun Fire Insurance Cº;
+
+Scottish Union and National Insurance Cº;
+
+Hongkong Fire Insurance Cº;
+
+Equitable life;
+
+New-York life;
+
+Une Compagnie française, l’Union, figure sur la liste.
+
+
+VIII.--Il y a, au Japon, environ 40.000 médecins, qui tous, emploient
+les méthodes européennes. Les maladies du Japon sont à peu près les
+maladies d’Europe, sauf la dyssenterie, qui y sévit assez régulièrement
+tous les étés.
+
+L’hygiène est, du reste, fort bien appliquée par les autorités, et, en
+cas d’épidémie, je crois qu’aucun pays ne prend autant de précautions
+que le Japon, et n’applique les règlements sanitaires avec autant de
+ponctualité et de minutie. Ceux qui ont abordé aux ports de Kobé et de
+Yokohama, pendant une épidémie de peste ou de choléra, en savent quelque
+chose.
+
+Beaucoup de Japonais meurent phtisiques, et c’est ce qui fait que le
+Nord n’est pas très peuplé. Le Japonais est plutôt résistant à la
+chaleur qu’au froid, et son tempérament le conduirait plutôt vers les
+régions équatoriales d’où ses ancêtres malais sont sortis.
+
+L’hospitalisation et l’assistance publique sont fort bien comprises, et
+les hôpitaux, tenus à l’européenne, sont très propres.
+
+Les œuvres charitables ont été au début généralement chrétiennes, soit
+étrangères, soit indigènes; malgré l’intérêt montré par la Cour
+impériale, et notamment par l’Impératrice elle-même, pour toute œuvre de
+bienfaisance, les bouddhistes et les shintoïstes ont été longs à diriger
+leurs efforts vers le bien à faire à leurs compatriotes misérables.
+Cependant, au milieu des Sociétés charitables de toutes sortes, on
+commence à voir paraître quelques-unes des Sociétés bouddhiques
+répandues un peu dans tout l’Empire.
+
+
+
+
+CHAPITRE XVIII
+
+I. Le Japon politique et son avenir.--II. Le Japon commercial et
+industriel et son avenir.
+
+
+I.--Le Japon, à force de travail et d’efforts, s’est assimilé, à haute
+dose, la civilisation occidentale. Il a surtout compris et adopté, en
+première ligne, le mécanisme militaire parce que son tempérament, son
+atavisme, son éducation l’y portaient, et il est devenu le facteur
+principal de la paix ou de la guerre dans l’Extrême-Orient.
+
+Il a pris pied sur le continent. Y restera-t-il? Il cherche, évidemment,
+la domination de l’Asie orientale, et c’est dans ce but qu’il augmente
+sa force militaire. Ne vient-il pas de mettre encore quelques cuirassés
+en chantier? Et son service de renseignements n’est-il pas étendu sur
+toute l’Asie, d’une façon merveilleuse, depuis l’Inde jusqu’à la
+Mongolie? J’ai vu des Japonais au Tonkin, sur les frontières du
+Kouang-si, au Yunnan, en Birmanie; j’en ai rencontré à Bhamo, qui
+allaient rejoindre des compatriotes venus à Yong Tchang fou par le Siam
+et les pays Thai. Toutes les routes de l’Asie leur sont connues aussi
+bien que leur propre pays[15].
+
+ [15] «Le Japon poursuit inlassablement le but qu’il s’est fixé:
+ devenir une grande puissance continentale, la plus grande de l’Asie.
+ Il a pris pied sur le continent et goût à l’aventure.
+
+ «Écoutez ce que disait, à la tribune du parlement, le ministre de la
+ Guerre général Teraoutchi, au mois de mars 1908: «Je suis
+ profondément convaincu qu’un conflit entre de grandes puissances
+ aura lieu, non en Europe, mais à l’Est de l’Inde et à l’Ouest et au
+ Nord du Japon. Conviendra-t-il au peuple japonais de rester
+ spectateur impuissant en présence de pareille éventualité?»
+
+ «... Le Ministre ajoutait: «En ce qui concerne les troupes
+ d’occupation de Mandchourie, j’affirme que nous renfermer dans nos
+ limites actuelles, serait l’équivalent pour nous d’une évacuation?»
+
+ «De là à transporter et à entretenir sur le continent une bonne
+ partie de son armée, il n’y a pas loin.
+
+ «Certes, en ce moment, Russes, Français, Anglais sont les amis du
+ Japon; qui ne l’est, du reste?
+
+ «Mais que valent promesses et traités? Que l’on se rappelle le début
+ de la dernière guerre; que l’on n’oublie pas surtout avec quelle
+ désinvolture l’Autriche a violé le traité de Berlin... La force
+ apparaît plus que jamais comme l’exacte définition du droit; et cela
+ ne va pas sans quelque ironie dans ce temps de conférences,
+ d’arbitrage et de fraternité internationale. Apôtres de la paix et
+ propagandistes du désarmement, vous êtes des moutons et vous serez
+ mangés. Jamais le vieil axiome ne fut plus vrai: _Si vis pacem, para
+ bellum_.
+
+ «Le Japon, lui, veut la guerre, et il la prépare.» (_France
+ militaire_, 25 avril 1909.)
+
+Mais, peut-être, la situation insulaire du Japon l’empêchera-t-elle de
+mener à bien ses plans grandioses. L’histoire est là pour nous montrer
+qu’il est impossible, à un peuple insulaire, de se maintenir sur le
+continent contre un ennemi résolu à l’en empêcher, et les Anglais, qui
+ont foulé si longtemps le sol de la France, ont fini par en être
+chassés. La Chine, quand elle sera réveillée (et elle commence à ouvrir
+les yeux), finira, elle aussi, par rejeter les Japonais à la mer.
+
+Le Gouvernement japonais aura-t-il toujours les mains libres, et ne
+sera-t-il pas arrêté, d’abord, par des agitations intérieures, telles
+que la grève et le socialisme, ensuite, par les puissances européennes
+et américaines qui ont des intérêts et entendent avoir voix au chapitre
+dans les questions d’Asie!
+
+Le socialisme, il est vrai, n’est pas encore très développé dans
+l’Empire japonais; cependant il existe, le fait est indéniable, à tel
+point que les commandants de corps d’armée sont obligés de prendre des
+mesures pour empêcher la distribution de brochures socialistes et
+antimilitaristes dans les casernes. Les ouvriers deviennent de plus en
+plus nombreux et leur sort n’est pas toujours enviable; tout n’est pas
+pour le mieux dans le monde ouvrier japonais; vienne un meneur sérieux,
+un chef qui saura utiliser les mécontentements et, du coup, le parti
+socialiste, encore dans le chaos, sera constitué fortement.
+
+L’année 1907, d’ailleurs, a été traversée par de nombreuses grèves;
+quelques-unes ont été à ce point sérieuses qu’elles ont nécessité la
+présence de la troupe pour rétablir l’ordre.
+
+Dans ces conflits entre le capital et le travail, le capital est sorti
+victorieux dans presque tous les cas; et les ouvriers, sans organisation
+et sans argent, ont été obligés de se soumettre; mais ceci n’est qu’un
+début, et prouve, en tout cas, que le Japon n’est pas, plus qu’un autre
+pays, à l’abri des idées novatrices.
+
+En dehors des difficultés intérieures, le Japon en rencontrera sans
+doute d’autres dans le choc de ses intérêts contre ceux des puissances
+colonisatrices, et la Grande-Bretagne, la première, malgré le traité
+d’alliance qui la lie au Japon, sera, peut-être, mise dans le cas de
+s’opposer à la trop grande ambition de son vigoureux et énergique allié.
+
+Des complications se sont déjà élevées et peuvent encore s’élever, plus
+graves cette fois, entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre par
+suite de l’immigration ininterrompue des Japonais au Canada[16], en
+Australie et en Californie, où ils constituent des communautés fortes et
+remuantes.
+
+ [16] Consulter à ce sujet: Dr A. Loir, _Canada et Canadiens_ (ch. XVI.
+ L’invasion jaune). Librairie Orientale et américaine. E. Guilmoto,
+ éditeur.
+
+
+II.--Si, laissant de côté les possibilités politiques, nous examinons
+l’avenir commercial, y trouvons-nous des chances d’augmenter les
+échanges et de voir monter le chiffre d’affaires? Je ne le pense pas. Le
+Japon n’a, à vendre à l’étranger, que la soie prise tout entière par la
+France, les États-Unis et l’Italie; le thé, absorbé uniquement par les
+États-Unis; du cuivre, un peu de riz et des bibelots; il n’achète que le
+coton brut, quelques lainages et surtout des métaux et fournitures
+diverses pour son armée et sa marine.
+
+Les objets imités de la fabrication européenne, qu’il livre à la Chine,
+à l’Indo-Chine et aux Indes, ne peuvent convenir à l’Europe et à
+l’Amérique. Il ne peut donc être un client sérieux et il est un
+concurrent en Asie.
+
+Pour nous, Français, nous ne pouvons guère espérer un développement de
+nos relations commerciales avec le Japon. Nos mousselines de laine,
+achetées autrefois en grande quantité, sont aujourd’hui imitées en
+Allemagne et en Suisse, et vendues meilleur marché par ces deux pays; de
+plus, elles commencent à être imitées au Japon même; le vin, un de nos
+principaux articles, n’est pas apprécié par les indigènes, et ce que
+nous en vendons (de 300 à 350.000 francs), est insignifiant. Quant à la
+métallurgie, il nous est impossible de la fournir; car nous fabriquons
+et nous vendons plus cher que l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et
+les États-Unis qui sont les fournisseurs actuels du Japon.
+
+Le Japon développera naturellement de plus en plus son industrie, et il
+deviendra, de plus en plus, le fournisseur des marchés d’Asie, notamment
+du marché de Chine où il faut de la marchandise pas chère; il sera, par
+contre, de moins en moins un bon client pour l’Europe et l’Amérique.
+«Les affaires y deviennent de plus en plus mauvaises et difficiles»,
+m’écrivait encore, il y a quelque temps, un de nos compatriotes qui
+connaît bien le pays où il est établi depuis quarante ans.
+
+Certes, le Japon ne manque pas de qualités: le courage, la patience, la
+persévérance; ce qu’il a accompli dans un laps de temps très court, est
+certainement remarquable, pas toutefois si remarquable qu’on le croit
+généralement, si l’on veut bien considérer qu’il avait tout à sa
+disposition, qu’il n’avait qu’à prendre, et que l’Europe et l’Amérique
+l’ont aidé de toutes leurs forces et de toutes les manières. Il n’a pas
+eu à chercher; tout était trouvé par les autres, et il n’a eu qu’à
+imiter et à adapter[17]; mais ce dont il doit être loué, c’est d’avoir
+mis à sa transformation une volonté robuste, un savoir-faire et une
+application extraordinaires. En considérant sa grande facilité
+d’imitation et d’adaptation, sa mémoire précieuse, le soin méticuleux
+qu’il met dans tout ce qu’il entreprend, on ne peut que louer le Japon
+des efforts qu’il déploie pour se hausser à un degré d’humanité
+supérieure; ce qu’il a fait mérite, certes, d’être remarqué comme il
+convient; mais, évidemment, il lui manque encore beaucoup pour arriver
+au niveau de l’Europe. Seule, une élite a réussi à se transformer, plus
+ou moins complètement, et à s’occidentaliser; mais la masse de sa
+population n’a pas bougé, et quand le voyageur quitte les quelques ports
+ou cités où l’étranger réside, pour se rendre dans l’intérieur, il
+trouve encore le Japonais tel qu’il était il y a cinquante ans.
+
+ [17] Or, si l’on veut bien y réfléchir, il est évident qu’il n’y a
+ rien de bien difficile à imiter la civilisation matérielle de
+ l’Occident. C’est une affaire de patience et de méthode.
+
+
+
+
+CHAPITRE XIX
+
+I. Les Colonies japonaises. Formose.--II. Finances.--III.
+Monopoles.--IV. Banques.--V. Commerce.--VI. Agriculture et
+Industries.--VII. Sakhalin et Kwang-Tong.
+
+
+I.--Le Japon n’est pas seulement, aujourd’hui, confiné dans ses îles; il
+déborde, et après deux guerres heureuses, il est devenu un peuple
+colonial. J’ai donc à passer en revue les différentes possessions que le
+hasard de la guerre a fait tomber sous sa domination.
+
+En premier lieu se présente Formose, en chinois et en japonais, Tai wan.
+Cette grande île, située au sud-est de la Chine, dépendait, autrefois,
+de la province continentale du Fukien; elle mesure 400 kilomètres sur
+140. Une chaîne de montagnes coupe l’île du Nord au Sud et renferme
+plusieurs volcans. Les Chinois s’établirent dans cette île en 1430; les
+Portugais la visitèrent au XVIe siècle et lui donnèrent le nom de
+Formose à cause de la beauté du climat. Les Japonais et les Hollandais y
+fondèrent des colonies au commencement du XVIIe siècle; mais en 1661 le
+fameux pirate Kochinga s’en empara et en resta maître jusqu’en 1683,
+époque à laquelle les Chinois la reprirent.
+
+Avant d’entrer plus avant dans la statistique et l’économie de la
+Formose moderne, il n’est pas sans intérêt de connaître la peinture que
+fait de la Formose ancienne le jésuite du Halde: «Je dois parler un peu
+au long de cette île, et parce qu’elle a été longtemps inconnue même aux
+Chinois, dont elle n’est pas pourtant fort éloignée, et qu’ils n’ont
+commencé à y entrer que sous le règne du dernier empereur Kang hi
+(1662-1722); et parce que, d’ailleurs, le Gouvernement, les mœurs, les
+usages de ces insulaires, bien différents de ceux des Chinois, de même
+que les moyens dont ceux-ci se sont rendus maîtres de l’île, méritent un
+détail un peu étendu.
+
+«Toute l’île de Formose n’est pas sous la domination des Chinois; elle
+est comme divisée en deux parties, Est et Ouest, par une chaîne de
+montagnes qui commence à la partie méridionale de Cha Ma Ki Teou et ne
+finit proprement qu’à la mer septentrionale de l’île. Il n’y a que ce
+qui est à l’Ouest de ces montagnes qui appartienne à la Chine.
+
+«La partie orientale, à en croire les Chinois, n’est habitée que par des
+barbares. Le pays est montagneux, inculte et sauvage. Le caractère
+qu’ils en font ne diffère guère de ce qu’on dit des sauvages d’Amérique.
+Ils les dépeignent moins brutaux que les Iroquois, plus chastes que les
+Indiens, d’un naturel doux et paisible; s’aimant les uns les autres, se
+secourant mutuellement, nullement intéressés, ne faisant nul cas de l’or
+et de l’argent dont on dit qu’ils ont plusieurs mines; mais vindicatifs
+à l’excès, sans loi, sans gouvernement, sans police, ne vivant que de la
+chair des animaux et de la pêche, enfin sans culte et sans religion.
+
+«Les Chinois, avant même que d’avoir subjugué Formose, savaient qu’il y
+avait des mines d’or dans l’île. Ils ne l’eurent pas plutôt soumise à
+leur puissance, qu’ils cherchèrent de tous côtés ces mines; comme il ne
+s’en trouvait pas dans la partie occidentale, dont ils étaient les
+maîtres, ils résolurent de les chercher dans la partie orientale où on
+leur avait assuré qu’elles étaient. Ils firent équiper un petit bâtiment
+afin d’y aller par mer, ne voulant point s’exposer dans les montagnes
+inconnues où ils auraient couru risque de la vie. Ils furent reçus avec
+bonté de ces insulaires, qui leur offrirent généreusement leurs maisons,
+des vivres et toutes sortes de secours. Les Chinois y demeurèrent
+environ huit jours; mais tous les soins qu’ils se donnèrent pour
+découvrir les mines furent inutiles, soit faute d’interprète qui
+expliquât leur dessein à ces peuples; soit crainte et politique, ne
+voulant point faire ombrage à une nation qui avait lieu d’appréhender la
+domination chinoise. Quoi qu’il en soit, de tout l’or qu’ils étaient
+allés chercher, ils ne découvrirent que quelques lingots, exposés dans
+les cabanes, dont ces pauvres gens faisaient peu de cas. Dangereuse
+tentation pour un Chinois; peu contents du mauvais succès de leur voyage
+et impatients d’avoir ces lingots exposés à leurs yeux, ils s’avisèrent
+du stratagème le plus barbare: ils équipèrent leur vaisseau, et ces
+bonnes gens leur fournirent tout ce qui était nécessaire pour leur
+retour. Ensuite ils invitèrent leurs hôtes à un grand repas qu’ils
+avaient préparé, disaient-ils, pour témoigner leur reconnaissance; ils
+firent tant boire ces pauvres gens qu’ils les enivrèrent; comme ils
+étaient plongés dans le sommeil causé par l’ivresse, les Chinois les
+égorgèrent tous, se saisirent des lingots et mirent à la voile.
+
+«Cette action cruelle ne demeura pas impunie; mais les innocents
+portèrent la peine que méritaient les coupables. Le bruit n’en fut pas
+plutôt répandu dans la partie orientale de l’île, que les insulaires
+entrèrent, à main armée, dans la partie septentrionale qui appartient à
+la Chine, massacrèrent impitoyablement tout ce qu’ils rencontrèrent:
+hommes, femmes, enfants, et mirent le feu à quelques habitations
+chinoises.
+
+«La partie de Formose que possèdent les Chinois mérite certainement le
+nom qu’on lui a donné; c’est un fort beau pays; l’air y est pur et
+toujours serein; il est fertile en toutes sortes de graines, arrosé de
+quantité de petites rivières, lesquelles descendent des montagnes qui la
+séparent de la partie orientale; la terre y porte abondamment du blé, du
+riz, etc. On y trouve la plupart des fruits des Indes, des oranges, des
+bananes, des ananas, des goyaves, des papayas, des cocos, etc. Il y a
+lieu de croire que la terre porterait aussi nos arbres fruitiers
+d’Europe, si on les y plantait; on y voit des pêches, des abricots, des
+figues, des raisins, des châtaignes, des grenades. Ils cultivent une
+sorte de melon; le tabac et le sucre y viennent parfaitement bien[18].»
+
+ [18] DU HALDE, _Description de l’Empire de la Chine_, passim.
+
+Cette description des magnificences de Formose s’applique fort bien à la
+partie Nord de l’île, où les Portugais abordèrent en 1580, et où ils
+fondèrent leur établissement de Ki long. Mais la côte occidentale ne
+présente aucun bon port, et les navires, embossés au large, sont exposés
+au double inconvénient d’un mauvais ancrage et d’une très mauvaise
+réception de la part des indigènes; quant à la côte orientale, elle ne
+possède que des côtes à pic et des torrents dont les embouchures sont
+fermées par les alluvions.
+
+«Sur la fin de 1620, qui est la première année de l’empereur Tien-Ki,
+une escadre japonaise vint aborder à Formose. L’officier qui la
+commandait trouva le pays, tout inculte qu’il était, assez propre à y
+établir une colonie; il prit la résolution de s’en emparer, et, pour
+cela, il y laissa une partie de son monde, avec ordre de prendre toutes
+les connaissances nécessaires à l’exécution de son dessein.
+
+«Environ ce même temps, un vaisseau hollandais, qui allait au Japon ou
+en revenait, fut jeté par la tempête à Formose; il y trouva les
+Japonais, peu en état de lui faire ombrage. Le pays parut beau aux
+Hollandais et avantageux pour leur commerce. Ils prétextèrent le besoin
+qu’ils avaient de quelques rafraîchissements et des choses nécessaires
+pour radouber leur vaisseau maltraité par la tempête. Quelques-uns d’eux
+pénétrèrent dans les terres, et, après avoir examiné le pays, ils
+revinrent sur leur bord.
+
+«Les Hollandais ne touchèrent point à leur vaisseau pendant l’absence de
+leurs compagnons; ce ne fut qu’à leur retour qu’ils songèrent à le
+radouber. Ils prièrent les Japonais, avec qui ils ne voulaient pas se
+brouiller, de peur de nuire à leur commerce, de leur permettre de bâtir
+une maison sur le bord de l’île qui est à une des entrées du port, dont
+ils pussent dans la suite tirer quelque secours, par rapport au commerce
+qu’ils faisaient au Japon. Les Japonais rejetèrent d’abord la
+proposition; mais les Hollandais insistèrent de telle sorte en assurant
+qu’ils n’occuperaient de terrain que ce qu’en pouvait renfermer une peau
+de bœuf, qu’enfin les Japonais y consentirent.
+
+«Les Hollandais prirent donc une peau de bœuf qu’ils coupèrent en
+petites aiguillettes fort fines, puis ils les mirent bout à bout et s’en
+servirent pour mesurer le terrain qu’ils souhaitaient. Les Japonais
+furent d’abord un peu fâchés de cette supercherie; mais enfin, après
+quelque réflexion, la chose leur parut plaisante: ils s’adoucirent et
+ils permirent aux Hollandais de faire de ce terrain ce qu’ils jugeraient
+à propos; c’est sur ce terrain qu’ils bâtirent le fort, qu’ils nommèrent
+Castel Zelandia.»
+
+Cependant ils en furent chassés en 1661 par Tching Tching Kong, fils de
+Tching Tchi Long, riche négociant du Tonkin, qui, après avoir équipé une
+flotte, envahit Formose, brûla quatre vaisseaux hollandais et permit à
+un autre de se retirer avec les Européens. Il constitua, ensuite, une
+sorte de royaume indépendant dans l’île; mais en 1682, sous le règne de
+l’empereur Kang hi, Formose devint définitivement une possession
+chinoise.
+
+L’île produit du maïs, des patates, des fruits, du tabac, de l’indigo,
+de la canne à sucre, du riz et du thé; mais son principal article
+d’exportation est le camphre; on y trouve aussi du charbon, du soufre,
+du pétrole.
+
+Les Japonais, après avoir eu, en même temps que les Hollandais, contact
+avec les habitants de Formose, s’étaient retirés également et n’avaient
+plus eu de relations avec l’île. En 1874, un navire japonais, jeté sur
+la côte orientale, fut pillé par les indigènes et les matelots
+massacrés. Le gouvernement du Mikado, par l’entremise de son ministre à
+Péking, M. Soyeshima, réclama le châtiment des coupables, mais le Tsong
+li ya men répondit que la Chine se désintéressait de la question et que
+le Gouvernement japonais était libre de punir les sauvages comme il
+l’entendait.
+
+Une expédition fut donc décidée, et le général Saïgo Tsukumichi fut mis
+à la tête des troupes; la lutte ne dura pas longtemps; les indigènes
+vinrent de suite à composition et firent la paix avec Saïgo. Mais la
+Chine alors, changea d’avis et entra en scène, et, pour éloigner les
+Japonais, consentit à une indemnité pour les familles des matelots
+massacrés.
+
+Comme on le voit, les vues du Japon sur Formose datent de loin, et, à la
+suite de la guerre contre la Chine, en 1894-1895, l’île est passée sous
+sa domination.
+
+En avril 1896, le régime militaire fit place à l’administration civile;
+vers la même époque, le Gouvernement japonais traça un programme, d’une
+part pour subjuguer les tribus aborigènes, d’autre part pour organiser
+les voies de communication, les finances et les monopoles; depuis lors,
+l’application de ce programme a été poursuivie sans interruption. Les
+finances de l’île sont devenues indépendantes depuis l’exercice
+1905-1906, c’est-à-dire que les recettes du Gouvernement de Formose
+suffisent pour faire face aux dépenses administratives sans aucune aide
+pécuniaire du Trésor central; bien plus, le revenu de l’île a même
+permis de solder les dépenses de certains travaux publics, auxquels on
+devait pourvoir au moyen d’emprunts. Pendant les années suivantes,
+malgré certains changements survenus dans la nature des recettes
+publiques, elles se sont accrues graduellement, et les finances de l’île
+se trouvent dans une situation satisfaisante.
+
+
+II.--Dès l’exercice 1897-1898, un compte spécial fut dressé pour les
+finances de Formose; il servit de base au Gouvernement pour projeter,
+puis réaliser l’autonomie financière de l’île. Le trésor central devait
+fournir des sommes importantes pour combler le déficit du budget de
+l’île; on pensa que ce subside pourrait être diminué d’année en année;
+aussi, le montant annuel fut-il établi en progression décroissante, dans
+la prévision que l’exercice 1909-1910 verrait les finances de Formose
+complètement indépendantes. Pendant l’exercice 1899-1900, et
+simultanément avec le commencement des travaux précités, sont créés les
+monopoles du camphre et du sel; les services de bateau entre Formose et
+le Japon proprement dit et le long des côtes de l’île sont augmentés, ce
+qui facilite l’exécution d’entreprises gouvernementales et privées; puis
+un service régulier de vapeurs entre Formose et la Chine est ouvert.
+
+Tandis qu’en 1900-1901, l’administration consacre ses efforts à
+développer la production et les industries de l’île, et élabore des
+plans pour une extension des lignes de navigation à vapeur, elle prend
+des mesures, l’année suivante, pour perfectionner l’industrie du sucre
+et elle entreprend la tâche d’étudier les vieilles coutumes. En
+1902-1903, elle s’occupe d’introduire des améliorations dans la
+manufacture du papier et du thé. Pendant les deux exercices 1903-1904,
+et 1904-1905, les travaux du cadastre ayant été achevés, un emprunt
+public est émis, d’un peu plus de 4.080.000 yen, destiné à compenser la
+taxe payable au propriétaire principal d’un terrain, et les recettes
+provenant de l’impôt foncier augmentent d’un million de yen; puis,
+lorsque la loi des taxes spéciales extraordinaires est mise en vigueur,
+pour faire face aux dépenses de la guerre avec la Russie, le sucre est
+aussi soumis à Formose à une accise, et les étoffes tissées à une taxe
+de consommation; de cette façon, on arrive à réaliser l’égalité dans
+l’imposition des taxes, et à procurer à l’île, en compensation de ceux
+qu’elle devait recevoir du Gouvernement central, les fonds destinés à
+combler le déficit de ses finances. Dans l’année 1905-1906, le
+Gouvernement de Formose est en mesure de renoncer à une somme d’environ
+6.100.000 yen, montant approximatif des subsides qu’il devait recevoir
+du Gouvernement central pour combler le déficit survenu depuis ce même
+exercice jusqu’à celui de 1909-1910. Il décide, en outre, de payer avec
+les revenus de l’île, sans recourir à l’emprunt public, dont il est
+question plus haut, les frais de construction du chemin de fer et du
+port de Kelung, entreprises dont le coût devait être soldé avec le
+montant de cet emprunt. D’ailleurs, le déficit dans les revenus annuels
+devait être couvert, désormais, au moyen d’une réforme de l’impôt
+foncier et par l’adoption du monopole du tabac. Grâce à ces mesures, le
+compte spécial du Gouvernement de Formose passait, graduellement, de
+l’état d’indépendance théorique et légale à celui d’une indépendance
+réelle.
+
+Pendant l’année financière 1908-1909, des plans ont été dressés, pour
+perfectionner les travaux d’utilisation des cours d’eau, aménager le
+port de Taku, améliorer la production du camphre, livrer de nouveaux
+terrains à la culture, développer l’exploitation des bois de charpentes
+et construire des voies ferrées; un emprunt du Gouvernement fournira la
+somme de 38.990.000 yen nécessaires pour ces entreprises. Il a été
+décidé que ces travaux seraient commencés pendant l’exercice 1908-1909,
+terminés vers 1923-1924, et que l’emprunt serait remboursable dans les
+onze années qui suivront leur achèvement. La grande artère Nord-Sud du
+chemin de fer, qui va d’une extrémité à l’autre de l’île, a été achevée
+en avril 1908, et la longueur totale, soit pour la ligne principale,
+soit pour les embranchements, est de 444 kilomètres. Comme les progrès
+de l’industrie sucrière à Formose importent non moins au développement
+économique de la classe agricole qu’à la prospérité des finances
+générales de l’île, le Gouvernement s’est préoccupé d’augmenter
+considérablement l’étendue des terres consacrées à la culture de la
+canne à sucre; la formation de nouvelles Compagnies, après la guerre
+russo-japonaise, jointe à l’augmentation du capital des Compagnies
+existantes, fait prévoir une production annuelle de 10.250 tonnes de
+sucre à partir de 1908-1910; aussi, pour assurer à cette industrie un
+ample approvisionnement de matières premières, le Gouvernement a
+augmenté les subventions et allocations destinées à favoriser la
+production sucrière, à livrer de nouveaux terrains à la culture dans la
+région des aborigènes, à aider la navigation entre l’île et la
+métropole, et à élever de nouvelles constructions. Cet accroissement de
+dépenses sera équilibré par les recettes de l’accise sur le sucre, les
+revenus des chemins de fer et le surplus des recettes de l’exercice
+précédent.
+
+
+III.--Le premier monopole introduit à Formose fut celui de l’opium,
+suivi plus tard par ceux du sel, du camphre et du tabac. Ce n’est pas
+seulement en raison d’une nécessité financière que furent créés ces
+monopoles, ce fut aussi «en vue de sauvegarder la santé publique, de
+raviver l’industrie et de doter l’île d’une capacité commerciale
+effective».
+
+On voit bien des raisons de santé publique expliquées en ce qui concerne
+l’opium, mais pour le sel, le camphre et le tabac, on demeure rêveur.
+Quant à développer l’initiative privée dans l’industrie et dans le
+commerce en créant des monopoles, c’est une chose qui ne s’est jamais
+vue et ne se verra probablement jamais, puisque le fait de monopoliser
+tue précisément l’initiative et l’énergie des particuliers.
+
+
+IV.--Quoi qu’il n’existât, au temps de la cession de Formose, aucun
+système monétaire organisé dans l’île, il n’en résultait pas de grands
+inconvénients dans la circulation des capitaux, en raison de
+l’insignifiance des transactions. Mais, avec leur développement, on
+sentit la nécessité de créer des banques comme organe de la circulation
+monétaire; on établit donc la Banque de Formose (Tai wan ginkô), puis la
+Banque du Sud, la Banque d’épargne de Tai wan, la Banque Shôka et la
+Banque Kagi. En 1904 et en 1906, le Gouvernement japonais réforma le
+vieux système monétaire et aujourd’hui la circulation de la monnaie
+japonaise se fait à Formose comme au Japon.
+
+[Illustration: Nikkô.--L’allée des Bouddhas.]
+
+
+V.--Autrefois le commerce de l’île était tout entier aux mains des
+Chinois; par suite, en effet, de la proximité de la province du Fou
+Kien, il y avait communication constante, par jonques, entre les deux
+côtes. Par le traité de Tien Tsin, les ports de Taku, Anking, Tamsui et
+Kelung furent ouverts au commerce étranger, et cet événement fut le
+point de départ du commerce de Formose avec les nations occidentales. En
+1895, après le traité de Shimonoséki, et la cession de l’île au Japon,
+les Japonais commencèrent à s’y établir.
+
+Le commerce extérieur, pendant 1908, s’est élevé à 71.700.000 yen, soit
+une augmentation de 13.300.000 yen sur l’année précédente.
+
+Dans ce chiffre, les exportations au Japon comptent pour 24.400.000 yen
+et celles à l’étranger pour 9.300.000 yen; le total de l’exportation
+atteint donc 33.700.000 yen. Les importations du Japon se montent à
+20.900.000 yen et celles des pays étrangers à 17.000.000 de yen donnant
+ainsi un total de 37.900.000 yen. Le surplus de l’exportation est dû au
+riz, au sucre et au thé, en dépit de la diminution subie par le camphre;
+l’accroissement de l’importation provient d’une augmentation dans
+l’entrée des sucres, des machines, des rails, du ciment et des matériaux
+de construction.
+
+
+VI.--Comme l’île de Formose est située en partie dans la zone torride,
+et que son sol est fertile, elle est riche en productions naturelles de
+toutes sortes. Le riz croît partout, sauf dans les districts montagneux,
+et il donne deux récoltes par an. Les progrès des travaux d’irrigation
+et le perfectionnement des méthodes de culture ont contribué à augmenter
+l’étendue des rizières; la quantité de riz transportée au Japon en 1908
+représente 10.000.000 de yen contre 6.000.000 en 1907.
+
+La culture de la canne à sucre a pris un développement considérable et
+plusieurs raffineries se sont établies; la valeur du sucre transporté au
+Japon en 1908 s’élève à 9.400.000 yen. C’est, avec celle du camphre, la
+seule industrie de Formose. Les forêts vierges qui recouvrent tout le
+centre de l’île n’ont pas encore été exploitées; elles renferment des
+cryptomerias, des conifères de toutes sortes et aussi le _hinoki_ ou
+chamœcyparis obtusa, arbre très estimé au Japon.
+
+En somme l’île commence à peine à sortir de son long sommeil; il faudra
+du temps et surtout beaucoup d’argent pour en exploiter les richesses
+naturelles.
+
+Pour l’année 1908-1909, les recettes du Gouvernement de Formose ont été
+de 33.871.328 yen, c’est-à-dire que le budget s’est balancé exactement.
+Ces chiffres sont fournis par les rapports financiers du ministère
+japonais; je les donne sans commentaires.
+
+
+VII.--L’île de Sakhalin, en japonais Kara futo, était, autrefois, tout
+entière une possession japonaise. Elle avait été cédée aux Russes, en
+1875, à une époque récente par conséquent. Après la guerre contre la
+Russie, cette dernière puissance rétrocéda au Japon, par le traité de
+Portsmouth (États-Unis), la moitié méridionale de l’île.
+
+Sakhalin a surtout comme ressources la mer et la forêt. Rien n’a encore
+été entrepris dans l’île et l’on se trouve dans la période des
+observations, des recherches et des tâtonnements. Un millier de familles
+japonaises ont été transplantées à Kara futo; on leur a fourni des
+graines et du bétail; il paraîtrait en effet qu’une grande superficie de
+la partie japonaise de l’île est propre à la culture et aux pâturages.
+
+Enfin l’or et la houille seraient abondants. Mais l’exploitation en est
+réservée à un avenir vraisemblablement lointain.
+
+Presqu’île du Kwang Tong.--Cette partie du territoire chinois, à
+l’extrémité sud de laquelle est située la forteresse de Port-Arthur (Liu
+chouen keou, Riô jun kô), se trouve dans la dépendance du Japon par
+suite de la défaite des Russes. Ces derniers, en effet, avaient pris à
+bail, de la Chine, pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans, la
+presqu’île du Kwang Tong avec la forteresse de Port-Arthur, et les
+Japonais ont été leurs successeurs dans le bail.
+
+Le seul port de ce territoire est Dalny (Tairen), déclaré port franc; la
+douane maritime chinoise y est installée pour percevoir les droits sur
+les marchandises qui quitteraient la zone franche pour entrer en Chine.
+
+Le total des exportations s’est élevé à 34.726.896 yen et celui des
+importations à 31.355.647 yen, soit un total d’échanges de 66.082.543
+yen.
+
+
+
+
+CHAPITRE XX
+
+I. La Corée autrefois et aujourd’hui. L’établissement du protectorat
+japonais.--II. Le résident général et les attributions.--III. La réforme
+financière; l’impôt; les banques.--IV. Les Japonais en Corée; sociétés
+agricoles et industrielles; élevage et culture.--V. L’industrie
+coréenne; son avenir.--VI. Commerce, importation et exportation pour
+1908.
+
+
+I.--Le royaume de Corée est, aujourd’hui, une véritable dépendance du
+Japon, bien qu’il ait conservé jusqu’à présent son roi et sa cour. Le
+Gouvernement du Mikado y exerce son autorité par l’intermédiaire d’un
+résident général représentant le Protectorat.
+
+La Corée est une grande péninsule qui s’avance en forme de cap dans la
+mer orientale (Tong hai), entre la Chine et le Japon. La mer du Japon la
+baigne à l’Orient; le golfe du Leao Tong la sépare des provinces du Pe
+tche li et du Chan Tong du côté de l’occident. Au Nord, elle confine aux
+pays mandchoux; au Midi elle a pour limite la grande mer; enfin le
+fleuve Yalu, au Nord-Ouest, la sépare du Leao Tong. Elle a été autrefois
+habitée par différents peuples, et elle était divisée en plusieurs
+petits royaumes; les trois principaux étaient ceux de Kaoli (Kôrai), Sin
+lo (Shinra), et Pe tsi (Hakusai), si souvent mentionnés dans l’histoire
+japonaise.
+
+Au IIIe siècle av. J.-C, l’impératrice japonaise Zingu (Zingu Kôgô)
+envahit les trois royaumes et les soumit à un tribut, lequel était
+ponctuellement envoyé tous les ans du port de Fusan à la cour du Mikado,
+puis à celle de Shôgun. Mais la Chine considérait les royaumes coréens
+comme une de ses dépendances; en 1392 elle intervint, comme elle le
+faisait toujours quand il y avait des révolutions intérieures, et elle
+plaça sur le trône de la Corée, devenue alors un pays centralisé, la
+dynastie de Han; les relations avec le Japon s’affaiblirent et même
+finirent par cesser complètement au milieu du XVe siècle.
+
+Cependant les Japonais, se rappelant les hauts faits de leur impératrice
+douze siècles auparavant, songeaient toujours à envahir la péninsule, et
+ce fut le fameux Hideyoshi (Taikosama) qui, en 1592, entreprit une
+nouvelle expédition. Pendant six ans, le malheureux pays de Corée fut
+livré au meurtre et au pillage; les Japonais s’étaient avancés très loin
+vers le Nord, et ils occupaient toutes les places fortes. Enfin la Chine
+s’émut; elle n’avait pas encore alors perdu l’esprit militaire et
+guerrier; elle accourut au secours des Coréens, refoula les Japonais
+vers le Sud et les rejeta à la mer en 1598.
+
+Les relations du Japon et de la Corée se trouvèrent de nouveau
+interrompues.
+
+Elles reprirent, par intermittences, jusqu’au moment où, en 1868, une
+ambassade japonaise vint informer le régent du royaume de Corée (le Tai
+wen Kun) de la restauration impériale et de la révolution qui venait de
+s’accomplir au Japon. L’ambassade fut reçue froidement. En 1872 M.
+Hanabusa, en 1874 M. Moriyama furent envoyés à Séoul pour essayer de
+renouer des pourparlers; mais ils n’y réussirent pas.
+
+Où la diplomatie et la persuasion échouèrent, la force, comme toujours,
+réussit. En effet, un petit bateau de guerre japonais, le _Uniô Kwan_,
+fut attaqué en face de la grande île de Kang hoa; les Japonais
+demandèrent réparation et s’adressèrent à la Chine. Cette dernière,
+occupée ailleurs, de même qu’elle avait désavoué les Formosans en 1874,
+désavoua la Corée en 1875, et déclara qu’elle n’était pour rien dans ses
+affaires. Les Japonais, ainsi mis à l’aise, conclurent avec le roi de
+Corée un traité qui déclara tout d’abord la Corée pays indépendant à
+l’égal du Japon. Les ports de Tchemulpo, Fusan, Gensan étaient ouverts
+au commerce japonais; la capitale, Séoul, recevait un résident japonais,
+et aussitôt les sujets du Mikado s’établirent en nombre considérable
+dans les pays qui s’offraient à leur activité.
+
+En 1882, tout à coup, arrive au Japon la nouvelle que M. Hanabusa, le
+ministre résident, a été chassé de Séoul, la légation japonaise
+attaquée, quelques agents tués et que toute la colonie s’est réfugiée à
+Tchemulpo. Nouvelle intervention japonaise, mais aussi nouvelle
+intervention chinoise; les deux pays finissent par s’entendre; et le
+Japon s’arrange avec la Corée, en signant un traité commercial très
+avantageux pour lui, et en stipulant une forte indemnité.
+
+De 1884 à 1894, la cour de Corée fut en révolution permanente. La reine,
+le Tai wen Kun, le roi, et un certain Kim ok Kiun, révolutionnaire et
+novateur, occupent la scène. Kim ok Kiun soulève des bandes de
+combattants, les _Tong hak_, qui parcourent le pays et le mettent à feu
+et à sang. La Chine et le Japon envoient des troupes; il y a conflit et
+en 1894, au mois d’août, le Japon déclare la guerre à la Chine.
+
+La Chine battue reconnaît l’indépendance de la Corée et retire toutes
+ses troupes, laissant le pays sous l’influence absolue du Japon.
+
+Mais la Russie entre en ligne: négociations russo-japonaises qui
+n’aboutissent pas; guerre, traité de Portsmouth sont des événements que
+je n’ai pas besoin de rappeler ici. Le Japon est arrivé au but qu’il
+poursuivait, il est maître en Corée.
+
+
+II.--Par une convention conclue en août 1904, la Corée s’est engagée à
+faire des réformes dans son administration; puis en 1905 une autre
+convention régla, d’une façon effective, le protectorat japonais en
+établissant la Résidence générale, les résidences des provinces et en
+nommant le prince Ito[19] Résident général du Japon en Corée.
+
+ [19] Il vient d’être assassiné à Kharbin, sur territoire russe, par un
+ Coréen.
+
+Le Résident général relève directement de l’Empereur du Japon; en ce qui
+concerne les affaires extérieures, il communique directement avec le
+ministre des Affaires Étrangères et le Président du Conseil qui
+soumettent des vues à l’Empereur. Les consulats étrangers en Corée
+reçoivent l’exéquatur du Gouvernement japonais.
+
+C’est le Résident général qui propose les réformes à exécuter, les
+travaux à entreprendre, enfin c’est lui qui tient en main tous les fils
+de l’administration coréenne. Des résidents japonais sont établis dans
+toutes les capitales des provinces.
+
+
+III.--La première chose à faire était de mettre de l’ordre dans les
+finances de ce pays à peu près ruiné, ou tout au moins dans un état de
+désordre financier complet. La diminution des produits de toutes sortes,
+l’absence de budget fixe, les impôts très lourds et prélevés avec une
+maladresse et une violence excessives, avaient appauvri la nation
+coréenne. A la suite d’une convention conclue en 1907, des agents
+japonais furent nommés à des postes officiels dans l’administration
+coréenne afin de travailler, de concert avec les fonctionnaires coréens,
+à la bonne administration des finances. Un budget régulier fut établi
+pour la première fois en 1905; il donna comme recettes une somme de
+7.480.287 yen, et comme dépenses celle de 9.556.836 yen. Le dernier
+budget, celui de 1909-1910, prévoit 21.434.723 yen de recettes contre
+22.268.255 yen de dépenses.
+
+Le système d’impôts, pratiqué en Corée depuis plusieurs siècles, est
+très imparfait; à défaut d’une base sérieuse de recouvrement des taxes,
+le Gouvernement se trouvait dans l’impossibilité de percevoir la
+totalité du montant prévu, et d’autre part, les fonctionnaires,
+individuellement chargés de la perception de l’impôt, avaient
+constamment recours aux extorsions les plus injustes; non seulement ils
+se laissaient corrompre, mais ils levaient à leur profit des taxes
+supplémentaires illégales. Dans de telles conditions, la population ne
+pouvait que s’appauvrir. Il était donc indispensable de commencer
+immédiatement la réforme sur ce point, d’établir avec justice un nouveau
+système de perception des impôts, et de placer les finances de l’État
+sur des bases tout à fait solides.
+
+Les résultats donnés par le recouvrement des impôts pendant le dernier
+exercice se répartissent ainsi:
+
+ Impôt foncier 5.628.575 yen.
+ -- sur les maisons 357.884 --
+ -- sur les produits marins 7.584 --
+ -- sur le sel 8.958 --
+ -- sur les mines 34.601 --
+ Droits de douanes 3.179.838 --
+ Droits de tonnage 91.951 --
+ Taxe des bateaux 6.649 --
+ -- des boucheries 28.074 --
+ -- des prêteurs sur gages 503 --
+ -- du ginseng 621 --
+ Arriéré des impôts du précédent exercice 163.166 --
+ Autres impôts 13.183 --
+ ---------
+ Total. 9.521.587 yen.
+
+Le système monétaire coréen est devenu, en tous points, semblable au
+système japonais, et la réforme, faite avec beaucoup d’à propos, sans
+supprimer brusquement toute monnaie coréenne, a excellemment réussi.
+Autrefois, et jusqu’à ces dernières années, il n’existait pas de banques
+à proprement parler; la réforme des finances a, naturellement, nécessité
+l’établissement d’organes financiers régulièrement constitués.
+
+Les règlements pour l’organisation et le contrôle des banques, furent
+promulgués en 1906, et une banque coréenne fut installée à cette époque.
+Actuellement trois banques coréennes fonctionnent: Kanjô Ginkô, Ten
+itchi Ginkô, Kan itchi Ginkô, avec leur siège à Seoul et des succursales
+à Su Won, Ton Maku, Ma Po, Nam Tai Mun; d’autres banques, destinées à
+aider l’agriculture et l’industrie, ont été établies dans plusieurs
+villes: à Seoul, Chung Chu, Kai jyou, Kong Chu, Kan Gyon, Chung Jyu, Kai
+Syong, Syang Chu, Shin Chu, Masampo, Yong Pyen, Chinampo, Hai Chu, Poku
+Chon, Sari Nan, Nam Noa, Choi Chu Do, Pol Kyo Po, Yong Sam Po, Ham
+Heung, Ryong-Song, Hoi Ryong, Chong Jin.
+
+En outre, trois banques japonaises: la Dai itchi Ginkô, dont le bureau
+central est à Tokio, la Dai Ju hachi Ginkô, à Nagasaki, et la Dai go ju
+hachi Ginkô à Osaka, sont également établies en Corée.
+
+
+IV.--Les Japonais n’avaient pas attendu le protectorat de leur pays sur
+la Corée pour s’installer dans le Sud de la péninsule, autour de Fusan.
+Dès le premier traité, en 1876, une émigration japonaise assez
+considérable s’était dirigée vers ce port et de fait, Fusan ressemblait
+étrangement au bout de quelques années à une ville japonaise.
+Aujourd’hui, beaucoup des sujets du Mikado ont entrepris le fermage et
+l’élevage en grand dans les provinces de Kyung San et Chulla; au lieu de
+se contenter des petits jardins maraîchers qui leur suffisaient
+autrefois, les colons japonais se sont mis à acquérir de vastes
+domaines, même assez loin dans l’intérieur du pays.
+
+En dehors de la ferme, et de la culture, l’industrie de la soie réussit
+fort bien en Corée. Le climat y est sec et la pluie n’y est pas trop
+abondante. Le seul danger, ce sont les vers parasites qui sont
+terribles, au point de causer une perte considérable (au Japon cette
+perte n’est quelquefois pas moindre de quinze millions de yen par an).
+Cependant, malgré les inconvénients, et malgré aussi l’inhabileté des
+éleveurs coréens, le cocon paye bien; à plus forte raison payera-t-il
+davantage quand les sériciculteurs japonais auront introduit les
+méthodes rationnelles; déjà une association de dames japonaises et
+coréennes a établi un centre d’élevage à Seoul et réussit fort bien.
+
+La culture expérimentale du coton, qui a été tentée en 1905 par quelques
+Japonais éminents, dont plusieurs membres du Gouvernement et de la
+Chambre des représentants, a donné, au bout de trois années, des
+résultats fort satisfaisants. Des expériences ont été faites à Mokpo,
+Chi Nam Po, Yong Sam Po, Laju, Konju et Kun San; deux variétés ont été
+plantées, le coton indigène et le coton américain; le premier a donné
+des produits supérieurs. On estime actuellement la superficie plantée en
+coton à 120.000 hectares, et on croit que, lorsque tout le terrain
+susceptible de recevoir du coton sera mis en valeur, on arrivera pour la
+Corée à un rendement de 100.000.000 de livres japonaises (Kin = 600
+grammes). En supposant la consommation individuelle de deux livres par
+tête, le total pour 14.000.000 de Coréens serait de 30.000.000 de livres
+en moyenne, laissant un stock de 70.000.000 de livres à exporter.
+
+Les mines, sauf les mines d’or alluvionnaires du Nord de la péninsule,
+ne sont pas encore exploitées rationnellement; quant aux pêcheries elles
+sont entièrement aux mains des Japonais.
+
+Une Compagnie s’est formée en 1908 dans le but d’exploiter les richesses
+de la Corée; elle est au capital de 10.000.000 de yen, divisés en
+200.000 obligations de 50 yen; le Gouvernement coréen en a pris 60.000
+en considération de la cession faite par lui d’une certaine superficie
+de terrain et le reste a été souscrit par les Japonais. La Compagnie
+doit aider les colons japonais aussi bien que les Coréens eux-mêmes; son
+privilège est valable pour cent ans, renouvelable avec l’assentiment des
+deux Gouvernements japonais et coréen.
+
+
+V.--Les industries indigènes sont tout à fait primitives, et les
+quelques industries de luxe qui florissaient autrefois sont depuis
+longtemps dans le plus profond déclin. Cependant on peut encore trouver
+quelques productions dignes d’être remarquées; ainsi les papiers, les
+peaux et les cuirs, le tabac, le vin de riz. Les Coréens sont très
+adroits et leurs nattes sont du bon faiseur; tout ce qui se tresse est
+habilement fait en Corée. D’après les recherches qui ont été poursuivies
+pour savoir quelles sortes d’industries réussiraient en Corée, il a été
+admis généralement que les cuirs, le papier, la peausserie, les nattes,
+les produits chimiques iodés pouvaient avoir un grand avenir. Les
+nattes, notamment celles des provinces de Hwanghai et de Kyongki, sont
+très appréciées et elles ont une réputation bien établie. On avait pensé
+aussi à encourager l’élevage du bétail dans le Nord de la péninsule, en
+vue d’y créer une industrie de conserves de viande de bœuf; mais il est
+permis de douter que cette industrie, si toutefois elle s’installe
+jamais en Corée, fasse une concurrence sérieuse au _compressed, cooked,
+corned beef_ de Chicago!
+
+Les côtes de Corée fournissent constamment une abondante récolte de
+varech et autres plantes marines, et il est hors de doute que l’on peut
+en extraire une quantité de produits iodés.
+
+Quant aux minéraux, l’or, le cuivre, le charbon, le graphite y seraient
+abondants. Les dépôts les plus importants de houille se trouvent sur les
+rives du fleuve Tadong Kang (en chinois Ta Tong Kiang); les veines
+seraient très fournies et auraient une épaisseur de 8 à 10 mètres
+suivant les endroits; on estime le rendement possible à des dizaines de
+millions de tonnes; la qualité du charbon serait celle de Karatsu
+(Kiushiu).
+
+L’or donne environ une production annuelle de 4.000.000 de yen; le
+cuivre est également extrait en quantité considérable.
+
+
+VI.--Pour les cinq dernières années, le commerce de la Corée donne les
+chiffres suivants:
+
+EXPORTATION
+
+ 1904 7.530.715 yen.
+ 1905 6.916.571 --
+ 1906 8.902.387 --
+ 1907 17.002.234 --
+ 1908 14.113.310 --
+
+IMPORTATION
+
+ 1904 26.805.380 yen.
+ 1905 31.959.582 --
+ 1906 29.721.579 --
+ 1907 41.436.653 --
+ 1908 41.025.523 --
+
+Les pays qui ont le plus de relations commerciales avec la Corée sont:
+naturellement le Japon en première ligne, puis la Chine. Le Japon
+arrive, en 1908, avec un total d’exportation de 10.963.363 yen et un
+chiffre d’importation de 21.040.465 yen. La Chine vient ensuite,
+exportant pour 2.247.458 yen et important pour 4.882.246 yen. Les
+États-Unis et l’Angleterre se placent ensuite avec cinq et six millions
+d’importations, le chiffre de leurs exportations étant insignifiant,
+5.716 yen pour l’Angleterre, 45.106 yen pour les États-Unis.
+
+L’Allemagne réalise en Corée pour environ 400.000 yen d’affaires; quant
+à la France elle n’y fait rien.
+
+La Corée ne peut que gagner à se trouver sous le protectorat du Japon;
+la méthode et la patience des Japonais arriveront certainement à
+organiser et développer cet état qui était jusqu’à présent dans une
+situation profondément chaotique. Il est d’ailleurs certain que les pays
+qui se sont trouvés, par la force des armes, annexés à l’Empire du
+Soleil Levant, vont prendre leur part de sa civilisation, et participer
+à son progrès industriel et commercial. Le Gouvernement et le peuple
+japonais ont montré ce que peuvent la ténacité dans le travail et
+l’intelligence dans l’organisation. Formose, la Corée, Karafuto, le
+Kwang Tong chinois vont donc se développer et grandir sous l’égide de
+leurs conquérants; la population japonaise a déjà émigré en nombre
+considérable dans ces pays, et, grâce à l’activité et à l’énergie de ces
+nouveaux colons, des terres qui, jusqu’ici, étaient restées incultes et
+pour ainsi dire abandonnées, vont se trouver entraînées dans l’orbite de
+la civilisation générale: le Japon est de taille à mener à bien cette
+œuvre.
+
+
+Principaux termes géographiques.
+
+ _Yama_ = Montagne.
+ _San_ = Id.
+ _Take_ ou _Dake_ = Sommet.
+ _Saki_ = Cap.
+ _Toge_ = Col.
+ _Kawa_ ou _Gawa_ = Rivière, fleuve.
+ _Hara_ = Plaine.
+ _Ura_ = Baie.
+ _Nada_ = Bassin, gouffre.
+ _Seo_ = Détroit.
+ _Umi_ = Mer.
+ _Shima_ ou _Jima_ = Ile.
+
+
+Principales mesures de longueur.
+
+ 1 _ri_ = 3.927 mètres.
+ 1 _cho_ = 109 --
+ 1 _ken_ = 1 m. 81.
+ 1 _jô_ = 3 m. 30.
+ 1 _shaku_ = 3 décim. 03.
+ 1 _sun_ = 3 centim. 03.
+ 1 _bu_ = 3 millim. 03.
+
+
+Transcription des lettres japonaises et leur lecture en caractères
+romains.
+
+ _a_ = a en français.
+ _e_ = é --
+ _i_ = i --
+ _o_ = o --
+ _u_ = ou --
+ _y_ = y --
+ _b_ = b --
+ _d_ = d --
+ _f_ = f --
+ _g_ toujours dur: _gi_ = gui.
+ _h_ très aspirée.
+ _j_ = dj en français.
+ _k_ = k --
+ _m_ = m --
+ _n_ = n en français.
+ _p_ = p --
+ _r_ roulé.
+ _s_ = s en français, mais toujours dur.
+ _t_ = t en français.
+ _w_ = w en anglais.
+ _z_ = z en français.
+ _sh_ = ch --
+ _ch_ = tch --
+ _an_ nasal comme en français,
+ _on_ --
+ _en_ (ein) --
+ _in_ = inn.
+
+
+
+
+[Illustration: L’EXPANSION JAPONAISE.]
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+ CHAPITRE PREMIER
+
+ I. L’Empire du Japon.--II. La situation géographique;
+ développement des côtes; superficie; population.--III.
+ Climat.--IV. Humidité atmosphérique.--V. Système géographique,
+ volcans.--IV. Hydrographie; rivières et lacs 1
+
+ CHAPITRE II
+
+ I. Aborigènes et conquérants.--II. Infiltration chinoise;
+ Mongols; Ainos.--III. Le type japonais actuel.--IV. Avant et
+ après la Révolution de 1868; aristocratie et peuple.--V.
+ Constitution japonaise; le gouvernement.--VI. Justice,
+ tribunaux.--VII. Loi de finances; budget.--VIII. Loi
+ électorale.--IX. L’empereur et le patriotisme.--X. La nation;
+ son sourire et sa dissimulation; caractère du Japonais.--XI.
+ Religions et superstitions.--XII. Les étrangers au Japon 17
+
+ CHAPITRE III
+
+ I. Provinces et districts.--II. Les trois «Shi».--III. Les
+ quarante-cinq «Ken».--IV. Administration méticuleuse.--V.
+ Ports principaux 35
+
+ CHAPITRE IV
+
+ I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre d’Europe au
+ Japon; le chemin de fer sibérien; les compagnies de navigation
+ qui font le service.--II. Prix des passages; les côtes
+ japonaises.--III. La mer intérieure jusqu’à Kobe; de Kobe à
+ Yokohama.--IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le service
+ du Pacifique.--V. Aspect triste des villes japonaises pour celui
+ qui débarque 49
+
+ CHAPITRE V
+
+ I. La vie indigène; la nourriture.--II. Coût de la vie au
+ Japon; cherté des denrées et des loyers.--III. Hôtels à
+ l’Européenne.--IV. La famille japonaise, sa constitution, ses
+ mœurs; situation de la femme et des enfants 63
+
+ CHAPITRE VI
+
+ I. Le peuplement; sa densité; l’expansion au dehors.--II.
+ Quelques chiffres.--III. Répartition de la population.--IV.
+ Villes au-dessus de 100.000 habitants.--V. Émigration au
+ Hokkaido (île de Yézo) 81
+
+ CHAPITRE VII
+
+ I. Tokio capitale.--II. Localités à visiter.--III. Environs de
+ Tokio.--IV. Le Fuji Yama.--V. Sendai et les villes du Nord.--VI.
+ Nagoya, Kioto, Nara.--VII. Osaka et les villes du Sud 89
+
+ CHAPITRE VIII
+
+ I. Poids et mesures.--II. Monnaies.--III. Postes.--IV.
+ Télégraphes.--V. Situation postale, télégraphique et
+ téléphonique au 31 décembre 1907.--VI. Instruction
+ publique.--VII. Presse, journaux et revues.--VIII. Cours et
+ tribunaux 99
+
+ CHAPITRE IX
+
+ I. Armée: instructeurs français et allemands.--II. Marine.
+ Instructeurs et ingénieurs français, professeurs anglais.--III.
+ Système de recrutement; dernières modifications; réorganisation
+ actuelle; augmentation des divisions et de l’artillerie.--IV.
+ État actuel de la marine; projets de constructions.--V.
+ Conclusion 111
+
+ CHAPITRE X
+
+ I. Agriculture; superficie en rizières.--II. Production
+ totale en céréales.--III. Diverses espèces de riz.--IV.
+ Haricots, maïs, patates, différents légumes.--V. Épices et
+ condiments.--VI. Divisions de la terre.--VII. Soie et culture
+ du mûrier.--VIII. Culture du thé.--IX. Chevaux et bétail.--X.
+ Fruits.--XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et la colonisation 125
+
+ CHAPITRE XI
+
+ I. Pêcheries.--II. Les bateaux de pêche; les prises.--III.
+ Primes à la pêche en haute mer.--IV. La baleine.--V. Sel et
+ salines.--VI. Forêts.--VII. Quelques-uns des bois les plus
+ répandus au Japon.--VIII. La forêt de Kisogawa, domaine de la
+ couronne.--IX. Le camphrier.--X. Champignons 139
+
+ CHAPITRE XII
+
+ I. L’industrie autrefois.--II. La soie; ses débuts au
+ Japon.--III. Fils et tissus de soie.--IV. Industrie de la
+ teinture.--V. La poterie.--VI. Faïence de Satsuma; porcelaine
+ d’Owari.--VII. L’industrie des métaux.--VIII. La laque.--IX.
+ Éventails, paravents, sculpture sur bois et ivoire 157
+
+ CHAPITRE XIII
+
+ I. L’industrie nouvelle.--II. Sociétés industrielles
+ actuellement existantes.--III. Divers genres
+ d’entreprises.--IV. Principaux districts de tissage.--V.
+ L’industrie céramique; la laque; les allumettes.--VI Les
+ cuirs.--VII. Les conserves alimentaires; le papier,
+ etc.--VIII. Manufactures de l’État.--IX. Concurrence japonaise;
+ emploi des capitaux européens dans le pays.--X. Gages et
+ salaires.--XI. Esquisse rétrospective 177
+
+ CHAPITRE XIV
+
+ I. Commerce du Japon avec l’étranger; Habutai, Kaiki,
+ soieries.--II. Exportation du thé.--III. Exportation du
+ riz.--IV. Charbon japonais. V.--Cuivre.--VI. Camphre, nattes,
+ sake, cigarettes.--VII. Coton.--VIII. Importation, coton brut,
+ lainages, mousselines de laine; la situation de la France
+ relativement à l’importation de ce dernier article; riz
+ d’Indo-Chine; métaux et machines.--IX. Importation
+ française.--X. Le commerçant japonais.--XI. Entrées et sorties
+ pour les ports principaux.--XII. Marine marchande japonaise à
+ vapeur.--XIII. Bateaux français.--XIV. Tarif douanier 197
+
+ CHAPITRE XV
+
+ I. Routes. Chemins de fer.--II. État et compagnies, rachat des
+ lignes par l’État et nationalisation du réseau ferré.--III.
+ Principales lignes.--IV. Tramways.--V. Tarif des chemins de fer 221
+
+ CHAPITRE XVI
+
+ I. Mines. Dans l’antiquité; au XVe siècle: époque moderne.--II.
+ Géologie, terrains.--III. Mines en exploitation.--IV. Quelques
+ mines de charbon.--V. Pétrole.--VI. Divers: graphite, soufre,
+ etc...--VII. Les mineurs; les réglements miniers.--VIII.
+ Administration des mines.--IX. Les mines en 1908, le socialisme
+ parmi les ouvriers.--X. Rendement du cuivre et du charbon 237
+
+ CHAPITRE XVII
+
+ I. Finances japonaises; généralités.--II. Organisation
+ actuelle.--III. Le budget, les impôts.--IV. Dette publique,
+ emprunts.--V. Finances locales.--VI. Banques.--VII. Compagnies
+ d’assurances.--VIII. Médecins, hygiène publique, assistance
+ publique 257
+
+ CHAPITRE XVIII
+
+ I. Le Japon politique et son avenir.--II. Le Japon commercial
+ et industriel et son avenir 273
+
+ CHAPITRE XIX
+
+ Les colonies japonaises. Formose.--II. Finances.--III.
+ Monopoles.--IV. Banques.--V. Commerce.--VI. Agriculture et
+ Industries.--VII. Sakhalin et Kwang-Tong 279
+
+ CHAPITRE XX
+
+ I. La Corée autrefois et aujourd’hui, l’établissement du
+ protectorat japonais.--II. Le résident général et ses
+ attributions.--III. La réforme financière; l’impôt; les
+ banques.--IV. Les Japonais en Corée; sociétés agricoles et
+ industrielles; élevage et culture.--V. L’industrie coréenne,
+ son avenir.--VI. Commerce; importation et exportation
+ pour 1908 293
+
+
+E. GREVIN--IMPRIMERIE DE LAGNY
+
+
+
+
+LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE
+
+
+ LE P. J. LEMARÉCHAL
+
+ Dictionnaire Japonais-Français. Un volume grand in-8º avec
+ illustrations, relié 32 »
+ Petit Dictionnaire Japonais-Français. Un vol. in-12, cartonné
+ toile 8 50
+
+ LE P. S. COUVREUR
+
+ Guide de la conversation français-anglais-chinois.
+ Prononciation figurée en lettres latines. Vocabulaires et
+ dialogues. Petit in-8º, broché 7 »
+ Même ouvrage, relié 9 »
+
+ JOSEPH DUBOIS
+
+ L’Empire de l’Argent. Étude sur la Chine financière. Préface de
+ M. Henri Bamberger. Un volume in-8º, broché 5 »
+
+ G. MASPERO
+ Membre de l’Institut,
+ Professeur au Collège de France,
+ Directeur général du Service des Antiquités du Caire.
+
+ Causeries d’Égypte. Deuxième édition. Un volume in-8º, broché 7 50
+
+ DR ADRIEN LOIR
+ Professeur à la Faculté de médecine de Montréal.
+
+ Canada et Canadiens. Un volume in-8º, broché 6 »
+
+ DANIEL BELLET
+ Professeur à l’École des Sciences politiques.
+
+ Les Grandes Antilles. Étude de Géographie économique. Préface
+ de M. E. Levasseur, Administrateur du Collège de France. Un
+ volume in-8º broché, avec carte 6 »
+
+ P. CHEMIN DUPONTÈS
+ Chargé de la Statistique à l’Office colonial.
+
+ Les Petites Antilles. Étude sur leur évolution économique.
+ Préface de M. Marcel Dubois, Professeur de Géographie
+ coloniale à la Sorbonne. Un volume in-8º broché, avec deux
+ cartes 7 50
+
+
+5662.--Paris.--Imp. Hemmerlé et Cie.--1-10.
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE
+ÉCONOMIQUE ***
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions will
+be renamed.
+
+Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
+law means that no one owns a United States copyright in these works,
+so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the
+United States without permission and without paying copyright
+royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
+of this license, apply to copying and distributing Project
+Gutenberg-tm electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG-tm
+concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
+and may not be used if you charge for an eBook, except by following
+the terms of the trademark license, including paying royalties for use
+of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
+copies of this eBook, complying with the trademark license is very
+easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
+of derivative works, reports, performances and research. Project
+Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away--you may
+do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
+by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
+license, especially commercial redistribution.
+
+START: FULL LICENSE
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full
+Project Gutenberg-tm License available with this file or online at
+www.gutenberg.org/license.
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project
+Gutenberg-tm electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or
+destroy all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your
+possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
+Project Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound
+by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the
+person or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph
+1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this
+agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm
+electronic works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the
+Foundation" or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
+of Project Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual
+works in the collection are in the public domain in the United
+States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
+United States and you are located in the United States, we do not
+claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
+displaying or creating derivative works based on the work as long as
+all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
+that you will support the Project Gutenberg-tm mission of promoting
+free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg-tm
+works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
+Project Gutenberg-tm name associated with the work. You can easily
+comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
+same format with its attached full Project Gutenberg-tm License when
+you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
+in a constant state of change. If you are outside the United States,
+check the laws of your country in addition to the terms of this
+agreement before downloading, copying, displaying, performing,
+distributing or creating derivative works based on this work or any
+other Project Gutenberg-tm work. The Foundation makes no
+representations concerning the copyright status of any work in any
+country other than the United States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
+immediate access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear
+prominently whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work
+on which the phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the
+phrase "Project Gutenberg" is associated) is accessed, displayed,
+performed, viewed, copied or distributed:
+
+ This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
+ most other parts of the world at no cost and with almost no
+ restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it
+ under the terms of the Project Gutenberg License included with this
+ eBook or online at www.gutenberg.org. If you are not located in the
+ United States, you will have to check the laws of the country where
+ you are located before using this eBook.
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is
+derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
+contain a notice indicating that it is posted with permission of the
+copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
+the United States without paying any fees or charges. If you are
+redistributing or providing access to a work with the phrase "Project
+Gutenberg" associated with or appearing on the work, you must comply
+either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
+obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg-tm
+trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
+additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
+will be linked to the Project Gutenberg-tm License for all works
+posted with the permission of the copyright holder found at the
+beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
+any word processing or hypertext form. However, if you provide access
+to or distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format
+other than "Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official
+version posted on the official Project Gutenberg-tm website
+(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
+to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
+of obtaining a copy upon request, of the work in its original "Plain
+Vanilla ASCII" or other form. Any alternate format must include the
+full Project Gutenberg-tm License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works
+provided that:
+
+* You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
+ to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he has
+ agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
+ Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
+ within 60 days following each date on which you prepare (or are
+ legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
+ payments should be clearly marked as such and sent to the Project
+ Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
+ Section 4, "Information about donations to the Project Gutenberg
+ Literary Archive Foundation."
+
+* You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or destroy all
+ copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
+ all use of and all access to other copies of Project Gutenberg-tm
+ works.
+
+* You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
+ any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
+ receipt of the work.
+
+* You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
+Gutenberg-tm electronic work or group of works on different terms than
+are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
+from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
+the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the Foundation as set
+forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
+Gutenberg-tm collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm
+electronic works, and the medium on which they may be stored, may
+contain "Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
+or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
+intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
+other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
+cannot be read by your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium
+with your written explanation. The person or entity that provided you
+with the defective work may elect to provide a replacement copy in
+lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
+or entity providing it to you may choose to give you a second
+opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
+the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
+without further opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
+OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
+LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of
+damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
+violates the law of the state applicable to this agreement, the
+agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
+limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
+unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
+remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
+accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
+production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
+electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
+including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
+the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
+or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
+additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
+Defect you cause.
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of
+computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
+exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
+from people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
+generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
+Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
+www.gutenberg.org
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
+U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's business office is located at 809 North 1500 West,
+Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
+to date contact information can be found at the Foundation's website
+and official page at www.gutenberg.org/contact
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without
+widespread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
+DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
+state visit www.gutenberg.org/donate
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations. To
+donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
+Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
+freely shared with anyone. For forty years, he produced and
+distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
+volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
+the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
+necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
+edition.
+
+Most people start at our website which has the main PG search
+facility: www.gutenberg.org
+
+This website includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/67860-0.zip b/67860-0.zip
new file mode 100644
index 0000000..460bcc2
--- /dev/null
+++ b/67860-0.zip
Binary files differ
diff --git a/67860-h.zip b/67860-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..d7476c1
--- /dev/null
+++ b/67860-h.zip
Binary files differ
diff --git a/67860-h/67860-h.htm b/67860-h/67860-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..27b64c8
--- /dev/null
+++ b/67860-h/67860-h.htm
@@ -0,0 +1,13066 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
+ "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
+
+<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr">
+<head>
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" />
+<title>
+ The Project Gutenberg eBook of L’Empire japonais et sa vie économique, by Joseph Dautremer.
+</title>
+<link rel="coverpage" href="images/cover.jpg" />
+<style type="text/css">
+
+
+p { text-align: justify; line-height: 1.2em; text-indent: 1.5em;
+ margin: .3em 0;}
+p.noindent { text-indent: 0; }
+
+h1 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 1em 0; }
+h2 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 4em 0 2em 0; }
+h3 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 3em 0 1.5em 0; }
+h4 { text-align: center; line-height: 1.5em; margin: 2em 0 1em 0; }
+
+div.c, p.c { text-align: center; line-height: 1.5em; text-indent: 0;
+ margin: 1em 0; }
+
+.large { font-size: 130%; }
+.xlarge {font-size: 150%; }
+.small { font-size: 90%; }
+.xsmall, small { font-size: 80%; }
+
+.u { text-decoration: underline; }
+.b { font-weight: bold; }
+.i { font-style: italic; }
+.i i, .i em { font-style: normal; }
+
+.sc { font-variant: small-caps; }
+.sans-serif { font-family: sans-serif; }
+
+.poetry { text-align: left; margin: 1em 0 1em 5%; }
+.verse { padding-left: 20%; text-indent: -20%; }
+
+p.d { margin: -.5em 0 1.5em 0; text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em;
+ font-size: 95% }
+.sign { margin: 1em 5% 1em 20%; text-align: right; }
+
+hr { width: 20%; margin: 1em 40%; clear: right; }
+
+sup { font-size: smaller; vertical-align: 20%; }
+
+li { list-style: none; }
+
+table { margin: 1em auto; border-spacing: .5em .1em; }
+td { vertical-align: top; margin: .1em .3em; }
+td.bot { vertical-align: bottom; }
+td.c div { text-align: center; }
+td.r div { text-align: right; }
+td.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; }
+
+p.drap { text-indent: -1.5em; padding-left: 1.5em; }
+
+span.l { text-align: left; }
+span.r { text-align: right; }
+span.c { text-align: center; }
+span.k { display: inline-block; text-indent: 0; }
+.w1 { width: 1em; }
+.w12 { width: 1.2em; }
+.w15 { width: 1.5em; }
+.w2 { width: 2em; }
+.w25 { width: 2.5em; }
+.w3 { width: 3em; }
+.w35 { width: 3.5em; }
+.w4 { width: 4em; }
+.w5 { width: 5em; }
+
+span.fl { float: right; text-indent: 0; padding-left: 1.5em; }
+.clr { clear: right; }
+
+.pt07 { padding-top: .7em; }
+.pr1 { padding-right: 1em; }
+.pr15 { padding-right: 1.5em; }
+
+
+.pl15 { padding-left: 1.5em; }
+
+a { text-decoration: none; }
+
+.fnanchor { font-size: 80%; vertical-align: 0.35em; padding: 0 .15em;
+ text-decoration: none;
+}
+.footnote { margin: 1em 0 1em 30%; font-size: 90%; }
+.footnote .label { }
+.footnote + .footnote { margin-top: -.5em; }
+
+.ugap { margin-top: 1em; }
+div.gap, p.gap { margin-top: 2.5em; }
+.break, .chapter { margin-top: 4em; }
+
+img { max-width: 100%; }
+
+@media screen {
+ body { max-width: 40em; width: 80%; margin: 0 auto; }
+}
+
+@media handheld {
+ .break, .chapter { page-break-before: always; }
+ .top4em { padding-top: 4em; }
+ .nobreak { page-break-before: avoid; }
+}
+
+</style>
+</head>
+<body>
+<div lang='en' xml:lang='en'>
+<p style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of <span lang='fr' xml:lang='fr'>L'Empire Japonais et sa vie économique</span>, by Joseph Dautremer</p>
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
+most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
+whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
+of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
+at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
+are not located in the United States, you will have to check the laws of the
+country where you are located before using this eBook.
+</div>
+</div>
+
+<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: <span lang='fr' xml:lang='fr'>L'Empire Japonais et sa vie économique</span></p>
+<p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Joseph Dautremer</p>
+<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Release Date: April 17, 2022 [eBook #67860]</p>
+<p style='display:block; text-indent:0; margin:1em 0'>Language: French</p>
+ <p style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:0; margin-left:2em; text-indent:-2em; text-align:left'>Produced by: Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))</p>
+<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE ÉCONOMIQUE</span> ***</div>
+<p class="c"><span class="large sans-serif">JOSEPH DAUTREMER</span><br />
+<span class="small">Consul de France,<br />
+Chargé de Cours à l’École des Langues Orientales.</span></p>
+
+<h1><span class="large">L’EMPIRE JAPONAIS</span><br />
+<span class="xsmall">ET</span><br />
+SA VIE ÉCONOMIQUE</h1>
+
+<div class="c"><img src="images/vignette.png" alt="" /></div>
+<p class="c">LIBRAIRIE ORIENTALE &amp; AMÉRICAINE<br />
+<span class="large">E. GUILMOTO, Éditeur</span><br />
+<span class="small">6, Rue de Mézières, PARIS</span></p>
+
+<div class="break"></div>
+
+<div class="c"><img src="images/illu1.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Le Parc de Hikone.</div>
+</div>
+<div class="break"></div>
+
+<p class="c xlarge">L’EMPIRE JAPONAIS
+ET
+SA VIE ÉCONOMIQUE</p>
+
+
+
+
+<h2 class="nobreak" id="ch1">CHAPITRE PREMIER</h2>
+
+<p class="d">I. L’Empire du Japon. — II. Sa situation géographique ; développement
+des côtes, superficie, population. — III. Climat. — IV. Humidité
+atmosphérique. — V. Système orographique, volcans. — VI.
+Hydrographie, rivières et lacs.</p>
+
+
+<p>I. — L’Empire du Japon resta inconnu à l’Europe jusqu’au
+<small>XIII</small><sup>e</sup> siècle, époque à laquelle Rubruquis et Marco
+Polo en dévoilèrent l’existence ; mais ce n’est guère
+qu’après l’arrivée dans les îles japonaises des jésuites
+portugais, c’est-à-dire au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, que ce pays devint
+un peu plus familier aux Occidentaux. Je n’ai pas à
+retracer ici l’histoire du Japon ; qu’il me suffise de dire
+que depuis 1852, époque à laquelle les États-Unis forcèrent
+ses portes, jusqu’à nos jours, le Japon a subi de
+telles transformations, il a su si bien secouer sa vieille
+civilisation chinoise et adopter le mécanisme européen,
+qu’il est devenu un facteur militaire et économique, surtout
+militaire, avec lequel il faut compter et qu’on ne saurait
+négliger. Le fond du caractère japonais, très guerrier
+et batailleur, portera encore longtemps ce peuple vers
+les choses de la guerre ; car, depuis l’antiquité, l’éducation
+du jeune Japonais de bonne famille était principalement
+une éducation militaire.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Tout en longueur, le Japon est situé au Nord-Ouest
+de l’Océan Pacifique ; il se compose de quatre
+grandes îles : Nihon ou Honshu ; Shikoku ; Kiushu ; Yezo
+ou Hokkaidô ; et d’une foule de petites îles parmi lesquelles
+les plus considérables sont : Sado, Oki, Awaji,
+Tsushima. Le petit archipel des Riukiu compte aussi
+comme partie intégrante de l’Empire, bien qu’en réalité
+les habitants ne soient pas des Japonais.</p>
+
+<p>En outre, à la suite de la guerre contre la Chine, le
+Japon a conquis l’île de Formose et les Pescadores ; et à la
+suite de sa campagne de Mandchourie contre les Russes,
+il a réussi à se faire rétrocéder la partie sud de l’île Sakhalin
+ou Karafuto, qu’il avait cédée à la Russie en 1875.</p>
+
+<p>A l’extrême nord de Yezo, le Japon possède les Kouriles
+ou Chishima ; et, dans le Pacifique, le groupe des
+Bonin, en japonais Ogasawara.</p>
+
+<p>Tout l’Empire est compris entre le 156° 32′ et le 119° 20′
+de longitude Est ; et le 21° 48′ et le 50° 56′ de latitude Nord
+(méridien de Greenwich). Il est séparé de la Corée, au
+Nord-Ouest, par la mer du Japon.</p>
+
+<p>Les îles principales Honshu, Shikoku, Kiushu et Yezo
+(plus connu au Japon sous le nom de Hokkaido), avec les
+Kouriles, les îles de Sado, Oki, Awaji, Iki, Tsushima,
+les Riukiu et les îles Bonin ou Ogasawara ont un développement
+de côtes de 7.000 lieues ; avec Formose et les
+Pescadores de 7.423 lieues. On n’a pas encore actuellement
+des renseignements précis pour la partie japonaise
+de Sakhalin (Karafuto). Comme superficie, tout ensemble,
+le territoire japonais a 27.126 lieues carrées. La population,
+en 1906 (41<sup>e</sup> année de meiji), était de 47.674.471 habitants,
+dont 24.047.953 hommes et 23.626.518 femmes. Au
+20 décembre 1908 elle était de 49.232.822 habitants dont
+24.864.385 hommes et 24.368.437 femmes.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Le Japon est très long et très étroit ; le climat
+se ressent de cette configuration et, tandis qu’au Nord il
+fait très froid, l’hiver, au Sud, au contraire, la chaleur
+est excessive, l’été ; en général, cependant, le climat est
+tempéré, mais excessivement énervant pour les Européens,
+surtout pour les femmes. Les suicides et la neurasthénie
+parmi la population blanche sont relativement fréquents.</p>
+
+<p>On pourrait, au point de vue physique, diviser le Japon
+en trois zones : zone du Nord : l’île de Yezo et le Nord de
+Honshu jusqu’à la baie de Sendai ; zone du centre depuis
+la baie de Sendai jusqu’à Yokohama et la baie de Yedo ;
+zone du Sud depuis la baie de Yedo jusqu’à la pointe
+extrême de Kiushu. La zone Nord, comme je viens de l’indiquer,
+est très froide en hiver ; la neige y tombe en abondance
+et la glace y est permanente. La zone centrale est
+plus tempérée, mais les saisons n’y sont cependant pas
+aussi nettement déterminées qu’en Europe centrale ; et il
+y existe toujours, même l’hiver, une certaine humidité ;
+les étés y sont très chauds sauf sur les hauteurs ; ainsi
+dans la plaine de Tokio, le thermomètre monte jusqu’à
++35° et +36°<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a> La pression atmosphérique étant réduite au niveau moyen de la
+mer et corrigée de la variation de pesanteur.</p>
+</div>
+<p>Quant à la zone méridionale, elle est sensiblement moins
+froide l’hiver et beaucoup plus chaude l’été ; dans sa partie
+extrême Sud, c’est-à-dire vers Nagasaki et Kagoshima,
+les chaleurs d’été sont pénibles. Les trois zones sont soumises
+au régime pluvieux de la mousson de suroît et les
+mois de juillet et d’août y sont en général aussi humides
+que sous les tropiques ; les moissons y sont souvent dévastées
+par les inondations. Aussi la moyenne de l’humidité
+atmosphérique est-elle considérable : Kagoshima,
+76 pour 100 ; Kochi, 75 pour 100 ; Osaka, 73 pour 100 ;
+Nagasaki, 75 pour 100 ; Shimonoseki, 77 pour 100 ;
+Sakai, 80 pour 100 ; Tokio, 73 pour 100 ; Kanazawa,
+79 pour 100 ; Akita, 78 pour 100 ; Ishinomaki, 80 pour 100 ;
+Hakodate, 77 pour 100 ; Nemuro, 81 pour 100.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — D’ailleurs, par les tableaux ci-dessous, il est
+facile de se rendre compte de l’humidité du pays :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="c small"><div>Nombre de jours de pluie.</div></td>
+<td class="c small"><div>Temps clair.</div></td></tr>
+<tr><td>Kagoshima</td>
+<td class="c"><div>178</div></td>
+<td class="c"><div>61</div></td></tr>
+<tr><td>Kochi</td>
+<td class="c"><div>146</div></td>
+<td class="c"><div>49</div></td></tr>
+<tr><td>Osaka</td>
+<td class="c"><div>145</div></td>
+<td class="c"><div>40</div></td></tr>
+<tr><td>Nagasaki</td>
+<td class="c"><div>168</div></td>
+<td class="c"><div>36</div></td></tr>
+<tr><td>Shimonoseki</td>
+<td class="c"><div>174</div></td>
+<td class="c"><div>34</div></td></tr>
+<tr><td>Sakai</td>
+<td class="c"><div>225</div></td>
+<td class="c"><div>23</div></td></tr>
+<tr><td>Tokio</td>
+<td class="c"><div>134</div></td>
+<td class="c"><div>54</div></td></tr>
+<tr><td>Kanazawa</td>
+<td class="c"><div>235</div></td>
+<td class="c"><div>23</div></td></tr>
+<tr><td>Nagano</td>
+<td class="c"><div>176</div></td>
+<td class="c"><div>30</div></td></tr>
+<tr><td>Akita</td>
+<td class="c"><div>224</div></td>
+<td class="c"><div>11</div></td></tr>
+<tr><td>Ishinomaki</td>
+<td class="c"><div>174</div></td>
+<td class="c"><div>36</div></td></tr>
+<tr><td>Hakodate</td>
+<td class="c"><div>203</div></td>
+<td class="c"><div>29</div></td></tr>
+<tr><td>Nemuro</td>
+<td class="c"><div>140</div></td>
+<td class="c"><div>46</div></td></tr>
+</table>
+<p>Ce relevé est celui de l’année 1906<a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a> Il n’est pas parlé des jours de neige, gelée, etc.</p>
+</div>
+<p>Il est clair donc que, pour l’Européen, peu habitué à
+une terre humide, le climat du Japon n’est pas, malgré
+tout ce que l’on en dit, le climat par excellence, et il est
+notamment inférieur à celui de la Chine. Les Européens
+ayant résidé longtemps au Japon et y étant parvenus à la
+vieillesse sont bien plus rares qu’en Chine. Cependant
+au point de vue pittoresque, par la beauté de ses paysages
+verdoyants et fleuris, le Japon l’emporte de beaucoup sur
+la Chine.</p>
+
+<p>Voici les maxima et minima de température observés
+en 1906 :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="c"><div>Maximum.</div></td>
+<td class="c"><div>Minimum.</div></td></tr>
+<tr><td>Kagoshima</td>
+<td class="c"><div><span class="k w25 r">33°<span class="k w1"> 2</span></span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−1°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Kochi</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">35°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−5°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Osaka</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">35°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−3°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Nagasaki</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">33°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−2°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Shimonoseki</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">34°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−6°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Sakai</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">32°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−4°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Tokio</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">32°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−4°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Kanazawa</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">34°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−5°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Nagano</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">33°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−16°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Akita</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">33°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−15°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Ishinomaki</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">30°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−11°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Hakodate</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">28°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−19°</span></div></td></tr>
+<tr><td>Nemuro</td>
+<td class="c"><div><span class="k w15 r pr1">28°</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w2 r">−21°</span></div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">V. — Pays essentiellement montagneux, le Japon est
+coupé du Nord au Sud par un système de chaînes et de
+pics, dont quelques-uns assez élevés, se ramifiant dans
+toutes les directions. La chaîne principale part du Nord du
+Honshu pour se continuer sur Tokio et de là sur Kioto et
+Shimonoseki, coupant, pour ainsi dire, en deux, la grande
+île et divisant son régime des eaux en deux versants bien
+distincts Ouest-Nord, Est-Sud, dans la direction de
+l’Ouest à l’Est, de Aomori, à la pointe extrême Nord-Est,
+jusqu’à Akamagaseki à la pointe Sud-Ouest de la province
+de Chôshû. De cette chaîne principale se détachent
+des chaînes secondaires qui se dirigent l’une vers la presqu’île
+d’Idzu au cap Irozaki ; l’autre vers Wakayama au cap
+Shiwomizaki (Sud de l’île) ; et une troisième vers la
+presqu’île de Noto, au cap Rokkozaki (sur la mer du Japon).</p>
+
+<p>Les îles du Sud, Shikoku et Kiushu, sont également partagées
+dans toute leur longueur en deux versants par une
+chaîne de montagnes qui court, pour Shikoku, du Nord-Est
+(Tokushima) au Sud-Ouest (cap Ashizurimisaki) ; et
+pour Kiushu, du Nord (Kokura) au Sud, où elle se divise
+en deux branches (Nomamisaki à l’Ouest et cap Satamisaki
+à l’Est).</p>
+
+<p>La grande île d’Yezo n’échappe pas au système montagneux
+du reste de l’Empire. Mais les chaînes de montagnes
+qui la traversent ne la partagent pas en deux versants
+bien nets ; on pourrait dire qu’elles la coupent en quatre
+versants, en prenant comme point central le sommet du
+Tokachidaké (3.500 mètres). En effet, du Tokachidaké part
+une chaîne qui se dirige vers le Nord au cap Soyamisaki
+(cette chaîne renferme le mont Ishikariyama, la seconde
+montagne de l’île, 2.350 mètres). Du même point une autre
+chaîne court vers le Nord-Est où elle se divise en deux
+branches pour se terminer aux caps Shiretokozaki et Noshafuzaki ;
+enfin, toujours du Tokachidaké part une troisième
+chaîne qui se dirige au Sud pour finir au cap Yerimisaki.
+Vers l’Ouest, entre le Tokachidaké et la ville de Sapporo,
+une grande dépression forme la plaine de Sapporo, où
+s’est répandue jusqu’ici la plus grande partie de l’émigration
+japonaise.</p>
+
+<p>A l’Ouest de Sapporo, au cap Kamoimisaki, le terrain
+se relève ; et, de ce cap jusqu’à Hakodate, à la pointe
+extrême Sud de l’île, une autre chaîne de montagnes coupe
+cette partie de l’île en deux.</p>
+
+<p>Des pics élevés se dressent sur toute l’étendue de ce
+système orographique, aussi bien au Nord qu’au Sud, et
+quelques-uns atteignent des hauteurs de 2.000 à
+3.000 mètres.</p>
+
+<p>Dans la province du Mutsu (district de Tsugaru), au
+Nord, nous citerons l’Iwakiyama (1.594 mètres) dit aussi
+Tsugaru no fuji ou Fuji de Tsugaru à cause de sa ressemblance
+comme forme avec le Fuji ; il est, d’ailleurs, célèbre
+dans toute la région ;</p>
+
+<p>l’Iwateyama, province de Rikuchu ;</p>
+
+<p>l’Osoresan (la montagne qui fait peur), volcan en activité,
+dans la province de Mutsu, district de Kitagori ;</p>
+
+<p>le Chôkai san (1.960 mètres), dans la province d’Ugo,
+district d’Akumi ;</p>
+
+<p>le Gessan (1.700 mètres), province d’Uzen, district de
+Tagawa ;</p>
+
+<p>le Jide san (1.200 mètres), chaîne plutôt que pic, qui
+s’étend sur les provinces de Iwashiro et d’Echigo ;</p>
+
+<p>le Nikkôzan, les montagnes de Nikkô, d’une hauteur
+d’environ 2.000 mètres, les plus célèbres montagnes du
+Japon avec le Fuji et l’Asama. Elles sont les plus hautes
+montagnes de la province de Shimodzuké, et on les appelle
+aussi Futaharayama ou Kurokamiyama. Elles sont dominées
+par leur pic principal, le Nantaisan, situées au Nord-Ouest
+du district de Kami tsuga gori ; au Nord-Est, le
+Niôhôzan continue la chaîne et, sur le versant oriental qui
+est presque à pic, se trouvent les sept cascades (nana
+taki) qui forment la source de l’Inarigawa. Entre ces deux
+points se trouvent les deux plateaux de Omanago et Komanago.
+Au Nord de Omanago se dresse isolé le Tarodake
+et, à l’Est du Niôhôzan, se prolonge la chaîne de l’Akanagi.
+En s’éloignant de cette chaîne, on aperçoit sur la rive Nord
+de l’Inarigawa la colline appelée Toyama ; bien qu’elle ne
+soit pas très élevée, elle est originale, seule et isolée au
+milieu du massif. A l’Est de cette dernière se trouve le
+Ogurayama ; le Konosuyama s’élève au Sud de la rivière
+Daiyagawa, et à l’Ouest de cette rivière on aperçoit le
+plateau élevé de Nakimushi. Vers le milieu de la chaîne se
+développent en ligne droite les plateaux du Tsukimi,
+Matsu taté, Ni no miya.</p>
+
+<p>Un temple est à mi-côte du Futaharayama, et, à
+quelque trois lieues du pied de cette montagne, se dresse
+l’ancien temple de Chusenji. Le lac qui se trouve là, très
+froid et très profond, se nomme la mer du bonheur (Satsu
+no umi) ; il est fort célèbre et c’est le plus grand lac des
+environs de Nikkô ; à l’Est du lac l’eau tombe à pic en
+formant la cascade de Kegon et le torrent qui en découle
+est précisément le Dai ya gawa. Au Nord-Ouest du Futahara
+s’élève le Yugatake au pied duquel se trouvent des
+sources thermales (yu = eaux chaudes).</p>
+
+<p>Tout ce que je viens d’énumérer forme le massif intérieur
+du groupe de montagnes de Nikkô. A l’extérieur
+au Nord s’élève le Kôshinzan ; les deux Shirane (Maye =
+antérieur ; oku = postérieur) qui forment la frontière du
+Kodzuke et du Shimodzuke au col du Konsei toge. Au
+Nord-Est de ce col se trouve le Kinunuma yama avec de
+nombreux lacs et étangs.</p>
+
+<p>Dans ces montagnes, pleines de sites admirables et de
+splendeurs naturelles, deux Shôgun<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a> ont voulu être
+enterrés. C’est pourquoi on y rencontre aujourd’hui un
+nombre incalculable de temples et des monastères.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a> Shôgun, général en chef, lieutenant du Mikado. C’est lui que les
+Européens appelaient <i>Tai Kun</i> et avec qui ils signèrent leurs premiers
+traités.</p>
+</div>
+<p>Le Tsukuba san, peu élevé, mais de forme originale,
+plonge sur les districts de Tsukuba, Niibari et Makabe
+dans la province de Hitachi ; le Bandai San (1.900 m.)
+s’élève au Nord du lac d’Inawashiro ; cette montagne,
+que l’on croyait depuis longtemps être un volcan
+éteint, s’est remise soudainement en activité le 14 juillet
+1888 et a détruit de nombreux villages dont elle a
+enseveli les habitants<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a> L’effet de l’éruption s’est fait sentir jusqu’à Tokio, où je me trouvais
+à ce moment, et la ville a été violemment secouée.</p>
+</div>
+<div class="c"><img src="images/illu2.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Vue du Fujiyama au col de l’Otomi.</div>
+</div>
+<p>Le Fuji san ou Fujiyama a 3.900 ou 4.000 mètres. Cette
+montagne peut être nommée la montagne sainte du Japon ;
+d’une forme admirable et régulière (sauf un petit renflement
+d’un côté) elle a été de tout temps l’objet du culte et
+de l’adoration de tous les Japonais. Bien qu’actuellement
+éteint, le Fujiyama a eu dans les époques antérieures
+plusieurs éruptions, notamment vers 799 de l’ère chrétienne,
+puis en 863.</p>
+
+<p>La dernière éruption eut lieu dans le cinquième mois de
+la période Hoyei (1706). C’est de là que le petit renflement
+signalé plus haut sur un des flancs de la montagne (au
+Sud-Est), a reçu le nom de Hoyeizan. Le cratère a pris sa
+forme actuelle à la même date en vomissant des masses
+considérables de cendres que le vent porta jusqu’à Yedo.</p>
+
+<p>Le Fuji, tous les étés au mois d’août, est un lieu de
+pèlerinage très fréquenté ; c’est par milliers qu’hommes et
+femmes, habillés tout de blanc, un bâton à la main, font
+l’ascension de la montagne.</p>
+
+<p>Du massif du Fuji partent des ramifications assez élevées :
+les montagnes de Hakone et la chaîne de l’Amagi.</p>
+
+<p>L’Asamayama (2.500 mètres) est le plus célèbre des volcans
+en activité. Il ne sort plus de son cratère actuellement
+que d’épaisses fumées et aussi des cendres ; mais il
+a eu parfois des éruptions terribles, et l’on peut s’attendre
+à tout moment au retour de ces phénomènes ; en 1783,
+notamment, l’éruption détruisit quantité de villages et
+de vies humaines. Au Sud de l’Asama se trouvent
+le Tateshi yama (2.300 mètres) et le Yatsugadake
+(2.700 mètres).</p>
+
+<p>L’Ontake san, qui domine les trois provinces de Shinano,
+Mino et Hida.</p>
+
+<p>Le Tateyama (2.000 mètres), dans la province d’Echu.</p>
+
+<p>Le Hakusan (3.000 mètres), d’où l’on a une vue très
+étendue sur les provinces de Kaga, Echizen, Mino et
+Hida.</p>
+
+<p>Le Sanshôgataké, dans la province de Yamato ; c’est le
+pic le plus élevé de la chaîne de montagnes de Yoshino.
+Les ramifications vont rejoindre la chaîne de montagnes
+de Kumano et de Kôya dans la province de Kii.</p>
+
+<p>L’Unsengatake (1.500 mètres), dans la province de
+Hizen ; volcan en activité ; non loin de là se trouvent des
+sources d’eaux thermales très fréquentées.</p>
+
+<p>Le Sakurajimagataké, volcan en activité dans l’île de
+Sakurajima, province d’Osumi.</p>
+
+<p>Dans les temps de formation géologique, l’action volcanique
+a dû être extrêmement violente, et d’ailleurs cette
+action a continué à se manifester dans les temps historiques.
+Des centaines de montagnes, actuellement au repos,
+étaient autrefois des brasiers enflammés. Les annales du
+Japon sont remplies de ces terribles crachements de
+cendres, de feu, de lave vomis par les montagnes au Nord
+et au Sud, à l’Est et à l’Ouest ; des milliers de vies
+humaines furent détruites en un instant, des villages engloutis.
+A l’époque où nous vivons, les Japonais estiment
+que leur pays compte encore à peu près vingt volcans en
+activité et une centaine qui dorment mais qui peuvent se
+réveiller d’un moment à l’autre avec un épouvantable
+fracas. En 1874 le volcan de Taromai, dans l’île de Yezo,
+dont le cratère, refroidi depuis longtemps, semblait inoffensif,
+fit explosion, envoya au loin la croûte qui le fermait
+et lança des cendres jusque sur le bord de la mer.</p>
+
+<p>L’Asayama yama, jamais tranquille, mais jetant constamment
+de la vapeur et de la fumée, craquant et tremblant
+tour à tour, est la terreur des campagnes environnantes.
+Le Fuji lui-même, la montagne sainte, posé si majestueusement
+dans la plaine de Subashiri, n’offre aucune sécurité.</p>
+
+<p>Le volcan de Hakuzan, sur la côte Ouest, qui dresse sa
+crête au-dessus des nuages, à 3.000 mètres au-dessus du
+niveau de la mer, et renferme dans son cratère un lac aux
+eaux de la plus grande pureté, entra, lui aussi, un jour en
+fureur, lança du feu, de la fumée, des rocs, des cendres et
+de la lave. Que de fois, par les nuits noires, le pêcheur
+Japonais un peu éloigné des côtes aperçoit les feux des
+volcans d’Oshima !</p>
+
+<p>En dehors des champs de scories si nombreux et qui
+attestent le caractère volcanique du sol japonais, des
+lits de soufre abondent partout comme preuves du feu
+souterrain. Satsuma, Riukiu, Yezo sont connus pour la
+quantité de soufre qu’ils produisent. Des flancs du
+Hakuzan il sort d’énormes blocs de soufre ; des solfatares
+existent dans presque toutes les provinces ; enfin, dans les
+provinces de Shinano et d’Echigo, les paysans s’éclairent
+et cuisent leur riz avec le gaz inflammable qui sort de
+terre et qu’ils font servir à leurs usages en le captant dans
+des tubes.</p>
+
+<p>Par suite de la nature volcanique du pays, les tremblements
+de terre sont nombreux et causent souvent des
+malheurs terribles. Des villes et des villages ont été et
+sont encore constamment détruits, des provinces ravagées.
+Le dernier grand tremblement de terre qui a eu lieu
+à Yedo en 1855 a été l’un des plus effrayants que l’on ait
+vus : la ville a été à peu près entièrement détruite et
+brûlée ; les maisons japonaises étant de bois, le tremblement
+de terre occasionne à sa suite un incendie qui achève
+ce qu’il a commencé.</p>
+
+<p>En 1891, au mois d’octobre, un autre tremblement de
+terre qui fut une vraie catastrophe, désola le pays
+entre Nagoya et Kioto ; il y eut environ 30.000 victimes.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Le Japon est arrosé par un assez grand nombre
+de cours d’eau ; mais, par suite du peu d’étendue de ses
+vallées, lesquelles sont forcément très resserrées vu le peu
+de largeur et l’extrême longueur du pays, les fleuves ont
+un cours fort modeste et ne sont jamais navigables qu’en
+partie, vers leur embouchure. J’en citerai quelques-uns
+néanmoins :</p>
+
+<p>Le Fujikawa est formé de trois rivières qui prennent
+naissance dans la province de Kai. Il se dirige vers le
+Sud et traverse la province de Suruga, passe au pied du
+mont Fuji avant de se jeter dans la mer. Le Fujikawa est
+à proprement parler un torrent qui, aux grandes pluies
+d’été, est assez souvent l’ennemi du cultivateur et le destructeur
+des récoltes.</p>
+
+<p>Le Oigawa prend sa source à la limite des provinces de
+Shinano et de Kai ; il coule vers le Sud, formant la limite
+des provinces de Suruga et de Totomi.</p>
+
+<p>Le Tenriugawa, un peu plus important que les précédents
+(60 ri de longueur)<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>, prend sa source au lac Suwa.
+Ce fleuve a son embouchure dans la province de Shinano ;
+il traverse la province de Totomi en coulant vers le Sud.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a> Le ri représente 3 kilom. 927 mètres. (Voir <a href="#mesures">tableau des mesures de
+longueur</a>, à la fin du volume.)</p>
+</div>
+<p>Le Shinanogawa prend sa source dans la province du
+même nom sous le nom de Chikuma gawa, il coule au
+Nord-Ouest puis au Nord, et traverse la province d’Echigo
+où il prend le nom de Shinano gawa. Ce fleuve se jette
+dans la mer à Niigata. La longueur de son cours est d’environ
+100 ri ; navigable seulement en partie, il offre des
+rapides qui rendent son utilisation très peu sûre comme
+voie de transport.</p>
+
+<p>Le Kisogawa prend naissance dans le district de Chikuma,
+province de Shinano et coule au Sud-Ouest, puis
+au Sud. Il entre dans la province de Mino, coule vers
+l’Ouest et reprend ensuite la direction du Sud ; il se divise
+alors en plusieurs branches qui vont se jeter dans la mer
+en traversant les provinces d’Owari et d’Ise.</p>
+
+<p>L’Abukumagawa prend naissance dans le district de
+Shirakawa, province d’Iwaki et, se dirigeant vers le Nord,
+entre ensuite dans la province d’Iwashiro où il coule vers
+l’Est. Changeant de direction, il rentre dans la province
+d’Iwaki, coule vers le Nord jusqu’à la limite de la province
+de Rikuzen, puis se dirige vers l’Est pour gagner
+la mer.</p>
+
+<p>Le Kitakamigawa a sa source dans le district d’Iwate,
+province de Rikuchu ; il coule vers le Sud, traverse la province
+de Rikuzen et se jette dans la mer au port de Ishinomaki.</p>
+
+<p>Le Mogamigawa part de la montagne de Dainichi, dans
+le district de Oitama, province d’Uzen ; il traverse les
+deux districts de Murayama et de Mogami en coulant vers
+le Nord, et se dirige ensuite vers l’Ouest à la limite de la
+Province d’Ugo. Il se jette dans la mer à Sakata.</p>
+
+<p>Le Tonegawa (190 ri), le fleuve le plus considérable
+du Japon, sort du Nakanodake, passe à Numata, puis
+contourne à l’Ouest la chaîne de l’Akagi pour arriver à
+la grande ville de Mayebashi (50.000 habitants) ; en aval
+de cette dernière ville, le fleuve se dirige directement à
+l’Est jusqu’à la hauteur de Koga (ville d’environ 10.000 habitants),
+puis vers le Nord et enfin vers l’Est. Il se jette
+dans l’Océan Pacifique au Nord du cap Inubomisaki. Quoique
+passant pour un grand fleuve au Japon, le Tonegawa
+n’a rien des fleuves du continent européen ; il n’égale
+même pas la Seine, et si quelques jonques à fond plat et
+quelques petits vapeurs à faible tirant d’eau peuvent y
+naviguer jusqu’à Numata, son importance comme voie
+commerciale n’est pas considérable. En outre, à son
+embouchure, il n’existe pas de bon port ; en dehors d’une
+barre toujours renouvelée, les vents battent la plage
+inhospitalière aux navires. Le Tonegawa bifurque à
+Sekiyado dans la province de Shimosa, et forme la branche
+nommée Yedogawa, qui tombe dans la baie de Yedo, non
+loin de Tokio.</p>
+
+<p>Le Sumidagawa (75 ri), plus connu sous le nom d’Arakawa
+à sa source dans le massif du Kokushidake et
+aussi dans tout son cours supérieur, se jette à la mer à
+Tokio après avoir traversé une grande partie de la ville.
+Il n’est guère navigable, comme toutes les rivières japonaises,
+que vers son embouchure.</p>
+
+<p>Le Baniugawa, qui a seulement 18 ri de longueur, est
+un torrent qui sort, sur les pentes Nord-Est du Fujiyama,
+du lac de Yamanaka. Comme le Fujikawa, il cause
+souvent des désastres l’été.</p>
+
+<p>Le Yodogawa prend sa source dans le lac Biwa, province
+d’Omi ; il se dirige vers le Sud, entre dans la province
+de Yamashiro, puis reprend son cours vers l’Ouest.
+Ce fleuve qui, à son origine, porte le nom d’Ujigawa, passe
+à Yodo, d’où son nom ; il coule alors vers le Sud-Ouest et
+sépare les deux provinces de Kawachi et de Setsu. Il se
+jette dans la mer en passant par Osaka : il n’a que 20 ri
+de longueur.</p>
+
+<p>Le Gôgawa est formé par deux rivières dont la première,
+nommée Mioshigawa, prend naissance dans la province
+de Bingo, et la seconde, nommée Yoshidagawa, dans
+la province d’Aki. Le fleuve, formé par la réunion de ces
+deux rivières, coule vers le Nord-Ouest et passe dans la
+province d’Iwami. Il prend le nom de Gôgawa à son
+entrée dans cette province dont il arrose les deux districts
+d’Ochi et de Naka, en se détournant un peu de son cours ;
+puis, il retourne vers le Nord-Ouest pour gagner la mer.
+La longueur de son cours est de 80 ri.</p>
+
+<p>Le Yoshigawa prend sa source dans le district de Tosa,
+dans la même province, se dirige d’abord vers l’Est, puis
+incline vers le Nord ; il traverse la province d’Awa, reçoit
+la rivière Iyogawa et se jette dans la mer par plusieurs
+embouchures.</p>
+
+<p>Le Chikugo ou Chitosegawa est formé par la réunion
+de deux cours d’eau, dont l’un vient de la province de
+Higo et l’autre de la province de Bungo. Ce fleuve coule
+d’abord vers le Nord-Ouest jusqu’à la limite des provinces
+de Chikuzen et Chikugo ; il traverse ensuite cette
+dernière province qu’il sépare de Hizen.</p>
+
+<p>Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme
+un nombre considérable de lacs, au Nord aussi bien qu’au
+Sud : je me bornerai à citer ici les trois principaux ;
+d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la province
+d’Omi ; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à
+sa configuration en forme de guitare japonaise (Biwa) ;
+des bateaux à vapeur font le service du lac dans tous les
+sens et offrent le confort désirable pour bien visiter les
+endroits remarquables.</p>
+
+<p>Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour ;
+mais il est très connu et très fréquenté par suite de sa
+situation dans un des sites les plus agréables du Japon.</p>
+
+<p>Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke,
+est situé au sommet des montagnes de Nikkô ; il a
+8 lieues de circonférence ; c’est sur ses bords que les
+Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier
+pendant les chaleurs de l’été ; et grâce au chemin de fer
+qui relie Tokio à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence
+du corps diplomatique pendant les mois de juillet,
+août et septembre.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch2">CHAPITRE II</h2>
+
+<p class="d">I. Aborigènes et conquérants. — II. Infiltration chinoise ; Mongols et
+Ainos. — III. Le type japonais actuel. — IV. Avant et après la
+Révolution de 1868 ; aristocratie et peuple. — V. Constitution
+japonaise ; le gouvernement. — VI. Justice, tribunaux. — VII. Loi
+de finances, budget. — VIII. Loi électorale. — IX. L’Empereur et le
+Patriotisme. — X. La Nation ; sa dissimulation et son sourire.
+Caractère du Japonais. — XI. Religion et superstition. — XII. Les
+étrangers au Japon.</p>
+
+
+<p>I. — Par qui le Japon était-il peuplé au début de l’histoire ?
+c’est là un problème qui n’a pas encore été résolu,
+et ne le sera, je crois, jamais. Il est fort probable qu’avant
+l’arrivée des conquérants, (les Japonais actuels), les îles
+de l’Extrême-Orient étaient peuplées, au Nord d’Aino, de
+Goldes et de Giliaks, races sibériennes dont on trouve
+encore des traces aujourd’hui à Yezo, à Sakhalin et dans
+la province de l’Amour soumise aux Russes ; le Sud
+semble avoir été la résidence de tribus canaques et
+négritos comme il en existe encore aux Philippines, aux
+Bonin, à Nouméa et à Taïti.</p>
+
+<p>Mais à partir de 660 avant J.-C., date assignée au premier
+empereur japonais, ces différentes races ont été remplacées
+par un flot malais. Lorsque le chef de guerriers,
+connu sous le nom de Iwarehiko, vint avec ses bandes
+aborder dans l’île de Kiushu, il détruisit ou réduisit en
+esclavage les indigènes et, poussant toujours sa conquête
+vers le Nord, il atteignit le Honshu (île de Nippon). Proclamé
+empereur en 660 sous le nom de Jinmu Tennô, il
+laissa à ses successeurs, qui s’en acquittèrent fort bien, la
+tâche de continuer l’occupation du territoire. Le malais
+est donc incontestablement l’élément conquérant et dominateur
+au Japon.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu une infiltration
+chinoise, par l’intermédiaire de la Corée. L’écriture,
+les lettres, les arts et les sciences de la Chine
+furent apportés au Japon par des indigènes du Céleste
+Empire, et à différentes reprises, les Empereurs du Japon
+firent venir dans leur pays des hommes et des femmes
+pour enseigner l’art de travailler les métaux et de tisser
+la soie. Il y eut donc un mélange mongol, mais il est hors
+de doute que ce mélange fut peu considérable, et si l’on
+retrouve aujourd’hui encore quelques Japonais nettement
+mongoloïdes, le fond du peuple présente le type malais
+bien prononcé ; on rencontre aussi, mais plus rarement, le
+type indigène aino, et il m’est arrivé, mais pas souvent
+il est vrai, de le retrouver chez certains Japonais ayant
+une abondante chevelure et une grande barbe noire, qui,
+vêtus à l’européenne, auraient pu à la rigueur, passer
+pour des Américains du Sud. Par contre, dans le Sud surtout,
+on découvre quelquefois le type negritos, cheveux
+crépus, teint noirâtre et lèvres épaisses.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Groupement d’îles séparées du reste du monde,
+sans relations extérieures, sauf avec la Chine par l’intermédiaire
+de la Corée (tardivement d’ailleurs), tous ses
+ports fermés aux Étrangers vers 1617 à la mort de Iyéyasu :
+le pays vécut dans un isolement absolu. Ceci facilita un
+mélange, un amalgame de toutes les races qui s’étaient
+infiltrées sur le sol du Nippon et aujourd’hui le type japonais
+est bien un type à part : il est, en général, de petite
+taille, il a un grand torse sur des jambes courtes, et il
+est plutôt laid ; quelques types féminins font exception,
+mais on peut dire que, prises en bloc, les Japonaises sont
+plutôt jolies par leur toilette que par leur physique.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Avant la révolution de 1868 qui rétablit sur le
+trône le descendant de Jinmu Tennô et détruisit le pouvoir
+du Shôgun ou Lieutenant général, véritable empereur
+depuis plusieurs siècles, le Japon vivait en état de féodalité,
+et, sous l’autorité du Shôgun, les Daïmios ou princes
+feudataires détenaient les provinces ; le Shôgun occupant
+pour son propre compte Yedo (aujourd’hui Tokio) et les
+provinces environnantes, dont l’ensemble constituait le
+Kouan tô.</p>
+
+<p>Aujourd’hui, la féodalité est anéantie et le Mikado règne
+sur un pays uni et centralisé. Mutsu hito, 121<sup>e</sup> empereur
+du Japon, est considéré comme l’héritier direct en ligne
+continue de Jinmu Tennô ; il va sans dire que ce n’est là
+qu’une fiction. Les empereurs du Japon n’ont, depuis bien
+longtemps, selon toute vraisemblance, dans les veines
+aucune goutte de sang de Jinmu ; car avec les empereurs
+enfants qui se sont succédé sans interruption sous les
+Fujiwara, les Taira et les Minamoto<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">[6]</a> (800 à 1200 environ
+ap. J.-C.), avec le système des adoptions qui a été en vigueur
+de tout temps dans la famille impériale quand il n’y avait
+pas d’héritier mâle, il est évident que la ligne directe a
+été interrompue il y a longtemps. Mais les Japonais en
+conservent la fiction, et leur patriotisme exalté leur fait
+toujours considérer que leur race impériale descend de la
+divine Amaterasu, déesse du soleil (Amaterasu O mi
+Kami).</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6"><span class="label">[6]</span></a> Familles de Shôgun ou lieutenants généraux.</p>
+</div>
+<p>Les anciens seigneurs féodaux, connus sous le nom de
+Daïmios, ont tous fait leur soumission à l’Empereur, et
+forment aujourd’hui une partie de l’aristocratie japonaise ;
+je dis une partie, car l’aristocratie actuelle, en dehors des
+vieilles familles, compte dans ses rangs de simples
+plébéiens anoblis. La noblesse est une noblesse ouverte,
+comme en Angleterre, et l’Empereur confère les titres de
+duc, marquis, comte, vicomte ou baron à celui de ses sujets
+qu’il estime l’avoir bien servi, quelle que soit l’humilité
+de son origine.</p>
+
+<p>Au-dessous des nobles viennent les Shizoku, anciens
+soldats et serviteurs des Daïmios et du Shôgun ; le titre
+seul les distingue du Heimin ou peuple, qui vient après
+eux ; car à aucun point de vue il n’y a de différence entre
+eux aujourd’hui.</p>
+
+<p>Grande noblesse ou Kwazoku, petite noblesse ou
+Shizoku, peuple ou Heimin, tout le monde est égal devant
+l’Empereur et devant la loi.</p>
+
+<p>Le Japonais est un peuple essentiellement facile à gouverner ;
+habitué sous l’ancien régime à une discipline
+extraordinaire, il a conservé son amour de la hiérarchie,
+de l’autorité, du respect des supérieurs. Un passant demandant
+son chemin dans la rue à un agent de police s’approchera
+de ce dernier avec une timidité respectueuse ;
+l’agent de police est le représentant de l’autorité !</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Habitué à obéir aux ordres de l’Empereur et de
+ses ministres, le peuple japonais ignorait ce qu’était une
+constitution ; pour moderniser davantage les rouages du
+gouvernement, le Mikado, sur le conseil de ses ministres,
+octroya une constitution à son peuple le 11 février 1889,
+avec Chambre haute et Chambre basse ; cette constitution
+est calquée sur la constitution de l’empire allemand, les
+ministres n’étant responsables que devant l’Empereur, et
+pouvant, par suite, se passer du Parlement lorsqu’ils le
+jugent à propos.</p>
+
+<p>Les principaux articles de la constitution japonaise
+peuvent se résumer ainsi :</p>
+
+<p>1. L’Empereur exerce le pouvoir législatif de concert
+avec les Chambres ; il sanctionne les lois et ordonne leur
+promulgation. Il convoque les Chambres, les ferme, les
+proroge et les dissout.</p>
+
+<p>2. Quand les Chambres ne siègent pas, les ordonnances
+impériales ont force de loi. Il est bien dit que ces ordonnances
+doivent être soumises à la prochaine session du
+Parlement, lequel les révoque s’il ne les trouve pas à son
+gré ; mais qui oserait se prononcer au Parlement contre
+une ordonnance impériale ?</p>
+
+<p>3. L’Empereur détermine l’organisation des différentes
+administrations et fixe les salaires des fonctionnaires
+civils et des officiers.</p>
+
+<p>4. L’Empereur a le commandement suprême de l’armée
+et de la marine ; il déclare la guerre, fait la paix et conclut
+les traités.</p>
+
+<p>5. Il confère les titres de noblesse et les honneurs et
+décorations ; il a le droit de grâce et d’amnistie.</p>
+
+<p>6. En cas de minorité, il est nommé un régent qui
+remplit tous les devoirs de l’Empereur au nom de ce
+dernier.</p>
+
+<p>7. Le Parlement impérial comprend deux Chambres : la
+Chambre des Pairs et la Chambre des Représentants.</p>
+
+<p>La Chambre des Pairs est constituée par les membres
+de la famille impériale, la noblesse et les personnes que
+l’Empereur juge dignes d’y être appelées.</p>
+
+<p>La Chambre des Représentants est formée des membres
+élus par la nation conformément à la loi électorale.</p>
+
+<p>Les deux Chambres votent les projets de loi qui leur
+sont soumis par le gouvernement, et elles peuvent prendre
+l’initiative des lois.</p>
+
+<p>Une proposition de loi rejetée par l’une ou l’autre des
+deux Chambres ne peut plus être représentée pendant la
+même session.</p>
+
+<p>8. Le Parlement est convoqué tous les ans, pendant
+trois mois ; en cas de nécessité, l’Empereur peut prolonger
+la session. En cas de circonstance urgente, l’Empereur
+peut convoquer le Parlement. Les deux Chambres siègent
+en même temps, et si la Chambre basse est dissoute, la
+Chambre haute est <i lang="la" xml:lang="la">ipso facto</i> prorogée.</p>
+
+<p>9. Quand la dissolution est prononcée, de nouvelles élections
+ont lieu et la nouvelle Chambre est convoquée dans
+les cinq mois.</p>
+
+<p>10. Aucune décision ne peut être prise si un tiers au
+moins des membres n’est présent. Toute décision est
+adoptée à la majorité absolue, la voix du président étant
+prépondérante en cas d’égalité des votes.</p>
+
+<p>11. Les délibérations sont publiques, mais le Gouvernement
+et les Chambres peuvent ordonner le huis clos.</p>
+
+<p>Les Chambres peuvent présenter des pétitions à l’Empereur
+et en recevoir des habitants de l’Empire.</p>
+
+<p>12. Les membres sont inviolables et ne peuvent être
+arrêtés sans le consentement des Chambres ; sauf dans les
+cas de flagrant délit, ou de délit connexe à des troubles
+intérieurs ou à la guerre étrangère.</p>
+
+<p>Tous les ministres siègent de droit dans les deux
+Chambres.</p>
+
+<p>Avec les Chambres et au-dessus d’elles se trouvent les
+ministres d’État et le Conseil privé.</p>
+
+<p>Les ministres d’État sont responsables devant l’Empereur,
+et doivent contresigner toutes lois, ordonnances ou
+rescrits impériaux de toutes sortes.</p>
+
+<p>Les conseillers privés délibèrent sur les importantes
+questions d’État quand l’Empereur les consulte. Leurs délibérations
+sont toujours tenues secrètes et jamais publiées.</p>
+
+<p>Voici la composition du Gouvernement à partir de la
+tête c’est-à-dire de l’Empereur :</p>
+
+<ul>
+<li>Nai Kaku (Cabinet) ;</li>
+<li>Ministre de la maison impériale (Ku naishô) ;</li>
+<li>Ministre de l’Intérieur (Nai mu shô) ;</li>
+<li>Ministre de la Justice (Shi hô shô) ;</li>
+<li>Ministre des Finances (O kura shô) ;</li>
+<li>Ministre de l’Agriculture et du Commerce (Nô shô mu shô) ;</li>
+<li>Ministre de la Guerre (Riku gun shô) ;</li>
+<li>Ministre de la Marine (Kai gun shô) ;</li>
+<li>Ministre des Communications (Tei shin shô) ;</li>
+<li>Ministre de l’Instruction publique (Mom bu shô) ;</li>
+<li>Ministre des Affaires étrangères (Gai mu shô) ;</li>
+<li>Conseil privé (Su mitsu in) ;</li>
+<li>Chambre des pairs (Ka zoku gi in) ;</li>
+<li>Chambre des représentants (Koku kai gi in).</li>
+</ul>
+<p>Comme en Europe, ces différentes administrations sont
+divisées en directions, sous-directions, bureaux, etc…
+dont je crois inutile de donner une énumération ici.</p>
+
+<p>Il existait autrefois un ministère des Travaux publics,
+Kô bu shô, mais il a été supprimé et les divers services
+qu’il administrait ont été répartis entre le ministère de
+l’Agriculture et du Commerce et le ministère des Communications.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — De même que dans tous les pays d’Orient, il n’y
+avait pas autrefois au Japon de distinction entre le pouvoir
+administratif et le pouvoir judiciaire ; en se mettant au
+niveau des pays d’Occident, le Japon a déterminé des
+règlements pour l’établissement de tribunaux, pour le
+fonctionnement de la « Justice ».</p>
+
+<p>1. Les jugements sont rendus par des cours de justice
+établies conformément à la loi.</p>
+
+<p>2. Les juges sont pris parmi les sujets de l’empire qui
+présentent les qualifications requises par la loi. Aucun
+juge ne peut être relevé de ses fonctions sinon sous le
+coup d’une sentence criminelle ou d’une punition disciplinaire.</p>
+
+<p>3. Les débats en cour sont publics ; mais, s’il est jugé
+que la publicité des débats dans une affaire peut être préjudiciable
+à la paix, à l’ordre ou à la moralité publique,
+la cour peut déclarer le huis clos.</p>
+
+<p>Toutes les affaires ne relevant pas des tribunaux ordinaires
+(telles que les crimes ou délits des militaires et
+marins) sont jugées par des tribunaux spéciaux. De même
+toutes plaintes contre des mesures illégales ou des abus
+de l’autorité sont examinées par une cour spéciale des
+Litiges administratifs.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — La loi de finances, à son tour, a été remaniée
+ainsi qu’il suit :</p>
+
+<p>1. L’impôt est fixé par la loi. Les emprunts nationaux
+et toutes dettes contractées au nom du Trésor public
+doivent recevoir l’assentiment du Parlement.</p>
+
+<p>2. Les recettes et les dépenses de l’État requièrent
+l’approbation du Parlement par le moyen d’un budget
+annuel ; toutes dépenses engagées hors du budget, une
+fois que ce dernier est fixé, doivent recevoir la sanction
+du Parlement.</p>
+
+<p>3. Le budget est soumis d’abord à la Chambre des
+Représentants.</p>
+
+<p>4. Les dépenses de l’Empereur et de la maison impériale
+sont supportées par le Trésor national, mais non
+soumises à la délibération de la diète, sauf au cas où une
+augmentation serait demandée. En général tout ce qui
+touche aux dépenses de l’empereur ou de la maison impériale
+ne peut subir aucune réduction de la part du Parlement
+sans le consentement du Gouvernement.</p>
+
+<p>En cas d’urgence le Gouvernement peut prendre telles
+mesures financières qu’il jugera convenable au moyen
+d’ordonnances impériales.</p>
+
+<p>Quand le budget n’est pas voté, le Gouvernement applique
+le budget de l’exercice précédent.</p>
+
+<p>Tous les comptes financiers de recettes et de dépenses
+de l’État sont vérifiés par la Cour des comptes.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — Quant à la loi électorale, voici ses dispositions :</p>
+
+<p>Pour pouvoir être électeur, il faut :</p>
+
+<p>Être Japonais, âgé de 25 ans ;</p>
+
+<p>Résider depuis un an ;</p>
+
+<p>Payer 15 yen<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">[7]</a> au moins d’impôt direct.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7"><span class="label">[7]</span></a> Le yen vaut 2 fr. 55.</p>
+</div>
+<p>Les électeurs ne sont pas très nombreux, beaucoup
+ne sachant pas encore ce que c’est qu’une élection et s’en
+souciant fort peu, s’abstiennent de voter. Dès la première
+élection, il y eut des gens très au courant déjà des mœurs
+électorales qui vendaient leurs voix au plus offrant, cela
+atteignait jusqu’à 25 yen (63 fr. 75).</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Malgré cette ombre de parlementarisme, il est
+bien évident que l’état politique du Japon ne ressemble en
+rien à ce que nous appelons le régime constitutionnel.
+L’État c’est l’Empereur, et sa personne est sacrée ; ses
+décisions sont respectées comme si elles venaient effectivement
+du ciel dont il est le descendant supposé ; Fils du
+ciel, <i>Ten shi sama</i>, ainsi l’appellent les bons sujets du
+Nippon. Malgré tout cependant, il est incontestable qu’il
+se présente déjà quelques fissures dans cette « foi du
+charbonnier » ; et l’Empereur passant dans les rues de
+Tokio n’est souvent regardé qu’avec indifférence ; on le
+respecte, mais ce n’est plus l’adoration du passé ; il m’est
+même arrivé d’entendre des Japonais, attendant à une
+revue l’arrivée de l’Empereur, s’impatienter et s’exprimer
+peu poliment sur le compte de « cet empereur qui pourrait
+être plus exact ».</p>
+
+<p>Il est cependant une chose qui maintiendra encore longtemps
+intact l’amour du peuple pour l’Empereur : c’est le
+patriotisme farouche, sauvage même, dont tout Japonais
+est animé. L’Empereur est l’identification de la patrie, et
+la patrie japonaise est une chose sacro-sainte. Dès l’école
+primaire, on enseigne aux enfants de cinq ans qu’il n’y a
+pas de plus beau pays que le Japon, que c’est le pays des
+dieux dont l’Empereur est le fils, et qu’il faut mourir pour
+le pays et l’Empereur. Inculqués à une race batailleuse,
+excessivement orgueilleuse et guerrière, ces principes en
+font une nation éminemment combative et courageuse<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">[8]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8"><span class="label">[8]</span></a> Une chanson, que l’on trouve dans les livres primaires de lecture,
+est bien caractéristique :</p>
+
+<div class="poetry">
+<div class="verse">« Les sabres de l’armée sont comme le givre ;</div>
+<div class="verse">« Les balles sont comme la grêle ;</div>
+<div class="verse">« Dans la lutte sur terre</div>
+<div class="verse">« Les montagnes sont secouées, les rivières frissonnent ;</div>
+<div class="verse">« Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux.</div>
+<div class="verse">« Ne rompez pas les rangs ; franchissez montagnes et rivières ;</div>
+<div class="verse">« Avancez, fixez vos regards sur l’ennemi.</div>
+<div class="verse">« L’artillerie résonne dans l’air ;</div>
+<div class="verse">« La torpille frémit dans la mer.</div>
+<div class="verse">« Dans le combat naval le vent se lève, la vague est furieuse ;</div>
+<div class="verse">« Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux ;</div>
+<div class="verse">« Mettez les navires en ligne ; franchissez les flots blancs ;</div>
+<div class="verse">« Avancez, fixez vos regards sur les bateaux ennemis. »</div>
+</div>
+
+<p>Autre échantillon de « Chanson d’enfants faisant leurs adieux à leur
+père » :</p>
+
+<p>« Pour le départ du père pour la guerre, le frère aîné apporte son
+casque et le jeune frère ses bottes ; ils sont, les deux frères, plus calmes
+que d’habitude. Ils disent à leur père : « Allez maintenant et rapportez-nous
+comme cadeaux à la maison des têtes d’ennemis. » Le père fait un
+assentiment de la tête. »</p>
+</div>
+
+<p class="ugap">X. — Au-dessous de l’Empereur on peut dire qu’il n’y
+a qu’un peuple ; la distinction en classes est, en effet,
+plus dans les lois que dans les mœurs ; le souverain à
+part, le Japonais est plutôt démocratique, comme d’ailleurs
+le Chinois, et en général l’Oriental ; il n’existe pas d’aristocratie,
+hautaine comme en Angleterre, ou cassante et
+dure comme en Allemagne.</p>
+
+<p>Par conséquent, au point de vue social, l’égalité existe
+plus au Japon que partout ailleurs. Le peuple, du reste,
+j’entends le paysan, l’ouvrier, est infiniment plus poli et
+mieux éduqué ici que dans n’importe quel pays d’Europe.
+On est agréablement surpris, quand on voyage dans la
+campagne japonaise, de trouver des gens excessivement
+courtois, très hospitaliers et, en général, d’une grande
+propreté ; sur ce point la comparaison avec certaines de
+nos provinces ne tournerait pas toujours à notre avantage.
+Il ne faudrait pas en conclure d’ailleurs, parce qu’ils sont
+polis et hospitaliers, qu’ils nous aiment, nous, Européens ;
+non : ils ne nous aiment pas ; ils nous détesteraient plutôt,
+mais ils ne le font pas voir. Que pouvons-nous demander
+de plus ?</p>
+
+<p>Là est l’une des grandes forces du caractère japonais :
+sa dissimulation. Habitué, dès la plus tendre enfance, à
+ne rien laisser paraître sur son visage de ses chagrins ou
+de ses joies, le Japonais se compose une physionomie
+impénétrable, et il est impossible de deviner sa pensée.
+Toutes ses idées se cachent derrière un sourire immuable
+que nous voyons partout et en toute circonstance.</p>
+
+<p>Il est intéressant de reproduire ici, sans appréciation
+ni commentaire, un passage paru dans une correspondance
+japonaise de l’<i>Avenir du Tonkin</i> sous la signature
+de « Sujin » :</p>
+
+<blockquote>
+<p>« Tout récemment sorti de la féodalité, le Japonais est
+encore soumis à l’autorité de l’opinion, que nul ne songe
+à braver. De là cette volonté collective dont la puissance
+a produit cette chose incroyable : une dissimulation
+nationale sur un mot d’ordre donné à tout un peuple.
+L’humanité dont on fit montre envers les prisonniers a été
+une attitude imposée par l’élite de la nation en vue des
+observateurs occidentaux. Pareillement, la politesse
+envers les étrangers recouvre habilement la haine qu’ils
+inspirent.</p>
+
+<p>« L’âme héroïque du vieux Japon, même sans la complication
+nouvelle de cette dissimulation, est très difficile à
+expliquer. Elle dissocie des idées qui nous paraissent
+inséparables et inversement. Ainsi le mépris de la mort,
+le sacrifice chevaleresque, le loyalisme sont les vertus
+caractéristiques du samouraï, et pourtant, l’homme qualifié
+le plus brave et le plus loyal n’hésitera pas à surprendre
+traîtreusement et à frapper par derrière l’adversaire
+désarmé qu’il croit devoir haïr. Un patriote se tue
+pour signer de sang ses idées, mais il assassinerait aussi
+un ministre qu’il juge faire de mauvaise politique. Des
+exemples abondent depuis 1869. »</p>
+
+<p class="sign">(<i>Avenir du Tonkin</i>, 9 mai 1909.)</p>
+</blockquote>
+
+<blockquote>
+<p>Tout cela s’en ira-t-il avec l’introduction des idées modernes ?
+L’opinion de M. Kawakami Kiyoshi, l’un des principaux
+sociologues du Japon actuel, est à ce propos intéressante
+à connaître : « Les principes moraux, et plus
+spécialement l’esprit chevaleresque qui avaient fourni à
+la nation japonaise des règles de conduite pour sa vie
+quotidienne, ont été détruits par les récentes révolutions :
+la révolution politique et la révolution industrielle. Envie,
+inimitié, douleur, rage contenue chez les pauvres ; vanité
+extravagante, luxure et débauche chez les riches, voilà
+les symptômes du grand conflit social qui certainement
+surviendra au Japon dans un avenir très rapproché. »</p>
+
+<p class="sign">(<i>Avenir du Tonkin</i>, 9 mai 1909.)</p>
+</blockquote>
+
+
+<p class="ugap">XI. — De religion, le Japonais n’en a pas, ou en a peu ;
+mais par contre, il est très superstitieux. Autrefois, les
+lettrés suivaient la doctrine confucéiste et le peuple les
+préceptes de Bouddha, tout en reconnaissant et suivant
+en même temps le Shintoïsme ou religion des aïeux, ancêtres
+du Mikado.</p>
+
+<p>Primitivement, à l’aurore de l’Empire, après l’établissement
+de la monarchie par Jinmu, le Shintoïsme était seul
+connu : c’était, et c’est encore aujourd’hui, l’adoration des
+ancêtres impériaux et notamment de la déesse du soleil
+<i>Amaterasu o mi Kami</i>.</p>
+
+<p>A la nombreuse armée des dieux ou <i>Kami</i> que je
+n’ai pas à énumérer ici, les Empereurs ajoutèrent les
+noms de leurs prédécesseurs qu’ils élevaient au rang de
+Kami, et c’est ainsi que le Shintoïsme est devenu le culte
+des ancêtres impériaux.</p>
+
+<p>A côté, se sont peu à peu créées des superstitions populaires :
+celle du renard à qui on dresse des temples et
+qu’on apaise par des sacrifices et des prières ; celles des
+dieux du vent, de la pluie, du tonnerre, etc…</p>
+
+<p>Après le Shintoïsme, vient le Bouddhisme qui a supplanté
+le premier dans le peuple ; le Shintoïsme est resté la
+religion de l’Empereur ; le peuple la respecte, va au besoin
+faire des prières au temple shintoïste, mais il a adopté
+le Bouddhisme, plus à portée de son intelligence, plus
+palpable dans ses dogmes et ses cérémonies ; c’est par la
+Corée que le Bouddhisme a été introduit au Japon sous le
+règne de Kin Mei tennô, en 563 de J.-C. Il eut, pour s’installer,
+bien des difficultés, mais la protection impériale
+aidant, il prit vite racine et le Japon devint très rapidement
+bouddhiste. C’est, à l’heure qu’il est, la religion la
+plus répandue.</p>
+
+<p>En fait donc, les Japonais ont deux religions : le culte
+des Kami, vieille religion nationale, et le culte de Bouddha
+importé de l’Inde par la Chine et la Corée. Il n’est pas rare
+de voir un Japonais, un jour de fête religieuse, aller prier
+aux deux temples, l’un après l’autre.</p>
+
+<p>Le Bouddhisme, au Japon, s’est scindé en plusieurs
+sectes qui toutes ont leur temple principal à Kiôtô. A
+l’époque de Ota Nobunaga (1553) Kiôtô était une vraie
+forteresse de bonzes qui se révoltaient fréquemment contre
+le pouvoir ; ils furent souvent châtiés et Nobunaga en fit
+un massacre effroyable.</p>
+
+<p>Aujourd’hui la religion compte pour très peu de chose
+au Japon et seule la superstition y a toujours de profondes
+racines. Les classes élevées, imbues plus ou moins d’idées
+européennes, professent le plus souverain mépris pour tout
+ce qui est culte et ne conservent que l’habitude des rites
+shintoïstes aux jours de fête ; par contre il m’a été affirmé
+de bonne source, et je n’ai pas de peine à y croire, que
+les grands personnages de l’État consultent les sorts tous
+les matins !</p>
+
+<p>L’État, en dehors du culte de Shinto, ne se mêle en rien
+de la religion de ses sujets, et il est bien plus tolérant en
+cela que beaucoup de pays d’Occident : le catholicisme, le
+protestantisme, l’orthodoxie grecque peuvent s’y développer
+en toute sécurité, pourvu qu’ils n’aillent pas contre les
+lois de l’Empire ; il est vrai que l’Empire n’a édicté aucune
+loi d’exception contre eux, ce qui leur rend facile la tâche
+de se soumettre aux lois communes. Les anciennes lois
+contre les chrétiens ont été abrogées.</p>
+
+<p>Au point de vue politique le clergé n’a donc aucune
+espèce d’influence au Japon. Prêtres de toutes sortes et
+moines de toutes catégories vivent en paix, ne tracassant
+personne et n’étant pas tracassés. Les moines mendiants
+parcourent même encore la rue le matin, récitant des
+prières devant les portes et recevant les aumônes des
+fidèles.</p>
+
+<p>Quelques temples bouddhistes sont des monuments
+remarquables, bien que construits entièrement en bois ;
+ainsi le voyageur au Japon ne peut aller à Kiôtô sans visiter :
+Nishi Hongwan ji et Higashi Hongwan ji ; Kio Midzou
+dera ; Chi on inn. Les deux premiers se trouvent dans la
+ville même et n’ont pas le grandiose entourage des deux
+autres. Élevés sur la colline de Hiyézan, ils ont un cadre
+de verdure et d’arbres remarquablement beau qui rehausse
+évidemment leur splendeur aux yeux du visiteur. Au mois
+de mai Kiôtô et ses temples et ses palais attirent des pèlerins
+de toutes les parties du Japon.</p>
+
+<p>Comme temple shintoïste il faut voir le temple de Gi
+on ; mais les temples shintoïstes sont de bois blanc, sans
+peinture aucune, et n’ont comme ornement que le miroir et
+le sabre, legs fait au premier empereur par la divine
+Amaterasu. On n’y trouvera donc aucun art, aucun décor ;
+seul le toit, d’architecture et de forme chinoises, mais moins
+massif, plus élégant et élancé, est quelquefois une merveille
+de construction.</p>
+
+
+<p class="ugap">XII. — Au commencement de leurs relations avec le
+Japon, les étrangers vivaient dans les îles en conservant
+leur statut national. Ils n’avaient, il est vrai, pas le droit
+d’habiter en dehors des limites fixées par les traités, dans
+les ports de Tokio, Yokohama, Osaka, Kobe, Nagasaki,
+Niigata, Hakodate, mais ils ne relevaient pas des lois
+japonaises et seuls leurs consuls pouvaient les juger et les
+condamner ; quand ils voyageaient dans l’intérieur, il leur
+fallait un passeport délivré par les autorités japonaises
+sur la demande de leur ministre, et ils ne pouvaient
+s’écarter de l’itinéraire inscrit sur le passeport sous peine
+d’être reconduits au port ouvert le plus voisin.</p>
+
+<p>Aujourd’hui, après la révision des traités (signés pour
+la France en 1896), tous les étrangers résidant au Japon
+sont soumis aux lois et règlements japonais. Ils peuvent,
+il est vrai, voyager sans passeport dans tout l’intérieur du
+pays, mais leurs consuls ne peuvent rien pour eux ; ils
+sont entièrement soumis à la juridiction japonaise. Aussi,
+lors de l’application des nouveaux traités, beaucoup de
+vieux résidents européens ont-ils quitté le Japon. Actuellement
+(au 31 décembre 1906, dernière statistique), il y a
+au Japon un total de 19.129 étrangers dont 13.000 Chinois
+et autres asiatiques. Les étrangers vivent dans les îles
+du Soleil Levant sur le même pied que les Japonais, mais
+ils n’ont pas le droit de posséder le sol ; ils n’ont droit qu’à
+des baux emphytéotiques de 99 ans.</p>
+
+<p>Le traité franco-japonais, signé à Paris le 4 août 1896,
+et qui est entré en vigueur quatre ans après, c’est-à-dire
+en 1899, garantit aux Français « constante protection pour
+leurs personnes et leurs propriétés » ; leur donne la faculté
+de « voyager, résider, et se livrer à l’exercice de leur
+profession ; acquérir, posséder, et transmettre par succession
+des biens, valeurs et effets <i>mobiliers</i> de toute
+sorte » ; leur garantit libre et facile accès auprès des tribunaux
+de justice ; leur permet de jouir d’une entière
+liberté de conscience.</p>
+
+<p>En ce qui concerne l’agriculture et le droit de propriété
+sur les biens immobiliers, il est entendu que les Français
+jouiront au Japon des mêmes avantages que les sujets de
+la nation la plus favorisée. Pour le moment cette clause
+est lettre morte, aucun Européen ne pouvant posséder la
+terre dans l’Empire du Mikado. La terre est, en effet, supposée
+appartenir entièrement à l’Empereur et il ne peut
+l’aliéner. Il ne peut que la prêter.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch3">CHAPITRE III</h2>
+
+<p class="d">I. Provinces et districts. — II. Les trois « Shi ». — III. Les
+quarante-cinq « Kens ». — IV. Administration méticuleuse. — V.
+Ports principaux.</p>
+
+
+<p>I. — Au point de vue politique le Japon, jusqu’à l’ère
+de Mei ji (1868), époque de la restauration impériale, était
+divisé en provinces (Kuni) au nombre de 86, disposées en
+neuf groupes : 1<sup>o</sup> les provinces impériales (Go kinai), au
+nombre de 5 ; 2<sup>o</sup> les huit grandes divisions (dô). Ces dernières
+divisions étaient :</p>
+
+<p>Hokurokudô, Sanindô et Hokkaidô, au Nord ;</p>
+
+<p>Tôkaidô et Tôsandô, à l’Est ;</p>
+
+<p>Sanyôdô et Nankaidô, au Sud ;</p>
+
+<p>Saikaidô, à l’Ouest.</p>
+
+<p>Les noms des provinces ou Kuni ne sont plus politiquement
+usités ; mais, comme parfois ils sont encore employés,
+même officiellement, j’en donnerai ici l’énumération :</p>
+
+<p>Les Gokinai ou Provinces impériales comprenaient cinq
+Provinces : Yamashiro, Yamato, Kawachi, Idzumi, Setsu ;</p>
+
+<p>Le Tôkaidô (circuit du littoral de l’Est) quinze provinces :
+Iga, Ise, Shima, Owari, Mikawa, Tôtomi, Suruga,
+Kai, Idzu, Sagamî, Musashi, Awa, Kadzusa, Shimosa,
+Hitachi ;</p>
+
+<p>Le Tôsandô (circuit des montagnes de l’Est) treize provinces :
+Omi, Mino, Hida, Shinano, Kodzuke, Shimodzuke,
+Iwaki, Iwashiro, Rikuzen, Rikuchu, Mutsu, Uzen, Ugo ;</p>
+
+<p>Le Hokurokudo (circuit du continent du Nord) sept provinces :
+Wakasa, Echizen, Kaga, Noto, Echiu, Echigo,
+Sado ;</p>
+
+<p>Le Sanindô (petit circuit des montagnes) huit provinces :
+Tamba, Tango, Tajima, Inaba, Hôki, Idzumo, Iwami,
+Oki ;</p>
+
+<p>Le San yô dô (grand circuit des montagnes) huit provinces :
+Harima, Mimasaka, Bizen, Bichu, Bingo, Aki,
+Suwo, Nagato ;</p>
+
+<p>Le Nan kai dô (circuit du littoral du Sud) six provinces :
+Kii, Awaji, Awa, Sanuki, Iyo, Tosa ;</p>
+
+<p>Le Saikaidô (circuit du littoral de l’Ouest) douze provinces :
+Chikuzen, Chikugo, Buzen, Bungo, Hizen, Higo,
+Hiuga, Osumi, Satsuma, Iki, Tsushima, plus les îles Riu
+Kiu ;</p>
+
+<p>Le Hokkaido (circuit du littoral du Nord) onze provinces :
+Oshima, Shiribeshi, Iburi, Ishikari, Hitaka, Tokachi,
+Teshiwo, Kushiro, Nemuro, Kitami, Chishima (îles
+Kouriles).</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Aujourd’hui le Japon est divisé en 3 Shi ou villes
+et 45 Ken ou départements.</p>
+
+<p>Les trois Shi sont : Tôkiô, Kiôtô, Osaka. Tôkiô, capitale
+de l’Empire depuis la Restauration de 1868, autrefois
+Yedo, capitale de Shôgun ou Lieutenant général, est le
+siège du gouvernement et la résidence de l’Empereur ;
+cette ville est divisée en arrondissements (ku) et renferme
+deux millions d’habitants. Les arrondissements sont :
+Kojimachi ; Kanda ; Nihombashi ; Kyosbashi ; Shiba ;
+Azabu ; Akasaka ; Yotsuya ; Ushigome ; Koishikawa ;
+Hongo ; Shitaya ; Asakusa ; Honjo ; Fukagawa.</p>
+
+<p>Les districts suburbains sont : Ebara gôri ; Higashi
+tama gôri ; Minami Toshima gôri ; Kita toshima gôri ;
+Minami Adachi gôri ; Minami katsushika gôri.</p>
+
+<p>Vers le moyen âge, l’emplacement où s’élève aujourd’hui
+Yedo, n’était qu’une plage de sable ; au <small>XV</small><sup>e</sup> siècle,
+un guerrier nommé Ota Dôkwan prit possession du village
+de pêcheurs situé à l’estuaire du Sumida et appelé Ye do
+(bouche du fleuve) ; il y construisit une forteresse en 1456 ;
+Hideyoshi (Taikosama) s’empara de cette forteresse et ce
+fut son successeur Iyeyasu qui, en 1603, en fit sa capitale.
+Elle devint ainsi capitale des Shôgun, tandis que Kiôtô
+(miyako) restait la capitale des Empereurs. Le mikado
+actuel, Mutsu hito, vint s’y installer en 1868 et, au mois
+de septembre, changea le nom de la ville en celui de
+Tokiô.</p>
+
+<p>A part les monuments officiels tels que les ministères,
+les casernes, l’état-major, les différentes écoles, etc.,
+Tokiô est construit en bois. Aussi les incendies y font des
+ravages effroyables et brûlent souvent une partie de la
+ville, laquelle se trouve, d’ailleurs, reconstruite au bout
+de quinze jours. Les rues sont larges, uniformes, et
+elles ont un aspect triste à cause de la couleur grise du
+bois vieillissant aux intempéries. L’aspect de la ville n’est
+pas gai du tout. Des tramways électriques parcourent les
+principales rues, en même temps que les djinrikisha ou
+voitures à hommes circulent dans toutes les directions.</p>
+
+<p>Les parties intéressantes de la ville sont : les parcs
+de Shiba où sont enterrés deux Shôgun ; les temples et
+les jardins qui précèdent et entourent la tombe sont de
+toute beauté ; au milieu du parc se trouve le koyokwan
+ou cercle de l’Érable, sorte de club japonais fort élégant,
+qui donne une idée très nette de la jolie maison nippone ;
+les parcs d’Uyeno, autre lieu de repos de Shôgun, à
+côté du lac de Shinobadzu ; la colline d’Atago yama d’où
+l’on domine toute la ville ; les fossés et les portes de garde
+de l’ancien château d’Yedo, aujourd’hui encore existant et
+entourant le palais impérial ; le grand temple d’Asakusa ;
+la digue de Mukojima. Les quartiers, qui ne sont pas
+trop européanisés, sont assez pittoresques et amusants.</p>
+
+<p>Les environs de Tokiô sont très recherchés aux jours
+fériés et aujourd’hui surtout, avec les facilités accordées
+par les chemins de fer, la population émigre facilement
+autour de la ville toutes les fois qu’un saint bouddhiste
+doit être fêté.</p>
+
+<p>Kiôto, l’ancienne capitale (Miyako) des Mikado, la ville
+sainte du Japon, est située dans la province de Yamashiro,
+à environ cent trente-deux lieues de Tokio, dans la direction
+du Sud-Ouest ; et elle n’est éloignée d’Osaka et de
+Kobé que de trois heures de chemin de fer. La ville est
+divisée en deux parties : Kami Kio Ku, ou ville haute, et
+Shimo Kio Ku ou ville basse.</p>
+
+<p>C’est en 784 que la dynastie impériale fixa définitivement
+sa capitale à Kioto et ce n’est qu’en 1868, lors de la
+suppression du Shôgunat, que le trône impérial fut
+transféré à Tokio. Aujourd’hui la ville de Kioto est déchue
+et elle n’a plus guère d’animation ; elle est un peu considérée
+comme la capitale religieuse du Japon et certes
+le voyageur peut y passer facilement un mois à étudier
+l’architecture bouddhique sous toutes ses formes. Les
+principales excursions sont : le palais des empereurs ;
+Higashi Hongwan ji ; Nishi Hon gwan ji ; Chi on In ;
+Kiomidzu dera ; San ju san guen dô ; Honkoku ji ; la
+colline de Hieizan ; le lac Biwa ; les rapides d’Arashiyama
+ou plutôt du Katsuragawa.</p>
+
+<p>Kioto fabrique les broderies, la porcelaine et le bronze.</p>
+
+<p>Le Shi d’Osaka est actuellement le plus important des
+trois au point de vue des affaires. La ville est située à
+environ cent quarante-trois lieues de Tokio et quinze
+lieues de Kiôto. De nombreux canaux la parcourent en
+tous sens, de sorte que la navigation, pour le transport par
+eau, pénètre jusqu’au cœur de la ville, qui a aujourd’hui
+près d’un million d’habitants. L’industrie du Japon s’est
+pour ainsi dire concentrée dans cette ville, bien située,
+près de la mer, au centre du Japon. Osaka est le grand
+marché commercial de l’Empire, et se trouve aujourd’hui
+relié, par eau et par voie ferrée, à tous les points du
+Japon. L’industrie y est également très florissante, et la
+population y est généralement dans l’aisance.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Les Ken ou Départements ont d’abord été au
+nombre de trente-cinq :</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Ken de Kanagawa. Il se compose de trois districts :
+Tsudzuki, Tachibana et Kuroki, et d’une partie du district
+de Tama, province de Musashi, plus de la province de
+Sagami. Le chef-lieu est Yokohama, autrefois le port où
+résidaient le plus d’étrangers. Les villes principales de ce
+département sont : Odawara, dans la province de Sagami ;
+Yokosuka dans la même province, non loin de Yokohama,
+place de guerre et arsenal pour la marine impériale.</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Ken de Hiogo. Administre cinq districts de la province
+de Setsu et deux districts de la province de Tamba,
+plus les trois provinces de Harima, Awaji, Tajima. Le
+chef-lieu est Kobe, dans la province de Setsu. Ce port,
+ouvert au commerce extérieur pendant la première année
+de Meiji (1868) est contigu, du côté de l’Ouest, à celui de
+Hiogo. Au Sud-Est de Kobe, se trouve la baie d’Osaka et
+un peu plus loin le détroit de Tomoshima. La ville de
+Himeji fait également partie de ce Ken ; elle est située
+dans la province de Harima, à environ quatorze lieues à
+l’Ouest de Kobé.</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Ken de Nagasaki. Administre trois provinces : Hizen,
+Iki et Tsushima. Le chef-lieu est Nagasaki dans la province
+de Hizen ; cette ville est à environ trois cent quarante
+lieues de Tokio. Le port de Nagasaki, ouvert depuis
+longtemps au commerce chinois et au commerce hollandais,
+ne le fut pour les autres nations que dans la sixième
+année d’Ansei (1859). Le port de Nagasaki est fermé de
+trois côtés par des montagnes ; le quatrième, qui est celui
+de l’entrée, est protégé par plusieurs îles et îlots. Ce port
+est un des plus sûrs et des plus profonds du Japon. La
+ville de Saga, dans la province de Hizen, se trouve à environ
+vingt-huit lieues au Nord-Est de Nagasaki.</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> Ken de Niigata. Administre les provinces d’Echigo
+(dont un seul district, celui de Tsugawa, fait partie du
+Ken de Fukushima), et de Sado. Le chef-lieu est Niigata,
+province d’Echigo, à environ quatre-vingt-neuf lieues de
+Tokio. Elle est peuplée d’environ cinquante mille habitants.
+Le port de Niigata fut ouvert au commerce étranger
+dans la première année de Meiji (1868) ; situé à l’embouchure
+du Shinanogawa, il est par suite peu profond et
+mal commode. La ville de Takata, dans la province
+d’Echigo, se trouve à trente-trois lieues au Sud-Ouest de
+Niigata.</p>
+
+<p>5<sup>o</sup> Ken d’Aïchi ; formé de deux provinces : Owari et
+Mikawa ; le chef-lieu est Nagoya, dans la province
+d’Owari ; cette ville est à cent quatre-vingt-quatorze
+lieues de Tokio ; elle est située au milieu d’une plaine ;
+ses rues sont larges et animées et c’est un des centres les
+plus importants du Japon ; il y existe un superbe château-fort
+(shiro), ancienne résidence du Daïmio. La ville d’Okasaki,
+dans la province de Mikawa, est située à dix lieues
+au Sud-Est de Nagoya.</p>
+
+<p>6<sup>o</sup> Ken d’Ishikawa ; formé de trois provinces : Kaga,
+Noto, Echiu, plus sept districts de la province d’Echizen.
+Le chef-lieu est Kanazawa, dans la province de Kaga.
+Cette ville est à cent vingt-sept lieues de Tokio ; traversée
+au Nord et au Sud par deux rivières, le Saigawa et l’Asanogawa,
+Kanazawa se trouve à peu près au centre du
+Hokurokudô. Le commerce n’y est pas très considérable ;
+villes principales de ce département : Fukui, dans
+la province d’Echizen, et Toyama dans la province
+d’Echiu.</p>
+
+<p>7<sup>o</sup> Ken de Hiroshima ; formé des deux provinces d’Aki et
+de Bingo. Le chef-lieu est Hiroshima dans la province
+d’Aki, situé à deux cent trente lieues de Tokio. Le sol des
+environs est très fertile et la ville est arrosée par plusieurs
+cours d’eau. La ville importante de Fukuyama, dans la
+Province de Bingo, se trouve à vingt-six lieues à l’Est de
+Hiroshima.</p>
+
+<p>8<sup>o</sup> Ken de Wakayama formé de la province de Kii
+(quelques villages de cette province, situés à l’Est de la
+rivière Kumano, font partie du Ken de Miye). Le chef-lieu
+est Wakayama, à cent soixante-trois lieues de Tokio.
+Cette ville, dont le côté Ouest est voisin de la mer et le
+côté Nord est arrosé par le Kinogawa, se trouve à l’entrée
+de la baie d’Osaka.</p>
+
+<p>Entourée de collines, Wakayama est fort pittoresque.</p>
+
+<p>9<sup>o</sup> Ken de Sakai, formé de trois provinces : Idzumi,
+Yamato et Kawachi. Le chef-lieu est Sakai dans la province
+d’Idzumi ; cette ville est à cent quarante-huit lieues
+de Tokio. Sakai est situé sur le même littoral que Osaka,
+au Nord ; elle est arrosée par le Yamato gawa ; on y prend
+des quantités de poissons. Sakai était autrefois le point de
+mouillage des navires étrangers.</p>
+
+<p>10<sup>o</sup> Ken de Miyagi, formé de treize districts de la province
+de Rikuzen et de trois de la province d’Iwaki. Sendai,
+dans la province de Rikuzen, en est le chef-lieu ; elle
+est traversée au Sud-Ouest par le Hirosegawa et elle est
+contiguë du côté de l’Est à Shiwogama et Matsushima.
+Les environs de cette dernière ville forment un des plus
+beaux paysages du Japon. Les productions principales
+sont le poisson et le sel. Sendai est à 83 lieues au Nord
+de Tokio.</p>
+
+<p>11<sup>o</sup> Ken de Kôchi, formé des deux provinces de Tosa
+et d’Awa. Le chef-lieu est Kôchi dans la province de Tosa ;
+Kôchi est à deux cent trente-et-une lieues de Tokio. A
+l’Est se trouve le port de Urato ; au Nord et au Sud coule
+le Kamigawa ; les productions principales sont le bois et
+le poisson.</p>
+
+<p>12<sup>o</sup> Ken de Kumamoto, formé de la province de Higo,
+chef-lieu Kumamoto, ancienne place forte importante, à
+trois cent vingt-six lieues de Tokio ; arrosée au Sud par le
+Shirakawa, elle est bornée au Nord-Ouest par un groupe
+de montagnes ; c’est une des grandes villes du Sai kai dô.</p>
+
+<p>13<sup>o</sup> Ken de Shimane, formé de cinq provinces : Idzumo,
+Hôki, Inaba, Iwami, Oki. Le chef-lieu est Matsuyé dans
+la province d’Idzumo, à deux cent vingt et une lieues de
+Tokio.</p>
+
+<p>14<sup>o</sup> Ken d’Akita, formé d’une partie des provinces
+d’Ugo et de Rikuchiu ; chef-lieu Akita, dans la province
+d’Ugo.</p>
+
+<p>15<sup>o</sup> Ken de Saitama, formé d’une partie des provinces
+de Musashi et de Shimosa ; chef-lieu Urawa, province de
+Musashi.</p>
+
+<p>16<sup>o</sup> Ken de Chiba, formé de parties des provinces de
+Shimosa, Awa et Kadzousa ; chef-lieu Chiba, à onze lieues
+de Tokio, dans le golfe.</p>
+
+<p>17<sup>o</sup> Ken d’Ibaraki, formé de parties des provinces de
+Hitachi et de Shimosa ; chef-lieu Mito, province de Hitachi,
+sur l’Océan, à trente et une lieues de Tokio.</p>
+
+<p>18<sup>o</sup> Ken de Tochigi, formé de la province de Shimotsuké ;
+chef-lieu Tochigi ; ville principale Utsunomiya d’où
+partent la route et le chemin de fer se dirigeant sur
+Nikkô.</p>
+
+<p>19<sup>o</sup> Ken de Gumma, formé de la province de Kodzuke ;
+chef-lieu Mayebashi, à vingt-huit lieues de Tokio ; avec les
+villes de Takasaki et de Tomioka, Mayebashi constitue le
+centre le plus important du Japon pour le commerce de la
+soie.</p>
+
+<p>20<sup>o</sup> Ken de Miye, formé des provinces de Ise, Iga et
+Shima et une partie de la province de Kii ; chef-lieu Tsu,
+à cent treize lieues de Tokio.</p>
+
+<p>21<sup>o</sup> Ken de Shidzuoka, formé des provinces de Suruga,
+Totomi et Idzu ; chef-lieu Shidzuoka, province de
+Suruega.</p>
+
+<p>22<sup>o</sup> Ken de Yamanashi, formé de la province de Kai,
+chef-lieu Kôfu, à trente-huit lieues de Tokio.</p>
+
+<p>23<sup>o</sup> Ken de Shiga, formé des provinces de Omi et de
+Wakasa et une partie de la province d’Echizen ; chef-lieu
+Otsu, dans la province d’Omi. Hikone, ville célèbre, à
+quinze lieues au Nord-Ouest d’Otsu.</p>
+
+<p>24<sup>o</sup> Ken de Gifu, formé des provinces de Mino et Hida ;
+chef-lieu Gifu, ville renommée pour la fabrication des lanternes.</p>
+
+<p>25<sup>o</sup> Ken de Nagano, formé de la province de Shinano ;
+chef-lieu Nagano ou Zenkôji. Temple célèbre, où l’on vient
+en pèlerinage de toutes les parties du Japon.</p>
+
+<p>26<sup>o</sup> Ken de Fukushima, formé de la province d’Iwashiro,
+et d’une partie des provinces d’Iwaki et d’Echigo ; chef-lieu
+Fukushima ; ville principale Wakamatsu.</p>
+
+<p>27<sup>o</sup> Ken d’Iwate, formé de parties des provinces de
+Rikuchu, Rikuzen et Mutsu ; chef-lieu Morioka, province
+de Rikuchu, à cent quarante lieues de Tokio.</p>
+
+<p>28<sup>o</sup> Ken d’Awomori, formé de parties de la province de
+Mutsu ; point extrême du Honshu, Awomori en est la capitale,
+à cent quatre-vingt-onze lieues de Tokio.</p>
+
+<p>29<sup>o</sup> Ken de Yamagata, formé de la province d’Uzen et
+d’une partie de la province d’Ugo ; chef-lieu Yamagata.</p>
+
+<p>30<sup>o</sup> Ken d’Okayama, formé des provinces de Bizen,
+Bichu et Mimasaka ; chef-lieu Okayama, province de
+Bizen.</p>
+
+<p>31<sup>o</sup> Ken de Yamaguchi, formé des provinces de Suwo
+et Nagato ; chef-lieu Yamaguchi, province de Suwo, à
+deux cent soixante-trois lieues de Tokio.</p>
+
+<p>32<sup>o</sup> Ken de Ehime, formé des provinces de Iyo et Sanuki ;
+chef-lieu Matsuyama.</p>
+
+<p>33<sup>o</sup> Ken de Fukuoka, formé des provinces de Chikuzen
+et Chikugo et d’une partie de la province de Buzen ; chef-lieu
+Fukuoka, à trois cent deux lieues de Tokio.</p>
+
+<p>34<sup>o</sup> Ken d’Oita, formé de la province de Bungo et d’une
+partie de la province de Buzen ; chef-lieu Oita.</p>
+
+<p>35<sup>o</sup> Ken de Kagoshima, formé des provinces de Satsuma,
+Osumi et Hiuga ; chef-lieu Kagoshima, point extrême Sud
+de Kiushiu, à trois cent soixante-dix-huit lieues de Tokio.</p>
+
+<p>Ces trente-cinq Ken ou départements ont été, ainsi
+qu’on peut le voir, formés avec les anciennes provinces,
+comme en France les départements. Depuis 1880, dix
+autres Ken ont été ajoutés à ces trente-cinq dont on a
+trouvé quelques-uns trop considérables. C’est ainsi que,
+dans Kiushiu, on a formé deux nouveaux Ken : Saga,
+chef-lieu Saga, et Miyazaki, chef-lieu Miyazaki.</p>
+
+<p>Dans la grande île, on a coupé en deux le Ken de
+Shimane pour créer le Ken de Tottori ; à l’Est d’Osaka on
+a créé le Ken de Nara ; à l’Est du Ken d’Ishikawa qu’on
+a coupé, s’est formé le Ken de Toyama ; au Sud celui de
+Fukui ; dans l’île de Shikoku, on a divisé les deux Ken de
+Ehime et de Kochi pour y adjoindre ceux de Kagawa,
+chef-lieu Takamatsu et Tokushima, capitale Tokushima.</p>
+
+<p>Enfin les îles Riukiu ont été incorporées à l’Empire
+sous le nom de Okinawa Ken.</p>
+
+<p>L’île de Yezo forme un Chô ou gouvernement spécial ;
+le pays est également divisé en départements ; mais l’administration
+de ce pays, considéré comme une colonie plutôt
+que comme partie intégrante de l’Empire, est forcément
+différente de celle des autres parties du Japon.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — L’administration japonaise est méticuleuse et
+terrible dans les détails. Sa paperasserie pourrait être, à
+juste titre, rapprochée de la nôtre. Il faut dire que ce
+n’est pas chose moderne dans le pays du Soleil Levant ;
+autrefois, sous la féodalité et le gouvernement shôgunal,
+les fonctionnaires avaient avec eux des espions,
+les <i>metsuke</i>, chargés de les surveiller ; il s’ensuit que l’habitude
+de faire rapport sur rapport et d’accumuler les
+papiers se prit très vite. La recherche de « la petite bête »
+existe au Japon dans toutes les administrations ; les
+minuties, les détails insignifiants exaspèrent ceux qui ont
+affaire aux bureaux japonais ; il faut tâcher d’en avoir
+besoin le moins possible.</p>
+
+<p>En voyage, dans l’intérieur, il n’est pas de jour où
+vous ne soyez surveillé par les autorités qui envoient,
+matin et soir, la police vous demander ce que vous faites,
+pourquoi vous êtes venu, si vous n’allez pas bientôt vous
+en aller. C’est une tracasserie de chaque instant ; le
+tout, d’ailleurs, accompli avec une politesse exquise de la
+part de tous les agents de l’autorité, mais ce n’en est pas
+moins quelquefois fort ennuyeux.</p>
+
+<p>Aussi, à part les globe-trotters, les étrangers qui résident
+au Japon ne s’absentent-ils guère au-delà des environs
+des ports de commerce où ils habitent généralement.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Actuellement les ports où le commerce européen
+peut s’installer sont nombreux, mais les résidents des
+différentes nationalités se concentrent surtout à Yokohama,
+Kobé et Nagasaki.</p>
+
+<p>Yokohama est situé dans la baie de Tokio, tout près
+du bourg japonais de Kanagawa ; étalé sur le bord de la
+mer d’un côté et adossé de l’autre à une colline assez
+élevée où les Européens ont leurs maisons d’habitation,
+tandis qu’ils ont leurs maisons d’affaires et leurs magasins
+sur le quai et dans les rues adjacentes. Le quai est une
+des jolies promenades de la ville ; le port est peu abrité,
+quoiqu’il soit aujourd’hui protégé. Quand le vent du Nord-Est
+souffle violemment, il y a quelquefois de fortes tempêtes ;
+depuis quelques années on a élevé près de la douane
+un appontement où peuvent prendre place quatre paquebots,
+ce qui facilite bien le débarquement et l’embarquement
+des marchandises et des passagers. Autrefois le
+port de Yokohama était le grand centre d’affaires des
+Européens ; aussi y trouvait-on nombreuse société, club
+et champ de courses ; les dames même avaient fini par s’y
+installer et de nombreuses familles y étaient nées qui
+donnaient à la ville une physionomie de petit centre européen.
+Actuellement Kobé s’est développé un peu au détriment
+de Yokohama par suite de la proximité d’Osaka où
+sont les principales manufactures et industries du Japon.
+Kobé est sous le rapport de la situation géographique
+beaucoup plus agréable et infiniment plus pittoresque que
+Yokohama, et les environs en sont délicieux. Quant à
+Nagasaki, le premier port où les Européens aient été
+admis (c’est là que les Hollandais trafiquaient à Deshima
+depuis 1640), il semble plutôt décliner. Peu d’Européens
+y demeurent et le commerce devient de moins en moins
+brillant.</p>
+
+<p>Voici les autres ports ouverts au commerce :</p>
+
+<p>Osaka ; les grands bateaux n’y viennent pas, mais
+restent à Kobé, le port même d’Osaka ne pouvant leur
+assurer le mouillage. On fait des travaux en vue d’un port,
+mais ils sont loin d’être terminés. Ainsi que je l’ai
+déjà dit, cette grande ville est le véritable centre de l’activité
+industrielle et commerciale du Japon. Situé au milieu
+des plus riches provinces de l’Empire, en communications
+rapides, soit par eau, soit par terre, avec les diverses
+parties du pays, Osaka est rapidement devenu le principal
+emporium des îles du Soleil Levant. Les grandes cheminées
+d’usine s’élèvent à côté du gigantesque château-fort
+en pierres énormes, témoin des âges passés, et
+offrent un contraste frappant entre les deux époques ;</p>
+
+<p>Niigata, peu important ;</p>
+
+<p>Yebisuminato, dans l’île de Sado, peu important ;</p>
+
+<p>Hakodate, dans l’île de Yeso, ville de 60.000 âmes ; peu
+important au point de vue du commerce extérieur ;</p>
+
+<p>Kio midzu, province de Suruga ;</p>
+
+<p>Take toyo, province d’Owari ;</p>
+
+<p>Nagoya n’est pas à proprement parler un port : celui-ci
+se trouve à Miya, et c’est à cet endroit qu’on débarque
+pour se rendre à la ville. Les gros bâtiments ne peuvent
+pas, du reste, entrer dans le port de Miya, et c’est surtout
+par les petits bateaux et par la voie ferrée que s’exécutent
+les transactions ;</p>
+
+<p>Yokka ichi, province d’Ise ;</p>
+
+<p>Shizaki, province de Bingô ;</p>
+
+<p>Shimonoseki, province de Nagato ; peu important, mais
+lieu de passage de tous les bateaux qui entrent dans la
+mer intérieure ou en sortent ;</p>
+
+<p>Môji, province de Buzen ; port important au Nord de
+l’île de Kiushu, point terminus du chemin de fer venant de
+Nagasaki ;</p>
+
+<p>Wakamatsu, province de Chikuzen ;</p>
+
+<p>Hakata, province de Chikuzen ;</p>
+
+<p>Karatsu, province de Hizen ;</p>
+
+<p>Sumi no ye, province de Hizen ;</p>
+
+<p>Kuchi no dzu, province de Hizen ;</p>
+
+<p>Miike, province de Chikuzen ;</p>
+
+<p>Tsuruga, province d’Echizen ;</p>
+
+<p>Awomori, province de Mutsu ;</p>
+
+<p>et quelques autres petits ports dont je juge inutile de citer
+les noms.</p>
+
+<p>Le commerce se fait surtout à Yokohama, Kobe, Osaka
+et Nagasaki.</p>
+
+<p>Tokio, bien que situé sur la mer, à l’embouchure du
+Sumidagawa, n’est pas un port praticable : il n’y a aucune
+profondeur et des bateaux, même de moyen tonnage, ne
+peuvent y mouiller.</p>
+
+<p>Les quatre grands ports ci-dessus nommés sont pourvus
+de tout le matériel moderne pour l’embarquement, le
+débarquement, la mise en docks des marchandises.
+L’outillage et l’administration des ports de commerce
+répondent à ce que peuvent désirer les armateurs et les
+négociants modernes.</p>
+
+<p>De Yokohama partent les lignes de paquebots se dirigeant
+vers l’Europe et l’Amérique : tous ces bateaux, à
+service régulier, font escale à Kobé et Nagasaki.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch4">CHAPITRE VI</h2>
+
+<p class="d">I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre au Japon. — Le chemin
+de fer sibérien ; les compagnies de navigation qui font le
+service. — II. Prix des passages. Les côtes japonaises. — III.
+La mer intérieure jusqu’à Kobé ; de Kobé à Yokohama. — IV.
+Route d’Amérique et compagnies faisant le service du Pacifique. — V.
+Aspect triste des villes japonaises pour celui qui
+débarque.</p>
+
+
+<p>I. — Pour se rendre au Japon, à l’heure actuelle, le
+voyageur n’a que l’embarras du choix. Très éloigné d’Europe
+à des époques qui ne sont pas encore bien lointaines,
+et où il fallait quarante-cinq jours bien comptés de Marseille
+à Yokohama, le pays du Soleil Levant, grâce à la
+voie de terre à travers les steppes de Sibérie, n’est plus
+qu’à vingt jours de Paris. Voici quelles sont, avec le transsibérien,
+voie terrestre, les routes maritimes pour se rendre
+dans les ports japonais :</p>
+
+<p>Voie de Sibérie. — Tous les deux jours un train part de
+Moscou, par Perm, Ekaterinburg et Tioumen. Cette dernière
+ville était le dernier point d’arrêt des chemins de fer
+russes vers l’Asie lorsque le gouvernement russe entreprit
+l’immense travail de pousser le rail jusqu’à Wladiwostok.
+De Tioumen, la voie file sur Omsk, Krasnoyarsk et
+Irkoutsk d’où elle repart, en contournant le Baïkal, sur
+Tchita, Nertchinsk pour pénétrer en Mandchourie et se
+diriger sur Kharbine. De ce dernier point, partent deux
+voies : l’une sur Port-Arthur<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">[9]</a> ; l’autre sur Wladiwostok,
+point extrême de la voie russe. De ce port un service
+de bateaux gagne le Japon. Mais le trajet est un peu
+plus long ; le plus rapide est de quitter le train russe à
+Kharbine et de se diriger sur Dalny (Talienwan, Tairen),
+d’où le bateau transporte le voyageur jusqu’à Nagasaki.
+Les wagons russes sont excessivement confortables, et il
+est évident qu’ils ne laissent rien à désirer au point de vue
+du bien-être ; seule la vitesse pourrait être augmentée,
+mais il faut se dire qu’il n’existe qu’une voie, d’abord, ce
+qui retarde nécessairement la marche des trains, et,
+qu’ensuite, la voie est encore toute nouvelle, qu’elle a été
+construite rapidement et d’une façon hâtive sur certains
+points par suite des nécessités de la dernière guerre et
+que, par conséquent, elle n’est pas encore stable partout.
+Le temps remédiera à ces petits défauts, et, lorsque la
+deuxième voie sera exécutée, on pourra aller par train
+rapide en dix jours de Paris à Péking.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9"><span class="label">[9]</span></a> Le Sud de cette ligne est aujourd’hui aux mains des Japonais.</p>
+</div>
+<p>Le prix du voyage, actuellement, se rapproche du prix
+du passage par mer ; il faut compter 2.000 francs pour
+voyager en première classe de Paris à Nagasaki.</p>
+
+<p>Route de Marseille par l’Océan Indien :</p>
+
+<p>De Marseille partent plusieurs lignes : d’abord les <i>Messageries
+Maritimes</i>, dont les bateaux quittent le port les
+dimanches pour Port-Saïd, Suez, Aden (une fois sur deux),
+Djibouti (une fois sur deux), Colombo, Singapour, Saïgon,
+Hong-Kong, Shanghaï, Yokohama. Cette Compagnie possédait
+autrefois une flotte fort belle et des bateaux très
+confortables et très proprement tenus.</p>
+
+<p>Les étrangers, notamment les Anglais, y venaient en
+foule et les préféraient de beaucoup aux bateaux anglais ;
+malheureusement un fait se produisit qui enleva aux Messageries
+la clientèle étrangère et aussi beaucoup de leur
+clientèle française : c’est que le Gouvernement français
+ayant supprimé, pour le transport de ses troupes en Indo-Chine,
+les grands bâtiments qui avaient été construits et
+destinés à cet usage exclusif, tels que le <i>Mytho</i>, le <i>Bien hoa</i>,
+le <i>Shamrock</i>, etc., et ayant conclu avec les Messageries
+un contrat pour le transport des officiers et des soldats,
+cette Compagnie se voit obligée par chaque courrier de
+remplir ses paquebots de troupes. Et c’est pour cela que
+les étrangers l’ont quittée ; que de nombreux passagers
+français, payant de leur poche, ont fait de même, et qu’à
+l’heure actuelle, les bateaux des Messageries ne transportent
+que des militaires et des fonctionnaires. Le service
+est, d’ailleurs, bien au-dessous de ce qu’il était
+autrefois.</p>
+
+<p>La <i lang="en" xml:lang="en">Peninsular and Oriental</i>, Compagnie anglaise, fait
+également le service de Marseille au Japon par l’Océan
+Indien et Shanghaï ; mais peu de monde la prend ; elle
+est presque exclusivement chargée de fonctionnaires et de
+négociants anglais de l’Inde ; le service y est fort correct ;
+tout y est très propre ; le confort y est anglais, c’est tout
+dire ; mais pour la nourriture elle est fort inférieure, et les
+estomacs non encore habitués à la fâcheuse cuisine anglaise
+arriveront à Yokohama en bien mauvais état.</p>
+
+<p><i lang="de" xml:lang="de">Norddeutscher Lloyd.</i> — Tout ce qu’ont perdu les
+Messageries a été gagné par la Compagnie allemande.
+Les bateaux ne touchent pas Marseille, il est vrai ; mais
+comme ce n’est pas sur la clientèle française qu’elle
+compte, elle n’a que faire de s’arrêter dans un port français ;
+aussi a-t-elle deux points de relâche au Nord :
+Anvers et Southampton, et deux au Sud : Gênes et Naples.
+Le <span lang="de" xml:lang="de">Norddeutscher Lloyd</span> est la Compagnie qui, à l’heure
+présente, effectue le plus de transports de passagers pour
+l’Extrême-Orient. Les bateaux sont très confortables, fort
+bien tenus ; la cuisine y est bonne ; et le personnel très
+bien dressé ; une seule chose y est atroce : c’est la musique
+de foire dont on vous fatigue les oreilles pendant les repas,
+et même après. Trop de musique !</p>
+
+<p><i>Nippon Yusen Kwaisha.</i> — Cette Compagnie touche
+à Marseille ; les bateaux sont très beaux et les quelques
+cabines qu’ils contiennent sont très confortables ; mais ils
+ne prennent que peu de passagers ; d’ailleurs leur voyage
+depuis Marseille jusqu’au Japon est fort long par suite
+de la durée de leur station aux escales, par conséquent ils
+ne sont guère encombrés ; il leur arrive en effet de rester
+quatre et cinq jours dans un port, et il n’y a que les personnes
+peu pressées qui les prennent, par suite du prix
+bien moindre qu’elles paient pour le voyage.</p>
+
+<p>En dehors des lignes de paquebots que je viens de citer
+et qui font un service régulier tous les quinze jours, il
+existe également une ligne autrichienne et une ligne italienne,
+mais dont les départs et les arrivées ne sont pas
+très réguliers.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Les prix du passage, sauf en ce qui concerne les
+Compagnies japonaise, autrichienne et italienne, sont à
+peu de chose près les mêmes : dix-huit cents francs en
+première classe et onze cents en seconde ; sur les paquebots
+français et allemands il y a une troisième classe, mais
+peu fréquentée ; car il n’y a pas d’<i>émigrants</i> pour les pays
+d’Orient ; il n’y a que des négociants, lesquels vont en première,
+et des employés qui vont en seconde. Les bateaux
+anglais de la <span lang="en" xml:lang="en">Peninsular and Oriental</span> ont aussi premières
+et secondes, mais pas de troisièmes. Toutes les Compagnies
+délivrent des billets d’aller et retour, mais les plus longs
+délais sont donnés par le <span lang="de" xml:lang="de">Norddeutscher Lloyd</span>.</p>
+
+<p>Le premier port japonais touché par les paquebots est
+le port de Nagasaki. L’entrée en est merveilleuse. Des
+îlots de verdure y forment plusieurs passes ; devant soi,
+en contournant tous ces îlots (dont l’un, le Pappenberg,
+rappelle le martyre de nombreux chrétiens que les Japonais
+précipitaient du haut des falaises à pic sur les roches
+battues par les vagues), on aperçoit la colline toute couverte
+de frondaisons, et de champs descendant jusqu’à la
+mer. Çà et là, des rochers sombres émergent au-dessus
+des flots, par endroits la côte est à pic ; de grands cèdres
+dressent leur tête et au milieu, sous leur ombrage protecteur,
+on aperçoit de petits temples perchés de côté et
+d’autre sur les points qui semblent à première vue les
+plus inaccessibles. De nombreuses barques de pêcheurs
+sillonnent la rade, et, à mesure qu’on s’avance au fond de
+la baie, la ville, jusque-là cachée, se découvre. Juste en
+avant, tout au fond, Deshima, cette petite langue de terre
+où autrefois les Hollandais étaient parqués, et qu’aujourd’hui
+rien ne distingue plus du reste de la ville. Derrière
+Deshima, et de chaque côté, la ville s’étend, aux petites
+maisons basses, aux rues étroites, et, brusquement, elle
+s’élève et perche ses constructions sur la colline, autour
+du grand temple rouge, d’où la vue domine toute la rade.</p>
+
+<p>Un peu en avant de Deshima, sur la droite de la ville
+Japonaise, s’élèvent les habitations européennes, toutes
+en terrasses ; les divers consulats ; l’hôtel Bellevue ; les
+établissements et l’église de la mission catholique, des
+sœurs, de l’école des frères maristes ; dans le bas de la
+colline, la rue marchande, avec le nouvel hôtel, juste sur
+le quai ; les magasins, les banques, les agences d’affaires,
+les boutiques et tous les <i lang="en" xml:lang="en">general store keepers</i> et <i lang="en" xml:lang="en">ship-chandlers</i>
+ou magasins généraux d’approvisionnements.</p>
+
+<p>Nagasaki est, pour le japon, un port très important en
+raison de la sûreté et de la profondeur de sa rade, et de sa
+situation à l’extrémité Sud de l’Empire, tourné vers les
+côtes de Chine et de Corée.</p>
+
+<p>En face de Nagasaki, de l’autre côté de la baie, sont
+installés des fonderies et des ateliers de réparations et de
+constructions. Nagasaki actuellement renferme une population
+de près de 180.000 habitants.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — En quittant le port de Nagasaki, les navires
+regagnent le Nord par la côte occidentale de l’île de Kiu
+shu et pénètrent, par le chenal de Shimonoseki, dans le
+Setouchi ou mer intérieure. Cette mer, célèbre dans le
+monde entier par la beauté de ses paysages de verdure,
+de ses innombrables petites îles couvertes de temples haut
+perchés où l’on arrive par des escaliers de cent marches
+et plus, est subdivisée précisément par ces îlots en une
+série de six parties appelées <i>nada</i> (courant violent, gouffre)
+qui prennent leur nom des provinces dont elles mouillent
+le rivage. Ce sont : Idzumi nada ; Harima nada ; Bingo
+nada ; Mishima nada ; Iyonada ; Suwonada.</p>
+
+<p>La mer intérieure communique au Sud avec le grand
+Océan par deux passages, l’un entre le Honshu et Shikoku ;
+l’autre entre Shikoku et Kiushu. A l’Est, elle s’unit à la
+mer du Japon par le détroit qui sépare Kiushu du Honshu,
+et où se trouvent au Sud, dans Kiushu, le port de Môji ;
+au Nord, dans la province de Nagato, Ken de Yamaguchi,
+le port de Bakan ou Shimonoseki. On peut naviguer sur la
+mer intérieure en toutes saisons, de nuit aussi bien que de
+jour, grâce au système de phares très complet et très sûr
+installé sur tous les points par le gouvernement japonais.
+Les marées et les courants sont aujourd’hui bien connus
+et sont très réguliers aux sorties Est et Ouest sur
+l’océan et la mer du Japon ; dans quelques parties resserrées
+par les îlots, à l’intérieur même du Setouchi, ils sont
+d’une grande violence.</p>
+
+<p>Le voyageur devra toujours s’arranger de façon à faire
+de jour la navigation de la mer intérieure du Japon ; le
+plus pratique serait de quitter le grand paquebot à Shimonoseki
+et de prendre, pour la traversée jusqu’à Kobé,
+un des nombreux petits bateaux côtiers qui font le cabotage.
+Le paysage, en effet, vaut, entre tous ceux du Japon,
+la peine d’être étudié ; non point que l’on se trouve en
+présence d’une nature grandiose ; non, tout au contraire :
+la nature y est jolie, attrayante, charmante par sa verdure,
+ses villages, ses temples, ses fleurs, le tout fin et
+gracieux ; quand le soleil brille sur cet ensemble et détache
+au loin sur l’azur les collines de Kiushu et Shikoku, on ne
+se lasserait pas de ce paysage exquis, doux et un peu languissant,
+on ne se détacherait pas de la vision de cette
+terre à l’air si accueillant et si inoffensif et qui pourtant
+nourrit un peuple de guerriers à l’âme dure.</p>
+
+<p>De Nagasaki à Kobé, par la mer intérieure, il faut
+compter douze heures environ.</p>
+
+<p>Si le port de Nagasaki est excellent et de toute sécurité,
+il n’en est pas de même du port de Kobé ou Hiogo. (Kobé
+est la ville où résident les Européens ; Hiogo la ville japonaise ;
+elles ne sont du reste séparées que par un pont sur
+une rivière à sec.)</p>
+
+<p>Les navires étaient primitivement obligés de mouiller
+en grande rade, le port n’étant aucunement protégé des
+vents du large ; aujourd’hui les autorités ont établi un
+appontement s’étendant assez loin dans la mer, mais où
+seuls les paquebots-poste accostent, par suite des droits
+assez élevés ; de sorte que tous les <span lang="en" xml:lang="en">cargo-boats</span>, encore
+aujourd’hui, sont obligés de jeter l’ancre assez loin, ce qui
+est un gros désavantage pour effectuer le débarquement
+et l’embarquement des marchandises. La ville européenne
+de Kobé est assez coquette, tout à plat le long de la mer ;
+c’est là que se trouvent les hôtels, les magasins, les
+banques, les Consulats étrangers ; quelques maisons d’habitation
+fort élégantes y dressent également leurs murs
+de briques rouges : plus loin, au-delà de la ligne de
+chemin de fer, de l’autre côté de la station de Sannomiya,
+sur une colline pas très élevée, mais agréable, des Européens
+ont construit leurs demeures privées qu’ils regagnent
+le soir après la fermeture de leurs bureaux. On y
+est en meilleur air et dans un calme plus reposant.</p>
+
+<p>Kobé-Hiogo avait une population de 285.000 habitants
+d’après le dernier résumé statistique de l’Empire (1908).</p>
+
+<p>De Kobé à Yokohama on compte généralement trente
+heures de navigation. C’est la partie du Japon où la navigation
+est la plus mauvaise en tout temps ; l’hiver à cause
+de la mousson de Nord-Est qui souffle avec violence ; l’été
+par suite de la mousson de suroît qui amène souvent des
+typhons redoutables. La navigation est surtout pénible
+par le travers du chenal d’Owari ; jusqu’à l’entrée de la
+baie de Tokiô on n’aperçoit rien des côtes, tout au plus
+au loin l’île d’Oshima dont le volcan lance constamment de
+la fumée ; l’entrée de la baie est formée par les deux pointes
+d’Awa et de Sagami, et se trouve très resserrée à la
+hauteur d’Uraga ; le golfe s’élargit ensuite et laisse apercevoir
+à l’Ouest Yokosuka, puis Yokohama et Tokio. Depuis
+le phare de Jô ga shima, en face de Misaki, sur la pointe de
+Sagami, jusqu’à Yokohama d’un côté et jusqu’à Kamakura
+et Enoshima de l’autre côté, la côte japonaise est
+délicieuse, et enchanteresse. Il serait difficile de trouver
+de plus charmants endroits que les baies de Yokosuka et
+d’Uraga, et de plus agréables plages que celles de Kamakura
+et d’Enoshima ; les Européens résidant au Japon ont
+mis à la mode ces stations d’été et aujourd’hui les Japonais
+y accourent de Tokio.</p>
+
+<p>Yokohama, situé sur un ancien marais désigné autrefois
+aux Européens, par dérision, comme emplacement a des
+environs de toute beauté.</p>
+
+<p>La ville elle-même s’étend le long de la mer, adossée au
+fond à une colline assez élevée nommée par tous les Européens
+le « Bluff ». Sur le quai, et dans les deux rues parallèles
+en arrière du quai, <span lang="en" xml:lang="en">Water street</span> et <span lang="en" xml:lang="en">Main street</span>, se
+trouvent les bureaux, magasins, hôtels, banques, boutiques
+de <i lang="en" xml:lang="en">General store keeper</i>, magasins généraux où l’on vend
+de tout. Les consulats y sont installés également ; sur la
+colline, les maisons d’habitation que l’on regagne le soir,
+une fois les bureaux fermés. Yokohama a toujours été,
+depuis l’ouverture du Japon, la grosse place commerciale,
+et c’est là que se trouve encore aujourd’hui la colonie la
+plus importante d’Européens et d’Américains. Le « <span lang="en" xml:lang="en">United
+club</span> » les réunit dans une même fraternité, et dans ces
+réunions il n’est jamais question de nationalités : on est
+« blanc ».</p>
+
+<p>De magnifiques hôtels se dressent sur le quai : le Grand-Hôtel,
+fondé jadis par un Français, actuellement passé
+dans les mains d’une Société américaine et où fréquentent
+principalement les Américains de passage au Japon, qui
+sont toujours très nombreux. — L’Oriental Hôtel, créé et
+tenu encore par un Français, somptueusement meublé et
+décoré et où l’on mange une cuisine qui n’a pas sa pareille
+dans tout le Japon. — Enfin le Club-Hôtel, plus modeste,
+mais où l’on trouve cependant tout le confortable désirable.</p>
+
+<p>La colline ou « bluff » est une ravissante petite ville
+européenne que rien absolument ne distingue d’une
+localité quelconque des environs de Paris, telles Ablon ou
+Savigny-sur-Orge. Petites villas coquettes, entourées d’un
+jardin ; rues très propres et très soignées, mais aucun
+cachet particulier. Passé la petite ville, se trouve le champ
+de courses, non loin de la <span lang="en" xml:lang="en">Mississipi bay</span>, charmante
+petite baie, ainsi nommée par les Américains, lorsqu’en 1852
+ils arrivèrent pour la première fois au Japon. Le champ
+de courses est la grande promenade pour les habitants et
+deux fois par an, au printemps et à l’automne, les courses
+y réunissent toute la ville. Ce sont alors les grands jours
+de Yokohama.</p>
+
+<p>Les environs de Yokohama sont tous fort agréables, et
+les jours fériés voient de nombreux excursionnistes qui,
+sans s’éloigner beaucoup, peuvent charmer leurs loisirs au
+milieu de la verdure des petites collines qui dressent leurs
+sommets autour de la baie.</p>
+
+<p>Aujourd’hui, avec le chemin de fer, les environs immédiats
+de la ville sont un peu abandonnés, mais on va souvent
+plus loin pour trouver des endroits moins agréables.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Yokohama est donc le point extrême pour les
+paquebots qui viennent d’Europe ; il l’est aussi pour ceux
+qui viennent d’Amérique ; de ce côté également, plusieurs
+Compagnies font le service : trois entre les États-Unis et
+le Japon ; une entre le Canada et le Japon.</p>
+
+<p>Les trois Compagnies qui, de Yokohama, rejoignent les
+États-Unis sont :</p>
+
+<p>L’Occidental et Oriental qui va à San-Francisco ;</p>
+
+<p>L’<span lang="en" xml:lang="en">American pacific mail</span> qui va également à San-Francisco ;</p>
+
+<p>La Nippon Yu sen Kwaisha qui va à Seattle.</p>
+
+<p>Celle qui fait le service du Canada est la <span lang="en" xml:lang="en">Canadian
+Pacific</span> qui aboutit à Vancouver.</p>
+
+<p>Ces bateaux mettent douze jours de Yokohama à Vancouver
+et quatorze de Yokohama à San-Francisco ; les
+bateaux américains, une fois sur deux, font relâche à
+Honolulu ; le départ a lieu tous les quinze jours.</p>
+
+<p>De Paris à Yokohama par cette route, il faut compter
+une trentaine de jours ; en effet :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>1<sup>o</sup></td>
+<td>de Paris à Londres</td>
+<td class="bot r"><div>1</div></td>
+<td class="bot">jour</td></tr>
+<tr><td rowspan="6">&nbsp;</td>
+<td>de Londres à Liverpool</td>
+<td class="bot r"><div>1</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>de Liverpool à Montréal</td>
+<td class="bot r"><div>8</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>de Montréal à Vancouver</td>
+<td class="bot r"><div>5</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>de Vancouver à Yokohama</td>
+<td class="bot r"><div>12</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="bot">— </td> <td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>Total</div></td>
+<td class="bot r"><div>27</div></td>
+<td class="bot">jours.</td></tr>
+</table>
+<p>Comme on ne peut pas voyager comme une lettre, il
+faut compter trois ou quatre jours de plus.</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>2<sup>o</sup></td>
+<td>de Paris au Havre</td>
+<td class="bot r"><div>1</div></td>
+<td class="bot">jour</td></tr>
+<tr><td rowspan="5">&nbsp;</td>
+<td>du Havre à New-York</td>
+<td class="bot r"><div>7</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>de New-York à San-Francisco</td>
+<td class="bot r"><div>5</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>de San-Francisco à Yokohama</td>
+<td class="bot r"><div>14</div></td>
+<td class="bot">&nbsp; —</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="bot">— </td> <td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>Total</div></td>
+<td class="bot r"><div>27</div></td>
+<td class="bot">jours.</td></tr>
+</table>
+<p>Mais en revanche, le voyage de ce côté coûte plus cher
+et il faut compter sur 3.000 francs en première classe ; le
+moindre séjour en Angleterre et en Amérique est onéreux
+et les dépenses effectuées dans les wagons-restaurants et
+en bateau sont également très élevées. Aussi, en dehors
+des Américains, peu de voyageurs choisissent cette route
+qui double presque le tarif du voyage par l’Océan Indien
+ou la Sibérie.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — En arrivant au Japon, l’étranger ne doit pas s’attendre
+à trouver des monuments, de belles constructions
+architecturales, des villes de granit et de marbre comme
+en Europe et en Amérique. Lorsqu’il a débarqué à Yokohama,
+à Kobé ou à Nagasaki, et qu’il a suffisamment parcouru
+les rues quasi-européennes bordées de bengalows
+ou de villas sans style, quelconques, maisons carrées en
+briques et bois, construites non pour l’art mais pour le confort
+et pour la résistance aux tremblements de terre, il a
+hâte de connaître quelque ville indigène, comptant sur
+une surprise agréable, avec l’espoir de découvrir quelque
+chose de riant et de gai. Le Japon, pour le voyageur qui
+vient d’Europe, n’est-ce pas le bariolage des kakémonos ?</p>
+
+<p>Eh bien, il faut le détromper. L’aspect de toute ville
+japonaise est immensément triste. Tout est gris. Des
+maisons basses, en bois devenu gris avec le temps, recouvertes
+de tuiles noires, se succèdent sans interruption ;
+des habitants, hommes et femmes, vêtus de couleurs grises
+(il n’y a que les enfants et les jeunes filles habillés de
+couleurs voyantes aux jours de fête) : tout cela donne une
+impression complètement dépourvue de gaîté. Dans de
+grands centres comme Tokio, Kioto, Osaka, quelques
+vastes temples rouges, à la toiture énorme, apportent à
+certaines parties de la ville un cachet qui ne manque pas
+d’une réelle grandeur, mais les villes elles-mêmes sont
+misérables et tristes.</p>
+
+<p>Ce qu’il faut voir au Japon c’est la nature, toujours
+plaisante et gracieuse, en hiver comme en été, au printemps
+comme en automne ; rien de grand, rien d’imposant
+comme à Java, comme dans l’Inde, comme dans certaines
+parties de la Chine occidentale ; mais tout est souriant,
+aimable et doux. La nature japonaise n’est pas empoignante,
+elle est reposante et accueillante ; même ses volcans
+terribles, le Fuji yama, l’Asama, le Onsengatake
+n’offrent rien d’effrayant. Les cascades gigantesques
+comme celles de Kégon à Chusenji ou de Kirifuri à Nikkô
+semblent des joujoux de cascades. Et toujours la même
+pensée vient à l’esprit du voyageur quand il a visité un
+peu ce pays : comment cette nature, en somme si calme et
+si gentille, a-t-elle pu conserver aux habitants ce caractère
+batailleur des anciens « hommes à deux sabres », caractère
+encore sensible aujourd’hui sous une couche d’occidentalisme,
+à vrai dire très mince ?</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch5">CHAPITRE V</h2>
+
+<p class="d">I. La vie indigène ; la nourriture. — II. Coût de la vie au Japon ;
+cherté des denrées et des loyers. — III. Hôtels à l’européenne. — IV.
+La famille japonaise, sa constitution, ses mœurs. Situation de
+la femme et des enfants.</p>
+
+
+<p>I. — La nourriture, en général, est fort simple : le
+riz en est la base principale avec le poisson, dont les mers
+du Japon abondent. Cependant aujourd’hui on commence
+à trouver du pain un peu partout, dans les grands centres,
+et aussi de la viande de boucherie. Néanmoins le Japonais
+préfère son riz, son poisson et ses légumes, et si vous
+l’invitez à dîner et, par conséquent, s’il mange du pain
+chez vous, soyez sûr qu’en rentrant chez lui il mangera
+son bol de riz ; s’il n’a pas son riz, il n’a pas dîné.</p>
+
+<p>Le poisson se prépare de différentes façons : grillé souvent
+et quelquefois cru. Cependant on n’offre guère du
+poisson cru (dorade ou carpe) que dans les grandes occasions ;
+on prend alors le poisson vivant ; on l’écaille et on
+le coupe tel quel et on mange les tranches en les trempant
+dans une sauce noire appelée shôyu. Au début cela
+paraît bizarre, mais on s’y fait.</p>
+
+<p>Les œufs forment aussi une partie de la nourriture japonaise ;
+ils en préparent une sorte d’omelette que l’on
+consomme froide. Comme légumes, les Japonais ont tous
+les nôtres ; mais en plus ils mangent : les oignons de
+lys ; les racines de lotus ; les jeunes tiges de fougère ; les
+jeunes pousses de bambou ; ils aiment beaucoup les fruits
+confits dans une espèce de vinaigre ; différentes espèces
+d’herbes conservées d’une certaine manière. En somme
+ils ont un régime plutôt végétarien. Quelquefois, cependant,
+quand ils ont un ami, ils tueront un poulet et feront
+un « torinabé » ou poulet à la casserole en le cuisant
+avec du sucre et du vin de riz (sake).</p>
+
+<p>Les sucreries sont fort appréciées au Japon ; aussi les
+boutiques de pâtissiers et les marchands de bonbons
+ambulants sont-ils nombreux.</p>
+
+<p>Tout le monde, hommes et femmes, fume au Japon,
+l’usage des cigarettes est devenu assez répandu ; mais
+cependant on a conservé l’habitude de la petite pipe en
+métal d’où l’on tire deux bouffées et qu’on bourre sans
+cesse avec du tabac coupé aussi fin que des cheveux.</p>
+
+<p>On a souvent dit que les Japonais étaient très propres et
+je l’ai constaté moi-même. Ils ont la propreté du corps,
+mais ils n’ont pas le sens de la propreté des objets dans
+les mêmes proportions que l’Européen. Ainsi tout Japonais
+qui se respecte ira prendre un bain chaud après son
+dîner ; celui qui n’a pas son « fourô » (baignoire) chez lui,
+va aux bains publics où les hommes et les femmes sont
+ensemble (séparés par une corde) ; mais, d’un autre côté,
+votre servante essuiera très bien, avec la même serviette,
+le vase de nuit d’abord et votre assiette ensuite.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Il y a une trentaine d’années la vie était normale,
+je veux dire bon marché, et une famille japonaise pouvait
+vivre facilement avec quinze yen par mois. C’était le bon
+temps, mais on n’avait pas de « gloire ». Maintenant on
+a de la gloire, mais elle coûte très cher, et la vie est devenue
+tellement coûteuse qu’actuellement la famille, qui
+dépensait quinze yen, est obligée d’en dépenser cinquante.
+Il s’ensuit que la misère est effrayante aujourd’hui au
+Japon ; il est vrai que personne ne s’en plaint et on la
+supporte sans murmurer jusqu’à présent. Cela durera-t-il ?
+Tout est imposé à l’extrême et le pays rend tout ce qu’il
+peut rendre ; car <i>il est pauvre et ses possibilités sont
+très limitées</i>.</p>
+
+<p>Si la cherté de la vie a ainsi augmenté pour l’indigène,
+c’est naturellement encore bien pis pour l’Européen, qui lui
+ne se contente pas de riz et de légumes, mais qui a besoin
+de viande, de pain, de vin, d’huile, de vinaigre, de sucre
+raffiné, de thé, de café, d’alcool, de pâtes alimentaires, et
+en général d’une foule de choses qu’il lui faut importer
+d’Europe ou d’Amérique. Achat, transport, et droits de
+douane formidables font monter les denrées nécessaires à
+l’Européen à un prix tellement élevé qu’il faut être très
+riche aujourd’hui pour vivre au Japon à l’européenne.</p>
+
+<p>Une maison japonaise, que l’on payait jadis 30 yen
+par mois, en vaut 90 aujourd’hui, un domestique que l’on
+payait 10 yen en réclame 30, et tout est à l’avenant.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Autrefois, depuis le moment où le Japon a été
+ouvert aux Européens, ces derniers devaient habiter dans
+les cinq ports ouverts de Yokohama, Nagasaki, Kobé,
+Niigata et Hakodate ; ils ne pouvaient, sous aucun prétexte,
+résider en dehors sans passeport délivré par les
+autorités japonaises ; plus tard les villes de Tokio et
+d’Osaka leur furent ouvertes, mais ils furent parqués dans
+une certaine partie de la ville avec défense de demeurer
+en dehors des limites fixées. Ce régime a pris fin avec la
+révision des traités, et depuis 1899 les Européens ont le
+droit de résider et de voyager partout au Japon sans être
+inquiétés. On trouve, dans tous les grands centres, des
+hôtels installés à l’européenne et où l’on donne une nourriture
+anglo-japonaise d’un goût douteux. Tokio possède
+l’Imperial Hôtel, grand bâtiment en pierre, secoué plusieurs
+fois violemment par les tremblements de terre ; le
+Métropole Hôtel, plus modeste, mais où l’on avait, autrefois,
+une cuisine assez convenable quand il était dirigé
+par un Français.</p>
+
+<p>Kiôtô. — Kiôtô-Hôtel, très bien situé dans la partie
+centrale de la ville ; Myako-Hôtel ; Nakamura rô ; Ya ami
+Hôtel ; situé dans le parc de Maruyama, il est d’un séjour
+fort agréable ; les prix sont d’environ 5 à 6 yen par
+jour.</p>
+
+<p>Osaka. — Osaka-Hôtel à Nakanoshima, et Nippon-Hôtel.
+Les hôtels d’Osaka sont peu fréquentés, parce que
+les étrangers résident plutôt à Kiôtô et à Kobé et ne vont
+qu’en passant à Osaka.</p>
+
+<p>Nagasaki. — <span lang="en" xml:lang="en">Cliff House</span> ; Nagasaki Hôtel sur la colline ;
+<span lang="en" xml:lang="en">Japan</span> Hôtel ; Hôtel Antonetti ; Hôtel de France, sur la
+mer ; 5, 6 et 10 yen par jour.</p>
+
+<p>Kobé. — Club Hôtel ; Grand Hôtel ; Hôtel Français ;
+Oriental Hôtel <span lang="en" xml:lang="en">Limited</span>, le plus ancien hôtel de Kobé, très
+confortable : 5, 6 et 10 yen par jour.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Il va sans dire que le touriste ou même le négociant,
+qui veut goûter la saveur locale, peut toujours
+descendre dans un des nombreux hôtels japonais, qui se
+disputent les voyageurs sur tout le territoire de l’Empire.
+Il aura soin, alors, de retirer ses souliers avant d’entrer
+(bien des Européens, refusant de le faire, ont ainsi nui au
+bon renom occidental et ils ont fermé beaucoup d’hôtels
+indigènes aux étrangers) ; il s’assoiera sur les talons, les
+jambes repliées sous lui, et il dormira sur le tatami ou
+grosse natte de paille dans l’épais <i>fouton</i> (couverture
+ouatée). Passer quelque temps dans une auberge japonaise
+n’a rien de désagréable en somme ; et cela permet de
+prendre contact avec la vie et les coutumes indigènes.</p>
+
+<p>Malgré l’installation des étrangers dans les grands
+centres, il est bien évident que les mœurs ne se sont point
+modifiées ; un peuple ne change pas de mentalité en l’espace
+de cinquante ans, et, s’il lui est relativement facile
+d’adopter la civilisation matérielle de l’Occident, il lui est
+plus difficile de changer complètement son système
+social.</p>
+
+<p>En Europe, le foyer est constitué par la femme, la mère
+de famille ; c’est autour d’elle que l’on se réunit, c’est vers
+elle que tout converge. Au Japon il n’y a pas de foyer. La
+femme ne compte pas ; le père seul existe, c’est lui le pivot
+de la famille japonaise ; il est le représentant de la race
+et son continuateur. Cependant, contrairement à certains
+pays d’Orient, où la femme est séquestrée ou tenue dans
+une situation tout à fait inférieure, au Japon la femme
+n’est soumise à aucune réclusion jalouse ; elle tient un rang
+honorable dans la société et partage les récréations de
+ses parents et de son mari, quoique jamais elle ne soit
+initiée à leurs affaires. Laissée très libre, elle abuse rarement
+de cette liberté, bien que, naturellement, le Japonais
+ne soit pas plus à l’abri que l’Européen de certains drames
+de famille. L’esprit des femmes japonaises est cultivé
+aujourd’hui, dans certaines classes, autant que celui des
+hommes. D’ailleurs, jadis également, l’éducation des
+femmes atteignait quelquefois à une haute culture intellectuelle,
+et on trouverait plus d’un nom féminin parmi les
+historiens, les moralistes et les poètes. Les femmes japonaises,
+sans être des beautés, sont de très gaies et de très
+agréables compagnes : elles ont beaucoup d’aise et d’élégance
+dans leurs manières, sauf lorsqu’elles s’habillent à
+l’européenne. Alors elles ont l’air gênées et paraissent
+en bois.</p>
+
+<p>Autrefois, la femme mariée, durant toute son existence,
+était pour ainsi dire en tutelle ; elle dépendait de son
+mari, ou, à défaut, de son fils aîné et n’avait aucun droit
+légal : son témoignage n’était pas admis. Son mari pouvait
+introduire, à son choix, autant de concubines qu’il voulait
+sous le toit conjugal et pouvait signifier le divorce à
+sa femme comme il lui plaisait ; par contre elle-même, en
+aucun cas, ne pouvait exiger le divorce. Aujourd’hui les
+lois ont changé la condition de la femme, mais en pratique
+le divorce ancien système existe encore, et la femme
+japonaise est encore traitée plutôt comme une poupée que
+comme une associée et une confidente.</p>
+
+<p>Il se prépare cependant actuellement une jeunesse japonaise
+<i lang="en" xml:lang="en">up to date</i>, qui commence à marcher sur les traces
+des féministes et des suffragettes.</p>
+
+<p>L’enfant, à sa naissance, n’est jamais emmailloté et
+aucun genre d’empaquètement ne l’empêche de se développer
+librement. Le trente et unième jour pour les garçons
+et le trentième jour pour les filles on le portait autrefois
+au temple pour lui donner un nom que la prêtresse
+préposée au temple choisissait ; aujourd’hui l’enfant est
+déclaré, dès sa naissance, à la mairie de son quartier ou
+de la commune comme en Europe, et on ne lui donne
+qu’un nom, alors que, dans les temps anciens et même
+à une époque encore peu éloignée, on lui en choisissait
+plusieurs : il en changeait même assez souvent.</p>
+
+<p>L’enfant, au Japon, est excessivement gâté, on le laisse
+faire ce qu’il veut ; jamais on ne le réprimande et surtout
+jamais on ne le bat ; on lui passe toutes ses fantaisies, on
+le bourre de friandises et de sucreries. Mais, dès sa jeunesse,
+on lui inculque le mépris de la mort, l’amour du
+Pays et de l’Empereur ; on lui enseigne à être très poli et
+déférent vis-à-vis des personnes âgées et des supérieurs.
+Vers l’âge de sept ans, tous, garçons et filles, vont à l’école
+primaire où ils apprennent les alphabets et quelques
+caractères, un peu de géographie et d’arithmétique. Ceux
+qui veulent faire des études complètes sont obligés,
+d’abord de se mettre en mémoire un certain nombre de
+caractères chinois sans lesquels ils ne pourraient acquérir
+aucune instruction sérieuse. C’est là, évidemment, pour
+eux, du temps à peu près perdu, pas tout à fait cependant
+puisque, en même temps que les caractères, ils apprennent
+l’histoire et la littérature ancienne de leur pays.</p>
+
+<p>Les fêtes spéciales aux enfants sont nombreuses au
+Japon, et les deux plus importantes méritent une description
+spéciale : elles s’appellent, pour les filles, la fête de
+<i>Hina no sekku</i> ou <i>Hina no matsuri</i>, elle a lieu le troisième
+jour du troisième mois. Celle des garçons se nomme
+<i>Go gatsu no sekku</i>, elle est célébrée le cinquième jour
+du cinquième mois.</p>
+
+<p>La première de ces fêtes est spécialement réservée aux
+filles et c’est pour elles le grand jour de réjouissance de
+l’année. Les Européens l’ont surnommée la fête des
+poupées, parce que, ce jour-là, chaque famille expose les
+poupées accumulées et conservées pendant plusieurs
+générations. Quelques jours avant la fête on peut voir,
+dans les magasins, des collections de gentilles poupées
+hautes de vingt à cinquante centimètres, habillées plus
+ou moins richement ; chaque famille qui a eu une fille dans
+l’année achète une paire de poupées pour donner, comme
+jouet, à l’enfant. La petite Japonaise a toujours grand soin
+des poupées achetées le jour de la fête de <i>Hinasama</i>, et,
+lorsqu’elle est grande, et qu’elle se marie, ses poupées la
+suivent dans sa nouvelle demeure ; elle les donne à ses filles
+et ajoute encore à la collection chaque fois qu’une fille lui
+naît. Le troisième jour du troisième mois toutes les poupées
+de la famille sont exposées dans la belle chambre à la
+vue de tout le monde. Ces poupées sont faites de bois ;
+elles représentent l’Empereur et l’Impératrice ; les anciens
+nobles de Kioto ou <i>Kuge</i>, avec leurs femmes et leurs
+filles ; les musiciens de la cour que l’on a soin de représenter
+chacun avec son instrument. Quelquefois aussi ces
+poupées figurent des Kami (dieux shintoïstes) ou des personnages
+mythologiques et historiques. Mais on ne se
+contente pas de mettre en ligne ces hauts dignitaires et
+ces personnages sacrés ; on a soin de les entourer de tous
+les objets nécessaires à la vie quotidienne : petites tables
+en laque, petits ustensiles de ménage, bols, tasses,
+coffres de voyage, etc…, le tout proportionné à la taille des
+poupées. Puis on offre le vin de riz, le riz et le poisson
+sec (katsuobushi) à l’Empereur et à l’Impératrice, et les
+jeunes filles de la maison, avec la mère et les amies, se
+livrent à la joie et aux plaisirs de cette fête.</p>
+
+<p>Le cinquième jour du cinquième mois est le grand jour
+pour les garçons. Ici nous sommes dans tout l’attirail de
+la guerre. En effet, quelque temps avant le cinq du mois,
+les boutiques de la ville exhibent force effigies et images
+en bois de demi-dieux et de héros couverts d’armures
+brillantes, généraux et soldats de l’antiquité ; guerriers
+qui se sont couverts de gloire, notamment Taiko Sama et
+Katô Kiyomasa ; il y en a à pied, il y en a montés sur
+des chevaux brillamment caparaçonnés ; la couleur rouge
+domine dans les drapeaux et oriflammes suspendus à profusion
+à travers les toits des maisons. Enfin des lances,
+des arcs et des flèches, des sabres sont rangés sur des
+râteliers spéciaux et alignés aux devantures des magasins.
+Chaque famille où il est né un fils fait l’acquisition
+de guerriers et d’armes, de sorte que, dans certaines
+familles, le jour de la fête, l’exposition a peine à tenir dans
+une chambre.</p>
+
+<p>En dehors de l’exposition, chaque famille où il est né
+un fils dans l’année, fait flotter au bout d’un long bambou,
+à l’extérieur, par-dessus le toit, un immense poisson en
+papier gonflé ; aussi peut-on voir, tous les ans, le
+cinquième jour du cinquième mois, une quantité innombrable
+d’énormes poissons en papier, flottant au gré du
+vent par-dessus les maisons. C’est fort original. Le poisson
+représenté est la carpe (Koi) qui est supposée, par les
+Japonais, remonter les torrents avec facilité, et qui signifie
+que chaque homme doit tout surmonter et résister au courant
+de la vie.</p>
+
+<p>La maison japonaise n’est pas une maison ; c’est un
+toit, un toit ouvert aux quatre vents, sans murs, avec
+quatre poutres pour le soutenir. La seule fermeture est
+représentée par les <i>to</i>, sortes de portes glissant dans des
+rainures, et que l’on ferme, le soir, quand la famille se livre
+au repos. Entre ces portes et les coulisses en papier qui
+entourent et ferment la chambre, il y a une petite vérandah
+d’environ un mètre de large. Dans la chambre, rien :
+aucun meuble, aucun siège. Seulement, par terre, des
+nattes fines, très épaisses sur lesquelles on s’assied les
+jambes repliées sous soi ; ainsi on mange, on cause, on
+fume autour d’un brasero où brûle du charbon de bois.
+Pour les repas, la servante (ou la femme dans les ménages
+populaires) apporte de petites tables laquées sur lesquelles
+repose tout le repas : soupe, poisson, légumes, plus un
+grand seau en bois blanc très propre où est le riz chaud,
+dont chacun prend dans un bol autant qu’il en désire. Le
+riz, c’est notre pain.</p>
+
+<p>Les Japonais absorbent généralement trois repas par
+jour ; en se levant ils font un bon repas, et ne se contentent
+pas, comme nous, d’une tasse de café ; puis ils mangent à
+midi et le soir ; c’est le repas de midi qui est le moins
+copieux ; le soir, souvent, ils prennent un peu de sake ou
+vin de riz.</p>
+
+<p>C’est le soir, après dîner, que les Japonais vont au bain.
+Aller, après avoir bien mangé, se plonger dans une cuve
+d’eau bouillante à 40° et même 45°, est une coutume qui
+a toujours stupéfait les Européens qui ont habité le Japon.
+Les familles aisées ont toutes une cuve chez elles ; quant
+au peuple, comme je l’ai déjà dit, il va aux bains publics ;
+puis les Japonais, rouges comme des écrevisses, se préparent
+pour la nuit. On sort de l’armoire, dissimulée dans
+un côté des cloisons, les gros matelas appelés <i>fouton</i>, et
+on les étend par terre sur les nattes. Tout le monde couche
+ainsi sans drap, avec, comme chemise de nuit, un simple
+Kimono de coton. Il m’est arrivé bien souvent, à la chasse
+ou en voyage, de passer ainsi la nuit.</p>
+
+<p>Il existe aujourd’hui à Tokio des maisons à l’européenne,
+édifiées par les hauts personnages et par quelques Japonais
+fortunés ; mais cependant, à côté de ces maisons, et
+communiquant avec elles, la maison japonaise existe, et
+c’est dans la maison japonaise qu’on vit. La maison
+européenne sert de temps en temps lorsqu’il faut accueillir
+des étrangers, ou lorsqu’on veut se donner le luxe d’une
+réception à l’européenne.</p>
+
+<p>L’Empereur lui-même vit dans un palais japonais,
+somptueusement décoré, que j’ai pu visiter comme on
+venait de l’achever, mais alors que l’Empereur n’en avait
+pas encore pris possession. A côté, le palais européen est
+utilisé pour les réceptions à l’européenne.</p>
+
+<p>Au reste, tous les fonctionnaires et tous les officiers, le
+soir venu, se hâtent de se dévêtir de leurs redingotes ou
+uniformes et d’endosser le costume national.</p>
+
+<p>Bien que le foyer n’existe pas au Japon dans le sens où
+nous l’entendons, il ne faudrait pas croire, cependant, que
+toute intimité est inconnue dans la famille japonaise. Pendant
+les soirées d’hiver, quand les <i>to</i> sont bien fermés
+et que le braséro ou <i>hibatchi</i> réchauffe tant bien que mal
+les mains gelées, les petits enfants, en compagnie de leurs
+parents, réunis autour des charbons tout rouges, écoutent
+avidement les histoires et les contes de fées que la grand-mère
+leur raconte. Car le folklore japonais abonde en histoires
+tout aussi jolies que les contes de Perrault. Elles
+font défiler Momotaro, le jeune héros sorti d’une pêche,
+qu’une vieille femme trouve dans la rivière en lavant son
+linge, et qui devient riche et puissant ; le vieillard qui fait
+fleurir les arbres morts, grâce au génie de son chien tué
+méchamment par un voisin jaloux ; le miroir de Matsuyama,
+miroir qu’une jeune mère donne à sa fille en
+mourant, lui disant que toujours elle y verra son image ;
+et la jeune fille, si semblable à sa mère, croit effectivement
+y voir l’image de la chère disparue ; la bataille du singe
+et du crabe ; le moineau qui a la langue coupée ; le
+vieillard et les démons, et tant d’autres contes ! La grand-mère
+(<i>o ba san</i>) charme son auditoire, et les petits enfants
+ouvrent tout grands les yeux et les oreilles pour mieux
+comprendre ces choses merveilleuses. Les vieilles histoires
+venues de l’Inde et de la Chine, les faits célèbres,
+les exploits de Yamato dakenomikoto et des guerriers des
+âges lointains, font aussi les frais de ces soirées familiales,
+ainsi que les méfaits du renard qui peut se changer en
+femme pour tromper les hommes et réciproquement ; le
+renard (Kitsune), voilà peut-être l’animal le plus craint
+au Japon à cause de ses métamorphoses. Aussi le soir
+ferme-t-on bien les <i>to</i> pour que maître Kitsune ne vienne
+pas faire de mauvaises farces dans la maison.</p>
+
+<p>Vient l’âge du mariage (le Japonais se marie jeune), il
+faut trouver une femme pour le fils et un mari pour la
+fille. Généralement, les familles s’entendent bien longtemps
+auparavant, ce qui simplifie les recherches. Quand on est
+tombé d’accord, un certain nombre d’amis du fiancé et
+autant d’amies de la fiancée sont désignés pour faire les
+préparatifs et décider de la cérémonie, puis on choisit un
+jour heureux pour la première entrevue des fiancés, et on
+fixe le jour du mariage. Alors le fiancé envoie à sa fiancée
+des présents en conformité avec sa situation de fortune et
+ces présents la fiancée les offre à ses parents en gage de
+remerciements, avant de quitter pour toujours leur
+demeure où elle a passé sa jeunesse au milieu des soins
+dévoués. Les parents fournissent le trousseau et les objets
+du ménage, comme cela se passe d’ailleurs en Chine.</p>
+
+<p>Quant à la cérémonie du mariage, elle est célébrée soit
+en famille, soit dans un restaurant choisi. J’ai eu l’occasion,
+arrivant dans un restaurant à Osaka, d’être invité
+fort aimablement par le propriétaire, au mariage de sa
+fille, et j’ai donc assisté à toute la cérémonie ; la fiancée a
+sur la tête un long voile blanc, et elle est accompagnée
+par deux amies qui la conduisent dans la salle où la cérémonie
+doit avoir lieu. Là, le fiancé se trouve déjà, assis au
+milieu de ses parents et amis. Dans le centre de la pièce,
+est placée une table en laque d’or, magnifiquement décorée,
+et supportant un sapin, un prunier en fleur, une grue et
+une tortue, qui sont les emblèmes : le sapin, de la force du
+mari ; le prunier, de la grâce de la femme ; la grue et la
+tortue, d’une vie heureuse et longue. Sur une petite table,
+à côté, une coupe et une bouteille de sake. Après quelques
+cérémonies, les amies de la jeune fille, agissant comme
+demoiselles d’honneur, font approcher les deux fiancés
+près de la table en laque et leur offrent la coupe pleine où
+chacun, se tenant par la main, boit à son tour. C’est par
+cet acte de boire dans la même coupe que le mariage est
+consacré.</p>
+
+<p>Alors les invités arrivent pour les félicitations, puis tout
+le monde s’assied et prend part au festin. Je me rappellerai
+toujours avec plaisir cette cérémonie où j’ai été si gracieusement
+invité et traité d’une manière on ne peut plus
+aimable.</p>
+
+<p>Il va sans dire que l’état civil existant actuellement au
+Japon, le mariage doit être déclaré à la mairie. Le revers
+de la médaille est la facilité avec laquelle on divorce ;
+il existe bien de nouvelles lois à ce sujet, mais les mœurs
+restent les plus fortes et le chiffre des divorces est encore
+considérable.</p>
+
+<p>Si, dans l’intimité et en famille, le Japonais est assez
+généralement gai et libre, dans le monde, il est toujours
+réservé et cérémonieux. Dans leurs visites, dans leurs
+entretiens les Japonais sont toujours froids et corrects, ils
+ont néanmoins une sorte de sourire permanent sur les
+lèvres ; s’ils sont dans l’affliction par suite de la perte
+d’une femme ou d’un enfant, ils ont le même sourire ; on
+les a habitués dès l’enfance à ne laisser rien paraître de
+leur joie ou de leur douleur.</p>
+
+<p>Souvent les femmes reçoivent leurs amies, et les hommes
+les leurs, vers quatre ou cinq heures de l’après-midi pour
+boire l’<i>usu cha</i> et causer, en fumant quelques pipes.
+L’<i>usu cha</i> est une sorte de thé en poudre, et, pour le préparer
+il y a tout un cérémonial ; il faut, d’abord, des tasses
+en terre spéciale, très estimée au Japon, généralement
+grises et biscornues ; sont aussi nécessaires une foule de
+petits instruments dont chacun est destiné à un usage
+spécial ; il faut savoir prendre l’eau chaude dans la
+bouilloire, la verser d’une manière particulière, et enfin il
+faut recevoir la tasse, des mains de celui qui vous la présente,
+avec une certaine position des mains à la hauteur de
+la tête, boire religieusement et rendre la tasse suivant les
+rites. Et tout cela se fait très sérieusement, sans que le
+visage trahisse la moindre envie de rire.</p>
+
+<p>Les hommes, souvent aussi, s’invitent à un banquet dans
+un restaurant à la mode ; alors c’est tout différent. Les
+invités, après avoir bu le sake, servi par de jeunes artistes
+musiciennes et danseuses, sont invités à se mettre à l’aise,
+et la soirée s’achève gaiement, après qu’on a admiré les
+danses nouvelles et les morceaux les plus choisis du répertoire.
+Les hommes seuls se réunissent ainsi ; jamais les
+femmes ne sont admises à ces banquets. La musique
+japonaise, pour nos oreilles, est quelque chose d’atroce ; il
+n’y a dans ces sons rien de ce que nous appelons un son
+musical, un rythme : c’est une complainte assez semblable
+aux cris de plusieurs chats. Il existe pourtant, actuellement,
+des troupes de musiciens à l’européenne, mais on
+sent qu’ils exécutent mécaniquement leurs notes et qu’ils ne
+sentent pas, ne comprennent pas notre art musical.</p>
+
+<p>Les Japonais sont assez joueurs et ils ont adopté tous
+les jeux chinois : cartes, dés, échecs ; ils sont aussi très
+amateurs de combats de coqs et de cailles, goût qu’ils ont
+conservé de leurs ancêtres malais. L’été, ils sont très
+friands de parties de campagne, notamment sur l’eau : ils
+louent des barques disposées à l’usage des promeneurs
+et cherchent un endroit agréable, à l’ombre, d’où ils puissent
+avoir une belle vue. La fête de Riogoku bashi à Tokio
+donne une idée de ces réjouissances en bateau ; pendant
+plusieurs jours, des barques, pleines de monde, sillonnent
+la rivière, et le soir, les feux d’artifices et les illuminations
+des restaurants et des maisons qui la bordent, rivalisent
+d’éclat avec les lanternes fines et élégantes de Gifu dont
+la lumière brille au toit des barques.</p>
+
+<p>Après cette esquisse de la vie japonaise, il convient de
+voir comment se termine la carrière d’une individualité
+humaine aux îles du Soleil Levant ; c’est peut-être dans les
+rites funéraires que s’est conservée le plus exactement la
+manière antique : quand un Japonais vient à mourir, ses
+parents et ses amis lavent le corps et le revêtent d’un
+vêtement blanc sur lequel un prêtre a auparavant inscrit
+quelques caractères sacrés, généralement le nom posthume
+du défunt (car, dans la religion bouddhique chaque défunt
+a un nom sous lequel il est désigné désormais), puis on le
+place dans le cercueil. Au Japon, le cercueil est une caisse
+carrée ou un tonneau (ou plutôt la moitié d’un tonneau),
+dans lequel le mort est accroupi de façon que ses genoux
+viennent rencontrer son visage. Quand tous les préparatifs
+sont faits, et quand la famille a également pris le deuil
+en blanc, les pieds nus dans des sandales de paille,
+la procession funéraire commence. Elle est conduite
+par un certain nombre de porteurs de torches suivis
+par les prêtres ; puis viennent les serviteurs, portant des
+bâtons de bambou où sont accrochées des lanternes et des
+bandes de papier blanc ornées de sentences bouddhiques,
+en caractères sanscrits. Le cercueil suit immédiatement
+après, porté par quatre ou six hommes ; il est recouvert
+d’une espèce de châsse blanche qui le cache à la
+vue ; alors viennent les amis et connaissances du défunt
+qui escortent les hommes de la famille, père, fils, frères ;
+tout ce monde, d’ailleurs, parents, amis, porteurs, serviteurs
+de la maison et du temple, est en grand deuil, c’est-à-dire
+que tous sont vêtus de coton blanc. Chez le peuple
+évidemment ceci est simplifié et souvent même les femmes
+conduisent le défunt à sa dernière demeure. Les femmes
+de noble et riche famille suivent le cortège également
+vêtues de blanc, mais elles ne viennent que derrière et à
+la fin, autrefois portées en palanquin, aujourd’hui conduites
+en voiture. J’ai assisté ainsi, à Tokio, aux funérailles du
+prince Arisugawa ; son fils, habillé de blanc, des sandales
+aux pieds, un bâton à la main suivait à pied ; c’était un
+enterrement shintoïste, et, arrivé au cimetière, le corps
+fut déposé sur une sorte d’autel, devant lequel chacun
+vint offrir aux mânes du prince une branche de l’arbre
+sacré, le <i>Sakaki</i>.</p>
+
+<p>Chez les shintoïstes, en effet, les cérémonies sont très
+simples.</p>
+
+<p>Il n’en est pas de même chez les bouddhistes ; le prêtre
+ici joue un grand rôle et, après être venu à la maison mortuaire
+réciter des prières, il accomplit une cérémonie ; il
+récite enfin d’autres prières au cimetière.</p>
+
+<p>Autrefois, les cimetières étaient autour des temples,
+comme ils sont chez nous, dans les villages, autour des
+églises ; aussi chaque quartier de Tokio avait plusieurs
+cimetières. Les Japonais brûlent, ou enterrent leurs morts,
+suivant la secte bouddhique à laquelle ils appartiennent.
+Les shintoïstes enterrent toujours.</p>
+
+<p>A l’intention de ceux qui emploient la crémation, il
+existe, sur un point de la banlieue de Tokio, un four crématoire
+pour les riches, et le bûcher de sapin pour les
+pauvres. Le cadavre réduit en cendres, les cendres sont
+recueillies dans une urne et enterrées.</p>
+
+<p>Les tombes se ressemblent toutes : un soubassement en
+pierre supportant une petite colonne carrée sur les quatre
+faces de laquelle sont gravées toutes sortes de maximes
+bouddhiques avec le nom posthume du défunt. Les shintoïstes
+pauvres se contentent d’un piquet de bois dégrossi
+sur les quatre faces, et entouré de bambous supportant
+des banderoles de paille et de papier, symbole du
+shintô.</p>
+
+<p>Les tombes ne sont pas négligées, au contraire ; elles
+sont toujours ornées de fleurs, et, au mois de juillet, à
+l’époque du « <i>bon</i> » ou fête des morts, la foule se presse
+dans les cimetières, absolument comme on fait chez nous à
+la Toussaint. Il existe une croyance qui veut, qu’après la
+fête du <i>bon</i>, le 26<sup>e</sup> jour du 8<sup>e</sup> mois, la lune se lève en trois
+langues de feu au-dessus de l’horizon ; aussi, tout vrai
+bouddhiste, ce soir-là, va-t-il s’installer sur une éminence
+où il reste en prière jusqu’à l’apparition des trois langues
+de feu. Chacune, en effet, représente un bouddha qui
+s’élève ainsi au-dessus de la terre et disparaît presque
+aussitôt, alors que les trois langues de feu se réunissent
+pour former la lune.</p>
+
+<p>Les Japonais qui suivent les enseignements du bonze dissident,
+Nichiren, et qui font partie de la secte du Hokkekio,
+ont une coutume d’une poésie vraiment naïve et délicieusement
+idéale : celui qui a parcouru assez longtemps les
+routes du Japon n’a pas été sans rencontrer, dans la campagne,
+une pièce de coton suspendue aux quatre coins à
+des bambous enfoncés en terre près d’une mare, d’un ruisseau.
+Derrière cette pièce de coton, se trouve une planchette
+avec quelques caractères, généralement les caractères
+<i>Namu miô hô ren ge kiô</i> qui veulent dire à peu
+près : Gloire au lotus de la bonne loi. Enfin une sorte de
+gobelet en bois, avec un long manche, repose sur l’étoffe.
+Dans le creux des quatre bambous, souvent, on trouve des
+fleurs qu’une main pieuse renouvelle. A première vue un
+Européen ne comprend pas ; mais voici l’explication qui
+m’a été donnée : sur l’étoffe de coton est inscrit le nom
+d’un défunt ; alors le passant pieux, après avoir joint les
+mains et prié quelques instants, prend le gobelet et répand
+de l’eau sur l’étoffe ; il attend que toute l’eau ait traversé
+l’étoffe avant de poursuivre son chemin ; puis il salue et
+repart. Cette petite cérémonie est appelée <i>Nagare Kanjô</i>,
+la prière de l’eau courante.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/illu3.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Le Dai Butsu de Kamakura.</div>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch6">CHAPITRE VI</h2>
+
+<p class="d">I. Le peuplement : sa densité ; l’expansion au dehors. — II. Quelques
+chiffres. — III. Répartition de la population. — IV. Villes
+au-dessus de 100.000 habitants. — V. Émigration au Hokkaido
+(île d’Yezo).</p>
+
+
+<p>I. — La population du Japon augmente, tous les ans,
+d’une manière inconnue à l’Europe, même à l’Allemagne
+et à la Russie, dont, cependant, l’accroissement de population
+est déjà fort rapide. On a souvent prétendu que c’était
+cette augmentation continuelle qui obligeait les Japonais à
+chercher d’autres terres pour vivre, leur pays se trouvant
+surpeuplé. Je crois qu’il n’est pas très exact d’énoncer
+pareille idée d’une façon absolue. Les Japonais ont encore
+à peupler tout le Nord du Honshû et l’île de Yezo et, certainement,
+ces deux parties de l’Empire pourraient nourrir
+des milliers de familles ; ce qui chasse les Japonais de
+chez eux c’est moins le besoin de nouveaux territoires que
+leur esprit d’aventures. En effet, avant la fermeture complète
+du Japon par Iyeyasu et l’interdiction absolue de
+communiquer avec l’étranger, les jonques des Japonais
+parcouraient toutes les mers de Chine, et on les trouve,
+aux <small>XIV</small><sup>e</sup>, <small>XV</small><sup>e</sup>, <small>XVI</small><sup>e</sup> siècles, un peu partout en Asie : en
+Corée, au Siam, en Annam, au Tonkin, où ils commercent,
+où ils deviennent ministres, généraux, et où, en somme,
+ils sont très appréciés. Le vieux sang malais, le sang des
+écumeurs de mer qui coule dans leurs veines, en fait à
+cette époque des navigateurs de première valeur. L’édit
+de Iyeyasu leur fermant la mer, leur fit oublier leurs
+ardeurs maritimes ; mais depuis que le pays s’est ouvert
+en grand, ils sont repartis sur les flots et sont redevenus
+ce qu’ils étaient, d’excellents marins et des aventuriers
+sans égaux. C’est ainsi qu’on les voit en Chine, en Amérique,
+aux Hawai, aux Philippines, en Mandchourie, en
+Corée, voire au Pérou et au Chili.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Quelle que soit, d’ailleurs, la raison particulière
+qui les fait ainsi essaimer dans les mers d’Extrême-Orient
+et dans le Pacifique, il n’en est pas moins constant
+que le chiffre de la population japonaise va toujours en
+augmentant. De 35.768.584 en 1879, elle est passée en 1905
+à 47.674.460 habitants, après avoir été en 1896 de
+42.708.264 habitants.</p>
+
+<p>Le tableau de la population totale de l’Empire, pour
+les dix dernières années (le recensement le plus récent
+étant de 1905, pris dans le dernier résumé statistique de
+l’Empire) (1908), donne les chiffres suivants :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="small c"><div>ANNÉES</div></td>
+<td class="small c"><div>POPULATION</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1896</div></td>
+<td class="c"><div>42.708.264</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1897</div></td>
+<td class="c"><div>43.228.863</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1898</div></td>
+<td class="c"><div>43.763.855</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1899</div></td>
+<td class="c"><div>44.260.642</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1900</div></td>
+<td class="c"><div>44.815.980</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1901</div></td>
+<td class="c"><div>45.437.032</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1902</div></td>
+<td class="c"><div>46.022.476</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1903</div></td>
+<td class="c"><div>46.732.876</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1904</div></td>
+<td class="c"><div>47.215.630</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1905</div></td>
+<td class="c"><div>47.674.460</div></td></tr>
+</table>
+<p>Cette population totale était ainsi répartie à la fin de
+décembre 1903 (dernier tableau paru) :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="c"><div>1888</div></td>
+<td class="c"><div>1893</div></td>
+<td class="c"><div>1898</div></td>
+<td class="c"><div>1903</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Honshu central</td>
+<td class="r"><div>15.331.659</div></td>
+<td class="r"><div>16.031.432</div></td>
+<td class="r"><div>16.859.998</div></td>
+<td class="r"><div>17.988.546</div></td></tr>
+<tr><td class="drap"> — septentrional</td>
+<td class="r"><div>5.992.017</div></td>
+<td class="r"><div>6.316.774</div></td>
+<td class="r"><div>6.642.917</div></td>
+<td class="r"><div>7.075.571</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Honshu occidental</td>
+<td class="r"><div>9.096.416</div></td>
+<td class="r"><div>9.374.468</div></td>
+<td class="r"><div>9.825.722</div></td>
+<td class="r"><div>10.396.425</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Shikoku</td>
+<td class="r"><div>2.828.821</div></td>
+<td class="r"><div>2.907.280</div></td>
+<td class="r"><div>3.013.817</div></td>
+<td class="r"><div>3.167.707</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Kiushu</td>
+<td class="r"><div>6.103.446</div></td>
+<td class="r"><div>7.379.262</div></td>
+<td class="r"><div>6.811.246</div></td>
+<td class="r"><div>7.260.910</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Yezo</td>
+<td class="r"><div>254.805</div></td>
+<td class="r"><div>379.097</div></td>
+<td class="r"><div>610.155</div></td>
+<td class="r"><div>843.717</div></td></tr>
+</table>
+<p>En quinze ans, de 1888 à 1903 la population du Japon a
+augmenté de 7.175.642 habitants ; et de 1903 à 1905 de
+près d’un million (exactement 941.584 habitants).</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Elle est inégalement répartie dans tout l’Empire
+et les parties les plus peuplées du Japon sont celles qui
+composent le Honshu central, c’est-à-dire tout le centre de
+la plus grande île, que les Européens connaissent plus
+généralement sous le nom de Nihon ou Nippon, et que les
+Japonais appellent <i>Honshu</i> ou terre principale, Nippon et
+Nihon, chez eux voulant dire le Japon tout entier. La
+répartition de la population par Ken ou département,
+au 31 décembre 1903 (résumé statistique de l’Empire du
+Japon pour 1908) est ainsi établie :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c small"><div>Shi et Ken (Honshu central).</div></td>
+<td class="c small"><div>Population.</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Shi de Tokio</td>
+<td class="r"><div>1.668.368</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Ken de Kanagawa</td>
+<td class="r"><div>866.276</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Saitama</td>
+<td class="r"><div>1.248.626</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Chiba</td>
+<td class="r"><div>1.329.362</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Ibaraki</td>
+<td class="r"><div>1.205.231</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Tochigi</td>
+<td class="r"><div>858.875</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Gumma</td>
+<td class="r"><div>850.081</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Nagano</td>
+<td class="r"><div>1.321.581</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Yamanashi</td>
+<td class="r"><div>537.938</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Shidzuoka</td>
+<td class="r"><div>1.294.917</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Aichi</td>
+<td class="r"><div>1.692.771</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Miye</td>
+<td class="r"><div>1.051.054</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Gifu</td>
+<td class="r"><div>1.046.520</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Shiga</td>
+<td class="r"><div>739.608</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Fukui</td>
+<td class="r"><div>655.714</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Ishikawa</td>
+<td class="r"><div>806.748</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Toyama</td>
+<td class="r"><div>814.876</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Honshu septentrional :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Ken de Niigata</td>
+<td class="r"><div>1.882.574</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Fukushima</td>
+<td class="r"><div>1.145.606</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Miyagi</td>
+<td class="r"><div>898.531</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Yamagata</td>
+<td class="r"><div>889.510</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Akita</td>
+<td class="r"><div>834.781</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Iwate</td>
+<td class="r"><div>761.281</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Awomori</td>
+<td class="r"><div>663.288</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Honshu occidental :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Shi de Kioto</td>
+<td class="r"><div>984.285</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15 c"> — d’Osaka</td>
+<td class="r"><div>1.432.932</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Ken de Nara</td>
+<td class="r"><div>568.265</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Wakayama</td>
+<td class="r"><div>721.411</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Hiogo</td>
+<td class="r"><div>1.776.220</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Okayama</td>
+<td class="r"><div>1.181.204</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Hiroshima</td>
+<td class="r"><div>1.517.185</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Yamaguchi</td>
+<td class="r"><div>1.032.879</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Shimane</td>
+<td class="r"><div>742.844</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Tottori</td>
+<td class="r"><div>439.200</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Shikoku :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Ken de Tokushima</td>
+<td class="r"><div>729.951</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Kagawa</td>
+<td class="r"><div>730.947</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Ehime</td>
+<td class="r"><div>1.056.054</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Kôchi</td>
+<td class="r"><div>660.755</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Kiushiu :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Ken de Nagasaki</td>
+<td class="r"><div>878.667</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Saga</td>
+<td class="r"><div>666.158</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Fukuoka</td>
+<td class="r"><div>1.476.528</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Kumamoto</td>
+<td class="r"><div>1.212.187</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Oita</td>
+<td class="r"><div>873.659</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Miyazaki</td>
+<td class="r"><div>490.275</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Kagoshima</td>
+<td class="r"><div>1.194.228</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15"> — Okinawa</td>
+<td class="r"><div>468.208</div></td></tr>
+</table>
+<p>Par le tableau ci-dessus, il est facile de se rendre
+compte de la façon dont le Japon est peuplé ; depuis le
+recensement de 1903, la population s’est encore accrue
+nécessairement, mais aucune statistique officielle n’a paru
+à ce sujet ; toutefois on peut affirmer, sans se tromper, qu’à
+l’heure actuelle (1909), la population japonaise dépasse
+50.000.000 d’habitants. (L’Annuaire économique pour 1908
+donne exactement 49.232.822.)</p>
+
+<p>Les départements (Ken) les plus peuplés sont, avec les
+Shi (cités) de Tokio et d’Osaka, ceux de Saitama, Chiba,
+Ibaraki, Gumma, Shidzuoka, Aichi, Miye, Gifu dans le
+Honshu central ; Niigata, Tokushima, Hiogo, Okayama,
+Hiroshima, Yamaguchi, dans le Honshu occidental ;
+Ehime, dans l’île de Shikoku ; Fukuoka, Kumamoto,
+Kagoshima, dans l’île de Kiushiu.</p>
+
+<p>La population de Yezo, appelé plus généralement
+Hokkaido par les Japonais, est de 435.248 hommes et
+408.469 femmes, soit un total de 843.717, compris dans le
+total du précédent tableau.</p>
+
+<p>Comme densité nous trouvons :</p>
+
+<ul>
+<li>190 habitants par kilomètre carré pour le Honshu central ;</li>
+<li>90 habitants par kilomètre carré pour le Honshu septentrional ;</li>
+<li>194 habitants par kilomètre carré pour le Honshu occidental ;</li>
+<li>174 pour Shikoku ;</li>
+<li>166 pour Kiushiu ;</li>
+<li>9 seulement pour l’île de Yezo.</li>
+</ul>
+<p>Ce qui, en moyenne, donne 122 habitants par kilomètre
+carré ; on voit donc que, comparativement aux pays les
+plus peuplés d’Europe, la Belgique par exemple, c’est
+encore peu de chose, et que le Japon pourrait contenir une
+population plus considérable.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — La population rurale est très dense, et bien
+que l’industrie attire, comme partout ailleurs, les jeunes
+gens vers les agglomérations urbaines, cependant on ne
+trouve guère actuellement qu’une dizaine de villes ayant
+une population de 100.000 âmes et au-dessus.</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Tokio</td> <td class="r"><div>1.818.655</div></td></tr>
+<tr><td>Osaka</td> <td class="r"><div>995.945</div></td></tr>
+<tr><td>Kioto</td> <td class="r"><div>380.568</div></td></tr>
+<tr><td>Yokohama</td> <td class="r"><div>326.035</div></td></tr>
+<tr><td>Nagoya</td> <td class="r"><div>288.639</div></td></tr>
+<tr><td>Kobe</td> <td class="r"><div>285.002</div></td></tr>
+<tr><td>Nagasaki</td> <td class="r"><div>153.293</div></td></tr>
+<tr><td>Hiroshima</td> <td class="r"><div>121.196</div></td></tr>
+<tr><td>Sendai</td> <td class="r"><div>100.231</div></td></tr>
+</table>
+<p>Toujours, à la date du 31 décembre 1903 ; donc tous ces
+chiffres doivent être majorés aujourd’hui.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — En 1907, l’immigration au Hokkaido donnait un
+chiffre de 66.793 individus dont il faut défalquer 10.092
+qui ont abandonné l’île. La population indigène de cette
+partie de l’Empire, les Ainos, n’est plus que d’environ
+18.000 individus, à peu près autant d’hommes que de
+femmes ; elle tend à disparaître complètement devant l’invasion
+japonaise qui contribue beaucoup à leur disparition
+progressive en leur livrant de mauvais alcool de riz.</p>
+
+<p>A part les Ainos du Hokkaido, on peut dire qu’à l’heure
+présente la population du Japon est homogène. Elle ne
+forme qu’une même race d’hommes, parlant la même
+langue, ayant les mêmes habitudes, les mêmes mœurs.
+Évidemment l’isolement dans lequel le Japon s’est trouvé
+pendant plus de deux siècles, enfermé dans ses îles, alors
+que défense était faite sous peine de mort de quitter de vue
+les côtes, a contribué puissamment à mêler les divers éléments
+constitutifs et à ne faire qu’un seul peuple ; cependant
+là n’est pas l’unique raison : car nous voyons, en
+Europe, la Grande-Bretagne, dont les divers éléments,
+celtes, gallois et anglo-saxons, enfermés dans des îles
+aussi, ne se sont pourtant jamais fondus ensemble. La
+constitution politique et l’administration uniques pour tout
+le territoire, ont dû contribuer certainement à la réalisation
+de l’unité de race dans les îles du Soleil Levant.</p>
+
+<p>La population étrangère fixée au Japon n’est pas très
+considérable, et elle est estimée à environ 19.000 individus.
+Les Chinois sont les plus nombreux, avec un total de
+12.434 ; puis viennent les Anglais au nombre d’environ
+2.000 et les Américains des États-Unis au nombre de 1.500.
+Les Allemands et les Français ne sont guère plus de 500
+à 600. Quant aux autres pays, ils sont représentés par un
+nombre de personnes variant de 1 (Grec) à 90 (Italiens) et
+200 (Russes).</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch7">CHAPITRE VII</h2>
+
+<p class="d">I. Tokio capitale. — II. Localités à visiter. — III. Environs de Tokio. — IV.
+Le Fuji yama. — V. Sendai et les villes du Nord. — VI. Nagoya,
+Kioto, Nara. — VII. Osaka et les villes du Sud.</p>
+
+
+<p>I. — La capitale du Japon, Tokio, est située au Nord
+de la baie d’Yedo ; elle occupe une circonférence de quarante-trois
+kilomètres, et elle est arrosée par le Sumida ou
+Ogawa qui coule à travers la ville, la divisant en deux
+parties : la ville proprement dite, et les faubourgs de
+Honjo et de Fukagawa. C’est plutôt une agglomération
+de villages autour du château qu’une véritable ville,
+quoique, à l’époque moderne, elle se soit de plus en plus
+centralisée. Le château occupe une situation élevée du
+côté Ouest du centre de la ville ; il est enclos de doubles
+murailles et entouré d’un large fossé. C’était là qu’habitait
+le Shôgun ou lieutenant général. Le feu, le
+3 avril 1872, a tout détruit, et ce n’est qu’en janvier 1889
+qu’un nouveau palais y fut élevé pour le Mikado qui y
+réside depuis lors. Les jardins impériaux, appelés Fukiage,
+sont situés dans l’enceinte du château. On est admis à les
+visiter en demandant l’autorisation au ministère de la
+maison impériale. A l’extérieur, on peut admirer les tours
+à plusieurs étages, quadrangulaires et à toits de forme
+chinoise, qui ont été laissées, à juste titre, au-dessus des
+portes d’entrée du château.</p>
+
+<p>Entre le château et les murs d’enceinte de la ville
+propre, un immense espace était occupé par les nombreux
+palais des Daïmios ; mais presque toutes ces constructions
+féodales ont cédé la place à de hideux bâtiments de
+briques construits par des architectes européens et qui
+servent de ministères, de casernes, d’écoles très diverses,
+etc… de sorte qu’on a peine à avoir une idée de ce
+qu’était le vieux Yedo au temps du Shôgunat. Il reste
+pourtant quelques-uns des anciens bâtiments qui ont été
+convertis en bureaux du gouvernement ; ce sont des constructions
+de bois, très longues, à un seul étage, avec une
+couverture en tuiles grises très lourdes, et peintes en noir,
+ce qui leur donne un aspect lugubre.</p>
+
+<p>En dehors des murs de la ville, est éparpillée la cité
+populaire, très dense, et où se fait tout le commerce ; la
+rue principale est de construction européenne, en briques,
+nommée Ginza, elle est continuée par la rue qui mène au
+pont du Japon ou Nihon bashi, d’où sont mesurées les distances
+de l’Empire. Ces rues sont très animées, d’autant
+plus que Ginza se trouve précisément en face de la station
+du chemin de fer de Shimbashi.</p>
+
+<p>Ces deux rues conduisent jusqu’au parc d’Uyéno où
+est installé le musée impérial, et où se tiennent les
+expositions nationales et de peinture.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Parmi les endroits intéressants pour les étrangers,
+on peut citer le grand temple de Kowannon à Asakusa,
+non loin d’Uyeno, et les temples de Shiba dont j’ai
+déjà parlé plus haut. Il y a, en tout, près de deux mille
+temples à Tokio, mais peu méritent la peine d’être visités.
+L’un des plus fréquentés est le temple de Sengakuji, à
+Shinagawa, où se trouvent les tombeaux des fameux
+quarante-sept rônins.</p>
+
+<p>Les districts de Honjo et Fukagawa sont les côtés
+calmes et tranquilles de la capitale ; ils sont reliés à la
+ville propre par cinq ponts : Adzuma Bashi, Umaya
+Bashi, Riogoku Bashi, O Hashi, et Eitai Bashi (Hashi,
+par euphonie Bashi : Pont).</p>
+
+<p>Tokio est en pleine transformation, et l’on peut voir, à
+côté de maisons européennes, élevées par des nobles ou de
+riches bourgeois, les maisons en bois du peuple. L’éclairage
+à l’électricité a été installé dans les plus beaux
+quartiers ; les autres étant éclairés soit au gaz, soit à
+l’huile de pétrole. Des tramways électriques, des omnibus
+circulent partout ; mais le caractère général de la ville est
+bien triste et sombre, malgré les bouquets de verdure qui
+sortent par-dessus les petits toits.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Ce qu’il y a de joli ce n’est pas Tokio, ce sont les
+environs : Meguro, Ikegami, Kawasaki, Kanazawa, sur le
+bord de la mer, l’un des plus ravissants endroits du Japon,
+d’où l’on a huit points de vue charmants connus sous le
+nom de Kanazawa hakkei, les huit vues de Kanazawa.</p>
+
+<p>Kamakura, également sur le bord de la mer, aujourd’hui
+simple bourgade, autrefois capitale du Shôgun
+Yoritomo (1185), possède encore quelques vestiges de
+sa splendeur ancienne, notamment le temple de Hachiman,
+et le grand Bouddha en bronze dans la tête duquel
+peut tenir un homme de la taille de deux mètres.</p>
+
+<p>Enoshima, île sacrée, ressemble assez au Mont Saint-Michel
+en France, avec ses temples, ses grottes, ses
+caves ; lieu de pèlerinage d’été, où les Européens vont
+souvent passer quelques jours de repos et respirer l’air
+marin et l’odeur des sapins.</p>
+
+<p>Yokosuka, charmante petite ville, d’un côté sur la mer,
+de l’autre adossée à des collines verdoyantes ; c’est là que
+les Japonais ont créé, avec l’aide d’ingénieurs français,
+leur premier arsenal maritime. Aujourd’hui c’est un des
+principaux arsenaux, et l’activité y est prodigieuse ; on
+y répare et on y construit même des bateaux de guerre,
+et on aurait peine à croire, en voyant les environs si
+riants et la mer si calme, qu’il se cache là, au fond du
+golfe, une fabrique de destruction.</p>
+
+<p>Hakone. — Cet endroit, situé au milieu des montagnes,
+assis sur un lac aux eaux très fraîches, est l’une des
+stations d’été fréquentées par beaucoup d’Européens de
+Tokio et de Yokohama. On va d’abord par le chemin de
+fer jusqu’à Kôdzu, et de là un tramway antique, traîné
+par un cheval vous laisse au pied de la colline de Miyanoshita.</p>
+
+<p>Cette dernière bourgade est également fréquentée,
+et il y existe un bel hôtel européen pourvu de tout le
+confort désirable ; de là on se dirige sur Yumoto où se
+trouvent des sources sulfureuses, et de ce dernier endroit
+on parvient à Hakone. Cette petite ville était autrefois la
+clef du Kwantô (possessions directes du Shôgun), et les
+passes occidentales de Hakone, donnant sur le chemin de
+Kioto, étaient gardées sévèrement. Nul ne les franchissait
+sans passeport. Hakone est l’un des plus charmants
+endroits qu’un voyageur, qui n’a pas le temps d’aller loin
+dans l’intérieur, puisse visiter. La nature y est admirable ;
+de grands cryptomérias ombragent les bords du lac, où
+l’Empereur possède un palais d’été, et la flore de ces
+régions est délicieuse.</p>
+
+<p>Atami (la mer chaude), que l’on atteint en franchissant
+les montagnes de Hakone vers la mer, est un séjour où
+les Japonais vont jouir du calme et du repos. Des sources
+d’eaux chaudes intermittentes s’y trouvent et sont
+assaillies de nombreux baigneurs.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — L’une des plus belles excursions peu éloignées
+de Tokio est celle du Fuji yama, auquel on arrive en franchissant,
+au-dessus de Hakone, le col de l’Otomitoge.
+L’ascension de la montagne n’a rien de bien pénible et il
+est assez original de la faire au mois d’août, au milieu de
+tous les pèlerins japonais. On a, du sommet de l’ancien
+volcan, une vue superbe, mais généralement, par suite
+des nuages, on ne voit rien du tout. A cette époque de
+l’année, l’humidité de l’atmosphère au Japon est telle,
+qu’il est très rare d’avoir un ciel parfaitement clair.</p>
+
+<p>Nikko. — A proprement parler, Nikko n’est pas une
+ville ; c’est un ensemble de temples et de tombeaux dans
+un cadre de montagnes et de torrents absolument admirable ;
+autour de ces temples s’était formé un petit village
+qui, à la suite de la venue des Européens, s’agrandit et
+vit s’élever des maisons et des hôtels. C’est là, en effet,
+que les résidents étrangers prirent peu à peu l’habitude
+d’aller passer l’été, et aujourd’hui de confortables hôtels à
+la mode d’Europe se sont installés. Toutes les maisons et
+les rues sont éclairées à l’électricité, et, il faut bien
+l’avouer, cet envahissement de l’Occident a fait perdre à
+Nikko la plus grande partie de son charme.</p>
+
+<p>Quoi qu’il en soit, l’étranger ne manquera pas de s’y
+rendre et d’y visiter les tombeaux et temples de Iyeyasu
+et de Iyemitsu, les cascades de Kirifuri et d’Urami, les
+belles montagnes et le lac de Chusen ji. Cela constitue un
+ensemble remarquable, et c’est si vrai que les Japonais
+en ont fait un proverbe : <i>Nikko mi na kereba kekko to
+yu na ;</i> si vous n’avez pas vu Nikko ne dites pas le mot
+« merveilleux ». En dehors de Nikko, et dans le même
+massif de montagnes, on peut excursionner, à Ikao, Ashio,
+à l’Asama yama, volcan encore en activité, et qui vomit
+constamment de la fumée, mais dont on peut faire facilement
+l’ascension.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Sendai. — Cette ville n’a rien de particulièrement
+intéressant, et si on la cite, c’est qu’il faut s’y rendre
+pour visiter la baie de Matsushima, qui est considérée
+comme une des merveilles du Japon. C’est une nuée d’îles
+vertes et couvertes de sapins, semées dans une baie bien
+ouverte ; des ponts en bois fort élégants relient parfois
+deux îles entre elles ; des maisons de thé sont édifiées dans
+les sites les plus appréciés des Japonais, et l’œil est dans
+le ravissement devant ces merveilles de la nature embellies
+encore par la finesse du goût japonais.</p>
+
+<p>Niigata. — Ville morte ; quoique l’un des premiers ports
+ouverts aux Européens. Ces derniers n’y sont jamais allés,
+d’ailleurs, le port étant très mauvais et les bateaux étant
+obligés de mouiller très loin au large. La côte est d’ailleurs
+fort inhospitalière, surtout pendant la mousson de nord-est.</p>
+
+<p>Hakodate. — Encore un des ports ouverts autrefois
+aux étrangers, c’est la première ville élevée par les Japonais
+dans l’île de Yezo. Elle a aujourd’hui environ
+60.000 habitants mais n’offre rien de remarquable.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Nagoya. — Elle vient, pour les Japonais, immédiatement
+après les trois <i>shi</i> (Tokio, Kioto, Osaka). Elle
+n’est pas sur le bord de la mer, mais on y arrive soit
+en débarquant au port d’Atsuta no miya, véritable faubourg
+de la ville, à laquelle on parvient sans quitter
+l’alignement des maisons, soit en prenant le chemin de
+fer de Tokio qui y conduit en douze heures. C’est l’une
+des villes commerçantes et industrielles du Japon ; elle
+conserve aussi, dans son enceinte, le plus beau des châteaux
+féodaux de l’ancien temps, construit en 1615 par le
+célèbre Kato Kiomasa, et où se trouve logé aujourd’hui
+l’état-major de la troisième division d’infanterie. En dehors
+du château, il y a quelques temples remarquables : Asahi
+jimmei sha ; Sakura Temmangui ; Da Shu Kwan on ; Chô
+fukuji.</p>
+
+<p>Kioto. — Bien que n’atteignant pas le chiffre d’habitants
+que possèdent Tokio et Osaka, Kioto est la ville la plus
+célèbre du Japon au point de vue historique. Son nom veut
+dire « la capitale » car elle a été, pendant plus de mille
+ans, la résidence des Empereurs. Kioto est élevée de
+162 pieds au-dessus du niveau de la mer, et elle est située
+près du centre de la province de Yamashiro à l’extrémité
+Nord d’une plaine fertile qui rejoint, du côté Sud, la grande
+plaine de la baie d’Osaka. De trois côtés elle est entourée
+de collines couvertes d’arbres. La plus haute, du côté Ouest,
+est l’Atago ; au Nord, le Kuruma, et, au Nord-Est, le Hieizan ;
+vers l’Est, de plus petites collines la séparent du lac
+Biwa, et c’est, sur ces collines, que l’on trouve les sites et
+les temples les plus remarquables. Des collines du Nord
+coulent trois ruisseaux qui, en se réunissant, forment le
+Kamogawa, petite rivière qui arrose la partie orientale de
+la ville. Le plus souvent, d’ailleurs, le Kamogawa n’arrose
+rien, son lit étant à sec, et n’offrant à la vue qu’une plaine
+de sable et de cailloux, avec, çà et là, quelques trous
+pleins d’eau. Mais, pendant les pluies d’été, le Kamogawa
+roule des flots souvent trop forts et qui sèment la destruction
+en débordant dans la ville et la campagne. Un ancien
+Empereur avait l’habitude de dire : « Il y a trois choses
+dont je n’ai pas encore trouvé moyen de me rendre maître :
+jeter les dés, contenir les moines turbulents de Hieizan et
+régulariser le Kamogawa. » Deux canaux, communiquant
+avec le Kamogawa, arrosent les autres parties de la ville.
+Elle est divisée en deux circonscriptions administratives :
+Kami Kiô Ku ou ville haute (partie Nord), et Shimô Kiô
+Ku ou ville basse (partie Sud).</p>
+
+<p>La population a bien diminué, et elle est loin d’être ce
+qu’elle était aux temps féodaux, et surtout à l’époque du
+moyen âge, alors que la Cour y habitait. La fondation de
+Yedo au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, et l’autorité ascendante des Shôgun,
+avait déjà porté un coup à Kioto, et, en 1868, lorsque
+l’Empereur fixa à Yedo (Tokio) sa résidence, il entraîna
+avec lui une grande partie de la population. Actuellement
+Kioto peut avoir 300.000 habitants.</p>
+
+<p>Le climat y est sain, généralement doux, mais, cependant,
+un peu chaud l’été. La température moyenne est
+d’environ 14° centigrades ; la maxima étant 36° et la
+minima 11°. Le mois le plus chaud est août, et le mois le
+plus froid janvier. L’air y est assez humide, 77 pour 100 ;
+la pluie y tombe en abondance en juillet et août.</p>
+
+<p>Ce n’est qu’en 794 que Kioto devint capitale permanente
+et résidence des Empereurs, ceux-ci, avant cette époque,
+n’habitant jamais la même ville que leurs prédécesseurs.</p>
+
+<p>En 1868, quand Tokio (Yedo) devint la capitale de
+l’Empire restauré, Kioto fut administrée par un préfet (fu).
+Puis, en 1888, conformément à la nouvelle loi d’administration
+municipale, Kioto fut, comme Tokio et Osaka,
+administrée par une municipalité avec un maire, un
+adjoint et neuf conseillers, ou sous-adjoints. Le conseil
+municipal comprend quarante-deux membres.</p>
+
+<p>Aujourd’hui Kioto a perdu de sa grandeur ; mais elle
+reste toujours la ville sacrée, l’antique résidence des
+Empereurs, fils du Soleil Levant, et elle est intéressante
+au point de vue artistique.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/illu4.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Vue générale de Kioto.</div>
+</div>
+<p>Les habitants de Kioto ne diffèrent pas essentiellement
+de ceux des autres parties du Japon ; cependant les modes
+y sont plus élégantes, la coiffure des femmes plus originale
+et plus gracieuse, les manières et les mœurs plus
+douces et la langue moins rude. Pour un amateur de civilisation
+japonaise et d’études artistiques, Kioto est le
+séjour préféré et l’on est tenté, quand on s’y trouve depuis
+quelque temps, de ne la quitter jamais.</p>
+
+<p>En dehors des temples, dont j’ai déjà donné plus haut
+l’énumération, il faut visiter le palais impérial (Nishi
+maru).</p>
+
+<p>Dans les environs, deux endroits sont très célèbres :
+Nara, ses parcs et son grand Bouddha ; et les rapides
+d’Arashiyama.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Osaka est la première ville du Japon moderne
+au point de vue industriel et commercial ; mais elle est
+totalement japonaise, les Européens résidant généralement
+à Kobé. La ville est bien construite, les rues en sont
+droites, propres et très animées. C’est une ville de progrès
+ardent, de <i lang="en" xml:lang="en">go ahead</i> américain, et elle est d’un intérêt
+considérable pour le visiteur étranger. Elle est située
+dans la province de Setsu, et élevée sur les rives de l’Ajikawa
+à 10 kilomètres environ de la mer. La rivière n’est
+navigable que pour de petits bâtiments. Le monument le
+plus intéressant, relique des anciens âges, est le château
+construit par Toyotomi Hideyoshi. En voyant le cube des
+pierres entassées les unes sur les autres, on se demande
+comment, au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle, dans ce pays qui ne connaissait
+que la force humaine, on a pu élever pareille forteresse.
+La Monnaie impériale est installée à Osaka et c’est là que
+toutes les pièces d’or, d’argent et de cuivre sont frappées.
+Le papier-monnaie est fabriqué à Tokio. Osaka est surtout
+intéressant au point de vue commercial, et je reviendrai
+sur cette ville dans le chapitre concernant le commerce
+et l’industrie du Japon.</p>
+
+<p>Kobé, Yokohama, Nagasaki. — Ces trois villes n’ont
+pas un type japonais qui retienne l’attention. J’ai, d’ailleurs,
+eu occasion d’en parler à propos de la navigation.</p>
+
+<p>Hiroshima est, dans la mer intérieure, sur la rivière et à
+l’embouchure de l’Otagawa. Sa situation même, au fond
+d’une baie, en face d’innombrables îles, dont l’une, Itsukushima,
+est très célèbre, en fait une ville intéressante et
+agréable à visiter. Elle est célèbre par la présence, pendant
+les deux guerres que le Japon a soutenues en Mandchourie,
+du grand état-major japonais, qui les deux fois, y
+fixa sa résidence, l’Empereur s’y étant transporté lui-même
+et y exerçant (<span lang="la" xml:lang="la">pro forma</span>) le commandement suprême.</p>
+
+<p>Kumamoto, dans la province de Higo, île de Kiushiu,
+possède un ancien château fort, célèbre par la victoire du
+général Tani sur les troupes révoltées de Saigo en 1877.</p>
+
+<p>Kagoshima, située dans l’île de Kiushiu, à l’extrémité
+méridionale de la province de Satsuma ; peu d’étrangers
+vont la visiter, car elle se trouve fort loin du centre vivant
+du Nippon, constitué par Tokio, Kioto, Osaka. Cependant
+elle est intéressante et le volcan de Sakurajima,
+qui s’élève en face dans l’île du même nom, mérite une
+ascension.</p>
+
+<p>En somme, dans toutes ces villes japonaises, il ne faut
+s’attendre à voir aucun monument, à part les temples ;
+on ne va pas visiter une ville japonaise comme on va visiter
+une ville d’Europe ou d’Amérique ; quand on connaît
+Kioto on a tout vu en fait d’architecture et d’art japonais.
+Ce qu’il faut admirer ailleurs, c’est la diversité des
+sites et des beautés naturelles.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch8">CHAPITRE VIII</h2>
+
+<p class="d">I. Poids et mesures. — II. Monnaies. — III. Postes. — IV. Télégraphes. — V.
+Situation postale, télégraphique et téléphonique au
+31 décembre 1907. — VI. Instruction publique. — VII. Presse ;
+journaux et revues. — VIII. Cours et tribunaux.</p>
+
+
+<p>I. — Avant d’examiner les questions qui ont un caractère
+économique et statistique, je crois qu’il est bon de
+fournir au lecteur quelques indications sur les poids et
+mesures et les monnaies en usage dans l’Empire du Soleil
+Levant. C’est pourquoi je donne ici le tableau comparatif
+des systèmes japonais, français et anglais :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="pl15 c"><div>Japonais.</div></td>
+<td class="c"><div>Français.</div></td>
+<td class="c"><div>Anglais.</div></td></tr>
+<tr><td colspan="3" class="u">Mesures de longueur</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 ri.</td> <td>3.927 mètres.</td> <td>2 miles 440.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 chô.</td> <td>109 —</td> <td>5 chains 422.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 ken.</td> <td>1,81.</td> <td>1 yard 88.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 jô.</td> <td>3,03.</td> <td>3,01 —</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 shaku.</td> <td>3 décimètres 03.</td> <td>11 inches 93.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 sun.</td> <td>3 centimètres 03.</td> <td>1 inch 19.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 bu.</td> <td>3 millimètres 03.</td> <td>1 line 43.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 ri carré.</td> <td>15 kil. 423 m. carrés.</td> <td>5 milles carrés.</td></tr>
+<tr><td colspan="3" class="u">Mesures de surface</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 cho carré.</td> <td>99 ares 17 centiares.</td> <td>2 acres.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 tan.</td> <td>9 — 91 —</td> <td>0,24 acre.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 tsubo.</td> <td>3 mq. 30 cq.</td> <td>3 yards carrés.</td></tr>
+<tr><td colspan="3" class="u">Mesures de capacité</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 koku.</td> <td>1 hectol. 80 litres.</td> <td>39 gallons 70.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 to.</td> <td>1 décal. 80 litres.</td> <td>3 — 97.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 sho.</td> <td>1 litre 80 cl.</td> <td>1 quart 58.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 go.</td> <td>0 litre 80 déc.</td> <td>1 gill 27.</td></tr>
+<tr><td rowspan="6" colspan="2">&nbsp;</td>
+<td>pour les liquides.</td></tr>
+<tr><td>4 bushels 96.</td></tr>
+<tr><td>1 peck 98.</td></tr>
+<tr><td>0 — 19.</td></tr>
+<tr><td>0 — 019.</td></tr>
+<tr><td>pour les grains.</td></tr>
+<tr><td colspan="3" class="u">Poids</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 kwan.</td> <td>3 kilog. 75.</td> <td>8,26 l. avoir du poids.</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 kin.</td> <td>6 hectog. 900.</td> <td>1,32 —</td></tr>
+<tr><td class="pl15">1 momme.</td> <td>3 grammes 75.</td> <td>2,11 drams.</td></tr>
+<tr><td rowspan="5" colspan="2">&nbsp;</td>
+<td>pour les liquides.</td></tr>
+<tr><td>Ou bien :</td></tr>
+<tr><td>10,04 livre troy.</td></tr>
+<tr><td>1,60 —</td></tr>
+<tr><td>2,41 pwts.</td></tr>
+</table>
+<p class="c"><i>N.-B.</i> — Je n’ai pas tenu compte des décimales extrêmes.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Le Japon est un pays à étalon d’or. L’unité monétaire
+est le yen, qui vaut actuellement 2 fr. 55. (Change
+moyen ; il va quelquefois à 2 fr. 60 ou 2 fr. 65). On ne voit,
+d’ailleurs, jamais d’or dans le pays ; car l’or sert à payer
+l’étranger pour les intérêts de la dette et les achats du
+Gouvernement. On trouve également peu de yen d’argent,
+la monnaie courante est le papier en coupures de 1, 5, 10,
+25, 50, 100, 1.000 yen et aussi de 50 sen et 20 sen,
+quoique, cependant, la monnaie divisionnaire en argent
+soit généralement abondante.</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>1</td> <td>yen</td> <td>=</td>
+<td class="r"><div>100</div></td> <td>sen</td> <td>=</td>
+<td>2 fr. 55.</td></tr>
+<tr><td>1</td> <td>sen</td> <td>=</td>
+<td class="r"><div>10</div></td> <td>rin</td> <td colspan="2" rowspan="2">&nbsp;</td></tr>
+<tr><td>1</td> <td>rin</td> <td>=</td> <td class="r"><div>10</div></td> <td>mon</td></tr>
+</table>
+<p>Le rin est encore en usage comme le centime chez nous,
+et il est frappé en cuivre ; quant au mon c’est une vieille
+monnaie chinoise (sapèque) qu’on n’emploie plus effectivement,
+mais qu’on trouve encore en usage dans le langage
+de certaines provinces.</p>
+
+<p>Il existe des pièces de nickel de 5 sen.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Le service postal se faisait, autrefois, par les
+postes françaises, anglaises et américaines établies à
+Yokohama et dans les autres ports ouverts. En 1871, un
+premier service postal fut organisé par le Gouvernement
+impérial entre les grandes villes de l’Empire ; et, six ans
+plus tard, en 1877, le Japon fit partie de l’Union postale
+universelle ; malgré cela, la France et l’Angleterre gardèrent
+encore leurs bureaux particuliers jusqu’en 1879,
+époque à laquelle elles y renoncèrent définitivement.</p>
+
+<p>Actuellement, le service postal est fait, au Japon, comme
+dans tous les autres pays du globe, très bien fait même
+et avec minutie.</p>
+
+<p>Taxes locales. — Lettres : 3 sen pour 4 momme ou
+fraction.</p>
+
+<p>Cartes-lettres : 3 sen pour 4 momme ou fraction.</p>
+
+<p>Cartes postales : 1 sen 1/2.</p>
+
+<p>Journaux et magazines ; livres ; photographies ; papiers
+commerciaux ; peintures ; échantillons ; manuscrits ; cartes,
+etc…, 2 sen pour 30 momme ;</p>
+
+<p>Graines et produits agricoles : 1 sen pour 30 momme
+ou fraction.</p>
+
+<p>Il existe au Japon ce qu’on appelle <i>distribution rapide</i>,
+pour les articles recommandés et les articles avec valeur
+déclarée : cette distribution est faite moyennant le payement
+de 20 sen pour un article adressé dans un rayon de
+20 ri du bureau-poste. Hors de cette distance de 20 ri, il est
+exigé un payement de 15 sen par ri ou fraction ; si l’article
+à délivrer est adressé à une personne vivant à bord
+d’un bateau, le payement du bateau est exigé en sus ;</p>
+
+<p>Recommandation : 7 sen par article ;</p>
+
+<p>Assurance de bijoux et matières d’or et d’argent, et
+pierres précieuses : 15 sen pour une valeur déclarée ne
+dépassant pas 10 yen ; au delà de 10 yen, 5 sen pour
+chaque 10 yen ou fraction en sus.</p>
+
+<p>Colis postaux locaux. — Pour l’intérieur du Japon jusqu’à
+1.600 momme seulement ; pour Formose et Karafuto
+(Sakhalin) 1.500 momme ; 36 et 54 sen respectivement.</p>
+
+<p>Pour le Japon :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>jusqu’à</td> <td class="r"><div>200</div></td>
+<td>momme</td> <td class="r"><div>8</div></td> <td>sen</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>400</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>12</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>600</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>16</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>800</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>20</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>24</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1200</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>28</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1400</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>32</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1600</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>36</div></td>
+<td>— </td></tr>
+</table>
+<p>Pour Formose et Sakhalin :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>jusqu’à</div></td>
+<td class="r"><div>200</div></td>
+<td class="c"><div>momme</div></td>
+<td class="r"><div>30</div></td>
+<td>sen</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>400</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>35</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>600</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>800</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>50</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1200</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>60</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1500</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>70</div></td>
+<td>— </td></tr>
+</table>
+<p>Pour ces deux derniers pays on n’accepte que des colis
+recommandés ou de valeur déclarée.</p>
+
+<p>Tous les règlements japonais sont applicables aux ports
+Japonais en Corée et en Chine.</p>
+
+<p>Mandats-poste :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Pour</td> <td>10</td> <td>yen</td>
+<td>taxe</td> <td class="r"><div>6</div></td> <td>sen</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>20</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>30</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>15</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>18</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>50</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>22</div></td>
+<td>— </td></tr>
+</table>
+<p>Mandats télégraphiques :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Pour</td> <td>10</td> <td>yen</td>
+<td>taxe</td> <td class="r"><div>30</div></td> <td>sen</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>20</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>35</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>30</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>45</div></td>
+<td>— </td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>50</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>50</div></td>
+<td>— </td></tr>
+</table>
+<p>La somme maxima qui peut être expédiée dans les deux
+cas est 50 yen.</p>
+
+<p>Pour l’étranger. — Lettres 10 sen pour 20 grammes
+ou fraction ; 6 sen pour chaque 20 grammes ou fraction
+en sus ;</p>
+
+<p>Cartes postales : 4 sen ;</p>
+
+<p>Imprimés : 2 sen par 50 grammes ;</p>
+
+<p>Papiers commerciaux : 10 sen pour les 50 premiers
+grammes ; 2 sen pour chaque 50 grammes ou fraction
+en sus ;</p>
+
+<p>Échantillons : 4 sen pour les 50 premiers grammes ;
+2 sen pour chaque 50 grammes ou fraction en sus ;</p>
+
+<p>Recommandation : 10 sen ;</p>
+
+<p>Distribution spéciale : 12 sen pour un article ordinaire ;
+20 sen pour un colis postal ;</p>
+
+<p>Accusés de réception : 5 sen.</p>
+
+
+<p class="ugap">Les imprimés et papiers commerciaux doivent avoir :</p>
+
+<p>Poids : 2 kilogs.</p>
+
+<p>Dimension : 45 centimètres.</p>
+
+<p>Les rouleaux peuvent avoir 75 centimètres de long et
+10 centimètres de diamètre.</p>
+
+
+<p class="ugap">Les échantillons doivent avoir :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td colspan="4">Poids : 350 grammes ;</td></tr>
+<tr><td>Dimensions :</td>
+<td class="r"><div>30</div></td>
+<td>centimètres</td>
+<td>de long</td></tr>
+<tr><td rowspan="2">&nbsp;</td>
+<td class="r"><div>20</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>de large</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>20</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>de profondeur.</td></tr>
+<tr><td>Les rouleaux :</td>
+<td class="r"><div>30</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>de long</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="r"><div>15</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>de diamètre.</td></tr>
+</table>
+<p>Les colis postaux sont pris pour tous les pays de l’Union
+postale avec un maximum de 1.333 momme et un taux
+variant de 1 yen 50 sen à 2 yen 50 sen.</p>
+
+<p>La poste Japonaise accepte aussi des mandats-poste
+pour toute l’Europe, les États-Unis et les principales possessions
+européennes avec un maximum de 1.000 francs
+pour le Continent Européen ; 100 dollars pour les États-Unis
+et le Canada.</p>
+
+<p>Taxe : 1 sen par 50 francs.</p>
+
+<p>Le service postal est extrêmement bien fait au Japon
+et on n’y perd jamais une lettre ; si vous avez changé cinq
+ou six fois d’adresse, la lettre vous suivra exactement portant
+cinq ou six petites bandes de papier, où, chaque fois,
+le facteur a marqué votre changement de maison ; dans ce
+service l’administration méticuleuse triomphe, et il faut
+bien dire qu’aucune poste n’est aussi fidèle, pour la remise
+des correspondances, que la poste japonaise. Peut-être
+certaines correspondances cependant subissent-elles quelque
+retard dans la distribution, mais ceci n’appartient
+pas à notre sujet.</p>
+
+
+<p class="ugap">Certains objets sont interdits au Japon et ne sont pas
+admis en transport postal :</p>
+
+<p>L’opium et tout ce qui sert à fumer l’opium ; la morphine
+et les dérivés de l’opium sont absolument interdits.
+Ne sont pas admis au transport postal : les imprimés ou
+envois de toute nature ayant un caractère immoral ; les
+matières d’or, d’argent, les pierres précieuses, bijoux et
+autres objets précieux ; les cartes postales en paquet.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Le fil télégraphique pénètre actuellement partout
+au Japon et l’étranger, qui voyage dans le pays, ne se
+trouve isolé nulle part ; on peut se servir des principales
+langues européennes, mais, cependant — et comme on
+peut s’y attendre — c’est l’anglais qui est le plus généralement
+en usage.</p>
+
+<p>Taxes locales. — Pour un télégramme en japonais
+(Kana ou alphabétique) :</p>
+
+<p>20 sen pour les 15 premières lettres et 5 sen pour chaque
+5 lettres ou fraction en sus (pour les télégrammes expédiés
+dans la même ville, la taxe est réduite à 10 sen et
+3 sen respectivement).</p>
+
+<p>Pour les télégrammes en lettres européennes : 25 sen
+pour les premiers cinq mots avec un minimum de taxe de
+25 sen ; et 5 sen pour chaque mot en sus (dans la même
+ville, la taxe est réduite à 15 sen et 3 sen respectivement).</p>
+
+<p>La longueur d’un mot est fixée à 15 caractères ; s’il y en
+a 16, cela compte comme deux mots.</p>
+
+<p>Les groupes de chiffres comptent 5 pour un mot.</p>
+
+<p>Dans le langage des codes 10 caractères valent 1 mot.</p>
+
+<p>Un télégramme urgent paye trois fois la taxe.</p>
+
+<p>Taxes internationales :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>&nbsp;</td> <td>Yen.</td> <td>Sen.</td></tr>
+<tr><td>Amoy</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>78</td></tr>
+<tr><td>Annam</td> <td class="r"><div>2</div></td> <td>10</td></tr>
+<tr><td>Canton</td> <td class="r"><div>1</div></td> <td>04</td></tr>
+<tr><td>Ceylan</td> <td class="r"><div>2</div></td> <td>06</td></tr>
+<tr><td>Chefou</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Chen Kiang</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Hang chow</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Hankow</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Niou tchouang</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Ning po</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Péking</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Soutcheou</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Wouhou</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>96</td></tr>
+<tr><td>Siam</td> <td class="r"><div>2</div></td> <td>04</td></tr>
+<tr><td>Shanghaï</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>48</td></tr>
+<tr><td>Indes</td> <td class="r"><div>2</div></td> <td>02</td></tr>
+<tr><td>Corée</td> <td class="r"><div>0</div></td> <td>30</td></tr>
+<tr><td>Europe</td> <td class="r"><div>2</div></td> <td>42</td></tr>
+<tr><td>Russie</td> <td class="r"><div>1</div></td> <td>40</td></tr>
+</table>
+<p>États-Unis de 1 yen 60 sen à 2 yen 80 sen suivant les
+villes ;</p>
+
+<p>Pour l’Amérique du Sud les tarifs sont plus élevés et
+varient entre 5 yen 10 pour la République Argentine et
+5 yen 90 pour le Pérou.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Quelques chiffres feront comprendre la situation
+où se trouve actuellement le Japon au point de vue postal,
+télégraphique et téléphonique :</p>
+
+<p>Il existait dans le Honshu, au 31 décembre 1907,
+4.698 bureaux de poste ; à Shikoku 391 ; à Kiushu 989 ;
+à Yezo 345, soit en tout 6.423 bureaux d’où dépendent
+54.698 boîtes postales publiques et privées ; 676 bureaux
+de télégraphe ; 4 bureaux téléphoniques ordinaires et
+159 bureaux téléphoniques automatiques.</p>
+
+<p>Pendant l’année fiscale 1906-1907, il a été expédié :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="r"><div>289.018.836</div></td> <td>lettres ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>677.189.063</div></td> <td>cartes postales ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>175.566.958</div></td> <td>journaux et brochures ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>14.914.868</div></td> <td>livres ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>8.235.025</div></td> <td>documents, épreuves, etc. ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>4.863.018</div></td> <td>échantillons et semences ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>61.344.088</div></td> <td>objets en franchise ;</td></tr>
+<tr><td class="r"><div>15.115.872</div></td> <td>colis postaux.</td></tr>
+</table>
+<p>Pendant la même période 1906-1907, il a été délivré
+13.704.148 mandats locaux, et 12.911 mandats internationaux ;
+il a été expédié 23.498.234 télégrammes intérieurs
+et 644.434 télégrammes internationaux.</p>
+
+<p>Le téléphone possède environ 37.000 abonnés. C’est ce
+dernier service qui est le moins développé ; mais quand
+on considère l’état, pour ainsi dire embryonnaire, du téléphone
+en France, on ne saurait critiquer le Japon de son
+retard en ce genre de correspondance.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Il est de bon ton, dans le monde qui se pique de
+connaissances étendues, et qui, en général, d’ailleurs, sait
+peu de choses, de raconter que le Japon ne connaît pas d’illettrés ;
+c’est le même public, du reste, qui, après 1870,
+disait que le maître d’école prussien nous avait battus !
+Ces derniers temps la presse a vanté les instituteurs japonais,
+leurs méthodes, etc. Eh bien, il faut en rabattre de
+toutes ces idées surfaites, sorties, on ne sait comment, de
+cerveaux peu ou mal renseignés. Il existait, au recensement
+de 1908, en chiffres ronds, 55.000 conscrits sachant
+à peine lire et écrire et 30.000 ne sachant ni lire ni écrire.
+Et c’est le Japon central, la partie centrale ou Honshu,
+qui en fournit la plus grande partie. Voilà la vérité. Il ne
+s’ensuit pas que le Japon néglige l’instruction publique,
+loin de là ; il est bien évident qu’il y a quinze ans, la proportion
+des illettrés était bien plus considérable qu’elle ne
+l’est actuellement, et le gouvernement du Mikado a fait
+largement le nécessaire pour arriver à donner l’instruction
+primaire à tous les Japonais. Aujourd’hui chaque village
+a son école.</p>
+
+<p>Au point de vue instruction supérieure, le Japon possède
+deux Universités, l’une à Tokio, l’autre à Kioto. On
+y enseigne, comme dans toute Université européenne, les
+lettres, les sciences et les arts. Ce sont des Européens
+qui, les premiers, ont instruit les Japonais dans les
+diverses branches de la science humaine : les Allemands
+dans la médecine ; les Français dans le droit civil et criminel ;
+les Allemands dans le droit commercial ; les Anglais
+et les Américains dans les sciences mathématiques, physiques,
+etc.</p>
+
+<p>Aujourd’hui tout l’enseignement est passé dans les
+mains des indigènes ; il y a bien encore quelques Européens
+çà et là, mais c’est surtout comme conseillers en
+cas de difficultés.</p>
+
+<p>Écoles normales supérieures, à Tokio, à Hiroshima ;
+écoles de commerce à Tokio, Kobé, Nagasaki ; écoles des
+arts et métiers à Kioto, Osaka, Nagoya et Kumamoto ;
+école des langues étrangères à Tokio, employant douze
+professeurs étrangers ; école des beaux-arts à Tokio ;
+école d’aveugles et de sourds-muets à Tokio ; et enfin des
+écoles supérieures appelées kôtogakkô et correspondant
+à nos lycées.</p>
+
+<p>Toutes ces écoles sont entretenues par l’État ; mais, en
+dehors de lui, il existe bon nombre d’écoles privées ou
+sont enseignés : le droit, la politique, l’administration.
+L’enseignement est libre sous l’inspection du gouvernement.
+C’est ainsi que trois écoles françaises, dirigées par
+les frères Marianites, sont en pleine prospérité : à Tokio,
+ils ont 1.500 élèves, à Yokohama et à Nagasaki, 500 ; les
+Japonais apprécient beaucoup leur zèle, et les hauts personnages
+ne craignent pas d’envoyer leurs fils chez eux.
+Les Jésuites doivent même installer prochainement à
+Tokio une université avec l’autorisation du gouvernement
+mikadonal.</p>
+
+<p>La femme japonaise, appartenant au milieu aristocratique
+ou de riche bourgeoisie, commence à faire concurrence
+au sexe fort dans les écoles et à profiter largement
+des établissements scientifiques et artistiques mis à sa
+disposition.</p>
+
+<p>De nombreux musées, jardins botaniques, écoles d’apiculture,
+etc., viennent compléter l’instruction théorique.
+Un très beau musée commercial, notamment, a été installé
+à Tokio et à Osaka. Des sociétés multiples se sont
+fondées : société de géographie, société des antiquités
+japonaises, société des industries maritimes, société
+d’agriculture, etc. ; il serait trop long de les énumérer
+toutes, qu’il suffise de dire que les sociétés sont aussi nombreuses
+au Japon qu’en Europe, peut-être davantage. Les
+Japonais forment des sociétés à propos de tout et de rien.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — La presse n’est pas précisément libre au Japon,
+et des règlements féroces la maintiennent dans le droit
+chemin, le chemin de l’approbation du pouvoir ; cependant
+quelques audacieux critiquent quand même les gouvernants,
+et en somme, se tirent encore d’affaire en dégageant
+de leurs critiques la personne de l’Empereur et la famille
+impériale pour dauber sur les ministres et leurs associés.
+Il existe aussi une presse socialiste, mais dans l’ombre,
+et elle attend son heure.</p>
+
+<p>A Tokio, il y a plus de cent journaux et revues, quotidiens,
+hebdomadaires ou mensuels. A Osaka il en est de
+même. Dans la province, chaque préfecture a son journal,
+et, généralement, une partie est imprimée en caractères
+faciles et courants (hirakana) pour ceux qui ne possèdent
+pas les caractères chinois.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — Les cours et tribunaux qui connaissent des
+crimes et délits sont ainsi répartis : une cour de cassation,
+7 cours d’appel, 49 tribunaux de première instance,
+310 tribunaux de la justice de paix. La justice commence
+à être assez bien organisée dans tout l’Empire : le Japon
+a tenu à honneur de se conformer aux coutumes et usages
+d’Europe.</p>
+
+<p>Il y a encore beaucoup à faire pour avoir un personnel
+de magistrats réellement compétents, mais c’est une question
+de temps.</p>
+
+<p>Le fort du Japonais c’est la police ; méfiant et soupçonneux
+par atavisme et par éducation il est policier par
+nature ; aussi est-il étonnant dans le métier de détective.
+D’ailleurs, si l’on songe qu’il y a, au Japon, un agent de
+police pour 1.247 habitants, on comprendra pourquoi la
+police est mieux faite à Tokio qu’à Paris et pourquoi il
+est plus sûr de se promener à minuit à Riôgoku bashi que
+sur le pont de la Concorde. On compte dans tout l’Empire :
+731 stations principales ou bureaux de police ; 737 succursales
+des bureaux de police ; 2.746 postes urbains
+de police ; 12.558 postes ruraux de police ; 2.337 inspecteurs
+et commissaires de police ; 38.581 agents de
+police.</p>
+
+<p>Malgré cela il y a eu 985 maisons dévalisées avec
+effraction ; et 232.854 maisons dévalisées sans effraction ;
+par contre les vols sur les personnes ne sont que de
+28.000 environ pour la même année.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch9">CHAPITRE IX</h2>
+
+<p class="d">I. Armée ; instructeurs français et allemands. — II. Marine ; instructeurs
+et ingénieurs français ; professeurs anglais. — III. Système
+de recrutement ; dernières modifications ; réorganisation actuelle ;
+augmentation des divisions et de l’artillerie. — IV. État actuel de
+la marine ; projets de construction. — V. Conclusion.</p>
+
+
+<p>I. — L’Armée et la Marine méritent un chapitre spécial ;
+car c’est ici qu’est l’âme japonaise. Le Japon a conservé
+de ses traditions l’amour du métier des armes, et tout
+Japonais, on peut le dire, naît soldat. Déjà, dans l’antiquité,
+le Japonais avait comme principale occupation : se
+battre, et il en fut ainsi à travers le moyen âge, jusqu’à
+l’époque actuelle. Il est vrai de dire qu’il y a, jusqu’à
+présent, fort bien réussi.</p>
+
+<p>Les premiers instructeurs de l’armée japonaise moderne
+furent des Français, appelés par le gouvernement du
+Shôgun, vers 1866, alors que la révolution ne s’était pas
+encore accomplie et que les Tokugawa étaient considérés
+par l’Europe comme les souverains du Japon. Après le
+rétablissement du Mikado, malgré nos désastres de 1870,
+ce furent encore des officiers français que le Japon demanda
+pour former son armée ; nous pouvons donc sans forfanterie
+dire que nous avons fait l’armée japonaise. Nos officiers
+y sont restés jusqu’en 1888 et ce n’est qu’à cette
+époque que le gouvernement japonais fit venir le Major
+Meckel de Berlin, qui passa trois ans à Tokio comme
+professeur à l’École de guerre. Aujourd’hui les Japonais
+se sont affranchis de tout le monde, et grâce aux nombreux
+officiers qu’ils envoient en France et en Allemagne,
+ils sont parfaitement au courant des choses militaires
+qu’ils s’assimilent fort vite, grâce à leur remarquable
+aptitude naturelle.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Pour la Marine, le gouvernement shogunal
+s’était également adressé à la France, et c’étaient des ingénieurs
+français qui, les premiers, avaient construit l’arsenal
+de Yokosuka. Mais le gouvernement impérial, lorsqu’il
+créa son école navale, fit appel aux Anglais. Ce n’est que
+vers 1884 que M. Bertin, un de nos ingénieurs les plus
+distingués, fut demandé par les Japonais pour une période
+de quatre ans. La marine japonaise a donc été formée par
+l’Angleterre.</p>
+
+<p>La campagne contre la Chine étonna d’abord ; mais la
+campagne contre la Russie surprit bien davantage, et
+l’Europe et l’Amérique comprirent qu’un concurrent terrible
+était né dans le Pacifique et dans les mers de Chine.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Pour ceux qui suivaient de près le développement
+militaire du Japon ; pour ceux qui savaient, pour y
+avoir vécu, quelles ressources d’énergie militaire et d’orgueil
+patriotique ce pays renferme, les victoires japonaises
+n’ont pas été surprenantes ; il ne faut du reste pas oublier
+que la Russie n’avait, au début, à opposer aux forces
+japonaises, que des troupes sans cohésion et très peu nombreuses.</p>
+
+<p>Il est incontestable que le Japonais est né soldat ; en
+six mois on peut en faire une excellente machine de
+guerre ; même d’un paysan qu’on sort de ses champs de
+riz, on réussit, en bien moins de temps qu’il n’en faut pour
+débrouiller un paysan français, à dresser un troupier parfait.
+Cela tient, évidemment, à ce que le Japon est encore
+tout près du moyen âge, de son moyen âge à lui, qui, en
+somme, n’a pris fin que voilà quarante ans à peine. Élevé
+au bruit des querelles armées, des tueries, des guerres
+entre seigneurs, le jeune Japonais était vite passionné pour
+le métier des armes. C’est cet atavisme qui lui a permis
+d’adopter le militarisme européen, et d’y réaliser des progrès
+si sérieux.</p>
+
+<p>A l’heure actuelle, ne se reposant pas sur ses victoires,
+et, bien au contraire, ayant toujours l’œil ouvert sur
+l’avenir, le Japon, depuis son règlement de comptes avec
+la Russie, a dépensé des sommes considérables pour réorganiser,
+en les modifiant, son système et son organisation
+militaires. Sans bruit, mais avec une persévérance et une
+ténacité dont il a déjà donné plus d’un exemple, il a fait
+en sorte que, dans un temps relativement prochain, il
+puisse mettre en ligne des effectifs très puissants.</p>
+
+<p>Il est très difficile de pénétrer les plans militaires du
+Japon ; tout ce qui concerne l’armée, les armements, les
+règlements, est tenu excessivement secret ; aussi, est-il
+besoin de le dire, on ne peut rien connaître de ce côté ;
+mais ce qu’on peut voir c’est le travail et l’activité incessants
+dans tous les arsenaux et les fabriques d’équipement
+militaire ; le nombre toujours croissant des régiments ;
+les sommes toujours plus fortes affectées aux
+budgets de l’armée et de la marine ; les mille manifestations
+extérieures qui ne peuvent échapper à personne et
+qu’il est, d’ailleurs impossible de cacher.</p>
+
+<p>Il est un fait certain, indéniable, c’est qu’actuellement,
+après ses victoires, le Japon arme avec une fièvre de plus
+en plus grande.</p>
+
+<p>Déjà les effectifs qu’on pouvait mettre sur pied lors de
+la campagne de Mandchourie ont été doublés, et il n’est
+pas exagéré de dire que, d’ici six ans ou sept ans, au plus
+tard, l’armée japonaise aura sur pied de guerre le même
+effectif qu’une bonne armée européenne. Or la matière
+combattante, le soldat, est au moins égale à celle de
+n’importe quel pays d’Europe, et ne recule pas devant la
+mort. Il semble, au contraire que le soldat japonais la
+désire ; de plus, avec une population de près de cinquante
+millions d’habitants, et d’habitants tous prêts au sacrifice
+suprême, on constate que le Japon n’est pas à bout.
+Une anecdote remontant au temps de l’attaque des forts
+de Taku, en 1900, au moment des boxeurs, fera voir combien
+les Japonais méprisent la vie. Les petits bâtiments
+de guerre, embossés devant les ports, avaient bombardé
+ceux-ci, lorsqu’un colonel japonais, trouvant que l’attaque
+n’allait pas assez vite, lança ses hommes à l’assaut sous
+une grêle de balles. Ils brisèrent une porte et entrèrent
+dans le fort, mais la moitié de l’effectif était par terre ;
+comme un officier étranger faisait remarquer au colonel
+japonais qu’on aurait pu arriver au même résultat sans
+perdre tant de monde : « Oh ! répliqua-t-il, du monde il y
+en a encore beaucoup au Japon ! »</p>
+
+<p>Avec de tels hommes on peut tout oser. Le service militaire
+au Japon est dû par chaque citoyen indistinctement
+de dix-sept à quarante ans ; l’appel se fait dans l’année
+qui suit celle où le jeune homme a atteint ses vingt ans.
+Chaque année le nombre des appelés varie entre 515 et
+520.000 ; mais le Japon, n’étant pas riche, ne peut enrôler
+sous les drapeaux qu’un nombre d’hommes en rapport
+avec ses ressources.</p>
+
+<p>D’après le résumé statistique de l’Empire, le nombre
+des jeunes gens recruté était pour :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>1903</td> <td class="r"><div>188.822</div></td></tr>
+<tr><td>1904</td> <td class="r"><div>269.284</div></td></tr>
+<tr><td>1905</td> <td class="r"><div>310.866</div></td></tr>
+<tr><td>1906</td> <td class="r"><div>201.714</div></td></tr>
+</table>
+<p>Mais ceci donne les chiffres des hommes recrutés pendant
+la guerre ; depuis la guerre le contingent n’a pas
+atteint 100.000 hommes. Le contingent annuel reste sept
+ans dans l’armée active et la réserve, dix ans dans
+l’armée de réserve ou <i>Kô bi gun</i>, puis il passe dans
+l’armée nationale ou <i>Koku min gun</i>.</p>
+
+<p>Une partie de ceux qui ne sont pas appelés pour former
+le contingent annuel, mais qui sont néanmoins bons pour
+le service, reçoivent une instruction militaire sommaire :
+quant aux autres ils entrent directement dans le Kokumingun
+et y restent jusqu’à l’âge de quarante ans.</p>
+
+<p>En 1907 le ministre de la Guerre a été autorisé par le
+Parlement à faire l’essai du service de deux ans ; jusqu’à
+présent le soldat japonais restait trois ans dans l’armée
+active. Ceci n’est du reste applicable quant à présent qu’à
+l’infanterie, mais, néanmoins, permet l’incorporation d’un
+nombre plus considérable d’appelés ; ce qui fait qu’actuellement
+le contingent annuel sous les drapeaux s’élève au
+chiffre d’environ cent trente mille hommes.</p>
+
+<p>D’autre part, comme la réserve, d’après les lois de 1905
+et 1907, fait actuellement dix ans au lieu de cinq, elle peut
+fournir un effectif de cinq cent mille hommes. On admettra
+que c’est déjà un joli chiffre ; mais ce n’est que le commencement.
+Si, comme on a tout lieu de le croire, les
+ministres de la Guerre du Japon ne s’arrêtent pas en route,
+(et le Parlement et le Pays les suivront dans tout ce qu’ils
+veulent accomplir au point de vue militaire), avant vingt
+ans d’ici, le Japon pourra mettre en ligne une armée de
+un million cinq cent mille hommes ; il est même fort possible,
+si on accroît le nombre de jeunes gens actuellement incorporés
+qu’on obtiendra ce chiffre avant dix ans.</p>
+
+<p>En tout état de cause, à supposer que le contingent
+annuel reste ce qu’il est aujourd’hui, le Japon pourrait
+mettre en campagne dans vingt ans d’ici : un million cinq
+cent mille hommes complètement instruits (armée active
+et réserve) ;</p>
+
+<p>Un million d’hommes environ, ceux qu’ils appellent la
+réserve de recrutement (en japonais Hô ju) et qui est composée
+des hommes bons pour le service mais qui n’ont pas
+été incorporés et ont seulement reçu une instruction sommaire ;</p>
+
+<p>Deux cent mille hommes de l’armée territoriale, laquelle
+se trouve réduite par suite du maintien dans la réserve,
+pendant un temps plus long, des hommes de l’active.</p>
+
+<p>Enfin s’il faut faire appel à l’armée nationale, à l’armée
+« de la patrie en danger », ou <i>Koku min gun</i>, le Japon
+pourrait disposer de cinq millions d’hommes. Et étant
+donné l’esprit de suite et de travail soutenu du Japon dans
+tout ce qu’il entreprend, la réalisation ne tardera pas.</p>
+
+<p>La seule chose qui puisse retarder la solution de ce
+grand problème militaire, c’est le manque de fonds. Tout
+le monde sait que le Japon est loin d’être un pays fortuné
+et qu’il n’a pas chez lui les sources de richesse nécessaires
+à un peuple qui veut faire grand. Malgré cela le
+goût des choses militaires est si vif dans tout le territoire
+que la population supporte sans murmurer le fardeau du
+militarisme. Le pacifisme est une chose inconnue à Tokio et
+pendant longtemps encore le pays peut compter sur l’unanimité
+de ses enfants pour sa défense.</p>
+
+<p>Cependant, dans certains centres, notamment à Osaka,
+ville très industrielle, centre important d’ouvriers de toutes
+sortes, les idées antimilitaristes commencent à trouver un
+terrain assez propice, et il est reconnu, par tous les officiers
+japonais, que la garnison d’Osaka est la plus indisciplinée.
+Ce n’est évidemment là qu’un symptôme encore assez
+faible, mais il n’en est pas moins vrai que le fait existe et
+qu’on a déjà été obligé de sévir à l’égard d’individus qui
+répandaient parmi les troupes des pamphlets contre
+l’armée.</p>
+
+<p>Les Japonais n’ont pas, comme nous, de corps d’armée ;
+leur unité est la division et elle est augmentée d’une
+brigade de réserve ; actuellement l’armée japonaise
+compte dix-neuf divisions, plus la division de la garde ;
+on créera, sans doute, au fur et à mesure des ressources
+financières d’autres divisions, et il paraît assez probable
+que le Japon, alors qu’il aura complété sa nouvelle organisation
+militaire, possédera le double des divisions qu’il
+avait lors de la guerre contre la Russie, et qui était de
+douze, plus la division de la garde. On augmentera la
+cavalerie divisionnaire et l’artillerie ; cette dernière comprendra
+de l’artillerie lourde de campagne ; enfin les compagnies
+de chemins de fer seront portées à seize ; celles
+des télégraphes à huit avec une compagnie de télégraphie
+sans fil.</p>
+
+<p>D’après les différentes revues et journaux militaires, le
+Japon avait au moment de la guerre de Mandchourie :</p>
+
+<p>127 bataillons d’infanterie ; 55 escadrons de cavalerie ;
+39 compagnies du génie.</p>
+
+<p>Aujourd’hui il possède déjà :</p>
+
+<p>229 bataillons d’infanterie ; 73 escadrons de cavalerie ;
+54 compagnies du génie.</p>
+
+<p>En trois ans l’augmentation a été, on le voit, considérable
+et elle donne une idée de la rapidité avec laquelle le
+Gouvernement japonais pousse la complète réorganisation
+de son instrument de guerre.</p>
+
+<p>En même temps qu’il songeait à la formation nouvelle
+de ses divisions, le Japon opérait des changements considérables
+dans la tenue de ses hommes. Elle est de
+deux sortes : tenue d’hiver en drap et tenue d’été en kaki ;
+cette dernière a été adoptée à la suite de la guerre russo-japonaise :
+jusqu’alors les soldats avaient fait campagne
+en Chine et en Mandchourie avec le costume blanc qui a
+été reconnu trop impraticable. Le soldat est, en outre,
+beaucoup moins chargé que chez nous ; il est accompagné
+de coolies ou porteurs qui le soulagent beaucoup et il
+n’a sur lui que le strict nécessaire.</p>
+
+<p>Le plus compliqué pour l’armée japonaise, c’est le transport
+et les vivres ; comme le riz forme la base principale
+de la nourriture (c’est notre pain), et comme sa cuisson
+est infiniment plus encombrante, il est nécessaire d’emporter
+un matériel qui est l’un des impedimenta les plus
+sérieux de l’armée japonaise. Ce matériel doit comprendre
+tout d’abord une grande marmite en fer ; comme il y a
+plusieurs marmites par compagnie, on voit ce que cela
+représente. Je me rappelle avoir ainsi vu défiler, au moment
+de la mobilisation en vue de la campagne de Chine, des
+lignes interminables de mulets et de chevaux chargés de
+deux immenses marmites placées de chaque côté du bât.</p>
+
+<p>Dans les deux guerres qu’ils ont eu à soutenir récemment,
+les Japonais ont pu opérer leur ravitaillement comme
+ils ont voulu. Dans le premier cas, contre la Chine, ils
+avaient affaire à un ennemi qui s’évanouissait à leur vue ;
+dans le second à une armée composée de soldats très
+braves, mais trop lourds, ne sachant pas manœuvrer et se
+laissant acculer à leurs positions ; ils ont donc eu toute
+facilité ; mais contre une armée plus légère, plus rapide,
+de mouvements plus prompts, peut-être leur ravitaillement
+serait-il facile à couper. Somme toute, les Japonais, jusqu’ici
+ont fait deux campagnes où ils avaient pour eux tous
+les atouts dans leur jeu et où ils n’ont pas eu de grandes
+difficultés à surmonter. Contre un ennemi bien organisé
+et actif, ils auraient certes le même courage ; mais auraient-ils
+le même succès ?</p>
+
+<p>Malgré cela il est nécessaire pour l’Europe de suivre
+les progrès militaires de ce peuple qui a donné tant de
+témoignages de son intelligence, de sa vigueur et de son
+indéniable esprit de méthode et d’organisation. Déjà,
+quelques gouvernements ont envoyé et continuent d’envoyer
+tous les ans des officiers capables de se mettre
+au courant des choses japonaises. Je sais bien que cette
+habitude de courtoisie d’échanger des missions militaires
+ne mène pas à grand chose au point de vue métier ; car,
+et cela est bien naturel, on ne se montre que ce qui ne peut
+pas se cacher ; mais on arrive, néanmoins, à pénétrer un
+peu les habitudes et les coutumes, la manière de voir et
+de procéder du peuple chez lequel on vit. Je ne dis pas
+pénétrer l’âme : car, s’il est assez facile de pénétrer l’âme
+d’un Français, ouvert et franc (trop franc), il est bien difficile,
+pour ne pas dire impossible, d’aller jusqu’au fond
+de la pensée d’un Chinois ou d’un Japonais.</p>
+
+<p>Tout ce que je viens d’écrire sur l’armée japonaise au
+point de vue du recrutement, de l’organisation et du chiffre
+d’hommes disponibles est basé sur les nouvelles lois militaires
+qui ont été changées ou remaniées après la guerre
+de Mandchourie. Quelques points manqueront peut-être
+d’une stricte exactitude (ces choses techniques ne pouvant
+être traitées à fond que par un militaire), mais cela suffira
+à donner une idée assez complète de la formidable machine
+de guerre que le Japon est en train de monter et
+d’agencer.</p>
+
+<p>Les principales garnisons des régiments sont Tokio, où
+se trouve également la division de la garde ; Sakura ;
+Sendai ; Aomori ; Nagoya ; Kanazawa ; Osaka ; Himeji ;
+Hiroshima ; Matsuyama ; Kumamoto ; Kokura. Depuis
+l’augmentation du contingent, on a réparti des bataillons
+dans d’autres villes ; de plus, une division d’occupation se
+tient toujours en Corée ; il est même question d’en augmenter
+l’effectif, la Corée supportant mal l’introduction,
+par le Japon, de la civilisation occidentale. Une autre division
+d’occupation est stationnée en Mandchourie.</p>
+
+<p>Hiroshima, situé sur la mer intérieure, bien abrité et
+bien défendu, a été, durant les deux dernières guerres, le
+siège du grand quartier général où l’Empereur s’était
+transporté en personne.</p>
+
+<p>Ainsi que je l’ai dit dans un chapitre précédent, le Japonais
+est de petite taille ; les hommes mesurent en général
+de 1 mètre 50 à 1 mètre 55.</p>
+
+<p>Le classement des recrues, au point de vue de l’instruction,
+pour 1906, était le suivant :</p>
+
+<p>Jeunes gens terminant leurs études aux Écoles supérieures :
+717 ;</p>
+
+<p>Ayant terminé leurs études et passé les examens des
+Écoles supérieures : 492 ;</p>
+
+<p>Terminant leurs études dans les lycées (Kô tô chu
+gakkô) : 8.419 ;</p>
+
+<p>Ayant terminé les études du lycée et passé les examens :
+9.277 ;</p>
+
+<p>Terminant les études de l’École primaire supérieure :
+62.717 ;</p>
+
+<p>Ayant terminé les études précédentes : 41.442 ;</p>
+
+<p>Terminant les études de l’École primaire : 145.277 ;</p>
+
+<p>Ayant terminé les études précédentes : 37.536 ;</p>
+
+<p>Sachant à peine lire et écrire : 59.952 ;</p>
+
+<p>Ne sachant ni lire ni écrire : 33.564 ;</p>
+
+<p>On voit qu’il y a un nombre considérable d’illettrés ; car
+on peut ajouter les deux derniers chiffres ensemble :
+sachant à peine lire et écrire, quand il s’agit de la langue
+japonaise, c’est, autant dire, ne rien savoir du tout ; cela
+ferait donc 93.516 illettrés.</p>
+
+<p>Quant aux nombres de jeunes gens recrutés, ajournés
+et exemptés, on pourra s’en faire une idée par les chiffres
+suivants, également de 1906, les derniers publiés :</p>
+
+<p>Dans le <i>Honshu</i>, c’est-à-dire dans la grande île :
+nombre des jeunes gens recrutés : 150.508 ;</p>
+
+<p>Nombre des jeunes gens ajournés : 2.746 ;</p>
+
+<p>Nombre des jeunes gens exemptés d’appel : 127.228 ;</p>
+
+<p>Nombre des jeunes gens exemptés du service militaire :
+24.620 ;</p>
+
+<p>Soit un total de 305.102.</p>
+
+<p>Dans l’île de Shikoku : recrutés : 15.020 ; ajournés : 256 ;
+exemptés d’appel : 9.087 ; exemptés définitivement : 2.150 ;</p>
+
+<p>Dans l’île de Kiushiu : recrutés : 32.269 ; ajournés : 376 ;
+exemptés d’appel : 19.700 ; exemptés définitivement :
+6.067 ;</p>
+
+<p>Dans l’île de Yézo (Hokkaido) : recrutés : 3.917 ; ajournés :
+50 ; exemptés d’appel : 3.205 ; exemptés définitivement :
+551 ;</p>
+
+<p>Total pour Shikoku, Kiushiu et Yezo, recrutés : 51.206 ;
+ajournés : 682 ; exemptés d’appel : 31.992 ; exemptés
+définitivement : 8.768.</p>
+
+<p>Ces différents chiffres forment un total général de
+397.750 conscrits. Ce sont là, qu’on ne l’oublie pas, des
+chiffres de recrutement après la guerre contre les
+Russes (1906).</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Si le Japon développe ainsi son armée de terre
+et augmente, d’une façon aussi complète, sa puissance
+d’offensive, il n’oublie, certes, pas non plus sa marine ; il
+sait que c’est pour lui une question de vie ou de mort que
+d’être fort sur mer ; il sait qu’il lui faut, pour la victoire
+pleine et certaine, être maître absolu de la mer : maître
+des mers de Chine pour le moment ; et, dans ses rêves
+d’avenir, maître du Pacifique plus tard.</p>
+
+<p>Aussi consacre-t-il de fortes sommes à l’œuvre de réfection
+et de renouvellement de la flotte de guerre et donne-t-il
+à la marine marchande, qui peut et doit lui servir de
+transports, de nombreux encouragements. Sa population
+maritime lui fournit des éléments audacieux et solides, et
+il n’est pas près de manquer d’hommes pour monter ses
+nombreux bâtiments. Ses officiers ne le cèdent en rien à
+ceux des marines européennes, et ils ont cette confiance
+inébranlable que donne une double victoire. Aussi, à
+l’heure qu’il est, la flotte de guerre du Japon est-elle l’une
+des plus puissantes qui existe sur le globe, et avec les
+années, elle ne fera qu’augmenter en nombre et en
+valeur.</p>
+
+<p>Actuellement le Japon possède 16 cuirassés d’escadre ;
+11 grands croiseurs ;</p>
+
+<p>9 croiseurs de seconde classe dont beaucoup sont déjà
+vieux (Matsushima, Hashitaté) ;</p>
+
+<p>une trentaine de canonnières de haute mer ;</p>
+
+<p>60 contre-torpilleurs (torpedo destroyers) ;</p>
+
+<p>78 torpilleurs.</p>
+
+<p>Il y a en service actif : 77 amiraux, 741 officiers supérieurs,
+2.126 officiers, 7.857 sous-officiers, 29.667 marins.
+Avec la 1<sup>re</sup> et la 2<sup>e</sup> réserves on arrive à 39.103 hommes
+d’équipage (non compris les officiers). (Chiffres de 1908.)</p>
+
+<p>La marine japonaise a, pour ses constructions et ses
+réparations, quatre ports militaires sur le modèle des
+nôtres :</p>
+
+<p>Yokosuka, près de Yokohama, dans la baie d’Yedo ;</p>
+
+<p>Kure, dans la province d’Aki, près de Hiroshima ;</p>
+
+<p>Sasebo, dans la province de Hizen, près de Nagasaki ;</p>
+
+<p>Maidzuru, province de Tango, sur la mer intérieure.</p>
+
+<p>Le budget de 1907-1908 comprenait des crédits s’étendant
+sur la période 1907 à 1913-1914, destinés à couvrir
+le reliquat des dépenses de guerre et s’élevant à
+437.500.000 francs ; plus une somme de 191.442.500 francs
+qui devait, pendant la même période, remplacer les unités
+de combat qui seraient rayées de la liste de la flotte. Mais
+on avait compté sans la mauvaise situation financière
+qui ne permettait pas un tel effort immédiat, et les crédits
+ci-dessus se sont vus réduits : le premier de 114.528.574 fr. ;
+le deuxième à 77.945.325 francs.</p>
+
+<p>Les cuirassés <i>Aki</i> et <i>Satsuma</i> sont venus augmenter la
+flotte de combat d’unités nouvelles ; le <i>Mikasa</i>, qui avait
+sauté et coulé, a été refondu complètement, et les navires
+russes pris à Port-Arthur ont été modifiés en les modernisant.
+De nouveaux croiseurs, <i>Tsukuba</i> et <i>Ikumo</i>, sont
+également entrés en service ; les constructions neuves
+ne chôment pas dans les arsenaux qui ont déjà mis à
+l’eau le <i>Satsuma</i> et l’<i>Aki</i> et sont en mesure de livrer un
+bâtiment aussi bien que n’importe quel arsenal d’Europe
+ou d’Amérique.</p>
+
+<p>Actuellement la marine japonaise est la troisième du
+monde, après l’Angleterre et l’Allemagne ; après elle
+viennent les États-Unis, et nous, qui, il y a quelques
+années encore, tenions brillamment le second rang, après
+l’Angleterre, nous voici relégués au cinquième !</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — A ce résumé des forces japonaises de terre et de
+mer, je n’ajouterai qu’une réflexion : Après la guerre du
+Japon contre la Chine, l’empereur Guillaume II lança son
+fameux tableau représentant les puissances occidentales
+serrées les unes contre les autres en face du péril jaune
+s’avançant à grands pas. Au-dessous il avait inscrit ces
+mots : « Peuples d’Europe défendez vos biens les plus
+sacrés. » On a souri, mais qui sait ? L’avenir répondra.
+Le présent n’a-t-il pas déjà un peu répondu ?</p>
+
+<p>On ne peut nier, en tout cas, que le Japon, en se préparant
+d’une façon si formidable, ne se conforme bien
+soigneusement et exactement au <i lang="la" xml:lang="la">si vis pacem, para
+bellum</i>.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch10">CHAPITRE X</h2>
+
+<p class="d">I. Agriculture ; superficie en rizières. — II. Production totale en
+céréales. — III. Diverses espèces de riz. — IV. Les haricots, le
+maïs, la patate, les différents légumes. — V. Épices et condiments. — VI.
+Division de la terre. — VII. Soie et culture du
+mûrier. — VIII. Culture du thé. — IX. Chevaux et bétail. — X.
+Fruits. — XI. L’île d’Yezo (Hokkaido) et la colonisation.</p>
+
+
+<p>I. — Dans l’antiquité, il n’existait au Japon, comme
+d’ailleurs dans tout pays, que deux classes : les agriculteurs
+et les soldats ; c’est là, du reste, la base de toute
+société humaine : se nourrir et se défendre. L’industrie et
+le commerce ne viennent qu’après.</p>
+
+<p>Aujourd’hui encore le Japon peut être considéré surtout
+comme un pays agricole : 60 pour 100 de sa population
+vit de la terre.</p>
+
+<p>Les terrains de production se divisent en deux sortes :
+les terrains secs, analogues à ceux des champs en Europe,
+qui sont les moins nombreux ; et les terrains humides
+servant exclusivement à la culture du riz. D’après la
+statistique la plus récente (1908) la superficie des rizières
+est de 2.898.792 chô et celle des autres champs de
+1.813.913 chô. La production du riz et autres céréales
+sur toute la superficie arable de l’Empire se répartit
+ainsi :</p>
+
+<p class="c i">Superficie cultivée en riz, orge, seigle et blé :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>Divisions.</div></td>
+<td class="c"><div>Riz.<br />(<i>Chô</i>).</div></td>
+<td class="c"><div>Orge.<br />(<i>Chô</i>).</div></td>
+<td class="c"><div>Seigle.<br />(<i>Chô</i>).</div></td>
+<td class="c"><div>Blé.<br />(<i>Chô</i>).</div></td></tr>
+<tr><td>Honshu</td>
+<td class="r"><div>2.285.453</div></td>
+<td class="r"><div>601.309</div></td>
+<td class="r"><div>325.643</div></td>
+<td class="r"><div>293.475</div></td></tr>
+<tr><td>Shi Koku</td>
+<td class="r"><div>150.787</div></td>
+<td class="r"><div>5.978</div></td>
+<td class="r"><div>118.620</div></td>
+<td class="r"><div>21.866</div></td></tr>
+<tr><td>Kiushu</td>
+<td class="r"><div>441.752</div></td>
+<td class="r"><div>50.474</div></td>
+<td class="r"><div>236.495</div></td>
+<td class="r"><div>118.548</div></td></tr>
+<tr><td>Yezo</td>
+<td class="r"><div>19.800</div></td>
+<td class="r"><div>12.075</div></td>
+<td class="r"><div>19.927</div></td>
+<td class="r"><div>9.917</div></td></tr>
+</table>
+<p>Si l’on compare les superficies cultivées aujourd’hui à
+celles d’il y a dix ans, on ne les trouve pas sensiblement
+augmentées ; le Japon semble bien être arrivé à son
+maximum de culture comme riz ; tous les terrains qui
+ont pu être transformés en rizières l’ont été ; depuis
+trente ans, la superficie des champs de riz a presque
+doublé : de 1.611.130 chô en 1878 elle est montée à
+2.898.792 chô en 1908. Le riz est, en effet, la base de la
+nourriture japonaise. Les autres céréales, qui en 1878
+représentaient une superficie de 1.433.913 chô, ne représentent
+en 1908 que 400.000 chô de plus, soit 1.833.913 chô ;
+parce que ces céréales ne sont nullement indispensables
+et servent à différents usages autres que la nourriture.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Voici quelle est la production totale du Japon en
+céréales ; c’est-à-dire en riz, orge, seigle et froment, le
+froment n’étant pas le blé que nous trouvons en Europe,
+mais une espèce de blé barbu à épi nettement carré et
+spécial au Japon.</p>
+
+<p>Production totale pour tout le Japon :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Riz</td> <td class="r"><div>46.302.530</div></td> <td>kokus.</td></tr>
+<tr><td>Orge</td> <td class="r"><div>9.445.238</div></td> <td> —</td></tr>
+<tr><td>Seigle</td> <td class="r"><div>6.957.932</div></td> <td> —</td></tr>
+<tr><td>Blé</td> <td class="r"><div>3.962.265</div></td> <td> —</td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">III. — Il existe deux sortes de riz : le riz ordinaire
+appelé urushi et le riz gluant ou mochigome (riz à
+gâteaux) ; elles sont divisées elles-mêmes en une quantité
+de variétés, au moins deux cent cinquante au dire des
+Japonais, mais que nous ne saurions reconnaître. Le riz
+se cultive dans l’eau ; cependant on en plante une certaine
+espèce en montagne, mais en petite quantité, et, du reste
+cette espèce ne se voit guère que dans les pays où il n’y
+a vraiment pas moyen de faire pousser le riz ordinaire.</p>
+
+<p>Ce dernier sert, ainsi que je l’ai déjà dit, à la nourriture
+quotidienne. Il est employé aussi pour faire de
+la levure de sake (alcool de riz) et du vinaigre ; réduit en
+farine il entre dans la fabrication de différentes pâtes
+alimentaires.</p>
+
+<p>Le riz gluant est utilisé pour faire des gâteaux et une
+espèce de liqueur sucrée ; on l’utilise aussi dans la teinturerie
+comme empois.</p>
+
+<p>L’orge sert à faire des sucreries appelées <i>ame</i> ou
+<i>midzuame</i>, des gâteaux en le grillant et le mélangeant
+avec du sucre.</p>
+
+<p>Avec le froment japonais sont fabriquées une espèce de
+macaroni et de vermicelle, et une sorte de pâte appelée <i>fu</i>.
+On l’emploie aussi mélangé avec des haricots, pour la
+fabrication du <i>shoyu</i> et du <i>miso</i>, deux sortes de sauces ;
+on en fait également des gâteaux.</p>
+
+<p>Le seigle trouve aussi son emploi comme le blé, et convient
+également à la nourriture des animaux.</p>
+
+<p>En dehors de ces quatre céréales, le sol japonais produit
+également :</p>
+
+<p>Haricots : 3.261.881 kokus ;</p>
+
+<p><i>Adzuki</i> : 804.485 ; (espèce de haricot, le <i lang="la" xml:lang="la">phaseolus
+radiatus</i>) ;</p>
+
+<p>Millet : 1.829.027 ;</p>
+
+<p>Iye : 205.422 (sorte de millet) ;</p>
+
+<p>Kibi : 364.269 (sorte de millet) ;</p>
+
+<p>Sarrazin : 1.119.108 ;</p>
+
+<p>Colza : 1.018.644.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Le haricot ou <i>mame</i> dont il existe au Japon de
+nombreuses espèces, sert à des usages non moins nombreux :
+car on peut non seulement le manger cuit ou
+réduit en farine, mais encore l’employer pour la fabrication
+du <i>shoyu</i>, du <i>miso</i> et du <i>tofu</i>. Le <i>shoyu</i> et le
+<i>miso</i> sont deux espèces de sauces et le <i>tofu</i> une sorte
+de gâteau assez semblable comme forme à un fromage
+tout frais.</p>
+
+<p>La peau, l’enveloppe, les feuilles et la tige des haricots
+entrent dans la nourriture des chevaux.</p>
+
+<p>Les différentes espèces de millet servent à l’alimentation,
+principalement sous forme de gâteaux.</p>
+
+<p>Le Japon produit encore :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Pommes de terre</td>
+<td class="r"><div>117.969.598</div></td> <td>kwamme ;</td></tr>
+<tr><td>Patates</td>
+<td class="r"><div>651.678.486</div></td> <td> —</td></tr>
+<tr><td>Coton</td>
+<td class="r"><div>2.145.625</div></td> <td> —</td></tr>
+<tr><td>Chanvre</td>
+<td class="r"><div>2.185.425</div></td> <td> —</td></tr>
+<tr><td>Tabac</td>
+<td class="r"><div>10.877.910</div></td> <td> —</td></tr>
+<tr><td>Indigo</td>
+<td class="r"><div>9.127.480</div></td> <td> —</td></tr>
+</table>
+<p>Le maïs ou <i>tomorokoshi</i> a été importé de Chine autrefois
+et les Japonais le mangent de deux manières ; s’il
+s’agit de l’épi, on le fait bouillir au naturel ; s’il s’agit de
+la farine, on en fait une espèce de soupe ou de bouillie.
+Quand le maïs est frais, on le mange aussi grillé, en faisant
+passer l’épi tout entier au-dessus du feu.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/illu5.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Le Château fort de Nagoya.</div>
+</div>
+<p>Comme légumes, le Japon a presque tous ceux d’Europe :
+oignon, ail, carotte, navet, concombre, melon,
+citrouille, épinard, oseille, etc… etc… En outre, il possède
+une quantité de légumes spéciaux et indigènes, ce qui
+porte le régime végétal à un point inconnu en Europe. Au
+Japon on peut varier ses plats de légumes à l’infini :</p>
+
+<p>Le lotus, en général cultivé dans les étangs ou les
+terrains inondés ; sa racine (hasu no ne : racine de lotus)
+est fort bonne à manger et fournit de l’amidon ; ses fleurs
+sont fort admirées ; le lotus est la fleur sacrée du bouddhisme ;</p>
+
+<p>Le daikon, espèce de navet énorme et comprenant de
+nombreuses variétés ; on le mange cuit ou salé ; on en fait
+une sorte de choucroute fort appréciée des Japonais, mais
+qui choque l’odorat des Européens ; l’<i>imo</i> ou racine bulbeuse
+qui comprend une foule de variétés dont les noms
+ne sont pas traduisibles en français parce que la plante
+n’existe pas chez nous ; <i>tsuku imo</i>, qui se consomme
+cuit et dont les graines peuvent se manger également ;</p>
+
+<p><i>Naga imo</i> ; on en fait une espèce de gruau que l’on
+mange avec une sauce spéciale, si l’on a soin de le râper
+et de le piler préalablement ;</p>
+
+<p><i>Imo</i> proprement dit, comprend <i>sato imo</i>, <i>tono imo</i>,
+<i>yatsuga imo</i>, <i>yegu imo</i>, etc. L’énumération en serait
+trop longue. Toutes ces variétés se mangent cuites. Au
+printemps, on recouvre de terre les tubercules de l’yegu
+imo pour les faire germer ; lorsque les petites pousses,
+qui portent le nom de <i>no imo</i>, apparaissent, on les mange ;
+il y a une autre variété dite hasu imo dont la tige seule
+peut être utilisée ;</p>
+
+<p><i>Yuri</i>, le lis, est employé au Japon tout comme les
+carottes et les navets ; le sara yuri pousse à l’état sauvage ;
+l’oni yuri réclame les soins de la culture ; ce dernier
+est supérieur comme goût, et on peut réduire son bulbe
+en fécule ;</p>
+
+<p><i>Na</i>, épinard, herbe, etc., on pourrait plutôt traduire
+par <i>verdure</i> ; car on appelle <i>na</i> au Japon toutes les
+feuilles vertes qui se mangent, et elles sont nombreuses ;</p>
+
+<p><i>Mitsuba</i>, espèce de plante d’eau (<span lang="la" xml:lang="la">cryptotœnia canadensis</span>) ;</p>
+
+<p><i>Shiso</i>, feuilles soit rouges, soit vertes, que l’on sale et
+que l’on mange après macération ;</p>
+
+<p><i>Takenoko</i>, jeunes tiges de bambou que l’on fait bouillir
+et que l’on assaisonne ensuite une fois qu’elles sont très
+tendres.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Le Japonais aime beaucoup le condiment épicé ; il
+emploie fréquemment le gingembre (shoga), cru ou conservé.
+On fait croître les jeunes pousses dans des caves
+en recouvrant les racines avec de la terre et des détritus
+de végétaux.</p>
+
+<p>Le wasabi ou raifort est également très apprécié ; le
+togarashi ou piment, le sansho (<span lang="la" xml:lang="la">Xantoxylum piperitum</span>) ;
+les graines de chanvre grillées, etc…</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — La superficie de la terre peut se décomposer
+comme suit :</p>
+
+<p>Terres appartenant à la Couronne, au Gouvernement, etc.,
+21.394.805 cho.</p>
+
+<p>Terres appartenant aux particuliers, 14.172.339 cho.</p>
+
+<p>La population occupée à la terre peut se chiffrer par
+environ 5.600.000 familles, soit 64 pour 100 de la population
+totale de l’Empire ; parmi ses membres environ
+20 pour 100 possèdent une éducation agricole complète ;
+350.000 jeunes gens ayant passé par des écoles spéciales.</p>
+
+<p>La terre est excessivement morcelée et la plus grande
+partie des champs de riz, par exemple, n’est que de 4 à
+4 ares 50 de superficie, tandis que les champs proprement
+dits ne mesurent que 8 à 9 ares. Si l’on ajoute à cela le terrain
+qu’il faut sacrifier nécessairement autour des champs
+de riz afin d’élever des talus pour contenir l’eau, on voit
+que pour un propriétaire qui possède beaucoup de champs
+dispersés, le travail de culture est pénible et les pertes
+assez grandes. Aussi, depuis 1900, le Gouvernement
+a-t-il entrepris, de concert avec les intéressés, et en nommant
+des experts qualifiés, de réajuster la propriété et de
+la répartir d’une façon plus groupée, de manière à rendre
+les propriétés plus compactes. Les propriétaires n’ont
+qu’à y gagner ; aussi se prêtent-ils volontiers à ce mouvement,
+qui se dessinait plein de promesses, mais se trouve
+en suspens faute de fonds.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Le Japon produit de la soie en assez grande
+quantité ; voici les noms des districts qui en fournissent
+le plus :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Ken de</td>
+<td>Miye</td>
+<td class="r"><div>3.312.490</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Gumma</td>
+<td class="r"><div>9.585.254</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Aichi</td>
+<td class="r"><div>8.358.883</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Yamanashi</td>
+<td class="r"><div>8.346.864</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Nagano</td>
+<td class="r"><div>34.989.371</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Fukushima</td>
+<td class="r"><div>6.188.107</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Saitama</td>
+<td class="r"><div>8.352.784</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Gifu</td>
+<td class="r"><div>6.155.458</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Yamagata</td>
+<td class="r"><div>4.885.739</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Les mûriers occupent la superficie suivante :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Honshu</td>
+<td class="r"><div>337.399</div></td>
+<td>cho.</td></tr>
+<tr><td>Shikoku</td>
+<td class="r"><div>8.218</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Kiushu</td>
+<td class="r"><div>16.839</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Yezo</td>
+<td class="r"><div>2.260</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>La culture de cet arbre réussit bien au Japon, et il
+atteint parfois la hauteur de vingt à trente pieds. Ses
+feuilles, cordiformes et dentelées, sont quelquefois découpées ;
+ses fruits mûrissent en été et ont une couleur
+violette ; on le plante en ligne comme les vignes dans le
+centre de la France, et on coupe les branches au lieu de
+récolter seulement les feuilles ; de sorte que tous les ans,
+au printemps, de jeunes branches sortent avec une nouvelle
+vigueur. Il existe au Japon deux sortes de mûriers :
+l’un qui fleurit en mars, l’autre, plus tardif, qui fleurit
+seulement en avril.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — La superficie des champs plantés en thé est :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Honshu</td>
+<td class="r"><div>37.659</div></td>
+<td>chô.</td></tr>
+<tr><td>Shikoku</td>
+<td class="r"><div>3.498</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Kiushiu</td>
+<td class="r"><div>9.299</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Yezo</td>
+<td colspan="2">néant.</td></tr>
+</table>
+<p class="noindent">soit, en tout, 50.456 chô.</p>
+
+<p>Les districts qui produisent le plus de thé sont :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td colspan="2">Ken d’Ibaraki</td>
+<td class="r"><div>454.437</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Shidzuoka</td>
+<td class="r"><div>3.445.679</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Shi de Kioto</td>
+<td class="r"><div>739.152</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Ken de</td>
+<td>Shiga</td>
+<td class="r"><div>374.932</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Miye</td>
+<td class="r"><div>726.211</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Nara</td>
+<td class="r"><div>376.993</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Kumamoto</td>
+<td class="r"><div>519.106</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Je ne m’étends pas particulièrement sur la culture du
+thé au Japon, qui ne présente aucun intérêt pour l’Europe.
+Tout le thé que fournit le Japon à l’exportation est absorbé
+par les États-Unis qui s’en sont fait une spécialité ; et je
+doute qu’il soit jamais apprécié en Europe.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Le cheval, autrefois au Japon, était surtout destiné
+à porter les fardeaux des paysans à travers les sentiers
+dans la campagne, et à servir de monture aux guerriers.
+Le cheval japonais est un animal fort peu élégant,
+sans poitrail, efflanqué, très peu solide sur ses jambes de
+devant et d’une ressource médiocre pour les lourds fardeaux.
+Le Gouvernement Japonais a fait tous ses efforts
+pour améliorer la race, et instruit par les deux dernières
+guerres, il a institué une administration spéciale des
+haras sous la direction immédiate de la Maison impériale,
+avec un conseiller privé et un ancien ministre d’État à sa
+tête. Mais les circonstances particulières dans lesquelles
+se trouve le Japon s’opposent à un rapide développement
+de la race chevaline : en effet, l’absence de plaines étendues,
+la présence par tout le pays de champs de riz, l’inutilité
+presque absolue du cheval pour les cultivateurs et le
+public en général, font que l’élevage a toujours été plus ou
+moins négligé.</p>
+
+<p>La nouvelle administration doit avoir constamment à
+sa disposition 1.500 étalons étrangers choisis, de façon à
+les distribuer dans les principaux centres d’élevage pour
+les accoupler avec des juments indigènes. Le programme
+est établi pour une durée de 28 ans à partir de 1906, et on
+estime la dépense à 30.000.000 de yen.</p>
+
+<p>Les principaux centres d’élevage sont : au Nord l’île de
+Yezo ; les districts de Nambu, Sendai, Miharu et Akita ;
+au Sud, Kagoshima.</p>
+
+<p>Le cheval de Nambu est le plus réputé du Japon ; il est
+fort, relativement large de poitrail et très endurant. Ceux
+de Hokkaido, Sendai, Miharu, Akita sont des variétés du
+Nambu ; ils sont dociles et résistants : le cheval de
+Kagoshima, au contraire, est petit, vif, vicieux et souvent
+intraitable.</p>
+
+<p>Il y a longtemps déjà que le Gouvernement Japonais a
+essayé d’introduire des chevaux étrangers pour améliorer
+la race indigène ; mais jusqu’à présent il n’a pas réussi.
+De France, d’Angleterre, d’Amérique, de Hongrie, d’Arabie,
+d’Australie sont venus de beaux, de splendides spécimens ;
+au bout de deux ans au Japon ils étaient ou morts
+ou malades ; le climat humide et le manque de pâturages
+les tuent.</p>
+
+<p>L’Empereur a cependant une écurie de chevaux australiens ;
+mais ces malheureuses bêtes ne sont que l’ombre
+de ce qu’elles étaient dans leur pays. Le cheval chinois lui-même,
+pourtant si fruste et si résistant, est bientôt, au
+Japon, pris de rhumatismes et rendu indisponible.</p>
+
+<p>Un poulain de deux ans coûte aujourd’hui environ 60 yen
+s’il est indigène pur sang, et environ 150 yen s’il est
+croisé de sang étranger.</p>
+
+<p>Les bêtes à cornes sont également très chétives ; autrefois
+on ne les employait que comme bêtes de somme ;
+aujourd’hui encore le paysan japonais se contente de s’en
+servir pour la culture ou le transport et il n’en élève pas
+pour la boucherie ; il s’ensuit que la viande fournie aux
+Européens dans les ports est de très mauvaise qualité.
+Le manque de bons pâturages empêchera toujours la formation
+de belles races de bœufs comme en Europe et en
+Amérique ; le lait est pauvre et rare, et le beurre qu’on a
+essayé de produire est détestable.</p>
+
+<p>Les chèvres et les moutons n’existent pas ; on a essayé
+d’en introduire, mais ils ne réussissent que difficilement
+et seulement dans le Nord ; en général, au bout de peu de
+temps ils sont atteints de maladie et meurent vite. Il n’est
+pas rare d’en voir mourir subitement sans cause apparente.
+L’humidité du climat doit contribuer à empêcher leur
+élevage en grand.</p>
+
+<p>Porcs et poulets existent en petites quantités ; le Japonais
+mange peu de porc et n’est pas non plus très friand de
+volaille.</p>
+
+
+<p class="ugap">X. — En fruits le Japon est très pauvre ; il n’a de bon que
+le <i>biwa</i> que nous avons appelé la nèfle du Japon, et qui
+pousse, transplantée, sur le littoral méridional de la
+France et en Algérie ; le <i>kaki</i>, fruit spécial à la Chine et
+au Japon, ressemblant à une tomate, et dont il y a quatre-vingt-six
+variétés ; le <i>mikan</i>, sorte de mandarine.</p>
+
+<p>Les autres fruits existent, mais sont détestables ; la
+prune (sume) ne peut se manger crue ; elle est employée
+à faire des confitures ou bien une espèce de conserve salée
+que l’on mange le matin en se levant ; les fleurs du prunier,
+salées, servent à faire des infusions analogues à celles
+du thé.</p>
+
+<p>Le pêcher (momo) porte d’assez beaux fruits qui ne sont
+pas mangeables sans être cuits. Les Japonais les conservent
+en les faisant bouillir dans du sucre.</p>
+
+<p>L’abricot (ansu) est gardé séché ; cru, il est acide et
+désagréable.</p>
+
+<p>Le brugnon (sumomo), la pomme (ringo), la poire
+(nashi) sont absolument inférieurs, n’ont que le goût d’eau,
+et sont insipides crus ; on les mange en compote avec du
+sucre.</p>
+
+<p>Le cognassier (kwarin) très inférieur comme grosseur
+et comme espèce à celui d’Europe, se mange bouilli avec
+du miel et du gingembre.</p>
+
+<p>En dehors du <i>mikan</i> (mandarine) qui est excellent, il
+existe au Japon un nombre considérable de variétés de
+citrons : le koji ; le kunembo ; le daïdaï ; le zabon ; le
+buntan ; le bushu kan ; le kinkan ; le yudzu. Tous ces
+citrons croissent généralement dans le Sud (île de Kiushu),
+seul, le yudzu supporte le froid.</p>
+
+<p>Le jujubier (natsume), le noyer (kurumi), le châtaignier
+(kuri) existent également, mais les fruits en sont inférieurs.</p>
+
+<p>La vigne sauvage (budô) existe en grande quantité, et
+fournit des fruits assez agréables au goût.</p>
+
+<p>Le cerisier (sakura) ne vaut que par ses fleurs qui, au
+printemps, font la joie du Japon.</p>
+
+<p>Depuis une vingtaine d’années on a essayé d’acclimater
+les cerises, les pommes, les poires, le raisin, les fraises
+d’Europe et d’Amérique. On a réussi assez bien pour
+les poires et les pommes ; on a obtenu également des
+cerises et des fraises ; mais les plants dégénèrent vite.
+Le climat des îles japonaises est beaucoup trop humide,
+et c’est évidemment ce qui s’oppose, dans le règne végétal,
+au développement normal des fruits d’Europe, et,
+dans le règne animal, à l’élevage du mouton et de la
+chèvre.</p>
+
+
+<p class="ugap">XI. — Hokkaidô (île de Yézo) très au Nord et loin de
+toute communication avec le Japon d’autrefois, est restée
+longtemps négligée ; elle servait de lieu d’exil, elle n’était
+guère peuplée que d’Ainos, et Hakodaté était le seul port,
+la seule station que les Japonais eussent dans l’île. Le climat,
+très froid, ne leur convenait d’ailleurs pas, et c’était,
+en outre, un voyage trop long pour s’y rendre. Depuis la
+restauration impériale, le Gouvernement a essayé de coloniser
+l’île de Yézo, appelée plus communément Hokkaidô ;
+il a d’abord institué un Bureau de la colonisation, le <i>Kai
+taku shi</i>, spécialement destiné à l’administration du pays.</p>
+
+<p>En dehors du colon libre qui ne venait pas en grand
+nombre dans ces froides solitudes, le Gouvernement voulut
+imiter les Russes en Sibérie et créa des soldats-laboureurs
+auxquels il donnait la terre et qui restaient attachés au sol
+qu’ils devaient défendre. Mais toute cette organisation ne
+produisit rien de sérieux. On y renonça et, sans rattacher
+encore le Hokkaidô à l’administration générale de l’Empire,
+on créa un gouvernement à part, un <i>chô</i>, et on
+divisa l’île en <i>ken</i> ; puis on la rattacha au ministère de
+l’Intérieur.</p>
+
+<p>Grâce aux mines de houille de Poronai, à la pêche du
+saumon, du hareng, de la baleine, grâce aussi à la natalité
+toujours plus grande de la nation japonaise, l’île finira
+probablement par se peupler forcément ; mais il est hors
+de doute, cependant, que les Japonais ne s’y plaisent pas
+et ne s’y expatrient pas volontiers.</p>
+
+<p>L’État leur donne la terre aux conditions suivantes :</p>
+
+<p>Terre pour culture 500 chô à 4 yen 50 le chô ;</p>
+
+<p>Terre pour l’élevage 800 chô à 3 yen le chô ;</p>
+
+<p>Forêt 800 chô à 1 yen 50 le chô ;</p>
+
+<p>Terre donnée gratuitement 10 chô.</p>
+
+<p>La durée au bout de laquelle la terre doit être en rapport
+est de :</p>
+
+<p>5 ans pour la terre accordée gratuitement ;</p>
+
+<p>8 ans pour 10 chô ;</p>
+
+<p>10 ans pour 30 chô.</p>
+
+<p>Pour l’exploitation des terrains forestiers ou pour
+l’extraction de la tourbe, la période est doublée. Le colon,
+qui a rempli les conditions exigées, a droit à une nouvelle
+acquisition aux mêmes prix et obligations.</p>
+
+<p>Des fermes modèles ont été installées, principalement
+aux environs de Sapporo. L’une appartient à la <i>Shoku
+yetsu shoku min kwaiska</i> et elle est située à Noboro,
+(12 kilomètres de Sapporo). La ferme contient 251 familles ;
+en 1906 la compagnie a retiré un bénéfice net de 5.182 yen.
+Une autre appartient au marquis Maeda (ancien daïmio
+de Kaga) ; située près de Sapporo, elle est divisée en
+exploitation agricole et en élevage. Le capital employé est
+d’environ 80.000 yen et le bénéfice de 1906 a été de
+5.797 yen.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch11">CHAPITRE XI</h2>
+
+<p class="d">I. Pêcheries. — II. Les bateaux de pêche ; les prises. — III. Prime
+à la pêche en haute mer. — IV. La baleine. — V. Sel et salines. — VI.
+Forêts. — VII. Quelques-uns des bois les plus répandus du
+Japon. — VIII. La forêt de Kisogawa, domaine de la Couronne. — IX.
+Le camphrier. — X. Champignons.</p>
+
+
+<p>I. — Les Japonais sont incontestablement nés pêcheurs :
+plus de trois millions d’entre eux vivent de l’industrie de
+la pêche. Cette dernière est caractérisée par une extrême
+diversité ; par suite de la situation du pays, chaud au Sud
+et très froid au Nord, on peut se livrer dans les mers qui
+le baignent à des pêches toutes différentes. Dans les mers
+du Hokkaidô, on pêche le hareng, la sardine, le saumon,
+la baleine ; dans le Sud, se trouvent le thon, la bonite,
+le maquereau, et, en général, le poisson qui se rencontre sur
+nos côtes ; quantité de langoustes et de crevettes. Mais
+le Japon, comme beaucoup d’autres pays, souffre d’une
+pêche trop peu réglementée et pratiquée sans méthode ; le
+poisson diminue et certaines espèces deviennent rares. La
+loi pour la protection du poisson de mer et de rivière, qui
+a été édictée il y a quelques années, est peu observée.
+La fécondation artificielle n’est guère appliquée que pour
+le saumon au Hokkaidô et pour l’huître à Hiroshima.</p>
+
+<p>L’influence des deux courants marins, qui longent
+les côtes Est et Ouest du Japon, a naturellement une
+influence toute spéciale sur la vie marine du Pacifique et
+de la mer du Japon. Chacune des côtes, étant soumise à
+l’action plus ou moins grande d’un courant chaud venant
+du Sud, et d’un courant plus froid venant du Nord, la prédominance
+de l’un ou de l’autre affecte la température de
+la mer. Ainsi, le long de la côte Nord, à partir de Kinkasan
+(Honshu) la température moyenne est au-dessous
+de 15° centig. et le long de la côte Est du Hokkaidô et des
+Kouriles elle est au-dessous de 10° centig. à cause de la prédominance
+des courants froids. D’un autre côté, étant
+donné la présence des courants plus chauds le long de la
+côte Sud, depuis le groupe d’îles à l’extrémité de la pointe
+d’Idzu jusqu’à l’extrémité sud de Kiushu, la température
+moyenne est au-dessus de 20° centig., tandis que vers
+les îles Bonin et le long de la côte Est de Formose, elle
+est de + 23° centig. On comprend donc pourquoi, ainsi
+que nous l’avons dit plus haut, la diversité est si grande
+dans la faune aussi bien que dans la flore maritime du
+Japon.</p>
+
+<p>Si l’on songe que la côte regardant le Pacifique et qui
+commence au Nord aux Kouriles pour finir au Sud à Formose,
+se trouve assise sur 29° de latitude, il est facile de
+se rendre compte que les deux extrémités du pays diffèrent
+absolument au point de vue de la production maritime.
+Par suite, tandis qu’au Nord on pêche le hareng, la
+sardine, le maquereau, la morue, dans le Sud on prend
+plutôt la dorade, le thon, la bonite, le requin, la sole, etc.</p>
+
+<p>L’une des scènes les plus curieuses à contempler à
+Tokio, c’est le matin à quatre heures, le marché aux poissons
+à Nihon Bashi. Des quantités de bateaux sont entrées
+la nuit dans le canal qui les mène jusqu’au marché, et là ils
+ont déchargé toute leur pêche de la journée précédente.
+C’est un amas inouï de tous les genres, de toutes les sortes
+de poissons, depuis la sardine dédaignée (on la pêche en
+automne en grande quantité au large de la baie de Tokio)
+jusqu’au requin et à la pieuvre, en passant par des espèces
+de poissons inconnues à nos mers et présentant les formes
+les plus extraordinaires et les plus disgracieuses.</p>
+
+<p>Les Japonais font une consommation prodigieuse de
+poisson et ils en tirent aussi des conserves ; la bonite,
+notamment, est desséchée et devient tellement dure qu’on
+la prendrait pour une pierre à repasser les couteaux ; c’est
+le <i>katsuobushi</i>, que toute bonne ménagère a chez elle et
+qu’elle râcle dans toutes les soupes et dans toutes les
+sauces.</p>
+
+<p>Le requin, jeune, est fort apprécié ; la seiche et la
+pieuvre sont des mets de choix.</p>
+
+<p>Quant au hareng on en fait surtout de l’engrais. Il est
+pêché principalement au Hokkaidô, à Aomori et à Akita.
+La saison de pêche va de mars à mai et la pêche a lieu
+surtout sur la côte Ouest. D’énormes quantités de harengs
+sont prises ainsi ; on n’en conserve qu’une très faible
+partie pour la nourriture (si petite qu’on n’en voit jamais
+sur le marché de Tokio) et on en fabrique une espèce d’huile
+et de l’engrais. Cet engrais de hareng est l’une des causes
+de la prospérité des pêcheries de l’île de Yézo ; mais
+depuis que l’on a importé de l’engrais de harengs de
+Sibérie et de l’engrais de sardines des côtes de Corée, il
+y a eu diminution des gains à Yézo. Aussi a-t-on commencé
+à Akita et à Aomori notamment à fumer et à saler
+le hareng pour l’exportation ; ces conserves sont envoyées
+en Chine et en Australie.</p>
+
+<p>La sardine est aussi très abondante ; les Japonais la
+mangent fraîche : c’est le plat du pauvre. On en tire aussi
+de l’engrais ; on a essayé d’en faire des conserves à
+l’huile, mais les Japonais n’ont pas encore trouvé le moyen
+de les préparer d’une façon convenable.</p>
+
+<p>La morue et le saumon sont pêchés aussi, en grande
+quantité, sur les côtes de l’île de Yezo ; on les vend séchés
+et salés, mais les Japonais les apprécient peu.</p>
+
+<p>Le Japon est le pays des langoustes, des crevettes et
+des coquillages de toutes sortes. La mer en fournit tous
+les jours de telles quantités, sans se lasser, qu’elle semble
+inépuisable. Néanmoins, on commence à remarquer un
+fléchissement dans le rendement des langoustes, que les
+Européens, habitant le Japon, consomment en grande
+quantité et qu’ils ont mises à la mode.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Il existait, en 1906 (dernier relevé statistique),
+426.000 bateaux de pêche, presque tous de 30 shaku de
+long (90 mètres environ), 24.000 seulement dépassant
+cette mesure. Il a été pris cette année-là :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Seiches et pieuvres</td>
+<td>pour une valeur de</td>
+<td class="r"><div>2.902.436</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Sardines</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4.861.311</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Harengs</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.531.136</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Bonites</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.303.302</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Crevettes</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.415.263</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Maquereaux</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.876.865</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Thons</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.541.679</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Espèce de poisson appelée :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Queue jaune</td>
+<td>pour une valeur de</td>
+<td class="r"><div>2.828.359</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Dorade</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3.790.119</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>De ces différents produits, ont été manufacturés :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Crevettes</td>
+<td>desséchées</td>
+<td>pour une valeur de</td>
+<td class="r"><div>816.542</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Seiches</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>2.219.150</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Bonites</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.095.044</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Sardines</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3.324.872</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Sardines pour engrais</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>532.942</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Harengs pour nourriture</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>888.036</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>engrais</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4.643.100</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>J’ai dit plus haut qu’on avait essayé au Japon différentes
+conserves de poisson, notamment de sardines et de
+saumons, mais elles sont très mal faites et il est impossible
+à un Européen de les manger ; le Japon manque
+de l’huile nécessaire à la préparation.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Une prime à la navigation a été accordée par le
+Gouvernement en 1897 (loi révisée en 1905) pour les
+bateaux pratiquant la pêche en haute mer. Pour les bateaux
+construits au Japon elle attribue :</p>
+
+<p>Par tonne brute d’acier ou de fer, 40 yen ;</p>
+
+<p>Par tonne brute, mélange métal et bois, 35 yen ;</p>
+
+<p>Par tonne brute bois, 30 yen.</p>
+
+<p>Pour machine à vapeur :</p>
+
+<p>Par cheval-vapeur, 10 yen.</p>
+
+<p>Pour machine à pétrole :</p>
+
+<p>Par cheval-vapeur, 20 yen.</p>
+
+<p>Pour les bateaux construits à l’étranger et battant
+pavillon japonais :</p>
+
+<p>Vapeur : 22 yen par tonne brute ;</p>
+
+<p>Voilier : 18 yen.</p>
+
+<p>Les bateaux désirant participer à la prime doivent
+avoir, pour la pêche en eau profonde : de 50 à 200 tonnes
+pour un vapeur se livrant lui-même à la pêche ; de 10 à
+250 tonnes pour un voilier pêchant au filet, et de 30 à
+250 tonnes pour un voilier pêchant avec ses canots. Pour
+la pêche à la bonite, le tonnage doit être de 10 à 30 tonnes
+pour un voilier pêchant par lui-même et de 50 à 200 tonnes
+pour un voilier pêchant au moyen de ses canots. Pour les
+bateaux servant de transport, le tonnage est de 80 à
+350 tonnes pour un vapeur et de 15 à 150 pour un voilier.</p>
+
+<p>La prime est garantie pour cinq ans ; elle est renouvelable
+après examen du bateau et de son matériel. L’équipage
+doit être pour les 4/5 composé de Japonais. Jusqu’à
+présent, la somme totale des primes allouées a été de
+435.389 yen.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Il y a une quarantaine d’années, le Japon occupait
+une large place dans la pêche de la baleine et les
+mers du Japon voyaient chaque année arriver de nombreux
+baleiniers d’Europe et d’Amérique. Mais ces navigateurs
+firent tant et si bien qu’ils exterminèrent pour ainsi dire
+ce cétacé. Heureusement, lassés de n’en plus trouver
+suffisamment, ils quittèrent les côtes du Japon, et, comme
+les Japonais se livraient fort peu à ce genre de pêche, la
+baleine se mit à reparaître de telle façon qu’aujourd’hui,
+les eaux japonaises et coréennes fournissent un butin assez
+abondant.</p>
+
+<p>Les endroits les plus renommés pour la pêche à la
+baleine sont : en été, la côte depuis Kinkazan jusqu’à
+l’extrémité de la baie de Tokio, ainsi que les côtes de
+Kishu, Tosa et Nagato (ces dernières en hiver).</p>
+
+<p>De 1906 à 1908 il y a eu un nombre de plus en plus
+considérable de bateaux employés à cette pêche :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Mars</td>
+<td class="r"><div>1906,</div></td>
+<td>vapeurs</td>
+<td class="r"><div>5,</div></td>
+<td>prises</td>
+<td class="r"><div>434</div></td>
+<td>baleines.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1907,</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10,</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>939</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>voiliers</td>
+<td class="r"><div>1,</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>19</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1908,</div></td>
+<td>vapeurs</td>
+<td class="r"><div>18,</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>806</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>voiliers</td>
+<td class="r"><div>2,</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>22</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Pour 1908, sont seulement données les prises dans les
+eaux territoriales ; si l’on y ajoute les prises faites dans
+les eaux coréennes, le total est bien plus considérable. Il
+est, d’ailleurs, impossible de donner les résultats exacts
+et complets ; car beaucoup de baleiniers, ne recevant pas
+la prime, ne fournissent aucune indication sur les prises
+qu’ils ont faites.</p>
+
+<p>Les chiffres ci-dessus, et ceux qui suivent, sont pris
+dans les statistiques japonaises, notamment dans le
+« <span lang="en" xml:lang="en">Japan year book</span> » et le « Résumé statistique de l’Empire ».
+On peut les considérer comme donnant un résultat
+assez exact, quoique j’aie relevé quelques chiffres contradictoires.</p>
+
+<p>Valeur des prises sur les côtes de Corée :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Total</td>
+<td>(1906)</td>
+<td class="r"><div>2.015.165</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>(1907)</td>
+<td class="r"><div>2.225.521</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Résultats des pêcheries sur la côte de Sakhalin :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Truites saumonées</td>
+<td>pour une valeur de</td>
+<td class="r"><div>41.544</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Harengs</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>19.200</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Saumons</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10.677</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Divers</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>11.900</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">V. — A la pêche se rattache, dans un pays maritime
+comme le Japon, l’extraction du sel. Il existe, en effet,
+fort peu de sel de mines, et c’est la mer qui le fournit
+presque entièrement. Tantôt on l’extrait en faisant dessécher
+par le soleil des marais savamment étalés au bord
+de la mer ; tantôt par des procédés artificiels. Les côtes de
+la mer intérieure sont les plus productives ; toutefois on
+en produit un peu partout. Mais depuis l’annexion de
+Formose, c’est surtout dans cette dernière île que l’industrie
+saline a pris un grand développement. Jusqu’à la dernière
+guerre avec la Russie, le monopole du sel existait à
+Formose, mais la vente en était libre sur le territoire de
+l’Empire. Depuis la campagne de Mandchourie, le Gouvernement
+a établi ce monopole dans tout le Japon.</p>
+
+<p class="c"><i>Production du sel</i> :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="c"><div>Koku.</div></td>
+<td class="c"><div>Yen.</div></td></tr>
+<tr><td>Honshu</td>
+<td class="r"><div>2.741.796</div></td>
+<td class="r"><div>5.632.480</div></td></tr>
+<tr><td>Shikoku</td>
+<td class="r"><div>1.603.865</div></td>
+<td class="r"><div>2.692.160</div></td></tr>
+<tr><td>Kiushiu</td>
+<td class="r"><div>521.329</div></td>
+<td class="r"><div>1.889.153</div></td></tr>
+<tr><td>Yezo</td>
+<td class="r"><div>116</div></td>
+<td class="r"><div>407</div></td></tr>
+</table>
+<p>Les principaux districts fournisseurs de sel sont : Hiogo,
+Okayama, Hiroshima, Yamaguchi, Tokushima, Kogawa,
+Oita.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Le Japon a, de tout temps, été un pays de forêts,
+et le bois y a servi à toute espèce de constructions et d’industries :
+les maisons d’abord sont en bois et, en général,
+tous les ustensiles de ménage et de culture. Il s’ensuit que
+la consommation en est considérable ; mais, plus avisé que
+son voisin de Chine, qui a laissé son pays se dénuder, au
+point que, dans certaines régions, on ne trouve pas un
+arbre, le Japonais a toujours replanté au fur et à mesure
+qu’il a coupé. C’est ce qui fait, qu’à l’heure actuelle, malgré
+le pillage des forêts au moment de la restauration,
+et l’abatage inconsidéré d’un grand nombre de bois, malgré
+aussi les inondations terribles qui dévastent quelquefois
+des parties entières de forêts, ces dernières occupent
+encore à peu près 59 pour 100 du territoire de l’Empire.
+On peut les diviser ainsi :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Forêts de l’État</td>
+<td class="r"><div>12.020.218</div></td>
+<td>chô.</td></tr>
+<tr><td>Forêts de la Couronne</td>
+<td class="r"><div>2.109.099</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Forêts des temples et des particuliers</td>
+<td class="r"><div>7.991.796</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>De cet ensemble 420.096 chô, faisant partie du domaine
+de l’État et de la Couronne sont intangibles ; le reste, soit
+7.991.796 chô pour les forêts des particuliers et des
+temples, et 13.709.221 chô pour les forêts de l’État et de
+la Couronne, est en exploitation.</p>
+
+<p>Les districts Nord-Est du Honshu et du Hokkaido (Yezo)
+abondent en forêts. Les préfectures qui suivent ont
+au moins 500.000 chô de terrains forestiers : Iwate,
+Tokushima, Niigata, Yamagata, Gumma, Ehime, Yamaguchi ;
+les Ken de Nagano, Akita, Gifu, Aomori en possèdent
+plus de 1.000.000 de chô ; quant à Yezo, l’île entière
+renferme 12.250.095 chô de forêts.</p>
+
+<p>Il est assez difficile d’avoir les chiffres exacts du rendement
+des forêts particulières ; car les propriétaires ne
+tiennent aucune espèce de comptes pour le travail accompli
+et les dépenses d’exploitation.</p>
+
+<p>Pour les forêts de l’État, les relevés de 1906-1907
+donnent :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Recettes</td>
+<td class="r"><div>9.169.272</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Dépenses</td>
+<td class="r"><div>3.796.862</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Le taux du bénéfice pourrait être encore plus fort, mais
+en beaucoup d’endroits les forêts de l’État sont presque
+inaccessibles ; et, d’un autre côté, l’administration dépense
+beaucoup pour faire des reboisements.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Le Japon est très riche en conifères de toutes
+sortes et possède des essences inconnues à l’Europe. Il
+n’est pas sans intérêt de donner la description des principales.</p>
+
+<p><i>Sugi</i> ou <i lang="la" xml:lang="la">cryptomeria japonica</i>, est un arbre vert qui
+atteint une hauteur variant entre 30 et 40 mètres. Le cœur
+est rouge ; le reste du bois est blanchâtre ; il est employé
+en architecture ; on en fait aussi des meubles, des
+boîtes.</p>
+
+<p>Une des variétés de cet arbre, le <i>yakusugi</i>, vient de
+l’île de Yaku dans la province de Satsuma ; on le trouve
+aussi dans l’île de Sado. Son bois est très résineux et son
+grain très serré. Le <i>kurobe sugi</i>, qui pousse dans les provinces
+de Hida et de Shinano, est un très beau bois à grain
+sinueux. Le <i>jiudai sugi</i>, qui n’est autre que le sugi qui a
+séjourné longtemps sous terre, se trouve dans le lac de
+Hakone et ses environs. Les plus beaux spécimens de
+cryptoméria actuellement existants sont ceux qui se
+dressent des deux côtés de la route qui conduit d’Utsunomiya
+à Nikkô et qui ont été plantés il y a près de trois
+siècles. Ils sont merveilleux et font l’admiration du voyageur.
+Quelques beaux cryptoméria se trouvent également
+à Hakone, autour du lac.</p>
+
+<p><i>Hinoki</i> (<span lang="la" xml:lang="la">chamœciparis obtusa</span>) est aussi un arbre à
+feuilles persistantes ; son bois, dont le grain est très serré,
+dégage une odeur agréable ; il occupe la première place
+parmi les bois de construction ; le meilleur vient de Kiso,
+dans la province de Shinano.</p>
+
+<p><i>Sawara</i> (<span lang="la" xml:lang="la">chamœciparis pisifera</span> ou <span lang="la" xml:lang="la">thuyopsis dolabrata</span>)
+ressemble beaucoup au précédent ; et son bois est
+presque aussi bon que celui du hinoki ; on l’emploie également
+pour la construction des maisons et la fabrication
+des meubles.</p>
+
+<p><i>Hiba</i>, variété du précédent, sorte de Thuyopsis, ressemble
+au Hinoki, mais son bois est plus blanc ; on le
+trouve beaucoup à Nikko.</p>
+
+<p><i>Akamatsu</i> (<span lang="la" xml:lang="la">pinus densiflora</span>), arbre généralement
+tordu, à écorce rouge ; le bois est blanc, mais le grain en
+est grossier.</p>
+
+<p><i>Kuromatsu</i> (<span lang="la" xml:lang="la">pinus massoniana</span>) est plus grand que le
+précédent, mais son grain est analogue ; son écorce est
+noire ; comme il est également bon marché, et qu’il peut
+s’employer à différents usages, c’est celui que l’on consomme
+le plus au Japon.</p>
+
+<p><i>Kaya</i> (<span lang="la" xml:lang="la">torreya nucifera</span>), arbre à feuilles persistantes,
+qui devient très gros mais est peu élevé. Son bois est
+très recherché par les fabricants de meubles ; il vient des
+provinces de Mutsu, Kii, Mikawa, Yamato.</p>
+
+<p><i>Tsuga</i> (<span lang="la" xml:lang="la">abies tsuga</span>) est de tous les sapins celui qui
+fournit le plus beau bois, d’un grain très serré et très
+dur. Le meilleur vient de la province de Yamashiro.</p>
+
+<p><i>Momi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">abies firma</span>) atteint ordinairement une hauteur
+de 20 à 30 mètres ; on le trouve dans presque toutes les
+provinces du Japon. La rapidité de sa croissance le rend
+précieux et il est employé à toutes sortes d’usages, constructions
+et meubles.</p>
+
+<p><i>Icho</i> (<span lang="la" xml:lang="la">salisburghia adanthifolia</span>). Cet arbre est à feuilles
+caduques ; tantôt mâle, tantôt femelle ; il atteint une hauteur
+de 20 à 30 mètres ; son bois est tendre, mais le grain
+en est cependant très serré ; il sert à la construction de
+certaines parties des maisons japonaises, et aussi à la
+fabrication des meubles. On le trouve partout au Japon,
+surtout près des temples ; il donne un fruit dont les Japonais
+mangent l’amande (gin nan) grillée ; crue elle est un
+poison.</p>
+
+<p><i>Kurumi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">juglans mandchurica</span>), noyer de Mandchourie,
+produit un bois fort beau qui sert à l’ornementation des
+maisons et à faire des meubles de valeur. Comme l’arbre
+qui précède, celui-ci a dû être importé de Chine.</p>
+
+<p><i>Sawa gurumi</i>, fournit un bois blanc dont le grain est
+plus grossier que le précédent ; il est utilisé pour la menuiserie.
+L’écorce de cet arbre, connue sous le nom de
+Jukohi, est employée pour faire de petits objets qui sont
+un des produits renommés de Nikko.</p>
+
+<p>Parmi les chênes nous trouvons :</p>
+
+<p><i>Akagashi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">quercus acuta</span>), grain très serré et rougeâtre ;
+employé dans les îles Amakusa, d’où il provient, pour
+faire des rames.</p>
+
+<p><i>Shirakashi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">quercus glauca</span>), grain très serré et blanc :
+sert à faire des manches d’outils, et aussi du charbon de
+bois. Originaire de Kiushu et Amakusa.</p>
+
+<p><i>Shii</i> (<span lang="la" xml:lang="la">quercus cuspidata</span>), bois plus tendre que le précédent ;
+son écorce sert pour la teinture.</p>
+
+<p><i>Kunugi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">quercus serrata</span>), espèce de chêne dont les
+feuilles servent à la nourriture du bombyx <i>yamamai</i> ou
+ver à soie sauvage.</p>
+
+<p><i>Kashiwa</i> (<span lang="la" xml:lang="la">quercus dentata</span>), la coque de ses glands
+sert à faire de la teinture noire.</p>
+
+<p><i>Kuri</i> (<span lang="la" xml:lang="la">castanea vulgaris</span>) est, comme en Europe, un
+arbre à feuilles caduques qui atteint la même hauteur que
+dans nos pays ; son bois sert dans la construction des
+maisons et à la fabrication des meubles ; on le rencontre
+dans presque toutes les provinces.</p>
+
+<p><i>Keyaki</i> (<span lang="la" xml:lang="la">planera japonica</span>, <span lang="la" xml:lang="la">planera acuminata</span>, zelkowa
+Keyaki) est un arbre à feuilles caduques qui atteint une
+hauteur moyenne de 15 mètres ; il fournit un bois très
+beau et très dur et qui est fort recherché. On l’emploie
+dans la construction des maisons et pour la fabrication
+des meubles de valeur. On trouve certains de ces bois qui
+ont un grain annulaire et que l’on nomme <i>joriu</i> ; on s’en
+sert pour la sculpture et pour faire des panneaux d’ornement.
+Cet arbre croît à Kiushiu, à Nagasaki, dans le
+Honshu, à Hakone, à Kokura ; aux environs de Tokio, de
+Yokohama et de Yokosuka.</p>
+
+<p><i>Enoki</i> (<span lang="la" xml:lang="la">celtis sinensis</span>), arbre à feuilles caduques d’une
+hauteur de 20 mètres ; le grain en est grossier, mais il
+sert à la menuiserie.</p>
+
+<p><i>Tsuge</i> (<span lang="la" xml:lang="la">buscus sempervirens</span>) n’atteint jamais une grande
+hauteur ; son bois est excessivement dur et jaune ; le grain
+en est très serré ; il sert à faire des peignes de femmes
+et des planches d’impression ; on en fait également des
+dents artificielles. Il vient des îles de la province d’Idzu.</p>
+
+<p><i>Kiri</i> (<span lang="la" xml:lang="la">paulownia imperialis</span>) croît très rapidement et
+atteint une hauteur de 10 mètres en dix ans. Son bois est
+très léger et tendre ; le grain en est grossier ; il est très
+recherché par les menuisiers qui en font des <i>guétas</i> ou
+socques en bois pour hommes et femmes. Une variété de ce
+bois porte le nom de <i>Shimagiri</i> et provient de la province
+d’Idzu ; le grain du bois est meilleur et plus serré que
+celui du Kiri.</p>
+
+<p><i>Awogiri</i> (<span lang="la" xml:lang="la">firmiana platanifolia</span>), bois blanc, grain
+grossier ; employé en menuiserie ; provenance : Kiushiu.</p>
+
+<p><i>Urushi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">rhus vernicifera</span>) donne un bois jaune très
+beau ; son grain est serré. On l’emploie pour la marqueterie
+et les travaux analogues ; on en fait aussi des
+navettes de tisserand et des flotteurs pour filets de
+pêche. Cet arbre pousse principalement dans le Nord ;
+c’est avec la sève qu’il donne que l’on compose le vernis
+à laque ; la sève est retirée au moyen d’incisions sur
+l’arbre, puis mise dans une grande cuvette en bois ;
+on la remue ensuite au soleil, au moyen d’une grande
+spatule, pour la débarrasser de son excédent d’eau, puis
+on la travaille.</p>
+
+<p><i>Hagi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">rhus succedanea</span>) ressemble beaucoup au précédent ;
+son bois, également jaune, sert à faire des objets
+de petites dimensions, et ses fruits produisent de la cire ;
+il pousse dans les provinces du Sud.</p>
+
+<p><i>Momiji</i> (<span lang="la" xml:lang="la">acer polymorphum</span> ou <span lang="la" xml:lang="la">palmatum</span>), érable ; genre
+très commun au Japon où il y en a plus de cent variétés.</p>
+
+<p><i>Kusunoki</i> (<span lang="la" xml:lang="la">cinamomum camphora</span>), arbre à feuilles persistantes,
+d’où l’on tire le camphre. Sa hauteur atteint
+quelquefois 15 mètres ; son bois est très compact et très
+dur ; il ne s’altère pas au contact de l’eau et il est très
+recherché pour la construction des bateaux. On l’emploie
+beaucoup dans l’édification de certaines parties de la
+maison japonaise, et aussi pour la menuiserie. La racine
+présente quelquefois des dessins originaux dont on fait
+grand cas pour l’ornementation des appartements. Cet
+arbre croît surtout à Kiushu et à Shikoku ; mais on le
+trouve aussi dans le Honshu à Miyanoshita, Atami,
+Kanagawa et dans d’autres localités de la baie de Tokio.</p>
+
+<p><i>Tsubaki</i> (<span lang="la" xml:lang="la">camelia japonica</span>), le camélia ordinaire, il
+peuple les collines japonaises et il atteint parfois la taille
+de 10 mètres. Son bois est dur et il est employé en
+menuiserie ; ses graines servent à faire de l’huile dont
+les femmes s’enduisent copieusement les cheveux.</p>
+
+<p><i>Sarusuberi</i> (<span lang="la" xml:lang="la">lagerstrœmia indica</span>), arbre où le singe
+(saru) glisse (suberi) ; n’a pas d’écorce, d’où son nom ; ce
+bois est très dur et le grain en est très serré ; on l’emploie
+pour faire des manches d’outils ; il n’est pas indigène au
+Japon, mais a évidemment été introduit de l’Inde.</p>
+
+<p><i>Take</i> (<span lang="la" xml:lang="la">bambusa</span>), le Bambou, l’arbre le plus utile et le
+plus employé au Japon ; on peut dire qu’il sert à tout,
+absolument à tout. Il se divise en plusieurs variétés,
+répandues sur l’ensemble du pays. C’est l’arbre par
+excellence, et il pousse avec une telle vigueur et une telle
+rapidité qu’on n’en manque jamais.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — Il n’est pas sans intérêt de consacrer quelques
+lignes à la fameuse forêt du Kisogawa, dans la province
+d’Owari, qui est l’une des plus importantes propriétés de
+la Couronne. La forêt couvre 153.000 hectares dont les
+deux tiers appartiennent à la Couronne ; le cadastrage en
+fut terminé seulement en 1908, car une grande partie
+n’était que forêt vierge et les difficultés d’accès étaient
+innombrables. Ces forêts sont presque uniquement plantées
+de conifères, parmi lesquels domine le Hinoki. Tous
+les ans on exploite le bois d’une façon rationnelle, et les
+troncs sont lancés sur le Kisogawa dont le courant les
+emmène à Nagoya ; le ministère de la maison Impériale
+retire environ 350.000 yen de bénéfice net chaque année
+de cette exploitation. Les facilités de transport manquent
+et c’est pour cela que l’on n’obtient pas tout le rendement
+désirable ; mais la ligne de chemin de fer du « Grand Central »
+actuellement en construction, et qui doit traverser
+la forêt, changera la situation ; il paraîtrait que lorsque
+toutes les dépenses seront faites pour rendre l’exploitation
+vraiment productive, les recettes s’élèveraient à 2.000.000
+de yen, ce qui laisserait un bénéfice net de 1.300.000
+yen tous les ans à la Couronne.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Le camphrier est l’un des arbres qui méritent une
+description spéciale, son produit étant en usage dans le
+monde entier, et la fabrication de ce produit se faisant
+pour une grande partie au Japon et à Formose. Quand
+le monopole fut établi à Formose par le gouvernement
+Japonais, il pensait que le camphre de l’île conduirait le
+marché du monde. Tel ne fut pas le cas ; car alors le Japon
+d’abord, le Sud de la Chine ensuite se mirent à raffiner
+davantage ; aujourd’hui les camphriers du Japon ont à
+peu près disparu, et le gouvernement a étendu à tout le
+pays le système du monopole ; cela n’a pas remonté le
+cours, la Chine continuant à faire concurrence, et les
+Américains ayant trouvé un procédé pour fabriquer le
+camphre chimiquement. Le sol de Formose possède encore
+pense-t-on assez d’arbres pour fournir le camphre pendant
+quelques dizaines d’années, mais c’est tout. On a
+replanté de jeunes camphriers, mais comme il faut au
+moins soixante ans à un arbre pour fournir une récolte
+convenable, l’opération ne « paye pas ».</p>
+
+<p>Les Japonais actuellement essayent un autre procédé
+chez eux : c’est la plantation de jeunes camphriers tous
+les ans et l’abatage des arbres dès qu’ils ont cinq ans ;
+l’extraction du camphre ne sera pas considérable sur
+chaque arbre, mais elle sera constante et pourra fournir
+un certain stock si les terrains plantés ont une superficie
+suffisante.</p>
+
+
+<p class="ugap">X. — Dans un pays aussi humide et aussi couvert de
+forêts les champignons poussent en grand nombre, et les
+Japonais en sont très friands.</p>
+
+<p>Le <i>Matsutaké</i> (<i lang="la" xml:lang="la">agaricus</i>) vient, comme son nom l’indique,
+dans les forêts de pins (matsu) ; il se mange bouilli
+ou grillé ; il peut se conserver longtemps salé ou simplement
+séché. Ce champignon se montre dans toutes
+les parties du Japon, mais celui de Kioto est le plus
+estimé.</p>
+
+<p>Le <i>Hatsudake</i> se rencontre dans les forêts ; il comprend
+deux espèces, l’une qui est brunâtre, l’autre verdâtre.</p>
+
+<p>Le <i>Kawatake</i> pousse dans les parties des bois où la
+lumière ne peut pénétrer, on le conserve séché ; son odeur
+est très agréable et il a un goût exquis.</p>
+
+<p>Le <i>Kikurage</i> est un champignon qui pousse sur différents
+arbres. Les meilleurs sont ceux que l’on trouve sur
+le mûrier (<i lang="la" xml:lang="la">morus alba</i>), sur le nire (<i lang="la" xml:lang="la">ulmus campestris</i>) ;
+on les conserve séchés.</p>
+
+<p>Le <i>Shorô</i> se rencontre dans les terrains sablonneux où
+poussent des pins ; il ressemble à une truffe et il est très
+estimé pour son goût délicat.</p>
+
+<p>L’<i>Iwatake</i> se trouve sur les rochers escarpés et les
+montagnes abruptes ; il est difficile de se le procurer ; on
+le conserve séché. C’est une espèce de lichen.</p>
+
+<p>Telles sont les principales espèces, mais il y en a une
+grande quantité d’autres ; le Japon est par excellence le
+pays des champignons. Les indigènes cultivent une espèce
+dont ils font une grande consommation, le <i>Shii take</i>
+(<i lang="la" xml:lang="la">agaricus campestris</i>). Ils prennent un morceau de tronc
+d’un shii (<i lang="la" xml:lang="la">quercus cuspidata</i>) ou d’un autre arbre de la
+même famille ; ils y pratiquent des incisions, puis
+mouillent le bois et le laissent dans un endroit privé de
+lumière. Au bout d’un certain temps, on voit apparaître
+le champignon que l’on nomme suivant la saison Haruko
+(champignon de printemps), Natsuko (champignon d’été)
+et Akiko (champignon d’automne). Une fois séché on peut
+le conserver longtemps.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch12">CHAPITRE XII</h2>
+
+<p class="d">I. L’industrie autrefois. — II. La soie ; ses débuts au Japon. — III.
+Fils et tissus de soie. — IV. Industrie de la teinture. — V. La
+poterie. — VI. Faïence de Satsuma ; porcelaines d’Imari. — VII.
+L’industrie des métaux. — VIII. La laque. — IX. Éventails,
+paravents, sculpture sur bois et ivoire.</p>
+
+
+<p>I. — De tout temps le Japon a été plutôt un pays agricole
+et militaire qu’un pays industriel et commercial.
+Autrefois, les seules industries qui existaient, étaient entre
+les mains de certaines familles, ou de certaines corporations
+qui en gardaient jalousement le secret. On travaillait
+chez soi et, souvent, on mettait vingt ou trente ans à finir
+une belle pièce de soie, de laque ou de porcelaine. C’est à
+Kioto que vinrent s’établir les premiers artistes et artisans ;
+la cour leur donna sa protection, et toutes les nouveautés,
+qui passèrent de Chine au Japon, trouvèrent
+d’abord un abri au palais du Mikado. Car toute industrie
+arriva de Chine comme le reste. Plus tard, lorsque
+des élèves furent formés dans les différents genres, les
+grands seigneurs feudataires s’attachèrent des fabricants
+d’objets les plus variés, et ce fut dans l’aristocratie que la
+première industrie japonaise s’épanouit. Je donnerai donc,
+en premier lieu, un aperçu de l’industrie de la soie, qui
+subsiste encore à Kioto et dans d’autres centres, bien que
+transformée et se transformant chaque jour, par suite de
+l’introduction de la machinerie européenne.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — L’industrie de la soie a existé fort anciennement.
+Les fabriques des temps anciens étaient forcément primitives
+et les tissus de soie étaient de pauvre et mince qualité.
+C’est vers 192, sous l’Empereur Chu ai, que la fabrication
+coréenne, bien supérieure, fut introduite au Japon
+à la suite de présents de gaze et de satin faits au Mikado
+par le roi du royaume coréen de Shiragi. Puis, en 270,
+sous le règne de l’Empereur Ojin, le roi du royaume
+coréen de Kudara envoya au Japon un tisseur nommé
+Saiso. L’Empereur Nintoku fit répandre, dans le pays,
+des familles chinoises afin d’enseigner aux populations
+à élever les vers à soie et à tisser. Enfin, en 794,
+lorsque l’Empereur Kwanmu fit de Kioto sa capitale,
+il créa une administration spéciale de l’industrie de la
+soie. Sous la direction de Hideyoshi, des ouvriers
+chinois vinrent à Sakai, port d’Osaka, alors très florissant,
+et enseignèrent au peuple l’art de tisser la gaze, le
+brocart, le brocart d’or, le damas, et aussi la soie simple,
+l’étoffe de soie dont on se servait alors en Chine pour les
+vêtements, sous la dynastie des Ming. Les Shôguns Tokugawa
+favorisèrent cette industrie ; beaucoup de daïmios
+firent de même, notamment ceux de Yonezawa et Fukuoka.
+C’est ainsi que le tissage de la soie se répandit dans l’Est,
+vers Yedo, où il est très florissant aujourd’hui. Vers la
+période Tenshô (1573-1591) un tisseur de Sakai vint au
+quartier de Kiôtô appelé Nishi jin (encore actuellement
+quartier des tisserands de Kioto) et présenta des tissus de
+brocart et d’autres soieries. Bientôt Sakai fut surpassé par
+son élève et Nishi jin fournit les meilleurs produits. C’est
+là que le damas de soie nommé <i>Aya</i> fut créé. Brocart,
+damas, satin et autres tissus, pour lesquels Kioto est renommé,
+datent de la même époque. Le velours y fut fabriqué
+plus tard en imitation de celui qui fut importé par les
+Hollandais (vers 1596). Le crêpe de soie date, dit-on,
+de 1156, mais on ne connaît pas son lieu d’origine. Ce
+n’est toutefois qu’en 1573 qu’il parut à Kioto, d’où il se
+transmit à Kiriu. A l’heure qu’il est, le tissage à Nishi jin
+se fait encore suivant les vieux procédés, bien qu’on ait
+commencé à introduire tout récemment le système Jacquard.</p>
+
+<p>Le crêpe, appelé Kanoko shibori ou kanoko sha chirimen,
+est une spécialité de Kioto.</p>
+
+<p>La broderie, l’un des arts les plus anciens du Japon,
+est aussi originaire de Kioto ; on y brodait les vêtements
+de cour, les robes de prêtres bouddhistes, les cols et ceintures
+des vêtements de femme, et aussi les <i>fukusa</i> ou
+pièces de soie dont on se sert toujours pour recouvrir les
+présents qu’on envoie. Le métier à broder est exactement
+le même que chez nous.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — L’origine de l’industrie des fils et tresses de soie
+est trop ancienne pour être connue. Durant le règne
+de l’impératrice Suiko (593-628), la civilisation chinoise fit
+beaucoup de progrès. Suiko encouragea les industries et
+quantité de pièces pour vêtements commencèrent à être
+fabriquées en soie. Quand les vêtements de cour furent
+mis à la mode, on se servit d’une tresse de soie nommée
+<i>hirao</i>, introduite de Corée. La fabrication de cette tresse
+prospéra à Nara, alors capitale dans la première partie du
+<small>VIII</small><sup>e</sup> siècle, et devint florissante après l’établissement de la
+capitale à Kioto. Une partie du palais était assignée aux
+ouvriers en soie et on l’appelait <i>ito dokoro</i> ou « place du
+fil ». C’était là qu’était produit le fil en usage pour la préparation
+du <i>Kusudama</i>, large boule faite de fils de soie
+de toutes couleurs entrelacés et qu’on pendait dans les
+maisons, au printemps, à un jour fixé, pour préserver des
+maladies. La cour de Kioto possédait un atelier de tissage
+et de broderie. Les princesses et les dames de la cour
+avaient des voitures richement décorées de cordons d’or,
+d’argent et de soie. Pendant le <small>XII</small><sup>e</sup> siècle, au moment de
+la lutte des Taira et des Minamoto, les différentes pièces
+de l’armure des guerriers étaient reliées entre elles par
+des cordes de soie. Durant la guerre du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle, les
+fabriques souffrirent beaucoup, mais elles prirent un nouvel
+essor sous l’administration de Hideyoshi (Taikosama).
+Puis, sous les Tokugawa, alors que les daïmios devaient
+venir rendre hommage au Shôgun, c’était à qui d’entre
+eux porterait les costumes les plus richement ornés de
+tresses de Kioto. Aujourd’hui les tresses de soie sont
+encore un des accessoires de la toilette japonaise.</p>
+
+<p>Les cordes de soie pour instruments de musique sont
+d’un usage très ancien. Les Empereurs Inkio (411-453),
+Monmu (697-707) et Ninmiyo (834-850) étaient très amateurs
+de la harpe (biwa) et encourageaient la fabrication
+de ces cordes. Vers 1131 un aveugle de la ville de Sakai
+inventa le Shamisen (<i>guitare</i>), pour lequel il se servit
+également de cordes en soie.</p>
+
+<p>Pendant l’ère de Tempô (1830-1844), alors que l’industrie
+de la soie était dans une situation très florissante, il s’établit
+une corporation des fabricants de fils de soie et de
+tresses. Une succursale fut installée à Yedo où l’on
+employait beaucoup la tresse de soie pour l’ornementation
+de la poignée des sabres. En 1883 et en 1893 la corporation
+fut remaniée et réorganisée.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/illu6.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Entrée du temple de Kiomidzu à Kioto.</div>
+</div>
+
+<p class="ugap">IV. — L’industrie de la teinture est très anciennement
+connue à Kioto ; et la grande habileté acquise par ses
+ouvriers a amené ceux des autres localités, qui ne pouvaient
+pas atteindre à leur fini, à dire que la teinture de
+Kioto devait ses qualités à l’excellence de l’eau du Kamogawa.
+La célèbre teinture appelée <i>Yuzen</i> est une branche
+du commerce de Kioto. En dehors des vieilles teintures
+connues, telles que l’indigo (ai), le safran (béni), la
+garance (akana), les Japonais employaient également
+beaucoup d’autres plantes tinctoriales venues des Tropiques.</p>
+
+<p>On ignore à quelle époque remonte l’art de la teinture
+à Kioto, mais on peut fixer la date de 710 sans trop se
+tromper ; car à ce moment, le procédé d’application de
+la cire (rôkitsu), sur les parties de l’étoffe qui ne devaient
+pas être teintes, était déjà connu. Cette industrie fit peu
+de progrès jusqu’au jour où <i>Yuzen</i>, prêtre fameux en
+même temps qu’artiste, et résidant dans l’un des nombreux
+monastères de Kioto, améliora les méthodes existantes
+et donna un tel essor, que son nom est resté attaché
+aux procédés de teinture employés encore à ce jour,
+à Kioto. Ils consistent à couvrir de <i>Nori</i> (espèce de colle
+de pâte) la partie de l’étoffe qui ne doit pas être teinte et à
+retirer ce <i>Nori</i> au moyen de la vapeur dès que la teinture
+est définitivement fixée. Les velours et crêpons de
+Kioto, genre Yuzen, sont très connus.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — La poterie est également l’une des industries
+apportées de Chine qui ont eu, comme premier foyer au
+Japon, Kioto. Elle comprend plusieurs variétés : <i>Awata</i>,
+<i>Kiyomidzu</i>, <i>Raku</i>, <i>Kenzan</i>, <i>Yeiraku</i> ; les deux dernières
+ne se fabriquent plus. La céramique remonte
+évidemment plus haut, puisqu’on la trouve mentionnée
+dans les livres historiques publiés avant notre ère.
+Deux cents ans après Jésus-Christ, la céramique avait
+déjà fait des progrès, et l’histoire nous dit qu’en l’an 400
+on établit des fabriques de poteries dans les cinq provinces
+de Yamashiro, Ise, Setsu, Tamba, Tajima. En 720, un
+prêtre nommé Giyôgi, natif du district d’Otori, province
+d’Idzumi, inventa le tour ; à partir de ce moment, l’art
+de la céramique semble prendre son essor et se perfectionne
+rapidement. On se mit, en effet, à employer les
+moyens connus des Chinois et des Coréens et de grandes
+manufactures furent fondées dans les provinces de Bizen,
+Hizen, Owari. En 1510 on voit apparaître pour la première
+fois au Japon la porcelaine proprement dite. Grâce
+aux manufactures établies dans les provinces de Hizen et
+d’Owari, ainsi que dans la ville de Kioto, l’art de la céramique
+fit de rapides progrès.</p>
+
+<p>Il y a, au Japon, trois genres bien distincts : <i>Awata
+Yaki</i>, <i>Satsuma Yaki</i>, <i>Awaji Yaki</i>.</p>
+
+<p>L’origine de l’<i>Awata Yaki</i> n’est pas très connue ; suivant
+la tradition, elle daterait des premières années de
+l’ère Tempiô (729-748) et aurait été découverte par un
+bonze du village de Yamashina, à l’Est d’Awata. A la fin
+de la période <i>Keicho</i> (1596-1614) un potier nommé Kiuyemon,
+vivant à Awataguchi, mit la marque « Awata »
+sur tous les objets qu’il fabriquait, et depuis tous les produits
+sortant de là ont été nommés Awata. Aujourd’hui
+les procédés de fabrication ont été perfectionnés et les
+produits <i>awata</i> sont très estimés.</p>
+
+<p>La poterie de Kiomidzu fut d’abord fabriquée au village
+de Seikanji ; mais, au commencement du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle,
+les manufactures furent transportées à Gojô Zoka, à l’Est
+de Gojô. Le coloris et la peinture à l’or furent découvert
+par Chawanya Kiubei et Nonomura Ninsei. Ce dernier
+construisit une fabrique à Sanneizaka où il fabriquait de
+la faïence très fine. Au début du <small>XIX</small><sup>e</sup> siècle, un certain
+Kumakichi introduisit des changements dans la fabrication
+et la peinture.</p>
+
+<p>La poterie dite <i>raku</i> a été introduite, vers 1530, par un
+Chinois ou un Coréen qui s’installa à Kioto et ne quitta
+plus le Japon. Son fils, Chôyu, lui succéda et reçut du
+Shogûn Hideyoshi, en 1588, l’ordre de faire de la poterie
+couleur noir rougeâtre, d’après des dessins fournis par
+Rikiu, un fameux maître des cérémonies attaché, pour les
+cérémonies du thé, à la personne de ce général. Hideyoshi
+fut si satisfait du résultat qu’il fit don à Chôyu d’un cachet
+avec le caractère <i>raku</i> (satisfaction, joie, plaisir). D’où le
+nom de la porcelaine <i>raku yaki</i>.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Ce fut Shimazu Yoshihisa, un des généraux
+envoyés en Corée par Hideyoshi, qui créa la faïence de
+Satsuma. A son retour de l’expédition, en 1598, il ramena
+dix-sept potiers célèbres qu’il établit dans les deux provinces
+de Satsuma et d’Osumi ; plus tard il rassembla
+tous ces ouvriers dans un endroit nommé Nayeshirogawa.
+Ne se mariant qu’avec des Coréennes, ces ouvriers
+conservèrent pendant longtemps leurs mœurs, leur langue
+et leur type distinctif. On trouve actuellement à Nayeshirogawa,
+quelques centaines de familles formant un total de
+trois mille individus qui exercent tous le métier de leurs
+ancêtres. En 1630, un célèbre potier, nommé Boku teigo,
+découvrit du <i>Shirotsuchi</i> (de la terre blanche) dans les
+environs de Nayeshirogawa ; cette découverte amena une
+amélioration sensible dans la fabrication des produits.
+C’est à partir de cette époque que l’on se mit à employer
+l’or, l’argent et les matières colorantes pour la décoration
+de faïences.</p>
+
+<p>Les porcelaines de Imari (Hizen), de Seto (Owari), de
+la province de Mino, de Kutani (Kaga) viennent également
+de Chine. Ce sont des Chinois ou des Coréens émigrés
+qui ont importé les procédés de fabrication ; ou bien
+des Japonais, comme Gorodayu Shunsui, de la province de
+Ise, se rendirent en Chine pour y apprendre à faire la
+porcelaine et à construire les fours nécessaires. Toutes ces
+porcelaines prospérèrent au Japon entre 1500 et 1600.</p>
+
+<p>Avant l’arrivée des Européens au Japon, les fabriques
+d’Imari, de Seto, de Kutani, fournissaient à la cour et à
+l’aristocratie des pièces remarquables, dont quelques-unes
+sont d’une richesse de couleurs absolument unique. Il
+reste peu de ces spécimens d’autrefois, et aujourd’hui on
+n’en fabrique plus, ou du moins on en fabrique très rarement.
+Les fours travaillent pour l’exportation ; et on peut
+voir, dans les ports de Yokohama, Kobé et Nagasaki,
+l’Imari pour globe-trotters à deux yen la douzaine. Quiconque
+a voyagé dans l’Extrême-Orient a pu voir à Shanghaï
+et dans tous les ports de Chine, à Singapour, à Rangoon,
+à Calcutta les magasins de bibelots japonais où sont exposés,
+à des prix dérisoires, de grands vases de Satsuma, des
+poteries de Kioto et des assiettes d’Imari, produits de la
+décadence de l’art céramique japonais. Il faut vendre
+beaucoup, et à bon marché, donc mauvais. Les grands
+magasins d’Europe, au reste, vendent aussi de ces japonaiseries
+bon marché, qui feraient honte aux artistes
+qu’étaient les anciens fabricants du Nippon.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — L’industrie du métal a été connue au Japon aux
+temps les plus anciens, et les Japonais ont montré, dans le
+travail des métaux, un goût et une adresse remarquables.
+L’introduction du bouddhisme a marqué une nouvelle
+époque dans l’avancement de l’art des métaux, par suite
+de l’entrée de différentes sortes d’ornementation dans la
+construction des temples, et aussi par la quantité d’objets
+en cuivre nécessaires aux cérémonies du culte. Le haut
+degré d’habileté atteint par les artistes en métaux sous le
+règne de l’Empereur Shômu (714-748) est pleinement
+attesté par les statues, les vases, les accessoires et autres
+articles religieux conservés dans les temples de Kioto
+et de Nara. La période des guerres intestines, qui se suivirent
+sans interruption depuis le <small>XII</small><sup>e</sup> siècle, laissa les
+idoles bouddhiques dans le discrédit, et développa d’autres
+goûts ; les artistes tournèrent leur habileté vers la confection
+des armes et armures. Les sabres d’une si belle
+trempe, signés Masamune, datent de ce temps-là, et sont
+aujourd’hui connus dans le monde entier. Le goût des
+artistes s’est surtout manifesté dans les ornements du
+casque, du sabre et du fourreau. Après l’avènement des
+Tokugawa et le retour de la paix, l’industrie guerrière
+fut patronnée par les Shôgun et par les daïmios ; aujourd’hui
+les ornementations de casques et de sabres ont cédé
+la place à d’autres industries plus considérables.</p>
+
+<p>On peut dire que les Japonais connaissaient tous les
+genres d’ornementation ; ils avaient reçu les principes
+de la fonte, gravure, moulage, de l’alliage des différents
+métaux, etc., de la Chine et de la Corée ; le cuivre, le
+bronze, le fer prenaient sous leurs mains adroites les
+formes les plus étranges, et on reste étonné devant les
+imaginations bizarres, extraordinaires et généralement
+macabres de ces artistes. On dirait souvent des figures
+et des formes sorties de quelque enfer dantesque. Les
+principaux alliages employés pour les moulages d’ornement,
+les statues, les instruments de musique, les cloches,
+sont :</p>
+
+<ul>
+<li><i>Seido</i>, cuivre vert.</li>
+<li><i>Udo</i>, cuivre noir.</li>
+<li><i>Shido</i>, cuivre violet.</li></ul>
+<p>Le premier est un alliage de cuivre et de plomb ; on y
+ajoute quelque fois de l’étain ; le second est un alliage de
+cuivre, d’étain et de plomb (une variété de l’<i>udo</i> est le
+<i>sentokudo</i> obtenu par le même alliage, mais avec d’autres
+proportions), le troisième se fait avec du cuivre et du
+plomb.</p>
+
+<p>Le <i>Shinchu</i> (cuivre jaune) est fait avec du cuivre et
+du zinc et quelquefois une petite quantité de plomb.</p>
+
+<p>La <i>Shakudo</i> est un alliage de cuivre et d’or.</p>
+
+<p>Le <i>Shi bu ichi</i> se compose de six parties de cuivre et
+de quatre parties d’argent.</p>
+
+<p>Pour polir ces différents alliages, on les cuit avec du
+soufre ou bien l’on emploie du sulfate de fer ou du
+vinaigre de prune.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — Comme c’est le cas pour toutes les autres
+industries, les origines de la préparation de la laque ne
+sont pas très connues ; on dit que sous le règne de Kôan
+Tennô (392-291 av. J.-C.), vivait un certain Mitsumino
+Sukune qui serait l’ancêtre des familles qui s’occupaient
+de cette industrie. Une autre chronique rapporte qu’un
+jour Yamato dake no Mikoto, fils de l’Empereur
+Keiko (71-130 ap. J.-C.), était en expédition de chasse,
+lorsque de la sève d’un certain arbre coula sur sa manche
+et la salit. Voyant combien il était difficile d’enlever la
+tache faite par cette sève et comprenant qu’elle pouvait
+être employée à protéger les objets, il s’en servit pour
+recouvrir son armure ; ses gens l’imitèrent et ce fut le
+premier emploi de la laque.</p>
+
+<p>Il est infiniment plus probable, d’ailleurs, que ce n’est
+là qu’une légende et que la laque, comme le reste, vient
+de la Chine et de la Corée. Il ne faut pas oublier en effet
+que, alors que la Chine était déjà fort civilisée sous la
+dynastie de Tcheou (1123-246 av. J.-C.), à cette époque
+le Japon n’était qu’un amas de tribus sauvages, et que
+c’est grâce à la Chine et à la Corée que ces tribus sont
+devenues une nation civilisée.</p>
+
+<p>Sous le règne de l’Empereur Kôtoku (645-654) une
+administration spéciale fut créée pour surveiller la fabrication
+de la laque. La laque rouge ne fut connue que sous
+le règne de l’Empereur Temmu (673-695) ; cette laque se
+fabriquait et se fabrique encore dans le Nord de la Chine
+et celle de Péking est la plus renommée ; la laque rouge
+fabriquée au Japon est très inférieure. L’Empereur
+Mommu (697-707), pour encourager les plantations d’arbres
+à laque, accepta le payement des impôts en sève de cet
+arbre. L’industrie de la laque fit de grands progrès pendant
+la première moitié du <small>VIII</small><sup>e</sup> siècle ; on trouva alors
+différents procédés de coloration, ainsi que l’application
+de l’or. Les désordres intérieurs, qui se répétèrent durant
+le règne de l’Empereur Sujaku (930), arrêtèrent l’essor de
+cet art comme de beaucoup d’autres ; mais les habitudes
+luxueuses des nobles de la cour à Kioto lui redonnèrent
+vite un nouvel essor, et les artistes laqueurs furent appelés,
+chez les daïmios, dans toutes les parties de l’Empire.
+Quand Yoritomo établit sa capitale à Kamakura,
+nombre de fabricants l’y suivirent, mais le centre de la
+fabrication de la laque resta toujours à Kioto. De merveilleuses
+pièces des siècles passés peuvent être admirées
+dans le musée d’Uyeno, à Tokio. Le Gouvernement
+japonais rachète très cher toutes les merveilles qui ont
+pris le chemin de l’étranger à l’époque des troubles de la
+Restauration impériale. Aujourd’hui on ne fait plus rien
+de solide comme laque ; les artistes d’autrefois mettaient
+leur vie à créer un objet ; de nos jours on fabrique du
+clinquant à bon marché pour l’exportation, et les chefs-d’œuvre
+sont rares.</p>
+
+<p>La laque est fournie par la sève du <i lang="la" xml:lang="la">rhus vernicifera</i> ; il
+existe au moins douze façons de préparer le vernis, suivant
+qu’on le laisse pur ou qu’on le mélange à d’autres
+substances telles que le sulfate de fer, l’eau de tabac,
+l’huile, le vermillon, l’orpiment, l’indigo.</p>
+
+<p>Les laques se fabriquent dans plusieurs endroits, entre
+autres à Aidzu, province d’Iwashiro ; dans la province de
+Suruga ; dans la province de Wakasa ; à Tsugaru ; à
+Wajima ; à Noshiro ; dans la province de Kii ; à Nikko ; à
+Odawara. Toutes ces villes ne produisent pas de laques
+de qualité supérieure, et l’on trouve en général les meilleurs
+ouvriers et les plus belles pièces de laque dans les
+trois villes de Tokio, Kioto, Osaka. Il en est de même
+pour les laques d’or, les procédés employés variant selon
+les localités.</p>
+
+<p>Voici les principaux procédés pour la préparation du
+vernis<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">[10]</a> :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10"><span class="label">[10]</span></a> D’après les publications officielles de l’administration japonaise.</p>
+</div>
+<p>L’un consiste à prendre la sève du <span lang="la" xml:lang="la">rhus vernicifera</span> à
+l’état naturel dans une grande cuvette en bois, puis on la
+remue au soleil au moyen d’une longue spatule afin de la
+débarrasser par l’évaporation de son excédent d’eau ; on
+obtient ainsi le <i>kuro me urushi</i>. Quand on tamise le
+vernis ainsi obtenu, on a le <i>seshi me urushi</i>.</p>
+
+<p>En mélangeant du kuro me urushi, du sulfate de fer et
+du toshiru, on produit le <i>kuro urushi</i>. (Le toshiru est
+l’eau plus ou moins trouble que l’on obtient en aiguisant
+sur une pierre à repasser les couteaux servant à couper
+le tabac). Selon la nature du kuro me urushi employé, les
+qualités du mélange portent les différents noms qui suivent :</p>
+
+<p><i>Roiro</i>, qualité supérieure employée sans être délayée
+avec de l’huile ;</p>
+
+<p><i>Hakushita</i>, autre qualité supérieure également employée
+sans huile ;</p>
+
+<p><i>Hon kuro</i>, qualité moyenne délayée avec de l’huile ;</p>
+
+<p><i>Iô hana</i>, autre qualité moyenne ;</p>
+
+<p><i>Chin bana</i>, autre qualité moyenne ;</p>
+
+<p><i>Ye bana</i>, qualité inférieure ;</p>
+
+<p><i>Su urushi.</i> Ce vernis se compose de kuro me urushi et
+du meilleur vermillon que l’on puisse obtenir ou de ceux
+nommés <i>sanyoshu</i> et <i>kamiyoshu</i> ; la première qualité
+moyenne et les suivantes nécessitent l’emploi de l’huile.
+Pour la dernière qualité, on se sert du <i>Benigara</i> (composé
+d’oxyde rouge de fer) au lieu de vermillon.</p>
+
+<p><i>Awo urushi</i> : ce vernis s’obtient en mélangeant du kuro
+me urushi avec du <i>shiwo</i> (orpiment) et de l’<i>aïro</i> (indigo).
+Ces deux matières sont délayées dans l’huile ou employées
+sèches et en poudre ;</p>
+
+<p><i>Ki urushi</i>, obtenu par un mélange de kuro me urushi
+de shiwo ;</p>
+
+<p><i>Nashiji urushi</i>, le même que ci-dessus ;</p>
+
+<p><i>Sunkei urushi</i> ; on se sert pour ce vernis de kuno me
+urushi pur ;</p>
+
+<p><i>Akahaya urushi</i> sert pour les couches intermédiaires ;</p>
+
+<p><i>Tamo suni urushi.</i> Pour la qualité supérieure on
+emploie le nashi ji urushi et pour les qualités moyennes,
+le kuro me urushi ;</p>
+
+<p><i>Nashi ji keshi urushi</i> ; le même que le Nashi ji.</p>
+
+<p>Les matières qui entrent dans la composition de la
+laque sont :</p>
+
+<p><i>Yi no ko sabi</i>, composé de pierres à aiguiser (awasedo)
+pulvérisées et d’une petite quantité de seshi me
+urushi ;</p>
+
+<p><i>Kiriko sabi</i>, le même que le précédent, mais plus
+fin ;</p>
+
+<p><i>Tanoko sabi</i>, pierre à aiguiser très fine mêlée avec du
+seshi me urushi ;</p>
+
+<p><i>Nikawa sabi</i>, la même poudre mélangée avec de la
+colle forte ;</p>
+
+<p><i>Nori sabi</i>, la même poudre mélangée avec de la colle
+de riz. Cet amalgame, inconnu autrefois, se compose de
+vernis et de colle de riz en proportions égales, auxquels
+on ajoute de la poudre de pierre à aiguiser ; il offre peu
+de résistance à la spatule, étant moins épais, et donne une
+belle couleur à la couche de vernis supérieure. Cette laque
+se décolle pourtant facilement ; elle est aussi de qualité
+très inférieure.</p>
+
+<p>Voyons maintenant divers procédés employés pour
+vernir les objets.</p>
+
+<p><i>Kataji roiro nuri</i> : connu également sous le nom de
+<i>kurokise</i>, est ainsi pratiqué :</p>
+
+<p>On prend un morceau de toile de bœhmeria<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">[11]</a> que l’on
+coupe suivant les dimensions de l’objet que l’on doit recouvrir,
+en ayant soin de l’appliquer de telle façon qu’il n’y ait
+aucun pli ; puis, pour la coller et la maintenir en cet état,
+on la recouvre d’une couche de seshime urushi. On passe
+ensuite une couche de shiriko sabi par-dessus afin d’oblitérer
+toute trace de tissus. Cette couche une fois séchée
+on la polit avec une pierre à repasser. Ceci fait, on pose
+une couche de tonoko sabi que l’on polit à son tour de la
+même manière. On applique ensuite une couche d’encre
+de Chine, et, avec une spatule, on étend une couche de
+yoshino urushi. Après avoir fait sécher, on polit à plusieurs
+reprises cette nouvelle couche avec de l’eau et du
+charbon de bois nommé koshiwo shinu. Cette opération
+se fait en prenant un peu de poudre de ce charbon avec
+les doigts et en polissant à la main. On recouvre ensuite
+le tout d’une couche de vernis ordinaire que l’on a soin de
+sécher sur le champ. Une fois sec on applique une couche
+de roiro urushi que l’on fait également sécher ; on polit
+ensuite à la main à plusieurs reprises avec du charbon de
+bois, puis avec de la corne de cerf pulvérisée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11"><span class="label">[11]</span></a> Toile de ramie ou ortie de Chine.</p>
+</div>
+<p>Cette description donnant au lecteur une idée du travail
+à accomplir pour laquer un objet, nous nous contenterons
+d’énumérer les diverses autres sortes de laques :</p>
+
+<p>Hana nuri ; handa nuri ; shunkei nuri ; kaki awese nuri ;
+tame nuri ; seishitsu nuri ; ki uro nuri ; uru mi iro nuri.</p>
+
+<p><i>Tsugaru nuri.</i> Ce genre de laque est celui qui exige
+sans contredit le plus de soin dans sa préparation. On
+commence par découper soigneusement les emboîtements
+du bois au moyen d’un ciseau, puis on bouche les interstices
+au moyen de kokudzu, mélange de farine, de sciure
+de bois et de vernis brut. Pour les pièces cannées on consolide
+les joints au moyen d’une cheville. Ces emboîtements
+sont ensuite recouverts d’une couche d’un enduit se
+composant d’argile calcinée et de vernis brut étendu d’eau.
+On étend ensuite le linge, comme d’habitude, sur le bois
+avec un mélange de vernis brut et de farine ; cette opération
+se nomme nuno kise. On applique après cela un
+mélange de vernis brut et d’argile calcinée à la jonction
+des différents morceaux de toile, puis on étale une première
+couche de vernis sur le tout et on polit avec une
+pierre à repasser grossière. Cette première opération
+finie, on applique un nouveau mélange se composant d’argile
+carbonisée et de pierre à aiguiser pulvérisée en proportions
+égales ainsi que du vernis brut. Ceci a pour but de
+rendre la couche inférieure bien unie ; le tout est enfin poli
+avec une pierre à aiguiser plus fine, et, pour effacer les
+traces laissées par cette polissure, on dispose une couche
+de sabi urushi, c’est-à-dire du vernis brut, mêlé à de la
+pierre à aiguiser, pulvérisée, étendue d’eau. Cette nouvelle
+couche est également polie avec une pierre à repasser
+encore plus fine et qui porte le nom d’awoto. On met alors
+l’objet dans une armoire, hors des atteintes de la lumière,
+après l’avoir recouvert d’une couche de kuro me urushi.
+Enfin la polissure au charbon de bois vient terminer la liste
+de ces opérations minutieuses ; on possède alors un objet
+uni comme une glace, brillant et sans défaut.</p>
+
+<p>Pour obtenir les marbrures, on procède de la manière
+suivante : on mêle le vernis appelé yoshino urushi, avec
+diverses matières colorantes et un blanc d’œuf destiné à
+donner plus de consistance au mélange, que l’on frappe
+avec une spatule très mince ; le vernis s’attachant en
+partie à la spatule produit des dépressions qui sont la base
+de marbrures. On applique ensuite une couche de vernis
+préparé comme il a été dit plus haut, puis on ajoute une
+couche de roiro urushi, destinée à séparer la précédente
+d’une nouvelle couche semblable que l’on étale avec une
+brosse. On pose après cela une couche de vernis d’une
+autre couleur, puis une de roiro urushi et enfin deux couches
+de vernis de couleurs différentes. On termine l’opération
+en faisant bien sécher le tout. Les objets ainsi
+séchés sont polis avec trois sortes de pierres à aiguiser de
+plus en plus fines, et finalement exposés au soleil pendant
+deux ou trois jours, ce qui rend la couleur plus vive et plus
+brillante. On continue en effaçant les traces de la précédente
+polissure au moyen d’une couche de vernis coloré ;
+on polit de nouveau ; puis on ajoute encore une couche de
+vernis et on polit avec une pierre nommée Nagurato. L’effet
+du soleil sur ces couleurs est de rehausser leur éclat.
+Quand tout est terminé on rend l’objet aussi uni et aussi
+net que possible en le couvrant d’un mélange d’huile et
+de pierre à aiguiser pulvérisée dont on imbibe un tampon
+en coton, et on frotte jusqu’à ce que l’objet commence à
+reluire. On prend alors de l’ouate imprégnée de vernis
+brut pour frictionner l’objet, puis on verse de l’huile dessus,
+on y jette de la corne de cerf pulvérisée et on essuie
+le tout avec du papier soyeux qui donne un brillant
+parfait.</p>
+
+<p>Enfin il existe un dernier genre de laque, c’est le <i>tsui
+koku nuri</i> ; inutile d’en donner la description qui ressemble
+plus ou moins à toutes les autres, sauf que l’on
+grave des dessins après que l’on a mis plusieurs couches
+de vernis.</p>
+
+<p>Dans toute cette description de la laque, <i>nuri</i> veut dire
+laque, laquer ; <i>nuri mono</i> un objet en laque ; <i>urushi</i> est
+le vernis tiré du <i lang="la" xml:lang="la">rhus vernicifera</i>, avec lequel on fait la
+laque.</p>
+
+<p>Le triomphe de l’artiste japonais c’était autrefois la
+laque d’or. Que de merveilles ont été ainsi créées avec
+patience dans les âges passés ! Pour s’en rendre compte
+il faut aller au musée d’Uyéno à Tokio où sont rassemblées
+quelques-unes des plus belles pièces du Japon d’autrefois.
+Quelques anciens daïmios en possèdent aussi personnellement
+de fort jolis échantillons. Cette espèce particulière
+de laque qu’on ne trouve qu’au Japon se nomme
+<i>Makiye</i>.</p>
+
+<p>Aujourd’hui certains artistes japonais ont essayé de
+reproduire en laque d’or des objets autres que les boîtes,
+tables et écrans que l’on faisait déjà au temps de Kwanmu
+Tennô (782-805 ap. J.-C.) ; mais les belles pièces
+coûtent fort cher, elles ne sont achetées que par la cour
+(90 pour 100 vont à l’Empereur), et données en cadeau.
+La laque d’or n’est pas une marchandise qui « paye »,
+comme disent les Anglais ; aussi en voit-on peu. Les Japonais
+se bornent à une vague imitation bon marché à
+l’usage des Européens et du vulgaire.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Les éventails, les paravents, la sculpture sur
+bois et sur ivoire furent eux aussi importés de Chine, le
+cloisonné ou <i>shippô</i> également ; il n’atteignit jamais
+au Japon la solidité du cloisonné chinois, quoi qu’il fût
+plus élégant ; aujourd’hui Tokio et Yokohama fabriquent
+beaucoup le cloisonné pour l’exportation, mais bien peu
+de pièces se conservent sans se détériorer.</p>
+
+<p>L’ivoire, par contre, a été de tout temps travaillé par
+les Japonais avec une adresse et un art qui ont dépassé
+ceux de leurs maîtres chinois. Les <i>netsuke</i>, dont raffolent
+les amateurs de japonisme, offrent des formes
+innombrables et représentent des scènes et des personnages
+variés à l’infini. Les artistes modernes n’ont
+d’ailleurs, pas dégénéré, et l’on découvre encore aujourd’hui
+de véritables merveilles parmi les nombreux ivoires
+exposés dans les magasins de Yokohama.</p>
+
+
+<p class="ugap">X. — Tout l’art japonais est venu de Chine, et partout,
+dans les divers objets fabriqués en bronze, en laque, en
+kakémono, nous retrouvons les légendes chinoises et le
+vieux fond chinois. Il est, toutefois, bien évident que le
+Japonais a grandement amélioré l’art primitif du Chinois ;
+il l’a affiné, et la facture en est plus élégante et plus
+gracieuse ; mais, en somme, il faut bien avouer que l’engouement
+que l’on a en Europe et en Amérique pour l’art
+japonais est un pur <i>snobisme</i>. Un Européen, qui est resté
+quinze et vingt ans, au Japon peut finir par goûter l’art
+très spécial du pays ; mais qu’il revienne en Europe et
+qu’il se trouve devant les merveilles de l’art français,
+italien, espagnol, flamand, ou anglais ; qu’il reprenne
+contact avec la noblesse et la grandeur des œuvres élaborées
+par le génie occidental depuis les anciens Grecs
+jusqu’à l’époque chrétienne, aux temps de la Renaissance
+et à notre époque contemporaine, et il oubliera vite vases
+de bronze encerclés de dragons, brûle-parfums de Satsuma
+et netsuké d’ivoire ! L’art japonais n’a pas d’envolée :
+c’est un art de détails délicats, souvent fort jolis, et dénotant
+un travail considérable ; ce n’est pas un art de
+grande envergure.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch13">CHAPITRE XIII</h2>
+
+<p class="d">I. L’industrie nouvelle. — II. Sociétés industrielles actuellement
+existantes. — III. Divers genres d’entreprises. — IV. Principaux
+districts de tissage. — V. L’industrie céramique, la laque, les allumettes. — VI.
+Les cuirs. — VII. Les conserves alimentaires ; le
+papier, etc. — VIII. Manufactures d’État. — IX. Concurrence
+japonaise ; emploi des capitaux européens dans le pays. — X. Gages
+et salaires. — XI. Esquisse rétrospective.</p>
+
+
+<p>I. — Après avoir exposé ce qu’était l’industrie dans le
+Japon ancien, je vais essayer de donner un aperçu des
+industries du Japon actuel, du Japon transformé. Les
+publications officielles pour l’année 1908-09, fournissent
+les éléments statistiques, à l’aide desquels on peut se
+faire une idée du développement industriel du Japon,
+conçu suivant les idées modernes.</p>
+
+<p>La plupart des industries nouvelles, qui se sont installées
+sous le nouveau régime, ont débuté sous les auspices
+du Gouvernement : dévidage ; filature de coton et de
+soie ; construction de bateaux ; fabrication du ciment, du
+verre, des allumettes chimiques, du gaz, de la brique ;
+métiers à tisser et quelques autres industries, sont
+toutes dues à l’initiative officielle. Entre 1880, année
+où l’on mit en vente les propriétés de l’État, et 1893,
+lorsque la filature de Tomioka fut cédée à la Compagnie
+Mitsui, presque toutes les manufactures de l’État passèrent
+dans les mains des particuliers. Aujourd’hui, en
+dehors de quelques industries spéciales qui, par suite
+de considérations financières, sont dirigées par l’État
+sous forme de monopoles, et des manufactures militaires,
+l’État n’a plus en main que la Monnaie et une imprimerie.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Comme je l’ai déjà dit précédemment, l’agriculture
+est la fortune principale du Japon ; l’industrie n’y
+est encore qu’à ses débuts, et elle n’est pas en état, malgré
+toutes les belles publications mises sous les yeux du
+public, en français, en anglais et en allemand, de lutter
+contre l’industrie d’Europe. Ce qui lui manque le plus ce
+sont les capitaux.</p>
+
+<p>Les sociétés industrielles qui existaient en 1906, avec
+un capital versé d’au moins 500.000 yen, étaient les
+suivantes :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Filatures de coton</td>
+<td class="r"><div>38</div></td></tr>
+<tr><td>Mines et métallurgies</td>
+<td class="r"><div>54</div></td></tr>
+<tr><td>Lampes électriques</td>
+<td class="r"><div>89</div></td></tr>
+<tr><td>Constructions de navires</td>
+<td class="r"><div>16</div></td></tr>
+<tr><td>Puits à pétrole</td>
+<td class="r"><div>37</div></td></tr>
+<tr><td>Fabriques de papier</td>
+<td class="r"><div>45</div></td></tr>
+<tr><td>Gaz</td>
+<td class="r"><div>8</div></td></tr>
+<tr><td>Mines de charbon</td>
+<td class="r"><div>32</div></td></tr>
+<tr><td>Filatures autres que le coton</td>
+<td class="r"><div>7</div></td></tr>
+<tr><td>Raffineries de sucre</td>
+<td class="r"><div>8</div></td></tr>
+<tr><td>Soie écrue</td>
+<td class="r"><div>263</div></td></tr>
+<tr><td>Sake (alcool de riz)</td>
+<td class="r"><div>225</div></td></tr>
+<tr><td>Ciment</td>
+<td class="r"><div>17</div></td></tr>
+<tr><td>Bière</td>
+<td class="r"><div>5</div></td></tr>
+<tr><td>Cordes et filets</td>
+<td class="r"><div>13</div></td></tr>
+<tr><td>Produits chimiques</td>
+<td class="r"><div>11</div></td></tr>
+<tr><td>Engrais</td>
+<td class="r"><div>44</div></td></tr>
+<tr><td>Tissus de laine</td>
+<td class="r"><div>11</div></td></tr>
+<tr><td>Cuirs</td>
+<td class="r"><div>13</div></td></tr>
+<tr><td>Vinaigre, shoyu et miso</td>
+<td class="r"><div>120</div></td></tr>
+<tr><td>Imprimeries et fonderies de caractères</td>
+<td class="r"><div>100</div></td></tr>
+<tr><td>Tissus de soie</td>
+<td class="r"><div>53</div></td></tr>
+<tr><td>Briques et tuiles</td>
+<td class="r"><div>45</div></td></tr>
+<tr><td>Huiles</td>
+<td class="r"><div>24</div></td></tr>
+<tr><td>Nettoyage de grains</td>
+<td class="r"><div>107</div></td></tr>
+<tr><td>Manufactures de cuivre et de fer</td>
+<td class="r"><div>28</div></td></tr>
+<tr><td>Matériel roulant</td>
+<td class="r"><div>3</div></td></tr>
+<tr><td>Fils de lin et de chanvre</td>
+<td class="r"><div>2</div></td></tr>
+<tr><td>Sel</td>
+<td class="r"><div>29</div></td></tr>
+<tr><td>Scieries</td>
+<td class="r"><div>50</div></td></tr>
+<tr><td>Machines à tricoter</td>
+<td class="r"><div>17</div></td></tr>
+<tr><td>Tissus de coton</td>
+<td class="r"><div>85</div></td></tr>
+<tr><td>Glace (à boire)</td>
+<td class="r"><div>19</div></td></tr>
+<tr><td>Autres tissus</td>
+<td class="r"><div>50</div></td></tr>
+<tr><td>Coke</td>
+<td class="r"><div>8</div></td></tr>
+<tr><td>Teintureries et blanchisseries</td>
+<td class="r"><div>32</div></td></tr>
+<tr><td>Moulins</td>
+<td class="r"><div>21</div></td></tr>
+<tr><td>Allumettes</td>
+<td class="r"><div>40</div></td></tr>
+<tr><td>Porcelaines et faïences</td>
+<td class="r"><div>31</div></td></tr>
+</table>
+<p>Les industries énumérées ci-dessus ne se sont installées,
+pour la plupart, qu’après la révision des traités qui
+ouvraient tout le pays au commerce étranger (1899).
+Celles qui existaient auparavant sont : les raffineries de
+sucre, les manufactures de soie écrue, de sake et de shoyu,
+et différentes sortes de tissages (excepté les tissages de
+laine), les manufactures de papier et d’objets en papier,
+les tanneries, les fabriques de tuiles, les teintureries, les
+manufactures de tabac, les raffineries de sel, les fabriques
+d’huile, de porcelaines, les mines et carrières.</p>
+
+<p>Le capital effectivement engagé dans ces différentes
+entreprises, c’est-à-dire le capital versé, était au chiffre
+de 131.314.000 yen, soit 334.850.700 francs.</p>
+
+<p>Le nombre total des manufactures au 31 décembre 1906
+était de 10.361, dont 5.705 ne disposaient que du travail
+fourni par les ouvriers et 4.656 marchaient à la vapeur.</p>
+
+<p>La totalité des ouvriers employés était à cette époque de
+611.521 individus, dont 242.288 hommes et 369.233 femmes.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Les différents genres d’entreprises étaient ainsi
+répartis :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Entreprises.</td>
+<td>A vapeur.</td>
+<td>A main.</td>
+<td>Ouvriers par jour.</td></tr>
+<tr><td colspan="4">Textiles :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Filatures</td>
+<td class="r"><div>2.237</div></td>
+<td class="r"><div>390</div></td>
+<td class="r"><div>150.626</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Dévidage</td>
+<td class="r"><div>199</div></td>
+<td class="r"><div>45</div></td>
+<td class="r"><div>86.030</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Tissage</td>
+<td class="r"><div>304</div></td>
+<td class="r"><div>2.300</div></td>
+<td class="r"><div>84.315</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Mise en tresses</td>
+<td class="r"><div>33</div></td>
+<td class="r"><div>84</div></td>
+<td class="r"><div>4.076</div></td></tr>
+<tr><td colspan="4">Mécaniques :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Fabrication de machines</td>
+<td class="r"><div>221</div></td>
+<td class="r"><div>34</div></td>
+<td class="r"><div>24.543</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Construction de navires</td>
+<td class="r"><div>25</div></td>
+<td class="r"><div>29</div></td>
+<td class="r"><div>19.535</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Outils divers</td>
+<td class="r"><div>153</div></td>
+<td class="r"><div>115</div></td>
+<td class="r"><div>11.751</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Fonderies</td>
+<td class="r"><div>47</div></td>
+<td class="r"><div>62</div></td>
+<td class="r"><div>3.148</div></td></tr>
+<tr><td colspan="4">Chimiques :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Céramique</td>
+<td class="r"><div>89</div></td>
+<td class="r"><div>474</div></td>
+<td class="r"><div>20.332</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Gaz</td>
+<td class="r"><div>7</div></td>
+<td class="r"><div>»</div></td>
+<td class="r"><div>432</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Fabrique de papier</td>
+<td class="r"><div>49</div></td>
+<td class="r"><div>43</div></td>
+<td class="r"><div>6.255</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Teinturerie</td>
+<td class="r"><div>43</div></td>
+<td class="r"><div>138</div></td>
+<td class="r"><div>5.739</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Cuirs</td>
+<td class="r"><div>11</div></td>
+<td class="r"><div>14</div></td>
+<td class="r"><div>573</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Explosifs</td>
+<td class="r"><div>62</div></td>
+<td class="r"><div>201</div></td>
+<td class="r"><div>22.328</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Engrais</td>
+<td class="r"><div>20</div></td>
+<td class="r"><div>2</div></td>
+<td class="r"><div>1.564</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Droguerie</td>
+<td class="r"><div>45</div></td>
+<td class="r"><div>39</div></td>
+<td class="r"><div>3.040</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Divers</td>
+<td class="r"><div>49</div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td class="r"><div>2.442</div></td></tr>
+<tr><td colspan="4">Alimentaires :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Brasseries</td>
+<td class="r"><div>82</div></td>
+<td class="r"><div>654</div></td>
+<td class="r"><div>16.223</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Raffineries de sucre</td>
+<td class="r"><div>5</div></td>
+<td class="r"><div>4</div></td>
+<td class="r"><div>1.320</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Manufactures de tabac</td>
+<td class="r"><div>152</div></td>
+<td class="r"><div>62</div></td>
+<td class="r"><div>23.750</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Manufactures de thé</td>
+<td class="r"><div>19</div></td>
+<td class="r"><div>13</div></td>
+<td class="r"><div>1.270</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Limonade, glace, eaux minérales</td>
+<td class="r"><div>10</div></td>
+<td class="r"><div>»</div></td>
+<td class="r"><div>200</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Nettoyage de grains et farine</td>
+<td class="r"><div>132</div></td>
+<td class="r"><div>6</div></td>
+<td class="r"><div>2.670</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Confection</td>
+<td class="r"><div>14</div></td>
+<td class="r"><div>23</div></td>
+<td class="r"><div>913</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Ferblanterie</td>
+<td class="r"><div>21</div></td>
+<td class="r"><div>16</div></td>
+<td class="r"><div>943</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Divers</td>
+<td class="r"><div>19</div></td>
+<td class="r"><div>78</div></td>
+<td class="r"><div>1.971</div></td></tr>
+<tr><td colspan="4">Non classées :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Imprimerie</td>
+<td class="r"><div>145</div></td>
+<td class="r"><div>128</div></td>
+<td class="r"><div>12.207</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Objets en papier</td>
+<td class="r"><div>14</div></td>
+<td class="r"><div>69</div></td>
+<td class="r"><div>2.582</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Objets en bois et bambou</td>
+<td class="r"><div>137</div></td>
+<td class="r"><div>142</div></td>
+<td class="r"><div>9.199</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Objets en cuir</td>
+<td class="r"><div>5</div></td>
+<td class="r"><div>14</div></td>
+<td class="r"><div>1.031</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Objets en plumes</td>
+<td class="r"><div>5</div></td>
+<td class="r"><div>21</div></td>
+<td class="r"><div>2.282</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Roseaux et pailles tressées</td>
+<td class="r"><div>1</div></td>
+<td class="r"><div>110</div></td>
+<td class="r"><div>13.589</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Tailleurs de pierre</td>
+<td class="r"><div>4</div></td>
+<td class="r"><div>5</div></td>
+<td class="r"><div>366</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Objets de laque</td>
+<td class="r"><div>1</div></td>
+<td class="r"><div>16</div></td>
+<td class="r"><div>322</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Divers</td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td class="r"><div>188</div></td>
+<td class="r"><div>8.597</div></td></tr>
+<tr><td colspan="4">Spécialités :</td></tr>
+<tr><td class="pl15">Électricité</td>
+<td class="r"><div>26</div></td>
+<td class="r"><div>2</div></td>
+<td class="r"><div>976</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Métallurgie</td>
+<td class="r"><div>154</div></td>
+<td class="r"><div>125</div></td>
+<td class="r"><div>58.611</div></td></tr>
+<tr><td class="pl15">Charbon</td>
+<td class="r"><div>79</div></td>
+<td class="r"><div>21</div></td>
+<td class="r"><div>6.422</div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">IV. — Les principaux districts de tissage sont les ken
+ou préfectures de :</p>
+
+<blockquote>
+<p>Aichi, Chiba, Ehime, Fukui, Fukuoka, Fukushima,
+Gifu, Gumma, Hiroshima, Hiogo, Ishikawa, Kioto, Miye,
+Nara, Niigata, Okayama, Osaka, Saitama, Shiga, Shidzuoka,
+Tochigi, Tokushima, Tokio, Toyama, Wakayama,
+Yamagata, Yamaguchi, Yamanashi.</p>
+</blockquote>
+
+<p>Les fabriques les plus importantes pour la production
+du coton sont celles de :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Saitama</td>
+<td>qui en fournissent pour</td>
+<td class="r"><div>5.766.000</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Aichi</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>12.226.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Ehime</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>7.241.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Miye</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.700.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Tochigi</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.094.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Celles qui produisent le plus de soie sont celles de :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Fukushima</td>
+<td>qui en fournissent pour</td>
+<td class="r"><div>4.987.000</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Fukui</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>21.397.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Kioto</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>14.629.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Ishikawa</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>12.082.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Gumma</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>9.532.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Tokio</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.111.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Niigata</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4.854.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Les tissus soie et coton sortent principalement des
+fabriques de :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Saitama</td>
+<td>qui en fournissent pour</td>
+<td class="r"><div>979.000</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Kioto</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>6.888.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Tochigi</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3.563.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Gumma</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3.517.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Aichi</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.741.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Gifu</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.118.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>La toile et le drap ne figurent que pour un chiffre assez
+faible ; seules, les fabriques de Shiga en fournissent pour
+1.399.000 yen (chanvre) et celles de Wakayama pour
+1.081.000 yen (laine). Yamanashi ne produit pas de
+chanvre, mais, en revanche, produit pour 4.330.000 yen
+de tissus de laine ; c’est le seul district où le tissage de
+la laine ait pris une certaine importance.</p>
+
+<p>En dix ans, depuis 1896 jusqu’au 31 décembre 1906,
+voici la valeur de la production des différents tissus, soie,
+soie et coton, coton, chanvre, laine ; on verra que la progression
+est constante, sauf pendant les années 1903 et
+1904, au moment de la guerre contre la Russie (en yen) :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>Années.</div></td>
+<td class="c"><div>Soie.</div></td>
+<td class="c"><div>Soie et coton.</div></td>
+<td class="c"><div>Coton.</div></td>
+<td class="c"><div>Chanvre.</div></td>
+<td class="c"><div>Laine.</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1896</div></td>
+<td class="r"><div>46.361.000</div></td>
+<td class="r"><div>10.281.000</div></td>
+<td class="r"><div>37.053.000</div></td>
+<td class="r"><div>1.965.000</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1897</div></td>
+<td class="r"><div>62.663.000</div></td>
+<td class="r"><div>11.727.000</div></td>
+<td class="r"><div>42.032.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.903.000</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1898</div></td>
+<td class="r"><div>73.045.000</div></td>
+<td class="r"><div>16.216.000</div></td>
+<td class="r"><div>47.996.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.967.000</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1899</div></td>
+<td class="r"><div>84.147.000</div></td>
+<td class="r"><div>18.546.000</div></td>
+<td class="r"><div>45.577.000</div></td>
+<td class="r"><div>3.161.000</div></td>
+<td class="r"><div>3.384.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1900</div></td>
+<td class="r"><div>74.578.000</div></td>
+<td class="r"><div>20.275.000</div></td>
+<td class="r"><div>57.745.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.851.000</div></td>
+<td class="r"><div>5.034.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1901</div></td>
+<td class="r"><div>70.061.000</div></td>
+<td class="r"><div>12.180.000</div></td>
+<td class="r"><div>45.607.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.775.000</div></td>
+<td class="r"><div>5.083.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1902</div></td>
+<td class="r"><div>60.904.000</div></td>
+<td class="r"><div>20.538.000</div></td>
+<td class="r"><div>53.030.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.420.000</div></td>
+<td class="r"><div>4.040.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1903</div></td>
+<td class="r"><div>36.710.000</div></td>
+<td class="r"><div>13.459.000</div></td>
+<td class="r"><div>45.915.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.134.000</div></td>
+<td class="r"><div>4.280.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1904</div></td>
+<td class="r"><div>45.503.000</div></td>
+<td class="r"><div>9.933.000</div></td>
+<td class="r"><div>50.651.000</div></td>
+<td class="r"><div>2.044.000</div></td>
+<td class="r"><div>6.760.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1905</div></td>
+<td class="r"><div>60.384.000</div></td>
+<td class="r"><div>15.371.000</div></td>
+<td class="r"><div>72.844.000</div></td>
+<td class="r"><div>3.528.000</div></td>
+<td class="r"><div>10.047.000</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1906</div></td>
+<td class="r"><div>93.606.000</div></td>
+<td class="r"><div>20.253.000</div></td>
+<td class="r"><div>86.474.000</div></td>
+<td class="r"><div>3.390.000</div></td>
+<td class="r"><div>6.630.000</div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">V. — L’industrie céramique a passé de 5.063.000 yen
+en 1897 à 13.385.000 yen en 1906, avec un chiffre d’exportation
+de 7.942.000 yen, soit 20.252.100 francs ; ces
+produits, à part quelques pièces remarquables, sont généralement
+ceux que nous voyons dans les magasins de
+japonaiseries du monde entier, où l’on vend, à l’amateur
+qui n’y connaît rien, des <i>Kaga</i> et des <i>Imari</i> de fraîche
+date comme très anciens et que l’on fait payer très cher.
+Les principaux centres de cette industrie sont Aichi,
+Fukushima, Gifu, Ishikawa, Kanagawa, Kioto, Saga,
+Ehime, Hiogo, Miye, Nagasaki.</p>
+
+<p>Il en est de même pour la production et l’exportation de
+la laque. On ne fabrique plus aujourd’hui de belles pièces,
+des pièces uniques comme aux temps anciens, alors que
+la fabrication et ses secrets étaient la propriété de quelques
+familles, dont, souvent, un des membres commençait un
+travail qui était achevé par un autre, parce que ce travail
+demandait trente ou quarante ans de patience et de
+labeur. Les échantillons de laque, même ceux de laque
+d’or, que nous voyons actuellement, sont tout à fait inférieurs ;
+c’est du travail pour l’exportation. En 1906 il fut
+exporté pour 1.721.000 yen d’objets laqués sur une production
+totale de 6.809.000 yen. Ishikawa, Fukushima,
+Shidzuoka, Wakayama sont les districts où l’on occupe
+le plus d’ouvriers à ce genre d’industrie.</p>
+
+<p>Les allumettes genre suédois, sans soufre ni phosphore,
+sont vite devenues une spécialité japonaise. L’Extrême-Orient
+tout entier, sauf l’Indo-Chine française, est tributaire
+du Japon pour ce genre de produit. Depuis les
+Indes, la Birmanie, le Siam, jusqu’à la Chine, la Corée
+et la Mandchourie, la boîte d’allumettes japonaises se
+trouve partout, même dans les provinces éloignées de la
+Chine occidentale, comme le Yunnan et le Kan Sou. Et
+elles sont d’un bon marché tel, qu’on se demande comment
+le fabricant y trouve un bénéfice. On ne le comprend que
+lorsqu’on est au courant des salaires de famine octroyés
+aux ouvrières japonaises, généralement des fillettes, qui
+confectionnent les boîtes. Ces dernières sont faites d’une
+façon très intelligente. Ainsi, celles qui sont exportées en
+Chine sont revêtues d’une étiquette jaune, sur laquelle un
+dragon ou un phénix fait des contorsions ; des deux côtés,
+se trouve le nom de la fabrique en caractères chinois ;
+souvent, au lieu du dragon, on représente des enfants
+chinois, des cérémonies chinoises, un personnage chinois
+célèbre dans les annales. Pour les Indes, la Birmanie et
+le Siam, il en est de même ; chaque boîte d’allumettes
+porte une vignette rappelant quelque chose du pays, et
+toujours le nom de la maison y est inscrit en la langue
+du pays. Dans notre Indo-Chine on a établi, pour imiter
+la métropole, un monopole des allumettes ; ainsi on paye
+à Hanoï deux sous ce qui à Bangkok, Rangoon, Bombay ou
+Shanghaï se vend un centime. De 24.038.000 grosses en
+1897, la production est passée à 54.802.000 grosses en
+1906, et de ce nombre il a été exporté 38.618.000 grosses
+pour une valeur de 10.915.000 yen, soit 27.833.250 francs.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Une des industries, où les Japonais ont également
+réussi, est l’industrie du cuir ; ils arrivent à produire,
+et meilleur marché qu’en Europe, toute espèce de cuirs :
+sellerie, chaussures, malles, sacs, enfin toute la série des
+objets en cuir que l’on fabrique en Europe ; mais, ici encore,
+l’infériorité est palpable, cela n’a rien du solide et du
+résistant de la facture européenne. C’est comme disent
+les Allemands, <i lang="de" xml:lang="de">billig aber schlecht</i> : bon marché mais
+mauvais.</p>
+
+<p>Ce qui offre le plus d’intérêt est le papier-cuir, que les
+Japonais font en imitation de celui de Cordoue ; dans cet
+ordre de fabrication, ils ont bien réussi, et l’on peut voir de
+magnifiques papiers cuirs, ornés de dessins originaux et
+gracieux sortis des manufactures de l’Insatsukioku (imprimerie
+et papeterie de l’État). De 2.522.472 yen en 1900
+la production du cuir est montée en 1906 à 10.882.984 yen ;
+cet article est tout entier consommé au Japon et n’est pas
+exporté. Les principaux centres de production sont : Hiogo,
+Nara, Osaka, Tokio, Wakayama, mais surtout Osaka et
+Hiogo ; on se sert des peaux de vaches et de veaux, et
+aussi des peaux de chevaux ; en 1906 il avait été employé
+7.481 peaux de vaches et de veaux dans les cinq villes
+ci-dessus désignées et 2.770 peaux de chevaux.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Le Japon a voulu aussi faire des conserves ; il
+s’est essayé, d’abord, avec le lait et les sardines ; or, étant
+donné que les vaches japonaises ont un lait très rare et
+très faible, le résultat est fort médiocre ; et, d’un autre côte,
+comme je l’ai déjà indiqué, le Japon ne produisant pas la
+qualité d’huile voulue pour conserver la sardine, le produit
+livré sous le nom de « sardines à l’huile » est détestable.
+Les Japonais ont aussi voulu faire des conserves de bœuf
+et de fruits ; mais il n’y a aucune chance que ces préparations
+fassent jamais concurrence au fameux « <span lang="en" xml:lang="en">corned beef</span> »
+de Chicago, et aux fruits en boîtes de Californie ou
+d’Australie. Tout ce qu’ils fabriquent en ce genre, d’ailleurs,
+est consommé sur place ou exporté en Chine.</p>
+
+<p>Le Japon est un gros producteur de papier ; cet article
+est d’un usage très courant au Japon pour toutes sortes de
+choses, et le papier japonais, d’ailleurs, est très commode
+pour servir de serviettes, de mouchoirs, de nappes ; un
+Japonais ou une Japonaise porte toujours, sur soi, un épais
+paquet de feuilles souples et blanches. Aussi, dès les temps
+anciens, dès que la fabrication du papier fut connue par
+l’intermédiaire des Chinois, on fabriqua du papier au
+Japon. Pour ne citer que quelques chiffres récents, la
+production de papier japonais, qui était de 12.261.000 yen
+en 1897, est passée en 1906 à 15.480.000 yen. Elle n’a
+donc pas varié beaucoup ; mais ce qui a varié, en augmentant,
+c’est la production du papier européen, dont les
+Japonais se servent, aujourd’hui, pour tous les documents
+officiels, rapports, livres, journaux, et dont les écoles font
+une consommation de plus en plus grande. D’abord il est
+meilleur marché que le papier japonais, et, ensuite, il est
+plus commode pour écrire ; les étudiants qui font des
+mathématiques, des sciences physiques et naturelles, de
+la médecine, etc., ne pouvaient pas se servir de papier
+japonais. Aussi, d’une production évaluée à 2.901.000 yen
+en 1897, on est arrivé en 1906 à 14.157.000 yen.</p>
+
+<p>Les principales manufactures de papier européen
+sont : l’Insatsu kioku ou papeterie impériale ; les fabriques
+de Oji, près Tokio ; de Fuji Seishi ; de Yokkaichi ; de la
+Compagnie Mitsubishi ; de Itagami (Tokio) ; de Nishimari
+Seishi ; de Senju Seishi ; de Kiushu Seishi.</p>
+
+<p>L’indigo provient de Tokushima et a donné en 1907 une
+valeur de 1.702.000 yen.</p>
+
+<p>La menthe (pippermint) vient surtout de Kanagawa et
+de Hiogo ; on en a fabriqué à Kanagawa pour 245.000 yen ;
+à Hiogo pour 197.869 yen en 1906.</p>
+
+<p>Outre les diverses industries énumérées ci-dessus, il a
+été fabriqué pour 2.171.000 yen d’objets en bambou ;
+1.581.000 yen d’éventails ; 6.111.000 yen de ciment ;
+1.042.000 yen de chapeaux de feutre ; 2.764.000 yen de
+savons. Tous ces produits, à part ceux qui sont essentiellement
+japonais, comme les objets en bambou et les éventails,
+sont de très mauvaise qualité.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — Le Gouvernement japonais dirige, et fait
+marcher, différentes fabriques et arsenaux ; il n’est pas
+sans intérêt d’en donner ici la liste :</p>
+
+<p>Une imprimerie avec 4 machines ;</p>
+
+<p>Une fonderie de caractères avec 2 machines ;</p>
+
+<p>Une fabrique de papier avec 21 machines ;</p>
+
+<p>Un atelier de monnaie avec 17 machines ;</p>
+
+<p>Des manufactures de tabac avec 52 machines et
+17.000 employés ;</p>
+
+<p>L’arsenal de Tokio avec 207 machines et 23.000 ouvriers ;</p>
+
+<p>L’arsenal d’Osaka avec 426 machines et 28.000 ouvriers ;</p>
+
+<p>La fabrique de laines de Senju avec 15 machines ;</p>
+
+<p>L’arsenal de Yokosuka avec 36 machines et 3.000 ouvriers ;</p>
+
+<p>L’arsenal de Kure avec 109 machines et plus de
+10.000 ouvriers ;</p>
+
+<p>L’arsenal de Sasebo avec 30 machines et 1.500 ouvriers ;</p>
+
+<p>L’arsenal de Maidzuru avec 14 machines et 1.200 ouvriers ;</p>
+
+<p>La poudrerie de Shimose ; le dock de Takeshiki ; le
+dock de Ominato ; le dock de Bako ; des aciéries occupant
+30.000 ouvriers avec 28 machines ; les ateliers des
+chemins de fer de Shimbashi, d’Omiya, de Kobé et d’Iwamigawa,
+lesquels occupent en bloc 2.000 ouvriers.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Comme industrie acquise de l’étranger, celle du
+coton a été la plus vite brillante au Japon, et aujourd’hui
+l’importation des cotonnades dans ce pays a baissé dans
+des proportions formidables ; ainsi en 1887 l’Europe
+importait dans les îles japonaises 24.630.000 livres de
+filés de coton ; en 1906 elle n’en importe plus que pour
+5.652.000 livres. Aujourd’hui le Japon inonde la Chine
+de ses produits de coton sous toutes les formes, et tellement
+bon marché qu’il est impossible à l’Europe, même à
+l’Allemagne, de lutter. J’ai acheté, dans les ports du Yangtseu,
+Kiukiang, Hankow, Ichang, des chaussettes japonaises
+à cinq sous la paire ; des essuie-mains japonais,
+genre essuie-mains éponge, à deux sous la pièce ! Il est
+vrai que, lorsqu’on connaît les salaires de famine des
+fabriques japonaises, on est moins étonné. Toute cette imitation
+japonaise est d’ailleurs exécrable ; mais pour le
+Chinois, qui n’a pas le moyen d’acheter cher, c’est précisément
+ce qu’il faut.</p>
+
+<p>Une des grosses questions qu’agitent les économistes
+européens est celle de savoir si le Japon va devenir un
+concurrent sérieux au point de vue industriel. Il y a eu, et
+il y a encore à ce sujet, de longues dissertations dans les
+journaux et revues les plus autorisés d’Europe et d’Amérique,
+et « Hippocrate dit oui si Gallien dit non. » Personnellement
+je ne crois pas que nous devions nous effrayer,
+du moins pendant bien longtemps, du péril jaune industriel.
+L’industrie est encore dans l’enfance au Japon, et la
+machine n’a pas encore suppléé partout à la main-d’œuvre
+humaine ; au contraire, cette dernière est la plus répandue.
+A part les manufactures de coton, qui sont pourtant encore
+bien loin d’égaler celles d’Europe, les autres industries
+sont restées, à beaucoup de points de vue, ce qu’elles
+étaient autrefois. Et puis l’argent manque, les capitaux
+sont rares dans le pays. Le Japon essaye de les attirer,
+et il fait beaucoup de propagande en lançant des publications
+sur les industries, le commerce, les finances de
+l’Empire. Beaucoup de ces publications sont en anglais,
+en français, en allemand afin de donner plus de facilités
+au lecteur.</p>
+
+<p>En réalité, la situation industrielle et financière de l’Empire
+japonais est loin d’être ce qu’elle peut paraître à la
+lecture de ces documents mensuels et hebdomadaires,
+publiés par les banques, les sociétés industrielles et
+commerciales. Le Japon fait de grands efforts, efforts
+qu’on ne peut qu’admirer, mais il lui faudra, nécessairement,
+du temps encore pour atteindre à la haute et brillante
+situation à laquelle il aspire.</p>
+
+<p>Quant à envoyer des capitaux étrangers dans des affaires
+japonaises, ce n’est peut être pas encore le moment : nous
+devons reconnaître que le Gouvernement impérial facilite
+et attire ce genre de placements, mais les populations ne
+sont pas encore assez éclairées dans certaines parties des
+provinces.</p>
+
+<p>A Osaka un de nos compatriotes a installé une fabrique
+de brosses qui semblait devoir prospérer, mais qui, si
+j’en crois les dernières nouvelles, a rencontré les plus
+grandes difficultés.</p>
+
+<p>Un autre de nos compatriotes s’était, pour une autre
+affaire, associé à un vieux résident français, ingénieur
+civil, et avait apporté des capitaux pour les placer au Japon.
+Ces deux Français avaient obtenu l’exploitation d’une
+immense forêt dans le Sud, à Kiushiu, et ils avaient fait
+venir des machines, installé des maisons, des hangars,
+des magasins ; des ouvriers et contre-maîtres français
+aient été engagés, enfin tout marchait à souhait et semblait
+devoir prospérer ; deux hauts personnages européens
+s’étaient intéressés à l’affaire et y avaient placé quelques
+fonds. Une Compagnie s’était formée et il n’y avait plus
+qu’à se mettre en train. Les premiers résultats s’annoncèrent
+satisfaisants, lorsque le 8 juin 1908, une foule japonaise
+de quinze cent à deux mille hommes envahit les
+chantiers, démolit les machines, mit le feu aux maisons,
+enfin détruisit tout ; évidemment, dans cette affaire on ne
+peut guère rendre responsable des dégâts que l’ignorance
+de la foule encore mal instruite et peu éclairée ; les autorités
+du pays sont les premières à réprouver ces actes et
+à en souffrir ; il n’en est pas moins vrai que l’affaire est
+ruinée et les capitaux perdus.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Quoique le Japon se soit assimilé très rapidement
+les industries européennes, et fasse, dans cette direction,
+de grands progrès tous les jours, je ne crois pas
+néanmoins, ainsi que je l’ai déjà remarqué précédemment,
+que l’Occident ait encore à craindre d’ici longtemps une
+concurrence sérieuse. D’ailleurs, il faut bien songer à ceci,
+c’est que le Japon ne saurait se mettre, dès à présent, sur
+le même rang que les pays manufacturiers d’Europe pour
+le fini et la solidité de ses produits ; et la preuve en est
+que, pour les constructions qui lui tiennent surtout à
+cœur, et où il veut avoir du solide, comme par exemple
+pour les bâtiments de guerre, il fait venir d’Europe et
+d’Amérique les aciers et les pièces principales.</p>
+
+<p>Où il fera à l’Europe une grande concurrence (il la fait
+déjà d’ailleurs), c’est en Chine avec ses cotonnades ; il est
+évident que ni Manchester ni Bombay n’arriveront à
+fournir aussi bon marché au Chinois ce dont celui-ci a
+besoin. Il va sans dire que nous n’en sommes pas encore
+arrivés au moment où le Japon aura le monopole du commerce
+cotonnier en Chine ; mais il a déjà commencé par
+évincer sérieusement les produits anglais de la Mandchourie,
+et il est connu que le marché de Shanghaï, après
+la campagne, a beaucoup souffert de la concurrence des
+tissus et des filés japonais, et nombre de maisons européennes
+se sont trouvées dans une situation difficile.</p>
+
+<p>C’est, pour le moment, de ce côté que se tournent les
+efforts des industriels et des commerçants japonais.</p>
+
+<p>L’industrie métallurgique aura aussi son tour, son
+heure, sans nul doute, mais, pour le moment, elle n’est
+encore qu’à l’aurore de son existence. Pour arriver à
+atteindre le développement colossal que l’industrie des
+métaux a acquis en Europe et aux États-Unis, il faut du
+temps et de l’argent.</p>
+
+<p>Il n’y a, au reste, qu’à consulter les chiffres pour se
+rendre compte que le Japon est bien en arrière de tous
+les pays producteurs de métal ; ainsi la fabrique de Wakamatsu,
+dirigée par le Gouvernement, produit quelques
+centaines de mille tonnes de fonte, alors que la France,
+qui en produit le moins parmi les grands états industriels,
+en produit encore 4.000.000 de tonnes et que l’Allemagne
+seule, sans vouloir mettre en ligne l’Angleterre et les
+États-Unis, en produit environ 12.000.000 de tonnes. Il y
+a donc encore de la marge.</p>
+
+
+<p class="ugap">X. — Voici un tableau des salaires moyens de chaque
+catégorie d’ouvriers :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>Par jour.</div></td>
+<td class="c"><div>Yen.</div></td>
+<td class="c"><div>Sen.</div></td></tr>
+<tr><td>Charpentiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>60</div></td></tr>
+<tr><td>Plâtriers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>60</div></td></tr>
+<tr><td>Tailleurs de pierre</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>66</div></td></tr>
+<tr><td>Scieurs</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>59</div></td></tr>
+<tr><td>Couvreurs en bardeaux, en chaumes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>57</div></td></tr>
+<tr><td> — en tuiles</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>65</div></td></tr>
+<tr><td>Ouvriers qui briquettent le mur</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>75</div></td></tr>
+<tr><td>Briquetiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>55</div></td></tr>
+<tr><td>Nattiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>51</div></td></tr>
+<tr><td>Ouvriers en paravents, écrans, etc.</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>55</div></td></tr>
+<tr><td>Colleurs de papiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>56</div></td></tr>
+<tr><td>Menuisiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>55</div></td></tr>
+<tr><td>Tonneliers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>45</div></td></tr>
+<tr><td>Sabotiers, galochiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>42</div></td></tr>
+<tr><td>Cordonniers et bottiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>57</div></td></tr>
+<tr><td>Selliers, bourreliers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>62</div></td></tr>
+<tr><td>Charrons</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>51</div></td></tr>
+<tr><td>Tailleurs de vêtements japonais</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>47</div></td></tr>
+<tr><td> — européens</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>64</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants de tabatières, blagues, bourses, portefeuilles, etc.</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>57</div></td></tr>
+<tr><td>Teinturiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>32</div></td></tr>
+<tr><td>Batteurs de coton</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>41</div></td></tr>
+<tr><td>Forgerons</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>55</div></td></tr>
+<tr><td>Joailliers, bijoutiers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>52</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants d’ustensiles métalliques</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>53</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants de poteries</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>46</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants d’objets laqués</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>49</div></td></tr>
+<tr><td>Récolteurs de vernis</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>38</div></td></tr>
+<tr><td>Presseurs d’huile</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>42</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants de papier</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>32</div></td></tr>
+<tr><td>Coupeurs de tabac</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>54</div></td></tr>
+<tr><td>Compositeurs d’imprimerie</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>42</div></td></tr>
+<tr><td>Imprimeurs</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>38</div></td></tr>
+<tr><td>Charpentiers pour navires</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>64</div></td></tr>
+<tr><td>Jardiniers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>55</div></td></tr>
+<tr><td>Journaliers agricoles, hommes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>32</div></td></tr>
+<tr><td> — femmes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>20</div></td></tr>
+<tr><td>Éleveurs de vers à soie, hommes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>29</div></td></tr>
+<tr><td> — femmes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>23</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants de tissus, hommes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>34</div></td></tr>
+<tr><td> — femmes</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>18</div></td></tr>
+<tr><td>Fileuses de soie</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>22</div></td></tr>
+<tr><td>Confituriers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>34</div></td></tr>
+<tr><td>Pêcheurs</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>42</div></td></tr>
+<tr><td>Blanchisseurs de riz</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>32</div></td></tr>
+<tr><td>Journaliers</td>
+<td class="r"><div>0,</div></td>
+<td class="r"><div>43</div></td></tr>
+<tr><td class="c pt07"><div>Par mois.</div></td>
+<td class="c pt07"><div>Yen.</div></td>
+<td class="c pt07"><div>Sen.</div></td></tr>
+<tr><td>Fabricants de saké</td>
+<td class="r"><div>10,</div></td>
+<td class="r"><div>37</div></td></tr>
+<tr><td> — shoyu.</td>
+<td class="r"><div>7,</div></td>
+<td class="r"><div>16</div></td></tr>
+<tr><td>Domestiques</td>
+<td class="r"><div>3,</div></td>
+<td class="r"><div>22</div></td></tr>
+<tr><td>Servantes</td>
+<td class="r"><div>1,</div></td>
+<td class="r"><div>79</div></td></tr>
+<tr><td class="c pt07"><div>Par an.</div></td>
+<td class="c pt07"><div>Yen.</div></td>
+<td class="c pt07"><div>Sen.</div></td></tr>
+<tr><td>Ouvriers agricoles, hommes</td>
+<td class="r"><div>37,</div></td>
+<td class="r"><div>54</div></td></tr>
+<tr><td> — femmes</td>
+<td class="r"><div>20,</div></td>
+<td class="r"><div>13</div></td></tr>
+</table>
+<p>Le yen valant 2 fr. 55, un ouvrier agricole homme se
+paye par an 95 fr. 72, et une femme 51 fr. 33. Étant donné
+ces salaires, la lourdeur des impôts, les dépenses militaires
+hors de proportions avec les ressources financières
+du pays, on ne peut être étonné de la misère qui règne
+au Japon.</p>
+
+
+<p class="ugap">XI. — L’encouragement donné et la protection accordée
+aux entreprises industrielles et aux établissements manufacturiers
+ne datent pas d’aujourd’hui.</p>
+
+<p>Déjà, avant la restauration impériale, les trois Daïmios
+de Satsuma, Mito et Saga avaient établi, en l’ère de
+Kayei (1848-1853), un arsenal de style européen, et commencé
+à fondre des canons. Le Daïmio de Satsuma, s’inspirant
+de la fabrication hollandaise, avait également monté
+une fabrique de porcelaine, et en 1861, il avait même fait
+venir d’Angleterre des machines pour filatures. Le Daïmio
+de Mito, de son côté, avait installé à Ishikawajima (île à
+l’embouchure du Sumida, dans la baie de Tokio) un chantier
+pour la construction des navires ; les Shôgun Tokugawa,
+pendant l’ère de Ansei (1854-1859), firent également
+installer un chantier semblable à Akuura (Hizen), et
+un autre aussi à Yokosuka (Sagami) ; mais ce dernier ne
+fut achevé qu’après la restauration impériale ; il fut d’ailleurs
+cédé au département de la Marine et il est devenu
+l’un des principaux ateliers de construction et de réparation
+de la marine de guerre japonaise. C’est la Compagnie
+Mitsubishi qui, en 1884, a pris possession des chantiers
+de Hizen, qu’elle détient encore aujourd’hui, et qui
+sont connus sous le nom de Chantiers de constructions
+navales de Nagasaki.</p>
+
+<p>Le mouvement, dessiné par les princes feudataires et
+les Shôgun, fut continué par le gouvernement impérial ;
+une filature de soie, montée d’après les principes modernes,
+fut installée à Tomioka en 1872 sous la direction de
+M. Brunat, un de nos compatriotes, aidé de contremaîtres
+et d’ouvriers français ; puis, en 1877, une autre filature
+pour les déchets fut ouverte à Shinmachi. Une filature
+de lainages s’ouvrit peu après à Senji, faubourg de Tokio,
+pour le compte du Gouvernement, et, dix ans après cet
+exemple officiel, des fabriques de lainages en sociétés
+privées s’édifiaient sur divers points du territoire.</p>
+
+<p>En 1881 et 1883, dans les districts de Aichi et de
+Hiroshima, le Gouvernement fit venir d’Angleterre des
+machines à filer le coton ; puis le tissage du chanvre
+commença à se développer au Hokkaido (Yézo) où le
+Gouvernement installa des contremaîtres et ouvriers
+venus de Lille.</p>
+
+<p>En 1875, une fabrique de ciment fut montée à Fukagawa
+(faubourg de Tokio), et, en 1876, la première verrerie
+fit son apparition à Shinagawa (autre faubourg de Tokio).</p>
+
+<p>Cependant, autour de ces différents établissements,
+édifiés et dirigés aux frais de l’État, d’autres établissements
+privés avaient pris naissance, dirigés par des
+sociétés et des compagnies. Quand l’essor fut ainsi donné,
+le Gouvernement impérial se débarrassa peu à peu de
+tous ces travaux, et vendit toutes ses usines, ne se
+réservant que la manufacture de draps de Senji où il
+fabrique les draps pour la troupe.</p>
+
+<p>Quand on voit en combien peu d’années le Japon est
+arrivé au degré d’activité industrielle qu’il déploie aujourd’hui,
+on ne peut s’empêcher de reconnaître son extrême
+aptitude à l’imitation, son acharnement au travail, et,
+bien que tout ce qu’il produise d’articles européens soit
+très inférieur à ce qui se fait en Europe même, il faut lui
+reconnaître une grande habileté et une grande réserve de
+patience.</p>
+
+<p>Pour pouvoir marcher sans l’aide des Européens, il
+fallait avoir un personnel d’ingénieurs suffisamment instruits
+et éclairés. C’est ce que le Gouvernement impérial
+comprit de suite, et, dès 1871, il créa le collège supérieur
+des ingénieurs (Kô bu dai gakkô), sous la direction de
+professeurs anglais (aujourd’hui ce collège est rattaché
+à l’Université de Tokio).</p>
+
+<p>On y enseignait la mécanique, la construction des
+bateaux, la science de l’électricité, l’architecture, la
+chimie, toute science en général nécessaire à la profession
+d’ingénieur, soit ingénieur civil, soit ingénieur des
+mines ou électricien. Il sortit de ces établissements des
+jeunes gens très instruits, dont les mieux notés allaient
+faire un complément d’études en France, en Angleterre,
+en Allemagne ou aux États-Unis.</p>
+
+<p>En 1881 fut créée l’École polytechnique de Tokio, où
+l’on enseigna la peinture, le tissage, la céramique, etc. ;
+des écoles semblables furent ouvertes un peu partout par
+les autorités provinciales, de sorte qu’aujourd’hui, à
+Tokio, à Kioto, à Osaka on compte trois écoles supérieures
+d’ingénieurs, et dans les provinces, on trouve plus
+de 1.200 écoles techniques. A l’heure actuelle, à part
+quelques rares exceptions, les instructeurs européens ont
+disparu.</p>
+
+<p>A ces renseignements sur l’industrie japonaise, j’ajouterai
+que le Gouvernement japonais a édicté des lois et
+règlements sur les brevets et les marques de fabrique ;
+mais c’est une chose qui n’est pas bien entrée dans les
+mœurs du pays, et les marques de fabrique sont encore
+aujourd’hui aussi outrageusement que maladroitement
+imitées.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch14">CHAPITRE XIV</h2>
+
+<p class="d">I. Commerce du Japon avec l’étranger : habutai, kaiki, soieries. — II.
+Exportation du thé. — III. Exportation du riz. — IV. Charbon
+japonais. — V. Cuivre. — VI. Camphre, nattes, sake, cigarettes. — VII.
+Coton. — VIII. Importation : coton brut, lainages ; mousselines
+de laine ; la situation de la France relativement à l’importation
+de ce dernier article ; riz d’Indo-Chine ; métaux ; machines. — IX.
+Importation française. — X. Le commerçant japonais. — XI.
+Entrées et sorties pour les ports principaux. — XII. Marine
+marchande japonaise à vapeur. — XIII. Bateaux français. — XIV.
+Tarif douanier.</p>
+
+
+<p>I. — Le commerce du Japon avec l’étranger consiste
+surtout en exportations de soies ; soies grèges qui sont dirigées
+vers les États-Unis, la France et l’Italie ; déchets de
+soie qui ne sont guère achetés que par la France ; <i>habutai</i>
+qui vont en France, aux États-Unis, en Angleterre, aux
+Indes anglaises, en Australie ; pongés glacés ou <i>kaiki</i>
+achetés par les États-Unis, et, enfin, mouchoirs de soie
+qui vont aux États-Unis et en Angleterre.</p>
+
+<p>L’<i>habutai</i> ou pongé est fabriqué principalement dans
+six provinces du Japon qui sont généralement des lieux
+de production de la soie.</p>
+
+<p>Echizen, dont la capitale est Fukui, est le centre du
+commerce et le lieu d’inspection des tissus après les opérations
+du décreusage.</p>
+
+<p>En raison de l’importance des transactions, et du peu
+de confiance qu’il est possible d’accorder aux marchands
+intermédiaires, surtout au point de vue des contrats, qu’ils
+acceptent, et dont ils n’effectuent pas livraison, si les cours
+leur deviennent défavorables ; un certain nombre de maisons
+européennes ont leurs propres installations à Fukui
+et procèdent par elles aux achats. Les tissus sont offerts
+dans les ventes à l’encan ayant lieu journellement, et,
+dans plusieurs parties de la ville, ils deviennent, naturellement,
+la propriété du plus offrant ; les cours subissent
+des variations fréquentes, reflétant d’ailleurs assez facilement
+le rapport entre l’offre et la demande.</p>
+
+<p>Le nombre des métiers, existant à Fukui et dans les
+faubourgs, était à la fin de décembre 1904, de 19.959, et
+la production, du 1<sup>er</sup> juillet 1904 au 30 juin 1905, a été
+d’environ 1.200.000 pièces, soit une moyenne de 60 pièces
+par métier pour une période de douze mois.</p>
+
+<p>On peut dire, qu’au moment de la saison, 4.000 ou
+5.000 pièces arrivent chaque jour sur le marché, et, grâce
+aux organisations spéciales des banques locales, consentant
+des avances généreuses sur les tissus fabriqués qui leur
+sont remis en nantissement, les paiements peuvent être
+effectués au comptant et pour ainsi dire à l’instant même
+où la marchandise passe en d’autres mains. Des organisations
+analogues existent aussi dans les autres provinces.</p>
+
+<p>Le district de Kaga, dont la capitale est Kanazawa, ville
+importante comptant plus de 200.000 habitants, ne
+fabrique que les qualités légères, et plus de la moitié de
+sa production est destinée aux États-Unis d’Amérique, qui,
+en raison du prix élevé des douanes, recherchent plus
+spécialement des tissus légers.</p>
+
+<p>Les pièces les mieux fabriquées atteignent des prix très
+élevés, comparativement aux autres, en raison de ces
+achats pour le compte de l’Amérique, où les tissus de
+qualité ordinaire ne trouvent qu’un faible écoulement.
+On comprend donc que les tisseurs apportent tous leurs
+soins à maintenir et améliorer leur fabrication qui, d’une
+façon générale, est soignée.</p>
+
+<p>La province de Kaga compte 14.500 métiers et la production
+a été, de 1904 à 1905, de 750.000 pièces.</p>
+
+<p>Toyama, dans la province d’Etchu, est un centre de
+fabrication de moyenne importance ; on y compte 5.500
+métiers avec une production annuelle de 150.000 pièces ;</p>
+
+<p>Uzen, 1.200 métiers ; production annuelle 42.000 pièces.</p>
+
+<p>Les tissus fabriqués dans la province de Kawamata
+s’étaient acquis, dans ces dernières années, une mauvaise
+réputation par le fait de la charge que l’on faisait, dans
+la plupart des cas, subir aux pièces après décreusage. Pour
+atteindre ce but, on les laissait séjourner dans un bain à
+base de magnésie, l’augmentation de poids variant, en
+rapport direct, avec la durée de l’opération. C’est ainsi
+que l’on arrivait à charger les tissus jusqu’à 40 pour 100
+en plus de leur poids de soie pure.</p>
+
+<p>Il est nécessaire d’ajouter que ce traitement ne donnait
+aucune qualité aux étoffes, en altérait au contraire complètement
+le brillant et n’avait d’autre but que de tromper
+l’acheteur. De pareils procédés ne devaient pas tarder à
+nuire au commerce de cette région ; aussi sa production
+arriva-t-elle à être tellement délaissée que, se rendant
+compte de la gravité de la situation, le Gouvernement
+provincial décréta, en novembre 1904, qu’à dater du
+1<sup>er</sup> avril 1905, aucune pièce ne serait vendue autrement
+que pure. Des mesures sévères ayant été adoptées, les nouveaux
+règlements sont maintenant correctement observés.</p>
+
+<p>La province de Kawamata compte 5.300 métiers avec
+une production relativement importante de 260.000 pièces.</p>
+
+<p>Joshu fut le berceau de l’habutai ; c’est là, en effet, que
+quelques pièces d’un article similaire, fabriqué en Chine,
+furent, pour la première fois, imitées au Japon, il y a environ
+vingt-cinq ans, et les autres provinces, en présence
+de la demande, s’emparant peu à peu des procédés de
+leurs voisins, et les modifiant, suivant leurs capacités,
+arrivèrent à créer cette industrie considérable.</p>
+
+<p>Le Joshu est, en même temps, un centre très important
+pour la fabrication des étoffes de soie employées pour
+kimonos japonais.</p>
+
+<p>Sans tenir compte des métiers appliqués à ce dernier
+genre, on trouve qu’il existe dans cette région :</p>
+
+<p>503 métiers pour unis ; production annuelle 15.000
+pièces ;</p>
+
+<p>800 métiers pour habutai façonné : production annuelle
+40.000 pièces ;</p>
+
+<p>2.000 métiers pour soieries ; production annuelle
+60.000 pièces.</p>
+
+<p>Kiôtô et Gifu produisent également des étoffes de soie,
+dont seulement une partie infime est exportée, les neuf
+dixièmes, environ, étant destinés à la consommation intérieure.</p>
+
+<p>A Gifu, le tissage est réduit aux crêpes de Chine, alors
+qu’à Kiôtô on fabrique des étoffes de tous genres, depuis
+le taffetas jusqu’aux grands façonnés lamés or et argent.</p>
+
+<p>C’est à Kiôtô que se trouve la seule grande fabrique
+méritant d’être citée ; elle est en société anonyme au
+capital de 2.500.000 francs et possède 275 métiers mécaniques
+et 100 métiers à la main, ainsi que toutes les
+machines pour le dévidage, montage, ourdissage, pliage,
+lissage, etc… Ses ateliers de teinture en fils, teinture en
+pièces et apprêts, et, en général, tous ceux que comporte
+cette industrie, lui assurent une complète indépendance, et
+contribuent à la placer au premier rang parmi les établissements
+de ce genre existant en dehors de l’Europe et de
+l’Amérique<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12"><span class="label">[12]</span></a> <i>Rapports commerciaux et consulaires</i> (1905).</p>
+</div>
+<p>Pour l’année 1908, l’exportation de la soie a été de
+226.000.000 de francs contre 276.000.000 de francs en 1907 :
+il y a une diminution assez sérieuse également sur l’habutai.</p>
+
+<p>D’ailleurs le commerce total du Japon pour 1908 subit
+une diminution de 282.375.000 francs.</p>
+
+<p>Tableau des exportations de soies depuis 1904 (en yen,
+au change moyen de 2 fr. 55) :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>1904</div></td>
+<td class="r"><div>138.300.000</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1905</div></td>
+<td class="r"><div>113.460.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1906</div></td>
+<td class="r"><div>157.955.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1907</div></td>
+<td class="r"><div>160.237.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">II. — Le thé est également un des articles d’exportation
+du Japon ; mais la totalité est absorbée par les États-Unis.
+Le thé japonais ne ressemble en rien au thé de
+Chine et, en général, les Européens ne l’apprécient pas : il
+est vert, il a une saveur âcre. Les Japonais en font une
+grande consommation ; c’est leur boisson habituelle. En
+dehors du Japon, l’Amérique seule consomme du thé japonais ;
+il en fut exporté en :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>1904</div></td>
+<td>pour</td>
+<td class="r"><div>12.833.000</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1905</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10.584.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1906</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10.767.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1907</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10.618.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>De 1896 à 1903 une subvention annuelle de 70.000 yen
+avait été accordée, par le Gouvernement, au « syndicat du
+thé », qui avait essayé de faire la concurrence au thé de
+Ceylan, en faisant subir au thé japonais certaines préparations
+le rendant propre à être exporté en Europe ; mais
+l’envoi ne réussit pas, et la subvention fut supprimée
+en 1903 ; cette année-là, le Gouvernement donna encore
+une subvention de 35.000 yen ; puis il cessa tout encouragement
+pécuniaire. Le thé japonais ne pourra jamais entrer
+en compétition avec le thé de Chine ou de Ceylan ; cela
+tient probablement au climat japonais qui lui donne ce
+goût spécial, peu apprécié des Européens, même de ceux
+qui ont longtemps résidé dans le pays.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Le riz japonais est l’un des meilleurs riz qui poussent
+sur le globe. Aussi s’en exporte-t-il une certaine
+quantité ; les principaux débouchés pour le riz japonais
+sont : l’Australie, qui en absorbe pour une valeur d’environ
+2.000.000 de yen ; Hawaï, pour 8.000.000 de yen ;
+l’Angleterre, pour 800.000 yen ; la Corée, pour 500.000 yen ;
+la Russie d’Asie, pour une valeur très variable : en 1903
+pour 445.765 yen ; en 1904 pour 17.621 yen ; en 1905
+pour 306.025 yen ; en 1906 pour 472.870 yen.</p>
+
+<p>La demande des États-Unis n’a cessé de décroître
+dernièrement, ce qui s’explique par ce fait que la culture
+du riz au Texas a pris une grande extension et a fort bien
+réussi, ainsi du reste qu’à la Louisiane. Actuellement, le
+riz récolté dans ces deux États se vend moins cher que
+le riz japonais, et les Japonais établis en Californie consomment,
+eux-mêmes, du riz américain.</p>
+
+<p>Parfois, la récolte au Japon n’est pas suffisante, et le
+Gouvernement est obligé d’importer du riz soit de Bangkok,
+soit de Saïgon ou de Rangoon : mais, généralement, le riz
+de ces pays est peu apprécié au Japon ; les grains sont
+plus petits, et ils sortent de la cuisson beaucoup moins
+blancs.</p>
+
+<p>En 1908, la récolte n’a pas fait défaut ; elle a atteint,
+en effet, 51.897.233 koku, soit 93.415.020 hectolitres :
+elle a donc été exceptionnellement belle, plus belle même
+que celle de l’année 1904, qui avait été considérée comme
+la plus belle récolte qui se fût faite au Japon, et qui s’était
+élevée à 51.401.497 koku, soit 92.500.000 hectol.</p>
+
+<p>Ce tableau montre l’exportation du riz japonais pour les
+trois dernières années :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Pays.</td>
+<td class="c"><div>1906</div></td>
+<td class="c"><div>1907</div></td>
+<td class="c"><div>1908</div></td></tr>
+<tr><td>Chine</td>
+<td class="r"><div>503.583</div></td>
+<td class="r"><div>296.460</div></td>
+<td class="r"><div>113.379</div></td></tr>
+<tr><td>Hong-Kong</td>
+<td class="r"><div>1.365</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td>Corée</td>
+<td class="r"><div>57.877</div></td>
+<td class="r"><div>63.647</div></td>
+<td class="r"><div>63.372</div></td></tr>
+<tr><td>Russie d’Asie</td>
+<td class="r"><div>472.870</div></td>
+<td class="r"><div>253.809</div></td>
+<td class="r"><div>155.205</div></td></tr>
+<tr><td>Angleterre</td>
+<td class="r"><div>416.179</div></td>
+<td class="r"><div>230.374</div></td>
+<td class="r"><div>626.681</div></td></tr>
+<tr><td>France</td>
+<td class="r"><div>58.352</div></td>
+<td class="r"><div>14.089</div></td>
+<td class="r"><div>415</div></td></tr>
+<tr><td>Allemagne</td>
+<td class="r"><div>35.834</div></td>
+<td class="r"><div>746</div></td>
+<td class="r"><div>168.206</div></td></tr>
+<tr><td>Belgique</td>
+<td class="r"><div>92.871</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td>Autriche-Hongrie</td>
+<td class="r"><div>57.363</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td>Hollande</td>
+<td class="r"><div>25.536</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td>
+<td class="c"><div>»</div></td></tr>
+<tr><td>États-Unis</td>
+<td class="r"><div>463.016</div></td>
+<td class="r"><div>744.556</div></td>
+<td class="r"><div>410.892</div></td></tr>
+<tr><td>Amérique Anglaise</td>
+<td class="r"><div>288.050</div></td>
+<td class="r"><div>532.708</div></td>
+<td class="r"><div>356.230</div></td></tr>
+<tr><td>Australie</td>
+<td class="r"><div>274.701</div></td>
+<td class="r"><div>139.039</div></td>
+<td class="r"><div>78.542</div></td></tr>
+<tr><td>Hanoï</td>
+<td class="r"><div>928.975</div></td>
+<td class="r"><div>1.375.729</div></td>
+<td class="r"><div>1.364.057</div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">IV. — L’exportation du charbon va toujours en augmentant ;
+de 14.828.000 yen en 1904, elle est passée
+à 16.280.000 yen en 1906 et à 19.052.000 yen en 1907. Le
+charbon japonais s’exporte actuellement un peu dans tous
+les ports d’Asie ; cependant il n’est pas utilisable à l’état
+pur, et les bâtiments à vapeur, surtout les navires de
+guerre, ne l’emploient que modérément et mélangé avec
+du Cardiff. Le charbon japonais brûle les chaudières, et
+produit une fumée intense, très noire ; généralement on le
+consomme en briquettes comprimées, et, sous cette forme,
+il semble devoir rendre des services ; mais il n’arrivera
+jamais à se substituer au charbon anglais, et toutes les
+marines de guerre, y compris la marine de guerre japonaise,
+ainsi que les grandes Compagnies de navigation
+évitent de se servir du charbon japonais.</p>
+
+<p>L’exportation de ce produit se fait : vers la Chine
+(7.689.000 yen en 1907) ; vers l’Inde britannique
+(368.000 yen en 1907) ; vers Hongkong (5.439.000 yen
+en 1907) ; et vers les colonies hollandaises de la Malaisie
+(430.000 yen pour 1907). Les États-Unis d’Amérique figurent
+pour une somme de 1.163.000 yen en 1907 ; mais il
+est probable que ce chiffre représente le charbon apporté,
+dans les ports de Californie, pour l’usage des bateaux
+japonais faisant le service de San Francisco à Seattle.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Le Japon est, avec les États-Unis, le plus grand
+producteur de cuivre, et sa production tend à augmenter
+constamment. En 1902 elle était de 48.390.637 kin
+(1 kin = 600 grammes) ; en 1903 elle est passée
+à 55.312.343 kin et en 1904 la production est estimée
+à 35.000 tonnes. La progression continue jusqu’en 1907
+et 1908 où l’on arrive à environ 38 et 39.000 tonnes. La
+production totale pour 1908 donne une valeur marchande
+de 26.302.000 yen.</p>
+
+<p>Comme exportation, la Chine absorbe à elle seule,
+en 1907, 10.310.000 yen de cuivre ; Hongkong en prend
+pour 4.782.000 yen ; l’Angleterre pour 4.514.000 yen ; la
+France pour 2.364.000 yen ; l’Allemagne pour 2.309.000
+yen. L’exportation de ce métal, qui fournissait un chiffre
+de 25.110.000 yen en 1906, passait à 29.260.000 yen
+en 1907, soit une augmentation de 4.150.000 yen.
+En 1908 elle a sensiblement baissé ; cette année, d’ailleurs,
+a été fort mauvaise pour le Japon au point de vue
+commercial, ainsi que je l’ai noté au début de ce chapitre.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Autrefois, le Japon proprement dit produisait
+beaucoup de camphre ; mais aujourd’hui le territoire de
+l’Empire n’en fournit presque plus, et c’est l’île de Formose
+qui exporte le plus de cette denrée. Il en est sorti
+(année fiscale 1907-1908), tant du Japon que de Formose,
+pour une somme de 7.945.000 yen ; sur cette somme,
+2.919.000 yen reviennent à Formose, qui, on le voit,
+exporte relativement bien plus que le Japon, eu égard à
+son territoire.</p>
+
+<p>Voici quels sont les pays qui ont acheté le plus :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Indes britanniques</td>
+<td class="r"><div>1.069.000</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td>Grande-Bretagne</td>
+<td class="r"><div>158.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>France</td>
+<td class="r"><div>604.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Allemagne</td>
+<td class="r"><div>1.301.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>États-Unis</td>
+<td class="r"><div>1.689.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Nattes. — Autrefois la natte japonaise n’avait pas de
+concurrente, dans tout l’Extrême-Orient, en raison de sa
+finesse et du soin apporté à sa confection ; la qualité a beaucoup
+baissé aujourd’hui, et l’exportation s’en est ressentie.
+Le Japonais, d’ailleurs, procède en tout de la même façon,
+et il est difficile de se procurer maintenant des marchandises
+aussi soignées que celles d’autrefois. Pour les nattes
+la concurrence annamite se fait sentir, et si nos fabricants
+de nattes de Nam dinh s’y appliquaient, ils arriveraient,
+certainement, à évincer complètement la natte japonaise.
+Les nattes tonkinoises sont, d’ailleurs, tellement en mesure
+de lutter contre les nattes japonaises, que des marchands
+Japonais vendent, à Hong-Kong et sur les côtes de Chine,
+aussi bien qu’aux États-Unis, des nattes tonkinoises
+pour des nattes japonaises. Ce sont les États-Unis qui
+absorbent la majeure partie de ce produit : ils en
+prennent bon an mal an pour une valeur d’à peu près
+6.000.000 de yen.</p>
+
+<p>Allumettes. — Le commerce des allumettes est toujours
+prospère, et se tient entre 10.000.000 et 11.000.000
+de yen. La Chine, Hong-Kong, les établissements des
+détroits, la Corée, sont les plus gros acheteurs ; le Siam,
+la Birmanie et les Indes anglaises viennent ensuite.</p>
+
+<ul>
+<li>En 1907-1908 la Chine a acheté pour 4.250.000 yen d’allumettes ;</li>
+<li>L’Inde anglaise pour 849.000 yen ;</li>
+<li>Hong-Kong pour 2.469.000 yen ;</li>
+<li>La Corée environ 2.000.000 de yen ;</li>
+<li>Les établissements des détroits 1.000.000 de yen.</li>
+</ul>
+<p>C’est un des principaux articles japonais d’exportation
+dans les pays d’Extrême-Orient, et le commerce d’importation
+des allumettes européennes est devenu, par ce fait,
+insignifiant.</p>
+
+<p>Saké. — Le vin de riz japonais, ou plutôt l’alcool de
+riz, ne s’exporte guère qu’en Corée et en Chine ; ou plutôt
+il serait mieux de dire qu’il s’est exporté, lors de la campagne
+de Mandchourie ; aujourd’hui que les armées japonaises
+sont rentrées, l’exportation tend à diminuer ; cependant
+il en part encore dans ces deux pays pour une
+valeur de 800.000 à 1.000.000 de yen.</p>
+
+<p>Porcelaine et poterie. — Ce sont les États-Unis qui
+achètent le plus ces articles au Japon. Sur un total de
+7.942.927 yen pour 1906 et de 7.216.000 yen pour 1907,
+ils en ont absorbé pour une valeur approchant de
+4.000.000 de yen chaque année (exactement en 1906 =
+4.332.584 yen ; et en 1907 = 3.816.000 yen). La Chine
+vient après, puis la Corée ; et enfin l’Angleterre et Hong-Kong.
+La France n’achète au Japon que pour 110.000 yen
+environ de porcelaine, alors que l’Angleterre lui en achète
+pour 450.000 yen.</p>
+
+<p>Cigarettes. — Ne s’exportent qu’en Chine et en Corée ;
+1.228.000 yen en Chine pour 1907 ; environ 800.000 yen
+en Corée pour la même année ; mais il pourrait se faire
+que cet article d’exportation vînt à tomber rapidement ;
+car les Chinois se sont mis à fabriquer des cigarettes
+absolument semblables aux cigarettes japonaises et les
+fumeurs chinois les achètent de préférence.</p>
+
+<p>Produits maritimes. — La seiche, la bêche de mer,
+la colle végétale et les varechs, se dirigent, en totalité, vers
+la Chine et Hong-Kong. Ce dernier port achète environ
+pour 2.000.000 de yen de seiche, et la Chine pour la même
+somme de varechs.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Le coton, sous tous ses aspects, est l’un des
+grands articles d’exportation du Japon, et c’est la Chine
+qui absorbe la presque totalité, sauf une partie pour
+Hong-Kong et la Corée. Filés, couvertures, flanelles,
+crêpes, imitation de Nankin, <span lang="en" xml:lang="en">shirting</span> gris, nappes et serviettes,
+tout se dirige vers le marché chinois ; ce dernier
+prend en général de 30 à 35.000.000 de yen de filés tous les
+ans, et de 3 à 4.000.000 de yen de <span lang="en" xml:lang="en">shirting</span> gris. Les serviettes
+genre éponge commencent à être fort appréciées
+des Chinois, d’autant plus que le prix en est réellement
+infime : ils arrivent à payer une serviette ordinaire 5 et
+6 cents de piastre, c’est-à-dire environ 15 centimes.</p>
+
+<p>Les principaux exportateurs de cotons sont les filatures
+suivantes :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Osaka Boseki</td>
+<td>avec</td>
+<td class="r"><div>1.100</div></td>
+<td>ouvriers et</td>
+<td class="r"><div>4.500</div></td>
+<td>ouvrières.</td></tr>
+<tr><td>Setsu</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.300</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Osaka Godo</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Fukushima</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>450</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.500</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Nihon</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>420</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>2.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Temma</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>205</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Nagai</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>300</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.200</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Odzu Hoseito</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>180</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>800</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Kobayashi</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>40</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>110</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Sakai</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>200</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>770</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Kishiwada</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>250</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.100</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Wakayama</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>280</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.500</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Koriyama</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>380</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>900</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Amagasaki</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>270</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.250</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Toutes les filatures ci-dessus appartiennent à la région
+d’Osaka ; sur les 35.000.000 de yen d’exportation, elles
+figurent pour 28 à 29.000.000 de yen ; c’est-à-dire que le
+commerce du coton est concentré dans les deux villes de
+Kobé et d’Osaka et les régions voisines. Il est évident
+que les Japonais finiront par fournir entièrement le marché
+chinois du coton dont il a besoin. La proximité du pays,
+la main-d’œuvre très bon marché, les besoins moindres
+du Japonais, font que le coton européen, sous toutes ses
+formes, ne peut pas lutter ; évidemment le produit japonais
+est très inférieur, mais pour l’acheteur chinois la question
+n’est pas là : il lui faut du bon marché, même si la qualité
+n’est pas de premier ordre.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — A l’importation, le Japon demande d’abord le
+coton brut pour ses filatures.</p>
+
+<p>Il vient de Chine pour une somme moyenne de 25 à
+30.000.000 de yen (1904 = 30.678.242 de yen ; 1907 =
+23.465.000 de yen) ;</p>
+
+<p>Des Indes Britanniques, qui ont toujours occupé le premier
+rang pour l’importation de cet article au Japon, (sauf
+une éclipse en 1904), et qui ont fourni, ces dernières
+années : 1905 = 53.553.000 yen ; 1906 = 41.383.000 yen ;
+1907 = 57.574.000 yen ;</p>
+
+<p>Des États-Unis, qui importent pour une valeur de 28 à
+30.000.000 de yen ;</p>
+
+<p>De l’Égypte qui est stationnaire et fournit de 3 à
+4.000.000 de yen.</p>
+
+<p>Le coton brut doux, égrené et non égrené, la matière
+première, en un mot, tend à une augmentation continue
+comme importation ; c’est évidemment un signe de l’activité
+des filatures japonaises.</p>
+
+<p>Quant aux autres produits, en coton fabriqué, le Japon
+en importe bien moins que jadis, puisqu’il fabrique lui-même.
+Toutefois il achète encore des filés, du coutil, de la
+toile, de la toile imprimée, des satins, des velours, des
+<span lang="en" xml:lang="en">shirtings</span> gris, des <span lang="en" xml:lang="en">shirtings</span> croisés et de la toile à parapluie.
+C’est l’Angleterre qui fournit presque exclusivement
+ce dernier article.</p>
+
+<p>Les lainages, laines brutes, filés, drap d’Italie, mousselines
+de laines, draps, drap mélangé de coton, couvertures,
+sont importés pour une somme totale de 20.000.000 de yen
+environ. L’Angleterre, l’Australie et l’Allemagne sont les
+principaux importateurs. La France a eu pendant longtemps
+le monopole pour l’importation des mousselines de
+laine ; elle en importait encore pour 1.235.000 yen en
+1901 ; 2.315.000 yen en 1903 ; 1.175.000 yen en 1905 ;
+mais le chiffre est tombé à 478.000 yen en 1907. La concurrence
+de l’Allemagne, et surtout de la Suisse, est
+pour beaucoup dans cette décadence de notre commerce
+de mousselines ; mais il faut également accuser l’indolence
+de nos fabricants qui, jamais, n’envoient de voyageurs
+sérieux étudier sur place les goûts du client et les changements
+à apporter à leurs produits.</p>
+
+<p>Riz. — Malgré les belles années de récolte qu’il réalise
+généralement, le Japon importe du riz. Cela tient à ce que
+les Japonais, sachant leur riz très supérieur, le conservent,
+pour le vendre à l’exportation, lorsque les prix sont élevés,
+et mangent, eux-mêmes, les riz moins beaux des tropiques :
+c’est ainsi que l’Inde envoie au Japon de 13.000.000 à
+15.000.000 de yen de riz (venant en presque totalité de
+Rangoon, Birmanie) ; l’Indo-Chine française pour une
+somme à peu près égale, et le Siam pour 5.000.000 de yen
+environ.</p>
+
+<p>Sucre. — Il est importé par les Indes néerlandaises
+16 à 17.000.000 de yen (1907 = 16.691.000 yen) ; la Chine :
+500.000 yen ; les Philippines : 1.000.000 de yen (1907 =
+1.218.000 yen). Ce qui précède est le sucre brut ; quant
+au sucre raffiné il vient :</p>
+
+<p>De la Russie, environ 2.000.000 de yen.</p>
+
+<p>De Hongkong, 1.500.000 yen.</p>
+
+<p>D’Allemagne, 1.000.000 de yen.</p>
+
+<p>D’Autriche-Hongrie, 1.000.000 de yen.</p>
+
+<p>Métaux. — La métallurgie a encore beaucoup à espérer
+comme importation au Japon ; les mines japonaises sont
+encore très insuffisamment exploitées, et les capitaux
+manquent pour installer la grande industrie métallurgique
+comme en Europe ; le Japon exécute il est vrai,
+actuellement, à la fonderie de Wakamatsu et à l’arsenal
+de Kure, du matériel de guerre et des projectiles ; mais il
+est encore tributaire de l’Europe et de l’Amérique pour
+les métaux travaillés.</p>
+
+<p>Lingots de fer : il en a été importé en 1907 pour
+14.856.000 yen d’Angleterre ; 3.176.000 yen d’Allemagne ;
+1.162.000 yen des États-Unis ; 6.973.000 yen de Belgique.
+Rails : en 1907, d’Angleterre 483.000 yen ; d’Allemagne
+1.579.000 yen ; des États-Unis 1.371.000 yen ; de Belgique
+372.000 yen. Fers en barres, plaques et tôles de fer,
+tuyaux en fer, clous, fer étamé en feuilles, fils télégraphiques,
+acier, plomb, étain, zinc ; toutes ces catégories
+de métaux trouvent encore au Japon un bon débouché.</p>
+
+<p>Les machines et locomotives viennent en 1907 :</p>
+
+<p>De l’Angleterre pour 16.380.000 yen ;</p>
+
+<p>De l’Allemagne pour 3.333.000 yen ;</p>
+
+<p>De Belgique pour 168.000 yen ;</p>
+
+<p>Des États-Unis pour 10.241.000 yen.</p>
+
+<p>Le pétrole arrive presque entièrement des États-Unis,
+qui en importent, tous les ans, pour une valeur de
+10.000.000 de yen environ (1907 = 9.507.000 yen).</p>
+
+<p>Le charbon est importé d’Angleterre pour la marine de
+guerre japonaise. En 1904, alors que, par suite de la
+guerre, le Japon faisait des approvisionnements considérables,
+il en a été importé pour 12.199.885 yen de Cardiff ;
+mais, en temps normal, il n’en est pas de même, et, en
+1905, l’importation est tombée à 5.467.705 yen pour rester
+ensuite à 500.000 yen environ (1906 = 519.980 yen).</p>
+
+<p>Ainsi, tout ce qui concerne la métallurgie, est importé
+Angleterre, d’Allemagne, de Belgique, des États-Unis.
+Quant à la France elle a importé en 1907 pour 410.000 yen
+de machines.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — L’importation française au Japon n’est pas considérable
+et elle s’élève : en 1906 à 4.997.000 yen ; en
+1907 à 7.024.000 yen. Il est vrai que son exportation
+du Japon se chiffre par 40.228.000 yen en 1906 et
+42.592.000 yen en 1907, mais parce qu’elle achète la soie,
+marchandise chère. Elle laisse de l’argent au Japon en
+échange de sa soie, mais elle ne profite pas du commerce
+japonais, puisqu’elle n’y fait pas ou presque pas d’importation.</p>
+
+<p>Voici les principaux articles que vend la France :</p>
+
+<p>Lunettes et télescopes ; Boîtiers de montre en argent ;
+Mouvements d’horlogerie ; Beurre ; Antipyrine ; Chlorate
+de potasse ; Drogues et médecines ; Phosphore amorphe ;
+Phosphore jaune ; Bois de campêche ; Soies de porc ;
+Tubes de cuivre ; Plomb ; Livres ; Papiers à cigarettes ;
+Mousselines de laine ; Vins en bouteilles ; Vins en fûts ;
+Champagnes ; Eaux-de-vie ; Autres liqueurs ; Bouchons ;
+Savon de toilette ; Savon ordinaire ; Parfumerie.</p>
+
+<p>Ainsi que je l’ai dit plus haut, notre principal article,
+la mousseline de laine, nous est peu à peu enlevé. En
+dehors de la concurrence suisse et allemande, au reste, il
+y a aussi la fabrication japonaise qui s’essaie, et finira par
+produire, non pas aussi bien que nous, mais suffisamment
+« <span lang="en" xml:lang="en">made in Japan</span> » pour satisfaire le goût et la bourse des
+clients.</p>
+
+<p>Quant aux vins, si la France en importe, tout compris,
+c’est-à-dire vins rouges et blancs, en fûts et en bouteilles,
+champagnes, vins mousseux, pour 400.000 francs, c’est
+tout. Le Japonais, de même que le Chinois ou tout autre
+oriental, ne boit pas de vin. Avec les quelques barriques
+de gros vin rouge qu’il fera venir, le Japonais mélangera
+de la mélasse et du sucre et fabriquera ainsi du « <i>vin
+japonais</i> », délice des gourmets dans les restaurants de
+Tokio. Inutile de dire que ce produit innommable est
+horrible pour un palais européen.</p>
+
+<p>Quant aux eaux-de-vie et liqueurs nous en importons
+pour 160.000 francs ; c’est pour la consommation de la
+colonie européenne.</p>
+
+
+<p class="ugap">X. — Comme on le voit, nous ne faisons pas grand commerce
+avec le Japon, et il est difficile pour nous d’y
+travailler davantage. Nous ne pouvons lutter avec les
+autres nations pour fournir aux Japonais ce dont ils ont
+le plus besoin : coton brut, métaux de toutes sortes et
+machines. Nous venons de voir que nos mousselines de
+laine sont en décadence et que notre principal article
+d’importation, le vin, n’y est pas apprécié.</p>
+
+<p>Il ne faut pas non plus compter sur les articles dits parisiens,
+tels que : articles de Paris, modes, chapeaux, etc.,
+car ils sont peu employés par les indigènes et, d’ailleurs,
+ceux qui se trouvent au Japon sont des articles de Paris
+fabriqués en Allemagne ; ils sont importés au Japon à des
+prix que la cherté de la matière première et de la main-d’œuvre
+française ne nous permet pas de concurrencer.
+Il est donc de toute évidence que nous n’avons pas grand
+effort à tenter de ce côté. Le Japon n’est pas, pour nous,
+un client, même pas un client pour nos objets de luxe,
+indiscutablement supérieurs à tous autres, car il est
+pauvre ; et quand il veut du luxe, il lui vient de Berlin, à
+bien meilleur compte.</p>
+
+<p>Le commerçant japonais n’a pas la réputation d’être sérieux
+et fidèle à sa parole. Les autorités japonaises ont fait
+des efforts louables pour persuader à leurs compatriotes la
+grande franchise en affaires, et il y a lieu d’espérer que
+ces efforts ne resteront pas vains. Mais le Japonais est
+bien moins commerçant que le Chinois, et tous ceux qui
+ont eu des relations avec les deux peuples, sont unanimes à
+préférer le Chinois. D’ailleurs, toutes les grandes maisons
+européennes établies au Japon, toutes les banques ont des
+compradore et des assistants chinois, jamais de Japonais.
+Le commerçant japonais ne se fera pas scrupule de ne pas
+prendre livraison d’une marchandise si, pendant la traversée,
+le change a varié à son détriment ; il sait que
+l’Européen préférera encore avoir sa marchandise sur les
+bras plutôt que d’aller perdre son temps en procès.</p>
+
+<p>Il m’est arrivé, souvent, de constater, dans des balles de
+soie expédiées de l’intérieur, à Yokohama, pour l’exportation,
+la présence de briques et de pierres, soigneusement
+recouvertes de quelques écheveaux, et il fut un temps où les
+exportateurs de soie étaient obligés de vérifier toutes les
+balles sans exception, vu l’impossibilité de s’en rapporter
+à la bonne foi du marchand indigène.</p>
+
+<p>Ainsi que je l’ai déjà dit, le commerce total du Japon
+pour 1908 a subi une diminution de 282.375.000 francs.
+Peut-être est-ce la conséquence de la guerre russo-japonaise ;
+peut-être cela vient-il de la crise économique qui
+a sévi un peu partout, et qui s’est fait sentir au Japon
+comme ailleurs. Nous le verrons bientôt. En tout cas, il est
+bien certain que le Japon est las ; il a voulu courir et
+courir vite : il n’en a plus les moyens. Les journaux
+reflètent une lassitude, un découragement général ; seul
+le <i lang="en" xml:lang="en">Japan chronicle</i> ne se décourage pas et dit que si le
+Japon se ressent du lourd fardeau supporté depuis la dernière
+guerre et d’un système fiscal non moins lourd, il
+espère néanmoins le voir se relever ; mais, dit-il, <i>ce sera
+lent</i>.</p>
+
+
+<p class="ugap">XI. — Voici, pour l’année 1907, la dernière dont les
+résultats aient paru, les chiffres d’exportation et d’importation
+afférents à chaque port.</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td colspan="2" class="c"><div>EXPORTATION</div></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td> <td class="c"><div>Yen.</div></td></tr>
+<tr><td>Yokohama</td>
+<td class="r"><div>205.888.000</div></td></tr>
+<tr><td>Kobé</td>
+<td class="r"><div>106.668.000</div></td></tr>
+<tr><td>Osaka</td>
+<td class="r"><div>60.037.000</div></td></tr>
+<tr><td>Nagasaki</td>
+<td class="r"><div>4.654.000</div></td></tr>
+<tr><td>Hakodate</td>
+<td class="r"><div>2.268.000</div></td></tr>
+<tr><td>Niigata</td>
+<td class="r"><div>206.000</div></td></tr>
+<tr><td>Shimonoseki</td>
+<td class="r"><div>4.364.000</div></td></tr>
+<tr><td>Moji</td>
+<td class="r"><div>19.049.000</div></td></tr>
+<tr><td>Otaru</td>
+<td class="r"><div>6.012.000</div></td></tr>
+<tr><td>Mororan</td>
+<td class="r"><div>1.924.000</div></td></tr>
+<tr><td>Wakamatsu</td>
+<td class="r"><div>3.179.000</div></td></tr>
+<tr><td>Kuchinotsu</td>
+<td class="r"><div>4.908.000</div></td></tr>
+<tr><td>Yokkaichi</td>
+<td class="r"><div>3.908.000</div></td></tr>
+<tr><td>Tsuruga</td>
+<td class="r"><div>1.895.000</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>IMPORTATION</div></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td> <td class="c"><div>Yen.</div></td></tr>
+<tr><td>Yokohama</td>
+<td class="r"><div>172.485.000</div></td></tr>
+<tr><td>Kobe</td>
+<td class="r"><div>223.437.000</div></td></tr>
+<tr><td>Osaka</td>
+<td class="r"><div>34.451.000</div></td></tr>
+<tr><td>Nagasaki</td>
+<td class="r"><div>16.230.000</div></td></tr>
+<tr><td>Hakodate</td>
+<td class="r"><div>673.000</div></td></tr>
+<tr><td>Niigata</td>
+<td class="r"><div>1.067.000</div></td></tr>
+<tr><td>Shimonoseki</td>
+<td class="r"><div>2.480.000</div></td></tr>
+<tr><td>Moji</td>
+<td class="r"><div>26.413.000</div></td></tr>
+<tr><td>Otaru</td>
+<td class="r"><div>122.000</div></td></tr>
+<tr><td>Mororan</td>
+<td class="r"><div>1.000</div></td></tr>
+<tr><td>Wakamatsu</td>
+<td class="r"><div>962.000</div></td></tr>
+<tr><td>Kuchinotsu</td>
+<td class="r"><div>307.000</div></td></tr>
+<tr><td>Yokkaichi</td>
+<td class="r"><div>9.026.000</div></td></tr>
+<tr><td>Tsuruga</td>
+<td class="r"><div>880.000</div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="ugap">XII. — Il est entré dans les ports du Japon, en 1907,
+8.770 bateaux à vapeur japonais, 57 chinois, 6.267 anglais,
+390 français, 1.858 allemands, 154 austro-hongrois,
+324 russes, 64 danois, 385 norwégiens, 1.618 américains
+des États-Unis ; 317 de différents pavillons, soit en
+tout 20.199 navires à vapeur de tous pays dont 8.770 sous
+pavillon japonais. En 1895 il y avait un total de 1.749 navires,
+dont 63 japonais.</p>
+
+<p>La première Compagnie japonaise de navigation à
+vapeur fut formée, en 1877, sous le nom de <i>Yubin kisen
+Mitsubishi kaisha</i>, c’est-à-dire : Paquebots-poste de la
+Compagnie Mitsubishi ; en 1882, parut la <i>Kiôdô uniu
+kaisha</i> ou Union des transports maritimes ; et en 1884, la
+<i>Osaka shosen kaisha</i> ou Compagnie de navigation maritime
+d’Osaka.</p>
+
+<p>La marine marchande à vapeur était créée ; il fallait la
+maintenir et la développer. En 1885, les deux premières
+Compagnies, après une compétition acharnée, s’unirent
+sous le nom de <i>Nippon yusen kaisha</i> ou Compagnie des
+paquebots-poste japonais, Compagnie à laquelle le gouvernement
+du Mikado offrit tout l’appui moral et financier
+nécessaire ; puis la loi sur la navigation, et la loi sur la
+construction des navires, accordant des primes assez élevées,
+vinrent donner un nouvel essor à la marine marchande
+à vapeur.</p>
+
+<p>Suivant la loi sur la navigation, un navire à vapeur
+japonais, d’au moins mille tonnes de déplacement, et d’au
+moins dix nœuds de vitesse, et destiné au long cours, est
+apte à recevoir la prime fixée suivant la distance parcourue
+et le tonnage du bâtiment. Cette prime, pour un
+vapeur de 1.000 tonnes, s’élève à 25 yen par tonne et par
+10 nœuds et peut être augmentée de 10 pour 100 pour
+chaque 500 tonnes en plus, et de 28 pour 100 pour chaque
+nœud d’augmentation de vitesse par heure.</p>
+
+<p>Pour un bateau d’au moins 6.500 tonnes et 18 nœuds,
+la limite maxima de la prime sera celle accordée à un bateau
+de 6.000 tonnes et de 17 nœuds. Pour avoir la prime
+entière, le bâtiment ne doit pas avoir plus de cinq ans ; au-dessus
+de cet âge, la prime diminue de 5 pour 100 chaque
+année. Les primes pour le budget 1907-1908 s’élevaient
+à 11.170.255 yen, soit 28.484.150 fr. 25.</p>
+
+<p>Des subventions spéciales sont, en outre, accordées à
+différentes Compagnies : ainsi, la Nippon Yusen Kaisha
+reçoit, pour l’année budgétaire 1908-1909, 4.283.707 yen,
+plus 220.000 yen ;</p>
+
+<p>La Toyo Kisen Kaisha reçoit 1.013.880 yen, plus
+750.000 yen ;</p>
+
+<p>La <span lang="en" xml:lang="en">Japan China Steam Navigation Company</span> reçoit
+800.000 yen seulement ;</p>
+
+<p>La Osaka Shôsen Kaisha reçoit 491.000 yen, plus
+100.000 yen.</p>
+
+<p>Les primes, pour la construction des navires, s’élèvent
+à 1.995.440 yen.</p>
+
+<p>Un peuple né marin, encouragé de cette façon par le
+gouvernement, ne pouvait pas manquer de se créer rapidement
+une forte marine marchande, et à l’heure qu’il est,
+les mers d’Asie sont sillonnées de bateaux japonais :</p>
+
+<p>Ligne de Yokohama à Shanghaï ;</p>
+
+<p>Ligne de Yokohama à Tientsin en passant par les
+ports de Corée ;</p>
+
+<p>Ligne de Nagasaki à Wladiwostok en passant par les
+ports de Corée ;</p>
+
+<p>Ligne de Yokohama à Shanghaï et aux différents ports
+du Yangtseu jusqu’à Hankow et Itchang ;</p>
+
+<p>Ligne de Tsuruga à Wladiwostok ;</p>
+
+<p>Ligne de Yokohama à Bombay.</p>
+
+<p>Sur l’Europe et l’Amérique :</p>
+
+<p>Ligne de Yokohama à Marseille, Londres et Anvers ;</p>
+
+<p>Ligne de Hongkong à San Francisco ;</p>
+
+<p>Ligne de Hongkong à Seattle.</p>
+
+<p>Sur l’Australie :</p>
+
+<p>Ligne de Yokohama à Melbourne.</p>
+
+<p>La Toyo Kisen Kaisha avait créé en 1905 un service
+bisannuel sur l’Amérique du Sud, mais elle a abandonné
+son projet de navigation régulière de ce côté.</p>
+
+<p>Ces différentes Compagnies sont loin de faire leurs frais,
+et c’est la prime fournie par l’État qui les maintient.</p>
+
+<p>La Nippon Yusen Kaisha possède un capital de
+22.000.000 de yen ;</p>
+
+<p>La Osaka Shosen Kaisha un capital de 16.500.000 yen ;</p>
+
+<p>La Toyo Kisen Kaisha, un capital de 6.500.000 yen ;</p>
+
+<p>Et enfin la <span lang="en" xml:lang="en">Japan China Steamship C<sup>o</sup></span> un capital de
+8.100.000 yen.</p>
+
+<p>Ce sont là les quatre principales Compagnies de navigation
+à vapeur faisant le long cours ; il existe un nombre
+assez considérable de petites Compagnies pour le cabotage,
+et que je juge inutile d’énumérer ici.</p>
+
+
+<p class="ugap">XIII. — Les seuls navires français qui touchent aux
+ports japonais sont ceux des Messageries maritimes ; le
+nombre de nos entrées et de nos sorties est donc sensiblement
+le même ; ici comme ailleurs, l’insuffisance de la
+marine française se manifeste. La Compagnie des Messageries
+a bien essayé timidement, il y a quelques années,
+d’établir une ligne de <span lang="en" xml:lang="en">cargo-boats</span> pour l’Extrême-Orient,
+mais ils sont en trop petit nombre. D’un autre côté, par
+suite de nos règlements maritimes, obligeant les Compagnies
+de bateaux à se servir des inscrits maritimes et à
+avoir un nombre fixe d’officiers et de matelots français,
+les frets sont plus chers sur nos bateaux que sur les
+autres, et c’est ainsi que, dans tout l’Orient, au Japon
+comme ailleurs, les produits français arrivent sous
+pavillon anglais de Londres et sous pavillon allemand
+d’Anvers. Cette vieille loi des inscrits a vraiment fait son
+temps ; il faudrait laisser les Compagnies recruter leur
+personnel librement, et il serait nécessaire aussi de modifier
+nos règlements de navigation relatifs au personnel de
+nationalité française.</p>
+
+
+<p class="ugap">XIV. — Le tarif général japonais, mis en vigueur en
+1899, après la révision des traités, est très lourd pour les
+produits d’importation européenne ; le gouvernement japonais
+a bien, il est vrai, accordé un tarif conventionnel
+pour certains produits à la France, à l’Angleterre, à
+l’Allemagne et aux États-Unis, mais il n’en reste pas
+moins que, sur certains articles, le tarif est pour ainsi dire
+prohibitif.</p>
+
+<p>Le bétail paye de 10 à 30 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ; les
+conserves de légumes 40 pour 100 ; les conserves de
+fruits 45 pour 100, la chicorée 45 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Les épices (poivre, etc.), 18 yen par 100 livres ; la
+moutarde, 45 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Jambon 14 yen par 100 livres ;</p>
+
+<p>Beurre 27 yen, fromage 17 yen, extrait de viande
+77 yen par 100 livres ;</p>
+
+<p>Comestibles en général, 40 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Jus de fruits et sirops, 45 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Miel, 50 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Confitures, gelées, 13 yen par 100 livres ;</p>
+
+<p>Vins en bouteilles, 0,80 sen par litre (plus de 2 francs) ;</p>
+
+<p>Vins en fûts, 0,30 sen par litre.</p>
+
+<p>Pour la France il existe un tarif conventionnel pour
+l’importation des vins :</p>
+
+<p>Vins n’excédant pas 16° d’alcool pur, 1 yen 24 sen par
+hectolitre (en fûts ou barriques) ;</p>
+
+<p>0,67 sen par caisse de 14 demi-bouteilles ou 12 bouteilles ;</p>
+
+<p>Excédant 16° et n’excédant pas 24° :</p>
+
+<p>0,92 sen (en fûts ou barriques) ;</p>
+
+<p>0,68 sen par caisse de 24 demi-bouteilles et 24 bouteilles ;</p>
+
+<p>Champagnes : 2 yen par litre ; toutefois les champagnes
+français payent 1 yen 55 par caisse de 24 demi-bouteilles
+ou 12 bouteilles ; toute boisson alcoolisée : 0,90 sen par
+litre ; alcool 0,65 sen par litre ;</p>
+
+<p>Les crins payent de 7 à 55 et 98 yen par cent livres.</p>
+
+<p>Les produits pharmaceutiques payent très cher.</p>
+
+<p>Filés de coton, 12 pour 100 et 25 pour 100 par
+100 livres ;</p>
+
+<p>Fil de coton à coudre, 29 yen par 100 livres ;</p>
+
+<p>Fil de chanvre 30 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span>.</p>
+
+<p>Pour l’importation des cotonnades il existe un tarif conventionnel
+avec l’Angleterre ; elles payent en général
+10 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Mousselines de laine grises et blanches, 1 sen 5 rin et
+1 sen 8 rin par yard carré ; les autres genres : 2 sen 1 rin.</p>
+
+<p>Mouchoirs, couvertures, tapis, rideaux et autres tissus
+de ce genre payent 40 et 50 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Chemises, gilets, châles, bretelles payent 40 et 50 pour
+100 <span lang="la" xml:lang="la">ad valorem</span> ;</p>
+
+<p>Métaux précieux et bijoux : 50 et 60 pour 100 <span lang="la" xml:lang="la">ad
+valorem</span> ;</p>
+
+<p>Les métaux, en général, payent moins cher, car le
+Japon en importe beaucoup et il les laisse entrer avec des
+droits raisonnables ;</p>
+
+<p>Les objets mécaniques tels que microscopes, lorgnettes,
+montres, télescopes, phonographes, machines à coudre,
+machines-outils, ressorts, etc., payent de 15 à 20 et
+40 pour 100.</p>
+
+<p>En somme on peut dire que le tarif douanier japonais
+est l’un des plus élevés que l’on connaisse, et les agents
+des douanes savent l’appliquer dans toute sa rigueur.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch15">CHAPITRE XV</h2>
+
+<p class="d">I. Routes. — II. Chemins de fer. État et compagnies. Rachat des
+lignes par l’État et nationalisation du réseau ferré. — III. Principales
+lignes. — IV. Tramways. — V. Tarifs des chemins de fer.</p>
+
+
+<p>I. — Les communications, au Japon, se font de deux
+manières : par les routes et les chemins de fer. Les communications
+par eau sont, en effet, à peu près inexistantes,
+par suite du manque de rivières navigables, et elles ne
+sont guère pratiquées qu’à l’embouchure de certains
+fleuves, et dans leur cours inférieur ; la navigation intérieure,
+telle qu’elle existe en Europe, parallèlement aux
+moyens de communication par terre, n’est pas employée
+au Japon et ne peut l’être, étant donné le système orographique
+du pays, et le peu de longueur et de largeur de ses
+cours d’eau.</p>
+
+<p>Les routes, elles-mêmes, sont peu nombreuses et assez
+mal entretenues ; et il ne semble pas que le Gouvernement
+japonais s’en préoccupe beaucoup ; il n’y a plus
+depuis longtemps de ministère des Travaux publics ; il
+n’existe pas de corps d’ingénieurs des ponts et chaussées
+et chaque préfecture, chaque ville et village, entretient ses
+routes un peu à sa fantaisie.</p>
+
+<p>Cela tient à ce qu’on ne voyage pas en voiture au Japon ;
+autrefois les grands seigneurs et les gens riches circulaient
+en chaises à porteur ; le peuple allait à cheval ou à
+pied, et il suffisait, alors, d’un étroit sentier entre les
+rizières pour pouvoir passer. Depuis l’introduction des
+chemins de fer, tout le monde prend la voie ferrée et le
+Japon, en développant son réseau de fer, n’a pas songé
+à développer parallèlement son réseau de routes.</p>
+
+<p>Ce n’est pas, cependant, qu’il n’existe pas du tout de
+routes dans ce pays ; mais, outre qu’elles sont insuffisantes,
+comme nombre et comme largeur, elles sont
+encore plus insuffisantes comme entretien, et pendant la
+saison des pluies, dans certaines provinces, il est impossible
+de faire passer même un <i>jinrikisha</i> (pousse-pousse).
+Je vais donner ici les principales grandes voies de communication :
+d’abord les routes impériales qui, dès l’antiquité,
+avaient été établies pour relier ensemble les principaux
+centres de l’Empire. La plus connue des Européens
+est le Tôkaido, qui va de Tokio à Kioto et a 130 lieues de
+longueur ; elle est célèbre par les dessins de Hiroshigé, et
+c’était la route la plus fréquentée, autrefois, par les cortèges
+du Shôgun et des Daïmios lorsqu’ils allaient rendre
+hommage à l’Empereur à Kioto ; aujourd’hui elle est bien
+délaissée, par suite de la construction du chemin de fer qui
+la longe constamment, et elle a perdu le cachet vivant et
+affairé qu’elle avait encore il y a seulement une vingtaine
+d’années.</p>
+
+<p>Elle part de <i>Nihonbashi</i> (le pont du Japon), point central,
+d’où sont calculées les distances, à partir de Tokio,
+jusqu’à tous les points de l’Empire, et, après avoir traversé
+plusieurs villes et villages, dont les plus importants
+sont Fujisawa, Odawara, Hakone, Shidzuoka, Hamamatsu,
+Atsuta, Yokkaichi, Otsu, arrive à Kioto, où elle a
+son terminus au pont de Sanjô Ohashi.</p>
+
+<p>Le <i>Nakasendo</i>, route impériale, part également de
+Tokio pour aboutir à Kioto, mais elle franchit le massif
+central par le Ken de Nagano (Zenkôji), tandis que le
+Tôkaidô suit la mer. Le Nakasendo a une longueur totale
+de 138 lieues et, de Nihonbashi, se dirige sur Omiya et
+Takasaki (40.000 habitants), puis entre à Kutsukake, dans
+le Ken de Nagano, et, par Shimonosuwa et Fukushima,
+tombe à Ochiai, Ken de Gifu ; elle vient aboutir, après
+avoir franchi Sékigahara et Otsu, à Kioto, au pont de
+Sanjô Ohashi.</p>
+
+<p>Le <i>Riku u Kaidô</i>, appelé aussi <i>Oshu Kaidô</i> ou bien
+<i>O u kaidô</i>, va de Tokio à Aomori (extrémité nord du
+Honshu). Cette route a 200 lieues de long ; elle part de
+Nihonbashi, passe à Senji près de Tokio, et, à Sôka, atteint
+le Ken de Saitama ; à Nakada, elle traverse le Ken de
+Ibaraki, et, à Nogi, le Ken de Tochigi. Elle passe à Nihonmatsu,
+jolie petite ville de 15.000 habitants, dans le Ken
+de Fukushima, province d’Iwashiro, puis atteint Sendai,
+Ken de Miyagi, province de Rikuzen, ville importante de
+plus de 100.000 habitants. De là, continuant vers le Nord,
+elle passe à Morioka, Ken d’Iwate, province de Rikuchu,
+ville de 40.000 habitants, et aboutit enfin à Aomori, Ken
+d’Aomori, province de Mutsu, chef-lieu du Ken et ville de
+20.000 habitants.</p>
+
+<p>Le <i>Akita Kaidô</i>, de Tokio à Akita, a une longueur de
+151 lieues. Elle se divise à proprement parler en deux
+tronçons : l’un de Tokio (Nihonbashi) à Yamagata avec
+une longueur de 95 lieues ; l’autre de Yamagata à Akita,
+long de 56 lieues.</p>
+
+<p>La route impériale, <i>Akita ken michi</i>, d’une longueur
+de 52 lieues, réunit Akita à Aomori.</p>
+
+<p>Le <i>Chukoku Kaidô</i>, route impériale, part d’Osaka
+pour rejoindre Akamagaseki, à l’extrémité Sud-Ouest du
+Honshû, Ken de Yamaguchi ; longueur 140 lieues ; elle
+traverse Himeji, Ken de Hiogo, province de Harima
+(35.000 habitants) ; Okayama, Ken d’Okayama, province
+de Bizen (80.000 habitants) ; Hiroshima, Ken de
+Hiroshima, province d’Aki (121.000 habitants), et se termine
+à Akamagaseki, petite ville de 35.000 âmes.</p>
+
+<p>Le <i>Ehime Kaidô</i> relie Osaka à Matsuyama ; longueur
+95 lieues.</p>
+
+<p>Le <i>Fukui Kaidô</i>, route impériale, réunit Tokio à
+Fukui (Ken du même nom) ; sa longueur est de 136 lieues.
+De Nihonbashi à Atsuta cette route se confond avec le
+Tôkaidô ; puis d’Atsuta elle passe à Nagoya, ville importante
+de 290.000 habitants, et, après avoir traversé vingt-cinq
+ou vingt-six petites villes et villages, vient aboutir à
+Fukui, chef-lieu du Ken de Fukui, ville de 50.000 habitants.</p>
+
+<p>Le <i>Ishikawa Kaidô</i> relie Tokio à Kanazawa (Ken
+d’Ishikawa). Elle se divise en trois tronçons : de Tokio
+(Nihonbashi) à Atsuta, 91 lieues ; d’Atsuta à Fukui,
+45 lieues ; de Fukui à Kanazawa, 22 lieues.</p>
+
+<p>Le <i>Kagoshima Kaidô</i>, route impériale, part de Kokura
+au Nord de Kiushu pour gagner Kagoshima en passant
+par Kumamoto : 98 lieues. Une deuxième route part de
+Kokura pour rejoindre Kagoshima, mais cette dernière
+passe par Miyazaki et sa longueur est de 116 lieues.</p>
+
+<p>Le <i>Kôchi Kaidô</i> relie Osaka à Kôchi (35.000 habitants) ;
+longueur 89 lieues.</p>
+
+<p>Le <i>Kôshû Kaidô</i>, route impériale très fréquentée et
+généralement en très mauvais état, réunit Tokio à Kofu,
+sur une longueur de 35 lieues.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/illu7.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Route d’Utsunomiya à Nikkô.</div>
+</div>
+<p>Le <i>Nagasaki Kaido</i>, route impériale, part de Kokura
+pour rejoindre Nagasaki, sur une longueur de 63 lieues ;
+elle passe à travers un pays merveilleux très accidenté.</p>
+
+<p>Les deux routes impériales de Tokio à Niigata sont
+nommées <i>Niigata Kaidô</i> ; l’une passant par Shimidzu,
+avec une longueur de 88 lieues ; l’autre par Nagano
+(Zenkôji) avec une longueur de 112 lieues.</p>
+
+<p>Telles sont les principales grandes routes du Japon
+praticables à pied et à cheval, mais absolument impraticables,
+dans certaines contrées de leur parcours, aux voitures
+et automobiles. Parfois, sur une certaine longueur,
+dans le voisinage d’une grande ville, la route fait bon effet
+et a quelque ressemblance avec une belle route de France,
+mais il ne faut pas aller trop loin pour tomber dans les
+ornières et les fondrières. Le système actuel des routes
+et leur répartition dans l’Empire ne serait pas mal établi,
+s’il s’agissait de routes et non, comme la plupart du
+temps, de sentiers tantôt larges, tantôt étroits.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Le soin que les Japonais ont négligé de donner à
+leur réseau routier, ils l’ont consacré tout entier à leur
+réseau ferré. Actuellement le Japon est couvert de chemins
+de fer ; le Japonais voyage beaucoup, il se déplace très
+facilement.</p>
+
+<p>Ce fut dès 1869, tout de suite après la restauration
+impériale, que le Gouvernement décida de se mettre à
+l’œuvre afin de doter le Japon de voies ferrées, et il chargea
+le département des Affaires civiles et financières (aujourd’hui
+supprimé) de préparer des projets. En 1872 le premier
+tronçon fut construit entre Tokio (Shimbashi) et
+Yokohama ; presque aussitôt après on relia Kobé à Osaka
+et Kiôtô par une autre ligne. Les voies japonaises sont
+de un mètre d’écartement.</p>
+
+<p>Pendant de longues années, les deux tronçons Tokio-Yokohama
+et Kobé-Kioto furent les seules voies ferrées
+existant au Japon ; lorsque, en 1881, la Compagnie des
+chemins de fer du Japon (Nippon Tetsudô Kaisha) obtint
+l’autorisation de commencer la ligne Tokio-Aomori. C’était,
+à cette époque, une entreprise qui ne manquait pas d’audace ;
+car il était difficile de trouver des ouvriers, les travailleurs
+ordinaires n’étant pas encore expérimentés en
+ce genre de travaux ; de plus, la longueur de la ligne
+nécessitait une mise de fonds importante. Malgré toutes
+les difficultés, le Gouvernement ayant décidé de garantir
+l’emprunt et de donner toute latitude à la Compagnie, les
+travaux furent commencés en 1882 entre Tokio et Mayebashi,
+et, en 1883, la section Tokio (Uyeno)-Kumagaye
+fut livrée au trafic. Ce fut comme un coup d’éperon ;
+l’émulation s’ensuivit et les Compagnies privées de chemins
+de fer, en concurrence avec l’État, se mirent à
+établir partout des lignes, avec une hâte fébrile. Dans
+toutes les provinces se créèrent des sociétés pour la
+construction et l’exploitation des voies ferrées, parfois à
+peine longues de quelques kilomètres.</p>
+
+<p>Dès 1903, il existait 1.226 milles de lignes appartenant à
+l’État et 3.010 milles appartenant à des sociétés privées. Parmi
+ces dernières, la Compagnie des chemins de fer
+japonais possédait 857 milles ; la Compagnie des chemins
+de fer de Kiushu 416 milles et la Compagnie des chemins de
+fer du San yô (Kobe-Yamaguchi), 334 milles.</p>
+
+<p>Afin du reste que le lecteur puisse se rendre compte de
+la rapidité avec laquelle les lignes de chemins de fer se
+développèrent au Japon, voici un tableau explicatif :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>ANNÉES<br />
+Au 31 décembre.</div></td>
+<td class="c"><div>Chemins de l’État.<br />
+(En milles anglais).</div></td>
+<td class="c"><div>Chemins des Compagnies.</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1872</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">18</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1877</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">65</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1882</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">170</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1887</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">300</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">293</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1892</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">550</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.320</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1893</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">557</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.381</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1894</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">580</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.537</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1895</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">593</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.697</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1896</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">631</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.875</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1897</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">661</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">2.287</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1898</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">768</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">2.652</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1899</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">832</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">2.806</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1900</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">949</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">2.905</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1901</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.059</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">2.966</span></div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1902</div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">1.226</span></div></td>
+<td class="c"><div><span class="k w3 r">3.010</span></div></td></tr>
+</table>
+<p>J’ai déjà indiqué que les chemins de fer sont construits
+sur le gabarit de 1 mètre ; les wagons sont assez confortables
+pour des Japonais, mais les <span lang="en" xml:lang="en">sleeping-cars</span>, par
+exemple, sont tout à fait inutilisables pour un Européen
+d’une taille raisonnable. D’ailleurs, en Asie, les seuls
+wagons pratiques et confortables sont ceux de l’Inde britannique ;
+je passe sous silence ceux du Tonkin où il
+n’existe rien de commode pour passer la nuit.</p>
+
+<p>Le stock de machines et de wagons peut s’élever
+aujourd’hui à 1.500 locomotives, 5.000 wagons à voyageurs
+et 21.000 wagons à marchandises.</p>
+
+<p>Suivant les relevés de mars 1903, le capital souscrit
+pour les travaux de chemins de fer, s’élevait à
+520.830.963 yen. Dans cette somme la part de l’État figurait pour
+247.655.963 yen, et la part des Compagnies
+privées pour 273.175.000 yen. Mais ces sommes ne représentent
+pas le capital versé ; elles représentent le capital
+nominal. Le capital versé fin 1903 peut se figurer ainsi :</p>
+
+<p>Chemins de l’État, 144.395.060 yen.</p>
+
+<p>Chemins des Compagnies, 231.808.970 yen.</p>
+
+<p>En janvier 1905, lors de l’arrivée au pouvoir du cabinet
+Saionji, le Gouvernement, après une délibération très
+longue et très mûrie, apporta aux Chambres un projet de
+rachat de toutes les lignes de chemins de fer par l’État.
+Présenté à la Chambre des Représentants le 3 mars, le
+projet fut adopté le 16 du même mois à une très grande
+majorité. A la Chambre des Pairs le nombre des Compagnies
+à racheter d’abord fut réduit de 32 à 17, mais en
+somme les deux Chambres votèrent la loi de rachat de
+tous les chemins de fer, la nationalisation des voies ferrée
+de l’Empire. Immédiatement, un bureau spécial, chargé
+d’opérer le rachat et de préparer d’abord les conditions
+dans lesquelles le rachat devait être fait, fut créé par
+ordonnance impériale N<sup>o</sup> 117, en date du 23 mai 1906,
+en principe les 17 compagnies à racheter devaient l’être
+en 10 ans ; mais ce long délai a semblé devoir ralentir
+l’essor dans la construction et le développement des voies
+ferrées, et occasionner de grandes pertes financières. Le
+Gouvernement décida donc de racheter le plus rapidement
+et dans le plus bref délai possible ; et le 21 juillet 1906
+les lignes suivantes furent désignées pour un premier
+rachat :</p>
+
+<ul>
+<li>Ligne des charbonneries du Yézo, 1<sup>er</sup> octobre 1906.</li>
+<li> — de Kôbu, 1<sup>er</sup> octobre 1906.</li>
+<li> — de Nippon, 1<sup>er</sup> novembre 1906.</li>
+<li> — de Gan yetsu, 1<sup>er</sup> novembre 1906.</li>
+<li> — de San yô, 1<sup>er</sup> décembre 1906.</li>
+<li> — de Nishinari, 1<sup>er</sup> décembre 1906.</li>
+</ul>
+<p>Plus tard, le 3 avril 1907, les lignes suivantes furent
+désignées pour le rachat qui eut lieu effectivement :</p>
+
+<ul>
+<li>Lignes de Kiushu, 1<sup>er</sup> juillet 1907. Hokkaido, 1<sup>er</sup> juillet 1907.</li>
+<li> — Kiôtô, 1<sup>er</sup> août 1907.</li>
+<li> — Hankaku, 1<sup>er</sup> août 1907.</li>
+<li> — Hokuyetsu, 1<sup>er</sup> août 1907.</li>
+<li> — Sô Bu, 1<sup>er</sup> septembre 1907.</li>
+<li> — Bô Sô, 1<sup>er</sup> septembre 1907.</li>
+<li> — Nanao, 1<sup>er</sup> septembre 1907.</li>
+<li> — Tokushima, 1<sup>er</sup> septembre 1907.</li>
+<li> — Kwansai, 1<sup>er</sup> octobre 1907.</li>
+<li> — Sangu, 1<sup>er</sup> octobre 1907.</li>
+</ul>
+<p>Toutes ces lignes furent donc rachetées en 1906 et 1907
+pour la somme de 720.878.360 yen comme prix fixe
+d’achat, augmenté de 61.519.075 yen pour supplément de
+rachat de constructions, de matériel en stock, etc…
+ce qui fait la somme totale de 782.397.435 yen soit
+1.995.113.459 fr. 25. Ce chiffre indique bien que les chemins
+de fer japonais sont loin d’avoir la valeur des voies
+ferrées européennes.</p>
+
+<p>En dehors des lignes précédentes rachetées par l’État
+et qui constituent le principal réseau ferré de l’Empire, il
+existe encore plusieurs petites lignes qui continuent à
+fonctionner en dehors de l’État, entre les mains de sociétés
+particulières. Ce sont les lignes de :</p>
+
+<p>Bisei, 15 milles ; tête de ligne : Tsushima (Ken d’Aichi) ;</p>
+
+<p>Chugoku, 48 milles ; tête de ligne : Okayama ;</p>
+
+<p>Chuyetsu, 83 milles ; tête de ligne : Shimôseki
+(Toyama) ;</p>
+
+<p>Hakata wan, 15 milles ; tête de ligne : Fukuoka
+Ken ;</p>
+
+<p>Iyo, 26 milles ; tête de ligne : Matsuyama ;</p>
+
+<p>Iôbu, 24 milles ; tête de ligne : Saitama ken ;</p>
+
+<p>Kanan, 10 milles ; tête de ligne : Osaka fu ;</p>
+
+<p>Kawagoye, 18 milles ; tête de ligne : Kawagoye (Saitama) ;</p>
+
+<p>Kôtsuke, 21 milles ; tête de ligne : Takasaki ;</p>
+
+<p>Kôya, 17 milles ; tête de ligne : Mukai (Osaka) ;</p>
+
+<p>Mito, 12 milles ; tête de ligne : Mito ;</p>
+
+<p>Nankai, 42 milles ; tête de ligne : Osaka ;</p>
+
+<p>Narita, 45 milles ; tête de ligne : Narita (Chiba ken) ;</p>
+
+<p>Ome, 13 milles ; tête de ligne : Ome (Tokio) ;</p>
+
+<p>Omi, 26 milles ; tête de ligne : Shiga Ken ;</p>
+
+<p>Riugasaki, 2 milles ; tête de ligne ; Riugasaki (Ibaraki) ;</p>
+
+<p>Sano, 9 milles ; tête de ligne : Tochigi Ken ;</p>
+
+<p>Tôbu, 42 milles ; tête de ligne : Tokio ;</p>
+
+<p>Toyokawa, 17 milles ; tête de ligne : Toyohashi ;</p>
+
+<p>Zusô, 10 milles ; tête de ligne : Tokio ;</p>
+
+<p>La construction de ces différentes lignes a coûté
+997.250.000 yen.</p>
+
+<p>D’une manière générale les voitures sont construites
+au Japon ; seul le matériel en fer ou acier est acheté à
+l’étranger, ou fabriqué soit à la compagnie de construction
+de wagons d’Osaka, soit à celle de Nagoya, soit enfin
+à celle d’Amano, près de Tokio. Quant aux machines locomotives
+et à toutes les pièces délicates elles viennent de
+l’étranger, soit d’Allemagne : A. Bourrig, Berlin ; <span lang="de" xml:lang="de">Berliner
+machinen action Gesellschaft</span> ;</p>
+
+<p>Soit des États-Unis d’Amérique : Brooks Loco ; Cooke
+Loco ; Pittsburg Loco.</p>
+
+<p>Soit de Belgique : Société John Cockerill.</p>
+
+<p>Soit d’Angleterre : <span lang="en" xml:lang="en">North British Loco C<sup>o</sup></span> ; <span lang="en" xml:lang="en">Vulcan
+Foundry</span> ; Kitson et C<sup>o</sup>, Leeds.</p>
+
+<p>Aucun matériel n’est fourni par la France, et il n’est
+pas difficile de comprendre pour quels motifs. Un seul
+serait d’ailleurs suffisant : c’est que les prix de revient de
+notre industrie sont tellement au-dessus de ceux des
+autres pays industriels que nous ne pouvons rien écouler
+à l’étranger.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Le voyageur, à l’heure actuelle, circule par tout
+le Japon en chemin de fer ; il n’y a guère d’endroits que
+l’on ne puisse atteindre ou tout au moins dont on ne
+puisse approcher par ce mode de locomotion. Si nous
+prenons Tokio comme point central, pour nous diriger vers
+le Nord nous avons la grande ligne de Uyeno (station du
+chemin de fer du Nord à Tokio), à Aomori, qui passe par
+Sendai et Morioka, et dessert une foule de localités sur
+son parcours.</p>
+
+<p>D’Aomori la ligne s’incurve vers le Sud et redescend
+la côte occidentale jusqu’à Akita. Au Sud, la ligne du
+Tokaidô part de Shimbashi (station du chemin de fer du
+Sud à Tokio), et arrive à Kiôtô en passant par Nagoya et
+desservant un certain nombre de villes importantes comme
+Numadzu, Shidzuoka, Hamamatsu ; de Kiôtô la voie se
+dirige sur Osaka et Kobe, et, de ce dernier port, elle
+repart jusqu’à Yamaguchi, à l’extrémité Sud-Ouest du
+Honshu. Si l’on traverse le bras de mer qui sépare Shimonoseki
+de Môji, on peut reprendre la voie ferrée qui
+conduira jusqu’à Nagasaki. Ainsi du Nord au Sud, dans
+toute sa longueur, le Japon est desservi par une ligne
+ferrée qui constitue comme l’immense arête de laquelle
+les lignes secondaires partent en différents sens sur tous
+les points du territoire. Des voies transversales conduisent
+ainsi jusqu’à Niigata par Takasaki en venant de Tokio ;
+et jusqu’à Kanazawa et Fukui en partant de Kiôtô par
+Komehara. De Tokio également, une ligne centrale va
+sur Fukushima et de là sur Akita, rejoignant Aomori et la
+ligne de Sendai-Tokio.</p>
+
+<p>L’île de Yezo possède quelques lignes qui rendent le
+voyage à travers le pays moins pénible qu’il n’était autrefois ;
+de Hakodate, à Otaru, à Sapporô ; puis jusqu’au
+centre de l’île, à Asahigawa ; de là à Tokachi ; d’autres
+prolongements sont en projet.</p>
+
+<p>L’île de Shikoku n’est pas encore très bien pourvue de
+voies ferrées ; deux petites lignes seulement existent, à
+Takamatsu et à Tokushima.</p>
+
+<p>Le voyage en chemin de fer au Japon est toujours
+très agréable, parce qu’on traverse généralement des
+paysages pittoresques et gais. Et quand on a ainsi parcouru
+la plus grande partie de l’Empire du Soleil Levant,
+à la saison des cerisiers ou des chrysanthèmes, au milieu
+des sourires de la nature et des habitants, on se laisse
+prendre à cette amabilité jusqu’à ce qu’on ait appris à
+mieux connaître. Le voyageur européen qui ne veut pas
+manger le <i>bentô</i> du buffet (<i>bentô</i> : déjeuner ; petite boîte
+bien nette et blanche en bois, renfermant du riz et des
+assaisonnements, et vendue aux buffets des gares) devra
+emporter des provisions. Mais c’est une inutile complication,
+il est si facile de s’habituer à manger à la japonaise ;
+ce qu’on vous sert est toujours très propre et très appétissant.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Les tramways électriques, en ville et hors
+des villes, ont pris depuis quelque temps une grande
+extension ; actuellement on compte huit Compagnies de
+tramways électriques, chacune possédant un capital de
+500.000 yen au moins ; le total du capital versé se monte
+à 37.075.000 yen. D’autres Compagnies également, avec
+un capital au-dessous de 500.000 yen chacune, dont
+l’ensemble donne un chiffre total de 40.143.110 yen, se
+sont formées, mais beaucoup d’entre elles ne fonctionnent
+pas encore. Cependant, pour donner une idée de la quantité
+relativement grande de lignes électriques de transport
+dans tout le Japon, en voici la liste complète :</p>
+
+<ul>
+<li>Compagnie des trains électriques de Tokio ;</li>
+<li> — de Kei Hin (Tokio-Yokohama) ;</li>
+<li> — de Yokohama ;</li>
+<li> — de Odawara ;</li>
+<li> — de Hanshin ;</li>
+<li> — de Kioto ;</li>
+<li> — de Nagoya ;</li>
+<li> — de Ise.</li>
+</ul>
+<p>Toutes ces lignes sont ouvertes au trafic.</p>
+
+<p>Les lignes en construction, mais qui ne sont pas encore
+ouvertes au trafic, sont les suivantes :</p>
+
+<ul>
+<li>Compagnie des trains électriques de Kobé ;</li>
+<li>Compagnie de Tokio-Narita (Kei-Sei) ;</li>
+<li> — Kioto-Osaka (Kei-Han) ;</li>
+<li> — Kei-so ;</li>
+<li> — Oji ;</li>
+<li> — Gan Han ;</li>
+<li> — Musashi ;</li>
+<li> — Mito ;</li>
+<li> — Mino-o ;</li>
+<li> — Buso ;</li>
+<li> — Nara ;</li>
+<li> — Awaji ;</li>
+<li> — Niigata ;</li>
+<li> — Shimonoseki (Bakan) ;</li>
+<li> — Hachiman (Kioto) ;</li>
+<li> — Mino ;</li>
+<li> — Ina ;</li>
+<li> — Yawata (Fukuoka) ;</li>
+<li> — Horinouchi ;</li>
+<li> — Shingu ;</li>
+<li> — Otsu-Kioto (Kei-Shin) ;</li>
+<li> — Jômô ;</li>
+<li> — Shintatsu ;</li>
+<li> — Okayama ;</li>
+<li> — Shiobara ;</li>
+<li> — Môji ;</li>
+<li> — Maidzuru ;</li>
+<li> — Toban ;</li>
+<li> — Otsu.</li>
+</ul>
+<p>La longueur de ces lignes va de 13 à 45 milles anglais ;
+la Compagnie des tramways électriques de Kiôtô, par
+exemple, a 15 milles, et celle de Tokio a 45 milles.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Le tarif sur les chemins de fer japonais n’est
+pas très élevé, il l’est cependant un peu plus que le tarif
+français. Jusqu’à une distance de 50 milles, le voyageur
+paye 1 sen 65 centièmes par mille ; jusqu’à 100 milles, il
+paye 1 sen 40 centièmes par mille ; jusqu’à 200 milles,
+1 sen 10 centièmes par mille ; jusqu’à 300 milles, 0,20 centièmes
+de sen ; et au-dessus de 300 milles, 0,82 centièmes
+de sen par mille. Ce prix est le prix de la troisième classe ;
+pour avoir le prix de la deuxième classe, il faut prendre
+une fois trois quarts le prix de la troisième classe ; et pour
+le prix de la première classe trois fois le prix de la troisième
+classe. Chaque voyageur de première classe a droit
+à 100 livres japonaises (kin = 600 gr.) de bagages ; chaque
+voyageur de deuxième a droit à 60 kin ; et celui de troisième
+à 30 kin.</p>
+
+<p>Pour les transports de marchandises en général, le tarif
+est de 2 à 5 et 7 rin (10 rin = 1 sen), par tonne ; mais
+pour les graines, engrais, sucre, farine, bière, oranges,
+charbon de bois, patates, le tarif va de 2 sen par tonne
+jusqu’à 50 tonnes à 1 sen par tonne au-delà de 300 tonnes ;
+avec un prix intermédiaire de 1 sen 7 rin pour 100 tonnes,
+et 1 sen 4 rin pour 200 tonnes.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch16">CHAPITRE XVI</h2>
+
+<p class="d">I. Mines, dans l’antiquité ; au <small>XV</small><sup>e</sup> siècle ; époque moderne. — II.
+Géologie, terrains. — III. Mines en exploitation. — IV. Quelques
+mines de charbon. — V. Pétrole. — VI. Divers, graphite, soufre. — VII.
+Les mineurs, les règlements miniers. — VIII. Administration
+des mines. — IX. Les mines en 1908 ; le socialisme parmi les
+ouvriers. — X. Rendement du cuivre et du charbon.</p>
+
+
+<p>I. — En même temps que se développait le trafic maritime,
+les voies de chemins de fer et l’industrie en général,
+l’industrie spéciale des mines devenait, elle aussi, un des
+facteurs importants de la richesse nationale.</p>
+
+<p>On ne sait rien d’exact en ce qui concerne l’origine de
+l’industrie minière au Japon, mais l’histoire rapporte que,
+dès le <small>VII</small><sup>e</sup> ou le <small>VIII</small><sup>e</sup> siècle, l’or, l’argent, le cuivre, le
+charbon et le pétrole étaient connus et retirés du sol. Au
+commencement du <small>IX</small><sup>e</sup> siècle, les mines d’or d’Ikuno, la
+mine d’argent de Handa, la mine de plomb argentifère de
+Hosokura et les deux mines de cuivre de Yoshioka et
+Osaruzawa furent ouvertes. Au <small>XV</small><sup>e</sup> siècle, et au temps
+des Shôgun Tokugawa, d’importantes mines furent également
+livrées à l’exploitation, parmi lesquelles sont comprises
+les mines d’or et d’argent de Sado, Innai, Kamioka,
+Mozumi, Serigano, Yamagano et Shikakago ; la mine
+d’argent et de cuivre de Kosaka ; les mines de cuivre
+d’Ashio, Besshi, Ani, Arakawa, Hibira et Omodani ; la
+mine d’antimoine d’Ichinokawa ; la mine de plomb argentifère
+de Kuratani ; la mine d’étain de Taniyama ; la mine
+de fer de Kamaishi ; et les mines de charbon de Miike,
+Takashima et Akaike. Bien entendu, à ces époques
+reculées, le travail des mines était fait d’une façon tout à
+fait rudimentaire et personne ne s’en occupait avec
+méthode. Ce n’est qu’après la restauration impériale de
+1868 que l’industrie minière a fait de réels progrès au
+Japon.</p>
+
+<p>Le Gouvernement, en effet, songeant avec raison de
+quelle utilité et de quel profit pourrait être pour le pays
+l’extraction des richesses de son sous-sol, protégea et
+encouragea le développement de l’industrie minière ; et,
+en conséquence, il engagea, à l’étranger, des ingénieurs
+des mines, des géologues, des professeurs. En même
+temps, il prenait à son compte le travail des principales
+mines et il appliqua à cette œuvre les méthodes occidentales,
+avec l’idée de faire de ces mines des modèles sur
+lesquels pourraient se baser ceux qui voudraient entreprendre
+l’industrie minière à leur compte. Depuis ce temps
+des progrès importants ont été accomplis et le rendement
+des mines n’a cessé d’augmenter, notamment pour les
+mines d’or et d’argent de Sado et d’Ikuno et la mine
+d’argent d’Innai. Lorsque les sociétés privées prirent un
+développement suffisant, le Gouvernement leur passa au
+fur et à mesure les mines qu’il exploitait lui-même, se
+réservant seulement celles dont il jugeait avoir besoin
+pour les entreprises nationales. Enfin il édicta des lois et
+réglements qui, mis en pratique en 1892, définirent nettement
+les droits des propriétaires et exploiteurs de mines et
+leur assurèrent aide et protection ; de jeunes ingénieurs
+revenus d’Europe avec les connaissances spéciales en ces
+matières furent mis à la tête des différents services miniers,
+et ils provoquèrent de rapides progrès dans cette branche
+de l’industrie japonaise.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — La formation géologique du Japon peut être
+indiquée comme suit, en prenant 100 comme total.</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c" colspan="2"><div>I.
+<span class="small">FORMATION DES TERRAINS</span></div></td></tr>
+<tr><td>Période azoïque</td>
+<td class="bot r"><div>3.78</div></td></tr>
+<tr><td>Période paléozoïque</td>
+<td class="bot r"><div>10.24</div></td></tr>
+<tr><td>Période secondaire</td>
+<td class="bot r"><div>7.95</div></td></tr>
+<tr><td>Période tertiaire</td>
+<td class="bot r"><div>45.84</div></td></tr>
+<tr><td class="c pt07" colspan="2"><div>II.
+<span class="small">ROCHES IGNÉES</span></div></td></tr>
+<tr><td>Période ancienne</td>
+<td class="bot r"><div>11.27</div></td></tr>
+<tr><td>Période moderne</td>
+<td class="bot r"><div>20.92</div></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="bot r"><div>——</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>Total</div></td>
+<td class="bot r"><div>100.00</div></td></tr>
+</table>
+<p>En d’autres termes, la proportion des terrains sédimentaires
+par rapport aux roches ignées est de 2 à 1 pour la
+superficie totale, tandis que dans les formations sédimentaires,
+celles qui appartiennent à la période tertiaire, sont
+dans la proportion de 1 à 2.</p>
+
+<p>Les formations géologiques des îles japonaises peuvent
+être définies par un arc de cercle s’étendant de l’île de
+Yézo au Nord-Ouest jusqu’à Kiushu au Sud-Ouest ; par la
+chaîne du Riukiu et le système montagneux de Formose.
+Cet arc de cercle Nord-Sud et la chaîne du Riukiu sont
+inclinés vers le Sud-Ouest. Le côté extérieur de l’arc, celui
+qui fait face à l’Est, est comparativement parfait au point de
+vue de la formation géologique, les terrains qui le composent
+étant répartis d’une manière symétrique.</p>
+
+<p>Le côté intérieur de l’arc, celui qui fait face à l’Ouest,
+est très compliqué dans sa formation géologique et abonde
+en crevasses, en dislocation des couches et en roches
+éruptives. Dans ces circonstances, la distribution des
+minerais de valeur et la condition et l’état des dépôts sont
+spéciales à chacun des côtés de l’arc. Généralement, on
+trouve les veines minérales dans la région située dans
+l’arc intérieur et aussi dans les roches éruptives ou les
+couches traversées par lui ; tandis que les couches minérales
+se rencontrent en plus grand nombre dans la région
+extérieure de l’arc. A Formose l’extérieur de l’arc fait
+face à l’Est et la formation est relativement symétrique,
+sauf au Nord, cependant, où elle est très diffuse par suite
+d’une coupe brusque qui la sépare des Riukiu ; c’est dans
+ce district Nord qu’on trouve beaucoup de veines de
+minerais.</p>
+
+<p>Quelques couches de minerais se sont montrées bien
+formées dans certains terrains au niveau de la mer.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Les principales mines, actuellement en exploitation,
+sont :</p>
+
+<p>Mines d’or : Hashidate dans l’Echigo ; Yamagano à
+Satsuma ; Zuihô et Kinkwaseki à Formose.</p>
+
+<p>Mines d’argent aurifères : Aikawa à Sado ; Ikuno à
+Tajima ; Innai à Ugo ; Ponshikaribetsu dans l’île de
+Yezo ;</p>
+
+<p>Mines de cuivre : Ashio dans Shimodzuke ; Osaruzawa,
+Ani et Arakawa dans Ugo ; Okoya à Koga ; Obiye à
+Bitchu ;</p>
+
+<p>Mines de plomb : Hosokura à Rikuzen ; Kamioka à
+Hida ;</p>
+
+<p>Mines d’antimoine : Ichinokawa à Iyo ;</p>
+
+<p>Mines d’étain : Taniyama à Satsuma.</p>
+
+<p>De toutes les mines productrices de métaux existant au
+Japon, les mines de cuivre sont les plus riches, et on en
+découvre assez souvent de nouvelles ; le cuivre japonais
+est, paraît-il, spécial en ce sens qu’il renferme plus ou
+moins d’or et d’argent.</p>
+
+<p>Les principales mines, autres que les mines productrices
+de métaux, sont celles de charbon et de pétrole. Le
+charbon japonais est généralement bitumineux ; les principales
+veines se trouvent dans le terrain tertiaire. Cependant
+quelques anthracites sont extraits des terrains
+secondaires dans les provinces de Nagato, Kii et Higo,
+mais ils sont insignifiants comme quantité et comme
+valeur. C’est dans les couches récentes du terrain tertiaire
+que se montrent les riches dépôts de charbon. Les
+principaux sont : ceux de l’île de Kiushu et de l’île de
+Yezo et aussi ceux des provinces de Hitachi et d’Iwaki.
+Les dépôts carbonifères de Kiushu comprennent les provinces
+de Chikuzen et Buzen, Chikugo (Miike) et Hizen.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Hokkaido (île de Yezo). Les mines de charbon
+de Sorachi furent les premières découvertes dans le bassin
+de l’Ishikari. Dans les mémoires de Matsura qui fit une
+exploration complète du Hokkaido, et des autres régions
+du Nord du Japon vers 1855, il est fait mention d’une
+trace houillère sur les rives de la rivière Sorachi. Environ
+trois ans plus tard, un individu nommé Kimura
+découvrit un autre gisement carbonifère à Poronai, alors
+qu’il était occupé à couper des arbres. Mais ce fut un
+Américain, M. Lyman, qui fut chargé de la prospection
+définitive. En 1876, la Direction de la colonisation du
+Hokkaido confia à cet ingénieur le travail de prospection
+dans les terrains houillers de Sorachi, Poronai et des
+environs. Son rapport signala la présence de la houille
+dans le district de Yubari. En 1879 on creusa un puits à
+Poronai, mais ce ne fut qu’à la fin de 1883 que l’extraction
+commença régulièrement. De ce moment jusqu’à 1890,
+le Gouvernement exploita la mine à son compte ; mais
+cette année-là même il vendit les mines de Sorachi, Ikushumbetsu
+et Yubari à la Compagnie du chemin de fer et
+charbonnages du Hokkaido (Hokkaido Tankô Tetsudo
+Kaisha), qui venait de se constituer. Depuis lors c’est
+cette Compagnie qui continue l’exploitation.</p>
+
+<p>Les charbonnages existent dans les deux districts de
+Yubari et Sorachi, dans la province d’Ishikari ; les veines
+sont plus considérables à Yubari ; elles s’étendent sur une
+longueur de 8 kilomètres, avec une profondeur variant
+de 6 à 25 pieds.</p>
+
+<p>A Sorachi on constata la présence de 13 veines, chacune
+mesurant 6 pieds de profondeur.</p>
+
+<p>A Poronai on a découvert une vingtaine de veines de
+différentes longueurs et épaisseurs, mais on ne peut en
+exploiter que cinq. Les produits sont bons, et ceux de
+Sorachi et Yubari peuvent être employés pour faire du
+gaz et du coke.</p>
+
+<p>Ces mines sont exploitées à l’européenne, et emploient
+environ 4.000 ouvriers. Le charbon est amené aux ports
+de Otaru et Mororan où quatre vapeurs appartenant à la
+Compagnie le transportent à destination.</p>
+
+<p>Chiku Hô. — Les charbonnages de Chiku Hô produisent
+plus de la moitié des charbons de tout l’Empire ; les
+houilles sont de qualité moyenne et bitumineuses. En certains
+endroits, par suite de la présence de dépôts volcaniques,
+la houille a été changée naturellement en coke.
+Bien qu’on ignore la date exacte de la découverte de ces
+mines, il est fort probable qu’elles étaient déjà connues
+il y a au moins deux cents ans ; mais ce n’est qu’au milieu
+du <small>XIX</small><sup>e</sup> siècle qu’on a commencé à exploiter le charbon. A
+cette époque on se bornait à enlever la couche supérieure,
+et ce n’est qu’en 1881 qu’une machine à vapeur fut installée
+à la mine de Katsuno et que l’extraction commença
+à la manière européenne. Cette méthode fut successivement
+appliquée aux mines de Namazada, Shin nin, Meiji,
+Akaike.</p>
+
+<p>Vers 1889 certaines parties des houillères furent
+réservées à l’État à Tagawa et à Kurate ; puis le ministère
+de l’Agriculture et du Commerce, de qui dépendait le
+service des mines, émit des règlements pour encourager
+la formation de grandes Compagnies d’exploitation.
+Enfin le réseau de voies ferrées, à travers l’île de Kiushu,
+apporta des facilités considérables pour diriger la houille
+vers les ports de Moji et de Wakamatsu.</p>
+
+<p>Les charbonnages de Chiku Hô s’étendent sur les
+cinq districts de Tagawa, Kurate, Kaho, Onga, Kasuya
+et mesurent 45 kilomètres du Nord au Sud et de 15 à
+25 kilomètres de l’Ouest à l’Est. Mais les charbons extraits
+ne sont pas de qualité supérieure.</p>
+
+<p>Miike. — La découverte de ces charbonnages remonte à
+400 ans. De 1873 à 1887 ce fut le Gouvernement qui entreprit
+l’exploitation ; mais, en 1890, la Compagnie Mitsui en
+obtint la concession et travailla la mine avec une activité
+qui ne s’est pas démentie jusqu’à ce jour. Cette dernière
+s’étend sur une longueur de 15 kilomètres Nord-Sud et de
+5 kilomètres Est-Ouest, dans les deux préfectures de
+Fukuoka et Kumamoto.</p>
+
+<p>Le charbon est un peu meilleur que le précédent et peut
+servir à faire du gaz et du coke. La mine emploie
+6.000 ouvriers, et elle arrive à fournir 4.000 tonnes dans
+les vingt-quatre heures.</p>
+
+<p>Takashima. — Il y a déjà deux siècles que le dépôt carbonifère
+de Takashima est connu ; en 1817, la mine se trouvait
+aux mains du daïmio de Saga, mais, à cette époque,
+personne ne se souciait des mines de charbon, puisqu’on
+en ignorait l’usage. Ce n’est donc qu’en 1867 qu’on essaya
+pour la première fois l’exploitation en règle. Six ans après
+le Gouvernement reprit la mine, puis la repassa au comte
+Goto, et en 1881 elle fut achetée par la Compagnie Mitsubishi
+qui la détient encore actuellement. Elle débuta par
+un rendement de 1.200 tonnes, puis commença à décliner,
+lorsqu’on découvrit, en 1898, de nouvelles veines à Hajima.</p>
+
+<p>Les galeries se trouvent, pour la plupart, au-dessous du
+lit de la mer, ce qui demande une ventilation constante ;
+aussi le ventilateur de Takashima fournit-il 50.000 pieds
+cubes d’air à la seconde, et celui de Hajima 120.000 pieds
+cubes. La mine est placée dans le district de Nagasaki
+et comprend les trois petites îles de Takashima, Hajima,
+Nakanoshima situées à sept milles marins du port de
+Nagasaki. Depuis 1881 elle a fourni plus de 7.000.000 de
+tonnes de charbon.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Le pétrole existe au Japon presque exclusivement
+dans les terrains de formation tertiaire : on le trouve au
+Hokkaido, dans le nord du Honshu, et dans les provinces
+de Echigo, Shinano et Totomi. Le principal centre de
+production est la province d’Echigo qui renferme les cinq
+puits principaux de Higashiyama, Nishiyama, Amaze,
+Niitsu et Kubiki, dont les deux premiers sont les plus
+importants. A Higashiyama, l’huile est généralement
+trouvée depuis 20 jusqu’à 300 mètres de profondeur. Le
+puits d’Amaze va jusqu’à 854 mètres de profondeur, et
+la qualité de l’huile de ce puits est la meilleure ; malheureusement
+il commence à fournir beaucoup moins. Nishiyama
+produit une huile inférieure à celle d’Amaze,
+et la couche de pétrole se rencontre à 200 mètres de
+profondeur.</p>
+
+<p>C’est dans la septième année de l’Empereur Tenchi
+(668 ap. J.-C.) que le pétrole fut découvert dans la province
+d’Echigo. Les chroniques rapportent, en effet, qu’à
+cette époque, de la <i>terre brûlante</i> et de <i>l’eau brûlante</i>
+furent présentées à la cour impériale ; mais on ne sut
+qu’en faire. Ce n’est qu’en 1875 que les mines de Kubiki
+et de Niitsu prirent une importance commerciale. La
+Compagnie japonaise des pétroles commença en 1890 à
+extraire l’huile par les procédés européens, et elle découvrit
+ensuite les couches schisteuses de Nagamine,
+Kamada, Hire et Urase, ce qui lui permit de développer
+son entreprise et d’arriver à fournir en 1902 environ
+500.000 barils de pétrole.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Le graphite existe au Japon dans les rocs
+schisteux, en lames, ou bien dans les rocs stratifiés,
+en blocs ; bien qu’il y en ait une grande quantité on l’a
+jusqu’à présent à peu près négligé.</p>
+
+<p>Le Japon, étant un pays essentiellement volcanique,
+est très riche en soufre et on en rencontre des
+dépôts très considérables. Les principales mines de soufre
+se trouvent dans la province de Rikuchu, à Tsurugizan ;
+et, dans le Hokkaido, à Iwaonobori et Ransu. Les dépôts
+alluvionnaires sont de deux sortes : d’or dans le district
+de Yesashi au Hokkaido et de fer à Chûgoku. Les premiers
+sont détachés de roches de quartz aurifère appartenant à la
+période secondaire et déposés dans les lits des rivières, les
+seconds sont la décomposition du minerai de fer.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Il peut y avoir aujourd’hui, approximativement,
+250.000 mineurs au Japon. Ce nombre comprend les
+mineurs, les porteurs, les piocheurs, les fondeurs, les
+hommes employés aux machines, aux foyers et aux
+pompes. La plupart d’entre eux sont satisfaits de leur
+sort ; ils appartiennent généralement au district où la
+mine est située : cependant nombre d’entre eux viennent
+des provinces éloignées avec leurs familles et s’installent
+là jusqu’à leur mort. Avec l’accroissement incessant
+de la population au Japon, la main-d’œuvre ne manque
+jamais. Ces mineurs vivent généralement dans des
+maisons fournies par les employeurs ; ceux qui ont leurs
+familles, dans des chambres séparées, et les célibataires
+dans des espèces de grands dortoirs. Inutile de dire que
+ces installations sont très sommaires et que les ouvriers
+et ouvrières sont excessivement mal logés et encore plus
+mal nourris. La nourriture leur est vendue par la mine ;
+une nourriture insuffisante, à des prix très faibles, il est
+vrai, mais avec défense d’aller se nourrir ailleurs. Ceci a
+pour but de les empêcher de réclamer des augmentations
+de salaires, ce qui ne manquerait pas d’arriver si les
+ouvriers se nourrissaient convenablement au dehors ; car
+leurs gages actuels n’y suffiraient pas. Ici comme dans
+l’industrie, le <span lang="en" xml:lang="en">sweating system</span> est appliqué en grand et
+il faut que le peuple japonais meure littéralement de faim
+pour s’y soumettre sans murmurer. Il finira, d’ailleurs,
+probablement par se révolter, et l’explosion de colère qui
+s’est manifestée dans les mines d’Ashio, il y a deux ou
+trois ans, et où le directeur fut assommé, n’est sans doute
+que le commencement d’une protestation générale contre
+le régime employé vis-à-vis des ouvriers.</p>
+
+<p>Ce n’est pas que les patrons ne garantissent les risques
+d’accident et de maladie, et ne se chargent de payer les
+funérailles en cas de décès ; mais c’est là un minimum de
+responsabilité auquel il leur serait bien difficile de se soustraire.
+Quant à l’ouvrier et à l’ouvrière bien portants, ils
+sont pressurés abominablement et reçoivent à peine de
+quoi se suffire.</p>
+
+<p>Jusqu’en 1890 le Gouvernement japonais se réservait
+soit le droit d’exploiter lui-même, soit le droit d’accorder
+une concession minière à un individu moyennant une
+redevance annuelle ; depuis, le système des concessions
+permanentes a prévalu et c’est ainsi que, grâce à la
+formation de grandes Compagnies minières, le développement
+de l’exploitation a été de plus en plus considérable.</p>
+
+<p>Au début, il était interdit à un étranger d’exploiter une
+mine au Japon ; il ne pouvait même pas faire partie d’une
+société minière japonaise, de sorte que le privilège
+d’exploitation était uniquement réservé aux sujets de
+l’Empire. En 1900 la loi fut modifiée, et elle permit à un
+étranger de mettre en valeur une mine, soit seul, soit de
+concert avec des Japonais, pourvu, naturellement, que la
+société, formée en vue de l’exploitation, fût soumise aux lois
+et règlements japonais. Je ne crois pas que des Européens
+aient jamais profité de cette latitude.</p>
+
+<p>La législation japonaise ne reconnaît pas le droit de
+priorité de découverte ; et le droit de faire des essais de
+forage est accordé au premier qui en a présenté la
+demande. Il est valable un an, il est renouvelable pour
+une autre année si cela est reconnu nécessaire. Enfin le
+droit d’essai ne peut être ni cédé ni hypothéqué ; seule la
+concession permanente peut être vendue ou hypothéquée.</p>
+
+<p>Autrefois la concession n’était accordée que pour une
+durée de quinze ans ; cette circonstance, ajoutée à l’impossibilité,
+alors existante, d’hypothéquer la mine, a été, pendant
+longtemps, une entrave au développement de l’industrie
+minière ; aujourd’hui que ces deux défauts de la
+législation ont été supprimés, les concessionnaires et les
+capitalistes ont pu engager de fortes sommes dans l’exploitation
+du sous-sol.</p>
+
+<p>La superficie d’une concession minière est de 10.000
+tsubo (1 tsubo = 3,30 m. q.) pour le charbon et de
+3.000 tsubo pour les autres minerais ; et elle peut atteindre
+jusqu’à 600.000 tsubo dans les deux cas. Dans le
+cas où plus de deux concessionnaires s’associent, la limite
+maxima peut dépasser 600.000 tsubo.</p>
+
+<p>Le concessionnaire est obligé, avant de commencer le
+forage, de soumettre ses plans au chef du bureau de l’inspection
+des mines ; la concession peut être retirée par le
+ministre de l’Agriculture et du Commerce si le travail y
+est suspendu pendant plus d’une année ; tous les six mois
+le concessionnaire est obligé de fournir un état de la
+situation de la mine ; toute association ou tout partage de
+concession doit recevoir l’approbation de l’inspecteur du
+bureau des mines.</p>
+
+<p>Quant au propriétaire du terrain sur lequel est située la
+mine, il doit recevoir une juste compensation en loyer pour
+la terre et des dommages-intérêts pour l’installation des
+puits, des machines, des tramways, voies ferrées, etc. ; il
+peut exiger le rachat de sa terre au bout de trois ans ; s’il
+s’élève des différends entre lui et le concessionnaire, la
+question est portée d’abord devant l’inspecteur du bureau
+des mines, puis devant le ministre de l’Agriculture et du
+Commerce, enfin devant les tribunaux. En vue de la protection
+des intérêts publics et privés, des règlements spéciaux
+sur la police des mines ont été édictés, et sont rendus
+applicables par l’inspection du bureau des mines et
+par le ministère de l’Agriculture et du Commerce. Voici
+les principaux articles :</p>
+
+<p>Sécurité des constructions dans la mine et hors de la
+mine ;</p>
+
+<p>Protection de la vie et de la santé des ouvriers ;</p>
+
+<p>Protection de la surface et des intérêts publics ;</p>
+
+<p>Tout ce qui serait nuisible à l’intérêt public peut être
+supprimé par ordre de l’inspecteur sous peine de suspension ;</p>
+
+<p>L’usage des explosifs, les dispositions pour la ventilation,
+les ouvrages souterrains, la construction des cheminées,
+des chaudières, des fonderies, etc., sont soumis à
+des règles strictes pour éviter les accidents. En outre une
+protection spéciale est accordée aux ouvriers ; la nature du
+travail, les heures de travail, le travail des femmes et des
+mineurs, tout est réglé minutieusement ; et le concessionnaire
+est, (du moins sur le papier), obligé de se conformer
+aux décisions de l’inspecteur du bureau des mines.</p>
+
+<p>Les taxes à payer sur les concessions minières sont de
+deux sortes : taxe sur la concession et taxe sur le rendement
+brut ; la première est de 30 sen par 1.000 tsubo et
+la deuxième de 1 pour 100 de la valeur du rendement.
+Cette dernière est fixée d’après les prix des principaux
+marchés. Il y a toutefois une quote officielle pour l’or,
+l’argent, le cuivre, le plomb, l’antimoine, le charbon et le
+pétrole.</p>
+
+<p>Les recherches des minerais dans les sables d’alluvions
+sont soumises à un régime un peu différent ; ici, en effet,
+le droit de priorité est accordé au propriétaire de la terre
+où se trouvent les minerais. Mais, si le propriétaire ne veut
+pas travailler le minerai, il est obligé de donner la permission
+à celui qui veut le faire ; à condition naturellement
+d’être rémunéré d’une façon convenable. Les recherches
+dans les terrains alluvionnaires ne sont permises qu’aux
+sujets japonais ; aucun Européen, soit pour son compte,
+soit pour le compte d’une société, n’est autorisé à entreprendre
+ce travail.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — L’administration des mines présente, cela va
+de soi, des caractères spéciaux et elle est forcément différente
+de l’administration générale des autres industries.
+Les fonctionnaires chargés des affaires de la direction des
+mines doivent posséder des connaissances spéciales et
+particulières sur toutes les questions qui s’y rapportent.
+Ils doivent en effet savoir :</p>
+
+<p>Les règlements concernant l’établissement d’une concession ;
+son retrait ; le droit de transfert ; l’obligation
+pécuniaire pour le concessionnaire ;</p>
+
+<p>Les règlements relatifs au forage d’essai ; à l’approbation
+des plans ; à l’affermage de la surface ; à l’association
+de plusieurs concessionnaires ou à la division d’une concession
+en plusieurs sociétés ;</p>
+
+<p>Les règlements de police spéciaux aux mines, tels que
+ceux relatifs aux intérêts du public, aux intérêts des
+ouvriers ; à la sécurité des mines et à la solidité des constructions ;</p>
+
+<p>Ils doivent aussi être prêts à juger équitablement tous
+les différends qui peuvent se produire entre les propriétaires
+du terrain et les concessionnaires des mines.</p>
+
+<p>L’administration des affaires minières est divisée en
+deux sections :</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> La direction centrale des mines, rattachée au ministère
+de l’Agriculture et du Commerce ;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Cinq directions locales à la tête desquelles se
+trouvent cinq inspecteurs nommés par le même ministère.
+Les directions locales ont le pouvoir de surveiller toutes
+les affaires minières dans leur juridiction et, suivant la
+gravité des cas, elles traitent les questions soit sous leur
+responsabilité, soit en en référant au département de
+l’Agriculture et du Commerce.</p>
+
+
+<p class="ugap">IX. — Le nombre total des demandes de concessions
+minières pour 1908 a été de 4.663 ; c’est beaucoup moins
+que les années précédentes ; et, dans le nombre, il y a une
+quantité de demandes pour concessions qui n’aboutiront
+jamais. Le chiffre total de production minière a été, pour
+cette même année, de 103.167.395 yen, en diminution de
+3.659.626 yen sur l’année précédente.</p>
+
+<p>Charbon : 14.468.669 tonnes, pour une valeur de
+61.963.500 yen ;</p>
+
+<p>Cuivre : 67.805.639 livres, pour une valeur de
+2.242.983 yen ;</p>
+
+<p>Pétrole : 1.639.357 koku, pour une valeur de 6.475.460
+yen ;</p>
+
+<p>Argent : 31.259 kwamme pour une valeur de 4.265.717
+yen ;</p>
+
+<p>Or : 829 kwamme, pour une valeur de 4.147.485 yen ;</p>
+
+<p>Fer : Saumons : 39.938 tonnes, et acier 1.668 tonnes,
+pour une valeur de 1.927.245 yen ;</p>
+
+<p>Soufre : 53.815.077 livres, pour une valeur de 766.816
+yen ;</p>
+
+<p>Le nombre des Compagnies minières, à la fin de 1908,
+était de 205, avec un capital total de 175.809.650 yen ;
+(capital versé : 119.390.800 yen).</p>
+
+<p>Il y a eu un commencement de grève dans les mines de
+charbon de Takashima et aussi dans quelques autres
+mines ; mais cela a été sans gravité ; il est cependant
+incontestable que l’ouvrier des mines, actuellement,
+commence à vouloir imiter ses confrères d’Europe, et
+réclame, avec de plus hauts salaires, d’autres conditions
+de vie.</p>
+
+<p>« Le socialisme en est à ses débuts au Japon, et ils ne
+sont pas encore très brillants ; mais il est hors de doute
+que le peuple, en général, et l’ouvrier, en particulier, souffrent
+des résultats onéreux, au point de vue financier, des
+deux guerres soutenues en dix ans. La gloire coûte cher
+et le Japon n’est pas riche. L’ouvrier, le premier, a essayé
+des grèves ; son sort est en effet lamentable, et les Japonais,
+qui ne veulent pas fermer les yeux quand même, sont
+les premiers à le déclarer, témoin le directeur de l’École
+industrielle de Tokio qui ne craint pas, dans un long article
+publié par la Revue <i>Chu ô kô ron</i>, de réclamer plus de
+bienveillance, plus d’hygiène, plus de moralité envers la
+classe ouvrière. Dans deux cents corporations d’ouvriers
+qu’il a examinées, il a trouvé une corruption effrayante et
+des mœurs lamentables ; la protection des mineurs, principalement
+des jeunes filles, n’existe pas. Tout le monde
+vit pêle-mêle comme des bêtes ; les ouvrières sont parquées
+dans de grandes salles, souvent avec défense de sortir
+plus d’une fois par semaine ; dans d’autres salles vivent
+entassés des ouvriers ; tout ce monde est traité comme un
+vil troupeau et vit en conséquence.</p>
+
+<p>« Les ouvriers mariés, et qui habitent en ville, ont l’air
+de se soucier fort peu de leur propre famille.</p>
+
+<p>« D’ailleurs, le socialisme a déjà pénétré l’armée. Trouvant
+un terrain tout préparé chez les ouvriers si miséreux,
+il gagne la caserne où l’on commence à distribuer aux
+conscrits des brochures subversives ; il est arrivé même à
+des soldats de déserter en groupes.</p>
+
+<p>« Devenant de plus en plus un pays industriel, le Japon
+possèdera bientôt une classe ouvrière considérable avec
+laquelle il faudra compter. Ce qui manque maintenant à
+cette foule c’est un chef ; tout est encore en formation ;
+mais le jour où ils auront pris conscience de leurs forces
+et où ils auront un chef intelligent et pratique, les ouvriers
+pourront imposer leurs conditions. Seront-ils sages et
+calmes à ce moment ? ou bien, grisés, comme tant d’autres
+en Europe, par de vaines et fallacieuses promesses,
+aideront-ils par la violence à l’arrivée de l’âge d’or qu’on
+leur a promis ? » (<i>Avenir du Tonkin, 1909.</i>)</p>
+
+
+<p class="ugap">X. — En 1907, dernière année pour laquelle nous ayons
+des statistiques complètes, le rendement des mines de
+cuivre et de charbon, les deux catégories de mines que
+l’on peut considérer comme les plus importantes du Japon,
+se répartit de la façon suivante :</p>
+
+
+<p class="ugap">Cuivre :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c"><div>Mines :</div></td>
+<td class="c"><div>Appartenant à :</div></td>
+<td class="c"><div>Rendement<br />
+en livre japonaise<br />
+de 600 grammes.</div></td></tr>
+<tr><td>Arakawa (Akitaken)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>1.256.428</div></td></tr>
+<tr><td>Ani   —</td>
+<td>Furukawa</td>
+<td class="r"><div>2.089.321</div></td></tr>
+<tr><td>Ashio (Tochigi)</td>
+<td> —</td>
+<td class="r"><div>10.666.029</div></td></tr>
+<tr><td>Beshi (Ehime)</td>
+<td>Sumitomo</td>
+<td class="r"><div>8.911.895</div></td></tr>
+<tr><td>Dôgamaru (Shimane)</td>
+<td>Hori</td>
+<td class="r"><div>307.943</div></td></tr>
+<tr><td>Furogura (Akita)</td>
+<td>Furukawa</td>
+<td class="r"><div>772.552</div></td></tr>
+<tr><td>Hibira (Miyazaki)</td>
+<td>Naito</td>
+<td class="r"><div>1.435.755</div></td></tr>
+<tr><td>Hidate (Ibaraki)</td>
+<td>Kuhara</td>
+<td class="r"><div>1.355.280</div></td></tr>
+<tr><td>Hiragama (Gifu)</td>
+<td>Yokoyama</td>
+<td class="r"><div>1.050.331</div></td></tr>
+<tr><td>Hisaichi (Akita)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>1.201.908</div></td></tr>
+<tr><td>Homansan (Shimane)</td>
+<td>Hori</td>
+<td class="r"><div>528.933</div></td></tr>
+<tr><td>Ikuno (Hiogo)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>1.511.289</div></td></tr>
+<tr><td>Innai (Akita)</td>
+<td>Furukawa</td>
+<td class="r"><div>433.954</div></td></tr>
+<tr><td>Itsuki (Kumamoto)</td>
+<td>Itsuki</td>
+<td class="r"><div>249.820</div></td></tr>
+<tr><td>Kano (Fukushima)</td>
+<td>Kano</td>
+<td class="r"><div>720.167</div></td></tr>
+<tr><td>Komaki (Akita)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>101.443</div></td></tr>
+<tr><td>Kosaka —</td>
+<td>Fujita</td>
+<td class="r"><div>12.041.857</div></td></tr>
+<tr><td>Kusakura (Niigata)</td>
+<td>Furukawa</td>
+<td class="r"><div>501.445</div></td></tr>
+<tr><td>Nidzusawa (Iwate)</td>
+<td> —</td>
+<td class="r"><div>350.036</div></td></tr>
+<tr><td>Nagamatsu (Yamagata)</td>
+<td> —</td>
+<td class="r"><div>460.698</div></td></tr>
+<tr><td>Oharasawa (Iwate)</td>
+<td>Saito</td>
+<td class="r"><div>200.025</div></td></tr>
+<tr><td>Obie (Okayama)</td>
+<td>Sakamoto</td>
+<td class="r"><div>1.176.951</div></td></tr>
+<tr><td>Okoya (Ishikawa)</td>
+<td>Yokoyama</td>
+<td class="r"><div>1.078.402</div></td></tr>
+<tr><td>Omodami (Fukui)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>383.459</div></td></tr>
+<tr><td>Omori (Shimane)</td>
+<td>Furukawa</td>
+<td class="r"><div>390.396</div></td></tr>
+<tr><td>Otori (Yamagata)</td>
+<td> —</td>
+<td class="r"><div>199.925</div></td></tr>
+<tr><td>Osaruzawa (Akita)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>1.937.183</div></td></tr>
+<tr><td>Sasagaya (Shimane)</td>
+<td>Hori</td>
+<td class="r"><div>235.388</div></td></tr>
+<tr><td>Takane (Gifu)</td>
+<td>Asada</td>
+<td class="r"><div>175.377</div></td></tr>
+<tr><td>Takura (Yamaguchi)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>249.821</div></td></tr>
+<tr><td>Tsubaki (Akita)</td>
+<td>Takeda</td>
+<td class="r"><div>270.882</div></td></tr>
+<tr><td>Yakuki (Fukushima)</td>
+<td>Yakuki</td>
+<td class="r"><div>298.328</div></td></tr>
+<tr><td>Yoshioka (Okayama)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>1.435.755</div></td></tr>
+<tr><td>Yusenji (Ishikawa)</td>
+<td>Takenouchi</td>
+<td class="r"><div>718.264</div></td></tr>
+</table>
+<p>Ainsi donc le Japon a produit, en 1907, 54.697.242 livres
+japonaises de cuivre, soit : 32.818.342 kilogrammes.
+C’est, après celui des États-Unis d’Amérique, le plus
+grand rendement connu sur notre globe, et le cuivre est
+l’un des principaux produits d’exportation du Japon.</p>
+
+
+<p class="ugap">Charbon :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="c" colspan="2"><div>Mines :</div></td>
+<td class="c"><div>Propriétaires.</div></td>
+<td class="c"><div>Production<br />
+en tonnes métriques.</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Poronai (Hokkaido)</td>
+<td>Hokkaido C<sup>o</sup></td>
+<td class="r"><div>163.013</div></td></tr>
+<tr><td>Yubari</td>
+<td class="c"><div class="w35">— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>480.803</div></td></tr>
+<tr><td>Sorachi</td>
+<td class="c"><div class="w35">— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>202.930</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Iriyama (Fukushima)</td>
+<td>Iriyama C<sup>o</sup></td>
+<td class="r"><div>204.537</div></td></tr>
+<tr><td>Uchigo</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Iwaki C<sup>o</sup></td>
+<td class="r"><div>145.515</div></td></tr>
+<tr><td>Onoda</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>188.951</div></td></tr>
+<tr><td>Ojô</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Ojô C<sup>o</sup></td>
+<td class="r"><div>86.289</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Takashima (Nagasaki)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>183.816</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Akasakaguchi (Saga)</td>
+<td>Takatori</td>
+<td class="r"><div>139.273</div></td></tr>
+<tr><td>Wochi</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>163.013</div></td></tr>
+<tr><td>Yoshitani</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Yoshitani C<sup>o</sup></td>
+<td class="r"><div>219.858</div></td></tr>
+<tr><td>Kitakara</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Koga</td>
+<td class="r"><div>86.840</div></td></tr>
+<tr><td colspan="2">Kamiyamada (Fukuoka)</td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>90.186</div></td></tr>
+<tr><td>Otsuji</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Kayejima</td>
+<td class="r"><div>212.629</div></td></tr>
+<tr><td>Miike</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsui</td>
+<td class="r"><div>1.482.451</div></td></tr>
+<tr><td>Onoura</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Kayejima</td>
+<td class="r"><div>593.154</div></td></tr>
+<tr><td>Shin iri</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>438.572</div></td></tr>
+<tr><td>Fujidana</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsui</td>
+<td class="r"><div>96.321</div></td></tr>
+<tr><td>Mannoura</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Kayejima</td>
+<td class="r"><div>207.372</div></td></tr>
+<tr><td>Yoshio</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Aso</td>
+<td class="r"><div>216.207</div></td></tr>
+<tr><td>Namadzuda</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsubishi</td>
+<td class="r"><div>244.463</div></td></tr>
+<tr><td>Yamano</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsui</td>
+<td class="r"><div>138.850</div></td></tr>
+<tr><td>Meiji</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Yosukawa</td>
+<td class="r"><div>416.421</div></td></tr>
+<tr><td>Tadakuma</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Sumitomo</td>
+<td class="r"><div>67.195</div></td></tr>
+<tr><td>Kaneda</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mori</td>
+<td class="r"><div>271.328</div></td></tr>
+<tr><td>Hokoku</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Hiraoka</td>
+<td class="r"><div>161.920</div></td></tr>
+<tr><td>Tagawa</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Mitsui</td>
+<td class="r"><div>486.478</div></td></tr>
+<tr><td>Akaike</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Yasukawa</td>
+<td class="r"><div>182.469</div></td></tr>
+<tr><td>Otô</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Hara</td>
+<td class="r"><div>179.130</div></td></tr>
+<tr><td>Futase</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Gouvernement</td>
+<td class="r"><div>366.128</div></td></tr>
+<tr><td>Furukawa</td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td>Furukawa</td>
+<td class="r"><div>376.681</div></td></tr>
+</table>
+<p>Je ne donne ici que le rendement des principales mines,
+de celles qui produisent au-dessus de 100.000 tonnes
+métriques. Le charbon japonais est très inférieur, comme
+qualité, à tous les autres charbons connus et la consommation
+sera toujours limitée aux mers de Chine ; elle finirait
+même par cesser tout à fait si on trouvait, (comme il est
+probable que cela se produira), des mines de charbon supérieur
+dans les territoires chinois et indo-chinois.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch17">CHAPITRE XVII</h2>
+
+<p class="d">I. Finances japonaises ; généralités. — II. Organisation actuelle. — III.
+Le budget, les impôts. — IV. Dette publique ; emprunts. — V.
+Finances locales. — VI. Banques. — VII. Compagnies d’assurances. — VIII.
+Médecins, hygiène publique, assistance publique.</p>
+
+
+<p>I. — Avec le chapitre finances, se présente le côté le plus
+ardu de l’économie japonaise. C’est la brume, en effet,
+que nous apercevons de ce côté. Les Japonais, qui cachent
+tout ce qu’ils peuvent à l’Europe, lui cachent leurs finances
+plus que leurs secrets militaires. Le Japon est pauvre,
+très pauvre ; le nécessaire manque dans tout le pays, et
+l’or, qui peut y exister, sert à payer les coupons de la dette
+et les achats à l’étranger. Cependant, si l’on consulte les
+publications japonaises, la situation financière est très
+bonne ; c’est qu’il faut tenir compte, ici, d’une particularité
+insoupçonnée par ceux qui ne connaissent pas le Japon<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">[13]</a> :
+les insulaires du Soleil Levant se priveront de tout et
+accepteront de payer les taxes les plus lourdes pour aider
+le Gouvernement à montrer à l’Europe une situation prospère.
+Le patriotisme japonais est, il faut bien le dire, animé
+de pas mal d’orgueil, et ce à quoi il tient le plus, c’est à
+faire grande figure devant l’Europe. Mais enfin la corde
+finit par casser, et il a déjà fallu boucler le budget de
+1908-09 par des surtaxes sur la bière et le sake, le sucre
+et la consommation du pétrole. On va loin à ce jeu-là et
+le contribuable est rapidement à sec.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13"><span class="label">[13]</span></a> Tous les Japonais ont subi des privations volontaires pendant la
+guerre contre la Russie ; un grand nombre d’entre eux se sont privés du
+nécessaire pour donner aux fonds de guerre.</p>
+</div>
+<p>D’un autre côté, sur quoi baser un nouvel emprunt ?
+Quelles garanties donnerait le Gouvernement japonais s’il
+était à nouveau obligé de recourir à l’argent de l’étranger ?</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Les finances japonaises, telles qu’elles existent
+aujourd’hui, ne datent pas de fort loin ; comme bien on le
+suppose, le système financier, au lendemain de la restauration
+impériale, était extrêmement compliqué et il n’existait
+pas de méthode régulière d’administration financière.
+Il avait fallu rompre avec l’ancien système où chaque
+daïmio avait ses finances et ses impôts ; il avait fallu
+centraliser, ici comme dans toutes les autres administrations,
+et ce ne fut pas facile. Cependant, en 1871, on établit
+l’unité dans les finances en décidant que toute la comptabilité
+des différents ministères et administrations
+publiques serait, désormais, sous la direction du Trésor, et
+que les Départements ministériels n’auraient plus, comme
+auparavant, leur comptabilité propre et indépendante des
+autres. Puis, en 1875, on établit un compte de recettes et
+de dépenses qui fut comme le premier budget de l’Empire.
+En 1880 fut créée la Cour des Comptes, sous le contrôle
+direct de l’Empereur. Tous ces remaniements ne se firent
+pas sans secousse et sans tâtonnements, et ce fut la gloire
+des gouvernants de la première heure d’avoir mené à
+bien une réforme aussi grave et aussi importante, pour
+un pays que la réforme financière. Il fallut, après la création
+du Trésor et celle de la Cour des Comptes, encore
+deux ans avant d’arriver à établir, sur des bases solides,
+la comptabilité centrale et la vérification ; cependant, à
+partir de 1882, toutes les irrégularités disparurent, et la
+création de la Banque du Japon (Nippon Ginkô) acheva la
+réorganisation. A dater de 1886, les budgets furent rendus
+publics, et, lors de la promulgation de la constitution, en
+1889, la loi de Finances fut amendée et les budgets
+doivent désormais être établis par le ministre des Finances
+d’accord avec le Parlement.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Le budget ordinaire de l’année 1908-1909 est
+monté à 619.958.339 yen, avec un budget extraordinaire
+et supplémentaire de 3.839.331 yen, soit un total de
+623.797.670 yen, chiffre qui n’avait jamais été atteint
+jusqu’à ce jour.</p>
+
+<p>Pour le budget ordinaire :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Les recettes étant de</td>
+<td class="r"><div>611.043.048</div></td> <td>yen</td></tr>
+<tr><td>Et les dépenses de</td>
+<td class="r"><div>615.958.339</div></td> <td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td>Il en résulte un déficit de</td>
+<td class="r"><div>4.915.291</div></td> <td>yen</td></tr>
+</table>
+<p>Ce déficit a été comblé avec un accroissement d’impôt
+sur trois chapitres :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Sur le sake et la bière</td>
+<td class="r"><div>545.343</div></td>
+<td>yen</td></tr>
+<tr><td>Sur le sucre</td>
+<td class="r"><div>2.819.444</div></td>
+<td rowspan="2">&nbsp;</td></tr>
+<tr><td>Sur la consommation du pétrole</td>
+<td class="r"><div>1.550.504</div></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td> <td>————</td> <td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>Ensemble</div></td>
+<td class="r"><div>4.915.291</div></td>
+<td>yen</td></tr>
+</table>
+<p>Voici quels sont les divers impôts et autres revenus
+de l’Empire, source de l’alimentation des budgets nationaux<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">[14]</a> :</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14"><span class="label">[14]</span></a> D’après l’Annuaire financier et économique du Japon (publié par
+les soins du ministère des Finances).</p>
+</div>
+<p><i>Impôt foncier.</i> — L’impôt foncier est proportionnel à
+la valeur des terrains qui y sont soumis. Cette valeur est
+déterminée d’après la base suivante : on calcule le capital
+qui correspond au revenu net ou au prix de location du
+terrain et on l’inscrit sur les registres officiels du cadastre.</p>
+
+<p>L’impôt foncier est payé :</p>
+
+<p>Pour les terrains grevés d’une hypothèque, par le créancier
+hypothécaire ;</p>
+
+<p>Pour les terrains loués à bail superficiaire d’une durée
+de plus de cent ans, par le locataire qui a acquis le droit
+de superficie ;</p>
+
+<p>Pour tous les autres terrains par le propriétaire du fonds.</p>
+
+<p>Le taux annuel de l’impôt foncier est fixé à 2 et demi
+pour 100 (1 pour 100 dans le Hokkaido) de la valeur de la
+terre calculée, comme il a été dit ci-dessus. Mais les lois
+de 1904 et 1905 y ont ajouté, pour les diverses catégories
+de terrains, les surtaxes suivantes :</p>
+
+<p>Propriétés urbaines bâties : 17,5 pour 100 de leur valeur.</p>
+
+<p>Propriétés rurales bâties : 5,5 pour 100 de leur valeur.</p>
+
+<p>Terrains non bâtis : 3 pour 100 de leur valeur.</p>
+
+<p><i>Impôt sur le revenu.</i> — L’économie de la loi qui régit
+actuellement l’impôt sur le revenu peut se résumer ainsi :</p>
+
+<p>Cet impôt est dû :</p>
+
+<p><i>a</i>) Par les personnes qui ont leur domicile, ou au moins
+un an de résidence, dans les localités de l’Empire où ladite
+loi est en vigueur ;</p>
+
+<p><i>b</i>) Par les personnes qui, sans être domiciliées au Japon
+ou sans y résider, ont des biens ou une exploitation soit
+commerciale, soit industrielle, ou encore touchent les
+intérêts de fonds publics ou d’obligations de Compagnies
+dans les localités où la loi est appliquée. Ces personnes
+ne sont, néanmoins, sujettes à l’impôt qu’à l’égard des
+revenus provenant des sources indiquées.</p>
+
+<p>L’impôt est fixé comme suit :</p>
+
+<p>Première classe : revenu des personnes légales 2,5
+pour 100. Plus :</p>
+
+<p><i>a</i>) Pour les Compagnies par actions et sociétés coopératives
+par actions, ayant au moins 21 actionnaires ou
+actionnaires et associés… 3,75 pour 100… soit au total
+6,15 pour 100.</p>
+
+<p><i>b</i>) Autres personnes légales :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td colspan="3">Au-dessous de</td>
+<td class="r"><div>5.000</div></td>
+<td>yen,</td>
+<td class="r"><div class="pr15">2</div></td>
+<td>pour 100, soit au total</td>
+<td class="r"><div>4<span class="k l w15">,50</span></div></td>
+<td>pour 100.</td></tr>
+<tr><td>De</td>
+<td class="r"><div>5.000</div></td>
+<td>à</td>
+<td class="r"><div>10.000</div></td>
+<td>yen,</td>
+<td class="r"><div>2<span class="k l w15">,25</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4<span class="k l w15">,75</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10.000</div></td>
+<td>à</td>
+<td class="r"><div>15.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>2<span class="k l w15">,50</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>15.000</div></td>
+<td>à</td>
+<td class="r"><div>20.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5<span class="k l w15">,50</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>20.000</div></td>
+<td>à</td>
+<td class="r"><div>30.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4<span class="k l w15">,25</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>6<span class="k l w15">,75</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>30.000</div></td>
+<td>à</td>
+<td class="r"><div>50.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5<span class="k l w15">,75</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>8<span class="k l w15">,25</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>50.000</div></td>
+<td>à</td>
+<td class="r"><div>100.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>7<span class="k l w15">,50</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>100.000</div></td>
+<td colspan="3">et au-dessus,</td>
+<td class="r"><div>10<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>12<span class="k l w15">,50</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Deuxième classe : intérêts des bons d’emprunts publics
+ou des obligations de Compagnies reçus dans les localités
+où la loi est en vigueur, 2 pour 100.</p>
+
+<p>Troisième classe : revenus autres que les précédents :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Yen</td>
+<td class="r"><div>100.000</div></td>
+<td>et au-dessus</td>
+<td class="r"><div>20<span class="k l w15">,35</span></div></td>
+<td>pour 100.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>50.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>17<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>30.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>13<span class="k l w15">,95</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>20.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>11<span class="k l w15">,60</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>15.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>9<span class="k l w15">,45</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>10.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>7<span class="k l w15">,50</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>5.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>6<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>4<span class="k l w15">,60</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>2.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3<span class="k l w15">,91</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>1.000</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>3<span class="k l w15">,45</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>500</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>2<span class="k l w15">,52</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>300</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td>
+<td class="r"><div>2<span class="k l w15">,  »</span></div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Sont exemptés de l’impôt :</p>
+
+<p><i>a</i>) La solde des militaires et des marins en temps de
+guerre ;</p>
+
+<p><i>b</i>) Les gratifications et pensions allouées aux veuves et
+aux orphelins des soldats ou marins, et les pensions des
+invalides ;</p>
+
+<p><i>c</i>) Les frais de voyage, bourses pour étudiants et autres
+fonds reçus à titre d’assistance de l’État ;</p>
+
+<p><i>d</i>) Les revenus d’une personne légale qui n’exploite
+aucune affaire ayant pour but un intérêt matériel ;</p>
+
+<p><i>e</i>) Les bénéfices accidentels qui ne proviennent pas
+d’une entreprise ayant le gain pour but ;</p>
+
+<p><i>f</i>) Les revenus qui proviennent de propriétés, d’établissements
+de commerce ou d’affaires et d’autres professions,
+soit à l’étranger, soit dans les localités où la loi n’est pas
+en vigueur — excepté cependant les revenus d’une personne
+légale qui a son siège principal dans une localité
+soumise à l’application de cette loi.</p>
+
+<p><i>g</i>) Les primes et dividendes payés par une personne
+légale qui est déjà imposée par la présente loi.</p>
+
+<p>Des lois spéciales exemptent de l’impôt sur le revenu
+les intérêts des bons d’emprunt nationaux ainsi que les
+intérêts des bons d’épargne émis ou à émettre conformément
+à la loi sur les bons d’épargne de 1904.</p>
+
+<p><i>Patentes.</i> — Cet impôt, établi en 1896, atteint toutes
+les catégories d’industrie et de commerce. Comme il porte
+sur les affaires mêmes qui en font l’objet, la nature et la
+qualité de ces affaires sont prises en considération ; c’est
+pourquoi, en vue d’assurer la répartition équitable des
+charges, l’assiette de l’impôt prend pour base les capitaux
+engagés, le chiffre des ventes effectuées, la valeur
+locative des bâtiments, le nombre des employés, artisans
+et ouvriers, enfin le montant des commissions et des
+contrats. Cet impôt a rapporté 21.854.307 yen en 1908-09.</p>
+
+<p><span class="sc">Droits de succession.</span> — La loi qui règle les droits de
+succession a été promulguée en janvier 1905, et elle est
+entrée en vigueur le 1<sup>er</sup> avril de cette même année. D’après
+cette loi, les droits de succession s’appliquent, lorsqu’une
+succession vient à s’ouvrir, à tous les biens, constituant
+l’héritage, qui se trouvent dans une localité où la loi est
+en vigueur, et sans qu’on ait à se préoccuper de savoir si
+le lieu d’ouverture de la succession est ou non au Japon,
+ou si le <span lang="la" xml:lang="la">de cujus</span> est ou n’est pas sujet japonais. Mais la
+nature des biens soumis à l’impôt, et le mode d’évaluation
+de ces biens, varient suivant que le domicile du <span lang="la" xml:lang="la">de cujus</span> se
+trouve ou non dans une localité où la loi est applicable.</p>
+
+<p>Ces droits ont rapporté 1.530.814 yen pour l’exercice
+1908-09.</p>
+
+
+<p class="ugap">Ont rapporté en 1908-1909 :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td class="w5">L’impôt sur</td>
+<td>les boissons</td>
+<td class="r"><div>71.809.684</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>le shôyu</td>
+<td class="r"><div>4.070.184</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>le sucre</td>
+<td class="r"><div>16.293.911</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="drap" colspan="2">La taxe de consommation sur les pétroles</td>
+<td class="r bot"><div>1.563.089</div></td>
+<td class="c bot"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="drap" colspan="2">La taxe sur les médicaments livrés au commerce</td>
+<td class="r bot"><div>204.640</div></td>
+<td class="c bot"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>L’impôt sur</td>
+<td>les mines</td>
+<td class="r"><div>2.041.193</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>les bourses</td>
+<td class="r"><div>2.041.643</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>— </div></td>
+<td>l’émission des billets de banque</td>
+<td class="r bot"><div>1.168.234</div></td>
+<td class="c bot"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="drap" colspan="2">La taxe sur les voyageurs en chemins de fer, bateaux à vapeur et tramways électriques</td>
+<td class="r bot"><div>2.337.834</div></td>
+<td class="c bot"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="drap" colspan="2">L’impôt de consommation sur les tissus</td>
+<td class="r bot"><div>19.462.196</div></td>
+<td class="c bot"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Cet impôt a été établi en 1905, et il est prélevé de la
+manière suivante : sur les étoffes de laine 15 pour 100 de
+la valeur ; sur les autres étoffes 10 pour 100.</p>
+
+<p>Les droits de tonnage, à 5 sen par tonne de jauge légale,
+ont rapporté 528.027 yen.</p>
+
+<p><i>Droits de Douane.</i> — En 1859, à l’époque où les premiers
+traités de commerce furent conclus avec les puissances
+occidentales, des postes de douane furent établis,
+et des droits furent levés, pour la première fois au Japon,
+dans quelques ports ouverts désignés à cet effet. Le tarif
+douanier de cette époque était entièrement déterminé par
+les traités, mais il ne fut appliqué que pendant un temps
+extrêmement court ; le tarif entier fut, en effet, révisé en
+1866. Ce tarif révisé maintint les droits de douane du
+Japon sans modification pendant trente-trois ans ; car il
+resta en vigueur jusqu’en 1899, époque où furent appliqués
+les traités de commerce et de navigation conclus
+avec les puissances étrangères, et, actuellement, encore en
+vigueur. Le système des droits de douane qu’il inaugurait
+eut une influence sérieuse sur l’économie et sur les
+finances nationales.</p>
+
+<p>La mise en vigueur des traités commerciaux, révisés
+avec les puissances étrangères en 1899, rendit possible
+l’application du tarif général qui, combiné avec les nouveaux
+tarifs conventionnels, forma le tarif douanier du
+Japon. A cette époque les droits d’exportation furent
+entièrement abolis.</p>
+
+<p>En 1904, le besoin d’argent conduisit à l’imposition de
+surtaxes sur les droits de douane aussi bien que sur les
+autres impôts, et, depuis le 1<sup>er</sup> octobre 1906, le tarif
+applique, sur beaucoup d’articles, des droits spécifiques.</p>
+
+<p>Pour l’exercice 1905-1906, les droits de douane ont
+rapporté la somme de 41.410.920 yen.</p>
+
+<p>A part ces chapitres de recettes, il en existe d’autres,
+tels que le revenu du timbre, qui a rapporté pour l’exercice
+1908-1909 la somme de 20.393.538 yen ; puis les
+monopoles, c’est-à-dire :</p>
+
+<p>Le monopole du tabac qui figure aux recettes du même
+exercice pour la somme de 41.723.003 yen ;</p>
+
+<p>Le monopole du camphre pour 62.387 yen ;</p>
+
+<p>Le monopole du sel pour 13.193.163 yen ;</p>
+
+<p>Les revenus des chemins de fer impériaux figuraient,
+autrefois, dans le budget général ; depuis cette année, ils
+en ont été distraits, et il a été établi un compte spécial
+des chemins de fer, divisé en trois sections : compte du
+capital, compte du revenu, compte des réserves.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Pour faire face à ses nombreuses œuvres de
+réédification nationale et de transformation à l’européenne,
+le Japon a été amené à contracter divers
+emprunts ; en 1908 la somme totale de ces emprunts
+était de 2.243.000.000 de yen, soit 5.719.650.000 francs,
+c’est-à-dire une charge considérable pour le pays, étant
+donné ses ressources. La dette intérieure représentait
+1.078.194.000 yen et la dette extérieure 1.165.701.000 yen.
+C’est la guerre contre la Russie qui a été la cause principale
+des emprunts japonais ; en effet, avant la guerre, la
+dette publique était de 535.459.000 yen, et après la guerre
+de 1.530.263.000 yen. Comme la Russie s’est refusée à
+verser une indemnité de guerre quelconque, le Japon a dû
+supporter toutes les dépenses de son expédition, et a été
+obligé d’emprunter encore.</p>
+
+<p>Les derniers emprunts, contractés à l’étranger, sont :
+celui de 4 et demi pour cent, émis à Londres et à New-York
+en mars 1905 ; 30.000.000 de livres sterling,
+souscrit à 90 livres pour 100 livres, valeur au pair ;
+le capital est remboursable en quinze ans, par tirage au
+sort, à partir du 14 février 1910 jusqu’au 15 février 1925.
+Le service de l’emprunt est assuré par le Gouvernement
+sur la garantie des profits nets du monopole du
+tabac.</p>
+
+<p>Le second emprunt à 4 et demi pour 100, de 30.000.000 de
+livres sterling, a été émis à Londres, à New-York et à
+Berlin en juillet 1905 ; il est remboursable, comme le précédent,
+en quinze ans, du 9 juillet 1910 au 25 juillet 1925 ;
+garanti également par le monopole du tabac, l’emprunt
+précédent conservant la priorité.</p>
+
+<p>Un emprunt de 25.000.000 de livres sterling à 4 pour
+cent a été émis, en novembre 1905, à Londres, Paris, New-York,
+Berlin ; à 90 livres pour cent livres, valeur au pair,
+remboursable du 1<sup>er</sup> janvier 1920 au 1<sup>er</sup> janvier 1931.</p>
+
+<p>Un emprunt de 23.000.000 de livres sterling à 5 pour
+cent, a été émis, en mars 1907, à Londres et à Paris ; à
+99,10 livres pour 100 livres, valeur au pair ; remboursable
+en 25 ans du 12 mars 1922 au 12 mars 1947.</p>
+
+<p>Si l’on ajoute à cela : l’emprunt pour le rachat des chemins
+de fer ; l’emprunt destiné à consolider les dettes des
+chemins de fer rachetés par l’État ; l’emprunt pour les
+dépenses extraordinaires ; l’emprunt de 1897 pour les
+dépenses relatives à la construction des chemins de fer ;
+les obligations du Trésor émises au moment de la guerre
+contre la Russie ; le rachat des pensions héréditaires de
+l’ancien régime ; l’emprunt des Travaux publics ; l’emprunt
+des chemins de fer du Hokkaido ; les divers autres
+emprunts nationaux, on voit que la situation financière du
+Japon est très obérée. Ses idées de gloire et de grandeur
+militaires l’ont entraîné très loin ; il semble, au reste, s’en
+rendre compte, et il déclare, maintenant, qu’il ne veut plus
+que la paix pour développer les richesses et rétablir les
+finances.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Suivant la loi en vigueur, les dépenses départementales
+sont défrayées au moyen de contributions
+départementales, de subventions du Trésor national et de
+recettes diverses. Les contributions départementales sont
+perçues, ou bien par des taxes additionnelles aux impôts
+directs, ou bien par des impôts sur des articles désignés
+à cet effet. A la première catégorie appartiennent l’impôt
+foncier, l’impôt sur le revenu, les patentes ; à la seconde
+les taxes sur les loyers et les taxes diverses.</p>
+
+<p>Les villes et les communes disposent, pour le payement
+de leurs dépenses, des revenus provenant de leurs propriétés,
+loyers, droits et autres recettes diverses ; et, si
+ces sortes de recettes ne suffisent pas, des contributions
+municipales ou communales peuvent être levées et des
+prestations en nature imposées.</p>
+
+<p>Quand une assemblée locale décide de faire un emprunt,
+elle doit déterminer, en même temps, la manière de le
+réaliser, le taux de l’intérêt et la manière de rembourser.
+L’amortissement des emprunts des villes et des communes
+doit commencer, au plus tard, trois ans après la
+date de leur émission, et l’emprunt doit être totalement
+remboursé en trente ans.</p>
+
+<p>Pour contracter un emprunt, les assemblées locales,
+municipalités des villes ou villages, doivent obtenir l’autorisation
+du ministre des Finances et du ministre de
+l’Intérieur.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Les règlements des Banques, promulgués en
+novembre 1872, étaient basés sur le système généralement
+admis aux États-Unis ; quatre banques nationales furent
+créées conformément aux nouveaux règlements, lesquels,
+entre autres choses, stipulaient le remboursement des
+billets en or au pair ; mais le manque d’or d’abord, et le
+nombre excessif de billets émis, fit bientôt tomber ces
+derniers bien au-dessous du pair. Le Gouvernement eut,
+alors, l’idée de remanier les règlements en 1879, et d’autoriser
+les banques à se servir, comme garantie de leurs billets,
+des Bons des Pensions héréditaires, s’élevant en bloc
+à 170.000.000 de yen ; les billets de ces mêmes banques
+devenant rachetables par des billets d’État. Cette combinaison
+réussit et, dans l’espace de quelques années, il se
+créa 153 banques désignées par les chiffres de 1 à 153.</p>
+
+<p>En 1880, lors de l’institution de la Banque du Japon
+(Nippon Ginkô), les 153 banques nationales furent privées
+du droit d’émettre des billets ; la plupart se fermèrent ;
+quelques-unes furent converties en banques privées qui
+existent encore actuellement.</p>
+
+<p>La Banque du Japon fut fondée en 1882 ; son capital
+autorisé fut d’abord de 10.000.000 de yen ; il est aujourd’hui
+de 30.000.000 de yen. Elle possède le privilège d’émettre
+des billets jusqu’à la somme de 120.000.000 de yen sur
+garantie de la réserve d’or et d’argent qu’elle possède et
+sur les bons du gouvernement. Il est fort probable que la
+réserve métallique n’existe que sur le papier, tout l’or que
+le Japon peut avoir passant à l’étranger ; par conséquent,
+le billet de la Banque du Japon n’a de valeur que par la
+confiance que lui assure l’habitant du Nippon.</p>
+
+<p>Les principales banques sont :</p>
+
+<p>Yokohama Shô Kin Ginkô, Banque de monnaie métallique,
+d’espèces sonnantes, fondée en 1880 au capital de
+24.000.000 de yen ;</p>
+
+<p>Nippon Kogio Ginkô, Banque industrielle du Japon,
+avec un capital de 17.500.000 yen ;</p>
+
+<p>La Banque hypothécaire du Japon, avec un capital de
+10.000.000 de yen ;</p>
+
+<p>La Banque de Formose ;</p>
+
+<p>La Banque de Hokkaido (île de Yezo).</p>
+
+<p>En dehors de ces grands établissements, il existe un
+certain nombre de banques particulières, notamment les
+Première, Troisième, Quinzième, Vingtième, Vingt-septième,
+Centième, Cent trentième Banques ; ce sont les survivantes
+des 153 Banques Nationales dont il a été parlé
+plus haut, et qui sont devenues des établissements privés ;
+Puis la Kawasaki Ginkô, établie par M. Kawasaki ; la
+Imamura Ginkô ; la Meiji Shôgiô Ginkô ; Tei Koku
+Shôgiô Ginkô, etc…</p>
+
+<p>Plusieurs banques européennes sont établies et font
+des affaires au Japon :</p>
+
+<p>La Banque anglo-japonaise, dont les bureaux sont à
+Yokohama ;</p>
+
+<p>La <span lang="en" xml:lang="en">Chartered bank of India, Australia and China</span> à
+Yokohama, Kobé et Nagasaki ;</p>
+
+<p>La <span lang="de" xml:lang="de">Deutsch-Asiatische Bank</span>, à Yokohama, Kobé,
+Nagasaki ;</p>
+
+<p>La <span lang="en" xml:lang="en">Hongkong and Shanghaï banking Corporation</span>, à
+Yokohama, Kobé, Nagasaki ;</p>
+
+<p>L’<span lang="en" xml:lang="en">International Banking Corporation</span>, à Yokohama,
+Kobé, Nagasaki ;</p>
+
+<p>La Banque russo-chinoise, à Yokohama et Nagasaki.</p>
+
+<p>Il existait autrefois une Banque française, le Comptoir
+d’Escompte de Paris ; mais les règlements des Banques
+françaises sont tellement restrictifs qu’il leur est impossible
+de faire des affaires en Orient, et le Comptoir
+d’Escompte depuis longtemps a fermé sa succursale.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — Les premières Compagnies d’assurances japonaises
+prirent naissance en 1881, mais ce n’est qu’en 1890,
+après la promulgation du Code de commerce, que des
+règlements furent établis pour surveiller et contrôler les
+Compagnies. En 1900, une loi fut mise en vigueur édictant
+notamment la nécessité, pour une association ou
+société de ce genre, de posséder un capital d’au moins
+100.000 yen ; à la même époque, des règlements parurent
+au sujet de la surveillance à exercer sur les Compagnies
+européennes d’assurances établies et faisant des affaires
+au Japon.</p>
+
+<p>Parmi ces dernières toutes sont anglaises ou américaines :</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Union Assurance Society</span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Guardian Assurance Company ;</span></p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">North British and Mercantile Insurance C<sup>o</sup></span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Phœnix Assurance C<sup>o</sup></span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Yorkshire Insurance C<sup>o</sup></span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Sun Fire Insurance C<sup>o</sup></span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Scottish Union and National Insurance C<sup>o</sup></span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Hongkong Fire Insurance C<sup>o</sup></span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">Equitable life</span> ;</p>
+
+<p><span lang="en" xml:lang="en">New-York life</span> ;</p>
+
+<p>Une Compagnie française, l’Union, figure sur la liste.</p>
+
+
+<p class="ugap">VIII. — Il y a, au Japon, environ 40.000 médecins, qui
+tous, emploient les méthodes européennes. Les maladies
+du Japon sont à peu près les maladies d’Europe, sauf la
+dyssenterie, qui y sévit assez régulièrement tous les étés.</p>
+
+<p>L’hygiène est, du reste, fort bien appliquée par les
+autorités, et, en cas d’épidémie, je crois qu’aucun pays
+ne prend autant de précautions que le Japon, et n’applique
+les règlements sanitaires avec autant de ponctualité et de
+minutie. Ceux qui ont abordé aux ports de Kobé et de
+Yokohama, pendant une épidémie de peste ou de choléra,
+en savent quelque chose.</p>
+
+<p>Beaucoup de Japonais meurent phtisiques, et c’est ce
+qui fait que le Nord n’est pas très peuplé. Le Japonais
+est plutôt résistant à la chaleur qu’au froid, et son tempérament
+le conduirait plutôt vers les régions équatoriales
+d’où ses ancêtres malais sont sortis.</p>
+
+<p>L’hospitalisation et l’assistance publique sont fort bien
+comprises, et les hôpitaux, tenus à l’européenne, sont
+très propres.</p>
+
+<p>Les œuvres charitables ont été au début généralement
+chrétiennes, soit étrangères, soit indigènes ; malgré
+l’intérêt montré par la Cour impériale, et notamment par
+l’Impératrice elle-même, pour toute œuvre de bienfaisance,
+les bouddhistes et les shintoïstes ont été longs à diriger
+leurs efforts vers le bien à faire à leurs compatriotes
+misérables. Cependant, au milieu des Sociétés charitables
+de toutes sortes, on commence à voir paraître quelques-unes
+des Sociétés bouddhiques répandues un peu dans tout
+l’Empire.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch18">CHAPITRE XVIII</h2>
+
+<p class="d">I. Le Japon politique et son avenir. — II. Le Japon commercial
+et industriel et son avenir.</p>
+
+
+<p>I. — Le Japon, à force de travail et d’efforts, s’est assimilé,
+à haute dose, la civilisation occidentale. Il a surtout
+compris et adopté, en première ligne, le mécanisme militaire
+parce que son tempérament, son atavisme, son éducation
+l’y portaient, et il est devenu le facteur principal
+de la paix ou de la guerre dans l’Extrême-Orient.</p>
+
+<p>Il a pris pied sur le continent. Y restera-t-il ? Il cherche,
+évidemment, la domination de l’Asie orientale, et c’est dans
+ce but qu’il augmente sa force militaire. Ne vient-il pas
+de mettre encore quelques cuirassés en chantier ? Et son
+service de renseignements n’est-il pas étendu sur toute
+l’Asie, d’une façon merveilleuse, depuis l’Inde jusqu’à la
+Mongolie ? J’ai vu des Japonais au Tonkin, sur les frontières
+du Kouang-si, au Yunnan, en Birmanie ; j’en ai
+rencontré à Bhamo, qui allaient rejoindre des compatriotes
+venus à Yong Tchang fou par le Siam et les pays
+Thai. Toutes les routes de l’Asie leur sont connues aussi
+bien que leur propre pays<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15"><span class="label">[15]</span></a> « Le Japon poursuit inlassablement le but qu’il s’est fixé : devenir une
+grande puissance continentale, la plus grande de l’Asie. Il a pris pied
+sur le continent et goût à l’aventure.</p>
+
+<p>« Écoutez ce que disait, à la tribune du parlement, le ministre de la
+Guerre général Teraoutchi, au mois de mars 1908 : « Je suis profondément
+convaincu qu’un conflit entre de grandes puissances aura lieu, non
+en Europe, mais à l’Est de l’Inde et à l’Ouest et au Nord du Japon. Conviendra-t-il
+au peuple japonais de rester spectateur impuissant en présence
+de pareille éventualité ? »</p>
+
+<p>« … Le Ministre ajoutait : « En ce qui concerne les troupes d’occupation
+de Mandchourie, j’affirme que nous renfermer dans nos limites actuelles,
+serait l’équivalent pour nous d’une évacuation ? »</p>
+
+<p>« De là à transporter et à entretenir sur le continent une bonne partie de
+son armée, il n’y a pas loin.</p>
+
+<p>« Certes, en ce moment, Russes, Français, Anglais sont les amis du
+Japon ; qui ne l’est, du reste ?</p>
+
+<p>« Mais que valent promesses et traités ? Que l’on se rappelle le début de
+la dernière guerre ; que l’on n’oublie pas surtout avec quelle désinvolture
+l’Autriche a violé le traité de Berlin… La force apparaît plus que
+jamais comme l’exacte définition du droit ; et cela ne va pas sans
+quelque ironie dans ce temps de conférences, d’arbitrage et de fraternité
+internationale. Apôtres de la paix et propagandistes du désarmement,
+vous êtes des moutons et vous serez mangés. Jamais le vieil axiome
+ne fut plus vrai : <i lang="la" xml:lang="la">Si vis pacem, para bellum</i>.</p>
+
+<p>« Le Japon, lui, veut la guerre, et il la prépare. » (<i>France militaire</i>,
+25 avril 1909.)</p>
+</div>
+<p>Mais, peut-être, la situation insulaire du Japon l’empêchera-t-elle
+de mener à bien ses plans grandioses. L’histoire
+est là pour nous montrer qu’il est impossible, à un
+peuple insulaire, de se maintenir sur le continent contre
+un ennemi résolu à l’en empêcher, et les Anglais, qui ont
+foulé si longtemps le sol de la France, ont fini par en être
+chassés. La Chine, quand elle sera réveillée (et elle commence
+à ouvrir les yeux), finira, elle aussi, par rejeter les
+Japonais à la mer.</p>
+
+<p>Le Gouvernement japonais aura-t-il toujours les mains
+libres, et ne sera-t-il pas arrêté, d’abord, par des agitations
+intérieures, telles que la grève et le socialisme,
+ensuite, par les puissances européennes et américaines qui
+ont des intérêts et entendent avoir voix au chapitre dans
+les questions d’Asie !</p>
+
+<p>Le socialisme, il est vrai, n’est pas encore très développé
+dans l’Empire japonais ; cependant il existe, le fait
+est indéniable, à tel point que les commandants de corps
+d’armée sont obligés de prendre des mesures pour empêcher
+la distribution de brochures socialistes et antimilitaristes
+dans les casernes. Les ouvriers deviennent de plus
+en plus nombreux et leur sort n’est pas toujours enviable ;
+tout n’est pas pour le mieux dans le monde ouvrier
+japonais ; vienne un meneur sérieux, un chef qui saura
+utiliser les mécontentements et, du coup, le parti socialiste,
+encore dans le chaos, sera constitué fortement.</p>
+
+<p>L’année 1907, d’ailleurs, a été traversée par de nombreuses
+grèves ; quelques-unes ont été à ce point sérieuses
+qu’elles ont nécessité la présence de la troupe pour rétablir
+l’ordre.</p>
+
+<p>Dans ces conflits entre le capital et le travail, le capital
+est sorti victorieux dans presque tous les cas ; et les
+ouvriers, sans organisation et sans argent, ont été
+obligés de se soumettre ; mais ceci n’est qu’un début, et
+prouve, en tout cas, que le Japon n’est pas, plus qu’un
+autre pays, à l’abri des idées novatrices.</p>
+
+<p>En dehors des difficultés intérieures, le Japon en rencontrera
+sans doute d’autres dans le choc de ses intérêts
+contre ceux des puissances colonisatrices, et la Grande-Bretagne,
+la première, malgré le traité d’alliance qui la
+lie au Japon, sera, peut-être, mise dans le cas de s’opposer
+à la trop grande ambition de son vigoureux et énergique
+allié.</p>
+
+<p>Des complications se sont déjà élevées et peuvent
+encore s’élever, plus graves cette fois, entre le Japon et
+les États-Unis et l’Angleterre par suite de l’immigration
+ininterrompue des Japonais au Canada<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">[16]</a>, en Australie et
+en Californie, où ils constituent des communautés fortes
+et remuantes.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16"><span class="label">[16]</span></a> Consulter à ce sujet : D<sup>r</sup> A. Loir, <i>Canada et Canadiens</i> (ch. <small>XVI</small>.
+L’invasion jaune). Librairie Orientale et américaine. E. Guilmoto, éditeur.</p>
+</div>
+
+<p class="ugap">II. — Si, laissant de côté les possibilités politiques,
+nous examinons l’avenir commercial, y trouvons-nous des
+chances d’augmenter les échanges et de voir monter le
+chiffre d’affaires ? Je ne le pense pas. Le Japon n’a, à
+vendre à l’étranger, que la soie prise tout entière par la
+France, les États-Unis et l’Italie ; le thé, absorbé uniquement
+par les États-Unis ; du cuivre, un peu de riz et des
+bibelots ; il n’achète que le coton brut, quelques lainages
+et surtout des métaux et fournitures diverses pour son
+armée et sa marine.</p>
+
+<p>Les objets imités de la fabrication européenne, qu’il
+livre à la Chine, à l’Indo-Chine et aux Indes, ne peuvent
+convenir à l’Europe et à l’Amérique. Il ne peut donc être
+un client sérieux et il est un concurrent en Asie.</p>
+
+<p>Pour nous, Français, nous ne pouvons guère espérer
+un développement de nos relations commerciales avec le
+Japon. Nos mousselines de laine, achetées autrefois en
+grande quantité, sont aujourd’hui imitées en Allemagne
+et en Suisse, et vendues meilleur marché par ces deux
+pays ; de plus, elles commencent à être imitées au Japon
+même ; le vin, un de nos principaux articles, n’est pas
+apprécié par les indigènes, et ce que nous en vendons (de
+300 à 350.000 francs), est insignifiant. Quant à la métallurgie,
+il nous est impossible de la fournir ; car nous
+fabriquons et nous vendons plus cher que l’Angleterre,
+l’Allemagne, la Belgique et les États-Unis qui sont les
+fournisseurs actuels du Japon.</p>
+
+<p>Le Japon développera naturellement de plus en plus son
+industrie, et il deviendra, de plus en plus, le fournisseur
+des marchés d’Asie, notamment du marché de Chine où il
+faut de la marchandise pas chère ; il sera, par contre, de
+moins en moins un bon client pour l’Europe et l’Amérique.
+« Les affaires y deviennent de plus en plus mauvaises
+et difficiles », m’écrivait encore, il y a quelque
+temps, un de nos compatriotes qui connaît bien le pays
+où il est établi depuis quarante ans.</p>
+
+<p>Certes, le Japon ne manque pas de qualités : le courage,
+la patience, la persévérance ; ce qu’il a accompli dans un
+laps de temps très court, est certainement remarquable,
+pas toutefois si remarquable qu’on le croit généralement,
+si l’on veut bien considérer qu’il avait tout à sa disposition,
+qu’il n’avait qu’à prendre, et que l’Europe et l’Amérique
+l’ont aidé de toutes leurs forces et de toutes les manières.
+Il n’a pas eu à chercher ; tout était trouvé par les autres,
+et il n’a eu qu’à imiter et à adapter<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">[17]</a> ; mais ce dont il doit
+être loué, c’est d’avoir mis à sa transformation une volonté
+robuste, un savoir-faire et une application extraordinaires.
+En considérant sa grande facilité d’imitation et d’adaptation,
+sa mémoire précieuse, le soin méticuleux qu’il met
+dans tout ce qu’il entreprend, on ne peut que louer le
+Japon des efforts qu’il déploie pour se hausser à un degré
+d’humanité supérieure ; ce qu’il a fait mérite, certes, d’être
+remarqué comme il convient ; mais, évidemment, il lui
+manque encore beaucoup pour arriver au niveau de l’Europe.
+Seule, une élite a réussi à se transformer, plus ou
+moins complètement, et à s’occidentaliser ; mais la masse
+de sa population n’a pas bougé, et quand le voyageur
+quitte les quelques ports ou cités où l’étranger réside,
+pour se rendre dans l’intérieur, il trouve encore le Japonais
+tel qu’il était il y a cinquante ans.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17"><span class="label">[17]</span></a> Or, si l’on veut bien y réfléchir, il est évident qu’il n’y a rien de
+bien difficile à imiter la civilisation matérielle de l’Occident. C’est une
+affaire de patience et de méthode.</p>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch19">CHAPITRE XIX</h2>
+
+<p class="d">I. Les Colonies japonaises. Formose. — II. Finances. — III. Monopoles. — IV.
+Banques. — V. Commerce. — VI. Agriculture et
+Industries. — VII. Sakhalin et Kwang-Tong.</p>
+
+
+<p>I. — Le Japon n’est pas seulement, aujourd’hui, confiné
+dans ses îles ; il déborde, et après deux guerres heureuses,
+il est devenu un peuple colonial. J’ai donc à passer en
+revue les différentes possessions que le hasard de la guerre
+a fait tomber sous sa domination.</p>
+
+<p>En premier lieu se présente Formose, en chinois et en
+japonais, Tai wan. Cette grande île, située au sud-est de
+la Chine, dépendait, autrefois, de la province continentale
+du Fukien ; elle mesure 400 kilomètres sur 140. Une
+chaîne de montagnes coupe l’île du Nord au Sud et renferme
+plusieurs volcans. Les Chinois s’établirent dans
+cette île en 1430 ; les Portugais la visitèrent au <small>XVI</small><sup>e</sup> siècle
+et lui donnèrent le nom de Formose à cause de la beauté
+du climat. Les Japonais et les Hollandais y fondèrent des
+colonies au commencement du <small>XVII</small><sup>e</sup> siècle ; mais en 1661 le
+fameux pirate Kochinga s’en empara et en resta maître
+jusqu’en 1683, époque à laquelle les Chinois la reprirent.</p>
+
+<p>Avant d’entrer plus avant dans la statistique et l’économie
+de la Formose moderne, il n’est pas sans intérêt de
+connaître la peinture que fait de la Formose ancienne le
+jésuite du Halde : « Je dois parler un peu au long de cette
+île, et parce qu’elle a été longtemps inconnue même aux
+Chinois, dont elle n’est pas pourtant fort éloignée, et
+qu’ils n’ont commencé à y entrer que sous le règne du
+dernier empereur Kang hi (1662-1722) ; et parce que,
+d’ailleurs, le Gouvernement, les mœurs, les usages de
+ces insulaires, bien différents de ceux des Chinois, de
+même que les moyens dont ceux-ci se sont rendus maîtres
+de l’île, méritent un détail un peu étendu.</p>
+
+<p>« Toute l’île de Formose n’est pas sous la domination
+des Chinois ; elle est comme divisée en deux parties, Est
+et Ouest, par une chaîne de montagnes qui commence à la
+partie méridionale de Cha Ma Ki Teou et ne finit proprement
+qu’à la mer septentrionale de l’île. Il n’y a que ce qui
+est à l’Ouest de ces montagnes qui appartienne à la Chine.</p>
+
+<p>« La partie orientale, à en croire les Chinois, n’est
+habitée que par des barbares. Le pays est montagneux,
+inculte et sauvage. Le caractère qu’ils en font ne diffère
+guère de ce qu’on dit des sauvages d’Amérique. Ils les
+dépeignent moins brutaux que les Iroquois, plus chastes
+que les Indiens, d’un naturel doux et paisible ; s’aimant les
+uns les autres, se secourant mutuellement, nullement intéressés,
+ne faisant nul cas de l’or et de l’argent dont on dit
+qu’ils ont plusieurs mines ; mais vindicatifs à l’excès, sans
+loi, sans gouvernement, sans police, ne vivant que de la
+chair des animaux et de la pêche, enfin sans culte et
+sans religion.</p>
+
+<p>« Les Chinois, avant même que d’avoir subjugué Formose,
+savaient qu’il y avait des mines d’or dans l’île. Ils
+ne l’eurent pas plutôt soumise à leur puissance, qu’ils
+cherchèrent de tous côtés ces mines ; comme il ne s’en
+trouvait pas dans la partie occidentale, dont ils étaient les
+maîtres, ils résolurent de les chercher dans la partie orientale
+où on leur avait assuré qu’elles étaient. Ils firent
+équiper un petit bâtiment afin d’y aller par mer, ne voulant
+point s’exposer dans les montagnes inconnues où ils
+auraient couru risque de la vie. Ils furent reçus avec bonté
+de ces insulaires, qui leur offrirent généreusement leurs
+maisons, des vivres et toutes sortes de secours. Les Chinois
+y demeurèrent environ huit jours ; mais tous les soins
+qu’ils se donnèrent pour découvrir les mines furent inutiles,
+soit faute d’interprète qui expliquât leur dessein à
+ces peuples ; soit crainte et politique, ne voulant point faire
+ombrage à une nation qui avait lieu d’appréhender la domination
+chinoise. Quoi qu’il en soit, de tout l’or qu’ils étaient
+allés chercher, ils ne découvrirent que quelques lingots,
+exposés dans les cabanes, dont ces pauvres gens faisaient
+peu de cas. Dangereuse tentation pour un Chinois ; peu
+contents du mauvais succès de leur voyage et impatients
+d’avoir ces lingots exposés à leurs yeux, ils s’avisèrent du
+stratagème le plus barbare : ils équipèrent leur vaisseau,
+et ces bonnes gens leur fournirent tout ce qui était nécessaire
+pour leur retour. Ensuite ils invitèrent leurs hôtes à
+un grand repas qu’ils avaient préparé, disaient-ils, pour
+témoigner leur reconnaissance ; ils firent tant boire ces
+pauvres gens qu’ils les enivrèrent ; comme ils étaient
+plongés dans le sommeil causé par l’ivresse, les Chinois
+les égorgèrent tous, se saisirent des lingots et mirent à
+la voile.</p>
+
+<p>« Cette action cruelle ne demeura pas impunie ; mais
+les innocents portèrent la peine que méritaient les coupables.
+Le bruit n’en fut pas plutôt répandu dans la
+partie orientale de l’île, que les insulaires entrèrent, à
+main armée, dans la partie septentrionale qui appartient
+à la Chine, massacrèrent impitoyablement tout ce qu’ils
+rencontrèrent : hommes, femmes, enfants, et mirent le feu
+à quelques habitations chinoises.</p>
+
+<p>« La partie de Formose que possèdent les Chinois
+mérite certainement le nom qu’on lui a donné ; c’est un
+fort beau pays ; l’air y est pur et toujours serein ; il est
+fertile en toutes sortes de graines, arrosé de quantité de
+petites rivières, lesquelles descendent des montagnes qui
+la séparent de la partie orientale ; la terre y porte abondamment
+du blé, du riz, etc. On y trouve la plupart des
+fruits des Indes, des oranges, des bananes, des ananas,
+des goyaves, des papayas, des cocos, etc. Il y a lieu de
+croire que la terre porterait aussi nos arbres fruitiers
+d’Europe, si on les y plantait ; on y voit des pêches, des
+abricots, des figues, des raisins, des châtaignes, des grenades.
+Ils cultivent une sorte de melon ; le tabac et le
+sucre y viennent parfaitement bien<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">[18]</a>. »</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18"><span class="label">[18]</span></a> <span class="sc">Du Halde</span>, <i>Description de l’Empire de la Chine</i>, passim.</p>
+</div>
+<p>Cette description des magnificences de Formose s’applique
+fort bien à la partie Nord de l’île, où les Portugais
+abordèrent en 1580, et où ils fondèrent leur établissement
+de Ki long. Mais la côte occidentale ne présente aucun
+bon port, et les navires, embossés au large, sont exposés au
+double inconvénient d’un mauvais ancrage et d’une très
+mauvaise réception de la part des indigènes ; quant à la
+côte orientale, elle ne possède que des côtes à pic et
+des torrents dont les embouchures sont fermées par les
+alluvions.</p>
+
+<p>« Sur la fin de 1620, qui est la première année de
+l’empereur Tien-Ki, une escadre japonaise vint aborder
+à Formose. L’officier qui la commandait trouva le pays,
+tout inculte qu’il était, assez propre à y établir une
+colonie ; il prit la résolution de s’en emparer, et, pour cela,
+il y laissa une partie de son monde, avec ordre de prendre
+toutes les connaissances nécessaires à l’exécution de son
+dessein.</p>
+
+<p>« Environ ce même temps, un vaisseau hollandais, qui
+allait au Japon ou en revenait, fut jeté par la tempête à
+Formose ; il y trouva les Japonais, peu en état de lui faire
+ombrage. Le pays parut beau aux Hollandais et avantageux
+pour leur commerce. Ils prétextèrent le besoin
+qu’ils avaient de quelques rafraîchissements et des choses
+nécessaires pour radouber leur vaisseau maltraité par la
+tempête. Quelques-uns d’eux pénétrèrent dans les terres,
+et, après avoir examiné le pays, ils revinrent sur leur bord.</p>
+
+<p>« Les Hollandais ne touchèrent point à leur vaisseau
+pendant l’absence de leurs compagnons ; ce ne fut qu’à
+leur retour qu’ils songèrent à le radouber. Ils prièrent les
+Japonais, avec qui ils ne voulaient pas se brouiller, de
+peur de nuire à leur commerce, de leur permettre de
+bâtir une maison sur le bord de l’île qui est à une des
+entrées du port, dont ils pussent dans la suite tirer quelque
+secours, par rapport au commerce qu’ils faisaient au
+Japon. Les Japonais rejetèrent d’abord la proposition ;
+mais les Hollandais insistèrent de telle sorte en assurant
+qu’ils n’occuperaient de terrain que ce qu’en pouvait renfermer
+une peau de bœuf, qu’enfin les Japonais y consentirent.</p>
+
+<p>« Les Hollandais prirent donc une peau de bœuf qu’ils
+coupèrent en petites aiguillettes fort fines, puis ils les
+mirent bout à bout et s’en servirent pour mesurer le terrain
+qu’ils souhaitaient. Les Japonais furent d’abord un
+peu fâchés de cette supercherie ; mais enfin, après quelque
+réflexion, la chose leur parut plaisante : ils s’adoucirent
+et ils permirent aux Hollandais de faire de ce terrain ce
+qu’ils jugeraient à propos ; c’est sur ce terrain qu’ils bâtirent
+le fort, qu’ils nommèrent Castel Zelandia. »</p>
+
+<p>Cependant ils en furent chassés en 1661 par Tching
+Tching Kong, fils de Tching Tchi Long, riche négociant du
+Tonkin, qui, après avoir équipé une flotte, envahit Formose,
+brûla quatre vaisseaux hollandais et permit à un
+autre de se retirer avec les Européens. Il constitua,
+ensuite, une sorte de royaume indépendant dans l’île ;
+mais en 1682, sous le règne de l’empereur Kang hi, Formose
+devint définitivement une possession chinoise.</p>
+
+<p>L’île produit du maïs, des patates, des fruits, du tabac,
+de l’indigo, de la canne à sucre, du riz et du thé ; mais
+son principal article d’exportation est le camphre ; on y
+trouve aussi du charbon, du soufre, du pétrole.</p>
+
+<p>Les Japonais, après avoir eu, en même temps que les
+Hollandais, contact avec les habitants de Formose, s’étaient
+retirés également et n’avaient plus eu de relations avec
+l’île. En 1874, un navire japonais, jeté sur la côte orientale,
+fut pillé par les indigènes et les matelots massacrés.
+Le gouvernement du Mikado, par l’entremise de son
+ministre à Péking, M. Soyeshima, réclama le châtiment
+des coupables, mais le Tsong li ya men répondit que la
+Chine se désintéressait de la question et que le Gouvernement
+japonais était libre de punir les sauvages comme
+il l’entendait.</p>
+
+<p>Une expédition fut donc décidée, et le général Saïgo
+Tsukumichi fut mis à la tête des troupes ; la lutte ne
+dura pas longtemps ; les indigènes vinrent de suite à
+composition et firent la paix avec Saïgo. Mais la Chine
+alors, changea d’avis et entra en scène, et, pour éloigner
+les Japonais, consentit à une indemnité pour les familles
+des matelots massacrés.</p>
+
+<p>Comme on le voit, les vues du Japon sur Formose
+datent de loin, et, à la suite de la guerre contre la Chine,
+en 1894-1895, l’île est passée sous sa domination.</p>
+
+<p>En avril 1896, le régime militaire fit place à l’administration
+civile ; vers la même époque, le Gouvernement
+japonais traça un programme, d’une part pour subjuguer
+les tribus aborigènes, d’autre part pour organiser les
+voies de communication, les finances et les monopoles ;
+depuis lors, l’application de ce programme a été poursuivie
+sans interruption. Les finances de l’île sont devenues
+indépendantes depuis l’exercice 1905-1906, c’est-à-dire
+que les recettes du Gouvernement de Formose suffisent
+pour faire face aux dépenses administratives sans aucune
+aide pécuniaire du Trésor central ; bien plus, le revenu
+de l’île a même permis de solder les dépenses de certains
+travaux publics, auxquels on devait pourvoir au moyen
+d’emprunts. Pendant les années suivantes, malgré certains
+changements survenus dans la nature des recettes
+publiques, elles se sont accrues graduellement, et les
+finances de l’île se trouvent dans une situation satisfaisante.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Dès l’exercice 1897-1898, un compte spécial fut
+dressé pour les finances de Formose ; il servit de base au
+Gouvernement pour projeter, puis réaliser l’autonomie
+financière de l’île. Le trésor central devait fournir des
+sommes importantes pour combler le déficit du budget de
+l’île ; on pensa que ce subside pourrait être diminué
+d’année en année ; aussi, le montant annuel fut-il établi
+en progression décroissante, dans la prévision que l’exercice
+1909-1910 verrait les finances de Formose complètement
+indépendantes. Pendant l’exercice 1899-1900, et
+simultanément avec le commencement des travaux précités,
+sont créés les monopoles du camphre et du sel ; les
+services de bateau entre Formose et le Japon proprement
+dit et le long des côtes de l’île sont augmentés, ce qui
+facilite l’exécution d’entreprises gouvernementales et
+privées ; puis un service régulier de vapeurs entre Formose
+et la Chine est ouvert.</p>
+
+<p>Tandis qu’en 1900-1901, l’administration consacre ses
+efforts à développer la production et les industries de l’île,
+et élabore des plans pour une extension des lignes de
+navigation à vapeur, elle prend des mesures, l’année suivante,
+pour perfectionner l’industrie du sucre et elle entreprend
+la tâche d’étudier les vieilles coutumes. En 1902-1903,
+elle s’occupe d’introduire des améliorations dans la
+manufacture du papier et du thé. Pendant les deux exercices
+1903-1904, et 1904-1905, les travaux du cadastre
+ayant été achevés, un emprunt public est émis, d’un peu
+plus de 4.080.000 yen, destiné à compenser la taxe payable
+au propriétaire principal d’un terrain, et les recettes provenant
+de l’impôt foncier augmentent d’un million de yen ;
+puis, lorsque la loi des taxes spéciales extraordinaires est
+mise en vigueur, pour faire face aux dépenses de la guerre
+avec la Russie, le sucre est aussi soumis à Formose à
+une accise, et les étoffes tissées à une taxe de consommation ;
+de cette façon, on arrive à réaliser l’égalité dans
+l’imposition des taxes, et à procurer à l’île, en compensation
+de ceux qu’elle devait recevoir du Gouvernement central,
+les fonds destinés à combler le déficit de ses finances.
+Dans l’année 1905-1906, le Gouvernement de Formose
+est en mesure de renoncer à une somme d’environ
+6.100.000 yen, montant approximatif des subsides qu’il
+devait recevoir du Gouvernement central pour combler
+le déficit survenu depuis ce même exercice jusqu’à celui
+de 1909-1910. Il décide, en outre, de payer avec les
+revenus de l’île, sans recourir à l’emprunt public, dont il
+est question plus haut, les frais de construction du
+chemin de fer et du port de Kelung, entreprises dont le
+coût devait être soldé avec le montant de cet emprunt.
+D’ailleurs, le déficit dans les revenus annuels devait être
+couvert, désormais, au moyen d’une réforme de l’impôt
+foncier et par l’adoption du monopole du tabac. Grâce à
+ces mesures, le compte spécial du Gouvernement de Formose
+passait, graduellement, de l’état d’indépendance
+théorique et légale à celui d’une indépendance réelle.</p>
+
+<p>Pendant l’année financière 1908-1909, des plans ont été
+dressés, pour perfectionner les travaux d’utilisation des
+cours d’eau, aménager le port de Taku, améliorer la production
+du camphre, livrer de nouveaux terrains à la culture,
+développer l’exploitation des bois de charpentes et construire
+des voies ferrées ; un emprunt du Gouvernement
+fournira la somme de 38.990.000 yen nécessaires pour ces
+entreprises. Il a été décidé que ces travaux seraient commencés
+pendant l’exercice 1908-1909, terminés vers 1923-1924,
+et que l’emprunt serait remboursable dans les onze
+années qui suivront leur achèvement. La grande artère
+Nord-Sud du chemin de fer, qui va d’une extrémité à
+l’autre de l’île, a été achevée en avril 1908, et la longueur
+totale, soit pour la ligne principale, soit pour les embranchements,
+est de 444 kilomètres. Comme les progrès de
+l’industrie sucrière à Formose importent non moins au
+développement économique de la classe agricole qu’à la
+prospérité des finances générales de l’île, le Gouvernement
+s’est préoccupé d’augmenter considérablement
+l’étendue des terres consacrées à la culture de la canne à
+sucre ; la formation de nouvelles Compagnies, après la
+guerre russo-japonaise, jointe à l’augmentation du capital
+des Compagnies existantes, fait prévoir une production
+annuelle de 10.250 tonnes de sucre à partir de 1908-1910 ;
+aussi, pour assurer à cette industrie un ample approvisionnement
+de matières premières, le Gouvernement a
+augmenté les subventions et allocations destinées à favoriser
+la production sucrière, à livrer de nouveaux terrains
+à la culture dans la région des aborigènes, à aider la
+navigation entre l’île et la métropole, et à élever de nouvelles
+constructions. Cet accroissement de dépenses sera
+équilibré par les recettes de l’accise sur le sucre, les
+revenus des chemins de fer et le surplus des recettes de
+l’exercice précédent.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — Le premier monopole introduit à Formose fut
+celui de l’opium, suivi plus tard par ceux du sel, du
+camphre et du tabac. Ce n’est pas seulement en raison
+d’une nécessité financière que furent créés ces monopoles,
+ce fut aussi « en vue de sauvegarder la santé publique,
+de raviver l’industrie et de doter l’île d’une capacité commerciale
+effective ».</p>
+
+<p>On voit bien des raisons de santé publique expliquées
+en ce qui concerne l’opium, mais pour le sel, le camphre
+et le tabac, on demeure rêveur. Quant à développer l’initiative
+privée dans l’industrie et dans le commerce en
+créant des monopoles, c’est une chose qui ne s’est jamais
+vue et ne se verra probablement jamais, puisque le fait de
+monopoliser tue précisément l’initiative et l’énergie des
+particuliers.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Quoi qu’il n’existât, au temps de la cession de
+Formose, aucun système monétaire organisé dans l’île, il
+n’en résultait pas de grands inconvénients dans la circulation
+des capitaux, en raison de l’insignifiance des
+transactions. Mais, avec leur développement, on sentit la
+nécessité de créer des banques comme organe de la circulation
+monétaire ; on établit donc la Banque de Formose
+(Tai wan ginkô), puis la Banque du Sud, la Banque
+d’épargne de Tai wan, la Banque Shôka et la Banque
+Kagi. En 1904 et en 1906, le Gouvernement japonais
+réforma le vieux système monétaire et aujourd’hui la circulation
+de la monnaie japonaise se fait à Formose comme
+au Japon.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/illu8.jpg" alt="" />
+<div class="c i">Nikkô. — L’allée des Bouddhas.</div>
+</div>
+
+<p class="ugap">V. — Autrefois le commerce de l’île était tout entier
+aux mains des Chinois ; par suite, en effet, de la proximité
+de la province du Fou Kien, il y avait communication
+constante, par jonques, entre les deux côtes. Par le
+traité de Tien Tsin, les ports de Taku, Anking, Tamsui
+et Kelung furent ouverts au commerce étranger, et cet
+événement fut le point de départ du commerce de Formose
+avec les nations occidentales. En 1895, après le
+traité de Shimonoséki, et la cession de l’île au Japon, les
+Japonais commencèrent à s’y établir.</p>
+
+<p>Le commerce extérieur, pendant 1908, s’est élevé à
+71.700.000 yen, soit une augmentation de 13.300.000 yen
+sur l’année précédente.</p>
+
+<p>Dans ce chiffre, les exportations au Japon comptent
+pour 24.400.000 yen et celles à l’étranger pour
+9.300.000 yen ; le total de l’exportation atteint donc
+33.700.000 yen. Les importations du Japon se montent
+à 20.900.000 yen et celles des pays étrangers à
+17.000.000 de yen donnant ainsi un total de 37.900.000
+yen. Le surplus de l’exportation est dû au riz, au sucre et
+au thé, en dépit de la diminution subie par le camphre ;
+l’accroissement de l’importation provient d’une augmentation
+dans l’entrée des sucres, des machines, des rails, du
+ciment et des matériaux de construction.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Comme l’île de Formose est située en partie
+dans la zone torride, et que son sol est fertile, elle est
+riche en productions naturelles de toutes sortes. Le riz
+croît partout, sauf dans les districts montagneux, et il
+donne deux récoltes par an. Les progrès des travaux
+d’irrigation et le perfectionnement des méthodes de culture
+ont contribué à augmenter l’étendue des rizières ; la
+quantité de riz transportée au Japon en 1908 représente
+10.000.000 de yen contre 6.000.000 en 1907.</p>
+
+<p>La culture de la canne à sucre a pris un développement
+considérable et plusieurs raffineries se sont établies ; la
+valeur du sucre transporté au Japon en 1908 s’élève à
+9.400.000 yen. C’est, avec celle du camphre, la seule
+industrie de Formose. Les forêts vierges qui recouvrent
+tout le centre de l’île n’ont pas encore été exploitées ; elles
+renferment des cryptomerias, des conifères de toutes
+sortes et aussi le <i>hinoki</i> ou <span lang="la" xml:lang="la">chamœcyparis obtusa</span>, arbre
+très estimé au Japon.</p>
+
+<p>En somme l’île commence à peine à sortir de son long
+sommeil ; il faudra du temps et surtout beaucoup d’argent
+pour en exploiter les richesses naturelles.</p>
+
+<p>Pour l’année 1908-1909, les recettes du Gouvernement de
+Formose ont été de 33.871.328 yen, c’est-à-dire que le
+budget s’est balancé exactement. Ces chiffres sont fournis
+par les rapports financiers du ministère japonais ; je les
+donne sans commentaires.</p>
+
+
+<p class="ugap">VII. — L’île de Sakhalin, en japonais Kara futo, était,
+autrefois, tout entière une possession japonaise. Elle
+avait été cédée aux Russes, en 1875, à une époque récente
+par conséquent. Après la guerre contre la Russie, cette
+dernière puissance rétrocéda au Japon, par le traité de
+Portsmouth (États-Unis), la moitié méridionale de l’île.</p>
+
+<p>Sakhalin a surtout comme ressources la mer et la forêt.
+Rien n’a encore été entrepris dans l’île et l’on se trouve
+dans la période des observations, des recherches et des
+tâtonnements. Un millier de familles japonaises ont été
+transplantées à Kara futo ; on leur a fourni des graines et
+du bétail ; il paraîtrait en effet qu’une grande superficie de
+la partie japonaise de l’île est propre à la culture et aux
+pâturages.</p>
+
+<p>Enfin l’or et la houille seraient abondants. Mais
+l’exploitation en est réservée à un avenir vraisemblablement
+lointain.</p>
+
+<p>Presqu’île du Kwang Tong. — Cette partie du territoire
+chinois, à l’extrémité sud de laquelle est située la forteresse
+de Port-Arthur (Liu chouen keou, Riô jun kô), se
+trouve dans la dépendance du Japon par suite de la
+défaite des Russes. Ces derniers, en effet, avaient pris à
+bail, de la Chine, pour une période de quatre-vingt-dix-neuf
+ans, la presqu’île du Kwang Tong avec la forteresse
+de Port-Arthur, et les Japonais ont été leurs successeurs
+dans le bail.</p>
+
+<p>Le seul port de ce territoire est Dalny (Tairen),
+déclaré port franc ; la douane maritime chinoise y est installée
+pour percevoir les droits sur les marchandises qui
+quitteraient la zone franche pour entrer en Chine.</p>
+
+<p>Le total des exportations s’est élevé à 34.726.896 yen
+et celui des importations à 31.355.647 yen, soit un total
+d’échanges de 66.082.543 yen.</p>
+
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak" id="ch20">CHAPITRE XX</h2>
+
+<p class="d">I. La Corée autrefois et aujourd’hui. L’établissement du protectorat
+japonais. — II. Le résident général et les attributions. — III. La
+réforme financière ; l’impôt ; les banques. — IV. Les Japonais en
+Corée ; sociétés agricoles et industrielles ; élevage et culture. — V.
+L’industrie coréenne ; son avenir. — VI. Commerce, importation
+et exportation pour 1908.</p>
+
+
+<p>I. — Le royaume de Corée est, aujourd’hui, une véritable
+dépendance du Japon, bien qu’il ait conservé jusqu’à
+présent son roi et sa cour. Le Gouvernement du Mikado
+y exerce son autorité par l’intermédiaire d’un résident
+général représentant le Protectorat.</p>
+
+<p>La Corée est une grande péninsule qui s’avance en
+forme de cap dans la mer orientale (Tong hai), entre la
+Chine et le Japon. La mer du Japon la baigne à l’Orient ;
+le golfe du Leao Tong la sépare des provinces du
+Pe tche li et du Chan Tong du côté de l’occident. Au Nord,
+elle confine aux pays mandchoux ; au Midi elle a pour
+limite la grande mer ; enfin le fleuve Yalu, au Nord-Ouest,
+la sépare du Leao Tong. Elle a été autrefois habitée par
+différents peuples, et elle était divisée en plusieurs
+petits royaumes ; les trois principaux étaient ceux de
+Kaoli (Kôrai), Sin lo (Shinra), et Pe tsi (Hakusai), si souvent
+mentionnés dans l’histoire japonaise.</p>
+
+<p>Au <small>III</small><sup>e</sup> siècle av. J.-C, l’impératrice japonaise Zingu
+(Zingu Kôgô) envahit les trois royaumes et les soumit à
+un tribut, lequel était ponctuellement envoyé tous les ans
+du port de Fusan à la cour du Mikado, puis à celle de
+Shôgun. Mais la Chine considérait les royaumes coréens
+comme une de ses dépendances ; en 1392 elle intervint,
+comme elle le faisait toujours quand il y avait des révolutions
+intérieures, et elle plaça sur le trône de la Corée,
+devenue alors un pays centralisé, la dynastie de Han ; les
+relations avec le Japon s’affaiblirent et même finirent par
+cesser complètement au milieu du <small>XV</small><sup>e</sup> siècle.</p>
+
+<p>Cependant les Japonais, se rappelant les hauts faits de
+leur impératrice douze siècles auparavant, songeaient
+toujours à envahir la péninsule, et ce fut le fameux
+Hideyoshi (Taikosama) qui, en 1592, entreprit une nouvelle
+expédition. Pendant six ans, le malheureux pays de
+Corée fut livré au meurtre et au pillage ; les Japonais
+s’étaient avancés très loin vers le Nord, et ils occupaient
+toutes les places fortes. Enfin la Chine s’émut ; elle n’avait
+pas encore alors perdu l’esprit militaire et guerrier ; elle
+accourut au secours des Coréens, refoula les Japonais
+vers le Sud et les rejeta à la mer en 1598.</p>
+
+<p>Les relations du Japon et de la Corée se trouvèrent de
+nouveau interrompues.</p>
+
+<p>Elles reprirent, par intermittences, jusqu’au moment où,
+en 1868, une ambassade japonaise vint informer le
+régent du royaume de Corée (le Tai wen Kun) de la
+restauration impériale et de la révolution qui venait de
+s’accomplir au Japon. L’ambassade fut reçue froidement.
+En 1872 M. Hanabusa, en 1874 M. Moriyama furent
+envoyés à Séoul pour essayer de renouer des pourparlers ;
+mais ils n’y réussirent pas.</p>
+
+<p>Où la diplomatie et la persuasion échouèrent, la force,
+comme toujours, réussit. En effet, un petit bateau de
+guerre japonais, le <i>Uniô Kwan</i>, fut attaqué en face de la
+grande île de Kang hoa ; les Japonais demandèrent réparation
+et s’adressèrent à la Chine. Cette dernière, occupée
+ailleurs, de même qu’elle avait désavoué les Formosans
+en 1874, désavoua la Corée en 1875, et déclara qu’elle
+n’était pour rien dans ses affaires. Les Japonais, ainsi mis
+à l’aise, conclurent avec le roi de Corée un traité qui
+déclara tout d’abord la Corée pays indépendant à l’égal
+du Japon. Les ports de Tchemulpo, Fusan, Gensan
+étaient ouverts au commerce japonais ; la capitale, Séoul,
+recevait un résident japonais, et aussitôt les sujets du
+Mikado s’établirent en nombre considérable dans les pays
+qui s’offraient à leur activité.</p>
+
+<p>En 1882, tout à coup, arrive au Japon la nouvelle que
+M. Hanabusa, le ministre résident, a été chassé de Séoul,
+la légation japonaise attaquée, quelques agents tués et
+que toute la colonie s’est réfugiée à Tchemulpo. Nouvelle
+intervention japonaise, mais aussi nouvelle intervention
+chinoise ; les deux pays finissent par s’entendre ; et le Japon
+s’arrange avec la Corée, en signant un traité commercial très
+avantageux pour lui, et en stipulant une forte indemnité.</p>
+
+<p>De 1884 à 1894, la cour de Corée fut en révolution permanente.
+La reine, le Tai wen Kun, le roi, et un certain
+Kim ok Kiun, révolutionnaire et novateur, occupent la
+scène. Kim ok Kiun soulève des bandes de combattants,
+les <i>Tong hak</i>, qui parcourent le pays et le mettent à feu
+et à sang. La Chine et le Japon envoient des troupes ; il
+y a conflit et en 1894, au mois d’août, le Japon déclare la
+guerre à la Chine.</p>
+
+<p>La Chine battue reconnaît l’indépendance de la Corée
+et retire toutes ses troupes, laissant le pays sous l’influence
+absolue du Japon.</p>
+
+<p>Mais la Russie entre en ligne : négociations russo-japonaises
+qui n’aboutissent pas ; guerre, traité de Portsmouth
+sont des événements que je n’ai pas besoin de
+rappeler ici. Le Japon est arrivé au but qu’il poursuivait,
+il est maître en Corée.</p>
+
+
+<p class="ugap">II. — Par une convention conclue en août 1904, la
+Corée s’est engagée à faire des réformes dans son administration ;
+puis en 1905 une autre convention régla, d’une
+façon effective, le protectorat japonais en établissant la
+Résidence générale, les résidences des provinces et en
+nommant le prince Ito<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">[19]</a> Résident général du Japon en
+Corée.</p>
+
+<div class="footnote"><p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19"><span class="label">[19]</span></a> Il vient d’être assassiné à Kharbin, sur territoire russe, par un
+Coréen.</p>
+</div>
+<p>Le Résident général relève directement de l’Empereur
+du Japon ; en ce qui concerne les affaires extérieures, il
+communique directement avec le ministre des Affaires
+Étrangères et le Président du Conseil qui soumettent des
+vues à l’Empereur. Les consulats étrangers en Corée reçoivent
+l’exéquatur du Gouvernement japonais.</p>
+
+<p>C’est le Résident général qui propose les réformes à
+exécuter, les travaux à entreprendre, enfin c’est lui qui
+tient en main tous les fils de l’administration coréenne.
+Des résidents japonais sont établis dans toutes les capitales
+des provinces.</p>
+
+
+<p class="ugap">III. — La première chose à faire était de mettre de
+l’ordre dans les finances de ce pays à peu près ruiné, ou
+tout au moins dans un état de désordre financier complet.
+La diminution des produits de toutes sortes, l’absence de
+budget fixe, les impôts très lourds et prélevés avec une
+maladresse et une violence excessives, avaient appauvri la
+nation coréenne. A la suite d’une convention conclue en
+1907, des agents japonais furent nommés à des postes
+officiels dans l’administration coréenne afin de travailler,
+de concert avec les fonctionnaires coréens, à la bonne
+administration des finances. Un budget régulier fut établi
+pour la première fois en 1905 ; il donna comme recettes
+une somme de 7.480.287 yen, et comme dépenses
+celle de 9.556.836 yen. Le dernier budget, celui de
+1909-1910, prévoit 21.434.723 yen de recettes contre
+22.268.255 yen de dépenses.</p>
+
+<p>Le système d’impôts, pratiqué en Corée depuis plusieurs
+siècles, est très imparfait ; à défaut d’une base sérieuse de
+recouvrement des taxes, le Gouvernement se trouvait
+dans l’impossibilité de percevoir la totalité du montant
+prévu, et d’autre part, les fonctionnaires, individuellement
+chargés de la perception de l’impôt, avaient constamment
+recours aux extorsions les plus injustes ; non seulement ils
+se laissaient corrompre, mais ils levaient à leur profit des
+taxes supplémentaires illégales. Dans de telles conditions,
+la population ne pouvait que s’appauvrir. Il était donc
+indispensable de commencer immédiatement la réforme
+sur ce point, d’établir avec justice un nouveau système de
+perception des impôts, et de placer les finances de l’État
+sur des bases tout à fait solides.</p>
+
+<p>Les résultats donnés par le recouvrement des impôts
+pendant le dernier exercice se répartissent ainsi :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td>Impôt foncier</td>
+<td class="r"><div>5.628.575</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td> — sur les maisons</td>
+<td class="r"><div>357.884</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td> — sur les produits marins</td>
+<td class="r"><div>7.584</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td> — sur le sel</td>
+<td class="r"><div>8.958</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td> — sur les mines</td>
+<td class="r"><div>34.601</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Droits de douanes</td>
+<td class="r"><div>3.179.838</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Droits de tonnage</td>
+<td class="r"><div>91.951</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Taxe des bateaux</td>
+<td class="r"><div>6.649</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td> — des boucheries</td>
+<td class="r"><div>28.074</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td> — des prêteurs sur gages</td>
+<td class="r"><div>503</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td> — du ginseng</td>
+<td class="r"><div>621</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Arriéré des impôts du précédent exercice</td>
+<td class="r"><div>163.166</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>Autres impôts</td>
+<td class="r"><div>13.183</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td>
+<td class="c"><div>————</div></td>
+<td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>Total.</div></td>
+<td class="r"><div>9.521.587</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+</table>
+<p>Le système monétaire coréen est devenu, en tous points,
+semblable au système japonais, et la réforme, faite avec
+beaucoup d’à propos, sans supprimer brusquement toute
+monnaie coréenne, a excellemment réussi. Autrefois, et
+jusqu’à ces dernières années, il n’existait pas de banques
+à proprement parler ; la réforme des finances a, naturellement,
+nécessité l’établissement d’organes financiers régulièrement
+constitués.</p>
+
+<p>Les règlements pour l’organisation et le contrôle des
+banques, furent promulgués en 1906, et une banque
+coréenne fut installée à cette époque. Actuellement trois
+banques coréennes fonctionnent : Kanjô Ginkô, Ten itchi
+Ginkô, Kan itchi Ginkô, avec leur siège à Seoul et des
+succursales à Su Won, Ton Maku, Ma Po, Nam Tai Mun ;
+d’autres banques, destinées à aider l’agriculture et l’industrie,
+ont été établies dans plusieurs villes : à Seoul, Chung
+Chu, Kai jyou, Kong Chu, Kan Gyon, Chung Jyu, Kai
+Syong, Syang Chu, Shin Chu, Masampo, Yong Pyen,
+Chinampo, Hai Chu, Poku Chon, Sari Nan, Nam Noa,
+Choi Chu Do, Pol Kyo Po, Yong Sam Po, Ham Heung,
+Ryong-Song, Hoi Ryong, Chong Jin.</p>
+
+<p>En outre, trois banques japonaises : la Dai itchi Ginkô,
+dont le bureau central est à Tokio, la Dai Ju hachi Ginkô,
+à Nagasaki, et la Dai go ju hachi Ginkô à Osaka, sont
+également établies en Corée.</p>
+
+
+<p class="ugap">IV. — Les Japonais n’avaient pas attendu le protectorat
+de leur pays sur la Corée pour s’installer dans le Sud de
+la péninsule, autour de Fusan. Dès le premier traité, en
+1876, une émigration japonaise assez considérable s’était
+dirigée vers ce port et de fait, Fusan ressemblait étrangement
+au bout de quelques années à une ville japonaise.
+Aujourd’hui, beaucoup des sujets du Mikado ont entrepris
+le fermage et l’élevage en grand dans les provinces
+de Kyung San et Chulla ; au lieu de se contenter des
+petits jardins maraîchers qui leur suffisaient autrefois, les
+colons japonais se sont mis à acquérir de vastes domaines,
+même assez loin dans l’intérieur du pays.</p>
+
+<p>En dehors de la ferme, et de la culture, l’industrie de la
+soie réussit fort bien en Corée. Le climat y est sec et la
+pluie n’y est pas trop abondante. Le seul danger, ce sont
+les vers parasites qui sont terribles, au point de causer
+une perte considérable (au Japon cette perte n’est quelquefois
+pas moindre de quinze millions de yen par an).
+Cependant, malgré les inconvénients, et malgré aussi
+l’inhabileté des éleveurs coréens, le cocon paye bien ; à plus
+forte raison payera-t-il davantage quand les sériciculteurs
+japonais auront introduit les méthodes rationnelles ; déjà
+une association de dames japonaises et coréennes a établi
+un centre d’élevage à Seoul et réussit fort bien.</p>
+
+<p>La culture expérimentale du coton, qui a été tentée en
+1905 par quelques Japonais éminents, dont plusieurs
+membres du Gouvernement et de la Chambre des représentants,
+a donné, au bout de trois années, des résultats
+fort satisfaisants. Des expériences ont été faites à Mokpo,
+Chi Nam Po, Yong Sam Po, Laju, Konju et Kun San ; deux
+variétés ont été plantées, le coton indigène et le coton
+américain ; le premier a donné des produits supérieurs.
+On estime actuellement la superficie plantée en coton à
+120.000 hectares, et on croit que, lorsque tout le terrain
+susceptible de recevoir du coton sera mis en valeur, on
+arrivera pour la Corée à un rendement de 100.000.000 de
+livres japonaises (Kin = 600 grammes). En supposant la
+consommation individuelle de deux livres par tête, le total
+pour 14.000.000 de Coréens serait de 30.000.000 de livres
+en moyenne, laissant un stock de 70.000.000 de livres à
+exporter.</p>
+
+<p>Les mines, sauf les mines d’or alluvionnaires du Nord
+de la péninsule, ne sont pas encore exploitées rationnellement ;
+quant aux pêcheries elles sont entièrement aux
+mains des Japonais.</p>
+
+<p>Une Compagnie s’est formée en 1908 dans le but
+d’exploiter les richesses de la Corée ; elle est au capital
+de 10.000.000 de yen, divisés en 200.000 obligations de
+50 yen ; le Gouvernement coréen en a pris 60.000 en considération
+de la cession faite par lui d’une certaine superficie
+de terrain et le reste a été souscrit par les Japonais.
+La Compagnie doit aider les colons japonais aussi bien
+que les Coréens eux-mêmes ; son privilège est valable
+pour cent ans, renouvelable avec l’assentiment des deux
+Gouvernements japonais et coréen.</p>
+
+
+<p class="ugap">V. — Les industries indigènes sont tout à fait primitives,
+et les quelques industries de luxe qui florissaient
+autrefois sont depuis longtemps dans le plus profond
+déclin. Cependant on peut encore trouver quelques productions
+dignes d’être remarquées ; ainsi les papiers, les
+peaux et les cuirs, le tabac, le vin de riz. Les Coréens
+sont très adroits et leurs nattes sont du bon faiseur ; tout
+ce qui se tresse est habilement fait en Corée. D’après les
+recherches qui ont été poursuivies pour savoir quelles
+sortes d’industries réussiraient en Corée, il a été admis
+généralement que les cuirs, le papier, la peausserie, les
+nattes, les produits chimiques iodés pouvaient avoir un
+grand avenir. Les nattes, notamment celles des provinces
+de Hwanghai et de Kyongki, sont très appréciées et elles
+ont une réputation bien établie. On avait pensé aussi à
+encourager l’élevage du bétail dans le Nord de la péninsule,
+en vue d’y créer une industrie de conserves de viande
+de bœuf ; mais il est permis de douter que cette industrie,
+si toutefois elle s’installe jamais en Corée, fasse une concurrence
+sérieuse au <i lang="en" xml:lang="en">compressed, cooked, corned beef</i>
+de Chicago !</p>
+
+<p>Les côtes de Corée fournissent constamment une abondante
+récolte de varech et autres plantes marines, et il est
+hors de doute que l’on peut en extraire une quantité de
+produits iodés.</p>
+
+<p>Quant aux minéraux, l’or, le cuivre, le charbon, le
+graphite y seraient abondants. Les dépôts les plus importants
+de houille se trouvent sur les rives du fleuve Tadong
+Kang (en chinois Ta Tong Kiang) ; les veines seraient très
+fournies et auraient une épaisseur de 8 à 10 mètres suivant
+les endroits ; on estime le rendement possible à des
+dizaines de millions de tonnes ; la qualité du charbon
+serait celle de Karatsu (Kiushiu).</p>
+
+<p>L’or donne environ une production annuelle de
+4.000.000 de yen ; le cuivre est également extrait en quantité
+considérable.</p>
+
+
+<p class="ugap">VI. — Pour les cinq dernières années, le commerce de
+la Corée donne les chiffres suivants :</p>
+
+<table summary="">
+<tr><td colspan="3" class="c"><div>EXPORTATION</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1904</div></td>
+<td class="r"><div>7.530.715</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1905</div></td>
+<td class="r"><div>6.916.571</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1906</div></td>
+<td class="r"><div>8.902.387</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1907</div></td>
+<td class="r"><div>17.002.234</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1908</div></td>
+<td class="r"><div>14.113.310</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td colspan="3" class="c pt07"><div>IMPORTATION</div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1904</div></td>
+<td class="r"><div>26.805.380</div></td>
+<td>yen.</td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1905</div></td>
+<td class="r"><div>31.959.582</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1906</div></td>
+<td class="r"><div>29.721.579</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1907</div></td>
+<td class="r"><div>41.436.653</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+<tr><td class="c"><div>1908</div></td>
+<td class="r"><div>41.025.523</div></td>
+<td class="c"><div>— </div></td></tr>
+</table>
+<p>Les pays qui ont le plus de relations commerciales avec
+la Corée sont : naturellement le Japon en première ligne,
+puis la Chine. Le Japon arrive, en 1908, avec un total
+d’exportation de 10.963.363 yen et un chiffre d’importation
+de 21.040.465 yen. La Chine vient ensuite, exportant
+pour 2.247.458 yen et important pour 4.882.246 yen.
+Les États-Unis et l’Angleterre se placent ensuite avec
+cinq et six millions d’importations, le chiffre de leurs
+exportations étant insignifiant, 5.716 yen pour l’Angleterre,
+45.106 yen pour les États-Unis.</p>
+
+<p>L’Allemagne réalise en Corée pour environ 400.000 yen
+d’affaires ; quant à la France elle n’y fait rien.</p>
+
+<p>La Corée ne peut que gagner à se trouver sous le protectorat
+du Japon ; la méthode et la patience des Japonais
+arriveront certainement à organiser et développer cet état
+qui était jusqu’à présent dans une situation profondément
+chaotique. Il est d’ailleurs certain que les pays qui se
+sont trouvés, par la force des armes, annexés à l’Empire du
+Soleil Levant, vont prendre leur part de sa civilisation, et
+participer à son progrès industriel et commercial. Le Gouvernement
+et le peuple japonais ont montré ce que peuvent
+la ténacité dans le travail et l’intelligence dans l’organisation.
+Formose, la Corée, Karafuto, le Kwang Tong
+chinois vont donc se développer et grandir sous l’égide
+de leurs conquérants ; la population japonaise a déjà
+émigré en nombre considérable dans ces pays, et, grâce à
+l’activité et à l’énergie de ces nouveaux colons, des terres
+qui, jusqu’ici, étaient restées incultes et pour ainsi dire
+abandonnées, vont se trouver entraînées dans l’orbite de
+la civilisation générale : le Japon est de taille à mener
+à bien cette œuvre.</p>
+
+
+<p class="c i">Principaux termes géographiques.</p>
+
+<ul>
+<li><i>Yama</i> = Montagne.</li>
+<li><i>San</i> =  Id.</li>
+<li><i>Take</i> ou <i>Dake</i> = Sommet.</li>
+<li><i>Saki</i> = Cap.</li>
+<li><i>Toge</i> = Col.</li>
+<li><i>Kawa</i> ou <i>Gawa</i> = Rivière, fleuve.</li>
+<li><i>Hara</i> = Plaine.</li>
+<li><i>Ura</i> = Baie.</li>
+<li><i>Nada</i> = Bassin, gouffre.</li>
+<li><i>Seo</i> = Détroit.</li>
+<li><i>Umi</i> = Mer.</li>
+<li><i>Shima</i> ou <i>Jima</i> = Ile.</li>
+</ul>
+
+<p class="c i" id="mesures">Principales mesures de longueur.</p>
+
+<ul>
+<li>1 <i>ri</i> = 3.927 mètres.</li>
+<li>1 <i>cho</i> = 109 —</li>
+<li>1 <i>ken</i> = 1 m. 81.</li>
+<li>1 <i>jô</i> = 3 m. 30.</li>
+<li>1 <i>shaku</i> = 3 décim. 03.</li>
+<li>1 <i>sun</i> = 3 centim. 03.</li>
+<li>1 <i>bu</i> = 3 millim. 03.</li>
+</ul>
+
+<p class="c i">Transcription des lettres japonaises et leur lecture
+en caractères romains.</p>
+
+<ul>
+<li><i>a</i> = a en français.</li>
+<li><span class="k w3"><i>e</i> = é</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>i</i> = i</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>o</i> = o</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>u</i> = ou</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>y</i> = y</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>b</i> = b</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>d</i> = d</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>f</i> = f</span> —</li>
+<li><i>g</i> toujours dur : <i>gi</i> = gui.</li>
+<li><i>h</i> très aspirée.</li>
+<li><i>j</i> = dj en français.</li>
+<li><span class="k w3"><i>k</i> = k</span> —</li>
+<li><span class="k w3"><i>m</i> = m</span> —</li>
+<li><i>n</i> = n en français.</li>
+<li><span class="k w3"><i>p</i> = p</span> —</li>
+<li><i>r</i> roulé.</li>
+<li><i>s</i> = s en français, mais toujours dur.</li>
+<li><i>t</i> = t en français.</li>
+<li><i>w</i> = w en anglais.</li>
+<li><i>z</i> = z en français.</li>
+<li><span class="k w35"><i>sh</i> = ch</span> —</li>
+<li><span class="k w35"><i>ch</i> = tch</span> —</li>
+<li><i>an</i> nasal comme en français,</li>
+<li><span class="k w4"><i>on</i></span> —</li>
+<li><span class="k w4"><i>en</i> (ein)</span> —</li>
+<li><i>in</i> = inn.</li>
+</ul>
+<div class="break"></div>
+
+<div class="c"><img src="images/m.png" alt="" />
+<div class="c">L’EXPANSION JAPONAISE.</div>
+</div>
+<div class="chapter"></div>
+
+<h2 class="nobreak">TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+
+<table summary="">
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE PREMIER</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. L’Empire du Japon. — II. La situation géographique ; développement
+des côtes ; superficie ; population. — III. Climat. — IV. — Humidité
+atmosphérique. — V. Système géographique, volcans. — IV.
+Hydrographie ; rivières et lacs</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch1">1</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE II</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Aborigènes et conquérants. — II. Infiltration chinoise ; Mongols ;
+Ainos. — III. Le type japonais actuel. — IV. Avant et après la
+Révolution de 1868 ; aristocratie et peuple. — V. Constitution
+japonaise ; le gouvernement. — VI. Justice, tribunaux. — VII. Loi
+de finances ; budget. — VIII. Loi électorale. — IX. L’empereur et
+le patriotisme. — X. La nation ; son sourire et sa dissimulation ;
+caractère du Japonais. — XI. Religions et superstitions. — XII.
+Les étrangers au Japon</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch2">17</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE III</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Provinces et districts. — II. Les trois « Shi ». — III. Les quarante-cinq
+« Ken ». — IV. Administration méticuleuse. — V.
+Ports principaux</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch3">35</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE IV</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre d’Europe au Japon ;
+le chemin de fer sibérien ; les compagnies de navigation qui font
+le service. — II. Prix des passages ; les côtes japonaises. — III.
+La mer intérieure jusqu’à Kobe ; de Kobe à Yokohama. — IV.
+Route d’Amérique et compagnies faisant le service du Pacifique. — V.
+Aspect triste des villes japonaises pour celui qui débarque</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch4">49</a></div></td></tr>
+
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE V</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. La vie indigène ; la nourriture. — II. Coût de la vie au Japon ;
+cherté des denrées et des loyers. — III. Hôtels à l’Européenne. — IV.
+La famille japonaise, sa constitution, ses mœurs ; situation
+de la femme et des enfants</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch5">63</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE VI</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Le peuplement ; sa densité ; l’expansion au dehors. — II. Quelques
+chiffres. — III. Répartition de la population. — IV. Villes
+au-dessus de 100.000 habitants. — V. Émigration au Hokkaido (île
+de Yézo)</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch6">81</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE VII</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Tokio capitale. — II. Localités à visiter. — III. Environs de Tokio. — IV.
+Le Fuji Yama. — V. Sendai et les villes du Nord. — VI.
+Nagoya, Kioto, Nara. — VII. Osaka et les villes du Sud</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch7">89</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE VIII</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Poids et mesures. — II. Monnaies. — III. Postes. — IV. Télégraphes. — V.
+Situation postale, télégraphique et téléphonique au
+31 décembre 1907. — VI. Instruction publique. — VII. Presse,
+journaux et revues. — VIII. Cours et tribunaux</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch8">99</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE IX</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Armée : instructeurs français et allemands. — II. Marine. Instructeurs
+et ingénieurs français, professeurs anglais. — III. Système
+de recrutement ; dernières modifications ; réorganisation actuelle ;
+augmentation des divisions et de l’artillerie. — IV. État actuel de
+la marine ; projets de constructions. — V. Conclusion</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch9">111</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE X</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Agriculture ; superficie en rizières. — II. Production totale en
+céréales. — III. Diverses espèces de riz. — IV. Haricots, maïs,
+patates, différents légumes. — V. Épices et condiments. — VI.
+Divisions de la terre. — VII. Soie et culture du mûrier. — VIII.
+Culture du thé. — IX. Chevaux et bétail. — X. Fruits. — XI.
+L’île d’Yezo (Hokkaido) et la colonisation</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch10">125</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XI</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Pêcheries. — II. Les bateaux de pêche ; les prises. — III. Primes
+à la pêche en haute mer. — IV. La baleine. — V. Sel et salines. — VI.
+Forêts. — VII. Quelques-uns des bois les plus répandus au
+Japon. — VIII. La forêt de Kisogawa, domaine de la couronne. — IX.
+Le camphrier. — X. Champignons</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch11">139</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XII</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. L’industrie autrefois. — II. La soie ; ses débuts au Japon. — III.
+Fils et tissus de soie. — IV. Industrie de la teinture. — V. La
+poterie. — VI. Faïence de Satsuma ; porcelaine d’Owari. — VII.
+L’industrie des métaux. — VIII. La laque. — IX. Éventails,
+paravents, sculpture sur bois et ivoire</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch12">157</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XIII</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. L’industrie nouvelle. — II. Sociétés industrielles actuellement
+existantes. — III. Divers genres d’entreprises. — IV. Principaux
+districts de tissage. — V. L’industrie céramique ; la laque ; les
+allumettes. — VI Les cuirs. — VII. Les conserves alimentaires ;
+le papier, etc. — VIII. Manufactures de l’État. — IX. Concurrence
+japonaise ; emploi des capitaux européens dans le pays. — X.
+Gages et salaires. — XI. Esquisse rétrospective</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch13">177</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XIV</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Commerce du Japon avec l’étranger ; Habutai, Kaiki, soieries. — II.
+Exportation du thé. — III. Exportation du riz. — IV. Charbon
+japonais. — V. Cuivre. — VI. Camphre, nattes, sake, cigarettes. — VII.
+Coton. — VIII. Importation, coton brut, lainages, mousselines
+de laine ; la situation de la France relativement à l’importation
+de ce dernier article ; riz d’Indo-Chine ; métaux et machines. — IX.
+Importation française. — X. Le commerçant japonais. — XI.
+Entrées et sorties pour les ports principaux. — XII.
+Marine marchande japonaise à vapeur. — XIII. Bateaux français. — XIV.
+Tarif douanier</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch14">197</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XV</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Routes. Chemins de fer. — II. État et compagnies, rachat des
+lignes par l’État et nationalisation du réseau ferré. — III. Principales
+lignes. — IV. Tramways. — V. Tarif des chemins de fer</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch15">221</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XVI</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Mines. Dans l’antiquité ; au <small>XV</small><sup>e</sup> siècle : époque moderne. — II. Géologie,
+terrains. — III. Mines en exploitation. — IV. Quelques
+mines de charbon. — V. Pétrole. — VI. Divers : graphite, soufre,
+etc… — VII. Les mineurs ; les réglements miniers. — VIII. Administration
+des mines. — IX. Les mines en 1908, le socialisme
+parmi les ouvriers. — X. Rendement du cuivre et du charbon</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch16">237</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XVII</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Finances japonaises ; généralités. — II. Organisation
+actuelle. — III. Le budget, les impôts. — IV. Dette publique, emprunts. — V.
+Finances locales. — VI. Banques. — VII. Compagnies d’assurances. — VIII.
+Médecins, hygiène publique, assistance publique</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch17">257</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XVIII</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. Le Japon politique et son avenir. — II. Le Japon commercial et
+industriel et son avenir</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch18">273</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XIX</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">Les colonies japonaises. Formose. — II. Finances. — III. Monopoles. — IV.
+Banques. — V. Commerce. — VI. Agriculture et
+Industries. — VII. Sakhalin et Kwang-Tong</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch19">279</a></div></td></tr>
+<tr><td colspan="2" class="c pt07"><div>CHAPITRE XX</div></td></tr>
+<tr><td class="drap">I. La Corée autrefois et aujourd’hui, l’établissement du protectorat
+japonais. — II. Le résident général et ses attributions. — III. La
+réforme financière ; l’impôt ; les banques. — IV. Les Japonais en
+Corée ; sociétés agricoles et industrielles ; élevage et culture. — V.
+L’industrie coréenne, son avenir. — VI. Commerce ; importation
+et exportation pour 1908</td>
+<td class="bot r"><div><a href="#ch20">293</a></div></td></tr>
+</table>
+
+<p class="c gap small">E. GREVIN — IMPRIMERIE DE LAGNY</p>
+
+<div class="break"></div>
+
+<p class="c top4em sans-serif b">LIBRAIRIE ORIENTALE ET AMÉRICAINE</p>
+
+
+<p class="sign small sans-serif">LE P. J. LEMARÉCHAL</p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif large">Dictionnaire Japonais-Français.</b> Un volume grand in-8<sup>o</sup>
+avec illustrations, relié
+<span class="fl"><b>32</b> <span class="k w12 c">»</span></span></p>
+
+<p class="drap clr"><b class="sans-serif large">Petit Dictionnaire Japonais-Français.</b> Un vol. in-12,
+cartonné toile
+<span class="fl b">8 <span class="k w12">50</span></span></p>
+
+<hr />
+
+
+<p class="sign small sans-serif">LE P. S. COUVREUR</p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif large">Guide de la conversation français-anglais-chinois.</b>
+Prononciation figurée en lettres latines. Vocabulaires et
+dialogues. Petit in-8<sup>o</sup>, broché
+<span class="fl"><b>7</b> <span class="k w12 c">»</span></span></p>
+
+<p class="clr">Même ouvrage, relié
+<span class="fl"><b>9</b> <span class="k w12 c">»</span></span></p>
+
+<hr />
+
+
+<p class="sign small sans-serif">JOSEPH DUBOIS</p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif"><span class="large">L’Empire de l’Argent.</span> Étude sur la Chine financière.</b>
+Préface de <span class="sc">M. Henri Bamberger</span>. Un volume in-8<sup>o</sup>, broché
+<span class="fl"><b>5</b> <span class="k w12 c">»</span></span></p>
+
+<hr />
+
+
+<p class="sign small"><span class="k c"><span class="sans-serif">G. MASPERO</span><br />
+<i>Membre de l’Institut,<br />
+Professeur au Collège de France,<br />
+Directeur général du Service des Antiquités du Caire.</i></span></p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif large">Causeries d’Égypte.</b> <i>Deuxième édition.</i> Un volume in-8<sup>o</sup>,
+broché
+<span class="fl b">7 <span class="k w12">50</span></span></p>
+
+<hr />
+
+
+<p class="sign small"><span class="k c"><span class="sans-serif">D<sup>R</sup> ADRIEN LOIR</span><br />
+<i>Professeur à la Faculté de médecine de Montréal.</i></span></p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif large">Canada et Canadiens.</b> Un volume in-8<sup>o</sup>, broché
+<span class="fl"><b>6</b> <span class="k w12 c">»</span></span></p>
+
+<hr />
+
+
+<p class="sign small"><span class="k c"><span class="sans-serif">DANIEL BELLET</span><br />
+<i>Professeur à l’École des Sciences politiques.</i></span></p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif"><span class="large">Les Grandes Antilles.</span> Étude de Géographie économique.</b>
+Préface de <span class="sc">M. E. Levasseur</span>, Administrateur du Collège
+de France. Un volume in-8<sup>o</sup> broché, avec carte
+<span class="fl"><b>6</b> <span class="k w12 c">»</span></span></p>
+
+<hr />
+
+
+<p class="sign small"><span class="k c"><span class="sans-serif">P. CHEMIN DUPONTÈS</span><br />
+<i>Chargé de la Statistique à l’Office colonial.</i></span></p>
+
+<p class="drap"><b class="sans-serif"><span class="large">Les Petites Antilles.</span> Étude sur leur évolution économique.</b>
+Préface de <span class="sc">M. Marcel Dubois</span>, Professeur de Géographie
+coloniale à la Sorbonne. Un volume in-8<sup>o</sup> broché, avec deux
+cartes
+<span class="fl b">7 <span class="k w12">50</span></span></p>
+
+
+<p class="c gap small">5662. — Paris. — Imp. Hemmerlé et C<sup>ie</sup>. — 1-10.</p>
+
+<div lang='en' xml:lang='en'>
+<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK <span lang='fr' xml:lang='fr'>L'EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE ÉCONOMIQUE</span> ***</div>
+<div style='text-align:left'>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Updated editions will replace the previous one&#8212;the old editions will
+be renamed.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
+law means that no one owns a United States copyright in these works,
+so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United
+States without permission and without paying copyright
+royalties. Special rules, set forth in the General Terms of Use part
+of this license, apply to copying and distributing Project
+Gutenberg&#8482; electronic works to protect the PROJECT GUTENBERG&#8482;
+concept and trademark. Project Gutenberg is a registered trademark,
+and may not be used if you charge for an eBook, except by following
+the terms of the trademark license, including paying royalties for use
+of the Project Gutenberg trademark. If you do not charge anything for
+copies of this eBook, complying with the trademark license is very
+easy. You may use this eBook for nearly any purpose such as creation
+of derivative works, reports, performances and research. Project
+Gutenberg eBooks may be modified and printed and given away&#8212;you may
+do practically ANYTHING in the United States with eBooks not protected
+by U.S. copyright law. Redistribution is subject to the trademark
+license, especially commercial redistribution.
+</div>
+
+<div style='margin-top:1em; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE</div>
+<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE</div>
+<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+To protect the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase &#8220;Project
+Gutenberg&#8221;), you agree to comply with all the terms of the Full
+Project Gutenberg&#8482; License available with this file or online at
+www.gutenberg.org/license.
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg&#8482;
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or
+destroy all copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in your
+possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
+Project Gutenberg&#8482; electronic work and you do not agree to be bound
+by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person
+or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.B. &#8220;Project Gutenberg&#8221; is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg&#8482; electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg&#8482; electronic works if you follow the terms of this
+agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg&#8482;
+electronic works. See paragraph 1.E below.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (&#8220;the
+Foundation&#8221; or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
+of Project Gutenberg&#8482; electronic works. Nearly all the individual
+works in the collection are in the public domain in the United
+States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
+United States and you are located in the United States, we do not
+claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
+displaying or creating derivative works based on the work as long as
+all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
+that you will support the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting
+free access to electronic works by freely sharing Project Gutenberg&#8482;
+works in compliance with the terms of this agreement for keeping the
+Project Gutenberg&#8482; name associated with the work. You can easily
+comply with the terms of this agreement by keeping this work in the
+same format with its attached full Project Gutenberg&#8482; License when
+you share it without charge with others.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
+in a constant state of change. If you are outside the United States,
+check the laws of your country in addition to the terms of this
+agreement before downloading, copying, displaying, performing,
+distributing or creating derivative works based on this work or any
+other Project Gutenberg&#8482; work. The Foundation makes no
+representations concerning the copyright status of any work in any
+country other than the United States.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other
+immediate access to, the full Project Gutenberg&#8482; License must appear
+prominently whenever any copy of a Project Gutenberg&#8482; work (any work
+on which the phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; appears, or with which the
+phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; is associated) is accessed, displayed,
+performed, viewed, copied or distributed:
+</div>
+
+<blockquote>
+ <div style='display:block; margin:1em 0'>
+ This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
+ other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
+ whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
+ of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
+ at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
+ are not located in the United States, you will have to check the laws
+ of the country where you are located before using this eBook.
+ </div>
+</blockquote>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is
+derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
+contain a notice indicating that it is posted with permission of the
+copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
+the United States without paying any fees or charges. If you are
+redistributing or providing access to a work with the phrase &#8220;Project
+Gutenberg&#8221; associated with or appearing on the work, you must comply
+either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
+obtain permission for the use of the work and the Project Gutenberg&#8482;
+trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
+additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
+will be linked to the Project Gutenberg&#8482; License for all works
+posted with the permission of the copyright holder found at the
+beginning of this work.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg&#8482;
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg&#8482;.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg&#8482; License.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
+any word processing or hypertext form. However, if you provide access
+to or distribute copies of a Project Gutenberg&#8482; work in a format
+other than &#8220;Plain Vanilla ASCII&#8221; or other format used in the official
+version posted on the official Project Gutenberg&#8482; website
+(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
+to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
+of obtaining a copy upon request, of the work in its original &#8220;Plain
+Vanilla ASCII&#8221; or other form. Any alternate format must include the
+full Project Gutenberg&#8482; License as specified in paragraph 1.E.1.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg&#8482; works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
+provided that:
+</div>
+
+<div style='margin-left:0.7em;'>
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg&#8482; works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
+ to the owner of the Project Gutenberg&#8482; trademark, but he has
+ agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
+ Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
+ within 60 days following each date on which you prepare (or are
+ legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
+ payments should be clearly marked as such and sent to the Project
+ Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
+ Section 4, &#8220;Information about donations to the Project Gutenberg
+ Literary Archive Foundation.&#8221;
+ </div>
+
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg&#8482;
+ License. You must require such a user to return or destroy all
+ copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
+ all use of and all access to other copies of Project Gutenberg&#8482;
+ works.
+ </div>
+
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
+ any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
+ receipt of the work.
+ </div>
+
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg&#8482; works.
+ </div>
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
+Gutenberg&#8482; electronic work or group of works on different terms than
+are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
+from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
+the Project Gutenberg&#8482; trademark. Contact the Foundation as set
+forth in Section 3 below.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
+Gutenberg&#8482; collection. Despite these efforts, Project Gutenberg&#8482;
+electronic works, and the medium on which they may be stored, may
+contain &#8220;Defects,&#8221; such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
+or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
+intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
+other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
+cannot be read by your equipment.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the &#8220;Right
+of Replacement or Refund&#8221; described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg&#8482; trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg&#8482; electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium
+with your written explanation. The person or entity that provided you
+with the defective work may elect to provide a replacement copy in
+lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
+or entity providing it to you may choose to give you a second
+opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
+the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
+without further opportunities to fix the problem.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you &#8216;AS-IS&#8217;, WITH NO
+OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
+LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of
+damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
+violates the law of the state applicable to this agreement, the
+agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
+limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
+unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
+remaining provisions.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in
+accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
+production, promotion and distribution of Project Gutenberg&#8482;
+electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
+including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
+the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
+or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
+additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
+Defect you cause.
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of
+computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
+exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
+from people in all walks of life.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
+goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
+generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
+Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
+U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
+Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
+to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
+and official page at www.gutenberg.org/contact
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
+public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
+DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
+visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations. To
+donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
+Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
+freely shared with anyone. For forty years, he produced and
+distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
+volunteer support.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
+the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
+necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
+edition.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Most people start at our website which has the main PG search
+facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+</div>
+
+</div>
+</div>
+</body>
+</html>
diff --git a/67860-h/images/cover.jpg b/67860-h/images/cover.jpg
new file mode 100644
index 0000000..008ff2b
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/cover.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu1.jpg b/67860-h/images/illu1.jpg
new file mode 100644
index 0000000..1594cbe
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu1.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu2.jpg b/67860-h/images/illu2.jpg
new file mode 100644
index 0000000..8e04ee2
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu2.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu3.jpg b/67860-h/images/illu3.jpg
new file mode 100644
index 0000000..d8d0fa8
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu3.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu4.jpg b/67860-h/images/illu4.jpg
new file mode 100644
index 0000000..06e1293
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu4.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu5.jpg b/67860-h/images/illu5.jpg
new file mode 100644
index 0000000..3b74e32
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu5.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu6.jpg b/67860-h/images/illu6.jpg
new file mode 100644
index 0000000..a701692
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu6.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu7.jpg b/67860-h/images/illu7.jpg
new file mode 100644
index 0000000..da2b772
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu7.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/illu8.jpg b/67860-h/images/illu8.jpg
new file mode 100644
index 0000000..d781c51
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/illu8.jpg
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/m.png b/67860-h/images/m.png
new file mode 100644
index 0000000..7c426b1
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/m.png
Binary files differ
diff --git a/67860-h/images/vignette.png b/67860-h/images/vignette.png
new file mode 100644
index 0000000..77cc869
--- /dev/null
+++ b/67860-h/images/vignette.png
Binary files differ